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Full text of "Romania"

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■.>i'r. 






ROMANIA 



ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRE A l'étude 

DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 

PUBLIÉ PAR 

Paul MEYER kt Gaston PARIS 



Pur remenbrer des ancessurs 
Les diz et les faiz et les murs. 
Wacb. 



lo"* ANNÉE — 1881 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6y, RUE DE RICHELIEU 



LIBRARY OF THE 
lELAND STANFORD JH. UNIVERSITY. 

d, Lf.b5'8°l 

NOV 5 fflûÛ 



UNA 



VERSIONE IN OTTAVA RIMA 



DFL LIBRO DEI SETTE SAVL 



III'. 



Resta da occuparsi del gruppo di novelle, che la nostra versione 
inserisce tra il racconto del settimo Savio (^Puîeus) e quello del Principe 
{Vatkinium), a cuî finalmente gli asiri permettono di riaprire la bocca. 
Quai giudizio sia da portare coirpiessivamente di questo gruppo, s'è 
Visio di già ; abbjamo a fare con una gîunta arbitraria e malaccorta » ; se 
propria mente del rimatore, o invece d'un prosatore él cui egli si conten- 
tasse di verseggiare alla peggio il deîtato, convenne lasciar dubbîoî. Il 
tempo, mettendo in luce nuovi documenti, risolverà forse la questione; 
per adesso le incertezze e le lacune nella storia del libro dû Sette Savi 
sono ancor tante, che una più, una meno, vtiol dire ben poco, e non 
aggrava punto la coscienza di chi è costretto a lasciarla sussistere. 

Le novelle aggiunte costituiscon dunque un tutto qua dentro» e pote- 
vano forse cosiiluirlo anche in un allro testo, ma non si trovan strette per 
nulla da una solidarietà di vecchia data. Perô hanno un interesse indivi- 
duale, anzichè collettivo. E ad una ad una bisogna quindi esaminarle, 
corne nuove versioni di temi, quai pîù, quai men note, sforzandosi di 
assegnare a ciascuna il suo poslo nella famiglia sua propria. 

1 . Onora il paire e la madré. 

La série comincia con tre racconti , che la matrigna cinfila senza mai 
interrompersi. Essi — particolarmente i due primi — hanno tra di loro 



1. V. t. VII, p. 22 (n- 25) e J69 (n. 27). 

2. Ib. p. 370» 

3. Tb. p. 388. 

Romattia^ X 



2 P. RaJNA 

streite affiniià, fantoche dai moderni' se ne registrano non di rado te 
une accamo aile altre, o anche promiscaamente , le varianti molieplici. 
E CÎ6 non senza ragione, Il tema fondamentale deiîa triplice famiglia è 
realmenie il medesimo. Genitori imprudenii abbandonano ai figli o aile 
figlie, ammogliatisi o andate a marito, Tintera loro soslanza. Più o men 
presto si vedono rimunerati colla più nera în^raiitiidine, ridoili a mancar 
d'ogni cosa, malirattaii. Ma alla fme, o un miracolo céleste, o un rinsa- 
vimento prodotto da cause più umane, oppure anche un' astuzîa, ren- 
dono ai poveri vecchi le cure e il benessere, a cui hanno diritto. 

a. Il fglh ingrato. 

Un ricchissîmo e savîo borghese di Ravenna, vedovo da cinque anni, 
ha un unico figlîuolo, ben educato, dell' età di vent* anni, al quaîe vuole 
dar moglie. Molti ambirebbero il parentado; ma il padre, anzichè acco- 
gliere le proposte spontanée, mette lui gli occhi sopra una giovinetta orfana 
e bella, che recherebbe in dote ben venticinquemila fionni. La fa dunque 
richiedere ai parenii ; sennonchè quesii sono restiî, temendo ch' egli stesso 
possa riprender moglie, sicchè poi, nascendo alui figliuoli, l'eredità abbia 
ad andar divisa. Un amico stietto de! nostro borghese, in pari tempo con- 
giunto délia fanciulla, si mette di mezzo, proponendo aile due parti, che 
il padre faccia donazione d'ogni suo avère a! figlîuolo. Il partito è subito 
accetiato, e le nozze si fan no con gran festa. — Passa un certo tempo, e 
viene alla luce un bambîno, La puerpera, visitata în quelP occasione da 
molti, vuole dal marito la caméra del suocero, la più bella e agiata délia 
casa, Il suo desiderio è adempito^ ed essa confina il vecchio in un' 
angusta soffitia , priva di focolare e raiseramente arredaïa. Il povereito 
sopporta pazienlemente, e se ne sta lassù a treraare l'invemo, mentre i 
figli si godono il fuoco. Alla fine, ridotto a non avère neppur più mantello 
per uscire, prega il figlio di fargliene uno; ma la nuora, sollecita, non 
lascia, e gli dà invece un manteilo del marito, logoro e stralogoro. 
Similmente, avendo egli dovuto chiedere una cohre, perché Tantica non 
sta più insieme, costei lo rimanda con una schiavina tutta strappata, 
dov' era solito dormire un cane. A tanto si arriva, che V infelice non 
osa nemmeno più presentarsi a tavola, e patisce anche la famé; e la 
lîuora spieiaia, non contenta ancora, si duole aspramente col marito, 
perché tolleri in casa cotesio vecchio stomachevole, che tosse sempre, e 
baciucchiando i bambini, li farà intisichire. Ha una casipoia cadente : ce 
lo mandi a vivere con ire ducati Tanno, finchè la morte si osiina a non 



I. Anche ndla Scaiâ Cadi di Giovanni Juniore^ sotto la rubrîca Filiif 
abbiimo, proprio di seguito, tutti e tre i racconti [f" 97 o— 98 a detr edizione di 
Ulma, 1400}, 



UNA VERSÎONE RÎMXTA DEI Sctte Sdvi J 

liberarli di tanto tormento. Il marito, debole, s'induce subito anche a 
questa nuova crudeltà. — Viene la pasqua; il povero vecchio, non 
avendo che mangiare, p^nsa d'andar a casa del figlio, che non gli 
negherà l'elemosina di qualche cibo. Ma il figlio, non appena egli bussa 
ail' uscio, s'affretta a far riporre un grasso cappone, che già siava sulla 
tavola imbandita. Dopo di cià lo si lascia entrare; lo si mette a sedere 
alla sinistra, e gli si danno solo cerii brodetti, di cui nessun aliro tocca. 
S'accorge egli bene come le cose sianno; e, mangiaio alla peggio, 
ri parte. Ora s*ordina di riporiare il cappone. Ma il cappone è di venta to 
una biscia, la quale, corae si scopre il piatto, s'av venta alla gola dell' 
ingrato figliuolo, e minaccia di strozzarlo. Pianti dirotti délia moglie. Un 
santo vescovo accorre con molto clero, e avula ta confessione del 
colpevole che gli si prosira dinanzi, manda per il padre. Questi accorre, 
e piange lui pure, vedendo il figlio a lal partito. Il vescovo gli dice, come 
sia rimesso in sua facolià di liberarlo, oppur no. Il vecchio non tituba; 
toglie colle sue proprie mani il serpente dalla gola del figlio, e quindi 
abbraccia chi lo aveva cosi maliratiato. Ne per verità ha poi da pentir- 
sene; il figlio da quel giorno, ravveduto e riconoscente, rimetie in suo 
arbiuio ogni avère, einsieme colla moglie e coi figliuoli poneogni studio 
nel servirlo e onorarlo fmo alla morte. 

Carattere distiniivo di questo racconto è la catastrofe miracolosa , che 
ci conduce difilaio a una fonte ecclesiastica . E difatli i più antichi 
riscontri ci son dati dal Diaîogus Miraculomm di Cesario d'Heisterbach , 
dist. VI, c. 22* y e dal Liber Apum di Tommaso da Cantimpré, I. Il, c. 7, 
part. 5. Entrambi gli autori pretendono di narrare casi accaduti recen- 
temente nelle parti loro. Colla versione di Tommaso pajono accordarsi 
due redazioni in antico francese, una rimata, del secolo xiri, un' altra 
prosaica, atlribuita al xiV. E ci s'accorda altresî , salvo qualche lieve 
differenza e qualche mutazione arbitraria 3 , la versione compendiosa 
délia Scdla Caeli. Il faite culminante, in una forma che in parte risponde 
a Tommaso , in parte a Cesario , fu raccolio anche nella tradizione orale 
dai Grimm, ed inserito nei Kinder- und Hausm£rchen, al n" 14$ *. 



1 . Ce&ario narra îl faUo atiche nelle suc Omelte ; ma di queste non ho a mîa 
portata, ne l'edtzionc a slampa (Colonia, 161^), ne alcun inanoscritto. 

2. H(st. lut, de la Fr,, XXllI, igj. Qiti si accenna altresl ad una irtûralili^ 
intitolata Miroir des enfmz ingratz^ con parole che non mi riescon ben chiare. 
[Cette moralité est en effet la mise en scène du conte en question. — C. P.] 

j. Inctino a riguardare come mutazione arbitraria l'aver fattoche nelF ultimo 
episodio al figlio ingrato si prescntî la madré, anzichè il padre. La cosa è peraltro 
motivata con atlettuosa ingegnosità : » ... Tandem pauperes cfFecti, cura venis- 
set mater ad domum fiiji ut pjîrii dcbiliiaum ostendcret et subsidium postutaret t 
ecc. (Ed. cit., f- 98 d.) 

4. [Ce récit se trouve aussi dans Etienne de Bourbon (édit. Lecoy de la 
Marche, Paris, [877), n* 163 ; et plusieurs circonstances sont d'accord avec la 



4 P. RAJNA 

Anche !a nostra redazione si présenta in condizîoni analoghe a quelle 
délia novella popolare : essa conviene ïn générale assai bene coll' espo- 
sizione di Tommaso, ma ha pur tratti che risconîrano invece cou 
Cesarîo. H raostro che s'av venta al fîglio ingrato è una serpe, corne nel 
Diahgus Miracutomm, menire il Liber Apum e compagnia parlano d'un 
rospo; e quesia serpe è metamorfosî del volatile riposio per non farne 
parte al vecchio, dovecchè presso il Caniimpratense il rospo fa la sua 
apparizione avviticchiato a cotesto volatile'. Il quale nel Liber Apum — 
noto la circostanza, sebbene di poco rilievo — è un' oca; nel Dialogiis 
Miracutorum un pollo»^ pîù prossimo dunque al cappone nostro. E 11 
polio, al pari del cappone, è gîà imbandito quando il vecchio soprag- 
giunge; l'oca, in quella vece, sta arrostendo sullo spiedoK 

Per certi altri tratti la nostra versione trova riscontro in individu! pîù 
lontani délia iriplice famiglia, e panicolarmente nel secondo ramo, di 
cui si verra a parlare or ora. Viuima dell' ingratitudine è in Cesario la 
madré; in Tornmaso, padre e madré ad un lempo; presso di noi il 
padre soltanto, corne in tutti i rampoUi degli altn due rami-^. E si fa 
espressa menzione délia sua vedovanza, come in pio redazioni délia 
Houce partit, cioè nella più ampia délie due che s'hanno in francese^ e 
nelle tedesche'\ La richiesta di panni da coprirsi deve pur essa procu- 
rarsi riscontri dagP individui délia seconda famiglia, pronti tutti quanti 
a fornirgliene. E da essi bisogna pure se li procacci la parte odiosa 
assegnata alla ntiora, 

Ma qui la rispondenza più degna dî nota, perché piii specifica, è 
quella che Tepisodio dell' allontanamento del vecchio dalla caméra sua 
trova nella redazione tedesca dell' HufFerer. Li pure il padre occupa 
« ain schœn kemnat » (v, 62). Trascorso un certo tempo, la nuora 
dichiara al mariio che, dovendosi sgravare, proprio quella caméra te è 
iiecessana?. E il marito subito la contenta, e fa ponare in un* alira 



version italienne. Voy. encore Pauli, Schimpf und Ernst^ n« 457, et Archiv fur 
stavtsche Fhihtogu, UU n^. — G,P.] 

i. Rispeiio a questi due tratti, la novellina popolare iramezza fra Cesario e 
Tomraaso : ranimalaccio, a cui la punizione è commessai è un rospo ; ma il 
rospo S) sosiiiuisce, non s'aggiunge al valalile. 

2. Un polio anche nella novellina \ nella Scala Cadi tina gallina. 

5. Qui pure la noveilina è con Cesario, non con Tornmaso. 

4. Anche la novellina parla solo del padre ; ma siccome gui abbiam solo 
l'ullima parte délia narrazione, non possiam dire che !a madre rimanga po&itiva- 
raentc csclusa ; chè anche presso Tommaso alla casa del figlio viene il padre 
soltanto. 

j. Montaiglon, Recueil glnèral da Fnbliatac^ I, 84; II, i, 

6. Von der Hagen, Gtsûmmlabenteaer^ II, jgt ; III, 729, 

7. Que&to tratto s'ha anche in un racconlo edito dal Wright nelle Latin St(h- 
rieSj che risponde al nostro Forzierc (n, 26 ; p. 2BI : * Tertio veto aniïO posi- 
tus fuit cura pueris super terrain proximus pessimts, et quia uxor sua incepît 



UNA VERSIONE RI MATA OEl StUC Savt Ç 

caméra, che précède a quella, il leito e gli abiti del padre. Corne poi è 
avvenuio il parto e trascorso il tempo del puerperio, la donna trova che 
il suocero anche 11 dov' è ora la disturba, e prétende di aver bisogno 
pur di quest' altra caméra. Cosi essa induce il marito a confinare il padre 
in un soitoscala. 

Questi riscontri cogli altri tipi, poîrebbero in parte provenire da con- 
taminazjoni; il narratore ha presenii anche quelli, poichè passera poi 
subito 3 darcene una versione ; ma, ne è probabile che cosi s'abbia a 
ritenere per lulti, ne, in ogni caso, îa contarainazione si presta a spie- 
gare i contatti promiscui con Cesario e con Tommaso. Bisogna conchiu- 
dere che la versione nostra fa capo ad una, distinla, nonostante le 
Strette somiglianze , da quelle che questi due autori ci rap présenta no. E 
Tommaso e Cesario hanno un bel pretendere di riferire un fatto récente : 
in realtà ci devono ricantare un esempio, che correva da un pezzo sulle 
bocche dei predicatori. Figuriamoci quante forme esso avesse dovuto 
assumere per effetto délie continue ripetizioni mnemonichef Chè il tema 
deir ingratiîudine filiale, anche indipendentemenie dalle opportuniià del 
vivere quotidiano, s'imponeva alla tralîazione , quante volte, spiegando 
il decalogo , s'arrivava a! quarto comandamento : Onora il padre e la 
madré. 

Insieme coi tratti che la versione de! nostri Savi ha comuni con alîre, 
essa ne contiene taluni peculiari a lei. Cosi è cosa sua propria la localiz- 
zazione in Ravenna. Similmenle qui solo vediamo il pentimento seguito 
da una pronta liberazione del colpevole. Nel Diatogas Miraculonm, nel 
Liber Apum, e nei loro parenti più stretti il tormento si prolunga per 
anni, durante t quali l'infelice va ramingo, mostrando di terra in terra il 
castigo e narrando il peccato, per ammaestramento universale. E Cesario 
non parla nemmeno espressamente di una finale liberazione , sebbene di 
certo le parole sue non la escludan neppure. 

Un' altra nota caranerisîica délia nostra versione — questa mérite vole 
di aiienzione assai maggiore — sta in ciô, che coiesta liberazione è 
rimessa totalmente aU'arbitrio del padre offeso, il quale, con nobilissimo 
tratto, non dubita un istante, e non dà luogo ad altro sentîmento che 
la pietà e 1' afîetto patemo. Non so se abbiam qui una felice innova- 
zione, oppure invece un' emanazîone dal modello primitivo; alla seconda 
ipoiesi condurrebbe il trovare qualcosa di simile in Cesario, dove la 
madré segue di chiesa in chiesa il carro su cui il figliuolo è trasportato 
ramingo <« poenae ejus compatiens materno affectu. » 



piirere, oportuit eam camcram quam occupavit habere, et sub illo colore eom 
de caméra ejecit. > Nessun dubbto che qui una taie espulsione non sia un' 
intrtisione posteriore, dovuta al rimescolamento che conlinuaraenle avviene Ira 
temi analc^hi ; ta storia del racconto ce ne fa più che certi. 



6 P. RAJNA 

Soggitmgo una riflessione générale. Considerando gli strettissimi rap- 
port! tra questo racconto e l'altro di cui mi facdo ora a discorrere, non 
posso rattenenni da un fone sospetto, che in quello sia da riconoscere 
ar.che il prototipo dell' attuale. Che i due tipi provengano da un unico 
ctçpOj par certo assai probabile. La vera difierenza tra di loro si riduce 
alla catastrofe, miracolosa nell' uno, umana per se stessa nell' altro, 
izzoTcht spesio gli autori voglian pure vederd la mano guidatrice délia 
pro-r>-idenza. Ora, se d trasportiamo aile condizioni del pensiero médié- 
vale, si capîsce moho bene la sostituzione del miracolo al fatto umano, 
r.or. cou bene quella del hx\o umano al miracolo. Un predicatore 
do-.Tttbe, per crescere efficada ail' esempio, aver appicdcato alla narra- 
zSone, qoaie soleva ripetersi dai soliti redutori di storie, una chiusa 
soprarnatsrale, die inaitesse ail' uditorio un più salutare terrore '. 

b. Rtdpotino. 

Ci fu a Rom on padre, die, cooe il ^totàetitt, dette ogni sua 
facohi a! f^icuio, raccog^iendoiie il medesimo fhxtto. Questi a Di la sua 
bcna casera a poco a >>C9 a iiscszone :n timile maniera come l'altro 
feze ^ st. ;r : o aflonr^tu) i^l» iifnia. r<i«çmdoU> a mangiare in un 
ar.golo pan ntr-i. *A vr^-rS :-:w<îo. c^Kçlîend/i l''v:casoned'ogni minima 
vifciiia, non f, 'ipiips-s î-J^'-^in * ^î^upa: non lo degnô più d'uno 
SfcUardo, non ci -Ci*^>! -\'\ -^xM,f^. \ -.aium. "yniBKft figfio snaturato 
ha un sao bambim lî <*o >•"»•' -f"? imït ;nv»9V» '«utrameme il nonno, 
c ne è ricambûr/. lî -v?*î .-^^^ : -.ov^ro "".-.THio 7<Ttato m bisogno 
d'un manteîlo e ntn wa^ir> i»^>'> n > ^îr.» «i nonfft 4î domandari^ 
per lai. Il £andu!k> wif >» « *- r-îi^-r ?»i^ oIt*»- ninacdsto dal padr 
insiste; e coîla sua imuv^.ufai^ '•«^*. .ii?» în^ :^. y yw, dir vincf 
Pottenere en maxrteLc lutit »1■.#,f^.^ ifintn f^wt n<mitfîû9r. Ma, / 
naes*xa!o da Dio , L bkannfî'. Uif^'^- ^M *^c\ei. n vna^ vvk casKtta 
pcru inrece al nocno une 6e. :>i/Vî: a^tttksKi fM f^trtr*^ uiila lasds 
saperc a nessuno dcîla ios*iLuZfCi:>^ -.'. !-*•#. >4V.^9(»v ». r3Ç>ete per 
p'o di caîzc. per una cohre. f*çr ur ;**' ^ *ïir»tuiH «: jis' «^ «ohe 
cosc » $L J5 . Fl'jl=>e=!e, un gkmc cji* ; f^ii. '.'u«(* isa gia 
C3l baabino. vede cader^ a terra ur^s c'.iiir^ '.ArtfsaîtUi 'JAà ir 
ler.p rÎTjerrato: e n'ia razoff^. cv: <.u\VjCiVJ: Zf.^¥t v/vt i» 
Ij:. Ape.-:a alora la cassa, L iaiôi îrci-a \sk\ vïfK frâffriâf. at ' 
eues:: il far.d^o rls«trra ;<r /^tys^j* vus/Tjr.t ijw*rf«îit »r2sr 



est ;r;:z*r«r: c-.t^i;-» :îr * 'nr. t w«» v^fie tiîmrtifiù*^ i» :.vt 
TCO-.* ;;• î* £_i i acrjt* »r. i îdi'-T-i tf. * iv Ijt yturnivan y 

;=:r;r:e az czsrjt a.'nst. — G. r*. 



UNA VERSIONE RIMATA DEI Stîte Savi 7 

essi pure. Rinsavito alP udire e al veder ciô, l'ingrato butta in acqua 
quei cenci, corre a getlarsi ai piedi del padre, ne oitiene agevolmenie il 
perdono , e quind' innanzi , insieme colla moglie e la famiglia , lo tratla 
con riverenza somma. 

Questû racconio nelle letterature volgari è diffuso più ancora dell' 
antécédente. Già si son menzionate le due redazioni poeliche in antico 
francese, designate coi titolo di Houce od Hovce partie'. Un' intitolazione 
corrispondente anche etimologicamente portano le altre due, menzionate 
pur esse e pur esse in verso, che incontriamo nella leueratura tedesca 
médiévale : Dcr kozze e Von dem ntter mit dem koczen. Una versione ita- 
liana del principio del quattrocento possediamo in una ira le novelle del 
Sercambi messe in luce dal Gamba*. E altri novellatori parecchi di età 
più larda ritrattarono il soggetto; in lialia il Lando?, ii Granucci*; in 
Francia il Le Monnîer et rimbertr. E a tutto ci5 son da aggtungere 
redazioni raccolte dalla bocca del popolOf o in forma prosaîca, o in 
forma poetica*. 

Se da una di queste versioni dovesse derivare la nostra^ le ragioni 
estrinseche porterebbero a cercare l'originale in quella del Sercambi, 
italjana e di poco anteriore, piuttosto che in qualunque altra. Giova veder 
subito chiaro in cotesta supponîbile derivazione ; non tanto per questo 
caso spéciale, ma per metiere in sodo, se il Sercambi possa mai esser 
stato la fonte, da cui ranonimo rimaneggiatore dei Sette Savi traesse in 
génère le novelle aggiunte al testo; chè, sopra dieci, ben quattro hanno 
riscontro presso il novellatore lucchese; proporzione che sorprende, se 
si riflette corne solo una parte minima dell' opéra sia nota fmora. 

Ebbene, l'emanazione dal Sercambi va esclusa senz' aïtro. Non dico 
ciô per il molto di peculiare che la versione nostra ci offre. Solo in essa 
il bambino sostiluisce roba buona ai cenci che gli son dati per il nonno, 
e questi cenci ripone; relie altre egli non fa invece che dimezzare o voler 
dimezzare il mantello o la copena destinati al vecchio, col proposito di 
riserbame una meta per la vecchiaja del padre?. E solo in essa gli oggetti 



1. [Add. Waddington n* 4 {Hht. littér,^ XXVIÎI, 194] et Et. de Bourbon 
n* t6i. Voy. aussi Pauli, n** 436, et les remarques de M. R. Kœhîer, dans la 
Jenatr Uuratantitung de «878, art. 278, à propos d'une version grecque recueillie 
par M. Schmidl. — G. P.] 

2. É la quiata tra le venti ; nella ristampa del D'AncoDa (Bologna, 1871)^ 
p. 38. 

j. Novelle di M. Ortensio Lando. Lucca, Baccelli., i8u - p. 91 . 

4. la piûicvol tiotte e iuto giorno. Venezia, 1^74, r 160I?. In realtà quesla 
non è se non una copia peggiorata del racconio del Lando. 

i. V. von der Hagcn, Op. dt.^ II, Ivij. 

é. Ib-, p. Iviii. 

7. Neila redazione tedesca anonima, chi di mezza propriamente è il padre 
stesso \ il fanciullo, portata al nonno la mezza coperta, torna a) babbo per 



8 p. RAJNA 

riposli voluti rîporre son molli, non uno soto. E cosi è proprio dei 
nostri Savi il modo come la catastrofe è introdotta : il giuoco, la chiave 
caduia, l'aprimemo délia cassa. 

Sennonchè , là dove la redazione nostra si distacca da tutte le altre , 
nulla ci assicura che non abbia innovato di suo arbitrio. E cosi non mi 
dice abbastanza neppure il fallo che qui i maltrattamenti vengano uni- 
camente ed esclusivamente dal figlîo, mentre ncl Sercambi istigatrice 
délia perversa condona è la nuara ' , e il figlio si mosira pur, poco o 
tanto, accessibile alla compassione. (;hiest3 potrebb' essere una novità 
introdotta per non ricalcare le orme battute nd racconto précédente; e 
non sarebbe fuor di luogo il pensare , che Tautore si fosse avvisto , ora 
almeno , corne , sulla bocca dell' impératrice , tutta intenta a persuadere 
il marito délia reità di Slefano e délia nécessita di mandado a morte» la 
colpa del figlio dovesse anche negli esempi apparire quanto più grave si 
potesse, e corne fosse un distruggere da se una b«ona dose dell* effetto 
voluto ottenere, lo scaricame una porzione qualsivoglia sopra spalle 
femminili. 

Ma anche messi da parte questi dati corne inservibili , resta sempre di 
che escludere ta derivazione dal Sercambi. Questi, solo ed unico, intro- 
metle nelF azione una « fante, n assegnandole una parte, che va tutta a 
deirimento di quella del fanciullo; costei usurpa Tufficio d'intermediaria 
tra il vecchioeil figliuolo, che per l'intrinseca nécessita délie cose spetta 
invece al nipotino. Ri s petto al quale sono da riievare, e conducono anch* 
esse air esclusione del Sercambi , vere concordanze ira la versione dei 
Savi e le ted esche. Si in questa che in quelle fanciullo e non no si por- 
lano un reciproco aflfeito; specialmente mérita d'esser notato corne nella 
tedesca anonima il bambino passi gran tempo col nonno derelitto' 
|v. jy segg.), e gli venga portando *< tutto quel che puô di meglio, e 
daila tavola e dalla dispensa ; e talora trafugava un vecchio abtto^ e 
quello ancora recava ail' avo. » Si confronli la versione nostra. 



Taltra ; e, interrogito, che voglia famé, dâ la solita risposta. In ciè s'ha mani- 
festamente un' alterazione arbttraria dei dati primitivi. 

1. La moglie nei Sette Savi appetia si fa veaere. Una volta essa sgrida il fan- 
ciullo per l'importunità sua (st. 48), moslrandosi cosi in certo moao d'accordo 
col marito : • O, quanto al putino crid6 la so madré ! u ; ma è un cenno fusa- 
cissimo. Allrove invece essa appare solto un aspelto diverso afFatlo ; chè, 
dicendo il bambino al nonnOj, che ioflne poj ta casa e la roba sono sue, inter- 
rogato da lui, chi gli abbia detto ciJï, risponde (st, ^8) : « Mia madré pui volte 
in chaxa i raxonalo Qucste parole : ora l'ai saputo. » Anche nella redazione 
tedesca anonima la moglie non prende parte altiva. Ma da ciù non sarebbe 
lecito dedurre nessuna conclusione ; ché gli accordi negativi dicon sempre poco; 
qui poi, nulla affatto. 

2. Un* eco délia stessa coitdizione di cose ci dà pure il riassunto, compilato 
non sappiam su quai testo, detla Scala Cadi: « Filius Jîlii eum compatiens fre- 
qtieoler eum visitabat. • 



UKA VERStONE rimata de( Sette Savi 9 

Un* altra concordanza con una délie versioni tedesche, meno attendi- 
bile peraltro perché riguardante un conceito che potè riprodursi sponia- 
neamente più volte, sta in ciô, che la condotta del fanciullo è rappresen- 
laia comc un' inspirazione divîna*. Non so se forse, in questo modo di 
mener le cose, sia da scorgere un indizio che, tanto al rimatore germanico 
quanto ail' italiano, il racconto sia pervenuto attraverso ad una redazione 
ecclesiastica^ 

(^ualche altra concordanza ci sarebbe da rilevare; ma non di tal 
génère da perraetiere induzione nessuna. E del reste ciô che împortava 
di consiaiare s'è accenato di già : il modello del rimaneggiaiore dei Sette 
Savi non è da riconoscere in nessuno degii esemplari segnaiati finora ; 
chè, come non lo si puô vedere nel racconto del Sercambi, cosi per 
moiivi analoghi, resi più forti ancora da consjderazionï estrinseche 
troppo evidenti, non è lecko di ravvisarlo in nessuna délie altre reda- 
zioni. 

Co! Sercambi va avvertito, per conchiudere, un contatto pcculiarc, 
che resta per adesso inesplicato. La cassa, che ha tanta parte nei Savi^ 
appare anche presso di lui, sebbene sia ben lontana daiP esservi messa 
nella stessa evidenza. Tagliato in due il pelHccione, il bambino w l'una 
pane misse in una cassa. « Nelle altre versioni il riporre rimane sempre 
allô stato dlntenzione; quando al medesimo stato non resti anche il 
dimezzare, corn' è il caso nel più brève dei due fiibliaux francesi». 

c. H foniere. 

Un terzo padre dà ogni suo avère al figliuolo colle solite conseguenze ; 
ma! nuirito, servit© peggio, vede in casa farglisi da ognuno il viso 
brusco. Essendone triste e sospiroso, un giorno gli è domandata la 
cagione da un carissimo compagno suo, già sconsigliatore non ascohato 
deir improvvida donazione. Dope essersi un po* schermito, manifesta il 
suo cruccio. L'amico gli offre di andare a star con lui nella sua casa, 
dov' egli sarà padrone come fosse casa sua propria; se tuitavia non 
sa indursi a questo partito, faccia allora cosi. In pià riprese si porti in 
caméra diecimila forini, che gli saran dati da lui, e, ripostili in un certo 
scrigno, prenda a numerarli spesso, serrandosi dentro, tanto che quelli 
di casa se ne avveggano, e iimi se ne certifichino coi loro occhi. — 11 



1. Savi, st. 4^ ; 52-5} ; — Der kozze^ v. 181-88 (von der Ha^en, II, 396). 

2. Anche il Lando, e dielro a lui il Granucci, entrano in schiera con loro. 
Lande: t Cul il fanciullo da divina vinù spirato » ecc.j Granucci : « Et egli 

auasi nuovo Daniel da spirito divino suscilato > ecc. Bisognerebbe sapere donae 
Lande attinj5es5e. per delerminare se l'idea sia venuta a lui spontaoea- 
mente., se g)i sia stata data. 

3. Montaiglon, Op. cit., H, \. 



fO 



p. RAJNA 



J 



4 



vccchio rende grazie délia prima offena, ma non l'accetta; accetta invece 
il consiglîo, e lo manda a esecuzione. Una faniesca si accorge bentosto 
del suo numerar danaro, e ne dà avviso alla sua signora; essa ridice 
la cosa al marito; e tuiii, venuii a sptare, vedono cogli occhi propri il 
mucchio dell'oro. La sera, alla cena, un buon cappone è messo dinanzi 
ai vecchio. Questi, dopo alcuni giomi, riporta nascostaraenie i fiorini 
air amico, surrogando ogni sacchetto con una pîetra, in modo che il 
forziere abbia a rimanere ben grave; e aile piètre aggiunge una mazza, 
con su scritto : 

Chi questa maza averâ a trovare, 
Con e&a inslesa se deza discopare <. 

(St. 83.) 

Il figlio continua a circondare il padre di cure, non tralasciando frat- 
tanto di sollevare bene spesso la cassa per accertarsi del peso. Morto 
alla fme il padre, s'affretta ad aprirla; e trovate le piètre e la raazza, 
riroane solennemente scomaio. 

Per la bibliogratia di questo racconto rai giova rinviare aile illustra- 
zioni del von der Hagen alla 49^ narrazione délia sua raccoîia, e a quelle 
deir Oesterley al n" 435 dello Schimpf und Ernst^. Si veda anche il Ser4 
cambi del D'Ancona, pag. 285, e VHist. Unir, de la France, XXIII, 194.* 

Istituiti i debiti confronii , constaio anche qui che la fonte immediata 
del rimaneggiatore dei Sctîe Savi rimane nascosta. Ci sono perô sempi» 
da notare dei rapporti. Considero corne fortuito l'incontro parzjale colï 
versione pubblicata dal Wright nelle Latin Stories, n" 26 [p. 28), che • 
al vecchio un' unica figlia, corne la nosira un figlio solo^ menire 
pluralità dei figliuoli è costante nelle alire. In dô i Seîte Savi e il narr, 
tore anonimo del Wright si sono manifestamente diparliti dalla fon 
priraitiva. E una mera conseguenza di una semplîficazione siffaîta 
quindi un incontro fortuito del pari, vedo in ciè, che le due redazi 
si accordano nel fare che il padre dimori col figlio colla figlia, in lue 
di avère anche una casa propria î. Ma non mi so indurre a ritenere ( 
casuale che l'espediente , in cui consiste il nodo principale deir azi 
mentre è per solito rappreseniato corne un pensiero de! vecchio p 
sia invece un consiglio dato da un intrinseco, corne nella versione r 
cosi nell' antica tedesca di Rudiger von Hunthover*, Guardando 

I . Cioè acc'idtn. 

a, Schimpf und Ermi von Johanties Pauli hcrausgeg. ¥on H. Oeslcrlcy 
gart, 1866. iLiler. Vcrcin.) 

l. Questa divcnta inutile, una volta che non ci son più varii lîgli 
convenga raccoglicrc insicmc, per farli tutti accorti del prclcso tesoro. 1 
flaa per questo nspetto, vuol esser soppressa per un altro corne < 
in quanto, se il padre conserva una casa, non s'è aunque spoglialo dr ' 

4. Von der Hagen, 11, 401. 



UNA VERSIONE RIMATA DEl Seîîe SOVI T î 

si scorge tra le due versioni un rapporte» che deve avère senza dubbio 
la sua ragion d'essere in un vincoto quatsivoglia di sangue. 

E al gruppo, o ai gruppi, che si vengono cos\ a stabilire, e che si 
contrappongono al lipo rappresentato e propagato dal Libro âtgli Scacchi 
di Giacomo da Cessoles, va pur riportata ta variante riassunta, piuttosto 
che riferiia, da Giovanni iuniore nella Scda Caeli^. Qui non è menzio- 
nata la circostanza, certamente onginaria, dell' amicizia; ma il partito 
è preso per suggerimento ahrui : « accepto consilio a quodam sapienle. » 
S'aggiungerebbe poi in questo caso un altro contatio coi nostri Savi : 
nel forziere, insieme colla solita mazza o maglio, son state messe délie 
grosse piètre. Va notaia Fiscrizione del maglio : « In cuius cauda erat 
cedula lalîs tenons : De quest marceî sy' ensucat Qui per suos enfans s*est 
deserftat. De isto marcello sit excerebratus qui pro filiis est exheredi- 
tatus. » Dalia lingua dell' iscrizione bisogna dedurre, a che Giovanni 
ebbe il racconîo dalla tradizîone orale délia regione in cui vtveva, 
oppure — e questa è Tipotesi di molto più probabile — che la versione 
sua va ricondotta, direttamenie o indirettamente, a una redazione pro- 
venzale smarrita. 

Le due circostanze» del consigîio ricevuto — qui pure senza menzione 
dell* amJcizia — e délie piètre nel cofano», occorrono aitresî nella 
redazione^ posleriore d'un buoniratio, del Pauli. Quanto ail* iscrizione 
délia mazza, essa mostra stavolta corne per giungere al monaco tedesco 
il racconîo abbia tenuto la via dell' inghilterra: «darinsïuond geschriben 
aiso in engelischer Sprach. Kunt und wissen sei aller welt n ecc. 
L'autore parafrasa probabilmente i quattro versi inglesi che si trovano pur 
riportati nella redazione latina pubblicaia dal Wright, e che de von cssere 
ben di sicuro iraduzione di altrcttanti versi francesi, messi loro in coda. 
Da ciô si deduce, e che la fonte immediata del Pauli potè anche esser 
redatta in latino, eche, risalendo più su, arriveremmo quasi di sicuro ad 
un testo francese. 

2. / tordi. 

Un artigiano, comperati al mercato nove tordi, ti porta a casa alla 
moglie, femmina ghiotia e infiammata di lussuria, e le dice di cucinarli 
per la cena. Andatosene pei fatli suoi, la donna mette i tordi allô spiedo, 
c accurataraente li pillotîa. Corne soncotti, li leva dallo spiedo eli copre. 
Ma îl mariio tarda a ritornare; ed essa, non avendo tregua dalla gola, 
comjncia a mangiare quattro lordi di parte sua, leccandosene poi le dita. 



1. F' 97 j* ndV edizione giâ dtata di U!ma. 

2. Stavolta cou una giunia di rena. 



12 P. RAJNA 

Akri qnaltro rigoarda come spettantî al marito ; uno duBque avanza , 
b doona pensa cbe iJ marito lo assegnerebbe a iei : tamo fa dunque che' 
te b pfcuda addirfttura. Mangiato quelle, la ghiouona considéra che, dei 
^nttre lonS die restano. il marito gliene darebbe due; e i due tordi 
fraadoBO mààto h via del suc stomaco. Ma adesso ia sopraggiunge una 
^m famm àà rimproveri che le sovrastano, avcndo mangiato seite tordi 
e I l'iaîii dbe soU, Per salvarsj , pensa di dire che i tordi son stati 
dnoEMitfaiapita; e, corne coroliario, si pappa anche gli uhimi due. 
i cbe il marito riiomcrà affamaio, s'affretia a mettere al 
Ubtt. — Ritoma ri dabbcn uomo; la gatta è prontamente 
, e praoaisente punita da lui con tina buona salva dî basionate ; 
devc poi rasscgnarsj a sfamarsi colle fave. Di queste 
baoglie aoa locca; mviuta a mangianie, risponde d'aver to stomaco 
VBppo « |M0 di pcne e di goaî. s 11 marito di buona fede crede che« 
on dhda coa ciô al gran rincrefdoieiito per il funo délia gatta ! i( 

<^eMD momn raooooio è streno pareme del fabUau « des Perd riz < » e 
àAk mgn woaden Hjwii*. » Per Kndkazione delle varianii posteriori 
il neorra al vce 3er Hagen (II. xvi e al Momaiglon ill. 298) k tl con- 
koÊÊù WÊQttn nkMo cfi gpn longa pib prowune tra di loro la redazione 
Wâeaa e b franme, die non nano l'ona o l'ahra alla nostra dei Savi. 
E tùâ aKhe fe brae pottcriori, m qoanto almeno sono accessibili a me, 
nmm 00a ^jKfle, 000 a» qoesU* Dappemmo, salvo presso di noi, 
c^diaczzo wm preie od on pimat^ inntato dal marito a mangiare 
a le peniid o le leprî; è kn die b moglie incolpa 
E m fleam* attra Tarianle occocre quel calcoto curioso 
», dKbgNeCloriib mgjgienice alla donna, e dal quat^ 
I i aoo dfwgnvDeiMo. ImonoBa , le ahre versioni son pit 
î, t, «Kbe IwipfdfnMiiifnte da de , notevolmente diverse 
Mkm dnqK doe ûfi. Il trano caranenstico die li distingue con 
ate adf eser b colpa rovesdala nBa gatta . oppure ixrvece su di f 
MRO* ScsMKbè, »eMre t doe tîpi d n pmentano sdiietti , qua' 
alf orditon. Pubs uà Saie Stn, Tahro aefla Tcnione tedesca e r 
r e dari oai pik aodene, nefl' mûco fabkoB tmcese par di scorgere 
cif i Birb e c . E. coae bo deno, 3 lipo pift ooniplesso che prop 
même ti è mttÊO te ÔBa; sa l'aDliire oofioaceva por Taltro , e s' 
vilaepcranîcdHred>Hi€piaodiabiaaiiafTazJone, Egliiacbeil mf 
iwmaio a can e doiwdar» eoM» alb mogSe delle pemici, n'aV 
cÉe b Itt fi p aïf 1 gaoa. Al doloroio annonzio moir 



I, MôBtaigk», Op. cit., t, tU. 
a.V<«derHj«.0#. fi. Il, 14,. 
tafi, r }64, «lia 
oritatilo. — G. P.] 



sai^ve wd 



de M. 



1 



UNA VERSIONE RIMATA OEI SettC Savi l^ 

furore, corre addosso alla donna, e le caverebbe gli occhi, se essa non 
s'alïreiiasse a gridare, che ha deito per celia, e che le pemici son \l 
coperte, perché si conservino calde. 

Quest' episodio è chiariio una giunta e da considerazioni intnnseche 
e da riprove estrinseche. Esso nuoce ail' azîone; chè la ritarda ed im- 
paccia. E non è cosa consentanea aile intenzioni del tema, direlto a 
metiere in evidenza, insieme colla ghiottornia, anche l'astuzia femminile, 
che la donna cominci dal muovere un passo falso, in modo da doversi 
affreuare quanto puô a ritrarre il piede. Poi, è chiaro che il marito, len- 
lato d'ingannare una prima volta, sia pur che subito gli si dîca di aver 
volulo celiare, non dovrebbe conservar più quella verginità di fede, che 
è necessaria perché abbia dopo, senza un sospetio al mondo, a credere 
alla moglie, quando gli dice che il suo convitato scappa colle pernici. 

Quanio aile ragioni estrinseche, sono ben semplici e chiare. Délia gatta 
e di un primo tentativo d'inganno non fa menzione alcuna la versione 
tedesca, corne neppure ne parlano le altre più moderne, che non dipen- 
dano esclysivamente dal lesto in quesiione. 

La redazione dataci dai nostri Savi rende cosi ragione di ciô che, senza 
di lei d'una sua consanguinea , sarebbe un problema da risolvere. La 
contaminazione dei lipi analoghi è, corne tutti sanno oramai, uno dei 
processi più comuni nella storia del!a novelle, dei canti epici, délie leg- 
gende, insomma, délia narrazione in tutte quanie le sue forme. Essa ha 
luogo spontaneamente e coscieniemente , per via di inconscia associa- 
zione idéale e per proposito deliberato. 

Riguardû ail' antica versione tedesca, una cosa mérita nota. L'autore 
ci si désigna lui stesso corne il Vriotskemer (v. 130), cioè il Friulano. 
Ora, il nostro racconto deve, secondo ognï verosimîglianza, aver preso 
dalla Francia le raosse aile sue peregrinazioni. Perô s'avrebbe qui un 
altro eserapio per confermare un fatto poco avvertiio e ragguardevole : 
la letteraiura francese non penetrô solo per la via diretta delF occidenie 
nei dominii tedeschi; essa vi giunse talora anche dal mezzogiomo, 
médiatrice Tltalia. 

3. La prova degli amici ^ 

Un savio e ricco padre avcva un figliuolo amalissimo, che spendeva 
disordinatamente nel convitare compagnie II padre amorevolmenie lo 
riprendeva di coiesta eccessiva larghezza, che lo condurrebbe a rovina ; 
e il figlio si giustificava dicendo, che cosl egii si procacciava Iode e gran 



i . Mi permelio di sostituîre, corne più opporluna» questo titolo a guellû dt 
cui mi scrvii nejla tavola deî racconli, che aiceva, Gh amici vcri c i faisi. 



14 ^^^^^^B"^»^ p. lUJNA 

copia d'amîd, Di ciô l'esperto vecchio era ben lungi da! convemre : a 
cotesto modo, piutlosto che amici, s'acquistan nemici, promi a voltare il 
dorso appena manchino le feste e i banchetti ; in sessant'anni di vita a 
lui è riuscito di acquistare un mezzo amico sohanto ; ma provi prima gli 
amici suoi, e quindi queslo raezzo amico, e veda cosa seguirà. Il giovane, 
di buon grade, e senza un dubbio al mondo quanio ail' esito, consente a 
far la prova, mediantc un espedienie suggeriiogli dal padre stesso. L'e- 
spediente consiste nell' ammazzare un porco, rinchiuderlo in un sacco^e 
quindi, calata la notte, andarsene col sacco sulle spafle a ciascun amico 
a richiederlo di ajuto per seppelHre questo, che sidiceessere il cadavere 
d'un uomo, che s'è avuio la disgrazia di uccidere. S'incomincia la prova 
dal compagne creduto più fido, il qoale subito risponde con uti rifiutoecoll* 
îngiunzione di partir subito da lui^ che non vuot esporsi ad aver bando ; 
c siccome i! giovane, meraviglialo, osa insistere, l'altro aspramente lo 
minaccia di denunziarlo, se non s'affretia ad andarsene. Risposte consi- 
mili danno ad uno ad uno tutti gti altri pretesi amici. Compiuto Tesperi- 
menlo di costoro, i! giovane ritorna al padre, che alloralo manda dal suo 
mezzo amico. Questi, seniendo bussare, s'affaccia; e udito essere il 
figliuolo deir amico suo, senz' aliro vien lui stesso ad aprirgli e lo intro- 
duce. Come poi gli è esposio il caso, va col giovane nel giardino, 
scava una fossa, vi depone il sacco, !o copre, e sopra, per dissimularlo, 
pianta dei porri. Condotta a termine Topera, il giovane se ne ritoma 
a casa al padre suo. E il padre ancora non si ferma a quesîa prova. Per 
suo volere il figlio si ripresenta dopo qualche tempo ail' amico, richie- 
dendolo insolentementedel pagamenîo d'un immaginario credito patemo. 
L'amico sa bene di non dover nulla j pur si contenîa di rispondere con 
bei modi, che farà ragione col padre, e ciô che deve darà. E non si ia- 
scia scappar ta pazienza neppur quando il giovane ritoma a lui una 
seconda volta a ripetere b richiesta, e neppur quando una terza, non 
pago d'insolentire a parole, gli dà « un gran bufeto n, ossia una ceffata. 
Al vedersi cosi stranamente retribuito del segnalato servigio da lui reso, 
quell' uomo dabbene si contenta di rispondere : Per maie che lo operi» 
non mi farai già cavare i porri dalla fossa ! Ritorna il giovane al padre, 
e gti dichiara che quînd' innanzi non terra piii i modi usaii, e si confor 
merà in tutto a* suoi consigli. Il padre lietaraeme lo abbraccia; e quind 
andato a ringraziare il compagno e a raccontargli lutto il fatto^ rallef 
non poco lui pure : non perché egli veda se traito da un pericolo, 
per il rischio che correva il giovane, se l'omicidio fosse staîo reale, e 
l'affanno del padre, e perché gli è di consolazione il vedere il figlio 
amico ridoito cosi ail' obbedienza paierna. 

Colla mia esposizione ho ricondotto dinanzi ai letton una cono' 
ben vecchia. Si iratta d'un racconto, che, in una forma con&id 




UNA VERSIONE RIMATA DEt SettÔ Savi IJ 

mente diversa, fu noto anche alla Crecia antica, la quale atiribuî un espe- 
rimento consimile ad Alcibiade '. Le varianti del medio evo occidentale 
ripeiono la loro origine da un protolipo arabo»; e, aîmeno almeno ie 
più, la ripeiono attraverso alla Disciplina cUricalis di Pietro Alfonso. 
Délie numerosissime versioni s'ha l'indicazione presso l'OesteHey, Gesta 
Romanorum, p. 755. Si veda akresi la nota dello Schmidi alla Disciplina^ 
p. 9j, quella del Kurz ail' Esopo del Waldis, IL 1 14, del D'Ancona al 
Sercambi, p. 277 ; cf. p. 293. 

Non è qui del mio assunto l'indagare la natura det rapporii tra tutte 
queste varianti e il tentare di ricostruirne l'albero genealogico. A me 
convien solo di cercare, quai posto spetli alla versîone nostra. Una cir- 
costanza vien subito a coUocarla vicino a PJetro Alfonso, e per conse- 
guenza al capostipite, più che moite tra le sue consanguinee. Nel teste 
di Pietro, ai cento amie: che il figlio crede di possedere, il padre ne con- 
trappone per parte sua un mezzo : « Ego quidem prior natus sum, et 
unius medietatem vix mihi acquisivi. » Questo mezzo amico, dimidius 
amicus com' è detto poi, nella maggior parte délie versioni staccatesi dal 
ceppo delta Disciplina ^ è divenlato un amico addirittura, mentre per la 
Disciplina un amico intero è una mosca bianca, un privilégie toccato a 
pochissimi, talchè il padre stesso puô solo parlarne perudiia. Orbene, la 
versione nostra ha il mezzo amico ^. Insieme con let lo hanno le due 
antiche redazioni spagnuole : quella contenuta nei Castigos e Documentos 
del Rey don Sanclw, c. XXXVH, e l'altra, un poco più tarda, del Libro de 
Patronio o Conde LucanoVy c. XLVIII ^. Tra le redazioni posteriori alla 
nostra che mi trovo avère alla mano, rilevo il mezzo amico in una, alte- 
ratissima per altri rispetîi : in quella délie Ore di Ricreazione di Lodovico 
Guicctardini7. 

Un altro iratto caratteristico délia versione nostra sia nelle prove ulte- 
riori a cui è sottoposto il mezzo amico patemo ; qui ci scostiamo da 



f. Polieno, Stratagemmi, t, 40, 1. 

2. Délie duc varianti arabe che ci son faite conoscere. Tuna dalla traduzionc 
del Cardoune, Mélanges de Unir, orient,^ I, 78, Taltra del FreyUg, Arjbum pro- 
verbia, I, 119, questa seconda ha spéciale analogia col racconlo ai Polieno. 

j. il tnttzo amico rîmane beitsl nelle semplici interpretaziotii : non solo nella 
fedele Discipline du clergii^ ma aîtresi nel Chaitoiement, 

4, Ecco di nuovo il Sercambi colla sua duplice versione, nov. VI. délie venti 
pubblicate dal Gamba e I. tra le 4odid splgolate dal Minutolt nella Cronaca 
(éd. D'Ane, p. 44 e 189), escluso aflatto dat poter passare corne fonte dei Sette 
Savi. Lo escluderebbero del resto anche attre circostanze» oitre a quelle che 
rîsultano sotto dai confronti spagnuoli ; questa, per esempio, che presso il 
Qovelliere lucchese si vuol sbarazzarsi del preteso cadavere portandoloal âume, 
anzichè sotterrandolo. 

$. Eicritorcs en prosa anlcr. al siglo XV^ ^. 1 J7. 

6. h.^ p. 418. 

7. P. 116 deir cd. di Anversa, 1 585. 



l6 p. RAJNA 

Pietro Alfonso e dal suo seguito ' . Ma la Spagna ci somministra di nuovo 
il riscoTitro. Anche nel Paironio, sotterraîo il sacco nelP orto, S'amico 
n puso las coles en el surco as( como de ante estaban * ; circostanza 
che risponde al nostro pîanurporrisullafossa. L'indomani, percomando 
del padre, il giovinelto è cosiretto suo malgrado a litigare col benefal- 
tore e a dargli « una punada en el rosiro, la mayor que pudiese » ; 
avuta la quale « el home bueno », proprio corne presso di noi, » dijole: 
A buena fe, fijo, mal fecisie ; mas digote^ que por esto nin per otro 
îueno non descubriré las cosas del huerto ^. » 

Nei Casiigos, seconde il più amico dei due manoscritli che servirono 
air edizione del Gayangos, il racconio ha^ qyanlo ali' orditura, la forma 
più semplice délia Disciplina ; e non è impcobabile che l'autore fo redi- 
gesie ces). Comunque, nell' altro codice troviamo invece una forma 
ampliata, che corrisponde a quella del Patronio, pur non confond en dosi 
con quella, né dovendosene, pare, dir derivata K Lî pure, soiterrato il 
sacco in un solco di cavoli» il mezzo amico « tornô à planta r las coles 
endma, en manera que non parescia que y estoviese otra cosa alguna. » 
Egli tiene il giovinelto celato presso di se quella notte, e solo rindomani 
lo rimanda a casa, dopo essersi assicurato che («non habia boUicio por la 
villa, n e dopo aver parlato col padre. Quesli, la domenica successiva, 
convita tutti i pretesi amici del figlîo e il suo mezzo amico; e durante il 
pasio ordina al figliuolo u que se llegase à aquel su medio amigo, e le 
dicse una bofetada en las barbas ante todos los que y estaban. » Il gio- 
vanc, per quamo rilutti e pianga e dica di voler piuttosto morire, è alla 
fine costretto a obbedire» E il mezzo amico, ricevuta la *« palmada en f 
rostro, n gli dice soltanio : « Aunque me dés olraâtuerto, sin derecb 
nunca se descobrieran las berzas del huerto. n 

Questa risposta par riscontrare ancor più esattamente colla nostra cl 
quelb del Palronio. Ma non so aitribuire importanza ail' accorde, per 
ragione che le coios dateci dal Patronio nella stampa del Gayangos, 
pajono una jezione moilo sospelta ; leggerei coles, a quel modo che 
abbiamo berzas. Tanto meno si puô dar valore al risconiro ira il g 
bùfiio che il giovane dà air amico paterno nei Savi e la bo/etada dei C 
tigos. Quando mai si volesse cercar di determinare, con quale délie 
redazioni spagnuole abbia pareniela più prossima la nostra, mérite; 
foric maggior considerazione il fatto, che in esse, come nel Paf 



i. Al priino Mpehmcnlo si fermano anche le varianti arabe menzionata 

2. Si noti la rima, tutrtOj hucrlo. 

j. Dico ci6, perche la vcrsione ampliata dei Casùgos non contiene f 
norc incrcmcnlo che it racconio ha ne! Patronio dopo l'episodio dello 
Ora, sembra un po' difficile che il rimaneggiatore, una volta messosi ad 
care, volesse escludere quest' altra giunta, se i'avesse avuta nel suo mw 



UNA VERSIONE RIMATA DEl Stîte Savi I7 

l'animale ucciso e messo nel sacco è un porco, anzichè un vitello, quai 
è nei Casitgos ed anche nella Disciplina. Il porco in luogo del vilelio è 
peraltro comune anche a molle altre versioni ; e di ciô pure sarebbe da 
tener ca!co!o. 

Pecutiareai Savi resta la insistante richiestadi pagameniodi undebito 
immaginariû, che serve corne di preiudio alla ceffata. Il moùvo per se 
non è punio insolito ; ma non lo vedo introdotio in altre varianii di questo 
teroa. Riman sempre il dubbio, se la giunta si deva al rimatore, o ad 
un suo originale. 

Sia quel che si voglia, qui pore non sembra poiersi riconoscere corne 
fonte iramediata délia narrazione in rima nessuna tra le redazioni cono- 
sciute : chè, dal riguardar corne taie, sia Puna, sia Faltra délie spagnuole, 
bastano a disioglierci anche solo le considerazioni d'ordineesieriore. Ma 
la stretta parentela con loro è un fatto di molto interesse, e basta ad 
assegnare alla versione nostra un posto discretamente cospicuo nella 
genealogia di luna la siirpe. Per meglio deierminare questo posto sarebbe 
necessario di siabilir prima i rapporii délie redazioni del Patromo e dei 
Castigos con quella délia DiscipUna. Derivano esse da quest' ultima, o ne 
sono indipendenti ? U vederci trasporlati in un paese, dove la leiieratura 
volgare roraanza e l'arabica si trovavano in contatto^ e più, la cono« 
scenza positiva dell' arabo, che, se non ail' autore dei Castigos, non 
sembra potersi negare a quello deï Patronio^ a D. Juan Manuel, costi- 
tuisce una presunzione d'un ceno peso in favore dell' îndipendenza. Un 
argomento in contrario, qwanto almeno al Patronio^ parrebbe di avère 
in ciô, che il racconto da noi studiato si mostra ivi contaminato con 
quello, che presso Pietro Alfonso g!i tien dietro immediatamente. Nella 
versione di D. Juan Manuel il padre del giovinetto mandate di porta in 
porta col porco sulie spalle, oltre al mezzo amico, possiede anche un 
araico intero, in cui fedel mente si riflette il mercante di Baldac, ch* è 
Tesempio d'intera amicizia addotto nella Disciplina, Ma per valutare al 
giusto quesio argomento si richiederebbe il confronto deilefonti di Pietro 
Alfonso ; perè s'ha qui un problema, che aspetta la sua soluzione dagli 
studi orientaii. 

4. Scevola, 



Dell' escnjpio poca opporiunamente reciîato da Lentulis, a nulla gio- 
verebbe che si desse qui il sunto ; bensi sono da rilevare le peculiarità, 
È lasioria di Muzio Scevola, taciuto peraltro il nome del proiagonista, 
che qui è dctio semplicemente « un giovene molio ardito », e quello 
altresi del « signore r> o v. inperiere », che ha stretto Roma d'assedio. 
Dinanzi al senato ii giovane liene un discorso di ben cinque ottave ; 
Romania^ X 2 



l8 p. RAiNA 

dice, tra Paître cose, di voler fare corne il buon pescaiore, che mette 
Tanguilla per pigliare an pesce grosso ; o corne il mercante, che arrischia 
un fiorino per guadagnarne centomila. Son paragoni che dovevan cor- 
rere ben spontanei alla bocca in una città tutta dedita ai commerci e alla 
pesca quai' era Venezia ; perè s*âvrebbe qui di che confermare, se ce ne 
fosse bisogno, quanto si disse riguardo alla palda delP autore. 

Il « canzeliero » de! Porsenna anonimo è vesiilo d'un raanio d'oro e 
sta giocando a scacchi ; poc' anzi aveva giocato col suo signore, e per 
ciô si irovava «/ in sezo ... moko degna ». L*annunzio che altri giovani 
assaî — cinquania, in luogo dei trecenlo di Livio — hanno giurato la 
morte deil* assediatore, è profferito siccome minaccia, non quasi in 
ricom pensa del perdono, che qui è concesso sokanto dopo ai coraggioso 
giovane. 

5 . La gara deiU ire mogli. 

Tre mogli di catlivi costurai raeitono un pegno, assegnandolo in pre- 
mio a quella di loro, che faccia al martto' la pîii bella befTa. 

Una délie tre — il caso è lubrico, e difficile da raccontare — si finge 
mataia, Venendo a casa il marito, essa grida che muore, e fa ch' eglt corra 
a cbiamarle maestro Teofilo, che è un medico col quate la donna aveva 
già prima preso accorde. Il medico précède il mariio, ed è nascosto in 
yna caméra attigua. Al marito la moglie dice poî che il medico l'ha rico- 
nosciula gravida, e che, in grazia della gravidanza, le è nata a asai re- 
cela )> sulla schiena. Ne guarirebbe, ha deiio il medico, fregando la sua 
schiena con quella del marito; ma a un rimedio siffatto non s'indur- 
rebbe mai a ricorrere, se lui, troppo curioso di guardare dove meno 
dovrebbe, non si lasciasse prima bendar gli occhi. Il credenzone con- 
sente d'ottiraa voglia ; si sveste, è bendato, e, distesosi boccone su 
d'una panca, giunge dorso a dorso colla moglie, che s'è spogliala 
alla sua volta. A un cenno della donna, esce ora fuort il medico, 
e, spogliato lui pure, si acconcia sopra per terzo, senza che il marito di 
nulla s'avvegga. Il poveretto si lascia stropicciare la schiena» non senza 
dolersi del peso e del gran dimenio ^ ma i lamenti non gli fi'uttano se 
non una giunta di rimproveri. A un iratto egli si sente tuito infradiciato, 
e si mette a gridare ; la moglie dice di aver in mano un unguento, che 
Ja rîsana. Corne il medico ha compiuto il lavoro suo, si nasconde di 
nuovo, e marito e moglie si rizzano. Il marito confessa che l'odore deli' 
unguento gli dà un desiderio, che si vergogna di palesare. La donna 



t . Al marito, non è detto espressamente ; ma âb solo per la malaccortezza 
del rimatore. 



UNA VERSION Ë RIMATA DE! Setlt SûVÎ 

l'odor che si vuole, i 



vîrtù 



■9 
leî 



risponde che» abbia poi l'unguent 

si sente guarita di già : si siropicci i detiti con esso, e divemeranno più 

blanchi délia neve. 

La beffa délia seconda donna ê quella ben conosciuta dell' albero 
incantato. La moglie conduce a diporio il marito in un praio^ dove c'è 
un bel melo. Desinano sotio i suoi rami ; e dopo il desinare la donna 
manifesta la voglia di montare suîP albero. Il marito non ci si oppone ; 
e$sa monta, e quand' è su si mette a sgridare aspramente il poveretio, 
corne se avesse faito venir II la sua ganza, e stesse trastiillandosi vitupe- 
rosamenie con lei. Dopo a ver gridaio, scende minacciosa. Il marito non 
sa capir nulla; e alla moglie che chiede, dove sia andata la mereirice, 
risponde sinceramente di non aver visto in quel giorno nessuno sul prato, 
ne loccato alira donna che lei. La moglie mette innanzi Pidea che l'albero 
possa essere incantato ; lutta via non crederà, se non quando il marito ci 
monti, e a lui pure accada il raedesimo fenomeno. Monta l'ingenuo ; la 
donna fa venire un suo drudo e con lui si dà solbzzo sotto gli occhi del 
marito stesso, che non osa fiatare, e disceso e interrogato, dice di aver 
visto cose, che punio non gli sono piacciute. La moglie conchiyde che 
proprio l'albero dev' essere incantato. 

La terza moglie fa trovare la casa acconciata come una taverna, quando 
il marito se ne ritorna dalla piazza per desinare : frasche e cerchio 
suli' uscio, tavole moite e beviiori, gente che serve, altri che attendono 
a girare grandi spiedi ; per compimento poi délia scena, lei a letto con 
un cotale. Il marito la ingiuria acerbamente; ma tre a conpagnoni n gli 
saltano addosso, lo bastonano e lo caccian fuori. Egli allora va per i 
parenti délia moglie; sennonchè costeî sbarazza intanto ogni cosa, sic- 
chè al riiomo è trovata in casa sola soletta. Jl povero becco rimane 
smarrîto ; la moglie gli dà del vaneggiaîore ; i parenti ritengono ch» 
egli abbia, o scambiato uscio, o sognato quanto prétende di aver visto, 
e se ne vanno pei fatti loro ; egli stesso fmisce per persuadersi di aver 
preso una casa per un' altra. 

Le moheplici versioni di questo triplice racconto sono passalc in ras- 
segna dal Liebrecht^ in uno scritto pubblicato nella Germantay 1876, 
p. ^85-99, ^^^ ^^^"^'0 ^'"^ ^^'^ ^^^^ Frau£n ' . L'accurato lavoro del dotto 
professore di Liegi sempHfica e agevola d'assai il compito mio. 

La redazione nosira non combacia propriamenie con nessuna nellc 
segnalate ; ciascuna délie tre burle che la compoogono trova riscontro in 
una o più varianti, ma tuite e tre in una sola, no. F presso di noi non 



^ l. [Réimprirné dans : Zur Voikskunde (1870), p. ] 24-140. Il faut joindre aux 
récils recueillis par M. Liebrecht le n* XLl des Comptes du Monde advtnlurettx 
(éd. LemerrCj Paris, 1878, t. II, p. 54), où ne se trouve d'ailleurs aucun des 
trois traits des Setlc Savi. — G. P.J 



20 P. RAJNA 

s'inconira neppur ona delle beffe ctie occorrono neïle redazioni oltramon- 
tane, se da queste s'eccettui la sola Gageure des trois Commlres deî Lafon- 
laine. 

La prima befFa ha riscontro unicamente in una délie versioni che il 
Piirè raccolsesu bocche siciliane, e precisamente in queila di Borg€tto, 
accennaia nella raccolia délie Fiabe^ e comunicaia poi in forma più dif- 
fusa al Liebrecht, che ne lo aveva richiesto *. Il rapporte è di parentela, 
non di identità ; e per esso si rannodano simultaneamente alla nostra due 
délie beffe della variante siciliana, la seconda e laterza. S'abbia quiritra- 
dotlo dal tedesco il sunto di entrambe. 

// mal di corpo. La seconda donna accusa un forte mal di corpo^ e il 
niedico mandate a chiamare e già d'accordo con lei, attribuisce il maie 
ad una bestia velenosa annidatasi nella sua matrice,che btsognerebbe cavar 
fiiori con un ctno arnese ; c'è peraltro i! pericolo che l'arnese riraanga 
dentro senza otienere Tintento. Ne il mariio, ne il compare li présente, 
ne aitri chicchessia vuo! prestarsi alla pericolosa opera^ione, sicchè alla 
fine si ci décide il medico stesso. Egli comincta dal farsi siender dinanzi 
una rete; poi dà délie candele accese da reggere al marito e al compare; 
quindi va e viene più voHe, mormorando formole magiche ; e alla fine^ 
unio l'arnese con olio e messolo al debiio posto, conduce a buon ter- 
mine l'operazione. Quando lo sciocco marito vede cosi cessato il mal di 
corpo della moglie, esclama : « Se non fosse stato per Poglio, l'avrei 
presa per una fottula bella e buona ^ j) 

Tre un sali' altro, La terxa donna concerta con un mugnajo suo amico, 
ch* egli si vanti in presenza del marito di una forza straordinaria. Il 
marito si vania ancor di più, e allora si con viene di venîre alla prova. 
Il mugnajo si dice pronto a sollevare tre saccht di farina messi un sulF 
aliro, sopra il marito boccone, sopra ancora il garzone del mulino, poi 
sopra a tutto ciô la moglie supina. Disposia ogni cosa nel modo îndicato, 
il mugnajo monta sopra alla donna e si irastulla con lei, fingendo di fare 
grandi sforzi ; alla fine ju dichiara incapacc di eseguire il vanio, e si 
riconosce vinto î . 

1 rapporti sono evideniissimi : la beifa nostra ha comune colla prima 
ira queste due il malore, û medico, il suggerimenlo d'uno strano rime- 
dia; colla seconda, l'accatastamento del marito, della moglie, dell' 
amante ; con entrambe ta sostanza del giuoco ; e ci sarebber da rilevare 
altri contatti, se non paresse super^uo. Ora, trattandosi di narrazioni 
inquadrate nella medesima cornice, nessun dubbio che le relazioni non- 






1. L cit., p. 394. 

2. Questa esctamazione è riportata testualmente m itatiano dal Liebrecht. 

î. fCc conte est identique au fableau français Du Prestreet de k Dame, Méon, 
IV, i8i ; Montaiglon et Kaynaud, n' LI. — G. P.] 



UNA VERSIONE RIMATA CEI Setlâ SdVt 31 

chè esser casuali» possano nemmeno essersi prodotle aitraverso a complî- 
Câti meandri. Ciô che s'avrà a dire or ora anche a proposito della nosira 
seconda beffa aggiungerà ancora quatcosa alla certezza. E del pari non 
sembra possibile che i due racconti skiliani rîsultino da una scomposi- 
zione del nostro j son troppo netlamente e sostanzialmente distinti per 
dar iuogo a una taie ipotesi '. Sicchè non resta che di rilenere il rac- 
conto nostro contaminazione degli altri due ; il che val quanto supporre 
che entra mbi occorressero di già in una redazione della Gara più arnica 
dei nosiri Savi, e non ancora ritomata a galla, se pure non sommersa 
per sempre. 

Qualche poco di somiglianza si puô anche nlevare col secondo dei tre 
rami della Gara neila variante russa fatta conoscere dal Rudjenko ^ Ma 
non oserei escludere che qui Fanalogia possa esser meramenle forluita. 

Anche la seconda beffa, la nostra redazione Tha comtine colla variante 
di Borgetio ; inoltre, coir elaborazione di gran iunga più élégante che 
il lema abbia avuto, cioè colla Gageure del LafontaJne. Ma gli è soprai- 
tutto quai narrazione isolata che i'aihero tncantato è ampiamente diffuso, 
occorrendoci, del pari che nell' occidente, altresl nelP oriente. Appunto 
con queste versioni non aggiogate giova confroniare la nostra quanto 
alla peculiarità de! contenuio ; chè, la tradizionc di Borgetto ci dà una 
forma troppo palesemenie alierata, tanto da esseme scomparso, per 
cedere il posto ad una finestra e a un par d'occhiali, Talbero stesso, in 
cui risiede l'anima del racconto » ; e quanto ail* esposizione del Lafontaine, 
si modella manifestamente e dichiaratamente su quella che abbiam dal 
Boccacdo corne uliimo incidente della novella di Lidia e Pirro (Vil, 9). 

La nostra versione non dipende invece per nulla dal Decamerone; 
bensK misterîosamente s'accorda, meglio che con altre, colla variante 
accolta in qualche redazione délie Mille e una notte ^. Cosî l'andaîa al 
giardino della Lidia boccaccesca è un semplice tiscire a prend ère un po* 
d'aria ; la donna dei Savi e quelia délie Mille e una notte conducono i 
mariti al prato alla vigna per darsi buon tempo : una coppia ci desina, 
un* altra ci si tratîiene perfmo parecchi gîorni. Poi — e quesio importa 
assai più — presse il Boccaccio l'amante è scopertamente co! marilo e 
colla donna ; nelle altre due redazioni esso escefuonsolo quandoil becco 



1 . Ci si opporrfbbero anche levariami îndipendcnti, che, per quanto midicono 
reminiscçnze confuse — il Liebrecht non dà indrcazioni m proposito— esistono 
della prima beffa. Una certa analogia c'è colla novella dell' appiccicamenlo della 
coda presso il Boccaccio (IX, loK 

2. Ftabe della Russïa méridionale; Liebr., /. cit., p. Î97. 

j. [Un fableau français, publié dans le l. 111 (n' Lxi) de Monlaî^lon et Ray- 
naud. Du prestrc ki abcvttc^ remplace, à peu près comme le conte sicilien, l'arbre 
enchanté par une porte et le trou d'une serrure. — G. P.] 

4. Notte 898 ; t. XIV, p. 79 dell' éd. di Breslavia. 



1 



22 if^^mm^ p RAJNA 

è stiW albero, e sparisce di nuovo al suo discendere, Coraparsa e se 
parsa awengono nei Sdvi in maniera inesplicata ] ma appunio questa 
oscurità sarebbe da prendere corne indizio di originarietà quand* anche 
non avessimo la riprova dell' accordo colla versione orientale ; e dicianio 
anzi, colle versioni orientali; giacchè in ciô conviene colle Mille e 0/14! 
notti anche la varianie del Bahar-Danusch «. La concordanza di maggior 
rilievo è questa peraltro, che nelle MilU e una notte- e nei Savi la donna 
Siessa si fa prender dal capriccio di saliresull' albero ; c vi sale la prima^ 
c prétende di vedere il marito farle oltraggio con una femmina immagi- 
naria. Altrimenti il Boccaccio. Equi pure la considerazione interna dcUe 
cose non mi lascia dubiiare che la forma onginaria non sia quella dei 
Siivi e délie MilU e una notte, e di chi va con loro. 

Ho isiituito il confronto col Boccaccio, perché è nei tesio suo che a 
priori si sarebbe potuto sospeîtare con moka verosimîglianza roriginaie 
dei Savi; ma quanto ho detto di lui vale senza modificazioni per la Comoc- 
dia Lydiae di Maiteo da Vendôme ' (l'aitribuzione mi par ben fondaia), 
che il novelliere certaldese ha seguito ben dappresso dal principio 
alla fine délia sua novella, nonnell' episodio dell' albero soltanto. Sicchè 
l'introduzione dell' albero incantato nell' occidenlc risale per lo meno 
alla fine del secolo decimosecondo. Se non fu Importato più d'una volta 
cosa di certo possibilis&ima anch' essa, bisogna ritenere di nécessita c\ 
giungesse tra noi in una forma molto somîgliante a quella délie Milh 
una notte ; Taccordo tra queste e i nostri Savi costituiscc la dimost 
zione. E si badi : una tal forma è quanto mai adatta a renderci rag' 
délia genesi délia Comoedia Lydiae nella mente dj Matteo da VendÔr 
d'un suo autoreî ; la Comoedia ha Taria d'un ampliamento del rac 
orientale, procurato mediante l'introduzione di elemenii estranei. 

Quai è difatti il motivo fondamentale délia Comoedia? Un g 
mette certe prove solenni, da eseguirsi sul marito, corne condizi* 
prescendtbile del suo cedere aile istanze di una donna, al cui am 
crede abbastanza. Nelle Mille e ma notte l'inganno dell' alberc 
mente Tadempimento di una condizione posta alla sua dair 
amante, che ha dichiarato netto di abbandonarla, se essa \ 
modo di far con lui ail' amore in presenza del marito. Si arri 
po' il quadro coll' inserzione di nuove prove, lasciando 

1. Dunlop-Liebrccht, p. 243-. J 

2. Du Mcril, Pois, mÙ. rfu m. i., p. J53, f 

3. Veraroenle le suc parole porterebbero ad ammcttere la seco» 

Invide qui pâlies, negat hic comicula ri^um : 
Qui nitct his plumis est meus ilk color. 
Ma è da riflettere che i pœti Utmt del medio evo ripongono f 
loro vanto nella forma; per6 Matteo poleva benissimo par 
anche si fosse contenlato di rivestire a nuovo un modeilo non ' 



UNA VERSIONE RIMATA DEI Setle Sav'l 25 

fatto dell' albero il posto culminante, ed avremo l'orditura di Matteo. 
Al quale par anche d'intravedere donde possa esser venuta l'idea di que- 
gli allri esperimenti : dai Tentamma dei Seîte Savi, o da qualcosa di 
sitnile. La somiglianza tra ruccisione dello sparviere e quella del 
levriere conforta il sospeito. 

Ma lorniamo a noi. Non credo probabile che ait* autore dei îiostri 
Savi sia da attribuire Tintroduzione délia novella dell' albero nella Gara 
delU tre mogli, Già per se la cosa non è verosimile ; un argomenio d'altro 
génère lo aggiunge il faiio, che il racconîo îrova posto anche nella 
Gageure del Lafontaine. Questi nell' esposizione segue, corne ho ricor- 
dato, il Boccaccio; ma sarà mo caso ch' egli abbia messo la mano sopra 
un tema, che già molto tempo innanzi appatîva ne! quadro ? L'ipoiesi 
più verosimile par ben essere che il novelliere francese conoscesse una 
versione délia Garj, dove appumo l'albero avesse luogo; ne cotai ver- 
sione furono i nostri Savi, no di sicuro 1 

Eccoci ora alla terza beffa. Essa pure ha riscontro nelle varianli popo- 
lari siciliane ; stavoita peraîtro in quelle di Palermo (Li tri burîi) e di 
Cerda {Li tri cumpari), non nella solita di Borgetto. E accanto aile ver- 
sioni oralî. ne abbiamo una versificata e scritta da oramai quaitro secoli^ 
che costhuisce il canto XXV del Mambriano. Al Liebrecht è sfuggito che 
il Cieco da Ferrara avesse ragione di figurare nel suo studio ; ma l'H/f- 
toria nova di tre donne che ogni una feu una hefa al suo marito per guada- 
gnare una anetlo, di cm egli riporta il titolo dal Pitre e che questi notô 
stampata ripetutamenie nel secolo decimosettimo ', non è poi altra cosa 
che quel medesimo canto XXV del Mambriano => riprodoîto a parle e 
scnza nome d'autore, per consumo del popolo, 

E in realià il popolo, iniermediarii probabilmemeicantastorie, doveiie 
abbeverarsi a questa fonte ; e le due redazioni siciliane raenzîonatc qui 
sopra pajono essere echi più o meno fedeli délia redazîone del rimatorc 
ferrarese. Convengono tutte e tre leprove, convengono moltiparticolari. 
Il fatto verrebbe ad aggiungersi ai tanti, che oramai dimostrano in ma- 
niera luminosa, corne, insieme colle fonti orali délie narrazionî scritte, 
sieno da siudiar bene anche le fonti scritte délie narrazionî orali. Abbîamo 
qui pure condîzioni analoghe a quelle offerte dalla poesia popolare ; guai 
a cedere ail' illusione che tutto quanto si raccoglie tra il popolo sia roba 



1 . Già s'era peraltro stampata anche nel XVI ; e l'edîzione fiorentiîia del 
1^58, che i bibliograii registrano, non sarâ di certo stata la scb. Le biblîûgrafie 
tgnorano anche l'edizione veronese (Mirh), che ho sollo gli occhi in un esera- 
)Urc ambrosiano; non porta nota d'anno, ma sembra appartenere al seiccnto. 
Jna récente ristampa s' ha tra le Quattro novdk scelle, Co^mùpoVi^ 186^ ; libretto 

tirato a novanta soli esemplari, non messi in commercio. 

2. Propriamente le staoze 8-91 . 



E' 



24 P* RAJNA 

sua propria, e provenga dalla iradizione sempiice e schietta, senza 
alcuna mischianza di fatlori letterarii ! 

La probabilità dell' emanazione dal Mambriano non scema punto, per- 
ché per la variante di Cerda VHisîoria nova di ire Donne non basti a reii- 
<Jer conto di ogni cosa. In quella versîone la terza prova risulta da una 
malaccorta fusione, o direm meglio confusione, délia terza del Cieco con 
un' altra estranea ail' opéra sua, ma ben nota a moke altre redazioni ; 
sono insieme amalgamati Monaco e Mono. Ciô significa semplkemenie 
che la versione verosimilmente propagata dall' Hisîona ebbe ad incon- 
trarsi nelJe sue peregrinazîoni con unaconsanguinea ; questa pure pote va 
essere assai bene di origine leiieraria ; ma non foss' anche per nulla, non 
ne consegue già nient' affatto che non possa esser stata letleraria l'ori- 
gine dell' altro elemento, che è poi i\ principalissimo, entrato nella con- 
taminazione. 

Posta anche solo corne verosimile una genesi sifFatta délie due ver- 
sioni siciliane, esse diventano inservibili quali termini di confronto per ta 
redazione contenuta nei Savi. E ridotia sola, poco o punto giova anche 
queUa del Cieco î sarebbe necessario che tosse piCi antica délia nostra, 
perché, senza il complemento di un terzo termine indipendente di para- 
gone^ permettesse di giungere a qualche conclusione ben fondata. E un 
terzo termine, che avrebbe per noi gran valore, servi sicuramente di 
modello al rimatore ferrarese ; chè la sua Gara non puô in nessuna 
maniera aver la nosira per fonte. Ciô risulta con piena evidenza dal 
fatto, che per lui, corne per gli autori di moite altre variant!, incomin- 
ciando dal favolello francese, dà occasione alla gara il ritrovamento di 
un anello; poi, dal mantenersi nella sua redazione la beffa del Monaco, 
una di quelle che appajono nella Gara fin dalle redazioni più amiche. 

Sicchè, conchiudendo, anche in questo caso la fonte dei Savi ci riman 
nascosta ; e si che il rimatore par designarcela espressamente nel prin- 

cipio : 

Signer, cl fo tre meretrixe 

Ch' avea marito, e contra raxone 
Meseno un pegno, Filocolo dixe. 

Che voglion dire queste parole ? Nel Filocolo del Boccaccio ta storia non 
occorre ; la Gara délie tre donne avrebbe potuto prender posto tra le 
Qaestioni del quinto libro ; ma non ce lo ha preso. Sicchè il nome cosî 
pronunziato non è che un punto interrogativo di più aggiunto ai molti 
che già ci stavan davanli. 



6. César e e Miizio. 

Il racconto messo in bocca a Catone puô tener compagnia a quelto 
recitato da Lentulis ; qui pure abbiamo, con certe storpiature, un fatto 



DNA VERSIONS RIMATA OEI Sctte Sav'l 2) 

di sioria romana, che proprio non faceva al caso. Il fatto è la vana 
difesa del pubblico îesoro tentata da Metello contro la prepotenza di 
Cesare ; corne appendice, un cenno dell' uccisione di Pompeo e délie 
lagrime non sincerainente versaie dal viitorioso rivale. 

Fonte primîttva délia narrazione è, corne tutti intendono, Lucano 
(Phars., m, 97 segg); ma tra 11 teslo lalino e la forma nosira son da 
supporre corne atielli di congiunzione una o più di quelle versioni vol- 
gaii in rima e in prosa, di cui non patt difetto ne l'iialia ne la Francia. 
Mi sia leciio di rimandare aquanio dissi in proposito nella Ztitschrift fiir 
rom. Pkdol.^ 11, 248. Qui, istituiti i debiti confromi, si riconosce non 
aver servito alla mediazione, ne VtntdUgenza, ne il Lacano m ouava 
rima\ e nemmeno, nonostante qualche incontro» il Lucâfio in prosa 
edito dal Banchi sotto il titolo di Fatti di Cesare^, Cosa notevole, anche 
di quesio fatio occorre un* elaborazione tra le novelle del Sercambi > ; 
ma neppur essa pu6 preiender per ntilla d'esser riguardata corne la fonte 
del rimatore veneziano o del suo modello. 

Queste sono conclusioni meramente négative ; oso peraltro metterne 
innanzi anche qualcuna d'ordine positivo ; ritengo cioè che anche nel 
nostro caso le acque latine sian discese a noi attraverso a un bacino fran- 
cese. Ciô non dico sollanto per ragioni d'indole générale, le quali tut- 
tavia avrebber pur sempre illorovalore , un indizio specifîco mi raiferraa 
l'induzionc. Il Metello délia storia e délia Farsalia, nei Saii, a differenza 
di ogni aliro testo italiano amenoto, si trova trasformato in Muzio. Ora, 
dato il passaggio immediato dalla favella latina alP iialiana, una meta- 
morfosi siffatta, fonetîcamenie graficamenie, riuscirebbe, inconcepibile ; 
e bisognerebbe supporla effetto di un puro equivoco, non troppo facile 
a spiegare per un* opéra composta di sicuro colla scorta di csemplari 
scritti. Si dira trasportato qui il nome che, non senza meraviglia, si vide 
omesso nel racconto di Lentulîs ? Ma in quai modo ? saremmo perlomeno 



r. n fatto del tesoro vi è esposlo in maniera affatto succinta : 
Puoi comaîido che Tarpeia saprisse 
Vn lu oc ho doue era cl cornu n ihesoro 
Ma Melelo un tribuno sil cotilradisse 
Con parole & con acti che qui fuoro 
Piu cose fade & dicle como scrisse 
Lucan : ma pur al fin se tresse (sk) loro 
Per 11 molli paesi Gonquistalo 
E a Cesariani fo donato 

{Eu. del 149a. Lib. Il, st. 74). 
2. Bologna, Romagnoli, 1864. Uu incotilro sarebbe quesio : Sûvi^ st. 5 ! 
« Muzio alora ch' era molto sazo Ala porta del tesoro s'ebe apuzare. » Faiu di 
Cti.^ p. 1 12 : « ... S'appoggia a le porte che ancora non erano aperte. » Cf. 
Phars., V. «17 : « Anle tores nondum reseralae consliiit aedis. » 
1. È la seconda délie due pubblicate da l. Ghiron per c nozze Gori-Riva > ; 
llfilano, 1879. 



net dominio délia sempliceepocoverosimilepossibilità. Ebbene^ nella più 
comune délie aniiche redazioni in prosa francese delle storie di Cesare», 
trovo, al posto di Meiello subemrato un Marcello >. È già qualcosa ; 
avremmo coi Sdvi, se non altro, l'analogia di uno scambio. Ma non basta : 
un Marcello in nominative suona MarciaXy Marciaux; e in questa forma 
occorre difaîli replicatamente il vocabolo nel testo in discorso. Che un 
leitore iialiano poco esperto della lingua non ravvisasse soito queste i 
sembianze un Marcello e credesse di doverci scorgere un Mucio, non mifl 
par punro inverosimile. E ancora non è tutto ; si faccia rappreseniarc, ^ 
corne di norma, Verre di Marciaux col solito segno sovrapposto ail' a, poi 
s'immagini il segno — cosa ben fréquente — omesso da un trascriiiorc, 
ed ecco oramai compiuta la trasformazione di Marcello m Muzio. 

Con ciô non intendo già di assegnare specificamente corne originale 
al racconio di Catone cotesia redazione delle Storie di Cesare ; quanio 
dico per leî vale per ogni altro tesio francese, che partecipasse alla so- 
stituzione del nome. 

Un altro errore siorico della nostra versione non avrebbe bisogno di 
tanii giri c rigiri per essere inteso. Pompeo, di genero, è convertito in 
suocero di Cesare : 

Ed era suo suozero Ponpeo romanio 

De Zexaro inperator a non mentire, ^ 

(St. 9.) 

Tuttavia la facile spiegabilità non implica punto la certczza che I* 
sbaglio venga dal rimatore veneziano. Questo pure resta sempre t 
îndizio, che poirà un giorno riuscir utile per ideniificare la fonte. 

7. Vamico e il nmko. 

Vîgeva in Roraa il costume di far morire, corne inutile sopraccî 
chiunque fosse giumo ai sessani' anni. Un giovane, vedendo i! 
suo prossimo a sottostare alla barbara legge, gli apparecchia una c 
sotto la casa, e laggiù lo fa riparare, spargendo voce che sia 
Nessuno della famiglia è a parle del segreto ; egli solo lo vis' 
porta il îîutrimemo. E le visite fruttano a lui pure grande var 
giacchè, ragionando col savio padre, egli ne riceve ammaei 
intomo ai soggetti che vengono via via in discussione nel consî 
città, e grazie ad cssi acquista auiorità somma, arrivando a taie 



1. V. Sctlegast, Mcos de Forest e la sua fonte; Cwrn, di fil. rom. 

2. Cosl almcno accade nel codicc marciano ^ CIV. j. Poichè f 
' Qostrali della prosa francese hanno Metdhy non Mandh, è a dire 

inanoscritti Icggessero altnmcnti, oppurc — e mcsîo a me par pi 
che gli autori si sieno accorti dello soagiio e ralbian corretto. 



UNA VERSIONE RIMATA DEI Sette SaVt 2J 

cosa si décide a seconda del suo parère. Ciô, naturalmente, gli suscita 
dattorno molli invidiosi ; i quali, volendolo perdere, insinuannell' animo 
dell' imperaiore che» andando innanzi cosi, il giovane finira per cacciaHo. 
L'imperatore vorrebbe un pretesto per liberarsi dal supposto rivale senza 
che il popolo abbia a mormorare. Gli è suggerito dai calunniatoridiordi- 
nare a! giovane, sono pena di bando, che venga fra tre giomi a corte 
tmto spogliato e tuiio vesiiio. Siccome è cosa impossibile, seguirà senz' 
altro l'esecuzione délia minaccia. — Un donzello è mandaio a portar l'in- 
timazione. Il giovane va a conferire col padre, che gli stiggerisce di pre- 
sentarsi vestito unicamente di una rete finissima. Cosî egli fa,e gP invi- 
diosi rimangono scornatt nel modo più solenne; chè Taccorto espedienie 
fa crescere ancora il giovane nella grazia impériale. Ma i maligni non si 
danno per vinti, e, passato un certo tempo, riescono a fare che l'impe- 
ratore imponga al giovane di venire a cône accompagnato dal suo mag- 
gior nemico e dal maggiore amico. Il savio vecchio dice alfiglio di chie- 
der tempo un mese, e di farsi promeaere, se mai adempirà la richiesta, 
una grazia a sua scella, fosse pur contraria aile leggi, Avendo l'impe- 
ratore consentito l'una cosa e t'altra, il giovane, per suggerimento 
paiemo, uccide un porco, lo chiude in un sacco, e, corne fosse il cada- 
vere d'un uomo ammazzato da lui, si fa ajuiar dalla moglie a seppellîrlo 
in giardino. Passati poi alcuni giorni, per lieve pretesto mostra di cor- 
rucciarsi colla donna, e le dà uno schiaffo. Lei subito corre al senato e 
denunzia il creduto omicidio. Il mariîo, condotto in prigione, manifesta 
il vero, e dice corne il fatto abbia avuto unicamente per scopo di metter 
ta moglie alla prova. Scavata la fossa, la sua innocenza è riconosciuta, 
e la liberté gli è subito resa. Gîuntofinalmente il termine prefisso, il gio- 
vane va ail' imperaiore, conducendo seco la moglie ed il cane. Quest' 
ultime dichiara essere il suo maggiore amico ; per darne la prova lo ba- 
siona ben bene e lo mette cosl in fuga ; eppure non ha poi che a richia- 
marlo, perché ritomi e gli faccia gran festa. Qiianto alla moglie j che da 
lui beneficata in ogni modo lo voile per un' offesa da nuHa mandar a 
morte, è troppo manifesto come sia il peggior suo nemico. La richiesta 
è stata dunque adempiuia : gli si mantenga ora la grazia concessa, e 
consista ne! perdonare al padre^ ch' egli rivela d'averconservato in vita. 
L'imperatore, per quanto a malincuore, non puô disdjre la parola data ; 
il vecchio è 11 condotto ; e il senato abolisce allora la barbara legge, 
sicchè da quel tempo in Roma si onora poi sempre la vecchiaja. 

Taie è la versione che i nostri Savi vengono ad aggiungere ad una 
série già molto numerosa, studiata accuraïamente or son dieci anni dal 
Mussafia '. Essa non manca di una certa importanza. Il dotto professorc 



1 . Nello scrillo Uelnr dm altjraniauHht Handschrift da L UmvërsaatsbibliQ" 



p. RAJNA 



dell* oniversîtâ vtermesc distingue le redazioni a lui note in duc gruppî. 
Nel lipo più semplice — noio solo i iraiii essenziali — s'impone ad un 
rco, K vuol ottener grazia, di condurre insieme alla corte il miglior 
co e il peggior nemico. La condizione è adempiuta conducendo la 
'moglie ed il cane. Nell' altro tipo, che comprende un numéro di variant! 
assai maggiore, rorditura è più compiicata. La richiesta è fatta ad un 
giovane che ha mantenuto cdaia mente in viia il padre suo, in un paese 
dove per legge tutti i vecchi arrivati a una certa età si meitono a morte» 
E il vecchio rimunera il figlio con savi ammaestramenti, che gli pracaoS 
ciano grande onore ed autorità, e insieme, per inevitabile conseguenza, 
invidia e pericolo. 

Ebbene, la forma dataci dai Savi spetterebbe per l'orditura générale 
al secondo lipo; e nondimeno vi si rilevano particolarità, che apparten- 
gono decisamente ail' altro. Nelle versioni del secondo gruppo la moglie 
è a parte délia segrela conservazione del vecchio padre ; e appunto col 
rendersi délatrice di questa violazione délia legge, per vendetta dell' 
csser stata designata corne pessima nemica, giustifica luminosamente 
l'iroputazione che tanto l'ha ofTesa Invece i Savi ci rappresentano la 
donna al bujo di ogni cosa, e fanno che essa si dîa a conoscere nemica 
de! marito collo svelare un omicidio simulato, ossia precisamente come 
portan le versioni délia categoria a cui è affatto estraneo il lema del 
decreto coniro la vecchîaja. E non basta. în questo gruppo di congegno 
piCi sempHce al problema principale se ne vede premej^so un altro dt 
génère diverso. Per cscmpio, netla versione deîle Gcsta Romanorum s'or 
dina ai colpevole di venire mezzo a cavallo e mezzo a piedi. A una v 
richiesta fa riscontro nella versione nostra quella di presentarsi vestîto 
nudo ad un tempo. Le due, non solo hanno tra di loro stretta analop 
ma emanano dalle stesse fonti, e, come sanno ira gli altri i letton 
BertoldOf sogtiono andar di conserva nelle medesime narrazioni '. 

Sicchè la redazione nostra ci rappresenta un îerzo upo, che t 
mezzo tra i due dislinii dal Mussafia, E appunto in questa poi 
intermedia consiste il suo caraiierc distintivo, 

Certe altre peculiarità inclino invece a considerarle come propri 
nostra versione in quanto individuo, non in quanto rappresenta 
una specie. Cosl il compile imposte al protagonista è qui più ser 
che nella maggior pane délie alue variant! ; molto spesso, otf 
amico ed al nemico, s'ingiunge di condurre a corte anche il g' 
ineno spesso il servo. Certo quesic sono aggiunte, dannose ar 

tktk ja Pa»u, t LIV (a. «870) 6é RaiJUmi delf Accademia di V 
fil. st.; p. V2-71 délia tiratara a ptru. 

I . V. il n* 94 tra i iùnJif' uad Hmmdrihat àâ Crins, collr 
I «DAotauoiii. 




UNA VERSIONS ftiMATA DEi Setle Savî 29 

poco, corne quelle che lolgono evidenza al contrapposio délia donna c 
del cane, m cui risiede l'essenza del racconto ; tuiiavia son giunte di 
data molîo, ma molio arnica, e la loro mancanza non conferisce alla ver- 
sione dei Savi nessun diriiio di preiendere ad esser lenuia discendenie 
più legittiraa délia vecchia stirpe. Vi son caratteri di originarîetà che 
si riacquistano forse non meno spesso di quel che si conservino ; moite 
volte le frondi mancano, non perché non sian germogliaie, ma perché si 
schianiarono furon recise, 

Cotesto abbandono del superflue costituisce a ogni modo per la nostra 
versione un tratto degno di Iode, AlP inconlro mérita biasimo l'essersî 
disgiunto aâfatto dada scena fmale l'episodio del porco e délia denunzia. 
Quella scena perde la massima parte dei suo interesse, se la donna, in 
cambio di rivelarsi allora neraica di coloi, del quale ognuno la dovrebbe 
credere Famica e la compagna più fedele, s*è già data a conoscer taie 
anlecedentemente. Il confronto con lutte quanle le altre versioni non 
lascia sussistere neppure un dubbio che in ciô non sîa da ravvisare una 
niera ed infelicissima distorsione di membra. 

Sarei tentato dî affroniare la questione délia genesi dei nosiri tre tipi ; 
ma credo prudente di rimandarla a quando possa recare a paragone delle 
variant! orientah, che devono pure esistere; chè il ragguaglio dell' amico 
e del nemico al cane ed alla donna fa subito guardare ail' oriente come 
a patria originaria del racconto. In aspettazione délia Itice sicura, che 
una comparazione più larga difTonderà sul soggetto, mi astengo adesso 
dal dire anche le cose che si presenierebbero intanto come abbastanza 
ovvie. Mi limiterô a raramentare che l'episodio del porco e del buffetto, 
è, con applicazione diversa, quel medesimo che abbiarao già inconirato 
nella Prova degli amki. 

8. L*ambasdata. 

Era una volta in discussione a Canagine ta guerra coi Romani ; chi la 
voleva, chi no ; alla fine, si conviene di mandare a Roma un' amba- 
ïdaia <f ala mutescha î), che cioè si esprima meramente con segni, per 
vedere se i Romani sono « savi e doli n, L'ufficio di ambasciatore è 
affidato ad un uomo molto accorto, che va, e fa intendere che esporrà il 
messaggio dinanzi al loro Cran comiglio ' . Il consiglio è adunato ; il 
messaggero sale in bigoncia, gira gli occhi allorno, e, stato cosî qualche 
terapo, alza un dito délia mano destra serrando gli altri ; quindi ridi- 



1 . St. ; : « E con sua loqtieb dise e fe conprenderc Che la anbasata sua ne 
lo suo cran consilio In quelo volea fare con ardito silio. » Ecco un' altra con- 
fertnji di vencztjnilà. 



30 p. RAJNA 

scende e si mette a sedere. Il serato rimane confuso; i senatori si guardan 
l'un l'altro e s'inierrogano ; quando, un pazzo, ch* era nel consiglio, si 
leva, monta in ringhiera, deslando in tutti i ciîtadini gran timoré che 
faccia cosa per cui sian svergogiiati, ed alza due dita. Costui ha jnteso 
che l'ambasciatore col suo geste Tabbia voluto minacciare di cavargli un 
occhio, e alla sua volta gli vuol rispondere, che lui gliene caverà due. Il 
messaggero si lien page délia risposta, e il consiglio, pur non compren- 
dendo nulla alla commedia, si rallegra, e crede che i! pazzo abbia ope- 
rato saviamente. Disceso il romano, risale in bigoncia il cartaginese, c 
per replîca alza tre dita. L'altro imer prêta che vogiia cavargli ambedue 
gli occhi e dargli coi terzo nel viso ; monta di nuovo» alza anch' egli le 
tre diia médiane, poî serra il pugno e leva pur quello, per signîficare 
che irarrà lui pure gli occhi al cartaginese, e gli darà del pugno nelia 
frontc; ciô fatto, ritorna al suo posto. I senatori continuano a non capir 
nulla ; ma dalF eflfeito argoraeniano che il pazzo ne sappia più di loro. 
Il canaginese sale nuovamente, e stavolta parla esi dichiara soddisfatto. 
Alzando prima un sol dito, voile significare Dio Padre; colle due dita gli 
fu risposto, che, oitre al Padre, c'era il Figlio; le tre sue dîcevano, Padre, 
Figliuolc, Spirito Santo ; le tre segulte dallo stringer del pugno dimo- 
sirarono che le tre persone costituivano un Dio solo. S'accommiata dun- 
que, ritorna a Cartagine, e dissuade i suoi dal fare la guerra ai Romani, 
troppo sapienti e sottili perché ci sia da guadagnar nulla con loro. E 
Cartaginesi si conformano al suo avviso. 

Questa curiosa disputa a segni tra un savio ed nn pazzo o scimunÎT 
che credono d'intendersi a raeraviglia meotre non s^intendono punto 
un soggetto ben noto ai comparatori di novelle. Si veda in proposiir 
articolo del Koehler nella Gemama, IV, 482-9 î- L'argomenio âe\b 
sputa, quale il savio lo propone ed iniende, è costaniemente teolo 
Anche stavolta il Sercambi ci somministra un riscontro (nov. 
p. 172), illustrato con uoa nota dal D'Ancona ; ma, corne in v 
altri casi^ neppur qui il novelliere lucchese, presso il quale il tem 
disputa si trova incasiraio con alterazioni profonde in un aliro 
non ha di comune se non un poco d'analogia fortuita» e, probat 
la provenienza orientale ' , non è per nulb affatio la fonte del 
redazione. , 

Con questa giova confrontare specialmente due variand : c 
preseniata da una glossa dell' Accorso aile PandeitCj 1. 1, tit. II 
jurts^, t l'âltra dei Quaranta VinriK Colla glossa concc 



I. L'oa la! provenienza è probabile per ta disputa iKcelher, Op 
ccitissima per l'altro lema (Benfey, Orunl anJ Occident, I, 374). 
4. Il Kœhler la nporla a p. 494. ir 

|. Se a' haoQO due traduzioni \ una fraacese del Pétis de | 



UNA VERSIONS RIMATA DEI Setit Sav'l p 

esattamente la vcrsione contenuta nel Schimpf und Ernst del Pauli', e 
quella rimaia dall' Arcipresie de Hiîa ^, senza che tuttavia ne l'una ne 
l'altra derivino dal deiialo del famoso giurisia K Si puô peraliro lener 
per fermo che il Fauli iraduceva dal medesimo originale, donde l'Accorso 
prendeva la glossa con ben poche modificazioni-*; quanto ail' Arcipreie, 
le relazioni potrebbero essere meno dirette 5 . 

La variante rappresentataci dall' Accorso è dî stampo giurîdico ] essa 
mira cioè a spiegare l'origine delle leggi romane. Qui sono i Greci che 
mandano a Roma un loro savio ; e ve lo mandano perché, richiesii dai 
Romani délia comunicazione delle loro leggi, prima di conseniire, 
vogliono far prova, se i Romani siano o no degni di averle. 

Messa a confronto colla versione dell* Accorso e con quella dei Qaa- 
ranta Visiri^ la variante dei Savi si dimostra, corne già ognuno s'aspetta, 
più prossima di gran lunga alla prima che alla seconda. Ma nondimeno 
essa dà pure a conoscere col racconto orientale certi contatti innegabili. 
Nemmeno nel libro lurco l'occasione alla disputa non viene da una 
richiestâ di leggi; essa è fomita da una domandadi tributo^ ed ha quindi 
maggiore analogia colla motivazîone dei Savi. E corne l'esiio induce 



nel volume deî MilU et un /ouri dd Loiseltur), e una tedesca del Behrnauer (/>:> 
vicrzig Vczicrc, Lipsia iS^ i, p, 1 1 1). Le difFerenze che si avverlono ira le duc 
possono esser dovute aile note tibertà del traduttore francese. 
j. N' J2 ; p, îj dcir edJzione Oesterley. 

2. P. 4^0 dell cdizione de Ochoa; 228 éd. Janer. 

3. Ci6 è dimostrato da una circostanxa comiine aile due redaztoni volgari^, 
taciuta invece dall' Accorso. 1 Romani nvestono sfarzosamente il îoro slrano 
campione. Arcipr. : t Visliéronlo muy bien paRos de gran valta Como si fuese 
Doctor en la Filosofia •. Pauli: « ... Da legien si einem narren ein kosttichcn 
hùbschen rock an, und salzteo im eiti hùbsch rolh baret uff. • E non si sospelti 
una qualche omissione di parole nella glossa quai' è riporlata dal Kœhler ^ ne 
ho accertato l'integritl confrontando la grande edizione parrgina del Nivelle, e 
un buon raanoscrillo ambrosiano de! sec. XIV, segnalo A. 2^6. Inf. 

4. Sennb, mal si spiegherebbero gli accordi stretli tra h versione del Pauli e 

la giossa, anche alF infuori del contenulo. Accurs. ; tSlultus elevavit duos 

[digitosj, et cum eis elcvavii eliam pollicem^, skut naluralacr cvcnit. 1 Pauli : 
■ Nun i$t es gewoolich, wan einer zwen finger uff slreckl, so streckl er den 
dumen auch usz. • 

$. Anche indipendentemente dalla prova che risulta dalla concordanza rilevata 
col Pauli, bisogna dire che il Liebrecht fu un pochino impradente quaudo affermé 
(Cermania, V. 487) che la versione dell' Arciprete era manifestamente altinta 
dalla glossa dell' Accursio. Essa vien pure a distinguersi per certe particolariti, 
che non attribuirei cosi senz' altro al rimatore. L'Arciprele, per eseropio, 
imotiva in modo spéciale l'uso dei segni nella disputa : « Mas porque non enlen- 
^dien el lenguaje non usado, Que disputasen por senas, por seftas de Letrado. • 
Viceversa, tace la ragione data aalî' Accursio délia scella del campione : 
«... Quendam stultum ad disputandum cum Graeco posuerunl, ut, si perderet, 
lanlum derisio esset. t Dato che le peculiarità detia versione spagnola eslranee 
lanto alla glossa quanto al Schimpf and Emsi fossero, anche solo m parte, nella 
sua fonte, ne verrebfae che fonte, nonchè la glossa tiostra» non potè esser per 
r Arciprete nemmeno l'originale délia glossa. 



«oai 



on 



CBtt wa ^^igxn <91k fii dts^^ tufeddi^ cîoi t cnstiiaî <fi bu ccrta pnn 
'«âmiD a on re oBonalBaiio. lU qMSHi è 1 
» î mOD [stattas dm râfODde dF jahiiCMU a f » 
ra cotale ifioo dbi noi stessi cuucitui&v, i 
icl*âiqjpfcief|nyinlncd a Paulin baddob» 

anaoieni. Isves 3ci I'Esdt, al nodo non dbt nâ Stm, 9 lispo n d itt i c 
opéra (fi sno pmipno impoin^ IbummImi tra if i yff ail* fldiiono , rsb 
moto e conftiiB dan gesn îiâ— wl^^Mî ddb tfmiîero. E ood dweva 
portare. a anvasiBev & ocfioalD Mb «a fionaa orî^Bana ; che a 
CBBBHgjtt SM apytt n.flHQ9Kre la dvpstt a sn mano o ad imo iogbo, 
è c» far a» mBOBeByMe ; b fe^itifii: ■ limii volnta daf« dl q6 da cet- 
«■n< , mlia mtra l'aria di ona top^o, a cm s'è Kniko il hmfpo di ncor* 
Fcre appanto per dissunulate lo srap^ 

Cbe i 7{im ed i San mm Sbfi nnfliifi a om MedoÎBia ttrpe, 
non aggiunge jionn angpor spïîcato al twcùÊOo; b con è tmm 
évidente, che ooii ci nrefabe neaaHw» bin^io di aoerwla. Cm qa»- 
lonque aitra veniaoe ockntafe totstxo le immgfawr» b 
logica ofcbbe b «eiB; vab a dk iprin, cte b aottra vanme ; 
iieoc a BB 9m|w Bwipwibaag da i^jBohi ck vimtci cbaBare a | 
giaridic Oy ed è ■oa nsHCa dil prottiiipo. 



Oopo <fi aver a 
Ytnmt kaSÊM dd làm 
momento ag^ aocraÔBoi 

chio quadro. Cmw |^ fi , 
affaccia nel aotfra 
gruppi, a coi b n 
Di lutta quaaia b i 
plicatezza è ua na 
tiwiaa, vda a di» 1 i 



iB panea^bMat 
i SflPi, acaia ■ bwi^io di moraife w 
ÎB BO f JCCOBt o spettaote al vec- 
, b noria dd teion» {Cêxd) d d 
B piè csai|defB (fi (|Befla daiad dd 
piè HiiltBBfBlf, dbe sono I. L, V. 
parted|Mdb naggiiorecoB- 
rdiièacdai 

iappb verdooe, biiaa e 1 



ccse. E <|Bei 

teiua coBtare, 

i>otppahm,ïï% 
Uiu vcrdMi 

I. V. bM 



I MB ^9^ BB fCVD e propno accordo; cbè, 
ovf ^jDBBM d wob« b diCercBie d'orfine por- 
pn^ CBB aBBOBO aa 001, e m . i *» — .i»* ai 
rsBCBHbBe ahii i^Mnd daSana 
^Mcoai» di c«Bfr«aiar odb Bostia è 



4 




UNA VERSIONE RIMATA DEl Sctte SaVl JJ 

del Pecoronc^ giom, IX, nov. i, I tre episodi principali che i nosiri Savi 
non ebbero dalla loro soliia fonte, l'espediente del fuoco per scoprire di 
dove si possa esser peneirati nella caméra del tesoro, le trappole tese 
alla goLi ed alla lussuria del ladro, li ci occorrono tutti ; inoitre, come 
net Doiopaihos, ve ne troviamo degli altri, e particolarmente quelle anti- 
chissimo dell' involamento del cadavere. Naturale dunque la domanda, 
se mai appunto dal Pecorone possano provenire gli ampliamenti. 

Non credo. Non dirô che, avendo il Pecorone dinanzi, il nostro Ano- 
nimo vi dovesse prendere anche gli episodi, di cui all'inconiro tace asso- 
lutamente ; le omissioni potrebbero assai bene esser stale determinate 
àsL ragioni sue panicolari \ e una ragione sufficienie sarebbe sempre 
anche solo il desiderio di non andar poi troppo per le tunghe. Del pari 
non mi muovono certe differenze. La prova del fuoco nei Savi opéra in 
alira maniera che presse Ser Giovanni. Quest' ultimo, d 'accorde col 
Dolopatfws, fa che il fumo gema attraverso agi' interstizi lasciati dalla 
pielra mobile che dà il varco ai ladri ; invece nei Savi^ in cui il buco è 
lappato con opéra di muralura dissimulata abilmenle, il fuoco rivela 
l^inganno per via del vapore, che si leva dalla calce tuttavia fresca. In 
ciô abbiam probabilmente dinanzi un mutamento arbitrario del rimatore, 
che forse non arrîvava troppo a capire il giuoco délia pietra. E cosi 
anche un' altra differenza va forse attribulta ad arbîtrio suo. Nell' episo- 
dio délia lussuria, oltre alla tinta data alla figlia perché segni in viso chise 
ne venga a iei la notte, il re dei nostri Savi mette in opéra anche un 
altro espediente, spargendo farina per lutta la caméra, in modo che 
abbian poi da apparir le pedate. Orbene, questa, come i confronii dimo- 
strano, è una semplice giunta ; e taie essendo» nessuno vorrebbe 
negare che al pari di qualunque altro non possa averla qui introdotta, 
logliendola a prestito da uno dei terni acuiera propria, il rimaneggiatore 
stesso dei Savi. 

Queste diversità non mi danno dunque lume sufficiente ; bensï b deri- 
vazione parziale dal Pecorone è esclusa da altri punti, dove i Savi conser- 
vano la versione migliore. Nello stesso episodio délia lussuria Ser Gio- 
vanni pone che i giovani tra cui si crede doversi trovare il ladro sieno 
« sosienuii in palagio » ; nei Savi di cotesia specie di prigionia, ignota, 
ch' io sappia, ad ogni altra versione, non è parola; i giovani son fatti 
rimanere a dormire col prolungare studiaiamente fmo a tarda notte la 
cena a cui furono convitaii. Poi, nei novelliere fioreniino la dimora dei 
giovani in palagio dura parecchi giorni prima di dar luogo a nessun 
effetto ; nei Savi come nei Dolopathos ' e come porta il procedimento 



I. V. 6215 segg. délia versione rimata. Il testo in prosa dell' Oeslerley 
maaca di questo episodio. Non è, come è nolo, il solo suo difetto, 

Romania, X 1 



^4 P* RAJNA 

naturate dell' azione, t'andata del ladro al letto délia fanciulla e qud cbe 
ne segue, avvien subito la prima notte. E una prova ancor piii conclu- 
siva è forniia dall' episodio délia gola. Nel Ptcorone il figlio del ladro è 
indotto a procacciar la vitella, messa in vendita a prezzo esorbiiantc, 
dalla ghioUornia délia madre^ non già dalla sua propria. Ora, db ripu- 
gna manifestaraente aile intenzîoni deir episodio, quali sono pur mante- 
nute e dichiaraie, con un po* d'irritlessione, dallo siesso Pecorone ; chè 
Tasiuzia, poco asiuia a dir vero, è stata suggerita al doge dal riflettere 
che « comunemente il ladro dee esser ghioito ; dove costui non si potrà 
lenere che non venga per essa, e non si curera di spendere un fiorino La 
libbra. » E dunque senza dubbio fedele alla versione originaria il nostro 
rimatore ignorando qui affatto le suggestion! materne. 

Mi sono dilungaio intomo a questo punto per uno spéciale motivo. 
Ser Giovanni pone la scena délia sua novella in Venezia, el'edificio dov* 
egli fa custodire il tesoro vien cosl ad essere, in ultima analisi, una cosa 
medesima colla percholatia dei Savi, L'inconlro polrebb' esser casuale ; a 
me tuttavia parrebbe di star meglio nel verosimile attribuendogli un 
perché, vale a dire pensando che la scena sia stata collocata a Venezia 
per la ragione che il novelliere abbia lavorato sopra un originale vene- 
ziano ; nel quale allora sarem iratti a supporre, o quel medesimo ch' 
ebbe davanti il rimatore, oppure un suo stretto consanguineo. 



E adesso è tempo dî chiudere finalmente anche questa parte delIa trat- 
tazione. Lo studio particolareggiato di tutto ciô che la rima non ha in 
comune coi soliti itpi dei SeîteSaii ci ha dato a conoscere molti rapport!, 
ma non ci ha condotto neppure una volta a poter designare la font' 
diretta. Questo rlsultaio negativo ha ai miei occhi un interesse ancl' 
maggiore d ogni conclusione positiva ; esso ci ripete a voce ben alf 
quanto siamo ancor lontani da una conoscenza pur médiocre délie 1 
terature medievali, e soprattutto quanto è ancor grande la nostra ig 
ranza rispetto aile intricaiissime vie, per cui le narrazioni si ven 
propagando e trasformando. Non ci illuda la lunga série di variant 
gli eruditi specialisti sanno indicare per ciascun racconto ; provi; 
davvero a coordinarle geneticamente, facciamo uno studio di font 
di semplici riscontri, e pur troppo ci accorgeremo, coroe le vt 
note, anzi, le versioni pervenute a noi, non siano cbe rari supers 
siirpi ben altri menti numerose. 

Alla conclusione negaiiva ne soggiungcrô una fino a un ceno 
positiva. Non mi pare poter esser caso chetanta parte délie novelle ai 
occorrano nel pochissimo noto fmora délia raccolta del Sercar 
settimo, o poco più, dell' opéra totale. I calcoli soliti délia 
ponerebbero alla supposizione che là deniro abbiano a irova 



ia PJ 

1 



UNA VERSIONS RIMATA DEI Sette Sdvi 35 

anche tutti i racconti che non l'hanno nella porzione pubblicata. Intanto 
s'è messo in sodo corne, riscontro, non dica qui punto derivazione; par 
dunque da conchiudere che la ragione del fatto abbia a consistere in una 
comunanza o prossimità di fonti. Ed eccomi cosi ad augurare vivamente, 
anche per motivo d'un desiderio spéciale, che l'opéra del novelliere e 
cronista lucchese possa alla fine vedere la luce. Di sicuro poche raccolte 
congeneri l'uguagliano per importanza. 

Qui, corne appendice al mio studio, era in origine mia intenzione di 
fer seguire il primo canto di questi Savi, con qualche altro saggio; giunto 
alla fine del lavoro, pensai che, per quanto la nostra redazione fosse 
cosa sciagurata sotto il rispetto letterario e non avesse nenimeno quanto 
al contenuto tutta Timportanza che per parte mia avrei desiderato, met- 
tesse pur serapre conto, poichè l'egregio possessore del codice me ne 
concedeva licenza, di pubblicarla per intero. Messomi ail' opéra, ne venni 
a capo sollecitamente. E cosi chi adesso abbia desiderio di vedere in 
persona questi Savi, non ha che a ricorrere alla dispensa CLXXVI délia 
Scelta di curiosità letterarie che si pubblica a Bologna dal Romagnoli. 

Pio Rajna. 




_ e se sont réunis e 
gaire en un seuJ ei même son, qui était sans doute celui de Vé [terme) 
et qyi s'est maintenu tel quel dans la plupart des langues romanes, de 
même Va et Vu du latin classique se réunirent en latin vulgaire en un 
seul et même son, que nous appellerons a fermé, que nous noterons 
par ôf et que nous supposerons avoir été celui de Vo français actuel 
dans côte^ pot, etc. Je me propose d'étudier ici l'histoire de cette voyelle 
dans la langue française. Je m'occuperai d'abord du français en général, 
en prenant pour base la langue moderne 'bien entendu dans sa partie 
populaire) ; je remonierai ensuite à l'ancien français ; enfin je dirai un 
mot des patois. 

Diez distingue les voyelles iatines dont il fait l'histoire : i " en toniques 
et atones; 2" les toniques en longues^ brèves et en position. Cette division 
a fait son temps : il est reconnu aujourd'hui que le fait d'être « en posi- 
tion » n'empêche pas les voyelles de conserver en latin leur quantité ori- 
ginaire et de modifier en roman leur qualité d'une façon correspondant 
à celte quantité'. D'autre part il importe peu, au moins dans beaucoi 
de cas, aux atones d'être longues ou brèves (sauf pour l'i et l'u), mais 
leur importe beaucoup d'être ou de n'être pas « en position ». Ce 
expression de voyelle « en position » est d'ailleurs mal faite et prê{ 
des malentendus. 

Les voyelles doivent être considérées séparément suivantqu Viles sof 
I* toniques ou atones; i** dans chacune de ces classes libres ou entrave 
J'appelle voyelle libre celle qui est finale, suivie d'une voyelle, d* 



f 



[. Cette vérité, entrevue par Diez â propos de certaines voyelles, a été 
mée pour la première fois en 1866 par M. Schuchardl {VokaUsmus des Vu 
laUiHi, I, 471) et depuis reconnue par plusieurs philologues; mais elle n'c 
Dcore assez familière à tous les romanistes. m 



PHONéTiqUE FRANÇAISE : FERMÉ 3^ 

consonne simple ou des groupes pr br, tr dr; voyelle entravée celle qui est 
suivie de deux consonnes autres que les groupes mentionnés ' ; devant les 
groupes cr gr, pi bl, et devant ceux dont l'un des éléments est un; % la 
condition de la voyelle est variable et demande à être étudiée particulière- 
ment dans chaque cas. Qu'elle soit libre ou entravée, la voyelle n'en est 
pas moins longue ou brève ; mais le développement de la tonique qui, 
dans le premier cas, s'accomplit librement, est ou peut être entravé 
dans le second par le fait qu'elle est suivie de deux consonnes ; au con- 
traire, l'atone entravée est d'ordinaire préservée de l 'affaiblissement, 
souvent suivi de chute, qui atteint l'atone libre. H 

La division des voyelles doit donc se faire, non plus en tonique™ 
longues, brèves, en position, et atones ^ mais ainsi : 

libres 



1° Toniques 



2" Atones 



brèves 

longues 

brèves 

longues 



entravées 

libres 

entravées 

libres 

entravées 

libres 

entravées 



Diez et les grammairiens qui l'ont suivi distinguent la « position 
romane « de la « position latine », Va de asino est en « position 
romane », parce qu'en latin ïs était séparée de Vn par l'i, tombé en 
roman; Va de astro est en « position latine ». Cette distinction, impor- 
tante au point de vue historique, est très rarement sensible dans le trai- 
tement phonétique des voyelles; elle l'est cependant quelquefois, et 
demande à être maintenue. J'appelle le groupe de consonnes des mots 
comme a s (i) no entrave romane, celui des mots comme astro entrave 
latine. d 



1, Pour les voyelles â riniérieur des mots, il serait peut-être plus scienti- 
fique de dire que les unes (me-d^ p<i-ne, pâtre) terminent la syllabe (cf. 
Rom. VI 434I ou sont dans une syllabe ouverte, que les autres (par-le, 
ves-tc) sont dans une syllabe fermée; mais ces expressions ne peuvent s'appli- 
quer aux voyelles des monosyllabes : les voyelles de par, mel, sit sont traitées 
comme celles de paire, g élu, siti, et non comme celles de parle, veste, 
arisla : cependant elles sont dans des syllabes fermées comme les secondes et 
non ouvertes comme les premières. Il en est de même des syllabes finales (atones) 
des polysyllabes, dont les voyelles sont dans le même cas : Ya, l'e, Vu finals de 
amal, débet, sumus, sont traités comme ceux de primavera, opcrare, 
tremulare, et non comme ceux de iocarnato, episcopo, ingluttire. 

2. Je note par un / non pointé, à l'exemple de M. Lùcking, le son qu'on 
appelle yod^ et qui est celui du / allemand dans Jûhr, de l'i ou de l'y fraDçai&_ 
dans pitd^ allions^ y<ux, etc. 



?8 



C. PARfS 



L'd TONIQUE DU LATIN VULGAIRE (= LAT. 5, Û) EN FRANÇAIS. 



■ 

■ 
■ 



Diez, qui n'examine d'ailleurs en détail que les toniques, s'exprime 
ainsi au sujet du son de Vô latin tonique en français ftrad. fir., t. I, 
p. 1 48) : « En français, o est traité cororae ô : la voyelle simple ne se 
maintient d'ordinaire que devant m, n; la forme dominante est eu, œu. 
Ex. : couronne^ donner nom, non, penonne^ pomme, pondre, comme, Rome, 
liofif patron, raison et les autres substantifs en -o -onis, en outre console f 
or, dos (dosum pour dorsum), noble, octobre^ sobre. En revanche 
heure, meuble {m oh W'i s), mœurs [mores), neveu, nœud, œuf (Ovum), 
pleure (ploro), stul (so lu s) « V(Zii (votum), honneur ^ glorieux, et tous 
les mots en-or-oriset-osus. Une troisième variante dans celte 
langue est ou, comme le témoignent les exemples suivants : avoue v 5 to), 
doue (dote), noue, nous et de même vouj, pour (pro), proue (prora), 
roure (robur), époux (sposus pour sponsus], Toulouse (Tolosa), 
/oui (tû tus). Au lieu de oi, on trouve ui dans iïu/e (boi a), truie [trCia).» 
A Va^ il dit, après avoir constaté que dans les autres langues romanes 
celte voyelle est représentée par o : « En français Vo roman ne se main- 
tient que devant les nasales (car la langue ne tolère pas le son ou/ï), ou 
quand il se lie à un i, ex. : son (su u m» , ton (lu um), nombre, ponce, coin, 
croix, noix. La voyelle dominante est ou, à ct\é de laquelle se maintient 
encore o dans l'ancien français : couve (ciibo), coude, doute^joug, loup 
où. » — Sur l'o « en position » (il ne distingue pas ici i'olong du bref) 
il écrit : w En français, ou se produit encore parfois à côté de l'ancief 
ûj comme dans cour (chors), tourne (torno). » Ce qui suit concemf 
uniquement (sans que l^auteur s'en rende compte) ï*o bref entravé, et pei 
être négligé ici. 

Sur Vu en position il dit : « En français, l'a général du roman^ 
se maintient que comme son nasal, ou en liaison avec /', p. ex. d 
tombe, plomb, monde, dont, ongle, joindre, poing ; en outre dans queb 
mots isolés: Jlol (fluctus), mot (b. lat. muttum), noces inupti 
vergogne. Dans les autres cas, où il représente aussi le groupe 
devient ou : boule, double, four, goutte, louche, ours, roux, souffre (suff 
sourd, sous (subi us), tour, doux, écoute, foudre, soufre. » El il aj 
tt L'u en position persiste quelquefois. Les exemples françaî» 
buis [huxus;, fruit, fût, jusque, juste, lutte, nul, purge, urne. f> Dm 
de suite que dans tous ces mots, sauf buis dont nous reparlerom 
qui est un mot visiblement savant, Vu entravé est long par n^ 
persiste parce que tout u long persiste, qu'il soit libre ou entrav^ 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 39 

il est certain qu'aujourd'hui les philologues qui se tiennenl tant soit 
peu au courant des progrès de la science n'acceptent plus les formules 
du maître, qui se trouvent servilement reproduites dans les manuels de 
vulgarisation. Mais, à l'exception de M. Bœhmer, ce n'est guère qu'en 
passant et par allusion qu'ils ont indiqué leur sentiment sur ce point de 
phonétique, M. Fœrster et M. Mussafia, notamment, ont présenté plu- 
sieurs remarques de détail qui montrent bien qu'ils comprennent autre- 
ment que Diez l'histoire de Vô et de Vu. L'article de M. Bœhmer sur le 
son de oju {Rom, Stud. III, J97-602) passe en revue les sources de ce son, 
qui, dans plusieurs textes français anciens, représente à la fois Va libre et 
entravé, et propose l'explication des exceptions apparentes ou réelles. Son 
exposition très concise est obscurcie par la théorie peu exacte des « syllabes 
ouvertes »» et des c syllabes fermées » qu'il substitue à celle de la 
« position ». M. Suchier, en faisant remarquer les vices de cette théorie, 
la remplace (Zeitschr. f. rom, Phiiol ill, 14?) par l'application à Vo du 
système de M. Ten Brink sur l'histoire de l'e : les voyelles brèves pla- 
cées dans une syllabe ouverte s'allongent ; les longues placées dans une 
syllabe fermée s'abrègent. Quelle que soil la valeur de ce système, dont 
la Romania promet depuis longtemps l'exposition critique, nous pouvons 
le laisser de côté dans cette étude, l'histoire de Vo n'offrant pas, comme 
celle de Ve, des faits qui en rendent la discussion nécessaire. — Je pense 
avoir cité à l'occasion toutes les remarques intéressantes des savants qui 
ont touché le sujet avant moi ; je demande aux lecteurs d'excuser, s'ils 
en rencontrent, des omissions qui sont bien involontaires. 

Sous la réserve des observations qu'on vient de lire, je prends pour 
point de départ, dans les recherches qui vont suivre, le système de 
Diez. D'après lui (en laissant de côté l'immixtion indue de et û 
entravés) ô tonique' donne en français tantôt cu^ tantôt 0, tantôt ou; 
entravé il donne ou ; ù tonique libre ou entravé donne en ancien 
français, ou en français moderne. Deux choses nous choquent dans ce 
système, habitués comme nous le sommes aujourd'hui à voir les lois 
phonétiques agir comme des lois physiques, sans caprices et sans excep- 
tions : l'une, c'est que Vo et Tu latins, qui sont confondus en latin vul- 
gaire et dans toutes les langues romanes, soient distincts en français 
0e second donnant toujours ou, le premier ou, 0, et surtout eu); l'autre, 
c'est que 5 latin donne pêle-mêle 0, ou et eu, sans qu'on voie les 
motifs de ces différences, et quand les autres langues néo-latines 
fournissent pour ô une représentation unique. Ce sont ces deux anoma- 



I. Je néglige pour te moment l'idenlilé admise par Diez entre \*à et i'o 
toniques : saur tt fleur, cœurs el mœun^ tu ptux et d(s mux, semblent TaUes- 
ter ; mais la suite de cette étude montrera qu'il n'y a là qu'une apparence illu- 
soire. 



40 G. PARIS 

lies qu'il s'agit d'examiner de près. Je dirai dès l'abord qu'elles n'existent 
qu'en apparence, et je formulerai ainsi, pour les toniques, la règle du 
développement d'ô roman (— ô, û latins) en français, règle dont j'es- 
saierai ensuite de démonirer l'application : 

V6 tonique libre (qu'il provienne d'ô ou d'u) est représenté en fran- 
çais par eu ; 

Va tonique entravé est représenté par ou. 

Types du premier groupe : fleuFt gueule ; 

Types du second groupe : four, goutte. 

Pour établir ma ibèse, il me faut d'abord rassembler les exemples qui 
sont conformes à mes règles, puis écarter les exceptions apparentes 
qui ont donné lieu à l'opinion de Diez, — Je laisse de côté, quitte à les 
reprendre pour les examiner à part, tous les cas où Vo est mêlé d'une 
manière quelconque à un j, provenant soit d'un i consonifié, soit d'une 
gutturale amollie (ainsi les mots comme su(i), fugit, voce, angustia, 
studio, etc.). 

i. — 6 tonique libre = eu '. 

1° Final. Il n'y a pas, en réalité, de mots de cette classe : pro était 
en latin vulgaire por et appartient aux mots où â précède r. Sto est 
devenu siao par analogie avec vao devado; do n'existe pas en fran- 
çais. So est la forme qu'avait prise su m en gallo-roman; mais ce root 
s'est ajouté un / d'origine incertaine, qui nous oblige à le renvoyer à la 
classe des mots où V<i est immédiatement suivi d'un ;^ 

2* Devant une voyelle. Je laisse de côté les mots où cette voyelle est 
un I, qui demandent une étude à pan. — i] a : tua sua font réguliè- 
rement en anc. fr. teue scue i ; du a s faitd!o« *, qui serait devenu deues ; 
mais la forme féminine a de bonne heure été assimilée par la forme 
masculine. — il u : tuum suum ont été traités de deux façons suivant 
qu*ils avaient ou n'avaient pas l'accent : dans le premier cas ils ont 



t. Cette notation représente S, tatitât ouvert iflatr), tantôt fermé ipreux). 
Je ne dislingue pas les deux valeurs, entre lesquelles la voyelle française s'est 
repartie à l époque moderne d'après la règle qui préside aussi, sauf quelques 
exceptions, au dévetoppement de l'a, de \'e et de l'o : chacune de ces voyelles 
est ouverte quand elle est suivie d'une consonne prononcée, fermée quand elle! 
termine la syllabe ou qu'elfe est suivie d'une consonne devenue muette. 

2. Burguy mentionne, mais sans exemple, icu, oîi on pourrait voir une repré- 
sentation Mêle de so = sum ; mais c'est sans doute une variante de scus^ seax, 
forme qui équivaut à suis dans les dialectes où \*ut français est représenté par 
eu (cf. cule^ ntut^ etc.). 

j. Cf. les rimes tues nues (= nodcs) dans Benoit (cité par Burguy), seue 
gueue dans le R. de la Rose {II 93), etc., etc. Tfur, seut ont été remplacés par 
les formes analogiques tienne^ mienne, 

4. Burguy donne des exemples de does dans des textes bourguignons (voy. 
aussi Pass. 106 a). 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 4I 

donné îuen saen, qu'an peut expliquer de différentes manières • et qui ont 
disparu de bonne heure devant les formes analogiques l.d 'après mien 
tien sien); dans le second cas ils ont donné ton son comme meum a 
donné mon. On ne trouve aucune trace de tu us suus, remplacés 
par les formes analogiques tis sis ou tes ses dès les plus anciens 
monuments». Duos équivaut à dôos et do os à dâusit qui est la 
forme du Rollant et d'autres textes anciens < (voy. Rom, Stud. III 175 ; 
Rom. VIII 301 ; Zeitschr. III 484). On comprend ainsi que dàus soit, 
dans ces textes, distinct de mots comme ploros ou prot {plurus, prut) ), 
puisque le premier mol contient à libre 4- u, les seconds 6 libre seule- 
ment ; mais dôus s'est par la suite assimilé à ces derniers et ne s'en dis- 
tingue pas depuis le xii" siècle. Cela était d'autant plus naturel que dôus 
était seul de son espèce {fous, dàus, mous avaient un ouvert) avec 
les mots lôus bu ti'yms jou de lupos iupo et jugos jugo, devenus, 
par l'affaiblissement et la chute du f et du 5, luuos luuo, luos luo, 
juos juo''. Diverses formes de ces derniers mots seront indiquées plus 
loin; en fr. mod. lou\p]s ex j ou [g) s sont arrivés à une forme différente 
de deux. 

j" Devant une dentale : cote queax^y ne pote neveu^, voto vœw^, 
vota veue*°, nodo nœud*'. Il faut y joindre le mot preu qui vient de fjro<^ 

1 . Mais non en tout cas par la diphtbongaison de Vu en ue. A mon avis, 
t û u m a donné lôon comme meum a donné m'uon, et U'jon s'est affaibli en ttkn tuât. 

2. Le Ugtr a /oi (16 b) ; mais c'est peut-être une forme provençale due au 
copiste. On y verrait avec certitude une forme française si on admettait avec 
Dic7 (II, 97) que fa, ses sont des affaiblissements de tos^ sos. Mais les formes 
anciennes tts^ sis montrent bien que c'est l'analogie qui e$t ici en jeu. 

j, Dôus est proprement l'accusatif masculin ; le nom. est Jui, Le roman avait 
modifié duo, seule forme de duel (avec ambo) conservée en latin, de façon à 
le rapprocher des adjectifs ordinaires; il disait au masc. du! duos, comme le 
latin classique au fèm. duaeduas. En français doas = duos a supplanté Jai 
= dui, comme d'ordinaire, et aussi le fém. </fUM=:duas, qui a semblé inutile, 
(f«i, quatre, etc. n'ayant qu'une forme pour les deux genres, 

4, Sur le maintien de \'o, u atones dans ces conditions, voy. Rom. VU 464. 

j. Voy. les exemples qu'en a réunis M. Bœhmer, Rom. Stud. III 601. 

6. Voy. sur la chute de ^ et fr et la conservation de l'o, u final dans ces 
conditions. Rom. VII, 464. 

7. Us ix), attestée par d'anciens exemples, est encore plus marquée dans 
divers patois, qui disent keuce ou keuche; il semble qu'on ail dit petra cotis, 
d'où (p'urn) qutuz. 

8. Le Rollant d'Oxford présente les formes graphiques bizarres nevold et nevuld. 

9. L'absurde graphie, prétendue étymologique, œa pour eu ne change rien, 
naturellement, au son. 

10. Voy. Rom, III, 100. Aux exemples de maie vcuc donnés là, ajoutez : Mon- 
taigloQ et Raynaud, Fabl.., XCIV, ^86; Jubinal, Nouv. r«., Il, li {mal noi); 
Renan, l. IV, v, 10956; G. de Cornci^ p. 718; FabUl de Paradis {Dunnarl^ 
p. 46J), sir. 27 (ms. malt ture^ I. malt voe et au v. suiv. rescoe pour sccore)^ 
etc., etc. 

M . Le </ de naud est encore uoe graphie barbare, en sorte que ce mot est 
doublement fautif. 



G. PARIS 

dansprodest [voy. Rom. IIIi 420). Le mot cauda était devenu cQda 
en latin vulgaire et est traité comme tel par toutes les langues romanes ; 
de là £(utue. Bien que Tu de n ut rit fût long, il s'était changé en 6 en 
latin vulgaire (voy. dans Schuchardi, II, t86, III, 225, des exemples de 
notrîre), et est traité comme tel dans les langues romanes : de là l'anc. 
fr. neure (Bodel, Congés, 45 1 ; Scheler, Trouv. belges^ t. J, p. ^9; B. de 
Condet, VI H, 55, etc.). 

Il y a quelques exceptions apparentes dans lesquelles on a ou pour 
eu. Si prora s'est changé en proda, le fr. devrait être preue et non 
proue; mais le mot n'est pas ancien : Littré n'en donne d'exemple qu'au 
xve siècle ; le m. â. disait bec ou brant ' ; le mot proue est sans doute venu 
d'Italie, et peut-être de Gènes [Rom. IX, 486). — Le lai. lutra aurait 
dû donner leure; la conservation du / dans loutre indique que ce mot ne 
vient pas de lutra ; il provient, soit d'un luttra qui n^est pas attesté, 
soit de l'ail. 01 ter, ce qui est plus probable. Le Berri possède la forme 
régulière leure (et aussi bure). — L'anc. fr. bout ne peut venir de bute, 
non plus que bouteille de b û t i c 1 a ; la conservation du t indique butte, 
butticla; cf. Diez, s. v. botte. — Arbouse ne peut être la forme fran- 
çaise d'arbutea, ni, à plus forte raison, d'à r but a : l'arbouse est un 
fruit du midi, et son nom en vient. — La conservation du t dans tout, 
toute, indique que le latin vulgaire, au moins en Gaule, disait tdtto, 
tôtia» ce qui a d'ailleurs été reconnu par plusieurs savants ; il est donc 
naturel qu'on ait ou, représentant de l'd entravé, et non «a, représentant 
de Va libre. 

