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Janvier 



1900 



ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

' CONSACRA A l'tiV\m 

DES LANGUES ET DES LITrÉlUTURES ROMANES 

PUBLife PAR 

Pacl MEYER et GA5ro>f PARIS 

Us àh 



W*u. 



Tome XXIX 




PARI 

. „ RtaiKUÎiU. 67. AU i«f 



CONDITIONS D'ABONNEMENT A LA ROMANl 



fît : x> Ér. — ' Dé|un«mcntt c% Unicm panale , , 






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SOMMAIRE DU FHÊSEK'l NUMÉRO : 


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^^^^H p. MiTiEH. Noikc du nis, Kàwlltisoii Pociry 541. 
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ROMANIA 






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ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ A l'Étude 
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 

PUBUÉ PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 



Pur remenbrer des anccssurs 
Les diz e les faiz e les murs. 

Waœ. 



29e ANNÉE — 1900 




PARIS 
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON , ÉDITEUR 

67, RUE DE RICHELIEU, 67, AU 1*^ 



TOUS DROITS RtSEIlVtS 



LIBRARY OF THE 

.V:-? STA/^FORD M UNlVERSIVf. 
Ci. S/ÛS3 

APR 1 1901 



NOTICE 

DU MS. RAWLINSON POETRY 241' 
(oxford) 



PROVERBES DE BOON; LA PLAINTE D'AMOUR: POÈME SUR L'AxVlOUR 

DE DIEU ET SUR LA HAINE DU PÉCHÉ; 

DIALOGUE ENTRE L'ÉVÊQUE SAINT JULIEN ET SON DISCIPLE; 

MIRACLES DE LA VIERGE PAR ÉVERARD DE GATELEY ; 

EXTRAITS DU MANUEL DES PÉCHÉS ; 

TRADUCTION DU SPECULUM ECCLESLE; 

LES NEUF FILLES DU DIABLE; LES QUATRE TEMPS DE L'AN; 

LA PETITE PHILOSOPHIE; LE LUNAIRE DE SALOMON ; 

L'ANTECHRIST. 

Le manuscrit qui sera étudié dans le présent mémoire est 
un recueil fort important de poèmes français, tous, sauf un 
(l'art. Il), composés en Angleterre au cours du xiii* siècle. 
Ce sont, en général, des poèmes religieux. La plupart se ren- 
contrent en d'autres manuscrits : deux toutefois, le recueil de 
miracles de la Vierge (cinquième article) et le poème de 
l'Antéchrist (dernier article), ne paraissent pas se trouver 
ailleurs. Presque tous ces poèmes sont inédits, et aucun n'a été, 
jusqu'à ce jour, l'objet d'une étude suffisante. 

Le manuscrit est en parchemin, les feuillets ont 175 mill. sur 
145; il y a deux colonnes à la page. Contrairement à l'usage, 
il esty non pas folioté, mais paginé. L'écriture des 210 pre- 
mières pages est une cursive anglaise Çcourt hand) de la pre- 
mière moitié du xiv* siècle. A la page 211 apparaît une autre 
écriture, légèrement différente; les pages 259 et suiv. (jusqu'à 
b p. 271 où s'arrête le manuscrit) paraissent être d'une troi- 
sième écriture, qui toutefois semble à peu près du même 
temps que les deux autres. A ces différences de main corres- 



I. Autrefois Rawlinson mise. 473. Ce ms. a reçu le no d'ordre 14752 
dans le Sumntary Catalogue de M. F. Madan. 

tUm^im, XXIX , 



2 P. MKYER 

pondent certaines dilléicnccs dans la graphie. Ainsi le premier 
scribe substitue plus fréquemment que les deux autres la termi- 
naison -et à la terminaison -iV, dans la quatrième conjugaison. 
Je prends mes exemples dans l'article 3, qui est publié ci-après 
en entier : menter, v. 99, sœffrer 100, honer 2iS,fuer 335, 
vetter 336, flestrer 405, inorrer 585, etc. On peut encore citer 
comme analogue descenderenî 375. De même -ent prend souvent 
la place à'-unt dans les troisièmes personnes du plur. des 
futurs : serrent-chaierent 443-4, sonerent-tremblerent , 451-2, 
Jesseverent 462, accuserent'Ocordertnt ^lyS^ ferent ^ijypcrderent 
519, ardèrent 538, etc. Remarquons aussi que Vs suivie d'une 
consonne est souvent omise : pensât (pour pensast) 149, 155, 
amat jii, dit 248, 389, ^jrn7 390,^1*/ 178, 315,// 237, fut 
245. Par contre Vs est placée à contresens dans freist (Jereit) 
633,airj(///r (rtzv(/w<*), 127, 365, etc. 

Dans la notice qui suit, je ne donnerai des numéros qu'aux 
articles français. Je me contente donc de mentionner les pages 
I \ 7 qui contiennent des sermons latins. Le présent travail est 
conçu selon la méthode qui convient à une notice de manuscrit : 
je proposerai en note cenaines corrections; je donnerai, lors- 
qu'il y aura lieu, les variantes d'autres manuscrits, mais ce n'est 
pas ici le lieu d'établir un texte critique. 

I. Pnyverhes mis en français par Boon. — J'ai fait connaître 
ce }>etit poème dans mon mémoire sur le ms. 8556 de la Biblio- 
thèque Phillipps(iîi>w<7wiVï, XIIL 539-541) et, ;\ cette occasion, 
j*ai conjecturé qu'il pourrait être attribué à Nicole Bozon, l'au- 
teur des Contes moralises et de diverses poésies. Cette conjec- 
ture se fonde principalement sur le dernier quatrain du poème 
qui, dans le ms. Selden supra 74, commence ainsi : Ore prie^ 
tous pur Boiin \ Ki ivus présente cesic lessun. Une formule presque 
semblable est employée par Bozon à la fin de quelques-uns de 
ses poi-mcs. Le texte du ms. Rawlinson ne change pas l'état de 
la question, puisque le couplet final y manque, comme au 
reste Jaiis toutes les copies, sauf le Selden supra. Voici Ténu- 
meratioiî des manuscrits connus de ce fHxrme : 

l.oM^RE>, Mu>. bri:.. OU Rov. S E. XVII, toi oc 

— Har:. 9)7, toi. 28. 

— Arundel 507, toi. 9>. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 3 

Oxford, Bodléienne, Bodley 425, fol. 106 (sans prologue)/ 

— — __ 761, fol. 180. 

— — Selden supra 74 1 fol. 38. 

— — Rawlinson Poeiry 241, p. 8. 

L'ouvrage est en vers octosyllabiques à rimes plates. Ces vers 
sont groupés en quatrains dont chacun est la traduction d'une 
sentence latine. Le texte de cette sentence est inscrit à côté des 
quatrains français, dans plusieurs manuscrits. Ces sentences 
sont, pour un grand nombre, tirées de la Bible et particuliè- 
rement des livres sapientiaux, ce qui explique la rubrique Ci 
cotnence les proverbes Salainon fournie par le ms. Bodley 425. 
On accepterait plus volontiers le titre fourni par le ms. Roy. 
8. E. XVII, Proverbe de bon enseignement^ si les deux vers d'où il 
est tiré étaient sûrement de Fauteur '. 

Chers amis, recevez de moi (/>. 8) Que ben le tent * e sovent list 

Un bon présent que vous envoi, Prou avéra et delist; 

Noun pas d'or ne d'argent, Dount celui seit benêt 

Mes de bon enseignement, Qî.ie sa entente bien y met. 

Qpe en escripture ai trové 

Et de latin translaté Li sage dist en son livere 

En commun langage, pur amis Q-"^ ^^ comencement de bien viver 

Qpe de clergie ne unt apris. ^ur tote rien est de doter 

Tôt est sen et vérité Dampnedeu et honerer... 

Que ci troverez romauncé. 

Fin, p. 19 : 

VuT ceo voil issi lesscr Que ceus que lirrunt cel escrit 

Des plus de proverbes J translater. En brèves paroles unt délit. 

ExpUcit expliceat; ludere scriptoreail 



1. Ces vers, déjà cités dans la Rotnania (XIII, 540, note 2), appartiennent 
au prologue. Ils sont ainsi conçus : Un noiiin Vay doué proprement \ Proverbe 
de bon enseignetnent. Ils n'ont eux-mêmes rien de suspect; il est singulier tou- 
tefois qu'ils ne se rencontrent que dans le ms. Royal. 

2. Corr. Tentent. 

3. Corr. De plus proverbes. 



4 p. MEYHR 

La page 20 est occupée par une suite de vers latins, connus 
d'ailleurs, dont les premiers sont : 

Lucius est piscis et est tyrannus aquarum, 

A quo discordât Lucius iste parum : 
Dévorât hic homines, hic piscibus insidiatur ; 

Esurit hic semper, hic aliquando satur >. 



2. La plainte d'Amour, — Poème qui peut passer pour Tune 
des meilleures œuvres de la poésie anglo-normande. On en 
connaissait déjà quatre copies, une à Cheltenham,deux à Cam- 
bridge et une à Londres, qui ont été mentionnées Romania^ 
XIII, 507. Des extraits considérables en sont publiés dans mon 
mémoire sur les manuscrits français de TUniversité de Cam- 
bridge, ibid., XV, 292-5. 

Premiers vers : 

Amour, Amour, ou estes vous?(/). 21) — Je vous pariase a leiser 

— Certes, sire, en poi des lus, Si vous venist a pleiser 

Car jco ne os. Privement, 

— Pur quei ne osez estre veû Pur saver moun la vérité, 
Vous que estes ci bien conu Par ky ' vous estes rebouté 

De bun los? De la gent. 



Fin, p. 37 



Treis cher Amour, pur cco rcqucr 
Que ove moi voilletz herbergcr, 

Saunz départir. 
Jeo prie Jhesu le fiz Marie 
Que vous me sciez en compaignie 

A mon départir. 

Le prodhonmie que ceo livere fyst 
La mcre Jesu en aide eist 

Ht en consaille, 
I{t qui cscrit ceo dite 



1 . C'ebi l'épigrammc contre le pape Lucius III attribuée à Primat par le 
chroniqueur italien Pippino et qui a été très souvent copiée et imprimée. Voy. 
Th. Wright, Lalin Porms attribtited io fValUr Mapes (Camden Society), 
p. XXXVIII ; Dclisle, L/ /w/e Primaty dans Bihlioth, de VÈc. des Ch., XXXI, 
305. 

2. Corr. Pur quei. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 5 

Soit benêt de la bouche Dee. 
Amen, saunz faille».. 

3. Poème sur F amour de Dieu el sur la haine du pàhé, — Ce 
poème n'est point inconnu : il est même en grande partie 
imprimé. Mais il n'a guère attiré l'attention, et les questions 
qu'il soulève n'ont pas été aperçues. Je poserai ces questions 
et m'efforcerai de les résoudre; puis je publierai ce poème en 
entier d'après notre manuscrit. On en possède, à ma connais- 
sance, sept copies dont aucune ne fournit un titre, soit à Tin- 
cipit, soit à l'explicit : 

Cambridge, Corpus Chr. Coll. 405, p. 343. 
DuBUN, Trin. Coll. D. 4. 18, fol. 2». 
Londres, Cott. Domitien A. XI, fol. 87 J. 

— Old Roy. 20. B. XIV, fol. 170. 

— Anindel 288, fol. 97 

Oxford, Bodléienne, Rawl. Poetry 241, p. 37. 
Paris, Bibl. nat., fr. 902, fol. 125., 

Ces copies se répartissent en deux familles; la première se 
compose des mss. de Cambridge et d'Oxford ; la seconde ren- 
ferme tous les autres. Ce qui distingue, dès l'abord, les deux 
Éimilles, c'est que la première commence par deux vers qui 
manquent à la seconde, outre que les deux vers suivants dif- 
fèrent notablement de l'un à l'autre des deux textes. Je donnerai, 
en appendice, le début du poème d'après un des manuscrits de 
la seconde famille : la vérification sera donc facile. 

En outre, la plus grande partie de notre poème a été intercalée 
dans certains manuscrits du Manuel des péchés, de William de 
Waddington •*, sous le titre de « Petit sermon » $. Ce feit n'a 

1. Je ne trouve pas ce dernier couplet dans les quatre autres mss. que je 
connais de la PlainU d'amour, 

2. La leçon de ce manuscrit est abrégée; il y a un peu moins de 500 vers. 

3. Le début dans Fr. Michel, Rapports, p. 264. 

4. On connaît jusqu'ici seize mss. de ce poème, sans parler de quelques 
fragments isolés. Je les ai énumérés dans la Romania, VIII, 333; voir XV, 
313, quelques rectifications à cette liste. 

5. Exactement Petit sermutt purquei ne deve^ pécher, dans le ms. que repro- 
duit l'édition du D"" Furnivall. Le tiire est, dans les mss. Bodl. Hatton 99 c: 
B. N. fr. 14959 : Ici cnmence un sarmun de pour et de amiir ; dans Bodl. Grave 
51 : Isci comencent deus choses de sarmun. 



6 P. MKYER 

point été remarqué jusqu'à présent. Je présenterai plus loin 
quelques observations à cet égard. Mais d'abord il est utile de 
donner l'analyse du poème. Pour la commodité de l'exposé qui 
suivra, je diviserai cette analyse en trois parties numérotées. 

I. Définition de l'amour considéré comme source de toutes les vertus 
(v. 12). Le pur amour que l'auteur envisage est celui qui persiste jusqu'après 
la mort, et alors atteint sa perfection (^2). Le véritable amour consiste à 
aimer sans espoir de retour. Mais où trouverait-on maintenant un homme 
qui sache ce que c'est qu'aimer? Si on le rencontre, c'est une merveille, 
c'est la corneille blanche (46). La voie qui conduit au ciel c'est l'amour 
loyal, conforme aux enseignements de Notre Seigneur. Il faut aimer sesenne • 
mis, aimer son prochain comme soi-même et Dieu par-dessus tout (121). 
Les raisons d'aimer Dieu sont : i» qu'il nous a formés à son image (126); 
20 qu'il nous a rachetés en souffrant une mort douloureuse et vile (186). 
Vous pouvez, par l'amour, acquitter votre dette envers Dieu (282). Faut-il 
aimer toute gent d'un amour égal? Non: il faut aimer chaque homme 
selon ce qu'il vaut (288). Celui qui aimerait Dieu de cœur parfait aurait 
horreur du péché (318). 

n Dieu a donné à l'homme deux raisons de haïr le péché : l'amour et la 
peur (330). L'auteur ayant déjà parlé de l'amour, parlera maintenant de la 
peur. La peur a trois causes : 1° la crainte de mort subite; 2© la crainte du 
jugement dernier; 30 la crainte du feu d'enfer (348) L'exposé de ces trois 
causes donne lieu à d'assez longs développements qui ne sont pas entièrement 
originaux (l'apostrophe à la mort, 392-428, contient beaucoup d'emprunts 
aux Vers de la mort). La peur suffit à détourner l'homme du péché; elle ne 
suffit pas à sauver l'âme. Il faut qu'elle soit accompagnée de l'amour, qui, à 
lui seul, sans la crainte, a le pouvoir d'assurer le salut (644). 

III. L'auteur revient à l'amour. Il a donné précédemment deux raisons 
pour lesquelles l'homme doit aimer ; il en donnera présentement une troi- 
sième. Cette raison, c'est la grande bonté de Dieu, toujours prêt à pardonner, 
quel que soit le péché, pourvu que le pécheur se repente et fasse pénitence 
(676). L'auteur termine par la peinture des joies du paradis. 

J'ai dit plus haut que ce petit poème avait été partiellement 
intercalé dans plusieurs exemplaires (on pourrait dire dans la 
plupart) du Manuel des péchés de William de Waddington. De 
ce nombre sont les deux manuscrits (Harl. 273 et 4657) dont 
M. Furnivall a fait usage pour l'édition du Manttel et de la ver- 
sion anglaise par Robert de Brunne qu'il a publiée en 1862 
(Roxburghe Club). Mais notons aussitôt que le traducteur 
anglais n*a pas traduit le Petit sermon, ce qui prouve bien que 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 7 

ce morceau ne figurait pas dans le manuscrit dont il s'est servi ' . 
Il faut remarquer encore que, d'une part, le poème entier n'a 
pas été admis dans le Manuel des péchés^ et que, d'autre part, 
rordre des matières a été notablement modifié. J'ai pris soin 
d'inscrire, de temps en temps, en marge, la concordance du 
poème avec l'édition du Manuel; je résumerai ici les faits dans 
un court tableau : 

POÈME ÉDITION DU MANUEL 

vv. I-I22. Manquent, 

vv. 123-316 8118-8315. 

vv. 327-651 7798-8 112. 

vv. 652-776 8317-8460. 

On voit qu'il y a eu transposition des vers 327 à 651. Si on 
se reporte à l'analyse précédente on s'apercevra que la seconde 
des trois parties du poème est devenue, dans le Mantiel, 
la première. Le motif de ce changement est, très vraisemblable- 
ment, que l'interpolateur a voulu mettre ensemble tout ce qui 
concerne l'amour, tandis que, dans l'original, l'auteur, ayant 
donné, dans la première partie, deux raisons pour aimer Dieu, 
en ajoute une troisième qui prend place beaucoup plus loin, 
dans la troisième partie. Ce remaniement, on se l'imagine aisé- 
ment, ne s'est pas fait sans que l'interpolateur ait inséré çà et là 
quelques vers de sa façon pour servir de transition. 

Présentement il faut examiner une hypothèse qui, à pre- 
mière vue, peut sembler assez plausible. Pourquoi, dira-t-on, 
ne pas admettre que le poème ou sermon sur l'amour de Dieu 
ait pour auteur William de Waddington, qui n'aurait fait 
que reprendre son bien, en l'introduisant plus ou moins modifié 
dans le Manuel des pàhés? Telle a été, à dire vrai, ma première 



I. M. Fumivall, dont Tédi lion donne en regard le texte français et la ver- 
sion anglaise, a rejeté à l'appendice le Petit sermon, tout en faisant suivie la 
numérotation des vers comme si ce morceau avait conservé la place qu'il 
occupe dans le manuscrit reproduit. — Je n'ai pas vérifié à ce propos l'état de 
tous les manuscrits qui nous sont parvenus; je puis dire toutefois que le même 
morceau manque dans les rass. Roy. 20. B. XIV et Arundel 288, qui du 
reste contiennent l'un et l'autre, comme ouvrage à part, le poème entier dont 
je viens de donner l'analyse. 



p. MEYElt 

idée. Toutefois, je ne m*y suis point arrêté. En ce qui concerne 
la langue, je n'ai constaté entre les deux poèmes aucune diffé- 
rence sensible', mais pour le style il en va tout autrement- 
L'auteur inconnu du poème imprimé ci-après me semble 
supérieur, au point de vue littéraire, à Willtam de Wad- 
dingîon. Il est moins terre à terre; sa phrase, et aussi sa 
pensée, a plus d ampleur, et il est visiblement plus lettré. 
On verra, par les notes jointes au teKte, quil connaissait 
la littérature de son temps. Il fait de notables emprunts aux 
Fers ik la mort d'Hélinand, et peut-être à d'autres poèmes. La 
question sera sans doute reprise si un jour William de Wad- 
dington a l'honneur d'une nouvelle édition^; mais je doute 
fort qu on arrive à des conclusions différentes de celles que je 
viens d'indiquer* 

La versification et la langue ne présentent aucune particula- 
rité qu'on ne retrouve en bien des poèmes composés en Angle- 
terre dans la seconde moitié du xnr siècle. Il y a plusieurs 
exemples de quatre rimes consécutives (17-20, 211-4, 281-4, 
445-8). Il va sans dire que -kr ct-er riment ensemble (61-2, 
79-80, etc.) ; ce qui est un peu plus rare, c'est la rime u (lat, û) 
--oti^ iiAn% Jhcstis-nous >9'40), dur~creahmr (151-2), plas-rwus 
(18J-4), crmture-fxmre (519-20) ; smr, sôror, rime avec peitser 
(619-20), wkr avec dtsirer (289-90), poer^ *potére, avec 
SdutYr (643-4). 

Si nous devons nous résigner à ignorer le nom et la qualité 
de Tauteur, comme aussi l'époque précise de la composition, 
nous savons du moins que ce poème a été fait pour une dame, à 
laquelle Técrivain s'adresse en l'appclani Mt' suer et qu'il tutoie 
(vv, 543,619), ce qui suppose qu'elle était en réalité sast^tur ou 
sa parente, ou du moins de condition égale A la sienne* Il existe 
dans la littérature française d'Angleterre d'autres poèmes, ayant 
pour but rinstruction et rédîficationdes dames, par exemple le 
Miwir de Robert de Gretham ^ 



1. Toutt'fob, il but dire qyll n*eji pas possible d*eïpfimer sur ce point 
une apinîotï bien anurc^ parce que le texte du Mmml dt$ péchés ^ tel qy'i! est 
tmprîiiié« ne fou mît pas une bise syfHsante à IV'tnde linguistique. 

2. Vnt nouvelle édition du MannA c$t d'jittânt plus â désirer que U 
ptilïlicjlSon du Kaiiburghe Club est à peu pri^ introuvable. 

}. Roman ta i XV, 196. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 9 

Les différences entre le ms. Rawlinson et le ms. de Corpus 
sont très légères. Je donnerai cependant en note quelques-unes 
des variantes du second de ces manuscrits (C.) et j'indiquerai 
en note, ou entre crochets, dans le texte, certaines corrections 
non douteuses. 



Chekun deyt estre amee (^. 37 ^) 
Par la mesure de sa bounté ; 
Chekun vaut tant corne yl ayme, 

4 Si corne seynt Paul nous ensei- 

[gne: 
Nous dit, s'il eut chekun bien, 
S'il n'ut amour, que il ne eut 
[rien, 
Que ja n'ait homme tantz des 
[vertues, 
8 S'il n'ait amour tôt est nuez. 
Amour est la vesture 
Des touz bienz et la coverture ; 
Amour si est sanzdotance(y>. 38) 

12 De chekune vcrtue la nessancc. 
Qpe en Dieu ne voet amour aver 
Ne purra ja nul bien saver. 
Et nul que fyn amour n'a 

16 Ja en lui Dieux ne régnera ; 

Et saint Johan dit : «Qpe n'ayme 

[mye 

« Il maynt en mort et est sanz 

[vye. » 

Dunke est leal amour la vie 

20 Que aime morte vivifie. 

Jeo ne di pas que ceo est amour 
Que défaut au chef de tour : 
Moltz est amour feble et vayn 

24 Qpe ayme hu et het demayn, 
Mes cel amour est leal et fort 
Que voit cressant deke a la mort; 
Et cil [que] après lamortremaynt, 



28 D'amer dunkes rien ne[se]faynt. 
Et, certes, amer unkes ne sout 
A qui la mort amour tout, 
Et ne doit estre amour dite 

32 Que après la mort ne est parfite ; 
Et ceo n'est pas d'amour la mes- 
[trie 
D'amer homme en sa vie. 
Mes celui ayme veraiment 

36 Que ayme quant nul bien actent. 
Tel amour est douce et leal 
Que ayme et le bien et le mal; 
Et ceo nous enseigne Jhesus 

40 Quant il le fist issi pur nous, 

Que il soeffri pur ceux la mort 

(p. 38 ^) 

Que furrent mys en peine fort. 

Mes put l'en hore homme trover 

44 Qpe gueres sache qu'est amer ? 
Si l'en le trêve ceo est mervaille : 
Leal amour est blaunchcomaille. 
Que d'amour ne voit autre tiel, 

48 Come la chaunge veyom en cel ; 

Car bien voit homme meynt 

[homme amè, 

Taunt come ad chateuxet sancté. 

Que cel amour ad tôt perdue 

52 Si ces bienz ou sa vie mue. 
Teil est seculer amour 
Que faut quant dut estre grcinur. 

Ore pensom de bien fere, 



5 C. /7 dist. Cf. le texte du ms. fr. 902 imprimé à la suite de la présente 
notice. — 6 1 Cor. xiii, 2, 3. — 17 I Jo. m, 14. — 21-22 C. Je ne di pas 
ke seii a. \ SeU faust a cb. — 47-8 Manquent dans la seconde famille. 



10 



p. MEYl-R 



$6 Et a la voie de ciel trere. 

Estretc est moltz; nepurcaunt 
Ele enlargist tôt diz avant ; 
Tant corne plus avant irrora 

60 Plus delitable la troverom ; 
Mes ceo poez esmerveiller 
Et en men'eillant demander 
Quele voie et par ount 

64 Deyvom aler le ciel amont. 
Jeo di : cel chemyn est amour, 
Solom le dit Nostre Seignour. 
Il nous comande lui amer 

68 De coer, de aime et de penser, 
« Et vostreprosme », fetil, a amez 
Et come vous mesmes cher eyez ; 
En yceo comandemcnt (/>. 59) 

72 Le prophète et lai appent. » 

Touz que si n'aiment par reson 

Ja des pecchez n'averont pardon. 

« Que veit son frère », dit lui 

[saint, 

76 « De ces oylz, et ne ayme nynt, 
cr Dieux amer coment purreit, 
« Qu'il de ces oyls pas ne veit?» 
Ceo est prove de Dieux amer 

80 Quant l'en en Dieux son prosme 
[ad chier. 
Cil soûl ayme dount a dreii 
Que ayme lui que mal lui feit. 
Jliesu ces enemys ama 

84 Et ceo nous faire comanda : 
« Vos enemys », fait il, « amez, 
« Ver vos hayauns bien overez. » 
Issint devez bien ordeiner 

88 Vostre amour et déposer. 
Amez Dieux sur tote riens, 
Car il est source des touz biens; 



En Dieux amez vostre amy 
92 Et por Dieux vostre enemy ; 
Tcnom nous en la Dieux amour 
Par coer, par aime et par vigour, 
Par tote force et toi penser, 
96 Et nostre presme eyom cher, 
Cyl ayme Dieux en vérité 
Que ne le offent pas par son gré ; 
De sa aime lui ayme sanzraenter 

100 Que prest est pur lui mort 

[soeffrer. 

De tote sa force ayme cil (p) 

Que par tôt pur Dieux se tint vil. 

Et touz maus receit en soeffrance 

104 Et a lui baille la venjance. 
Cyl ayme de tôt son penser 
Que maus pensés veut refuser; 
Come y 1 loyns put, de lui les get, 

108 Et en soûl Dieux son penser met, 
Et son prosme ayme si com soi. 
Car Jhesu le comande en la lei. 
Et meynt homme amer quide 

112 Et de sa aime est homicide, 

Car tant come homme ayme folie. 

En Dieux est mort que est sa 

[vie. 

« Que ayme », dit David, « fe- 

[lonie, 

1 16 « Il het sa aime que est sa vie. » 
I>ur ceo se doit chekun garder 
Que il se sache en Dieux amer, 
Et pus se deit solom la lei 

120 Son prosme amer tant come sei. 

Dieux doit amer sur totes riens 

Soi e son prosme soûl en biens. 

Moltz dussoms nous Dieux amer 

(81 18) 



67-72 Cf. Matth. XXII, 37-40. — 7S-8 I Jo. iv, 20. ~ 85-6 Matth. 
V. 44. — II 5-6 Ps. X, 6. — 121-2 Luc. X, 27. — 123 A partir de ce 
vers , notre poème rejoint le m Petit sermon » du Manuel des péchés » , 
et je place en marge la concordance avec l'édition de M. Fumivall. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 ÎI 

1 24 Si nous sussoms bien recorder Lui et tôt son succcssor, 

Come Dampnedieux homme ho- Et chaierent en dur servage, 

[nura 160 Gir sur tote humaigne linage 



Quant a sa semblance lui forma, 
Pur aver sa joie ovesque lui, 
128 Dunt lui deable aynz se ébahi, 
Et vivere pardurablement, 
Saunz chekun mal et saunz tur- 
[ment, 
Pur loer Dieux ove mélodie 
iP' 40) 



Ou lui deable ad pousté (b) 
Les aimes mettre en oscurté : 
Saynz et mauveys, febles et fort, 
164 Quant vient le houre de lour 

[mort, 
Touz les myst en tenebrour. 
En enfem, agrantdolour.(8i6i) 
Et pus que Dieux si grevement 



132 Enrangelyhecompaîgnie;(8i27) 168 Pur un treispas prist vengement. 



Et si homme eust bien gardé 
Ceo que [Dieux] lui out comandé 
En paradys ou il fut rays, 
136 Dieux lui eust de illoeke pris. 
De paradys lui eust translaté, 
Tôt saunz travail en ciel mené, 

(8^34) 
Et mys en joie pardurable 

140 Dunt lui en geaa le vyf deble. 
Illoeke out eu joie si grant 
Que ja homme que soit vivant 
Ne te purreit fere entendre 

144 Ne sen d'omme ne put com- 
[prendre. 
Si nous dona corps et vie, (8 140) 
Ve[e]r, parler, sen et oyie, 
Entente, membres et corage 

148 Pur nous garder de damage. 
Que ceste bounté bien pensât 
Et bien sovent le recordast 
Moltz averoit coer mort et dur 

152 Que ne ameroit son creatour. 
Ore verrez autre reson (8148) 
Pur quai Dieu amer deivom. 

Quant Adam fut par [son] pecché 
156 De paradis déshérité, (8 [51) 
Morir lui estut a dolour. 



Bien dussom nous aver dotance 
De moltz plus gref vengance. 
Nous que pecchum si sovent 

172 Chekun jour et grevement, 

Qpant touz yceux que de Adam 

[vyndrcnt 

Pur un peeché touz mort 

[tindrent 

Et en enfem furrent puny (8170) 

176 Quatre myl anz et demy. 
Uncore y fussent demoré 
Si Dieux ne les eut deliveré. 
Bien put Dieux par son poer 

180 Ou soulement par son voler 
Les aimes garder de[l] félon, 
Mes pur nous doner encheson 
Que nous lui dussom amer plus 

184 V^oleit soeffreir mort pur nous. 
Et nient morir tan soulement, 
Mes dure mort et vilement 
Car sa char fu necte et pure ; 

188 De pecché n*out nulle blessure, 

Car pris Tavoit d'une pucele 

Que moltz ert necte, tendre et 

[bcle. (8187) 

Come sa char plus pure cstoit 

(A 41). 
192 Plus de vie en lui avoit, 



14 j U, corr. cf ou la. Un ms. de W. de Wadd. porte A^^ les vus, — 1 58 son, 
COÏT. si. — 161 Corr. Oti[t] l. d. p. 



12 



P. MEYER 



Et tant corne il en plus vyfs 
Ert sa mort plus grefs. 
D'autre part, que garde prent 

196 Corne yl soefFre vil turment, 
Qpi que voet la croys garder 
Et de la peyne Jhesu penser, 
Corne yl fut tret et mené 

200 Vilement en la cité, (8197) 
De son deciple fut trahi, 
Cruelcment des Jués sesi. 
Devant lour mesires Tunt mené. 

204 Feniz, batuz et lyé; 

En le vys lui escoperent par des- 
[pit 
De qui les angles untgrant délit ; 
Les clers oyls lui unt lyé 

208 Des queux n*est nule rien musse ; 
Sa vesture lui unt tolu (8206) 
Et purpre pur escham vestu, 
Et des espines corouné ; 

212 Le ceptreen le poyn Funt doné, 
En genulaunt Tunt salué 
Par escharn et pus juggé ; 
Lui meîsmes fount sa croys 
[porter 

216 Ver sa mort pur lui gaber; 

Entre larons Tunt pendu, (8214) 
Pur lui honer son corps fut nu ; 
Pies et niayns lui unt percé, 

220 Des grosses cloues al fut taché ; 
Pus a bcivere lui unt doné (b) 
Isopc, eysil et feel mellé; (8219) 
Le chef encline, Talme rent. 

224 Oyez corne il sunt maie gent! 
Car pus que l'ai me estoit issue 
La destre couste lui unt fendue. 
Tiels peynes et [tiels] dolours 

228 Soeffri Dieux pur pecchcours. 



Et si jeo puisse tôt diz vivre 
Et saunz nul entrelës descrire, 
Et euse la bouche de fer dur 

232 Et ma lange d'asser pur, 

Et eusse trestut le sa ver (8250) 
Qpanque nul homme put aver. 
Ne purrai jeo la moite dire 

236 Come grant chose Nostre Sire 
Fit pur nous chèytifs dolenz 
Quant pur nous socfFri teus tor- 
[menz, 
Coment nous lui dussom amer 

240 Si nous sussom recorder. (8237) 
A! douce Dieux de magesté, 
Qmc put comprendre u bounté ? 
Qui pensât de Dieu la summe 

244 Que yl ad fait a cheitifs homme ? 
Avant que Jhesu fut homme née, 
Dampncdieux out comaundé, 
Pur ceo que il homme fist 

248 En la loicomanda et dit : (8245) 

« Tôt diz ton seignur Dieux 

[amer 

« De tôt ton coer, aime et pen- 

[ser, 

« Et ton prosme ameras (^. 42) 

252 «Et come toi meisme cher avc- 

[ras. » 
Pus que devez Dieux amer 
De [tôt] ton coer, aime et penser. 
Pur ceo que il tei fîst après soi, 

256 Et chekun homme amer come 

[toi, 
A Dieux que put dunke dire ? 
Quai rendrez a vostre sire 
Pur la mort et les viltés (8256) 

260 OuMl soeffri pur vos pecchez? 



194 Ms.902 Si fu la m. p. angoissu^. — 196 Corr. soejffri. — 226 Entre ce 
vers et le suivant la seconde famille introduit huit vers qui manquent ici et 
chez \V. de Waddington. — 231 Est-ce un souvenir de Yiferrea vox de Virgile 
(Géorg.,\\, 44 ; Én/ide, VI, 625)? — 241-4 Manquent dans la seconde famille. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 I3 

Jeo vous dirrai brevement Vostre amour plus enclinez ; 

Si corne lui seint nous apprent. Et quant ami avérez trové, 

Il comande que ton corps. 296 De bon amour et de lealté, 

264 Et touz vos membres par dehors Amer lui devez tendrement, 

Scient mys en son servise Car Ten les trêve relement. 

Devoutement et saunz feyntise. Cher trésor envis conquis 

Geo est la rente et le doun 300 Sont Ten tenir de grant pris, 

268 Que de corps lui doit chekun; Et moltz doit Ten estre gelus 

Et cil que ayme leaument (8266) D'amour que tant est precïous. 

Le espirituel decte rent. Assez vous ai d*amour chaunté 

Se>-nt Pouel dit : « Sil fait la lei (8300) 

272 « Que parfyt amour ad en soi. » 304 Coment doit estre ordeyné. 
Amour est paremplement (8270) 

De la lei que a Dieux appent. A touz deivent amour et pces, 

A quai vous irroie plus coun- W^s as bons plus que a mauveys, 

[tant? E^ Dieux amez plus que homme 

276 De leal amour vous dirrai tant : 308 Car il est des touz bienz la 

Quanque Dampnedieux comande [summe. (8305) 

Et quanque Dieux demande E^ une chose sachez certaine 

Et quanque a vostre presme Que seint Austyn nous enseigne : 

[devez « Qui Dieux », fet il , « amat a 

2ik) Par amour rendre purrez ; [dreit (p, 43) 

De tote vous poez aquiter (b) Î12 « Une houre vivre ne purreit; 

Soulement pur bien amer. « Le cucr lui fenderoit d'amour 

Mes ore me poez demander « Que droit amast son creatour; 

284 Si tote gent devez amer (8281) « Et qui vers Dieux eut amour 

Par une mesure d'amours. [tendre, 

Jeo di que ceo serroit grant 3 ï6 «' Moltz harroit vers lui offcndre; 

[errour, « Moltz averoit pecché en despit 

Mes amcz chekun homme atant « Que Dieux amast de coer par- 

288 Corne il vaut et nîent avant. [fit. «(83 15) 

A chekun devez bien voler Moltz des resons vous purrai 

Et son salu désirer, (8287) [dire 

Et si vous poez fere a touz 320 Pur quai pecché Ten dcit des- 

292 Ceo que vodryez que Ten feit a [pire, 

[vous; Mes jeo vous dirrai soulement 

Mes la vous plus de bien trovez Pur acom plier plus brièvement. 



267-8 Mauvaise rime ; seconde famille : Cest la rente de vostre cors \ Que 
Dieu dimaunàe par dehors, — 271 Rom. xiu, 8, 10. — 293 vous, corr. 
ou, — 305 dàventy corr. deve^. — 319-26 Ces vers manquent au « Petit 
sexmon ». 



f/f p. MFYKR 

Or- «rri yfn ^-fii^n^fw, (^le ch'jkun vent» ^jçc tt fort : 

î?^ ( .ir *-frsi f».f, fFf /î^/t*;/, KïcIk:^ et bcaus trcstouz devourc, 

fi'-l hornrri^ riiK* it^t f;t nen ne |)a Mt nul ne <;et le jour ne le houre, 

(entend Ctr tict c^t le «ryr^bcl et gent 

Lnw ri! /|tfr- (li;irc et r'wn ne (i^iircn<ienui\n estfcbleetfeynt; 

(prend. Tiel est hu sire et acignur 

In pr'-nicte dnnnt \vn vniH dl 336 Que en cnfern serra cynz le 

(7798) [jour; 

PR (;»il pfcrhé fM cstfe Imî. «i-icl est liu rei corouné (7828) 

l-t II niiMfirlff, l'est mnnnr (^i,^. c„ çnf,.,^ ^.^^ demayn 

l-t rintrr eM priifite pciiir; [dampné ; 

leur .l.-ti^ n=»'JfV"'» î«'l "«^''«^ 1iel c»t lui fi)rt et pussant 

I •">'"» j6o Que deniayn crt venym puaunt. 
n? I*uf bien ^iiidet res :nnvs.|';Ho3) 

Pnih loin fi't piu:lu* Irsscï Sevn Bernard |tarout a nous 

l't îMiioni vrtiny tnlM.het ; (78}0) 

Pinh Ion! 11! d'rntit !nei , Pur nous lairc plus poûrous. 

^Ci Amont liMn (v\ MX âv] vonor. « l)y moi », tct il, «ou sunt la 

i;So;) [gent 

\'npoi miAtnt d';nnon, ^vsHT ^^^ , Que amcicnt le monde si ten- 

I» dr poOt nn poi p.\ilvi. fdremenl, 

ÎS .vo pont. /rM 1.1 vummo, , Que Tautrc jour furrcntONX-skc 

^7^^) [vous 

n»^ IV'. tni vho•f•^ n»i*.t en ovi de ,. Savn et hoitey ci joiouz? 

I homme ^ y ad il rien do Jour char tendre 

0«n iMtM rn numori, Ua n <n .^j^ „ |:^^,.^ ^^^.^^^ vcnym, vcrms et 

|.T •.■.iin> pnut tu- vtMTM . ( 7^ 1 1 > 'cendre? 

VI _ , Kv- ..^ - I-* ♦■ ÎVn<iiv bien de ces que ore 

M prt-nn'i t no<v vous 011 dite. ^ 

^i, i Vm hidor, ,K mon Mîhfti-. f*"""^ ^''*^^^* 

t ■ *\-.i de ces oue l'autre iour 

î\-l drvrn-vîi' de: Mi^K'**"HMiî : [lurreni. 

l :, tenv cho^^ -h e^î pas von. " Ri-tron:, manporcni e: nurcn: : 

^jS r'rst dVnVi U «i-iMc ton. vZ-^-i' 

^'"^1-'^ ^7* " ( '>mc Csic^ vou> hnmme> 

i .» pronvn «.-v; 'Mdoi'i «*t mori ; turen; : 



?*j <* 1 \-vi . iv» ]v.. m- d»*^ /*'.rr«V. r<^fwwf/«> imprimc> au xv siccii. 

A,.»v" VM.'-. ,-!m ■ '" .il 0*1. .,-|t4«M 0! ricr. tu pren*; 

<'I t. Kou\ «ii. l.iiic\ 1;. 7;. 
;2o w.r'"Vf. »-»vi »t.-;hr ; î* i".. <?^.f, f.. ceo t< Ui • — ;47 :•.'.. con . 
/«i. îN^ .j*r iV »tiMi\ wrv on n* nn"ven: pa>. manoucn: dan- L «.jcondL 
fîimilK* ni>i' «.Mil ihn- |. \r'»»»,.. . 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 I5 

• Mcneyent lour vie en grant Tu tous as riches lour délit; 

[délit, (7863) 

M El pus, en un poynttres petit, Tu tous as mauveys sen et veue 

«« Desccnderentdekescn aubime; 400 Pur la doute de ta venue; 

376 « L*alme en fu, la char en ver- Tu abbas plais et guère ;(è) 

[myne. Tu ne obliez nulle tcre ; 

<' Ou est ore devenu (7846) Tu abbas en un soûl jour 

« Lour rys, lour joye,lour vertu? 404 Auxi le riche en sa tour ; 
« Pur le délit que eurent taunt Tu fes flestrer la rose fresche, 

380 «< Ore unt tristesse et dolour Tu fez lesser et ju et tresche, 

[grant. Tu mes avant ceo que est a 

« La ou yl chaierent a torment derere, 

« Chaierpurromenseraent(785i) 408 Tu prens le fiz devant le piere, 

« Car hommes sûmes et murrum, Tu fez valer sak et hère (7872) 

384 « Cornent ne quant nous ne savom, Tant corne purpre et robe veyre. 

« Car temps de homme si très- Quai vaut honur, quai vaut 

[pace [richesse, 

« Corne fait nue que vent chace.» 412 Quai vaut beauté et quai vaut 

Qui ceo pensast pour averoit ^ [hautesse? 

388 Et de pecché se garderoit.(7853) Car ceste joye que ici a (7876) 

En un poi de houre transira, 
Dont Salanion li sage dit Car ceo que ici est joye dite 

En ces proverbes qu'il escrit : 416 Après la mort est quite et quite. 
ce En touz vos fèz », dit il , Allas! pur quai est taunt disiré 

[« pensez Joye charnele envenymé? 

392 « Ta mort et ja ne peccherez. » A grant tort est joye dite. 

Et, mort, come dur et corne 420 Car de joye nous deserite. (7883) 
[amer Mort, honyz est que te ne cryn, 

Est ta mémoire a versiler ! Et qui en raemorie ne te tyntt 

Tu prins ceux sodeynement Car moltz estes de espontable 

596 Qpi quidetii vivre longement ; [chère. 

Tu prens les dormanz en lour lit; 424 Tu fès trembler le emperere, 

383-6 Manquent dans le « Petit Sermon ». — 591 Eccli. vu, 40 — 
395-4 « G mors, quam amara est memoria tua! » Eccli. xli, i. — 397-^ 
Ces vers sont empruntés aux Fers de la mor/, coupl. xvn(éd.Méon, 1835). — 
403-4 Mêmes vers dans les Vers de la mort, coupl. xxi. — 408 Mêmes 
vers, ibid., coupl. xxiii. — 4094-10 Mêmes vers, ibid., coupl. xxvii. — 
41 1-2 Cf. les Vers de la mort, coupl. xxviii : 

Ke vaut biautés, que vaut rikece, 

Q^e vaut honors, que vaut hautece ? 

417-8 Mêmes vers dans les Vers de la mort, coupl. xux. — 421 Même 
vers dans les Vers de la mort, coupl. xxxiii. — 421-2 crynt-tynt pour crient- 
tUnt, et de même souvent; cf. plus haut (v. 76) nynt pour nient. 



l6 p. MEYER 

Tu fès grant bien par ta manace Que unkes furrent , sunt ou 

Car ta pour purge et sace (7889) [serrent, (7923) 

Aussi corne par mi tamys, Et irrent vers le juggement, 

428 L'aime ou Dieux n'ad pour mys, 460 Plourant moltz dolerousemem. 

Car tost averoit pour parfite Lui seint angle idunkevendrunt(^) 

Qpe bien pessat de mort subite. Et ycel pœple desseverent : 

(7^9 5 \p' 4 s) Les bones genu irront a destre 

Or cscutez del juggement {p. 45) 4^4 Et les chcitifs a senestre. 

432 Dount pour vint ensement. Dunk vendra Nostre Sire avant 

Ceo ert al jour de juyse Ovesque ces plaies apparisant ; 

Qpant Dieux serra estroit jus- Si vendra tôt le mounde juggcr, 

[tise, 468 Ciel et tere, eir et mer, (7953) 

Jour de grant amerté, (7900) g^ ^^^^ ^^^^ ^^^ demoustré 

436 Jour de grant cheitifté, q^^ ^^^^^ f^^ ç^^^ ^^ ^^ ^^^^^ 

Jour de ire, jour de corouz, ^nkes si grant meffait ne fu 

Jour de pleynte grevouz, ^^ ^j ^^^^ ^^^ ^^ ^^^ ^^^^^.^. 

Jour de lermes et de plour, ^^^ q^j apertement ne serra veû, 

440 Jour de peyne et de dolour, ^^^^ . . 

Jour de oscur et de tonere, ^^ ^^j ,^ ^^^ ^^ ^^^^^^^ 

Jour de angusce et de jurant Hou et quant et corne lungement, 

Quant touz pecchés puniz serrent', ^"^ ^"^^^ °^'^ ^y « ^«"^^ s^^^"^- 

444 Quant les esteiles chaierent. 476 Tresiol ert veù apertement; 

Le solal come sanc devendra ^^ nepurquant de nul pecché 

Et la lune pale serra ^""^ homme soit avant purgé 

Quant le jour ennercira, Ne avéra hounie ne hydour, 

448 Car le mounde fremera. (7913) 48o Enz avéra joye de Dieux et 

Quatre ministres de cel vendront, [honour ; 

De quatre pars del mounde irrent ^^ «^^ que il est deliveré(7946) 

Et quatre busines sonerent, ^rr il joyous et de Dieux loé. 

4S2 Que ciel et tere tremblèrent. Dunkedemandra Nostre Seigneur 

Idunk vendra le fu ardaunt 484 De trestouz les momens del jour 

Si horrible ei si grant, (7919) Cornent les avoms usée. 

Et trestouz ardera par my W^n^e verrom pour vérité 

456 Que par pecché soit rien soylly, Ceo que quidames que ore soit 

Et touz les mors relèveront L^*^" » 



425-7 Mêmes vers, ibidy coupl. iv. — 423 Vers de la tnori, coupl. xxii. 
— 433-440 Ces vers, comme aussi les vers 447-452, 457, 463-466, se 
retrouvent dans un poème sur le premier et sur le second avènement de 
Jésus-Christ (sa naissance et le jugement dernier) que nous a conservé le ms. 
522 de Lambcih Palace (Londres) ; voy. Archiv f. d. Sttuiium d. tieueren 
Sprachen, LXIII, 68. — 443-4 Four serronl-cJjen ont, et de même aux vers 
450 et suiv., et ailleurs encore. 



45^ Er r:i£ ie ^ul :ie rcr =:^ rien. 524 Eocccxrtre l=î iîrrra scnrcjcc. 

viLini -u^fcrz^cni in i-iTz^ru*- H ^câînes sc '.:^-=rj. •'799:; 

tre. Allas ! coc r^c-es f-rrtnt scz 

Crei-ir: ^:z:-i r^cdr i-x *. xt; 52>» (fet yd sden: leur r»£C»2 
j,-z Ce: -le jz idse— - i- ---" Plrociiî Soei*: DI^.ii rtrierer:: 

3: -nr - crt ruj -rrzrs ie =«crd. Er otc le irrirîe s'ss irrocr:! 

jji Lccr iirra e>:aIz irr: -îrcscrt : 






i^jc -'trr ji recjirc r^ir^ -ir'. iïT^nr : , %^ icarût rari^rirOtrstf 






1^ ::r:'c:i -■i:L.z---;r.-: rrisisnjsnt 'lit 

•/- -7.' 
'V2 ^î:: i: rut tm r'rry ot xoc 

Car ^::l miiiàit r'trs: :.^:r s: iar-f : 

Qps: T*iSL Tȣ3iir. at if: osr 
r'ir ii^i 3iit i inuiE at Dis::!. — f. Qat ut trsrzir'iirDr. ir p:iîr. 



j«r 1> ::ir- . J*. — '-' 1 Jcic Sermar » . 3i4j. r;-c:. i::c rv-^. — 




iH I>. MKYKR 

Uup IcH chciil's rcccivcrcnt lit crapous, colcvcrs et scrpens 

(8024) S 92 Lour percèrent le corps dcdens ; 

^6o (Jiic en enfer liatnpiu^ serrent, Le deablc saunz fyn verrent 

Car icux que au ileaMe ount servi Mt ja mover ne se purrcni. 

\\\ ces enticeniens ensuï 
Ove les deables s'en irront ^^^ ^o"'- ^^^ maus que j'ai nomé 

S(M l*n enlein ou s.iun Ivn serrent. 59^ De rien ne sount tant pené 

Il seiivnt en enlern enclos ^^^^^ ^^ ^^ P'^ 4"^ il ount per- 

Saun/ lanson et san/ repos; [^^^ (8062) 

Saun/ nnsericorde et .s.nnu pitO ï-^ <\^^ l^^"»* P^.vne ja ne mue. 

N*esi homme de mère née 

^68 Les lurmentera le nuuftj. (^8i^ç (hh) Que taunt cit bnge afilé 

Que vous seit en lote sa vie 
t >rt. oytv les toix tu. mon/ l-ntcndrc la dvitic panie 

<iuc s.HlJ.ci.t le cliciiils Jolcni : ,^.^ j^.^^,^^ ^j,^. ^.^.„^ ^^^^^.„, 

Il iMircu lot ,. oM.tonait.ont ^,^ ^^^ ^.„ c.iterm saunz fvn serrent. 

x;j lVtt«|M.odiouvo.....i,vto..t. ^-^, nounJisable serra lour 



[peync. 



i}u,...t votioi.t quo NUi.t |\'rri 

S. lovrtvt,t «.. I.o..|v|o oi ^Jhso^ >;^,„„ ^„ji.,^. ^., ^,„evne.' 

l'i nuudinvui tivMvn !vvjr ce 

\ •*> Que niv tuivMU et cni:endr\^ Dit vous ai, s'il vous sov\Tit. 

Tt pîuuvnt dv»lcrvHtSiM\ient Ck'»^ Trv$ p«ensei doun: pour v\-nt : 

Vx ïMuiUvîvnt N<\lc\ ncnwnt » \N."»7;'> 

I î xUïMv iv'.xicîrî^t '.OUI jxH.*:» La rrvmcro est de mor: hydour. 

\hV Qiv '.îeu IV pU'tvMî SvM nvwî. O: tour mourrom a chef de tour. 

Sï v'tïîc'cn; Cîî »:rav: dx^oxîî. v*^ ^'* *-*^'^ -^ =** ^*-* vurr.e !e houre 

L:» K",V>ÎVNvî cv. '.n.ov.:. vis>i'^ •,."- aS 

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NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 2^1 I9 

Del juggement, ma bêle soer, Qyant il ad talent de mal faire. 

620 Est ore le secund penser. Amour fait pecché en despit 

Le juggement ert ordeynez : 648 Et Dieux servir de coer parfit. 
Les uns sauvés, les autres damp- A pour aver ne put suffire (81 10) 

•[nez. Cest escrit, mes plus vous voil 

Dit vous ai apertement (8085) [dire 

624 La terce pour ensement, D*amour dont aynz vous tuchai, 

Ceo est la peyne et la dolour (81 12) 

Que en enfem ert après cel jour. 652 Et deuz resons monstre vous ai 
Molz feit ceo pour bien (8317) 

628 A chekun feble crestïen Pur quai homme deit Dieux 

Que pur amur ne veut lesser [amer; (8318) 

Le dur servage del peccher.(8o9i) La terce vous voil ore moustrer. 

Qui cest escrit soungast suvent, La premere est que il nous furma 

632 De peccher n'avereit talent, 656 Et a sa semblance aime duna; 

Car pour le freist trestoumer La secund est la passion (8322) 

Si cest escrit vousit regarder. Que il soeflTri pur nostre ranson ; 

De yceste treble pour (8096) La terce est sa grant doujour 

636 Nous delye par sa douceour 660 Q^'il nous demustra chekun 

Jhesu le fiz seynte Marie, (8098) [jour. 

Qu'en sa amour si ferm nous lye Mes que tôt eyoms en despit 

Que pecché heom pur s'amour; Les deuz grans biens dont vous 

640 Et ny[e]nt soulement pur pour, [ai dit 

Car pour ne sauve aime mye (h) Et nous de lui seioms deseveré 

Si de n'eit amour en compaignie, 664 Par ordure de pecché. (8329) 
Mes amour ad le poer, Ja ne lui p[o]oms tant contrere 

644 Tôt saunz pour» Tame sauver, Ne ne lui p[o]oms tant mesfere, 

Mes pour fait home retraire Si del mesfet nous repentom 



649 Suppr. tte. — Pour qu*on se rende bien compte de la difltérence des 

deux textes, je donne en regard les deux passages, assez analogues de 

Tédition, qui se trouvent ici réunis, la partie intermédiaire ayant pris place 
plus haut : 

Édit., p. 450 Édit., p. 452 

(v. 8110-8187) (v. 8314-ai) 

A pour aver pust suffire Peché avereit en despit 

Cest escrit, mes ore voil dire Ki aniast Deu de qeor parfit. 

De amur dont vus tuchai. De amur, si cum jeo crei, 

Trets resuns vus musterai Dous resuns tuché vus ay 

Par qei home deit deu amer. Pur quei home deit Deu amer ; 

Qsic est verrey solax de quer. La tierce voil ore mustrer. 

La primere est qe il nus furma La primere est que il nus furma 

E a Talme sa semblance dona. E a Talme sa semblance duna. 



20 r. MEYKR 

668 |{t de fyn cccr a luy tournom, Il nous sustynt en esteaunt 

Ml que il n'est prest de pardoncr 700 Et nous mené en alaunt; (8366) 

l-)t lot le mal voct oblicr; (8335) En ténèbres nous est lumere, (b) 

Car auxi le trovom en cscril En enfauntece nous est piere. 

(/). 49) Si nous returnoms a droite voie 

67^ duc Dieux par le prophète dit 704 II nous reçoit a grant joye. 

Que « quel houre ou en quel 5va grant joye nous ad premys 

(jour Hou sanz fyn verrom pon der 

« due ce rejHMU lui pecchcour [v}'s, 

« Ht de ce» pccchés fait penance, I: touz les biens que saveroms 

676 u Trcsiol mctrai en obliautice. » 7t>8 Désirer la les troveroms.(8374) 

Par si que après le fol délit Cel bien est joynt plcnerement 

(8342) En corps, en aime entirement, 

A lui tumom de cikt parfyt» Si grant que bouche ne put 

Si pus lui servoms lealment, [counter, 

680 ScOr sci^ms verraimcnl 712 Oraille oyerne cocr penser. 

Que sa joie nous ad doué Si beaus tlés desiraunt (8379) 

Ft ovc lui scrroms corount^ ; Come le sobil serrez lusant. 

Car en ciel est joie greynour Et si fort et si ignel 

684 D*un xxuai repentant pecchei^ur 716 Come les angles que sunt en cel. 

Kt plus Icx sunt les [angles] La est sanité pardurablc. 

[ Dieux 1,8 î s 1 ) Sanz guère pets tôt ditz esublc ; 

Qui de sosantc drtiturclx, Dampnedeux sanz f^-n \-errom 

A \ Dieux, come dussi'ins amer 720 Et de sa x-euc pu serrom. 

N58 Tcil seignur et honurcr La verro:ii b cmperice bele 

Que nous aymc tendrement Qji'est ombur dame et pucele, 

IMuii que nul hv>mme mc^rtel Ceo es: nudame seintc Marie 

[enietU. 724 De qui nosquist lui sire de We 

Nous lui hcvuns et il nous ayme : Que ore est pur nous chekun 

C>>2 Quant nous lui fuoms il hckb [jour 

l^recîainw» levant son r.: c: son seismur. 

Qiuuit ncHis pocchoîv.s îî ncH» La orrom !a n:clw\i:e ;,S;9;> 



t>x* 



^.ha>::c. 


""2$ 


Des Jirj:*es s^u^^ -a ner: nnie 


S.\ju nous ù;: c". t-iste vie . 




Ai,:nV --.^rom jvuste pleoere. 


Quir: '^uov.^' e-Ton:> :1 nous 




A.rcuT . ccncori . cccisonoc 


/ï-.:i ç:»;!. 




[entere. 


F" ijix" ,:"n%: . ■ -".^ v:>w:j::^v\ 




Keçv* sj;:rj IxivMr et «•-irtê. 


V", Ox^ x ■ a- v« r .* ,:> wvr v.-t , 




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Q, .: ■ : V , > X • o.-n* > . rsx:> x-s- 


7^- 


l\::: ricn^n: a v-c:tfr:M. >;c^. 


,jvct; 




Hocur. rxhek« «t Srcnrt, 






NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 21 

Douceur, leece et charité, Dampnedieux a son talent. 

Glore. loenge et pité, Assez y avéra joye et douceur 

736 Vertu, lower et vérité, 760 L'aime que veit son creatour, 
Noundisable douce odar Et la joye que tous avèrent (b) 

Et treis delitable savour. (8404) De lui soûl receyverunt; (8428) 

Trestot ert a nostre voler Mes cil que plus lui avéra amé 

740 Que de coer set Ten penser. 764 Plus verra de sa deïté. 

llloeke averom la compaignie Dount me semble que Dieux 

De la bêle chivalerie [amer 

Qjie pur Dieux avèrent en vilté Que nostre joye est de penser. 

744 Lx>ur corps, le mounde et le i^ verrom Dieux omnipotent 

[maufé, ^58 si corne il est apertement, 
Lui patriarche et lui doctour, Come yl est un en trinité 

Lui prophète et lui confessour, Et treis en un en magesté. 

Apostels, martyrs et seynz assez j)^ sa veue averom tant délit 

748 Que pur Dieux furrentturmentez; ^y^ Que ja par lange n'ert dit 
Les chastes dames que en despit Ne par oraille escuté (8439) 

Aveint chekun mal délit. (8416) Me par humaigne coer pensé. 

Chekun avéra d'autri bien Pnom Dieux omnipotent 

752 Agrant joye come du soen. 7^5 Que ciel et terre fist de neint 
Moltz y avéra grant beauté (8442) 

Des angles de la umanité. Que sa joye nous otreie (8459) 

Chekun tant de joye avéra Ove lui en pardurable vie. (8460) 

756 Qpe ja plus ne coveitera, La nous meigne la douce Marie; 

Car chekun avéra verreyment 780 Amen, amen chekun en die! 

4. Dialogue entre Vévlqiu saint Julien et son disciple, — Le 
poème qui suit se rencontre copié à part , entre d'autres 
poésies morales ou religieuses, dans le ms. Roy. 8. E. XVII 
du Musée britannique. Il y est précédé d'une rubrique formée 
de deux vers : 

Ici commence un estoire 
De sein Julien la mémoire. 

C'est une controverse philosophique entre Tévêque saint 
Julien et un de ses clercs sur la corruption du monde et sur 
rinjustice qui y règne. Le clerc s'indigne de voir que les bons 



736 Petit sermon Vertues bêles odv. — 744 Les trois ennemis de l'homme ; 
cf. Romania, XVI, j. — 766 Corr. Est n.j. et. — 77oCorr. en une m. 



22 



P, MEYER 



chrétiens sont réduits à la pauvreté tandis que les mauvais ont 
la richesse. Mais le saint évêque lui prouve que le monde ne 
va pas à l'aventure et que tout y est réglé pour le mieux. 

En certaines de ses parties, par exemple là où il est parlé du 
Jugement dernier, cet opuscule rappelle YElucidarium d'Hono- 
rius d'Autun, si souvent mis à contribution par les écrivains 
français, en vers et en prose, du xiii' siècle. Mais il n'y a là 
qu'une coïncidence. Le but et le caractère des deux ouvrages 
diffèrent notablement. UEhicidarium est un résumé banal des 
notions cosmologiques et théologiques considérées comme les 
plus importantes : le traité que nous avons ici a une visée 
philosophique beaucoup plus haute. C'est un des nombreux 
essais qui ont été tentés en vue de concilier le désordre de ce 
monde avec l'idée d'un Dieu régulateur de toutes choses. Je 
n'ai pas trouvé l'original latin de ce curieux ouvrage. 

Les deux manuscrits du poème ne diffèrent pas très sensi- 
blement. Je donnerai en note le début du ms. de Londres, puis, 
pour les 119 premiers vers, les variantes. Peut-être ce dernier 
manuscrit sera-t-il jugé meilleur. 



Si corne jeo ai en livere apris », 
Un seint evesque fut jadis 
Que, pur 5a seinte douce vie, 
Pur son sens et pur sa clergie. 
Par tout le munde fut renomé : 
Seint Julian fut apelé. 
Un clerk avoit en sa meson, 
(^. 51) 



8 Homme de sen et de reson 
Et sage de seinte escripiure. 
Uu jour avynt par aventure 
Le clerk regardât en ces escriz ; 

[2 Dolent devint et esbaïz ; 
Lui evesque a lui entent, 
Voit lui pensifs et dolent. 
Pur lui aprendre et asencer 



I. Voici le début du nis. 
dans les notes qui suivent : 

Si cum je ai en livre apris. 
Un arccvcskc in jadis. 
Por sa seinte douce vie. 
Por son sen. c sa clergie 
Par le niound fu renomé ; 
Seint Julien fu appelle. 
Un clerc avoit en sa meson 
lion me de sen e de reson 
I: sage de seinte escripture. 
Un jour avint par aventure 



de Londres (fol. 6.\ c), qui sera désigné par L 



Le clerc garda en ses escriz ; 
Dolent devint c esbayz. 
Li arccveske a ly entent, 
Vistly pensif et dolent. 
Por ly aprendre e cnsenser 
Demanda ly quei est son penser, 
Sanz reen celer que tost li deïst 
Ce qu'il pensa ; et il si feist 
Oyer poez ky estes ici 
Cornent ly clcr ly respondi. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 23 

16 Comanda lui que son penser Lui bon est povere et menduiant; 

Lui deit. Ore, oyez yci Ceo ne me semble pas reson. 

Cornent lui derk lui respondi : 48 Pur ceo pense, pur saver moun, 

Devant ai pensé sovent et pens Si Dieux ad mes del munde cure 

20 De ceste secle, del mauveys temps , Ou si tôt vet par aventure. 

Cornent il eit ore changé. — Beau douce ami, lessez ester; 

Pleins est de mal et de pecché ; 52 Mectez vous hors de ceo penser. 

Lealté n*est nule rien amé, Trop penser de ceste matire 

24 Ne droit amour n*est trové, Purroit le coer descounfire. 

Mes moltz oi huy yceo jour Tant avez oï de clergie, 

Pause poeple et feynt amour ; 56 Bien savez que le munde n'est mye 

Partot orgul, partut envie. Tôt governé par aventure ; 

28 Mensounge et lozengerie Cil que fit tote créature, 

Fount hommes mounter as Que le munde créa de neent 

[honurs. 60 II le governe et il le sustient , 

Le munde est un tregetours Pur quai le mal et le secle cressent. 

Que chaunge pur nous defamer : Et pur quai les biens y descressent, 

3 2 De neir fait blank et de blank noir ; Si vous volez oier reson, 

Ore est al bien, ore est al mal, 64 Jeo vous dirrai Tencheson. 

Ceo que est araount ci met aval. Par ensample le mustr[er]ai. 

Corne lui senge fait ces saus, En temps d'avril et en moy s de mai 

36 Ore est cil haut que eynz fu bas, Le temps est cler et serez, (y». 52) 

Sovent veoms lui haut descendre ; 68 Le munde est beaus et florez, 

(p) La foille crest et vynt la flour, 

Ore est il riche, ore n'ad quai Oiseaux chantent nuit et jour ; 

prendre ; Mes quant le beau temps dedyne, 

Ceo veoms sovent al oil. 72 Dunt change la covyne. 

40 Et plus y a dont plus me doyl : Quant y ver entre et esté ist, 

Lui peccheour, lui maie gent La foilIe chet, la flour flestrit, 

Il ount aver, or et argent ; Les oyseaux ne chantent mes 

Cil que sunt bon crestïen, 76 Pur le temps de yver qui est près. 

44 Cil sunt povere et ne ount rien. D'autre part, pernez en cure, 

Lui mauveis est riche et manant, Regardez homme en sa nature. 



19 L. Moût ay sovent p. — 20-21 Cum ust siècle del malveis tens \ Cum cest 
siècle est cJxingee. — 23 Leauté n'i est gueres a. — 25 M. m trove Ven hui cest. 

— 26 F. parole. — 3 1 deceivre (corr. décevoir ou deceveir). — 34 Met tost a. 

— 36-7 II manque deux vers. L. Ore est cil bas que aini fn hau^, \ Ore est cil 
haui^queainifu te^. | Sovent veons venir cest cas, \ Ly bas monter, ly haut des- 
cendre. — 45-6 L. a dans ces deux vers sont au lieu dCest. — 49 d. m. prent 
tnés. — 61 ly mal el mond(\a. vraie leçon doit être : // malel siècle c), — 67-8 
seri-flori. — 69 vient. — jo Ly 0. — ji t. se d. — 72 Dounc cmnent changer 
leur c. 



24 p. MFi'ER 

Quant homme est en ju vente 
80 A joye met tut sa entente : 
L^crs est, jolyfs et juans ; 
Mes quant passe sessant anz 
Dount deschet et pert sa joye 
84 Et tret a la coroune voye : 
C'est la mort ou touz irrunt 
Qyit ore sunt nez et que né serrent. 
Del seclc vet tôt ensi, 
88 Assez sovent Favez oy 

G)me il fiit bons al primour. 
Jadis, en le temps ancienour. 
Des touz biens il out plentés 
92 Et lunge vie et joye assez. 
Mes ore tourne a desclin ; 
Le munde est près de sa fyn 
Que le munde durer ne put ; 
96 Passer et finer lui estut. 
Eyez bien en mémoire (h) 
Ceo que counte seint Grigoyre : 
Quant bien faut et le mal habunde, 
100 Dune est près la fyn du munde. 
Veirs est ceo que est dit. 
Cil que sunt de Dieux maudit, 
Lui pecchcour et lui malfesant, 
104 Sunt en li munde riche et pus- 

[sant. 
Mes petit dure cel poers ; 
Quai lour vaudrent touz les 
[deners 



108 



112 



1:6 



120 



124 



128 



Quant, maugré lour, a chef de 
[tour. 
Les lerrent a grant dolour? 
Et de ceo tôt seez sur : 
Que plus haut mounte plus chiet 
dur. 
Dure chose est et maveise 
Soeflrer grant mal après grant ese. 
Les poveres ount maie vie et dure; 
Teile est humaine nature : 
Pur soefïrer mal en ceste vie 
Vcndroms a la compaignie 
Du ciel la mont ou sunt lui seynt. 
Ou Dieux par sa grâce nous ment ! 

- Ceste reson me v^-nt a gré 
Que vous del monde avez moustré 
Pur quai il vet ci empeirant ; 
Mes ore voyl jeo saver tant 
Pur quai homme deit soefïrer 
Peyne, traval et pus morir? 
Vous avez dit que lui co\ynt ; 
Dites moi donk ceo wn[t]. 

— Nous savoms bien sanz do- 
[tance(/). 53) 

Que Dieux fit homme a sa sem- 

[blaunce, 
Dooa lui moltz riche doun 
Entendement, sen et reson... 



Bem avez dit de parays,(/). 61 ter) 
De enfem me dites vostrc avys, 
Ou est enfem cel leu hidous. 



Cel leu puaunt et tencbrous 
Ou ja ne avéra si dolour noun? 
De ceo me dites vostre reson. 



79 Tant cum h. — 86 ou rusteront. — 87 Al s. v, t. autresi. — 89 j /a p. 
C'est ridée qu'exprime l'auteur de la Vie française de saint Alexis : Bons 
fu U siècles al tens aticienor. — 90 nos ancissour (mauvaise leçon). — ^i De 
trestoui h. ot grant p. — 93 M. 0. est cum a. — 94 Car ly m,., la f. — 
95 Cist mal siècle. — 97 Bien aver devt^. — 99 Ke k. b.f. e m. — 100 mont p. 

— ICI ce que vus ave^ d. — 102 Cil las q. — 104 S, al siècle r. — 106 Quei 
lor vaudra toi cil avers. — 108 Lesser lour covienia d. — ICX) E de ce soie^ 
tôt en seur. — me moût m. — 114 Mes t. — 116 F. nous a. — 117 lasus. 

— 118/). sa pitc. — 119 très bien m"" agrée. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 2$ 

— Cesie reson est fort a entendre, Et travaillèrent nut et jour 
Mes, si corne nous pouons entendre, En la service Nostre Seignour ; 
Bien est reson que jeo le die. Cil avèrent grant scignurie, 
Gl que scvent molz de dergie, Car jugé ne serrent il mye. 
Dyent que y a deux enfems ; Lui ami Dieux, lui seint gent (b) 
Provcr le volent par un vers Touz vendrent a cel jugement. 
Que en le sauter est escrit. Non pas pur estre jugé, 

David a Nostre Seignur dit : Eynz serra chekun en see, 

Sire, « fait il », eietz pité grant Et serrent ove Nostre Seignour, 

« De moi que sui vostre serjant, Come justice et jugeour, 

« Que avetz ma aime delivcré Car Nostre Sire Jhesucrist 

« Et del plus bas cnfern getié '. » Ceo lur dona et lur promist. 

Pur ceo qu'il nomme cest enfern bas Lui autre renkes que est J deleez 

Lui bons mestres ne creient pas Serra pleisaunt et beaus assez ; 

Que autre n'eit que celui Cil serra des bons crestïens 

Que soit aukes plus haut de lui. Que en cest secle firent grant biens. 

Issi entendent li asquant; Cil aveient argent et or, 

Lui autre vont countredisant Ne treistrent pas a grant trésor, 

— Mes lour chateux, or et argent, 

Despendirent en povre gent, 

— Ne vous desplet pas, beau sire Misterent lour cure et lour désir 

[chers (/>. 75) A pestre poveres et vestier. 

Savoir vodrai volenters Et as bountés de seinte Eglise 

Si Dieux jugera tote gent Ount soi volentiers entremise, 

Tote ensemble ou severaument Et morerent en ferme créance 

Ceo, vous pri jeo, le dites moi, Et en verrai repentance 

Si chekun ert jugé par soi. Et en seinte confession. 

Chi tote celé grant meisné Cil n'avèrent si joye non. 

Serra tote ensemble jugé. Cil avèrent légère jugement, 

— Sachez qu'en quatre compaignies Car Dieux lour dirra doucement : 
Serrent tote gens départies. « Beneite gent, venez avant 
Les bons en deux renkes tôt a destre, « Qui me servistes en vivant. 
Les mais en deux renkes a senestre ». « De mes mais merci en eùstes ; 
Lui premiers renkes et lui plus beaus « Quant jeo avoi feym vous me pustes, 
Que avéra plus de ces aveles, « Quant jeo avoi soyf vous me abe- 
Ceux serrent cil que bien lui firent, [verastes (p. 76) 
Que ceste secle pur Dieux guerperent, « Et en prison vous me confortastes ; 
Qpe pur Dieux misterent a non cure « Et quant jeo fu en maladie 
Pecché et mal et tôt ordure, « Solaz me feistes et aïe. 
Entrèrent en religion, « Et quant jeo fu nu vous me vestites. 
Misterent lour corps come prison, « Pur ceo que ci bien me servistes 

1. Ps. Lxxxv, 1$. — 2. L'idée de ce classement est dans VElucidarium, 
III, 13 (Migne, CLXXII, 1168). — 3. Corr.ert. 



26 



p. MEYER 



« Avérez la joye dissirré 
« Que a vostre oes est a preste, a 
Dunt serrent les deux compaignies 
Eli la grant joye reconselies 
Que ne faudra mes a nul jour. 



En orgul et en tricherie, 

En leccheric et en ordure ; 

Des povers Dieux ne pcrnent cure, 

Assez coillent liveres et mars, 

l:nvers poveres sunt si eschars 



Ou Dieux nous meigne par sa douceur, Qu'il ne pocnt endurer 
Car a lx)n houre fut neez que la poet De rien mettre et de rien doner. 

[estre ! Avarice et conveitise 



— Quai serra de ceux a senestre ? 
Serrent il dont en deux renges ? 
Cornent serrent il dont jugés ? 

— Al senestre, beals douce amys. 
Serrent deux renkes des cheitifs, 
Puan/. neyrs et hidous, 
Dolens, prian/ et angusous. 

Lui premers renkes, lui plus puanz. 

Serra de chaitifs mescreanz. 

Des rcnoie/ et des tranours. 

Des perjurours et des murdlrjisours. 

Que par eschuviment 

Serrent appelez autrement ; 

Cil que mevnen: tote lour \ie 

Hn peccho et en Iccherie, 

Et ne >un: pas de lour décès 

Bien repentant ne bien confès. 

Mes muryen: en moniel peccî::c. ^; > 

Cil :x* serrent mie jugé : 

II sunt iuJ^^ verra: n:ent 

H in.- qil veii^en: ai ;u*:emen:. 

Lui autre renkes os: = asscr n'.i!s, 

IVs cres::er.s mau\-c:s et î'aus 

Qje crc>::cv.s se :\:r:: c:a rrier 



H: fur.: 


se~:bîar: 


SemKa- 


::: t^un:. r; 


Cjr tr. 


:e:r.::>e se 


Car ûî: 


::c c: :.ij> 


Qua-.: 


rjr J ^ -c 


Ne VvVi; 


it::: -i-i- 


Ne :i:rt 


: rien r. : 


NU^ Je: 


^x-JLr::. 



Unt nicinte aime en enfcrn mise ; • 

Par ces est lui monde assorbé. 

Car entre cent n iert un soûl trové 

Qui en droite confession 

De tiele pecché querge pardon. 

Sachez pur voir ceux que tiels funt 

A grant dolour juggé serrent. 

.\ grant ire, ovc dur semblant, (/». 77) 

Lur dirra Nostre Sire atant : 

*< Fuez de ci, gentz desconfiz, 

V Gentz perdue et gentz maudiz. 

.» Quant les miens furrent misaisé 

Ne vous en prist nule pité, 
« Ne feym ne seyf ne ' maladie 

De vous n'ai ' confort ne aye : 
< Alez a deabîes en sa part. 
o A fu denfem que tôt dis art : 
u Aie:/ a la maie aventure, 
c. .\ la dolour que îo: dis Jure. » 
— A î Dieux n.erci, tar.i freiî que sage 
Que ferme planut er. son corô^ic 
Cel jour e: ne ob'.iat mie 
Tar.î corne !ut en cc>:e vie ! 
Mes i::c> ["'.ei' qu-i er. après? 
Purra r.ul î:.r.:r.:c nvurer apre> ? 

S: ::::"":w iv :: autre iorc :;." murrcr 



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NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 



27 

Et ceo nous founi les scimz entendre, 
Benoit soit que ceo livere Tyst, 
Qpe bien le eseoute a bien k list» 
A joye vcignent a grant deïil f 
Et Dieux nous doini sa henison I 



Et ceo [est] reson, ceo me semble. 

Qui ensemble firent les maus 

Lui lowers iour crt commioals ; 

El qui ensemble en ceste vie 

Ôuni b grant joye deservye. 

Bien le deivent ensemble prendre^ (b) Atnen die chekun par noun ! 

5* Miracles de la Vierge^ par Everard de Gatelev, nmine 
de Bmry SainhEdmmd, — J^aifait remarquer plus d*une fois que 
si beaucoup d'écrivains, auteurs de poésies morales ou relt- 
gieuses s'étaient nommés dans le préambule ou â la fin de leurs 
écrits, ce n'était pas par vanité littéraire, mais que leur seul 
but était d'avoir part aux prières de leurs lecteurs'. C*est pour 
Icîncme motif qu'Éverard deGateley nous a transmis son nom, 
nous faisant en même temps connaître qu'il était moine de 
Bury Saint-Edmond. Il nous donne son surnom sous la forme 
Gûhif. je n'hésite pas à y reconnaître Gateley, petite paroisse 
du comté de Norfolk, à quelques kilomètres au sud de Faken- 
ham. Nous ne savons d'ailleurs rien de plus sur son compte. Il 
est permis toutefois de conjecturer, d*après la langue de son 
ouvrage, qu*il vivait dans la seconde moitié du xni^ siècle. 

L'abbaye de Saint-Edmond paraît avoir été un centre litté- 
nire d'une certaine importance ^ au sujet duquel îl serait facile 
de grouper quelques témoignages. Je me bornerai pour le pré- 
sent à dire qu'elle possédait au xiv* siècle une bibliothèque assez 
riche, où ne manquaient pas les manuscrits français, donc Tliis- 
loire a été faite avec grand soin par M. Montague Rhodesjames, 
le savant directeur du Musée Fitzwilliam, à Cambridgc^ Les 
miracles de la Vierge rédigés en vers français^ par Everard de 
Gateley, n'y figurent pas* Je ne pense pas que Tœuvre d'Éverard 
nous soit parvenue dans son intégrité. Tel qu'il se présente 
dans notre manuscrit^ le recueil se compose d'un prologue et de 
trois miracles. Il n*y a ni épilogue ni explicit indiquant la fin 
de Touvrage. Je crois donc que nous n'avons ici qu'un extrait, 
peut-être un jour trouverait- on une copie plus complète. Jus- 
qu'ici celle que nous a conservé le ms. Rawlînson est unique. 



K Vox. Ramania, VJIl 12J\ XV, 396, etc. 

a. Onihe abbey o/S, FJnumd at Bury. I The Library ; H The Church. Cam- 
bridge^ 1S9S* in-S {Cambridge antiquarian Society ^ ^^ publications, 
n» 3txvn). J'aunii à revenir sur ce point tjuand je publierai la description des 
nuv, français de Pembroke ColL Cambridge. 



2© P* MEYER 

Noustie pos.scJonsd*une autre copte qo'un court fragment dont 
il sera question tout à Theure. 

De même que les autres écrivains oui en t mis en vers des recueils 
de miracles de la Vierge j notre Everard se dorme comme uu 
simple traducteur. II écrit pour les illettrés, et assure qu'il suivra 
roriginaUatindaussiprèsqu'ilpourra. Nous verrons toutàTheure 
que cette assertion ne peut être admise sans quelque réservée, 

La versitication et la langue d'Everard ne présentent aucun 
trait notable. Comme bien d'autres poètes français d'Angleterre 
il se permet de donner les mêmes rimes à quatre vers consécu- 
tifs (Prologue, vv. 7-10, 63-6; I, 95-6, 129-32, etc.). Notons 
lesriiîies/fl/^(/mV(I, 3i-2),/tefr^«^-^(^(w:^(I, 45-6), gremus-plus 
(I, 14 j -6), /wi«r^r-/w£r (21 1-2), verseikr^oer (255-6), caer-poer 

(317-8)- 

Le nom d'Everard n*est pas inconnu dans la littérature fran- 
çaise d'Angleterre; on connaît depuis longtemps Everard tra- 
ducteur du Pseudo^Caton^ mais il n'y a aucune raison de fondre 
CCS deux personnages, le nom même d'Everard^ Evmrt^ étant 
fort commun. 

Il y a lieu maintenant de présenter quelques observations 
sur les trois miracles que le ms. Rawlinson nous a conservés. 
La première est Tune des nombreuses variantes du récit ou Ton 
voit la Vierge Marie apparaître en songe à un clerc malade d'un 
cancer à la bouche, et le guérir en lui donnant le sein. La 
variante que nous avons ici est caractérisée par quelques cir- 
constances particulières. Un ange conduit Tâme (ou, peut-être, 
Tâme et le corps ensemble^ dit naïvement l'auteur, v, 151) 
dans un - champ fleuri «^ où était un hcrhkr, c'est-à-dire un 
massif de plantes, composé de vingt-trois plantes, dont vingt- 
deux formaient comme une corbeille au milieu de laquelle 
s*élevait la vingt-troisième. Ces plantes portaient des fleurs de 
diverses couleurs et répandaient une odeur délicieuse. Le clerc 
apprend de Tange que ce champ fleuri est le paradis (v. 98) * ; 

I . Notons en passant qu^ailleurs encore le Paradis est qualifié de m Champ 
fleuri » : 

Son i(«irf a trsp «gregié 

Qjii . 

Fcrt prmdis et champ ^ri 
Ut la gnîit jt>ie oti cît tront 
Q^i Utittctnent Djcu serviront. 

(G. de Coins», Df nmtiuh in flumîm pfiicUîato, v. jtç et suiv*, djns 
Fr. Midid, Chron. df\ dtta df M^rw*., UL 526.) 



riltaMii 



NOTICE DU MS. RAWLINSOX POETKY 24I 29 

c'est le séjour qui lui est réservé en récompense de sa dévo- 
tion à la Vierge Marie. Quant aux fleurs, en voici la signi- 
fication. Le clerc avait coutume de dire chaque jour deux 
psaumes en l'honneur de la Vierge : Deus in nomine (Ps. lxiii) 
et Beati qui suni immaculati (Ps. cxviii). Le premier de ces 
psaumes se compose de sept versets, et de même la plante du 
milieu a sept fleurs. Le second a vingt-deux chapitres, ce qui 
correspond aux vingt-deux plantes qui forment la corbeille. 
Chacun des chapitres a huit versets, soit 176 versets, et il y a 
de même 176 fleurs. Puis l'ange conduit le clerc en un temple 
magnifique où se tient la mère du Sauveur, qui fait asseoir le 
clerc sur ses genoux et l'allaite. Le clerc se réveille guéri. 
L'évêque se rend auprès de lui, recueille de sa bouche le récit 
du miracle, et le clerc, ayant reçu la communion, rend son âme 
à Dieu. 

On connaît trois rédactions en vers français de ce récit, toutes 
trois d'origine anglaise. Je les ai indiquées, en 1886, dans mon 
mémoire sur les manuscrits français de l'université de Cam- 
bridge : 1° la rédaction d'Adgar, qui paraît bien être la plus 
ancienne ' ; 2** la rédaction comprise dans le recueil des miracles 
de la Vierge que renferme le ms. du Musée brit. Old roy. 20. 
B. XIV*, rédaction qui se rencontre aussi, isolément, dans le 
ms. Gg. i.i. de l'université de Cambridge^; 3° la rédaction 
d'Evrard de Gateley, qui sera publiée ci-après. Celle-ci n'était 
point inconnue. J'en avais signalé et partiellement transcrit un 
fragment qui sert de garde au ms. Ee. 6.30 de l'université de 
Cambridge^. Mais alors je n'avais pas encore étudié le ms. 
Rawlinson, et, naturellement, j'ignorais le nom d'Everard de 
Gateley. 

1. Adgar's Marienlegenden.,. hgg. von C. Neuhaus (Heilbronn, 1866), 
pp. 29-37. 

2. M. Neuhaus en a imprimé les vingt-quatre premiers vers dans l'ouvrage 
précité, p. 28-9, pour compléter la rédaction jd'Adgar dont le commence- 
ment fait défaut par suite d'une lacune dans le manuscrit. 

3. J'en ai publié, d'après le ms. de l'université de Cambridge, une cen- 
uine de vers dans le mémoire précité {Romatiia, XV, 328-9). 

4. Romaniay XV, 272-3. J'en ai publié 71 vers, mais j'ai copié tout le frag- 
ment qui comprend les vers loi à 132 (col. a), 143 à 174 (col. ^), 185 à 
216 (col. c), 227 à 258 (col. d). 



|() p. mi:yi:k 

O ipii fMppc loiit (l'abord, lorsqu'on étudie comparativc- 
iiM'iit ccN trois ri'daclioiis, cVsi le rapport étroit qui unit celle 
ii*r.vciin'il iu livil plus ancien d'Adj^ar. Plusieurs vers sont 
iilrnliipii"* iUm les deux textes ou ne diffèrent que par des 
v.nlauies peu intjwrUnies. J*ai relevé en note ces coïncidences. 
Il eni kUum indubitahlc ^u'I^verard a connu et mis à profit 
ru'iivie de son devancier. NUis il y a plus : on peut douter, 
nud^iê rassertii)n émise dans le prologue, qu'Éverard ait, pour 
kv nuiacle, lait us,ij»e du texte latin, doat je donnerai le texte 
toiii ,\ riu'ure, car \\ où s,i narration s*éloîgne de celle d'Adgar, 
elle s'éKù}»ne en même tentps du latin. 

N\ MusvUia, dans ses études sur les Miracles de la Vierge ', 
a NifiuaK' deu\ uvueiU latins, »\ Toulouse et ;\ Cimbridge, qui, 
d'apu\ les nilMÎvjues des ntanuscriis (car il ne semble pas que 
la lenem n\éme des uviis lui ait été connue), lui ont paru 
\\M\i\un TvMi^inal vie Uv^a'^ lèjiende tVanvûse. Cette suppoâ- 
U\M> eM \\avte. I*impvime ici Tun de ces textes, d'après le ms. 
|S : de r\u\UHise, viui est de la sccvnide moitié du xu-* siècle 
eL \iMMen)ei\i, d*une vViiturx^ at\s:laise-\ Après Tavoir copié î 
\\^\\\\H\\\\ îc Tai utuHiNCcn Jeux mss. que M. Musxina nln- 
du{;u' jviv : Muwv hitanniquc Roy. ^. B. XIW toL S2, ec 
IvsIUmvi^^v, laud mise. în^. toK 2 ^\:r' sièvrîc). Les van-inres 
do >vv èc;î\ sv^iMCN >\^îî: vir.s importance, tout de n:èa:e eue 
xv*\v xL: îV^N oU^ v'aîrS:Nii:v\ ^x:î nVa jviru îc nioins corrtxt ic 
V;^^. IVe^ s\^ -v.: v,îs>::::> >o:u dVrUv.:^ ani:!jL:><:\ c: :1 ;:sc rnîs 
i^o\u^'x >;;.c ',c v.irac.c •u;-t:vc:r'C a cc^c r^viic*? w": Ac^';?- 

% -i V •••V »* '^ *•'* ^* vV-%» ^V..« A*^^ » .^ «-V. 



*^ j^ 









NOTICE DU MS. RAWLIXSON POETRY 24 1 3I 

trouve dans le récit d'Adgar (vv. 154, 158), qui à tous égards 
reste plus près du latin que celui de son imitateur. 

(Fol. 84 b) De cancri ulcère sanato. 

Inter cetera namque que cgit diatimque agit mundi Domina Virgo et 
mater Dei piissima Maria, contigit in superioribus partibus Europe quendam 
dericum extiiisse cui cordierat(c) omnimodis Deo sancteque ipsiusgenetrici 
servire ', crescebatque gradatim hoc studium summa dcvotione nocte dieque. 
Verumptamen, ut comperimus fideli relatione, idem inter primos primus 
extitit, divina dispositione, qui horas sancte Dei genitricis Marie ordinate 
atque cum lacrimis persepe, cotidie vero cum maxima dcvotione meruit 
decantare. Propterea a proprio episcopo, precipue sanctitatis viro, prc ceteris 
diligebatur, honorabatur, venerabatur. Sed, quoniam judicia Domini sunt 
abissus multa', quod mirum dictuest, tante sanctitatis tanteque rcligionis vir 
cancri ulcère in labiis percussus est. Mirantur cuncti ejus castitatem, humili- 
tatem sobri-(<0-ctatemque, hactenus intuentes quid portenderet tam grave 
spectaculum. Nam cepit os ejus confestim nigrescere, fcterc, cunctosque 
et eciam sui amantissimos non solum a consortio, verum et a conspectu 
suo longe arcere. Inter hec, sepc ad eum visitandum episcopus advc- 
nire, in ipso adventu quid ageret querere, querendo plangcre, plangendo ad 
infîrraum festinare, morem gerebat. Verum, antequam presens adesset, in 
ipso vestibulo doraus tantus ineratfetor ut, non modo pontificem, sed eciam 
omnes collatérales suos permaximus repleret horror. Sed quia, ut aït divina 
Scriptura, perfecta caritas foras mittit timorcm J, et, ut aliquid de tumiditate 
seculari proferamus, (Jol. 85) firma amicicia ignorât contemptum, obstruso 
ex parte convenientî manus tensione olfactu, venusto gressu cum obsecun- 
dariîs suis pênes infirmum venerandus procedere solitus erat antistcs, illum- 
que considerando, altius gemere, suspirare, aflectum dilectissimi amici ad 
mentem reducere, multa cogitare, pauca dicere, id interdiu agere. Postquam 
autem verus amor nimirum dolorem obumbrans aditum singultanti voci vix 
reddebat, audires, si adesses, vcrba spirituali dulcedine plena, tum consola- 
toria, tum admonitoria, nunc de Deo, nunc de ejus dulcissima genitricicc 
Maria, aliquando scripturis, aliquandoexemplis inter-(/')-sertis. At ubi disccssum 
fieri magis nécessitas quam voluntas cogebat, aderat cunctis ibidem astantibus 
pium cemcre, quociensa venerabili episcopo rcpetebatur ire ac redire, donec 
pieintentioniiminenshorainvisumfmem poncret. Sicquefiebat jamdiu protela- 
tus discessus, cum pontifice amore et merore, memoria ac cura comitantibus, 
cum infirmo vero timoré et horrore, infirmitate ac gratiarum actione cum spe 
vcnie remaneniibus. Verumptamen, cum misericors Deus servum suum a tôt 



1. Le ms. d*Oxford ajoute id agere sludii fuit cotidie. 

2. Ps. XXXV, 7. 

^. E/nst.Jo. I, IV, 18. 



32 p. MEYER 

tantisquc malis eripere eique centuplicatam mercedem reddere disposuissct, 
ductus est in visionem ab angelo Domini,ut credimus, inquavisione magna 
(c) et miranda meruit cernere raultoque majora ac mirabiliora sentire. Acelesti 
namque ductore ostensus est sibi campus omni amenitate ac suax'itate cir- 
cumseptus, in quo viginti très species herbarum formosissiraarum succreve- 
rant. QjLiarum .xx. due ex se octonos pulcherrimos flores produxerant sin- 
gulc, mirabili figura, specie ac décore ; vcrum .xx. .iij. % supra omnes alios 
excreverat média, precelsior cunctis, formosior atque fragrantior. Hec de se 
germinaverat septenos flores ultra omnia balsam.i et pigmenta redolentes. 
Interrogatur itaque duaor quid tanta tamquedelectabilis viriditasgloriosissimi 
campi, quid admirabilis formositas (d) herbarum, quid supereminens jocun- 
ditas florum pretenderet. Responsum accepit eger tam gloriosa visione felix 
hune pulcherrimum campum se pro vite sue mcrito promeruisse. Ceterum 
formositates herbarum, distinaiones esse psalmorum quos in honorem Dei 
sancteque Marie genitricis Domini nostri Salvatoris solitus erat coHdie reli- 
giosissime decantare. Nam .xx. due species herbarum distinctiones illius 
psalmi Beati inmaculati procul dubio preferebant. Herba vero .xxiij. que in 
medio erat sita. cunctis aliis preclarior atque excelsior, psalmum Deus irr 
itomine tuo salvtim pretitulabat, quem in honorem Sancte Trinitatis diatim 
psallebat. Flores (JoL 86) autem pulcherrimi ipsius viridissime herbe, versus 
cjusdem psalmi, septiformem gratiam Spiritus sancti pretendentes, designa- 
bant. Porro octoni flores ceterarum herbarum octo beatitudines prcfigurabant, 
quarum omnium jam particeps esse meruerat studiosa decantatione prcdicta- 
rum distinctionum. His ergo, ad nutum Dei, felici infirmo patefactis, jubetur 
a suo ductore attolleie oculos, et templum quod in proximo erat intente con- 
siderare. Quod dum fieret, accidit mirandum cernere gloriosumque spectare. 
Videt enim admirabile templum totum aureum, preciosisque lapidibus fulgi- 
dum, cujus structura divina pictate composita, exccllebat (h) omnia humane 
mentis ingénia. Ejus namque fulgoret décor omncm mundanum splendbrem 
pulcritudincmque transcendebat. Quanta fuerit in ipsius compositione formo- 
sitas bonitasquc, nec visu facile nec dictu eflabile ulli, nam etiam cor homi- 
nis excedit. Pari ergo condictu illuc properatur. Ductor simul et ductus 
cqua lance rem pcnsitabant; festinatur utrimque. Quo cum pervcnissent 
sine obstaculo, divinus patej introitus. Namque Divinitatis gratia contifauo 
rcs apparut miranda. Cernitur siquidem perpétua Virgo Deique mater sancta 
Maria, ultra solis splendorem inedicibili ' claritatc prefulgida, ac (r) velut 
mater misericordie qucmadmodum gracia, sic et omni dulcedine plena. 
Nam statim miro affcctu comique vultu infirmum ad se vocans, ulnis totius 
dulcedinis eum aniplcctitur, fovct ac demulcet. Et quid dicam vel quomodo 
illud dicam? Etiam, slcut mater dulcissima dilectissimum filium suum lactans, 



1. En interligne : vic^sima tertia. 

2. Ce mot est dans Du Cange. 



KOTiCE DU MS. RAWL[NSON FOETRr 24 1 ÎJ 

prebçi lacu-a ubera simul^ue dulck oscula, non dissïniilî, immo niulto dul- 
dori modo, ilU admir.ibîlîs mundi domina, ceJorum regina, pecc^toruin 
nibcrîcordia, dwld^sima Maria prebet st^rvo suo inûrmo bcata ubera, dulcia 
figii 05cuh simulquc tffunilit hujusmodi meîlea dicta r «• Suge S dîleetîs. 
I' sime fiU, illa (î/) cadem ubera que olim suîtït dulcissimus filins meus, sal- 
it vator raundique redcmptor, doniinus Jhesus Christus, tjuonîam oequaquam 
9. est dlgnum m dîudus infirma sine illa labia qui- locicns dcvotissime michi 
• fudemnt propbetica vefba. » Ad liane igitur dulcissimam vocem diu opta* 
lam cxicmplo înfirmus recepit sanîtatem, moxcjue a sompno cvigUans com- 
mucion oculîs hausit îucem* Sîcque miro et ineffahilî modo mérita ac 
pcfcnntA simui prodlere, ui visu sk et elTectu, Namqué infirmas omnitio 
smos efTeccus, quasi novus homa cunaonim adveniântîum apparu îr aspec- 
Wbus. Fetor autem eci^m tocius domus in odorem siia\'issi'(/i>/. 86)-niiini 
est cofîversus, Divulgabaïur cîrcumquaquc tante rci novitas, difïundicur 
ùbiquc admirabilîs grade Dei veriias. A pluribus ergo certatim ad epîscopum 
f&tiriatur, posîerior quîsque pre magniiudine letîcîe novus estiraatur. Si quis 
igîitir tune prcsens Cûm ceteris ades&et^ in extasî mentis poniificem positum 
^isseamucnarei ^ Qui, multo obsequiocomîtatus, ad dtiectumdericumhae- 
lenus tûfirmum, tuîic fere omnium spectaculum elîectum, quam cidus prope- 
rabat, Dcvmi mîrabilia facientem collaudans, venerans ac prcdkans. Adve- 
nkns atitem propc domom quo predictus vir solito recumbebat sencîensque 
Sliram fragrantîam * odoris suavissimif (b) qyasi ni! ante dictum fuerit, 
^âf^uîos inteiTOgarc, quîd hoc esset inquirere ac ultra quam did fas sit 
iéinirari cepit, ingrediensque domumj mox, ut vidit lufirmum sanissimum 
eiëctiiiTi kbiaque pulcherrima vultumque efus specioslssimum, sursum 
ispîcere, capud movcre, oculos ad celum îevare, ma nus extendere, os in Dei 
budibiïS resolverc» omnes ibidem assistantes ut idem facercnt studuit jabere. 
ikclamare cunctique personare tiniversi cepere. Verum, ubî dau est quies 
^%tltî stuporis, narrât antîstiii beatus clencus oninia que circa eum gessit 
miseTaito divîna» sicque perdpiens ab episcopo, juxta morem chrîstianuiii, 
(tf) postulaca presîdia» samensque Dominîci corporis viaticum/letisstmo vultu 
I>eQ grttias agens^ fatigatum divinis openbus celo reddidit spiritum. 

Bcce qyomodô beatissima Dei genitrix pcrpcïuaquc virgo Maria in isto suo 
Wsdssimo serve legeni totius misericordie plenissimeexhibercdignataest. Nam 
li qtiîdeî misericordie hac in vitadefuit.totuni bcata mater et Innupta virgo in 
té.tsià patria profecto jam snpplevit. Et non solyra ilti, sed etiani cunctis servis 
sois per universum orbem longe lateque degentibus legem misericordie ipsa 
' misericordie cotidieindesinc mer adhibcre non cessât ^* Hoc corporaliter^ 



I, Tout Surge. 

1. Roy. tsHmûTit. 

|. TqvX. fr^hntiam, 

4, Id quelques Lignes (jusqu'à non idum) manquent dan^ le ms. Royal. 



î 



34 ' I'. -MEYHR 

hoc etiam agit spiritualiter. Que est namque infîrmitas, (</) que débilitas, que 
adversitas queejusnonfuerit miseratione curata, sanata, serenata? £ regione 
quistorpor, quismeror,quisdoIor,qui illiusexcitationem^consolationem, revc- 
lationemque non scnserit ? Que tanta corporis incommoditas, que dulcissime 
Virginis et matris domini juvamen non perceperit ? Que tanu animi anxîetas 
quelevamcn matris misericordie non gustaverit? Omnes namque nifînniutes 
coq)oris sanae Ecdesie ejus scimus subventione curatas fuisse Nullus enim 
ipsius auxilium intenta mente querens extitit qui non invenerit. Omnes 
etiam virtutes sancte a se per benedictum fructum beatissimi ■ ventris iilius 
credimus processisse. Non solum et-(/&/. 88) -enim corporaliter defunaos, 
verum etiam spiritualiter omnino oxtinctos, ejus mentis et precibus placatus, 
fréquenter suscitavit Deus'. Rectc ergo de illa quasi de orto deliciarum lex 
misericordie velut fluvius Hufrates dicitur mcasse. Sicut enim Huvius Eufrates, 
qui « frugifer » sive u crescens » interpretatur s reliquos paradisi fluvios, ut 
ita dixerimus, ipso nomine antecedit, non aliter lex misericordie ceteras 
leges, ut pace illarum sit dictum, quodammodo divino spiritualique germine 
precedit. Itaque quicumque divino sanctoque inflammatus spiritu quatuor 
limpidissimos paradisi fluvios in se habere, illosque siciens avide libare 
desideravit, sanctissimam et gloriosissimam piissimamque Virginem et (b) 
matrcm Doxini Mariam, sicut dulcissimam matrem misericordie toto corde 
et ore dignisquc operibus amplectatur et amet, veneretur ac predicet. De illa 
nempe, veluti de ditissinio amenissimoque paradiso omnes .iiij®^ leges, sci- 
licet lex naturalis, lexque Moysi lex quoque sancti euvangelii, lex eciam 
misericordie, quemadmodum .iiij. paradisi Rumina, ut jam fréquenter preli- 
batum est, ad utilitatem totius sancte ecclesie affluentissime prodiere. Prop- 
terea ergo unta umque gloriosa domina ab omni sancta Ecclesia semper sit 
in etemum bencdicta. Amen. 

Je ne saurais dire si Évtrard a traité les deux autres miracles 
avec plus d'originalité que le premier. Ils font défaut dans le 
recueil d'Adgar, qui, comme on sait, est incomplet dans le seul 
manuscrit qui nous en soit parvenu. Le second miracle est le 
récit de l'apparition de la Vierge à Alphonse (Ildephonsus), 
évéque de Tolède, qui a pris place au début de beaucoup des 
recueils de miracles de la Vierge. C'est notamment le premier 
miracle du recueil publié en 173 1 par Bernard Pez, et sur lequel 



1. Ms. beatissimf. 

2. Ici s'arrête Oxford, ajoutant eut }»twr et gloria pcr infiuita seculorum 
stcula. 

5. C'est le sens donné par V Interprétât io nominum hthraicorum de saint 
JMme. 



NOTICE DU MS. lA^XlNSON POETRY 24 1 35 

M, Mussafia a récemment appelé rattentîon*. Je transcrirai 
d'abord le début du texte hitin, d*;Tprcs le manuscrit B, N. lat. 
14463. Plus loin, je donnerai quelques extraits de la version 
d*E\rerardj où l'on remarquera un passage dans lequel lerimeur 
anglais nous fait connaître un usage liturgique de Téglise de Bury* 
Saint- Edmond. 

(Fi"K î) Fuit in Tholeuna urbe quidam arçhicprscopus qui vocabatur 
Hiîdefônsus, religtosus val de et bonis operibus ornât us, qui, inter cetera 
bonofum operum studïa, sancum Del génitrice m Maria m multum diligebat, 
et, ut poterat, omni reverentia eam diligebat. In eu jus ïaudem volunicn 
insigne de ejus sancu virginiiatt, stilo cleganii coraposuit, quod ita eidcm 
sinac Marie complacuît ut illi ipsum Ubrum manu tenens appareret, et pro 
yliopcre grâtias rcferret. Illc vero cupiens eam ahïus honorare, constituit 
ut cclebrareiur solemptiitas ejus singulis annis, octava die unie festlvltatem 
Domîmd NatalïS, ira videlicet ut si sollennpmtas anuntiationis Dominicc 
drca pa^hSÎOEiem vcl resurrectionem Donunî evencrit, in predicto die sub 
csLÛem soilempnitate restitui congrue possit. Qviod sibi ^m vidcbatur justuni 
y| prius ^ncte Dti genetricis ageretur fcstum, ex qua Deuii honio nattis 
vaiit in niundurn. Quesollçmpnîtasin gcneraliconciîio confirma ta, celebratur 
pcr roulurum ecdesiarum loca. Ergo sancta Dcî genim'x ei rursum apparuit 
sedens in cathedra prope altare posita, et vestimcntum sacerdotale^ quod nos 
albam vocamus» ei attutît, diccns : a Hoc vesiimentum de paradiso ftlii mei 
«mili, quo vfârieris m Ùd. et mea sollenij nttaie, et m hac cathedra sedebîs 
qoacido libuent tîbi in ea sedere..,.. 

Le troisième des miracles mis en vers par notre Everard est 
r histoire si connue de ce clerc de Chartres qui racheta sa vie 
di^^olue par sa dévotion spéciale envers la Vierge Marie. II 
était mort assassiné, et les lionneurs de la sépulture chrétienne 
lui avaient été refusés lorsque^ trente jours après son enterre- 
ment, b Vierge apparut A un des clercs de la cité et ordonna 
que son fidèle serviteur fût mis en terre sainte. On le déterra 
et on trouva une belle fleur qui sortait de sa bouche. 



1. Studitn :^u den mifteMterliclxn Marienle^inden, I, 22 et suiv. - voir notam- 
Etietit, p, 24 (extrait des compte rendus de l'Acad* de Vienne, cîasse de phi- 
lûsophie et d'histoire, 1. CXI II; 1S87). Le titre de cette publication est : 
y m, A^miu Bhnnthtkin... vîiû d nveUtimm.. AcuîiitPôilmiis. . . i^^ de mira- 
cmîU ui^lsr Dii ^rniulm Marîjt ,. edîdît R, P. Bernard us Pez, Vienne, 
175;. Cette publication est très tavc. Je l'ai <:onsullée au Musée bntannf4|ue. 



36 p. MEYER 

Cest l'un des miracles les plus répandus. Il fait partie du 
recueil de Gautier de Coinci \ L'original latin se trouve dans 
la publication de Bernard Pez (p. 3 10). Je transcris ici le miracle 
d'après un manuscrit (B. N. lat. 14663) dont la leçon, du 
reste, ne diffère pas sensiblement de celle de Pez. 

(Fol. 6) Quidam clericus in Carnotensium civitate degebat, qui levis 
erat moribus,secuIi curis deditus, carnalibus etiam desideriis ultra modum 
subjectus. Hic taraen sanctam Dei genitricem in memoria habebat, et sicut 
supra de altero retulimus, cani sepissime salutatione angelica salutabat. Qpi 
dum, ut fertur, ab inimicis peremptus esset, scientes eum satis irreligiosam 
vitam duxisse, decreverunt eum extra cimiterium sepeliri debere. Quod ita 
fecerunt, et extra atrium, non uttalem decebat virum, tumulaverunt. Et dum 
illic per dies triginta jacuisset, sancta Maria virgo virginum, illius miserta, 
apparuit cuidam clerico, dicens talia : a Cur ita [injuste] egistis erga meum 
canccUarium ut poncretis eum extra vestrum cimiterium ? » Cui interro- 
ganti quisnam esset ejus cancellarius, sancta inquit : « Ille qui ante dies tri- 
ginta a vobis est extra cimiterium tumulatus, mihi devotissime serviebat, 
et coram meo altari me sepissime saluubat. Citius igitur ite et corpus ejus 
de indecenti loco auferentes, in atrio ponite. « Hec dum ille cunctis enarras- 
set, vehementer ammirati, tumulum ejus aperuerunt et florem pulcherrimum 
in ore ipsius invenerunt, linguam ejus integram et sanam, et quasi ad lau- 
dandum Deum paratam. Intellexerunt cuncti itaquequi aderant quia sancte 
Dei genitrici Marie ex ore suo fecisset servicium quod sibi fuisset placi- 
tum, et, relate corpore ejus ad cimiterium, eum Dei laudibus decenter sepc- 
lierunt. Qyod non solum pro illo, sed etiam pro nobis credamus fecisse 
sanctam Dei genitricem, quatinus tam nos quam hec audientes accendamur 
in Dei et ejus amorem. 

[prologue] (p. 77 b) 8 Q^jç ,e entende et a vous die; 

Quanque est en livere escrit Et pur ceo, al aide le fiz Marie, 

Que seinte Eglise receit et list, Par sa grâce et par sa aye, 

Tôt est fait verraiment, Vous voil le latyn translater 

4 Scignurs, pur nostre amende- 12 Et en romance trestorner, 

[ment ; Les miracles seinte Marie 

Mes vous que latyn ne entendez Que vous ne entendez mye, 

Poi ou nient amendez, Ne ne poez latyn aprendre. 

Si n'est akun de la clergie 16 Les|pussez en romance entendre. 



I. Hdit. Toquct, col. 297; Bartsch et Horning, La langue d la littérature 
françaisis , col . 367. 



NOTICE DU. MS. RAWLINSON POETRY 24 1 37 

Moitz ad a countcr et a dire 

52 Qui les miracles doit descrire 
Que Nostre Dame seinte Marie 
Ad faite et fait en ceste vie. 
En totes les terres de ceo mound 

56 Ou crestïens habitent et sunt 
Sunt les overaignes grantz et 
[bêles 
Et de jour en jour noveles. 
Homme nul ne poet pardire, 

60 Car chekun jour Tad matire ; 
Chekun jour en fait entre gent 
La dame bien et diversement. 
Une partie vous dirrai 

64 De ces miracles, car ne sai 
Pas la dyrae, ne ne saverai, 
Ja pur tant corne jeo viverai. 
Lui autre tant miracles funt 

68 En meint divers leu en le mound ; 
Chekun de eux en sa contre 
Dunt il est sire [etj avowé, 
Mes nostre dame seinte Marie, 

72 Que tôt le mound ad en sa baillie, 
Par le mound fait les vertuz 
Pour ces amis et pour ces druz; 
Pur ceo ne pus pas touz nomer, 

76 Mes une panie vous voil counter, 
Pur le vostre amendement. 
Si me escutez benignement. 



Auxi près come jeo purrai 

Le latin par tôt siwerai, 

Mes tôt ne pus mot pur mot. 

iP' 78) 

20 La reson dirrai car si estot. 

Pur ceo, seignurs, que Dieux 

[beneye ! 

Escutez a moi, quel que jeo seye. 

Tôt soit jeo mauveis et pechere, 

24 Pur ceo ne devez en nulle ma- 

[nere 
Ceste geste aver meyns chère, 
Car la Dieux bcneite mère 
De qui la geste parler doit, 

28 Elle est en chekun endroit 
Si treis douce et si treis digne 
Et si beneite et bénigne 
Que tôt est douçour et délit 

32 Quanque est fait de lui ou dit. 
E jeo, pur Dieux amour, vous 
[pri 
Qpe vous la mère de merci 
Pur moi priez que tiel me face, 

36 Par sa aye et par sa grâce, 
Que jeo pusse dignement. 
Par vostre comune entendement 
Et a son honur et pleiser, 

40 Ceste chose parfumer. 

EvERARD DE Gatelé ay noun; 
Moyne su de seint Eadmon. 
Et pur ceo le di que vous sachez 

44 Pur qui prier devez ; 

Et pur ceo que, si jeo mesprenge 
En ceste overaigne, saunz losenge 
Soit le meffet sur moi tourné, 

48 Qpe autre ne soit nul blâmé. 
Car si jeo mesprenge de rien (b) 
Jeo le vodrai amender bien. 



I 



[Miracle du Champ fleuri '] 

En une païs grant et lee (p. 79) 
Qui Europe est apelé 
Estoit un clerk moltz renomé 
\ Et des touz biens alosé. 
La seinte mère Dieux servi 



I. Je donne en note les variantes du ms. de Cambridge (C.) indiqué plus 
haut (p. 29) et la conférencce avec le texte d'Adgar. Ce dernier est incom- 
plet du commencement, par suite de la perte d'un feuillet. 



67 tant, corr. saynt} 



38 



Et de tôt scn cocr entend i. 
Lui sen'i matin et soir 
8 Ove bon coroge et bon voler, 
De gré en gré montant en bien. 
La dame ama sour tote rien. 
Volcntiers ses oures dit 

12 Et de coer parfît tôt fîst 

Qpanque a son service appent, 
Et molu Tama partîtement. 
Moitz cstoit cil ders privé 

i6 De Tevesque de la cite. 
Et lui haut homme del paîs 
Touz estoient ses amys: 
Lui derk et lui lave gent 

20 Lui amerent communément 
Pur b lealtc et la foi 
Et les biens qu*il out en soi. 
Moltz funt contre lui jugement 

24 Que Dampnedieux fait entre 

[gent: 

Gl que Dieux unt moltz servi 

Unt sovent touz mais ici. 

Et ceux que Dieu nen aiment 

[raye 

28 Cil unt touz biens en ceste vie. 

Ne sai quai doit, ne le pus en- 

[tendre. 

Mes oe voil pas Dieux reprendre , 

Car quaoque il ad en secle £sut 

<^) 
;2 Tôt est scn, reson et drcit. 

Gl derk dont jeo parole icy. 

Que Dampnedieux out tant servi. 

Fièrement enmabdi : 



MEYER 

36 Car une cancre lui feri; 

Enz al lèvres la se asit 

Et tote la face lui purprist. 

Et la mist en tiel dolour, 
40 Le vis comensa aenfiour, 

A nercir et [a] bestoumer. 



Et ces lèvres a purrer, 

44 Que a poine poet la bouche 
[overer. 
Tanz out plaies et pertuz 
Enz en le[s] liveres et desouz, 
Tant en issi grant puour 

48 Que homme en poetaver hidour. 
La meson ou il gisoit 
Estoit tant orde et unt puoit 
Que nul ne poit aval le vent 

52 Aprocher prés de un bon arpent. 
Mires nul nel pout gorir. 
Ne homme ne pout a lui venir 
Pur pueure et l'ordure de U 
[pueure 

56 Que venist de sa purretturc 
Que de ses plaies s'en issi. 
Pur ceo le unt trestouz guerpi 
Ses omys et ses veisins, 

60 Ses parens et ses cosins : 

Lui compaignon et lui serjant, 
Touz Tout guerpi, petit et gront, 

(/.. 80) 

Car chekun out de lui ennuy 
64 Pur la puour que xnent de lui. 
Touz Touni guerpi comunement 



8 la commence le texte d'Adgar : Dr hem cuer r âr bon tv/nV, De p-é en 
(^€ muntant en bien. La Jam* jnut sur tute rien. — 15-16 .\dgar (14-5) Li 
ei^4:4pie de h rite | Lr tint entur sei cum prii^è. — 5N44 j\dgar (25-^1) Ije 
cancre es IfZTes l- Ji-ri Ka peine pout la huche oirir ; 5j char cumtnçai a 

nercir ' Sa huche coruenc4 a emHer, ^ A nercir e a îrcsîunwr,— 45-6 Adgar 

(48^) Tant out plaies, isnt oui pertus Enmi la huciv e eJ iiesus. — S 5 Le 
x-CTS doit être ainsi reta&li : Pur [la' puctn et [/>«'] Tordurr. — t>A 'i'itnt^ 
ici et plu«iloin, pour nu: 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24I 39 

Fors un povere homme soûle- Ceo que Dampnedieux out 

[ment (-cher. 



Qpe une foye y vient le jour, 
6& Tenant son nés pur le puour, 

Et sa viande lui geta 

Par un pertuz ; si s*en ala 

Tant tost de illoek corne il poit, 
72 Pur la grant pour q'il estoit. 

Soûl giseit si feitement. 

Déguerpi de tote gent, 

Tôt denflent et tôt pulent 
76 Et moltz dolurousement, 

Corne dolent et corne cheitif, 

Purriseit sure terre vif. 

Lui evesque del honur 
80 Moltz pur lui out grant dolour, 

Et auzi urent ses amis 

Et trestouz cil del païs. 

Sovent ount pleint et regreté 
^ Sa valour et sa bounté, 

Sa seinte conversacion 

Et sa grande religion. 

Molu se sunt amerveillé, 
88 Lui plusours, si en ount parlé, 



Il sout bien que Dieux dirroit 

104 Quant a sa jugement vendroit : 
« Jeo fu malade et miseisé ; 
« Ne fu par vous revisité. » 
Et pur ceo est al clerk alee, 

108 Que ceo ne lui fut reprové. 
Il fist enccnz pudrer et batre, 
Et prist pael[e]s treis ou quatre 
Et mist carbons ardans dedenz, 

1 12 Et pus après i mist le encenz; 
Si fist devant soi porter, 
Quant dust [en] la meson entrer 
Ou il gisoit, tôt entour. 

1 16 Pur esteindre la puour 

Par le fle[r]our de l'encenz, 
Le fist encenser par dedenz ; 
• Et totes le foye issi fesoit 

120 Quant il le clerk visiter voleit, 
Et molt sovent le visita 
Et doucement le conforta. 

(^ 81) 

Ensamples lui disoit plusours 



Pur quai ceo fut et quai ceo dust 124 Des martirs et des confessours 



Que si prodhomme, que tant eust 
Toi temps esté religïous, 

92 Dust mal soeflfrer si grevous ; (b) 
Mes lui evesque que entendoit 
Lui seint escrit que disoit 
Que Dieux fleele ceux q'il reçoit. 

96 II fut tôt cert et bien savoit 
Qjie Nostre Sire bien lui ama 
Quant issi le fleela ; 
Si prist a purpenser, 
100 Et nul lui voleit visiter, 
Car neint ne osa aviler 



Et des autres seinz que grant 
[martir[e]s 

Urent soeffert pur Nostre Sires, 

Come il soeffrirent grantz tur- 
[mens 
128 Et come il furent pacïens. 

De Job lui demostra 

Come Dampnedieux lui fiaela. 

Et pus le revisita 
132 El de touz mais engetta. 

« Dieux flaele », ceo lui disoit, 

« Touz les fiz q'il reçoit. 



66-72 Ni Adgar ni le latin ne mentionnent le « pauvre homme » qui 
chaque jour apportait au clerc malade sa nourriture. — 72 q'il, corr. qu'i, 
— 75 Corr. enflent, — 79-80 Adgar (35-6) Mais H evesques del honur \ 
Le vint veer par grant dnçur. — 95 Hebr. xii, 6. — 105 Cambridge (Ee. 6. 
30) mtsaisè. — 114 C. eu la m. ci. e. — 120 C. v. le cl. dei'eit. — 132 C. /^ 
engeta. 



40 p. MEYER 

« Et ceux q'il aime il chastic; » 
1 36 I'!t que soi [ncj desperast myc. 

Cco lui dit, mus pacicnt 

l'ui cl socffrat boncment 

Le flacle Dieux car il avereit 
140 Molt/. tost santé quant lui plereit. 

Dampnedieux en poi de houre 

Pur les soens sovent laboure; 

Procheine est la sue aye 
144 A chekun que a lui se alBc, 



Touz de diverses colours 
Que plus olcont doucement 

172 Que espèce nule ou oynement. 
Les autres vint et doux maneres 
De ces autres herbes chères 
Ount des flurcs et ount chekune ; 

176 Entre totes ne out une 

Que autre semblât de colour: 
Diverse estoit chekun flur. 
Ices herbes ensement, 



Ht ou lui maus est plus grevons 180 Ceo nous dit, que pas ne ment, 



lloek pein sa aye plus. 

Cco piert en le clerk, car visité 
148 ÏA nut tôt par sa pité. 

Lin angle lui ad enveé 

Qpe ad Pespirit dcl corps mené» 

Ou le corps ou tôt IVspirit» 
152 Ne set de l'ei» mes ceo quid (^) 

En ,plu$ours lius Pad amené ; 

V.i mcint rien lui ad moustré; 

Mes al daMn se suni entré 
1^6 \\i\ un champ de grant bcalté; 

Toi lui champ tUiri/ estoit» 

Et la dous'or qc venoit 

IVs douces herbes et des tîurs 
ïCH> Surnu"»niout totes savours. 

l'n herbe lui ad mousirc 

Si>n guwur de grant beahé 

Que Si^u ries autres touz lui pU>ut; 
10 1 Vint cl trcis licrbcs y oui; 



184 



188 



192 



Plus fle[r]crent doucement 
Que baume ou nul piement. 

(p. 82) 

Dount dit lui clers a son guyour : 
« Jeo vous requier, pur Dieux 

[amour ; 
« Qu'il vous pleîse mostrer a moi 
« Quel leu ceo est que jeo ci 
[voi; 
« De ces herbes et de ces Hurs 
« Que sunt de tant diversefs] 

[colours 
« Et tant fleirent doucement , 
Cl Si \*ous plest, apemez me ent. 
« Jeo su, certes, moltz desirous 
« De ceo leu uni desirous ; 
« Volenters, si jeo po\-c, 
« A lot temp6 y remcindroyc. » 
Dount respont sauxu nul respit 



Les vint cl deux ercnlt] assises 196 Doucement lui angle, et disi : 
Ewvirv^n Tcrbcr par divises» * Cil beal champ tant ahoumé 

Fî la vintismc tenx ostoit « Parais est appelé : 

ic^ In :ui lu Terber. e: ccîc avoît «^ Tu vendras en hastc yci, 

iSviî moî:.' :Te:> bv.\o> r.urs 2vV^ • C-ar ceo beaJ leu os dcservi 



141-: * l-n JVC d*h<;n: l'heu Ubeune * es un prv?vert>c for: reraaJu. 
\\\; le Kov.\ dv l:::x\. is-.'t ùs /rvT*.. L 47; nîc*3 éiiiticn de FLtwtvj» 
«j* 5M» cîv. — Ui C r*. ."*: — :4% LiX. pius rrwjuer.te e:; rrc»veî:çAl qu'en 
î:aîîxa> .^' 
C Ki-:S- 






:..^ v^ , — 14^ CocT. avec C. Lf i ««fc-* :-'>:. — :c: wrhe, 
: tr.ïCJN - :co [àï r«^::ue d'arrvs C — :oi S^-w.-:^-. C. 



^^^^^^^ NOTICE DU MS. RAT^XmSOX POETRY 24 1 4I ^^| 


^^^^H m Pur ceo que as vesqyi seînte- 




« Chekun chapule en porte cent ^^^^ 


^^^^1 




^^M 


^^^^H « Et a£ gardé neccetnent 


2Î2 


w Chekun erbe ou ni fi u res di vers , ^^^H 


^^^^f m Toun corps tôt temps de kc- 




<- Cent flures cent vers signe fient ^^H 


^^^^ [chérie, 




« En droit des ven le Rur le ^^^Ê 


^B 204 « Et h mer€ DieuK Marie 




[dieot. ^^^1 


^H « As servi devoutement 




<r Ceot et demy et vynt et sis ^^^^ 


^H « Et Tas amé parfitcment. 


2î6 


« I a en vers et Burs de pHs. ^^^| 


^H « Des herbes que veyes yci 




V Chekun erbe et chekun flur ^^^| 


^V to8 p Eotour ccst herber et en my 




« Hendont de soi moh^ douce ^^H 


^^ m Et des Coures tey dirray ; 




[odour ^^H 


^H < Ja mot ne te celersi. 




K Chekun salme et lui chapitle, ^^H 


^H K Qpant tu soleies honurer 


340 


u Chekun vers envers le title ^^^H 


^H 212 « Nosire Dame a ton poer, (b) 




t* Glorie rendent et honour ^^^| 


^H « Tu soleies chekun jour 




ft De soi a nostre crcatour, ^^^H 


^H it DcuKsalmesdireensotihonur: 




V Tu sobies chekun iour (^. 8^) ^^^H 


^H » Luy unf^ est i>j^5 in Tsomifpe 


244 


« Chanter ces salmes en honur ^^^| 


^M 116 m foc me sauf par ta |nté, 




« De Jhesu Crist et de sa mère, ^^^| 


^H <r L'autre est B^^Jli 




V Ht pur ceo, ami et beal frère, ^^^| 


^^K P Qui suni immaculaii. 




« As tu ceo beal Icu descrvi ; ^^H 


^f ** Par ces herbes que ci vee^ 


248 


« Et les herbes que tu veis d ^^B 


220 w Lui salmes sunt sîgnefiez. 




« Douni ja la fiur ne flestirent ^^^| 


« Lui pretniers salroe set vers a 




cr He de lourcolour defauderem, _^^^| 


« Et lui erbe que en mileu esta 




« Pur les salmes que tu chantas, ^^^^^| 


« Set fleures ad colours divers. 


2S2 


it La grant joye en avéras. ^^^^| 


224 A Oir diverse seu ad chekun 




«I Homme ne la poet descrire ^^^| 


[vers; 




<r Ne cocr penser ne bouche dire. ^^^B 


n Luy iutre »d vyni chapitres 




a Mohz deîvoms nous bien ver- ^^^| 


m Et deux ovf tôt diverse tilles, 




^^^1 


« Pur ceo sunt si divisés 


2S6 


Volenters et de bon coer ^^^| 


2%!^ « L^çrbesquc sunt yci plaurxtés. 




Qt Et travailler en seinte Eglise ^^^| 


« Vynt et deux en ad des bêles j 




Nuit et jour aî Dieux servise ^^^| 


«r Entre lot fresche et no vêles; 




« Quan tilnous,purchekunvers» ^^^| 


217-8 tly a trop de syllabes pour 


un 


vers et trop peu pour deux, — ^^^| 


2|o C E fuies f. — a^t 11 faut lire 


huil 


au iieu de ctnt 0à un du vers est ^^^| 


coupè« dans C). Le psaume 118 est d 


ivisé en 2Z paragraphes de huit versets ^^^ 


chacun. Adgar (154-9) Chaàne sahm 


' w*7 


i^rs m ad^ \ B chautu fxrh uit ^^^M 


Jitirs portad. \ Li uit tw5 uit fiun mufient^ 


1 Endreil des wn tes fturs h aient. ^| 


1 Cffil f 4fmi t vint ê su | / ad irrj e 


fiuTs de rîfî pris. — 1^ C. UU fi. ail ■ 


v; cf. Adgar. — ajS Cest-a-din; 176, ce 


qui est en elTet le nombre total ^| 


des versets de ce psaume, — 240 emws, mieux C. e mis. — 250 C, Â ton H 


Jelii titurm suni. — asS-é Adgar (164-5) V^^^^î^^^i dn*um vtruUkr \ Pur ^ 


jwMf Dmi i travailiir, — 258 C. en h D. (. 


1 






J 



42 p. MEYER 

260 « Rent tiel louer a ces serfe. » Seer lui fist sur son devant ; 

Quant lui clerk le champ out veù 296 Autresi corne mestre enfant 



Et son respons en out eu, 
Dunt lui redist cil que le guia : 

264 « Overcz les oils et gardez en 

[sa. » 
11 le fist; ignelement 
Engardat et vit en Forïent 
Un temple grant et raerveillous ; 

268 Unke nul fut tant glorious : 
Tôt de fyn ore esree estoit 
Et des gemmes relusoit ; 
Al ovcrayngne, al entaillure 

272 Averoit mester humeigne cure, 
Ne la bealté ne le pris (h) 
Ne n'en purroii estre apris. 
A cel temple sunt alee 

276 Lui clerk et cil que Tad guié, 
Et quant sunt dedenz entré, 
La mère Dieu y ount trové, 
La douce mère Jesu Crist 

280 Ove les soens illoek sist. 
Coroune de or al chef avoit 
Que de gemmes relusoit. 
Et la sue seinte chère 

284 Resplendisoit de grant manere. 
Car plus avoit en soi clarté 
Que n'ad soiail en mi esté. 
Oyer purrez grant douceur 

288 De la mcre al Sauveour 
Endroit de clerk miscisé. 
Tantost come l'ad avisé. 
Doucement, ove beal semblant, 

292 Lui dit : « Ami, venez avant. » 
Encountre ceo est adrescé 
Et doucement Tad apelé. 



Acole et bese estreitement, 
Auxi et plus doucement 
L*ad beisé par grant douceur 

300 La douce mère al Sauveour. 
La peyne et la purretture 
De sa face et la quiture 
De ses beals deys lui osta {p. 84) 

504 Et sa dolour enswaga. 

Pus lui moustra ses mameles 
Que moltz par estoient bêles; 
A lui dist molu doucement : 

308 « De ces, ami, verraiment 
« Letta Dieux omnipotent 
« Qui pur sauver tote gent 
« Prist char de moi et mort 
[soeffh- ; 

312 « De ces mameles le norry. 
« Et vous, ami, les lettrez; 
« N*est droit que soient messaiez 
«f Les levers que tant me ount 
[loez 

316 « E tant de foye me ount saluez. 
« Molt me avez amé de coer ; 
« Tant [com] eùstes le poer 
« Et volenters me avez ser\'i, 

320 « Droit est qu'il vous soit merci. » 
A la voiz seinte Marie, 
La preciouse Dieux amie, 
Receut lui clerk plenere santé 

324 De la grant enfermeté. 
Ses lèvres out environ. 
Et auxi come de avision 
Rexynt en soi, et tôt entière 

528 Tuma sa (ace a la lumere. 



267-72 Adgar (iSo-^) Un mut mcrvfillus temple ixrit, I Dt or e de pieres relu- 
seit; I Tuitfud de dhine faiture^ \ Rien n*i valdreit humeine cure. — 269 esref 
pour areé. — 296 Adgar (216) Tuit ensement cum mère enfant. — 313 lettre^ 
ou îectrti, pour dhiitere^. — 514 messasei^ corr. mesaisei. — 320 merci ^ corr. 
meri. - ^21-4 .Adgar (238-41) A la i\)i^ sainte Marie, Mult désirée e 
batiuree, Receut il malades santé, j Délivre deenijermtte. — 32s 5/5, corr. (^es- 



NOTICE DU MS. 

Dieux en load et sa mère, 
A haute voyz, ovc lee chère. 
La puour de sa meson 

332 Ou il out ju et enviroun 

Estoit ja tourné en douçour, (b) 
Car plaine fut de douce odour. 
Lui veisins acur[ur]ent 

336 Quant il l'aventure surent 
Et raoltz s'en merveillerent 
Quant lui einz a mort jugèrent. 
Cil que eurent eu tristesse 

340 Eynz pur lui eurent Icesce, 
Et qui eynz lui eurent degeté 
Ore sunt de lui joyous et lee. 
Al ercevesque tost alerent 



RAWLINSON POETRY 24 1 43 

Que estoient en présent 
Loerent Dieux omnipotent 

368 Ove haute voiz et ove bon talent. 

Quant longement ount Dieux 

[loé 

Et la noise est apesé. 

Le clerk lour ad trestout contez 

372 Come lui engle Tout amenez, 
Del b[e]al champ et del délit 
Et des flures que il vist. 
Des bcles erbes et des flurs, 

376 Del odour et des colours 
Que estoient tant divers, 
Et des salmes et des vers 
Les semblances lour ad conté 



344 Et mot nur mot a lui contèrent 380 Que son guiour lui out mostré ; 



Quanque al clerk fut avenu. 
Et il tantost y est venu 
Par moltz grant devocïon ; 
348 Et quant il vient en la meson 
Et 5enti la grant douceur 
Que vient de illoek et la flerour, 
De la mervaille esbay fu 



Le beal temple q'il vist, 
Si come il fut, lour ad descrit ; 
De la dame et del semblant, 
384 Que fait lui out seer son devant, 
Et des mameles q'il letta. 
Et come il fut garry dist lour a. 
Lui evesque fut tant lee 



352 Come homme que eust le sen 388 Que il en plora de pité. 



[perdu. 

Ceo dist [cil] que l[e]enz fut 

Que le evesque nul s'en n'ut ; 

Qpai de joye, quai de pité, 
356 A poi estoit illoek paumé; 

Des oyb plurra moltz tendre- 
[ment 

Et Dampnedieux loa sovent ; 

Pus al clerk dedenz entra 
360 Et tût halegre lui trova. 

Vist sa face bêle et clere, 

Sa bouche douz et entière ; 



Et lui autres touz ci firent 
Qui le counte al clerk oyerent. 
Quant ceo fut fait, lui clerk se 
[mist 

392 A pees le evesque et requist 

Qil le seint corps Jhesu Crist (b) 
Lui donast, et il se fist. 
Et il lui avoit acuminé. 

396 Lui clers se est agenulé. 
En orisons ses meins tendy. 
Et l'espirit del corps rendy 
A meyns le roi de magcsté 



Senti l'odour que venit de lui, 400 Qui par sa grâce l'ad mené 
(/). 85) Al erber delicïous 

364 Et a Dieux grâces rendi, Et a la joye de la sus 

Et tôt cU comunement Que ja ne serra terminé. 



587-8 Adgar (302-3) Et H evesque fud mut lie; \ Plurat de joie et de pitié. 



44 P- MEYER 

l\V| 1*1 DantpiKvlicux, par sa piiê Vct par loi come esi custuine. 

Kl par sa grac« ci son pliser, Jeo parlasse moliz de lui (/. 86) 

I) la nous granie o\*e lui partir. Si il ne me tumast a enuy. 

Amen. M^ il averoit moltz a dire 

Il Qui ses venuez dust descrire : 

^ . , Pur ceo lerrai a vunt ; 
[AuHCVNsr, .\RCHFvi\îiLEDF Tolède] c* a- • j^' 

* ■' Si ne dirrai mes a\-ant 

Ceo lut ia en la dtê Fcnrs \-tani soulement 

Qui Tulette est apdé ; Chose que al miracle apent. 

Tn CfotNx^îi^ue îlloeke esteii Hikietbns prodhomme cs»t: 

Que saînit E^Itsie ^^x-ertKxt. El ses pieres trestous possoit 

IVvllKHimie tut de |r^n: nur.ere : De saver et de clersrîe. 

Kn son temps, ne nKstr artère Ensurv^uetc: de booc vie. 

Ne mv\:i arr« dckes a cet vxir. As biens :o: Dexscs mectox: s'enMcrc « 

N*aw; nul. ceo crvx. nîeilivxrr. Fn vetlesce et en juvecre. 

Hiîdetvxv< e«v>i: ronse, Nule îo>-\i heitc r.'e>:ji: 

Hv>Ktn>e de |rar: nenon>e, Fv?rs ^ui=: xku^bter. :*esot:. 

I\î? x bkr. ^u< ec 1^: awt: Entre aurns rw^s cil >co: iTer 

le rCu* ^ r.'.oessk sf CJC30\^. Anr-i =5cCt ie riiri: c*xr 

Ar:^*s iwîr i:: cUv saint AIphs.>n>e :::i>r.rjjL ur-e fire spé- 
cule i lî Vicrvv. 

wxÇ< >r>^c îe^c*xT^ /. 5* Esc '«i .->i'.--"=x o^ c-i tosL 

V i^'.t:. ^t ^v- a^\*»r.-^ A "it iiiTrc sec serras 

via: a i-Tt-vjw'o* Cec vct g zsrg : . t k- ttic: : 

V: x'* ^ -v^^.^rvor. >les cl ?«s "<i essp-irr: 

S ^«iT -4.1-^ *. si'-^'a^ Ct- ?,-c ji TTCcOi. et- Tr"ac r"Sw. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 

En l'église seint Eadraund : Un autre vice uncore avoit (b) 

Moltz a grant honur le found Que plus grevous assetz estoit ; 

Et touz les moynes en chape sunt Lui clcrs » estoit a démesure ; 

iP' ^^) Trop en ceo mettoit sa cure. 
Délit de femme trop ama 



45 



Et pitance riche en ount. 
Car aunciennement assise 
En la piunce al servise... 

III 
[Le clerc de Chartres] 

Ici comence un miracle (p. 93) 
D'un clerk que estoit de Chartrc 
Quele vie il menoit, 
Et cornent la mère Dieux lui fesoit 

En douce France le régné, 
En Chartres, la bêle cité, 
Un riche clerk jadys avoit 
Qje sage del secle estoit 
Et moltz sa voit de clergie, 
Mes il [sun] sen [n']usa mye 
En Dieux servise come il dust, 
Eyntz tôt temps come il plust 
Ententyfs mist son cheitif corps 
As négoces seculers. 
Pledour estoit et torcenous ; 
Moltz fut tôt temps curïous 
De honur et de avoir conquere, 
Et quant son prou en p[o]oit fare 
De chose q*il a ver p[o]oit, 
Fut a tort fut a droit, 
Ja pur la religïoun 
Ne lerreit un botoun. 
Mohz se fîst en son paîs 
Par son pleder enemys, 
Dount repenter bien se dut 
Car morer pus l'en estut, 



Et trop a ceo se abandona, 

Car une pas ne lui suffit, 

Ne dis ne vynt, mes tant en prist 

Qpe moltz sovent en estoit las, 

Mes saûlé ne fut il pas. 

Car plus s'estendi le désir 

Que le corps ne p[o]oyt soeffrer. 

Iceo clerk dount vous dy 

Que si malement vesqui, 

Solom le codnte de historié, 

Nostre Dame out en memorie : 

Chekun jour salutz lui dist 

Auxi come l'autre le fist 

Dount jeo après vous counterai ', 

Mes le noumbre pas ne sai. 

Uncore le fist il plus : 

De chaunter avoit en eus 

En Tounour la pucele 

Une anth[ï]enc douce et belc 

Dount le romance vous dirrai 

Si proprement come jeo sai : 

« Moltz est faite suef et bêle 

« Les délices de la pucele, 

« La douce Dieux benoite mère. 

u Les files Syon que Tunt chère 

« Quant la virent maiacer (p. 94) 

« Et flures de lys et de roser, 

« Benuré la prêchèrent 

« Et roïnes la loerent ». » 

En la douçor de ceo chaunt 

Si sout lui clerk déliter tant, 



1 . Corr. Licfjers ? 

2. Allusion à un miracle qui n'a pas été transcrit dans le ms. Rawlinson. 

3. Au bas de la page un lecteur a écrit,: 

« Speciosa facta es et suavis in deliciis virginitatis , sancta Dei genitrix, 
quam videntes filie Syon vernantem in floribus rosarum et liliis convallium 
beatissimam judicaverunt, et regine laudaverunt eam. • 



46 P. 

Ou ke il 6it en chemyn. 

Ou a l'oustetou a vyn, 

Ou fut en hait ou fut cd dolour, 

Ja ne chantast ne ncut ne jour 

Rotuenge ne chancenet, 

Ne autre chaunt fors ycest. 

Si out la mère al roi de glorie 

Par toutz jours en memorie. 

Cest clerk out moltz des enemys 

Si corne jeo enz vous dis, 

Car nut et jour lui ount gayté, 

Et une feye lui ount encountré 

En un pas que fut estroit, 

Ou il fuer ne poeit. 

Et la force lour estoit : 

Si Tount occis et Icssé freit. 

Quant il fut ensi occis, 

Ses parens et ses amis 

Le cors de lui en bere misterent; 

Si le portèrent et requisterent 

Les haus clers de la cité 

Que il, purceo q*il out esté 

Clerk aussi corne il estoient, 

Et lour honur demcigrvB freient, 

Tant de honur al corps feïsent (b) 

Que en cimetere le meîsent ; 

Mes la clergie ne voleit 

Consenter en nule endreit, 

Eynz diseient q*il n'out myc 

Clerk esté quant a la vie, 

Qu'il tout jours mené avoit. 

Car il de paien pur estoit ; 

Aillours, ou q'il unques voussisent, 

Le corps de lui enfouissent, 

Car ne fut pas reson ne dreit 

Qil fut mys en leu beneit 

Qui malement avoit vesqui 

Et malement devîé fui. 

Icil preistercnt dunke le corps, 

Si le fouercnt par dehors 

Moltz meins dignement et bien • 

Que ne affereit a crestïen. 

Car. unkes ne out departison, 

PaUr nosUr ne orison. 



MEYER 

Ne messe dite ne chanté, 

Ne unkes n'i out seyn soné. 

Quant trente jours y avoit ju 

Le corps benoît, que digne fu 

D'aver tôt autre honour, 

La mère nostre cher Seignur 

Que de lui avoit pité, 

A un derk de la cité 

Apparust, que digne estoit 

D*aver cimeter beœti; 

Si lui dist : « Pur quai, amy, (p. 95) 

« Avetz vous oeveré issi, 

« A tort vers mon chanceler? 

« Le corps de lui que moltz m'est cher 

cf A tort avetz, ceo m'est avys, 

« Defors cimeterre mys, 

« Et hounte en avetz fait a moi, 

« Que al mercïable roi 

« Mère fu, et n'ert pery 

« Lui clers que toutz jours m*ad servi ; 

Cf Mes a vous soûl ne rette jeo mye, 

« Aynz face a tote clergie. » 

Dunkes dist lui clers : « Dame, merci ! 

« Deraoustrez moi, jeo vous pri 

Qpe estoit ceo chaunceler 

« Que tant ametz et avetz cher. 

— Lui clers que fu, « ceo dist, » tué 

« Trente jours sunt ja passé. 

« Le seintisme corps de lui 

« Est par vous ensevcly 

« Vilement defors cimeterre. 

« Il me soleit salutz dire 

« Devant mon auter moltz sovent, 

« Et moi servi devoutement. 

ft Tost levetz, jeo vous comank, 

« Et saunz demorer facetz tant 

« Que le corps mon cher serjant 

« Soit demayn de meintenant 

<« Translaté dignement 

« De cel leu que est pulent, 

« Et al leu que est benoit (b) 

a A grnnt honur enfouî soit, u 

La chère incre Dieux Marie 

Qpant out dist, s'en est partie, 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24! 47 

Et lui clers ne urga mye, Et les les[v]res ensement. 

Aynz ensemblâ la clergie, Si saveint par ceo la gent 

Si lour conta mot pur mot. Que il en akune guise 

Ceo que la dame dist lui out ; De la bouche out fet servise, 

Et cil se sunt enmerveillé, Tant corne il estoit en vie, 

Molu durement et effreé. A la mère Dieux Marie, 

Si s'en alerent erranment Que ele avoit rcceu a gré. 

Touz ensemble al monument Et le roi de magesté 

Ou le benoit corps de lui Hautement en ount loé, (/>. 96) 

Estoit uncore enseveli. Et pus le corps translaté 

Et la toumbe tost overerent En le cimeter dignement ; 

Et gloriouse miracle virent : Si Tount mys en monument 

Un moltz treis bêle flur A grant honour, et ceo fut droit 

Que reflurcit par grant douçour Quant la dame le voleit. 

De sa seinte bouche crust, Et Dieux nous doynt par sa merci 

Et la lange dont il eust Tele servise faire a lui 

Loé la Dieux beneite mère, Que a nous soit profitable. 

Celé fut trestot entière, A lui pleisible et acceptable! Amen. 

6. Extraits du Manuel des péchés de William de 
Waddington. — Ces extraits comprennent en totalité à peu 
près 3900 vers, soit environ le tiers du poème. Le compilateur 
paraît s'être attaché surtout à recueillir les exemples qui 
occupent, comme on sait, une grande partie du Manuel des 
péchés. Mais il ne s'est nullement astreint à respecter l'ordre 
suivi par William de Waddington. En tête de chaque mor- 
ceau est placée une sorte de rubrique (écrite dans le ms. en 
plusgros caractères) de deux ou quatre vers qui, souvent, sont 
empruntés au Manuel. Je donne ci-après la succession des 
extraits et la concordance avec l'édition de M. Fijrnivall : 

Les extraits commencent par des exemples relatifs à la 
chasteté. 

Seûrté t{est feme tocher {p. 96 ; v. 6063) 
Que chastement se vodra garder. 

Seint Grigore nous ad countee (6073) 
D'un jeu (juif) desbaptizé. 
Un jour, quant par le chemyn ala, 
En une wastaine lui envespera . . . 

Suit, comme dans le Manuel, un second exemple : 

En pecU ne doit en mile tnanere (/>. 98 h) 
Femme aprestre consenter. 



48 p. MEYER 

Un compte ai oî conter (6222) 

Que n'est mie a celer; 

En nos jours avent en Engleterre . . . 

Ce morceau se termine au v. 6304. De là le copiste passe 
au V. 6351 et poursuit jusqu'au 6414 : 
Doter ttâ doit mile rien (p. 100) 
Enchantemeftt bon cresiien, 
Ceo monstra bien sein Ciprien 
Que ne fut nigromancïen. 
I:n Antioche la cité . . . 

Vers 7261-7443, avec un titre de quatre vers : 

Que nul ne doit deî sacrement (/>. ici) 
Del au ter crere autrement 
Fors verroi Jésus clmr et saune, 
Mes qiw en fur me de payn blanc. 
Un counîe de grant autorité. . . 

Viennent ensuite les vers T^Ti-jèii, avec un titre de 
quatre vers : 

Que la messe pœt nu)lt\ valer (p. 104) 

A les mors deliverer 

De lour peyne ou il sunt; 

Ceo vous proverai par un count. 

Seint Grégoire counte de un hom . . . 
Vers 106 5 0-10907 : 

Quant des pecclie^ vous confesse^ (p. 107) 

Im veue au deable vous tole\. 

Et ceo très Inen confermeray 
■ Par un conte que vous conteray. 

Un saint homme jadis estoit... 
Vers II 153-11294 : 

Que nulle faintc confession (p. \\\ b) 
Ne vaut vers Diux un lx>ton. 

Or oyetz un conte que en sarmon 
Oy conter de un prodhom . . . 

I^ fin de ce morceau présente une interversion qui se 
trouvait probablement dans le manuscrit dont le copiste du ms. 
Rawlinson s'est scr\û : 

Lt Dieux al jugement eschamira (/>. 114/') 
Chekun que sainte confession fra. (11 294, var,) 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 49 

Voler faut a les fous, (11 155) 

Et par tant ne sunt assous; 

Que confës sunt font un semblant, 

Mes il font ipocrisie grant 

Qjiant tener ne volent le covenant 

Que tener promettent en genulant. (11160) 

Vers 9647-9739 : 

• Confesseï vous de ton ayndegrê\(^. 114) 

Sauni^ force et nécessité, 
Et par ta botte voIenie\ 
Conter devet^ vostre peccl^é. 

Ceo ne fist mye Achior lui cheitifs (9655) 

Vers loi 27-10262 : 

Bien doit savoir chekun hom (p. 11$ b) 

Que propre doit es ire confession. 

Que autre ne devet^ encuser 

Quant vous vous devet^ confesser, (ici 30) 

Ceo ne fist mye lui phariseu... (10139) 

Vers 10360 et suîv. Le texte ne concorde pas avec celui de 
l'édition, mais se rapproche de la leçon du ms. Harl. 273 : 

Celer ne doit bon crestien(p. iij b) 
Que confesser se vodra bien 
A escient un soûl pecchéy 
Car pur un pœt estre dampné. 

Une foie femme jadis estoit. . . (10363) 

A mal soit il comandé. (10394) 

Uncore vist le prodhom 

Que oy la confession. (10394 var.) 

Ta confession doit estre entière (10339) 

Et ceo en double manere. . . 

Ne ert lui coer apesé. (10362) 

Plus de confession ne dirroi, 

C2ar il suffit, si come jeo croi... (note au v. 11356) 

...Quandoy id est quo tempore, et quanto tempore(p. 119) 

Vers 11357-11994. Cest la fin du Manuel dans le ms. Roy. 
20. B. XIV. 

Après verroie confession (11357; p. 119) 
Doyt vener sainte oureson. 

ia, XXIX. A 



50 p. MEYER 

Confession aime purifie... 
Pnom donk nostre piere, (11991; p. 130) 
Primes al fiz et pus a sa mère, 
Que il de nuz aient merci 
Et nous gardent del enemi. Amen (11994) 

Vers 937-1077 : 

Ceo nous numstre aperUment (p. 130) 
Corne Deus est pitous a la gent. 

Car en un livere ai trové (937) 
Qpe Vitas patrum est apelé . . . 

Vers 1385-1492 : 

Ceo cofite nous dist et amonesteÇp, 1^2 b) 
Que nous gardoms jour de (este. 
En Auveme, outre mer... (1385) 

Vers 19 15-2048 : 

En jugement ne soit donè (p. 1 34 b) 
Faus consail ne cruelté. 

Un conte vous conterai de gré. . . (191 3) 
Vers 2627-2735 et 2617-22 : 

Grant pecché est povres roher\ (p. 137) 
Par un conte ceo p[o}nn ver. 

Deux chivalers jadis estoient . . . (2627) 

Moltz est grève la poyne après, (2734) 

Si come en ceo conte oy avés, (2735) 

Tôt soit ceo de villeignage, (2617) 

A lour arme font grant damage. 

Prendre purrent pur reson, 

Si come lai de terre condon, 

Tant facent pur Taroour Dec 

Que al jugement ne soient blamc. (2622) 

Vers 2221-2338 : 

Encounire la gent malurè (2221; p. 139) 
Qe espusailles unt debrusé 
Une ensample ay trové 
Qe merveille est et grant pilé. 
Outre mer, en un paîs... (2225) 
Vers 2535-2588 : 

Que homme ne doit rien embler (p. 140 b) 
Un conte de gré vous voit conter 



NOTICE DU MS. RAWLIXSON POETRY 24! 5I 

Que en livere est trové 

Que Vitas patrum est appelé. 

Pur ceo vous conterai d*un saint abbé... (2535) 

Vers 2804-2871 : 

Que nul ne doit cotnmuner (p. 141 h) 
Pur nul gain ove le ttsurer, 
Grant peccJjé est, ceo nous moustrent 
Le deus cotttes que ci suent. 

De saint Furci lui homme Dee... (2804) 

Vers 2922-2962 : 

Prover poum par ceo conte (p. 143) 
Que qui se parjure va a honte. 

Un riche homme et un povere contekerent. . . (2922) 
Vers 2995-3077 : 

Meuth vaut fol vou retrere (2995 ; p. 143 ^) 
Que après fol vou folie faire, 
E meuth vaut retrere fol serment 
Que pur tant faire maternent . 

Ceo pust estre confermé 

Par le evangelie Dampnedé... 

Vers 4779-5057 : 

Usurer doit doner pur Deu(^p, 145) 
Ces deners et ces chateux 
Si sa aime voet sauver, 
Omt fesoit Piers tholotier. 

De hii^ par Dieux, vous conterai... (4779) 

Vers 5 103-5 149 : 

Molt^ tst cerlis cil félon (5103 ; p. 149 ^) 
Que pur terrien bien occis un hom; 
Dieux, lui rois omnipotent, 
Vengance prendra grm/ement. 
Lire ay oy a mouster. » . 

Vers 5465-5618 : 

Que povres obtient a lour manger (5466 ; p. 150^) 

Molt se deivent repenter. (5465) 

De ceo un conte vous voit conter (5467) 



52 p. MEYER 

Que ne jet mie a ublier. 
Jadis estoit un riches hom . . . 

Vers 5625-5752 : 

Un counte vous conterai Je gré (5625 ; p. 153) 
Cornent ceo poet estre prové 
Que nul ne doit aver deshet 
Après amoigne ou son bienfait. 

Saint Johan que nomai avant . . . 
Vers 5897-5944 ' 

Cil que vodra contre ester (p. 155) 
Les temptacions de sa char 
Combatre lui covynt forment^ 
Et Dieux lui aidera seur entent. 

Saint Grigoire nous ad contée... (S897) 
Vers 3576-3642 : 

Que Dieux bet detraccion(p. 156) 
Par un counte le proverom. 

Un homme de religion... (3576) 

Vers 3891-3983 : 

Envie est trop grant peccljé^ (3^91 ; P- I57) 

Le deable Vad en monde semé^ 

Ceo poeti saver seurement 

Par grant venjance que Dieux prent. 

Car saint Grigoire ad contée... 

Vers 6755-6819 : 

Que nulle femme deit esteer (p. 158 ^) 
• Entre ckrs en chanceler. 

En la vie de un saint hom (6755) 
Que saint Johan Cristome avoit non. . . 

Vers 6886-6955 : 

En église ne cimetere (p. 159 ^) 
CaroHes ne luttes nul doit faire. 

En le cimeterre * saint Clément . . . (6886) 
1. Corr. Uineraire. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 53 

Vers 6976-7042 : 

Que chose a sainte Eglise baillé (p. ï6o b) 
Ne doit estre mis en secularité. 

Un roi Baltazar estoit. . . (6976) 
Vers 533^-5379 : 

Encountre ceux que trop beiveni (p. 162) 
Ore vous counterai un counte. 

* Un prestre estoit d'un mouster. .. (5336) 
Celui assez ad vie de porc ($374) 
Que en sa glotonie est si hord, 
Qpant le jour prent tant a manger 
Que ceo que pris ad covynt lesser. 
Poi vaut plus teil crestïen, 
Sauve le baptesme, que un chen. (5379) 

7. Traduction du Spéculum Ecclesise de saint Edmond de 
Pantigniy archevêque de Cantorbéry. — J'ai indiqué, dans le 
Bulletin de la Société des anciens textes, 1880, p. 72, plusieurs 
exemplaires de cette traduction, dont l'original est imprimé 
dans la Bibliotheca Patrum^ XXV, 316. D'autres peuvent être 
ajoutés à cette liste : Bibl. nat. fr. 13342, Musée brit. Roy. 
12. C. XII (fol. 16) S Oxford, Corp. Chr. Coll. 36 (fol. 39). 