Des dérogations d'un autre genre sont : voue, avoue (y ont), doue 
(dotât), noue (nodat). Elles sont modernes et dues à l'analogie. Depuis 
Torigine de la langue, les verbes de la première conjugaison ont tendu -' 
runification de leurs formes, que la place de l'accent, sur le radical 
sur la terminaison, divisait primitivement en deux classes. C'est aîr 
qu'on dit aujourd'hui aimer et aime y prouver elprouye^ etc., tandis ( 
l'ancienne langue disait amer et aime, prouver et prueve, etc. De m( 
pour les verbes qui nous occupent, l'ancien français avait eu aux for 
où Va latin avait l'accent, ou aux formes où il était atone. On con 
guait : wii, veues, veut, vouons, vouez, veuent; vouoie; vouai; veue ; 
(subj.), etc.; vouer, vouant, voué, reproduisant ainsi v6to, vét 
v<5tat,vot6mus», vota tis, votant ;votâvaiVOtâvi;v^ 
vête; votâre; votante; vottuo. De même neu, neuesJ 
mais nouer. Mais l'analogie est intervenue qui, de bonne heure 4 

1. Voy. Wace, Rou, éd. Andresea, ïi, 6476. 

2. Sur la substitution de -ûmus<==^ 6 mus;, emprunté â sumuSj, i 
nenccs en -amus, -émus, 4mus, -îm us des différentes coniugaisc 
Rom. Vil, 62). 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE *. FERMÉ 4} 

rapproché les formes divergentes, et a fait dire voue, avoue, none^ à cause 
de vouer, avouer, nouer '. Les subst. vcru, nœud, sont restés les témoins 
de l'ancienne forme; au reste veu^ veue^ etc., neue, etc., ne sont pas 
rares dans les textes et se sont mainteniis très longtemps à côté des 
formes analogiques *; de même deu =^ d6to, voy. dans Littré l'exemple 
de Beaumanoirî. Excédai faisait esqueue et ex coda re érîcoutr. — 
Un verbe dont Phistoire présente des difficultés est ex eut ère : il doit 
faire à Pinf. esijueurre, à l'ind. prés, esqueu*, csqucuz, esqueut, escouons, 
escouez, esqueuent ; et l'uniformisation de la voyelle du radical n'ayant pas 
été régulièrement accomplie dans les conjugaisons autres que !a première 
(cf. meurty mourons, etc.), ces formes pourraient subsister. Mais, par un 
accident qui n'est pas sans exemple, ce verbe a été déplacé de sa conju* 
gaison normale : les formes escouons , escoaei^ la difficulté du parfait 
régulier tscous^ l'ont fait passer à la première conjugaison, d'où le 
V. cscouer, inconnu à l'Académie, mais usité dans le parler populaire de 
toute la France t. Il est difficile de distinguer de cet escoucr notre secouer^ 
qui n*a pas d'exemples anciens, ce qui est singulier s'il vient directement 
de SQCcuierc". Esqueurre, esqueut, etc., sont au contraire des formes 
fréquentes au moyen âge. — Le v. roder e ne m'est connu en fr. que 
par un passage d'André de Coutanccs, où il se trouve à l'inf. sous la 
forme rorc (Jubinal, Contes, H, 14), qui serait reure en français moderne, 
si le mot avait persisté. 

4" Devant r : hora heure 7, oro (masc. de ora^ eur me. fr. s, flore 
fleur f mores mœurs j cantatore chant(^e)ear et de même tous les noms 
de personne en -tore, sorore ior^ur anc. fr., uxore oisseur âne. fr., 
seniore seigneur et tous les mots analogues en -ore, sudore sueur et 



i. Le picard dit au cootraire muer, par une analogie inverse, conforme à celle 
que le fr. suit pour aimer, el non pour prouver. 

2. Cette explication est déjà celle de M. Baehmer, R. St. IIl ^99, pour noue 
voue doue et aussi pour coule couve, 

]. Lutare a donné en anc. fr. louer^ dont je ne connais qu'ua exemple, iuad 
dans Roi. (voy. Rom, II, loi): ce verbe devait faire aux formes fortes ku, etc. 
Cf. «t. lotare, esp. hdo, 

4. L'He exculio paraît être tombé, comme il est arrivé souvent, en latîn 
vulgaire; la 1'* pers. était en lai. vulg. escôto. 

}. D'après Burguy (II, i;4), on aurait déjà dit au XIII* s. escouer pour 
esqueurre, d'après ce passage de Raoul de Cambrai (p. 102} : Gransfu H colSf moll 
fiit a resoignier, Si l'escoua quel Jist agenoilUr; mais il faut lire : Si l'esiona. 

6. Voyez lâ-dessus les remarques et les exemples de Burguy, II, 1 54, et 
Littré, 5, V. 

7. Dans mak hure rimant avec aventure, je verrais volontiers, avec M. Mussafia 
{Zettichr. I 408), une confusion avec mal târ. 

8. Voy. Roquelort et Cachet. Cette forme si f.-équenle parait avoir échappé i 
Diez {Et, Wb. s. v. orto) et à M. Bœhmer [Rom. Siud. [II 190). Sur la lorme ur 
â la fime, voy. les vers de Garnier de Pont-Sainte-Maxence cités par Littré au 
mot Or le. 



I 44 ^' i**^*^ 

$0W les abftnitt inMCwliiti m -ore devenus féminins, (i])loro leur, 
pitoro ptftÊf d'où ^t)feu dans VilUpreux^ = Villa pirorum, 
fàhrofofaneu'fj àtm VilUfavreux^ Confavreux ^ Villa fabroruni^ 
CariJt fabrorom (QuJcberat, Formation des noms de lieux, p. 6o|i, et 
4e Méae kf ^éaicili anciens en -oro {ancieneur cic) et peut-être par 
ipe candeloro fpmif candelaro) ChandtUuT^^ plor^t pleure, 

' ^ékfUitr, oral ^iir^ anc. fr., adorât atare anc. fr. Il faut joindre à ces 
\àtmbfik\ et devèrat, devenus demôrai et devôrat?, demeura 
d diwair€ 9BC. fr,, par le changement ancien de leur à en o, qu*ont 
fUCDMi plMJeuri pèilotogoes4 ^ le fr. mod. dévore est savant et repris 
ém biB, ooawe iliufique IV de la première syllabe (cf. demeure^ devient). 
(^K^Mi flMiCf présentent ou au lieu de eu, Saporat a dû donner 
tOFtaft, €1 son lopoitre ; on trouve en effet constamment au m. â. saveure^ 
éUâPtmi ; MPOure est dû â l'analogie de savourer. Remarquons que pour 
plorjre, demorare, l'analogie s'est exercée en sens inverse : elle a 
lotrodiifl partout la voyelle des formes faibles : l'ancienne conjugaison 
HakfUar etci pleurons letc.l, demear (etc.) demourons (etc.); la moderne 
eUfbàn pUarcns, demeure demeurons <. — Le mot le plus embarrassant 
CM OMWtr, qui fait dam la classe des mots en -ore une exception unique^. 
le reriendrai plus loin sur b prononciation de ce mot au m. â. , et je cher- 
dbcraî tt amor n'a pas été, pendant un certain temps, semblable dans sa 
temnnaison aux représentants de sudore, calore, honore, etc. 
devonu iueur, chaleur^ honneur, etc.; mais il est certain en tout cas que de 
VH bonne heure il a quitté leur groupe pour se joindre à celui des mots 
en -OBT^ comme touryf^y jour{n] , estûur{m), où Vou provient régulièrement 

^T, L'r s'éteignaot, IVa, qui est ouvert guand Vr a prononce, est devenu 
kmé ict qui a amené la graphie hux). Ue même dans mommr^ prononcé 
mltji, el dans !es formes comme piqacux, etc., pour ptqumrs, 

2, L'origine de ce mot est douteuse, à cause des nombreuses formes sous 
lesquelles iï se présente. 

j. La raison de ces formes est sans doute le déplacement de l'accent : le lat. 
clas». disait démo rat dévorât : le roman, par un principe <!|ui lui est propre 
^voy. mon Accent latin, p, 8}). transporte l'accent sur l'o ; mais une pénultième 
brève tonique est contraire à l'accentuation latine, d'où le changemeni de quan- 
tité. Notons d'ailleurs que demuere et drvuere existent à côté de dtmturc Jeveure, 
— M. Fcersler {Rom. Stud. III 182), approuvé par M. Bœhmer (Ih, II! 597) 
el M. Ulbrich {Zeitsckr. Il ^^), pense que l'r a changé en ô Va précédent, 
ce qui, ajoule-l-il, n'est pas plus étonnant que le changement semblable pro- 
duit par m n. Mais devant m n, ce changement est constant ; devant r il se 
réduirait à deux mots. Il est d ailleurs curieux de voir M Fœrsl<*r attribuer à 
une / le pouvoir de changer un à précèdent en <^^ tandis que M. Havct (voy. 
ci-dessous, ç. 49, n. 4) fui attribue celui de changer » en 3. 

4. Voy. Fœrsier, Romaitisthe Studicn, III, 178 ig^ 

$. A|. piunr, anc. Jlourir. sous l'influence <\ç fleur. 

6, Amour est encore exceptionnel en ce qu'il est masculin (comme honneur) ; 
|e n ai pas ici à étudier les raisons de cette particularité 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 45 

d^un 6 entravé. Quelle peut être la cause de cette anomalie } Il me 
semble qu'on peut la trouver dans l'analogie : amour a été influencé 
par jmour^iii, amoarete, et surtout peut-être par les verbes amourer ', 
énamourer^ dtsamoarer^ dont les formes fortes étaient sans doute originai> 
rement ameuT^ amcnres, amcun, mais devinrent par analogie avec les 
formes faibles amour ^ etc.V II est vrai que nous n'avons pas de pendant 
exact â cette déviation d'iimour ; mais , si je ne me trompe , aucun 
mot en -ore n'était soumis aux mêmes attractions analogiques. Doulou- 
reux^ vigoureux^ rigoureux^ langoureux^ savoureux, ne sont pas avec leurs 
substantifs dans un rapport aussi étroit qu'amoureux avec amour; aucun 
de ces substantifs n'a de diminutif comme amouretc » ; les verbes («)- 
vigourer^f savourer sont moins rapprochés des noms. Cependant on 
trouve aussi pour ces mots des traces d'une tendance à changer eu en 
ou. Un dicton encore fort usité au xvi* siècle portait : Er\ oiseaux^ en 
chiens, en amours Pour un plaisir mille doulours, assimilant ainsi doutour 
à amour; les formes langour^ rigour, savour, vigour, indiquées par Liltré 
pour le xiV siècle, ne sont peut-être pas de simples provincialîsmes. 
D'autre part il faut remarquer l'influence analogique inverse exercée par 
chaleur et p{e)eur sur leurs dérivés, chaleureux et p{e\eureux au lieu de 
chaleureux et p€{p)ureux. — Labour n'est pas à compter ici ; il ne vient pas 
de labore ; c'est le substantif verbal de labourer ^ verbe à demi savant 
(comme le montre la conservation du h\ , qui pourtant avait autrefois eu 
aux formes fortes [En peu d'eure Dteu labeure, disait un proverbe) , et leur 
a étendu plus tard, avant la production de iabouri, Vou des formes faibles. 
— Je noterai ici le mot pour , qui vient non de pro, mais de p6r, forme 
du latin vulgaire^ : pôr a fait pour et non peur parce qu'il est toujours 
proclitique, et que son d est dès lors atones. 

1. Voyez-en de nombreux exemples dans le Dictionnaire de M. Godefroy. 

2. M. Bœhmer se demande si on n'a pas craint la ressemblance d'â/ruuri ivcc 
meurs meurt (lisez muers matri). 

j. Le mot est ancien : v. Littré. 

4. Je ne cite pas endolorir ni honorer et ses dérivés, mots dont ta prononcia- 
tion a été rapprochée de la prononciation moderne du latin. L'anc. fr. disait 
endouloari (vojr. Litlré), U honeure. 

). Lihoarer n'a pris le sens spécial qu'il a aaiourd'hui, et qu'il avait quand 
il a engendré lahur, qu'assez récemment (voy, Lillréi. Quant i labeur, j) est 
dénonce par son genre masculin comme venant aussi, mais plus anciennement, 
de labourer. 

6. De là la confusion avec per dani la plupart àa langues romanes. Presqw 
tous les composés français qui commencent par pro- sont avants; la forme 
popubjre est pour-, — Au reste, on pourrait hésiter sur fa quantité de \'o de 
por : puu dans geter puer pourrait bien venir de pfo et non de porro, et 
attesterait alors la brièveté de To. 

7. Je ne traite pas ici rhistoire d'aatoa/. Ce mot, qui paraît bien venir 
d'acceptore ou platât auceptore, présente encore de grava ddficultés 
élymolofpqoei, L'anc. ir. disait ottcur. 



I 



I 



I 



4^ G. PARIS 

Dans quelques mots nous trouvons, non pas ou^ maïs u â la place d*eu, 
^La forme peiir au lieu de peeur est attestée par la rime dans un grand 
nombre de textes anciens là ceux qui ont déjà été cités aj. Renaut 594, 
26y etc.1. U y a eu certainement ici une sorte de fusion entre le v devenu 
u {pauon) et Vo ' ; au reste la forme paeur, pornr, ptcurt^X la plus usitée. 
— ^ M6ra est représenté par mûre; mais l'anc. fr. dit même (voy. Rom. 
V 596 ; Théophile, au xvii* siècle, fait encore rimer meures avec demeures), 
et cette forme, ou celJe qui lui correspond régulièrement, est la seule 
connue des patois; le fr. mûre est sans doute le produit bizarre d'une 
^^usse étymologie populaires 

5» Devant s : pietoso piteux^ pietosa piteuse^ et tous les mots en 
-ose, -osa, io(n)so teus anc. fr., io(n)sa teuse anc. frJ. 

Les exceptions, où l'on trouve ou au lieu d'eu, sont en apparence 

raves et nombreuses, mais elles se laissent toutes expliquer. Zeloso 

'est devenu jaloux sous Tinfluence de jitlousie, jalouser ; jaUus est fréquent 

au XV* siècle et se trouve encore dans Ronsard (Littré) *- — Le mot ] 

.pelouse^ de pilosa, n'est pas ancien en français; c'est sans doute un 

'terme de jardinage emprunté à un patois (d'un pays où on avait appris 

à donner au gazon cet aspect uni et serré qui carartérise la pelouse ï) ; 

l'ancien français avait ^adjectif peleux *>, pcleuse ; la chenille s'appelle en 

Normandie chûtte peleuse 7. — Ventouse a été modifié par le verbe ven~ 



1. M. Fccrsler {Ztitsckr. Ill, ^00) est porté â expliquer pcùr par une forme 
patoreo, mais il reconnaît que te genre féminin du mol rend cette hypothèse 

ru vraisemblable. L'it> paura^ qu'il explique par pavorea, me semble, comme 
Diei, avoir pour origine une simple substitution de suffixe (pavura, cf. 
:Mrë à oMé de rancore] facilitée sans doute par une prononciation pau(o)re 
ir panore. M. Mussaha .Zcitschr. 1 408"), qui accepte celte substitution pour 
"îtalieii, est porté i reconnaître en français une • immixtion » du même suffixe 
laos U (orne pmr pour patar ; mais pourquoi cette immixtion aurait-elle eu 
lieu dans ce seol mot? La cause déterminante de l'altération de \'6 est le voisi- 
nage de l'fi =: K 

2. Cette confusion paraît remonter au movcn âge, 1 en juger par ce curieux 
: et U Yatgeattce d* Raguûicl (v. j t66 s$.), où on trouve côte â c&te la 
neare <écrite moft^ et rimant avec demore) et U forme mcùre^ qui ne peut 

> que de natora : Ses cke»aU /u plus noirs fitf more^ Et trutote s* autre 

ve Plus noin ^tu ne soà mavre. 
). Je n'ai pas reacootrè tens en anc. <r., mais il est attesté par les diminati£( 
\ fréquents toasel^ teasd; itase se trouve souvent. Je crois, malgré Diez, que 

flN>ts lieaaeQt de tonso, lonsa, et non intonso : ils se sont formés i 
t éfwoiK o& OQ avait l'habitude de couper les cheveux des enfants. En tout 
1 ib nool rieo à ^ire avec thyrso, que nous retrouverons plus loin. 
. M. Bcehner (/. L) croit yalo» emprunté au provençal. 

. Lephis ioôen exemple, dans Ltttié, est de Bulfon. 
I. Et attssiy sesble4-tl, on snbst. masc. ptleus^ au sens de t lieu couvert de 
: Mm a mantmgms, a kÊU iems^ Es itMf prAiâtu, ts biaas peleus 

'. A Smesej éÊÊÈL féam (càngoMst A' s donoe en r), d'où sans doute 



i 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 47 

touser, dont les formes fortes étaient anciennement venteuse^ etc., puis 
ont pris Vou sous l'influence des formes faibles et l'ont transmis au subs- 
tantif; venteuse est encore dans Commynes (Littré) ; l'adj. venteux a 
naturellement échappé à cette analogie'. — S poln)so , spo(n)sa, 
spo (n) sat sont représentés par époux, épouse^ épouse; mais ces formes 
sont modernes. Ici encore les formes faibles du verbe se sont assimilé 
d'abord les formes fortes, puis les substantifs apparentés : l'anc. fr. disait 
// espeuse et nous espousons ; plus lard il a dit il espouse^ et de même j'es- 
pouse^ etc. Espeus, espeuse se trouvent encore très tard; mais ils ont fini par 
subir l'influence du verbe et sont devenus espoaSf espousi^. Toulouse de 
Tolosa est un mot méridional ; il faut prendre garde de mêler, comme 
on le fait trop souvent, à l'étude de la phonétique française des noms 
de lieux situés au sud du domaine français propre. — Dos ne vient nul- 
lement de doso pour dorso, mais de dosso, comme le prouvent les 
\ dérivés, et Vo y était ouvert, et non fermé, comme le montre l'it. dôsso 
(l'esp. dorso est un mot savant). La forme dous, qu'on trouve au xvi«^ s. 
{dours, comme dors^ n'est qu'une graphie étymologique) et dans quel- 
ques patois, est due à un accident particulier^ par lequel à devant s 
est devenu ou (cf. chouse, rouse, lous, etc.). — Je joins ici bouse, bien 
que l'origine ne m'en soit pas connue, parce qu'il remonte évidemment 
à une forme bdsa; Tanc. fr. disait bease ; la forme moderne doit 
être influencée par boasatf bousier, — Consuo, devenu c6so, et de 
même côsis, côsit, c6sunt, sont en français cous^ cous^ cout^, 
cousent ; c'est encore par l'influence des formes faibles cousons^ etc., 
que 1*011 a remplacé l'eu; l'anc. fr. disakkeus, keus, keut. Cette influence, 
comme je l'ai dit plus haut, s'exerce peu dans les conjugaisons autres 
que la première ; mais ici elle était facilitée par le fait que l'ancienne 
n de co(n)suo, etc., avait pu faire prononcer en latin Va tantôt 
comme entravé, tantôt comme libre. A la j* pers, du plur. du prés, de 
rind., et à Tinfin., il semble qu'on trouve plus fréquemment, dans l'an- 
cienne langue, ou que fu, cousent et cousdre^quekeusent tikeusdre ; mais 
il est difficile de décider si les formes en ou sont étymologiques ou ana- 
logiques. — Enfin nos, vos sont représentés par nous^ vous, et non par 



>. M. Bœhmer voit dans pelouse^ ventouse des t dissimilations » de poileuse, 
venteuse (adj.l. 

2. On pourrait signaler ici l'omission de creax^ mais je ne puis croire avec 
Drez <)u< ce mol vienne de corroso, l'ancienne orthographe crues et les 
rimes indiquant un ô. M. Mussafia {Zeitschr, I 410) hésite aussi sur l'origine de 
ce mot. 

j. Notre orthographe officielle coaJSj couds, coud est le comble du ridicule. 

4. L's -h r de co(n}f{u]ere ne suffil-elie pas à laire entrave? Je ne le pense 
pas : cf. ^ + /dans pe(n)s{i)le, d'où peisU^ poêle. Si cependant côserc 
avait un â entravé, il aurait donné cousdrc, et kcusdre serait une forme due à 
l'analogie de ktut = côsit. 



neiu, veus ; cela tient à ce que ces mots sont le plus souvent proclitiques. 
Peut-être à l'origine avaient-ils deux formes, Tune pour les cas de pro- 
clise, l'autre pour les cas où ils étaient accentués {à nous, de vous, nous 
m sujet d'une réponse elliptique à une question, etc.)^ comme ego avait 
deux formes, /ou proclitique et gié accentué, comme m eu m avait deux 
formes, mon proclitique et mUn accentué, etc. ; mais alors la forme 
tonique, qui serait aujourd'hui neus, veus, s'est perdue de très bonne 
heure : je n'en ai pas trouvé trace dans les textes anciens ; nous verrons 
par la suite de notre étude nos, vos assoner ou rimer toujours avec des 
mots qui ont en latin un à entravé, c'est-à-dire qui auraient ou en fran- 
çais moderne. 

6' Devant / : solo seul, sola seule, gula gueule. Ce dernier mot est 
parfois écrit guele, graphie qui appartient normalement à la diphthongue 
tu (anc. uo) issue de ô et non à la diphthongue eu issue ât à. Il est 
visible que pour ce mot cette graphie a été suggérée par le désir d'indi- 
quer la prononciation du g, qui, si on écrivait geule, risquait d'être 
prononcé ^. Mais la prononciation assimilait ce mol à ceux où Veu pro- 
vient d'ô latin : gueule n'assone ou ne rime qu'avec eux. 

Coule de côlat présente ou pour eu; c'est encore un fait d'analogie r 
l'ancien français disait keule (voy. eskeule dans Bodel, Congés, v. i j6). 
— Il est à peine utile de faire remarquer que console est un mot savant. 

7' Devant les labiales. Les phénomènes qui se présentent ici ne sont 
pas aussi simples que ceux que nous avons vus jusqu'à présent, l) semble 
que la labiale ait exercé une influence sur Vô précédent et l'ait empêché 
de suivre son développement normal. Mais il est très difficile de se rendre 
un compte exaa de ce qui s'est passé, parce que Vou moderne, qui n'est 
qu'une mauvaise notation du son u (allemand ou italien), se distingue 
mal de Vou ancien, qui est une diphthongue composée de o -f u, et qui, 
comme on le verra plus tard, est la source de Veu moderne. Les mots 
latins de cette classe qui ont passé en français sont peu nombreux ; nous 
examinerons successivement ceux où Vô se trouve devant b, br, bl^ p, 

kpr, pi, V. 
I. Devant b. Ubi fait où; dans l'anc. fr. il est possible qu'on ail eu 
deux formes, l'une avec diphthongue (fr. mod. eu\ quand le mot était 
ionique, l'autre avec la voyelle simple ifr, mod. ou] quand il était atone. 
Le ms. L d'Alexis écrit Unt6t oo, tantôt o et tantôt u • ; mais on ne voit 
fos que celte différence réponde à des conditions toniques différentes. 
U composé monosyllabique /oa, si fréquent dès le Xîi« siècle, indique 
une fanne atone de'ubi; il semble qu'il y ait eu à côté un composé en 




Voj[. Rm. IX, m8, oà i doq reprises, dass ks indications <** 
oorr^ercese. 



vds» 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 49 

deux syllabes la eu, d'où lea (voy. par ex. ThèbeSf v, 20, ms. A, dans 
Constans, la Légende d^Œdipe, p. 244, ucxt), qui est devenu plus tard 
leur^ employé dans plusieurs textes wallons du moyen âge '. Le fr. mod, 
ou serait donc la forme atone généralisée, comme pour nous, vous^ eic. 
— Cubât a iaii keuve, que cite Liitré d'après Guillaume de Machaut 
et qui se trouve antérieurement j mais couve se rencontre dans plu- 
sieurs textes du xiii' siècle, et s'explique sans doute par l'analogie des 
formes faibles, à moins qu'on ne regarde ici ou comme l'ancienne diph- 
ihongue, qui aurait été arrêtée dans son changement en eu par l'affinité 
du V, consonne labiale, avec la voyelle labiale 0, en sorte que célat et 
côbat donnant semblablement càule et càuve, le premier serait devenu 
kéule, le second n'aurait passé à kéuve qu'exceptionnellement, et serait, à 
cause du v, resté couve, devenu plus tard couve. On sent qu'il est impos- 
sible de décider la question, couve n'ayant pas de rime. — Dube, nom 
d'un fleuve qui du reste est aux extrémités du territoire français, paraît 
avoir donné toujours Dou (écrit aujourd'hui Douhs) et non Dm. 

2. Devant hr. Robur a donné rouvre ; roure est une forme dialectale, 
où la chute du y est postérieure à la fixation de la voyelle ; je ne connais 
ni reuvre ni reure. Il faut donc ici admettre que le v 2 empêché Vôu de 
devenir eu, — Cèl 6 bra proparoxyton est devenu côlobra paroxyton, 
comme l'a montré ici {Rom. VI, 4J3 ss.) M. Louis Havet. Si Ton 
n'avait que le mod. couleuvre, on pourrait l'expliquer tout simplement 
par la transformation de cJ en m^ mais la comparaison de l*esp. cuiebra 
pour culuebra^, l'onhographe cokevre^ et l'examen des rimes? prouvent 
que nous avons bien affaire ici à un Ô4, — Octobre^ cité par Diez, est, 



1. Voy. Tobler, dans Gatt. Ce!. Ani., 1874, p. 1046. La forme hr dans 
Richart le Bel, v. 36^0, n'est qu'une notation différente du même mot. Poux la 
composition et l'addition (sans doote euphonique) de l'r, comp. iavour^ m. s., 
dans les patois modernes de la Saintonge et du Poitou. 

2. Cet argument à îui seul ne serait pas solide, parce ou'il arrive assez sou- 
vent à l'espagnol de traiter 6 comme à, c'est-à-dire de le diphlhonguer à la 
tonique; cf. Diez, Irad. fr., I, 148. 

}. Voy. par ex. E. de Fougères, CCXXXVJ {ûvre descovre ovre colovre) et 
les rimes avec uevre citées par Littré. 

4. M. Havet attribue le changement d'à en à â l'influence de IV, qui aurait 
exercé la même action dans nura (pour nuru} devenu en it, nuora, et dans 
c6prco (= cupreo) devenu cùpreo d'où cuivra; il compare i pour é dans 
gembfTt de ju ne pire pour [unipero- Mais ses rapprochements avec l'alter- 
oance de I et f, u et en latin (addîlur ad dere, robur roboris, etc.) ne 
sont pas exacts : il s'agit là de voyelles atones et non toniques. D'autres sont 
contesiables. Nora, qui a un è dans toutes les langues romanes, 3 dû subir 
l'influence de quelque analogie perturbatrice (soror? cL il. iuora^ nuora]. Une 
telle action de IV sur une voyelle accentuée est dilAcile à accepter (cf. fl6re, 
véro, etc.); peut-être, comme on le verra plus loin (p. ^2, n, 6), est-elle vraie 
du groupe [br, pr =\ vr et encore faudra-t-il la restreindre à \'é transformé 
en ô, car le changement de juni pero en junepîro me paraît dû à i'étyuio- 

Romania, X a 



50 G. PARIS 

cela va sans dire, un mot savant ; on trouve en anc. fr. uitouvre qui vient 
régulièrement' de octobre', si on admet que la conservation de la 
labiale empêche la diphthongue ou de passer à eu. — Sobre est savant. 

j. Devante. M<5bti) le sous [Influence de môvere, raôvita, etc., 
est devenu môble, d'où wiUi'We (voy. Rom. IX, jjj). — N6b(i)len'a 
jamais pu donner nohk^ Vè ne venant en français que de Vo bref latin 
entravé (ou de la diphthongue au) : noble est un mot savant, tout comme 
son dérivé nobilie (d'où nobiUf nabire] de n o b i 1 i o, dont le b conservé 
rindique assez. 

4. Devant p. Je n'ai trouvé pour lupa d'autre forme que imvCj ce 
qui confirmerait l'hypothèse d'après laquelle le v immédiatement suivant 
a empêché ou de se changer en eu (conf. encore Lupara Louvre] ] mais 
l'histoire de lupo présente plus d'une difficulté. Le p, affaibli en b^ 
puis en V, a fini par passer à u, et s'est sans doute confondu avec Vu de 
la diphthongue ancienne : /ouu, lâu. On pourrait croire dès lors que la 
forme actuelle ha(ji) tient à la présence de cet u — jf = p, comme celle 
de louve tient à la présence àe v ^ p ; mais il est impossible de contes- 
ter que la forme îeua. été longtemps la forme usuelle du français ». Leu 
est attesté spécialement pour Paris et la contrée avoisînanle : les rues 
du Petit et du Grand Hurleur formaient autrefois le quartier de Hueleu, 
nom composé de l'impératif de huer et du mot leu^ loup, et, sous le dégui- 
sement de la dernière syllabe de hmlmr, le vieux îeu s*est maintenu là 
jusqu'à nos jours. Divers noms de lieux formés de même se terminent en 
ku : tels sont Canteka 4, Pisseleu î, qui subsistent à côté des formes dialec- 
tales ou modernes de Canteloup^ Chanteloup7j Pissehap^, L'expression i /«a 
queue ku ku contient une fois, si je ne me trompe, et non pas deux 9, la 
vieille forme Uu^ en même temps qu'un reste de l'ancienne syntaxe : c'est 



logie populaire (immixtion de piro, obtenue par l'interversion de Ve et de Vi 
de junipero). 

1 . Octoivrc, cité par Littré, est peut-être une façon d'écrire odoevre^ oituevre^ 
ce qui indiquerait que \'o aurait été traité comme bref (cf. p. ii^ n. 6). 

2. Le latm vulgaire avait, dès le II" siècle avant Î.-C.^ la lorRie analogique 
oclembre, qui se retrouve en anc. fr., en prov. et en roumain. 

3. Je parlerai plus tard de la remarquable assonance de ku tn é ^= a dans 
Aucassin. 

4. Seine-Inférieure (2), Pas-de-Calais (2). 
j. Oise, Aisne, 

6. Calvados, Eure, Manche. 

7. Eure (2), llle-et-Vilaine, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire, Manche, Nièvre, 
Orne, Sarthe, Seine-et-Marne {2), Seine-et-Oise (i), Deux-Sèvres (2). 

8. Haute-^f!arne, Saône. 

9. M. Littré (voy. au mot Uu) pense que le mot toup est ici deux fois répété, 
les loups marchant les uns derrière les autres ; mais h construction ne s'expli- 
querait pas. La forme à ta qutut ton ion (citée au mot Qume) favoriserait, il est 
vrai, cette explication ; mais elle prouve seuleraieiît, comme le premier ka dans 
queue Uu kUy qu'on ne comprend plus l'anctetias coDStruction. 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ ^ I 

proprement à la queue le (eu, « à la queue du loup », et dans le jeu 
enfantin auquel elle est empruntée, tous les joueurs à ta file forment la 
queue du meneur, qui^ il est vrai, n'est pas « le loup », mais qui le 
devient s'il laisse gagner celui qui en remplit le rôle. Uust trouve (voy. 
Littré) encore au xv* siècle dans un texte tout parisien, le mystère de 
Sainte Geneviève, Enfm le nom de l'évêque d'Auxerre, Lupus, est 
devenu Uu dans de nombreux villages de Saint-Leu, situés dans les 
départements de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de l'Oise, de Saône- 
et-Loire, tandis qu'on trouve Satnt-Lmp dans les Ardennes (2], l'Aube, 
la Marne, l'Yonne, la Hauîe-Marne, la Haute- Saône (2)^ le Jura, Saône- 
et-Loire (2), la Nièvre (}), le Cher, la Charente-Inférieure, les Deux- 
Sèvres, le Loir-et-Cher, l'Eure-et-Loir, le Loiret (?), la Mayenne (2), 
la Manche et le Calvados (2). Il est donc probable que le p, ayant 
disparu, n'a pas exercé ici d'influence sur la diphthongue, et que la 
forme moderne /ouQ?) est due tout simplement à l'influence analogique 
de louve, peut-être aussi de louvat, louvetier, allouvi, etc. — L'anc. fr. 
possédait couvir, encouvir, de c u p e r e ; les formes fortes devaient avoir 
eu, cupit par exemple devait faire keut ; mais je n'ai rencontré de ce 
verbe que des formes faibles '. 

5. Devant pr. Sur vient-il de super ou de supra? Les formes 
anciennes sor et sore sont-elles des variantes purement françaises comme 
or et ore, ou correspondent-elles respectivement aux deux formes latines ? 
Il est probable que les deux mots se sont mêlés en français. La plus 
ancienne forme est le soure (pagiens) â'Eulalie. Comment doit-on l'inter- 
préter ? A mon avis il faut conserver l'u et lire sourc^ comme, dans le même 
texte, bellezûurei soue (je reviendrai plus tard sur ce point). On ne trouve 
nulle part en ancien français trace du p de super ou supra: il avait été 
absorbé de bonne heure, comme celui de lupo. Saur, sôure, est devenu 
.régulièrement seur^ seure, qu'on trouve pendant tout le moyen âge; 
Guillaume de Lorris [voy. Littré) fait encore rimer sorf et hore (c.-à-d. 
seure et heure). Sur est donc une forme moderne'^ amenée par la proclise» 
(cf. du de deuy prudhomme de preiidomme);s\ la langue avait gardé Tancien 
adverbe deseure, au deseure, il est probable qu'il aurait eu, mais elle l'a 



1. Coufj cité dans Sainte-Palaye d'après la traduction des sermons de saint 
Bernard, semble être la i^" pers. du prés, de l'ind. de ce verbe. 

2. Je ne puis dire à quelle époque elle apparaît. Natureliemeni sur dans les 
manuscrits anglo-normands doit s'interpréter autrement. Dans les éditions de 
textes du XIII" s. on trouve souvent sur^ mais il faudrait vérifier les manus- 
crits, les éditeurs étant portés à substituer inconsciemment la forme moderne i 
l'ancienne. — Seur paraît avoir pu rimer en m encore au XVI« s. iRom. V ;96). 

j. C'est aussi l'explication de M. Bœhmer. Mon cher et savant ami Ad. Mus- 
saha m'avait envoyé la même remarque m sujet d'un passage de la Romûnia 
(VII 2) oh je disais à tort que su pra en français donnerait régulièrement sure. 
Cf. ci-dessous, p. ^^, n. i. 



■■■■■H 
laissé perdre au profit de dessus, au-dasus^ qui sont composé: 
C(5pro = cupro paraît être devenu côpro, d'où cuevre anc. fr,» 
— Côôperit, devenu coprii, devrait, semble-t-il, avoir un fi, puisque 
son résulte de la contraction de deux o |cf. ci-dessous cérte de 
c6hôrte), mais il y aura eu sans doote élision et non coniracùon, car 
Vu est traité comme à : il donne en anc. fir. cuevre^, rimant avec oevrei 
== ôpera et = ôperai4. Le fr. mod. couvre est assimilé aux formes 
faibles. — Récupérât, devenu recôprat, devrait faire rekeuvrt^ 
mais à la rime ce mol figure avec cuevre^ uevrc (opéra, opérât], et il 
parait ainsi probable que IM, comme dans colubra, s'était changé en 
K Le moderne recouvre est analogique *. 

6. Devant pL Les groupes pi, hl^ font-ils ou ne font-ils pas entrave ? 
Il semble que la réponse ne soit pas la même pour toutes les voyelles. A, 
dans capulat, -abile, est traité comme entravé; mais è dans èbulo, 
ô dans populo, sont traités comme libres. Pour t' il semble qu'on ait 
les deux traitements: on rencontre fehle elfeible^ debie et deihle. Pour d 
ces groupes semblent bien faire entrave: dôplo, copia ont donné 
double^ couple^ jamais deubU^ keuple. Le nom d'arbre pôpolo paraît 
faire exception, puisqu'il donne peuple (d'où peapUer)^ tl non pouple 7. 



I 



1. Il faut distinguer ce cua/rc de cuivre^ aui vient de eu preo, ei dont je ne 
m'occupe pas ici, à ciu$c de la présence au ;. Dans certains textes, il est vrai, 
caevre peut être uae simple notation de comc (Mussâfia, ZeUschr. ï 410)- 
mais ailleurs on trouve les rimes cuofrc recuevrc^ etc., et des graphies comme 
qœwffc [BauJ. de Stb cité par Litlré). 

2. Cette 3« personne cl celles de affrir et soffrir, dont je parlerai plus loin, 
sont les seules dans l'ancienne langue qui, n'appartenant pas à la 1" con|ugai- 
son, aient un e féminin final, nécessité par l'euphonie. La langue moderne y a 
ajouté bien i tort des formes comme il cucilU, à tressailli^ etc. 

j. Il ne faut pas écarter la possibilité que c<ivrit soit devenu côvri t sous 
l'influence de vr : voy. cî-dessous, n. 6. 

4. L'étymologie d'ouvrir est encore tnceitaîoe ; la diphthongue ue dans uevrc 
n'indique pas nécessairement un bref ici. ci-dessous la note). Notons en pas- 
sant que la forme ananz, citée par Litt ré et admise par Diez d'après un psautier 
anglo-normand -.Michel, Ubn Psalm. Httt. gall. p. xviij), doit être écartée : 11 
but lire axaranz, comme dans les passages correspondants du Ps. de Cam- 
bridge |V 101 et du Ps. de .Montebourg (V 1 1 aorrani). 

j. Mais il est possible aussi que rtktutrt, de recoawrtr, ait été par erreur assi- 
milé à fuumt. de ruouynr. Ces deux verbes ont été absoloroent confondus au 
XVU« siècle. 

6. Si on embrasse d'un coup d'œil les mots caa/n coalûgrrt oàtuvre (?) ncuevre 
caatt de c6pro colôbra octobre rec6prat c6prit. auxquels il faut ajou- 
ter \uaM [ou inan\ de jovne et sans doote saipei de s^frit (piour sutfert), 
00 sera porté à croire que te groupe vr on, fr) a changé un 6 précédent en d, 
en sorte que les explications proposées pour chacun de ces mob derrajent être 
retoplacées par cette explication générale icf. Mussa£a, Zâîuhr. I 4101. Seule- 
ment routre et Loatre réitéraient en dehors de ta règle. — On pcnt reconnattr» 
une influence analogue du v -^y dans pluere = plu via et juvM s= flur^ 
dont il sera parlé plus tard. 

7. D'après Littré, on dit poapU dans le Centre ; ce seraii b 





PHONÉTIQUE FRANÇAISE : O FERMÉ jj 

Mais nous voyons par d'autres langues (it. pîoppo Gipdpolo^ etc.) que 
pôplo avait été changé en pôplo, sans doute par confusion avec 
l'autre pôplo; et on trouve anciennement en français, pour l'arbre 
comme pour le substantif collectif, la graphie pueple, qui indique la 
confusion des deux mois. 

7. Devant >" : 6vo étant devenu ôvo en latin vulgaire ^^ ÎI n'y a que 
movit etcognovit, qui donnent régulièrement meut et coneuî^. — 
V6 de jivene = jùvene est devenu ô^ é'oiijucvne \juefne\ juene jmne^ 
ce qui est propre au français, les autres langues ayant conservé Va. Il 
faut sans doute reconnaître ici une influence du groupe vn analogue à 
celle du groupe vr (cf. la forme juene pour jucvne] ■♦. 

8. Devant les nasales. La diphthongaison de V6 est empêchée par la 
nasale, comme celle de Vo (au moins dans la plupart des dialectes), et 
pendant tout le moyen âge ô et à devant une nasale {don et hon^ corone 
et bone] riment ensemble. Je ne puis étudier ici l'histoire de Vo nasal. Je 
me bornerai à dire que, comme toutes les nasales françaises, il faisait, 
au moyen âge» entendre dans les terminaisons masculines la consonne 
après la voyelle nasale : bon et non bô comme aujourd'hui, et que dans 
les mots féminins où Vo est séparé de Vé final par m ou n simple ou 
redoublée, la voyelle était tout aussi nasale qu'elle Test quand elle en est 
séparée par m, n suivies d'une autre consonne ; ainsi Rôme^ bône, 
comme rompe, bonde, li arriva plus tard (pas avant le xvi** siècle, 
si je ne me trompe) que dans les mots féminins de ce genre la nasalité 
se perdit : h voyelle purement orale qui reparut alors fut uniformément 
: Rome, couronne aussi bien que bonne. La raison de ce phénomène est 
que les quatre voyelles ouvertes à, è, è, oè, sont seules susceptibles de 
nasalisation : en se nasalisant, les voyelles fermées j\ é, 6, ci étaient deve- 



fidèle de pôplo, à moins que pouplUr n'ait influé sur son simple, comme, chez 
nows^ peuple a influé sur peuplier, 

1 . Tuf, inconnu au moyen âge, ne vient pas directement de tàfo, mais de Tit. 
tufo. 

2. Pourquoi? Y a-t-H eu une influence de v sur r«i précédent, semblable à 
celle que nous avons attribuée à vrf 

3. Ou plutôt movil est devenu môul d'où meut; de même co(g)nout, 
conçut. Dans ces mots, comme dans eut (pron. ut), tut, plut., sut., put, plut, dut, 
but, perçut, crut, /«(, l'ancien eu, d'origines diverses [6 + u, du + a, <J 4- u, 
i + u), est devenu en fr. mod. u, ce qui n'a pas lieu dans les autres mois (sauf 
dans sur, prudhbmmc, du, où il est proclitique). Cette prononciation remonte au 
moins au XV'^ siècle et sans doute plus haut. Je la crois amenée par l'analogie 
d'une part avec les parfaits comme voulut^ valut, etc.j d'aulre part avec les 
personnes faibles meus, eùsy peûs, beûi, etc., devenues mus, {£]us, pus, bus, etc. 
(de m, mûmes, {e)umes, pûmes, bûmes, etc.) ; quelques-uns de ces verbes avaient 
d'ailleurs dès l'origine un « à la i'"*' pers, sing. — L'uniformisation, parfois 
violente {vînmes, etc.), des deux séries de formes des parfaits forts est un des 
faits importants du français moyen. 

4. Voy. ci-dessus, p. ^2, n. 6. 



54 G. PARIS 

nues ouvertes ; la nasalilé disparaissant ^ ce sont des voyelles ouvertes 
qu'on a retrouvées : ainsi ce qui est arrivé à Vô est arrivé à Va dans 
femme, prononcé anciennement fême, puis fàme, et enfin fàme, etc. 
L*écriiure actuelle par deux m ou n de ia plupart des mots de ce genre 
{pomme, couronne, bonne, etc.) est un vestige, aujourd'hui sans raison 
d'être, de l'ancienne prononciation pome, etc. C'est ainsi que s'explique 
le phénomène, si surprenant au premier abord, de la représentation dans 
ce groupe de mots de ô ancien par à moderne (p é ma pomme] . — Tan- 
dis que la nasalisation de a, e devant une nasale dans certaines condi- 
tions est antérieure aux plus anciens monuments de la langue (voy. Rom, 
Vil 126), celle de Va s'est produite plus tard. Dans beaucoup de poèmes 
anciens en assonances, nous voyons suivi de nasale figurer à la même 
assonance qu*â ordinaire ; cependant l'influence de la nasale est déjà 
marquée en ce que d et d sont unifiés, ei ramenés l'un et l'autre à d •. 
On sait qu'en anglo-normand on est de bonne heure écrit ouff, comme 
an est écrit aun; cet oun est certainement à rorigine une diphihongue, et 
il y a là un précieux indice pour la prononciation ; mais je ne puis traiter 
ici ces questions. A partir de la fin du xir" siècle au plus tard, Vo du 
groupe on est nasalisé, et il l'est resté jusqu'à nos jours, sauf, comme je l'ai 
dit, dans certains mots féminins. — Il est inutile d'étudier l'un après 
J 'autre les mots qui présentent à devant une nasale \ ce que j'ai dit en 
général s'applique à chacun d'eux. 

J'ai démontré que, sauf des cas qui rentrent dans une règle générale 
ou qui s'expliquent par Tanalogie, tout ô latin vulgaire [= îat. class. ô, 
â] accentué et libre donne en français eu. Les exemples allégués par 
Dicz d'où (avouey douef noue, nous, vous^ pour^ proue^ roure, époux, Tou- 
louse, tout) et d'à (console, or, dos, nohky octobre^ sobre] ont tous été 
écartés, ainsi que d'autres semblables. 



1 . 11 semble qu'il y ait dans ce fait une contradiction flagrante avec ce qui a 
é\é dit ci'dessus au sujet des voyelles nasales, qut se composent nécessairement 
d'une voyelle ouverte et d'un élément nasal ; on voit ici, tout au contraire, à 
devenir 6 devant les nasales. Mais il l'est devenu, si je ne me trompe, par des 
modifications successives, U a d'abord donné, comme tout bref accentué, àà, 
puis 6è, l'accent portant sur é. Ce groupe, qui, dans les conditions ordinaires, 
est devenu uo, puis u:, etc.. a perdu devant les nasales sa seconde voyelle, è, et 
il est resté é : bààn^ bvàn, bon. Vé ainsi constitué et égal â \*é ferme ordinaire 
s'est plus tard, comme ce dernier, transformé en à en se nasalisant, et a reparu, 
après la destruction de la nasalisation, à l'état d'ô, comme Vô ordinaire {bànne, 
dànne), — Je n'ai pas d'explication â donner pour saemcs de su m us, cité par 
M. Fœrstcr [Zeitschr. lil, 499), à moins qu'on ne puisse / voir une assimilation 
imparfaite à aviema, punsicmcs, etc., dans un dialecte ou les seules formes de 
i'** pers. plur. qui eussent la terminaison -mes h faisaient précéder de tV, les 
formes en ayant toujours -ni (ainsi entre avons et âvicmcs la forme isolée somcs 
était exposée à devenir sons ou sucmcs) . 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : O FERMÉ 

II. (î tonique entravé = ou. 



55 



Diez, ne distinguant pas dans les voyelles entravées celles qui sont 
longues de celles qui sont brèves, fait deux séries au lieu de trois pour 
les voyelles labiales entravées, et distribue la seconde (ô, ù] dans les deux 
autres d'après l'apparence orthographique. Il ne faut pas examiner : i^To 
« en position », 2" Vu « en position » ; mais : i" ï'à (lat. ù) entravé ; 2* V6 
(lat. S, û) entravé ; j" Vu (lat. S) entravé. Il suit de là que toute cette 
partie de la phonétique, dans la Grammaire des langues romanes, n'a 
plus de valeur aujourd'hui. 

Laissant de côté <J et S entravés, je m'en tiens à d (== 5, S) entravé^ 
et je pose en règle qu'il donne toujours en français ou^ jamais eu, è, ni 
U. La difficulté est de reconnaUre les cas rares où entravé est long, 
les cas rares où u entravé est long, pour admettre les premiers et écarter 
les seconds. On y arrive cependant par divers moyens, surtout par la 
continuation même de chaque voyelle en français et en roman. En règle 
générale, tout entravé est bref, tout u entravé est bref i je ne cher- 
cherai à établir la valeur d que pour Vo entravé et non pour Vu; pour 
Vu entravé au contraire j'aurai à démontrer ta valeur u et non la valeur 
6. — Je vais étudier rapidement Vô entravé en classant les exemples 
d'après la première des consonnes qui forment l'entrave. 

1° Devant r : bu rra bourre, turrefaiir, currit four/ ', reburro, 
mot du latin vulgaire devenu reburso», rebours^ d'où rebourser rebrous- 
ser; surdo sourd, gurdo gourd^ curto court, excurtiat escoarce 
anc. fr. 3; curso cours^ urso ours^ thyrso tours trous*, surso sours 
anc, fr., surs a sourse source] diurno jour, al bu r no autour a. fr., 
Turones Tours, furno /our, purpura pourpre, iurha tourbe, tur- 



I. Les formes fortes de courir ont souvent eu {keur keurs keurl kfurenî keur) : 
Vai eu tort {Rom, VII 2} de le remplacer par cuer, etc.; ces formes, comme me 
l'a fait remarquer Ad. Mussafia» m se trouvent pas en rime avec muer^ etc., et 
si elles se présentent graphiquement on doit les expliquer comme gucU pour giuU 
(voy. ci-dessusi. Il faut d'ailleurs remarquer que les formes cour^ court, etc., se 
présentent souvent dans tes anciens textes, contrairement à ce que j'ai dit. Malgré 
cela, on peut toujours expliquer keur etc. par une forme euro etc. qui aurait 
existé à côté de eu rro etc. Mais cf. ci-dessous, p. 60, 

i. On ne peut séparer le bas-latin rebursus de reburrus qu'on trouve 
dans le Penlateuque de Lyon et dans plusieurs glossaires du moyen Âge. 
Rebours et rcbrouna doivent donc être séparés de troza et autres mots auxquels 
Diez les rattache. 

). Escourcier veut dire habîluelleiienl * retrousser » son vêtement, s'cscour' 
cûr i se retrousser » ; de là cscourz, la partie de la robe qu'on retrousse, le 
devant, le giron (voy. l'exemple de Roquefort j ; on retrouve dans divers patois 
actuels les mots icour^ icourchon, * tablier ». De là aussi l'ail, schuric. Je suéd. 
skari^ le holl. schorl^ t tablier t. 

4. Conservé dans trou de chou. De li p.-é. aussi trousse^ trousur, voy. Rom. 
JX uh 



56 C. PARIS 

bulat toarble trouble \ curvo courb cour dans courbatu^ cucurbica 
pour cucurbila coomge courge ^\ sur gère sourdre^ înrcsi fourche, 
quadrifurco quarufourc carrefour, hur go bourg, Biluricas Beourges 
Bourges, etc.; gurgiiegourn,îuriura4 tourtes. La seule exception est 
viorne deviburna.— Je n'ai cité jusqu'à présent que des mots qui en 
latin classique ont un u ^; il y en a un cenain nombre qui ont un o, lequel, 
étant long, a dû donner ou en français : o rd i ne avait Vo long, comme le 
montre la graphie, fréquente dans les textes des v-viii'* s., urdene? ; 
en effet, le dérivé anc. fr. est ournef qui rime toujours avec des mots 
comme séjourne, mourne^y etc. Le fr. ardre est un mot savant, comme le 
montre le traitement des consonnes : il appartient à tout un groupe de 
mots introduits vers le x^ siècle, quand la prononciation du latin était 
devenue tout anificielle, que tous les o entravés se prononçaient, comme 
aujourd'hui, ouverts, et que les clercs commençaient à écrire la langue 
vulgaire et à y introduire des mots latins. — Cohorte s'étanî contracté 
en cor te, les deux brefs ont produit un o long dans côrte, écrit 
de bonne heure curte?, d*oii le fr. court cour, — Tornar e et tous les 
mots de même famille devraient avoir Vo ouvert (cf. rpircç, Tépvoç), 
et nous le trouvons tel en effet dans tordre ^ tort, torche; mais à 
côté on trouve un ô dans tourne, tour^ tourte (et à l'atone dans tourment); 
Fit. de même a fôrfo, torcere, iorc/tio '«, mais Mr/iOj tôrna, îàrta, l'esp. 



1. Mais non turbat trouve, en anc. fr. trueve; voy. Rom. VII jo8. 

2. Cucurbila a changé son i en c par assimilation au suffixe 'ka^ si 
répandu. Gourde est moderne, el n'est qu*un abrégé du prov. cougouide, 

j. Court est certainement la forme la plus usitée, comme je l'ai dit Rom. IX 
}Î2 ; mais ie dois reconnaître qu'on trouve aussi gdrt attesté par la rime, par 
exemple CJ^i/rtff, éd. Jonckbloet, v. }09j (; /ort), Mir. de /V,-D. de Chartrei 
(: mort), p. \^, ^8. Le composé regorî semble ne présenter que Vo ouvert. 
Est-ce le même mol? 

4. Pour turture : cf. it, esp, lôrtorû tértola. 

5. On trouve aussi tuertre (p. ex. P. Alfons, p. 18t. etc.). Si on rapproche 
cette forme de tutrbhnty laernet^ indiqués par M. Fœrster (vov. ci-dessous, 
p. 57, n. t), et aussi de toertrc fréquent pour tortre ou tordn de tÔrquere, 
on sera porté i voir là une influence, sans doute dialectale, de r précédant une 
autre consonne. Si cette influence est admissible, il ne serait pas impossible que 
trueve fût pour tuervc el vînt de turba l; mais d'une part tuerne et fuerbte sont 
des formes très rares, tandis que tracve est la forme constante ■ d'autre part le 
prov. (Rom. VU 108) oppose à turbare une autre objeciion. 

6. Ceux dont Vu est long, comme purgat (cf. pOrus), ont en français a et 
non ou : purge. 

7. Voy. Schuchardlj II, 120J III, loj; d'Arbois de Jubainville, Rom. ï, 522. 
Cf. le breton ar:. 

8. Plusieurs patois ont encore orne (voy» Littré) dans un sens spécial : d'autres 
disent ourne. 

9. Voy. Schuchardt, II, laj. M. Bœhmer attribue le changement d'^ en 6 
 l'influence de IV. 

10. Le fr. treuit vient de trèclo pour lèrclo el atteste aussi la qualité 
ouverte de Vo, 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : FERMÉ 57 

tuercc, tuerto^ mais torno, torta ; il faut donc admetlre, sans l'expliquer, 
que déjà en latin vulgaire Va de torno, tornat^ îorta au sens de 1 gâteau n 
(proprement pain en forme de torsade^ comme on en fait encore aujour- 
d'hui), avaient changé leur à en 6 >. — Orbis et orbita avaient un â 
(Schuchardt» II, 120; III, 2oj), et orbita a dû exister en anc. fr. sous 
la forme ourde, d'où le dérivé picard ourdiere, a ornière »- — Ornât 
en anc. fr. rime avec subdiurnat sqoiirnc; il avait l'o long en latin 
(Schuchardt, II, 122); il ne fait èrn£ aujourd'hui que par l'influence 
de la prononciation moderne du latin. — lî en est de même de forme: 
Tanc. fr. prononçait et écrivait /ourm<, d'après le lat. forma (Schuchardt, 
II, Ï21 ; ni, 29) ». — Or(u)la a l'o long, comme venant de ôra; de 
là l'anc. fr. outU î, d'où noire oarUt*. — Quelle était la quantité de Vo 
dans djorso (= dass. deorsum) P je l'ignore (, mais il a été modelé 
d'après surso, devenu suso: de même djuso, it. giuso giù, esp. 
^«50, yuSf pr. jus*>, roum. diu7. — Aliorso est écrit au m. â. aillors 
et ailleurs (norm. aillurs] ; il devrait être aujourd'hui aillôrs si Vo était 
ouvert, aillours s'il était fermé : aillears est dû sans doute à l'analogie 
des nombreux mots en -eurs. 

2^ Devant s: russo roux, rus sa rousse; gusto^oui/*, guslat 



1. M. Foerster {Rom. Stud. III, i8ji cite la forme tuerncnt dins Job (pi, 2 1); 
comme le même texte présente tuerblcl (jij. j), il faut voir \à une particularité 
dialectale (cf. ci-dessus, p. 56, n. 5). M. Fcerstet admet à ce propos que 
I w se diphthoiJgue souvent, mais non l'ô ; aussi tire-t-il tucrnent de turnanl, 
cort de cor te. Il n'y a aucune différence entre m et U, 00 ne saurait trop le 
répéter. Les exemples de û diphtongue (en ne) allégués par M. Fœrster sont 
(outre tucrntnt^ luerblet)^ jucfnt ou jucvrc, suefret, tmn sutn, auxauels il a ajouté 
plus tard {Zatschr. III ^99} cuan, sucmcs de su mu s. J'ai parlé de juevnc^ de 
tuen sucn, de suemes ; j'ai mentionné en outre cucrl^ cucvre et ruunre (add. 
culuevre)^ et, par anticipation, sucfre. Quant  akuen, chaicucn que M, F. joint à 
ce groupe, ils n'ont rien â faire jci : leur terminaison n'est sans doute que le 
produit d'une confusion avec uem = homo. 

2. Cf, le brelon farm. Je parlerai de fromage aux atones. 

3. Le fr. mod. orle (masc.) vient sans doute de l'il. orh. 

4. En considérant les mots viorne, formCf ordres orlc, le pop. orne, auxquels 
il faut joindre morne^ en anc. fr. rnourne (comp. la prononc. pop. aajbTàuï)^ on 
peut se demander si l'r suivie d'une consonne n a pas exercé une influence 
particulière sur \'v précédent. Mais en comparant courbe, sourde^ ajourne, etc., 
on trouvera plus vraisemblable d'adopter pour chacun de ces mots l'explication 
que j'en ai donnée (sauf pour vrorn^) ou une autre explication particulière. — La 
valeur de Vo dans ces mots en anc. fr. et rorigine de cette valeur dans la quan- 
tité de l'o latin ont déjà été indiquées, plus ou moins complètement et clairement, 
par MM. Schuchardt, Tobler, Lûcking, Fœrster et Bcehmer. 

5. Venant sans doute de devèrsum, il pouvait avoir l'o bref par nature ou 
long par contraction. 

6. A côté le prov. a jos, et même jolz : y a-t-il là une influence de sotz f 

7. Le roum. a aussi ios, ce qui indiquerait une forme en à (cf, le bas-latin 
josumjf subsistant à côté de djuio, 

8. Je rétablis V$ de l'anc. fr., qui en disparaissant en français moderne a 
allongé la voyelle. 



jS G. PARIS 

gouste, a(u)gusto aousty locusta /douf/fi, anc. fr. langouste, musto 
moiwf, crus la crouste*. Les mots en o sont co(n|stat cousu ^ 
moCn)strat moastre^. — Quand la lettre qui suit f est un ^, il faut 
distinguer deux cas : suivi d'^ le c se comporte comme toute autre con- 
sonne, et l'y devient ou (rausca moasche, luscat husche) ; il en est de 
même dans le groupe se/ (m u s c u 1 a mousle) ; mais si le c est suivi d'o(u) 
ou d'cÇi)y se s In 1er vert il en es, et Têtu de des mots de ce genre appar- 
lieni au paragraphe consacré à l'a" entravé devant une gutturale. De 
là quelquefois une grande différence entre le raasc. d'un adjectif et 
son féminin : lusco en anc. fr. donnait lois, et lusca lousche; la 
langue moderne a uniformisé. 

5" Devant une dentale : gutta goutte^ glutto (et non gluto, cf. 
Diez 3) ghut, i n g l u 1 1 i l mghut anc. fr. , f u t u i 1 4 foat ; d ( u ) o d e c e 
douze. A g lut lit on peut rattacher singluttit, qui s^est dit par éty- 
mologie populaire pour singuitit, et de même singîutto pour sin- 
gulio [voy. Schuchardt, II, 2541. On dit aujourd'hui sanglote et san- 
glotf mais l'ancienne langue disait régulièrement sanglout (voy. Littré) ; 
la cause du changement est sans doute Tanalogie : on a fait rentrer le mot, 
à peu près isolé dans sa terminaison, dans la classe nombreuse des mots 
en -0/ î. U faut ranger ici tout de toit 0^ dont il a été parlé plus haut*». 
— Mutto a fait met (par ex. Roi 1 190, 2285, etc.) et non moût, par 
une déviation qui se retrouve dans le prov, mot et l'it. mèitOj et qui 
remonte par conséquent au latin vulgaire. Je serais porté à l'expliquer 
par un rapprochement d'éty mologie populaire avec môvito, ia parole 
étant comprise comme un mouvement". Au resie^ on trouve aussi moût; 



1 . La brièveté de l'u dans ces mots est attestée par son changement en ou ; 
cf. /M (Je fQste. L'étymologie la démontre pour quelques-uns : ainsi augustus 
lient à augûr, et ce thème fçûr est le même qu'on retrouve dans g us lare. 

2. L'allongement dcl'o (carfG, con^ corn en composition a un o, malgré cum) 
résulte de la chute de l'n suivante, accomplie très anciennement dans la pronon- 
ciation lalme. — Je n'explique pas l'atic* fr, pcntecoustc^ de irevrriîtotr'ni ; mats 
le goth. painkkuste montre que cette prononciation est ancienne. 

}. Seulement Diez dit que glu ttu s a dû exister à côté de glQtus ; s'il en 
était ainsi, glutto aurait un ù et donnerait en fr. giut et non glout. Il faut 
écrire le mot latin avec deux f et y regarder Tu comme bref. 

4. Un r suivi d'u plus une autre voy^elle équivaut à un f double. 

$. L'it. dit singhiôzzo de singluttio pour singultio. L'anc. fr. disait 
volontiers soughut de sugglutlo, rélymologic populaire ayant changé si n 
en sub-. 

6. La rime de tut en u^ dans le Brut de Munich, est tout à fait exception^ 
nelle. Voy. Texplication qu'en a proposée M. Mu&safia {Zdtschr. I 408). 

7, On pourrait objecter que môvila a dooné muHe, mtutt. Mais on a pu 
tirer de màv-, à l'aide du suff. -110, deux participes â deux époques successives 
(voy. Rom. VIII, 446). Le premier mèvilo était déjà devenu môvto, d'où mot, 

3uand a été créé le second mùvito, d'où môvila muovita muttt. Le fém. 
e m6vto, môvla du thème mov- me parait avoir donné moift, proprement 



PHONÉTIQUE FRANÇAISE : O FERMÉ 59 

Litiré cite celte forme dans les Assises de Jérusalem, et en anc. fr, mot 
figure assez souvent à la rime avec des mois qui ont aujourd'hui ouf. — 
Je suis porté à croire que ronge vient de rodicat^ comme le supposait 
Ménage. En effet rumigat, dont on le tire depuis Diez, a un û, et 
donne en anc. fr. runge^ qui se serait sans doute maintenu»; il signifie 
d'ailleurs « rumine «, comme son original latin î ; enfin le berrichon et 
le poitevin ont gardé roùger. Il est probable que rougier, «/ ronger «, 
s'est changé en ront^ier sous l'influence de ningier, « ruminer»; ce chan- 
gement parait d'ailleurs remonter assez haut. — Citons encore quelques 
mots qu'on range par erreur dans cette classe. G utto aurait donné ^of, 
d'oij godet ; mais un / double ne se change pas en df * ; godet se rattache 
^ goder. — Guttur vivrait dans goitre; mais le mot n'apparaît qu'au 
xvie siècle [gouetre dans Ambroise Paré cité par Lîttré) ; il paraît savoyard. 
On trouve en ancien français, il est vrai, goitron, guitron au sens de 
« gosier >» ; ces mots semblent venir d'un dérivé de guttur; il faudrait 
alors supposer une forme guctur, dont on ne voit pas l'explication. — 
Outre ne peut venir de ùtre 5, qui aurait donné eure; il n'apparaît qu'au 
xvi*" s. sous les formes bizarres ouilire et ouistre (v. Littré), qui doivent 
signifier simplement ouitre et provenir de quelque dialecte méridional (le 
prov. ordinaire dit oiré] ; la forme outre vient sans doute de l'it. vire ; 
l'csp. dit odre ". 



« mouveTnenl de terre », dont on a proposé tant d'étymologies, toutes peu 
acceptables (voy. Lillré). — Au reste, si môl a été influencé par m6vio, il 
est pourtant certain qu'il vient de mullo, comme le montrent les formes en ou, 
le nap. muito^ sic. muUu, etc. 

1. Voy. Mali, Comput, p. u ; Stock, Rom. Stud. îll 4^4, etc. 

2. il est vrai que le son unge n'a point passé en fr. moderne ; rungt^ dans 
l'expression fréquente au rungt (cela me vunt au range, 1 me revient toujours à la 
pensée » ; au propre J' herbe que les bœufs remâchent leur vient au range) n'a 
guère d'autres rimes <\Vi*acomunge, escomange ,• dans El. de Fougères (c. 241) 
ces deux mots et runge riment avec plunge, fr. mod. plonge^ ce qui favoriserait 
ridentification de rungier et ronger. 

j. • Le bœuf, dit M. Lritré, ronge ce qu'il rumine. » 11 me semble que ces 
deux opérations présentent un aspect si dilTérent qu'on n'aurait pas eu l'idée de 
les assimiler sans la proche parenté de son de rougicr et rungier. 

4. Oiez et Littré ont vu la difficulté de la consonne, mais ils ne l'ont pas 
jugée insurmontable; ils ne parlent pas de celle de la voyelle. M. Brachet écarte 
l'une et l'autre par des analogies qui ne sont qu'apparentes; M. Schelcr ne les 
indique pas. 

^. Diez établit avec raison (Gramtn.^ trad. fr., I, i$3) la brièveté de Vu dans 
Utre; voy. l'ex. décisif de Marlianus Capella dans le Thésaurus de Quicherat. 

6. L'usage des outres était répandu en Franc* au XII* siècle; mais une outre 
s'appelait l>ouc (voy. p. ex. Og. v« 4262, écrit bolc et en variante bout; Ps. M. 
XaXII, 7 ememcnt cum en but (I. bue), lat. sic Ut in utre (Ps. C. cum en bou:)^ 
etc.) De li bouul, qui a le même sens ivoy. p. ex. Ps. M. LXXVII, 16 bacel = 
utre), qu'on a souvent écrit boutel et traduit à tort par ■ bouteille •, comme 
on a confondu bouc avec bout =^ butte. 



60 C. PARIS 

4° Devant les labiales : c u p p a coupe ' , p u p p a (pour p u p p e) poupe, 
stuppa étoupe^\ rupta Toute, rupto roui anc. fr. ), supplo (pour 
supplice, connue simple duplotriplo pour simplice duplice 
etc.) souple; corruptîat courrouce*, dubitat douiei^ subtus sota^ 
sous ; subila soude Ql soute anc. fr.^;cubilo coûte et coudei; sufflal 
souffle^, Suffert devenu sôffrit donne en anc. fr. sucfre (joefm dans 
le ms. de Roi,) : on comprend que/r n'ait pas formé d'entrave ; mais 
on devrait avoir pour 1**5 en fr. eu et non ue, qui représente un d. On 
peut admettre que/r a» comme vt (voy. ci-dessus p. î2 ^ n. 6)» amené 
l'éclaircissement de V6 précédent, ou que les verbes couvrir et soufrir^ 
qui avaient ou aux formes faibles, ont pris, comme courir^ ue aux formes 
fortes, au lieu dVu, par l'influence de mourir, fouir^ etc., qui, ayant 
également ou aux formes faibles, avaient ue Iprovenant d'à) aux formes 
fortes''. — Sur juvene voyez ci-dessus'°. 

$0 Devant L L'/ suivie d'une autre consonne s'étant nasalisée en u, 
cet u s'est perdu dans le son a [— ou] de Vé fermé, et Vi a disparu sans 



1. Cuppa n'a rien à faire avec cupa, qui a un û, un seul p et un tout 
autre sens. Peut-être iaudrail-il tire cuppa dans quelques passages classiques 
où on lit cupa. 

2. Il faut indiquer ici loule une série de mots, d'origine fort incertaine, en 
-oup, -oupi^ dont plusieurs remontent peut-être au lalin, bien qu'on ne les y 
retrouve plus : coup (anc. fr.^ « cocu »), croupe (on trouve aussi crupe)^ loup 
(anc. fr. d'où toupet), troupe (on trouve trope au XVh s.^ mais non au m. â., ce 
qui sépare ce mot de trop, d'origine sans doute germanique, voy. Rom. l^ 
490), liouppe (ne vient pas de Qpupa qui a donné re^ulièremenl huppe], kupty 
soupe (signifie originairement, quoi qu'en disant Diez, Littré, Scheler, etc., 
«I tranche de pain » et non «ce dans quoi on la trempe » ; de là souper^ à l'ori- 
gine ( laire collation v et non f manger la soupe » au sens moderne). 

3. Rout signifie rompu, mais particulièrement « atteint d'une hernie >, d'une 
roulure. 

4. De U le subst. verbal courroux ; cf. Rom. y l^ J09. 

j. La forme fréquente tluit pour dubito ne m'est pas claire. 

6. Dans Tadverbe composé soudemtnt et aussi soutcment (voy. Tobler, Gloss. 
d'Auben). 

7. Coude et coûte ^ comme soude et soute ^ malade et maiale, etc. On trouve 
aussi keutt ; c'est que l'entrave, dans les mots de ce genre, n'est pas ancienne : 
l'i de côbito était en train de disparaître quand Vu libre était en train de se 
changer en diphthongue : de là hésitation. 

8. Ajoutons ici le mot ioujjt, sans doute d'origine allemande. 

9. Feui'L'lrc est-ce de même qu'il faut expliquer caevu de côprit ; mais 
on ne pourrait guke comprendre recuevre dans cette analogie, parce que 
dans la i" conjugaison l'alternance entre ou et eu n'est pas rare iphum, etc.), 
tandis qu'elle n'existe pas dans la j", sauf pour les verbes en question, qui 
l'ont modifiée. Cependant, dans la i"^ coniugaison même, un seul verbe ressem- 
blait tout à fait à recouvrer., c'est ouvrer., dont les formes fortes ont pu t'influen- 
cer. Cf. encore trouver trueve, prouver prueve^ etc. A l'inverse demutret, dcvuerct 
ont pu devenir devcurc, demeure sous l'influence de pleure, oneure^ etc. Voy. tou- 
tefois ci-dessus, p. ^2» n. 6. 

10. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner le rapport de nàcu i nuptias : j'en ai 
fait le sujet d'une note qui paraîtra dans nos MUangts. 



PHONETIQUE FRANÇAISE ! FERMR 01 

laisser de traces, au moins en français moderne, où toute (t 6 1 1 a] , moute 
(m ô lit a) et écoute (ascôltai) forment des rimes très exactes'. Nous 
trouvons les groupes suivants : // : oïl a (de urnula?) ouïe v^nc, fr., 
pullo^rou/ anc. fr., pulla ;70u/e, buUa bouie^hnllil ^ou/, bullicat 
bouge^ satullo saoul sùùl^^ betuUa f>[e)ou/f, ampulla ampoule, 
cuculla c'o)oule, pulletra (forme du lat, vulg.) /jou/re, medulla 
meouk anc. fr. mooule d'où mouelle^ moelle^. — Le : fulica/ou|/)^ucJ, 
côicat (tat. vulg. pour côUocat^) couche^ dulce doux, fulgura 
foudre f m 61 gère (lat. vulg. pour mulgére) moudre ^ï\c. fr. «traire «7, 
fl^mor^u^r ne vient pas du lat. re mule are, mais, au 16* s., soit de 
l'csp. r*mo/c<2r (Rabelais dit remolquer]^ soit de Tit. rimorchiare. Sepul- 
cro n'a donné sépulcre fane. fr. sepucre\ que comme mot savant. — Lt : 
abultero (forme du lat. vulg. pour adultero) avoutre anc. fr. *, 
multo moût anc, fr., ultra ou/«, cultro coufrg, vulto »'0«/9, aCu'is- 
cultat écoute. — L + labiale: culpa coupe, p ulvera'*» /Jouira, su I fur 



t. Il n'en était pas de même en anc. fr., où sàus = solidos et p<m ^ 
puiso ne rimaient pas ensemble, non plus que màutc et tscôutc. D'ailleurs dans 
certains dialectes ou se changeait en au {saus, mautt)^ ce que ne faisait pas ôa 
(voy. Rom. VI, 616). 

2. La forme saàU est assez souvent attestée par les rimes tant pour le prés, 
de t'ind. du verbe que pour ie fém. de l'adj. (voy. Zàtschr, III 249) ; je ne 
trouve pas de forme sadi pour le masculin. 

j. Voy, Tobler, ZtUsihnjt tûr vergL Sprachforschun^ (cité Rom. Vf, ij<3). 
J'aurai l'occasion de reparler ae ce phénomène en étudiant la combinaison de 
6 avec /. 

4. Nu Ho ayant un u long (ullo = unuto) donne nul et non nouL 

5. L7 àt foulque est un reste de la mauvaise habitude qui a régné pendant 
des siècles d écrire, dans des mots 06 t'/ s'est vocalisée, celle / à côté de Vu qui 
la représente déjà. Il est resté quelques vestiges de cette cacographie dans notre 
orthographe officielle. 

6. Cukbc se trouve dans le KoLj et eu Icare déjà dans des textes mérovin- 

giens. Les autres langues romanes ont gardé l'ô. L'explication de l'ô français 
onnée par M. Fœrster {Zcitschr. III, ^oj) n'a de sens que si on accepte sa 
théorie sur 1' c élévation • de la voyelle par la force d'un / suivant, et est d'ailleurs 
bien peu vraisemblable: côllocal serait devenu côllicat d'où côllicat, 
N'y a-l il pas eu étymologie populaire, rapprochement avecculcita? 

7. Je laisse de coté ici des mots comme eu Ici ta cù le c^ changé en /, a 
modifié l'ô d'une façon particulière, réservée à une élude subséquente. 

8. Je suppose qu'dvoufr^ vient d'abultero parce que les mots analogues.- 
comme aoire, aombrer, aourer^ n'intercalent pas de v. Adultère se sera change 
en abultero par étymologie populaire: ab a semblé exprimer la déviation, 
l'abus. 11 est vrai qu'on rencontre, quoique assez rarement, ûoufrc, jaufiV^ à côté 
d'tfvo«fr«, <ii'0ij//r£; ces formes peuvent représenter aduUero, adulterio^ en 
face des formes Issues d'abultero, abullerio : les doubles formes de ce genre 
sont fréquentes dans les cas d'étymologie populaire. Aoutrc peut aussi venir 
à'avoutn par la chute du v. 

9. Voui avait le sens général de t statue, imagfe » et aussi • idole ». De là le 
verbe cnvouttr (voy. Litlrél, qu'on écrit sans raison envoûter. 

10. Pour la forme pu I ver a, cf. l'it. pvlvora. 



6a G. PARIS 

soufre. — L; : p u 1 s pou{l)s ' , puisât pousse. — Lm : u I m o a donné 
cu{l]mej oumcj formes fréquentes dans la vieille langue et les patois et 
conformes à celles de toutes les langues romanes ; on trouve aussi ourme 
et enfin de bonne heure orme, par un changement d7 en r antérieur à la 
vocalisation de 17». Aune ne vient pas du lat. ulna, mais de l'anc. 
haut alL alina^, alL Elle. 

5" Devant les nasales, fl est inutile d'en donner d'exemples : le son 6 
est devenu ô et a fini par absorber la consonne nasale suivante î. Dans 
les mots féminins où l'é était suivi de mm, mn, nn, ces paires de nasales 
se réduisant à une, Vd précédent a perdu sa nasalité et a reparu sous la 
forme ô et non 6 : summa somme; columna colonne y no minât nomme j 
su m ma somme. Su mina 4 Somme; nonna nonne, gunna gonne. — 
Humble est, comme ordene, imagme et plusieurs autres, un mot savant in- 
troduit fort anciennement dans la langue vulgaire : il a d'abord été hamele 
{RoL)\, humte; le h s'y est intercalé plus tard; quant à la nasalisation de 
l'iï, elle est relativement récente. — Vu û^empramter (cf. pr. emprumpt, 
roum. imprumut) prouve qu'imprômûtuare était devenu en lat. vulg, 
împrOmûtare; au reste ce verbe a dû présenter à une certaine époque 
des formes fortes très différentes des formes faibles, qui plus tard se sont 
assimilé les premières. 

Gaston Par[S. 
[A suivre.) 



1 , L'addition de 17 dans notre graphie de ce mot est d*autant plus malen- 
contreuse qu'elle le sépare de ses congénères, pousser^ poussif, etc. 

3. Orme rentrerait par là dans l'analogie des mots réunis plus haut, p. 57, 
n. 4. 

3. Je noie le changement d'ô en i dans chaknge pour c Aa/o/i^f , de ca lu mn ia, 
atteste déjà par te Roland. Cette forme doit venir des formes faibles du verbe 
chûlongier, devenu chakngia, par un affaiblissement de Vô aïone en c dû sans 
doute à l'analogie avec des mots comme bljsungur^ iaidcngicr, car phonétique- 
ment il me paraît sans exemples {voUnticrs pour volontiers en anc. fr. remonte, 
comme l'il, volcntkn^ au latin vulgaire, où on avait essayé de rapprocher le mot 
de volcnte). 

4. Le fleuve appelé par César Sa m ara reçoit le nom deSumina ou So- 
in en a à partir du VI* siècle (voy. Longnon, Géographie de Grégoire de Toars^ 

P* M7)> 

5 . S il en est ainsi, on a par là la preuve que vers le X« siècle au moins on 
prononçait en France Va (bref ou long) du latin û, en appliquant au latin, 
comme on le fait encore, la prononciation du français. — L'it. ûmiU, le pr. 
ùmil, l'esp. pg. humxldc sont également des mots savants. M- Fœrster voit dans 
l'u de ces mots une « élévation » de Vu tonique sous l'action de Tj final. 



LA CHIRURGIE 

DE ROGER DE PARME 

EN VERS PROVENÇAUX. 

NOTICE SUR UN MS. DE LA BIBLIOTHÈQUE DE BOLOGNE. 



Roger de Parme, Roger de Saîerne, Roger fils de Frugard, tels sont 
les différents noms sous lesquels les mss. désignent l'auteur d'une Prac- 
tka ChirurgU bien connue de tous ceux qui sont un peu familiers avec 
la littéranire médicale du moyen âge. Si le nom de cet auteur offre des 
incertitudes, sa vie et ses écrits n^ont pas été un champ moins fécond en 
controverses. Il serait tout à fait en dehors du cadre de celte revue, 
comme au-dessus de la portée de cette notice, d'examiner tous les points 
controversés; je dois cependant, pour édifier le lecteur, indiquer les 
conclusions auxquelles sont arrivés les différents auteurs qui ont eu le 
plus récemment à s'occuper de la question. 

Jusque vers le milieu de ce siècle, l'opinion courante était que Roger, 
surnommé de Parme du lieu de sa naissance, et de Saîerne du nom de 
la ville où il fit ses études médicales, vint s'établir en France au com- 
mencement du xiii" siècle, et fut chancelier de l'université de Montpel- 
lier : c'est là qu'il aurait composé sa Prartkd cA/riirg£«£ comme sa Practica 
mediciriie. En 1847, Félix Lajard, dans un article plus confus qu'érudit •, 
rompit avec cette opinion traditionnelle en reurant à Roger de Parme la 
Practica medicins pour en faire honneur à un certain Roger de Baron 
dont l'existence même est très problématique ; il nia en outre qu'aucun 
de ces deux auteurs eût été chancelier de Montpellier. Sur le premier 
point, Lajard a été réfuté victorieusement par Daremberg », et la Pr<ic- 



t. Hist, lut. de ta France. XXI, p. J13 et suiv, 
2. Collutio Salcrnitana^ 11, 50 j. 



64 A. THOMAS 

îica medkind a été restituée à Roger de Parme ; en même temps la date 
de publication de la Pracîka chimrgU a été fixée à 1 2 jo d'après un ras. de 
b bibliothèque Mazarinc. Ces nouvelles conclusions ont été reprises par 
Salvatore De Renzi, à qui l'histoire de l'école de Salerne a tant d'obliga- 
tions ' ; il s'accorde pourtant avec Lajard à regarder Roger de Salerne 
(tel est le nom qu'il adopte) comme étranger en tout et pour tout à la 
France et â l'école de Montpellier. Enfin Fr. Puccinotii'a lu dans un 
ras. de la Magiiabecchiana (auj. Nazionate] de Florence et propose d'adop- 
ter la date de 1 180, et non 12 jo, pour la publication de la Chirurgie, ce 
qui fait de Roger un auteur du xti' siècle. 

Cette dernière date est sans doute la bonne, puisque, comme on le 
verra plus bas» notre traduction provençale en vers a dû être faite avant 
1 209. La question de savoir si Roger de Parme a été réellement à la 
fin de sa vie chancelier de l'université de Montpellier reste indécise, et 
Puccinoiti estime que les raisons de Lajard pour combattre cette tradi- 
tion sont tout à fait insuffisantes ; mais il résulte clairement des dernières 
recherches — et c'est là pour nous ce qui est le plus important — que 
la Chirurgie n'a pas été écrite à Montpellier, comme l'a encore répété 
M. Bartsch ', mais bien à Salerne. Une nouvelle preuve de ce fait, s'il 
en était besoin, nous serait fournie par notre traduaeur provençal, con- 
temporain, disciple peut- être de Roger. S'adressant à son ami^ à la 
prière duquel il fait sa traduction^ il lui dit : 

Si vols obrar segons Tescrit salernilan, 
Eu que la fuy lo te faray entendre plan *. 

Eu que la /uy, venant immédiatement après Tadjectif salerniîan, ne 
peut évidemment pas s'interpréter autrement que par moi qui ai été à 
Salerne. 

Le succès et la diftusion de la Chirurgie de Roger de Parme sont 
attestés, non seulement par les mss. assez nombreux qui s'en sont con- 
servés, mais par plusieurs traductions en langue vulgaire. Une version 
italienne, que Puccinotti s fait remonter au commencement du xni* siècle 
— ce qui est évidemment exagéré, — se trouve à la Laur&nziana de 
Florence. Le ms. français 1288 de la Bibliothèque nationale de Paris 
en coniteni une traduction française^. La traduction provençale en prose 
renfermée dans un ms, de l'université de Bâle (D II, 1 1) a été signalée 



1. StOTÏa doeiimentata dtlla scuola mtâka ài Sûlano (Napoli i8j7, 2" éd.), 

2. Stona délia meJUina (Livorno 1859), t. Il, part, 2, p. 57 j et s. 

3. Grand ris s, p. 68. 

4. Infra, vers 2J-26, 
i- Loc. laud. 
6. Fol. 207-232. 



LA CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 6$ 

par Wackernagel ' et Bartsch ^. Vient enfin la traduction provençale en 
vers qui fait l'objet de cette notice, traduction que j*ai trouvée au mois 
d'octobre dernier dans un ms. de la bibliothèque de l'université de 
Bologne dont je vais donner la description. 

Ce ms. porte le n' 2856 ; il faisait autrefois partie de la riche biblio- 
thèque du monastère de S. Salvatore de Bologne, réunie à celle de 
Tuniversité depuis 1867, et il y portait le n" 878. Au premier et au der- 
nier feuillet se voit l'estampille rouge : BiBUOTHÈCiyE nationale. R. F,, 
qui montre que le ms. a été à Paris de 1796 à 1815 K Enfin, sur le 
verso de la couverture, on lit cette note qui nous fait remonter encore un 
peu plus haut : « Ego D. Johannes Aloysius M ingarelli^ emi hune Ubrum die 
8 marîii anno 1781. » Le ms, est sur parchemin et compte 23 feuillets, 
il est de petit format (180 sur 119 mill.) ; Pécriture est très soignée et 
très fine — 40 lignes en moyenne à la page — et me semble appartenir 
à la seconde moitié du xiii' siècle. Les initiales des chapitres sont alter- 
nativement bleues et rouges et les titres en rubriques 1. 

La première rubrique nous donne le nom du traducteur : ulncipitcirur- 
gia magistri Rogerii Sdlernitan£nsis translata in lingna romana a magisiro 
Raimundo AniUer. » Il y a quelque doute dans la lecture de ce dernier 
nom, une piqûre de vers se trouvant dans le parchemin entre Va et les 
deux /. Les deux / sont traversées par une barre horizontale que j'inier- 
prête par er ; les auteurs de rinventaire des mss. de la bibhoihèque de 
Bologne y ont vu une abréviation suspensive et ont lu Raimundo a VilL.., 
ce qui me paraît peu probable. On pourrait hésiter entre Aviller et Anil- 
ter; je préfère cette dernière forme parce qu'elle semble plus satisfai- 
sante pour un nom propre : on sait qu'il y a un troubadour bien connu 
appelé Guillem Anelier. 

Quoi qu'il en soîl, Raimond Aniller est parfaitement inconnu d'ail- 
leurs, et c'est à notre ms. seul que nous pouvons demander quelques 
renseignements sur lui. La qualification de maître nous dit assez qu'il 



1. Dans la Zeiischrift de Haupl, V, 16. 

2. Grunàriss^ p. 68. 

3. < Le traité d'armistice conclu avec le pape au mois de juin 1796 nous 

autorisa à prendre cinq cents mss. dans les bibliothèques de Bologne Les 

mss. de Bologne et ceux du Vatican furent restitués au Souverain Pontife le 
23 octobre 1815. » L. Delisle, Cabinet àts manuscrits de la Bibiioihltjue natio- 
nalt, 11, p. îî et 36. 

4. Helléniste distingué qui paraît oublié par les biographies générales, mais 
dont Brunel enregistre plusieurs ouvrages ; voyez d ailleurs Pr. Cavalieri, 
Mcmonc suHa vita ed opère âei PP, Cian-Luigi Mingarelli c Mickelangelo Monsa- 
graû^ Fcrrara 1817. 

}. En marge se trouvent de loin en loin, et de la même main que le texte 
provençal, des gloses latines aue je n'ai pas eu le temps d'examiner, mais qui 
peuvent avoir de l'intérêt pour la question encore très compliquée des remante- 
inenls successifs qu'a subis le te.\tc primitif de Roger de Parme. 

Romania, X c 



66 A, THOMAS 

était médecin-chirurgien, comme Fauteur qu'il traduisait; cela ne ressort 
pas moins clairement du préambule de sa traduction, où il nous apprend 
qu*ii a été à Salerne (vers cités plus hauti et des vers 116-117, o^ 'l 
rappelle une opération chirurgicale faite par lui et pour laquelle il reçut 
cent sous d'honoraires. L'époque à laquelle il vivait peut également se 
déterminer à l'aide d'un vers que j'ai eu la bonne fortune de saisir au 
vol en parcourant le manuscrit, au f** 7 v*". Il s'agit de je ne sais quel 
remède 

Que sobre ben fes an Rascas, segnor d'Usés. 

Il est clair que c'est là un détail qui ne peut nous être donné que par 
un contemporain, peut-être même !e médecin en litre de Rascas, et 
selon toute vraisemblance avant la mort de ce dernier. Or Raimond 
d'ilzès^ dit Rascas, a été seigneur d'Uzès de 1 j68 à 1209 \ et nous 
avons vu plus haut que le traité de Roger de Parme a dû être publié en 
1 1 80 : il est donc permis de fixer avec assez de certitude la date de 
notre traduction vers Fannée 1200. 

Le vers précité n'est pas moins intéressant à un autre point de vue, 
pour déterminer à quelle région appartient notre texte provençal. A s*en 
tenir à la graphie de l'unique ms. dont nous disposions, on aurait été 
porté à y voir une œuvre catalane. En effet, les principaux caractères 
qui distinguent celle variété bien tranchée de la langue d'oc * se mon- 
trent nettement dans les fragments qui seront publiés ci-dessous- Jamais 
le son mouillé de / et de n n'est rendu par Ih et nh, mais par yl cl yn : 
seynors [v. 1), enseynar (v, 9 et ui, Enseyneî (v. 18), meyhr (v. 16), 
seynor (v. 17], constyl (2 j), cayiar (}2), oyis vermeyU (8?), vermeyi [c^i); 
plus d'une fois, dans ce groupe, l et n sont omises : compayon [v, 1), 
yuya (6)» vuy (n), aureyas (96) ; on trouve e pour d à la syllabe proto- 
nique : ktin {8), ieù [^i], et surtout à la fmale atone des féminins plu- 
riels et des formes verbales en as : îotes (29) quantei gaises (6}]^pesses 
(69), trencades (77}, a}'« (24), sies ([9), rupondes{4o]^tengues{i2'j). 
Tout cela suffit amplement pour faire reconnaître que le ms. a dû être 
écrit en Catalogne ou du moins par un scribe catalan. Mais un examen 
attentif des rimes montre qu'il faut distinguer soigneusement l'auteur du 
scribe, et qu'il n'y a aucune raison pour faire naître au-delà des Pyré- 
nées notre chirurgien-poète. 

En effet, la pierre de touche qui permet de distinguer presque à 
coup sûr un poème catalan est l'étude des rimes en e. On sait avec 
quelle exactitude les poètes provençaux séparent les rimes en t ouvert 



1. Vùy, Chârvet, La pnmûn maison â'Uzh, Mais 1870, in-S^. Je dois cette 
importante indication à robligeance de mon confrère Auguste Molinier. 

2, Cf. Milà.y FoQtâDals, Trovadons m Espana, p. 453 et s. 



U CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 67 

des rimes en c fermé. Les troubadours catalans paraissent les avoir 
imités rigoureusement dans leurs compositions lyriques ' ; mais il n'en 
est pas de même dans les œuvres du genre didactique, sur lesquelles 
l'influence du provençal littéraire ne pouvait être aussi grande. Ainsi, 
sans descendre jusqu'à Ramon Lull, on trouve déjà le mélange des rimes 
ouvertes et des rimes fermées dans les Proverbes de Guillem de Cervera 
et dans le poème contre les femmes de Server! de Girone '. Si donc une 
oeuvre aussi peu lyrique que notre traité de chirurgie avait été composée 
en Catalogne, il faudrait s'attendre à y rencontrer presque infailliblement 
des exemples de la confusion de é et è. Or c'est ce qui n'est pas. Nous 
avons d'abord (vers 49-58) une tirade de dix vers en «, où n'entrent 
absolument que des rimes fermées : entremes, promes, aprcs (p. p. de 
apTtndrtj, res, ges, pogues >, feses, près (de prendre}^ mes, cornes. De 
même les quatre rimes ven^ îen, ben, ren (y. 99-102), et les quatre der- 
nières : lihret^ net, dei (doigt)» îoset. Voici les autres rimes fermées rele- 
vées rapidement dans le courant de l'ouvrage et qui ne sont pas moins 
correctes : f" 4 v» : detz (doigt), mesquinetz^ ferretz, libretz (ces trois 
derniers mots sont des diminutifs en et) ; fo 5 v" no ti pes (subj. de 
pesar), es (5' pers.), près {âe prendre), ges; t" 8 r*: det (doigt), ferret, 
larguetf croquet (autres diminutifs). 

J'ai également relevé des exemples de e ouvert ; bien que, faute d'avoir 
copié en entier les vers auxquels ils sont empruntés, je ne voie plus bien 
le sens de deux d'entre eux^ je les crois très corrects également : f" 4 v«; 
ades^ près (adverbe), en traves (pour en travers], tort ni gués (?) ; f» 6 r' : 
no s'entriges (imp. subj. i'" conjug.), après (adverbe), en traves, empes 
(pour fnp^î) ; f 7 r«: tmpes^ après (adv.), Us (f'«, 2* pers. du verbe 
être?), ades ; f** 7 v" : des fpour detz — dix), ses (?), près (pour pntz = 
prix) , Uses (pour Usetz] 4. 

En somme le résultat de ce dépouillement est quil n'y a aucune pro- 
babilité pour que notre traduction ait été composée en Catalogne, bien 
que ie ms. soit l'œuvre d'un scribe catalan. Maintenant donc que le ter- 
rain est déblayé de l'argument qu'on aurait pu tirer de ce dernier fait, 



1 . C'est en ce s^ns qu'il faut eirtendre raffirmation de M. Paul Meyer : t Je 
ne vois pas que les troubadours d'outre-Pyrénées qui ont écrit en provençal 
aient mélangé ^j et ^j » \Kom. Vlli, j6i). 

2. C'est ce que je montrerai en publiant prochainement ces deux compositions 
d'après le ms. de Venise, 

j. Cf. pour la qualité de « dans les imp. du subj. Fart, de M. Paul Meyer 
auquel j'ai tait allusion ci-dessus, Rom. VIII, \^\ et s. 

4. Bien qu'au moyen âge le diocèse d'Uzès soit presque toujours appelé 
àioitûi iliictnsis, Uzès ne vient pas à'Uiiccnsis comme on pourrait le croire 
(auquel casi! aurait un t fermé), mais de la forme plus ancienne Lk^tim, Voy. 
Germer-Durand, Dia, top. du Gard. 



68 A. THOMAS 

nous pouvons sans scrupule nous appuyer sur le vers où il est question 
de Rascas, seigneur d'Ll7,ès, et sïir h vers 127 où est nommé le château 
de Montclus ' pour affirmer que la traduction de Roger de Parme conte- 
nue dans le ms, de Bologne a dû être faite dans cette région de la langue 
d'oc qui est occupée aujourd'hui par le département du Gard. 

La métrique n^est pas ce qu'il y a de moins curieux dans notre texte. 
L'auteur a débuté par des tirades monorimes de dix vers * et a écrit 
sous cette forme tout son préambule ; puis arrivé à sa sixième tirade, il 
s*est aperçu, comme il nous l'avoue assez naïvement, que rimer tout 
l'ouvrage de la sorte, « per tan gran rima w, était un fardeau trop lourd 
pour ses épaules : il s'est donc rabattu sur u la plus leu manera n et a 
continué par des quatrains monorimes. Le vers qu'il emploie est le vers 
de douze syllabes, mais un vers construit intérieurement comme je n'en 
ai rencontré jusqu'ici ni dans la littérature provençale ni dans la littéra- 
ture française î. Le vers de douze syllabes que tout le monde connaît est 
divisé en deux parties égales par une césure placée après la sixième syl- 
labe accentuée, et il admet à cette place une syllabe atone qui ne compte 
pas pour la mesure : tel est l'alexandrin français, tel est le vers que l'on 
trouve en provençal non seulement dans des poèmes épiques, comme la 
chanson de la Croisade albigeoise^ mais dans des compositions du genre 
moral ou didactique^ telles que le débatd'lzarn et deSicart de Figueiras, 
!e Tesaur de Peire de Corbiac ou certaines pièces lyriques. l\ est impos- 
sible de le reconnaître dans notre traduction de Roger de Parme. A la 
rigueur, les premiers vers se laisseraient classer dans cette catégorie et 
l'on pourrait y introduire la césure réglementaire : 

Seynors, a vos que est amie et compaynon 
Fas un presen cortés et rie et bel et bon, 
E escoutati zo qu'eu vos dlc en ma lison... 

Déjà dans ce troisième vers ta césure n'est qu'apparente, car !e pro- 
nom eu est trop étroitement lié au verbe dont il est sujet pour qu'on 
admette un repos entre les deux. Mais les vers suivants sont absolument 
rebelles à la même division, puisque la sixième syllabe tombe au milieu 
d'un mot dont la fin n'est pas atone : 



I. Canton de Ponl-Sainl Esprit^ autrefois viguerie et diocèse d*Ozès ; restes 
d'un ancien château-fort {Germer- Durand, Op^ !aud.]. 

3. La troisième lirdde n'a que huit vers; mais peut-Étre faut-il voir là une 
distraction du scribe qui aura passé deux vers. 

j. Du moins comme employé systématiquement dans des morceaux d'une 
certaine étendue, car on trouve en français des exemples isolés de celte coupe, 
par exemple : 

Ne jamais, s'a ceste amor- fau, ne soie ameis. 

(Chans. de Berne, CCCXCL) 
Voy, Étude sur le vers décasyllabe de A. Rochat^ dans le Jahrtuch de Lemcke, 
XI, 7j. 



u 



LA CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 69 

E Precian los cnscynet e puys Caton (v. 10). 

Tôt atresi vuyl tnstynar de mon labor (i 1) 

Penetensa, comunion, tôt sens temor (18) 

E que ben sian acabat m'es sobcyran (22) 

Ne de caylar presamptuos ne trop ardjtz C32). 

Il est inutile de multiplier ces exemples. Je n'insiste pas non plus sur 
ïes vers où la césure tomberait sur une syllabe atone, comme 

Per so qu'el mays n'aya d'ainicz et mays d'onor, 
ni sur ceux où la syllabe atone qui suit la césure devrait compter dans la 
mesure, comme 

Sol aiudar los vi<]r/<T Deus tota sason. 
Il est de toute évidence que nous n'avons pas affaire ici à la coupe 
ordinaire du vers de douze syllabes : 6 + 6, mais qu'il faut chercher 
autre chose, c'est-à-dire partager !e vers en deux parties inégales, l'une 
de quatre syllabes, l'autre de huit. Avec ce système deux coupes sont 
possibles : 4 + 8 et 8 -h 4, qui rappellent tout à fait la double division 
du vers de dix syllabes : 4 + 6 et 6 + 4. Mais si dans les littératures 
française et provençale on trouve des vers de dix syllabes construits 4 + 6 
et d'autres 6 + 4, jamais ces deux coupes ne sont employées concur- 
remment dans le même ouvrage : dans la Vie de S. Alexis, par exemple, 
qui est en décasyllabes 4 + 6, il n'y a pas un seul vers où l'on soit forcé 
d'admettre la coupe 6 + 4, comme dans Girartde Roussillorîj où la césure 
est placée après la sixième syllabe, il n'y en a pas un qui doive se rame- 
ner à 4 -». 6. Au contraire, la traduction de Roger de Parme nous offre 
à la fois des vers ayant la césure après la quatrième syllabe, et d'autres 
qui l'ont après la huitième. C'est ce dont on peut se rendre compte en 
prenant par exemple la 5" tirade. Voici en effet comment les vers sem- 
blent devoir être divisés : 

De los vesins sias euros tota sayson, 
40 Que lur respondes piasenmens et de faysOD 

El loi quan volon en semblan te sia bon, 

Et abandona lur ton seyns et ta rayson 

Que toz servisis non sera scn guisardon. 
44 De paura f^cnl te prec per Dieu que te perdon 

Que sian vist et acuyiit en ta mayson, 

Veyas lur obs aytan con en ta cura son. 

Pensa te ben con venguen lost a ganson 
48 A b gran amor et ab petita mession. 

Il est impossible de ramener ces vers à une coupe unique. Si en effet nous 
choisissons la coupe 4 + 8, les vers 40, 41 , 42 et 4 î auront une césure 
qui me paraît tout à fait contraire à la métrique provençale ' : 

I . On a cependant d'assez nombreux exemples isolés de cette césure dans le 



70 A, THOMAS 

Que lur respoti- des plasenmenj et de fayson etc. 

Si nous préférons la coupe 8 + 4, la même césure antiprovençale se pré- 
sentera pour le vers 48, et en outre, au vers 46, le sens s'opposera 
absolument à un repos après la 8- syllabe. Il faut donc de toute néces- 
sité admettre, pour notre poésie, la césure facultative à la 4* ou à la 
8' syllabe». 

Un dernier mot sur la façon dont Rairoond Aniller a compris et exé- 
cuté sa traduction. C'est à la prière d'un de ses amis quil s^est fait le 
vulgarisateur de la pratique de l'école de Salerne ; cet ami était chirur- 
gien comme lui *, et d'après le vers 125, il semble avoir habité le châ- 
teau de Monlclus, diocèse d'Uzès» Cà et là, Raimond Aniller a ajouté à 
Roger de Parme quelques détails empruntés à sa propre expérience ; 
c'est surtout dans le préambule qu'il a fait œuvre personnelle. Là, en 
effet, il ne traduit pas : il a négligé entièrement le préambule de son 
modèle î pour parler en son propre nom et donner à son ami quelques 



décasyllabe; ils ont été relevés^ en français comme en provençal, par A- Rochat, 
op. lauà.^ D. 89. — Voici pourquoi je repousse celte césure dans la traduction 
de Roger ae Parme; c'est que toutes les fois qu'elle semble se présenter à la 4" 
syllabe, nous avons une césure régulière et conforme auï habitudes provençales 
.1 la 8*, et vice versa. Jamais nous n'avons de vers où la césure se présente dans 
les mêmes conditions à la 4" et à la 8' syllabe: or cela ne oeut être un hasard, 
car en italien, où cette césure est si fréquente^ on trouve a chaque instant des 
vers comme ceux-ci : 

Dirô deir iUre cost cW jo v* ho scorte (Dante, Jnf. I, 9) 

Anzi impediva Untol mio cammtno {id, ib. jy) 
où toute autre césure est absolument impossible. 

1 . [Les vers de 1 2 syllabes avec coupe à la 8^ ont été employés dans la 
lyrique populaire du moyen âge. Tels sont ces fragments de chansons: Prise 
m'avez ci bois ramê^ reportez mi iBarlsch, Rom. und Past. I 20), Amors ai à ma 
volcnU, si m'tn tien cointe (1 71), Mignotcment ia voi venir, celi que j'aim^ etc. 
Dans la plupart de ces vers, et, autant qu'il nous semble, dans ceux de Roger 
de Paraie. le vers est d'ailleurs divisé non pas en deux membresn» mais en trois 
tronçons de 4 syllabes, tes syllabes 4 et 8 ayant nécessairement un accent et 
Tune d'elles devant se prêter à une coupe bien tranchée. Les vers cités plus 
loin semblent offrir quelques exceptions à cette règle : les discuter nous entraî- 
nerait trop loin. — RéJ.j 

2. tl n'est pas hors de propos, pour expliquer cet emploi de la langue vul- 
gaire entre hommes du métier, dfe rappeler que Lanfranc de Milan, d'après 
Eloy, déclare « qu'à son arrivée en France (c'est-à-dire vers 1290) les chirur- 

f;iens français étaient presque tous idiots (sachant à peine leur langue), tous 
alç]ues, vrais manœuvres, et si ignorants qu'à peine trouvait-on parmi eux un 
chirurgien ralionel. » Hist. litt. XXI, p. ^17, art. de Lajard cité plus haut, 

|. [La traduction en prose contenue dans le ms. de Berne reproduit au con- 
traire fidèlement le texte de Roger de Parme. En voici le début, que nous 
empruntons à une communication deMJ. Cornu ■ • Post mundi fûbricam*. En la 
« beleza de si me&eis Dieus vole forinar ome de terr[enla[ij subslancia, aissi 
* coma de vil ede fragtl substancia et speritet lo d'esperit tie vjda, aissi coma 

* Ces premiers mots de l'ouNTace de Roger en étaient devenus le titre. Pucrinoiti cite 
un ms. où on lit : u Cyrurgia magtstri Rogerii que a quibusdam appellatur post mundi 
fûbricam. » 



LA CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 7I 

^conseils généraux. Pour le reste, comme on pourra en juger par les 
^gments du texte latin que j'ai imprimés en note, il a commenté fidèle- 
ment le texte de Roger. Il faut remarquer cependant qu'il n'a pas tra- 
duit le 4' livre du chirurgien de Salerne, et qu'il s'est borné aux trois 
premiers. 



Inciph cirurgia magistn Rogcrù Sahrmtantnsii translata in lingaa romana 
a magisUo Raimundo Aniller. 

Seynors, a vos, que est amie et coiiipay[n]on, 

Fas un presen certes et rie et bel et bon, 

E cscoutatz zo qu'eu vos die en ma lison, 

E, can cr dig, aures ausit per quai rayson 
j Home nafrat podon venir a garison, 

Sol aiudar los vuy[l]a Deus, iota sason. 

Plas vos auzir qu'eu vos diga m'entension 

Per quel letin qu'eu ay après eu vos despon? 

Per etiseynar los neseis, com fes Salamon 
10 E Preeian los cnseynet e puys Caton. 

Tôt atresi vuy[ij enseynar de mon labor 

Un meu amie que m'en preya per gran amor, 

Quel don del frag de mon saber et de la flor, 

Per se qu'el mays n*aya d'amicz et raays d'onor 
I j E que si gart per totas rcs de far folor. 

Un mandament, amies, te fas, noi say meyior, 

Que âmes Dieu sobre quant es, nostre Seynor ; 

Penetensa, comunion, lot sens temor 

Comenda penre al naffral : pois de legor 
20 Poyras obrar com fa hom savis sens error. 
Amix, ley prec mi son vengul (...) a man 

E que ben sian aeabat m'es sobeyran ; 

Aprin ades, et don li bon conseyl et san^ 

Com ayes pretz e nom de bon sirurgian ; 
2$ Si vols obrar segons l'escrit Salernitan, 

Eu, que la fuy^ Jo te faray entendre plan. 

Veyas, amies, que non ti tenga res per van 

Ni per eyssuc de ton mester, ni per vilan; 



c d'auta e de pura e de gloriosa subsiancia^ per so que per aquest speriih om 
« se conogues engal en semblant et en gracia als celeslials e per la lerrena! 
« substancja conogues se meteis sozmes a las terrenals causas d'aquesl mon...» 
Comparez le début de Roger : t Post mundi fabricam ejusoue decorem de ter- 

• reslri subslantia Deus hominem formare vileque spiraculum in eo velut de 
« celesli voluit mspirare, ceu de vili fragilique maleria ponderis graviutem in 

• esse, de cclesli vero sicul de subllmi, pura gloriosaque subslantia condilori 
« similem celestibus gratiam coequalcm cognoscal... » Kid.\ 

i pot — 6 Ion — 8 quia — 2^ salermitan — 28 cyituc 



72 A. THOMAS 

A tôles gens sies fidels en faytz, en dilz, 

30 Que desliais non ha valor ne fementitz. 
Htimils et frans stas ades, no descausitz, 
Ne de caylar presumptuos, ne trop ardilz, 
Que tal s'en fa vassal e fort enlremonitz (sic) 
Que puys s'en ten pcr desaslruc et per fatiti. 

ji Veyas tos libres cascun yorn et tos escritz, 
E Irobaras con si deu hom estar garnitz 
Quan vol esser ne assemblar metges complitz, 
Per que sos noms sra saupulz et esbrugitz, 
(v*) De tos vesins si as euros tota sayson, 

40 Que lur respondes plascnmens et de fayson, 
E tôt qutan volon en semblau te sia bon, 
E abandona lur ton seyns et ta rayson 
Que tos servisis non sera sen guisardon. 
De paura gent te prec per Dieu que te perdon 

4 j Que sian vist et acuylil en la mayson ; 
Veyas lur obs aytan con en ta cura son, 
Pensa te ben con. venguen tost a garison 
Ab grau amor et ab petit a mess ion. 
De gran maltralx mi son vanalz et etitremés, 

^o Non per aver que dat m'en sia ne promés, 
Mas per amor, et quel letî qu'eu ay après 
Vos diga plan, si que l'entenda tota rés 
E per faiida que [negus] no fassa gés; 
Mas no m'en sent que tan gran fays soffrir pogués, 

^ ^ Que tôt mon libre per tan gran rima lésés, 
Per que m'en soy a la plus leu manera prés, 
Que veyns seray oy mays per dJas et per mes, 
E freolesa gran me sen que m'a comés. 
Primeramens prec et ador saut Espîril, 

60 Que tota via sia caps de mon ardit 

E mi don far comensamen bon et complit. 
Que no m'en tenga res per van ne per faillît. 
Armn. 
Quot modls caput vuhtratur*. 
En quantes guises pot sirvens esser feritz 
Quant es en cot et ses capel et mal gartiitz, 

65 Las en séria, si per vers et pcr escrttz 
Los coips volia totz comtar grans et petitz. 



J7 // n'y j pas d'exmpk dans Rjynoaard de assemblar au sens de re&semblar 

— ]% Esbrugir correspond pour U radical tt k pripxe à ébruiter; Raynouaid n'a 
d'exemples que de la forme embrugir — J9 tolas — 41 et semblan — 60 arditz 

— 64 cotx 

1. Cf. Roger fbibl. Corsinî 1253, ms. parch. fin du XIV« %., i*y v*). « Qui- 
« bus modts caput vutneretur, e! de signis lesionis ^tannkuto/um arebri, Caput vul- 
e nerari diversis modis contingit. Vulneraturcnim eu m fractura cranei,aliquando 
« sine fractura qusdem. Fractura enim eu m ruinere aliquotiens est magna, sed 



LA CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 

Parlem de colp que sia gran esdevengul(r) 
E sus el cap sia, quel test aya rendul(z) 
d'autramens partittz) per pcsses et runipul. 
70 Adons t'es obs que sias avesut(z) {sic). 
De la cervela te coven gran cura fort, 
Que s'es naffrada, per ma fe no t'en conort, 
NoI lengas ges per ren que veyas per eslort, 
Que d'enfra cent dias segurs sias de mort, 
De pia maire el dura maire, 
75 De las telas no t'en diray autra rayson 
Que la cervela tenon car doas que son 
Que si trencades son aysi con eu fayson 
Quaiï bc m'o pens, no t'en pose dire si ina[l] non. 

De pia maire. 
De la sobrana te fauc cert(z) a la dolor 
80 Que te malautes non la pot soffrir major 
E a per ver sa lenga negra de calor^ 
Mas en sa cara mostra ben roya color; 

Et examen als oyis vermeyls et afflamatz 
Et es de sen e de paraula cambiatz, 
8j Que no respon a res de quant es appelatz, 
Ans ditz errors, aisi con hom esmentegatz. 
De dura maire. 
Dcl'altra Icla te diray per quai rayson 
Poyras saber per qu'a près dan et occason, 
Que le maffralz no pot parlar, qui l'en semon 
90 Si fa, pot esser assas ves, et hoc et non. 
Freolesa si sent et pauc ha de vertu t, 
E en sa las li son vermeyl varon vengut, 
Ren a la sella non pot far que ja Taïut, 
Que tôt quan sol sos ventre far es remasut. 
95 Mays t'en diray, qime mays t'en say encara dir : 
Per sas aurey[l]as sans et bracs li pren eissir 
E per sas narras, per io colp a garentir, 



75 



(f a n 



« tara magna quam parva, alla est cum ma^no et largo vulnere alta cum stricto 
< et parvo. Quecunque vero fractura crâne] sit, de lesione panniculorum cerebrî 
c semper est dubitandum. Nam aliquando dura^ aliquando pia mater leditur. 
« Cum vero dura mater leditur, per hec signa cognoscitur : patientt namque 
f dolor adest in capile, rubor in facic^, oculorum incensio, alienatio, tenguc 

• nigredo. Ceterum pie matris lesio per hec signa cognoscitur : defeclu virtutis, 

• ablatione vocis ; pustule quoque soient in facie supervenire, sanguis et sanies 

• ab auribus et nanbus fluere et eliam constipatio venlris, et quod deîerius est, 
« rigor ter vel quater in die solel patienli contingere, el hocestsignum mortis; 
« el omnibus sive pluribus de supradiclis supcrvenientibus, ad plus usquc ad 

• centum dies mors expectabitur. 1 

77 trenlades — 82 cura raya — 86 Je ne trouve pas dam Raynbuard d'exemple 
de esmentegat, mot dont te sens mt paraU tris clair el la forme tris bien venue — 
92 Varon tradutt pustula; manqne dans Raynouard qui na pas non plus tremolon 
du V. 99, crépon {v. 120) m dus («22) 



74 LA CHIRURGIE DE ROGER EN VERS PROVENÇAUX 

Per quel naffratz fa so jornada et vas morir. 
Encara mays, que tremolon et fretz H ven 
100 Soven lo jorn que dirias febre lo ten, 
Que assas ves aquella gota li col ben 
(Effacé) ... so que ... poder de ren. 

Cura. 
Frayre, aquesta cura li faras, (sic) 
Enans pero de l'entestar t'escusaras. 



Explicit liber primas. (f* 12 r*) 



105 Lo porc cenglar, la merce Dieu, ai consegut 
Et ay lo cap, tant ay sudat et corregut ; 
Ar pausaray, tant que recobre ma vertut, 
Que tôt soy las, tant ay maltrach, si Dieus m'aiut. 

Incipit liber secundus. 
Er ay pausat et recobra t mon esperit, 
110 E ai gran gaug, quar lo primier libr* es complit : 
Mas lo segon aprin et non t'oblit (sic) 



Explicit liber secundus. (f? i^^b) 

Del porc avia sol lo cap, ar ai so col 
Si mala lenga d'enemic non lo mi toi, 
E que nom trobe paoros et de cor mol, 
1 1 j C'on m'en poiria d'autramentz tener per fol 

De cauterio propter emorroidas, (1^ 2j v<») 



D'aquest desaize m'entramis una sazon 
E membra me qu'eu n'ac .c. sol[z] de guisardon. 

Del porc senglar, amies, te fis présent fort bon, 
Quel cap el col sai que aguist ab lo menton : 
1 20 Aras t'aport trastot lo eau (sic) entrol crépon ; 
Dins et deforas potz legir la garizon. 

Crépon apelli aquel os que sta en dus 
Justa so cul — de lag parlar non ai en us, 
Ma [s] per forza m'ave a dir ço qu'a desus — 
12$ Part volgra aver en .1. castel qu'a nom Monclus. 
Aissi fas fin a las très partz de mon libret 
E prec t', amies, quel tengues car el gardes net; 
Quan legeras non lassas broca de ton det, 
Nel laices en ma d'orne fol ne de toset. 
Explicit liber tercius. 

Antoine Thomas. 



98 foz (?) nas m. 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 



La première édition du poème du Cid ayam paru en 1779, et depuis 
le même poème ayant éié publié irois fois avant la nouvelle édition de 
Halle, je ne regarde point comme un empiétement sur le domaine du 
dernier éditeur les éludes que voici, bien qu'il nous ait promis une intro- 
duction, des remarques et un glossaire, que j'attends avec le plus vif 
intérêt. La plupart de mes observations, celles à coup sûr auxquelles 
j'attache le plus de prix, je les ai faites et pouvais les faire sans son 
édition. Parmi celles que le texte de Vollmœller m'a suggérées, j*espère 
qu'il y en aura qui pourront lui servir. La varictas lectionum donnée en 
appendice avec quelques menues notes remplacera avantageusement les 
textes publiés antérieurement qui ne sont pas entre les mains de chacun. 

Une lecture fréquemment réitérée de notre beau poème m'a conduit à 
le considérer comme une chanson de geste conservée longtemps dans la 
tradition des jongleurs avant que quelqu'un pensât à la mettre par écrit. 
Aussi les erreurs que nous y rencontrons sont-elles de deux genres. Il y 
a des fautes de mémoire et il y a des fautes de copiste. C'est pourquoi 
le texte de notre poème soulève tant de questions que ces études, linguis- 
tiques avant tout, ne font qu'aborder. 

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES 



ALCUANDRE - ALIQUANDO 

Diez, Gramm. I, p. j6i, fait venir alguandn de ALIQUANTUM ou 
ALIQUANTULUM, suivant peut-être Sanchez qui avait traduit le mot 
par ft nada, ninguna cosa ». Ni l'une ni l'autre de ces bases ne satisfait 
au sens ni à la forme. Les deux passages suivants du poème du Cid, 
V. 552 Longinos era çiego que nunquas vio alguandre. 
V. 1081 Una deslea[l]tanza ca non la fizo alguandre. 



7<5 J. CORNU 

el un iroîsîème appartenant aux Reyes magos (Amador de los Rios, His- 
toria critica de la Uteratiira espanola^ tomo 111, p. 658 j Hartmann, Altsp. 
Dreikœnigsspid, v. 35) ; 

atal fadnda 

fu nunquas al^andre falada 

6 en escriplura trubada ? 
prouvent que alguandre est ALIQUANDO. Nunquas alguandre équivaut à 
nunca jamas. 

AUZE ' 



Aucune des deux étyraologies d*auie proposées Pune par Sanchez et 
l'autre par Diez (voir EW. llb s. v. auce] ne satisfait aux lois phoné- 
tiques. Le sens du mot, ainsi qu'il ressort des passages suivants tirés du 
poème du Cid et de G. de Berceo, est sort, destin : 

Muger del Çid lidiador e ssus ffijas naturales, 
V. 1525 Ondrar vos hemos todos, ca tal es la su auze, 
V. 2 j66 Verlo hemos con Dios e con la nuestra auze. 

Afevos el obispo don Jheronirao rauy bien armado, 
V, 2369 Para vas delant al Campeador siempre con la buen' auze, 
S. Dom,j 422 c, 

Si por su auze raala lo pudiessen tomar, 

Por aver monedado non podrie escapar. 
Signas^ 26 b, 

Altj sera traydo Judas el traydor 

Que por su abçe mala vendîô a su sennor. 
Mttagros^ 77^ a, 

Dîssoli : En que andas, omne de auçe dura ? 
De même abze mata Alex, 54^ a ^le texte porte aize\. 
J'avais pensé d'abord à une base ALICE et comparé saua S ALICE. 
ALES, qui aurait convenu admirablement au sens, l'aurait fournie, si les 
préceptes de VAppendix Probi : MILES, NON MILEX; POPLES, NON 
POPLEX; LOCUPLES, NON LOCUPLEX ont quant à ces exemples 
plus qu'une portée orthographique. 

Mon ami G. Paris m'exprima ses doutes quant â cette étymologic que 
je cherchais à appuyer par des raisons que je regarde aujourd'hui comme 
mauvaises. Quelques jours plus tard, en revoyant mes extraits de la 
Demanda do Santo Graal, je rencontrai les deux passages suivants : 
fMo5 v^a : 

Mercéé, mercee, donzela avizi boa, nô leyxes morrer lâ fremosa crea- 
tura como esta donzela he. 



fiTUDES SUR LB POÈME DU CID 7^ 

f" i56rb : 

Semelhava que séria grande coita se ta avezi boo • regno e ta preçado 
tornasse per algûa raaiaventura a desiroymèto e a confusom, 
passages auxquels est venu s'en ajouter un troisième de Gil Vîcente (Ed. 
de Hambourg, I, p. 254) : 

Oh fidepata roaldîto 

Triste^ avczimâo (/. avezimao), tinhoso, 

Lano peccador errado ! etc. 

Avizibôo et avezimao qui signifient évidemment « hem aventurado » et 
« malavenlurado ?> montrent que la base de aaze est AVICE, indiqué 
aussi par les diminutifs esp. avccica, aveciia et avecilla^ et le dîm. port. 
âvezinha. 

CONTIR CUNTIR 

Diez, EW. H b. s. v., a bien reconnu que contir ou cuntir de l'ancien 
espagnol était CONTINGERE, mais il a oublié de nous dire que le 
deuxième N y est tombé par dissimilation ou que l'infinitif a été refait 
sur le radical du parfait, le temps le plus fréquemment usité de ce verbe. 
Cf. en port, impîgir -^ impingir, blâmé par Fr. L. do Monte Carmelo, 
p. 622. 

CURIAR ^ CURARE 

Salve le el criador ! Dios te curie de mal ! 
Dios te de longa vida i te curie de mal ! 
lisons-nous dans les Reyes magos^ vv. 76 et 78 de Fédition de Hartmann. 
Nous trouvons le même curiar dans Berceo (S Millan 5 b 277 b, Loores 
20 d 88c 175 d 2îîb), dans ['Alexandre (3?îa) et dans Maria egipc. 
Les exemples en sont très nombreux dans le P. du Cid \\\. 529 364 1 261 
IH7 139^ 1407 U'o i ï<^6 2000 2552 2557 2569 2669 2890 5196 
JîîS 3477 î^^4) ^^ je me contenterai d^en citer deux ou trois : 
V. 1)96 Omilom, dona Ximena, Dios vos curie de mal. 
V. 23 J7 Curielos qui qujer, ca dellos poco min cal 
V. 3 1 96 Por esso vos !a do que la bien curiedes vos. 

Dios te (ou vos] curie de mal était une salutation. 

Partout je retrouve te sens du latin CURARE qui est devenu curiar 
par les intermédiaires : 'cùurare* 'càurare cùtrar [cuiriar] curiar^ comme 
le démontrent les graphies portugaises suivantes : 



1. On lit fo 109 v«a : por rico e por vezibôo^ sans doute le même mot. 

2. Cf. muudo C)rlo do esposo, f^ 4 v" a Espec. mon. 121 v«^ cl auuo Orto, 
i' 39 r- a. 



78 i. CORNU 

ventuira ou venîuyra C V 993 Virgeu deCons. (mss. d'Alcobaça n" 244) 
f* 19 r* 21 V* 45 yo 48 r° 70 r» Med, et pens. de S. Bem. f^ 77 V Os 
dez mandamentos da ley de Moyses f* 86 r*" Dialigos de S. Grigorio (mss. 
n* îy) f* 15 yoa j? ra 45 v'b 46 Va 48 fb ^^ v"ab ^8 v^a 69 v^b 
8^ fa 90 Va 95 r*a 107 Va 108 Va Orto do esposo f* 92 9} r^a 
95 V- a 94 r^b 94 v<^a 1 1 1 ra 112 vb i îo r^b Historias d'abreviado 
Teslamento Velho i p. 2j 27 41 46 47 ço 58 90 9} 96 1 î6 145 147 
148 154 172 198 200 20s 207 259 262 281 284 II p. ^445 48 54 120 
1 jo Fern. Lopes p. r2 157 161 200 277 }22 345 580499 505 Leal 
Cons. p. 26 44 1 17 141 202 206 214 2^7 2^6 2^7 260 266 281 282 
28j 297 Livro da enss. 45 54 72 89 97 Azurara p. ço, aventttyra Orto 
f' 92 Vb Leal Cons. p. 175, desventayras Virgeu de Cons. f" 27 r*, 
desdventuyra Orto f' 122 r°b Leal Cons. p. 7] 277^ se aventuira Leal 
Cons. p. 260 se aventuiram Leal Cons. p. 260, aventayrado Virgeu de 
Cons. f' ^ 5 r Orto f' 108 rb 1 10 r b i ]o V b Historias p. 47, bè avê~ 
tayrado Virgeu de Cens, f 22 r* 29 r ^6 r* 37 r Diai. de S, Grig. f 17 
r*a 18 r a 18 r b4i Va 46r°a 47 rb jo Va 59 Vb6o r'a 73 r^b 
74 V 75 ra 80 r" a 97 va 104 r a, desventuyrada CV 995, desaven- 
îuyrado Orto f* 109 rb 117 pb, aventuyrança Orto f* 94 f'b 108 rb 
I to r a 1 10 Va 1 16 vb; cuyra CURAT Orto f' 108 r'b, cuyramcuyrà 
CURANT Orto f" 108 ra 109 rb, cuyim CURENT Orto 108 rb; 
bruytas Orto f 151 Va; luxiria LUXURIA Orto f' 134 V'' a. Ajoutons 
encore ti TU en gai. qui aussi aura passé par *îai. 

En conséquence, lors même que l'explication donnée ci-dessus ne 
serait pas bonne, M. Morel-Fatio, qui juge que curiaT est identique à 
CURARE, a raison contre M. Baist, qui regarde ce verbe comme ayant 
une autre origine, Zatschrift fur rom. Philologie 1880» p. 4J0 (il renvoie 
à la Romanid \o, ^; lisez IV, 35). 

ESCURRÏR = 'EXCORRIGERE 
ESCORRECHO ~ 'EXCORRECTUS 

Diez, EW. II b s. V. engreiff croit que EXGURRERE a donné l'anc. 
esp, escunir^ usité, à ce que nous dtl Sanchez, de son temps encore 
dans la province de Santander et qu'il a fort bien expliqué par : « Acora- 
pariar â alguno que va de viaje saliendo con él à despedirle », corame 
il ressort clairement des passages suivants : 
P. dd Cid, 
V. 1067 Ffata cabo del albergada escurritSlos el castelano. 

Hyas espidio Myo Çid de so sennor Alfonsso : 
V. 21 57 Non quiere quel escura, quit61 de ssi luego. 

Todos prenden armas e cavalgan a vigor, 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 79 

V. 2590 Porque escurren sus fijas del Campeador a tierrasde Carrion. 

Dil que enbio mis fijas a lierras de Carrion ; 

De lo que ovieren huebos sirvan las a so sabor ; 
V. 2640 Desi escurra las fasta Médina por la mi amor , 

Otro dia mannana con eOos cavalgô, 
V. 26 j 2 Con dozienios cavalleros escurrir los mandé. 
V. 287 1 Otro dia raannana pienssan de cavalgar. 

Los de Sant Este van escurriendo-los van 

Ffata Rrio damor, dando les solaz. 
Reyes de Oriente, p. j2ob, 

Pero que média noche era 

Metiôse con ellos a la carrera ; 

Escurri(i !os fasta en Egipto, 
Vida de San Hdefonso, p. 524 b, 

Salid el santo padre con él de la çibdat 

A le escorrir con grand solemnidad. 
•EXCORRIGERE, d'où l'italien scorgere avec le même sens et d'oîi le 
dérivé scortare (voir Diez, E\V. Il a s. v, corgere], me semble offrir une 
base aussi vraiserablable quant au sens que quant à ta forme. Mais les 
significations du verbe moderne escurrir paraîtraient appuyer l'étymolo- 
gie de Diez. 

A escurrir je rattache escorrecko qui manque au dict. de l'acad. esp., 
mais qui est dans le Dia. galkgo de Juan Cuveiro Pifiol avec le sens 
« prevenidû, apercebido w, dans les deux passages suivants des Castigos 
l rey don Sancho, p. 89 b : 
Muchos fueron en este mundo que descaroîi haber fijos, é fijas, é non 
gelos quiso Dios dar ; é muchos los que los non desearon é di6gelos 
Dios; é à muchos los diô sanos é recios (B. escorrenchos) é fermosos e 
sesudos é entendidos » é à otros muchos feos é lisiados é locos é desen- 
tendidos. 
P. 143 a : 

Mio fijo : 1res cosas son que home de este mundo non puede haber 
nin ganar nîn heredar por madré nin por padre nin por otra ninguna 
persona, sinon por Dios, las cuales son estas : Primeraracnîe, fermosura 
é sanidat é seer escorrecho en el su cuerpo. 

Le portugais a la forme correspondante escorreito-a « t. pleb. Sâo, 
sem a menor doença. Sem defeito corporal » selon Moraes Silva, à 
qui Cuveiro Pinol semble l'avoir emprunté. Ce participe n'a été signalé 
nulle part que je sache. Un autre est erecho ERECTUS Berceo, S. Millan 
I34d, port, ereyto Regra de S. Bento-j hereitas D. Duarte, Livroda enss,^ 
p. 118. En Galice, à Pontevedra^ d'après le diaionnaire galicien de 
Cuveiro Pinol, on emploie comme participes cscoUeiio, tûliàlOt envotveiîo. 



So 



î, CORNU 



FURCION = FUNCTIONEM 

On lit dans le P. du Cid, v. 2847-2850 : 

Varones de Sant Estevan, a guisa de muy pros, 

Rreçiben a Minaya e a todos sus varones. 

Presenian a Minaya essa noch granl enffurçion. 

Non gelo quiso toraar, mas mucho gelo gradiô. 

EnfarçioUf v. Dict. de l'acad. esp. s. v. infurcion^ où il est expliqué par 

« Tribulo que se pagaba ai senor de un lugar en dinero 6 especie por 

razon del solar de las casas. » Ce mol, qui a son correspondant dans le 

port, injurçâo et qui a dû avoir un sens plus étendu, se rencontre dans 

Berceo sous la forme /urdon, S. Millan, 397 d : 

Mas valdrie seer muertos que dar tal furcioiî, 
vers qui se rapporte au célèbre tribut des cent vierges. Voir S. Millan^ 

no- 
Plus loin» 429 : 

Pero abrir vos quiero todo mi corazon : 

Querria que fiçiessemos otra promission, 

Mandar a Sant Millan nos atal furçion^ 

Quai manda al apostol el rey de Léon. 
Milagros, ip : 

Era un omne pobre que vivie de raçîones 

Non avie oiras rendas nin otras furçiones, 

Fuera quanto labraba, csto poccas sazones, 

Tenie en su alzado bien poccos pepiones. 
Ce mot, qui semble au premier abord énîgmalique, est le latin FUNC- 
TIONEM avec la même signification. Voir Forcellini s. v. ;. C'est à 
peu près un synonyme de conducho. LV dans furçion est pour éviter le 
même son dans deux syllabes consécutives. Cf. ponçella Berceo, Milagros 
1 17 c, Alex, 1 366 a. Furcion est un doublet à ajouter à ceux réunis par 
M"'" Michaëlis de Vasconcelios. 

NADJ == NATI 



Quoique je n*aie rencontré le verbe au pluriel après nadi que dans ce 
passage du poème du Cid (v. 25) ' : 

Anles de la noche en Burgos dél enir<5 su carta. 



I. Peut-être faul-il voir l'influence de nadi suivi do pluriel dans le vers 1 ^2, 
si le texte est bien conservé : 

Non viene 3 la pueent, ca por cl aqua a passado, 
Que gelo non venlanssen de Burgos omne nado. 



ÉTUDES SUR LE POÊMË DU CID 8f 

Con grand rrecabdo e fuerte mientre sellada : 
Que a Myo Çid Ruy Diaz que nadi nol diessen posada 
je n'hésite point à le considérer comme une preuve à l'appui de Topinion 
de Monlau (voir Diez £H. II b s. v. nada] qui a voulu y reconnaître un 
nominatif pluriel. On a dit d'abord par ex. : (HOMINES) NATI NON 
VIDERUNT TALEM CAUSAM nadi no v'teron îal cosa. Mais une fois la 
valeur de nadi oblitérée, il cessa d'être employé exclusivement comme 
sujet et le sens de NEMO qu'il avait, même quand il était employé au 
pluriel, amena le singulier. — Dans nadi(^ gai. nddia nàidia et niide, je 
trouve une preuve — et ce n'est pas la «eule que je puisse donner — à 
l'appui de mon hypothèse si mal reçue par le critique de la Zeitschriftfiir 
rom. Philologie (1879, p. 1 50) que P/ est égal à a, d'où ie. 

Esp. SANA, port. SANHA =» 'SANIA SANIES 

Diez, EW. II b. s. v., veut tirer sana de INSANIA ou de SANNA. 
Mais ce dernier ne donnerait pas te portugais sanha, et, si l^on admettait 
la première étymologie, i! faudrait rendre raison de la chute de la syllabe 
initiale. SANIES en revanche, entré dans la première déclinaison, salis- 
fait à la fois à la forme et au sens. Comp. la locution fr. : « se faire du 
mauvais sang ». Or mauvais sang au sens propre est précisément 
SANIES. 

VIRTOS = VIRTUS 



On trouve trois fois dans le P. du Cid un mol vlrtos qui y est syno- 
nyme de companas : 

V. 657 Creçen estos virtos, ca yentes son sobeîanas. 
V. 1498 Virtos del Campeador a nos vienen buscar 
V. 1625 Aquel rrey de Marruecos aiuntava sus virtos. 

11 a fort embarrassé Diez qui rejette, EW. Ilb s. v., Pétymologie 
VIRTUS proposée par Sanchez. S'il en venait, dit-il, il serait irrégulier 
quant à l'accent, quant à la déclinaison et quant au genre. Dans les 
textes bibliques surtout (voir Forcellini s. v. 12) VIRTUS signifie 
« exercitus bene instrtictus ». C'est un collectif, donc comme sujet il 
demandait au moyen âge le verbe au pluriel. Il désigne des hommes^ 
donc il pouvait facilement devenir masculin. De plus, une fois la décli- 
naison simplifiée comme nous la trouvons dès les plus anciens textes 
espagnols, virtos venait se ranger tout naturellement parmi les mots de 
la seconde et de la quatrième déclinaison. Ce qui m'embarrasse le plus, 
c'est la persistance du nominatif, Mais en espagnol aussi quelques rares 
exemples ont échappé au nivellement général. Dios, Carlos, DomingoSj 
Romania, X ^ 



82 J. CORNU 

Marcos, cardo, sastre et autres tels que Longinos P. du Cid v. 352 et 
Alamos v. 2694, sont regardés depuis longtemps avec raison comme des 
débris du nominatif. Voir Diez, Gramm. II, p. 8. Dans les noms propres 
de personnes rarement employés au pluriel, cet archaïsme est fort com- 
préhensible. L'emploi si fréquent de INVITUS avec les verbes nous a 
donné l'adverbe anc. esp. ambidos amidos. Car on perdit petit à petit le 
sentiment de la valeur de cet adjectif dans les phrases telles que : Fer lo 
he amidos P. du Cid v. 84, amydos to Jago P. du Cid v. 95, Une fois ce 
sentiment perdu, rien ne s'opposait plus à ce qu'il accompagnât des plu- 
riels et des féminins. Huebos OPUS si fréquent dans notre texte (vv. 82 
125 158 212 1044 1^74 iî82 1461 1695 1878 269? 3^6?) ajustement 
gardé son s parce qu'i! ne s'employait jamais au pluriel. Tous ces 
exemples fournissent la preuve, à laquelle on pourrait en ajouter bien 
d'autres, qu'il n'y a pas dans la disparition des nominatifs en s un fait de 
phonétique. 

REMARQUES DIVERSES 

V. 69 tnçtrvlm ci. San Çalvador v. 2924. 

V. 72 II n'est peut-être pas inutile de rappeler que ygamos est 
JACEAMUS. Diez a crti que cette forme appartenait au verbe mr et Ta 
citée mal à propos p. jSa. yscamos EXEAMUS v. 685. 

V. 72 yaymos, même forme v. 1 joç. Cf. aydes v. 880. 

V. 77 no lo precio un figo. Voir P. Fœrster, Spanische SpracMtkre, 
p. 312. 

V. 118 A côté ât presîdde, kvédas iG-j^ conîalda 181, avelto 496, 
valeîdeyi^y daldo 825, avelïas 887, cariaîdas 1357, prendelias 2136, 
daldas 21 i^j on rencontre mdedlas 119, ponedlas lô-j, prendetks 2<i^f 
dadîas 222^, prendetk 3190. 

V. 123-125 

Nos huebos avemos en todo de ganar algo. 

Bien !o sabemos que élalgo gand, 

Quando a tierra de moros entré, que grant aver sac6. 

C'est ainsi que je ponctue. L'édition de Janer met un point après 
gannâ et un point d'exclamation après sacà qui ne convient nullement 
au passage. Vollmœller met un point après ganô et un autre après sacô. 
Il doit en conséquence entendre le passage comme Janer avec qui s'ac- 
corde Damas Hinard. Que grant aver sacà ne fait que reprendre sous une 
autre forme que él algo ganô. 

V. 1 5 1 venîansse{n]. De même sopicnssen v. 1 j 1 1 . 

V. t8o 

Plaznne, dixo el Cid, daqui sea mandada, 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU ClD 8^ 

Si VOS la aduxier dalla ; si non contalda sobre las arcas. 
Damas Hinard a pris 5/ pour la particule affirmative, mais adiixkr 
prouve que si est la conjonction. daq\ti « dès maintenant n comme dans 
les vv. 219 et 2097. da aqui v. 1 710 a le même sens. 
V. 270271 

Fem anie vos yo e vueslras ffijas — yffanies son e de dias chicas — 

Con aqueslas mys duenas de quien so yo servida 
Vollmxller met point et virgule après chicas, 
V. J23 

Passando va la noch vînlendo la mana[na] 

V.42Î 

De noch passan ia sierra, vinida es la manana. 
M. Baist, Literaiurblatî fiir germ, und rom. Philologie 1880, p. 541, 
pense qu'on pourrait dans ces laisses en a lire peut-être manan ou mafia 
en place de manana. Si je le comprends bien, il admet une forme portu- 
gaise dans le P. du Cid. Mais en ancien portugais manhâa est de trois 
syllabes- Les vers 

1 100 Trasnocharon de noch al alva de la man 
et 3059 Acordados fueron quando uino la man 
montrent quelle correction i) faut adopter. 
V. 420 et 42 1 
Temprano dat çevada, si el Criador vos salve ; 
El qui quisiere comer e, qui no, cavalge. 
VoUmœller a imprimé e qui no cavalge. Mais en omettant les deux vir- 
gules, je ne sais comment construire. Le sens que Damas Hinard donne 
à ce passage en traduisant : « Celui qui voudra manger id, qu'il ne 
remonte pas à cheval y> est absurde. 
V. 424 

Despues qui nos buscare fallar nos podrâ ! 
Cf. Chronica del Cid, c. 9? : « £ des i quien nos quisiere buscar, fallar- 
nos ha en el campo. » De même v. 1071 

Si me vinieredes buscar, fallar me podredes. 