(P. 163) En le nom nostre douce seignur Jesu Crist, si comencent les 
matires que sunt tuchez en le sermoun que veynt après, rudement endité pur 
eschivre curiouseté, que homme ne lessat la santeté dedeinz pur la curiouse 
favele dehors Les materes sont cestes : Coment home doit regarder son 
estât. . . 

(P. 163 ^) Videte vocationem vestram. Ceux moz del apostle pertinent a 
nous genz de religion. « Veez, fait il, a quai vous estes apelé ». Et ceo dist il 
pur nous exerdter a perfection . . . 

(P. « 59) Ci finist le sermon que saint Eadmund de Ponteneye fist, et est 
apelé Spéculum amicicie. 

Suit Touvrage souvent copié de Méthodius, évêque de Patara, 
imprimé plusieurs fois à la Renaissance sous le titre de Opus- 
culum divinarum revelationum, ou d'epistola de regnis gentium 
(Hain, 11 119 et suiv.). 

I. J'ai décrit en deuil ce ms. dans le Bulletin de la Société des anc. textes, 
1893, p. 46. Par une inadvertance singulière, il m'a échappé que ce traité 
n'éuît autre que celui d'Edmond de Pontigni que j'avais signalé dans le 
même Bulletin treize ans auparavant. 



\ 



54 P' MEVER 

In nomtne Chrlsti, incipît libtr Metodii episcopï Paterensîs et iiiam'ris 
Chrlsti» quem de hebreo et greco sermone in latmum transferre curavit, id est 
dç principio seculi (hîanc; Ure ci inter) régna geodum et finem seculorum 
quem illustm virorum beaius Jeronîmus in cpbtolis suis colla udavit. 

Sciendum riamque est vobb, fratres karissînii, quomodo în princïpio 
créa vit Deus celiim et terram, et per ipsum omnîa créât a suni, et quoniodo 
fccit hominetii et adjutûrein sîbi similem, t;t posuit cas iti paradiso, et vocavit 
nomina i^orum Adam et Evam* . * 

8. Le mariage des neujJiUci du diable, — Ce petit pc^me n*est 
pas inconnu : il avait été signalé dans le ms. Fairfax 24 de 
la Bodléienne (n'' 3904 des CalalogiAt Bernard). Seulement, id 
deux particubntés notables sont i relever, D abord la rubrique 
contient ces mots : « selon Robert Groceteste », qui peuvent 
être entendus en deux sens : la pièce peut avoir pour auteur 
Tévêquc de Lincoln, Robert Grossetète (ce qui en soi n'a rien 
d'impossible), ou bîen elle a été rédigée en vers d*après un 
traité latin composé par cet évèque. La première hypothèse 
semble de prime abord la seule acceptable en présence de ce 
vers du prologue : Saint Robert le îranslata \ En roman^ cum 
orrei:^ ja\ mais ce prologue j qui manque au ms, Fairfax, 
est, en lui-même, assez suspect, comme on va le voir. La 
seconde hypothèse semble mieux s'adapter à l'expression de la 
rubrique : « selon Robert Grossetcte ». Elle ne se changera 
en certitude que lorsqu'on aura trouvé un texte latin du 
mariage des filles du diable portant le nom du célèbre évêque 
de Lincoln. 

La seconde particularité, que je ne saurais expliquer d'une 
manière satisfaisante, consiste en ce que les douze premiers 
vers du prologue, qui en compte vingts sont empruntés à un 
poème absolument différent^ au Calendrier^ ou traité du comput, 
en vers français de Raoul de Lenham, On sait qu'il exisfe de 
cet opuscule, rédigé en 1256, trois manuscrits : un à Glasgow, 
un à Oxford, un à Cambridge '* Tous ont le prologue dont nous 
retrouvons ici les douze premiers vers. L'emprunt est assuré- 
ment singulier ^ A ces douze vers un rimeur quelconque a 



1, Romaniaf XV, 285, 

2. Je ti'ai stîu venir eu ce moment que d'un emprum de ce genre. Une 
copie de VOmur as dama, de Robert de Blois, débute par les douze premiers 
vers du Romaa de Thcbes ; voy. Motmnk, XVI, 39-p. 



I 






KOTICE DU MS. RAWLÎNSOK POETRY 24I 55 

ajouté huit vers pour dire que cr saint Robert » avait traduic 
du btîn l'histoire des neuf filles du diable. Sur un point au 
moins, ce rimeur était ma! informé : Robert de Lincoln n*a 
jamais été canonisé* Il est par suite légitime de concevoir 
caciques doutes sur la valeur de son témoignage. 

Il y a lieu de présenter actuellement quelques observations 
sur la source de ce poème» ouj pour ne rien préjuger, sur la 
fable qui en a fourni le sujet* La faible du mariage des neuf filles 
du diable a été courante dans TOccident chrétien, au xui* 
siède. Je ne sais si elle esC plus ancienne ; ce qui est sûr, c'est 
qu'elle se montre, sous forme latine, dés les premières années 
de ce siècle. Feu Hauréau en a signalé, dans un article du 
jmrnal des savants (1884, pp* 225-8), plusieurs rédactions 
cmpruniées à des auteurs de sermons. Ces auteurs sont Jacques 
de Viîri, Eudes de Cheriton, Adam de la Vacherie. Les deux 
premiers écrivaient au commencement du xiii* siècle, te troi- 
sième dans la seconde moitié du m^me siècle* Je crois utile 
Jetrinscrire in exlemo les textes que M, Hauréau s'est borné 
à signaler 1 

Jaoujes de Vitrî. 

Undc did solet quod dîaboltis novem filLis genuit ex uxore turpïssîtn^ 
(desE (^, et) concupiscentia, que nigra est velui carbo extinctus f>er pra- 
«vraio desideriorum adustiontm,... Ex hiis a utero filiabus octo maritavk 
lotidom gcneribus hommum : Symoniam prclatis et cîericis, Ypocrisim 
moiiKhîs ei faisîs religiosiSp R a pin a m rnîUtibus, Usuram burgcnsibus, 
Doluni mercatoribus, Sacrilegium {^J. sacrilegum) agricolis qui décimas 
àcraus auferutit eccicsiarum mi ni si ri s, Fictum servitiîjm operariis, Super* 
^«03 et superflïiurn mulïcribus. Nonam auïcm, id est Luxurîam, uulli 
*^lyil miriiarij sed unquam meretrix improba omnibus generibus bominum 
î* prostituiï, omnibus commiscens, nullî gène ri hominum parcetis, 

(B. N. lat* 17509 fol 140 vo; Crâne, The extmpJa of }mque% de Vitry, 

Mais Jacques de Vitri a rapporté sous une forme un peu 
différente le même récit dans un autre sermon : 



Diaboiuscoghâiisqiiod.d haberet iilias multas, ex ei s génères haberet quos 
«cum àmitrçx m ïnfernym, duatit Imquitatem, de qua novem genuît filias... 
Jùrîtavii îiaque Symorxiam clero^ Ypocrîsim rcligiosis, Rapinam miliiibus 
(f pfepositis» Usuram burgensibus et rusitcis et divitibus, Dolum mercatoribas 
yt% omnium renim vendentibus, Sacrilegïum agricûlis, Faisum servitium 



s 6 p. MEYER 

famulis et famulabus, Superbiam dominabus. Luxuriam nulli dédit, quia 
omnibus est communis. 
(B. N. lat. 15972, fol. 31 vo. Manque dans l'édition de Crâne.) 

Voici maintenant la rédaction d'Eude de Cheriton : 

Predicta decem vitia dicuntur filie Diaboli. Diabolus ^^nim lepra peccati 
respersus Nequitiam sibi in celo maritavit. H as decem fllias leprosas genuit, 
occulto predictas predictis generibus hominum copulavit : Simoniam clericis. 
Hypocrisiam claustralibus, Rapinam militibus, Usuram burgensibus, Frau- 
dem mercatoribus, Sacrilegium agricolis, Fictionem scrvientibus.... Duas 
ultimas, Gulam et Luxuriam, tanquam meretriculas, omnibus prostituit. 

(B. N. lat. 2$93, fol. 93.) 

Il y a, entre ces textes, des variantes dont il faut tenir compte. 
Dans la première rédaction de Jacques de Vitri la femme du 
diable est Concupiscentiay dans la seconde c'est Iniquitas, chez 
Eude de Cheriton Nequitia.En ce qui concerne les filles et leurs 
époux les différences sont faibles. Elles sont indiquées claire- 
ment par le tableau qui suit : 



J. DE Vitri, I 

Simonia — prélats et 

clercs. 
Hypocrisis — moines 

et faux religieux. 
Rapina — chevaliers. 

Usura — bourgeois. 

Dolus — marchands. 

Saarikpum — agri- 
culteurs. 

Fictum servitium — 
ouvriers. 

Superbia — femmes. 

Luxuria — toutes 
classes d'hommes. 



J. DE Vitri, II 
Simonia — clercs. 

Hypocrisis — religieux . 

Rapina — chevaliers et 
prévôts. 

Usura — bourgeois et 
vilains. 

Dotus — marchands. 

SacriUgium — agricul- 
teurs. 

Falsum serviUum — ser- 
viteurs des deux sexes. 

Supfrhia — dames. 

Luxuria — toutes 
classes d'hommes. 



E. DE Cheriton 
Simonia — clercs. 

Hypocrisia — moines. 

Rapina — chevaliers. 

Usura — bourgeois. 

Fraus — marchands. 
Sacrilegium — agricul- 
teurs. 
Fictio — ser\*iteurs. 



Gula I — toutes classes 
Luxuria \ d'hommes ». 



Dans notre poème Tépouse du diable est Mauveisté (v. 22), 
ce qui correspond aussi bien à Iniquitas (J. de Vitri, II) qu'à 
Nequitia (E. de Cheriton). Les filles sont Simonie (prélats), Ypo- 



I . Ccst sans doute par erreur que Superbia est omise. 



NOTICE DU MS. RAWLTNSON POETRY 24 1 57 

nisù (moines), Raxnne (chevaliers). Usure (boorgeois), Triche- 
m (marchands) j Sacr ikgc (ïaïc^), Faux servie f (prévôts et bail- 
Iis)j Orgueil (dames er denioîselles), Lechnie (commune à tous). 
Le texte d'Adam de la Vacherie auijuel renvoie M. Hauréau 
est peut-être altéré. Uauteur annonce six filles, mais en réalité 
il y en a sept, puisque l'Hypocrisie et l'Envie (cette dernière 
ne figure pas dans les textes précédents) sont rangées sous un 
seul numéro, le cinquième. Voici le passage : 

Diabolus ses filias habet, qtias alîquîbus nupsit. Prima est Rapina, qmm 
oypsil niïlilibusî secunda UKira, burgensibus; lertia Dolus, mercatoribus ; 
quaiU Superbûi, clericis; ^uinu Ypocrisis, et Invidia, nupta tst daustralibus, 
Lusumm vero nulli itupsît; hec enitîi pestilundà omnibus est communis, 
que imrat castra militum seu cobiliiïm, subintrat muros monachorum, 
penelrai cimeras ckTkorum, seiies infestât, juveiies inquiétât, îta ut non dl 
qui se ibKondai a caJore qus, 

(B. N. iûU I4947t foi 20<^d,) 

Je laisse de côté on morceau latin publié par M. Hauréau 
(^Natîas d fxirmts ik qq. mss. latins, IV, 135), où il n'est ques- 
non que de sept filles ; Simonia et Hypocrisis manquent. 

Le Mariage des filles du diable est devenu tellement un Heu 
commun pour les clercs, qu'il a été mis en mauvais vers latins 
qu*on trouvera au début du Florilegium Gottingense^ : 

Démon Nequitiam nu psi t, de qua Symoniam 
ÂjC alias natas gêner ave rat, ocio ju gâtas : 
Clero jngatur a Symoûc que vocitatur; 
Traditur Ypocrisb personîs religiosis. . . , 

Rien à remarquer sinon que le Dolus de J* de Vitrî (Fraus 
chez Eude de Chéri ton) est remplacé par Perfidta, et que 
Fastus est substitué à Siiperbia. 

Il est assez difficile de savoir si cette conception bissarrea pris 
naissance sous forme latine ou sous forme française. Je présume 
qu'originairement tous les noms des filles devaient être féminins ; 
noois, que nous prenions pour poitn de départ le latin ou le 
français, nous rencontrons des difflcuhés. Dolus^ à la vérité, 
peut être remplacé par Fr^/^j (E, de Chcriton), et, à la rigueur, 
Ficîum servit ium par Fictio^ mais Sacrikgium est embarrassant- 
Et si nous supposons que les filles du diable ont reçu originaire- 
ment leurs noms en français» Orgueil est une pierre d'achoppé* 



I. Publié par E, Voigt. RomanisdM Forscbuf^etît 10, aSi et suiv. 



i8 p. MEYER 

ment; Stiperbia convient mieux. En somme, j'incline à croire 
que ridée du mariage des filles du diable a d'abord été conçue, 
sous forme latine, par un clerc. 

Il reste à savoir si c'est dans l'un des morceaux latins 
transcrits ci-dessus que l'écrivain anglais a puisé la matière de 
son poème. Assurément il n'est nullement impossible qu*il ait 
eu simplement sous les yeux ou duns la mémoire le court 
exposé de Jacques de Vitri ou celui d'Eude de Cheriton, et 
qu'il ait, par voie de développement, fait sortir tout un poème 
de ces quelques lignes. Mais il se peut aussi qu'il ait existé 
entre le sec récit des prédicateurs et l'œuvre anglo-nomiande 
un opuscule latin où auraient été exprimées, ou au moins indi- 
quées, certaines des idées développées par l'auteur anglais. Je 
ne fais pas ici une hypothèse en l'air. Sans doute je n'ai pas 
trouvé le texte latin dont je suppose l'existence, mais il existe, 
dans un manuscrit provençal du xiV^ siècle, un récit du mariage 
des filles du diable, qui est visiblement traduit ou abrégé du 
latin, et qui offre avec le poème anglo-normand des coïnci- 
dences qui ne sont certainement pas accidentelles. Je vais 
transcrire ce texte provençal, que j'ai signalé pour la première 
fois en 1866 ', indiquant en note certains rapports très carac- 
téristiques avec le poème. On reconnaîtra, je n'en doute pas, 
que ces deux textes en roman sont l'un et l'autre dérivés 
d'une composition latine qu'on retrouvera peut-être un jour *. 

Aissi dejotz'^s onscc cossi lo dyable près molhcr, a la quai donet ho atri- 
buicj' Iniquitat. Ed'aquesta molherel ac .ix. fîlhas,c las .viij. el donet ha.viij. 
maneiras d*omcs, c la novena no donet a un especialmcn, mas vole que amb 
iota maneira d'ornes torniques. — - La prumeira filha es Symonia, e aquesta 
lo diable donet als prelatz, e no tan solamen als prelatz, mas atressi als laies. 



1. Dans mon premier rapport {Documents mss. de Pane. Httér. de la Franu^ 
p. 64). 

2. Je mentionne pour mémoire une autre rédaction provençale du Mariage 
des filles du diable, qui a été publiée par M. Chabaneau, d'après un manuscrit 
du XI v« siècle, dans la Rn>ue des langues romanes^ 3c série, XII, 2x8. Cest 
une simple énumcrati^n où il n'y a rien de notable sinon que TOrgueil 
est marié aux seigneurs, « als senhorejans ». Les dames n'y figurent 
pas. 

3 . Ne faut- il pas suppléer [nom] ? 



KOTTCE DU MS, RAWLÏKSOK POETRY 241 59 

— La segyonda filha es ypocrisis, c aqticsta cl donct als religios» e nlsso $0 
jquels que pono vcstidura d*cylhas de fora ^ e dejoE^ so lops raubadors *. - - 
U tem fiîba es Rapirta, e aquesta cl donet als cavalhers. Aqyetz no volo 
luiir neguna causa de Dieu^ jaciaissû qm la ft^s sia> d'austr e d'emendre. H 
dcvo Wbcr los cavalhers que si prendo alquna causa de lors subjeu^ û no 
àitâmnvr^ servîsls, ho per causa rajonabîa de sttsiansa» coma per guarnimen 
dt vîU ho coFiira SOS J enemics, (|ue d peca mortâlment coma si prcn per 
vatîduras precîosas *, ho per cotuprar cavals, autras cauias. E aquesta 
filha lo dyable estcndct als preoU ' que amoDesto lors senhors a far talhas 
per m que en paesco akuna causa detraire. E per so ts recomtat que to un 
pfeosi que demander talha ha uni velha, e ela li respos que el, Tan passât, 
IKiavïi fah vendre quanquç a via, ero no Ihî a via ajudat ni aprofechat, si que 
la vdb vî que lo sin'en del preosi la perseguia per la talha, e va Ihi dire 
qu< inuv^ en sa majo e que prefes si re hy trobava; e lo sirven va s'en 
imm CÎ1 la majo, e va trobar una vata, del lah de laquai vaca Ihi enfan de 
h vclhi ej * nojriti, e va Ten mcnar, e adonc la velha cridet els en fans plo- 
RTû K mdero, de que poirio viure d'era enan, si que la vaca fo amcnada al 
pàNjii? c quan b preosi la vt, el la ktz aussirre, quar era mot grassa, si que 
4t pmmier morsel qu*en manjava, el se va estranguolar. E so Alqus prestres 
^uc per far caniar un a messa absolve lals cavaîhers ho preostz» mas a venat 
ith se plus liatï que no so absoha, C^) quar h auctoritat diu que no es 
rcm« lo pecatjt si hom no lama so que hom fie] de Tautrus. — La quarta 
filha c* Usura, e aquesta donet aïs borges, Ihi quai so seniblans ha b symi, 
«Hnr ta s^-mia ', quan tem esser preja, lo symito que plus a ma prcn e met 
locnin; sus bras, e rauire symilo que meîns ama pren c porta ïo al col ; 
c quin *e apropian • aquel que la vol penre^ e eïa voï gîtar desobre se lo 
Jymito que porta al coi, per so que ane plus viasselramen, mas lo symito la 
^tTTSSSi si fort que e neguna maneîra ela no lo pot laîssar, e adonc ela es 
pï^. Aîssi es del usurier, quar la causa que plus ama met denan se, e aisso 
o 11 pecunii, e so que meins ama e el met detras, e aisso so îos pecati que 
(wt*aï cqL e quan se apropia aquel que io persee, so es a dire lo dyable 



ï' Cf. le poème, V, 106. 

t* Paraît corrompu . 

î' îd et après, Técrivain a oubïié que le sujet est au plurieL 

4* C£ V. 190- 

5' Cf* V, 197. 

6. Côrr. ero, 

7- Cf, V, 323, Ce qui suit est une fable antique qui a êié bien souvent 
ttprodtiiïe an moyen âge. Voir dans ks Cmki de Bo^on la note sur le § 42, 
Aux tottcs cités dans cette note on peut joindre un exemple de Jacques de 
Viïri (Cfanc, The Exempta of Jacques de VUry, n9 X3£v). 

8. Corr. ûfr&pia. 



60 p. MEYER 

ho la mort, el vol laissar los pecatz ; empero la pecunia el embrassa estre- 
chamen, e vol mot volontier satisfar dels pecatz, mas que no satisfassa a 
aquels de que ha agut l'autrus causa per extorsio, mas tôt en darrier, quan 
s*apropia la mort d'el, e el so que plus ama laissa, vuolha ho no, e mor; 
e aquo que porta sobrel col, so es assaber los pecatz, aissi fort se teno amb 
el que aprop sa mort Ihi fan compania a anar en ifern. — La quinta fîlha es 
Perfidia, ho barat, e aquesta donet als mercadiers, quar Ihi mercadier au .v. 
maneiras de pecatz. Lo prumier es messorgua e perjuri, e per so es escrit 
que la boca que ment aussi l'arma *. Lo seguon es falsa mejura. Donc peis 
e peis e mejura e mejura so causas abominablas a Dieu. Lo tertz es quan lo 
mercadier en aisso que ven sap barat, e lo sela per so que miels ho venda. 
Lo quartz es quan ven alcuna cau^ per bona e no ho es. Lo quint es quan 
alquna causa ven plus cara per lo terme de la pagua que no feira si fos 
paguatz de presen. — La scjena filha es Sacrilegi, la quai donet als escolti- 
vadors que reteno las causas de la Gleja ho las décimas, quar sacrilegi es 
quan alqus osta so que es (c) de Dieu. — La .vij». filha es Furt, ho fais 
servisi, e aquesta donet als sirvens, quar alqus so que no guajanho mas un 
denier, e levo en dos ho très. Aquetz emblo la meitat. Aquetz so trans- 
gressors de la fe vas lors senhors e subtraho ha lor lor servisi, pecan avora 
amb las filhas del senhor, ho amb las sirvcntas. — La .viij. es Erguol ho 
Superbia falsa, ho sobrefluitat, c aquesta donet a las femnas, quar elas volo 
aver diversas e caras vcstiduras e omamens, e alquna vetz se penho la cara e 
ajosto se amb aquels que no deurio, e vau amb pôma (?) ho amb erguol, e de 
la coa alquna vetz de lor vestidura elas ameno pols^ Donc s'endevenc que 
un sainh home vi rire un dyable, lo quai aqucst s. home va enterroguar de 
que vesia ; el dyable ditz Ihi que sos compains cavaiguava sobre una coa 
d*una vestidura de dona, e la dona, quan es venguda a un luoc fanjos, ha 
levât sa coa, el dyable es cazutz ella fangua e es se totz errojatz >. — La 
novena es Luxuria, e aquesta donet a tota maneira de gen. E ditz S. Bernât 
que luxuria es defenida en aissi : « Luxuria es sécréta dilectio, pauc durabla, 
e es amareja totz tems durabla, laquai ayra la lutz e degira escurdat e 
demanda cobrinien e vacua lo cen. » 

(Musée britannique, Add. 17920, fol. 6.) 



1. « Os autem quod mcntitur occidit animam. » Sap. i, 11. Cf. le 
poème, v. 310. 

2. Cf. V. $6$ et suiv. 

3. Pour ^rro^j/5 (Raynouard, V, 113, enrosar). On sait que dans ce ms. 
le i ou 5, entre deux voyelles, est généralement remplacé par/; voir plus 
haut rajonabla^majOy mejura^ etc. C'est un caractère de la langue du Rouergue; 
voy. Rev, dès L rom., III, 35$. — L historiette ici contée a été souvent mise 
à profit par les prédicateurs ; voir Crâne, The Excmpla of Jacques de Vitry^ 
no ccxLiii, et les notes 



NOTICE DU MS. RAWLlNSON POETRY 24 1 6l 

Le texte <)utsuit est accompagné des variantes du ms, Fairfex* 
Malheureusement, comme on le verra, ce manuscrit est fort 
incomplet : il y manque plusieurs feuillets *, 

(P. Ï96) kl cof fiancé un treti^ €ùmeftt h Par cco de liel chose vous dirray 
dêMt màriacts îKfiltsagrnt dumleti 12 Do un! vérité voua monstr[er]ay. 



4$ $dnk Egihi, sdom Robert Grocdisie, 
De gestes ne voiî [pas] chautiti^r 
Ne des voilles estories eounter, 
Ne de k VjîUâQCe âs chivakrs 

4 Qaejadys estoient si fers. 
De poî dire tendray moitz; 
Et d'autre part auxi me dout 
Que taunt preisase lur valour 

5 Que tenu fuse pur m en tour ; 
Car mçyntes su m counié fabîes 
Que ne suni pas tou« véritables. 



Sayui Roben le translata 
En romanz cum orret^ ja ; 
Hors de latym le iist atrere 

16 Pur ceux que ne se vent guère 
De la force dç dergye ; 
Pur ceo le fyst, De dutez mye. 
Pur les layes meutb encenser 

20 Cil le voi lient escoter. 

Le deable se voteyt maryer : 
Mauvctstii prist a sa mulier* 
Bien la pus t il esposer 



I. Le ms. Fairfax 24 est un petit livre (190 mm* sur 125) dont les 20 
pfcmîers feuillets sont d*une grosse écriture des dcmiiires années du 
xm« siècle ou des premières du xive. 11 contient : i«> k début de la chronique 
de Pierre de Langtoft ; voir Tédition de Th. Wright, p. XXV, xxvj; 2^ (foL 
1$), Le Mariage des filles du diable, précédé de cette rubrique : Isk Iraciaius 
ikiii^ de mariîùgiû «otvw filtamm DiahùU^ qualittr if>st Dtahoim ât4iî ttttam* 
fuamque filiam stmm gmiihui dk'crsifnodis ^ front alia àniarabitur litigtiâi 
maiéria %uhsequmt€i ?" (foL 19) La ^îtiutt par tntre misstre Henry de iMy^ 
cmmîi de Nyâmh ^ et sire Waukr de ByMesworîhe, pur k croisme en k 
Tfwri lûmte. C'est une tenson de six couplets {a^ aab hha bba) qui a été 
pabii6: par Fr. Madden, dans les Rth'quix aniiqtLr de Wright et HaîliwcU, 
1, ijt'j. Pour d'autres compositions de Gamier de Biblesworth (Bibbys- 
^worth, Hertford),voir Romanm, XII J, 501, $; 1*2. Le reste du ms. est d'une 
écriture postérieure d'un demi-siécle environ. Cest une compilation fran- 
çaise d'histoire saime que je n*ai pas examinée de prés. 

2-î Suppr* Jej, de. — 4 Après ce vers, deux vers du prologue sont omi^, 
— 5 lendray, iï faut crendrtie^ comme dans le ms, d'Oxford. — ^ptif* mieux 
m dam les autres mss. — g Corr., d'après les autres mss., Qiti mut 1 a cotttes 
#/. — toteu^y qui nsanque dans les autres rass., rétablit la mesure. — l'j h 
fisi atfwe ne veut rien dire de fflus qu^ k tntisi ; on a beaucoup d'exemples 
de fain employé comme auxiliaire^ de même que Tanglais do. — 21 Ici 
commence la leçon du ms. Fairfax dont je donnerai les variantes principales* 
— 1| F. 5 ait poui il prendre satii bkine, \ Car autieu seignttr autiek dame, \ 
iî la poiu him e. 



24 SsLQtiâ êfmic a desparagt^r, 
De c^te .m. Ses engendra 
Et di^fers£mcnt teï wàih 
Les Mï}. à diverse geiKi(è) 

38 Pur encrestie ces parentjt; 
Mes la no^yme a iiuly dona^ 
Eynï a estre commune la convmda 
A cl ers et a religious . 

32 As lays et asaUres touz, 
Com après vous orre* 
Ci escouter ïc voulktx. 

La premere fi lie est Syraonye 

36 Que asseï regiîe ore eo ceste vie ; 
Moîu aymc !e deable ore ceste fîïc, 
En droit de soi U tyïii gentille ; 
E pur ceo que ele lui est tau nt ch erc 

40 L*ad mar)'ê en tiele manere. 
Ne ta voleit doner trop bas, 
MH marv'é Tad ore as prelas 
Que ac hâtent et vendcfnt) saynt 
[Eglyse; 

44 Si la soleieiit en meytiie gutse. 
De cco se garde le vendour, 
Cdr copablc est ove le achatour, 
Ove lui preîaiet si il le fait, 

4$ El en meisme b sentence yl chct. 
Mes ore cscuteit dés uns prebtz 
Cum sunt deceujE et pris en Isa. 
Il moustrent une fayni alHauncc, 

S 1 Que faire le estent par acoy n ta u nce, 
Com par requestedegrani seigneur 



*KYEK 

Dount harroyent perdre k amour, 
Oîii oyeu com apertcment 

Le dcable enveglist ceste gent, 
Quant plus ne doutent coroucer 
(fi. 197) 
Un îieî ùus seigneur seculer 
Qjk: pur graver celui justice 

60 Que mérite rende et servi se 
Soloni ch«klliie désert t 
Mt^s veez cy cleW«f>'Ê apert, 
Ou yl quident que Dieux soit sol, 

64 Que ja ne fra meucit>n nn oaot 
De trayson que lui est tait. 
Si fra, hh yl» si DieuK me ayt I 
Tiet home cl tiel temps vcrroms 

68 Qjje asset sage îe tendroms. 
Uncore ne deîst estre ubiié 
Corne ceste ftîe est demenè 
Dvs chivalers et franc tenant 

72 Que patronages sunt daman z ; 
Ceo est k entente des tieb patrons 
Pur avaunci-r fa us bricons 
Des biens que esioieat ordeynés 

80 Pur estre franchement donés 

As ceux que vodrent Dieux server, 

Noun pas pur rid^escet pur eux 

[rycher. 

Ne que duscoit lu r parent regarder 

$4 Si il ne les velssent le pïus valcr, 
Auxi com fount or cil rocour (?), 
Cil losengter, cil courteour, 
Que estranglent sainte Eglise 



I 



î|-4 F* Cum a^i$ vus en àirrmm \ S'tnimdre voillii les raisoum. -* 
j7^ Manquent dans Fairfax. — 39 est, F. fuît. — 40 F* La maria, — 44 F, 
la soilknL — 45-7$ Gcs vers sont remplacés dans F* par ceux*d : Mes la m 
ditmùTt pas suhmtnî \ Car es lays je fUeni soveni \ Qui recnveni les beaus dmm, 
— 56 enuegUr. aveugler; cf, e>twi§ieys (corr. enveigiis) v. 90, et levocab. des 
C&niiS df. B&iort SI3U4 envtefier, — 66 fait yl ne se comprend pas ; |îeut-^re 
manquc-t'il une paire de vers dans ce qui pnêcède, ^ Si F. N. p, pur riches 
pitis enrichir, — 85-96 Ces veri sont remplacés dans F* par ceux-ci, qui sont 
les vcn 4 s 'S du ms, Rawiln^on : Ik ao si garde li vendeQur^ \ Cur wuptéUs 
ai ûd k ^hilouF | Ou U prêtait ^^ ^ '^^1 I ^" melmes ceo ia^ cUei. 



MOTIŒ nV M$. KAWLIKSON POLTRY 24 1 éj 


J 


8S Par loar âount en maynte guise 


124 Si q ue de concience rien rcmorde. 


^^H 


Et pir k's presens de grant pris 


As tiels n'ad le d cable pouer 


^^1 


Doum plusours sum envcïgleySs 


Geste sa file a marier. 


^^^1 


Et p&,f pensions cnsemcnt 


Uncore purrct^ ver al très asseu 


^^^^^^H 


92 Douni par m freticnl la genc* 


1 28 Qpe ceste file ouni marieiz i 


^^H 


Sî rount mysa jnarchaundise. 


Il y ad tel homme, saunz dotanœ, 


^^H 


La chose que ad si hautu* frauci- 


Ke saint homme pert par pe- 


^1 


[chyse 


[naunce : 


^^1 


Que bîçn soleitestre cstablyc. 


Volenters va au mouster. 


^^H 


96 Hore agardcE dame Synionye 


r îi A pa}ii et ewe vu et juner ; 


^^1 


Com ele va par loi r^gnaunt, 


Mes savetz pur quai ensî le hhl 


^^H 


DouDt le doyl est fort et grant. 


Le loos du secle a lui attret, 
Si ne le fait pur autre mente. 


^1 


1 Li &cciirîdc,ceoest Ypocrisyc ; 


136 Hore agardetz cel ypocrite 


H 


' too Molti ad Ycele grani baillye. 


Com il ad grant travail perdu. 


H 


1 Ceste fiie que bien veom 


Car le bwer que ad attendu 


^^H 


Est marié en religion 


En cel secle Fad receû. 


^^H 


De ky en escrit trovorn 


140 Quant yl fait pur los aver 


^^^H 


1 t&l Que vynt de relîgioiï, 


Des gentz, certes, en nounchaler, 


^^^^1 


Gcnçir an habyth nc>TS et blauns. 


Tut ad perdu que ad irai^llez, 


^^^H 


Et dedcos sunt fows rapisauns* 


Car tant com plus ad fait, ceo 

[sachez, 

144 De penauncc ou de akre bounté, 


^^^^H 


Vous entendrez quant rouler, 


^^^H 


10^ Soit jacobin soit cordcler. 


^H 


Qp'est ensoté par cnvîe» 
Par coveitise ou leclierye 
Ou parorgtil ou par ire, 
I ï a Batidement ie purrctï dire 


Pur esire îssi guerdoné, 

Taunt plus avéra de peyne après, 

Car tôt cel oevre perde adees. 


1 


Qiie n'est moyne, aynz est debîe. 


148 La terce, ceo est Ravyne. 


^^H 


Ceo ne tenetz ja a table. 


Moltz est ore amiî b meschine. 


^^H 


Cir la goune que est dehors 


Moïtz l'ad chérie son piere ; 


^^H 


1 16 Ne £ut si noun covere le corps, 


Si Tad endroit de soi si chère (h) 


^^H 


Et dunke, si la altne soit des^vert» 


15a Que sa nobleye taunt enhaunça 


^^1 


Deux ceo peut plcyndre de sa part 


Que a ctiyvaïcr[s] la marya. 


^^H 


Nus q 'il pone tiele signe, 


Ceo fait apertcment moustrer 


^^1 


110 Que a sa vie ne atyngne. 


Par ensample âssetx der : 


^^^1 


Car la chape ne b gouuc (>. 198) 


1 56 Qpant le chïvaler voit al muster, 


^^1 


Ne fait pas religious perso une; 


Le corps vypt tut sanz !e coer. 


^^H 


Mtrs q ua ni l e hùbyi au sac se acorde , 


De Dieux voet oyer akiine chose, 




99 f.Lai. filk tst. — 100 F- Que malt ad en terri b. — toi F. bkn k 


V, — loj Mait. vu, ij. — 1053 


t+S Manquent dans F. par suite d'une 




UcuQC qu'on peut évaluer a trois tcuillets. — 107 lire Qmnt v. e. r , ? — 




119 Corrompu?— 157-9 Trois vers 


sur la même rime, mais il n'est pas 




SÛT, toutefois, qu'il manque un vers. 


Cf. v. 214^,— 140 Corr. Qù^tni [^«r]ï 




tî7 vy^i po^iï' vunt^ comme ailleurs. 







64 P> MEYER 

Mes le cocr ailleurs repose. Maudyt soit celé meschine ! 

160 Poi se Jeht en le oyer 196 Uncore ele pose plus avaunt 

Car aillours est tut son désir, A provost et a serjaunt 

Cornent yl purra coyntement Qiie abettent lever taillage 

Conquere de sapovere gent. Pur lur prou et autri damage. 

164 SerN'ises et custumes alever 200 II mectent bien tost lur sdgnour 

Quels yl n*ad dreit a chalenger. Hn un faus et fol errour, 

Ke sunt yl pas assetz robbour Dount yl ad colour de lever raun- 

QjLie pernent ceo que ne est pas [son 

[lour ? Par lur simple dist, sanz reson, 

168 Jeo ne dedy pas quechivalers 204 Quant sevent bien q*il fount ton. 

Et altres que ount lur custumes Sachetz. le trespas est si fort 

Ke dex'N-ent de eux prendre. Que ovelement serrent pum-z 

Mes un po\-nt devoms entendre : Ceux que raunson ount pris 

172 Ke ro\"s. princes, countes, barons, 208 Et ceux que a ceo ount consdlctz, 

Chivaler^. \-alli^s et garsons. Et en un guise serrent juggez. 

Et tou.T estranges et communs Hore se a\ise chekun sachaunt. 

De tour moneres de nadouns. Ou chivoler ou serjaunt, 

176 Devant Deux sûmes custumers 212 De ceo q'il pernent d^autri bbour 

Et ovelement sûmes chivolers : (^) 

Mes Dampnedieuxnostre crea:our Si yl veyent resnibîe coîour. 

Pn»t a eux gravndre honur. Le pecchê ne ert ja perdoné 

iSo Duni il rendrcnt estretc acompte Je"^«ï î*^ i^*«i' »îî restcré, 

Soîom oco que la rccete amoume. -i^ Er.countrc Dieux le ai: amendé. 

E: savoir co\">t.: ensenien: ^j". 199» 

Que ch\-^-a!er peu: baudemcn:. 
1 ^ Quar.t y! ad S?n cncheson. 

De ces :cnar.< prendre a r«on : 

Quart lu* co\7t.: en gucre a'er. 

Simple avi;: ru: Jenuur.ùer. -^o 

iS5 Ou a ccniN-r. nurloiTi; 

Peu: y! ûire n^cruc iii^i^*:. 

Mes s. •-. '.i tit T^' richi vesture 

N -c c;'c r^v i>:^.'^>;; 

1^- -• i\"iU"* I ! — r «T'V * K-l'« "• T * 



Arsw-^ — ii^-* ia CDCCCc îtj» t>cî sur use r.=:t. 



La quarte rJ 


le ceo est Usure 


E>ou=: 


geres 


des gentx ne en- 
[p^^TEctit cure. 


Eces: 


TZir.é . 


i burge^-s 


Que r 


rc<:er.: 


ueux de3«:T5 pta^ 

[trâs. 


E: i-: 


iu: u- 


-t *e iront ivxr 


C.^r. 


:' r.w p. 


.j: le ce=y si%Ter. 


Ct-\ : 


-."x^r! 


ir.: CiT^cs sa\'ares 


V — ;. - 


:: c-.icl 


> im -is ioscsges. 


Q..--: 


'-■ .e:: 


r-r e? -.-t chacer 


:x ùi. 


A Chiil 


5 ic -u r:u> cher ; 


L\v ch 


iil C-^ 


iû r'.u> s-.'se 



RAWLINSON POETRY 24 1 65 

Après la mort lut tiel enbrace. 

scignours, cornent que 



Certes, 



NOTICE DU MS 

228 Celui restreynt vers soi meisme, 
Mes Tautre que mejms lui est cher 

Fait pendre au col pur lui sauver ; [soi[t] 

Si quidc la beste par celé voîdye ^^ Coveytise lesgenu deceyt. 

A 1» ^. !»«.,»«. o-.,„«- i« ..:^ L'amour del avoir les enveglith 

Et brevement tut outre ocit, 



232 



A Tun et Tautre sauver la vie 
Mes quant yl aproche, que les 
[veut prendre, 
La beiste veit dunque que ne se 
[put défendre, 
Le chael au col veut donke ouster 
256 Pur soi et l'autre meuth sauver. 
Mes celui lui estreynt si fort 
Pur très grant pour de la mort. 
Que le piere ne le put ouster, 
240 Et dunke lui covynt le cher 
[wayver. 
Tut autresi est del usurer 
Qpe tant de trésor veut amasser, 
Ceo est la chose q*il plus ayme, 
(p. 200) 
244 Et ceo estrejmt vers soi meisme, 
Si que, quant yl proche a la mort, 
Le péché lui tynt au col si fort 
Qjic pur rien nel pust ouster, 
248 Et dunke lui cov^^nt le avoir wey- 

[ver. 

Ove deux chaels ne pust escha- 

[per ; 



Car le pecché eust homme bien 
[guerpy 

264 Si l'amour ne les eust trahy 
Del avoir que taunt ount a gré. 
Par unt les argue le pecché, 
E nomement de tiele usure 

268 Dount la venjaunce ert si dure 
Que fort serroit a recounter ; 
Car cil que de tut ad le poer 
Entre nous ad défendu 

272 Qpe a nul ne soit tenu, 

Surre la peyne que appent ; (b) 
Et pus que tiel seignur defent 
Que est et ert de tut pussaunt, 

276 Et la venjaunce est si graunt. 
Pur ceo chekun en droyt de soi 
Face le comaundement le roi. 
Car si nous feisom son comaun- 
[dement 

280 Trestut nous cherroit a talent. 
Et quanque vodroms serroit fait 
Si son servise ne fut retrayt. 



, . ,., , Par ensample vous est dist, 

L, chaiel lerra q .1 eust pur cher, ^g^ gj ^^^ ^^ ,^^^^^ ^^ ^^.^^ 

Et les pecchés suent adès ^^^ ^^, ^ ^i^^ ^ ,^ ^^jl,^ , . 

253 DouDt d porte au col tiel fées j^^^^ ^^^ ^^ j^^, ,„^ 

Qpc en enfem chet ove dolour rr 

Ou sunt paynes et tenebrour. Lur enemys lur furrent livrés. 

Plus lui eust cynz valu la maille 288 Car un soûl ad cent chacés 

256 Qjie ore tut le mounde vaille, Etdeux ountdeux mil confunduz. 

Car quel trésor que homme si en Qui fist ceo, fors que Dieux ver- 

[face, [tuz ? 



240 Au-dessus de clxr est écrit id estfi:^. — 249 Ici reprend F. As ij chacaus. 
— 250 F. Le ch. guexpira qe il usi plus ch. — 251 V. Et les p. lui situent. — 
254 Après ce vers F. a de plus : Le avoir ne lui peut donc vakr \ Que il sohit 
jadys tant amer. — 259-302 Nouvelle lacune dans F. par suite d'une omis- 
sion. Suit immédiatement : Ftlia v^. — 285 et suiv. Cf. Deut. xxxii, 30. 
XXIX. 5 



66 P 

Et SI lost com contre foy ount 
[errez, 

292 A la mort sunt touz liverez, 
Car par cent et par millers 
Sunt il dcstrut et chacez. 
Pur cco, seignurs, en pcrnez cure, 

296 Si ne dallez ove dame Usure, 
Car vous ne troverez de mariage 
Si noun perte et damage. 
Ore se garde qui que vodra 

)00 Et a ceste file ne assentcz ja, 
Pur le meschef que put avener 
Qjaant de cco sccle devom dcpar- 
[ter. 



La quinte file ceoest Tricherie ; 

504 Fouz est que plus en lui se affye. 
A marchaunz est ele «iaryè 
En mcynte guise entrelacé. 
Par messonge et faus scrmenz 

)o8 Di>unt yl cnginent les innocenz ; 
Et de tels gentz tro\*oms escrit : 
La bouche que ment Palme oceyt. 
Quant yl \*ous jure son serment 



MEYER 

En chekun maner de marchan- 
[dyse; 
Car qui sotys est en treson 
328 De ceo secle avéra renoun. 

Il set vice en sa marchaundyse. 
Et nepurquant le meyns ne la 
[prise 
Si que plus cher la peut vendre, 
3J2 Mes yl ne voet Trycherye en- 
[tendre, 
Eynz le tynt tut a coyntyse (h) 
Ht a ley de marchandise. 
Ne est yl ore grant deblerye ? 
3 36 Le noun refuse de trycherye. 
Car trychers ne voet cstre nomé. 
Mes coyntes homme quert estre 
[damé. 
Le noun de trychers ount chaon- 

[g*. 

340 Si le appellent sotilleté. 
Vous veez ore une manere : 
Qpe aynz fut devant met homme 
[dcrere. 
Si vl ad homme ore de m c stc re 



U3 La chose est f)*ne q*il n-ous vent, 344 Qpe comence de marchaundere 
Et hîen le $et« n*est pas issi ; Et que yl ait concea la grâce 

De ceste espouse n*ad ja ùilly. Que les genz eiig>-Der sadie. 

Ou si yl \\>us vende la chose plus Et gaN-ner le avoir et les dooers, 

[cher 34S Doimt dirra un de ces piers : 



U^ Que yl ne U sache Hen voler, 
Trivhers est, sachez de fy 
Et a TrN'cherk-e est nur\*. 
De ceste tUe est oce iolour 

5 x* Qîic ciî tiunt des lui aJ pris sojour 
Et par :u: clivme morj^vHin. 
Car ne cray q*u jù: n^iùnoun 
Par tu: le univcrsc n^^und. 

^X4 De :uî Runeri^ ^^:r.l: que >oun:, 
Qpf ne reyx iisae Tryxàenor 



« Veez la un bon marchauod 
« Un jorenes homme bien com- 
[ensannt, 
« Et si aukes a vivre avcim 

3>2 « Sachez que coyntes homme 
[serra. » 
Ore a^:ardez dame Trvchcnre 
Com ele est tenu et cherrire ; 
Mes si a Leakê nous aîocns, 

3)^ Tut le revers toaieroms. 



5vX) K. 5 À.^ :ir%i *>-' i^ as: — ;ioS\F. i, lî. — 3x1-^ Ces vers 
pibKXS *ixi:> F x;t^ U: V. ;vi — >x^2J^Mi3qije=: «iins F. — 3^0 Scpçr. 
W. — ;;>-^^ Ma>;\>:Ttf des F. — $$0, Cocr. d^cevr^iiL .- 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 67 

Car si yl un homme entre cent 388 Car ceo comand Nostre Sire. 
Qpe vivre vodra leaument, Dieux ad comaundé en la ley, 

Et qui en vente et en achate En voille et novele, com jeo crey, 

360 Ne face 51 noun bref abate, Que de totes choses soyent donés 

Et qui pur perde ne pur gayn 392 Que sunt par an renovelés. 
Ne jurre si noun un certayn, Ql sire que totes choses donne (b) 

Un tîel ne avéra destiné (/>. 202) L'homme trestut abandoune, 

364 Du sede estre avauncé, Et voet q'il ait la seignorye, 

Eynz avéra plus et plus de pert, 396 Fors soulement de la dyme par- 
Et desclynant ert en povert. [tye 

Mes dount, dist un de la meynye Voet q*il ahoure son creatour ; 

368 L*avaunt dist dame Trycherye : De soûl ytaunt lui face honour ; 

« Ore agardetz ceo chcityf : De .ix. parties grant sa vie. 

« Il est damage que taunt est vyf: 400 N*est ceo assetz fraunche mar- 
<r Ne say quai lui deist ; yl ne [chaundye ? 

[seet vivre ; Si est voire, qui bien se avise ; 

372 « Bien serroit le secle de lui de- Pus que tut est a sa devyse 

[livre. » Doun et redoun a qui que lui 

N'est yl dount grant pyté [plest. 

Qpe uunt est mys a desouth pee 404 Merveyle est, certes, pus que en- 
Dame Lealté par my le mound ? r^î est, 

J76 Car Tiycherye la confound Que nul homme sus comand re^ 

Et le sicle ad retumé rpe]^ 

Trestut a sa volenté Par huvardy ou par cautiele. 

Et fra uncore de pys en pys, Mes lui faus lays et les trichcrs 

380 Si Jhesu ne ait mercys. 408 Que ount les volentés tant avères 

Sacrilège est la file syme ^'"^^^"^ ^*^° ^"^ ^ ^^^"^ ^"^^ 

Qpe moltz des gentz tient en ^ , [estre. 

[aubyme ^^ ^^ ^^ P^^>'"^ ^^°P ^"^ ^^^^^^ ' 

A fous loys est ele ore maryé ' ^ ^^^"'^ ^^""^ y^ ^^ ^^"' 

384 Que trop la oum ore en secle 4i2 Et lur est la dampnacion. 

[amé. Hey! Dieux, quant yl avereyt 

Savetz queux sunt ceux chettyfs [afïere 

Qpe uunt destreynent dame Ave- Que de lur malice dust retraire ! 

[ryce ? Fort serroit vener au chef, 

Ne vous est mestier a dire, 416 Car rien ne semble grant ne grcf 



371 II £iut entendre deit (de b et), comme dans la locution interrogative 
m ce que deit ». — 383 F. As layes geni est ele m. — 384 F. Q. trop la uni 
u s. honurie. — 385-8 Au lieu de ces vers F. porte : Or escute^ de ceste gent 
I Que il font contre le Dieu comaunt, — J91 La bonne leçon est celle de F, 
Q. t. ch, s. dymées. — 399-53 » Manquent dans F. par suite de la perte de plu- 
sieurs feuillets. 



68 



p. MEYER 



De quanqueyldoune ne despent, 
Fors soulement de ceo q'il rent 
A Dieux et a ses serjaunu 

424 En savnt Eglyse ou y ad tauntz. 

Et si issi soit q'il le detyngne 

Et au drayn voit que lui covyngne 

Rendre ceo que rendre devera, 

(p. 203) 

424 Sachetz dunke q'il en durra 
De plus fable que put trover, 
Et ceo fra uncore encontre cuer. 
Ja ne lui estut atendre guerdon 

428 Si noun peyne et pounyson. 
Hore se avise chescun sagement 
Qpant vendra an fyn de jugge- 
[ment 
Ne lui vaudra excusacion, 

432 Eyntz rendra grevous reson. 
Hore nous ait cil a consail 
Que touz bientz nous apparayl, 
Car si nous ne visite lui Sire, 

436 Du secle ne sai ver que dire, 
Qpe chekun jour vont a desdine, 
Et nous creoms ver la fyne, 
Et de plus en plus enpire, 

440 Car ceo dist jad\*s Nostre Sire : 

« James ne put vérité en sey 

[menter. » 

Il dist, ceo que ne put failler, 

Que tous jours irrait le mound en 

444 Hore me semble est acompliu, 
Que si de nous ne avi p\té, 
Taunt est ore des mais fretté, 
Qpe tut est en poynt de perer ; 
448 Mes dl que pur nous daigna 
[morer, 
Nous deygne grâce de mal nous 
[retraire 
Et as bones oeuvres attrere. 



Qpe touz ces leux pussons de- 
[fendrc 

452 Et vers lui leal acompte rendre. 
La setisme file est Fauce ser- 
[vyse, (b) 
Que maryé est en meynte 

[guise 
As provostes et as faus baillyfis 

456 Et as plusours autres cheityfs 
Que dussent leaument server 
Ou pur vivre ou pur morer ; 
Mes ore fount tut autrement : 

460 Le servise que a eus appent 
Fount yl ore a tiel nounchaler, 
Car le prou ne veut hastier 
Son seignur a ki est obligetz, 

464 Trichcrs est celui assetz. 

Hore escutetz le ensaunple fyn 
Auxi der cum nul devyn, 
Com yl [est] ore fort trichour 

468 Qpe faintement sert son seignur, 
Et plus fort laron que lui 1ère 
Que ne emble fors une manere : 
Lui leres emble et pus s'en vayt 

472 Et nul autre mal ne fayt ; 

Mes ore oyetz de faus serjaunt 
Que passe plusours poynz avaunt • 
Il prent sa table de son seignour, 

476 Si est servi a grant honour ; 
A ceo avéra robe ryche ; 
Son seigaour commande que 
[unke ne lui triche ; 
Cheval, garson, vet aver 

480 Que coustera taunt bel dener. 
Et les uns ount deux ch\'vals ; 
De ung averott assetz lui mais 
Et trop, car trestut est perdu 
(p. 204) 

484 Quant rien n^adserv)' que ad receu. 
A matyn, quant dust lever, 



437 Vont, corr. voit. — 443 Math, xii, 45. 



^^^P NOTICE DU MS, KAWLINSON POETRY 24 1 6^ ^^^^| 


^^Ê Dunke lui covynt meutli reposer, 




Pur ceo se avyse cliekun ser jaunt ^^^H 


^^ Bt tenant se avcm bien reposi^ 




Que autri curray a tort enprent ^^^| 


4S8 Et sa teste beal pyné, 




Car juggès verront en une guise ^^^| 


Dufike meuo uoe coy te blaunche, 


yZQ 


Apcn larsyn et faynt servise. ^^^| 


Pus Ucera Tun et Tautre maun- 




^^^1 


r^he; 




La utisme fille ço est Orgulle, ^^H 


Issi se dresce tut a leyscr 




Dount de horc comencer vous ^^H 


492 Put bien dyncr ad graunt dcsyr, 




^H 


Si se en fm lut a e,se ; 




Cete fu la plus bêle file, ^^H 


De damage son seignur poî lui 


%H 


La plus noble^ la plus gentylle^ ^^^H 


[poise. 




Ele est des trestouz mais la ^^^| 


Eq la conn sus et jus irra 




[Tac>^ne ^^H 


49e Et par tut grant noyse fra ; 




Meynte dame est sa meschyne. ^^H 


Il fra les hostes bien a ese, 




Elle est en chaunberes maryé, ^^^| 


Si comantîdera vyn et ctrveyse ; 


SlS A dames et as damaiseles doné, ^^^ 


Son seignur mohzen lui seaffie, 




Et la demert ele [et] règne. ^^H 


îoo Si le ayrac comc la sue vie 




Meynte dame a lui enciyne ; ^^^| 


Et quide, si celui perdu ayt, 




Auxi fount les damaysdes ^^^| 


James nul liel recovereyt. 


ni 


Et les ledcs et les bêles, ^^H 


Ha Dieux ! * fait \% v jo ay 




(^ue a peyne troverez nulle si sage ^^^| 


[bon V ail et 




Que a lui ne face sovent bornage, ^^H 


$04 • (lue do mes bcsoignes se m- 




Chekun jour b fount sacrifice ^^^| 


[tréma. » 


s 36 


Come en atyr £t autre guise, ^^^| 


Mais yl est irahy certes cri taunt. 




Des bêles cliaunbres et beels \yt^ ^^^| 


Luy un leal, Tautre est treaunt, 




Des riche cuneyns synhe ou sys, ^^^| 


Car kattt l'an est par pass^, 




Et des tiels faut sayntc Eglise ^^^H 


50S Qjie ciîst ove lui droyi acompte 


540 


Ou Ten fait le Dieux ser\yse. ^^H 


Corne yl ad pris Taige en curray 




La dame traynera la couwe, ^^H 


Et fciyntement fait le puignay, 




Et sa chapele ert tote nue ; ^^^^ 


Si eùst yl fait grant mestrye 




La dame traynera south ses pees ^^H 


512 Si sa robe eùst deservye* 




(A* 20s) ^H 


Uncorefait lui lers pîusapreiser, 


S44 


Le riche drap a or bendees, ^^^| 


ib) 




Et sa chapele faudra bien ^^^| 


Gir de lui se pust homme garder. 




De chesible ou d autre rien. ^^^| 


Et de lui àltre garder ne se pust. 




De lur robes est ore merveytlc ^^^^ 


5t^ Qpant le prou son seignur faite 


54S 


Et de drap et de h laylle. ^^H 


[ne veut. 




Le dr^ip serra si treis gentylle ^^^| 


491 u dffscir, dans le sens de l'anglais ta ârm^ s'habiller. — $09 Ici et ^^^| 


V. SiS» cuffûy semble être le français conroi. 


qui se rencontre en ancien anglais ^^^| 


sous la forme ctirreyt (Munray, NewettgL DkL, conrey), cf. v. $iS; mais ^^^ 


tmigt en est obscur, corr. large} — jp F. 


L^s muchims ti les anaks. — 537 ■ 


F. Bn riihfs ck et en. — 558 F, ajoute Ou dfs curiinei a or broudti | Pur ^ 


$grvir ai mgu dt îûmi. 




J 



7() P. MEYER 

lit de Ic'yn et de fille, La testa (sic) serra si fort lyé 

Qjic rien a reprendre n'i avéra, s 76 Corne si ele fust tut arragé, 

5 $2 l'iorsdctauniquetroppoycousta, Des coverechefs et des tressours, 

(Ico dist ele, a ceo que lui est Des bendes et des autres hydours. 

[a vys, De la face ne sai que en dye, 

Jâ ne soit de si haut prys. 580 Mes que chekune rcsemble espye, 

Aprùs lui sucra la treyne Car la face et le frount 

5 56 Dount un vallet avéra grani peyne Si treyfort lyés serrent 

A dcrore taunt porter Que nul ne purra par son visage 

Dount une povrc garce pout 584 Conustresa juvente ne son agc, 

[homme rober, Et ceo est certes grant presump- 

lît ceo est or lur novel iroveure [cioun; 

>6i) Que i^sse mestier et mesure. Car moltzyadgrant conparisoun 

Miïs orc aproche vers la fyn Entre lui et son seignour, 

Va prophecie que dist Mcrlyn : 538 Car plus coustra cel atour 

11 dist q'il n^averoit gers de temps De sa teste soulement 

St4 Que femmes ne scmb[l]erent Que quanquea son seignour ap- 

[serpens; [pent. 

c:ci> diM pur k-i lunges cowcs Certes, scignours, ceo est grant 

Que v>rc traynent par les ruwx's, [py^ 

c:ar quant une dame va par la 59^ Q^^ «^"^t est m>-s en vanyté, 

[ruwe. En bobaunce et en \*e}'nes glorye, 

^Nî Si mcuth ne trait a lui sa co^fc-e. Car, a ceo que dist le estor>-e. 

Tut la ruwc enfumera Q^e s« «^-isat ore a drc\t, 

IV |X>udrv que ele movera. 59^ Ou tut le orgul de\-cnu sait. 

Si que aNxrjile* serrent saun* Qu« i***)'^^ «»«nt les re>-gncs 



[doute 



En lour chaunbres rvche cur- 



>7i Quans que sucrunt h route. [tavncs? 

l' iKViv >vus dirray de lour testes ^u s^^unt les garlendes a or hatu ? 

<^) 000 Ou sount les plates a or molu? 

IXnini dcnKnciï t grans testes. Ou soun: les co ykes et luy ap>\th ? 



\iÇN4 Ma:\)u<tt: ians F, - >ci « Mulkns inocsssu serpentes tecnt et 
vMVîvs ca:u:« ^ro*u> >u?<rHji neçvîbiirrjr .^Gaufrei de Mcnnioath, ifù- 

»tt.u i'Ci ,U.^^«-. r. Ns, — \c; j?«r, rï:s. / r^rrx:. — -74 F. ûou as 
^^!m.> x-*.. - ^>;'<' Mirx;»::: din> F. — ;57->:; F. £ fût- .\'uss£rx 
ÀMi •x: 'xw x-A-n.» yVf ina* ^ -jw .^-w v^^firv .V-i. .1." {-. rx: ^ tm 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 24 1 7I 

Ou sount taunt de autre covere- Que unke ne la vout maryer, 

[lyth? 628 Mèsamys la fist purchacer 

Ou sount les cresspynes de fyn Et estre commune a trestouz, 

[or ? (/>. 206) Clerks, lays et religious. 

604 Ou est tut lur autre trésor? Ore est si commune devenu 

Tut passa, voirs, en poy de 632 Qpe en totes terres est conu, 

[houre, Si que a peyne troverez guer[e]s 

Qpant la mort lur corust sure. (^) 

Lour lyst n'est ore gueres large Que ne la servent en totes terres; 

608 Ne lur curtyne, samyth ne sarge, Et pur ceo ne la marya mye 

Lour entré est en piere dure, 636 Geste file dame Lecherye, 

Moltzeschars a démesure; Par unt plus de mal feroyt 

Ne des quysines n'ad ore que Parmy le mounde ou vendroyt. 

[parler Si ad tenu bien convenaunt. 

612 Ou se soldent apower. 640 De mal faire se afforce taunt 

Les vermes roungent ore la teste Que ja en nul lu [ne] vendra 

Q.uejadcmeneyentsigrantfeste; Que santz hounte passer purra, 

Mes uncore serroyt grant joye Car par lui tret sount les espées , 

616 Si Talme alast droyte voye, 644 Par lui movent les medlées, 

Coment que de[I] corps fut fait, Par lui est perdu meynte vye. 

Car que l'aime sauve moliz est Par lui est meynte aime pcrie, 

[beneyt. Par lui fust hony et destrut 

Et pur ceo, dame[s], vous pur- 648 Gomor et Sodom tust, 

'[pensez Deux cités de antiquité. 
620 Que por autiele voye irretz, 

Neporteretz bendes ne tresserers, ^^'^"^ ^^^^ «^ 1^ recounté, 

A pcyne un lincel de .vj! deners! ^^^ °""^ mesemble assetz suffist, 

652 Ceo que la estorye dist 

La nevymefileceoest]Lecherye Du maryage avaunt nomé, 

624 Qpe assetz règne en ceste vie. Car assetz est il maluré 

Geste file ama lui père, Que a nul des .ix. unkes se lye 

Endroyt de soy la tynt si chère 656 Pur le meschef de la sotye, 

609 Et si est lur lyt de une p. d, — 62 1 N'en porterez guymple ne trescers. 
623 Ici les variantes de F. deviennent si nombreuses qu'il me parait plus 
simple de transcrire le texte même de ce ms. : 
FUiaHf^ 

La neofime fille est leccherie {fol. 1 8 V) Que en totes terres est ele conue 

Qjie malt ad en terre grant baillie. Des clers et des religious, 

Son père ne la voloit marier, Des lays et des homes espous, 

Mais amys la conunda purchacer. Si qe a peine troyerez vous weres 

A nului ceste fille ne dona, Qpe lui servent en totes terres. 

Mais estre commune la comanda. Ceste fille ad tant des fillettes, 

Ore est si commune devenue Tant des braunches et des braun- 

[chettes... 
La fin manque, par suite de Tenlévemcnt d'un feuillet. 



72 p. MEYER 

Mèsmaryomsnousacesty E par la vertu de son pouer 
Que perer ne socffrc nuly (J- 207) 

Que bien se garde en le esposayle, 664 Cranter nous voille tiel louer 

660 Ou ne gyst poynt de repentaylle : Qpe as toutzleals sers commune ; 

Ceo est le dreiturel seignur Amen, amen die chekune. 
Que nous sauve par sa douçur, 

Ataunt finist le mariage des .ix. files au Dcable, solom Robert Groceteste. 

9. Sur les quatre temps de Van. — Morceau en prose sur les 
saisons, le cours de la lune, etc. De courts traités de ce genre 
se rencontrent fréquemment dans les manuscrits latins et 
français, notamment dans les manuscrits d'origine anglaise. 
Début : 

(P. 207) Quatre temps sunt del an qe issi sunt distinctez : veyre, qe 
comence quant le solail entre en le signe de mouton. . . 

10. La Petite philosophie. — Je me suis occupé à trois reprises 
de ce poème dont on connaissait jusqu'à ce jour cinq manu- 
scrits, complets ou fragmentaires : trois à Cambridge, un à 
Oxford et un à Rome ' . Le ms. Rawlinson nous en a conservé 
une sixième copie, qui se distingue des autres en ce qu'elle 
contient un prologue qui ne se trouve nulle autre part. Le ms, 
Dd. 10.31 de la Bibliothèque de l'Université de Cambridge a 
aussi un prologue, mais il est tout différent de celui que nous 
avons ici, et beaucoup plus court *. Il est difficile d'admettre 
que l'auteur ait écrit deux prologues pour son ouvrage, à moins 
qu'il en ait fait deux éditions, ce que je ne sais pas, n'ayant 
pas lu l'ouvrage en entier dans les divers manuscrits qu'on en 
possède. Quoi qu'il en soit, il est certain que les 166 vers qui 
servent ici d'introduction au poème sont l'œuvre d'un homme 
savant, et dépassent la portée d'un copiste ordinaire. La Petite 
philosophie mériterait d'être étudiée de près. Incontestablement 
composé en Angleterre, cet ouvrage est d'une langue relative- 
ment correcte, et je serais, à en juger par ce que j'en connais, 
disposé à l'attribuer au commencement du xui* siècle. 



I. Voy. Romania, XV, 255. 
665 Corr. seit comun. 



NOTICE DU MS. RAWXINSON POETRY 24 1 7J ^^| 


Moultz volemers escriA^eroic(/». 21 1) 


L'envious honist et déprave ^^^| 


Et moulu des choses enditeroie 


p Com goptl a tdsson se cave, ^^H 


Dont moht purrokntbien aprendre 


Ou il dbt ceo ne list il mye* ^^H 


4 Qjje a moi socffrcli aî bien en- 


Tel sens n*cst il pas de bone vie, ^^^| 


1 [tendre; 


Ou il n*est pas de tiel clcrgtc ^^^| 


Mes À\. vktîs ea le mond hdbun- 


lé Ne issi funde^ q'il issi die. ^^^| 


[dcnî 


Tant parole seû rement ih) ^^^^H 


Qjie tom biem heecii et confun* 


Com [s'] il conut tote ta gent, ^^^^1 


[dent : 


El si ne fra ja melsmcs nent ^^^^| 


L'une est envie venimouse, 


40 Que bien ne a bounté appent. ^^^| 


8 L'alrre est avirice covdtouse. 


Les ai très seet des bouns (?) retrere ^^^| 


1 La cbeitivc gent envïouse 


Si ne veut melsmes. . . fere, ^^^| 


• Plus heet que serpent venimouse. 


Ou il ne veut ou il ne seet, ^^^| 




44 Dont il akre bien plus heet. ^^^| 


1 2 Chekune furche est barbcîé ; 


Dieux destruie lange turbie ^^H 


L'envîous, que a toiit mais tire, 


Que mokz destruit bien par envie, ^^H 


Plos ad qe .xxx, pur médite. 


^^H 


Ces bnges resont barbclc^ 


Lui aver ount une manere ^^^| 


16 E de deux veîiym si tnelïés 


48 Que moltz est malvese et motere. ^^H 


due oui est que tanîosi ne affole 


Asquans dîent : a Que vaut des- ^^^B 


Pur k douçqr de h frivole* 


[pendre "^i^^^^L 


En le mcsdire est molt délivre, 


^ Pur rien en ceo secle aprendre ? ^^^^| 


30 Corn tigre igneh mordant corn 


m keste aprise est tost finie ; H 


tguivre; 


Î2 ¥ Tom serroms sages en Tautre ^Ê 


ai vers les bons ces dk guic 


[vie, ^1 


Qyc des chdtifs nul n'ad envie, 


Sache cil que issi est sage ^^^| 


Dont renvîous peut bien ^prendre 


La périra par son fol âge. ^^^^ 


24 Si a vérité volei atendre. 


Poi sunt qe ioul Dieux face en- ^| 


Q'eît pris de chdtiicsse 


[tendre, H 


Qtiimt les bons mord, ledist et 


$6 Doym chekun doit tire et aprendre* ^| 


[blesse. 


Lui sage dist : « Ne fine mye ^^^| 


Et H bons n'ad de nul mal envi 


u De pre ndrc tan i çoni d u re ta vie . » ^^^^ 


aS El lui mais touz biens detrie. 


Et nul ne purra bien aprendre ^^H 


Si aktin counte bone parole 


60 Saunz orer, veer et bien entendre. ^^H 


Ou rien cscrit de bone eschole 


Et qui quidom qe ceo nous face ^^H 


;i On peut voir dans un des conter de Bojton (S 144) comment le renard ^^H 


s'y prenait pour forcer le taisson (blaireau) à iui laisser sa tanière. Aux réfé- ^^H 


ïïT&ctrs données dans la note sur ce passage (p, 295) on peut ajouter un récit H 


de Jadjucs de Vitri (éd. Crane, no CGXCif), — 41 bouns est à peine îisîbïe. Au H 


V. suiv., je laisse en bUnc un mot très usé que je ne puis lire, — 48 molfn, | 


sic ; ^ ne comprends pas. — 56 Deyni, 


pour dont, ~ 57 Prov. xix, 27? — ■ 


î» Coït, iûprmdft. 





^^^^^^^ 74 t. MIYEU ^^^^^^^^ 


^^^^^^H S*il ne Ëspeîre reprend re o vc gnic£ ? 


96 Femme, enfauns, chatd eï tere ^^H 


^^^^^^H Mes vetr U ^nicnce 


Si respondi a un roi : H 


^^^^^^H 64 Doynt lui poètes par vers tence : 


Tûtes mes choses sunt ove moi. H 


^^^^^^H « Molti voilleoc oicr et apretidre, 


Cil ne a voit rien perdu H 


^^^^^^H « Mes nul ne veet le travail rendre, ^ 


1 00 Quant son seen tient out tut tenu ; H 


^^^^^^H South ciel n*ad tiele marchniiijîc 


Souï le seen propre lui estoît, H 


^^^^^^H 68 Corn de seen et de curtesic ; 


Dont pité ne out quant ceo H 


^^^^^^H Molt£ est estroit la entrée, 


[tenout. H 


^^^^^^^1 L'sprise large et honurée. 


Lui sages recovere al aver ^^B 


^^^^^^H La fyn est perdu rable 


104 Et lui fols famés al saver, ^^H 


^^^^^^H 72 Ou jamès ne ateyndra foUe. 


^^H 


^^^^^^H Ove seen ai mys cufteisîe. 


Dimn dona a Satamon ^^H 


^^^^^^m Que fol curteys fet de[r]vene, 


Des treis choses élection ^^H 


^^^^^^r £< <^^ pu^^ *^^^^€ H^ n^ pïeise 


Lequel il vousîst estrc : sage ^^H 


^^V^ (A* 212) 

^^^n 76 Sapience qe n'est cuneîse* 


108 Ou riches ou de grant vaselage. ^M 
Salamon al saver ^ prist ; H 


^^P Âsquans diem ; ? Q^ai valc ^voir? 


Il le out et par tant tut conquist ^Ê 


^^P ti Moht est sages qc ad a ver. 


Lui sages avéra en baîlUe ^^H 


^^B ff Par a ver peut home trestot faire 


112 Quanque.lui avers espam le. ^^H 


^^M So « Quant s^tn »e peut a nul fin 


Soûl lui fols h cet et reprent (h) V 


^^1 [traire. 


Seen saver et apernement. H 


^^M m Lui riches sunttrestoiishonurcs. 


Qui jevene ne vodra aprendret ^Ê 


^^H « Lui sages poveres de south pîê& ; 


1 lé Veil a trebbk lui estut despendre, ^Ê 


^^B « Fois est qe veet le soen des- 


Et dunqe louera autre seen s H 


^^M [pendre 


Quant de aprendre n'ad leu ne H 


^^1 §4 8 Pur tnîsaisc ou poverte apren- 


[temps, H 


^H Ceo dient il tut par rayntise 


Certes molu lui esteira fcrien H 


^H Pur consailcr lour covdtîst. 


1 20 Que en soi sect akune rien, ^^H 




Mes cil qe loui sens mendîe ^^H 
Droit est que a ho un te vive. V 


^H Molt^ est en pees lui povere sages 
^H 88 Quant nchesces ad plusours do- 


^H Cat ricbesces est those passable 


Nul ne seet les ,vij. ars irestotes, H 


124 ^i revaitlent al corps les cotes ; H 


^^B Et sa ver cm tui dys estable. 


Pur ceo doit chekun bien aprendre H 


^H Les rïches sunt gramment es- 


Pur soi, quant mesters est, de- H 


^^Ê [perdues 


[fendre, ■ 


^^L 93 Quant lur richcsces sunt tolues ; 


Et ne pur itant soulement» H 


^^B Ui:s cU qe unt science ccrte 


1 28 Mes pur soi prrir et sa gent. H 


^^M Ne se amaknt de nuEe perte. 


Li^ gentz dicnt en lur veir dli : ^Ê 


^B Si hoin perdi irt^tur par gtierc, 


* Qesi garni n'est pas honir, « H 


^H 70 Nh. Itf prise. -^ 86. Corr. cortcfkr. — 98 C^est le mol attribué à Bias | 


^^P de Priêne. — loo Suppr. tknL — lOà 


■ piU\ corr, perU} — 105 111 Reg. ill, ■ 


1 



NOTICE DU MS* RAWLINSON POETRT 24 1 7 S 

Ja ii^iert meillour garnisemeni 160 Ne pur avers que Dietjx defic 
152 Que cil qe sage coer enprent; due mon pem scen ne despïic. 

Et south ciel n*i ad si riche doun Avers de seen pier est qe pre, 

Cotn savcr qyani est a baundon. Que ahre louer ne me veit rendre 

Ne south ciel n*^â tiele richesce 164 Prie Dieux que ma aime deigne 



I 56 Corn saver que tout mal adresce, 
Touï dis lui crest et acourt sure 
Qpi seen dcspent en bone cure ; 
Trestut au^ti, qui se abaundoune 

140 Et a! prendre son coer do une, 
Corn plus aprent plus i trovera 
Et gretnour seens lui aboundera. 
Pur ceo deiE hom par bon délit 

144 Lire et oier chekun esorii. 

Molu par est ni aie la sentence 
Ou homme ne peuï troverscience» 
El molu est feble l'escripture 

14^ Ou n'i ad poynt de apristurc. 
Mes dî qc dicnt vlleynie 
Garni sent nous de cele folie : 
Q|ie peut et veut sel meisnies 
[triche, (p, ii}) 

152 Que de touE prent et plus est 

[riche ; 



[défendre 
Et ûve ces sa[i]cz en glorie prendre 
Qizc me deigna en croyx rendre. 

Lui sages qe jadis estoient 
168 De grant saver se entremectoient 
Et moh estroitement enquisirent* 
Des choses, dont il plus escristrent, 
Cliekun i moustra sa science 
j 72 Solum la sue sapience. 

Et en plusurs le us divisèrent 
Deqe lut sages qe pensèrent 
Lour escriei {sic} louK asscm- 
[blerent 
176 Et lour sentences acorderenc, 
Les doiances totcs ousterent 
El la vérité contermerent (47) 
Que il en touz [poiûz] la pro- 
[vercnt 



Q^i de tou£ list touz oit et escute iSo Et com provê la certeEerent, 



Plus qe touz savera sanz doute. 
Com est sage qe seen oit dire 
t j6 Foi sunt qe par soi Dieux espirc : 
Mes qui en sen met sa vaillance 
Ditux de seen par tut l'en avance. 
Pur ceo ne I errai pur envie 



Ces escriz plus bnges curfujrent^ 
Dount plusurs avant garniz 
[furrent 
De bone et de raale aventure^ 
184 Qye lut disoîl lour escripture. 
Par tut le mond apris aveint 



II, 46:^ d*après un recueil du xiii* siède; aussi, II, 391, sous cette forme : 
m Qui ti est garnis il n'est surpris. » ki garnis signifie * averti ». Le même 
proverbe est dté par les prédicateurs; voir Hauréau, Not, et txtr. de qq. nus, 
ia/,, VI» 71. — Î51 11 iJudrair Qui peut H [ne^ veut, mais le vers serait trop 
long. — ÎS3 Suppr. df,— 162 La rime demande p[r£ndye, mats le sens 
reste obscur, — 166 rtudrf pour ri^^rj^^ri; (redimere). — 167 Ici com- 
mccûent les mss* de S, John's (Cambridge), de rUniversité de Cambridge 
Gg, i.i, et de Rome. Je place entre ( ) la correspondance avec le morceau 
publié dans là Rûmaniû^ XV, 256 et suîv. Le ms. Douce n*esl qu*un frag- 
ment ou le début manque. — 174 Lire D^$}ki H s. qui pru^ trente d*après le 
ms. G^. é. j8 de Cambridge {i^ommti^, XV, 257, note). — iEt pîiii,corT,puû. 



7« 



P. 



Les aventures qll sa voient. 

Dieux mclâmes en akunc guise 
lS8 Moustrc ai mûnd ceo q'il licvise 

Par acune sue faiturc (/>) 

Qpe fait ûut cresi en sa mesure. 

Il en eurent grande garde prise, 

(6o) 

192 Pcus (sic) en sevrcrent la devise 



METER 

Dont terre est in oh afeblie 
Et U gcnt tantost dévie 
Par les pledours» par les îegistres 
208 Que 10 uz sunt Antecrist nic- 
[nistres. 
Cil pcn^enent tu te dreiture 
Pur terrïene ptiriture* (So) 
Neul ne purvoit la Deux manace. 



Le mond trestui parmesurerent , jj^ pont la gem [sunt] corn feu sur 



Tere, ewe, ayr, tut nombrerent ; 
Les qualités des tûuz cercherenit 

1^6 Dont la force de touz trovereni^ 
Et Tesprové troveûre 
Mblreut en sage lettrure 
Pur garnir ceux qe pus vendroient 

joo El lur s«ns aprendre vodroient. 
Mes nul qe soit a ctste coatempre 



[glace, 
Neul ne esgarde la créature, 
Par tant del Creatour n'ont cure, 
Que lui faiters par sa famre 
aie N*est conuz sans defaiture. 

Pur ceo face en ce&te escripture 
De tut le mund la purreturc* 

Coniént la terre (sk) set en terre, 
(86) 



A lur seens guers ne se atempre, 
Ne nul purrcit nu le aventure (71) 220 Des cwes totc !a manefe, 
304 Par nen qe Dieux avant Bgure, Del ayr et del estre en sèment... 

Le poème se termine en décasyllabiques monorimes, ce que 
j'ai déjà constaté ici- même (VIII, 537)* Mais les derniers vers 
ne sont pas, dans le ms. Ravvlinson, les mômes que dans le ms. 
Douce' et dans le ms, de S. john*s Cambridge % bien que 
rimant en -e:(^y comme dans ces deux manuscrits, La fin manque 
dans le ms. DD, 10,31 de rUniversité de Cambridge et dans le 
ms. de Rome\ 

Pur Dieux, seîgnurs, de vous ayez pitez ; (p, 246 c) 
Vos meurs, vos vûî^^ vos dons adrcsccx, 
El put méfait Dieux ne le del pcrdejs. 



t. Voir Btdt. de la Soc. dês a»£. texteu 1S80, p. 54. 

2. Voh Romania, VIIl, 540. 

3. Les treUe derniers vers du ms. de Rome ont été imprimés par Kellcr, 
Rcmttirty pt 4î6. Seulcmeni KcUcr a cru que ces vers appartenaîtrni au Pdit 
pki. erreur que M. Koch a relevée dans son édition de Chardry (p* tx) et 
qui toutefob a été reproduite par M. E, Langbis dans ses notices des mss. 
français de Rome (p. i^i^ notice du ms. Regrna 1659), 

190 out^ cou, tt. — 19a Corr. Pitr «0 $n screni. — 20 î Corr, Nul ne 
purvàt maie a, — 315-6 Ces vers obscurs manquent dans ks autres mss, — 
liS Corr, h purtreiture, — 3îi tsîff^ corr. etlier ou Hkrt, 



NOTICE DU MS- RAWLINSO» TOETRY 241 77 

Lesscz orgui et atncï humiliiez. 
Ja surqui<Jers de Dicx ne est (fiwr, ait ?) pitez 
Ne mmponovs ne glus(?) ne mal atencbez (twr. atecher ?). 
Ja kcherie en del ne metra piez. 
Peroei ta vie, le chemyn, les degrez 
Que a ciel niayne ou tut dys a pi ente» 
Des lûtes joye&, des murs et des bornez* 

Âmin, 

n. Le Lîinairedt Salonion, ~ Ce petit poème est te seul écrit 
d*origine française que renferme le ms, Rawlinsoîi* On en pos- 
sède des copies faites en France. Méon Ta publié dans son 
Nmtveau recueil de fabliaux^ \ 364, sous ce ikre : « Le lunaire 
que Salemons fist », d'après le ms. B. N* fr, 2043 (foL roj)* 
n se trouve encore dans le ms. 12786 (fol» 92 V) de la même 
bibliothèque. Enfin, tout récemment, on en a signalé, à 
Inspruck % un manuscrit dont la leçon s'éloigne considérable- 
ineni du texte édité par Méon et aussi du nôtre. Celui-d com- 
mence avec le V. 39 de Tédition de Méon, ce qui revient i 
dire que le prologue fait défaut. 

L'objet de ce pecîi poème est d'indiquer ce qu'Q convient de 
faire ou d'éviter chacun des jours de la lune. Les mêmes 
croj^nces superstitieuses ont été maintes fois mises en écrit, 
soit en latin soit en langue vulgaire. J*ai cité jadis, d après un 
inanuscrit fait en Angleterre, un morceau en prose française qui 
donne les mêmes préceptes que notre poème ^, je publierai 
quelque jour un autre poème sur le même sujet que j'ai copié, 
il y a bien des années^ d'après un manuscrit de la cathédrale de 
Worcester. 

Ijc jour que pritne est apelé (^. 146) Salemon dîst, qe p2% ne ment. 



El âts %tnt ici nomé 
Et des autres tuit a délivre, 
Si com il est moustré en livre, 
Quai est bon faire et quai iesser, 
Quai ijuerper et quai comencer. 



Que la lune ou comencement, 
Que prime lune est apt^lè, 
Est des touz bîeûs ealuminit, 
Cco jour bon comencer ferait 
Et errer, qe gayner * vodroit^ 



1. Rofmmsche Fonchurigm, XI (1899), notice de M. W. de Zingerle. 
2* Notkés sur qq. mss. français de ta BibUoîhèque PhiUippSf p. 92 (Nùikts ei 
ÉXirmts, XJOCIV, impartie, 2j6). 



t Méon Artr qui ^Oûigner, 



JS 



F. .MEYER 



Et bon vendre et bon jicïuter 

Et lut fairi^, fors soûl cmblcr ; 
Ja cil q\^ h neut embiera 
Lungemcnt celé ne ' serra* 
Lui enfes qc k neut n estera 
En parole sage serra ; 
Curteb sera et » lettre/ 
Et de pîusours gcnu bien * ame?. 
Son signe lé i la bouche avéra 
Ou près del oyl, ja n'y faudni. 
Pour de mort de ewe avcra. 

Je di que b lune %%%^^ * (f. 257) 
Est turné ^ en la %x}^^. 
As loies choses sont pjrigaus", 
En diî, en féz, en bons ci mds. 
Des Songes et des en fans ueez 



Et des avères qe su ni embk-/. 
Quant de plus dire n'ad mestier. 
Jeo ne me voil plus travailler. 
Ore fenist cest escnt 
Que lui bon roi Salornon ûi * 
A qui Dieux doua en sa vie 
Richesee et honur et clergît» 
Plus qut a homme que fut nees!, 
De femme ou de homme furmejti'' 
Cest cscrit fit pnr faire entcndrt; 
A ceux qe voillent entendre 'S 
Quai bon est affaire ci quai ks^^er, 
Quai guerpir ei quai comencer. 
Or priom Dieu Lui creatour 
Qu*il otrait grant honur^' 
A celui qc en romance mist 
Cest cscrit qe Salamon fisi. 



12. Poème sur VAnkchrisi ci le Jugement dernier. — L'auteur 
anonyme de ce poème nous apprend, en son prologue (w, 60 
et suîv.) qu'il a pris pour mod^e Técrît d'un clerc très savant 
qui, bien qu'il eCit approfondi toutes les sciences, n'était pas 
parvenu à résoudre la question de savoir quand le monde fini- 
rait. Il alla donc trouver un de ses maîtres et l'interrogea sur le 
point qui rintéressait si particulièrement. Ayant reçu rinfor- 
mation désirée, il en fit Touvrage dont nous avons ici la tra- 
duction ou l'amplification en vers français. Je ne suis pas arrivé 
à découvrir quel était cet ouvrage latin, H ne semble pas 
qu'il y ait lieu d*y reconnaître le de AnîichrislQ d'Adson, abbé 
de Montier-en-Der, qui e*t l'original des poèmes sur l'Anté- 
christ et sur le Jugement dernier qui ont éxé signalés jusqu'à ce 
jour'. Il serait à la rigueur possible que le poète eût pris sa 



j. Us sont au nombre de trois dont Tun a étécomp(5s<J en Angleterre. Je 
les al indiqués dans ma notice sur le ras. B. N. fr. 24862 (Matias it ixtraiH^ 
XXXV, i, iîi-1, 

2 Mèon jfrfct n*tn, — j Méon Emu cîers s. et /-iVw. — 4 Méon ert. — 
Héon S, saïn^ Jtli^, ^ — 6 CL TéditioTi de Méon, v. 887 et suiv, — 7 Méon 
Lés fil de iû tune trentimi \ Sont tri ircve^. — 8 Méon En i. d), est y^aus. 
— ^Méon Or n fmu Id k<on I Qtu ftst k bon roi Sakmon. — to Mieux» dans 
Méon, Mi itt/am£tt0mme engtndre^. — 1 1 Méon, ^ui sifts vmknt aprtndrt^ — 
la Mcou^ir* NtH et h. 



NOTICE DU MS. RAWUNSON POETRY 24 1 79 

matière dans V Elucidarium d'Honorius d'Autun, qui a la forme 
d*un dialogue entre un maître et un disciple; mais je dois dire 
que la comparaison que j'ai pu faire entre quelques passages du 
poème etj'écrit d'Honorius ne m'a pas paru confirmer cette 
hypothèse. 

On remarquera le passage où l'auteur s'excuse de la faiblesse 
de son style, qui est en effet plus que médiocre, en disant qu'il 
n*a jamais été à Paris ni à l'abbaye de Saint-Denis. Comme la 
prieure de Chaucer, il ne savait que le français de Stratford-le- 
How. 

Ce poème présente la même particularité que la Petite philo- 
sophie. Il commence en vers approximativement octosyllabiques, 
et se termine en vers plus longs. 



Seignurs, vous qe en Dieux 

[créez, (/». 259). 
Qu'est roi de magestez, 
Qpe vint en le ventre virginal 

4 Pur allegger nostre mal, 

Enz en le ventre fust encharnyz 
Del saint Espirit, et après fu nez 
De la sainte Virgine preciouse 

B Qjj'est sa mère et sa espousc ; 
Mère est et vîrgine verraiement. 
Et devaunt et après Fenfaunte- 
[ment 
Ne fust pas sa virginité 

1 2 Par le fiz Dieux amenusé. 
Si vous plest a escouter, 
Brefment vous voil counter 
Coment ceo sede finera 

16 Et a quel fyn il vendra. 
Selom ceo qe ai apris 
Et que ai trové en liveres mys 
Vous dirrai bien apertement ; 

21 Ne raenterai mye a mon escient. 
Mes aynz qe le secle a fyn venda 
Un dcable en terre engendré 
[serra 
Que ert Antecrist appelé, 

24 Si com nous dist la divinité. 



Bien ert appelé Antecrist, 
Carcharriers (?) ert a Jesu Crist : 
Car Dieux vint en terre pur 
[sauver, 

28 Et cil vint en terre pur dampner. 
Molt blâmera laseinte Escripture; 
Dishait soit ytel engendrure ! 
Le secle avéra a son talent 

32 Et fra mescrere la foie gent. 
Q^ant cil deablc né serra 
La fyn du secle aprochera. 
Encountre la sue nativité 

36 Le secle ert playn de mauveisté. 
Et irra toutz jours en desclinaunt 
Et de jour en jour enpeiraunt. 
Dieux ! taunt avéra le secle mais 

40 En cel temps, quant ore est si 

[faus! 

Ore est malveis, dunk ert pieiour ; 

Dire ne sai de pier dolour. 

Mes tous les mais près qe donqe 

[serrent 

44 Ore en terre venus sount, 

Car le secle est ore playn de tre- 
[cherie, 



26 c/jorriers m'est inconnu ; le sens demande contraire. 



8o 



p. MEYER 
76 



De orgul et de leccherie 

Et de avarice et de félonie, 
48 Et tieles choses ne ayme Dieux 

[mye. 

Pur ceo jeo quid qe test vendra 

Cil Dieux enemy qe tauns mais 

[fra, 80 

Et test ert neez et engendretz 
52 Qpant le secle est orc si enpe- 

[rieiz. • 

Mes jeo ne fray nulle mencioun 

De la nesaunce cel feloun ; 84 

Devaunt dirrai ou ert netz 
56 Et en quele cité ert engendretz ; 

Jeo dirray ore d'autre sermoun 

Et puis revendrai a ma resoun. 88 

Seignurs, pur Dieux, ceo qe ai 
[dist 
60 Ne le aietz pas en despit, qj 

Car tut soit le romaunce ci petit, 
En latyn est muU grant escrit. 
Jeo ne sai guers romanz faire 
64 Ne de latyn ma sermon traire, g^ 
Car jeo ne fu unques a Parys 
Ne al abbaye de saint Denys, 
Pur ceo nul homme ne me doit 
[blâmer 
68 Si jeo ne sai mye bien roumaun- 100 

[cer; 
Mes nepurquant voil amender 
La laie gent et ensener 
Qjie ne sevent pas tut la escrip- 

[ture, 104 

72 QjLie assetz est grant et obscure 

A ceux qe ne entendunt de 

[letrure, 

Ne qe as teles choses ne ount 

[mys lour cure ; 108 
Hn latin est il meuth escrit 



Ceo qe ai en romaunz dist ; 
Mes jeoTai fait en tide guise 

ip, 260) 
En la honuraunce de Dieux scr- 
• [vise. 
Si Tay trové par tiel engyn 
Qpe toutz en penssent de la fyn ; 
Mes jeo ne le trovai mye prime- 
[rement : 
Jeo trey un meillour a guaraunt 
Qjie primes le fist en latyn 
Par son sen et son engyn. 
Un sage derk jadys estoit 
Que grant science en lui avoit ; 
Cil clerk sa voit touz les .vij. ars, 
De gramari tous les pars, 
De dialetike lui argument 
Par qui lui mester met sovent 
Tute la force de phisike ; 
Les clefs, les tons de musike, 
Le noumbre savoit de géométrie 
Et tous les tours de astronomye. 
Cil sage clerk avoit en presense 
De philosophie la grante science. 
Qpai vous dirrai plus avaunt? 
Moltz ert letré et bien enten- 
[daunt ; 
Moltz entendi et tré[s] bien sout 
Quanqe clerk sa ver pout, 
Mes de une chose ne se fut en- 
[tremys 
Ne il ne le avoit mye apris, 
Ne neynt entendi ne ne saveit 
Quant le mounde finereit. 
Quant de ceste houre ceo ert 
[purpensé 
Le coer out trist et moltz irié. 
Car il quidat tut enbracer 
Qpanqe clerk pout sa ver. 
En son corage lui fust avys 



90 Mfster est pour mestre, comme au v. 114, mais w^/ est obscur. 
105 ciOf corr. se. 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 8l 

Qp'il avoit moltz petit apris; 120 Pur quai il ert venu si sodayne- 

Qpant cco ne saveit qe saver de- [ment 

[vereit Quant il le avoit envoie en aliène 

112 Lui fiist avys qe honiz serreit- [terre 

Pur ceo voleil apposer Pur tener escole, car bien le sa- 

Un son mester et demaunder. [voit faire. 

Pur quay vous tendray par longe « Beau douez mester, » dit il. 

[parole ? (b) [« de quanque jeo ai 

116 II vynt a lui deqes a sa escole. 124 « A Dieu renk grâces et a tey, 

Quant venu ert bien fut appelé « Moltz ai apris ; uncore voil 

Et de son mester moltz honuré; ' [plus... 

Le mester lui demaunde si asti- 

[vement 

La partie en vers de 8 syllabes finit ainsi. Dieu s'adresse à 
Lucifer : 

« Tu as perdu par resoun (p, 286^) « Lucifer ceo est « portaunt lumere », 

« Ta celestiene mansïoun; « Assilui* appelât lui sovereyn piere, 

« Par toun orgul tu es hors rejé ' « Mes cel bel noun perdu as, 

« De la celestiene cité. « Si ers appelé Sathanas. 

« Jeo tei fîz prince de mes angles, « Ore es laide a desmesure ; 

« Et sire et seignour de mes archaun- « En enfern n'ad si laide créature, 

[gles ; « Issi est grant change ta bealté 
« Si te appelay Luciferum • „ Pur la tue deslealté. 

« Pur u bealté donay cel noun. 

Le poème continue comme suit en grands vers : 

« A un deable toun compaignoun (p. 268 b) 

« Jeo fray ma volenté en Orient 

« Et serra semblable au roi omnipotent. 

« Illocke frai com prince mes poestés, 

« Qpant prince des aungles su clamés; 

« Pur ceo es tu ore fors mys 

« De la compaignie des mes amys , 

« Ovesque ta penser et toun pecché. 

« Ne est mye merveil se tu seies trébuché : 

« Ne seras mye roi omnipotent, 

« Si jeo pus faire mcn talent, 

« Qyant tu pensastes celé treson. (p. 269) 

« Jeo te apparaillai altre meson : 

1. CoTT.jfté,— 2. Corr. /«? 
1 1 3 Corr. opposer. 

lUmmnim, XXIX. A 



82 p. MEYER 

« Ceo est enfcrn ma prisoun ; 
« La serrez tous jours mal félon... 

Voici les derniers vers, sinon du poème, du moins de la 
copie que nous en a conservée le ms. Rawlinson : 

Seignurs, issi ad Dieux fait com jeo vous di 

De Adam qe fust son cher ami. 

Vcstu estoit lui Dieux baroun 

De une vesture qe serobloit pelison. 

Qpai vous dirrai ? de une pel estoit vestu, 

Mes ne sai de quele beste ceo fu. 

N'est nul orgullous qe ore avereit cure 

De tiele aoumemeut ou de tiele vesture, 

Car le secle est ore trop orgulous 

Et de riche vesture trop coveitous. 

Unqes mes ne fu veu si orgulous gent 

Com ore est en le secle a mon escient. 

Pur lour orgul ne crustrent rien 

Le haut roi de ciel a qui il deivent touz. bens. 

Trop ad en le secle grant dolour 

Q^ant home ne creit son creatour. 

Entre cent ne sount mye treys, si com jeo vei, 

Qye tingnent ore la dreite lei. 

N'est ore un soûl qe vers Dieux lou creatour 

Ou vers son proesme ait droit amour. 

Nul ne est qe ne soit plein de coveitise, (/>. 271) 

Et clers et lais, saunz nule devise, 

Et vendent et achatent sainte Eglise : 

Itieie est ore lour marchaundise. 

Pur lour orgul et lur coveitise 

Lesscnt et obHent le Dieux servise. 

Issi le fount en tiele guise. 

Deshait soit ytiele couveitise ! 

En altre manere sevent gayner 

Les richesces du secle et le aver : 

Bataille movent .j. * fort guère 

De terre en terre pur motz conquere 

Les terres, les cités, les chasteus. 

Ainsi se termine la première colonne de la p. 27 1 ; la seconde 
est en blanc. Il semble que la copie soit restée inachevée. 

I. Corr. etf 



NOTICE DU MS. RAWLINSON POETRY 



«3 



APPENDICE 

DÉBUT ET FIN DU POÈME SUR l'aMOUR DE DIEU, 

d'après b. n. fr. 902*. 



Seint Pol li aposile dist,(/o/. 125 c) 

Si cum nus trovom en escrist 

n dist : « Se il eust chescon ben, 

« Si amurne eust, ne seroit ren. » 

Car ja n*ait hom tanz de vertuz, 

Se il n'ait amur, tut est nuz. 

Amur si est la vesture 

De tuz bens z la coverture; (/. 126), 

Amur si est, sanz dotance, 

De chescon ben la ncessance. 

Li seint dit : « Qui n'cime mie 

« Il meinten mort et ert sanz vie*. » 

Dunt est leal amur la vie 

Que aime morte vivifie; 

Jo ne di pas que seit amur 

Que défait al chef de tur, 

Einz est fable z feble z vein 

Qui eime hui z het demein ; 

Mes cel amur est leal z forte 

Qoe veit cresçant desque la morte ; 

Et cil qui après la mort remeint 

De amer dune ren ne se feint. 

Cènes, unques amer ne soit 

Cil a qui la mort amur toit, 

Car ne dei pas estre amur dit 

Qjie après la mort n*est parfist ; 

Car n'est d'amur la mestrie 

De amer hom en sa vie, 

Mes celui aime verreiment 

Qui aime quant nul ben entent. 

Ensaraple nus dona Jhesu Crist. 



Qui pur les soens a mort se mist, 

Car il soffri pur cels la mort 

Qui furent mis en peine fort. 

Poet hom ore nul hom trover 

Qui guerez sache quei est amer ? 

Si Tom trove ceo est merveille ; 

Leal amur semble la blanche corneille. 

Ben veit hom J estre amé 

Tant cum il ad chatels et santé, 

Qui cel amur ad tut perdue 

Si chatels perd ou sa vie mue. 

Car tel est seculer amur 

Que défait quant deut estre grcinur. 

N'est pas amur, pur vérité, 

Einz est losenge et falseté ; 

Pur ceo chescon en dreit de sei 

Mette peine en bone fei 

De amer Deu son creatur, 

Car il nus ama en leal amur ; 

Et il mêmes nus dist 

Que devom de quer parfist 

Amer lui sur tote ren, 

Car il est surse de chescon ben (h) 

« Et vostre prosme », dist il, « amez, 

« Cum vus mêmes cheriez. » 



Asez avra joie z odur (/. 1 29 i/) 
Cil qui veit son creatur. 
Et la joie que tuz avrunt 
De li sul receivrunt. 



1. A rapprocher da texte imprimé p. 9 et suiv. 

2. Ce vers et le suivant sont transposés dans le ms. 

3. Mieux, Arundel 24r%BUn veit cm homtru; ms. Cott. (Dom. A XI)LV«- 
veii bien home. 



84 

La verroni k rai omiiipoienl 
Tel cum il est apertement, 
Cum il est un en Trinité 
z treis un en magesté. 
De sa veu avrun tal délit 
Que ja par lange a nus ert dit, 
Ne par oreille escuté, 
Ne par quer d'om pensé. 



P. MEYER 

Ore priom dévotement 
Qui ciel z terre fit de nient, 
Mes par son sen ad tut crée 
z tut sustent par sa bonté, 
Que sa joie nus otrie 
O lui en pardurable vie. 
Amen chescon de vus en die I 



TABLE 



PAges 

1 . Proverbes mis en français par Boon 2 

2. La plainte d'Amour 4 

3. Poème sur Tamour de Dieu et sur la haine du péché 5 

4. Dialogue entre Tévêque saint Julien et son disciple 21 

5 . Miracles de la Vierge, par Ëverard de Gateley 27 

6. Extraits du Manuel des péchés de Will. de Waddington 47 

7. Traduction du Spéculum Ecclesia de saint Edmond de Pontigni, 

archevêque de Cantorbéry 53 

8. Le Mariage des neuf filles du Diable 54 

9. Sur les quatre temps de l'an 72 

10. La Petite philosophie 72 

1 1 . Le Lunaire de Salomon 77 

12. Poème sur T Antéchrist et le Jugement dernier 78 

Appendice, Début du jx)ème sur l'amour de Dieu, diaprés B. N. 

fr. 902 83 

Paul Meyer. 



THE PURGATORY OF CRUEL BEAUTIES 

A NOTE ON THE SOURCES OF THE 8th NOVEL OF THE 
Sth DAY OF THE DECAMERON' 



The story of the punishment of the hard-hearted lady, as it 
appears in the Decatneron, seems to be the resuit of the combina- 
ison of two distinct lines of tradition, from one of which 

Boccaccio took the motive, and from the other the machinery, 

of his taie. 



I 

(i^The most primitive form yet noted in the first of thèse 
lines is found in the Lai du Trot^. 

Iri this poem Lorois, a knight of Arthur*s court, wandering 

^out to hear the nightingale, sees issue from a forest two great 

coinpanies of ladies. The first company ride on white palfreys, 

are gorgeously arrayed, and are attended by devoted bachelors. 

Th^ second are mounted on broken-down nags, are dressed in 



^ - Several of the stories which are dealt with in this paper hâve been col- 
lect^çj by Landau {Die Qiiellen des Dekameron, 2° éd., Stuttgart, 1884, 
PP- -^82 ff.) and others by Wesselofsky (Novella délia Figlia del Re di Dada, 
^^^^^ 1866, pp. XLi, fi.), but neither collection is exhaustive, and neither 
scholar has attempted to account for the change of motive in the Boccaccio 
version of the story of Heiinand — if, indeed, this change has been pre- 
viouslyremarked as significant. The version in Richard de Fournival has not, 
^ ^r as I am aware, been before noted in this connection. 

^- See Lai d*IgnauriSy etc., éd. by Monmerqué and Michel, Paris, 1852, 

??. 71-8J. 



I 



86 W. A. XEILSON 

tnttcrs, their limbs are torn anJ bleeding, and their coming is 
announced by their cries of dîstress. It is explained by one 
of the laiter trix)p wlio lays bcliind tlut the fortunate ladies are 
those who in life were couneous and indulgent to the men who 
loved them, and that the wretched ones had lived without love 
and had repulsed wooers with cruelty. Shecommends the moral 
to ail living ladies who may be tempted to be disdainful. 

(2) Almost contemporary with this poem, although, if we 
judge froni the further élaboration of plot, it is probably some- 
what later, is a parallel in the De Arte honesU amandi ' of 
Andréas Capellanus. Hère a knight, seeking to obtain the love 
of a lady, tells her of the palace of the God of Love which has 
four doors used respectively by the God of I-ove himself, by 
women who are responsive but discriminating, by women who 
bestow their favours on any one who asks, and by women who 
abject ail proposais of love. When his lady says that she prefers 
to belong to this last class, the knight proceeds to tell of an 
adventure which he once had. He had been riding with his lord 
and a number of other knights, and accidentally found himself 
separated from his company and lost in a forest. As he searched 
around for a way out, he beheld afar otf a great company of 
riders. On nearer view he saw that the procession was headed 
by a man wearing a goldcrown. Three troops of women follow- 
ed; the rirst were well dressed and hnely mounted, each lady 
bcing attended by three knights, one on the right,another on the 
left, and a third holding her reins; the second were surrounded 
by a mob of ail sorts oi men who were so troublesome and 
noisy in their attentions that the îadies had no satisfaaion in 
their ser\ice> ; the third wcre a wretched crowd mounted on 
emaciated and !ir.ipini! hacks, cuite unattended, and almost 
blind w:th the di:>t >t:rr;.J u? ry t'^c r.r>t -ç^m of the proces- 
sion. 

When the kniizht had m.c:i the whoîc cavalcade pass, he was 
addressed ry a \\o:v.jr. who >ccmed to he!o:^i: tv^ îhc ihîrd troop, 
and who rror.iised t.^ >how him his way it" r.rst hc went to see 
the three co:r.pa:v!«.s ^ettlcd cach in it> appropriate place. She also 



Ha\r.:x. :Ni:. Ci?. \-. DV rr. S^:c^. 



THE PURGATORY OF CRUKL BKAUTIES 87 

explained to him tliat the ptople he h ad seen were an army of 
the deadj that the crowned knight was thcGod of Love, and t1iat 
the thrce troops corrtspondcd ta the rhree classes of women 
tu whym the doors of the palace of Love were allotted. 

White they talkedthey came to a great irn^dow divided into 
three parts by concentnc circles. The innermost cirde was 
dehghttully shaded by fruit trces and watered by streanis ; and in 
the centre were placed two tlirones, on one nf wlitch a queen 
saî, while the other waited for the God of I^ve. The middle 
circle was flooded with very cold water, whilefrom above beat 
down a scorchiog sun from whose rays no trees afforded a 
sheher. The ou ter circle was torrîd, bot h the ground and the 
.lir bcing as hot as a furnace; and ail over were scattered bundles 
of spikes fixed in logs, while strong men stood atthe ends of the 
îogs, 

Presenily the procession entered the meadow : the god took 
hisseat besîde the queen, the gracions ladies andtheir attendants 
ocoipied the circle round the thrones, the indiscriminace lovers 
took possession of the middle circle, and those who hadharden- 
ed iheir hearts had to walk the ficry soil of the outer circle or 
sît on the seats of spikes while the strong men kept the logs in 
motion and tore the flesh of the cruel beaiities. 

(j) Belonging aiso to the first half of the thineenth century is 
a passage în the Conseil dAtmmr of Richard de Fourni val *, 
Hcre the author, in order to impress on a young girl the duty 
of not refiising her first opportunity to love, tells of an iniagi- 
nary journey which he says he took in his youth into the realin 
of love. There he saw ihc fearful tortures of the disdainful and 
the ineffable joysof the responsive. Frnm thefollowîng paiîsage, 
which is quoted by P. Paris, and is, I believe, the only pièce of 
the lext of the Conseil (TAnumr which has yet been prînted, it 
Ls cvidcnt that some relation with the passage in Andréas e%hts. 

Je regardai et vi eîitrer en la court de biens par le porte planté d'ommes 
a de femmes, et çsioît:nt tout nu, ior% tant qu'il 1 voient s^m plus lor 
i vesiues^ Tantost Il*s gens de biens les emmenèrent en un vivier ki 
csioIt etnmi le court de laîens, et cstoh tôtlt eng^clés et engbcîés. Et soyr le 



1, Scç Nb/ifif sur h vu ft les ouvrn^n 4$ Richard dé Fmrnrvtilt by P. Paris, 
m BiU, di rÊ£€k d€î CbarUi, i^ série, Il (1840-1), 5«>i ■ 



88 W. A. NEILSON 

glace avoit moult de sièges ki estoient fais d*espines bien agues et bien poi- 
gnans ; et sur ces espincs , dedens celé glace, on fist asseoir ces gens, et les 
espines ki moult estoient agues les destraignoient si que li sans vermaus en 
issiiit et li pic^ li engeloient a le glace ; et de la grant mesaise que il sentoient, 
il t'aisoient tel cri et tel noise que ce estoit une grans pitiés d*aus oîr ; et la 
maisnie de laien$ lor «scrioient a le fie : « Gertes, tant en feîstes que orc 
en avenhi le desserte. » 

It is to bc obsened that the charaaeristics of the two outer 
cirdesof Andrexsare here united.Though the languageof Richard 
is not at ail close to the Latin, yet the coincidence of ideas is toc 
detailed to be nierely accidentai. With the évidence rt^ardîng 
date at présent available, the exact relation ot the two versions 
cannot be cenainly detemiined. 

(4) In a Catalan Salut S Amour ' dated by M. Paul Meyer at 
the bqîinning of the xiv**' century, a vcr\- close parallel to 
the pavession ixrcurs. 

A ptxir knight was in love with the wife of a count. One 
day when ail were hunting in the forest, a great white stag was 
siarted, and the whole party joined in the punsuit, with the 
exception ot the knight and thecountess, who reniained behind, 
and six^n disniounted by a iountain under the shadc of a syca- 
more. There the knight s«.>iight the love of the lady, but she 
answered that if she iistened to hini in that soliun' place it 
would setMn as if she had \nelded through fear, and lorbade him 
tosay more. The knight, feartul of ottending, obcyed; but, just 
as they werc preparing to re-mount, thev saw scven ladies 
voming riding on snow-white paifreys with jewellcd hamess. 
nie robes of thèse laJies were so magniîîcenr that a king*s 
iTvxsurc would ni^: hj\c K>i:ghî :hen\ and they seemed more 
lik^^ inhabiran^i of raradiM^ than eanhly beings. One of them, 
who heîd :r. her han^i .1 branch laden with Icaves and flowers 
S«ran ro sing v>f :hc ne\ er-^nding iv\v that cornes to those who 
îoyaliy serve Ix^vc. Thcn ail dismounted, and went gathering 
tiowcrs. .\fîer Kathing their faces in the founuir.» they remoun- 
tcd îhcir palfrex-s, which, though ur.attended, had r.ever moved, 
anô r^xic on. TScv had no: îrone f::r wher, :htv .iV. v^nished. 






THE PURGATORY OF CRUEL BEATTOES 89 

Shortly afterwards seven other ladics appearecl, very beauti- 
fui, but ill-cLid> in tears, and riding wretched emâciated mules 
wîthout saddles. As they went they sang a chanson tclling of 
thcir ^ufferings through having bct^n proud in love. When they 
dî&mounttd and wcmld hâve takcn some water tVom the foun* 
tain, there came out a youngand handsome knight witha shî- 
nîng sword^ who drove theni back, reproachîng rhem with 
cmeltj'and lack of mercy în love, and threatening, if they tou- 
ched the spring, to double their tarments. Full of sadneîis, 
they remounted their mules. 

Then ihe countcss asked her knight ta find out the cause of 
their affliction, and heapproachedandsaluted them.Thcy paid no 
attention, so he gently took the nt^arcst by the arni; but she 
told him it w.Ti not proper to touch unformnate iadies who 
had been dead mure than a hundred years. The kniglu, howe- 
ver* pcr^isted, and she at length toîd him that the richly-dres- 
sed ladies were those who în their life-tinie had aKvaysgranted 
their love to nien, rich or poor, who without it would bave 
dicd; and that for this obédience to the commands uf Love they 
wene now, and w^ould always be, in bliss. The other seven had 
shuwn no pity to suppliants, and werc ihcrefore compelled to 
ride thèse " mulsd'infcrn >> and ?iuffer eternal punishmeni. The 
knight who came out of the fountain was the God of Love. With 
this she bade farewelL and rode off, 

The countess had overheard the cxplanation, and, frightened 
lest an accident might render her Hable to the fate of the unfor- 
runatc ladies before she got home, she voluntarily offered her 
love to the knight. 

The storj' is told by the author of the Salut as a warning to a 
lady against resisting luve* 

(>) A mciditi cation of the thème is found in Gower s Confessio 
Amûnîh \ Hère Rasiphele, the daughter of Herupus, king of 
Annenia, is represented Afi having always refused to yield to 
love. But one day in iMay, as she walked ont alone^ she saw 
coming along the side of a wood a troop of beautiful îadies on 
richly caparisoned horses. St>me distance behînd rode a solitary 
woman on a lean and galled horse with wretched harness, 



t. Ed. Pâiilî, London» îR;?, Il, 4î-S0* 



W, A. NEILSON 

thôugh the bridle was iewelled. Frora this last wonian the prîn- 
cess leiirned that the troop consisted uf thase who had cour- 
teousiy rerumed love, while she, who had heen hard-hearted, 
had now to ser\'e as their « horse-knave t\ and OLtry their 
halters hanging at her waist, Hi^r bcaurîfui hridie she owed ta 
the faci that once for a fortnight she had heen inclined to love 
a knight, The princess is frightened out ol her coldness, and 
résolves » that she nu halters wolde bere », 



n 



In the instances which hâve been cited the motive has uni- 
formly been the reward uf indulgent and the punishmeni of 
cruel bdies, and the machinery- has heen some kind of a caval- 
cade. In 'the second line uf tradition the motive changes to the 
punishinent of iUicit love, and a single case take^ the place of 
the procession. 

(r) The earliest form %o far observed in this second line îs 
tound in those ex tracts which Vincent of Beau vais made from 
the Works of Hehnand, monk of Froidmont (died ca. 1227), 
and which are known as the Flores K In Helinand's chapter De 
cogniiimu sut', the story îs told — à propos of apparitions — 
of a vision seen by a poor God-fearing charcoal-burner. As this 
man lay one night watching hisfire, a naked woman appeared 
pursued by a knight on a black horse. The knight overtook and 
stabbed the woman, and then ihrew her into ihe fire, After 
she had been bumed^ hcdrew herout again» placcd her body on 
the horse before him, and disappeared. 

This was rcpeated night after night. Finally, the charcoal* 
borner told his lord, the « cornes Nivemensis n, about it, and 
he came and watched with hîm. At midnight the ghastly scène 
was again enacted; but before the knight coold ride away he 



t. Evidently from this pissage : « Hic autem etiâm quaedam ejusdem 
aptfis DaubilÎA» quae îm&quam mm superius posita. irt^erere voiui, et cttAm 
de quîbusdam aliis qiis scriptjs, undi fions fju^rpsi, » Vincent of Béaiiv^is, 
Spmiium HisimiaU, bk. XXIX, chap. 108, 

a. Migne, Patr&iû^a Lcttitta^ voK CCXlI^col. 714. 



Ah 



THE PURGATDRY OF CRUEL BHAUTIES 



9ï 



was sîoppc-d by the Ccnmt who demanded the meaning of it alL 
The knight cxphiined that this woman and ht' in their lîfe on 
L-arth had committcd adultcry, and that the wom;in h:id mur* 
ijcred her hushand to get more frcedonn for her passiunate 
indulgence. Both had repented at the eleventh hour, and what 
the Count had witnessed was part cif their pcnance in purgatory. 
The black hurse was a tormenting devil ; and the monk 
cxpUiins that an account of the lusrfuî nature of horses, «< dae- 
îTîunes igitur in equos transformati significant sessores suos se 
hujti.sniodi scelcribus oblectasse » ; and other instances of the 
phantom horse are given. 

(2) This vvhole passage with hs contcxt is transferred bodily 
b> \1ncent of Beau vais into his SpecNlum HistanaUj bk, XXIX, 
chap. t20 K 

(î) A somewhat sîmilar storv îs told by C^i^sarius of Heister- 
bàch in hîsbook oi Mirât ks % wntten between 1227 and 1240. 

A certain priest had a concubine» who, when she wa5 dying, 
askçd TO hâve a strong pair of shoes niade and buried witli her< 
The rtrquest was nbeyed, and on the following night a horse- 
maii, riding with his servant along a road in the moonlight, 
he^rd a wonian shriekîng for hc!p. Snon the dead concubine 
appeiredy clad only in a single garnient and the nesv shoes, and 
pursued by a diabolîc huntcr and hounds. As her pursuers 
appmaclied, the woman wanted to run ort\ but the knight 
woond her hair round his leftarm and prepared to défend her. 
So great was her terror, howe%'er, that she wrenched herself 
free and ran away, iea%nng her hair. But the hunter overtook 
her, threw her across his horse, and rode off* Next day they 
apened her grave and found that her hair was gone. 

(4) The story of Helinand is told, with acknowledgment of 
the source, by Jacopo Pass;n'anti in Italy in the iniddle of the 
fourteenth century, The versions are identical in ail essential 
détails '. 



1. Vcnice, 1494» fol. ^97, 

2. C^sarii HeûterbactnîisDialagTis Miraculofum^ed by Jos. Strsin^, I^SI* 
II, p. 53o(Dist, Xn, chap. ao). 

î. Sp0cchi0 deik va a PmUfniia^ Dist. lU, cap. a» — printcd as ao extract 
ta Mdtumi^ ddla Uiteratuta îtaîîana, by Alcss. d'Ancona and O, Bacci, 



92 W. A. NEILSON 

m 

The kind of punishment characteristic of the Helinand tradi- 
tion is first united with the crime of hard-heartedness by Boccac- 
cio in his Nastagio degli Onesti \ 

Nastagio, scorned by the lady he loves, wandered one day in 
déjection through a forest. Presently he heard a woman*s cries, 
and a naked damsel, pursued by two dogs and a knight in 
armour, ran into view. Nastagio wished to protect the lady, 
but the knight cxplained that he had loved her in vain, and 
that on account of her cruelty he had committed suicide and 
had been put in hell. Soon she also had died impénitent, and 
her punishment was what she was then suffering. He pierced her 
with his spear, and tearingout her heart threw it to the hounds, 
after which she revived and the chase began anew. 

Nastagio found that this occurred every Friday, so at the 
proper time on the next week he contrived to hâve his lady 
présent in the forest. She was so much impressed by the moral 
of the apparition that she repented of her coldness and retur- 
ned his love. 

It will be noticed that hère as in Andréas the épisode is used 
as a device to help an actual lover. With this might be compa- 
red the story in Ovid ^ of how Vertumnus, seeking to woo 
Pomona, related to her the story of Anaxarete, who was tur- 
ned into stone because the stoniness of her hean had caused her 
lover Iphis to hang himselt. The media^val taies of which Dame 
Sirith is the familiar English example hâve a parallel motive ^ ; 
and the warning of a cruel beauty by an apparition from the 
other world appears also in the ballad oi Proud Lady Margaret -♦, 
citcd by Landau. 

1. Decarrwroiy 8«*> Novel of the 5»^ day. 

2. Métamorphoses, XI\', 624-764, adduccd by Landau : Die Quelîen des 
Dehameron, 2^^ cd. Stuttgart, 1884, pp. 282-287. Landau's citation from 
Grimm's Deutsche Sagen (Berl., 1816), pt. Il, no. 527, p. 262, is not really a 
parallel. 

V For various versions of this (Oriental) taie, sce. Les Contes moralises de 
Siœle Roxpn, éd. for the Soc des anc. textes Jranç., by L. F. Smith and P. 
Meyer, Paris, 1889, pp. 169, 289-90. 

4. English and Scottish Popular Rallads, éd. by F. J. Child, Boston, 1882- 
98,1,425-3'- 



THE PURGATORY OF CRUEL BEAUTIES $1 

B(Xcacdo*s form of the story is imitated by Fninœ.sco Male- 
cami in his Trùmfa delt'Jmort sopra i smi ingrat i\ Anà it has 
becn worked over by later h:inds in Italy% by Haiis Sachs in 
Germany, and in Ënghnd by Dryden in his Tk^dore and 
Hanoria ', 

An interesting variation \s fonnd in the Hypneroioniachia Poli- 
pbili^ of Fmncesco Colonna, 

Polià, siiU scornful of tbe love of the hero, has a vision oi 
two wonien wîth iheîr arms bound behind tlieni, harnessed tï> 
a fiery car» in which sits « uno infiammnbondo ei senza îstima 
furibondp et implacabile fanciullu ». After d ri vingt hem merd- 
lessly over rough ground and through thorns till they are ail 
torn and bleeding, the youtii dtsmounts and cuts them to 
pîecesj leaving them tû the beasts and birds of prey. This was 
the vengeance of the God of Love on beau ti es who h ad resis- 
ted his iTiighi. 

Attempts bave been tnadeto connect those forms of tbc story 
ihai follow Helinand with the legend of the Wild Hiintsnian î, 
and it is in sucb a connection thaï the taie îs introduced by Heli- 
nand htmbelf. But it is clear from a considération of the circum- 
stances as they appear in the instances hère collected that though 
there ts a certain external resemblance to that legend, and even 
though some forms of our story may hâve borrowed détails 
frotn the other, the two hâve no vital connection whatever; 
die whole phenomenon of the pursuing knight being sufficiently 
ai:couDted tbr by the requirements uf the fundamental situation, 

William Allan Neilson, 
Bnn Mawr Collège^ Pennsvlvania, U, S* A. 



1 "^\^iSidohVy^N€mUad£Ua Figlk dd Ru Ji Dma, Pisa, j 866, apperdix I, 
pp, xcv il 

2* Oppelletti, Studi iuî DtcamcTone^ Pirma. lê^, p. i68» note a» 

|, Pi^Hs^ Aîdîne Edn. Lotidon, 1S43, IV, 72-87, 

4. Fir^t edn. by Aldus Manutius, Venice, 1499, The beSÈ edn. of the French 
trombtloti is ihiit of Qaude Popctin, Paris, i88|. The passage occurs in 
bock xï, chap. }. 

J. Wessdôfsky, N&uflla delta Figîm diîRi di Daeîaf Pisa, 1S66, pp* xli ff. 
For an account of the various forms of thîs legend see G* Edvnaud, La Mis- 
mkHfîk^nin, in Liudés rmmnés dédiées àGastm Paris, Paris, 1891, pp, 51 -7* 
CL âko BibL dt VÈçde dts Charita, s^ série, I (i86û), 461* 



LA TRADUCTION FRANÇAISE 
DES MARTINS DE MAERLANT 



Parmi les œuvres principales de Jacob van Maerlant (mort 
vers 1291), le poète le plus éminent du moyen âge néerlandais, 
et le fondateur de l'école didactique, ou bourgeoise, on compte 
trois dialogues (c'est le terme qu'emploie le poète lui-même) 
ou débats, qu'on désigne d'ordinaire, d'après le nom d'un des 
deux interlocuteurs (l'autre est Maerlant lui-même), comme les 
Trais Martins. Le premier de ces débats traite de questions de 
théologie, de morale individuelle et sociale, de casuistique 
amoureuse ; le second traite également de l'amoifr : c'est un 
véritable jeu-parti développé ; le troisième contient un exposé 
du dogme de la Trinité. 

Ces débats, très remarquables par le fond et la forme, ont 
été fréquemment loués et imités par les poètes de l'école de 
Maerlant. Il en existe une traduction latine, due à un ceruin 
Bukelare. En 1851, l'archiviste de Bruges, feu Bossaert, décou- 
vrit des feuillets d'un incunable, sorti des presses de Jean 
Bortoen, le célèbre imprimeur brugeois, vers 1477-1480, et 
contenant des fragments d'une traduction française. Pendant 
longtemps on n'avait connu de cette traduction que le fragment 
d'un couplet, publié par Serrure, et deux couplets donnés en 
Éic-similé par Holtrop, dans ses Monuments typographiques. En 
1884, une mention relative à ces fragments attir?. l'attention de 
M. Paul Fredericq, qui fit des recherches à ce sujet dans les 
archives de Bruges, où les débris avaient été trouvés. Il constata 
alors qu'après la mort de Bossaert, les feuillets avaient 
été égarés en partie; il publia ce qu'il avait pu retrouver 
dans la Tijdschrift voor NeJerlandsche Taal- en Letter kuruU, 
t. IV, p. 275 ss. Après lui, M. Gilliodts van Severen con- 
tinua les recherches i ce sujet à propos de ses travaux sur 
Jean Bonoen, et parvint à retrouver une panie des feuillets 



TRADUCTION FRANÇAISE DES MARTIKS DE MAEHLANT 95 

égarés- Il republîa le roui dans son livre ^ur Bortoenj sur quoi 
M, Frederkq redonna les nouveaux fragments, après une nou- 
velle cotlationj dans le Tijdscfmft, t. XVII, p. 33 ss. Bien qut' 
ces publications soient loin de donner rensemble de Toenvre, 
et que M. N- de Pauw détienne encore, à ce qu*il semble, des 
feuillets inédits % ce que nous avons permet de rechercher avec 
quelque chance de succès la date et le lieu d'origine de la tra- 
ituction. La comparaison avec roriginal nous offrira des vérifi- 
cations précieuses. 

Vasificatimi. Celle de foriginal est extrêmement raffinée : il 
se compose de couplets de 13 vers; chaque couplet a deux rimes» 
ett chai nées d'après le schéma imbaabaabaabb. Les vers avec la 
rinie a (par conséquent les vs. ij 2, 4, J, 7, 8, 10, ri de 
chaque couplet) ont quatre accents {kbungtn)\ ceux avec la 
rime b (vs. 3, 6, 9, 12, 13) en ont trois. Dans les deux premiers 
dialogues» les vers a sont masculins et les vers b féminins; 
dans le troisième, c*est finverse qui a lieu. 

Le traducteur n*a imité que fort imparfaitement cette dispo* 
sition si ingénieuse. Ses couplets ont également 13 vers, et 
rcnchalnement des rimes est le même; mais pour tout le 
reste, il se montre beaucoup plus négligent* D'abord il 
n'observe nullement la distinction si importante des rimes 
masculines et féminines* C'est ainsi que sur les lé premiers 
couplets du Premier Martin, 9 n*ont que des rimes mascu- 
linesj 7 ont des rimes féminines : coupK 4 (rime A), 6 (è), 7 (b), 
8 (u% 9 (a), ï 1 (b), 1 j (b); on remarquera qu'il n'y a pas de 
couplets entièrement en rimes féminines; que c'est le plus sou- 
vent la rime fe qui est féminine, mais qu'il y a deux exceptions. 

La longueur des vers est variable et il est très difficile de 
trouver une règle; voici le nombre de syllabes des vers des 10 
premiers couplets du Premier Martin ; j'indique entre parenthèses 
le nombre de syllabes qu'on obtient en tenant compte de cer- 
taines corrections possibles : 

Rimes a : coupL I : 8, 7, 9, 8, 7, 8, 7, 8- 

coupL n : 8» 8, ro, 7, 7, 7, 8, g (8 en lisant 
loyal p. loyale). 



I. Voir Jmûh van Mmrhnt^s sirùphtKht G^dkhiin^ niiwm uUgâvt door Joh. 
FrAmkën P*J* Vtrdum (GroQjiïgiic, 1898), introduction, p. xvi, note. 



96 G. HUET 

coupl. III : 8, 8, 8, 8, 9 (8 si on lit corn) 7, 8, 8. 

coupl. IV : 7, 8, 7, 8, 7, 8, 8, 8. 

coupl. V : 8, 7, 8, 8, 8, 8, 9, 10 (ou 9 en 

lisant s' instruction), 
coupl. VI : 8, 8,9,8, 8,9,9, 7. 
coupl. VII : 8, 8, 7, 9, 6, 6, 8, 7. 
coupl. Vin :7,é, 7,8, 7(6enélidant /^)8,7,8. 
coupl. IX : 9, 8, 8, 8, 8, 8, 7, 9. . 
coupl. X : 8, 7, 9 (ou 8 en biffant je), 7, 8, 7, 

8. 7. 
Rimes b : coupl. I : 7, 8, 8, 7, 8. 

coupl. II : 7, 8, 8, 6, 8. 

coupl. m : 7, 8, 8, 8, 7. 

coupl. IV : 6, 5, 6, 8, 6 (5 en élidant Que). 

coupl. V: 7, 8, 7>7, 7- 

coupl. VI : 7, 9, 6, 5, 6. 

coupl. Vil: 6, 7, 6, 7,5. 

coupl. Vm : 7, 8, 8, 8, 8. 

coupl. IX : 8, 8, 8, 7, 8. 

coupl. X : 7, 7, 7, 8, 8. 
Ces exemples suffiront. 

Afin de bien comprendre la singularité de ces chiffres, il faut 
se rappeler que, dans les poèmes en moyen néerlandais traduits 
du français, les vers de quatre accents (hebungen) correspondent 
aux vers de huit pieds des originaux français. Si notre auteur 
s'était conformé à la règle, nous devrions avoir, inversement, 
comme traduction des vers de 4 hebungen de l'original, des vers 
de huit syllabes, et, d'après la même proportion, pour les vers à 
3 hebungen (rimes i), des vers français de 6 syllabes. On voit que 
nous ne pouvons arriver à une régularité semblable. 

Deux hypothèses se présentent d'abord : 

1° L'imprimeur Bonoen a travaillé d'après un manuscrit 
très incorrect. — Elle est inadmissible. En effet, il y a quelques 
vers pour lesquels on peut, comme nous l'avons indiqué, en 
faisant des corrections, obtenir une syllabe de plus ou de 
moins; mais, pour la plupart des vers trop longs ou trop 
courts, la leçon donnée par l'incunable est la seule possible. 
Comment ramener à des vers de 6 syllabes les deux derniers 
vers (rime b) du couplet X : 



TRADUCTION FRANÇAISE DES MARTINS DE MAERLANT 97 

Et font de malice decré. 
Au feu d*infer soient livré. 

Il en est ainsi pour beaucoup d'autres vers, dans le reste du 
poème aussi bien que dans les couplets pris comme exemple. 
Pretn. Martiriy couplet XXVIII, vs. 9, le vers : 

De Dieu ne sera ja tel don donné 

a 10 syllabes : on pourrait le transformer en un vers de 9, en 
biffant /a, mais en faisant violence au sens, et il n'y a absolu- 
ment pas moyen d'en foire un vers de 8 syllabes. 

2** Le traducteur, Néerlandais d'origine, s'est efforcé, avec plus 
ou moins de succès, d'imiter la versification de son original, 
fondée sur l'accent. Cette hypothèse est également à rejeter : on 
ne peut découvrir aucun principe qui aurait servi de règle au 
traducteur. En essayant par exemple de scander les vers de la 
rime i d'après ce principe, on obtient un certain nombre de vers 
avec 4 accents appartenant à la rime b\ or ces vers, construits 
sur le modèle de l'original, ne devaient avoir que trois accents 
Ainsi l'on a : 

/•' Martin^ coupl. I, vs. 13 : Uurs biens tolir d'honneur priver; 
coupl. ni, vs. 12 : Di nioy Martin dotllx amys ; coupl. IX, vs. 3 : 
David^ le disten son psaultiér; coupl. X, vs. 13 : Aufeù d'enfer 
soient livré; coupl. XIII, vs. 12, 13 : Car plus hàulten èûr niantes. 
Tant plus bas en Infér gettés ; II"" M. , coupl. 26, vs. : 6 Peut a Vàme 
trop grever y etc. 

D'autre part, quelques-uns des vers b n'auraient que 
2 accents : coupl. IV, v. 3 iDesçavoir la vôye (l'accentuation Dé 
sçavoir la vôye serait par trop pénible) ; coupl. XVI, v. 6 : Les 
pécheurs en Infiér. 

Quant aux rimes en a, on ne pourrait dans un très grand 
nombre de cas obtenir les 4 accents acquis, qu'en supposant 
2 accents pour les mots de plus de deux syllabes; ainsi (coupl. 
IV,7,8): 

Cdr, selônc m'enténciôn 
Scrûpeleùs est ti question. 

Encore y a-t-il des vers qui résistent à ce traitement, par ex. 
coupl. XXXI, 10 : Le tel cuide et cuidoit; XXXV, 5 : Que 
(T amour estaient pris (l'accentuation ^2"^^*^^'- serait forcée), 
//* Af., coupl. XI, vs. 4 : De droit est mtiire ifulinés, 

•, xnx y 



G. HUET 

Cette hypothèse doit dooc être écartée également; elle nous 
met cependant sur la voie de b solution qui semble k vraie : 
c'est que !c traducteur* Néerlandais de nationalité» voulant faire 
des vers dans une langue qui n*était pas sa langue maternelle, a 
construit des vers en dehors de toute règle et de tout système 
de versification déterminé. Son cas, en somme, est analogue à 
celui des poètes anglo-normands écrivant à une époque où là 
tradition de la versification française commençait i se perdre en 
Angleterre ', Nous verrons plus loin que la date probable de la 
traduction semble appuyer cette hypothèse. 

Riftm, Le traducteur s*est évidemment efforcé de rimer exac- 
tement ^ ainsi que le faisait son orîginaL Les rimes singulières 
que nous rencontrerons sont donc des incorrections grammati- 
cales. Il ne recherche pas la rime riche, 

Langut. 1^ Phméîiqm, Nous allons relever les faits les plus 
importants que nous avons trouvés^ aussi bien dans les rîmes 
qu'à Tin teneur des vers. 

En général, la langue est le français de France; il y a cepen- 
dant des formes septentrionales à relever; la plus intéressante 
pour les voyelles est dans les rimes h des couplets XIV et XVI 
du /" Martin : infcr^ Us, infier (rime kr) ^. Dans les rimes en 
k nous trouvons une fois k =^ ik : M, //, coupL XUI : amigét 
lis, anraigu ' (rime f>); dans le même couplet, ^/yi'f rimant éga- 
lement en iV est bizarre (lire: alm?). — Pour les consonnes, 
nous trouvons cmrmchier^ M. /, coupL l6, 9; temhier^ M. /, 
coup!. î6,3; mais dans le même couplet, vs, 1 2^ pécher (lis, 
pccincr) au lieu p€kkr;M. /, c, 33 ikrcbe; M. III ^ coupL U, com- 
tntucfjtmnt; M, III ^ coupL 4, vs.fdrferw; M. ///, coupL VI, v, 
3, comttuminer^ etc* 

Relevons quelques faits qui n'ont aucun caractère local déter- 
miné : confusion constante de 5 ^=^ i latin avec s = t + s latins; 
€fU et ani sont au contraire distincts, voir M. /, c. 42, 17, 



I, Comp- HisL tut. Ji Li Franc^^ XXVUL tSo, iBu 

3^ Ots nme$ sont attelées dans IHncuoAble pour le coufiitt lé, Ll rime 4 
est #r, ta rime ^, air; Q Éiut tire dans les nmes 1 1 temkkr^ A|fi^, emtrmêekur^ 
pteèm^ fumier (fil). 

|, Là forruc cûrr^patuiinte atûigii ()« pers, sing. passé ddiiii) pour «nf^T- 



TRADUCTION FRANÇAISE DES MARTINS DH MAERLANT 99 

34; M. ///, c, ri (mt); Af. /, c. jj, 38 (anî). A noter la rime 
en ^ur, M. /, str. 31 et M. //, str. 12. 

On peut se demander si nous avons le droit d'unifier et 
cl*ïnsérer partout la forme septentrionale. Cela semble douteux. 
Il est fort possible que notre auteur ait connu des textes où les 
formes du français de France étalent mètées à des formes plus 
septentrionales^ et qu*il ait cru pouvoir user de la même 
liberté. 

Enfin, nous devons signaler des formes plus qu'étranges, 
extraordinaires, M. /, coupl. jt, au milieu de rimes en ^^r 
(ê*œur^ trompeur j honneur ^ parleur)^ on trouve une rime en u 
{pur)* De même heure : ure^M. /, coupL 7; dans le même 
couplet nuées rime en es. Trois fois (M. /, coupl. 16 vs. 13; 
18 vs» 9; 20 vs, T2)on rencontre pugnier ou pu nier pour punir 
(rimes kr ')• Désire rime eni>r^ % M. //, coupL 8, M. III^ 
coupL 1, on a pour les rimes b : lin^ manière, rire^ dire^ 
derrière. Dans ces rimes, on pourrait lire nmnirc pour 
manière j mais U ny pas moyen de corriger derrière^. 

Pour la flexion on remarque : h pour la (article féminin) : 
M- /jCoupL 7j vs. 9 (le faulfe créature}, 26, vs.; ^(caritéquiLh 
vefdt teii^r) (forme septentrionale), 

La forme analogique rfiJ : is (pour dico) est M, /, coupL 21, 
vs, 9; coupU 32, vs, 15 ; la forme phonétique dy : y se trouve 
M. /, 22, vs. 13, 

Pour ce qui est de la syntaxe^ l'auteur semble écrire au 
hasard. Il se sert à volonté du cas-sujet ou du cas-régime du 
substantif; par ^x. contre ung fort son ancmis(M. 7, 21, vs. 12) 
au nchie Ahratmm de Dieu amis (M, I, 40, vs, ro), rimant en is; 
mais ce qui est surtout arbitraire, c'est Taccord eu le désaccord 
de Tadjectif ou du participe avec le substantif, surtout quand 
ils sont reliés par le verbe être. L'auteur sait que Tadjectif a 
une forme féminine (par ex. Af, /, coupL 38, chose obscurv. (en 
riine)» ^HE aventure; coupL i<)yVilainBét servn nation; coupL 



t. Li nmt punir*, k se trouve Af. /f, coupl. 7, vs. ij. 

2, Qsmp. M. H^ CôupL 9 v^. 11 : iesUrçit. 

\. Une autre rime singulière résulte d*iiiie correaioa : Jtf. /, c, 50» vs, 5 

(lime tV) Carû Vun m pmt riens souffrir^ il faot lire évidemment soupr pour 



tOO G. HUET 

2,vs» îi : loiaÎE gent) qui doit être employée, dans certains 
cas; mais il s'en sert h sa fantaisie du masculin et du féminin j 
du cas-sujet et du cas-régime. Ainsi, Af, 1, coupL 33 ; chost: de 
verdour fioris (rime ij); M. /, 27, la viergt de biens remplie (sic) 
(rime Is); M. /, coupL 40 : ufu brebis park agneî malsain 
pourris (rime is); M. /, coupL î$ : lu mas bien aâvtriis^ tu as 
mm cœur tout resjays (rime is). 

Mais c'est surtout dans le cas où Tadjectif (ou le participe) est 
relié au substantif par le verbe être qu'on observe des irrégula- 
rités fréquentes qu'on peut dire que, pour notre traducteur^ le 
non-accord était, dans ce cas^ la règle* Exemples : M. /, c* 23, 
vs. 1 1 : mainte teste est eslevds (rime es); M. /, c. 24, vs, 4 : la 
responce est fondée (rime é) ; M, //> rj^ c. 7 : Medea qui de lasm 
fu ravis (rime is); M, III^ c. 4 : Les tmms smtt désiré (rime é) ; 
M. I, c. 32 (je cite le couplet entier en ajoutant les accents et 
la ponctuation) : 

Richesse n^est pas resproutn^^ 
M^ qu^dle soit bien possessé, 
Bi€» distribué et bien Acquis, 
A dwyt dçspendu. Dieu loué, 
Une partie a droit gardé» 
Uac partie pour Dieu partis. 
Mab d'amer richesse dont j'ai parlé, 
Et d'amer Dieu et félicité 
Ne peut esire ensemble mis ; 
D*amer richesse sans charité,, 
Cest ufig amour desordonné 
Et qui est de Dieu hays : 
Enteng bien que je te âh. 

On serait tente de lire resproubk^ passessà, distribuée, acquise, 
etc., mais les mots parlé ^ félicité ^ hays (amaur')^ dis montrent 
que les rimes sont é, w, que les corrections ne sont par consé- 
quent pas possibles. 

M. //, coupL 7, est ègakment curieux t 

Ces deux darnes sont emprisonnes 
Et est jugié et ordonnés 



I 



t* Chez le traducteur, amùur est loujoyrs maKulîti; voir M, I, c, p, vs* 
11 ; ç* $$, vs. 13. 



TtADUCTÎOK FRANÇAISE DES MAtTlKS DE MAEHLANT 10 1 

Que Tune des deux fault mourir ; 

Mais il n'est pas déclarés 

Ni par les juges determmés 

Q^JÏ de prison doit ïssir; 

Ore sa y conjmîs et ins<!tiu<b(lb» initrUi/s) 

Que par moy sera devises 

Qui d'elles mora; fay choisir; 

Ore di» Martin , pas ne flatés» 

Que par loy soye advis^s 

La quelle tu veuU resjoïr 

Ou crimmellement punir. 

Ici nous avons d'abord emprisonnés pour emprisonnées^ et de 
plus ordmnés\dtclarés, dekrmifiù, drnsés pont ordonné^ déclaré^ etc. 
Il est évident, du reste, que l'auteur n'avait aucune idée de la 
r^le des cas, tnéme dans des constructions moins délicates que 
ceUe-ci* M. /, couplet 14» fournit un exeraple curieux : 

kcques, soyH a certain nez 

Qjie ceuh quî sont foituncis 

D*avoir eur par pcchier 

Sont a droit chemin entre jï 

De briefment estre mene*£ 

Au totirment du feu d'mf[i]er 

Quant iU ont plus que assés ; 

Et riens n*cn chaut qui en soit grevé?*.. 

Si Ton admet que Tauteur employait les deux cas, les formes 
forlum:;^^ entrer, w<'7k^^ doivent être lues fortuné^ etc.; s*it em- 
ployait la flexion simplifiée du français moderne^ acttimmwi, 
grcvt^soxM à modifier. Mais le mot asses montre que la rime est 
en ^^, et que la confusion, quelle que soît la théorie qu'on 
adopte, est irrémédiable. 

De ces faits, selon nous, on ne peut tirer qu'une conclusion, 
la même qui s'imposait aprts Texamen de la versification : 
c'est que lauteur n était pas Français, que c'était un étranger, 
évidemment un Néerlandais, qui maniait une langue dont il 
connaissait suffisamment le vocabulaire, mais dont les finesses 
grammaticales lui échappaient complètement. On peut même 
aller plus loin et déterminer avec quelque vraisemblance la 
localité où la traduction a été composée. Elle a été imprimée à 
Bruges, Or, Jacob van Maerlant était né dans le Franc de 
Bruges; il passa les dernières années de sa vie, mourut et fut 



G. HUET 

enterré à Damme, ville quon peut presque considérer comme 
un faubourg de Bruges, Il était donc pour les Brugeois une 
gloire locale. L*idèe de traduire en français et de faire par con- 
séquent connaître aux a Wallons », Tœuvre célèbre d*un com- 
patriote, djà popularisé dans le monde des clercs par une tra* 
duction latine, devait naturellemenE venir à un Brugeois, La 
connaissance de français était très répandue dans les grandes 
villes commerçantes de la Flandre ', mais on renseignait d'une 
façon empirique, qui ne devait guère donner à la majorité des 
élèves^ qui ne pouvaient se perfectionner par un séjour en pays 
de langue française, qu'une connaissance du vocabulaire et des 
constructions grammaticales les plus simples \ Le résultat de 
leur effort, 5*ils ^'essayaient à traduire un texte étendu et diffi- 
cile comme les Martins^ devait être semblable à celui que nous 
avons ici. 

Quant X Tépoque à laquelle il faut placer la traduction, elle 
est ûsser, mabtséc à déterminer avec précision, à cause du carac* 
tère singulier et flottant de b langue. Le terminus ad qmm est 
fourni par la date de l'impression (vers 1480); et quant au Ur- 
minm a quo^ quelque incertaine que soit la date de ta 
langue, on ne saurait le mettre avant le XJV* siècle. En aucun 
cas, la traduction ne peut être contemporaine de Toeuvre, ou 
antérieure à la mon de Maerlant (1291). Je croîs qu'on peut 
aller plus loin et la mettre après 1400. En effets la déclinaison 
à deux cas y paraît complètement ruinée. Or, on sait que dans 
le français du Nord, dont notre traducteur a subi l'influence, 
elle a longtemps persisté, et que Froissa rt l'observe encore 
régulièrement; il est vrai que Tmcorrection grammaticale de 
notre texte ne permet pas de conclusions absolues. En outre, 
nous avons observé plus haut que, à côté de la forme di(^ dico) 
on trouve la forme analogique moderne dû. Enfitf, le voca- 



le Voir Funck-BrentâtK), PinUppe le Bd m Fknân^ p. 19; Pirenne, Ges- 
chkhk BelgUns I, 57055, 

1. Voir le Lhrt dn Mitms, dialogues françaîs-flamands publiés par Mîchc- 
lant* (Paris, 1S75, in-4*.) Ce recueil n justemÊnt été composé à Bruges, 
pour servir k l*cnseigncmcfit du français. 

On y trouve dc^ fautes anatogues â celles de b traduction des Mariim^ 
par ex. (p, J): Lamaism Htn mém^ éoiî mn^ hienffnestrL.. 



TRADUCrtON FRANÇAISE DKS MARTIKS DE MAERLANT ÏOj 

bulairea un cenaia air de modernité; nous signalons le mot 
séparer {M I^ str. 26 : Vame et Dieu séparer), Littré ne cite aucun 
exemple du mot antérieur au xiv^ siècle. On le trouve d*abord 
dans le langage lechiiique de la chirurgie (H. de Mondeville); 
or* dans notre passage, il a déjà le même sens général, 
qu*en Irançais moderne, et a pris la place de l'ancien sarei\ Le 
minne caractère dt: modernité doit avoir frappé MM, Franck et 
Verdam, qui supposent que notre traduction aurait été écrite en 
vue de Timpression (p. xvi de leur édition de Toriginal); 
elle ne serait par conséquent pas antérieure à 1477 environ. 
Nous croyons que cette conclusion est excessive. En effet, si 
nmpression avait été revue par Tauteurou seulement faite sur 
son manuscrit, on ne s*explique pas la faute souffrir pour 5tw*/- 
fir (Jd. I^c.iq) relevée plus haut, ni surtout la confusion, évi- 
defuraent contraire aux intentions de Tauteur, des rimes et et 
ter dans M. /^ c. 14 et 16, Il y a donc entre l'édition et le 
fiiânuscrii de fauteur un ou plusieurs intermédiaires, ce qui 
nous empêche d'admettre que la traduction soit tout i fait 
contemporaine de T incunable : on pourrait la mettre vers 
1450^ 

Quanta la valeur littéraire de la version, elle est fort mince; 
le traducteur, évidemment embarrassé par une langue qu'il 
savait mal, ne fait aucun effort pour serrer le texte de près et 
rendre avec netteté, soit le raisonnement subtil, soit les beautés 
de détail de son originaK Martin 7, coupL 10, Texemple de Cini 
et Abel (vs, 124 de Maerlant), qui éclaire si bien le raisonnement, 
est omis par le traducteur, qui a délayé en six vers les deux 
premiers vers du couplet original, et est par conséquent obligé 
d'abréger le reste* Dans le couplet 12 du même dialogue, le vs, 
14Î deMaertant (Aventure is nmer een twvr^), d'où dépend tout le 
misonnement, n'est pas traduit, de sorte que îa liaison des idées 



%, Cette date récente fait aussi mku% comprendre le singulier système de 
versIAçatiofi, ou pi y tût Tabsetice de système. Au xv^ siècle^ Tancienne vi?r- 
stficitiaii né«rlaBdaîs€, fondée sur raccent, était à peu près ruinée; on ne 
U comprenait plus; et il qsi fort possible que Tautcur ait cru imiter fidèle- 
menf son original, en se servant de vers de longueur variable, ^ns se 
demander quel était le véritable principe d'après lequel Maerlant avait construit 
l& sîcos, et Sans se douter, à cause de son Ignorance du ver^ français » qu'il 
fusait des monstruosités. 



A 



104 G. HUET 

n'est plus claire. Les vers i-6du couplet suivant, qui sont char- 
mants dans Toriginal, sont vides et ternes chez le traducteur. Dans 
le couplet 27 du Pr^/;//VrAfar/i«, le raisonnement théologique est 
entrecoupé d'une phrase interrogative, qui frappe le lecteur et 
donne à toute la strophe quelque chose de vif et d*imprévu; le 
traducteur transforme l'interrogation en affirmation, de sorte 
qu'il a l'air de réciter une page de catéchisme, etc. Il &ut 
ajouter que le texte dont le traducteur se servait n'était pas 
bon; MM. Verdam et Franck l'ont prouvé par des exemples 
(p. XXXV de leur édition). Les nouveaux fragments en four- 
nissent un autre. Le couplet 4 du Troisième Martin commence 
ainsi dans la traduction : 

Moyses a en ses livres mis 
Que les bestes sont de petit pris 
De qui Us nions sont désiré. 

Ceci traduit la mauvaise leçon Die beeste die de berghen sœken; 
Verwijs a rétabli la bonne : D, b, die den bergh besoeken^ en 
renvoyant à Y Exode, XIX, 12, 13. Il s'agit des bêtes auxquelles 
Moïse défend de s'approcher du Sinaï, sous peine d'être lapidées. 
On ne voit pas bien pourquoi le traducteur, dans le vers qui pré- 
cède, rend par sont de petit pris le vers pourtant fort clair et non 
altéré de l'original moeten syn gesteent « doivent être lapidées » — 
les manuscrits ne donnant aucune variante pour le néerlandais. 

Je termine par deux remarques de détail. M, I, couplet 26 
est mal ponctué dans l'incunable; il faut lire : 

lacques, compaing, je tieng tout cler 
Que trois amours Fcn puet trouver, 
Dont la première et la grignour 
Est carité ; qui le veul[t] hanter 
Doit autres ani[our]s sourmonter. 
Richesse et mondain honnour 
Hst la seconde, qui fait etc. 

Af. /, c. 31, l'éditeur complète [Jacqtî]es, Mais cette apos- 
strophe à Jacques manque dans l'original ; je propose de lire 
o[nqtiySy qui rend le noyt du vs. 2 du couplet correspondant chez 
Maerlant. 

Gédéon Huet. 



MÉLANGES 



ASSEUN 



On se demande pourquoi le Couronnement de Louis fait du 
traître Asselin un Normand. Le prototype, Tévêque de Laon, 
Adalberon, qui vécut à la fin du x* siècle, était d'origine lor- 
raine '. On ne voit pas la raison de ce changement de nationa- 
lité. Peut-on croire qu'un événement du commencement du 
XII* siècle a pu exercer une influence pour transformer Asselin 
en Normand? Je veux parler de la trahison d* Asselin, fils 
d*André, qui, pour se venger de Geoffroi, archevêque de Rouen, 
livra les Andelys aux Français en m 9 : 

Goisfredus, archiepiscopus Rotomagensis, Ascelinum, Andreae filium, plu- 
ribus placitis acriter impetivit, et injuste demptis, ut quibusdam visum est, 
rébus suis, valde aggravavit. Ille igitur, rancore diro stomachatus, Pon- 
tesiam ad rt^em accessit, et se Andeleium, si venirct reccpturus cum bellica 
vi, proditurum spopondit. Franci ergo nimis gravisi sunt, et regem ne pigri- 
taretur exhortati sunt. Confîrmato utrinque pacto, Ascelinus probissimos 
satellites secum adduxit, et in suarum apothecam segetum noctu intromisit, 
ibique sub stramine latenter abscondit. Ludovicus autem rex cum phalango 
bellatorum pedetentim eum insecutus est. Mane, visorege, vociferatio populi 
personuit, et nimia penurbatio pro tam insperata re repente incolas invasit. 
Latitantes vero sub stramine subito proruperunt et regale signum Anglorum 
cum plèbe vocifrantes ad munitionem cucurrerunt. Sed ingressi meunt 
Gaudium [Mofit/oie], quod Francorum signum est, versa vice clamaverunt. 
Exclusis itaque indigenis, Galli castrum interius obtinuerunt et turmae régis 
per portas violenter intraverunt totamque villam nactae sunt^ 

F. Lot. 



1. Voy. F. Lot, Lu derniers Carolingiens, p. 87. 

2. Orderic Vital, Histan'a, XII, 12 (éd. Le Prévost, IV, 340-341). 



lOé 



MèLASGES 



UN FRAGMe^T ÉPIQUE 

Mone a imprimé jadis et M, Fôrster vient de réimprimer 
(/>r Karnnriiter unddas IVilheimskhm^ p. clxxu) trente-trois 
vers alexandrins, appartenant à cinq bisses monorimes^ écrits 
au XIII* siècle, qui se Ikaienc sur les deux côtés d'un morceau 
de parchemin enlevé d'une reliure. Il y est question d'un per- 
sonnage désigné par Tinîtiale G., qui va de Bcîutogneen Angle- 
terre, où il esi fort bien reçu par le roi. Reiffenberg a eu Tidée 
malencontreuse de rapprocher ce fragment du Dit de GuiUaume 
d'Anglfterre^ et ce rapprochement , naturellement, a été répété par 
d'autres, HnlUnd a déjà fait remarquer que le fragment n'a rien 
h faire ni avec le Dit^ ni avec le poème de Chrétien sur le même 
sujet, et M. Fôrster ajoute qu'il n'a rien à faire avec la légende 
die- même, carie nom du héros, désigné par G.^ ne peut être 
Guillaume, la mesure des vers prouvant que le nom a trois syl- 
labes dont la dernière est masculine. Mais il ne sait ni quel est 
certom, ni à quel poème appartient le fragment. 

Il appartient aux Enfances Godefroi^ et les trente-trois vers 
répondent aux %v. 774-781, 805-813, 835-842, 865-873 de 
1 édition Hippeau '. Seulement partout où le fragment a G*» 
c'est-à-dire Godefnn, Pédition a W^,, c'est-à-dire Wistasse. Ces 
deux noms ne pouvant donner la même mesure que dans cer- 
tains cas, il en résulte que le vers a dû souvent être remanié soit 
d'un côté soit de Tautre. C'est ce qui a lieu trois fois dans 
notre coun fragment : 

Fr* I î La nuit s*est G{odefrob] Li vaïte sojomés. 
H. S09 La nuit s'est lî val lès Witasses reposés. 
Fr. 26 Por son fiî G[o<icfroi], que honor It destine, 
H. 866 Por soncnCam Witasseï que honor U destine. 



f , Le toite du fragmem est généralement meilleur et d'ipparence plus 
arcbiiique que celui de l'édition. D'autre pan, celle-ci permet de corriger 
queli^uc^ fautes de lecture de Mone ou de restituer certains passages eBacés 
dans le fragment : v. 19 Orts d nurm m art^ F. fn reni (ce qui amètie à 
mal pbcer les guillemets t ^'est le roi qui parle), I. maii ; les vv. 25 et jj ont 
4té r^titu^ p&f F. conformément Ji la leçon i m primée ; tratur^llement il faut 
]htt iu V. 2€dfiUne pour dtilinitt au v* |c> anntife pour çùmliu, 



UK FRAGMENT ÈPldUE 

Fr, 27 Moût piir ÎM Gfcxlefrûis] a mes por sa francise. 

H. S67 Moutt par estoit Wiiasses a mes por sa franchise* 



ÏO7 



11 resterait à savoir si la leçon du fragment se retrouve dans 
les ms*t. autres que celui qui a servi de hase à Tédition, et si 
c*est Godefroi ou Wisîassc qui est la leçon originale. Mais cette 
recherche soulève plusieurs questions intéressantes qu'il serait 
trop lotig d'aborder ici et que je compte traiter dans un anicle 
annoncé depuis longtemps. 

G, P. 

LA MORT DE SIGER DE BRABANT 

Siger de Brabant, maître à la Faculté des arts de l'unîversîtô 
4e Paris au xm*^ siècle» ou pitjtôt la connaissance que Ton a eue 
4^ sa personnalité et de ses œuvres, a eu dans notre siècle une 
étrange destinée. Il était célèbre parles deux admirables /^r^ïMf 
que Datstc lui a consacrées, en faisant prononcer son éloge 
par saint Thomas d'Aquin, au ch. X du Paradis ^ et qui nous 
apprenaient que, leggenda ml vico d£ strami Siîlogii:^â invidiosi 
ttri. On savait par le témoignage du fils de Dante (confirmé par 
un autre) qu'il avait mérité d'être surnommé Sigerus Magnus* 
Echard l'avait malencontreusement confondu avec un Siger de 
Courtrai bien postérieur, et Le Clerc avait com plaisamment 
développé ceue erreur, que Potvin, appuyé sur des documents 
découverts par M. L, Delisle, a le premier dissipée. Mais la 
pan du vrai Sîger de Brabant» une fois ramenée à ses vraies 
limites^ était encore assez incertaine. On avait constaté^ non 
sans surprise, que les opinions du philosophe que Dante fai- 
sait si magnifiquement louer par Thomas d'Aquin avaient été 
de b part de celui-ci, de leur vivant i tous deux, Fobjet de 
vives réfutations. On savait encore que Siger avait pris une 
grande part aux troubles qui, de layoà 127Î, divisèrent Tuni- 
versitéde Paris* On avait relevé dans un écrit de Pierre du Bois 
une nouvelle preuve de la haute estime dans laquelle le 



I. On viTJtque û te fragment avait été semblable à H., le principal argu- 
nient dé M. F. poor le déclarer étranger au cycle de Guillaume d'Angleterre 
aor^t dUpanï^ ff" pouvant signifier Gmllaumr aussi bien (juc IVùtusst et les 
deuit noms ayant la mfme mesure. 



I08 MèiANCES 

tenaient ses contemporains. Enfin on avait la preuve qu'en 
1277» ayant qnîttè Paris pour retourner dans son pays (il était 
chanoine de Liège), il avait été cité i com paraître ^ pour se 
purger du crime d'Iiérésie, devant rinquisiteur Simon du VaL 
Là s'arrêtait tout ce qu'on connaissait de sa vie ; quant aux 
écrits assez rares qui nous sont parvenus sous son nom, ils 
restaient à peu près inconnus et enfouis dans les manuscrits 
difficiles à lire qui nous les ont conservés; ce qu'en avaient 
dît ks historiens de la scolastique était vague e; incertain. 

Depuis une vingtaine d'années, cette figure encore entourée 
d^ombre, bien que touchée par la splendeur des vers de Dante, 
s'est peu i peu éclairée* Je ne dirai qu*un mot de ce qui 
concerne son activité philosophique : Hauréau a d'abord 
trouvé la preuve que Siger était, avec Boèce de Danemark, le 
principal auteur des propositions condamnées en 1277 par 
rèvêque de Paris, Etienne Tempier; puis le P. Denifle a montré 
que ces propositions avaient un caractère nettement averroïste; 
M, CL Baumker a publié les Impussihilia, en les accompa- 
gnant d'un commentaire fort savant, mais en se méprenant 
sur le vrai caraaère de cet écrit, dont il n'attribue à Siger que 
les thèseSj tandis que l'ouvrage entier, thèses et solutions 
est bien du maître *, Enfin le P* Mandonnet, professeur à Tuni- 
versité catholique de Fribourg, vient de publier tout ce qui 
restait d'œuvres inédites de Siger, en accompagnant cette 
édition d'une întroduciion magistrale, où le rôle de Siger à 
l'univenàité, sa place dans révolution philosophique de son 
temps, le vrai caractère de ses différends a%^ec saint Thomas, 
sont appréciés avec une sûreté d'mformation et une profon- 
deur de critique au-dessus de tout éloge =, Ce livre me paraît 
définitif pour la connaissance de Siger considéré comme le prin- 
cipal représentant de raverroîsme au Xîîi* siècle, et il est capital 
pour (Intelligence de Thistoire de b philosophie scolastique*. 



t. Cot et qu'a parfaitemetit démontré k P»Mândon net. J'ai donc eu ton 
de dire ici (u XXVIII, p. i$6)que ropimon de M. Q. Bâymker était vrai- 

X, Siffr di Bfûkïtu tt ravtrroismt latin au AV/f» smh^ étude critique et 
document inédits, par Pkrrc M an dos s rr, O. P. Fn bourg, 1899, 10-4^ 
QCCXX-l^ p* (fastf. VIII des CôiiectiWfa Fnburgmiia). 

V On peut 9eu)cmcni ^upçonner quelquefois que l'auteur . en sa qualUé 



LA MORT DE SIGER DE BRABANT ÎO9 

i|e n*ai pu, pour ma pan, que m'y instruire largement', et je 
e recommande à tous ceux qui s'intéressent à ces matières. 
J'arrive au point qui fait Tobjet propre de cette note* En 
r88i, M. Castets publia le poème italien de Durante % Il Fk»re^ 
liaduction partielle en sonnets du Roman dt la Rose. Il contient 
sur Siger un tercet des plus intéressants^ ajouté par le poète 
florentin. Tandis que chez Jean de Meuo Faux-Semblant se 
vjnte uniquement d'avoir causé la perte de Guillaume de Saint- 
Amour, chez Durante il ajoute : 

Masiro Sîghier non andô * guari ïieto : 
A ghjado tl fe' mû rire a grau dolûrCj 
Ndb corte di Homa, ad Orbmcto. 

Il résultait de ce passage que Siger était mort de mort vio* 
lente à Orvieto, pendant que le pape y résidait* Il est % rai que 
M. Castets a%^aitcru que aglmào signifiait non tt par le glaive», 
mats « de miscre », ce que Boucherie soutint contre mon 
opposition et ce qu'ont adopté, malgré ma protestation renou- 
velée*, MM. Renier, Appel et tout récemment, bien quavec 
hésitation, M. Bàumker. Le P, Mandonnet se range à la même 
opinion. Elle n'en est pas moins inacceptable, et on va voir que, 
si je me trompais sur la façon dont Siger mourut <t par le 



de Dominî«:ain, voit les chostis soiîs un jour un peu particulier ; mais il serait 
diffidlc, je crois, de irouvcr dans son livre une preuve démontrable de par- 
tijilirè* 

1 , Le P. Mindoniiet a relevé dans ma w lecture m sur Siger quelques 
iocxaaitudes que je n'hésite pas k reconniiiire. 

2. Ce Durante a été regardé par M. Castets comme n*étant autre que Dante 
Aiigbieri lui-même; et cette opinion» qui a trouvé peu de partisans, est cepen- 
dant partagée par M. Guido Mlikliouî, lequel a annoncé qu^il essayemJtde réta- 
blir dans une dissenaiion spéciale. LVminent professeur de Klorencc a bien 
voulu m écrire qull était toujours trC's porté à croire à ridentité des deux 
|>oète£. On doit suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il ait donné les raisons 
de sa conviction; parmi celles qu'il m'a communiquées , plusieurs sont assu- 
rément très frappantes, et on peut y ajouter qu*iJ mi remarquable que les 
deux poêles florent bis parlent également avec admiration de Siger de Brabant. 

y, Non anâèi^otx ici se comprendre comme twn m anâè, suivant un usage 
qui n'est paf nrc en ancien italien. 

4. Je ne renvoie pas dans cette note aux passages cités par le P. Mandon- 
net ; mats il n*a pas connu, ou du moins 1! ne cite pis ma réponse à lartide 
de Bouchcne, Rpm,^ XU, i jo* 



no 



MËLAKGBS 



gtaivc », l'avais raisoa de maintenir que c'est bien]Kir le glaive 
qu'il motimt. 

Le P. M^imionnet a cru rrouver la solution définitive du 
problème dans un texte qui, bien qu'imprimé depuis quinze 
ans, n'avait été utilisé pir aucun de ceux qui s'étaient occupés 
de Sigcr, Jean Peckam, arcbevêque de Canterbury, dans une 
lettre du lo novembre 1284, partant d'une upinion *je Thomas 
d'Aquin qu il rejette, dit : Nerram cr^ediWÊm a retigio^is persmis^ 
sed secularibus quibusdam duxisse origimm^ ft^us dm predpui 
defrnsores vel forsilan inventores miser abiliier dicuntar conclusissc 
dia suas inpartibus îransâipinis ^ cum tamen fian nsrnt de illés parti- 
busormndi. Il s'agit certainement, comme le montre le P. Man- 
donnet, de Siger de Brabant et de Boèce de Danemark* Mais le 
savant auteur a tort de dire qu'il en résulte avec certitude : 
V" que Siger et Boécc sont morts exactement de la même 
façon ; a^ qu'ils sont morts tous les deux dans \c cours de 
remprisonnement perpétuel auquel ils avaient dû être condam- 
nés. Il en résulte simplement que Siger et Boécesont morts en 
Italie, ce qui, pour le premier, confirme pleinement le témoi- 
gnage de Durante, et qu'ils ont fait tous deux une triste fin ; 
mais cette fin a pu être différente pour chacun d'eux, et le 
mot miserabHîtfT a un sens trop large pour qu'on puisse rien 
préciser i ce sujet. L'intérêt particulier du passage de Jean 
Peckam est de nous apprendre que Siger mourut entre 1277 et 
Ï284, 

Il est singulier qu'un autre passage, celui-là tout à fait précis, 
et qui est imprimé depuis plus longtemps encore dans un 
recueil des plus connus, ait échappé A tous ceux qui ont parlé 
de Siger. Je Tai rencontré, A ma grande surprise, dans l'excel- 
lent Diclkmary o/proptr fmnws in Danît de M. Paget Toynbee '. 



1 . M. p2get To>iibce 3 bien voulu me faire savoir que ctf passage lui avait 
étâ signalé à lui-même par M. Charïes Plunimcr. réditeur de Bédé. H oe Tavail 
fisfirodiiit £|ue àt seconde main, at qui ^pUi|iie certaines petites înexac- 
dîudes et l^cxpressiafi quoUd ^ Fittz, tii>dîs qu'îï s'agit d'un lexte entière* 
nucfit împftiné dans le recueil de Beru. Dan^ son article. M, Paget Toynbee 
»c icmblç pas, malgré ce cesie décisif, prendre netteTnent parti %m le lens 
({u'il hm atiribuer à tmrifn a ghiad& \ mais dans une note envoya 1 VAthe* 
tijtiàm (n^ i744i 29 juillet tS99)« '^ a montré av«c toute raison que ce passage 
ptoave f|ue Sig^csT mon par legkivie, tam mn par une exécution jisdidâife. 



iXifti 



LA MORT DE SIGBR DE BKABANT lll 

Il provient de la continuation brabantim de Manin de Troppau 
miprîméc par Weigand en 1879 au t, XXIV (Scriptores) des 
Mimumrnta GtrmtniiU, et est ainsi conçu (c'est dans le pas- 
s*ige consacré au règne de rempefeur Rodolphe (1273-91)', 
qu'est introduite cette intéressante mention) : 

Huiiis tempore floruit Albertus, de ûrdine Pracdicàtorum, qui intilu scrip» 
ut pfiiecUrc de iheologia, qui maglstrum Sygerum tîi scriptis suh mullum 
rudarguil. QjJÎ Sygerus, tiationc Brabantinus, eo quod quasdam opinîones 
coiîtra fideni letiuerat, Pjirisius siibstsiere non valetis, Romanam curiam 
adiîi, î bique post parvum tempus a clerico sua quasi démenti pedbssus 
pertit. 

Ce passage, auquel sa provenance brabançonne donne, en ce 
qui concerne Siger, une grande autorité \ éclaire d'une façon 
toute nouvelle la dernière partie de la biographie du célèbre 
maître es arts* Il confirme d'abord que, comme on Tavait rai- 
sonnablement supposé» Siger dut quitter Paris à cause de ses 
opinions suspectes d'hérésie (il s'agit des propositions condam- 
nées en 1277); il nous dit, comme Durante, qu'il se rendit à 
la cour de Rome (sans doute, comme Ta conjecturé le P. Man- 
donnct, pour y appeler de la sentence de Tinquisiteur Simon 
du Val); enfin il nous apprend que « là n, c'est-à-dire à Orvieto 
d*aprés le témoignage de Durante, il fut, peu après son arrivée, 
ptrftïssus, percé (à coups d*épée), par un sien clerc quasi denienli. 
Ainsi se justifient à la fois le a ghiado de Durante et le misefâhiHier 
de Jean Peckham ^ 



ï . Huju$ se rapporte en effet à Rodolphe, et non» comme le dît M. Paget 
Toynbec, ï Kîcotas ÎV (1288-1293). Albert ïe Grande mort en tiSOj ne peut 
être dh xvQxt flori sous Nicoîas IV, et Siger était mort bien avant le ponti- 
ficst de ce pape. 

1; Elk est moins grande, naturellement, pour Aiben le Grand* dont il 
est 4it que ^ d^ns beaucoup de ses écrite il a combattu Siger ». On n*a du 
moins signalé jusqu'à présent aucun écrit d'Alben contre Siger, bieri que 
Siger dte, avec respecc d'ailleurs, Alben à côté de Thomas comme un 
«^versaire de ses doctrines. Le chroniqueur a peut-être confondu Alberi 
(avec son illustre disciple Thomas d*AquÎD. 

j. On peut croîr^^ que Siger, atteint d'une blessure mortelle, n'y succombii 
cependant qu*aprè:i de longues soulTrances. Maïs %% ceb peut faire com- 
prendre les eï^presiions du Fiùrt^ ceb ne suffit pa$ à rendre compte de celles 
de li iMvint^ Comédie, 



112 MÉLANGES 

Quant aux mots de Durante, agran dahre, et à ceux de Dante, 
ché*n pensieri Gravi y a tnarir gli parue esser tardo^ ils ne sont pas 
encore bien clairs pour nous '. Il résulte d'ailleurs du fait que 
Faux-Semblant, chez Durante, attribue à ses menées la mort de 
Sigerquela rumeur publique, ou au moins la malignité, vit dans 
le meurtre du maître parisien un coup de ses anciens ennemis, 
qui poursuivaient en lui le libre penseur et le hardi parleur*. 
La mort de Siger eut pour théâtre Orvieto, peu éloigné de Flo- 
rence, et Dante, qui avait alors douze ou treize ans dut recueillir, 
tout comme Durante, les bruits auxquels elle donna lieu dans la 
ville K 

Reste à expliquer comment Dante a pu donner plus tard à 
Siger, convaincu d'averroïsme et suspect d'hérésie, une place 
aussi émi non te au paradis, et faire prononcer son éloge par saint 
Thomas, qui l'avait combattu de son vivant. Là-dessus le P. 
Mandonnet a proposé des hypothèses ingénieuses et vraisem- 
blables. Il reste toujours néanmoins quelque obscurité; mais 
tel est le privilège du génie que, malgré tout ce qui l'obscurcit 
encore, on verra toujours resplendir, au moins au ciel de la 
poésie, la luce eterna di Sigieri. 

G. P. 

QUELQUES VERS DU CARDINAL PIERRE D'AILU 

Pierre d'Ailli a-t-il écrit d'autres vers que les Contredits de 
FranK'Gonticr}\\ ne semble pas téméraire de répondre affirmati- 
vement. Ce jx.*rsonnagc ne s'est probablement pas borné à polir 



1. II est à noter que M. C. Ci]X>Ila. qui i d*ailleurs bien à tort voulu 
squrer le Sii;hier Je Duranti, du Sijzieri de Darîte, avait conjeauré que le 
pjisîUiZe de Durante se rapportait a un meurtre et non a une exécution. 

2. Qui Jean de Mcun et Durante ont-ils voulu surtout désigner par 
Faux-Sv.:nMan: : Ils ne l'ont pas dit expressément, mais il est clair que leur 
satire pv-^rte >urtOLî: sur les ordres mendiants, et plus particulièrement sur les 
Donîin:ca:n^. Le P Mandonnet le conteste en vain <Je reconnais d'ailleurs la 
iu>:es>e de ses critiques sur certaines conjectures un peu hasardées que j'ai 
emîxs a ce suiet"^. 

;. le uîvM du chroniqueur, qiULsidfmenù, donne à réHéchir. Si entre ^Itrico 
e: •:.;.• on întcrv-alai: .«a-^*, on pourrait imoiriner que ce :u: Boe>:e de Danenurk 
qui. da ■*.< ;:n av'cê> de dcse>pK"»i' ou Je :"oîie. :i:.i son »:.^n'.r.i::r:on. A !a suite dc 
wc ^nme. i". aurait etc cNCCutc. ce qui e\p!:quc:-:: ;v>-r i'ur. ^: lauir*. U: pas- 
sa^ de Pecîiiam . 



aUBLQJLJES VERS DU CARDINAL PrERRE BAILLI irj 

les trente-deux vers inséparables du petit poème de Philippe de 
Vîtri ; il a dû composer quelque autre Dit moraL Mais où sont 
les vers inédits du fameux cardinal ? On les a vainement cher- 
chés. 

La question a préoccupé tous les biographes de Pierre d*Aillî. 
I-i Croix du Maine se borne à nous apprendre que Pierre d*Ai1Ii 
« a écrit plusieurs vers françois, en rithme usitée de son temps, 
I<s<}tielâ ont été mis en vers latins par Nicolas de Clémangis ^ », 
Les vers français dont parle La Croix du Maine ne sont autres 
que les Contredits de Franc-Gontier . Mais La Monnoye a compris 
celle phrase autrement, et, dans une note assez singulière, il 
prétend remettre les choses au point : « Remarquez une erreur 
touchant ce qu'il dit que ce cardinal a composé plusieurs vers 
françobi de quoi Ion peut fon bien douter; il seroît toujours 
Éwjx que Clémangis les eût tous traduits en vers latins» puisque 
les Cmnndiîs de Franc-Gmtur, qui sont les seuls qu'il a traduits, 
n'excèdent pas le nombre de 32 vers. » Arthur Dinaux, dans 
&a. Notki historique et littéraire sur lecarditutl Pitrred'AiUy^ avoue 
que les ja vers des Conirediis sont les seuls qu*tl ait pu décou- 
vrir. Mais il ajoute : « On assure toutefois que le cardinal en a 
compose d'autres, qui sont tombés dans l'oubli \ » Qui on ? La 
Croix du Maine^ vraisemblablement, qui ne Tavait pas assuré 
du tout* (t Pierre d'Ailly^ continue Dinaux, composa sans doute 
d'autres vers français, si Ton en croit La Croix du Maine, lors- 
qu'il avance quHl avait « veu quelques-uns de ses vers imprimés 
a n y avoit plus de cent ans ». Bayle en a parlé d'une manière 
désobligeante en disant qu'il se mêla de rimailler en langue vul- 
gmipe, mais P. Marchand en fait féloge et remarque « que 
« Tordre, rarrangement, la clarté, la diction, et surtout la 
« mesure de ces pièces de vers^ sont si nettes, si exactes et si 
« approchantes de notre poésie moderne, quoique écrites dans 
« des temps si reculés, que si Desprénux les avait connus, il est 
« à croire qu'il leur(ù d^AlUi et Vitri) aurait accordé^ préféra- 
« bleiïient h Villon, la gloire 

« d'avoir sçu les premiers 
« Débrouiller Tan confys de nos vieux roniandersï »* 



%, Dinaux, N&tic^^ p. 91. 
XJOJL 



114 MÉLANGES 

Aux folios 58 et 58 V*» du ms. 25434 ^^ fonds français dé 
la Bibliothèque nationale se trouvent deux petites pièces qui 
sont attribuées k M, P, de Alliaco. La première se retrouve, 
anonyme, dans quelques manuscrits, sous les titres de Lts imper- 
fections du corps humain^ Les enfermete:(^du corps ^ Les .XIL imperfec- 
cions de V hommes Lestât présent de rhomme^ par exemple dans les 
mss. Brit. Mus. Add. 17446, fol. 11, et Lansd. 380, fol. 142 
V®. Elle est imprimée, en un texte tout à fait incorrect, très 
diflférent de celui que je publie ci-dessous, dans le recueil inti- 
tulé : Le Débat de f hiver et de Festéy avecques Vestat présent de 
V homme et plusieurs autres joyeusetés \ 

Les enfermete^ du corps. 

Plus est le corps aise et pis vault, 
Plus est oyseux et plus tost fiault. 
Plus est servi et plus se plaint, 
Plus est Qourry et plus se faint, 
Plus est paré, plus se demaine, 
Plus est aimé, plus fait de peine, 
Plus est creù, plus souvent ment, 
Plus est repeu, moins est content. 
Plus a mespris et plus murmure, 
Plus a hault pris, moins de Dieu cure, 
Plus a de biens, plus en désire. 
Plus avant vient et plus empire. 
Plus est repris, moins a timeur, 
Plus est requis, plus tient rigueur. 

La seconde pièce semble avoir été beaucoup moins répandue ; 
du moins, je ne l'ai retrouvée nulle part ailleurs. 

Souffrir nous fault, car c*est raison : 
Souffrir dure en toute saison. 
Souffrir doit bien cil qui est saige, 
Souffrir a partout avantage, 
Souffrir nous vient de courtoisie. 
Souffrir hait toute \nlenie. 
Souffrir naquist de pacience, 
Souffrir nous donne obédience. 
Souffrir descend d'humilité. 
Souffrir engendre cherité, 

I. Montaiglon, Recueil, VI, 196. 



ABRI, AILLEURS Hj 

Soufirir n'engendre nul dangier, 
Souffrir donne a tous a mengier, 
Souffrir fait le povre homme riche, 
Soufirir donne robe et pellise, 
Souâfrir est la voie des cieulx, 
Souf&ir fait homme venir vieulx, 
Souffrir nous convient en souffrant. 
Sou£Erir nous soit donc[ques] plaisant : 
Souffrir a partout des amys, 
Souffrir est ung droit paradis, 
Souffrir devons jusqu'à la mort, 
Souffrir soit tout nostre confort ; 
Souffrir doit homs ce qu'on luy dist 
Qpant Dieu souffiît ce qu'on luy fist. 

M. P. DE Alluco. 

J'ajouterai, puisque j'en ai Toccasion, que l'édition de 1490, 
in-4** gothique, des Dits et Contredits de Franc-Gontier que j'ai 
mentionnée dans l'article sur le Chapel des Fleurs de lis (Rotna- 
nia, XXVn, 62) se trouve en deux exemplaires à la Biblio- 
thèque nationale, sous les cotes Inv. Rés. Ye 109 1 et Yc 930, 
n* 2 '. Je dois ce renseignement à la grande obligeance de M. 
Couraye du Parc, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. 

Arthur Piaget. 

ABRI, AILLEURS 

Abri et ses congénères sont-ils explicables par apricare 
ÇRomania^XXyniy 433)? J'incline à le croire. Je n'entends 
traiter qu*une question de possibilité. 

Sur tout le sol gaulois, apricare a dû devenir d'abord abri- 
gary qui subsiste dans le midi; de même aprilem > abril. 
Dans le nord, ensuite, il aurait été possible qu'on eût *avrier, 
comme avril, mais cela a pu n'être pas nécessaire. Si, à l'époque 
où le nord prononçait abrigar, on y employait encore des 
composés comme ab-rumpo, ab-ripio (et ob-ruo, sub- 
ride o), avec un A prononcé en fin de syllabe, l'instinct étymo- 
logique a pu amener àlcouper *ab-rigar autrement qua-bril, 

I. Catalcgue généralldes livres imprimés de la Bibliothèque nationale. Paris, 
1897, p. 405. 



Il6 MÉLANGES 

ce qui suffisait pour conduire, plus tard, à des formes abrier par 
/;, avril par v *. Abrier serait donc né d'une « recomposition » 
illégitime, comme ennemi est né d'une recomposition qui tom- 
bait juste. C'est le cas de rappeler aussi la recomposition 
ConflanSy Confoletis : la prononciation latine authentique était 
Cofluentes; Vn du préfixe étant muette depuis des siècles, 
sur terre non romane, ce Cofl- a abouti à Koblen^y sur terre 
romane, l'étymologie est restée transparente et le préfixe a été 
remis à neuf. 

Abrier une fois existant, une nouvelle erreur de l'instina éty- 
mologique a pu lui créer le pendant desbrier, mot d'ailleurs 
bien rare. Ainsi, en latin, ind-agare a conduit à per-dagare, 
et, bien plus anciennement, tout au rebours, in-duere avait 
conduit à ex-uere. Les lois phonétiques, absolues ou non 
(cette question a-t-elle un sens bien net ?), ne sont pas tout 
dans le langage. Et voici, sur le domaine roman de la Gaule du 
nord, un exemple assez curieux de complication par la psycho- 
logie. 

Ailleurs^ d*aliôrsum, rime zvccfneil leurs, de meliôres : il 
faut nécessairement que la conscience linguistique des Français 
ait décomposé cet adverbe en deux éléments, un radical finis- 
sant à Tr, une flexion consistant en Vs. De même doit s'expli- 
quer le guemesiais vierSy c'est-à-dire uersum, rimant avec 
feros. La pure phonétique estid en déroute. 

Dans le cas d*fl^^lVr, que je suppose précédé d'un ^ab-rigar 
(à\i^ disjonction des consonnes), la prononciation a commencé 
par réaliser simplement la conception étymologique de l'esprit. 
Le cas d'aiHeurs et de viers est plus singulier : ici, l'esprit a cm 
cntcndrc dans les consonnes une nuance imaginaire, et il en est 
résulté dans les voyelles un changement efFeaif. Les lois phoné- 
tiques ont eu un excès de zèle. 

Loub Ha\tt. 



1. C*cst i U ditTctcnce des groupes h-r (disjointe et hr (confointX plutôt 
qu*i b diifcrenoe primîn\>e entnr i long v^ccectuAble"! e: : bnef (toujours atooe), 
que fittribucrais Fécin considènble qui sépare *yrrir^^ jirûr de *fatripar 
liwyi/r. — Li coexistence de h avec K*- es: ch."*« trê* ri: urelîe La prosodie 
de Puute et de Tèr«îce comjv>r:c touv^ur? >- iir> .'j>'J, :cu;ours ^-rdans 



COMPTES RENDUS 



BeitrsBge zur romanischen Philologie. Festgabe fur Gustav 
Grôber. Halle, Nicmeycr, 1899, in-8, vi-541 p. 

Nous avons annoncé plus haut (p. 477) ce beau volume et dit à quelle 
occasion il a été offert à M. Grôber par quatorze de ses anciens élèves. Les 
mémoires qu'ils ont composés à cette occasion sont, comme on le voit tout 
de suite en comparant le nombre des collaborateurs à celui des pages, plus 
étendus que ne le sont d'ordinaire ces sortes de contributions. Tous sont inté- 
ressants; quelques-uns ont une véritable importance. Nous allons les passer 
en revue, en nous bornant à donner le titre de ceux qui ne se rapportent pas 
à la philologie médiévale. 

P. 1 . Ed. Koschwitz, Ueber einen Volksdichter und die Mundart von Amiens, 
Quelques chansons, données dans la graphie du recueil imprimé et dans 
une graphie phonétique, d*un poète populaire amiénois, Jean Dupuis (1820- 
1895), que M. K. a entendues et transcrites en 1891, précédées de conseils 
pratiques aux investigateurs de dialectes et suivies d'un petit tableau des 
formes du parler actuel d'Amiens. 

P. 39. H. Waitz, Derkriiische Text der Gedichte von Gilîeherl de Berneville 
mit Angàbe sàmtlicher LesarUn nach den Pariser Handschriften, Toutes ces 
pièces, sauf un jeu parti (no XXX), avaient déjà été imprimées par Schelcr 
(et quelques-unes par d'autres ; le n© XXV avait été publié par P. Meyer, 
Recueil, no 49, d'après les deux mss., ce qui a échappé à M. W.); mais le 
texte donné ici est généralement supérieur (je ne vois guère à y critiquer que 
certaines coupes de mots, notamment mi très souvent pour w'i) et accompa- 
gné d'un apparatus de variantes. La conjecture enlroubïee pour entroubîiee 
(N oubliée) au v. II, 6 de la pièce VI est ingénieuse, mais peu acceptable; il 
est plus probable qu'il faut garder entroubîiee et supprimer Que au début du 
vers. Les quelques remarques jointes par M. W. à son texte prouvent qu'il 
s*est attaché à le comprendre dans le détail. 

P. 119. M. Kaluza, Ueber den Anteil des Raoul de Houdenc an der Verfas- 
serscbaft der Fengeance Raguidel. L'auteur de cette remarquable dissertation, 
reprenant, avec des amendements, la thèse de MM. Zenker et Freymond, 
soutient que la Vengeance Raguidel n'est entièrement du Raoul qui se nomme 
aux V. 3352 et 6170 qu'à partir du v. 2700 environ, et que la première par- 
tie, sauf quelques morceaux notamment au début, est le remaniement d'un 



tt8 



COMPTES REHDUS 



poème plus ancien; il ne croît pas douteux» en outre, — en cda d'accord 
avec P, Ucycr(Rofn.f XXI» 414)1 — que ce Raoul soit Raoul de Houdenc. 
J*ai jadis adopté roplnlon de MM. Zingerle et Borner, qui regardaient k 
poème, — sans en distinguer les parties, — comme Tceuvre d'un Raoul 
inconnu, différent de rauteur de Mèraugis^ Je continue à trouver -- ei 
M. Fôrster (voy. Kaluza, p* 145) est du même sentiment — qu'il y a entre 
ces deux poèmes, tous deux appartenant au cyde de la Table Ronde, des diffé- 
rences d'esprit et de ton telles qu*on en remarque bien rarement entre les 
oeuvres d'un même auteur (et cette impression, je l'ai eue bien réellement 
après les avoir lus tous deux « de suite, d'un bout à Tautre »); mais je recon- 
nais la force des aj-guments beaucoup plus objectifs présentais par P, Meyer et 
M. Kaluza, et je suis assez disposé aujourd'hui à me ranger à Topinion de ce 
dernier. Je dois dire que la dissertation de M. Zeoker m'avait échappé, 
et que je n*avais pas non plus fait état — ce que je regrette — des obser- 
vations de M, Freymond sur la rime dans la Vengeance RaguideL Au reste, 
nous attendons de M* Friedwagner, dans T édition àç en poème qu'il va bien- 
idt nous donner, la solution définitive du problème : le travail de M. Kaluîa 
l'aura en tout cas notable; ment préparée. 

P* 149* D. Behrens, Zur IVùrîgeschichU des Franiôiischm. Il s'agît surtout^ 
dans ces excellenies notes, de mots appartenant au français du nord -est et 
provenant du bas-allemand ou du néerlandais- Btrmet « cuve où fermente le 
froment pour la préparation de ramidon» »? serait le m. ingl. hrme (angL 
barm% m. bas ail. btrm^ etc, « lie u/Pour que ce rapprochement parût assuré» 
il faudrait que le passage du sens se fût fait dans la langue originaire ou que 
berme eût en français le sens de « lie ». 11 ne me paraît pas impossible que 
berrt^ soit le même mot que Fautre kertm, « rebord d'un fossé ». — 
Ltirr bar^f m hache », E)éj à rapproché de Fall. batte; pour expliquer la finale 
on peut supposer un diminutif barklmt. — Norm* càonchi^iFe on mmbiên,. 
m partie labourée aux deux bouts d'un champ perpendiculairement au labou 
du reste du champ 1». Ces! proprement la partie oh h charrue tourne et sur 
laquelle le laboureur revient après avoir labouré le champ; aussi s'appelle- 
t-eîle auiremçnf tornière et dans les parlers allemands Wmd&klt$r. M- B. y 
îvconnait un dérivé de chattgier, donc en fr, changUrt ; mais le phonème 
l ne peut répondre au -bj- de cambiare (gr anche ^ qui d'ailleurs est Iran* 
çais et non normand bien qu'usité dans le Besstn, répond à granicaet 
non à granea)* Ce mot a sans doute une tout autre origine, sur laquelle la 
Rommia reviendra prochainement, — Se é^im\ « se frapper à coup de lêie *, 
mot proprement picard-wallon, répond au nécrl, dokken, etc., « frapper, 
cogner u. Cela parait fon plausible; le drangement de A en ^ reste :\ 
eiipliquer — A- fr. dokt^ « morceaujt de drap «, =1 m. nêerK éùkt^ ph de 
do^— ail. Tuch (â propos de ce mot, M. B., dans une note fort intéres- 
sante» corrige plusieurs erreurs de Godefroy relatives à des mots âamands 
passés dans le fram^ais du nord). — A. fr* tuMdage et mots apparentés^ 
nul interprètes jusqu^ici, sont parfaîtemcnt expliqués comme provenant d'un 



$09gBgt ^«r mmaniscben Philologie 119 

»ibss. uckidi^ fl rraHiieau », qui est le'nécrl j/<ï^i^ et l*allem. SchlîHi, — Fht^ 
m poisson du geore plie •», d'origine probable meai néerlandaise (et non 
aogUise), ainsi que les noms (and en s ou modernes) ût poissons bdhùt et scoî- 
km €1 le mot rajfi « nageoires au flet »* — Ane. waiL hmnêîtte^ « petit bout 
de toit CD triangte que Ton construit au sommet d*yn pignon b, hbaie^ 
m gourgandine », d'origine néerlandaise, — • Fr. or. louret « chambre où se 
réuntssem les fileuses u : dans ce mot, qu'on a voulu tirerde lucubra (cf. 
JÏOM.^XXin, 614)» M. B., d'accord avec Contejean, reconnaît simplement le 
WOQI ^îv^ ^ Opéra, avec Tanicle agglutiné. Cela paraît probable^ mais U 
teste quelques difficultés. ^ A, fr. lurtUt, « lange i*j non de Uurt (cf. Rom^^ 
XX VU, 614)» mais de Ta. hauralL ludara, m* nécrL luâere^ix^^. lurt^ 
nu Si — LrtJiw» ■ ligne d'amarrage n, du bas-alL et néerl. husin^^ m. s,, 
avec agglutination de Tarticle. — Nafre, h bâtiment s^^rvant à la péchc du 
faareiig », bas- ai t. et néerl. ruw, » sorte de bateau », avec n prosthétique 
(mw Itw, son hm) ; Tau leur rapproche Tanc. fr* nmpe pour ie^pe du flam. et 
ail* mpi* — Fûcmî {ou pacan% *> rustre ■ ; très ingénieusement rapprocha de 
TaU. Paik^n (de pack an)^ « homme agressif, brutal i>. — Lorr. pudà, n cour- 
roie de tli^au M z^ pttidant plutôt que pttndafit {Hornitjg); toutefois le sens 
ne convient guère : b courroie qui réunit les deux parties du Ûéau ne v pend a 
pÉs; c'est tout au plus le bras du Héau qui mériterait ce nom. — Wall, r^pe^ 
• ligne de fond », du flam, ricp,m. s. — Lorr. resje, w chargement d 'ardoises b, 
de bos-all. reîss, ra. s. — Maîmèdy sirompi, n aiguillon », îiomb, m. s., tous 
deux du bas-alîemand. — A. fr. iùrre^ « corde ou chaîne fixée par un anneau 
à tin pieu pour attacher les chevaux ou les vaches u (et non ce pieu lui* 
même, comme le disent Godefroy et Decorde) ; d'un mot de même sens 
qui se retrouve en bas -a IL (tmiikr)^ en norvégien (ijoder), etc. — Farhpê, 
saos doute de deux mots néerlandais contaminés. — fVagu^^ fém., « mesure 
fïoor ïe charbon de terre y, ^ ail. fV^e, « balance ». ^ Pic. wall. wépe^ 
« ^llard, crâne »; probablement du néerl, uepeî, dont le sens est très voi- 
sis; quant au wdl. umpknt^ « frétillant^ sémiUant m, il doit venir du néerl. 
mfp^kn, wispekn^ k s'agiter, frétiller m, 

P. 17 1 . R. Zenker, Die historisdxn Grundhgm dtr lufiikn Branche dtr 

m Cmtrûnmmint ât Louis ». L'auteur de cette dissertation très nourrie de 

faits s'eflorce de prouver, — en reprenant une opinion émise par P. Paris, 

et contrairement à la théorie reçue depuis Jonckbloet, que b branche II 

du Corofittmfit a pour base historique essentielle non l'expédition de 

Tempercur Louis II en Italie (866 et années suivantes)» mais les exploits de 

Guillaume Fkrthraci^ Tun des lïïs de Tancréde Haute ville (à partir de 1038): 

Vespédition de Louis D a pu donner lieu à des chansons, mais il n'en a 

péoétfé dans la nôtre que le nom de Guaifier, le prince de Salerne, devenu 

Giaaifier de Spolète {Espolke). La Romania reviendra sur cette question â 

propcks d'un intéressant travail que vient de publier M. Lauer sur la base his- 

torique du Fierabrm. Je me borne à dire ici que je regarde cette chanson 

— cenaineinent indépendante, à Torigine, du Ceronement et consacrée à un 



I2Ô 



COMPTES KEKDUS 



Guillaume Fktrbracf qui îi'a été que pltjs tard idcïiiirié au Guillaume de ce 
poème — comme n*érant inspiré nî par 1* expédition de I-ouîs 11 ni par le 
souvenir de Guillaume de Hauieville (rideniité Jes surnoms ne prouve rien. 
vu su nom b fréquence ejttï-aordinaire du nom de Guillaume), Il sV agit en 
réalité d'une attaque de Rome par une flotte sarrasine qui a déjà fait ailleurs 
des ravages et des captures : les envahisseurs sont défaits et mis en fuite 
grâce â ta victoire, dans un combat singulier, d'un chevalier français, appelé 
Guillaume et surnommé Fitrthraa, sur le champion sarratio; ec Guillaume 
est récompensé en épousant la fille du roi (ou duc) Guailîer de Spoléte, qui 
avait été pris dans la ville de CJtape (Capoue) et qui est délivré par le héros 
français. Cela n'a aucun rapport avec les combats du Normand Guillaume en 
Fouille et en Sicile contre les Grecs et les Arabes. Si les Normands avaient 
été capables de transformer dpiquemçnt le souvenir de leurs merveilleuses 
prouesses dans l'Italie du sud, ils auraient certainement gardé quelque chose 
de la réalité des faits ^ de la géographie et surtout de leur propre rôle, 
M* Zenker admet ropînion de M. Cloctta sur ridentité de ce même Guil- 
laume de Hauteville avec le Guillaume de Sinagon ; il regarde comme peu' 
fondée l'objection que faî opposév â cette idenîiiication et qui repose sur 
l'idée qu*au xi* siècle Tépoque était passée ou les événements se ira alar- 
maient en épopée. lî s'appuie, pour combattre cette idi^e, sur la fait que 
c'est au xt« siècle que Hohnd et Gormonâ et hembori ont reçu leur forme 
définitive et qu'on y a introduit des personnages aussi récents que Richard 
de Normandie (f 996) et Eudes II de Champgtie (f toîy)* Mais c'est pré- 
cisément parce que les chansons de geste étaient alors arrivées à leur forme 
parfaite que leur forme rudinientaire et primitive ne pouvait plus se pro- 
duire; il est impossible de citer un seul événement du xi* siècle qui soit 
devenu le point de départ d'une chanson de geste, comme c*est le cas pour la 
guerre où Raoul de Cambrai trouva la mon en 942 et pour d'autres faits dont 
les plus récents sont de la fin du X* siècle. L*introduction^ dans les rema- 
niements de chansons plus anciennes, de personnages presque contemporiiins 
est tout épisodique et due à un désir de flatterie* M. Z. ajoute : <t Mais pour* 
quoi discuter tour au long une question qui en fait est décidée par l'exis- 
tence même de notre branche ? Je soutiens que notre branche atteste d'une 
façon certaine que, au moins che^ les Normands^ au xi^ siècle encore des 
chants épiques pouvaient se former sur un fondement historique. » C'est, 
visiblement» un cercle vicieux. Et 'comme les Normands semblent n'avoir 
pris aucune part à ractîvité épique de !a France au x» siècle, ce n'est pas chei 
eux qu'on est tenté de croire qu'elle survivait au xi*, — Je ne relèverai plus 
qu*un ou deuti détaib, M. Z. cherche à prouver que Guillaume, dans le teiîe 
original du Cortmernénl, part pour Rome avec gîiam/ï^i' chevaliers 0eçon de 
la famille A) et non saixante 0&;on de B), ce qui lui fournit un rapproche- 
ment séduisant avec les quaranie pèlerins normands débarqués à Saleme 
en tôt 6 (plus de vingt ans d'ailleurs avant rarrivée de Guillatime de 
Hauteville). Il a bien remarqué que M. Lang lois a oublié de donner, comme 



m^^ 



Behrxgf lur roffianischen Philologie 12 1 

il Tivaii annoncé, le texte de C correspondant à ce passée, mais il n'a pas su 

que je l'avais imprimé dcpiîïs (BuU. de la Soc, âeî anc, t., 1896, p. \i ss.) : 

u iJans ceîte version, très dîfféreme de celle de x (AB)^ Guîlbume est ac corn - 

'figné âc fiftquatîie bacJxkri^ ce qui fait un t roi sic me chiffre. Mais si M. Z. 

s'était reporté au v. i%% de l'édition Langlois, il aurart vu que x et C sont 

d accord pour donner ioix'înte chevaliers à Guillaume» ce qui montre bien 

que c'est la bonne leçon au premier passage. — Je ne puis attacher aucune 

.tmportanctt au mot Rûmeàyi v, 290, et y voir un souvenir dus Russes(c'est- 

dire des Varègues Scandinaves) mentionnés par les historîeïis comme 
al ponîe des troupes grecques : le mot Romr pour désigner un vague 
\ oriental (et païen) ^it partie du « matériel rouîant w de Tépopéc, et 
ne saurait avoir dans une chanson plus d'importance que dans une autre. ^ 
îl en est de même du nom Goîafre ou Galafre, qui peut bieo à Toriginc 
avoir été le nom défiguré d'un émir musulman, maïs qui avait passé dans 
ronomastique courante des chefs sarrasins. — Je ne cite que pour mémoire 
un argument que Dozy avait fait valoir pour l'origine normande de notre 
branche, et que M. Z. ne retient pas, Tinvocation de SûinI Lt^fh; je 
remarque seulement en passant qu^'û s*agit ici, comme le montre la den- 
laie conservée, non du saint Là normand, mars de Loth le patriarche. — 
Bien que je n'admette pas la thèse fondamentale de M, Z., je rends hommage 
aux qualités de son mémoire, qui contient plus d'une observation excellenîe, 
notaniment Jiîstorique» et qui apprendra aux philologues i regarder de plus 
prts et à éprouver avec plus de critique les textes historiques sur lesquels 
ils se fondent pour leurs rapprochements avec Tépopée ; cela est sunout vrai 
pour ce qui touche les sources de Thistolre de l'expédition italienne de 
Louis IL 

P. 155, C. This, Zur Léhre dtr Ttmpora und Mûâi im Fmniâshcbefh Inté- 
ressant essai de soumettre tes temps et les modes du verbe français à une 
classification nouvelle (d'après la méthode indiquée par M. Grôber). Les vues 
de Tauteur me paraissent judicieuses ; mais elles appaniennent à la gram- 
maire générale et philosophique et non à la grammaire historique, et je me 
borne à les signaler. 

P, 252. Ph. Aug. Becker, Dir Siège de Barbaslfê. Simple analyse de cette 
chanson inédite d'après les deux mss, de Pari s ^ 

P. 267. H. Schneegans, Gr&taki Satire hd MQltèrt} Etn Beitrag iitr Komik 

V* îll. E. Freymond» Art us' Kumpf mit thm Kùti^cmm^dûm . Ehit Ephf^ff 
dtr Fulgata des LiVTC dWrtus; Dtc Sa^t und thre LLikijiîskrurtîf^ in Saifoyfn, Or 
mémoire est le plus long et le plus i m ponant du recueil* L'auteur y a dépensé 
beaucoup de travail, et d'un travail qui n*a pas été perdu, car il a éclairé un 
point des plus curieuîi de la légende arthuriennc. Dans la seconde partie de 
ion mcmoiie, — par laquelle je commence pour plus de commodité, — 
M. Freymond réunit tous les témoignages des xm etxîîic siMes' sur Thistoire 



I. t1 6ittty ajouter bien probAblemctiicepassâ^ de Guîkm dcCervera(/îuw,, XV, 3 a. 




122 



COMPTES RENDUS 



du combat d'Arthur avec un chat monstrueux» qu'André de Coutanoes appelle 
OMpalu^ et qui n'est autre que le Caih Faluc de divers textes gallois \ 11 res^ 
tcrait â chercher d'où ce chat mythique provient à la tradition gailoise^ cl ce 
que signifie proprement son surnom de Paim^ qui me paraît fort mal expliqué 
par la circonstance qu'il aurait été « élevé par les enfants de Paluc » dans 
nie d'Anglesey. M. Fr. montre au moins très bien que ce devait être à 
l'origine un monstre marin. Sur son combat avec Arthur» il y avait au xiii^ 
siècle plusieurs versions : ou Arthur avait tué le terrible chat^ ou le chat avait 
tué Arthur, ou il Tavait emporté et on n'avait jamais su ce que le roi était 
devenu- Quand on ^'oulait faire cnriîger les Anglo-N Armand s (qui s'étaient 
annexé la gloire d'Arthur), on leur rappelait qu'Anhur avait été vaincu par 
un chat, Je combat contre un tel animal ayant, aux yeux des Français du 
xm= siècle, quelque chose de ridicule (tandis que le Cath Paluc, conçu comme 
un monstre redoutable» remonte probablement à une époque antérieure à la 
domestication du chat en Occident et peut fournir un argument h ceux qui 
croient que le nom même du chat est d'origine celtique). On ralliait de 
même les Bretons, et c'est là ce qu'il faut entendre par le passage de Gakrm 
de Brda/^ir cité p, 355 : Guynant ne veut pas dire que le combat d'Anhur 
avec k chat est une imagination (ein Hirngfspitimt des B retons) ^ il veut 
insulter le Breton Galcran en lui rappelant la prétendue défaite d'Arthur par 
un chat, — comme Tavail fait pour les Anglo-Bretons l'auteur de k satire 
française réfutée par André de Coutances, Les à^nglais et les Bretons eux- 
mêmes, en etïet, étaient devenus honteux de cette hîsiaîre, et déclaraient que 
c*étâit une ii&ntrtinv des Français* M. Fr. suit l'histoire de Chapalu dans 
l'épopée française, où il a pénétré tardivement et toujours en compagnie 
d* Arthur» et présente sur la Bntmlk Loqui/tr, i\*rr k Dattoii, etc., plusieurs 
remarques fon intéressâmes. En somme, nous retrouvons ici un trait, sans 
doute fort ancien, de mythologie celtique, que Gaufrei de Monniouth n'a pas 
accueilli, qui a dû être l'objet de récits français d'une période antérieure k 
celle des romans « bretons n parvenus jus^ju'à nous, et qui a laissé des traces 
dans différents textes poétiques des kif et xiîic siècles. — La première partie du 
mémoire de M. Fr. est occupée par l'édition du passage du « Livre d'Arthur » 
(ou deuxième partie du Merlin) qui raconte k combat d*Arthur contre le 
chai, dont il est viaorieux, et en met la scène sur un mont voisin du kc di 
Lc^uint et qui depuis lors s*appelle k Mùut du OjûÎ. Même dans son texte le 
plus ample, -- qui me paraît aussi le plus authentique, — ce récit fait FelTet 
d'un abr^é assez sec : il provient sans doute d'un poème plus ancien^ n^ak 



II* 71) r Dma a! fTÉodor Sff fut TûnroM pr^ma : Memhft dii p&CiidQr E M guat^ fp$nl 
fTft; et pewt-éire «tt»sî cet »uîre {1**, £07, a' 1159) ; Nm wittfar ^nern Si Ikm U 
frf Iwiftwc; Mtmhefi dfl ^ual £imffTn, Qm frti at fsri senior* 

t« M. J. Liïth I hlca viïulu me ctimmtimqticr sur h panie c^ïtique eu sa jet une 
aoie ^iij coniiciil d'tûtircsiAQtei dddiUoîii £i re^tificattoiis. On U iroyvera à U Sluie 
dé £ct article. 



Beiirœge ^ur romanischm Philologie 125 

fl a*CStpsssûrque dans ce poème raventure fût déjà focalisée. — Cest de cette 
lilieidïftrclocalîsation que M.Fr. s*occupe dans sa troisième partie. Il montre 
que Tatiteur du Livre d* Arthur a substitué par erreur le lac de Lausanne (ou de 
Geoève) au lac du Bourget : c'est en effet le long de ce dernier que s'élève à 
Taucst le Mont du Chat, appelé anciennement à\tons Muniîm ou Mma Mtmh^ 
rruîs à partir de 1232 Mmts Caii^ et dans des textes écrits en français auxiv^* 
siècle Moni du Chat Artus. La légende paraît être encore ^ bien que sans le 
nom d* Arthur, vivante dans le pays. Au xvî^^ siècle nous la trouvons, assat 
fâcheusement transformée, sous la plume d'un érudit savoyard, nommé 
Rctnenus, qui attribue la défaite du chat non plus à Arthur^ mais à deux de 
SCS chevaliers, qui! appelle Btrim et Meh'avus pour leur faire fonder Cham- 
bèry et MomméUan *, M. Fr- pense avec raison que ce n'est pas dans le 
Lhnr^ (f Arthur, composé vers 1 2 p, qu'a été opérée la localisation, qui paraît 
àCvOmplie dès 1252 ; eUe a dû se faire au xii^ siècle, et je Tattribueraî s volon- 
tiers avec lui aux pèlerins français qui passaient en grand nombre par le Mont 
au Chat pour se rendre à Rome. Elle est rattachée, dans le Livre itArtlmr^ 
âQ récit de Gaufrei de Mon mou th qui nous montre Arthur, après avoir 
vaiDCu les Romains entre A ut un et Langres, occupé à conquérir dvitaks 
Milhbr^um. Maintenant pourquoi s'est-elle faite ? La montugne portait-elle, 
à côté de son nom de MimÉ Muniî^ un nom ressemblant i Mont du Clmt ? 
On a dit qu'elle s*appeUit Moh^ Tïmaîn^ d*où on aurait pu tirer quelque nom 
vulgaire assez approchanî pour suggérer la dénomination actuelle ; mais il ne 
semble pas qu'on en apporte de preuves. On prétend aujourd'hui dans le pays 
wtm sur un rocher l'empreinte du corps décapité d'un chat : peutnDti croire 
que cette empreinte, sous laquelle passe la route, était plus nettement mar- 
qua il y a sept siècles et que les voyageurs en ont tiré le nom qu'ils ont 
donné au mont, puis Tattribution à ce mont du conte répandu du combat 
d*Anhur avec le chat? N'oublions pas ce que nous ont appris les beaux tra- 
vaux de M. R^jna sur la diffusioti des noms m arthuriens >■> et^ Italie dès le com- 
mencement du xiF siècle et sur le rôle important qu ont joué dans ladiffusion 
des matières de France et de Bretagne en Italie les pèlerins ' et les chemins 
qu'ib suivaient. Je crois plus, pour expliquer la singulière localisation, dès le 
3tJl* siècle sans doute, d'une légende arthurienne dans les montagnes de la 



It Ces aotns mt pdriissejit tout simplement forgés pour servir de Imse k li légende 
èt]fDI9lo^qiie. En tout cas ce prétendu Bcrius n'a rlcii i faire (comme le supposait 
Memliret) tvec \t Eermus hcros d'un ru mm en prase du %i\** siècle que je compte 
publier 110 jour d'iprès les msi. de Paris et de Vienne (je possède une copie 4c ce 
dovier). 

1. M. Zenker (p. 184 de ce volume) 4 cru devoir s'élever contre le rôle qu'on 
attribue auï pèlerins dans ta diffusion des Icgendeï ^ik^ucs, et M, Fr* (p. J91), tout 
en é\mvki porté i admettre leur râle dans le cas présent, s'associe k tctic protcstJtîûn. 
Je n*cn vob pas bien ropportunîtê : les pèlcdnSj qui étaient très souvent des « pro- 
feûidOneli », éiaient les prupagiteurs niiUireli de toute sorte de récits, et diiMS plu* 
d'iittt chanson de gt*te il est fafr un appel formel k leur témoignage. 



tZ4 COMPTES RENDUS 

Savoric,àune influence dt ce genre ^^u 'aux rcUtioti^ entre la Emilie des comtes 
de Savoie et FAngleterre ou la Flandre que M. Fr. a recherchées- En tout ca^ 
il reste sur ce point une cenaine obscurité, qn'îî n'est gnère probable qu'on 
puisse dissiper. M. Freymond a apporté à son travail, poursuivi pendant 
pluskurs années, ync ardeur et une conscience égales ; quoiqu'il prétende 
être soulagé à la pensée d'avoir terminé son long tt combat avec le chat », et 
qu'il exprime Tespoir d*avoir dit adieu pour toujours à la béte fantastique, il*^ 
à désirer qii*il ne perde pas de vue ce point curieux d'histoire légendaire, et 
qu'iJ complète à Toccasion des recherches dont tous ceux qui travaille ni dans 
lé même champ d'études lui sont déjà (on reconnaissants. 

P. Î97* F. Ed. Schneegans, Zur Chanson dt gtstfvAiold Mirais/ », Dans 
cette étude toute littéraire, l'auteur montre que U chanson d'Jioul tient le 
milieu entre les anciennes chansons de geste, dont elle conserve la forme et 
certains caractères, et les romans au sens moderne, dont elle annonce Tavène- 
ment. Il insiste avec raison sur les traits d'obscn-ation vraie et souvent 
réaliste qui font l'originalité de ce poéme^ si intéressant malgré Téiat déplo- 
rable où Tont mis les remaniements qu'il a subis, 

P. 414, K. Vossier, Btnvetmto Cdlini's Sîi! in sriner Vitû. Ver^uch dna 
psycfxflo^hchttt Stiîbftrtjchiuti^ K 

P. 4)2. G. lliurau» Geh^imti'îssemchaJtJkfM Prolûtmr und Motive in drr 
ntodrrHffi /rari^èsisàjen Er^âhhnj^slitkratur. 

P* 484. H. R. Lang, 7h Descori in OU Potiugmie ami Spanhh Pv<try. 
[L'auteur trouve trois dts^^ttt incontestables, pour le fond et la forme, 
dans Tancienne poésie lyrique portugaise, k premier d'un Nuneanncs Ccrzeo, 
le second d*-\lphonsc X de CastiUe, le troisième d'un Lope Dia/, <^ui pour- 
rait être le seigneur de Biscaye de ce nom, appelé Cahe^a hravn et mort en 
lajf , M* Lang définit le àescorî ou discofth portugais a a love-poem singing 
of unrequited affection, and gi^ing formai expression to thîs discord of sen- 
timent by thc more or less unequal structure of its component parts, n Dans 
la poésie castillane le dfM't>rt perd de plus en plus son caraaère propre : le 
mot se trouve encore, mais s'applique indifféremment à divers genres hTiques; 
seub quelques vieux poètes du xtv« siècle, — tels que Diego de V'alencia, — 
qui n*om pas perdu le contact avec les troubadours galiciens- portugais, nous 
pn^ciiteni encore les spéciniens du genre, plus ou moins altéré* — A, M. -F.) 

P, $07, L. Zéliqsïonp MundûrtHcIki aus Malmedy (Premsischi fFaïhfm). 
Un récit en prose et quelques chansons, formulcttcs, etc. 

Le volume se termine par un index, 

G, P. 



f . En cpi graphe t U ttyîf £^ai Ikomtm, H y a lâogtempi qu'oti m étibli que Baffbn 
0*4 i^mJÎ* écrit eerte phnsc (il 1 ait i le %tyU ni de rhmmr mêmf}\ mou tmi Teia 
l'est évertué à le répéter et k le dé montrer  plusieurs reprises^ maii tout e»t viin. 
Après tQfiX M* Voailer, jj/attribujttt p*s U phrase i BufFoji, peut dire qyll ne f*it que 
citer ooe formule connue* 



Beilrxge ^ur romanischen Philologie 125 

Note sur Cath Paluc. — M. Freymond a tiré parti des textes gallois 
connus jusqu'ici : un passage du Livre Noir et trois triades. Dans ces textes 
il n'est question que de Kei comme vainqueur du chat monstrueux : Arthur 
n'a rien à y voir. M. Fr. s'est demandé si rattribuiion de ce rôle à Arthur ne 
viendrait pas d'une confusion de Paluc avec Palach. En efïet, dit-il, Anhur, 
dans le même poème du Livre Noir, tranche la tête de Palach. M. Fr. a 
suivi la traduction de Skene. Or, elle me parait fautive. Celui qui perce la 
tête de Palach est vraisemblablement, on pourrait dire sûrement, Kei : 

Kei les recommandait ^ 

Pendant qu'il les taillait en pièces : 

Arthur riait de concert*; 

Le sang ruisselait 

Dans le bail d'Avamach 3 

Pendant qu'il se battait avec une sorcière ; 

C'est lui qui perça la tête de Palach 

Dans les dépôts de Dissethach 4. 

Dans toute la suite du poème, il n'est question que de Kei et incidem- 
ment de son compagnon Bedwyr. 

Skene a traduit le troisième de ces vers (Arthur riait de concert) par : 
a Anhur distribuait des présents. » Il y a été amené par la forme ced qui 
habituellement signifie, en effet, a présent », mais qui n'est ici qu'une 
orthographe particulière au lieu de kid ou kid, plus répandu ; cf. Livre Noir 
(Skene, II, p. 30, v. 25): 



1. Ou iniercidait pour eux (Pour ce sens de «Wo/, cf. Livre Xoir, ap. Skene, II, p. 10, 
t. ai ; ibid.,^, 11, 27 ; p. ii, i ; p. i6-i8, $1-19 ; Livre de Taliessin, ibid., p. 126-33 i 
iio-i ; Myv, Arcb.^ p. 227, col. 1 ; Elucidarius (éd. Rhys-Jones), p. 21). 

2. Un héros du Livre Woir (Skene, II, p. 33, v. 4) agit de même : 

Tra'tb latbei cbvartbei vrtbid 

« Pendant qu'il te tuait, il te souriait. » 

Qpant i l'orthographe buarbei pour cbvartbei, on en a des exemples dans les Lois 
de Gwynedd, qui justement présentent des particularités orthographiques semblables i 
certaines da Livre Noir. On pourrait peut-cire lire buariei (jouait de concert). 

3. Silvan Evans (JVeUb Diction.) traduit afarn par bribe^ bribery^ mais sans autorité 
suffisante. Le mot apparaît chez Taliessin (Skene, II, p. 176-22) : 

Kethin march Keidaw, 

Carn avant arnaw 

« Kethin, le cheval de Ceidier » 

Carn avam sur lui ? {carn signifie sabot du cheval). 

4. Atodeu (= gall. mod. addodau) signifie dèpàtSy magasins , place de dépôts pour 
toute espèce de rboses. Au figuré, lieu de sécurité^ de ricbssses et d'abondance. 

Le sens de Dissetbacb est inconnu ; il est possible que ce soit un équivalent de 
dissritbug, « non improductif, non futile ». DiV/ibor^ existe aussi dans le sens de « qui est 
sans impureté a. 



Î26 



COMPTES REKOOS 
Pieii j bet in Ri^ttâËH, ktâ 

« A qtti ctt cette tombe dinj RiiTara ■ , %w j 
léle ftif la mùatée ? ■ 



Cf- Livrt d'Anmrin (Skene, p. 99, ij, Ket ryUdc). Cluant an «us de 
distribualir Skcne y est probibEement arrivé en lisafit liuruv,, di; gwtrto^ 
m âépcûâcr », qm ne paraît pas bien ancien et ne satirait ici otpliqucr^ en 
I0UI cas, U forme Im&rhti. 

Cest ce coDtresens q:uî a amené rattribution â Arthur du meurtre de 
Pabch. 

Un passage des Md m$$,^ P- Si» introduit Cath Faluc dam une généalogie 
dç Scrigî Wyddel ou Scrigî le Gaêï : 

Sfr^i Wyddd ah Mwrcfian ap Eurnûih Hftt ap Eih ap Rlxchgyr âp C^îèalug 
0^ Cathaly etc., etc* M. John Rhys, dans VÀrchoiohpa Catnbrétuû^ î^7î> 
p, 206 faîl de Gï^^ Bahg nn homme et voit en lui un Gaêl ; c^îib serait b 
forme irlandaise repondant au gattois cad^ combat. Il y a dans cette généa* 
togle des noms irlandais comme Caiimi, Murchan^ mais k texte des lok 
mis. n*a rien d'ancien, et cette génèabgîe ne mÉnte à aucun point de vue 
d*étrc prise ju sérieun. 

fx Calh Pdîttc semble avoir laissé un souvenir de tuî dans la toponymie 
d'Angles^ : on y voir ou ou y voyait un CailjgoeJ ou buts du cht (Arcbatoh 
Camhremis^ 1874, p* ftl). 

Encore un mot. Dans ses recherches ingénieuses sur les voies par lesquelles 
la légende de Chapalu a pu pénétrer en Savoie, M. Freymond a indiqué une 
des principales en établissant les rapports des princes de Savoie avec les rois 
anglo-normands, Il faudrait y ajouter b Qiampagne. Dans mou article sur 
les Kfffmns iitthuriem (Hfvnf ctU., 1892, p, 502-503), j'ai établi que les deux 
courants» au point de vue de la pénétration des légendes bretonnes, venaient 
aboutir eo Champagne. Les rapports entre les princes bretons et la famille des 
comtes de Blois, avant et après qu*ils furent devenus possesseurs de la Cliam- 
pagne, ont été étroits et nombreux. Quant aux relations des comtes de 
Champagne avec les rois d'Angleterre, elîes sont également fort intimes. 
Blarie de Champagne est fille d' Al ténor de Poitou, épouse en secondes noces 
d*Henr) Il d*Angleterre, lequel Henri 11 avait demandé pour son fils Jean la 
main d*Aélii, liUe de Humbertde Maurienne % en 1175. De la Champagne 
les légendes breionncs ont pu pénétrer en Savoie, peut -être aussi par 
rintcrmédiaîre de la cour des princes d*Alsace et de Flandres. Genn;de de 
Flandres, femme de Humben III de Maurienne, était sœur de Phiïippe 
d* Alsace et de Fîaodies, le bienfaiteur de Chrétieii de Troy^ (Freymond, 

J LOTH. 



1* • Lt pi«rrt du gué «. 



Boei^d^ Haumhme, hgg. von stimming 127 

Ber anglonormaiiiiiscliê Boeve de Haumtone, mm ersten Mal 
hcrausgegebcîî von Albert StimmïKG. [Halle, Hicmcyer, 1899, m*8, cxcvi- 
280 p, {Bibliothicu Normarmica^ VII). 

M, Suchier, dans une note insérée à la p. cxcv de ce beatj volume, dît avec 
rmôon que jamais jusqu*îà nucun tCKte anglo- normand n a étc Cxîairé avec 
tutiDt d'exactiiude et de savoir que ne Vest celui de Bon^ dt Hanmione é±m 
b présente édition. Le texte des deux fragments, <jui heureusement se 
complàtent, est publié avec le plus grand soin, et toutes les difficultés som 
étudiées dans d'excellentes notes, oii la grammaire derancien français trou- 
vera beaucoup k prendre; la graphie des mss., ainsi que la langue et la 
métrique de Tau leur, est Tobjet d'une longue et minutieuse analyse, qui con- 
stime une imponame contribution à Tétude de ranglo-normand. Mais ce qui 
a un întéréi plus général, ce sont les chapitres consacrés à la comparaison du 
poème avec les versions gaîîoisi;, norvégienne et anglaise qui dérivent de 
formes plus ou moins voisines de celle qui nous est parvenue : il est impos- 
sible d*apponer dans un pareil travail une attention plus pénétrante et une 
méthode plus exacte. Le résultat de cette comparaison (p* clxxjv et clxxvi) 
C5Ï que le poème conservé (A) forme avec Ja version galloise (W) une 
^iQÎlk î, îaquellc avec ïa version norv^égienne (N) forme une famille y, qui 
pâiallelement à la version anglaise (E) représente x^ issu lui-même d'un ori- 
ginal anglo-normar^d perdu. E étant le plus bref est le plus voisin de cet 
or%itu] \ la version x^ à peu près conservée dans E, a été successivement 
«snplîtiéc dans y, dans 7 et dans A. On pourrait peut -être se demander si le 
rapport inverse est tnadniissible, si b version la plus ample, représentée par 
A, d'est pas la plus complète^ et n'a pas été abrégée successivement dans ^, 
danmjret dans E; mais pour contredire M, Stimming sur une question qull a 
si longtemps et si profondément étudiée, il faudrait la reprendre dans tous 
SCS détails, PI lis intéressant encore est le chapitre sur forigine de la légende . 
M. St., conformément i ce qu'iJ a déjà écrit à ce sujet, la considère comme cer- 
tainement anglo-normande et regarde les versions continentales comme ayant 
twic source anglaise. C'est une question qui ne pourra être com pi élément 
résolue que lorsque ces versions auront toutes été imprimées, M. St. pro- 
met de les publier bientôt. En attendant, je le remercie d'autant plus 
vivement de non s'avoir donné cet excellent Bœvê de HaumÎQût qu'il m'a fait 
riionncur et le pbïsir d* écrire mon nom sur la première page et de me Tof- 
fiir 4 Toccasion de mon soixantième anniversaire de naissance. G. P. 



G. A. CiEyuiBO^ Le Origlni délia Poesia llrlca In Italia 
Catane, GiatinotUi 181^» in* 12 de iio p. 

Dans cet opuscule, qui paraît être le résumé de leçons académiques et qui 
eût pu être abrégé ét^ quelques pagcs^ M* C. fait preuve de ses qualités ordi- 
naires de savoir, dltigéaiosiié et de spirituelle élégance. Mais il est aus&i trop 



I2K COMPTKS RENDUS 

iMiiliti, 1(1 cotiimc aillcun, à prendre ses hypothèses pour des certitudes. Il 
iiiMl »ivnir rriinii A drinontrLT (p, 105) : i^ qu'il a existé en Iulie avant le 
xm- nli''clc une poésie lyrique amoureuse et narrative; 2» que les thèmes 
pii'liiiS de telle poésie ont été le contralto, \c congé, Taubeet diverses chan- 
noui ik pct-!ionn.iKeH (I;i fenunc amoureuse, la jeune fille qui veut un mari, 
1.1 lenune abandonnée, la mal mariée); 30 que dès l'époque de la dynastie 
norni.nule, qiicli|iien-unH de ces thèmes, issus de la poésie populaire, avaient 
été remaniés par les jongleurs; .i» que la façon dont ils furent traités par 
uMix ci au xnt* siècle était parfaitement conforme à la tradition purement 
nationale, et n'implique nullement Pintluence d'une poésie populaire étran- 
Hèie; y \\\\c les rythmes qui y sont communément employés sont le déve- 
lop|H*mcnt naturel des rythmes populaires latins et ne supposent point l'ac- 
tion d'iuic auiic {HK^sie romane. — Le premier point était inutile à dévelop- 
pe! 1 « i)n ionnatt des |Kniples qui ne sèment point, qui ne bâtissent point; 
on n Vn connaît aucun qui ne chante pas '. « Personne, que je sache, n'a songé 
X déniei A ritalic du haut moyen Age la faculté poétique, que l'on reconnaît 
aux iativs et aux Moitcniots» ci pas n'était besoin d'alléguer ici certains 
UAiex, dont quclquo>'Uns conuiiencent vraiment A être bien usés. Q^e cette 
pvV\ie \\\\ anunueuse et nairativc, c'est ce qui est vraisemblable, u priori^ 
ptu> que dcmoniie )>at les déductions de M. O. '.je ne pense pas qu*ilconsi- 
d«Mv aMumc une docouvcrtc la dctinition des principaux thèmes qu'il attribue 
a x%*uc |vvxie. \\ n'en est jms mu m je ne me trv^mpc, qui n'eu: été déter- 
mine Cl x'UuttC xlans un ouvrage dejA vieux de dix ans. auquel M. C hit 
l îu»!\îuH\; de le c\n«Sat:iv plus îk^uvcnt même qu'il r:e îc c::e*. Lli^-pochèse 
nu^îUx* d*uno jw^ix* p\^puUirc commune a toutes les Ian«;ues roounes y avait 
cîc |vvv*uv : î'i JvV que j'avais cmise pourquoi, en cnet. ne rus dire toot 
%W x^;îU*>;uv' %'c>î do mcsv^ j^.w* qu'il >'aj:i: — n'es: ^xn: er. cc'stradictioa 
Ax\\ 'a ;î\c\v,c uwvitc de M. C |fvx;t nivX conanse ^^ccrl^. !cs pécw cbjec- 



\ \^»t.M *'. 1.* s^- 1Mb •.■ . -I '*. J .^ • -I. f."*fc- ce :>':. r- 

v\«>v > *v AN>.v» ."v* . -.-* ^^ ,.-r.-^ ,,> .n*. ^. -TT-rccîsrajeE: xz xr=* es 
•>s*.v t. \ ». .V . V . ^ . . . V - *■ • ■ - î • - ..-:.: i :.-.oî i je* û:ts J«« 

'v •N'jx. , v; . . \ >^, . . •.■■.■-.:,■,.■ ..- : ■ ^ ,^ . :: c~^ ~r»"i»î:..:'rs. -"'^■■-'n t 

■-. V . . - ,. . ^ . -r^ ^-.-^'v.' » ■■.^• ,"V1 S4 T:vt r-» » 

■■>. ■* ■«. * ■^. ..,■*, v.'v. t. >**. ■ : ■ ,"x. " . .*>v"i «" ss.. • . , ti : * as 

■ . . ' -- - . - - V '^. H >.• . . T .-iJv, :v. ■ , ■ . . '^. i x;vJH 

<■■ . » ■ ' . .'» % .-v . •.">. \ "V •,•>•»• » X . . : .-.■.•■-. . -. . *. iiis iJ 




I 



CESÂREO, Li Origini dtUa poesia Urka in liaîia 129 
tivcj des poésies ponugaise» italienne, allemande, etc*» représentent des 
triiîtforraations ou des déformations plus âtJ moins graves d*une andeone 
poésie populaire romane : ce que j'ai cru devoir ajouter (peut-être me suîs-je 
li^e^ys exprimé trop peu clairement '), c'est qu'aucune des oeuvres ita- 
Itetincs en qyesiîon, pas même k fameux Contralto, ne me paraissait sous- 
tnitc 4 rinfluence française. M. C. dit qu'elles ont subi» sous 1* influence de 
b poésie * jongîercsijue m des modiftcations trop peu importantes pour avoir 
lîtéré leur physionomie originale. Mais quelle était h physionomie originale 
de U poésie popuîiilre italienne aux x^ et xi^ siècles? Qu*étaic, d'autre part^ 
ceïte poésie jonglercsque ? Du moment que nous Tignorons, comment pou- 
vods-ûûui affirmer que tçci ou cela en est l'ccho ? C'est à des ombres vaincs 
que s'attache M- C. ; c*est au contraire sur des faits précis — similitudes 
4l*eipp<rsiions et de rythmes ^ que j*a vais fait porter mes comparaisons'. 
L* plupart des arguments de M. C. sont, du reste, de nature trop subjective 
potîr qu'il y ait lieu ou même possibilité de les discuter. 

Les considérations sur la métrique qui tcrraineat Touvrage ne manquent 
point d*îtitèrêi, mais ne sont pas non plus d'une parfaite rigueur. M. C, 
oiontre que les diverses formes strophiques employées dans les poésies qu*iï 
étudist sont des transformations naturelles (il va jusqu'à dire « nécessaires ») 
k l'hcn décasyllabe ou du tétramètre trochaîque (répartis en strophes de 
deui, trois ou quatre vers)^ qu^elles ont pu, par conséquent, se produire 
bdépendamment sur plusieurs points du domaine roman. Je ne croîs pas à 
b • îïiicessité » de transformations aussi compliquées et qui nous conduisent 
aussi loin du t>^e primitif; la ressemblance seule des rjthmes ne suffirait 
|icut-£tre pas à me faire admettre une influence française \ mais quand aux 
apports de rythmes se joignent des rapports de style» je pense qu*il faut tenir 
compte de ceiic coïncidence* — Voici, pour finir, quelques observations de 
diHiiL P. 44, n s'agit là d'une chanson qui se termine par quatre vers» où la 
dimc répond favorablement aux prières de Tamant. « Cette dernière partie, dit 
M. C, fragmeiit d*une plus longue composition, représente bien, dans sa 
friîcheur Ingénue, îe vr.it motif populaire de la femme amoureuse. » Rien de 
plus înexacL Des pièces de ce genre existent en français (voy. Origints^ 
h 59' îi-)i or, nulle part il n'apparak que ces quelques vers, où le poète 
>emblt: vouloir dicter à son amie b réponse qu'il espère, soient des « frag- 
ERcfits d'une plus longue composition w, car ils donnent simplement à b pièce 
sidimeti^ion ordinaire; de plus, tous les exemples connus se rattachent net- 
temcQt a la poésie courtoise* ^ M. C, cite un peu plus loin (p. 52 ss.) une 
^amon d*adieux, que j'avais déjà utîhséc (p. 2J4, n.)i o^ les plaintes de la 
dira* sont suivies d'une réponse de Tamant ; je ne sais quelle conclusion il 



t. J'jviii cru pouvoir m*tn tenir aux riscrres très eiplicitçs de mon Intrùduction 

(p. XVII) 

*■ M. C, *votte. du fwie, lui-même (p. 105) que l'inflacnce courtoise, cViP-à-dire 
P'^vençâlt, se m«.tiifeste daui bcjucoup de mqi$ <t de locutions. 



I}0 COWFTES RENDUS 

ëutcfid ttrcr de oaic constâiation ; ce ne peut èirc^ en tout os, un crgument 
en faveur 4c u thèse, or d® pièces de ce genre existent en fnoçais (cf. 
n* l6î9)* — A pmpos du thème de la femme abaii donnée » je oe Sâîs pour- 
quoi M. C. Ifésite à y attacher les eitetnples qye j'avais cités (p, 499 et 501], 
m en ^uot il importe que l*âbandon ait été provoqué par Jlnsensibilitè de 
l*amante mise en icènc ; ce* cîtemples, dit-il, ont ctê • £n>iivês à grand*peine 
dattsdcs mss. utâlh a. L'un est emprunté au groupe KNPX {de Schwan), 
dont l'origina! rcmoriic environ au miKcu du xiiie slèdc; Pautrc est de 
Richart de Fourni val ^ qui mourut âgil% vers 1260% mais avait dû composer 
9e$ pD^^cs [>Tiques dans sa jeunc»^, c*esi*à-dire entre 1220 et iijo. 

r_ A. JlANEOY. 

C. DicufiTLss, Hffîtoromanische Chrestomathle IL Band : 
Obercngadtnj&cb, Uutefeiigadiïiisch. L Lieferuiig : Dàs xvi. Jahrhundert. 
ErUngen, Fr. Junge, [899, 
M* Decumns a publié jusqu'à présent, de sa vaste entreprise, ie premier 
volume etU première livraison du deuxième; les deux volumes soni consa- 
crés â des ttxtts dont la langue est U langue maternelle de rédiieur. Comme 
en outre ce di^rnicr s*éi,ai assuré (pour un temps trop coun^ il est vrai) le 
I concours d'un romaniste suisse, on prouvait suppo^r que rcxêcuiian de la 
première partie ne laisserait pas trop à désirer. 
Laissant provisoirement de côté ïe domaine qu'il appelle « sursettisch », 
auquel îl paraît vouloir consacrer deux volumes, redit eur entame avec lapré- 
scnic livraison la littérature engadi noise. Elle contient des textes impor- 
tants ; La gmrti' de Mmso (déjà publiée par de Fîugi), le drame des Dur 
i^et (publié par M Gartner), les drames de Joseph €l de Sumnna (publiés par 
l'auteur du présent compte tendu), les drames de V Enfant prodigui^ de 
Il VHomnie rkfx, ensuite des morceaux de Bifrun et de Cliiampel, eniui la 

^^ Chr&nicu déjà publiée par M. Dec uni ns^ Zeiisdm/t f rôm. Phil^ IX, 532. Je 
^H n'énumére pas quelques autres morceaux de moindre étendue. L'intérêt de 
^^HJÉ^qul est inédit repose donc dans le drame; ^\xt Joseph, nous avons mainte- 
^^"timt deux versions, le drame et la w chanson »■ pour plusieurs autres drames, 
l'éditcuf a pu utiliser de nouveaux mss,, et Tun d^entre eux, Vg filg p^ri^^ 
était jusque 1^ tout â tait inédit, sinon inconnu. Ce sont les deux premiers 
^^ actes de œ texte que je vais examiner d'un peu près. 

^H Sur tôn sv^tème de publication^ M. D. s'est exprimé dans ta préface du 

^™ premier volume^ p* vin : « Der Tcxt îst einc gcnaue Wîedergabe des jcweilen 

beiekhneten Originals. Augenscheinlichc Schreibfehier desselben sind entwe- 

dcr TO Fusinoten odcr dann im Texte sclbst so gebessert, dass die m tîlgcn- 

dcn Budtstaben in ( ), die hinzuiufùgenden in [ ] geset^t sînd. Die 




I 



» 



DECURTiNS, Rœioromaniscfje ChrestmiaUm Iji 

Graphie des Originals bt scrupuîôs bewahn, auch in dcr bkarren Venven- 
èîûgvon Minuskdn und Majuskeln, der oft wiOkorlichen Vcrteilung von/ 
undAunJ m der vîeïfach înkonsequemen Womrennnng. » Ensuite M. D. 
dédûTc <|ue \k poncEiiadon des mss, est gétiéraJemeni st jrréguik^re et si 
iiotivc^u'il È. dû introduire une ponctuation moderne. Eo somme, Tédiieur 
1 ïCKilu donner, sâuf la ponctuation, une édition « diplomatique w. 

Ce sysîème a, comme on sait, ses avantages, surtout quand il s*agîtde 
msL doat on doit craindre tôt ou tard la destruction. Seulement il aurait dû 
Iwe combiné avec un autre. L'éditeur doit venir en aide à son îecteur. Au 
miâm h division « bigarre » àts mots aurait dû être rectifiée en note. En 
ffett i flîiel public a-t-il destiné son liwe ? A des hommes parfaitement famî- 
fie» avec l'ancien haut-engadinois ? Alors une trentaine d'exemplair es aurait 
pftit-^îrc suffi* Mais le romaniste qui n'a pas fait une spécialité du réto- 
mniafl, l'Engadinois qui n'est pas doublé d'un philologue» auraient été 
rcconoiissants de mainte indication qui aurait demandé peu de place, p. ex. 
». I jîdù zz: m dù^ 416 nu/s = nu s\ 466 satm r^ s'aurty 689 m^i^m^îiéf 690 
m := Vto, 710 oj =r a's. On ne voit pas tout d'abord que^ v, 748, Là ^mti- 
fiftisiest pour Las^uûtichias, v. 695 mamuseam pour m^amuseua. Et que fera 
k lecteur peu exercé de mots comme v, to8 ; asachùiia, 408 adrauUun} qui 
ma «us ditliculté que v, 140 : dû quel fuahts pur tttmvirt sçhattd doit être 
Is : 4a fwd fmin spûr tin avert ftr^n^? Vraiment, si Ton ne craignait pas de 
^ tort â Tédlicui, on soupçonnerait qu*i] n*a pas compris lui-même ces 
piâSlgss. Et alors il devait le dire. 

Comme le texte n'est p&s accompagné de notes au bas des pag^» voyons 
ftaioiÊtïant si îes fautes évidentes ont été corrigées par les ( ) et les [ ]* 

K Des lettres doivent être retranchées : 

$H^)ii* it rmint(i)ÙTa,up(r)ehfge, 54 A(a)I^, ^B fioasil), 73 ar(aYûsèr, 
^luu(t)ilniiif 78 n^i)uairi 108 tuo(uoypi 114 s{ù)cumanio^ iji for i(o)una^ 

àitr, iii sdj(a)wakiast, 141 ii^u(a)rhir, j6i isscH^n), 432 s(chyst,4Û'j la(u)fti, 

J8û ^uh)xsc}M, 60s <a)>w/'. 605.618 tf{a)iuJtT^ 72e huorcQfja, 727 

2. Des Jettres doîveni être ajoutées : 

4 tuntmf\€\;û^ 10 g^t}xttr^ 24 ini[e\rhscher^ J i î^im\t\rnir, 69 hau[ayuu^ 
^s^kxmcha^u^^ 71 agragiû{t\Ha, 92 l^i]ras^ 97 /ar[/], 119 pn^i^t, 144 

u*[fc], 17 j irtr[i], 191 fii[j^]tttJM(iT, 197 an\uey, iùùsurt[ryr^ 202 ten/ifJ^]- 
(WfflfiifljH^^ 431 % Jfmjf, 468 ^«W*'*!, 487 pu[ayixd^ 496 ("[njdrrf, 
lu if»flû/[ii], 550 c^aritîi^Èioj» 608 rfû[Ôt 624 inÎTau[g]nir, 658 ïwïi{«]cfriiî, 
674HfTi*4«]» 759 sa^a\lainta, 

%* Des lettres doivent être changées ; 

7««(™ L ffr^îw, 10 simpaisiû L simpai$$a^ 22 cmmlm 1. tusagUa, 26 «n^rfen L 
*^hm, ^'j parasi L praisi, JJ ifa^ 1. /^/^ 6î gmimtùtm 1. ^ifiiwrt/ûiwi» 70 
*û«i*U fjiof, 104 /»o_yj a//<îJt-rf L //il schpîaîcfxi, B6 impntmh L imprûis^ 105 



Ija COMPTES RENDUS 

otd], ônr da^ ti^ bût rm L bwui, tu ahmiier \, aimanter^ 148 aratpoa. 
araspooita, 1^^ nul h tint f î^6aitaL am^ lyS kit saia l kusaglia, i-ji cuatscJ^nU 
L ct^nu&schuntt^ i^o arschtauaLarsdmuûi 178 Jxîitmî l piaLed, iZ} dtHph- 
sairl. denchplasclmir, 190 miîsmr L mil^dar, 107 ittttino h incîim^ ^55 fl/i L 
ums, 266 dwiji;/j L amichs^ 269 /« ati/fd» 1. //(■« aiiis, 299 /wijêî^ L/wij4/, 507 
sa/rir i, su/rir^ 322 ifûwrt 1. l'ûHfï, 323 a 1. 0* }6o sçînmakhiûit \, schmainchiast^ 
381 hainbadcda U haîandeih^ 387 5flro l. saradûra 389 To/^'J 1 Hw^, 415 JÎJ^ 
L/tfi^, 463 virt 1. v<«, 468 cugniouhs L CHgnwmch^ 504 5£ïi> 1* fVï>, 50e 
ttûri^M. uard^i, 512 /«jîw 1. fei^û, 520 mal, wjï, 524 iîraimscitp' 1, flmi^N- 
j^r^jf^j 528 abdnâuno 1, ahanduna^ 559 intmgàdâr J, inlragindir, ^^(hàn ûh L 
f^' ffï v*ïtV ou J*rj, 5Î7 Jlcïiit/ L lœnncbt %%% arotuîtmt l.afauuiM, 559 Sihriusii^d 
1. stritisiladf 579 r^m 1. i:/nw, s^i gaurda I, gmrdtî, 582 iWJ L <i/^ 600 a« h 
dw, 613 strainiha L straumlja, 704 imgiuro L it^iuriOt 731 chxundioduùrs I. 
chknîadiwrs, 636 puilfoîahe î. panidabe^ j^lda L /a, 775 f M<îni' L guard". 

Ajouter des confusions dues au cûpisic ou à Hmprimeur : 

127 flE^wi! =: û^/^, 496 ï«^/itf^ ^ ingueîi 20 j fmmgk=^ mmigh, 616 cbUsa = 
chiosaf 292 ivjf = î'ûi^j 464 agiou = agûu; ^57 amimmlfnaing = amiaiml- 
tmîng. Parlons encore de deux cas qu^on peut ranger parmi les fautes ou les 
panicularités* Une pankularitê de notre texte est la graphie s pour s {%c\i) : 
III asankrj 151 phmr^ 53 1 asahii^ 605 asainia, 617 pasmtter. Dans ces cas- 
là on devine facilement les %'erbes ascfxint^r, pasclmnUr^ pitudmr, tnais <^iii 
voit dans sova 256 le subj* du verbe $churér exaurare — filer, s*en aller? 
Et à ce propos encore nnc observation sur le traitement de cb, iich, rc/j, qui 
présente toujours des difficultés dans les vieux textes. D'après ses principes 
l*éditeur aurait dû les régler par ( ) et [ î et dcrire par ex, v, q* isch(^()ar' 
nieUf 85 [ts]d}ar(tsyberf 86 ksch^tyif îtotscf^iyinlliyhfr, ia8 p[r]ud}nnlsy:haf 
271 fralîyiJmgifr. Comme ce dernier mot peut être lafrasagUr ou fràschagkr, 
réditeur aurait pu introduire l' orthographe de Pallioppi^ cVst-à-dire écrire 
fras-cliagier ; personne n'y aurait vu Forthographe du ms. De mênae, aûq 
d*énter une confusion Bchcuse, îdj avec la valeur de k aurait dû être noté 
sc(h), 195 îcbfm L sc(h)ùn ou mieux î£{hyùn. 

Une autre particularité de notre texte, qui en rend asscjf difficile TîntelU- 
gence^ est que dans beaucoup d'endroits on trouve d au lieu de / : tT ^= t' 
304, 270, s 47, "jSiy ad —at\ 133,^ =^ a/ 542; ou ( est suppritnii devante 
adikh = at dich 438, dkh — fdkh 522, nnnder — mm Cdir élQ. 

Mais \\ ne faut pas seulement retrancher, ajouter, changer des lettres, mais 
des mots entiers. Ainsi mm doit Ûtre retranché dans vv. 119-730, inn 463^ 
U 38 s (i la fin), me 479 (à la fin) ; en revanche ajouter v. 5 5 7 /lïrrfl après £fe, 
éi\vœîg à^tësbain^ 6^%ûfîgimtà la fin; Tordre des mots doit être changé 
dansv* 482, jT ^iïii en tau. yr. 164 on obtient une rime approximative cd 
changeant j/fl« M vcegUa en d*vagJia siaun, 332 îamustn ne donne absolument 
pas de sens; je propose de lire scha bain ut de m«ttre le vers en parenthèse, 
etc. 

Voilà pour les fautes évidentes non corrigées» et cenainement je nm pas 



DECURTiNS, Rœiomanische Chrestomathie 133 

épuisé la matière. J*a joute que la correction 302 [cho] est superflue et que le 
changement de 591 a mais ser en a mais[à] ser est peu heureux; il faut tout 
simplement lire amusser. Mais à côté des passages faciles à corriger il s'en 
présente un grand nombre d*obscurs. Et ce n'est pas étonnant, vu que nous 
n'avons qu'un ms. et que le copiste n'a pas compris grand'chose à son texte'. 
M. D. sait que j'ai démontré que le drame engadinois de Susanna n'est qu'une 
traduction d'une pièce allemande et que M. Kofmel a prouvé la même chose 
pour }db. Malheureusement l'idée ne lui est pas venue de voir s'il en était 
de même pour le Filg Perti, car s'il avait fait la moindre recherche, il aurait 
trouvé que le jeu de V Enfant prodigue est la traduaion fidèle d'une pièce du 
poète et philologue zurichois G. Binder ^ intitulée : Acolastus, Ein Comœdia 

von dm Verlornê Sun vertûtscht vnnd gehalien ^û Zurich im Jar 

M.D.XXXV.Ge/rMC*/ lû Zurich by Christoffel Froschouer. 

Je montrerai, par quelques passages, quel profit l'éditeur aurait pu tirer 
d'une comparaison entre l'original et son texte, qui a perdu au commence- 
ment 87 vers; il sera difficile de dire si les vers qui manquent çà et là, 
p. ex. après 29, 749, dans la traduction sont des omissions du traducteur ou 
du copiste. 

Voici le v. 43 de l'édition de M. Decurtins : 

Co : chie (eau) maîon stou eau ampurner, 
le texte allemand : 

Wo vp wo an weip ich schier nicht. 



peut-être : 
46: 

an. 

probablement : 

549- 
allemand : 

donc : 

Chia eau su Vg oter pudes buagier. 

S6j est un vers absolument dénué de sens : 

In noasfas artt frastagîia exprimanthoa. 

Avec le texte allemand : 

In vnser kunst vnd facultaten 



1. Je fais observer que le texte de M. D. est pour moi toujours le texte do ms., 
poisqoe je n'ai pas été i même de voir ce dernier. 

2. Voir sur lui, Bachtold, Gescbichte der âetitschen Litieratiir in der Scbwei:^, 307-309. 



Co chie eau am uoîu, stou eau am turner, 
Meis maungel dschik da dir. 
Min not ich dir nit gem endeck, 
Meis maungel nun fasck da dir, 
Chi eau saîgiuter pudes hragier 
Das ich das ander druff kôn buwen 



134 PÉRIODiaUES 

On voit immédiatement qu'il faut lire : 

In noasfa(j) art efacultœds exprimanthc(a\s]. 

Encore un mot sur la ponctuation. Elle a été établie par Téditeur, comme 
nous avons vu. J'aurais désiré plus de points-virgules à la place des virgules 
et plus de points à la place des points-virgules; mais c'est, si l'on veut, une 
affaire de goût. Je ne cite que quelques cas où la ponctuation est fautive. 
Après 35 mettez un point au lieu d'une virgule, après 269 un point au 
lieu de rien, après 324 deux points au lieu d'une virgule, après 425.500 un 
signe d'exclamation au lieu d'une virgule, après 501 une virgule au lieu d'un 
signe d'interrogation, etc. Mais le passage qui montre le mieux que l'éditeur 
n'a pas compris son texte est le vers 493 : 

H uignidy iJg falaâihd pampagie. 

On dirait que faladibel est un adjectif qui caractérise Pamphagus, tandb 

que c'est un substantif tiré de l'allemand « faîlend ûbeï », grand mal; lisex 

donc : 

Ti uignia ilgfaîadiheîy pafn{{h]ag(^t)e. 

Les paroles, en outre, ne sont pas toujours mises dans la bouche du per- 
sonnage à qui elles appartiennent. Ainsi le vers 673 doit être attribué au 
Smaroceder et seulement le vers suivant à Sieu Cumpain. 

De 2054 vers j'ai examiné 712, le lecteur me dispensera du reste. Ce n'est 
pas le morceau d'une « chrestomathie » que nous avons sous les yeux, ce 
n'est pas la partie d'un livre analogue à V Altfraniôsisches Uèbungshuch de 
M. Fôrster, c'est un texte où les plus ingénieux trouveront à exercer leur 
sagacité. Si les volumes engadinois continuent à ressembler à cette livraison, 
ils ne formeront pas l'écrin national, comme on a appelé pompeusement la 
«chrestomathie »,mais le livre cabalistique des habiunts de la vallée del'Inn. 

M. Decurtins a, au commencement de son entreprise, sollicité une sub- 
vention delà part de la Confédération. Avant d'appuyer cette demande devant 
le Conseil national, le gouvernement demanda l'avis d'un romaniste. 
Connaissant la difficuhé de trouver un éditeur pour des textes rétoromans 
et le grand nombre de manuscrits qui se trouvent entre les mains de M. D., 
il n'hésita pas à appuyer cette subvention, toutefois en ajoutant qu'il serait 
prudent de soumettre les livraisons ou les volumes au jugement d'un homme 
compétent, vu que M. D. n'est pas du métier, quoi qu'il en dise ou fasse 
dire à ses admirateurs. H paraît que la Chrestomathie obtint la subvention 
sans que cette réserve fût faite. Il est permis de regretter qu'une précaution 
aussi sage ait été jugée inutile. 

Jacques Ulrich. 



PÉRIODIQUES 



Zettschrift fur romanische philologie, XXIII, 4. —P. 481, Horning, 
Der Wandd von wç (aus oi) ^m ç im Franxpsischen, M. H. s'efforce de résoudre 
cette question difficile à l'aide d'observations faites sur des parlers populaires 
de l'Ile-de-France. Les règles qu'il essaye de poser sont sujettes à bien des 
exceptions, et la raison de leur action n'est pas toujours claire ; mais il y a 
certainement dans son étude des remarques fondées, comme l'influence d'une 
r ou, en sens contraire, d'une labiale précédant oi. Pour éclaircir complète- 
ment, si on y arrive jamais, ce point obscur de l'histoire phonétique du 
français, il faudra tenir plus de compte des formes nombreuses en f anté- 
rieures au xvie siècle. On ne peut non plus regarder comme fortuit le fait, 
non remarqué par M. H., que, sauf cOftnoistre et vois (où il y a sans doute 
analogie), 01, dans tous les mots français où il a été remplacé par f , remonte 
à f du latin vulgaire, jamais à p + ;, p -f- ;, fli* + /• Dans la seconde partie 
de son travail, M. H. s'occupe d'une façon très intéressante de la réduction 
de tua à a et autres faits analogues dans le français oriental. — P. 491, 
Kalepky, Zur franiôsischen Syntax (suite) ; concerne exclusivement le français 
moderne. — P. 514, Salvîoni, Apptinti etimologici e Itssicali. It. aggina, « por- 
zione di pascolo assegnata ad un branco di bestiamb », remonte (comme le 
Sàxdt laghint^a) à lacinia. Fr. alandier^ de*limitarium; mais m-t ne peut 
donner nd (yoy, Rom.y XXVIII, 635); au reste, je verrais volontiers dans 
alanditr^ « néologisme » qui signifie « bouche* foyer à la base d'un four », 
et dont les dictionnaires qui le citent auraient bien dû fournir des exemples, 
un composé avec ellipse de [place, lieu] à Vandier. — Amis, lombard, etc., 
pour amic\ M. S. maintient contre M. Meyer-Lûbke son explication par 
amicî, substitué à amicum, ce qui ne laisse pas d'être surprenant (au 
reste, fi ne connais pas le fr. prov. amis^ cité par M. M.-L. comme employé 
iTaCiC smg.; s'il existais, ce serait naturellement un des exemples du vocatif 
généralisé). — Bas-engad. ampila, « framboise », atsûa, u:^»^, « groseillier » ; 
le premier est pour atnpotna (sous l'influence de poma), et il a influencé le 
second. — Fr. aussière^ Jjaussière. S'appuyant sur l'it. al^dja et aliâna, 
M. S. le rattache, comme d'ailleurs on l'avait déjà fait, au lat. helciarium, 
«c hàleur », mais en ajoutant que (h)elciaria aurait été influencé par 
al tiare; cela paraît très plausible. — Eng. basdica:^, « coquin » z= vi^o di 
ca^:{p et non vaso di cai:(0 (Pallioppi). — Bus dans quelques parlers du nord 
de la Lombardie = « pas, point », s. d. de bùccea. — Sic. ciaulûni, 
«« greffon », de •clavulonem. — Fr. cignole; des rapprochements lombards 



tjé PÉRIODIQUES 

confirratm rét^-ntâlogie *cîcôniôla de M. Thomas. — Campid. cmddu < 
cabillum et cas analogues de bbialiuiton d*a atone. — FriouL fu/u/, 
« pelure, etc. », se rattache, avec des mots lombards anaSogues^ à con^are. 
— Dicidoim^ qui $e dit au lieu de dicmm dans presque tous les prlers italiens» 
apparaît déjà 30US U forme decedocto = decem et octo dans une 
titscripiîon où Ta relevé Consen. — Campid. dlMua^ « ècueUe »» tiré d'un 
difcufdéî provenant de scutella influencé par dtscum. — Fr. tnwve^ 
« orvet »» Cl fomiC5 an^ilogues, remonteraient à anguis avec le su ff. -et»; 
pour juger cette question difficile, il faudrait ouminer iQUtt-s k^ formas si 
étonnamment variées du nom de Torvei (voy. RoUatid, Faune pop. dêUt Fr*^ 
lu, i7-iy)4 — Breïtc. fhca^ « fau* » < falcula, ^ It. fi^ne, « aines de rai-- 
fin 1?, de floces influencé par acinum. — Friûul.^Mrfia^iV, « famille u, < 
gcn erat i (remarque sur des mètatbèses analogues de consonacs). — Bém. 
hlur, m îocatairc, habitant », < statorem. — Roniagn. fél^a et jôtkay 
« argot IV, de logica; à ce propos, M, S. se demande si le fr. ar;^ot ne serait 
pas ergo (cf. trgôiir)^ et si le fr. trgot ne pourrait pas être k même mot, 
Je» chicanes ou sophismcs étant parfois appelés des « crochets » et des cro- 
ches ou griflesajani pu, par métaphore inverse, être appelés des iffoÇé). — 
Ijà hase m al u tin us nn ditiktU laâini. — Friout< nat.^ najt^ « racaille », de 
natalia comme le vicent. nagia, -^ Lomb. «o/a, « moelle *, cic*; Tauteur 
momrc Ic^ difficultés de l'explication reçue par mcduîïa, — Lucquols 
pk4.imk\ « vtuas&t* », se rattache, comme le fr. piquette, a'piccare.— Sic^ 
pidmddu^ etc. (v. fr. pecoT}^ de pedicullnm pour ped i c u 1 u m. — Eng, 
pluogi^ ùic.» *» pou j(t,de pedîculum» influencé par pu-llem. — Lomb. 
prtài, piém,/M'^, »* gésier *>, < petrarium. — Piém, prisim^ « résine », 
= pfM-rAimi (fr. p<fix-r/sinr). — Engad, rm^aniura, se rattache à l'esp. révmiar^ 
etc. (voy. Hmn.^ XXVII, 217). — Sorsel v, râv«if/, etc. w giron a, s. d. subst, 
déverbal de ravugVmrid. ixAnvi^Uù^ etc*). — Bas-engad. rndiar, n arranger », 
de regulare. — Siird- r**iii^« < rcsiduum (mot savant). — Romagn, 
ibiù^tra, « baraque » et aussi « mauvais cheval i». déverbal de sonar 
(= s u bf u rc) avec adjonction des deux préfixes et et b i s. — OssoL mlny, 
« sourcil * ; à ce propos, Tauieur donne une Intéressante liste d'exemples de 
méïaibèse de couennes. *- Parm. ii^a, et bourre (des cocons) »i peut-être 
cjt trait d*un silghêtia ^ série u 4- -cl lit (cf. tt. sirighcHa)* — Valtdl, 
^fg^t < glande poutre '» (autres ejtemples de déplacement analogue de Fac- 
ccnt). ~ S^diiê îikdfmû, à Sora, pour « u sceur^ ma sccuri» ; explication de 
ces formes. — Fr, suù. L*ét\'mologie sudica pour sucida, qui faisait 
déjà quelque difficulté (voy. Rom., XVllJ, 629), est rendue inadmissible par 
le lotnb. Héa : « Il faudra, dit M. S., chercher ailleurs la base commune, 
peut-être dans un mot finissant originairement en -gia. • Les G/ûij. CûssÎ' 
ntAUi nous donnent précisément, à plusieurs reprises, le mot sugia^ 
— fuligo; M, Meycr-LûblGc(ffnl, /ûAfïjkr,, 11,69) l*interpréte suya et y 
feçontuit sudica; mais le mot lombard indique qu1l faut s'en tenir i 
iugia, mot ainsi acquis au latin vulgaire, et qu'il reste À ejipUquer. — 



PÈRIODiaOES IÎ7 

Tndkr : additions à la note de h Rom., XXVÎll, io8. — Sorselv. tikr âmtnâ^ 
« s'en aJlcf ■, comparé au losc, /«/art'. — Logud. irascbia, etc.^ « temps 
degUcei, < stiricidium (cf. Nigra^ Ârch. ^loH.^ XIV, ]8o). — Frioui, 
Èrmsmd^ « transpercer (en parlant de la pluie) m — it. irapnnart. — Fr, 
t'îfnoWf : viendrait de vincac o pu lu m (ou içAmài v^nohïn de vinejie 
opulos), férable étant, « dans h Haute-Italie, Tarbre par citcellcnce auquel 
U vigne s'appuîe... 11 faudrait voir si la viticulture française emploie ou a 
jani^s employé Térable comme on remploie en Lo m hardie, » Qpant aux 
former pfovençaïcs, dont le v^ comme Fa montre A. Thomas, postule un h 
originaire» ce v peut u être issu du h par rassinnlation v*i\ ou bien le mot 
est importé en Provence de «îuelque dialecte auquel ii*est pas étrangère Tiiqua- 
tioti V = *{*- », 11 y a la, on le voit, bien des hypothèses, et il faut noter 
que le mot opulum est inconnu au gallo-roman. 

Mélanges. L Gramnmire. P. 555, Baist, ftn ; combat par de bonnes raisons 
U propcsiîion d'A. Thomas {Rom.^ XXVOl, 1 18) d*cxpUquer cette forme par 
di^mitaticin et revient a TexpUcatiou par Fanaiogie de %Kis\ mais il est trop 
simpJeile se débarrasser de la forme /m^m/ du Saint Uger en disant qu'elle 
est « verdâchtig », à cause de /^iV/ et de fi^drtn^ fiidra : elle est tout de 
même dans le nunuscrit, et il faudrait essayer de l'expliquer. — P. 555, 
Ulrich^ Vi fr- JrmU\ note assez, obscure ou Fauteur, sans rejeter Fexplica- 
tion de fuie par le germ. fêter, donnée par M. Tobler (voy. Rom.^ XXV, 
62 îX y ajoute une dérivaiion de fracta. — Fr. fictik; le changement de 
fînius dans le fêmus du lat. vulg. s'expliquerait par IHnfiuence de facx 
oti de foetêre; ce demîcrest otclu parson oe — ë; Finfluencc de fa ex 
oc se comprend guère. Nittîte, etc., serait ni fimîtefw), — P, 537» Mar- 
chot, A. ît.gugmn^ tvagftoft, v niitin ». L'auteur montre sans peine que le w 
des formes nûrd*onentaïes exclut aussi bien le 'canionem de Diejs que k 
'gannionem de M. Kôrting. S'appuyant sur les a fûmies complètes » 
gaaignôn, uiiûîji^nôfi^ il rattache, d*unc façon d*ail leurs très forcée, le mol à 
gaâigfÈm i « X^^Oiiiptm est le chien qui ^*^lgne (fait paître, mène paître) *u 
Le malheur est que les w formes complètes » en question n^cxistent pas : 
OQ n'a que gai^mn {uttignon) dès le Kli* siècle, U est vrai que Godefroy 
cnfi^stre gmigmm et miaignott^ mais de ce dernier il ne donne aucun 
eiLettipte, Quant igaaigmn, i! est dans le ms. B (B. N. fr. 375) de la Gatfiks 
Siftmanduiç Wacc (éd. Andrescn, lîl, 1227); mais la mesure exige guignons; 
g^atgnm dans Dt^m dr Maiencft 1432, est une faute évidente pour codugnon 
(£Uûimt<mi dans la première citation de Protesitaus semble faire trois syllabes, 
mais c'est cenaincmcnt une faute du copiste; dans la seconde citation, guain- 
nuns n'en fait correctement que deux). Le mot u^ïgmny gHûigmn^gaignon 
a c«tainemcnt une origine germanique^ qui esta trouver, 

CoiLFTlS RENDUS, P. 53^, Paul, Ptittiifkn det Sprachgeschkhtir ^ 3» 
Atisgabe (Dîttrich : long et intéressant article, qui s'occupe de la philosophie 
lia langage en général; n'^tons l'indication exacte des passages qui, dans cette 
troisième édition, sont ajoutés ou modifiés), — P. J54, Coulei, Lt trotibadeur 



138 PÉRIODIQUES 

Guillyem Je MontanlxigoJ (Appel : nombreuses remarques de détail sur le nom 
de ce troubadour, cf. Rom., XXVIII, 519). —P. 538, Kôrting, FornufiUhre der 
fran:^ôsisclk'n Spradje (Subak : signale une bonne partie des inexactitudes et 
des témérités qui font que ce livre, utile à plusieurs points de vue, n*est pas à 
recommander aux commençants). — P. 566, Rossi, // Quattrocento (Wiese : 
livre excellent). — P. 567, Giornalc storia> délia letteratura italianay XXIII, 
i-î, Supplem. 2 (Wiese). — P. 374, Revue des lattgues romanes^ XXX(Schultz- 
Gora). — P. 574, Romattiay 1898, juillet (Meyer-Lùbke, Grôber). — P. 576, 
Archiv fur da< sStudium der neueren Spraclyen^ LXXXVI-XCV (Cloetta). 

P. 384. Livres nouveaux. Annonces, par G. Grôber : Giannuzzi, Arcais- 
mi nelle rime di Petrarca (Rom. y XXVIII, 646); Rossi, Llnfani^ia di Gesû, 
poemetto provenzale(voy. ci-dessous) ; Schiff, La première traduction espagnole 
de la Divine Comédie ; Bassermann, Dante's Spuren in Italien ; Molenaer, Lt 
livre du irouvernement des rois (/?iv//., XXVIII, 644); Krausc, Zum Barlaam 
de Guide Cambrai {Rom., XXVIII, 483); Marchot, Le roman breton en Franu 
au moyen </^v; Ducamin et Pasquicr, Clxtrte gasconne de 1^04. 

P. 588-592, Tables. 

G. P. 



Archiv fur das studiu.m der neueren sprachen und litteraturen, 
LXXXVIII. — P. 301. G. Steffens, Die altfran^ôsisclje Liederbandschrift von 
Siena (impression diplomatique et intégrale). — P. 375. Toblcr, Kochmah 
^um Bcaudous Roberts :wi Blois (nouvelles corrections à l'édition d'Ulrich, à 
ajouter à celles de M. Fcerster, Archiv, LXXXVII). — P. 376. Fœrster, 
Zum Fions Rol*erts von Bbis (nombreuses améliorations à Tédition de Zin- 
gerle). — Toblcr. Zur Erinnerung an Adolf Gaspary. 

Co.MFTES rendus. P. 2?3. Vollmôller, Laberinto amoroso (Buchholu; 
article imponani, plein d'éloges). — P. 45o.Risop, Studien ^ur GeschichUder 
fran^ôsischn Konjugation auf -ir (Schwan: éloges). — P. 451. Irmer, JDtr 
aUfraniôsiscke Ik.irheitung der Formula honesiae vitae des Martin ixm Braga 
(Tobler; comparaison du texte public avec le nunuscrit et corrections). — 
P. 4)8. L'Alighieri, rivista di cosc dantcsche dirctia da F. Pasqualigo (Buch- 
holtz). — P-4t*t. Bcrthicr, L.i Diviiui G>mniediaiV« commenti secondo la sca- 
hiticj vFreymonJ). V. 4^^. Gaster, Chre<ti.^mdtbie roumaine (Tobler; 

clogcsy - P. 4C>S. Sciuetter, Gc<chic':te des <pani.<ct.rn Sationaldramas 
(^Tobler: travail mcriroirc plein de renseignements, mais qui est plutôt une 
énumcra:iivi de pièces qu'une « histoire du drame •■). 

LXWIX. — CoMFTFS rendus, p. io>. Sully-Prudhomme, Réflexions sur 
Tar: .;Vy :vr.' ^^TvVr^lcr; doges, quelques réser\es). — P. 107. D'Eichthal, Du 
Ry.h'^ie d.iK> .'j /Vr. i . ri.* j/i>n/rjn»jw (Tobler). — P. 108. Robert de Souza, 
\^i/ :!.i»i.î Ji' fntirique (Tobler: désapprouve lc> théories révolutionnaires de 
i'auteur, tout en lui reconnaissant des qualités d\Vt«sor\*ateur délicat). — 
P. 114. NVohlund, Till kiinnans bf (Koschwitz ; cloge^). — P. 11 5. Voretzsch, 



pèRîooianîs 139 

VéNr dk Sagt 'ifùn Ogur âtm Dânen (Tobïer; travail excellent), — P. ïiS, 
Latiglols, Origines et Sources du Roman de la Rose (Tobler; travail solide, 
cxmumt quelques petites inexactitudes). — P. 444. Jôrss, UêBét dut Gmus- 
wymhd iêifinisthir MaskuUtM und Feminina im FrâniÔsîscf?en (Cbcita; travail 
tnsirfHsant, faît ^ns aucuTie préparation sdentifique). — P. 44^^ ïl^usch- 
maicr^ L'dvr dfft figûrtiStn G^humeh der Zahîtn im AUfratt^ômcheH {Clûctta ; 
utile recueil de raatériatix)* — P, 447, Wallcnskôld, dmtuoHs dt Conmi de 
iî/t&M*tf (SchuJti; travail soigoé). — P, 450. Bonoard, Une mductwn ât 
Pv^r^jrae et Tliisbé (Tobler; corrections). — P. 460. Mdgnîcû et Prompt, U 
Trarté dc IVIoquencc vulgaire df Dante (Buchhoîtz), — P. 465. Pèrcopo, Le 
rimi ai BemdeUo Gareih (Tobler ; é loges), 

XC, — ^ P. Bî^ 269, 353. Ryssel, Dm syrischc Uebersei^ung des Pseudo- 
CdUsthintî %m Deutufu ûhertrûgm (La traduction syriaque du Ps.-C. est très 
importante pour la connaissance de la légende d'Alexandre, parce qu*clk 
comble les Lacunes du texte grec). — P, 152, Tobîtr, S^rrfV \wmhn Veikhftt 
und Rûse (réimpression, aprùs Biddene, d'une poésie bûne en vers ryth- 
mîqti»^ avec de nombreuses corrections). — P. 298. Buchholu, Zu dem 
ûiUpunhcheft Liberiiîio amoroso (cp. Arçhiv, LXXXVIUj 22 j). 

Comptes rï^îdus. P. 207. Fcerstcr, Erec und Enidt (Schult^; s'occupe 
stmout de la tiliaûon des manuscrits et de la place de H)* — P, 225. Bcnuch, 
Vi^ifiXufig vùft Mirèio (Tobler; observations très tines sur le poème proven- 
çal et éloges de la traduction). — P. 226. Hccker» Die Bcrliner Dekamerùn- 
Handschrift und ihr VerhaUnis iitm Codice ManneîH (Parisellc). — P- 227. 
Brçidngcr, Gfund^ùge âer iialUtmchen LiîkratnrgfMhichU his ^nr Gfgtnwirt^ 
2* Auflage (Pariselle). — P» 526. Cortesic di ta vola in hîina e in prcvmide 
(Tobler; elles se trouvent dans une plaquette publiée par k prof- Biildene 
pour les noces Cassim-d'Ancona ; corrections). — P, 327. Dammann, Dit 
i^îtgorischi Çan^pm des Guiraut de Calanso « A Icis cui a m de cor e de saber » 
rni^d ihri Dai/iinf (Zenker ; éloges). — P, 534* Kressner, BihUôihk spanischtr 
ScJMflsielîir. Bd- t2, 13, 14 (Buchholtz). — P* 456- Keiper, Frûniôtisctse 
Fêmsîitnnamtn in der Pfaï^ und Ffani(0sisches im P/al^er Voîh'imtmd (Speyer), 
* P, 459, Tisseur, MoJe^ifS ohstrL'aiions sur Vari de z^nifiir (Tobler; travail 
plein d ^esprit, quelquefois un peu superficiel), 

XCl. ^ P. 29. Cloetta, Zu Jean BodeU Adam de k Halle und Baude Fas« 
touî (admei avec G, Paris Tannée 1202 comme date du Cottgê de Bodel ; rend 
probable que la pastourelle Contre h dans tans fioi'ti est de 1 199; sur ces ques- 
11005 voyer plus loin a la Chrtyniqut — P. 24 1 . Schult^^ « Faire conpagnie 
Tjissel» (dans cctie expression Tasse! serait Tassîîon, duc de Bavière, et ce 
serait la conduite de ce duc en 765 envers Pépin qui y aurait donné lieu). 
— P* 247. Schultz, Zum GuitecUn (dans cette épopée il s'agirait de la 
sêcoode expédition de Clurlemagne contre les Saxons)* — P, 250, Schulti, 
Soch iinmal PeratmJ Dorin (cp. Zeitschrifl /, rum. PhiL, VII^ 121). 
— ^ P* 156. Rcichel, Zur Datierung mn Adam de la Haîe^ Sing.ipîel Li greus 



de Eobtn et dc Marioo (croit que /?* d 
départ d*Adam pour iitdie). 



M. â. été composé à Arras avant le 



140 PÉRIODIQUES 

Comptes rendus. P* 103. Fœrsier, Ilîe und Gakron von Waher von Arras 
(Tobler; compte rendu très détaillé). — P. 521. lèW^toxïy Ans étr ÎVallmut 
(Tobler). — P. 522. Bcdier» De Nîcolao Museto (Tobler; quelques correc- 
iJôns). — ' P, 538. MussaftAj ItulUnnclH Sprachldw^, 25* Auflage (Cloena). 

— P- 54a* LAli^hkri^ rivista di cose dantesche diretta da F. PasqualigO, 
antio III, IV (Buchholtz). — P. 357. MuotJi^ Veher Imnâneriuht G^chkchis- 
tmmiu. l Teil : Vomamtn und Taufmmen ah GeschhchUmmen (Kùbier). 

XCII. — P, 129. Tobler, Dui-RtliqtiUn (quelques poésies traduites par 
Diez de Icspagnol, du provençal et de ritalien). — P. 69. Buchholîi, Zu v 
und b im Spauischm. 

Q>MFTES RENDUS. P* 21 8. Vâu^, Jûîiff'i Rfidel (Schuht ; développe et appuie 
tes arguments de M. Paris, qui conteste que rhistotre de }. R. ait un fonde- 
ment historique). — P. 44 S- Kôrting, Fonmnhau ât^ Jratt^àskchtn Verbums 
(Risûp ; compte rendu très important et détaillé). — P. 470. Bîidene^ Vn 
ntîrawh lîdîa nmdonna^ la hggmda ddh idavo daîmasina (Tobler), 

XCÏIL — P» I, 141. Rysîiel, SyfUihe Qtttîlfn ahfidlûndischfr Er^ébîmî^s- 
stûff^ô. L Dk KrEuiaiig\ndungslegend£i IL DU SHhnidAàferlfgmdt, — P, 12^. 
Schtihï, Veher dm Liedasirdt ^luisdMn Sordd und Pure Bremon (lâche ilc 
déterminer Tordre dans lequel les six sirventè^ ont été coni posés et leur 
assigne la date de 1240. Cest àtort que M. Se h. prétend que Raymond Vil et 
Raymond Bérenger ne se sont plus combattus après 1240 : voyez Sternfdd, 
Karl von Anjou, p, 9. Cp. maintenant l'édition de Sordel par de LoUis)* 

— P, 399. Cloetta, Dk beidm aUfrx. Epen vom Moniage Guîîîaume (le 
résultat auqud aboutit cette étude est que Mon, I et II remontent à uti orifri- 
nal commun j lequel remonte â son tour à une source commune avec la 
version de li Kadamagnussaga; le Mon. 1 a été composé avant 1159» le ^on, 
11 date d'environ 1175. Cp. maintenant Becker, Wiiyîmiagt,<^%% Sûdfran^, 
SagêfikrHs, 41). — P. 14Ï, Tobler, Un samedi par nuit (à propps de Tèdi- 
tion donnée en 1890 par Varnhagen du poème quî commence par ces mots : 
corrections cl eîtplications). — P. 144. Scbmilinsky, Proktt dntr V^herift^ung 
dit Chanson de Rolaad {conserve k mètre de F original et rassonance). 

Comptes hekdus. P. 159. Ries, IVasist Syniax (Tobler). — P* 161. Rohde, 
Dîf Eriâhhtng vom Einsiedkr und dem Engd (Glôde) — P, 164, Paris, La 
Ugenâe de Saladin (Tobler). — P. 193. Breymann, Fritdrkh Dk^, sein Lebrn 
und /f'^jr^fM (Frinkel). — P, 206, Bédier, Les Fahh'aiix (Cloetta; critique 
sévère, justifïOe en quelques points, mais quî ne tient pas assez compte de ce 
qu'il y a de vraiment neuf dans ce travail plein d'idées intéressantes et de péné* 
trames observations). — P. 358. Mary Darmesteter, Fromar/ (l'obier ; éloges). 

XCIV, — P. 11. Cloetta, Die kiden aîîfr. Epen vom Moniage Guillaume, 
Schhm (contient surtout des fragments non encore publiés du ms, de 
Boulogne). — ^ P. 3^9, Ryssel, Syrische Qudkn ahendlànâisdmr Er^ëhhingsstoffe, 
Ili (la légende des Sept Dormants). — P. 267. Diej^iana (Frànkel). — P. 274, 
Buchholt^, Difr NâtUÊ Diego. 

Comptes rendus, P, ti6. Schwan, Grûmmatik dtî AU/rat^èsischm 



142 PÉRIODIQUES 

Texplication de plusieurs vers des six poésies que Rolsen a publiées avec beau- 
coup de soin). — P. 189. Voretzsch, DU franxosiîclx Hcîdemage (Risop). — 
P. 232. Tiktin, Rumàniscfydeulscljes fVôrUrhuch. Lieferung i (Tobler). — 

— P. 431. Appel, Proveniaîische Chrestomathie (Schultz-Gora). — P. 434. 
Grammont, La dissimihtiott consofiantique dans Us langues indo-européetines et 
dans Us langues romams (Tobler; éloges). — P. 435. Keller, DU Spracbe dir 
Reimpredigt des PUtro da Barsegapè (Tobler). — P. 457. Gourdon, Guillaume 
d'Orange, poème dramatique (Tobler). — P. 458. Heuckcnkamp, LeCbevalUr 
du papegau (Tobler; éloges et corrections). — P. 443. Schneegans, Ge- 
scbUhU der grotesken Satire (Morf ; très élogieux, trouve seulement que S. res- 
treint trop le sens de « grotesque », qui n'implique pas nécessairement l'in- 
tention satirique). — P. 468. Novati, Girardo Pateg e le sue Noie (Tobler). 

— P. 469. Scherillo, Alcuni capitoli délia biografia di DanU (Tobler ; 
éloges). — P. 471. Pasqualigo, Aggiunta ai proverbi e niodi proverbiali nelle 
parlaU vetieU raccoîti ndV edi^ione trevisatia del 1SS2 (Buchholtz). 

XCVIII. — P. I. Schlâgcr undCloctta, Die altfraniàsische Prosafassung des 
Moniage Guillaume (étude sur le texte publié au tome XCVIL Le résultat 
auquel elle aboutit est que la version en prose de la geste de Guillaume, 
dont le Moniage fait partie, repose sur une rédaction cyclique que 
Tauteur a fidèlement suivie. Celle du Moniage remonte à la rédaction qu'on 
appelle Moniage II, telle que la donne la famille d. Mais aucun des mss. de 
cette £imille ne peut être considéré comme l'original immédiat de la version 
en prose. Le traducteur a intercalé dans son texte un épisode sur Maillefcr. 
M. Cloetta essaye de définir plus exaaement la place qu'occupe l'original de 
la version en prose dans la famille d. Relex'ons encore les recherches de 
M. S. sur les rapports de la version avec le poème d'Oger et celles sur 
Tendroit où on plasait le tombeau d'Ysoré). — P. 59, 343. Stefifens, 
Die altfran^dsisclh' LUderlxindschrift der BodUiana in Oxjord, I>puce 308 
(Fortsetzung). 

Co.MFThS RENDUS. P. 174. Kôrtîng, Xeugriecbisch uttd rotnanisch (Meyer- 
Lûbke: compte rendu imporunt d'un travail superficiel et mal venu). 

— P. 182. KeideU Hv Evangile aux femmes {Cjo);\n\ examen déuillé de la 
filiation des mss. de ce texte). — P. 202. De Lollis, l'ita e PoesU di Sord^lh 
di Goito (N'jctcbus; corrections). — P. 207. Zenker, DieGedichU des Folquet 
von Romaus (Naetobus; ûii des rcser\-es). — P.' 210. Toldo, Contributo 
allô studio M'IU K.KvUa frjtLese del AT e A77 secolo (Tobler). — P. 211. 
G. Paris, Rt\'::î exir.iiîs des poèUs et prosateurs du moyen âge mis en 
français m^yi^rKC (Tobler). — P. 212. Oesterreicher, Beitràge ^r GeschUhte 
der jïdis:h-fran^c>i<C'^ii Spracly und Literatur im Mittelalter (Tobler). — 
P. 211- Bock, Dautes l'Ha .Vinu (Tobler; ce travail ne nous donne pas un 
texte Jcnnitiî). — P. 2iq. Menghini. Le Rime di Sera^no de" Ciminelli dalV 
Al'.iil.i i Tobler». — P 4>7. Petit de Julleville, HistMye de la Lingue et de la 
Litiirdtw c rr.i".:^i5: (Tobler: loue surtout le chapitre de Jcanroy). — P. 462. 
Stier, Frj*i^csis*:'x ^"\;.*j.v ^^Tobler : travail plutôt faible, qui ne contribuera en 



PÈRlODiaUES 143 

aocuïîc Ciçotj à débarrasser l^étudc dt U syntise des entraves de là grarnuuîre 
Uiim L îxfaucoup de reaificiitions). — P, 4^7. Johann essoti, Zur Uhrt vom 
frûn^iischin Rdfm (Kalepky ; éloges), — P, 468. Ricci, La Divînâ Commcdia 
di Datîiê (Tabïcr). — P* 471. Eisscrmann, Dantu Spunn in Halwt (Tobïcr; 
éloges Xvài vifs). 

XCIK, '-^ P. 77, \\^. Sieffens, DU aUJruniôsxsche Lkderhandschri/i dit 
Bodtfùim in Oxford, Douce |dS; {^^ Fortsctzung und ScJiJiiss). ;— P. lOI. 
Schul%% Ufi^r dnigt Hîlfsmitiel fran{âiischitr Bt'Miûgrapbk. — P. 241. Krûgçr, 
Bim angfhlkJ^ hlândmlx Bturbdîung der ScbivantnrtHrrsag f{ï[ s*agit de V^lts- 
sa^^ qu'on à longtemps considéré conmie une version du ChnmtUr au 
cygmy — P. ifj. Pochlummer, Du TettftUhctxe, Deutsche Stanitn mch Datiu^ 
Ifif. XXIU 

CoUFTES RENDUS* P. 191. SpHngcr, Dûs aliprmmiiaUiche Kk^fliid (Risop ; 
élqges). — P. I9Ï* ^iînon. Jûcques d'Amittis (Hisop; éloges). — P. 205, 
Voreusch, Dàs Merowtn^erepos und dk frânkisdïé Hddemage (Schullz-Gora; 
éloges). — P» ao6. KrauSj Urbfr Girhrt di Mènlremî nnd sdne iVerkt 
(Toblcr; admet avec Tautcur qu'il est probable que le roman de la Vidiùt 
et b continuation du ConU du Grodi ont le mtme auteur), — P. ito^ 
Rdogcrs, Dk ailjrûn\ùm€Un Lauiget{( in Tabtlkn (G)hn; quelques correc- 
tions). — P. aaS, Zingarcîli, La pctîmtalità dt Foichitto di Manigîia ttéUa 
m Cctnmtdiû » di Dtink Çïobkr, éloges)* — P. 456. Degcn, Bas Patois 
Vim Crêmim (Urtel ; éloges ei corrections). — P* 459- PlUet, Dii neuprovcnia* 
Usdbtn Sprkhworttr derjûngfrm CMknhatti^r Litd^rlmulscMp (Tobler ; éloges), 

— P. 481. Schwan-Bchrens, Grammatik âe% Aiiftaniêsischen, I (Rîsop; 
éloges). 

C. — P* 77. Thormann^ Unô « iivr& de sûrii « di papa Bûmfacto (âonnt le 
teite»prïk:édéd*unc introduction, d'uti livre d* oracles originaire de Thalle du 
Nord et antérieur au }tv« siècle), — P. 293. Tobler, Ziir L^mde vom hetHgen 
juUanm (contient k récit latin et la première partie de Têtu de des oeuvres 
litiéraires qui ont comme sujet la légende de saint julien. L'auteur commence 
par Ei animal prqfHa, drame de don Amonio Mira de Améscua), — P, 311, 
Schuhc^ JfathBaplisU Baslidé (îj4yi^io, h premier membre de l'Académie 
d» sciences de Berlin qui se soit exclusivement occupé derélude du français). 

— P. 15 a- Holthausco, MiiUhiiglischi und aîifmnimîdM Ffianietighsim. 
— -P. 169. Suchîer, Das Gtichkcht von fr^. aire (à propos d'une remarque 
de Toblcr, Archiv, XQX, p. 208), 

CouFTES RENDUS, P. 198. Ker, Epk ami rotttana (Brandi; éloges).^ 
P. 223, Ra)na« Il trûtiaîo « Dt vulgari eloiiufniiu n li;' Dante Ati^lntri 
(l'obier), — P, 44 1< Kôrting, Hatuthaçh dêr rgmaniichen PZ/ite/iijf ï> (Gauchat ; 
critique assex sévère). — P, 447, Enneccerus, Zur iatnmschen md Jranit^is- 
thtn E*i/ii/iiî (Schulu-Gora), — P, 44S. Riito-Nyrop, Roîandsk^adH (Heusler). 

— P* 4îâ, Johannesson, Zur i^hn Vûm fran^ùsischtn Rdnit^ iweiter TeiJ. 
(Kalepky; élogfâ), — P, 451, Paris et Langlois, Chrtiiùmaihié du m^yen dge 
(Toblcr). — P, 460. Rydberg, Zur (kscUchîe^ dis fran^msch^n g, 1 (Meycr- 



âm 



144 PERlODiaUES 

Lûbke; éloges). — P. 46$. Zenatti, Gerardo Patecchio e Ugo di Perso 
(Tobler). — P. 464. Rua, « Le Piacevoîi Notti » di tnesser Gian Francesco Stra- 
parola (Tobler). — P. 465. G. L.P., -<4/ nuovo grande Vocahuîario delîa Crusca 
(Hecker). — P. 466. Subak, Die Conjtigation im Neapolitanischen (Wiese). — 
P. 469. Gorra, Lingua e letieratura spagnuola delîe origitii Çlo\Acx\ travail 
qui n'est pas sans mérite, mais peu soigné ; corrections et additiotis). 

CI (Nouvelle série I.) — P. 991, 339. Tobler, Zur Légende vom heiligen 
Jtdianus (sur Flaubert,^ Légende de S. Julien Thospitalier, et sur une version 
en vieux français de cette légende, dont l'auteur donne une description et ua 
résumé). — P. m, 365. Pillet, Die aUprovenialiscJ)e Liederhandschrift N' , — 
P. i47.Kolsen, Einige Ergàn^ungen ^u Appels proven:(alischer Chrestomalhie, — 
P. 397. Tobler, Drei kleine provenialische Ràtselaufgàben, 

Comptes rendus. P. 213. Grôber, Grundriss der roman, philologie, II« 
Band (Qoetta). — P. 224. Svedelius, L'analyse du langage appliquée à la langue 
française (ToblQT ; ce travail très remarquable s'occupe exclusivement de l'ana- 
lyse de ce qu'exprime le langage, et ne tient pas assez compte du fait que le 
contenu est dans un rapport très étroit avec la forme du langage). — P. 226. 
Pâtzold, Die individuellen Eigentûmlichkeiten einiger hervorragender Trobadors 
im Minneliede (Springer ; travail utile, mais un peu lourd).— P. 240. Robert- 
tomow. Die Gedichte des Michelangelo Buonarroti (Cornicelius). — P. 244. 
Araujo, Gramàtica del Poema del Cid (de Mugica ; travail digne d'estime, 
mais un peu superficiel). — P. 462. Coulet, Le troubadour Guilhem Montanha- 
gol (Tobler ; travail soigné et digne d'éloges, corrections). 

S. D. G. 



CHRONIQUE 



M. Th. Gartner a été appelé de Tuniversiié de Czernowitz, comme profes- 
seur ordinaire, à celle d'Innsbruck. 

— M. R. Menéndez Pidal a été nommé professeur de littérature espagnole 
à l'université de Madrid. 

— Le t. III et dernier (Syntaxe) de la Grammaire des langues romanes de 
M. Meyer-Lùbke vient de paraître à la librairie Rcisland à Leipzig. En 
même temps a paru chez Welter, à Paris, la première partie (p. 1-464) de la 
traduction de ce volume par MM. Auguste et Georges Doutrepont. 

— M. G. Ducamin publiera très prochainement, dans la Bibliothèque 
méridionale, une édition diplomatique des poésies de l'archiprêtre de Hita, 
diaprés les trois manuscrits connus. 

— Le Journal des Savants de Tannée 1899 contient les articles suivants 
qui intéressent nos études : Delisle, Vente de manuscrits du conte â^Ashlburn- 
bam (p. 517-337 et 493-512); G. Paris, Jean de Capoue (p. 207-226); les 
Manuscrits du Kelila et Dimna de Jean de Capoue (p. 591-595); /« Danseurs) 
maudits (p, 733-747); A. Morel-Fatio, Catàlogo de las collecciones del palacio 
de ISria (p. 1 1 7-1 26). 

— Dans la séance du 28 juillet 1899 de TAcadémie des Inscriptions, 
M. A. Guesnon, bien connu par ses profondes recherches sur l'histoire 
d'Arras, a fait à l'Académie des Inscriptions une communication très inté- 
ressante sur le célèbre registre de la Confrérie de la sainte chandelle d'Arras 
(^Comptes rendus, 4* série, t. XXVII, p. 464-47 s). Il résulte de son examen 
que ce registre mentionne non, comme on l'avait cru jusqu'ici, l'entrée des 
confrères dans l'association, mais leur enterrement, ce qui change tout ce 
qu'on croyait savoir par ces mentions sur la date où vécurent nombre de 
bourgeois ou de jongleurs. Un passage m'a particulièrement intéressé dans 
cette notice : c'est celui où M. Guesnon remarque que « Bodel n'apparaît 
au Registre qu'en 1210 ». Ce serait donc la date, non de la réception, mais 
de la mon de Jean Bodel, et cela mettrait fin à la controverse sur l'époque 
où vivait ce poète, controverse que M. Guy vient de reprendre, avec de 
nouveaux arguments, dans son livre sur Adam de la Halle, dont nous 
rendrons prochainement compte. Mais M. G. Raynaud d'une part (Rom,, 
IX, 216) et M. Guy de l'autre assurent précisément que Bodel ne figure à 
aucun endroit du registre (qu'ils regardent l'un et l'autre comme un registre 

RammnU, XXIX. ]0 



146 CHRONiaUE 

d'entrées). La contradiction est singulière. J*ai examiné le registre (ms. fr. 
8541) et j'ai trouvé en effet au fol.6 v», col. i, au terme de la Purification 12 10, 
(les inscriptions se font aux trois termes de la Purification, de la Pentecôte et 
de la Saint-Remi), le nom de Bodel, encore lisible, bien que le d et 17 soient 
très effacés. Ce serait donc dans les trois derniers mois de 1209 ou dans le 
premier mois de 12 10 que l'auteur des Congés aurait cessé de souffrir de 
l'affreuse maladie qui l'avait confiné dans la léproserie de Miaulens. Mais si 
cette date, qui paraît difHcilemcnt contestable, est acquise, il surgit, et du 
registre même, de très grosses difEcultés pour l'époque où vivaient plusieurs 
des personnages mentionnés dans les Congés. M. Guesnon a sans doute les 
moyens de les résoudre. Aussi espérons-nous qu'il ne tardera pas à nous 
donner une édition du précieux registre, que nul n'est mieux que lui en état 
de commenter. — G. P. 

— Signalons encore, dans les CotnpUs rendus de l'Académie, les deux 
importantes communications faites en juin et en octobre 1899 par M. Marcel 
Schwob sur Villon. Nous y reviendrons à loisir. Bornons-nous à dire 
pour le moment que M. Schwob a découvert un texte qui démontre, confor- 
mément à ce qui avait été conjecturé ici-même (XVI, 573, et cf. XXI, 265) 
que la condamnation de Villon à la potence a eu lieu non avant, mais après 
le Grand Testament. 

— Dans le t. XXXIII de la Zeitschrift fur deulsches Alterthum (p. 257-264), 
M. E. Schrôder revient sur certains points de son introduction à Mauricius 
vonCraon (voy. Rom.^ XXIII, 466 ss.). Il cherche d'abord à montrer que la 
mention àtfrouCassandra comme d'une habile tisseuse ou brodeuse remonte 
à un passage d*Eneas (y. 7458), où les mss. de la famille / ont, en parlant d'une 
couverture, A. i. cassandre estoit brosdee, ce que M. Suchicr est porté à restituer 
en A ues Cassandre^ tandis que les mss. A (De café en baje% D {De catalafe), C 
{Doer [l. D'un or] en autre) représenteraient une leçon originale Z>^ Cassan- 
dra. Mais (outre qu'il faudrait fu ou ot esté et non esteit)^ Aet D sont indé- 
pendants, en sorte que leur accord pour changer Cassandra en un mot finis- 
sant par -afe est inadmissible ; café en bafe ou embafe est d'ailleurs acceptable 
(voy. Rom. y XXI, 286, n. 7), et catabafe ne serait peut-être pas impossible 
non plus. — Dans la seconde partie de sa note, M. Schr. revient à la ques- 
tion de savoir si le poème allemand a été composé d'après un poème français. 
Les raisons que j'ai données pour en douter ne me paraissent pas ébranlées 
par les remarques de mon savant contradicteur. Il affaiblit toutefois beau- 
coup la preuve d'un original latin que j'avais cru trouver dans la forme latine, 
Mauritius^ du nom du héros (M. Schr. rapproche le nom de Gregorius donné 
par Hartmann au Gregorie ou Grégoire de son original français : il me semble 
que ce n'est pas tout à fait la même chose, Grégoire étant un nom de saint 
connu dans l'Église sous le nom Gregorius; en outre la forme française Moriu 
aurait pu, semble-t-il, se rendre parAfor/^r). Les formes de Craun et deBeaumont 
ne sont pas, à vrai dire, des preuves irréfragables. Mais je reconnais que mon 
intermédiaire latin n'est pas nécessaire : le poème allemand peut très bien avoir 



CHRONiaUE 147 

été composé d'après un récit oral; ce qui est important, c'est qu'il porte, 
comme je l'ai dit, dans sa composition, les caractères d'une œuvre originale 
et non d'une traduction. Le grand argument de M. Schr. contre cette 
manière de voir est qu'il y a entre le poème allemand et le Tableau français 
qui contient, mais sans nom, à peu près la même histoire des coïncidences 
textuelles : j'avoue que les deux passages qu'il cite, et qui sont, je 
suppose, les plus probants, ne me semblent nullement décisifs. Je garde 
donc mon opinion comme M. Schr. garde la sienne, et puisque c'est surtout 
une question de sentiment, il n'est pas probable que la critique puisse porter 
entre les deux un jugement définitif. — G. P. 

— C'est par une distraction singulière que dans notre dernier numéros 
(t. XXVIII, p. 645) nous avons dit avoir oublié de signaler en son temp 
Tapparition du premier volume de la Flore populaire de M. Rolland. Ce 
volume avait au contraire été l'objet d'un compte rendu de M. A. Beaunier 
(t. XXVI, p. 136). 

— Livres annoncés sommairement : 

Kir^ Arthur and the Table Round. Taies chiefly after the Old French of Cres- 
tien of Troyes, with an account of Arthurian romance and notes, by Wil- 
liam Navell. Boston and New York, Houghton Mifflin, 1898, in-8, 2 coll., 
LX-230 et 270 p. — M. Navell a voulu faire connaître au public anglo- 
américain les morceaux les plus remarquables des poèmes de Chrétien de 
Troies et des romans français en prose (plus le poème anglais de la Mort 
d* Arthur) ; il les a traduits avec autant d'élégance que de fidélité, indiquant 
dans les notes ce qu'il a cru devoir choisir ou omettre dans chacune de 
ces sources. L'introduction est un essai écrit avec beaucoup de talent, sans 
aucun appareil d'érudition, mais évidemment d'après une étude sérieuse 
et des sources elles-mêmes et des travaux des critiques modernes sur la 
littérature arthurienne. M. N. se rallie à peu près complètement aux idées 
émises par M. Fôrster dans son introduction à Cligés (il ne connaissait 
pas encore l'introduction à la Charrette) sur le caractère tout français de 
cette litttature ; il admet toutefois l'existence de poèmes arthuriens avant 
Chrétien et même de poèmes anglo-normands. Cette préface est surtout 
un éloge enthousiaste de Chrétien de Troies, dont l'œuvre, dit l'auteur, 
mérite d'être et sera immortelle, à d'autres titres, mais aussi justement, que 
celle d'Homère. M. Navell aura certainement beaucoup fait, par ses habiles 
traductions et par ses appréciations délicates, pour permettre aux lecteurs 
modernes d'apprécier cette œuvre plus célèbre que connue, ainsi que le 
roman en prose de Lanulot, auquel est emprunté presque tout le second 
volume. 

Diitiounari moundi de Jean Doujat, empeoutad per G. Visner. Dictionnaire de 
la langue du pays toulousain, de Jean Doujat, ajouté (sic) par G. Visner. 
Préface de M. Jeanroy. Paris, Picard ; Toulouse, Bibliothèque toulousaine 
du journal « UGril ». In-8, 242 p. — La couverture de ce livre porte la 



148 CHRONIQÏJE 

date 1897; le mre est daté de 1895. L*ouvrage n'est parvenu que très 
fécemmertt à noire connaissance, Cest notre excuse pour ne l'avoir pas 
annoncé plus tôi. Pour le fond, c'est la réimpression du dîaîonnaire de 
Ooujfic, publié pour la première fois en 16 )B à la suite de U quatrième édi- 
tion du ^amW^-/ wwïMm/i deGoudelin^et depuis réimprimé dans toutes tesédi^ 
lions anciennes des œuvres de ce paète* Mais à ce premier fond^ M. Visner 
a afauté (c*est ce qu'indique le ikt^) une quantité de mots que Doujat 
n*a va.it pas relevés. Uinconvétiient évidem de cette sorte de compilation» c'est 
qu'elle confond deux états différents de la langue. Beaucoup des termes 
expliqués pir Doujat sont niaimenant tombés en désuétude, et on ne nous 
en avertit pas. De plus, comme M. Jeanroy Ta remarqué dans la préface» 
où il excuse, sans les dissimuler, les défauts de louvrage, certaines des 
expïicaiîons données au commencement dti Kvn« siècle par Doujat auraient 
ellej-mémes besoin d*un commentaire. Ce ne sont pas \à les seuls 
reproches qu'on puisse faire au travail de M. Visner. La notation 
des sons est peu précise et souvent peu conséquente. Puis, et ceci est la 
preuve d*une bien ^cheuse négligence, Tordre alphabétique est mal] 
observé. A la première page on voit ttlnirr/ après abasia, aimrréja après ahif 
ahigados après ahelugad, Ënlïn, à la suite de chaque lettre de Talphabet, il 
y a un supplément à la même lettre, ce qui n'est pas fait pour faciliter les 
recherclies. Toutefois, ce dictionnaire, où on trouvera des mots qui 
manquent A Mistral, pourra, en certains cas, être utilement consuïté. L'édi- 
tion a d abord paru dans un journal local, dont on a utilisé la composition. 
C'est ce qui explique T apparence peu agréable du volume, 
77x îsojxt iMHftn^m^ edited with tiotes m\X an introduction ireating of the 
interrelations of Italian Fable collections, by Murray Peabody Brush, 
Coliimbus (Ohio), Laurence, 1899» in-8, viji-186 p. (thèse de docteur de 
Tuoiversitc John Hopkins, Baiiimore)* — M. Brush nous a donné un 
iîxcellent travail, intéressant à divers points de vue. Embrassant pour la 
première fois dans une étude générale tous les recueils de fables italiennes 
du moyen âge, il a constaté qulls se divisent en deux groupes : Tun, qu'il ' 
se borne a signaler, remontant aux fables élégiaqucs dites de Walter (avec 
quelques $xiTûVi^anks)\ l'antre, qui fait Tobjeide son travail, comprenant 
cinq manuscrits, lesqueb reraoutent tous à uo manuscrit perdu d*une tra- 
duction de 54 fables de Marie de France, esécutée en Toseanc dans la pre- 
mière moitié du XJV« si^kle. Il prouve que Toriginal du traducteur nasem- 
blait de fort près au ms. Q de Wamke (B* N. fr. 2171). H imprime avec, 
b<uiucoup de soin^ en en faisant ressortir par d'iagénïeux moyens typogrât- 
phiques les ressemblances plus ou moins étroites avec le texte français, le 
ms, de la Laurcnciennc, le meilleur représentant de Tune des deux familles 
(le m^. de Rigoli, qui appanient à Tautre, a été, mais imparfaitement, 
public). Il joint a celte édition une étude, brève mais suffisante, sur la 
langue du ms., qui est le plus pur toscan du huùn îUùh. La famille de 
mss. a laquelle appartient cdui de la Laurentienne contient une fâblc, h 



CHRONIQUE T49 

C(*f ei THirmiddU^ qui ne se retrouve nulie pan ailleurs, et qu'à cause de 
cela il est bon de sîgralcr : l 'hirondelle accuse le coq de févciîier U nuitj 
ïc coq allègue rutilitt.^ dç son chant pour indiquer l'heure, et reproche à 
cène étrangère à la maison son iniitilicé ; rhironddle réplique en disant 
qadie amène k printemps et elkconteste les mérites du coq i celui-ci jure 
de se venger, et un jour, ayant saisi rhironddle, la tue ; morale : un étran- 
ger doit se taire dans le pays dont il est l'hôte et au besoin souffrir sans 
St plaindre. M, Br. rapproche la fable de Phèdre Cicada d nvctua (Ui, 16), 
c)ui paraît Hen éloignée. Il semble que la fable primitive devait s'arrêter 
àk réponse du coq. 

Cksmhetùiik der gtrmmmch^n Bkmtnk im Italmthcben, von Dr. WUh. 
BfttiCKKEit. fiâle, Retnhardt, 1899, ln-4, 54 p. (annexe au Berkht ûber das 
Gmnûsium ^u Basfl, 1898-99). — M. Bruckner, déjà connu par son livre 
sur la langue des Langobards, nous donne ici une introduction magis- 
trale â nn dictionnaire des mots italiens d*originc germanique. « Ce petit 
mémoire, dit-il, Jie vise pas, naturcïlemcnt, à présenter un triage complet 
des mot* germaniques si nombreux dans Titalien, avec détermination de 
leur pnovcnancc et de Tépoque où ils ont été empruntés i cet essai est 
ciésen^é à un travail plus étendu. Ici on cherchera seuiement à relever et à 
bien préciser, à Taide d'étymologîes certaines, les traits caractéristiques 
qui doivent précisément nous perraettre àe déterminer la provenance et 
Tépoque des emprunts dont il s'agit, »* Avec une méthode rigoureuse et 
une dreonspcctîoïî toujours en éveil, M. Br. examine ainsi les traits 
Caractéristiques de nombreux mots allemands empruntes par l'italien litté- 
raire ou les dialectes au gothique (il parle d'abord de moîs plus anciens 
encore, communs à toutes les langues romanes ou à plusieurs) et au 
langobard ; puis il traite des mots germaniques venus par le canal du 
français (noter la riche série de termes de marine, en général d'ailleurs peu 
anciens) et enfin des mots pris ii raHemand moderne. Il fait en passant plus 
d*une précieuse remarque étymologique (c'est ainsi qu'il rattache le fr. saùîr, 
d'où rital. sa^irf, non à satjan, mais à saca; cette é^ymologie, qui nous " 
parait de plus en plus probable, avait déjà été proposée, mais avec doute : 
voy. G, Paris, Glossaire aux Extraits de îa CiMfu&n de Koîand). Souhaitons 
qvc M, Bf . nous donne le plus tôt possible rîraportant ouvrage qu'il nous 
ùài espérer. 

Jolian MoRTENseî. MedeUidsdrmmt i Frankrih. Gôteborg, Wettergren, 
1899, ifï-i2, V 203 p. — Ce volume fait partie de la jolie collection de 
UeiHres sctenHJiqu^s po^mlatres publiée par Tuniversité de Gôteborg, où ont 
paru le DanUet le Rûlartd de M. Visîng, M. Mortensen, qui s'est déjà fait 
connaître par de bonnes études sur les fa^rces ce ceux qui les jouaient, y 
trace un tableau clair et animé du théâtre français au moyen Ige. Il parle 
d*abanl du théâtre sérieux , comprenant les mystères proprement dits et 
k i drame profane 1», puis du théâtre comique. Son exposition est inté^ 
rcssante, el ses renseignements sont en général puisés aux meilleures 




a 



150 CHRONIQ.UE 

sources. Le public suédois aura grâce â lui ytie idée juste et suffisant) 
ce qnç fui en France au moyen âge î'actîvtté dramatique, du rôle si 
culier que le thi^Aire a joué dans la vie sociale, de la' mise en scène, etc, 
petit livre de ce genre serait, uous n'en doutons pas, îc bienvenu a 
du public irajiçais. 