V. 451 

Mandado de so senor todo lo han a fafi 
L îodolo = todos lo. Cf. somonos v. 35^1. 

V. 4Î5 
Dizen Casteion el que es sobre Fenares. 

La chronique du Cid, c. 94, a : llegaron cerca de un castillo que Uamavan 
CasUcjon, que yazia sobre Fenares^ ce qui confirme la conjecture de Damas 
Hinard appuyée par le v. 547 : Do dicen {ou dizen]. Cf. v. iSjGOdàen 
Bado de rrey. L'orthographe Diçe (il descend), v. 974, empêche de 
regarder dizen comme son ptunel. 



J. CORNU 

des i. De même vv. 1109 1275 n8î 166^ 2640 jiio 



84 

478 de si 
3484 ^612. 

V. J12 
Sos cavalleros y an arribança. 

Damas Hinard traduit : «Ses chevaliers sont admis au partage «; c'est 
introduire une cheville qui n'existe pas dans le texte. Janer explique par 
<( sus cavalleyros aqui Uegan 6 tienen arribanza n^ mots qui ne sont pas 
mieux à leur place. Anibança signifie ici évidemment Vavantage, la 
meilleure pan. En effet les gens à cheval reçoivent (oo marcoj, tandis que 
les gens à pied n'en reçoivent que jo. 

V. S40 

Del castiello que prisieron todos rîcos se parîcn. 

Parten dans une laisse en a n'est pas à sa place. L. van. 

V. j6i 
A todos sos varones mandé fïazer] una cârcava. 

Baist, Liîeraturbiaiî fur germ. und rom. Philologie ^ p. 541, écrit /ar 
qui est une bonne correction. On pourrait aussi remplacer /«arrr par fer. 
Le même critique voudrait, je ne sais pourquoi, substituer la aircava à 
ma cdrcava. 

Quoique dans les trois passages suivants les éditeurs s'accordent à 
considérer ios comme complément du verbe et cavalleros comme vocatif, 
je mets la virgule après fcrid. Une raison de phonétique s'opposerait à 
feridlos, car ferildos serait plus conforme à l'usage du poème. 

V. Î97 Ffirid, los cavalleros, todos sines dubdança 

V. 720 Fferid, los cavalleros, por amor de caridad 

V. 1 1 J9 En el nombre del Criador e del Apostol Sanci Yague, 

Ferid} los cavalleros, damor e de grado e de grand voluniad. 
Cf. V. 1 479 Venides^ los vassallos de myo amigo natural. 
et v. 2780. Comp. sur l'emploi de l'article devant le vocatif Diez, Gramm. 
m, p. 25. 

V. 60 j 
En un ora e un poco de îogar CGC moros raatan. 

Cf. v. 752 
Cayen en un poco de logar moros muertos mil! e CGC ya. 

V. 610 sabenî SAPETE. Cf. rrogand ROG AT E v. ij^^hedand kETA- 
TEM V. 2085, ondredes AUDIRE HABETIS v. Î292. 

V. 683. L'éditeur le plus attentif et le plus soigneux peut avoir ses 
distractions, C'est ainsi que Vollmœller, ou plutôt le compositeur, a 
passé deux moitiés de vers. Au lieu de 

Armado es myo Cid commo odredes contar, 
1, avec Sanchez et Damas Hinard : 

Arraado es el myo Cid con quantos que el ha. 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CIO 85 

Ffablava myo Cid commo odredes contar. 
V. 696 

Ame rroydo de atamores la lierra querie quebrar. 
Bien que Diez, Gramm. 111, p. 185, cite ce vers comme exemple de 
ante au sens de prae, je ne me rappelle pas avoir rencontré aucun autre 
passage qui confirme cet emploi. 
V. 727 et 728 

Tanîa adagara foradar e passar, 

Tanta loriga falssa desmanchar, 
V, I 140 

Tanta cuerda de lienda y veriedes quebrar 
V. 1785 

Tanta tienda preçiada e lanlo lendal obrado 

Que a ganado myo Çid con todos sus vassallos 1 
V. 1966-1969 

Quien vio por Casiiella tanta mula preçiada, 

E tamo palafre que bien anda, 



Tanto buen pendon meter en buenas astas... 
V. 1987-1989 

Tanta gruessa mula e tanto palafre de sazon, 

Tanta buena arma e tanto cavallo coredor, 

Tanta buena capa c mantos e pelliçones ! 
Voir aussi 21 14 2207 (?). 
V. 2404 

Tanto braço con loriga veriedes caer apari 

V. J242-Î244 

Veriedes aduzir tanto cavalb corrcdor, 

Tanta gruessa mula, tanto palafre de sazon, 

Tanta buena espada con toda guamizon. 
Le singulier avec ianîo-a est plus répandu, me semble-t-il, en portu- 
gais qu'en espagnol Cf. mucho^ Apo!., 16 d, 

Las nuevas de la duenya por maï fueron sonadas, 

A mucho buen donçel avian caras costadas. 
V. 728 

Tanta loriga falssa desmanchar. 
Le texte portait probablement à Y ongmt Jatssar c desmanchar. 
V. 7ÎÎ et7^ 

Quai lidia bien sobre exorado arzon 

Mio Çid Rruy Diaz el buen lidiador 1 
En dépit de Sanchez et Damas Hinard qui traduisent exorado par 
Œ dorado et doré », je suis peu convaincu de la justesse de l'interpré- 



86 J. CORNU 

tation. On pourrait penser que notre mot répond au provençal ùssaurat 
eisaurat « élevé ». 

V. 764 

Por aquel colpe rancado es el fonssado. 
V. 926 

Dios commo fue alegre todo aquel fonssado. 
Sanchez traduit fonssado par a hueste, ejército ». Voir sur ce mot, que 
nous rencontrons aussi dans le poème de Feman Gonzalez, un article 
substantiel dans VElucidario de Santa Rosa de Viterbo (s.y.fossado). Sur 
fonssado cf. Diez, Gramm. I, p. 361 ; Fœrster, Zeitschrift fur romanische 
Philologie; Ascoli, Arch. glott. it. III, p. 446 et suivantes. 
V. 881 

Dixo el rrey : mucho es mafiana. 
Cf. ly e ben matén « c'est bien vite » dans la Gruyère. 
V. 8î2 et 833 
A la tomada si nos fallaredes aqui^ 
Sinon do sopieredes que somos, yndos conseguir. 
Notons l'anacoluthe. Après aqui^ sous-entendons bueno. Damas Hinard 
a traduit si par certainement. 
V. 883 semmana = sedmana. Sammana Berceo, Sacrifdela Missa, 10 d. 
V. 996 

Ames que ellos legen a lano, presentemos les las lanças. 
L. al lai'io. De même v. 1003 

Al fondon de la cuesta, çerca es de lano. 
L. del. 

V. 1002 et 1003. Je doute fort que la ponctuation admise pour ces 
deux vers par M. Baist soit la bonne. Celle de l'édition Ribadeneyra qui 
est aussi celle admise par Damas Hinard et que VoUmœller a adoptée 
est bien préférable. 
V. 1049 et 1050 
Alegre es el conde e pidiô agua a las manos, 
E tienen gelo delant e dieron gelo privado. 
Evidemment agua a las manos est masculin comme aguamanos ({\i\ serait 
préférable pour le vers. 

Le vers 1072 a tout l'air d'être corrompu. Cf. Chronica dd Cid^ 
c. 107. 
V. 1080 

Lo que non ferie el caboso por quanto en el mundo i ha. 
i est peu conforme à l'usage espagnol. 
V. 1083-1086 
Junt6s con sus mesnadas, conpeçolas de legar 
De la ganançia que an fecha maraviilosa e grand. 



BTUDES SUR LB POEME DO CID 87 

Vollraœller ne met aucune ponctuation entre ces deux vers. Il faut un 
point, me semble-t-il, après legar. Lire ensuite : 

De la ganançia que an fecha maravillosa e grand 
Tan ricos son los que non saben que se han, 
sans tenir compte du vers 

Aquis conpieça la gesta de myo Çid el de Bivar 
qui n'est pas à sa bonne place. 
V. i\o$fazen, L, fan. De même vv. 121 j 1642 2869. 
V. 1 1 < 5 Oyd^ mesnadas, si el Criador vos salve ! 
Même emploi de si SIC, sur lequel on peut consulter Diez, Gramm. 
m» p. j J7, qui s'est évidemment fourvoyé, w. ni) 1 ^4 1 542 1442 
1)29 '^4^ ^5^^ 2797 ^79^ 2960 2990 Î042 504) 5128 ÎJ9»- 

V. 11)1 Mettre une virgule après adelant au lieu du point. Car la 
traduction du vers 

De pies de cavallo los ques pudieron escapar 
donnée par Damas Hinard « ceux qui purent s'échapper pe durent] à la 
vitesse de leurs chevaux » n'est pas soutenable. 

V. 1165 Mules = Mat les. De même v. 572. Voir la note du v. 996. 
V, 1174 sahent. Cf. puedent v. ))) et prendend v, 6)6, les seules 
formes qui aient encore la dentale : 
V. 1176 
Nin da consseio padre a fijo nin fijo a padre, 
Nin amigo a amigo : nos pueden consolar. 
C'est ainsi que je ponctue avec Damas Hinard. 
V. H 78 et 1 179. Dans ces deux vers du jongleur à ses auditeurs : 
Mala cue[n]ta es, senores, aver mingua de pan, 
Fijos e mugeres ver lo mûrir de fanbre, 
si cuenia était la leçon du manuscrit, il faudrait la remplacer par cueta 
^ cueiîû ou cuitdt ce que Vollmœller a vu postérieurement. Dans le 
vers suivant L hs au lieu de lo. 
V. 1186 

Araaneçiô a myo Çid en tierras de Mon Rreal. 
Retrancher a? 
V. 1 2 14 et V. 1 21 8 (yui serait préférable à qu'un. 
V. 1222 

A quel rrey de Sevilla el roandado legava. 
Ajouter la préposition a. Si l'on veut corriger le vers, écrire Al au lieu 
d'Aifuel, 

V. 1278-1281 

La muger de myo Çid e sus fijas las yffantas 

De guisa yran por ellas que a grand ondra vernàn 

A estas tierras estranas que nos pudiemos ganar. 



88 i' CORNU 

Il y a une faute dans le premier de ces vers ; myo Çid doit être rem- 
placé par autre chose. L'anacoluthe ne fait pas de difficulté. 
V." 1287 

En estas nuevas todos sea alegrando. 
M. Baist veut lire se van alegrando. Damas Hinard retranche Va super- 
flu, ce qui est préférable. 

V. 1 292 Avant l'édition de Voilmœlier on lisait puertas au lieu de 
provezas. 
V. 1312 

Puera el rrey a San Fagunt a un poco ha. 
L. en un seul mot aun. Cf. 1 57;. 
V. 1407 et 1408 

Dezid al Canpeador (que Dios le curie de mal!) 
Que su muger e sus fijas el rey sueltas me las ha. 
C'est ainsi que je corrige la ponctuation acceptée par VoUmœUer. 

V. 141 5 

Hyr se quiere a Valençia a myo Cid el de Bivar. 
Le sens exige quieren. 
V. i4i8Mya/ia>a. De même v. 1565. 
V. 1428 
Palafres e mulas que non parescan mal. 
Mettre une virgule après miûas^ car le sujet de parescan est dûha Ximena 
sus fijas e las otras dueiias. 

V. 1442-» 444 

Si vos vala el Criador, Minaya Albarfanez ! 

Por mi al Campeador las manos le besad. 

Aqueste monesterio no lo quiera olvidar. 
Ce dernier vers dépend du précédent. Aussi doit-on remplacer le point 
par une virgule. 
V. 1448- 1449 

Hyas espiden e pienssan de cavalgar, 

El portero con ellos que los ha de aguardar. 
Ed. de Janer et celle de VoUmœUer cavalgar. 

V. 1459 

E Martin Antolinez^ un Burgales leal. 
un ne convient pas ici. 
V. 1482- 148 5 

Myo Çid vos saludava, e mandolo rrecabdar, 

CoFn] çiento cavalleros que privadol acorrades : 

(Su muger c sus fijas en Médina estan) 

Que vayades por ellas, etc. 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 89 

Il est évident que ces derniers mots et ceux qui suivent dépendent 
aussi de necabdar. 

V. I49Î 
Por el val de Arbuxedo pîenssan a deprunar. 
Cf. Berceo, 5. Millan 14 

Moviûse de la sierra, empezds a desprunar 
Signes 72 

Valanos Jesu Cristo, la su virtut sagrada, 
Que estonce non podamos caer en desprunada. 
Loores 22 1 

Entre lantos peligros qui podria guareçer ? 
Si nos non vales, madré, podemosnos perder. 
Reygna de los çlelos, pienses nos de acorrer. 
En prunada nos tienen, cuydanse nos vender. 
V. 1501 Coranado. De même vers 1995. 
V. 1 502 d alcayaz, v. 2669 acayaz. Ce mot, arabe vraisemblable- 
ment, manque à Dozy, Glossaire des mots espagnols cl portugais dérivés de 
Varabe. 
V. 1517 

Quando legô Avegalvon, dont a oîo[lo]ha. 
Même expression vv. 10 j 8 2016 ^024. 
V. M24 
Mager que mal le queramos ^sous-entend^e non gelopodremosfer[\. far]). 
V. 1J5Î te[r]çer dia. Il n'est pas nécessaire de corriger, vu que Tr 
peut être tombé par dissimilation. 
V. 1 591 Des dia ~ de ese dia. 
V. 1597 

A fe me, aquî, senor, yo nuestras fijas e amas. 
Le copiste de notre manuscrit a évidemment pris amas pour nourrices. 
L. yo c vuestras fijas amas. 
V. 1601 delent = deleite doit être conservé. 
V. 1649 Presend vos qmtrm dar; presend à cause de Vos. 
V. 1670 Alegre son las duenas. Vs d'alegres a été omise à cause de son. 
V. 1677 
Sacan los de las huertas mucho afe a guisa. 
L. afea guisa. 

V. 1700 adobasse ~ adobarse. De même v. 5659 tornasse = tomarse. 
Ci. Diez, Gramm. I, p. 225. 
V. 1704 et 170 s 

El que aqui muriere IJdiando de cara, 
Prendol yo los pecados e Dios le abra el aima. 



90 J. CORNU 

Anacoluthe pareille V. 1780-1781 
Mager de todo esto el Campeador contado 
De los buenos e olorgados cayeron le mill e D. cavallos. 
Damas Hinard écrit al Campeador. La leçon du manuscrit est bonne. 
Cf. Diez» Gramm. ]II, p. 462. 

V. 1 726 Salios le de sol espada {de dessous Pépée)^ ca muchol «mdido 
cl cavallo. — sol escano v. 2287, so los mantes v. 5077. 
V. 1732 

Ali preçié a Bavieta de la cabeça fasta a cabo. 
Le vers est-îl bien conservé ? Si de la cabeça fasta a cabû n'est pas une 
expression proverbiale, je proposerais rabo. 
V. 17^ 

Con lal cum esto se vençen moros del campo. 
Le texte est-il bon ? Je n'ose Paffirmer. Je traduis: « avec de tels 
exploits ». 

V. 1840 sey SEDEBAT. Des formes semblables se rencontrent dans 
d'autres textes. 
V. 1842 Firkron se a tierra. De même vv. 2019 502 j, 
V. t87r et 1872 
Mando vos los cuerpos ondrada mientre servir e vestir, 
E guamir vos de lodas armas, commo vos dixiere, des aqui, 
Que bien parescades ante Rruy Diaz myo Cid. 
C'est ainsi que je donne un sens au second de ces vers. Après il y 
avait sans doute une énumération des présents qui n^est que partielie- 
meni conservée, 

V. 19Î4 Sobre Tajo sans art. comme plus bas v. 5044 et comme plus 
haut V. 55 j Açerca cône Salon, Cf. aussi vv. 858 1228 1492. 
V. 1962 

Sean las vistas destas 111 semanas 

Cf. V, 20] î 

De un dia es legado antes el rrey don Alfonsso. 
et V. 2969 

Dezid le al Campeador. ...... 

Que destas .VIL semanas adobes con sus vassallos 
P. Fœrster, Spanische Spradilehre p. 41 î, dit que dans ces exemples de 
répond à la question depuis quand f Ce n'est pas exact. 
V, 1965 

Délia part et délia pora la[s] vistas se adobavan. 
De même v. 2079 
Délia e délia parte, quantos que aqui son 
Los mios e los vuestros que sean rrogadores. 



ÉTUDES sua LE POÈME DU CID ^| 

etv. 5139 

DelU e délia part en paz seamos oy. 
Ella a dans ce cas encore toute sa force démonstrative, 
V. 1966-1971 

Quien vio por Castiella tanta mula preçiada, 

£ tanto palafre que bien anda, 

Cavaiios gruessos e coredores sin falla, 

Tanto buen pendon raeter en buenas aslas, 

Escudos boclados con oro e con plata, 

Mantos e pielles e buenos çendales d'Adria ? 
Vollmœller. — L'édition de Damas Hinard et celle de Janer ponctuent 
anda ? falla ? plata ? d'Adria f II manque la proposition principale facile à 
suppléer. La forme interrogative admise par les éditeurs ne convient 
pas au passage. 
V. 3010 Tanm cavaiios en diestro. Cf. v. 257? cavaiios pora en diestro. 
V. 2050 et 2032 

Hynoios fitos sedie el Campeador : 

« Merced vos pido a vos, myo natural senor, 

Assi estando dedes me vuestra amor, 

Que lo oyan quantos aqui son. « 
VoUïnœller Campeador, seiior. Cf. v. 1442-44. 
V. 2087 

Entre yo y ellas en vtiestra merçed somos nos. 
Cf. vv. 2348 2660 29J9 3058. — Sur cène construction voir 
P. Fœrster, Spanische SprackUhre, p. 424. 
V. 2117 

Cada uno lo que pide, nadi nol dize de no. 
Le sens est clair^ mais il manque quelque chose. 
V. 2 1 jo Daquand vaya r=: de acâ ende ; d à cause du v suivant. Même 
mol 2137. 
V. 2156-2138 

Prendellas con vuestras manos e daldas a los yfantes, 

Assi commo yo las prendo ; daquant, commo si fosse delant, 

Sed padrtno dellos a todel vclar. 
V. 2iyS e a los yfantes de Carrion vos con elles sed, anacoluthe. 
V. 2180 lire 

Quando vinier(e) la man(nana), que apuntare el sol, 
V. 2239 et 2241 eclegia. Cf. la forme portugaise. 
V. 2253-2256. Les omissions sont évidentes. 
V. 2297. L. poral Uon avec Damas Hinard. Cf. les remarques des vers 
996 et 1165. 



92 i. CORNU 

V. 2298. 

El leon quando I[o) vio^ assi envergonçô : 
assi a tellement. » Cf. v. 2 306. Vollmœller met ia virgule après oui. 
Mais ainsi il n'y a pas de vers. 
V. 2342 

Aun si Dios quisiere (e) el padre que esta en alto. 
V. 2Î47 h vieran = los vieran. Cf. l'anc. fr. proveire. 
V. 2379 non 1. nom. 
V. 2400 et 2401 
Veriedes quebrar tantas cuerdas e arrancar se las estacas 
E acostar se los tendales : con huebras eran tantas ! 
a dommage, elles étaient si richement ouvrées ! 9 
V. 241 1 amUtasl, amistades ou amislad. 
V. 2437 ? 

V. 2439 Au lieu de esteva 1. estevo ou esîava. 
V. 2441 Goçalo. On trouve plus d'un exemple de la suppression de 
Vn devant ç : co çiento 1483, veçido 3607, Goçalez 3626 3643. 
V. 2456 je lis 

Grado a Dios e (a)l padre, [el] que esta en alto. 
V. 2473 lire 

Mucho sson alegres myo Çid e sus vassallos. 
V. 2478 lire 

Quando veo lo [de] que avia sabor 
V. 2480 

Mandados buenos yran deilos a Carrion 
Commo son ondrados e a ver vos grant pro. 
Traduire : « et qu'ils vous sont de grand secours. » C'est l'accusatif 
avec l'infinitif. 
V. 2493 et 2494 
Grado ha Dios que del mundo es senor, 
Antes fu[i] minguado, agora rrico so etc. 
Il faut une virgule et non un point après senor., parce que Grado a 
Dios se rapporte à agora rrico so. L. au lieu dtfufui qui en ancien esp. 
compte pour deux syllabes. Voir ApoL^ ii4d 115b 126 a 191c 225c 
24 j a (481 d* 519* J30' doivent être corrigés). 
V. 2507 amos a dos : car le vers 2 508 doit se lier au suivant. 
V. 2524et2$25 
Grado a Santa Maria, madré del nuestro senor Dios, 
Destos nuestros casamientos vos abredes honor. 
V. 2S28 et 2J29 
Grado al Criador e a vos Çid ondrado, 
Tantos avemos de haveres que no son contados. 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 93 

V. 2636 et 2637 

Saludad a myo amigo el moro Avengalvon, 

Rreçiba a myos yemos commo el pudier meior. ^ 

Dil que enbio mis fijas a tierras de Carrion, 

De lo que ovieren huebos sirva(n)Ias a su sabor ; 

Desi escurra las fasta Médina por la mi amor ; 

De quanto el fiziere yol dar por ello buen galardon. 
Toutes ces propositions dépendent de Dil. 
V. 2649 avorozes = alvorozes. 
V. 2670 cosseiar vaut mieux que consseiar. 
V. 2684 et 268 s 

Dios lo quiera e lo mande, que de todel mundo es senor, 

Daqueste casamiento que grade el Campeador (P). 
V. 2692 estoz se rencontre plus d'une fois dans notre texte et doit être 
maintenu. Cf. la remarque du vers 2441. 
V. 2693 Ecrire Montes Claros. 
V. 2694 et 2695 

Assiniestro dexan a Griza que Alamos poblô. 

Alli son canos do a Elpha ençerrô. 
A quelle légende se rapportent ces deux vers .>' 
V. 2788 Mio trapo [?] es el dia Vollmœller. On pourrait, dit-il, lire 
aussi Mie trapa. M. Konrad Hofmann, Zeitschrift fur rom. Philologie 
1880, p. 159, écrit Mietad pasô el dia^ mais ce langage me parak quelque 
peu recherché. Je suis porté à lire ou Mientra que es de dia ou Mientra 
que exe el dia, ce qui se lierait fort bien au vers précédent. Cf. v. 3 12 £/ 
dia es exido, e la noch querie entrar. 
V. 2832 

Por aquesta barba que nadi non mess6. 
Par serait plus conforme à l'usage de Tancien espagnol. Cf. v. 3 1 86. 
V. 2904-29Ô7 

Por mi besa le la mano dalma e de coraçon, 

Cuemo yo so su vassallo, c el es myo seiior, 

Desta desondra que me an fecha los yfantes de Carrion, 

Quel pesé al buen rrey dalma e de coraçon. 
V. 2926 Ellos « ed los. 
V. 2928 rrogô a[/] Criador. 
V. 2947-2952 

Por esto vos besa las manos, commo vassallo a seiior, 

Que gelos levedes a vistas, a iuntas, a cortes, 
(Tienes por desondrado, mas la vuestra es mayor) 

E que vos pesé, rrey, commo sodés sabidor, 

Que [de manière que) aya myo Çid derecho de yfantes de Carrion. 



^4 '- CORNU 

V. 5080 A desobra je préférerais sossobra (= zozohra). 

V. ? los Cu«r4<2 mientra 1. cu^(i<î mkntH. Le copiste avait déjà en tête 
le entra suivant. 

V. î 1 14. La justesse de rémendalion présentée par Baist, Littérature 
blatt fiir germ. und rom. Philologlt 1880, p. 342, est évidente. J'avais 
corrigé depuis longtemps le même passage de la même manière. 

V. 3116 
Mager que [a] algunos pesa, meior sodés que nos. 

V. 5 1 }2 Por fel) amor de Myo Cid. 

Diles dos espadas a Colada e a Tizon, 
(Estas yo las gané a guisa de varon) 
Ques ondrassen con eibs e sirviessen a vos. 
V. 5001-J004 

En los primeros va el buen rrey don Alfonsso, 
El conde don Anrrich e el conde don Rremond, 
(Aqueste fue padre del buen enperador) 
El conde don Uella e el conde don BeJtran. 
Un point après enperador interrompt mal à propos l^énumération. 
V. Î028 

Para sant Esidro, verdad non sera oy. 
Mieux vaudrait par qui est la forme de PER dans les serments en an- 
cien espagnol, quoique para, que je regarde comme identique à par, s'y 
rencontre aussi, ainsi qu'on peut le voir dans le Don Quichotte commenté 
par Clemencin I, p. 101, et lï, p. 69. Cf. v. J140 Juro par sanî Esidro 
et V. 31 86 Par aquesta barba que nadi non messô. 

Voir d^auires exemples dans 
Hartmann, Alîsp. Dràkœnigsspiely v. 14s 

Par mi !ei, nos somos erados 
V. 148 !o no la (/. lo) se, par caridad, 

Por que no la avemos usada. 
Berceo, Milagros 292 d 

Don Bildur lo levaba, par la cabeza mia. 
620 b 

Quantos que la bendîçen a la madre gloriosa, 
Par el rey de gloria, façen derecha cosa. 
Alex. 7^0 d 

Par Dios, dizen los barbares, mal somos emprimados. 

1 097 d 
Dixo : seré es par esta cabeça raîa (L essi sera par la c] 

2202/» 
Non seran ende menos par las barvas raias. 



ÉTUDES SUR LE POÊMB DU CID 95 

Arcip. de Hita 956 b 

Par Dios, dix(e) yo, amiga, mas querria almorsar. 
Il est singulier de voir Dicz, EW. II b, tirer par du français. 
V. îôî9-î04t 

Mi muger dona Ximena, duena es de pro, 

Besa vos las manos e mis fijas amas ados 

Desto que nos ahino que vos pesé, senor. 
Ici Vollmœller a adopté la ponciuaiion de Damas Hinard. Celle de 
Janer était préférable, quoique ne me satisfaisant pas complètement, 
V. }o8j camas. De canu encamô 5629. Cf. amidos et camear 5183, 
V. } 1 80. Avant le vers 5 1 80 il y a vraisemblablement une lacune. 
Il manque le ou les vers où il était dit que le Cid se leva et s'avança vers 
le roi pour recevoir les épées. 

V. 3212-5216 Les observations de M. Baist sur ces vers sont excel- 
lentes. 
V. 5226 iuvizio, même forme vv. ^239 32^9. 
V. 3245 Rrecihiàto {céa) . 
V. 32 j ç Au lieu de pesé 1. pes. 
V. 3258 et 3259 

Dezid^ que vos mereçi, yfantes, en juego en vero, 

en alguna rrazon ? 
Par l'interrogation le passage gagne singulièrement en force. 
V. 3260 ielas âel coraçon. Cf. v. 278J. 

V. 5263 Ya appartient à ta proposition principale et doit être précédé 
d'une virgule ou pJutôt d'un point d'interrogation renversé à la manière 
espagnole. 
V. 3265-3267 

^'A que las firiestes a cinchas e a espolones, 

[E] solas las dévastes en el rrobredo de Corpes 

A las bestias fieras e a las aves del mont ? 
V. 3276 et 3277 

Non gelas devien querer sus ftjas por barraganas 

O, quien gelas diera^ por pareias o por veladas. 
car l'interrogation n'est pas à sa place. 
V. 5285 

Ca non me priso e[n] ella fijo de muger nada. 
V. 3306-3308 

Pero Verra uez conpeço de fablar : 

(Detienes le la lengua, non puede delibrar, 

Mas quando enpieça, sabed, noi da vagar.) 
V. 3316-3318 

^Miembrat quando lîdiamos çerca Valençta la grand ? 



96 J. CORNU 

PedJst las feridas primeras al Campeador leal, 
Vist un morOy fustel ensayar, antes fuxisle que a [e]) te alegasses. 
cf. V. 5^0. 
V. U20 

Passe por ti, con el moro me off de aîumar. 

Selon Batst, Liîeraturbktt fiir germ, und rom. Philologie 1880, p. ^43, 

por ti appartiendraii à la proposition suivante et passé serait corrompu. 

Le sens est à mon avis irréprochable si l'on traduit : « je m'avançai à ta 

place, je passai devant toi n . 

V, 5^66 

Mas non vesùd el manto nin el brial. 
La conjecture de M. Baist, Zdtschrift fur romanische Philologie t88o, 
p. 475. — il veut lire visud — affaiblirait singulièrement le sens de ce 
vers qui signifie ou bien : « Heureusement que ie n'étais pas ton valet »> 
ou bien v heureusement que je n'avais pas à mettre tes habits », ou bien 
aussi « on fit mal de t'habiller si bien ». Si une conjecture était néces- 
saire, je lirais vesîisted (jamais plus tu n'as remis etc.). 

V. 5567 Hyo îlo tidiaré = yoî h îidiaré ou mieux yod lo lidiarè. Cf. 
V. ? Î44 Esîoî îidiaré, v. 2926 elbs = ed los et 561 3 Etlos yf antes. 
V. j|86 Le vers serait bon si Pon lisait 

Non dizes a ami go verdad ni ha senor. 

La préposition s'est fondue avec Va à^amigo. 

V. î392-n96 

Assi comrao acaban esta rrazon, 

Affe dos cavalleros entraron por la cort. 

Al uno dizen Oiarra e al otro Yenego Simenez. 

El uno es yfante de Navarra , 

E cl otro yfante de Aragon. 

Il y a dans ces vers une lourde bévue. A les lire on croirait que 

Oiarrd et Yenego Simenez sont Tun infant de Navarre et Fautre infant 

d'Aragon f quand ils ne sont que leurs ambassadeurs. Cf. Chronica del 

Cid, c. 250, qui nous renseigne sur les deux prétendants, don Sanche 

d'Aragon et don Ramire de Navarre. 

V. 342 1 iien 1. de. 

V. 3442 Rriebîo(s) les los cuerpos. 

V. 3509 

Hyo lo juro por Sant Esidro el de Léon. 
Mieux vaudrait par. Cf. la remarque du v. ;028, 
V. îî 10 Après ce vers il y a vraisemblablement une lacune. Cf. Chrth 
ma del Cid, c. 261. 
V. Î0Î et 1^66 

Si del campo bien salides, grand ondra avredes vos, 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 97 

E si fuer[ed]es (ou sodés) vençîdos, non rebiedes a nos. 
V. J662 Dia Gonçalez = Diego Gonçakz. 
V. Î679 

Por medio de la bloca (d)el escudo quebramô 
V. 5688 La lança neconbrô (^RECUPERAVIT). 
V. ^735 Si ce que Janer remarque p. 57 (note 466) est juste, sa le^on 

Todos aicançan ondra por el que en buen ora naciô 
est bien supérieure à celle de Vollmœller. 

V. Î7M 

Fer abbai !e escriviô en el mes de mayo 
En era de mill e .CCCXLV. aiios. 
Es el romanz fecho. 
« La chanson est finie », dit le jongleur à ses auditeurs. 



Prague, décembre 1880. 



J. Cornu, 



Qu'il me soit permis d'ajouter à ces observations quelques menues remarques 
où ) ai réuni les variinlcs qui m'ont été en parue fournies par l'un de mes 
élèves. Il y en a un bon nomcre qui sont sans portée. Je ne les juge cependant 
pas toutes mutiles. A l'égard de la ponclualton je me sépare de V. dans beau- 
coup de passages, comme on Taura vu plus haut. On en trouvera dans ces notes 
d'autres où je Tais de même. 

M. Baist, LiUraturblatt fur germ. tind rom. Philologie 1880. p. ^42, pense 
à la vérité que dans une édition pareille il vaudrait peut-être mieux omettre 
toute ponctuation. Quant à moi, je suis d'une opinion tout à fait opposée. La 
ponctuation est un commentaire perpétuel. L'omettre, c'est rabaisser le devoir 
de l'éditeur à l'office d'une machine à copier. El est vrai que nous sommes assez 
habitués en Allemagne h voir des éditions ainsi faites, sans points ni virgules, 
même quand la lecture des manuscrits n'a offert aucunes difficultés. C'est plus 
exact, croit-on. C'est plus commode, et c'est un moyen aisé de cacher son 
ignorance. Beaucoup de tejttes n'auraient pas encore paru, si les éditeurs 
avaient pris souci des points et des virgules. Imprimer le poenje du Cid qui a 
et mérite d'avoir d'autres lecteurs que des philologues d'après le conseil émis 
par te critique cité plus haut eût été à mon avis une faute irnpardonnable. Il n'y 
eût eu de profit pour personne que pour le compositeur, 

90 Quando V., Entrando J., compra V-, comprar J. — 185 Nololos V., yon- 
tolos J. — 186 pa^avan V., pagava J. — 269 yjfantcs V. constamment au lieu 
de ynffanus — 286 canpanas V., cam panas J. exigé par le sens — ^24 picsian 
revient très souvent. Doit on le corriger en pitnaan? Cf. v. Î89 jai — 525 
Taht[n] V. Doit-on corriger ? — î S^ ^' ""'^ ^^lute d'impression au lieu de El 
uno — Î7 1 <i acjtûr V. a catar J. — 394 plenaa V. punsidn J. — 4 1 8 ^uf no V. 
^ue no J, — 4P euetâ Sanchez et V. cuenla J. — 455 fi\n]caran V. ficaraii peut 
rester. Cf. le port. fuar. — 480 gcnii[n]çia$ V., ganaçui peut rester — 481 
rnquïzai V. nqutzas J. — 517 tracr V. Uner i. — J42 pueden Sanchez et V. 
puedan J. — 196 cspolontavan V. apoloneava J. — 6(7 prao Sanchez el V, 
priio J. — 660 arobdas V, jxobdas J. — 665 A cabo de lus semanas la quarla 
qatrit entrar. Mettre une virgule après scmanas. — 687 enlniran V. enterraian J. 

— 70J dnranche V. desrancfic i. — 77^ Calatayuch Sanchez el J., V. corrige. 

— 777 Calatayuih V. Calatayuch J, — 9 11 Alen V. Allen J. — 929 et 9^2 A la 

Romantûy X 7 



98 J. CORNU 

fin de ces deux vers au lieu du point, il vaudrait mieux mettre un point d'excla- 
mation. — <)-]2 cl comie V. cl çide J. — 991 Aprttad V. Sanchez et Damas Hinard 
ont aprcsltid. Quelle est la leçon du roatiuscnt? Je ne doute nullement de l'exac- 
titude du dernier éditeur, mais je m'étonne de ne trouver aucune note sur ce 
vers dans l'édiiion de Ribadeneyra. — 998 en akança Damas Hinard et V. d 
alcança J. — 998 Après û/fd/)fj un point, sans aucune ponctuation jusqu'à Qiuj/w/o 
qui doit être précède d'un point. — loj j comtàcs^ — 1048 Comme qui yra a Je 
rrey t de ûcrra es tchado. Contrairement aux autres éditions V. a qat. Quelle 
est la leçon du manuscrit? qui est préférable. — 1067 A la fin du vers rempla- 
cer le point par deux points. — m j 1 y a été omis par Janer. — 1141 cuerta 
V. cuodù J. — 1 1^8 cutta V. cntnta L — 119^ Mumedro^ — 1213 sotrreltos V, 
sans doute faute d'impression, sobrdtas les autres éditions. — 129J promus V. 
menas L — 1 J64 Sinan te sus herdades do fuere el Campeador, L, les. L'édition 
Ribadeneyra a hercdaàes. Heredad est constant dans notre texte. — 1)9^ oracion^ 
i ^o<) fuertmos V . fueramos L — 14$^ ei CU^ — 1490 çunlol Sanchez, Damas 
Hinard et V. çientole J. Voir la note 29} de son édition — 1501 coranado V. 
cranadoi, — 1 521, pofo — 1 548 £ butn V. en buen J. — i j j6 simafos V. sir- 
viaUs J, — 1632 remplacer le point par deux points. — 1645 Au lieu du point 
deux points — 1649 viniestis, — i68i han : au lieu de han. — 1703 dicha^ — 
•7S7 P'^y — '762 tscûhûs : au Jieu ae escûfios. — 1788 chr'tstiano : au lieu de 
chrisliano. — 1800 nada:2U lieu de ndJj. — j8jj âçtrtûron V. açercaron J. — 
1836 El conde don Çjrça, so enm'tgo mak. El — tel, — t8^ i arrancàlos l. arran- 
tolô. — 1880 poridad V. poridût J. De même vers 1884 — 1910 Dezid V. 
Diredes J. — 1914 Espidiensse V, Desp'tdiensse J. — 2104 vos. V. vos, L ce qui 
vaut mieux — 2121 tomô, âu lieu de lomô. — 2159 /IZ/o^fJo : au lieu de 1 
Aljonsso. — 2 1 84 amas : au lieu de amas. — 2 190 sinen : au lieu de sirven. — ' 
2196 criaador V., autres éditions criador — 2291 yatones : au lieu de varones. 
2301 le mclio \\ la metu'i J. — 2318 aneln] sabor peut être défendu en admettant 
la chute de Vn devant \'s. — 2j2o no V, mn J. — 2407 migeros V. migos J. 

— 2412 co[n]fonda sans /i doit Être maintenu. Cf. ebayi v, 30 11 = evair — 

— 2455 Uganda : au lieu de legando, — 2^00 abram V,, abràn les autres édi- 
tions. — 2^07-2^09. La ponctuation de Janer est évidemment à préférera celle 
de V. Quant à moi je mettrais une virgule après vasiallos, deux points après 
amos a dos el l'omettrais la virgule après coraçm. — 2 ^j8 et 25 39 Amos salieron 
aparté vera mienlre son kermanos \ (Dcsto ^ut eÙos fablaron, nos parle non ayamos) : 

— 2582 rrcndré V., randû les autres éditions — 2^83 Atorgado V., otorgado les 
autres éditions. — 2600 nuesiros V., uuestros les autres éditions. — 1602 
doblava : au lieu de doblava, — ■ 2617 Nos puede rrepentir, que casadas las hâ 
amas : V. omet la virgule et met un point. — 2663 niquizii V, nqaeza J, — 
2692 est6[n\z sans n peut être maintenu — 2702 La ponctuation dç rèditioni 
Ribadeneyra me semble préférable. — 27 13 Carrion : au Jieu ûeCarnon. — 2732 
maiadas, comme dans l'éd. de Janer — 2760 rrogados^ au lieu de rrogados ; — 
2788 Mio trapa V. que titmpo 1, — 2791 Felcz Munoz : au lieu ât Fdez Munoz. 

— 2830 Grado a Chriilas qiu del mundo es semr^ \ Quando tal ondra me an dada 
los yfantes de Cornon. — 2864 ha : au lieu de ha. — 2877 presa V. prisa J. — 
2900 enbiar : au tien de enbiar, — 2908 El caso misfifas^ ca non gelas di yo, 
Damas Hinard seul a la bonne ponctuation, — 293 «j Mum Gustioz : avec Janer 
au lieu de Muiio Gustioz, — 3024 j4//onfiOj au lieu de Alfonsso — 3027 el rrey, 
au lieu de el rrey — 3044 passar : au lieu de passar. — 30^9 Acordados fueron, 
quando vino la man. — 3076 armas ^ avec Janer, au lieu de armas — 3^7^ 
presos V. prisos J. — 308J Do iaks çienlo tovier^ bien seré sin pavor. — 3089 A/ 
puno bien estan., ca el se h mandé. — 3125; sos W . los les autres éditions — 3 168 
toviere^ au lieu de loviere — 3 iSj se tomô : au Heu de se tomo. — 3 189 dià : 
avec Janer au lieu de t//o. De même v. 3 192 ^- j 199 el Campeador : avec Janer 
au lieu de el Campeador, — 323^ pechar^ au lieu de oechar — 32^2 acabado^ au 
lieu de acabado — 3269 rrecadedes^ au lieu de rrtmdedes — 3280 barba : au lieu 
de barba — 33 rg uvias, au lieu de «vwj — 3340 et 3341 Quando st tomô el 



ÉTUDES SUR LE POÈME DU CID 99 

buen Campeador^ | A sos vassaHos violas aderredor. J. et V. mettent la virgule 
après vûssallos. — 3 342 ninguno V. c ninguno J. — 3 3 56 consagrar V. conso^rarl. 
— 3^61 se Icvantava : au lieu de se levantava. — 3376 rrecabdo : au lieu de 
necabdo. — 3282 u levante : au lieu de se levante. De même vv. 3429 34J7 — 
3i02 Campeador : au lieu de Campeador. — 3409 cort : au lieu derorr. — 341 1 
^ue plega a vos, e atorgar lo hé yo^ — 3414 besô : au lieu de besô. — 3432 La 
virgule après en est sans doute une faute d'impression. — 3462 no V. non J. — 
5508 santigo V. sanctiguô J. santigô : au lieu de santigô. — 3512 AIjonsso : au 
lieu de Alfonsso. — 3$ 18 II manque le verbe {es ?). — 3558 conloyô : au lieu 
de conloyô. — 3^65 solides ^ au lieu de salides — 3643 conwo Sanchez conùgo 
J, conuçiô V. — 3664 curiam V. et J. curiarm Sanchez. — deste espada 1. desta 
espada. — 3708 preso Sanchez et V. priso J, — 3712 senor : au lieu de senor. 



CONTRIBUIÇÔES 



PARA UM 



ROMANCEIRO E CANCIONEIRO POPULAR PORTUGUEZ. 



resultado das nossas exploraçôes da tradîçâo popular portugueza 
pôde ser systemalisado em très grandes capitules, corn a feiçào provi- 
soria de Conîribuiçôes, no emretanto, para o irabalho difinitivo c com- 
pleto que sobre a mesma iradiçâo um dia ha-de fazer-se. primeiro ' , 
occupa-se especialmenie do maravilhoso popular, dos restos e vestigios * 
da mythologia do povo que ainda se conservam na tradiçâo oral, das 
superstiçôes, crenças, prejuizos etc. que a esse maravilhoso se referem, 
O segundo^ traia dos conlos populares. terceiro, que começamos corn 
a présente publicaçâo, refere-se aos romances, aos cantos, oraçôes, 
jogos enfantis etc., aos elementos enfim, que devem constituir o nosso 
roman ceiro e cancioneiro popular, D 'estes très capitules o mais no vo é 
evideniemente o primeiro, de que nada até hoje ha publicado em Portu- 
gaU. segundo apezar da publîcaçào do nosso collega e ami go Adol- 
phe Coelho'», esti longe de se achar esgotado. O terceiro, finalmente, 
apesar de ter sido o mais explorado entre n6s f, ainda tem algumas novi- 
dades que apresentar aos collectores, coroo de resto p6de ver-sc por 
estas paginas. 

Todas as producçôes, que abaîxo transcrevemos, foram por nds direc- 
tamente colligidas da tradiçâo oral em diversos pontos do paiz, e na 



1. Em via de publicaçio, sob o tilulo de Contrlbaiçôes para uma mythologia 
popular portugueza. Sahiram îà 1res numéros 

2. Temos prompta uma callecçâo inedita. 

î. sfir Adoïpho Coelho, que ha annos se occupa em colligir iradiçôes 
portuguesas, eslâ preparando um irabalho importante sobre este assumplo. 

4. Contos populares portûguezes. 

^. Scm fallar no Romanairo de Carret, veja-se prtncipalmente o Candontiro 
e romanairo gtral portuguez (5 vols.) do sfir Theophito Braga,e Romances popu- 
lares e rimas infantis portuguczas de A. Coelho, Zeitschr, f. rom. PkU. IH ; e 
Romania II], ib^ e seg. 



CONTRIBUIÇOES PARA UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ lOt 

maioria dos cazos de pessoas analphabetas, o que é mais uma garantia 
da sua genuinidade. Fazem apenas excepçâo as cantigas a S. Joâo, que 
leem a rubrica de « Villa-Nova de Gaia />, e que me foram dadas pela 
Ex"^* Snr» D. Elvira de Macedo Damasio, e duas ou 1res oraçoes corn a 
rubrica de a Lisboa », que me foram dictadas por minha mai. Mas a 
genuinidade d^estas é tamben indubitavel, porquanto foi a nosso pedido, 
e sob a nossa indicaçâo que estas duas senhoras as colligiram direcia- 
menie da iradicçâo oral. As que ievara a rubrica de *< Coimbra j> foram 
em parte colligidas por mira e em parte por minha mulher naquella 
cidade. Assim como m'as dictaram, assim as escrevi e as publico, sem 
Ihes alterar nem uma palavra, Mesmo onde uma correçào no verso se 
tomava facil e necessaria, eu cuiidadosamente a evitei^ nào me julgando 
para isso auctcrisado. Do momento em que se trata de producçôes ano- 
nymas e colleciivas de um povo, a genuinidade é o primeiro requisito a 
atlender-se, e o erro (sob o nosso ponîo de visia erudito) é tarabem um 
dûcumento que importa nâo fazer levianamenie desapparecer. 



ROMANCE DA RAINHA SANTA ISABEL. 



Peço graça com fervor 
Do divino Manuel, 
Para que haja de rezar 
Da rainha sauta Isabel : 
Em Saragoç^i nascida, 
Segundo a ora<;ao diz. 
Foi rainha mui querida, 
Mulher d'elrey Don Diniz ; 
Aos pobres soccorria 
Corn enîranhas do coraçâo ; 
Pois de ninguem se fiava, 
Sua esmola apresentava 
Corn a sua propria mâo. 
Vindo a < santa i um dia, 
Corn seu regaço occupado, 
Pcio thfsouro que havia^ 
Com elrey eis eticonlrada ! 
• Que levais ahi, Senhora? 

— Lcvo cravos c mais rosas, 
Para mais nossa alegria. 

— Bcm sei que levais dinheiro, 



« Segundo sois costumada ; 
« Antes que muito me cheira, 
< Rosas cm Janeiro, 

• E' de maraviiha acha-las! • 2^ 
5 A Senhora 

seu regaço Ihe amostrou, 
Cravos e rosas achou, 
Um cheiro que admirava'. 

• Oh! rainha excellente ! jo 
10 c Meti thesouro podeis dar, 

f Minha cor6a cmpenhar 

« Porque ludo eslou contente {sic). » 

Estando a « santa • um dia 

Na sua sala sentada» j j 

I ^ Chegou-lhe um pobre chagado {sic), 

Se podia arremediar ; 

Ella Ihe disse 

Com palavras de amor : 

« Mandarci chamar o doutor, 40 
20 t Que vos haja de curar. 

— Senhora, se quertdes 



I , Refere-se esta passagem ao mîlagre que se deu por essa occasiaO, con- 
forme no-lo û\i a lenda em prosa mais detamadamente. 



102 



Z. CONSIGLIERI PEDROSO 



« Ter vosso coraç3o inflammado, 

Deitai-me na vossa cama, 

t Que eu serei remediado. » 4} 

A Senhora 

De pés e màos lavou, 

Na sua cama deitou. 

Um cavalleiro, que no paço 

Havia encontrado, 50 

A elrey tudo é contado (siq. 

Vindo elrey muito agastado, 

Com tençâo de a matar, 

Contra a clemencia que usava ; 



Na cama onde repoisava j { 

Deitar um pobre chagado. 

A senhora correo cortinado, 

Achou Jésus crucificado * ! 

Muito chorou rei com elle 

Dos milagres, que ella tinha obrado. 



Eni Estremoz acabou ' 
Em Coimbra esta sepultada. 
No convento que formou 
De santa Clara sagrada. 

{Estremoz.) 



61 



II. 
NATAL 2. 



As janciras nSo se cantam, 
Nem aos reis, nem aos fidalgos; 
Cantamos a vos, senhores, 
Por ser anno melhorado : 
La na noite do Natal, 
Noite de grande alegria, 
Caminhava Sâo José 
E mais a virgem Maria ; 
Caminhavam para Bethlem, 
Para la chcgar com dia. 
Quando a Bethlem chegâram, 
Jà meia noite séria ; 
Sao José foi buscar lu me, 
S6 ficou a virgem Maria ; 
Quando Sfio José chegou, 
Jà a Virgem tinha parido. 
Pario numa pobre porta, 
Que nem uns panninhos tinha ! 
Deitou as ni.'sos d cabeça, 
Rasgou um veo que trazia, 
Fe-lo em quatro pedaços, 
O menino Deus cobria ! 
Desceu um anjo do ceu, 
Que panninhos Ihe trazia. 



10 



•S 



20 



Uns eram bordados d*ouro, 
Outros de cambraia fina ; 
Voltou anjo ao ceu 
Cantando Ave Maria. 
Là no ceu Ihe perguntàram, 
Como ficou a Maria : 
A Maria ficou boa 
S6 a noite muito fria. 
Olhai là para alto ceu, 
Là vereis uma cruz, 
Com travesseiro e cama, 
Par<i menino Jésus. 
menino esta no berço, 
Embala-o Sâo José, 
Os anjos Ihe estâo cantando 
Gloria libi Domine ! 
Embala, José ! embala 
Com a mâo nanja ' com pé ; 
Esse menino que embalas, 
E' Jésus de Nazareth ! 
Vamos ver a barca nova, 
Que se vai deitar ao mar, 
Nossa Senhora vae dentro, 
Os anjinhos a remar. 



*5 



30 



5S 



40 



4$ 



1. Allusâo a outro milagre, contado extensamente na lenda em prosa. 

2. Tambem se chnma Janciras. Na vespora do dia de AnnoBom, vâo rancbos 
canlar as jancras delronte das casas das pessoas abastadas, para receberem 
aipuma esportula. E' nessa occasiào que se canta o romance do Natal. Nas 
vizinhanças do Porto onde romance loi colligido, ainda este costume tem 
uma grande vitalidade, assim como em todo Minho. Noutros pontos do paiz, 
apenas do costume sobreviveo uso das boas fcstas^ em que nada se canta ]i. 

3. Nâo. 



^K CONTRIBUIÇOES PARA UM 


ROMANCEIRO PORTUCUEZ 1 


lûJ^^H 


^^ Vamos ver s barca nova, 




Amar-vos é um regalo: 


^^1 


Que fizeram os pastores, 


So 


Nascestes a meia noite, 


^H 


Nossa Senhora vae denlro 




Ao pfinieiro cantar do gallo ! 




Os anjos $âo remadores. 




(VU la Nova de Gaya.\ 


^^1 


Oh l meu meniiio Jésus, 






^H 


ta 


III. 


^1 


I 


OS REIS<. 


^1 


^^ Oh ! da casa nobre geate, 




Se deitdram ao caminho. 


^H 


Escutai e ouvireis : 




Chegâram a côrtc de Herodes, 


^H 


Da parte do Oriente 




Perguntâram de repente 




Sào chegados os 1res Reis ! 




Aonde era nascido 


jj^^i 


S3o chegados os 1res Reis 


S 


monarcha omnipotente. 


^^H 


Da parte do Oriente, 




Tem Herodes tio seu peito 


^^H 


Adorar a Dcus mcDÏno, 




Uns desejos bem différentes ; 


^H 


Alto Deus omnipolenle ! 




Desembainhou seu cutello (iiV)* 




Antes das cutpas d'Adâo, 




No sangue dos innocentes. 


^^H 


Resavam as prophecias, 


10 


Herodes como malvado. 


^^1 


Que havia de vtr ao mundo 




Como preverso maligno, 


^^H 


verdadeiro Messias. 




Aos santos Reis ensinou 


^H 


Chegando aquelle tempo, 




A's avessas caminho. 


^^H 


Que era determinado, 




Deus que esta va do ccu 


^^H 


Nasceu a mulher, flôr 


•S 


Vendo tao grande desatino, 


^^H 


D'aqueile jirdin sagrado. 




Mandou a c^trella da guia, 


^^1 


Naquella noile detoisa (sk)^ 




Que Ihe ensinasse caminho. 


^H 


1 Que ao mundo deu alegria, 




Guiados pela cstrelia, 


^^H 


^ft Nasceu o verbo divino, 




Foram 1er logo a Belem, 


'^^H 


^V Das entranbas de Maria. 


20 


Adorar Deus menino, 


^^H 


Enlrou e saiu por ell^, 




Que nasceo p'ra nosso bem. 


^^H 


Como sol pela vjdraça ; 




A cstrelia se poisou 


^H 


Pariu e ficou donzella 




Em cima d'uma cabana, 


^^H 


Maria, cheia de graça! 




Aonde todos adorî'iram 


^^^k 


Lago mandou o Padre Elerno 


^^ 


A Jésus, neto de Anna. 


^^H 


Cora poder omnipotente, 




A caban a era pequena, 


^^H 


f A inôpirar nos coraçôes 




Nâo cabiam todos très ; 


^H 


^K Dos 1res Reis do Oriente. 




Adorâram Messias, 


^^H 


^B Elles que jà esperavam 




Cada um por sua vez. 


^^1 


^H Por aquelle grande amor, 


ÎO 


Os très reis Ihe oflfereceram 


^^H 


^" Em vér que era nascido 




Ocro, myrrha e inccnso, 


^^H 


tnonarcha superior. 




N5o ihe olTereceram mais nada, 


^1 


^H Como humildes vassailos 




Porque era Deus immense. 


^H 


^H 1 . Do mesmo modo que as 


janùras 


; mas caniam-se na vespora de dia de ^^^| 


^™ Rcii. Pôdem vér- se duas versôes d'esté ^^^^ 


romance, mas muito différentes da 


que ^^^H 


publicamos., em Cantos popularcs do archipclago Açoriano publicados por Thco- ^^^| 


^^ philo Braga, n« 65 e 64. 






^^^1 


^H 2. Ditosa. 






^^^H 


^^^^ |. E banhou seu cutello (p6dc reslituir-se^ 


1 



104 

Entrai, pastores, entrai! 
Por esse portai sagrado 
Là vereis estar Deus menino 
Numas palhinhas deitado ; 
Entrai, pastores, entrai ! 
E vinde vêr e vereis 
Em pobres palhas deitado 
O soberano Rei des Reis ! 
Tào pobresinho naceste 
Meu adorado Jésus ! 
O page que recebeste, 



Z. CONSIGLIERI PEDROSO 



70 



75 



Foi pregado numa cruz ! 

Bem podéras, meu Jésus, 

Nascer em leito d'ouro fi no, 80 

Mas para dares exemple, 

Naceste t^o pobresinho ! 

Gloria seja dada ao Padre, 

E a Deus filho tambem ! 

Gloria ao Espirito Santo, 8) 

Para todo sempre. Amen ! 

[Villa Nova de Caya.) 



IV. 
ORAÇÔES. 



1 . Salve rainha * . 
Salve rainha ! 
Pcquenina 1 
Rosa sem espinhos, 
Cravo de amor. 

Mal do Senhor I j 

Dae-me luz 
E entendimento. 
Para adorar 
santissimo sacramento ! 

(Coimbra.) 
2. Oraçâo ao deitar *. 
a. 
Com Deus me deito, 
Com Deus me Jevanto ; 
Com a graça de Deus, 
E do Espirito Santo. 
Senhor ! eu dormir quero, j 

Minha aima vos entrego. 
Se eu dormir, acordai-me ; 
Se eu morrer, embalai-me ; [dade. 
Com os très signos da Santissima Trin- 
Padre é Deus ; 10 

Filho é Deus ; 
O Espirito Santo é Deus ; 
S3o très deoses, 
E um s6 Deus verdadeiro, 
P'ilho da Virgen Maria. 1 5 

Senhor ! guardai-me esta noite, 



E amanhâ por todo dia ; 

Que meu corpo nâo seja preso, 

Nem minha aima perdida, 

Nem meu sangue derramado. 20 

E Jésus, ave Maria I 

(Coimbra.) 

3. Padre nosso. 
Padre nosso da paima ! 
Jésus fez corpo e aima, 
Aima independente, 
Que entrou e saio ; 
Jésus Christo vio, \ 

Ao pé do altar, 
Très anjos a baptisar ; 
Là estava a bella pombinha, 
Que no bico leva oleo, 
Nas azas leva a chrisma. 10 

Oh ! Jo3o, chrisma a mim, 
Chrisma a ti, 

Nâo chrismes aquelles mâos judeos, 
Que crucificâram 

Jésus Chnsto Deus, i ) 

Na arvore da bella cruz. 
Para sempre. Amen Jésus I 

[Coimbra.) 
4. Oraçâo antes da confissâo. 
Nesta igreja vou entrando, 
Agoa benta vou tomando, 
Os meus peccados fiquem aqui. 



1. Cf. Coclho, Romances sacroSj etc. (Rom. III, 266), e Theophilo Braga, 
Cancioneiro popular, p. 171. 

2. Cf. Coeino, Romances popalares c rimas infantis portuguesas [Zàtschr. f. 
rom. Phil. III, 193). 



CONTRIBUIÇOES PARA UM 

Que eu vou dar contas a Nossa Sen- 
Qu« ha rouito que a n3o vi ! [hora, 
{Abranies.) 

3. Oraçâo dépôts da confissâo. 
Senhor do Conforto ! 
Que fostes prcso e morto, 
Pcrdoai-me meus peccados, 
Que elles s^io muitos e largos. 
N2o os dou confessa dos, $ 

Ncm a padre nem a bispo, 
Nem a bispo don ado ! (sic) 
Beijarei santa pedra^ 
Que a minh'alma se nâo perca ! 
Beijarei santa cruz, 10 

Que a minh'alma tenha tuz, 
Para sempre. Amen Jésus ! 

{Abrantes.) 

6. Oraçâo à mesa dû communhâo, 
Nesta mesa ajoelhei, 
Nesta mesa virginal, 
Vcfiho arrcceber 
Um riquinho mainar ; 
Manjar tâo inuknu {sk) ', \ 

Dado das mâos do Senhor, 
Para dar tao rcai mente 
A um grande peccador. 
Os peccados que sabia, 
Nâo os disse ao confesser, 10 

Mas digo-os a v6s Senhor! 
Sabendû que elles s.'ito, 
Dai-inc a penitencia. 
Para minha salvaçâo. 

iAbranlts.) 

7. Oraçdts a Nossa Senkora, 
a. 
Vifgero pura, vjrgem pura, 
Mai de loda a crcalun. 
Ben sabemos que pariste ! 
Todo mundo remiste ; 
Remistes a mi m, senhora ! j 

Sou uma grande pcccadora ; 
Estou para me ir dcitar, 
Com tenç^o de me levantar; 



ROMANCEIRO PORTUCUEZ J0$ 

Veio um anjo me diser, 

Que estava para morrer. to 

Eu n3o estava preparada, 

Para dar contas a Deus ; 

La no calix consagrado, 

La no calix se procura ; (?) 

meu menino Jésus i \ 

Esta pregado numa cruz, 

Com très cravos encravados, 

Para sempre. Amen Jésus ! 

Quem esta oraçâo dissér 

Um anno continuadamente, 20 

Teri tantos annos de perdiio, 

Como de areia ha no mar^ 

E no campo de flores. [diga ; (sic) 

Quem esta oraçâo nSo souber, nâo a 

Quem a ouvir, nâo a aprenda ; {sic) 

Là vira dia de Juizo, 26 

Que sua aima se arrcpenda I 

Ja o sacrario esta aberto, 

J4 Senhor là esta dentro, 

Jà os atijmhos adt^ram, }0 

Santissirao Sacramento ! 

Jésus da bella cruz ! 

Para sempre. Amen Jésus ! 

(Lisboa.) 
b. 
Com Jésus me deito, 
Com Jésus me levante, 
Pela graça do divino Espirito Santo. 
Nossa Senhora me cubra 
Com o seu divino manto. 5 

Se eu bera cuberta fôr, 
N3o terei medo nem pavor, 
Nem d'aquillo que mâo fôr. 
Nesle leito em que me eu deito, 
Acharei quatro anjos, to 

Dois aos pés, dois a cabeceira, 
Nossa Senhora na dtanteira, 
Jésus crucificado, 
Filho da virgem Maria, 
Guardai-me esta noite, 1 ) 

E amanhâ por todo dia ! ^ 

(Lisboa.) 



t. Excellente. 

2. Cf. Coelho, Romances popularcs e rimas^ etc., in Ziiischr, j. rom. PhiL 
III, 194 



io6 



Z. CONSIGLIERI PBDROSO 



C*. 

Nossa Senhora da graça, 

Fez um milagre no Moote : 

Pedio-Ihe o c menino > agoa, 

Logo se abrio uma foste 1 

A fonte era de prata, $ 

A agoa era de cheiro, 

menino era santo, 

Fil ho de Deus verdadeiro. 

(Lisboa.) 

Nesta cama me deitei, 

Sete anjos nella achei ; 

Très aos pés, quatre à cabecein, 

Nossa Senhora na dianteira. 

Ella me disse 5 

Que dormisse ; [coasa ; 

Que nao tivesse medo de nenhuma 

Se eu dormisse, acordava-me ; 

Se eu morresse, accompanhava-me ; 

Corn as très pessoas da Santissima 

Em nome de Deus padre, [Trindade, 

De Deus filho, 

E de Deus Espirito Santo I 

(Lisboa.) 
8. Orafffo ao deitar. 
h. 
Senhor ! deitar me quero. 
Nâo sei se amanhecerei ; 
Confesso-me e sacramento [sic) 
Para viver na vossa lei. 
Nesta cama me vou deitar, j 

Para a minha aima repousar. 
Se a morte» me vier buscar, 
Que eu nâo possa fallar, 
Possa eu dizer « Jésus 1 » 
Très vezes « Jésus! » 10 

Para minha aima se salvar. 
Cruz preciosa 1 
Cruz bemdita ! 



IJ 



ao 



No ceo estas eicripta, 

Na terra allumiida, 

Todos os anjos do oeo, 

Acompanbem mioha aima I 

Jésus seja comigo, 

E eu com elle; 

Elle adiante, 

E en atraz d'elle ; 

A cruz do Senhor 

Se deite sobre mim ; 

Quem nella padeceo 

Responda por mim. 25 

(Lisboa.) 
9. Padn nosso peqmamK 
a. 
Padre nosso peqnenino I 
Quando Deus era menino, 
POe a chave no divino {ùc). 
Quem a pôz, quem a poria ? 
Foi a Santa Magdalena. 5 

Cruz do monte ! e cruz da fonte I 
Nunca demonio me encontre, 
Nem de noite, nem de dia, 
Nem â hora de meio dia. 
a gallo cantou, 10 

Jâ menino se alevantou, 
Jà Senhor esta na cruz. 
Para sempre. Amen Jesns ! 

(Lisboa.) 
**. 
Padre nosso peqnenino ! 
Quando Deus era menino, 
Que andava pelo mar, 
Com très Marias a par ; 
Uma era Paschoa Flôr, $ 

Outra Paschoa Leonor, 
Outra Paschoa Indua (sic) ; 
Là vem SSo Braz da India, 
SSo Braz, Saota Luzia ; 
Tende mSo da minha tarefa, 10 



1 . Dictâram-m'a como uma oraçâo, se bem que mais pareça fragmento de 
um c romance sacro ». 

2. Cf. Coeiho, Romances populares etc., Zeitschr. /. rom. PhiL III, 194. 
Tanto esta oraçâo como as duas anteriores foram-me dictadas por Francisca da 
Piedade, de Lisboa, criada de minha maï. 

3. Cf. Theophilo Bra^a, Cancioneiro popular, p. 172. 

4. final d'esta vanante parece indicar que a t oraçâo » degenerou em 
c parlenga », de que que acima se lé talvez apenas seja nm fragmento. 






-V5 



■ 



CONTRIBUIÇOES PARA UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ 



107 



que me dira a snra meslra (jic) ? 

(Lisboa.) 
10. Orafio para ajastar a trovoada*. 

a. 
Santa Barbara bemdita. 
Que nos ceos csUis cscrita î 
Espalhai a trovoada, 
Que esta no cco armada ; 
Espalhai-a p'ra bem longe, \ 

Onde nâo baja pào^ ntm vinho 2, 
Nem flâr de rosmaninko^. 
Jà os galtos cantavam 
Quando Senhor subio â cruz. 
Para semprc. Amen Jésus ! 

(Abrantes.) 

b. 
Santa Barbara bemdita, 
Que no ceo estas escrita I 



Papelinho de agoa benta (sic), 

P'ra espalhar esta tormenta, 

Para a terra dos mouros ; 5 

N5o baja pâo, nem vinho, 

Nem flôr de rosmaninho, 

Nem ouvir cantar os gallos, 

Nem ouvir repicar os sinos. 

(Abrantes.) 

1 1 . OracSo para Vmar de cio damnàdo *. 

Louvamos a Deus, 

E i lua nova, 

E a Sào Vicente, 

E a Slo Clémente, 

Que nos livre de raâ gcnte, $ 

E de dAr 

De câo doente. 

i.Lisboa.) 



V. 

CANTIGAS A SÀO JOÂO». 



Sâo JoSo da barba doirada, 



Onde dormistes a madrugada? 
— Dormi naquella horta^ 



I. Esta oraçâo é provavelmente o residuo de um antigo escon|uro, para 
afostar ou dissipar as trovoadis. Cf. a seguînte esconjuraçâo que atnda hoje 
nalgumas aldeas de Portugal esta em vigor para mesmo effeilo (A. F. Cas- 
lilho, Fastos de Ovidto, notas ao vol. II, p. 276, 277) : t Senhor Jésus 
Chrislo, que fizestPs o ceo e a terra, o mar c tudo que no mundo habita ; 
que abençoaste o rio Jordâo e nelle quîzesle ser baplisado, e que estendeste na 
cruz as tuas mâos e braços santissimos, corn que sanctificasle o ar ; implorâ- 
mes a tLij immensa piedade e bondade para que te dignes de dissolver e ani- 
quilar estas nuvens, que vejo adianle, atraz e por citna de mim, da direita e da 
esquerda, perturbanclo ar, afim de aue agrilboada a potencia dos embraveci- 
dos demonios caduque e seja confunaida^ para iouvôr do teu santissimo nome 

c poderosissima magestade cerquete, oh! nuvem, Deus pai ; 

cerque-te Deus filho ; cerquete Deus espirito santo. Destrua-te Deus pai ; 
destrua-te Deus filho ; destrua-te Deus espjrito santo. Aniquile-te Deus pai ; 

aniquile-te Deus lilho ; anîquile-te Deus espirito sartto Eu peccador 

e sacerdote de Chnsto, seu indigno rainislro, pela auctoridade e virtude do 
mesmo Deus e Senhor Nosso Jésus Christo, supremo imperador, vos ordeno, 
oh I immundtssimos espintos, que excitastes estas nuvens ou nevoas, que d'el- 
las salais e as disptnas para logarts incultes^ onde nâo prcjudiauem os komenSy 
os animais, os fructcs, as hervas, as arvores^ ou tjuaes^utr causas aestinadas para 
usa dos homcns, » Este esconiuro, se bem que perdeo oa bocca do sacerdote 
parte da sua ftjrma popular, no fundo porém é-o completamente, como de resto 
e facil de verificar approximando-o das oraçOes acima dadas, colligidas directa- 
menle da tradicçâo oral. 

2. Searas nem vinhas. 

}. Pastagens. 

4. Esta oraçâo, para 1er efficacia, deve rcsar-se voltando-se para a lua, a 
primeira vez que se vê lua nova. 

j. De todos os cantos do povo portuguez, que podem colligir-se para um 



io6 

Nossa Senhor.î 
Fez um milagr 
Pedio-lhe o t 
Logo se abrio 
A foote era de 
A agoa era d:- 
menîno en 
Filho de Deu 



Nesta cama : 
Sete anjos n-. 
Très aos pé^, 
Nossa Senho; 
Ella me dissi 
Que dormiss- 
Que nao tiv 
Se eu dormi "; 
Se eu morre:. 
Corn as trt- 
Em nome de 
De Oeus filh. 
E de Oeus F 

8. '. 

Senhor I deit 
Nâo sei se ai; 
Confesso-mc 
Para viver n. 
Nesta cama ; 
Para a minli: 
Se a mortcb f; 
Que eu nao r 
Possa eu diz 
Très vezes -• 
Para minha 
Cruz precios. 
Cruz bemdii 




1. Dicta r 
um f romsn 

2. Cf. G 
Tanto esta 
Piedade, do 

3- Cf. Th 

4- O finj 
« parlenga 



■».-*■'" 



tal tropa, 

Sfc.tfi xràeo as lovas. 

(Usboa.) 

7- 
^:aMt«nJcLS3oJoao, 
^ -M» do onalhado^ p 
'*^giK ie iaptisar Christo, 
^y^^B ÎC9> baptisado. » 

(Lisboa.) 
8. 
;gi jiar * Swlo Antonio, 
^isk saK ^ ^^ cadeira ; 
;^r JUKsio '£*> ^ chave, 
^SatJtaSea bindeira. 

(Lisboa.) 
9- 

■^^j fc» « puinno, 

" j, Jkd pûrei os botSes. 

'^ (Lisboa.) 

10. 

r^^«.ies,SâoJoâo, 
^ ,^ ckcinis a marcella ? 
, ^ ^^^fJorioJordâo, 

■ ""^.^ * w ^itf >na apella. » 

^'^'Z^ '^ (Lisboa.) 

II. 
^ j^jij ^perdeuacapa 

•► "^ • ' * mN'U"*'^ "*""** °* ^^ ^*^° ^*'***' 

«ém» *^ JirV "*"" ^ encontram, mas 

* W-: "*'*!!i<*' Mtural, que a festa popular 

t^^ljL * '**ÎISri** *'•'*'■ ^^ ^"^'■os povos, é 

^l/0^'^^Z\>::ry(niya slavtan na priroda. 
*^^^ ^ tk russun people, ad edit., 
— ^ ^'^" ro de todas as tradiçôes my- 
^^i» os cncantos se quebram, 
'^m* virtude maravilhosa o orva- 
'^-.^ = orvalhadas), as flores do 
js minhas ContribuiçÔes para 
porém pouco ou nada havia 
,.. idi traaiçao oral) j quadras 
6i, e ainda nâo esgotamos a 







CONTRIBUIÇOES PARA UM 

No caminho do estudo ; 
Jantâram-se as moças todas, 
Fizeram-lhe uma de veludo. 

(Lisboa.) 

12. 

Fui-me â porta do Baptista, 
Perguntar por meus amôres ; 
Là de dentro me atiraram 
Uma capella de flores. 

(Lisboa.) 

'3- 
Sâo Joâo perdeo a capa, 
No caminho do jardin ; 
Juntaram-se as moças todas 
Fizeram-lhe uma de setin. 

(Lisboa.) 

14. 
Fui à porta do Baptista, 
Perguntar por meus cuidados ; 
Là de dentro me atiraram 
Uma capelia de cravos. 

(Lisboa.) 

>S- 
Santo Antonio colhe as uvas, 
Sâo Pedro deita-as na cesta, 
Sâo Joâo faz a capella, 
Christo pôe-a na cabeça. 

(Lisboa.) 

16. 
Que lindo laço de fita, 
Que Baptista traz ao peito ! 
Foi feito à maravilha, 
A* maravilha foi feito. 

(Lisboa.) 

'7- 
Là vem Baptista a baixo, 

Com a capa côr de fogo ; 

Que vem de vèr as fogueiras 

Da senhora do Socorro. 

(Lisboa.) 

18. 

Oh I que lindo baptisado. 

Que vem do rio Jordâo ; 

Sâo Joâo a baptizar Christo ! 

E Christo a Sâo Joâo ! 

(Lisboa.) 



ROMANCBIRO PORTUGUEZ IO9 

19. 

Là vem Sâo Joâo abaixo, 
Com Maria pela mâo ; 
Sâo Joâo é cravo rôxo ; 
Maria, manjaricâo. 

(Abrantes.) 

20. 
Sâo Joâo era bom santo, 

Se nâo fosse tâo velhaco 

Foi à fonte com très moças, 
A' vinda veio com quatro ! 

(Abrantes.) 

21. 
Sâo Joâo era bom moço, 

Se nâo fosse tâo garôto 

Foi à fonte com très moças, 
A' vinda veio com oito I 

(Abrantes.) 

22. 
Là vem Sâo Joâo à barra, 
Com trinta mil donzellas ; 
Embarca, nâo desembarca, 
Sâo Joâo vem no meio d'ellas I 

(Abrantes.) 

23- 
D'onde vindes, Sâo Joâo, 
Pela calma sem chapeo ? 
t Venho de vêr as fogueiras, 
c Que se fizeram no ceo'. • 

(Abrantes.) 

24. 
Sâo Joâo à minha porta ! 

Eu nâo tenho que ihe dar 

Vou dar-lhe uma canna verde, 
Para pôr no seu altar. 

(Abrantes.) 

25. 
Sâo Joâo p'ra ver as moças, 
Fez uma fonte de prata ; 
As moças nâo vâo à fonte... 
Sâo Joâo todo se maU ^ ! 

(Abrantes.) 

26. 
Sâo Joâo p'ra vêr as moças. 
Fez uma fonte de cortiça ; 
As moças nâo vâo à fonte 



1. Cf. Théophile Braga, Cancioneiro popular^ p. 159. 

2. Cf. Theophilo Braga, loc. cit. 



IIO 



Z. CONSIGLIERI PEDROSO 



Sâo Joâo todo se arn(a* [sic). 

(Abrantes.) 

27- 
Vamos, raparigas! todas, 
Ao rosmaninho que cheira, 
Na noite de Sâo Joâo, 
A fazer uma fogueira I 

(Idem.) 

28. 
Oh ! meu rico Sâo Joâo I 
Meu rico Sâo Joâosinho ! 
Haveis de ser meu compadre, 
Do meu primeiro menino. 

(Villa Nova de Gaya.) 

29. 
Sâo Joâo adormeceo 
Nas escadinhas do côro ; 
Déram as bruxas corn elle, 
Depinicâram-no todo ! 

(Idem.) 

30. 
Se Sâo Joâo soubesse, 

Quando era seu dia 

Descera do cco à terra 
Oh I que festa nâo faria ! 

(Idem.) 

3«- 
O Sâo Joâo adormeceo, 
Aos très dias acordou... 
c Acorda, Joâo, acorda ! 
« Que teu dia jà passou. > 

(Idem.) 

J2. 

D'onde vindes Sâo Joâo 
Pela manhâ, sem chapeo? 
( Venho de vêr as fogueiras, 
« Que se apagàram no ceo. > 

(Idem.) 

33- 
Sâo Joâo, vaso de cravo ! 



(Idem.) 



No ventre se ajoelhou, 
Quando a maî de Jesns 
Santa Isabel visitou. 

34. 
Sâo Joâo prometteo 
De dar capella as casadas, 
De cravos a >, mais de rosas, 
De celindras encarnadas. 

(Idera.) 

35- 
Sâo Joâo prometteo 
De dar capella as solteiras. 
De cravos a 3 mais de rozas, 
E de celindras vermelhas. 

(Idem.) 

36. 
O Sâo Joâo prometteo 
De dar capella as viuvas, 
De cravos a * mais de rozas, 
E de celindras escuras. 

(Idem.) 

37- 
Vinde vêr Sâo Joâo, 
Como esta tâo aceado ! 
Vestido â realista', 
Com seu carneiro ao lado. 

(Idem.) 

38. 
Na noite de Sâo Joâo, 
Bem tolo é quem se deita ^ I 
Para tomar as orvalhadas, 
No campo de (2edofeita. 

(Idem.) 

39- 
Ahi vem Evangelista, 
Por entre os olivaes ; 
« Vai-te embora, Evangelista I 
c Que Baptista pôde mais. » 

(Idem.) 



1 . Erriça, ouriça = zanga ou encolorisa^se. 

2. E. 

4. E. 

$. Encarnado eazul. 

6. Cf. a superstiçâo popuiar de que ninguem se deve deitar na noite de Sâo 
Joâo. Cf. mais o terceiro numéro das minhas Contribaiçôcs para ama mytfuh- 
logia popuiar portugucza. 



CONTRIBUIÇOES PARA UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ 



III 



(Idem.) 



40. 
D'onde vindes Sâo Joâo, 
Com orna capa de chita P 
Venho de vèr as fogueiras, 
Da senhora Santa Rita. 

4». 
Abaixai-vos carvalheiras 1 
Com os ramos para o châo. 
Deixai passar os romeiros. 
Que vâo para Sâo Joâo. 

(Idem.) 
42. 
Na noite de Sâo Joâo, 
E' tomar dos amores ; 
Que dà damo * à dama 
Um raminho de flores. 

(Idem.) 

43- 
Oh ! meu rico Sâo Joâo ! 
Que tendes na mâo que l(îzP 
• Sâo as petiçôes das donzellas, 
« Despachadas por Jésus ^. • 

(Idem.) 

44. 
Vamos, raparigas ! todas, 
Tomar as ondas ao mar I 
Que Sâo Joâo é bom santo, 
Do perigo nos ha-de livrar. 

(Idem.) 

4S- 
Até os mouros na Mourama, 
Festejam Sâo Joâo ! 
Quando os mouros festejam 
Que fara quem é christâo P 

lldem.) 

46. 
Sâo Joâo baptisou Christo, 
Christo baptisou Joâo ; 



(Idem.) 



Oh ! que bello baptisado 
Vai no rio de Jordâo '. 

47- 
Oh ! meu rico Sâo Joâo ! 
Que tendes na mâo fechada P 
f E' a petiçâo das donzellas, 
« Que ainda nâo esta despachada. 
(Idem.) 

48. 
Oh ! meu rico Sâo Joâo ! 
Dai-me peras do vosso balcâo. 



(Idem.) 



49- 



No altar do Sâo Joâo, 
Nasceo uma cerejeira ; 
Detoisa* da donzelh'nha 
Que Ihe colher a primeira ' ! 

(Idem.) 
So. 
No altar do Sâo Joâo, 
Nasceo um lindo craveiro ; 
Detoisa ^ da donzelh'nha, 
Que Ihe colher o primeiro^ 1 

(Idem.) 
S"- 
Raparigas! raparigas! 
Raparigas de feiçâo ! 
Vinde fazer a camisa 
Ao Baptista Sâo Joâo. 

(Idem.) 

52- 
Sâo Joâo chora, chora, 
Lagrimas de prata fina : 
Que Ihe fugio um cordeiro 
Por aqueîla serra acima. 

(Idem.) 



1. Rapaz solteiro. Da mesma sorte em muitos pontos do Minho se diz rapa- 
rigo e rapaza respectivamente por c rapaz > e c rapariga ». 

2. Para se cazarem. N" 47, idem. Ct. Contribaiçôcs para uma mythohgia, etc. 

3. Cf. n® 18, acima. 

4. Ditosa. 

$. SuperstiçâoP 

0. Ditosa. 

7. Superstiçâo .^ 



112 



Z. CONSIGLIKRI PEDROSO 



SJ. 



D'onde vindes, Sâo Joâo, 
Que vindes tlo molhadinho? 
« Eu venho d'aquella horta, 
c De regar o cebollinho. i 

(Idem.) 
54- 
Até os mouros na Mou rama 
Festejam o Sâo Joâo ! 
Correm cavallos e touros, 
Com cannas verdes na mâo *. 

(Idem.) 

Dâ pequena pancada, 
Rei mouro ! 
Nâo quebres a espada. 
Que é d'ouro > ! 

(Idem.) 

Que é aquillo, 
Que no céo branqueja? 
c E' Sâo Joâo 
t Na sua Egreja. i 

(Idem.) 

57- 
Que é aquillo, 

Que no céo lûz ? 

c E' Sâo Joâo 

c Com a sua cruz. > 

(Idem.) 

58. 
Oh ! meu rico Sâo Joâo I 
(^uem vos metieo entre as flores ? 
c Foram as donzeilinhas, 
« Que nâo tèm outros amores ! v 
(Idem.) 

S9- 
Oh ! meu rico Sâo Joâo ! 



Quem vos metteo entre cravos? 
f Foram as moças donzellis, 
c QvLt nâo tèm outroi coidados I i 
(Idem.) 

60. 
Oh ! meu rico Sâo Joâo I 
Quem vos metteo entre as rozas? 
c Foram as donzeilinhas, 
c Que sâo muito cuidadosas ! 

(Idem.) 

61. 
Levantaram-se as très Marias 
Na ooite de Sâo Joâo, 
Foram vèr se cravo branco * 
Estava aberto ou nâo : 
Âcharam-no fechadinho, ( 

Pozéram-se a chorar, 
Disséram umas para as outras : 
c Nâo havemos de casar 1 
« Casaremos, nâo casaremos, 
c Sâo Joâo festejaremos 1 > 

(Idem.) 

62. 
Orvaihadas^ ! 
Minhas orvalhadas ! 
Viva rancho 
Das moças casadas i 
Orvalhadas ! $ 

Minhas orvalheiras 1 
Viva rancho 
Das moças solteiras ! 
Orvalhadas ! 

Minhas orvaihudas ! 10 

Viva rancho 
Das mulheres viuvas ! 

(Idem.) 



1. Cf. n<»4S. 

2. Esta Quadra que parece nâo ter relaçâo immediata com assumpto, é con- 
tudo incluiaa, como pertencendo a Sâo Joâo, conforme a tradicçâo oral, que 
cm nada alteramos, mesmo quando a nâo podemos comprehender. 

3. Allusivo a superstiçâo? 

4. Ostcrwasur ; do orvaiho que cae na noute de Sâo Joâo, e ao quai na tra- 
dicçâo popuiar purtugueza se attribuem muitas virtudes. 



CONTRIBUIÇOES PARA UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ 



in 



VI. 



PARLENGAS INFANTIS E JOGOS POPULARES. 



a. 
Amanhâ ë domingo, 
Pé de caminho ; 
Salta gallo no monte ; 
O monte é de ouro ; 
Salta no touro ; 
O touro é bravo, 
Marra no fidalgo ; 
O fidalgo é valente, 
Enterra toda a gente, 
Na cova de um dente ^ ! 

b. 
Amanhâ é domingo, 
Toca sino ; 
O sino é de oiro, 
Toca no toiro ; 
O toiro é bravo, 
Toca no adro ; 
O adro é fino, 
Toca no sino ; 
O sino é valente, 
Toca em toda a gente ! 

c. 
Amanhâ é domingo, 
Cantara o pintasilgo ; 
Pintasilgo é derrabado, 
Nâo tem sella nem cavallo ; 
Tem s6 uma mulinha ceza, 
Que vai d'aqui a Castella, 
De Castella a Castellâo, 



10 



10 



Buscar um moio de pâo, 
P'ra mim e mais p'ro meo câo. 
meu câo nâo esta em caza, lo 
Esta debaixo do navio. 
Dà-lhe vento, dà-lhe o frio, 
Corre como um correpio ; 
Dà-lhe vento, dà-lhe o soi, 
Ganta como um rouxinol. if 

(Lisboa.) 

2 2. 

Vassourinha, vassourinha, 
Vae varrer tua casinha 
Com a vassourinha d'elrei. 
Pirinico, pirinico, 
Quem te deo tamanho bico ? 
Ou de ouro ou de prata, 
Mette as mâos numa escura buraca. 
(Lisboa.) 

Sola, sapato, 

Rei, rainha, 

Vae ao mar 

Buscar sardinha, 

Para o filho \ 

Do juiz, 

Que esta preso 

Pelo nariz. 

Os cavallos a correr, 

As meninas a aprender, lo 

Quai sera a mais bonita, 

Que se ha-de ir esconder. 

(Lisboa.) 



1. Cf. Théophile Braga, Cantos populares do Archipelago Açoriano^ p. 177. 

2. Foi-me dictado isto, como uma simples parlenga. Nalguns sitios, porém, é 
esta parlenga transformada em jogo da seguinte maneira : As creanças sentam-se, 
formando roda, com as mâos extendidas e abertas de palma para cima. Uma 
d'ellas vai dizendo os versos e correndo com a mâo fechada por cima das mâos 
das outras. Quando chega ao verso 4, começa a beliscar, e a mâo (|ue beiisca 
ao pronunciar ultimo verso, retira-se para traz das costas. Depois continua 
na mesma ordem. 

3. Cf. Coelho, Romances populares e rimas ^ etc. (Zeitschr. f. rom. Phil. ÏII, 
1^6). Pôde ser transformada num jogo do mesroo modo que a anterior, com a 
differença de que se nâo belisca. 

Romaniay X g 



114 



Z. CONSICLIERI PEDROSO 

3 *. D'esses seis que ficannif 

Foram depennar om pinto ; 
Deo-lhe o tangro-mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo cinco. 
D'esses cinco que ficâram, 
Foram depennar um pato ; 
Deo-lhe o tangro-mangro nelles, 
Nâo fîcaram senâo quatre. 
D'esses quatro que ficâram, 
Foram matar uma rez \ 
Deo-lhe o tangro-mangro nelles, 
Nâo ficaram senâo très. 
D'esses très que ficaram, 
Foram pastar os bois ; 
Deo-lhe o tangro-mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo dois. 
D'esses dois que ficâram, 
Foram matar um perum {sic) ; 
Deo-lhe o tangro-mangro nelles, 
Nâo ficou senâo um *. 



Um e dois, 
E argolinha, 
Finca o pé 
Na pampulhinha. 
Oh ! rapaz 
Que jogo faz? 
— Faço jogo 
De capâo ; 
De capâo, 
Manoel Joâo, 
Conta bem, 
Que vinte sâo. 
Se contar, 
E nâo errar, 
Vinte e quatro 
Has-de achar. 
Diz à velha 
Do velhinho, 
Que esta coxinho 
De um dedinho. 

(Lisboa.) 

4. O tangro-mangro^. 
Minha mai teve dez filhos, 
Todos dez dentro de um pôte ; 
Deo-lhe tangro-mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo nove. 
D'esses nove que ficâram, 
Foram amassar biscoito ; 
Deo-lhe tangro mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo oito. 
D'esses oito que ficâram, 
Foram pentear o topele ; 
Deo-lhe tangro-mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo sete. 
D'esses sete que ficâram, 
Foram esperar os reis ; 
Deo-lhe tangro-mangro nelles, 
Nâo ficâram senâo seis. 



î 



10 



'5 



20 (Lisboa.) 

$*• 
a. 
Bolinhôs, bolinhôs. 
Para mim, e para v6s ; 
Para os vossos finados. 
Que estâo enterrados 
Ao pé da bel la cruz. 
Para sempre. Amen Jésus I 

(Coimbra.) 
b. 
Esta casa é bem alta, 
Forrada de papelâo, 
senhor que môra nella, 
E' um grande capitâo. 
Esta casa cheira a unto, 
Aqui morreo algum defunto 1 
Esta casa cheira a breo, 
Aqui môra algum judeo ! 

(Coimbra.) 



1 . E' aigu mas veses transformada em jogo, exactamente como as outras duas, 
retirando-se ou escondendo-se a mâo que é tocada pela pessoa que filla, ao 
diser o ultimo verso. 

2. Para a significaçâo provavel d'esta parlenga, cf. Coelho, Romances popu- 
lares e rimas etc. (Zcitschr. f. rom. Phil. Ill, 199), onde se le uma variante. 

3. Falta ultimo verso, em que dévia contar-se a sorte do derradeiro, mas 
a pessôa que me dictou isto nâo o sabia. 

4. Em Coimbra em t dia de finados > andam os rapazes pedindo pelas por- 
tas, e cantando estes versos. Cf. Chants de qaétes etc. (Jiomania II, $9 ss.). 



CONTRIBUIÇOES PARA UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ 



«M 



VII. 
ENIGMAS POPULARES*. 



I. ofo. 
a. 
Egreja branca, 
Sem porta nem tranca '. 

b. 



(Lisboa.) 



Menina bonita, 

Saia amarella, 

Casa caiada, 

Ninguem entra nella. (Lisboa.) 

c. 
Branco é, 
Gallinha o p5e 
Nomas palhinhas. 

(Coitnbra.) 
2. A trempe. 
Tem pemas 
E oâo anda ; 
Tem corAa, 
E nâo diz missa. 

(Lisboa.) 

3. A mesa. 
For cima do pinho 
Linho; 

Por cima do linho 
Flores ; 
E a roda 
Amores. 

(Lisboa.) 

4. A TomS. 

a, 
Tem tantos escaninhos, 
Que nem se pôdem contar. 

(Lisboa.) 
b. 
Redondinha, redondinha, 
Como a pedra de jogar ; 
Tem tantos escaninhos, 
Que nâo se pôdem contar ! 

(Lisboa.) 



S.Odedal. 
Nos sômos muitos irmâos, 
Espalhados pelo mundo ; 
Muitas mulheres, 
E alguns homens 
Nos procuram. 
Nos nâo sendo 
Carapuças, 
Nem chapeos, 
Nem cousas de enfeitar, 
Todos nos p5em na cabeça. 

(Lisboa.) 
6. A azeitona. 
Verde foi meu nascimento, 
E de luto me vesti ; 
Para dar luz ao mundo, 
Mil tormentos padeci. 

(Lisboa.) 

7. A parede. 
Estando a sftra D. Branca 
Muito bem repimpada, 
Veio sRr Barbaças, 
Deo-lhe uma bofetada ! 

(Lisboa.) 

8. A lingoa. 
Estando a snra D. Princeza 
Entre taboas e taboinhas, 
Chôva que nâo chôva, 
Sempre esta molhadinha. 

(Lisboa.) 

9. A chave. 
Tenho uma intima amiga, 
Com quem eu muito me dou ; 
Ella sem mim nâo é nada, 
Eu sem ella nada sou. 

(Lisboa.) 
10. .4 escripta. 
Cinco bailharicos, 
Uma balhareta; 
châo é branco, 



I . Foram-me dictados quasi todos estes enigmas pelo snr Sylvino Auta Abreo, 
de Lisboa. 



2. Cf. Coelho, Romances populares e rimas etc., p. 198. 



I t fi r:ONTfllBUIÇOES PARA 

A vriiititit. h \tf(di. 

(Liiboa.) 
\\. A lut. 
a, 
\ui iéiiiâuSui '!« umi beiota, 
\Utt.Ui: a t ji» »th i porU. 

(Lisboa.) 
h. 
(/// UiiiéuSui t\r uma belota, 
hniiu\t*h\t4 à\k A porta. 
I / O tt^arro. 



t mho^. tmrt;ttt\i: »H8o. 



(Lisboa.) 



UM ROMANCEIRO PORTUGUEZ 
Encarnada na pontinha. 

13. p3o. 
Sem osso, 
Nem espinha ; 
No calor se empina. 

(Lisboa.) 
14. A tesoara. 
Madama delicada, 
Delicada no corner; 
Mastiga e bôta fora, 
Engulir nSo p6de ser. 

(Lisboa.) 

Z. CONSIGLIERI PEDROSO. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 

^ RECUEILLIS DANS UN VILLAGE DU BARROIS 

A MONTIERS-SUR-SAULX (mEUSE) 



LXIII. 
LE LOUP BLANC. 



Il était une fois un homme qui avait trois filles. Un jour, il leur dit 
qu'il allait faire un voyage. « Que me rapporteras- tu ? » demanda Paînée. 
^— « Ce que tu voudras. — Eh bien ! rapporte-moi une belle robe. — Et 
toi, que veux-tu ? » dit le père à la cadette. — « Je voudrais aussi une 
robe. — Et toi, mon enfant? » dit-il à la plus jeune, celle des trois qu'il 
- aimait le mieux. — «Je ne désire rien, » répondit-elle. — « Comment, 
rien ? — Non, mon père. — Je dois rapporter quelque chose à tes 
sœurs, je ne veux pas que tu sois la seule qui n*ait rien. — Eh bien ! je 
voudrais avoir la rose qui parle. — La rose qui parle ? » s'écria le père, 
« où pourrai-je la trouver ? — Oui, mon père, c'est cette rose que je 
veux ; ne reviens pas sans l'avoir. » 

Le père se mit en route. Il n'eut pas de peine à se procurer de belles 
robes pour ses filles aînées ; mais, partout où il s'informa de la rose qui 
parle, on lui dit qu'il voulait rire, et qu'il n'y avait au monde rien de 
semblable. « Pourtant, » disait le père, « si cette rose n'existait pas^ 
comment ma fille me l'aurait -elle demandée P » Enfm il arriva un jour 
devant un beau château, d'où sortait un murmure de voix ; il jirêta 
Toreille et entendit qu'on parlait et qu'on chantait. Après avoir fait plu- 
sieurs fois le tour du château sans en trouver l'entrée, il finit par décou- 
vrir une porte et entra dans une cour au milieu de laquelle était un 
rosier couvert de roses : c'étaient ces roses qu'il avait entendues parler 



liS E. COSQUIN 

^t chanter, u Enfin, » s'écria-t-il, « j'ai donc trouvé la rose qui parie ! * 
Et il s'empressa de cueillir une des roses. 

Aussitôt un loup blanc s'élança sur lui en criant : « Qui l^a permis 
d'entrer dans mon château et de cueillir mes roses ? Tu seras puni de 
mort : tous ceux qui pénètrent ici doivent mourir, — Laissez-moi par- 
tir, s dit le pauvre homme ; « je vais vous rendre la rose qui parle. — 
— Non, non, » répondit le loup blanc, « tu mourras. — Hélas ! « dît 
l'homme, « que je suis malheureux ! Ma fille me demande de lui rappor- 
ter la rose qui parle^ et, quand enfin je Fai trouvée, il faut mourir ! — 
Ecoute, M reprit le loup blanc. « je te fais grâce, et, de plus, je te per- 
mets de garder la rose, mais à une condition : c'est que tu m'amèneras 
la première personne que tu rencontreras en rentrant chez toi. » Le 
pauvre homme le promit et reprit le chemin de son pays. La première 
personne qu'il vit en rentrant chez lui, ce fut sa plus jeune fille 

« Ah ! ma fille, » dît-il, « que! triste voyage ! — EstHîe que vous 
n*avez pas trouvé la rose qui parle ? ») lui demanda-t-elle. — « Je l'ai 
trouvée, mais pour mon malheur. C'est dans le château d'un loup blanc 
que je l'ai cueillie. Il faut que je meure^ — Non, » dit-elle, « je ne veux 
pas que vous mouriez. Je mourrai plutôt pour vous. » Elle le lui répéta 
tant de fois qu^enfin ri lui dit : « Eh bien ! ma fille, apprends ce que 
je voulais te cacher. J'ai promis au loup blanc de lui amener la première 
personne que je rencontrerais en rentrant dans ma maison. C'est à cette 
condition qu'il m'a laissé la vie. — Mon père, n dit-elle, « je suis prête 
à partir. » 

Le père la conduisit donc au château. Après plusieurs jours de marche, 
ils y arrivèrent sur le soir, et le loup blanc ne tarda pas à paraître. 
L'homme lui dît : a Voici la personne que j'ai rencontrée la première en 
rentrant chez moi. C'est ma fiUe, celle qui avait demandé la rose quî 
parle. — Je ne vous ferai point de mal, » dit le loup blanc; « mais il 
faut que vous ne disiez à personne rien de ce que vous aurez vu ou 
entendu. Ce château appartient à des fées ; nous tous qui l'habitons, 
nous sommes fées ' ; moi je suis condamné à être loup blanc pendant tout 
le jour. Si vous gardez le secret, vous vous en trouverez bien, » 

La jeune fille et son père entrèrent dans une chambre où un bon 
repas était servi; ils se mirent â table, ei bientôt, la nuit étant venue, 
ils virent entrer un beau seigneur : c'était !e même qui s*étaiî montré 
d'abord sous la forme du loup blanc. « Vous voyez, » leur dil-it, « ce 
qui est écrit sur la table : Ici on ne parle pas. » Us promirent tous les 
deux encore une fois de ne rien dire, La jeune fille s'était retirée depuis 
quelque temps dans sa chambre, lorsqu'elle vit entrer le beau seigneur. 



I. Fih, c'est-à-dire enchantés, 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 



119 



Elle fut bien effrayée et poussa de grands cris. Il la rassura et lui dit 
que, si elle suivait ses recommandations, il l'épouserait , qu'elle serait 
reine et que le château lui appartiendrait. Le lendemain, il reprit la 
forme de loup blanc, et la pauvre enfant pleurait en entendant ses hur- 
lements. 

Après avoir encore passé la nuit suivante au château, le père s'en 
retourna chez lui. La jeune fille resta au château et ne tarda pas à s'y 
plaire : elle y trouvait tout ce qu'elle pouvait désirer ; elle entendait tous 
les jours des concerts de musique ; rien n'était oublié pour la divertir. 

Cependant sa mère et ses sœurs étaient dans une grande inquiétude. 
Elles se disaient : « Où est notre pauvre enfant ? où est notre soeur ? » 
Le père, à son retour, ne voulut d'abord rien dire de ce qui s'était 
passé ; à la fin pourtant il céda à leurs instances et leur apprit où il 
avait laissé sa fille. L'une des deux aînées se rendit auprès de sa sœur 
et lui demanda ce qui lui était arrivé. La jeune fille résista longtemps ; 
mais sa sœur la pressa tant qu'elle lui révéla son secret. 

Aussitôt on entendit des hurlements affreux. La jeune fille se leva 
épouvantée. A peine était-elle sortie, que le loup blanc vint tomber mort 
à ses pieds. Elle comprit alors sa faute ; mais il était trop tard, et elle 
fut malheureuse tout le reste de sa vie. 



Il est facile de reconnaître, dans la seconde partie de notre conic lorrain 
(séjour de la jeune fille dans le palais d'un être mystérieux auquel elle a été 
livrée, défense qui lui est faite de rien révéler de sa vie nouvelle, désobéissance 
de la jeune fille!, le thème principal d'un récit célèbre dans l'histoire de b litté- 
rature antique, la fable de Psyché. Nous aurons donc à examiner celle fable et 
ce qui s'y rattache ; mais auparavant il nous faut étudier la première partie de 
notre conte lorrain, qui n'existe pas dans Psyché. 

Les contes où nous trouvons cette introduction appartiennent presque tous à 
trois groupes plus ou moins étroitement apparentés avec la fable de Psyché. Dans 
le premier groupe, — celui qui a le plus directement rapport avec Psyché et 
dont fait partie notre Loup blanc^ — nous pouvons mentionner d'abord un conte 
piémonlais (A. de Gubernatis, Zoohgical Mythology, II, p. j8i). Un homme, 
s'en allant en voyage, dit à ses trois filles qu'il leur rapportera ce qu'elles desi> 
feront : la troisième, Marguerite, ne veut qu'une fleur. Comme il cueille une 
marguerite dans le jardin d'un château, un crapaud apparaît et lui dit qu'il mourra 
dans trois jours, s'il ne lui donne pas une de ses filles pour femme. La plus 
jeune consent à épouser le crapaud, qui, la nuit, devient un beau jeune homme, 
il défend à Marguerite de révéler ce secret à personne; autrement il restera tou- 
jours crapaud. Les sœurs de la jeune femme, se doutant de quelque mystère, la 
pressent tant, qu'enfin elle parle. Le crapaud disparaît; elle l'appelle au moyen 
d'un anneau qu'il lui a donné et par la vertu duquel on obtient tout ce qu'on 
désire ; mais en vain. Alors elle jette l'anneau d^ins un étang, et son mari repa- 



120 E. COSQUIN 

raît à l'instant. (Celte fin est écourtéc.) — Citons ensuite le conte hessoisn'8 
de la collection Grimm et un conte norvégien (Asbjœrnsen. Tala of ikc Fietd^ 
Irad. Basent, p. m), l'un et l'autre altérés sur certains points, mais qui se 
complètent réciproquement. Dans le conte hessois, Talnée des trois filles demande 
à son père, qui va en voyage, des perles; la seconde, des diamants; la troisième^ 
une alouette. Le père en aperçoit une à côté d'un chAteau ; à peine j'a-t-il sai- 
sie, qu'un lion apparaît et le menace de le dévorer s'il ne lui promet de loi 
amener ce qu'il rencontrera d'abord en rentrant chez lui. L'homme le promet, 
bien à contre-cœur, et, comme il en avait le pressentiment, c'est sa plus jeune 
fille qu'il rencontre b première. La jeune fille se rend au château du lion, qui 
la nuit est un beau prince et dont elle devient la femme. (La suite est une alté- 
ration du thème principal de Psyché^ et la fin est, dans ses traits généraux, celle 
de ï'Oiscaa bleu de M""*' d'Aulnoy.) — Dans le conte norvégien, raltcralion 
porte sur Tintroduction. Un roi a trois filles, mais il aime surtout la plus jeune. 
Une nuit, celle-ci rêve d'une guirlande d'or si jolie, qu'elle ne cesse d'y penser, 
et devient triste cl chagrine. Son père commande à des orlèvres de tous les 
pays une guirlande comme celle que sa fille a vue en songe; peine inutile. Un 
jour que la princesse se trouve dans la forêt, elle aperçoit un ours blanc et, entre 
les griffes de la béte, la guirlande dont elle a rêvé. Elle demande à Tacheter, 
mais l'ours lui répond que, pour prix, il veut avoir la princesse elle-même. Le 
marché est conclu, et l'ours doit venir dans trois jours chercher la princesse. Au 
jour dit, le rot range toute son armée en bataille autour de son château pour 
barrer le passage à l'ours : l'ours renverse tout. Le roi essaie successivement de 
lui donner ses deux filles aînées, mais la supercherie est bientôt découverte, et 
il faut donner la jeune princesse à l'ours^ qui l'emporte et l'introduit dans un 
magnifique château. La nuit, l'ours a une forme humaine, et il prend la princesse 
pour femnne; maïs celte dernière n'a jamais vu ses traits. L'ours lui permet, â 
trois reprises, sur sa demande, d'aller voir ses parents; mais il lui recommande 
bien de ne pas écouler les conseils de sa mère. La princesse reste chaque fois 
quelques jours chez ses parents; la troisième fois, quand elle les quitte, sa mère 
lui donne un petit bout de chandelle, afin que la jeune femme puisse pendant la 
nuit voir comment est fait son mari. Elle allume, en effet, la chandelle; mais, 
pendant qu'elle est tout absorbée dans la contemplation des traits ravissants de 
son mari, une goutte de suif tombe sur le front de celui-ct, qui s'éveille, et lui 
dit qu'il est obligé de la quitter pour toujours. jLa fin de ce conte correspond 
à la dernière partie du n'^ 88 de Grimm, déjà cité, et de l'Oiscaa bka.) — La 
collection Arnason (p. 278 de la traduction anglaise) renferme un conte islan- 
dais tout à fait du même genre que ce conte norvégien, et dont l'introduction 
est altérée aussi, mais d'une autre manière. Voici cette introduction : Un roi, 
étant â la chasse, est attiré par une biche jusqu'au cœur d'une forêt. Après avoir 
erré de côté et d'autre, il arrive devant une maison dont la porte est ouverte; 
il y entre et, trouvant une table servie et un lit tout préparé, il se décide, après 
avoir vainement attendu le propriétaire, à faire honneur au repas et à se coucher 
dans le lit. Le lendemain matin, quand il se remet en route, un grand chien 
brun, qu'il avait vu la veille dans la maison, court après lui et ^ui dit qu'il est 
bien ingrat de ne pas l'avoir remercié de son hospitalité, et le menace de leS 




CONTES POPULAIRES LORRAINS 1 2 1 

déchirer en mille pièces si le roi ne promet de lui donner ce qu'il rencontrera 
d'abord en rentrant chez lui, etc. 

Le second groupe de contes où figure l'introduction de notre conte lorrain est 
celui auquel appartient le conte si connu de la Bdlt et la Béle^ publié en 1740 
par M*"" de Villeneuve dans son roman intitulé : Us Conles marins ou la Jeune 
Aminca'me, et abrégé plus tard par M™" Leprince de Beaumont', Ici nous avons 
affaire à une branche collatérale du thème de Psyché. Il y a bien une désobéis- 
sance de la part de la jeune fille qui habite le palais du monstre, mais cette 
désobéissance n'a nullement trait à la même défense. On le verra par l'analyse 
suivante d'un conte basque de ce type (W. Webster. Basque Legends^ p. 167); 
Un roi, qui a trois filles, n'a d'yeux que pour les deux premières et les combte 
de présents. Un jour pourtant qu'il va â une fête, il demande à la plus jeune ce 
qu'elle désire qu'il lui rapporte. Elle demande simplement une fleur. Le roi achète 
des parures pour ses filles aînées et oublie la fleur. En revenant, il passe auprès 
d'un château entouré d'un jardin plein de fleurs; il en cueille quelques-unes. 
Aussitôt une voix lui crie : < Q^ui t'a permis de cueillir ces fleurs? « et lui dit 
que si, dans un an, il ne lui amène pas une de ses filles, il sera brûlé, lui et son 
royaume. La plus jeune princesse déclare au roi qu'elle ira au chdteau. Elle s'y 
rend en effet; i son arrivée, elle entend partout de la musique, elle trouve ses 
repas servis à l'heure, sans jamais voir personne. Le lendemain raatin^ arrive un 
énorme serpent, qui est le maître du château. La princesse vit très heureuse, 
bien qu'elle soit toujours seule. Un fOur le serpent lui propose d'aller passer 
trois jours, mais trois jours seulement, chez ses parents, et il lui donne une 
bague qui deviendra couleur de sang s'il est en grand danger. La princesse oublie 
de revenir au bout des trois jours. Le quatrième jour, elle jette les yeux sur 
l'anneau, et elle le voit couleur de sang. Elle retourne au plus vile au château 
et trouve le serpent étendu raide dans le jardin; elle le réchauffe auprès d'un 
grand feu et te ranime. Plus tard, le serpent lui demande si elle veut l'épouser; 
après quelques hésitations, elle répond oui. Quand ils vont à l'église, le serpent 
devient un beau prince. Il dit à sa femme de prendre sa peau de serpent et de 
la brûler à une certaine heure, et le charme qui le tenait enchanté est rompu pour 
toujours. — Dans un conle grec moderne (B. Schmidt. Gnechische Marchen, 
1877, n« 10), il s'agit aussi d'un roi et de ses trois filles : la plus jeune demande 
â son père, qui s'embarque pour fjire la guerre, de lui rapporter une rose. Le 
roi, quand il revient victorieux, oublie la rose; alors ta mer devient pierre, et 
son vaisseau s'arrête; la demande de sa fille lui revient aussitôt à la mémoire. 
Ici encore, le monstre est un serpent, comme aussi dans un autre conte grec 
moderne, de l'île de Chypre (Jahrbuck fur romûtiische und englische Literatur, 1870, 
n* 7 des contes chypriotes traduits par F. Liebrecht), et dans un conte italien 
du Mantouan (Isaia Visentini. Ftabe Màntov^tnc, n" 24». Dans tous ces contes 
l'objet demandé au père par sa plus jeune fille est toujours une rose. Il en est 
de même dans un conte tyrolien (Zingerle, II, p. 391), où le monstre est un 
ours, et dans un conte polonais de la Prusse orientale (Tœppen. Abergtauben aus 



I. M. Ralston a étudié ce groupe de contes dans ta revue le Ninetcenih Cca- 
tarj (n' de décembre 1878). 



122 B. COSQUIW 

Mûsuren. Danzig, 1867, p. 141), où il n'est pas dît quelle forme il a. Nous ajou- 
terons à celle éntimcralion trois contes : un conte italien (Comparetli, o' 64), 
un conte sicilien (Pitre, n* 39), et un conte portugais (Ad. Coelho. Contos popu- 
lans portuguezcs. Lisbonne, 1879, n" 29)^ qui présentent tous, ainsi du reste que 
le conte chypriote ci-dessus indiqué, une ressemblance presque inquiétante avec 
le texte imprimé de M'"* Leprince de Beaumont. 

Dans ces divers contes, nous retrouvons le voyage de la jeune fille chez ses 
parents, et sa désobéissance plus ou moins volontaire aux ordres du monstre 
qui lui a dit de ne rester qu'un certain temps dans sa famille. Ce double élément 
a disparu des autres contes du type de la Beilt et la Bête que nous avons encore 
à mentionner : deux contes de l'Alleinagne du Nord (Mùllenhofï, n"* 2 et 4), un 
conte de la Basse-Saxe (Schambach et Miiller, n* p, deux contes haiiovnens 
(Cûlshorn, n*»* 20 et 42), un conte très curieux de la région du Harz (Ey. 
Hanmarciienbuch^ p. 91), un conte toscan (V. Imbriani. La Novetlaja Fiortn- 
tina^ n* 26}. — N'ayant pas à traiter ici du thème de la Belle et la BéU dans ce 
qu'il a de particulier, nous nous contenterons de ces brèves indications. Mais 
nous ferons remarc^uer (ceci se rapporte directement à l'introduction de notre 
conte avec sa « rose qui parle »| que, dans le conte saxon, la fille du roi 
dejiiande à son père une * feuille qui chante »; dans un conte du Tyrol alle- 
mand, forme très altérée du même thème ^Zingerle. I, n* jo), ii y a une « rose 
qui chante. » Ajoutons, pour n'avoir plus à revenir sur ces petits détails, qu'un 
conte allemand (Mùtlenhoff, n* 3), di type du n» 88 de Grimm, voisin, comme 
nous l'avons dit, de notre conte lorrain, le monstre est un hap blanc. Dans l'un des 
contes hanovriens mentionnés il y a un instant, le roi, pour avoir l'objet désiré 
par sa plus jeune fille, promet à un grand chien noir la première chose qu'il 
rencontrera en rentrant chez lui Ce trait, qui est à peu près celui de notre conte 
lorrain, s'est déjà montré à nous dans uit conte hessois et dans un conte islan- 
dais, cités plus haut^ 

Nous arrivons maintenant au troisième groupe de contes où existe notre intro- 
duction. Voici,, rapidement résumé, un des contes de ce groupe, un conte italien, 
recueilli à Rome (miss Busk. The Folk-lore of Rome, p, ^71 : 

Un riche marchand, qui a trois filles, leur demande, au moment de partir en 
voyage^ ce qu'elles désirent qu'il leur rapporte. Les deux aînées demandent des 
parures; la plus jeune, un vaso di ruta (un pot de « rue », sorte de plaflte), et 
elle ajoute que, s'il ne le lui rapporte pas, il ne pourra pas revenir. En eiîet, le 
marchand s'étant rembarqué sans avoir pensé â la plante demandée par sa plus 
jeune fille, le vaisseau s'arréle et ne veut plus avancer. Le capitaine dit alors 



I. Il y a peut-être dans cette promesse uti souvenir d'une vieille superstition 
païenne. Ainsi, la Bible nous montre Jephté, qui, on le sait, avait passé sa jeu- 
nesse parmi des voleurs et des gens sans aveu, plus païens sans doute que 
fidèles 'sraétiles, faisant au vrai Dieu un vœu de ce genre, tel qu'un Moabile 
en eût lait à son dieu Chamos. Un écrivain du moyen âge, Hugues de Saint- 
Victor, a très bien exprimé cette idée : « Rilum genlilium secutus, dit-il, huraa- 
num sanguinem vovit, sicut postca legimus regem Moab filium suum immolasse 
super murum. » (Adnot, in Jud,, dans la Patrologïe de M igné, t. CLXXV, 
col, 92^ 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 1 2 ) 

que, parmi les passagers, il doit y avoir quelqu'un qui a manqué i une promesse. 
Le marchand est reconduit â terre; il cherche partout à acheter le vaso diruia ; 
mais on lui dit que le roi seul possède un pot de cette plante : il y tient tant 
que, si on lui en demande une seule feuille, on sera mis à mort. Le marchand 
rassemble son courage et se présente devant le roi, à qut il demande pour sa 
fille la plante tout entière. Le roi, ému de sa fidélité â sa promesse, lui donne 
le vaso di rutu, et le charge de dire à sa fille d'en brûler une feuille tous les 
sojrs. De retour à la maison, le marchand remet la plante à sa fille, et lui répète 
les paroles du roi. Quand vient le soir, la jeune fille brûle une des feuilles delà 
plante, et aussitôt elle voit paraître le fils du roi, qui vient s'entretenir avec elle. 
Un soir qu'elle est absente, ses sœurs, qui la détestent, mettent le feu à sa 
chambre, et la plante est brûlée avec le reste. Le prince arrive en toute hâte : 
il est grièvement brûlé et blessé par les éclats des vitres de la chambre. La jeune 
fille, étant rentrée  la maison et voyant la plante brûlée, s'habille en homme et 
se met à la recherche du prince. Une nuit qu'elle s'est arrêtée sous un arbre 
dans une forêt, elle entend la conversation d'un ogre et d'une ogresse. < Le seul 
moyen de guérir le prince, » dit l'ogresse, « c'est de prendre la graisse qui se trouve 
autour de nos CŒurs, d'en faire un onguent, et d'en oindre les blessures du 
prince. • La jeune fille tue l'ogre et l'ogresse pendant leur sommeil, fait un 
onguent avec leur graisse; puis elle se présente comme médecin au palais du 
roi; elle guérit le prince, se fait reconnaître de lui et l'épouse. 

Comparez le conte grec moderne d'Epire n" 7 de la collection Hahn, un conte 
du Tyrol italien (Schnel)er, n* 21), et aussi un conte danois (Grundtvig, i^vol. 
de la trad. allemande, p. I2j), où l'introduction n'ejciste à peu près plus, ainsi 
qu'un conte italien du Mantouan (Visenlmi, n" 17J, où elle a complètement 
disparu. 

Celte forme de l'idée fondamentale qui sert de base aux divers contes énumé- 
rés ci-dessus, se retrouve identiquement en Orient, dansun conte populaire indien 
du Bengale (miss Maive Stokes. kduin Ftmy Taies. London, »88o, n* a^ , p. 195). 
Un roi, qui va s'embarquer pour un lointain voyage, dit il six de ses filles qu'il 
leur rapportera ce qu'elles lui demanderont. Elles demandent des bijoux, des 
étoffes précieuses, etc. 11 envoie ensuite un de ses serviteurs faire de sa part la 
même demande à sa plus jeune fille, qui habite dans un palais à elle. Celle-ci, 
qui est en train de réciter ses prières, dit au serviteur : « Sabr^ 1 c'est-à-dire 
M attends. » Le serviteur se méprend sur sa réponse et vient dire au roi que la 
princesse désire que le roi lui rapporte du sabr. Le roi ne comprend pas ce que 
demande sa fille ; il se met néanmoins en route, se disant qu'il s'informera, à 
tout hasard, de cet objet mystérieux. Arrivé au terme de son voyage, il achète 
pour ses filles aînées les bijoux et autres objets précieux qu'elles désirent ; puis 
il se rembarque. Mais son vaisseau ne veut pas avancer (tout à fait, comme on 
voit, te trait si caractéristique de deux contes européens cités ci-dessus). Alors 
i) s'aperçoit qu'il n'a pas rapporté ce que sa plus jeune fille lui avait demandé. 
Il envoie un de ses serviteurs à terre et lui dit d'aller au bazar pour voir s'il 
pourra trouver à acheter de ce sahr. Le serviteur s'informe, et on lui dit : c Nous 
ne connaissons pas cela, mais le fils de notre roi s'appelle Sabr ; allez lui 
parler. » Le serviteur se rend au palais, se présente devant le prmce et lui 



Ii4 E- COSQUIN 

raconte toute l'histoire. Le prince lui donne une petite boîte qui ne devra ôtre 
remise qu'à la jeune princesse. Dès que le serviteur arrive â bord, le vaisseau se 
remet en marche de lui-mêrie. De retour dans son palais, le roi envoie ta botte 
à sa plus jeune fille. Elle l'ouvre et y trouve un petit éventail; elle déploie 
révenlail et le prince Sabr parait devant elle*. Il vient ainsi toutes les fois qu'elle 
tourne t'éventai! d'une certaine façon, et il disparaît quand eile le tourne dans 
le sens contraire. Bientôt les deux jeunes gens conviennent de se marier, et la 
princesse invite aux noces son père et ses six sœurs. Le jour du mariage^ les 
sœurs de la princesse^ jalouses de son bonheur, disent à celle-ci qu'elles feront 
elles-mêmes son lit, et elles y répandent du verre pilé. Le prince Sabr s'y blesse 
grièvement et demande à la princesse de retourner l'éventail de façon que lui, 
prince, se retrouve dans son palais. La princesse ne se doute pas de la cause de 
la maladie. Les jours suivants, elle a beau agiter l'éventail ; le prince ne repa- 
rait pas. Alors elle se déguise en yogi (religieux mendiant) et se met à la 
recherche du prince. Une nuit qu'elle s'est étendue sois un arbre pour dormir, 
elle entend deux oiseaux qui parlent du prince Sabr et qui disent de quelle façon 
on peut le guérir. La princesse, toujours déguisée, arrive chez le prince, qu'elle 
guérit sans être reconnue. Comme récompense^ etle demande au roi, père du 
prince, le mouchoir et l'anneau de celui-ci ; puis elle retourne dans son pays, 
elle prend f'éventail, î'agite, et le prince parait. Elle lui montre le mouchoir et 
l'anneau, et il voit ainsi, à sa grande surprise, que c'est elle qui était le yogi^. 

Inutile d*insisler sur l'identité de ce conte indien et du conte italien ci-dessus. 
Si nous l'avons donné en entier, bien qu'il ne se rattache que par Tinlroduclion 
à notre Loup blanc, c'est qu'au fond il n'est pas sans rapports avec la fable de 
Psyché, que nous étudierons tout à Theure. Époux mystérieux qui disparaît, et 
cela par la faute des sœurs de la jeune femme ; voyage de celle-ci à la recherche 
de son mari, jusqu'à ce qu'elfe parvienne à le reconquérir, ce sont bien là des 
traits de la fable de Psyché. Du reste, dans certains contes, il s'est opéré un 
mélange entre le thème proprement dit de Psyché et celui-ci (Voir, dans la col- 
lection Comparelti, n» 53, un conte italien de la Basilicate). 

Aux trois groupes de contes que nous venons d'examiner et dans lesquels se 
retrouve intégralement l'introduction de notre conte lorrain, il convient d'ajouter 
yn quatrième groupe, appartenant également à la famille de Psyché : là, l'intro- 

t . Dans le conte épirote mentionné plus haut, la ressemblance avec le conte 
indien est encore plus grande que dans le conte italien aue nous avons résumé 
Quand le marchand s'erobaraue pour l'Inde, .ses deux filles aînées lui demandent 
de leur rapporter des étoffes de ce pays; la troisième demande « la baguette d'or ». 
Le marchand apprend, dans le pays où il est allé, que « la Baguette d'or » est 
te nom du fils du roi. 

2. M. Lai Behari Day a recueilli, également dans le Bengale, et publié dans 
le Bcnsal Magazine, une variante de ce conte (n" 8I, qui ne présente guère que 
la différence suivante : La plus jeune fille du marchand, qui s'est mise i la 
recherche de son mari, le prince Sobur.^ n'entend pas tout de suite, comme dans 
l'autre conte indien, la conversation des deux oiseaux. Elle a d'abord l'occasion 
de tuer un énorme serpent qui allait dévorer les petits de ces oiseaux, qui sont 
des oiseaux géants, et le père, reconnaissant, h transporte dans le pays du 
prince. (On peut ajouter cet épisode aux passages analogues de contes orien- 
taux Cités dans les remarques de noire n" 42, la Canne de dnq cents hvns,) 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 11) 

duction n'est plus celle du Loup bUnc, bien qu'elle ne soit pas uns analogie. 
Ainsi, dans un conte sicilien (G. Pitre. Nitovo Saggio di fiabc t novtUuic pofolêri 
sicilianc, extrait de la Rmsta di Jilologia romanzA. Imola, 187? ; — conte b* $), 
la plus jeune des trois filles d'un pauvre homme est allée dans les champs avec son 
père arracher des raiforts sauvages. Voyant un beau pied de cette plante, iU 
tirent ; mais, quand le raifort est arraché, il se trouve à la place un grand trou, 
et une voiï se fait entendre pour se plaindre qu'on ait enlevé la porte de sa 
maison. Le pauvre homme parle de sa misère ; alors la voix dit de lui laisser 
sa ftUe et qu'il aura une bonne somme d'argent. Le père finit par y consentir, et 
la jeune fille est établie dans un beau palais. — La suite a beaucoup de ressem- 
blance avec la fable de Pi^chl (Compare! un autre conte sicilien, n* iS de la 
jçrande collection publiée en 187^ par M. Pitrè. un conte italien publié par 
M. Stanislao Prato dans son ouvrage Quûttro Novclline popolari Inornesi, publié i 
Spolète en 1880, p. 4î'44). — On voit que cette plante arrachée amène les 
mêmes conséquences que la rose cueillie dans le Loup blanc et autres contes. 

Nous avons dit en quelques mots^ au commencement de ces remarqua, en 
quoi la dernière partie de notre conte lorrain se rapprochait de la fable de 
Psyché. 11 importe maintenant d'examiner cette fable aussi brièvement que pos- 
sible, mais avec soin. Une question, en etfet, se pose : notre conte lorrain et 
tous les autres contes du même genre dérivent-ils du récit latin d'Apulée ? Et ce 
récit lui-même, est-ce dans la mythologie gréco-romaine qu'il faut en chercher 
Tongine ? 

La plupart de ceux qui se sont occupés de la fable de Psyché nous paraissent 
avoir fait fausse route ou s'être arrêtés à moitié chemin. Les uns voient dans le 
récit latin un mythe dont ils prétendent donner l'explication ; les autres qui, 
avec raison, y reconnaissent un simple conte bleu, ne sont pas assez familiers 
avec la littérature populaire pour se douter même de l'origine de ce conte. 
L'existence, dans les monuments ôgurés grecs et romains, de représentations 
de ce qu'on a appelé te mythe de Psyché vient encore compliquer la question. 

Il nous semble qu'ici comme ailleurs un exposé suffisamment net des 
termes dans lesquels se pose le problème écartera la plus grande partie des 
difficuités. 

Et d'abord, existe-t-il réellement un * mythe de Psyché » .? Ce qui est vrai, 
c'est qu'un grand nombre de monuments figurés grecs et romains, — statut, 
bas-reliefs, pierres gravées, — présentent diverses alligorics^ dans lesquelles 
Eros et Psyché, en d'autres termes l'Amour et l'Ame, cette dernière sous la 
forme d'une leune fille à ailes de papillon i'V'jx''. signifiant à la fois âme clpapilton) 
jouent difTérenls rôles. Psyché torturée par Eros, Eros et Psyché se tenant em- 
brassés^ tels sont les sujets qui ont le plus fréquemment tenté le talent des artistes. 
Les monuments en question se répartissent, quant à leur date, sur un espace de 
temps qui va de la période macédonienne à la basse époque romaine. Or, aucun 
de ceux qui sont antérieurs au siècle des Antonins, c'est-â-dire au livre 
d'Apulée, n'offre le moindre rapport avec la fable de Psyché, telle quelle est 
racontée dans ce livre. C'est seulement sur quelques pierres gravées, posté- 
rieures à cette époque, qu'on a reconnu deux des épisodes de ce récit (Psyché 
aidée par les fourrais à trier diverses graines confondues en un même monceau, 



126 E. COSQUIN 

et Psyché recevant d'un aigle une amphore, sans doute remplie de l'eau dti Styx), 
et, selon toute probabilité, ces sujets ont dû être empruntés directement au rèdl 
d'Apulée». 

Il est donc impossible de tirer de l'examen des monometits figorés la preuve 
de l'existence d'un « mythe de Psyché » ayant quelque relation avec la fable 
rédigée par le rhéteur africain, La littérature antique, en dehors d'Apulée, n'a 
pas non plus trace d'un semblable * mythe ». Il nous reste à examiner en lui- 
même le récit d'Apulée et â rechercher si la fable de Psyché, telle qu'il la 
raconte, a un caractère mythique. 

Nous résumerons d'abord, dans ses traits principaux, le récit d'Apulée 
{Metûmorph., Mb. IV-VI) : Un roi et une reine ont trois filles, dont la plus jeune, 
nommée Psyché, est une merveille de beauté. Les deux aînées épousent des 
princes. Un oracle oblige le roi à donner Psyché pour femme h un monstre 
inconnu, à une sorte de serpent, qui viendra la prendre sur une haute montagne 
oii la jeune fille devra être exposée. Psyché, conduite sur la montagne, esttranS' 
portée par Zéphire dans un palais enchanté et devient la femme du maître invi- 
sible de ce palais; son époux ne la visite que la nuit. Elle vit heureuse, mais 
elle désirerait revoir ses sœurs. L'époux mystérieux lui permet â regret de satis- 
faire son désir et lui recommande surtout de ne rien dire de ce qui le touche t 
autrement elle se perdra et lui-même avec elle. Psyché» pressée de questions, 
finit par avouer que jamais elle n'a vu son mari. Ses sœurs, jalouses de son bon- 
heur, lui disent que cet époux est sans doute le serpent dont pariait l'orade et 
qui doit la dévorer ; elles l'engagent à le tuer. Psyché, revenue au palais enchanté, 
s'arme d'un poipard et approche une lampe de son époux endormi : ellereoon- 
naît Cupidon ; mais une goutte d'huîle brûlante est tombée sur l'épaule du dieu, 
qui se réveille et s'enfuit pour ne plus revenir. La malheureuse Psyché, après avoir 
erré de côté et d'autre à la recherche de son mari^ se décide i aller trouver Vénus. 
La déesse, furieuse de ce qu'elle a épousé son fils, lui impose plusieurs tiches. 
Psyché doit d'abord trier en un jour un grand amas de toutes sortes de graines 
mêlées ensemble ; une fourmi prend pitié d'elle et appelle à son secours toutes 
les fourmis du voisinage, Vénus exige ensuite que Psyché lui apporte un flocon 
de la toison d*ar de béliers terribles. Psyché désespérée est au moment de se 
précipiter dans un fleuve, quand un roseau lui enseigne le moyen de recueillir 
sans danger de ces flocons d'or. Puis Vénus ordonne i la jeune femme de lui 
procurer une fiole de l'eau du Slyx, qui est gardée par des dragons. L'aigle de 
Jupiter, ami de Cupidon, va chercher de celle eau pour Psyché. Enfin Vénus 
donne à Psyché une boîte et lui dit d'aller aux enfers demander â Proserpinede 
lui envoyer dans cette botte un peu de sa beauté. Cette fois. Psyché croit son 
dernier jour arrivé. Elle se dirige vers une haute tour pour se précipiter du faîte 
de cette tour ; mais la tour, prenant une voix, lui apprend ce qu'elle doit faire 
pour mener à bonne fin cette redoutable entreprise. Psyché remonte des enfers 
avec sa boîte; mais, cédant i une téméraire curiosité, elle ouvre la botte, et 
aussitôt un sommeil léthargique s'empare d'elle. Cupidon accourt et la réveille. 
Désormais rien ne s'oppose plus à !a réunion des deux époux. 



I. Voir rîntéressant écrit de M. Maxime Collignon, Essai sur ks monumittU 
grecs et romains nlaùfs au mythi de Psyché (Paris, 1 877) . 




CONTES POPULAIRES LORRAINS IJy 

Quiconque a un peu l'habitude des contes populaires saluera dans chacun de» 
épisodes de ce récit des traits de contiat&sance. Ce prétendu « mythe i ne tient 
en réalité que par le nom des personnages à la mythologie grecque ou romaine. 
C'est tout simplement un conte populaire, frère de plusieurs contes qui vivent 
encore aujourd'hui, anilis fabula, « conte de bonnes femmes », comme Apulée 
le dit lui-même. El la forme primitive de ce conte, — altérée sur divers points 
dans le récit latin, — nous pouvons assez facilement la reconstituer. 

Pour y arriver, nous prendrons d'abord un conte populaire recueilli dans l'Inde, 
de la bouche d'une blanchisseuse de Bénarès, et publié en iS^j dans l'Aiialic 
Journal (Nouv. série, vol. II) ^ — La filk d'un pauvre bûcheron, nommée Tulisa, 
étant un jOur occupée à ramasser du bois mort auprès d'un puits en ruines, au 
milieu d'une forêt, entend tout à coup une voix qui paraît sortir du puits et lui 
dit: • Veux-tu être ma femme? » Elle s'enfuit effrayée. La même aventure fui arrive 
encore une bis, et alors elle en parle à ses parents, qui l'engagent à se rendre 
encore au puits et, si la voix lui fait la même question, à lui répondre : « Adressez- 
vous k mon père. » Tuîlsa obéit, et la voix lui dit : t Envoie-moi ton père. * 
Le bonhomme vient el, la voix lui ayant promis de le rendre riche, il donne son 
consentement. TuUsa est mariée à son prétendant invisible, et transportée dans 
un magnifique palais^ où elle vit heureuse; mais elle ne voit son mari que la 
nuit, et celui-ci lui défend de recevoir aucune personne étrangère. Pendant un 
temps, tout va bien ; mais, un jour, une vieille se présente sous les fenêtres de 
Tulisa, qui a l'imprudence de l'introduire dans le palais au moyen d'un drap de 
lit suspendu à une tourelle, La vieille gagne par ses paroles Hatteuses la con- 
fiance de la jeune femme et finit par la décider à demander d son mari comment 
il se nomme. En vain f époux mystérieux représente à Tulisa que, s'il lui donne 
satisfaction, ce sera pour elle la ruine ; elle insiste. Alors il la conduit sur le 
bord d'une rivière, il entre dans l'eau et, s'y enfonçant de plus en plus, il lui 
demande par trois fois si elle persiste dans sa funeste curiosité. Tulisa se montre 
toupurs aussi obstinée. Alors i) lui dit : « Mon nom est Basnak Dau j > Au 
même instant il disparaît dans Teau, et à sa place se montre la tête d'un ser- 
pent. Tulisa, redevenue la pauvre fille du bûcheron, cherche en vain le palais 
où elle a passé de si heureux jours, et elle est obligée de retourner chez ses 
parents, redevenus misérables eux aussi. — Pendant le temps de sa prospérité, 
la jeune femme a sauvé la vie à un écureuil. Un jour le petit animal s'approche 
de la cabane de Tulisa et lui fait signe de le suivre dans la forêt; là elle a l'oc* 
casion d'entendre une conversation entre plusieurs écureuils. Elle apprend que 
son mari, Basnak Oau, est le roi des serpents ; la reine sa mère, mécontente 
d'avoir perdu le pouvoir depuis l'avènement de son fils, a découvert que ce pou- 
voir lui reviendrait si Basnak Dau révélait son nom à une fiUe de la terre, C'est 
elle qui a envoyé à Tulisa la vieille qui a donné à celle-ci de si funestes conseils. 
Un des écureuils ajoute qu'il y a pour Tulisa un moyen de rentrer en possession 
de son bonheur. Il faut d'abord qu'elle cherche un œuf de l'oiseau Huma et 
qu'elle le couve dans son sein. Dès qu'elle aura trouvé cet ceuf, elle devra se 
rendre auprès de la reine des serpents el lui offrir ses services : la reine lui im- 



l. Hermann Brockhaus en a donné une traduction allemande ï la fin de ses 
deux volumes de traduction de Somadeva {Leipzig, 1843). 



128 E. COSQUIS 

posera des épreuves très difficiles, et, si Tulisa n'en vient point à bout, elle sera 
dévorée par des serpents, il est â désirer pour Tulisa, disent les écureuils, qu'elle 
parvienne à couver Tœuf du Huma ; car l'oiseau qui en sortira rompra 
charme. — Tulisa» grâce aux écureuils, qui lui servent de pides, trouve ua' 
œul de Huma et arrive au palais de la reîne des serpents. Celle-ci, avant de la 
prendre à son service, lui impose une première épreuve : Tulisa doit recueillir 
dans un vase de cristal le parfum de mille fleurs. Un essaim d'innombrable* 
abeilles Itii apporte ces mille parfums (sur le chemin du palais de la reine des 
serpents, Tulisa avait rencontré une abeille; mais il n'est pas dit, — évidem- 
ment par suite d'une altération du récit, — qu'elle lui eût rendu service). Le 
lendemain la reine remet à Tulisa une jarre remplie de graines et lui ordonne 
d'en tirer la plus belle parure que jamais princesse ait portée. Les écureuils 
apportent à Tulisa de magnifiques pierreries, et la jeune lemrae en fait une cou- 
ronne qu'elle dépose aux pieds de la reine. Cependant l'œuf se trouve couvé, et 
il en sort un Huma qui vole droit à un serpent vert enroulé autour du cou de la 
reine et crève les yeux de ce serpent. Aussitôt le charme est rompu ; Basnak 
Dau remonte sur son trône et célèbre solennellement ses noces avec Tulisa, main- 
tenant digne de lui. 

En examinant ce conte populaire actuellement encore vivant dans Tlnde et dont 
tout l'ensemble offre tant de ressemblance avec la fable de PjjcA^, on y trouvera 
l'explication de deux traits altérés dans le récit latin et, en même temps, l'indi» 
cation de leur forme primitive. Ce monstre de la race des serpents, vipereum 
matum^ auquel le père de Psyché est obligé de livrer sa fille, Apulée en a fait 
un monstre métaphorique > l'Amour, le cruel Amour, qui porte ses ravages dans 
la terre entière. Le conte indien, lui, le représente comme le roi des serpents. 
Nous nous rapprochons de la forme primitive ; mais ce n'en est encore qu'un 
affaiblissement : te conte indien ne montre pas, du moins expressément» le « roi 
des serpents » comme revêtu d'une enveloppe -de serpent qu'il dépouille chaque 
nuit. Voilâ la forme primitive, et certains contes européens, se rattachant au 
thème de Psyché.^ Tonl conservée plus ou moins distinctement. Ainsi, dans un 
conte toscan (A. de Gubernatis, Novcllinc ai Santo Stefano, n° 14), un gros ser- 
pent demande à un bûcheron de lui donner une de ses trois filles en mariage ; 
si elles refusent, le bûcheron le paiera de sa tête. La plus jeune des filles du 
pauvre homme se déclare prête à épouser le serpent, et celui-ci l'emporte dans 
un magnifique palais, où il devient un beau jeune homme^ appelé sor Fioranlt. 
Mais malheur à la jeune femme si elle dit à personne comment il se nomme! 
Dans une visite qu'elle fait à ses sœurs, elle se laisse aller à révéler ce nom 
mystérieux, et son mari disparaît, ainsi que le palais. (La dernière partie de ce 
conte correspond à celle du n* Z% de Grimm, cité dans le premier groupe des 
contes étudiés cî-dessus.) — Nous avons ici le serpent qui se transforme en 
homme, mais nous ne le voyons pas se dépouiller de son enveloppe. Un autre 
conte italien, du même type pour la plus grande partie jStanislao Prato. Quattro 
Noveilmc popolart hvorneit. Spoleto, 1880, n» 4), présente ce dernier trait, qui 
se retrouve, comme on devait s'y attendre, dans des contes indiens. 
' Nous citerons d'abord, parmi ces contes indiens, un conte du Pantchatantra 
(p. 144 de la traduction allemande de M. Benfeyl. La femme d'un brahmane n'a 



CONTES POPULAIUBS LORRAINS I 29 

point d'enfants. A la suite d'un sacrifice offert par son mari, elle devient enceinte 
et met au monde un serpent. Au bout d'un certain temps, le brahmane va 
demander pour son £ils ta main de la fille d'un autre brahmane '. Le mariage a 
lieu. La nuit venue, le serpent se dépouille de sa peau^ et la jeune fille voit devant 
elle un beau jeune homme. Le malin, le brahmane entre dans la chambre, s'empare 
de la peau du serpent et la jette au feu. Le charme est ainsi rompu (Comparez: 
ia fin du conte basque analysé plus haut, parmi les contes du second groupe). 