G. N. Potanik'. Fûiîmhtt^ie MoHi^i f" srtdtm^iekovom** eirapttshm'* q 
S" 10 risounkami v" tecstie, Moscou^ Kouchneref et C'^^, 1899» ' 
x-896 p. (publié pûT la section géographique de la Socifit impérisU i'hhi 
futUirdk^ tf anthropologie d de ^^rap^jie). — « Les motifs orienuux 
IVpopée européenne du moyen âge )*» tel est le titre du livre de M. Pcrt 
nine, et ce titre suffit à en indiquer le grand intérêt et la nouveauté. îîû 
donnerons ici la table des chapitres, qui permettra de se faire une idée 
la richesse du contenu* I. Lj rotnan de îkrU aux gramfs pUJs. IL Ati 
IIL Charks et Gaidfre. ÏV. Le voyage dt Charles à Jértisahm ei è Coni 
itmpk . V, Le; gabs des pairs de frtittce cîie^ k roi Hugûn, VI. Tchini 
Kfxifi ei siiti fib. VIL Ki/critai VI IL Narau-Gh€rd*\ IX, La bûnnién. 
wuf qîinua. X. Saint- Lknis XL Gôur^ten-K!xin et Cîntrles, XIL ^£^«9 
de Sahmiqtte. XII L L'éiotk de Vénus. XIV. Les emMcfxs contre h fils de à 
XV, Fitrabrtu. XVI. Er&ûskfC' La^arevikh'\ XVII, La l^e»d( de îa dié 
sur la foi. XVÎIL Zjï îégende de la création du mcfulf. XÎX. Amiri 
XX. Dmhhairacihedudifu Âric-Bal; XXL Oakdùur* Ghfgljen. XXIL Cà 
{l)rr H Hagert. XX IIL Vir^ik dam la légende du moym dgt* XXIV. Apâ 
nius de Tyr, XXV, Saint Gilles. XX VL U Ui^t de la colotnhe . XX VIL h 
Goditioviick XXVIII. ma de Mourom. XXIX. Le Kalnmh, XXX. rdj 
rilù Plenkmntch. XXXL Tracts oriattales dmts rkistariographie russe prft 
tive. XXXIL Concluiion. — Nous souh.iitons qu'une analyse dans u 
langue plus accessible que le russe mette ce livre a la portée des sa' 
occidentaux qui s*occupem de littérature comparée, 

D' G, AlixicI. Texte d in Uteraturd poporafid rotnlml. Tomul L Pmsia 
ditiatmM. Budapesta, 1899* in-b, xiv-294 p. — M. A* s'est propos 
publier les chants, contes et dits populaires qu'il a recueillis au cours d\ 
voyages dans la partie roumaine de la Hongrie. II ne nous donne ictqu*i 
moitié de sa collection ; un second volume contiendra les chants ïvriqu 
Le premier rassemble, sous le titre assejE înestaci de poésie tradiîiùnntUe^ 
le reste ; chants historiques, balkdes, « colinde», devinettes, plaisant 
contes, etc. La collection ne sera pas d'un très grand intérêt pour les 
loristes : elle est peu considérable, et Ton s'étonne qu'elle soit, comme le 
MA,, le résuhat d'un travail de quinze années; elle n'est pas non ^ 
très nouvelle, et contient peu de textes dont on ne trouve déjà qui 
variante dans les recueils de Teodorescu^ Marianescu» etc. M» A, a 
leyrs renvoyé dans de courtes notes aux recueils antérieurs et signalé 
quelques rapprochements intéressants avec k tolk-lore serbe et bulj 
Mais ces textes seront plus utiles aux philologues : M, A. s*esc att44 
non seulement à les imprimer sans retouche, mais i en transcrire là 



i 



r 



I 



CHRONiaOB 151 

ncHTi^âiion réelle, qu'il (ïgure àraîde des signes employés par Mikiosich- Il 
com ptc d'à t Heurs raeïtrc lui-môme en oeuvre les naaiériaux ainsi recueillis 
ttajis un troisième volume qui comprendra uïie grammaire cl un voca- 
hulaire. Nous pourrons avoir U une intéressante contribution â l'éttide 
des dialectes roumains de Hongrie et en particiîHer du Eanat et du conil- 
tât d'Arad, â peu prés seuls exploriis par Tauieur. Les conditions dans les- 
qii«^lles M, A. a publié soti recueil eussent découragé plus d'un collection- 
neari nous devons lui savoir d'autant plus de gré d'avoir mis à notre 
disposition les matériaux qu1l itvaii recueillis. — M. Roques. 
ÈHi-i^ hhtùriqut sur îa CGmtruciioti du iypf a H filz le rei n mfrançûh, par 
AJfred Westholm. Vesteris, Bcrgh, 1899, in-4, iv-52 p. (thèse de doaorat 
de l'université d'Upsala). — M* Westholm a choisi un sujet très intéres- 
saril; et Ta fon bien traité. On peut regretter qu'il n'ait pas compris dans 
socm étude le provençal et mime les autres langues romanes. Ce qui 
ooi:ïstitue vériublcmeni sa ^( thèse », c'est Fidée <^ue dans la construction 
î«<iiquée k rti (accusatif pour la forme) fait fonction de datif, et non de 
IçtÎTiîEif comme on le dit d'ordinaire; il rend cette thèse très vraisemblable. 
H «rstplique pour ïa première fois pourquoi cette construction se restreint 
A13 7C. noms de |>ersonnes : c'est qu'elle désigt)e essentiellement la possession 
'propremem dîte^ qui n'appartient qu'aux personnes. C'est même avec des 
Tic>nis propres qu'elle a été surtout usitée ; c'est de là qu'elle a passé aux 
nc^nis de personnes déterminées, et Tauteur explique ainsi pourquoi elle est 
i-aTeou inusitée avec les pluriels^ les collectifs et les noms de personnes 
pris d'une façon indéterminée, Tout cela nous paraît fort [udicieux. Mais 
ia construction a plus urd élargi son sens, et Taccusatif y a souvent reçu 
la vaicyr du « génitif objectif n. M, W. étudie cous les emplois de cette 
construction âu moy^n âge, en suit la lente disparition devant b construc- 
tion préposîtionnelJe (avec à q\x dt)^ t\ montre les traces qu'elle a laissées 
<i^rts la langue moderne. Ses observations sont toujours fines et péné- 
trantes, et il a vraiment éclairé un chapitre de notre grammaire historique. 
Oïl pourrait sans doute, à une lecture attentive, relever quelques erreurs 
o^i inexactitude : p. i j il a admis au v* 207 du Cmonemenî îmîs la 
leçon de Bartsch,/// avoier (le Glossaire traduit amûr par « iils d^avoué » î) 
tulicTi de/, a tfùkr ; dans les exemples de à au sens possessif domiésp. 22 
il y aurait bien des disti fictions â faire; dans la liste p. 26 et suiv. â se 
fappone très souvent au verbe et non au substantif (ainsi Biat as mon père 
smc&vmuftt ienu n*a aucun droit de figurer sous covmivU); le vers â'ivaitt 
crue p. 5a Test à tort, Norcison étant un nom de lieu et non de personne, 
cM. Mais ce sont ïk â^ manques d'attention excusables dans un travail si 
fci^sidérable, pour lequel Tauieur a dû réunir bien plus de faits qu'i! n*en 
a dfés (iï a dressé par exemple des statistiques importantes dont il ne 
lionne que les résultats), et iïs n*eti diminuent en rien k mérite et Tutilîté. 
l%Mpnik di Gtstt, poemetto provciuale del secolo xiv rtstampato e corredato 
4j um nota critica e d'un glossarïo dal Prof. Giorgio Rosst, Bobgna, Zânî- 



152 CHRONiaUE 

chelli, 1899. In-8, 107 p.— Les prc^ientions de Téditeur sont modestes : il 
donne son édition pour ce qu elle est réellement, une réimpression pure 
et simple du texte publié par Bartsch dans ses Denkmâler der prov. Literatur^ 
d'après le ms. B. N. fr. 1745 que Ton croyait alors unique. Ce ms., sou- 
vent inexactement copié par Bartsch, n*a pas été consulté pour cette réim- 
pression. C'est dans la « nota critica » et dans la composition du glossaire 
que le nouvel éditeur aurait pu faire preuve de quelque compétence. 
Malheureusement il n*a pas fourni cette preuve. La « nota critica » con- 
tient quelques indications bibliographiques exactes — elles sont empruntées 
à diverses notices publiées dans la Rotnania ou ailleurs — et d'autres qui 
sont absolument erronées ou incomplètes. M. Rossi aurait évité plusieurs 
de ces erreurs en consultant tout simplement les deux pages consacrées 
aux versions provençales de l'évangile de l'enfance par Y Histoire littéraire^ 
XXXIL 106 et $96. Quant au glossaire, il est (sans parler des erreurs de 
détail) conçu d'après un système déplorable : les formes verbales sont 
données à leur rang alphabétique, mais il n'est pas venu à l'esprit de 
l'auteur qu'il y aurait eu avantage à grouper toutes ces formes en un seul 
article, sous l'intinitif, comme cela se fait ordinairement. En somme, il n'y 
a rien à prendre dans ce travail par trop insuffisant, pas même (p. 5 3) la 
rectitîcation {Amen au lieu de 1 302) à la mauvaise leaure de l'explicit du 
ms. .\shbumham 10; (maintenant i la Lauren tienne), car cette rectifica- 
tion avait déji été faite dans la Romania, XXII, 95, note 5. — Une critique 
très détaillée, que l'ouvrage ne méritait guère. Nient de paraître, sous la 
signature de M. Biadene, dans le t. VIII des Studi di filohgia romança. 

Les sèn6:haux d'Eu du X//« siècle au .YfV^, d'après les documents originaux ; 
le Litre des Cent Ballades, par .\raédée Hellot. Paris, Dumont, 1899, 
in-8, 36 p. (tiré à 7s exempbircs). — Nous signalons cette publication, 
d'un intérêt tout historique, û cause des remarques judicieuses qui la ter- 
minent sur la par: prise au Livre des cent Ballades (i 390-92) pv divers per- 
sonnages et notamment par Jean II le Seneschal, sénéchal d*Eu,qui en est 
certainement le principal auteur. 

StuJien ^ur Hri.':hlu'tfsîi::^Jiur des Mittdalters. Von .\nton E. Schônbach. 
Zweitcr Thcil : Die r.^rjUi-r XciyHe^ Wien, Gerold, 1899, in-8, 99 p. 
(^extrait des St:iun^>rertchu de IWcadémie de Vienne, i, CXLI). — Le 
poème allema:îJ public ici se rattache à la légende si savamment étudiée 
par Pauteur dans son premier mémoire (voy. Rom., XXVIII, ieî5). Outre 
des additions a wC mémoire, on trouvera ici sur divers points de Thistoire 
intellectuelle e: religieuse du moyen ige des remarques aussi intéressantes 
qu'erudites. 

T^ Techti^ue <\f tbe "rcnch Auxanirine, by Hugo Paul Thie3ie. Baltimore» 
i8o*), in-8. 70p. t^iiss. de docteur de TuniveTsité Johns Hopkin$>. — Ce 
travail r.e co::cerr-i::: v^uc les poètes contemporains, r.ous nous bornons à 
le mentionner. 

Rio R.\pi-\. Fer le c^^m: ;V.*.j n.r.ella /»nv>nij.'.' delU « .\f:7.'<' f una Xotêrm. 
Rrenre, iSoQ, in-8, r. : 7 1 - : ^x* i extrait du Gicrnjle j,'i'.a Scc:/:à Asiatica lia- 



CHROKiaUE ÏS3 

vol, XII). — Le conte peu Codifiant qui sert d'mtroductîon aux MUÎf 
fi um Suii^ est roriginç, on Ta depuis longtemps remarqué, de l histoire de 
JoGondedans tOrîafhh furiosùx il n'est pas non plus sans points de cotiua 
avec certains récits du moyen âge, comme Taventure de rimpératrice dans 
!e roman de Mtrîin ûu celle de la femme de Constantiti. Nous pouvons 
donc mentionner ici la belle et pénétrante étude que M. Rajtia a consacrée 
à ce sujet, et qui aboucil à montrer avec certitude Torigine indienne de ces 
différents récits. Ajoutons que dans un article du même volume du Giûr- 
maUdilh Soc, As. itaL M. le prof. Pavolini a signalé d*autres rapproche- 
ments ^ui mènent % la même conclusion. — L'épisode de la femme ponèe 
par un géant et qui le trompe avec tous ceux qu'elle rencontre se retrouve, 
Cïir.me ou sait (voy. Rambaud, la Russst ^piquf, p. 49)» dans les byiines 
fusses relatives à tlia de Mourom ; il a sans doute une provenance 
persane. 
Lms dé CutUaumt U Conqurrant^ en français et en latin, textes et étude cri- 
tique publiés par John Mattuce, professeur de langues romanes à « Leland 
Stanford Junior University « (Californie), avec une préface historique par 
Ch. Bémokt. Paris, Picard, 1899, in-8, irv-jj p. {CoiiecHoii de iextei pour 
sentir â rHmk tt à Vûtimgmment de l*hhtoirt). — L'introduction *dc 
M. Matike à son édition critique du texte juridique connu sous le nom 
de LcHS éeGutîtâumi s'occupe d'abord des manuscrits, dont un seul.H^d'en- 
vifon 1250^ est arrivé jusqu'à nous, dont cinq autres, qui ont disparu, ont 
été utilisés par ïes éditeurs des xvii« et xvni? siècles. Dans une étude fort 
tncn faite, il montre que ces cinq mss. remontent à un même archétype Y (à 
ti^ vers un intermédiaire X), tandis que H est indépendant de Y et représente 
pi«j 6déiement O ; malheureusement H ne contient que les ch, i-28,c'est- 
â*4irc la première des trois parties dont h* compose Touvrage* Après avoir 
carictérisé les éditions an té rieureSp dont il fait très bien comprendre les fautes, 
M. M, démontre, par des raisons péremptoires, que le texte latin des Lan 
est traduit du françriîs, et non de Toriginal, mais d'un ms, semblable à Y 
(M. Bèmont, dans son intéressante préface historique . ajoute un argument 
très solide, tiré de ce que le traducteur laûn tt*a pas cotnpris le mot 
voisi = voce t, où il a vu un subj. de vmt). Il cherche ensuite à établir 
Tige de O en s appuyant sur la graphie de H, qui est visiblement plus 
ancienne que ia date du ms., et qui, si on la compare à celle d'autres manu- 
scrits atiglo- normand s, apparaît comme caractéristique du milieu du 
xtl* siècle ; ks. Loii auraient donc été rédigées vers 1 1 50* La démonstration 
de M- M. est fondée sur yn eîtamen très attentif et du ms. H et des textes 
servant de a témoins « et forme une contribution de valeur à Tétude de 
ranglo-normand ; on n'oserait dire toutefois que la conclusion en soit 
absolument assurée» L'auteur établit bien que H a dû être copié sur un 
ongiaal écrit vers 1150, mais non que ce ms. fût l'original ou identique 
à roriginal. • Nous ne croyons pas, dit M. M., qu'il y ait des manuscrits 
perdus entre O et H,., Après que le texte eut été complété dans îa ver- 



Î54 CHRONîanE 

sîon Y, c^est celle-ci qui fii auloriti^ et qui fut traduite et copiée. » Mais il 
n'y a rien & conclure de Tétat Incomplet de H ou de son modèle, et 
rien ne prouve que la rédaction Y existât déjà en 1 1 jo (le contraire est 
plus probable) ; puisque H aétt^ écrit vers 1230, c\st donc qu'on ne copiait 
pas exclusivement Y* Rien n'cm pèche donc, à notre avis, de reculer, avec 
MM. Pollock et Maitbnti, la rédaction des Lois jusqu'au commencement 
du Xlt* siècle; c'est d'ailleurs (M, Bémont le montre fort bieti) une compi- 
lation privée et non un testte officiel. — Uédirion est faite avec un soin 
extrême, pouT les 5S i-3^ d*aprés H, pour la suite d'après la comparaîsoii 
des anciennes édîttotis, avec indication scrupuleuse des variantes* Elle sera 
la seule désormais dans laquelle juristes et phiblogues devront étudier ce 
texte. — Ou regrette qu*un vocabulaire ne complète pas cette excellente.; 
publication Créditeur nous y aurait dit comment il comprend certains mots 
embarrassants, comme le %nfJli^ du § 57). 

Das altfran^tmsdjf Marîtnûthtfi dti Pé4jn Gatiti^au ans Tours. Neue nach der { 
Handschrift revidierte Ausgabe von Werner S^dhhkjflm- Hcîsingfor^^ 
Hagelslam» 1899, gr. in-8 à 2 coL. iv-136 p. — Nous avions annoncé 
(XXVI ^ S 86) que M, Sôdçrhjelm se proposait de donner un supplément 
fectïticalîr à son édition de la Fié dt saint Martin, Il s'est décidé à faire 
mieux, à réimprimer le texte entier, après l'avoir soigneusement revu sur 
le ms. (la première édition Avait été faite sur une copie défectueuse), et en 
profitant des observations de ses critiques, notamment de MM. Tobler et 
Mussafia. La présente édition, à laquelle sont jointes des notes unique^ 
ment consacrées à la discussion de quelques leçons, est îrréprocliable» 
et permet ù tous les philologues d'utiliser ce précieux monument de la 
langue de Tours au milieu du xtll^ siècle. M. S. annonce qu^il publiera 
prochainement Tétude linguistique qu'il désire lui-même consacrer à 
rœuvre de Ptfcm Gastineau. 

J>r Kârrenritter (LûHcehi) und dai Wîîhelmskbfn {Guillaume d'Angleterre)^ 
von Christian von Troy es, hcrausgegeben von Wcnddin FoERSTER^HalIc^ 
Nîcmeyer, 1899, in 8^ CLXXXIV-49S P- (Christian î*&n Tr&yes' W^ke, ÏV). 
— J*e$père bien ne pas trop tarder d rendre de ce volume un compte 
détaillé; il est si imponant et soulève tant de quotions difficiles que 
mon savant collègue lui-même, qui me reproche à maintes reprises de 
ne pai lui avoir répondu sur tous les points controversés entre nous, 
voudra bien m*accorder du temps pour examiner avec rattention voulue 
les différentes dîssenations qu'il a jointes à son introduction au roman de 
la Chamttf. Mais je ne veux pas différer de signaler à nos lecteurs, sans 
qu^U soit nécessaire de le leur recommander, le dernier et k plus gros d^ 
volumes consacrés par M. Fôrster au prince des poètes français du 
3tlt« siècle (i^r on sait que le Percetml doit élre publié par M. Baist). Ce 
volume contient deux oeuvres extrêmement dispar.ncs ; je ne comprends 
pas bien, je Ta voue, pourquoi T éditeur de Chrétien a cru devoir les réu- 
nir sous la même couverture : le GuUkume d" AtigUiirn (^n y joignant les 



CHRONiaUE ISS 

tabies âoatej») aurait rempli environ 220 pages, ce qui sulîisaU pour un 
volmne, tandis que celui-ci^ qui contient presque 700 pages, €5t in com- 
mode à manier. Est-ce pour affirmer rattribution du Gmlkimt d\4ngk- 
Uwft A Quéiien^ qui petit sembler encore douteuse à plus d*un lecteur, 
que l'éditeur a vouîu le river aux œuvres certainement authentiques? 
Quoi qu*il en soit, et laissant de côté ce qui concerne ce dernier poème, 
disons que Tintroduction au Lanuht, elle-même fort précieuse^ est accom- 
pagnée de detijc dissertations : Tune sur Texisience de poèmes arthuriens 
français antérieurs a Chrétien^ l'autre sur le berceau de la poésie îirthuriennc 
et 9 lliypothése anglo-normande w (celle-ci compte 5 j pages imprimées en 
petit caraciàrc), où l'auteur expose et s'efforce de justifier toote sa doctrine 
sitrij matière de Bretagne. Quant au texte^ il est naturellement aussi bien 
établi que possible, et les notes contiennent, comme d^babitude* beaucoup 
d^obscfvations dom la philologie française profitera. Un double index, Tun 
des noms propres^ l'autre. extrCmement précieux, des mots qui figurent 
ÛAn^ les notes des quatre voî urnes, termine cette belle publication. — G» P. 

Lffpgrafi volgari itt rima dd « Trionjo deîla M(trt£ «, ^^/« Giudî^io unkfersaïe t 
infemù s, € d^îi « Amcordi i> mî CafnpQîantû 41 Pnan da S, Morpurgo, 
Roma^ 1899, tn*4 (extrait de UArte^ anno U, fasc. 1-3, p. 51 -37). — M,Mor- 
purgo a retrouvé dans un manuscrit de Saînt-Marc, écrites par nrïe 
main pi^iane du xv^ siècle, le texte à peu près complet des inscriptions qui 
ttccompagnaient jadis les trois grandes iresques attribuées traditionnelle- 
ment à Oncagna et 4 Lofen^etti, et dont il ne subsiste que des débris avec 
les qneîqncs vers imprimés par Vasari, Ces poésies, écrites dans un style 
simple, ne soot pas sans importance pour bien comprendre la pensée des 
artistes qui ont exécuté les œuvres dont elles constituaient pour ainsi dire 
les didascaliËS : M. M, remarque en effet avec raison qu'elles ont sons 
doute été composées non par les peintres eux-mêmes, mais pat les per- 
sonne qd commandaient les peintures et qui en déterminaient le sujet et 
rînspiration. — De bt^Ues reproductions accompagnent cette publication 
fan bien faîte, qui intéresse à ïa fois les historiens de l'art et ceux de la poésie 
italienne. 

^^tiif sur la Rhitmiqm de Cicéron traduite par maître Jsan d'Aniioch^ ms* 5^ 
du Musée Coodé, par M. Léopold Dblîsle. Paris, Klincïcsieck, 1S99, in-4j 
65 p. et une héliogravure (tiré des Noikn et Ex train des Manuscrits publiés 
par l'Académie des Inscriptions, t. XXXVI). — M, Delisle fait connaître 
id, avec son exactitude accoutumée, une traduction de la Rhétorique de 
Ctcèron (c'est-i-dire du De Invtntmnt et de la Rhétorique â Heremtius) faite 
en laSi, à Acre, par « maistre Johan d'Amtoche, que Ten apele de 
Harens « (le même a traduit les Otiû imf^malia de Gervais de Tilbur}*), potir 
Gyilburae de ^int-È tienne, chevalier de THôpital, qui fut plus tard com- 
naandeur de Chypre, lî en public, d*après le ms. unique de Chantilli qui 
nous Ta conservée, de nombreux fragments, ainsi que le prologue du tra- 
ducteur, traduit lui-même sans doute de quelque ouvrage latin. On saitque 



Aft 



Brutiet Ljtîn, dès izfia, *vaii trjdoîi en partie, dans sim THsqw 
(L UJ), Ji; U I du Df ittxffttthm^ H pourra îi être întéres»nt de coiupaner les 
dcan veriiion*, L*cciivfc de Jtiiii d'Antioche e^t fon précieuse pour! 'h moire 
des mots Mvjnts en rrauç^iii. — IJ esi cuneu3( de voir qu'on ^'occupait i 
Acre de trjvjux aussi purement intellcciiids cinq ans avant la citastrophc 
qui devait y anéantir Vétabïksement chrétien. 

Ph, LaUër. /^ /wi^in^ di la * £Vjff iit*//<^ ir Rùme * ^/ /« m-igims dt la dU 
Uminf. Home. ^899» gf» in-^i S 7 p^ (extrait des Meîangti d'ûrcké^cgk 
ti d'hhtoirt publîè$ par l*É£ole fran^jaise de Rome, t. XIX), — Comme nous^ 
ravons annoncé plus haut (p. îiç), ta Romania reviendra en détail sur ce 
mémoire; nous nots bornons ici à Icsign.der a Tattention de nos leaeurs 
comme présentant des vues originales et des faits qui demeurent fort inté* 
re>»ani* m^mc si ontriicccpte pas remploi ingénieux qu'en fait Tauieur- 

FranceïCO d'OvtDlo^ h; tpiûofa a Cangrandf, Ronia, Soc. Dante Alighieri, 
1899» in*8, $1 p. (extrait de b Rmsfa d*lta!îa). — Dans cet article écrit 
avee beaucoup de verve et d'esprit, M. d'O- trspose sommairement, mais 
d'une façon irès personnelle, toutes les raisons qui doivent faire regarder 
comme Toruvre d*un faussaire ancien la célèbre lettre de Dante à Can* 
grande detla Scala sur le Paradis, Nous ne savons s'il réussira 1 convaincre 
le* partiiansde l'autheniicUé; mais ce qui importe plus, c'est qu'il montre 
d*unc manière frappanic. en terminant son réquisitoire, que la disparition'^ 
de U lettre Me Ciiuie aucun dommage à notre connaissance de la personne 
de D«nte ou  notre intcltigence de son ceuvre» en sorte qu*on peut ne pas 
se trop lonurer Tesprît pour tâvolr si elle est ou non de lui. Et il faut 
avouer qu*un pareil vide^ pour une production attribuée i Thomme qui a 
ie moins parlé pour ne rien diru, nVst pas en faveur de son authenticité* 

ïiîndt sur if fûn^ des tmlm frih&mgtm^ par L, GAtfCHAT, Zurich» Fisi cl 
Ikcr, i899> in-4i 47 p» (Supplément au Fr<^ramntt dr Vécdt cmimalt dt 
Zurich), — L'édition trè* soigneuse et aussi critique que possible, au point 
de vue des paroles et de la musique, de la chanson friboui^eolse, est pré- 
cédée d*une étude fort intéressante sur les origines de cette chanson. 
M. Gauchat montre que ^ a d'abord été un air de cor destiné â rappeler 
les vaches pour la traite et usité dans la Suisse allemande; il était sans ^ 
pftrole«, ou ne compcmait que 1^ mot Idba^ de sens et d\)rigîne douteux 
Cest dans la Gruyé^e^ au pied du Moléron, qu'a dû naître la chanson, qnV 
comprend un long refrain ancien et de caractère tout pustoraK puis un 
récit facétieux et satirique. Rien m ressemble moins ^ ce que Timaginarion 
fC représente comme ayant dû constituer un chant qui excuait jadb^ 
si puissamment la nostalgie des Suisses expatriés, — te mot rarr^, d*ipii 
M* G.» est le mot français rang, qui traduit, imparfaitement d'ailleurs, le' 
rv^ du mut allettiand Kûhitt. Il est asse?î singulier qu'on soit allé prendre 
au français la torme d'un mo! tellement local et spécial, mais on n'a pas 
uouvé d'autre explication. Four M, G, le i n*est que graphique : il est sûr 
tm tout cas qu*co Suisse on prononee Ht et non ràs comme nous faisons. 



IjS CHRONiaUÊ 

syllabe tonique, une transïormation phojiéttque de ce genre » i elle esisic 
dans em < homo, Jam ei datm < dominum et domina (et encore 
dans les formes cûnia <^ comité m et ci;«£*f <computtim de Benoit de 
Sainte-More, qui suppo^oc certainement une forme ça?«j< cornes)* 11 n*y 
ad'aïïkuTS aucune « contradiction » à voir dans en < ùm le résultat d'une 
variation dialectale et de h diphtongaison de To. Beaucoup d'autres potnis 
de phonétique, même en dehors du vocalisme vélaire, sont traités par M. O* 
(par exemple, p, 68 ss.» le son du groupe se devant o, u), toujours d*uni; 
manière ingénieuse et neuve. On peut ne pas panager son avis, maïs iî 
faudra en tenir compte, 

Nicola ScARANO. Vappariitmi dd heûii nd paradm âanksm. Napoli, Gîan- 
nîni, 1899, in-8, 29 p. (extrait des Sliidi ât htitratura kaîiana^ U 2). — 
L'auteur essaye de rendre compte de ce qu*il y a de forcé, de bizarre et 
souvent de contradictoire dans b façon dont Dante représente les hôtes du 
paradis; ses reinarques sont fines et méritent d'être lues. 

Dit ToUnkk^t in dm alt/rm^ôsiscktt Ojansons de gtsti. Voa Otto Zïmuer- 
MANN- Berlin, Ebedng, 1899, gr. in-8, 156 p. (n** tl des Birlimr Beitrûgt 
^r TQmmnschtii PhiM(^U). — L'auteur de cette dissertation ^qui dokiire 
une thèse de docteur — a rassembla et bien classé la plupart des passage» 
de chansons de geste où se trouve un ra^rd funèbre. De son consdencîeuTt 
travail ressort bien ce caractère de k clichés a <^u'ont tant de pass^iges de 
notre ancienne poésie épique et que M» Tobler, notamment, a si btea nais 
en relief, M. Zimmermann aurait dû comprendre dans son éttide k Vk de 
saint Jîms, qui présente, bien que le sujet en soit religieux, des formules 
tout épiques, et où le rrgrft tient tant de place. On aurait surtout souhaité 
qu'il émît une opinion sur la question, qu'il se borne à indiquer^ de savoir 
si le fi^rét a^ comme on Ta pensé j une origine germanique et s*ij a son 
pendant dans Tépopée allemande. Des recherches sur Tétymologie du mot 
lui-même, sur Torigine et le sens précis des locutiotîs avec mur^ cic.^ 
j^uraîent donné plus de prix à sa dissenaiion. 

Uiber einigt NiirneH von Bergen, JMIern, ÎVdlern^ Wiiden und Hùtttn in der 
Umgebung vûn Mûdùnna di Cûmpiglio^ von 0^ Heînrich Sabershy. Stras- 
bourg, TrObner, 1899, in-8, 54 p, — Contribution à Tétude étymologique 
de la toponymie du Tirol (Madonna di Campîglio est dans la vallée dont 
M. Gartner à si bien étudié le dialecte dans son travail sur Dit jtidikû- 
rhdi€ Mioîdart^ voy. Rom.^ XI, 655), M. Sabersky joint auunt que pos- 
sible rétude historique à l'analyse des formes, et présente avec {a circons- 
pection voulue ses expUiiatlons toujours plausibles. Nous noterons le 
nom de Campo di CarÎQ Magm donné à un plateau, qui pourrait faire 
croire à une légende ancienne, — et en effet il y a sur un prétendu passage 
de Charlemagne en cet endroit une « tradition n qu'ont recueillie divers 
érudits modernes ; — mais M. S. montre que cette appellation est très 
récente et conjecture avec vraisemblance que Carlo Magm a remplacé id 
un auti^ nom, peut-être celui de Rotnagno. 



CHRONiaUE 157 

Rousseau, qui d'après M. G. a introduit le mot en français, teit mns, le 
l a $>&o5 doute paru avoir un air plus exotique; mais pourquoi Roti&seau 
j%-ail*il ajouté i'i aiJ mot ran, s'il remendait prononcer ainsi ? 
La Comnudm di Dank, Il tesio Wittiano, riveduto da Pagei TovKBEK, Loo- 
dm, Metbucn, 1900. ia-8» 514p. — Cette édition, qui ne condent ni 
introduction ni notes, a été i m primée, comme l'indique une inscription 
placée au vei^a du ùux turc, « per il scsto ccntenario de! vîaggio di Dante : 
MCCC-MDCCCC II, Le texte, fort correct, cit fondé sur celui de Wiite; tou- 
tefois, en des cas assert ncmbreux» les leçons adoptées par Witte ont été 
fe[etée£. Elles sont mentionné:s à Tappendice. Le nom de réditeur, qui, 
00s lecteurs le savent, est Tun des savacits les plus versés dans ta con- 
Itâissauce des œuvres de Dante» est un sûr garant que ce ri'est pas sans de 
boîioes raisons qu'c>n s*cst écarté du tene établi par Witte. L^impression, 
&tie à Aberde^^njCSt élégante autant que correcte. Par une exception bien 
rare en Angleterre, et qui n*cst pas A approuver, le papier n'est pas coïlé. 
Lis voytties t*é!cfiu^ accentuées, k diphtongue au d la Mùntnu -a vu s dûus 
qufiqtti$ mms de /wwï di la Frufwe du nord^ par H. O. Ostberg. Upsala, 
Almqvbt, 1899. gr. »n-8, tv-too p. — M, Ostberg, qui a suivi à Paris les 
leçons de M. Longnon, et qui est en outre au courant des derniers progrès 
de U phonétique historique du françitis, étudie avec beaucoup de sagacité, 
dans cette dissertation, le sort des voyelles g, i^, u^ de la diphtongue au 
et du sutHxe -a vu s dans les noms de lieux de la France septentrionale. 
On y trouvera beaucoup de remarques intéressantes qui protiteroot à 
lliisttnre générale de ces phonèmes en français. L'auteur a des idées à lui, 
I qtiî méritent d*étre prises en considération . La plus notable est celle de 
rinfluence qu*il attribue aux dérivés des noms de lieux sur ces noms euit- 
niém« (c'est la même idée que M. d^Ovidio applique à la toponymie iu- 
licnne). Il la formule théoriquement p. ^ et il remploie i la solution de 
«iîvçrj problêmes. Nous croyons quVlle contient une part de vrai, niais 
i|u*clle ne saurait avoir toute rimportance que lui prête l'auteur. EnelTct, 
au moyen âge» les dérivés en -anus sont très rares, ceux en -ensis ne 
servent guère qu'à former les noms des pùgi^ et ne s'attachent qu'aux 
noms de villes importantes. Il est tout à fait e^uigérà de dire (p. 6) : 
«Presquetous les no m5 de Jicuit ont des dérivés formés pari' adjonction des 
suiBxes -anm, -emit^ etc. » Si Tou peut croire que TùHuerrt « Torno- 
il u ru m), p jur TQtmuerrt a été i nfluencé par Tùnmrek (<Tornodoren- 
sU)v H n^y a aucune vraisemblance Jt admettre une influence paanlte pour 
MaMitfTi ûu Brkn (quant i Jouarte, il est à ranger avec fouarré)^ De même 
il Voa peut comprendre (nous ne disons pas accepter) que la forme de Ro^m, 
Ci»fm soit due à Roetwii^ Cotmm^ on ne peut Tadmettrc pour de petites 
locaBtés comme Noyen^ Cisan^ Bourmmd^ etc., dont les dériv»^ n'existaient 
pas. Pour la distribution de -on et-f« (-fl«) <-ômag um il faut sans douie^ 
quoi qu'en dise M. O-, admettre une répanition dialectale, et il a tort de 
dinr (p. $é) que « la langue ordinaire ne partit pas conoattre, pour la 



léo CHRONldUE 

(m grand honneur. A chaque pièce sont jointes des notes où les plus 
savants trouveront à s'instruire* En tète du ïîvre sont placées trois disser- 
tations, Tune sur les jongleurs, la seconde sur les plus an*:ienne!! nouvel tes 
françaises, {jiroîsième sur les fées bretonîies^ qui, égaleraeni accompagnées 
Je notes abondantes, sont des morceaux de la plus grande valeur. Mous 
signalons à Tattention et à la reconnaissance de tous nos leaeurs ce petit 
monument élevé à l'honneur de la \ieilk poésie française, œuvre de Fart 
le plus délicat construit sur les fondations de la science la plus solide. 
T/jr compliU Works ùf John Gower, edit. from the Ma nu scripts with intro- 
duaïons, notes and glossarïes by G» C MaCAUlaY. Tht french Works. 
Oïford, Clarendon Press, 1S99, în-8, lxxxvuï*04 p. — On savait par k 
témoignage de Gower lui-même qu'il avait composé un long poème fran- 
çais intitulé le Mirour de fomme. Nous avons dit (Rom., XXJV, 620) 
comment M* Macaulay, préparant une édition des œuvres complètes da 
vjcui poète, a eu la bonne fortune de découvrir un matiuscrii de cet 
ouvrage» qu'on croyait perdu. IH'a imprimé avec le soin le plus louable 
en y joignant les cinquante baïlades déjà pubiîécs par M. Stengcl et le 
Trmtié pour tnampkr les amanh nmrii^\ le tout forme le recueil des 
œuvres françaises de Gower, auquel s'adjoindront en deux volumes celui 
des oeuvres anglaises, de beaucoup le plus intéressant^ et en un \x»]ume 
celui des oeuvres latines. Le Mirour de Vonimt est une sorte d'encyclopédie 
morale faite au point de vue strictement chrétien; il ne comprend pas 
moins de 29.940 vers (et le manuscrit est incomplet) groupés en strophes 
de doujte veiî pareilles d celles du Reclus de MolUcns, qui a évidemment 
sem de modèle i Tautcur. La forme en est simple et sans prétention» la 
valeur littéraire asse^ faible ; on y trouve toutefois quelques trait* de 
moeurs bons à relever. La langue et la versifîcarion sont beaucoup plus 
correctes qu'on ne Tattendralt d'un Anglais de cette époque, bien que les 
particularités insulaires n*y manquent pas : c'est que Pangio- normand avait 
à peu près cessé, à la fin du xtv* siècle, d'être une langue vivante, et que 
Fauteur travaillait surtout diaprés des modèles îrauçais. Les ballades ont 
plus de valeur poétique et sont d'un sentiment délicat ainsi que le Traité. 
Le tout forme un recueil qui a son imponance, et qu'on saura gré à 
M, Macaulay d'avoir mis au jour* U a mérité aussi la reconnaissance 
des lecteurs par ses notes, faites .ivec une grande conscience ^ et qui con- 
tiennent beaucoup de rapprochemenis utiles, et par son Glossairt-Indesi 
très soigneusement dressé et qui n'occupe pas moins de 1 70 colonnes. 



L$ Proprieiairr-Gérant, V< E. BOUILLON. 



tUCOM, f|ll3TAT rftÈMES, IMPJltJCEUItS 



rV \T\'TF A 1 A mAMK IIRRAIRIE 



ybiî^rltr^^ TfT Slmntc T^'f ^ HcKEU Un voï «fr ÎI1-8 — Pm. 6 u 

t:t Jîtnn lu, roi d Angk- 

. — n ,...,, . il, Uiî VôL gT * Mw8. — Prix . 6 ti . 

l^„ ....«*^« ..^^..^ d e Como uâUlea. ^^^ ^'?Oi.î 'f^1'iM:tM.h 

MI (i Ks-MMl 

i Étude €Uf les couleurs cû vieux français, P*V '^* ^ P^* *-'** 

î- vol gr. m -8. — 

6 If 
r^tlo L.tmou2i. I 

. ^ — 3 ^^^ voL iTi'S. -^ i'rix 3 fr. 

La littérature normande avant Tannexion (gi2«i204). ptscours 

2ir SO 

politique pontt6cele 

ica sur la ci n française, i'^%î^- 
_^ — ^ — — . " — — - cl II t 

Il , ..V».. .* 2U, 

Ufl historien de l'art français, S'%^5'^^ ^ri J*" "^^^'^^ 

**^ — ^^- — ■ ^ . ^^ lalogi« h ï 

I. jî. iti-:s, — Piix. . îo 



Ssdaî de dialcctolo^c normande. ^ P*ï^î*ï'^^^'^^^^ ^^ ^ ^'' ^^^ *^- ' ' 

Jani les parlera de ^iio cortimuncî Uu dii[>*fttn;i 

Cm. GvtHLù; de Guim. Un vol. er, m-d, accomiKiin)^ de It ouïe*» 



Le Massif centrai 



I cartel, — Priât*.. 



Histoire de la Compagaie des Indes, P-' Ç«- Uou-tà/a»t.Vti vr>K 
Mémoires de la Société de Uttguistiqiie de Paris. ^* 

~ — 2 COîl 

6 tiAdcuk». Gr. în-H. — ^ Prix . at> 

Essai comparatif sur rarigine et l'histoire des ryth 

■" ' .17 è* letTT€S, professeur i rUiuvçr5i:i; jl' 
6fr. 

L' Alsace au dix-scDlièmc siècle. '**J r^^îf^' ^<- ^''ï'î ^^?Tt»rW^tî«-, 



aJi»n dcj t*ii tart v-oi, iti*^, ^ i r 7 ir 

Annuftire de VÈcole pratique des Hautes Études ^ 



Répertoire métborfiqiir du moyen âge irançaia 



fH 



Chartes; ilrti > 



}n^' en v.iT»;. i-r. iTj-f.. — rnv 



DJc 



de Tancienne langue âwiçaise, 



ttJi. iLicîc IX, Uïi wl. in-4. — Pris» , 



•JQ^ noimt fiiavi, «M«ip»t.«#, 



AvrU 



1800 



iROMANIA 

Ht "f-IL TRlMliSTRIEL 

DU 



ET OES LirriiRATLmilS ROAWNES 

PDOUè VAH 

\IEYHR HT Gastok PARIS 

Les ûh è tes I 
Tome XXIX 



il 



^:^^^X^ 



i^inn\mr r.\i 



roNv etuTEUrt 



LA ROhUNlA 



SO^LMAiKh t^w PItESEKT KUM£R0 



AT ^ (rztupài^: 

G. f' OiardÉattx . 

G. lÏDKOtUK. f^ chanson un Roi Retisml. 






^tÈLAKGES 

Q^d^ues |uisage$ dû Fri^pneni éê la Hûje (H< SiKhkr • 

La ntcmncrn de W^Upil le Forgcroti dâof Iji CfiroQÎquc d\\4^cmr de 

Chab*niicf (A Pir im,i^> ,,,..,,,,., ...... ^T^ 

Gmt-apem (G. P/) 

CùMilXS K UN DUS 

3«7 

BimiR, ïxgmda un^A, LtgetnJt* dorcCt GoMco Lc^cfid (P MO* * «^ - ^9* 

GtY, E5Mi Sur k vie et ►* ' ". rjircs du itoïïv6c Aém 4^ le 

Haie (A. Jciinroy) ...... . . . , . ^ . •- • . * 

PÉKIODIQUEN 
CHKONiaUÊ 



P, y lomqw: (avec carte). — Un fn>g- 

G. I 



oiiçaii didccuux en néerUndun. 

:mtns if*A]i£s » 



i:, i ...A.. 



spafiobs. 



V, U>i>.:itiii 1' 



!.i Jttiafa and tht* //ài^ and U#TrJ<7. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES 



AFFIER 



AffifT, planter ou provigne r des arbres de bouture, est consi- 
déré par Littré comme un composé de à et de jî^, signifiant 
proprement a confier » et ayant pris pur métaphore un sens 
p :ial. Belle métaphore en effet, tout imprégnée de poésie 
v.r^ilienne, et qui semble sortir du cœur de nos bons paysans, 

qmhus ips^ procut dJs«:ordil>us amib 
Fundit humo facîlem vîctmn justissînia iellu9. 

Il me peine vraiment de venir détruire cette touchante 
étymologie; mais la philologie est sans pitié. Bien que Rabelais 
et, d'après lui, Cotgrave connaissent déjà affier dans le sens de 
«f planter, greffer n, et que nos patois de TOuest et du Centre 
emploient cette forme même % Texistence du berrichon edfier^ 
adfier^ aiifier^ du morvandeau aitefitr du lyonnais aîofayi, du 
provençal moderne aiefiâ et atuffga^ etc., tous mots qui veulent 
dire soit cultiver, amender (la terre), soit faire pousser (des 
pkntes)» soit greffer (des arbustes), soit enfin élever (des ani* 
laux), montre bien que affier est une contraction d*une plus 
ienne forme atefier*. A N. du Puttspelu revient, si je ne me 



t. Furetière donne sans aucune remarque << a/fier ^ terme d'agriculture, 
piUiiter, provigner des arbres en sions ou boutures dans un jardin t (1690). 
Trévoux reproduit cette remarque de Liger, auteur de la Nôuveih maismi 
rmtiqm (1700) : « Ce mot est vieux; on dît i présent pîanUr de bouture^ ei 

on affiff, « 

a* Cf. Godcfroy, aux articles ticUfkr (simple graphie pour (UUfier) et 



îél A. THOMAS 

trompt% l*honneur d'avoir trouvé Tétymologie dans le latin de 
U déaidence aptificare ' : le mot doit être inséré dans le Lai.- 
rmn. Wœrîerk^h de Kôrting, mais avec k remarque que 
aptificare > atefier appanient à la formation demi-savance 
au même titre que ccrtificare > certefier et autres du même 
genre** 

AIGER 

Aiger, ou aî:(er^ signifie « rouir ?* le chanvre en Bourgogne^ 
dans le Mor\'an^ et en Ifcrry* Ni Jaubert ni Chambure n'ont le 
moindre scrupule à voir le latin aqu a à la hase de ce mot; mais 
nous ne pouvons être aussi coulants. A côté de ces formes 
existent les formes naiger, naiier^ dans lesquelles Chambure 
déclare que « la prosthèse de Vn est remarquable w. En réalité^ 
il faut voir, non une prosthèse dans naigcr, mais une aphérèse 
dans aiger * : la forme primitive est naisier. M. Meyer-Lùbke a 
étudié Fétymologie de ce mot^ : repoussant avec raison 
*naxiare proposé par Nizier du pQitspelu, il propose un type 
*natiare^ formé sur le germ, natjan, allem. mod. ntt^enj 
ft humecter »S- Je crois, avec M* l'abbé Devaux*, que Fen- 
semble des formes romanes postule *nasiare, ce qut écarte 
Tétyraologie mise en avaot. 



I. Avant lui on avait proposé 'artificare (o* de Chambure) et âcdifi- 
carc (c** Jaubert). Il est certain qu'une confusion paraît s^ètre produite «o 
âudm français entre tdifitr^ de acdîf Icare, et attfitr de aptificare : cf. 
Tan. idefie-T de Godefroy et l'eitpression •■ planieir et redifier bouc vigne », 
ihid.f vfl aiiU î. Diiiis te Bas- Maine on a M^efier et aJUr (Don in), 

1. C'est ce dont N* du Puitspelu ne s*est pas rendu compte; il croit que 
affSircsi une forme régulière i^ui a été iransforméir plus récemment en at€Jkr^ 
par insertion d'une voydie euphonique. 

j, Voyci quelques exemples d'aphérèse analogue cités par M. Bchrefis> 
Zdtschr/ûr r<}m. Phih, Xlll, pît et XIV, 566. 

4. Zeitîchr.f. rûm. PhH,^ XV, 544. 

5. Aux articles naigiou et udyQU^ a rouissoir #, oubliant tout h fait ce qu'iJ 
avait dit aux articles ûi^tr^ ûixu et im^ Chambure part du latin necare^ ce 
qui ne l'em pèche pas de faire un renvoi à Tallcm. nass^ humide, nm&dn^ 
mouiller. 

6. Essai mr k l^ifig. t/u/jf . du Dauphin/ $épL, p. ia$, note. 



ÈTYMOLOGIES FRANÇAISES 



163 



AMI AU 

Godefroy cite deux exemples seulement de aime^ « mesure de 
vin w ; on en peut lire un troisième dans Du Cange, au mot ama 
3 : c*est une addition de Carpentier qui a été relevée par Dieîî 
et qui lui a permis de formuler Técymologie ; aime < hama 
(Kôrting, 3865). Le mot amï^ parait restreint à la région française 
limitrophe des idiomes germaniques, si bien que Ton pourrait 
se demander si le liégeois remonte directement au latin populaire 
h a m a, ou s'il est emprunté au germanique ame (aujourd'hui 
abm^ ohm en allemand, aam en hollandais, etc.), qui vient lui- 
même du latin. Le berrichon nous fournit un mot de même 
famille qui montre que le sens de h ama, dont témoignent seuls 
aujourd'hui les idiomes du Nord-Est, devait être assez courant 
Jans le latin populaire de la Gaule. Jaubert enrej^istre amiau^ 
aimiau ou émiatty <t cuvier de vendange » * : il me paraît évident 
que amiau remonte à un diminutif *hamellum. L'ancien pro- 
vençal anmla^ aujourd'hui mmlo^ que Raynooard rattache à 
mo!a et Mistral A ampulla, mais qui représente en réalité 
hamula, désigne une sorte de bouteille, ainsi que TitaL 

BIGNON 

Littré enregistre le subst- higmn comme un terme de pêche 
synonyme de « truble «, C'est un mot dialectal qui doit être 
assex répandu en langue d'oïl, car je le trouve à la fois en Cham- 
pagne fTarbé) et dans le Bas-Maine (Dottin). On a un exempte 
du moyen âge (1458), déniché par Carpentier dans les registres 
du Trésor des chartes et reproduit par Littré et par Godefroy 
(da^ns le Compliment^ avec la lecture bignou, au Heu de bignm^ 
ce qui est fort contestable). Godefroy rapproche fort justement 
de bignon le provençal kgmun^ car Tacte de 1458 est relatif au 



1. Jiuben doime loènie deux exempies âticicns du mot sous la forme 
etmmu{ï462 et 161 1); ils ont échappé à Godefroy. 

2, Œ amot^ dans Godefroy ; îe premier exemple est un italianisme; sur le 

second il est difficile de se prononcer. 



1^4 A. THOMAS 

Umousîn '. Je n'hésîte pas à me rallier i Topinion de Mistral, 
qui rattache hcgnoun au celtique benna, prototype du fran- 
çais banm^ car le mot provençal désigne non seulement le 
filet dit « ven-^eux «, qui est une nasse en osier, mais un 
panier, une auge, etc* La naissance d'un mot *bennionem 
en latin vulgaire à côté de benna' n'est pas plus surprenante 
que celle de *falcionem, à côté de falce, d'où l'ancien fran- 
çivii faucon j, ou de *catenionem à côté de caiena, d'où cM- 
gnmi. Quant a raffaiblissement de Ye protonique en iVon sait 
qu'il est fréquent devant n et / mouillées : carillm (autrefois 
carregnm^ carrigium\ cbignmi, tilleul, Avignon, Cfjdtillm, Soli- 
gnat, Pôlignac, etc. 



ANGLAIS EUTTERIS 

Le mot anglais butieris, écrit aussi butirUe^ désigne Toutil 
dont se sert le maréchal-ferrant pour parer le pied du cheval 
avant de le ferrer. M. Wedgwood î incline à voir dans ce mot 
une corruption du français botétis^ « action du sanglier qui fouille 
avec son groin », parce que le maréchal opère a^ec son outil i 
comme le sanglier avec son groin. Assurément Fanal ogîe des 
deux opérations est grande, si grande que le français se sen du 
mcnie mot hmîoir pour désigner Toutil du maréchal et le groin 
du sanglier. Mais, d'une pan^ bouliSj désignant Tacrion ou plus 
exactement le résultat de cette action, ne peut guère convenir 
comme nom d*un insirument; de Tautre, ce rapprochement ne 
rend pas complu de IV de imitcris. M, Murray se borne k rap- 
procher le mot anglais du français boutmr, en faisant remarquer 
que la formation précise du premier est inconnue. Les trois plus 
anciens exemples qu'il a recueillis sont huttria (1573), buitris 
(îî9t) ttbmUr€SK{i6ii), Cette dernière forme, employée par 
Coçrave, me paraît être celle qui est la plus voisine de Tétyoïo- , 



t« < Pcschçr en âne rivlcïeâppdee Brumes passant duprts du Ucu de 
SollgiiftC tt-cc aucuns engins ou h^bilkma» nomnaex h^<m ou veanges. m 
Il slftgjt de Séigmoc dans ta Haute-Vienae; la rivière dont le nom est altéfî 
tu Brwmis est b Bpwk/. Qpiant à tvK^f» ^d c$t éarm^ cocniite s\^oEt jmc de 
%«dir, je ne $àh qu^en dire, 

a. Eenna ^ eu une ^cme parallèle 'bcnnîa (d*où le piov. mod. A^fii^X 
i|tti adotînê naissance ao dîminutlf *benniola (4*oll k piov. moâ. %«db)« 




éTYMOLOGIES FRANÇAISES 165 

logie : huHêris est un simple doublet Je hutîress qui sera étudié 
plus loin. L* existence en ancien français àt^boîerei^ synonyme de 
boutoir y « outil pour bouter w, est très naturelle, puisque nous 
avons encore aujourd'hui des mots formés de même, notamment 
amperitjeuiîkrei^parîerel^ rmnèneret^ rcbatiefti^refenderei^ îraceret^ 
etc. D'autre part, la confusion, en anglais, des finales françaises 
a^êj I se produit plus d*une fois : le français ^t^'^jj^ est rendu par 
crevkt^ rempart par rmnpire^ rampier ou ramper^ tandis qu'inver- 
sement saucisse devient sansage^ et que butîrcss^ arc-boutant/ se 
présente souvent en ancien anglais sous les formes bottrâu^ bok- 
rmsCj baieras K 

ANGLAIS BUTTRESS 

Le mot anglais buîtress signifie a arc-boutant n^ et il paraît 
bien qu'il se rattache au verbe français bouter. Mais comment ? 
M. Skeat% ne réussissant pas à expliquer directement la termi- 
naison, a supposé que te mot anglais pouvait Être une altération 
de Tancien français brdesche, bretîesse (forme donnée par Cot- 
grave)j sous Finfluence du verbe bouler. Cette hypothèse est 
peu vraisemblable. M. Murray ne !a mentionne même pas^ et il 
propose dubitativement de rattacher buttress à l'anc. franc* boute- 
rfi^ nomin, sing. ou ace, plur. de bouter et. Godefroy a relevé ars 
buUrtt dans Villard de Honnecourt, où il faut manifestement lire 
arsbuterei. Bien qu'aucun exemple de l'accusatif singulier ou ^^ 
nominatif pluriel ne figure dans Godefroy, je n'hésite pas à 
penser que le mot français a eu à Torigine la désinence -erei^ 
que M, Tobler a étudiée dans sa belle étymologic de banneret K 

CAGOUILLE 

Nos marins ont donné le nom de cagouiUe à une volute 
ser\^ant d'ornement au haut de Téperon d'un navire. J'ai cru 
que ce terme de marine était un emprunt à resp.igno! cogolhy et 



î- Je n*ose trop ra'appuycr sur le doublet fariaïicf^ farireij qui semble le 
fiendant exâa de hdtrkgj hutinss^ parce qM^forîém existe en moyen français; 
inAisje signale les anciennes formes tenni^^ pour tennii^ et pultrss ^om pûultkt, 
2. An etym. Dkt. of îhe tngU Lcfig., 18 82, 
5, Sîiiungsb. deri. prmss, Ahadmnk%u Berlin^ içjanv. 1853. 



l66 A. THOMAS 

je Tai dit dans le Dictiomiaire gémral\ je n'hésite pas aujourd'hui 
à faire amende honorable pour cette opinion irréfléchie. Je me 
rallie i Littré, suivi sagement par Arsène Darmesteter, et je 
crois que le terme de marine nVst qo*un sens figuré dçcagùuîlk^ 
colimaçon, escargot. iMais J'oij vient ce motj très répandu en 
son sens propre ^ non seulement dans TAngoumois et la S;iin* 
tonge, comme le dit Littré^ mais en Berry S en Périgord et en 
Gascogne ? Litiréj en son Supplément ^ le rapproche du provençal 
cacalausoti du languedocien cagarmdoy sans plus. Mistral va tout 
droit au latin cochlea, mais comme il veut aussi tirer de 
cochlea et cacalauso et cagarauîo et iscaragoly tout en admirant 
là sa bravoure habituelle, on hésite à marcher derrière lui^ Et 
pourtant il se pourrait que Mistral eût raison, au moins approxi- 
mativement. En gascon, la forme ancienne du mot e^xcogolfm : 
elle se lit dans un texte latin de Bordeaux, où il est question 
d'ai^ent payé « ad mundandum vineas de las cagolbas que 
destruehani ipsas vineas'. » Voilà donc cagomUe qui fait un 
premier pas vers cochlea. Ce dernier me semble en avoir fait 
un autre de son côté — et énorme — dès les temps les plus reculés 
de la langue latîne. On sait qu'il n'est pas rare de voir une 
voyelle épcnthétique s'introduire entre deux consonnes dans 
Tadaptation latine de certains mots grecs faite à Tépoque 
archaïque: on trouve dracuma, cicînus, trichîlinium, 
psaheria, de l^m^^r^, îiiKvsç, TpiK/a'vtsv, ^iXxpia^, On pourrait 
imaginer que %oy)J.a% a été rendu par *cocuIea. Or, Eîeckei- 
sen ^ a propose;' de lire coculea au lieu de cochlea dans deux 
passages de Plante, Ca^. 80 et Pœn. 5, i, 29, et Ritschl* 



i, Berrichon çocmîk (|ayben)» probablemcm pour c<igmlU^ limaçon. 

3. Presque ayssi brmvc que Mistrd, M. Four^ explique par *excociro- 
\um k gourdotinais $s&irgd et beaucoup d'autres formes, parmi lesquelles 
cm est étonné de lïe pas trouver cafouille, {Buii. de k Sc^. i$$ parier s di 

|. AndÊ, but. di k Girmêda, t. XXII* p. 184^ J^emprunte La citation au 
lupplément A Du Cinge qui se Ut dans T édition Favre (supplément perdu 
dans ïe tome VIÏI» où je viens leulemeni de le dénicher)» p^ 445. V"" c<ig&lha. 
M. Lcvy n*a pis relevé Je mot dans son PruKvnx. Sup^L-lFarterh. 

4. 0\ Schuchardt, Fokaî, dts Vu^àrl, H, ^94 ei s* 

5. ITril. MiudL^ p, jç, remarque, 
6* Opuu.^ n, Î09. 



Ï67 



tlTMOLOGlBS FRANÇAISES 

incline à lui donner raison, au moins pour te premier de ces 
po-ssoges, L'hypoiliêse de Fleckeisen vaut ce qu'elle vaut, mais 
il est difficile de nier que le gascon C0gi4}m postule *coculea *< 



CHAINTBE 

Ce mot français dialectal, enregistré parLittré, a été récem- 
ment robjet d'une étude de M. Horning^. Le savant profes- 
seur de Strasbourg a bien vu qu'on ne pouvait séparer le 
français chainîre du provençil cance^ quia exactement le même 
sens ; il les rattache tous deux au radical à^jank^ expliquant le 
premier par *cami te m, le second par une variante *ca mi ce m* 
Mais si en provençal on peut accepter fa«f^ < *camicem, en 
s*appuyant sur tonce < romîcem (bien que ronie soit plus 
normal que rûnc€\ il est impossible d être aussi tolérant pour ce 
qm concerne le français : de 'ca m item, le français {Âx*ckank^ 
qui peut, avec épenthèse d une r, devenir chantre^ mais non 
chaintre. A ce point de vue, la forme avec m simple, que 
M. Homing substitue au type*câmmitaôu *cambîta imaginé 
par M. Thumeysen, ne sert de riun : voyez plutôt a mita > 
antt(yt non*aink)^ semita <C sente (j^i non *seinte), etc. 

Je ne connais et je crois qu'il n'y a qu'un seul type étymo- 
logique qui puisse concilier, sans lâches compromissions, le 
français et le provençal, c'est cancerem : en provençal, came 
peut très bien avoir été autrefois \ancer, comme carce a été 
Cûrcer^ de carcerem;en fran<;ais, il n*y a qu'à rappeler vin- 
cere > vmntre^ pour légitimer chainire < cancerem. 

Mistral a déjà rapproché came du latin cancelli, et il ne me 
semble pas si mal inspire. D'après FestuSj au témoignage de 
Paul Diacre, cancel! us est un diminotifde cancer, et le simple 



I. De ce •eoculea qm n'est qu'un posiuîsnum, H faut peut-être rappro- 
cher D ti c u I e u s^ frèq uemm ent âtt esté à càiit de n u cl e u s (Schu cb a rd t ^ 11 , 
417). — La note qu'on vient de lire était rédigée lorsque j'ai eu connais- 
ijmce de Tanalyse d'un mémoire de M. Schuchardl lu à TAcadémie de 
Vicimc^ k 11 avril 1^99. Dans ce mémoire, M. Schuchardt étudie entre 
autres choses Ja descendance romane de cochlea ; il est â croire ^ue nota* 
€tfgmiilh ne lui aura pas échappé, puisqu'il mentionne le type 'cocuHa parmi 
ceux dont il semble admettre l'existence en latin vulgaire, (CL ci-dessous, 
p, 208.) 

a. Ztitichr. fâr TottL PhiL^ XXl, 451. 



l66 A. THOMAS 

a eu autrefois le sens du dérivé : « cane ri dkelmnînr ah anti- 
quu qm ntim per Jiminutimmn cancellî ». Li déclinaison 
cancer, ceris, parallèle à cancer, cri, se trouve non seule^ 
ment dans Caton et dans Lucrèce, mais dans un auteur chré- 
tien de la décadence, dans Amobe* Pourquoi ne pas admettre 
en latin vulgaire cancer, ce ris au sens de cancellusj quand 
le provençal et le français nous acculent a un type cancerem ? 
Le rapport sémantique, bien qu'un peu fiotunt, se laisse entre- 
voir, Cance et châinirt désignent presque panoui « l'espace de 
terre qui reste i labourer aux deux bouts d'un champ où la 
charme a tourné et qu'on ne peut labourer qu*à la maille ou 
au loucher * », ou les w sillons tracés sur les limita* d'un champ 
dans le sens contraire du labourage général de la pièce de 
terre' ». Cest peut-être rintersection des sillons à la lisière du 
champ labouré qui aura fait qualifier cette lisière elle-même 
de cancelli ou cancerem*. A moins qu'il ne faille voir 
dans l'emploi spécial de camt et de cbainirt une simple appli- 
cation du sens figuré de « limite, borne », que cancelli a 
déjà en latin classique, 

PROV. CHANGERA 

Ce mot a été relevé par Raynouard* dans la coutume pro- 
vençale de Montferrand, avec le sens de » dot ». Raynouard 
cite i propos ce passage de Du Cange, à l'anide mrcbma : 
tt Arverni superiores eadem notione vakhdrc^ inferiores chan- 



ï. Dki. Unguedûcim-frimi, de Tibbé de Sauvages. Dans cette dtttîoil OU 
remarquera remploi de nmlk au sens du rrançais dialectal maigîi^ hoyau. 

a. Lalanne, Parier du Poitou, àxé par M, Homing, ior. laud. Cf, le Glossairf 
du parkrs du Bas-Maine de M Donin, lécemment paru, p. las : if €ëlr, haie 
Inès krge plantée d*arbres et d'af bustes eotrekcès ; &pace ncm cultiva laissé 
dans un champ entre k baie et le dernier sillon, et sur le<|ud on prenait 
jadis de la tore pour mêler atii engrais; feuilks amassées pour faire k 
litière ou du fumier; les deux ou trois stUons perpendiculaires aux autr^; 
plaiKhc large « stUon pUî. ■ 

l. Un cas sémantique analogue est celui du franc, cîûù, i peu près ^nci- 
uyme du lat, canceltt, qui s'est appliqué i réchîne et au revers de b maîn. 
(Vgy. LttUfé et Godefroy, j. v*.) 

4. £«r. iWH,, Up Î9I. Cette coutume a été publiée dans les Anm^s du 
Midi^ III, 29S et s. Le mot %ure iVan. 109 avec k graphie ckans^a^ qui est 
aussi celle de k coutume de Chénérailles au passage correspondant. 



feTYMOLOGIES FRANÇAISES 169 

cert dtcunt. ^ Le même sens convienî au français chancelle que 
Godrfroy a relevé dans la coutume d'Aigueperse et dans la 
rédaction du xv* siècle de la coutume de Montferrand^ bien 
qu*î] traduise par <^ chambre de Tépousée, ses meubles et habits », 
et qu'il le rappproche à Taveiiture de cbainsil. Le patois actuel 
de la Limagne connaît encore le verbe îsancelai, donner à une 
fille une part des biens paternels pour qu*elle n'ait ensuite plus 
rien à réclamer V Le patois du Bas-Limousin nous offre non 
seulement le même verbe (isonsela^ mais un subst. fém. isanse^ 
qui est ainsi expliqué dans le dictionnaire de Béronie et Vialle : 
« On appelle ainsi dans certains endroits les droits successifs 
qu'une personne a dans une maison; on le dit aussi de la 
constitution qu'un père fait à son fils et de la dot qu'il con- 
stitue à sa fille* M L'existence de ce subst, fém. tsanse prouve que 
le mot chanctfâ de la coutume de Moncferrand doit être (ou 
avoir été à rorigine) un proparoxyton \ Il en résulte en outre 
que le type primitif était un féminin de la troisième décli- 
naison latine qui s'est fidèlement conservé en Limousînj et qui 
a passé à la première en Auvergne : ce type ne peut guère être 
que le cancerem dont je me suis occupé à Tarticle cbaintre. 
Comment la lisière d'un champ labouré est-elle devenue la dot 
d'une fille à marier ? Sans doute par le même jeu de sémantique 
qui a aussi attribué xe dernier sens au mot verquiera, lequel 
désigne proprement un jardin, une terre contigu^ à T habitation, 

CHANCIÈRE 

M. Behrens vient d'étudier le mot normand canclnèn^ qui 
désigne la partie labourée aux deux bouts d'un champ perpen- 
diculairement au labour du reste du champs Tandis que 



I, Ccst ainsi que finEerprète la définition bbarre dn D^ Pommerol qui 
vient de publier un Essm d'un glossaire patois de la Lîmagne, dans le EulL 
htït. fi $c. de TAuvergnt^ 1S98, p. 211 : « Tmncthi \ fille à laqu«;lle on donne 
tine certaine part... » 

a. La désinence ne peut être ramenée à un type latin arU ou aria; câr» 
s'il en était ainsi, la coutume de Montferraod, qui écrit charttira, feim, 
madfira^ mamirâ, pruméiramefit^ aurait 'chansiira^ et non chansera. Remarquer 
aussi la désinence différente de %'akhtire et de chancert dans la citation de 
Du Gange. 

|, Ftiigabefir G. Grober, p. lîo. Cf. Romanut, XXIX, 118. 






170 A* THOMAS 

M. Joret y voit un dérivé de dmnî^ au sens de « côté »,il croii 
que canchière est pour *canjièn^ du verbe canjitr^ change: 

L*opinion de M. Behrens ne peut se soutenir en présence de 
ce faitj qui lui a échappé : la forme française correspondante au 
normand canchière est chancién, usitée notait! ment (avec un 
sens identique) dans le Bas- Maine*. Donc, il nous faut un 
type étymologique ayant c ou ti après la nasale. Chant ne peu^i 
donner comme dérivé que chanHere \ Un type latin ^cantiaruH 
expliquerait fort bien la coexistence de cmichiérc en normand ê^^ 
de charnière en français; mais je ne crois pas légitime de le sup^i 
poser tant qu'on n'aura pas la preuve de Texistence de^cai^H 
t lus au lieu de cantus. Ayant montré ci-dessus que le françaî^^ 
chainire et le provençal cmicc^ synonymes de chancUrf^ canchière, 
reposaient sur un type latin cancerem, je suis amené naturel- 
lement à croire à un dérivé adjectif *cancereus, *cancerius, 
pris substantivement sous la forme féminine *canceria *. 

CLIN 

Ls Dictionnaire ^^émral, suivant Topinionde Littré, a fondu en 
un seul article le terme de mariner/m, « bordageoù les madriers 
se recouvrent »,et le terme de tonnellerie r/am, « biseau ménagé 
sur le bord par lequel s'assemblent les douves ». Voilà qui est 
bien; mais faut-il rattacher ce mot clin à l'ancien français clin, 
fi inclinaison )> ? Je ne le crois paSj malgré la convenance 
sémantique. Le précieux Biciimnaire frmiç-alkm. de Mozin 
(i8ï i) remarque au mot clin que Tusage de border à clin appar- 
tient à la Hollande et à l'Angleterre, et il traduit par « die 
Planken ktinkerweise anlegen », En allemand et en néerlan- 
dais le bordage à din s'appelle kîinkwerk. Le dictionnaire de 
Trévoux ne connaît pas le mot r/m, ou du moins ne le donne 
pas à Tordre alphabétique; mais à Particle border^ il donne rin- 
dication suivante : « Border une (corriger en) carvelk^ c'est bor- 
der en sone que les bordages ne se touchent point; border à 

mà\ 

i. "Hoié £àsyer par M, Dottin. ^H 

2. Cette forme existe effectivement : elle est notée êàtytr par M. Dottîa» 
avec une variante €èîyer^ influencée par €ètre, 

3 , Ce type convient aussi au provençal mcsd* caHcierû, blllonj planche de 
labour, sole de lerrain (Mistral). 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES I7I 

quiefiy c est border en sorte que Textrémité d'un bordage passe 
sur Tautre. » Bordera quien est la prononciation pa toise de horder 
irfm et cette expression correspond aussi sûrement à klinkwerk 
que border en carvelle à Tallem. et au holl. karvielwerk. Le verbe 
tiinkm^ commun au bas allem. et au néerlandais, et qui existe 
aussi en anglais (cling) et en danois (clinge) signifie « fixer » : 
il paraît devoir être distingué de klinken ou klingeriy résonner. 
M. Vercoullie pense que c'est au premier de ces deux verbes 
qu'il faut rattacher le néerl. klink, allem. klinke^ loquet, d'où 
le français clenche. 

COUMÉRE 

En Bert)', on donne le nom à^coumére à des champignons 

de la famille des agarics ou des clavaires. Le comte Jaubert 

voit dans cette désignation un emploi figuré du mot coumércy 

« commère », et le justifie en disant que ces champignons 

croissent en compagnie. C'est fort ingénieux. On voit d'ici les 

groupes de champignons, perdus au fond des bois ou des 

brandes, qui charment leurs loisirs en se livrant à d'innocents 

commérages. Malheureusement, c'est de la poésie, et ce 

n'est que cela. Comme Jaubert donne aussi les variantes cou- 

mêle et coméle (avec le dérivé comelon), il est clair que coumére 

n*est qu'une altération de couméle due à l'étymologie populaire. 

D n*est pas possible de séparer coméle y couméle de coulemelle^ que 

j'ai étudié naguère '. Les couméres du Berry ne sont pas des 

« commères », mais des « colonnettes » : la poésie n'y perd 

rien *. 

ERTURON 

Le comte Jaubert a enregistré dans son Supplément au glossaire 
du Centre les noms de erturon et turon donnés au ver qui se 
loge dans le bois et au trou qu'il y fait. Il y voit un diminutif 
de turc (prononcé /«r), nom de la larve du hanneton. Je n'hésite 



1. Essais ât philologie franc. y P- 275. 

2. Dans le Blaisois, ces champignons sont appelés cotmelle par les paysans; 
les duidins croient franciser le nom en disant commère. (Thibault, Gkss. du 
pays Haisois, p. 97.) 



pas i reconnaître dans erîuron le français artisûti^ autrefois ari 
sm % modifié par un phénomène de rhotacisme qui n'est - 
rare en Berry ^. 



tit- 

P3È 



BSNOILUE 

Chambure définit le morvandeau esnoillie par a ondée Qs^ -^à 
de soleil entre deux averses ». Il le tire du latin ex+nub "^f|. 
eu la, ce qui n*est pas admissible. Il faut reconnaître dans fsvt^g^^^^^ 
lie un très bel exemple de dissimilation pour *fsloiltk, *fx 
loillie, c*est-à'dire "essûleillée , a coup de soleil ». Mistral tC^ 
connaît que mûelhado^ wurdhado; mais le patois de la Creu 
emploie ctssourlfmdiy < *exsolicubta dans un sens iden 
lique à celui de Vestmllie du Morvan. 




ESTOIMC 



Estoinc^ d'après Torthographe anglo-normande estuinc^ est un 
ancien terme de marine qui se lit dans [q Brut de Wace, dans la 
Fie de saint Gilles €t dans la chronique de Jean d*Authoti*^- 
Godefroy, à T article esfouin, cite ces trois exemples et donn^ - 
comme définition : f( Espèce de bonnette appelée aujourd'hui 
bonnette en étui, » Cest ce qu'avaient àk les éditeurs de la 
f^ie de saint Gilles ^ MM. G* Paris et A. Bos^ d'après Ja! 3, -.if rrAtW, 
navale, II, 155, ce dernier n'ayant en vue, au passage indiqué, 
que le texte de Jean d*Authon. Mais voici qu'un jeune auteur, 
en qui nous retrouvons Térudition spéciale de Jal, avec un joli 
brin de plume au bout, M. Charles de La Roncière^se pose en 
contradicteur ï : pour loi Vesîmnc qsi un cordage. Tétai, qui sou- 



1, Sur Tétymologic de artison^quc l^Didlùnnairt g/néml déclare prudem- 
iTieni d^origine inconnue, voyez cç. qu*a dit kî-mtac M» Bugge (Rom.^ 1V\ 

2, Cf. dans Jaub^ri â^miron (pour chemison), cïxnortr (à côté de cJj^tosir) 
murder^ murdihe (pour ntusfkr, muîetière% gerentt^ girande, fetntxie en 
couche (pour gisank), 

3, H ht. th la imrim franmst^ I, p. 117, n. 7. M, de La Rondère dte, 
outre 11- Brut ei la FiV de saint GUks^ un texEc tuirmiind de 1 569 où on lit 
tstuim. 





ÈTYMOLOGÏES FRANÇAISES Î73 

ricoilcmât d'avant en arrière ', Une éioJe attentive de la Vif 
à saim Gilles ne favorise pas cette opinion : Tétai (^estaiy du 
ooroisstag) figurant au vers 890 à côté da hauban (fjohent)^ 
onneptut guère songer à le voir déjà dans Vesiuim do vers 886. 
tiandis qu'il est assez naturel que Tauteur de Saini Gilles^ après 
ivoiT mentioQné le lof au vers 885, parle de la bonnette immé- 
diatement après. D'ail leurs j ce qui me paraît sans réplique^ 
c'est que la bonnette en étui s'appelait encore éîouim au siècle 
dernier*, et que le rapport formel de éiouine avec Tancien fran- 
gL\^eMnc n*est pas niable. Il y a plus : on est fondé à consi- 
dérer étui dans la locution nautique « bonnette en étui n 
comme une altération par étymologie populaire de *éîmny qui 
serait la forme normale de Taiicien français estainc^ car dans 
cette locution le mot étui n'a pas de sens 3. 

D'où vient Tancieti français esîoim} }A* àt la Roncière le 

rapproche de l'islandais sta^dingr, qui désigne effectivement 

dans les anciens textes un article de grément sur lequel les 

lexicographes ne sont pas d'accord^. C'est un rapprochement 

bien fait pour séduire, et je m'y suis d'abord laissé prendre. 

Mais mon collègue M. L. Duvau m'apprend quest^dingr, 

écrit aussi stcedingTj repose sur une racine stad, dont Fa 

radical s'est infléchi sous riutluence de Yï du suffixe îngr : 

nous ne trouvons donc pas là l'explication de Vo de Tancien 

français estoinc^ de Vu de T anglo-normand esîuinc. L'ètymologie 

de tsîoincy tsîuinc doit être cherchée dans la racine qu'offrent 



I 



I, Jai» à propos du passag^e* du BnU reproduit par F. Michel avec fa leçon 
f^/rmfij» ^nible avoir une opinion analogue, Arch. nm/.^ I» 17S ; cf. cî-de$sous 
ootrc article esirtnc, 

j, Jîl pense tout le contraire, car dans son Glossaire nuuHqîHi article ntm- 
Im^ il considère éstotn comme une corruption de aiui^ ancienne forme de 
éitd. Danî sotî Arçh/ohgk nûvde^ 11, 155,1! rapporte d*après Aubin que la 
bonnette en étui aurait pris son nom de sa forme, mais il faic remarquer 
îmtement qu'un étui n*a pas de forme déterminée, ci il en est réduit i coo- 
dure avec ribignano» qu'il faut « admettre un nom consacré même quand 
00 se rend diiBeîlcment compte de la raison qui Ta fait adopter *, 

4* G. Vlgfusson» Iceî. tngï. Dki., y voit le cordage dît « bras n qui sen à 
tnaîiœuvrer fa vergue, et J. Fritjtner, Otdbog ûver dit g. mnh Spragy k 
ircrgue cUe-méme. 




174 4^H9P ^* THOMAS 

rishindaîs stod, support, stoda ou stydia, « étayef », 
]*anglais sïud et to stud, même sens, et dans la combinai- 
son stud ou stod 4^ ing(r), combinaison dont l'ancien 
islandais n'offre pas d*exemple connu ^ mais qui se trouve effec- 
tivement réalisée dans Tïinglais sîtidiUng-sail^ lequel veut préci- 
sément dire a bonnette en étui » *. 

ESTRENQ 

On lit dans le Brut de Wace, en un passage où sont 
accumulés les termes nautiques : 

Donc veîssiés ancres lever, 
Efiirans trere^ hobâiis fermer. 

Au Heu de eslrans^ un manuscrit donne la variante fstrens*^ 
un autre eslrems K Godetroy, à ^article estran^ traduit laconi- 
quement par (i étai », En terme de marine Tétai est le cordage 
qui soutient le mât contre les efforts qui pourraient le faire 
tomber d'avant en arrière, comme !e hauban le soutient en sens 
inverse- Jal, dans son commeniaire de ce passage, rapproche 
estrems d^estm'm qui se lit plus loin, au vers 1508 (d'après la 
leçon de F. Michel)^ et considérant Tun et l'autre comme des 
altérations d*un hypothétique esîrive, il veut les tirer de Tespa- 
gnol eslribot « étrier », que C. Oudin traduit par « estay* »* 
Est-ce dans ce commentaire de Jal que Godefroy a puisé sa tra- 
duction? En tout caSj s'il est douteux que par estrens Wace ait 
voulu désigner précisément les étais, il paraît bien certain qu 11 
avait en vue des cordages, comme le montre la présence du 
verbe train. Je considère estrem comme le pluriel de estrenc^ 
forme française correspondant régulièrement à celle du mot 



I . Le breton dit mmn a studincq pour « bonnetic », locutioû où studincf 
paraît bien emprunté de l'anglais stuâding^ comme le dit M, Ëmault, kcvm 
altiq., XIX, 325. 

a, Édii, Le Roux de Lincy, v. 11486. variante. 

3. Cest la leçon adoptée par F. Mkhd qui a imprimé ce passage eo 
appendice de son édition de Tmlan. 

4. At'ch. navale^ 1, 175. Eîtroim^ pour t'sioins^ est loyi j fali distinct de 
atretts; cL notre article esîoùtc. 



I 
I 



ÉTYMOLCX^IES FRANÇAISES I7S 

qui vijut dire « corde » dans tous les idiomes Scandinaves et ger- 
maniques : isL sirmgT^ angl. string^ allem. sîrang^ etc. \ 



ESTRICHJER 



< lat. 



GoJefroy a cru devoir fondre dans l'article esîrmer 
s trie tiare deux exemples de l'ancien verbe estrichkr : 

Ke tout El pont ki sont seur le [nviere, que on ne les puist abaisser ne 
iOneèkr (ii8a, Saînt-Omer, Arch. JJ 61, fo 95 v*). 

Ne lur est ut pas tsirid)^r 
Ne tendre bref ne helenger 

(FuiU saitn Gi7/o, 891 '). 

B est difficile de méconnaître Torigine germanique (ou no- 

rnîse) du verbe estrkhier comme terme de marine ; Tanglais dit 

t& sirih saîly Tallemand das Scge! sîrekhen^ le néerlandais */ Zdl 

strykn pour « abaisser, amener la voile » : le mieux n*est-il pas 

d'admettre ce sens dans la Fie de saint Gilles} D^ns le texte de 

Saint-Omer. le couple abâissier ne estrichier doit probablement 

être considéré comme une locution pléonastique. 11 faut donc 

constituer un seul mot avec les articles estrichier^ tsîriquer ^ estri- 

quitr I çiestriquitr 2 de Godefroy et les rapprocher des articles 

utriqmr^ étricher et éiriqiier de Hatzfeld-Darmesteter ', 

GENBVELLE 

Godefroy enregistre sans définition le mot genenelîe dont il a 
relevé un exemple unique dans un texte berrichon de 1386 : 
« Deux coroset quatorze genencUes et quatre gons, » Il est bien 
vraisemblable qu'il faut lire giiieveUty et qu'il s*agit de ce que 

1, A Tartick tsirtm de son Gîùts. nautiqm^ Jal, tout en déclarant que 
Toiigine du mot est inconnue, propose timidement d'y voir « une francisa* 
ikiode Tespagnol airmqtuf, gros câble de jonc m. Il va de soi que Tespagnol 
est, comme le français, d'origine Scandinave ou gertnanîque; et. Kœrting, 
tai.-rùm,^ (Vœri., 7820. 

a. Le^ éditeurs de la FU di saint Gilks^ MM. G. Paris et A. Bas, tra- 
dtusent dubitativement tîtrùljer par « carguer les voiles û, et Godefroy a 
Ciit sienne cette traduction en supprimant le « peut-^tre w des éditeurs* 

j. Sous €$iriqukr 1, Godefroy traduit ^Ufiki£r k drap par « raesurer, 
auoer n : c'est une erreur manifeste. Il faut entendre « aplaigner » : ïc pro- 
çcDçal dit hûkiar dans le même sens. 



ïjé ^^^"^ A. THOMAS 

nous appelons en bon français une a penture ». La penture 
s'appelle encore aujourd'hui en patois saintongeais une ghem- 
vék, et Jônain, qui donne ce mot, remarque que la penture 
«f est effectivement un genou ». Voyons si l'on peut tirer ^^«t*- 
veîîe du latin genu- Le latin possède manibula à côté de 
manicula, et le français manivtlk remonte à une forme 
populaire *raanabella'\ Je suppose un doublet *genibulum 
à côté de geniculum, d'où *genabulum, *genabula et 
finalement 'genabella, type postulé pzr getwvflk. On peut se 
demander si janua, porte^ ne serait pas pour quelque chose 
dans Torigine de gmeuelk : phonétiquement, *januabella 
aurait abouti au même résultat que *genabella, mais l'hypo- 
thèse d*un dérivé *januabulum n'est pas vraisemblable, 

PROV. MOD. GINOUSCLO, 

L'euphorbe ou èpurge pone le nom vulgaire de ginomdo ;i 
Montpellier et aux environs f* Ce nom^ francisé en gimusiit\ est 
devenu j par suite d'une coquille typographique, gimuséle, 
parfois même gimmsèîe^ dans les grands dictionnaires de ta 
langue française et dans mainte compilation de botanique*. Il 
ne saute pas aux yeux que gimmch se rattache au latin lac, 
lactîs; pourtant il n'en faut point douter* Mistral Ta parfaite- 
ment senti, et il a groupé gimusclo avec lat'fmsckh De même 
que lachmch a perdu sa syllabe initiale (confondue avec l'ar- 
ticle féminin) et est devenu cbusclo^ puis jusch dans cenaines 
régions *j de même nous pouvons remonter de gimusclo à 
*ehimusclo^ puis à *lacbimusch, c'est-à-dire en fin de compte 1 



I . Essais ât pbiî * Jranç . , p , 5 4a . 

2* L. Piaochon^ Pîantts médic. et tûxiq. di VHIrauîi, dans MM. de PAcad, 
dis Se, a UtL dé Montpelîkr^ section de médecine, 2« série, L I (1899X 
p. is6, 

j. Ginouîèk (m son appaniion é^m le t. XVIII (publié en 1820) du Dici, 
iw Se. nût,, où on lîl : • Ginomèk (Bot*)* Suivant M. Gouan, Tépiirge» 
mphorhm îaihyris, est ainsi nommée auît environs de Montpellier. ■ 

4. Même aplierèse dans chugut'io, pour 'iachugmiOy proprement « pciîte 
kitue u, nom vulgain; de b miche, mol qui a éiè francisé en chuguitk. Littré 
a enregistré chiigii£ité sans en donner l'étymologie ; d*autrcs lexicographes 
Ton t altéré en chuqmik. 



ÈTYMOLOGIES FRANÇAISES I77 

un type du latin vulgaire *lactînuscula. Je m'étendrai plus 
loin^ à l'article lachuscloy sur le suffixe uscus, usculus. 

GIEWOTE 

On lit dans le Dit du bcsant de Guillaume le Clerc, au sujet 
de l'Enfant prodigue : 

Volentiers e a gré menjast, 
Se aucun fust qui )i donast, 
Ausi corne ses pors feseicnt 
Qui de racinettes viveient 
E des giernotes de la terre ' . 

Godefroy a vu dans giernote un diminutif de graine et Ta 
enregistré sous la forme grenote : c'est une grosse erreur. 
Guillaume Le Clerc était Normand, comme on sait, et le patois 
normand connaît encore aujourd'hui le mot dont s'est servi 
cet auteur sous les formes gernotey jarnote, génote, janoie^ guénotCy 
ganotCy etc. Ce mot s'applique aux tubercules de différentes plantes 
dont les cochons sont très friands : le bunium bulbocastanum 
(ou conopodium denudatutn), Yoenanthe pimpinelloides ou le campa- 
nula rapunculus^. Le chirurgien Henri de Mondeville, Normand 
lui aussi, a identifié le maltim terroCy dit vulgairement « pain 
de pourceau », avec la gesnote de ses compatriotes '. Littré lui- 
même (encore un Normand, mais c'est par hasard) donne ger- 
twttc et jarnotte dans son supplément comme synonymes de 
a terre-noix». Dans le corps même de son dictionnaire, il a 
l'article suivant : m Emeute ou ernotte, nom vulgaire du carum 
bulbocastanum et, en Normandie, de la raiponce, phyteuma spica- 
tum, » Il indique, d'après Legoarant, l'anglais earthiut, noix de 
terre, comme étymologie du mot. Je ne vois pas trop comment 
les Anglais auraient implanté en Normandie leur earthmit, qui 
se trouve dès le ix* siècle sous la forme eortnuîena. N'est-il pas 
préférable de s'adresser aux Scandinaves + ? Bien que je ne 

1. Vers 3387 et s. de Téd. Martin. 

2. Voy. Joret, Flore pop. de la Normandie, 

3. Voy. l'article gesnote du glossaire mis par M. Bos à la fin de l'édition 
de la traduction française de Mondeville qu'il vient do publier pour la Société 
des anciens textes français, 

4. M. Behrens vient d'examiner un autre mot normand, tierre^ « lien pour 
.IXUL 12 



178 A. THOMAS 

trouve pas de composé tout fait avec ;W, terre, et hnot, noix, 
dans le dictionnaire islandais-anglais de Vigfusson, il n'y a pas 
là de quoi nous arrêter : le suédois à jordnôt dans un sens ana- 
logue; le/ initial du mot qui veut dire « terre » dans les diflfé- 
rentes langues Scandinaves correspond admirablement au g con- 
tinu du normand ' . 

Je reviens à l'article ^renote de Godefroy. On y trouve à la 
suite de l'exemple du Dit du Besant un autre exemple emprunté 
au fableau de la Danu escoilliu^ que Godefroy cite d'après les 
manuscrits, bien qu'il soit imprimé dans le Recueil de Mon- 
taiglon et Raynaud, VI, 94 et s. Les éditeurs lisent, au vers 573 : 

Qjie, ce sachiez, par ces grenoUs 
Sont les femes fieres et sotes. 

Au glossaire ils commentent : « grenotty graine; par extension 
testicule. » Comme le manuscrit de l'Arsenal pone guernotes 
(le silence des éditeurs ne peut prévaloir contre le témoignage 
formel de Godefroy), je pense que la bonne leçon est giernotc : 
la comparaison de ce dont il s'agit avec un tubercule de terre- 
noix est fort naturelle, tandis que de penser à une petite graine, 
cela ne se comprendrait guère qu'à Lilliput. 

GLOUTRENIE 

A côté de gloutoniCy glouteniCy dont la dérivation de glouton est 
normale, l'ancien français présente plus souvent une forme glou- 
tornie, glouternie^ gloutrenU^ dont la raison d'être n'apparaît pas 

attacher les animaux au pâturage ». Il lui donne pour base Fangl. médiéval 
to/i'r, aujourd'hui tither, dont il rapproche le néerlandais tuddir et finale- 
ment les formes Scandinaves Ijoder^ tjor, tjor. Il me semble que pour tierrê 
comme ^mt gia-note il est plus naturel de faire venir le normand du norois 
que de Tangliis. 

I. Le durcissement exceptionnel du ^ continu dans les formes guhtoU, 
ganote, n^est pas sans exemple, et ne doit pas faire échec à Tétymologie que 
nous soutenons. Q^iant i sa disparition dans emenu^ crnou^ on n*en pourra 
raisonner que quand ces formes seront exactement localisées. Le mot parait 
avoir débordé assez loin delà Normandie : dans ie Ba>-Maine, diaprés Dottin, 
on trouve jamoU, jènoU et même par confusL^n de la désinence avec le suffixe 
itté) janttU^ comme ao.iis du zcncpc^ium dinudjtum; ea Berry et ailleurs 
anotu, jrrk>b.v. j«:r:;f. %'Kfrc:L f" altéré par les diciioanaires en jacquirott*) 
désignent ie .'jKïtuj :uperosu:. 



ÈTYMOLOGIES FRANÇAISES I79 

au premier abord. M. Van Hainel * considère gloutrenie comme 
une raétathèse de gloulernic^ forme issue elle-même par une 
autre métachëse de *gloutefierie, Mais^ outre que glouUnnie 
ne paraît pas exister et quQ ghutonerk est extrêmement rare en 
ancien frani^ats, on ne voit pas pourquoi gloutancrk^ gloutenerie 
auraient abouti à gloutarniû, glouîtrnie^ alors que les futurs 
damrai^ fw^n^r^i deviennent donrai, timtrai^ dorrai, tmrrai^ mais 
jamjds ^ffwrnaii, *dornai* L*italien possède également ghioUor- 
nlû, k côté du ghiottûHerta et de ^'hlottonia, et krornia : on voit 
datîs les formes en ornia une métathèsc des formes normales 
ea oneria ^. 

Je propose de faire remonter le français et 1* italien à une 
{orme vulgaire *glutturni a, de *glutturnus, glouton. Les 
adjectifs italiens musarm, musard, piorno, pluvieux, montrent 
que le suffixe latin urnus n'est pas absolument inconnu de la 
tangue populaire K Si Ton tient compte de ce fait que glu t tus 
signifie tt gosier y^^, la formation de *glutturnus au sens 
de « glouton » n*est pas extraordinaire : cf, taciturnus, 
somnurnus» etc* Il est possible d'ailleurs qu'elle ait été pro- 
voquée par une influence analogique. *Gluttus a pour syno- 
nyme guttur. Or, d'après Tanciennc glose c< gutturnia^ 
gutturls inflation », on ne peut douter de l'existence de 
*guUurnus, à côté de gutturosus, au sens de « goî- 
treux»* : •glutturnus ne se serait-il pas moutO sur *gut- 
tu m us comme, en italien, lecornia sur ghioUarnia} En 
ce qui concerne le français, on peut comparer h *gtut- 
t u r n t a > gloulernie^ glouî renie ^ *nocturnalem> nuittrnelj 



î. Édition du Rendus de Moîliens^ I, p. cxiiv et glossaire. 

3* Ginclb, Arch. glm&l, 10, 597; Meyer-Lûbkc, lUL Gramm*,^ 290. 

}, Dici, Gramm. des L rom,^ II, ^Sj. 

4. « Glunis *, fSpdYx^ç, Gh^s.Phihx, 

5* Ghss. hid. 

6. Dtns «guttur DUS, comme dms eburnus^ le sufHxe dérivatif est 
niis, et non urnus puisque Vu et IV font partie du thème. 

7. Ca d u rc t n u ra > Querd eï SaiyrninunEi> Sirnin relèvent du pro- 
vefiçaJ, nburtinum > têv^tin, traverim^ de riulkn; mais le rapproche- 
ment est in£tructtf. 



A 



i8o 



A, THOMAS 



JARCE 

Aux rroîs exemples de jarce, jarse^ ^ lancette à scarifier », que 
Godefroy a réaais, sous la définicion « sorte d'arme », il a 
joint le suivant, où il définît prudemment par o sone d'ani- 
mal n : 

Blanches tobons 
Dtfarscs et brebis 

(La Boderie, Jfânff,, p, 797, éd. 1578). 

Ici jarse désigne une jeune brebis \ et c'est un mot tout dit- 
iércnt de celui auquel Godefroy Ta accouplé. Il apparaît dès le 
temps de Charlemagne dans le polyptyque de Tabbé Irminon 
sous les formes germia, germgia, gergia, jermgîa; dans 
le carrulaîre de la Trinité de Caen, P* 27, on lît jercia, et 
ta forme française ga-ces, au pluriel, se trouve dans le raèrac 
document, f" 45. Du Cange a dèji rapproché de germia le 
picard germe ^ ; il me paraît certain que le mancean j'arce se 
rattache au même radical, bien que je ne voie pas nettement le 
rapport de la désinence avec ceUe de germia. Quant à ger- 
mia lui-même» je ne sais rien sur son compte. . 

JAitÇON 

Chambure donne fakéron^ dard, aiguillon », qu'il rattache 
au latin jaculus, et jaissm^ « langue de serpent, dard de 
rabeille, de la guêpe, etc.j au fig. mauvaise langue 3», qu'il tire 
de gaesum, javelot gaulois ^ Il a tort de ne pas admettre la 
parenté de ces deux mots mon-^andeaux ; mais il les rapproche 
avec raison du berrichon gesson^ du franc-comtois d^aiçm^ ^u 
champenois jarson^ qui ont le même sens, et du franc-comtois 
fàd^ «t piquer j*. Le champenois laisse transparaître l'étymo- 
kigie : nous avons affaire à des diminutils de rancien français 
/(Omf, lancette à scarifier S substaotif verbal de jarcier^ devenu 
le français moderne gerca^ ^ . 



t. Cf. Dottin» Gt^^. du BoM-Mahu. 

a. Cf. \& articles gtnm i , gfnmUiU el gtrmtiii de Godefroy > 

}. Étymofôgjc déjà donnée par Eiluuk de LiojaTdiÉre et d*iprb lui par 
Jiiib«ti ^gmm. 

4, Qddeiroy, vo faru^ aidait busncinem par « sorte d'aitne ». 

f. Où tin* mdinairemem f i^rr de 'cftrptiire: mais M. G. Pars canst- 
dère lufoùrd'huî cette é^tnûlogie oooiine douteuse. 



èTYMOLOGTES FRANÇAISES 



rSi 



LYONNAIS JOUCLIA 

Le lyonnais jouclia, *t courroies qui lient le joug au front 
des bœufe », correspond au vivarais d^oiulia et au dauphinois 
jùmk. Cest ce qu'indique N. du Puitspelu lui-même; mais il 
n'est pas possible de réunir ces formes (et les formes plus 
méridionales jmscîo^ jusdo^ qui sont dans Mistral^ à rarticle 
Cùunjoungio) à celles des patois qui ont un / mouillé, pour les 
ramener toutes au même type étymologique *]ùgula. Je pro- 
pose *jùxtula, tiré de *jùxtare, comme ailleurs * jugula Ta 
été de jùgare. On sait que le x de *juxtare s* est de bonne 
heure changé en s (d'où Tanç, franc. josUr et non ^joisîier) : 
par conséquent on a eu très anciennement en latin vulgaire 
•jûstula, *jùscla, 

PROV. MOD. LACHUSCin 

Le provençal moderne nous offre^ comme désignation de 
reuphorbe, une série de mots qui remonte manifestement à 
un type du latin vulgaire *lactuscula : lachmclo, lachousch^ 
chusclo^ chousclo^juschf jousclo '. Je ne me hasarderai pas à déci- 
der si le type latin primitif est *lactûscula ou lactûscula; 
en loui cas il me semble qu'il faut admettre de très bonne 
heure rexistence simultanée de la forme avec un u long et de 
la forme avec un u bref- A ma connaissance, on n*a pas encore 
signalé dans les langues romanes Texistence d'un suffixe 
uscus; il faut pourtant lui faire une petite place, au moins 
dans le règne végétal. Si le radical de la brus ca n'est pas clair, 
il est difficile de ne pas rattacher asinusca à asinus, et 
mollusca i mollis : ces trois mots datent de Tantiquité, A 
une époque un peu plus récente^ nous voyons apparaître 
amarusca, de amarus^. Le provençal moderne désigne le 



I. Nous avcms parlé plus haut dti monrpelUèrain ginouselo^ qui postule 
*lactii3ÙscuU> En Rouergue on dit lachustk au masculin et tîon îachmdo, 
comme aiUeurs ; feut-il admettre qat dès Tépoqucî amique on disait en Gaule 
* 1 a c E u se u 1 u m à côté de 1 a c t u s c u ia ? Mistral enregistre aussi iitchusco^ qui 
stroiblc remoQter au simple *1 ac t us c a. 

Z, Cf. plus loin Taiticle marouti. 



182 h. THOMAS 

raifort sauva^ge pnr le mot rabusck : il est clair que rahiscle 
postule *rapusculuni, dans le sens du latin cfassique rapis- 
trum. Peut-être faut-il aussi reconnaître le suffixe usca* au 
moins à l'origmej dans le français dialectal raveluche, mot qui 
se présente avec beaucoup de variantes désinentielles *. 

ANGLAIS LA^N 

Le mot anglais lawn désigne une fine toile de batiste ou 
linon. M. Skeat ne rapporte que sous réserve Topinion qui voit 
dans le mot anglais une corruption du mot français H non : il est 
bien cenain que cette étymologie ne peut être prise au sérieux* 
L'hypothèse de Wedgwood, qui tire latcn de l'espagnol ou 
portugais tinui^ est plus séduisante au premier abord, mais elle 
ne résiste pas a un examen approfondi. En effet la loua est, au 
témoignage de Salva^ a une toile forte de coton ou de chanvre 
pour voiles de navire, pavillons et tentes de campement «, 
c'est-à-dire un tissu essentiellement différent de celui que les 
Anglais appellent lawn. Une précieuse citation de Stow, faite 
par M. Skeat, me parait contenir en elle-même de quoi déter- 
miner Toriginc de lawn. La voici : « In the third ycare of the 
rayne of Queene Klizabeth, 1562, beganne the knowledge and 
wearing of lawfu^ and cambrk^ which was then brought into 
England by very small quantities. »> On sait que camhrk 
désigne la batiste de Camhai : il est tout indiqué de voir dans 
latvn le nom de la ville de ÏMon, Les manufactures de toile de 
lin de Laon ont eu jadis une certaine importance : au xvni' siècle 
il y avait encore dans cette ville plus de quarante métiers^ et Ton 
y àbriquait des toiles façon de Hollande et des touffettes ** 

WUATEVRB 

n n'est pas bien criminel de penser au latin ligatura pour 

expliquer te morvandeau huait un, « lien de paille qu'on 
emploie pour les petites gerbes 1»; pourtant Chambure a eu la 
sagesse de dire : « peut être n. Un autre article du Ghssairedu 



1. Voycjî Rolland, Flore pop.. Il, 72. 

2, Savjry des Bmûons, EHct. du Comm.^éd. 1731-1730,1.!, œi. 
d t. m, coL i$3. 



S48, 



ÉTYMOLOGÎES FRANÇAISES T«î 

Morvan est ainsi conçu : n Riwâfndey lien qui sert d'attache 
aux gerbes pendant k moisson. Du L roîeîtaj petite roue ï>* 
Cette fois, adieu prudence ! Ch a m bure n'a même pas songé à 
rapprocher rotidîeule de rouâîer qui le précède immédiatement 
et qui signifie et frapper avec une rouette jk Rotiâîeule et Imtâtmre 
sont deux dissimilations divergentes d*un même original ^rmâ- 
t€ur€\ plus anciennement ^norteun^ qui représente un type 
schématique *retortatura. 

LUMIGNON 

Schelera justement contesté * l'étymologîe courante de lumî- 
gfwn par 'luminionemj de lumen^ puisque Tancien Éran- 
çaîsdit Imiegmn/limigmn^ lemigmm, formes inexpliquables avec 
lumen comme point de départ* Il a été moins heureux en 
cherchant à rattacher ce mot i cUychnium, grec îV/a^/v.cvj 
« mèche », de Xùyyoq^ « lampe ^s il n*y a qu'à faire litière de 
tous les exemples du bas latin qu'il a entassés* A titre d'hypo- 
thése> je propose *Iiminionems de limen, seuil. On peut 
supposer que *liminionem s est appliqué i rextrémité de 
la mèche qui dépasse le bec ou orifice de la lampe romaine^ 
qui se tient pour ainsi dire sur le seuil ^ 

MAROUTE 

Littré enregistre le substantif féminin marouîe comme « un 
des noms vulgaires de la nmruk colule (xfV), syiianthérées, dite 
aussi ffmroueiît w, sans indication étymologique. Le radical de 
tnaroute est sans aucun doute possible le latin a ma ru s, amer : tl 
suffit de comparer les noms provençaux enregistrés par Mistral, 
Hffiaroun <; *amaronemj amarum ■< *a ma rumens tuarausso 



î, Rùmanta^ TV, 460. 

3. M. Toumîn, maître de conférences à la secîion des sciences religieuses 
de rÉcolc des Hjuîes htudes, cliargé de Tartide lampas dans le Dkiiûntmire 
tit% Anif4^uitês de SagUo et Dareinberg, m'écrit ; « Je ne connais aucun texte 
où 6giire le mot Umen dans le sens de bec de lampe ; n mais il me signale un 
pâ&sage de Pi me où titnfn est appliqué au détroit des colonnes d'Hercule 
(El, 1, l) Cl U^ demande si par analogie îmen n*auraii pas pu être appliqu*^ 
•t âu bec étroit des lampes antiques ». (Lettre du 1 1 juin 1899.) 



184 A. THOMAS 

< *amaruciii'. Cette plante, Fanthewis cotula des botanistes, 
est appelée au moyen âge amarusca. Le glossaire de Tours 
publié par M. L. Dclisle nous offre ce mot glosé par anierele *. 
Godefroy a enregistré anieniche, ameroke; on peut y joindre 
deux formes où Tamour vient faire une concurrence déloyale à 
l'amer : amotiroiistre.y dans la traduction de Mondeville, édition 
Bos, § 1867, et aniouronqu€, dans la traduction du Circa ins- 
tansy édition Camus, § 144. M. Horning a eu occasion de 
mentionner deux formes des patois actuels dont il explique la 
désinence par un type occa, le lorrain aimairoche et le nornaand 
amomroqne^. Je puis signaler comme représentant très fidèle- 
ment le type latin amarusca le blaisois amaroûchty maroûche^. 
Quant à la terminaison singulière de maroute, l'existence de 
amoiiroustre au moyen âge permet-elle d'y voir une ancienne 
désinence oustre ? Peut-être. Il faudrait alors enregistrer un type 
latin * amarustra à côté de amarusca. 

MOISON 

Il est singulier que Littré n'ait pas admis dans son diction- 
naire le substantif féminin moison^ que donnent Nicot, Oudin, 
Richclet, Furetière, Trévoux, etc., et que plus d'un patois a 
conservé. Ce mot a deux sens très distincts : le sens de 
« mesure » — alors il représente clairement le latin mensio- 
nem, ce dont il y a longtemps qu'on s'est aperçu ^ — et le 
sens de « part de grain que le fermier est obligé de payer à son 
maître », qui est le seul que connaissent Nicot, Oudin et 
Richelet. En ce dernier sens moison ne peut venir de mensio- 
nem, car il est trisyllabe au moyen âge^. Le Rendus de Moi- 
liens en paraît féru : il l'emploie au figuré, comme nous ferions 
aujourd'hui de « tribut » ou de « dette », sous la forme muïsotiy 



1. Duchesne, Rcp. des plantes utiles^ p. 137, donne les noms vulgaires 
anmirocljey chatnarau, marounc, mar otite. 

2. B'tbî. de V Ecole des chartes, 1869, p. 331. 

3. Zeitschr. fur rom. Phil., XX, 346. 

4. Thibault, GIoss. du pays blaisois, p. 14 et 218. 

$ . L'étymologic est dans D'wa ; clic a été proposée délibérément par Simon 
de Valhébert, éditeur du Dict. ctym. de Ménage. 

6. Godefroy a confondu les deux mots dans son article moison i. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES iSj 

"dans son poème de Carité^ lxxxiii, 9; lxxxv, ï et 7; xc, 5; 
xa, 3. M. Van Hamel croit que tnmsan vient du ktin muta- 
lionetn et il renvoie à un anicle de Du Cange où U est 
(Question de mutaHoms presbykri; mais il ny a aucun rap- 
port rttl entre le droit de mutation, dont il est question dans 
Du Qnge, et la mmsim du poème de Carké. La coïncidence 
phonétique de ce mot mm son et de muiatîonem n'est qu'un 
jeu du hasard". Muison^ que le français a fini par confondre 
2vec rmsm, représente le latin modiationenij qui est dans 
tous les dîaionnaires latins \ 

PROV, PERGAM 

M. G, Paris a révoqué en doute Texistence réelle du pro- 
I vençal moderne pergan^ parchemin K Mais ce diable de mot 
\ existe bel et bien, i preuve, entre autres, qu*il a engendré le 
I pittoresque verht parganteja, d bruire comme le parchemin qu*on 
remue ►►. Mistral écrit archaïquement par uo w* final, et attribue 
pergam, pargam au Languedoc; le vieux dictionnaire de Tabbé 
de Sauvages donne effectivement pargan à coità^ pergami. Dans 
le Rouergue, Tabbé Vayssier enregistre pargan, pargan ^ par- 
gan^etc* Mistral mentionne le roman pargam^ que je ne connais 
paSj mais qui est l'ancêtre nécessaire des formes actuellement 
vivantes. Il est impossible d'expliquer son existence sans sup- 
poser en latin vulgaire la création d'une déclinaison *perga- 
imen^ înis, à côté de pergamenum. On sait que le latin 
Lclassiquc cyclaraînos ou cyclaminum, grec xuxXiiMvoç, 
riaxAi^t-ïcv, nom de plante, est devenu cyclamen, inis chez 
ries nuédecîns du bas Empire, Marceltus Empiricus et Cassius 
Félix. Le caractère proparoxytoniqUe de î^^^kX^i^ivc; ie préparait 
ce changement de déclinaison, tandis que pergamenum 



I. MutatioDcm â. cAFcctive méat vécu dan ^ La langue populaire t^t abouti 
i lançais k mneison, muison. Cf. les art. mttisùn i et muùisoti de Godefroy 
le nom de lieu Muiion (Mirne). 

Étymologïe cnucvue au xvi* stècîe par J. Thierry {Mûùon, aucuns 
Bt fwwyxjoM, pource <|u'on afferme k âï% niuys, à vingt mu ys, ou plus, ou 
5) et par Carpetîtîer (renvoi de l'art, mmo aux articles moâiatio^ modia- 
ij.Klcot rattache rnoismi à meissm et Furcùère à moitié. 
|. Mommia, XVm^ 151, 



l86 A. THOMAS 

étant on paroxyton ' devait moins s'y attendre. Il est passible 
que la transition soit due h la création d'une forme ^perga- 
m en tu m, attestée au moyen âge (cf, Faltem» pergamenî) et 
laquelle se rattache le prov* mod* perganieniU^ doublet de/a^r-l 
gaminié, 

PETRE 

Nc« anciens poèmes mentionnent parfois le petre i côté 
du gingembre, du galenga, de la cannelle, du poivre, du 
cumin, etc, Godefroy a relevé le mot dans Mainet^ la Prise 
d'Orange^ Bkmandin et U Bîaus Descmeùs; il traduit par 
a sorte d'épice «- Le mot se retrouve dans les Ranédej populaires 
publiés par M. Salmoo : « Pour dens faire caïr, ût pourre de 
peîre et de l'icrmoise et un petit d'aisil^, » L'éditeur a com- 
menté longuement ce mot : il y voit le primitif des noms vul- 
gaires aauels pétreïk^ scabieuse des champs^ pdtrote, bniycre 
cendrée» pétrat^ gouet commun^ et opine que, dans les Seméd€S il 
s'agit du gouet^ mais daos nos anciens poèmes^ de la scabieuse. 
J*en juge tout autrement. Les noms actuels pètrelk^ pétrole^ 
pétrot me paraissent être pour pâeretle^ etc., et dériver du verbe 
péter. Quant à l'ancien françab pctre^ qui, en dehors des passages 
mentionnés ci-dessus, se trouve dans le ms. D de ia Mort 
Âytneri de Narbonm^ vers 2426, éd. Couraye du Parc, et dans 
le ms, C du même poème, vers 2427, je crois qu'il désigne le 
pyrèthre, Anîlxmis pyreîbrum L*^ et qu'il vient du latin pyre- 
thrum, tout comme les variantes pcktre et periîre dont je me 
SUIS autrefois occupé '. L'emploi du pyrèthre comme épicc 
remonte loin; il est déjà connu d'Ovide, Ars Anmt,^ II, 418 : 



I. Le grec fEtpyafiijiPiKt axytontque avâni k pénultièrae lûngtiCp m 
liuc fttoùoaeà im tatîn comme pirûxuani^uc. CL Mcyer-Lûblie, Crmmm, 

1, Êttida ramma éàHéti i G. Parù^ p. 361 ; le conuneiitâire est p, 36^. 

|. et mes Esmùét fkil. firgMf.^ p. ^6; et 410. Ne comuiissani pas à ce 
ittOBiC Ut -ti rcKÎsteiioe rMle de/Kfrv, |'âî supposé q%it âs^s les ms&. C et D de 
Lm MêfÎ âjmm oa ^m^wm c^nsiilèrer ptift comme une faute àc sciibe pour 



I 



iTYMOLOGlES FRANÇAISES iSj 

Quant â sa présence dans les Remèdes populaires^ i! suffit pour 
n'en être pas étonné de lire k première phrase de Tartide pircflwe 
du Dîd. du cûffim, de Savary des Bruslons : « Racine médicinale 
qui vient du royaume de Tunis par la voye de Marseille, dont 
on se sert pour apaiser la douleur des dents. >* 

QUIÈRÂME 

A côté de quiêrânit, s, f., <\m signifie « carême î> et qui n*a 

nm de bien mystérieux, le morvandeau a un subst, masc. 

^uiérdmiy e crémaillère Wj qui vaut la peine d*être désarticulé. 

Il ne remonte pas du tout, comme le croit Chambure, au 

radical germanique kramm, « croc de fer », Quiérdme est la 

prononciation patoisiinte de ^ckrâme^ métathèse pour *cktmrey 

issu lui-même par métathcse de ^cremûh^ primitivement *cre- 

fmnk, forme française correspondant exactement au provençal 

cranasck^ qui a le même sens. M. Horning a étudié récemment 

ce mot* : je crois comme lui qu'il remonte â un type du latin 

vulgaire/cremas clum pour *crem as tu! u m, accommodation 

du grec xpsyLatTCTJp. Je puis citer une forme du moyen âge qui 

a échappé i M. Horning et qui enchaîne solidement mon expli- 

I cation de quicramc â son explication de cremasck : Godefroy 

[donne cronmsk d'après un inventaire de la mairie de Dijon de 

1589, et on second exemple de même provenance, appartenant 

i l'année 1594, se Ut à I article îreffouiere; Vo n'est là que par 

un phénomène de labial isation secondaire auquel a échappé le 

iiior\"andeau. 

RÉMOULADE 

Nous ne connaissons plus en français le mot rémoulade on 

rêrmîaàe que comme nom d*une sauce piquante. UAcadémie^ 
dans la dernière édition de son Dictionnaire^ a supprimé — et en 
cela on ne peut nier qu'elle ne se soit conformée à T usage — le 
sens de « remède, onguent ou emplâtre pour les chevaux », 
qu'elle avait admis, concurremment avec le premier, en 1740. 
Littré dre rémmdade de remoudre par le participe rémoulu, sans 



I. ZdtKhnfi f, fpm. Phil, XXI, 453. 



^ A- THOMAS 

s'expliquer autrement, Scheler fait obsen^er que rértmsladi \4ent 
de ce que les éléments de lasâuce et de Tonguent » sont hachés 
ou plutôt moulus très menus w. Cooime le sens de « sauce î* 
n'apparaii qu'au xvm" siècle, il est probable qull dérive de celui 
de it onguent », le seul que connaissent Oudin et Furetière ; 
j'ajoute que le mot n'est pas dans Cotgrave* De toute façon, il 
est peu vraisemblable que le français ait tiré un substantif en 
*0de d'un verbe de la troisième conjugaison. Le mot ayant 
été à l'origine un terme de vétérinaire, il faut voir si ritalîen 
ne nous offre pas le prototype du français. Or ce prototype 
existe. Je lis dans un ouvrage anonyme, imprimé à Venise en 
1584, la Sckîta di n^tabiU awertîminti pertinenîi a c4waUi^ à la 
page sé : M Facciasi cotai ranolûîa^ accio che più giovi, di crusca 
bolHta in sugna... » Suivent plusieurs autres recettes de rana* 
kUa, qu'il est inutile de rapporter m extenso^ où le son (crusca} 
joue toujours un rôle. Or, si Ton remarque que le son s'appelle 
refnola en italien % on voit tout de suite Tétymologie de renw- 
laiaj d'où est venu le français rémoulade. Personne ne se plain- 
dra de ne pas trouver dans la sauce si connue de nos jours l'in- 
grédient qui lui a donné son nom. 

LYONNAIS RODO 

« Rôdù^ frôler, toucher en passant, accrocher légèrement* 
lu roa ma rodo^ la roue m'a frôlé- De *radare, pour r ad ère, 
raser. » (N. du Puitspelu), 

M< Philipon fait la remarque suivante sur l'étymologie que 
je viens de reproduire : a Le maintien du d étonne; les 
exemples citfa à la phonétique ne sont pas concluants et le 
sens me semble commander FétymoL 'rotare '. » Mais il est 
clair que *rotare, inférieur pour le sens, ne convient pas 
mieux pour ta forme que •radare, le lyonnais ne faisant aucune 
différence entre t et d latins intervocaliques : il suffit de remar- 
quer que Tatemple de N. du Puitspelu contient le substantif 
rm à côté du verbe roda. Ce dernier vient de *rasîtâre K 



I. Voy. »ir ce mo( Mussâfii, Mtr. ^r Kmââ ier nordiial Mund.^ p. 59, 
j. Œ Jtatfww, XXIV, 271, « EiJMJ difka.fr^mç., p. 167, 



ÈTYMOLOGIES FRANÇAISES 



189 



I 



I 



RVBICAN 

Ce mot, qui est un terme de manège^ figure dans le 
Bktimmire d^ rAcidémie française dés 1694. Il ne s'emploie 
pamît-ilj qu'au masculin : comme adjectif, il se dit « de tout 
cheval noir, bai ou alezan, dont la robu, et surtout les flancs, 
«ont semés çà et là de poils blancs »■ et, comme substantif, il 
signifie « cette couleur de la robe d'un cheval n. Littré (que 
Scheler se borne à répéter) nous apprend qu'on a vu dans 
ruhkân un composé de ruber, « rouge », et de canus, 
« blanc »; mais, ajoute-t-il, a ce paraît être Tadj, bas latin 
rubricantera, rougeâtre, de ru bric a, rubrique n. Les deux 
hypothèses se valent, Boehmer a raison de considérer d*emb!ée 
ruMcan comme inséparable de l*espagnol rabkano^ du portu- 
gais mbkàù et de l*italien rabscanOy qui ont un sens analogue*. 
En effet, bien que Cotgrave ne connaisse que ruhicans^ « the 
whîte haires that be scattered herc and tbere upon the coats 
ôf some colon red horses » et ruprkam^ « a bay horse^ u, je 
lis dans le Trakîé des signes d£s cljevaulx imprimé à la suite 
de Im Martschakne de Laurent Ruse (Paris. Ch. Perier, 1559), 
(^ 1J3 v^ : « Le cheval rabican (c* est -à-dire bay, ayant poil 
gris en quelques endroits, mesmenient à la queue), lequel a des 
poilz blancs depuis la main en arrière, montre qu'il vault beau- 
coup *. ïî On lit rapimn dans VEcuirk du S. Federk Grismt 
(Paris, Ch* Perier IS59)^ f"* 6 v** : je ne sais si l'édition ita- 
lienne de F. Grisone que le traducteur français avait sous les 
yeux portait réellement rapkano, mais réditton de Venise 
1584 porte rabkana dans le passage correspondant*. 
Le françai.s tient donc rubimn de l*italien, qui le rient de 

t, DiwloFum mminibus equinorumy dans Uon?. Stuâim^ L 29?« 

2. Cette forme fxtrémenciéQt altérée vient d'Olivier de Serres ; l-'édîtîon 
d£ 160s diée par Liriré porte en eflfei a le cheval bay appelé ruprkam », IV^ 
10; l'éditiop de 1646 donne, au même passage, rubkan, 

|. Oudin De donne que néican, qu'il traduit par l'italien de fantaisie rvhi- 
£am\ mais d;in$ la partie italienne il donne deux fois rahkan comme traduc- 
tion de r^mm^ rtthkmto. 

4. L4 i« édition est de i S 50. A noter que Cardan dans son De rtmm 
vm^iOaii (Bile, 1557) latinise le mot en rafkanm, Dudin donne rapkano et 



tt)(9 A. THOMAS 

rr*|M^ii()l, qui le tient... Mais ici je ne peux donner raison â 
Hoelimcr qui considère l'espagnol rabicano comme dérivé de 
l'iiralH: raliaca, « miscendi sententia ». Rabicano se décompose 
tout naturellement en raboy « queue », et canOy « blanc » : 
uimpare/. rnhicoriOy rabilargo, etc., d'une part, et barbicanOy peli- 
cano^ etc.» de l'autre'. Le texte français de 1569, cité plus 
liant, est d'accord avec les dictionnnaires espagnols, qui 
expliquent rabicano par « que tiene algunas cerdas blancas en 
la cola », puisi]u'il dit : « ayant poils gris en quelques endroits, 
tnestnement ;\ la queue. » Certains dictionnaires espagnols 
donnent aussi rubicany « que tiene el pelo mezclado de blanco 
y roji) ». Il n'y fout voir qu'un gallicisme sans portée. 

RUSTINE 

" Kpstini;, s. m. l'ace de derrière d'un creuset dans lequel 
ow alHne la fonte » (Littré). S. m, est probablement une faute 
d'impression pour .v. /., car je ne sache pas qu'on n'ait jamais 
dit autrement que la rustine. Il est longuement question du 
nu>l et de la chose dans l'anicle forge de VEncyclopédie de 
Diderot, article paru en 1757 et dû à Bouchu, maître de forges 
,\ Wnixsaules proche Chàteauvilain, mais sans indication éty- 
mologique. Pour Bouchu, la rustifie est une pierre, ce qui fait 
svu^ger A Tallcmand stein comme second élément composant : 
on t^a qu\\ comp,iaT castifie, de kalkstein, Mozin et Sachs 
tiaduisctu ftistinc par hinterseite, sans plus; mais Sachs, dans la 
liste dos comixws dont rfwk est le premier élément, donne 
*ti.k.\:an, yy Axjx de creuset ou de rustine ». Je tiens que le 
tVansais ni.<::*te est emprunté de l'allemand rûckstan, comme 
plus d\m terme Je métallurgie \ 

SALBCROSSE 

laK^u:a>>e donni: îe terme meusien s^Ihircsse (var. salbu- 
•,>s\ .v..,Sfc»,-,vv^ par : * trépied sur U\;ueî on place le cuveau à 



i N .'*■<: .\«> xv." '."i-r.^I< .»^^.\ 



ETYMOLOGIES FRANÇAISES ICI 

fessîve'. â II le décompose fon justement en sal « selle w> et 
kmst; mais il identifie le second tdément avec te substantif 
féminin burossi^ « femme qui lave ta lessive u, ce qui n*est 
pas tout à fait exact. Dans sallmrosse^ hurosse est pour ^huerict^ 
adjectif qualificatif féminin signifiant « propre à buety à faire 
la lessive »» du type étymologique *bucaricîa, tandis que 
ém% le subst- burosse^ « femme qui lave la lessive *>, nous avons 
représentant de *bucatorissa *. 

SERRON (CÊRON, SURON} 

L'Académie a admis en 1762 dans son Dictionnaire !e mot 
itTr*7ii,subst. raasCj quVUe définit ainsi : « Boîte dans laquelle 
on apporte des dragues des pays étrangers, « Littré tire serrm 
du verbe serrer^ sans commentaire, A première vue^ serrm^éxznt 
un terme de commerce extérieur, doit être d origine exotique. Le 
Diaiônimire de Trévoux nous met sur la voie par un renvoi 
au Mercure de France j septembre 1724, p. 2048. Dans le passage 
visé, une correspondance d'Espagne anûonce que la flotte 
de la Nouvelle-Espagne est arrivée à Cadix et a rapporté « 143e 
serrofts de cochenille », Savary des Bnislons (1723) ne connaît 
pas serrm^ mais il donne cerm et suron (tous les deux aussi dans 
Littré), et sous ce dernier article il écrit ; " Suron ou cermi^ 
balot couvert de peau de boeuf, fraîche et sans apprêt, le poil en 
dedans, cousu avec des filets et lanières de la même peau. Ces 
balots viennent ordinairement de la Nouvelle-Espagne*.. Le 
mot est espagnol, mais francisé, mrom en espagnol signifiant 
un balot, » Le mot espagnol visé par Savary est manifeste* 
ment serm^ augmentatif de sera^ corbeille, manne ', II 



1. Sur le i»oy..k^ ,, .^^ trtct^ voir mes articles iampressr et paiîret (Rommm^ 
XXVIII, 19 s et 20 j), Godefroy ne connaU que Wrrije, V^d'itcùï *buerece 
ne parait pâs très répandu : le berrichon dh selk à bnk, le poitevin sdh di 

\* Cf. Kôrting, 7087; le rapprochement de r^spagnol um (portug* stiTâ) 
aircc le prov. sûrria et Téiymologie par le gernian. mlxtr, « jonc », ne 
peuvent être acceptés, M. Meyer-Lùbke a proposé le lat. séria qui est par- 
fait pour la phonétique {Ziitschr, /ûr œ^ter. Gymn,^ 1891, p, 765), 



l$2 A. THOMAS 

a aussi passé en anglais, où on récrit seron et seroony et sans 
doute dans d'autres langues '. 

SIGUETTE 

SigmUe est un terme de manège qui désigne, d'après Littré, 
un caveçon de fer creux garni de dents de fer et composé de 
pièces jointes par des charnières. On se sen de mors à la sigiuite^ 
surmontés d'une têtière, pour dompter les chevaux fougueux. 
Le mot est tel quel dans Trévoux, qui Ta pris à Furetière (i 690) : 
« C'est un cavesson de fer avec des dents comfne allés ttum 
scie... » Si Littré n'avait pas retranché de la définition tradi^ 
lionneUe ces cinq derniers mots, il aurait probablement trouvé 
sans peine Tétymologie : c'est Titalien se^ketta, proprement 
« petite scie ». Cotgrave ne donne pas siguitte^ mais seguetie, 
qui est le mot italien tout craché. Je ne sais d'où est sortie la 
{orme siguette^ qui a supptanté, au moins dans les dictionnaires^ 
la forme étymologique ^ : peut-être a-t-on pensé à scie. 

SOFASCHIER 

Godefroy a réuni un asse;î grand nombre d'exemples de cet 

ancien verbe français qui signifie « soulever, soupeser ja. Il a cru 
devoir les ranger sous Tarticle sousfaissier, comme si le mot était 
composé de sous et de fais^ ou représentait un type du latin 
vulgaire 'subtuifasciare. Aucun des exemples cités n'autorise 
cette manière de voir : il est absolument certain que sofaschier^ 
en picard sofaskkr\ est la seule forme authentique, laquelle 
s^exphque très régulièrement par Thypothèse d*un type *sub~ 
fascare, composé parasynthétique du latin vulgaire, formé avec 
Je préfixe sub et le substantif fascem, « faix ». On trouve 
aussi so^faschier^ dont le préfixe correspond ù subtiis et non à 
sub, soit que le latin voilgaire ait réellement connu la variante 



t. MoziQ ihm son Dkt. franf^-aîlem, traduit ou plutdt transcrit mrm ptr 

2. Une coquiHe typographique 4 transformé tt^itU <m figu£U£ dans l'édi- 
tion gcnevoist? de Del Campe, 44hré^f dt tari et matUêt à chtvaî (1677), p. 10, 
SI j'eD crois une citation faite par M. Schudiardt dans la Ziiischr, fur. rom. 
PHL, XXIU, p. 1^1. 



ÉTVMOLOGÏES FRANÇAISES I^J 

*subtusfascarej soit qu'il y ait eu, en français, substitution 
directe du préfixe so^ au préfixe *siK Le latin vulgaire paraît avoir 
tire uo autre composé parasynthéttque de fascem, à savoir 
•affascare. En effet GodefroVj dans son CompUnunt^ cite, à 
t'anicle afmsskr^ un texte picard de 1309 où n(f)faskîer est 
employé comme synonyme de « charger » : ce mot est i dis- 
tinguer de affaisser^ lequel a été cotnposé à une époque relati- 
vement moderne avec le préfixe a et le subst, fais^, 

SONGNOLE 

Carpentier a recueilli dans les lettres de rémission du Trésor 
des Chartes deux exemples d'un ancien mot français sotîgmk 
on songnallf^ qu'il a insérés dans son supplément à Du Cange ». 

Le premier, en date de 1409, est ainsi conçu ; « En icelle 
chambre le suppléant print et embla trois arbalestes, une son- 
gft4}He, un maillet, etc, w Carpentier traduit dubitativement par 
«t espèce de flèche w. Je n'ai pas de doute sur le sens, étant 
donné le voisinage du mot arbaksk : il s'agit du levier articulé 
ou pied-de-hiche des anciennes arbalètes, qui est appelé sinolle 
dans le Journal de Jean Mau point ** 

Le second, de Tan 1434, mentionne une rupture de « Tos de 
la songfwlf de i^espaule » : Carpentier le glose sagement par 
« pars humeri ». Je ne prendrai pas sur moi de décider si Tos 
en question est Tomoplate ou la clavicule, ce qui importe peu : 
je noterai seulement la parfaite convenance sémantique de cette 
appellation de sangnok appliquée à Tarticutation scapulo-humé- 
rale des anatoraistes. Il est évident, en effet, qu'ici, comme dans 
l'exemple de 1409^ songfwle représente la forme normale £a)- 
gnok (lat, pop, *ciconiôla)j dont je me suis occupé dans mes 
Essais de phiL franc, à 1 article dgnok. 



1. H est bîeo tentant de tirer le français moderfle fasther de •fascare 
^i fasciesse; mais taot que rhistoire de ce mot ne sera pas mieux connue, 
rétjTnologie en doit être r(ïservée, Uexêmplc du xïv^ siècle que Littré et 
QoàtîtQy ont emprunté i Du Gange interpolé par Carpentier n*cxisie pas 
ciellement : j'ai conté ailleurs en détail l'iiîstoire Je cette fâcheuse méprise 
(voy* M, ^nd^X^Extraih du rr^istri's Je compks de Stûni'Fhuryjptéiace.y 

2. Ces exemples sont accrochés au petit bonheur à Fartide umella^ 
m sonnette », 

j, Cf mes Euak âe pUU franc, ^ p. 409» addenda à la p. 267. 



194 A. THOMAS 



SORDENT 



Godefroy définit sordent par « frein, mors » ; il n'en donne 
que les deux exemples suivants : 

Barre vos a mise e sordent 
El règne (/wf^ régné) tôt (corr. toit) qui vos apent. 
(Beneeit, Ducs de Norm,, II, 17966, Michel). 

Des or se gardent Saisne, la pute gent grifaigne, 
Tel sordens loz est crius qui gaires n'en adagne. 
{Enf. God., Richel. 12588, fo 42»). 

Il a en outre un article soredent, où se trouve cet exemple 
unique : 

De lor lignage avons un sobredent (var. soredent). 
Qui son cousin Foucon a fait sanglant. 

(Herb. Leduc, Foulq. de Candie, p. 85, Tarbé.) 

A cet article, Godefroy considère soredent comme une 
« forme altérée pour la rime de sordon, rejeton ». 

En réalité, sobredenty soredent est le même mot que sordent, 

et ce mot ne signifie ni « frein », ni « mors », ni « rejeton » : 

c'est un composé de sor, « sur », et de dent^ qui est encore 

employé par Paré au xvr siècle, sous la forme sourdent, dans 

son sens propre de « dent qui vient hors du rang, sur une 

autre ou entre deux autres * ». Depuis lors, nous avons 

modernisé la forme et nous disons surdent, avec le même sens. 

Toute trace du sens figuré parait avoir disparu en français 

avec le moyen âge, mais la naissance même de ce figuré n*a 

rien de bien mystérieux. Sobredent est employé d'une £açon 

analogue en ancien provençal^; Mistral, v** subredent, indique 

même comme encore vivant le sens de « obstacle, embarras ». 

La forme sobredent dans Foulcon de Candie est curieuse. II 

n'est pas sûr que ce soit une forme véritablement provençale. 



1. Voyez Tart. surdent de Littré. Cotgrave traduit inexactement sourdeni 
par : « The stampe o( a brokcn tooth. » Évidemment, il ne s*cst pas rendu 
compte de la formation du mot. 

2. Cf. l'article sohredeiis du vocabulaire de la Clxinsott de la croisade contre Us 
AUngeois, édition P. Meycr. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES I95 

car elle peut provenir des dialectes du Sud-Ouest de la langue 
d'oïl, ou i de V latin se trouve plus d'une fois devant r * : je 
constate en effet l'existence de subredent jusque dans le patois 
du Bas Maine *. D'autre part, Littré enregistre soubredmt comme 
variante de surdent et il appuie cette forme d'un exemple de 
Giiyot QiscTi Gayot) de Pitaval, Causes célèbres, I, 24. Le 
Dictionnaire de Trévoux qualifie soubredent de « mot toulou- 
sain », et il a raison, car il montre que Gayot de Pitaval, 
« Fauteur peu célèbre des Causes célèbres », qui, par parenthèse, 
était de Lyon, l'a emprunté au jurisconsulte Coras, rapporteur 
du procès de Martin Guerre, celui « qui avoit deux soubredents 
à la mâchoire de dessus » . 

SOUCHET 

Littré tire de souche le nom de plante souchet, et à cela il n'y 
a qu'à applaudir. Mais il veut en tirer aussi un autre mot 
souchel, celui qui porte chez lui le n*» i, et qui y est défini 
ainsi : « pierre qui se tire au-dessous du dernier banc des 
carrières. » Il y a de quoi ouvrir de grands yeux. Pour ma 
pan, je ne vois pas ce que souchet peut avoir à démêler avec 
souht. 

Or il existe un verbe souchever, signifiant, d'après Littré, 
« enlever le souchet dans une carrière pour séparer les lits de 
pierre ». Arsène Darmesteter en a donné l'étymologie, qui 
avait échappe à Littré : souchever est composé de sous < sub- 
tus et de chever < cavare; c'est proprement « creuser en 
dessous ». Quant à souchet, Darmesteter déclare que « ce mot 
n'a probablement rien à voir dans l'étymologie de souchever^ » : 
il n'approuve donc qu'à moitié l'idée de Littré. Mais il me 
paraît aussi difficile de concevoir l'indépendance de souchet vis- 
à-vis de souchever que sa dérivation de souche. Je propose d'y 
voir un substantif verbal dont la forme primitive a dû être 
^ouschief, qui est à souschever comme essicf à essever, nieschief à 
^'^hever, relief à relever, etc. La forme normale *souchef ayant 



'• Gôrlich, Die sûdwestîichen Dialecte des langue d*oUy p. 95. 

2- lX)ttin. Gloss, du Bas-Maine, p. 479. 

3* Traité de la formation des noms composés, 2c éd., p. 153. 



196 A. THOMAS 

amuï régulièrement son /finale la confusion avec le sufBxe 
dituitiutif f/ s*est facilement imposée* 

SOURDON 

Le SQurdm est un coquillage du genre cardium^ très abon- 
dant sur nos côtes, où il porte divers noms recueillis par 
M. Rolland '. Mistral enregistre sourdoun^ comme nom de ce 
coquillage, en le rapprochant du roman sordonQ); il semble 
pourtant que le mot n'est véritablement usité que sur les côtes 
de la Saintonge, de TAunis et du Poitou*. Quelle en est 
Tétymologie? Bien qut: sourdon soit dans Cotgrave (qui Fa tiré 
du célèbre livre de Rondelet sur les poissons), dans Oudin et 
dans Trévoux, nos premiers étymologistes l'ont négligé * Mistral 
le tire de sourd, mais sans s*expliquer autrement. Peut-être 
faut*il y voir le même mot que l'ancien français sourdon, 
variante de sour/mt^ surgeon^ source, dont Godefroy a réuni 
un certain nombre d'exemples <. J'emprunte à Trévoux un 
détail qui me suggère cette idée^ et je la donne pour ce qu'elle 
vaut : « Les tuyaux dont il attire et jette Teau sont très couns. 
C'est par ces petits jets d'eau, qu'il pousse à plus de deux pteds 
de distance, qu'on découvre où il est. )> 

SOUTIŒ 

Smtrc est un subst. masc. qui se dit dans quelques études 
provinciales d'une pancarte de papier qu'on met sur le bureau 
pour écrire dessus ^ y, serrer des notes, etc., ce que l'on appelle 
couramment un « sous-main ». Littié ne donne que ce sens 
dans le corps de son dictionnaire; mais dans le Supplément, il 
a accueilli celui de « partie inférieure », que le mot possède en 
Aunis,*et dtè un vers de D'Aubigné à l'appui, Id comme là, il 



r ŒThUTOi,Pr0ffmc. franc., 11, ijî et s. 

î, faum p0p^, m, 220. Sans parler de hucûrdi, <îui est savîwit, Tatitetir cite 
ètiomtiû, capdan^ mourgue et piairt^ dans la Médit errarn^c ; maiUoi^ maym. 
p^mtek, i Arcachon; tourdon^ sur les côtes de TOuesi; raguùimu^ à Hoir- 
mouticr, et ri^UikU, rigûâîil, a Audierne; ioqu( et Mmn, dans la Manche, 
D'après Mistral, le sourdon portt.- aussi le nom àcfoltgo dans îe Midi. 

y Besmrdo, usité dans TAude, d*apri^ Rolland» est-il de la même famille î 

4, Cf, rart. sardûH du Giou, du Cintré de Jaubcn. 



frlTMOLOGIES FRANÇAISES I97 

dfele mot du latin su b ter. L'étymologie ne vaut rien, pour 

plds J'une raison. La plus apparente, c'est que soutre est en 

ancien français soustre % et que la présence d'une s dans la 

forme primitive est confirmée par les patois du Centre et de 

l'Ouest qui disent soûtre^. Le provençal possède également 

mître, qui signifie entre autres choses a litière » et le 

vcrht sousîrar, en saintongeais soâtré « faire litière >>. Mistral 

fkit venir muirar d^ soustre : c'est le rapport inverse qu'il faut 

.{dmettre. Sautre est un substantif verbal tiré de souinr^ comme 

rtpQs de reposer^ bris de briser^ etc. M, Meyer-Lubke a fort 

bien expliqué l'origine du saintongeais soûtrer et du provençal 

strâr^ : ils remontent tous deux au latin vulgaire *sub- 

"strare, infinitif refait d'après le participe passé *substratum, 

«]ui a remplacé substernere, étendre dessous, faire la litière. 



TACRE 

JI^Klefroy donne darre, dahrt% « sorte de mesure », d'après les 

îîves de Saint-Omer. Son article dacre doit être fondu avec 

'article iacre « bloc^ certaine quantité, en particulier lot de 

^^^ts, au nombre de dix ». Sont à joindre au dossier les articles 

d^^€i^ îaclm 2 (en partie), tachia 5, tachra^ et iacra de Du 

Carige. De cet ensemble de textes, il résulte que Texpression 

%re dt cuirs était employée au moyen âge, non seulement au 

Narci et au Nord-Est, mais à Paris, en Berry, en Anjou et 

f^^u'cn Bretagne +, Les textes cités ne dépassent pas le 

'^^^ siècle; pourtant le mot a vécu beaucoup plus tard, et peut- 

^fr^ est-il encore vivant aujourd'hui. J'en trouve la preuve 

*l3Ci3 Tanicle suivant du Dictionnaire du Commerce de Savary 

fTzz:^::^::^ 

^ ^ - Cf* Jmbert, Gh$5. du Centre^ et Jônain, Dict. du patois iaintongfais. A 

lar-t:îcle mttt, tâUré cite les formes du Bcrry tôâtre, siûûtre, sioûk ; ces 

'*'" *"*^es airreïpondetit au français ^ouirt, et non à îouU^ terme <Je marine, qui 

^^ Cémmb, Jaubert donne îe sens de w sous-main i dans son Supplèmeni, 

'% * Gramm. du langues rotn., t. II, § 117, 

■ ^^ - On tnouvc quelquefois (en Angleterre et en Kormandîe) le mot appliqué 
.^^"«^c certaine quantité de fer Godefroy fait iaçn du masculhi ; mais ce genre 
^ ^ ÇîpjiratE que dans les textes les plus récents, les plus anciens employant le 
.ir^oi ao féminin. 



198 A. THOMAS 

des Bruslons (Supplément, 173 0> reproduit par les dernières 
éditions de Trévoux : « Tracque. On nomme ainsi au Croisic 
en Bretagne un certain nombre de cuirs à poil, sur le pied 
duquel se payent les droits de la prévôté de Nantes. Il feut dix 
cuirs pour un tracque; le droit de chaque tracque est de deux 
sols monnoye. » 

Le néerl. daker, Tallem. decker et Tangl. dicker ont exacte- 
ment le sens de Tanc. franc. dacrCy tacre; les germanistes les 
tirent du latin decuria*. Il n'est pas douteux que le français 
soit d'origine germanique, mais je ne vois pas d'où vient Ta, 
qu'il possède en commun avec le néerlandais, ni la cause du 
changement du d initial en /, changement que nous offrent 
tous nos textes français, sauf ceux de Saint-Omer. 

TARANCHE 

Littré ne donne ni historique ni étymologie au substantif 
féminin tarajichy qu'il se contente de définir ainsi : « Grosse 
cheville de fer qui sert à tourner la vis d'un pressoir. » Le mot 
n'est pas dans nos plus anciens dictionnaires; il apparaît à la fin 
du xvH* siècle dans le Dictiomiaire des ternies d'arts et de sciences 
de Thomas Corneille (1694), et il a passé de là dans Trévoux. 
Il est impossible de méconnaître le moderne taranche — dont 
j'ignore l'habitat exact, aucun dictionnaire patois ne l'enregis- 
trant — dans le latin gallo-romain tarinca, qui a exactement 
le même sens. Du Cmge a relevé taringa dans la Passion et 
dans l'Invention de saint Quentin, et tarinca dans la Passion 
des saints Fuscien et Victoric. Son article, qui a été résumé 
dans le Forccllini-De Vit, demande à être remanié ainsi qu'il 
cuit. Tarinca ne se trouve pas seulement dans la Passion des 
saints Fuscien et Victoric, mais dans la rédaction la plus 
ancienne (iV siècle ?) de la Passion et de Tlnvention de saint 
Quentin : « Ricciovarus jussit vocari fabrum ferrarium ut 
faceret tarincas duas quae a cervice usque ad crura ejus attin- 
gerent, et alias dcccm quas inter ungulas et carnem mitterent 
in digitos ejus.... Et in digitos ejus cand^^ntes tarincas intu- 
lit.... Tarincas quae in Quintini sancti coqius fuerant con- 



1. Ct. Tan. i/xVivr dcMurrav. 



èTYMOLOGIES FRANÇAISES I99 

fictae'. » L'auteur de la seconde rédaction a remplacé tarinca, 
qui lui a sans doute paru barbare, par sudes ou par clavus. Ce 
n'est que dans la troisième rédaction, probablement de peu 
antérieure au xii* siècle, que se trouve à deux reprises la forme 
tarir^a relevée par Du Cange : « Sudes ferreas quae gallica 
lingua taringœ vocantur^. » Cette forme est donc sans grande 
autorité, et tarinca, appuyé par le français taranche, doit être 
inscrit sans aucune hésitation dans le vocabulaire du latin vul- 
gaire des Gaules : c'est un mot celtique, dont la racine se 
retrouve dans taratrum, d'où nous avons fait tarière. 

Le mot français taranche est-il le seul représentant dans les 
langues romanes de l'ancien gaulois tarinca ? Ménage s'est adres- 
sé à ce dernier pour l'étymologie du français tringle^ mais il a 
fait fausse route, comme je le montrerai plus loin. Les dialectes 
méridionaux de la France emploient pour exprimer l'idée de 
a écharde », et quelquefois de « attelle » des termes variés que 
Mistral a réunis à l'article esterlinco : parmi ces termes, tarenco, 
iarencloy usités en Rouergue, remontent certainement à tarinca, 
*tarincula. Les autres paraissent issus d'un croisement entre 
tarinca d'une part, hastella et scandula de l'autre : je ne 
saurais pouf le moment débrouiller cet écheveau. 

Je mentionnerai, pour terminer, deux mots italiens que 
je crois apparentés au français : tarencOy enregistré par Oudin 
qui le définit « la partie du compas où l'on met la pointe 
ou le crayon », et tarengo, lame de fer servant d'armature à la 
jante d'une roue. 

TENAIS 

Je ne connais le mot tenais que pour l'avoir lu dans le 
dictionnaire de Cotgrave, où figure l'article suivant : « tenais, 
m. The slip of a plant. » Appliqué à une plante, slip signifie 
« bouture, plant ». Il faudrait connaître la source de Cotgrave 
pour décider s'il a exactement rendu le sens de tenais^. En tout 

1 . Acta Sanctoruifty octobr. XIII, p. 783 et 786. 

2. Ihid.y p. 799 et 800. [Je crois que gdlHca lingua désigne ici le français. 
— G. P.] 

3 . On peut se demander en effet si tenais ne désigne pas les vrilles de la 
vigne et autres plantes grimpantes, vrilles qui portent aussi le nom de tenons. 
Ce sens de Unorty qui manque dans Littré, est donné par Trévoux. 



200 A. THOMAS 

cas, je n'hésite pas à saluer dans ce dernier un représentant 
populaire, merveilleusement régulier, du latin tenacem, 
c'est-à-dire un doublet de tenace. Les auteurs latins qui ont 
écrit sur l'agriculture emploient déjà tenax substantivement, 
pour désigner soit un lien en général, soit le pédicule des 
fruits *. Tenacem est d'ailleurs représenté en roman, sous 
une forme populaire, par le sarde tenage, « manche », et le 
portugais tena:(^y « tenaille » *. 

TIE 

Le subst. fém. tie est répandu dans tout le domaine occiden- 
tal de la langue d'oïl, où il désigne soit un cône de métal, avec 
une rainure en spirale, adapté en haut du fuseau pour retenir le 
fil, quand on file à la quenouille, soit un crochet de métal 
adapté à l'aiguille sur laquelle tourne le ftiseau, quand on file 
au rouets Ménage lui a fait les honneurs de son Dictionnaire 
étymologique, et comme il le tire de theca, il l'écrit thie *. Cette 
étymologie est séduisante au point de vue sémantique 5, mais 
elle n'en est pas moins fausse : thêca a donnédans les dialectes 
de l'Ouest teie, taie, qui ne peut aboutir à tie. Il faut chercher 
ailleurs. Je propose de rattacher tie au radical germanique qui 



1. Gipita olearum ulmeis vinculis jvel tenacibus quibuscumque constricta 
Palladius, III, i8. Pira lecta cum tenacibus suis, Id., III, 25. Mala cum 
tenacibus lecta, Id., IV, 10. Botryonum tenaces, Id., X, 17. 

2. Meycr-Lùbke, Gramm. des lan^. rom., II, 5 413; cf. Kôrting, 8094, 
Suppl. 

3. Le mot se trouve dans Favre, Gîoss, du Poitou, de la Saintonge et de 
l'Aunis, dans Jônain, Dict. du patois saintongeais, et dans Dottin, Glosi, 
du Bas-Maine Jônain déclare hardiment que « tie est le pur hébreu thiu, 
filer ». 

4. C'est avec cette orthographe que le mot a pris place dans le Dict. des 
Arts de Thomas Corneille, dans le Dictionnaire de Trévoux (où la tJjie est 
d'abt^rd confondue avec le peson ou verteiî, mais bien définie dans la 
seconde partie de l'article), etc. Littré n'a pas cru devoir le recueillir. 
Malgré cela, thie est considéré par d'aucuns comme un mot français, 
et Mistral l'emploie pour traduire le provençal nwuscouh. 

5 . On trouve theca au sens de « dé à coudre » dans le latin du moyen 
âge. 



èlYMOLOGIES FRANÇAISES 201 

^^ mvç dans le gothique tiuhan (allem. %iehtn)^ tirer : 

anglo-saxon nous offre un développement panîculier du sens, 

attesté encore aujourd'hui par raiigbis lie (autrefois îigt)y 

n. attache, crampon », qui est tout à fait en harmonie avec 

l'office séculaire de la tk du fuseau ^, 



I 



TïRETOÎRE 

Littré enregistre îinimre comme le nom d'un instrument de 
lonnelier, qu'il ne décrit pâs% et d'un instrument de dentiste 
servant à extraire les incisives et les racines de la mâchoire 
inférieure. Dans le manuscrit do Dktkmnûire général^ Darmes- 
ictcr considère ce mot, dont Littré ne donne pas fétymologie, 
comme un dérivé de tirette. Cette explication n'est guère satis- 
tiisante : outre que les mots en air dérivent ordinairement 
fun verbe, îireîte n'a aucun rapport sémantique avec tiritoire. 
Tiritoire^ écrit aussi îirtoire^ me paraît être une altération 
récente, due à l'influence du verbe tirer^ de trétoire^ primitive- 
ment traiîoirfK II est clair que le mot français îraiîoirt corres- 
pond au latin tractoria, « qui sert à tirer »^ Furetière 
attribue à Nicot cette ètymologie; elle résulte de la présence 
dans Nicot d'un article ainsi conçu ; « Traicioire de tonnelier ^ 
tractoria. n Cet article^ ajouté dans l'édition de 1564 du 

I. Littré ne parle pas de là /«* ou thie an fuseau. En revanche, il a un 
Article « nV, s. l', instrument des ouvriers qui font des ouvrages de racleric 
dans les forêts «. je ne sais ce que c'est au juste que cet instrument : ik est- 
il pour iiUf^ <t aîssetie n^ mot dont MM. Bugge et Joret se sont occupés ici- 
méTne, lU, 158, et IX, 4jS? L^ chose est possible, lingmstiquemenl pAi- 
laot^ car je note que dans le Dictiminaire du Commerce de Savary des Bms- 
lons^ à V^mde fusmu. Il est dit : * H y en a (des ftkuses) qui se servent 
d^tinc iiih, qui est un petit morceau d'argent ou de fer blanc, fait un peu en 
rb, <|ui se rael au bout d*en haut du fuseau au lieu de coche, et sur lequel 
le ÛJ »e lie comme de lui-même* « 

a. Ceimstrument sert j tirer les derniers cerceaux d'une futaille pour tes 
(mtc entrer â force. On en trouvera une longue description dans Savary des 
BnisIanSp DkL du Cammerce^ art. tmmîier. Savary écrit tirtoir. 

I Trditùift (ou trmtmf) et irétoin sont dans Littré, sans étyniologîc : 
sous b demiène orthographe, le mot s'jpplii^ue à une tenaille de bois à 
i'usiage du vannier, 

4. En Derry. \2Lirait0ire du tonnelier s'appe tienne Hrmkn (Jtubert). 



202 A. THOMAS 

Dici.francoislatitiy doit être de Jean Thierry et non de Nicot ' : 
mais quel que soit son premier auteur, Tétymologie n'en est pas 
moins bonne. 

TIRE-VEILLE 

Tire-veille est le nom d'une corde servant de rampe de chaque 
côté de l'escalier extérieur d'un navire. Littré emprunte à Jal 
l'explication étymologique suivante : « Tirer et veiller : veille à 
ce que la corde ne casse, et tire dessus pour t'aider à monter. » 
Arsène Darmestcter enregistre tire-veille parmi les composés ayant 
un double impératif qui dépendent de l'ellipse « ce à quoi l'on 
dit », sans faire d'observation particulière ^. Il faudrait au moins 
le mettre dans la série « ce à propos de quoi on dit », ou même 
dans b série « ce qui dit ». Mais là n'est pas la question. 
Furetière, en 1690, et Aubin, en 1702, ne connaissent que 
tire-vieille, et les dictionnaires postérieurs laissent le choix entre 
tire-vieille et tire-veille. Il est facile de voir que tire-veille est une 
altération irraisonnée, et que le mot est composé avec le verbe 
tirera l'impératif et le substantif vieille au vocatif : tire, vieille. 
pour t'aider à monter. C'est une plaisanterie de nos bons marins 
qui n'a rien de bien difficile à saisir. 

TITRE (terme de chasse) 

Littré a éprouvé le besoin singulier de constituer un 
article titre 2 pour le sens de « sigle abréviatif», mais ilaenre^ 
gistré sans aucune remarque, comme n** 17 de son article titr- 
I, le sens de titre dans la langue de la vénerie : « Lieu, relais 
où l'on poste les chiens pour courir la bête à propos quand 
elle passe'. » Pourtant titre, en ce dernier sens, est un mot 



1 . Nicot donne à Tinstrument du tonnelier le nom de tourtoire, qu'il rat- 
tache judicieusement à torquec, tandis qu'il voit dans la tourtoire du veneur un 
mot dérivé du verbe tourner. Dans l'un comme dans l'autre emploi le français 
tourtoire représente le latin *tortoria, dérivé du supin de torquere. 

2. Traité des mots composés^ 2«-" éd., p. 226. Dans le manuscrit du Diction- 
naire général on lit : « Composé de tireti de vt-ille : tire sur la corde et veille 
à ne pas tomber. « 

3. De là le composé attitrcr v poser les chiens dans des relais pour 
attendre le gibier », qui s'est employé au figuré au sens de « apostcr » 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES 2O3 

tout différent de titre < titulum. L'ancienne forme est 
tristrcy ou triste y dont Godefroy donne quatre exemples, avec la 
traduction « affût, aguet ' ». Deux de ces exemples proviennent 
de la Vie de saint Gilles. Les éditeurs de ce texte, MM. Bos et 
G- Paris, ont fort bien indiqué dans leur glossaire que cette 
ancienne forme correspondait au terme actuel titre -^ mais comme 
ils ne disent rien de Tétymologie, il peut être utile d'en parler. Le 
mot est représenté de nos jours non seulement par notre terme 
de chasse titre, mais par l'anglais trysty qui signifie « rendez- 
vous » : les germanistes considèrent tryst comme une variante 
de trust « confiance » et le rapprochent de l'islandais treystUy 
a assurer » et « compter sur ». Aux quatre exemples de 
Godefroy on peut ajouter les textes latins cités dans Du Gange, 
article trista. Un de ces textes offre même le mot sous sa forme 
française : « tristre (var. terstre) in ter boscum et forestam. » Ce 
texte provient de la Normandie, et non de la Grande-Bretagne, 
Je suis porté à croire que l'anglais tryst, autrefois trist, est un 
emprunt au français (j'entends par « français » le « roman » 
parlé en Normandie), et que le français l'a reçu directement des 
langues Scandinaves au temps de l'établissement en Neustrie de 
Rou et de ses compagnons. 

TRÉTEAU 

Il y a une difficulté phonétique à l'étymologie tréteau > 
*transtellum proposé depuis longtemps par M. G. Paris* : 
pourquoi l'a latin entravé est-il représenté par un e en français ? 
Cette difficulté se présente aussi pour le simple transtrum, 
car irestre est non moins fréquent que trastre en ancien fran- 
çais ^ D'après A. Darmesieter, l'élément trans de *trans- 

jusqu*i la fin du xviiie siècle, bien que Littré ni le Dict. gén. ne fassent pas 
mention de ce sens. Furetière a fort bien indiqué le rapport de attitrer et de 
titre f terme de chasse. 

1. Le mot se trouve en outre dans Wace, Rou, III, 10558, variante, et 
dans Froissart, Paradis, 869 et 923 : j'emprunte ces indications à M. Foerstcr, 
édition du Chevalier au îioti, p. 288. 

2. Dans les notes sur Diez, Ane. gloss. romans, trad. Bauer; cf. Romania, 

m, 420. 

3. Cf. Godefroy trastre. Signalons en passant la curieuse forme wallonne 
terrastre, dont Godefroy n*a pas reconnu T identité avec trastre. 



204 A- THOMAS 

tell u m aurait été traité comme le mot trans lui-même, 
lequel est devenu très, d'où trestely tréteau » : c'est bien difficile à 
admettre si l'on considère /rdj/e/ seul, tout à fait impossible siron 
y joint trestrCy dont Darmesteter ne parle pas. Je suppose que 
dans le latin vulgaire de la Gaule il s'est produit une contami- 
nation entre trïstegum et transtrum. Le premier de ces 
mots, emprunté du grec Tp{<r:eYcv, est fort employé par les écri- 
vains latins de la basse époque (saint Jérôme, Grégoire de 
Tours, etc.) pour désigner le troisième étage d'une maison, 
celui où les transtra qui supportent le toit sautent aux yeux *. 
De là, j'imagine, des formes vulgaires *trïstrum, *trïstei- 
lum, qui expliqueraient bien trestre,trestel dt l'ancien français. 
Une contamination d'un autre genre s'est produite dans le 
Midi de la France : le provençal moderne trast, trastety « gale- 
tas, soupente », remonte pour la forme à transtrum, mais 
pour le sens à trïstegum. 

TRÉVIN 

Arsène Darmesteter a oublié de relever dans son Traité de la 
formation des noms composés le substantif trévin, synonyme de 
« piquette », qui se trouve dans le Supplément de Littré. Ce 
dernier en explique ainsi la formation : « Tré^ du latin treSy trois, 
et vin : comme qui dirait tiers de vin. » Il me paraît bien préfé- 
rable de reconnaître dans le premier élément du mot composé 
la particule très, dans son sens ordinaire de « derrière, arrière ». 
Le provençal moderne désigne la piquette par le mot reire-tnn, 
littéralement « arrière -vin »; d'autre part le mot avant-mn ^ a 
été appliqué à du vin fait avec du raisin cueilli avant l'ouver- 
ture officielle des vendanges. 



1 . Noms composés y 2» éd., p. 93. 

2. M. Bonnet, dans sa thèse sur Grégoire de Tours, renvoie à une note 
très instructive de M. Rônsch sur trïstegum^ Rom. Forschungen, II, 283. 

3 . Voyez Littré à Tarticle va-devant y où est cité un arrêt du parlement du 
4 août 1787 portant défense de « cueillir des raisins... pour faire du vin dit 
avant-vin ou va-devant ». Littré a oublié d'enregistrer cet intéressant com- 
posé à son ordre alphabétique, et aucun de nos dictionnaires ne le donne. 
Naturellement il n'est pas non plus dans Darmesteter, qui a omis va-devant. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES 



20S 



TRINGLE (TR ANGLE, TINGLE). 

» Peult estrcj dit Robert Estienne, que ce mot tringle vient 
de régula en ajoutant nnt. » Ménage, qui a sur la conscience 
plus d*une éiymologie de même calibre, ne veut pourtant pas 
decerlle-là : il tire tringle de *taringola, diminutif du latin 
Hïéi-ovingien taringa, J ai dit plus haut que la langue tech- 
nique possède un mot taratirhe dans lequel il est impossible de 
iBt^<= connaître tarinca : de *taringula n'aurait pu sortir que 
tûw-emgk, Scheler fait appel à un type *stringuU pour *s tri- 
gui^, diminutif du latin classique striga (et non strix, qui 
désigne un oiseau de nuit) ; mais, sans parler d autres objections^ 
^tr i ga ayant un i bref ne peut s'accorder avec Vi de tringle. 
^ J €^ n'hésite pas à reconnaître le mot actuel tringle dans Tanc- 
fr^irnçais tingle^ dont il y a plusieurs exemptes dans Godefroy^ 
avec^ la traduction « solive ». Cette traduction est inexacte; il 
^**KÎt bel et bien de tringles K Le latin tignulum, diminutif 
dé tignum» ne peut être la base étymologique, car il a un i 
^T^f^(£j. tigillom) et le rapport de sens n'est pas tout à fait 
satisfaisant. D*autre part^ il est impossible de méconnaître la 
P^ï^^nté du mot français qui nous occupe et du néerlandais 
^^^^■tî ou tingeî que le dictionnaire de Kramers définit ainsi ; 
* 'tTingle, cale, garniture de bois mince entre des pièces de 
CD ^i^ipente qui ne se touchent pas comme il faut; trousse-barre, 
dax-îvotte ou darivette qui joint ensemble les coupons d'un 
^a^în à flotter. » Tinglt^ aujourd*hui tringle^ semble donc nous 
et m- ^ venu des Pays-Bas =. 

-A côté de tringle les dictionnaires français modernes donnent 
fr^:M7tgUy qui s'applique dans la langue du blason à des fasces 



l . A rapprocher tics aitides tingk^ Hnglir^ tifigîertt0ut tifigîerex) et lingîturt 
Codefroy, l'article Hnguîarc inséré p3X Carpcntïer dans Du Cinge, et la 
ution de tringk dans Furctière : u règle de bols longue et étroite qui sert 
hcr «juelques ouvenures de portes, fenesïrcs, châssis, eic, ; pièce de 
ïiti*.* qui sert i couvrir Jcs joints des pbtichcs d*un bateau, jj 
3. Uâllcm. tmgd vient aussi du néerlandais. Ce dernier se rattaclie au 
*^*^^îîje tiDgâ, ungia, h serré, lié a. Cf. Fick, P'ergl, etym. Wœrt. iUr 
rSpr.f î* éd., m, 116; et J. tcn Doomkat Koolman, fVœrt, der ostjrm. 
40s. 



^JH^. ,m, 



206 A. THOMAS 

rétrécies figurant sur Técu en nombre impair, par opposition 
aux burelles, qui sont des fasces rétrécies en nombre pair. Je 
ne doute pas de Tidentité étymologique de trangle et de tringlCy 
identité indiquée par Littré : trangle correspond à la variante 
tengel du néerkndais, comme tringle à la variante tingel\ 

TRONIÈRE 

a Trônière, s. f. Terme d'artillerie. Embrasure d'une 
batterie de canon » (Littré). L'accent circonflexe qui surmonte 
Vo de ce mot est de mauvais aloi et dû à une étymologie 
populaire : il vient de trârtfy et est représenté par une s dans 
Furetière, qui écrit trosniere (1690). Avant Furetière je ne 
trouve rien dans Richelet, Oudin, Cotgrave, Nicot. Le mot 
existe avec le même sens en italien (troniera) et en espagnol 
(trônera). Oudin donne le mot italien à la fois sous la forme 
trontera et sous la forme trônera. Il est clair qu'il est fonciè- 
rement espagnol, dérivé de trueno, proprement « tonnerre », 
qui s'est appliqué à une variété de canon; mais il n'est pas 
impossible que le français l'ait reçu par l'intermédiaire de 
l'italien. 

TYMPE 

« Tympe ou timpCy s. f. Pierre maçonnée à la partie anté- 
rieure d'un fourneau de forge. » (Littré). — « Plaque de fonte 
qui est placée sur le devant d'un haut-fourneau de forge, au 



I. Je relève au dernier moment quelques faits qui viennent à l'appui de 
l'identité tringle z= tingle. Il y a dans V Encyclopédie de Diderot un article 
ainsi conçu : « Tingîe, s. 1"., terme de rivière, pièce de merrain dont on se 
sert pour ètancher l'eau qui entreroit dans les bateaux en mettant de la 
mousse tout autour de la tingle. » C'est le sens donné par Furetière à tringle, 
sens qu'on est étonné de ne pas trouver dans Littré. — Le catalan et l'espa- 
gnol possèdent le subst. fém. lingle, qui s'applique à l'outil avec lequel les 
vitriers ouvrent le plomb dans lequel ils enchâssent les vitraux : tringUtU 
s'emploie en français dans le même sens technique, et probablement aussi 
tringle; le catalan et l'espagnol viennent sûrement du français. — L'espagnol 
titi^la.ir, " hangar •», tinglar, tingladillo, « border, bordage à clin », viennent 
peut-être du même radical. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES 207 

bas des estalages. Nous écrivons par \iny k cause de l'analogie 
zvec tympan. » (Jaubert). — « Une pierre taillée qu'on appelle 
tympe ...Avant de la poser, vous placez à l'extrémité des cos- 
tièressur le devant un morceau de fer... qu'on appelle aussi 
tympe » (Bouchu, art. forge de V Encyclopédie àc Diderot, t. VIII, 
p. 150, paru en 1757). 

Je crois que tout rapport entre tympe et tympanum doit 
être écarté et que, comme pour rustine étudié plus haut, il faut 
s'adresser à l'allemand. Dans cette langue, tiïmpely qui signifie 
proprement « creux », s'applique précisément au creux du foyer 
du fourneau ou bassin de réception : là est la source du français 
tfm^, qu'il eût été plus sage d'écrire avec un /, sans préoccupation 
étymologique '. 

VELANÈDE, VÉLANI 

On appelle dans l'industrie velanéde, et quelquefois avela- 
nèdt^^ la cupule du gland du chêne d'Orient, dit chêne vclani 
(quercus aegilops^y utilisée pour le tannage dès cuirs. Littré 
donne aussi les formes vallonà^ velonnêe^ dont il n'a pas vu le 
rapport avec velanède ; dans son Supplément y à l'article vallonà, 
il signale encore valonie, qu'il rapproche du bas-latin' î;j//û«w, 
et où il croit reconnaître l'allemand wallnuss, à l'encontre des 
Bénédictins, qui avaient pensé au latin balanus. Les 
Bénédictins ont à peu près raison : nous sommes en présence 
d'un mot emprunté directement au grec moderne, qui appelle 
k gland gaAiv. ou fiaXaviSt et le chêne gaXaviôta. Voici un 
passage de P. Belon qui ne laissera aucun doute : 

A Lemnos... il y a une forest d'Esculus, lesquels on ne couppe poini pour 
bnisler, d'autant qu'ils rendent une drogue que les Grecs et les Italiens 
appellent delà velonie. Des calices et gland d'Esculus... ils se servent pour 
accoustrer et conroyer les cuirs ». 



I. L'espagnol /im/w, donné par le dictionnaire de Cuesta (1886), vient du 
fiançais. ~ L'italien tonfano et le prov. tomple, « gouffre, fondrière », ont 
*t* famenés par Diez à l'anc. haut allem. tumphilo (Kôrting, 8424). 

^- Le Dictionnaire de V Académie ne donne que avelanide^ admis en 1798. 

3- Oherv. déplus. singulariti\. . . , I, 30, p. 30 de l'éd. de Paris, ISSS- 
^^s le même ouvrage, Belon transcrit par valagnida (p. 40) ou velagnida 



208 A. THOMAS 

C'est par le commerce de Marseille que le gland d'Orient, le 
gaXavtSi, a pénétré en France ; la déformation de son nom en 
avelanide est probablement due à une confusion avec le mot 
provençal avelanedo, « coudraie * ». 

A. Thomas. 



POST-SCRIPTUM 

P. 167, note I. Le mémoire de M. Schuchardt vient de 
paraître dans le tome 141 des SitTiungsberichte de l'Académie 
de Vienne sous le titre de Romanische Etymologien^ H. L'au- 
teur mentionne en effet, p. 3 1, notre mot cagouille comme un 
représentant de *coculia; il voit dans *coculia un hybride 
de *cocula et de conchylium. P. 16, il déclare que 
l'hypothèse de coculea pour cochlea dans Plante lui 
paraît invraisemblable à cause de l'accent tonique, tout en 
concédant que nuculeus aurait pu servir de modèle à cette 
reformation. 

P. 200. On trouvera d'intéressants détails sur la tie du 
fuseau (avec des dessins à l'appui) dans le mémoire de 
M. Schuchardt dont il vient d'être parlé, p. 37-50 et 195-198. 
L'auteur mentionne en passant, p. 41, notre mot tie, qu'il 
écrit thie et qu'il tire de theca. ^ 



(p. 149, où le typographe a imprime velagiiidd) le nom grec du chêne. 
Cf. les articles ifîamet vdanida du Dictionnaire de Trévoux. 
I. Mistral écrit même avellanède (article agJati). 



SUR HUON DE BORDEAUX 



Ayant eu à revoir, pour l'insérer dans un recueil qui va 
paraître incessamment *, l'article que j'ai publié, il y a près de 
quarante ans dans la Revue germanique * sur Huon de Bordeaux^ 
j'ai examiné les différents travaux qui ont depuis lors été publiés 
sur ce sujet, et j'en prends occasion pour communiquer ici 
quelques remarques complémentaires ou rectificatives ^ Je ne 
fais qu'indiquer brièvement ce qui a déjà, à plusieurs reprises, 
été signalé dans la Romania, Je suivrai non l'ordre chronolo- 
gique des publications, mais l'ordre logique des questions qui 
concernent le poème, en allant des plus extérieures aux plus 
intimes. 

Je n'ai pas abordé dans mon article la question du rapport 



1 . Poinus et légendes du moyen âge, Paris , Soc. d'éditions artistiques, 
1900, in-i2. 

2. T. XVI (1861), p. 3SO-390. 

5. Une liste de ces travaux jusqu'en 1890 se trouve dans la Bibliographie 
des chansons di geste de L. Gautier; il n'y manque guère que l'indication du 
livre de M. KalflF et des importantes pages de M. P. Rajna citées plus loin. 
Depuis 1890 il n'a paru que la dissertation de M. Friedwagner sur la 
lan^e du texte publié {Rom, y XX, 378) et divers travaux sur les suites du 
poème. De ceux-là je ne m'occuperai pas ici, ces suites n'ayant en réalité 
aucun rapport avec la chanson primitive (non plus que le préambule, Auherou, 
imprimé par M. Graf). Je ferai seulement remarquer que Jean des Prez, l'in- 
fatigable rimeur et compilateur liégeois du xiv* siècle, paraît avoir composé 
ime gUste nauelle de n Hugues de Bordeaux », ou du moins avoir donné à 
notre héros une place dans son immense et confuse geste d'Ogier : voyez 
les passages cités à la Table de M. Borgnet au dernier volume de l'édition 
ide la Mer des Estores; tout le rôle qu'il y faisait jouer à Huon semble posté- 
rieur au retour de Huon dans sa patrie qui termine notre poème. 

Rgmamië, XXIS. 1 4 * 



210 G. PARIS 

des deux versions néerlandaises avec le poème français imprimé *- 
qui a été jadis étudiée par Wolf, puis par Guessard dans sa pré- 
face. Ces versions sont au nombre de deux : une version en 
vers (Nf), de la fin du xiv*" siècle, dont il ne reste que quatre 
fragments appartenant à la fin du poème et publiés en dernier 
lieu par M. G. Kalff*; un livre populaire en prose Çtip) réim- 
primé par Wolf en 1860. Wolf était porté à croire que Nv 
représentait une rédaction plus ancienne que H (le poème fran- 
çais imprimé); Guessard avait déjà pensé que les singulières 
divergences de Nî; devaient plutôt être mises sur le compte de 
la fantaisie du rimeur néerlandais; M. Kalff", dans son intro- 
duction, a rendu cette opinion à peu près certaine en montrant 
que plusieurs des traits particuliers à Nv sont des emprunts 
faits par le traducteur à d'autres poèmes dont il existait des ver- 
sions néerlandaises antérieures. On sait d'ailleurs aujourd'hui 
que les traducteurs néerlandais du moyen âge ont souvent pris 
de grandes libertés avec les œuvres françaises qu'ils transpor- 
taient dans leur langue. — Np, qui n'a rien de commun avec 
Nz;, est assez différent de H et de la rédaction en prose fran- 
çaise qui remonte plus ou moins directement' à H. Wolf 
s'est borné à comparer les trois versions sans présenter de con- 
clusions sur leur rapport, et Guessard s'est contenté de renvoyer 
à Wolf. M. Longnon (Rom. y VIII, 1-2) a fait remarquer que le 
livre populaire néerlandais connaît un oncle de Huon, Aleaume, 
qui ne figure pas dans H ni dans ses dérivés, mais qui est men- 
tionné par Aubri de Troisfontaines, et il en a conclu que Np 
présente une version française antérieure à H; U suffisait 
peut-être de dire « à une version différente de H », car d'une 
part il n'est nullement prouvé que la rédaction connue par 
Aubri vers 1230 fût plus ancienne que H*, et d'autre part ce 

1. Une édition nouvelle, d'après les trois manuscrits, a 6té annoncée par 
M. James D. Bruner {Rom., XXV, 342). 

2. Middeluederlatidsche episclte Fragmentm (Groningen, 1886), p. 221-249. 
je donne le titre de cet utile recueil parce que Gautier Ta omis, se bornant 
à indiquer la bibliographie de M. L. D. Petit, où il figure. 

3 . On n*a pas encore élucidé, et je n'ai pas moi-même étudié la question 
de savoir si la version en prose remonte, pour la partie ancienne, à la rédac- 
tion en décasyllabes ou à la rédaction en alexandrins, du xiv^ siècle, que per- 
sonne n'a jusqu'ici examinée de près. 

4. Cesi ce que Gautier remarque avec raison (Ép.fr., III ^ 732). 



SUR HUOK DE BORDEAUX 



2IÎ 



Tî csi pas exactement lu rédaction connue d'Aubri qui est repré- 
seniée dans Np^ puisqu'Aubri nomme deux oncles de Huon, 
Ânschier et Aleaumej tandis que Np ni^n connaît qu'un \ On 
doit seulement conclure du passage d^Aobri et des particulari- 
tés du Vdhboek qu'il a existé au xnr siècle diverses rédactions 
de Huon de Bordeaux. Celle qui nous est par\'enue paraît la meil- 
leure et peut bien être aussi h plus ancienne. 

Le résumé d'une chanson sur Huon de Bordeaux, où it ne 
s'agissait ni du meurtre de Chariot ni d'Auberon, et où le fils 
de Seguin de Bordeaux, simplement coupable d'avoir tué un 
comte sous les yeux de l'empereur Charles, fuyait en Lombar- 
die, y séduisait la fille d'un Français établi dans le pays et 
mourait empoisonné, nous a été conservé dans un prologue 
des Lorrains dont j*ai montré la haute importance quand 
M. Stenpel le fit connaître pour la première fois, I] confirme 
eo tiffet la conjecture que j'avais émise dés 1861 ^ et diaprés 



J. M, Long non a d'^lleurs fait une double confusion. Le Voîkshoek n'est 
Piis Un i abrégé en prase ** du poème dont nous avons conservé quatre Irag- 
njcats : it en est tout à fait îndiîpenJant. Et ce n'est pas sur l'antênontL- éc 
H ou dt Sp, mais sur celle de H ou de Nt/ que Guessârd était en désaccord 
me Wotfi ei avait» iiuivant toute vraisemblance, raison contre lui. 

*. C*c« ce quç j'ai fait remarquer ici*ménie (III. ilo). M. Rajna, renvoyant 
i<^ passage (U Or. deU* ep./r., p, 416, n. 0» dit : « Mi par lutta via che il 
Piris cadain un* înesatic-Eza, supponendo di a ver congctturato fin dcl 1861 un 
HtH^tM ih Bordeaux ^eiua Aubcron ; egii aveva, se non m* inganno* congettu- 
Tata iitj Auberon senza Huou» e non sotto forma dt poema. » Je me per- 
mets de renvoyer mon très cher et très savant ami i la p. 554 de mon article 
-^ t^i Unmt gftmiiniqH^, page qui a étw plus d'une fois citée dans les travaux 
suî>s^qycj,ts, mais que j'ai quelque peu remaniée dans la réimpressioo : il y est 
^'t très clairement que la # tradition * relative à Htion, à son aventure avec 
^^rîot et à son long exil, était connue du poète, mais que pour en faire 
ïc sujet de sa chanson il avait voulu y introduire un élément nouveau : « G:l 
***i qui avait consumé plusieurs années de la vie du jeune duc, le trouvère 
'**oliil de le remplir de merveilles, et tout d*abord, pour se donner les 
^ou^i^ franches, il en transporta le lieu en Orient, la patrie des prodiges, 
^îs,50iîque son imagination ait créé de toutes pièces Auberon, « le petit 
* roy de faêric », sott, comme je m*eflbrcerai de k prouver^ qu*îl ait mis à 
Profit des légendes antérieures, il se servit de ce personnage faiitastique pour 
^^itrc dans V histoire de Huon k merveilleux qui devait k mieux plaire à 
pits auditeurs n. 



212 G. PARIS 

laquelle il avait dû exister un poème sur l'exil de Huon où 
Auberan ne figurait pas. M* Riet^, Fauteur d'une érude sur 
le.s rapports d'Ortnit et de Hmn de Bordeaux qui d'ailleurs, 
malgré sa prolixité, n'apporte à peu près neii de nouveau à la 
question ', a appelé rattcntion sur un autre texte qui pourrait 
attester Fexistence et même faire connaître le contenu d'un 
poème sur Huon dénué de Félétnent merveilleux qui occupe 
une si grande place dans le nôtre. En indiquant {Hisî. poéî. de 



Charh^f. 48 î) les passages de la chronique française du ms 
B. N, fr, )00î rt-Iatifs a Fépopée carolingienne % je m*ét- 
bornc, pour ce qui concerne Huon, k la note suivante 



m 



« F. Î02. — Histoire de Hoon de Bordeaux, où il n est pas 
parlé d*Obéron* w M, Rietz fait remarquer qu*il y a deux 
laçons d'expliquer cette circonstance : ou le compilateur 
a eu sous les yeux un texte qui présentait rKistoire de Huon 
sans Auberon, ou il a supprimé Auberon comme donnant au 
récit un caractère trop fabuleux. 11 pt:nche pour la première 
hypothèse ; mais, comme le montre le texte de la chronique, 
que je vais imprimer^ c'est la seconde qui est vraie, en sorte 
que ce résumé ne peut nous servir à rien pour reconstituer 
Fhîstoire poétique de Huon, 

Chariot le Ela du roy ne vesqui gaires puis. El fui occts Chariot par son 
ouhrage. Car Hue de Bordiaux^ qui estoit jeune bacheïer et vcnoit a coun 
pour entrer cm foy et en hommage de Fempcreur luy et son frère Gérard ci 
pour requérir a Fempereur l'ordre de chevalerie, ung traittrc de la lignée de 
Guenes » nommé [Anuuj^*] ennoria Chariot tellement qu'iU allèrent gmttier 
Hue de Bordiaux en une embûche pour le <:uîdier ocdre pour Te n vie qu^îb 
avoicdl quil vcnoit a coun, pour ce qu'il cstoît Je la lignée de Nayme de 
Bavière et de bons chevaliers de son lignage qui par leur prœsse cstoieni 
moult renommés fj et cstolt avis a ces traîtres qu'ils cstoîent reculés et 



î. ZtitKbnft fiif vtffL LUttfaiufgeichkhk unâ Rimissancê-UtUfoÈur^ hgg. 
von Koch ufid Geiger (BerUn, Haack), N, R, Hl (1890), 8S, 

3. On sait que cette chronique est celle dont Faucbet a donné plusieurs 
eKiraits (voy. Rom,^ VUI, 651)» et Demaison, JvïMm dt NarÉônttft I, 

I« Cette circtînstance n'est pas dans H, mais se trouve dans la rédaction 
en prose; elle figuoit sans doute aussi dans la version en alexandrins, dont 

Tunique ms. est incomplet du début- 

4. Le mot est ici laisse en blanc, mais il se trouve tlcrii pluï loin. 

$. Le motif de la haine d'Amaurî ct>mrc les fib de S^uin n'csi donné 
dans aucune autn^ version. 



¥ 



SUR HUON DE BOI^DEJUX 21 J 

tïett%'aijct's par k moyen àç ces princes et nobles dievali ers dont l'empereur 

tciiortirop grant compte* En celle embusclie ou Cliârloi et les traitires 

giiîroicîtt Hue de Bord i aux, quant ilz virent venir Hue et ses gens et passer 

pur devant euh, ilz saillirent, coururent sus a. Hue et a sa compaigne, et de 

la première encontre fut porte a terre et navrC* mulcraent Gérard de Bor- 

liâùjt frcre de Hue. Quant Hue vit son frère gésir a terre ain^y navré, il 

^adreSM mouh fièrement comme vaillant qu'il estok a Chariot et Tocdsi; 

ï'iiîs passèrent oulire luy et sa compaigne an mieub qu'ilz porent et alercni 

a Piiriît, Lfâ iraittres s'esbahirent quant iU virent Charlo(i)t occis, sy avi&erem 

'Jiielle me[n]songê îlz pourroient coutrouver pour donner la cajritù de che 

^âit a Hue de Bordiauli; et prindrent le corps de Chariot et le portèrent a 

^ns njcnant grant dueil. L*empereur sot b nouvelle(s) que son filz estoit 

*>*-^A, sy fui moult dolent, et demanda qui ce avoit [fait]. Le traître luy 

dist (disi) [que] Chariot s'estoit al^ csbatre aux champs» et avoit encontre 

gens qui venoieni a Paris, qui luy avoieni couru sus etravoient ocds. L*em* 

pe^rcur, qui fist enquérir quelz gens il estoit arrivés a Paris et venu se chemin, 

trotjva que nuli n'y estoit venu sy non Hue de Bordîauh et sa compaignie, 

^*JÎ ja estoient venus devers Tempereuret les avoît receus, que ja cstoient a 

fior osteï aj moult grant joye ^ Quant l'empereur seul qu*auîre n'y estoit venu 

que Hue et sa compaigne, fut si eschauffé d'ire et de maltalent qu'il voit fcre 

ciiourir Hue de Bordiaulx, car il luy fut dit que c'esioii celuy qui avoii fait le 

^*5«p, Naytne de Bavière, Oger le Danois" et pluseurs aultres voldrent 

excuser Hue de BordLiux en remonstrant a i*empereur qt3*il estoit %^enu a son 

^^nU^raent, et se en son corps deffendant II a%oit occis Chariot, pour tant 

^ ^Coit pas digne de mort, et s'il estoit homme qui (leusi) volsist sousienir 

*ÎU*iJ l'ciist occis par mauvaistié et qu'il y cust pcnst: traîson, ne qu*il seusi qiae 

Cfr fui [ç fj|2 du roy, il le combatroit en defîendant son droit : le tVaittre 

^atiry lui en ieîta son gage et Hue le reaint. L'empereur ordonna le Jour de 

l^ bii,t^lil(*^ et fut faite de flue et de Amaur>', et par la proesse de Hue et du 

Pt^ de nostre seigneur qui(l) volt que vérité en fust seue le iraittre fut mené 

^'^ce qu*iî gehy te fait et la traîson S et fut pendu. Mais touttelois onques 

^*-'f^pcreurnc volt pardonner a Hue de Bordeaulx se [ion moiennant ung 



' - Les choses se passent aun-emenl dans toutes les versions : Huon est au 

[fW^i 5 quand Amauri y arrive avec îe corps do Chariot, et Vaccuse directe- 

^^t-i X devant l'empereur. J*ai cru devoir suppléer les mots a kr oitel, parce 

1** *^l m'a semblé que la phrase que fa esiûieut a mouîi grant foye était incom- 



* Ogern*esi mentionné ni dans H ni dans le roman en prose, et a dû 
^ introduit là par notre compilateur^ car il résulte du début du roman, 
"^i bien dans le texte en vers que dans le texte en prosCi que les événements 
^ liassent longtemps après ceux qui font le sujet du poème sur Oger* 

'^ - Dans le ronuin en prose comme dans H, au contraire, Amaurî meort 
. ^«*« avoir avoué. 




214 ^' ^^^^^ 

grani voyage qD*îl fîst oultre mer moult périlleux et merveilleux, duquel Hue' 
vînt a son honneur de b vol en tu nostre seigneur, et retourna depuis en 
France, mais Girard son frerc ne le volt laissîcr entrer en sa terre, dont grant 
guerre en fut entre les deuk frères, A la fin Tempereur r*;mist Hue en sa 
terre et fut Gérard occis après pluseurs grant guerres et divisions qui pour ce 
fait furent % comme raconte rîstoire de Hue de Bordeaulx, ou il a de mci 
veilkux fais et de grans aventures. 

Ou voit que ce morceau n'est très probablement qu'un 
résume fait de mémoire, soît d après le pocme imprimé^ 
soit d'après la version en alexandrins', dans lequel Tauteur 
a supprimé Télément fantastique, tout en laissant par deux 
fois subsister le mot nurveilkiîx qui y fiiit allusion. 

Le passage du prologue des Lorrains reste donc le seul, 
mais très précieux î, vestige d'une chanson sur Huôn de Bor- 
deaux extrêmement différente de celle que nous connaissons, 
et n*ayant même de commun avec elle que des traits fort 
généraux : le meurtre commis par Huon, son exil qui ranièTie 
en Italie et les relations amoureuses qu*il noue loin de sa 
patrie, hx perspicacité de M. Longnon a su discerner dans ce 
court sommaire un trait qui tend à faire croire que le héros 
était contemporain de Charles le Chauve et non de Cliarle- 



1. Aucune rédaction ne présente les choses ainsi et ne parle de ces grande^ 
guerres. 

2. La chronique est certainement plus ancienne que la rédaction en pro» 
qui est de 1454. 

5, Je ne comprends pas comment Gautier a pu dîre{£/*./r*, ][[% yjî, 718, 
740)» que c*es| simplcmenr f* une des formes k$ plus vagues de la vieille 
légende des eiifances d*Ogier, où Ton a seulement inséré le nom de Huon ■ ; 
il n*y a aucun rapport entre le thème des Enfanas Ogkr et celui du récit 
en question. — Que le rattachement d*HCTvi de Meu à Huon par ï*inter- 
médiaire d'^un fils bâtard de celui-ci soit une pure inveutîon cyclique, cela va 
31ns dire; mais cela ne prouve nuHement que F histoire de Huon, telle que 
la raconte ce prologue, ait été inventée de toutes pièces à cet effet, comme 
semble le croire Gautier* Au reste, il se contredit lui-même» comme illui 
arrive souvent : d'une pan (p. 7jî) il voit dans Thistoire en question ** une 
méchante fusion des dcuse légendes de Huon ei d'Ogier », posiéneure a 
notre Hu0n Jr Bonitaux, et d'autre part (p. Ji2) il écrit : « Antérieurement 
à là composition de ce poème, il a existé un autre Htton, un Humt héroïque, 
uti Hmn sans Aubcron et sjns merveilleux» et dont un manuscrit de la geste 
de5 t&rrmm nous t heureusçmçnt conservé un résumé, w 



S3 

'■À 



SUR HVON DE BORDÏÏ.aJ^C 215 

j(iagoe, et fils par conséquent^ non du Seguin placé à Bordeaux 

Kjr celui-ci, mais du Seguin de Bordeaux qui, en 845, mourut 

çn combattant les Normands'. Le même savant a, comme on 

Isait, rendu extrêmement vraisemblable que Thistoiredu meurtre 
de Chariot, fils de lempereur, se rapponatt originairement à 
Charles, fils de Charles le Chauve, et non à Charles, fils de Char- 
lemagne, et que ce meurtre bien réel fut commis en 864, dans 
des circonstances qui le rendaient aussi exxusable que Test celui 
de Chariot dans notre pocme, non par Huon de Bordeaux, 
mais par un certain Aubouin^ qui, comme le Huon du récit 
résumé dans le prologue des Lorrains^ chercha un refuge en 
L Lombardie* Cet événement donna sans doute lieu A une chan- 
P son, et de la fusion de cette chanson avec la chanson primi- 
tive sur Huon de Bordeaux se forma la partie de notre poème 
qai raconte ra%€nture de Huon avec Chariot, son exil et pcut- 
I être son retour, 

B II se compléta par Tinsertion de toute la partie merveilleuse 

■ dontAuberon est le centre. On a généralement accepté Topiaion 

«îoc j'émettais en 1861, diaprés laquelle non seulement 

»Aï]beronesï identique à rAlberich delà mythologie allemande^ 
maïs VOrtniî allemand (011 Elberich joue un rôle analogue à 
celui d'Auberon dans Htani) et le Huon de Bordeaux français 
sont, pour cette partie, la mise en œuvre d'un même récit, 
germanique d^origine \ et dont une autre forme nous a été 
€onser\"ée, non sans graves altérations, par le pseudo-historien 
Hupes de Toul*, Mais cette hypothèse a été précisée et 



I. ib»M,, Vin, 6. 

î, Grimm Tavait dùjn indiqué en îdemî fiant les deux noms. 

\* il ne faut pas oublier les <ju<flques mots par lesquels Wolf commence 

soo mémoire : » Dass dicse Sage vielleicht aus eincm germanischen Mythus, 

jm dner Elbcn-Mythe hervorgegangcn sei, kônnte ihre Bertihrungcn în 

âoïg«î Gmndzûgen mit der deutsclien Heldmsage %'on Onnii und Elbe- 

rklî (Auberon) vcrmuthen lassen* i — M, S* L Lee, dans son introduction 

^ ti rifmpression du Hum of Bourdeux anglais, où d'ailleurs les inexactitudes 

ue nmnquem pas, semble dire que Kejghtley avait déjà rapporté Orinii et 

ff^m de B&rdi^ux à une source commune ; mais eu se référant au passage 

ûu7l cite, on voit que Keighiley, comme je l'avais remarqué après Gucs- 

0fii, pensati que le po4?me (rançais était directement imité â*OrtmL 

4. Voyca les dissertations de Hummel et Rietz (la thèse de Lindner, que 
Ortmi serait imité de Httcn, ne peut se soutenir), — Dans la fa*jon dont je 



21 6 G. PARIS 

dcvi:loppée d'une façon très intéressante par M. Rajna^ qui, 
malheureusement, n'a fait que toucher brièvement ce sujet : 
tt Nel dc\o nuziale germanico doveva eiitstcrc da gran tempo 
ed essefîii pmpagginau in vcrsioni moltepiici una leggenda, in 
cui Alberico ajutava efficacemente il protagonista,figlîuolo puta- 
îivQ di tutî'ahri, ma in realtà figliô»suo, a conquîstarsi una 
sposa* ». Je pense en effet que dans la source où a puisé Tau* 
leur de Huon Auberon était le père du héros comme Elberich 
est le père d'Ortnit : ainsi s'expUque Tamitié qu*il lui porte et 
qu'il lui conserve malgré ses désobéissances répétées, amitié 
qui ne se comprend guère dans notre roman ^ M. Rajna pense 
encore, et il donne d^ingénieuses raisons i\ l'appui, que le héros 
de ce poème, dans sa forme franquc, s appelait Hugo. On com- 



présentais le rapprochement de nos poèmes *ivec le passage de Hu^es de 
Tûul, i\ y a quelques inexact jmde5 que j ai corrigées en revoyant mon article. 
Mab il en est une que je dois paniculièremeni signaler^ parce qu'elle a induit 
en erreur les critiques qui m'ont suivi. J'ai dit, par utie erreur dont je ne 
retrouve pas aujourd'hui lorigine, que Hugues de Toul ^aît cité par Vin- 
cent de Beauvais et écrivait au xti= siècle. En rt:alît<i, il n*est citC- que par 
Jacques de Guysc au xiv« siècle et est d'ailleurs complètement inconnu. U est 
probable qti1l vivait au xm<î siècle seulement; il avait écrit en français (voy, 
J* de Guyse, t. I* p* 78) une sorte de long roman intitulé, semble-i-iU 
Hùioin dfS Mges, dans lequel il avait compilé et arrangé à sa Ta^on des fables 
de toute provenance^ en remontant à la guerre de Troie. ^ Je dots miïntenanï 
ajouter que les passages empruntés à Hugues de Toul par Jacques de Guyse 
ont été réimprimés dans les Monnmmîa Germaniaf, t. XXX ( i R96), p. 1 10- 
125» par M. Sackur. qui a présenté (p. 50) quelques observations judicieuses 
sur cet écrivain. Il rejette avec raison l'opinion d'après laquelle Jacques de 
Guyse aurait purement et simplement inventé Hugues de Toul. Celui-ci 
appartenait à ce groupe de romanciers qui, dés le xiir siècle (voy. par 
exemple les romans iïAMûdaw et de Buîtalus), écrivirent cti français» eii 
s*appuyant parfois sur des textes historiques défigurés ou témérairement 
JDterprêtés, les annales fabuleuses de leurs provinces ou de leurs viJJes. 

I, It Origim dtir ip. fmncest^ p. 427, 

3. L*auteur de Huqh aura supprimé cette paternité, reste de U vieille 
mythologie (cf, la légende bien connue sur la naissance de Merovech), comme 
choquante ; Tauteur à'Ortnii Ta conservée, bien qu'il ait fait^ comme le poète 
français^ de son roi des nains un bon chrétien. — 11 est intéressant de 
retrouver cette paternité dans Gaufrty^ où Mabbron, doublet d^AuWron, est 
le pèa* de Robastre, et réprouve en luttant avec lui comme Elberich fait 
d'Ortnit. 




SUR HVOU DE SOROBJUX 217 

prendrait ainsi parfaitement que Thistoire d'un héros appelé 

Huon et protégé par le roi des alben Auberon fût venue s'an- 

nacr ;\ celle dt* Huon de Bordeaux^ déjà elle-même formée de 

h contamination de rhistoire du vrai Huon de Bordeaux, 

meurtrier d*un comte sous Charles le Chau^^e^ avec celle d*Au- 

fîouin, meurtrier de Charles, fils de ce même Charles le Chauve. 

L^n dernier mot. La légende d'Albertc ou Auberon', telle 

*îue la rapporte Hugues deTouI, est localisée dans le Hainau *. 

il <^t à remarquer que c'est un pays à moitié uallôn a 



i* Il csi â noter que ceux qu], après Jacques de Guyse» otii rapporté 

ï*Hlstoiredu prétendu fils de Clodion Vs^pfdhni Julferôrt au lieu ou à côté 

^'^Ibérk^ Je me demande 51 Hugties de Toul, dans son livre fVariçaîs» ne 

«îonnia it pas le premier nom^ et si ce nVst pas Jacques de Guy se qui. entra- 

<fuîsatit Hugues en iaiin^ a cru devoir adopter la forme Aîherku^. 

2 , Je dois à Tobligeatice de M. Pirenne Je savant historien de la Belg^UC, 

'*a commumcfliion d'une lettre que M. Devillers, conservateur honoraire des 

'*'"*^HiT?es Je rÉtai k Mons, avait bien voulu lui envoyer en réponse a une 

•^«^«Ti^ndc faite par lui sur ma suggestion* M. Devillers y indique un ceruin 

'»c>rribrç de travaux, publiés notamment dans \^% A finales du cercle ardfhl^^iquf 

*^ A^cjfîj (p. xui et KXi; voy. aussi BuUdîn des commimùm royaLfs d'art fi 

**^^^chtdcfiit ïS68, etc.), d'où il resuite avec certitude que la vieille tour 

^^^■^'TtOc du cïiAteau de Mons (déjà mentionnée par Hugues de Toul) s*appelait 

^^^^^i^foi* Tour Aul*fron (les plus anciennes mentions de ce nom sont de 

' -^^ S. M*6 et t437>; cate tour fut détruite sous Philippe le Bon, comme 

^^*^^ l'jpprend Guiclwrdin à la p. 481 (éd. d'Anvers tjSi) de sa Deuriitwm 

^^ ^f^iii t Baesi Bai si (ma antica lorn, ch€ g là fu edtficaia da Giuîh Ctmr^^ 

^'^ ^rtsino al Umpo dtl kmn* dti4:a Fiîippo, si tbianmva ta locn Enéron). H n'en 

*"^=^^« que les soubassements; mais la rue voisine s'appelle encore Bttf ât îa 

^^«^r AuUrùn. Une tradition érudîte, que des historiens modernes ont cru 

IP^i-a^'ûir défendre» dUri bu diit (comme le fait Guichardin) a Juîes CC'sar la pre- 

^^^*^iT fondation de cette tour, et il est fort possible que ce soit pour cela 

*î.^^*^* dans notre poémCj Jules César est donné pour p^rc à Auberon. — On 

^f>f>«îlait aussi puits Auberon le puits du château (que Jacques de Guyse fait 

^^^*^*cr par son Albèric),et la cloche principale de Tanden beffroi de Mons, 

tondue en 1^01, portait le nom à'Auberon^ comme l'attestait inscription 

ïn^rtic dont die était pourvue* Cest donc ivaiii tout à Mons qu* Auberon était 

populaire^ et on peut se demander si ta ville de Mùnmur^ résidence du 

■ P«îtïi roi Sauvage n dans notre poème ^ ne doit pas son nom à la vi Île du 

"^ti^u, — Je ne sais 5*il subsiste dans le Hainau quelques traces des noms 



«ie I 



^<?u»t, rapportés par Hugues de Toul, le Cor, la Houppe d" Auberon, etc.; 
^*^^t-^rc lis savants du pays pourraient-ils les retrouver. 



2l8 G. PARIS 

moitié tiaiSy une « marche » germano-romane. Il n'est plus 
douteux aujourd'hui que Tauteur de Huon de Bordeaux fût de 
l'Artois (probablement de Saint-Omer) ' . On comprend dès 
lors qu'il ait pu connaître la légende du Hainau tout voisin, 
qui remontait elle-même à un ancien poème des Francs, long- 
temps établis dans la région limitrophe : Tournai, dans le Hai- 
nau roman, fut la capitale du premier roi franc à nous connu, 
et une légende relative à un héros franc appelé Hugo avait 
chance de passer là, plutôt qu'ailleurs, dans la tradition des 
populations romanes ^. 

Gaston Paris. 



1. J'en cloutais en 1861. La dissertation de M. Friedwagner ne laisse pas 
de doute sur ce point. Elle me parait moins concluante pour la date du poème, 
qu'elle fixe entre 12 10 et 1230; je ne vois pas de raisons graves qui empêchent 
de le faire remonter jusqu'à la fin du xii« siècle. 

2. Ainsi pourrait peut-Ctre Ctre levée la difficulté qui semble encore arrêter 
M. Grôber,qui termine ainsi sa notice sur Huon de Bordeaux (Grundr,, II, i, 
^50) : « Die heitere Lichtgestalt des in vorchristlicher zeit von heidnischen 
Eltem geborenen Oberon, die gûtige Vorschung irrender, aber zur Tugend 
befâhigter Menschen ist von zu individuellem Wesen gegenûber dem, dessen 
die Erfindung des erzâhlenden Dichters jencr Zeit fâhig ist, als dass in ihm 
nicht ein mythologisches Gebilde, und, bei seiner Verwandtschaft mît den 
Zwergewesen des germanischen Heidentums, ein solches der germanîschen 
Mythologie ans Licht gebracht worden sein soUte, ûher dessen ErÎJoJtung auj 
franiôsisi'J)em Boden freilich noch Auflclàrung ^u gében nôtig ist. » 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 

SES DÉRIVÉES ROMANES 
SA PARENTÉ CELTICIUE ET SCANDINAVE 



Bien que ce soit une prétention vaine de distribuer des rangs 
aux poètes, et de classer par ordre de mérite des œuvres qui 
manquent en général de commune mesure, il se rencontre de 
cenains poèmes, tellement insignes par l'excellence du sujet, 
par la beauté de la forme, par le parfait accord de la nature et de 
l'art, qu'un suffrage unanime leur confère la primauté dans 
leur genre ; on les sent d'instinct supérieurs à toute comparai- 
son; et ils gardent dans l'histoire littéraire la valeur absolue 
d'un type. La Chanson de Roland n'a point d'égale entre nos 
chansons de geste.; non plus que dans notre ancien théâtre 
comique la farce de Maître Pathelin. Or, ce que le Roland est 
k l'épopée médiévale de la France, on peut dire que le Roi 
Renaud l'est justement à son romancero populaire. Depuis que 
les productions de la littérature traditionnelle sont devenues 
chez nous un objet d'étude, il n'y en a point qui ait été aussi 
fréquemment recueillie par les folkloristes, aussi vivement louée 
des lettrés, aussi diligemment commentée par les philologues. 
Dès i8é6, M. G. Paris, dans un magistral compte rendu de la 
Revue critiqtie\ soumettait à un examen comparatif les quatre 
ou cinq rédactions alors connues de cette incomparable chan- 
son. Plus tard le savant danois Sv. Grundtvig lui consacra un 
chapitre de sa monographie Elveskud 2, où, partant de la chan- 



1. Rei'ur critique, I, 1866, n» t8. 

2. Sv. Grundtvig, Elveskud , dausk, svensk, uorsk, fxrœsky islattdsk, skotsk, 
vendiskj hœmicsky tysk, fransk, itaJiensk^ katalousk, spansk, hretonsk Foîkevise, 
Copenhague, 1881. — Cf. Romania, Xly 1882, p. 97. 



220 G, DONCIEUX 

son Scandinave sîtnilaîre, i! suit révolution du thème à travers 
toutes les littératures populaires de fEurope, J.-F. Child, à son 
tour, Tanalysa en détail dans une de ces notices, richement docu- 
mentées, ijui précèdent chacune de ses ballades anglo*écos- 
saises '. Mais tout le travail de Child se résout, en fin de compte, 
en une bibliographie très bien faite. Et si l*opuscule méritoire 
de Gruîidtvîg garde une haute valeur pour la connaissance des 
types septentrionaux du thème^ les renseignements relatifs aux 
formes de tradition romanes n'ont plus de quoi nous suffire^ et 
il faut compter pour un essai particulièrement malheureux la 
restitution du texte français qu'il propose. Ainsi Tun et l'autre 
savant n'a guère fait que préparer le terrain, où il reste main- 
tenant à construire» Ce travail de synthèse critique, projeté 
naguère par M* G, Paris et duquel d'autres soins le détour- 
nèrent, eût été prématuré il y a vingt ans* Je Tentrepreiids 
aujourd'hui, en m'aidant de la prodigieuse quantité de maté- 
riaux amassés au cours de ce demi-siècle, et i quoi Ton peut 
s'assurer qu'il ne s'ajoutera plus rien d'essentiel. 

Mon premier objet sera d'établir critiquement le texte du 
Roi Rtnatid, à Taidc de toutes les versions connues provenant de 
la France d'oïl, du pays d*oc et du Piémont, versions dont je 
donne d'abord la liste complète, en les désignant, comme il 
convient, topographiquement et les rangeant par ordre chrono- 
logique (les versions françaises dialectales sont distinguées par 
un astérisque). Pour ce qui est du texte critique, on trouvera 
sous chaque vers, dans un système continu de notes, Tindica- 
teurdes versions dont s autorise la leçon adoptée (le signe «|- 
indique la combinaison de deux versions ou séries de versions 
dans une leçon unique; rabréviation cf, affecte des versions qui, 
bien que différant de l'original, le confirment par quelque 
endroit. Après avoir déterminé l'âge de la romance et son lieu 
d*origîne, j'examinerai secondement les chansons étrangères 
(une armoricaine, une basque et plusieurs romanes) qui s*y 
rattachent par une parenté immédiate, soit ascendante, soit des- 
cendante* En troisième lieu, j'arriverai a la chanson primîtîve de 
Scandinavie (ensemble ses dérivées écossaise et slave), et i la 
légende germanique dotit le poète Scandinave s'est inspiré. 



J, F Chilu, Thi mgl andsGdt.pùp. Ballads, n^ 4a, IL 1884. 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 221 

Ainsi, possédant désormais la chanson française en sa teneur 
originale, on connaîtra de plus tout Thistorique de son thème 
et ses rapports variés avec la poésie populaire des autres nations. 



La romance du Roi Renaud est composée en quatrains de 
vers octosyllabiques, masculins, rimant deux à deux, avec ten- 
dance à l'accentuation de la quatrième syllabe : et Ton remar- 
quera que cette strophe, usitée dans nos chansons populaires 
(voy. lit fille du roi Loys, Marianson^ le miracle de saint Nicolas), 
^t précisément le plus ancien type connu de la lyrique française, 
puisqu'on la trouve déjà employée dans l'un des pointes de 
Oerfnont. La chanson, ainsi définie au point de vue rythmique, 
^t représentée par 60 versions françaises, d'oïl ou d'oc, et par 
° pîémontaises, dont le détail est tel : 

CATALOGUE DES VERSIONS 

France (oïl et oc), 

Bretagne i [fragment] : H. de La Villemarqué, Bariai-Brcii^ I 
(notes) ^ 1839. —Réimprimé dans la Romamay XI. 

^ ^loîs : G. DE Nerval, la Sylphide (périodique), VI, 1842. — De 
nouveau dans Les Filles du feu et La Bohême galante^ du même. Repr. 
P^ Ha.upt, Frauiiôsische Volkslieder. 

^^^ \^ersion identique dans Tarbé, Romancero de Champagne ^ II. 
^^Odée : B. Fillon, Histoire vcridique des fraudes et exécrables voleries 

^^^'^b alités de Guillery , Fontenay, 1848. 

^^Copié textuellement, par 3 fois, dans les Poésies pop, delà France^ 
» '^^ss. Bibl. nat. ; et réimprimé dans Poitou et Vendée (art. Nalliers), 
^^^ la Rex',des prov, de V Ouest ^ IX, la Mélusine, II, et hRomania^Xl. 
■^sois : J.-J. Ampère, d'après de La Saussaie, Poésies pop, de la 
''*ï#ioc Instructions^ 1853. — Repr. par Rolland, III. 
^^^Uen : Jue, Poés. pop. de la France^ III, ms. réd. 1853. — Publié 
^^ la Romania, XI; par Rolland, III ; dans la Rei'. des Trad. pop., I ; 
P^r TiERSOT, Hist. de la Chanson pop. en France, 
lïicj^tcrminé i : de Cuers, Pocs. pop. de la France, III, ms., r. 1853. 
l^vibl. dans la Romania, XI. 



222 G. DONCIEUX 

Auvergne [fragment] :Tricottet,/WJ., III, r. 1853. — Publ.dansk 
Romauia^ XI. 

Orléans [fragment] : Boucher d'Argis, ihid.y III, r. 1853. — Publ. 
dans la Romatiia, XI. 

Jura : Toubin, Revue des Deux-Momies, août 1854. — Le i^^ cou- 
plet recopié dans les Poés, pop. de la France, III, mss. B. N. ; et repr. 
dans la Romania, XI. 

Languedoc [fragment] : Germain, Poés. pop, de la France, III, mss. 
B. N., r. 1854. — Publ. par Rolland, IIL 

Vendôme : GENDRON,itûf., TV, r. 1854. — Publ. par Rolland, IIL 

Bourbonnais : Ibid., III, r. 1854. — Publ. dans la Awiiaz/m, XI. 

Loudcac (Côtcs-du-Nord) : Rousselot, ihid., III, r. 183 5- — Publ. 
dans la Romania, XL 

Charente : Beauvalet, ibid., III, r. 1855. — Publ. dans la RontamOy 
XI, et par Rolland, III. 

*Vence (Alpes-Maritimes) : Tisserand, ibid., III, r. 1857. — Publ. 
dans la Romania, XI, et par Rolland, IIL 

Retz (Vendée) : Noblet, ibid., IIL — Publ. dans la Romania, XI, 
et par Rolland, IIL 

Parisis : Chéron, ibid., III. — Publ. dans la Romania, XL 

Bretagne 2 : Roulin, ibid., IIL — Publ. dans la Romania, XL 

•Limousin i : Laforest, d'après d*Aigueperse, Limoges au .vr//e 
siècle, 1862. — Recopié dans les Poés. pop. de la France, III, ms. B. N. ; 
et réimprime dans la Romania, XI, et par Rolland, III. 

C'est encore cette version que l'abbé Roux a publiée et « res- 
taurée dans VËcho de la Corrc:;^ ^e 1893. 

Boulonnais : Hamy, Almanach de Boulogne-sur-mer pour Van. 186), 
— Rcpr. dans la Rame des Trad. pop., III. 

Tranche-Comté i : Buchon, Noëls et Chants pop. delà Franche-Comté^ 
1863. 

Flévv (Lorraine) : ) de Plymaigre, Chants pop. rec. dans le pays 

Chesny(id.)[fragm.]: ) messin, 1865. 

Forez i : Noêlas, Essai d'un Romancero fort\ii'n, 1865. 

Angoumois, etc. : Bljeald, Chants pop. des prov. de VOuest, II, 1866. 

Touraine i et 2 : Brachet, d'après Prolst, Rcv. critique, II, 1866. 

Fontenay-lc-Marmion (Calvados) : Lkgrand, Romania, X, r. 1876. 

Saint-Maixent (Deux-Sèvres) : G. Doncihlx, d'après Lacuve, Reu, 
de philologie française et proi^ençale, VI, r. 1876. 

Vagncv (Vosges) : i_ wi • .0 

c • \ r\' r/ T [ IhIRIAT, McluSIUC, l, 1877. 

bcme-et-Oise [fragm.] : ) ' > » // 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 223 

,^ , ' ( Smith, Roinania, X, 1881. 

V elay i et 2 : ) ' ' 

*Bivés (Gers) : Bladé, Poés, pop. de la Gascogne y II, 1882. 

Fon Unes (Lot): ) Daymard, Romania, XI, 1882; puis dans les 

*Sérignac (id.) : \ Vieux Chants pop. rec. en Quercy, du même. 

Dîn^n(Côtes-du-Nord) : G. Paris, d'après Sébillot, Rotnania^Xll, 

1883- 

Carabes (Lot-et-Garonne) i et 2 : Id., d'après Brissaud, /Wrf.,XII, 

1883. 

Bretagne 3 et 4 : Decombe, Chans. pop. (Tllle-el-Vilaine, 1884. 

Limousin 2 : Rolland, d'après de L'Epinay, Mclusine, II, 1885. 

Loiret: Id., d'après Poqu et, /iiV/., 1885. 

Iriciétcrminé 2 : de Sivry, Rev. des Trad. pop., II, 1887. 

'^«'otagnc 5 : Sébillot, ibid., III, 1888. 

Ôa.s-Ouercy : Soleville, Chants pop. du Bas-Quercy, 1889. 

^^llcrtin (Creuse) : G. Doxcieux, d'après de l'Epinay, la Tradition^ 

^■> x8^ I. 

^^^i^CDu : L. Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, 1892. 

p-»^ , ^ /. , xrr T c TiERSOT, ReiK des Trad. pop., VII, 1892. 

'^^'X^^ins (id.) [tragm.J : ) ^ '^ ^ 

'^^"^►«"i.che-Comté 2: Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comté, 

*^ '^'V* ornais I, 2 et 3 : Millier, Journal de la Nihre, no»» 85 et 87, 1894. 
^^«""V'ières (Hautes-Alpes) : Tiersot, inédit, r. 1895. 
^^^>?^emé (Loire-Inf""*) : Pitre de Lisle, Rev. des Trad. pop., XII, 

^^i'V'arais : V. d'Indy, inédit, [s. d.]. 

Piémont. 

"^^c>ntferrat : Ferraro, Canti pop. monferrini, 1870. 

-^ Canavais, BCD Turin, E Mondovi, F Valfenera, G Altare : 
^^^H.A, Canti pop. del Piemonte {pp 21). — Premièrement dans la 
^^^9t€Mma, XI, 1882. 



\ 



224 ^- DONCIEUX 

TEXTE CRITIQUE 



Le roi Renaud de guerre vint, 
Portant ses tripes en sa main. 
Sa mère étoit sur le créneau, 
QjLii vit venir son fils Renaud. 

I a). Flâ'Vy Momhi'iy Valfeiura + Saint-Maixeut et Vfitdét (d. g. vint). 
Oriente (d. la g. v.), Vetuhme (id.), Blésois (id.), Camhes i q\ 2 (id.), Vehy /, 
etc. (id.) — b) Vendôme et Omrente (... dans s. m.), Blésois (...dans ses m.), 
5(i////-Mt//.v<"M/ (Apportait... dans...), An^otnuois et /f/r<i (Tenait... dans...), 
Liu^iu'doc (...à la m.), Tt-mAr (Oque [= avec]... en sa m.); cf. Rmeu^ etc, 
(ses boyaux), Frati^ (ses entrailles), Camhes i et 2 (son ventre), Fore^ /, etc. 
(son cœur). — c) Fore^ /, Omrente (... ses cr.), Vetidée et Saint-Maixent 
(... qu'ét. au cr.); cf. /w/v/, Vendôme et BU'soiSy Languedoc ^ Vivarais, Qnercy^ 
etc. — d) Clhirente, Fontanes, Va^ney ; Jura (Vit...), Vagney et C/jie'5Mv(Voit...), 
/•(vv;; j (L'a vu...), Languedoc (Voyant...); cf. VivaraiSy Vendôme^ etc. 

Le nom du héros est assuré par Timniense majorité des versions, qui le 
donnent, soit exactement, soit sous les formes équivalentes ou corrompues 
de a Ernaut », « Arnaud », « Raynau », « Rinald », « Renon », « Redor ». 
Une série de versions mettent, par un pléonasme fautif, « Jean Renaud » ; 
quelques-unes, de TOuest, ont « Louis » ; quelques piémontaises « Carlin j». 
D'après la leçon originale, conservée dans FUh'y et dans les piémontaises, il 
est titré « roi » ; ailleurs « comte » {Auverm\ QuercVy Biivs)y « infant » 
(Limousin /, Wr.), ou qualifié « le grand » (Vagney). Il revient de guerre, 
blessé au ventre, tellement quMl porte ses tripes (cœur, ventre, boyaux, 
entrailles) en sa main (au singulier : le chevalier contenant- d'une main sa 
blessure, tandis qu'il mène de l'autre son cheval). Quelques versions cor- 
rompues (Fontenay, Orléans , Nivernais ^, Mondm'i) le font revenir de la 
chasse, où il a été blessé par des accidents divers. — « Être sur le créneau » 
ou « seoir au créneau » est une locution traditionnelle (cf., dans la traduaion 
de Guillaume de Tyr : «... sur chascun crenel avoit deus homes »). 

II y a deux séries de versions de l'Ouest, qui commencent par des interpo- 
lations. Le début des premières (Lmdéac, Bretagne 2 et }) est contaminé 
avec le gwerz historique du Ci>/w/<* des Clhipelles (voy. L.\ Villemarqu^., 
Bar^a'-Brei^y II, n« 3 ; et LuzEL, Gaer^iou /i/«/^-/^( /, I ) ; celui des autres 
(Auirrné Cl RetO est traduit de la première partie du gwerz du Comte Xaun^ 
auquel on reviendra tout à Theure , sauf que, dans les couplets français, la 
Mort personnifiée remplace la fée luimicide. La provenance desdites ver- 
sions explique ces interpolations, dues à des Bretons bilingues. 



LA CHANSON DU ROI RENAUD ±1$ 



« Renaud, Renaud, réjouis- toi ! 
Ta femme est accouché' d'un roi. » 
— « Ni de la femme, ni du fils 
Je ne saurois me réjouir. 

3 

» Allez, ma mère, allez devant; 
Faites*moi faire un beau lit blanc : 
Guère de tems n'y demorrai, 
A la minuit trépasserai. 

4 

» Mais faites-l' moi faire ici bas, 
Que l'accouché' n'entende pas. » 
Et quand ce vint sur la minuit, 
Le roi Renaud rendit l'esprit. 

'. ^^ ^lésoiSf V(^ney, Loiret ^ Feîîetin; CharetiU, etc. (Mon fils R...); cf. 
Cd^^'^ ^^/^, Vendée, .etc. — b) BUsois, Charente, Flhj, etc. ; Vendà, etc. 
\^ . ^ fils), Saint-Maixent, etc. (... d*un p'tit). — c) Fore:^^ /, Frans, Charente 

j- * ' ^^a de mon f.), Flévy, etc. (id .) ; cf. Saint-Maixent, etc. — d) Lomie'ac, 

., ,* Orléans, Jura, etc.; Fonlanes, etc. (J. n. puis pas...); cf. Charente, 

'^» €tC. 

. * ^ b) Valais, Angoumois, Parisis ^ Totiraine i (faire), Velay i (ïd.), Felle- 
*. ^^^-); cf. Rouen, Blésois, Jura, Saint-Maixent, etc. — c) Bivès, Quercy + 
J^^^^sin 2 ; cf. Limousin i et Cervières (J. n'y resterai...). — d) Velay 2, 
^^^^^es, Vivarais; Felktin (. . , ]c mourrai), Sérignac et ForcT^ 2 (...serai 
^^^^; cf. Vendée, Bivès, Limousin i, etc. 

^ ^ Parisis, Valois, Angoumois, Loiret (ici bas) -f- Flévy (f.-l. moi), 

1 ^raifif I (f.-l. moi faire). — b) Loiret, CImrente et Flévy {... n'en sache rien), 

F'"ans(... ne m'y voie point); Saint-Maixent, Valois, etc. (Q. ma femme...); 

lendèe^ etc. (Q. m*amîe...); d. Jura, etc. — c) Saint-Maixent, Rouen, Ton- 

raine /, Velay i (... à 1. m.). Bourbonnais et Veiuiée (... c. fut...), Parisis et 

Valo\s{... c. fut vers...), etc.. — d) FelUtin (L'enfant...), Velay i (Le fils...), 

Vai^fiey (Le grand...), Rouen (Le beau...), Fore^ 2, etc. (xMonsieur R...), etc. 

Corriger « Le roi R. », d'après la strophe i. 

Il est clair que le moribond demande que son lit soit fait au rez-de-chaus- 
scCy de peur que l'épouse, dont la chambre est au premier étage, ne s'aper- 
çoive à quelque bruit de son arrivée, puis de sa mort. C'est ce qu'indiquent 

Ramamis , XXIX j r 



226 G. DONCIEUX 

5 

Il ne fut pas le matin jour. 
Que les valets ploroient tretous; 
Il m fut tems de déjeûner, 
Que les servantes ont ploré. 



« Dites-moi, ma mère m'ami', 

Que plourent nos valets ici ? » 

— « Ma fille, en baignant nos chevaux, 

Ont laissé noyer le plus beau. » 

bien la leçon de Loiret « ici bas », ou celle de Limousin 2 « en bas » ; mais 
plusieurs chanteurs ont compris, et presque tous les rédacteurs ont écrit, que 
le lit devait être fait « si bas » que, etc., comme si le plus ou moins de 
hauteur de la couche avait ici quelque chose à faire. 

5 . a) Saint-Maixent -\- Vendée \ cf. CanavaiSy cf. Auvenu*. — b) Saint-Matxetity ' 
Vendée (... criaient trejou); Onirente, Bourbonnais , Boulonnais, Forr^ 2, etc. 
— c) Saint-Maixent (Quand o sit [= il fut]...); cf. Auverné. Je rétablis la 
construction négative, en conformité avec a. — d) Vagney + Saint-Maixent 
et Auverné (pleurer); cf. Bourbonnais, Limousin 7, etc. 

Cette strophe de transition est tombée de la plupart des versions ; dans les 
autres, elle a été resserrée en un distique ; seuls Saint-Maixent et Auverné 
donnent les quatre vers, mais scindés en deux tronçons, que sépare un inter- 
valle de plusieurs couplets. 

6. a) Tour aine i QX2, Rotun, Boulonnais, FJihy, Cljesny ; Bretapte /, etc, (Oh ! 
d.-m...), Bretagne /, etc. (Ah ! d.-m...), Parisis (Mais d.-m...), etc. — b) Au- 
tvrné, LmdéaCy Dinan, Fore:^ 2, VeJay 2 -|- Ret:^ (ici), Oxirente (id.), Tim- 
raine 1 (id.), etc. ; cf. Fontenay, Bretagne 2, Saint-Maixent, Vivarais^ etc, 
« Plourent » (0 tonique non affaibli), en conformité avec « seignour » qu'on 
trouvera plus loin à la rime. — c) Fontenay, Frans, Fareins, etc. -f Altare 
(baignant); cf. Canavais, Valfenera, Mondoi'i. — d) Altare, Canavais^ 
Mondtn'i 4- Poitou (le pi. b.), Nivcnmis 2, etc. (id.); cf. Bretagne J, VifaraiSf 
Turin C /), Montferrat , etc. 

Le V. a est un vers-formule, qui se répète identiquement aux strophes sui- 
vantes. Les locutions vocatives telles que « ma mère m*amie », « ma niéoe 
m*amie », ou « mon frère mon ami », <c mon fils mon ami » (le redoublement 
du possessif est de règle) sont courantes au xvi« siècle : voy. le Loyal Serviteur^ 
les Lettres de Montaigne, etc. — Le chagrin des valets se motive constam- 
ment par la porte d'un cheval, échappé, — ou mort, - ou étranglé au râte- 
lier, — ou en6n noyé ; ce dernier accident est à la fois le mieux circonstatKié 



LA CHANSON DU ROI RENAUD ^27 

7 

— « Et pourquoi, ma mère m'ami', 
Pour un cheval plorer ainsi ? 
Quand le roi Renaud reviendra, 
Plus beaux chevaux amènera. » 

8 

« Dites-moi, ma mère m'ami', 
Que plourent nos servantes ci ? » 

— « Ma fille, en lavant nos linceuls. 
Ont laissé aller le plus neuf. » 

9 

— « Et pourquoi, ma mère m'ami', 
Pour un linceul plorer ainsi ? 
Quand le roi Renaud reviendra. 
Plus beaux linceuls achètera. » 

et le plus naturel, outre qu*il fait un parallélisme exact avec l'accident 
marqué à la str. 8 : cette leçon originale est conservée par trois versions 
fnnçsàscs (Nivernais 2, Bretagne f, Vivarais) et par toutes les piémontaises ; 
elle résulte aussi du gwerz de Nanti. 

Plusieurs versions contractent en un seul quatrain les strophes 6 et 8, rela- 
tives au pleur des domestiques, et suppriment les str. 7 et 9. 

7. a) Flèvy \ cf. Dinan. — b) LcnuièaCy Bretagne /, F/A'v, Felletin, Cauaims + 
Parisis (ainsi, à la str. 9 ) ; cf. Turin C et D, Aîtare ; Fontenay, Cervières^ 
rtr.— c)FIA'y,FeUetin (Q. TenfantR...), Vendre (Q, jcAn R. arriv.), Mondcwi 
(L. r... a venira); cf. Altare (Le r. Carlin), Turin D (L. r. Louis); et, d'autre 
part, Vivarais , Frans. - d) Flèvy ^ Vivarais, Touraine i, FranSy etc. + Cha- 
rente (pi. b. chevaux) ; cf. Turin D, Momiovi ; Vendée, Cervières, Fontenay, etc. 
8. a) Comme précédemm' (str. 6). — b) Loude'ac, Auverné, Fore\ 2, Velay 
-h Fore^ i (ci) ; cf. Fontenay, Poitou, Vivarais, Turin B, C, D, etc. — cd) 
Fonteimy + Bretagne 2 t\ 4 (...nos linceuls... d. plus neufs), Poitou (...le 
pius b. d. nos linceuls...) Valfenera (... li pi. b. linsô...), Vendée (... un 
^' iinccul...) ; cf. Saint-Maixent, Velay 2, Turin B, Cauavais (linges perdus) ; 
^otf^ 2 (draps tachés); Turin C, D, Mondovi, Altare (chemises brûlées); 
aussi Loudéac, Dinan, etc. (plat d'or ou d'argent, perdu ou cassé). 

9- a) Comme précédemm« (str. 7). — b) Loudéac (P. u. plat d'or...), Cana- 
t»ij (p^ i mantij...), Parisis (P. u. couvert... ainsi). Rétablir « linceul », à l'aide 
^^ ^. d de la str. 8; cf. Fontenay. Fore;^ i- — c) Mondoi'i, Vendée (Ci Jean 



lis G. DONCIEU}; 



10 



— « Dites-moi, ma mère m'ami', 
Pourquoi j'entens cogner ici ? » 

— « Ma fiir, ce sont les charpentiers 
Qui raccommodent le planchier. » 

IX 

— « Dites-moi, ma mérc m'ami*, 
Pourquoi les seins sonnent ici ? » 

— a Ma fiir, c'est la procession 
Qui sort pour les Rogations. » 

R. arr...); cf. AUari\ Turin D\ Vivarais, Fort^ /, etc. Voy. d'ailleurs le v. c 
de la str. 7, qui est identique. — d) /vy/q /, Velay j, Moiidovi et Turin C 
(... comprara = achètera) : rétablir « linceuls », au lieu de ■ draps » (/-brr^ /); 
cf. Vt'ttdà'y Vivarais^ Altare, Turin D; Fontenay. 

10. a) Comme précédemm» (str. 6). — b) Loiret, Routn, Blésois, etc. -f 
Parisis (Pourquoi) ; cf. Valois, Farein>, etc. — c) Parisis, Velay 2, Sèrignac ; 
Velay /, etc. (... c'est le ch.); cf. /?<7;^, etc. (... les maçons). — d) Valois^ 
Angoumois, Velay i (...nos pi.) ; cf. Parisis, etc. (...l'escalier); Charetite^ etc. 
(... nos greniers); Ret^, etc. (... la maison). 

« Cogner » est le mot propre; d'autres versions portent les synonymes 
« clouer », « frapper », « taper », « piquer », « marteler », etc. Il ne peut 
s'agir, â la nature du bruit perçu, que d'ouvriers en bois, de « charpentiers » 
(h les maçons qui réparent la maison » constituent une mauvaise variante). 
En rf, les versions se partagent entre « planchier » et « greniers » (« escalier • 
est rare) ; mais n greniers » ne saurait être la bonne leçon : le lit de mort 
de Renaud ayant été dressé au rez-de-chaussée (str. 4), c'est là que se fait la 
mise en bière, et le bruit des coups de marteau ne peut pas venir du toit. Une 
variante propre aux versions picmoniaises porte que les menuisiers travaillent 
au « berceau de l'enfant >». 

11. a) Comme prccédcmm» (str. 6). -- b; Breta^nie /, Bretagne / (P. 1. 
cloches...), Piirisi:^ (iJ-)» Vivaruis (id.), (^unavitis, etc. (id.), -|- Rouen (ici), 
Blesois, etc. (id.;; cf. Saint-Muixent, etc. «Sein » (de i/^www) = cloche. — 
c d) Rouen et Blèsois(... lespr... q. sortent...) : il faut évidemment le singu- 
lier, que donne d'ailleurs la strophe suivante; cl. /on; 7, Canavais, Moptdovi^ 
etc. (on sonne pour les obsèques d'un défuni). Auinuc, Cljarente, ludét. /, 
corroborés par Loiret, Limousin 2, etc., présentent une interpolation remar- 
quable : on sonne pour « le roi Henr\' (rajeuni en « roi Louis » dans Vivarais) 
qui fait son entrée dans Paris ». Mais la le^on originale est très certainement 
celle que donnent Blesois et Rouen. Car le son des cloches doit être ici en 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 229 



12 



— « Dites-moi, ma mère m'ami', 
Que chantent les prêtres ici ? » 

— « Ma fiir, c'est la procession 
Q.ui fait le tour de la maison. » 

Or, quand cef ut pour relever, 
A la messe el voulut aller; 
Or, quand ce fut passé huit jours, 
El voulut faire ses atours : 

M 

« Dites-moi, ma mère m'ami'. 
Quel habit prendrai-je aujourd'hui ? » 

— « Prenez le vert, prenez le gris, , 
Prenez le noir, pour mieux choisir. » 

rapport avec les chants du clergé : or, ces chants sont expliqués à la strophe 
suivante par une procession, et, d'après le rituel, les cloches sonnent effective- 
ment au moment où la procession sort de Téglise. Que cette procession soit 
en particulier celle des Rogations, Tune des cérémonies les plus antiques et 
les plus populaires de la chrétienté, cela résulte aussi de la str. 12, où Ton 
voit le cortège faire en chantant « le tour de la maison ». 

12. a) Comme précédemm» (str. 6). — b) Vivarais et Canavais 4- Flévy 
(Qpe... ici), Bîésois (...ici), Vahis (id.), Forex /, etc, (id.) ; cf. QuerCy, — 
cd) CïxiretiU, Fontenay^ Parisis, Jura, Fore\ j, Limousin 2, etc. * 

13. a) Vendôme, Loiret (Lorsqu*el f...) ; cf. Vaifenera. — b) Bretagne 2 et 
^, Vivarais, Auvertii {... il 1. faut); cf. Saint-Maixent, Fontenay, Loudéac, 
Turin D, AJtare. — c) Bretagne 2 et j, Auvenu 4- Touraim i ; cf. Fontenay, 
Vizvirais. — d) Touraine i -f Bretagne 2 (El voulut). 

14. a) Comme précédemm» (str. 6). — b) firctagne s, Velay / et 2, Fore^ 2 ; 
Ret:^, etc. (... mettrai- j...), Charente^ etc. (... robe pr.-j...); Rouen^ etc. (... robe 
mettrai-j...); cf. Saint-Maixent, Fontenay, etc.. — c) Vendôme, Bourbonnais, 
Fore^ I, Velay 2; Touraine /, etc. (P. I. blanc...); Rouen, etc. (Mettez I. 
blanc...); cf. Fk'vy (le vert), Frans (id.), Limousin i (id.), etc. — d) Charente, 
BUsois, Rouen, Cervières, Nivernais i, Vendôme (... c'est m. ch.) ; cf. Ret^, 
Saint-Maixent, etc, — La couleur du deuxième habit est donnée par la 
rime, « gris » ; pour celle du premier, il faut préférer le vert au blanc : car, 
outre que la leçon « vert » est appuyée par un grand nombre de versions, 



230 G. DONCIEUX 

— « Dites-moi, ma mère m'amf. 
Ce que ce noir-là signifi' ? » 

— « Femme qui relève d'enfant, 
Le noir lui est bien plus séant. » 

16 

Mais quand el fut emmi les champs. 
Trois pâtoureaux alloient disant : 
« Voilà la femme du seignour 
Qjie Ton enterra l'autre jour. » 

« Dites-moi, ma mère m'ami*, 
Que dient ces pâtoureaux ici ? » 

— « Ils nous dient d'avancer le pas. 
Ou que la messe n'aurons pas. » 

« le vert et le gris », en fait d*étoffes, est une alliance de mots traditionnelle 
(on la trouve dans la farce de PatMin) : la teinture verte éuit jadis celle 
des draps de luxe. 

15. a) Comme précédcmm» (str. 6). — b) Rouen, Nivernais J (... c*t habit 
n. s.), Auvernè (..q. sign. Len... ici); cf. Bretagne /, Loiret, Vivarais^etc. — 

c) Loiret , Fivarais, Auverne\ Bretagne j (Toute f...); cf. Quercy, etc, — 

d) Vendôme y Fiêi'y, Loiret , Vivarais 4- Bretagne ^ et / et Loudeac (lui) ; 
cf. Touraine 2, Rouen ^ Limousin i, Quercy, etc. 

16. a) Vagney (...parmi...), Vendée (...allit dans...), Nivernais 2 (Q, c. 
furent emmi...) et Saint-Maixent (parmi...); cf. Fore^ 2, Boulonnais, Rouen, 
Touraine 2, etc. — b) Vagney, Touraine 2, FU'vy -f Rotten (Trois...), Boulon^ 
nais (id.), Velay 2 et farr^ / (id.), Mondovi (id.); cf. Bretagne ), Nivernais 
/, 2 et ^, etc. — c) Rouen, Jura, etc. ; 'Touraine 2 et Auvergne {.,. de ce s.), 
Vendôme et Limousin 2 (C'est... de not. s.), Camhes 2 (... d*un grand s.); 
cf. Velay 2, Frans, Flivy et Forc;^ 2 (de ce roi ou d. notre roi), etc, — d) Ven* 
dôme et Camhes 2 (Qu'o. a ent...), Auvergne et Limousin 2 (CJp'ils enter- 
rèrent...), Velay i (...questo j. = ce j.); cf. Vendée, Flévy, etc, (...ent. hier 
au soir), Rouen, etc, (... hier à trois heures), Touraine / (... hier au tantôt), 
Cervières (Q, Ton vient d*cnterrcr). 

17. a) Comme prcccdcmm» (str. 6). — b) Bretagne ;, Velay 1 (...c. ber- 
gers...), Vagney (...c. p. nous dient), Flévy et Jura (...c. p. ont dit); cf. Poitou, 
Touraine i, Quercy,etc. — c) Fore^ 2, Auvergne, Velay 2 -i Vagney {à\tVii)\ 
cf. Limousin i, Velay i, Touraine i, etc. — d) Auvergne, Fore^ 2, Velay 2 
-\- Nivernais i (Ou) ; cf. Velay j, Limousin i, Quercy, Mont Jer rat ^ Mondain, 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 23 1 



18 



Qpand el fut dans L'église entré', 
Le cierge on lui a présenté ; 
Aperçut, en s' agenouillant, 
La terre fraîche sous son banc : 

« Dites-moi, ma mère m'ami', 
Pourquoi la terre est rafraîchi' ? ;> 

— a Ma fiir, ne Tvous puis plus celer, 
Renaud est mort et enterré. » 

20 

— a Puisque le roi Renaud est mort. 
Voici les clés de mon trésor. 

18 a) Touraine i et 2, Saint-Maixent, Roueti, Vivarais, F/et' v (... el est...), 
Vagney (...à Fégl...); cf. Cambes /, etc. — b) Fîivy, Rotien (L'eau bénite...), 
louraine i et Loiret (id.), Vagney Ql Boulonnais (L'siSpQTgbs...)^ Nivernais 2 
et s (»d.). — cd) Rouen^ Fontenay 4- CanavaiSy Turin B, CyDy Valfenera, 
Montferrat ; cf. Altare^ Mofidoi'i ; aussi Saint-Maixent, Firarais, etc. 

Qjioîque, dans toutes les autres versions, il soit parlé d'une présentation 
d'eau bénite, Flévy conserve en b la leçon originale, « le cierge « : ce cierge 
tenu par l'accouchée fait, en effet, partie du cérémonial des relevailles. Les vers 
cd sont d'une restitution délicate : ce distique narratif est tombé de la plu-» 
part des versions, et dans les cas rares où il a subsisté, c'est sous une formQ 
altérée (il ne s'agit plus de terre fraîchement remuée — trait primitif que pr6> 
suppose le dialogue de la strophe suivante, — mais d'un beau tombeau 
récemment construit); toutefois, le dernier vers, d, est fourni littéralement 
parles versions piémontaises, qui l'ont laissé glisser dans la strophe suivante 
(dialoguée) ; et c, dont le verbe initial se déduit de quelques versions françaises, 
doit finir par un mot en an, probablement par un participe : la leçon que je 
propose, « en s'agenouillant », n'est au reste que la traduaion du passage 
correspondant du gwerz. 

^9' «) Comme précédemm» (str. 6). — b) Bretagne /, Ret^, Bretagne j (...nos 

tombes sont r.);cf. Bretagne s, Lomitfac (...tombeaux rafr.), Parisis(... tombe 

/^/chie) ; aussi Rouen^ VivaraiSy etc. — c) Bretagne 2, Loudeac, Touraine j, 

't^tjrais -^ Bretagne ) et 4, etc. (p. plus); cf. Blésois, Vendôme, Rouen, etc. 

^" "-) Charente, Angoumois, Blésois, Vemiôme, louraine i, Fore^ i, etc. 

^^^- ^) Vagney, Frans, (P. mon aimant...), Loiret (Simon mari...); suppléez 

^ *"*^r » conformément à la leçon des strophes 1,7 et 9); cf. Auvernè, Fou- 



232 G. DONCIEUX 

Prenez mes bagues et joyaux, 
Nourrissez bien le fils Renaud. » 

fi 

« Terre, ouvre-toi, terre, tens-toi, 
Que j'aille avec Renaud mon roi ! » 
Terre s'ouvrit, terre fendit. 
Et si fut la belle englouti'. 

tanes; et aussi Roueit, Touraine 2, Mondoviy Limousin i. — b) Vendée^ Linumsin 
J, BivèSf etc. -h FtUetin et Loiret \ cf. Fore^ J, Toitou, Turin C,D, etc. — 
c) Flà'Y (...et mes j.), Touraine i (... mes anneaux : mais, plus haut, le mot 
« joyaux » transposé), Vagney (Tirez... mes anneaux), Nivernais 2 (Voilà... 
..m. ann.); cf./wrfl. Il faut supprimer le second possessif ; « bagues et joyaux » 
est une expression toute faite. — d) Vagney^ Poitou + Flhy (fils R.), Fon- 
tanes et Veiay i (id.); cf. Saint-Maixent, Vendée ^ Touraine 2, Frans^ etc, 

21. a) Clxirente, Blésois, Loiret ; cf. /?<7^, Bretagm 4 et /, Fontenay, Saint- 
Maixait, Limousin j, Vence, etc» — b) Qmrente et Bïèsois + Loiret (Q, j*aille), 
Ret;^ et Bretagne / (Av... jVeux aller), Camhes i (Av... R. je m*en vas); cl. 
îura^ Touraine 2 et Vence, Bretagne 4 y Mon tf errât, etc. — c) BJésois^ Indét, 2, 
BourhvinaiSy Charente (... se f.); cf. Loiret , Felletin, Vence, etc, — d) Clxirente^ 
Blésois ; cf. Vence, Nivernais /, Indêt, 2, Fellelin, Loudéac, Vendée. Les deux ver- 
sions donnent ce vers avec la construction logique : « Et la belle fut... j»; 
mais il n'est pas prosodiqucmcnt possible que la 4* syllabe tombe sur une 
posttonique : d'où la correction que je propose. 

Les versions Pari si s, AngoumoiSy Valois, etc., fort abrégées, placent, immé- 
diatement après la strophe 12 ou 14, la strophe 19 altérée; puis concluent 
par celle-ci : 

Ma mère, dit' âu fossoycux 

Qu'il fasse la fosse pour deux. 

Ht que l'espace y soit si grand 

QjLie Ton y mette aussi Tenûint ! 

Ce quatrain a été fort admiré ; et, de fait, il ne manque pas d'une certaine 
grandeur tragique : mais avec cela, combien il est inférieur à la leçon originale, 
d'après quoi l'épouse prête à mourir confie à l'aïeule le sang de Renaud, 
l'héritier de la race! L'interpolateur était un « romantique u, visant à l'effet, 
et qui l'a trouvé ; l'auteur, à la manière classique, ne cherchait de beauté que 
dans la vraie et simple nature. 



Le texte original du pocme étant tel, nous en pouvons fixer 
à peu prcs la date et la provenance. D'une variante connue 
de la strophe 11, qui mentionne un des événements les plus 



XA CHANSON 00 ROI RENAUD 2$^ 

populaires de notre histoire, Tentrée à Paris du roî Henri 
(Henri FV), il appert que la chanson se chantait dès l'an 1594; 
er, J'autre pnrtj le verbe « entendre », suivi de Tinfinitifj et le mot 
savant « raccommoder » (strophe lo) n'apparaissent point dans 
i» langue avant le xvi* siècle : c'est donc pendant ce siècle-là, et 
plutôt, je pense, dans la première moitié, que vivait Tauteur du 
Sût Itmaud : conclusion qui s'accorde bien, au surplus, avec le 
caractère général de son style'. Quant au lieu d'origine, écar* 
Èaot d'abord les versions secondaires du pays d'oc et du Pié- 
mont, Ton observe qu'entre les provinces d'oïl, c'est la Bre- 
W^e ou les régions limitrophes qui fournissent du Roi Renaud 
i^ plus nombreux spécimens, et les plus complets; la forme 
« seignour » (strophe 16), certifiée par la rime, convient aussi 
^ cette contrée; et s'il est vrai, comme on essaiera de le mon- 
trer tout A rheure, que la complainte du Roi Renaud soit trans- 
iUté^ cl*un gwcrz armoricain, il n'y a point de doute que le 
poète bilingue à qui nous la devons était né sur les confins 
les Bretagnes celtique et française. 
1 



^ 



U 



11 existe, soit dans le domaine roman, soit dans les pays non 
romans qui font enclave en terre française (Basques, Bas-Bre- 
tons), cinq chants étroitement apparentés au Roi Renaud : un 
^«u^er:^ armoricain, une chanson basque, uviq can^ione vénitienne, 
^■utie chanson proprement catalane et un romance espagnol 
^m commun à toute la péninsule. Je donne ci-aprés, en rabrégeant 
^^ an peu par endroits, la traduction de chacun de ces poèmes^ 
, rétablis autant que possible en leur teneur originale par la con- 
H frontation des différentes versions existantes; une série de 
\ chiffres entre parenthèses indiquent» pour chaque partie du 
^^ texte, le couplet français qui correspond : en sorte que, saisis- 
^m lunt d'un coup d'œil tout le détail des similitudes, on pourra 
^■^jsémeiit définir les relations respectives du Roi Rmand et des 
cinq chants précités. 




J • ^^oiez, par eiteinple, k locutbn v ma mère m'amie « ; les « sein» d « 
«^loches ; « bagues i> = bardes; (la terre) « fendit » -= se fendit* 



234 ^' DONCIEUX 



GWERZ ARMORICAIN 

Vers octosyllabiques, rimant deux par deux. Ce gwerz est 
représenté par i8 versions : 

Q>raouaille i : Dufilhol, Mélusine, IV, réd. avant 1835. — Une partie 
de ce texte, avec traduction, avait paru dans le roman de Guioitvadh par 

KÉRARDVEN = DunLHOL), 1836 '. 

Cornouaille 2 : H. de La Villemarciué, Bar^a^-Brei^, I, 1859. — Version 
recueillie d'une chanteuse cornouaiilaise, mais transcrite artiticiellement 
en dialecte de Léon. 

Plouaret : j l t. 1844. 

Keramborgne : > Luzel, Gweri(iou Brei:('I^fI, I, { r. 1848. 

Duault : ) ( s. d. (avant 1867). 

Indéterminé (traduct. française) : Id., Poifs. pop. de la France, V, mss. B. N. 
[s. d. z= avant 1860]. 

P. 1,2,3,4,5,6,7,8,9 : Pbnguern, (à celtique, mss. B. N., r. vers 1850*. 

Lorient (traduct. française, un peu abrégée) : Rolland, /^owa/iûi, XII, 1883. 

Trévér^!' ' \ ^^^'^"^''*' ^"'- ^'" '^''^' ^^-^ ^^^' '^99. 

Il appert d'une variante de P 2 que le gwerz se chantait 
déjà en Bretagne dans le second tiers du xvi" siècle ; car cette 
version mentionne la mort du « roi François », ou plus litté- 
ralement de « François roi » ; or, il ne peut s'agir que de 
François II (f 1560), chose peu probable, vu la brièveté 
du règne et l'insignifiance du roi, ou bien de François I*' 
(t i547)> qui demeura toujours, dans le parler du peuple, « le 
roi François ». 

TEXTE TRADUIT 

Le seigneur comte (sans nom dans la plupart des versions, 
nommé « Tudor » dans P, i, 2,^, 9, « Jean » dans Trévérec, « Nann » 
dans Cornouaille 2, KeramborgnCj Indét,) 1 et sa femme ont été mariés 

1 . Le texte intégral a été extrait des papiers posthumes de D. par M. 
Gaidoz, qui les a en sa possession. 

2. La précieuse collection Penguera, inédite pour la plus grande part, est 
en cours de publication dans les Annales de Brctii^ue, 

3. « Nann » est un diminutif de « Ronan n, « Renan » (homme fort), nom 
fréquent dans b Bretagne celtique. On a remarque la ressemblance de ce 
[Rojnann avec le « Renaud » français : peut-être bien n'est-ce U qu'une 
rencontre fortuite. 




LA CHANSOK DU ROI REÏ4AI 

Tune à treize ans, Tauire à quatûrstc ; au boot de neuf 

mais, la dame est accouchée. Le comte demandait un jour à sa 

fèmmt : « Puisque vous m'avez donné un fils, dites ce que vous 

désirai de raoî : chair de perdrix, ou chair de bécasse ?» — « Chair 

de lièvre me ferait plaisir, » Le comte Nann a pris sa trompe d*ar- 

g^^nt {CornoumlU /), ou son fusil (^Plmmni^ Keramborgne^ DuauU^ 

Z^twriini^ P. 4 et 6)^ ou il a dît de détacher ses chiens de chasse et 

lévriers (A /, 2, s% 7? ^)\ et il est allé chasser au bois'. Dans le 

t^c^îs il rencontre une fée: «Salut à toi, seigneur comte, je te cher- 

ehuiis depuis si longtemps! iMaintenant il faut que tu m*épouses. « 

' * « V'ous épouser, je ne le puis : car je suis marié nouveïlemcnts 

c-^ iiia femme \ient d'accoucher. j> — « Choisis ou de m'épouser, ou 
^^ mourir dans trois jours, ou de languir sept ans au lit. » — 
*^ J'aime mieux mourir dans trois jours que de languir au lit sept 
^s^ car ma femme est bien jeune pour avoir avec moi tant de 

C 3 D Le comte disait à sa mère en arrivant : « Ma mère» faites-moi 

"^^xr<^ mon lit, car mon cœur est mal à Faise, Je ne m'en relèverai plus 

^^^^^ pour mourir {PUmarct^ Kcramhorgnc^ Duaitlt^ IndéL, di\ ),...♦,, 

C-^^ ^\a. mère, si vous ni*aimeï, vous ne direz rien à ma femme 

i%A3«^i^'âu jour de ses relevailles. » (^CormmaiUe i et 2, Kiramlmrgttff 

^^-^^^Mmsll^ Phuani, îmiét., eh\). (6) La jeune comtesse demandait à 

^^ t*^ lie-mère ce jour-lâ : « Qu*y a-t-il que les valets pleurent ainsi ?j4 

^~- «« En allant baigner les chevaux ^^ ils ont noyé le plus beau, u 

\^i^=»^darety Indii,\ cL F, 4^ F, j, Diuudt^ Kmvtibûrgtie, Lorunî^ Phti- 

l^*^'*-*^^ etc.). — (7) fl Dites-leur de ne pas pleurer : on trouvera des 

^^"^'Vaux a souhait. » (Phuarii^ DHatdi^ Loncnt; cf. huiiH,^ Keram- 



^ • Là discussion des variantes est ici de conséquence. Cinq versions 
^^*ter)l les appréis de la chasse du comte. Des trdj^e autres, une (Cor^ 
^^^gf^mdile ï) porte qu'il prend « sa trompe d'argent a : c'est un 31Û4Ç li- 
p^l f-a_«^tiv^ qu'il serait hasardeux d'idcntiftcr avec L'original ; six mentionnent 
«^ fusiï », et même sept, si Ton considère que la version Cùrnouailk 2, 
ptî^ quoi il prend « sa lance de chêne * pourchasser le chevreuil, est due 
~ VUlemarqué, et que celui-ci^ étant données ses habitudes d^arrangeur 



v^^ ^^^^"*' devait immanquablement substituer l'antique et noble lance au 

%Ug^j^ |-^^jj ^^ j^ tradition populaire. Reste cinq versions suivant lesquelles 

»^^*^^lïe ordonne de « détichcr ses chiens de chasse et lévriers ». Adopter la 

^Ç*^*5 du fusil, qui a pour elle la plurilitâ des chanteurs, serait imposer auE 

^^^*"'* une dite bien trop moderne, le fusil n'ayant été employé comme arme 

^*y^^s3c que dms le cours du Kvtu<; siècle ; la question est donc tranchée 

«veur des ti lévriers détachés ». 



236 G. DONCIEUX 

bûrgm^ Plmigùuver, Trévirec^ eic*)^ (8) « Qp'y a^t-ilj que les servante 
pîciirent ainst? » — « En faisant la lessîvc» elles ont perdu 
beau linceul, a {F. /, Cormntaîlîe i^Jtîdéî.^ Dtmtiïî^ Ttrvi'm\ Phiuiret; 
cf* Liment), — (9) (t Dites-leur de ne pas pleurer : on trouvera des 
linceuls à souhait, » (CormimiUe r, Duattît ; cL Lorknt^ Imli^L, 
Phuartî^ Trévtrec), — (1 1) te Qu*y a-t-il que les cloches sonnent 
ainsi ? » ^ — « C'est pour le fils du Roi qui est mort. » Cormmilk / 
et 2, imléf.^ P. S). — (12) « Qu'y a-t-il, que les prêtres chantent 
ainsi ?» — « Un pauvre avait hc logé ici, et il est décède dans la 
nuit, » (Cornmiaille i et 2, Trévértc^ Plouareî^ Keramhorgm^ DtmuU^ j 
P. f, eh. ^ ci. luàét,^ Plmigouvtr), (14 et tj) La comtesse demandait 
à sa belle-mére ce jour-îà : ^ Quelle robe menrai-je aujourd'hui : 
rouge ou grise {CormmaUk /), — blanche ou grise {hrâéi,\^ rouge 
ou h\^\i^ {CornmmUb 2^ P.8)^ — blanche, ou hroget*^ ou violette 
(Ktramkit'gne) ?i*^ * Li coutume est aux jeunes femmes d'aller en 
noir à Téglise » {Phmartî, Diuutlt, Lorimti Cormuaîlh /, Phugûuvtr^ 
Trèvirti\ tk. \qï. P. 2, j, 4) ^ (18) La comtesse demandait, en entrant 
i l'église (Phuardy Trivérec^ P. j, ek.)^ — en s'agenouillant dan s | 
son banc {Keramhûrgnt\ et Phmaret^ Trévérci\ Duauli^ ek.\ — ^^| 
passant Fechalter: (19) «Qui a été enterré ici, que la terre est frat^^ 
chement remuée?» (Cûntouailh i et 2, Phtéiin'i, Umetit^ P. 8\ cf, 
Plùugoiwer^ ek.) — « Hélas! je ne puis plus vous le cacher, c'est 
votre mari qui est enterré là, » {Ktramborgm^ Phmrcî, Liment^ Cor- 1 
muallk I et a» Trévérec^ ek*). — (20 et 21) « Tenez, ma mère, voilà 
les clés! Veiller sur mes biens, prenez bien soin de mon fils (Ktram- 
hù^gne^ Duault^ TrévèreCy Pîougouvtr^ ck. ). Moi je reste îci avec son 
pérc- A (Keramlmrgtfc, DuauU^ dc^)* (îi) La comtesse est tombée à 
terre et elle est morte (Phmret^ Cormmilk^ P, Si et Trévérec, P. >% 
P. 6), 



CHANSON BASaUE 



Octosyllabes j groupés en quatrains, 
sentée par 2 versions : 



La chanson est repi 




t. Luzel ii*emend pas ce mot, et propose de lire â b place le substantif 
hregtt, qui signiïiç « robe de femme 1. Mais il existe d'autre part un adjec- 
tif danois hni^H ^ chatoyant, irisé {vmkdor)^ d'une étymologie peut-être 
celtique^ et qui, en tout cas, pourrait avoir été importé accidentellemeot 
daiis ndiomc armoncâîQ. 

a. Trif^ru pîace ici Tépisode des bergereauiti ahéré : mais j*; ne vois da 
cet huîc vers qu'une intihrAtioD po^téneure du Rotatai françaii* 



LA CHANSON DU KOI RENAUD 237 

iadét«Tniîné : Mme de la VillÉhêlio^ Souvettîr des Pyrénées^ Doui^ airs 
hsques, [1870). — Repr. dans b Rif. dts Troil. pop., 111, 
Tarde ts T C H. Bordes, CmtCl}am*pùp,hasqui*s{hy:lcu\^-%^ïm^n)^T. 1890. 

TEXTE TRADUIT 

(1) Le roi Jî^n, blessé^ est revenu des armées. Dame sa mère est 

restée à. la maison, joyeuse : (2) « Roi Jean, réjouissez-vous et ayez 

courage] Votre femme d*yin petit roi est accouchée hier soirl — 

Ni poiar ma femme, ni pour un petit roi, moi, je ne saurais me 

ré/ouix-* (4 et s) Sans que ceux-ci le sachent, mère, [donnez-moi] 

uolit pour mourir* » (6) *f Ma mère, dites-moi> qu'ont ces valets, 

arcct^^nt de pleurs et gémissemems? ïi — « Ma fille, ce n'est rien î 

•as ùïiX. perdu un cheval gris, a (8)^ ^ Ma mère» dites-moi qu*ont 

ces se^t^-vanteSi avec tant de pîeurs et gémissements?» — « Ma fille, 

^0 ti'«^sî rien : elles ont cassé an plat d*argcnt. » — C" ^^ 9) *^ ^* 

pout ciheval gris, ni pour plat d'argent, je vous en prie, pas de 

\artï^^^ ! Le roi Jean de la guerre or et argent rapporiera. » — (12) 

^ îAa tnérc, dites-moi pourquoi ces chants si hauts? jo — ^ a Ma fille, 

^ç n estrieo : c*est la procession qui passe. 3> — (14) » Ma mère, 

^vte^-moij quelle robe faut-il mettre? » — « Ma fille, la blanche, la 

rougé;li plus belle sera la noire, n — (19) « Ma mère, dites-moi, 

ijtjeUst ce tombeau si élevé? » -- « Ma fille, impossible de le ceîer, 

c'est le roi Jean qui est enterré U* » — (20) « Ma mère, prenez ces 

clés, celles de Tor et de l'argent; et c^ petit roi, élevez-le avec grand 

soin* (lî) Terre sainte, ouvre-toi, que j'entre dans ton sein I * La 

terre sainte s'est ouverte, et moi j'ai embrassé le roi Jean *, 



CANZONE VÉNITIENNE 

Qlîatrains en décasyllabes rimant deux par deux, La chan- 
son est représentée par 4 versions : 

Venise : L. Carrer, Fmit i^ Foeûi\ IV, 1858 (version résumée en prose^ 
et Ués inexacTcmenî)* 

Vtctncî: : WoLF, d*âprès WlDTER, Vdksîiedrr mis VmikH, 1864. 
Pontclagoscuro : Ferra«o, Catfti pi}p, di Ferrara, 1877. 
Rovigno i Jv£, Ctjnlt p(fy ùlrtatti, 1877. 



1. L épouse parle ici ^ la 1^ personne: leçon corrompue. 



238 G. DONCIEUX 

TEXTE TRADUIT 

(i) Le comte Anzolin {Veuisey Vicence, Rovigiw ; d'où « Cagnolino » 
dans Ponteîagoscuro) est allé à la chasse, et il a été mordu par un chien 
{Viceuce). (2) [Sa mère lui dit :] « Je me réjouis pour vous, comte 
Anzolin : ta femme a fait un enfant. » — « Si elle a un enfant, fais- 
le baptiser (FiV^wrf, Roi'igtw), (3 et 4) Dans mon cœur, je me sens 
mal... {Viceucey Rmûgno). Si je vais mal, ne le lui fais pas savoir : 
car en ce lit je la verrais mourir. » {Rovigno^ leçon corrompue; 
variante de Vicence : « ... Éloigne-la, qu'elle n'entende pas le son 
de la cloche! »). (6) « O ma chère belle-mère, qui m'es plus que 
mère ! pourquoi les serviteurs lamentent-ils ainsi ? » — « O ma chère 
belle-fille, qui m'es plus que fille ! c'est qu'il est mort le plus beau 
cheval de l'écurie. » (^FicettcCy Ponteîagoscuro), — (7) « De cela, je 
n'en ai cure, pourvu qu'Anzolin soit en santé. » {Viceitce, Ponteîa- 
goscuro, Ro2'igno) (11) « O ma chère belle-mère, pourquoi les 

cloches sonnent-elles?» — « O ma chère belle-fille, c'est pour un 

pèlerin de Rome. » (Venise y Vicence, Roingno) 

— (13) « Oma chère belle-mère, quel jour relèverai-je ? » — « Le 
jour de saint Marc (Ponteîagoscuro), le samedi saint » (Rovigno), — 
(14 et 15) « O ma chère belle-mère, quel habit mettrai-je ? » — 
9 Le rouge ou le blanc, ou bien le noir selon l'usage. » {Vicence, 
PortclagoscurOy Rovigno). — (i?) « Pourquoi ces gens me regardent- 
ils ? » — « C'est l'usage de regarder celles qui relèvent d'enfant. » 
(JVjvmv, Ponteîagoscuro). — (19) « Pourquoi ce tombeau fraîchement 
ouvert ! > — « Ma fille, je ne puis déguiser davantage : le comte 
Anzolin est là-dedans. » (^Venise, Vicence). — (20) « Avec ma dot, 
élevez-bien l'enfant! (^Vicence, Ponteîagoscuro). (21) O tombeau^ 
ouvre tes portes! Je veux aller dans les bras de mon amour! » 
(^Venise, Vicence, Ponteîagoscuro). 



CHANSON CATALANE 

Vers de 14 syl. =1 7 -f- 7, féminins, uniformément assonan- 
ces en a + atone. La chanson est représentée par 22 versions : 

Majorque : Qladrado, diaprés T. .\guilô, U Palma (périodique), 1842. 
— Rcpr. (en castillan) par Piferrer, Rccui-rJos y BtlUitis Je listHiUa; par 



LA CHANSON DU ROI REKAUD 239 

Bnii^ 0] ; par LiebRECHT, DU Baltûrm in IVùrt und Bild gtsMdtit, II, 

Version très approchatiie dans M. AcuiLô, Romancer pop., n^ i, 

Cauîogne i et 2 : Pelav Bru, Oins, tit la Itrra, 1H^ 1871. 

Câulognc J, B, C, D, E, F, B\ C\ ZJ, /:', F, G\A\ Majorque A' : Mthk Y 
FoMTAKALS, Romancier iîlo (dlaîau (no 210), 1882. 

Caulogne 1, Minorque, Ivjça» C^alogoe 2, Valen^^e : Aguilô^ Romancer 
/qp. êi la ToTû çaidam (n^ i, et notes), 1893* 

dfiavaîs: Njgra, Canti pop, dd PiemoitU (n^ 22), 1888. 

Massât (Ariège) : PASauiER, d'après Ruffiê, Mami. Chansons, dama, 

TEXTE TRADUIT 

(i)..* Don Ramoii revient de bataille (t»ar, : de la chasse). Sa mère, 
pour le voir venir, hm à la fenêtre,.. (2) « Montez, montez, mon 
lîlsj à la chaufibre haute,.. Vous y verrez votre femme, quia accouché 
d'un Inrant {ou d'une infante), n ^ s)t Je n*ai point de joie de ma 
femme, pas davantage de mon enfant î (3 et 4) Ma mère, faites-moi 
mon lit à la place accouiumue; mettez-moi de^ draps et des cous- 
sins blancs. Je n'y reposerai guère : je mourrai à la minuit, et mon 

cheval au point du jour Si Ton demande pourquoi les cloches 

aaniient, vous répondrez : Pour don Ramon, mort en bataille* a 



ROMANCE ESPAGNOL 

H est, originairement, en vers de 14 syL^y-f-y? assonances 
tiniformémem en f-|- atone (Jsfurm^ Portugal, Catalogne A); 
mais dans certains groupes de versions (celles d'Est radamure et 
la plupart des catalanes), le vers a été accoure î en décasyllabe 
i 5 4~Sj l'assonance restant d'ailleurs intacte. Le romance est 
repiéseoié par 19 versions : 

Catalogne (K) : Pelay Bru, Cam. de. la Ttrra^ III, 1871, 

Cat* -f, B, C,D,ff,/^, G,// ;1 MilA y Fontanals, Rornmcfrillû catdan 

OtalogEic A* : ] (n^* 204 et Î04*), 1882 K 

Portugal ; L, Di VAscoHCEtLOs, Rotnania, XI^ i88a. 



I, Ces deux dernières versions, recueillies, Tune en Piémont, l'autre en 
Gascogne, sont d'imporution catalane; et c*est pourquoi je les range à la 
soitc des versions transpyrénéenncs similaires, 

a* Toutes ces versions catalanes sont pleines de mots castillans, qui en 
décèleot la provenance. — On désignera par Catalogne A' k rédaction de 
Mili qui pone le n» 204' ; par Catalogne ^ simplement^ Tcnsemble des autres. 



240 G. DONCIEUX 

Estramadure 1,2,5 ci 4 '• Machado y Alvarez, El Folk-Lore bétîco-fxtre- 
meitOy i88j. 

Asturies I et 2 : J. Menéndez Vu>KUPoesia popular, Colkct. de los romancts 
q. s. cantan por L .Asiuriatios (n»» 46, 47), 1885. 

Catalogne (/ et/) : Aguilô, Romancer pop. d, l. Terra calaîatta (no 1 1), 1893- 

TEXTE TRADUJT 

Le héros se nomme « don Pedre » (Asturies, Portugal, Estrama- 
dure; — noms divers dans les versions catalanes), et il porte le titre 
de V roi » (Asturies, Estramadure). (i) Don Pedre revient de guerre 
blessé (Estramadure; — d'après Asturies, Portugal et Catalogne A\ 
il est allé à la chasse, où il a pris le mal de la mort ; — d'après les 
commun des catalanes, il est allé en pèlerinage [romma]). (2) [Sa 
mère lui apprend que] Dona Aida — c'est le nom de sa femme 
dans l'original (Asturies) ; elle est de\'enue ensuite « Leonarda » 
(Portugal), « dona Anna » ou « Helena » (Catalogne), « dona 
Teresa » (Estramadure) — vient d'accoucher d'un enfant mâle. — 
« Si elle est accouchée, le fils sera sans père (Asturies, Portugal). 
(3). Ma mère, préparez-moi un lit (Asturies, Portugal), car je mourrai 
tout à l'heure (Asturies). (4) Ne dites rien à dona Aida, qu'elle ne 
sache pas ma mort avant quarante jours » (Asturies). Au seuil de 
la cour, don Pedre tombe mort (Asturies, Catalogne; — d'après 
Estramadure, il va saluer sa femme, et c'est en sortant de la chambre 
qu'il meurt). 

(6 et 8) [Ici et plus loin, la formule vocative, telle qu'on peut 
l'induire de la confrontation des versions, était dans l'original : 

O diga me, la mi madré, diga, la mi siempre amiga ! 

ce qui correspond exactement au vers français « Dites-moi, ma mère 
m'amie »]. « Qu'est-ce que le bruii que j'entends? » — « Ce sont les 
servantes et valets qui rient. » (Catalogne). — (11) a Pourquoi les 
cloches sonnent-elles ?» — « C'est pour une messe dans la cathédrale 
(Asturies) ; pour une fùlc (Portugal) ; pour la mort d'un grand de la 
ville (Catalogne) ; pour toi, à cause de tes couches (Estramadure). » — 
(12) a Pourquoi chante-t-on ?» — « C'est pour la châsse du patron 
qu*on porte en procession (Asturies); pour les obsèques d'un grand 
de la ville (Catalogne). » — (13) « Quel jour irai-je â la messe [de 
rclevailles] ? » — « A Pâques fleuries (Asturies et qq. vers, catalanes) ; 
dans un an et un jour. » (Portugal, Catalogne A') - (14 et 15) 
« Quel habit prendrai-je pour relever ?» — « C'est le noir qui sied 



¥ 



LA CHANSON nV HOl KENALD 24 1 

k mieux, parck* que lu es blanche et délicate (Asiurks) ; que lu es 

noble (Pflrlugaiyi que tu es la belle don;i Anna (Gj/rt%p;^ /f')* a (ïé) 

A Ijî sortie de la maisou, un berger dit {ou les gens disent) : a Voici 

(il jolie vcruvc î ^ {Jsîurics^ Eifnimmîure^ Caiah^rif, CataJoiitte A'). 

— (17) ir Qu'est-ce que [ce berger] dit? » — «f ïl dit que nous 

imnqiierons la messe. » {Asitirm). (18) A l'entrée de l'église, elle 

pmnd de Teau bénite i elle voit une tombe couverte de noir (Ca/ri- 

îifne A') : (19) « Ma mère, pourquoi cela ^,.. » — « Ma fille, il faut 

que fête le dise, don Pcdre est mort er enterré. » {Asiurm^ Eslrama- 

dur^^ ûîtiîîtigHe), (20) *— ff Si don Pedre est mort, ce a*est raison 

que ie vive (Esîmmadure). MC^re^ je te reconimande le fils {Cata- 

%rf^), (21) Moi, je m'en v^is au ciel avec moti mari ! {CtHahgnt). 

U tombe s^ouvrc, elle lotnbe morte. {Cataîogm I). 



Hormis le gwerz armoricain, qui mérite un examen particu* 
iier^ il apparaît il première vue que tous ces poèmes se réduisent 
à des formes secondaires et inconjpîètes de Toriginal français. 
La chanson basque n'en est qu'une traduction lictcralèjavec des 
lacunes; la chanson vénitienne, qu'un rifadmmto en décasyl- 
labes^ diaprés quelque version piémontaise* L'auteur de k 
chanson catalane développe abondamment les trois premiers 
couplets, sans plus (dialogue du chevalier mourant avec sa 
mère)^ et ne sait rien du reste; celui du romance espagnol, au 
contraire, imite de fort près, et jusqu*au bout, son modèle. 

La question, pour le giverz, n'est pas aussi simple. La pre^ 
î^itre partie de cette pièce n'a aucun rapport avec le début du 
Roi penaud : îci^ deux vers d'introduction, qui montrent un 
chevalier revenant de guerre, blessé; là, toute une histoire 
tDei-veilleuse, d'un seigneur qui va chasser au bois pour appor- 
^^ du gibier k sa femme, d'une fée amoureuse qu'il y rencontre, 
^ q tii veut Tèpouser, du sort mortel que la fée lut jette en 
punition de son refias. Mais tel est, dans la suite du poème, le 
P^r^a^llélisme des deux chants, que certains vers celtiques, traduits 
^*>t pour mot, coïncident d*unc façon rigoureuse avec les octo- 
^yJÏ ^es françms, et réciproquement. A la vérité, notre chanson, 
outm^c quelques parties dîaloguées qui manquent au gwer^j offre 
des- vansitions narratives d'une étoffe beaucoup plus riche. Mais 
ccl^. est sans conséquence pour la priorité de Tun ou de Tautre 
P^^tne : car il y a d*êgales chances que le dérivé diffère de Tori- 



242 



G* DOXOEUX 



giiial par des additiotis ou par des omissions; et si la narration 
embryon liai re du gwerz peut bien avoir été développée ulté- 
rieuremenî par le chansonnier français, il n'est pas moins vrai- 
semblable que le récit plus complet du Roi Rermt4d se soit 
atrophié en passant à la poésie armoricaine. En fait, la priorité 
du Cûmk Nann est assurée, mais par une seule raison, qui est 
le caractère fantastique du début. Supposé que Tauteur du 
gwer^ ait travaillé sur un modèle français, on voit mal comment 
cet imitateur^ si fidèle en tout le reste, aurait substitué à Tex- 
position fort simple du Roi Renaud une histoire étrange et com- 
pliquée, qui n*a point de rapport nécessaire au sujet; mais, 
dans Thypothèse contraire, il est naturel que le poète français, 
peu enclin au fantastique cc touché seulement par le côté 
humain du drame, ait laissé tomber respccc de féerie qui en 
forme le prologue. Aussi bien, ce thème féerique n'est point 
particulier au gwerz ; on le retrouve, et traité d*uoe façon iden- 
tique, dans cette chanson du C}m;alkr OlûJ^ qui est justement 
à la tradition populaire des Scandinaves ce que le Comte Nann 
est à celle de TArmorique et h' Roi Rmafêd i celle de la France^ 
Le gwerz, dans la série de ces trois chants, ayant une moitié 
commune avec la complainte française et tenant par l'autre à 
la vise danoise, forme le chaînon intermédiaire. Et c'est, en 
définitive, à cette vise danoise que notre étude critique du Hm 
Remué vient présentement aboutir. 



m 



La vise du Chevalier Olaf^ inritulée par Grundtvig Elve^kud 
(frappé par Telfe), est des plus belles et des plus universelle- 
ment populaires qui soient en Scandinavie, Ce savant, dans sa 
monographie à*Eh^skf*d, en a réuni 68 versions, qui se décom- 
posent en cette sorte : aé danoises (Grundtvig, Danmarks gamk 
Fûlkeviser, n^ 47, Il et IV), — 4 des îles Fitrœ (1d., ihid.^ IV), 
— 12 islandaises {lB.^iskn:ik/ornki\Tdhi, I)^ — 18 nprvégiennes 
(Landstad, Norske Folknnser^ 2 versions; les autres, manuscrites» 
communiquées à Grundtvig par Bugge), — et 8 suédoises 
(Afzelius, Svenska Folkviior, UI; Arwiosson, Svettska F&rnsâftger, 
Il et ni; Grlkdtvig, IV; Djurklou. Ur Nerika Folksprûk; 
A^^^LIUS, Sa^nhiîjdet\ II). La plupart des versions sont de tra- 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 243 

dition contemporaine, mais certaines ont été conservées en de 
vieux manuscrits : la plus ancienne de toutes, une danoise ÇA), 
date de 1550; une autre danoise (5), de 1695 ; trois islandaises, 
de 1663 et 1700; une suédoise, du xvii* siècle. 

Voici la traduction de cette vise. L'on a pris pour base les 
deux vieilles rédactions danoises A et B, celle-là plus antique, 
celle-<i parfois préférable; quelques vers intéressants, emprun- 
tés à une version jutlandaise contemporaine, D, mais qui ne 
doivent pas être attribués au poème original, sont enfermés 
entre crochets. 

Sire Olaf chevauche à huit heures [du matin]; mais il lui semble 
qu'il fait grand jour». 

Sire Olaf chevauche vers la montagne : il y avait là des elfes qui 
dansaient». 

Alors une elfe sortit de la danse, elle mit son bras au cou de sire 
Olaf : 

« Ecoute, sire Olaf, l'aveugle, où donc vas-tu chevauchant ? » 

— « Je m'en vais chevauchant par Tile, afin de causer avec ma 
fiancée. » 

L'elfe avança la main : « Il faut d'abord, sire Olaf, que tu danses 
avec moi. » 

— « Je ne l'ose, ni ne le peux : demain se feront mes noces. » 

— « Écoute, sire Olaf, viens danser avec moi ! je te donnerai 
une paire de bottes en peau de bouc. 

* Une paire de bottes en peau de bouc sied bien aux jambes qui 
portent l'éperoo doré. » 



1. « Huit heures » du matin, dans ces régions septentrionales, est en 
lû^w une heure crépusculaire : s*il fait grand jour, aux yeux du chevalier , 
c'est à cause de la lumière surnaturelle qui émane des elfes. Ce beau début 
est dans A, aussi dans qq. versions norvégiennes et qq. suédoises; B et le 
commun des danoises portent banalement que le chevalier est sorti pour 
inviter le monde à ses noces. — Dans la tradition des îles Farœ, il y a un 
préambule rajouté (dialogue du chevalier et de sa mère), dont on retrouve 
la trace dans les chants écossais et tchèque dérivés de la vise d*01af. 

2. A parle id, à tort, d'une danse de « nains » ; et au couplet suivant, il 
introduit, contradîctoirement, une « vierge » qui invite le chevalier à dan- 
^^' En fait, et d'après la généralité des versions, il s'agit d'une danse d'elfes, 
^ Ccst l'une d'elles, « la rtUe du roi des elfes » selon B, qui s'approche du 
"*^alier. Le nombre des elfes est marque dans plusieurs versions : trois, 
^* neuf, etc. 



244 G- DONCIEUX 

— « Une paire de boties en peau de bouc, J€ veux bien l'accep- 
te r^ mais je ne puis pas danser avec toi. i 

— « Écoute, sire Olaf^ viens danser avec moi ! je te donnerai une 
tunique dt soie» 

9 Une tunique de soie si blanche et fine, que ma mère a blanchie 
au clair de lune, a 

— rt Une tunique de soie, je veux bien l'accepter, mais je ne puis 
pa& danser avec toi. *- 

— « Écoute, sire Olaf, viens danser avec moi! Je le donnerai un 
casque d'or *, » 

— M Un casque d'or, je veux bien l'accepter; mais je ne puis pas 
danser avec toi. b 

— « Si tu ne veux pas danser avec moi, plaies et maladie seront 
sur toi> » 

[ « Vcux-tii mourir demain, ou vcux-lu être malade pendant sept 
ans ? » 

— « J'aime mieux mourir demain, que d'être malade pendant sept 
ans ! »] * 

Elle frappa sire Olaf sur sa joue blanche^ le sang sauta sur son 
manteau dVcartaie, 

Elle le frappa entre les épaules, et il s* abattit sur le sol K 

€ Lève-toi, sire Olaf î et va-t-cn chez toi ! Tu n'as plus qu*uti jour 
a vivre. ■ 

Sire Olaf fit tourner son cheval, et dolent s'en alla chez lui. 

Comme il arrivait à la barrière du château, sa chère mère éuil 
de^nt : 



î. Voilà îc dénombrement des présents de Telfe, diaprés B, appuyé par 
mainie auu'e version : et c'est là, je pense, h leçon originale* Dans J aussi, jj 
y a une ènumération analogue^ mais les objets di^Térem. 

a. Les anciennes versions ne portent pas trace de et choix laissé entre 
h maladie knte et la mort subite. C'est assurément là une interpolatîoQ ; 
imporuntc d'ailleurs, en ce qu*elk a passé dans le gwcrz annoricaîn, 

%. Tel est le châtiment du chevalier, diaprés la Ic^n originale (^, B, etc.)- 
Ailleurs, Telfe lui perce k c<ï:tir d*un coup de couteau ; dans la tradition 
fa.*r£Kenne et islandaise^ clic lui donne un baiser func^Ec (quef^^uefois précède 
d'un breuvage empoisonné). Enfin, scbn J6 versions récentes (15 danoises, 
t suédoise), elle Tentraine dans une danse terrible, dont E ne son que 
moribond ; cette variante, incotinue des anciens chanteurs, est une inter- 
polatîûn évidente : Olaf n'a pas dû entrer dans U danse, puisque c'^i à 
cause de son refus de din^r qu'il est frappé par Telfe. 



LA CHANSON DU ROI RENAUD 245 

t Écoute, sire Olaf, mon cher fils, pourquoi as-tu la joue si pâle ? » . 

— « Je puis bien avoir la joue pâle : j'ai été au jeu des elfes. 

[« Écoute, sire Olaf, mon cher fils, pourquoi le sang coule-t-il de 
U selle? 

— « Mon coursier n'a pas le pied ferme, il a buté contre une 
souche. »] ' . 

« Mon cher père, prenez mon cheval ; mon cher frère, va quérir 
un prêtre. 

Ma chère sœur, va faire mon lit ; ma chère mère, au lit menez- 
moi. » 

— « Écoute, sire Olaf, mon noble fils, que répondrai-je à ta fian- 
cée ? » 

— « Vous lui direz que je suis au bois, à dresser mon cheval et 
«îes chiens. » 

Le lendemain, au point du jour, la fiancée arriva avec le cortège 
nuptial. 

Comme ils approchaient de la ville, toutes les cloches sonnaient à 
toutes volées. 

« F^ourquoi toutes les cloches sonnent-elles ainsi ? Je ne sache pas 
que personne ici soit malade. » 

« C'est la coutume en ce pays, de faire sonner pour sa belle. 

C*^st la coutume en cette île, de faire sonner pour sa fiancée. » 
C^^mme la fiancée entrait dans la cour, toutes les femmes pleu- 
raieni: très fort. 

• I^ourquoi toutes ces femmes pleurent-elles ainsi, je voudrais bien 
le sa-vroir ? . 

" xi'y avait personne autour d'elle, qui osât lui répondre un mot. 

^^^ conduisit la fiancée dans la salle, le cœur en peine et la joue 
rose^ 

^ xn assit la fiancée sur le banc nuptial ; il y avait devant des che- 
vali^^ qui lui versaient à boire. 

^l ors la fiancée s'écria par-dessus la table, elle dit ces mots pleins 

*^ Suisse : 

^ Je vois bien des chevaliers entrer et sortir : mais je ne vois pas 
^^'^^ Olaf, mon cher seigneur ! » 

^-lors la mère de sire Olaf répondit, elle était triste et dolente : 

5 - L'image est saisissante ; mais ces vers ne faisaient point partie de la vise 
^'^^înale : Faveu d'Olaf, qu*il a été à la danse des elfes, exclut la réponse 
^^'^^te qui lui est attribuée ici. 



246 G. DONCrEUX 

« Sire Olaf est allé au bois, dresser son cheval » et ses chiens. » 

— « Est-ce qu'il aime mieux son cheval et ses chiens, qu'il ne 
fait sa chère fiancée ? » 

— « Je ne puis plus te le cacher, sire Olaf gît mort dans la salle 
funèbre ! » - 

Alors elle demanda à toutes les femmes de lui faire voir le corps. 

On ouvrit la porte de la salle funèbre, le lit se dressait en face. 

La fiancée courut vers le lit, clic souleva le linceul blanc '. 

Elle regarda le corps si raidc : son cœur battit avec violence. 

Elle embrassa le corps si long : son cœur se brisa en morceaux. 

Le lendemain, au point du jour, il y avait trois cadavres dans le 
château : 

Le premier était sire Olaf, l'autre, sa fiancée, le troisième, sa chère 
mère, morte de douleur. 

Cette vise, née en Danemark, à une époque très antérieure 
au milieu du xvi* siècle, s'est propagée naturellement par toute 
la Scandinavie, occupant d'abord les royaumes voisins de 
Norvège et de Suède, importée aussi par les émigrants nor- 
végiens dans les îles Fx'vœ et en Islande. Mais son expansion 
ne s'est pas limitée aux pays de langue Scandinave. 

De l'archipel norvégien des F;VTœ, par l'archipel écossais des 
Shetland, elle pénétra en Ecosse et y donna naissance à une 
ballade, Clerk Colvill, dont Child, TIx engl. and scott. pop. Bal- 
lads y n" 42, II, a public trois versions fort mutilées (la 2* 
mise au jour par Herd, dès 1769)*, où Ton reconnaît en effet 
des particularités de la tradition farrœenne. Le nom même de 
clerc Colvill parait issu par corruption de celui du sire Olaf en 
dialecte tarœen : [clerk C]olvill ^^ Ôlavtir. Et dans la mermaid 
écossaise, une de ces fées, telles que les sirènes de la fable antique 



1. Dans A seulement, il est question de • faucon » au lieu de cheval. 

2. // a ici une lacune. A présente les choses d'une façon particulière : le 
soir venu, on mène la tîancée à l'appartement nuptial, puis au lit nuptial; 
c'est alors seulement qu'elle apprend la mort du sire Obf, et cela, non 
point de la bouche de sa belle- mère, mais de celle dun pige : variante bien 
inférieure. D, appuyé par un grand nombre d'autres versions, fournit la 
vraie leçon, savoir l'aveu de la mère. 

^. Dans /?, « le linceul écarlate »», qui pourrait être la leçon originale. 

4. Le texte publié par Lewis, TM<> oj li\>n,i,r. iSoi, n'est qu'un arran- 
gement très libre de la re version manuscrite {^A), et partant manque de 
valeur documentaire. 






hK CHANSOÎC DU ROI RENAUD 247 

OU les nixcs des léi;endes allemand'. ?î, qui symbolisent la puis- 
sance insidieuse et meurtrière des eaux. Ton retrouve, un peu 
changée* l'elfe Jt*s bois Scandinaves. Clerc Colvilio est marié* Sa 
femme lui recommande, et il promet à sa femme, de ne pas se 
1 aisser gagner aux prestiges de ces dangereuses belles qui hantent 
les sources (comp- le début des versions turœenncs de la vise). 
Ce qui ne Pempèche pas, aussitôt sorti, d'entrer en propos avec 
une jolie lavandière, qui lave au ruisseau sn chemise de soie, 
I^ii mermiid — -car c*en est une — adresse à Colvill des paroles 
rtattcuses; il la prend par la main, il la prend par la manche, 
hh tant qu'il oublie sa femme avec elle. Mais soudain il 
éprouve une terrible douleur de tète. La merniaid, sous prétexte 
Je guérison, l'engage à couper un morceau de la chemise de 
soie et à s'en envelopper la face. Sur quoi !e mal redouble* 
Colvill jette les hauts cris; la mermaid éclate de rire : « Vous 
irez de mal en pis, jusqu'à ce que vous soyez mort! » Et, mena- 
cée de son épée, elle se change tout k coup en poisson et plonge 
tians le ruisseau. Colvill remonte à cheval, arrive chez lui, et, 
notant venir la mort, il prie sa mère de lui faire son lit, sa 
femme de Ty coucher, son frère de débander l'arc qu'il ne 
tenJra jamais plus. ~ La balladej qui se termine là, répond 
^cltisivemenc à la première moitié de la vise, soir que le poète 
écossais n'ait pas connu Tantre, ou qu'il ait négligé de parti pris 
^* suite humaine de l'aventure. Même il semble que dans son 
idée le thème féerique a changé de signification : Colvill est 
ptinî^ non point, comme sire Olaf, pour avoir résisté, mais 
bim parce qu'il a cédé à la tentation; et la tentatrice res- 
semble beaucoup moins à une amante jalouse et vindicative, 
quà un méchant génie, cruel par plaisir, et qui attire ses 
victimes à l'appât de voluptés mortelles. 

Tombée du Jutland che?: les Slaves de la Lusace et de la 
Bohème^ la vise y a produit une chanson connue par un type 
w't^iiJe (Haupt-Schmaler, Folkslieder d. Wendm in d. Laush;^, I, 
n^5; et ibià.t H, n'^ 182, variante fragmentaire et contaminée) 
ef parun tchèque (Celakowskv, Sloinnské nàrmhti PLm\ I, 2 
versions ' ; Susa, Miyravskc nàrodni Phnèy 2 \^ersions ; Erben, 



I, La i« version, traduite en aï 1cm and par Waldau, Birminhc Granatm. 
La 2«^ traduite en anglab par Bowrinc, Chikian Aniixih^y\ en allemand par 

HAUPT-ScHMAteR, iOi\ di., \ (notC î). 






2 48 G, nONOEUX 

Pisn? fuiroJtii t\ Ceclmch^ 2 versions). Au 
s'est passé pour la ballade écossaise^ l^élément merveilleux est 
absolument éliminé de la chanson slave, tandis que la partie 
naturelle de Hiistoire (rarrivce de la fiancée à la maison nup- 
tklc et ses înterrogations dramatiques) en forment le noyau, 
plus ou moins altéré, mais résistant. Un jeune homme qui se 
marie — Hermann, dans les versions tchèques — monte 
cheval, a%'ec les garçons de la noce, pour aller quérir sa fianc 
Mais il part sous des auspices funestes : des corbeaux tour 
noient sur sa tèce avec des croassements de mon (leçon 
wende), ou bien sa mère l*a maudît, parce qu*il est sorti à 
dicval malgré sa défense (leçon tchèque); et en effet, pendant 
la route, il tombe de cheval et se casse le cou. Diaprés la tra-^u 
dition tchèque, les gens du cortège n'en continuent P^^M 
moins, musique en tète, leur marche vers la maison de 1^^ 
fiancée; et, sans lui rien dire de l'accident, ils la mettent en 
voiture et Temmènent, Mais la jeune fille a des soupçons ; elle 
demande pourquoi le fiancé n'est pas venu avec les autres? — Il 
apprête la table du banquet* — Si ce n'est pas son sang qu'elle 
voit répandu sur le sol? ^ — Cest celui d*une bète qu'il a tuée 
à la chasse.,- Elle arrive chez les parents d'Hermann; et là, 
au milieu du souper, elle entend par trois fois un glas de 
cloche. A ses questions on répond, les deux premières fois, que 
c*est le glas d'un enfant mort; la troisième, que c*est le glas 
d*Hermann. Hîle s'élance de table, et se plonge un couteau dans 
le coeur. — La vt-rsion wende, fort laconique et probablement 
tronquée, fait succéder, sans transition, à la chute mortelle du 
fiancé le triple tintement dune cloche. A chaque son de 
cloche, la jeune fille demande où est son fiancé. Deux fois, od 
élude sa question par des réponses feintes; à la troisième, on 
lui avoue qu'il s'est rompu le cou. Alors elle prend le deuil 
du défunt, et déclare qu'elle ne Toubliera jamais. j 

Que la vise, mère des chants slave et écessais, le soit pareil- j 
lement du gwerx armoricain, cela, nonobstant ropinion de I 
GrunJtvig^ qui renverse la filiation, ne saurait faire aucun I 
doute, pour peu que Ton compare les divers états du thème 
intfjal dans Fun et dans Tautre poème. Le gwerz fait dti héros 
un teune homme marié depuis neuf mois, et que sa femme j 
vient de rendre père, — circonstance qui modifie d'ailleurs | 
lOtite lj stuic de r histoire; — selon la vise, il n*est encore 



; 

fp 



I 

i 



LA CHANSON DU ROÏ RENAUD 249 

quun fiancé prêt à céliirbrer ses noces. Mais, relativement à 
k leçon Scandinave, la bretonne a je ne sais quoi de gauche : 
a est peu naturel que la fée attende, pour se poser en 
ritrale, que la fiancée de Thomnic quelle désire soit devenue 
épouse et mère* c'est plutôt quand ce seigneur n'est pas 
irrévocablement lié, c'est quand il lui reste le pouvoir dechoi- 
, sir, c*est, par une précision dramatique, la veille même de ses 
noces, qu'il convient que la fée se déclare et, refusée, se 
veoge : et tel doit être le thème k son origine. Cette conclu- 
sion-là, aussi bien, n'est pas une simple vue de Tesprit ; et 
nous avons des textes où la fonder. Le thème, qu'on pourrait 
définir Si la Vengeance de la fée amoureuse et offensée », se 
rencontre ailleurs que dans k poésie traditionnelle des Scandi- 
naves; on voit qu'il était fort répandu, au moyen âge, parmi 
les populations germaniques. Dans ses Otia imperialia (envi- 
ron 121 1), — source des plus précieuses pour le folklore 
médiéval, — Gervaîs de Tilbury le signale comme faisant 
partie de la croyance populaire de son temps : « Nous avons 
ouï dire que certains hommes avaient fait Tamour avec des 
fées, et que, sétant mariés ensuite à d'autres femmes, ils 
éraient morts avant d avoir connu celles-ci charnellement n '; 
et, lié à une légende badoise, un Allemand du commencement 
du XIV* siècle Ta développé dans un poème, Der Riîkr wn 
St€M^êJmhrg, qui nous est connu par un ms, du xv* siècle ei 
par un incunable de 1480, Or, en tous ces cas, la vengeance 
de la fée précède immédiatement le mariage de son favori. 
A.tnsi Tétat du thème, plus pur dans la vise que dans le gwerz, 
lèinojgne que celui-ci n'a pu, en aucune manière, engendrer 
celle-là, et, partant, quec*est la réciproque qui est vraie. 

La légende versifiée du- chevalier de Staufenberg ^ relate 



'- « Hoc sdmus... quod quosdam hujusmodi larvarum t\\xs^% fudm nomi- 

''^t a matorcî [fuisse] atidivimus, et, eu m ad aliarym feminarum mairi- 

nionîa se iransiulcnint, an te mortuos quam eu m superinductis carnalî se 

copule immiscuerim. a 

^' Le IMS. û été publié par C. M. Ekgelhardt {Dtr RHitr tu Stauffinbttg, 

* *^idfuiscfxs Gi'ilkk, Str.isbourg, 182 j), r<iédité critiquement par 0. 

^M iç^^g (lins les Ahdmîu'iK Stitdim de J.€NICke, Steinmever et Wii makks, 

^^lln, 1871 ; tt\ dernier lieu p.ir Ed. Sckroder, Zttvi Rtîfttmihrti^ Mari;^ v, 

Vè^r**** ^^^^^^ ^'* Siauji'rtkrg t Berlin, 1894)* — Une réimpression de luxe de 

^^ttion prînceps a été faiie par les soms de Ccjleiiakn : Dk î^gmdr tvm 



Biiu^ 




Ptdrr t\ Siûtiffenbrrg^ Hanovre, 1849. 



ajO G. DOKCŒUX 

une aventure tout à hh distincte du celle du chevalier Olafi 
en sorte qu'il ne peur être question, entre la vise danoî 
et le vieux poème allemand, d'une parenté positive; toute-' 
fois, ce poème touche à b vise d'asse;?: près, par la communauté 
du thème fondamental, pour qu^il soit à propos d'en donner 
ici une idée sommaire ; 

Pierre de Stautenberg, s'en allant un matin à T église de 
Nussbach, rencontre en son chemin une femme très belle 
richement habillée. Il descend de che%*al, loi prend la main, eti' 
s' étant assis à son côté, lui demiinde qui elle est et ce qu'elle 
fait là. — « Je suis ici pour t'attendre; invisible, je t'ai suivi 
sans cesse dans les orages et les bat^iilles, aux lieux saints et 
par tous pays* » Le chevalier la prie de ne le point quitter; 
rincontme promet qu'elle le visitera corporellemenl, toutes les 
fois qu'étant seul il voudra bien penser à elle; mais il faut que 
lui-même s'engage 1 ne se marier jamais : s'il manque h sa 
parole, il mourra dans trois jours. Le clievalier promet avec 
joie. Trois ans se passent; et pendant tout ce temps, il court 
victorieusemeni combats et tournois, et chaque fois qu'il est 
seul et pense a la bulle, il la voit apparaître devant lui. Cepen- 
dantj !a famille du chevalier le presse, et toujours vainement, 
de prendre femme; tant qu'enfin, se trouvant à la diète de 
Francfort, le nouvel empereur lui offre !a main d'une demoi- 
selle de sa maison, l'héritière de Carinthic. Il refuse long- 
temps, sous des prétextes^ mais finit par avouer le commen 
qu'il entretient avec la personne mystérieuse, et à quelles con- 
ditions. Un évêque lui déclare que c'est là une embûche de 
Fenfer, qu'il feut déjouer sous peine de damnation. Le chenalier 
se laisse persuader. Mais la femme lui apparaît encore; et 
renouvelant sa prédiction, elle ajoute qu'il en aura pour signe, 
le jour même qu'il se mariera, son pied nu visible à tous les 
yeux* Les noces ont Heu, Et voici qu'en présence de rassem- 
blée, un pied de femme, merv^eilleusement beau, sort du pla - , 
tond. L'on ne découvre, à Tétage supérieur, ni être vivant, lY^H 
trou dans le plancher. Le chevalier comprend que sa dernîèr^^ 
heure est venue. Il se met au lit^ reçoit les sacrements, recom- 
mande sa fiancée a ses frères, La fiancée entre dans un coa-J 
vcm. Trois jours après, le chevalier meurt. 

11 est a remarquer que cette même légende se transmet 
oralement à Staufenberg sur le Rhin, où Engelhardt témoigna 



n-^ 



LA CHANSOK DU RDI RENAUD SJT 

ravoir recudJlie dans le premier quart de ce siècle : seulement» 
ta femme mystérieuse est devenue là, de même que dans la 
balkde écossaise, une fée des eaux* Qpant à savoir si le poème 
m-zm s*est résolu en un conte populaire, ou bien si c'est la 
tradition locale qui a donné naissance au poème, ce sont !â 
deux hypothèses également plausibles, et entre lesquelles nous 
ttVons aucune raison de décider 

J*ai montré tout à l'heure que le thème de la Vengeance de 

là f^^ était plus pur dans la vise que dans le gwerz. Est-ce à 

dire que la vise Tait conservé intact ? Le poème du CIm'alier di 

Statifmkrg^ confirmé par le texte significatif de Gervais de 

Tïibyr)% nous autorise X trancher la question négativement. La 

siluadon du héros présente, en cffetj de part et d'autre une 

différence profonde : Olaf est un chevalier chaste et loyal, qui 

rep<ïusse, afin de garder la foi duc à sa fiancée^ les avances 

d'une inconnue rencontrée par hasard ; au lieu que Tinfidèle 

sire de Staufenberg trahit, pour de nouvelles fiançailles, 

♦ amante qui s est abandonnée à lui. L'offense dés lors change 

de caracière^ et aussi la vengeance de la fée. L'elfe Scandinave 

^st Une capricieuse aux fantaisies homicides : celui qu'elle veut 

^wît la vouloir, et s'il se dérobe, uUe le tue. Mais la fée des 

ïboriis du Rhin a son droit pour elle; et punissant, d'une peine 

f^dictée d'avance, la violation d'un pacte où le coupable a Hbre- 

*^^nt souscrit, elle fait en somme acte de justicîère. Cette 

*^oriception de Taventure, que les documents nous attestent plus 

Anc:î^uj,^_ est aussi la plus logique, et nous devons la tenir pour 

pnmitive. Ainsi le poème allemand, la vise et le gwerz, rangés 

«^^rts Tordre même de cette énumération, représentent trois 

*^^itts successifs du vieux thème fantastique ; thème que l'on 

'''^^^^^ 11 naît encore, très déformé, dans la ballade écossaisCj et 

^^^ tjufin, dans la chanson wendo* tchèque et dans la française, 

^ ^<^»tatcment disparu. 

Et maintenant nous pouvons formuler comme il suit tout 

le résultat de ces recherches critiques. Une même chanson, qui 

^^ peut intituler, selon la portion du sujet que Ton considère, 

*" l^ Vengcmce de la Fée » ou tf la Mort secrète d, a revêtu 

^^t^ul formes et passé dans neuf idiomes divers. Cette plante 

Mique, merveilleustrment vivacc et qui étend ses rameaux à 



252 O. DOKCIEUX 

tous les bouts de FEuropc, nous la connaissons depuis la racine 
de la mattresse tige jus<|u*aux moindres pousses terminales; et^ 
une analyse attentive nous a découvert avec netteté Tordre de 
ses parties et la loi de sa croissance. Une semence légendaire, 
éparse dans le domaine germanique^ — et dont quelque graine, 
tombée au bord du Rhin, donna naissance au poème plus ancien 
du Cljevaîier de Staufenbcrg^ — se répand aussi en terroir Scan- 
dinave, et le génie d'un poète danois^ du xv* ou du commen* 
cernent du xvi« siècle^ ly fait germer en une vise populaire; 
cette première souche émet directement trois branches, une 
ballade écossaise, une chanson slave, un g^^erz armoricain; le 
^'CTz à son tour produit la chanson française, de laquelle enfin 
sont issues les chansons basque^ vénitienne, catalane et le 
romance hispano^portugais. Tout ce développement peut être 
figuré aux yeux parle tableau suivant : 

SifC OtAF 

fScandiiiivic ). 






Comte Nanv 
( Annorîque ). 

Roi RçMAU» 

{ Fratrce), 






Roi Jr.Av 






Don Ramow 



lion Prïj«i 



(!cs neuf pièces n'ont certes point ni la môme valeur poétique, 
ni le même intérêt au point de vue de révolution du thème : 
six, qu on négligerait sans grand inconvénient, consistent en 
des débris plus ou moins frustes, ou en des calques plus ou 
moins fidèles, soit de b vise Scandinave, soit de la romance fran- 
çaise. Mais les chants du Sire Oiajt du Comte Nann et du Roi 
HfHûuJ^ qui tiennent d'ailleurs Tun i Tautre par une filiation 
directe, forment une lignée de chefs<d*œuvre, telle qu*on n'en 
dtcraît point d*autrc eKemple dans rhistoire de la poésie tradi- 
danncUe. Tous les trois portent Ix un égal degré la marque 



^ 



LA CHANSON DU KOI RENAUD 25 J 

d^iinc main créatrice; et si Finvention, ou du moins la dispo- 
sition première du sujet, appartient au Scandinave, le Breton, 
qui transforma la vise danoise, le Français, qui développa 
ensuite le gwerz breton, ne lui cèdent en rien pour la richesse 
et la vigueur du génie. 

Dans Tesprit de l'auteur danois, la rencontre du chevalier et 
de ta fée est rèvéncment capital à quoi tout le reste est subor- 
donné; et c'est aussi où il a déployé la poésie la plus presti- 
gieuse. Au lieu commun légendaire» il ajoute cette chevauchée 
dans le crépuscule du matin, ce bal des elfes au pied de la 
[Qontagne, cette invitation i danser par où Tune d*elles signi- 
fie au chevalier son amour, et de tout cela compose une admi- 
rable scène, où le charme pénétrant du symbole s'unit à la 
beauté plastique de rimage. La suite humaine du drame n'est 
pas indigne de ce tableau féerique. Depuis le retour de sire 
Olaf jusqu'au trépas de sa fiancée, Tact ion se déroule suivant 
on rythme tragique, et comme poussée par un flot montant 
d'angoisse et de terreur; et déjà les trois questions de la fian- 
cée, touchant le son des cloches^ le pleur des femmes, l'ab- 
sence du chevalier, contiennent en germe tout cet entretien 
fameuse, qui deviendra, chez ie Breton et le Français, le point 
culminant de leur œuvre. 

La korrigan celtique, énamourée de Nann, répond trait pour 

trait à lelfe Scandinave, sauf qu'elle ne danse point et n'invite 

pas aussi son favori à danser : « Il (a ut, dit-elle plus lourde» 

ment, que tu m*épouses ! » Mais si le gwerz n'est à son début 

qu'une traduction un peu affaiblie de la vise, son auteur y a 

imprimé par la suite un caractère tout à fait nouveau* L'idée 

du dialogue de la mort secrète, incidente chez le Scandinave et 

rudimentaire, le Breton s'en empare avec puissance; il l'isole, 

il la multiplie, il Taccentue par l'exacte symétrie des phrases, 

tellement que c'est autour d'elle que gravite enfin tout son 

poème. Aussi bien, par !e changement de situation du héros, 

qui n'est plus le fiancé d'une vierge, mais l'époux d'une femme 

accouchée d'hier, ce dialogue prend plus de vraisemblance (vu 

l'état de sa bru, pour qui une émotion subite pourrait n'être 

pas sans danger, îl est naturel que la belle-mère lui taise la vérité 

pour un temps), et surtout plus d'intensité dramatique. C'est, 

sans doute, une chose imposante que cette entrée de la fiancée 

d'Olaf dans la maison à la fois nuptiale et mortuaire : mais 



2S4 <*• DONCiEUX 

les funcrailles de Natin, coïncidant avt-c les couches de 
veuve, donnent lieu à un contraste bien autrement saisissant^ 
et qui attetnc au sublime. Représentez-vous toute la scène, 
L\iccouchéc ini mobile en son lit, sa belle- mère au chevet, dans 
la chambre voisine le corps du seigneur qu'on vient enlever 
pour l*enterrement : des bruits Icgubres parviennent à la 
pauvre femnïe, pleurs des gens, sons de cloches, psalmodies de 
prêtres; et elle s*étonne et s'inquiète de ces bruits, dont elle 
ne pcôt pas deviner la cause ; et à chacune des questions qu'elle 
faîtj la mère stoïque, dévorant sa propre douleur, lui donne 
le change par des explications feintes. Cette circonstance de 
raccouchemenc retentit encore sur te dénouement, qu'elle 
déplace et qu'elle retarde. Dans la vise, tout le drame tient en 
fort peu d'heures : Olaf est trépassé de la veille; sa fiancée, 
une fois dans le château^ le voit gisant sur le lit funèbiç^ e^i 
tout de suite elle rend Tâme aux pieds du mort. Mais le cointi^H 
Nann est depuis une semaine au moins dans la sépulture, qo^^ 
sa veuve ne sait coujoars rien ; c'est seulement à l'église, pen- 
dant la cérémonie des relcvailleSj qu'elle apprend la fatale 
nouvelle et que son époux gît enterré L\ Comme la fiancée 
Scandinave, elle le rejoint aussitôt dans la mort ; mais elle se 
souvient de plus qu'elle est mère; et son mot suprême est 
pour le petit orphelin, qu'elle cunfie aux soins de raïtule. jm 
duant à la chanson du Roi Rtnifud, elle serait de tout poin^H 
conforme à son modèle armoricain, sans un retranchement quî^ 
constitue, de la part de l'auteur français, une innovation capi- 
tale. Le gwerz lui offrait un assemblage de deux thèmes joints 
bout à bout, et sans connexion nécessaire : il sacrifie décidé- 
ment le premier, remplaçant les nombreux couplets relatifs 
à la rencontre de la korrigan par deux vers, d'une énergique 
brièveté, qui évoquent rinîage d'un chevalier revenant de 
guerre et blessé à mort. Ce poème, à moitié flottant dans le 
monde du rêve, enfoncé h moitié dans la réalité humaine, il 
le réduit ainsi tout entier aux limites de la nature j et si par 
là son œuvre perd quelque chose du cùté du merv^eillcux, il 
faut faire état de ce qu'elle gagne en unité d'intérêt, en 
solidité de composition. Encore que le Français, à partir de 
son y couplet, ne s*écaric pas sensiblement du gwerz, son imi- 
tation est toujours celle d'un vrai poète^ et qui renouvelle par 
une coniiimelle cféation de détail le sujet qu'il a reçu d'autres 



LA CHANSOK DU ROI RENAUD 255 

mains. D'abord^ i\ux scènes diâloguées dont le gweric est com- 
posé presque uniquement^ il entremêle des vers narratifs, 
pleins de couleur ec de vie, qui précisent Taction et qui 
posent les personnages. Le dirtlogue, même, qu'il ne fait le 
pJus souvent que traduire, d'autres fois il le développe on le 
retouche avec un singulier bonheur. Cest ainsi qu'il ajoute aux 
iameiitations des valets et des servantes le plus affreux des 
f^ruits funèbres, ces coups de marteau clouant la bière, que 
la mère du défunt met sur le compte d'une vulgaire besogne 
Je charpentier. De même il imagine le chuchotement des 
petits bergers sur le passage de la veuve. Enfin le son des 
cloches et k chanc des prêtres sont déjà fournis par le gvverz : 
iriiiJs au lieu que la mère de Nann les explique par le double 
déccs d'un prince et d'un mendiant, — explication trop voisine 
de la réalité, et qui, malencontreusement, suggère a Tesprit 
les pensées de mort qu'il en faudrait écarter, — la mère de 
Renaud allègue la plus joyeuse et la plus populaire des cèré- 
ronies catholiques, cette procession des Rogations, qui, 
l* a prés le rituel, s*^ri en effet de Téglise au son des cloches, et 
fait le tour des maisons parmi les chants liturgiques. 

On voit comment le thème poétique de la mort secrète fut 
>orté par Tauteur du Roi Renaud à son plus haut point de 
•rfection. Mais ce n'est pas au Français tout seul qu'il faut 
faire^ honneur de son œuvre; d'autant que nous y avons cons- 
tate h superposition de plusieurs chants et la collaboration de 
plusieurs poètes, divers de race, didiome et de génie. Le Roi 
'^Menajid n'existerait pas, si un Breton de langue française 
n en *îût emprunté la matière au gwerz d'un Breton celtique; 
^f celui-ci n'aurait jamais eu Tidée de son gwerz, sans la vise 
^^'andinave qui lui fournissait, avec les premières données et 
'i-'s pc-rsonnages principaux de riiistoire, l'ébauche du dialogue 
faractérisiique entre la belle-mère et la bru. Ainsi, dans la 
fjiansoo du Français, ses deux devanciers ont leur part. Il 
V^^^*^ pas sans doute l'imagination grandiose du Danois; il le 
^*ia.ît A rArmoricain pour l'invention dramatique; mais ce par 
■^^^Oi il est vraiment admirable, et qui lui appartient en propre, 
J^est 1;| beauté achevée d*un art quasi classique : la simplicité 
^^ttî de l'expression, une vision netu' et juste des choses, une 
*^on de les peindre efficice et rapide; avec cela, la belle 



256 G. DONCIEUX 

ordonnance du sujet, l'exacte liaison des parties, l'équilibre du 
dialogue et du récit, la gradation savante des eflfets, enfin toutes 
ces qualités de composition et de style, qui ont coutume 
d'imprimer aux ouvrages d'esprit je ne sais quoi de définitif et 
d'universel. Et, en effet, la romance du Roi Renaud n'a pas 
eu chez nous d'égale : depuis plus de trois siècles qu'elle est 
entrée dans la mémoire des hommes, elle y a duré sans vieillir; 
elle a rempli toutes les provinces de France; elle a rayonné 
sur tous les points du domaine roman. Et c'est elle enfin 
qu'on renommera toujours comme le joyau incontesté de notre 
poésie populaire. 

George Doncieux. 



MÉLANGES 



QUELQUES PASSAGES DU FRAGMENT DE LA HAYE 

En préparant pour le tome II des Narbonnais la nouvx^lje 
édition du Fragment de La Haye, j'ignorais que Louis Havet, 
dans son édition du Querolus, Paris, 1880, p. 47-48, avait publié 
une partie du texte, comme me le signale M. Wilhelm Meyer, 
professeur à Gœttingue. Havet donne la restitution en vers et 
la traduction des lignes 69-94 ^^ Fragment correspondant aux 
vers 75-101, suivant la numération de Konrad Hofmann; 
J'omets de parler des passages dans lesquels la traduction de 
Havet, quelquefois préférable pour les tours de phrase, oifre 
le même sens que la mienne. Je ne veux pas non plus m'étendre 
sur les corrections de texte proposées par Havet; je pense que 
dans un pareil texte on ne devrait recourir à un changement 
qu'en cas d'extrême besoin. Je voudrais seulement examiner ici 
quelques passages auxquels Havet attribue un autre sens que 
moi. 

76 Nec alter conspicitur inter tanta spatia, nec habet colorem 
majarifalo, Havet : « Et dans cet immense espace il [=Mars] 
offre un même aspect, que ne nuancent pas des calamités iné- 
gales. » Quant à la première moitié de cette phrase, je l'avais 
comprise comme Havet, mais il n'en est pas de même de la 
seconde. Voici ma traduction qui, si je ne me trompe, vaut la 
sienne : « Et il est vu partout le même sur les espaces éten- 
dus, et il présente son aspect le plus funeste. » 

81 uterque satelles, Havet : « les soldats des deux rois. » 
J'avais traduit : « les guerriers des deux colonnes. » Ici encore 
notre coïncidence pour le sens de uterque est remarquable. 
Suivant Havet, il serait question des païens. Je ne suis point de 
cet avis. Si le poète voulait parler ici des troupes païennes, il 

XXJX 17 



258 MÉLANGES 

ne continuerait pas pariterque concurrunt reges; il faudrait du 
moins reges ipsi. 

89 O pactum ielorum nec jam saturabile! Vis-k-vis de la tra- 
duction de Havet (« O insatiable nature des armes! ») je 
retire la mienne (« O insatiable échange de traits!) 

90 Labat altercatio Martis ad Canpos Sirigilis, Dans ces der- 
niers mots, Havet avait déjà reconnu un nom propre. Mais 
quand il traduit labat par « décroît », je crois que le contexte 
n'est pas favorable à son interprétation. Je renvoie à la glose 
que j'ai citée en note : labat labitur, 

91-94 Namque nihil amplius potes t vigens stare urbi superanie 
fnodo mque vult, ut libère laxet cuncta colla ferro receptetque apertos 
tnotus, congauJeatque auxiUatrix hasta vibrando. Havet : « Car 
sous le déchaînement du fléau fil change modo en malo] la ville 
n'a rien gardé qui puisse tenir encore; Mars ne veut pas que 
toutes ces têtes soient soustraites au régne du fer, que les assié- 
gés recouvrent la liberté de leurs mouvements et que les lances 
libératrices soient brandies avec allégresse. » Abstraction faite 
du changement de modo en malo, que je rejette par principe, je 
n'approuve pas non plus le sens général que Havet attribue à 
la phrase et qui me semble à peu prés le contraire de ce que 
demanderait la situation. La phrase précédente (90) est celle-ci : 
« Le combat de Mars s'abat sur les Canpi Strigilis. » La phrase 
qui suit (94-95) est celle-ci : « Le terrain et les champs cachés 
sous la foule sont stupéfaits de ce que la ville ait pu renfermer 
et dégager tant d'hommes. » Abandonnant la traduction que 
j'ai publiée en regard du texte latin dans les NarbonnaiSy t. Il, 
p. 177, je préfère maintenant la suivante : « Car personne qui 
ait de la force ne peut plus rester dans la ville naguère sî 
orgueilleuse, ni ne le veut, afin qu'ils (les habitants de la ville) 
puissent librement sauver du fer toutes leurs têtes, qu'ils 
puissent attendre les coups d'cpée sans l'embarras de la presse 
(apertos) et que la lance, sa compagne (auxiUatrix se. fcrrt)^ 
se réjouisse d'être agitée. » 

Qu'il me soit permis d'ajouter ici quelques petites remarques 
à l'Introduction des Narbonnais. 

p. Lxv. Il se peut que Malprin soit la bonne forme et Mal- 
palin la mauvaise. 

p. Lxxn, 3*^ alinéa. Les guerriers païens semblent être aussi 
armés de la lance (hasta 94) et de l'épée (ferrum 92), cp. arma. 