— Un autre conte indien, actuellement encore vivant dans la bouche du peuple, 
et que nous avons résumé dans l'appendice de notre 7" partie {Miss M. Stokes. 
Indiûn Fairy TaUs, no 10), contient ce même élément ; Une des femmes d'un roî 
a mis au monde un fils qui a la forme d'un singe. Devenu grand, le prétendu 
singe quitte de temps en temps sa peau et fait, sans être reconnu, toute, sorte 
d'exploits. Enfin une princesse découvre que c'est lui qui a été vainqueur dans 
plusieurs épreuves imposées à ceux qui aspirent à sa mam, et elle déclare qu'elle 
veut épouser le singe. Elle l'épouse en effet. Toutes les nuits, le jeune homme 
se dépouille de sa peau de singe ; mais il défend i sa femme d'en rien dire à 
personne. Un jour que le prince s'est rendu à une fête après avoir à\é sa peau 
de singe et l'avoir mise sous son oreiller, la princesse appelle sa belle-mère et 
lui dit que son mari n'est pas un singe, mais un beau jeune homme, cl elle lui 
montre la peau. Puis, d'accord avec sa belle-mère, elle brûle cette peau, afin 
que le prince reste toujours sous sa forme humaine. Aussitôt le prince sent 
quelque chose qui l'avertit de ce qui s'est passé. Il accourt et reproche i sa 
femme d'avoir brûlé sa peau de singe ; mais, le lendemain malin, sa colère s'est 
apaisée, et Ton fait de grandes réjouissances. 

Les deux contes indiens que nous venons d'analyser ne se rattachent que par 
un trait à la fable de Psycké. En voicî un troisième, toujours du même genre, 
mais dont l'inlroduction est au fond celle de Psyché (nous voulons parler du 
passage où le roi est obligé par un oracle de donner sa fille en mariage à un 
monstre) : ce conte indien fait partie d'un livre sanscrit, la Sinhdsana-dvdtnnçikd 
{les Trente-deux rictts du trône), qui a été récemment étudié par M. Albert Weber 
ilndische Studien^t. XV, 1878, p. 21,2 seq.) : Le roi Premasena a une fille d'une 
grande beauté, nommée Madanarekhâ, et deux fils plus jeunes^ Oevaçarman et 
Hariçarman. Un jour que l'aîné est surlebord du fleuve, il entend une voix qui 
dit : < Si le roi Pramasena ne me donne pas sa fille, mal lui en adviendra, à 
lui et à sa ville. » Le jeune homme va raconter au roi ce qu'il a entendu ; on 
ne le croit pas. Mais, quand ensuite le second fils du roi et le roi lui-même ont 
entendu la voix mystérieuse, Pramasena, après avoir pris l'avis de ses conseil- 
lers, se rend auprès du fleuve et dit : * Es-tu un dieu, un génie ou un homme i^ 

— J'étais, » répond la voix, « le gardien de la porte du dieu Indra; mais, en 
punition de mes fautes, j'ai été condamné à naître ici dans cette ville sous ta 



I. Ce commencement est à peu près celui du conte italien de Livourne, 

mentionné il y a un instant : Une reine, qui n'a point d'enfants, se recommande 
i Dieu et aux saints, mais inutilement. A la fin elle devient enceinte et accouche 
d'un serpent. Quand le serpent a dix-huit ans, il dit à son père qu'il veut se 
marier- — Notez, comme nous l'avons dit, que ce conte italien se rattache à 
l'une des branches du thème de Psyché, ^ 

Romania^ X n 



IJO B. COSQUIN 

forme d*un âne dans la maisoa d'un potier. Donne-moi U fille; sinon, malheur 
à toi et à ta ville ! ■ Le roi, effrayé, promet de donner sa fille, mais i\ ajoute : 
« Si lu as une vertu divine, entoure la ville d'un mur de cuivre, et bâtisHnoi 
un palais présentant les trente-deux signes de la perfection. » Dans la nuit tout 
est construit. La princesse se résigne courageusement à son destin cl elle est 
donnée en mariage à l'âne. Celui-ci, quand il est seul avec elle^ se dépouiJIe de 
sa peau d'âne et se montre sous son apparence céleste. La princesse vit liés 
heureuse avec lui, Un jour, quelques années après, la mère de la jeune femme 
vient lui faire une visite et elle voit son gendre le gandhûrya (sorte de génie) sous 
sa forme véritable. Elle trouve l'occasion de se saisir de la peau d'âne et la |ette 
ati feu. Quand le gandhan/a voit que la peau ne se retrouve plus, il dit à sa 
femme : t Ma bien aimée, maintenant je retourne au ciel; la malédiction qui me 
frappait a pris kn. » Et il disparaît pour toujours. 

Cette disparition du gandkarva fait tout naturellement penser â la disparition 
de l'époux myslérieiiît de Psyché. Aussi ne sera-t-on pas surpris de voir dans 
un conte européen, dans un conte serbe (Voik, n* jo) voisin de ce conte indien, 
toute une dernière partie dans laquelle la jeune femme, après que sa belle^roère 
a brûlé ta peau du serpent (ici nous retrouvons le serpent), se met, comme 
Psyché, à la recherche de son mari, et où il lui arrive les mêmes aventures qu'à 
l'héroïne du n' 88 de Grimm, cité dans le premier groupe des contes étudiés 
dans ces remarques'. 

Nous citerons encore un autre conte indien, publié en 1831; dans VAsiûtic 
Journal et résumé par M. Ralston dans son travail indiqué ci-dessus. Ici les 
rôles sont renversés : l'être céleste qui a Tapparence d^un animal est l'épouse, 
cl non point l'époux. Invitée i une fête chez le roi son beau -père, la princesse- 
singe se dépouille pour la première fois de la peau qui la recouvre. Pendant 
qu'elle est chez le roi, le prince, son mari, jette la peau dans le feu. Aussitôt 
la princesse s'écrie : « Je brûle 1 > et elle disparaît, ainsi que son palais. Le 
prince se met à la recherche de sa bien-aimée, et la retrouve enfin dans le 
royaume céleste. 

Ne traitant ici qu'épisodiquement de la fable dt Psyché^ nous n'insisterons pas 
davantage sur ces rapprochements. Aussi bien nous semble-t-il que voilà reooos- 
tituée sur un point important la forme prîrailive de Psyché. Le monstre 
auquel le roi est obligé de donner sa fille en mariage est un serpent, mais an 
serpent qui sous son enveloppe d'écaillés cache tin beau jeune homme; et cette 
forme primitive est tout indienne. Celte origine ressort de tout ce que nous 
venons de dire, maison s'en convaincra davantage encore en lisant les pages que 
M. Benfey a consacrées à un sujet analogue dans son introduction du Pantchatantra 
(§92). L'altération du thème primitif sur ce point se comprend, du reste, parfai- 



I. Un autre conte serbe {Vouk, n" 9}, qui n'a pas cette dernière partie, se 
rapproche beaucoup du conte indien de la Sinkàsma-dvàlnnçikd. Dans ce conte 
serbe, le serpent est le fils d'une pauvre femme. Il l'envoie un jour demander â 
l'empereur de lui donner sa fille en mariage. « Je la lui donnerai, » dit l'empe- 
reur, «s'il bâtit un pont de perles et de pierres précieuses qui aille de sa maison 
à mon palais. » En un instant 7a chose est faîte. Cela rappelle tout à fait, 
comme on voit, la demande du roi Premasena. 



^ 



^ 



CONTES POPULA[RES LORRAINS Ijl 

icnt. Du moment qu'on introduisait dans Vanilis fabula^ dans le conte de 
bonne femme^ Vénus et Cupidon avec tout un cortège mythologique, on était 
bien obligé de modifier, eo cet endroit surtout^ le récit original. 

Pour un autre passage encore de la fable de Psyché^ le conte indien de Tulisa 
tt II roi des serpents nous indique la forme primitive. Ce passage, où des animaux 
exécutent pour Psyché les tâches les plus difficiles, se rattache à un thème bien 
connu, indien lui aussi, le thème des Animaux reconnaiisanîs. Dans le récit îatin, 
un élément important a disparu : le service que l'héroïne a rendu aux animaux; 
aussi l'intervention de la fourmi qui vient secourir Psyché paraît-elle peu 
motivée. Un de nos contes lorrains, Firosette^ que nous publions plus loio 
in» 6^), nous permettra d'étudier ce passage, ainsi que toute la dernière partie 
de Psyché (Psyché et les épreuves imposées par Vénus). Nous nous permettons 
donc de renvoyer aux remarques de ce n" 65. 

La conclusion de cette étude sur Piychè, — ob nous nous sommes appliqué 
â être aussi bref que possible,, en élaguant systématiquement bien des détails, — 
c'est que ni notre conte lorrain, ni les autres contes européens de la même 
famille ne dérivent de la fable de Psyché^ laquelle présente le thème primitif 
sous une forme moins bien conservée que ta plupart de ces contes. La source 
d'où dérivent et Psyché et les contes modernes analogues doit être cherchée 
dans l'Inde. 

Un mot avant de finir. A notre connaissance, noire conle lorrain est le seiul 
des contes de ce genre déjà recueillis qui se termine d'une façon tragique par la 
mort du prince enchanté. Dans une autre forme de ce dénouement, également 
de Montiers, la jeune fille meurt, elle aussi, ■ en tenant la patte du loup, n 



LXIV. 




SAINT ETIENNE. 



Au moment où saint Etienne vint au monde, un beau monsieur s'ar- 
rêta devant la maison et demanda si on voulait le recevoir. On lui répon- 
dit que ce n'était pas possible, parce que la femme venait d'accoucher. 
Alors il voulut voir l'enfant, et on finit parle laisser entrer. Il s'approcha 
du petit garçon, et, Payant bien regardé, il dit à la mère qu'il le trou- 
vait beau à ravir et qu'il serait bien aise de l'acheter. D*abord la mère 
ne voulut rien entendre ; mais comme il offrait une grosse somme, elle 
se laissa gagner et consentit au marché. Le beau monsieur devait prendre 
l'enfant dans six ou sept ans, quand II serait fort ; en aiiendani, il vien- 
drait le voir de temps en temps. 

Le petit garçon grandit et on l'envoya à l*école. Mais la mère était 
toujours triste : un jour, après la visite du beau monsieur, l'idée lui était 
venue que c'était peut-être au diable qu'elle avait vendu son enfant. Le 
petit garçon lui dit : a Qu'avez-vous donc, ma mère, à pleurer toujours 




132 E. COSQUIN 

ainsi? — Hélas ! » répondit-elle, « j'ai fait une chose que je ne devais 
pas faire ; je l'ai vendu au diable à ta naissance. — N'est-ce que cela ? • 
dit renfani. a Je ne crains pas le diable. Donnez-moi une peau de mou- 
ton que vous ferez bénir et que vous remplirez dVau bénite. Je saurai 
me tirer d'affaire. » 

La mère fit ce qu'il demandait, et bientôt après le beau monsieur 
arriva pour emmener l'enfant. Ils partirent ensemble. Le petit garçon 
s'était muni de sa peau de mouton. L'autre n'y avait pas pris garde ; il 
lui racontait des histoires pour Pamuser pendant le chemin. Us s'enfon- 
cèrent dans un grand bois et arrivèrent enfin devant une maison, au fond 
de la forêt. Alors le beau monsieur se changea en diable, ouvrit la 
porte et poussa l'enfant dans la maison ; elle était remplie de démons. 
Le petit garçon, sans s'elîrayer, se mit à secouer sa peau de mouton et 
fit pleuvoir l'eau bénite sur les diables, qui s'enfuirent au plus vite. Après 
s'être ainsi débarrassé d'eux, il s'en retourna tranquillement chez sa 
mère. 

Quelque temps après, étant allé à confesse, il raconta au curé son 
aventure. Le jour de Noël, le bon Dieu lui dit : 

« C'est aujourd'hui ma fête, Etienne^ 
f Et demain ce sera la tienne, * 

El voilà pourquoi ta Saint-Etienne tombe le lendemain de Noël. 



Les principaux traits de ce conte, si bizarrement rattaché au nom de saint 
Etienne, se retrouvent dans un groupe de contes étrangers, oh notre thème ne 
forme qu'une partie du récit et oh il n'est pas question de saint Etienne. 

Du reste, à Montiers même, nous avons recueilli une variante où il n^eti est 
pas question davantage. Dans cette variante, un pauvre homme, dont la femme 
vient d'accoucher, se rend à un village voisin, dans l'espoir de trouver un par- 
rain riche. Le démon, qui devine l'avenir, se trouve sur soo passage, habillé 
en grand seigneur. 11 accepte d'être parrain et donne à l'homme un sac plein 
d'or. Ensuite il l'oblige à signer de son sang un écrit par lequel l'homme promet 
de lui donner son fils dans vingt ans. Le démon comptant le jour comme la nuit, 
c'est au bout de diii ans qu'il arrive pour prendre l'enfant. II est mis en fuite 
grâce à une image représentant la croix et à des aspersions d'eau bénite. 

Parmi les contes étrangers, nous citerons d'abord un conle valaque (Schoît, 
n" I}). Un pauvre pêcheur promet au diable, en échange de grandes richesses, 
f ce qu'il aime le mieux chez lui 1 ; il s'aperçoit trop tard que c'est son fils 
qu'il a promis. L'enfant, devenu grand, force son pérc à lui révéler le secret. 
Alors, sur le conseil de son iiiiaitrc d'école, il se fait faire des vêtements ecclé- 
siastiques tout parsemés de croix et se met en roule vers l'enfer. Arrivé à la 
porte, il frappe. Effrayés de ses croix, les diables veulent le chasser ; mais il ne 
part qu'après s'être fait rendre le parchemin signé par son père. 

Dans deux contes lithuaniens, l'un de la collection Gliaski (Chodzko. Cont€s 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 1 ^ J 

iiti paysans et des pâtres slaves^ p. 107 s.) ; l'autre, delà collection Schleicher 
<p. 7$), un paysan égaré dans une forêt promet au diable de lui donner « ce 
qui n'était pas dans sa maison au moment de son départ ■; ce qui se trouve être 
un fils qui lui est né pendant son absence. Dans le conte de la collection 
Glinslcii le jeune homme, quand il part pour aller en enfer chercher la céduledu 
marché, se munit d*eau bénite et d'un morceau de craie, bénite aussi. Avec la 
craie il trace un cercle autour de lui ; avec l'eau bénite il asperge Lucifer et tous 
les démons, jusqu'à ce qu'ils lui aient rendu le parchemin. — Voir également un 
conte souabe (E. Meier, n- 16). 

Nous pouvons encore rapprocher de notre conte un conte allemand (Prœhle. 
Marchenfûr âte Jugcnd, n* 6î)jOè le père, comme b mère de « saint Etienne », 
vend directement son fils au diable. Comparez une variante allemande de cette 
même collection Prœhle (p. 2j^, 2j6) et un conte très défiguré de la collection 
de contes de la Basse-Saxe de Schambach et Mûller (n* 32). 

Dans tous ces contes étrangers, le jeune homme contribue, par son voyage en 
enfer, à la conversion d'un brigand endurci dans le crime. 

Comparez plus loin, dans notre collection, l'introduction du n* 75, la Baguette 
meneilleusCj et les remarques de ce n* 7$. 



LXV. 



F! ROSETTE. 

II était une fois un jeune homme^ appelé Firosette, qui aimait une 
jeune fille nommée Julie. La mère de Firosette, qui était fée, ne voulail 
pas qu'il épousât Julie ; elle voulait le marier avec une vieille cambine^ 
qui cambînait, carabinail *. 

Un joufj la fée dît à Julie: « Julie, je m'en vais à la messe. Pen- 
dant ce temps, tu videras le puits avec ce crible, n 

Voilà la pauvre fille bien désolée ; elle se mit à puiser ; mais toute 
l'eau s'écoulait au travers du crible. Tout à coup, Firosette se trouva 
auprès d'elle, o Julie, » lui dit-i!, que faites-vous ici? — Votre mère m*a 
commandé de vider le puits avec ce crible. » Firosette donna un coup 
de baguette sur la margelle du puits, et le puits fut vidé. 

Quand la fée revint : « Ah î Julie, » dit-elle, *< mon Firosette l'a 
aidée ! — Oh ! non, madame, je ne l'ai pas même vu ; je me soucie bien 
de votre Firosette et de votre Firosetian ! n Elle ne voulail pas laisser 
voir qu'elle Faimait. 

Une autre fois, lâ fée dit à Julie : « Va-t'en porter celte lettre à ma 
sœur, qui demeure à Effincourt ^; elle te récompensera. » 

Chemin faisant, Julie rencontra Firosette, qui lui dit : « Julie, où 



I. Cambine^ boiteuse. 

i. Village de Champagne, à une petite lieue de Monliers. 



134 E- COSQIJIN 

allez-vous ?— Je vais porter une lettre à votre tante, qui demeure à Effin- 
court. — Ecoulez ce que je vais vous dire, )) reprit Firosette. « En 
entrant chez ma tante, vous trouverez le balai les verges en haut ; vous 
le remettrez comme il doit êlre. Ma tante vous présentera une boite de 
rubans et vous dira de prendre le plus beau pour vous en faire une 
ceinture- Prenez-le, mais gardez- vous bien de vous en parer. Quand 
vous serez dans les champs, vous le mettrez autour d'un buisson, et 
vous verrez ce qui arrivera.» 

En entrant chez la fée, la jeune fille lui dit : « Madame, voici une 
lettre que madame votre sœur vous envoie, » La sœur de la fée lut la 
lettre, puis elle dit à Julie : « Voyons, ma fille, que pourrais-je bien 
vous donner pour votre peine ? Tenez, voici une bohe de rubans : prenez 
le plus beau et faiies-vous-en une ceinture ; vous verrez comme vous 
serez belle. » Julie prit le ruban et s'en retourna. Lorsqu'elle fut à Ger- 
baux ', elle mit le ruban autour d'un buisson ; aussitôt le buisson s'en- 
flamma. 

Quand elle fut de retour, la fée lui dit : « Ah î Julie, mon Firosette l'a 
conseillée ! — Oh 1 non, madame, je ne l'ai pas même vu ^ je me soucie 
bien de votre Firosette et de votre Firosetîan ! n Elle ne voulait pas lais- 
ser voir qu'elle l'aimait. 

Un soir, on fit coucher la vieille cambine au chevet d'un lit, et Julie à 
l'autre bout, avec des chandelles entre les dix doigts de ses pieds. Au 
milieu de la nuit, la fée qui était dans la chambre d'en haut se mit à 
crier: *< Mon Firosette, dois-je féer ^ ? — Non, non, ma mère, encore 
un moment. » Puis il dit à la vieille : « N'allez-vous pas prendre la place 
de cette pauvre fille ? » 

La fée cria une seconde fois : « Mon Firosette, dois-je féer ? — Non, 
ma mère, encore un moment. » Et il dit encore à la vieille : « N 'allez- 
vous pas prendre la place de cette pauvre fille ? » 

La fée cria une troisième fois : a Mon Firosette, dois-je féer f « Et 
Firosette dit une troisième fois à la vieille: « N'allez-vous pas prendre 
la place de cette pauvre fille ? n 

La vieille fut bien obligée de céder et de mettre les chandelles entre 
les dix doigts de ses pieds. Aussitôt Firosette cria: « Oui, oui, ma mère, 
féez vite. — Je veux, n dit alors la fée, « que celle qui a les chandelles 
entre les dix doigts de ses pieds soit changée en cane, pour que je la 
mange à mon déjeuner. >» Au même instant, b vieille se trouva changée 
en cane, sauta en bas du lit et se mit à marcher tout autour de la 
chambre: can can can can. 



I. Endroit situé entre Effincourl cl Monlters, où se trouve une fontaine, 
a. Fàff taire acte de fée, faire un enchanlement. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 13^ 

Lorsque la fée vit qu'elle s^était trompée, elle entra dans une si grande 
colère qu'elle tomba morte. 



Ce conte, — on le reconnaîlra en l'examinant de près, — a de grandes ana- 
logies avec la dernière partie de la fable de Psyché^ où rhéroïne est au pouvoir 
de Vénus. Du reste, le plus grand nombre des contes étrangers qui, à notre 
connaissance, doivent être rapprochés de notre Firoseiu, ont une introduction 
qui n'est autre, au fond, que la première partie de Psyché^ de sorte qu'ils pré- 
sentent tout l'ensemble du récit latin. Nous avons étudié, dans les remarques de 
notre n<* 6] le Loup blanc^ cette première partie de Psyché ; nous aurons ici â 
nous occuper de la seconde. 

Voyons d'abord les principaux contes actuels qui ressemblent i Firosetu. 

Nous commencerons par rapprocher de notre conte lorrain un conte sicilien, 
recueilli par M. Pitre (Nuoyo Saggiodi Fiabe t NovtUt popohri siciliane, extrait de 
la Rivista di Fihlogia romania^ vol. I. Imola, 187J, n» 0. La première partie de 
ce conte sicilien, dont nous avons résumé Tintroduction dans les remarques de 
notre n<* 6j le Loup blanc ^ se rattache au thème de Psyché. Nous n'en dirons 
qu'un root. A Tinstigation de ses sœurs, jalouses de son bonheur, Rusidda, 
épouse d'un jeune homme mystérieux, commet ta faute de demander avec ins- 
tance à son mari comment il se nomme. Le nom de « Spiccatamunnu » est à 
peine prononcé, que Rusidda se trouve seule, au milieu d'une campagne déserte. 
— Ici commence la seconde partie, qui se rapporte à noire FirosctU. Rusidda 
arrive chez une ogresse, la mère de Spiccatamunnu. Pour se débarrasser de la 
jeune femme, l'ogresse l'envoie chez une autre ogresse, sa sœur, en la chargeant 
de lui rapporter un coffret. Le coffret est remis à Rusidda par la soeur de 
l'ogresse, avec défense de l'ouvrir. Mais, en chemm, la jeune femme entend sortir 
du coffret des sons si mélodieux qu'elle ne peut résister i sa curiosité. Elle 
ouvre le coffret et il s'en échappe une foule de petites poupées qui se mettent à 
danser ; elle essaie de les faire rentrer : impossible. Alors elle appelle à son aide 
Spiccatamunnu, qui, sans se faire voir, lui jette une baguette dont elle doit 
frapper la terre pour faire rentrer les poupées dans le coffret. Quand elle est de 
retour chez l'ogresse, celle-ci lui dit que son fils Spiccatamunnu va se marier et 
lui ordonne de laver un grand tas de linge. Rusidda appelle Spiccatamunnu, et 
en un instant le linge est lavé, a Ah ! » dit l'ogresse, t ce n'est pas toi qui as fait 
cela ; c'est mon fils Spiccatamunnu. t Et elle ordonne à Rusidda de remplir 
plusieurs matelas de plumes d'oiseaux. Par l'ordre de Spiccatamunnu, quantité 
d'oiseaux viennent secouer leurs plumes, de manière â remplir les matelas. Le 
soir de la noce, l'ogresse ordonne à Rusidda de se mettre ik genoux au pied du 
lit des nouveaux mariés, une torche allumée à la main. Au bout de quelque 
temps, la mariée, qui a pitié d'elle, lui fait prendre sa place et se met elle-même 
à genoux avec la torche. A minuit, l'ogresse ordonne au sol de s'entr'ouvrîr et 
d'engloutir celle qui tient la torche. Et c'est la mariée qui est engloutie au lieu 
de Rusidda. 

Nous retrouvons dans ce conte sicilien les principaux éléments de Firosau : 
les tâches imposées à la jeune fille par la fée et exécutées par le <i]s de cette 



1)6 E. œajgm 

fie, qm âme la fflue (îlle ; favoi de celle deraiire ckcz b soir de b fte, et 

avBÎ le déaoaevcfltf ass ■oins bizarre et outûau Ê Ul pin veôm de b {««e 

pfMHtfve. 

Oi 903 pv mBn|Kr ^joe;} dsf R ciMte > K i iieH, n ir est pss iiieuw de 
n609MM>3tiOMS Bncs ptf SpmaftMMMm à HBiàldi, 4|UmI eeBe-o est movée 
ckn b flflnr de rogresae. Don notre conte lorrasa, l^roseCle caiût denz, màk 
b pfonère, -^ celle qui est rebtrre aa babi, qa'd but renetire coaae à doit 
itre, — paraît s'ifoir aocsae niportaoce. H f a ti, m efiet, aae a h éi j lio a y et 
b ptttpart des conte» qi^d MMf reste i résumer TOat le faire toit. D»s b teiR 
prMMtiie, si FntMetie engageait ta jeune &lle i rendre serrice m bdat, c'ctaii 
alb 9»e, pfos brd, le habi ae lui fît poiot de mal : annn, daos pbsîears codes. 
t'héniae ^irvase one porte^ afia que, par recoanaissance, la porte ne t'écrase 
pobi qoaiiid db s^eafsira. 

L'épisode ea qoestaoa se trouve d'abord dans ira denitee coole sicSieo qui 
bit partie de b grande collection de M. Pitre |n* i8). L*nitrodiictiaa est i pe« 
prés celle de Spiaotamanna ; mais le fils de Togresse se nonme b Rt éTAmah 
(le Roi d'amoor). Arrivée chez TogrMse, Rosidda est envoyée par cdic ci porter 
one lettre i one autre ogresse, sa cominère. Le Roi d'amoar lui apparaît et bi 
indique ce qo'dle aura à iaire pour se préserver de tout danger. Qaaad db 
arrivera auprès d'un fleuve dont l'eau est du sang, elie devra en boire quelques 
gorgées et dire : * Quelle belle eau ! jamais je n'en ai bu de pareille ! • Elle 
devra de même se récrier sur la bonté des poires d'un poirier et du pain d'os 
four, prés desquels elle passera. Pais tl lui faudra donner du pain à deux chteas 
aàamhf balayer et nettoyer l'entrée de la maison ainsi que l'escalier, bien frotter 
on rasoir, des ciseaux et un couteau qu'elle trouvera dans la maison. Enfin, 
Rusidda remettra h lettre à l'ogresse, et pendant que celle-ci sera occupée à b 
lire, elle prendra sur une table une cassette et s'enfuira en l'emportant La jeune 
femme sutt ponctuellement ces recommandations. Quand l'ogresse s'aperçoit que 
Rusidda s'est enfuie, die crie ao rasoir, aux ciseauv et au couteau de la mettre 
ea pièces ; mais tous les trois répondent que Rusidda les a nettoyés, tandis que 
régresse ne l'a jamais fait. L'ogresse ordonne alors à l'escalier et à l'entrée de 
b maison d'engloutir Rusidda j die reçoit la même réponse. De même, les 
chiens refusent de la manger, le four de l'enfourner, l'arbre de l'embrocher, le 
fleuve de sang de la noyer. Suit l'épisode de la cassette ouverte et ensuite celui 
des matelas 1 remplir de plumes pour les noces du Roi d'amour avec la fille du 
roi de Poringal. L'ogresse dit i Rusidda que c'est la coutume, aux mariages, 
qu'une personne se tienne i genoux prés du lit avec deux torches à la main. 
Une heure avant minuit, le Roi d'amour dit que Rusidda ne peut rester à 
genoux dans l'état où elle est (en effet, elle était enceinte, comme Psyché, quand 
die s'est trouvée jetée hors du palais de son mari), et il prie la mariée de prendre 
les torches et de se mettre un peu à la place de Rusidda. A peine la mariée a-t-elle 
pris les torches, que la terre s'entr'ouvre et l'engloutit. 

Ce conte est, croyons-nous, le plus complet et le mieux conservé des contes 
de ce type qui ont été recueillis. 

Mentionnons un troisième conte sicilien (Gonzenbach, n* i^), dont l'iniro- 
duction se rattache aussi au thème de Psyché et où se retrouvent les différentes 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 57 

parties du conte précédent^ mais avec quelques altérations. Dans ce conte, nous 
relevons un détail curieux : la sorcière dit à la jeune femme, en lui imposant des 
tâches, qu'elle s'en va à la messe, absolument comme la fée du conte lorrain. 

Quelques altérations aussi, surtout au dénouement, dans un conte de l'Italie 
méridionale, recueilli dans la Basilicate (Comparelti, n» 33), qui présente le 
même enchaînement. 

Jusqu'à présent nous ne sommes pas sortis des pays de langue italienne. Nous 
allons rencontrer notre conte dans le nord de l'Europe, en Danemark (Grundt- 
vig, trad. allemande, t. 1 [1878], p, 2^2). Voici les principaux traits de ce conte 
danois : Un roi a promis sa fille en mariage à qui devinerait un certain secret. 
Un loup le devine, et Ton est obligé de lui donner la princesse. Il emmène 
celle-ci dans un château et lui fait promettre de ne jamais allumer de lumière. 
Pendant la nuit, il a une forme huinaine. Cédant aux mauvais conseils de sa 
mère, â qui elle est allée faire visite, la princesse finit par manquer à sa pro- 
messe ; elle voit son mari endormi, mais celui-ci se réveille, reprend sa forme 
de loup et s'enfutl pour toujours. La princesse le suit de loin et, après diverses 
aventures, elle arrive au château d'une sorcière, celle qui avait transformé le 
prince en loup parcequ'il ne voulait pas épouser sa fille : elle se met au service 
de la sorcière. Celle-ci lui impose plusieurs tâches, qui sont exécutées par un 
mystérieux vieillard. Enfin la princesse est envoyée chez la sœur de la sorcière 
avec ordre de rapporter pour la fille de cette dernière une parure de fiancée. 
Sur le conseil d'un jeune homme inconnu, elle assujettit une porte qui ne c«- 
sait de battre ; elle donne du grain à un troupeau d'oies, des fourgons | instru- 
ment pour attiser le charbon dans le four) h deux hommes qui n'avaient que 
leurs mains pour attiser ce charbon, de grandes cuillers à deux jeunes filles qui 
brassaient de la bière bouillante avec leurs bras nus, du pain à deux chiens ; 
enfin elle graisse les gonds rouilles d'une seconde porte. La sœur de la sorcière 
lui remet une boîle avec ordre de n'y point regarder. Quand (a jeune femme 
s'en retourne, la sœur de la sorcière dit à la porte de l'écraser, aux chiens de 
la déchirer, etc., mais tous refusent de lui faire du mal à cause des services 
qu'elle leur a rendus. En chemin, elle a la faiblesse d'ouvrir la boîte : il 
s'en échappe un oiseau, qui y est remis, grâce au jeune homme qu'elle a déjà 
rencontré. Le soir des noces du prince et de la fille de la sorcière, la prin- 
cesse est placée à la porte de la salle du festin avec un flambeau allumé dans 
chaque main. Après le repas, quand la sorcière passe auprès de la princesse, 
celle-ci, qu'un charme empêche de bouger, et qui sent déjà la chaleur atteindre 
ses mains, lui dit que ses mains vont être brûlées. < Brûle, lumière, ainsi que 
ton chandelier I » dit la sorcière. La princesse implore le secours du prince, 
qu'elle a reconnu. Celui-ci lui arrache les flambeaux des mams et donne l'un à 
la sorcière et Vautre à sa fille, qui restent là comme des statues et brûlent, ainsi 
que leur château. 

Les deux contes qu'il nous reste à citer pour l'ensemble n'ont pas l'intro- 
duction se rapportant au thème de Psyché- L'un est un quatrième conte 
sicilien I Pitre, n* 17), dans lequel nous retrouvons les tâches imposées à une 
jeune fille par une ogresse et exécutées par le fils de celle-ci transformé en oiseau 
vert, et aussi le dénouement, mais avec une altération assez bizarre. Pendant 



1^8 E. COSQUIN 

que Marvizia est à genoux au pied du lit, une torche à la main, le fils de 
l'ogresse dit à la mariée de se lever et de tenir un peu la torche, et la torche, 
qui, par ordre du jeune homme, a été remplie de poudre et de balles, éclate 
entre les mains de la mariée. — Le second esl un conte toscan (V. îmbriani. 
Lu Novdlaja jionnùna. Livourne, 1877, n° 16). Nous y retrouvons Tépisodedes 
tâches. Ici, les tâches, ou plutôt la lâche (il n'y en a qu'une) est imposée à Prez- 
zemolina par des fées à qui sa mère a été obligée de la livrer et qui ta mange- 
ront si elle n'en vient point à bout. C'est le cousin des fées, appelé Même, qui 
lui vient en aide. Suit renvoi de b jeune fille chez la fée Morgane, à qui elle 
demandera une certaine boîte. Ici c'est de plusieurs femmes qu'elle reçoit suc- 
cessivement le conseil de graisser une porte, de donner du pain à deux chiens, 
etc. Le dénouement est différent. Les fées ordonnent â Prezzeraoiina de faire 
bouillir de Teau dans un grand chaudron, se proposant d'y jeter ta jeune fille et 
de la manger. Mais ce sont elles-mêmes qui sont jetées dans le chaudron par 
Mcmé et Prezzemolina. Les deux jeunes gens vont ensuite dans une cave oii se 
trouvent une quantité de lumières dont chacune est Tdme d'une lée : la plus 
grande est celle de la fée Morgane. ils éteignent toutes ces lumières et demeurent 
maîtres de tout. 

Il est probable que ces lumières qu'il faut éteindre f>our faire périr les fées 
sont un souvenir confus des lumières que lient l'héroïne des contes que nous 
venons de citer, mais on a donné ici â ce passage un caractère qui le rattache à 
un groupe de contes d'un type tout différent ^ celui de la Mort tt son Filktiî 
(Grimm, n* 44I. 

Au XVII* siècle, le napolitain Basile donnait place dans son Pentameront (V, 4) 
à un conte qui doit ttre rapproché des contes précédents. Après une introduction 
se rattachant au thème de Psyché, vient l'épisode des lâches. La sorcière, qui 
est la mère d'Eclair et Tonnerre^ l'époux mystérieux de Parmetella, ordonne à 
celle-ci de trier en un jour douze sacs de graines différentes, confondues en un 
même tas. Eclair et Tonnerre fait venir des fourrais, qui démêlent les graines. 
La sorcière dit enstiile à Parmetella de remplir de plume douze matelas, et la 
jeune femme parvient à le faire, grâce aux conseils d'Eclair et Tonnerre. 
Envoyée chez la sœur de la sorcière pour lui demander les instruments de mu- 
sique dont on doit se servir aux noces d'Eclair et Tonnerre avec une horrible 
créature, Parmetelia, sur les recommandations du jeune homme, donne du pain 
à on chien, du foin â un cheval et assujettit une porte qui ne cessait de battre. 
Aussi, quand elle s'enfuit après s'être emparée de la boîte aux instruments, 
peut-elle passer sans encombre auprès de la porte, du cheval cl du chien. Par- 
mctella, corcme les héroïnes des autres contes, cède à la curiosité et ouvre la 
boîte, d'où les instruments s'échappcot ; elle est tirée d'embarras par Eclair et 
Tonnerre. Au repas des noces, la sorcière fait dresser la table tout près d'un 
puits ; elle donne à chacune de ses sept filles une torche allumée, et deux à 
Parmetella, et elle place celle-ci sur le bord du puits, afin que si la }eune femme 
vient â s'endormir, elle tombe dedans (h. Eclair el Tonnerre, une fois dans la 
chambre nuptiale, tue la mariée d'un coup de couteau. — Toute cette fin est, 
comme on voit, complètement altérée. 

Dans tes contes qu'il nous reste à examiner, nous allons retrouver non plus 
l'ensemble de notre conte lorrain, mais certains de ses épisodes. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 59 

Ainsi, dans un conte islandais (Arnason, p. 516 de la traduction anglaise), 
une jeune fille, Helga, est envoyée par une troll (sorte d'ogresse) chez la sœur 
de celle-ci, pour lui demander son jeu d'échecs. Un certain personnage, qui est 
déjà venu en aide à Helga, lui donne divers conseils. Elle devra notamment, 
quand la troll l'invitera à s'asseoir â sa table^ ne pas oublier de faire le signe de 
la croix sur tous les objets qui seront sur la table. Helga ne manque pas de le 
faire, et, quand plus tard la sœur de la troll dit au couteau de couper la jeune 
iîlle; â la fourchette de la piquer; à la nappe de l'engloutir, couteau, four- 
chette et nappe répondent: « Nous ne le pouvons : Helga a si bien fait sur nous 
le signe de la croix ! > 

Dans un conte suédois (Cavailius, n" 14 B) du type de notre n' j2, Chattt 
blanche^ ce n'est pas une jeune fille, c'est un jeune homme, un prince, qui est 
envoyé par une ondtne vers la sœur de cette dernière pour lui demander les habits 
de noce de sa fiancée Messéria. Sur le conseil de Messéria, il graisse les gonds 
d'une vieille porte ; puis il donne des haches de fer â deux bûcherons qui n'en ont 
que de bois, et des fléaux de bois à deux batteurs en grange qui n'en ont que de 
fer; enfin, il jette des morceaux de viande à deux aigles. Les aigles, les batteurs, 
les bûcherons et la porte refusent ensuite de lui faire du mal. Ici, comme dans 
plusieurs des contes précédents, le prince entr'ouvre la boîte que lui a donnée la 
soeur de l'ondine, et il s'en échappe des étincelles qui font comme un torrent de 
feu. Grâce â une formule magique qu'il a entendu prononcer par Messéria, il 
parvient â faire rentrer les étincelles dans la boîte. 

Dans un conte russe (Ralston, p. 1 j9), une marâtre envoie sa belle-fille chez 
une Baba Yaga (ogresse), sa sœur, avec ordre de demander â celle-ci une 
aiguille et du fil. L'enfant va trouver d*abord sa vraie tante et apprend d'elle ce 
qu'il faut faire : elle orne d'un ruban le bouleau de la Baba Yaga, graisse les 
gonds de ses portes, donne du pain â ses chiens et du lard à son chat, et tous 
laissent passer la petite fille quand elle s'enfuit. 

Pour ce passage où des objets el des personnages reconnaissants refusent de 
faire du mal à celle qui leur a fait du bien, voyez les rapprochements faits par 
M. Reinhoid ICœhler dans ses remarques sur le conte sicilien n" 1 j de la col- 
lection Gonzenbach. Tous les contes mentionnés par M. Kochler se rapportent, 
ainsi que le conte sicilien lui-même, au thème bien connu des Trois oranges. Nous 
y ajouterons un conte flamand du raérae type recueilli par M. Ch, Deulin, â 
Condè-sur-rEscaut {Corjtes du roi Cambrinus, p. 191). Dans tous ces contes, 
c'est un jeune homme qui est le héros. Voir, en outre, pour ce passage, l'ouvrage 
de M. Stan. Prato déjà cité, p. 72 seq,, 12 1 seq. 

Dans une autre série de contes, qui appartiennent au thème du n» 24 de 
Crimm \Fraa Hollt) et où c'est une jeune fille qui est l'héroïne, le même pas- 
sage se présente avec quelques modifications; ce sont, en effet, les objets ou 
animaux auprès desquels la jeune fille passe, qui lui demandent de leur rendre 
tel ou tel service. Ainsi, dans un conte irlandais (F. Kennedy. Fircstorus of 
Irelûnd, p, 53), un pommier demande à une jeune fille de le secouer, des miches 
de pain qui sont dans un four de les défourner, une vache de la traire, etc., et 
ensuite, quand la jeune fille est poursuivie par une sorcière, ils déroulent 
celle-ci en lui donnant de fausses indications sur le chemin qu'a pris la jeune 
fille (comparez par exemple Grimm lli, p. 41 et n" 24; Deulin, op. «/., p. 28j). 



140 E. COSQUIN 

Tout cet épisode se rencontre en Orient dans ie livre kalmouck du Siddhi' 
Kûr, dont Torigine, nous l'avons dé|à dit, est indienne et bouddhique ^9» récit, 
p. 48 de h traduction allemande de B. Jûlg), Un Ichan est mort, et chaque 
mois, pendant une certaine nuit, il revient visiter sa femme. Cctie-ci se lamen- 
tant de ce qu'ils ne peuvent être toujours réunis^ le khan lui dit qu'il y aurait 
un moyen d'obtenir ce bonheur, mais que l'entreprise est bien hasardeuse. La 
jeune femme déclare qu'elle n'hésitera pas â s'exposer à tous tes dangers. Alors 
)e khan lui dit de se rendre telle nuit à tel endroit. « Là habite un vieillard de 
fer qui boit du métal en fusion et qui ensuite crie : Ah I que j'aî soif! Donne- 
lui de l'eau-de-vie de riz. Un peu plus loin se trouvent deux béliers qui se 
battent à coups de tête; donne-leur du gâteau. Plus loin encore, tu rencon- 
treras une troupe d'hommes armés ; donne-leur de la viande et du gâteau, 
Enfin lu arriveras devant un grand bâtiment noir, dont le sol est abreuvé de 
sang et sur lequel est arboré un étendard de peau humaine ; à la porte veillent 
deux serviteurs du juge des enfers; offre à chacun d'eux un sacrifice de sang. 
Dans l'intérieur de cet édifice, se trouve, au milieu de huit effroyables enchan- 
teurs qui l'entourent, un cercle magique bordé de neuf cœurs. « Prends-moi, 
prends-moi ». diront les huit vieux cœurs [sic), t Ne me prends pas », dira un 
nouveau cœur (sic). Sans hésiter, prends ce dernier cœur et enfuis-toi sans 
regarder en arrière. Si tu peux revenir ici, nous pourrons être réunis pour tou- 
jours dans cette vie. • La jeune femme fait tout ce qui lui a été dit. Quand elle 
s'enfuit, emportant le « nouveau cœur », les huit enchanteurs se mettent à sa 
poursuite. Ils crient aux deux serviteurs du juge des enfers : < Arrêtez-la ». 
Mais ceux-ci répondent : t Elle nous a offert un sacrifice de sang. » Et ils la 
laissent passer. Les hommes armés répondent à leur tour : e Elle nous a donné 
de la viande et du gâteau ; » les deux béliers : « Elle nous a donné du gâteau ; • 
le vieillard de ier ; « Elte m'a donné de Teau-de-vie de riz. » La jeune femme 
arrive sans encombre à la maison et trouve son mari plein de vie. 

Voyons maintenant ce qui, dans la fable de Psyché, se rapporte à Firoiette et 
aux contes du même genre. Comme l'héroïne de plusieurs de ces contes, Psyché 
se voit imposer diverses tâches par la mère de son mari (dans FiroseîU^ par la 
mère de son amant), furieuse contre elle. Elle est envoyée par celle-ci chez Pro- 
serpine, comme l'héroïne de plusieurs de nos contes est envoyée chez une sor- 
cière qui doit la perdre. Enfin, toujours comme Thérotne de plusieurs de nos 
contes, elle cède à sa curiosité en ouvrant une bolie qu'elle rapportait de ce 
périlleux voyage. Nous allons examiner successivement ces trois passages. 

La première des tâches imposées par Vénus à Psyché, — nous l'avons vu 
dans l'analyse du récit latin donnée dans les remarques de notre n* 6|, — est 
de trier en un jour un las énorme de graines de toute sorte mêlées ensemble. 
Une fourmi prend pitié de la }eune femme et appelle à son secours toutes les four- 
mis du voisinage. — Ne traitant qu'incidemment de la fable de Psyché, nous 
n'avons pas à énumérer ici les nombreux contes européens de différents types où 
une tâche semblable est imposée au héros ou à l'héroïne. Nous nous bornerons i 
montrer, par quelques rapprochements avec des contes orientaux, que l'origine 
de cet épisode est indienne^ comme celle de la première partie de Psyché^ et que., 
dans le récit latin, la forme primitive est altérée. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 4I 

Pour quiconque est un peu familier avec les contes populaires, le service 
rendu à Psyché par la fourmi a dû être précédé d'un service rendu à la fourmi 
par Psyché elle-même. Dans le conte populaire indien de Tulisa rf le roi des ser- 
pents, résumé dans les remarques de noire no 6j, la Psyché indienne est aidée 
par un écureuil reconnaissant et ses compagnons, notamment quand la reine des 
serpents (la Vénus du conte indien) remet â Tulisa une jarre remplie de graines 
de toute sorte et fui ordonne d'en tirer la plus belle parure que jamais princesse 
ait portée» Les écureuils apportent à leur bienfaitrice de magnifiques pierreries. 
— On remarquera que la tâche imposée à Tulisa, lâche assez singulière, fait 
penser à celle du récit latin. 

D'autres contes orientaux, provenant directement ou indirectement de l'Inde, 
achèveront, croyons-nous, de justifier notre conviction que cel épisode de PrjfcAi 
se rattache au thème bien connu des Animaux reconnaissants. 

Voici d'abord un conte des Mille et une nuits (t. XI, p, 216, de la traduction 
allemande dite de Breslau). — On sait que la plupart des contes du recueil arabe 
dérivent de source indienne. — Le prince de Sind se met en route pour aller 
conquérir la main d'une princesse qu'il aime sans l'avoir jamais vue. Il rencontre 
des animaux affamés, d'abord des sauterelles, puis des éléphants et autres grands 
animaux; il leur donne à manger; il régale ensuite magnifiquement des génies. 
Ces derniers lui indiquent le chemm qui conduit au pays de la princesse, et 
quand, arrivé au terme de son voyage, il doit accomplir des travaux d'où 
dépendent sa vie et son bonheur, il y est aidé par ceux qu'il a secourus. Us 
sauterelles font le tri de diverses sortes de graines confondues en un monceau ; les 
éléphants et autres grands animaux boivent Teat d'un réservoir que le prince 
doit mettre h sec en une nuit ; les génies bâtissent pour lui, toujours en une nuit, 
un palais. 

La collection publiée par miss M. Stokes, tndian Fairy Taies (Londres, 1880) 
contient un conte indien de Calcutta (n* 22), dont l'tdée générale est la même 
que celle du conte des Mille et une nuits^ mats qui est bien plus riche en épisodes 
et en général d'une couleur bien plus fraîche, bien plus primitive, s> l'on peut 
parler ainsi. Là aussi un prince se montre bienfaisant à l'égard d'animaux ; ainsi 
il donne à des fourmis des gâteaux qu'il avait emportés pour les manger en 
voyage, et le roi des fourmis lui dit : * Vous avez été bon pour nous. Si jamais 
vous êtes dans la peine, pensez à moi, et nous viendrons auprès de vous. • 
Quand le prince demande la main de la princesse Labam, le roi, père de celle-ci, 
fait apporter quatre-vingts livres de graine de moutarde et dit au prince que s'il 
a'a pas pour le lendemain exprimé l'huile de toute cette graine, il mourra. Le 
prince se souvient du roi des fourmis ; aussitôt celui-ci arrive avec ses sujets, 
cl les fourmis font la besogne. 

Cette idée de services rendus à des animaux, d'animaux reconnaissants, est 
une idée tout indienne. Il y a là l'empreinte du bouddhisme. D'après l'ensei- 
gnement bouddhique, l'animal et l'homme sont essentiellement identiques : dans 
la série indéfinie de transmigrations par laquelle, selon celte doctrine, passe tout 
être vivant, l'animal d'aujourd'hui sera l'homme de demain, et réciproquement. 
Aussi la charité des bouddhistes doit s'étendre à tout être vivant, et, dans la 
pratique, comme l'a fait remarquer M. Benfey, les animaux en profilent bien 



142 E. COSQyiN 

plus que les hommes. Quant à la reconnaissance des animaux, le bouddhisme 
aime à la mettre en opposition avec ringralitude des hommes (voir l'introduction 
de M. Benfcy au Pantchatantra, ^71). 

En examinant l'épisode de Psyché qui nous occupe, on remarquera les paroles 
adressées par Vénus à Psyché quand elle trouve le travaii achevé : « Ce n'est 
pas là ton œuvre, » dit-elle ; « c'est l'oeuvre de celui à qui, pour son malheur 
et plus encore pour le tien, tu as osé plaire, p Faut-il voir dans ces paroles le 
souvenir à demi effacé d'une intervention de Cupidon en laveur de Psyché, inter- 
vention qui aurait disparu du récit d'Apulée ? Dans ce cas, Cupidon aurait joué 
ici exactement le rôle de Firosette ou de Spiccatamunnu. Mais alors comment 
concilier l'intervention de Cupidon avec celle de la fourmi ? On le pourrait, à h 
rigueur, et des contes indiens nous fournissent encore cette forme intermé- 
diaire. 

Dans un conte populaire indien, résumé dans les remarques de notre n» 32, 
Chatu blanche, un roi, qui veut du mal à un jeune homme nommé Toria, fait 
ensemencer de graine de moutarde une grande plaine, et, quand tout est mûr, 
il commande à Toria de récolter la graine et de l'amasser en un tas ; s'il ne fa 
fait en un jour, il sera mis à mort. La fille du soleil, que Toria a épousée, 
appelle ses colombes, et en une heure la besogne est terminée. — De même (voir 
le$ mêmes remarques), dans un conte de ta grande collection de Somadeva, 
remontant au XII« siècle de notre ère, le jeune prince Çringabhuya, qui veut 
épouser la fille du râkshasa (mauvais génie} Agniçikha, reçoit de celui-ci l'ordre 
de ramasser en un tas cent boisseaux de sésame qui viennent d'être semés. En 
un instant, Rûpaçikhâ, la fille du râkshasa, fait venir d*innombmbîes fotirmis, et 
les graines sont vite ramassées. (Comparez, dans le conte du Pcntamtrone de 
Basile, le passage où Éclair et Tonnerre appelle, lui aussi, des fourmis.) 

Nous dirons encore un mot de la troisième des tâches imposées à Psyché ; 
nous y retrouverons toujours le thème des Anmaux raonnaissanis. Vénus ordonne 
à Psyché de lui procurer une fiole de l'eau du Styx, qui est gardée par des dra- 
gons. L'aigle de Jupiter va chercher de cette eau pour l'épouse de son ami Cupi- 
don. — Dans bon nombre de contes (voir les remarques de notre n* j, te Roi 
d'Angleterre et son Filleul)^ des corbeaux vont chercher pour un jeune homme 
dont ils sont les obligés une fiole d'eau de la mort ci une fiole d'eau de la vie. 

Venons à l'envoi de Psyché aux enfers, chez Proserpinc. Ici nous rentrons de 
plain-pied dans notre conte lorrain. Vénus donne une boîte à Psyché et lui 
ordonne d'aller aux enfers demander à Proserpine un peu de sa beauté. On a va 
dans l'analyse donnée par nous dans les remarques de notre n* éj que c'est une 
tour, — idée fort étrange, — qui donne à Psyché les conseils que Firosette ou 
le personnage correspondant des autres contes de ce type donne à sa bien-aimée 
envoyée chez la sœur de la sorcière ou de l'ogresse. Parmi ces conseils il en est 
un qu'il faut noter. « Aussitôt entrée, » dit la tour, * tu iras droit à Proserpioe 
qui te recevra avec bienveillance et t'engagera mÊme â l'asseoir sur un siège 
moelleux et à partager un excellent repas. Mais toi, assieds-toi à terre, et mange 
un pain grossier que tu demanderas. > Psyché suit ces conseils. — Dans un conte 
suédois (Cavallius, n* 14 B de la traduction allemande)^ cité plus haut, où le héros 
est envoyé par une ondine chez une sorcière, soeur de celle-ci, sous prétexte d'en 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 14) 

rapporter des cadeaux de noce, il s'abstient, d'après les recommandations de sa 
fiancée, de s'asseoir sur diverses chaises qui lui sont offertes; car, si l'on s'assied 
sur telle ou telle chaise, on est exposé i tel ou tel danger. Il a soin également 
de ne nen manger chez la sorcière. 

Il convient d'ajouter que, dans le conte indien de Somadeva dont nous avons 
cité un passage, le prince est envoyé par le râkshasa Agniçikha, qui veut le 
perdre, chez un autre râkshasa, son frère, pour lui annoncer qu'il va épouser la 
fille d'Agniçikha. Sa fiancée lui donne un cheval très rapide et divers objets 
magiques, et elle lui dit de s'enfuir à toute bride une fois son invitation faite. 
Suit répisode de la poursuite et des objets magiques que l'on jette derrière soi 
(Voir les remarques de notre n' 12, le Prina et son chevaf). 

Il ne nous reste plus qu'à examiner rapidement le dernier trait de la fable de 
Psyché dont nous avons il parler. Sortie des enfers, Psyché, cédant à une témé- 
raire curiosité, ouvre ta boîte que lui a remise Proserpine, Aussitôt un sommeil 
magique se répand dans tous ses membres, Cupidon accourt, fait rentrer ce 
lourd sommeil au fond de la boîte et éveille Psyché, qui se hâte de porter i 
Vénus le présent de Proserpine. On se rappelle le passage tout â fait similaire 
de plusieurs des contes résumés plus haut. 

Dans notre conte lorrain ce passage est remplacé par l'envoi d'une lettre de 
la fée à sa sœur et le don par celle-ci à la jeune fille aimée de Firosette d'une 
ceinture qui la fera périr. Ce trait se retrouve dans un conte de M"« d'Aulnoy, 
le Pigeon et la Colombe, où une reine, qui veut faire épouser à son fils certaine 
princesse, envoie chez une fée la jeune fille aimée du prince, et lui dit de 
rapporter la « ceinture d'amitié 1, espérant qu'elle mettra cette ceinture et qu'elle 
sera consumée. 

On a remarqué que, dans les contes du genre de Firosette^ les tâches imposées 
à la jeune fille sont différentes de la tâche unique du conte lorrain : vider un puits 
avec un crible. Dans un conte allemand de la Lusace (Grimm, n" 186), une 
marâtre ordonne à sa belle-fille de vider en une journée un étang avec une cuiller 
percée. C'est une mystérieuse vieille qui exécute celte tâche; elle touche l'étang, 
et toute l'eau s'évapore. — Nous avons cité tout à l'heure un conte arabe où un 
prince doit, lui aussi, mettre â sec en une nuit un réservoir; mais, dans le conte 
oriental, ce sont des animaux reconnaissants qui boivent toute l'eau. C'est là, à 
notre avis, la forme primitive. 

Notre conte est du petit nombre de ceux ob la scène est placée dans le pays 
même où ils se racontent. 

LXVI. 
LA BIQUE ET SES PETITS. 



Il était une fois une bique qui avait huit biquets. Elle leur dit un jour : 
« Nous n'avons plus ni pain, ni farine ; il faut que j'aille au moulin faire 
moudre mon grain. Faites bonne garde, car le loup viendra peut-être 
pour vous manger. — Oui, oui, » répondirent les enfants, (c nous lien- 



144 K. COSQUIN 

dron» la porte bien dose. — A mon retour, » dit la bique, « je vous 
lîioutrcrMi ttu patlc bkmchc, :\f\n que vous reconnaissiez que c'est moi. «> 
Le loup, qui écoulait â la pone, courut tremper sa patte dans de la 
chflUX, puii il revint auprès de la cabane et dit : « Ouvrez-moi la porte, 
mn pelili bouqwiKnon», ouvrez-moi h porte. — Ce n'est pas maman, » 
dirent Ici enf^nti, «• c'est le loup. »» El, comme le loup demandait tou- 
)ûuri A entrer, ili lui dirent : « Montrez-nous patte blanche, j> Le loup 
monini im paitr blanche et la porte s'ouvrit. A la vue du loup, les pauvres 
pelÉU le eut iM^rrnt comme ils purent ; mais il en attrapa deux et les 
mangCM. l.e loup parti, les enfants qui restaient refermèrent la porte. 

HirnlAi «pr^t, lu bique revint, u Ouvrez-moi la porte, mes petits bou- 
quiiiMiimi. ouvrc/.-mtji 1,* jiortc, — Montrez-nous d'abord patte blanche. « 
I<H mtrc montru ha patte, et les enfants lui ouvrirent. » Eh bien ! » leur 
tlll elle, « flVP/.-vous ouvert la porte au loup ? — Oui,» répondirent-ils, 
♦• et 11 A mMMK^ l'Jrtrot cl Claudot. » 

Lu bique aurait bien voulu ne plus laisser les enfants seuls au logis, 
mitU il lui f.ilbit rriourner au moulin pour y prendre sa farine. « Sur- 
Jwul, •' leur dit elle, «• gardez-vous bien d'ouvrir au loup. » 

Lr liiwp, qui ridait wux environs, s'enveloppa la patte d'une coiffe 
bbiiirho, ri dit •• uuvrc«-moi la porte, mes petits bouquignons, ouvrez- 
moi la porte. Mcmlre/.-noui patte blanche. » Le loup montra sa patte: 
on ouvrit i rtlor» Il wufn sur les biquets et en mangea trois. 

Lii Mque, h »un retour, fui bien désolée, et, comme elle était obligée 
dt «itriir une iroliifmc foi», elle fil mille recommandations à ses enfants. 
Miil9 li: b»u|» l*"ur montra encore patte blanche, les biquets ouvrirent, et 
Il k% rnnnKtii |ukqu'au dernier. 

(^UMiv.! lit IjUjup revint, plus de biquets I La voisine accourut à ses 
cri» et t'hercluj ^ h rorixolcr, <• Kesiez un peu avec moi, » lui dit la 
biqufl, « J'rti de Id (arme, je vais mettre du lait plein le chaudron, et 
noui fvroni doi gMlKéc* « . >• 

TmiuIIi» tutVIIri (^lairnl Hinsi occupées, elles entendirent le loup qui 
cHaM »1u dt'lun» I 11 ouvre/,, commère la bique, — Non, compère le 
loup. Viiwi «ve« mrtRKé met cnfanii. — Ouvrez, commère la bique. — 
Niiii, mm, lomp^rr 1<» luup Kh bien, je monte sur le toit et je des- 
vv\\i\% |M»i U i;li(*miM^r, u 

l'endunt que le loup grimpait, la bique se hâta de )eter une brassée 
de menu boU «oui le thuudron et d'attiser le feu. Le loup, s'étani 
cngrtK^ dam lu liiemJn^e, tomba dan» le chaudron, et fut si bien échaudé 
qu'il m mourut < 



I . M»U (iu p«)fi, fait ila pMc cuite d«iii du UtI. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I45 

Dans une variante de ce conte, également recueillfe à Montiers-sur-Saulr, il 
n'y a que deux biquets, Frérot et Sœurette. Compère le ioup, rencontrant la 
bique, lui demande si elle ira le lendemain à la foire pour acheter des pommes. 
Pendant l'absence de la bique, le loup frappe à ta porte en disant : 
« Ouvrez-moi la porte, mes petits biquignons, 
J'ai du laiton plein mes tétons^ 
Et plein mes cornes de broussaillons. * 

Mais les biquets lui disent de montrer la patte et n'ouvrent pas. Le lendemain 
la bique va ramasser des poires, et le loup revient : il a trempé sa patte notre 
dans la farine. Les biquets ouvrent ; il mange Frérot. Quand la bique rentre au 
logis, Sœurette lui dit : « Maman, le loup est venu ; il a mangé Frérot, et moi 
je me suis cachée dans un sabot. » — La fin est à peu près celle de notre texte, 
si ce n'est que le loup a été invité par la bique à venir manger des grimées 
(mélange de farine et d'œtifs^ cuit dans du lait). Quand le loup frappe, h bique 
lui dit qu'elle est occupée à passer de la farine et qu'il descende par la cheminée. 



Comparei dans les Fables de La Fontaine Le Loup, la Chhn et le Chevreau. 
Les deux récits recueillis h Montiers sont tout â fait indépendants de cette fable; 
ils se rapprochent beaucoup plus de divers récits étrangers qui sont, comme 
eux, de simples contes où l'on fait figurer des animaux au lieu d'hommes, sans 
intentioD de moraliser. 

Citons d'abord le conte allemand n" \ de la collection Grimm. Le ioup, après 
plusieurs tentatives infructueuses pour entrer dans la maison des chevreaux, s'en 
va chez le meunier et le force à lui blanchir la patte avec de la farine; il se fait 
ainsi ouvrir par les chevreaux. Il les avale si goulûment qu'ils descendent dans 
son ventre tout vivants. La bique n'a qu'à découdre leioup, pendant qu'il dort, 
pour ravoir ses petits; elle met â leur place de grosses pierres, puis elle recoud 
le ventre du loup, qui^ en voulant boire à une fontaine, est entraîné par le poids 
des pierres et se noie. 

Dans un conte catalan (Rondallayre, III, p. i J4K nous allons trouver quelques 
traits se rapprochant davantage de notre conte lorrain. Une chèvre s'en va en 
pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle pour se faire guérir les jambes, ^ur 
lesquelles est tombée une pierre. Elle fait des fromages ei tes laisse à ses petits. 
En partant, elle leur recommande de n'ouvrir à personne si on ne leur dit : 
• Obriu, obriu, cabretas» 
Porto llêt â las mamelletas, 
Porto brots .î las bauyetas, » etc. 

« Ouvrez, ouvrez, chevreaux ; j'apporte du lait dans mes mamelles, j'apporte 
des ramilles sur mes cornes, etc. » (C'est tout A fait, comme on voit, le même 
mot de passe, les mêmes petites rimes que dans la variante de Montiers). 

Le renard, qui avait tout entendu, imite la voix de la chèvre. La porte 

s*ouvre, les biquets effrayés se cachent, cl le renard prend les fromages. Un 

loup, le voyant les manger, le force à lui dire où il les a pris, et le renard lut 

enseigne ce qu'il faut dire pour se faire ouvrir. Le loup va frapper i la porte 

Romania^ X \ 



146 E. COSQUJN 

des chevreaux ; mais ceux*ci reconnaissent bien que ce n*cst pas leur mère. 
Quand la chèvre est de retour, eîle leur dit que désormais à quiconque voudra 
entrer il faudra faire montrer la patte. Pendant J'absence de la chèvre, le loup 
revient^ et» comme on lut demande de montrer la patte, il s'en va la tremper 
dans de la chaux. Alors la porte s'ouvre, et le loup mange les fromages. Le 
lendemain, quand le loup frappe de nouveau à la porte, la chèvre lui fait ouvrir; 
miis, tout à l'entrée^ elle avait mis un chaudron plein d'eau bouillante. Le loup 
y tombe et s'y échaude. — Le conte se poursuit par le récit des mauvais tours 
joués par le renard au loup et par la fin tragique du loup, qui, très maltraité 
dans ses aventures, est tué à coups de cornes par la chèvre et les chevreaux. 

Dans un conte russe (A. de Gubernatis, Zoohgkal Mythology^ \, p. 406), le 
loup, voyant que sa voix le trahit, va chez le forgeron et se fait faire une voix 
semblable à celle de la chèvre (jic)*. De cette façon il trompe les chevreaux et les 
mange tous, à l'exception du plus petit, qui s'est cache sous le poêle. La citévre 
se promet de se venger : elle invite à dîner son ami le renard ainsi que le toup. 
Après le dîner, elle engage ses hôtes k sauter, pour se divertir, par dessus un 
trou qui s'ouvre dans le plancher. La chèvre saute la première, puis le renard, 
puis enfin le loup, qui tombe dans le trou, rem pli de cendres chaudes, et s'y brûle 
si bien qu'il en meurt. — Dans un second conte russe {ibid.j p. 407), c'est dans 
la forêt que ta chèvre délie le loup de sauter par dessus un trou dans lequel des 
ouvriers avaient fait du feu. Le loup y tombe et le feu fait crever son ventre, 
é'oh les chevreaux sortent^ encore vivants, comme dans le conte allemand. 

Citons encore un conte grec moderne d'Épire (Hahn^ n* 8j, dernière partie), 
où le loup contrefait la voix du renard pour tromper un poulain que le renard 
élève dans sa maison et se faire ouvrir la porte, (Le loup va d'abord chez un 
forgeron, -— comme dans le conte russe, — pour qu'il lui fasse la langue bien 
fine ; mais la langue ne fait que grossir. Alors te forgeron lui dit de Taller mettre 
dans une fourmilière et de Vy laisser jusqu'à ce que les fourrais l'aient rendue 
toute fine. Le loup suit ce conseil, et c'est ainsi qu'il peut contrefaire la petite 
voix du renard). Pour venger la mort de son poulain, le renard invite le loup à 
dtner, et, quand ceki-cî est appesanti par la bonne chère, le renard le défie de 
sauter par dessus un grand chaudron rempli d'eau bouillante. Le loup accepte le 
défi, mais le renard le pousse ; il tombe dans le chaudron, où il péril. 

Comparez un conte serbe (Vouk, n" ^,0 de la traduction atiemande)^ dans 
lequel les personnages sont les mêmes. Ici le renard dé&e le loup de sauter par 
dessus un pieu aiguisé, et le loup s'y embroche. 

Dans un conte de la Bretagne non brelonnante fP, Sébillot, UtUraturc oralt de la 
Hûute-Bntagnt, 1 88 1 , p. 242), le dénouement est îe même que dans le conte grec, 
abstraction faite d'une altération, Le loup dit à la chèvre de faire chaufTer une 



1. Dans un autre conte russe fRalston, Russian Foik-taks^ p. \(}\)^ un petit 

f;arçon, nommé Ivachko, est parti dans un canot pour pécher. Ij ne sorcière entend 
a mère de l'enfant l'appeler du rivage pour le faire revenir. La sorcière répète 
ensuite les mêmes paroles, mais sa voix est rude, et Ivachko ne s'y laisse pas 
prendre. Alors la sorcière va chez un forgeron et lui dit : « Forgeron, forge- 
ron, fais-moi une belle petite voix comme celle de la mère d'Ivachko, sinon je te 
mange. ■ Le forgeron lut forge une petite voix, et elle trompe ainsi Ivachko. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I47 

bassine d'eau : ils s'amuseront à sauter par dessus. La chèvre saule la première 
et ne tombe pas dans Teau. Quant au loup, il prend mal son élan et tombe dans 
la bassine, oi!> il s'èchaude. — Le commencement de ce conte, où le loup ne 
peut entrer dans la cabane de la chèvre, la farine qu'il a mise sur sa patte étant 
en parUe tombée, se rapproche de notre variante de Montiers et du conte catalan 
pour les petites rîmes que dit la chèvre. Voici ces rimes : 
« Ouvrez la porte, mes petits bichels, 
J'ai du lait-lait dans mes tétés, 
Du brou-brou (du lierre) dans mes caunés (cornes), 
Débarrez, mes petits, petits. » 

Il existe en Ecosse une version de ce conte, mais elle n'est qu'indiquée en 
quelques mots dans la collection Campbell (t. III, p. 93), Le renard se déguise 
en chèvre et, après diverses tentatives, finit par entrer dans la maison de la 
chèvre et par manger les chevreaux. La chèvre s'en va chez le renard qui est en 
train de dîner. Après avoir englouti toute une chaudronnée de nourriture, le 
renard dit à la chèvre de lut gratter la panse. La chèvre la lui fend, et les che- 
vreaux sortent du ventre du renard. 

Dans un conte italien du Bolonais (Carolina Coroncdi-Berti. Novellinc popo* 
hri bologncii^ n» ix, dans la revue il Propagnalon, t. IX, p. 879), il est recom- 
mandé â des petits renards par leur mère de n'ouvrir que quand elle leur dira : 
t Montrez la petite patte. > Les petits disent au loup ; * Non, ce n'est pas 
maman. Elle a dit de n'ouvrir que quand on dirait : Montrez la petite patte. » 
Le loup revient une autre fois, et il dit en faisant une petite voix : c Montrez 
la petite patte. 1 Les petits renards ouvrent la porte, et le loup les croque tous. 
Le renard se venge du loup en !e faisant un jour descendre dans un puits au 
bout d'une corde et en l'y bissant périr. 

Dans un conle espagnol [Fernan Caballero. Cutntos,., popubrcs i infantiles^ 
éd. de Leipzig, p. }o), le Carlanco (sorte de loup-garou) contrefait, lui aussi, 
la voix de la chèvre et répète le mot de passe qu'il lui a entendu dire. Il entre 
ainsi dans la maison de la chèvre, mais les petits se réfugient au grenier et 
tirent l'échelle derrière eux. Quand la mère revient, ilsîui crient que \cCarlanco 
est dans la maison. Alors la chèvre va chercher une guêpe à qui elle a eu occasion 
de sauver la vie. La guêpe, lui rendant service pour service, entre par le trou 
de la serrure dans le logis dp la chèvre et pique si bien le Carlanco qu'elle le 
force à déguerpir. 

La fin de notre conte de Montiers se retrouve à peu près dans un conte du 
pays messin (Eugène Rolland. Faune popaiûirc de la France. Us Mammlflres sau' 
ragcSf 1877, p. 134). Le loup, profitant de l'absence de la chèvre, a croqué les 
chevreaux. A quelques jours de là, ta chèvre rencontre le loup ei lui dit : « Bon- 
jour, loup, tu as bien travaillé ; aussi je veux t'mviter i dîner pour demain. 9 
Le loup accepte. Quand il arrive, la chèvre lui dit qu*elle est occupée à faire la 
pile et ne peut ouvrir. 11 n'a qu'à monter sur le toit et à passer par la che- 
minée. Le loup le fait el il tombe dans une chaudière pleine d'eau bouillante. 
• Ah t I crie*t-il, 1 commère la chèvre, je ne mangerai plus tes petits. » Et la 
chèvre le laisse partir. 
Même fin encore dans un cotite italien du Mantouan (I. Visentini. Fiabc Man- 



148 E. COSQJJIN 

ttfvane^ n" j j), que nous aurons occasion de rapprocher d'un autre de nos contes 
lorrains. Une jeunt fille, nommée Marietta, qui a eu des affaires avec un loup 
et l'a plusieurs fois berné, entend un soir un bruildans le tuyau de sa cheminée. 
Pensant que c'est le toup, elle prend un chaudron, le remplit d'eau et le met 
sur te feu. Le loup descend tout doucement et, au moment oi!i il croit sauter sur 
Marietta, il tombe dans Teau bouillante et y périt. 

M. Eug. Rolland, dans sa Faune populaire citée plus haut, donne, d'après des 
images imprimées à Eplnal, — images bien connues, du reste, — une variante de ce 
conte (p, I j2 et suiv.). Làj comme dans plusieurs des contes précédents, le loup 
trempe sa patte dans la farine ; mais, quand il veut montrer patte blanche aux 
biquets, il s'aperçoit que toute la farine est tombée en chemin. Le renard 
conseille au loup de se déguiser en pèlerin et d'aller demander aux biquets l'hos- 
pitalité. Le loup suit ce conseil ; mais commère la chèvre Ta reconnu à travers 
une fente. Elle lui dit que la porte est barricadée et l'engage à passer par la 
cheminée : on lui mettra une échelle pour descendre. Le loup se hile démonter 
sur le toit et entre dans la cheminée ; mais la chèvre a fait un grand feu, dont 
la fumée suffoque le loup. Il tombe dans le brasier et y est grillé comme un 
boudin. 

LXVIL 

JEAN SANS PEUR. 

Il était une fois un jeune garçon j appelé Jean, qui de sa vie n^avaît eu 
peur. Ses parents voulaient le marier, mais il déclara que, tant qu'il 
n'aurait pas eu peur, il ne se marierait pas. Ses parents s^adressèreni 
alors à son oncle, qui était curé d'un village des environs^ le priant 
d'imaginer quelque moyen pour effrayer leur fils. Le curé se chargea 
de l'affaire et écrivit à Jean de venir passer chez lui la quinzaine de 
Noël. 

Jean partit donc et fut très bien accueilli par son oncle. Le lendemain 
de son arrivée, le curé lui dît d'aller au clocher sonner le premier coup 
de la messe. « Volontiers, » répondit Jean. En ouvrant la porte de la 
sacristie, il se trouva en face de six hommes armés de lances. « Eh l 
vous autres! », dit-il, « que faites-vous là ? Vous montez ta garde de 
bon matin. » Personne ne répondit, car c'étaient des mannequins. Alors 
Jean leur donna un coup qui les renversa tous par terre. Puis il passa 
dans une autre salle qu'il fallait traverser pour arriver au clocher ; il y 
trouva six hommes assis à une table où il y avait sept couverts. « Bon- 
jour, messieurs, » dit-ii en entrant, « bon appétit. j> Et comme il ne 
recevait pas de réponse : « On n'est guère poli, » dit-il, « dans ce 
pays-ci. » Il prit place à table et mangea tout ce qui était servi. L'oncle, 
qui regardait par te trou de la serrure, riait de voir son neveu s'en tirer 
si bien. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 1 49 

Jean se mit ensuite à grimper l'escalier du clocher. A moitié de la 
momée, il se rencontra nez à nez avec plusieurs hommes armés de 
grands sabres. Il leur dit : » Vous vous êtes levés bien matin pour 
monter la garde, n Voyant qu'ils ne répondaient pas, il leur fit dégrin- 
goler l'escalier, et ils tombèrent sur le dos du curé, qui suivait son 
neveu à distance. Arrivé au haut du clocher, Jean vit deux hommes qui 
tenaient la corde. « Voulez-vous sonner, » leur dit-il, « ou aimez-vous 
mieux que je sonne moi-même ? n Mais ces hommes étaient muets comme 
les autres. Ce que voyant, Jean les jeta du haut en bas du clocher. Après 
avoir sonné le premier coup de la messe, il redescendit et trouva son 
oncle étendu tout de son long au pied de Fescalier. Il s'empressa de 
relever le pauvre homme, qui lui dit : « Eh bien! mon neveu, as-tu eu 
peur? — Mon oncle, n dit Jean, tt vous avez eu plus peur que moi. — 
Jean, » lui dît alors le curé, « tu ne peux plus rester ici. Tiens, prends 
cette étole et celte baguette. Par le moyen de Tétole, tu seras visible ei 
invisible à la volonté ; et lout ce que tu frapperas avec ta baguette sera 
bien frappé. » 

Jean dit donc adieu à son oncle et se mit en route, marchant par la 
pluie, le vent et la neige. La nuit le surprit dans une grande forêt. 
Après avoir erré quelque temps à l'aventure, il aperçut au loin une lueur 
et, se dirigeant de ce côté, il arriva devant une chaymière qui était à 
quelque distance de l'endroit où paraissait cette lueur. Il frappa et fut 
très bien reçu par une femme ei sa fille qui demeuraient dans la chau- 
mière. Jean leur demanda ce que c^éîait que la lueur qu'il avait aperçue. 
« Cette lueur, » répondirent-elleSj « sort d'un château où Tesprit malin 
vient toutes les nuits, à minuit, n Elles ajoutèrent que le château leur 
appartenait, car elles étaient princesses, mais qu'elles n'osaient plus 
l'habiter par crainte du diable. « Donnez-moi un jeu de cartes, » leur 
dit Jean, « et )*irai dans ce château. — Ah 1 j) s'écria la princesse, « n'al- 
lez pas hasarder votre vie pour moi \ » Mais Jean n'en voulut pas 
démordre ; il se fit donner un jeu de cartes et partit. 

Entré dans le château, il alluma un bon feu et s'assit au coin de la 
cheminée. A peine y était-il installé qu'il vit tomber par la cheminée des 
bras, des jambes, des têtes de mort. li les ramassa et s'en fit un jeu de 
quilles. Enfin le diable lui-même descendit et dit au jeune garçon : « Que 
fais-tu ici ? — Cela ne te regarde pas, » répondit Jean. « J'ai autant le 
droit d*étre ici que toi. » Le diable s'assit au coin de la cheminée, en 
face de Jean, et resta quelque temps à le regarder sans mot dire. Voyant 
que le jeune garçon ne s'effrayait pas : « Veux-iu jouer aux cartes avec 
moi? » lui dit-il. — <f Volontiers, w répondit Jean. — « Si l'un de nous 
laisse tomber une carte, » dit le diable, « il faudra qu'il la ramasse. — 
C'est convenu, » dit l'autre, et ils se mirent à jouer. 



1 ÇO E. COSQUIN 

Al) milieu d'une partie, le diable laissa tomber une de ses cartes et 
dit à Jean de la ramasser, a Non, v dit Jean. « Il a été convenu que 
celui qui laisserait tomber une carte la ramasserait lui-même. »> Le diable 
n'eut rien à répondre et, au moment où il se baissait pour ramasser sa 
carte, Jean prit sa baguette et lui en donna fort et dru sur les épaules. 
Le diable criait comme un aveugle, mais les coups pieu valent toujours. 

Quand il fut bien rossé, Jean lui dit : « Si tu en as assez, renonce par 
écrit à ce château. * Le diable s^empressa de faire un écrit qu'il signa. 
H se croyait déjà libre ; mais Jean, qui se méfiait, prit le billet et le jeta 
dans le feu, oCi il flamba, u Comment ! » dit le diable, a voilà le cas 
que tu fais de ma signature ! — Ton billet ne valait rien, » dit Jean, et 
il recommença de plus belle à battre le diable, qui criait comme un diable 
qu'il était. Le billet fut relait, et, celte fois, en bonne forme. 

Alors Jean fil dans la fenêtre avec sa baguette un petit trou, comme 
un trou de souris, et dit au diable : « C'est par là que tu vas déloger. » 
L'autre prétendit d'abord que c'était impossible, puis il demanda au 
jeune garçon de le pousser par les pieds. Jean le poussa donc ; mais le 
diable lui donna un grand coup de pied dans la figure et s'enfuit. 

Resté seul, Jean, qui était fatigué, avisa dans Ea chambre un beau lit 
garni de perles, de rubis, d'émeraudes et de diamants; il s'y coucha et 
s'endormit profondément. 

Cependant la princesse et une petite négresse, sa servante, étaient 
venues aux écoutes dans la cour du château ; elles avaient entendu de 
loin le bruit de la dispute et croyaient que Jean était mort. Le malin, la 
petite négresse entra dans le château pour voir ce qu'il était devenu. 
« Monsieur Jean, » dit-elle, « où êtes-vous f n Jean s'éveilla en sursaut, 
et, apercevant la négresse, il crut que c'était encore le diable; il lui tira 
un coup de fusil et la tua. La princesse, bien affligée de la mort de sa 
servante, entra à son tour et appela Jean, a Ah ! c'est vous, ma prin- 
cesse, n dit-il. « Qu'avez-vous donc à pleurer ? — Hélas ! « dit la prin- 
cesse, <t vous venez de tuer ma servante. — Excusez-moi, » répondit 
Jean, a j'ai cru voir encore le diable. » 

La princesse remercia Jean d'avoir délivré son château et lui offrit sa 
main en récompense. Jean refusa. « Tant que je n'aurai pas eu peur, » 
dit-il, <t je ne me marierai pas. Ne pensez plus à moi. Si je reviens ici, 
ce ne sera pas de sitôt : ce sera peut-être dans un an ou dix-huil mois, 
peut-être jamais, Je ne veux pas vous empêcher d'épouser quelqu^un de 
votre rang. » Il ne voulut accepter de la princesse qu'un mouchoir de 
soie en souvenir d'elle, et il se remit en route. Il acheta un cheval de 
trente-trois sous et trois liards, et arriva dans cet équipage à Paris, à 
l'hôtel des princes. Les princes qui se trouvaient là ne voulaient pas 
admettre à leur table un semblable aventurier ; mais l'hôtesse, qui aimait 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I5I 

autant son argent que celui des autres, refusa de le mettre à la porte. 

On ne s'entretenait en ce moment à l'hôtel que de la fille du roi, qui 
devait être dévorée le lendemain par l'esprit malin. Jean recommanda 
qu'on l'éveillât de bonne heure. Aussitôt levé, il fit un bon déjeuner et 
sortit de l'hôtel. Les rues étaient pleines de gens qui se rendaient à 
l'église, où Ton devait chanter le Libcfii pour la princesse, comme si elle 
eût été déjà morte. Dans la rue Montmartre un grand échafaud était 
dressé, et la princesse était déjà sur cet échafaud. Jean y monta et dit à 
la princesse, en lui remettant un papier : '( Ma princesse » prenez cette 
lettre. Quand le diable s'avancera pour vous saisir, présentez-la lui 
comme venant du roi votre père. Je me charge du reste. » 

Cela dit, il mit son étoie, et, devenu invisible, il attendit le diable, 
qui ne tarda pas à arriver en criant ; « Ah ! la bonne petite fille que je 
vais manger I Comme elle est jeune et tendre ! » La princesse, toute 
tremblante, lui présema le papier. Pendant qu'il s'arrêtait à le considé- 
rer, Jean reconnut que c'était ce même diable qu'il avait chassé du châ- 
teau et tomba sur lui à coups de baguette. Le diable, furieux, aurait 
bien voulu se jeter sur celui qui le maltraitait ainsi ; mais il ne voyait 
personne ; it poussait des hurlements épouvantables, si bien que les gens 
qui étaient au pied de l'échafaud, croyant entendre les cris de la prin- 
cesse» étaient remplis d'horreur. 

Jean força le diable à descendre, et, l'ayant attaché à un tronc d'arbre 
qui se trouvait à côté de l'échafaud, il lui fit faire un écrit par lequel il 
renonçait à la princesse. Voulant s'assurer que le billet était bon, — car 
il avait ses raisons de se méfier, — il donna sa baguette à la princesse, 
et lui recommanda de toujours frapper jusqu'à ce qu'il fût de retour. Il 
entra dans la boutique d'un forgeron et jeta le billet dans le feu de la 
forge ; le billet brûla aussitôt. Quand il revint près du diable, celui-ci 
n'était plus retenu à Parbre que par une de ses griffes. Jean le rattacha 
plus solidement, lui fit écrire un autre billet et dit à la princesse de bien 
tenir le diable pendant que lui-même irait faire l'épreuve du billet, et de 
ne pas épargner les coups de baguette» Cette fois le billet, jeté dans le 
feu, ne brûla pas. A son retour, Jean dit au diable : » Maintenant tu vas 
entrer dans ce sac à avoine. ;> Aussitôt le diable s'y blottit, sans souffler moi. 

La princesse remercia Jean de l'avoir délivrée. Elle lui fil présent d'un 
mouchoir de soie sur lequel étaient son portrait et ceux de son père et 
de sa mère, des princes ses frères et des princesses ses sœurs, et elle lui 
dit qu'elle l'épouserait, s'il le voulait. « Non, * dit Jean, et Tant que je 
n'aurai pas eu peur, je ne me marierai pas. Adieu, ma princesse. Peut- 
être, dans un an ou dix-huit mois, repasserai-je par ici, » Il chargea sur 
ses épaules le sac où il avait enfermé le diable et alla le jeter dans la 
Seine; après quoi, il quitta Paris. 



152 E. COSQUIN 

Un an se passa. Jean se dit un beau matin : » Il est temps de retour- 
ner à Paris. » Il se mit en route et, arrivé à Paris, il descendit encore à 
l'h6tel des princes, où il vit les apprêts d'un grand festin. Toute la ville 
était en liesse. « Que veulent dire ces réjouissances? « demanda-t-il à 
un jeune homme qu'il trouva dans la salle à manger. Celui-ci lui répondit: 
« Il y a un an, à pareil jour, on préparait les funérailles de la princesse, 
et aujourd'hui on va célébrer ses noces avec celui qui l'a délivrée. — 
Et qui donc Ta délivrée? « demanda Jean. — « C'est moi, » répondit le 
jeune homme, « Je l'ai délivrée de l'esprit malin. Et, pour preuve, voilà 
le mouchoir qu*elle m'a donné. » (Il s'était fait faire un mouchoir tout 
semblable à celui que la princesse avait donné à Jean.) — « S'il en est 
ainsi, n dit Jean, « tant mieux pour vous. » 

Cependant, le roi conduisait sa fille à l'église, oii, au lieu du Libéra^ 
on devait chanter le Te Dmm, Jean, vêtu de sa blouse, alla se mettre 
sur le passage du cortège. La princesse l'aperçut et dit au roi : « Mon 
père, voilà celui qui m'a délivrée. » Aussitôt le roi donna ordre au cor- 
tège de reprendre le chemin du château, au grand étonnement de la 
foule, qui se demandait si le roi ne perdait pas la tête. Jean, appelé 
devant le roi, lui raconta comment les choses s'étaient passées et lui 
montra le mouchoir dont la princesse lui avait fait présent. Le roi vou- 
lait faire mettre à mort le jeune homme qui l'avait trompé ; mais Jean 
demanda qu'on ne lui fit pas de mal, et il s'employa même pour le 
marier avec une dame d'honneur de la princesse. Quant à lui, il dit que, 
tant qu'il n'aurait pas eu peur, il ne voulait pas se marier. 

Le roi déclara qu'il voulait à toute force qu'on fit peur à Jean ; mais 
personne n'en savait le moyen. Enfin le premier ministre ' dit qu'il fal- 
lait rassembler tous les moineaux, de Paris ei les enfermer dans un pâté : 
on présenterait le pâté à Jean en le priant de l'ouvrir. Ainsi fut fait. 
Quand on fut à table, on présenta le pâté, d'abord au roi, puis à tous 
les invités; mais chacun s'excusa, disant que c'était à Jean de l'ouvrir. 
Jean refusa d^abord. On insista. Il céda enfin et enleva le couvercle du 
pâté ; aussitôt un moineau lui sauta à la figure. Jean tressaillit. « Ah ! » 
dit le roi, d vous avez eu peur ! » Jean ne voulait pas en convenir ; mais 
tous les convives lui dirent que certainement il avait eu peur, et qu'il 
n'avait plus de raisons pour refuser de se marier. Finalement Jean con- 
sentit à épouser la princesse, et les noces se firent en grande cérémonie. 

Nous ne connaissons qu'un petit nombre de contes où se trouvent réunies les 
différentes parties qui composent notre conte lorrain. 



I . Là personne dont nous tenons ce conte disait : « le grand-vizir, le premier 
ministre, t 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 5 J 

Nous citerons d'abord un conte de la Flandre française, recueilli par M. Ch. 
Deulin et intitulé Cuiotu-Verte^ l Hommù-sans-Peur . Cilles, surnommé Culotte- 
Verte, se donne lui-même le nom de l'Hommc-sans-Pcur. Il fait enrager tout le 
monde ; il dédaigne surtout les femmes et dit souvent qu'il ne se mariera que 
lorsqu'il aura eu peur. Son frère, un soir, veut le mettre i l'épreuve. Il dit à 
leur mère d'envoyer Culotte-Verte chercher une cruche d'eau à une fontaine^ près 
du cimetière. Culolle-Vertc part el rencontre en chemin un fantôme blanc, qui ne 
veut pas se ranger sur son passage ; il lui casse sa cruche sur la tète. Il recon- 
naît alors son frère, et, croyant l'avoir tué, il passe en Belgique, où il fait le 
métier de colporteur ; mais il est possédé de la passion du jeu et il ne fait pas 
de bonnes affaires. Un jour, dans un village, il n'a pas d'argent pour se logera 
l'auberge. On lui dit qu'il ne trouvera de place que dans un certain château, 
abandonné à cause des revenants. On donne à Culotte-Verte un bâton de bois 
d'aubépine, qu'il casse comme une allumette. Un bâton de bois de chêne a le 
même sort. Le forgeron forge une barre de fer grosse comme le petit doigt, puis 
une autre, grosse comme le pouce; elles sont brisées aussj. Culotte- Verte se 
décide, faute de mieux, â en accepter une troisième, grosse comme le poignet 
d un enfant de trois ans. Puis tl se fait donner du bois, de la chandelle, de la 
bière et tout ce qu'il faut pour faire des crêpes, amsi qu'un jeu de cartes et du 
tabac. Arrivé au château, il allume du feu et se met à faire ses crêpes. A minuit, 
une voix qui paraît venir du haut de la cheminée dît ; « Tomberai-je ? ne tom- 
berai-je pas? » Il tombe une jambe. Culotte- Verte la jette dans un coin. Puis il 
tombe une autre jambe ; puis un bras ; puis encore un autre ; puis le tronc d'un 
homme, enfin la tète. Culotte -Verte dit que cela lui fera un jeu de quilles. Mais 
les membres se rejoignent. Le revenant joue aux cartes avec Culotte-Verte et le 
conduit ensuite dans les souterrains du chiteau, où il lui montre, sous une grande 
pierre, trois pots remplis de florins d'or. Il lui apprend qu'il a volé jadis une 
partie de cet or au comte de Hainaut, et que son âme est condamnée â hanter le 
château jusqu'à restitution. Il dit â Culotte-Verte de porter au comte deux des 
pots el de garder le troisième. Culotte- Verte s'en va â Mons, résidence du comte; 
il trouve la ville dans la consternation. Il y a près de là un dragon auquel il 
faut livrer tous les ans une jeune fille. Le sort est tombé sur la fille du comte. 
Celui-ci a promis la princesse en mariage à celui qui tuerait !e dragon. Culotte' 
Verte veut tenter l'aventure, bien qu'il ne veuille pas se marier avant d'avoir eu 
peur. Il abat d'abord une aile au dragon avec sa barre de fer, puis l'autre aile, 
puis la queue et enfin la tête. Il laisse la jeune fille s'en retourner seule. Elle 
s'égare et rencontre un carbonnur (un mineur). Cet homme lui fait jurer de dire 
au comte que c'est bî qui a tué le dragon, la menaçant, si elle refuse, de la 
jeter dans un four à coke. Tout le monde au château se réjouit, excepté la fille 
du comte. Arrive Culotte- Verte, qui apporte au comte les deux pots d'or et 
déclare que c'est lui et non le carbonnier qui a délivré la jeune fille. Le comte 
dit que le sort des armes en décidera. Au bout d'un instant de combat. Culotte- 
Verte lue le carbonnier ; mais il refuse d'épouser la jeune fille, puisqu'il n'a pas 
encore eu peur. Le comte fait en vain tirer l'artillerie pour l'effrayer. Alors la 
jeune fille fait apporter un pilé et prie Culotte-Verte de l'ouvrir. A peine a-t-il 



1 54 E. cosqyiN 

soulevé le couvercle, que le canari de la jeune fille lui saute i la figure. 1) fait 

un léger mouvement d'effroi. Alors il épouse la fille du comte*. 

Un conte de !a Bretagne non bretonnanle \P. Sébillol. Contes populaires de la 
Hautc-Brttagne^ n* ii), tout en ressemblant moins à notre conle que le conte 
flamand, présente certains traits se rapprochant davantage du conte lorrain. 
Entre autres aventures, Jean sans Peur passe la nuit dans une chapelle aban- 
donnée oîi se trouvent trois pendus. Jean les malmène fort parce qu'en s'entre- 
choquant ils l'empêchent de dormir. L'un des pendus le prie de ne pas le frapper 
et lui indique la place oij sont cachés les trésors de l'église que lui et ses com- 
pagnons ont volés, lui demandant de les restituer au prêtre. Jean fait la commis* 
sion. Le prélre lui offre de l'argent, mais Jean le prie de lui donner seulement 
son élole, pour qu'il puisse repousser les embûches du démon et détruire les 
enchantements (on se rappelle Tétole du conte lorrain). — Vient ensuite ta nuit 
passée dans le château hanté par des lutins. Jean lait une partie de cartes avec 
trois diables. Le plus jeune laisse tomber une carte et dit à Jean de la ramasser 
(encore un trait de notre conte). Jean refuse. Pendant que le diable se baisse 
pour ramasser sa carte, Jean lui passe autour du cou l'étotedu prêtre. Le diable, 
que l'étole brûle comme un fer rouge, consent, pour en être débarrassé, à signer 
un écrit par lequel il s'engage, en son nom et au nom des siens, à ne plus reve- 
nir au château. De plus, dans sa |oie d'être délivré de l'étole, il montre à Jean 
une cachette où se trouve une barrique remplie de pièces d'or. — Nous arrivons 
à l'épisode de la princesse exposée à la Bêle à sept tètes. Après avoir tué la 
bête, Jean coupe les sept langues et laisse la primcesse s'en retourner seule à la 
ville. La nuit étant venue, il se couche en pleins champs. Tandis qu'il était encore 
à dormir bien après le lever du soleil, une hirondelle lui effleure la figure du 
bout de son aile. Jean se réveille brusquement en frissonnant un peu et, voyant 
Toiseau qui fuyait, il dit : < Ah ! je ne savais pas jusqu'à présent si lai peur 
était à plumes ou à poil ; je vois maintenant qu'elle est à plumes. • — Au moyen 
des sept langues de la bête, Jean confond l'imposture d'un individu qui s'est 
donné pour le libérateur de ta princesse. 

L'épisode de la princesse délivrée par le héros se trouve encore datis deux 
autres contes de ce type : un conle du Tyrol allemand (Zingerle, I, a' 21)^ oh 
le héros empoisonne le dragon au moyen de boulettes qu'il lui jette, et dans un 
conte hessois (Grimm, 111, p. io|. Le conte tyrolien et, très probablement, le 
conte hessois, sommairement résumé par G. Grimm, n'ont pas le dénouement 
humoristique de notre conle lorrain et des deux contes que nous venons de 
voir. 

Nous rappellerons que nous avons étudié, dans les remarques de nos n" \ , 
Us Fits du Pécheur ^ J7, ia Reine des Passons et J4, Uopoid^ ce thème de ta prin- 
cesse exposée au dragon. Notre conte lorrain a rattaché plus étroitement que 



1 . Dans une légende française intitulée Richard sans Peur {Journai des Û^moi- 
setles^ année iK;6, p. 11), le héros est envoyé par sa fiancée dans un cabinet 
obscur pour y prendre dans certain coffret une bobine de fil. Quand il ouvre le 
coffret, deux passereaux, que la jeune fille y a enfermés, s'en échappent, et 
Richard a peur pour la première lois de sa vie. 



CONTES rOPULAlRBS LORRAINS JÇÇ 

les autres ce thème au ihème principal de VHonirnc sans ptur^ en faisant du 
monstre auquel est livrée la princesse le diable lui-même i qui le héros a déjà 
eu affaire. Nous ferons observer que, dans un conte indien du Bengale, analysé 
dans les remarques de notre n' ^, Uopold, ce n'est pâs à un dragon, mais â 
une rakkshasi (sorte de démon, ogresse), que le roi s'est obligé, pour empêcher 
un plus grand mai, à livrer chaque soir une victime humaine. 

Nous indiquerons mainienani les contes de ce type qui sont les plus couplets 
après ceux que nous avons cités, en ce sens qu'ils ont le dénouement de notre 
Jean sans Peur. D'abord, le conte allemand qo 4 de la collection Grimm : ici la 
princesse, que le héros a épousée après avoir délivré un château hanté par des 
esprits, finit par s'impatienter de l'entendre se plaindre continuellement de n'avoir 
jamais eu peur ; une nuit, pendant qu'il dort, elle verse brusquement sur lui un 
seau d'eau dans lequel frétillent des goujons. « Ah ! » s'écrie-t-il, 1 maintenant 
je sais ce que c'est que la peur ! * — Dans un conte lithuanien (Schleicher, 
p. 79), un jeune horome^ qui s'est mis en route pour apprendre ce que c'est que 
la peur, revient chez lui, après diverses aventures effrayantes, sans être plus 
avancé. Une vieille mendiante conseille à ses parents de verser brusquement sur 
lui pendant son sommeil un seau d'eau froide. On le fait, et il a peur. — M. de 
Gubernalis {Zoobgicjl Mythohgy^ I, p. 202) parle d'un conte russe, « dans lequel 
rien ne peut effrayer le héros, ni les ombres de la nuit, ni les brigands, ni la mort; 
mais un petit poisson ayant sauté sur sa poitrine, pendant qu'il est endormi dans 
son bateau de pêche, il est terrifié et tombe dans l'eau, où il périt. » — M. de 
Gubematis a recueilli dans ses Novdtm di Santo Stefano un conte toscan (n" 22), 
où Jean sans Peur {Giovannin senza Paura) meurt de peur en voyant son ombre. 

Les contes qu'il nous reste à rapprocher du conte lorrain n'ont ni l'épisode 
de la princesse exposée au monstre ni le dénouement de notre Jean sans Peur, 
Nous y trouverons ça et là quelques traits du conte lorrain qui ne s'étaient pas 
encore présentés à nous. Ainsi, l'épisode du clocher, qui, parmi les contes cités 
jusqu'ici, ne figure que dans le n" 4 de Grimm. Dans ce dernier conte, le sacris> 
tain dit au père du jeune garçon qu'il saura bien faire peur à celui-ci. Il le prend 
chez lui et, une certaine nuit, l'envoie sonner la cloche. Il va se mettre lui-même, 
enveloppé d'un linceul, dans Tescalier du clocher, Le jeune garçon cric par trois 
fois au prétendu fantôme : « Qnï est là ? ■ et, ne recevant pas de réponse, il le 
jette en bas de l'escalier. — Dans un conte catalan (Rondalbyre, 111, p. 120), 
c'est un mannequin aux yeux de feu, placé dans le clocher par le recteur, que 
le jeune homme jette en bas de l'escalier ; dans un conte suisse (Sutermeister, 
n* j), un homme de paille. Dans ce dernier conte, le jeune homme est envoyé 
par son père le sacristain, non pour sonner les cloches, mais pour remonter 
1 horloge. —Enfin, dans un conte sicilien (Gonzenbach, n" $7), un squelette 
paraît tenir la corde des cloches. Ce conte sicilien, très incomplet, du reste, a 
un détail absolument identique à un trait de notre conte lorrain. La mère du 
jeune homme, qui n'en peut venir à bout, l'envoie chez un prêtre, son oncle, 
après avoir prié celui-ci de faire en sorte qu'il ait peur une bonne fois. 

L'épisode du château ou de la maison hantée par des esprits, avec les membres 
d'homme qui tombent par la cheminée, se retrouve, indépendamment du conte 
flamand ci-dessus résumé, dans le conte catalan, dans le conte suisse, dans le 



I 56 E, COSQUIN 

conte allemand de Grimm, dans le conte toscan^ et dans un autre conte italien 
(Comparetti, n" 12). 

Chose curieuse, et à laquelle nous ne nous attendions pas, nous avons trouvé 
en Orient, dans le livre sanscrit déjà cité dans des remarques précédentes, la 
Smkàsana-dvdlrinçikd (les • Trente-deux récits du TrÔne t), un passage tout à fait 
analogue A cet épisode de la cheminée. Voici ce piS^ageilndischeSludien^i. XV, 
1878, p, 4J5) ; Un marchand avait fait bâtir une belle maison et s'y était ins- 
tallé. La nuit, comme il était couché, un génie, qui avait pris domicile dans cette 
maison, se mit à dire : • Hé f je tombe ! » (Comparez, dans Je comte flamand, 
la voix qui dit : « Toraberai-je ? Ne tomberaî-îe pas? »} En entendant ces 
paroles^ le marchand se leva tout effrayé ; mais, ne voyant rien, il se recoucha. 
La même scène se renouvelle deux fois encore. Le marchand ne peut fermer IVil 
de la nuit. Ayant passé trois nuits de la même manière, le marchand va trouver 
le roi Vikrama, et il lui raconte cette histoire. Le roi se dit : « Assurément 
c'est un génie prolecteur de cette magniËt|ue maison qui parle ainsi pour éprouver 
les gens ou qui désire qu'il lui soit fait une offrande. » Et îl dit au marchand ! 
€ Si tu as si peur dans ta maison, veux- tu que je la prenne pour moi et te rem- 
bourse l'argent qu'elle t'a coûté ? » Le marchand s'empresse d'accepter la pro- 
position. Le soir menue, Vikrama va s'établir dans îa maison. Comme il était 
couché, le génie se met à crier : t Hé ! jie tombe ! — Tombe vite 1 » dit le roi. 
AussitÛl il tombe un homme tout en or. Et le génie qui logeait dans cet homme 
se rend visible au roi au milieu d'une pluie de fleurs, vante son courage et dis- 
paraît. Vikrama, le lendemain matin, prend l'homme d'or et retourne dans son 
palais. —Ce passage du livre indien a d'autant plus de ressemblances avec notre 
épisode, que, dans le conte toscan ci-dessus mentionné, c'est d'abord une moitié 
d'homme, toute cCor^ qui tombe par la cheminée, puis un buste entier ^ également 
d'or. 

Dans la plupart des contes de ce type oCi se trouve le jeu de quilles avec des 
ossementS;, ce n'est pas, comme dans notre conte lorrain, !e héros qui a l'idée de 
jouer ; ce sont des revenants. 

Dans une variante hessoise (Grintm^ III, p> 10)^^- oà le héros a un bâton 
« avec lequel on peut battre tous les revenants »^ comme notre Jean sans Peur 
a sa baguette, — après avoir chassé les diables du château, il va se rafraîchir à 
la cave. Le roi envoie son confesseur pour voir ce qu'il est devenu, personne 
autre n'osant s'aventurer dans !e château, A la vue de ce vieillard tout courbé 
et vêtu de noir, le jeune homme s'imagine que c'est encore un diable et le met 
sous clef. — C'est, au fond, la même idée que l'épisode de la petite négresse, 
dans notre conte. Cet épisode se trouve, du reste, à peu près identique dans un 
conte valaque, qui n'est pas du même type que le nôtre (Schott, n* a). Dans 
ce conte, Mangiferu, qui a combattu toute sorte de mauvais esprits dans un châ- 
teau, tue trois nègres envoyés par l'empereur et qu'il prend pour des reve- 
nants. 



CONTES POPUUIRES LORRAINS 



"57 



LXVIÎL 



LE SOTRÉ. 



Il y avait autrefois à Montiers un soiré', qui venait toutes les nuits 
dans l'écurie du père Chaloine \ il étrillait les chevaux, leur peignait ta 
crinière et la queue ; il emplissait leur mangeoire d'avoine et leur don- 
nait à boire. Les chevaux devenaient gras et luisants, mais l'avoine bais- 
sait, baissait dans le coffre^ sans qu'on pût savoir qui la gaspillait ainsi. 

Le père Chaloine se dit un jour ; « Il faut que je sache qui vient 
panser mes chevaux et gaspiller mon avoine. » 

La nuit venue, il se mit donc aux aguets et vit entrer dans l'écurie le 
sotré, coiffé d'une petite calotte rouge. Aussitôt le père Chaloine saisit 
une fourche en criant : « Hors d'ici, coquin, ou je te tue 1 » Et il enleva 
au sotré sa calotte rouge. « Rends-moi ma calicalotte, n lui dit le sotré, 
« sinon je te change en bourrique, d Mais l'autre ne voulut pas lâcher la 
calotte et continua à crier r «t Hors d'ici, coquin, ou je te tue ! n 

Le sotré étant enfin parti, îepère Chaloine conta l'aventure aux gens 
de sa maison, et leur dit que le sotré l'avait menacé de le changer en 
bourrique, parce qu'il lui avait pris sa calotte rouge. 

Le lendemain matin, les gens de la maison, ne voyant pas le père 
Chaloine, s'avisèrent d'entrer dans l'écurie et furent bien étonnés de 
voir un âne auprès des chevaux. On se souvînt alors de la menace du 
sotré ; on lui rendit sa calotte rouge, et la bourrique redevint le père 
Chaloine. 



Dans une autre variante de ce conte, également de Montiers, le sotré, au lieu 
de panser les chevaux, les harcèle pendant toute la nuit ; ils maigrissent à vue 
d'œil. 

Les solrés^ follets et autres lutins affectionnent la couleur rouge : notre sotré 
a une calotte rouge, et nous donnerons plus loin un autre conte lorrain où un 
follet est tout habillé de rouge. En Irlande aussi, certain lutin porte un habit et 
un bonnet rouge (P, Kennedy. Lcgtndûry Fictions oftkeInihCelts,p. \2\, 126). 
De même en Allemagne (Kuhn et Schwarz, p. 19 et 48. — Wolf. Deutsche 
Marchen und Sagen, n* 57 j) et chez les Wendes de la Lusace (Vedcensledt. 
Wendischt Sagen^ Marchen, ... pp, (77, 18^, 186, 187, [96^ 197). Dans d'autres 
récits allemands, il n'est parlé que d'un bonnet rouge (Schambach et Mûller. 
Légende n*» 1 jj ; — Mûllenhoff, p. 322), ou d'un bonnet pointu rouge (Mûllen- 
hofF, p. 519). 



I . Sorte de lutin. 



m8 



E. COSQUIN 



LXIX. 
LE LABOUREUR ET SON VALET. 

Il était une fois un jeune homme appelé Joseph qui cherchait un 
maître. W rencontra sur son chemin un homme qui lui demanda où il 
allait. « Je cherche un maître. — C'est bien tombé, » dit l'homme; « je 
cherche un domestique. Veux-tu venir chez moi ? — Je le veux bien. Je 
ne vous demande pas d'argent, mais seulement ma charge de blé au 
bout de l'année. — C'est convenu. » 

Joseph suivit son maître, qui était un laboureur du village voisin. La 
première chose qu'on lui commanda fut d'aîler chercher les vaches, qui 
paissaient dans le bois. Joseph y alla. Il déracina un chêne pour s'en 
servir comme d'une gaule, et, au lieu de ramener les vaches, il revint 
chez son maître avec tous les loups de la forêt. Le maître fut bien effrayé, 
i Malheureux, r, cria-t-il^ « remène vite au bois ces vilaines bêtes. » Le 
domestique chassa devant lui les loups jusqu'à la forêt, et cette fois il 
ramena les vaches à la maison. 

Le lendemain le laboureur lui dit : « Tu vas aller à la forêt prendre 
notre portion de bois '. » Joseph ne se donna pas la peine de chercher 
où se trouvait la portion de son makre. Il prit toutes les portions à la 
fois et les rapporta dans la coar du laboureur. 

Le maître se disait : « Voilà un gaillard qui va vite en besogne. Nous 
ne saurons bientôt plus à quoi l'employer. » Il lui commanda de battre 
!e blé qu'il avait en grange. Joseph, trouvant le fléau trop léger» coupa 
wn cerisier et un prunier qu'il attacha ensemble pour se faire un fléau, 
et battit tout le blé, sans désemparer. Il voulut ensuite le vanner ; mais 
comme te van n'était pas assez grand pour lui, il prit la porte de la 
grange. Puis il battit et vanna toute l'avoine, par dessus le marché, en 
deux heures et demie. 

Le laboureur lui dit alors: « J'ai prêté cent écus au diable. Va les lui 
redemander de ma part. » 

Joseph se mit en route, et, s'étant avancé assez loin dans une grande 
forêt, il rencontra un diable. « Bonjour, monsieur le diable. — Bonjour. 
Qu'est-ce que tu viens faire ici ? — Je viens de la part de mon maître le 
laboureur chercher cent écus qu'il vous a prêtés. — Attends un instant. 
Le patron va rentrer. » En effet, le grand diable arriva bientôi et dit à 



1. Dans les villages qui possèdcnl des forêts communales, on répartit chaque 
année une certaine quantité de bois enire les habitants. Chaque i feu * a une 
« portion » (c'est le terme en usage â MontierS'Sur^Saulx). 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 59 

Joseph: « Qu'est-ce que tu demandes? — Je demande les cent écus que 
mon maître vous a prêles. » Le diable lui compta l'argent, et Joseph 
s'en retourna. 

Quand il fut parti, le diable appela un des siens. « Tiens, » dit-il, 
«voici cent écus. Cours après l'homme et propose-lui de jouer aux quilles 
ses cent écus contre les tiens, n 

Le diable eut bientôt rattrapé Joseph, tt Où allez-vous ? » lui demanda- 
t-il. — « Je retourne à mon village. — Voulez-vous, » dit le diable, 
*i faire une petite partie de quilles avec moi ^ Nous mettrons chacun cent 
écus au jeu. — Volontiers, » dit Joseph. Le diable joua le premier et 
renversa huit quilles; il n'en restait plus qu'une debout. Joseph prit alors 
ia boule, et fit mine de la jeter dans la rivière. Le diable tenait beaucoup 
à sa boule, qui était fort belle, u Holàl » cria-t-îl» u arrête. C'est toi 
qui as gagné. » Il lui donna les cent écus et retourna au logis. 

« Eh ! bien, p lui dit le grand diable, « as-tu gagné ? — Non. Il est 
plus adroit que moi. — Maintenant, » reprit le grand diable, «il a deux 
cents écus. En voici autant. Cours le rejoindre. » 

Le diable fit grande diligence et proposa à Joseph de jouer à qui lan- 
cerait de l'eau le plus haut. Le diable commença ; mais quand ce fut le 
tour de Joseph, il lança l'eau si haut et si loin que toute la terre en fut 
mouillée. Le diable fut encore obligé de lut donner son argent. 

De retour chez son maître, Joseph lui remit cent écus et garda le reste 
pour lui. « Maintenant, v dit-il, « mon année doit être finie. Donnez- 
moi ma charge de blé. » Le laboureur croyait qu'avec une douzaine de 
boisseaux il en serait quitte ; mais il fallut coudre ensemble douze draps 
de lit pour contenir tout le grain que Joseph emporta. Depuis on ne l'a 
plus revu. 

Ce conte se rattache au même thème que nos n" 46, Binidicité^ et 14, UFUs 
du Diable ; mais la plupart des aventures sont dilTérentes. 

Le seul trait commun est la charge de biè demandée comme salaire. Aux rap- 
prochements faits sur ce point avec divers coules étrangers dans les remarques 
de nos n^» 14 et 46, nous pouvons ajouter deux contes wendes de la Lusace. 
Dans l'un (Edm. Vcckenstedt. Windische Sagcn, Marchcn und abtrgUubigt 
Cebrauche. Graz, 1880, p. 60).^ Jean, qui est d'une force extraordinaire, s'est 
engagé comme valet chez un gentilhomme, en demandant pour tout salaire le 
droit de donner à son maître un soufflet au bout de l'année. L'année finie, le 
gentilhomme, effrayé à la pensée de ce qui l'attend, )e prie de demander uo autre 
salaire. Jean demande alors autant de pois qu'il en pourra battre en un jour. Il 
prend les draps de tous les lits du château (comparez notre Joseph) et s'en fait 
un sac qu'il remplit et emporte. Tous les pois du gentilhomme y passent. — 
Dans l'autre conte \ibid.^ p. 69), le maître de Jean, qui veut le congédier, offre 
de lui donner autant de pois qu'il en pourra porter. 



l60 E. COSQUIN 

Le passage où loseph ramène à la ferme, au lieu des vaches, tous les loups 
de la forêt, peut être rapproché d'un épisode d'un conte basque, publié dans 
Mélusine (1877, col. 160) el dont le début est â peu près celui de notre n* 1 
Jean Je l'Ours. Le vacher au service duquel est entré le jeune homme est effrayé 
de sa force el cherche â se débarrasser de lui. Un pur qu'une bande de loups 
rôdaient autour de la borde (briment qui abrite pendant la nuit les bergers et 
les troupeauï)^ le vacher lui dit : 1 Va me réunir ces veaujt. i Le garçon y va 
en courant, arrache un hêtre de douze ans et s'en sert pour faire entrer les loups 
dans la borde. — Dans un conte russe (Académie de Berlin, 1866, p. 25 j, 
mémoire de M. Schott;\ Ivachko Oreilles-d'Ours est envoyé par le pope, son 
père nourricier, dans la forêt pour y être déchiré par les bêtes. Il ramène chez 
te pope, au lieu de la vache, un ours qui tue tout le bétaiL » Dans un récit 
finnois, cité par Guillaume Grimra (111^ p. 1 ^9), Soïni, fâché contre le maître dont 
il garde le troupeau, appelle les ours et les loups, et leur fait manger les bœufs. 
Puis (1 ramène les ours el les loups à la maison. Comparez une autre légende 
finnoise (SchoU, /oc. c/M, où Kullervo, envoyé parle forgeron Ilmarinen comme 
pâtre dans ta forêt, ramène, au lieu du troupeau, une bande de loups el d'ours, 
qui déchirent la méchante femme d'IIraarinen. — Le Grettir des légendes du nord 
foue à son maitre des tours de ce genre lorsqu'on veut lui faire garder les oies 
et les chevaux (Grîmm, ibid.^ p. 160). 

Le héros d'un conte danois qui présente ta plus grande ressemblance avec notre 
n<* 46, mentionné ci-dessus fGrundtvîg, Tome 11^ p. 72 de la irad. allemande. 
Leipzig, 1879), se fait un fléau avec deux poutres, comme notre Joseph avec un 
poirier et un prunier. 

Dans le même conte danois, Jean est envoyé par son maître réclamer au diable 
trois années d'intérêts sur une somme qu'il lui avait prêtée, ieanseraelen route 
avec sa canne de fer. 11 arrive chez le « vieil Eric >; le diable, qu'il a déjà eu pré- 
cédemment occasion de maltraiter, réclame les intérêts dus à son maître, cl le 
diable lui fait donner une énorme quantité d'or et d'argent. — Dans un conte 
norvégien, également cité dans les remarques de nos n^ 14 et 46 (Asbjœrnsen, 
p. j^ de la trad. anglaise intitulée Taks oj the FjelJ\^ le roi envoie le héros chez 
le diable pour lui réclamer J'impôt. — Dans un conte flamand (J. W. Wolf. 
Deutiche Marcken und Sagcn, n" 22), cité aussi dans les remarques de notre n° 46, 
le maître dit au valet qu'il ne pourra plus le nourrir si celui-ci ne lui rapporte 
de l'argent de l'enfer. Le valet y va. Le diable qui vient ouvrir a eu précisément 
affaire dans certain moulin à notre homme, qui t'a jeté en bas d'un escalier, où 
il s'est cassé la jambe. En le voyant, ce diable s'enfuit. Le valet se fait donner 
plein sa charrette de sacs d'argent'. 

En Orient, nous trouvons un épisode du même genre dans un conle des Avares 
du Caucase, que nous avons déjà eu plusieurs fois i citer, notamment dans les 
remarques de nos n«» 14 et 46. Le roi, voulant se débarrasser d'Oreille d'Ours, 
dont la force Teffraie, lui dit un jour d'aller réclamer k une Ai2rr[sorle d'ogresse) 
une mesure de pois qu'elle lui doit depuis longtemps. Oreille d'Ours s'en va chez 



I . Pour ce voyage en enfer, comparez le conte du « pays saxon » de Tran- 
sylvanie résumé dans les remarques de notre ii« 46. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS l6| 

U karîj ety celle-ci ayant voulu lui jouer ud mauvais tour, il l'amène au roi^ qui 
lui dit de la ramener bien vite chez elle. Oreille d'Ours fait de même avec un 
dragon, auquel le roi Ta envoyé réclamer un bœuf. 

L'épisode de la boule n'appartient pas en réalité à notre thème de \'Homme 
fort. Il y a ici infiltration, si l'on peut parler ainsi, d'un autre thème, celui où 
un personnage sans aucune force mais très rusé lait croire à un géant ou à un 
ogre qu'il est plus lort que lui (Voir les remarques de notre n" 45, It Cordonnier 
a Us Voleurs}. Ainsi, dans un conte italien {Jahrbach fàr romanischc unà Mglische 
UUratur^ tome VIII, pp. 246 seq.), l'ogre, qui demeure i quelque distance de la 
mer, propose au héros de l'histoire de jouer à qui lancera le plus loin un mult- 
ndîo (morceau de bois qui sert à moudre dans les moulins). Il commence et lance 
très loin le mulindh. Alors le jeune homme se met à donner du cor pour pré- 
venir, dit-il, les gens de l'autre cAté de la mer de se garer quand il lancera. Il 
a rintcntion de lancer le mulinelh dans la mer ; mais il pourrait se faire que le 
muUntllo allât trop loin et qu'il fit un malheur. L'ogre se déclare vaincu, parce 
que si son mulinelh tombe dans la mer, il ne pourra plus moudre. (On remar- 
quera que ce passage est bien plus net et mieux conservé que celui du conte 
lorrain.) — Dans un conte écossais de la collection Cainpbell (cité par M. Brueyre, 
p. 2^ de ses Contes populaires de ta Grande-Bretagne)^ le géant iance un lourd 
marteau i une grande distance et invite le berger à l'imiter. Celui-ci lui déclare 
que, s'il lance le marteau^ le marteau ira s'engloutir en un clin d'oeil dans la mer. 
< Non, • dit le géant ; « je liens i, mon marteau, qui me vient de mon grand- 
père. » El il renonce à la lutte. — Dans un conte norvégien de la collection 
Asbjcernsen (p. 2^3 de la trad. anglaise intitulée Taies oj the Fjeld), le jeune 
homme dit au trolt (mauvais génie, ogre), qui vient de lancer sa massue de fer: 
* A mon tourî Vous allez voir ce que c'est que de lancer. » Et il se met à 
regarder fixement ie ciel, tantôt au nord, tantôt au sud. a Que regardez-vous? » 
lui dit le troll. — « Je cherche une étoile contre laquelle je puisse lancer la 
massue. — Assez, 1 dit le troll ; « je ne veux pas perdre ma massue, t — De 
même, dans un conte lapon (n* 7 des Contes lapons traduits par F. Liebrecht 
dans la revue Germania^ année 1870), le géant lance en l'air un énorme marteau 
de fer. Son valet regarde dans quel nuage il le lancera à son tour; mais le géant 
lui dit de n'en rien faire» car il a hérité le marteau de son grand-père. 

Ce n'est pas, du reste, dans notre conte lorrain seul que s'est produite rmjî/- 
tration dont nous avons parlé. Dans un conte wende de la Lusace déji cité plus 
hauKVeckenstedt, p. 69) et qui appartient au thème de l'Hommf/or/, Jean, qui 
s'est établi dans un moulin abandonné, voit un jour venir un petit homme qui 
lui propose de mesurer ses forces avec lui. Jean déclare, là aussi, qu'il veut 
atteindre avec son marteau une tache rouge qui est au ciel, et te petit homme 
l'crapéche de lancer le marteau. — Nous citerons encore un conte du Tyrol 
allemand (Zingerle, I, n* 18], de ce même type, et qui se rapproche beaucoup de 
notre conte lorrain. Dans ce conte tyrolien, comme dans le nôtre, c'est â un 
diable que Jean a affaire. Ici Jean regarde fixement le ciel, « afin, 1 dit-îl, « de 
ne pas jeter bas d'étoile en lançant le marteau, » et le diable, effrayé, lui dit 
d'en rester là. La rencontre de Jean avec le diable a lieu quand le jeune homme 
s'en va, envoyé par son père qui veut se débarrasser de îui, chercher en enfer 



162 - * E. COSQUIN 

un cheveu du diable. C'est là une ressemblance de plus avec notre conte lorrain. 
— Compare?, encore le passage où le héros du conte tyrolien, qui a tué ses boeufs 
parce qu'ils ne pouvaient pas ébranler un chariot trop chargé, va dans la forêt 
prendre on grand ours pour l'atteler au chariot. Ce trait n'est pas sans analogie 
avec l'épisode de noire conte lorrain où Joseph ramène à la ferme^ au lieu des 
vaches, tous les loups de la forêt. 



LXX. 



LE FRANC VOLEUR. 



Pierrot, Jeannot et Claudot étaient trois frères, fils d'une pauvre 
veuve. Devenus grands et ne sachant que faire à îa maison, ils voulurent 
aller chercher fortune ailleurs. Ils partirent donc ensemble, et, arrivés à 
une croisée de chemins, ils se séparèrent en se disant : « Dans un an, 
nous nous retrouverons ici. » 

En arrivant dans un village, Claudot s'arrêta devant une boutique de 
boulanj^er. « Mon ami, n lui dit le boulanger, « on dirait que lu as envie 
d'apprendre mon état? — Oui, » répondit Claudot; « tnais je n'ai pas 
d'argent. — Qu'à cela ne tienne, » dit le boulanger. « Entre chez raoî, 
et, d'ici à un an, tu sauras le métier, n 

Jeannot, étant arrivé devant une boutique de serrurier, s'arrêta à ta 
porte. « Mon ami, o lui dit le serrurier, « on dirait que tu as envie 
d'apprendre mon état ? — Oui, m répondit Jeannot, « mais je n'ai pas 
d'argent. — Q^u'à cela ne tienne, » dit le serrurier. « Entre chez moi, 
et, d'ici un an, tu sauras le métier. » 

Pierrot, lui, tomba au milieu d^une bande de voleurs qui lui crièrent : 
v La bourse ou la vie ! — Oh ! oh ! •> dit Pierrot, « mais c'est moi qui 
demande la bourse ou la vie. — Alors, b dirent les voleurs, « veux-tu 
être des nôtres ? — Volontiers, » répondit Pierrot. 

Les voleurs le mirent aussitôt à l'épreuve : « Dans un instant, » lui 
dirent-ils, t« il va passer un beau monsieur en carrosse ; tu lui crieras : 
La bourse ou la vie ! » 

Pierrot s'embusqua sur le bord du chemin, et, lorsque le carrosse 
passa, il s'élança en criant : « La bourse ou la vie ! » Le beau monsieur 
lui jeta bien vite sa bourse et partit au grand galop. Pierrot ramassa la 
bourse. « Mais, n pensa-î-il, » ce n'est pas l'argent, c'est la bourse 
qu'on m'a dit de prendre, p Cette réflexion faite, il rapporta à ses com- 
pagnons la bourse vide. « Tu n'iras plus voler, » lui dirent les voleurs ; 
tu feras la cuisine. » 

Au bout de l'année, les voleurs, se trouvant assez riches, partagèrent 
leur butin, et Pierrot eut pour Jui une bonne sachée d'or. Il se rendit à 



CONTES POPULAIRES LORRAINS l6j 

l'endroit où ses frères et lui s'étaient donné rendez- vous : Jeannot et 
Claudot s'y trouvaient déjà. Ils retournèrent donc tous les trois chez leur 
vieille mère. Dès qu'ils furent arrivés, leur mère leur dit: « Eh bien ! 
mes enfants, qu'êtes-vous devenus depuis votre départ? — Moi, je suis 
boulanger, n répondit Claudot. — « Et moi, » dit Jeannot, « je suis 
serrurier. — Moi, je suis charbonnier, » dit Pierrot. — « Fais-tu au 
moins de bon charbon ? » demanda la mère. ~ n Ecoutez, ma mère, » 
lui dit Pierrot, « je vais vous dire une chose, mais gardez-vous de la 
répéter : je ne suis pas charbonnier, je suis voleur. Surtout n'en dites 
rien. — Ohî non, mon Pierrot, sois tranquille. « 

Vint la voisine : « Eh bien, Marion, ^) dit-elle à la mère, qui était une 
bavarde, comme moi, tf voilà vos trois fils revenus au pays. Que font-ils 
à présent? — Claudot est boulanger, w répondit la mère; « Jeannot est 
serrurier; quant à Pierrot, ... il est ... — Vous avez bien de la peine 
à trouver le mot, Marion. Il est : quoi? — Il est voleur. Surtout n'en 
pariez à personne au monde. » 

Mais la voisine paria si bien que le bruit en vint aux oreilles du sei- 
gneur. Celui-ci fit appeler Marion et lui dit : « Quel métier fait donc 
votre Pierrot ? — Monseigneur, il est charbonnier. — J'ai entendu dire 
qu*il faisait de bon charbon. ^- Oh ! monseigneur, comme les autres. » 

Le seigneur envoya chercher Pierrot : « Bonjour, monseigneur. — 
Bonjour, Pierrot. Quel est ton métier, maintenant ? — Je suis charbon- 
nier, monseigneur. — On m'a dit que tu faisais de bon charbon, — Oh! 
monseigneur, comme les autres. — Entre nous, Pierrot, tu es un 
voleur, » dit le seigneur, a Pour voir si tu sais ton métier, je l'ordonne 
de voler un cheval qui est dans mon écurie, gardé par douze hommes. 
Si ce n'est pas fait pour demain, à neuf heures du malin, tu seras pendu. 
— Monseigneur, je ne pourrai jamais. — Tu le feras, ou tu seras 
pendu. » 

Pierrot mit une robe de capucin et se rendit à Pécurie du seigneur. 
c( Bonsoir, mes chères braves gens, je viens passer un bout de la soirée 
avec vous et vous aider à prendre le fripon qui veut enlever le cheval. 
Tenez, j'ai là quelque chose pour vous rafraîchir. « Il leur donna de 
l'eau des piones', qui bientôt les fit tous tomber endormis. Alors il 
enveloppa d'étoupes les sabots du cheval, afin qu'ils ne fissent pas de 
bruit sur le pavé, et il partit avec la bête. Le lendemain malin, le sei- 
gneur entra dans Técurie, et, ne trouvant plus le cheval, il prit un fouet 
pour corriger ses domestiques. Il y en avait un que le voleur avait sus- 
pendu au plafond : ce fut lui qui reçut tous les coups. 

« Pierrot, » dit le seigneur, « tu es un franc voleur. Maintenant, il 



t. Évidemment cette • eau des piones « est de Vop'ium. 



164 E. COSQUIN 

faut que tu voles six bœufs que douze de mes gens conduiront à la foire. 

— Monseigneur, je ne pourrai jamais. — Tu as pris le ciieval dans mon 
écurie ; tu prendras les bœufs, ou tu seras pendu. » 

Quand les hommes passèrent sur la route avec les bœufs qu'ils menaient 
à la foire. Pierrot courut en avant, se mit la tête en bas et les pieds en 
l'air et commença à battre des pieds et des mains, tr Oh ! que c'est 
beau ! » dit un des hommes; « allons voir. — Non, w dit un autre, a Mon- 
seigneur nous a recommandé de bien garder les bœufs. « Pierrot alla un ' 
peu plus loin et recommença ses tours. « Oh ! ?> dit l'un des hommes, 
« que c'est beau ! courons voir : six iront et six resteront près des bœufs. 

— Bah! n dirent les autres, « alfons-y tous, ce n'est pas si loin. » Pier- 
rot, voyant les bœufs sans gardien, se mit à courir dans la campagne; 
puis, par un détour adroit, il revint les prendre. 

V Pierrot, y> dit le seigneur, « tu es un franc voleur. Maintenant, il 
s'agit d'une autre affaire : j'ai un oncle curé qui dit tous les jours la 
messe à minuit; il faut que tu le fasses mourir, et nous partagerons ta 
succession, — Monseigneur, je ne puis faire cela. — Tu as bien volé 
mon cheval et mes six bœufs ; fais ce que je te commande, ou tu seras 
pendu. » 

Pierrot acheta des écrevisses, les mit dans une assiette sur Pautel, 
puis il se cacha derrière l'autel. Quand le pauvre vieux curé vint pour 
dire la messe, Pierrot lui cria : « Payez votre servante Marguerite, puis 
mettez la tête dans le sac qui est au pied de l'autel, et vous irez droit en 
paradis. Ne voyez-vous pas les anges qui vous tendent les bras ?» Le 
curé se mit la tête dans le sac ; aussitôt Pierrot le saisit ei le fit monter 
et descendre l'escalier du clocher. « Hélas I n disait le pauvre curé, 
if que de peines pour arriver au Paradis? » 

Quand il fut à moitié mort, Pierrot le porta dans son poulailler. Le 
matin, Marguerite vint donner à manger aux poules. « Petits! petits! 
petits! — Quoi! Marguerite, » dit te pauvre homme, « es-tu donc aussi 
dans le paradis ? — Beau paradis vraiment ! n dit Marguerite, « c'est le 
poulailler de vos poules ! » On mit le curé au ht ; trois jours après il 
mourut, et le seigneur partagea sa succession avec Pierrot. 



Nous avons ici une version, altérée sur divers points^ d'un conte très répandu 
qui se retrouve sous une forme mieux conservée, par e.xemple dans le n^ \^i de 
la collection Grimm, 

Rappelons d'abord les principaux traits de ce conte thuringien : Le ■ maître 
voleur », revenu au pays, se présente hardiment chez le comte, son parrain. 
Celui-ci lui déclare qu'il le fera pendre, s'il ne réussit pas dans trois épreuves. 
D'abord^ il faut voler le cheval du comte, gardé par des soldats. Le voleur, 
déguisé en vieille, portant un baril de via mêlé d'un narcotique, vient s'asseoir 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 165 

en grelottant de frotd à la porte de l'écurie. Les soldats lui disent d'approcher 
du feu et lui demandent à boire. Le narcotique produit son effet, et, quand ils 
sont tous endormis, le voleur déboucle la selle sur laquelle un des soldats est 
assis, et l'accroche au moyen de cordes aux poteaux de l'écurie. (Dans notre 
conte lorrain, on parle bien d'un domestique que le voleur a suspendu au pla- 
fond ; mais on n'explique pas pourquoi n» comment.) Ensuite il s'cnhiii avec !e 
cheval, dont il a enveloppé les sabots de vieux chiffons. — La seconde épreuve 
consiste â voler pendant la nuit un des draps di lit où couchent le comte et la 
comtesse, et l'anneau nuptial de cette dernière. — Enfin, il est ordonné au 
maître voleur de prendre dans l'église le curé et le bedeau. Le voleur se rend la 
nuit au cimetière qui entoure l'église. Il a apporté un grand nombre d'écrevisscs : 
il leur fixe sur le dos de petites bougies allumées et les lâche à travers les tombes, 
pour faire croire que les morts ressuscitent. (Dans notre conte, les écrevisses 
que le voleur apporte dans l'église n'ont aucune signification.) Puis, déguisé en 
moine, il monte en chaire et se met à crier: « La fin du monde est arrivée; les 
morts se réveillent dans le cimetière, ie suis saint Pierre. Que ceux qui veulent 
aller au ciel entrent dans mon sac. > Le curé et le bedeau^ qui sont accourus à 
l'église, s'empressent d'entrer dans le sac. Alors le voleur tire le sac hors de 
l'églisej, et, après l'avoir traîné â travers les rues du village, il le pousse jusque 
dans le colombier du comte. {l\ suffit de rapprocher cette dernière scène de la 
fin de notre conte lorrain pour voir combien celte fin a été défigurée.) 

Le conte allemand présente^ on le voit, une forme bien conservée de notre 
thème. Sur un point particulier, — celui oh il est question des écrevisses» — 
il est même le seuil, à notre connaissance, qui fournisse l'explication du passage 
inintelligible de noire conte lorrain. Mais il n'en faudrait pas conclure que le 
conte lorrain serait tout bonnement une dérivation du conte allemand. Il a des 
épisodes qui n'existent pas dans ce dernier, et ces épisodes, nous allons les ren- 
contrer, parfois plas clairement racontés, dans d'autres contes étrangers du même 

type- 

L'introduction de notre conte^ toute différente de celle du coniedeGrimm, se 
retrouve dans un conte norvégien, dans un conte irlandais, un conte allemand 
de la Basse-Saxe, un conte toscan. Dans le conte norvégien (Asbjœrnsen, t. Il, 
p. 28 delatrad. allemande), un pauvre paysan, qui a trois fils, leur dit un jour 
d'aller gagner leur vie oh ils pourront. Il tes accompagne jusqu'à un endroit o£i 
te chemin se partage en trois, et les trois fils s'en vont chacun de son côté. Le 
troisième devient voleur. — L'inlroduction du conte irlandais (P. Kennedy. The 
Fireside Stories of Ireland, p. j,S) est à peu près identique. — Dans ie conte toscan 
(A. de Gubernalis. Novellirtc di Santo Skjano, n' 29), Jean et Jeanne donnent i 
chacun de leurs trois fils cent écus. L'aîné s'en va par le monde chercher fortune 
et perd tout. Le second, de même. Le troisième apprend le métier de voleur. — 
Dans le conte saxon (Schambach et Mûller. Nkduicechùicht Sagen und Marchtn^ 
p. î»6), un homme demande i ses trois fils quel métier ils veulent apprendre. 
L'aîné dit qu'il veut être maçon : le second, menuisier; le troisième, voleur. Le 
père ne voulant pas entendre parler de ce dernier métier, le jeune homme s'enfuit 
et s'enrôle dans une bande de voleurs. 

L'épisode de la bourse, qui manque aussi dans le conte de la collection Grimm, 



\66 E. COSQlJtN 

existe, â notre connaissance, dans un conte de la Basse-Bretagne, un conte pié- 
monlais, un conte toscan et un conte du Tyrol italien. Bilz, le héros du conte 
breton (F. M. Luzel. Vâtlics bretonnei, Morlaix, 1879, p. 227^ est envoyé par 
le chef des voleurs prendre la bourse d'un riche fermier qui doit passer sur la 
route. Il rapporte la bourse vide. Les voleurs font alors de Bilz leur cuisinier. 
Pendant qu'il est seul au logis » il découvre ïe trésor des voleurs et l'emporte chez 
loi, — Dans le conte toscan (A. de Gubernatis, toc. cit.)^ Carlo doit arrêter une 
diligence et prendre les quaitrinî (nom d'une petite monnaie, mis ici pour l'argent 
en général), lî exécute sa consigne à la lettre ; il laisse de côté l'or et l'argent 
et ne prend que les ^uaUrinî proprement dits. — Même passage dans le conte 
piémontais (A. de Gubernatis, Zooîogkal Mythohgy, t. 1^ p. J28) et dans le 
conte du Tyrol italien, d'un autre type pour l'ensemble {Schneiler, n» 54), où se 
trouve à la fois le passage de la bourse rapportée vide et celui des sous pris à 
Texclusion de Tor et de Targent, 

La seconde épreuve imposée au franc voleur^ — voler des bœufs que l'on con- 
duit à la foire, — manque, on Ta vu, dans le conte de Grîmm. Divers contes 
étrangers vont nous en fournir des formes, pour ta plupart plus nettes que ne 
l'est celle de notre conte lorrain. 