LA MENTION DK WALAND DANS ADÈMAR 2>9 

II).— 4* alinéa. Ajouter aprèsfaifn un renvoi à la ligne i8 du 
texte et après Vépée un autre aux lignes 17-21 . — Fin du 5'- alinéa. 
Ou bien Wibelin aurait-il été en France appeler Charlemagne 
au secours ? Le fait qu'il combat à côté de son père serait peut- 
être contraire à cette supposition. 

p. Lxxvni. Il existe en vieux catalan un mot borrell qui a le 
même sens que le provençal combay cp. usqtie in gurgite qnem 
vocant borrello, dans un document de Tan loii chez Balari y 
]o\m,Origtn€S historicos de Catalutiay Barcelona, 1899, p. 130. 
Je renvoie aussi à Diez, Etytnologisches IVôrterbuch ^ II û, 
an. borro. Notre Borrel comme nom de Sarrasin ne provient-il 
P^ peut-être de là par une étymologie populaire ? 

Voici encore quelques errata à corriger : p. xxv, 1. 3, ajoutez 

-'après tome; p. xui, 1. 14, corrigez sur en so^; p. l,1. 5 d'en 

"as, supprimez ancor; p. lxvu, 1. ii, corrigez F en ri. Noms 

P''opres,p. 231, article Anqiutinle Normant, Ce nom se retrouve 

y^ns OgifTyW 527, et dans Aspremont (v. 1609) : de Normatidie 

*'ions dus Anquetin. — Article Valqaire, Gui de la Valee joue un 

'p/e iXi\r{s FierabraSy p. 142; David Aubert, dans sa cumpila- 

^'^'^^ rappelle Gui de la Val. 

Hermann Suchier. 



^-^ MENTION DE WALAND LE FORGERON DANS LA 
CHRONiaUE D'ADÉMAR DE CHABANNES 

^^-^^ a signalé dans cette revue même un passage du livre 

|,^^^t: de M. Jiriczek intitulé Deutsche Heldensagen qui intéresse 

, ï^^^pée française '. Dans sa monographie du forgeron, 

*^Aa.tid, le Galand de nos chansons de geste, M. Jiriczek fait 

^'^ arquer que la plus ancienne forme du nom de ce person- 

^ ^^ dans les documents d'origine romane est Walander, 

^^>TOe la désinence de Walander concorde exactement avec 



^ - Deutsche Heldmsa^en, p. 22-23. ^^' Jiriczek avait d'ailleurs été devancé 
'^J' ^^. F.-W. Bourdillon, qui avait flairé l'origine noroisc de Ifalanderdès 
^^. Voyez le no de septembre 1896 Ju Fo/it-Lo/r, auquel M. Bourdillon 
^^^voie lui-même ( To/^ listoire de France^ P- 90- 



26o MÉLANGES 

celle de la forme noroise Vôlundry et que d'autre part Walander 
est mentionné à l'occasion d'un combat entre un chef normand 
et le comte d'Angoulême Guillaume Taillefer, M. Jiriczek se 
croit fondé à affirmer que la connaissance de ce nom a été 
portée en France par les Normands. On pourrait faire remar- 
quer que dans le texte invoqué ce n'est pas Tépée du chef 
normand, mais celle du comte Guillaume qui est dite avoir été 
fabriquée par le forgeron légendaire, ce qui ne cadre pas très 
bien avec cette manière de voir; mais la remarque est superflue. 
Le rapport entre Vôlundr et Walander s'évanouit en effet de lui- 
même quand on prend la peine de rechercher l'origine de cette 
dernière forme. 

Le passage si souvent allégué par les auteurs qui ont traité 
de la mythologie germanique, depuis Depping et Francisque 
Michel ' jusqu'à M. Jiriczek, vient de la chronique d'Adémar 
de Chabannes, d'après la leçon qu'en a donnée le P. Labbe au 
XVII* siècle. Le manuscrit utilisé par le P. Labbe est celui qui 
porte actuellement le n** 5296 du fonds latin de la Bibliothèque 
nationale. Voici exactement ce qu'on lit dans ce manuscrit, 
au f" 123 v°: 

Willclmus... coniniisso prelio cum Nortmannis et neutra parte cedente 
postera die, pacti causa, cum rt^e corum Storin segulari (5fV, /wur singulari 
conflictu deluctans,ense Corto nomine durissimo, quem Vualand faber cuse- 
rat, pcr média pecioris secuit simul cum torace una modo percussione. 

Il est singulier que tous ceux qui ont republié ce passage 
après le P. Labbe ^ et d'après le même manuscrit, G. Waitz ', 
M. Chavanon » et M. J. Lair^, se soient trouvés d'accord avec 
lui pour lire Vualander le nom qui est abrégé Fualatid. A 
quelques lignes de distance, on trouve dans le même manuscrit 
Ricard, Ftilcald, Bernard, Arnald, Tout le monde jetterait les 
hauts cris si un éditeur s'avisait de lire Ricarder, Fulcalder, 



1. y/latid le forgeron (185}), p. 37 et 81. 

2. Bibl. tiûva tnanuscr., II. 

5. Mon. German. hisl., IV, 127. 

4. Adémar de Oxxhannes. p. 149. 

5. Eludes critiques .. (Paris, Picard, 1S99), II, p. 148. M. J. Lair, sans 
doute d'après M. F.-\V. Bourdillon, parle du forgeron Valender (xic), le 
Wèland des Scandinaves «. 



LA MENTION DE WALAND DANS ADÈMAR 26 1 

&rmrder^ Artmlâer. Li barre qui traverse fe d de Vualanâ est 
mK abréviation suspensivf , rien de plus. Il faut lire Vualafidm 
mmmtRkardus^ Fulcaldus^ Btrnardus^ AnmldusK 

Le membre de phrase quem Vualandus fabir custrat se trouve 
seulemeut dans le ms. Î926, que G. Waitx considère comme 
^ymi été iï)terpo!é dans !a seconde moitié du xii*" siècle. Dans 
une note que M. Jiriczek reproduit et dont il accepte tes con* 
ciusiaiis, Mtïltenhoff déclare que les quatre mots en question, 
bien que ne figurant que dans le manuscrit interpolé, appar- 
tiennent sûrement au texte primitif d*Adémar de Chabannes, car 
Ws ont passé de là dans VHhîoria ponîif, H comit. EngoHsmmsium, 
M, J. Lair me paraît avoir démontré^ que G. Waitiî se trompe 
t^Ti faisant de VHisîoria pùntij\ d ivmit. Engoî. une source du 
iïis, 5926, et je suis persuadé que la mention de Waînndus z 
passe du ms. 5926 dans VHisîoria, Cela suffit pour ruiner le 
raisonnement de Mullenhoff; cela ne suffit pas malheureuse- 
nient pour dater la mention qu^m Vualandus faber cuseraî. 
Dans le système de M. J. Lair, cette incidente aurait autant de 
droit que son entourage a se réclamer, sinon d'Adémar lui- 
nicnie, au moins d*un de ses contemporains; elle pourrait donc 
U'iîionter au premier tiers du xf siècle, Adémar étant mort en 
'OÎ4. Ce n'est pas impossible, mais il me paraît plus probable 
^ue le nom du forgeron légendaire est une addition postérieure. 
*n tout cas, si Mùllcnhoff peut avoir raison^ même en 
cniployant un mauvais argument, en ce qu! concerne la date de 
I apparition de Walamîus dans notre texte, il faut avouer qu'il 
'31 1 un piètre commentaire du texte lui-même, et que M. Jiric- 
zek se compromet un peu en reproduisant ce commentaire sans 
f ^^*^r\'ation, « Cortû pouvant difficilement être le nom d'une 
t.T)ce », (lit MùUenhoff, « je pense que ce nom a disparu, » C'est 
plus sa^e assurément que de croire, comme Du Gange, F, Michel, 



'• ï- 'abréviation suspensive a la niiîme forme que rabréviatîon spC^cmle de 
U syllabe #r ; mais le rôle du paîtiographe consiste à distinguer ks cas où 
loo i affaire à la première de ccuit où l'on a affaire à la seeondu. Le ms. 
S936è<rfit hnarâ pour Btrnardits et fab jsour^tfr ; à Tocasloîi il abrégerait 
5W*s doute AUxattdfr en alexand^ mais cela a'affaiWit pas la cenitude (|ue> 
^*l*«ï5pècei Vuaïanâ doive .être lu Fmiandm, On Sait que cette der* 
™^ forme est celle de VHiitûria poniifk. fi cmn. fzngélîsmemwfff , 



262 MÉLANGES 

ctM.F. \V. Bourdillon, que le nom deTépécde Guillaume Tail- 
lefer a dû ctrc DurisstmuSy mais cela prouve peu de connaissance 
de l'épopée française. M. J. Liir a le mérite d'être le premier 
éditeur qui dans ce passage ait imprimé Corto avec une majus- 
cule et ait reconnu là la bonne épée Courtairiy que nos anciens 
poètes attribuent ordinairement à Oger le Danois. 

A. Thomas. 

GUET-APEhJS 

Nicot dit dans son Trésor ^ cité par le Dictionnaire général : 
Guet appensé, ou à pensé, qu'on dit guet appens ou à pens par 
apocope. » Cette explication, empruntée d'ailleurs à Ht. Pasquicr 
{Rech, de la Fr., 1. Mil, c. ^2), a été acceptée par tout le monde : 
on la retrouve dans Ménage, dans Trévoux, dans Sainte- 
Palaye ', dans Littré, et enfin dans le Dictionnaire général, qui 
dit : GuKT-APH\s. Tiré de Tanc. franc, guet-apensé, plus souvent 
aguet-apensé, § 37; proprement, aguet prémédité ». Une telle 
« apocope » est cependant bien extraordinaire, et je me 
demande quels exemples semblables on trouvera au § 37 du 
Traité de la formation de la langue auquel nous renvoie l'article. 
Pour ma part, je ne puis l'admettre, et je crois que le mot 
s'explique autrement. L'ancien fr. possédait le mot apenSy 
signifiant « réflexion , préméditation » ; a apens, comme d'apens 
(voy. Godefroy), voulait dire tout naturellement: «avec prémé- 
ditation ». A fl/v//j s'est contracté en apens, commet aise en aise^^ 
a ente en ente^, et sans doute plus d'une autre locution 



I. Saintc-Palayc semble touielois avoir eu Tidée que guet-aptnSy écrit par- 
fois ^mW à pens, pourrait être formé de ^iwt, à et l'anc. mot (très nrc)pens, 
« pensée ». Mais pt'nsn\\ pas le sens, nécessaire ici, de « réflexion, prémédi- 
tation ». 

2. J'ai déjà exprimé cette idée (voy. A. Thomas, Essais de ptjiî. fr.^ 
p. 227), et je compte étudier ailleurs la question de plus près. 

}. Le ente adj., donné par Godefroy et traduit « triste », n'est en réalité que 
la locution adverbiale a ente, et il en est de même de la forme ente, insérée 
par Godefroy au milieu des exemples de a ente. Hn somme, il n'existe en 
anc. frani,*ais que la hKUiion ./ ente ( , ad impeium ?) contracié-e en ente à 
partir du xiii« siècle. 



GUET-APENS 263 

pareille \ Je crois même que le mot guet-apens contient deux 
exemples de cette agglutination. Une embûche se dit en a. fr. 
non pas gaity mais agait\ on a d*abord dit attaquer quelqu'un 
^ agait % puis a agait est devenu agaity qu'on a décomposé 
^n a gait 5, et ainsi est né gait apms ^ pour agait a apens. On 
^chercherait vainement, en dehors de cette locution, gait au 
sensd'fl^m/. G. P. 

DES SUFFIXES NORMANDS {l)CO(J) ET {l)BO(J) 

Le patois normand possède un suffixe qui n'a été ni étudié, 
i"iî même remarqué jusqu'ici, bien qu'il se retrouve aussi 
dans quelques mots français : c'est le suffixe (j)co(j). Pour ne 
parler que des mots normands où il apparaît d'une manière 
certaine, on le rencontre, à ma connaissance, incontestablement 
dans les vocables s6tico(f)y nom de la crevette grise {Crangon 
vulgaris) sur quelques parties du littoral normand, en particulier 
dans le Cotentin, sôt'-licoty nom du grillon dans le Bessin, 
^nfin dans vachico(J)y eau agitée (Ibid.), 

Les deux premiers viennent du verbe sâté (sauter), et 
^àt£co(t) a pour équivalent sauterette, mot que Cotgrave enregistre 
et traduit par « a prawe ». Le troisième vient, à ce que je 
crois, d'un ancien verbe inusité *vachery ags. vascan, a. h. a. 
>^' a Scan (laver), qui a formé le dérivé vachicotéy « agiter l'eau, 
clapoter », absolument comme sôté a donné sât^licoti, « sau- 
tiller ». 

Dans ces mots, la syllabe co(t) est précédée d'un i ; mais cet i, 
d'xiri usage fréquent en normand, et qu'on rencontre aussi en 



1 . On peut trouver quelque chose qui ressemble à Tnccident signalé ici 
dans la « Verschleîfung » de deux a (prépositions) consécutifs étudiée par 
M. A. Tobler (Verm. Beitr., I, 182) et aussi dans celle de fl = habet 
devant un mot commençant par a (ib., 187, n.). 

2. Et ainsi doit aprocher la heste a qui il veull tirer a aguet (Moduset Racio, 
dans Sainte-Palaye et Godefroy). 

î- De même qu'on a coupé apens en à pens, et même en à pend, à pan(pn 
trouve ces graphies dans Ménage, Sainie-Palaye, Littrc, Godefroy). 

4- On a dit d*abord un meurtre fait a agait a apens, puis un meurtre 
lait a^ait apens, puis un gait apens. 



264 MÉLANGES 

français, tient tout simplement la place d'un e muet, qui aurait 
disparu dans la prononciation, et sert donc uniquement à con- 
server au mot son intégrité; c'est ainsi qu'on a norm. canivû 
^-^ fr. cljén^'is; norm. caniviêre = fr. chencviêre, etc. '. 

Quoi qu'il en soit, cet /, dans sôticoQ), sôfHcc(J)y vachiccÇt)^ est 
indépendant du suffixe, qui se réduit par conséquent à C€(j). 
Quelle est maintenant l'origine de celui-ci ? Il se compose évi- 
demment de c -\^ot'y ot est le suffixe commun à toutes les 
langues romanes ; quant à r, il y faut voir une lettre interca- 
laire, analogue au / et à Vr qu'on rencontre dans un grand 
nombre de dérivés français, bien que les primitifs ne l'aient pas, 
comme hijouuer de bijou , cloulier de clouy cafetier de café, ergo- 
ter de ergOy etc.; aileron de aile, nioucherofi de mouche , 
puceron de puce, etc. le c * a été intercalé entre le radical et le 
suffixe -0/, par analogie avec certains dérivés, où le suffixe 
est précédé d'un c qui appartient, lui, au primitif; par 
exemple asticot = astic -\-ot. Ce r, dont on a perdu l'origine de 
vue, a été considéré comme ne formant qu'un avec(?/, et coQ^ est 
devenu ainsi un véritable suffixe dans le patois normand. 

Le suffixe co(J) n'est pas le seul, non étudié, qu'on y 
trouve; on en rencontre encore un autre, d'une origine ana- 
logue et non moins curieuse, c'est k(t). Je ne connais ce der- 
nier que dans nercIriboQ) « moricaud », dérivé de nh (nïger) ', 
dans varibc(J)y « bourbier » et le verbe carboté, « se former en 
grumeaux », employé pour câyoté ou càyê (caiWcr). Comme fo(/), 
le suffixe lfo{t) est formé de la lettre intercalaire b et de la parti- 
cule ot, et ces deux éléments se sont, ainsi que ceux de r(?(/), 
juxtaposés par analogie avec la terminaison de mots comme 
cak^t) *, chibc^t) >, cbabo{t) (sabot), etc., où ot est ajouté à un 
radical terminé par/'. 



1. Par exemple dans boursicota boursicoter . 

2. En voici encore d'autres exemples normands ou français : hantUlle, 
l)ar\cott'('f)y J\ir\^acbie\ har\i'i'lie\ manigotter^ sali^audy tourniquet , etc. 

5. .\u lieu de r, on rencontre parfois^; c'est ce qui semble avoir eu lieu 
dans bousittj^ot, manigot, mots où A. Darmesteter (De' la création actuelU 
de mots nouveaux dans la langue française^ p. 10) trouvait l'intercalation de 
g difficile à expliquer, ainsi que dans saligaud . sal-i-gaud. 

4. Cf. M^rcW (noircir) et ttécljc pour ncrclxy « moricaud », 
$. * Capot tu m, petite meule de foin. 

6. 'Cae pot tu m, liges d'oignon repiqué. Cf. Cimes (caepas), fr. mes. 



DES SUFFIXES NORMANDS (1)00(7) ET (I)BO(T) 265 

J'ai dit quelle est Torigine de nerchibo(f) et de carboté; quant 
kvaribùÇt), il faut y voir un dérivé du nor. varri *, qui signifie 
proprement la lymphe du sang, mais qui s'emploie aussi simple- 
ment dans le sens de «eau»; ainsi varr-sima « water-cord, the 
wake of a ship ». Quoi qu'il en soit, ce mot, devenu varvot dans 
le patois de Valognes, par suite de la chute del'i et de l'assimila- 
tion du b de bot au v précédent, a donné le verbe normand var- 
votiy « patauger dans l'eau ». Or si, au lieu de l'assimilation 
de b du bot au v initial, il y avait eu assimilation de ce v au b 
suivant, à la place de varvo(j)y varvoté, on aurait eu *barbo(t), bar- 
boiéy ce qui nous ran^ène au mot français de signification ana- 
logue ; on peut donc supposer que le vocable français barboter a 
la même origine que le normand varvoté; mais il n'est pas 
impossible non plus que barboter ait modifié sa forme primitive 
sous l'influence d'une idée ou d'une forme étrangère à son 
étymologie véritable. 

Charles Joret. 



1. Ce mot varri aurait pris, en passant dans le franconormand, un sens 
péjoratif, comme Ta. s. ivatar « eau », en devenant le normand l'alr 
c bourbe ». 



COMPTES RENDUS 



Introduction À la chronologie du latin vulflraire. Étude de 
philologie historique, par F. Georges Mohl, lecteur à l'université impé- 
riale et royale de Prague (Bibliothèque de TÉcole des Hautes Études, 

sciences philologiques et historiques, 122^' fasc.). Paris, Bouillon, 1899; 
in-8, xii-339 pages. 

Romdnskà dvojice Lui : Lei. Le couple roman Jui : îei, ses origines 
et son histoire dans les dialectes vulgaires de Tempire romain. (Publié [en 
tchèque] avec résume en français) par le D^ F. George Mohl. Prague, 
Académie royale des sciences de Bohême, 1899; in-8, vi-124 pages. 

V Introduction à la chronologie du latin vulgaire tiendra sans aucun doute 
dans la littérature déjà considérable du latin vulgaire une place importante ; 
les rares qualités d'esprit de l'auteur suffisent à la lui assurer. Jamais encore on 
n'avait osé traiter avec autant d'ampleur cette difficile et complexe question, 
jamais on ne s'était essayé à retracer aussi complètement toute l'histoire du 
latin parlé, source des langues romanes, depuis l'époque obscure des pre- 
mières conquêtes de Rome hors du Latium jusqu'à la décomposition simul- 
unée de l'Empire et de la langue latine, et peu d'auteurs ont pu unir au même 
degré que M. Mohl une information étendue, une compétence de linguiste, de 
latiniste et de romaniste à une imagination vive et subtile, à une faculté de 
synthèse \Taiment admirable. Si l'on songe à l'importance pour les études 
romanes et la linguistique générale de la chronologie du latin vulgaire, l'on 
comprendra que rinstitut ait pensé, comme l'a annoncé la Ronuinia (XXVIII, 
477), à décerner une de ses plus hautes récompenses, le prix Volney, à une 
œuvre de toutes façons si considérable. Mais il est permis de se demander si 
M. Mohl n'a pas par avance rendu stériles toutes ses belles qualités en appli- 
quant son effort à « examiner des difficultés trop générales » avant que les 
parties en aient été suffisamment étudiées. 

M. Mohl se défend d'avoir voulu faire une étude complète et systématique 

des fixincs du latin vulgaire : ce qu'il nous donne, « ce sont, dit-il,... des 

■ans d'un caraaêretrès général... sur lliistoire de la langue latine et 



MOHL, Iniroâucimt à la chrmohgie du latin vulgaire 267 
âc SCS dialectes dans les différentes provinces de T Empire romain '. » Nous 
nous garderions de repousser a /rjon tout essai de synthèse en madère de phi- 
îobgie romane, maisîl n*est légitimé d'en tenter un que là où de Dombreux 
tnvjiU3& de détail ont rendu l'entreprise possible. ;Pour l'tode du latm vul- 
pifte, bien que les renseignements directs soient trop peu abondants, nous ne 
lOiiinies pas absolutnem privés de matériaux ; M. M., qui depuis dix ans déjà 
rétïnit les éléments d'une Gramtmiîre hîstoriqiw du latin tmigain^ et qui dans 
lûntiÊ son œuvre préconise Tétude historique et archéologique du latin vul- 
gaire, le sait mieux que personne ; mais il n'ignore pas non plus que, naême 
iptàs Schuchardt et Técoïe de Wôifflin, ces matériaux restent mal connus, 
Oés^ lors, il 3 pu sans doute faire pour lui-miSmc Tétude complète et 
sy^tétnatîquÊ des formes du latin vulgaire et la faire avec compétence; 
tiuts comment, dans une question aussi complexe, n'a-l-il pas soumis a la 
critique des savants les résultats qu'lî avait cru atteindre et Tinterprétation 
1^" " pcusjit pouvoir en donner, avant d'en entreprendre la synthèse "* Il 
rante, dans ^ préface, Tadmirable Grammatik der o^kLch-umhrhdien Diaîikh* 
ic r*latita; cefui<i Aumit sans doute mérité moins d'éloges si, au lieu de ses 
eu* Volumes sur ksqueîs a pu s'exercer la critique, il avait commencé par 
IpoiKS donner ane théode du développement des dialectes italiques, et de 
jOiaTie M* M- eût fait selon nous oeuvre plus utile en nous donnant d'abord 
i *^^^ ^u partie de sa Grftmmaire historique tin laiin vulgairf. 

Maïs i[ e$t plus probable que M. M. est loin d'avoir épuisé ïes maté- 

l ha»^ «lue nous fournissent pour Fétude du latin vulgaire les écrivains, les 

I inscriptions, îts langues romanes *, et l'on peut trouver en ce cas qu*ît y a 

I danger a tenter, comme il le fait, des spéculations sur T inconnu, avant d'avoir 

sutnsatîiment exploré le domaine du connaissable. Quelle foi ajouter à des 

dcdiictions queneconfim>erapas toujours une étude atteniiveei éclairée de nos 

^ocyiYieiïtii ? M. M. reprend avec admiration î les hypothèses de M* Sittl* 

^ûr la propagation, en Italie, de ae > ^ du nord et parti eu lièremcnt de 

l Onabrie au sud de la péninsule. Nous pouvons en rapprocher les recherches 

?^iscs exposées par M, Martin Hammer dans sa méritoire dissertation DU 

locale i^frhfiiun^ dtt frnhisUn romanh&iien Lautumudlungen im aîten halmi^*^ 

4*** M* M. semble avoir Ignorée, Nous y verrons que ce n'est pas de lom- 

bnm Seulement qu'a pu passer au latin la réduction de b diphtongue ae» 



'* ^^^iroâ.à h Ckrùti, ttti ht, vulg,^ préface, x* 

'' *^^Cïffiitient d'aiîkure eu serait-il autrement ? Que Toii songe à TéUt de no* coii- 
j**"*^<^poiir rhistoire du muniaîn, 4u réto-rùm^ii, du caulan, potir ne parler que 
^ *e* l^nguei, 4 Hji certitude de* rcîisk-ignemeiiiîi q ocelles peuvent nous fournir sur le 

^^T>pemeiit du Utin vtiîgiira ; pouvoni-nôus cepeudiiDt nous pa&ser de leur tém^ïl' 

»' * •*fr«f, tt h Cbnm. du tut* lulg*, P* ' î- 

^ ^^i* tohihn fWicitkJentjfitm dtt htmniichtn Sprufht, 1882, p. 4 sqq. 
V' H^lle, J894. €f HQmnnia, XXlIi, 304, et Jnk / l^t, Ux.. TX, 147 



Z€B GOMFFES RENDUS 

mals^ aussi du volsque, et que d^ailleui^ il est impossible de « «uîvre 
paSt sur toutes les inscripUons disséminées à travers k pénitisule» h propagi^ 
tîoiï de U moûophtoogiie ^ ' *. Rien ns; vient vérifier i'hypoth^c de Siltl : 
« Ob ûk laiinische Sprache, — dit M. Hammer, — ans steh hcraus leur 
Zerstôrung des Diphthongcn ae gelaogt isi oder ob sic dabei unter dem En* 
l^uss eines jener Dialecte gestanden hat, wekhe ihr auf dicsem Wege schon 
voraasg^angen warcn^ lâsst sic h nicht cntscheidcn '. u 

Lç livre de M. M. est, il est vrai, avant tout une œuvre de raisonnemciitet 
de considéra Dons historiques \ où le matériel des faits linguistiques peut par- 
fois rester au second plan. Mais sur quoi en Pespéce reposent les déduaions f 
Diaprés quelles analogitrs raisonnerons- nous sur ce phénomène unique de la 
décomposition du laiîn vulgaire en langues roroanes ? Trouve^i-on même 
ailleurs des conditions et des faits analogues? Quelles lois la linguistique m- 
i-el le établies qui nous permettent de conclure à un développement identique 
desdcuK parts f Le problème du latin vulgaire a déjà été roccasion de beaucoup 
de ce$ raisonocmeritsqui, également rigoureux, aboutissent pourtant a des con- 
clusions parïbîs nettement opposées, prce que les idées y tiennent plus de 
place que les faits. Nous n^en voulons pour exemple que cette unité du latin 
vulgaire, logiquement impossible pour les uns^ démontrée pour d'autres par 
les faits» et que M* M. lui-même, avec des corrcciifs il est vrai» proclame tour 
k tour chimérique ei évidetite «, — Ce ne sont ni les généralisations» ni les 
hypothèses qui nous effraient, mais nous croyons devoir protester contre < 
désir, trop commun, de construire des systèmes avant d'en avoir rassembU 
ou éprouvé les matériaux. Schuchardt, Wôlfflin, tant d'iutres avec cq%^\ 
ouvert à l'étude du latin vulgaire une voie excellente et sure ; M. M. a préf^l 
suivre d ^autres traditions ; nous le regrettons d'autant plus qu*il Ta fait âv 
plus d'habileté et d'une façon plus séduisante. 

[1 n'est pas jusqu'à la forme d^ex position adoptée par M, M. qui ne soit 
pleine de dangers. Ses considérations sur le latin vulgaire sont présenté 
• le plus souvent sans beaucoup d ordre et d'après un plan des plus larges >. 
MaU une question aussi délicate, où les définitions précises sont si nécessaires 
et ics confusions si faciles, s'accommcde mal de ce manque de rigueur. Un 
plan plus systénutique eût sans doute évité â M, M. bien des obscy< 
rites, des incertitudes, des contradictions au moins apparentes i il y eût 
gagné de mïtux sentir à ta fois la faiblesse de certaine^, affirmations^ qui, dans 
une exposition habile, vivante et un peu trop facile, prennent volontiers 
Taliurc de vérités démontrées^ et rexagèration réelle d'opinions qui peuvent 
sembler mesurées, parce que rexprcssion en est vague •* 



l, Iftln^, à ta Chrm, eu kl. vitlf-i F^ r$. 
2* Ificâk Ftrhrëiinng^ P- H- 

4, Imtmâ. A k Cttxm, du kL rulg,, p. ai et i^S. 
$, hirvé, à k Cbrm. du ht, ru%,, préface, p. tx. 
é. M. Mohl ibaie dts «ffîrmxriont trinehâtite» ; (* Koui ne ceueranf de déleodfv 



MOHL, ïntrvdmiion à la chrom^hgk du latin vulgaire 269 



Ufi <:amptc rendu anahtique de Vltitrodudiott 4 h ChrûHologie du ktitt vul- 

, fiirt et une disicussion des assertions de M M.» dans l'ordre où il les pré- 

I sente, coîr*îner.iient à trop de longueurs et de redîtes. Nous essayerons de 

diga^'cr du livre ce que Fauteur a voulu y mettre, w ses idées sur la latinité 

populaire » et sa n méthode pour des études futures n dans ce domaine ^ 

M. M* n*a donné nulle part de ce qu'il entend par laiin vulgaire une for^ 
mule précise, mais il comprend êvjdcniraent so«s ce nom l'ensemble des 
bmies qu*Â revêtues, dans les différentes parties de Tempire romain, le latin 
parié, fortnes très variables selon ïes temps et selon les lieust. 

La théorie de M. M. tient en etTet avant tout compte des dontiées htsto- 
n(^uc5 », et distingue nettement des périodes dans rhistoire du latin vulgaire 
comme dans Thistoire de Te m pire de Rome ; à ces périodes différentes cor- 
respondent d*iiilleurs des extensions différentes de la Romania : ainsi se 
trouvent établies pour Thistoire du latiti parlé de nouveUes distinctions entre 
ritalie et chacune des provinces successivement annexées. 

VlUiiif. — Dans tine première période, qui commence avec les premières 
cjtcflsiotw de la puissance romaine, c'est-à-dire à peu près avec k vi* siècle 
iïvini cotre ère^ les colonies et les légions, dit M, M,, répandirent dans Tltalie 
l^ liDgUc parlée i Rome et chez les populations foncièrement latines, langue 
de caractère plus archaïque que le latin de l^époque classique et tout 
imprégner de ïa ruslicitus latiale. Ce latin se trouva en contact avec les 
idiomes de Tltalie* volsijue, dialectes sabelliques^ ombrien, osque, tous très 
proches parents du dialecte du Latium, tel surtout qu'il était avant les premiers 
cîsiis de littérature. Entre ce latin a qui se développe librement» sans contact 
biêû étroit ni bien direct avec ïa langue de la métropole... qui échappe i la 
fob à Hnfluence régulatrice de Tidiome littéraire qui n'existe pas encore ou 
<î!ii en est â peine à ses premières ébauches, et au prestige d*une langue offi- 
f^ et administrative que la puissance romaine ejicore dans Tenfance 
>porc tout autant qu'une langue consacrée par les bel les- lettres b, qui, par 
suite, n a dû forcément obéir, dés l 'origine, à toutes les influences locales du 



cette minière de voir de toute notre énergie^ etc. », p. ^9^)^ dan* beaucoup de cas 
'oo pr^ËèretâU des preuves. Si Ton ajoutç i cela dcn allusions mystérieuse h d« faits 
P"^f ^^uelt il ferait pïus sage d'avouer notre ignorance (par eKcrapk les rapports du 
*"**^B et 4c rombrîen» p. iti) et des interprétatiotis trop liardic* de icnîei parfois 

l iïibUi (Anémidore. Var roti, Tcreadanus Maurus, MàHus Victorittus). Ton corn- 

■" ^tte l'aifnîration coni^uc tout d^abord ^e mélaugi: vite d'un peu ÂQ dt^fiiuce, 

t" tniroé, a ta Chmn. du ht. vul^.t prcfacc, ix. 

^* C'est la laiu doute ce qu*a voiiÏm e^^primer M, Molil ^n ajoutant au sous-titre de 
^^ livrt^ Étiak dfphikihgv , réptthète hisionqm, qui semble d'abord super^ue. 



270 COMPTES RENDUS 

milieu où il se trouvait transporté », et des dialectes « aussi voisins que 
IVtaient, par exemple, le sabin, le falisque, le marse ou le volsque... il devait 
s'opérer tout naturellement, presque forcément, une assimilation ». » De cette 
mise en contact naquirent de véritables « dialectes mixtes». Cest là, on le 
voit, très précisée, mais limitée au territoire italien, la théorie du latin poly- 
dialectal qu'avait jadis soutenue K. Sittl pour Tabandonner d'ailleurs par la 
suite *, 

Après les luttes avec Hannibal et, surtout pour Tltalie méridionale, après la 
guerre sociale, Thistoire du latin vulgaire entre dans une nouvelle phase. La 
situation de Rome en Italie a complètement changé : de simple métropole 
de colonies, plus nombreuses, \\ est vrai, de jour en jour, elle est devenue la 
puissance dominante de la péninsule, elle en est déjà presque la capitale; 
d'autre part, la situation respective des différents peuples de l'Italie n'a pas 
moins change : les guerres civiles ou étrangères, les déportations, les mas- 
sacres ont exterminé les uns, tandis que chez les autres le chiffre de la popu- 
lation s'élevait sans cesse. G^s derniers ne sont plus restés confinés dans les 
limites anciennes de leurs territoires, ils se sont répandus dans toute l'Italie : 
c'est ainsi que le trop-plein de la pn^pulation ombrienne a repeuplé le Sam- 
nium dévasté. Le latin parlé subit le contre-coup de ces changements. Les 
relations plus fréquentes, plus intimes, les mélanges entre les différents 
peuples de l'Italie ont 6ni par fondre les dialectes latino-italiques en une sorte 
de langue commune, de plus en plus homogène d'un bout à l'autre de la 
péninsule. Ils se sont en même temps peu à peu rapprochés de la langue 
littéraire et officielle, à mesure que le prestige de celle-ci a grandi et que l'ad- 
ministration romaine, de jour en jour plus forte, a fait plus profondément 
sentir son influence. Mais la langue unique née de leur fusion est encore 
bien éloignée du latin classique : « elle est tout imprégnée de formes pro- 
vinciales,... elle regorge de locutions, de mots, de flexions d'origine ita- 
lique,... elle se dénonce tout de suite par sa prononciation comme un idiome 
bien distinct du latin de Rome ) ». Hn particulier, diverses circonstances, que 
M. M. expose très longuement et dans le détail desquelles nous ne saurions 
entrer ici, ont amené dans ce latifi général tTltalù^ la suprématie des formes 
septentrionales, c'est-à-dire surtout ombriennes. 

Avec ('ésar et l'Empire, avec la constitution d'une Italie unie, ayant Rome 
pour capitale et le latin pour seule langue officielle, commence pour le latin 
vulgaire une troisième période pendant laquelle s'exerce de plus en plUs for. 
tement Tinlluence de la langue littéraire. Hyssenhardt avait déjà parlé ♦ du 
rôle de la langue littéraire dans la constitution du latin vulgaire, mais il est ud 



1. Introtl. à /«i Chioti. du lai. mlg., p. 4\ S<)<1>> pasiim. 

2. IjùkaU VerschiedfnheiUn. — Cf. Jabresh. Klass. Alterth., LXVIII (1891), II, 226. 
\. Inttisi. à la Cbron. du lut. iulg., p. 156 '•<î<l.. piiaim. 

4. Rixmiscb und Romaniicb, Berlin, 1882. 



^ 



MOHL, Introduction à la chronologie du latin vulgaire 271 

pru (étonnant que M. M. veuille mettre sous le patrortage des étranges iheork-s 
4*E)-tôenhardî les idées infiniment plus justes qu'il émet sur ceue question. 11 
oe pork plus comme Eyssçnhardi de l'influence des littérateurs, mais il insiste 
4vec ïaisoti sur Titaponance pour Teittension de la langue officielle du senice 
tnîlitaire, des écoles, de l'administration et des rapports que chacun devait 
entretenir avec elle. Cette influence se traduisit par une épuration de la lajigue 
parlée : les formes dialectales disparurent ^ les formes classiques furent 
rcjîau/ces dans ce latin général qui les avjii oubliées ou les ignorait î en 
même temps cette plus grande ressemblance du latin vulgaire et du latin litté- 
riiri- s' accompagnait naturellement d'une unîlication de plus en plus parfaite 
éc la îatîgue parlée ea Italie. M, M- appelle cet état de la langue le lalitt 
viûgmre impérial. 

* L*tmité linguistique réalisée plus ou moins complètemetit datis les deux 
premiers siècles de l*ére chrétienne ne se maintint que tant que le latin lit- 
téraire fut assez fort pour imposer et conserver lui-même sa propre tradition, 
A partir ilu iv? siècle, la puissance romaine décline, le prestige de la langue 
est arteim, ï'unitc du latin vulgaire est de nouveau entamée et dissoute. En 
47^* le roman cam menée avec la ruine de T unité politique ^ >» 

incts, — Le latin rencontra, dans les provinces successivement colo- 
des idiomes indigènes fort différents de lui-même. Entre 1 ibérique, 
prexcmplci et le iatin* il t^e pouvait y avoir assimilation, création de dialectes 
tnbtes : il ne pouvait se produire que rélimi nation de Tun par Taurre. M. M. 
idoîine ici complètement la théorie de Silti : il limite i Tltalie le latin 
(ydîalectal et rejette à peu près toute influence des pari ers indigènes sur le 
wïitî vulgaire des provinces. 

^ inême, tout en admettant pour le latin provincial la thèse chronolo- 
i'quc deGrôber (" le tioyau fondamental de la latinité d'une province est le 
htm ^pponépar les premiers colons 1*), M. M. la modifie profondément. Dans 
«es provinces anciennes, Sardaigne ou Espagne, le latin fut introduit à un état 
**<^Ucoyp plus archaïque que dans les provinces récentes, Gaule ou Rétie; et 
c<^ ^rcliai^mt^, qui ne se maintinrent pas à Rome ou, en général, en Italie, 
tro^Vi^çui d^ins les provinces un terrain plus favorable. *t Les populations 
wUn^^^ et en somme la plupan des peuples italiot es /trouvaient dans le latin 
un** l^rtg^e ou identique ou tout à Uh analogue à leurs dialectes locaux, un 
mstru^iP^^^i linguistique absolument conforme au génie propre de leur race 
ftt qy*ii5f3ÇQ^jj^jçj,j (;l ^^jj^^^j.^|gpç bientôt suivant les habitudes de leurs 
dialectes particuliers. Tel n'était point îe cas en dehors de la pétiinsule, où le 
latin <iy| rester longtemps, si complètement assimilé qu'il fût, une langue 
tràporx^^^ un idiome étranger plus ou moins artificiellemetït appris. Plus la 
rîce î ndigéne éuit éloignée par la langue des dialectes italiques, plus le latio 
d«î &*y 4:onserver pur et homogène *; * Les dialectes ibériques étant beau- 



*• ^Htrtd. A k Cbro». il» ht, v$*ig*, p. jai sqq,, pmtim. 




272 COMPTES KEîCDUS 

coup plus éloignés du hxm i^ue les dialectes celtiques, le hûn %*c$t aimî 
cons»^^ pitis pajfdtement en Espagne ^u'en Gâuk. 

D'autre p«rt^ les colons, tes légionnaires qui allèrent porter le latin dans les 
provinces n^ctaîcnt pas seulement des Romains : c'étaient surtout.^ et de très 
bonne heure, des lulioits, et leur langage, le latin parlé en Italie» était fone- 
ment mêlé dltalismes, qui s'implantèrent eux aussi dans le latin vulgaire des 
provinces en nombre d'autant plus grand que la province avait été pi 
anciennement colonisée. 

Mais surtout, la victoire du latin officiel sous TEmpire fut beaucoup pli 
complète, 1^ restaurations littéraires beaucoup plus considérables dans les 
provinces que dans la péninsule. Ces! qu'en cfiet « dans les provinces,... La 
romanisation pone forcément un caractère officiel ei administratif, Ifô bar- 
bares apprennent le latin... pour comprendre la langue officielle de TÉut... 
En Italie, au contraire, la tâche de la langue classique est Infiniment plus 

ardue, puisqu'il s'agit d^écraser d^ dîalectt^ et des patois vîvaces Dans les 

provinces, c'est le latin officiel, plus ou moins mêlé de vulgarismes, qui con- 
stitue la base principale de la langue parlée; ...en Italie, au contraire, cVit le 
vieux latin dialectal de la République qui achève, malgré toutes les ent/aves, 
de se d<èveloppcr et de vi%*re ' *. Seul, le latin de Dacie présente les mêmes 
caraaén^ que le latin d'Italie, ta Dacie reçut le latin général d'Italie tel 
qu*ïl était au tl« ou au ïU"^ siècle, et la domination romaine y fui trop èphé- 
mcre pour que le latin officiel pût comme ailleurs influencer beaucoup 
ridiome vulgaire. 

Aux archaïsmes, italismes et restaurations littéraires qui se mêlent ainsi 
dans le latin vulgaire des provinces, il faut ajouter les formes dialectales que 
lei échanges entre les différente colonies ont fait passer d'une province à une 
autre. 

JLf ktin tmlgaîft et Us tanpigs rùmsnts. — M. M. arrive sur l« rapports du 
latin vulgaire et des langues romanes i des conclusions qu'il se pbli à 
upposo' aux hypothèse» le plus généralement admises par les romanistes, 
aux « dogmes n de Li philologie actuelle ^ 

Le premier de tous, selon lui, la doctrine tondameniale, le dogme ^sea- 
tid et intangible, c'est Tunité du latin vulgaire, T incontestable unité de 
formes et de structure grammaticale ou syntactique que montrent les langues 
romaaes. « Les faits, dit M. M. >, sont d'une telle évidence qu'il est impos^ 
dblc de les méconnaître, au moins dans leur généralité ■, mais les roma- 



M 



m < 



3. >îoui fi'cKayeronï p4i Jcdiîcottr le* fomiulci tioiinées par M, Mohl de ces pré- 
tendu* diigme^» fcirmaïe» qm mnâçnt parliiit la critique trop «»»*- Peut-èif« leutcmcni 
AL Molli païk't'il trop Mïuvcnt d*tïbfti nation, J'iTç^glemeut ou d'étn^ge parti ptii 
(cf . p, en ^ 5^, p.^ >7). Du reste, ces aortiuiiaiia &oat très gèoéiitlet et ne ci^mpuneoi 
potnt, p«r suite, de disi:imiaii. 

}. ffriroJ, à ta Ctfrvm. au iiii. t-nl/., p. Ji, 



^ 
^ 



MOHLj Iniroductiim à la chrmiologk du la! in vidgam 273 

ornes QDt vduiu a ÎMTt une lûî absolut: dt ce qui n^est qu'une règk ardi- 

naîrc- » De là les erreurs de la philologie romane actuelle. Pour donner de 

cène chimérique « unité parfaite n une explication raisonnable, les ronia- 

iiisics s'efforcent de « montrer que la langue vuîgaire était trop jeune pour 

avoir pu se diviser dès l'époque impïîriale en dialectes nettement carac- 

i^Hsis *t c^ ïïs doivent dès lors recourir â une ç- chronologie enfantine *>, Ib 

resicnem rappjritiûn supposée de tous les ph6iomènes du latin vulgaire sur 

tiTi <3fMi£e de deùit ou trois siècles touï au plus, w Le latin vulgaire devient 

1^ résuh« d*une sorte de désagrégation spontanée et universelle du latin litté- 

ï"»ÎTC^..-.. une makdic, une ïèpre spéciale comractce tout à coup par la 

langue dcéronienne *. to tl va sans dire que les romanistes sont ïorcés de 

oégUger dans le latin vulgaire les archaïsmes et les si influences des vieux 

dî^ileciÊs indigènes contemporains des premières colonisations t>. — « Tous 

icMir^ efforts tendent à extraire des langues romanes une Unproch générale 

*iont les prototys^es expliquent tous les dérivés romans, quelles que soient 

leur variété et les différences chronologiques qui les séparent ». » 

Une déBnition plus exaae de ce qu*est Tu ni té du laiin vulgaire suffit à 

«T^îiier toutes ces méthodes. En réalité il ne laut même pas parler d'unité, 

ï^^aià bien d'unification du latin vulgaire» Uunité, posée par les romanistes. 

«^ômme originelle, n'est qu'un stade dans révolution qui mène le latin vul- 

gattc du polydialectisme iatino-iulique i la décomposition romane, en passant 

P*r le latin général dltaîie et le latin vulgaire untflé de Tépoque impériale. 

^estcc latin impérial» très semblable au VùlkshUîn de Fuchs ou de Secl- 

^'ï^iiu, Ati latin municipal de Jordan et à la langue vulgaire que nous révèlent 

les mscriptions de TEmpire* qu'il faut mettre et que Ton trouve ù la nais- 

*atK^des langues romanes. Mais le latin vulgaire^ en tant qu 11 diffère de la 

Ixtigiiç classique, ofHcielle, de Rome et du Latiuni, remonte bien plus haut : 

* il est essentiellement, sinon exclusivement, un produit itahquej 'altération 

naturelle du latin dans la bouche des Falisques, des Ombriens et des Marses ; 

* -c'est dans la prononciation sabine» voisque, hernique, pélignienne, osque, 

*"^ï5c, picéniennc, fallsque^ qu'il faut chercher la cause première des langues 

''^'^anes *. * Par suite, il ùut non seulement reculer de six à sept siècles 

tt^yte b chronologie du latin vulgaire et des langues romanes, mais même 

'^^**onGcrà une chronologie fixe et absolue. Au lieu du point de départ 

ïiftique des romanistes» le îatin littéraire uniformément altéré et devenu le 

*atin vulgaire^ source des langues romanes» nous en trouvons plusieurs : le 

(iatjn apchjjquCt les dialectes italiques, les altérations du latin spéciales d*abord 

*^* diverses provinces et propagées ensuite dans tout TEmpire, les actions 

^^ctions constantes de la langue littéraire ei de la langue vulgaire. Le 



^Aîftfd. à ta Chrm. du ht. vuΣ., p- ^y^ 

i'mîfpà, àiaChrm, rf« Ut. riifc*., p. 35. 
'* ^Hhtid. A ta Cbr&n. du lut» i'"^V.* p» j6 et 17 

i. JïA'f A 



ifi 



274 COMPTES RENDUS 

latin vulgaire et par suite les langues romanes ont gardé de ces différentes 
influences des traces nombreuses et d'âge différent, et dès lors, dit M. Mohl, 
la chronologie du latin vulgaire, telle que les romanistes Tont fondée sur le 
dogme de l'unité linguistique de l'empire romain, « tombe aussitôt au profit 
d'une chronologie plus compliquée et moins précise sans doute, mais aussi 
plus scientifique et plus exacte *. » 

Ce nouvel aspect de la chronologie romane, M. M. a essayé de l'exprimer 
par des formules algébriques où sont représentées pour chaque province les 
survivances des dialectes indigènes, — la première couche de latinité avec 
ses deux catégories : formes purement latines et formes italiques, — les 
apports successifs du latin d'Italie, — les emprunts aux autres provinces, — 
les restaurations littéraires de différentes époques, — les emprunts aux langues 
étrangères, grecque, germanique, etc., — les formations romanes. Ces for- 
mules résument assez bien toute la théorie de M. Mohl; elles sont en tout 
cas très loin des formules de Grôber et en démontrent nettement l'insufH- 
sance; mais elles sont étrangement compliquées, et M. M. lui-même n'a pas 
cru devoir y insister. 

La méthode future. — Par contre M. M. revient souvent sur la méthode qui 
s'impose dorénavant pour l'étude du latin vulgaire. « Il faut, dit-il, que 
l'étude du latin vulgaire reste avant tout une étude historique et archéolo- 
gique, capable d*appuyer par des faits réels et des données exactes les 
résultats obtenus par l'interprétation scientifique des langues romanes; 
...celles-ci se déduiront d'elles-mêmes et tout naturellement du latin vulgaire, 
comme elles en sont effectivement sorties dans le passé, une fois que le latin 
vulgaire nous sera entièrement connu comme idiome historique ». » « ...On 
retrouve presque toujours les premiers germes (de la plupart dts phénomènes 
romans) dans les ineux par 1er s latins ou sabelliqu^ de P Italie i... C'est 
seulement lorsqu'on sera parvenu à identifier d'ufu manière précise et rigoureuse 
les phénomènes essentiels de la phonétique romane avec les faits correspondants dis 
anciens patois latino-italiques, qu'on pourra entreprendre avec quelque chance 
de succès l'établissement de la chronologie du latin vulgaire et des langues 
romanes... On s'efforcera de refaire, autant qu'il sera possible, la carte lin- 
guistique des différents patois latino italiques, de l'Italie ancienne aux diverses 
époques de la propagation du latin dans la péninsule. On suivra ensuite, au 
moyen des données fournies tant par l'histoire que par l'épigraphie et la phi- 
lologie romane, le développement et la propagation de ces différents phéno- 
mènes dialectaux à travers l'Italie... Enfin on recherchera dans quelle mesure 
les différents dialectes de l'Italie ont pu être transportés dans les provinces 
par les colons italiotes... Telles sont les données sur lesquelles on édifiera. 



1. Inirod. à la Chron. dulat. vulg.^ p. 276. 

2. IntnMi. à la Cbron. du lat. l'ulg,, p. 26. 

}. Introd. à la Cbron, du lat. vulg., p. 272-273. 



MOHL, Inlroduclkm à la chronologie du latin vulgaire 275 
les progrès des sciences auxiliaires le permettront» U chronologie de 
la lînguisiique romane *, » 



Ciîi essai de reconstitution correspond sans doute sur certains points à 
!j rt^lîté. En particulier. M, Mohl a raison, semble-t-il, de rejeter à 
peu |>rès toute mflueiice des idiomes indigènes sur le latin vulgaire des pro- 
vioc^s, d'insister sur Tinfluence de la langue officielle, langue de l'administra- 
tioti et des écoles % d'affirmer enfin une fois de plus que les langues romanes 
dins I4 généralité des cas nous font remonter a une langue homogène 
dans lontc Téti^ndue de la Komania et très semblable a b langue des inscrip- 
tions impériale \ Mais toutes les idées de l'auteur n'entraînent pas la ménie 
<^nviaioîi que celïes-là, qui d'ailleurs ne lui sont pas propres. 

t< Utin vulgaire, dit M* Mohl, remonte esufitidhm^nt ^uluim provincial de^ 
' lulie; le plus grand nombre des phénomènes qui ditTèrencient le laiin parlé, 
*ource des langues romanes, du îatîn classique ont leur source dans des phé- 
'i<>itîèics analogues des dialectes italiques ou du latin archaïque. — Mais quelle 
H*^Vit pu être r influence de ces dialectes ou de la langue officielle, un grand 
'*'^f»lbîc des phénomènes qui ont fait du latin de Rome le latin de la Remania 
ont dû venir de ce latin m^me, en dehors de toute influence étrangère, et, 
«ans cette transformation où nous retrouvons tant d'influences diverses» 
'^ousac pouvons pas refuser une place au dcveloppcment întenie et naturel 
^^ ï^tijîage. Resterait à déterminer Tinfluence de cet élément; elle paraît con- 
sidéra ble, s*fl ^t vrai que Ton ne puisse guère attribuer à des influences étran- 
g*Ti!s, et M. M. n'essaye pas de le faire, la disparition générale des différence* 
quantitatives entre les voyelles, la ruine de plusieurs cas dans la déclinaison» 
^t plusieurs temps dans la a^njugaison, et tant de modifications séman- 
tiques, tous phénomènes caractéristiques du latin vulgaire et particulièrement 
vm ponants dans son histoire. 

A CCI élément de différenciation ont pu, de l'étranger, venir s'en joindre 
a autf^, mais ils ont dû rencontrer dès T origine un redoutable adversaire 
«ï^us b langue parlée de Rome et du Latium. Pour M. M., celle-ci ne devient 
"ï^portatiic qu*asseï urd : dans cette première période, où il place la consti" 
ïoîion des dialectes latino-italiques, U semble que le latin, mis en présence des 
'Jiomes tuli^ues dans les colonies romaines d*ltalîe, ait été isolé du latin de 
'^ ïïiétTopole; ïe latin et te falisque, par exemple^ re trouvant alors dans des 



^' Inirûà^à ta Chrûn* du lat. vulg., p. 178-180, pûisim. 

^- CepsndjQt il ¥ i beaucoup d« cotistf action et «ns doute d'«xâgéTatïoti dans ce 
^ "t. Mohî diï des çcûle4. On u*: saur4it cq tout cis trouver un Atguineat pour 
|T*^****«ii« J'éooks plébéienncâ au v* siédc av. J.*C. Jau& le* dctaib que dauncTiic- 
^ prap0i du meuître de Virginie {Intrùd,, p. 169), 



^ 



276 C:OMFr£î> KEN DUS 

conditions de résistance semblables, auraient pa fusionner en une sofic 
compromis. — Maïs cette indépendance linguistique des colonies latines 
d' Italie serait étonnante ' . N'out-clles pas été en rapports constants avec la 
n)étropole? La langue que ron y parlaîr n'a-t-clle pas dÙ suivre de très près 
révolution du btïn de Rome ? N'y a*t-!l pas eu influence continue depuis 
ks débuts de h colontsation, et non pas seulement depuis Hannibal, ou la 
GuL-rre Sociale, ou Ct^^sar ? La situation respective du latio et des dialectes 
italiques serait alors tout autre que ne le postule la thèse de M. Mohl. 

On nous donne des exemples de dialectes italiques contaminés par 
latin. Nous ne pouvons juger de la valeur de ces exemples dont beaucoui 
semblent de simples conjectures. Mais, à les admettre tous» on n'y pourrait 
trouver aucune preuve de Texistence de dialectes latino-italiques. Au contact 
des colons latins» plus puissants de jour en jour» le falisque^ chaque pur 
moins utile aux indigènes^ a bien pu se contaminer et perdre de ses carac- 
tères disiipctifs. Il ne suit pas de là que les colons litins aient accepté comme 
* langue générale un compromis latîno-falîsquc qui ne pouvait leur servir que 
dans les relations avec les indigènes. 5* il y a eu iniluence du falisque sur le 
latin, cette influence a dû, sen^ble-t-il» se limher toujours à un petit nombre 
d^individus et aussi à un petit nombre de mots. Parmi ceux-ci, il faudrait 
ranger précisément ces KuîiuruK^rter italiques que M. M, s*étonnç * de 
trouver en latin et dont, pour notre part» nou^ hésiterions, â jamais tirer argu* 
ment, riutroduction de pareils mots d'un pays dans un autre prouvant À 
coup sûr des relations de civilisation» mais nullement des rappons linguis- 
tiques, 

Mais s'il faut renoncer à T hypothèse de dialectes latino-italiques nette- 
ment caractérisés î^ Ton ne voit plus comment aurait pu se constituer ce latin 
généra) dltalie, dont M. M. fait le deuxième stade du latin vulgaire. SU est 
vni que dans les colonies romaines Ton parlait une langue qui» maintenue en 
contact incessant avec la langue de la métropole, n'en différait que fort peu« 
Textension i ritahe du latin des colonies ne pouvait pas être la généralisa- 
tion des formes italiques dont parle M. MohI *. L* œuvre ultérieure des armées 



us 



1. M. Mûht cite (/ffl/roi., p* 146 et 247), en rappliquant, il c*i vrii, iuit prûviticet 
et non aux colonica dlijihc, rexcmple des colons fr*nai* du CiDAda, qui, dii-il, 
pirletil encore plus ou motïii ridiume de Jacques Qaiti^r ei de ses compiigtjons [de 
wci tticcciMrtirït dit-il ditkun^ c« qui cUangemit h tbèie), et des juifs de Turquie, 
cliAi:&és d'Eïpignc au xvt* aitck, qui continuent de parler le vieil espagnol. Pour le 
Câixidi. il faudrait de^ excmplea précli* l-'our le fudèo-eipignol, ou ne voit pa« 
comment les juifi de Turquie, ïugitih et non colons*, parleraient Te^pagnol du xvit* ou 
du xvttr vitdc, qu*iî* li'otit t^tnaii connu. 

j. Intrôà. à U Chriftt. du lai fuîf.^ p. |!. 

|. M. Moltl dit bien (p. 88} que k latin polydialeaAl de l'ancienne Iulie « est u&p 
(ûrmellenient Attesta p^r Têtode ratlonnelltr tant des io&cnptioiii latinci afcHaîque^ que 
des iniciiptiotis îtatiques ellet^-mêmcs pour pouvoir èiru en aucune lacon mis en 
doute • ; mit* tl »*en tient ia« preuves JmuJSuuies. fournie) par SittL 

4« Pour accorder quelque valenr à IV^pressIon d^Arléniiitore, « YpafLprtutl|^ tûv 




Introduction à la chromlogie du latin tmîgaire 277 

dés lors bien moins de reformer le laiîn d'Italie à Tinuigedu 
btin de Rome que d*en empêcher h séparation; il y eut maintien et non 
restauration des formes classiques dans la langue %'ijlgaire. 

Les romanistes n'auraietit donc pas si grand ton de se refuser à faire 
reniootcf k latiu vulgaire dans sùti enîetnhk aussi haut que le voudrait 
M. M ohL Aucun fomanîste ne contcsiem que dès rorigîne il ait pu se pro- 
duire entre le Utin des citadins ou de la ïinéraiure et celui des paysans ou 
des colons des différences appr<;cîables, mais rien ne prouve que ces dîffè- 
rcîices soient précisément les mêmes que nous retrouvons entre le latin clas^ 
sique et le latin vulgaire, source des langues romanes, ni qu'elles aient eu 
ààjï% la constitution du roman une place vraiment importante. 

Darîs les provinces, toute influence des dialectes indigènes une fois rejetée, 
b question se trouve limitée à la possibilité, pour le latin vulgaire provincial 
« le roman, d'avoir gardé trace des différentes couches de latinité et en par- 
ticulier d'avoir ttiieux conservé que le latin d'Italie les tbrmes contempo- 
Tïincs des premiers essais de colonisation. La nécessité pour les provinciaux 
d'apprendre le latin comnie une langue étrangère expliquerait celte meilleure 
^^î^ïservation. M. Mohl fait à ce propos des observations très justes et très 
fines; mm il les étend à tort des individus aux peuples. \Jn provincial, qui 
àOï* appris le latin en étranger pourra pendant toute sa vie le garder intact et 
^ P^ts le fa^onoer à sa guise ; iî n'en est pas de même des générations succes- 
sives d'un peuple. Pour celles-ci, ou bien le latin aura été une langue mater- 
^^^9 parlée déjà de la génération précédente, et elles le modifieront librement; 
^^ elles Fa liront appris par Tétude, et elles n'auront pu rapprendre que des 
l-*tins^ Mais ceux-ci leur auront à chaque moment apponé tine langue con- 
forme j celle de la mtropole» sans plus d'archaïsmes ni d'italismes. Peui-ou 
**i moins admettre que le latin soit devenu de très bonne heure pour les 
provjndauï une langue maternelle, et que des formes du latin archaïque 
*i*til pu ainsi, par une sorte de hasard favorable, être mieux conserv^ées dans 
^ provinces qu'en Italie * ? M. M, constate que la ronsanisation effective des 
provinces, nnême des plus anciennement conquises comme T Espagne, n'a en 
tMiii commencé qu^assez tard; il ne faudrait placer qu'au tv« siècle, au 
ïî* siècle tout au plus pour les provinces le plus anciennement conquises, le 
rfioftiplie déËnitif du latin. Remarquons d'ailleurs que cette époque de la 



ItïXùv n (Mohl, p. J4S, d*après Schucbardt), jl lâwdraïtavgir déterminé cxacteid en t 
le% réglé» d'emptot de petij^aiot tt de *lT3tXot chei ce géographe. Le raïKinneinent de 
Im p^c^j tar la nécessité d'uoe forme intermédiaire entre les dialecies Unno-itaHi^ues 
et k btiH vulgaire iuipèdal n'est pas plus, probant. 

I. Qfiani à cette hértfdité lînguistÎ4jue qui m ai ii tiendrait à travers les générations ta 
illflîculté d'apprendre une langue étrangt'nf, même entendue dès TeuËiEice, el en 
Asïu/çr^Jt ainsi pïus longiemps rintégrité^ M. Mohl en parle volcmtiers {Inirod.^ 
p- a 17; aî4,et£.), m^is nous ae croyons pas qu'il puisse rien opposent de valable auï 
âjendust^tts netiëDient contraires de l'expérience commune, 



27» 



COMPTES RENDUS 



du btiri 



ci le où le latiti parlé est le pk 



pîus grande ex t en s 

plu5 voLÂÎn du latin classique : les plus fer\'ents partisans de l'unicé du blin 
vulgaire ne peuvent rien dire de p!u$^ et ici encore il semble que les roma* 
nisies riefusent à bon droit d'adïïiettrCt antérieurement à la période d^unitv, 
des ditîéreaces locales si considérables dans le latin vulgaire ^ 

Le débat soulevé par M. M. se réduirait donc à une question d'e^pècci. 
S11 est vrai qu'il faille^ pour expliquer les différences entre le latin classique 
et le latin vulgaire ou le roman, tenir compte avant tout du développement 
naturel de la langue, qu'il y ait à considérer Jlnfluence du laiin de Rome sur 
le latin des colonies corame continue» et enfin l'extension du latin dans les 
provinces comme très tardive, ou pourra bien admettre que le latin vul- 
gaire impérial a conservé des archaïsmes, qu'il s* est contaminé dlulisnies et 
que dans les provinces il cache des couches de latinité de dates différentes : 
mais on sera porté aussi à ne voir là que des accidents, " des débris nécro- 
tiques, entraînés dans le courant de la btinité vulgaire »* comme dit M. M., 
qui aime cette image. Seul, un dénombrement complet de tout ce qu'on 
peut attribuer sûrement dans le latin vulgaire au latin archaïque ou aux dia- 
lectes italiques éclairerait un peu cate question obscure, et nous revenons, après 
examen du tivref à notre conclusion première : qu'il nous eût fallu lu Gram- 
maîre îmîQfiqm du ktin vtitgaiff Avant Vhîtroductim à la chr^tiùï^ii. 

Pourtant nous n'avons pas cru devoir examiner jusqu'ici les exemples que 
M. M, donne à l'appui de sj thèse. Ces exemples sont en petit nombre et 
d'importance fort inégale; ce sont moins des preuves que des illustrations 
de la théorie, et ils ne peuvent suffire à asseoir un jugement- D'ailleurs, h 
ihése de M, M. n'a point absolument besoin de ces preuves. Même sans 
exemples, et tnalgré les importants correctifs que nous croyotis nécessaires» 
elle garde toute sa valeur logique: M, M. a fait sur le papier une construc- 
tion où il a fait entrer et fort ingénieusement assemblé à peu pnès tous les 
éléments de rhtstoire du Utin vulgaire. Seulement , a^t-il donné a chacun b 
place qui lui revenait strictement ? Cest li matière à discussions sans hn. Au 
peu d'exemples cités on pourrait sans doute en ajouter d'autres ; toutefois le 
nombre en sera toujours restreint^ puisque, dans la conception même de 
M* M*, une bonne partie de révolution du latin vulgaire se passe à niveler 
tout ce qu'une première période avait aéé d'irrégulier; ce qui a pu échapper 
reste peu de chose. Mais nous ne saurions tirer de là aucun argument. Ce 
qui pour nous représentera asse^ exactement Télément archaïque ou poîy- 
dialecul du btin vulgaire ne sera pour M. M, qu'un infime débris d'un 
passé glorieux. Toute vérification pratique nous est ainsi interdite, et l'iti- 
géiûeu»e théorie de M, M. apparaît dès lors comme un peu vaine. ■ 



1. n y aurait eacerrc ticaucoup à dire «ar U lâHitité tlêi pravmces, telle que la 
c^fiçiiïtt St. MohL Sur îei nppiift» du liiin de; Chicte ci au roumain, il â dei 
ldée« itti i^onïestiblçs; en ipuI c*i d ndl pjtii permis de t'en Icntr sur cette quadoQ 
aum csuvtiigei et sui «oticlusiont de XénopoL 




MOHL, hilroducHmt à la chronologie du laîin xml^mre 279 
^41 légilime d'en tiicr un*; métliode? — M. M. préconise fémde hblo- 
riqiic tft archéologique du laiin vulgaire. S'il entend par là qu'il est nécessaire 
deprocéder à un cx^inien complet, à un classement mécho<iique« suivant les 
ipoqu», les lieux ou la nature des documents, de tout le matériel latin, et, 
t'il k veut, aussi osco-ombrien, nous ne pourroos qu'approuver cette excel- 
lente mèlhode ; nous ferons seulement remarquer qu elle est la méthode de 
toutes ΀S sciences philologiques, qu'il n'y a aucune innovation a rappliquer 
m latin vulgait^, que le principe est posé depuis longtemps; on peut seule- 
meut regretter quHl n^ail pas été plus complètement mis en pratique jusqu'ici, 
et par M. M. tout le premier. Mais le matériel ainsi classé ne saurait nous 
suffire pour reconstituer Thistoire du latin vulgaire; nous recourrons donc 
mt langues romanes en remarquant qu'elles ne prouvent en général que 
tïr une période jsseï récente du latin vulgaire, du 11= au iv* siècle envi- 
D* Remonterons- nous plus haut? Chercherons-nous avec M* M. à établir 
fc carte des patois laiino-iuhques en nous aidant des dialectes et patois 
iBodemcs? Pourrons- nous « identifier d'une manière précise et rigoureuse 
*cj pHénoraènes essentiels de la phonétique romane avec les faits correspond 
*kms des anciens patois latino-italiques « ? A vrai dire, nous touchons ici au 
^tulii essentiel de la méthode et de Touvrage tout entier de M. M,, mais 
priécîs^rncnt il nous est impossible de l'admettre. Pour identifier un phéno- 
mèio attesté, par l'accord des langues romanes, pour le iii« ou îv« siècle de 
l'ère chrétîerïne, avec un phénomène analogue que nous atteste, pour le 11* 
ou tsx< siècle avant Jésus-Christ, le matériel sabcUique, osque ou ombrien, it 
h\st ^ue nous puissions reconstituer les étapes temporelles et locales qui 
ïlttachent Tun à l'autre ; sinon nous devrons les considérer comme îndé- 
penclsmts. Nous devons même nous demander dans quelle mesure \\ est légi- 
tima d'identifier avec les phénomènes italiques semblables des phénomènes 
UtixTks attestés pour une époque plus ancienne. L*évolution d'idiomes aussi 
étroitement apparentés que Tétaient le latin et les dialectes italiques a sans 
4ottt:t^ reproduit maintes fois le même phénomène. Nous ne recourons pas, 
poii.1- expliquer Tidentité de certains traitements phonétiques picards, ladins, 
poitevïfis^ â rhy pot hèse d'influence réciproques; pourquoi adopterions-nous, 
pour expliquer les ressemblances du btin et de l'ombrien, uneméihodediffé- 
ï*^*« ? Les processus linguistiques possibles ne sont pas infiniment variés; 
■ dAns beaucoup de cas, il semble qull y ait n une suggestion * » à altérer dans 
un certain sens ; les mêmes phénomènes se reproduisent alors indépendam- 
en des lieux différents, A des époques différentes. M. M. nous four- 
lui^même la formule d'un exemple de polygénêsie classique depuis Diez i 
y l-«s «dialectes vulgaires deTInde montrent des traitements phonétiques tel- 
llenseni ideniiques à ceux des langues romanes que, si le prâcrit ou le pâli 



^' 0^ti>fi Paris, AUéraiion tomant du C latin, Ano* àc VÈc, des Hautes Étiide»^ 



28o COMPTES RENDUS 

étaient originaires du bassin méditerranéen, on serait obligé de croire à une 
influence européenne ' ». Ajoutons seulement que pour notre part nous ne 
nous sentirions pas obligé de croire à cette influence, pas plus que nous ne 
croyons en général à celles qu'admet M. Mohl '. 

Il reste que les cas où Ton peut identifier avec quelque certitude des fisdts 
romans ou latins avec des faits italiques sont des exceptions, — le nombre 
en importe peu, — que Ton n*a pas le droit d'établir une méthode sur des 
exceptions, et qu'il serait souhaitable qu'on ne bâtît pas non plus là-dessus 
des théories^ quelque habile qu'en soit la construction et quelque harmo- 
nieuse qu'en puisse paraître l'ordonnance. 



Les exemples cités par M. M. sont en général des phénomènes isolés, des 
exceptions, et il n'en pouvait être autrement; mais notre ignorance pour cer- 
tains est si complète qu'on regrette de les voir servir à étayer une théorie 
générale : nous aurions préféré par exemple que M. M. n'essayât pas de faire 
usage du traitement roman de beber, biber ou fiber(S 2). Pour d'autres, 
nous demeurerons volontiers d'accord qu'ils sont dans le latin vulgaire des 
restes de la langue anté-classique, ainsi : remploi de post au sens exclusive- 
ment temporel (J 3), l'accentuation intégrum (§ 3), etc. ; ou des traces d'in- 
fluences dialectales : les particularités de certains noms de lieu par exemple 
{FaîUsiy S 1 05 ; AlJiJenUy^ 1 1 7) ; ou enfin la preuve que pour un même mot des 
formes différentes ont pu coexister (possum, poto, potio, § 103). Dans 
beaucoup d'autres cas, il nous est impossible d'admettre les hypothèses de 
M. M., même à titre exceptionnel. Nous réunissons ici, sur les principaux de 
ces cas, quelques brèves observations. 

Arcbaismei. — Esp. aran < lat. arch. arger, plus tard agger ($99, 
d'après Grôber) : il faudrait expliquer le changement de suffixe, qu'il soit 
latin et antérieur à rg>gg ou seulement espagnol. — - Hsp. yrro, ital. Uro<i 
arch. *erum pour eruum (J 117) : le même phénomène est attesté pour 
l'époque romane par csp. Gon^alvo > Gon^alo et peut-être par port, garo < 
orbum ; faut-il pour yno remonter à l'époque archaïque? — Il est bien sûr 
quel'ital. o.sleria ne se rattache pas directement à hospitem, mais faut-il 
l'expliquer par un latin archaïque hostis, « étranger, hôte » (5 3)? Il ne 
semble pas impossible de remonter à hospitem par l'intermédiaire du 
fran»;ais osti-y un emprunt de l'italien au français pour un mot de ce genre 
étant très vraisemblable. Il n'y a aucune raison de renoncer â l'explication 



1. Intri^i. à la Cbron. lin lat. iuli^.. p. 8^. 

2. M. .Mohl admet d'ailleurs en certains cas cette pi>lyj;cijésie des phénomènes lin- 
guistiques; et', par exemple ce qu'il dit de la prv>ductit)n du sou it en roman. Introd.^ 
p. Sj. 



^MOHL, Introduction à la chrûmhgie du latin vulgaire 281 

iîû^m aciceptéc des imparfaits italiens tïn -nw* à cùié de -m» par l*ifi* 
ICC analogique des imparfaits en -ava. Selon M, M. (S 4), cette anatûgie 
lit dû s*cJiercer sur le conditionnel comme sur rimpar£:iit. Mais il eût 
pQurceb qu'on recontiût dans le cotiditionneU*! m parfait dehabebam, 
et i supposer même qu'on reconnût la parenté des deux formes. Je désir de 
les distitiguer dans la pratique aurait suffi à contrebalancer Vinfluence anafo- 
gi^ue; sinon, il est bien naturel que limparfjjt ct^niava transibmïc t^mea en 
loïKm, mais commeiat le conditionnel de la première conjugaison, qui n'a 
pas ée r, cûl-il pu introduire cette consonne dans les I ormes analogues des 
ayires conjugaisons? — Le français aJ est non aIîd(S 10), qui eût donné awi, 
mais bieii 'aie refait sur alis* 

infiuinc$s àialeUaUs. — Ombrim. — Pour ar > e, voy. p. 267. — Il 
«st regrttiable que M. M. n'ait pas, à propos des imparfaits de fa ce ré, 
toscan /w, lombard /h'a^ catalan feya (algh, /nw), recouru à (a thèse de 
M. Eydberg sur Facere en rotnan, M. R. ne leùl peut-être pas conveni à 
î'opiiijem de Meycr-Lûbke, que tosc* fm est imité du parfait fei et ne s ex- 
plique pas par une refomïatiôo vulgaire •febam sur ïe radical ondbricn fe; 
'I hl âupait du moins rappelé qu*il n^y avait rien à tirer des formes catalanes, 
et Cil particulier aucune a îiidication pour la question encore obscure des ori- 
lOncs oitilanes n (5 40), ffi*a il AIghero èunt sans doute d'origine ip lien ne, 
^ffjm venant par des intermédiaires attestés de la forme régulière /a^ik, — 
L» construaion om briefinc de /wjl avec i*ablatif expliquerait le français ^uij < 
posi Mî{5 3), mais elle Q*C3iplique pas dini quil paraît difîfidle de séparer 
*^ ^*j, •Ami us et *postius, que M. M, considère comme de « pures 
»Qtâisiçs », restent la meilïeure explication de ces formes obscures. — La 
*wbstt|u^0jj 4^^ suffixe -ellus à -ulus en latin vulgaire serait due A 11 n- 
tluence du nominatif ombrieo* Au latin catulus corr^potidait Tombrien 
^^tel.Sur ce dernier Ton refit un accusatif cateîfum avec confusion de 
*^fl^xes, de là le catcïlus des Gloses de Rcichcnau \ etc. (% 101). Le désir 
*i*miiiîtr sur le suffixe diminutif, dont la valeur semble toujours s*elïaccr 
*5sçt vite, avait paru jusqu'ici une explication suffisante du renforccmeot de 
Ulus etï -ellus; nous Ignorons d*ailleurs comment M. M. explique le 
^'mgcracni d'accent (cât el * cat èll u m) du nominatif à l'accusatif. — C%4f . 
1^ 5^ pcrs pluriel en ^cn du sarde et de l'espagnol auraient ïeur origine dans 
rosco-otfibrieti -înt, -eut, à côté du latin -uni (5 S 8); ici encore aucune 
raison de retioncer à Texpli cation cania-€mstan : vemît^^nitn. — M, M. voit 
lians Iç sarde cumtme un compromis entre le ktin commûtiis et losque 
,:oînûno, qui a en dit long sur les traces d^élénacnts osques en sarde * 
(SSjéct 107); faudrait s" assurer que ce traitement de commûnis est 
safls rappon avec celui de ûtidecim > oftie^ ou que rexplicatton par 



I. Motoits au 5 >^* P* î<î» "*>= întcrprétttiojï touî â fait erronée da glo*»aire de 



iSl COMPTES RENDUS 

l'osqye peut convenir à ce dernier cas, — Il n'est nullement besoin de recou- 
rir à l'osque putiad pour « expliquer de la manière du monde la plu5 
naturdie m le napolitain ffo^iu {$ J03); on a simpleraeni refait *poteo 
sur potes, — Il est parfaitement légitime de rechercher dans k toponymie 
italienne des influences dialectales, niais nous ne comprenons pas comtnciît 
la coexistence en osque des formes, d*ail leurs obscures, degetasis. 
(Noie) et deketastUL (Abella) peut expliquer la forme italienne Licen^a 
du nom latin Digentia, La rivière Di^miia est en pays è^^ue et non osque, 
U est vrai qu'une inscription de CoUemaggiore é rend vraisemblable * l'exis- 
tence de colonies osques sur le territoire èquc (5 117). Mais les deur 
inscriptions de CoUemaggiore (277 et 279 de Pîanta) sont d'autlieoadté 
douteuse; elles n'attestent d'ailleurs pas Texistence de colonies asseï consi- 
dérables pour changer la forme des noms de îieu ; que peut -on fonder sur 
tant d'hypothèses et d'incertitudes? ^ M. M. voit un rapport entre Omptoi 
osque de kasît et Teniploi français de il faut au sens du latin opartet 
(5 59). Son raisonnement petit se traduire ainsi : fa 1 1ère succède en 
roman au latin caret; or, Tidée d'oportet est ejtprimée en français 
aussi par fallere, en osque par kasit (caret); elle était donc exprimée 
en latin vulgaire par cartel, sous TinjE^ucnce de Tosque. Remarquons 
que caret au sens d*oporiei n*est nullement attesté, que fallere^ qyî 
se dit de Tobjet manquant, ne succède pas en roman au bltn carcre» 
qui n*a que le sens passif de « ^tre dépourvu », que les différentes 
formes françaises issues de fallere ont pris le sens d'oportet au plus 
tôt ay %AU^ siècle, et voila en latin vulgaire et en français un oscistne 
de moins, dont M. M, eût pu facilement s*6\iter la découverte. — DiaUcttî 
éiven. M, M. ne dit pas de quel dialecte viendrait au provençal et au 
catalan la préposition amb^ am, qu*il rattache à ritalique am{b), 
grec ajj.?i (5 9S). Satis discuter cette étymologie, nous remarquerons que 
cette préposition am est attestée en latin par des témoignages auxquels 
M. M. lui-même fait allusion et qui le dispensaient de supposer une sur^ 
vivance italique. —Le français fondlfif attesterait une forme fundifïurti 
avec sufliKe iulique au lieu du latin Cundibulum (j loi), Mais le latin 
a une autre forme, fundibalum s infliicncèe par ^*XW; ce fundibalum 
a donné en français '/and^ftk^ d*oû, après la rèdyctioti des profKU'oxytoiy*, 
ymuUi'h-JùftdfJk. 

Enfin nous retrouverions un autre suffixe italique, -ine au lieu du latin 
-iéae» dans le roumain -int conservé à côté de -idne(S Ï07)* M. M. oç 
donne aucun exemple de ce suffixe roumain -Ine, pas plus que Tarticle de 
M^ Taverncy ^ur tj^w roHrnatn \ auquel il semble renvoyer- il semble bien 
en effet que ce suffixe n*exi!te pas en roumain, les deux seuls exemples que 



le I 



t, ftidore de SévilU, wnt Ambroiic, etc. 

», ÊtuJft ffimàfift dMih\ à G, Parri, p. ^67 sq. 



MOHL^ Introduction à la chronologie au latin vitîgaire 283 
nous €îi ayons pu trouver, mû racine et rumine ^ étant en réalité des mots en 

Échtin^is inirt ki pr&vinct^. — M. M. parle souvent de ces échanges, maïs 
^n&ï Aonwt que peu d'exemples, d'ailkurs nullement convaincants» 11 n'y a 
jne àïi^znht â admettre que le sarde et le roumain ont changé séparé- 
rocnt rimttaïe qti de quatuor en tine labiale i ou p (sarde /ja^ot, roumi 
pairti}^ et qu*îls ont fait passer indépendammcm nupta à 'numpta et de 
\i à. mnU OM nuntâ (§ 107). De tn^me nous croyons inutile d'expliquer par 
un emprunt du roumain a T espagnol Texistence dans ces deux bngues de la 
forme 'adjunare, t^p.ayuna, roum. fîjurm(^ 108); le lat. vulg. 'ejunmre 
potiT le cbssique jejunare a irèâ bien pu subir en deux points de la Roma- 
Tiiâ k n'èrae changement de préfixe. 

M. M. a particuîîOremeni insisté sur quelques points de Thistoire du latin 
vulgaire et du roman : le traitement de la diphtongue au et du groupe 
al *♦- consonne, le développement des palatales, h déclinaison romane, le 
*dou|tIc hii-li'î, La diphtongue au à latone se serait en latin vulgaire toujours 
rédtikc à 0» au se maintenant à la tonique; au au provençal et dtj français 
serait dû à une restauration littéraire ($$ 1 et 60). Llnscription C /. JL-, IV, 
2} 5 5 (Pompei) Aidî4s Ole im^ ne peut rien prouver, Tinscription 998 (wé- 
sentant à l'inverse H/^i^ Augû^,.. Le provençal ûhmt^ir est une reconstruction 
ênruologique (et demi -savante) isc^Iée et non une preuve de la restauration 
géncrak de âu. Il n'y a rien non plus \ tirer de la réduction à la tonique 
tîans aurum et thésaurus en Calabre, Sicile et Apulie (S 114)1 ces deux 
nms fi*étanî évidemment pas populaires* 

Pour le groupe al suivi d'une consonne, M. M. prétend expliquer par 
In dialectes italiques (S E14) d*abord lesdifférenis traitements romans: ainsi 
loii^ine du toscan aiiro serait à chercher dans la phonétique étrusque/ celle 
du s^rde ailrr, calabr. a/rw, génois aito dans Tosque, et il faudrait rapprocher 
^r^ dans les Abruzies du cuniellum de VAppendix Frobi. Remarquons 
^uletucnt que le passage de al + cons.à ai se retrouve ailleurs qu'en pays 
ctmsquc, que le traitement signalé pour les Abru^zes est connu du sarde 
pour des mots récents comme tspmicdkrf; quant à la forme aier, que 
M* MohI croit retrouver dans un texte plus qu*obs4:ur de Varron, on ne pem 
P*^ la considérer comme attestée. D'autre part, les traitements diHérenis de 
dl 4- cons. dans un même pays, et particulièremtnt en Espagne, trouveraiem 
là mussi leur explication. Esp. otro, okrû, etc., représenteraient une prononcia- 
it-àlique au, aîto, caJdo, le classique al. Reste que 'au ter par exemple 
19^1 attesté pour aucun dialecte italique et que, pour certains des mots qui 
présentent al -j- com. > p, il i» pu se produire des dissimilations, 

^ «lifBciJe problème soulevé par T histoire des palatales (à quelle date 



'* ^f* mârdéuni dui5 Gtst«r^ 



Cbr«t., h, lîq, a, rufun^ et arutuntitz CD micédo- 



284 C0MPTF3 RENDUS 

faut-il faire remonter raltèraiion du c laim?) devait tenter M. M., qui vient 
après tant d*autres nous proposer une solution ($ 119 sqq,). Nettement 
opposé aux conclusions de M. G. Paris, M. M* reporte dès Tabord l' altéra - 
tion du c plus haut que le ivt siècle ap. J*-C* En effets c'est i cenc époque 
que commence dans le roman rinvasion des mots germaniques. Or, dans 
ces mois, k {e, i) est traite autrement que c (e/i) latin ; celui-ci n*avatt donc 
plus la valeur de k. Mais nous pouvons remonter plus haut cncore^sans nous 
arrêter ï l'hypothèse d'une aïtération indépendante du c dans les différentes 
régions de b Romani a : le latin vulgaire tendait à confondre c j, et t i et 
devait normaîcment les confondre ; or, la différence de deux mots comme 
Pia^a et Jaccia en italien nous prouve que la confusion n'a pas été com- 
plète; elle a été précisément empêchée par T altération qui avait frappé ê(c, î) 
avant que la confusion cj — tj fût possihîe, c'est-à-dire anténeuremcm ao 
IF siècle de notre ère. A vrai dire, il faut reponer cette altération jusqu'à 
.rintroduction du latin en Otnbrie. Un Ombrien disait facîa; pouvait-il dire 
en parlant latin autre chose que faciat? — Mais Taltération ombrienne do 
c ne paraît bien établie que pour c devant i en hiatus et ne prouverait rien 
pour c(e, i): d'ailleurs il ne nous parait nullement impossible que le même 
individu ait prononcé successivement ée en ombrien et ke en lutin. L'expè* 
ricnce personnelle que M. M. invoque à la p. 122 est bien peu probante, 
tant par les conditions où elle fut faîte que par les résultats rapportés ». Ci, 
si voisin fût- il de tj, a très bien pu en rester différent, sans quil faille sup- 
poser une altération antérieure du c. Quant aux mots germaniques, M. M. 
n*en cite aucun, mais dans tous ceux qu'il pourrait citer, le groupe ki est 
précédé de s, ce qui change complètement les conditions. A Tappui de sa 
ihèorie, M, M* cite un certain nombre de faits dont aucun n'est probant : 
pulçher devrait son h au <ièsir de marquer îa prononciation k, conservée 
au nominatif par les formes pulcri» etc.; mab on a acer.etc, malgré 
acrîs, et comment expliquer sepulchrum ? Le grec ^im^^; serait passé à 
'scuiro par un besoin semblable de garder le son k, impossible â conserver 
devant!; rexpiication de Mcyer-Lûbkc (iu inconnu au tatin passe a uî) 
nous parait préférable, Si>ii& s'explique par 'sudîcius et non pria forme 
étrange que suppose M. M. pour soutenir sa thèse. Knfin fndtiû prouve 
'frîgdo aussi bien que 'frijido et ne permet pas plus que le* autres 
exemples de conclure à une altération ancienne des palatales, 

La ik'dinaisan romutti (S^-^î)* — M. M. repousse!' hypothèse unitaire d*Uiie 



I. M, Mohl vilt pu ! ifiiposcr du moins^ iv^nt de se livrer h det compArEison^ 
hfts^deusc^ entre U phonétique â^ pccbturs du Crotoy 6î celk des légion iiâlr» 
Fonuunfi. Je Uibilc travail de védfiet le» exemple* de Phm* din* PUnu lui-tnèfn* ; il 
iunit couitdtà dêiii ii côlkcnofi d'iii^criptiûiH du second volume de la Gram, éérOtk^ 
Vmhr, DiëL* n* )I4, p. 67|,i|ite li balle de fronde iii«rqui.^e Tatfiu citce par Hsttia 
*tt tome t» p, I7U est hnf%c et ne fiit que reproduire Etiatidrt>itetn«in rinserip 
7'^iwii d^iitjif balle lutlieotique, 



MOtîti Mroàndhn à la chromlo^te du latin vulgaire 2 
«léclîniîsûn à deux câs en latin vulgaire, la chute de s et de m à la finale 
a^'ai^t dû amener pour b 2« tiédi naison comme pour la 1 f* la confusion du 
riomM^tif et de Taccusatif singulier, ei l'anâlogic ayant gagné à la fois les 
autres déclinaisons et les pluriels; les nominatifs en o fréquents dans les 
inscriptions dès le IK siècle attesteraient cette confusion. Sans discuter cette 
iniCTpritation d'ailleurs plausible des nominatifs en o, nous ferons remar- 
ia uer que les changements morphologiques sont beaucoup moins absolus que 
RC5 cbangemenis phonétiques, et que rexistence de ces formes n*excluc pas 
iorc^mem Thypothèse de la déclinaison à deux cas us-o. Il est plus inié- 
r^s^sant d examiner l'expUcation proposée par M. M. pour les phénomènes 
romans. En Gaule, la déclinaison il deu% cas est le résultat d'une restauration 
littiérûre facilitée pour !e masculin par 1* existence de deux cas celtiques. Cette 
explication ne conviendrait pas, il est vrai, à la Rétie, mais M. M. répond à 
Tobjeciionen invoquant la localisation des oominatits rétiques dans la région 
voisine de k Gaule, ce qui demanderait vérification. Reste à expliquer les 

Iplurids t^ de Htalicn et du roumain- Nous n aurions pas là des nominatifs, 
mais kden des accusatifs r on disait pâtre convcniant et convetiiant 
pattes; on dit de même viri veniunt et veniunt vîris (cf. 4es 
Uwn\^ minîstris, aïaes); on eut donc la déclinaison suivante : 
sitig- viro, plur. viris-viros; la chute de T s finale, longtemps rctard<ïç, 
une fois devenue définitive, 1 accusatif pluriel viro se trouvait semblable au 
cas muque du singulier : on préféra garder la forme viri (s), qui devint îe 
<^3s unique du pluriel. — M. M. nous semble s'abuser un peu sur Texten- 
*«o«î des formes en i s (et plus souvent en es), et Tinterprétation qu'il en 
donijc es! loin d'être assurée. Il faudrait aussi apporter des preuves à Fappui 
^^ rhistoirc de s linale, telle qu'elle est exposée ici, avec des alternatives de 
«tcadcnce et de restauration avant la ruine définitive ; enfin cette ruine ne 
sufïîi^^llç pas k expliquer le choix de viri comme cas unique du pluriel, 
^^ préférence â viro(s) trop pareî^l au cas du singulier, saas «^u'tl soit 
■^^^oin d'invoquer k douteux intermédiaire de viri s? 
« ^ Cimfflt roftwn lui : Ui, —Ce dernier exemple a été traité par M, M* en 

K ^^^ brochure dis^tincte, plus précise souvent que les dissertations insérées 
^ «^m Ylnifoiittëti&rs à la Chronologie. L'auteur considère d'ailleurs la connais- 
***îCe de cette monographie comme indispensable pour Tintelligence de sa 
^Ui^^ Bien des romanistes regretteront sans doute ^stc nous que M, M, ait 
^P*^bli,ien Idiéque un travail aussi nécessaire et qu*il n'ait pu Paccompagner 
*lUc ij'uo résumé français trop laconique. La thèse soutenue est ta suivante : 
•**cut)tf des explications proposées pour les formes vulgaires * i 1 1 u i, * i 11 e i n*est 
^*^ïni^blc: elles négligent en effet le parallélisme évident des séries eu ju s- 
**^»j *îlïiiîas-illui : •queius-queî {formes relevées pour la pre- 
*^»*rc fois par M. M. dans les inscripiions du Corpui\ •illeius-iMci. 

R^^^^ séries parallèles ont été créées simultanément pour distinguer les 
^^^iBins des mâKulins, ert il faut leur trouver une explication qui convienne 
um mémt daU à là série féminine en même temps qu'à la série mascu- 




286 COMPTES RENDUS 

linCi Nous trûuvon*i cette eKpli cation dans les dé!iionstrauf<& hic et i$. 
Ceux'di à la suite de diverses niductîoiis phonétiques, avaient confondu à 
peu près toutes leurs formes » mats dans Tunique pronotn ainsi créé, des 
formes restaient irréducû blés : h u j u s et ejus^hnic etei; une ré par- 
tition sémanti^ye tntemm alors : on fit de hu}us-hLiic d^ masculins, de 
ejus-eîdcs féminins, et ainsi fut constitué k type de dt^ctinaison pro* 
nominale à genres dtstinas qui simposa à q u i compris comme qu -h i(c)^ 
puisa îUe, puis à tous les pronoms. Ces phénomènes nés dans le Sam- 
nium du nord se généralisèrent aprbîa conquête de l'Espagne et de T Afrique, 
où ils n*apparaisscnt point, et sans doute avant Tèpoque d'Auguste. 

Les preuves précises apportées à l'appui de cette thèse ingénieuse sont 
texte de Varron(Xmf . lat., VIIl, 27, 2 8) et des exemples de Vitmve^ Pétrone 
et Ffontîn, M, M. joue de malheur avec Varron \ qu'il semble connaitrc 
d^après une édition défectueuse* Varron citerait un génitif q u a i u s (peut- 
être q u a ei u s), et un datif pluriel fimUin e î s opposé au raâsc, i i s . Mais 
I* la forme quai us n'est pas citée, mais suffff&sée par Vairon à titre 
d'exemple; 2* Varron ne paHe pas de eis. Le ms. Fa es, dont il vaudrait 
mieux ne pas se servir, et qu*il faut sans doute corriger en eais, forme 
supposiie comme la précédente, — Vîtruve, Pétrone (datis les propos ami* 
bues à Trimaïchion) et Frontîn dans le Dt aqtme ànçiUms se seraient^ à des 
tfegrés divers, astreints a l'emploi générique de hujus*e jus. Une suûs 
tique exaac, que M. M. eût pu nous éviter b peine d établir, donne 
résuluts suivants. Pour le deuxième Hvre de Vitruve, pris au hasard 
hujus-huic masculin, deux exemples, mais avec le sens précis et cl 
sique de « celui que jt montre », hic liber, hocvolumen; cju 
e i féminin , cinq exemptes , par contre seize exemples de e j u s - 
masculin ; — pour Pétrone (dans les seuls propos de Trimaïchion), un 
exemple de ejus avec le féminin, m^is un exemple au&M de hujus fémi- 
nin, dont M. M. essaye de donner une interprétation difficile a admettre ; 
— pour Fnomin, huit exemptes de hujus^huic au masculin^ mais 
tous conformes aux règles classiques^ un grand nombre d 'exemples de ejus^ 
ci avec le féminin» fait très naturel, sî Ton songe que dans le Dt apuae 
dnclibui le mot a q u a et des nom^ de fontaines reviennent sans casse ; 
par contre ejus calicis (]é), à côté de liuic calici, et hujus 
aquae, quand le sens Fesclge (5 et 6S), à côté de ejus aquae* 

L'hypothèse de M. M. reste sans preuves. Elle est d*ailkurs inutile t 
c u j u s - c u l ont existé isolément ^ on a très bien pu faire à ce masculio un 
féminin en ae ou e sans que le type u i u s : e i u s existât par ailleurs, et te 
même raisonnement s'appliquerait à i 1 1 e * En 5 n on s*6toiine de voir M . M> 
placer dans le Samntum la naîssanœ de ce système, dont les exemples uous 



me 



ks 

I 



I. Cf. en«af« MoliL întt^ à la C^wt , p. 177 (airi)» i9| {rmit^m)^ ci le» pAS^igcn 
cités Je Virmn *¥cc Icilîtioo d'Anilf* Speiigd. Bertiti, Wadmittn, tSSf. 




Aucûssin unà NicoUtk^ hgg. von suchier 287 

app^uai^sem en Ddmatie en mi^me temps qu en Italie, et k dater d'une 
ép<K|ue postérieure à U conquête de TEs pagne ou de l'Afrique : rEipagnea 
pti perdre ce système après l'avoir connu ^ T Afrique a pu ïe connaître, et Ton 
est mal venu à tirer argument du silence des inscriptions pour des phéno- 
mène» dont û n V a pas trace dam les inscriptions du pays où ils ont le mieux 
vécu, b Gaule '. 

De tarin archaïque, d'influences dialectales, de restauration littéraire, il 
o^c$tà peu près pas question dans Thisioire du couple lui : Ut^ que M. Mohl 
coosidèr« comme l'indispensable illustration de sa thèse, et» en voyait la 
théorie ainsi abandonnée, par celui-là même qui Tinventa, dès qu'il s*agit^ 
non plus d'expliquer des exceptions, mais bien un ensemble de &its, Ton se 
dctîîinde Si, des deux livres que nous venons d'analyser, il restera iiutre 
chose qutf le souvenir d*im brillant cflFort d'imagination et de construction 
logique, qui n*appelk ni contrôle, ni imitation. 

Mario RoauES. 



Àucsissiii und Nlçolete. Mit Paradigmen und Glossar von Hermann 
Suchier. Vierte Auflage. Paderborn, Schômngh, 1899, in-8, xu-iiî p. 



ûOt 



ï^ès sa première édirion eti 1878, VAticassin und Nkôkte de M, Suchier est 

■*l>î>aru comme classique au meilleur sens du mot. J'en ai rendu alors un 

ûotïipte détaillé, qu'il n'y a pas lieu de reprendre : je n'ai plus à en faire con* 

îtr^ rèconomie qî à en apprécier les mérites. L'auteur n'a cessé de ramè- 

"■er, profitant de toutes les observations qui lui étaient faites et surtout de 

**^ réBeiîoQS personnelles. Si je reviens sur cette quatrième édition après la 

v«>urte annonce que j'en ai déjà donnée (XXVllI» ^43 )i ^'^^^ d'une part parce 

quç î*^^ ^ présenter quelques remarques que m'a suggérées une uonveUe 

élude de Tcxquise ^hanUfablt \ d'autre part pour signaler â nos lecteurs le 

^tïmpie rendu qu'en a fait M, Alfred Schuke (Ardnv fur dm Siudium dtr 

••«w^^tï Sprmhcn^ Cil, 224), dans lequel on trouve une reaiiication des plus 

intéressantes et des plus inattendues. 

C>n a uit les conjectures les plus diverses sur le sens que pouvait avoir !e 
ï«ond vers de la première laisse : Qui vauroit bons vers olr Del depori du 
wî caiiiji on s*C5l demandé qui était ce vieil caiiif ci ce qu'il fallait entendre 
|i«ar Son dfp&rt. M, Suchier, dès sa première édition, avait cru pouvoir corriger 



!• Il [lut btre dUpirattrc de \à liste des exetaplci de ilinius^ etc.J'iïiscription C. /* I., 

tll, 1Î7, qui n'a pas inpiuim^ mais inp. s* ttt'. f.^ c.-à-d* impmsh suU Wi-af fK^unt^ 

Aïïth'^pi^r. MHlhtiL ms Œfterreich-Utigarn^ XI II, 9J), ce qui éalèTe toute valeur i 

: biunitu» rapprocbtmeîits avec le roumam insu. 

1, Tant pour de» leçuM m Ça liège de France qu'i l'occasion d*une réliapressîoD , 

JjDi UQ recuei! qui va parstfuc (i*9^}Wî H Ug^ndi^ Ju imsym -j^^)* de rïiA priiùce à l'édl- 

'OOtt <l\is f li doiinée en 1S7& comme complément de la iradtiçtJon de fiida. 



288 COMPTES RENDUS 

Del déport, del duel caiUf, et jusque dans la dernière il a maintenu cette 
leçon dans le texte, bien qu'elle n'eût obtenu l'adhésion d'aucun critique. 
Or M. Schulze, ayant étudié de près l'excellente reproduction héliotypique 
donnée par M. Bourdillon, a constaté que le ms. porte non caitif, mais antif. 
Le fait est incontestable, et M. Suchier le reconnaîtra, je n'en doute pas, 
comme tout le monde '. Voilà donc bien des discussions et des conjectures 
annulées. Mais la leçon nouvelle n'est pas plus claire que l'ancienne. 
M. Schulze propose de lire : Del déport <f'f/[/f] viel antif ^ » du divertissement 
d'un vieillard » ; mais, quoi qu'il en dise, cela n'est rien moins que clair, et 
il ne cite d'exemples ni de la juxtaposition immédiate des deux mots vieil et 
antif*, ni, et encore moins, de l'emploi de ce couple comme substantif'. 
Si on se rappelle le nombre de poèmes qui commencent par l'assurance que 
le sujet chanté par l'auteur est très ancien «, on sera tenté de supposer que la 
leçon primitive était : Del déport del tens antif. Il est fâcheux en tout cas que 
cette œuvre charmante débute par une énigme, et une énigme qui a l'air de 
porter sur ce qui nous intéresserait si vivement, la personnalité même de 
l'auteur. 

M. 5>chulze fait sur le texte quatre autres observations. Le point qu'il 
demande après VII, 2 est dans mon édition et dans celle de M. Bour- 
dillon. — X, 66, S. lit : Ce vi'afiês vos au lieu deOr, mais il considèrela phrase 
comme interrogative : M. Schulze montre qu'elle est impcrative; il aurait dû 
remarquer que M. B. Ta ainsi comprise et imprimée. Il constate à ce propos 



1. Sainte-Palayc avait déjà lu ainsi, et sa leçon a été reproduite par Henschel, Reif- 
fcnbK^rg et Godcfroy (ce dernier, chose singulière, renvoyant à l'édition de Moland et 
d'Héricault, qui porte del viel caitif comme toutes les autres) ; mais ce qui est plas 
étrange, c'est que Sainte-Palaye a mis dans sa copie (conservée à l'Arsenal) Del déport 
vies et antif {et que donnent aussi les trois auteurs cités). Il faut sans doute voir U 
une correction de Sainte-Palaye. qui n'admettait pas la juxtaposition de viel cl antif \ 
mais il est étonnant qu'il ait changé tiV/ en tiV^ (il a dû reprendre cette forme au ▼. 
XIX, 5 : tout un vies sentier anti). 

2. On trouve toujours vieil et an/t/ séparés soit par et, soit par le substantif auquel 
ils se rapportent. Godefroy cite ces deux vers, qu'il attribue au t Dolop. ms. Chartres 
620, i' 27 c : Ilueques ot un bonu sage Veil et antif et de bel aage, et .M. Schulxe corrige 
viel antif. tout en remarquant que ces vers ne sont pas dans l'édition du poème. C*est 
que le ms. de Chartres, dont j'ai pris il y a longtemps une copie, contient non le Dp/c»- 
pathos, mais les Sept Sai^t'i; il s'agit des vv. 2360-61 de l'éd. Keller : Un homme i ot dé 
grant ea^e, Viel anchien, qui molt fu uige\ l.i los'on de Chartres est meilleure, mais c'est 
le second et non le premier // qu'il faut supprimer pour rendre sa mesure au second 
vers. — Mousket, il est vrai, emploie au voc. Vioui antis comme nom du cheval de 
Koland ; mais je crois, à l'encontrc de M. Schulze. que c'est une fausse interprétation 
du nom de reillatitij, qui me parait plutôt, comme à d'autres, représenter Vigilan- 
ti vum. 

l. On trouve bien quelquefois en ancien français un vieil employé sans substantif. 
nuis conmie apposition à un nom propre immédiatement voisin; je n'ai jamais 
rciKontrc un antif. ni surtout un vieil antif. 

4. M. Schul/:e cite lui-même le d{:hul de Jon niai u dr Ifinir; on pourrait en citer 
d'analogues en très grand nombre. 



1 



Aucassin und Nicoktc, hgg< vuh sucîhek 589 

çiAcIVj i/» ïe rns. porte de même Ce gardés ions et non Or gardés %*ûus ; lii 

<n4ore U lui a échappé que M. B. avait déjà donné la bonne lecture. — De 

même encore» XXXIIt, 6, le tns* porte bien Uk et non ceif^ maïs c'^i ainsi 

^oe lit M, Bourdilbn et que favaîs déjà lu '.M. Schube ne paraît donc pas 

âvmt comtxhé îes éditions antcneures et notamment celle de M, Bourdillon, 

que M* Suchier aurait dû suivre sur ces trois points, comme il fa fait avec 

rmison sur quelques autres, — XXXVIl, 5, la ponctu?ition proposée par 

Af - Schuize parait en effet préférable. 

M, S. lui-même a signalé les changements qu'il a apportés à cette qua* 

nièmc édittoo ^. 11^ 7*, il conserve le fraies en ms- qu*il avait corrigé en fraiîes ; 

Vl, 5 I ik iot pour dVjn (B. maintiem à tort d'escf); VIII, ly a Jt pour o H 

1=^ B.); X* ï8 le ms. porte rabréviatton de f^, que B. conserve; S, Tavait 

supprimé : il k remplace maintenant par si^ que j'avais proposé. — X, j^, 

/«•w^^iwViîst corrigé en ft«rraïV. — X, ^9,/^ jwr au lieu deor îmj; /Vêtait ma leçon» 

qtM^ B4. S. a adoptée cette fois, mais nous aurions dû Tun et l'autre marquer 

que le ms. a ^f, comme M. B. le constate. — Xllï, 14, en imtnrtgné pour iii 

aM^gr-trs rignù, avec raison (le ms. a m lïuiri* r^rafs). — XIV, ao^fWcrPw enfin 

s^tj t^stitué ï fakrùn (on sait que cette jolie restitution est duc à M. Andresen). 

f — X.V, j, // pour Si, diaprés B. — XVI, 24, e du ms, corrige en d. — 

XJ,1, tl, sûviotu du ms. corr. t;n savotu^ — XXIII, ij, mVJ du ms. corr. en 

'ùtrii^ -^ XXIV, n, s'esgarda pour tV <?. d'après B. — XXXII, S, le et inaperçu 

*prits îetn^Ure est rétabli d'après B. — XXXIX, 12, la correction inutile Umt 

^n^i^ pour tmii u. est supprimée, — XV^ 17^ t*oul du ms. est corrigé en voit ; 

j^ »e sais si c'est bien nécessaire. 

des corrections sont, on le voit, bien peu de chose, et, vu le soin extrême 

apporté aux éditions précédentes^ îl ne pouvait en être autrement. Les seules 

H^i aîetit quelque importance sont ducs à la publication de M* Bourdillon, qui 

* Permis a M. S. de lire le ms. ^vec une attention plus prolongée et d'adopter, 

^^OTïîTrie on la vu» plusieurs des lectures préférables de l'éditeur anglais. Les 

9Uêl<|iies remarques que je vais proposer n'ont pas le même caractère : ce 

5<^tii de simples conjectures que je soumets à mon savant ami pour qu'il les 

pè^e en vue de la proclxaine édition qu'il ne manquera pas de donner. 

ï, 7 je ne mettrais peut -être après i'îj qu'un point et virgule» en laissam à 
Qui muroit te sens hypothétique qu'il a souvent en ancien français, -* 111, J 
je lirais Mah son père m Vi ïaisît (avec ellipse), et j'admettrais une lacune 
iprès le V. 4' — IV, ij j'intercale utt de cm /ori entre donasse et wn, pour faire 
k pendant exact avec II, 31 et VI, 17*). — VI^ 22 moût ( arià pott conquis, 
<J«r toi Usjûrs du sieck m sffoUvo arme en infer ; que veut dire ici toj ks prs du 



** M. Schuïie (ait ici une note ititércssatitc sur le seîi* du mut fnok, 

^' n. 46. M. S. die qu'il s*îigU en pirtiç de simples fautes d^mprcsslûti ; |c ne vois 



i^^ Xl, 40 et XU, ï3 qui aient ce canctère 
h n h\ii lire imsl pour a4. 
4- V, i^, it^ umt dHmpressîoa pour W 



19 



2^0 



COMPTES REKDUS 



sMt}]^ lirais : air tos Usjors du skck [m^crûii vos corshonk^ it après ces t tté 
m itroii vo armf en inffr. — XlV, 21 àU lieu âede sa mam^h/it lirais dr îa m,^ 
qui iiadre inieux ax^ec M pie\ — XVill, \% j*ai d'autant plus de peine à 
admettre âtm tr&isfors pomdfdens, que dfdetn Irm jors est à \u ligne précé- 
dente et se retrouve XXU* ^9. A la même ligne j'intercale m k verra ne ja 
»w/j entre /û maii tt tiiftt giuis, comme ïe demande la répétition teîttuctlc» 
XXir, 40 '. — XXJV, 6s \çcrohsùus indispensable aprèsviwf.— XXIV, 85 -6 
si Sé torttii ior coUé iant quil vitti ios iouvins en le îo^e \ M. S., suivant une 
heureuse proposition de M. Tobîer, lit jui pour vinU mais le sens me paraît 
encore clocher; je lis : si se t&ma sûr f&sté tant qttlî vint Ifusfu^m tf loge, * 
i entra ^ d if jut\ tos sam'ins en le /qp^. — XXV, 9*10 fai proposé pour ces d 
vers une restitution autre que celle de M. S,, et à mon avis plus simple ' 
Bft€ amU^n€ tt vm f Pteftst orfutt siK*rain roi,,, — XX VI, 12 qti*th revint a U 
S. corr. au Uu \ je crois qu*on peut garder la leçon du m%. ; pour corrig* 
f insérerais plutôt Sim après a. 

Ces conjectures reposent en pan le, on le voit, sur ridée qu*il y a dans \\ 
ms. pi us d'omissions, et notamment de bourdons, qu*oa n'en a reconnu jus 
qu'ici* J*admets une lacune plus imponame encore, quî doit comprendre tout 
un morceau en prose et une laisse, et qui a cependant, comme la plupart des 
autres, le caractère d'un bonrdon. A la fin du § XXXII, nous voyons 
gens de Torelore dire au roi qu'il devrait chasser Aucassîn hors de ^ tei 
et garder Nîcolctte pour en faire la femme de son fils ** sur quoi Ni< 
lette,qut entend cet* con^iU* s'écrie, dans un monologue (XXXlll *),que c'est 
une idée absurde* Cela annonce visiblement quelque chose. Or le 5 XXXIV 
commence pur un passage certainement altéré, comme l'a reconnu M. S. 
Aticamm JH el €mtd dt Terdore it Nk^kk s^amie a ^rant ûisi et a grmtt éêàu\ 
car iî avoit aveiw^ itti Nk&iite sa d&me aw/iV if ne tant amoit. Survietinent li 
Sarrasins qui prennent le château et emmt^nent les deux amants. Il nest £ait 
aucune allusiLin a ce qui précède, ce il n'est question à ce moment ni du nû 




des 

tv 

i 



I. M* S. préfère /w» i /wtf ; les dcai formes &oDt ittcftéçi; je ccmtitiue à préféfi 
(mit, 

1, Je o'tJierAb p«ïs* pour m* p*rt, attribuer 1 Taui^ar h h^rmt ^ pottr /»#*: wén 
d«n» Ici pirties çn prpse » pu iic uoave p*s de îotmti «mblabkî. Si M* S. « re^tiioi ] 
ver» de cette h<ioîi. c'est ^u'îl voulait le metir^ en accord avec «on Ingéaieiise idi!re 1 
vûir d«n» le Jbcourï d'AtiCàsififi à T'ètoîlc une forinulc mà^tjue, Mii^ cette idée 
pinît nè% pe« ^rdscfubUble : eti r*dme(taiit 00 Uh dispar^llre, i mon avb, Urut le" 
cturnie poètiqiie dç ce iiior«:eju. Auctisiti rcgîMe î'rtoile en révaiJt à i'*mic, et ûc 
i/on^t p3% du toui k coRtraiudre celle *d ft^r utt «ortilège à venir le tiouver. t1 l'iniÂ- 
ginr, MA» te croire pour de ban bien eniendu, que Nicolene t été ravie par Dieu ei 
mise lu rang deâ éiotleà, et il demande à Dl«y de le h'nt monter j^sqit'i elle. 

î. Je Hé doate p*s qu'il ne fiiiîîc lire a t»£ui son fi! potir anfue ; c'est «ne hutt 
esitrémemeRi fr^uenlç d^n^ les mi.i. de li d^ic du noire, 

4. CVst II qtie «e ifuuve li mention du jeu de U mmpLf>îe, Un passage donné pir 
Godcfroy prouve ^ii'\] t'âgit d*Uîi [eu de - tibl« *. Il faui citer encore le gitm (f# 
nijfiUf' ddiii itni; ratîuie (JubioaU X, A.. tU tu9) et le timpolr d'Adenct l A ta f^nmU 
ttmfiot* $at^t mont nuit jowr {$> de Cêm,* v« ;oéo). Tous cet textei lont du aord-i 



Aucâssin mid Nkokk\ hgg. von sucHitR z^ji 

ftide son fils. Je suppose que le S XXXIV, tel qu'il est dans le ms-, est (m 

tvcc les premiers mots du véritable S XXXIV» pwîs (la suite de celui-ci ayant 

été omise ainsi que le S XXXV) avec le ^ qui devrait être le XXXVI. Ce 

J >CXXV1 commençait, comme XXXI V, par ^éticassins ftt eî casUl de Tordorc^ 

çt contimiait tout de suite : a gmnî aist et a granl dedmî ; k copiste a ùlé 

trompé par ildetitité des deux débuts et a mis cette suite et tout le reste du 

SaprÈs les premiers mots de XXXI V, bien qu'il eût écrit après Taril&rt tes 

mots et NicokiU s'amk, qui ne convenaient pas à XXXVI , Dans les 5S 

î>ertlus, on racontait comment Aucassin avait appris (sans doute par Nico- 

ifîtcrj les mauvais desseins du roi» les avait prévenus en le chassant ou tuant 

avec^ cous les siens, et était resté ma.ître du château de Torelore. Quelles que 

soierti la hâte et la négligence avec lesquelles est écrite cette partie du roman, 

il oc paraît pas possible que l'incident commencé au 5 XXXU n'ait pas eu 

son développement naturel : on ne comprendrait autrement pas pourquoi it 

aurait été introduit. 

On mot encore- J'ai [adis pensé que notre ehaniefahU pouvait appartenir à 

^ Champagne ; c'était surtout k cause des ressemblances qu'offre le style 

ave^c cdui du Ménestrel de Reims. Les observations îexicographiques et lin- 

guis tiques que M. S* a faites notamment sur les morceaux en %xts m amènent 

Jiajciurd'hmâ partager son opinion ; Ammjin a dû être composé dans TAr- 

^^ii&^ lâjiQS doute â Arras, où nous voyons au :^m stéde une si brillante acti- 

^^^ f>oétique, dont certaines productions ne sont pas sans analogie avec notre 

■^i"rm.a.Ti. Sur la date qu^on peut lui assigner. Je m'en tiens à ce que j'ai dit en 

'^^^'^^-^^ tit compte de la première édition de M* Suchier. Je persiste surtout à ne 

^^* *" ^la^ucune vraisemblance a ce que Tauteur ait visité la Provence et ait rap- 

P*-**~^^ de Beaucaîre « les plus aimables souvenirs n. Il n*a aucune idée de k 

^^^ situation de cette ville S et c* esc en vain que M. S. et après lui 

l^TUnner ont prétendu détruire mon objection tirée du lagan pratiqué par 

ens du p^ys en rappeUnt que la mer pénétrait jadis plus haut qu^elle ne 

Lujourd'hui : elle a toujours été loin de Beaucaire. 



M. 



J^^ disais dans mon article sur la première édition (Hoffï., VlII, 293): 

* ^^«^^'iir Torigine du nom d\4ucassîti^ on serait tenté de songer â Tarabe, s*il y 

^^'^^^^^ dans notre poème quelque chose qui rappelât k monde musulman. 1 

^l-*«Jis brs, M, H. Brunner (voy. Rom., Vin, 518) a indiqué un nom arabe, 

"^^^ -^^arw, qui ressemble de fort près à celui de notre héros. Comme d'autre 

ï^*^*~^^ il est aujourdliui bien probable que le roman de fioirt ri Bîatidjf- 

J*^^*-^^ , èvidcrnment apparenté au nôtre, repose sur un conte arabe* on peut 

^-^Om m-e qu'utie autre forme de ce conte a donné naissance à h.chaHkfabU, qui 

^^ -aurait gardé Je nom du héros, tout en alténmt beaucoup le récit. 

^^ur les causes de Taltération du thème primitif, sur rinfériorité flagrante 



'^ - Ni de lofl château, comme l'a constaté M, Bouidilloti. 



2^1 COMPTES RI^DUS 

de Ja seconde partie \ sur l^imitarion qui y est faite de Bcnwi de HamU 
sur d'autres points encore, je me permets de garder les opinions que faf 
exprimées iî y 4 vingt-deux ân^. Elles portent d'ailleurs sur des t|uestions d€ 
seniîment plutôt que de fiil. 

Je ne voudrais pas terminer cet article sans rappeler — après avoir dît 
encore combien Tédition de M. Suchier a de valeur et d'utilité — ce que 
la connaissance exacte et la juste appréciation de notre roman doivent au ièle, 
à rintelligence et au goût de M. Bourdillon, ru sans signaler de nouveau 
(voy. ci-dessus, p, 159) l'exquise traduction et le précieux commentaire que 
M. W. Herti a insérés dans la nouvelle édition de son Spieîmanmhtfh. En 
France, depuis 1878, nous n'avons rien fait pour mettre en meilleure lumière 
ce joyau incomparable de notre ancienne littérature, et il faut bien dire que les 
soins des amis étrangers de cette littérature ne nous ont à peu près rien laissé 
à faire. Il serait cepcndam a souhaiter, rédition de MM, Moland et d'Héri- 
cauk étant insuffîsante, celle que j'ai donnée à roccasion de la traduction 
de Bida étant devenue introuvable et ayant d'ailleurs besoin d'être revue , 
qu'on ilt en France une édition nouvelle, accompagnée de commentai re*. 
pour lesquels on trouve mît largement X puiser dans ceux de MM. Sucîiier^'^ 
Hert^ et Fkiurdîllon; nous ne serions pas ainsi obligés de renvoyer ceux qui 
nous demandent où ils peuvent lire le petit chef-d'œuvre que nous leur van- 
tons à une édition anglaise ou allemande. 

G. R 



Lei^eQda aurea. Légende dorée, Golden Legeiid. A study of. 

CtXEon** Golden Legcnd with spécial référence to its relations to the earlier 
cnglisb prose translation. A dissertation presented to ihe Board of Univer- 
sity Studiesofihe Johns Hopkins Universiiy for the degree of Doaor of 
philosophy, by Pierce Butler, Baltimare, John Murphy compauy, 1S99. 
ln-8, t S4 pges. 

Le sujet principal de cette volumineuse dissertation est^ comme Tindique k 
îitre» l'étude dra sources de la Golden Legfftd de Caxton. On admettait jus^ 
qu'a présent que Caxton avait simplement mis en anglais la traduction de la 
L^rfw//juur«3 de Jacques de Varazte composée vers 1340 par Jean de Vignai, 
M. Butler montre que Caxton a fait grand usage d'une version anglaise anté- 
rieure, y introduisant des a>rrectioos d*aprè5 le latin et aussi d'après le fran- 
çais (p. 149). Mais il paraît bien que la version anglaise que Caxton a cor- 
rigée, et ramenée plus ou moins à la langue de son lemps^ était faite d'après 



I. Je juis hckireiix «I ttU d'étied* Accord dvec M. W. Heru; M. ^ixtAûÏQn tu eaa 
riîie défend ion npirituellcintiit I4 valear artiiuque de cette piurie. 
3, C^est lurtoïït M. Brun fier qui a combitfu celte opiaiou. 



^ 



BUTLER, Golden Lùgend 295 

Jean de Vignai et non diaprés rorigînal lutin (voir p. 146), de sorte qu'en 
socutiie ia Golden L^cnd reste dans la dépendance de la traduaion françaiâi:. 
Xelie est Timpression générale qui résulte des recherches minudçuses, mais 
pri^emêes d'une façon confuse, de M. Butler. Toutefois, malgrLHoute la peine 
que s*est donnée rauteur^ on ne se rend pas compte très clairement, dans le 
fi«^t'^îlt de la façon dont (^xton a u&é de ses sources. M. B, convient du reste 
qtacT 5on étude ne prétend pas épuiser le sujet (p, 149). Il aurait sagement tait 
4l^ 3« limiter â examiner le rapport de la Goldtn Legmd avec les textes anté- 
ri^i^rsque Caxton a pu employer. Peut-être, en concentrant ses efforts sur un 
m^rtnî point, seraît-il arrivé à des résultats plus assurés. 11 a voulu étendre 
Spcz»n sujci, Cl, dans les 7 j premières pages de sa dissertation, il nous fait pan 
«le s-es opinions sur diverses questions qu'il connaît mal, et que, faute d'une 
f*ir*^paraïion suffisante, il ne pouvait élucider* Cette première partie de Tou- 
^iTirAge est un véritable fouillis où, à côté de quelques bonnes observations 
oîrpar exemple, p, jj et suiv., les rectifications à des descriptions de mss, 
«J^tjesau D"' Horstmann), on rencontre une quantité d'assertions hasardées ou 
•^ «^cîdément erronées. Ainsi M. B. a cru devoir parler de certains recueils de 
pendes françaises antérieurs â la traduction de la Légende dorée par Jean 
^^<^ Vignai, et il en parle sans aucune compétence. Il ne connaît aucune des 
«notices d*ancicns îégendi ers frança.is que j*ai publiées soit dans le B«//dtN 

i^^ /43 Sociéitf dfs ametis textes ^ soit dans la Rùmank (t. XVH), soit dans les 
^^^ûts et rxtraiU des manuscrits. Ce qu'il dit du ïégendier dtQueen 's Collège, 
« Oxford, est tout â fait défectueux- On y trouve, dii-il, d'étranges noms {itve- 
-*"«»' ^i range names)^ tels que La vie de Lente^nsi..^., de S. Babiîi. de Macr 
■^^ /<wi«î. Qp*y a-t~il là d'étrange? La légende de 1* Antéchrist (d'après 
-^dson) se rencontre en bien des îégendiers, comme aussi ccUes de saint 
1 **^byl||^ et ^^ s^int Maur des Fossés. M. B. a cotisacré plusieurs pages au ms. 
^^ **u Musée britannique Add. 17275 et aux rass. Bibl. nat. fr. 183 et 185, trois 
^K '~^<^Ueib asseï différents, ayant cependant beaucoup de légendes en commun 
** qui tous tnûïS sont attribués, par des rubriques initiales, à un certain 

IJean Beïet. Rien de ce qu*il dit au sujet de ces manuscrits n*a (a moindre 
valçn^ Il pourra désormais ^ faire une idée plus exacte du rapport de ces 
'^endiers entre eux et de leurs sources, s'il veut bien consuker la notice que 
ï*i leur ai consacrée, et qui a paru dans les Notices et extraits des mariuscrits 
^^' XXWI), à peu près en même temps que sa dissertation. On peut égalc- 
*eni€iii considérer comme un hors-d'œuvre inutile les pages relatives â la bio- 
^'^phie dejacques de Varazjîe et à Tappréciation de son oeuvre. Il n'y a là rien 
^e neyf^ et 51 M. B. a été^ comme iï le dit (p, 9), parfois étonné de la hardiesse 
*^ <ioutcs manifestés par le pieux auteur de la L^enda attr^a^ c'est quHl 

* Cïonue fadiement. M. B. croit d'ailleurs bien à tort que Jacques de Varâi^ze 

* ^tiâ le premier à tbrmer une compilation abrégée des vies des saints, Il 

xjstait antérieurement une autre compilation^ rédigée sur le même plan, 

*^<"<Jre de Tarmée liturgique, mais a mon avis très supérieure, dont fai parlé 

=*tis (xia hioticf iur mt îigindiir Jrançais du XII l'^ sifde cîasu' sfion Vordri 



i 



294 COMPTES HENDUS 

dr l'amtêe Uittrgiiptc (voiT Rvfjmim^ XX Vil, 535). La question de sa\T5tr quelle* 
ont été les sources de k Ltgeftda aurea est loin d'être aussi compliquée que 
le suppose M. B. (p, 7). Tout homme versé dans T hagiographie btîne arrivera 
fadlemtrni à les retrouver pour la plupart. Mais au nombre de ces sources on 
hésiteni certainemetit I ranger le Speathm hhforiak. En somme, îî n y a dans 
ce mémoire que quelques pages vraiment utiles, dont pourra tirer profit 
celui qui entreprendra d'e^^aminer À nouveau la question des sources de La 
CMftt f^end de Câiion, 

P. M. 



Essai sur la vie et les OBUTres littéraires du trouvère 
Adan de le Haie* thtse présenit^e à la Faculté des Lettres de Paris 
par H, Guy, maître de contoences â la Faculté des Lettres de TUnivcrsi 
de Toulouse. Paris, Hachette» i8g^; in-ê de LViîi-éoS p* 

Jamais eiu;ore un poète français du moyen âge n'avait été l'objet d*utie| 
moncigf^plii^ si étendue, si précise, si approfondie eri ses moindres détaîb. 
Ceci en etîet est un livre écrit avec amour, pour lequel l'auteur n"a épargrié^ 
ni son tenips ni si peine. Non seulement il s*esi mis au courant de toute Isj 
il littérature n concernant de près ou de loin son sujet, mais il a été — déter* 
mînation pénible, mais inévitable ~ s*enfermer aux archives du Pas-dc-Calatsl 
et du Nord, et, durant de longues semaines» îl a dépaqueté m ai u te liassej 
ptïudreus^, dépouillant cartulaires et nécroïogcSi baust» testaments, donations, [ 
reconnaissances de dettes et papiers de chicane de toute nature* Par unetata- 
lité inexplicable^ et comme si la méchante fée de l'hostilité de laquelle se 
plaignait déjà son héros eût jeté un mauvais sort sur ses recherches, il n'a pas 
rencontré dans une seule pièce manuscrite le nom tant cherché d^Adam de la 
Bdlc. Mais il y a gagné en revanche de devenir l'un des hommes de France les 
mieux renseignés sur Tétat de b bourgeoisie arrageoise au %iu^ siècle S et de 
pouvoir écrire ces « remarques sur la vie publique à A r» as » si ricliement 
documentées que les spécialistes les plus compétents pourront à peine y recti- 
fier quelques détails'. Les pag^ sur le Pui notamment^ son origine, son orga- 
nisation, sont certaittement ce qui a été écrit de plus complet et de plus 
e^uia sur la matière ^ . M. G. ne nous décrit pas seulement les séances d'apparmi 

!♦ M* Goy, en awïiwimat-^iiint te ^^tnits de les notci d&ni VliuUx és% Chtmtms #1 
I3iff mrfiiimâ (cf. plus biui, XXVU, 190^ 2 moatré le profit tf u*oi] pouvait tirer de 
Vitnéc est doounciiti d'&rcbivcs^ pouf rKistsire lincnirc. 

ju M, GaesnoD, par eïcmpîe» retidtnt comprc djuis le Mifytn-Jftéa C&nusnf il Dits 
ûftiTtmt, M. moatre (Le. rii., 1S99. p. 162} que M. G. s'éuît mipdttm les cttribntioai 
lédlet lie U ■ yiziiaÎDc ». 

}. Sur rodfÎDC même ce râccepUioa primitive du mm. M, G. & loumb à onç 
pé&éURie criti^oe les opinoat émbe» ; U théorie qu'il y oppose p'»t pas non pitit 
à^seJanKHI ssttsÊusADte. Il ^ 1 li visîHeineni itit£ qu»tbn à reprendre. — P. x%.xî% * 
k* 9tfttui:« do pui d'Amen*, iav«què« td. io»i d*aîie date irnimeni trop paiténeure. 
La mestfoo d'un « îts de mis«et« < pfOuv« du ic&le que les «^nditiocti ét^ent toutes 

4fDCÇeilK!i. 



I 



GUY, Àdan de le Hak 

(qu*ii était facile de se âgurer diaprés les œuvres 



gurer d après les œuvres que Foiî suppose* avec 
rout^ oisoû, y avoir été représentées); il est arrivé à retrouver k phy^o- 
notnie des réunions intimes des conirères ; il lui a suffi pour cela de remar^ 
qu^r que la ^meitsi^ chauson de ^ Dieu à Arras w, qui aous faii pénétrer 
dAtl^ r * ûstd le prince u, décrivait « une séance ordinaire de !ft confrérie*. 
L^ 'Cbdse, dit-il, est* manifeste. Sans doute, depuis qu'il nous l'a fait 
remarquer; tnaîs encore fallait-ïl s'en ^viser^ et cette petite trouvaille a bien 

C^ant â la biographie même d'Adam, dont ce tableau formait Titilroduc- 

tion nécessaire, elle est surtout faite, il faut l'avouer, d'induaîons et 

ti't»>T>othèseï ; mais les inductions sont si plausibles, les hypothèses si solide, 

rxxent enchainées à des faits certains cju'on peut dire qu'elle est maintenant 

f&x^^ 4a DS ses grandes lignes. Les principaux évétiements en ont été datés en 

graïa-dç partie grice aux confidences mêmes du poète ^ ; quant aux lacunes 

sufesisiAnt entre ces ditcs^ M. G. les a comblées d'une façon fort ingénieuse : 

ne pouvant reconstituer la vie même d'Adant, il a restitué du moins Tatmo- 

iph^T^ oti elle s*e3t écoulée ; de patientes recherches dans les archives du Pas- 

«îe-GaJaîs et les nombreux documents publiés sur radministration française A 

tapies lui ont permis de retrouver quelle était la situation des ménestrels 

«fia eh es ï la personne de Robert d'Artois et de ChaHes d'Anjou. Or cette 

5/tij^tion était celle même d'Adam de la Halle : il suffit donc de raisonner 

P^r aaaiogie pour être renseigné du moins sur les conditions matérielles de la 

^^ citt poète durant une bonne partie de sa carrière. 

C^^ris tout cet exposé, si lumineux et convaincant, il n'y a guère qu'un 
poirit: qui bisse place à quelques doutes. On ne voit vraiment pas très bien 
poiAj- c|uels motifs Adam et son père ont pu être forcés en 1269 de s'éloigner 
«^ l^tir ville natale. Les exilés étaient tous de gros bonnets de la 
o^ur^coisie; les uns furent bannis pour avoir essayé frauduleusement de se 
Sôtis. traire aux taxes ; les autres, pour les avoir mal réparties. Or Adam et son 
P^*^ m^e pouvaient appartenir ni à Tune ni à l'autre de ces deux catégories. 
'*' *^.» qui traite la question trop brièvement à notre avis (p. 96*7), est 
ooli^^. de supposer qu'Adam avait défendu en vers ses protecteurs compromis. 






HiC. G. d«iis loQi ce ehipître cïte les textes lyHqaei UDiquement d*«près le« maati- 
» Ce procédé est cttrêinement génaïst (il tie permet pas de savoir, piT exemple, 
e pikê est imprimée (*u înéditc) et rend très pénibles les véri^ca lions. \\ eux éfé 
7*1 c et II commode pour le kcteut de renvoyer à li BilMp^raphu de M. Rjynjiud ! 
très curie M se pie» dllcguc^e p. l, au Je^ti de Renti se plaint dd b pÉirtiitité de& 
l«^fc^s.^ jvait déjà tiè citée en partie dans VHùtpirt Uilirain (XXJII,&46). Le reste de k 
'^^^toûcûl valu la peine d*éue imprimé. 

^^ - Lci vuicït avec les dates que M. G. leur Assigne. Naisunce^ ver* î^î^i séjqiir 1 
V*'*^^«île». f 350*^7; mariage, ixéi~2\ /VwiV/iV, i"mai i2b2\ séjour à Pari i, 1162 '69 
^û^'-^^^m; cïiî i Dottâi» n^i retour â Arras, entre septembre 1271 et ianyier 1272; 
Ad^«^t-i est attaclîé A U personne de Roben d*Artms (vers ltfi% qa'il «ml en Italie 
*** * jK|; l1 meurt, eotre îanvier it%\ et i2ft8. 



sent 
di y» 

ti li. 



296 cowrrES rendus 

aîtiiqué violenintcnt leurs adversaires; nms cette hypothèse n'est pas 
ment gutuîte, elle est insuffisante, car elle n'explique pas l'exil de 
Henri. Ne vmi-Û pas micuït supposer t^ue le père et le fils quiltèrcnt Arras 
sans que personne les y eût coTitraints ? Le mot nkiti, employé par Fasioul, 
s*appUqucr3it fort bien à un exil volontaire. On comprendrait faciicment que 
maître îknri, hmnbîe foîîct ion n aire au service de b ni u n ici pal 1 té déchue^ ait 
cru convenable ou même prudent de partager la fortune de ses patrons^ et que 
son fils n'ait pas liésiié à aller retrouver à Douai ses protecteurs attitrés K J 

L'étude littéraire nVsï pas moins attachante que U biographie* La aussi 
Tau leur a souvent trouvé moyen d'éirc original à force d'ingénieuse sagacité- 
II faut y sïgriakr d'abord lecliapttrelU,oiî M. G,, étudiant de près pour la pre- 
mière lois ta Omnmn du roi dt Sexik et la rapprochant de Thistotre, a montré 
tout ce qu'il y avait de faux et de conventionnel dans ce fragment» ou pluii 
dans le genre auquel il appartient ^ Mais il îaut mettre hors de pair les cha* 
pttrcs IV, V ei VL consacrés au Jnt dr k FeuHlét. ki encore les fouilles entre- 
prises par M. Ci, dans les alentours de son sujet lui ont merveiîkusement 
servi : c'est grâce à elles qu'il a pu recueillir sur les personnages de ce petit 
drame ou les événements dont il y est question plus de t enseignement s que nul 
n*en avait possédé jusqu'ici^ qu'il a pu consèquemment mieux saisir la nature et 
la portée de la satire et définir le caractère de Toeuvre d'une manière plus 
précise et plus sûre que "ses prédécesseurs. Elle n'est pas inspirée directement 
par les drames liturgiques^ elle n*cst ni une sotie ni utie comédie aristopha- 
nesque : c'est tine^- revne», qui, si on excepte Télé ment merveilkujt^ plonge 
par toutes ses racines dans la rcaïïté. Voilà un point brillamment démontré et 
définitivement acquis, ce me semble, i Tbistoire littéraire*. 

Le chapitre qui me plaît le moins dans cette panie est ceïni qui est consacré 
à la poésie lyrique, ou, plus exactement, la partie de ce chapitre consacnêe 
aux chansons. Il est visible que M. G. a été agacé par tout ce qu'il y a en elles 
de convenu et de banal ; peut -être, s'il eût eu le courage de lire un plus 
grand nombre de spécimens du genre, eût-il réussi a découvrir dans celtes 
d'Adam quelques traits particuliers. Sans doute le Heu commun y domine de 



^ 






1. M. Guesnoti n'icceptcni pas non plua^ uii4 doute rcKpIicAtioa de M. G. : • L'exil 
fodieiiire des bourgeois i:anipTCKnts k propos de la tjiîlle. écrit-îL nous pirmit une 
lé;gMidç^ y comprh, tt surioin, celui d'Ai^m de \t H^lk. < (Lof. tiL^ p. 16s .) Mai» 
on ne voit pas. i vrai dire, cjotrimcnt H s'explique çdui*ci. 

a, M. G. remarque ■ qu'Adam i'eii a^itreint (ou bien peu $en faui) k un sysi 
de tsi4iei> uniformeii auxquelles 11 1 lâché de d^jnncr une longueur de viagt vers. 
(P. îp, B. a*) Je supposcntiiiAOï hésiter uae Ucune ou une înterpoUtieis dam toute* 
les litsscf qui n'atteîgnirnt pas ou qui Jépsseni « chiffre. U v avait ^ ce moineut uiir 
tendatice ni9in|iiee a rîsométrie des laiiseï. Voy.. par ex . la Birtê d'Adenel le RoL 

t. L« mot t re*ue • rtei purfiitemcnt une idée juste, maiï il csi bîeo moderne ; si 
te propre de la farce tm bien lîe mcCtre ea Kène des iraveri. locauii et actuels,, te mot 
fmiÉ eût élè â peu pré» aussi juste \ mais aucun mol déiigntnt un genre déterminé tïe 
|i«tiL i'Ad^ptef eaactement a la Ftmlih, car ce qui fait »on origtnâUtr. cVn en lâtnme 
le ntéUoge d'un menreilleux trè^ poétique et de uble^un d'itne saisitunte et ptrltiia 
gTo**ière réalité. 




GUY, Adan de le Haïe 



ir, 



^ 

^^' 



la Êftçon k plus fâcht:ust: ; [lèanmolns il y â çâ et là autrif chose que des lieux 
c:<»tTimtin5, ou ils iOiU traités autrement qu^aîlletirs : tjti*on lise une chanscm 
cJc Çacc Bruié o« de Gautier Je Dargies et une d'Adam, on consiatera 
^^ns peine que, ^11 y a chez celui-ci presque autant de métaphysique, elle est 
p>ourtânt traitée avec moins de p<*dantisme et de raideur, elle revêt une 
-«expression plus agréable et plus littéraire*, S*ily a des chansons ^ul sont de 
s.îrnpïes exercices sur des thèmes connus % il y a dans quelques autres une 
note un peu plus personnelle. Je me garderai bien de dire que Tamourcst che^ 
^^^ti^m ploi sincère ; tout au moins paraît-il un peu moins tactice^ moins exté* 
rieur au poète, moins complètement étranger à la vie réelle. M. G. Ta Ital- 
ie me implicitement reconnu, puisqu'il a pu sans témérité faire aux chansotis 
uelques emprunts pour la biographie. Le trouvère se plaint par exemple de 
n obtenir de sa dame ni « humble » regard ni salut ** Exprimant un senti* 
«^nt de jalousie qu'il se reproche du reste (Xlll, 57), il va jusqu'à supposer 
«e' sî sa dame le repousse, c'est qu'elle aime ailleurs (VU, cou pi. 2. 4 ; 
Vï, coupi l)\ il se préoccupe de Tattitude de celle-ci vis*à-vts des autres 
PpliAms, ct^ protestant de la pureté de ses intentions (VIII, 15 ; XVI, 2e), 
lui adresse â ce sujet de véritables *< chastoiements -« (V, coupL 5; 
ï» coupL 5; XXIV, coupU i ; XXV, coupl. 2). Il y a une pièce (Xîll) 
*j'il eût été bon de mettre à part et d'étudier de plus près : elle est consacrée 
* l^a fameuse question de la natnrc etdes effets de Tamour ; selon notre poète» 
it un sentitnent éveillé parla vue de la beauté, mais entretenu parla volonté 
celui qui Téprouve \ donc, point d*amour sans la collaboration des yeun ei 
*-> coeur : c'est la théorie même que les troubadours avaient cent fois exprimée ♦. 
'^^lltïurs en revanche l^r mysticisme est poussé plus loin qu'il ne Tavait jamais 
^^ clveteux : il y a, entre autres, une idée exprimée par Adam, que je ne me 
»-i viens pas d'avoir rencontrée dans des textes antérieurs et qui, che^ les 
Hqwfô italiens, va prendre une place tout à fait prépondérante : c'est que la 
*-*^ de la femme aimée suffit à produire la vertu chci quiconque la regarde : 

Car me dame est Tant douche * resgardcr 
Qjie mauvéstès oe porroit demor^r 

En çuer d'orne qui le voie (XXX, 26) 1. 



1 * Le îTyie élevé de b iihanson n'exclut pas \t% cjtpreîïîons familières ; les proverbes 
mcm<^ soat usez fré((uems CVIÎI, 16; IX. 19; XI, 32). 

^- QuïLsoji contre Timour (Vl), cluiasaa Je femme (XV). Ptusicurs ont tt^ exe- 

**téc3, sur cdEn inonde ! Adam s'excus« d*avoir écrit la XX* pour obéif a une dame qui 

"*^lpjmtlj femme aîméc : cVst cclîe-ci au contraire qui lui avait demandé la IV'; 

^^ y a d'iijtrcî témoigaigcs prouvant qu'elle acceptait volontiers ces homm5i|îçs poé- 

*'4y«ïrCû in, ï : « Je n'ai autre reienanclie — En amour for* de rt*oii chAUt, * 

1- Voy, XX ÏL 19 ; HXXI, 14. On sait rimportaiicc que prendra le salut de ta dame 
^ï*» b |Kïisie iialicntie dci origines. 

4^ l<es pas5^agcï les plus carai:téristiques ont été réunii par Nannucd. Mmîm^lr 
^^ îiittmiura M primo iicch, 2* éd. (18^6), I, 36. On pourrait y ajouter un passdge 
*lç ïi nouvelle ilIéRorique de Peire Guilhcm {Ui^ut roman^ I, 41^.) 

j. et. XVll» jo : « Cil il qui scrvcut de mentir — Se doivent* nés de l'ojr, — 
Cibailoicr âc leur folie^ * 



298 COMPT]^ REKDUS 

Cest ridée roémede Guinicelli ! 

Nuir aoai puô ma! penwT fiti che h vede^ 



et de Dante 



E «|D^ so&iise dJ atarlm a vedcic 
DÏTcrria nobil cota o si moiria '. 



M. G. a fait dans ce chapitre une étude très approfondie et très fÏTiedu 
style des chansons; îl n'a nialheureusenient pas accordé la même attention à 
la versifîcatian^ qui en eût été, i mon avis, au moins aussi digne'. Les 
principaux points à noter eussent été la prédominant;c de la polyniétrie dans 
la strophe, h fréquence de r«:njambemem (XIV, 54*3, 44*5 î X\% $^)f la 
liberté avec laquelle est traitée la césure (II, 19, 26» 18» 29; XIV, 5, 11, 59; 
XVI, jo, là, îS. 18, ^0)1. 

Le livre de M* G. est si sûigné dans ses moindres détails qoe je ne pourrais 
guère y relever <^ue quelques fautes |rurcment typographiè^ues ou vrAÎmcnt 
trop insignifiantes *. J'aime mieux ajouter quelques fenseignements accessoires 
à ceux que nous lui devons déjà. Sur les pièces « couronnées » (p. u» noie) 
Une parait pas avoir consulté le manuscrit N. A. 1050, qui désigne ces pièces 
par une couronne tracée à la suite du nom de Tauteiir ; à la liste de poètes 
qu'il a dres^, ce manuscrit permet d'ajouter Eustache de Reims (fol. 117 r»); 
à Jehan du Cbastel (nommé par une erreur de F^uchei) il faut substituer 
Robert du Qiastei (fol . 177 v^). La liste complète des chansons couronnée» 
est du reste, sauf erreur, la suivante : 417» >44, 615. lotî, 117s, 1470, 
1568, 1745. — M. G. a cité un très grand nombre de teites concernant le 
pui (il est vraisemblable quHl s'agit toujours de celui d^Arras) ; il eût été bon 
de les classer par ordre chronologi*|ue ou par noms d'auteurs. En y ajoutant Icî^ 
suivants on st*ra bien près, je crois, d'avoir une liste complète (je cite le pas- 
sage întéressatit quand la pièce est inédite) : ^74 (Pierrekm de la Coupele) : 



Picrrcldn[s), unz \c>îkC iç\ùt. 
Vu<i faire son chaut 01 f 



t. Fiia Ntm^^ éd. Casini, p. 91-1. Voy* ihid., en note, d'Autres passage» aju- 
lûgues. 

î. Il est vrai que M. G^ (p. vm) s^'t^nciiK lul^tnème de cette lacune, — 11 t cm 
nèanmoiiiit devoir donner (p. 1^0- 1) te tableau de^ forines itrophiques employées p^r 
le poète ; il eux été bon d*y distinguer let dmes féminines des nmicultnes. 

^. Il tsl singulier s|ue U grande répuution dont Adam t joui, et dont M. G. a 
réunt dt curic^uiL témoig^Ageï, ne lui ait pu su«dté de plufi tiombrcux iminteor^; 
M. G. en elïct ne relève qu'un seul càs d'imttJtion assurée. Le hh tient uni da'ite 
à l'esiiréETie coniplii:atïon des formas que le poète » cmployL'CS et aussi k ce que, le goiW 
AyjUit brusquement chungé, on ne composa Après \a mort qit'un tsftet peiit notTibre 
de cbAnsons. 

4* le me contenterAÏ d'en signAter deux ou Xfoh, P. xlv, • dame de Dinijvcr », 
J*AÎ lu /JOitritrr ; ti s'Agit ici du villAgt de Doutiez, Arr. de Montreuil, canton de Cêm- 
pAgne, A 70 ki). k VO, d'Arras» — P. lij, lire Turli»/ et non Tûrfm-d, — P. fi^ n. ?, 
demière ligne, m Ueo d« « tlseyAtt ». lire ajjamI. 



* 



GUY, Adan de le Haie 299 

Au pui, qu'il iert de valor, 

S'om le vuet bien maintenir, 

Et a ceus porter honor 

Qpi le savront descrvir. (Pbî, 164./ 

545 (Andrieu Contredit) ; 644 (Jehan Erart) : 

Chanson, va t'en, sans nule demoree, 

Au prince a cui sont tôt enseignement; 

Di lui Jebans Erars H fait présent 

De sa cançon : faice que soit cantee. (Pb", 152.) 

781 (Jehan Bretel) ; 849 (anonyme) : 

Ce me fait gai et amourous chanter 

Au pui d'amour, a qui chant ligement. (Pb'S 98.) 

^4 CJchan de Grieviler); 1213 (anonyme) : 

Chanson, lues qu'es au pui d'Arras oïe, 
Si t'en va droit ma dame saluer. (Pb^, 145.) 

'48a (Andrieu d'Ouche) ; 1627 (Jehan Erart) : 

Sanz arester t'en va, reprise. 

Au pui fai ma chanson chanter. 

Sage jugement a porter 

S'il est resons qu'on t'autorise. (Pb4, 138.) 

1876 (anonyme) : 

Jugeur du pui, car m'en vœlliez oïr. (Pb^, iio.) 

™ appendice M. G. a imprimé une chanson et deux envois inédits'. 
L envoi ajouté par le ms. 1591 à la chanson II ne peut se rapporter à cette 
pièce, comme le montre Tordre des rimes ; le ms. R * (toi. 47) donne un 
autre envoi, qui présente du reste la même difficulté ; le voici néanmoins 
(d'après b copie de Sainte-Palaye) : 

Ceste cançon, dame, de moi vous prie ; 
Pour çou ne la daigneriez retenir : 
A Jakemon Wion soit envoie, 
Qui s'en sara déduire et esbaudir. 

*-* volume se termine par cinq excursus ^ dont deux sont particulièrement 
dignes de remarque : le premier, où M. G. fixe par des raisonnements, à 
to0^ avis, très solides, à 1249-50 la date à laquelle Bodel se retira dans une 

'• I^os cette édition princeps il eût mieux valu conserver la graphie, même irrégu- 
liirt, du manuscrit. J'ai lu v 4 lirx, 10 signouriiix, 20 eskieus^ 26 ententieus^ 29 «, 
\0 puis. 



300 COMPTES RENDUS 

ïéproserïeV, et le second, où lî donne une liste, accompagnée de remeîgnê^ 
ments divers et de recherches chronologiques, des personnages cités dans le 
Cùngt^dc Fistûul ; on eût été heureux de trouver réimprimé ici ce document 
capital, dont on n'a qu^une édition fort ancienne et assez peu correcte. 

A. Jeanroy. 



Ch. GuERUN oE GuER, Essaf de dialectologie normande t 
la palatalisatlon des groupes Initiatix gl. kL fl. 
pi, bL étudiée dans les parlers de 300 communes du 
département du Calvados^ InS, 154 pogc^, Scarte*. 

Ce volume fiit partie de la BihUothèquâ de VÈcqU des Hautes Étttdfs, dont il 
est le 12 je fascicule. 

Il est le résultat d'une enquête entreprise en partie sur place, en partie par 
correspondance. 

M. Guerlin de Gucr y étudie le sort d'une soixantaine de mots commen- 
çant par les groupes gt, H, /, pi, hh Dans un premier chapitre, très intéres- 
sant, le plus original du livre, il les fait défiler sous nos yeux, en nous mon- 
trant quelle est la vitalité de chacun d*eux, sa popularité, sa force de résistance 
aux éléments de destruction, bref en les accompagnant de leur signalement. Ce 
premier chapitre a pour complément naturel un appendice de 10 pages, qui 
se trouve à la fin du livre et qui relève les substituts lexicologiques de plu- 
sieurs mots ayant ser\'t de base à l'établissement des lois phoniques* 

Puis viennent l'exposition raisonnée des matériaux et les conclusions pho- 
nétiques que Tauteur en déduit et qu'il résume dans 8 cartes. Enfin» une série 
de tableaux, occupant près de la moitié du livre, expose, par ordre alphabé- 
tique des communes, toutes les formes recueil lies et constitue la matière justi* 
Ikative du Uvre. 

Les résultats phonétiques que M. G. de G. a obsen'és m'ont, je l'avoue, 
rempli d'étonnement. Le Calvados, que je me représentais comme un dépar- 
tement de%'enu réfractai re a toute nouvelle évolution phonétique naturel le, 
fait aboutir a travers plusieurs intermédiaires : 



g' 
cl 

bi 



k, /, il, cby, sy, cM 
iy, kî, chî„ sy, fi 

h 



f. Dffuit ^ue Iç Uv« àt M. Guf « été publié. M, Gucsnon i iigmilé dmi le 

fr^ Ai-denii ïc nom de Bodd k U due Ac uto (et. d-de$¥«us< p, i4S>iCt il 

iur cvîte d^te eit c^flc d« U mon du trouvère. Evideininefii> il y j U une 

•^inipi! r <îu fyTt^tiie que M* Guy n cambattu ; mais ce n'est en cHet 

*\i! iipttoti. C< mim peut dHignet un autre membre tîc U même 

t jfrkciKc lin; priiKim tut fort rcniiTqtiiblc. Ld mrgtimetits de M- G^y 

ne Qûnttr ver leur valeur ^uîm^u*! ce que M. Gueiiion lit développé «ofi 



G. DE UUHH, Essai de dkikxloh^ie mrmaitdc 501 

Ce résultats, qtii représentent les aboutissants les plus extrêmes de h pala- 

tjlisation, ne sonr, à la véritir, attestés que par un nombre infime df^esemples, 

tout 'à fait isolés. Leur existence dans un patois — existence signalée par des 

œrnespotîdants ou constatée sur place — suffit â M. G. de G. pour qu'il 

«^e à celle d'une loi phonétique régulière à laquelle auraient obéi origtnaî- 

lenrnii tous les mots qui doivent obéissance à cette loi. Ces mots auraieot 

pour b plupart déserté, souvent tous sauf un> quelquefois sauf deux ou trois. 

L«s 60 mots qu'a choisis rauteur pour l'établissement des lois phoniques 

ont tous des torces de résistance qui sont diverses non seulement selon leui 

ftaxtirc et l'idée qu'ils expriment, mais encore selon les lieux ot ils se 

I nnouveot. Cette force de résistance, bien fragile dans tout le domaine étudié, 

[augmente encore de fragilué en raison directe de Féloignement phonétique, 

t-i-dire que plus un patois a un développement phonétique avancé, plus 

Brmes attestant ce développement sont rares, isolées, sohtatres. Telle est 

^>ric absolue que représentent les raisonnements de M. de Guer. Celle 

\m suit en est le corollaire naturel : il y aurait même des mots qui, dans le 

ils des évolutions qu'opéra it le phonème, se seraient détachés de leur 

nitle phonétique, se seraient montrés msensibles et rebelles à la loi qui 

devait continuer à les régir, et attesterai eut ainsi des êtap^ disparues de cette 

loi. 

M, G. de G.» on le voit, a des idées très personnelles sur la vie des mots 
duss 9CS rapports avec la vie des lois phoniques. La désobéissance et la rébei^ 
UoQ des premiers à ces dernières évoquent des scènes qui ne manquent pas 
^id*un cemin intérêt dramatique. 

Je fie relé\'erai que deux exemples. 

Le patois de Sainte- Foy de Montgommery (parlé dans une région qui se 
djsïÎTîgïie par Tabsence complète d'évolutions) nous fournit 58 exemples du 
tiaÎKrncnt français de gl^ d^ etc. et 2 exemples àe gi > g (^gi;^^ glaise; 
gus^j glousser)^ et c*est un de ceux qui témoignent le plus éloquemment de 

^ ^<>i f r> ^ ï 

Le produit /, venant de gî latin, n'est attesté au Tourneur que par les 
exemples kyœt, glaïeul, et /«, glu, alors que gî y aboutit généralement : 

tantôt à l}\ 
tantôt à gly^ 

L*aûteuT ajoute que VI final de tayœî est le témoignage d*une récente évo- 
lution. D'une récente évolution à travers gïy... ty} Un mot récent qui, avec 
«** est ^ii{ ^ ittcsier au Tourneur l'évolution vénérable de gl à il et le 
Tourneur est îe seul village du Calviidos qui îhius donne ce point d'arrivée 

^^ deux exemptes, qui me paraîssent mettre en évidence ce qui a été dit 

"^ haut, suffiront aussi pour montrer queî est Tétat chaotique des matériaux 

|tJc '*âuteur avait à classer et à analyser* Dans cet amas informe, il semble que 



«fiiJIL 



302 COMPTES RENDUS 

Texamen des développements phonétiques des patois doive laisser prévaknr 
Tétude des lois qui président à leur dépérissement, à leur extinction. C'est 
dire que si la tâche de M. G. de G. était des plus ardues, elle est aussi des 
plus urgentes. L'université de Caen faillirait à Pun de ses devoirs les plus 
naturels, si elle ne prenait sous son patronage Tétude des parlers de la Nor- 
mandie. Elle ne voudra pas encourir le reproche de n'avoir rien Eût pour 
sauver les reliques scientifiques qui se trouvent à ses portes, et de les avoir 
laissées^ezposées aux intempéries qui, dans un avenir prochain, finiront par les 
effacer complètement. 

J.G. 



PÉRIODIQUES 



Rl^rCJI &Ê$ LANGUES ROMANIS, 4* sèric, t. X, o» 6. Juin 1897. -^ 
P. Î4-4.* F, Gabotto, NoU iw qmîquis sourcts imiimms dt npopée /ramçms4 ou 
weww 0^t.^\. Le$ itémenh hht&riqtm dt rAspremont/rûKfïîii, Par * sources 
îtaJîenrîes «, M. Gabotto <;mend, non pas des documents ayant pu servir à 
Uûûmfwsitioo des poèinef. français, mais simplement des faits de Fhisloire 
itâlieimcc doot îes auteurs om pu tirer partL II pense que le lieu d'où la 
cbtcsc^n A*Aspr£mont tire son nom est TAspremont de Caïabrc (où Garibaldi 
fut battu p!ir les troupes du roi d'Italie en 1^61), Le couronnement de Flo- 
rent comme roi de Pouillc et de Calabrc lui rappelle le couronnement 
historique de Rogcrj comte de Siciîe et duc Je Fouille, comme roi de Fouille 
et de Calabre en 1 1 30. Il mentbmic, après L. Gautier, les expiêdltions de 
Oi^rlenxagnc en Italie, et insiste sur les incursions sarrasines de 8S8, 901, 
9«2 en Galabre. — 11. Ui Rogc^rs de Vépopù scmt-ilstes Ro^ers di rhistoirt ?ki, 
nous irouvons des conjectures plus ingénieuses que probables, i-e rapproche* 
[inent du Richier Je VAspii^tnonl (dans une partie du poème qui est visible- 
ment très romunesque) avec les Rogers historiques est bien risqué j et on en 
peut dire autant d'autres rapprochements auxquels sc complait l'auteur, 
diutatit plus qu'il prend la plupart de ses données dans VAsprtm&ni italien, 
*l»ii» ^^surément^ doit avoir conservé moins de traits primitifs que VAipmnùni 
français^ _ Hl £^ cbanum d'Aubtrî U Bmrgoing d Vhistmre ^Uaîit tt de 
Prtm^nc^ au X^ nèck. M. G. .idmet que le Basiû é\iuheri correspond non 
«ï^leTn^ût, comme on Ta déjà proposé, à Boson, roi d*Arles, mais encore à 
un autre Boson appartenant à Tltalie du Nord^ et Ermcssent^ femme de 
^itï d^ns le poème, à une certaine Hermeng^an, dont rhistoirc ne paraît 
p*5 ^voîr beaucoup de rapport avec le rôle que joue Ermessent dans Auhtri. 
*^ rapprochements et d'autres nous paraissent fort contestables. — IV. 
Aàtlchi il Ogier k danois. Recherches un peu arriérées qui ne dépassent pas 
les traivaux de P. Paris, de L. Gautier et de M. R, Renier. Nous devons nous 
DO^tMîr à manifester nos doutes : ce n'est pas dans un compte rendu suc- 
^^^» comme doit l'être celui-ci, que peuvent être discutées les questions 
toUjQ^,^ délicates que soulèvent les rapports de Pépopée française avec 
les fa|i5 historiques, — P. 265-279, La tmduciimi du N. T. en anden haut 
i'^^^inm, pur Bifnm, Limngilt sihn 5. Luc^ texte p. p, M. J. Ulrich; 
Sttite 



304 PÉRIODIQUES 

T. X, n» 7-8; juillet-août 1897. — P. 289, Anglade, Le patois de Lési- 
gnan (Aude) (suite). — P. 346, Graramont, Un phénomène de phoniU^ 
générale du frafiçais populaire, can(ne)çon, pan(ne)tot. Compliqué et peu con- 
cluant. — P. }50-367,Jeanroy, Jeux partis inédits du Xllh siècle. D*aprës les 
ms. B. N. fr. 1591 et 24406. Pièces médiocFes, mais d'un ceruin intérêt que 
M. J. a bien 'mis en lumière. C'est par erreur qu'il est dit (p. 354) que 
temps est associé, « sans doute par négligence », à des mots en ans. Cela est 
au contraire très régulier. Les poètes qui distinguent en d'an font rimer 
temps QenSy tans) aussi bien avec ans qu'avec ens, comme je l'ai établi, il y a 
trente ans, dans mon mémoire sur an et en toniques. Pièce I, v. 8, le ms. a, 
non pas sait, que M. J. corrige en s'a, mais sait, c'est-à-dire s* a il, qui est 
bon; 22, la correction Pou aim parlant est fondée sur une mauvaise lecture: 
le ms. a non pas Plus am, mais plus c*ùn, qui donne un sens excellent (plus 
c^un[5] parlans, « plus qu'un homme qui parle»); v. 27, la correction w^J\ 
est inutile ; v. j 1 et 68, il faut veir(= vir), d'une syllabe ; v. 39, je lis Ausi a 
bien cil etts u cors (et non pas a heusvors) la rage; la correction de M. J., en 
bel veant, est donc à supprimer; v. 57, la restitution [tant] n'est pas indis- 
pensable; j'en dirais autant, v. 58, de sa substitué à la ; v. 72 on obtiendrait 
un meilleur sens en changeant /wr/, qui est dans le ms., en pert. Pièce II, 
v. 15, le ms. porte non pas bons, mais hons()A. J. corrige avec raison honus)\ 
V. 51, envi, et non en vi. Pièce 111, v. 22, M'avez, et non hTave^. 

Bibliographie. Guamerio, Pietro Guglielmo di Luxerna (compte rendu inté- 
ressant par M. Jeanroy; cf. Romania, XXVI, 96). 

T. X, no» 9-10; septembre-octobre 1897. — P. 405, C. Appel, Poésies pro^ 
vençales inédites tirées des mss. d'Italie (suite et fin). Plusieurs de ces pièces, 
notamment celles de R. d'Orange, sont d'une interprétation difficile et le 
texte en est fort incenain. Mais M. A. accepte de si mauvaise grâce les 
obser\'aiions dont ses éditions peuvent être l'objet que je crois devoir me 
borner, en ce qui le concerne, à une simple annonce. — P. 427-471, Lam- 
bert, Contes populaires du Languedoc (suite d'une collection intéressante, 
dont le commencement a paru dans la R. d. l. r, de 1885 à 1888). Tous 
ces contes ne sont pas languedociens : quelques-uns ont été recueillis à 
Mens (Isère), et sont par conséquent très différents des autres par la langue. 
De ce nombre est le conte de la « Moitié de coq » (la meita-vouralho) dont 
une variante en patois marchois a été publiée autrefois dans la même revue 
(3« série, 1, 105), ce qu'il eût été bon d'indiquer en note. 

T. X, no» II -12; novembre-décembre 1897. — Aucun des articles de 
fond que renferme ce fascicule n'intéresse nos études. Les documents que 
M. Pélissier extrait de collections italiennes n'ont rien à faire avec la philo- 
logie romane, et le morceau intitulé « Dans la bibliothèque et les archix'es » 
(p. 5 10) est un bavardage incohérent. - V. 5)2-572, J. Ulrich, Traduction 
du S. T. en haut tiigadinois. L évangile Je S. Luc (tin de ce texte, publié sans 
notes ni remarques d'aucun genre). Bibliographie. P. 5 74- 5 84. Compte rendu 
de mon édition de Guillaume de Im Barre par M. Chabaneau. Je n*admets 



PÈRIODiaUHS 505 

paSjiamfVn faut, tomes ks observations de mon critique. Je crois que le 
glosiairc est à peu près aussi complet qu'il devait Téire et qu'iï est aeiiielk- 
menî inutile de stgrialcr — par un signe spécial — comme je le faisais autre* 
fôisjes mots qui manquent à Raynouard, Cette indication était utile, il y a 
viiigt^:itiq ou trente ans, alors que le Lexique romun était à peu prés !a seule 
nomenclature des mots de l'ancien pro ventral à laquelle on pût se référer* 
Les conditions sont maintenant bien différentes. 

î* sérient, I, n« 1-5; janvier-mars 1898. ^ Rien â signaler, si ce n'est 
pp. 111-4, «'1 compte rendu» par M. Grammont, de Puh, Lt parhr Je S^nt 
i&isst^Ei^miin€)% d. Rmmnk^XXWl, 616. 

T. I, n» 4*6; avril- juin 189S. — P, 279-271, J. Ulrich, TraiLiiti M T. en 
^HtêM^ûdittûiS^ texte pur et simple des dou^e premiers chapitres de févangilc 
I de saitti Jean. — P. 279-283 , Reiractalio curaii de Btllicudro de f^s que aliéna 
it^e^ai mitra privilégia frai mm tHîttornm dicte civitatis (iSOi)- D'après une" 
[copie ikBoneniant conservée ^ la Bibliothèque d^ Arles. Le texte provençal de 
la reirmlath est insère dans le procès- verbal qui est en btin. Bibliographie. 
P. 286-389, Lindstrôm, Vamiîo^k dam k dédimûon des substaulifi, compte 
rtmdu parM^Grammom; cf. Hmmnia, XXVI, 623. 
T. i, no 7; juillet 1898. — Rien ù signaler. 

T, I, no»8-9; août-septembre 1898. — F; 549, Li chansonnier de Btrnari 
'«iûr-ûf, p^ p. E. Stengel(ie'art.). It s'agit du fragment de îa copie faite en 1589 
^r Jacques Teyssier, de Tarascon, que possède la bibliothèque Riccardienne 
[n« :z8i4) ^ Florence. On sait que le reste de cette copie a été récemment 
-tj-ouvé i la Bibliothèque Estense (Modène), et est actuellement en cours de 
>ublic3tîon '. La copie de Teyssier est exécutée avec une exactitude matérielle 
tort louable, mats le copiste était médiocremeut versé dans la paléographie 
^^ dans la connaissance de Tancien provençal ; aussi a-t-il commis beaucoup 
^^eiTçurs qui, en général, se laissent rectifier sans trop d* incertitude. M, 5t. a 
^^ni|^ eo noie les fautes les plus évidentes, il a mis les vers â la ligne et 
ïîiinaèroié les coupïets et les vers. — P. 38Ï-41Ï1 Lhermitte, Charte fran- 
cises du KIU^ sUch Urées des archives de Phépitaî de Se^ihs (Nord). Ces 
^ftartes, au nombre de lî, font partie des pièces justificatives du Mémoire 
sur |*hôpital de Notre- Dame-leît-Séclin que M. Lhermitte a présenté comme 
^^« â r École des clurtes en 1888; elles sont comprises entre les années 
1*47 et 1185. Là oh M. L* écrit dtves, il faut écrire diues, qui est le même 
ïïiot, les éléments étant Intervertis, que juesdi (jeudi), 

T. l,n°s lO-ia; octobre-décembre 1898. ^ P. 453-545, Gastets, / dodici 
*^*tli, épopée romanesqm du XV h siècle (i«f art,). Poème attribué à. Luigî 
Akmanni; recherches d'histoire littéraire, analyse et commencement do 
texte. 

T*n,n»t-2; janvier-février 1899, — P. S. Siengel» Z/ chammnïer de 
Binm-t AmûTôi (suite). — P. 44, Gastets, Idodict caniitsme du teste, com- 
œencenrtcot du ch. II l), — P. 56-70, J. Uh-îcb, La traduction du N. T. en 
ûft^îtn Imut en*;aiiiHoii (suite de l'évangile Je saint Jean, ch. XII1-XÏX)> 



306 PERIODIQUES 

T. II, n« }-4; mars-avril 1899. — P. 89-108, Blanc, Narbtmensia. 
10 Changement de f provençal en f>. On avait remarqué depuis longtemps 
qu'un e ou même un a se développait après t tonique, avant b v, vocalises en 
tf, ou avant / : rûus, de rius^ rivos, vUIa, tHaJa, de villa. M. Bl. cite 
beaucoup d'exemples du même phénomène, d'après les documents des 
riches archives de Narbonnc, en d'autres cas : criem de crimen, vUn de 
yinum,fien de fin em ; un fait analogue se produit même avant la tonique : 
yetUrar pour entrar, mais assez tardivement. 2*» Passage de g et f à y y dans 
des mots tels que ayudegon^ ayustament, Yordan^ etc. Ce phénomène m'est 
bien connu, mais j'ai quelque doute sur la prononciation de cet y. y* Mys- 
tères narbonnais. Témoignages, tirés de livres de comptes, sur la représentation 
des mystères de saint Paul de Narbonne et de sainte Suzanne. Je n'oserais 
affirmer que ces mystères fussent en provençal. Il paraît bien certain du 
moins que le Sainte Suzanne joué à Chambéry en 1470 et à Montélimar en 
15 12 était en français (Petit de Jullevillc, Lu Mystères^ II, 32 et 10a). — 
P. 114, Lambert, Contes po/nûaires de Languedoc (fin). Le dernier morceau 
« los trenu deniers », n'a guère de raison de figurer ici : c'est un récit tiré 
du Petit Thalamus de Montpellier. — P. 129, Castets, I dodici coii/t (suite), 
finduch. III et ch. IV'. — P. 161, Bibliographie. Compte rendu de 
Ch. Aubertin, La versification française et ses nouveaux théoriciens (Çjrzmmonx) \ 
Gui, Adan de la Hak\ Legré, La botanique en Provenu (Teulié); Lanchcus, 
Explicacion delverho castellano (Ducamin). 

P. M. 



ZErrscHRiFT FUR ROMANiscHE Philolcxîie, XXIV, I. — P. I, I. Nieder- 
lànder, DieMundart von MxwMr; élude du parler aauel. — P. 53, O. Soltau, 
Die Werke des Trobadors Blacati, ^I '■> contient les remarques et la uble des 
rimes. — P. 61, Bruckner, Di> Diphthouge germaniscfxr Lefmwôrter im Italie- 
nischen. M. Br., qui a prouve sa compétence dans le sujet dont il étudie ici 
une partie spéciale (voy. ci-dessus, p. 149), s'occupe du sort des diphtongues 
dans les mots germaniques qui ont passé en italien. 11 combat avec raison, 
semble-i-ii, plusieurs des opinions de M. Braune. Il cherche à établir que 
a u en italien donne (> à la tonique, u à l'atone (loi qui s'applique d'ailleurs 
aussi à Vau latin); eu se réduit anciennement à <•, ai à a\ dans les mots 
imponés après la période langobarde, les correspondances sont beaucoup 
moins régulières. Je ne puis que renvoyer à cet intcrcssant article, où plus 
d'un fait me parait pour la première fois bien expliqué. Je remarquerai seu- 
lement que l'auteur a tort (p. 64) de croire uvcc Diez que galoper^ it. guahppare^ 



J. Voir la notice de M. Bcrtuiii, daus le GiornaU Storico cUlla Utteratura 
t. XXXIV, 118-159(1899). 



PERIODIQUES JO7 

eic» {leur venir de gahlaupan: ]i^ ejeemples de g > w alloués par Dm, 

wnt iîJLwoîrts, et quâtità la iormc waspail, elle prouve sîraplemetit que Téiy- 

mobgk imptlliiT <gaspiMjan est insoutcn^iblc (cf. Z^-iVif jbî-. , XXU, 485 ; 

ta., XX Vin» 4^). Je pense que ioro vient du françiiis comm*: ^iiuro du prû* 

vcnçil. — P. 77, HersîOg, Guchkhttâir jraHXàsischtn Infinltive-iy^n. V'm de ce 

rruvail toot à fait remarquable, oû on irouvera^ à côté de beaucoup de faits, des 

^*te nouvelles et iotéressantcs, eïprimèeîv parfois avec un peu d'obscurité, — 

^^^i:z^ Ulrich^ Ntm Veniomn der Rîotc du monde. M, U, revient a uti 

^«kl <ni'il a étudié il y a sei^e ans (voy. Rùm., XIV, 157); il publie 

Çtidquts textes nouveaux et essaye de classer rensemble des coiTipositiDns qui 

naîtne^nt dans le cadre de la RioU. Le plus btéressant des teïites qu'il publie 

«r le^ petit poème que M. Bonnardot a imprimé d'après un ms* d'Épjnal 

^^ti^ M. U. dorine d'après un ms. de Berne avec les variantes d*Épinal ei 

* dcfcc>nttC5 remarques critiques; il reste des passages peu clairs, V. 20 5*// a, 
I. St ^^ g^ — 22 trnvis E est meilleur que inidnt B; la conjecture sur vessitm 

tiim est peu probable, — 4a h n'i pour i avec E. — 59 aiiraU, \, a 
^'ï'^- ^ 60 la bonne leçon est muiaux. — S2 ung diiu donnant semble 
ïiT^^ par les deux mss. (qui ont d'autres fautes communes), mais ne va pas: 
Hic-^i^js um des dormatu (c'est-à-dire u des Sept Dormants «). ^ 89-90 û mie^ 

• *tt»^*/, — itl-ti B ai"*/ fsl PrmfetKiaî, fnquerettr; S'il csl Lombari, iî joue 
i^; il est clair que ces deux vers, <jui ne riment pas, ont été maladroite- 

ei*"^ reMtspar un copiste qui ne comprenait pas ce que portait son original; 

'j7 fît Prôvmçûî, ent^utriit ; S'il ai Lambart^ père au dtnitr^ autre altéra- 

M, U. propose mqueren^ au dé pmrc^ mais les dés ne figurent que dans 

la leçon de E doit se rapprocher plus de l'original ; il y a certainement 

*^ au V. iï2, et les Lombards, suivant Tusage, sont accusés d'être usu- 

tiers, ^peut^tre raqtt^mkr , mot qui n'a été constaté qu'au xvj« siècle, mais 

ans^ doute plus ancien). — i h'* «'«^«^ (et non amant) avec E (cf, III, 

) - — ItL 8 OTi h fait, \.ùnhfmt. — y^ aimant^ coït, unmint (et non maint). 

^^ifeLANGES, ^ L Histoire iittéraift. ^^ P. 121, i, Becker* Jacques Grétttn 

«i^. Sâtt^ûus (la traduction des Emhkmata de Sambricus par Grévin n'est 

perdue comme on l'a dit). — 2. P. 12a, Scbultz-Gora^ Bim ^mter€ 

Ànx^^^ttn^ ititf Faknsa : il faut probablement voir une allusion au poème 

pcr^i^ma ûc Seguin #1 Vûîmm^ cité par deu* troubadours, dans un vers de Lan- 

(ftar^^zGgata. —IL HtstoirnUsmots. t. P. 122^ SchultzGora, Der aît/ran:s^ôsmh 

Nû^i»^ Anfeib : peut-être d'origine arabe. — 2. P. 125, Schultz-Gora, Li port 

àcC^iiiÈ»|}d im Rùiandslkdt : remarques intéressantes sur Tex tension du sens 

dtt^timot ji;^^ pmx (en panant du sens de • passage montagneux ») en ancien 

H**çais; toutefois Wissant était jadis si célèbre comme port de mer et lieu 

jfcmbarquemeni que je serais disposé à conserver ici à pori son sens propre : 

il y «vak peut-être â Wissant plusieurs pons» comme dans d'autres havres. — 

^* *37-î, Schuchardt, Rùmanischt Etymologîm. Tessin. papadûm^ etc.» 

* ^Tsilhpon de la crémaillère » : issu d'une conta mina tioïi d'un mot comme 

^ toic. pâppato/o avec un mot comme Tistr. papû < pa m pan u m . Sard. rus* 



non ^ 






308 PÈRIODICIUES 

piate^ « cracher j) : serait une conuminatioil de 'raccare el de conspuere. 
— Pp 127-41, Marchot» a. fr. mùmi, fr. maim/ : mil ou serait lin « compm- 
mis » entre mite et marcou^ matm lin cotti promis entre miiou et nwrow* — 
P, llS-ç, Subak, Fran^. amarrer, etc. : remonterait û un napol. marra, 
*t poteau où 011 attache ïe bateau »» lequel provît^ndraît de amnmrrare = fw*- 
frûrriîr^; c'est très douteux. — UL Umpholo^ie, V, 119, Zauner, ^«wi btarnim' 
chin împf. Il : discussion avec M. Ducamin sur Texplication de Timparl 
béarnais en -ei. — IV. Syntaxe, P, ijo, Tobler, Mischung indirtkttr uttàdM 
Rede in dtr Frage : concerne uniqueitient le français modenie* 

Comptes r en do s. P. i^i Fre>% Di^ Dkhiun^^tî Jts Mkhel^mk Buonar- 
roii (Ed. Schneegans). — P. i jj, LJndberg, Les iûcuthfts vtrhaîe% finies dam la 
ht^m framaise {SchultE observations judicieuses). ~ P. 159, Ânhivtûgbi* 
Iff/qfiVû iUdimiù^ XV, i-i(Meyer-Lùbke). — P. 144, Rôfna^na^ octobre 189S, 
janvier et avril 1899 (M. Freyrnond fait des réserves sur les vviêS exposées par 
M* Lot à propos de Clastonbury et d*Avalûn, et de b patrie des tau htfiom^ 
tout en en acceptant une bonne partie ; il émet aussi des doutes sur quelques 
détaibdc mon article sur Caradoc. M. Meyer-Lûbke approuve les ^lymolo* 
gies de M. Densusîanii, sauf qu*il ne voit pas rexçlication du changement 
de qua QViCc dans quadrutu :> cWrw, wrcn^ qu*il pctîse qyc fuligine a 
pu devenir {unigiut par assinjtlation, et qu'il tie voit pas k rapport qui peut 
exister etïtre interitare et le rouiu. (nldrità, « <|ui d'ailleurs répond 
exactement à Ta. fr. tutartîr ^ prov. intaridd n [lesquels sont composés 
dé ^ et du simple iaridâ^ iariér]i le même donne complètement raison 
à M. Salvioni dans sa discussion avec M. de Gregodo, ei rejette» comme 
M. Baist» rexplication de/dj propos^^e par M, Thomas; il enregistre toutes 
les Ctyroologies données par M, Salvîoni, sauf qui! doute de maccan 
< •macicare pour macerare, et celles de M. Thomas^ sauf qu'il doute 
de rjf-Jttf < escaptum^ de lx>mw = hûndin et de rmWjVr provetiam 
de quînque> Les autres anictes de ces trois numéros sont apprécia par 
M. Grôber» dont voici les retnarques les plus importantes : il conteste de 
nouveau, mais avec moins de décision, fé^uation sanglent ^^ sanguilen* 
tu m ge reviendrai sur ce point, et [e montrerai qu*îl y a, ce dont doute 
M. Gr*^ plusieurs poèmes qui, séparant i' de a, font régulièrement rimer 
sat^tent çî\ ^]; à propos de Tanicle de M. Raynaud sur le Dit da ûttiih dg 
Thâtd il rapproche îeprov, rt^mtcà^ » rabâcher a, de Tesp. ricakant < ? ecal- 
carc; il admet (v. 219-10) la rime lumûrt fairt [mais un ms, unique et 
altéré ne peut rien prouver]; il doute de Féquation cor ruptum = i^rnctf 
pour différentes raisons qui ont de la valeur [comme fonnarion analogue on 
peut citer Av^/ai7« torfaii a. fr.]). — P. lïS, Gkmale storicù ddk letieratum 
itatiana, XXXI V, 1.3 (Wiese). 

Livres nouveaux (Grôbcr), P. 1 59. Macxke, ^fhf Qtmtim o/free at$d 
€h«ehd î*&U¥h in gaUk popuîar Latin (ce travail important et remarquable, que 
nous avons oublié d'indiquer en son temps à nos lecteurs et que nous leur 
recommandons un peu urd^ donne lieu A quelques intéressâmes observai ions), 



r 



PÉRIODiaUES 309 

— WûJkcr, Briefwechsel :(U'ischeti Adolf Ebert iind Ferdinand Wolf, — Six- 
teenth Annwù Report of the [American] Dante- Society. 

G. P. 



LlXERATURBLATT FUR GBRMANISCHE UND ROMANISCHE PHILOLOGIE. — 

XX, 1899. — Janvier. — C. 16. Wechsslcr, Die Sage vom heiligen Gral 
(GoItHer ; cf. Rom,, XXVIII, 164). — C. 19. Urtel, Beitràge ^ur Kenntniss 
de Meuchdteikr Patois. I. Vignoble und Bcroche (Sùtterlin : travail difficile et 
méritoire). — C. 25. Gentil i, Fonetica del dialetto Cosentino (Subak : nom- 
breuses critiques de détail). — C. 30. Dalla Torre, Die volkstûmlichen Pftan- 
^emuM^n^n in Tirol und Vorarîberg nebst folkloristischeu Hetnerkungen ^ur Flora 
des Land^ (5>chneller). — C. 32. Hanssen, Das Possessivpronomen in den altspa- 
nische^ OiaUkUn (Zauner ; cf. Rom., XXVII, 526). 

Février-mars. — C. 49. Svedelius, L analyse du langage appliquée à la 
latigt^^ française (Meyer-Lùbke : oeuvre d'un esprit pénétrant et original). 
— ^- 79. Chansons et dits artésiens du XIII^ siècle, p. p. A. Jeanroy et H. 
Guy C>Vallenskôld : quelques corrections; cf. Rom., XXVII, 490). — C. 82. 
F. Meyer, Jitgmder(iehung im Mittelalter (Glôde). — C. 86. Pasquier, Cou- 
tumes dzg. Passât dans le comté de Poix (Levy). — C. 88. Thomas, Homélies pro- 
vençézl^s tirées d'un manuscrit de Tortosa (Lev>). — C. 89. Cian, Sulle orme 
dà ^(t/^^o (Wiese : ce qu'on a publié de meilleur sur la question). — C. 90. 
Lindner, Plainte delà Vierge en vieux vénitien QA^y^r-UihVt, ci. i?om., XXVII, 
619)- — C. 91. M. de Noto, Appunti di fotuticu sul dialetto di Taranto 
(Vossler). — C. 99. VollmôUer, Beitrâge ^ur Literatur der Cancioneros und 
Romaptc'-eros. I. Der Cancioturo von Modena (W. von Wurzbach). — Philip- 
pide, Gramaticd elementard a limbit romdne (Zauner : ce n'est pas une gram- 
m^re Historique). 

A^vril. — C. 131. Rolin, Soffredi del Grathia's Ueberset^ung der philosophi- 
scben TràktateAlbtrtano^svon Brescia (Meyer-Lûbke : l'éditeur ne distingue pas 
bien les particularités phonétiques dos particularités purement graphiques de 
son texte). 

^i- — C. 168. Brunetière, Manuel de F histoire de la littérature française 
(Schneegans : le critique indique bien ce qu'il y a d'inexact et d'arbitraire 
dans I3 théorie de la « différenciation des genres j^, par laquelle l'auteur 
prétend expliquer en grande partie V « évolution » de la littérature française 
du rnoycn âge; cf. Rom., XXVII, 170). — C. 174. V. de Gaetano, Im 
Vinut€9 di lu Re Japicu in Catania (Wiesc; cf. Rom., XXVII, 528). — Croce, 
PMîtw^lla e il personaggio del Napoletano iu commedia (Vossler). 

J*^'*^. — C. 202. G. et G» Salvioli, Bibliografia universale del Teatro dram- 

mattc^ itaJiano (Stiefel : ouvrage méritoire, en dépit de graves lacunes). — 

G. 206. Novati, L'influsso del pensiero latino sopra la civiltà italiana d^l medio 

'^*- ^*^conda edizione (Wiese : chaleureux éloge de cet excellent ouvrage ; 

cC. Htm., XXVI, 624). — Zur Dante- Literatur, XVIII : Scartazzini, La 



\ 



3IO PÉRIODIQUES 

Divina Commedia^ 3* ediz. , ei Encidopedia Dantesca^ vol. II; Bàumker, DU 
Impossibilia des Siger von Brahant ; Œlsner, The Influence 0/ Dante on modem 
Tfjought.ct Dante in Frankreich bis ^um Ende des iS. Jahrh. ; Paget Toynbec, A 
Diclionary of proper naines ami notable tnatters in the works of Dante; Basser- 
mann, Dante' s Spuren in Italien (Kraus; cf. Rom., XXVIl, 528, et XXIX, 
156). — C. 209. Barbi, Due noterelle dantesche (Wiese). — Kuhns, The treat- 
inent of nature in Dantes Divina Commedia (Wiese). — C. 210. Porçbowicx, 
Revision de la loi des voyelles finales en espagnol (Zauner : cet opuscule n'offre 
rien de nouveau, si on le compare à ce qu'ont écrit MM. Baist et Meyer- 
Lûbke sur la même question; cf. un jugement plus favorable, Rom,, XXVI, 
616). 

Juillet. — C. 242. Zur Dante-Literatur, XIX (Kraus). 

Août. — C. 274. Berger, Die Lehnwôrter in der franiôsischen Sprache âltesUr 
Zeit (Meyer-Lûbke). — C. 278. Subak, Die Konjugation im Neapolitanischtn 
(Vossler). — C. 280. Rolland, Fa w/w /ïo/)tt/a/r^ (Schuchardt; cf. /?ow., XXVI, 
136). 

Septembre. — C. 311. Lindsirôm, L'analogie dans la déclinaison des substan- 
tifs latins en Gaule, II (Staff). — C. 317. Densusianu, Studiî de filologie 
romîne (Zauner : à noter dans cet article les discussions sur quelques noms 
dé lieux magyars, auxquels Fauteur attribue une origine roumaine, et sur la 
forme articulée s/^awJ < Stella -il la; cf. Rœn., XXVIII, 313). 

Octobre. — C. 343. Foffano, Ricerche letterarie (Wiese : un seul des essais 
analysés dans ce compte rendu concerne la littérature du moyen âge; Tauteur 
s*y occupe de VIstoria fiorentiim de Baldassare dit Marchionne di Coppo Stc- 
fani). — C. 346. G. de Gregorio, Sulla varia origine dei dialetti gallo-italici di 
Sicilia (Subak : le critique combat l'opinion de l'auteur, qui rattache ces par- 
1ers aux dialectes de l'Emilie, et celle de Meyer-Lûbke, qui leur assigne 
comme patrie le Mont ferrât ; lui-même est disposé à leur attribuer une ori- 
gine piémon taise ; cf. Rom.y XXVIII, 70 et 409). 

Novembre. — C. 364. Piquet, Ettuie sur Hartmann d\4ue (Ehrismann : 
discussion sur la chronologie adoptée par l'auteur, qui place Vlwein avant 
VErec, sur les rapports des poèmes de Clhréiien avec les MabifU)gion, sur la 
réalité des sentiments exprimés dans la poésie lyrique du moyen âge). — 
C. 367. 5>chônbach, Sludien :^ur Er^iihlungslitteratur des Mittelalters. I. Die 
Retnwr Relationen.W. Die rorauer SWcile (Hc\m\ c(. Rom., XXVIII, 163; 
XXIX, I )2). C. 369. Dus Alexamlerlii'iî des Pfaffen Lamprecht in nhd. Uober- 
tragung nebsi Hinleiiung und Komuientar von H. Ed. Ottmann (Ausfeld : 
le critique examine principalement la question des sources). — C. 375. Lind> 
quist. Quelques observations sur le développement des désinences du présent dr 
l'indicatif de la première conjugaison latine dans les langues romaws (Meyer- 
Lûbke : l'auteur est très bien informé, mais ne fournit guère de solutions 
nouvelles des questions dont il s'est occupé). - C. 382, Clmrte gasconne 
de /jr).f. Étude par MM. Ducaniin et Pasquier (Zauner : ce mémoire se 
distmgue avantageusement de la plupart des travaux qui ont été consacrés 



PÉRIODiaUES 3 1 1 

anx dialectes gascons, œuvres de dilettantes ignorants des méthodes 
actuelles de la philologie romane). 

Décembre. — C. 405. A. G. van Hamel, H et letterkundige Levm van 

f^ffuikt^k. studien en schctsen (Minckwitz : la vulgarisation ainsi entendue 

apparaît au critique comme V indispensable auxiliaire des travaux d'érudition 

P^^'y il analyse, entre autres, les essais sur le Pèlerinage de Clxirkmagnef 

5ur les plus anciennes œuvres dramatiques françaises, les fabliaux, « Gaston 

™is et ses élèves »). — C. 409. Eiselein, Darstellung der lautlichen Entwick- 

''^f tUr fran^ôsischen Lehnwôrter lateinischen Urspruttgs (Berger : l'auteur a su 

tirer un assez bon parti de ses matériaux, qui sont considérables, quoique fort 

'ocomplets pour la période la plus ancienne). — C. 414. Niceforo, // gergo 

"^ "or^WMoliy net degetierati e nei criminali (Sachs : « contribution intéressante à 

une fiature monographie de l'argot italien ; u dans la bibliographie donnée 

par Al. Sachs, à la c. 415, manque le mémoire de M. Nigra sur Targotdu Val 

Soana^ publié au tome III de V ArcUvio glottologico Italiano). 

E. M. 



Sro^Xii GLOTTOLOGici ITALIANI, dircttî da Giacomo de Gregorio. Volume 
primo ^ éidoc^asione del XII Congresso internationale degli Oriental isti in Roma. 
Torino, Ermanno Loescher, 1899, in-4, 244 pages. — La périodicité de ce 
recaeil n'est pas indiquée. Le premier volume est rempli pour la plus grande 
partie (^202 pages) par un travail de l'éditeur, M. de Gregorio, Contributi alla 
etimdUj^ia e lessicografia roman:^a con ispeciale cottsideraiiotte ai vernacoli sici- 
liani. C'est un important complément au Lexique de Kôrting, qui vient 
s'a)oater aux Postille de M. Salvioni, et c'est ainsi que M. de G. le présente, 
on pe\i longuement. Le plus grand intérêt en réside dans la li^tc considé- 
rable de mots empruntés aux dialectes siciliens et recueillis ou classés 
par l'auteur. On peut regretter qu'il ait grossi son recueil d'un assez 
grand nombre de mots romans dont les dialectes siciliens ne viennent pas 
éclairer l'histoire. Dans une note préliminaire, M. de G. avait fait obser- 
ver, avec trop peu de précision peut-être, qu'il faut recourir avec prudence 
aux étymologies germaniques et seulement à défaut d'un type latin con- 
venable. Les dialectes siciliens, peu germanisés, pouvaient servir, pour 
déterminer l'élément germanique du roman, d'une excellente pierre de 
touche. Mais là où ils manquent, les réserves de M. de G. sont beaucoup 
moins fondées ; il ne nous a pas convaincus par exemple qu'il faille rattacher 
le fr. bouter à une forme *boto pour battuo parallèle à *batto et duc à 
l'influence de la labiale initiale, que laper et les mots romans connexes aient 
rien à voir avec le latin 1 a p p a, bardane, ou que déchirer représente discedere 
Nous ne pouvons reprendre tous les articles de ce lexique. Pour certains, 
on n'y trouvé rien qui ne soit connu d'ailleurs, et le recueil eût pu être 
allégé d'autant. Nous doutons qu'il faille chercher dans la irrequietiluditie dei 
Basdn ... diventata proverbiale (?) già in epoca ntolto antica, l'origine des 



l 



312 PÉRIODiaUES 

rhispano-portugais et provençal basca^ vasca, « nausée, angoisse », et 
français resver nous paraît s'opposer absolument à une èty 
*requare pour *requiare. M. de Gr. a augmenté la liste déji 
des hypothèses destinées à expliquer andare; il recourt à un •ai 
« aller en avant », où se serait produit un phénomène de dissimilatii 
bique. — Dans une seconde note préliminaire, M. de Gr. traite des 
du type vecchio-veglioy qu'il considère comme le résulut non d'c 
étrangers, mais de changements de suffixe. Ces changements 
d'ailleurs récents, romans et non latins, et auraient été fisivorisés pari': 
française. 

Le volume contient encore : de M. R. Sabbadini, Saggio di topa 
deir isola delV Elha; de M. Mariano La Via, // vocalisnto del dia!t 
itaJico di Nicosia in Sicilia; et de M. Max Niederxiann, deux compt< 
d'ouvTages intéressant la philologie gréco-latine, qu'on s'étonne d« 
dans ce recueil. Enfin M. de G. reprend, sous le même titre, l'article 
AscoLi, Sopra un probUma di sintassi coniparata diaUtUûi (^Arcb, « 
Xï^'j 433)- M. Ascoli avait étudié la répartition dans les dialecte 
des constructions va cinanuiy va e clnama, va a chiama^ correspondac 
lien littéraire va a chiatnare. M . , de G. complète et rectifie les in 
données par M. Ascoli pour les dialectes siciliens. La séduisante Y 
de M. Ascoli, qui voit dans a àtva achiama l'unique et précieux rest( 
ac ou atque ne rend pas exactement compte de l'histoire de la lo« 
sicilien ; le sicilien ancien ne semble connaître que va t chiamay le 
moderne a à la fois vat chiama et va a chianta ; a n'a-t-il pas pu veni 
assimilation aux désinences des deux verbes? n'est-il pas dû à V 
de l'italien littéraire va a chiamare} Et s'il en était ainsi pour le si 
faudrait-il pas étendre l'explication aux autres dialectes italiens ? 

Mario RoQ 



CHRONIQUE 



La Société des anciens textes français a publié en novembre dernier le 

tome second de la Chirurgie de maitre Henri de Mondeville^ traduit en français 

par un anonyme contemporain de l'auteur, et Les NarbonttaiSy en deux tomes. 

Ces trois volumes forment l'exercice 1 898. La traduaion de la Chirurgie n'est 

pas en soi un texte fort important : il était cependant désirable que le ms. 

unique et contemporain qui la renferme fût mis au jour. Le glossaire très 

soigné que M. le Df Bos, l'éditeur, a joint à cette publication, en augmente 

singulièrement la valeur. — La chanson de geste à laquelle M. Suchier donne 

Je nom de Narhonnais n'avait été jusqu'à ce jour que superficiellement étudiée. 

L. Gautier, qui n'en connaissait pas les meilleurs manuscrits, y avait vu 

<^cux chansons qu'il appelait Le Département des enfants Aimeri et Le Siège de 

^arhanne, M. Suchier a classé les cinq mss. qui la renferment et qui se 

divisent en deux familles. Il a donné un texte critique du poème, précédé 

une introduction pleine de faits exprimés avec une louable concision. — Les 

^'o/urnes afférant à l'exercice 1899, parmi lesquels figure le tome III de Meîia- 

«^» s'achèvent et ne tarderont pas à être mis en distribution. 

M. M. Wilmotte imprimera prochainement la continuation du Perceval 

^"^ ^Gerbert. 

Le fasc. 3 du Lexique de Vancien français extrait du Dictionnaire de Gode- 
froy par MM. Bonnard et Salmon vient de paraîtte à la librairie Welter : il 
va <i VI mot emproposer au mot forseneux. 

Nous avions annoncé (XXVIII, 642) que nous rendrions compte des 
n^*^ Sceaux qui, dans le magnifique Homenaje à Menénde^ Pelayo (Madrid, 
18^^, 2 vol. in-8), intéressaient nos éludes. Mais M. Morel-Fatio vient de don- 
ner ^ans le Bulletin hispanique des Annales de la Faculté dis lettres de Bordeaux 
{p^ d'octobre- décembre 1899, pp. 211-230) une excellente analyse de l'ou- 
vt^ge entier, dans laquelle il nous suffira de signaler les morceaux qui intc- 
fCSsent nos lecteurs. Nous employons les numéros que M. Morel-Fatio a attri- 
bués â chacun des mémoires. Notons d'abord que l'analyse est précccce d'une 
excellente es<juisse, à la fois sympathique et impartiale, de l'activité scienti- 
fique et littéraire de M. Menéndez Pelayo. — XV. M. Schiff, La première tra- 
duction espagnole de la « Divine Comédie » (par Enrique de Villena, en prose et 



314 CHRONiaUE 

très littérale). — XX. Mencndez Pidal. Notes pour Je romancero du comte Fernàn 
Gon^àle^ (travail d'une haute valeur, qui se place à côté du beau livre de 
Tauteur sur les Infants de Lara, et reconstitue de même un important monu- 
ment de rancienne épopée castillane). — XXIII. E. de Hinojosa, Le droit 
dans le Poema del Cid (a dissenation admirablement conduite d^un juriste èmi- 
ment. Sa conclusion est que Tétat social et juridique que reflète ce poème 
place sa composition dans la seconde moitié du xii* siècle »). — XXVIII. C. 
Michaclis de Vasconcellos, Une œuvre inédite du connétable D. Pedro de Por- 
tugal (sorte de moralité que D. Pedro écrivit en 1455 à l'occasion de la mort 
de sa sœur, la reine Isabel). — XXXIII. V. Femindez Liera, Une itymoh- 
gie : u fatilado fetillado » (les deux mots seraient identiques et se rattache- 
raient à fictus; M. M. -F. pense quit fatilado (ou facilado, voy. Rom, y IX, 
131) est distina de fetillado, lequel se rattache à des mots provençaux et 
catalans dérivés de *factîlem). — XXXV. A. Paz y Melia, La Bible mise en 
langue vulgaire par R. Mosé Arragel de Guadaljajara. (« Cette publication 
s'ajoute très heureusement aux recherches qu'a publiées M. S. Berger dans la 
Romania »). — XXXVII. L. Eguflaz y Yanguas, Notes étymologiques sur « Don 
Quiclwtte h (il s'agit de quelques mots d'origine arabe. M. M. -F. remarque 
que le nom de l'épée du Cid, Ti^ona, originairement Ti:(^on, ne vient pas de 
teutona, mais est simplement le lat. titionem). — XXXIX. F. de Haan, 
Picaros et ganapanes (article très intéressant sur les classes dangereuses de 
TEspagne aux xv^ et xvi* siècles, notamment sur leurs élém^-nts moresques. 
M. M. -F. ne pense pas que l'auteur ait réussi à trouver dans l'arabe l'origine, 
toujours obscure, de picaro ; il fait d'intéressantes remarques sur le sens défa- 
vorable qui s'était attaché dès le xive siècle, en Espagne et en Italie, au 
nom des Picards, lequel est arrivé « à la longue et grâce à de nombreuses plai- 
santeries »,à entrer « dans la famille picaresque »•). — XL et XLI. J. Ribera, 
Origines de la philosophie de Ramon Lull; M. Asin, Mohidin(j3iTtic\cs très impor- 
tants, d'où il paraît bien résulter que Lull a emprunté le fond et la forme de sa 
philosophie à celle des softs arabes, et notamment de Mohidin, ce qu'on n'avait 
pas remarqué jusqu'à présent). — XLIV. R. Chabas, Arnaud de Villeneuve 
et ses erreurs tljèologiques (« publication d'une énergique protestation de Ramon 
de Coneta, l'un des exécuteurs testamentaires d'Arnaud, contre la condam- 
nation des écrits de ce dernier »). — XLV. P. Rajna, A Ronc^^'aux : quelques 
ohsen'dtious topographique > pour Véliule de la « Chanson de Roland » (il résulte 
notamment de cette étude, qui remonte à une visite i Roncevaux du célèbre 
romaniste italien, que la scène de la bataille est moins sauvage et encaissée 
qu'on ne se le hgure volontiers ; il faut lire ces pages pleines ;\ la fois d'intérêt 
et de charme). — Ce rapide sommaire sutftt a montrer tout ce que ce recueil 
apporte de précieux aux études médiévales; il est bon de rappeler qu'elles 
n'en forment que la moindre partie, et que la valeur principale du livre est 
surtout dans ce qui concerne la littérature espagnole niciderne. 

M. F. Lot a inséré dans les Annale^ de Bretagne un intéressant article 
sur V Origine sarrasine de Dui^uesclin. 11 pense que la « légende éivmologîque » 




CHROmaUH |T5 

qtii mwâchc îe nom de U famille du connètiibk à une tour dite le Gki 4qmn 
et 1a fait descendre du roi sarrasin Aquin ou Aiquln est sortie tout entière 
^K de rtmâgifiatbn de Guillaume d'Anccnis, qui Ta racontée à Froi&sart, et 
^1 c|ue îknnifîi lui-même l'a probablemcTti ignoré- J'ai dit jadis ici -même, 
dans un article que M. Loi ne paraît pas avoir connu (IX, 458), que je croyais 
la Iv^geude née plus anciûrmement dans la famille de Giakqmn^ et j'ai essayé 
d'y ratiachçr le nom donné â la lour Solidor, qui a remplacé (en 1 3S2) l'an- 
cien ne Imr Aiqttin à S. Malo. (Nototis à ce propos que M Lot, rapprochant 
le nom de Gîm Aquin de l'ancien nom, Orrgîe, de cette tour, se facilite trop 
les choses en écrivant Oreglê. En revanche, il paraît avoir raison de penser 
que h mention de Vannes est due à une erreur de mémoire de Froissart; Jes 
^ Glaî€quiîî^ dont les domaines étaient voisins de Sitm*Malo, ne devaient pas 
ir oublia le lîen qui r;3itachait leur légende familiale à la célèbre tour, 
tte légende était née d'un souveuir du poème à\iiqnm^ souvenir assez 
^aguc, puisqu'elle donne Olivier pour parrain au fils du roi sarrasin Aqutn, 
tandis que dans ïe poème qui célèbre la défaite de ce roi par Charîemagne, 
Roland et Olivier ne sont pas encore d'âge à porter les armes, — G, P. 

— Le n»^ de janvier de la Rti^ue d^ Histoire Uttèraîtidù la Frjî «f<r contient U6 

•'it^rïssînt article de M. E. Rigal sur îes sources des deux poèmes de la 

^^^ndê âts nèclts dont V, Hugo assure qu'ils a jaillissent dinçkment des 

^^ livrer ^j^ gt-ste de la chevalerie «* M. Demaison avait, comme on sait, trouvé 

^H ^^^xs. une adaptation de Jubinal la source dîreac à^AymerUîoi ; M. Rosières 

^" * tttôtitrè depuis que c'est un remaniement dû a Jubinal lui-même, et non la 

I pretni<irc forme de son travail, que Hugo a rimé (car il n'a presque pas 

apporté d'autre changement); M* Rigal confirme cette constatation par une 

^^ *^*^*«pAiaison minutieuse, où il étudie de près les procédés du poète. — 

^B ^î- Rosières avait cru trouver la source directe, longtemps cherchée en vain, 

^" ^^ Miiriagt de Rùhmî dans un passsagç de VHistùitt de la poùk d'E. Qjiî- 

ncT^ et j'avais signalé ici fXXV, 651} cette trouvaille sans la vérifier; mais 

^ ^n*H4 df Pbûd0gi€ Jrûfmhé ayant réimprimé, sans observation, le texte 

^*^Quinei, il était devenu évident pour tout lecteur connaissant le poème de 

•^go qu'il ne provenait pas de ce texte. Ce qui est curieux, c'est que la 

I^^ce Je Hugo est, cette fois encore, un arrangement de Jubinal, et cjue cet 
^^'îgemenî ^c trouve pnl^cisément dans Tarticle du Jmtrml du Dimanche du 
^, *^iOvïin|jrc 1846011 M Rosières avait reconnu la vrai source â\4nn£rilht. 
'T^} oe que démontre M> Rigal, qui notjs donne le texte même de Jubinal * 
t*i-ci ji beaucoup plus abrégé Girard de Vimnt qu1l n'avait fait Aymeri dt 
'^^nnf, CI Hugo, â son tour, s'est beaucoup plus éloigné de son modèle, 
toujours, d*ailïcurs, à l'avautage de son poème. ^^^ G. P. 
^^~~~^ î^ous avons signalé â nos lecteurs (XXV, is>) le manuscrit de ser- 
|v /*^ de saine Bernard traduits en français qui se trouve dans le musée 
^^ T^^* ^ Nantes, récemment ouvert mi public. Dans le numéro de mars 
•^**rW dej Savants (p. 148-164), M. Delisle fait T histoire de ce manu- 
^ en donne la description : <r L'écriture, disposée sur deux 




3 16 ^^^^BV CHRONIQUE 

colonnes, semble pouvoir être rapportée à la fiti du xu= sïéch ou au com- 
nicnœment du xuf, » La langue, d'après les extraits communiqués, est iden- 
tique à celle des deux manuscrits déjà publiés» lesquels appartenaient à un 
même rccueih Cesi un iiutre recueil ^ue contient ïe ms, Dobrée : i savoir 
les 44 premiers semions sur \^ Cantique dei Canii^ms; mats ÎJ conùent en 
outre : ï^ k iraiti^* sur Tamour de Dieu dédié par saint Bernard au cardi- 
nal Airaeri ; 2" quatre autres sermons de saint Bernard ; y un sermon sur 
sainte Agnès attribué à « maistre A* ». Le préambule de ce dernier morceaii 
esc fort intéressant : « Nosirc sires comenda a ses ded pies ke U conkeil lisent 
le relié, k'i! ne porresist; por ce d'aucuns sermons ke ge il ois ai je 
conkeilhut aukuns moz ; si les ai escrîz en cesi livre por ce ke il ne Tuisseut 
oblié ; et al comencement pri je to^ cels ki le liront u ki rcscoicroot kc il 
prient spécial ment por moi et por toz mes amis; et si les pri ke, s*il 
truevent choiie qui lace a enmiaudrer, k'il renmiaudreni, kll ne pensctit mie 
k*ele fuîst issi dite, mats par aventure ainsi fut entendue. * Il semble bien 
résulter de 1^ que ce sermon a été recueilli par un auditeur de la b*>uchc 
du prédicateur (ce qui n'est certainement pas le cas pour les sermons de 
saint Bernard) ; mais il n'en résulte pas nécessairemetit que le sermon eût été 
prononcé en français. — Il est tbn a désirer que ce précieui recueil soit 
prochainement mis au jour; nous espérons que la Sêciété dt$ amkm tmies 
pourra te faire entrer dans sa collection, 

— Nous som^nes heureux d'annoncer aux lecteurs d^ la Romania la pro- 
chaine apparition d'un ouvrage qui aura pour la philologie romane une impor- 
tance exceptionnelle, V Allas hnguhtique de iû Frana (France romane j avçc ses 
dépendances linguistiques : Belgique wallonne, Suisse romande, hautes vallées 
du PîénK>tit), auquel M, Gilliéron travailk depuis longtemps. La publication 
commencera dés que l'exploration préliminaire sera terminée, c est-â*d«re vers 
la âo de juin 1901 : Tatlas paraîtra à la librairie Champion» par fascicules* 
composés chacun de jo cartes» et revenant à ao francs pour les souscripteurs : 
il comprendra ^6 fascicules, et sera achevé, selon les prévisions de llnipri^ 
meur, en 1907 ou 1908. Un fon volume suivra la publication de Tailas : il 
comprendra tous les renseigncmcnu qui ne peuvent <J;tre places sur les canes, 
ainsi que les tables» et les suppléments dlnJbrmation recueillis. 

L'auteur vient de faire paraître deux cartes- spécimen s, qui nous permettent 
déjà 4'apprêcier la met) iode et l'esprit qui ont présidé a rélaboration de ce 
travail énorme. Tous les matériaux sont recueillis par M, Edmont, 1 auteur 
du lexique saint-polois : la certitude phonétique de la transcription est donc 
acquise, grâce a runitê auditive de Tcnquète, Dans 650 patois environ» plus 
ou moins espacés suivant k vitalité linguistique de la régioii, ^era relevé le 
même queï.tioii]iairer prépaie avec grand soin : il consiste, soit en mots isolés, 
sotl en phrases très simple, nécessaires, non seulement en vue de k syntaxe, 
de la phonétique syntactique et de la morphologie^ mais cncotv pour inzat- 
porer dans un cj^àr^ familier les termes nombreux que le paysan com^oit dW- 
cilcment 4 l'état isolé, Sur chaque carte, chaque forme est transcrite â côié 



CHRONIQUE 517 

cTun chj^, désignant k lieu d'origine : afin de faciliter k lecture du ouroc- 
rota^c, h carte de France ust aivisée en diîs secteurs correspondant rc^pectî- 
vcrfïëfit aux dix premières centaines, et en cercles concentriques corrcspon- 
«iaiir respeciivement iiux dtï^.aines. Le travail de composition est considérable, 
car^ pour chaque carte j il faut composer d'abord eo colonnes, par ordre 
ntiméric^ue. toutes les formes recueillies, puis ïes reponer ensuite une à une 
sur la, carte. Pour cette raison et pour d'autres que Ton comprend, la puMi- 
caiion sera très dispendieuse ; elle n'aurait pu paraître sans Tappuî que lui à 
promis le Ministère de Tlnstruction publique, auquel on doit être fort 
retoti naissant d'avoir compris Fintérét scientifique et national de Toeuvre 
eair<^priic pa.r MM. Gillîèron ei Edmont. Ce sont MM- Protat, les impri- 
Kieurs de U Ramdftk, qui se sont charges de l'exécution, ei on peut être 
assuré 4u *ele et de rimelligence qu'ils apporteront à la diriger. 

Les deux cartes qui viennent de paraître nous donnent aiguille et ahitlf 

fht\s, 1^ moitié septentrionale de la France. Le premier mot, qui remonte dans 

'3 pt-cî^<t^^* toulÎEê des patois à un même type latin, met en lumière la prn- 

<*ï^ie-ia se variété phonétique des parle rs locauîç. Le second terme, au contraire, 

<^t tr^ riche en substituts lexicologîque* : on pourra voir, sur cette carte ^ 

cornrs^mem Taire de apis est aujourd'hui restreinte à trois petites régions du 

^--C>^ , du N, et du S.-E. ; on saura où apitta et apîcula ont laissé des 

'■<^>~<è^^nliiits populaires; on suivra dans sa marche finvasion de la forme 

"'*^*^«i:iîonale aheilU^ qui a fait irruption du sud-ouest sur Paris; on apprendra 

P^*" ^*ads synonymes plus ou moins lointains la force créatrice du langage a 

rern ^^\ ^p^ le type latin : mûu^k, mott:!)oitf, mouik à m id, guêpe, bourdmt, issûim^ 

'^^'-**^:» sauvent mélangés par fanalogie dans des croisements du plus haut in té- 

^^^~ I— Vtîasde M. Gilliéron, la seule œuvre d'ensembïe qui ait été tentée sur 

l^ ÇX^tûis de France, et qui offre toutes les garanties désirables de méthode et 

*^^ "iXïsition scientifiques, ^ird doublement précieux pour quiconque s*intércsse 

^ ^^ philologie romane : travail urgent à cause di; la rapide disparition des 

Ï''*P^^Î3, lit auxiliaire indispensable pour ïes rei^herchcs étymologiques et Hiïs- 

lo^ir^ des mots gallo-romans* Mous attendons avec impatience cette œuvre 

^*^*^^io5e, unique dans les fastes de la dialectologie fran^jaise : le nom et îe 

ï**^^^ de i'auteur suffisent pour justifier toutes nos espérances, — A. Dadzat* 

'"-^ Livres annoncés sommairement : 
T^**" Tnmhiihttn a( hmr. Tlieir lives and personalities, iheir soiîgs and thdr 
"^^*orld, by Justin H. Smith. G. P* Putnam's sons, New York and London, 
^^99* la-È, deux vol., 3txX'-495-496 p. — L'idée mère de ce livre est de 
placer les troubadours dans le milieu où ils ont vécu, ct^ pour y parvenir^ 
l* auteur n*a pas cru pouvoir mieuît faire que de visiter les pays où s'est pro- 
duite leur activité littéraire, et d'entremêler à des notions ^ur leur vie et 
^îjf leurs ueuvres la description des villes et des châteaux où ils sont nés» 
Où ils ont chanté- Il a parcouru, un kodak à la maio, le midi de la France, 
le nord de TEspagne et de ritalîc, irucrrogeant les livres et les habitants, pho- 



3l8 CHRONIQUE 

tographiant les châteaux ruinés, et, à défaut, les édifices modernes, et se 
remémorant, en chaque localité, les souvenirs de la poésie courtoise du xii« ou 
du xiiic siècle. Le livre qui est sorti de cette conception littéraire combine 
les impressions d'un touriste qui aime à conter ses aventures de voyage, 
même insignifiantes, avec des fragments de littérature provençale présentés 
un peu au hasard. Ainsi, le premier chapitre est intitulé « Aix, Savaric de 
Mauléon et Ugo de la Bacalairia », encore qu'il soit difficile d'apercevoir 
quel rapport peut exister entre Aix- en-Provence (par où M. J. H. Smith 
a commencé son pèlerinage), et Savari de Mauléon. Nous devons avouer 
que l'idée générale de l'ouvrage nous paraît fort contestable. Nous conce- 
vons que l'on joigne une illustration en quelque sorte locale à des œuvres 
qui se sont inspirées de la vue des lieux où elles ont été composées, telles 
que la Dhitie Comédie, par exemple, ou les poèmes de Mistral ; mais les 
troubadours n'ont point coutume de décrire les lieux qu'ils ont visités. Des 
photographies d'une vieille rue de Vacqueiras ou de l'arc de triomphe 
d'Orange ne servent en rien à l'intelligence des poésies de Rambaut de 
Vacqueira.s ou de Rambaut d'Orange, et le fait que le premier de ces 
troubadours a fréquenté la cour du marquis de Montferrat n'est pas une 
raison suffisante pour justifier Tintercalation d'une vue de la place du 
marché à Casale. 11 faut prendre le livre tel qu'il est : ce n'est pas une 
œuvre proprement scientifique, et une critique détaillée ne serait pas ici à 
sa place. C'est un ouvrage de vulgarisation, où on ne trouvera pas assuré- 
ment, en raison de la bizarrerie du plan, une vue d'ensemble de la littéra- 
ture provensale ; mais on doit convenir que l'auteur a une connaissance 
étendue de la bibliographie de son sujet. La liste des sources, imprimée au 
commencement du t. I, est suffisamment complète, et il est visible que ces 
sources ont été consultées avec soin. Les traductions en vers ou en prose 
qui sont intercalées dans le récit prouvent une réelle connaissance de la 
langue provençale. Nous n'y avons relevé que peu de contre-sens ou de 
faux sens, et dans plusieurs cas ces fautes doivent être attribuées à l'état 
défectueux de^ textes publiés. 

Xoticc sur Its manuscrits de la hihliotïhque du tribunal df Beauvais^ par 
A. S.M.MoN. Paris, Bouillon, 1899, in-8, 12 p. (extrait de la Rn*w des 
Bihliothcquts). -- M. Salmon a bien fait de donner cette notice sur un petit 
fonds de manuscrits dont l'existence n'était guère connue. Les mss. du 
tribunal de Bcauvais sont au nombre de seize, parmi lesquels deux ont une 
réelle iniponancc : l'iMi renferme un texte des Coutumes de Beaiwaisis où 
M. Salmon .1 trouvé un précieux secours pour l'édition du livre de Beau- 
manoir qu'il est en train d'imprimer ; l'autre, du ix*= siècle, contient un 
traité de l'évèque d'Orléans Jonas (•; 84^), intitulé 'De rébus ecclesiasticis non 
invadendi\, qui n'était pas jusqu'à présent attribué à son véritable auteur. 
On pouvait espérer retrouver dans cette bibliothèque le texte complet du 
poème de Lintf) iJ ,t Cohhm que De C^m^e avait lu dans un ms. de l'église 
Je Beauvais qui a disparu (plusieurs des mss. du tribunal de Beauvais pro- 



CHRONiaUE 319 

^'cïittc^t de !" église Saim- Pierre) ; iTialhcurcus4;nicni cet e^poh ne sVsi piis 

^'Spr-i^hi dtr Dtahge des Pa^sks Gre^ûr, mit einem Anhaiig : Sernw dt 

Sapi^niia und Moral ta in Jùh Fragmenta. Vod Dr. Léo Wïese. Haîle. Nie- 

mcy^f^ ÎS99, in-8, 1%^-I94 p. (ouvrige couronné par la Faculté pliîbso* 

|»ài(^Vi« Je runiversué tie Bonn). — Ce travail, d'un t'Iève de M. Fôrsier, 

nrtnptiib promesse que celtif-d, absorba par d*autres travaux, n'a pu tenir, 

«'c n<5us donner une étude complète sur b langue de k version frar><;ais« 

*''-» I~>'mb^ut (k S. Grégoire publiée par lui en 1S76. Il est très bien fait et 

lr<^^ «^cimplet, quoique parfois un peu mécanique et non tout à fait exempt 

*i «ï^rTr<juTs, Après un dépouillerjient soigneux de tous les faits grammati- 

.■^^^*-»?c, M. Wiese compare lu langue du Didogut i celle d'autres textes 

tllons, le Fmmt moral y les Vtrs del juUe^ les Strmms dt e^rinw p. p. 

F*asquei, le CanuUire d'Orval, et conclut avec beaucoup de vraiseni- 

^'^^x^ç que la version du Dkih^ut a été faite à. Orval (il semble téméraire 

l-sa faire remonter jusqu'au temps de rabbt; Thlerri de \*itri,-i- iiS^J. 

-■^ 5».ppcndic^, il étudie la langue des trois autres telles contenus dans le 

^- du Diaïogui et assigne le plus important, le fragment des Moralia 

^€>è , à b partie wallonne du diocèse de Metz (sa grande raison est que 

version doit faire partie du groupe de traductions messines condam- 

par Innocent 111 en 1 199, mais cela nV*st nullement assuré), — II y a 

*«^iH_Ecûup â apprendre dans le travail exact et bien ordonné de M. W. ; 

^^- Fôtster ajoiuî aux remarques lexkographiqu es quelques notes qui en 

^-^^S mentent le prii. 

■^ ^"^«^ LuvGQ. Dit Bimifaiiû VilIûdArr^û Vî!, Pagînt dî Uoria fiormîim ptr 

*^ ^^Uddl DanU. Milan, 1899, U. Hoeplî. \x\-ii, vui-474 p. — Lesdixcha- 

pit:x^^^ dont se compose ce volume sont b reproduction, revue et corrigée^ 

^^ toiii ce qui, dans la grande édition de Dino Cotnpagnî, publiée par 

^- «delLungodc Î879 à 1%%-] (Romania, Vlll, 63^: XVI, 171), concerne 

* His-toire de l;i démocr.itie florentine à \:l fin du xiii*; siècle et au commen- 

*^*^i^^^'nt du MV*\ et surtout les relations avec rÉglise et l*Empire. C'est le 

'^-^^-li^y dans lequel a vécu Dame qui revit sous nos yeux; c*est la partie de 

"*^=5iioirc rtorcnîinc avec ïaquelle tous ceux qui étudiem la Divine 

^^^-^^tTr^^èdic doivent être familiers. Cette édition partielle d*une oeuvre en 

*^*^*^l<lUi; sorte cljssique était d'autant plus désirable que les qyatre volumes 

'^ ÏJitîo de M* del Lungo sont un ouvrage coûteux et d'ailleurs presque 

'^t^^-iîsé. Avec îe présent livre et la petite èditinn de la Çrùnka de Dino 

F*i-al>lj{.e en i%^ par M. del Lungo {Ronmtm^ XVIII, Î49X o" ^^^a Tes- 
itieî de la ^ande édition, 
•-^ustavc PFEitFER. Ein Probkm drr ronmnùcheH IVortforschung . Stuttgart, 
' ""^^^rteTel PfcîlTer, 1899, în-12 de4op, — L^auteur présente cette dissertation 
^rtiîïje uoe introduction à Tétymologie détiiiitive du français 4JWf*1 et de ses 
*"^nères. Il part d'un type latîn •usitabilia, et, par des tours de force 
^tique, il en fait sonir beaucoup de mots qui^ 




^<^ 



320 CHRONIdUE 

hurlent de se trouver accouplés : le wallon stfeille (qui serait pour •i*^ 
vi'ilh'y *ostn'eille)y le normand ativclh\ Pane, français estovoir (altération de 
*i'stoi'oilh\ qui aurait fini par être pris pour un infinitif), Tanc. franc. 
utoivn\ rital. slin'ifrlia, le fi-ançais touiller (anciennement lofiUier), l*anc. 
français atillicr et artilUcr^ le français étoffe^ le piémontais «/«/, etc., etc. 
Il n y aurait nul profit à discuter avec M. Pfeiflfer. Notons seulement que 
le wallon steeille ou stoeille^ où il croit reconnaître *usitabilia tout craché, 
a été expliqué par M. Behrens {Festgahe fur G. GrÔhcr^ p. 153, note) 
conmie une francisation tardive du néerlandais stoel ou stoeltjfy chaise. — 
A. T. 

Nicola ZiNGARELi.i, Inioruo a dut troi'atori iu lialia. Firenze, 1899. In-I2- 
VI 11-75 p. {Bihliotcca critica delUi Lt'tteratura Ualiana). — Ce mince volume 
contient une nouvelle édition des deux publications antérieures de 
M. Zingarelli. I^ première. Un sirveutcsc di Ugo di saint Cire, avait paru en 
1886 dans la Miicellunca di Filolof^ia dcdicata alla memoria dei prof. Caix 
e CatiJlo (\'0\r Romauia, XV. 457); la seconde, Per un « desuwt » di Amerigo 
di PcpijrliamK avait été publiée en 1890 dans un /»ir wo^^<' (voir Rfmanta^ 
XIX, 49 )J. Pour le sirventes d'Uc de saint Cire, M. Z. n*avait ^èrc de 
modifications à apporter à son premier travail. 11 a toutefois complété l'appa- 
reil des variantes et accepté les rectifications indiquées ici-même ou ailleurs. 
Mais il y aurait encore matière à correction pour certains détails, ainsi dans 
la note sur le vers 10 il fallait citer Guilkm tfAutpid, et non Daspci^ ce 
dernier nom étant évidemment corrompu (Ronuwia, XXIV, 128). Boa^o 
(v. 20) nV'st pas Boisse/on, hameau insignifiant de la com. de Vieussan 
(Hérault), mais la petite ville du même nom qui fait partie de l'arrondis- 
sement de Castres (Tarn). La dissertation sur le descort d^Aimeric de Pcgu- 
llian a été entièrement refondue et considérablement augmentée. Toutes 
les ditficultés historiques ou autres qu'elle présente ont été sinon toujours 
résolues, du moins examinées avec un soin scrupuleux. 1-a pièce Ab 
w/<//77///(7/^, rééditée, p. 41, d'après Mahn, appelle de nombreuses correc- 
tions. La discussion sur Wslainpida (q. 60) est intéressante, mais tout n'est 
pas dit sur ce sujet. 



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et des BmfâMcn 



1 JCÎiuU tlUUv^lStv 



^Itudeit. 



E- î 

A 



1^ Il U'-ltL- (-.iwL ! 



SUR L'ALTEKATION DU C LATIN 
DEVANT E, I 

DANS LES LANGUES ROMANES 



I 



n n'y â pas de pmhlème plus obscur dans l'histoire des 
biigues romanes que celui de raltération du c latin suivi de e, i. 
Les opinions les plus contradictoires ont été émises sur Von- 
gîne de ce phénomène. D'après quelques philologues, 1*« assi- 
bilation n du c remonterait au latîn vulgaire, d*après d'autres 
elle serait de date plus récente et se serait produite indépen- 
damment dans chacune des langues romanes. Les arguments 
qu'on a apportés à Tappui de l'une ou de Tautre de ces thèses 
sont loin d'être décisifs, et nous tâcherons de montrer dans 
ces lignes qu'il faudra peut-être recourir ;\ une autre méthode 
que celle qu'on a suivie jusqu'ici, si Ton veut arriver à une 
solution défini ti%*e de cette question* Si nous venons reprendre 
au]ourd*hu] un sujet sur lequel on a déjà tant écrit, c'est parce 
que nous voyons plus d'une remarque à opposer aux théories 
les plus récentes qui ont été formulées là-dessus, et parce que 
nous voulons attirer Taïtention sur quelques faits qu'on n'a 
pas encore introduits dans le débat et qui nous semblent de 
nature à mieux élucider notre problème que tout ce qu'on a 
rapporté jusqy*icï. 

L'histoire de laltération du c dans les langues romanes a 
donné occasion, dans ces derniers temps, à de nombreuses dis- 
cussiotïs. Dans un article paru en 1892 ', M. Bréal s'est efforcé 
de défendre par quelques nouveaux arguments une opinion 
qu'on croyait abandonnée depuis longtemps et qui confirme- 



I. De h pronomiâtiati du c lût in, dâiis les Ménioms de la Socîéti de tin^ts- 
H^, t. VH^ pp. 149- 1 56 ; cf, les Comptes r^ndm di VAcitdimie dts înuripH&m 
« BHks-liUrfs, L KXI (1895), p. 60, et le/oï/rW àts Savanis^ 190O1 p, 140, 



»,M3UX 



ai 



$2È O, DKKSUSIANO 

raie Inexistence J une prononciation plus ou moins ahcrée Je 
c(e), c(i) en Latin vulg;iire.La thèse de M. Bréal a été vivement 
combaitue par M. GListon Paris dans une communiLation taite 
à r Académie des Inscriptions et Betles*iettrcs ' et daiiK un 
article publié enttïte de VAnmmire de r Êcok pratitjtsr des Hauks 
Études pour Tannée 1893 '■ M- ^àu^ examine tous les faits 
qu'on avait invoqués en faveur d*une altération ancienne du 
c Latin et montre par des arguments très solides que le c suivi 
de e, i avait conservé sa valeur d explosive sourde simple jus- 
qu'à une époLjue rclati%^ement assez récente, et qu*on ne 
trouve aucun exemple dVine prononciation altérée de ce son 
avant le vi'' siècle en Italie, et avant le vii*^ siècle en Gaule. 
Apres M. Paris, la question du c a été reprise par M. Guar- 
nerio *, qui a essayé de renouveler une opinion soutenue aussi 
par d'autres philologues, mais qu'on ne pourra jamais confirmer 
par des preuves irréfutables. D'après M* Guarnerioj le c aurati 
commencé à se modifier déjà dans le latin vulgaire, où tl avait 
abouti a k\ Cette première phase de l'altération de la palatale 
latine serait le point de départ de toutes les langues romanes : 
dans une partie du domaine roman ^ le k" a donné naissance à 
ts^ dans une autre il a évolué vers ij, et dans quelques régions, 
comme en Sardaigne et en lUyrie, il est revenu à la phase pri- 
mitive (i:)j après avoir perdu le /*. L*opinion de M. Guarnerio 
devait paraître trop modérée, même trop « timide », iNLMohI, 
qui dans son remarquable travail sur le latin vulgaire S 



i. Les JaUs épi^raphiiitm mt palt^raphïqutt ail^ms en ^tu%*€ d'um aittrû- 
iion ancifnHt du c latm {Comptes r^idus de VAcadémit des Inscripiiûni el BilUi* 
Leitm, t. XXI, pp. 81-84). 

2. V altérai ion romam du c latin (p. J^iy)- 

j* L*intacco latine délia ^ulturaîc di c^^ ci, dans VArWmo gioîhiogwù^ sup- 
plèmcmlV, [897, pp. £1 et suïv, 

4, Pour ce qui concerne le sarde» M* Guamerîo ne fait que reprendre son* 
une autre forme la IhC'oric de M. Ascoli, qui avait soutenu jadis quek k sani< 
n'est nullement aticieti et qu'il devrait are cîîpH^ué par un retour de d a F, k^ 
La thèse de M> Ascoli a été réfutée avec de bonnes raisons par M. Piiris 
Annuaire Je l' Ecole dej Hautes Etudes, 1895» pp, 30-51» 

5. Intrùdmlion à la chivmiogie du latin vulgaire, Paris, 1699 (vov- 
ci -dessus Tarticle de M. Roques) : pour ce qui concerne l'histoire du c 
dans les langues romanes, voir pp* 289-^07. 



^ 



Sur L*ALTÉRATIÛN ÙV C LATIN DKVAKT ë, i 32} 

-*est ertVircé de démontrer que plus d'une particularité des 
langues romanes doit remonter à une époque plus aucienne 
qu'on ne le croyait jusqu'ici, et qu'un phénomène comme 
celui de l'altération du c cie peut être expliqué qu'en admet- 
tant qu'il existait déjà en latin. Les idées que M* Mohl émet 
sur rorigine de Taltération du c ne sont au fond qu'un déve- 
loppement de h tixèse soutenue par M. Bréal, et nous ver- 
rons qu*elles sont aussi faciles a contredire que celles de 
son illustre prédécesseur. Nous croyons nécessaire de nous 
arrêter plus longtemps sur les faits invoqués par M, Mohl pour 
prouver le bien fondé de la théorie de M. Bréal, puisque k 
manière dont il les pn^ente pourrait nous faire croire que k 
question de l'altération du c a trouvé sa solution définitive. 
Les arguments de M. Mobl soin très souvent aussi ingénieux 
que nouveaux; mais la critique a laquelle nous les soumettrons 
arrivera à nous montrer qu'ils ne sont pas aussi solides qu'ils 
.semblent l'être à première vue. 

Une première considération qui, d'après M. Molil^ nous 
autoriserait à contester les artirmations de M* Paris est Tinvrai- 
[Semblancc d'un développement parallèle et indépendant du 
c en ts^ ts dans toutes les provinces de la Roman ia où il 
lapparait. Une telle hypothèse serait aussi hardie que ccUe de 
propagaiion du /l, ts d'un pays roman A l'autre. Le roumain 
donnerait, d après M* Mohl^ le démenti ie plus formel a une 
telle interprétation des faits, La ressemblance qu'il offre à ce 
point de vue avec l'italien ne peut s'expliquer que si 
le / (r) commun à ces deux langues existait déji dans le 
latin parle en Italies d'où il a été apporté en Dacie avant 
rabandoD de celte province par l'administration impé* 
iale, à la fin du ni^ siècle* Un changement de c en 
(^) n'aurait pu s'accomplir ^ d'après M. Mohlj indépen- 
mnaent en italien et en roumain; il ne s^îurait non plus 
e question dans notre cas d'une «^ propagation natu- 
relle de éfC par ondes phonétiques irradiantes pour ainsi parler, 
,, puisque l'albanais et le latin d*Illyrie(vegliote) interrompent 
chaîne de continuité géographique entre é italien. ts(s} véni- 
n, c rhétique d'une part et c roumain de Fautre » (p. 293), 
t argument de M. Mohl ne résiste pas à la critique. L'alcé- 
tion du c est un phénomène qui peut se produire partout et 
qui est attesté dans bon nombre de langues' sans qu'il y ait eu 



324 ^- Ï>HNSCS1AKU 

une influence direLte de Tune sur Tautre \ M. Gaston Paris a 
très bien montré d ailleurs quHI n'est pas tellement difficile de 
concevoir une altération indépendante du c dans toutes le^ 
langues romanes uù elle s'est produtte ". Mais^ en dehors de 
cela, M. Mohl nous fournit Uii-mtme un argument qui contre- 
dit son raisonnement. Après avoir rappelé !e fait qu en roumain 
c correspond non seulement a ce, ci laiîn, mais aussi h que, 
qui, M. Mohl arrive à la conclusion que cette particularité prouve 
simplement que « la palatal isation » est intervenue une seconde 
fois dans la langue et quVlle a frappe également les gutturales 
d'origine récente » (p. 293). On n a rien à dire contre cette 
affirmation j qui a été répétée plus d'une fois, mais on se 
demande comment elle peut st- concilier avec ce que M. Mohl 
soutient quelques lignes avant. Pourquoi le q u c , qui aurait-îl 
donné en roumain ce^ ci^ indépendamment de ritalîen, où ce 
phénomène n'existe pas, tandis que le ce, ci n'aurait pas pu 
arriver au même résultat quelques siècles avant et sans que 
cette particularité ait existé déjà dans le latin transplanté 
d*Italîe en Dacie ? J*avoue qu'il m'est bien difficile de saisir b 
différence que M. Mohl a voulu établir entre ces deux phéno- 
mènes, et je ne puis qu'admettre avec M. Paris que le c roumain, 
continuant d'un coté le ce, ci, de l*autre le que, qui biîn, 
prouve suffisamment que Faite ration du c dans le roman de la 
Dacie est un phénomène quia pu se produire après la colon i- 
sation de cette province. Je suis toutefois d'avis que le c latin 
aurait peot-éîre donné en roumain un son plus éloigné du é ita- 
lien, si le latin de ritatie n*avait pas continué à influencer le 
parler de !a Dacie jusqu'à une époque plus récente que celle 
qu'on admet généralement. Les romanistes oublient trop sou- 
vent aujourd'hui que Télément roman de la péninsule balka* 
nique nu pas cessé d'être influencé par l'italien jusqu'au v* ou 
au vr siècle, et que plus d'ime particularité du roumain doit être 
expliquée ainsi* M, Gaston Paris a attiré jadis Tattention sur ce 



], Q. H, Schuchard!, VùkâUimus da FulgdrkteinSf L I, p. 151, 

2* Ànmaiire iifi- rHe&le dei Hutiks Études y 1S9;, p. J4* 

|. Jç remarque id le terme impropre que M. Mobl emploie pour ilésigoer 
rallération du c devjint c, î. On de%TTiit éviter Je telles iijuîvcKjiics, qu! peuvefiK 
danner Itcy à des coni usions. Cf. G, Parb, Attmmire dt PÊùsk dn HmêtM 
Éiitdtî, iS9|> p, 16. 



SUR l'altération du c latin devant e, i 325 

fait \ et Ton ne devrait jamais le perdre de vue et répéter, 
comme M. Mohl et autres philologues, que le roumain a con- 
tinué à se développer indépendamment de l'élément roman 
occidental à panir du m' siècle, lors de l'abandon de la Dacie 
par les légions romaines*. Je crois donc que le c roumain, en 
tant que variante phonétique du c latin altéré, n'est qu'une 
propagation du â italien, et qu'il a pu prendre naissance même 
après le m* siècle. 

On ne devrait pas objecter contre cette opinion que le k 
albanais et le k vegliote interrompent la chaîne de continuité 
entre le â italien et le c roumain. Je ne crois pas que le 
dialecte, complètement disparu aujourd'hui, de l'île de Veglia 
représente le roman qu'on parlait, il y a quelques siècles, 
dans la plus grande partie de l'Illyrie. Il serait extraordinaire 
que le latin de ce pays eût conservé partout des traits 
aussi archaïques que ceux du sarde, qui est resté plus isolé 
du reste du domaine roman. L'élément latin de l'Illyrie a été 
continuellement alimenté par des colons italiens, et l'on n'a 
qu'à se rappeler les nombreux Italiens qui se sont établis en 
Illyrie à l'époque de Dioclétien pour comprendre l'influence 
qu'a dû exercer à toutes les époques l'italien sur le parler des 
niyro-romains. Comment pourrait-on alors imaginer qu'un 
changement phonétique survenu en italien n'ait pas eu d'écho 
jusqu'au delà de l'Adriatique ? C'est pour cette raison qu'il 
îue semble plus naturel d'admettre que dans le roman 
parlé au moyen âge •'dans la plus grande partie de l'Illyrie le c 
^vait abouti au même résultat qu'en italien, et que le vegliote 
Qoit représenter un petit dialecte illyrien qui est resté à l'écart 



I- Romania, t. I, p. 11. 

*• Une telle opinion est due à la conception unilatérale qu'on se fait dc^ 
ori&nes de la langue roumaine. Cest une erreur de croire que le passé de la 
langue roumaine peut être expliqué uniquement par le latin transplanté en 
pacie. L'histoire de l'extension du latin dans la péninsule balkanique e^ 
réiude approfondie du roumain nous mènent à une tout autre conclusion. Je 
traiterai d'ailleurs plus longuement de cette question dans le premier volume 
de mon Histoire de la îangtie roumaine, qui doit paraître prochainement, et où 
j'espère mettre en pleine lumière le fait que le roumain est sorti du latin 
transplanté au sud et au nord du Danube. 



32é O. DENSUSIANU 

d'une influence plus profonde de l'italien, du moins jusqu'à une 
certaine époque '. 

Un autre argument que M. Mohl fait valoir en faveur de sa 
théorie est l'existence d'un son « assibilé » résultant de c(e), 
c(i), dans l'ancien ombrien*. M. Mohl ne fait que suivre ici 
M. Bréal, qui s'était aussi demandé pourquoi le c devant e, î 
aurait conservé en latin la valeur de son dur, tandis qu*en 
ombrien il a passé à i. M. Mohl est allé cependant plus loin 
que M. Bréal et a même essayé de fixer l'époque où le s ombrien 
a commencé à pénétrer en latin et à s'étendre sur toute 
l'Italie et plus tard dans presque tout le monde romain. « La 
colonisation de la Sardaigne, » dit M. Mohl, « tombe encore, 
ainsi que celle de l'Illyrie (seconde moitié du ii*" siècle avant 
J.-C), dans une période où k' était encore dominant dans la 
plupart des contrées. C'est seulement après la guerre sociale, 
lorsque les populations du nord repeuplent le Samnium, la 
Lucanic, le Bnittium dévastés fcrro et igni, que le é ombrien et 
volsquc commence peu à peu à s'imposer partout. Il n'y a pas 
de doute que sous Auguste d pour k* était déjà la prononcia- 
tion la plus générale » (pp. 306-307). Cette conclusion pourrait 
paraître séduisante puisqu'elle cadre bien avec les idées que 
M. Mohl a développées dans son travail sur le latin vulgaire, 
mais elle manque de preuves suffisantes. Ij: fait que le c a été 
altéré en ombrien ne peut rien prouver pour le latin, puisque, 
comme Ta très bien remarqué M. Paris ', un changement pho- 
nétique sur\'enu dans une région ne se propage pas toujours et 
nécessairement dans les autres parties d'un pays. Il y a en France 
des contrées où le c correspondant au qu(e), qu(i), c(o), 

1. Il faut d'ailleurs remarquer que le c(c), c(i) n'a pas toujours conscr\'é 
en vegliote la valeur de k. A côté de kf (— ce, cï lai.), on trouve ce, ci 
(= ce, ci lat.).Cf. M. Bartoli, Ueber eiuf Sttidienreisc ^ur Erforsch. des altrom, 
Dalmatiens (Att^eiger der phiL-hist. Kl, der Akad, der IVissensch.^ Vienne, 
XXV, 1899, pp. 77-78). 

2. On n*est pas d'ailleurs bien lixé sur la valeur phonétique de ce son, qui 
dans les inscriptions écrites en caractères ombriens est rendu par j, et dans 
les inscriptions latines par > (cf. M. Bréal, Mémoires de la Société de linguis- 
tique^ t. VII. pp. 151-152; R. von Planta, Grammatik der oskisclyumhrischem 
Diakkte, t. I, pp. 359-36^)). 

3. Comptes rend ILS de F Académie des Inscriptions, t, XXI, pp. 60-61, 
Annuaire de V École des Hautes Études y 1893, p. 35. 







$ 



ALTÉRATION DU ( 

donné le même résultat quec(e), c(i), sans 
que cette ahémtion se soit généralisée et iiit pénétré dans le fran- 
^i^ littéraire. D'autres raisons viennent en outre contredire la 
théorie de M. MohL On ne devrait jam.iis oublier que Tinfluence 
il une langue sur une autre ne peut avoir lieu que là où elle 
été facilitée parles événements historiques. Il n'y a piis de phé- 
omène linguistique de cet ordre qui ne trouve son explication 
dans un fait historique, et cVst pour cette raison quVn ne 
devrait accepter en philologie que les données qui sont confirmées 
p^ir r histoire. Or, si nous comparons les conclusions de 
M, Mtïhl avec ce que nous savons sur les rapports do Latium 
tv-ec les autres provinces italiennes, on ne trouve rien dans 
^histoîne qui confirme Fhypothése d*une influence de Tom- 
brien sur le latin à une époque comme celte où l'admet 
M. MohI. Comment pourrait-on concevoir que le i ombrien 
n*a pu se génénttiser en latin quVu i" siècle avant J.-C, 
t qy^on ne trouve pas la moindre trace de ce phénomène a%*ant 
cette époque? L'Illyrie fijt conquise par les Romains plus de 
ccni ans après rasservâssement de t'Ombrie, et si le latin avait 
stibi l'influence de l'ombrien, on ne comprend pas pourquoi 
t^ration du c ne se serait pas effectiïée plus tôt et n'aurait pas 
être dans le roman piirlé au delà de TAdriatique. Si Fum- 
brien était capable d'influencer le Luin, ce n est pas au moment 
*H| les Romains avaient imposé leur langue et leur culture à 
îuutts ies provinces italiennes qu'un tel fait pouvait se produire. 
D est vraiment trop hardi de croire que le s ombrien a pu mo- 
difier la prononciation du c latin a une époque où les parlers 
provinciaux de Thalie étaient menacés depuis longtemps de dis- 
paraître. Une telle conclusion serait en flagrante contradiction 
Avec riiistoire^ puisque nous savons que la langue d*un peuple 
s«\imis finit toujours par céder la place h lldiome parlé par 
réléinent conquérant, et qu'il ne peut plus être question d'une 
influence exercée par elle au moment oh toutes les circon- 
Sïances concourent à Tannihiler. Li théorie de M. Mohl semble 
encore plus extraordinaire quand on pense que Tahération du 
c en ombrien n'est attestée que pour le parler d'Iguvium etqu on 
est en droit de douter que ce phénomcne fut général en Om- 
brîe** L*hypothése d*une influence de lombrien sur le latin 



QjUTit aux autres dialectes italiques* on ne trouve aucune preuve 



À 




328 O. DENSUSIANO 

devitat dans ce cas plus ut vraisemblable encore^ et aucun pi 
lologue ne devra plus la répéter avec la même obstination q 
M.Mohl. 

Il nous reste à dire quelques mots d*un argument qui, d*ap 
M. Mohl, serait tellement décisif qu'il ne laisserait plus 
moindre doute sur l'altération du c en latin vulgaire. Le traL^ 
ment de su ci dus montrerait d'une manière irréfutable qu 
c était (< assibilé " dès une époque très ancienne. Dans ce ir^^ 
comme dans frigidus, Vi de la seconde syllabe doit avoir ^^ 
syncopé de bonne heure, comme il résulte du témoignage ^^Ut% 
langues romane^s. « Or la syncope h, dît M. Mohl, <t a eu \ ^^^ 
après la palatalisation des gutturales, soit *frîjidoj *rri j «J^ 
i tal , fr^ddo, franc, froid, etc . , d'un côté, et * s ù c i d o, * s û c d 13 j^ 
Tautre, Ce *siicdo, à cause de son caractère insolite, p^»^s^ 
promptcnient à *sudco, d\>ù normalement en italien jf7=^-^^^ 
dont 1 etymologie est sûre; c après consonne donne îs ^^X 
comme dans rrt/^a, etc* Il faut donc forcément conclure qL_me/ 
existait en Italie avant la syncope dans frigidus, sûcîd mJ*, 
c'est-à-dire pour le moins avant 1 époque d'Auguste ïï(p. jc^t)' 
J'avoue que je ne puis comprendre comment M. MohI â P^^ 
arriver a une telle conclusion. On ne saurait penser â un ^^^ 
rapprochement pour peu qu*on soit familiarisé avec la pho*r^*^ 
tique des langues romane.s. Le ^[de cal^a n'a rien à faire ave*^^ ** 
l de Jti^^(^ puisque dans calcea le c est suivi d\nie voyelle ^^ 
hiatus, ce qui n'est pas le cas pour*iîûdco, M. Mohl aurait *^^ 
se rappeler que Pitalien sii^^^a a été expliqué par M, Flechia' ^^ 
dune manière bien plus satisfaisante : d'après M* Flechia, s^'^Y 
est sorti de*sucidjus par Tétape intermédiaire *sud*cjo, ^^ 
sorte que cet exemple ne peut rien prouver pour laltérat* ^^^ 
du c(e), c(i)non en hiatus. Quant à frigidus, les textes la^ * ^' 
nous montrent clairement que Ti a été syncopé à une épo«^ ^\ 
où il n'y avait pas la moindre trace d'une modification diE 
On n*a qu'à penser au témoignage de VAppenâix Prohi^ 
(édition Fôrster) : frigida nonfrigda^y pour ne plus douter 



assurée d'mie prononciaiioii dtéréc du c devant ç, L Hn volsquc on n*< 
trouve d'exeitiplc que pour c suivi d'une voydle en hiatus (Planta, Grm 
matik dtr oikiià^umbnscben Diakku^ t. 1» pp, 571-^72). 

I. Archivio glottôlogico, t, n, p* ps; cL Canello, ibidem, t, lll, p, 59!. 

3, Le manuscrit porte /rfciiû, mais il faut corriger frigda^ œmmt le 




I 



SUR l'altération du c latin devant e, î 529 

ce fait*. Si rexpHcition df M. Mohl était juste, on ne saurait 
comprendre pourquoi un grand nombre d'adjectifs latins en 
-cidus^ -gidus ont échangé leur terminaison contre -dicus, 
-digus, comme iî résulte du traitement de ces formes dans les 
langues romiines *. Le portugais rnal^a nous montre que 
magida a été changé en*madiga, *aîadga, ce qui n'aurait 
pas été le cas si le g avait été altéré sous Tinfluence de Ti suivant. 
Il résulte de ces observations que la théorie de MM, Bréal 
et Mohl manque toujours de preuves suffisantes. Nous exa- 
minerons maintenant les fliits qui confirment d'après nous 
rhypothèse défendue aussi par M, Paris, que le c suivi de 
tj i avait conservé en latin la valeur d'explosive sourde sintple. 
Les exemples que nous citerons ici montreront, croyons- nous, 
jusqvi'à révidence qu'il n'y a eu à aucune époque du latin vul- 
gaire la moindre tendance à changer le c suivi de e, i en un 
son plus ou moins rapproché de ts ou /j. Les témoignages 
directs du latin et des langues romanes ne peuvent laisser aucun 
Joute sur ce fiiit. 

Le roumain nous offre l'exemple le plus probant de la conser- 
vation du c comme son dur jusqu'au n^ siècle de notre 
I™ «^Te, La forme chingà vient confirmer d une manière éclatante 
■cette opinion. Pour expliquer ce mot, il faut admettre, comme 
Hon l*adéjà montré plus d'une fois V, que cingula, *cingla avait 

reriiari^ue avec raison M* Fôrstcr, — Dans sa notivdîe Mitîon de VApp^mlix 
Proitf (Arçhivfilrki. Uxik,^ XI, 1899, 509), M. H craeus propose le maintien 
**^ f^ricda. Nous ne saurions décider si cette ki;on est prcférable â celle de 
^- Fôrster. Dans tous les cas^ ni frigda ni fricda ne peuvent confirmer 
^'^>l>othèsc de M,.MohL 

1 • Cf , a u ssî i n f r i g d a r e cliei Th éod ore P r i scî e n , Hupûris f u» » éd it ion R ose, 

1^4., vûdcx, p, 520. Sur d'autres exemples de cette forme syncopée, voir 

H, Schuchardt, Fokûlismus dn Vulgûrlaieim^ u U, p. Il > i K. Georges, Ltxi- 

^»»i diT liiidnmhen Wortformtn, s, v. frigus, et W, Heraeus» /. c.^ p, 509. 

Oiiariu fridim d'une inscription de Porapéi (Cùrpus mîcriptmium kti- 

^rum, IV, n« 1191), îl faut y voir Texempît le plus ancien de rassiniilation 

^" g JU d : fr ï d a m est écrit ici pour f r i d d a m (cf. .1 m i d d u l a pour a m y g- 

"^la dans VA^pendix Fr(éi^ 140), — Je me demande comment M. Mohl 

i^i^it expliquer phonétiquement l'italien frtdJo de frtjdol Le groupe dd doit 

•^î^cspoîidre régulièrement i un plus ancien gd. 

^* Cf.Mcyer-Lûbke, GramwwîrVi; des langues rommits^ t. I, § ^^O. 

h Dici, Gram, der rom. S^r.j 5 ôd.^ p. 209; Miklosich, BfUr. ^ur Laut- 



330 O. DENSUSIANU 

passé dans le latin de la Dacie à *clinga, par suite d'un phéno- 
mène de métathèse : si *cingla s'était consente, on n'aurait 
pu avoir que cinghie. Mais ce qu'on n'a pas encore relevé et ce 
qui est le fait le plus important qui nous soit attesté par ce mot, 
c'est que *cingla ne pouvait passer à *clinga que si 
le c se prononçait encore comme k. L;i métathèse de Tl serait 
incompréhensible si le c était devenu i{c) au moment de la 
romanisation de la Dacie. Pour cette métathèse, *clinga trouve 
un pendant dans *cloagum qui a remplacé *coaglum et 
qui est postulé par le roumain chiag et le sarde log. giagu, gia- 
gare (gai. giagga), à côté de cagiuy caiare (gai. caghia)\ Une 
métathèse du même genre est attestée en latin dans la forme 
populaire coacl a, covacla pour cloaca, qui est condamnée 
par le grammairien Conseniius*. C'est ici aussi qu'il faut citer 
la leçon porcacla = portulaca, porclaca', qu'on trouve 
dans quelques manuscrits de Marcellus Empiricus (Z> niedica- 
mentis, édition Helmreich, 1889, XII, 44; XX, 39) et de Théo- 
dore Priscien {EuporistoUy édition Rose, 1894, ï> 73 î ï^^» ^)- 

Une autre métathèse intéressante pour nous est celle de c — t 
dans scintilla — *stincilla. Le français étincelle, le prov. 
cstincello, estincela (eitincela) et le sarde log. istificfndda exigent 



hhre der rum. Dialekti\ Consoti., II, p. 45, Lautgr., p. 28; G. Meyer, Elym, 
H'ortt'rbtich der iilb. Spr., p. 227; A. Candréa, Rfvista pcntru istorU, arfjeologie 
sifilolo^ie, Bucarest, t. VII, p. 74; cf. A. Byhan, Jahreshericht des Itut, Jïtr 
rum. SpniJy (G. Wcigand), t. 111, p. 59. La dérivation de cfntigâ del*alb. Fiii- 
^':/£, admise par MM. Gaster (/?<^7j/i/ />. istorie^ arfjeol, etc., t. I» pp. 26-27) 
et Tikiin {GrutUrii^ dtr tom. Philol.^ t. I, p. 447), doit être écartée. 

1 . Cl. D. Behrens, Uebtr nriprokf \fetûtl)esf im Romaniscfyn, Greifswald, 
1888, p. 28. Il n'est pas facile de décider si cette métathèse s*est produite 
indépendamment en roumain et en sarde ou si elle existait déjà en latin à 
réplique de la conquête de la Sardaigne. I^ présence en sarde des formes 
>ans métathèse i c6té de celles qui remontent a *cloagum nous fait 
plutôt croire qu'il s'agit ici d'un phénomène qui a pu se produire parallèle- 
ment et i des époques diHcrcntcs en sarde et en roumain. — L'alb. kruar 
(*clagarium) montre aussi la niOnie mciaîhèbe. 

2. K. Keil, Cravw.ati^i latini. i. V, pp. ^g2, 597: comp. aussi cacla 
Coipwigioys. ljt.,i. V. p. >0): ci.ibi.i.,1. VI'. p. 225 [^"nysiturus ^loss. etnen- 
dut.), et HLTaeu>. .'. /.. \\ 5:4. 

^. Cc::c Jcrnicrc ibrnie se trouve chez WU^orÀub {.-irs i-eterinaria, édition 
Ihm. 1802. 571, 574). 



SUR L'ALTfeRATION DU C LATIN DEVANT e. î 



fcëttc de 



forme'. Or, 



la métatht 



33Ï 
et t 



I 



I 



lernttTc 
ait pu avoir lieu il allait que le c eût conserve sa vaïeur 
ancienne de son dur. Si le c avait été « a*isibilé », la différence 
entre îiii et le t suivant aurait été trop grande, et il n^aurait 
jamiiis pu prendre la place de ce dernier. Il resterait cependant 
à fixer l'époque où cette métathèse s'est produite. On pourrait 
admettre à la rigueur que *scintilla est devenu *s tin cilla en 
galla-roman indépendamment du sarde. Si les deux formes 
a vaienr existé en latin avant la conquête de la Sardatgne, *stîn- 
cilU aurait pu se généraliser ;ivec te temps et pénétrer dans 
toutes les autres provinces de la Komania* Or^ il n'y a pas de 
tracede *stincilla en htspano*ponugaisj en icalîenj en rhéto- 
roman et en roumain. Iji présence trop isolée de cette forme en 
sarde et en français et I existence de cscintek et iscbintidda à côté 
de éîincelk et istinchidda nous forcent plutôt à conclure que sci n- 
tillaa pu arriver à *5tincilla indépendamment dans le latin 
*lc la Sardaigne et dans celui de la Gaule. Di^ns ce cas, le c 
Jevait avoir à l'époque de César la même valeur qu'au m'= siède 
^vant J.-Cj lors de la conquête de la Sardaigne, 

Un mot dont le témoignage est encore précieux pour l'his- 
toire du c nous est attesté chez Pétrone. C'est cicaro, qui se 
trou\e dans deux plissages de ses satires : iam tibi dhcipuîus crcs- 
^'i cicûro mms 46 (p. 51 de l'édition Bùchelerj i8^;î), ponas... 
^^ cicaronem meum 71 (p. 4S). Il résulte du contexte que cicaro 
^^t employé par I^étrone pour désigner un jeune homme, ce 
Slti est confirmé par quelques formes romanes dont la parenté 
^^'ec notre mot ne saurait être mise en doute. Laissant décote 
'e rapprochement invraisemblable que Niebuhr^ avait fait 
mtre cicaro et Titalien ckalom, on ne peut contester k rela- 
tion qui doit exister entre la forme de Pétrone, Tît. cecino et le 
sic, cidrtddu^ ciciu, dont la signification enferme l'idée de peti- 
tesse \ Or, toutes ces formes ne sont que des dérivés du latin 



t. 

2. 



Cf. Bchrens^ /. c., p. 94, 

JCiàm hisiùriid}£ utui pinlolijgisd^ Scfsrijien, Bonn, 1818, l, 1, p. î4t* 
1* Ccsarep, De Pttrmii ummu^ Romc^ 1887, p, 12; cf* J. S<^ebade 
LômmiiLïSch, Uxkou Pefromattum , Leipzig. 1898, pp. J7-28. Sur Vopî- 
(Vion ^i^< Hv'itisc, qui voyait dans cîcaro une foraïc corrompue de Cicero 
^î^i aurait ctc cmploy^ie d-imk jK^uplc comme î^urnam des tnfams beureuse- 
mmiciny^^^ V. A. Coïlignon, FMtdi- stir Pétrùm, Paris» 1892, jt. 287. 






332 O- DENSUSIAKU 

cicer, de sorte que cîcaro doit repmduire une forme populaire 
à coté d'un plus ancien cicero\ Mais Te de cicero n*a pu 
être changé en a qu'après un c non encore altéré'. Il resterait 
ici aussi à fixer quand cicero fut remplacé par cicaro dans le 
latin vulgaire; mais tout renseignemenE nous manque là-dessus^ 
et personne ne pourra préciser si cette dernière forme fut intro- 
duite dans le parler populaire à Tépoque de Pétrone ou si ellc^^ 
existait avant. ^ 

Il ne serait peut-être pas sans intérêt de rappeler ici aussi 
la forme conea, qui était employée pour ciconia chez loi^ 
habitants de Préneste, comme il résulte d'un passage de Plaute '^H 
La chute de ci- dans ce moi par suite d'un phénomène de 
dissimilation^ ne s'expliquerait pas si le latin \nlgaire avait^ 
eu une tendance à altérer la prononciation du c. fl 

Sij enfin, nous rappelons encore la forme souvent citée 
*cucuta, qui a existé à côté de cicuta, et qui n'a pu sortir i 
de cette dernière qu'à une époque où le c avait la prononciatia|^| 
dure î, nous aurons épuisé la liste des exemples que nous avons 



1. Cicero pour clcer est attesté chez Du Cangc. ^^ 

1, Je ne crois pis que l'a de eicaro soil *le même nature que la d'ansar, 
carcar, pa^sar qu'on trouve dans VAppendix Probt ç\ dans quelques inscrip- 
tions pour anse r, carcer, passer, Datis ce^ dernières formes ^ le chatige- 
ment peut ctre dû à trn phénomène d'assimilation (cL A, Lindsay» Die laiHè^Ê 
niiche Sprttche, iraductlon de Nohlt Leipzig, 1897, pp. 26» 3p)i dans cicaroi^^ 
il faut plutôt admettre un pussage spontané de e à â, comme dans 
n o V a r c a pour n o v e r c a *it tes te d ans 1 \Apptndix Probi^ 1 1S8 . 

j, Trttmintm, 690 : s Ut Prenestinis cône a est ciconiâ. i Cf. Pro* 
bus, Dr h/^iwiV lyUaNs, chez Kcil, Grammatid kîini^ t. ÏV\ p. 265. 

4. D'apr6s quelques pliilologucs^ conca serait sorti de cvconîa piar sut^ 
de la syncope de l'i cotre les deui c* Nous croyons notre ex pU cation plu 
acceptable . 

5. M. Moht, L c, p. 21^ révoque en doute Fexistence de ^lucuu dans 
k latin vulgaire, malgré le tcnioijinagc dç* formes roum. cuadd (comp. alb. 
kukuit)^ saintong. cohik, limons, kukitdor D'après M. Mobl. la forme rou- 
maine pourrait être un emprunt fait â Talbanais. M, Mohl ne s'est pas 
aperçu qu>n émettant cette hypothèse il apportai 1 un argument indirect a Tap- 
pui de la thèse que lec n'éuit pâs altéré à Tépoquede la conquête de la Gaule. 
Comnienï.ci» cfîet. dans rhvpoiliè^ contraire, expliquer les forme* Irança 
citées» plui hauï ? M faudrait .idnicîtrc4ue Icti- avait conservé la prononciatic 
dure juiqu'â l'épo^iuc de César et qu'il pouvait être a.ssimîié à la syllab 



4 



SUR LALTikATION DU C LATIN DEVANT Ç, l JJJ 

pr^^sents dansla mémoire et qui nous montrent suiBsammcnt, 
croyons-nous, que rattémtion du c ne peut être attestée à 
L^ atKrtjine époque du latin vulgaire. 

^B TTcrls sont les faits qui nous prouvent que le c suivi de e, î 

^^av^^it: conservé en latin jusqu*au ii'' siècle de notre ère la 

^1 va. Ic^xar d explosive simple. On ne devrait donc plus parler d*une 

r aIt€^i-3tion du c dans !e latin vulgaire transplanté dans les pro- 

viw^iz^s delà Romanîa. Les exemples que nous avons recueillis 

1*^*^ ï>ourront sans doute être complètes par des recherches plus 

nm i :imjtieuses dans les textes latins et par des études plus appro- 

foT-i.ciîes sur les destinées du c dans chacune des langues romanes. 

N'cr^ias n avons nullement la prétention d'avoir dit le dernier 

rr^c^c dans une question aussi compliquée que celle dont nous 

iK^i^Xis sommes occupé; notre intention était simplement de 

rr^ «entrer qu'un fait phonétique comme celui-ci ne doit pas être 

cti^jiclié isolément, et que des détails insignifiants en apparence 

p^ mi vent nous donner la clef d'un problème aussi important 

I q^m^xe- celui que nous avons étudié ici. 

^fe Ovide Densusiaku. 

^^ s.ijai>;^a.nte, tout comme dans le latin de Tlllyne. M. Mohl remarque en outre 
q^^i-^'e' même si'cuc'uta a existé en latin, le pass^ige de i i u dans ci- peut avoir 
é^^ -iwïienè par Tanalogie de quelques mots comme cucuïnU, cucurbita, 
ex <^i3*il n'y a aucune raison pour îe faire remûnicr à un lemps où c se pro- 
cmoriii: ail comme k. Mais, même dans ce cas, nous ne voyons pas comment 
ci c: uta auraii été rapprocha de cucumîs^ etc., si le c de ci- ii*avait pas 
^^rclé la valeur de sod dur, de sorte que Pexplication de M. Mohî ne peut 
ineTi prouver contre le passage de cicutaâ 'cucuta avant raltération des 
gutturales. Nous croyons d'ailleurs, avec M. Mcyer-Lùbke (Grawr. des hfîguis 
**«»••, t, I^S ÎÎ9) et autres philologues, que le changement de ci- en eu- est 
àû plutdt à l'influence assimilatrice de la syllabe suivante. 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 



ABDEGA, antic. 

Hallase en el IJbro de Régla de la Abadia de Santillana (San- 
tander), folio 4 : « illo sobre quod superius resonat cum casas 
et orreos, lagare et abdega, cum cupas plenas, curtes et cum 
omni mobilia. » La escritura no llex'a fecha, pero es del abad 
Martin, que viviô en tiempo de Alfonso cl Batallador (1104- 
1134). La palabra es la misma que la portuguesa adega, deri- 
vada de apothcca, mientras otra forma divergente, botecba en 
un documento de 1180*, y en castellano moderno bodega^ se 
produjo con aféresis en vez de sincopa. Otro grupo de formas, 
en que la r< griega aparece conventida en /, es conocido; botiga 
représenta la forma popular, con / en vez de d como en el italiano 
bottegûy en tanto que bokica parcce, por su c, rchccho en vista del 
culto apoteca. Las formas abdega adcga, con a inicial, propias de 
la Peninsula ibérica, son posteriores d las formas con aféresis 
comunes d todos la romances ; del primitivo *abodega se dérivé 
primero bodega, antes de la sincopa de la vocal protônica interna, 
y en segundo lugar, con esta sincopa, se produjo abdega. Es 
decir, que la forma anticuada es posterior d la hoy en uso, como 
litnosna es mds vieja que la forma anticuada almosna. 

ACUYTRAR, uav. antic. 

Se lee en el Fucro de Navarra ^ p. 124 a : « daquia que 
(el bucy) aya acuytraJo o sempnado con su corapaynero sepna- 

1. Muchas, comvi se vcr.l, no llevan aparato especial de erudiciôn, por scr 
cLiras y t;lcilcs. Las apunio, sin embargo, por no hallarlas acogidas en los 
diccionarios etimolôgicos usuaies, y por créer que merecen propagarse y 
cntrar en circulaciôn. 

2. /»/J/iY Je los documentes del Motusierio de 5j/w^'m«... puhl. por el Archiva 
Historico Xacional^ Madrid, 1874, art. 141. 

}. Fuero ^encrai de Savarra, edic.acordata por la lixcma. Diputaciàn prov. 
dirigidj,.. por D. Pablo Ilarregui v D. Shgundo Lapuerta, 1869, Pam- 
plona. 



ETIMOLOGÎAS ESPANOLAS 335 

^Ura del cafiz de trigo »... p. 125 i : « si entridiercn greyes 

^^ oveyllas,... seyendo la tierra muyllada de pluvia, en los bar- 

'^ytos que son pora sempnar, . . . el seynor de la grey o destas 

^^'cyllas deve acuytrar una vez estos barbeytos por logar que 

P^^^sa,ron las oveyllas ». El sentido es « labrar la tierra o culti- 

var/a. » y como es concretamente « labrarla con el arado », 

^^éolg^ cJerivado mis bien que de *ac-culturare (en Du Cange 

^tiit ta rare), de la voz cnytre que en varies textos navarros y 

^'^<^ri«ses ' aparece con la signifîcaciôn de « arado » (latin 

cuit: ^ X7). Comp. el gascon coudre, cultrum, y coudra = labrar. 

Auiicj vie la voz en cuestiôn présente -i7- por -//-, no es de todo 

pun^cz> preciso calificarla de dialectal, al par de otras del mismo 

Fuex-c_> Je Navarra (v. g. muytas =^ muchas), ya que la r siguicnte 

impmc3.i.o también la evoluciôn del grupo d ch en el casiellano 

biiit'^^ (vulture). La / llcgo d eliminarse en cotral (*c ultra lis, 

P^^ = "bos ad cultrum). 

r 

ALEDANO. 

*-iî^z crée que limitaneus produjo *akndam,y este perdiô 

lat» pcDrdisimilacion. Laexplicaciôn esbastantesatisfoctoria, pero 

no ^std comprobada con formas intermedias, las cuales como no 

P^^^^ntan, que yo sepa, rastros de la m, nos hacen partir de un 

deri-v-^dQ jg latus, *lataneus, andlogo d su sinônimo affron- 

tatt^c^^ que se lee en un diploma de 1234 del Monasterio de Silos % 

y ^^^^ils cuando en otra carta del mismo Silos, fccha en Mayo 

Z^ ï ^22, se hallan las formas adletaneus, alletatieus, adlateneus. 

*^^ otras cartas hallo aladanos (aiio 1279, Arch, Hist.y Oiia, 

p -4-83; 30 Jun. 1381, Ar. H., Silos), adiatanusy aladanos 

J^^*^x-. 1228, Ar. h. y Ona, n° 438). El anticuado adegano que 

^ -^crademia da como sinônimo de aledahOy séria dificil de explicar 

P^^^ una disimilaciôn de *adedafiOy en cl cual la / se hubiera tro- 

^^o en dy como en devantar por levaniary dexar por kxar 

^y^ ^ Cornu, Rom. y IX, 133) 6 dieldo asturiano por leiido; d falta 

• ^ textos que aseguren su significado, prefiero mirarlo como 

^^ i vado de d ec a n i a, degafïa . 

*^^ - F. de Navarra^ p. 61 a. Rev. de Archives Bihîiotecas y Museos, III, 3 51, y 

* 31. 

■^» Recueil de chartes de VAhhase de Silos y par D. Marius Ferotin. Paris, 
^^^7,p. i78y 15s. 



3î6 



RAMÔSI MENÈNDEZ PlDAL 



ALTOIANO, ANTUZAHO. 

Covarrubias derivaba la vos: alto^am del arabe toza 
« aimbre i», y del latin altos; Cabrera de alto y el sufijo iîw?, 
con una ^ eufônka injerida, y M.-Liibkc (Gramm,, II, § 450) 
de altei + am. Para antuxf^m no se que se haya buscado eti- 
niobgîâ. Yo no puedo ver en alîù^am y aniuiam sino dos for- 
mas divergentes de un mismo tipo originario, el compuesto 
parasintétko an te -|- ostîum + anum* Por lo mismo que 
ostium produjoel arcdico i#^a, habia de résultat de ese corn- 
puesto la palabra anteu:;àno que se lee en un documento leonés de 
21 Die. noî, sobre venta de un solar »- cum suo ono et sua 
eira et suo ante uzaoo »» *- En otro diploma mas antiguo, de 
962, copiado en el sigb Xï en el Cartulario de Cardcôa, se 
v^Tihu anîuiam> * . La forma y el sentido de esta V02 persisten en 
el Norte de Espafia ; « antuiam^^ en algunas partes de las Mon- 
lanas y Encartaciones de Vizcaya» es aquella plazuela 6 lér- 
mino que esta delante de una casa penenedente d ella » S y en 
Asturias tiene iguat acepcion la voz anîoxatm *^cuya x{6 sea j), 
correspondiente a una / del castellano moderno, représenta 
perfectamcntc cl -j//- de ostium, como se œmprueba par ^fi- 
fcyâ> an-gustia. El Dicdonario de la Acadcmia* no se con 
que autoridadj pues falta este articula en su primera ediciôn, 
pone iifflxi^âficr como anttcuado, significando s posesiôn ô Bnca» 
cercada, stn ser\idumbre *>, sentido a que fidlmente pudo 
pasarsc partiendo del de plazuela propia de la casa ante la cual 
esta y reservada cxclusivamente para su servicîo. 

Pasemos i b segunda forma. Siendo lo mis comûn que 



I. IndktdihsdccdeSûhûgûn, p. 3^0, art, 14^7» 
a, Ber^nfii, Amigmdadfi dt B^m^ Miidrid, 1731, VL, p. 199. La 
es semqante 



Z 



« pro ipso sokre et ipso 



i k del documento de Sdi^ûn 
aatufaQa cum suis adiacemiis. « 

;. En d Dkciùnnyio Jd P. Terreros, ^uîdo por d àt Sifvi, 
4, Esti mû deônida ca E^to, Vmûbul^h de las paléfrm y frûSft htkkf^ 
Madrid» tS^i, côtm> « espa^so iltuido alrededor de k câsi del labrstJor para 
ejccutarîaa faenas piopias de! açirrco de esti ercol* combustible, etc. ■. Ami»^ 
xan^ se usa generalmeatc coûforme i su ctrmotogia, pan dcsignar Upl 
qye csii dekmc de ta paena de una casa. 



[ 



ETIMOLOGIAS ESPA5oLAS 337 

plazuelas delante delà puerta las tuvieran solo ks casas grandes, 

'os castillos y las Iglesias, que gencralmente se edificaban en 

sjtios altos, por una etimologia popular vino el antuiano d ser 

ihm^ào altOsfino\ en este cambio pudo influir algo también la 

disimilaciôn de las dos n. AltoT^atio conserva en algunas partes, 

como en Bogota, su significado originario, aplicandose â 

'os atrios ô lonjas de las Iglesias ora estén sobre el nivel de la 

caile, como sucede con el de la Catedral 6 el de Egipto en 

dicha capital americana, ora estén al mismo nivel 6 mds bajos * ; 

pero» en gênerai, la nueva forma de la palabra influyô sobre 

su sîgnificacion, viniendo d usarse para designar « el paraje 

ro^ïs alto y ventilado de una poblacion, el cual regularmente 

forma, mesa 6 plaza », ô solo « cerro 6 elevaciôn de terreno ». 



AMELGA. 



^^^Melgas son las divisiones igualcs que el labrador marca en 
una l^aza para esparcir la simiente con igualdad y proporciôn; 
conic:^ estas divisiones se hacen con el arado, se dijo amelgar 
por ïTiarcar surcos equidistantes para dividir en amelgas una 
tierr^^^ a ^1 IjjJq ^q ^stas voces hay otras con aféresis : melga, 
usad s^^ e,^ Qjlombia (Cuervo, § 677) y Aielgar, Melgado, como 
"^/^ Vibres propios. Ninguna de estas es sin embargo la forma 
or^g'*^ xiaria de la palabra, sino una que falta en el Diccionario 
acad^^Q^Î^Q^ pero que se halla ya en el de Nebrija : enielga^y 
^^^ Tios conduce d *gemcllïca, del cual proceden d la vez 
^^^r^^ay melga de igual modo que de *gemcllicius proceden 



*• H. J. Cuervo, Apuntaciones critkas sobre el îenguagc hogotano, 4* cdic, 
ï^5 , §482. 

^* îl P. Tcrreros dice : « segùn otros es solo voz de Aragon y significa 

nacô'K- hoyos pequenos en la tierra en senal de que se loma posesiôn, ô levan- 

^^ "^^ tes y amojonar. » Borao copia de la Acadcmia esta acepciôn incompleia. 

3* Nebrija dice « emelga entredos sulcos. Candetum .i. » También trae 

^^ ^orma Terreros : « emelga^ sulco grande que hacen cuando se ara, para 

que ^îrva de término d las eras que se hiembran, 6 para que se desahogue la 

ticr»"^^ después de sembrada, ô para aporcar la hortaliza, etc. » Salvd copia en 

*** ^^kc, este articulo de Terreros sin advertir que se trata de igual voz que 



l 



3î8 ItAMiK MEKÉKDES! PlbAl 

bs dos formas mtiUi:^o * y tnelli^o. Esto nos haria suponer Li 
œstumbrc priniitiva dt; dîvidir la tierra en dos partes genielas. 
Las formas no castellanas de k palabra ofrecen bastante dificul- 
tad. En el Vocabulario bable de Rato se halla a amelga * con 
la forma tmklga i se trata de una h parasîtaria por influencia de 
los dupLioidos pakima palomha^ lania iomha^ etc.; i que se vé 
tanibien en el mmbaridîa à^camam en Berceo, 6 en balunéa al 
lado de balmm^ si efectivamente se dériva de volumen como 
indica NcbrijaP^se trata mas bien de un cambio de m en A? 
^ 6 de una etimologta di&tinta ? El portugués ofrece una foniià 
aniloga a la asiuriana en miMga, dialectal en Moimenta (^Kcv. 
LusiL^ I), significando igualmente « faxa de terra para seraeir », 
que se dicc en la regi/ni de Vtseo kiga, con las cuales pugm 
por su diptongo la otra forma asturiana tnibitelga que da cl 
mismo Rato, y que creo sea &lsa. La Senora Micliaélis nie 
recuerda en fiivor de la etimologia propuesta, si bien dudando 
de ella» que en Galicia y Tras os Montes se conoce la aféresis 
en tmlgûs^ al lado de gifneigm^ por cl port. « gemeos » y el cas- 
tel lano « mettizos » ; en casicllano la perdida de la ^ es reguUr, 
y la aféresis de la <f se ofrece en los otros derivados iguales de 
igual etimologia, que cito aqui i niodo de conlirmacièn. De 
•gcmellicus provicne tambiiîn anelpu apuntado en el Voca- 
bulario de D. Francisco del Rosal (BibL Nac. mss. T*'i27, 
pig. 150) como sinônirao de <« metlko 0, y de la fusion de tmtlga 
Y etnrlIi:^o resulto emelgtiiiô^ registrado por el mismo Rosal, y 
nulgui^û usado en varias provincias y que Borao ' apunta coma 
« barbarismo m de Aragon. V. adelante mielga, como unacuan;i 
forma derivada de •gemellica al lado de enuJga anuiga y 
milga, 

ABMATOSTE. 

Este, que Co^airubias (s. v. arniar) califica sin mis raz6ii de 
« vocablu bdrbaro », es un coin pu esto al modo de caiaîrjt^\ su 




I. £su rôftna es docoiîoddj : < Tos dicnlc^ «ssi como greyes de trasqut- 
b(ki... todâs cmellûai de ^m ^ Tus icia» como dos emdlizos de ccifçâ •* 
SUudds^bStv; Cm^L, IV, 2, y VIL 5; ms. Ësciirbknsc ! ]*é. 

1. Dkdomrm et V9cn wragemiséÊ,,* for D jetémmo Borao. Zingosa, 
tS8s. 



ETÎMOLOGIAS ESPANOLAS 339 

primer elemento es un verbo arma, y el segundo un adverbio, 
toste (^Alex. 1850, 5. Ildefonso 382) 6 tost (Alex. 1043, 2145, 
5- Laurencio 78). Su signifîcado primitivo es, pues, el de cosa 
dispuesta para armarse pronto, ô cosa facil de arniar. 

AZOMAR. 

Significa « incitar d las animales » y no creo que esta sea 
sine una de tantas acepciones del verbo assotnary asoniar 
(as-summare), la cual le corresponde muy naturalmente por 
el uso de la frase à somo\ como interjecciôn para animar à los 
perros. No puedo citar ejemplos de este uso, pero si recordaré 
el romance que empieza : « Arriba, canes, arribal que rabia 
mala os mate! » (Wolf, Primavera y flor^ n° 124) y cl hecho de 
haberse producido otro verbo analogo del adverbio asuso (v. el 
articulo siguiente). Nebrija escribe açomar y esa ç la hallamos 
en oiras acepciones del verbo assummare', y podrian recor- 

darse muchos mis casos, como çueco soccus, cerraja sarralia, 

etc., etc. 

AZUZAR. 

Es sinônimo del anterior. Cabrera lo dériva de cxcitare, 
P^To evidentemente esta formado de la exclamaciôn susl (por 
suso sursum) usada para animar d los perros. Falta en Nebrija, 
P^ro antiguamente se escribiria *açuçar. 

BASURA. 

Es évidente la etimologia de Covarrubias : *versura, del 
participîo versum de verrere. Estd de acuerdo con ella la 
ottografia de Nebrija : vassura. 

BODIGO. 

Uerivase del adjetivo vôtivum, sobre entendiéndose 
p^^etn^ La forma bodiuo es producto regular de votivum, 

I. « Vos açomastes el sueno » en la Crônicade 1^44 ; « comprarnen çomar 
^ceso » en unas Ordenanzas de Oviedo de 1274; « azomejclas » (léas, 
^racgelas ») en el Libro de Calila y Dimna, p. 74 a. 
2, Tamarid propuso una etimologia drabe, y Covarrubias lo dériva de boda 



340 RAMÔN MENÉNDEZ PIDAL 

mediante la disimilaciôn de las dos v que se impone en la lengua 
antigua, como se ve en biuar (vivare), biuir (vivere) bolurr 
(volvere) (v. Cueno, en Rev. hispanique^ II, 8). Léese por 
ejemplo en el Fuero de Osagre', al establecer la obligaciôn en 
que la viuda queda de llevar ofrenda a la Iglesia por su marido : 
« lieue in die domingo e in die lunes bodiuo e dinero e candela ». 
El cambio de la z; en jf abunda tanto que basta recordar /«^rfw por 
jubôn en Extremadura, Colombia y otras muchas comarcas, 
regusto por robusto muy corriente, y pago por pavo en un 
manuscrito del Fuero de Teruel *. Por lo demis, bodivo es la 
forma portuguesa al lado de bodo (v. Santa Rosa de Viterbo). 

BREVA. 

Se dériva de ficus bïféra, como las formas portuguesas Ufaro 
y beberUy segùn la acertada etimologia de Carolina Michaëlis 
{Rev. LusitanUy I, 298). La/ de bifera se hizo naturalmente 
explosiva, como en africus abrego, aurificem orebcf ^ y dando 
por resultado bara ^, ô bebra como se lee en Fita 1264, y como 
se dice en gallego, de donde por metâtesis ficil se originô 
brevûy como de bebrajo se originô brebaje, 

CAMELLA, GAMELLA. 

Ambas palabras significan cada uno de los dos arcos gemelos 
del yugo y se derivan del adjetivo gemella. Este habia de pro- 



<r porque ordiiuriamente para las taies fîesus se hacen panes rcgalados y 
pcquenos, para poner en cada servicio el suyo ». En la /?«'. de Archivas 
Bibliot. y Mus., III, 95 y 192, se propone una etimologfa germinica. 

1. Fol. 28. Manuscrito existente en el Archive Histôrico Nacional de 
Madrid. Es del siglo xiv. 

2. .Ms. de la B. Nac. D-60, fol. 80 c. Acerca del truequcde la b en^,véase 
C. Michaëlis, Studien ^ur rom. ll'ortsc})ôpfutig^ Leipzig, 1876, p. 236, y 
Cucr\'0, Apwitac. crit. sobre el leng. bogotanOy ^681. 

5. En el Fuero de Brihiuga^ publ, por D. Juan Catalina Garcfa, Madrid, 
1888, p. 17). 

4. Biblia Escur. I. j. 6, fol. 17 /* : « la figuera metiosus beuras ». Cant., II, 
13. D. Juan Ducamtn, que publicard en brève la ediciôn paleogrdfîca detodos 
los côdices del Arciprcste de Hita, me advierte que el de Toledo contiene la 
curiosa forma breura. 



ETIMOLOGiAS ESPASOLAS 54! 

uucir en castellano *^m^Wd y melîa^^ y luego camélia con h 

inteposiciôn del prefijo m^, elemento no explicado hasta hoy, 

Fro que se ve en otras muchas voces, como ca-scabel^ ca-modar^ 

^tc. En asturiano tiene otra acepdôn la misma palabra, llaman- 

tlose « camélia de la derccha 6 de la izquîerda m cada unâ de las 

vacas acostumbradas a uncirse en cl correspondîente mmdh ô 

(^ntelJar (gemellaris) del yugo. De aingiin modo puede pen- 

^âîse para lodas estas voces en camba o gamba pues su 

Jerj vado en castellano hubiera sido *camilla y en asturiano es 

CERROJO. 






Por muy évidente que parezca sy derivaciàn de cerrar, no es 

escacta ; lo probarin las formas antiguas de la palabra, La mds 

antigua, fonéncamente habkndo, la ofrece la Biblia romanceada 

Ej&curialense I-}-6j foL 1S6 d t tt e fizieron liy altos muros e 

puertas e berroios^ e pusieron guardas en ellas », dondc traduce 

^1 latin M et partis et seris » de / Mach. IX. jo ; krraio es idén- 

î^îtro al antiguo francés verromi^ moderno verrou^ provenzal 

/«rT'r-c>/Aj derivadu de veruculam por Die;?, aunque sin expli- 

ir la doble rr. Por una etimologia popular de ferrum se dijo 

d^spués en provenzal /^rn>/ A, en portugués/tTnî/fej y en castel- 

\*^t\^::ï ferrojo \ forma esta ùltima que se halla en otro romancea- 

!riiîento de la Biblia (Escur. I*i-3 ; II, Esdras III^ ïj ; en Scio) ; 
^ sus canadas cfirroios »^ « et seras et vectes ». Hasta aqui el 
<^^isT:dlano vemos que signe el camino trillado por las otras len- 
gu;a.5 hermanas ; se aparta de ellas en la voz moderna cerrojo; 
êst3. no puede procéder directamente de bcrroji\ pues el cambio 
^^ la i en r es înaudito, pero se explica perfectamente por 
I J^^^^jo^ ya que cl paso de /- a c~ es h écho averîguado, segûn se 
I pn^cba con varîos ejemplos en el articulo sigutente, y estaba 
^'^f^^cial mente favorecido en este caso por el recoerdodel verbo 
cerm^^r y del substantivo cet raja. 



* - Sobre esta doble forma vca&e lo Jîcho i proposito Je amelga. 
•^fetii iixiUa < gtmiiîa fuè txplicada ya por Eiisi^ eo Zdtschr.J. rom 



La ctiniQ- 



A 



342 RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

ciBiELLA, astur. CEBiLLA, santand. 

Se Uama cibiella en Asturias la vara de una madera fîbrosa, 
ablandada en agua y retorcida luego, para darle flexibilidad, A fin 
de que sirva como ligadura en varias faenas agricolas. Cibiella es 
una forma hermana del castellano antiguo /«/W/ûi {Alex. 105), 
moà^rï\o hevilla, derivadode *fîbella por fibula. Elasturiano 
conserva actualmente el sufijo iello que el castellano comenzô 
ya en el siglo xni d transforniar en illo, El cambio de / inicial 
en la otra fricativa :( r 6 en la silbante s es menos raro de lo 
que se crée'; en Asturias se encuentra cenoyu (fenuculum, 
hirjojo), cincar (por hincar)^ y en la pronunciaciôn vulgar de 
varias provincias se oye Celumena por Filoména^ Celi(>c por Felipe, 
celpa por felpa, ciscal por fiscal, ù otras deformaciones semejantes 
de palabras cultas que empiezan por/; en fin, el cataldn présenta 
igual cambio en el derivado mismo de *fibella, que es sivella, 
y el gallego conserva un doble représentante de esa palabra : 
fibela (lazada corrediza) y cibela (coUar de vara flexible, de correa, 
6 de madera, que sujeta el cuello del buey d la canga 6 yugo). 
En lo que toca al sentido de la forma asturiana y de las dos 
gallegas, recuérdese que el latin fibula, en ellenguaje de labra- 
dores y cesteros, significaba ligadura de madera, hecha exacta- 
mente como hoy se hace en el norte de Espana, ablandando la 
vara entre estiercol ô en agua : « fibulae unde fiant, aridae 
iligncae, ulmeae, nuceae, ficulneae, face uti in stercus aut în 
aquam conjiciantur. Inde ubi opus erit fibulas facito. » (Caton, 
De te rust,y XXXI). — En Santander, donde el sufijo -iello se 
hace 'illoy como en castellano moderno, se dice cebilla, corres- 
pondicndo a hebilla ; la cebilla es un collar de madera encorvada, 
en forma de U, cuya parte abierta se cierra por medio de un 
travesaiio ô « Uavija » y sir\'e para « prender el ganado », 6 
sea, para sujetar el cuello de las vacas al pesebre^. 



1. Dicz, Grjmm., I, 263 n., no cita sino dos ejemplos catalanes. Le 
amplian on este punto Buggc, en Kom., 111, 162, y Marchesini, en Studj di 
filol. rom.y II, 3, nota 2, confirmando la ctimologia del czXzWw sivella^fihella^ 
la cual me parccc évidente en visia del astur. cibiella por mds que la haya 
desechado Parodi, mu Rom., XVll. 58. 

2. Kbta explicacirtn me la da en carta el ilustre novelista Pereda, anadiendo 
que la misma cebilla es lo que êl por equivocaciôn Ilania ctbica en Pena$ 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 343 



COLONDRA, astur., CORONDEL. 



El latin columen, sinônimode columna, « apoyo, viga del 
techo», etc., tuvo un derivado romance *côlùmïta, del cual 
es testigo el asturiano *colonday colondra con una r epentética 
tras la dental (como por ejemplo landre al lado de lande^ 
f unira * al lado de funda, mientre, delantrCy etc.); colondra en el 
vocabulario de Rato significa « pieza de madera que se coloca 
en les tejados para avanzar los aleros ». 

De ese mismo *columita se hizo a su vez un diminutivo : 

*co lu mi tell us, que en Du Cange aparece bajo la forma 

columpdellutn^ tomado de una carta de 1263, con el sentido de 

« columna de escritura ». En castellano debiô existir *colondel 

que por disimilacion se redujo d corondel, como el latin 

caeruleus por *caeluleus ô el cast. brial por el prov. y afr. 

imitait, Corondel es voz semiculta de amanuenses é impresores, 

cotno lo prueba la interpretaciôn dada al sufijo -éllus, analoga 

i la que se ve en bajel^ novel, doncel. En catalan es corondell^; 

^ri pK)rtugués se formô igual término de columella, dkién- 

<lose colmelloy cultmllo, cumello (P. Santa Rosa de Viterbo). 

COLLAZO. 

En el sentido de hermano de lèche, claro es que se dériva de 
collacteus; pero colla:(p tiene ademas otras acepciones 
^^<^oinpatibles con esa etimologia, pues no se concibe como de 
co 1 1 acte us se pasô d designar en la Edad Media el sier\'o de la 



'"''xAa (Madrid, 189$, pdg 246); que en varios pueblos de los valles bajosse 
am^ indistintamente prisièn 6 cebia a ese mismo collar,y que en Polanco se 
* ^l nombre de cebias, siempre en plural, i una cadena de très ô cuatro 

aiîiîlQs de velorto, que tiene vàrios usos en la labranza. Serd uhia — cehiya, 

^^il€i. Véase ademis P. de Mugica, Dialectos castellanos, Berlin, 1892, 

P% 36 : « cevilla, especie de collera, de madera ». 

^ - En un invcnurio de 27 oct. 1372, en el Archivo Hist. Nac, doc« de 

^^^^ Maria del Hospiul en Prias : « çinco coçedras con fundras de teriiz 

"^^^^s et très coçedras sin fundras. » 
^ «libre fetacorondells » en uninventario de 1458. Ra\ de Arch. BihL 

>-^t«., I, p. 47y63; II, p. II. 



344 RAMÔN MENENDEZ PIDAL 

gleba que pagaba al senor cierto mbutoj y como en el sîglo xvu 
se Ibtnù asi à los nia;^os de labor â quienes sus amos daban algûn 
pegujal 6 pedazo de tierra que kbraiien para si, cou ubtigaciàii 
de pagar el dk;înw de las coUa-as (Covarrubias); y como hoy , en 
Asmrias^ se apUca al ^^ companero de servkîo en casa à en cl 
eampo «« (Ratu)» Con estes sigiiificadoSj œlla:;pts un derivado 
del norainadvo coUatio « tributoô contribucîàii •% desîgnando 
à h persona con cl nombre del censo que pagaba. En los docu- 
nientos de la baja latinidad se encuentra ayllatius^ coHacim^ por 
siervo % pcro mis comunmeiite se escribe coliaço^ coUa^o\ El 
derivado del caso rêgimen coUatîone es çoUa^^ion que en el 
^ntîdo de colecra 6 tribuio puede verse en las traducciones de b 
Biblia (comp. Rm,, XXVIH, 407, lin, 12). 

COLUMBRAR. 

De columen, « cima, aUura »» ; *coluniînarc a divisar i 
lo icjos dcsde una ahura ». Del verbo nacieron las voces de germa- 
nia columbrùn^ lo que alcanza una mirada^ cdumhrts^ los ojos* 
Eu cambioj el nombre de lugar Cakmihra prueba, por su û 
acentuada, que se dériva, no del verbo (yo coîumbfù)^ sino 
directamente del subsiantivo col ù mi ne. 

COR AMBRE* 

Pôngasc esta vok al lado del retoromano kurdm^ como repre* 
sentante de •coriamen, La ï en hiato desaparece como en 
Coriandrum culaninK 

CUCLJLLAS. 

Anadase la expresiôn adverbial en cmliUas a las voces deriva- 
das de la raiz ononiatopeica cloc-, pues désigna» como indka 
ya Co%-arrubiaij la poMura del cuerpo scntado st^bre lys calca- 
nos, imitando la de la gallina clueca cuando empolla los hucvos 
sin cchirse cnteramente sobre ellos. De *cloquillas se dijoirii4r/f7/ifj 



ï. Du Câtigc y el P. S» Rosa de Vitcrbo, s. v. i^U&fiû^ filso nomînatt%o 
mvciiudo par elles â rWk#tti y fixTWiÏJ, ccyo sentido también intcrpreun cn^l. 

1. Rtcmil df çhartis ai r Ahhtyi df Siim.p. F^rotin» P*m» 1897, p. %%y 58. 
ÇdtiitàH dtjxktrm de Muîîoi, p. 170» c te* 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 345 

P^^ metitesis. Compdrese el italiano accoccolarsi^ « sedersi 
^^lle calcagna » y el adv. coccoloni cuyz etimologia establece dix 
y^tudi di etim., n® 292). Ademds el gascon aclouca-Sy tomar la 
Pâtura de la clueca (clotica), en el Dicc. de Lespy. 

CHICHÔN, CICIÔN. 

Covarrubias (s. v. « cicial ») dériva ciciôn « calentura que 

viene con frîo » del nombre del viento cUr:(Oy pues este produce 

*^ calenturas. Esta etimologia ni ninguna otra no pueden 

subsistir frente a la que Nebrija sugiere : « cicion de calentura. 

Acc^ssio. onis. » La acepciôn primordial es, pues, « acceso, 

accès i<Sn ô recargo de la fiebre ». 

^ï^si aféresis igual d la que se muestra en accessionem 
ctcu>9^ nos explicard la etimologia de chichôn por otro derivado del 
misrriç2j5y{j3Ç3j^^jyQ^g55jQ con distinto prefijo : abscessionem, 
dancl<^ dabscessio el mismo significado que ténia abscessus, 
« ^"^t-r\or ». An tes de pronunciarse chichôn debiô de tener la 
P^jl^^ra una forma igual d la anterior, cicion ^ aunque de origen 
"^^^'"^iite; el paso de la r d ch es comunisimo y se conservan 
ï^^*^^îtud de duplicados como chinche cistne (por *cimce)y chanco 
Ç^^^^o^ chapuçar çaptiçary chamarra çam., choclo :;pclOy etc. Res- 
P^^^o a se- hecha ch v. abajo « chiste ». 

CHISME. 

A^demds de la acepciôn derivada de cisma schisma, tiene otra 
no rçgistrada en los diccionarios modernos, y es la de chinche 
^^e le da Nebrija. Cimïcem produjo por un lado *cimcey 
^^^M^e (comp. antiguo portugues chimse), chinche, y por otro 
^'•^^'«^ (en Don Juann Manuel, escrito;^m;z^ en la edic. de Gayan- 
^^^» P- 249 fl, pero çistne en la de Gràfenberg) y cJnsme. And- 
ç^*^^, pues, esta ùltima torma a las otras estudiadas por la 
^^^^-ora Michclis en la Miscellanea Caix-Canelloy pdg. 165. 

CHISTE. 

■^Sn vez del participio substantivado scitum « dicho agudo, 
*"^^^«nioso, ocurrente », del verbo scioy se debiô de formar otro 
^^l«tivo *sciscïtum, del verbo sçiscitaje, con igual 



34^ RAMÔN MENÉNDEZ PIDAL 

acepciôn, 6 sea la de chiste. Respecte a la ch representando se, 
compdrese chisnuàt schisma. Claro es que nada tiene que ver 
con chiste el verbo chistar que procède de la interjecciôn si ! schist ! 

ESCABECHE. 

Dozy le senala por etimologia el drabe sicbéd j, cierto guiso 
hecho con vinagre. Bien pudo ser que escam vectare pasase 
del sentido de transportât la vianda al de prepararla para el 
transporte largo, de donde escabechar. Sobre otros derivados de 
esca en castellano véase el articulo « escamocho ». En cuanto i 
vectare tiene también un représentante en el italiano avtttare 
(Caix, Stîidi, n° 174), y -bechar le refleja en castellano con 
toda fidelidad; la v, por ser inicial, puede traducirse en b, ô en 
v, y asi Nebrija escribe escaueche\ la é acentuada de vecto no 
puede diptongarse a causa de la et que signe, como en pecboy 
lechoy etc. 

ENRiDAR, antic. 

« Enridar el can, era açomar; de irritare lat. » (Rosal, B. 
N. T- 127, p. 257). Rcspecto d la « epentética compdrese el astu- 
riano enritar (en Rato y en Vigôn); no procède del *inirritare 
que se crée base del rumano intârit « incitar». (V. en contra 
Rom,, XX\TII, 66.) 

ESCAMOCHO, ESCAMUJO, ESCAMONDO 

Escamocho ô desperdicio de comida, présenta otro derivado de 
esca, siendo su segundo elemento el verbo mochar, Fuera de 
esta acepciôn debiô de tener la de « lena sobrante de la esca- 
monda de los drboles », pues de este modo se explica mejor el 
refrdn : no arriendo tusescamocljosy ya que las sobras de la comida 
no son objeto de contratos ni de arricndos; y en este mismo 
sentido debiô de existir el verbo *escamochar, aunque no figura 
en los Diccionarios, pues en Honduras, por escamondar ô des- 
mochar se usa camochar \ con aféresis sujerida por las muchas 



I. CdftiocixLr^ dcsmochar ; cortar ô quitar las ramas de los drboles 6 plantas 
{Hondurenismos, Vocahtd. por Alberto Membrcno. Tcgucigalpa, 1895). 



I 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS Î47 

formas dobks, coma tscalentar y caL^ escarmenar ycarm.^ escam- 

^^ y cambr. El empleo de esca para désigner los despcrdîcios, 

hojas y ramas secns de lus arboles es factl de comprender^ toda 

^'ez (jue es gênerai en !os dialectos romances la acepcion de 

^ Alimcntû, ceho del faego, ô yesca m, y asi creo que se debe 

también reconocer esc a como primer elemento en el italiano 

scamo:::;tilo, « avanzo, ritaglio, particela » (^escaffUKlm) y en 

scamiy^iare, ut pot are, mos^zare le verte dellc pianie »j que Caix 

C-Sftidi^ n^ 516) juzga formado de * €ap(^o)mo:;^:;arc, 

Otto verbo de significado andtogo at hondureno camochar^ es 
scamujar, « podar los ûlivos y entresacar las varas 6 ramas, 
para cjue no esrén espesas y el fruto tenga mayorsazôn ^v, Deri- 
vasc de esca-mutilare, con una evokicion de t'I îgual i la 
que se observa en niituUim almcja, vêtu lu m %'kjo^ etc. El 
substantîvo es escamujo^ que conserva regularmente la û de 
mutîlus a causa del sonido palatal que le siguiô. 

En fin, f jciim(?rîAir, « iimpiar losarboles,quitândol es las ramas 
tni^tilc^ y las hojas secas », es un compucstu bien claro de 
esca-mundare* Cabrera reconocio el segundo elemento, que 
es évidente, cuando lo derivô de es-commundare y Diez 
asintià al proponer "^tscûmi-fnondar, Parodi (Rom.^ XVU, 6ï) se 
aparta complctamente du ambos, y acordandosc de la hipôtesîs de 
Caîx apuntada arrîba, supuso una etimologia cx-capu- 
*niutare (det alem, mutzen, comp* Dkz, Ewb^ 218, s, v, 
«ioz5to); no fiay motivo nînguno para prescindir asi del verbo 
mander (\\it tan en uso estuvo en el mas antiguo castetlano, como 
b prucba et abundante empleo que de él hacen las Glosas 
SUenstis'* 



ESCARAMUJO, MAJUELO 

El Diccîonario de la Academia dériva escaramujo de scaria, 

qu^ parece tener igual significado, pero no explica la termina- 

ci6n -mufo. Este debe aludir al color rojo subido que tiene el fruto 

del rosa! silvestre, y ser el adjetivo mulleus, « encarnado », 

j P<?sar del poco uso que ténia el lal adjetivo entre los escritores 



i. V, Ztitichr.j. tom, PMI., XIX, p. 4, etc. Aînpanhche Glmstn, 275, 281, 
M^J.ctc. 



548 RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

cUsicos; sololo empleaban para désignât el color rojo de cicno 
calzado, de modo que Plinio creia haberse Ikmado A salmo- 
nete mullus a a colore malleorum calciamentorum »; pero 
esto no quita que tuviese mis uses que los registrados en los 
léxicos. 

Por lo mismo, creo que dicho adjetivo nos puede explicar el 
nombre del espino niajmlo. Se comprende que» por la semc- 
janîia con el malle us 6 martillo, se llamase malleolus a la 
esiaca cortada de una rama con una crusî en su extremo, que sir\^c 
para plantarla en lierra y reproducir la planta^ por donde se 
dijo majudo d la cepa nuevamente plantada de este modo» y i 
la vina nue%^a; pero lo que no se comprende es como se apHco 
igual nombre al espino del fruto rojo, al cual en cambio le 
cuâdra muy bien el adîeiivD mulleolus que usa Tenuliano, 
asi como a la fruta el nombre de majuela. Creo, pues, que 
existio una forma anterior ^nwjutlo^ que pasô luego a majmh 
con las muchas voces que a su vocal inicîal dtona etimôlogica 
prefirîeron la a Qambrija^ navaja^ etc.), 

ESCORROZO. 

La Acâdemia desde la primera ediciân de su Dicdonario vtenc 
interprctando mal esta palabra : «« lo mismo que Regodeo- Es 
voz vulgary picaresca », Ra^ôn tenta Covarrubîasal escribiren 
un Supkmento înédito ' a su Tesoro de la Lerigua i « escûrtoço^ 
palabra muy usada en GiscîUa y no entendida. Divese quando 
vemos alguna cosa mal echa y digna de que nos cause ira e 
indignacion. Es palabra francesa, ayurrom, »♦ Claro es que aqui 
no se ha de entender si no que el cast» tsœrroço es hermano 
gemelo del francés courroux^ sobre el cual véase la hipotesis de 
G* Paris, Rom.^ XXVUJ^ 287* El verbo corroçar usase en ta 
Dania de la muerit (éd. Janer, p* 382 a)* 

ESCOSA* 

En los Diccionarios aparece escosa solo como provincialismo 
y con stgnificacion muy lîmiuda, pero es voz de la lengua 

I. Ms* de k Blbliot. Hacional, K-20, foK ifi v. 



! 



ETlMOLOGïAS ESPANOLAS Î49 

l, scgiin lo prueban varies textos que se pueden citar 
eoîre mudios. Aparece, por ejemplo, en el Fuero de Villa- 
bsiruzde 1181 : « si fiîia cuîuslibet liomini tam escosa quam 
etiam tiidua fornicauerit, nec sit presa nec parentes eius, nec 
pcaet illa nec parentes eius » '. Su significaciôn es bien clara en 
los romanceamientos antiguos de la Biblia, pues muy à menudo 
traducen por escossas la palabra virgines ^. Igual sentido se des* 
prende del Fucro de Brihuega (p, 138), cuando trata del caso 

Ide faerza hecha i una « manceba en cabello ^>, 6 sea niujer 
solttra^ d diferenda de la « mugier de su marido ^ de que 
habh por separado : « si la manceba qucs querellare fuere 
escDsa, muestres i très bucnas mugieres.,., etc. ï> La voz con- 
s^fsx esta misma acepdon en la literatura de los judios espa- 
noies % y subsiste en Asturias con sentido muy divenu, pues se 
^ llama tscosa la liembra de cualquier animal doméstico que déjà 
P de dar lèche, y creo que esta acepcioo dialectal nos pucde ponct 
^n camino de liallar la originaria y primîtiva. En asturiano 
^xhvt larabién el verbo escosar^ « césar de dar lèche una vaca, 
^^^'eja, cabra li otra hembra de cualquier animal doméstico »^ 

^^^ùn dîcc bien el Diccionario de la Academia, y, aunque ni 
^te ni los vocabularios especiales de la région lo diceii, se 
"a ma ad émis escosa d la desviactàrt de las aguas de un rio en 
^n trecho corto para dejar seco el cauce y pescar en él, a la 
<^ùal opcracion se dlce facer una escosa ù escosar el rio ^ ; en esta 
^cepciôn no podemos menos de ver el latin excùrsa, participio 
excurro, con el significado que présenta en tscnrrir^ 



ï - Fuero de * Villa varur de Rivosieeo »\ Arch, Hbl. Nac, documentos 

Aguilar de Campôo, n» 19a. 

J^- La Sagraâa Biblia^ fraduc. al apaûo},.. por... D. Felipe Sdo de San 

•Stjci^ Bdrcelona, 1844, vèâse/wi., XXI, n, ms. escunal I-j-S. No tiene 

^*^n ci éjue aI niArgcn del iftiilo « De lodïi muger nema que fuere for^ada » 

^ ^1 ras. de la BibL Nac, Jj-64j tit* 14, puso « esta palabra escQsa significa 

V ^. V. QtùVïh^um^ Jùdisch-spanisch CfmsiQmaifm^ Frankfurt-a.-M. . 1B96, 

r 99. 

^ , Esta aiepcién de secar un rio la tiene en el concejo de Lena, que yo 
*^P-^. La gçûçrai de seoir parecc que &ob revive eu el oriente de Asturias, en 
^ ^kho : 1 aguâ roxa sama escùsa » que apunta Vigén, Vùcahd. diûL del con- 



lo de Q^ian^u, S. v. ROXtJ* 



350 ram6n menéndez i>idal 

(( evacuar ô agotar un Iiqaido >» S y se comprende queaplicàndose 
el ad jetivo escosa i la madré de un rio seca por medio de una deri- 
vaciôn de agua, pudo muy bien aplîcarse a la mujer que hoy 
se Uama « ama seca », 6 sea : ama que ha dqado ya de ama- 
mantar al nino y sigue a su cuidado, y en gênerai â cualquîer 
hembra en los périodes en que déjà de dar lèche, y luego 4 las 
que nunca la han dado. Se podrd hacer una observaciôn fonf- 
tica; el latin excursare, excursa se habria de escribir correc- 
tamente en castellano antiguo con -jj-sorda,«rojja, como en el 
manuscrite de la Biblia citado, y sin embargo abunda mucho 
la grafia escosa; pero esto no debe chocarnos cuando en un 
mismo manuscrite, como en el Poema del Cid hallamos vacila- 
ciôn en este pmno(pasarypasoal lado de passar y desean y desseo), y 
cl mismo Nebrija, tan csmerado en estas distinciones escribe 
reuesar al lado de atrauessar. 

EscRipiA, astur. 

Asi se Uama en el oriente de Asturias, y en el centre esquir- 
pia, d los adralès del carre, (J sea al tejido de varas de avellano 
que se coleca al rededor del suele del carre para que no se caîga 
la carga. De una metdtesis antigua *scripea por scirpea 
tejido de juncos; de escripia naci6 después esquirpia ^. 

ESCUDIR. 

Citarc de pasada el représentante espanel de excûtcre, pues 
no figura en nucstros diccienarios. Usase en un documente de 
21 de Abril de 1310, précédente del convente de Santa Maria 
del Hespitalen Prias, de Bureba, censerwido en el Arch. Hist. 
Nacional : « arrendames a ues... el nuestro solar..., centodos 
los alueres ssalue les rrebollos, que Ueuemes nos la meatad de 



1. « Ut humor excurrat « de Paladio, en Freund: « excursus^ qua aquae 
cxcurrere possum, seu evacuari » en Du Clange. 

2. Jovellanos dice de esta voz : « la esquirpia se forma de varas delgadas, 
que en latin se llaman stirpes à arbolitos tiernos y aun creo que haya en 
(".astilla la palabra chirpia con la misma signiticaciôn ». (BibL de Auts Esp,, 
XLVl, 349.) 



ETiMOLOGiAs espa5olas 3SÎ 

«ifructa que dios y diere, e %*o5 c^ue los cscudades a %^uestra 
^'tJesta e a vuestra mission, a Tiene, pues, el sentido de recoger 
rf fruto de los drboles, como en latin lo ténia : excutere potna. 

ESTRAGOj nav* KSTRAGALj santaod* astur. 