Ainsi, dans un conte islandais (Arnason^ t. Il, p. 609 de la irad. anglaise)^ 
le roi dit à V i homme gris • qui lui a volé de ses béliers, qu'il lui pardonnera 
s'il parvient i voler un bœuf que ses gens doivent mener dans la forêt. L'homme 
gris se pend, en apparence, à un arbre sur te chemin par où l'on doit passer. 
Les gens, en le voyant, se disent que le voilà mort et qu'il n'y a plus rien à 
craindre. A peine se sont-ils éloignés que l'homme gris se décroche et va se 
pendre plus loin. Grand élonnement des gens, qui se disent qu'ils vont retourner 
sur leurs pas pour s'assurer si c'est te même. îls attachent le bœuf à un arbre et 
vont voir ce qu'il en est. Aussitôt t'iiomme gris délie le bœuf et t'emmène. — 
Il est très probable que, dans ta forme bien conservée de notre conte lorrain, les 
gens qui conduisaient les bœufs étaient fort étonnés de voir, à deux endroits 
différents, un homme, qui leur paraissait être fe même, marcher sur tes mains en 
battant des pieds, et qu'alors ils rebroussaient chemin, laissant leurs bœufs atta- 
chés, pour voir si l'homme qu'ils avaient rencontré le premier était toujours là. 

La ruse que le voleur emploie dans le conte islandais se retrouve dans les 
contes norvégien, irlandais, saxon et toscan déjà cités, et, en outre, dans un 
conte allemand (Kuhn et Schwarz. Norddcutsche Sdgc/i, Marchtn und Gtbrituchi^ 
p. 362) et dans un conte russe (A. de Gubernatis. Zoological Mythohgy^ I, 
p. îîd). Dans ce dernier, le voleur ne se pend pas ; il se montre d'abord sur un 
arbre, puis sur un autre. Le conte toscan présente ici une altération : à la vue 
du même pendu en deux endroits ditTérents, les paysans qui mènent leurs bœufs 
à la foire prennent peur et s'enfuient, laissant 11 leurs bêtes. Dans tous les 
autres contes mentionnés plus haut, ils retournent sur leurs pas, sans emmener 
leurs bêtes avec eux, pour vérifier un fait qui leur paraît étrange. 

Avec l'épisode du vol du cheval, nous revenons au conte de la collection 
Grimm. Cet épisode se retrouve, plus ou moins complet, dans les contes breton, 
norvégien, irlandais, allemands (collection Schambach et MûUer et collection 
Kuhn et Schwartz), déjà mentionnés, et, de plus, dans un autre conte irUndais 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 167 

(The Royal Hibtrnian Talis^ Dublin, sans date, p. j6), dans deux contes de la 
Bretagne non brelonnante (P. Sébillot. ConUs de la Haatc-Bntagnt, n* }2, et 
Uttératuu orale de la H aaU- Bretagne y 1881, p. 121), dans un conte écossais 
(variante du n* 40 de Campbell), dans un conle flamand <J. W. Wolf. Dtaischt 
Marchtn und Sagen^ n* j), — ici le voleur s'habille en vieil ermite, comme notre 
franc voleur en capucin, — dans un second conte flamand (A. Lootens. Oude 
Kinden/crtehels in den Brugschen tongyal. Bruxelles, t868, n' 7), dans un conle 
basque (Webster. Basque Ugtnds, p. 140), dans un conte catalan [RonJûlIayre, 
III, p. 67I, et dans un conte serbe {Archiv jiir slavische Philologie, I, p. 285«284), 
OÙ l'épreuve imposée par l'empereur au voleur a pris des proportions épiques : 
il s'agit de voler trois cents chevaux sur lesquels sont en selle trois cents cava- 
liers. 

L*idée de cet épisode ou du moins du moyen dont use le voleur pour s'empa- 
rer du cheval pourrait bien être un emprunt fait à un thème très voisin, le thème 
de la fameuse histoire de voleurs qu'Hérodote entendit conter en Egypte. On se 
rappelle cette histoire du trésor du roi Rhampsinile (Hérodote, 11, 121). Deux 
voleurs ont pénétré la nuit dans la chambre du trésor, sans qu'on paisse décou- 
vrir comment ils y sont entrés ; quand ils y reviennent plus tard, l'un d'eux est 
pris dans un piège, et l'autre lui coupe la tête, afin qu'il ne soit pas reconnu. 
Le roi, très intrigué de l'aventure, fait suspendre à un gibet le cadavre décapité, 
dans l'espoir que l'autre voleur, en le voyant, se trahira par quelque signe 
d'étonncment, ou se fera prendre en cherchant à enlever le corps de son cama- 
rade. Mais le voleur s'approche des gardes sous un déguisement, les enivre et 
enlève le cadavre, laissant les soldats endormis. ^- Nous renverrons, pour l'élude 
de ce thème, aux remarques de M. K. Kœhler sur le n* 17 Me la collection de 
contes écossais de Campbell (dans la revue Orient und Occident^ II, p. lo]) et i 
un travail de M. Schiefner Ueber einige morgenlandischc Fassungen der Rhamp- 
simtsage {Mélanges asiatiiitus^ tirés du Bulletin de l'Ac. des sciences de Saint- 
Pétersbourg, t, VI, p. 161). Aux formes orientales du conte de Rhampsinite 
citées par M. Schiefner, on doit ajouter un conte syriaque tout récemment publié 
{Der neu-aramaische Diatekt des Tùr 'Abdln, von Eug. Prym und Albert Socin. 
Goettingen, 1881, n» 42). 

Enfin, la troisième épreuve de notre conte lorrain figure dans les contes nor- 
végien, flamands, basque, catalan, écossais, islandais, et dans les trois contes de 
la Haute et de la Basse-Bretagne, mais souvent sous une forme plus ou moins 
altérée. Rappelons la forme véritable, que nous a offerte le conte thuringicn de 
Crimm, résumé ci-dessus. Le voleur doit enlever de tel endroit une personne 
désignée et l'apporter à celui qui lui a donné cet ordre. Il y réussit en se donnant 
pour un ange (dans le conle thuringicn, pour saint Pierre), qui portera au ciel 
quiconque entrera dans son sac. — Dans la plupart des contes européens du type 
du Franc Voleur (et aussi dans un conte autrichien de la collection Vemateken, 
n* i7, où cet épisode est enclavé dans une histoire différente), la victime du 
voleur est un prêtre, ordinairement un curé. Dans le conte écossais, c'est l'évéque 
anglican de Londres; dans deux contes russes (Schiefner, op. cit., p. 179), c'est 
un pope. Nous ne connaissons que deux contes où il en soit autrement: le conte 
catalan, où le personnage mis dans le sac est un usurier, et le conte islandais. 



l68 E. COSQUIN 

Ce dernier a quelque chose de particulier et le passage mérite d'être brièvement 
résumé. Le roi fera grâce à I' f homme gris », si ce dernier parvient à enlever 
de leur lit le roi lui-même et la reine. fDans le conte écossais, l'évêque de Lon- 
dres défie également le voleur de le « voler • lui-même, c'est-à direde Tenlever.) 
L'homme gris va pendant h nuit dans la chapelle du château et sonne les cloches. 
Le roi et la reine se relèvent pour voir ce que c"est. Alors l'homme gris leur 
apparaît tout brillant de lumières et leur dit que leurs péchés leur seront pardon- 
nés s'ils entrent dans un sac qui est auprès de lui. Le roi et la reine, le prenant 
pour un ange, se fourrent dans le sac. L'homme gris lie les cordons du sac, 
puis il dit qu'il n'est pas un ange, mais Thomme gris. Maintenant il a fait ce 
que le roi lui demandait : il l'a enlevé de son lit, ainsi que la reine, et il se 
débarrassera d'eux si le roi ne lui promet de lui accorder ce qu'il demandera. Le 
roi promet, et l'homme gris se fait donner la fille du roi en mariage. — On a vu 
combien, dans notre conte lorrain, cet épisode est altéré. U l'est aussi dans 
d'autres contes. Ainsi, dans le conte basque, le maire du village ordonne au voleur 
de voler tout l'argenl de son frère le prêtre, et non d'enlever le prêtre de l'église; 
dans le premier conte flamand, le voleur doit aussi voler tout l'argent du curé, 
et c'est pour arriver A ses lins qu'il imagine de faire l'ange et d'amener le curé 
â se mettre dans le sac, après s'être dépouillé de toutes ses richesses terrestres; 
dans le second conte flamand, son déguisement a pour but de voler, selon l'ordre 
du bailli, les ornements de l'église. 

Au milieu du XVI' siècle, ut}e version italienne du conte qui nous occupe a été 
recueillie par Straparola. La voici en quelques mots : Le préleur de Pérouse 
ordonne à Cassandrino de lui voler le lit sur lequel il couche, puis de lui voler 
son cheval (ici le voleur trouve le valet endormi sur le cheval; il met la selle sur 
quatre piquets); enfin de lui apporter dans un sac le recteur de l'église d'un village 
voisin. Pour faire ce dernier exploit, Cassandrino s'introduit, habillé en ange, 
dans l'église, en disant : « Si vous voulez aller dans la gloire, entrez dans mon 
sac. > Le recteur s'empresse d'entrer dans te sac. 

En Orient, un conle des Tartares de la Sibérie méridionale {Radioff. Proben 
dcr Voiksittteratur dtr tûrkiscken Stammt Sûdsibinens, t. IV, p. içj), qui appar- 
tient pour la plus grande partie au thème du trésor de Rhampsinite, a pour 
dénouement la troisième des épreuves imposées au franc voleur. Le voleur du 
conte tartare joue toutes sortes de tours à un prince et lui rapporte ensuite ce qu'il 
lui a volé. Le prince lui dit qu'il lui pardonne et que même il lui donnera son 
trdne s'il lui apporte un prince de ses voisins, qui a fait des gorges chaudes au 
sujet de ses mésaventures avec le voleur. Le voleur se fait donner un chameau, 
à chaque poil duquel on a attaché une clochette, une chèvre, également garnie 
de clochettes, un bâton bigarré, et encore une autre chèvre. Il tue les deux 
chèvres, endosse la peau de la première, fait avec la peau de la seconde un sac 
qu'il attache sur le dos du chameau, et se met en route, conduisant son chameau, 
le bâton bigarré â la main. Il arrive au bout d'un mois près de la maison du 
prince. Celui-ci, entendant le son dej mille clochettes, dit â sa femme : t Quel 
est ce bruit? Esl-ce une guerre, ou la fin du monde, ou bien un malin esprit. î* > 
Quand le voleur est auprès de la maison, il crie ; « Regardez-moi ; je suis le 
malin esprit ; la lin du monde est arrivée. » Le prince, épouvanté, tombe sans 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 169 

connaissance ; ta princesse aussi. Alors le voleur les met dans le sac de peau de 
chèvre, charge te sac sur son chameau et le porte dans la maison de son prince, 
qui, en récompense, lui donne sa fille en mariage et le fait prince à sa place. 
— Comparez un autre conte recueilli également dans la Sibérie méridionale, cher 
les Kirghis, mais moins bien conservé (RadIofT, t. III, p. $42). 

Le conte syriaque, mentionné ci-dessus, et qui a, pour l'ensemble, beaucoup 
de rapports avec le conte tartare, renferme également i'épisode que nous venons 
de résumer ♦. Ajis, le voleur, a déjoué toutes les mesures dy gouverneur de 
Damas. Le gouverneur d'Alep écrit à ce dernier pour se moquer de lui. Alors 
le gouverneur de Damas fait publier qu'il promet au voleur inconnu cent bourses 
et la main de sa fille, s'il se présente devant lui. Ajis se présente. Le gouverneur 
remplit sa promesse, puis il dit â Ajis d'enlever le gouverneur d'Alep et de le lui 
apporter. Ajis se lait donner une massue, une peau de chèvre et cent clochettes, 
qu'il attache auï poils de la chèvre. En cet équipage il entre à minuit dans la 
chambre du gouverneur d'Alep, et lui dît qu'il est l'ange de la mort, et qu'il est 
venu pour chercher son âme. Le gouverneur d'Alep demande un répit jusqu'à 
l'autre nuit. Alors il se couche dans un cercueil, et Ajis le porte chez le gou- 
verneur de Damas. 

Un autre conte oriental, formant le douzième récit de la collection kalmoucke 
du Siddht-Kûr^ — dérivée, nous l'avons dit bien des fois, de récits indiens, — 
présente la plus grande analogie avec la première des épreuves du conte lorrain. 
Dans un certain pays vivait un homme qu'on appelait l'Avisé. Le khan de ce 
pays le fait venir un jour et lui dit : t On t'appelle l'Avisé. Pour justifier ton 
nom, vole-moi ce talisman auquel est attachée ma vie. Si tu y réussis, je te ferai 
de beaux présents ; si lu n'y réussis pas, je détruirai ta maison et je te crèverai 
les yeux. » L'homme a beau protester que la chose est impossible, il est obligé 
de promettre de tenter J'aventure telle nuit. Cette nuit-là, le khan fixe le talisman 
â un pilier et s'assied tout auprès ; en même temps, il ordonne à ses gens de 
faire bonne garde. L'homme avisé s'approche de ceux qui sont postés i la porte 
et les enivre avec de l'eau-dc-vie de riz. Quant aux autres gardes et au roi lui- 
même, il a la bonne chance de les trouver tous endormis (il y a ici une altéra- 
tion), et il peut ainsi voter te talisman. — Un trait de ce conte Lalmouck est à 
noter. L'homme avisé enlève de dessus leurs selles, tout endormis, les gens du 
roi qui montaient ta garde à cheval et les met à califourchon sur un pan de mur 
écroulé. Comparez le conte de Grimm et divers autres contes de ce type, où le 
voleur s'arrange de manière que les gardes, s'ils se réveillent, se croient toujours 
i cheval. 

Avant de terminer ces remarques, il est bon de signaler rexislcncc d'un autre 
thème qui^, à le considérer de près, offre beaucoup d'analogie avec celui du 
Fiûfic Voleur. Un conte grec moderne et ses variantes font lien entre les deux 



I. Les contes syriaques qui se trouvent dans l'ouvrage dont nous avons donné 
plus haut le titre, ont été recueillis par MM, Prym et Socin de la bouche d'un 
chrétien jacobite, originaire du Tûr 'Abdîn, région montagneuse située au nord 
de ta Mésopotamie, dans le district de Mardîn, et habitée par des Kurdes et par 
des Jacobites. 



lyo E. cos(iyiN 

thèmes, et nous donnent, si l'on peut parler ainsi, là forme héroïque, épique, de 
notre conte, le merveilleux y entrant pour une certaine part. Dans ce conte grec 
(Hahn, d* }), te roi ordonne au voleur de lui amener le cheval ailé du dralcos 
(sorte d'ogre), s'il ne veut être haché en morceaux ; puis de dérober au même 
drakos la couverture de son lit ; enfin de lui apporter le dralcos lui-même. (Ces 
Ifois entreprises correspondent exactement, comme on voit, aux trois du conte 
thuringien de Grimm.) — Dans la variante j, le voleur enveloppe avec des lam- 
beaux de ses vêtements les sabota du cheval. Dans la variante 4, où il s'agit 
d'apporter au roi une lamie (ogresse), Zénios met des habits tout garnis de clo- 
chettes (absolument comme dans le conte lartare et dans le conte syriaque), 
grimpe sur la cheminée et crie : <i Je suis Hadji Brûlis, el je viens pour te faire 
mourir, si tu n'entres dans ce coffre, x 

Dans les autres contes de ce second thème, il n'y a plus de voleur. C'est, en 
général, S l'instigation de ses frères, jaloux de la favetir dont il jouit auprès d'un 
roi, que le héros reçoit de ce roi l'ordre de lui apporter les objets rares ou 
merveilleux d'un certain être plus ou moins fantastique, et enfin cet être lui-même. 
On peut citer le conte sicilien n* 85 de la collection Gonzenbach. Dans ce conte, 
Cariueddu doit apporter au roi le cheval qui parle, appartenant au dragu 
(ogre), la couverture â clochettes d'or du dragu et finalement le dragu lui-même. 
M. Kœhler a étudié ce thème à propos d'un conte des Avares du Caucase {Mémoires 
de r Académie de St^Piunbourg, VIH" série, t. XIX ["87?!, n* 6, p. x). Il suffira 
de citer encore ce conte avare, comme spécimen oriental de ce type de contes. 
— Tchilbik, le plus jeune de trois frères, a fait périr les filles de la karl (ogresse). 
Quand il revient à la maison, le roi lui dît : c On raconte que ta kart a une 
couverture de lit qui peut couvrir cent hommes; si tu la dérobes, je te ferai 
grâce. • Il faut ensuite que Tchilbik aille voler la chaudière de la kart, o£i l'on 
peut préparer à manger pour cent hommes; puis sa chèvre aux cornes d'or. 
Enfin le roi lui dit quc,s'iJ lui amène la kart elle-même, il lui donnera sa fille en 
mariage et l'associera à son pouvoir. 

Dans ce conte, comme dans les autres contes de ce second thème, les moyens 
que le héros emploie pour s'emparer des objets et de leur possesseur diffèrent 
tout à (ait de ceux que met en oeuvre ie franc voleur et les héros des contes du 
premier thème. 



LXXI. 



LE ROI ET SES FILS. 



U était une fois un roi qui avait trois fils. Il avait beaucoup d*affectîon 
pour les deux plu* jeunes; quant à Talné, il ne l'aimait guère. Comme 
chacun des princes désirait hériter du royaume, le roi lesfiiun jour venir 
devant lui ; il leur donna â chacun cinquante mille francs et leur dit que 
celui qui lui apporterait la plus belle chose serait roi. 

Le pluJi îeune s'embarqua sur mer et revint au bout de six mois avec 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I7I 

un beau coquillage doré qui fil grand plaisir au roi. Le cadet rapporta 
une superbe tabatière en or, dont le roi fut encore plus charmé. 

L'aîné, lui, ne revenait pas. Il n'avait songé qu'à boire, à manger et à 
se divertir, si bien qu'au bout d'un an presque tout son argent se trouva 
dépensé. Il employa le peu qui lui restait à acheter une petite voiture 
attelée d'un âne, avec laquelle il se mit à parcourir le pays pour vendre 
des balais. « Combien les balais.^ » lui demandaii-on. — « Je les vends 
tant. )» El, comme on se récriait sur le prix, il disait : « Mes balais ne 
sont pas des balais ordinaires. Us ont la vertu de balayer tout seuls. » 
Il vendit ainsi bon nombre de balais ; mais les acheteurs ne tardèrent 
pas à s'apercevoir qu'il les avait attrapés ; ils coururent après lui et le 
rouèrent de coups. Le prince, dégoûté du métier, vendit sa voilure ; 
puis, ayant mis une trentaine d'écus sous la queue de son âne, il le mena 
à la foire pour le vendre et attendit les chalands. 

Vint à passer un riche seigneur, qui lui demanda combien il voulait de 
son ân€. « J'en veux mille francs, n répondit le prince. — « Mille francs! 
perds-tu la lêie ? — Ah 1 monseigneur, » dit le prince, « vous ne savez 
pas ; mon âne fait de l'or. Voyez plutôt. » En disant ces mots il donna 
à la bourrique un coup de bâton, et les écus roulèrent par terre. « Suf- 
fit ! » dit le seigneur. « Voici les mille francs, n Et il emmena l'âne. 
Mais l'âne ne fit plus d'or, et le seigneur courui trouver le prince à son 
auberge, « Ah! coquin, » lui dit-il, a tu m'as volé Ne vais te faire 
mettre dans un sac et Jeter à l'eau. » Aussitôt fait que dit. On mit le 
prince dans un sac et on prit le chemin de la rivière. Avant d'y arriver, 
le seigneur et ses gens entrèrent dans une auberge pour se rafraîchir, 
laissant le sac à la porte. 

Le prince poussait de grands cris. Un berger qui passait avec son 
troupeau lui demanda ce qu'il avait à crier et pourquoi il était enfermé 
dans ce sac. « .Ah ! » dit le prince, « c'est que le seigneur veut me don- 
ner sa fille avec toute sa fortune, et moi, je n'en veux pas. — Eh bien ! » 
dit le berger, * mets-moi à ta place. » Le prince ne se fit pas prier, et, 
après avoir mis le berger dans le sac, il partit avec le troupeau. Le sei- 
gneur, étant sorti de l'auberge, fit jeter le sac dans la rivière. 

Pendant ce temps, le prince avait conduit le troupeau dans une prairie 
qui appartenait au seigneur. Il se mit à jouer du flageolet pour faire 
danser les moutons. Le seigneur, qui passait avec son fils, s'approcha 
pour voir qui jouait si bien, et, reconnaissant le prince, il s'écria : « Com- 
ment ! coquin, te voilà encore! — Oui, monseigneur, » répondit le 
prince ; « la mort n'a pas prise sur moi. — Et d'où te viennent ces 
moutons ? — Je les ai trouvés au fond de la rivière où vous m'avez jeté. 
— En reste-l-il encore ? — Oui, monseigneur. Voulez-vous les voir ? — 
Volontiers, » 



172 E. cosqyiN 

Quand ils arrivèrent au bord de ta rivière, le prince fit approcher ses 
moulons tout près de l'eau, de façon que leur image s'y reflétait. Le 
seigneur, voyant des moutons dans l'eau, ôta ses habits et sauta dans la 
rivière* Comme il ne savait pas nager, l'eau lui entrait dans la bouche en 
faisant glouglou glouglou. « Que dit mon père ? » demanda le fils du sei- 
gneur, croyant qu'il parlait. — <( Il te dit de venir l'aider. » Aussitôt le 
jeune garçon se jeta dans l'eau, et il y resta, ainsi que le seigneur. 
Alors le prince prit la bourse du seigneur et vendit les moulons ; mais 
l'argent ne lui dura guère; il se trouva bientM sans le sou. 

Pendant qu'il était à se désoler au bord d'un ruisseau, une fée s'ap- 
procha et lui dit : « Qu'as-tu donc à pleurer, mon ami ? — Hélas ! » 
répondit le prince, « je n'ai plus rien pour vivre. — Tiens, « dit la fée, 
" voici une baguette. Par ta vertu de cette baguette, tu auras tout ce 
qu'il te faudra. » Le prince prit la baguette, et, en ayant frappé la terre, 
il vit paraître une table bien servie. Il but et mangea tout son saoul ; 
puis il se mit en route pour retourner chez son père. 

Chemin faisant, il rencontra un aveugle qui jouait du violon ; son vio- 
lon était cassé en plus de dix endroits et n'avait qu'une corde. « Oh ! » 
dit le prince, « voilà un beau violon î — Si tu connaissais la vertu de mon 
violon, n dit l'aveugle, « tu n'en ferais pas fi. 1) ressuscite les morts. — 
Veux-tu me le vendre ? » dit le prince. — « Volontiers, moyennant que 
tu me donnes à dîner. « Le prince régala bien l'aveugle et emporta le 
violon. « Mon père va être content, » pensait-il; « j'ai de belles choses 
à lui montrer. Ce sera moi qui aurai la couronne. » 

Arrivé à quelque distance du château de son père, le prince vit un 
mendiant qui s'amusait avec un jeu de cartes si sale et si graisseux qu'on 
en aurait fait la soupe à trenie-six régiments, t^ Que fais -tu là ? n lui dit 
le prince. — « Tu le vois, » répondit le mendiant ; « je joue aux cartes. 
— Il est joli, ton jeu de cartes! — Ne te moque pas, » dit le mendiant. 
« Il suffit de jeter ces cartes en Pair pour voir paraître plusieurs régi- 
ments d'infanterie de marine, avec armes et bagages, tout prêts à faire 
feu. — Veux-tu me vendre ton jeu de cartes ? — Volontiers, moyennant 
que tu me donnes à dîner. — Soit, » dit le prince. Le mendiant mangea 
comme quatre, puis il remit le jeu de cartes au prince. 

Après avoir fait cette dernière emplette, le prince ne douta plus que 
la couronne ne fût à lui, et i( fit diligence pour se rendre au palais, où il 
arriva à deux heures du matin. Un de ses frères se releva pour lui ouvrir; 
mais son père ne demanda pas même à le voir. Le lendemain pourtant il 
enu-a dans sa chambre et s'informa de ce qu'il avait rapporté. « Mon 
p§re, T, dit le prince, u regardez sous mon oreiller. >> A la vue du violon 
et des cartes, le roi haussa les épaules : k Vraiment, » dit-il, t< voilà de 
belles choses ! Je savais bien qu'un mauvais sujet comme toi ne pouvait 



CONTES POPULAIRES LORRAINS ly? 

rien rapporter de bon. Vive ton frère, qui m'a fait présent d'une 
tabatière en or ! C'est lui qui aura ma couronne. — Mon père, » dit le 
prince, « puisque vous voulez me faire une injustice, demain, à midi, Je 
vous livrerai bataille, n 

Le lendemain, le roi marcha contre son fils à la tête d'une armée. Le 
prince n'avait pas un homme avec lui; à raidi moins cinq minutes» il 
était encore seul. « Eh bien ! » lui cria le roi, a où sont tes soldats .? » 
Le prince jeta une carte en l'air, et l'on vit paraître un régiment d'infan- 
terie de marine, avec armes et bagages, tout prêt à faire feu. Or les 
hommes de ce régiment ne pouvaient être tués. Ils tombèrent sur les 
soldats du roi et les exterminèrent ; le roi seul échappa. Il était dans une 
grande colère. Son fils lui dit : « Ne vous fâchez pas. Si vous voulez, je 
vais vous ressusciter tous vos hommes. — Bah l u dit le roi, « tu n'as 
pas ce pouvoir-là. » Le prince prit son violon, et il avait à peine com- 
mencé à jouer que tous les soldats du roi se trouvèrent sur pied, comme 
si de rien n'eût été. Le roi lui dit alors : a C'est à toi, sans contredit, 
que doit revenir ma couronne. » 

« Maintenant, » dit le prince, « voulez-vous que je vous donne à dîner, 
à vous et à toute votre cour? » Le roi accepta. En entrant dans la salle 
du festin, il fut bien étonné de ne voir sur la table que la nappe, et les 
autres invités ne l'étaient pas moins. Quand tout le monde fut placé, le 
prince donna un coup de baguette, et la table se trouva couverte d'excel- 
lents mets de toute sorte et des meilleurs vins. On but, on mangea, on 
se réjouit, et le roi déclara qu'il donnait sa couronne à Talné de ses ftls. 

Ce conte présente un composé bizarre de deux thèmes que nous avons déjà 
rencontrés dans cette collection : le thème^ au plutôt un des thèmes des Objtts 
merveilleux (voir nos n«' ji l* Homme de fer et 42 Les trois F rires) ^ cl le thème 
des Objets donnes par un fripon comme merveilleux (voir nos n"* 10, René et son 
Seigneur y 20, Ruhedeau, et 49> Blanc pied). 

L'introduction est i peu près celle du conte allemand n» 65 de la coflection 
Grimm, très ditTèrent du reste, dans laquelle un roi promet sa couronne après 
sa mort â celui de ses fils qui lui rapportera le plus beau tapis et, ensuite , la 
plus belle bague. Cette même introduction se trouve encore dans un conte 
recueilli au XVn» siècle par M™" d'Aulnoy, la Chaltt blanche, et qui est du 
même genre que le conte allemand. En Orient, nous avons à citer un conte arabe 
de la même famille, le Prmcc Ahmed el la fie Pari-Banûu. des Mille et une Nuits: 
là le sultan dit à ses trois fils d'aller voyager, chacun de son côté; celui d'entre 
eux qui lui rapportera la rareté la plus extraordinaire et la plus singulière 
obtiendra la main d'une princesse, nièce du sultan. Comparez tin conte serbe 
(Voulc, n*» II). 

Pour l'ensemble de notre conte, qui se rattache au thème des Objets merval- 
UuXf nous renverrons aux remarques de nos n" 31 et 42, et aussi à celles de 



Î74 E. COSQUIN 

notre n» i8, la Bourse^ le Siffitt et le Chapeau. Ainsi, pour ne rappeler que 
quelques récits orientaux, dans un conte persan, dans un conte kalmouck, dans 
un conte indien, une coupe procure à volonté à boire et à manger (n' 42, 
remarques). Dans un conte arabe, un tambour de cuivre fait venir au secours 
de son possesseur les chefs des génies et leurs légions ; dans uu conte boud- 
dhique» un tambour magique, frappé d'un côté, met en fuite l'ennemi ; frappé 
de l'autre côté, il fait paraître une armée entière {ibid.). — Dans celle dernière 
légende, c'est également de plusieurs personnages, auxquels il a successivement 
affaire^ que le héros obtient les divers objets merveilleux. 

Nous aurions pu encore citer dans les remarques de notre n* 42 un passage 
du recueil sanscrit la Sfnhâsana-Jv4mnçiU (les • Trente-deux récits du trône »). 
Vikrama reçoit d'ïin yogi < religieux mendiant, souvent magicien) trois objets 
merveilleux : un morceau de craie, un biton et un morceau d'étoffe. Avec le 
morceau de craie on dessine une armée ; avec le bâton maniédeîa main droite, 
on donne la vie â cette armée, qui exécute les ordres qu'on lui donne ; si on 
prend le bâton de la main gauche et qu'on la touche, elle disparaît. Enfin, par 
le moyen du morceau d*étoffej on se procure tout ce à quoi l'on pense : aliments, 
habits, or, parures, etc. {îndische Studicn^ t. XV [1878J, p. J84). 

Le violon qui ressuscite les morts a déjà figuré dans noire n" 3 ( rHomme de fer; 
nous allons le retrouver tout à l'heure dans un conte flamand. Comparez la son- 
nette de notre n"» ^% Les trois Charpentiers y et la guitare du conte sicilien n** 45 
de la collection Gonzenbach. 

Un conte allemand (Prœhle, Kinder- und Hausmarchcn, n' 77) reproduit presque 
exactement un passage de notre conte lorrain. Un jeune homme rencontre une 
fée, qui lui donne une baguette qui procure à boire et A manger, tant qu'on en 
veut. Par le moyen de cette baguette, le jeune homme régale un vieux mendiant 
qui lui a demandé un morceau de pain, et il reçoit du mendiant en récompense 
trois objets merveilleux. 

On peut encore rapprocher de notre conte lorrain un conte flamand (J. W. 
Wolf, Deulschc Mdtchin und Sagen^ n<* 26). Un roi donne un vaisseau à chacun 
de ses trois fits, et ils partent en voyage. L'aîné arrive près d'une mine d'argent 
et en remplit son vaisseau ; le second fait de même avec une mine d'or. Le 
plus jeune reçoit d'une jeune fille une nappe qui se couvre de mets au comman- 
dement. Puis, de la même manière que le héros du contedelacoHectioDGrimiii 
résumé dans les remarques de notre n" 42, il se ra,et en possession de trois 
objets merveilleux, notamment d'une canne qui fait paraître autant de cavaliers 
qu'on le désire, quand on en ôle la pomme, et d'un violon qui fait tomber morts 
de ravissement ceux qui l'entendent, et les ressuscite, si Ton joue sur la pre- 
mière corde. 

Le conte flamand, et aussi le conte allemand de Grimm, — d'accord tous 
deux avec la légende bouddhique rappelée ci-dessus, — nous mettent sur la 
voie de la lorme primitive d'un passage important de notre conte lorrain. Evi- 
demment, dans la forme originale, le prince^ après avoir reçu de la fée la 
baguette merveilleuse, l'échangeait d'abord contre le jeu de caries ; puis, jetant 
une carte en l'air, il envoyait un régiment reprendre sa baguette. Il faisait de 
même pour avoir le violon. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I75 

Nous ne nous arrêterons qu'un instant sur les aventures du prince qui se rap- 
ponenl au thème des Objets donnés comme merveilleux par un fripon. Nous avons 
étudié asser longuement ce thème dans les remarques de nos n®' 10, 20, 49, et 
dans Tappendice de notre 5' partie. On se souvient que nous avons trouvé, 
indépendamment des récits européens, de nombreuses formes orientales de ce 
ihèine : deux contes des Tartares de la Sibérie méridionale, deux contes des 
Afghans du Bannu, trois contes indiens, et aussi un conte malgache. Aux contes 
européens mentionnés dans les remarques auxquelles nous renvoyons, nous 
ajouterons un conte italien du Mantouan, publié en 1880 (Isaia Visenlini, Fiabe 
Mantovane^ n'"" '3)- 

L'interprétation par le prince du glouglou que fait l'eau pendant que le sei- 
gneur se noie s'est déjà rencontrée dans une variante de Montiers citée dans les 
remarques de notre n* 20 Rtchedeau, Nous en avons rapproché un passage ana- 
logue d'un des contes indiens. Nous aurions pu citer le n»6i de Grimm : Quand 
le maire se jette dans l'eau pour aller chercher les prétendus moutons, les 
paysans, entendant le bruit, phumpl s'imaginent qu'il leur crie de venir et sautent 
tous dans la rivière. Dans un conte islandais (Arnason, p. ^9^ de la traduction 
anglaise/, l'un des deux fils du roi se jette du haut d'un rocher dans la mer pour 
y aller chercher un troupeau dont lui a parlé le rusé Sigurd. Dans sa chute, il 
pousse des cris d'effroi. Son frère demande à Sigurd ce qu'il dit; l'autre lui 
répond qu'il lui dit de venir le rejoindre. 

Relevons encore ce petit détail que, dans un conte allemand de cette famille 
(Prœhle, Kinder- und Hausmanhen^ n» 6j), le héros parvient à faire croire â des 
marchands que des balais sont d'un très grand prix. 



LXXH. 

LA PILEUSE. 

H était une fois un homme qui s'en allait tous les soirs veiller chez les 
voisins, et laissait sa femme seule au logis. Un soir que celle-ci était à 
filer, comme à l'ordinaire, elle vit entrer un petit garçon rouge, qui 
s'approcha du feu en disant : 

File, 61e, Mégeuchon, 

Mé, je tisonnera le fcuil *. 

Le lendemain et les jours suivants, il revint encore. A la fin, la femme, 
effrayée, dit à son mari : « Il vient tous les soirs un petit garçon rouge 
qui tisonne pendant que je file. Je n'ose plus rester seule. — Eh bien ! » 
dit le mari, « tu iras ce soir veiller chez le voisin ; moi, je filerai à ta 
place, j) 



File, file, Marguerite, 
Moi, je tisonnerai le feu. 



176 E. COSQUIN 

Le soir venu, l'homme prit les habits de sa femme, fit un bon feu, et 
se mil au rouet, Le follet ne tarda pas à arriver, et il dit en s'approchant 
du feu : 

Tourne, tourne, rien ne doveuilde ; 

Celle d'açau fi lût bi meuil *. 

Pendant qu'il tisonnait, l'homme l'empoigna et le jeta dans le fey. Le 
follet s'enfuit en criant : 

J'â chaou la patte el chaou le cû ; 

Je ne repassera pûi 

Par la bourotte de l'hû». 

Pour la couleur des habits du follet, voir les remarques de noire n*» 68, le 
Sotré. 

Nous ne pouvons rapprocher de ce petit conte qu'un conte basque (W. Web- 
ster, Basifiii UginJSy p. \\]. Il y avait une fois un homme ei sa femme. La 
ietfime étant à filer un soir, arrive une Fée ; ils ne peuvent s'en débarrasser, et 
chaque soir ils lui donnent à manger du jamboii. La femme dit un jour à son 
mari qu'elle voudrait bien mettre k la porte cette Jèe. L'homme lui dit d'aller 
se coucher. 11 endosse les habits de sa femme et se met à filer dans la cuisine. 
Arrive la fée qui trouve, au bruit qu'il fait» que le rouel ne marche pas comme 
A l'ordinaire. L'homme lui demande si elle veut son souper. H met du jambon 
dans h poêle et, quand tout est bien chaud, il le jette à la figure de la fée. 
Dfpuis ce temps il ne vient plus de fée dans la maison, et peu à peu l'homme 
et ta femme perdent leur fortune. 



LXXIII. 

LA BELLE AUX CHEVEUX D*OR. 

l! était une fois des gens qui avaient autant d'enfants qu'il y a de trous 
dans un tamis. H leur vint encore un petit gardon. Comme personne 
dans le village ne voulait être parrain, le père s'en alla sur la grande route 
pour tâcher d'en trouver un. A quelques pas de chez lui, il rencontra 
un homme qui lui demanda où il allait. C'était îe bon Dieu. « Je cherche 
un parrain pour mon enfant, n répondit-il. ^- « Si tu veux^ » dit î'homme, 
« je serai le parraîti. Je reviendrai dans sept ans et je prendrai l'enfant 



1 . Tourne, tourne, rien ne dévide ; 
Celle d'hier filait bien mieux. 

2. l'ai chaud la patte et chaud le c; 
Je ne repasserai plus 

Par la cWière de la porte (huis). 
{BourotUf petite ouverture dans te genre d'une chatière.) 



CONTES POPULAIRES LORRAINS Î77 

avec moi. » Le père accepta la proposition , et l^omme donna loui l'ar- 
gent qu'il fallait pour le baptême ; puis, la cérémonie faite, il se remit 
en route. 

Le petit garçon grandit, et ses parems l'aimaient encore mieux que 
leurs autres enfants. Aussi, quand au bout des sept ans le parrain vint 
pour prendre son filleul, ils ne voulaient pas s'en séparer, a 11 n'y a 
pas encore sept ans, » disait le père, — u Si fait, » dit le parrain, il y a 
sept ans. » Et il prit l'enfant, qu'il emporta sur son dos. 

Chemin faisant, l'enfant vil par terre une belle plume. « Hé! ma mule, 
hé ! ma mule ! »> dit-il, « laisse-moi ramasser cette plume ' ! — Non, » 
dit le parrain. « Si tu la ramasses, elle te fera bien du mal. » Mais le 
petit garçon ne voulut rien entendre, et force fut au parrain de lui laisser 
ramasser la plume. Ils continuèreni leur route et arrivèrent chez un roi. 
Ce roi avait de belles écuries et de laides écuries; il avait de beaux 
chevaux et de laids chevaux. L'enfant passa sa plume sur les laides 
écuries du roi, et elles devinrent aussi belles que les belles écuries du 
roi ; puis il la passa sur les laids chevaux du roi, et ils devinrent aussi 
beaux que les beaux chevaux du roi. Le roi prit l'enfant en amitié et le 
garda près de lui. 

Les serviteurs du palais devinrent bientôt jaloux de l'affection que le 
roi témoignait au jeune garçon. Ils allèrent un jour dire à leur maître 
que le jeune garçon s'était vanté d'aller chercher Poiseau de la plume. 
Le roi le fit appeler. « Mon ami, on m'a dit que lu l'es vanté d'aller 
chercher l'oiseau de la plume. — Non^ sire, je ne m'en suis pas vanté. 
— Que tu t'en sois vanté ou non, mon ami, si je ne l'ai pas demain pour 
les neuf heures du matin, tu seras pendu, w 

Le jeune garçon sortit bien triste. " Hé ! ma mule, hé î ma mule ! — 
Elle te fera bien du mal, cette plume ! » dît le parrain. « Je t'avais bien 
dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi dans les champs, et le 
premier oiseau que nous trouverons dans une roie », ce sera l'oiseau de 
la plume. » Ils s^en allêreni donc dans les champs, et le premier oiseau 
qu'ils trouvèrent dans une roie, ce fut l'oiseau de la plume. 

Le jeune garçon s'empressa de porter l'oiseau au roi ; mais, au bout 
de deux ou trois jours, l'oiseau mourut. Alors les serviteurs dirent au 



1. Bien que le récit ne le dise pas expressément, le parrain, que nous venons 
de voir emporter l'etifant sur son dos, a pris la forme d'une mule, — La jeune 
fille dont nous tenons ce conte interprétait dans un sens figuré ces mots: * Hél 
ma mule, hé! ma mule! » II est évident qu*it faut les prendre à la lettre. Dans 
la plupart des contes de ce type, le héros est aidé dans ses entreprises par un 
cheval merveilleux, et nous a|cuterons que, dans un de ces contes recueillis en 
Basse Bretagne, la Sainte-Vierge est envoyée par Dieu au jeune homme sous la 
fornsf d'une jument blanche. 

3. RoU, fait: sillon tracé par la charrue entre deux champs. 



I7S E. COSQUIN 

roi que le jeune garçon s'était vanté de ressusciter l'oiseau. Le roi le 
fit appeler. « Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté de ressusciter l'oi- 
seau. — Non, sire, je ne m'en suis pas vanté. — Que tu t'en sois vanté 
ou non, mon ami, si l'oiseau n'est pas ressuscité demain pour les neuf 
heures du matin, tu seras pendu. » 

« Hé! ma mule, hé ! ma mule ! ~ Elle te fera bien du mal, cette 
plume! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, coupe-moi la 
tête. Tu y trouveras de l'eau, que tu donneras à boire à l'oiseau, et aus- 
sitôt il reviendra à la vie. Puis tu me rajusteras la tête sur les épaules et 
il n'y paraîtra plus. « Le jeune garçon fit ce que son parrain lui conseil- 
lait, et, dès qu'il eut versé l'eau dans le bec de l'oiseau, celui-ci fut res- 
suscité. Puis il remit la lête sur les épaules du parrain et il n'y parut 
plus. 

Les serviteurs, de plus en plus jaloux, dirent au roi que le jeune gar- 
çon s'était vanté d'aller chercher la Belle aux cheveux d'or, qui demeu- 
rait de l'autre côté de la mer. Le roi fit venir le jeune garçon. « Mon 
ami, on m*a dît que tu t'es vanté d'aller chercher la Belle aux cheveux 
d'or, qui demeure de l'autre côté de la mer. — Non, sire, je ne m'en 
suis pas vanté. Je n'ai jamais entendu parler de la Belle aux cheveux 
d'or, et je ne sais pas même où est la mer. — Que tu t'en sois vanté ou 
non, mon ami, si la Belle aux cheveux d'or n'est pas ici demain pour les 
neuf heures du malin, tu seras pendu. »> 

<• Hé ! ma mule, hé ! ma mule l — Elle te fera bien du mal, cette 
plume ! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec 
moi. Nous emporterons un tambour, et, quand nous aurons passé la 
mer, nous battrons la caisse dans le premier village où nous entrerons, 
et la première jeune fille qui se montrera, ce sera la Belle aux cheveux 
d*or. Je la rapporterai sur mon dos. i> Us traversèrent donc la mer. Dans 
te premier village où ils entrèrent ils battirent la caisse, et la première 
jeune fille qui se montra, ce fut la Belle aux cheveux d'or. Ils la prirent 
avec eux et se remirent en route pour revenir chez le roi. Quand ils 
furent sur la mer, la jeune fille jeta son anneau et sa clef dedans. 

Dès que le roi vit la Belle aux cheveux d'or, il voulut l'épouser; mais 
elle déclara qu'elle ne voulait pas se marier si son père et sa mère 
n'étaient de la noce. Les serviteurs dirent alors au roi que le jeune gar- 
çon s'était vanté d'aller chercher les parents de la Belle aux cheveux 
d'or. Le roi fit appeler le jeune garçon, 'i Mon ami, on m'a dit que tu 
l'es vanté d'aller chercher le père et la mère de la Belle aux cheveux 
d'or. — Non, sire, je ne m'en suis pas vanté. — Que tu t'en sois vanté ou 
non, mon ami s'ils ne sont pas ici demain pour les neuf heures du 
matin, tu seras pendu. » 

« Hé ! ma mule, hé ! ma mule ! — Elle le fera bien du mal , cette 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I79 

plume ! Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec 
moi. Nous emporterons encore un tambour; et, quand nous aurons 
passé la mer, nous battrons la caisse dans le premier village où nous 
entrerons, et le premier et la première qui se montreront seront les 
parents de la Belle aux cheveux d'or. >» Ils traversèrent donc la mer. 
Dans le premier village où ils entrèrent, ils battirent la caisse, et le pre- 
mier et la premiière qui se montrèrent, ce furent les parents de la Belle 
aux cheveux d'or. 

Quand ses parents furent arrivés, la Belle aux cheveux d'or dît qu'elle 
avait laissé tomber son anneau et sa clef dans la mer, et qu'elle voulait 
les ravoir avant de se marier. Les serviteurs dirent au roi que le jeune 
garçon s'était vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et la clef de 
la Belle aux cheveux d'or. Le roi le fit appeler, -x Mon ami, on m'a dit 
que tu t'es vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et la clef de la 
Belle aux cheveux d'or. — Non, sire, je ne m'en suis pas vanté. — Que 
tu t'en sois vanté ou non, mon ami, si tu ne les as pas rapportés ici 
demain pour les neuf heures du matin, tu seras pendu. « 

« Hé ! ma mule, hé ! ma mule ! — Elle te fera bien du mal, cette 
plume î Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec 
moi sur le bord de la mer. Le premier pêcheur que nous verrons, nous 
lui demanderons son poisson, et, quand on ouvrira le poisson, on trou- 
vera dedans l'anneau et la clef, » Tout arriva comme le parrain 
l'avait dit. 

Alors la Belle aux cheveux d'or déclara qu'elle ne voulait pas se 
marier avant que le jeune garçon ne fût pendu. Le roi dit à celui-ci : 
« Tu m'as rendu bien des services ; je suis désolé de te faire du mal ; 
mais il faut qu'aujourd'hui tu sois pendu. » 

Le jeune garçon sortit en pleurant. « Hé i ma mule, hé ! ma mule ! 
— Elle te fait bien du mal, cette plume! Je t'avais bien dit de ne pas 
la ramasser. Ecoute : Quand tu seras sur l'échafaud, au pied de la 
potence, il y aura sur la place quantité de curieux. Demande au roi une 
prise de tabac : il ne te la refusera pas. Puis jette le tabac sur les assis- 
tants, et tous tomberont morts. ») 

Etant donc au pied de la potence, le jeune garçon demanda au roi 
une prise de tabac. « Volontiers, mon ami, >• dit le roi; « tu m'as rendu 
bien des services ; je ne puis te refuser ce que tu me demandes, n Alors 
le jeune garçon jeta le tabac sur les gens qui se trouvaient là, à l'excep- 
tion de la Belle aux cheveux d'or, et tous tombèrent morts. Puis il des- 
cendit de l'échafaud et se maria avec la Belle aux cheveux d'or. 

Moi, j'étais à ta cuisine avec un beau tablier blanc; mais j'ai laissé 
tout brûler, et l'on m'a mise à la porte. 



i8o E. cosi:iyiN 

Ce conte, altéré sur divers points, se rattache au même thème que notre n* j, 
Le Roi d'Angleterre et son Filleul. Nous renverrons aux remarques de ce n» j, 
remarques qu'il serait facile d'allonger, et nous étudierons ici ce que notre conle 
actuel a de particulier. 

Faisons d'abord remarquer que dans un conte breton (F. M. Luzel, Vcillies 
hretonnes, p, 148), nous trouvons réunis et comme juxtaposés plusieurs des 
traits distinctifs des deux contes. L'introduction est celle du Roi d'Angleterre et 
son Filleul. Le (ils du roi de France s'étant égaré à ta chasse, arrive dans la 
maison d'un charbonnier dont la femme est en couches ; il se propose pour être 
parrain de l'cnfaot et laisse une lettre que son filleul doit lui rapporter à lui- 
même quand il pourra la lire. Quand l'enfant se met en route pour Paris, son 
père lui recommande de ne voyager ni avec un bossu, ni avec un boiteux, ni 
avec un cûcous (sorte de paria, de lépreux !. Ayant rencontré d'abord un bossu, 
puis le lendemain un boiteux, Petit-Louis rebrousse chemin. Le troisième jour, 
en longeant un grand bois, il aperçoit sur un arbre une plume qui brillait comme 
le soleil. Malgré les avertissements de son vieux cheval, il ramasse la pJume; 
puis il s'arrête pour boire à une fontaine. Pendant qu'il est penché, un cûcous 
le pousse dans l'eau , après lui avoir pris dans sa poche ta lettre du parrain, 
saute sur le cheval et part au galop. Le roi l'admet i sa cour, le croyant son 
filleul. Petit-Louis arrive à son tour au palais oh il s'engage comme valet 
d'écurie. [I retrouve son vieux cheval dans les écuries du palais. Tous les soirs 
il se sert de sa plume merveilleuse pour s'éclairer pendant qu'il panse ses che- 
vaux. Le «tcous, ayant remarqué cette lumière, va prévenir le roi, qui surprend 
Petit-Louis et lui demande ce que c'est que cette pîume. Petil-Louis lui répond 
que c'est une plume de la queue du paon de la princesse aux cheveux d'or, 
qui demture dans son chiteau d'argent. Le roi prend la plume, et le cûcous lui 
dit que Petit-Louis s'est vanté de pouvoir amener au roi la princesse aux 
cheveux d'or. Petit-Louis est obligé de tenter l'entreprise. Conformément aux 
conseils de son vieux cheval, il emporte des provisions de diverses sortes et ras- 
sasie, chemin taisant, différents animaux. (Cet élément de notre thème, l'élément 
des animaux secourus et se montrant plus tard reconnaissants, a complètement 
disparu de notre Belle aux cheveux d'or. On se rappelle qu'il existe, bien con- 
servé, dans le Rot d'Angleterre et son FilleuL) Arrivé au palais de la princesse 
aux cheveux d'or, il se voit imposer par celle-ci diverses épreuves dont il vient 
à bout, grlce à l'aide des animaux ses obligés. Enfin la princesse consent à 
suivre Petit-Louis chez le roi, qui veut aussitôt épouser la jeune fille. Mais elle 
veut d'abord qu'on lui apporte son château d'argent. Puis, — le cWtcau ayant 
été apporté par Petit- Louis, à peu près par le moyen qu'emploie en pareille 
occasion le héros de notre n" j, — la princesse demande les clefs de son châ- 
teau qu'elle a jetées dans la mer. Le roi des poissons, reconnaissant, les procure 
à Petit-Louis. Enfin la princesse dit au roi qu'il devrait se rajeunir au moyen 
de l'eau de la vie et de l'eau de la mort. C'est encore Petit-Louis qui reçoit 
l'ordre d'aller chercher une fiole de chacune de ces eaux. Le vieux cheval lui 
indique le moyen de se faire apporter les deux fioles par un corbeau. Quand 
Petit-Louis rentre au palais, le roi demande aussitôt à être rajeuni. La prin- 
cesse verse sur lui quatre gouttes d'eau de la mort^ et aussitôt le roi meurt. 
Alors elle épouse Petit-Louis. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS l8t 

Cette fin du conte breton présente une lacune, l^eau de la vie ne jouant ici 
aucun rôle. Nous trouverons dans d'autres contes, que nous citerons tout J 
l'heure, cette dernière partie plus complète. 

Parmi les contes du type de la Beltc aux cheveux d'or^ nous n'en connaissons 
qu'un petit nombre dont l'introduction soit analogue à celle de notre conte lor- 
rain. Nous citerons un conte danois (Grundtvig, Danhcht Volksmarchtn. trad. 
alK de l'ouvrage original, t. Il, p. i). Des pauvres gens ne peuvent trouver un 
parrain pour leur dernier enfant. Un mendiant, à qui ils ont fait l'aumône, 
s'offre à être parrain du petit garçon. On l'accepte et, quand il s'en va, la céré- 
monie faite^ il donne aux parents une petite clef, en leur disant de la garder 
soîgneosemenl jusqu'à ce que l'enfant ah quatorze ans. Avec celte clef le jeune 
garçon ouvre la porte d'une belle petite maison qui est tout d'un coup apparue 
devant la cabane de son père. Il y trouve un petit cheval, sur îequel il va cher- 
cher fortune, — Cette introduction se rencontre, presque complètement sem- 
blable, dans le conte westphalien n" 1 26 de la collection Grimm. Du reste le 
conte danois correspond presque sur tous les points au conte de Grixm, avec 
celte seule différence qu'il est en généra! moins altéré. 

Nous avons dit plus haut , dans une note, qu'évidemment dans notre conte lorrain 
le parrain avait pris la forme d'une mule. Un conte de la Basse-Bretagne, intitulé 
Trcgonl-à-Baris (F. M. Lu2el, 4<' rapport), auquel nous avons fait allusion danscette 
note, a quelque chose d'analogue. Un enfant nouveau-né abandonné est trouvé 
par Notre-Seigneur et saint Pierre, qui le confient i une nourrice. A seize ans, il 
veut voyager, va à Paris et devient valet d'écurie chez le roi. Ses chevaux sont 
les plus beaux ; il est félicité par le roi. Les autres valets, envieux, disent au roi 
que Trégontà-Baris (c'est le nom du jeune garçon) s'est vanté de pouvoir aller 
demander au soleil pourquoi il est si rouge quand il se lève. Le roi ordonne au 
jeune garçon d'y aller, Trégoni-A-Baris trouve â la porte une belle jument 
blanche qui l'emporte et plus tard lui donne des conseils. Le conte entre ensuite 
dans le cycle d'aventure du n° 29 de Grimm, le Diahie aux trois cheveux d'or, puis 
passe dans celui de notre Belle aux ckevcux d*or. Quand, à la fin, Trégont-à- 
Baris épouse la « princesse au château d'or, » on voit entrer, pendant le festin 
des noces, une femme d'une merveilleuse beauté, qui dit qu'elle est la Vierge 
Marie, que Dieu avait envoyée vers Trégonl-à-Baris sous la forme d'une jument 
blanche. 

On a déjà remarqué, dans le premier conte breton dont il a été parlé ici, le 
passage où il est question de la plume que le jeune homme ramasse malgré les 
avertissements de son chevaL Ce passage, qui manque dans Trcgonl-à-Baris^ 
existe encore dans un troisième conte breton, iiîtitulé la Princesse de Trimènèzaour 
(F. M. Luzel, 4' rapport}. Là c'est une mèche de cheveux d'or, brillante comme 
une flamme, que le héros ramasse, et cette mèche de cheveux, avec laquelle il 
éclaire le soir son écurie, est cause que le roi lui ordonne d'aller chercher la 
princesse de Tréménézaour, de qui viennent ces cheveux. 

Dans un conte russe (Ralston, Russiûti FoIk'taUi, p. 287), un chasseur trouve 
dans une forêt une plume d'or de 1' « oiseau de leu *. Malgré les avis de son 
cheval, il ramasse cette plume et la porte au roi, qui l'envoie i la recherche de 
l'oiseau lui-même. Il est probable que La suite des aventures se rapporte i notre 
thème ; mais M. Ralston ne cite que ce passage. — Dans un conte des Tsigane 



l8i E. COSQUIN 

de la Bukovine {Mémoires de l'Académie ât Vienne^ t. XXIII, 1874, p, 277 seq., 
n* 9), le héros, Tropsen, dénoncé par ses méchants frères, est également envoyé 
à la recherche de l' « oiseau de la plume », comme dit notre conte lorrain, puis 
d'une certaine jeune fille. Ici ce n'est pas sur un chemin que Tropsen a ramassé 
la plume. Se trouvant avec ses frères chez une vieille qui possède un oiseau d'or, 
il a pris, malgré son cheval, une plume de cet oiseau. Ensuite, chez le comte 
au service duquel il entre comme cocher, il attache chaque soir sa plume au 
mur de l'écurie, et elle éclaire comme un cierge. — Voir encore deuï contes 
serbes (Archiv fur slavischc Philologie, t. V, p, 75 seq.) et un conte du * pays 
saxon I» de Transylvanie (Haltrich, n* 10), lequel a ceci de particulier que c'est 
sur le conseil de son cheval, et non malgré ses avertissements, que le jeune 
garçon ramasse successivement trois plumes, l'une de cuivre, la seconde d'ar- 
gent et la troisième d'or. — Le conte danois déjà cité offre sur ce point un 
détail tout particulier. Le héros a ramassé trots plumes d'or, malgré les observa- 
tions de son cheval ; quand on rapproche ces plumes, on voit la plus belle tête de 
femme qu'on puisse imaginer. Le jeune homme entre au service d'un roi comme 
valet d'écurie. Tous les soirs il sVnferme dans sa chambrette, que les plumes 
éclairent, et copie la belle image. Comme il est défendu d'avoir de la lumière 
dans les chambres auprès de Técurie, le palelrenier en chef entre chez le jeune 
homme, qui a le temps de cacher ses plumes ; mais le palefrenier s'empare de 
son dessin. Le roi reconnaît ce dessin pour être le portrait de la plus belle 
princesse du monde, dont il a fait périr le père après s'être emparé de son 
royaume. Elle a disparu, et les recherches du roi ont été inutiles. Il dit au 
jeune homme qu'il doit savoir où elle est, puisqu'il a son portrait, el il lui 
ordonne de lui amener la princesse. — Dans la Basse-Bretagne on a recueilli 
une lorme très curieuse de ce même thème (A. Troude et G. Miiin, le Conteur 
breton, Brest, 1870. Voir le conte intitulé la Perruque du roi Fortunaïus). Jean, 
qui s'est mis en route sur son cheval, aperçoit un ]our deux corbeaux qui se 
battent. Il voit tomber par terre un objet qu'ils ont lâché. « Que peut être 
cela? Il faut que je le sache, — Il vaudrait mieux poursuivre ta route, » dit le 
cheval. Mais le icune homme ne veut rien entendre ; il ramasse l'objet et voit 
que c'est une perruque, sur laquelle est écrit en lettres d'or que c'est la per- 
ruque du roi Fortunatus ; il la met dans sa poche. Il entre comme garçon 
d'écurie chez le roi de Bretagne. La première nuil qu'il couche au-dessus de 
ses chevaux, il est réveillé par la clarté qui illumine sa chambre; il voit que 
c'est la perruque, qui brille comme le soleil. Désormais l'écurie est mieux éclai- 
rée que le palais du roi. Au carnaval, Jean se déguise et met sa perruque : ta 
ville est éclairée partout où il passe. Le roi va pour le voir et ne le reconnaît 
pas, A la fin, Jean lui dit qu'il est le garçon d'écurie* Le roi s'empare de la 
perruque. Les autres girçons d'écurie, jaloux de Jean, vont dire au roi que le 
jeune homme connaît le roi Fortunatus et qu'il a dit plusieurs fois que, s'il 
avait voulu, il aurait obtenu de lui sa fille en mariage. Le roi ordonne à Jean 
de lui aller chercher la fille du roi Fortunaïus. — Nous signalerons encore un 
conte allemand assez singulier (L. Bechstein, Mitrchcnbuch, p. 102). Un père 
prend pour parrain de son petit garçon un bel enfant, qui est NotreSeigneur, 
et qui laisse comme cadeau â son filleul un cheval blanc Devenu grand, le 



CONTES POPULAIRES LORRAINS l8j 

filleul monte sur son cheval et s'en va courir le monde. Chemin faisant, il voit 
par terre d'abord une plume de paon, puis une seconde, qu'il ne ramasse ni Tune 
ni l'autre, sur le conseil du cheval. Il en ramasse une troisième, et il est nommé 
roi dans une ville où il arrive. S'il n'avait pas ramassé cette troisième plume, il 
en aurait trouvé une quatrième et serait devenu empereur. 

Le conte westphalien de Griram (n* 126), déjà mentionné, présente ici une 
altération notable, sur laquelle il convient d'insister, surtout à cause de l'inter- 
prétation que Guillaume Grimtn a donnée de ce passage. Le jeune garçon du 
conte allemand ramasse, lui aussi, une plume. La suite de l'histoire ne montre 
en aucune façon quel râle a pu jouer cette plume, qui est ici une plume à 
écrire [Schn^eddtr, en patois westphalien). Guillaume Grimm admet sans hésita- 
tion que cette plume est un bâton runique iwenigstcns ist die gijundtm Schràbjc-' 
dtT gewhs ein soUher [Runtnstab\\. S'il avait connu toutes les formes de cet 
épisode que nous avons citées, il aurait assurément laissé en paix les runes et 
les bâtons runiques. Nouvel exemple du danger des conclusions précipitées, sur- 
tout en des matières où Ton doit toujours se demander si l'on possède la forme 
primitive des thèmes sur lesquels on raisonne. 

Au sujet des entreprises imposées au héros, nous avons déjà dit plus haut 
que, dans notre Belle ûux chtvtux d'or^ un élément important a disparu : les 
services rendus par le héros à des animaux, qui ensuite, par reconnaissance, 
exécutent à sa place toutes les tâches qui lui sont imposées. La plupart des 
contes de ce type ont bien conservé sur ce point la forme primitive. Voir les 
remarques de notre n® 3. 

Le dénouement de notre conte lorrain présente une altération, due évidemment 
à quelque conteur facétieux. Nous allons jeter un coup d'oeil sur les formes bien 
conservées. 

Dans le conte danois ci-dessus mentionné, le héros ayant réussi à rapporter 
Teau de la vie et l'eau de la miort demandées par la princesse qu'il a amenée 
au roi, celle-ci veut s'assurer si ce sont les eaux véritables. Le roi fait venir le 
jeune homme, sur lequel on essaie d'abord l'eau de la mort, puis l'eau de la vie; 
il meurt, puis ressuscite, plus beau qu'auparavant. Le roi veut devenir plus 
beau, lui aussi; il subit yne fois l'opération; mais, dans l'espoir d'embellir 
encore, il veut recommencer. Malheureusement pour lui, il ne reste plus d'eau 
de la vie pour le ressusciter. La princesse épouse le jeune homme, qui devient 
roi. — Comparez le conte breton de Trégont-à-Baris ^ un conte italien de la 
collection Comparetti (n" 16), etc. 

Dans notre conte lorrain, l'eau de h vie se retrouve bien, mais simplement 
au milieu du récit, pour ressusciter V « oiseau de la plume *. A quelques traits 
de cet épisode, — le parrain tué pour procurer l'eau de la vie, puis ressuscité, 
— ne semblerait-il pas qu'il y a là un souvenir confus du dénouement que nous 
venons d'indiquer ? 

Dans tout un groupe de contes de notre type, dont nous allons dire un mot, 
il n'est pas question d'eau de la vie ni d'eau de la mort. Aussi le dénouement 
se trouve modifié, bien qu'il soit, dans .«ton idée mère, celui que nous connaissons. 
Ainsi, dans des contes siciliens (Gonzenbach^ n"* jo et Jij, Pitre, n' 54), la prin- 
cesse veut, avant d'épouser le roi, que le jeune homme entre dans un four 



184 E. COSQUIN 

chauffé pendant trois jours et trois nuits. Le cheval du jeune homme dit à son 
maitre de s'oindre de son écume (ou de sa sueur) et le jeune homme sort du 
four sain et sauf et plus beau qu'il n'y est entré, Alors la princesse dit au roi 
d'y entrer lui-même. Le roi demande au jeune homme ce qu'il a fait pour ne 
pas être brûlé ; l'autre lui répond qu'il s'est oint avec de la graisse. Le roi le 
croit et, à peine est-il entré dans le four, qu'il est consumé par les flammes. — 
Dans le conte breton la Perruque du roi Fortunalus, cité plus haut^ la princesse, 
qui s'est fait apporter par Jean son château, puis sa clef, déclare qu'avant 
d'épouser le roi de Bretagne, elle veut que Jean soit brûlé vif sur la place 
publique. Le cheval de Jean dit à celui^i de bien l'étriller, de mettre dans une 
bouteille la poussière qui tombera, et de remplir d'eau la bouteille. Jean deman- 
dera au roi qu'on fasse une sorte de niche au milieu du bûcher; quand le jeune 
homme y sera, il se lavera tout le corps avec l'eau de la bouteille. Jean se con- 
forme à ces instructions et il sort du brasier deux fois plus beau qu'il ne Tétait 
auparavant. La princesse s'éprend d'amour pour Jean et dit au roî: t Si vous 
aviez été aussi beau garçon que Jean, vous seriez devenu le miroir de mes yeux. 
— Et si je fais comme lui, ne deviendrai-je pas aussi beau? — Je le crois. » Le 
roi fait comme Jean, et il est consumé en moins de rien. — Dans un conte 
espagnol (F. Caballero, Cuentos, oraàonts^ admnas.,.^ p, 37) se rattachant aussi 
à notre thème, la princesse Bella-Flor, que José a été obligé d'enlever par ordre 
du roi, demande que José soit, non pas brûlé vif, maïs frit dans de rhuite. Le 
cheval du jeune homme, comme dans un des contes siciliens, lui dit de s'oindre 
de sa sueur. (Comparez un conte italien de la Basiltcate [Comparetti, n** 14], 
où cette forme de dénouement et la précédente sont assez gauchement com- 
binées.) 

D'autres contes présentent ce second dénouement sous une autre forme. Nous 
citerons, par exemple, le conte des Tsiganes de la Bukovine., indiqué précé- 
demment. Là, le héros, après avoir amené au comte son maître certaine jeune 
fille, est obligé d'aller chercher le troupeau de chevaux de cette même jeune 
fille, puis de traire les cavales et de se baigner dans le lait bouillant. Son cheval 
merveilleux souffle sur le lait et le refroidit, et le jeune homme sort de la chau- 
dière plus beau qu'auparavant. Le comte y entre à son tour* mats le cheval y a 
soulflé du feu, et le comte périt, — Comparez, parmi les contes mentionnés plus 
haut, les deux contes serbes et le conte du « pays saxon • de Transylvanie, 
et en outre un conte valaque (Scholt, r 17), qui, du reste, a du rapport pour 
l'ensemble avec notre Bclh aux cheveux d'or. 

Citons enfin, comme étant curieujc, le dénouement d'un conte finnois, du 
même type, mais assez écourté, que M. E. Beauvois a publié dans la Revue 
orientaU et ûmimamc (tome IV, t860j p. j86). Après avoir réussi dans les 
expéditions où il a été envoyé à l'instigation de l'ancien êcuyer, dont il a pris la 
place, le héros est accusé par ce dernier auprès du roi de vouloir s'emparer de 
la couronne. Conduit au supplice, il se sauve deux fois en obtenant du roi, au 
pied de la potence, la permission de jouer d'une harpe ou d'un violon qui for- 
cent les assistants â danser et qu'il a reçus d'un certain diable en récompense 
d'un service rendu (on se rappelle que le héros de notre conte lorrain obtient 
aussi du roi une faveur au pied de la potence), La troisième fois, le roi ne con- 



CONTES POPULAIRES LORRAINS iSç 

sent qu'à grand'peine i le taîsser jouer d'une flûte, également reçue du diable; 
pour ne pas être forcé de danser, il a eu soin de se faire attacher à un arbre. 
Le diable arrive et demande au jeune homme pourquoi on veut le pendre. Après 
en avoir été instruit, le diable saisit le gibet et le lance en l'air, ainsi que l'arbre 
auquel le rot est attaché. Le peuple prend le jeune homme pour roi (Comparez, 
pour cette manière de se sauver du supplice, te n' i lo de Crîmm, dcr Jade im 
Dam, et la variante de notre n» 59, Jcûn de la Noix). 

Au milieu du XVl" siècle, Straparola recueillait en Italie un conte analogue à 
tous ces contes {ti" 1 de la traduction allemande des contes proprement dits, 
par Valentin Schmidt). Livorelto reçoit du sultan, son maître, à l'instigation 
des autres serviteurs, l'ordre d'enlever la princesse Belisandra. Pendant son 
voyage, d'après le conseil de son cheval enchanté, il rend service à un poisson 
et à un faucon. Il enlève la princesse; mais celle-ci, avant d'épouser le roi, 
demande que Livoretto lui rapporte d'abord son anneau, qu'elle a laissé tomber 
dans une rivière, puis une fiole d'eau de la vie. Livoretto appelle le poisson et 
le faucon, qui lui procurent l'anneau et l'eau de la vie. Alors Belisandra tue le 
jeune homme et le coupe en morceaux qu'elle jette dans une chaudière, puis elle 
les asperge d'eau de la vie, et aussitôt Livoretto se relève, plus beau et mieux 
portant que jamais. Le vieux sultan prie la princesse de le rajeunir de celte 
manière. Elle le tue, et le jette à la voirie. Ensuite elle épouse Livoretto. 

En Orient, nous avons â rapprocher du conte lorrain, d'abord un conte des 
Tartares de la Sibérie méridionale, résumé dans les remarques de notre n" j 
(voir ces remarques), et qui se rattache, par le dénouement, au groupe de contes 
(tsigane, serbes, etc.) que nous venons d'examiner. 

Nous citerons ensuite un épisode enclavé dans un conte des Avares du Cau- 
case, très voisin de notre' n*" 19,, le Pdà Bossu (voir les remarques de ce n* 19), 
Cet épisode, sous certains rapports moins complet que le conte lartarc, contient 
le trait de la plume, qui manque dans ce conte *. 

En voici l'analyse : Le héros, un prince, s'est rendu maître d'un cheval mer- 
veilleux. Comme il chevauche, après le coucher du soleil, vers le royaume de 
son père, il voit tout à coup la nuit s'illuminer. Il regarde et aperçoit au 
milieu d'un steppe un objet tout brillant ; c'est une plume d'or, c Faut-il la 
ramasser ou non i* t demande- t-il à son cheval. — t Si tu la ramasses, » répond 
le cheval, c tu en souffriras ; si tu ne la ramasses pas, lu en souffriras aussi. » 
(Comparez, pour ce passage, le conte valaque.) Le prince ramasse la plume et 
la met à son chapeau. Il arrive près d'une ville et s'étend par terre pour dor- 
mir, au milieu de ta campagne, après avoir mis la plume dans sa poche. Le len- 
demain malin, le roi du pays qui, ainsi que ses sujets, a été effrayé de voir la 
nuit aussi claire que le jour, envoie des hommes armés à la découverte. Ces 
hommes rencontrent le prince et l'amènent au roi. Celui-ci demande au jeune 



1. Dans un conte arabe des MitU et une Nuits (t. XI^ p. 175, de la traduction 
allemande dite de Bresbui, se trouve un passage qui n'est pas sans analogie 
avec celui de la plume. Le plus jeune des trois ïils du sultan d'Yémen trouve 
on jour dans une plaine un collier de perles et d'émeraudes. Ce collier ayant 
été remis au sultan, celui-ci déclare qu'il ne sera content que quand il aura 
• yw£au qui a dû porter ce collier. • 



t86 t, COSQUIN 

homme s'il connaît les causes du phénomène qui a eu lieu pendant la nuit. 
Le prince lire la plume de sa poche et la montre au roi^ qui lui ordonne aussi- 
tôt d'aller lui chercher l'être^ quel qu'il soit, dont provient cette plume. Le 
prince apprend de son cheval que la plume vient de la plus jeune fille du Roi 
de la mer: chaque jour^ sous forme de colombe, elle arrive avec ses deux sœurs 
sur un certain rivage pour se baigner dans la mer. Il taudra^ quand elle sera 
dans l'eau, s'emparer de ses vêtements de plumes, et elle sera obligée de suivre 
le prince. (Voir les remarques de notre n«> p, Chatte blanche.) Le prince s'em- 
pare ainsi de la jeune fille et la conduit au roi ; mais la )eune fille déclare à 
celui-ci qu'elle ne t'épousera que s'il redevient un jeune homme de vingt ans. 
• Comment faire? » demande le roi. La jeune fille lui dit de faire creuser un 
puits, profond de cinquante aunes, de le remplir de lait de vaches rouges et de 
se baigner dedans. Quand tout est pr<^t, comme le roi hésite à tenter l'expé- 
rience, elle se fait amener un vieillard et une vieille femme et les rajeunit en les 
plongeant dans le puits. Alors le roi saute dans le puits, tombe au fond et 
péril. 

Un passage du livre sanscrit ta SinhJsana-dvàthnçikd (les c Trente-deux récits 
du Trône ») offre beaucoup d'analogie avec le dénouement des contes tsigane, 
serbes, avare, etc. (/««y/ic/jc S/ut/<>/i, t. XV, 1878, p, j 64- j6^). Une princesse 
de race divine, qui régne dans une certaine ville, a promis d'épouser celui qui 
se précipiterait, pour s'offrir en sacrifice, dans une chaudière remplie d'huile 
bouillante. L'héroique roi Vikramâditya saute sans hésiter dans ta chaudière. 
Tous les assistants poussent un cri d'horreur. Mais la princesse arrive, asperge 
à*amrita (eau d'immortalitël le corps do roi, qui n'était plus qu'aune informe 
masse de chair, et Vikramâditya ressuscite, plus beau qu'auparavant. 

Rappelons en terminant que, dans on groupe de contes, très voisin de notre 
Belle aux cheveux d'or cl qui a été étudié dans la revue Cermama (années 1866 cl 
1867) par MM. Kœhler et Liebrecht, c'est un cheveu d'or, trouvé par le roi, — 
et non par le héros, — qui donne au roi l'idée d'envoyer Je icune homme à la 
recherche de la jeune fille aux cheveux d'or. Nous ne citerons de ce groupe 
qu'un conte tiré d'un livre qui a été publié â Bâle, en 1602, par un Juif, sous 
le titre hébraico-allemand de Maase-Buck. Il s'agit dans ce conte d'un roi très 
impie à qui les anciens du people viennent un jour conseiller de prendre femme 
pour devenir meilleur. Le roi les renvoie à huit jours. Pendant ce délai, un 
oiseau hisse tomber sur lui un long cheveu d'or. Le roi déclare qu'il n'épousera 
que !a femme de qui vient ce cheveu. Il y avait à \i cour un favori du roi, 
nommé Rabbi Chanina, qui connaissait soixante-dix langues ei le langage des 
animaux. Ses ennemis obtiennent du roi qu'il sera chargé d'aller chercher cette 
femme. Chemin faisant, Rabbi Chanina vient en aide à un corbeau, à un chien 
eti un poisson. Les trois animaux reconnaissants accomplissent â sa place les 
tâches qui lui sont imposées par ta princesse aux cheveux d'or. Le corbeau va 
chercher une fiole d'eau du paradis et une 6ole d'eau de l'enfer. Le poisson 
rapporte sur le rivage l'anneau de la princesse. Chanina s'apprête â saisir cet 
anneau, lorsqu'un sanglier se jette dessus, l'avale et s'enfuit ; le chien tue le 
sanglier et retrouve l'anneau. Rabbi Chanina, après avoir amené la princesse au 
roi, est assassiné par des envieux. La jeune reine lui rend ta vie en l'aspergeant 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I 87 

d'eau du paradis. Le roi veut se faire ressusciter aussi. On le tue; mab la 
reine verse sur son corps de l'eau de l'enfer, qui le réduit en cendres, • Vous 
voyez, > dit-elle au peuple, « que c'était un impie; autrement il serait aussi 
ressuscité. » Et elle épouse Chanina. 

Le conte breton la Pcrrutjue du roi Fortunaîus, que nous avons résumé plus 
haut, fait lien entre ce groupe de contes et celui auquel appartient notre Belle 
aux cheveux d'or. 

En Orient, nous trouvons, réunis dans le cadre d'un même récit, le trait 
de l'anneau retiré de Teau par un animal reconnaissant et celui du cheveu, 
Le conte en question a été recueilli par M. Minaef chez les Kamaoniens, cette 
peuplade voisine de l'Himalaya dont nous avons déjà parlé, et il a été traduit 
en russe par cet orientaliste (n^ ? de la collection). Voici le passage : Une péri, 
qui est devenue la femme d'un prince chassé du palais de son père, va un jour 
se taver la tète dans un fleuve. A quelque distance de là se trouvait une ville 
bâtie sur le bord de ce fleuve. Le fils du roi du pays, étant allé se baigner, 
trouve dans l'eau un cheveu de la péri, long de quarante-quatre coudées. 11 dit 
à son père qu'il veut épouser la femme qui a de tels cheveux. Le roi envoie un 
de ses serviteurs qui parvient à enlever la péri. Le prince, mari de la péri, entre 
au service de ce roi, ainsi qu'une grenouille et un serpent, ses obligés, qui, par 
reconnaissance, l'accompagnent, Ja première sous forme de brahmane, l'autre 
sous forme de barbier. Pour se débarrasser du prince, le roi^ d'après le conseil 
d'un de ses serviteurs, laisse tomber son anneau dans une rivière et ordonne au 
jeune homme de le repécher ; sinon il lui enverra une balle dans la tète {sic). 
Alors le barbier reprend sa forme de grenouille, plonge dans l'eau et appelle les 
autres grenouilles, qui arrivent avec leur roi, ainsi que le roi des poissons et ses 
sujets. Us retrouvent l'anneau, et la grenouille (e rapporte au prince. Alors le 
roi veut se battre avec le jeune homme; mais le serpent, qui était devenu brah- 
mane, dit à son bienfaiteur qu'il lui sauvera la vie à son tour; il pique le roi, 
qui meurt'. 

Pour les autres contes, — tout différents des contes du type de la Belte aux 
cheveux d'or^ — où une boucle de cheveux flottant sur l'eau donne l'idée de 
rechercher la femme à qui celte boucle appartient, nous renverrons à noire tra- 
vail sur le vieux conte égyptien des Deux Frères^ publié dans la Revue de^ ques- 
tions hislort^ues, octobre 1877. Aux contes orientaux cités dans ce travail, nous 
ajouterons un conte indien du Bengale (n" 4 des Folk-uks of Bcngai^ publiés 
par M. Lat Behari Oay dans le Bengal Magazine). 

LXXIV. 
LA PETITE SOURIS. 



Un jour, la petite souris était allée moissonner avec sa mère. Celle-ci 
lui dit de retourner à la maison pour tremper la soupe. Pendant que la 

I Une grande partie de ce conte kamaonien a le plus grand rapport avec un 
conte persan du Toùti-Ndmeh (Th. Benfey, introd. au Panlckatantra, p. 217), 
qui n'a pas l'épisode du cheveu. 



E. COSQUIN 

pctîte souris y était occupée, elle tomba dans le pot et s'y noya. VoilÀ 
sa mère bien désolée ; elle se met à pleurer. 

La crémaillère lui dit : « Grande souris, pourquoi pleures-tu ? — La 
petite souris est morte : voilà pourquoi je pleure. — Eh bien ! » dit la 
crémaillère, ^ je m'en vais grincer des dents. » 

Le balai dit à la crémaillère : <c Pourquoi donc grinces-tu des dents ? 
— La petite souris est morte, la grande la pleure : voilà pourquoi je grince 
des dents. — Eh bien! » dit le balai, a je m'en vais me démancher. » 

La porte dit au balai : « Pourquoi donc te démanches-tu ? — La 
petite souris est morte, la grande la pleure, la crémaillère grince des dents : 
voilà pourquoi je me démanche. — Eh bien ! » dit la porte, « je m'en 
vais me démonter. « 

Le fumier dit à h porte : « Pourquoi donc te démontes-tu ? — La 
petite souris est morte, la grande la pleure^ la crémaillère grince des dents, 
le balai se démanche : voilà pourquoi je me démonte. — Eh bien ! » dit 
le fumier, « je m'en vais m 'étendre. « 

La voiture dit au fumier : tt Pourquoi t*étends-tu donc ? — La petite 
souris est morte, la grande la pleure> la crémaillère grince des dents, le 
balai se démanche, la porte se démonte ; voilà pourquoi je m'étends. — 
Eh bien! » dit la voiture, « je m'en vais reculer jusqu'au bois. » 

Les feuilles dirent à la voiture : « Pourquoi donc recules-tu jusqu*au 
bois ? — La petite souris est morte, la grande la pleure, la crémaillère 
grince des dents, le balai se démanche, la porte se démonte, le fumier 
s'étend : voilà pourquoi je recule jusqu'au bois. — Eh bien, » dirent les 
feuilles, u nous allons tomber. » 

Le charme dit aux feuilles : « Pourquoi tombez-vous donc ? — La 
petite souris est morte, h grande la pleure, la crémaillère grince des 
dents, le balai se démanche, la porte se démonte, le fumier s'étend, la 
voiture recule jusqu'au bois : voilà pourquoi nous tombons. — Eh bien! » 
dit le charme, <t je m'en vais me fendre, w 

Les petits oiseaux dirent au charme : " Pourquoi te fends-tu donc ? — 
La petite souris est morte, b grande la pleure, la crémaillère grince des 
dents, le balai se démanche, la porte se démonte, la voiture recule jus- 
qu'au bois, les feuilles tombent : voilà pourquoi je me fends. — Eh bien ! » 
dirent les oiseaux, <i nous allons nous noyer dans la fontaine, n 

Et ils se noyèrent tous dans la fontaine. 



Ce conte e$t une variante de notre n" i8, P^uit et Punce (Pou et Puce). 

Aux contes hessois, norwégien, grec moderne, siciliens, français, mentionnés 
dans les remarques de ce conte, il faut ajouter les contes suivants, imprimés 
pour la plupart depuis ta publication de Peaii et Pnnu : un conte du pays mes- 
sin, Pou et Puc£ {Mciusint^ n'' du 20 septembre 1877) ' ^^^^ contes delà Haute- 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 189 

Brelagne, la Mort du rat (P. Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne^ 
n» $$) et le Rai et ta Rdtesse (P, Sébillol, Littérature orale de la Haute-Bretagne, 
p. 2J2); un conte milanais, le Rat et la Rate (V. imbriani, Conlt Pomighanesi^ 
p. 270) ; un conte catalan, le Pou et la Puce, publié par M. Maspons y Labros 
dans la revue de Barcelone Lo Gay Saber (n" du 1 ^ janvier 187S) ; un conte 
espagnol, la Petite fourmi (F. Caballero, CuentoSj Oraciones, Admnas...fP. j de 
réd. de Leipzig, 1878); enfin un conte portugais (Ad. Coelho, Contos popalarti 
portuguezes. Lisbonne, 1879, n» j). 

Notre conte de la Petite Souris a, pour la forme générale, plus de ressem- 
blance avec tous ces contes que notre n» 18. Dans ce dernier, en effet, c'est le 
pou qui s'en va annoncer à chacun des personnages du petit drame la nouvelle 
de la mort de la puce (de même dans le conte messin ^ le seul qui fasse excep- 
tion), tandis que, dans tous les autres contes, cette nouvelle setransmet de proche 
en proche. Ainsi, dans le conte portugais, quand Jean le Rat s'est noyé dans la 
marmite aux haricots, sa femme, le petit crabe, se met à plcyrer. Alors, le tré- 
pied, apprenanl ce dont il s'agît, se met à danser; en le voyant danser, la porte 
s'informe de ce qui est arrivé et se met à s'ouvrir et â se fermer ; puis, â mesure 
que la nouvelle va de t'un 1 l'autre, la poutre se brise, le sapin se déracine, 
les petits oiseaux s'arrachent les yeux, la fontaine se sèche, les serviteurs du 
roi cassent leurs cruches, la reine va en chemise à la cuisine et finalement le 
roi se traîne le derrière dans la braise (sic). 

Malgré l'identité de titre entre notre Peui! et Punce et le Pou et Puce de Grimm 
(n« jo), notre Petite Souris ressemble beaucoup plus à ce dernier. Cest même, 
parmi tous les contes de ce genre que nous connaissons, avec ce conte hessois 
qu'elle a le plus de rapports pour les personnages mis en scène. Ces personnages 
sont, dans le conte hessois : la porte qui grince, le balai qui balaie, la voiture 
qui court, le fumier qui brûle, l'arbre qui se secoue et enfin la fontaine qui coule 

^et qui noie tout. 
Les deux versions de ce conte recueillies â Mcntiers sont donc indépendantes 
l'une de l'autre. 



LXXV. 
LA BAGUETTE MERVEILLEUSE. 



Il était une fois un homme €t une femme qui ne possédaient rien au 
monde. Ils s'en allèrent dans un pays lointain. Le mari obtint un terrain 
pour y bâtir, et, sans s'inquiéter comment il pourrait payer les ouvriers, 
il fit commencer les travaux pour la construction d'une belle maison. 
Quand la maison fut près d'être terminée, il comprit son imprudence : 
les maçons et les charpentiers devaient réclamer leur paiement dans trois 
jours ; il ne savait plus que devenir. Il sortit désespéré. 

Comme il marchait dans la campagne, il rencontra le démon qui lui 
demanda pourquoi il était si triste. « Hélas ! » dit l'homme, v j'ai fait 
bâtir une maison ; c'est dans trois jours que je dois la payer, et je n'ai 
pas un sou, — Je puis te tirer d'affaire, n dit le démon, u Si tu promets 



r - .?= - «rre porte, je te donne deux 

r ^:: r-^^s^rEjn! et reçut les deux mil- 

. --rr ÀV.vchait d'un garçon : on le 

.v-jr.' :. avait un gros B sur la 

. i >:..T roisible ; on lui donna un 
_-: :ri>. depuis sa naissance, son 
;^ -. -iv.o.re s'en étonnait. 

-..-.. i-j il dit à son précepteur : 

. ^ . . .\..-s chagrin ? — Si vous vou- 

- : :.--: votre père de venir se 

•rr v:s li, demandez-lui la cause 

.. . ^::-ï. menacez-le de lui brûler la 

^ r:: Jfjx pistolets dans ses poches 

. >. î . ïv .ui faire un tour de prome- 
> . .v.s * Mon père, » dit Bénédi- 

. . .\.i >-:7lie de m'en dire la cause. » 
, -. ;.--:;■* ses prières, Bénédicité prit 
. , c :vre» « que veux-tu faire ? — 

. ^ .X' ^-îsuiie si vous refusez de me 
. . : ..- ptVe, « avant ta naissance 

.. .^-..v Jans trois jours. — N'est-ce 
•. v.> .\-«*r du diable. Demain j'irai 
^.. . .\t;.iT ainsi, le père se sentit le 

^ ... .- i<mc. Lorsqu'il se fut avancé 

•:.... ;^:s ', il entendit la voix d'un 

v\v .':te ! - Est-ce moi que vous 
•,■ X, v»v»,'i une baguette au moyen de 

.. ^ .».;»iras. « 
.....: »'■' K-homin et, après une longue 

. .....^. c \ ov.mt entrer, lui dit : « Ah ! 

. ,\- »'rtM- mes bottes pour t 'aller 
.xv.v. î'auire, « puisque me voilà. 



V.'l . 



,\» bonnes choses. Quand il eut 
. ^ ..ivî.: me donner à faire ^ Je n'aime 
V . .:> K\niper du bois, n lui dit le 
,x »vu' ' ^Vrlaincment. C'est le pre- 



CONTES POPULAIRES LORRAINS I9I 

mier métier que mon père m'a appris. » Le démon le conduisit dans une 
grande forêt. « Commence par ce bout-ci, » lui dit-il. « Tu me feras de 
la charbonneite et du gros bois. » 

Une fois le démon parti, Bénédicité arracha une racine et donna des- 
sus un coup de baguette ; aussitôt voilà toute la forêt par terre. Puis il 
prit un charbon allumé, te frappa de sa baguette, et voilà tout le bois en 
charbon. Après quoi il reprit le chemin de la maison, où il fiiî presque 
aussitôt que le démon. « J'ai fini, » lui dit-iL — « Quoi ? tout est fait ? — 
Oui ; mais j'ai faim. Donne-moi à manger. ~ Tu manges trop; tu veux 
mt ruiner, — Si tu n'es pas content, donne-moi la signature de mon 
père, et je m'en irai. « 

Le diable voulut voir comment le jeune homme avait travaillé. Arrivé 
à l'endroit où était son bois» il fut bien en colère. « Comment ! » cria- 
t-il, « voilà tout mon bois par terre ! Que vais-je faire maintenant? — 
Tu n'es pas content ? ^ dit Bénédicité. « Rends-moi la signature de mon 
père, et je m'en irai. Sinon, donne-moi de l'ouvrage. — J'ai deux 
étangs, 31 dit le diable -, « dans l'un, il y a du poisson ; dans l'autre, il 
n'y a que de la boue. Tu mettras ce dernier à sec ; pour l'autre, tu le 
laisseras comme il est. » 

Lorsque Bénédicité fut près des étangs, il donna un coup de baguette 
sur celui où il voyait des poissons. Aussitôt l'étang se trouva vidé et les 
poissons transportés dans l'étang boueux, où ils ne tardèrent pas à pâmer. 
Quand le démon vit tout ce bel ouvrage, il dit à Bénédicité : « Mais, 
malheureux, ce n'était pas cet étang-là que je t'avais ordonné de vider. 
— Tu n'es pas content î* » répondit Bénédicité. (( Rends-moi la signa- 
ture de mon père, et je te débarrasserai de ma présence. En attendant, 
j'ai faim, donne-moi à manger. — Tu veux me ruiner! Nous ne devions 
cuire que samedi prochain, et voilà qu'il faut cuire aujourd'hui. Sais-to 
cuire ? — Oui, je sais tout faire, » 

Bénédicité chauffa le four, puis se mit à pétrir. Pendant qu'il travail- 
lait à la pâte, cinq ou six petits diablotins vinrent gambader autour de 
lui. « Bénédicité, fais-moi un gâteau à l'huile. — Bénédicité, fais-moi 
un gâteau au saindoux. — Bénédicité, voici des œufs pour me faire une 
galette. — Vous m'ennuyez tous, n dit Bénédicité. Il en empoigna cinq 
et les jeta dans le four. Le sixième, qui était le plus petit, s'échappa et 
alla dire à son père comment Bénédicité avait traité ses frères. Le démon 
accourut en criant : « Bénédicité \ Bénédicité ! à quoi penses-tu ? Tu ne 
nous fais que du mal ! — Tu n'es pas content ? » dit le jeune homme. 
<« Rends-moi la signature de mon père et je m'en irai. — Tiens, la voilà. 
Va-l'en. » 

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Il arriva le soir dans 
un village où il demanda un g!te pour la nuit. H y avait dans ce village 



190 

de me donner da' 
millions. )> Le p^i 
lions. Quelque !' 
baptisa en gnm ' 
gorge, on dcciiJ.r 

Le petit gar.. ■ 
précepteur qui' 
père était touj-.. :■ 

Un jour ;il r. 
« D'où vient t. 
lez le savoir, 
promener avt 
de sa tristes:^ 
cervelle et c 

Le jeune 
et alla prie: 
nade. Lor-. 
cité, K je V. 
Le père ri. 
ses pistol'. 
Vous bri' 
confier vi 
je t'ai pri 
que cela 
moi-mém 
cœur ur. 

Le le: 
dans la 
ange q; 
appelez. 
laqueli 

Bon 
marct: 
te voi; 
cherc^ 
Mais 

Or. 
bien 
pas 
déni.. 



affff, parce qu'il était, à ce qu'on 

^""^ ^«edidté s'offrit à y passer la nuit, 

j,^ ^r un notaire un acte par lequel 

"^J^ aï don et pur don, sans aucune 

^^i. Il ^^ana un grand feu dans la 

■ " "* I-tfee. Vers onze heures ou minuit, 

■ "^ ^ se mirent à jouer et à sauter. 

' * . .-aBC. li reconnut le douzième pour 

- "' .^ ,^re. « J€ ne ^c ^^s rien à toi, » 

— "* -ji logé dans ta maison. Mais 
'"'^'^^flàit : « Nous gardons ici depuis 
•^ ~ Tj ^t ans, doit nous appartenir. 

-TîtfBi 4"^ y^ donné à ton père. » 

■ '\se Jù était le trésor. Il y avait un 

• •'^ ' "^ 5îîbuis dans la terre. Le jeune 

-•- " "~ ^ ;^r aussitôt. Puis il ordonna au 

►-- '-^ ■" .g gs remonter hors de la cave. Le 

-* " 'jjfi tort, il fut obligé d'obéir, et, 

•^ ^ .janejux. Bénédicité le tua comme 

- - "^ ' ^.Rt ensuite chez ses parents avec 

- -'" '*..j^t "înlier et on m'a mis à la 



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.. >^:oi:'>ot, ConUs populaires Je la Haute- 

,..v i*<c le conte lorrain. Un homme 

'\^ M i-iM^i <î"' ^®'t venir le prendre 

■* ■ "^ - jKVue If petit garçon, ayant appris de 

' « I -naiwa. Un jour, il rencontre la 

- "^j'^i^wecw: tant qu'il aura cette baguette, 

- *"'" jj ç ^ae g.irçon pourra commander à 

' -.-iL"» * svntr»» que son père a signé. — 

^ ,0 J^a^«■ Le petit garçon les roue de 

■ * *^^ ',^, ,M.\ tous les trésors du château. 

' ■ * . ,» ,.^, :;i.tr Etunne^ une introduction du 

\ ,N* ^** remarques de ce conte. 11 existe 

" * i[il ^'t.t'Tf Kuiîaisant se fait promettre, sou- 

^" '"^r., .-w ^a: rti dèiJi né. Nous citerons, comme 

" * ç. ^.,»i;c. -^'usicurs contes allemands ^Grimm 

. ..>^, il Jius$i Grimm n» 5 il. Comparez 

"^.VN«> àf wtre n* 64, a un passage qu'il 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 19^ 

faut relever ici. Pour obtenir de son père la révélation de la cause qui le rend 
chagrin et sujet à des accès de violence, le jeune garçon le menace d'un couteau, 
comme Bénédicité menace son père d'un pistolet, et cela, toujours comme dans 
Bénédicité, sur le conseil de son maître d'école. 

Dans un conte catalan {Rondallayre^ II, p. 86), dont le commencement est 
analogue à notre conte, le jeune garçon joue, comme Bénédicité, toute sorte de 
mauvais tours aux diables, qui finissent par le prier de s'en aller, en lui don- 
nant, sur sa demande, un sac rempli d'âmes (sic). 

Dans la partie du conte lorrain où il est question du séjour du jeune homme 
chez le diable, il s'est mêlé évidemment à notre thème des éléments provenant 
d'un autre thème que nous avons déjà plusieurs fois rencontré dans notre collec- 
tion, le thème de V Homme fort (voir nos n" 14 le Fils du diable, 46 Bénédicité^ 
69 U Laboureur et son valet). Le nom du héros est, du reste, le même dans notre 
n» 46 et dans le conte que nous étudions en ce moment. Seulement le Bénédi- 
cité de ce dernier conte fait au moyen d'une baguette merveilleuse ce que l'autre 
bit grâce à sa force extraordinaire (la forêt abattue). L'appétit prodigieux du 
héros est encore un emprunt fait — assez maladroitement — à ce même thème. 

Pour l'épisode du château hanté par les diables, voir les remarques de notre 
n* 67, Jean sans Peur. Dans ce conte, il n'était pas question d'un trésor déterré 
dans le château sur l'indication des revenants ou des diables. Ce trait, qui figure 
à peu près dans tous les contes du type de Jean sans Peur, se retrouve, on l'a 
vu, dans notre Baguette merveilleuse. 

Emmanuel Cosquin. 
(La fin à une prochaine livraison.) 



Romaniat X 1 1 



CHANTS POPULAIRES 



DU VELAY ET DU FOREZ. 



VIEILLES COMPLAINTES CRIMINELLES. 

Le lecteur trouvera réunis ici quinze chants, qui mettent en œuvre des 
crimes, la plupari de nature fort diverse. Quelques-uns de ces crimes 
ont, par leur cruauté naïve ou le merveilleux qui s'y est introduit, un 
caractère légendaire ; d'autres présentent certaines circonstances précises 
qui leur donnent un caractère de réalité plus immédiate et semblent per- 
mettre de les rattacher à quelque fait déterminé, dont les masses auraient 
reçu une profonde et durable impression. Nous avons pu qualifier de vieilles 
nos complaintes : la plus récente date au moins de près d'un siècle ; nous 
en avons une sorte de preuve matérielle dans le genre de supplices que 
les unes ou les autres mentionnent : écartèlement, décollation, roue, 
bûcher ou potence ; aucune ne fait allusion à la guillotine, qui, à partir 
de 1792, devint l'instrument unique du dernier supplice. 

Des références accompagnent certaines complaintes ; il ne faudrait pas 
conclure que celles que ne suit aucune indication d'analogies soient des 
chants purement locaux ; la France n'a pas été suffisamment fouillée pour 
qu'on puisse dire que, sur tel point, tel chant n'existe pas, et quant à ce 
qui concerne les chants du dehors déjà recueillis, nous les connaissons 
si imparfaitement que bien des rapports nous échappent. 



I. 



LE MARI MEURTRIER. 



Françoise, revenant d'Auvergne, 
Elle s'est assise sur un banc, 
EJle y a resté un gros moment 



2. 
Sa belle-mère vient lui dire : 
< Françoise, il faut l'aller coucher, 
Voilà minuit qui va sonner. 



^^^^^^^^^V CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ I9J ^^^| 


^^^F 


Dans son jardin il Ta mené, ^^^^| 


^ — De cette nuit je ne me couche, 


Trois cotips d'épée lui a donnés. r^^H 


^^H Car j'ai entendu murmurer 


^^M 


^^M Que mon mari voulait me tuer. > 


Mais il n'a pris le cœur de sa femme, ^^^H 


^H 


Aussi celui de son enfant» ^^^H 


^^H Mais quand elle fut dedans sa chambre, 


A sa mère il les a portés. ^^^H 


^^B Trots petits coups on a frappé. 


^^^H 


^^M c Françoise, venez donc m'ouvrîr ! » 


« Mère, voilà le cœur de ma femme, ^^^H 


^H 


Aussi celui de mon enfant, ^^^^| 


^^m Françoise prit sa robe blanche 


Que votre cœur désire tant. ^^^^| 


^^m Et son beau bonnet de nuit, 


1 ^^^H 


^^H A son mari s'en va ouvrir : 


Mère, blanchissez-moi ma chemise : ^^^H 


^H 


Par le pays je veux partir. ^^^H 


^^V < Mari^ aurais-tu le courage 


Adieu ma femme el mon petit 1 » ^^^H 


^H^ De me donner la mort ici^ 


^^^H 


^H Enceinte comme je le suis ? 


Mais nen fut pas parti i Rome, ^^^H 


^K 


N'entendit les cloches sonner : ^^^^| 


^^fe — Y a pas d'enceintement qui fasse : 


C'était sa femme qu'on enterrait. ^^^^H 


^^1 II faut mourir, il faut mourir. 


H- ^^H 


^^1 Adieu ma femme et moo petit ! i 


N'a mis les deux genoux en terre, ^^^H 


^H 


Mais en pleurant, se lamentant ^^^H 


^^M Mais il l'a pris' par sa main blanche, 


D'avoir tué sa femme et son enfant'. ^^^H 


^^^^1 ^^^1 


^^B 


1 Mère,, voici un plaisir, ^^^H 


^^m Bonjour, belle Françoise, 


Peut-être sera un déplaisir. ^^^H 


^^H Le bonjour vous soit donnée 


^^1 


^^M Je suis ici pour vous tuer. 


Tout galant qui tue sa mie ^^^H 


^^H 


Devrait pas être ^^^H 


^^H — Ferez pas^ mon ami Pierre, 


S'en devrait aller par le pays. • ^^^H 


^^B Aurez pitié de moi, 


^^H 


^^M Ou de l 'enfant que j'ai sur moi î 


Si ne prend son épéie ^^^^| 


^H 


Et son manteau joli, ^^^^H 


^^H — Y a pas pitié qui tienne, 


S'en est allé par le pays. ^^^H 


^^M Ni parents, ni amis : 


^^1 


^^m Belle Françoise, faut mourir ! » 


Ne fut pas à la Croix Blanche, ^^^H 


^H 


Vit venir les archers ^^^^| 


^^H N'arrache l'enfant du ventre, 


Et les bourreaux de par derrier. ^^^H 


^^M L'a mis dans un bassin^ 


^^H 


^^m Qu'ère ^ tout d or ou d'argent 6n. 


■ Reversez'vous, montagnes, ^^^H 


^H 


Reversez-vous sur moi 1 ^^^H 


^^m Si lé porte à sa mère : 


Mais que mon Ame soit sauvé' l^» ^^^H 


^^B 1. Écrit â Chazeaux, par Julie Granjeasse. — CL D. Arbaud, Chants popa- ^^^| 


^^M Ittirci de la Provence, II, 69, Lou pastis. 


^^^H 


^H 2. Qui était. 


^^^H 


^^M }. Appris à Sainte'Eulalied'Ardèche 


, et dit à Fraisses par Nannette Lévesque. ^^^H 



ls)^ 



V. SMITH 
II. 



LB MEURTRE DE LA MIE. 



« Uuiiie^-nuti ma chemise blanche, 
A l.t iiu-iiiir jr veux aller. 

Tu veux pas aller A la messe. 
Tu veux aller voir ta maîtresse. 

(^>u'ave/-vous donc, cruelle mère? 
( :4r t()U)ouri vous m'en parlez. 

4- 

- Je voudrais que le cœur de ta mie. 
Je voudrais qu'il soit crucifié. 

S- 

- Que me donnerez'vous, mère, 
Pour aller vous le chercher ? 

6. 
Cent écus dans ma boursette, 
(lent ôcus je te donnerai. 

7- 
Ont (Vui n'est pas grand chose 
l'iiur tuer ce que l'un aimait. 

H. 
'Vm\%, v<t-t-en donc vers ta mie, 
Ttiui ww (trur me l'amener. * 

«>. 
KUh |0 H4Unt n'a pris son épée, 
\ \\u M mio «'m est allé. 

lu. 
h'v'ii v<< h4p|irr A U porte, 
\ U juii w \W «a nu' : 

II. 
« «Mil v%\ sv i\\\\ frjppe à ma porte, 



Qui m'empêche de dormi? 

12. 

— C'est mon tendre coMir, la belle, 
Qui désire de te voir. > 

13. 
Il l'a prise par sa main blanche: 
« Allons, mie, nous promener. > 

«4. 
Mais quand ils furent dessous une 
[ombre: 
« Allons, mie, il fant mourir I 

«$• 

— N'aurais-tu donc le courage 
De me faire mourir ici ? 

16. 

— courage que courage ! 
Allons, mie, te faut mourir i » 

n- 

Mais le galant n'en tire son épée^ 
Dans son cœur il l'a plongé I 

18. 
f O tenez, ma cruelle mère, 
Ce que tant vous désirez ! 

'9- 

— C'est pas le cœur de ta mie, 
Non, c'est le cœur d'un animau *. 

20. 

— C'est bien le cœur de ma mie, 
C'est pas le cœur d'un animau. 

21. 
Tout garçon qui tue sa mie 
Ne doit pas rester au pays. 



I I v« I liiiih |in|iuljires offrent d'autres exemples de cette terminaison en «ii, 
\\\ .tM.titlu-i \ lit ^t'IdJt entre à l'auberge que tient sa femme, qui ne le reconnaît 

• NiiltUt, avez-vous de l'argent? 
l'oui de l'argent, j'en ai pas guère. 



|H4, I 



riMiHHKcrai mon blanc manteau 
\<\ U kidr de mon chevau. » 



Um\% m Ndcl, uiif hrrKère questionne sa camarade sur l'enfant Jésus. 
• K«l il chaud, bergère, est-il chaud? 

V\\\% froid que la glace, doux comme un agneau, 
l4HMh dr la vie n'ai vu son égau. 1 
\\\\\% U \\* \mt\\\\ \n pay&ans disent fréquemment: « Voici votre journau ■ 
)^\\\\\ * \«M«i \\A\t |«iurnal ». 



^^^^^^^^^ CHANTS POPULAÎRES DU VELAY ET DU FOREZ ^^I^^^^^^H 


^^^^v 


24- ^^H 


^^V Donnez<moi ma chemise blanche 


N'en fut pas rentré-z-à la porte, ^^^H 


^^M Et aussi mon manteau gris. 
^^H Je m'en vais à la guerre 


Les gens d'armes n'ont entré. ^^^H 


Si l'ont pris, ils Tont mené, ^^^^| 


^^H Ou dans Tètrange pays. » 


A ta potence ils l'ont monté *. ^^^H 


^^^B ^^1 


^^^^1 ^^^1 

^^^v ^^1 


^^F Tai-t-une belle-mère^ 


— J'ai-t-un grand mai de tête, ^^^H 


^^H Qa*elle ne m'aime pas guère : 


Il me faudrait un prêtre, ^^^H 


^^B Tous les jours s'en va dire à son fils : 


Un prêtre de bonne confession, ^^^^| 


^^M « Quand est>ce que tu la feras mourir? 


Pour me donner l'absolution. ^^^H 
-^ Ta confession, Rosine, ^^^^| 


^^M — Mais attendez, ma mère, 


^^H Mais attendez pas guère, 


Ta confession est faite : ^^^^| 


^^H Mais attendez le dimanche matin, 


Mon couteau sera ta confession^ ^^^H 


^^H J'accomplirai votre dessein. * 


Et mon épé* l'absolution ! • ^^^H 


^^B La belle les écoute. 


Tout venant de le faire, ^^^^| 


^^M Mais elle s'en redoute, 


Rencontra ses trois frères, ^^^^| 


^^M Mais si s'en va se promener^ 


En lui disant : « D"où viens-tu main- ^H 


^^B S'en aperçoit de son fossé 3. 


^H 


^H 


Que tes pieds en sont pleins de sang ? ^H 


^^M S'en va trouver son père^ 


^^^H 


^^M S'en va trouver son père : 


^ S'il faut que tu le saches. ^^^H 


^^H « Père, vous m'avez donné-l-un mari, 


Je reviens de la chasse, ^^^H 


^^H Peut-être il me fera mourir. 


J'ai tant tué des petits lapins blancs, ^^^H 


^m 


Que mes pieds en sont tout en sang. ' ^^^H 


^H^ — Retourne^toi, ma itie, 


^^^^1 


^^H Retourne-toi bien vite, 


— Tu n'as menti, faux traître, ^^^^| 


^^H Retourne-toi dans ton même logis, 


Tu n'as menti, faux traître, ^^^^M 


^^M Le soir, j'irai parlepz-à lui. > 


Je le connais dans ta pâle couleur ^^^^| 


^H 


Que tu viens de tuer ma soeur 1 ^^^^| 


^^M Tout en montant en chambre^ 


^^^^1 


^^H Toujours son cœur lui tremble. 


Il faut que tu périsses, ^^^H 


^^H • Prenez, Rosine, vos plus beaux 


[I faut que tu périsses, ^^^^| 


^^M [habits blancs, 


Toi et ta cruelle mère aussi, ^^^H 


^^H Car fait beau temps parmi les champs. 


Car tous les deux vous étiez compfî's^. » ^^^H 


^^M 1. Appris à Saint-Didier-la-Séauve^ d 
^^H Cf. de Puymiigre, Chants, populaires du 


lit à Saint-Étienne par Julie Damou, — ^^^B 
pdys niesiin, p. 8^, l'Amant barhre. ^^Ê 


^^m 2. C'cst-à-dirc de la fosse qu'on avait creusée pour l'y enterrer. Explication ^H 


^^H de la chanteuse. 


■ 


^^H j. Chamalières. Mariannette Vincent. ^^ 


— C'est une de ces chansons de f'tle- ^M 


^^H de-France qui plaisaient tant à Gérard de Nerval ; on la truuve en Velay et en ^H 



t98 ' 



V. SMITH 



IV. 



LA FILLETTE ET LE CHEVALIER. 



De bon malin Pierre se lève. 
Chez sa mie s'en est allé, 

2. 

En lui disant : « Réveillez-vous, 
Nous irons flaire un petit tour, u 

Mais si t'a pris' par sa main blanche, 
Sur son cheval il J'a monté. 

4- 
En lui disant : ■ Tenez-vous bien, 
Car mon cheval marche à grand train.»» 

Quand i n'en fut sur ces montagnes, 
Dans ces grands bois bien égarés, 

6. 
En lui disant : f Descendez-vous, 
Car c'est le dernier de vos jours. » 

7- 
La belle mît genou en terre, 
Les mains jointes, les larm' aux yeuï, 

8. 
En lui disant : • Pierre, mon ami^ 
Oserais-tu me faire mourir ? » 

9- 
Le galant tire son épée, 
Au fond du cœur lui Ta plongé^ 

jo. 
Lui l'a plongé si rudement^ 
Que son épée n'est toute en sang. 

II. 
Mais si l'a pris' par sa main blanche^ 
Dans \i rivière il t'a jeté. 

12. 

L'a jeté si prolondémenl, 

Que la rivière est toute en sang. 



Y avait là-t-une bergère, 
Qui soignait faire tout cela, 

14- 
En lui disant : « Soigne pas tant, 
Car je potirrais t'en faire autant, v 

«S- 
Son pauvre père, ssi bonne mère, 
Trois joun, trois nuits l'ont tant cher- 

[ché, 

16. 
L'ont tant cherché^ qu'ils ont trouvé 
Une bergère bien égaré'. 

17. 
rt. Oh 1 dites- nous, belle bergère, 
Oh ] dites-nous la vérité. 

18. 
— La vérité, j'ai vu passer 
Une fillette, un chevalier. 

'9 

Suivez le long de la rivière, 
Suivez le long de ce ruisseau, 

20. 
Vous y verrez son sang caillé 
Et son manteau au bord de l'eau. • 

21. 
Le plus jeune de ses trois frères, 
Dans la rivière il s'est jeté, 

22. 
En lui disant : « Sœur Isabeau. 
Qui t'a jeté dans ce ruisseau? » 

Un ange descendit du cièle. 

En lui disant : t C'est son ami » ; 

24. 
En lui disant : « C'est son ami, 
Mériterait d'être puni I * • 



Forez, partout, et presque toujours, très défigurée. Les feuilles d'images qu'Epi- 
nal et Metz répandent en ont vulgarisé, en France, de mauvaises leçons. 

I. Fraisses, Maria Planchet et Antoinette Moulin. Cette complainte, assez 
répandue^ n'a pas toujours le caractère légendaire et merveilleux que lui prête 
la leçon que nous donnons. Dans la plupart des versions, d s'agti simplement 
du valet a un seigneur, las de son amour satisfait avec une servante : 



CHANTS POPULAIRES DU VELA Y ET DU F0RË2 



109 



V. 



LE TRAITRE NOYÉ. 



• Allons, mie, allons promener 
Le long de cette mer courante, 
Allons, mie, allons-y donc, 
Tous nos délices nous prendrons. • 

2. 

Ne furent pas â bord de l'eau, 
La belle n*a demandé boire, 
« Avant de boire ce vin blanc, 
Mie, faut boire votre sang. 

h 
— Mon bel ami, déchaassez-moi^ 
Tirez mes bas, je vous en prie. » 
Elle n'a donné un coup de pied, 
Dans la rivière t'a jeté. 

4- 
Le beau galant fut pas dans l'eau, 
Se garantit par une branche. 
La belle lança son couteau, 
La branche n'a coupé dans Teau. 



î- 



« Mie, donnez-moi votre main, 
Vous donnerai tous mes domaines. 

— Va-t-en, va-t-en, méchant larron, 
Tu as trahi fa Madelon. 

6. 
t Venez anguilles S venez poissons, 
Manger la chair de ce bon drôle, 
Venez anguilles, venez poissons, 
Manger la chair de ce larron I 

7- 

— Mie, qui vous emmènera 
Dans le château de votre père ? 

— Sera pas ce méchant larron, 
Qui a trahi la Madelon. 

8. 

— Mie, que diront vos parents, 
Quand vous verront venir seuletle.'' 

— Je leur dirai la vérité, 
Dans la rivière t'ai jeté*. » 



Je me suis pensé en moi-même : 

D'one femme, qu'en ferai-je ? 
se diUil, et il se répond : 

Je la ferai mourir si loin, 

Que personne n'en saura rîen. 
Une nuit, il la prend sur le cheval de son maître, l'emmène au lom, la perce 
de trois coups d'épée cl la noie. Les trois frèr^.s cle la victiroe se mettent à sa 
recherche, une bergère leur indique la rivière où elle a été jetée, et sans même 
qu'on sache s'ils l'ont trouvée, un dernier couplet coupe brusquement la chan- 
son et nous ramène vers le meurtrier et la peine qui raitend. 

Dessus la place de Valence, 

Et sa sentence fut jugé', 

Et sa sentence fut jugé^ 

A être pendu ou brûlé. 
Une variante dit : 

Entre Pans, entre Valence, 

Sa sentence sera |ugé', 

D'être pendu, d'être brûlé, 

D'avoir aussi le poing coupé. 

1. Variante jnpuuts. 

2. Vorey, Marie Chabrier-Chastel. — Ce chant a été soudé â celui que les 
instructtom d'Ampère donnent sous le nom du Beau Dion, et qui est générale- 
ment connu sous le titre de La Fille dam la tour. C'est sous celte désignation 
que nous l'avons publiée dans la Romania (t, VII, p. 76) sans l'addition 
factice que lui prêtait Mérimée, à qui Ampère en devait la communication. Par 



200 

Des variantes ajoutent : 



V. SMITH 



Tourne ta barque, marinier, 
Mène-moi au château de mon père, 
Tourne ta barque, marinier, 
J'ai cent écus à te donner. 

VI. 

LE MEURTRE DE LA FILLE, 

1 Beau chevalier Briand^ de la guerre venant, 
t n'a pris cent écus, les a mis dans la main, 
Les a mis dans la main de la belle Ysabeau. 

2 c Beau chevalier Briand, garde bien ton argent, 
Garde bien ion argent, je garde mon honneur, 
Je garde mon honneur pour mon fidèle amant, u 

3 Sa mère qui est en fenêtre qui écoutait tout cela : 
> ma fille Ysabeau, tu as fait manquement : 
Tu n'as pas pris l'argent du chevalier Brtand ! 

4 — O mère, ma bonne mère, vous qui m'avez porté, 
Vous qui m'avez porté neuf mois dessur vos flancs, 
Vous qui m'avez porté pour de l'argent gagner * 1 > 

) Sa mère, qui est i la chambre, n'a descendu en bas. 
N'a descendu en bas, un couteau à la main, 
A sa Elle Ysabeau^ au sein lui l'a plongé. 

6 Son frère qui est à l'armée, qui n'a-t-appris cela, 
Qui n'a-t-appris la mort de sa sœur Ysabeau, 
Que sa mère l'a tué à grands coups de couteau. 

7 c Si vous n'étiez pas ma mère, comment je vous ferais ? 
Je vous ferais traîner par quatre ou cinq chevaux. 
Voilà la punition de ma sœur Ysabeau ^. » 



une singulière rencontre, ta même personne qui m'avait dit La Filie dans la 
lour l'a fait suivre immédiatement du chant que nous donnons ci-dessus sous le 
titre : Le Traître noyé, mais elle a changé d'air en même temps qu'elle changeait 
de rythme, et il ne lui est pas venu la pensée de considérer ce second chant 
comme lié au premier et en formant la conclusion. — Cf. Champfleury, Chants 
pop. lies provinces de France^ p. 71, Lyonnais ; de Puymaigre, p. 98, Renaud et 
ses quatorze femmes; voyez les nombreuses références, la plupart extraites de 
M. Nigra et de M. A» Wolf, qu'il indique, Il faut y ajouter de nouvelles analo- 
gies que fournissent des recueils postérieurs aux Ck. pop. du pays meisin. Voy. 
J. Bujeauil, Ch. pop. de l'Ouest^ IL ija; Ferraro, Canti Monferrim^ p. 4, La 
Liber Jtrict. 

1 . La fille veut dire que sa mère n'est devenue grosse que pour s'être vendue 
(interprétation de la chanteuse) , 

i. Thérèse Saignol, Yssingeâux. 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 
VII. 



201 



PARRICIDE. 



Depuis l'âge de dix-huit ans 
Je suis aimé' d'un capitaine, 
Et ma mère, par cruauté, 
nie me l'a pas voulu donner. 

2. 

Un soire toute chagriné', 
Je dis à ma très chère mère : 
c Mère, donnez-moi ce guerrier; 
Sa fantaisie, hélas ! me plaît. » 

3- 
Si sa mère lui répond : 
« Que dis-tu, petite effrontéie? 
Prends un amant de qualité, 
Qui soit égal à ta beauté. 

4- 
— Pour un amant de qualité, 
Ne m'en parlez pas, o ma mère ! 
Je veux soldat, vaillant guerrier. 
Sa ianUisie, hélas I me plaît. > 

$• 
Elle n'eut pas fini cela. 
Voilà son cher amant qui arrive. 
N'a vu sa mie toute en pleurs. 
N'a mis son cœur à la douleur. 

6. 
c Je donnerais cent louis d'or, 
Si quelqu'un veut tuier ma mère ! » 
Le galant tire son pistolet, 



Dans son palais l'a renversé. 

7- 
c Voilà ma mère décédé' I > 
Voilà la justice qui rentre : 
c Mon cher amant, z-embarquons- 
Faisons notre délogement. » [nous, 

8. 
Tout en croyant de s'embarquer 
Pour s'aller marier-z-ensemble, 
Son frère, monsieur le marquis, 
Les a suivis jusqu'à Paris. 

9- 
Nen furent pas dedans Paris, 
Voilà leur sentence jugéie. 
c Et mon amant sera roué. 
Et j'aurai la tète tranchée. 

10. 

J'entends mon amant sous la roue *, 
Qui fait des cris épouvantables, 
Cruelle mère, où êtes-vous ? 
Vous endureriez le martyre, 
Vous endureriez les tourments, 
Qu'on fait souffrir à mon amant 1 » 

1 1. 
Et quand le roi n'a vu cela, 
De ces deux amants bien fidèles : 
c Avant la mort, si j'avais su, 
Dans mon palais, ils auraient vécu 3. » 



VIII. 

SORORICIDE. 

J'ai veillé le moment où mon père et ma mère. 

Où mon père et ma mère sont tous deux par les champs, 

Parlant de leurs affaires tout en se promenant. 

J'entends mon amant sous la roue. 
Que on lui casse tous ses membres, 
De sa bouche, il en sortira 
Le vent qui me consolera. 

(Variante de Marlhes.) 
2. Chanté à Vorey par les demoiselles Dunis et Coianses. Des variantes 




seoesyl 



Itabes. 



JOi V. SMITH 

i Nen furent pas «u quart dehors, j'en ai fermé la porte. 
• Il faut que tu m'accordes d'accomplir mon dessein, 
( >u donc bien je t'enfonce le poignard dans ton sein. » 

dans son sein il l'enfonce, 
pendant cinq i six fois, 



lui fit perdre la voix. 

pardon je vous demande ! 
le démon m'a tenté : 
mon cœur n'était charmé I ■ 



I Le poignard i la main, 
Hans son sein il l'enfonce 
Un mouchoir â la bouche 

^ « Mêlas ! ma soeur, hélas ! 
Pardon je vous demande I 
Kn vous voyant si belle, 

\ Le père en arrivant, trouvant sa fille morte. 
Trouvant sa fille morte, son fils au coin du feu, 
Tout baigné de ses larmes du crime qu'il avait fait. 

ù La mère en arrivant, trouvant sa fille morte, 
Trouvant sa fille morte, le sein tout plein de sang, 
Hélas 1 la pauvre mère tomba morte i TinsUnt. 

7 Les voisins de l'entour entendirent son carnage, 
Mais il vint la justice, i s'en est emparé. 
Au milieu de la place illes l'ont fait brûlera 



IX. 



INFANTICIDE. 



hnltHk Lyon il y a trois filles, 
*M %AWk t'011 vont au bois seulettes, 
( v«l jMMii y tueillir d'ia violette. 

j. 
Mit» H'tMMi'iil pan cueilli trois fleurs, 
\ Y w 4I sW t trtii 4 pris la plus grande, 
l'.jii-i tMU « Oh I la vierge dolente !b 

L 
M 4 m^i«> tjMi iViiiiind crier : 
* \ «Muvni- iiMt riitrfht, ma fille, 
\\\\\ ^litMpi'MiijiiUf te sauvera la vie.» 

) \ \\\W \'\ \\\*\ l'iilpndu, 

\ \ iMi« (Uitt (lit llnf(r df toile fine, 



Elle l'a jeté au profond des abtmes>. 

5- 

La justice vient â passer, 

Si els l'ont pris*, l'ont emmenée, 

Dedans la prison, la belle prisonnière. 

6. 
Trois garçons la sont allés voir. 
« Laissez-nous voir la belle prison- 

[nière, 
Tout le monde dit qu'elle en est fort 

7- [belle. 

— Monsieur, vous la verrez demain, 
Vous la verrez dessur la barrière, 
Le juge par devant, le bourreau par 
[derrière. ■ 



\ \Uii\ \ N'oivy, sous lj dictée de la femme Dunis et de la demoiselle 

( (Vmu \\\\ in uni, Ittrmè par M. le docteur Noëias, et qu'il a bien voulu me 
v«Mt(tM(MU«)tin, «r trouvr irtle variante i nos 3* et 4* couplets : 
I..1 Viirge lui a répondu : 
« 1*1 nuU Ion enfant dans une toile fine, 
Toi le Ir r\^tostfr près d'une église. » 
1.4 |i4uvre fille a mal compris, 
rreiiil xon entant dans une toile fine. 
Le |Hirtr enterrer auprès d'une vigne. 



CHANTS POPULAIRES 

8. 

Mais quand elle fut sur Téchaffaud, 
Baissant les yeux regardant par terre, 
EJIe nen voit venir sa dolente mère : 

9. 
t Ma mère, qu'avez-vous nourri? 
Vous m'avez nourri' jeune-z-et grande, 
Et dans peu de temps vous me verrez 
[pendre. 

to. 

— Oh ! ma fille, console-loi : 

j'ai une bourse de quatre cent mille, 

Des fois ça pourrait te sauver la vie. 

1 1. 

— Ma mère, gardez votre argent, 



OU VELAY ET DU FOREZ 20^ 

Car toute fille qui a fait folie, 
Elle mérite bien d'en être punie. 

t2. 

« Ma mère, j'ai une autre sœur, 
Châtiez la bien, mère, je vous en prie, 
Que jamais garçon ne lui fasse envie. 

« Quand portera ces beaux rubans, 
Ces beaux rubans, ces belles coêffures, 
Demandez lui d'où elles sont venues. 

14. 
— Je la mettrai dans un couvent, 
Dans Je couvent des Ursdines S 
Qu'elle n'y verra ni garçons ni filles *. » 



X. 



MÊME SUJET. — AUTRE CHANT. 



i Qui veut ausir chanson, chansonneite nouvelle ? 
Est faite d'une fille, à l'âge de quinze ans; 
Hélas 1 la malheureuse, a mal passé son temps. 

2 Personne n'en sait rien que sa proche voisine. 
S'en va trouver le juge : t Juge, savez-vous pas? 
Y a des malheurs en ville qu'on ne vous les dit pas ! 

j — Quelle roalheur y aM-il oh ! dis-mot, ma commère ? 

— Une de vos voisines a * accouché cette nuit ; 
Hélas 1 la malheureuse, tous deux les a détroits. » 

4 L'juge monte à cheval^ s'en va trouver la belle. 

« Dieu de bonjour ! la belle, comment vous portez-vous ? 

— Très bien, monsieur le juge, n'ai rien affaire à vous. 

] • Si j'ai eu des enfants, sont-ils de vos affaires? 

puisque jen suis leur mère, 
vous n'y gagnerez pas, 
à pied ou k cheval. » 

toute décbevclée, 
ses cheveux par derrière, 
• Rendez-moi mon enfant, 



J'sots maître de les tuer, 
— Vous faites la rebelle, 
Vous me suivrez, la belle, 

6 Sa mère vient dès de là. 
Ses coêffes à la main, 
S'en va dire à le juge : 



Je m'en vas tout^-l'heure acompler s de l'argent. 



1. On dit à la campagne Urstlme pour Ursuline. 

2. Écrit â Roche-en-Régnier, sous la dictée de plusieurs chanteuses, — Voyez 
de Puymaigre, p. 68, La Filk pendue, 

j. y d ne compte que pour une syllabe. 

4. La voix glisse sur a. 

j. Variante ; Vous compter. On peut voir dans celle offre moins une tenta- 



304 V- SMITH 

7 — Pour or, ni pour argent, ta a'anns pas ta file : 
Son crime, 3 est trop grand, tint qv*dle soit paaie. 
La potence est leréie, le bonrreaa 2 rentour, 
Fant qn'elle soh pcndnie i b ponte da joor ! 

8 — Filiet* à qnine ans, i moi prenez excaipk, 
N'faites pas comme moi, n'allci pas à la danse. 
N'allez pas i la danse, ne marchez pas la nnît : 
Cela est bien la canse que je m'en vas moarir^ • 

XI. 

LA NOURRICE DU ROL 

1 Qui veut ouïr compUbte. la nourrice dn roi? 

2 De bon matiu se lève, c'est pour s'aller noyer. 
) La reine est en fenitre,. la regardant passer : 

4 « Où vas-tu donc, nourrice, de si matin levé* ? 

5 — Je vais à la rivière, laver les draps du roi. 

6 — Retourne-toi, nourrice, la servante ira. 

7 Oh ! dis-moi donc, nourrice, o& est le fils dn roi ? 

8 — Il est dans sa chambrette, dedans son lit qui dort. > 

9 Leva les couvertures, le fils du roi est mort ! 

10 « Oh ! dis-moi donc, nourrice, qu'auras-tu mérité? 

11 — La mort la plus cruelle que je puisse endurer. 

12 — Le bourreau de la ville viendra pour te tuer. * 

1 3 Quand le bourreau n'arrive, le fils du roi régnait : 

14 c Tuez pas ma nourrice, die l'a pas mérité*. » 

Variante. 

1 Qui veut ouïr complainte, la nourrice du roi ? 

2 Elle s'est endormie, l'enfant entre ses bras. 

3 Quand elle se réveille, dans son cœur se pensait, 

4 Dans son cœur se pensait, mais de s'aller noyer. 

5 Le roi qui est en fenêtre, la regardant passer : 

6 « Où allez-vous, nourrice, seulette si matin? 

tive de corruption qu'un témoignage de la croyance populaire que certaines 
peines peuvent se compenser pécuniairement. Cette croyance elle-même ne 
serait-elle pas un souvenir de la composition ? 

Cette offre se reproduit dans nos oeux chants d'infanticide. Je ne l'ai consta- 
tée dans aucune autre complainte criminelle. 

1 . Vorev, Marie Chabrier-Chastel. — Cf. de Puymaigre. p. 67, l'Infanticide, 

2. Dunières, Mariette Montélimar. — Cf. Grimm, Vàllies allemandeSy traduc- 
tion de L'Héritier, I, 419, Mort du premier ni; Ampère, Instnictions^ p. 62, 
traduction d'un chant provençal; D. Arbaud, I, 105, La nourriço dooa rei 
(M. Arbaud mentionne une version languedocienne que possède M. Germain, de 
Montpellier); Milâ y Fontanals, Observaciones sobre la pœsia popular^ p. 141, 
La nodrizadcl infante; Pday Briz, Cants populars catalans^ I, 8), La didadel 
infant. 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 

7 — Je vais â la rivière, laver les draps du roi. 

8 — Tournez-vous en, nourrice, la servante ira. 

g — Boniour ', mère nourrice, où est mon petit roi ? 

10 — A la plus haute chambre, vous le réveillerez, » 

1 1 Levant sa couverture, voit son roi trépassé. 

12 t Oh ! qu'as-tu fait, nourrice, qu'as-tu donc mérité? 
I j Tu as mérité d'être penduie et de être étranglé'. • 
14 N'est pas dans la potence, petit roi n'a parlé : 

I ^ « Ne pendes pas ma mère, qu'elle n'ai pas mérité. 

16 Faut pendre la servante, elle m'a-z-étranglé. 

17 — Passez, messigne, rien ne vous sera reproché. 

18 Le premier qui l'en parle aura le cou coupé ^, » 

Variante, 

i Qui veut ouïr complainte, la nourrice du roi? 

2 Elle s'est endormie, l'enfant entre ses bras. 

j Quand elle se réveille^ petit roi trépassait. 

4 t Va-t-en vite, nourrice, va-t-en te confesser. » 

\ Nen fut pas mt-confesse, que on vient l'appeler. 

6 « Va-t-en vite, nourrice, on va te pendoler. » 

7 Nen fut pas mi-potence, petit roi a parlé. 

8 « Ho ! descends-foi, nourrice, petit roi a parlé. 

9 — Abaisse ta potence, car je oen suis jugé'. 
10 — Jugée que jugée^ petit roi a parlé 3. » 

XII. 



20J 



LE PASSAGE DU BOIS. 



I. 



Mats si n'étaient trois compagnons, 
Tous trois prirent leurs chauss" et leur 
[bâton, 
Tous trois s'en vont d'Espagne en 
[France, 
Avec plaisir et jouissance. 

2. 
Nen furent pas au bord du bois, 
Ici fallut se reposer ; 
Nen voient venir une fille blonde, 
Qui faisait ravir tout le monde. 



3- 



< Où est>ce qu'alleZ'Vous, rare beauté, 
Ob est-ce qu'alicz-vous, en vérité ? 

— Porte une bague d'or à ma tante, 
Ayez pitié de moi dolente f 

4- 

— Nous t'aurons bien ta bague d'or, 
Ta bague d'or et ton trésor, 

Nous t'aurons bien ton cœur volage, 
Dedans ce joli vert bocage. 

— Tu viendras pas à ton dessein^, 



1. Très probablement, l'interlocuteur, qui parle sans s'être annoncé, est la 
reine. C'est ce qu'autorise à penser l'intervention de celle-ci au chant précédent. 

2. Retournaguet, femme Monlchalin. 
5. Marihes, M. André Peyron. 

4. Variante : 

Mon cœur volage tu n'auras pas, 
Je combattrai jusqu'au trépas. 



<)\V V. SMITH 

Ta) m» vNHttMtt «I à M MÎB, 

h ivkt W yU^i^M toute aastrare, 
AliH ^u< mvMi \^wn coeur meure. » 
6, 



IaHo ^rs Yfux envers le cid : 

« v^ mo» hi^'u, faites* noî miséricorde I 

\^uo Vf» bournNiux ayent la corde ! » 

7. 
Mau yi l'ont pris*, l'ont enterré ; 
S\m\ \W* toufi^res l'ont enterré ; 
Se ^oiit 4\sii!t dessous une ombre, 
Ku 4ttrn\i«iit que la nuit tombe. 

8. 
Mau qu4U\l U nuit i fut tombé', 
I w x\\\\\ nus à cheminer, 
SVm wMrt K^er et i la porte 
IHi p^f« lie U fille morte. 

9. 
\.v l<^u\l«Huin, à leur départ, 
\'h«vw» voulut payer sa part, 
NUu U^ut sortant l'argent de bourse, 
\..s l^{iu« tombe de secousse ^ 

10. 
Iv \^\^ uVii lut le plus près, 



Mais si Ta pris', si Pa 1ère. 
■ Oh! cette bagne est fort jolie: 
Combien vous coûte, je tous prie ? 



II. 

— Nous vous disons la vérité, 
Nous Tavons pas même acheté, 
Mais tout revenant de Téglise, 
Nous la trouvons, nous l'avons prise. 

12. 

— Tu n'as menti très faussement. 
C'est la bague de mon enfant; 
Oh I c'est la bague de ma fille, 
Tu la rendras morte ou en vie I » 

«3- 
Mais si n'a dit le plus petit : 
c Nous avons bien grand tort ici ; 
Allez-vous en au bob boccage, 
La trouvera sous un feuillajp. v 

•4- 
Si les ont pris, les ont menés, 
Dans la prison les ont fermés, 
Les ont jugés à la potence, 
Devant l'auberge de la fille>. 



XIII. 

VOL d'église. 

M\M( \^n m'a nourri tout le temps de ma jeunesse, 
^ll vroyiut de m'avoir pour bâton de vieillesse, 
l\>ui Mton de vieillesse, ça n'est pas mon dessein, 
\ .(iMour vt U débauche m'ont rendu libertin. 

lo wWw vais au cabaret, pour y boire bouteille, 



Vax un i'outeau dans ma ceinture, 
S» tu t'avances, je me tue. 
\,f y\w% jfune s est avancé. 
\'\\\\\ Kih âu cirur se l'est plongé. 
Son «.ui(t i|ui ctmle en abondance, 
l A U'Ilf tombe en délaillance. 
l l'Iut iruHc, alors, il n'a dit : 
\W% flores, sortons-la d'ici, 
hmiuenoiia U sous ces feuillages, 
\ \ «ouv lirons kous ce passage. > 
\ \i*\\\w I A l>.«|iUi* d'or tombe à la course. 
. > N^.iMhS»». MirwiiHrtte Vincent. — Cette complainte n'est pas sans 
j, . n T v.»*Ky.i^ Aws U hVU Ju j^iukr, des Chants pop. du pays messin. Voy. 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 

Les pieds dessous la table, asseye sur un banc, 
Au clair de la chandelle, dépenser mon argent. 

3 Je me suis mis voleur, voleur dans une église, 
J'ai pris le saint ciboire, le très saint sacrement, 
£t les saintes hosties, et m'en vas par les champs. 

4 Je m'en vas à Paris, vendre ma marchandise, 
Ma marchandise à vendre, au prix accoulumé ; 
Les bourgeois de la ville m'ont rendu prisonnier. 

} Si m'ont pris, m'ont mené dans une tour obscure, 
Dans une tour obscure, on n'y voit ni clair, ni jour ; 
Le malm, quand |e me lève, je fais trembler la tour'. 

6 J'ai trois petits enfants, une tant joli' femme, 
Une tant joli' femme, que Dieu m'avait donné ; 
Oh } qu'elle est malheureuse de m'avoir épousé I 

7 Le plus jeune des trois s'en va dire à S3 mère : 

• O mère, ma tendre mère, où est-ce qu'il est mon papa ? 
Voili bien six semaines, que je ne le vois pas, 

8 — Ton papa, mon enfant, n'a jamais rien voulu croire, 
N'a jamais rien voulu croire, ni amis, ni parents : 

Un jour, pour récompense, mourra cruellement *. » 



207 



XIV. 

LE VOL DB L^HÔTE. 



Me suis allé logéie^ 
Au château * de Lozi ^ ; 
M'ont mis dans yne chambre, 
Qui était belle-z-el grande ; 
Y avait cent écus dedans 
J'y ai mis la main dessus. 

2. 

M'ont mis dedans une autre, 
Qui était pleine d'estoffes, 



D'estoff' et de manteaux.» 
J'en ai chargé trois chevaux. 

h 

Me suis allé en Flandre 
Ma marchandise à vendre, 
A vendre à bon marché 
Ce qui m'a rien coûté. 

Les monsieurs de Grenoble, 
Qui avaient leur belle robe. 



I . Variante : Je tremble dans la tour, 

a. Roche-en-Régnier, Véronique Girard, Cf. Bladé, Poisiti pop, recueillies 
dam l'Armagnac et FAgenais, p. \6. 

j. La terminaison féminine de logeii n'est ici que pour la cadence, le reste de 
la complainte indique qu'il s'agit d un homme. 