Eli navarro annguo estrago significa portai à pôrtico. El 

Fue^c^ 4e Niivûrra (pig. 2^ a) cratando del caso en que el 

iiifanzôn dispote a una orden religiosa la propiedad de alguiia 

iicred^d, manda, à modo de juicio de Dios, que tnmen un robo 

de tierra de h heredad disputada y lo coloquen sobre el altar de 

b iglesia, y que el iofanzôn lo saque, sin verterlo, hasla la 

puer ta. : k et si los de la orden quisieren drcundar a la ymagin 

de s*irca!i o despinas, bien pueden, et poner las rcliquîas pol 

ej/r^r^o de la yglesia; empero no embarguen el camino ad este 

lyfeinaron del altarata la puerta mayor de laglesia* » Ei sentido 

de este pasage aparece claro compara ndo e! anticuado tstrago 

coo ^s^iragal que eu Sautandery Asturias équivale a « portai d K 

Coo estas voces creo que ciene intima relactén otra que aparece 

^^ las Cantigas del Rey Sabio : l'sîra^ « ventana » ^, y todas me 

p^r^^^çti reconoccr igual origen qne el francés la êtres, que 

prii-rtinvamentc significaba « el vcstibulo», y luego ^ los rin- 

conc^3 y distribucion de una casa », explicado muy bien por 

Ef * * -« En un tsîragd 6 vcstlbalo muy oscuro *»..* ^ Sacudid Nduco dos 
''^^^^îporrazos sobre h davcieada puerta del estragt^t Y sln csp<;rar â que le 
T^^^^^târan arriba, erxtramos en él y cometi^amos i subir la cscalera «. 
^J^**^<ia, Patas arrihat Madrid, 1895* p. 44 y 145. Para Asturias, v^ase d 
_ I ^ - Cûntigas dé Sâttta Maria, /tu puBL U R. Ac.Esp.j Madrid, iSSg, Cinti- 
^^^ *^dm. ISI y l6î. La Sefiora Michaélis, Fragm. ttym.^ n» 36, crée que 
^^^Z"** es ua derivado àc /i^sim con pï^rdida de la / al uso casidlaao; ctla 
*^^ï"na recoiioce que la pérdida de la / es anacrùnica en eî sîglo xm» aparie 
^ ^vc la me«da de dos Ibnéticas, galiega y castdlana, para produdr una 



nacrî 



fora, reqoerirfa mis comprobacidn que el galL jksira^ que me parece 

*4io de 'fti^tta *Ji-citra\ fitstra^ y no de la diptongaddn castellana de b i^ 

'^lia sea csto reconociendo rai ignorancia de las lenguas galïega y poriu- 

^^^■^^^i y acaUndo h autoridad de la escritora mencionada. Ella mîsraa, en 

^^^^partîcular, aunque dudando âc fiesira z^fe^stra^ me dta d caso andlogo 

^^ ^isUj gi£Sta^ gist^t y d <^^ vmra ; de admitir la igualdad de éUra con el 

F 

^ - 




Neumann (Zeii., \\ 386) como dcrivado de « exïeras partes 
domus lï. Estra^^o no es mas que un derivado dcl misino adje* 
tivo ex te ru s, taJ como 'extra dcus (comp, trigo de 
triticum) ù con «iufijo mas raro *extracus. 



ESTROPAJO. 

La Academîa la dériva del gr. fftpi^s;, cuerda eitroscaiJ.t, 
peru evidentemente procède del nombre de la estopa de que 
se hacen bs estrapajos^ por màs que hoy son mas comunes los 
de esparto. De *stuppaculum se dijo *istopajo^ que luego 
adniitià una r epentétici, como el e^tropaço que se halla en el 
Fuero de Osagre *, derivado de stuppacium, 6 segûn se 
escribe en Du ôinge, stupacium. Para esta r ingcrida despues 
de-i/- véasc « mostreoco »; tan comûn es su mscrdôn que no 
me extrana hallarla también en el gascon esîourpouL 

FORGAXÂ, astur, 

Signîfica « viruta » y proviene de fabrica con un sufïjo qtie 
no puede ser -acula (comp, lo dicho a propàsiio de verija) sino 
-atica. De *fabricatica, cou vocalizaciôn anùmaîa de !a b, 
que también se otrece en el ir^nct^ prge (de Javrga, fabrica) 
se produjo *favrgaikafargaxa como vmxe fardaxe gargaxu, ctc. 
Para mas evidencia de la etimologia indicaré que en Asturîas 
esti en oso» aunque no lo registran los vocabularîos, el verbo 
Jorgar^ « dolar^ cepillar la madera », correspond icndo por su 
origen (no por su significado) al castellano antiguo /r<^iif y al 
moderno/r<%'î/ar, los très derivados de fabricare, /at'rr^rf por 
dîstîntos procedi mien tes, sicndo la forma asturiana la mis 
proximade todas al tipo original latino. 

GACHAS. 

Comida compuesta de barina cocida con agua y sal, la 
cual se adereza con lèche , miel û otro alino n (Dicc* Acad.) 



I . « Los tecedora de Os^re, testcan U lura âé îs-yû 3^ Jj. dineros» c 
dei estfopçâ ^ àj. d., et ddas mar(agasa ij. U., et del lieoçoa .iij d. « {tn 
d Arch. hîst. me.} 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 353 

u cualquiera masa muy blanda que tiene mucho de liquida » 
(id.") « el lodo quando esta muy blando decimos que esta hecho 
gâchas » (Covarrubias). 

Tiene igual origen que el adjetivo cachoy gaclx^, derivado por 
Dîez (EWb, p. 260, quand) de coactus. En gâchas se conserva 
^na curiosa acepciôn de cogère; la de « cuajar » {cogère lac in 
duritiain). 

golfIn, golfo. 

Los golfines eran gente de mal vivir que, formando bandas 

de salteadores, infestaban las jaras y los montes de Castilla en 

los comienzos del siglo xiv*, y se aplicô tambien cl mismo 

nombre al bribôn 6 truhdn en gênerai ^. El Arcipreste de Fita 

(copias 364 y 383) usa la forma folguln ' que es un derivado de 

follis, lo mismo que follàn, follin y folgôn^y es decir 

foilic(u) + inus; una sencilla metatesis de /o/f w/« produjo 

J<-*spues la \0'igolfln de que tratamos, distinta AtXgolfm que como 

sinonimo de delfin apuntan Nebrija y los lexicôgrafos posteriores. 

En cuanto i golfo^ golfa, que hace unos 10 6 12 anos se usa 

t^n Madrid para denotar « pilluelo, vagabundo », parece una 

^esurrecciôn de la voz golfln desprovista de su sufijo diminu- 

^yo, Quizd no sea sino una voz de germania no incluida por 

hidalgo en su Vocabulario, y formada por apocope, como otras 

^Uchas que él apunta, taies como coime en vez de cmnerOy 

^^^^azH) por estraviado 6 loco, garabo por garabato, herrero, por 

^^^^f^^rueloy rtijo por rufiân, etc., etc. 



^c 



V 



^ - V. Menéudez y Pelayo, en las Obras de Lope de Vega, piibL por la R, 
£sp., tomo IX, 1899, pag. xii y xvii. En las Memorias de Feinatido IV, 
^ '^l - por la Acad. de la Hist. se habla varias veccs de los golfines, 

^ - Por ejemplo en Don Juan Manuel, Libro de Patronio {Bibl. Aut, 
^f*^ ^ , t. 51, p. 387 a) y en el Canciottero de Baena^ Madrid, 185 1, pdg. 217 

3 - El Sr. Ducamin me advierte que la forma es propia del ms. del 
'"^^ preste que estaba en Salamanca, que nscnh^folguyiieSy y folgtiym, donde 
^<^dice de Gayoso pone golhynes y golbilt, y el de Toledo golfines, 
•4-* BrauHo Vigôn, Vocabulario diakctol, del concejo de Coltinga, Villavicîosa, 

^S6, folgôn es aquf sinônimo de folga^dn ù Ijolga^dn, 

Homûnia, XXIX» 2X 



354 



RAMÔN MEKiKDKZ PîDAL 



GRIEVB. 

Cito aqui grirve porque no es conocida la forma espanok de 
*grèvis por gravis, que existe en los demds romances (it* 
^rev^f fr. grkf\ prov. greu)^ formi naciJa por aaiïogia con su 
contrario l^vis, Haibse el ejemplo que cito en un tcxto estricta- 
mcntc castellano, conio es el Uhv dd saher de Astrommia de 
Alfonso el Sabio, en el côdice de la Unîversidad Central; 
hablando de los nietales aptos para coJistruir la esfera, dice : 
*< la ton... labrase meior.„ pero sila espéra dello fiziesseti del- 
gada torcer se ye, et sî fuesse gorda série muy pesada ; mas con 
todesio, de tudus los meialcs este es el que mas ual pora ella et 
el de que mas usan los onbres, ca de fierro série muy grieue de 
fazcr et muy pesada, et au rien le much a menudo de tôlier la 
orin délia. » (Libro del Espéra, cap. L) 



GKUiXA. 

Dîez explicî grtilîa por gruicula, derivacîôn înadmisiblc 
por la vocal tonica y por el segundo grupo de consonantes, va 
que tal diminuiivo daria un dedvado trisilabico ^grutja. 

De g rut 01 salio el aniiguo ca[,tel!aoo ^rua y de este creo 

que procède la moderna voz gndla. Cunucida es la ingerencia 

de una semivucal para disolver el hiato, ora de b v {louan^ 

axuuar, ium ^= yugo) ora, sobre todo, de h y^ que se haUa en 

todas las regiones del espanol, w g. en los posesivos juj*?, suya^ 

tuyOt en cl duplicado arrâe:^^ arrâya^; en el castcllano antiguo y 

asturiano itiodcrno sryrs (por sees^ st-is^ na scx) ; en las \'oces 

del Pocîna del Cid reyal, empî^yt^ ukaya^ ; en cl Icyal del Fuero 

iU AviUsû lado de Iml % en ciasturiano buyina por kma^ i rayer ^ 

f^yY- ^'-' ■ ■' " ' " '/, peyoneSfCic. dd Âpiilonio ; en cl leyon 

de j, eEc, etc. Con esto podcmos estable- 

de una série ^r«d y *gruya que compteta- 

<^.io gruUû^ en visia de k série enteramente 

Il bs tfcs voccs castethnas pmt, pnya y pulla. 

lin quiza sean proptas de alguiia 

!.. 's^^Uad que en variavS partes de Asturias 

V U Y diciénJuse cahayo, ayi^ cornu en U 

'^nus (Pereda, Penas arriba, p. 20, 2j, 



etimologIas espanolas 355 

etc.) pero se pronuncia una y clara que no pucde tomarse por 

"> mientras en Andaluda ese sonido en que tambien se confun- 

^^eron la // y la _y tiene nids de // *, asi que las personas incul- 

^ escriben a veces llo por yo, vallavios por vayamoSy lo niismo 

9iie en América, donde se cita oll por hoy de Guatemala y 

^<^pallàn por Popayan^ de Bogota (Cuervo, § 687). 

HOJALDRE. 

Puigblanch, en sus Opûsculos gramatico-satiricos, le senalaba 
Po*" etîinologia *foliandinum, derivado àcfoliare tan extrano 
como înutil, ya que tenemos una voz en los léxicos latinos que 
explioa perfectamente la castellana. En el Diccionario de la 
Academia no figura la forma mds vieja que conocia Nebrija, el 
cual escribe : inHojalde, placenta, ae »; esta forma sin r corres- 
ponde exactamente al bajo latin fôlïâtïlis, « cosa de hojas », 
como rolde a rotulum y tilde d titulum; en cuanto al anadi- 
miento de la r recuérdense los duplicados/V/Wér y jahire, el adver- 
bio de halde al lado del vulgar de baldre^ etc. , etc. El sentido 
especial que hojaldre tiene es bien fdcil de comprender tcniendo 
en cuenta el bajo hiinfoliatns paniSy y el francés pâte feuilletée à 
siïHplemente el adjetivo substantivado feuilleté. 

E.sta voz ha cambiado de tcrminacion haciéndose Ixy'aldra no 
solo en América % sino en muchos puntos de Espana. 

JALEAR, JALEO, andaluz. 

J^lear es un andalucismo que aparece ya en cl Diccionario 
à^ Terreros (1786) y que fué admitido en cl de la Academia d 
partir de su décima edicion (1852). Procède de la interjeccion 
^'«!, del verbo halar, pronunciado en Andalucia y en América 
jalar^^ con aspiraciôn fuerte (que en castellano hay que 
represenur por /), como haai se dice tambien jaca y 

I. F. Wulff, Un chapitre Je phonétique a/tdalotise, pag. 38, hi calitîca de 
■ nx^iodorsale prépalatale convexe latt-rale ou fricative ». 
>• Cuervo, Apuntacioms crit. dd Ung. l'oyat., S 67'- 
3- Cuervo, Apuntac, crit. del ieng. bogotatto, 5 5^2. 



se dice fiph de hlpo. Jakar es, pues, de formaciôn anilogj. 
a:^u^(ir y aiottiûr^ todos derivados de cxcbmacioucs* 

JAMHLGO, andaluz. 

Esta voz esti admîuda en el Diccionario de la Academi, 
partir delà duodèciïiui ediciôn (18S4), y nos ofrece otro *c^ 
de im provincinlismo andaluz gcneralîzado en la lengua coi 
tfSpaiioLi, Es el latin famcHcus, con la/convertida en la ^: 
racian andalu;£a ' de que hablamas en el articula anterior y c^^'uc 
sève, por ejemplo, en jumbre^ à en jucrga y jolgorio mas gene^^ra- 
Ibados que his voces castellanas hueîga y hlgorio. 

JILGUEROj PINTACILGO 

Cahït^VA àenwù pintûdlgo de pictus passerculus, ctii^c^o- 
logia repetida por Diez. Baist (Zt*//*, VII, 121) saca -f%c^ "^ 
Syrie unij si ri eu m, que signtfica « rojo w en Plinîo y ^^-^^ 
Isidoro, y jUgiurû de sibiîiis ô (ZaL^ V, 239) de sîlybu^ *^ 
que dice signîficar una especie de cardo ^, înducido sin d^-^*^ 
por el nombre del pajaro en latin, francés» aleman» etc* {cari^^'^ 
lis y chardonneret^ disU'lJink), En vista de las formas purtugucr 
pînfashgOj pinUtargo^ pinîasilgo y de k oira espaiîola sirgi^ 
(Nebrija sirgerito) no cabe dudar que se trata de 'piîï<^ttis (j^ 
pictus) sêrîcus, para piniasirgOy y de séricarius para _s^-^*— '*^ 
guero; la forma ^ilgmrOj anticiiada, pero usual aun en Asturia 
es un paso incerniedio entre sir guero y jilguero. La conversion i 
j- en /- es fenômeno tan comûn que no Iiay para que insisu"^ ^, 
en él, y no me toca tampoco cxplicar la i acentuada de pinta- "^^ 
dîgù toda veK que es sabido como sericus produjo, ademis ^^^^ ^^ 
de j€rga y sarga^ la voz sirgo. La Senora Micliaëlis (MisctiL ". 
Caix'CanellOf p. 144), fundada en doplicados como pi ntarrûp y 
pechirrojû, sospecha, con verosimilitud, que pinta- proviene de 



1. De la aspîracioci de h f btina eo andaLuz, extremcno y asiuriano 
oriental habh Schiïchardt^en Zfii,f* rom* Phii,, V, 305 y 514. 

a. CfÊO se rdiera i la planta espirrosii silybum de qui; Kabk Dloscénd^ 
IV, i60|auiiquc 11 describe mn inconiplctamenie u que la hall^remos entre 
los pics y no la conoccremos »* segiln su Iraductor yconientador Lagunj, 





ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 357 

pec t US aunque influido luego por *pincta; en cuanto a -sirgo 
se atiene alsyricum de Baist y desecha sericus, pues no crée 
que el plumaje del jilguero tenga mas de sedoso que el de cual- 
. quier otro pâjaro. Yo, en contra de syricum, dire que no 
conozco jilgueros en que prédomine el rojo, ni que tengan este 
color en la pechuga, sino solo en pequenas manchas en la cabeza; 
no hay pdjaro menos apropiado que este para que se le conozca 
con el nombre de un solo color, tanto que el pueblo le llama 
siete colores^ segùn Covarrubias (s. v. « sirguero »), asi que por 
el matiz oro viejo de su pechuga, el amarillo vivo y el negro 
intenso de sus alas y las pintas negras y rojas de su cabeza 
recuerda mucho los colores de los paiios de seda antiguos. 

LECiNA, arag. 

En el Alto Aragon lecina vale « encina » y « bellota » *. El 
dupîicado lecina^ encina, derivado de *îlïcina, es otro curioso 
^jemplo para colocar al lado de bodega, abdega y de liinosnay 
^irncsna, en que se ve una forma con aféresis que représenta 
^n estado mis antiguo en la evoluciôn fonética que la forma 
^^on sincopa. Solo que si en los casos citados s., v. abdega la forma 
ï^is vieja es la que persiste hoy, en lecina^ encina la forma 
posterior con sincopa es la sola que conoce el lenguaje literario. 

LORD. 

I^ara el adjetivo hro propone Nebrija una etimologia : « Loro, 

^lae tira d negro ; Luridus » ; Rosal otra, curiosa por el sentido 

de la voz que indica ; « Loro llamaban al esclavo, que agora 

àeoimos mulato, no bien negro ; del latino lora que es agua pie 

^^îno segundo, que tiene este color » (Bibl. Nac. ms. T. 127, 

?• 396) ; Diez rechaza con razôn la etimologia luridus, en vista 

i^ que la u latina acentuada no explica el diptongo de la voz por- 

tuguesa correspondiente que es louro, pues ese diptongo ou re- 

ttîonta i un au latino que Diez buscaba en au re us, al que supo- 

fiiase habia antepuesto la / del articulo; Baist (Zeit., VII, 120) 

lo explicô por ruber *royro *rourolourOy que implica cambiosun 



I. Otin y Duaso, pdg 34 del Diseur so citado en la p. 363, n. i. 



JjS RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

pocu anômalûs en cuanto a la forma j y rauy violentes en cnanio 
al sentido. Las formas port uguesas/mrtJ, hlnify higallcga hur^ 
son cxactcimcnte iguales i la que désigna eî « laurel » y creo qi 
estas y la castellana se derK^in simplemente de la u rus en atcB 
ciôn al color obscure de ks hojas de esa planta, y al mds obsiiorô" 
de su fnito; me sirve de apoyo cl que en ia mas anïigua edaJ 
média cl substantîvo /^^rmi ténia realmente fundones de adje- 
tivo para desîgnar el color de ciertos animales, va que una vacra 
iauTû figura como precio en una cscritura del ano 950 '- 
Al et clervo volante » d causa de la semejanxa que par sus 
cuernos y su color moreno tiene con esas vncas hrm, se le 
llamaactualmentc en Asiurias vûcaHoria yvacaUmna^ en Galicia^ 
vacahura y en algimas regîones de Ponugal vaccaîmra *. N| 
creo que tenga iiada que ver con este nombre la Imcea taurim* 
à u baya dcl laurel »** 

MâNTFXA. 

Diez crée que la mmtteca tomà su nombre del odre en qi 
ordinariamenie se debîa de servir, semcjante a una manttca 
alforja. V, ademasà Schucliardten la Zn/,, XIII, S 31, et XXIll, 
197, Me parece en cierto modo satîsfactoria la expUcacion del 
doctor Rusai : dijose manteca n porque es muntô con que se 
cubre la panza ô vientrc, y asi llamao triantoi la manteca 6 sebo 
en que nace embuelto el nîno »» (B. Mac. T-127, p. 412). 
Esta acepciùn de manîo es desconocida y explîca muy bien por 
que se Uamô manteca a la grosura acumulada en el redano de les 



1 . En pg. loHw^ hiro « de côr média entre a bi^nca e a de ouro, a siml- 
Itiuiça das espigas seccas » (Vieîra) ; gall. Ïoutq « color pajïiO »» hurtim 
H dose de yva negra. » En ks Camlgas îour^ slgiiifîci moreno, como en c^%xt\* 
bno (ds mouros... brancos e loiiros). La mhma vacibcidn en el signiiïaulp 
se halla en G^scuna ; Lespy (copiado por Mistral) ponc # laurd, boeuf de 
couleur baî<laîr dort »^ pero en Armagnac, s^un me informa d Sr. 
Ducamîn, i ijuîen dcbo las citas de Cascén que hago, se apîtca huwtt al bucy 
que tiene û menos la coïa y cl liocico negros y el resto dcl cuerpo grb, y 
un rcfrin dîcc que nunca se vie but^y îoro que no icnga pelo negro m d'ih 
pa \xmt bis buou laurct que n auousse pa péa nègre i «, 

1, înâkêée loi âat, âel Monmt. dé Snhaïun^ art. 465. 

]. Lcîtc de Vanconccllos, Traàiç, pôp.dé P^u^al^Pono^ iMi.p. 119. 



èTIMOLOGlAS ESPANOLAS 359 

anitriales. La forma nmntega hdllase en Ardgôu (Borao, p. 85)* 
-Asturias y Citalunn, asi como nianieiga en Galicia y Portugatj 
^ste ambio de los sufijos en -ccn-, y en -cu-t se ndvierte también 

I ^^ les duplicados barrica, hrriga^ htka, hîlga * y en las voces 

^Sp^tUTianas taruco y bomca por îarugo y bmiiga. 



MrELGA, BÏELDO, 



^ 



î*4û trato aqui de l;i voz mielga cuaitdo sîgnîfica la tt lier ha 
^uriim », pues esta etimulogia, ya apuntada por Xubrîja, es évi- 
dente ; pero SI de mkïga que dénota m lîsta ô pedazo de tierra 
en tjtia misnia haza 6 heredad >ï. Esta incompleta definiciiSn de 
Tniestrosdiccionarios (el de Autoridades no comprende la voz) 
se aclarara companindola con la que atras copîamos referida a 
iMni^lga. Clarocs que mklga no es mas que otra forma diferente 
de *gémcllïca, en que se diptongù k é acentuada, Recuérdesc 
<^ue también al Lido de emclga (galL rnelgo) existe mielgo en el 
sentido de « melli^o n. Igual origen supone mklga cuando sîgnî- 
fica ff bîeldo », puesoriginartamente tendriael instrumento solo 
Josdicntes gemelos; Terreras la hace masculîna : mkigo « dîs- 
tinguese del bieldo en que este tiene dos dientes y el mielgo 
cuatro, y el maiigo es mas corto *», Claro que esta distinciôn es 
ï^tinaria y liecliiza, pues luego la Academîa ya no conoce 
bieldos nias que de cuatro dientes y bieldas de seis 6 siete. 
Coii-io existe, un duplicado l/klga, uo podemos menos de tenerle 
P*^r la forma originaria, anierior a bkldo^^ y derivada lo mismo 
î^e mklgo de *gemellicus El cambio anùmab de la m eu b 
^^ encu entra en vilano por milano, en vervtiôn y vkwen (Berc. 
^'/j^* 765, Sign. 74) de ver mis; y el no menos anomalo 
^^ la ^ en rf, que se ofrece en biehio por bielgo^ se ve en cl 
^^mbre de la villa de Stfàlveda^ que antiguamente era sicmpre 
^*^aniada Stpûhtga^ St'piempttblica; de los cambios inversos, 6 sea 
"â^ icn m {mernteio por kniuio, mcnjul por bcnjid} y derfen^ 



K C Mich^Êlis, Studkn ^. rom, fVortscMpfmtg^ p, 2jâ, cita estos Jns 
cjempîos, 

3. La derivadon de hieLhéQ ventih^này^. implicitamenteeQ Ncbrija cuando 

foducc:» biddo mergae, ventilabnim ». La Sïifiora MicbauJis me rt*cuerda 

(yHommisimamentc para midgû el latin; pera e) adj. gemellica cxplia mcjor 

^ éahlc género de mieî^o, mitJga, 



360 RAMON MENÈNDEZ PÏDAL 

(aîmaganda por aîmadana^ S^^^fi^ por delfin) renne abundaiites 

cjctnplûs C. Michaî;lis en sus Siudien :^ur ram. W^rtschopfungA 
p. 234 y 237. Véase adenids Cuervo, ÀprtnfOi^^ § 374, 6Sq, 689.* 

MOSTRENCO, 

Nebrija da a la mesîa una acepiriàn no recibida por la AcaH 
dcmkj îndicando de paso una etimologia falsa (pues fnrjta\ 
dcrivaconoddamentc de nnxta) : ^t Mesta, Nundlnae pastori- 
ciae, vel înenstruae », y a comiiiuaciôn e&cribe : a Meslcngù o 
mmirmco. Ad hoc pertinens ^. Es decir, que la forma origina- 
fia para él es fiustengo^ derivado de mes ta conto ahlenga de 
ûhufh, y trocando luego el sufijo -t-ngo por -emo como reakngaU 
se dijo también realcnw ', resolEÙ *fnesknco que admitiô una r" 
epentética despues de -Ji-, corao regisîro rt'gestum, rislra res- 
tîs, cehstrial (Auto de hs Reycs Magos), tslrclla^ etc*, etc. ; ^mes-^ 
Irtmo tomu o eu la stlaba inicial por influcncia de la labial m. 



NIMICAJA, an tic. 

En las Partidas, editadas por lu Academia de la Historia, 
lee : a mucho mas debeel homeamar a Dios quel ^rxide mmt'' 
gft/a^,. ca non le abondé (a Dios) de facer este mundu ^fi* 
Hfnugûja^^tal home que es la mas femiosa criatura... etc. ». El 
Alexandre dice tambicn <( nol doUô ne migaya « (copia 1735). 
Et castellano antiguo usaba, pues, esta palabra compuesta^ 
igual a la portuguesa mmigalla^ nimig,^ mn mig. (en las Gml/fl 
ga$), nemigalha^ mmigala ( en el Elucidario del P. Santa Rosa) 
con el sentido substantivo de « nada », al cual llegô por el 
empleo del nombre tnigaja coma refuerzo de la negaciôn c|^| 
irascssemejantcs a las galaico-purtnguesas que cita Diez (Grj^ir- 
main, II1> 397) : « ne comia ne migalha ", « nàome presta ne 
migalha ». Este compuesto de nec *micacula se dcbe citar 
al lado del îtaliano niente nec 
nec gutta- 



^entem , y del engadino naguti 



\. En cl Fuirû dt Navarra, pdgîoa S7 l' se iscribe mslktm. 
2. Pariîdâ U, tÎL 12, Icy ë* vari^mt; en cl teitodice dt nada. El s^gtinilo 
parrafo es de U Pan, 11, tït. 1 3, Icy 7», 



1 



d 



f 



ETIMOLOGfAS ESPANOLAS 361 



ORONDADO, ORONDO. 



Ûîez explîcaba arondado como metdtesis deundulatus, *ofîd(h 

'■^«ûfo, 6 por derivaciôn de ola, *olondado; la Seîiora Michaëlis 

^fenîéndose d la primera explicaciôn apunta como formas dobles 

^^l mismo radiczl htino orondado y undulado (Studien :^ur rom. 

^or-tsch.y p. 252); yo creo que la erimologia de este adjetivo 

^o pucde ser otra que la que se dé d orondo. El latin aura di6 

^^ crastellano varios derivados como oriella ù orilla^ « vientecillo 

*rescro y>^arear,oreo; otro es el orondo en cuestiôn, que repre- 

f^r^^a. un tipo *aurundus, de aura con el sufijo que se ve en 

^^^^ortdoy morondoy torionda, etc. Segiin esto, el sentido primitivo 

^^ ^=>^ondo séria hinchado por las auras como la vêla del barco, 

^e ^cic>nde luego se aplicô a todo lo hinchado y^hueco, y meta- 

lorî^-j^mente d lo orgulloso y vano. El adjetivo orondado se 

^^^^icbaplicar en su origen d la superficie movible que se riza 

" ^^ Videa oreada por el aire. 

PAR DIEZ. 

C>iez (JVorterbtichy y éd., p. 474) cita esta como cjemplo de 

"L5^^^ interjecciôn advenediza, tomada del francés antiguo par 

^^^^^^^Ky pero Cornu {Rom.y XI, 91) le rebate por lo que toca d la 

P^^^^^osiciôn par y sosteniendo que nada tiene de gaUcismo, lo 

^^^^^lesya indiscutible. En cuanto d die^ no es menos indigena, 

^^^ ^s es simplemente el numéral die:;^, usado en vez del nombre 

^^ DioSy eufemismo andlogo al del juramcnto francés par bleUy 

y 'ï^o solo se usa en la formula admitida par die:^y sino corriente- 

^^^ ^^nte en muchas blasfemias soeces y tabernarias, en las que d 

^^<zes Uevaunido el epiteto santo : sandie:^. Otro eufemismo por 

^*- estilo encierra el voto d mares que usa Bartolomé Palau en 

^^^ comedia de santaOrosia*, por voiod Maria. 

PEJIGUERA. 

Falta en el Diccionario académico el sentido propio de esta 
'^''oz que es el nombre de una planta, « persicaria picante », 

I. Verso 2153 de la rcimpresiôn de D. A. Ferndndez-Guerra, CaiJa y 
^^im del imperiovisigôtico espafwly Madrid, 1883. 



3^2 RAMÔN MENÉNOEZ PIDAL 

scgun Terreros, « persicaria nor* maculata », segùn Cabrera. 
En el diccionario del primer autor citado se dan las variantes 
castellanas pejigtiero y pejijera, yen el del segundo la extremena 
preseguera. A esta liltima, con metatesis de la r, pueden com- 
pararse el cast. priscoy arag. presco, al lado de péjego y del ast. 
piesco= persicus, el catalan />r«^^^/^r (prov. presseguitr)^ el 
portugués dialectal de Riofrio prexigiuiro al lado del comùn 
pessegueiro (en Rev, Lusit., I, 311,) etc. 

PELDANO. 

Représenta la réunion de los dos sufijos de pedalis y de 
pedaneus, *pedalaneus; con el trueque de dl que se ve en 
modulare moldar, 

PULGAR, astur. 

Significa pelar las patatas y Jas frutas, y luego, por extension, 
descortezar los drboles y despellejarse el cutis. Es cl représen- 
tante vulgar de pùrgarc * ; comparese, en cuanto a la forma, el 
gallego Pulgatorio por Purgatorio, vulgar en otras regiones; y 
en cuanto al sentido, el verbo mondar mundare usado en îgual 
acepciôn que ptilgar. En fin, en Gascon se usa el verbo pourga 
con parecidas acepciones que en Asturias : mondar los herîzos 
de las castaiias, descortezar los arboles, cribar el trigo ù otras 
semillas (Lespy). 

recadIa, recaîa, antic. 

En Berceo es recadia (5. Dom. 3So)> que Sinchez explica 
por transposiciôn de recaida, pues el significado es idéntico. 
Pero esta explicaciôn no sirve para la forma que da el Libro de 
Alexandre (854, 2103, 2109), donde se escribe recaya. En 
ambos poemas la palabra rima en -ta. Este vocablo nos ofrece, 
no una transposiciôn por demas extrana de re *cadita, sinola 



I . Munthe, AnUchiingar om folkmâJet i en trakt af vestra Asturien, Upsala, 
1887, p. 85, quiere rclacionar />///^jr con cl piluccare, de quehabla Diei Et, 
IVàrt.^ p. 247, que ha dado cl derivado/)**///*-*!; (en cl Vocabulario de Colunga). 



ETIMOLCXÎIAS ESPASoLAS 363 

oonservaciôn de la forma latina cadivus por caducus. Jjl pér- 
dida de b t; tras t es hecho bien conocido, por voces tan abun- 
dantesœmo radio *errativus, encia gingiva, estio, etc. 

RECEL, ant. 

« Cobertor de tela delgada y listada » lo défi ne la Academia, 
y le senala por etimologia re-celare. Pudiera recordarse que 
en IsL baja latinidad se halla ricellus, denotando un pano 
precrîoso, voz hermana de rica 6 ricinum, « vélo»; pero 
da.cl€3 el sentido especial de la voz me parece segura la etimolo- 
gia. de Covarrubias : « Recel, quasi racel, especie de paramento 
delgado. Dixose quasi racel porque esta razado, y listado, 
porcine raza se Uama la lista que haze diferencia con lodemàs 
d^ la teb. » El mismo autor dice en otro lugar « raza en el 
paiio, la hilazaque diferencia de los dems hilos de la trama », 
y Nebrija « raça de pano, panni raritas. » De *radia, por 
radius, dériva ra^a (comp. Kôrting, IVôrtb,, nùm 6612, y 
Nachtrag)en todassus acepciones, tanto en la susodicha, como 
^^ la de linea genealôgica ô en la de rayo de sol, etc. Recel 
|fôponde pues a *radiarius, con disimilaciôn como lebrel, 
faur-el^ etc. Los dos derivados de *radia : ra:^a y raya son 
^^y conformes con la fonétiai de diversas regiones espanolas, 
^S^T\ lo prueban los dos de badius : ba:^o y bayOy ô los dos 
^ gaudium : go^oy goyo\ ô los dos de *medianetum : 
^"^K^rudo^ y meyanedoK Lo que no se explicarme es por que 
^^^^la la ortografia antigua ; Nebrija escribe raça baço^ y mei^ana 

RECORRO, ant. 

^ I^C3r faltar en los léxicos citaré este substantivo, que es la 
^^^^a castiza en vez de rectirso ; como acorro y socorro nacen de 



-^ ^ - Goyo es del alto Aragc^n, v. Otin y Duaso, Discurso îeido ante la Acad, 
. ^^queologia^ Madrid, 1868, pdg. 34. La forma foyo haceparamf indudable 
^îscutida etimologfa g a u d i u m go^o. * 

^- En cl Fuerode Oviedo. Vcasc Ferndndez-Guerra, El Ftmo de Avilis, 
*^S- 122 h, El texto de Avilés dice tneianedo. 
3- Fuerode Navarra, pdg. 16 />, 60a, etc. 



k 



3^4 RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

acorrer sùcarrer ^ asi recorro de rewrnty con la acepciôn del culto 
ncurrir, El Arcipœste de TaUivera, habbndo de como se Kan 
de resistir las tenraciones de la lujiirîa, dice : tt tcn la cara à sus 
primeros niouimieiitos y muestrales rostro, que fuyr es su 
recorro luego, que no tîcnen masesfuerço sino tremer, y donde 
vcen varon fuyen ^> {Corhaclxr, 1% 16''), 



EKMATAR, REMATE. 



m 



Covarrubks tomando como scntido ûriginario cl usual en las 

almonedas, derivi renmtûr de remittere, <f porque se remue 
la cosa rernatada ai que la compra » ; Rosal parte de igual 
acepciôn al sentar como etimologia « rem actam dicere »; 
Cabrera tom6 por otro camino arrancando de la acepciôn que 
rematar ticne entre cazadoreSj ^ dejar la pieza enteramente 
muerta del tiro », y lo saca de re-matar, etimologia que 
acepta Diez como dudosa; enfin, la senora Michadis* lo crée 
derivado del adjetivo arabe mate, « matado, mucrto », usado, 
en Espana linicamente como término de ajedrez^ viniendo a sd^fl 
rmmit cl représentante popular del término culto jaquemate. ^^ 

Yo creo que la acepciôn de reniak que mejor explica todas 
las otras es la mis concreta, simple y mater îal de ellas : 
c< ramo muî grande de flores de mano que sirv^e para colocarse 
en bs puntas de los al tares ^> ^ De ratm pudu formarse *^ramate 
para significar un atado 6 mazo de ramas^ con el sufijo -attus 
que se ve en avmate^ hordiate^ uvak, etc*; el cambio de la a 
protônîca en <? esta especialmente favorecido por la r înicial, 
como lo prucban las formas dobles rancor reftcoTj rafe^ ^{f^\f 
rastrojo resir.^ ranacuajo renac,^ rabam^ reh.^ rancân rmc.^ 
rim.. etc> 



I . Fragminîm etpn. (Rfv. Lusilmia, lïl)^ nûm* 71. En Rom, Jabfuhirûl 
de VûUniAller, IV, 1, p* 546^ crée que eï verbo matar vienc t^mbien del 
ir^bc maU, y asf liega à coîncldir con Cabrera respecto i U eitmdogfa de 

a. Esta acepdân esti en cl Diccionado de Autondad^ y no se por que 
dc^sapïifeciô en las i^himas edkianes del vocabutano ACadémico. 

3 . F^Tâ Tomia U da Juan de Valdès, lubbndo en su Didî^Q Âê h lei^m 
de esta vadladôd rt- ra-. V. cdic. de Bochmer, H&manhcbt StÈtdkn, 
VI, p. 02. 

4. Ramén y rmcm Cfi Bercm^^Soerif^ 17, y -S. Or., ai. 



i 




ETÏMOLOGIAS ESPÂîSOLAS 365 

Ln scguiidn accpciùii de remate : adorno que se pone en la 
^Jftreitiidad deciertas construcciones û objetos, es en substancia 
*^ niismaanterior, ya queesos remates representaii comunmente 
'^îrnos con flores, 
^^mak équivale tambicn a fin u término de una obra, Esto 
^^' comprende niuy bien respecto de las obras de manos que 
^^ornan sus cabos y exiremos con remates, pero aunque uste 
^^3sc* no se dé, debead%*enirse que en varias regiones de Espafia 
^iste la costuiiibre de poner una rama verde en lo alto de lus 
"-'Jificîos recién acabados (rama que en Madrid ^ pur ejemplOi 
c^stâ remplazada por una bandera), y que en otras labores, 
*^c>n^c>en la sicga de îos prados, al iihîmocarro de hierba que se 
'^^*^oge se le ponc también su ramo* Todo esto explica la frase 
^^^ ^^ T-iân^ paner et rafm^ que vale « acabar la recoleccion, termi- 
na, i- ^„^i ^-^^5^ ^jï^ Je dondcse pasô d decir remaîar pot zcah^v 
t€>%X^x. clasé de obras. 

>^cngamos por fin d la acepcion que parece mis distante de 

to^^3^^ estas, al término de almoncda mnak' 6 adjudicadun de 

'*^^ tîicnes vendidos al mejor postor. Ha de ser nacida de una 

3r\ti*fua formula de adjudicaciôn 6 de transmîsîon de la propie- 

*^^ de una finca, no solo rustica si no tambiên urbana, por 

'^io de una rama de arbol que simbolioba el objeto ven- 



^ - En el Vûcab.âiakct. id Cmtcejûdt Cdunga por B. Vigôn, p. 254,5e Icc 

^ï*Oné'l ramu, remaur par,.ç de un ddîfido y *:orQnarlo con un ramo, solem- 

*^^^ando cl acio con una mcrtenda à que tieiien derecho Ios operarios qtie 

"'^-^sajaron en la consirueciôn de la obra », La cosrumbre de poner cl ramo 

*^^l>rc ïas casas recien consiruîdas existe^ que yo scpa en îas provincjas de 

^^Viedo, Santandcr y Btlbio. Segùn me advierte el dota folklorista 

*^- Fr, Rodngucz Mjnn, en X'ilLilbi, provincia de HuelvM^ Ios albaniies 

^^«^len Cdlgar una rama de pino eu ia fachada à en Ios andaniius de las casas 

^^ constrtieciàn como presen-ativo contra las caidas y hundimienios, côs* 

'^Utubre que va dcsapareciendo de treiï^tâ inos d esta parte. — Poner eî ramo 

'^n el tjhtmo carro de hierh^i lo obscn è en la raya no ne de la pî-ovjncîa de 

*-i&iiii, en Arbùs y Pajarcii dcl Puerto. — Es probable que la frase vtmîcr ai 

'^uttm^ ft vcïidtîr el vino por menor Ios cosecheros i» provenga de que estos 

vtîidteran al fx>r menor lo ûttinio que les quedaba de la cosecha, amin- 

ciando este lérmîno con una mnia, la cual queda hoy como sîgno que se 

cydgtt i la puena de todas las ubernas, susutuida latnbién i veces por una 

banderka raja. 




^66 RAMÔN MEKÉKDEZ PIDAL 

dido \ Es este un simbolo bien conocido en la historia del de: 
cho, pcro ci taré los ejemplos que nos ofrecen dos documei 
tos, pues no se que se haya citado nînguno tomado de Espana 
El primera sehalla en una minuta de confirmaciôn de ima dona 
d6n que hizo en iioj Diag Gomez a Santa Maria de Val de 
Eguna, donde se dke : «< et despues que el se 6 no, otorgoto c 
diûlo so &lio Roi Diaz delà Uega^ por tel ho e por rama e pu] 
tîcrra, con todas suas pertenencias « (Arch. Hist*, doc 
Aguîlar de Campôo, n^ 260); el segundo lo ofrece un doci 
niento del Archive municipal deOviedo, dey deNov, de 141I 
« que uos de et ponga et apodere en la tenençia et posesion 
delà dicha liuerta, segnn de suso dîcho es, por rranm et 
çespedé^ ^* 

El ser estos ejemplos ûnicos no habla en contra de que la 
costumbrede adjudicaciôn por el ramo fuese gênerai en nues- 
tro soelo; una excrana formula de adopciôn esta atestiguada 
entre nosotros tan solo por una crônica escrita en 1344, y sin 
embargo fué de uso tan extendido que dîô origen en Espana y 
Portugal al refràn vulgai «< hijp ajeno, métele por la manga y 
salîrse ha por el seno *k Si el ramo que simboUzaba la propic- 
dad vendida se colocaba ordinariamente en el tribunal, como 
entre los romanos el simbolo anâlogo, cl hdsta^ se comprcnde 
que nmaîar recîbiera un significadu semejante a stdéastare, y 
que renidle valîera tambtèn algo asi como empiio ab hasta 
suhhastdlia^ 



REMBDtR^ IIE»££[R> an t. 



Una niecitesis de rêdlmêrc existe en cl icaliano rimedirt^ 
« riscattare « (Caix, Studi^ nùm. 486); en castellanu no se 



K V, Du Gange, C/(îjj»,s, v, w investi tu ra # para abu ridantes cjernpîas 
J. Grimm, DeutuJx Hichhaiio'lhûmtr, 5* cd., Gôttingen, iSSi^p. ijt, donde 
entre mras ciu el ejemplo de un fueto territorial alemdn de ijio en que lo 
tr^mîtido por medlo de la rama es unavasa y no un pedio ri^stico; el juci. 
hacc pregonar la ratna y iucgo k fidjudica aJ comprador refirlt^ndose %àlo à 
cUa, y para nada à la casa que ^imboli^a ; f weil das reîs au^gcrufea und 
uicnund dawldcr ist, so kihc ichs euch van gottes r^ths und g€ri<:bu wcgcn 
und gebîetc fricden. * 

z, Gif* Miguel "Vîgil, C&iiceiûft hut&rkù-dîplùniàtm d4 AytintamUttio 



I 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 367 

9^e se haya advertido, y sin embargo es.muy comùn. Reniedir 
^Aallaen Berceo (S. Dom., 57) : 

Maria la Egypçiaca, pecatriz sin mesura... 
Remidiô sus pecados sofriendo vida dura. 

^'î otros textos el verbo habia perdido su dental sonora y 

^^^ r^^9htir\ asi, donde el Fuero de Avilés dice « redimalo del 

^oiîceillo », el Fuero de Ovicdo pone « remialo del conçeio ' » 

y un dccumento de 1274 • *^ i^g^ ^^ prision ata que se remya 

«ellos » y otro de 1308 : « en razon de la pennora... de Lis 

suas bestias, las quales Remeyo por una quantia de marave- 

dises * . » Una contracciôn de renuir à remiir (remijr aparece en 

las Cii^ntigas de Alfonso X) nos ofrece el Fuero de Navarra ', 

^^^ ^^czribe remiry como en portugués. 

*— ^ sincopa de la dental se présenta también en redimir, que 
cl ^^i^ro de Treviiio escribe reymir ^. 

ROAXO. 

^^€M^no es adjetivo aplicado al caballo 6 yegua cuyo pelo esta 

^^^^lado de blanco, de gris y de bayo ; en asturiano « man 

ruarz^^ ^ se aplica al caballo y â la yegua de color rojo claro^. » 

"^^ ^cjui algunas formas queofrecen los documentos antiguos : 

anç> 5j5^ <c uno potro placibile colore raudano » (Indice de los 

^P^s. de Sahagûn, p. 165); ano 1055, « uno kauallo rodane » 

v^f*- > pdg. 222); aiio 1064, «kauallo rudaneyi (id,, p. 237); 

aao 899, « cavallo per colore rodatio ^ (Berganza, Antiguëda- 

^^^> II, p. 37 i,escrit, 7*). En el portugués antiguo existen, segiin, 

^ I^. Santa Rosa de Viterbo, ratidàOy raudam, roudane, roudào. 

^laro es que estas formas con el diptongo au y ou quedan 

iriexplicadas tanto por la etimologia de la Academia Espanola : 



* - El Fuero de Avilès... por D. A. Ferndndez Gucrra, Madrid, 1865, p. 1 30, 
P^^«-afo 33. 

^ - Ambos documentos en Vigil, Coîecciôn hist, diplom, del Ayutit. de Oviedo, 
P^. 68y 132. 

3- Pdgina 63 a : « fagala rcmir cl hucspcd de xii dineros. » 

4- Ano 1254 : « reymala de aqucl que la villa por mi troviere. » Mémorial 
'^iiiôrico espaîioU tomo I, pdg. 46. 

5- Vigôn, Vocab. de Colunga. 



KAMÔN MÊNÈNDEZ PÎDAL 

I por la de Santa Rasa : r u h î d i 




368 

ru fus ^ como por la de Santa Rasa : ruhîdus, y no digamos nada 
de la que quiere sugerir Bergan;îa Ç4ntîg,, 11^ p. 692) cuaiida 
interprcu rodam por « color de rosa «. En cambio liis expliûi 
todas un derivado del adjetivo ravus, ^ color entre gar^;o y 
castano », segim traduce Ncbrija la definicioii de Festo {rain 
coloris appdlanîurj qui sunî inter fiavos el ausws)\ el latin usa ha 
ravidus, del cual el romance hubo de formar *ravidanus, 
^ravdanus (comp* ramm por ravicus)^ tronco de las formas 
casteîlanas mtuiam^ rodanù, mmo y de las portuguesas raudào 
roudàû. El fr. romn^ con igual signilîcido, dériva del castellano; 
el itaL roam scni tomado del francés ocastellano^ y el duplicido 
itaL nwam ofrccerd una simple intercalaciôn de v para deshai 
el hîato. 

KOGOj ARRUEGO, arag- 

Otin ' dériva del vascucncc gorri ôgorria, encarnado^ 
palabra arrucgo^ peculiar de las niontanas de Aragon, que équi- 
vale a rojo ô royoj como Mundarruego, Puyarruego, Pcia- 
rruego^ monte elevadisimo é inmediato d las très Sorores el 
primero; pueblo el segundo que en una bula de Inocencio 
se traduce numU ruko; y el tercero es la brillante estrella q 
los astrônomos Uanian Arturo », y aiîade que : w el nion]ë 
Martôn dice en la Discripcion Jtl val le de Tena que los queanti- 
guamente se Uamaban Amiegos se apellîdaron despues Roy os : 
en el dia existen familias en Zaragoza que conservan aquel anti- 
quisîmo apellido >*, En aiuiguo aragonés existiù la forma rag{.\ 
como se ve en cl nombre de FonURoga que figura entre los lin- 
deros marcados por un diploma de 958 que aduce Borao (DiVr,, 
18S5, pig. 36) y claro es que esta voz, a pesar de su semé- 
jan^aaparcnte con la otra aragonesa royo^ « rojo à rubîo i>, na< 
tiene que ver con ella. Yo creo muy probable que roga y arn 
sean deri%*ados de raucus (es decir, *ravicus), usado, no en 
el sentido de « ronco *i, sino en el de ravus, « rojijîo « (véase 
el articulo anterior), pues que ambas eran voces îguales lo 
prueba el que Festo nos atestigua el uso de ravus por raucus, 



Cl 



ni e- I 
lai^H 



t, Discftrsit l/Ùh anU k H. Jcdtifmut espamla de Arqutùlû^iû y Gtcgrafid M 
Principe Âi/ottw. p^r 4 Sr, D, F. Otîn y Duâst>» MjJnd» 186S, piig. 7 y 
nota 5. 



F 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 369 

hablando de la voz (rava w.v), uso seguido efectivamente por 

S/donio (javus cantiis). Se objetard que raucus si conviene à 

''^(CJ, no explica la forma arniego; pero téngase en cuenta que 

gI dîptongo !ie anômalo se halla no solo procedentc de /t ô sino 

Zambien de au, por ejcmplo, en pueco por poco del Fuero 

Jiizgo ', 6 en mtiero por moro del castcllano hablado en Cita- 

iurîa ^. 



RUCIO. 

I^iez siguiendo a Gibrera la dériva de russeus, que ni por 

la tormani por elsentidocuadrabien conn/r/(), ya que russeus 

dicS raormalmente rojo, y rncio significa « entrecano » y no 

« ^<^J îzo »; M.-Lùbke (firamm., I, § 589) propone lucidus + 

rixssus. Creo que tanto el castellano rncioy como el gallego 

ft^J^^^ « canoso », se derivan deladjetivo roscidus ; esdecir,que 

riicio y rocio tienen igual origen. He aqui como se explica la 

^^'v^rgencia de ambas formas : rôscïdus habia de pcrder su J 

^^rï-io tûrbïdus, y en rôscius como en turbins la tonica i>, 

^^ liabia de representar en castellano por u, efecto de 

^ i siguiente en hiato, de donde résulté rucio de igual modo 

*iue ttirbio. Esta forma rucio, con el acento en la w, existiô en el 

^^st.cîllano antiguo con el sentido de rocio, como en portugués 

rAr£o. ^na Biblia romanceada del Escorial (I-j-6, fol. 17 d) dice 

tradviciendo el Cantar de los Cantares, V, 2 : c< mi cabeça llena 

^ cie rucio e mis bediias de gotas de las noches », y claro es 

qu.^ por la comparaciôn de la cabcza canosa con la cabellera 

^;d>.ade escarcha,se aplico la misma voz rucio, a modo de adje- 

^'^c::^, para denotar el pelo rociado ô salpicado de blanco por las 

cax-x^s, conservando hasta hoy su acento primitivo. El paso 

P^^terior de rticio a rocio se explica por la ambigùedad del 

^*^^ uto en los verbos en -iar y -car, pues como se vacila entre 

y^ ^elinéo à yo deliueo, yo vacio ô vacio, se vldrian 6 vidrian, asi 



"^ . Ediciôn de la Acadcmia Hspanola, pdg. 35, variante 16. 

'^.. Ha de ser un aragonesismo como lo es el nneclje que también esti en 
^^^^^ en Gitaluna. Estas dos formas las indica Mild y Fontanals en su Ronian- 
^**"«//o catalan, pig. xv, nota 3. (^Obras complétas dd Dr, DM. M. y F., Bar- 
<^^lona, tonio VIII.) 

famaMÛt, XXIX. 24 



^ 



370 RAMÔN MEXÈNDEZ PIDAL 

del verbo riu:iar ' 6 rociar se dijo rticia 6 nicia^ y quedando asi la u 
como prôtonica, forzosamente habiade trocarseena : rocia, rocio, 
etc., yluego el substantivo fue atraido à estaacentuaciôn verbal. 

SANGUIJUELA, SANGUJA. 

i Que relaciôn tienen ambas palabras con el termine latioo 
correspondiente PSanguisûga podia dar en castellano *sansuga, 
que por medio de una mctdtesis sugerida por sangre, se hizo 
*sangusa, y con palatalizaciôn de la -j- întervocdlica (petroseli- 
num perexily vesica vexigà) résulté sanguxa. En cnanto a san- 
guijtiela pudiera mirarse como un diminutivo de scngujCy *san- 
gujtulUy pero es preferible créer que proviene de un derivado 
nuevo del verbo sugére, tal como *-sugela en vez de -suga 
(candela quer-ela suad-ela); *sangtii-sugela habiade perderla^ 
Intervocdlica (/?«/>, ruido^ etc.) y producir sanguistuldy forma 
ùnica que conoce Nebrija, y de aqui el moderao sanguijtula^ con 
palatalizaciôn de la -s- como en sanguxa. Las formas asturianas 
satîijuela, sandrijuela son desviaciones del tipo castellano. 

sexerdA, sexaldA, astur. 

En el Vocabulario de Rato aparece la forma senerdà con défi- 
niciôn trocada; en el deVigôn sehaldày « impresiôn depena ». 
La forma usual es sehardâ 6 sehaldày y la acepciôn propia es la 
de nostalgia, dcseo de una persona 6 lugar querido, que en cas- 
tellano se dice soledad y en gallego y portugués saudades à soi- 
dades, La voz asturiana reconoce un origen andlogo al de estas, 
pues proviene de singùlâritâte, usado por Tertuliano para 
dcsignar la vida solitaria \ El castellano antiguo decia sehero por 
« solo », de *singularius por singularis, y senerigo por 



1. Kuciaha en Bcrcco, Sacrif., 87, y en Tirso, £5/0 si que esnegociar, acto I, 
CSC. I. Citas de Cuervo, Apiuitac. crit.,*l 284 y 668. Adeniâs ruçiada Bc. Milg. 
249. La aceniuacion rôcio rôcias rôcian se usa en Chile (M. L. Amunitegui» 
Aû'ntuaciotiei viciosaSy 1887, p. 399). 

2. Singulariias « proviu singulari seu solitaria, sine foeminae aut uxoris 
consortio « {Terlulliani opéra cum Jacobi Panulii aJtiolationibuSj Paris, 1 598, 
pàg. 1128). 



r 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 37I 

hotnbre de gustos raros y singulares *; seheru se conserva en 
Asturias con la acepciôn de persona séria (apartadiza, solitaria) 
y por '^seheridad ô « soledad » se dice senerdd, sehardà. 

SEROJA, SERONDO. 

La descendencia de sërôtïnus en espaiiol la componen en pri- 
0icr lugar jercwttfo (compdrese, aunque en distinta situaciôn res- 
pecte alacento, igual soluciôn del grupo t*n en catenatum 
ca^dado) y seruetida ^ o seriuinda. En Asturias, ademas de 
sefuenda, que significa « otono », hay el adjetivo seronu (conip. 
cO'^iado al lado de candado)^ sebrehu ^ que ofrece una curiosa 
iiietàtesis de la semivocal de *servehUy y, en occidente, serodo 
atiâlogo al gall . portugués serodiOy seroti(n)o. 

Otro derivado de sêrus : *serucula, produjo ebtTcy'^j castel- 
lano, nombre de la lefîa seca que se cae del drbol, usado en plural 
habitualmente como lo prueban los glosarios de Rosal y Cova- 
rrubias. El sufijo -uculu senala también desperdicios ô sobras de 
productos agricolas en *restuculu rastrojo (restos de paja que 
quedan en la mies después de la siega), *retruculu redrojo 
(racimos pequeiios que se dejan atrds los vendimiadores). En 
Galiciaseusa también seroja y seiroja, que seran castellanismos. 

SEYiA, SEiA, antic. 

Berceo, en la Vida de Santo Domingo, 45, ponderando los 
bienes que el Santo acarreô à Canas con su sacerdocio, dice : 

Série Cannas por sienipre rica e arribada, 
Si elli non oviesse la seyia canviada. 



1. « Era un mercader muy rico et era scnerigo et apartado en su corner et 
en su bever. » Libro de los Eftgafios, nûm. 5°. (En Comparetti, Ricerclx 
intorno al Libro di Sitidibddy Milan, 1869, p. 41.) 

2. No esta enel Dice. Acad. pcro es la ûnica forma que conoce Nebrija : 
« Serumda cosa tardia ». Rosal da la otra forma con diptongo anômalo : 
« Seruanda decian a la cosa tardia que oy dicen strueitda^ y hase de pronunciar 
con M vocal. »(Bibl.Nac. T-127, pdg. 552). 

3. Sebrefiu se usa en Ribadesclla; no figura en los Vocabularios de Raio 
ni Vigôn. Este apunta la forma occidental scraio. 



372 ram6n menéndez pidal 

Sanchez interpréta seyia « silla... acaso seysa 6seyza ». Ber- 
ceo cuenta en esta palabra très silabas (no creo que se deban 
contar cuatro en canviada; cômp. chrisiianas y cuiiatiaSy S. 
Dom,y 582) y debe leerse se-y-ja^ no de sêdïcula, que daria 
*seejay como cornïcula cortieja, sino del plural sedîlia, de 
donde también se dériva la forma gascona sedilha (en Lespy). 
El hipotético *je^Vï de sedicula, contraido en seja^ se ve en un 
romanceamiento hecho en tiempo de Alfonso X, por el Cabildo 
de Covarrubias, de un diploma del conde Garci Fernandez, 
donde se traduce : « que como seruien a las reaies seias^ asi 
siiuana ti, nuesira fija Vrraca » ', la cldusula latina «qùomodo 
seruiebant ad illas sedes regales, sicseruiant tibi ». 

TAN AD A. 

En un documento de 1509 se lee : « nosotros tenemos vso e 
costunbre, de tiempo imemorial ;f esta parte, de prendar a cual- 
quier çapatero e panero o otra qualquier persona que echase 
en el calçe del dicho molino cueros o pellejos o pelanbrada o 
çumacada o tanada o otras cosas que inpidcn el moler del 
molino... » etc ^ Tanada responde al tanata que aceriadamente 
se ha propucsto corregir en vez del tranata de las glosas isido- 
rianas; véase Diez, Et, Wôrienbtuhy p. 684, s. v. «tan». Ya que 
Diez no se para en este lugar â citar las voces de igual raiz, y 
que cl Diccionario de la Acadcmia busca en el francés tan- 
nerie el origen de teneria, no estara de mas advertir que no hay 
motivo alguno para créer esta voz de procedcncia cxôtica. En 
un documento de 1181 se escribe ianariaSy y en otro de 1245 
tencrias ^ . 

TiENLLA, antic. 

Sanchez en el glosario de Bcrceo dice : « Tienlla^ parece 



1 . Documento cxistente en et Archivo Municipal de Burgos. El tezto 
latino fuc publicado por Yepes, Coronica de San Beuito, tomo V, fol. 444 v. 

2. Doc. de 27 Hnero 1509, copiado en 1510; Archivo llist. Nac, fonde de 
Santa Mada del Vadillo en Prias (prov. de Burgos). En este mismo docu- 
mento se copia una sentencia de 7 sept. 1334 que habla de « çapatcros e 
tanadores ». 

3. Indice delos docs. de Salxii^ùn, arf» 1683 y 1904. 



ETÏMOLOGIAS ESPANOLAS 373 

pierna «. Véase el pasaje de los Milagros, 246, en que un 
pecador es llevado por los denionios : 

FrÎ5ierorilo por lieftllas los guerreros aniigos 

y el oiro, Milagros 273, que dice con motîvo de la muerte 
de tin labrador ladrôn : 

En soga de diablos fiic luçgo cadvado, 
Rastnibanlo por tietillas» de coces bien sovacio* 

En vîsta de estos textos, creo que résulta claro el empleo de 
tient l€i con et valor de cuerda 6 Uzo, como el latin ténus, -us 
(lavnhxivi tenus -oris)^ cuyo diminuiivo *t en Ci la explica per- 
fcctamenteelcastellano *ï/m/(i,que luego pakralizô su /,porsu 
pronunciadôn dificil detnis de la w» como el asturiano pmllu 
de pessùlus y pesllera de *pessularia. No se que relactàn 
tenga con tienlla el ienUera que Sanchez da en cl glosario del 
Aîe^anâre como équivalente d « carrillo »> ; en gallego tenlteira 
sîgnifica también « mcjilla « y en asturiano se dice tenllerada y 
kUer£ida por « bofetada 6 carriltada ». Por de pronto en el 
AlfXéitidrt^ 606 s la riina exige cor régir knllera en krnieUa (segiin 
indîca Morel-Fatio, Rùm,^ IV, jo), voz que se vé en Berceo^ 
^l^'/^*, S08, 

TOLONDRD. 

L-as formas di versas son torônâô y iùrmiâôn^ tohmdroy iohndrâti^ 
lolodrén y iùrmitù\ El scntido propio es cl de « chichôn », 
ûoico que conoceNebrija (« tolondron o tumor, tubcr »). 

^^rodi (Rom.^ XVII, 72) explîca toronà} por rotmido, metdte- 

5ÎS violenta que implica ademas el cambio de la r inicial fucrte 

en débîl, Crco que de torus, « nudo, protuberancîaj hinchazôn » 

^^ dîjo, en vcz de torosus^ « carnoso, nudoso ï>, *torundys 

(<è^s,^ arriba « orondo »); luego, de toronà^ se pasô d *îormidro 

por injerencîa de r (véase airas a colondra ^)y à lolmdro pnr 

disimilaciôn, en la cual habia de persistir la r agrupaday habîa 

Je disimilarse la r intcrvocdlica como de nradro se dijo aladro, 

de rncnvres^ miétcoles y de kbrero kbrcL La forma hwonio^ portu- 



!• Tîiûârèn^n Cabrera; ÎQronto en un roman ccamlmto de la Biblîa, îsaia^, 
1^ é:«pedlgo laromo c ferida tierrna. n BihL EscuriaL I-j-î, fol- 231 
j, rfvrfiîf^icn un doc, de 1 11 ;» htdktde îos dùCf. de SaJmgm^ an, 1 559. 



374 RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

gués torûfitn\ es dificil de explicar; Parodi crée en una asimiUi- 
ciôn de hJi b i inichl] acaso influyô también la abundancii 
Je formas dobles cou -nJ y -nt final como grande grant, onde 
ouï y dfsmdâesfnty algund aïgnni. 

En gascon apunta Lcspy touroun, con el significado de otcra 
y de terràn redondo, que reconoce igual origen. 

TRAJINAR- 

Desde Qïvarrubîas se le viene derivaodo de trahoj pero es 
tan iniima la relack^n de sïgnîfîcado que existe entre el latin 
agi nar e y el castellano îrajhmr que puede darse este como deri- 
vadû de •tra(ns)-aginare, « traficar 6 conducîr mefcaderias 
de una parte a otra w, au n que en romance dcbiera haberse 
perdido la g^ como en cl asturiano antainar, « darse prisa n, de 
*ante-aginare. 

TRECHAR, TRUCHUELA, 

Al lado de /rti/ar existe un derivado popular de trac tare que 
no consta en ningun dîccîonario : trecJkjr; este redujo el signi- 
ficado de i< manejar, trabajar una cosa w, al de a preparar los 
pescados abriéndobs y salandolos •>. El Arcipreste de Hita nos 
habla de « anguilâs trccliadas » (copia 1079) y de un irechân 
(copia 1087), que no se por que, a Sancheî? se le antojô que 
debia significar *> tronco »; el P. Alcata usa el verbo ireàxîrse^ 
con la acepcîôn de « secarse w, a juzgar por la equivalenda 
arabe que le senala \ en fin en Ar*turias, y probablemente en otras 
provinci;iSj se usa todavia treebar con igual acepciôn que exige 
el Arcipreste y que es, segun el Vocabulario bable de Rato : 
f* abrir y salar las^sardinas curdndolas despues al aire »* El 
bacalao se vende siempre asi preparado 6 trsrhadoy y por cso 
recibiû el nombre de ^irfcbmîa^ de don de se dijo por ettmologia 
popular /m^rA^i^'/a, asemejandolo i ïrudm* 

VEDEGAMBRE, 

No conozco la forma vegedambre (en Michat^lis^ Sludlm ^. 
nmi, Woriscfmpf.^ p. 104) pero paraacepur la ecimologta végéta- 



I. Dozy ti Engelmakk, Gha, déS tmis ispu; 



■'t. dénféét lêraW, 



ETIMOLOGÎAS ESPÂ>ÏOLAS 375 

ïtien que propone Pabst hay que suponer^ aparté de un canibio 
de scntido algo brusco (de « fucrza vegeral de !as plantas «j 
a ** eléboro w), una antiquisima nietatesis aiiterior nada menos 
que i h palatalizaciin de h g. Como los manuscritos dc\ Fuero 
/"v^^ (cdic, Acad. Espaiiola» pag. 104, var, 9) usan las frases : 
" de los qu^ tiempran las megambres » y a que facen la vegambre >% 
traduciendo el litulo « de veneficis », parece que el origen de 
esta voz ha de ser medicamen, en cl sentido de << droga, 
veneno «, Que vedegambre ténia antiguaniente el significado de 
droga^ veneno en gênerai, pruèbaloel Alexandre^ cuando babla 
del u cruo bedegamc >î de la a%*ispa (copia 747) y de la « mala 
uedegambrc *> de que estin cargadas las serpientcs (c. 2179), 
3si como el Calila r Dimna al traducir por vegamhre ' la paUibra 
^irabe « sam » que vale << veneno *>, y en fin et verso en que 
^i Arcipreste de Fita (copia 404) se qutja de los muchos 
desastres que causa el amor : 

Asi fase a îos locos tu falsa vedegarobre, 

Luçgo, su sentido gênerai se concreto eo e! de « eléboro >> 

r^ï" ser esta planta venenosa droga muy usada en la niedidna 

antîgua. En los ejemptos del Fuero Juzgo observamos la forma 

eTVteiramente regular de la voz, con la pérdida de la d inturvo- 

c^licii en la silaba proton ica : ^m^egambrc^ nugambre; del trueque 

d^losdos sonidos ï/y m, en vegambn^ hemos hablado a propô- 

sUo tic ,, mieiga »>. La -d- permanecio en vedegambre por efecto 

dt ia.tia etimologia popular; asi Rosal dice : « vedegatnbre, 

ycrtia del ballestero ; de vedar\ porque fue vidadù el uso de 

cll^ *>^j s;ibido es que los cazadorcSj aun en el sîglo xvi, tenian 

bs saetas con zumo de eléboro negro para baccr su herida mor- 

tîfera^ 

VELICOMEN^ 

No se encuentra en los diccîonarios e! représentante espanol 
Jelaleman wUkomfmnbecher. Quevcdo en Lu hora de todos (BîbL 



i, Edicidn Gayangos, pig. 25 b\ este lexto usa tara bien lai formas 
x^^amhrt, pig. 49 b, lin. Ultima (con el setitido, bien claro, d<: « veneno «) 
vvi^iimhr^, p%. 19 a, nota 2. 

2. Bibl. Nicional, ms. T* 127, p. 574. 

j- Véase i Dioscôrides, traducidcf por Ltguna, IV, cap 152 (pigîna 468 de 
las edidones an liguas). 



37^ RAMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

de Ant. esp., XXIII, 425 a) dice : « înstantineamente apare- 
cieron alli Iris y Hebe con nectar y Ganimedes con un velico- 
men de ambrosia ». 

VERIJA. 

Los diccionarios etimolôgicos modernos omiten la etimo- 
logia évidente de esta voz que da Qbrera : virilia. En astu- 
riano es veHa « muslo », pues si bien este dialecto posée una 
palatal fricativa, solo la emplea correspondiendo d la; castellana 
cuando esta procède de los sonidos latinos x, j,g,s, ssj, se, 
pcro no cuando procède de Ij, cl, gl, tl, pues estos grupos los 
représenta el astu riano por >'; v. g. inuyer, Asi verfa esta por 
veriyUy comofiu por fiyu,filium. El gall. brillas, y el portugués 
brilhas son cxplicados por C. Michaëlis en la Rev. Lusitana^ 
I, 299. 

XANA, astur. 

En la mitologia popular asturiana la xana es una especie de 
hada 6 ninfa de las fuentes, y en cl Algarbe existe una voz que 
corresponde exactamente d la asturiana : jà à jans {Rev. Lusit.^ 
I, 306), aplicada d ciertas hadas hiladoras nocturnas. La creen- 
cia en estos seres fantasticos debiô de estar estendida por toda 
Espana, pues en el vocabulario arâbigo escrito en el siglo xni en 
Caialuna, y probablementc por Fr. Raimundo Martin, se tra- 
duce la voz arabe 6 mozarabe ila5 por jana\ y no por fa ta. 
Conocida es la forma latina Jana por Diana, y aunque no estu- 
vicra atcstignada por Varrôn, Macrobio, etc., debiéramos supo- 
ncrla en vista dcl masculino Jantis por *Dianus; las voccs apun- 
tadas, xafia, jana,jà, responden perfcctamcnte d Jana, bastando 
comparar los nombres dcl mes dedicado a Janus, lat. januarius^ 
astur. xinerti, cat. jancr, port. Janeiro. En Du Cange se hallan 
abnndantes textos en que se alude d Diana como hada nocturna 
y especialmentc d la siipersticiôn « cum Diana equitare », que 
corresponde d tradiciones de Asturias en que se cuenta haber 



I . H.-J. Simonet, Glosario lie voces ihèrkas y htina s tisadas entre los mozarabes 
Madrid, 1888, s. v. « failia » y pâg. clxiv para el autor dcl vocabulario 
ciialan. 



ETLMOLOGIAS ESPaROLAS 377 

apresado a iina xmra armandok la/^os sobre un caballoy dejan- 
dosdo ab^ndonado de noche para que ella lo cabalgase* 



le 



I 



YEMGO, EÏSGUEDAT, ENCAR, antlC, 

En los textes castellanos antiguos aparece enguedat (S.Doin.^ 
7É, Loor-, 1 18, 134), eguedaî (ApoL, 373), yegnedad (variante 
n^uàdadj S* Dom.i 773), como sinonimo de la « libertad que 
Icgra cl cauuvo ». Carolina Michaëlis ' dériva egucdad de 
equitate, y supone que luego la silaba inidal e- se sustituyô 
or fw-bajô la înfluencia dd prcfijo m-; lo mismo dîce Meyer- 
ûbke (ZfjV*, XIX, 277). Esta explicacion es satisfactoria en 
todo si se considéra la V02 enguedad aislada ; pero existio cam- 
Viên el adjetîvo yengù, engo que significa (< libre, exento d, de 
donde sin duda se forma el substantivo enguedad ^ y para la n de 
ese adjetivQ y a 110 es admisible la influencia del prefijo in-. 

El Ftn^ro de Sepiihfcda * romanceado en el siglo xut y copiado 

y confirmado en el xiv, usa frecuentemente del adjetîvo : 

Esta meioria otorgo demas a todos les pobladores de Sepul- 

^yg^ : que (asi Fl*^ qui Mie.} qualquiere que viniere, de creen- 

ûa quter sea Christiano, Moro 6 judio, yengo 6 siervo, venga 

^^guramiente e non responda por enemi:dtat, nîn por debda, 

^^^ por fiadura,** » (pdg, 21, tit, 15). « Otrosi, por faccr bien e 

^lercet à los cavalleros e a las duenas e a los escuderos e a las 

(ioncellas de Sepulvega, e a los que agora son e seran daqui 

^uelan^e^ mando e tengo por bien que sean esciisados e libres e 

quitos de todos los pechos e de todo pedido c de codas las otras 

^^^s, ciytngos e francos (^ii/ F/., la cdk\ franqueados) e libres 

^ ^'^itos los facemos a ellos e a los sus apaniguados e a los sus 

^asallos » (p* 32, tit, 43)* « De voluntat digo por esto, que el 

Conceîo de Sepulvega non an ninguna cosa a dar a Rey ni aSen- 

^^'^^ nia otri por fuero ni por derecho, ca ymgo e libre lo 

%o ilt' toda premiaj e de judgo (jui FL^ éd. yudgo) de Rey 

e de Sennor, e de toda pedia e de facendera e de furcion (de 



^ f^ragmentos fiyntoJ<fkoSy nûm. 29. Extra cto da Rn'.Lusihma^ llh 

1* J^mro ée Sipûk^eda, pubL tn d Hoktin de Jurisprmknda y Aâminîstraciàn y 

^fftiludù V ûnetûdo por Don Feikiano Callejas. Madrid, 1857. Me sirvo 

i^ïïibîcude b copia Mcada en el siglo pasado para Floranes, Bibl. Uac. ms* 

î4m-4^S» folios 15^ 53 y 316. No sigo la pumuacidn détestable delà ediciùn. 



178 RJVMÔN MENÈNDEZ PIDAL 

desfurdon FI.) »> (pàg. 79, tît- tS6). El Fmro dt Salamança no 
conoce el diptongo de esta voz» asf dice despues de hablar de 
\os alfaqueques que vinîeren a la ciudad d redimir mcjros ciu- 
tivos : <t moro t7/fo uaîa sueho e non den poruie nen nada ^ w; 
claru es que se trata dtl moro que, como dice Berceo, saliô de 
prisiàn y recobro engucdad. 

La etimologia det adjetivoes, a mi ver, el latino gcntîcus» 
usado por Tâcito en vez de genti lis % el cual hubode tomarcl 
mismo significado de « noble, ingenuo» libre» que ticne gen- 
ti lis en los textes de la baja latinidad. Asi, a la concraposicion 
« gentil is et mvilis terra » que se lee en un diploma de 1245 
citado por Du Gange, responde exactaniente la frase « yengo à 
skrm » del Fuero de Sepûlveda, y a la formula francesa m franc 
Qi gentil ^f in franc ome et gentil n^ responde el mismo Fuero 
con it yengo efranw^. En cuanto a la derivaciôn fonéiîca no 
hay nada que no sea estrictamente regular; la pérdida nece- 
sarîa de la g* inicial, la diptongaciôn de la ê, la sincopa de la i 
posténica y la reduccion dcl grupo de consonantes haciéndose 
sDoora la ûlnma, son todos fenônienos comunes y corrientes 
de que no hay para que citar cjemplos por separado, bastando, 
Atîtulo de curiosîdad, presenurlos todos reunidos en el deri- 
vado popular y casrîzo de g émit us, que, en vex del culto 
gemido^ es en antiguo castellano yemdù % ô *ycndiK 

Los derivados de ymgo son el abstracto engmdad^ en que 
naturalniente el diptongo desaparece por quedar la é en silaba 
âtona, y el verbo •rw^^rque creo poder restituir con toda segu- 



I. Funù de Sdamanm^ publ, pur J, Sinchez Ruano, Salamanca, 1870, 
p%. 75, lit. 259. 

1, Podfn pcnsarse tambïcn cti èihnîcus, muy osado por bs cscritorc$ 
edcsiibtïcos en vce de gmiîîh (sOvo; î= ^msX pero solo en la acepcï^Sn de 
fl pagaqo B, sin que cotiste que luvîcta nunca k de » ingenuo à libre j» (solo 
cil Du Oinge ethfiikt^ m pegujar à peculio deî csclavo 1*) por lo cual hay que 
d^ecliarla aunque fonéticamentc pudo liaber dado por rcsuhado yf%'<}. 
HtbrtîcLis dif^ como derîvado culto mnko, tf pâgano »t en 1^ venioacs de 
la Bibtiâ; v. U cdicîdti de Scio ya dtada, S. Math, v, 47: xfiit, 17* 

l, EL tan citado mi. delà Biblia EscuriaL h\-6, foL iib k dice « d fiMÊda 
de tos roucrtos » iradudendo a Ezecîi., XXVI, 15, « getnhu inicrfectarani 
tuonim M (escfibc iguaî mente i/mia por Mnda) y usa cl verbo fttur^ wtm ^ 
Ml won por et culto gr^if^ gîf^, gimkron. 



ETIMOLOGIAS ESPANOLAS 379 

ridad en este pasage del ya citado Fuero de Sepiilveda : « el 

Christiano que Moro o Mora engrare, et fijos non ovieren, el 

sennor herede todos sus bienes «(p. 104, tit. 249); recordando 

la frase de este mismo fuero y del de Salamanca « moro 

yengo », « moro engo » se debe leer engare, y se debe enten- 

der « diere libertad », pues se trata de la conocida cldusula del 

derecho antiguo en que se disponia que el patrono heredase d 

^u liberto fallecido sin ciertos herederos. La copia del Fuero de 

Sepulveda hecha para Floranes (B. N. ms. Mm-425, fol. 288) lee 

^ffioarCy pero lo arbitra rio de esta lecciôn nos lo prueba el que 

orra copia del siglo xvii (B. N. ms. Q-96, fol. 18), queriendo 

5er fiel al côdice transcrito, ya que no entendia la palabra, puso 

^'•^, por donde venimos en conocimiento de que el côdice 

original escribe en^re, con la a abierta y alargada, semejante a 

tt que se usa como letra sobrepuesta. Claro es que el editor se 

atuvo correctamente d las reglas paleogrdficas leyendo engrare, 

pero creo que aqui la a sobrepuesta no es una abreviatura, 

smo simplemente una letra olvidada por el copista del côdice 

actiial, 6 mas bien por alguno anterior, la cual se reprodujo 

como abreviatura en el côdice hoy existente, porque su copista 

tatnpoco comprendia la palabra en cuestiôn. 

Ramôn Menéndez Pidal. 



LE ROI HOÉL DE KERAHÈS 

OHÈS LE VIEIL BARBÉ, LES « CHEMINS D'AHÈS » 
ET LA VILLE DE CARHAIX 



Dans toutes les rédactions de la légende de Tristan, le pcre 
de la seconde Iseut, Iseut aux blanches mains, et de son frère 
Kahedin, est le roi Hoël *,.de Petite-Bretagne, dont la résidence 
est la ville deKerahéSy aujourd'hui Carhaix*. 

D'autre part, le Rotnan d'Aquin ou la Conqueste de la Brelaigne 
par le roy Charlemaigne^ chanson de geste purement « carolin- 

1. Eilhartd'Oberg, qui a pour source Bcroul (ou un texte apparenté), parle 
de KaraJxs, résidence du roi Havelin (v. 5557, $591, etc.). Gottfried de Stras- 
bourg, qui dérive do Thomas, parle àtKarke^oii habite /or^/iw (lisez Havelin\ 
au V. 18728. Nous sommes donc sûrs que les deux tertes parallèles français 
qui ont servi de modèles aux pyoèmes allemands connaissaient chacun un roi 
Hocl de Carhaix. Dans un des fragments conservés de Béroul, on trouve du 
reste le nom de la ville et de son église principale : par saint Tresmor de 
Cahares (lisez CaraUs) (Francisque-Michel, I, 147). Enfin, le roman en prose 
de Tristan connaît aussi un Heël qui tient sa cour à Karafn (Loeseth, S 7$9 
p. 63). Le ms. 103 donne des renseignements bien plus détaillés sur Hocl et 
Carhaix. A la mort du roi Hocl de Karabès, le comte Umoy de Nantes se 
révolte. Il est fait prisonnier par Tristan, qui l'enferme dans la prison de 
Kurahès (Lœscth, 5 536*, p. 574 sq.). C^est à Karahès que retourne Tristan 
après son dernier voyage dans la Cornouailles insulaire (i7»/V., 5 $39*» P« 378). 
C'est là encore qu'il se réfugie après son expédition malheureuse au chÂtcau 
de Bedalis (ihid.j ^ 540», p. 379). Il est intéressant de signaler que cette ver 
sion du ms. 103 et le poème d'Eilhart ont pour source commune en cet 
endroit une partie (perdue) du poème de Béroul. Voy. la démonstration de 
M. Bédicr, Komania, XV, 483 sq. 

2. Finistère, arr. de Châteaulin. 

3. M. Joûon des Longrais en a donné à Nantes en 1880 une édition dont 
l'annotation historique et archéologique est excellente (Société des Biblio^ 
philcs bretons, un vol. in-8). Voy. le compte rendu de M. G. Paris, Rom,, IX, 
445-463. 



OHfes, AHfes ET GARHAIX 3S1 

fiîenne «, contemporaine de Béroul et de Thomas \ nous parle 
à maintes reprises d'un vieillard du nom d'Hacs ou Ohès^ sei- 
gneur de Carahà ou QtiûraMs^ c'est-à-dire Carhaix. De nos 
/ours encore S les bonnes gens de Bretagne content This- 
tûiVe de b vieille Alies, princesse plusieurs fois centenaire. 



I- 1-' éditeur en pbce la ûompositîon entre 1170, et 1190 (voy, p. xxxix); 

If ïe Tt-istan de Thomas est certainement postérieur à 1 1 5 5 , puisqu^il sinspire 

a &t*ui de Wace(voy. Romama^ XXVI f, 1898, 41-42) eisans *ioute composé 

vers 1 I €0-1170. (luant il Béroul, MM. Paris et Muret ont prouvé quHl avait 

écnt postérieurement à 1191, vers 1200 probablement (voy. Romaniaf ibid., 

^H ^' Ati témoignage de l'archéologue BizeuU Voy, son mémoire : Des wiVs 
^^p^*^£^M^s sariani deCarÏMix^ dans ïe BnlL arcM- âêrassocmihn bretonm^ 1849, 
^B^p^^ ^» S"- punie, p. 9sq.jet 1851, p. i sq. Je douie de la valeur populaire 
^TTtlHie tfjditioQ sur Ahès rapportée pnr M. Le Braz dans les Annaks de Br£- 
I Wf*^> IX, 249. L'auteur, qui se rendait de Car haï x â Morlaîx, fait à pied le 
trd\^i 4|^ Locmarîa a Huelgoat. Il s'arrête un instant pour se « pencher sur le 
gouflfrc d'Ahés w* Un pèlerin de Cornouaîlles qui raccompagnait lui dit : 
^^gconsque l'histoire de ce gouffre vous est inconnue a. Et incontinent, 
*ne h raconte avec sa belle verve un peu gouailleuse de Cornouailhis 
à€^ monts ; « Quelle était Ah es, vous le savez aussi bien que moi, et 
» <^tïmmem Grallon, son père, sur les conseils de Guennolé, le moine blanc, 
'* la poussa dans Tabîme. Mais elle revient la nuit chanter des chansons dans 
» le gouflfne* La tradition veut que cç soit Ahès^ maintenant Mary Morganc, 
■ H^i»a!a clarté de la lune, dans la nuit, chante : .^^j, hrtrnan Mmi Morgan 
* ^:" ihiid ai loar^ d'an no^ a j^an. » Voilà un pèlerin qui a lu la Fie des saints 
^''l'/tvij d'Albert Le Grande où j dans une note sans valeur (éd, Kerdanet» p. 57), 
^^ princesse Dahut, fille du roi Grallon, est assimilée à Ahés. Rien de popu* 
l'aire lâ-dedans- En revanche, s) est curieux de constater rcxisience de Mary 
^îorgaa, dont nous avons douté {Romanïa^ XX VU, ^26^ 1899^ note 3.) 

J3 faut parler aussi du «chant populaire n.la VkiîkAlyès, publié en 1861 par 
M. de La Bonicrie dans son Annuaire htsloriqm il archà>hgique de Ikda^ne, 
P* » 77-1 81, lequel commence ainsi : « Arri groaclî Aes en honhro, Kesûmp 
^fn hr^i uiïr tm hencim^ la vieille Abés arrive en notre pays, portons de 
grandes pierres sur les routes. » Lvditeur le fait suivre de réflexions qu'il 
h\n reproduire malgré Testime qu'inspire ce vaillant érudit. Elles montrent 
^ûnibien peut errer un homme pour avoir négligé systématiquement 
ki méthodes de la philologie et du folk-lore : k Ce chant a été recueilli 
■ dans le pays de Tréguier par feu M. de Pengueni. Depuis, M. A* de 
" Courson, qui en possède le texte, a autorisé a le publier avec traduction, 
• Si |*on se reporte à ce que f ai dît plus haut, ch, iv et V des Notims éli- 



382 F. LOT 

Elle entassait les bâtisses, châteaux, palais et routes, s imagi-=" 
nant ne jamais devoir mourir* La vue d'un oiseau rirucontré 
mort sur la route lui fit comprendre à k fin le néant de couces 
choses et T inéluctable nécessité à laquelle sont soumis tous les 
êtres vivants» Le témoignage le plus ancien de ce conte nous 
est présenté parle Roman i'^r/«j>j, précisément, qui le met dans 
la bouche du vieil Ohés. La princesse qui fit le grand cfumin 



<i tnentairu (ci-dessuSj p. 56*57, 45*4 7), dti résultat final de ï'occupauon 
« romaioe Jaos notre péniiiâuk, on troii%x àêXi% k chant 4e ta vieUlc 
# Ahès la confirtnarioti cntiérc de nia thèse, û mtièrt ruéme que et ckani 
■ pourrait stmhhr inventé pour U heso'm de laùitiseï liiais en vcrité il n*en est 
«i rien. M, tie Penguern lavait de son vivant coramunîqué à plusieurs de ses 
ic amb; et je ne crains pas^ au reste^ que nul me puisse soupçonner d'ane 
m pareille supercherie. En ijuelques traits brefs mais énergiques, tl y a 11 
K toute rhistoke de Ja domination romaine dans les Gaules et en parti- 
t culier en Armorique. D*abord b consimction de ces voies fameuses par 
M où la volonié impériale (U vieille Ahés) parvenait de la capitale aux 
« CXI remîtes de Tempire. Je pense que c'est là [Ahès] simplement un 
tt nom de cotivention Imaginé par les opprinii^s pour pouvoir plus â leur 
u aise ma^udire leurs oppresseurs. Le génie popubire, surtout chei les 
« races celtiques» abonde eiï fictions de cette sorte. En veut-on des 
« eicmples tout récents et pour aiusi dire vivants? du 'on se rappelle h 
« Kêbtmi des Gallois, si célèbre il y a quelques années de T autre côté de la 
K Manche; qu'on songe i la sinistre Marmnw q\i\ traîne encore pjfmi notis, 
« en quelque sorte sous nos pieds, prête à éclater, son existence ténébreuse 
» et souterraine* Pourquoi AhËs, dirait-on? C'est aux philologues de le 
K rechercher. Tant quUls n'auront pas trouvé on pourra au moins répondre ; 
ft pourquoi Rébecca? et pourquoi Marianne ? Nul ne le sait. » Est-il besoin 
de dire que le chant de la vieille Ahè$ est un faux ? 11 a été composé par )e 
pourvoyeur habituel du pauvre M. de Penguem, que M. GuilL Lejean 
désigne discrètement sous T initiale K. dans la Rtvm altique^ H, 67. 

ïl est fâcheux que cette méprbc n*ait pas éclaké M. de La Border le. Dans 
sa récente et monumentale histoire de Bretagne^ d'une critique si internait* 
tente, il reproduit et tient comme authentique en son fonds (II, éj) le Tri- 
but Je Siitninm, fabriqué par La VilleniarquL% comme chacun sait. Plus loin 
(II, 590-591)1! invoque, au su jet d'un événement de ^^'^un gwer/ sont de k 
même fabrique. Il s'imagine que le souvenir d*une victoire d'Alain Barbctorte 
en 956 a pu se conserver jusqu'à nos jour^ dans un vlîUgc breton (voy.U, 
î88, note 4» « l'incroyable Appendice, p* j 14-51 5)* L*4titeur n*a pas k pltis 
légère idée» cela va de soi, de la critique des traditions populaires 



* 




ES HT CARHAIX 383 

ftrti de Canhès a Paiis * était sa femme, mais le poème ne lui 

Jonnc aucun nom. L:i célébrité de la princesse Ahès est mani- 

fcstec encore niainieiiant par le «om de l)€nl Jhà, e chemins 

«f'Ahès 0, quête peuple donne aux antiques voies romaines, 

de même que dans la France proprement dite il les appelle 

« chaussées Brunchnut » sous Tempire d'une idée analogue', 

II existe visiblement un lien entre le roi Hoël,de Petite-Bre- 

Ugiie, Ohès le vieil barbé, seigneur de Kerahès, k princesse 

Ahès, enfin le nom même de la ville de Carhaix, en breton Ker- 

Abés » . 

Mais jusqu'ici toutes les tentatives pour débrouiller cet éche- 
vcau sont demeurées vaines* Nous allons tenter, sinon de le 
denièler à fond, du moins de trouver un bout du fiL 

Tout d'abord il saute aux yeux que le nom à'Hoêl^ que 
du tintant les poèmes sur Tristan, n'est pas primitif, Qrhaix a 
iltû la capitale d'un comté puissant, auquel elle a donné son nom, 
le poèer ^ pau -{- catr = pagus + civîtatis^. On coa- 
naîc leji comtes de Poher depuis le lv siècle. Ni au ix*, ni 
au x^. ni au xi*' siècle, on ne voit parmi eux d'Hoel* Mais, 



iJiiis, 



t- Vers 86^, p. 35. 

^* Yoy.^sur les noms populaires des routes an tiques, Longnon, dans ûesfar- 
Cwgrafék de la G aide tûmaine^ IV, 150234, 

%' Ce nom ne se reticomre p^s d^ns lç5 textes diplomaiîcjues ;ivânt 1296. 
îlcst ^cm Kerafjts dans une dmrie fnint;aise de cette date* Voy. Rticul.dans 
^»iK ûrcfxol. dé rassûcMion hi^hmtUf I, 2"= partie, 1849, lO* On le retrouve 
encore dans un texte contcmporam du Roman d'Aqui», peut-être même un 
V^ aniCricur, la Hf di iaint Vutu (yUali^)^ ermite au pays de Retz. Il y est 
dit que, par suite des ravages des Normands, mdn^polh DoUts et srpkm d iuh^ 
jiiCttfiéiçivilaUs, Fcndioi (Vannes), Kerdia (CarhaiJt), Cotùopilas ad £llam 
(Qui tu perlé)» Comopitm Corentini (Qu imper). Purins Sttltocan (?), Dta~ 
^ImtU (?j et CwiSas S. Paidi (Sain^Pol-de-Léon) viâuatat fuetmà (BoUand.j 
Âti^ SamLy L VII, d'octobre, coK t098)- Selon M. de La Borderie, on trou- 
^J^aît Cafhaix cite déjà sous ta forme ChrU dans la Cmm^raphit de l'Ano- 
uytae de Ravennc {Anmîu d^ Breiagnt, ÎV, 560). G; serait intéressant, ce 
texte ctartt, sinon du VJi« sieck\ du moins du règne de Charkmagne (voy. 
Umgaon» dans Des jardins^ Gmçr\ df k Gauk rottmme^ IV, 195), Mais en me 
^^pcïnant à rédilion de Pinder et Partbey (Berlin, 1860, tn-i2)jç voîs que 
'^^ les mss*, sauf un scul(ielat. 47*^4 de h BibL Nat.)j donnent non Cbris^ 
"o^is £hrhf localité qu'il est du rcsit: impossible d Idcniiiier. 

4- J* Loth, Ckrulomathit frrr Ion w (Paris, 18^, in-S), a 16. 



i 



LOT 

paur le dire en passant, on trouve en 844 un Ri wallon * qui 
pourrait bien avoir donné son nom au Ruvalcn, fib du roi Hoël 
et amant de Garjole dans une rédaction du Tristan en prose \ 
Le roi de Girhaix a évidemment vu son nom déformé sous 
r influence de celui du célèbre Hoel, coniie de Nantes au 
x*^^ siècle, héros de récits épiques K Le Rùmind'AqNin nous offre 
la vraie forme, C)//ix, et aussi l'inierniédiaire Hoès^ par lequel on 
a abouti à Hœl, Ce dernier a peut-être aussi été une forme ana- 
logique de cas régime : on aura vu dans Mois un cas sujet* 

Ceci poséj il saute aux yeux que Olrs^ seigneur de Carhaix, 
doit son nom à la ville môme sur laquelle il règne. Ce nom de 
lieu a été décomposé en hr «t ville, château » -|- Of?à. On a 
très naturellement vu dans le second ternie le nom du posses* 
seur (ou fondateur) de la cité. Nous expliquerons bientôt pour- 
quoi Ohés est priniitïf et non Âhés^ 

Maintenant nous allons marcher sur un terrain un peu plus 
épineux. Existe- t-îl un lien entre Ohés le vieil barbé et la princesse 
Ahès ? Il faudrait savoir d'abord !a signification de ce dernier. 
On a supposé* qu'il était le même que le vieux*galloîs a^s, 
dont les significations sont multiples ^ Uune d'elles parait 
être celle de surface plane, peut-être de route tracée, Ilmt 
iiés serait alors en quelque sorte un équivalent de via si rata (?). 
C'est asse^ ingénieux. Mais ce n'est pas pleinement convain- 
cant» Comment établir une liaison entre ce mot et ta légende 



i. Cârtulairt dt Rtiiorif a» 194, p. 150-151 ; Rhuallon cùttm Pùumar^ Cf. La 
Bordcric» Hiîtmn ât Bretogm^ ïl, 1 59 et 166, Je me suis denuadii si la Par* 
ménk*\^t^ Gottfricd de Strasbourg donne pour patrie à Rivalin e! i Tfist^in 
(cf. Uomaniû^^^XX, 24-26) nX-uit pus le Polie;- dûtit la Càpiule esc CâfhaiXp 
rcsidcncc de HoêJ, de Ruv^ileti et de Tnsun dans la. version de Mrout (cL 
page précéda, note i). Malheureusement, je ne saisis aucun lien philolo^iqyc. 
J'avats songé un tn&iant  un compo^ de Pùîm^maie^ ■ mon Ligne m. Qii 
sait i|uc les Metî^ aboutissent précisément au Folicr. (Ccsi an Mim-llom 
4u*cst te suprême refuge du roî Aquin» v. 2977 %q. et p. Lxxxv.) Mais cette 
forme décomposé n'est pas bretonne : iwmq devrait être le premier tout 
En sone tjue je renonce à IdentiBer l'insaisissable Farmenle. 

1. Voy, p* 580, note t, 

3, Yoy.R&mima, XXV, 1896, 586-5R9. 

4* J. LotU, Chraiomathie hrHonm, 186, note 6. 

$. Le dictionnatrc g4llob de Silvao Uvans donne au mot ats : i«a^;J 
pljuie 0r sttperdctes i 2# a sliîdd» a buékler ; j** 2 wlng, a bird. 




OH as, AH^S ET CARHAiX ' 3^5 

d*Ahès ? On pourrait supposer une relation entre le mot 

aes =:^ <f route «(?)et le fait que La princesse rencontre Toiseau 

mort sur un des ch^mim ferrés qu'elle a fait construire. Ce 

rapprochement fondé sur une analogie fugitive ne me satisfait 

pas beaucoup, et voici pourquoi : 

L'histoire de la princesse Ahès n a rien de breton dans son 
ionds< Cest visiblement une légende d'origine orientale. On 
en rencontre une pareille dans la vie du Bouddha^ d*où elle 
a passé, comme on sait^ dans le roman chrétien de Barlaam 
ttjmsaphy, La caractéristique de cette princesse c'est d'en- 
tasser les grands travaux sans vouloir songer à la mon. C'est 
visiblement pour cela que les pauvres Bretons du moyen âge 
ont donné aux voies romaines le nom de Imit Abés^ « chemins 
d'Ahès »• Seule la grande bâtisseuse avait pu entreprendre 
ces gigantesques travaux. Ce nom à'Abès n'est donc pas un 
mot breton signifiant o route » (?). Il est antérieur à la légende 
de la route, et c'est un nom propre. Quant à sa signification 
première, nous rîgnorons Peut-être est-ce un nom étranger*, 
puisque la légende vient d'Orient. 

Pour la même raison, nous repoussons tout rapprochement 
d^ fond entre le nom de la princesse et celui de la ville de 

ï. Voy, H. Zotenberg, Notice sur le Hvrf de Barlaam ti Joaîaph (PArîs, 

'^6» in -S) et Ernest Hubti^ Barlaam mtd Jmsapht dm hiUio^ruphhch-UUrûr- 

f^^iVMiV^ 5/ WiV (Munich^ 1895, 111-4)* Ces travaux sont exposa avec 

B^^Ucoup de charme par M. G* Farîsdans son étude sur Saûti Josaphat (Poèmes 

it lig^fsdis dit inoym d^f, Paris, 1900» p. lâi-ais). Dans ce récit, le pcrson- 

**^c qui faîi l'expéTietice de la vanité des choses humâmes est un jeune 

pntiCfe, La parti eu la rite de l'histoire dWhès n'est pas unt de changer le sexe 

H^c de faire de la princesse une vieille femme. Il doit y avoir li une défor- 

ïîiitîoti bretonne, Il se pourrait qu'elle fût un comre-coup de raitribution 

des antiques voies romaines à la princesse Ahès, Pcui-Être aussi rcspression 

hitti dUh fl voie d*Ahès 1*, a-t-eîlc suggéré hen Jhèi^ « vieille Ahès « (?). 

L'hîsioire d*Ahès, telle que nous ravons, est évidemment très altérée : il 

n'y a qu'une rencontre (celle de Foiseaii mort) au lieu des trois rencontres 

tiouJcîhiques. Je dois noter ici que M. G, Paris, tout en croyant aussi notre 

légende d'origine orientale, lui attribue une autre source (voy. plus loin aux 

Jé^Jafi^^i)' L^iraporiaai, c'est de constater que ccue légende est venue de 

rOricnt en Bretagne ei cela antérieurement à la fin du xii* siècle. 

2, Aheii^X Ahée) est aussi un nom propre breton. Voy. R. de Kerviler, 
fyptrtùirt générale de bh-hîMiograpftU bretonne (Rennes, 1S86, in-S), I, 60-62- 




jffi F, LOT 

Carhaix = KeraUs* Cette localité a été la plus importante de la 
péninsule armoricaine i Tépoque romaine, D*elle partaient 
sept voies dans toutes les directions de TArroorique '* 
On pourrait donc imaginer un rapport entre la princesse qui 
construit les routes et le centre d'intersection bretonne (?). 

Il serait asseye tentant encore de voir dans Ker-ûlm la vîîk 
(k^r) des mutes (aes ?), 

Mais toutes ces hypothèses ont quelque chose de forcé. Elles 
ne me satisfont pas moî-môrae. La seule chose que Ton puisse 
admettre, je crois, cVst une influence analogique de et: 
nom si répété Jhés, Le centre des routes bretonnes aura 
ainsi changé son nom de AVrt/Wi en celui de Kerahés. 
Une fois ce changement accompli^ on aura vu dans Cirhaix 
Ker-Ahes, «c la ville d*Ahès o. Mais cela est relativement 
récent, ei le rapport entre Carhaix et la princesse Ahés n*.i rien 
de primitif. 

Aucune explication valable n'a été donnée jusqu'ici de ce 
nom de Cirhaix {Kirahcs). NL de La Borderie en a proposé 
une qui semble au premier abord assez acceptable : Carhaix 
tirerait son nom de Car-haySj localité de Cornwall, rancitn 
pays des Dumnonii insulaires dont ies émigrations ont peuplé 
rÂrmorique* a C'est une assez grosse paroisse située vers 
« Textrémîté occidentale du Cornwallj sur la côte mérldia- 
« nale à 12 milles (19-20 kîL) nord*est de la ville de Falmuuth, 
M tout au bord d'une petite baie, dite baie de Verian, fermée 
« au nord par la pointe Dodman. Comme on ne trouve nulle 
û part ailleurs ce nom de Carhays, absolument identique au 
« nôtre, on ne peut douter que le nôtre ne soit venu de li; et 
« puisqu'on Ta appliqué à la capitale même du Poher, c'est la 
tt preuve que cette région avait reçu bon nombre d'émigrés 
« de ce Carhâvs insulaire ou de ses alentours, c'est*à-dire bon 
a nombre de Dummmii de la Grande-Bretagne^ ♦>, 

Ce raisonnement ne tient pas debout, i'' On n'a pas appliqué 



1. Voy. Bîïcul, Voks romaines iortanl dt Carhaix^ darvs BuU. anî»^L d/ 
rimocùiîim bretonne^ 1849, ^*^^' ^* ^'^ partie^ et iSçi; A. de Ck)ursewj, 
Car tut. de Rtdon, InlrùJ^, 1 jo; FïagcUc, Sîathtiqm mmmmenldl- Ju Finii 
dâm Btdî. di ttf S^K, atdM. du Fmiîtire, U (: 874-7$), 124, 

a. La Bordciicj Hhtmrt de Mmagm^ I, l$l*lfS. 



OHÈS, AHÈS KT CAEHAIX jS? 

à la capitale du Pohcr le nom de Carhays. M, de La Borderîe 
^lii mieux que personne que c'est au contraire le comté de 
Poherqui a tiré son nom de Carhaix, La ville antique, debout 
ou en ruines, a si bien frappé l' imagination des immigrés bre- 
„ tônsqaiîs ont donne son nom à toute h région environnante. 

H ïk (ont appelée pou-ca^*r ^^ pagus civiiatis, « pays de la 
H ville M, Cela même rend bien invraisemblable que c^s immigrés 
H ^ent donné Ace grand centre le nom d'une obscure bourgade 
V de ComwalL 2'' On ne possède aucun texte ancien mentionnant 
^ Cette localité de Cornwall. 5'' Son nom m^me n'est pas w abso- 
lument identique » à celui de Keral)és (Carhaix), quoi qu*en dise 
M, de La Borderie. Si je me reporte à l'ouvrage de Davîes Gil- 
^rt^ The parachiaî Hutory of Cornwall ^^ je vois que ce nom est 
Car bayes et désigne un manoir et non une bourgade* Je trouve 
3tj t. III j p, 200, Tétymologie suivante : « The name of ihis 
^ place is derived from ca^r, a castle, a bouse or dwellingi and 
« hay^ ahazel hedge, as tlie situation doesphinly make out. >» 
Le second terme n'aurait donc rien à faire zvi^tAhis ouOhés, 
L^ _Le premier n'est même pas sûr. Au XYiir siècle on pronon- 
Bï^ît le nom de ce manoir Carry-fmyes ^. II est très possible que 
C^rhayes soit tout simplement contracté de Carryhayes sous 
^^une influence populaire ou savante K Quoiqu'il en soit, que le 
B Premier terme soit car ou carry^ que le second veuille dire 
^ coudraiew, ou doive s'entendre tout simplement d*un nom 
d'homme (Hayes),ou ait quelque autre signifiaiiion, il apparaît 
*l^'il est fort téméraire d'identifier le manoir de Carryhayes en 
Cornwall avec la Qipitak du Poher, et non moins imprudent 
^Ussi d^ voir une preuve que cette région avait reçu des émi- 
grés Dmnnonii. 

Pour trouver Tétymologie de Carhatx nous allons procéder 
<î*une autre manière. 



I, Londres, 1858, 4 voL in- 8, 

a. Voy. Davics Gilbert, op. dt , 111, 44S, et IV, 9 

1* Un«ru*iît local dont le mémoire est reproduit dans Gilbert (IV, 451* 
^5 1) a imagine que Carayis « was origioally a royaJ (manor), 1 suppose, a 
"^is ses fantaisies historiques ei généalogiques ne méritent aucimc confiance* 
*^'lt:;s ont peut-être eu comme résultat de faire voir dans le premier terme du 
^^rn de ce tnanoir le mot cût^ « château » , 




388 t\ LOT 

La situation de la ville, le nombre des routes dont elle était 
l'aboutissement, l'importance des ruines qu'on y a trouvées ', ne 
laissent pas de doutes : c'était une très importante localité 
gallo-romaine et indubitablement le chef-lieu d'une civitas. 

Mais quelle civitas} 

On a longtemps identifié le Vorgium de la table de Peutin- 
ger, qui est le nom ancien de Carhaix, tout le inonde est d* accord 
sur ce point ^, avec le Vorganium qui, au témoignage de Pto- 
lémée% était la capitale des Osismii, On expliquait aisé- 
ment Vorgiuin par une distraction du copiste du moyen âge à 
qui l'on doit la table dite de Peutinger : il a sauté une syllabe 
(a«) ou mal résolu une abréviation. Carhaix aurait donc repré- 
senté l'antique chef-lieu d'un peuple gallo-romain.. 

Mais M. Longnon a vivement et très ingénieusement con- 
testé cette opinion ^ Il admet que Vorgium est représenté par 
Carhaix, mais il prétend en distinguer Vorganium, Reprenant 
une idée de l'archiviste du Finistère, Le Men *, il imagine ^ de 
transporter la capitale des Osismii à l'entrée de l'Aber-Vrach, 
sur un promontoire dépendant du village du Run, appelé Co:^- 
Castell'Ach, « vieux château d'Ach ». 

Il est inutile de discuter longuement cette identification. 
M. de La Borderie a démontré qu'elle n'était pas admissible^. 

1. Une borne milliaire du temps de Sepiime-Sévère, trouvée sur la voie de 
Carhaix à CorseuI,porte A VORG. LEVG. VI (La Borderie, Hist. de Bret.,l, 
106, note 1). Le misérable qui l'a gravée, en voulant s'épargner la peine 
de tracer quelques lettres de plus, nous a coûté beaucoup dVncrc et de bile. 

2. Oi'^'jL'.oi ^>v tSm; CvJosyâvivv (éd. Léon Renier, dans Annuaire des 
Anliq. de Fiance, 1848, 262). 

^ . Les cités gallo-romaines de la Bretagne, dans Congrès scientifique de France, 
^S^ session tenue à Saint-Brieuc, 1872. Saint-Brieuc, 1874, II, 391-450. Les 
résultats de ce mémoire ont passé pour la plus grande partie dans la Géogra- 
phie de lu Gaule nièroi'ingienne et V Atlas historique de la France, du même auteur. 

4. Voy. dans le Bulletin delà Société archèol, du Finistère y II (1874-75), 
50 sq. 

5. Voy. Atlas historique de la France, 105. M. Longnon avait d'abord pensé 
à Coz-Gueodet {art. cit., 422, 445-447). Avertissons que ce nom semble 
amené par une méprise de clerc du moyen âge. Voy. La Borderie, dans 
Mini. t/( la Siw archèol. Je< Côlt-^-dit-\ord, 2*^ série, II, 295-305. 

6. Im prétendue déjouvcrte dt ï'ct\\inium, dans Annales de Bretagne, XI, 347 
(reproduit dans Hisi. de Bret., 1, 101-107;. 




OHfes, AHfes ET CARHAÏX 389 

CûiCmkll JchnQst pas, n'a jamais été une ville. Il représente 
pour M. de La Borderie un petit oppidum gaulois (ou plus pro- 
bablement pour nous, Scandinave) analogue à la Haguâ-dike du 
Cotemin. Uargument tiré par Le Men et Longnon d*une 
^rne mil liai re trouvée au village de Kerscao aux environs de 
Casitll Ach se retourne contre eux. Le Men avait lu VORGAN 
Wp VIIL et en avait conclu qu'il y avait huit milles romains 
C^^ î ilk passuam F///) de ce pointa Forganium, soit 11.848 
mètres; Cûstdl Ach est à 12 kîL environ de Kerscao, donc, 
Concluait Le Men, CastcU Ach c'est Vorganium. La Borderie a 
_^t^bli qu'il faut lire X et non VIII, et à droite du X existe un 
^-space suffisant pour plusieurs traits. La pierre a été martelée, 
^t on ne distingue plus rien, lin tout cas il est évident que 
'tjjrkl! Ach ne peut être Vorganium^ puisque celui-ci est situé 
plus de 10 milles de Kerscao. La Borderie suppose que 
ï*iriscription intacte portait VORGAN. MP, XLVII — 69 kiL 
607 métrés, soit la distance de Kerscao à Carhaix ^^ 70 kilo- 
niértres; hypothèse très séduisante. 

Avant de poursuivre, il importe de dire un mot du motit 
principal qui a poussé M. Longnon à cette distinction bizarre 
ide Vorpum et de Vorganium^ et i\ cette identification singulière 
[de Forganium avec Q»:^ Casîdi Acb, 

On sait que, à travers tout le moyen Age, Carhaix et le Poher 

ont relevé toujours du diocèse de Quimper {Cormopiîuni), Si 

l^ capitale des Osismiens, Vorganium, était à Carhaix, comment 

s'expliquer que le Poher n'ait pas, au contraire, dépendu de 

Tèvêché de Saint-Pol-de-Léon ? Celui-ci représentait en effet au 

spirituel l'antique pays des Osismiens \ Je distingue trois 

preuves à Tappui : r'' Dans la Vie dt saini PûÎ Aurélien, il est 

dit que le roi Chiidebert plaça sous l'autorité de ce saint les pays 

d'Ach et de Léon : or VAt^hmensis pagus ' ne serait qu'une alté- 

nition bretonne de Oximejisis pagus. 2*» Saint Pol (de Léon) est 



I 



I. M, Longnan est même plus formel encore. Il nie (art, dt., 444) Vexh- 
tcnce d'un évèché de Léon avant la seconde aioUié du ix« sMe. 

a. LiFifik saint Pmi Jur/iktj.dam Rrvuf cdttque, V, 4^8, ponc Agmum 
fafum et phlfem pagi Achftkrtsiî (lis. Achmtmi^). Voy. aussi b première et Li 
deyiîème f^k Je saint Tuindt (partis Achmatnis), éd. La Borderie, dans Mém. dû 
la Soc, arcfiéûL du Câies-dn-Niirdj 2^ série ^ II, ^i-j-^iiB. 



390 F. LOT 

dit episcopus Oximensis dans la Vie de saint Gildas'. y En 
848, on trouve encore un évoque Liberalis, qualifié episcopus 
Oximensis, 

Donc Carhaix et le Poher n'ont pu faire partie du territoire 
des Osismiens, donc Vorganiuniy capitale de ces derniers, ne 
saurait être Girhaix. Mais alors dans quelle civitas placer 
Girhaix ? 

Rien de plus simple : dans la civitas dont il relevait au spirituel, 
c'est-à-dire dans la civitas dont le chef-lieu était Quimper, 
anciennement appelé Coriosopitum. Ici une difficulté : les manu- 
scrits de la Notitia dignitatum Galliarum portent, les uns civitas 
Coriosopitum, les autres civitas Curiosolitum, Ce sont ces derniers 
qui offrent la bonne leçon, au dire de M. de La Borderie*. La 
civitas Curiosolitum, dont le nom s'est conservé dans celui da 
village de Corseul (près Dinan), nous est connue par 
des textes antérieurs à la Notitia. La civitas Coriosopitum appa- 
raît, au contraire, brusquement dans ce dernier texte. (M. de 
La Borderie a même, au sujet de l'introduction de ce nom, une 
théorie que nous ne pouvons adopter K) A quoi M. Longnon 

1 . Pauhis vero Oxismorum eulesiae praefuit episcopus, Voy. Acta Sanct, ord, 
S. Rcned.^ I, 140, et éd. Mommsen, dans Mon. Gemt., Auct. Antiqttissimi, 
XIII, pars I, 92. 

2. Annuaire bis t. et arcljèol. de Bretagne ^ 1861 , 1 59 sq. ; 1862, 8 sq.; Hist. de 
Bretagne, I, 113, note i. 

3. La voici résumée : la Comouailles, dont le chef-lieu est Quimper (Cori" 
sopitum), doit son nom aux Cornohii de Grande-Bretagne (la chose n'est pas 
douteuse). Ceux-ci habitaient le long de la Sevem. Mais on trouve un petit 
groupe de Cornohii le long du rempart de Sévère à Pons Aelii. Non loin de 
là était la localité de Coriscpitum, aujourd'hui Corbridge. M. de La Borderie 
soutient que ce sont ces Ccmohii émigrés qui ont donné, en souvenir de leur 
ancienne patrie, le nom de Corisopitum à la ville gallo-romaine à^Aquilonia 
(Locmaria, faubourg de Q.uimper). Voy. Annuaire de Bretagne, 1861, 167 sq., 
et Hist. de Bret., I, 309-312. Cest fort ingénieux. Mais quand on y regarde 
d'un peu près, cela n'est pas soutenable. Il n'y avait pas de peuple de Cornobii 
à Pons Aclii, mais une cohorte de Cornoi'ii qu\ y tenait garnison, c'est-à-dire 
une poignée de soldats romains dont le sort est du reste inconnu et qu'on n'a 
pas le droit de faire émigrer en Armoriquc. En outre, Corbridge est à plus de 
six lieues à l'ouest de cette garnison. Si la cohorte de Cornobii avait émigré (?) 
et avait voulu rappeler le souvenir de s;i garnison, elle aurait donné à Aquih- 
nia le nom de Pons Aelii et point du tout celui de Corisopitum. Enfin cette 




OHÉS^ AHÉS rr CARHAIX 391 

ofrjccte * : ï* que h Civitas CurmoUînm a pu disparaître comme 

r.int d'autres au cours du Bas-Empire, ou plutôt a été réunie à 

la Cîvitas ReJonum; 2° que l'on trouve dvitas Corhsûpoîum dans 

on mnniiSLritde la Notitia très ancien (de la seconde moitié du 

Vf* siècle). Il restreint donc, dans ses cartes de la péninsule 

armoricaiîie, le pays des Osismiem à !a partie septentrionale, 

le long de la Manche^ et attribue le centre (Carhaix) et le sud ;\ 

urkG chntas Coriosopîtum dont le cheMieu aurait éiéCorisopititm., 

pli^stard appelée par les Bretons Qui m per(=^Aif^i^, conftueut). 

On le voit, les deux systèmes sont en opposition absolue. 

Après avoir longtemps balancé, nous nous rangeons à celui 

de W> de La Borderie, qui est pour nous(sauf des restrictions de 

deuil) la vérité sans contestation possible* 

I.C tort de M* Longnon, non seulement dans cette question 
m^mîs dans toutes celles qui intéressent la Bretagne, a été d'être 
trop conservateur. Il a voulu à toute force que les anciennes 
cix^itûîcs gallo-romaines se soient maintenues en cette région et 
que les évêchés du moyen âge y aient été, comme ailleurs, 
calqués sur (e territoire de ces cités. C'est inadmissible. L'inva- 
sion bretonne a tout bouleversé. Rennes et Nantes sont hors 
du débat. Ces deux pays n'ont été acquis par les princes bretons 
cjuau milieu du ix* siècle. Vannes est dans une situation mixte, 
^«s doute toute la campagne environnante, et même au deli 
Ousqu'i Temboucbure de la Loire), a été colonisée par les 
Bretons. Mais le chef-lieu est resté aux Francs )usqa'au ix* siècle, 
^ F* Ut pays entre Vannes et la Loire, peuplé de paysans bretons, 



**cnii^^ forme n'est même pas sûre. Ccnains manuscrits de T Itinéraire 
«Ari^Qi^jjj portent C&rstûpHitm (voy. La Borderie , I , ^to, note %), et c*est 
lus&l cette dcniïère fornie que dontie une inscription : voy, Hûbner, dans 
^^P^*^imcript, kL, VII ^ 464,3. 11 me semble que Corbridge, ou plutôt 
^•"^^ Viester à >oo mètres à TouesE, s'explît^ue même philologîqyement pluidt 
P^^ ^^m^hi>itum que par Cori^opiittm. En tout cas, nous rejetons Tex pli eu 10 a 
^ ^^ , 4e La Borderie, Enfin, s1l est vraiquela ville primitive de Qjiiniper ait 
^* ^ Aqnilonia^ aujourd'hui Locmaria, à 1 kilomètre (La Borderie^ I, 109, 
*** ^ *- 5ï^)iîl "V à rien dV^tonnant à ce déplacement. On en a bien d*autres 
^*^*v^ pies (cf. Longnon, art. cit., 421). Le double nom latin et celtique 
■flf ** * ijjitid ei Coriiopitum n'a rien non pîus qui doive nous surprendre» Ce 
^**"*^icr nom avait repris le dessus vers le v^vi^ siède. 
». An. cit., ^96-199. 



Î92 F. LOT 

était même soumis aux comtes francs', II est donc tout simpM 
que ceux-ci n'aient eu d'autre évêque que celui de Vannes. La 
chose Qsi plus étonnante pour les Bretons au nord et â Touesi 
de la vîliêj ceux du Broerec. Pourquoi n ont*îIs pas eu comme 
leurs frères des bords de ta Manche des abbés-évèques de leur 
nationalité résidant dans des monastères indigènes ou parcou- 
rant la campagne? Cest que, bien évidemment, Tinvasion bre^J 
tonne en cette région a eu un autre caractère qu'au nord* ElI^H 
a été plus tardive % et les Bretons du Bm-trec ne venaient peut^^ 
être pas du même point de la Grande-Bretagne que ceux de 
Domnonée. Il est possible encore quMl y ait eu infiltration vers 
Vannes de Bretons venus des bords de la Manche i travers la 
grande forêt centrale. Au début, ces Bretons n'auront été que 
des paysans pacifiques, se pliant à rorganisation administrative 
et ecclésiastique préétablie. Quand ils devinrent menaçants, puis 
conquérants sous lautorité de Weroc \ le pli était pris, ils 
étaient soumis à rautorité de Tévêque gallo- romain ^ puis franc, 
de Vannes. D'ailleurs, à plusieurs reprises, la ville tomba en leurs 
mains. Les petits princes du Bro-ira\ s' imaginant toujours que 
Vannes leur resterait ou leur reviendrait, ne durent jamais 
songer sérieusement à se créer un siège épiscopal particulier. 

Au nord et à rextrème ouest de la péninsule, la situation fut 
tout autre. L'évèché de Corseul disparut, en admettant même 
que la ville ait eu le temps d'en posséder un au iv^ ou au 
vVsiècle. A la place, nous %*oyons une organisation ecclésias- 
tique complètement différente de celle de la Gaule* Les fonc- 
tions épiscopales sont exercées non par des pasteurs à terri- 
toire délimité, mais par des abbés pourvus de répiscopat. Ils 
n*exercent sur aucun territoire fixe, mais au gré des circon- 
stances, tantôt résidant dans leur monastère, tantôt parcoura 
le pays pour convertir, bénir et donner les sacrements * 



1. Cft La Bord crie, i)/>. cit.. Il, 464-466. 

2, Je préviens que je o*atuche aucune importance aux dates fournies par 
Ur Bord en e dans son teite ^ur les immigrations bretonnes. Elles om pour 
base b chronologie des rois anglo -saxons qui ont expulsé ks Bretons. L*ameur 
ne se doute pas que ce fondement est ruineux. 

\. L-i Borderie (I, 441-445) coupe en deuE ce personnage, dont il fait 
Wcroc î et Weroc IL Mous savons par Grégoire de Tours qu'il vivait dans la 
seconde moi de du vi< siècle. 

4. Voy. La Borderie, I, 277 sq. 






OHfeS, AHÈS ET CARHAIX 393 

connaît quelques-unb de ces monastères-évêchés ; Dol, Aleth, 
Saint-Brieuc, Tréguierj Léon. Il y en eut sans doute beaucoup 
d'^iutres, mais ils durent être éliminés peu à peu par les plus 
célèbres, La réforme de Numinoe (84S) consista, non pas à 
créer des évechés, comme on Ta dit faussement, mais à déli- 
miter le territoire des évÊchés*abbayes existants, et peut-être 
même à en supprimer quelques-uns. 

Ceci nous amène A parler du texte sur lequel on s'est appuyé 
Jusqu'à ces dernières années pour parler de cet événement, 
Vlndimïus de episcoporum Brihmum ikposiîimu. Ce document 
prcteiid raconter comment le roi Numinoe opéra une révo- 
lution dans Torganisation ecclésiastique de la Bretagne en S48 
et créa trois nouveaux diocèses : Dol, Saint- Brieuc, Tré- 
guîer. On croyait ce texte du ix*^ siècle et on lui accordait une 
autorité très grande. M. Longnon partageait à ce sujet une 
confi^ince quasi générale. Il était plus que probable cependant 
que les évêchés soi-disant créés par Numinoe existaient antérieu- 
rement. M. de Li Borderie signalait avec obstination * des indices 
sérietix montrant que Dol, par exemple, aeudesévfiques aux vi^ 
et Vil* siècles '. Le débat est aujourd'hui superflu. M. René Mertet 
i îiiontré ' que ÏIndiculus n'était qu'un extrait de la Chronique 



ï * Dans V Annuaire de Bretagne^ i86[ et iS62^ et dans ses autres et înnom- 
tratilcs pubiicatiom. 

^- Cf. Hist. de BrH., I, 460, 489, 492, 564-566. L*abbé Duchesne nie au 

<^i traire que Dol, par exemple, ait été un évfrché avant 848 (voy. Bulletin cri- 

''î^«', janv, 1896). Dans cette polémique, chacun des àtMX adversaires a 

moitî^ ton moitié raison. L*abbé Duchesne a tort de ne voir dans saint 

Sartre 3ofj^ îe fondateur de Dol, qucFiiW. Vu Tcpoque (vr siècle) et rorigine 

<rïjta \ ^jre Jç ce personnage, il est absolument invraisemblable qu'il n*ait pas 

joint à son titre abbatial les fonctions épiscopales. De son côté^ La Borderie 

«»t^l:îem une thèse inadmissible eo prétendant (1, 4^1 sq.) que Samson 

obtint du roi Judvael l'autorité pontificale sur toute la Domnone {du 

CôCiiCîiion au pays de Léon). La première Vita Sarnsoms, quasi contenipo- 

raine, ne souffle mot de cette absurdité. On la trouve dans la seconde vie 

'^'M^e sur Tordre de l'archevêque de Do l, Lounan, vers 900 (La Borderie, 

h 5^2-0}), c'esi-à-dire un demi-siècle après que Numinoe eut érigé Dol 

^ tuétropoïe de toute la Bretagne. Cette affirmation est tendancieuse, men- 

^^'^H^re. cela saute aux yeux : comment La Borderie ne Ta-t-il pas vu du pré- 

°**«^ coup d œil ? 

^ ■ Dans son édition de la Chr&niqm dt Nûnks^ LII-LVIIL La réplique de 



394 F- LOT 

de Nantes rédigée au milieu du \V siècle. Or Tauteur de cette 
chronique s'est fait l'interprète des rancunes de l'église de 
Tours contre l'archevêché de Dol. C'est lui qui a imaginé que 
Numinoe avait créé trois évêchés nouveaux. Le chroniqueur 
s'est induit lui-même en erreur en consultant la Notitia Gallia- 
rw/w,qui ne lui montrait que quatre diocèses possibles en Petite- 
Bretagne, avec les civitates de Corisopitum, de Vannes, des 
Osismiiy enfin les Diahlintes dont il ignorait la position. Il 
savait par les Gesia sanctorum Retonensium que sous le règne de 
Numinoe, Susan et Félix étaient évêques de Vannes et Quimper. 
Il fit deSalocon, évêque de Dol, un évêquc d'Aleth, assimilant 
Aletum, par une absurde erreur, à Diablintes. Restaient les Osis- 
miens. Il les gratifia d'un certain Liberalis que personne autre 
que lui n'a signalé. M. R. Merlet suppose * que quelque 
ancienne souscription de concile ou sa propre imagination lui 
aura fourni ce personnage. La première hypothèse n'est pas dou- 
teuse : le nom de Liberalis est emprunté au concile de Vannes 
de 465 ^ 

On s'explique facilement l'erreur où est tombé M. Lon- 
gnon à une époque où la critique de VIndiculus et de la Chro- 
nique de Nantes n'avait pas encore été faite'. Mais il n'en est 
pas moins évident que son système sur le diocèse des Osis- 
miens croule du coup. C'est précisément ce Liberalis qu'il 
invoque pour affirmer que le diocèse des Osismiens s'est con- 
tinué (à Saint-Pol-de-Léon) jusqu'au ix*' siècle. Les deux autres 
arguments ne sont guère plus solides •♦. Qu'importe que Tau- 



Tabbé Duchesne (Btdl. critique, janv. 1897) n*est guère convaincante. Même 
si on lui accordait que VIndiculus, loin d*étre dérivé de la chronique, en est 
une des sources, il serait impossible d'admettre qu'il soit du ix« siècle. 

1. Op. cit., LV. 

2. La Borderie{I, 205) nie que Liberalis ait été évêque des Osismiens. 
Son argumentation est bien peu probante. 

3. Elle a entraîné M. Longnon dans la plus grosse erreur peut-être qu'il 
ait commise. Il a placé (art. cité, 426-434, et Géographie de la Gauk au 
Vh siècle, 315) du côté d'Aleth, sinon à Aleth même, la civitas Diahlintum, 
alors qu'il n'y a pas de doute qu'elle ne soit Jublains, dans la Mayenne, dont 
le nom était écrit au xi*=-xiie siècle Juhlent. Voy. l'article irréfutable de Le 
VïzcVicr dans Congrès arclh'olo^i>jur iît' Friiiui\ XW^^ cession, tenue au Mans... 
en iSjS, p. S73-5'^>- 

4. Voy. plus haut, p. 389-390. 



OFlfeS, AHfeS ET CARHAÎX 39 S 

Tcor de In V^ie é saint GUdm, qui ccrivaît au W siccle, donne à 
saint Pûl Aurélien le titre d'episropus Oxismorum? Cest un 
archaïsme inspiré par la Notifia OalUarum. Pol AuaMien est 
"n missionnaire venu de Grande-Bretagne pour évangéliser les 
Armoricains du nord-ouest, ce n'est pas à coup sur un cvèque 
i îa façon des Gallo-romains *. Son biographe Wrmonoc nous 
dit que « le glorieux roi Childcbert, par un diplôme solennel, 
" plaç.1 sous lautorité du nouveau prélat les pays d'Ach et de 
^ Léon, avec un revenu en rapport avec sa dignité ». Mais 
j haf^ographe écrivait en 8S4* Selon une très juste observation 
Je? M . Longnon ^j c( il n'emploie ces expressions de pays d'Ach et 
« rf^ Lwn que parce que ces divisions territoriales compo- 
^_«^ saîent, au temps où il écri%^ait, le pays soumis ;\ rautorité des 
^B^ staccesseurs de saint Paul, et il ne songeait pas que Numenoe^ 
^■JLc^n augmentant le nombre des évêchés de la Bretagne septen- 
^^^^ t:rionalej avait nécessairement démembré les anciens évèchés 
^^ Bretons u. Cette dernière assertion, on vient de le voir, n'est 
^^ pi 1.1 s soutenable. Qnant au pays d'Ach^ c'est Tarchidiaconé 
*><^ci<Jentai du diocèse de Saint-Pol, Admettons que pagns Ach- 
^^*^n^i$ ne soit qu'une altération de pagus Oxinmtsis *^ bien que 
1^ «^liose ne nous paraisse pas prouvée. Il n*en est pas moins 
^^^ï't^in que le nom de pays d'Ach s*est restreint à une faible 
partie deia civitas des OsismîenSj quelle qu'ait été i'écendue pri- 
^^itîve de cette civitas^ phénomène qui se produit souvent. Il 
^ V a rien là qui fa%*ori5e plus le système de M. Longnon au 
^^îet des limites de ce territoire que celui de ses adversaires. 

Si nous examinons l'autre lace du problème, la question de 
^orisopitum^ nous sommes encore obligés de nous séparer de 
^ Longnon. 

D abord on est sur que la civitas Curiasolitum a prolongé son 
<^xistence au delà du m'' siècle : elle existait certainement encore 



l. Vay* plus haut, p. 192- 5 9^. 

a. Art, di,, 445. 

î, L*4Uteuf de cette identification est M. J* Loth. Vo>\ Mm. df îa Soc. àe 
UnimtUque de Paris ^ \\ 154* H serait nécessaire que la forme gallo-romaine 
fût Oxismenus. On la trouve bien dans quelques nisa. de h Koîiliadignitatum^ 
tiais la bonne leçon est Osismmsis^ comme on va le voir. Dès lors, Thypo^ 
ïtec du savant cekiste paraît peu solide. 



A 



396 F. LOT 

en !'an îoo K On ne voit rien dans Hiistoirc du ïv*^ siècle qi 
explique sa disparition et sa réunion à k civilas Redonutn. 
Le nom même de Corseul que prit Fanum Martû indique que 
h civilas Curiosolitum existait encore au IV" siècle, puisque ce fut 
alors que les villes prirent le nom du peuple dont elles étaient 
les capitales. Enfin nombre de manuscrits de la Naîiiia GalUa- 
fMWî, rédigée vers Tan 400, portent civitas coaiosoLrruM. CVst 
la bonne leçon aux yeux du dernier éditeur de ce texte» 
Mommsen \ Remarquons que le changement de Coriosoiiîum 
en Cofisopitnm s'explique bien sous l'influence du nom de 
Quimper (Ciwisopitum). L'inverse ne se comprendrait pas. Si 
la cité de*s Curiosolites avait disparu, comment aurait-on rem- 
placé le nom de Corisopitum^ familier aux clercs depuis le 
VI' siècle, par celui d'un peuple qui n'existait plus ? Enfin d'où 
viendrait ce peuple qui apparaîtrait brusquement ainsi en 
Armorique vers 400 sans qull en soit jamais fait mention avant 



ni 



lepuisï 



M. Longuon ne s est même pas demandé quel était le nom 
de ce peuple. Sa capitale étant Corisopiuim^U Notiîia devrait 
porter civitas Corisopiîensium^ ce qui n est donné par aucun 
manuscrit. Dans tous les textes de cette famille il y a civiias 
Corisopitum ou Corisopoîum (ou autres variantes «), Nous 
sommes en présence d*un dilemme : ou Corisopiîum est le gêniti/ 
pluriel d'un peuple de Corisopiles (?), et, en ce cas, Quimper n*a 
pu s appeler Corisopitum \ ou cette ville porte bien ce nom et 
alors elle est le chef-Heu du peuple des Corisopitenses dont per- 
sonne n'a jamais eu connaissance. N'insistons pas. 11 saute aux 
yeux que civitas Corisûpitum est une expression inadmissible 
grammaticalement. Il va une altération visible, et la bonne leçon 
est, sans contestation possible, civitas CmosoHium, 

Mais, si nous retirons fl la théorie de M. Longnon lapput de 
la Notîtia Galliartim^ il n'en subsiste plus rien. En effet il faut 



I* Otl possède en effet une borne mîllîaîre où est le nom de Comuiice 
Chlore (29^-305) et dç h dté des Coriosoliics* Vo>% U Borderie, 1, 1 19-120, 

t. Kow, Getm., Au£tùr€iûntiquisnm, [X» $86. Cf. k tabicâu des pp. 57^ 
« 577, PIme a (IV» 107) Corimtuliks. \\ îgnorc bîeo entendu Cormcfttum. 

5. Éd. Mommseo, 177, La variante CûHmporum est ccrtaîncmeEîî une fauit 
de lecture pour Cùriiûpatum. 




ES, AHÈS ET CARHAIX JJJ 

résolument restituer aux Osismii tout le territoire qui leur avait 

<^tc indûment enlevé pour êtœ affecté à un peuple de nom 

inconnu, Ccrisopiies{ï)ou Corisopiieftses (??). Etnousn*avons pas 

besoin pour en arriver là d'identifier le cap Gobaeum ' ni d'exa» 

miner si Se^mt^i Tîle d^Ouessant ou File de Sein \ 

Dernière remarque : comment un géographe n*a-il pas été 
frappé de la position de Carhaix ? Elle est à mi-chemin entre la 
côte de !a Manche et la côte méridionale du Finistère. Les routes 
H^ii en rayonnent en lous sens indiquent bien que c'était le centre 
stratc'gique et administratif de !a contrée. Or, dans le système 
^^ M, Longnon, cette contrée est coupée de la manière la moins 
Compréhensible : une mince bande de territoire le long de la 
Manche constitue le pays des Osismiens avec un petit promon- 
toire pourcapitale. Au sud, Qu imper, isolé de toute communi- 
cation, est le chef-lieu d'un autre peuple. Quant à Carhaîx, le 
grand centre de la contrée, il devient une localité excentrique 
*J^^ pendant de Qu imper on ne sait pourquoi. C*est le comble de 
1 illcjgisme administratif; cela nest pas romain, cela n'est pas 
possible, 

^ insi Carhaix, Fargium ou Vorganium^ a bien été la capitale 
**^ la dviias des Osfsmii K Comme toutes les nVi/dffj gallo- 
romaines» elle a changé de nom au cours du iv^ siècle, perdant 
^^ «i énomination de ville pour prendre le nom du peuple dont 
^}*^ était la capitale. C'est ainsi que, dans cette région de 
^ A. i^morique, Comiaie est devenu Rennes (Rethms), Condevincum 
*5^ rites (Nammks)f Darmitum Vannas {Fenetes% Fanum Martis 
^c>rseul (Curiosoliîes). Vorgiutn ou Vorganium a du nécessairc- 
^^^^ Tit s^appcler Osisnui * ou Osismiûs. 

Ceci n'est pas une hypothèse. Nous arrivons au texte décisif 
*^^i montre Tidentité de Carhaix et de Vorgium ou Vorganium. 
A- Xi milieu d'un dictionnaire de notes tironiennes contenu dans 



1 * DesjardiDS (G^. dt la Gauk rmmim^ I, 309-512) a donné d'iog^oieuses 
'^t ^ûîîs pour y voir la pointe du Raz et non le cap Saint-Mathieu. 

3. Sur cette questiaii^ voy. Ecvm celtiqtti, IX» 279, et X, ^ja* 

3. Cf, La Borderic, op. ciL, l, 164 et tB$, 

-4 La vraie forme de ce mot est Oùsmii. Voy* César ^ II, î4, et Ptoléméc 
rc>7(^,^t(ii), Il Kotitia GulUarum^ éd. Monmiseti, p, 587. Ossismii et Oxismii 
*o«5t des graphies incorrectes. 



398 F. LOT 

des manuscrits des tx^ et x"" siècles, on trouve une liste d'une 
centaine de villes de k Gaule K Elle présente cette particularité 
que le nom antique Je !a ville y est précédé du nom de 
peuple qui la remplacé. Cette liste est en général très exacte. 
Le but de Tauteur a été^ ce semble, de conserver à la 
mémoire le nom antique de la ville, qui tendait â se perdre* 
Cette liste doit par conséquent se placer vers le vi*= \ ou mcme 
le V^ siècle. Or sous le n" éî-64 * on trouve : Olhismtês Vor- 
^ïttm. Nous avons là la solution décisive de toutes les discus- 
sions qui précedent- 

Ainsi, au moment où les Bretons arrivent en Armorique, la 
capitale des Osismn ne s'appelle plus Vûrgium ou Vorganium 
dans le langage courant^ mais Osismii ou Osismios. C*est ce 
dernier nom seul qu*ont entendu les envahisseurs. Il semble 
avoir persisté, du moins dans la tradition ecclésiastique, jusqu'au 
début du vi'^ siècle ^. 



1. La dernière édiilon et la meilleure est Qc\k de Bourquelot, dans 
VJnnmin di la Socià/ du Antiqmins de France^ ^851, p. 265 -291. 

2. îbid., p, aSo, 

\, Ibid,, p. 377, Je o*05€ attribuer ime vdçur phonèû^ue prèdsc au th\ 
Othmms. 

4. Ay condle d'Orléinsde su Bgure en effet un Liihartdus êpUcopiu Oxa^ 
mtmit. Malgré les objcaions de M. LoQgiioo(art. dt,,443-44iXM.dc Là Bor- 
deric s*obstiiieà y voir un évoque de Séez {HisL de Brei.^ 1, 262-265). C*est 
inadmissible. JusquVn loJî, Jes évêques de Séei ont ùté intitulés r/>w*i^ 
Sfi^ùnm^ sans exception lucune. Au reste, je ne retrouve pas Uttmrtdus é.it 
le plus ancien des catilogues d^évcques de Sèe^ qui nous sOit resté, le ni^ 
bt. 6042» foL 1 verso, dû à Robert de Tliorigny, selon L* Delisle {HhL 
UiUfûin^ ï, XXIX). Ce Litliaredns éuit évidemment un évèque d<s Osls^ 
miens ou plutôt des Bretons qui occupaietit leur territaircj et peut-être rési- 
dait* il encore à Cirhaix. Cette ville fut au vi« sîdck b résidence du chef bre- 
ton Comor, seloa Ingomar (dans Le Baud, 73)^ L^ ^t' ^ ^^^*^^ Go^^ftoti (écrite 
en toi9) dit qu'il régnait sur les Osismiens : Cotttûrus Ihibtfu Umpomk dùmi* 
nium in Jtnibm Occùmorum (Lsl Borderîe^ 1, ^97, note j). Ce pys des Osis* 
miens comprenih non seulement Je Polierp nuîs k Léon, que Comar pos- 
sédait sitissi (cf. La Sorderie, I, ;96'}97). Q^ant aux objccitons tirées de Ij 
fondation des royaumes bretons de Coriiouatllcs et de Domnonee, elles n'otii 
aucune ponde, les dates de 4 Ho et ^13 données par Là Borderte ae repcisani 
que surlï3 plus ffélcs fondements (cf* plus haut, p. 3^3» note 2). 

Reste, ti est vrai, un problème difficile. Après la disparition de T èvéché 



OHÈS, AHfes ET CARHAIX 399 

C^ posiy il est évident pour moi que Carhaix, Caer-OJjéSy est 
tout amplement la transcription bretonne de Civitas Osismiorum. 
C^his représente en breton Osismii ou Osismios ('Oaïajiici de 
Ptol^mée). Ici objections philologiques. La seule sérieuse est 
le changement de Ts latine intervocale en h. Selon M. J. Loth \ 
dais^ les emprunts latins, cette sifflante persiste : asinus devient 
aser^ , tandis que dansles mots d'origine celtique s médialc devient 
A(l>xiis disparaît). Néanmoins cette objection n*est pas ici irréfu- 
tab>lc A quelle époque, dans les mots brittoniques, Ts celtique 
se t ransforme-t-elle ? Au v*' siècle, selon M. J. Loth ^ Cela me 
suflEît. Les Bretons sont arrivés en Armorique au v^' siècle, peut- 
être même à la fin du iv*^ siècle'. Le nom de la ville la plus 
importante, Osismii ('O^icp-tci) ou Osismios, a dû passer immé- 
diixrement dans le langage courant des envahisseurs et subir 
le même traitement que les mots celtiques. 

La phonétique des emprunts latins ne présente pas d'obstacle 
sérieux. Ainsi on pourrait s'étonner que l'm soit tombée. Un 
ex^dnple analogue nous est offert par quadrages(i)ma 
devenu coarais en breton ^. Pour l'i accentué de Osis{mios\ cette 
voyelle tonique, en position ou non, passe à e avant le x'" siècle : 
ainsi fjfef/= capistrum K Enfin l'ô à l'initiale tantôt se main- 
tient, tantôt passe à a; ainsi : achaws = occasio, achub -— 
^^<^ upo ^. En sone que la forme Ahes en place de Ohes ne serait 
pas iJue nécessairement à l'influence de la légende d'Ahès. 
î^ous croyons maintenant tenir un des deux bouts du fil. 



^^^lc>- romain de Carhaix, pourquoi cette ville et la province environnante 

ont-oiies été rattachées au diocèse de Quimper et non à celui de Léon 

^^rrinic il aurait été naturel? II paraît évident que le royaume de Comor 

^^ démembré quand il mourut, vers 555 (voy. La Borderie, I, 284, 428, 435, 

^*]), Maison ne peut préciser : de 555 à 8u on ne sait rien en effet du 

^^Her et pas davantage de la Cornouailles. Peut-être est-ce seulement après 

** 'ïion de Comor que Carhaix cessa d*être le siège de Tévéché (?;. 

^ ^ Les mois latins dans les langiu-: brittoniques (Paris, 1892, in-8;, p. 123. 
^« Ibid.yp. 80-81, tx Rn'UiCeîliquK', XIV, 1893,295. 
3 * Nous comptons développer u:îc th.orie à ce sujet dans un travail sub- 
^*ÎV3cnt. 

-^ . J. Loth, op. cit., 126. 
S . Ibid.^ 103. 
^. Ibid., 116. 



400 F. LOT 

Le second terme de Carohês^ incompris après la disparition du 
peuple des Osismiens, a induit à imaginer un roi ou un seigneur, 
OhèSy dont Carohés (Cariiaix) aurait tiré son nom. 

Seulement on ne saisit pas très clairement la liaison avec h 
légende d'Ahès. Le Rormn iAquin ne nomme pas cette 
princesse, et, bien qu'il donne pour seigneur à la ville de 
Carhaix Ohès h vieil barbé , il présente les formes Quaraljés * 
et Car[a]bis^ au lieu de Carohês que nous attendrions'. Ix' 
récit est présenté d*une manière très gauche. Hoès ne doit visi- 
blement son âge et son surnom qu';\ son mariage avec la prin- 
cesse Ahes. L'auteur est^ du reste, embarrassé par le grand âge 
d'Ahès, Il se contente de donner à son soi-disant mari sept- 
vingts ans, ce qui t^t déjà bien joli. Quant a la « dame», elle 
est fille de Corsout, «^ qui bien vesquit ni. c ans [a] passé ï> *, 
et quand Ohès raconte son histoire elle est morte depuis plus 
décent ansK Son père, Corsouî, doit son nom à la localité 
de Corseul^j où aboutissait une des voies de Carhaix. Il 
n'y a rien la de populaire, mais notre auteur n'est pas le pre- 
mier qui ait personnifié CorseuL Avant le x* siècle un clerc 
de la région avait déjà imaginé de faire de Corsold un roi des 
Frisons(!)qui opprimaient la Bretagne, et de lui donner pour 
femme j4/f//M (d'après Akthumy ancien nom de Saînt-Malo) ', 

1. Vers 8^,867, 

2. Le ms> porte môme Carhes (v, %\%t^ aaoS) ei CÎMirfjcs (v. a 191, 284$, 
2916); mais la nicsurc ëiige, comme le remarque rédUcur (p. t J9), que Ton 
rétabli we Car[^y^J. 

f . Peut-être était-ce écrrt de la sorte dans k teïtre primitif, puisque le mot 
est estfopîè dzm Tunique nis. (?)* Cf. la note précédente. 

4, V. 861, p. 5$, Quant i Corseul, c*est une ville d*« amiquicéj», n Maii 
gastc es toit, bng temps a voit passé, Et mors tl sires [Cûrsok ?] ei a sa Un 
aie » (v. 3822-2 î, cf. p. 225). 

5, V, 910. p, î6. 

6» Cest bien aussi, je croîs^ le semîment de M, Joûon des Longrais* IX l vt 
I74« On a d'autres exemples de ce procédé dans le même ouvrage. Ainsi aoi 
V- 9 ei 7S. le seigneur Agot tire son nom d'un îbl désert prés de Dinard ; de 
même le Chilcsdes v. 14^9 et ï 5U9 de fiinciennc grève de CkSfs qui s'éten- 
dait autrefois devant Saînt-Ser\'an cï qui a disparu avec lu constmction du 
bassina flot. Voy, Joûon des Loograis, J49. 

7, Cccie légende nous est racontée par Ingomar, moine de Sàint-Méen» 
qui ne se fait pas ittusion sur sa valeur. Il dit l'avoir tirée a fahtUis, Son 



dih 



OHÈS, AHÈS ET CARHAIX 4OI 

C'est dire que la légende d*Ahès n'est pas présentée dans 
le Roman (TAquin d'une manière purement populaire. Elle recèle 
une contradiction. Si Carhaix a pour seigneur le vieil Ohès, il 
faudrait Carohés; si la forme populaire était déjà devenue Car- 
AbéSy le personnage de Ohès est inadmissible. Or le témoignage 
du RomanSAquin et celui des récits sur Tristan sont concordants 
pour l'existence d'une légende à' Ohès de Carhaix. D'autre part, 
1 auteur du Roman d'Aquin connaissait l'histoire de la pnn- 
^^^sseAhés, L*a-t-il mise en rapport avec celle d'Ohès à cause de 
ia similitude de ces deux mots ? ou bien la légende d'Ahès était- 
elle déjà mise en rapport avec Carhaix dans la tradition popu- 
laire ? on ne peut rien affirmer. La dernière hypothèse nous 
semble cependant plus admissible. L'auteur du Roman (TAquin 
3ura combiné deux récits indépendants, l'un sur Ohès, roi ou 
sire de Carhaix, l'autre sur la princesse Ahès, fondatrice (?) de 
Carhaix. Et c'est peut-être pour dissimuler cette fusion qu'il 
^ omis le nom de cette dernière (?). 

Qruoi qu'il en soit, et nous terminerons par cette remarque, 
^1 est évident qu'Ohès de Carhaix n'a rien à faire ni avec les 
récits arthuriens ni avec la légende de Tristan. Il est signifi- 
*^^îf à cet égard que l'auteur du Roman d'Aqtiin^ qui connaissait 
très bien non seulement la Bretagne romane (Saint-Malo et Dol), 
n^3.is la Bretagne celtique, la Cornouailles % ne souffle mot 
*^* Arthur ni d'aucune fable de la Table Ronde ^ L'introduc- 
tion du roi Hoël dans la légende de Tristan montre une influence 
'bretonne indéniable ; seulement ce n'est pas l'influence des récits 
arthuriens de la Petite-Bretagne, c'est celle d'une tradition 



ou vrage, dont Toriginal est perdu, nous est connu par des extraits de la Chro- 

^i^t4^ de Saint'Brieuc (dans dom Morice, Preuves, III, 14, et V Histoire de Bre- 

^^g^ne^àt LeBau4, 6465. Cf. La Borderie, Hist. de Bretagne^ I, 352-353. — 

^ CZorsolt n'a pas de rapport avec le Corsuble ou Corsout du cycle caro- 

^îttgîen (Joûon, p. 225). 

1 - Voy. Joûon des Longrais, LXXXIII-LXXXVIII. L'éditeur va peut-être 
un peu loin en supposant (XXXIX-XL) que l'auteur du Roman d'Aqiiin était 
°^gînaire de Cornouailles. On voit seulement qu'il connaissait bien ce pays, 
°*^îsil est plus vraisemblable qu'il était de Dol (cf. XLI). 

^ - Chrétien de Troyes connaît CaraJ/ès. Mais cette « tête géniale », comme 
dit JSi. Fôrster, prend le Pirée pour un homme : il en fait un chevalier 
*^' Arthur (ÈreCy v. 1727). 

«•«MM, XXIX. 26 



402 F. LOT 

populaire tout à fait indépendante. Il n'est même pas nécessaire 
que les Français aient eu recours pour la légende d'Hoël à 
un breton bretonnant, puisqu'un clerc de Dol ou de Saint- 
Malo, l'auteur du Roman d'Aquin^ en avait connaissance. Et 
cependant ce personnage adventice joue un rôle fort impor- 
tant dans les traditions sur Tristan, puisqu'il est le père de 
Kaherdin et d'Iseut aux blanches mains. Nous avons là une 
nouvelle preuve que les sources de cette légende sont troubles, 
de provenances diverses, et que la fantaisie personnelle des 
auteurs qui nous l'ont transmise va joué un rôle peut-être plus 
important qu'on ne le croirait. 

Ferdinand Lot. 



BENVENUTO DA IMOLA 
AND THE ILIAD AND ODYSSEY 



One of the striking features of the commentary of Benve- 
nuto da Imola on the Divina Commedia \s the frequcncy of his 
références to Homer. During the Middle Ages, down to about 
^"^ middle of the fourteenth century, the Homeric poems 
"^'cre practically unknown to western Europe. The lliad was 
accessible — the term is hardly appropriate — only in the 
n^iserable epitome in Latin hexameters, commonly known as 
Pindcgrus Thebanus de bello Trojatto, in which the twenty-four 
^^^^^^ks of the original are condensed into a little more than a 
thousand Unes*. A few passages both from the lliad and 
the Odyssey were known to mediaeval writers through the 
P^^dium of Cicero, and of the Latin translations of Aristotle, 
^^ Certain of whose works Homer is quoted pretty frequently. 
^ hus Dante, who quotes Homer six times (the lliad four times, 
^rici the Odyssey twice), got ail his quotations save one from 
^'^istotle; viz. lliad, XXIV, 258-9, quoted in the Fila Nuova 



* - Actually 1069 lincs, which are distributcd inio eight books of very une- 

^^al length, the fifth and seventh books containing respectively only 26 and 

5 > Unes each, while the eighth book contains 331 lines. This epitome, which 

^^s also known as Homer us Liitinus or Homer us de Mlo Trojano, was sevcral 

tiiti^j printed in the fifteenth century, viz. at Venice, without date, but pro- 

Dal>ly 1477 (Procior 4264); at Parma, in 1492 {Proctor 6866); at Paris, in 

^99 (Procter 8327); it was also twicc printed at Fano at thebeginning of the 

sixtecnth century, viz. in 150$ and 1515. There are four mss. of the work 

*o the British Muséum, viz. ligerton 2630; Harl. 2582; Harl. 2560; and 

Adci. 15^601 (which is incomplète). Cf. Joly Baioît de Sainte-More et le Roman 

«' Troie ^ pp. 151-4. Owing to an acrosiic {lUilicus) in the first eight lines of 

the poem, some hâve thought that the author was Silius Italiens. Cf. Novati, 

^'P*istolario di Coluccio Salulati, lîl, 274, n. 5. 



404 PAGKT TOYNBEE 

(§2, 11. SI-2O, the Convivio(lV, 20, 1. 37), and the De 
Monarchia (II, 3, 1. 55)from EîhicSy VII, i ; — Iliady II, 204, 
quoted in the De Monarchia (I, 10, 11. 29-31 from Metaphysics^ 
XII, 10; — and Odyssey, IX, 1 14, quoted in the De Monarchia 
(I, 5, 11. 34-6), from PoliticSy I, 2; the remaining passage, 
Odyssey, I, i, quoted in the Vita Nuova (§ 25, 11. 90-3), 
cornes from the Ars Poctica of Horace (11. 141-2). 

Benvenuto da Imola, whose commentary on the Divina 
Commedia was completcd in the year 1380 or perhaps a little 
later *, quotes the Iliad and Odyssey no less than twenty-eight 
times '. The question as to hovv he obtained his knowledge of 



1. The line-rcfcrcnces arc 10 the tcxtofthe Oxford Dante. 

2. The date of the completion of the final draft of Bcnvenuto's commen- 
tar}' is fixed at aboutthe year 1380 from internai évidence, the latest réfé- 
rence to contemporary events being, as is usually alleged, to the destruction 
of the Castle of Sant*Angclo ai Rome in 1 379, during the contest between ihe 
partisans of Pope Urban VI, and those of his rival, Cardinal Robert of Geneva, 
who bccame anti-Pope under the title of Clément VII (vol. II, pp. 8, 53.) 
lliere is, however, anothcr allusion in the commentary, which seems to 
hâve escaped the notice of Bcnvenuto's biographers, and which may possi- 
bly point to asomcwhat latcr date than the year 1380. This allusion occurs 
in the comment on the word Césure in the first canto of the Paradiso 
(vol. IV, p. 305), wherc, aftcr speaking of the triumphs of the old Roman 
Emperors, Benvenuto adds, by way of contrast, that a our présent Eniperor 
dévotes himself to the cuit of fathcr Bacchus » {Noster vcro imperator Liherum 
patrcm coîit). This seems, at first sight, to be a pointcd référence to the 
intempcrate habits of the Emperor Wenceslaus, which gained him tlie nick- 
name of the « toper » or « winc bibber ». In this case, unless we are to 
assume ihai Wenceslaus alrcady within two years of his accession (in 1378) 
had bccomc notorious for his drunken habits, of which thcrc appears tobc 
no évidence, we must suppose this part ol the commentary to hâve been 
written laicr ihan 1 5S0 by some years. I find, however that in his LiMlus 
Ati^ustaîis, which was ccriainiy wriiten within a year or two of the acces- 
sion of Wenceslaus, Benvenuto uses a similar expression of the Emperor 
Charles IV (the fathcr anJ i^rcJcccssor of Wenceslaus), whom he describcs 
as « Baccho immoian^ » — a rcproach which appears 10 havc been levellcd 
at that Emperor by Hoccaccio also (sec Ci)chin, Etudes italicnncSy p. iio). 

The rctcrcncc in ilic cumnicntarv, tlKrct'orc, may ver\' wcll be to the 
Emperor Charles IV, anJ not to hi^ Muccsior. 

3. Vol. I.pp. 26, 77, 12^,159: vol. II. pp. 70, 72, 77, 87, 88, 280, 282, 
286-7, 288, 448. 467,