4. Ce mot de château ne parait signifier rien autre qu'une auberge. Nous 
verrons, au dernier couplet du fragment de variante de la complainte qui suit, 
une auberge appelée château. D'autres chansons fourniraient d^autres exemples 
d'une semblable désignation. Bien des paysans, d'ailleurs, ont T ha bit udc d ap- 
peler château tout ce qui n'est pas chaumière. 

$. J'ai écrit Lo:t, sous la dictée; il semblerait préférable d'écrire Lo2ie, tous 
les autres couplets commençant par deux vers d'assonances féminines. 



^^^V ^^r^^^ 3jj,^^ ^^^^^^^^^^^^ 


^^^^H Me suivaient de pas à pas, 
^^^^H Je m'en apercevais pas. 

^^^^1 Les juges de Valence 
^^^^H M'ont jugé ma sentence, 
^^^^H D'être pendu et brûle, 
^^^^H Un bon jour de marché* 


Rossignolet sauvage, ^^^^| 
Qui parie tout langage, ^^^^ 
Va-t-en dire â ma mère^ ^^^^ 
Va-t-en dire à ma mère, ^^^^ 
Que je suis un enfant pcrdu^ ^^^H 
Que de moi n'y pense plus^ ^^^| 


^^B ^^1 


^^^^1 LA MAITRESSE d'aUBERGE ET SON FILS. ^^^| 


^^^^^ Si le soldat se prend, s'en va, 
^^H S'en va trouver son capitaine : 
^^m « Capitaine, donnez mon congé, 
^^M Dans mon pays je veux aller. 

^^B — Pauvre soldat, où iras-tu ? 
^^M Je prends pitié de (a misère, 
^^m Dans ton pays tu l'en iras, 
^H Personne te reconnaîtra. 


— Pauvre soldat, prends garde i toi ^M 
Si tu vas loger chez ta mère : H 
A bien tué d'autres marchands, H 
[Ile t'en pourrait bien faire autant. > ^Ê 

m 

Si le soldat se prend, s'en va, ^^^H 
Il s'en va loger chez sa mère : ^^^H 
« Boojour, madame de cions, ^^^| 
Logeriez-vous la Nation^? ^^^^ 


^H — Si personne me connaît pas, 
^H J'ai bien mon père aussi ma mère, 
^^M Ainsi que mes autres parents, 
^H Qui m'ont écrit y a pas longtemps. • 

^H 

^H Si le soldat se prend, s'en va, 
^H S'en va faire un tour de ville, 
^^M Mais s'il s'est mis marchand de draps, 
^H De marceline 3 en taffetas. 


^1 
— Oh ? oui, soldat, entrez dedans, H 

Et posez là votre varise, ^M 

Posez la bien assuré, ^Ê 

N'ayez point peur qu'iile soit voie', i ^Ê 

Mais quand il vient d la minuit, ^^^| 
La mère visite la varise, ^^^H 
Trouve qu'il y a de quoi jouer : ^^^| 
• It faut tuer ce passager. » ^^H 


^^M Mais tout en achetant ses draps, 
^^1 Sa chère tante te regarde : 
^H < A votre bouche et â vos yeux 
^H Vous ressemblez bien mon neveu. 

^H — Oh ! oui, chère tante, je le suis, 
^^B Mais je vous prie de n'en rien dire, 
^H Mais ie vous prie^ n'en dites rien 
^B Jusqu'à demain de grand matin. 


S) la mère n'a pris le couteau ^^H 
Et la servante la chandelle, j^^^H 
N'a pris ce couteau effrayant, ^^^H 
Et l'a plongé dedans son sang. j^^^H 


Mais quand il vient au lendemain, ^M 
Sa chère tante le va voire : ^Ê 
t 0(i a-t-il passé ce beau marchand H 
Qui a logé ici dedans ? ^| 


^H 1. Chamalières, Mariannette Vincent. ^^H 
^H 2. Variante : De la velours en taffetas. ^^^1 
^H ;. Il ne faudrait pas voir dans ce mot de la Nation, dont le soldat se décorait ^^^| 
^H sous la première Republique, une indication de la date originelle de la chanson. ^Ê 
^H Cette qualification n'est qu'une insertion accidenlelle. Toutes les variantes ^M 

^H Bonjour, madame de céans, ^^^M 

1 ^^ 1 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 209 

13. 16. 

— Ce beau marchand s'en est allé — Si mon enfant jen ai tué, 

De bon matin, sur les quatre heures, II se devait faire connaître, 

De bon matin s'en est allé. Si mon enfant jen ai tué, 

Car il était fort bien pressé. > Cent fois la mort j'ai mérité. 

14. 17. 

Tout en parlant, en devisant, Ma soeur, ne criez pas si haut, 

Sa chère tante monte en chambre, De peur que les voisins l'entendent ; 

N'a découvert ce beau lit blanc. L'enterrerons dans le jardin, 

L'a trouvé baigné dans son sang. Que personne n'en saura rien. 

1$. 18. 

c Ho I ma sœure, qu'auras-tu fait? — J'ai tant caché que cache plus, 

Tu auras tué ton fils de guerre. Je m'en vais avertir la justice. > 

Tu auras tué ton propre enfant, La justice l'a condamné 

Pour avoir soin de son argent. D'être pendu ou bien brûlé *. 

Une variante moins explicative que notre chant, mais plus énergique, 
finit ainsi : 

c Ah I malheureuse, qu'as-tu fait ? 
Tu auras tué ton fils de guerre. 
Tu auras tué ton pauvre enfant. 
Pour avoir soin de son argent. 

— Ah ! ma sœur, nen crie pas si haut 1 
J'ai peur que les voisins l'entendent ; 
Je l'enterrerai dans mon jardin ; 

Il y en a plus de quarante-cinq. 

— Pour te cacher je te cache plus, 
Je vais te vendre à la justice ; 
Moi-même, je te ferai brûler. 

Et ton château sera rasé ^. » 

XVI. 
l'auberge du crime. 

1 Le fils d'un gentilhomme de la guerre venait : 
c Ah! madame l'hôtesse, logeriez-vous? 

— Oh oui, mon gentilhomme, descendez* vous. ■ 

2 N'appelle sa servante : c Petite Jeanneton I 
Porte du foin, d'avoine, n'épargne rien, 
Le fils d'un gentilhomme payera bien. » 

3 Quand vient sur les six heures, l'heure du souper : 
€ Ah ! madame l'hôtesse, souperons-nous ? 

1. Marlhes, dame Peyron. 

2. La variante dont je cite trois couplets m'a été dite, à Chamalières, par 
Marianiiette Vincent. 

RomanUiyX i^ 



V. SMITH 

— Oh oui, mon gentilhomme, asseyez-vous. • 

4 N'appelle sa servanle : o Petite Jeanneton ! 
Va-l-cn dedens la cave, tirer du vin : 

Le fils d'un gentilhomme payera bien. » 

5 Quand vient sur les huit heures, l'heure du coucher : 
•• Ahl madame l'hôtesse^ coucherons-nous ? 

— Oh oui ! mon gcutilhomme. déchaussez- vous. » 

6 N'appelle sa servante : * Petite Jeanneton ! 
Amène-moi cet homme, là où tu sais, 

Dans la plus haute chambre, là oh tu sais. » 

7 Tout montant dans fa chambre, la belle fait que pleurer : 
« Quoi pleurez-vous, la belle, que tant pleurez? 

Tout montant dans la chambre, vous souspîrez. 

8 — Héîas! ce que je pleure, y a bien de quoi pleurer : 
Dans ta plus haute chambre, oii vous allez, 

Oh ! y a trois cadavres, en vérité ! 

9 — Comment ferai, h belle, pour passer cette nuit? 

— Prenez un de ces cadavres, dessous le tit, 
Mette/ l'a votre place, pour cette nuit. > 

10 Quand vient vers les onze heures, onze heures, minuit, 
L'hote avec l'hôtesse se sont levés. 

N'ont pris marteaux et pierres, l'ont massacré, 

1 1 Quand vient vers les cinq heures^ le soldat s'est levé. 
L'bôlc avccque l'hôtesse^ bien étonnés, 

De voir venir cet homme, l'avoir tué. 

1 2 N'appdle la servanle : i Petite Jeanneton ! 
Tiens voilà cent pis tôles, * tant de louis : 
Tu m'as sauvé la vie, pour cette nuit. 

ij Si tu* veux venir, la belle, oui, je t'emmènerai, 
Dans mon pays en Flandre, t'épouserai, 
Dans mon pays en Flandre, t'épouserai". • 



i. Pour autant. 

2. Le îu s'efface sous la voix de la chanteuse, 

j. Une variante, dans laquelle il s'agit non du fits d^un gentilhomme, mais 
d'un marchand, finit ainsi, après notre ii<= couplet : 

Quand vient sur les six heures, (e marchand s'est levé ; 
I Donnez-moi mon chevale, logeurs trompeurs, 
Donnez-moi ma valise, assasstneurs ! « 

N'appelle la servante : t Petite Louison, 
Tiens voifà cent pistoles et des louis, 
Tu m'as sauvé la vie pour cette nuit. » 

N'appelle la servante: * Petite Louison, 
Ramasse ton bagage, viens avec moi, 
Nous irons en Espagne, servir le roi. » 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 2 I I 

Ce chant parait avoir été très populaire. Il m'a été dit sur bien des 
points. La version que je donne est due à M"" Roche- Ramel, de Vorey. 
Mentionnons, comme parallèles, Le Vassal de Duguesdirij du Barzaz- 
BreiZy de M. de la Villemarqué, et Yannik le bon garçon^ du t. I*' des 
GwerzioUf de M. Luzel. 

Victor Smith. 



MÉLANGES. 



;S nîK KRRANT EN ITALIE AU XIII» SIÈCLE. 

^ :<,x>,sv ^t:ài k t. VII de VEncjchpidU des sciences religitases publiée 
,sv V . xA*^»^<*^NW use notice sur le Juif Errant (tirage k part, Paris, San- 
vv\- v^. v^^^^»N•V». i^^ p. in-8»), dont M. Ralston en Angleterre, M. Nyrop 
,^. A,K«-«-\ N-^ \v!<^t M. d'Ancona en Italie, ont rendu compte dans des 
y ,.>.i^ vx o :*.xi vs'Ut&. h compte publier quelque jour une nouvelle édition de 
vv . ..\^ ^< \>v4 Kv( auj^roentée, et où je ferai entrer les renseignements 
..^XNx».\ ,iTV V ;kNixA v^ vivants et ceux que j'ai recueillis de mon côté (par 
«An- AS \>^ :v^w^v^ iMx!it« relatives i Marc le maudit, dont je dois la connais- 
v«sy ^ V «\*^^W\l)v^^^ U plus précieuse de ces additions sera certainement 
^,. K ^., iJx»'» v*>^<»< AWi Alwawndro d'Ancona veut bien m'offrir dans la lettre 
^,. \^» \.* s > »N'»'x ♦« \A»w cherché d'où pouvait provenir le nom de Butta- 
. ... ,K^i40 «^ '«J ^ Vl>«m|îne au XVII* siècle et en Bretagne (Boadedeo) 

,,.x,' V ., >^, >» "*¥» * v^« y^M tenté, disais-je, d'y voir un composé de bouter 
o «.^ s... ,^ V >s^« \^;«ilirrjiit « celui qui frappe, qui pousse Dieu; » le 
> ,,^v. 'S........X' xv.»KN*»^>»;t w»iT d'ttu iulieu Buttadio. Mais le nom n*cst pas 

t.« ,.k v^N *'t ^^^iAM^l ^Mx )f Juif errant. > Maintenant qu'il est éubli que 
,îv^ \ \; x%\-v \\\U s\^\\mu\\ le Juif errant et l'appelait Buttadeo, cette 
, \.^ V.*. s- • xv-»-»^ xi .»»i:*'^u rvprtssément par Bonatti, prend beaucoup de 
X .»x. '«'xV' V« x^lVx x%^mi»»v' le remarque M. d'Ancona, la découverte du 
\- ,-,.».» *v -w^v^v" .^v ♦« Italie modifie considérablement l'histoire de sa 
Av»v..».v .X ^ <'Y ^>*^^ *•'« ^^voir la tracer; peut-être que des recherches 
vi., i« ^^ u» ^^x > '^ N^» ^^-v^ xl« Hu»\en Jl|ie amèneraient des trouvailles semblables ; 
, x. X vv . v>x»-»^*avaM à M d'Ancona d'avoir communiqué celle-ci i la 

G. P. 



\ ,„Mv..». XI .< i»u^x^*xa«U rapprochements, surtout théologiques et 

,. . u, X xx^">--x xUm wrtx» slixwpftation de M. Caspari (Christiania, i86j), 

. ,,.«M\vvA kv^x v^H AHXJint won article et que l'auteur a bien vonlu 



' \ »\> V» 



'JUIF ERRANT EN ITALIE 21 3 

Pisa, 1 5 novembre 1880. 
Caro e pregiato amico. 

Faccio, per dir meglio, facciamo onorevole ammenda : e quando 
dico facciamo, non intendo soltanio voi ed to ; ma quanti dal secoloxvii 
in poi — e non sono poclii di certo — hanno volto i loro studi alla 
Leggenda dell' Ebreo errante. Due cose ormai parevano assai bene asso- 
date ; ed io nel mto anicolo délia Nuova Antohgia { 1 ottobre 80] le ripe- 
teva e confermava sulla scorta detia vostra intéressante pubblicazione : 
che cioè, dopo le narrazioni dei prelati armeni riferite da Matteo Paris e 
da Fiiippo Mouskel , non si trovavano altn ricordi dell' Ebreo errante 
fine air apocrifa Lettera di Paolo d'Eitzen ; e che la Leggenda poteva dirsi 
ignota, almeno estranea ail' Jtalia. Ecco ora una citazione, tanio ptii 
importante in quanto non si traita di Cartafilo relegalo quasi nel fondo 
dell' Armenia, ma di Butiadeo peregrinanie in Italia nel sec. xiii ; e una 
seconda citazione che lo fa noto nuovamente fra noi e fra noi peregri- 
nanie tra il sec- xiv e il xv : nonchè alcune tradizionî orali di varie parti 
délia Sicilia, che, unité aile testimonianze sopra accennate, mostrano che 
la leggenda non fu soltanto conosciuta in ahd tempi, ma è tuttavia 
vi vente in Italia. 

Cominciando dalla seconda citazione, dalla quale si risale alla prima, 
vi dirô, che appena pubbHcato il mio scriito nella Nuova Antologia, un 
dotto mio amico, il cav. Giuseppe Palmieri-Nuti di Siena, mi scriveva 
mandandomi trascritto un brano di cronista senese. È questi Sigismondo 
Tizio, nato in Casiiglîone fioreniino circa il 14^8, stabilitosi Jn Siena nel 
1482, ed ivi morto verso il i J28. Fu autore di una volumjnosa Cro- 
naca, nella quale, sotto l'anno 1400, cosi discorre di cerie pitiure di 
Andréa di Vanni : Hoc profecîo iibuit annotare^ quoniam tcmpestaie nostra 
ab antiquis c'mbas percepimus Johannem Butudeum, qui olim Christam, 
dum ad patibulum ducereîur, whumaniter impiiUraî, cui a Chrisio fuit dic- 
tum : Expectabis me, dum venero, Senis aîiqimndo transivisse : imagi- 
nemque ipsius ab Andréa iVfo, ut diximus^ in angulo pictam, crucem ferentem 
inspexisse, seque Christo similiorem haudquaim]quam vidisse fuisse testatum. 
Andréa di Vanni visse dal 1 ^69 al 1 41 î ; il Tizio scriveva queste parole 
nel 1 400 : abbiamo dunque una menzione del passaggio dell' Ebreo errante, 
di Buttadeo, per Siena, che risale alla seconda meta del sec. xiv. Ma 
non basta : ecco in quai modo il Tizio continua : Quae auum de Jobanne 
Buttadeo in vulgus spargi a teneris nos etiam audivimus, fabahsa existima- 
vimus, Verum Sénat agenles, priusquam sacris initiaremur ordinibus, profi- 
tent ts astrologiae discipHnam, Guidonem Bonaîum foroUvensem^ astrologum 
peritissimum , in libro decimo îracîatuum, qui Introductorius ad divina nun- 
cupatufy consideratione CXXXXl, legimus if une Johannem ponere^ et anno 
Christi ducentesimo sexagesmo sepûmo supra miUesimum transivisse Forotivio 



2r4 MÉLANGES 

a4 s. Jacobum proficiscentem, ut quandoque ad credere adduceremur^ si 
apud viros graves nimiae argueremur credulitatis ac simplicUaîis ; in suo igtiur 
quisque intelUau dijudicet. il Palmieri mi soggiunge che quesio passo, da 
lui risconiraio sut manoscritto del Tizio, che conservasi nella Biblioteca 
di Sicna, Irovasi anche a slarapa îiel Diario Senese di Girolamo GigH, 
part. I, p. 40» (Lucca, 1725) : in un lîbro, adunquc, del qualenessuno 
finora si era giovato per la leggenda dell' Ebreo errante. 

Naturalmenie volli, dopo questa comunicazione, ricorrere al libre del 
Bon.itlJ; ed avendone scrilto al geniile amico cav. Enrico Narducci, biblio- 
lecario delV Alessandrina di Roma. seppi da lui che il passo trovasi non 
giâ nell* opéra inesatiamente indicata dal cronista senese, ma in quella 
intitûlata Introducîorius ad judicia siellarum. Il passo da lui irascriltomi 
sulla edixione « Augustae Vindelicorum m cccc lxxxxi n in-4*', tractât. 
quintuSf considérât. 141, dice cosl a proposito di un ta! Rtccardo,che nel 
123) erasi in Ravenna vantato col Bonatti di esser vissmo giàalla corte 
di Carlo Magno» più che quanroceni* anni addieiro : Et dicebatur tune 
quod erat quidam atius qui fuerat îempore Jesu Christif et vocabatur Joannes 
Buttadaeus, coquod impuîisset Dominum quando ducebatur ad patibulum, et 
ipse dixtt ei : Tu exspectabis me donec venero ; et vidi Ricardum Raven- 
nat aéra Christi millestma ducentesima vigesma îertta, et ille Joannes tran- 
sitif per Forlivium vadens ad sanctum Jâcobum aéra Christi miltesima ducen- 
testnia sexagesima septima. Ecco adunque nel r 267 una prima apparizione 
dell* Kbrco errante in rtalia, dove egli ha già il nome di Buttadeo, che 
vol aveviite ritrovato primamente in un libretto tedesco del 1604, e che 
cvidentemcnte ha eiimologia italiana, da buttare, ributtare, respingere. 

Vi trascrivo per uliimo due iradizioni orali siciliane raccolte dal mio 
egregîo amico Salvatore Salomone-Marino, che distruggono quanto io 
supposi circa l'esser la leggenda nota soltanto nella famigtia del villico 
Caacio. Il mio amico mi avverte che, oltre che a Borgetto, dove ha rac- 
coho que«ti due testi, la tradizione è viva anche a Partinico, in Palermo 
e in altre parti dell* isola. 

1 , Narrazione del viilico Pietro Randazzo. 

BUTTADEU. 

A lu trmpu cln purtavanu a Grsu Cristu a lu munti Carvanu, vogghiu diri a 
lempu lit la »ô sant.i passioni. iddu avia la cruci supra li spaddi, e, béni mtu ! 
qu«»i CÂ nuii putia cchiui, pirchl li 'nfami judei lu jianu puncennu e cacciaitnu 
di tulti nuneri pri lintu curnri. A lu passaggiu, Gesu Cristu viltt a 'n Abreu 
daviiiili II )o' purta, chi taliava la passioni di tu Figghiu di Dtu, e iddu cm 
•tppuJAUi a un vunchitcddu. Did Gesù tuttu stancu : Bon omu, vultti chi mi 
4rripotu tintuchia iupr« svu vinchitcddu, cà nun pozzu cchiù ? No, vi spunni 
l'AbrKU, M lu yancltilrddu tcrvi pri mia. — E mancu tu ha a 'rripusari nni la to' 
viti, (licl Ûeiù Criitu, umininannu s«nipri sempri. Ora, di dd'ura 'n pot, stu 



LE JUIF ERRANT EN ITALIE 21 5 

Bottadeu (a st' Abreu cci misiru lu nnomu di Buttadeu pirctiî arributtau a 
Gesb Cristu), $tu Buttadeu si misi a camînari spersu pri lu munnu e sempri 
gira e camina scnza arripusari ne notti ne ghiornu. Si' omu è vecchiu, stra- 
vecchiu, ma nun mon mai, pirchi accussi nisctu la sintenza, e vonnu diri ca 
è vivu ancora e camina sempri, e corcheduno di li cchiù granni cunta ca lempu 
arreri passau macari di lu Burgettu ; chiua (otli, e trôna e lampi a minniua, 
e iddu roancu vosi arristari la notti e sùlitu ca accittau un tozzu di pani : pir- 
chi dicia ca non si putia tiniri a nuddu puntu fina a !u jomu di lu Giudiziu 
aniversali. 

2 . Narrazione dd viliko Gmseppe Morici, 
Arributta-Diu. 

Haju 'ntiso diii ca cc'è un vecchiu anticu ca camina sempri e glria tuttu lu 
ffiURnu, seaza 'ntrateniri mai; lu nnomu 'un lu sacciu, e cci dicinu Arrïbutta- 
Diu, pirchi arributtau a Gesii Cristu, quannu passava eu la cniici di passioni 
'n coddu, e cci addimandau tanticchia di riposu dinlra la so' casa, e iddu 'un 
cci lu vosi accurdari. A cui lu vidi, iddu cci cunla, sempri caminannu, la pas- 
sioni di Ges^, e li forti chiaghi e dulura chi sulfriu, e si metti a chianciri a 
llrmi di sangu. Oici, cui è ca l'ha vislu, ca porta un turbanti e un casaccuei 
coma tin càmmisu, ma di culuri sangu dragtini^ un pocu cchiii scuru, ed havi un 
vastunt di lij^nu di vruca. 

E con ciô vi lascio, dicendomi vosiro 

A. d'Ancona. 

P. S. Il sig. Marzocchi mi scriveda Siena che, secondo una tradizione 
ivi nota, l'Ebreo errante è sprofondaîo sotto terra, e che su! posto ove egli 
sprofondô si sente romore, cagionato dall' Ebreo che batte pcr scavare 
una buca, compiuta ta quale cadra giù neli' infemo. Secondo iin" altra 
tradizione» è chiuso, corne Malco, in una stanza che percorre continua- 
mente, dandosi schiaffi, e ha fatto tutt- attorno una specie di fossa, dove 
ora é caduto sino al naso. Quando la buca si farà ancora piCt profonda e 
gli sarà sopra il capOj finira il mondo. 

Il PiTRÉ mi scrive : La leggenda su Àmhuttadfa è popolarissima tra fioi, 
e sarebbe errore il riteneria solianto salaparutana, perch'io ne diedi una 
versionedi quelcomune. Che egli, l'Ebreo errante, avesse negato a Gesili 
Cristo, carico délia croce, un po' di riposo; che Gesiilo avesse condarinato 
a non riposarsi mai; ch' egli vecchio^ stravecchio, cammini tuttavia pel 
tnondû senza posa ne quiète, è tradizione di tuîta l'isola. V'è poi chi lo 
ha fatto passare pel proprîo paese; chi dice di aver saputo di un dialogo 
da esso avuto con antichi suoi paesani ; e chi narra detla continua mobi- 
lità ed irrequietezza di lui. Gli si danno abitt di questa o quella forma, di 
questo quel colore, e se ne dicono délie strane sul suo viso e porta- 
mémo. La tradizione più diffusa è che egli porti in capo un cappellaccio 
a largbe tese, capelli e barba lunghissimi e bianchi corne neve^ il volto 



2l6 MÉLANGES 

affalicato e sofïerenie, il corpo tutto coperto di una specie di soprabito 
lungo e largo di color rosso cupo, scarpe sdupate. E la sua presenza ed 
esisienza e caralteristîca si ritengono tanto vere e certe, che Butîadeu o 
Ambbuîîadeu è proverbiale. Di persona che si muove sempre, che non 
si dà o non ha mai posa, che non si ferma mai in un sito, si usa dire : 
È un ButtadcUj È comsi Buttadeu, Nun sià mai fermu cornu Butîadeu, Curri 
sempri cornu Buttadeu, Mancu Buîîadeu! ne più ne meno corne si dice in 
quel di Montpellier : Sembla un Juif errantj Marcha couma lou Juif errant ^ 
F ai tant de camin couma lou Juif errant. 



II. 



CUMENT COMMENT = QVA MENTE. 

Cument comment vient, selon Diez, E, W. s. v. corne ^ de QVO MODO 
+ MENTE, et selon Littré de Qyo MODO + INDE. Aucune de ces 
deux étymologies ne me satisfait. Cument ^ qui est la graphie des plus 
anciens textes français, ne permet pas d'admettre celle de Diez, invrai- 
semblable déjà d'elle-même, me semble-t-îl. L'étymologie proposée par 
Litiré ne convient pas au sens. Une base QVA MENTE lève toutes les 
difficultés. L'A de QVA s'est changé en u ou o sous Pinfluence des deux 
labiales. Cf. les premières personnes du pluriel dans la conjugaison, ovuec 
= avueCj uvrir [ovrir, ouvrir) = APERIRE'. 



m. 



DE L'INFLUENCE REGRESSIVE DE L'f ATONE SUR LES 

VOYELLES TONIQUES. 

Voir Romama, t. VU (1878), p. 560-362. 

Sll est évident que tinc, vinc^, pris, quis^ sis, fis ^j n'ont un i que par 
t'influence de 1*^ posttonique et s'il est clair aussi que tint, vint, prisî, quist, 

1. [Ces rapprochements ne sont pas concluants; on songerait plutôt à des 
formes comme chalumeau, fumcHc^ clc, mais il s'agit là d'un ù et non d'une comme 
dans comment. La persistance de t^ua dans le français, le provençal et le sarde 
est suspecte • l'altération de Va en n'a guère pu se faire â la fojs dans ces trois 
dialectes. L'etymologie de Litiré me paraît encore la plus probable. — G. PJ 

2. Vinc est sûrement VëNUî, comme Je prouve non seulement le prov. vinc, 
mais encore l'ancien esp. vieno VëNUlT et l'anc. port, vëo, d'où veo vtio. Cf. 
Fœrster, Umiaul, p. 49^. 

?. Ce dernier exemple a été cité mal â propos p. 3^7 : bcrbiz m'avait induit 
en erreur. 



INFLUENCE REGRESSIVE DE l'Î ATONE 217 

sity fist, tindrent, vindrent, prisîrent, qaistunîj sistrent^ fistrent, ont élé 
refaits sur la première personne, découverte que je ne dois point à M. Fœr- 
sier malgré l'insinuation malveillante dans sa brièveté de la Zcitschrift 
fur rom. Philologie 1879, p. 494 (note i], il n'est pas moins hors de 
doute que dans teniSy veniSf presis, quesis, sesis, fesis etc., — ïSTl est 
devenu -ij en vertu de 17 postionique. Sur ce point, M. Fœrster ne nous 
dit rien dans son Umiaut. Par conséquent les secondes personnes du plu- 
riel tenistes, venisies^ pnsistes^ quesisîes^ sesistesj fesisles, etc., ne vien- 
nent pas directement des bases latines, mais ont emprunté Pi à la seconde 
personne sing., i qui a passé aussi à la première du pluriel. 

Ce ne peut nullement être par un simple effet du hasard que dans le 
Psautier d'Oxford par exemple, aux premières personnes du singulier 
espandi^ rendi, aîendi, entendi répondent les troisièmes personnes descen- 
dietf espandiety respUndied, respondiet, deperdiet^ derumpiet^ entrer umpiet^ 
aUndiet, enlcndiet, esUndiet, et les troisièmes personnes du pluriel espan- 
dierent, dtpcrdurent, crïîendicrent ; voir Meister, Di£ Flexion im Oxforder 
Psalter, p. 4Î-44. PtrJiet est exactement PERDèDIT et perdierent 
PERDêDERUNT, comme on l'a dit depuis longtemps, tandis que 
perdit et perdirent doivent leur / à l'influence des deux premières per- 
sonnes singulières. Sur perdiet et perdierent s'est formé l'înf. du subj. 
perdiesse, dcperâiesty Ps. d'Oxf. 10^/25 26. Quanta la première personne 
da singulier, elle peut s'expliquer de deux manières i ou bien PERDeDI 
est devenu 'perdiei perdi, ou bien (et c^est la manière de voir qui s'ac- 
corde avec l'explication que j'ai donnée de iinc, vinc, pris, quis, sis et que 
j'aurais dû donner de fis) il a passé par 'perdidi, 'perdii, contracté en 
perdi. 

La seconde personne PERD(è)DïSTÎ n'a pu donner régulièrement 
que perdis. Le Psautier d'Oxford a deperdis, entendis, esîendis, à côté de 
tspandies^ confundies, perdies, derumpieSy vendies, formés sous l'empire de 
la y personne du singulier. PERDE DiSTIS aurait dû faire *perdestes, mais 
nous avons donné plus haut ta raison de perdistes, PERD ê)DîSSEM ne 
pouvait devenir autre chose qsje perdcssc, qui est précisément la forme 
que nous trouvons dans la prose de sainte Eulalie. 
Voici en résumé la genèse de toutes les formes : 

PERDéDÎ perdi )^, ^ ^. 

PERDfëlDÏSTI perdu f''^ ^''^''' '"^''^'''"' /"'''''"""' P'"^'''"' 

PERDèDIT perdiet, d'où perdies et perdiesse. 

PERD êiDiSTIS *perd£stes confirmé par \t perdisse d'Eulalie. 

PERDëDlMUS ? 

PERDeDERUNT perdierent. 

J. Cornu. 



MÉLANGES 



IV, 



LA KEUCE LAIT, SI PRANT L'ESTRAIN 
Chansonnier de Berne, n" 589, DXIV. 

Nos nen avons poent de demam, 

A certes le poons savoir : 

Teil cuidc avoir Ion cuer moull sain 

K'airis lou quart jor tout son avoir 

Ne prixe poent ne son savoir, 

Quant voit la mort ton lient a fratn, 

Si k'i) ne puet ne pié ne main 

A li saichicr ne removoir : 

La k/ucc lait^ si prant l'estrain ; 

Maix trop vient tairl a {«»al) persevoir. 

Telle est la leçon de Brakelmann [Die ahfr, Liederhandschrift Nro. ^89 
dtr Sladtbibliothck zu Bern, Archiv^^ Herrig» r. XLHI, p, 586) de cette 
chanson assez mal publiée par Bartsch, Chresî. p. 2} [-252. L'avant- 
dernier vers de cette strophe a singulièrement embarrassé le premier 
éditeur, ainsi qu'il nous l'apprend en note. Vainement il s'était adressé à 
Ê. du Méril et à M. G. Paris. Le même passage n'a nullement erabar- 
ratlé Bartsch : il traduit keuse^ qui n'existe que dans son texte, par 
• couseau, Weiunstroh ; » mais si ce mot signifiait « paille m, il n'y 
aurait ni perte ni gain au change : ce serait burro por burro. On aura 
la bonne leçon en lisant keute^ « couette ». Cf. Auc. et Nie. 2?/$ 5 : 
i( Une lasse mère a vote, si n'avott plus vaillant que une keutisele, si !i a 
m ucie de desoule dos» si gist a pur l'esirain ». >v 

J. Cornu. 

V. 

UNE ÉPITRE FRANÇAISE DE SAINT ETIENNE 

COPIÉE EN LANGUEDOC AU Xlt!" SJÈCLE. 

J'ai publié sous ce titre, il y a neuf ans, dans la Romaniû (t. 1, p. }6$), 
un urticlf où j'ai montré, par l'examen des rimes, qu'une épître farcie 
de «aliii l'JU'nnc, contenue dans un ms. de Saint-Guilhem du Désert et 
publiée ibns la Rtvur des langues romanes (t. Il, p. i ni comme proven- 
\iilfl, n'était que le calque d'une pièce française. J'ai le plaisir aujourd'hui 



* t\ 



'Ut le passage de Bodcl, Congés, v. 162, et l'explication qui en 
I, IX, 24\ -RéJ,] 



ÉPITRE FRANÇAISE DE SAIKT ETIENNE 2I9 

d'apporter la preuve matérielle de ce que j'avais établi théoriquement. 
P. Meyer m'a signalé dans le ras. de la B. N. fr. i j jj, anc. 7J9J bis 
(f' 121 r°), une éplire farcie de saint Etienne ' qui est évidemment l'ori- 
ginal français de la version méridionale. Je l'imprime en mettant en 
regard des vers français ceux qui leur correspondent dans le texte pro- 
vençal, qui est notablement abrégé, surtout vers la (m. Le ms. 1 ^^ 5 est 
des premières années du xv" siècle, tandis que l'épître farcie remonte 
sans doute au xii' ; il suit de là que le texte en est assez altéré ; je l'ai 
corrigé où j^ai pu 'sans essayer de restaurer les formes primitives), et 
parfois la version provençale m'a permis de le faire avec sûreté : il faut 
noter que cette version, écrite au commencement du xiri' siècle, repré- 
sente un manuscrit français bien antérieur au nôtre. 



Incipit vita sancti Sttphanï. 
I. Oués trestoui conmutiauinent : 

Mouslrervous veûil regnablement 

La passion et le tourment 

De saint Estienne apertement, 
\ Que il souffrit moût doucement 

Pour l'amour Dîeu omnipotent. 

Juis le trairent laidement 

Dehors les murs du chasement 

Ou Dieu fu mort corporelment, 
10 Dont il prendra son vengement 

Quant il vendra au jugement. 

Ltiùo actuum apostoiorum. 
II. Uns hvres est que nous a von : Us libres es que nos avem 

Faiz des apostrcs rapelion, 

Quer cen qu'il firent i trovon : 
(^ Cil recompte la passion 

De saint Estienne le baron. 

Qui fu de iour élection : 

Ci) qui Pèsent Lucas out non. 

//} d'ubus mis. 
m. So fu après que Dieu h nez Apres que Jhesucrist fo naz 

20 El de Jordain régénérez, 

Et en la sainte crois penés, 

Et en sépulcre fu posés 

El au tiers jor resuscilés E fo de mort resuscitaz 

Et ens es haus sièges posés, E pueis cl ccl sen fon poialz, 



Epistolj beau Stephani prothomartim , 
Entendes tug cominalmen : 
Mostrar vos vtiiel aperlamen 
De sanc Esleva lo itirmen, 

Ques e1 sofri mont dousamen 
Per amor Dieu omnipolen. 
Jusieu loti traisson laïamen 
Defors los murs Jherusalem 
On Dieus fo mortz corporalmen, 
Don el penra so vengamen 
Quant il venran al juggamen. 



F agi dth apûstoh l'apelam, 
Quar so qu'il fero i trobam : 
Cel recomta la passio 
De sanc Esîeve lo baro : 

Cel que l'escrieg Lucas ac nom. 



I. Elle avait déjà été indiquée par E, du Méril dans une note de ses Ori- 
gines laUnes du théâtre modcfne, 

J Quer — 8 meurs ; le pTOvtnçal a pcut'élre ui conservé la leçon originale^ chart' 
gk dans le français — w la leçon du français est prif érable à celle du provençal ^ 
facile d'ailleurs à corriger en lisant el venra — ij Fait — 18 lescript, ou — 
: 2 En en s. — 24 Et en ces hauix sièges, f avais conjecturé que pour poiés, 



220 

2S 



IV. 

J^ 
40 

V. 

4S 
Vf. 



MÉLANGES 

Et vous meismes pas n'en doublez, 

Fu saint Estientie lapidés : San Esteves fon lapidatz : 

Ja l'oneis bien se vous voulez. Auiatz comen, si l'enlendatz. 

Stephûnus pUnus gratia, etc. 
Saint Eslienne plein de bonté Sanc Esteves plen de boulât 

Vers Dieu tourna tout son pensé : Ves Dieu lorna lot son pessal 



One n'oul cure de richeté ; 
Le mont avoit tout adossé, 
Car trop y vil de fauceté. 
Ly apostre l'ont moult atné, 
Quar il estait bien emparlé, 
Sages homs et bien pourpencé 
A diacre l'ont ordené, 
A leur compaignie adjousté 
Pour essaicier creslienté : 
Bien la maintint sans fauceté 
Tant con vcsquit en son aé. 

Surrexerunt aatcm quidam j tic. 



Non ac cura de richedat ; 
De mon a tôt desamparal, 
Car trop i vi gran falselat. 
Li apostol l'an molt amat, 



A diague adordenat, 
Elsems ab se Faun ajustât 
Per manlener cristiandal : 
Be la mante sans falsedat. 



Ëncontra lui son endressat 
Li fais Juzieu per lur peccat, 



Envers lui se sont esdrecté 
Pluseurs Juis par leur pcchié. 
Ly plus hault et li mieuz prisié 
Entour loi se sont aprochié ; 
Pour despuler sont aficKié 
Pour desrener leur mauvetié. 

Et non potcrant résisterez etc. 
Il fie pouaient maintenir Mas non la podo mantenir 



E entorn lui son apropchat^ 
De dîsputar tug afical 
Por défendre lur malveslat. 



Lur fais error ni guerenlir 
Contrai benaurat martir, 
Que vole amar Dieu e servir 
E non duptet pas a mortr. 



Leur fauce loy ne garantir 
Encontre le bcnoisi martir 
Qui amoit tant Dieu a servir 
Qu'il ne doubtoit pas a mourir 
Ne pour s'amour paitie soufrir. 

Audienta aatem hacc, etc. 
Quant il virent a escient Quant viro ta falsa gen 

Que vaincus sont apertement, Que nol venco, 

Dedens leur cuers en sont dolent; mot son dolen 

Lores soupirent moult forment, 



imposiibk à ta rime, iefr, dV4fi montés, répondant au poiatz pronnçûl; posés con- 
vient aussi bien^ mais il a i' inconvénient de terminer déjà le v. 22 — 2\ ce vers est 
ahiri — 29 ce vers dans h prov. est placé après ji — jo Onques — j 1 Ly monl 
auoit trop adole — ^^-]\ ces deux vers, oà la grammaire demande des rmes en 
•es, étaient sans doute assonants dans la rédaction originaire — 56-^7 ces deux vers 
sont intervertis dans le provençal — 40 Tout conuaincu — 41-46 toutes les rimes 
dt celte strophe sont en -iés dans le ms, français — 41 escncs; cf. outre le prov. 
le latin surrexerunt — 42 la leçon du prov. doit être la bonne — 45 li mains prises, 
Après ce vers te ms. ajoute Lybien sont appelles, vers qui ne rime pas et qui paraît 
avoir iti interpole d'après le latin — 44 Enuers lui ce sont aires — 40 ly k La 
leçon primitive était sans doute Contre le beneoit m. — \i Que il ne aoubtct — 
$4 le ms. prov. a ueso, qui n'a pas de sens — j6 Lors 




ÉPITRÊ FRANÇAISE DE SAINT ETIENNE 

Leurs dens rechignent leidemcnt, Lurs dens li mostro issamen, 
Com fiait le louquantl'aignelprent. Co fai le lops cant i'aniel pren. 
Cum autem esset^ etc. 
VllI.Quant li Juix furent maté 
60 El convaincus el desperé, 
Esvous le saint enluminé 
Et du saint esprit affermé ; 
Vers les cieux a son vis tourné, 
Sy i vit Dieu en majesté 



22 ( 



Vecvos iû sanc enluminât 
Del esperit Dieii be fermât; 



Vi Dieu lo paire e magestat 
E a sa dexlra per vertat 
Ihesum lo fîll ab gran clartat, 



6^ Et a sa destre par verte 

Son filz Y vil granl clarté ; 

Envers le ciel a regardé, 

Sy dist par grant humilité : 

Eac video calos apertos^ ck. 
IX. « Je voy le ciel apperîement « leu vei lo cel apertamen 

70 Et s» voy Dieu omnipotent 

Et a sa dexîre vroiemenl 

Son filz y voy moult clerement, 

Qui m'escoura presentemenl 

Et m'oslera de cesi tourment. 1 

Exclamantes ûutcm, etc. 



E dis ab gran humilitat : 



E si vei Dieu omnipolen, 
E a sa dextra veramen 
Jhesum so fill mot claramen 
Quel me socorra empresen. » 



X. 7 j Quant li Juyz ont escouté 

Qu'il a si bien de Dieu parlé 

Et qu'il vit Dieu en majesté, 

Tuit ensemble sont escrié, 

Leur oreiles ont esloupé, 
80 Encontre lui vont abrivé, 

Si le fièrent par grant fierté, 

Fors le jetenl de la cité, 

El moult griément i'onl decassé 

Et a grans pierres lapidé. 

El lestes dtposaermi vestimenta, etc. 
XI. De Dieu estèrent leur pencez; 
86 Leur vesteraens ont desposés 

El a un jouvencel livrés 

Qui Saulus estoit appelles, 

Mais puis li fu son non mués 
90 Le jour qu'il fu crestiennés : 

Saint Pol out non, bien le savez, 

Ccsl aposlrc bien réclamés ; 



Quant li Jusieu l'aun escotat, 
Qu'el aisi de Dieu a parlât, 



Lurs aurellas ao eslopat, 
Encontra lui vau en privât, 

Fors lo jeto de la cititat, 
E mot formen Tau decassat 
E ab grans peiras lapidai. 



Sos vestimens au depausatz 
Ed ad u juvense! livratz 
Ques era Saulus apelatz ■ 



Sanc Paul a nom^ ben o sapchats. 



61 Et vous ly s. — 62 esperit — 64 Sy wil d. en sa m.; dans le prov. je 
restitue e (^ en) avant magistat — 65 vente — 77 El qui vil d. en sa m. — 
78 e. ce s. — 80 ce vers manque dans le ms, français; je le restitue d'après le 

Cwençal, d'autant plus sûrement qu'il répond au latin — 8 1 Sy refierenl — 82 
rs le ietoient — 8i Et manque^ lapide — 84 aux decassé. Decassé signifie 
ki • ^nst, fracassé • ; / atais eu tort de voir dans le decassal du prov. un équiva' 
lenj dujr, dechacié tt de supposer k mol altéré — 8 s pcnceez — 86 dcspouilles 
^- 87 El au i- bailles — 89 Ains ly fu — 90 qui l 



222 



MELANGES 



U règne Dieu est couronnez, 
Sy serés vous se vous voullés, 
9J Se vous faites ses volenlés. 

Et lûpidabant Stcphanum^ (te, 
XII. Il lapidoient le martir E lapîzero lo martir 

Et feroient o grant air, 
Pour ce qu'il ne voulloit souffrir 
Leur fauce loy ne garantir, 
1 00 Ains reclamoit Dieu pour mourir Que réclama Dieu per morir : 
Ainsi con vous pourrois ouir : 

Domine Jaa accipe, etc. 



XIIL* Dame Dieu, père potcis. 

Qui en t'ymage me lais 

Et de ton saiïc me reensis, 
lOi Pour cui amour ci îer ocis, 

Resoy huy m'ame en paradis 

Ou tu répons les tiens amis. » 

Posais autem genibtts, etc. 



« Seinner Dieus, paire Jhesu Crist^ 
Que ab ta dexlra roe fesist, 
E de to sanc me resemist, 
Por cui amor serai ausistz, 
Recep me uei em paradis. » 



Ses ginols eo terra pausa. 



Per los luzîeus Dieu réclama, 
Mot diossamen Ion depreia. 



XlV.Ses genous a terre posa, 

Envers le ciel son vis tourna, 
1 10 Moult doucement Dieu recbma. 

Pour les Juys le deprya 

Et son pardon leur octria. 

Domine f ne statuas ^ etc. 
XV. t Dame Dieu, père glorious^ « Ai seinner paire crealor, 

Cui réclament luit pecheour, 
• 1 j La mort de mei pardonne lour La mort de me pcrdona lor 

Si com faites ains devons, 

Quant en croiz fustes angoues- Car ieu ten prec per ta dossor. • 
|sous. » 
Et cum hoc dixisset, etc. 
XVLQuant sains Estiennes out ce dit, Gant ac parlât le sang martir, 

Puis clost les icx et s'endormit ; Lo termes fon quel dec morir ; 
120 Ly esprit de son corps cssit : Li angel vengrou al fenir 

Dieu le receut qu'il oui servy, Per la sua arma requérir ; 



9J sa v. — 97 seroienl — 98 qui n. — 100 p. souffrir — 104 me resiouys 
— 10^ Pour quel amour je fu ocis — 107 repos — 108 Ces — 113-117 
tûuleur de la version provtnçaie a eu sous les yeux un texte de cette strophe 
remanié et dont les assonances avaient éU écartées — 114 Qui réclament tous 
pecheours — 11$ Pardonnes leur la mort de vous — 116 ains manaue — 
118-126 ici tes deux recensions sont complUemeni divergentes; k texte français 
parait contenir des assonances ; cependant les rimes seraient valables dans un dialecte 
du nord-est fdit endormit eissit servit crit mentil rocrcit), à l'exception de celles 
des deux derniers vcrs^ ^ai ont très bien pu être ajoutés apris coup ; ie texte suivi par 
le traducteur provençal était d* ailleurs tout aussi français que l'autre, comme rmdiqtu 
la forme requérir pour requerer — 118 saint esticnne ; j'ai dû rétablir la formt 
correcte^ nécessaire pour la mesure, bien qu*at générai je n'aie pas fait de corrections 
de ce genre — 1 20 esperit 



MÉLANGES CATALANS 

Or lui prioa tuit a un cry 
Qu'il prie Dieu qui ne menty 
Que de nos aines ait mercy, 
I2J El noz corps prenge a bonne fin 
Quant nous tourneron a déclin. 



22? 



No fies sanglot ni fes sospir. 
Ans le fes Dieus si ben transir 
Co s'il se degues adormir. 



Le texte du ms. t^Î ressemble beaucoup à celui qu'a publié E. du 
Méril, Origina latines du théâtre moderne^ p. 410, et celui-ci, à son tour, 
a beaucoup de ressemblance avec la version imprimée dans le t. I des 
Mysicres du XV^ sikle de Jubinal; enfin ces trois versions ont des 
points de contact certains avec le texte le plus répandu, publié par 
Rigollot (voy. Du Mérii, /. c). L'examen comparatif de toutes ces ver- 
sions et la recherche de leur origine demanderaient une étude à part« 

que je ne veux pas entreprendre pour le moment. 

G. P. 

VI. 

MÉLANGES CATALANS. 



I. 



PLAINTE DE LA VIERGE. 



Ce planh est en vers décasyllabiques partagés en couplets à cohla cap- 
Cdudada rimant tw ahbaaccâ. Cette forme n'ofFre rien de bien remar- 
quable. Le fonds non plus : on sait que la lamentation de fa Vierge au 
pied de la croix est un des sujets les plus souvent traités dans la poésie 
religieuse du moyen âge, et la littérature catalane n'est pas dépourvue 
de spécimens du genre; l'un même, selon J. de Villanueva, aurait été 
conservé par un ms. antérieur au xiii« siècle '. Celui que je publie ci- 
après n'est pas inédit, au moins dans sa totalité. M. MiU en a publié les 
dnq premiers couplets dans ses Trovadons tn Espana^ p. 467 note, 
d'après un ms. des archives de la Couronne d'Aragon, indiquant par des 
points que la pièce n^était pas donnée en son entier, mais ne nous faisant 
pas savoir si elle est ou non complète dans le ms. Le ms. latin 66 j 2 de 
notre Bibliothèque nationale » m'a fourni de cette même pièce un texte 
complet, en dix strophes y compris l'envoi. Ce texte a été écrit d'une 



12 j Qui. 

1 . La pièce qui commence par Augats, seyôs^ ^ui cnJns Dm h pairt^ publiée 
Dar JâJme de Vilbnueva, Viagt liUranOy IX, 281 ; le premier couplet en a 
tXk reproduit par Torres Amat, Mcmonas, au mot conplanch, par M. Milâ, 
Trovad, tn Eip., p. 466, note, par Diez, Cram.j trad., I, joj, n. 2. 

2. Ce ms. a appartenu successivemetit à J,-A. de Thou et X Colbert. Le 
catalogue imprimé ne mentionne pas la pièce catalane. 



2 24 MÉLANGES 

main évidemmeni catalane, au xv* siècle^ sur un feuillet de parchcinin 
actuellement relié à la fin du ms. et qui ne paraît pas en avoir fait parue 
originairement. Cette poésie, qui n'est pas sans mérite, quoiqu'un peu 
abondante en épkhèies, me paraît remonter au xiv siècle. 

La leçon du ms, 66^2 présente ta particularité dialectale qui, selon 
M, UiU{Trovad. en Esp.^ 462), caractérise le catalan oriental : la substi- 
tution de 4 à f et de f à a avant l'accent : v. 14 clavakts (= daveldts)^ 
V. 22 anansj fanir (= enans, finir] ^ v, 46 sacorrer (= Hconer)^ vv. 10, 
J4, 59 yaim (^ veztn\\ et inversement, v. 26 desesîrada {— desaslrada), 
v. 46 ejudûT ; de même îen pour tan, vv. ^o, jy, 43, 6j. De nombreux 
exemples du même phénomène ont été rassemblés par M. Mussafia dans 
sa préface au roman catalan des Sept Sages^ §§ 1 et ;. M. Mussafia a 
signalé aussi, § 2, le passage d'c posttonique à a, que^nous trouvons 
ici dans mayra, vv. ^8, 66, 72, yj. Je donne en note les variantes du 
texte de M. Milâ. 



I. * De grieu dolor cruzel ab mortal pena, 
De marrimen ab tristor descau^ida. 
De plants, de plors, lassa, trisla, marri da, 

4 Suy al jom d'uy e de greus Irabayls plena ; 
E dois corals quiiti destruu «m dessena 
Em romp lo cor dolent, marril c trist, 
Lassa! per vos, mon car fill Jhesu Crist, 

8 Car sus la crots vos vey dura mort pendre. 

II, « Ay lassa! fi!ls^ lo cor nie cuya fendre 
Vazen la grieu passîo dolorosa, 
Aspra, cruzel, trisla, mortal, ontosa, 

1 2 Q^ue vos sofnts, car entrels lairos pendre 
Vostre cors vey e trancan scuxendre, 
Los mas eîs pes clavalats sus la crots, 
Tant que lot cls cassais, iroxits e rots, 

16 Que res ao par enteyr que sus vos sia. 

III. « Ay! mes cars fills, degus homs no poria 
Pensar lo mal ne la pena déserte, 

Ne! greu Irabayl que vostre cors soferte, 
20 Cert, a gran tort, d'un mes cruzel lo die, 
On prestament, lassa I morir volria 
Anans queus vis axi lanir languen ; 



(F. 90. 



I gran dolor — 4 Suy el... trebalhs — s destruy — 7 filz — 1 1 cruzc! 
fil illhtbU dans le ms. Je Pans ; Milà : Aspra irisla cruzel mortal ontoza — 1 j 
e irencar e scuxendre {MUâ c stuxendre), a ^ui vaut maux. — 14 los p. cla- 
valhar — 1 j Si que lolz etz cruxiiz cassalz — 16 entir — 17 Ai laissa f. — 
18-9 déserta... soîerta — 20 Hab gran dolor a tort en aycest dia — 21 Don 
sopiamcQ — 22 morir I. 



MÉLANGES CATALANS 

Caf reguardan vostrc dulcrs turmen 
34 Lo cor me fàll el sen me desempara. 

IV. « Fi II Jhesu Crist, pus trista suy encara 
On mays vos guart, desestrada, caytiva, 
Car vostre sanc vas loies parts vos riva, 

28 Per cap, per pes, pels uyls e per la cara; 
Car esta gent aspra, cruzel, amara., 
Vos han romput ten fort ab greus fîagelts 
Que tôt ets pies de blaveyrols cruzels, 

3 2 Ners c mortals del pe tro sus la testa. 

V. • E per far mays ontar (?l manifesta 
E per greujar pus la voslra pcrsotia, 
Han vos al cap mes un'aspra corena 

j6 D'espines greus, cruzels pus que tcmpesta, 
Ten fort punyents q'una sol no s'ar resta 
Tro ins al test, lalns aJ mays preyon, 
Si que la sanc vos sayl per mîg io fron 

40 E per lo[s] uyls vostres KumiJs goteia. 

VI. « Dun craus vey, de suor mortal fréta, 
De sanc, d*escups la vostra cara tola 
Cuberta, fills, c ten ferament rota 

44 Que degus hams, no vos coneix qutus veya^ 
E vostre cors qui cnays pot îo pesseya ; 
Es eu nous puix sacorrer n'ejudar, 
Ne far plazer ncl vostre cors tocar, 

48 Taat es la crots alta^ lassa, dotenta 1 

VU. « E car no puix avenir a m'antenla 

Vos esguardant , eu tinc la crots a brassa, 
E vostra sanc dona desus ma fassa, 

}2 E sus mey uyl ; dun cove ques eu setita 
Tôt vostre mal e! lurment queus turmenta; 
E vazen, fill, com vostre cors faneix, 
Coltell de mort raon cor per mis perleix, 

56 Per que vos prec qu'eu ensemps ab vos mora. 

Vlîl. « Per la merçe, fill meu, qu'en vos demora^ 



»2$ 



(F. 91 v«| 



2 î Car escardan vostre divers tormen ; la leçon de P. n'a pas de sens, nuis il 
\ facile de lut Cal reguardafrj v. divers — 24 Lo sen me f. cl cor me d. — 
\ vos vey — 27 p. s'ariva — 28 Pels pes pel cap pels ulhs — 29 g. trista, 
— 30 V. an tan fort romput — 32 Fers e m. dels pes sus en — 33 Usez avecB. 
01. d'onta pus — 34 grevar miels la — 3^ sul cap mes — 37 punyenlz que 
oolha no sa. — 38 Tro dins el test layhmhs (?) el plus p. — 40 Que p... 
tea. Ici i'arréte U texte de M. MiUL — 41 Sic^ corr. Encaras.? 




226 MÉLANGES 

Haiats merçe de voslra mayra pura 

Qui viu langueo vazen Tâspra e dura 
60 Diversa mort que lent soptaus acora. 

Ha Jhesu Crist ! ges no vos puix defora 

Mostrar fafayn qn'cû ay, ne l'aspre dol, 

Sofert per vos, mes trîsta, sus lo sol 
64 Estic per vos morlalmen ebiasmada. * 

IX, Quant Jesu Crist viu ten fort lurmentada 

De gran dolor la sua mayra trista^ 

E mantes vetz que Tac en lerra vista 
68 Caser de cors asprament enguxada., 

Soptament dix : <* Fembra desconsolada, 

Vec te Johan que prenes per fill teu. • 

E après dix a Johan cosi seu : 
72 • Meu mayret laix, qu'eu vuyl sia teu mayra. > 

X. Quant Jesu Crist comendad' ac seu mayra 

A sent Johan lo coral amîc seu, 

Sens plus trigar lo veray fi 11 de Deu 
76 Endinal cap e l'arma ret al payre. 

U, 

DU MS. DOUCE 162 ET DE LA PRÉDICATtON DE VINCENT FERRER EN FRANCE. 

Lorsque j'ai décrit, il y a douze ans ', le ms. Douce 162, j'ai commis 
deux péchés de négligence que je vais confesser et, si c'est possible^ 
réparer. Pour l'un j'ai à faire amende honorable aux philologues, pour 
l'autre aux historiens. Les uns et les autres me pardonneront d'autant 
plus volontiers mes fautes qu'ils ne s'en sont probablement pas aperçus >. 

Je ne puis m'expliquer maintenant par suite de quel oubli j'ai 
négligé de noter, lorsque j'ai étudié pour la première fois ce ras-, 
qu'il est d'origine catalane, ou peut-être valencienne. Je me suis exprimé 
comme s'il avait été indubitablement composé au nord des Pyrénées 
et j'ai fini par me le persuader. L'ayant revu récemment à Oxford, le 
caractère purement catalan de l'écriture et de la langue m'a aussitôt 
frappé. Il offre même une particularité notable qui est aussi fréquente au 
sud des Pyrénées qu'elle est rare ailleurs et qui aurait dû tout d'abord 
éveiller mon attention, c'est que les cahiers dont il se compose sont 



64 Mî. e blasmada. 

1 . Ârchtm âei Misiions, 2y lit { 1868), 1 67 el 366 ; tiré à parl^ pp. 163 et 162, 

2. Je note en passant qu'il n'y a rien dans ma description, si imparfaite qu'elle 
ait été, du ms. Douce, qui ait pu autoriser M. BartscK {Grundriss d. prov. 
UkT,^ p. )6j à faire reaiooter au XIII' siècle certaines des pièces contenues 
dans ce ms. 



MÉLANGES CATALANS 227 

régulièrement formés de quatre feuillets en papier ei de deux en parche- 
min, ces deux derniers étant placés l'un à rextérieur, l'autre au centre 
du cahier. Comme il contient en ses 24 premiers feuillets un sermon 
prononcé à Toulouse par Vincent Ferrer, comme d'autre part ii est 
infiniment probable que le célèbre dominicain prêchait dans sa langue 
maternelle, le valencien, surtout lorsqu'il prêchait dans le midi de la 
France, il y a là une circonstance très notable, en ce qu'elle pourrait 
amener à croire que nous avons dans le cas présent Pun des sermons sous 
$a forme originale. Sans doute ce sermon, comme les autres du même 
auteur, existe et a été publié en latin, mais il n'y a pas de doute que la 
forme latine, dût-elle émaner de Vincent iui-raême, ce qui est fort con- 
testable ', n'est pas celle sous laquelle les sermons ont été prononcés. Le 
prodigieux succès, l'immense popularité de la prédication de Vincent 
seraient inexplicables s'il avait parlé en une langue que le peuple n'aurait 
pas plus entendue alors qu'aujourd'hui. D'ailleurs nous savons, par le 
témoignage précis de son principal biographe, le dominicain Razzano, 
qui écrivait vingt-six ans après la mort du saint, en [45 j », que Vincent 
se servait de sa langue maternelle, le valencien i. Quant à supposer la 



1. Voy. N. Antonio, Bihliotheca hispatia vetas éd. de 1788, H, 206. 

2. Quétif et Echard, SaipL Orà. Prctà., II, 876. 

3. Selon Razzano, le miracle du don des langues avait été renouvelé en faveur 
de Vincent, de telle sorte que des populations dont U langue n'avait aucun 
rapport avec le valencien comprenaient toutes les paroles du prédicateur. Sans 
admettre cette assertion dans sa plénitude, on conçoit sans peine c|ue dans le 
midi de la France, au commencement du XV* siècle, le valencien ait été com- 
munément compris. Voici le passage qui est assez corieux pour mériter d'être 
cité. Je le transcris d'après le texte publié par les BoJlandistes : 

\Aaa Samtorum^ Apr. I, 49^. Magna etiam admirationedignum illud est quod 
donum lineuarum, sicut et vetcribus jpostolis, ci concessum est, Cum cnim per 
iUas singulas regioncs quas supra memoravimus suas pr^dicationes diffundcret, 
et sua Valenlina ac materna lingua fuerit semper locutus^ tamen singuli, tam 
pueri quam ^etate provecti utriusque sexus, ejus sermonem per singula verba 

{)ercipiebant, perinde ac si in singulorum patria fuissct natus et eorum idiomate 
uisset locutus. Multî quoque Grxci, Teutonici, Sardi, Hungari et alii m atiis 
locis nat), qui non nisi materna tingua loqui sciebant nec aliam inteltigebant, 
devenientes ad loca in quitus prxdicabat Vincentius, cum aliis ad audiendum 
concurrerunt, et tandem facto verborum ejus fine, fassi sunt se singula virj Dei 
verba percepissc, non minus quam si eorum lingua eum loquentem audisscnt. 
In itia Gailiae rcgione quae nostro temporc Britannîa dicilur sunl quidam populi 
quos Galli vocant Britones britonizanles, quorum lingua sotis îpsis cognila est; 
et quamvis plurimi eorum lingua GaUlorum loqui sciant^ multi tamen non nisi sua 
lingua loquuntur et nuilam aliam mtelligtint: qui tamen virum Dei, suo materno 
idiomate loquenlern, distincte tntelligebant, ita ut singult quoque pueri et feminae 
maximum fructum ex salutifcra ejusdoctrina pcrcepennt. 

Les mêmes taits sont rapportés en substance dans un autre ouvrage de Raz- 
lano — un extrait fait par lui-même du vingtième livre de ses Annales — que 
J. de Villanucva a publié dans son Viagc iiteram a las tgicsias àe Espaha^ IV, 
277ctsuiv.; yoy notamment p. 286. 

Razzano n'était peut-être pas un très bon linguiste, à en juger par la façon 



-.'. -^ À ine zrpothèse que la dif- 
^a> - -ïTTSt rière d'accepter « . 
^. . z-T'i-^c riide du ms. est ainsi 
- ■'. T-iiT-f Vincen en la doutât 
,'.'-■ .ï"/, ont es enserida tota 
;;. .'-liT. Sur quoi je me suis 
..- «r: -u «me sermon n'offrait rien 
. .^ :...ais, sur le témoignage de 

..-c. . - ^ JTcàives de cette ville ne 
^..; iTCï»:: Ferrer. Avant de me 
.«.:u> i*: plus sagement en véri- 
, . .•T'"--e!TC >JS la mention du passage 
V 4> .~ «aiple mention, mais une 
- Vît: « Languedoc et des cir- 
■ .••,w-^— SJ prédication, que nous 
-.^■rroijK. j'e renverrai notamment à 
- ;x. .MS borné comme d'autres à 
,,^- -^rs 'vii.rano, mais a fait usage, et 
..:. -.-.xsse. »iu procès de canonisation. 
-. <. ■• -:^' -i"^^^ '4'^* devant la cathé- 
. - ^. ..-. .T^ché pendant six heures avec 
.- •.^.: tf monde fondait en larmes, et 
>^..— .> ■;• r.rent sur la place de la cathé- 

^ . .X \>:."»riens du saint qui s'étendent 

. - , V--J-Î '•» semaine sainte de l'année 

,>i ;-.-.ssrnr aussi à cet égard desmen- 

.^. ji- <tfrtrandi a consacré quelques 



• . .Vf * P»"" P*'' ^^^ partem Galliarum 
^.••va çcvalionis Vincenlius seminaret ... » 

•^ .-c vi»o:rce qu'est devenu un recueil (en 

■*** ^.*.; «Vrrer. que Fr. Diago mentionne en 

c .'.* K^rrcr : « La avenguacion de los 

"^ ^.,.,..^«j, I cjminos que el santo hizo a penas 

t -.Nv'.jro:.» para ellas un libro manuscripto 

o iJîto prcdico en los reynos deMurcia 

"" '*" ;^-,^ el pjtriarcha de Antiochia y arço- 

* ^' ;. ..:.■* ••'•' V^lificiano a postal de Europa, 

•y ''M. Fr- Francisco Vid.vl y Mico. 

X -^4 -- Il y "> ""C ^utre édition in-8» 

' \ Ixx paraissent rares en France ; je n'en 



MÉLANGES CATALANS 229 

lignes, assez peu précises i! est vrai, à frère Vincent", et Percîn traite 
avec détail de la prédication de Toulouse et des miracles auxquels elle 
donna lieu, dans ses Monumenta convcntus Thoiosani ordinis Fraîrum Pr£- 
dicatorum, à l'année 1416 (pp 94-5). 

Tous les biographes de V. Ferrer, depuis Fr Diago^ jusqu'au R. P. Pra- 
del î, en y comprenant Tabbé Bayiez, sont des panégyristes dont plu- 
sieurs ne font guère que paraphraser Razzano et à qui la critique est étran- 
gère L Pourtant, entre les mains d'un homme exercé aux recherches 
historiques, ta biographie de cet étrange personnage gagnerait singuliè- 
rement en précision et en inléréi. Il y aurait lieu de suivre à la trace 
V. Ferrer, de relever îes mentions que les chroniques locales, que les 
documents d'archives, — lesquels abondent dans !e midi de la France 
pour le XIV* siècle, — nous ont laissées sur le célèbre prédicateur. On 
obtiendrait ainsi des témoignages de première main, datés de temps et 
de lieu, autrement intéressants que la narration édifiante de Razzano. Je 
joins ici quelques-uns de ces témoignages que le hasard de mes lectures 
m'a fait rencontrer. 

En mai 1400 et en décembre 1401, Ferrer prêche à Sisteron. Les 
délibérations du Conseil de la ville constatent les services qu'il a rendus 
à la ville, « in predicando, et alias rancores et maljvolencias tollendo in 
dicta civitate, et quamplura et infiniîa alia bona faciendo », et lui votent 
une subvention consistant, la première fois en vivres pour lui et sa suite, 
et la seconde fois en trois cannes de bruneite, « très cannas de bru- 
netta, pro uno habitu » (Éd. de Laplane, Hisi. de Sisuron, I, 228). 

Entre ces deux prédications de Sisteron, Vincent Ferrer séjourna à 
deux reprises tant à Aix (27 oct.-i" déc. 1400 et janvier 1401) qu'à 



t. t ... Hic igitur, cum inter Tholosates habitans, egregius declamator, ut 
plurimuin eisdem de futuro Dei judicio ita preconizaret ut omnes in admiratio- 
nem convcrterel et futtiram iram pertimescendam persuaderel alque penttus 
horrendam, a Tholossnis magno h^bitus est in precio, circa annum Domini 
.cccc, et a Callixlo MI in sanctorum confessorum numéro eas ob res fuit aggre- 
gatus, qui sua mira devotione et sanctitate prosperam Thotosanam efecit civi- 
tatem. » Dommt Nkolm Btrtrandi... opixs de Thotosanorum gestis ab urbi condita. 
Tholose, ijij, foi. Ixvij. — Cf. Us Gtste: des Thohsains et J'aultres nations de 
Ftnviron^ premitrtmtnt escriptz en langaige latin par ... Nichok Bertrandi,., et 
aprèi translatés en françoys, Lyon, 1^17, feuillet iij. 

a. Historia de la vida^ milagros, muerie y disctpulos Jel bienaventurado ... S, V, 
Ferrer^ Barcelona, i6oOj 111-4*. H y a pourtant dans ce livre beaucoup de 
recherchas originales, surtout pour ce qui concerne la prédication de Ferrer en 
Espagne. 

j, S. Vincent Ferrier^ sa vie, ses enseignements spirituels, '864, in-] 2, 

4. Vu de S. Vincent Ferrie r^ '^î^i in-«i. 

^. Je dois dire que ie ne connais pas les travaux de L. Hcller, Vmcentius 
Ferrer nath siincm ùbcn md Wirken dargesteîlt, Berlin i8ïO, ni de W. Hohen- 
thal-Staedteln, Disseriatio de Vmcentio Ferrerto conjesson, Leipzig 1839, que je 
n'ai trouvés ni à Paris nt â Londres. 



2)0 MéUNCES 

Marseille (i"'-29 déc. 1400 et 17 mars-6 avril 1401); voir l'abbé 
Bayle, p. 12 1-2. Il est certain qu'il prêcha vers le même temps en plu- 
sieurs villes de la Provence, mais les archives locales n'ont pas été 
explorées à ce point de vue. Si, comme il est probable, il s'est arrêté à 
Tarascon, on en trouvera la preuve dans le registre BB 4 des archives 
de cette ville. Ce qui est sûr, c'est qu'il prêcha avec son succès accou- 
tumé à Arles, en février 1401 , Voici en effet ce qu'on lit dans la chro- 
nique récemment publiée de Bertran Boysseï : 

L'an que desus (1401, n. s.), le jora .v. de febrier vcnc un fraire predicador 
en Arle, per son îion apelat frayre Vincens, e prcdiquet a l'arsivesquat très 
sermons gênerais e motos sermons autres ad Predicados d'Arle, tant coma 
dcmorel en Arle. E prediqucl sî aulamens e si noblamens que yeu crese que 
desptteis que los apostols morts foron, e per la fama que Iss gens en dîzien, non 
fon visl ni auzit home si aulamens prediquanl coma aquel davant dig. — Item, 
los Ju2ieu5, a tots los sermons qu'el dig en Arle foron presens, per ausir los, 
que csser i vole. 

Pour tes années suivantes que Ferrier passa en grande partie hors de 
France, je renvoie aux historiens. On a recueilli plus d'une fois le récit 
développé de la mission de Ferrer à Montpellier en 1408, que nous a 
conservé la chronique de cette ville '. Les renseignements abondent sur 
sa prédication à Toulouse et lieux circonvoisins en 14 16, et l'un des 
documents les plus précieux de cette prédication est précisément le sermon 
que nous a conservé, avec sa date de temps et de lieu, le ms. Douce. 

Après avoir prêché dans le Toulousain, Ferrer se rendit à Albi. Parmi 
les prédicateurs qui se firent entendre en cette ville, il convient de citer, 
dit M. J. Rolland, en un livre récent ^ : « M** Vincens, maître en théo- 
logie, que les consuls envoient chercher le 20 mai 1416 à Saint-Paul- 
Cap-de-Joux 5 pour le prier de venir prêcher. Ce Vincens ... resta à peu 
près un mois dans notre ville, faisant des processions, disant la messe et 
prêchant en plein air. Lorsqu'il partit, on remit à son guhernador une 
bourse contenant 20 écus pour le plaisir qu'il avait fait par sa bonne 
doctrine » (Arch. d'Albi, CC 168). 

Je ne trouve plus dans mes notes que deux témoignages à citer. L'un 
se rapporte à Diion. Le registre BB 159 des archives de cette ville, 
contenant les délibérations du Conseil pour les années 1414 a 1418, fait 
mention de mesures extraordinaires prises pour assurer ta sûreté publique 



I. Petit Thahmiii^ p. 446 ; cf. Germain, Hist. Je ta commune d( Monlpdiitr^ 



m, \iy, l'abbé Bayle, p. 161 -a. 
2. Histoire httlrairt de la 



2. Histoire littéraire de la ville d'Albi, Toulouse, '879, p. 19&. — On voit 
que l'auteur n'a pas reconnu que ce « M* Vincens » n'était autre que Vincent 
Ferrer. 

}. Chef- lieu de canton de l'arrondissemeat de Lavaur. 



MÉLANGES CATALANS 2^1 

durant les prédications du frère Vincent ' . Le second témoignage con- 
cerne le Puy. Vincent Ferrer y fit son entrée le 3 octobre 141 6 et y 
prononça quinze sermons. Estienne de Médicis, qui n'était pas un con- 
temporain, mais qui puisait avec intelligence à des sources maintenant 
perdues, nous a laissé des effets de cette prédication un récit bien inté- 
ressant, où on voit à l'aide de quels procédés Ferrer savait frapper 
^imagination des masses. It se faisait accompagner de quatre-vingts à 
cent religieux qui se donnaient publiquement la discipline, « dont plu- 
sieurs gens de bien se disdplinoient, voyant et contemplant ces dévotes 
gens ainsi, pour avoir la remission de leurs péchés, se battre. » C'est 
alors que Ferrer entrait en scène ; il disait la messe et prêchait avec un 
tel effet qu'on venait, pour Pouir, de vingt lieues à !a ronde. Une cir- 
constance importante que note le chroniqueur, c'est que Ferrer n'était 
pas aimé des clercs : « Et l'avoit chascun moult agréable, excepté les 
clercs». » 

Je suis convaincu que des recherches dans les archives des villes du 
Midi amèneraient la découverte d'un grand nombre de mentions ana- 
logues à celles que je viens de signaler. On arriverait ainsi peu à peu à 
dresser l'itinéraire du puissant prédicateur et à se rendre compte d'une 
façon plus complète et plus exacte de sa prodigieuse activité. Ces 
recherches seraient faciles à faire, étant limitées aux dix-huit premières 
années du xiv siècle et à deux séries seulement des archives commu- 
nales, BB et ce. Je me permets de les recommander à l'attention de 
ceux de nos lecteurs qui seraient en situation de les faire ^. 

Paul Meyer. 



i. Inventaire sommaire des arcb. comm. de Dijon par M. de Gouvenain, I, 
284. — Ce volume a été publié en 1K67 sous le régime inepte qui interdisait 
aux archivistes de marquer ta date des documents qu^ls analysaient, d'où il suit 
que je ne puis donner la date précise du fait qui doit être de 1416. 

2. Chroniqaci d'Estiiimc de Médicis ^ bourgeois du Puy, p. p. A. Chassaing, 
1869. Voy. p. 2JJ-4. 

3. La collation des fragments du ms. Douce que j'ai publiés dans mes rap- 
ports m'a fait trouver dans mon texte quelques petites erreurs qui ne sont en 
général que des fautes d'impression. Voici celles des pages 266 à 269 (tiré à 

f)art 262 à 26g. P. 266 (tiré à p. 262), Vlnant, lis. Vtncen ; Jhcsu^ là et ail- 
eurs, lire Jcsu. P. 267 (l. à p. 26j), I. 2, j passion^ \. 8 compassion^ lis. pas- 
siou, compassion ;\. \\ jcmna^ lis. femprta ; t. 18 du bas, dous, lis. doas ; L 7 du 
bas, xiTii, hs. un. P. 260 (t. à p. 264), I. 10, a|. E au commencement ae la 
ligne ; I, « j du bas, mstre, lis. noslra ; l. 6 du bas, homts^ lis. homs. P. 26g 
(t. i p. 265), L 4 los, lis. tas ; I. ^ dictios^ lis. diccios ; l 19 du bas, predicant. 
lis. predican ; I. 16 du bas, foni^ Us. fo. — Disons aussi que le ros. provient de 
la collection du doc de La VallJére (n* 722 du catalogue, ï, 247). 



MÉLANGES 



VH. 



DEUX MANUSCRITS GONZAGUE. 



A propos de noire publication du catalogue Gonzague et de nos 
observations sur les manuscrits qu'il mentionne, nous avons reçu deux 
précieuses communications, l'une de M. Thor Sundby, à Copenhague, 
Tautre de M, Ad. Mussafia, à Vienne. Voici la première : 

« Sur le numéro 14, Liber de regimineavitatis, vous n'avez rien trouvé. 
Je crois qu'il faut identifier ce numéro avec la deuxième partie du 
livre m du Tr«or de Brunetto Latino : Det gouvermmenî des cittz^ dont 
le premier chapitre commence par : Fs premiers livres : le ms. du cata- 
logue donne à Vincipit du numéro 1 4 la forme Eo primers luis^ que vous 
corrigez en Es premiers Uns. — La fin du livre ne s'accorde pas avec 
Vcxplicit de rinveniaire, mais cela ne prouve rien, puisque la seconde 
partie du manuscrit était en latin. 

a Vous savez qu'on trouve plusieurs des parties du rr«or isolées dans 
des manuscrits comme des ouvrages particuliers : ainsi l'EûcadiAnsîotHe, 
la Rcttorica di Tdtio^ sans compter les Enseignemens de moralité. S'il était 
possible d'établir que la première partie du ms, Gonzague n'était que la 
traduction de la seconde, ce serait une preuve de plus que Brunetto n'a 
fait que traduire, en ïes abrégeant le plus souvent, des textes latins. Il 
serait très intéressant de retrouver le Liber de regimine civiîalis, qui doit 
être la source de la deuxième partie du livre lîl du Trésor. » 

Voici la seconde : 

« Sul n" 1 9 del catalogo deî codici Gonzaga posso farvi osservare che 
è il codice 25S5 délia PaKitina di Vienna, di cui trattai prima io a pag. 1^ 
dei miei Beiîrdge zur Geschkhte der romanischm Sprachen [vol, XXX IX 
dei Sitzungsberichte delf Accademia di Vienna), poi Wolf nel suo Ueber 
dnige Doctrincn der Minne im Mittelaltcr (nelfe Dcnkmder délia medesima 
Accademia] . A questo proposito vi dirô anzi che, alcune settimane fa, 
diedi commissione perché si copiasse il codice. Pare anche a voi, corne 
pare a me» che non sarebbe inutile publicarlo per intero? E potreste voi 
ajutarmi a scoprtre /*i îor que vient dite Mizane? » 

Assurément ce curieux ouvrage, que nous sommes confus de n'avoir 
pas reconnu dans le n" 1 9 du catalogue Gonzague, nous paraît mériter 
d'être publié, surtout si l'éditeur est notre ami Ad. Mussafia, et s'il l'ac- 
compagne d'un de ces excellents commentaires qu'il sait faire. Mais quant 
à Se renseigner sur la tour de Mizane, nous en sommes incapables : 
quelqu'un de nos lecteurs sera peut-être plus habiîe. Voici le passage où 
elle figure, tel que l'a publié jadis le savant professeur de Vienne : Cist 



FRAGMENT PRÉTENDU DE DESCLOT 2^? 

livres fu escriz sus ta îor que vient dite Mizane en l'an milloismes dacentoismes 
otantoismes setoismes en la endicion cjuindoisma puis l^encarnacion doa douz 
sangnor Jesu Crist. Etfu escriz por Rofin qui a celui tens estait garde de celé 
tor, a cui Dex doint joie et granz honaventure en cest monde et en l^autre 
paradis. Amen. Et fu espleuz an un di de sabaho qalorie di de guing. — 
Ces derniers mots forment Vexpficit du ms. de Vieone, identique, comme 
on le voiî, à celui du Liber mor(t)dliîLiium dans le catalogue Gonzague 
(â corriger d'après le manuscrit autrement que tious ne l'avons fait en 
note). Vincipit du manuscrit porte Enanchet au lieu de En achet que 
donne le catalogue, et M. Mussafia nous apprend que ce nom, sous la 
forme Annanchet, se retrouve dans la rubrique du dernier chapitre. 



Vin. 



SUR UN PRÉTENDU FRAGMENT INÉDIT DE DESCLOT. 



Sous le titre de « Crônica de B. Des Clôt. Fragmente inédito », M. S. 
San père y Miquel a publié dans la Rei'ista de ciencias histâricas de Bar- 
celone (n" d'avril 1880, p. 45-54) ^^^ relation de la prise de lUe de 
Sardaigne par l'infant Alphonse, fils du roi Jacme II d'Aragon. Cette 
relation, qui se trouve dans le manuscrit 11-2-17 ^^ ^^ bibliothèque uni- 
versitaire de Barcelone à ta suite d'un texte de la chronique de Descîot 
conforme, en étendue, au texte imprimé par Buchon, porte le titre sui- 
vant : a Assi comensa la preso de la illa de Sardenya, la quai illa feu 
conquérir lo Rey En Jachme, fill qui fo del rey En Père de qui fo feyt 
aquest libra, a son fill Nanfos, lo quai Nanfos fou après la mort del rey 
En Jachme son pare rey de Arago et de Cerdenya. » La chronique de 
Desclol dans les mss. connus s*arréte à la mort de Père \\i d'Aragon 
(1285;, et jusqu'ici l'on tenait cet historien pour contemporain du roi 
dont il a conté la vie. Si l'aiiribution du fragment en question à Desclol, 
soutenue par M. Sanpere, vient à être prouvée, il est clair que le chro- 
niqueur, qu'on croyait de la fin du xiif siècle, devra être rajeuni d'un 
bon quart de siècle au moins, les derniers faits relatés dans le fragment, 
la bataille et le siège de Cagliari, appanenani à l'année ip4'. Les 
arguments allégués par l'éditeur pour défendre son opinion sont au 
nombre de deux et sont très faibles. L'un est la conformité de style de 
ce fragment et de la chronique de Descîot : <« pues cuantas cualidades de 
literato y de historiador podemos admirar en fa citada crônica, se repro- 
ducen en el fragmento que por primera vez vé la luz publica, y aun nos 

». M. Sanpere dit inexactement aue !e fragment • llega ...al ano ij2o ». Le 
fragment commence vers 1 j2q cl s'elend )usqu'à l'année 1324. 



2Î4 MÉLANGES 

atrevemos à asegurar que pocas liieraturas, ya no la catalana, podrdn 
presentar una pagina mas bella que la que consagra des Clôt en este 
importante fragmente â narrar ta batalla de Caller. » Je dôme fort que 
cette admiration soiï partagée par beaucoup de connaisseurs de la litté- 
rature historique du moyen âge ; mais peu importe le mérite littéraire du 
morceau : ce qu'il fallait montrer, c'est à quoi l'on peut reconnaître celte 
conformité qui semble sauter aux yeux du clairvoyant éditeur. Or tant 
que M. Sanpere n'aura pas prouvé par des exemples empruntés au voca- 
bulaire, à la grammaire et à la syntaxe des deux textes que l'un et l'autre 
sont sortis d^une même plume, ladite conformité sera considérée comme 
imaginaire. L'autre argument consiste à dire que le fragment se pré- 
sente dans le manuscrit comme une continuation de Desclot'. M. S. a 
sans doute en vue ici ce passage du litre : « ... del rey En Père, de qui 
fo feyî aquest iilna », qui s'applique en effet à la chronique de Desclot 
transcrite dans la première partie du ms., et, constatons-le bien, à la 
chronique de Desclot telle qu'on la connaît, c'est-à-dire terminée à l'an- 
née ] 285, car en citant dans ce titre les noms de Jacme 11 et d'Alphonse 
son fils, Fauteur ou le compilateur ou le scribe ne dit pas qu'il en ait été 
parlé plus haut: il rattache donc directement son récit à un livre où l'on 
\Td\u\i en dtmier Iku de Père III. Inutile de remarquer d'ailleurs que 
cette allusion n'implique nullement que le fragment et la chronique soient 
du même auteur. Voilà pour le titre. Passons au texte. A la quatrième 
ligne, où il s'agit de la restitution de Murcie faite par Jacrae 1! au roi de 
Castille^ on iit ces mots segons que damnnî es escrit, que M. S. a souli- 
gnés. Pour être conséquent, il aurait dû souligner aussi les mots de la 
cinquième ligne lo dit Infant En Jacme : l'infant i acme étant mentionné dans 
le fragment pour la première fois, l'expression h dit est à relever au même 
titre que segons que damuni es escrit Ces deux membres de phrase renvoient 
incomesiablement à un récit où figuraient le roi Jacme H et son fils l'in- 
fant du même nom. H en résulte qu'il y a contradiction évidente entre 
l'allusion du titre, qui relie directement le fragment à la chronique de 
Père 111, et les références des premières Jignes du texte, qui le relient à 
une chronique de Jacme II. Or cette contradiction est impossible à expli- 
quer si l'on admet que le fragment de la conquête de 111e de Sardaigne 
est un morceau de la chronique de Desclot menée jusqu'à l'année 1 ^4 
au moins. Si en effet Desclot avait continué son ouvrage de la mort de 
Pierre à la prise de Cagliari, il n'aurait pas pu, dans le titre du chapitre 
sur la conquête de llle de Sardaigne, écrire les mots « del rey En Père, 
de qui fo feyt aquest libra, » son livre n'étant plus alors Thistoire du roi 



t. « Eti este exemplar yi continuaclon del texto impreso por Buchon, si^ue 
un fragmento sobre la conqtiîsta de Cerdefia qutse </àcoma siendo continuacton 
de des Clôt. » 



FRAGMENT PRÉTENDU DE DESCLOT 2}^ 

Pcre IIÏ exclusivement, mais aussi de ses deux successeurs, Alphonse 11 
et Jacme IL Tout s'explique au contraire dès que l'on reconnaît dans le 
fragment un chapitre d'une compilation due à un autre historien que 
Desclot, Un amateur quelconque ou un simple scribe a détaché d'un 
ouvrage historique faisant suite à la chronique un chapitre relatif à la 
prise de Tile de Sardaigne par l'infant Alphonse et l'a inséré après cette 
chronique sur les derniers feuillets du manuscrit '. De là, d'une part, le 
segons i^uedamunt es escrit et le dit Infant, tout naturels ici, puisque le 
chapitre est extrait d'un ouvrage consacré en tout ou en partie à Jacme II ; 
de là, d'autre part, !e rey en Père, de qui fo Jeyî dcjuest libra, qui n'est 
qu'une remarque du scribe transcrivant son extrait immédiatement après 
la chronique de Père ÎII de Desclot. Enfin la meilleure preuve que le 
firagment n'a pas Desclot pour auteur» c'est qu'il est en réalité une ver- 
sion abrégée des chapitres 271 et 275-276 de la chronique de Munta- 
ner, çâ et là plus ou moins modifiée par des infiltrations d'une ou de 
plusieurs autres sources jusqu'ici inconnues. Pour le prouver, je vais 
donner sur deux colonnes quelques passages du texte de l'anonyme et 
du texte de Muntaner, 

Après les premières phrases, qui se rapportent à la renonciation à la 
couronne de l'infani Jacme, l'anonyme aborde son sujet. 



Anonyme (p. 46), 
En lo any que hom comptava M. 
CGC. XX. lo Rey mana corts a ta 
ciulal de Gerona, a les quais corts fo 
lo Rey de M allorques e tots los barons 
de Catalunya e a iuc) aqui lo Rey dix 
e manifesta que ell volia trametra son 
611 Namfos a conquérir lo règne de 
Serdcnya e de Corssegue, car gran 
temps era passât que sra escrivia Rey, 
c axi que ora era que hu fos de drel ; 
mas avants que en als hi anectas {sU) 
que volia saber lur acorte lur conseil. 
E lo Rey de Mallorcas don Sanxo, 
cosin germa seu, lo ala {sk\ y moU e 
perferi li valensa, e que de présent 
harmaria .XX, galères hon irian .CC. 
homens a cavall e molla genl a peu. 
E tels los barons c cavaliers atressi lo 
ht eonseliarenj eli proferien valenssa "^ 



Mi-NTANER (ch.CCLXXI)^ 
Vcrilal es quel seoyor rey Darago 
vse SOS fills grans e ails e bons, e 
mana certs a la ciutat de Gerona, en 
les quais fo lo senyor rey de Mallor- 
ques e lois los barons de Catbalunya. 
Ê aqui publicas {su} que de tôt eti tôt 
Irametes son fill, lo senyor infant 
Nanfos, a conquistar lo règne de Ser- 
denya e de Corssega, qui deu esser 
seu, per ço com li paria a eli e a ses 
gents que li era gran carrech com 
nou conqtiistava, pus que havia tant 
de temps que sen escrivia rey. E aqui 
finalmenl tuyl ho tengren per be, e 
sobre tots lo senyor rey de Mallorques 
li proferi que li annaria XX galees a 
son cost e a sa messio. E hi trametria 
CC homens a cavayll, e gent de peu. 
E com aquesta proferta hach feyta, 



I. Après le récit de la prise de l'Ile, îa même maJn a transcrit le chapitre 
277 de Muntaner (ce chapitre seulement?), 
t. Je suis ici la réimpression de D. Antonio de Bofarull (Barcelone, 1860). 
y. Cette expression, qui revient ici plusieurs fois dans les deux textes, a 



2j6 MÉLANGES 

de toi quant poguessen. E pus lo Rey 
vench sen en Arago e tench corts en 
Saragossa ab los barons e cavaliers de 
la terra, e manifestais sembla nment lo 
viaige de Sardenya e tuyt loaren lo hi 
e proferiran li valenssa de tôt lur po- 
der, si que lo Rey se tench per pagats 
dels huns e dels altres, etc. 

(P. 48) E après parti daqui ab tôt 
lastol e vench a Palma de Sols qui 
es en Scrdenya, bon foren totes les 
naus e lenys e galères ajuslades dins 
.1. jorn, e tota la cavalleria e la alum- 
gaveria {sic) axiren aqui en terra; e 
vench aqui al infant lo Jutge darbo- 
rea ab tôt lo major poble^ue havia de 
cavall, e lo Jutge es lo pus poderos 
hom que fos lavors en Serdenya, e for 
da qui cindichs e procuradors de les 
viles c ciutats e de lochs, e tots esem- 
pes (sic) reheberen linfant per Senyor, 
e 11 fcren homanatge. E linfant hac 
son conssell que faria, e hagut son 
acort e conseil ell vench assetiar Vila 
de Sglesias, e dcl setge de Vila de 
S gl estas l'infant feu ma na ment en (sic) 
En Francesch Garros almirall del Rey 
de Arago que anas ab .XX. galères al 
Castell de Ciller hon cra lo vescompta 
de Rocaberti, etc. 

(P. \o) E quant lo compte Neyra 
lo a una légua de Galle, lînfant ab sa 
companya anaren vers ells, si que hora 
de tcrcia foren los huns en vistcs dels 
altres. E linfant dona la devantera 
al nobla En Guillem de Anglasola, e 
ell romas al tota lai ira companya. 

E devest (sic) saber que de Vila da 
Sglesias rra axit A. cavalier qui havia 
nom Rodrigo, qui era tudesch, e 
aquell conexia lo Infant, e lo compte 
Neyra per coticell de! dit Rodrigo 
aiigni .XII, cavallerique nos dagues- 
»cn entra mctrc hais mas de firir en !o 
Infant ensemps ab lo dit Rodrigo. E 
lo Infant mana a son senyatcr que nos 



tots tos richs homens e les ciutats e 
bisbes e arquebisbes e abats e priors 
li proferiren valcnça de cosa saduda, 
axi quel secors fo axi gran quel senyor 
rey troba en Catalunya, que fo mara- 
vella. E axi mateiï venchsen en Arago, 
e axi mateix li fo feyta gran proferta, 
etc. 

(Ch. CCLXXIII) E lo senyor in- 
fant Nanfos hach bon temps, e ajustas 
a la tlla sent Père, ab toi lestoi. E 
corn foren tosts ajustais, anarensen a 
Patma de Sols^ e aqui exi tota la ca- 
valleria en terra, e lalmugaveria. E 
tanlost fo aqui lo jutge Darborca ab 
tôt son poder, quel rebe per senyor, 
e gran res de tots los sarts de la illa, 
e aquetls de la ciutat de Sacer quis 
reteren a ell, E aqui hagren dacord, 
ab conseyil del iutge, quel senyor 
infant anas assatiar Vila Desgleyes. E 
aço feu b jutge, per ço com per Vila 
Desgleyes venia gran mat a la sua 
terra , major que per altre loch. E 
axi lo senyor infant posa son setge a 
Vila Desgleyes, e tramis lalmiraylï ab 
tôt lestoi assatiar lo castell de Caller, 
ab lo vescompte de Rocaberti, etc. 



(Ch. CCLXXVi E lo senyor infant 
quels vae, ordona axi mateîx sa ba- 
taylla^ e dona la devantera a un noble 
hom de Calhalunya, per nom En G. 
Danglesola, f ell ab la sua senyera, 
ab tola la cavalleria, vench... Queus 
dire ? Les hosts sacostaren, e el compte 
Ner, ab conseyil de un bon cavayllcr 
qui havia nom Hongo, tudesch, qui 
era exit de Vila Desgleyes e conexia 
lo senyor infant, ordona que XII ca- 
valiers fossen ordonals ab to dit Ho- 
ngo, tudesch, qui no haguessen cura 
mas de la persona del senyor infant. E 
axi mateix fo ordonat quedeu homens 
dapeu nos partlssen del estrep del 



pasté aui^i dans la chronique de Père JV (éd. BofarutI, Barcelone, t^^o, p. ]^). 



FRAGMENT PRÉTENDU DE DESCLOT 

partis dell, c mana a be .XL. caval- 
iers que nos parlissen dell, ni de la 
scnycra, e aire ssi, mana a .XX. ho- 
aens forts... (ne dans ktexU) que nos 
partissen del $eu slrcp meolra que 
vidais bastas. 



2J7 
senyor infant» e cavaliers sabuts qui 
guardassen la sua persona e la sua 
senyera, quel senyor infant nos pariia 
de la sua scnyera, etc. 



Ces passages ne sont naturelleinent pas les seuls qui pourraient être 
dtés, mais ce que je viens de transcrire suffit amplement à établir les 
rappons très étroits qui unissent l'anonyme à Muntaner. Quant aux diffé- 
rences qui les séparent, ce n'est pas le lieu ici de les examiner. J'ai sim- 
plement voulu montrer par cette comparaison que l'hypothèse de M. San- 
pere est sans fondement et que la source principale du fragment est la 
chronique de Muntaner ' . 

Je passe maintenant au côté philologique de !a publication de M. San- 
pere. Le texte du fragment est assez mauvais et semble ne pas avoir été 
très fidèlement transcrit : en tout cas la plupart des fautes que j'y ai 
rencontrées ne sauraient être imputées à l'imprimeur. Le système suivi 
par l'éditeur est hybride : il semble avoir voulu conserver exactement la 
graphie du manuscrit en reproduisant des sutures et des séparations de 
mots contraires à la grammaire, et cependant il s'en est écarté en dis- 
tinguant par exemple l'u du v^ en ponctuant (quoique assez mal), etc. 
Voici quelques corrections et observations. 

P. 46, I. 4 « Quant lo Rey de Arago En Jachme... hachfeytapau ab 
lo rey de Castella. . e li hac retest lo régna de Murcia ». La forme retesî 
est impossible, le participe passé de reîre ne peut être que rettit om ratât; 
cf. ici-même p. 49, 1. 1 du bas: a despuys que hagueren ratuda Vila da 
Sglesias ». — Ibid., 1. 8 « e lo Rey vole h saber dell (de l'Infant) com 
era aço, sis ténia per agreviat de res, o per que dcya aço ; si que totes 
coses feytes lo dit Infant lo [corrigez En) Jacme renuncia al Régna de 
Arago j), etc. Le si que et ce qui suit se rattache mal à ce qui précède : 
tout cela est un abrégé maladroit de plusieurs phrases où était expliquée 
la renonciation de l'infant. — P. 47, L 2 « mas avans que en als hi 
aneaas que volia saber lur acort e lur conseil ». Anecîas n'a aucun sens; 
il faut lire anantas pour enanîas. Le verbe cnaniar signifie « hâter une 
chose ». — Ibid., l. j « /a aîa y molt e perferi i>. Lire halo et proferi. 

— Ibid. Y I. 16 sa paraUasen. Lire saparaUasen, ou mieux s*aparaUascn. 

— ibid., I. 31 apallddcs. Lire aparallades. Même faute à la l. \4. — 

I. Parlant dos deux mss. de Desclot que possède la biblioihèaue de Barce- 
lone, Piferrer s'exprime ainsi : t El uno contiene junto con la de D'Esclot ta 
cr6nica de Tomich, bien que con algunas hojas de separacion ; en el otro, 
antes de llegar à la muerte del rey D. Pedro, sigue el testo de Ramon Munta- 
ner, en la misma pagina y sin sefial que lo marque * {Recuerdos y (ftUezas de 
Espam MûHorca, p. mj). Ce serait à vérifier. 



2)8 MÉLANGES 

Ibid., I. î} « de viandes, e armes, e de ténèbres, e dattres cosas que 
havia mencster », Que signifie ténèbres? Comme il s'agit ici d'armes et 
d'instruments» on pourrait voir dans ce mot un représentant du lat. tere- 
brum : la substitution de r? à r va de soi. — Ibid., I. 56 « e l'infant 
mana que tôt hom que fahes la via de! port de Maho, e que daqui feria 
lu colla de Serdenya ». Les mots soulignés n'ont pas de sens. Probable- 
ment /frwi h stoll. — Ibid., l. ?7 parttria. Lire parîiren. — P. 48, I. 6 
alumgaveria. Lire almugaveria. — Ibid., L 9 da qai. Lire d'aqui. — Ibid., 
I. 1 1 ensempes. Lire ensemps. — Ibid., 1. 16 '<ab .ce. cubertesàecavalh ». 
Cukrtes n'a pas de sens. Il faudrait homens. — Ibid., 1. t8 « ans que 
pertts de Catalunya ab naus e ab lemp ». Au lieu de Ump, lire lenys. — 
Ibid., I. ai " tcngucren lo castell tan stut ». Au lieu de stut^ lire stret. 
— Jbid., 1. 28 clL Lire ells. — Ibid., 1. ^o a qui. Lire aqai. — P. 49, 
I. ) tt fcrcn lorneigs c jusias dû rallo ». Que signifie da rallof — Ibid., 
I. 1 3. Avant per socorer il manque un verbe comme vengueren. — P. 50, 
I. 2 « c los altres fugiren axi con ft so han. » Ces mots ne donnent pas de 
»cn$, Le passage est corrompu et semble correspondre à i'expression de 
Muniancr u ans s'en anaren axi com un bon cavayll fa davant pahons ». 
Ibid., l. 5 tf ab to sa compaya ». Lire toîa. — Ibid., L'14 devest. 
Lire devtsts. — P. 51, 1. 8 « la senyera na na a terra ». Lire and. — 
Ibid., l. îj almils. Lire dhnils. — Ibid., 1. 36 gossaben. Y a-t-il bien un 
b dans le ms. ? Cela serait étonnant à cette époque. — P. ji, I. ij 
« .XX. galères (Spervarades ». Que signifie ce mot ? Il s'agit des fameuses 
galtret Uugeres de Munianer, — Ibid. 1. r9 <• at lo Infant ». Lire a. — 
rbid., I. X^ destrouissen. — Ibid., L 34. Après po^ufjw/i manque le verbe 
anar. — Ibîd., I. 36 * E hagut aço sobre aço ». Lire « e hagut iUort 
iobre aço ». — P. 5?, !. 7 « e quant la dnanta vench n. Lirç duantera. 
«^ Ibid,, 1. 2^ cxiaren. Lire exiren. 

Il reste encore plusieurs passages obscurs, sinon positivement incor- 
rects, qu'on ne peut espérer corriger qu'en étudiant de très près la 
matière d'après toutes les sources, ce que je ne puis faire ici. 

Alfred Morel-Fatio. 
Alger, 18 janvier 1881. 

IX. 

CREVÏCHE, CREVUCHE. 

hum le numéro de la Romania de juillet dernier (VIÎI, 442) j'ai donné 
rominc éiymologiedes deux mots creviche et crevuche — nom du crangon 
¥ul)i^iU - Va. U. b. krepazo] ou chrepazo; l'autorité de M. Littré, qui 
dit ^U9 iftvkht est M une autre forme de crevette )>, m'avait amené à 




CREVICHE, CREVUCHE 2^9 

identifier ces deux vocables et à leur assigner une même origine. Il y a 
là, je crois, une erreur. Je doute beaucoup aujourd'hui que aeviche soit 
véritablement un des noms de la crevette, et par suite il n*y a guère lieu 
de le rapprocher du mot crevuche; en tout cas creviche, à ce qu'il paraît, 
sert, dans certaines parties de la Normandie, à désigner non pas une 
espèce de crevette, mais l'écrevisse ", ce qui se comprend du reste fort 
bien, creviche étant la forme normande de crevice, nom dans rancien 
français de ce crustacé *, D'après cela il est certain, au double point de 
vue de la forme et du sens, que creviche vient bien de krepaio; mais 
Caut-il aussi, comme je l'avais fait, dériver crevuche de ce même vocable ? 
Je ne le pense pas, et il me semble maintenant qu'il faut plutôt voir dans 
ce mot un doublet péjoratif du vocable crevette^ doublet employé pour 
désigner le crangon vulgaris, crustacé de qualité inférieure au palaemon 
serrutus i , la crevette franche ou bouquet ; par conséquent il convient de 
dériver crevuche^ comme crevette^ de la racine capra^, 

Charles JORET. 

X. 

NOTES SUR LA LANGUE DES FARSAS Y ÊGLOGAS 

DE LUCAS FERNANOEZ. 

Les Farsas y églogas al modo y esuh pastoril fechas por Lucas Fernandez^ 
salmanilnOf publiées par D, Manuel Caiîete en 1867 K n'offrent pas seu- 
lement à l'historien du théâtre espagnol de précieux documents pour 



i. BuiUlin de la SocUU des anii^aairti dt Normandie^ IX, 185. 

2. Cf. Littré, s. v. àrevissc. 

j. C'est ainsr gu'à côté de navette — nom du brassica napus^ — 00 a le mot 
navache, — nom dans rarrondissemenldeSaint-Lô du raphanas raphanistrum^^ 
dérivés l'un et l'autre de napus. Ce rapprocheraeiit m'a été suggéré par M, Le- 
pingard, secrétaire de la Société d'agncullure, d'archéologie et d'histoire natu- 
relle du département de la Manche. 

4. Depuis que cet article a été écrit, j'ai eu Toccasion (IX, 10) de revenir 
sur l'étymologie de crevette; il paraît que dans ma nouvelle démonstration j'ai 
blessé par un mol M. Suchier; je le regrette bien sincèrement et je le remercie 
non moins sincèrement de la leçon d'allemand qu'il a cru devoir me donner; elle 
était d'ailleurs inutile: quoique je sois loin de prétendre connaître tous les mots 
allemands. — je n'ai même pas la prélenlion de connaître tous les mois français, 
— je n'ignorais pas la signification du vocable umdeutung^ et la meilleure preuve 
que je ne lui attribuais pas le sens de dérivation, c'est que |e n'ai pas essayé de 
le traduire. 

\. Celte publication forme le troisième volume de hBibliottca clasica apahola 
entreprise par l'académie espagnole et malheureusement interrompue depuis 
plusieurs années, L'exemplaire de l'édition originale de Salamanque, 1 ^14, qui 
a servi à M. Caftete est unique et n'est même pas complet. Gallardo a supposé 

Jet i sa suite le nouvel éditetir} que la feuille qui manûue au volume avait dû 
lire occupée par un Coloqmo pastoral, dont on connaît cieux éditions, sans nom 



240 MÉLANGES 

l'étude de la comedia pasîoriî du commencement du xvi" siècle: le lin- 
guiste peut aussi récolter chez ce poète de l'école de Juan del Êncina 
des formes dialectales intéressantes et des mots rares que n'ont point 
encore enregistrés les dictionnaires usuels. 

Autant que possible Lucas Fernandez: a fait parler ses bergers dans le 
dialecte de b province de Salamanque ; je dis autant que possible, parce 
que l'éducation plus ou moins littéraire de J'auleuret son intention d'être 
compris et lu en dehors de son petit milieu ont fait qu'il n'a pas osé tout 
écrire dans son patois, qu'il y a mêlé bon nombre de formes de la langoe 
écrite de Castille. Ce caractère méiangé de la langue de Fernandez est 
facilement reconnaissable. Peut-on supposer» par exemple, que le dia- 
lecte parlé aux environs de Salamanque au commencement du xvi* siècle 
ait eu deux formes distinaes pour la 2*^ pers. pi. de l'impératif des verbes 
de la première conjugaison ? Évidemment non ; et cependant notre 
auteur en connaît deux. A quelques vers d'intervalle, te même persoiî- 
nage dira ûradvos et guafdaivos. C'est donc que la première fois Fernan- 
dez se sera souvenu de la forme castillane et qu'il aura, la seconde fois, 
suivi son dialecte. Une étude approfondie de la langue de ces fanas 
devrait porter : i " sur les formes dialectales ; i" sur les mots jusqu'ici 
inconnus ou rares, et j" sur les déformations populaires de ta langue 
écrite. Ici je n'ai Pintention que de présenter quelques observations sur 
divers mots et formes qui n'ont pas été expliqués ou qui ont été mal 
expliqués par l'éditeur. D. Manuel Cafiete a eu le soin de dresser une 
liste alphabétique de tous les mots de son texte qui lui ont paru « oscu- 
ros 6 de uso poco frecuente «. Dans certains cas il a réussi dans ses 
interprétations et ses étymobgies, dans d'autres il me paraît avoir 
échoué. Je n'ai pas la prétention de rectifier toutes les erreurs ou de 
remplir toutes les lacunes du glossaire de l'académicien espagnol ; je ne 
traite que des mots dont je crois avoir trouvé une explication satisfai- 
sante. 

ABORKJGo (p. 8s). 

Lkcerado y abonigo^ 
Perdido hc y a mi sentido. 

M. Catlete a corrigé abonido pour rétablir la consonance; mais la 
forme avec le g est assurée par les exemples suivants : Uogragos (p. 92) 



d'auteur, de Vatladolid, 1^40, et d'Alcali de llenares, 1604. Celte conjecture 
ne me paraît pas fondée. Sans compter que le style de celle pièce a un cachet 
nolablpraenl plus |eune que les farsas de Fernandez, on y trouve une allusion 
très c!a ire aux /dUjjM bcrgtries^ qui ne permet pas de la croire si ancienne. 
Voici !e passage (c'est le berger qui parle à. la donulia) : t Otead, olead aci 
Estes hatos tan lozanoz, Qui lodos los cortesanos Diun qut los usan ya ». Voir 
YEnsa)o de una bitrl. esp. t. I, col. 705, 



NOTES SUR u LANGUE DES Farsas y Eglogas 241 

qui 3ssoT\nt2\ec pcrpassanos, et desabriga (p. 52), même mot évidem- 
ment que desabrida : « Fortuna me es enemîga Y desabriga. » Ces 
exemples du changement de d libre en g sont donc à ajouter à ceux 
qu-a réunis M"*^ Michaëlis de Vasconcellos, Studien zut romanischen 
Wortschœpfungy p. 257. 
Afrita (p. 148). 

Corriâ la vieja maldita 
Pot me azotar muy afrita. 
S'il n y avait pas à tenir compte du sens, afrita pourrait être fort bien 
dérivé du panicipe aflicîa (cf. dans notre texte ii/7ito pour j/ïif?u5, p. 22 ^^ 
p€rh(ta pour perfecta y p. r67, et le changement del*/en r n'offrirait natu- 
rellement aucune difficulté) ; mais le sens, comme l'a vu l'éditeur qui 
traduit par a presurosa », est sans aucun doute « à la hâte, prestement ». 
Je crois donc qu'il faut lire d frita et voir dans cet adverbe le corres- 
pondant de Ilialien afretîa. 
Argullgso (p. 1 19K 

Cùn furor muy argnllozo 

Y furioso. 
Canete : « Agudo, sutil, refinado. Viene del latin argutus? ». Argul- 

loio est simplement pour orguUosa; cf. les formes catalanes argull ti 
ergally et les exemples donnés par M™* de Vasconcellos du changement 
de initial en a, Worîschœpfung, p. 254. 
Aturar (p. 191). 

Anda vête, mamaburas (éd. marna barras), 
Dende y a que nos aîuras. 
Le sens des deux vers est « Allons, va-t'en, tette-bourrique, il y a 
assez longtemps que tu nous relardes. » Je ne sais pourquoi M. Caiiele 
voudrait corriger aturrar et traduire « arturdir, molestar. » Le verbe 
atarar (dans l'ancienne langue aussi îurar] est cependant d'un usage fré- 
quent. Le catalan a de plus le réfléchi aîurarse. 
Calckk (p. 129). 

y* 05 cako mi bendicion 
Con pracer muy gasajoso 

Y amoroso. 

M. Canete traduit <• echar ». C*est bien cela; mais d'où vient la 
forme ? Je serais poné à voir dans cako une forme divergente de colgo 
(fo/'fo). Le changement de Vo en a peut être admis (cL arguîloso), il 
resterait à expliquer la conservation du c. L'autre étymologie carico ne 
satisfait guère mieux pour la forme et a contre elle le sens ' . 



I. Dans un nlkncuo d'Encina on lit : « Calcole mil zapatetas ». Mais il 
faudrait, ce itmhkfCalço. Il ne serait pas impossible que la même correction d&t 
être faite dans noire passage. 

Romania, X I ^ 



i^î MÉLANGES 

Carria (p. 14). 

Tiremos nuestro camino 

A lu carria la majûda. 
M. Caiiete traduit exactement a Mcia n ; mais la forme est fautive. 
Corrigez caria = cari à = cara d. On sait que dans tes composés cas- 
tillans dont le premier terme est un substantif en a^ ce substantif change 
son a en i : ici même nous avons barhiponimte^ barbihechOf etc. Sur 
l'expression cara d dans le sens de « vers «, voy. Gil Vicente, ObraSy 
t. 1, p. 8 (éd. de Hambourgl : Cuando cara al ciehoUo. On trouve aussi 
cara tout court : Alza el dedo cara et cklo (Ensayo de una bibi esp.y X. 1, 
col. 709). 

DizcAS (p. 152, 179), 

îsboset descabezadù 

Dizcas hù 

Por dormir muy sostgado. 

Los duclos suyos y ajenos 
Dizcas tjae conpan son buenos. 
Cette expression dizcas, qui est pour diz<^ue (= dict que], a été assi- 
milée pour !a forme à un adverbe par [^addition de Vs adverbiale et le 
changement de Pr final en un a qui soutient Vs. 
Hksica (p. 101). 

Fhr de saga y doradUla 
Y manzanilla 
Es muy chapada hesica. 
Catiete : a Mistura ? Vendra del lat, esca, manjar, comida, mezcla ? ». 
— Hcsica est ^ourfesica = fisica <i médecine ». 
HoDiDo (p. 189). 

Pdrate d tuyas^ hodido. 
Caiiete : « Importuno, molesto, fastidioso. Dtl frances hoder » ? — 
Je ne connais pas de français hoder (le mot hodéf « fatigué », usité dans 
plusieurs provinces, n'a pas de verbe correspondant), mais bien un 
espagnol hoder (lat, /ufuerel dont le participe, employé ici par le berger 
Pascual, sort encore tous les jours de la bouche de beaucoup d'Espagnols 
sous la forme andalouse/oi^iifo. Cf. Storm, Romania, t. V, p, 182. 
Llumbre (p. 10). 

Pues que estas emponzonado^ 
Date un gran boîon de Humbre, 
Par boton ' de îlumbre, il me semble difficile d'entendre autre chose 
qu'une « grande bouteille d'alun ». Llumbre pour alumbre est des plus 



1 . Botorif augmentatif de bota. 



NOTES SUR LA LANGUE DES Farsas y Eglogas 24? 

admissibles. Pour l'aphérèse de Va, voyez la belle liste dressée par M""": de 

VasconcelloSj Wortschœpjurîg, p. 74, note. Quant à II initial pour /, les 

exemples abondent dans notre texte : ilactrado, Uadero, tkstimadas^ etc. 

PlORNADO (p. 88). 

Son praceres con letijos, 
Tropecijos, 

Do caemos pïornados. 
Canete : « Despernado ? Apiolado, preso, muerto ? ». — Pïornado est 
pour peor nado ; le participe nado est la forme de l'ancien espagnol 
détrônée par nacido. 
Sejo (p. 24). 

Pigarvos he en hs costados 
Un par dtsejos pdados. 
Canete : « Punetazo limpio : el que se da haciendo con el nudillo del 
dedo de corazon como punta de ariete ? Aguiionazo con la contera del 
cayado? ». — Tout cela me paraît écrit au hasard. Des sejos pel ados sont 
des « cailloux bien lisses ». De saxum l'espagnol a tiré les formes seso 
(portugais scixo)^ iaxo (mot savant) et en troisième lieu sejo^ qui, à ma 
connaissance, n*a pas encore été relevé. 

TOSTE PRIADO (p. 180). 

Uevanta toste priado, 

Desechûj desccha el sueno. 
M. Canete n'a pas noté dans son glossaire cette expression dont le 
sens est «i rapidement j> ; il remarque seulement qu'on la trouve dans un 
villancico pasîorii d'Encina (Levanta toste prïado; voy. VEnsayo de una 
bibl. esp. t. II, col 89^). L'un et l'autre mot sont employés isolément 
dans l'ancienne langue : priado sous la forme privado dans le Cid, Berceo 
et V Alexandre ; toste aussi sous la forme abrégée tost. Prkdo et le redou- 
blement toste priado apparaissent dès le xv« siècle au moins, par exemple 
dans la Dança de la muer te ' ; voy. les Poetas casîelknos ant, at siglo XV, 
éd. Janer, p. 385 (à la page }8o on lit toste paradoy ce qui, vraisembla- 
blement, doit être corrigé en tosîe priado). Priado est très fréquent dans 
les textes du commencement du xvr siècle; voyez par ex. Gii Vkente, 
Obras (éd. de Hambourg), t. I, p. 7, 9 et 11'; Juan de Pedraza, Danza 
de la maerte {Autos sacramentales de b Bibl. Rivadeneyra^ p. 42, col. 2). 

ZEMAN (p. 54). 

Zagal soi de buen zeman ; 

Turo d san 

Que quizd os agradaré. 

1 . Ce texte est traduit ou imité du français, comme le prouvent les mots 
paji, sa\Cy cd/ilona, iotar, gorsiù^ corroçcJcs. 

2. A la p. 14 on trouve aussi le redoublement toste priado. 



244 MÉLANGES 

Canete : « De buena edad, mozo en sazon ? Zaman en arâbigo vale 
îanio como ûempo ». — Zaman est pour aâtman « maintien, tournure » 
par changement du d libre et médian en z (phénomène surtout propre 
au provençal, mais qui n'est pas sans exemple en castillan) et par aphé- 
rèse de Va (voyez plus haut au mot Uumbre). 

Je termine par quelques observations sur des formes verbales. J'ai 
parié tout à l'heure des impératifs en ai : il y en a beaucoup d'exemples 
dans nos Farsas ; c'était à n'en pas douter la flexion régulière du dia- 
lecte de Salamanque au commencement du xvi" siècle. — Une forme 
curieuse est sos, 2" pers, sing. du présent de ser, pour ères. Sos est sou- 
vent employé en castillan à la l'' pers. plur. pour jo«, sodés ; mais ici 
se trouvent bien des exemples de sos au singulier ; quierote abrazar. 
Pues que desposada sos (p. i^}; Y tu sos et foret judo *' <p. 42), etc. Dans 
Juan del Encina aussi : Porque sos ian Usontro! Posait [EnsayOy t. Il» 
col. 840) ; Tus îrovas y caniiienas Que dken que son ajenas Y d âueno tû 
m îo sos [ib. coL 898), C'est donc une formation par analogie sur ioy, 
somos, sodcs^ son. — Traye (p. 120} a été corrigé à tort par M. Canete 
en traie : cette forme n'est pas un imparfait, mais un présent» pour 
traty trahi, — Sabo (j 23), saba (p. 87) et cabo (p, 1 1) supposent des 
formes sap(r)o^ sap[i}am, cap[ijO. 

Alfred Morel-Fatio. 



XI. 



VÊNIGME, CONTE MENTONAIS. 



Il y avait une fois un roi qui devint amoureux de sa propre fille, lis 
allèrent ensemble en Afrique^ où en pareil cas on peut se marier. — Elle 
devint enceinte, mais mourut avant de donner naissance à l'enfanlj qu'on 
mit au jour en ouvrant le ventre de sa mère. — Elle fut enterrée sous le 
palais dans une caisse de cuivre. Quand Penfant eut grandi, il chercha le 
corpSj le trouva, enleva la peau des mains et s'en fit des gants. Puis il 
trouva un cheval dont la naissance était semblable à la sienne et partit 
pour les aventures. Arrivé dans un pays étranger^ il se présenta à la 
cour et défia tout le monde de deviner cette énigme : « Je ne suis pas 
né, ni mon cheval non plus; je suis fils de la fille de mon père et je 
porte les mains de ma mère, n La princesse promit de deviner le lende- 
main. Aussitôt le jeune homme sorti, elle se déguisa en homme et le 
suivit à son auberge. Là elle se lia avec lui, et ils convinrent de souper 
et de coucher ensemble. Elle lui demanda son histoire. Il lui raconta tout 
sans soupçon. Ils se couchèrent, et mirent leurs chemises sous l'oreiller. 
Elle se leva avant le jour, pendant que le jeune homme dormait encore, 



LE PRISONNIER DE RENNES 245 

et se sauva, mais en oubliant sa chemise. Quand il se réveilla, voulant 
prendre sa chemise, il trouva aussi une chemise de femme et comprit la 
tromperie. Il se rendit au palais, et quand la princesse fit semblant 
d'avoir deviné son énigme, il montra la chemise et dévoila la ruse. Elle 
se trouva forcée de l'accepter comme époux. 

Recueilli par J. B. Andrews. 



XII. 

LE PRISONNIER DE RENNES 
(ronde bretonne). 



Dans la ville de Rennes, 
Hoopp' la la la, houpp' la, 
Dans la ville de Rennes 
Il ya-f un prisonnier. 
2. 
Personn' ne va le voir, 
Houpp' la la la, houpp' la, 
Que la fiir du geôlier. 
Que la fiir du geôlier. 

3- 
Elle lui porte à boire, 
Houpp' la la la, houpp' la, 
A boire et à manger, 
A boire et à manger. 

4- 
Et des chemises blanches, 
Houpp' la la la, houpp' la, 
Tant qu'il en veut changer, 
Tant qu'il en veut changer. 

S- 
Un jour lui demanda, 
Houpp' la la la, houpp' la : 
Qneir nouvelle apportez ? 
Queir nouvelle apportez? 

(Ronde 



6. 
Jeanne n'osa rien dire, 
Houpp' la la la, houpp' la. 
Et se mit à pleurer, 
Et se mit à pleurer. 

7- 
Puisqu'il faut que je meure, 
Houpp' la la la, houpp' la, 
Déliez-moi les pieds, 
Déliez-moi les pieds. 

8. 
La fille encor jeunette, 
Houpp' la la la, houpp' la, 
Lui délia les pieds. 
Lui délia les pieds. 

9- 
Quand il fut sur la place, 
Houpp' la la la, houpp' la 
Il se mit à chanter, 
Il se mit à chanter. 
10. 
Si je reviens à Rennes 
Houpp' la la la, houpp' la, 
Jeann', je t'épouserai, 
Jeann', je t'épouserai, 
recueillie à Rennes par Adolphe Orain. 



CORRECTIONS. 



SUR LE SACRIFICE D'ABRAHAM, 
édit, Ulrich, Rom., VIII, 374. 

Ayant eu l'occasion iï y a plus d'une année de comparer le texte de la 
copie du Sacrifice d* Abraham conservé au British Muséum, fonds Eger- 
lon n* 2101, avec l'édition de M. Ulrich, j*ai constaté d'autre part 
quelques différences entre cette édition et celle de 1684. Je donnerai 
ci-dessous les résultats de ces collations. 

J'aurais aussi quelques rectifications à faire à la description de noire 
ms. et à celles des autres que M. Vamhagen a données il y a quelques 
mois dans les Rom. Sîud, IV, 477-9 ; mais comme je les ai remises 
entre les mains de M. Bœhmer, je me bornerai ici à mentionner ce qui 
concerne notre mystère. i\ Le ms. a été écrit d'un bout à l'autre en 
1720 par le pasteur Peidar p. Jovalta, sans doute celui qui a publié à 
Coire en \-jy^VExîract histork dd velg et nouf Tesîamainî. 2) La copie 
offre (à l'exception des rimesl un assez grand nombre de formes haui- 
engadinoises (Jovalta était natif de la Haute-Engadinei comme : eau 
(parioui où l'édition porte eu ou eug)y dgian 281 . 588. 644, 924, iiaungia 
942, Raig 516. 680. 919, payaii 456. 922, rou»'769. 791 etc., sans parler 
des nombreuses formes en t de la seconde pers. sing. ]) Sur les cinq 
premiers feuillets aujourd'hui perdus il n'y a pu avoir de la place pour 
la mélodie, par laquelle s'ouvre la pièce dans Timpriméde 1684. Jovalta 
s'est probablement contenté de l'indiquer comme il l'a fait pour le titre 
de VHiitoargia da Siisanna (seconde pièce du ms,). En revanche le titre 
a dû être beaucoup plus long que celui que donne l'imprimé, puisqu'il 
n'a pu y avoir que quatre ou cinq lignes de texte sur la première page. 



Coitation. 
La première page, qui précède immédiatement 
primé, a été omise par l'éditeur 



a mélodie dans rira- 
Elle contient ceci : Hisioria. \ Da co 



I . M, Fiugi dit de même que notre pièce manque de titre dans Timprimé de 



SUR LE Sacrifice d'Abraham 247 

chia Deîs pruvet | Abraham cm cumomi ch'el \ ail dess ogerir su seis fiig \ 
Jsacc per iina offtrta dad* | ars in Mortah ma aura \ da Gen. Cap. 22. | 
Deis cloma ad Abraham et disch \ Abraham etc. 

\2 jùrâ ' — 18 voeglia — 2 1 *N' — 28 rend — 61 loe — 66 our' — 
101 (ell) — 1 14 cul' — 126 e] & — 14J tu — i6î à — 172 nhai — 
202 eschet — 2o\ incraschantijm, eau^ — 204 nun eschet — 207 tjael 

— 209 mulgèr — 211 chiasa — 212 cumpagnia — 2 14 (ch*eu) , 2 1 4 et 
I j e] et, er — 216 Jf<i — 217 chie voul managiare — 218 suppr. le ? 

— 219 eug — 222 tscliêra — 225 palantâre — 224 l^, voelg vœlg — 
225 d, mulghe — 227 //!/î/i' — 2 28 nun, pisslre — 250 têmp — 2^2 
Tal voûtas — 2^4 sabbi — 2 j8 Chie — ^239 Sch', Sch' — 240 à, à, sur- 
leivgiare — 241 Muigère — 242 Nun, pissêre — 245 cul', cm^I^ à, 4 — 244 
/l'i — 246 ûg témp — 247 hvain — 250 2^ j e/ — 252 et] et — 255 
haU — 254 //a /' — 25î rfd /*— 256 (E't), mettez un point après zaonde 

— 257 (L) — 259 confortâre — 260 l£d — 261 Qiiei, un, iin, pidde — 
262 ialde — iG"^ s'aigurdâre — 265 tu, tii — 266 dumandâre — 267 
Bah — 268 Chie, è \\ e l' — 269 Tu, Tii — 270 cour — 27 1 schburflâre 

— 272 sche] schi — 274 cUmandat — 275 Cugend — 276 Bab — 277 
chiarischem — 278 mai] à mai, quel — 279 Che — 280 zuppantà — 28 r 
yoass, étgidn — 282 à, ditt — 28? lœng — 284 taots — 286 vœlgial, 
vagliat, cumandâre — 288 vitî* — 289 uffaunte — 290 à, stà, Tavaunte] 
avaunte — 29 r dvaint' (nosa chiassa) — 294 Un, dy — 295 nun — 296 
à — 298 Nun — îoo fà— ]oi Bab — 302 Nun, conturblâre — jo^ Scba 
bain — 504 in nossa] pro nuo in - ■\q\ Pigiain — 309 d^cheu — jio 
trâre — 311 compagniâre — 512 *mpromis€hiuni salvâre — 313. 315 std. 
— ^316 Raigy da'l — 319 'ns, pigUa — 320 sgiirr, tschêle — 322 «/, 
fitae — 323 juvn', juvn* — 324 e] et, et — 326 purtàre — 327 vain — 

328 el, nttoarg* — 331 Chie — 332 fiai» — 332 /la /' — 333 ei, stà, 
l'avante] avaunte — 3 54 tuott —33$ Veng' alck] Vegnia, à — 337 Cun- 
tuotîy [voVn *'0"'» <' — 3Î^ ^"j ^^i — 339 '"^"j "^'^^ dvantâre — 340 
Ofeartas, voul, el — 34 1 un, Un — 343 quels, dys, ordre — 345 à, nun 

— 346 et — 348 laêd, fare] dare — 349 vœlgia — 35 1 et] f/ — 352 
reista — 353 Tuot — 357 Chie, voul, managiare ~~ 3^9 ingiavinâre — 



1684 (Ztitschr. Wy 5). C'est sans doute cette omission de l'éditeur qui Ta induit 
en erreur. 

1 . Je donne la leçon de la nouvelle édition seulement qttand la clarté l'erige, 
et je la sépare des variantes par un crochet ]. La leçon en romain est celle de 
l'imprimé^ la leçon en italique (à partir du vers ioij celle du ms. Les leçons 
mises entre ( ) sont fautives. — Je ne relève pas les erreurs d'accent el de 
ponctuation sauf en quelques cas. La ponctuation est d'ailleurs l'œuvre du der- 
nier éditeur, l'imprimé de 1684 ne donnant que des points ou des points d'in- 
teiropaiion à la fin des strophes^ el cela même pas toujours. 

2, Partout comme dit plus haut. Je ne relève plus cette variante. 



-, . — 4'8 dest — 419 
. ..::. — 42 2 Gugend — 42 4 
.;:..■-. — 429 famaglia — 
i.— 4^6 pajais — ^^-j 
. - *40 Ma, v'iain, j/'/a/'/z, 
:....-..-:• — 444 Et, Et, cum- 
, ' .• — 4-{9 à ~ 4^0 voeglia, 
,.:e,d'faje~4S'^ Tuott, 
. . . — 4^1? moart — 4 jy dapp, 
... — 4n9 J'7d//7, impà, pussâre 
. o. '■^-■. J./u^'*ï — 462 |/^/z, met- 
. , ,•: •■.::i, dad' — 464 (Noss), 
■ ..-.• ,". •:-.>.'/, famaglia — 468 5/fltt 
■.::.::;/i/, /?a«dre — 476 /ur- 
.V /-.;.:»uo — 485 Famii^^: — 
.- ;:jrt- — 489 cul*, eu l\ — 
^04 tscherte ^ 495 ô, (5, fiaè 
.; .V Jk. li, mussâre — 502 sii /', 
^^.>' scanlaèr, possan, fârc — 
: ;j.ss.\re — j 1 4 radschunare — 
:.:. , :o sîà — J20 un\ ouvra, sto, 
^. .*■■: ■' - ^25 Quels, dys — 526 
. :S ::r.mrhlâre — J29 va, taje — 
•:;«■;■— 5î9 JW^Z/Vï — 540 quel, 
.4: cdfcrmàre — 544 dvantâre — 
i. .:u J', amaizare — 552 nun, 
» » X .1 — S s6 f/ — 557 '^fA<;rrtf — 
,.; t: . \64 Signure — 566 usche, 
.. ...'J-.- — io8 5/Ô — J69 Cuntuott, 
, : VîJ", r,'nd\ obedicntia — jyj ilg, 
k; • .:;:■, nLiuss' — J78 Chie — 584 
»<><,:.:■!, mjzzare — 590 D'alchiiin 
,.. .V-T. Uuud ^ 597 sgrisch' — 598 
,nv truH, ^r/ï«, f/, ^uf/, nudrajcn — 



SUR LE Sacrifice d*Abraham 249 

601 Qaaunt. sgrischure — 602 loeng — 60 ? ujjfaunt — 605 saj*, îschêrte 

— 608 Igieud, à, à. — 609 Cuntuott, Cuntuott — 610 impissâ — 611 
nan, ingianae — 612 un', û/i* — 614 D', D', dubitare — 61 5 nhai, nhai 

— 617 craj' — 619 cour — 620 Nun — 622 drizzae — 623 ingiiïn, 
amazzare — 624 schianâre — 625 Ma, voul, dispiïttare — 626 quel — 
627 voul — 628 Nun — 629 El — 630 Signure — 63 1 drizzae — 652 
haP — 6jj Cuntuott, Cuntuot^ nun — 634 Nun — 6\(> à — 638 un, 
un — 639 4 — 641 da'l — 644 Agian — 645 quel — 646 voasSy cour 

— 648 e — 649 Chie — 651 ïngiun — 653 Scha bain — 65 5 Impro — 
656 à — 657 uffaunte — 658 sprantz' — 659. 660 el — 661 . 663 El — 
665 Cuntuott, Cuntuott — 66Sgugendt quel — 669 passâre — Cyofâre 

— 671 Imprd, 0, Bah — 672 un, puoinch — 673 Un, pUtà — 674 iVu/ï, 
tschessantaè — 675 el — 676 et — 680 Raig^ daH — 6Si a — 683 i/o, 
quel, plétd^ tschessare — 684 nun, pô — 685 uffaunte — 686 tuoty pus- 
saunte — 687 £/, pà, giùdare — 688 ^mpromischiun — 691 resùstâre — 
692 turnantâre — 693 El — 694 plauntas — 696 secchiâ — 697 El — 
700 et — 708 Tschêl, et — y 10 plaêd, creâre — 711 Nun, poH — 713 
sald, sald, e — 715 resùstâre — 716 plaêd — 720 rend', rend* — 724 
metz — 72c Quaunt — 727 tschêl — 728 quel, giudaire — 730 dvan- 
tare — 734 dapoarta — 735 el, à, la, la — 736 v4, el — 737 uffaunte 

— 738 i4, cumonde — 739 4 — 741 quel — 742 à, segundare — 743 
el — 74 j quel — 748 à, condemnâre — 751 sguond', sguond' — 754 
un, lin — 75 j hasch — 757 Bab, aquia — 760 sgiùrr, et — 764 (Na), 
La — 767 segundare — 769 rouv, Bab — 770 stè — 77 1 vœgliat, vœgliat 

— 772 larg, à, giiïdare, plandscha — 774 Chie — 776 (cuffartare) — 
782 Pears, et — 783 et — 785 gugiend — 790 Quai^ nun, po — 791 rouv, 
Bab — 792 cunfortare — 793 cour, et, faje — 794 Nun, pisser — 797 
L'ais Un — 798 nun — 799 laêd, et — 800 el — 801 Dad, Da d\ el, 
dest — 802 pisser, el, chiargiâre — 803 cours — 804 giiidar, purtàre — 
808 murire — 809 uffaunte — 811 Gugiend, pardunâre — 813 et — 814 
à P, Signure — 81 5 «/, t* sta] stà, prô — 816 t' rendas], vaindschast — 
817 racumand — 81 8 tu] ilg — 821 taje — 822 O Bap] Bab, Tschêl, et, 
faje — 824 ch't — 825 Bab, à, stà — 829 laèd, Hab — 830 Vœglias, 
Vaglias — 831 à — 832 cuffortâre — 853 l'oarma — 834 Huoss', 
Huoss* — 83 5 <J, Bab, pussaunte — 836 quella t', quella /' — 837 Bab — 
839 cumplie — 840 EU, El — 842 (dùn) — 843 chià, fatt', fatf stà — 
845 à, larg, giiidae — 846 k, à — 848 nhaja — 849 cuntainte — 851 
larmâre — 852 L'un, L'iin — 854 Sun, Siin, scanlaêr— 85 5 Fatt, stà — 
856 guardâ, guardâ — 859 Un, cour, et — 860 metz — 861 qui tii — 
864 'Na, branclâre — 865 a — 867 à, obeid', obeid' — 868 a — 869 à, 
Bab, chiar — 870 vœlgia, confortar — 871 Insemel, d^cheu, n^s ■— 872 
'm — 873 rt4 — 875 Signure — 876 cour, quaist — après 880 et] et, 



2^0 CORRECTIONS 

tschassantâ — 881 Bab^ pussaunte — 882 oarm' — 88 î Pilgl', PilgP — 
884 tuot — 888 quel — 890 larg, quel — 891 taje — 892 avoond', 
avuond\ maje — 893 daloenîsch, maje — 894 tiije — 895 amazzare — 
896 quel — 898 à — 899 amast, maje — 900 cour, et,faje—ç)02 non — 
90 ^ i, seguondàre — 904 Leivasty mazâre — 906 et — 907 Ingiiin, tsches- 
santàre — 908 'mpromiscfnun, chiassâre ~ 909. 910 4 — 91 ? oelgse — 
9 1 4 tschèle — 9 1 j Sasî — 916 dvanîâre — ^ij da d' — 919 Raig, pus- 
saunte — 920 Salade à t' — ^2\ Al — 922 pajais — 923 Quel, dell^ 
par, hierf — 924 Sco] Scw, sgian — 92$ Segnmàre — 926 regnàre — 
927 Dâ <i' -— 928 Avamt, el — 929 plûêde — 9^0 têmp, e, laêde — 93 1 
quet^ dest, fidàre — 932 nunyfaUâre — '933 bandûse — 935 pussaunte — 
936 uffaunte — 938 un — 939 quaîst', quaist\ maje — 940 Bab^ tschêl^ 
e, faje — 942 Liaungia, /lun, pà — 944 stà — 947 à — 948 moart — 
9 jo a — 9^2 autischem — 95 3 'Sche, pussaunte — 954 uffaunse — 95 5 
eh, impà — 956 soutasî^ utlegrâre — 957 iarg^ uffaunte — 6j9 pè^ stà 
— 960 Spcndrâ) da, da — 96 1 Huoss*, Huoss\ lii, tiï — 962 comanda- 
maint — 963 hast^ inrûglâre — 964 pousî, aliegràre — 965 à — 966 
Bab — 968 autischem — 970 scanlaèr — 97 1 stà, $\i\\ s'ù V — 975 chia- 
rischem — 974 h'veiva — 97s quel, chiatschâre — 976 m*, m', hast^ 
sprendràre — 978 Vetz — 979 tifl, U — 980 Quel, ha, quà — 985. 984 
quel — 985 Quelj stigia '], sligia, sHigia — 986. 988 quel — 987 maz- 
zare — 990 giudast — 991 sasî^ metz — 992. 994. 996. 998 à — 999 
schi, schi — 1000 cumpagnia — 1001 veiz, noassa, famaglia — 1002 
manày laina — 1004 e — 1006 à — 1007 HVji» cour — 1008 Ai, 
cutnandae — 1009 Famaglia, Signuorse — loio cours — ton H*vain, 
à — roi 3 davend — 1014 h'vatn, gia — 1015. ior6 i — 1017 Sar', 
Sar*, gniande, gniande — 1019 bè — 1021 voeîgia, aliegràre — 102a 
'Na — 1023 (saludadei — 1024 Mulgér — 1026 cour — 1028 algrez- 
chia, nuo s', nuow's — 1030 et, Patruhe — 1032 chiâr— 1053 seat — 
1036 i — >037. 10^0 passa — 1042 el — 1043 tschaina, tsckaina, set- 
ue], pinoi — 1044 à — 1045 radschunare — 1049 h'vetî^tschêl — loço 
à — loji fN) •— 1054/4 — toji mazzare ^ 1057 /m7, ignû, /gnù — 
I0J9 nun — io6j Stuvond — 1062 Pudiand -— 1063 Alguav', Alguav^^ 
ilg^ maje — io6j. 1066 •;/ — 1067 el, a m' — 1068 tuott, tuott — 1070 
cour — 1071 nun — 1074 suspiïrâre — 1076 eir\ el, moarte — 1077 
teartz, dy — 1078 Noass — 1079 N'il, pajais — to8o hvet ^- io8i U 
schiandlair, dnzzac — 1082 quel — 108; stait, statt — 1084 et — 1085 
Hvctgiâ»], Hvet già, H'vet giâ, ilg— 1086 Pa /', sch' un — 1087 A' 
vett — locfo padilmae — 1092 vœglia — 1094 à, i — 1095 el — 1096 

1. Ce n'est pas une fauie d'impression, puisque stigiar figure au glossaire el 
y est traduit par t monter ». 

2. Hvdgiar * aiguiser » ÙM le glossaire. 



SUR LE Sacrifia d\4braham 2^\ 

tfttil — 1098 el — 1099 elj chiatîâyfdjc — 1 100 maje — t loj Quel, 
h'vain — 1 106 ell ais] ais ely idt — 1 107 H' vain — 1 108 Bab — 1 (09 
ha f — 1 1 10 L'inpromischun, L'inpromischiun, sgiùrae — 1 1 1 1 da d' 
— 1112 àà, da — (114 Raig — m j Saliid — 1 1 1 6 à — 1117 kaj\ 
TAÀschunae — 1120 mùravglius, mûravglius — 112? ptard — 1124 
nonvji — ni 5, 1 126 pldds — 1 127 pais' — 1 128 'iV<7, ilg, ilg — 1 1 30 
Eirasty quel — 1131 à — 11521* spartire] spartire — 1 1 jj Hveivas 
mai] A m' veivast, imblidae — 1154 fatl, cumiae — 1 1 5 5 Leivasi, pas- 
sAre — 1 1 39 Da i' — 1141 Nm ^ 1 142 /;' vtiv* — j 14? (cuffariare), 
cuffurtare — 1 144 Bab — 1145 à — ! 146 quel — 1 147 et — 1 148 
moana. Après 1 148 ajoutez les 4 vers suivants : 

Mu Deis sea aut ludae 

Ch* el hà tai turnantae 

V hasiun da mia velgdiina 

Cuffort in ta stddûna. 
1 149 h'vesSj quel — j i p H' vess, t'ouvra — r 1 52 l', /', nun — 1154 
tngu, tgniif — 1 1 j j El — 1 1 56 fraschel] ftaivel — 1157 noss, noss — 
1 1 j8 E — j 1 59 el, 5(1 — 1 i6o mots — 1 161 qud, vUain — 1 162 el 
116^ Aint, Aint — ir64 noassa — 1165 voegliast, giiidare — 1168 
pnivamainte — 1 169 Giiidans, giiistrare — 1170 miidân — 1 171 et — 
1172 tschêl. 

Les divergences du ms. et de l'édition de 1684 ne portent donc sur 
le sens qu'en un petit nombre de passages, savoir aux v. 504, ^ j j , 548, 
7(>4, 816, 8i8, 861, 91^, 924, I04Î, 1 106, ï uî, 1164, y compris la 
strophe intercalée. Les autres ne sont que des variantes d'orthographe 
dues soit au copiste Jovalta, soit au modèle qu'il avait sous les yeux ; 
car les variantes de sens, et notamment la strophe intercalée, prouvent 
qu'il a fait sa copie sur un autre texte que celui de l'imprimé. C'est 
peut-être le ms. Planta, J'ai signalé ci- dessus les variantes importâmes 
pour faciliter les recherches à cet égard. 

Corrections et additions. 

Le texte nous est parvenu dans un assez bon état, et quelques fautes 
des plus évidentes ont déjà été corrigées par l'éditeur. Je vais en relever 
d'autres en laissant toutefois le soin d'épuiser la matière à ceux qui 
pourront consulter les deux autres mss. 

17 vàlg ou vœig — n "" (faute qui se répète partout où un com- 
mence un vers, parce que Pimprimerie de Tschlin n'avait pas de majus- 
cules surmontées des signes diacritiques. C'est ainsi que la préposition 
lat. ad est rendue par A (58, i J2, J 52 etc.) ou à 165, 66, 98, 100 etc.), 
l'interjection par O (jo, 52, 69, 1 î7 etc.) ou ô (70, 81, i?7, 
169 etc.), la conjonction et et le pron. iliud par E (155, 209, jji, 



2)'. 

tsc '" . , , 

g^ : ~: .- se.on leur place 

ai 
S.. 

9' 

o 



— ijî quai 
;i ?.-:- du ras.) — 274 
- -î -:."*: Jvainf (msJ 
. „: =s. — 404 '/i' — 
-. - W-Î2 Offert — 6^2 
:.ll:.- ? iras.) — 750 
.. rs — 800 Succorf ; ? 
rrs — 1076 «V — 1 108 
.S'.Vj ms.). 
., -: -.t^ .:-> l'orthographe comme 
. ... . • pour n, sch à côté de 5 
. -. .--rr? je l'article et des pro- 
■-. >ï -.rouvaii en ce temps-là 
.. .i::gue un aspect ou trop 
• ...sa:: une rigorosité absolue. 
.^ ^l'éditeur n'en parle pas) 
. -.r^s ou Martinus ex Marti- 
- Mjre n'a jamais été imprimé 
^ -, ^.' :a I -e édition de la Philo- 
.. ... ^ue manque un peu d'exacti- 
-. c-' ^-'f recueil de chants pieux 
. . caoique ce titre ne convienne 
.•:.A rarties, dont chacune a son 
.-' w-ontient les chansons du fils 
.^: . ia seconde f" 200 r" jusqu'à 
:: .Y titre : Alchûnas \ Canzuns \ 
,.. ..".tsclhuntas \ mclodias. \ Trus 
.\ MArîinis f. m. \ Staîî Minisîer 
. .. r^in- i cipio dj seis Minisierij. 
Sun il quai ell ais da quaista j 



'y.:Mnnd Bassa. \ 

.•?::? seconde partie ; il est suivi lui- 

«,^^ s;r Martin père. Dans les trois édi- 

^•s »^ansons du père manquent et avec 

.. ,>, : jMS une preuve évidente que le mys- 

,^ ,.> .dansons de Martinus ex Martinis et 

;..,%:? »Jc celui-ci. ce qui fixerait la date de 

-^ jf l'année 1668 ? 



SUR LE Sacrifice d* Abraham 253 

En effet, si la langue n'est pas fort différente de celle de la première 
partie du livre, elle est pourtant mieux d'accord avec celle des chansons 
du père. Ainsi les rimes inexactes, qui abondent dans notre mystère . 
aussi bien que dans les poèmes de Martinus ex Martinis, ne sont pas si 
nombreuses chez Johannes Martinus ; l'addition d'un e final aux mots à 
terminaison masculine, si fréquente dans notre drame et dans les chan- 
sons du père, ne se rencontre pas une seule fois dans celles (il y en a 
plus de 80) du fils. Celui-ci ne connaît pas non plus ces rimes anciennes 
comme chiura : cumandAva[t] 273, mangikvasch: confortkvas 569, man- 
gikva : chiamiriAva 1065, dumandkva : farkva 1067, guardkva: mazkva 
1069. 

Il peut paraître surprenant que Johannes Martinus ne parle pas de 
notre mystère, quoiqu'il mentionne dans les deux titres et dans la pré- 
fiicc les chansons de son père. C'est évidemment parce qu'il comprenait 
le mystère parmi les « canzuns », et en réalité ce n'est rien autre chose 
qu'une chanson. Comme toutes les autres il a été chanté en entier à 
quatre voix, l'action dramatique n'y faisant pas obstacle. 

Comme je n'ai pu, ici à Londres, faire des recherches sur la prove- 
nance de la pièce, je ne puis avoir d'opinion raisonnée et prouvée sur 
l'une ou l'autre des deux hypothèses qu'on a émises à ce sujet. Je ferai 
toutefois remarquer que les dialogues que M. de Flugi regarde comme 
les précurseurs des « Singdramen » [Ztschr. IV, 5) sont pour la plupart 
traduits de l'allemand. Ainsi le « discuors d^iïnafidela orma cm seis Sal- 
vader Jesu Chr'isto » (Philomela, fol. 9 r") est la traduction exacte de Lie- 
besgesprsch einer christgUubigen Seel mit ihrem Herren und Heiland Jésus 
Christus (J. W. Simier's Teutsche Gedichte, édit. 1655, p. 62) et la batail- 
gia da lo Spieri è da la chiarn (Chiampeil, Chiantzuns Spirtualas, édit. 
1560, p. 49$) est faite d'après un original allemand qui commence : 
Nun hœrendt zuo ier Christen liiîh. 

Le petit glossaire que M . Ulrich a joint à son édition aurait pu sans 
inconvénient s'ouvrir à un plus grand nombre de mots. Je vais l'aug- 
menter d'un certain nombre de ceux que je me suis notés au courant de 
la lecture. 
algretia 348, 944 etc. allégresse, joie, plaisir; mod. allegrezza h. eng. 

algrescha. 
ont (prép.) 528 avant (ante). 
aia (conj.) 483, 491, 863 vfr. ains [ante]. 
aant dans la locution aunt hura 168 avant le temps [ante]. 
ûrsias loio ardent. 
kuidus 933 bénin, débonnaire [*bonitosuSf voy. Schuch. LauWd.j p. 29, 

n.i). 



2 $4 CORRECTIONS 

barun dans la locution da h, 7J4, 752 en homme, vaillamment (harone^ 

Diez, lex. I), 
bain 201, 2^5, 749 etc. bien; oberld. hein [bint]. 
bœn (subst.) 185, 700 le bien ; oberld. bein \bonum]. 
ban (adj. neut.) 26-^, 299, 478, bon; obld. bien Ibonum). 
bun (adj. raasc.) 25, 467 bon ; obld. bien et bun {bonus), 
beadenscha 571 béatitude. 

blers 725 beaucoup (pUriiqué), Ascoii, Arch. gl. ï, 101-2). 
bler main 624 beaucoup moins. 
bkr ant 71 1 beaucoup plus, plutôt. 
chia 847 maison labréviation fréquente de chiasa^ restée dans beaucoup 

de noms propres de lieu ei de famille). 
chiantun 1 1 1 j coin (Diez, I, canto)^ 

clap 457 quantité, long chemin {?), tirol. tlap(pkz^ II, c. clap). 
culpant 576 redevable ; oberld. cuîpont. 
cuntuott 609 etc. pourtant, it. con ttittOf tirol. cun dtit [ke]. 
daUttaivel 9^4, n 29 agréable, doux, cher. 
dalœnsch 89? loin (oberld. âahmsch, tirol. dahntsch (detonge), 
dauheu 945, 991 derechef*, h.-eng. darcko. 
davent 405, 428 etc., it. sp. via, oberld, navend^ tirol. davan [de-ab-inde]. 
davo 4^1 après, derrière, h.-eng. davous^ oberld. davos^ tirol. dapo (cf. 

Mussaf., Nd. 11. Mda., dapo) (étym. de- a- posî (.?) '. 
dindeîî -jii, 75 j, 1091 subitement, vite; oberld. d'anadetg (Bomïad, 

Cat.l, aneg etc. (Carisch, lex. s. aneg). 
d'inîant 40$ en attendant ; oberl. dentant^ dantont, tirol. niant. 
dceli 642 deuil, affliction. 
doluf(y6\ douleur. 
drtU^ii droit. 

dnîsch (subst.) 9^0 joie {duke), 
faîlar 9^2 tromper (Diez, I, falliré). 
fantschella ^4 servante ; oberld. fantschella. 
fasch 489, 540 faix. 
flaivel 583 faible (Diez, \,fievok]. 

I . M. AsGoli {Arch. gl. l, 60) ea a proposé une autre, 'tit'aYorso, Mais davo 
{davous^ disvos] employé comme adj. dans le sens de • dernier 1 est toujours 
(au moins dans les anciens documents) invariable, une forme davosa pour le 
féminin, que J'ad|. 'dc-avorsa ferait supposer, n'existait pas autrefois, ei de 
*de-avorso on sallendrail plulùl à une forme diivias dans la val!ée du Rhin anté- 
rieur. L'étym. dc-a-posi satisfait mieux aux exigences phonoiogioues et a en outre 
le grand avantage de mettre nos dialectes en accord avec toutes les autres langues 
romanes. Je dois toutefois faire une objection qui d'ailleurs s'adresse également 
à l'étymologie 'deavorso, c'est que l'adj, davoi est une fois écrit davûqi par 
Boni/aci, Cat. )]\ iRom. IX, 258) et que le nom de lieu, aujourd'hui' appelé 
D«noi, était encore au XVII* s. en bas-end. Tavaa et en allem. Djvdi, ce qui 
semble indiquer que la voyelîe ionique était a ou ju, le cliangement de H en ati 
sous l'accent n'étant pas connu à ce dialecte. 



SUR LE Sacrifia d'Abraham 



*H 



frûschleza 387 infirmité ÇfragUitia). 
frai 550, 1064, froid. 
fradûra 696 f 



Froid, froidure. 
fnmta 654 froni, opposilion. 
gk 1014 vfr. ja; it. già. 
gudar 480, 482, 687, 990 aider. 
hoz 389, ^21 aujourd'hui \hodie], 
impro 169, 180, ?I7, ^87, 6 j 5, 671 etc. cependant. 
inavo 856, en arrière, oberld anavos (in-a-posi). 
infina 4)5, 4^6, jusqu'à (Oîe^, II, a. finoi. 
ingianar 611, 620 vfr. enganer (Diez, I, inganno). 
ingio 495 où, eng. mod. innua^ oberld. nua. 
intravgnir 267 entrevenir, s'informer. 
invta 879, it. sp. via (Diez, 1, s. v.), oberld anvi. 
larma 542 larme. 
brmar 8 ^ i pleurer. 

Uid 819, 1000 gai, joyeux (taetus)» oberl. îets (feds). 
lengm 942 langue, oberld. hunga, h. -eng. Liungia. 
ligiam 9^8 lien, engad. mod, Itam^ oberld. ligiom, 
lœnch 28}, 4Î9 longtemps, oberl. lunschj h, eng. lœng. 
ma 780 jamais, oberld. mai{na), .^na)mrf, h. eng. m^(Diez, 1, mat), 
mo 440 etc. mais; oberld. mo (Diez, I, mai), 
manigiar 217, ^^7 signifier; oberld. maniar (allem. meinen, pour h 

signification cf. engl. tnean}. 
massa 666 beaucoup, très» trop; oberld.» tirol.^ it. du Nord massa |Mus- 

saf. Nd. /f, Mda, s. v.), 
iiiajw(masc.) 39, 59, 7î, S 88, 591, 886 etc. main; oberld. mûim[masc.) 

ce mot est partout ailleurs resté féminin. 
melginavant 516 plus loin, plus longtemps, ensuite. 
mutschar 148 échapper (Diez, 11, musser). 
nudar 94 r nager, oberld. nudar, it, nuoiarCy vfr. noutr. 
nudriar 600 nourrir, oberl. nutri\gi\aT. 
alg 913, 1069 etc. œil. 
agliadd 355 regard, œillade, it. occhiaîa. 
ofena 21 sacrifice, offrande ; tirol. dunfiarta^ oberid. unfrenda, 
plonschery-j] se plaindre ; oberid. idem. 
puûnch 672 point ; oberld. punct. 

rasckunir 5 14 parler, raconter ; oberld. id., it. ragionan. 
resiisiar 691, 715 ressusciter. 

retschvii 525 reçu; modemt ardschvû, h. -eng. arvschieu^ il. ricevato. 
fa 840 prière; oberld. rieug^ vh.-eng. aroef^ esp. ruego^ pg. rogo. 
ruguar 411, 487, 5^7, 769, 791 etc. prier; moderne rovar^ h.-eng. 

rov«r^ vfr. rover (obld. rugar). 



i 



256 CORRECTIONS 

rang 106 réprimande, reproche; tirol. ragn (?), com. rogn, pr. roun, 
esp. runrun; piém., vén. romand, rogna (étym. : subst. vb. de lat. 
grunnire ; qui a pris la forme *runnlare dans tous nos dial. lad. et la 
plupart de ceux du Nord de l'Italie). 

sa 1044 vous (se). 

sablun 11 12 sable. 

sald 468, 7 1 2 ferme [solidus) . 

saschin 79 celui qui répand du sang, assassin (Diez, I, assassina), 

schaniar $99 épargner; oberld. idem (ail. schonen). 

schburjlar 271, faire jaillir, jeter, lancer, oberid. sburflar ébrouer, respi- 
rer bruyamment, h.-eng. sburfier^ tirol. sbolfrar, placent, sbroffleint 
(adj.) it. sbrufarey fr. ébrouer (étym. buffare, Diez, I, buf). 

schez-jif 916, 95 j etc. si, tant {sic). 

sa schgriscbar J97 s'épouvanter (étym. grisch, cf. ail. grauen). 

schlass 667 ferme, délassé. 

serra 906 arrêté, déterminé. 

serviiiit 1 00 5 , 10^4 domestiques. 

sligiar 895 h^^^^^^^ [disligare]. 

schugiar 1001) 

sœn 372 sommeil; oberld. 5/e/i, frioul. siun, it. fog/io, esp. sueno, pg. 

wn/ïo (somnium). 
sœngiar 636 songer, it. sognare. 

spariir 807, 1 1 52 partir, 820 mourir ; oberid. spartir mourir. 
staila 914 étoile ; oberid. steila. 
strett 9j8 étroit ; oberld. siretg. 

stut 578 triste ; frioul. stott (?) (*diS'tollitus v. Asc. 1. c. I, 273, n. 1). 
svess 738 soi-même; oberld. sez {"se-ipsa-ipsu, Asc. ibid. I, 215-6). 
surchia 63 au bout de, après; vfr. à chief de [super capui). 
surlevgiar S}o, 1042 soulager; oberld. idem [levis). 
terra 86 1 .?. 
thrun 952, 968 trône. 

tour J82, 661, 764 ôter, enlever (it. togliere). 
tut 778, 848, 1 1 34 ôté, enlevé (it. tolto]. 
tschassarôS^ cesser [cessare). 
tschera 211 figure ; oberld. idem (Asc, 1. c. IV, 119). 
tschendra 682, 692 cendre. 
tun 46 tonnerre ; oberld. tun, it. tuono. 
turnar 995-6, ici 5, 1038 retourner. 
vadè 972, 1086 veau, oberld. vadl^ h. eng. vdè. 
vis 1103 vu. 

vœglia 18 volonté ; it. voglia. 
vout* 864 fois ; it. volîa. 



SUR LE Sacrifice (T Abraham 2^7 

En outre le glossaire renferme, comme on a déjà pu sVn apercevoir, 
des mots imaginaires et des explications erronées. 

Adachiar a déjà été reaifié par M. de Flugi. — Gugenl et gient sont 
des adverbes et signifient « volontiers n , Tétymologie gûiidens , déjà 
proposée par M. Schuchardt [Vok. Il, J02), plus lard révoquée en doute 
{Vok. m, ;o9), n'est pas acceptable, parce que le g se palatalise toujours 
devant a dans notre dialecte ; gaiidem aurait donné gtugera comme ^ju- 
dire giudair. L'étymol. cum genio, donnée par M. Schneller \Rom. Mda. 
p. 237) ne satisfait pas non plus. Il me semble que volens a plus de chance 
d'être la bonne étymologie. On s'expliquerait au moins facilement les 
deux formes gugient et bugieni. — Les lexiques de Conradi et Carisch 
attribuent à gialgiard seulement la signification de « fort, vigoureux « et 
de « brave, courageux ». La dernière convient très bien ici à mon avis. 

— Hveigiar, « aiguiser, » n'existe pas dans notre mystère ni ailleurs, 
que je sache ; l'éditeur Ta forgé sur un prétendu participe hvetgiâ qu'il 
faut tout simplement lire avec l'imprimé et le ms. hvet giâ et qui signifie 
eut déjà, — L'étymologie d'inguotia est nec-gutta (Ascoii, Arch. gi I, 57I, 
car il n'a jamais besoin d'une négation. — Larck a aussi la signification 
de « largement, beaucoup » (p.-c. 772, 845 j. — Magunia signifie « cha- 
grin, crève-cœur », et n'a rien à faire avec « méhain ». Il se rattache à 
magan^ * estomac », d'où est aussi dérivé le verbe magunar, « avoir 
mal à restomac », nauseare^ qui se retrouve dans tous les dialectes ladins 
et italiens (du Nord] iDiez, I, magone; Mussaf. Nd. It. Mda., magone). 

— Sttgiar 4 monter n doit être lu sligiar \v. la collation plus haut). Il 
s'agit de détacher (et non pas de monter] le bélier qui s*est embarrassé 
avec les cornes dans un buisson. — Schdrualgiar signifie toujours 
«« réveiller », c'est *ex-de-re-vigilare. — Schgrisch' n'est pas un substan- 
tif, mais la ?' pers. sg. de l'indicatif présent du verbe schgrischar ou sa 
schgrischar, o s'épouvanter ». — Carisch traduit schianar par « stechcn, 
das Blut ablassen m; c'est « couper la gorge », l'étymol. étant * excannare, 
ît. scannarcy le mot devrait donc se trouver sous la lettre S, puisque Vs 
et le ch sont ici deux lettres séparées. Je n'approuve pas du reste cette 
séparation de S et Sch^ parce qu'elle repose sur une écriture tout à fait 
arbitraire. Ainsi l'éditeur aurait dû ranger le même mot, sligiar 89 j et 
schligiar moi, une fois sous la lettre S, et l'autre sous ScA, parce qu'il 
est écrit de deux manières différentes. — Ta^idr signifie plutôt n écouter, 
prêter Toreille » 'cf, ail. mercken, aufmercken), — Tschunck est tiré du 
V. tschunchar (Diez, II, a. cioncare\. — Zuock est l'ail. Zug signifiant 
< respiration », 'n il plu davo zuock est la traduction littérale de in den 
Utzîen Zûgen ^ « aux abois ». — Zuond parait être l'allem. besonders^ 
prononcé bsundcrs dans la Suisse allemande. 

Jacob Sturzincer. 
ttomania, X 17 



COMPTES-RENDUS. 



Unterstichiing^ ûber die Ghronlqae ascendante nnd îhren Ver- 
fasser, von Hermann Hqruel. Marburg, Elwert, 1880^ in*8\ $4 p. 

Dans celte brochure Tauleur rapporte d'abord et discute (trop longuement) les 
opinions des critiques qui Font précédé, après quoi il expose la sienne : la 
t Chronique ascendante • est bien de Wace, mais eîle n'est ni te prologue ni 
Tépilogue du • roman de Rou » ; c'est un ouvrage â part, que Wace a com- 
posé plusieurs années après celui-là, et qui est au fond une biographie de 
Henri II avec l'addition, sur ses prédécesseurs» de renseignements ayant un 
caractère purement généalogique. J'ai exposé ici tout récemment (IX^ ^98-601) 
une opinion différente; M. Hormel n'avait pu encore prendre connaissance de 
mon article quand il a publié son travail. Ce travail ne modifie pas ma manière 
de voir : il reste évident, à mon sens, que les vers du début de la • Chronique 
ascendante 1», où se trouve l'éloge commun de Henri II et d'Aliéner, et les vers 
62-93, °^ '' "* P*'"'^ ^^ *'^8* ^^ Rouen en 1 174, n'ont pas été composés à la 
même date ; ce dernier morceau est une interpolation de l'auteur, analogue à 
celles que j'ai signalées dans fa partie de la Geste des Normani écrite en octosyl- 
labes, et â celles qu'on pourrait tout aussi bien relever dans la Galt des Bretons 
ou « roman de Brut. » La « cîironique ascendante » ayant, sauf cette interpola- 
tion, été composée en 1 160, est le début même de fa Geste des Normanz (première 
partie), qu'elle résume d'avance en ordre inverse et à laquelle elle renvoie à plu- 
sieurs reprises, M. H. termine sa dissertation en mettant en regard les passages 
correspondants de la « chronique ascendante » et du t roman de Rou ». Cette 
jtiKtapositàon, qui met hors de doute à tout le moins l'tdenlité d'auteur pour les 
deux ouvrages, n'est pas sans intérêt ; mais il aurait été plus utile encore de 
relever les quelques passages où Wace en dit plus dans la « chronique ascen- 
dattte > que dans le roman de Rou » (cf. Rom. IX, $26). 

G, P. 



Betontes ë + i nnd 5 + i in der normanalsclieii Mnndart. Disser- 
tatio inauguralis quam scrtpsit Paulus Schdlzke. Halis, in-S', 1879, 37 p. 

Le travail de M. Schulzice se compose de cinq paragraphes d'inégale Ion* 
gucur et d'importance bien inégale ; dans le premier (r-jo), il examine le trai- 
tement des groupes e + 1 et o + i dans le jrancim (le dialecte de l'Ile-de-France 





(ao-it)âèMCelefti 
le mniÊÊà wk^mmii la 4en ieraîas p Mjyjy fcts ti irtiar de i + i cf i ^ i 
d» tes «akçls ée b FrMce «gfc ittii <| i-|g) «t éMscnx deFEst i}i>-n)- 
Je w éni rîa da p jgjyjp fce 5, ce l'est f«*aae très csvte es^ùsKiTsas^et 
Uâlè ici Biae (V, 64^ par M. Ttow m Je ■'kaûlaaî pas tecosp fias s«r 
le yaifî êa e pangrapbe ; f Miesr, wtuai de soa aîtf, y sik les 1 
tiom ds ëen fraspes ^1 todie ins dmss ■ » wrtft (TorisBe 
laie el arme i celle f oi rlii o B qae das ces tertes I <f i a • ^ i soac tnilis 
iPM ii tj i i casae dus le prèleBdi wraaad aénAosiL Je Jincu si prcBiv 
paragnpke. (^ aost devcns i-¥ï^^'¥\ dMs le /«adar os k ftsac» 
piapRwm «L? IL S, «tadutf ^ et I d» liMlo la caahinsaB oè ib Mt 
imnè^teBeat oa arfJiatffi sains de i oa d*Bae Loaioii ^ doaae nîs- 
saace â i, Boalrc, ce ^ ctah prèm, ^«e daas loaies saas esocplîaa il a'ctf 
sorti ■ aa tcaps l ii sio rV jae » qae t de ^ -h i et « de » -f i daas bkaacaàs pr»- 1 
preaKat dit. Cette c ipiait ioa est brt bèea fuie ; ie Rprocfccfai scabaKai i 
rjttair de faire toir )Wife de >tear et teit de «baa; ^mi ft afaaa 
JHiieat dosé fi^ A àml, 3t Te^ageni aassi i féiédiir sar b théorie des 
gattanies, et i ae pas coafsadfe. ccmse H b bh p. 7. b pabtak a««c b 
vébire. Ccsi daas le seooad paragnpW qae H. S. aborde lealea i ca il i vrai 
dîrv soB siyet : b traibacat de^-l-ict deA + rdaaib aorMad, M. W. 
Fanler avait esujé de dteoatrcr ^ae dans ce dialecte ces yuupu oat doaaé 
respectneaeat iâ «t (aoii aci, triphitoagaes anènaies plas tard ea d iph la^ a i i, 
nais qnHi bndrait rètaUlr daas les aadeos textes poar avoir b htmt \ 
cnptayée ^ les potes aoraaads. De Pexanf n mentif de trcbe 
différents, IL S. coactet qae ea aomaad, toat awaie ea baacaîs, # ^ t ctt 
o -i- i 001 doBoê mpa.ti»caitm i et ai, ce «(ai coairedit b Maaière de voir de I 
M. Forrsier. Mais qae dev ien nent ces groupes dans b Romsa du JÉbnr Sêêmê' 
Mkkel et dans le Lan da nunàres, textes qae M. S., — je reviendrai loat de 
Mlle SUT ce poioti — regarde comme nonnandj wèrîdioaaa»? là b qaertâ oa 
ta plas coaj^itqoèe ; ane étude minatiease de ces deox textes aMxiIre, ea eisl, 
qtxe dans !c premier texte ^ + « est représenté par U, «, i ou in ; i + i par •», 
n, ou, a ou ra ; que dans le second ê + i donne u\ r, 00 i ; ^ + i, ao conlnire, 
«, < on ai. Cette naltiplicité de formes a fait supposer avec raiso» i M. S. 
qa'dbs venaient pour la plupart des copistes, et un travail très ingèaieax aaqad 
il s'est livré pour retrouver parmi ces {orm» diverses cdliïs qui étaient hica 
iBtbentjqoes et dont avaient dû réellement se servir les auteurs dn Roma éê 
Mmâ Sâud'Mtchil et du Lnrc da m^uera l'a amené en défoiitive i adaeltre 
qae b poète do Roman avait employé seulement ui ou n : «a, cdoi da iÂrvi 
ia ÊHênàrcSt ei: et; ce qui donne en partie raison i M. Fœrster, et semNe 
îa<tiqoer en même temps qce les deux textes que M. S. a ainsi rapprochés ne 
sont pas écrits dans le mène dialecte. Et id je toodie au cAté bible de la 
théorie de M. S. : c'est le peu de souci qu'il a eu de rétablir sur des bases 
solides en faisant un choix rigoureux parmi les textes qu'il interrogea iu Ainsi 



260 COMPTES-RENDUS 

I parmi les monuments du normand il place Gormund^ qui est un texte picard ; il 
me paraît aussi attacher trop peu d'importatice à l'origine des manuscrits qu'il 
a consultés ou d'où sont tirés les textes qu'il étudie ; comraenl peut-il en effet, 
s'ils n'ont pas été écrits en Normandie, s'en servir pour une classification 
des sous-dialectes normands ? La plupart des monuments sur lesquels il s'ap- 
puie ont été sinon composés, du moins transcrits en Angleterre, ils ne sauraient 
dès lors servir i la connaissance de l'idiome parlé en Normandie. Je serais bien 
désireox de savoir aussi sur quoi se fonde M, S. pour diviser le dialecte nor- 
mand en normand proprement dit et en normand méridional ; il est incontes- 
table qu'il y a et qu'il y avait dès le moyen âge des différences nombreuses 
entre le parler de la région septentrionale et celui de la région méridionale de 
la Normandie; mais celles que relève l'auteur sépareraient plutôt la région 
orientale de roccidentaJe, El puis qu'est ce qui doit constituer à vrai dire le 
domaine du normand méridional? Il va de soi, ou cette dénomination n'aurait 
pas de sens^ que c'est la partie sud de notre province, c'est-à-dire le Perche, la 
campagne d'Alençon, le Houlroe et l'Avranchin ; de tous ces pays, M. S. ne 
paraît faire entrer que le dernier dans le domaine normand méridional ; i) est 
vrai qu'il y place h territoire de Rennes et de Fougères, qui * n'appartiennent 
plus politiquement â ta Normandie, mais à la Bretagne » ; voili une méprise 
qui risque de surprendre autant que de mécontenter (es habitants de cette dernière 
province. Plus loin M. S. nous dit très sérieusement qu'il c est difficile de 
découvrir si le dialecte des îles de Jersey et de Guernesey se rattachait à celui 
du sud ou du nord de la Normandie », et il se croit obligé de rechercher aussi 
si le patois de Rouen ne serait pas du normand méridional. Est-ce que, si la clas- 
sification de M. S. est fondée, la question n'est pas résolue géographiquemenl? 
J'ajouterai que l'idiome de Jersey et de Guernesey ne diffère que par des 
nuances de celui du Cotentin, et que la Musc normande de L. Petit, consultée 
par M. S,, ne peut faire autorité comme texte de langue. Enfin |c demanderai i 
l'auteur quel est ce mot /«f, • la seule forme du patois actuel de la Normandie 
méridionale • qu'il ail trouvée ? S'il avait lu plus attentivement VÊtutli sur la 
poisic populaire de M. de Beaurepaire, il aurait vu que ta chanson oii se trouve 
ce mol singulier n'est nullement donnée comme normande. Encore une question, 
au risque de passer pour indiscret ; comment se fait-il que le Roman de Rou et 
le Bestiaire divin figurent à la fois parmi les textes normands proprement dits et 
normands méridionaux ? Est-ce que M. S., en voulant ainsi tirer des mêmes 
textes les caractères de dialectes qu'il suppose différents, ne condamne pas lui- 
même la diversité prétendue de ces dialectes ? Je terminerai par une simple 
remarque : p. 27, la rime mitie : Ht du Roman du Mont Saint-Mkhd est rempla- 
cée par mttiu ; lié ; cela n'est pas inadmissible, seulement je ferai observer que 
dans les idiomes de la région occidentale de la Normandie, tcu se réduit à lè et 
que par conséquent mitté : lu pourrait bien ne pas avoir besoin d'être modifié. 
P» jo, M. S. change la rime Guernerie : oie en Guerntroti : oei ; cela est ingé* 
nieux ; mais |e fera» encore observer: i" que ù + i donne dans le patois actuel 
de Guernesey i^, ce qui suppose une forme plus ancienne ieu = ioei 2' que 
Jersey dans le patois actuel s'appelle Jerni^ ce qui pourrait bien justifier la 



Levy, Guilhm Figaeira; Von Napolskî, Pont de CapdaoUl 261 
forme Cuernerie pour Ciurnesey*; il semble dès lors qu'il serait plus exact de 
laisser le premier mot sans modification et d'écrire le second io€. 

Charles Joret. 



Gnilhem Figtieira, ein provenzalischer Troubadour, In augurai -Disserta- 
tion..,, von Emil Levy, 1880, Berlin, Liebrecht. Gr, in-8", 1 12 pages. 

Leben nnd 'Werke des trobadors Ponz iie Capduoill« von Max von 
Napol6kj. 1880, Halle, Niemeyer, In-8% \^2 pages. 

Depuis que M. Bartsch a publié à la suite de son Crandriss dtr prownzatischen 
Uuratur une table commode, sinon toujours exacte, des poésies des trouba- 
dours, les jeunes romanistes allemands, en quête de sujets de dissertation, 
eotreprennent volontiers de traiter de b vie et des œuvres de quelque trouba- 
dour Ils sont séduits par les circonstances en apparence avantageuses dans les- 
quelles le travail s'offre â eux. Les sources de la publication leur sont indiquées 
par le Crundrisi^ les principales données historiques sont en général fournies par 
les Uben und Wakc dcr Troubadours de Diez; des notes de cours et l'aide de 
leur professeur leur donnent le moyen de remplir le cadre tracé d'avance, et 
c'est ainsi que peu à peu les anciens poètes du midi de la France sont l'objet 
d'éditions séparées, en attendant l'édition générale à laquelle M. Bartsch tra- 
vaille depuis longtemps. Le bénéfice qui résulte pour les études provençales de 
cette façon de procéder est plus apparent que réel. Les poésies des troubadours 
sont d'une intelligence difficile; elles soulèvent une quantité de questions, les 
unes linguistiques, les autres historiques, qu'un débutant n'est guère en état de 
résoudre. Aussi, parmi les nombreuses dissertations relatives aux troubadours 
qui ont paru dans ces dernières années,, en est-îl peu qui s'élèvent au-dessus 
d'une honnête médiocrité. On nous excusera donc si, dans la plupart des cas, 
nous nous bornons à les annoncer dans notre chronique. 

Le travail de M. Levy sur Guilhem Fïgueira mérite toutefois mieux qu'une 
simple mention. C'est l'œuvre d'un homme intelligent,, capable de construire un 
raisonnement, et sachant présenter sa pensée sous une forme claire. Ajoutons 
que le troubadour qu'il a pris pour sujet de sa thèse compose en un style 
commun et facile où les difficultés d'interprétation sont rares, que cependant 
certaines pièces peuvent donner lieu à d'intéressantes recherches, l'ensemble 
étant assez bien approprié â un premier essai. 

Le bagage poétique de Guilhem Pigueira se compose de dix pièces, à savoir 
une chanson amoureuse (n' \), fort ordinaire à tous égards, cinq sirventés 
U-4i 7), deux exportations à la croisade |i, 6}, et trois suites de couplets 
échangés entre lui et d'autres troubadours (8m 0). Entre ces diverses composi- 
tions ce qu'il y a de plus saillant, ce sont les sirventés. Le n" 7, qualifié de 



I. Ocue forme existe d'ailleurs, et M. L Havet Ta relevée (BMoth. de VÉcoU du 
eharta, 1878, p, aoi). 




COMPTES-RENDUS 



- ■ ■ ' ' !ui-raémc, esl un éloge de l'enipercur Frédéric II, les autres 

^ contre l'Église et les Français, alliés de celle-ci dans la 
lutte contre ie comte de Toulouse Raimon VII. Ces pièces, par l'esprit qui les] 
anime, par les invectives violentes dont elles sont remplies, font penser à Peire 
Cardinal, mais la comparaison n'est pas i l'avantage de Guilhem Figueira. Chez 
Canlinal, la pensée est plus forte cl plus condensée- l'invective, non moins cons- 
tante que chez Figueira, est soutenue par un sentiment élevé du droit et de la 
luxlicf , l'expression aussi est plus vigoureuse, et le trait mieux aiguisé. La 
vii»lcncc monotone de Figueira fatigue, et son célèbre sirvcntés (n" 2) contre 
Rome est une ennuyeuse rhapsodie. 

Figueira fut le contemporain de Cardinal, mais sa carrière poétique fut moins 
longue. Il est possible d'en déterminer à peu près les limites. Ce que nous appre-< 
non» d'essentiel par son ancien biographe se résume en ceci que G. Figueira, 
natt( de Toulouse, dut quitter cette ville lorsque les Français s'en furent empa- 
ré» (firan h Frances agron Tohsa) pour se réfugier en Lombardie. M. Rajna a 
pt-nsé que le moment indiqué par la biographie était celui où le traité de Meaux 
u ♦îo) mit en fait le comté de Toulouse dans !a main des Français' ; M. Levy 
iToit avec VHutoin Unhairt (XVIIl, 652) qu*il s'agit de l'occupation réelle et 
complète de Toulouse qui eut lieu après la bataille de Muret (12 « j-i 2 j6). L'une 
et l'autre opinion peut se soutenir, sans toutefois qu'aucune des deux soit 
lUJCfptible de démonstration. Car^ si l'interprétation adoptée par M. L. s'accorde 
miput avec la lettre du texte, il semble d'autre part que le sirvenlés contre 
tRomr a dû être composé dans te Toulousain plutôt qu'en Lombard ie, et ce 
'llrvrntés est sûrement postérieur à la mort de Louis VIII, c'est-à-dire à 
l'année iaj6 (cf. Levy, p. 8-9). Les pièces elles-mêmes, par les allusions histo- 
flquei qu'ellm renferment, fournissent des données chronologiques plus précises 
ijMe la biographie, ce qu'on peut du reste constater pour maint autre trouba- 
dour Cts données conduisent, d'après les recherches de M. L. 'p. 2-j), à 
irMl^rmer la carrière poétique de Figueira entre les années 121 ^ et 1245, ou 
Hvlron, c;ir la pièce n" 1 , qui est une exhortation à la croisade, ne peut guère 
rapporter qu'à la première expédition en Terre Sainte de saint Louis. Les 
l^frtonnagcs avec qui notre troubadour s'est trouvé en rapport, ou {\n*'û men- 
<l«»«n#, ne laissent pas d'être assez nombreux eu égard au petit nombre de 
|tiik*« qii* nuiis avons de lui, et il y a li quelques indications biographiques à 
^.Intri lant pour l'histoire de certains de ces personnages que pour celle de 
l'if.'uro»i lui-même. L'une de ses poésies (n» ij est adressée au comte de 
|>.mI.m«« Raimon VII; une autre (n« j) à Blacas, deux à l'empereur 
I I. ,h'i(«" (M«" 6 et 7I. Dans la pièce n" 7 est mentionné, à l'envoi, un certain 
I (lutl qiMhflè de btlhs mus : c'est selon toute apparence le troubadour de ce 
nom df qm un pDsièdr une tenson avec Falconel^, et qui, à en juger par cette 
♦»Mutii», v*v*H en Italie, Enfin les couplets satiriques échangés entre Figueira, 

\ \< de Pf^ulhan, Rertran d'Aurel, Lambert (n'» 8-io|, ont aussi leur inté- 

\i\ litot4riiph(i|uc. Ces couplets ont été de la pan de M. L. l'objet de recherches 



Il Vty. CiMHéi* ai fihiogié romanza, 1, 88. 
I. U t«it« «Uni llerrtg, AnHiv, XXXIV, }8). 



Il 



Levy, Cuithem Figueira ; Von Napolski, Ponz de Capduoill 26} 
^têressantes (pp. 9-12). U en résulte d'abord que le Figera qui figure dans le 
va. J207 du Vatican comme auteur ou destinataire de tel ou tel de ces cou- 
pleli n'est point différent de notre Guilhcm Figueira; puis, qu'en ces vers 
(n* 9, coupL t) : Bcrirans d'Aurel s'aucizia* \ N'Auzers Figerai deptor, il faut 
ïoir dans Auzen et Figera les noms de deux personnes différentes, le premier au 
cas sujet, le second au cas régime. Cela semble de toute évidence, mais néan- 
moins on s'y était trompé, et depuis Raynouard jusqu'à M. Bartsch en son 
GranJnss. on admettait l'existence d'un troubadour appelé Auier Figera. Ces 
résultats ne sont pas sans intérêt : les couplets en question nous montrent que 
Figueira était un personnage fort décrié, ce qui confirme le dire de l'ancien 
biographe ; c No fo hom quets saubes cabir entrels barons ni entre la bona 
« gen, mas moût se fetz grazir als arlotz et a las putans et als ostes et als 

• lavcrners. » Atizer (plus correctement Augicr) qui, d'après l'un de ces cou- 
plets (no 8 ^1 et d'après des vers de Sorde! rapportés fort à propos par M. L. 
(p. tt-3|^ se livrait à des voies de fait contre Figueira, ne valatl peut-être pas 
beaucoup mieux que son adversaire. Enfin Bertran d'Aurel iouait aussi du cou- 
teau à l'occasion (voir le n<* loU Us étaient donc^ là dans quelque ville du nord 
de l'Italie, toute une société de Iroubadours-jongleurs, plus mal élevés les uns 
que les autres. Ceci posé, je me risquerai à ajouter aux résultats bien établis 
par M, L. une conjecture, touchant une pièce dont, sauf erreur de ma part, il 
ne me semble pas qu'on se soit guère occupé. Il y a dans le ms. fr. 1749 an 
lea-parti dont tes interlocuteurs sont Bertran et Augier, et qui a pour sujet ta 
question de savoir s'il est préférable d'être jongleur ou d'être larron*. Elle com- 
mence ainsi : ■ Bertran, vous qui alliez ha bttueilemetil avec les larrons, enlevant 
c boeufs, boucs, chèvres, moutons, porcs, poules, oies, chapons, vous qui avez 

• été glouton et voleur, dites-moi votre avis : quel métier est le plus honteux : 
€ celui de jongleur ou celui de larron ? » Bertran répond qu'il préfère être 
larron. M. Bartsch, dans son GrundrisSf a imaginé que les deux interlocuteurs 
étaient Bertran de Laraanon et Guillem Augier, attribution assurément bien 
invraisemblable, si on considère que Bertran de Lamanon était un homme de 
haut rang. N'y aurait-il pas plus de probabilité à identifier ce Bertran et cet 
Augier, i*un et l'autre très chétifs personnages, avec le Bertran d'Aurel et 
l'Augier que nous venons de voir en rapport avec Figueira? Remarquons que 
celte tenson a exactement la même forme strophique — et c'est une forme très 
rare — que les couplets échangés entre Guilhem Figueira et Aimeric que 
M. L. imprime sous le n** 10, à savoir trois vers de onze syllabes et quatre plus 
courts. C'était donc une forme qui courait dans ta société assez peu unie des 
jongleurs provençaux ou toulousains ré^giés en Italie. 

Revenons à Guilhcm Figueira et à l'édition qu'en a donnée M. Levy. Il y 
aurait à examiner rintroduclioti, le texte et le commentaire. Je me bornerai, 
pour ne pas étendre cet article outre mesure, et un petit nombre d'observations. 
Je passerai rapidement sur la partie de l'introduction où il est traité de la vie 
de Figueira, ayant plus haut rendu justice aux recherches que l'éditeur a con- 



î- Aueizie, c^^x\ manque dam le ms., est une bonne restitution due I M. Tabler, 
a. Le texte tjnprimé dans Mahn, Ced. d. Troub., n* ^34. 




264 COMPTES-RENDOS 

sacrées â cette partie de son sujet. Il y a çà et là de l'inexpérience dans le 
choix des ouvrages oh M. L. puise sa science historique. Ainsi, lorsque pour 
les événemenls dont Toulouse fut te théâtre en 1216, on a le récit si détaillé et 
si vivant de la chanson de la croisade albigeoise, c'est vraiment avoir la main 
malheureuse que de citer cette phrase ridicule d'un historien du siècle dernier : 
« Foulques (révéque Foiquet) était la furie cruelle qui secouait ses flambeaux 
« sur un peuple trahi par lui seul. » Pour la pièce i, j'ai déjà dit plus 
haut que M. L. en aurait pu préciser un peu davantage la date s'il avait 
remarqué qu'elle est du temps où on prêchait !a première croisade de saint 
Louis (124J à 1247). L'allusion de la première strophe aux dissensions existant 
entre le pape et Frédéric M indique la même époque. Quelques recherches sur 
le nom, ou plutôt le surnom, de l'auteur, n'eussent pas été superflues. Le nom 
d'arbre, figueira, a été très peu employé comme surnom ; et parmi les très rares 
exemples que l'on peut signaler de cet emploi, l'un appartient â Toulouse, patrie 
de notre Guilhem. Je trouve parmi les membres du chapitre de Toulouse Arnaut 
Figueira en 1102 < et en 12142, Bernarl Figueira en i 221 ^. — Les pièces les 
plus caractéristiques de Guilhem Figueira étant des sirventés, M. L. a voulu 
dire aussi son mot sur te sens et l'étymologie du nom de ce genre poétique. Il 
y a là, comme on sait, une question qui a été controversée dans ces derniers 
temps. La Romania* a déjà repoussé Topînion émise par M. Rajna, qui adopte 
l'explication présentée par ïa Docîriaa de compondn dktats^ d'après laquelle le 
sirventés, poésie composée dans la forme et pour s'adapter à la musique d'un 
chani antérieur, serait ainsi appelé, parce qu'il est le serviteur du chant dont il 
adopte la musique et les rimes [Romania^ Vl, j^S). C'est là l'explication d'un 
grammairien qui veut justifier par Tétymologie les règles en vigueur de son 
temps. Il n'est pas certain, d'ailleurs, que les sirventés aient toujours emprunté 
leur forme à une composition déjà existante. M. L. rejette avec raison cette 
ingénieuse mais invraisemblable étymologie, remarquant que l'imitation d'une 
forme antérieure n'est point te caractère essentiel du genre en question. Il 
montre aussi que sur un point au moins , robligalron de donner au sirventés 
autant de couplets qu'en a la pièce prise pour modèle, la Docirina est dans 
l'erreur, ce qui diminue d'autant l'autorité de son témoignage. Jusqu'ici, tout 
est bien : ta partie négative de la discussion à laquelle se livre M. L. est 
irréprochable; mais, dès qu'il arrive à la partie positive, je me sépare de lui. 
M. L. se range à l'opinion exprimée par Diezet adoptée par M. Bartsch", que le 
sirventés est une poésie faite pour le service ou pour la louange d'un seigneur. 
Cette définition., outre qu'elle a le défaut de ne convenir qu'à un très petit 
nombre de sirventés, pèche en ce qu'elle rattache le terme en question à servir 
au sens de « être au service de.. » Je rattache, avec G. Paris, dans l'article 
cité plus haut, sirvcntis à sirvmt au sens de • soudoyer », de a sergent •. Le 
sirvenUs est originairement une poésie composée par un sirvènt^ comme gihsesca 



1. D, Vaisséte, nouv. éd., VHI, pièces io8^ in, 114. 

2. Ibid, pièce 170. 

î. Du Mègc, Hist. des institutions de Toulotise, l, }48. 
4. Vir, 6a6, art. de G. Paris. 
j. GrundrisSy p. )}. 



Levy, Guilhem Figueira; Von Napolski, Ponz de Capduoill 265 
(Leji \, J48) était la poésie d'un jaloux. Il y avait entre le sirvent ou soldat 
d'aventure et le joglar plus de rapports qu'on ne pense : on pouvait être à la 
fois ou successivement l'un et l'autre. Bertran de Lamanon, s'adressant à un 
de ses contemporains, lui dit : « Vous avez été longtemps trotkr, puis vous 
c vous êtes élevé au rang de sirvent...; puis vous êtes devenu jongleur •... » 

Les dernières pages de l'iniroduclion sont occupées par une élude sur la 
métrique. M. L. s'est surtout attaché à chercher quelles pièces ont pu servir 
de type, quant à la forme, aux sirventés de Figueira, puisqu'il est maintenant 
bien établi qu'en général les sirventés sont construits sur un modèle plus ancien. 
Poor la pièce 2 {le long sirventés contre Rome), M. L. adopte Topinion de 
M. Bartsch tZeitschr. f. rom. Phd. Il, 202) qui divise le couplet, non plus comme 
on avait coutume de faire en onze vers rimant çnahabahcccbc^ mais en 
sept vers, dont les trois premiers et le sixième ont des rimes intérieures, les 
rimes finales, par rapport à la division en onze vers, étant bkbccbc.iene 
vois pas l'avantage de cette nouvelle division, que M. Bartsch n'a appuyée sur 
rien de solide, tandis que j'en vois clairement l'inconvénient, qui est de faire dis- 
paraître renchaincment des couplets par la rime. Cette pièce, en effet, est en 
coblas capcatidadas, c'est-à-dire que le dernier vers d'un couplet a la même rime 
que le premier vers du couplet suivant. Or, cet effet cherché est perdu dès qu'on 
réunit en un les deux premiers vers de chaque couplet. Du reste, la division 
des vers n'avait pas, avant l'invention de l'imprimerie, toute l'importance que 
nous lui donnons maintenant : pour les gens du moyen âge qui écrivaient les 
poésies lyriques à lignes pleines, un long vers avec rime intérieure, deux petits 
vers avec rime finale, c'était tout un; voir ce que disent les Up (!, i$4) des 
rims rcforsatz. — Pour la pièce 6 en décasyllabiques rimant enabbaccdd, 
M. L, ne trouve à comparer qu'une pièce de G. de Capcstang. Ce n'est pas 
une forme rare; voy, par ex. Parti. Ocrif., p. 78, Gcà. à. Troub.^ n* 78. — La 
pièce 7 présente une forme si rare que M. L. n'a pu lui trouver aucun analogue. 
Le couplet a douze vers, rimant cnababcdcdededj dont les quatre pre- 
miers vers et les quatre derniers sont de onze syllabes, avec pause après la cin- 
quième, comme dans le type cité par ItsLeys d'amon^ I, 116. Il existe pourtant 
une chanson, inédite à la vérité, qui a exactement la même forme^ : bien plus^ 
cette chanson et le sirventés de Figueira ont les mêmes rimes, de sorte qu'on 
peut être assuré que l'une est imitée de l'autre, ou que toutes deux ont un ori- 
ginal commun. Je vais transcrire, à titre d'échantillon, les deux premiers cou- 
plets de la pièce inédite, qui a pour auteur uu troubadour jusqu'ici peu connu, 
Peire de Casais'. Mais d'abord citons le premier couplet du sirventés * : 

Un nou sirventés aï en cor que traraeta 

A l'emperador, a la gcmil pcrsona, 



i. Amicx Guigo, Raynouard, V, 7^ ; Mahn, ii^crki, Ut, 148. 

3. Sauf que la pause, aprèj la cinquième syliabe, n'est pas constante. 

i. C'est la pièce où II est question des «pierres d'ASzonc ► (Raynouard, Lex, rom. II, 
61), sur lesquelles M. Noukt a publié une dissertation dam les mémoires de t'Académie 
de Toulouse, 7* série, t. IV. 

4. Je reproduis sans modificaiion le texte de M. Levy, qui en deux endroits (vv. 9 et 
m) est douteux. — Je dispose l« vers de façon à indiquer la longueur de chacun d'eux 
nar la place où il commence. M. L., suivant un usage presque général en Allemagne, 
nii commencer tous les vers, grands ou petits, au même point. 



266 



u 



COMPTES-RENDUS 

Qu'eras m'a mcstier qu'en son servcïim meta, 
Que nulhs hom plus gen de lui non guaurdona ; 

Qu'el gif(al paubre de paubreira, 

El valen melfmra c reve ; 
Pcr qu'es dreitz qu'el guasanh e cooqueira, 

Pus tan fai d'onor e de be, 
Per que quascus hom deu bcncnr la via 
De tan bon senhor, per on el va e ve; 
Et ieu benczisc Ici pcr ma dona Dia 
E per En Taurel quar tan gen se capie> 



Voici maintenant la pièce de Peire de Casais, dont le texte ne se trouve que 
dans le ms. 8j6, fol. 246 c ; 

I D'una Ieu chanso ai cor que m'entremeu, 
Q^una donam fai la razo e lam dona, 
Qu'aras quan la prcc mi dïta qu'alhors cometa. 
4 Cujh j'anc mais no fos de l'osta sa persona. 
Mala m'es e brava e sobreira, 
Ieu no sai lo cum ni[l] perquc, 
Qu[e] ieu la ri ia d'aital manieyra 
8 Que de cor m'aimava e de fc; 

EraSj mas, li plat2, vol que passon solra{tt)t, 
E forai trop mielhs que duresson fasse, 
Qu'ieu veni'a lieys e de nueyt(2} c de dia(s) 
12 Totas las veguadas qucm mandava a se 'K 

][ Bes degra albirar ans qu'aital * cor se meta 
Cutn «sliain far lercia et ora noaa 
£ las autras horas e nostra * compleia, 
16 Que durava ku tro qu'om la prima sona. 
Tôt sabrai si es fracha o cntieyra, 
Nim laissa del tôt ora rcle, 
3Î es ges que autr'om la m'enquieira, 
ao de que vol dir quar nom crc. 

Verament hi falh, qu'ieu nom preiï ren fadîafs); 
S'illam tolh s'amor en autruy la cove, 
Qu'om non fara ja lo{s) sen(s) ni la{s} folia(i) 
24 Nil guap ni las novas qu'teu en fas ancse. 

M. L., à l'eiemple de M. Stimming, éditeur de Bertran de Born, a rangé les 
pièces de Figueira dans l'ordre alphabétique des premiers vers. Cette disposi- 
tiort, déjà peu acceptable pour Bertran de Born, l'est beaucoup moins encore 
pour un auleor tel que Figueira, dont les compositions, en petit nombre^ se 
laissent toutes dater approximativement. L'ordre chronologique était indiqué. 
Li ob cet ordre ne peut Être établi, les genres, la construction des couplets, les 
noms de ceux à qui les pièces sont adressées, fournissent totijours un élément de 
classification meilleur que l'ordre alphabétique. La commodité que procure le 



1 . Sic, je ne vois pas la correction. Il faut un sujet à duresson du vers suivant. 

2. Ici et aux vers 1 $ et 24 tl n'y a pas de pause i l'hémistiche. 
j. Corr. uï taiî ^ j^. Corr. t total 



LrvY, Guilhem Figmta; Von Napolski, Ponz de Capduoill 267 
sèment alphabétique peut en tout cas être obtenu à l'aide d'une table. Ce que 
je dcsjpprouve aussi» c'est l'usage, que d'autres encore que M. L. ont suivi, de 
publier en appendice les pièces que tel ou tel ms. attribue, contre toute proba- 
biiilé, i l'auteur qui est l'objet de la publication. Dès qu'on a établi — ce qui 
doit être (ail dans la préface — que telle attribution est dénuée d'autorité, la 
publication de la pièce rejetée devient sans objet. Avec le système suivi par 
M. L., toute édition spéciale d'un troubadour serait accompagnée d'un appen- 
dice souvent considérable de pièces étrangères au sujet. Des cinq pièces impri- 
Oiées en appendice par ML., une seule à mon avis, la pièce de dame Gormonda, 
^i est ta contre-partie du sirventés sur Rome, avait droit de figurer dans son 
îdhion. — Dans l'établissement du texte, M. L, suit la graphie tantôt d'un ms., 
tantôt d'un autre. Ce procédé, qui est celui de M. Stimming dans son édition 
de Bertran de Born, n'est pas très critique. Il a toutefois moins d'inconvénient 
pour Figueira que pour Bertran de Born. Plus tard, on pourra faire mieux. Le 
cbotx des leçons a été déterminé par te classement, entrepris pour chaque pièce, 
des leçons qu'on en possède. Il y a là une suite d'opérations délicates, que je 
o'aî pas vériliées dans le détail., mais qui paraissent faites avec soin. M. L. fait 
des italiques un emploi souvent bien peu judicieux. H s'en sert pour indiquer les 
modifications qu'il apporte à la leçon des mss., et rien n'est moins clair. Ainsi 
pièce 4, V. 3;, deh clergatz est en italiques ; pourquoi? parce qu'il y a dans le 
m$, ids fais cUrgatz^ comme on le voit en note. Mais puisque toute la modifi- 
cation consiste dans la suppression de fais ^ puisque d^ls et tkrgaiz ne sont pas 
louches, pourquoi mettre ces deux mots en italiques.'* J'aurais mis /<i/5 entre ( ), 
ou je l'aurais simplement rejeté en note, sans faire usage d'italiques. Et de même 
eu maint autre cas. — M. L, a dû plusieurs excellentes corrections à son maître 
M- Tobler, dont la forte méthode se reconnaît par toute la publication. D'autres, 
eu assez grand nombre, ont été proposées par M. Bartsch dans la Ztïtschrift 
fur romaniicht Philologk^ 11, 4J9-4J. Après la révision de ces deux savants, il 
De reste plus qu'à glaner. Voici pourtant deux menurs remarques sur la pre- 
■ière pièce : coupl. \, E l'ardit fendor J Devon lut ai un crit \ Passar ouerrieh 
tomplit, I Ab gran aforùmcni \ Dt cobuu lo sant moniment. Au lieu de guerrier^ 
correction due à M. Tobler, le ms> a quar tr, La correction ne me satisfait 
pas du tout : gu'ar er serait supportable, ou peut-être on a en construisant 
complu avec De cobrar. V. 58, estiers ne s'entend pas bien ; on attendrait plutôt 
un nom propre, ou encore es tan h. 

Ce qui dans cette édition est le moins satisfaisant, c'est le commentaire, qui 
tst surchargé de remarques superflues et de rapprochements de peu d'intérêt, 
tandis que des notes essentielles ou du moins utiles n'ont pas été faites. Ainsi 
ces vers du sirventés sur Rome |coupi. 4), Roma ah homes pecs \ Rozaz la carn 
i t'ûssa^ et (coupl. io| Trop rozct: lai nians a là de rabiosa^ rappellent le vers 
tatin SI répandu et si souvent imité au moyen âge : Roma mams rodit^ si rodert 
JTOfl vtf/cf oditK — Ce vers de fa pièce j : C^ ^ui non doua so quel doi^ j Manias 



t. Carmina Burana, p. a); il e$f rapporté par Du Cange sous Romanizare ; les troi^ 
pranien mon sont cités pir les Leys d'amors, il, jo. Cf, les Vers de la mort d'Hélinant 
(éd. MéoB, coupl. XIII, cités par Du Cange L L) : 

Va moi lalucr le grant Rome 



268 COMPTES-RENDUS 

velz non pren so qim vol sont à rapprocher du proverbe français : Kl ne dunt que 
il aime ne prend que il daire*. — Dans la pièce de Gormonda, p. 74, v, 24, il 
y avait lieu de faire une remarque sur dccx qui paraît bien, d'après le contacte, 
être le dtcs-vîtium enregistré dans le Donal provençal parmi les rimes en ses 
estreit et qui toutefois ici rime avfc des mots en ta ouvert comme prax^ beex^ 
senccx^ bavax, pecx, secx'^. 

En somme, le travail de M. Levy, bien qu'il prÊte le flanc à la critique par 
divers côtés, n'en est pas moins fort estimable. 

On n'en dira pas autant de Tédition de Pons de Chapteuil, qui a pour auteur 
un élève de M. Stengel, M. Max de Napolski. Aussi ne nous y arrêterons-nous 
pas longtemps. On ne peut pas rendre compte îonguement d'un travail où tout 
est à refaire. Disons tout d'abord que M. de N. n'a rien fait pour élucider îe 
troubadour dont il a entrepris de publier les ceuvres. Il n'y a dans son édition 
ni commentaire ni glossaire. Quant à l'établissement du texte, il résulte des 
courtes et vagues indications données à la fin de la brochure (p. 1 ^ 1) que l*édi. 
teur ne s'est pas astreint à un système véritablement scientifique. De propos 
délibéré il a renoncé à la classification des diverses leçons qu'on a de la plupart 
des pièces de Pons, trouvant cette besogne trop difficile. On voit par les quel- 
ques lignes dans lesquelles il s'explique à ce sujet qu'il a confondu deuï ordres 
de recherches très différents : la classification des mss. des troubadours, travail 
qu'il n'avait pas i faire, et la classification des copies de chaque pièce, travail 
qu'il devait au moins tenter. Je suis très loin de croire qu'il soit toujours pos- 
sible de classer même approximativement les divers textes d'une chanson pro- 
vençale, et je liens pour purement chimériques beaucoup des tableaux généalo- 
giques dans lesquels certains éditeurs résument leurs recherches sur ta filiation 
des rass. dont ils se sont servis^ mais encore est-il que ce genre de recherche 
donne assez souvent des résultats assurés pour qu'il ne soit plus permis de le 
négliger. Les textes de M. de N. sont constitués d'une façon si arbitraire qu'il 
n'y a même pas lieu de les examiner. Je me bornerai à faire remarquer que là 



Qui de rungier a droit se nome. 
Car le char ninge e le cuir poile. 
De même daai le Betant de Guillaume le Normand {w. 281 j-4) : 
Geo vus ai dit des clcrs Romains 



Qui 3s autres rungent les mains, 
forâ), " 



1. M$. Digby n (Oxfof3), fol. 9 [cf. mes Rapp^rts^ p. 174), et Old toy. i}. A. IV 
(Musée brit }, fol. 84 v. 

2. Dici (Etym, Wart., \l b) et Maha {Etym. UnUrsuch.f n" jô) confondent dtc, 
« borne, limite », et dcc, 1 vice »i, en un seul mot, auquel ils a$sigTieîil pour étymolo- 
gie le premier edictum. le second dictum. Ils se trompent certainement, car dea- 
terminus et decs'V\t\um sont clairement distingués par le Donai, ei classés Tun à ec 
ouvert, l'autre à ce fermé. D'ailleurs, U différence des sens est telle, qu'elle ne permet 
pas U confusion, t'étymologie de if«, « limite », a depuis longtemps été trouvée par 
Du Cange : c'est dtcuSy sous une autre forme lUcussis, signe dont on marquait les pierres 
ou le» arbres destinés à servir de limite; voy. Du Cange, sous dbitri, au dernier 
paragraphe, et cf. dkchi, otri. oecus. Reste à trouver t'étymologie de dec, « vice », qui 
ne peut assurément être dicium ni edictum : le et latin ne peut se réduire i c. Ce 
qui est sûr, c'est que ce moi, bien que Gormonda Taccordc avec des mots en ec ouvert, 
a un < fermé ; ainsi on le irouve en rime avec lu, prêt, de lezer {ec fermé, cf. Donat, 
éd. Stengel, p. 11, l. jo), dans Sainte Enmie^ éd. Barisch, ijo, î6, passage cité par 
Raynouard, ui, 19 û. 



I 



LEVTf Cuilnem Figaeira ; Von Napolski, Ponz de CapduoiU 269 
o& réditeor est en présence d'un texte unique, il a une manière de faire les resii- 
tntioos qui n'est qu'à lui. Ainsi dans la pièce j on lit ceci : Qa'als digz de totas 
pm I El vostre cors onratz | ... 1 Tant humils, tant prezalz 1 ... | Que caps es de 
tttt fc« I Sol meiks no w lo fos. Ce dernier vers n'est pas du provençal ordi- 
ftaire, c'est du provençal de M. de Napolski, et je ne me charge pas de l'expli- 
quer, n y a dans le ms. Sol mcins non fos, et le mystérieux mi lo est une addi- 
tion de l'éditeur. La restitution consiste tout simplement à rétablir merees après 

l'introduction est assez travaillée; on voit que l'auteur a fait ce qu*il a pu, 
mais cela ne veut pas dire qu'il ait fait beaucoup. La pauvreté des idées va de 
pair avec b faiblesse de l'expression. Ce n'est ni pensé ni écrit : l'auteur ne 
sait seulement pas mettre ses paragraphes en rapport avec les divisions de son 
«jet. Les pages 16 à 23, — où sont traitées des matières fort diverses, — ne 
fomient qu'un seul alinéa I M. de N., chez qui le sentiment littéraire paratt 
peu développé^ s'est dispensé d'étudier Pons de Chapteuil en tant que poète : à 
ses yeux, il n'y a, chez les troubadours, à peu de chose près, aucune indivi- 
dualité, « si bien que la plus grande partie de leurs poésies pourrait passer pour 
• l'œuvre d'un seul et même auteur • (p. ^o). M. de N. ne sait pas qu'on en 
pourrait dire autant de bien des littératures. D'ailleurs, s'il est vrai que les idées 
dominantes de la poésie des troubadours sont bientAt passées à l'état de lieux 
communs, encore est-il qu'il fut un temps où ces idées n'étaient pas des lieux 
communs. Il y a donc lieu d'en rechercher la genèse, d'en suivre le développe- 
ment. A y regarder de près, on trouve chez les troubadours plus d'individualité 
qne ce qu'il semble de prime abord , et il y a là un élément dont la critique 
peut tirer parti pour l'attribulion des pièces dont l'auteur est incertain. Mais 
M. de N. n'a rien de ce qu'il faut pour résoudre les délicates questions d'attri- 
bution. On en jugera par ce seul fait. Le chansonnier de Bernart Amoros 
(Riccardtana ^814) est seul h mettre sous !e nom de Pons de Chapteuif quelques 
pièces qui, d'après le témoignage des autres mss., ne peuvent en aucune façon 
appartenir à ce troubadour, il résulte de ce fait que les attributions fournies par 
ce chansonnier n'ont pas d'autorité en ce qui concerne Pons de Chapteuil. Une 
pièce conservée dans le seul ms. de Bernart Amoros ne pourrait, en bonne 
critique, être considérée comme étant de Pons de Chapteuil, parce que le ms. de 
Bernart Amoros l'attribuerait à ce troubadour. Ce serait, ou jamais, le cas de 
dire : Testis unus, testis nullas. Or, ce cas se présente deux fois, pour les pièces 
V et XXI, que M. de N. range sans aucune hésitation parmi les pièces authen- 
tiques de son troubadour. 

M de N., qui s'est dispensé de tant de recherches qui lui incombaient, — et 
qui aurait bien fait de se dispenser de toute l'édition, — n'a pourtant pas pu ne pas 
réunir sur son personnage quelques notions biographiques. Mais li encore tl a 
wantré une lamentable inexpérience. La première recherche à faire portait sur le 
surnom du poêle, surnom d'autant plus important que Pons n'était pas un simple 
jongleur : c'était, au rapport de sa biographie, un « riche homme 1 et un 
« ftoble baron ». (Qu'est-ce que ctCapduoiil ou Capdutlh d'où il lire son sur- 
nom? Sur ce point, silence complet de la part de rédileur. Il n'était pourtant 
pas bien difficile de découvrir sur une carie le bourg de Saint -Julien de Chap> 




2J0 COMPTES-RENDUS 

teuil (c'est un chef-lieu de canton de l'arrondissenient du Puy) où èuit la 
seigneurie de notre troubadour. Ce point établi, on pouvait entreprendre des 
recherches qui, bien conduites, eussent été fructueuses, sur la famille du person- 
nage. Au lieu de cela, M. de N. fait naître Pons au Puy, — ce dont nous ne 
savons rien, ce qui est même peu probable, — et à ce propos il écrit une note 
d'une impayable naïveté, pour prouver, à l'aide d'un témoignage emprunté à 
Ayt d* Avignon, que le Puy était au moyen âge un lieu de pèlerinage {p. i6). 
Voiiâ une démonstration bien utile! Ailleurs (p. 17, note 2), te Mercœur qui est 
mentionné dans la biographie du poète est identifié avec le lieu du même nom 
qui existe dans la Corrèze. La moindre recherche, — et le contexte l'indiquait 
clairement, — eût suffi pour établir qu'il s'agissait de Mercosur en Auvergne', — 
M. de N. cite (p. 22) deux témoignages sur Pons de ChapteuiL Le premier, déjà 
signalé par M. Suchier^, celui d'Eltas de Barjols, est bon, mais le second, tiré 
d'une tenson de Ricau (et non Richart) de Tarascon avec Gui de Cavaillon, est 
difficilement acceptable. D'après M. de N, lui-même, — qui ne fait en cela que 
suivre ses devanciers, — Pons vivait au temps de la troisième croisade, à laquelle 
il paraît avoir pris part, et d'où on ne sait s'il est revenu. Or, Ricau de Tarascon 
et Gui de Cavaillon vivaient, comme je l'ai établi ailleurs, trente ou quarante ans 
plus lard. Le témoignage en question se rapporte donc, selon toute apparence, 
à un autre Pons de ChapteuiP. M. de N. a élé malheureux avec ce texte : il le 
cite d'après une leçon corrompue, et rejette en note la bonne leçon que lui four- 
nissaient deux mss. (Gcd.^ n» 531 et 532), n'ayant évidemment pas plus compris 
l'une que l'autre. 

L'auteur nous apprend en terminant que M. Stengel a bien voulu l'aider dans 
SCS recherches et revoir les épreuves de son travail. Le meilleur service il rendre 
à M. de Napoiski était de lut démontrer que soti édition avait tout à gagner â 
rester inédite. 

P, M. 



La légende d'Œdipe, étudiée dans l'antiquité, au moyen âge et dans les 
temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes, texte français du 
XII* siècle, par L. Constans. Paris, Maisonneuve, 1880. in-8', X-J90-XCJ p. 

M. Constans a divisé en trois parties l'étude du vaste sujet qu'il avait choisi 
pour sa thèse de docteur es lettres. La première partie (p. 3-92) est consacré 
à <t la légende d'Œdipe dans l'antiquité, 1» la troisième (p. 373-388) à • li' 
légende d'Œdipe à la Renaissance et dans les temps modernes. » Nous laisserons 
de côté ces deux parties, qui restent en dehors du cadre de notre recueil, et 
dont l'examen demanderait un critique plus compétent, et nous nous en lîen- 



I. Voir par ex. Moréri ou F.xpilly. Mercœur, indiqué dans Expilly comme étant une 

faroisse de 92 feux, est maintenant un lieu inhabité; il n'y reste plus que les ruines de 
ancien château, situées sur la commune d'Ardes, ch.-l. de c. de l'arr. d'Issoire. 
1. iûhrt. f. roman, Liter., 2, II, 12 j. 

|. Peut-être i celui qui, en I20(, hii dépouillé par arrêt de la Cour du roi et au pro6t 
de Robert, évêque de dfrmont, du chiicau de Venaizon (Delisle, Catal. du actes de 
Fh.-Aug., 894 ; Boutaric, Actes du Part., I, ccxcix). 









CoNSTANS, La légende d'Œdipe 27 1 

droQi i la troisième |p. 9^;72, j-xcj), de beaucoup la plus importante comme 
b plus neuve. Elle se compose elle-même^ outre un Appendice, de deux chapitres 
bien distincts. Nous passerons rapidement sur le premier ip. 95-129), où l'au- 
teor étudie « la légende d'Œdipe dans les traditions populaires, • c'est-à-dire 
U légende de Judas ^ celte de saint Grégpire et certains contes populaires. 
M. Constans a cherché à connaître tout ce qui se rapportait à son sujet ; il a 
résumé et apprécié, d'ordinaire judicieusement, les travaux qui ont précédé le 
ùtn ; mais il n'y a guère ajouté de recherches personnelles et il n'a pas toujours 
évité les méprises qui menacent les travaux de seconde main (voyez notamment 
les nombreuses fautes d'impression dans les mof^ étrangers cités p. 98, n. 2; 
les ver* mal disposés, et dont l'un est omis, tirés de la Passion de Greban, 
p. 99; « César Heisterbach, Itliistr. mir.y p. 122^ pour * Césaire de Heisterbach, 
Dialog. }4ir, *). L'auteur admet avec raison que M. d'Ancona a bien saisi le 
caractère littéraire et non populaire de la légende de Judas, mais il oublie i 
roccasicn cette juste remarque. On est en tout cas bien peu fondé à voir dans une 
rédaction en hexamètres léonins c l'intenlion de répandre la légende parmi le 
peapie, » L'explication de la trahison de Judas par la perte de la c redîme ■ 
dont il jouissait sur l'argent de son mattre en qualité de trésorier est bien plus 
aocienoe que la Passion provençale (p. 100). L'exposition de Judas dans un coffre 
liocé sur les eaux se retrouve dans des versions grecques de l'histoire d'Œdipe 
l»oy. Lippoldt, Ueber die QudU des Gregorius, p. ^j), que M. C. n'a pas con- 
toes <cf, cependant Verrata pour la p. 129). — Les contes populaires qui se 
rattachent à Thistoire d'Œdipe sont nombreux, surtout chez les Slaves, et la 
plupart sont omis ici, comme j'aurai occasion de le montrer dans une prochaine 
étude sur la légende de saint Grégoire. — Malgré ces critiques et d'autres qu'on 
pourrait faire à l'auteur, cette partie de son livre, appuyée surtout sur les 
ticettents travaux de M. d'Ancona, a certainement de quoi instruire et intéresser 
les lecteurs français. 

Le chapitre sur le roman de Thhbes (p. 130-J56), vrai centre du livre de 
M. C, se divise en sept sections, que nous allons examiner l'une après l'autre. 

Sution l (p. 152-1^5), Stau et les traditions dassiqms m moytn âge. Après 
quelques remarques sur l'étude et la connaissance de l'antiquité au moyen 
Ige^ où l'auteur se rattache avec raison au beau livre de M. Comparetti, mais 
où 00 peut relever quelques marques d'incertitude et de confusion ', M. C. se 
demande quels motifs ont amené l'auteur du roman à mettre en vers français la 
Thi^de. Il en démêle trois principaux, • l'intérêt que la légende d'Œdipe 
ofraii pour les intelligences naives du moyen *ige, la renommée universelle de 
Slace, et Terreur qui faisait de lui un chrétien, 1 Le plus important, à mon 
itis, est le grand succès obtenu par le roman de Tfoie^ qui avait inauguré ces 
longs récits en vers de huit syllabes rimant deux à deux [les poèmes sur 
Alexandre avaient une autre forme), où des clercs présentaient aux laïques des 



r. Ainsi la qualité de a populaires • est encore ici attribuée à des compoîttions latines 
Mi namrcUemeni n'om iamats pu sortir du monde des clercs. Les goUards (mot qui n'a 
IWB d'italien) étaient des clercs, et l'auteur cite lui-même les passades où ils expriment 
leur jaècfîs pour les laïques. C« erreur» remontent en grande partie â Du Mèril, maïs 
il ne fallait pas les lui emprunter. 




272 COMPTES-RENDUS 

histoires qui^ tout en étant à leur avis authentiques par te fond, avaient tout 
l'intérêt des fictions romanesques, et où ils ne se faisaient pas laute d'inventions 
et de modifications arbitraires. On ne voit pas quelle influence le prétendu chris- 
tianisme de Stace a pu exercer sur la traduction de son poème, absolument 
étranger à toute idée chrétienne. M. C. a d'ailleurs présenté sur l'origine de 
cette erreur du moyen âge, si admirablement exprimée par Dante, des obser- 
vations curieuses et dignes de tout intérêt. 

Section U (p. 1 116-170). Les manuscrits. Nous devons réunir ici, dans notre 
examen, une note additionnelle (p. Ixxxj-xcj) jointe par M. C. à son Appendice 
aprèi» un voyage en Angleterre, et une grande partie (p. 242-271) de la sec- 
tion IV sur « les deux rédactions et leurs sources ». On possède du roman de 
Tkèbcs cinq manuscrits complets, trois (A B Cj à Paris, un (Pj à Chelienham, 
un (S) i Spatding (voy. Roniimia, V, j). Le nis. A a été écrit par Jehan Madot 
d'Arras avant 12S8; le ms. P est également de la fin du XllI" s.; le ms. B est 
de la fin du XI V'' s.; le ms. C, attribué à tort par M. Constans à la même 
époque, est au plus tard du commencement du XIV' s. et probablement de la 
fin du Xni" ; le ms. S a été écrit en Angleterre dans le dernier tiers du XI* s. 
Ces cinq manuscrits présentent de si grandes différences qu'on n'en rencontre 
de pareilles, à ma connaissance, dans les transcriptions d'aucune autre œuvre 
du moyen âge. M. C, qui a écrit son livre avant de connaître les mss. anglais^ 
avait dislingué deux rédactions contenues l'une dans A» l'autre dans B C. Il 
regardait la seconde comme un remaniement de la première fait par un auteur 
qui avait étudié le poème de Stace et en avait rapproché l'œuvre primitive, en 
y pratiquant d'ailleurs beaucoup de suppressions, d'additions et de changements. 
Il attribuait ce remaniement au XiV* siècle, en se fondant (p. i6\) sur une 
prétendue allus:on au poème de Hugues Capet qu'a cru y découvrir M. Joly. 
Celle allusion, fût-elle réelle, ne prouverait rien ; car la légende qui donne un 
boucher pour aieul aux rois de la troisième race est sûrement bien antérieure 
à la chanson publiée par le marquis de La Grange; mais elle est imaginaire: 
en disant qu'il ne parlera • ni de pelletiers, ni de vilains, ni de bouchers, » le 
poète indique simplement, comme en d'au 1res endroits, qu'il ne s'adresse qu'aux 
auditeurs de distinction. L'âge réel du ms. C empêche d'ailleurs de placer cette 
rédaction après ï j 1 2 ; mais la langue seule, qui est incontestablement beaucoup plus 
ancienne, aurait dû prémunir M. C. contre cette erreur. Les mss. d'Angleterre, 
connus plus tard, ont d'ailleurs ébranlé son système : si le ms. P reproduit à 
peu près la rédaction de A, le ms. S celle de B C^ ils présentent et entre eux 
et avec les autres des ressemblances et des différences toutes particulières. La 
question est encore compliquée par le rapprochement d'un double fragment de 
^ et 97 vers, découvert par M. Boucherie dans la reliure d'un volume de la 
bibliothèque d'Angers. Ce fragment (D) est du XH« siècle^ et présente certaine' 
ment le texte le plus ancien et le meilleur. M. C, qui l'a imprimé en entier, g 
constaté qu'il se rapprochait plus, en général, de B C S que de A P, ce qui 
rend suspecte l'hypothèse dans laquelle B C S représenteraient un remaniement 
de A P. D'autre part, six vers indispensables au sens, qui se trouvent dans D, 
dans P cl dans S, manquent à la fois dans A et dans B C. M. C. a cru tout 
concilier en supposant que S (ou son auteur) avait eu sous les yeux à la fois un 



CONSTANS, La légende d' Œdipe 27^ 

ms. de la rédaction remaniée [d'oîi dérive B C), tandis que A et cette rédaction 
remaniée remonteraient également à un ms. où les six vers en question avaient 
déjà été omis, ce qui expliquerait leur présence dans D P S, leur absence dans 
ABC. Mais il constate aussi que deux vers de D (77-78) oè se trouve ]e mot 
rare et difficile solsi (voy. Romania VI, 4^6), et qui se lisent tels quels dans B 
C S, ont été modifiés de même et délayés en quatre vers dans A et dans P. 
Ces deux mss. ont donc pour ces vers un auteur commun, tandis que A et B C 
accusent un aolmr commun par l'omission des six vers sus-menlionnés. M y a là 
dei contradictions inextricables , au moins jusqu'à présent, et que je me coniente 
d'indiquer sans essayer de les résoudre. M. C. a collalionné tous les manuscrits 
d'un bout à l'autre, et ce travail considérable lui permettra sans doute par la 
suite d'arriver à un résultat. Je me borne ici à émettre l'hypothèse que nous 
pourrions bien avoir affaire, non pas à un, deux ou plusieurs remanjemcnts 
successifs (telle paraît être b dernière opinion de M. C.)^ mais i des rédactions 
diverses dues au même auteur, qui aurait ainsi, mais sur une plus grande échelle, 
procédé comme l'a fait Wace dans la QtUc des Norman: et dans la Geste des 
Bretons, Il me semble, à vue de pays, que cette hypothèse pourra aider ù. lever 
quelques dilficullés i mais ces difficultés sont extrêmes, et il n'est pas certain 
qu'on arrive à en triompher complètement. Il faudra sans doute se résoudre, 
dans l'édition de Thibcs, à prendre pour base un des textes parallèles et à 
imprimer en variantes les rédactions divergentes. Pour les leçons i peu près 
semblables, le régulateur devra être le fragment D; mais il est malheureusement 
si court qu'il donne des doutes plus encore que des lumières, 

Section il! <p. 171-241). Anal pe du poime. Cette analyse est faite d'après le 
ms. A, suivant l'opinion qu'avait M. C. en l'écrivant; il indique d'ailleurs dans 
ta section suivante les différences principales de B C. L'analyse paraît exacte, 
elle est intéressante, et l'auteur y a entremêlé de longs extraits textuels, qui 
permettent d'apprécier le style et la manière du poète*. J'aurais voulu qu'il 
rapprochât d'une manière plus continue le roman français de la Thébaïde, et qu'il 
marquât les additions et les relranchemenls de notre irouveur. Cette étude est 
reprise plus loin, mais d'une manière fragmentaire qui ne permet pas de se 
rendre aussi bien compte des résultats. 

Section yV'(p. 242-278). Les deux rédactions et leurs sources. J'ai déjà parlé de 
la partie la plus importante de cette section ; M. C. a modilBé tui-méme son 
opinion par la suite, mais sans en adopter bien franchement une autre ; il 
reviendra sur ce point difficile dans l'édition qu'il donnera de Thcbes. — Passant 
à la question des sources, il est porté à croire que l'auteur du roman a tra- 
vaillé non pas directement sur le poème de Stace, mais sur une rédaction en 
prose latine faite d'après ce poème. Cette opinion est admissible sans doute, 
mais elle manque de fondements solides. Je ne saurais du moins en voir un dans 



I . Dans ca extraits, imprimés avec an système d'accentuation particulier qui consiste 
surtout i distinguer d de ainsi qu7 de i, on pourrait relever certaines fautes qui indi- 
quent que Pauicur n'est pas encore aussi familier avec l'ancienne langurqu'ille deviendra 
ta poursuivant ses consciencieuses éludes (ainsi alas ! p. 175 pour a lar, Pot mis 
p. 3 29 pour Primes). La plus étrange (p. 191, v. 294}) a été corrigée dans la note addi- 
tionneUe. 



Romania y X 



l& 



274 COMPTES-RENDUS 

l'un des noms donnés aux sept portes de Thèbes : six de ces noms reproduisent 
plus ou moins fidèlement ceux de Stace ; la septième porte, appelée dans Stace 
Dircaca culmina^ est dans le roman nommée Crimes (A) ou Puimes (D C) : M. C. 
adopte la leçon de A et rapproche Crimes de Cnnatût^ nom attribué à cette porte 
dans d'autres textes antiques; mais je lirais plus volontiers Cu/mcj, et je verrais là 
une mauvaise interprétation du culmina de Stace. On pourrait trouver un argument 
plus fort dans Ortolami (B C, A Cdiolamc) donné à la porte Ogygée : il s'explique 
par ce qu'en dit le trouveur (p, 76) qu'elle mène 1 auscourtils que li borjois el 
marois ont > : c'est donc le latin • horttilana •, et ni cette épithéle, ni ce détail ne 
se trouvent dans Stace; il en eside même du prétendu surnom de • Pile » (^=gr. 
iniXat) donné à la porte « Homoloides u el de quelques autres renseignements 
sur les portes. Mais ces traits semblent indiquer simplement que l'auteur du 
roman a travaillé sur un Stace glosé. M. C, c^m énonce une conjecture de ce 
genre (p. 278, n. 2), croit « difficile d'admettre que le trouvère lui-même ait 
utilisé ces notes >. Cependant puisqu'il le désigne, et avec raison, comme un 
clerc, il n'y a là rien d'impossible, le m'étonne â ce propos que l'auteur de ia 
Légende d'Œdipe oe nous donne aucun renseignement sur les mss. glosés de la 
TkcbaUt qui nous sont parvenus ; il semble, d'après ses paroles (/. c), qu'ils ne 
contiennent pas les renseignements en question ni d'autres traits propres au 
poème français qu'on serait lente d'y chercher ; mais il ne nous donne nulle 
part une énumération et une étude de ces manuscrits. C'est dans la section I 
de ce chapitre que nous les aurions attendues. Stace ayant été au moyen Âge 
un des auteurs lus dans les écoles, el le clerc qui a écrit notre roman ayant cer- 
tainement connu la TMbmdt par ce canal, c'est dans les commentaires scholas- 
liques qu'on aurait des chances de trouver la source de certains traits de son 
œuvre qui ont une origine antique, mais ne sont pas dans le poème latin. 

Section K(p. 279-301). Benoit de Samtc-Mort est-il l'auteur du roman dt Vûbes? 
En comparant les traits principaux de la langue de Thlbts à celle des oeuvres de 
Benecit de Sainte-More^ tels qu'ils ont été établis par MM. Seltegast et Stock, 
M. C. conclut que notre roman n'est pas du même auteur que Trou el VEstoire 
des dus de Normandie. Ses raisonnements en eux-mêmes sont bons; mais ils ne 
reposent pas sur une base assez assurée. La langue de Thibes ne pouvait guère 
être suffisamment connue à l'aide des trois manuscrits A B C, dont le plus 
ancien est d'un siècle au moins postérieur â l'original ; en s'aidanl de P et de S, 
M. C. arrivera peut-être ^ des résultats différents en plus d'un point. Mais c'est . 
de D surtout qu'il faut tenir compte, le seul manuscrit à peu près contempo- 
rain de ToEuvre. Or le copiste de ce ms. était poitevin ou au moins des régions 
avoisinantes, ce qui nous fait penser involontairement au tourangeau Beneeit, 
et on n'y trouve nulle trace des (ormes picardes que M. C. signale en nombre 
plus ou moins grand dans chacun des trois manuscrits qu'il a étudiés. Il me 
paraît donc, tout en reconnaissant la force de plusieurs des arguments de l'au- 
teur, que sa conclusion, ici comme en plusieurs autres points, ne peut être 
regardée que comme provisoire. Il lui apparlienl de la revoir et de la rectifier 
ou de l'affirmer définitivement. 

Section V! (p. ;oi-ji^). La légende d'Œdipe dans le roman de Thibes. Cette 
section est remplie d'observations intéressantes et justes, bien que disposées un 



CoNSTANS, La légende â'Œdipe 275 

p«u sans ordre ; l'auteur y revient sur la comparaison du roman avec la TW- 
hédt^ qui aurait dû être faite d'une manière plus suivie et plus méthodique. 
L'estime qu'il fait du poème français n'est pas exagérée, et il réfute avec raison 
quelques critiques de M. Joly. 

Sccuon VU. Destinées du roman de Thebes. I (p, ?! S-Î49!* Rédactions en prose 
du roman de Thlbes. Cette partie du travail de M. C. est tout à fait neuve et 
lui a demandé beaucoup de peine. En effet les rédactions en prose de notre 
roman font toutes partie de grandes compilations historiques, notamment de 
celle qu'on appelle le Livre d'Orose (voy. Rom. IX, 507), où il a fallu aller les 
trouver et les lire. Le roman 6'EJipus lui-même, imprimé à part au XV" siècle 
(et réimpnmé dans la collection Silvestrc), est extrait, comme le montre M. C, 
d'une de ces compilations, de celle que contient le m$. de la B. N. fr. joi. 
Toutes ces rédactions n'en font d'ailleurs qu'une, composée sur un texte sem- 
blable à celui du ms. A, et qui a été diversement altérée dans les différentes 
copies. Cette rédaction a sans doute existé isolément avant d'être incorporée 
aux histoires universelles où elle figure. L'étude consciencieuse de M. C, manque 
encore ici d'un peu d'ordre : il parle des traits qu'il a jugé bon de relever â 
propos de chacun des mss. qu'il examine ; il eût été plus court et plus clair de 
traiter d'abord de ce qui est commun à tous les textes de la version en prose^ 
quJttc à signaler ensuite ce que chacun d'eux peut avoir en propre. — Cette 
version rapporte que les Thébains, quand ils eurent rebâti leur ville, lui don- 
Dèrcnt le nom é'Estine (Eslines, Estives, Esture, Eslire], et M. C. voit Û avec 
vraisemblance une réminiscence erronée du nom de la ville é'HestUe^ fondée, au 
dire d'auteurs grecs, par des Thébains fugitifs. C'est sans doute encore dans des 
scholies de Stace que les compilateurs du moyen âge ont pris ce renseignement. 

Il ip. jt49-3'- ^lia^ons au roman de Thèbcs. M. C, a réuni dans les littératures 
française et italienne du moyen âge les mentions de notre roman, précieuses 
soit pour en indiquer la date ries plus anciennes sont antérieures à la fin du 
XII" siècle), soit pour en montrer la popularité. Celle du poème de CaUrtnt dt 
Bretagne (p. j[^2), inconnue jusqu*ici et que doit publier M. Boucherie, est 
particulièrement intéressante. La mention de Tydée par Lambert d'Ardrei se 
rapporte à Stace plutôt qu'au roman. Les vers où Simon Chèvre d'Or montre 
l'enfant Paris souriant â l'épée du meurtrier qui veut le frapper ne proviennent 
sans doute pas des vers de Thibes où le petit Œdipe (âgé d'un jour I) sourit â 
ceux qui s'apprêtent à le tuer : c'est un lieu commun des récits de ce genre. — 
M. C, a pour la première fois bien interprété un passage de Guiraut de Cabreira ; 
De Daire\l] ros. Que tan Jon pros, Quts de/endtt de traison; c'est une allusion 
évidente, non à Darius de Perse, mais i Daire « le roux », personnage du roman 
de Thèbes, qui livre une tour de la ville aux assiégeants, est accusé de trahison 
et s'en défend devant Étéocle. Mais il est plus douteux que dans ce passage de 
Peire de la Mule : Per dar conques Alexandres Roais^ Eper lener perdet Daris le ras, 
k second vers < se rapporte évidemment » au même épisode. Un grand nombre 
de passages, dont un cité par M. C. lui-même, mettent en opposition les succès 
que dut Alexandre à sa largesse et les revers que causa i Darius son avarice, 
et il est d'autant plus sûr que nous avons ici la même antithèse que le Darius 
^e Tkcbcs n'est nullement accusé de tener, c'est-à-dire d'être serré, chiche ; il 



2-j6 COMPTES-RENDUS 

faut seulement admettre que le troubadour, par une confusion comme on en 
trouve plus d'une en des cas semblables, a donné au roi de Perse l'épiihète 
consacrée du baron thébain. — Les deux vers de Bertran de Paris : M no 
sabct: per qut selxt so nom Palamides sut patakz al prim som (cf. Rom. VII, 460) 
sont également rapportés à Thibes par M. C, qui propose de changer Pala^ 
midcs en Polimcc et voit là une allusion à l'arrivée dans le palais d'Adraste, au 
commencement de la nuit, de Polynice, qui refuse d'abord de dire son nom 
(voy. p. 178) ; cela paraît très vraisemblable. — Dans le passage de Guiraut 
de Calanson : Del m Brutus E de Uus Con saup ab son fraire partir^ M. C. pro- 
pose de corriger D'Etioctus, mais l'un des deux ms. portant ddeus, l'autre dege- 
lus (voy. Rùm. VII, 4^S), il n'est nullement sûr qu'il s'agisse là de personnages 
de la légende thébaine. 

[Il (î66-574). Imitations du roman de Thtks. Cette section se distingue assez 
mal de la précédente: elle recherche aussi bien les mentions que les imitations 
de Thcbes dans les littératures anglaise^ allematide et néerlandaise. M. C» a oublié 
Wolfram d'Eschenbach, qui, dans son Pajzivai, a emprunté à la l^ende thébaine 
les noms de Prôthmlas et d*Ipomidon^ et peut-être d'autres encore (voy, Bartsch, 
Gtrmanislische Studwi, H, 1 J4). — Les vers latins cités p. jG8 (et qui n'appar- 
tiennent nullement à une • chanson populaire ») ne sont pas anglais et se rapportent 
d'ailleurs à Stace, aus^i bien que le passage de Giraud de Barry, et non au roman 
français. — M. C. groupe avec raison autour de Thibis les poèmes d'IpomeJon et 
de Pârtenopcus, qui ont emprunté les noms de leurs héros à ce roman, dont ils 
attestent ainsi la date ancienne et le grand succès ; seulement Ipomedon^ dans le 
poème de ce nom, est encore le guerrier qui devait finir devant Thèbes (son fils 
Protesilaus est le héros d'un autre roman du même auteur), tandis que Parteno- 
peus n'a plus rien à faire avec le cycle tfiébain et est censé vivre à une tout autre 
époque (on est étonné de voir M. C. répéter l'allribution si souvent réfutée de Parte- 
mpeu.i â Denis Piramus). — M. C. trouve encore une trace de la faveur dont jouit 
te roman de Thibes dans le nom {Atkis\ de l'un des héros du Siège d'Athïms et 
dans le rôle qu'y joue Theseus. Il aurait pu mentionner ici la Teseide de Boccace, 
dont le début se rattache expressément au dénouement de la guerre ihébaine. 

Un Appendice de 80 pages conlietit l'étude grammaticale du roman de Thibes^ 
divisée en quatre paragraphes {Versification, Phonétique^ Flexion, Syntaxe)^ et un 
Glossaire, Cette étude, comme je l'ai déjà indifjué et comme l'auteur s'en rend 
parfaitement compte, est à reprendre en sous-œuvre à l'aide de nouveaux maté- 
riaux fournis par les deux manuscrits anglais ; il paraît donc inutile de la discu- 
ter ici en détail Telle qu'elle est, elle n'est pas exempte d'erreurs, mais elle 
est faite en général avec soin et intelligence; on peut surtout lui reprocher de 
ne pas distinguer nettement entre la langue de l'auteur et celle du ms. A. La 
table des rimes est une excellente innovation ; mais elle ne prendra toute sa 
valeur que quand elle sera faite d'après la comparaison critique de tous tes 
manuscrits. — Le glossaire est intéressant et atteste chez l'auteur des connais- 
sances réelles et des recherches dignes d'éloge ; mais il sera plus utile et plus 
facile à contrôler quand il accompagnera l'édition du texte complet. 

L'impression finale que laisse le livre de M. Constans. si estimable à beau- 
coup d'égards, est, on l'a sans doute éprouvé en lisant ce compte-rendu, celle 



AcuiL(5, Recull de rximplis e mircicles i-j-j 

d'un travail quelque peu hésitant, hâtif et provisoire. I! faut en effet regarder ce 
Ijvre surtout comme une préparation i l'oeuvre vraiment difficile et considérable 
qu'a entreprise l'auteur d'une édition du roraan de Th'tks. II étudiera, affermira, 
précisera d'ici là son information et sa critique, et les erreurs même où il est 
tombé lui seront utiles pour son travail définitif, en lui faisant voir tous les 
câtés des questions difficiles qu'il aura à résoudre. Il a déjà fait, pour écrire ce 
livre, un louable et sérieux effort, qui a été très justement récompensé par le 
doctorat ; il a depuis consacré de longues heures à la collation des deux mss. 
anglais ; i! continue i se préparer par tous les moyens à la tâche qu'il a choisie 
et qu'il se met en état de remplir aussi bien que possible. — M. Constansa bien 
voulu inscrire mon nom en tèlc de sa thèse ; je lui en suis reconnaissant, et je 
serai heureux de le voir mener à bonne fin une œuvre qui ne sera ni sans hon- 
neur pour lui ni sans importance pour l'étude de notre antiquité littéraire^. 

G. P. 



Recull de exlmplis e miracles, gestes e failles e altres ligendes 
ordenades pcr A. B. C, Iretes de un manuscrit en pergami dcl comcn- 
çament de! segle XV, ara per primera volta estampades. Sans Heu ni date. 
(Barcelone, A. Verdaguer, 1881. 1 J4j p. in-B». 

La Bïbiiotcca catalana de D. Mariano Aguilô y Fuster vient de s'enrichir du 
premier volume complet d'un intéressant recueil û'cxmpUs moraux. Je dis 
complet parce qu'on lit au bas de la page 34J : • Feneix b primer volum del 
présent legendari ■•. D'ailleurs point de litre, point d'introduction. Tout ce que 
l'on sait jusqu'ici du manuscrit de ce légendaire, c'est qu'il est en parchemin et 
date, au dire de l'éditetir, du commencement du XV* siècle. Les excmpUs se 
suivent dans Tordre alphabétique déterminé par la première lettre du résumé en 
latin qui précède chaque récit. La matière du premier volume, comprenant les 
exemples des lettres A i K, est tirée de quelques vies de saints, du Vitas pairum, 
de Jaques de Vitri, du Diilogus miraculorum du cistercien Césaire de Heister- 



I . Je réunis ici quelques meou» observations qui n'ont pas trouvé place dans les pages 

frécédentci. P. 146 Freher devient • M, Freber ». — P. 148 • Henri d'Andeli le place 
Stacel parmi les poètes qu'il range sous la suprématie d'Aristoie. > Bien au contraire, 
comme on le voit par les vers même cités, Stace et les autres poètes combattent Aristote 
et SCS suppôts dans la Bataille dis sept arts. — P. joo sur les Pinurnats^ voy. Hom. 
Il, 480: les Uslaghts ne sont pas un peuple, mais des pirate* (de Tangl. uilaga'). — P. ^ 14 
Que tant s'amort yielU as bulllnis Qu'a le fie s'en quist Us dois (et non lesàois] signifie 
simplement : « La vieille se laisse si bien allécher par le pot qui bout que souvent elle s'y 
brûle les doigts. » — P. }J9 Helmadus n'est pas pour Hdmoldus, mais pour Helinandus, 
et telle tu sans doute la leçon du manuscrit. — P. ^^f^ Dinevaux, 1. Vinevaux, — P. 341 
te lieu où Œdipe tue son père, dans un texte en prose, est appelé une fois Pilote, une 
autre fois Ephtse: M. C. voit dans Ptiote une altération de Phlionte et attribue Ephese à 
tine confusion avec Delphes (à cause du temple, également fameux) ; c'est trop d'érudi- 
tion ; nous avons li sans doute deux mauvaises lectures du mot Phoce. employé dans 
d'autres textes. — P. 347, lisez : t et au commencement du second feuillet a tcrit : Edi- 
pas qui estait avecqut Potibus. > — P- Î49 un livre donné dans un ancien catalogue 
comme « en molle » est un imprimé et non un manuscrit ; « le livre de Theseus » est 
sans doute Theseus de Cologne, qui n'a rien à faire avec Thibes. — P. î6j NouveiU 
Comédie pour Divine Comédie, 



278 COMPTES-RENDUS 

bach (cet auteur, cité ici sous le nom de César, rarement Cesantu, a beaucoup 
fourni), des Dialogues de Grégoire, de la Ugcndc doréc^ de Valèrc Maxime, 
de Pierre Alphonse, etc. Ces sources sont en partie les mêmes que celles où a 
puisé Climenle Sanchez, l'auteur du Libro de cnxcnpios par a. b. c. ', et les deux 
Uvrsges ont nalureiiemenl bien des points de contact, mais ils n'en sont pas 
hoins indépendants l'un de l'autre. Le compilateur catalan est p!us riche, mais 
les historiettes sont généralement chez lui plus écourtées que chez son confrère 
léonais. Il ne sera pas inutile de donner à la fin du second volume une liste, 
avec renvois au texte, des auteurs et des ouvrages mis à contribution pour 
faciliter la comparaison du Ugcndari avec les autres abécédaires connus et déter- 
miner la source directe du recueil catalan, si tant est qu'il ait été traduit d'une 
seule collection latine. 

A en juger d'après Tétat de )a langue, ta date de la compilation du RtcuH 
louche de près celle qui a été assignée au manuscrit dont s'est servi l'éditeur. 
Ainsi dans ce texte les substantifs, adjectifs et participes dont le radical se ter- 
mine par une consonne sifflante font le plus habituellement 0; au pluriel du 
masculin : osios^ corsos^ vasos^ braios^ corîavs, abdosos, graciosoSy rasas (part, 
de raurt], etc. Or, ces finales indiquent une époque assez avancée, le commen- 
cement du XV" siècle environ *. Le ReciiU serait donc de celte époque, ou un 
peu antérieur, si l'on veut attacher de l'importance à quelques vestiges de plu- 
riels masculins en es: ainsi mcscs 62, 242, et preses 9, 12, 244, à côté de 
mcios 102, et prfsos 128, 278, 280 et 298. 

Le ms. publié par M. Aguitô a été fort soigneusement et fort correctement 

rit : aussi les fautes et obscurités que présente l'édition se réduisent-elles à 
pey de chose, ie signale ici tout ce qui m'a choqué à la lecture. 

P. 29 et 85 sens raho. Il faut écrire et» un mot sensraho qui correspond au 
castillan sinrazon. Le sens » ici la valeur de Vin négatif latin. On dit de même 
en catalan moderne sinjusliaa ^ et sinsabor. — P« 1 1 j. • Senyor, aço fa perquc 
I los frares totstemps menjen uns vianda continu a ment, e per aquesta raho son 
■ pus sans e pus bells ; car en lo mon menge i<) t no a hora ordenada, » etc. 
Avant e il faut restituer de molies viandes. — P. 124 viaçosa, et p. joj vtjçosa- 
ment. Dans les deux cas le sens est • vite », Doit-on corriger ivjfow, n/açosa- 
nunl? On serait porté à ie faire, en considérant ; r que la forme ivaçosament se 
trouve au moins quatre fois dans notre texte, p. 131» 16^, 182 et 194, et la 
forme iverçosament ou iversosament six fois, p. J4, 48, 49, 146, 174 et t84 ; 
3* que ces dernières formes ainsi que le simple ivas (écrit très souvent yvas ou 
yva{) abondent dans d'autres textes où l'on ne trouve jamais écrit vias ou vi4f, 
qui correspondrait exactement au provençal nat:. M. Mussafia croit que le mot 
a été pris au provençal et introduit en catalan par la voie êruditej qu'il a été 
mal lu cl que la tradition littéraire a consacré ta forme incorrecte^. ]1 est \rai 



I. Voir RùinêHia^ t. VII, p. 481 et tuiv. 

j. nn ne trouve pas de ces finales en or dans le ms. de Poblet de la Chronique de 
Jicmc I". qui c$t daté de l'an rj^j. 

|, Cette forme est connue aussi du v. castillan et du dialecte aragonaU. Voir ktvuc 
cHtii^Uf du 8 avril 1876, p|. 24$, ei Borao, Diccionario de wces ara^ontsas, s. v. 

4, DU iMalanischt m<trische Version der Sieben wusen Mtistei. Vienne, 187a, p. 8}. 



AcviuS, RecuU àe ampUs i aàrâcks 279 

^*3 c wuî éère cobbk lae iiute ifécritaïc on d*iBpresSM» U iarmeiMr(BSâmtM 
M ôcf^MOMort, aasossman^ laquelle pourUot n'est rieo Bionis que rare. Oatrc 
les css dâh de Mire texte, 00 trouve encore ènÊrfosênem éam b Cêkçam des 
Arcfanres d'An^oa, t. XIÎI, p. 124, et CMrj»MM«t, ibid., p. 117, 129 et 157, 
et U XL» p. 17). NéaBDoms ]t crob qoe ie unsA nmaaistt est dus le rrit. 
A Taide du snKxe os^ tesCatabu oot formé sar le proveaçaliMCr m^ in toutes 
ces formes assez btzarres à première vue : le ri de întri«Mmnf a'est pas an 
oèstade, car ce groope se substitue souvent i s dans ks adjectifs en at =r «nu 
<voir pins basK Sans doute i) est singulier que la forme îocorrede prèdomiK i 
et point en catalan ; mais votcî prédiénenl on BOnveia teile qui iboraît an 
noras dcnx exemples assurés de fiâfosâmem : c'est on argument sérieux en hwar 
de roptnîon de M. Mossafia*. — P. 139. < Un frare era temputta son meajar 
I e heure, pero era cast e gnardava lo seo cor de mab peuaaents, » etc. An 
heu de tonpM, tire ttw^ar. — P. 1 ja. « Pare, be a mesqni ! » Lire «il. — 
P. I ^4. « Et lo diable li respos ... que quant Ij persona stava en peocat nortal 

• tots >os membres ténia ligats e tentost qoes comfcssat esta al^re. • 

Lire comfesui. — P. 149 : « e axi £x foll en tôt >. Lire est. — P. ts(. < Mas 
■ verament \o faria bisbe un bom que fo« Jts^angéî e sens orella ». Le mol 
dwutngat ne s'entend pas. Lire dtsuarigM. — P. 16 (. • Digues me fuJla es 
> aquella nula custuma ? • Qmla me semble bien suspect : je nliésilerab pas à 
corriger quai. — P. 20^. « Una sgleya appellada Sanla Creu, «cAnexa de Santa 
< Maria de Caritat *. Lire adnaa. — P. 2j6. ■ Un bisbe slant al puât de b 
f mort fon li vxares quel diable lo citava e qne ei diable quel acasava... E 

• ei bisbe, > etc. Les exemples de Tarticle el en catalan sont trop rares et trop 
peu issurés pour autoriser ces cas. tout i fait exceptionnels, dans notre texte'. 
Je corrigerais sans scrupule « quel diable » et • £i bisbe ». — P. 505 iga»' 
fuficia. Lire ign<Kmcm. — P, ^xj. « Ciutal de coi ». Lire Tw, pour Tori : fl 
s'agit d'une translation du corps de saint Martin. — P. j)6 amtelL Lire oom^ 
Ull. Pourtant la forme du texte n'est pas absolument impossible. 

Je crois utile maintenant de dresser la liste des mots de notre texte qut ne se 
trouvent pas parmi les kos anuquaitxs du dictionnaire de Laberma '. Comme 
nous ne possédons pas encore de dictionnaire de l'ancien catalan en rapport avec 
les exigences de U philologie romane, il importe de dépouiller les textes anciens 
nouvellement mis au jour, pour préparer le terrain aux futurs lexicographes * 



I, Il y a encore une peuit ^ij^icuie. c'est la forme jues donnée par Esteve. M. Uv*- 
nfia ne croit pas i son eiistence. Ad contraire, M. Mtla semble oonsidirer /m/ oofuan 
(ce qui revient su mémej comme !i forme rraiment vivante ; voir Foàes CMt.alaMS, IKni- 
peilier. 187e, p. 42. 

i. Parmi les rares exemples de l'article d, il en est qui sont dos ï une infinence ara- 
gooaiie. Ainsi dans la Chromqoe de Jacroe 1**, on lit (p. atv) : « £ dit bW inslida t. 
Or, le justiciû est une institution de la coQronoe d'Aragon : le terme éfnnger a emiataè 
l'emploi de t'anide étranger. D'ailleurs on trouve i la même page J6 /nitidc, et i la 
p. ail et aie ta Jastkia. 

). Aatant qne l'ai pu le vériâer jusqu'ici, la pank ancienne du Dictiomiaifg de Laber> 
h dmt avoir été amqoement copiée dans le Dictionnaire d'Esttve. 

4. On peut opérer avec confiance sur les textes de la BAUoUc* o/t^loM, qà «ac ffaé> 

ement Men lus et correctement unpTunés. Que ne pent<on en dire askiM d'antres 
reoieib, noummeat du fameoi tome XI II de œrume coifection, où Ndiliiju et fimpr»- 
scmblent avoir mausé de négligence et d'ignorance ! 



28o COMPTES-RENDUS 

AouLAR 207, 280, « hurler »• ; adalamtni^ « hurlemenl ». Correspondant 
exact du castillan caïîar. 

AiH)LLAR2ii. De ad{î\gMlart. En v. catalan go pour gaa est constant : 
goTxt^ gordar, garnir, etc. Labernia ne connaît que la forme agoiejar. 

Amrvr.L 12$, « caprice », Cf. cast. antojo. Le cat. mod. ^/îfoâasans doute 
été calqué sur antojo. 

AvËAHSB 169, 183, « s'accoutumer ». Pour avtçane^ avisant. 

Ayuua a MANS 289. On dit maintenant ayguamans^ comme en castillan agua- 
manos. 

Bestia J7. Le mol se trouve dans l'exemple connu de Pierre Alphonse, Du 
vrai ami : « Amich, sapiats que jo per mala ventura mia oucis un hom e aport 
« (o aci en lina bestia. » Donc • un sac ». Ce bestia est-il pour bastiû et doit-on 
le rattacher au roman basto ? 

CodEi: 283. ir Un abat de) arde de Cistell era molt escas e cobeu ». De 
cttpidus. 

Dbbancnar «74, « saigner », au sens actif. Même forme en provençal. A la 
même page on trouve aussi sagnar, forme où le g est dur : sagnar := san{c)nar 
et non sanyar, 

Endkyn 8, « colère ». — « E après que labal fon, rfinal, eil crida A. frare 
« ab molt gran endeyn ». Du lat. indignant. 

Entregue 286, • entier ». De inlcgram. Dans ta Cokcaon des archives 
d'Aragon, t. XIII, p. 25 : cntreg. 

ExoBESSE iSj. « E exorcnsc a dormir lots très ». Je ne comprends le sens 
de ce mol. 

HujAT loî, « fatigué 1». Le mot est dans Labernia et o'est pas rare. Je 1c 
cite ici parce qu'il en a été question récemment (voir une remarque de M. Baist 
dans la Zeitsckrift jûr rom. Philologie, t. IV, p. 470J, cl que je l'ai moi-même 
méconnu (voir Remania^ t. V, p. 460, L 196, où j'ai Ju vyai au lieu de uyat ♦), 
L'étymologie de hujar est odiart. Le composé tnujar a dans les anciens textes 
le sens de « vexer, faire du mal » (voir Chronique de Jacme I*, p. 14661 150); 
plus tard il a pris à peu près la valeur du fir. ennuyer. 

iNFim'A jj6, « feinte ». 

JusT 2J4, 328^ substantif verbal de justar. Proprement » réunion, acqui- 
sition ». 

Lanta 124. < Ténia denant una lanta en la quai cremava lum ». Dans le 
Genesi de scriptura aussi lantt • lampe ». Le cat, mod. a llantia, sorte de lampe. 

Malsjesci.ar 171, « mettre la brouille entre deux personnes ». Usité en 
provençal. 

Penavayre » { I , pour penna vaire, 

Pebhdliab 161, 266, t donner l'extrême onction », Labernia donne seule- 
ment les formes pernoiiar^ pernuliar. 

P1ADOR8 60, et rMPiADOBS 284. Ce sont les cas de rjr s= j cités plus haut à 
propos de iversosament. 



I. Cf. la remarque du regretté M. Alan dans la Revue des langues romanes, t. XI, 
p. ij6. 



PtcoT CI NvROP, RecutU de Farca j8i 

Put 220. € Pots $«Bbra ». Comme en provençil. 

RssTAjTTAa ij. « Dara nolts graas crils e spar^rtUblcs, e lCiU■:^^^J r î 
t cara, t mordia se les mans ■. Le iBot n'a donc rieti i faire avec ïc cjst 
raUher, • étancher t. 

Retoktallai j8j, « eoroder •. 

RoBOSA. 2)7. « Ach en dia nna fiUa a la qaal mes Dom guineu o ;ofoja a. 
Cuuua est le non catalao dti renard ; rohosa^ dérivé de nèâr et donné ici comne 
synonyme, signifie t voleuse >. De même le cast. nposa, dont on a*a proposé 
josqn'à présent aucune étymologie satisfaisante, se rattache à rtpar « voïer •■ 

SuFCMAB 1S9, < parfumer > ; cf. le cast. sukamar. A la page i^i on a $«/»- 

Sakzil ^\y • sorte de vêtement ou d'étoffe de laine • . Voir Do Cange au 
mot sarcitis. 

Tbopia 284. I" pers. sing. do subjonctif présent de trot^ar, pour trop, qui 
est la forme habituelle. Cf. Jia de dar, eslia de tsutr^ et en castillan corui * et 
pesîa de curar et paar. 

VjLTBxra 2)1^ 26), J14, t mépriser, outrager >■ 

ViK AVEHAT 4, J41, • vin baptisé •. On dit aussi vm ajguat. 

Avant de finir je dois signaler une particularité de l'historiette sur la famine 
de Jérusalem pendant le siège de Vespasien (ici Titus Vupazm)^. Le récit se 
termine ainsi : c E segons que din Josephus, nonanta set vegades mill utdm 
• faeron vtndtdoij e .XI. veguades cent milia de juheus hi morizen per fam e 
« per armes •. Pourquoi ces quatre mots en castillan ? Je ne saurais en décou- 
vrir le motifs en admettant même (ce qui est peu probable) que le compilateur 
ait pris son texte dans une version castillane de la Prise dt Jirusahm ' ; car 
pourquoi reproduire ces mots-là plutôt que d'autres ? 

Alfred Mubel-Fatjo. 



Nonveaa pecueil de Farces fr&oçaises des XV ' et XVI" siècles, 

publié d'après un volume unique appartenant à la bibliothèque royale de 
Copenhague, par Emile Pjcot et Christophe Nyrop. Pans, Morgand et 
Fatout^ 1880, in- 16, izxi-244 p. *. 

M. Nyrop, jeune philologue danois déjà connu par de bons travaux sur les 
langues et les littératures romanes, a trouve dans la bibliothèque de Copenhague 



1. Je ne m'explique pas pourquoi M. Baist n'Admet pas que caria se rattache à rtinir 

{Zeitschrift f. rom. Philologia IV, 4J0). Que! serait donc l'infiniiif de ce nouveau verbe 
dont le lubjonctit fait curia f 

2. Sur les versions de la Prise de Jérusalem, voir un travail de M. P. Meyer dans le 
Bulletin de la Société des anciens textes français. Année 187s, p. J2 et suiv. 

î. On connaît au moins une version castillane de ladite histoire qui commence (comme 
les autres versions) . « a cabo de cuarenia y dos anos que Jesucristo ». Voir Ensayo de 
una i>it>l. esp., t. Il, col. sjo ; cf. ibid., t. l, col. 1127. Une version catalane en ver» 
est ooiuervée i la Cotombine; voir J.-M. Bover, Bibtioteca ie acritores baltara, %. l, 
p. 114. 

4, c'est lé second volume de la Collection de Documents pour servir à fHistoirr dt l\xn- 
cien théâtre français^ que M. P. a entreprise chez les mêmes éditeurs, et que nous ne 
saurions trop recommander. Le premier volume est une intéressante Notut sur Jehan 
Chaponneau, metteur en scène du mystère des Aaes des Apàttes joué à Bourges en ij}6. 



282 COMPTES-RENDUS 

le seul exemplaire qui subsiste d'un recueil de farces imprimé à Lyon en 1609 
et contenant neuf pièces, doni quatre jusqu'à présent inconnues et cinq connues 
par d'autres éditions. M. Nyrop s'est associé à M. Picot pour publier intégra- 
lement ce document précieux, et les deux savants nous t'offrent aujourd'hui 
dans un charmant petit volume, accompagné d'un travail bibliographique, phi- 
lologique et littéraire excellent. Le recueil de Lyon, qui rappelle beaucoup le 
recueil, deux fois réimprimé, de Roussel [Paris, 1612), lui est, à vrai dire, 
encore inférieur. Les textes remontent au XVI», plusieurs même au XV» siècle; 
ils ont été à ia fois rajeunis et défigurés d'une façon lamentable par les éditeurs 
du XVI 1". Ces deux recueils sont d'ailleurs les derniers de leur genre : avec le 
règne de Louis XIIl l'ancienne farce en vers cesse réellement de vivre ; elle est 
remplacée, à ce qu'il semble, pour quelque temps, par la farce en prose impro- 
visée sur un canevas donné. M. Picot, à qui nous croyons pouvoir attribuer 
dans l'édition actuelle la part la plus importante, a cherché à améliorer le texte 
soit par la conjecture, soit par le rapprochement des variantes, et il a accom- 
pagné chaque pièce d'un commentaire aussi sobre qu'mstruclif. Nous allons 
passer en revue les neuf farces que contient îe volume. 

1. Le cuvUr, M. P. signale, d'après Oesleriey ^auquel avait toutefois échappé 
le rapprochement avec Slraparole). plusieurs versions du sujet de cette farce; 
la plus intéressante est celle qui se trouve dans les Aventures du gourou Paru" 
marta et qui atteste l'origine orientale du récit. M. P. pense que la source 
directe de la farce est un fableau perdu : ce serait là, si je ne me trompe, un 
cas à peu près unique. A l'époque des farces^ les fableaux étaient oubliés, elles 
poètes qui travaillaient pour le théâtre populaire n'allaient certainement pas les 
chercher dans les manuscrits, fis prenaient leurs sujets dans la tradition orale, 
d'où les fableaux étaient eux-mêmes sortis. — Il aurait été bien précieux d'avoir 
un second texte de cette excellente farce ; car le seul que nous possédions (Lyon, 
Chaussard, vers 154)) est étrangement défectueux. Malhe^ireusement, ta réiin- 
pression de 16 19 a été faite sur ce même texte, qui y est corrigé et rajeuni parfois 
avec un certain bonheur, mais naturellement sans aucune autorité. M. P. paraît 
le reconnaître, en disant (p. xiv) qu* « un poète inconnu a voulu le corriger 
(le texte de i ^4^ et lui donner un aspect plus moderne > ; mais il semble l'ou- 
blier quand il ajoute qu' ^ il nous a conservé quelques bonnes leçons. 1 Les 
leçons de B qui difèrent de A ne sont que des conjectures, qui ne valent ni 
plus ni moins que celles de n'importe quel éditeur, et M. P. les a souvent 
accueillies dans son texte au détriment de celles qu'il aurait pu faire lui-même 
et qui eussent sans doute été meilleures. Ainsi, après le v. j, il admet, d'après 
B, qu'il manque dans A un vers rimant en ien, c'est-à-dire avec le v. 1 (ce qui 
donnerait l'ordre a b b a); mais toute la pièce esi écrite en vers plats : il manque 
bien plutôt en tète soit un vers, soit un prologue qui se terminait en un et 
fournissait une rime au v. 1, etc. Au reste les variantes de A et de B, commu- 
niquées de la façon la plus complète et la plus claire, permettent de iuger cha- 
cune des décisions de l'éditeur. 

2. Le Franc Arcktr dt Bagmlti. Nous avons en réalité deux textes de ce petit 
chef-d'œuvre : l'un (A de la liste bibliographique de EVf. P.) annexé aux éditions 
de Villon depuis celles de Galliol du Pré (i^p)» l'autre (E) imprimé à part 



PrcOT et Nyrop, Recueil de Farces 285 

vers M $0 à Paris par Nicolas Chrestien. E paratt indépendant de A, bien qu'il 
remonte sans doute à la même source, et il doit par conséquent être employé 
concurremment pour la constitution du texte; mais l'original avait déjà dû subir 
des altérations dans l'exemplaire (perdu) dont procèdent l'un el Tautrc. Le texte 
de Copenhague (F) n'a encore ici aucune valeur pour la critique: il n'est qu'une 
reproduction parfois fautive de E. M. P. a fait son texte d'après A(BC) et 
E(F), et il en donne un fort supérieur à celui des éditions antérieures. On peut 
encore, avec les faibles ressources que nous avons» l'aroéliorcr çà el là. Voici 
quelques remarques pour une édition future. V. lo-ii, I. Ça! tosl rtcutilUni 
Mon gantckl : nia pour gaigt. — 1 3, la leçon de E parait meilleure. — 18, tous 
les textes donnent tuez^ qu'il ne faut sans doute pas changer en rue: ; c'est une 
plaisanterie un peu grosse, voilà tout; seulement il faut changer la ponctuation» 
I. au v, 17 Povres prisonniers dtsmin, et ensuite : Si tost que jt Us eu tuei, etc. 
— V, 6i-a, un point après mcshaigné^ une virgule après da\gnL — 1 ^2, on peut 
lire un dimencht avec E et ne pas suppléer a au vers suivant. — 156, la leçon 
d'E Son cheyaï est à préférer à celle d'A D'ung ch,\ de m. 162 la leçon est 
meilleure. — V. 177, je ne vois pas de sens à la leçon d'A; celle d'E est satis- 
faisante. — 188, la leçon d'E est bien préférable A celle d'A. — 191, la vit 
franche^ donné par tous les mss,, est bon ; nt ne compte que pour une syllabe; 
de m. 224 que j'ayt^ etc. — V. 204-s, // est fait de toy cesu foys, Pcrntt! c'en du 
party contraire! excellente iecon d'E gâtée dans A, qui lit : C'esl Pernd^ du 
part) contraire. — Estor {E) au v. 282 me paraît valoir mieux qu'wioc (A). — 
V. 287, pas de point d'interrogation. —V. 3io-n, I, Relevé: un peu votre 
cordCf Ferez ? que le trait ne me blesse. Cette locution fréquente équivaut à notre 
t voulez-vous? » '. — En dehors des soins donnés au texte, M. P. a accom- 
pagné le Franc Archer d'une notice et de notes de grande valeur. Il a réuni des 
renseignements en grande partie nouveaux sur le succès qu'obtint cette pièce et 
sur les imitations qui en furent faites; mais surtout il a établi, en déterminant 
les faits, les personnages et les lieux auxquels elle fait allusion, qu'elle a été 
composée i l'occasion de la guerre de Bretagne de 1468. C'est li une acquisi- 
tion précieuse pour Thistoire littéraire. M. P. pense avec toute raison qu'il n'y 
a aucun motif d'allribtier le Franc Archer à Villon, dont on n'y retrouve nulle- 
ment le style. 

}, Dialogue de deux amoureux. Pour celte pièce charmante et bien connue de 
Marot, M. P. apporte aussi un enrichissement à l'histoire littéraire, Il montre 
qu'elle a dû être composée non pas dans la |eunessc du poète, comme on l'ad- 
mettait jusqu'ici, mais vers 1^41, époque où elle fut publiée. Il donne en outre 
sur les éditions de Marot où se trouve la pièce de précieux renseignements 
bibliographiques, el imprime le texte complet de ta chanson dont le premier 
vers termine la pièce. Pour le texte, il relève avec soin les variantes des édi- 
tions anciennes, mais elles n'ont pas d'importance. 

4. Fane nouvelle de deux /eunes femmes qui cotfjhtnl leurs maris par le conseil 
de maître Antitus. Cette pièce est la première qui ne se trouve que dans le 



I. Mé P. y a vn l'imp d'un verbe ferer, « arrêter ta corde de l'arbalète, n 



284 COMPTES-RENDUS 

recueil de Copenhague ; le texte, qu'on oe peut corriger à Taîde de variâmes, 
n'est pas trop altéré, et les éditeurs l'ont amélioré où il était besoin. Voici quelques 
remarques. Les deux premiers vers sont tirés d'une chanson que chante le 
Coustur'ur^ et auraient dû être imprimés comme tels. V. n du grand maûn peut 
rester, de m. i$] de par^ 18^ J'iray ma queue Iraisner^ (88 ma qutue^ 272 Et 
veuiUnt. V. 57 il faut sans doute Ay'aus pas. Aux v. 24^6 queues rime avec 
jouent ; j'aimerais mieux corriger jeaint que coues. Après le v. 2 J5 il ne faut pas 
de point d'interrogation. — La farce des Femmes (jui coifflrent leurs maris est 
faible: ce n'est à vrai dire qu'yne scène assez peu spirituelle. Il ne faut pas 
d'ailleurs prendre le mot coiffer dans le sens métaphorique qu'il a souvent plus 
tard : les bourgeoises qui veulent être maîtresses mettent des cotffes de femme 
sur la tête de leurs maris ; c'est comme si elles leur prenaient leurs braies, 
comme dans tant de contes du moyen âge. EUes agissent sur le conseil d'Anti- 
tus, et M. P. a rassemblé dans la préface beaucoup de passages curieux sur ce 
type facétieux bien connu par Rabelais. Il a trouvé un personnage qui, i la fin 
du XV" siècle, portait réellement ce nom, était chapelain des ducs de Bour- 
gogne, et traduisit V Histoire d'Euryale et Lucrèce. Mais â vrai dire il ne me semble 
pas que la célébrité de maistre Ant'ttus remonte à ce grave prébendier : elle doit 
bien plutôt provenir d'une farce dont le héros portait ce nom. Je ne vois pas non 
plus qu'Antilus figure nulle part comme an gourmand, ni que dans notre pièce il 
soit présenté comme un homme « trop galant ». Toutes les mentions de ce per- 
sonnage qui ont quelque chose de caractéristique me paraissent plutôt confirmer 
la définition qu'en donne Oudtn (1648)., dont le livre en bien des points con- 
serve vivantes de vieilles traditions : « Maistre Anlitus de Cressonières, un badin 
qui se raesle imperlinemraent de tout. » 

j. Farce ù quatre penonnages, deux hommes et leur deux femmes. Cette farce se 
retrouve dans le célèbre recueil du British Muséum, et, bien que M. P, ait 
oublié de l'indiquer, dans la réimpression qu'en a donnée Viollet Le Duc (t, I, 
p. 14 j). Ici encore, le recueil de Copenhague n'a d'autre source que l'édition 
déjà connue (Lyon, Cbaussard, vers 1545), et ne peut servira améliorer le 
texte. V. 1 1, cryc est bon, de m. 85 Si tu la tues, 21 j et de loups ^ 236 m'amyt 
la btlUy 529 vrayement^ 4^5 je ne vous dis riens^ etc. — M. P. croit cette pièce, 
assez spirituelle, d'un basochien, à cause de certaines expressions latines. En 
tout cas il n'y faut pas comprendre reus^ qui n'a rien à faire avec le latin reus^ 
mais vient de l'ancien verbe reuser (voy. Rcv, crit.^ '877, t. I, p. 47). Anne 
n'est pas non plus le lat. annCf mais doit s'écrire anné ou tnnè ; cf. Villon, Gr, 
Test. huit. CXXXiX 

6. Farce a deux personnages^ le pèlerin et la pèlerine. Cette pièce est unique. 
L'auteur s'est nommé, en acrostiche, Claude Mermct, et M. P. a reconnu en 
lui un notaire de Saint-Rambcrt, qui a imprimé divers ouvrages de 1 ^74 i 
1601. Sa farce n'est ni amusante ni honnête, et en outre elle n'est, comme le 
fait voir le savant éditeur, que le remaniement d'une sottie jouée à Rouen en 
106 et interdite, sans doute à cause de certains traits qui parurent irrévéren- 
cieux pour la religion et que Mermet a supprimés {Rom VU, jn-3i6). 

7. La Présentation des Joyaux. Celte pièce était laite pour être récitée aux 
noces ; le messager présente à l'épousée les joyaux offerts par le mari, et le fou 



Picot et Nyrop, Recueil de Farces 285 

accompagne chaque phrase d'un commentaire facétieux, composé le plus souvent 
d'équivoques d'une remarquable grossièreté. Cette petite pièce, facilement rimée, 
est intéressante pour l'histoire des mœurs. Elle était inconnue. 

8. Se/mon joytux a un personnage. Le titre ajoute • pour jouer a une nopce • ; 
mais on a peine à croire qu'il dise vrai. C'est une amèrc diatribe contre le 
mariage. L'énumération « des choses qui faillent en mesnagc », imitée, comme 
le montre M. P., de pièces plus anciennes, n'en occupe qu'une partie. Le reste 
est un tableau déplorable de la vie d'un homme marié : Mieux iuy vaadrott ettrt 
fu^. Ou au profond d*an puits fiché. Ou ars, ou tout vif escorchi, Ou ettre au plus 
profond d'enfer Logé avec^ue LMcifer. On ne se figure pas ces jolies choses récitées 
à un festin de noces ; rien d'ailleurs dans le tette n'indique cette destination. 
Le titre me paraît être une mystification ou une ironie. 

9. Maistre Hambrtlin. Celte pièce, plusieurs lois imprimée au XVI* s., et 
insérée récemment dans le t. XIII du Reauilit MM. de Monlaiglon et de Roth- 
schild, est un renouvellement de Watthi de tous mtsiurs^ et ce monologue du 
• valet i tout faire » est lui-même imité de pièces plus anciennes, comme le 
montre M, Picot. Parmi celles qui appartiennent au moyen âge, il aurait pu 
mentionner le discours du premier des deux Bordeors rtbau: V 

Un glossaire-index fait avec beaucoup de soin termine ce joli volume. Plusieurs 
mots sont cités sans être accompagnés d'aucune explication ; on ne comprend 
pas toujours bien la raison de leur admission : p. ex. anguille^ faucille, patte, 
UUm, tonneau, etc. D'autres fois au contraire ce sont des mots dont le sens est 
difficile: l'auteur du glossaire connalt-il ou ignore-t-il ce sens f nous ne le 
savons pas. Tels sont les mots angmllé, banaux (barilsi, cisoires (ciseaux), mande 
(manne I, menées, mori (violet foncé), rum, etc. Quelques mots ont reçu une 
interprétation erronée: se deshitiitr ne veut pas dire 1 se divertir t, mais au 
contraire • s'attrister, se décourager » ; essanger ne signifie pas < changer », 
mais t nettoyer », de l'anc. fr. songe, sanges^ • ordure, saleté du linge •, Rate- 
naire est traduit par • barbier > ; sur qudle autorité ? Renfcrrtr esgutlUtti doit 
être pris au sens propre. Eschate, tspinceau. esUulte sont donnés i tort comne 
des formes picardes. 

En somme, il y a bien peu à reprendre au livre de MM. Pic- r,^ «t 

il y a bien plus â profiter que je n'ai pu le dire ; car je n'ai pan t rp 

que les notes et le glossaire (notamment l'art. Rimet) contiainent dr 
ments utiles, nouveaux et précis ^. 

G, P, 



1. t'épigramme citée p. lu et bien connue est de Saint 'Oiib (M. Blinrticwâa, U 
177} ■, seulement m premier vers i] y à Un charlatan et ooo Mtiitft rwin. 

2. L'impression du volume ut très soignée ; je n'ji rciD«n|aé ^gac (mk ffwr 
« Oubiieur, fabricant d'uublis », pour « d'oubliés », au gUntairt. Ci fcvaBChc Vvà ^ 
très souvent choqué par h substitution des s longues aux / 



a86 



COMPTES-RENDUS 



Faune populaire de la France, par Eugène Rollahu. 1. Les mammi- 
fères sauvages, noms vulgi^ires, dictons, proverbes, légendes, contes et 
superslilions, pp. xv, 179; 1877. H. Les oiseaux sauvages^ pp. xv, 421 ; 
1879. III. Les reptiles, les poissons, les nioUusoues, les crustacés et les 
insectes, pp. xv, ]b\ ; j88i. 3 vol. in-8'. Paris, Maisonneuve*. 

Les trois volumes que nous annonçons sont le début d'une série d^études sur 
l'histoire naturelle dans ses rapports avec la linguistique et la mythologie popu- 
laire. Chaque espèce animale est étudiée dans uo chapitre spécial, divisé en deux 
parties: la première contient les noms vulgaires, les termes de chasse, les dic- 
tons, les proverbes d'un caractère général ; la seconde contient les proverbes 
qui (ont allusion i des contes ou à des croyances spéciales, les contes, les pré- 
jugés, les superstitions, les pratiques, M. Rolland passe en revue dans ces trois 
volumes les mammifères sauvages de la France, les oiseaux sauvages, les reptiles, 
les poissons, les mollusques, les crustacés et les insectes ; les deux volumes 
suivants seront consacrés aux animaux domestiques et termineront la Faune 
populaire de la France. 

Cette œuvre considérable n'est elle-même que la première partie d'une élude 
d'ensemble, faite sur le même pian, qui embrassera dans toute son étendue le 
domaine de la science populaire: après la Faune viendront la Flore populaire: — 
la Minéralogtc populaire ,• — les Forces de la nature ; — V Anthropologie ; — enfin les 
Dieux et la héros populaires de ta France ; bref, l'auteur nous donnera une encyclo- 
pédie complète du folk-lore français. Cette branche de la science a jusqu'ici été bien 
négligéeenFrance, ety est même presque inconnue ; la revue que MM. Rolland 
et Caidoz avaient fondée pour la constituer, Milusine, n'a point trouvé dans le 
public l'appui et l'encouragement qu'elle méritait el a dû s'arrêter, après avoir 
donné néanmoins une riche collection de documents qui ne sont pas perdus pour 
la science. Malgré des circonstances si défavorables, quand M. Rolland aura 
achevé son entreprise, nous aurons pour le folk-lore français une œuvre qui, 
je crois, n'a pas d'équivalent en Angleterre ni en Allemagne, qui, par la sim- 
plicité et l'élasticité du plan, est susceptible à la fois et de servir de modèle 
à des œuvres similaires pour tous les folk-hres de tous les pays et de fournir 
aux progrès ultérieurs de la science des cadres tout faits où tous les faits nou- 
veaux trouveront place indéfiniment. 

Je laisse aux philologues le soin de faire ressortir tout ce que la linguistique 
proprement dite trouve à recueillir dans les collections si riches, formées par 
l'auteur, des noms d'animaux et des termes de chasse; tous ces noms appar- 
tiennent essentiellement k la couche la plus populaire de la langue, mais â tine 
série peu étudiée jusqu'ici, et qui mériterait pourtant une attention toute parti- 
culière, parce que, dans cette partie de la langue, la métaphore joue un rôle plus 



I. jJ'ai ajouté ch et là au remarquable article qu'on va lire ouetaues observations 
qu'on trouvera entre crochets. J'en vois d'autres à faire, mais elles demanderaient de 
longues recherches, et elles ne porteraieitt en somme que sur des points de détail. Le 
folk-lore est un sujet sur lequel on pcui toujours trouver à dire, l/essentiel en pareilles 
matières, c'est ta méthode, et M. Darmcsicicr appelle avec raison l'attention sur les diffi- 
cultés qu'elle présente, — G. P.] 



Rolland, Faune populaire de (a France iSy 

grand peut*ètre que dans aucune autre et se prête le mieux à une étude de la psy- 
chologie populaire. J'essaierai seulement de marquer le service qu'un ouvrage 
de ce genre rend aux études de mythologie générale, et quelques-unes des 
questions nouvelles qu'il amène à poser. 

M. Rolland s'est proposé avant tout d'amasser des matériaux pour le Jolk- 
lorc français ; néanmoins, i) ne s'est pas interdit les rapprochements qu'il pouvait 
rencontrer dans les domaines étrangers, et l'impression qui se dégage de la lec- 
ture du livre, c'est que tout ce qui est dans le folk-Ion français se rencontre 
aussi dans tous les autres, qu'il n'y a pas â proprement parler de folk-lore 
français, ou allemand, ou italien, mais un seul jolk-lorc européen, ou même 
universel, car telle croyance ou telle légende qui paraît dans un coin isolé d'une 
province de France est soudain rapportée par un voyageur dans des termes 
identiques oti analogues de chez quelque peuplade d'Afrique ou d'Australie. 
Ainsi se pose un problème en apparence insoluble, car toutes les solutions qui 
s'offrent d'abord k l'esprit \m répugnent également. Il est également impossible 
d'admettre une création partout indépendante et partout identique: les partisans 
les plus déterminés de Tidentité universelle de la nature humaine n'iraient pas 
jusque-là ; ou une tradition commune remontant i une parenté primitive, et se 
perdant nécessairement dans un passé ultra-préhistorique ; les défenseurs les 
plus convaincus de la tradition primitive de l'humanité hésiteraient â mettre sur 
le même plan dans cet héritage premier de l'homme la légende du déluge ou du 
paradis terrestre et tel proverbe ou telle recette de bonne femme; ou enfin l'hy- 
pothèse d'un emprunt et d'un échange universel : l'échange et l'emprunj se 
conçoivent pour des contes, des récits amusants, qui passent et se transmettent 
de bouche en bouche avec une facilité étonnante, mais non pour des croyances, 
souvent liées ï des pratiques, qui tiennent au fond même de la pensée populaire 
et dont h ténacité est souvent un signe d'originalité. 

Je ne dirai pas que le problème soit soluble, et |C crois que longtemps encore 
la mythographie comparée offrira une difficulté insurmontable ; mais |e crois que 
le problème est en partie ma! posé, parce que le domaine du jolk-lort est encore 
imparfaitement défini, et que beaucoup de choses que l'on donne à présent comme 
populaires sont tradition savante, œuvre de ckrc. Le vrai folk-lorc est celui qui 
est recueilli, ou plutôt surpris des lèvres du peuple ; car si on l'interroge en 
règle, il donnera, non plus le produit spontané de sa penséeet son savoir naturel, 
mais ce qu'il aura pu entendre du savant de l'endroit, du maître d'école, du 
curé ou du coq de village. ÏVIalheureusement, l'observation personnelle ne four- 
nira jamais qu'une part relativement restreinte dans la constitution du jolk-lorc; 
elle ne permet d'ailleurs que l'étude du présent, ofa les croyances populaires 
sont déjà si fortement entamées par les ravages de l'école; le passé lui échappe, 
et par suite, ce qui pourtant est l'objet réel de toute étude psychologique, elle 
est impuissante à s'élever au point de vue historique. De là donc la nécessité 
absolue de remplacer l'observation directe et personnelle parle témoignage, par 
le livre ; de là aussi une source infinie d'erreurs, sitôt que l'on prend au mot, 
sans plus ample Informé, comme tradition populaire, tout ce que le livre donne 
comme croyance, pratique ou légende. Quand l'on y regarde de plus près, on 
voit que maintes fois cette croyance ou cette légende n'est pas rapportée sur 



288 COMPTES-RENDUS 

vue directe, mais d'après une tradition antérieure ou sur ouï-dire, et de proche 
en proche on arrive soit à la preuve, soit â la convîctiofi, que le prétendu trait 
du folk'lon moderne est simplement une ligne de Pline, soit transmise de livre 
en livre par la tradition savante du moyen âge jusqu'à nos )Ours, soit ayant 
passé du livre dans le peuple, comme tel mot savant qui passe du langage des 
clercs dans le langage populaire. 

Il y a donc à faire pour le folk-lore une critique des textes et des sources 
aussi sévère que pour les autres branches de l'histoire. Je donnerai quelques 
exemples, pris au cours de la lecture du livre de M. Rolland, cl qui nous 
lourniront des spécimens de la plupart des cas qui peuvent se rencontrer : soit 
similitude apparente des traditions ne reposant que sur l'illusion savante, l'ù/o- 
lum libri; soit similitude réelle des traditions, mais remontant â une source 
savante qui a pénétré dans le peuple; soit enfin similitude réelle de traditions 
vraiment populaires, d'origine comme de caractère. Je ne me bornerai pas aux 
rapprochements donnés par M. Rolland, et qui sont empruntés en général à 
l'Europe, mais je puiserai surtout, pour rendre les rapports plus frappants, aux 
sources orientales. 

Volume 1, p. 7, â propos de la chauve-souris : « Autrtjo'n, en Alsace 

lorsque les sauterelles dévastaient un canton, i] suflisaU de suspendre quelques 
chauves-souris aux arbres les plus élevés : les sauterelles, chassées par une force 
secrète, portaient leurs ravages ailleurs » (Gérard, lu Mammifères de l'Alsace^ 
p. 6; Colmar, 1871). — Or on trouve dans la Cosmographie de Kazwini (un 
Vincent de Beauvais arabe, contemporain du nâlre] : t Lorsqu'on suspend une 
chauve-souris à un des arbres d'un village, les sauterelles passent le territoire 
du village sans s'y arrêter (S. de Sacy, Chrestomâthie arabe^ i^' éd. 111, 401). » 
Je ne trouve rien d'analogue dans Pline, ni dans Viicent de Beauvais ni dans 
aucune des sources générales que j'ai consultées. Cependant les termes mêmes de 
l'auteur français prouvent qu'il ne s'agit point d'une tradition populaire vivante: 
ce n'est guère dans le climat de l'Alsace que pouvait naître cette pratique, mais 
dans un pays où tes sauterelles sont un fléau avec lequel le laboureur a à comp- 
ter et où les chauves-souris passaient, comme les chouettes en Grèce, pour de 
grandes destructrices de sauterelles < (Aristophane, Oiseaux, \%Z\. S'il y a ici 
une croyance populaire ou une tradition savante, c'est au naturaliste à le 
décider. 

P. loj. • C'était anciennement une coutume tirée du paganisme de se cou- 
vrir de peaux de cerf et de biche le premier jour de lanvier et de porter en 
cérémonie des bois de cerf sur les épaules. Cette coutume fut improuvée par un 
article du concile d'Auxerre, ainsi conçu : Non licel calendis jamarii vitula aut 
cenrulo Jacere, vel strenas diabolicas obscrvare (Méry, Proverbes^ 111, ji). » Bien 
que ceci ne soit pas du folk-lore moderne (le concile d'Auxerre est de $78}, le 
trait intéresse l'histoire de la mythologie de France, et la rattache à la mytho- 



I . Mortes elles effraient les sauterelles comme elles le feraient vivantes. La vertu des 
objets survit à la vie : c'est une idée qui est au fond de bien des crovances et des aacj 
populaires : l'Indien qui mange le coeur de son ennemi, les Bohèmes taisant un umbour 
de la peau de Ziska. les Turcs se partageant comme taii^man les ossements de 
Skaadef-b«!g, etc. 



RoiUKO, FoùAe pùfëiâin et là Fnmce 289 

k|pe 'wàA^mnpèamt. Cette pratique, pnhakkmat. gnlobe, rappelle de près 
la prv)oessîoa du PéfiOD : cluqae année les jeunes gens des enTÎnm se itirfaieal 
m aactoaire de Zens sur le Pélios, couveru d'une pe»u de bélier fnldtt d bîe« 
ionûe (Dicèarqae, daos Fr^gm. ktst, Cr., éd. Môller, II. 262). L'objet de celte 
procaàn, qvî se faisait an monient de la cankale^ étah sans m1 dooie d'obte- 
■tr h phie, et cette peau de bélier, appelée aussi At«c ««fitaw ou 9im auMwtélail 
leiyaibole de la nuée, cette pea de ckhn do cid oiavcit («^tk; les Védas 
appeHent le naage d»yd Uac, la peaa céleste^. La procession gauloise reproddl 
peut-être le mlitie symbolisme, mais avec une intention autre, se faisant en jan- 
vier : il s'agit de représenter le ciel td qu'il est, non td qu'on le désire- Dans 
œl eieople te folk-ion remonte i une tradition pricaitive tenant à la coaunu- 
•aoté d'origine, à an héritage de race *. 

P. 117. Les détails sur les amours de la louve semblent de tradition savante : 
Qoe partie se retrouve dans Brunetto Latmo, qui oertajoemenl n'écrit pas soos b 
dictée du peuple : • plusor masle ensuient la louve^ mais a la fin elle regarde 
entre touz, et esleist le plus tait qui gise li (1, (, 192). i 

Ibid. La rencontre du loup rend muet. • U passe pour certain (dans le Berry), 
dit Laisael de la Salle, que si le loup qui survient pour enlever un nootOB 
voit la bergère avant d'être vu^ à l'instant même cdle-a devient ritacA; lenrtwée) 
an point de ne pouvoir cher. > De même Piine : • Creditur (luposl .» vocea 
bomini, quero priores contemplentur, adimere ad praesens ■ (Vlll, 34). De mène 
saint Ambroise dans l'Hexameron (VI, 4) : • Lupus si primo bominen vident, 
vocem ei eripit et eum tanquam victor vocis ablalae despicit'. » De même Isidore 
de Séviile : t lupus de quo raaiâ tLuni vocem hominem perdere^ si eum prier lupus 
viderit. Onde et subito tacenti didtnr : Lipus tst infabaU* {Etymol. XII ^ 2, 24; 
d. 1, 17, 28). » Virgile {EcL IX, ip, Théocrite (R XIV, 22^ et Platon (fie/. 
X) font i cette croyance des allusions très daires. Il paraît, par les termes 
de Laisnd de la Salle, comme par ceux de ces divers auteurs, qu'il s'agit 
bien aujourd'hu] et qu il s'agissait autrefois d'utie croyance existant parmi 
le peuple ; die se traduit même par certains préceptes pratiques pour détruire 
Teftet du maléficej et l'emploi de l'expression 1/ a m ie loup en parlant d'une 



1. [Cette pratique est d'ordinaire rattachée I la mythologie gemasiqQe; elle était 
CKSve nsûée au xvi* >. en Alsace, «t elle se retrouve de nos jours, dans plnsîenrs règioBi 
de l'Allemagne, soos le nom de Berchidsprù^a, Dans le lene dn ooodle d'Auxcne, il 

{tut d'aîTlcurs lire retala et non rituLx.- 

2. Reproduit par Vincent de Beauvais [Speealam Naturâtt^ XIX. 8jJ, Vinceai apoote 
l'eapiication naturelle d'après le Physiohgiu : « Uipos, nC dkmm en, howinem ^oem pria 
vTderit conticescere facit, quia ridiot oculorum saonm ia eon mimt, et dcawcat spiri- 
lum e]us risibilem, qui dc:iccaTus desiccat aUos boniais ipiritB, et ilB tandem doiccanl 
arrerias. et *ic boaio rancus efficitur i ib. 84}. > Le raiioiiafistc Regiiukl Sc« apûqne de la 
même façon l'effet du mauvais otil et l'effet du regard du loap : Fai! malade envoie une 
infection qui se gagne : t The poyson and desease in the *^aore] eye ialecteth i be^aâr neat 
BOto it, aod the same procccdeth funher, canring wiih il ihe taooor aud nfoclioa of 
the corruptfti blood, wttJi the contagion whereof the fret of the bAol d e n are moM m 
to be infécteJ. By tfib lame meaas ïî is thought that the cockatrice deprîveth ibe file, 
and a wolf uketn away the voice of such a> tbey suddeuly meet wiibal and bchoU 
{Tht Discorery of Witchcraft, XVI, 9; cd. de 166$) »• Aucun ne s'avise de dire que ce 
n'est pas le regard du loup qui rend muet, mais la peur. 

J. [Notons qu'lâdore mêle ici mal i propos cette loottiOQ, êqmvaleme 1 notre QiUMà 
on parle du loup on ea voit la queue.] 

Romania, X 19 



290 



COMPTES-RENDUS 



personne qui a perdu la voix ne laisse point de doute raisonnable sur le caractère 
populaire de cette croyance ^ Voilà uti cas de folk-hn très ancien^ puisqu'il 
existe déjà du temps de Platon, et très étendu, car il se trouve qu'il donne le 
sens d'une formule de l'Avesta : t Puissions-nous voir le loup les premiers et 
qu'il ne nous voie pas le premier I • (Yasna, IX), qui ne prend sa valeur réelle 
et entière que quand Ton y supplée le sous-entendu que fournit le folk'iùn. 

P. 123. I Garder la lune des loups * signifie-t-il en effet « faire une chose 
inutile • ? Ce ne sera en tout cas qu'un sens dérivé : c Dieu garde la lune des 
loups » n'aurait guère de sens dans cette interprétation. L'on dit en Forez, quand 
la lune est voilée par les nuages, que « les loups ont inangéla lune^ pour mieux 
pouvoir faire leurs déprédations » ; ceci nous prouve que nous sommes en pré- 
sence d'une formule mythique. L'Edda offre le mythe complet : la lune est pour- 
suivie par un loup, Managarm, « le loup de la lune », qui la dévore (sans doute 
aux éclipses; v. Grimm, Dmlscke Mythol.^ p. 224-^.1]. C'est le mythe indien de 
Rahu : la forme française et la forme germanique forment un groupe plus étroit 
(dans le mythe indien c'est un crocodile qui dévore la lune). Voilà encore un 
cas àe Jolk-hre remontant probablement à l'hérédité aryenne. 

P. tj^. f Certains individus sont forcés au temps de la pleine lune (te choix 
du moment se fie-t-il à la croyance précédente?! de se transformer en haps garoax. 
Le mal les prend toujours la nuit ; lorsqu'ils en sentent les approches, ils s'agi» 
lent, sortent de leur !it, sautent par la fenêtre et vont se précipiter dans une 
fontaine ou dans un puits, d'où ils sortent quelques instants après, revêtus d*une 
peau blanche ou noire que le diable leur a donnée. Dans cet état ils marchent 
très bien à quatre pattes, passent la nuit à courir les champs et à hurler dans 
chaque village qu'ils traversent. A l'approche du jour, ils reviennent à la fon- 
taine, y déposent leur enveloppe et rentrent chez eux^ où ils tombent souvent 
malades de fatigue (Gautier, Staùsùifue de la Channte-lnfineure^ iS|9i P- 234). • 
Cette croyance, qui court, semble-l-il, les campagnes de la Charente-Inférieure 
est venue là d'Arcadic par Tintermédiaire de Pline : • Evanihes inter auctores 
Graeciae non spretus tradit Arcadas scribcre, ex gente Anti cujusdam, sorte 
familiae lectum, ad stagnum quoddami regionis ejus duci, vestituque in quercu 
suspenso transnatare, atque abire in déserta, transfigurartque in lupum, et cum 
ceteris ejusdem generts congregari per annos novem. Quo inlemporesi horaine 
se abstinuerit, reverti ad idem stagnum; et quum transnataverit, effigiem reci- 
pere, ad pristinum habitum addito novem annorum senium. Id quoque Fabius, 
eaindem recipere vestem (VllI, 34). » Il n'est guère possible de douter devant 
l'identité des deux récits que le paysan de la Charente n'ait appris le sien de 
Pline, par une série d'intermédiaires qu'on ne peut aujourd'hui rétablir^ mais 
dont il est aisé d'imaginer la nature et la succession : traductions, abrégés, 
extraits, recueils de contes, récit oral. En dernière analyse, k folk-Ion charcn- 
tais se trouve être la version moderne d'une vieille légende née en Arcadic'. 



1. [L'authenticité de cette locution dans ce sens est douteuse; d*âllkuri elle dit le 
contraire de ce qu'elle devrait dire ; on n'est pas enroué pour avoir vm le loup, mais 
pour avoir été vu par lui ] 

2. [Cette croyance se retrouve chez tous les peuples indo-européens, avec des circons- 
tances plus ou moins identiques, et je ne vois aucune raison de lui assigner une prove- 
Mocc savante. Voy. notamment le savant livre de W. Herz, Der WcrwotJ.] 



Rolland, FawÊe pepiUskt de Li Fraace 191 

Uf p. 63. M. RoUmd rapproche des récits aoroBiid ei berricboa sur PberW 
nigique du pivert le réat anaJogne de Pline (X, 20) : œ rédt^ que Ptiiae 
iCBble devoir lui-mèine i Trebius Niger, ne serait-tl pas bsfioriqjMall ta 
MBCe iDème de dos légendes ? 

P. ) 17. Uhiroodellt n'a pas i craindre la cécité : elle couiait nœ pierre qui 
b gnérit. Cf. Elien, De not. amm. III, 2 s. 

m, 40. A&x Gâtes do Nord avec an serpent sor soi on devine tontes les 
métanorphoses ; le boovier écossais acquiert la science nniverselle rien qo'en 
touchant à m bouilkm tait avec un certain serpent blanc. M. RoUand rapproche 
la croyance, attribuée aux anciens Arabes par Philostrate, qu'en sungeant le 
cœvr ou le foie d'un serpent on comprenait le ianpi^e des oiseaux. L'Eddaofre 
un témoignage plus authentique et plus direct de cette croyance : Signrd, ayam 
mangé le conir de Fafeir, comprend la langue des oiseaui. La croyance nor- 
mande et écossaise est dérivée d'un conte ancien, transporté jusque là par des 
intermédiaires i déterminer*. 

P. 4 1 . Les deuils sur les amours de la vipère sont d'origine savante (Pline, 
X, 82 ; Elicn, I, 24>>. 

Les légendes sur le basilic sont d'origine savante; cf. Pline, VIII, ^} ; Bra- 
nelto Latino, I, s» ■4' i le Phjùologas. Elles sont d'ailleurs répandues sur une 
aire très vaste : les livres théologiques des Parses leur défendent de tuer les 
poules qui chantent {Shéyast 14 ShJyasty Sadder); ce qui suppose Texistence 
de la coutume défendue, laquelle â son tour trouve son explication dans ces 
lignes relatives à une superstition du départemeiit de la Vienne : • On croit i 
l'accouplement du mâle de la couleuvre verte et jaune avec la poule d'où vient 
le cocatn ou oeuf de coq. Ces poules jaittes par un reptile se reconnaissent â ce 
que leur chant qui imite celui du coq est rauque. Ces poules doivent être tuées 
de suite. « L'origine exotique de cette superstition est prouvée par le nom 
même du reptile : le cocein est appelé ailleurs cocodnïh (dans le Loiret), ce qui^ 
rapproché de Brunetto Latino, I, 5, ija, prouve qu'il n'y a U en dernière 
analyse qu'une légende sur l'origine du cuteodiU ; ce n'est point certes en Fraoee 
qu'elle a pu naître' 

Je me borne à ces exemples qui prouvent, je crois, suffisamment que, dans le 
savoir populaire, il faut, comme dans la langue populaire, faire une part très 
large ï l'élément savant. Comme tel mot grec et latin a passé des livres des 
clercs dans la bouche du peuple et s'y est absolument fondu avec sa langue i lui. 
ainsi en est-il advenu pour une bonne partie des traditions populaires. Elles ne 
doivent pas pour cela être bannies du Jolk-lorc, et M. Rolland a bien fait de les 



I. fCe ooote M retrouve encore vivant chez presque tous les peuples de rEurepe. Voy. 
le Strpnt blane, dan* Crimm, et les rapprocliemenis donnés au L Itl, auxquels il 
serait facile i'cn ajoiiter me masse d'autres, l 

i. [On les trouTC déîi dans ks Choiphoru d'Eadiyie ; cf. Tschischwitx, Cerm. Mythi 
in Shaktpean, p. 121.J 

). [Le cùcatri a été confondu avec le aycodrilk^ mais il ne iai est pas onginairemem 
identique, bien au contraire, puisque cocalris, comme l'a montré M Tli. Sundby 'Bnuimo 
Latino, p. i^i-^j), est le lat. cakaîni, iradoisaat lui-mêroc le gr. 'yyrJtiwv Au r«te, 
l'ai pane ï croire que la superstition sur la pouie qui « chante le coq" • ait une origine 
Mvante. Le aom de cocatri donné à son produit ou an orétenda œuf ae coq a élé amené 
li par étymologie popu'aire et est tout i izn étranger a la croyance eUe-méaie.) 



2^1 COMPTES- RENDUS 

admettre sans distinguer: seulement quand tous les matériaux seront réunis, il 
faudra faire un départ ; et de même que dans le glossaire populaire on recueille 
indifféremment tous les mots réellement vivants, que leur origine dernière soit 
populaire ou savante, quitte plus tard, quand Ton essaie l'histoire de ce glos- 
saire, â distinguer scrupuleusement ces deux origines et à marquer exactement 
pour chacun des mots savants le degré et la nuance de popularité qui lui revient dans 
la conscience du peuple; de même il importe à présent de recueillir fidèlement 
tout ce qui est donné comme savoir populaire, mais à condition de soumettre 
plus tard les faits accumulés à un examen rigoureux. Cet examen fera dispa- 
raître une bonne partie des faits qui, en réalité, mal rapportés ou mal interprétés 
par le témoin, n'expriment qu'une imagination propre à un seut individu et non 
une croyance d'un groupe. Une seconde couche comprendra des faits qui 
s'étendent en effet sur une aire considérable, mais sont entrés dans le peuple par 
une tradition savante. Viendra enfin une troisième et dernière couche, irréduc- 
tible au moins à t'analyse présente, et qui comprendra le véritable folk^hre^ 
spontané et original *. 

La première chose i faire pour arriver au départ de ces deux couches> c'est 
de faire pour les imaginations dont if s'agit un travail analogue à celui que 
Loiscleur Dcsiongchamps, Sacy, Bcnfey, ont fait pour la propagation des 
fables. La tâche est infiniment plus difËctIe parce que l'on n'a pas ici, comme 
otî l'a souvent pour Jes labiés, une source unique et connoe à suivre à la piste» 
L'on a cependant un point de départ assez ferme, c'est Pline. C'est là le Père 
Océan d'oii coule tout le jùik-lore savant du moyen âge et des temps modernes. 
Il faudra recueillir toutes les rêveries contenues dans son livre, les suivre à tra- 
vers les traductions ou les compilations similaires du moyen âge, samt Ambroise, 
Vincent de Beau vais, Barthélemi de Gianville, Brunello Latine, le Spéculum 
mundiy le Lucuiaire^ le Une de Sidrac^ les Bestiaires, etc. Une édition de Pline, 
annotée avec les extraits de toutes ces œuvres, se trouverait englober la moitié 
du folk-hre d'Europe. Ccfa sans doute n'embrasserait pas encore tout ce que la 
tradition populaire moderne doit à la tradition savante, qui a pu s'infiltrer par 
bien des sources et bien des canaux différents, principalement par les rap- 
ports plus étroits établis avec l'Orient depuis les croisades et par l'tnter- 



I. Il y aurait encore bien des résen'cs â faire sur U valeur de ces termes. On peut se 
demander si le folk'lore est iamaii de création populaire. Entre la ctoyance ou la litté- 
riturr ditr populaire et la croyance ou la littérature dite savante, il n'y a qu'une difFè- 
Ttnce Hr tcmpi et non d'origine; l'une et Tautrc sont de création savante : le peuple 
pfonrcmcni dit ne crée pas, il se contente de vivre ; mais de tout temps, et dans les 
milieux lei plus rudimeniaîres, il y a à côté de ]j masse passive des esprits qui réflè- 
cli'iJ''fin, «H» iréent, qui formattnt les idées et les sensations inconscientes de la masse, en 
un \ . ivmts ; c'est de cène classe que le peuple reçoit ses premières connaissances, 

ir royancrs ; avec le progrès de la réflexion, la classe savante s'élève à des 

XU-. , ai compliauées, et le peuple reste a l'étage inférieur, ne pouvant suivre le 

mauvemenl trop rapide de ta pensée savante. Il n'y a pas une croyance créée par le 
iwuple, fl une aoyancc créée par le savant : il y a seulement une croyance acceptée par 
Ir y<uplc, et utie croyance qu'il n'accepte pas; mais l'une et l'autre viennent également 
M UUPM, l'une du savant d'autrefois, l'autre du sîvant d'aujourd'hui. L'abîme entre 
dt 4Ma ordre* iridées vient de ce que la création du savant primitif répond mieux 
ilMlNi^ll tiKor* k l'état intellectuel au peuple, encore primitif, et le folk-Ion du jour 
«W U •doKY dei prctuicrs iours. 



Rolland, Faune populaire de la France 29 ? 

médiaire des contes, d'où rimagioation populaire tire des formules larges, trans- 
formant le fait particulier conté en fait général et en loi ; mais le terrain serait déji 
largement déblayé*. 

Il resterait alors un résidu plus foncièrement populaire et qui comprendrait, 
d'une part, le fotk-lort spécial, plus 00 moins différent, non pour chaque pajs^ 
mats pour chaque climal^ et né de l'observation directe du milieu ; d'autre part, 
les débris d'un folk-lore général, dérivé de la vieille mythologie indo-euro- 
péenne et qui, consulté avec prudence, pourra fournir des indications utiles i 
l'histoire comparée des mythologies. 

La principale difficulté de ce départ et qui fait que les solutions ne seront cer- 
taines et définitives que pour le petit nombre de cas où la croyance populaire 
retrouvée dans une source savante se rapporte à des objets étrangers au milieu 
où elle paraît, c'est que parfois le trait signalé dans PIme a pu appartenir 
également, et d'une façon indépendante, au fonds populaire celte, germanique. 
11 faudra donc soumettre Pline i son tour à un départ de même ordre : quand 
Pline reproduit-il une tradition populaire et vraiment vivante de son temps ? 
quand reproduit-il une tradition écrite, le plus souvent d'origine grecque, 
empruntée elle-même la moitié du temps aux fables de l'Asie, à l'histoire natu- 
relle telle que l'ont rapportée de l'Orient les voyageurs grecs depuis les guerres 
médiques jusqu'à la conquête d'Alexandre, depuis Cntias, de réputation dou- 
teuse, jusqu'à Onésicrite, l'amiral du mensonge ? Les chances de communauté 
primitive seront plus grandes dans le premier cas que dans le second, il faut 
dire que le premier cas est le plus rare : Pline n'est pas un observateur qui 
note ce qu'il entend autour de lui, c'est un compilateur qui lit et copie. 

En attendant qu'il se rencontre un érudit pour résoudre cette double ques- 
tion : • d'où vient Pline? » et « qu'est devenu Pline? », le pressant est de 
faire ce que fait M. Rolland. Il n'a pas fait le départ et n'avait pas à le faire : 
il a rangé son trésor d'observations et de notes dans un ordre excellent, et l'a 
mis à la disposition du public. Il a organisé le cadre où viendront s'enregistrer 
ik leur place marquée toutes les observations que l'on pourra recueillir désor- 
mais. Il a par li rendu un service signalé à la science. 

J'ajoute pour terminer quelques observations de détail prises au courant de 
la lecture. I, p. 16 : le messin jane d'eurson, employé comme terme d'injure, 
signi6c-t-il proprement < enfant de hir'ision ? » Le rapprochement de l'anglais 
archin, au sens de polisson^ gamin, suggère peut-être une autre explication : le 
sens de polisson est un sens tertiaire, dérivé d'un sens secondaire, /é, diable, 
dtabhiin ; Byron l'emploie encore dans ce sens, comme synonyme de Unie fiend, 
dwarfish dcmon (Childt Harold, 1, 24I. Vurchin est dans le moyen âge une des 



I . [Je crois que notre collaborateur faii à l'élément savant une part beaucoup trop 
large dans le folk-lore rérlletn^nt vivant; cette part diminuerait bien si on éliminait ae nos 
recueils tout ce qui n'est pas réellement « surpris n. comme il le dit si bien plus haut, 
de la bouche du peuple En tout cas, pour rechercher la source antique des superstitions 
savantes du moyen ige, c'est à Solin qu'il faudrait s'adresser plutôt qu'à rline. rline a 
êié peu lu, tant à cause de t'étendue de son livre ci du grand nombre de choses sans 
iniérét pour le moyen ige qu'il contient qu'à cause de son style recherché et souvent 
difticile. Solin au contraire, renfermant une masse énorme de faits en un petit volume et les 
exposant dans un style accessible i tous et déji marqué du sceau de la décadence^ devint 
la base des encyclopédies.] 



294 COMPTES-RENDUS 

formes favorites du démon ou au moins de son esprit familier (cf. Mackth^ IV, 
1^ 2); euTion ne serait-il pas pris ici dans ce sens? 

P. 4^. « Les ours enlèvent les jeunes filles, dont ils ont des produits moitié 
hommes, moitié ours • 'Cordier, SK;>fr5fifto/u<i« Pj«/kéj). Comparer la légende 
du Bund(hesk, selon laquelle les ours sont nés de l'union de Yima avec un 
démon femelle. La forme persane est plus primitive : l'ours ressemble trop à 
l'homme pour ne pas l'avoir dans ses ascendants (la réciproque est vraie : à 
preuve les Ainos du hpon) ; deU l'idée secondaire de rapports continués : l'ours 
veut rentrer dans sa famille. Ceci est un cas de folk-tore naturel et où les ana- 
logies peuvent être k la fois très étendues et tout i fait indépendantes'. 

P. 1 16. The wolj in onc's stomach se dit surtout â propos de l'appétit d'une 
femme enceinte : < You bave ibrivcd well undcr him. — Faith ! like a wolJ ma 
womans breast (Webster, TJie White Dml ; voir la note correspondante dans 
l'édition Al. Dyce) a. 

P. 41. Le proverbe : ■ il est de la nature de l'ours, il ne maigrit pas pour 
pâtir », me semble d'origine savante. L'abstinence prolongée de l'ours en hiver 
a pour premier garant Pline l'Ancien (V!ll, 54) : 1 Ils dorment quatorze jours 
durant d'un sommeil si profond qu'on peut les blesser sans qu'ils !e sentent : ce 
temps écoulé ils vivent en suçant leurs pieds de devant (reproduit dans ECazwini, 
1,1,396)-. 

JH, p. 42. A la pierre précieuse dans la tête du serpent, comparer le diamant 
dans la tète du crapaud : 

Sweet are ihc uses of adversity, 

Who, likethe toad ugiy and vMenous, 

Still wcars a predous jcwel in hls head {Ai you Ukt il, ll| 1). 

P. 72. « L'eau qu'on va puiser après le coucher du soleil est malsaine. On 
l'appelle eau de grenouille». Cf. Shayasl U Shdyast : t In ihe oighl water is 
not to be drawn from a wcU • (XII, 17, tr. Wesl). 

Au dicton du Berry : 

Si l'orvet voyait 

Si le sourd (= salamandre) entendait 

Pas un homme ne vivrait. 

comparer le proverbe de Suffolk : 

If thc viper could hcar and the slowworm could see, 
Then England irom serpents wouid never be free. 

James Oarmestetbr. 



I. ICf. le conte de Jean dt Vours et les notes de M. Cosquin Rom, L VI, p. 8j ».] 
i. [Ne s'agtrait-il pas ici d'un cancer au mn?! 



PÉRIODIQUES. 



I. — Revue db8 lakovsb rova.kb», V série, t. III, n' j. — P. lo^- 

146. Chabaneau, Sermons et préceptes religieux en langue d'oc du XII* siicle. Les 
sermons sont ceux que j'ai fait connaître en 1866 par une publication partidie 
insérée dans le t. VII du Jahrbuch f. romanische Uteratur. Dès t86o j'en avais 
préparé une édition complète, qui fut jugée trop étendue pour prendre place 
dans le Jahrbuch^ le seul recueil qui alors pût donner asile à une publication de 
ce genre. Il y a quelques années j'avais pensé à les faire imprimer dans la Roma' 
mû. Je renonçât à ce projet en faveur de M. Armilage, qui prépare un recueil 
de textes provençaux en prose, dont l'impression est depuis longtemps commen- 
cée. L'annonce de cette publication * paraît avoir déterminé M. Ch., qui avait 
aussi une copie de ces mêmes sermons, à prendre les devants, et il nous donne 
actuellement le texte des sermons et des poésies religieuses contenues dans le 
même ms. {Bibl. nat. lat. 5548 B), avec une préface, mais sans aucune note. 
La préface est judicieuse, mais ne contient guère autre chose que le développe- 
ment des idées que j'ai émises en diverses occasions sur ces sermons». Les notes, 
qui contiendront un trav.^il philologique, et sans doute aussi un commentaire 
relatif à l'établissement du texte et l'indication des sources des citations latines, 
sont remises à plus tard. C'est seulement lorsque ce travail sera complet qu'il 
sera possible d'en rendre compte. Notons en passant que si les sermons sont 
incontestablement du XII* siècle, les uns de la première moitté de ce siècle, les 
autres de la fin, il ne faut pas considérer les poésies religieuses du même ms. 
comme aussi anciennes â beaucoup près. L'écriture de cette partie du ms. n'est 
guère que de la fin du Xfll* siècle. — P. i^i-i^^. Bibliographie. Sous cette 
rubrique, M. Boucherie rend compte de la publication faite par M. Castets, 
dans le numéro précédent de la ftevuc, d'un miracle de Noire-Dame tiré de la 
Vie des P'tres, et y relève une infinité d'erreurs de tout genre. Assurément, c'est 
sous la rubrique Errau que les observation de M. Boucherie auraient dA 



1. Dans la Romania, IX, 128. 

1. M. Ch. reproduit dan.^ une note de la p. 1 14 une opinion que je lui ai communiquée 
autrefois et d'après laquelle le ms. Harl. 1928, qui contient la traduction partielle du 
ouatrième èvangilt, serait originaire de Charroux; mais il y a déjà plusieurs années qu'une 
étude plus approfondie du calet^dricr contenu dans ce ms. m'a fait changer d'avis. Selon 
toute fjrobabiliiè ce ms. a été fait à Limoges. Je reviendrai quelque jour sur ccne ques- 
tion que l'ai traitée au Collège de France daos mon cours de 1877-4. 



296 PÉRIODIQUES 

paraître. C'est d'ailleurs avant la publication véritablement regrettable de 
M. Castets que la révision fructueuse à laquelle s'est livré M. B. aurait eu 
toute son utilité. M. B. n'a pas su, non plus que M. Castets, que le miracle 
donné comme inédit avait déjà été publié ivoy. Romania, IX, 621). 

T. IV, n» 4. — P. 1^7. CKabaneau, Les sorls des apàtres^ tejtte provençal 
du Xtll' siècle. Au mois de juillet dernier, M. Rocquain fit à l'académie des 
inscriptions une lecture sttr un singulier document dont îl avait l'original entre 
les mains. C'est une fcuilîe de parchemin où sont écrites cinquante-sept sentences 
auprès de chacune desquelles est placée fixé dans la marge, un fil de soie. Ces 
sentences constituent les * sorts des apâlres 1. On suppose que celui qui vou- 
lait consulter les sorts prenait au hasard Tun des fils et se faisait lire la sentence 
correspondante. Lorsque M. Rocc^uain fil sa communication à l'académie, il 
croyait inédit le document qui lui avait été confié jet qui depuis a été acquis 
par la Bibliothèque nationale). Mais peu après, il apprit que la Revue archéolo- 
gique du midi de la France en avait donné le texte accompagné d'un fac-similé. 
Il ne crut pas toutefois devoir renoncer à mettre au jour l'édition qu'il avait 
préparée, et qui a pris place dans le t. XLI de la bibliothèque de l'École des 
chartes, pp. 4^7-474. Cette édition, facilement supérieure à celle de la Revue 
précitée, est en somme un bon travail, surtout si on considère que M. Roc- 
quain n'avait jamais eu jusque-là à fournir la preuve de ses connaissances en 
provençal*. M. Chabaneau, informé par un compte-rendu, de la lecture faite 
par M. Rocquain, s'est empressé de publier, d'après le fac-similé donné par 
la Rev. ûtchéol. du midi de la Fr., l'édition des Sorts des apôtres que nous 
apporte la Revue des langues romanes, et qui a paru quelques jours seulement 
après celle de M. Rocquain. Il élit mieux valu, de toute façon, ne pas tant se 
hâter. Si M. Ch. avait un peu plus attendu, il e&t pu profiter du travail de 
M. Rocquain^ qui, exécuté sur l'original même, donne un texte plus assuré, 
malgré quelques négligences de copie, et il n'eût pas été obligé d'insérer dans le 
n" 6 du t. IV de la fim/* trois pages d'additions et corrections (pp. 271-4). Cela 
dit, je m'empresse de constater que l'édition de M. Ch. a sa valeur propre, qui 
résulte du commentaire développé qui l'accompagne. J'ai coUationné sur le ms., 
à la Bibliothèque nationale, l'édition de M. Rocquain. Voici le résultat de cette 
collation : Prologue, l 4, lis. pozestaiz ; I. 5 patnarcas; I. 9 «7; 1. 22 causzas; 
I. 23 corces \ I. 37 ()o de la p. 466] ajoutez sa après tota; I. 38 sorti; § 3 
pregua ; ^ 4 ajoutez tu après tjue; g (> no; §§ 8, 14, 18, 29 causza ; § 8 « 
cela ter {e cUla t'er ?} ; § J o jacil ; § 1 J guovcrnada ; S 1 7 prcgas ; § 20 cairau 
et adoms ... mieilhers ; § 24 jon ; § 26 ^uer [Vs est exponctuée} ; § 28 cauza ; 
§ 48 pervenguo ; § 49 nias: § $2 mor ; § 57 ajoutez so après aiso. — P. 179. 
Us Pronnçalistes du XVÎ!h siècle (fin). — Bibliographie. P. 19J, Us chansons 
de J. Brettl p. p. G. Raynaud <A. B.) ; PUsies des XiV» et XV* silcles p. p. 
E. Rilter (A. B.| ; Karts d. Crosstn Rcise nach Jérusalem hgg. v. Koschwitz 



I. Puisque M. Rocquain a bien voulu citer les noms de ceux qui lui ont donné leur 
avis SUT quelques passages, je suis intéressé à faire remarquer qu'au § j? (p. 471 de 
l'édition de la Bibliothèque) ii s'est produit, sous la plume de M. Rocquain, une confii- 
sion de noms. La leçon que j'ai proposée, et qui est la seule possible, est detivrar t'a. 



PÉRIODIQUES 297 

(A. B.) ; Sonntts inédits d'Olivier Je Magny p. p. Tamizey de Larroque 
(C C.)- — Périodiques. P. 199. Archives des missions, rapport sur une mission 
en Espagne, par M. Fr. Michel (C. C). Nous parlerons de ce rapport. 

T. IV, n" 5. P. 209-247. Boucherie, La langue et la liitèratare françaises au 
moyen âge. Réponse h M. Brunetiére. Je suis d'avis que les j8 pages de cette 
réponse, comme aussi toute ta polémique antérieure de MM. Brunetiére et Bou- 
cherie (voy. Romania IX, 477 et 619), constituent une perte pure et simple de 
temps et d'espace M, Brunetiére essaie de prouver au grand public qui lit la 
Revue des Deux-Mondes que la langue et la littérature du moyen âge français sont 
dépourvues de valeur esthétique. M. Boucherie essaie de prouver le contraire 
au public spécial de la Revue des langues romanes. C'est prêcher des convertis. 
Ceux qu'il faudrait prêcher et convertir, ce sont les lecteurs de la Revue des 
Deux-Mondes. D'ailleurs, si le gros du public éclairé doit être amené à une 
appréciation équitable de ootre ancienne littérature, ce n'est point d'une discus- 
sion dogmatique ni d'une démonstration en règle qu'il faut attendre sa conver- 
sion, mais d'une connaissance de plus eo plus étendue des œuvres de nos 
ancêtres. Je répète ce que j'ai déjà dit ici-même : le meilleur moyen de faire 
apprécier notre vieille littérature, c'est de travailler à la laire connaître. Et en 
ra'cxprimant ainsi, je n*ai pas seulement en vue, comme paraît le croire M. Bou- 
cherie (voy. p. 2J i), la publication des textes : |C veux dire que, quand on a 
parmi ses lecteurs — ce qui est le cas de la Revue des langues romanes — des 
hommes capables de s'intéresser à la littérature proprement dite, il ne faut négli- 
ger aucune occasion, soit par des dissertations, soit par des compies-rcndus 
conçus d'une certaine façon, de faire ressortir l'intérêt très varié que présentent 
nos anciens textes. II ne faut pas les considérer seulement comme un champ 
d'exercice propre aux philologues, comme une matière à corrections et à recti- 
fications : il faut mettre en lumière, ce qu'oublient trop souvent les auteurs de 
« recensions critiques >, tout ce que ces textes apportent de données précieuses 
à l'histoire des institutions, des mœurs, des idées, du goiit. Il faut enfin y voir 
et y faire voir, non pas uniquement des documents de notre langue, mais aussi 
des documents de notre civilisation. — Bibliographie, P. 248» Godefroy, Dtc- 
tionnaire di V ancienne langue française (A. B., remarques de détail, pas d'obser- 
vations générales sur la méthode, à mon avis très défectueuse, selon laquelle çs\ 
rédigé ce vaste répertoire de notre ancienne langue/. — P. 249. Constans, 
Essai sur l'histoire du sousdiaUcte du Rouergue (C. C, premier article ; grand 
nombre de critiques de détail qui paraissent en général très fondées). — 
P. 25^. Mémoires de Jean d'Antras p. p. J. de Carsaladc du Pont et Taroiiey 
de Larroque (C. C). 

T. IV, n" 6. P. 261. Noulet, Un texte roman de ta légende religieuse l'Ange et 
l'Ermite. [Ce texte est tiré du Doctrinal de sapiensa, imprimé à Toulouse en 1 504, 
lequel est lui-même traduit du Doctrinal aus simples gens de Gui de Roie. La 
légende de l'Ange et Œrmiic y est rapportée d'après Jacques de Vitri ; voy. le 
tçxle latin dans Wright, Latin Stories, n' 7. — G. P.] — P. 254- Chabaneau, 
Les sorts des apôtres (fin). — P. 27 j. Actes de décls à Saint-Paul-Trois-Clidicaux 
(Drame) Quatre actes en patois de içjt, ijjj, 1559 et ij6o, publiés par 
M. Accarias. — P. 277. A. Mir, Glossaire des comparaisons populaires du Nar- 



A-cf i^wse. aa-s qui paraît 
^ ^, r . -.•«« e rrnnier article, 
^ ..T*». Vcts de M. Bou- 

..—5 .::: .•!:>/« / meignent 
.^5 . -«r î^ti: Fœrster) éUnt 
.s.-ïa< -■« ^i"»" 'teignent et d'y 
,.; j ^^mir.e. dirait le poète, 
. -. • rœre pas de pluie, il 
. 4 ^ s.-.: ::cte noire ; plusieurs 
.. .-.f *t rrs ingénieuse ; l'idée, 
. -. .-. AWiîw, n'est pas inaccep- 
- -jrvw.'e iui-même le nom de 
.t-s»-.': .::ss: en allemand Teujels- 
^ s.v.ifTîeTi l'inverse de celui où 
o s* : *J -ps es quelz ilz pissent, 
_^ ...s: -"'viKLqueinent, mingunl a dû 
.- ■ ^-i •: - J seule difficulté, mais elle 
..j« .j» i-cune langue romane, et 
. ■■•■ •:>-■«■ ^' B. croit, il est vrai, 
^■^ . '-.> . ie trompe sûrement dans 
. j <v^•^: -* roumain mtngi ou mangi 
-A -. :o'-." «^'"«l un mot slave, comme 
, i. . ; ris trouvé le mot dans Cihac à 
.... : j'.v sJ'J't P^r celle qu'il a suivie à 

>».•. f.tu '"•'' se traduit assez bien par 
, . •. >* *.*»t i l^it le même sens : minga y 
.. ..■ nîM^.- cf. la forme mingo citée par 

.. . ^v:: À' iMmmaire, les différents éditeurs 
,... ... . ^y.:s i : M. B. propose ^ue diable s'i 

\' ...Tv..in> i -■•—■'• " ''""^^ «^c.; mais il n'y a 

c- V ftT. . C-- signifie à l'origine « nourrir pour 

^ ^^ ; .• . f- s'explique, comme le dit M. B., mais 

. w > JU!:t pas li <*'"" « acte naturel fait et 

-i.x.-^rT«: » — P- 295' 3 07- Compte-rendu par 

'^ ,. ^ ;f M. Constans; voy. ci-dessus l'article 

.V ,.•> rwjrsues et corrections de M. B. sont 

-iv:^;. : " •* - -"' f*^^""^* ^ ^^'"'^ • '""'''■^ (P- ' $6) ne 
.. - •: ^f^: \enir de jocum ; jorz et corz (p. 29}) 

^ r> ,"i: .' > -i-iî^" J« /'"'' ^°'^ P®"*" "la jort; duit 
^ „ '., ♦.;jjî-i : ixochier, en parlant d'une flèche, est 

.■ ,v c^; r.'etnpéche pas qu'au passage cité il ne 

fC-- C^-^. • se courroucer », est un dérivé très 

"'. .,, V^iessus. p. 284. - G. P.]. - P. 307-8. 

.•^.^K*-^ Je la belle publication héliotypique de 



PÉRIODIQUES ^^^^ 299 

H. — Zeitschript fub bouanische Philolooib, IV, i-j. — p. 19J. 

Scholle, La critique de la chanson de Roland : l'auteur essaie de prouver que )e 
poème a été longtemps conservé par la tradition orale avant d'être écrit, et que 
les différentes rédactions que nous en avons présentent elles-mêmes beaucoup 
de variantes dues à l'intervention des jongleurs et non simplement aux copistes. 
— P. 223. Warnke, Sur l'èpogut de Marie de France. W y a de bonnes choses 
dans ce travail d'un élève de M. Suchier, mais toutes les conclusions n'en 
sont pas solides. L'auteur place Marie vers 1 1^0, parce que c'est le temps où 
vivait Denis Pyramus, qui parle d'elle : ii n'y a aucune vraisemblance à faire 
remonter si haut la Vie de saint Edmunt. L*auteur veut que Marie ait été Nor- 
mande^ parce quelle a le double imparfait en -ouï et en -eit : il n'y a aucune 
raison pour ne pas attribuer ce double imparfait, au Xlh s., au langage de 
rile-de-France ; il est vrai que Carnier de Pont-Sainte-Maxence et Chrétien 
confondent les deux formes, mais la confusion devait commencer de leur temps, 
et Marie, leur contemporaine, établie depuis longtemps en Angleterre, a dû 
conserver les formes anciennes d'autant mieux que l'anglo-norraand les tenait 
séparées. Jamais une Normande vivant en Angleterre n'aurait dit : si sui de 
France; là le mol France désigne sans aucun doute le royaume de France. — 
P. 248. Foth, Les verbes auxiliaires dans la formation des temps français. C'est 
une critique de la théorie de M. Chafaaneau sur ce sujet. M. F. a pleinement 
raison sur quelques points ; sur d'autres je ne suis pas de son avis ; ainsi je ne 
crois pas que les participes déponents latins aient exercé aucune influence sur le 
français : ils étaient déjà tout à fait morts en latin vulgaire ; mais je ne puis 
aborder ici celle discussion compliquée. — P. 2^6. A. von Flugi, Poésies 
historiques (de la fin du XV* siècle) en tangue ladine. — P. 266. Breymann, Us 
Altspanische Romanien dt Diez : détails sur les remaniements apportée par 
Diez, en 1821^ aux traductions de romances espagnoles publiées par lut en 
181S, accompagnés d'intéressants extraits d'articles peu connus du maître. — 
P. 278. Jacobslhal, le Chansonnier dt Montpellier (suite et fin). — P. J19. 
Baist, Version catalane de la Visio Tundali. [M. Baist a découvert dans un m$. 
de la bibliothèque de Munich (cod. hisp. 66) un texte catalan de la Vision de 
Tundalus différent de celui qui a été pubtié dans le tome Xill de la Colucion de 
doc. ined. del archiva général dt la corona de Aragon ; W en donne ici une copie 
diplomatique. Aux additions à la littérature du sujet fournies par M. Baist, on 
peut ajouter encore cet article du catalogue de la bibliothèque de Ferdinand 
Colomb : « ^2^7. Libro del Caballcro D. Comgano (sic) y de las cosas que en 
el Inlierno y Purgatorio y el Paraiso vido, trasiadado de lengua italiana en 
romance castellano. El prôlogo inc. Estt es el Itbro, Opus inc. Comcnzando 
la obra. Des. A la parte diestra llaman. Es en 4". Impr. en Scvilla por Jacobo 
Cromberger, ano 1 ^08. Costô en Sevilla 6 maravedis [Ensayo de ana bibl. 
esp. de libros raros y curiosos^ 1. 11, col. \]o), » Cette édition se trouve peut-être 
encore à la Colombine. M. Mussafia ne connaissant que le titre de l'édition de 
Tolède, I J26 (cf. EnsayOy t. 1, coL 1214). A propos d'une ancienne version 
castillane dont une copie se trouve dans un ms. de Tolède *, M. Baist relève 



JOO PÉRIODIQUES 

justement fa méprise de feu Amador de los Rios qui a pris le Pcro Gomez 
copiste ou traducteur de cette version pour l'auteur d'un poème moral en qua- 
trains monosyllabiques intitulé Las palabras qut àixo Saîomon ; mais il fallait 
ajouter que l'erreur est plus ancienne : elle a été commise d'abord par Sanchcz 
{Colcccion de poisias casUUmas ankriores al sigio XV^ t, 1, p. 114) qui a trans- 
crit une strophe dydit poème. Au reste le texte en question n'est pas entière- 
ment inédit ; une version abrégée en a été publiée, d'après un ms. de l'académie 
de l'histoire j par les traducteurs espagnols de Ticknor (t. I, p. 506 de l'édition 
espagnole ; t. II, p. 674 de Téd. allemande). M. Baisl en annonce une nouvelle 
édition d'après le ms. de Tolède. J'avais moi-même l'intention d'imprimer ce 
petit poème d'après une copie prise sur le ms. de Tolède par le fameux calli- 
graphe Palomares, mais puisque M. Baîst a pu transcrire Toriginal, je !ui aban- 
donne volontiers la partie. — La copte diplomatique de la Visio Tundali paraît 



particulière du roi d'Espagne qui n'a pas encore été indiqué. Dans son état aauell, il ne 
contient plus ta vision de Tundalus, mais il l'a contenue, et d'ailleurs i) n'est pas inutile 
de signaler tes autres textes qu'il renferme. 

Ce ms. coié 2 — G — 7 (iadis VII — D — j) est un petit in-4" sur papier de îoz ff, 
paginés, plus un feuillet préliminaire; relié en basane, si je me souviens bien, il porte 
au dos le titre : Leyes de Palenàa. au fol. jor se trouve une table ainsi conçue : « En 
este libro son copilados onze tratîdos. El primero se llama libro dcl arra [sic] dcl anima, 
como se rrasona el cuerpo con cl anima e el anima con el cuerpo e aun es llamado 
diaiogo*. El segundo de la vida de Sant Macario e de Seirgo c Alchino como fueron 
ver (?) su santa vida a una cueva cerca el parayso terrenal. El terçero de la vida de 
Berlan e de! infante Josafa. El quaito traïado de las vidas de Eos sanios padres. El quinto 
es de frey Johan de Rocaçisa. El sesto de losep ab Arimatia e el quai libro es Uamado 
de] santû grial que es el escodilla en que comio nuestro scEor Jesu Christo el juëves de 
la çena con sus discipulos en la quai escodilla cogio Josep la sangre del nuestro Salvador 
Jesu Christo. El Vir tratado es llamado el libro de Merlin. Kl viil-cl libro de Tungano. 
El IX* de los articu'os e sanaa fe de los chrisîianos. El X* fabla de Lançaroteedel rrcy 
Attus e su mugier. w Suit une autre table (avec renvois à une ancienne pagination en 
chiffres romains] qui reproduit, en l'abrégeant, la première, et ajoute deux articles : 
a Sermo Domini, Vocatum est nomen eius Jésus, ccucxix. — Reglas de la yglesia de 
Léon para rezar. cclxxkvii n. Au bas du fol. la date : « E este libro se acabo anno 
Domini MCCCCL.XIX. Teirus Ortis ckricus. » Dansl'éiat acnjcl le ms. contient : 1 ) « Libro 
de las leyes.... Nos Don Alfonso... entendiendo que la noble cibdat de Palencia c de 
Sevilla no ovieron fuero, » etc.; en quatre livres (fol. 1-94 v). — a) t Aqui comiença 
el libro de la vida de Berlan e del rrcy Josapha de India, sicrvos c confesorcs de Dios, » 
etc. (fol. 9J-21}), — }) < Aqui comiença el libro de la mesquindai de la condicion 
humanal e fue compuesto por uno que era diacono e en este libro se contienen de los 
amonestamientos e de las vidas de los sanctos padres. Ay en e) veynte e très capitulos, 
aunque no estan aqui ». En effet il n'y en a que huit (fol. 21 j-ij? v). — 4) « En cl 
nombre de Dios aqui comença cl libro que conputo frey Juan de Rrocacisa^ frayre de la 
orden de Sant Francisco, de tas cosas maravillosas y espantos que han de venir y acon- 
teccr en tos tiempos que han de acontescer, cl quai Ilamo buen amigo non te partas de 
mi en el ticmpo de la tribulacion » (fol. 257 v-js,tl. — () t Este tratado se llama el 
Hbro de Josep ab Arimatia e otrosi libro del sancto grial» que es el escodilta en que 
como Jesu Christo » (fol. 2{ 1-281). — 6) « Aqui comiença la estoria de Merlin e cuyo 
fijo fue e del rrey Artus e de como gano la Grand Bretaîia oue se dize inglaterra » [fol. 
181-296). — 7) «« Titulo de la santa fc e crchencia de tos ncles christianos » (fol. 296- 
198). — 8) t Lançarote. « Incomplet à la fin. U ne reste que les deux premiers chapitres 
et le commencement du troisième. Ce fragment se termine par « E la doniela luego se 
partio e levo su mandado e contolo todo al rrey, e ante que e! rrey respondiose f ?J 
Câlvan que cl rrcy estava para vengar la su vengança... 1 {fol. 298-^00 v). Au bas du 
fol. ^00 v : • Escriptuï fuyi anno Domini MCCCCLXX. Petrus Ortis. » — J'ai pris ces 
extraits très à la hâte il y a cmq ans. — A. M. -F. 

* Cest b t'm0H de FiUbtrlo pubLéc par J. M. Ociavio de Toledo, daos ta Zeitschrifi f, 
rvm. PkUoloffit, t. II, p. îo. 



PÉRIODIQUES 501 

faite avec grand soin. Le texie du ms. de Munich,» sans être malade, a pourtant 
reçu quelques blessures; mais il n'est pas très utile de chercKer maintenant à 
les panser, puisqu'une édition critique du texte latin estannoacée. Voici pour- 
tant quelques remarques. P. ^19, I. 8 du bas, er, lire era. — P- J2i, I. 4, 
Uxat peut être conservé. — Ibid., I. 1 ^ du bas, e[n] mancra de stgi en panna 
c^rmâf signifie « comme de la graisse brûlée sur la couenne ». — P. p2, I. 21 
du bas, palagtr doit être lu paiagrl ; la version des archives de Barcelone a 
patagri, — Ibid., l. 19 du bas. Je ne vois pas de raison pour changer perdu- 
rabie en perturbarda. — Ibid., I, 12 du bas, no comparables est bon; cf. la ver- 
sion de Barcelone, p. 89 : iwa bcstia moh horrible e desfigurade sens nula compta 
ratio. — P. J2J, l. 6 du bas, no sabc. Autant vaut corriger nos sabt que no 
saben. — P. 2^4, 1, 16, es. Corriger als. — Ibid., I. 15 du bas, traucalz, lire 
irancûtz. — P. 325, I. 8 du bas.» nmgam^ lire vmgam. — P. J26, I. 4, carnices 
est sûrement pour carfticers ; cette réduction de ers {= arius) â ts est fréquente 
en catalan. — Ibid., 1. 21 du bas, ensemamtnl doit être lu tnsemament ■=. ensa- 
njamenl (de sania), — Ibid., L 20 du bas, en, Wreeren. — P. 327, I. 2 du bas, 
e en, lire eu to et non pas en el. — P. 528, L j, cumplien. lire umpUen. 
^- P. 328, I, 10, traucauen^ lire trancûuen, — Ibid., I. 22 ou bas, estro^ 
lire entra. — Ibid., I. 1 du bas, monestircs, lire monestircs. C'est une faute 
d'impression comme la précédente. Lorsque les textes latins seront publiés, on 
pourra sans doute restituer d'autres passages. Il serait à désirer aussi qu*on 
collalioninât â nouveau le ms, de Barcelone, fort incorrect, mais, â ce qu'il 
semble, très mal lu. — A. M. -F.] — P. 330. Apfelstedt, Poésies religteuses des 
Vaudois : [reproduction diplomatique de la Barca et du Novet Set mon d'après le ms. 
de Genève. C'est la suite d'une publication dont il faut chercher le commence- 
ment dans VArckiv de Herrig, t. LXII. La courte et insignifiante introduction 
imprimée dans VArckiv ne justifie pas le système d'édition adopté par M. A., qui 
consiste i reproduire tant bien que mal, à Taide des ressources qu'ofre la typo- 
graphie, les abréviations du ms. Il n'jr avait pas, dans le cas présent, de motif 
suffisant pour avoir recours à cet incommode système. Il fallait, ou bien faire 
une édition critique des poésies vaudoises d'après les mss. de Genève, Cambridge 
et Dublin, ou, si on reculait devant ce travail, se borner i donner la collation 
du ms, de Genève avec l'une des éditions qu'on en possède. Tout ce qu'il y a 
i prendre dans la copie diplomatique de M. Apfelstedt pouvait tenir en moins 
d'une page. — P. M.] 

Mélanoks. t. Histoire littéraire. P. 347. C. M. de Vasconcellos, Sur la ques- 
tion </'Amadis ; curieuse petite découverte : une chanson de loâo de Lobeira, 
poète portugais du temps du roi Denis, conservée dans le chansonnier Colocci- 
Brancuti, se retrouve, altérée el remaniée, djins VAmadis^ dont la rédaction 
primitive est, on le sait, attribuée au portugais Vascode Lobeira. — II. Bibho- 
graphie, P. 31. Grœber, U ms. B. N. fr. 24489 et le ms. Sainte-Ceneviivc Jr. 
fol. H. 6 : ces deux manuscrits sont tes deux parties d'un même volume : la 
table de la seconde partie (ms. B. N.) se trouve sur le dernier feuillet de la 
première (ms. S. -G.). — III. Texles. 1. P. 353. Bartsch, le Chansonnier pro- 
vençal, fin, — 2. P. 362. Suchier, Fragment d'une Madeleine en anglo-normand 
(cf. Rom. IX, 491). — 3. P. 364. Stengel, Un fragment rf'Aspremont : à Flo- 



502 PÉRIOOfQyES 

rence, feuillet provenaîit d'un ms- italien du XIV» ou XV» siècle. —4. P. jéj, 
Stengel^ h Desputoison de i'ame et du cors : additions au précèdent article sur le 
même sujet {voy. Rom. IX, 479). — 5. P. j68. Stengcl, Fragment iun glos- 
saire laîin-Jrança'fs du XIII* siècle ; un feuillet, appartenant à un particulier à 
Wiesbaden. — IV. Exigèst. P. 371. Liebrecht, Sur la Chanson de Rolland; 
conjectures étymologiques, surtout sur des noms propres, qui manquent de base 
et de valeur ; le savant auteur n'est pas là sur son terrain. — V. Recfurclus 
ilyrjiologi(jaes. i. P. ^73. Toblcr, Etymohgics. 1. It. Paragone : ne vient pas 
de l'esp- paragùn pour paru con (Diez), mais bien du grec icapaxovï), < pierre 
de louche 1, Ttapotxoviw^ 1 frotter contre la pierre de touche ». — 2. Fr. pon- 
ceau : n'est pas punïctUo^ car l'ancienne forme est pooncel ; c'est donc un dimin. 
soit de poon = pavone {i cause de Téclat du coquelicot), soit plutôt de pavo{t), 
qui lui-même vient de papavtr, par la chute de la terminaison cl non de la pre- 
mière syllabe (Diez). On pourrait encore regarder pooncel comme se rattachant 
à patonia^ d'où pivoine^ anc. piont^ peone. — 3. Fr. acariâtre : ne vient ni d'un 
imaginaire acarier, t affronter » (Diez), ni du bas-latin juridique ûtcarare^ mais a 
été fait au XIV* s. sur le grec <ix«pi;. affubté d'une terminaison française (cf. 
opinidne). Je ne crois pas à celte étymologie plus qu'aux autres. La folîe s'appe* 
lait jadis le mal saint Acairc, parce que saint Acaire, évêquc de Noyon, très 
vénéré dans tout le nord de la France, en guérissait ^voy. les joties scènes du 
Jeu de la Feuillit); de là, à mon avis, acanastre^ qui signifiait jadis * fou 
furieux » fvoy. Sainte-Palaye aux mots Acaire elacariastre). Sylvius,dès le com- 
mencement du XV* s., a rapproché les deux mots, mais il semble, d'après 
ce qu'en dit Sainle-Palaye, qu'il ait attribué à saint Acaire la renommée de 
guérir les acariastres à cause de la ressemblance de son nom au leur, tandis 
que le leur me paraît dérivé du sien ; la terminaison a sans doute été influencée 
par foliistre. — 4. Esp. ccchalote (qui est l'auteur du fr. cachalot) ; ce mot doit 
être un augmentatif de cachtielo, qui signifie un poisson, et se rattache avec 
d'autres mots de sens analogue à catulus. *- 2. Fœrster, Etymologies romanes 
(suite). 2\. h. piviaie : de pluviale^ et non de pkbeale (Diez). — 26. Fr. 
poature : de pukura (cf. Rom, IX, 579). — 27. It. vetto : de vetlas, et non de 
nllus (Diez). — 28. Fr. pluriel : fort bonne explication de cette forme (où 
l'auteur s'est rencontré avec M. Tobler) ; il faut noter que jusqu'à une époque 
toute récente ce mot, bien que s'écrivant pluriel, se prononçait /t/uri^ = /j/tfn«r ; 
on a d'abord modifié l'orthographe, puis elle a^ comme il arrive trop souvent, 
changé la prononcialion. — 29. Fr. messeam : l'auteur démontre rinterprètation 
que j'ai donnée comme seule admissible {Rom. VI!I, 289). — 30. Fr. verve. 
M. F. propose de le tirer non de verva^ mais dcverba: il hésite pourtant quelque 
peu ; pour moi je regarde depuis longtemps cette étymologie comme sûre (pour 
rb =^ rv cf. verveine de vcrbena) ; le mot se retrouve en ladin, sous la forme 
nrvûf comme pluriel de vurf =: nrbam. — 3. P. 383. Ulrich, it. assestare, esp. 
sesgar : dériveraient l'un et l'autre de sexus, participe de secare, parallèle à 
sectus fie latin sexus n'est en effet pas autre chose que ce participe). — 4. 
Suchier, crevette, chc\'relte : voy. ci-dessus, p. 238. — VI. Grammaire, P. 384. 
Schuchardt, note additionnelle sur un point de grammaire irlandaise traité dans 
le précédent cahier. 



PÉRIODIQUES ^o; 

Comptes-rendus. P. j86. Scbeler, Anhang lu Diez' Etymot, Warterbuch 
<Vollmœller : indication de quelques omissions). — P. 387. Bartoli, Storia 
titllû Utteralura itaUana Mil (Gaspary : bon livre, remarques intéressantes). — 
P. 393. Reinhardslœttner, Granmatik dar itaitentschcn Sprache (Mussalîa : sans 
Tâleur). — P. 394. Salomone-Marino, Leggindt popolari sialiam (Licbrecht). 
— P. 401, Koschwitz, Karl's Rtist ; Sichs Biarbàtmgai des Gtduhts von Kart' s 
Rthe (Suchier : long et important article , l'auteur n'est pas convaincu par mes 
raisons que le poème soit du XI« siècle). — P. 41 s. Fœrster, De Vtm$ la 
detSH d'ûmor (Suchier). — P. 420. Weber, Utbcr dcn Gtbraach von devoir, tU. 
im Attfranzasischen ^Slimming). ^ P. 422. Lachmund, Ueber den Gebrauch des 
reinen und des pTapos\tiomhn înfimùvs tm Attfranzasiscken (Foth ; dissertation 
qui mérite d'être lue). — P. 424. Lubarsch, Franzasische Versiekre ; Foth, Die 
franzastsche Mdnk (Lamprecht). — P. 429. Tourtouion et Bringuier, Etude sur 
ta limite giographi(}ue de la langue d'oc et de la langue d'oïl (Breymann). — 
P. 430. Clédat, Bertrand de Born (Stimming ; discussion de plusieurs points 
historiques). — P. 438. Levy, Cmlhern Figueira (Bartsch : cf. ci-dessus). — 
P. 443, Hartmann, Ucbcr das altspanischt Deeikantgsspiel. [L'art, de M. Baist^ 
très savant, et qui rectifie en divers points (e travail de M. Hartmann, me 
semble toutefois trop sévère. Ses concl usions sur la date à assigner à la pièce 
espagnole sont, à très peu de chose près, les mêmes que celles de l'auteur qu'il 
critique : M. B., qui croit le ms. des dernières années du XII" siècle, date la 
composition elle-même de la seconde moitié du même siècle ; il reconnaît égale- 
ment que c'est â cette époque que tes noms connus des Rois Mages apparaissent 
avec fréquence dans les textes liltératres, tout en contestant que cette vulgari- 
sation soit due à la découverte de Milan et à la translation à Cologne. Comme 
nous, M. B. croit à l'origine française de ce théâtre liturgique espagnol. — 
A. M.-F.]. — P. 4^6. Morel-Fatîo, L'Espagne au XVI' et au XVII- sùde. [Je 
remercie vivement le critique, M. Baist, d'avoir bien voulu me lire avec tant d'at- 
tention. Ses remarques et corrections sur le texte dti Cancionero de Wolfcnbûttcl 
sont précieuses, et j'en tiendrai compte à l'occasion. — A. M.-F.J. — P, 4<;9, 
Robert, Inventaire sommaire des mss. des Bibliothlïjues de France (Bartsch : 
M. Grœber ajoute de précieuses notices sur divers manuscrits de l'Arsenal K — 
P. 463. Romanische Studien, XIV-XV (Grœber, Seeger, Gaster. M. Gr. doute 
de Pexplication de tl neutre donnée par M. Horning ; il admet son explication 
de bricon ; M. Seeger donne sur Philippe de Beaumanoir d'intéressantes remar- 
ques). — P. 468. Romania, 33-34 (Grccbcr, Baist, Aimeric, Bartsch, Flugi. 
Ces comptes-rendus, notamment ceux de MM. Grœber et Baist, contiennent 
beaucoup de bonnes observations, qu'il serait trop long de reproduire ici. 
M. Bartsch déclare que j'ai sur la rhythmique des idées si différentes des siennes 
qu'il doit renoncer à continuer une discussion avec mot (à propos des rapports 
de la versification celtique et de la versification romane). M. l'abbé Aymeric 
répond à P. Meyer». 



I. (Je n'ai nullement rimentîon de répliquer à M, l'abbé Aymeric, qui ne comprend 
pu touiours les objections qu'on lui fait, et dont les erreurs sont principalement des 
erreuri de méthode. Je me borne i dire que j'aurais pu, sans excèf, «re beaucoup plos 



^. ^ ■ ■ • i..i. — ?. $02. Bartsch, 

' <-esa.'^ » 'V'aa religieuses des 

. . -v ^ iw«-e — ?■ >42. Faulde, le 

^ ,_ i ^jT' a- 5jfM« à Fr. Neili : 

... i ^ -.-=s — :. P. $74- Gaster, 

^ ...^ ,j- -ts sa rcirouve dans le livre 

-. ^.. . ^'r:x: z'zn ms. des Loherains : 

^_ i ,t iw:s î Metz. — 2. P. j82. 

i;,7« M A. avait copié de son 

^...~ --rtsment (voy. Romania IX, 

^ ^ .,.,j .: riomatique et mon édition 

-* « a^-r u.?:es ûeu ou j(«u, enemics ou 

^.. A* s.-i. je n'ai guère le temps de 

%.>iî »« •^* l'imagination de M. A., car 

., . -ïo-^.xiuites de son mieux en signes 

c u r; «it^on que celle que j'ai adoptée. 

. ^ i:t ft ^Jit «le reproduire mécaniquement 

^ .. ^,.-.r .-< ^ue veulent dire ces signes. — 

V xs-^eî". la Première édition des Altspa- 

^ t > -. — 11. Exèghe. Suchier. Josqu*as 

. , ... r^ril josqu'as Seinz). M. S. rend très 

>^. . fa.: entendre la ville de Xanten, appelée 

^ ^ V V - V. Critique des textes. P. j8j, Varn- 

,^'" \, .■ stm-t {Zeitschr. IV, 75, 56$). —VI. 

• -, . .."ow*!-" ■ <* ""ot ^^ bien, comme le dit M. G., 

..-<<on;j-. »'" il est venu au français par la voie 

;■- v.rartisme, et nullement comme Bougre. — 

^ ^ » .,..,-; -ioron : à propos de l'art, de M. Cornu 

--.tra-C-W «i'"" gr^^d intérêt. 

. S4.,Y\>.. ^'-'rivw' Gedichte (C. M. de Vasconcellos). 
,^u .-vn'WVj italiana (Gaspary : le critique recon- 



.Hsv^.H .i!««^ ?^**" **"* explication quelques remarques de 

■'*"*'!,, liÀv î « dialecte rouergat. Du même coup je répon- 

" "^^^i ^4.-.t:.*w<. mais mal appliquée, qu'a faite M. Koerting 

" ■ '^',,/,, jjV .-. I. >".-'j»fce und Literatur. Il avait été dit dans la 

' *■ * \ ^»^v^< if la thèse présentée à l'université de Bonn par 

-V." .'iN..\*r en Ailemagne que nos apprentis en philologie 

' '" ^ ,' •J»*;'^>;i>J qu'en F*rance, où ce nouvel enseignement vient à 

' ^ »* :. ( 1. !\. 1»^^- C'était là une assertion à la fois inexacte 

vx!*'-.-r* «;">• depuis bien des années, enseignent à Paris la 

'* /^ . .^: »w ;f;it assertion. On peut si bien, et depuis longtemps, 

■,jNx '?*w.:ipjlfment l'ancien français et le provençal — à 

- ■" "' ^' . . ;.,^ ft en nombre relativement considérable, viennent suivre 

^*,,.'^"^{ujrt, de l'Ecole des chartes, du Collège de France. Je 

^ * '^^^ V "•■■» îJiute Je s'être reporté au point de départ de mes obser- 

"'^ ..' *V.j*-'«.*#if l'idée — qui est très lom de ma pensée — qu'on ne 

■ "^ ^ ' .Jr ^| . w, romanes qu'en France. Il y aurait là une exagération 

":^. .< *-> ÀC^t wml«é. - H. M.j 



PÉRIODIQUES ÎO5 

oatt rimportance capitale de ce livre). — P. 612. Castelli, CrtÂtnzt ed usi popo- 
lari iiciiiani (LiebrccKl). — P. 61 j. Finamore, Vocabolario dcW uso ûbra::ese 
(Liebrecht). — P. 61 j. Monaci, // mistcro provtnzalc dt S. Agiuie (Grœber : à 
propos de cette belle reproduclian photographique, remarques sur le texte). — 
P. 617. Gayangos, Catalogue of thc spanisk Mspls. in ihc Bntish Muséum (Voll- 
moeller, compte-rendu trèj indulgent). — P. 619. GiomaU di filologia romania 
(Gaspary). G. P. 

01. — RoMANFSCHE Studien, XVII (t. V, fasc. i). — Ce gros cahier est 
entfèrement consacré â Glrart de Roasiiflon. Les pages 1-19} contiennent la 
reproduction diplomalique du m s. Canonici exécutée par M. Fœrster avec 
la collaboration d'un de ses élèves. M. F. avait obtenu ie prêt à Bonn du ms., 
condition particulièrement favorable qui n'a pas été celle où se sont trouvés 
ceux qui avant lui se sont occupés du même texte. Les pages r 93-201 con- 
tiennent la description matérielle du ms,, des observations fort contestables sur 
son origine, et des notes sur la lecture d'un certain nombre de passages. Les 
pages 205 à 280 nous offrent la reproduction plus diplomatique encore (j'expli- 
querai ce comparatif) du ms. Harléien par M. Stùrzinger. Enfin les dernières 
pages sont occupées par la collation du ms. de Paris avec Tédition de M. G. 
Hofmann, par M. Apfelstedt. Pour ce dernier ms., l'édition de M. Hofmann est 
certainement supérieure â celle de M. Fr. Michel; je l'ai constaté longuement 
il y a vingt ans^ ; elle est cependant fautive en maint endroit. De plus, comme 
le commentaire qui devait raccompagner n'a point paru, le lecteur n'est pas 
averti des corrections bonnes ou mauvaises introduites par l'éditeur dans le 
texte du ms. La copie du Canonici et celle de l'Harléien visent à l'exactitude la 
plus rigoureuse. Les abréviations des deux mss., les lettres suscritcs, les s 
longues, etc., sont reproduites à l'aide de caractères fondus ad hoc. Il semble que 
detix copies conçues dans ce système doivent atteindre au même degré d'exac- 
titude. H n'en est pourtant pas tout à fait ainsi. La copie du ms. Harléien est 
plus matériellement fidèle que celle du Canonici, et si en ce genre de labeur — 
qui n'a avec la science qu'un rapport lointain — la palme doit être donnée à 
l'œuvre ta plus automatique, c'est à M. Stùrzinger plutôt qu'à M. Fœrster qu'elle 
doit être attribuée. L'un et l'autre seraient du reste battus aisément par n'im- 
porte quel photographe. Ajoutons en passant que l'emploi de ta photographie 
aurait eu, en ce qui concerne le Canonici, un avantage particulier. L'encre de 
ce ms. est très pâle ; les traits qui, par places, sont à peine distincts, ressortî- 
raient, je crois, plus nettement dans une photographie que dans l'original. Une 
autre supériorité du travail de M. Stùrzinger est que les notes sont au bas des 
pages, tandis que M. Fœrster met les siennes à ta suite du texte. Comme dans 
l'un et l'autre cas ces notes sont relatives à des particularités (corrections, 
surcharges, etc.) que la typographie ne peut reproduire, il est commode de les 
avoir aussi près que possible des passages auxquels elles se rapportent. La 
copie de M. Stùrzinger est aussi fidèle qu'une copie peut l'être; j'en puis porter 
témoignage, possédant moi-même une collation minutieusement exacte du ms. 



1 . Bibliothiqae de tÊeote du chants ^ (* série, II, ^0-68. 
Romania^ X 



20 



306 PÉRIODIQUES 

Harléifn, La reproduction du ms. Canonici n'est pas^ comme |e l'ai dit^ aussi 
parfaite en son genre. Bien des particularités que M. Stiirzinger n'eût pas 
rT]af](|ué de noter ont été passées sous silence, soit par mégarde, soit de propos 
délibéré, par M. Fœrster. Ainsi, pour ne citer qu'un fait, il y a au haut du 
fol. 86 v"unc indication importante relative au placement des tirades copiées sur 
les deux feuillets rapportés qui maintenant sont numérotés 87 et 88. M. P. ne 
s'en est pas aperçu, non plus que M, Stengel qui s'csî occupé jadis de ce pas- 
sage. J'ai relevé ce détail dans ma traduction [sous pressej de Girarl de Roussillon, 
p. I i8, note 7. D'autre part M. F. ne semble pas avoir eu une idée bien dairc 
de ce qu'il voulait faire. En principe, il vise i une reproduction littérale du ms.; en 
fait, il nous donne souvent autre chose. Il ne petit s'empêcher (et je l'en excuse) 
de chercher à comprendre ce qu'il copie, et il lui arrive fréquemment de faire 
part de ses lumières au copiste consciencieux, mais peu intelligent, du Canonici. 
Prenons quelques vers de la page 80, l'une de celles que je me suis amusé, me 
trouvant à Oxford, à collationner avec le ras. Au v. 41 39 M. F. imprime en un 
mot mimai (mi mai) ce qui est conforme au ms., mais partout ailleurs dans la 
même page les mots sont divisés d'après le sens, quoi qu'il en soit du ms. ; ainsi le 
ms. porte: v. 4140 cosat. 4142 îaaij losigrat^ 414? fojerai, etc., et M. F. écrit 
co sai/i iia\, etc. Ce n'est plus une reproduction diplomatique. Au v. 4118 
M. F. écrit Ci de bevt ckr; il faut choisir entre l'esprit et la lettre : la lettre 
veut gtdc bai clar, l'esprit gt de bcucUr. Dans la même page je note une faute 
(les fautes proprement dites sont rares^ je dois le dire) : per^ 4' '3, quand il y 
a très clairement par; v. 41 jo, il n'y a aucune raison pour mettre n entre 
parenthèses. — J'ai dit plus haut que les observations de M. F. sur l'origine 
du ms. étaient fort contestables. M est de toute certitude, quoi qu'il en dise, 
que le ms. a été exécuté par un copiste italien ; la forme de l'écriture ne me 
laisse aucun doute à cet égard. On a vu du reste dans noire précédent cahier 
{Romama^ IX, pa, n« 48) — cl c'est déjà une forte présomption — que le 
Canonici faisait partie, en 1407, de la bibliothèque des Gonzague. — Malgré 
ces menues critiques, M. Fœrster s'est acquis par cette publication un mérite 
dont on lui saura gré, moi plus que personne, celui d'avoir fait rentrer dans le 
néant les publications plus ou moins illisibles, dans tous les sens du mot, dont 
les mss. Canonici et Harley avaient été l'objet jusqu'ici de la part de MM. Mahn*, 
Schweppeî*, Fr. Michel et autres. — P. M. 

— XVIII (V, 2]. P. 297. Schwitz, Lt Hrso du fragment d& Vakndennts : l'auteur 
donne en quatre planches (à la suite de la livraison! la restitution et le déchiffre- 
ment du texte, avec quelques remarques ; le tout sera utile. — P. joi . Rose, la 
Métrique de la Chronique de Fanlosmc : l'auteur combat la théorie de M. Suchier 
sur la versification anglo-normande, et cherche à prouver que Fantosme a écrit 
toute sa chronique en alexandrins, sauf un morceau^ 120 vers dècasyllabiques. 
Si le poète a changé ainsi de rythme une fois, il a bien pu le faire d'autres fois, 
ei on est autorisé â admettre d'autres groupes de vers non alexandrins. Sont>ce 
des vers de 14 ou de t6 syllabes? c'est une autre question. Je remarque pour 
ma part que le second hémistiche des vers de Jourdain Fantosme esta peu près 



1. Voy. Romania [II, )o8-9. 

2. Romania. VI 11, 128. 



PÉRIODIQUES P7 

toujours régulier (en tenant compte des deux manuscrits), tandis que le premier 
hémistiche a tantôt six, tantôt huit, tantôt quatre syllabes. M. R., qui veut 
tout ramener à deux hémistiches de G syllabes, pratique des corrections en 
masse et admet des formes angle normandes qui ne sont pas toutes justifiées. 
Son travail, Iohr et minutieux, est d'ailleurs très difficile à suivre et à contrôler, 
même avec les deux éditions de Jourdain sous les yeux ; il aurait mieux fait 
d'imprimer les vers tels qu'il les restitue, en mettant en note les variantes des 
manuscrits. Au reste, il y a dans ce travail beaucoup d'application et de 
méthode. — P. }8j. Wehrmann, Contributions à lUiadi du pariicuUs àt coordi- 
nation en français : il ne s'agit que des plus anciens textes; le dépouillement en 
est bien fait, et les résultats, s'ils ne sont pas très nouveaux, prennent de 
l'intérêt à cause de la base solide sur laquelle ils sont appuyés. J'ai remarqué 
çà et là quelques méprises, mais elles sont légères, et ne diminuent pas la valeur 
de ce morceau. — P. 445. Vogels, l'Emploi syntaxique dts temps et du modes 
chez Pierre de Larrivey : quoi qu'en dise l'auteur, il n*a pas été bien inspiré 
d'étudier la syntaxe du XVI* siècle dans Larivey, auteur d'origine italienne qui 
traduit de l'italien et qui présente plus d'une bizarrerie. Le travail de M. V. 
dépassant !e cadre de ta Romania, je n'ai pas è en rendre compte ; en le parcou* 
rant, il m'a paru renfermer un assez grand nombre d'inexactitudes. Une singu- 
lière méprise historique est de faire de Grosley fp. 44^) un « contemporain * 
de Larivey. M. V. reproche aux Français, sans exception, d'avoir grossi avec 
partialité la part de Larivey dans ses comédies. Je me permets de rappeler que 
j'ai écrit il y a quatorze ans : • Larivey a traduit très fidèlement des comédies 
italiennes, en changeant quelques noms et en supprimant çà et là un rôle ou une 
scène \Rcv. crit.j 1867, t. I, p. 47 n.) ». — P. 5^7. Maertens, la Légende de 
Lancelot. Cette étude très consciencieuse ne résout pas ou ne résout pas bien 
tous les problèmes ; mais elle en résout quelques-uns, et elle marque un pas 
important dans l'étude si difficile des romans en prose de la Table-Ronde. J'au- 
rai prochainement l'occasion de traiter ce sujet en détait, et je me servirai plus 
d'une fois du travail de M. M ; je me borne ici à noter deux points capitaux 
sur lesquels je diffère de lui : il veut que le Lancelot du roman traduit par 
Ulrich de Zazikhoven ail déjà été connu comme l'amant de la reine, ce qui n'est 
pas soutenable ; il pense que le poème de Chrétien [la Çharcte) et l'épisode du 
Lancelot en prose qui porte le même titre remontent indépendamment à une 
source commune ; je crois être en état de prouver que k Chante en prose est 
faite sur le poème. — P. 707. Horning, L's à la première personne da singulier 
en français : l'ingénieux philologue propose de regarder 1'; de je viens ^ je rends, 
je VOIS, etc., comme provenant du ch picard (écrit souvent f) dans des formes 
comme je porch, je rench, et aussi je viench^ et ces formes elles-mêmes comme 
venant du subjonctif avec c ch. Cette proposition séduisante ne me paraît pas 
devoir être adoptée ; mais il faut en tenir compte, et les formes picardes 
en question, qui paraissent bien expliquées iraffinité du subj. prés, avec la 
i" pers. sing. de l'ind. pr. est notable en anc. fr.), doivent être examinées 
avec soin. Je signale à l'auteur l'inadvertance qui lui fait dire qu'une édition 
de Molière « reproduit fidèlement Us manuscrits. » Hélas I — P. 716. Bœhmer. 
Bibliographie. G. P. 



Î08 PÉRIODIQUES 

IV. — LlTEHATUBBLATT FUR OEHM. UNO nOM. PHlLOLOOrE, 1880, II" I l . 

Novembre. — Col 597. Reinscîi, Die P icudo-Evangclicn etc. ^M. Mussafia 
signale les innombrables fautes dans les textes français ; voy. Rom. VIU, 6j6). 
— Col. 417. Becq de Fouquières, Traiti de versificalion français< {M.Tobler, se 
plaçant surtout m point de vue tiistarique^ rélute les ingénieuses théories de 
rauteur). — Col. 420. Luzel, VniUa kctoma {Liebrecht). — Coi, 421. Guer- 
rim, Croce (remarques précieuses de M. R. Kœhlerj. — Col 424. Alton, Die 
ladimschm idtomt (Gartner : ouvrage utile, où la méthode laisse à désirer), 

12. Décembre. — Col. 460. Pitrè, Pronrbi sidham (Liebrecht ; rend pleine 
justice à cet important recueil). — Col. 461. Hartmann, Utbcr das altspanischt 
Dnikanigspiei (article très favorable de M. Lidforss, qui avait publié les Reies 
Magos avant M. H,). 

1881. I. Janvier. —Col. 16. Picot et Nyrop, Recueil de faras (Ulbrich : 
bonnes remarques). — CoL 20. DemattiOj Grammalica provcnzûk (Ulrich : très 
médiocre). — Col. 22. Kocrting, Baccacao (Gaspary : long cl important 
article). 

2. Février. — Col. 4^. Grtindlvig, Lasningsstemn (Liebrecht : recueil intéres- 
sant de diverses superstitions relatives aux pierres). — C. ]%. Mùllcr, Etjmo!. 
Wœrkfbuch der cngL Sprache^ 2« Auflage (Neumann). — C. ^. Jarnik.^ Index 
zu Diez' Et) m. WarUrbach {Baist). — C. ^9. Merkel, Dcr franzœsischi Wortton 
(Storm). — C. 60. Hofmann et Muncker, Joufrois (Mussafia : beaucoup de 
bonnes corrections). — C. 64, Zingerle, Ueber Raoul de Houdtnc (Suchicr : 
fait l'éloge de cette remarquable dissertation et en adopte les conclusions). — 
C. 66. Gautier, Les tpopèa françaises (Slengel). — C. 67. Prato^ Quattro novel- 
line popoian liYornesi (Liebrecht). — C. 68. Grassi^ Saggio inîorno m sinonimi 
délia lingua ttûtiana (Vockeradt). — G. 69. B. Délia Lega, Bibtiografia dei 
vocabolari ne dialtiù ilaliani (Neumann). — C. 69. Gartner» Die Gredner Mun- 
dart (Alton.). 

j. Mars. — Col. 9j. Kreyssig, GeschkfUe der franz. Uteratur^ s* Auflage 
(Vollmœller : ce qui concerne le moyen âge est sans valeur). — Faulde, Ueber 
Gemmation un Altftani^iischcn (Suchier : voy. ci-dessus, à la Zeitschrijt) . — 
Perschraann, Dit Sletlung von in der Ueberiieferung des Rolandsltedes (Scholle ; 
voy. la réponse de M. Stengel, et la réplique de M. SchollCj col i js). — Col 
loj, Vayssier, Dictionnaire du patois de VAve^ron (Aymeric). — C. 104. Hortis, 
S/uJi iuUe opcrc latine del Boccaccio (Kœrting : ouvrage de premier ordre). — 
C. I (0. Vitali, Cantare di madonna Ekna (Liebrecht). 

4. Avril — C. I j j . Ziekke, Sir Orfeo (Wissmann : ce curieux poème anglais 
provient d'un original français perdu). — C. 157. Riese, Recherches sur l'usagt 
iyntaxtque de Froissart (Slimming 1 laisse i désirer), — C. 159. Hormel, Dte 
Chronique ascendante (Kœiling ; admet les conclusions de l'auteur). — C. 141. 
D'Ancona, Sfudj (Gaspary). — C. 147. Andeer, Rhatorûmdnische Elementar' 
grammatik (Ulrich : ouvrage maladroitement fait). 



V. — Bulletin de la Société obs ajïcik-Hs textes français, 1880, 
n» I. — P. J8-40, Ancienne traduction française en vers du Pater et du Credo. 
Cette traduction, publiée d'après une copie de feu L. Pannier, esl tirée du 



PÉRIODIQUES 509 

ms> lat. 3799 qui provient de l'abbaye de Val-Secret, au diocèse de Sois- 
sons. Elle remonte par récriture au commencement du XIII* siècle. Le 
Pater est traduit en 24 vers octosyîlabiques, le Credo en 20 vers décasyllabi- 
ques rimant deux i deux. — N<» 2. P. 46-84, P. Meyer, Noiia du ms. Douce 
210 de h Bibliothtque BodUunnt à Oxford. Ms. exécuté en Angleterre ou en 
Irlande, à la fin du XIIl" siècle, et contenant 16 ouvrages ou opuscules, presque 
tous en français, et en vers. Quatre d'entre eux étaient jusqu'à ce jourmconnus, 
à savoir : n* 1, poème allégorique sur les membres du corps humain, incomplet 
du commencement et de la fin; n» lll, sermon en vers sur la vie humaine; 
n* IV, traité en vers • du chevalier Dieu » ; n" V^ le Corut^ traité en vers sur 
les sacrements, dédié par l'auteur, le chapelain Robert, « â son très chier 
scignor Alain ». Il faut signaler aussi dans te même ms. un fragment, publié in 
exUmo, du Roman dts romans^ poème d'un style tout à fait remarquable. 

VI. — Niiow ANTGLOtiu (janvier et mars 1881 » i* série, t. XXV, p. 201- 
216, et XXVI, î-16). — G. Carducci., Un pocta d'amore de! secolo XI L Étude 
littéraire sur Bernard de Ventadour, faite avec tout le talent que l'on doit 
attendre de son éminent auteur. Au point de vue historique» M. C. s'appuie 
surtout sur les rèsuJtats obtenus par M. Hans BischofT (dans sa Biographie du 
Troub. B. von V., Berlin, 1875) et s'en sépare seulement pour reconnaître, avec 
Fâuriel, l'authenlkité de la chanson Beit Monruels. D'ailleurs M, C. s'est uni- 
quement proposé de faire connaître au grand public italien les pius beaux mor- 
ceaux de Bernard de Ventadour, qu'il a su admirablement traduire, « Soprac- 
caricare di coirsiderazioni storîche ed estctichc cotesii gracilî fiori, mi parve 
peccato... Cercai sollanto di rîmoverc d'tntorno da essi la neve ed il ghiaccio 
per farne un po' meglio spiccare i colori se non Todore. » 

— 1 5 février. — Caix, Le origini deib lingua poetica italiana (art* de Forna- 
clari, qui donne une idée claire de l'importance et de rinîérêl de ce travail j. 

VII. — Rasseûna SETTiMANiLE, 1 88o, 6 déc. — P. J74-J78. Sabatini, 
Abtïardo ed Elûisa, A propos de ce livre, dont nous avons rendu compte (IX, 
617), et qu'il juge avec sévérité, M. dVAncona donne les renseignements les 
plus intéressants sur le docteur saternitain Petrus Barliarius et les légendes 
monastiques ou populaires dont il a été l'objet. Le savant auteur établît parfai- 
tement qu'il n'y a rien de commun entre ces légendes cl !e souvenir d'Abailard, 
et que les noms de Bailardo, Bajolardo, etc., donnés au héros des récits italiens, 
reposent sur une confusion relativement récente. La légende de Barliario a pour 
point de départ une singularité locale, un crucifix peint dans une attitude peu 
ordinaire, précisément au-dessus du tombeau qui portait Tinscriptron : Hoc 
ist upakhfum m. Pétri Barliariij tombeau placé lui-même â côté des inscrip- 
tions funéraires (beaucoup plus anciennesl de trois autres personnes, une femme 
et deux enfants. Le crucifié semblait pencher la tète vers le tombeau : on en 
conclut qu'il l'avait inclinée miraculeusement en signe de pardon accordé i Bar- 
liario -, il fallait que ce Barliario fût, pour avoir obtenu un pareil prodige, un 
grand pécheur ou un grand saint : au moyen âge, grâce à la vertu attribuée au 
repentir, les deux allaient fort bien ensemble. Barliario étant sur son tombeau 



JIO PÉRIODIQUES 

qualifié de magisUr, son crime devait avoir été sa science, Tétudedes choses défen- 
dues. La femme enterrée près de lui était sams doute sa fille, Jcs enfants étaient 
ses pelits-fils : ils avaient été étranglés parle diabJe qu'ils avaient évo<|ué en maniant 
maladroilcmcnl les grimoires de leur grand-pcre. Ainsi formée (sans doute vers 
le XV» siècle), la légende passa dans le peuple, et tout nalurellemenl on fit 
précéder ce dénouement d'une histoire complète de la vie du grand magicien 
Barliario, histoire pour laquelle on fit de larges emprunts aux récits sur Virgile 
et autres enchanteurs non moins célèbres. Aujourd'hui l'église de Salerne a été 
changée en théâtre ; le crucifix merveilleux et la pierre tumulaire de Barliario 
ont disparu, mais il est encore célèbre dans toute l'Italie, grâce aux poèmes 
populaires qui le chantent, et sur lesquels M. d'A. nous donne des renseigne- 
ments plus précis qu'on ne l'avait encore fait, 

— 16 îanv. 1881. — Torraca, Una leggenda napoldana e ftpopta iarolingia. 
Après quelques détails sur la popularité dont jouissent dans le sud de l'Italie les 
Rcali di Francia et leurs dérivés, l'auteur rapporte, dans sa forme latine et dans 
son développement postérieur en langue vulgaire, un récit du XIV' s. qui 
raconte une invasion des Sarrazins à Naples repoussée par Didier et son fils 
Adelgis ; avec eux figurent Bernard et Aimon auquel les chroniqueurs postérieurs 
donnent quatre fils, l'identifiant sans doute à l'Aimon de l'épopée française. 

G. P. 

VIII. — ZbITSCHBIFT Fiift OESTERREICHISCHE GyMNASIEN, 1880, VIII-IX, — 

P. 642-646. Suchier, Reimprcdigt /Mussafia : remarques très inléressanles; on 
y voit que l'auteur n'a pas arrêté son opinion sur Tige du Rùiand^ mais qu'il 
n'est pas porté a le faire, avec M. S., contemporain d'Henri l""^ d'Angle- 
terre; M. Mussafia n'est pas non plus fixé sur la question de savoir si \'s au 
nomin. du féminin de la 3* déclin, est antérieure ou postérieure au nominatif 
privé d'i). 

IX. — Revista d'bthnologia e 01 r,LOTTOLOQTA. Estodos c notas por 
Ad. Coelho. Lisboa, j88o, — M. Coelhoa entrepris la publication d'une série 
de travaux relatifs à toutes les branches de l'ethnographie de la péninsuie hispa- 
nique : il était seul en état de concevoir comme de bien mener une si grande 
entreprise. Nous relevons dans le premier fascicule de sa revue, à laquelle nous 
souhaitons le meilleur succès, un article sur les usages de la fête de Noël en 
Portugal, avec un commentaire historique et comparatif fort savant. A vrai dire, 
les études de ce genre ne touchent presque que négativement l'ethnographie, 
car elles arrivent presque toujours à démontrer que \c Jolk-lon, sous toutes ses 
formes, ne $e distribue point par races ; mais cela même est un résultat ethno- 
graphique. Espérons que les cahiers de cette importante revue se succéderont 
rapidement. 

X — Era Nova, revista do movimento contemporaneo, dirigida por Th. 
Braga e Teixeira Baslos, Lisboa, n" I, jiulho 1880. — Dans ce numéro, le seul 
que nous ayons reçu, se trouve le commencement d'un travail de M. Braga sur 
les Livres populaires portugais ^ contenant beaucoup de faits intéressants. 



PÉRIODIQUES ^11 

XL — SlTZCNOSBERlCRTE HEH KQE!SI[JL. B^YEa. AkaDEMIE DER WlSSKN- 

8CH4FTEN. Philosophiscfi-Philologîsche Classe. 1880, livr. V. ~~ P. 556-^70. 
A. Mayer, Waldensia. M. A. Mayer s'est rendu à Dublin pour y étudier les 
mss. des Vaudois qui appartiennent à la bibliothèque de Trinity-College, et qui 
sont, dans leur ensemble, suffisamment connus par le livre du D' Todd, The 
Booki oj iht Vaudois (Londres, i86i). M. Mayer prépare, en collaboration avec 
M. C. Hofmann, une publication sur les écrits des Vaudois, et le court mémoire 
que nous annonçons semble destiné à prendre date pour ce futur travail. Il n'y 
a dans ces quelques psges rien de neuf^ sinon quelques rectifications peu impor- 
tantes au livre du D«" Todd mentionné plus haut. M. Mayer est peu exercé 
aux travaux de la critique, soit historique, soit philologique. Il semble prendre 
au sérieux rasserlîon d'un Vaudois du XVI« siècle qui portait à 800,000 le 
nombre de ses coreligionnaires. Il croit utile de rapporter le texte grec du Phy- 
siologus^, comme terme de comparaison avec la version vaudotse de cet ouvrage, 
tandis qu'il est de toute évidence que cette version a été faite sur un texte latin. 
Il admet encore que la Nobla Leycon est du XII» siècle, ce qui ne peut être 
soutenu sérieusement alors même qu'on repousserait la leçon du ms. de Cam- 
bridge Ben ha mil e .tac. an: compli aitUramint. En somme, M. Mayer se 
montre, jusqu'ici, très peu qualifié pour traiter le sujet qu'il a abordé. — Dans 
ie même fascicule, p. 617-628, se trouve une bonne dissertation de M. W. 
Heyd, établissant (\\iefanda €i funduco n'ont pas deux origines distinctes, comme 
l'a admis Diez, mais représentent également te mot arabe fundak. P. M. 

XII. — Revue Critique, janvier-avril 1881. —Art. 24. Monaci, // Mutera 
il Santa Agnae {U.). — 27. Bastin, /«Parficj/Je passé en français : Mercier ^ His- 
toire des participes françats (G. Bonnard). — 47, Loiseau, Histoire de la langue 
françam (P. M,; cf. i la p. 274), — 61. Cl a i ri n, Du génitif latin et de la prépO' 
sition de (P. Antoine). 

XUI.— LiTEKARi8CHEsCENTH.iLBLATT,oct.-déc. 1880. — N' 44. Mende, i?(u</e 
sur la prononciation de l't muet; Dihm, Franzcesisches Vocabular. — 46. Baragiola, 
Itaiumscke Grammalik. — 48, Koerting, Boccaccio's Leben und Werkc. — 49. Su- 
chier, Reimpredigt ; Wolter, der Judmknabe. — ^0. Fœrster, De Venus la déesse 
d^amor. — j i. Godefroy, Dictionnaire de ('ancien français^ I-Ill. — 51. Dematlio, 
Crammatica provenzaU; Hoflis, Studj sude opère latine det Boccaccio. 

— Janv.-mars 1881. — N* 1. Schapiro, Révélations étymologiques. — j. 
Mouaci, // Misterio di Santa Agnese. — 7. Andresen, Roman de Rûu ; Meyer, 
Chanson de la croisade contre les Albigeois. — 9, Alton, Beitrage :ur Ethnologie 
von Ostladinien. — 12. Loiseau, Histoire de la langae française. — 13. Andecr, 
Rkatoromanische Ekmentargrammatik. 



XIV. — Deutsche Liti;bvtcrzeituno, oct.-déc. 1880. — N* 2. De Cihac^ 
Dictionnaire d'itymologie daco-romanc, IL Eléments non latins (M. Jagif fait de ce 
volume un grand éloge, auquel sa compétence comme slaviste donne une valeur 
toute particulière) ; Caix, Le Origini délia lingua poetica italiana (M. Tobler 
signale le mérite de ce travail). — ? , Tobler, Der franiasische Versbaa; Lubarsch, 



^ 1 2 PÉRIODIQUES 

Franzasischc Verslchre (Stengel). — 6. Biagi, Le novelU antiche, — 1 1. Gialiani, 
la Commedia di Dante (Ten Brink). — 13. Hartmann, Das altspanische Drei- 
kanigsspUl (Baist). 
— Janv.-mars 1881. — N» i. Petzholdt, Bibliographia DanUa abanno 186$. 

— 2. Milchsack, Die Oster-und Passionsspiele, I; Vollroœller, Poema del Cid. 

— 4. Muncker et Hofmann, Joufrois (cet article de M. Tobler est d'une 
grande sévérité ; un article sur le même poème parattra dans notre prochain 
numéro). — 5. Vollmœller, Ein spanisches Steinbuch. — 6. Miklosich, Die Wan- 
derungen der Rumunen (A. Br.); Graevell, Die Charakteristik im Robndsliede 
(Stengel). — 8. Hammesfahr, Die Comparation im altfranzœsischen (Tobler); 
Picot et Nyrop, Recueil de Farces (VoWmœWer). — 11. Riese, L'usage syntaxique 
de Froissart. — 12. Monaci, // Mistero di Santa Agnese. G. P. 

XV. — El AVER10DA.DOR Universal. Ce journal, publié à Madrid (San 
Juan, 46, 3<> izquierda), répond à ce qu'est chez nous V Intermédiaire des Cher- 
cheurs et Curieux; mais il admet, outre les Questions et réponses, des articles plus 
étendus. Dans les n»* 43, 45 et 48 delà 2« année (1880) M. Machado y Alvares 
(Demôfilo) y a inséré une étude intéressante sur les Devinettes de M. Rolland, 
dont il compare plusieurs aux énigmes populaires espagnoles, qu'il connaît mieux 
que personne. 



CHRONIQUE. 



M. Paulin Paris, né le 2^ mars 1800, est décédé à Paris le jj février 
1881. Tous nos lecteurs savent ce qu'il a fait pendant cinquante ans pour !a 
littérature du moyen âge. Nous aurons occasion de revenir en détail sur sa per- 
sonne et ses travaux ; pour le moment il nous serait impossible de traiter avec 
le calme d'esprit nécessaire un sujet qui nous touche aussi douloureusement. 
Nous avons reçu de toutes parts^ non seulement de nos amis, mais de personnes 
<jui ne connaissaient le défunt que comme savant, des témoignages de condo- 
léance qui nous ont pro Fondé ment touché, parce qu'ih montraient l'estime et la 
sympathie qu'il s'était acquises et en France, et dans tous les pays où on s'in- 
téresse aux études qui avaient si constamment et si fructueusement occupé sa 
vie. Il a travaillé jusqu'à la dernière heure: le t. XXVtli de VHisîoire littéraire 
de la France^ qui a été déposé sur le bureau de l'académie à la séance qui a 
suivi Je jour de sa nuort, contient de sa plume des articles importants, et if en 
laisse encore plus d'un pour les prochains volumes. 

— Le 30 janvier dernier est décédé à Alger, à la suite d'une longue et dou- 
loureuse maladie^ Henry Nico!^ romaniste d'une grande distinction, dont nous 
avons eu plus d'une fois â apprécier les travaux. Il n'avait que trente-six ans. 
Quoique ayant fait de bonnes études classiques, il n'avait point passé par tes 
universités. Très jeune il était entré dans le commerce, el tant que sa santé lui 
permit de séjourner à Londres, c'est-à-dire jusqu'à l'année 1879, il occupa un 
emploi dans [a Cité. Ses occupations ne lui permettant guère de fréquenter les 
bibliothèques, tl dut se résigner à travailler avec peu de livres, et it concentra 
tous ses cforts sur l'étude de Ja phonétique française, ayant principalement en 
vue l'élément français dans la langue anglaise. Il préparait sur ce sujet un grand 
raémoirc, ou plutôt un livre, dont quelques parties, nous l'espérons, se trouve- 
ront suffisamment rédigées pour qu'il soit possible de les mettre au jour. Les 
travaux qu'il a publiés sont peu nombreux. Ce sont quelques mémoires impri- 
més dans les Transactions de la société philologique de Londres (voir Romania 
11, 27J-4, et III, 428), quelques notes fournies à la Chauccr Society ^ un précis, 
riche en faits et en idées, de la grammaire de l'ancien français, écrit pour \'En- 
cyclopadU Britannica (voy. Romania VIII, 474-^)} enlin, un assez grand nombre de 
comptes- rendus insérés dans l'Academy et ayant pour objet des publications rela- 
tives aux études romanes, principalement à l'ancien français. Le dernier de ces 
comptes>rendus, sur rédition du Voyage à Jérusalem due à M. Koschwitz^ a paru 




^ 1 2 PfiRIODtQUES 

Franzasische VersUhre (Stengel). — 6. Biagi, U navet U nt/iff 
la Commedia di Dante (Ten Brink). — 13. Hartmann, U- 
kanigsspicl (Baist). 
— Janv.-mars 1881. — N» i. Petzholdt, BMûgraphw 

— 2. Milchsack, DU Oster-uiid Passmsspicli, I; VcUtn^^ 

— 4. Muncker et Hofinann, Jot^dU (cet article d< 
grande sévérité ; un article sar le mèm« poème par< 
numéro). — j. Vollraœller, Ein spanisckcs Suinbuch, - 
derungen der Rumiuun (A. Br.); Graevell, Dk Ch- 
(Stengel). — 8. Hammesfahr, Du Comparation im 
Picot et Nyrop, Recueil de Farces (WoWmœikr). — 1 1 
dt FroissarL — 12. Monacî, // MisUro di Saata Agtu 




XV. — El Avebiqdadob Urivbrs^al. Ce jour 
Juan, 46, 3« izquierda), répond i ce qu'est chez n< 
cheurs et Cur'uux; mais il admet, ontre les. Qucstlom 
étendus. Dans les n» 43, 45 et 48 de la 2" année ( i^* 
(Demôfilo) y a inséré une élude intéressante sur le>' 
dont il compare plusieurs aux éoigmes populaires t\f 
que personne. 




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CHRONIQUE 3 1 5 

pour scia ouvrage, encore inidit, sur les Originu de f épopée 

tJg Savant attendra avec impatience la publication d'un 

àt i auteur et ie safirage de juges compétents attestent la 

comptons donner dans notre prochain numéro l'intéressant 

[ à rAcadémie sur le livre de M. Rajna. 

'y sociétés savantes des départements qui a eu lieu à la 

aine de Pâques, M. Joret a fait une communication qui a 

■ auditeurs îur l'eïtension de certains traits phonétiques de 

jttlobgtqae-hjstorique de Copenhague a imprimé le compte- 
lits séances d'oct. 1878 à oct. 1880. Nous y remarquons 
iyrop sur Apoiioniai de Tyr et les ouvrages qui en dérivent : 
Néjâ signalés, il ajoute une ballade danoise remontant peut- 

r et tjn cpnte grec de l'Asie-Mineure (Hahn, n* jo). 

^tï, privat-daccnt â Strasbourg, qui avait renoncé à cette situa- 
de l'année dernîèj-e, est maintenant privat-docent à l'académie de 

.kpary, pmât'dùçcnt à Berltn, connu par son intéressant ouvrage sur 
if jvoy. R(HJi, VU, 6j7), a été nommé professeur extraordinaire 

1 Hamel, élève de TËcolc des hautes-études, va proposer, pour 
• ians h f Bibliothèque » de cette École, une édition critique du 
1 » Rendus de Morliens. » Il a l'intention d'éditer ensuite le Roman 
Ju même auteur. 

Coe!ho prépare la publication de deux versions portugaises anciennes 
ô Tundâli. 

a!;ieurs journaux scientifiques annoncent que M. Baist, qui s'occupe 
; 'usîeurs années de la chronique de Turpin, va publier cet ouvrage 
V le ms. originaK i Cette annonce pique vivement la curiosité, et nous 
s que l'auteur n^n fera pas trop longtemps attendre la réalisation. 

n annonce un travail de M. A. Seibl sur « la langue des troubadours. > 

- m; Fréd. Wulff annonce unç édition des Vers de la Morty d'Hélinand, 

. r^s tous les manuscrits. Il rappelle à ce propos [La Chronique de Turpin^ 

'•i> l'existence d'un ^utre poème portant le même titre, et qui ne comprend 

moins de 33e strophes [mss. B. N. fr. 375 et Mouchet 19). Nous souhai- 

LHi ijue rédition du poème d'Hélinand, l'une des productions les plus remar- 

jvtblesdu moyen âge, soit te plus tdt possible entre les mains des savants. 

— M. Hugo de Feilitzen, jeune philologue suédois, prépare une édition de la 
;hamon des Enfances Vivien. Il a copié ou collationné les manuscrits de Paris, 
^\i! Boulogne, de Londres et de Mil^n. La chanson des Enfances Vivien est à 

uc'oup d'égards une des plus intéressantes de la geste de Monglane. 

— La librairie Maisonneuve a entrepris une collection d'ouvrages relatifs aux 
lârMVCf popttbires de toutes les nations : chaque volume, très bien imprimé, 



3l6 CHRONIQUE 

tiré à petit nombre et cartonné^ coule 7 fr. 50, Le premier volume sera un nou- 
veau recueil de M, Sébillol. Parmi ceux qui sont annoncés ensuite, mentionnons : 
Bladé, LitUrature populaire de la Gascogne; Sébillot, Tradilîons et superstitions 
populaires de la Basse-Bretagne ; Vinson, Littérature orale du pays basque^ etc. 

— M. le prof. Ed. Stengel a entrepris une collection d'éditions et dissertations 
{Ausgaben und Abhandlung<n) relatives à la philologie romane, dont nous repar- 
lerons en détail dans noire prochain cahier, 

— M. Vietor a fondé et publie depuis le mois d'octobre chez Werther, i 
Rostocic, un Journal d* orthographe tZeitschrift fur Orthographie. Unpartiiisches 
Centralorgan fur die orthographische tiewtgung im In- and Ausfand)^ qui mérite 
d'attirer l'attention de nos lecteurs. Il n'est pas de nation chez laquelle la ques- 
tion orthographique ne soit ou ne doive être bientôt à l'ordre du jour ; et sur 
ce sujet important et difficile il est bon de s'éclairer en mettant en commun les 
réflexions et les idées de chacun. 

Livres adressés à la Romama : 

Turpini Historia Karoli magni et Rotholandi, texte revu et complété d'après sept 
manuscrits, par Ferdinand Castets. Paris, Maisonneuve, in-8^, ïij-92 p. 
(public, de la Soaéti des langues romanes], — En attendant l'édition critique 
de Turpin promise par M Baist, celle de M. C. sera utile; le texte es est 
généralement bon, et il y a joint des notes intéressantes notamment sur la 
géographie de l'Espagne et la littérature carolingienne en Italie. 

Una leggenda araldica e ïepopta carolingm nell* Umbria, docuraento anlico pubbli- 
calo per le nozze Meyer-Bîackburne da A. d'Ancona ed E. Monaci. ïmola, 
tn-i 2, I { p. — Les armes d'une petite localité de i'Ombrie, Corciano, sont 
un • quartiere » (cf. Hist. poit. de Charl., p. 411), parce que Roland donna 
ses armes au sarrazin Cornaletto, qu'il avait vaincu et baptisé. Dans une 
note intéressante sont mentionnées diverses dénominations de lieux ou de 
monuments italiens oh figure le nom de Roland. 

// mistero provenzale di S. Agnese^ fac-simik in eiwtipia deïï mico manoscriîXo 
Chigiano, con prefazione di Erneslo Monaoi. Roma , tipografia Martellj, 
1880. Gr. in-4% 8 p. et 1 ^ planches. — Cette édition en fac-similé photo- 
graphique, que nous avons annoncée Romcma, tX, J43, tient toutes les 
promesses du prospectus. L'exécution matérielle, qui est ici le point impor- 
tant, est très satisfaisante» et la notice préliminaire fait bien ressortir l'inté- 
rêt de la publication. Nous sommes parfaitement d'accord avec M. Monaci 
sur l'utilité qu'il y aurait à faire passer sous les yeux des étudiants roma- 
nistes à défaut des originaux, du moins des fac-similés exacts des textes les 
plus importants. C'est la méthode qu'on applique depuis bien des années au 
cours de philologie romane de TÊcole des chartes. Toutefois, on doit recon- 
naître qu'après les éditions de M. Bartsch et de M. Sardou, après surtout 
la collation publiée par M. Clédalet les notes complémentaires de M. Stengel 
(p. 64 de son édition du chansonnier Chigi) il ne restait plus beaucoup de 
leçons douteuses. 11 ne manque pas de manuscrits, à Rome même, dont la 
reproduction en lac-similé eût été plus désirable. Nous espérons que 



CHRONIQUE 517 

M. Monaci et son généreux éditeur, M. Martellt^ ne s'en tiendront pas à 
ce premier essai si bien réussi^ et qu'ils nous donneront., selon le même 
procédé, au moins quelques pages des principaux mss. romans des biblio- 
thèques romaines. 

Hiitoire du théâtre français . Us Mysthes, par L- Petit de Juixevillk. Paris, 
Hachette, in-S», 2 vol. de 40 et 648 pages. — La Romank reviendra en 
détail sur celle importante publication^ que nous recommandons dès 1 pré- 
sent â nos lecteurs 

Der syntaktische Gebrauch dcr Tempora and Modi bti Purrt de Larîvty, von J. Vo- 
OELB. Bonn» Weber, in-8°, p, 44^-^ ^ (extrait des Romanische StudUnj. 

Matinaux pour servir à i'histonqur du français^ par A. Delboulle, professeur au 
lycée du Havre, Paris, Champion, gr. in-8°, xi-314 p. — Enrichissement, 
par des citations qui vont du moyen âge au XVlHo siècle^ de Vhisiouqut 
d'un grand nombre des mots du dictionnaire de Littré. 

Julian Klaczko. Causeries florentines. Paris, Pion, in- 12, 272 p. — Sous une 
(orme brillante, ces causeries contiennent sur Dante, sur l'inspiration de la 
Divine Comcàicj sur ta conception de i'amour en Italie au XJV« s., etc., des 
vues fort intéressantes, habituellement justes et souvent profondes. 

Ruherches sur l'histoire et la iittiratuu de l'Espagne pendant le. moyen âge par 
R. DozY. Troisième édition, revue et augmentée. Leyde, Brili, in-ii, 2 vol. 
de xiv-îSS-lïxx et 480-cxvij p. — Nous reviendrons sur cet excellent 
ouvrage, dont la nouvelle édition contient plusieurs chapitres en moins que 
la première, mais en plus une importante dissertation sur le Pseudo-Turpin. 

Ueber dit alteste /ranzasiichc Version àts dem Bischof Marbod zugischriebtnen 
Lapidarius, von Paul Neumann. Neisse, jn-8% 44 p. (diss. de docteur de 
Breslau). — M. N. annonce une édition du iapidatre ; celle que Pannier a 
laissée en manuscrit va paraître incessamment dans la Bibliothèque de l'Êcoic 
des hautes études. Elle est annoncée depuis de Eongues années, et nous nous 
étonnons qu'on ti'en ait pas averti le jeune auteur. 

La Chronique de Turpin^ publiée d'après les mss. B. N. 1850 et 21 J7, par Fre* 
drik WuLFF. Luod, in-4*, vj-76 p. — M. WulfF imprime, d'après les deux 
mss., l'un comme l'autre unique, qui les contiennent, les versions françaises 
de Turpin désignées sous les n" 3 et 4 dans G. Paris, De Pseudo-Turpmo 
(les n»' I et 2 ont été imprimés par M. Auracher, ei un savant danois a 
entrepris une édition critique du n" 2, contenu dans de nombreux mss.). En 
marquant par des italiques, dans la seconde traduction, les passages où elle 
diffère de la première, M. W. a facilité la comparaison. 

Sioria dt Stefano^ figliuolo d'un imperatore di Roma, versione in oltava rima del 
libro dei Setti Sjvi, pubblicata perla prima voiles da Pio Rajna. Boîogna, 
Romagnoli, in- 18, xxxij-256 p. — C'est le poème auquel M. Rajna a con- 
sacré dans la Romania trois articles |voy. ci-dessus, p. t ss.). 

Essai de questionnaire pour servir à recueillir les traditions^ les toutumes et Us légendes 
populaires, par Paul Skdillot. Paris, Maisonneuve, in-8% 16 p. — A 
recommander à tous ceux qui s'occupent de ces recherches. 

Proverbi siciliani, raccolti e confrontati con quelli degli altri dialetli d'italia da 
G, PiTBÈ. Palcrmo^ Pedonc-Laoriel, m-12, 4 irol (prix ; 20 fr.), — Cette 



5l8 CHRONIQUE 

admirable collection, due à vingt ans de recherches infatigables, ne com* 
prend pas moins de 13,000 numéros. Elle est indispensable, cela va sans 
dire, à tous ceux qui s'occupent de proverbes, non seulement par sa propre 
richesse, mais par les rapprochements et les commentaires de toute sorte 
qu'y a joints l'éditeur, au premier rang desquels nous signalons la remar- 
quable introduction sur les proverbes en général, leur origine, kur diffusion 
et leur valeur pour l'histoire et l'élhologie. Ces quatre volumes forment le 
digne pendant des quatre volumes de contes et des deux volumes de chan- 
sons que la science doit à l'heureuse collaboration du peuple sicilien et de 
M. Pitre. 

Petit atlas phonétique du pays roman (sud du Rhône), par Jules Giluèhon. 
Pans, Champion, in-8» oblong, 38 p. et 30 caries. — Nous reviendrons 
sur cette excellente publication, que nous voulons signaler dès aujourd'hui» 
pour en recommander l'étude et Timitation à tous ceux qui s^occupent de 
patois. 

Le Livre du ckemin de hng estude par Christine de Pisan, public pour la première 
fois d'après les manuscrits de Paris, de Bruxelles et de Berlin, par Robert 
PùsnnKL. Berlin, Damkœhler; Paris, Le Soudier, in-8\ xxij-270-31 p. — 
Bonne édition, d'après les sept mss. connus qui sont classés et dont les 
variantes sont communiquées. Le glossaire pourrait être plus riche ; l'intro- 
duction philologique accuse une assez grande inexpérience. Ce qu'on regrette 
surtout, c'est l'absence de toute introduction littéraire et de toute recherche 
sur les sources d'un ouvrage dont la valeur poétique est médiocre et qui n'a 
d'intérêt que pour l'histoire des idées et de l'instruction au XV^ siècle. Il 
aurait fallu au moins relever tous les noms propres cités. Petit-êlre M. Pùs- 
chel a-t'il l'intention de combler cette lacune dans une publication parti- 
culière. 

Aucassin md NicoUte. , . von H. Sucrier. Zweite Auflage. Paderbom, Schœningh, 
in-8», ix-i 17 p. — Cette nouvelle édition, pour laquelle l'auteur a revu te 
lïis. et a profité des observations faites sur la première, trouvera sans doute 
aussi bon accueil que celle-ci. 

Utber Aucassin und Nicolete... von Hugo Brunner. Halle, in-40, 32 p. (disser- 
tation de docteur), — Ce petit écrit, tout littéraire, est d'une lecture 
agréable; il contient quelques renseignements iniéressanls dans la partie 
relative aux imitations de la chantcjabie. L'auteur veut que le poète ait 
visité le midi et qu'il n'ait pas imité Btuve d'Hanstone : on peut en croire ce 
qu'on veut. Il trouve, comme M. Suchier, que ta seconde partie vaut la 
première: affaire dégoût. Il rapproche le nom d'Aucassin de l'arabe -4/ 
Kacim (cf. Rom. VIII, ^93). — Les poésies de Clotilde de Surville ont été 
fabriquées non par Vanderbourg, mais par le marquis Etienne de SurviJIe. 

Contribuiçôes para una mythologia popular portugueza, por Z. Consioliehi 
Pedroso. IV-V. Superstiçôes populares (varia), 23 et 2j p. — VI. As 
superstiçôes populares num processo da Inquisicâo, 26 p. Porto, Impr. 
commercial, in-8*, — Suite de l'intéressante série déjà annoncée. 

Œuvres de Henri d'Andeli ... publiées par A. Hèbon. Rouen, Jn-8*, cxxj-aio p. 
— Nous donnerons dans notre prochain cahier un compte-rendu de cet 



CHRONIQUE ?19 

ouvrage, que nous nous bornons à signaler aujourd'hui comme très intéres- 
sant cl très digne d'éloge. 

Ue^r Raoul dt Houdenc und scim Wtrkt^ von Wolfram ZmnBBLE. Erlangen, 
in-8*>, 44 p. (dissert, de docteur). — Cette étude se dislingue entre toutes 
celles du même genre qui foisonnent en Allemagne par la finesse et la pré- 
cision des recherches. La critique de l'auteur peut même sembler excessive. 
Il conclut de son étude linguistique que Raoul de Houdenc n'a composé que 
le Songe d'Enfer^ le Romandes Eles^ et Mtiaagts dt PortUigun; le Songe de 
Paradis serait une imitation du Soufii d'Enfer par un autre auteur; la V'en- 
geanct Raguidel serait d'un autre Raoul. Ces conclusions pourront ne pas 
être acceptées définitivement ; mais la méthode circonspecte et intelligente 
avec laquelle l'auteur les obtient, les faits qu'il signale, les remarques qu'il 
fait donnent en tout cas une valeur sérieuse â son travail. 

Btitragc zur Ethnologie von Ouladinun , von D' Johann Alton. Innsbruck^ 
. Wagner, in-S", 68 p. — M. Alton, avantageusement connu par un livre 
sur les Idiomes ladiniy essaie ici d'analyser étymologiquemenl un grand 
nombre de noms de lieux de la région qu'il appelle Osiladinitn ; ce travail 
intéressant et difficile est fait avec soin, bien que les principes phonétiques 
de l'auteur ne soient pas rigoureux; beaucoup de ses étymologies sont con- 
testables, mais la maiorilé paraît assurée. Il résulte de cette liste que l'élé- 
ment latin est tout â fait prépondérant, que Télémenl germanique est assez 
abondant, et que l'élément « rhétique > est presque impossible à discerner 
de l'élément < inconnu ». 

Hlsioirc de saint Louis, par Joinville. Texte original ramené A l'orthographe des 
chartes, précédé de notions sur la langue et la grammaire de Joinville et 
suivi d'un glossaire, par M. de Wailly. Paris, Hachette, in* 1 8, xlij-jj6p. 
— On ne saurait trop recommander ce petit volume d'un prix extrêmement 
modique, et dans lequel le savant éditeur a encore amélioré le texte de sa 
dernière édition. 

Raiyskamiia v oblasti russkich duchovnych stkhov. I. Gretcheskti Apokrif o sv. Tkeo- 
Âonc, 11. Sv. Gtorgâ v Ugendu^ pitsme, i okiaJit (Saint-Pétersbourg, extrait 
des Mim. de i' Académie des Sciences, in-8% 22 et 228 p.). —Nous signalons 
surtout la seconde de ces deux études de M. Vesselofsky, consacrée à « Saint 
Georges dans la légende, la chanson et la liturgie ». Le savant auteur, com- 
plétant les recherches faites sur te même sujet par M, Kirpilchnikov, apporte 
beaucoup de documents nouveaux sur cette légende si intéressante. En 
appendice il publie plusieurs textes inédits, en grec, slavon et français (vie 
de S, Georges d'après une Vie des Saints en prose conservée à Saint-Péters- 
bourg). Nous ferons remarquer à M. V. que la vie de S. Georges en vers 
français qu'il indique a été bien souvent signalée : l'abbé Lebeuf l'attribuait 
il Wace ; P. Meyer ayant reconnu dans les initiales des cinq premiers vers 
l'acrostiche du Simun, E. du Méril mit le fait sur te compte du hasard (voy. 
Études sur quelques points d'archioîogie, p. 226, n.); mais depuis, ayant lu le 
poème en question, je reconnus que les premiers vers donnaient en acros- 
tiche Simand de Fresne me fist ; Simon de Fresne, poète anglo-normand et 
littérateur connu du xii« siècle, s'est nommé de même dans un autre ouvrage. 
M. Joseph Htti a depuis longtemps copié et compte publier cette vie de 



320 CHRONIQUE 

S, Georges. Une autre, en vers aussi, se trouve dans un ras. deSaial-Brieuc, 

Paul Sr^niLLOT, Contes popuiains de la Haute-Brtlagne^ 2* série : contes des 
paysans el des pêcheurs. Paris, Cbarpenlier, in- 12, Kvj-]44 p. — C'est la 
suite, non moins bien venue, de l'intéressant recueil annoncé ici Tan dernier 
(p. Î28). 

Ui porta antiijues de Reimi tt la captivité d'Ogier le Danois^ par L. Demaison. 
Reims, in-8», 26 p. — Curieuses et solides recherches sur les portes de 
Reims mentionnées dans la chanson d'Oger et sur les traditions locales rela- 
tives à ces portes. 

Étude sur te patois créole mauricien, par M. Bessac. Nancy, Bcrger-Levrault, 
in-12, Ivii-2j2 p- — Nous donnerons un compte-rendu détaillé de cet 
ouvrage intéressant. 

Seize superstitions populaires de la Gascogne, recueillies par M, G. F. Bladé. 
Agen-, in-8*>, jo p. {non mis dans le commerce). — La plupart de ces supws- 
litions sont plutôt, â vrai dire, des Sagen. 

Die Mundarî des Mànchener Brut... scripsit C. Jenrich. Halle, 1880, in-8», 
j6 p. — Ce Brut de Munich, les éditeurs n'osaient en localiser le langage, 
qu'ils qualifiaient seulement de u mixte » ; M. Grœber pensait qu'if n'avait 
pu être écrit qu>n Angleterre ; M. Suchier le disait composé par un Picard 
non loin de la frontière du wallon ; M. Schwan Ta attribué au Beauvaisis ; 
enfin M. Jenrich le regarde comme appartenant à Namur. Il est probable 
qu'on ne s'en tiendra pas là, el que d'autres dissertations le déplaceront 
encore, prouvant surtout combien nous connaissons encore mal la géogra- 
phie de l'ancien français. Au reste, le travail de M. J. est bien fait : l'au* 
teur, élève de M. Suchier, applique avec rigueur ta méthode du maître^ et 
il ne laisse guère passer de faits iniéressanis sans les signaler. 

Der Dialect von îîe-dc-Francc im Xlll und X!V, Jahrhundert,..^ von Emst 
Mei7;kb (diss. de Breslau), in-8**, j2 p. — Nous reparlerons de cette étude, 
dont la seconde partie a paru dans VArchiv de Herng. 

Crammatica délia Imguû provenzak, con un discorso pre.liminare suîla storia délia 
lingua e delta poesia dei Trovatori., un saggiodicomponimenti linci provenzali ., 
per Fortunato Dkmattio. Innsbrucb, Wagner, 1880. — Ce travail, dû â 
un professeur ordinaire à l'université d'Innsbruck, est une mauvaise compila- 
lion faite à l'aide de la grammaire de Diez et de la Chrestomathie provençale 
et du Grundriss de M. Bartsch. En dehors de ces ouvrages et de quelques 
livres italiens maintenant arriérés, l'auteur ne connaît rien de ce qui a été 
écrit sur la langue et sur la littérature provençale. Les textes sont emprun- 
tés à la Chrestomathie. Le glossaire n'est accompagné d'aucun renvoi au 
texte. On jugera de la valeur de cette soi-disant grammaire par ce fait que 
la phonétique est traitée en cinq pages. Le tout fourmille de fautes. En 
somme, c'est un ouvrage nul et non avenu. 



Lt gérant: F. VIEWEG. 



imprimerie Daupeley-Couvemeur, i Nogent-]e-Roirou. 



EXTRAITS 

DES ARCHIVES DU VATICAN 

POUR SERVIR A L'HISTOIRE LITTÉRAIRE. 



Une des grandes difficultés de l'histoire littéraire est, dans beaucoup 
de cas, l'absence plus ou moins complète de renseignements chronolo- 
giques et biographiques sur les auteurs dont nous possédons les œuvres. 
C'est donc toujours une bonne fortune lorsque Pon peut trouver dans des 
pièces d'archives datées le nom de quelque écrivain, et toutes les men- 
tions de ce genre doivent être soigneusement relevées. Au commencement 
de Pannée dernière, mon confrère, M. Paul Durrieu, parcourant différents 
registres du Vatican pour ses études sur l'histoire des relations politiques 
de la France et de l'Italie sous Charles VI, remarqua une bulle adressée 
à Guillaume de Machaut et voulut bien me la signaler ; je n'eus pas de 
peine à reconnaître qu'il s*agissait dans la pièce en question du célèbre 
auteur du Voir Dit, et celte trouvaille inattendue m'encouragea à par- 
courir les registres pontificaux avec l'intention d'en faire profiter l'histoire 
littéraire. Mes recherches n'ont pas été complètement siériles, car, à force 
de persévérance, j'ai pu rassembler de cette façon des documents inédits 
sur plus de vingt écrivains appartenant généralement au xiv- siècle*. 
Comme il fallait s'y attendre, les auteurs latins sont les plus nombreux ; 
le chiffre des auteurs en langue vulgaire sur lesquels les registres ponti- 
ficaux m'ont apporté quelques renseignements ne s'élève qu'à six. Ce 
sont ces derniers naturellement dont je vais m'occuper ici, et les lecteurs 
de la Romania seront, je pense, agréablement surpris de voir que roa 
liste s'ouvre par deux noms de troubadours. 



t . Il est de mon devoir de remercier vivement S. E. le cardinal Hergetiroe- 
ther et M. le professeur Baian de toutes les facilités de travail que l'on m'a 
accordées aux archives du Vatican ; je dois aussi une reconnaissarice spéciale à 
Dont Gregorio, l'un des archivistes, pour son obligeance inépuisable. 

Romania^ X 21 



A. THOMAS 



JaUFRÉ de FOIXA. 



M. Paul Meyer, en publiant récemment le traité de poétique que l*on 
doit à cet auteur', a réuni tous les renseignements que Pon possédait 
alors sur sa personne. Ces renseignements se réduisent à bien peu de 
chose : le nom de notre personnage est très probablement emprunté à 
Foixd, localité de la province de Gerona ; son traité étant dédié à Jacques, 
roi de Sicile, la composition doit en être placée entre 1286 et 1291 ; 
enfm deux témoignages du xv* siècle font de l'auteur un bénédictin. 

Une bulle de Boniface Vlll, du 1 1 juillet 129s, vient fort à propos 
confirmer et augmenter ces données biographiques. Elle est adressée 
diiecto filio Gaufrido de Fuxano, monacho monasterii sancU Fdicis Guixal- 
îensis^ ordinis sancti Benedkîi, Gerundensis diocesis, et dans ce destinataire 
il est impossible de ne pas reconnaître l'auteur du traité de poétique. La 
concordance exacte du nom, la mention du diocèse de Gerona et la 
qualité de bénédictin viennent corroborer d'une façon authentique ce 
que nous savions déjà de Jaufré; la simple adresse de la bulle nous 
apprend en outre qu'il était moine du monastère de San-Felîu de Guixols, 
localité située sur le bord de la mer, dans la province actuelle de Gerona. 
Le texte de Sa pièce est encore plus riche en renseignements, et voici ce 
qui en ressort. Jaufré de Foixâ avait d'abord appartenu à l'ordre de 
Saint-François; depuis vingt ans, c'est-à-dire en J275, il avait aban- 
donné cet ordre, avec ta permission de ses supérieurs, pour se faire béné- 
dictin. Une constitution de Nicolas iV interdisait aux Franciscains qui 
avaient ainsi abandonné leur ordre l'accès de tous offices et de toutes 
dignités dans les ordres différents qu'ils avaient embrassés depuis; la 
bulle de Boniface VIII a pour objet de lever cette interdiction en faveur 
de Jaufré de Foixâ, qui s'était rendu en personne à la cour pontificale, à 
Anagni, pour obtenir celte dispense. Il est possible, d'après cela, que 
Ton trouve plus tard notre personnage prieur ou abbé de quelque monas- 
tère bénédictin de l'Espagne. 

Voilà donc sur Jaufré de Foixâ un assez fort contingent de faits nou- 
veaux dont nous sommes redevables aux registres pontificaux. Mais ce 
n'est pas tout. Je ne crois pas qu'il soit encore venu à l'idée d'aucun 
provençaliste de rapprocher de ce nom : Jaufré de Foixà^ cet autre nom : 
Lo mongt de Foissan, Sous ce dernier, les chansonniers provençaux 
Fr. 8j6 et 22J4J nous ont conservé trois pièces lyriques que l'on trou- 



1 . Romania^ IX, 51. 



FXTRAITS DES ARCHIVES OU VATICAN ^2? 

vera enregistrées dans le Grtindriss de M. Bartsch sous le n" ^04 ; toutes 
trois sont adressées â la Vierge et ont pour auteur un frère mineur. Émeric- 
David ' fait en outre remarquer qu'une quatrième pièce, publiée par 
Raynouard,. Cor al e volunîaî jIV, 469), et qui se trouve dans les deux 
mêmes manuscrits attribuée à un Frairr Menre^ doit être du même auteur. 
Je ne me prononcerai pas sur cette dernière identification ; mais s'il en 
est une qui me paraisse indubitable, c'est celle du moine de Foissan et de 
Jaufré de Foixà. Ainsi, les trois pièces dont nous venons de parler sont 
l'œuvre de l'auteur du traité de poétique, et, comme il s'y qualifie de 
frère mineur, elles sont antérieures à 1275. S'il subsistait encore le 
moindre doute, il suffirait de rappeler que les deux chansonniers qui les 
contiennent sont ceux qui nous ont conservé la plupart des poésies de 
cette époque tardive de la littérature provençale, celles, par exemple, 
de Guiraut Riquier et de Serveri de Gerona, un compatriote de Jaufré ; 
que dans l'une de ces trois pièces, Be m'a lonc temps, chaque couplet finit 
par un vers emprunté à un troubadour antérieur, et que cette habitude 
de citer les troubadours est particulière aux Catalans comme Jaufré. 
Mais il est inutile d'insister, car je crois que là-dessus tout le monde sera 
du même avis. Voici, maintenant, publiée in exiemo^ comme il n'est que 
juste, la précieuse bulle de Boniface VU t. 

AnagDi, ti juillet 129$. 

Dilata fi lio Gaufrido de Fuxano, monacko monasttrii sûticti Feticis GuixaUtnsis, 
ordints sancti Btntdlcù^ Gerundcnsis diouiis. 

Conslitutys in prcsentia nostra sic te oostro graium aspecluî pres€nlasti quod 
propter hoc et quia de te nobis lam de lilterarum scientia quam honcstate vile 
ac bonis moribus laudabiie testimonium pertiibetur, dignum duximus ut perso- 
nam tuam apostolici favoris gratis prosequamur. Exposuisti siquidem nobis quod 
licelolim a puerilia tua fratrura Minorum ordincm et habilum assumpsisses ac 
fecisses professionem expressam in eodem,ditique fuisses conversatus in ilto, tamen 
per fralrem Pelrum Stcphani, lune ministrum dicli ordints, ab ipso ordîne abso- 
lutus, de ipstus mtntstri licentia te ad sancti Benedicti ordinem translulisti, in 
quo jam per viginli annos sub regulari observanlia devotum impcndisli Domino 
lamuiatum. Verum cum felicis recordationîs Nicolaus papa .1111., predecessor 
noster, duxerit statuendum ut fratres predicli ordinis Minorum qui post profes- 
sionem ab eis in ordine ipso factam ad quoscunque ordines alios professionis 
cujusiibet, petita vel non petlta, obtenta vel non obtenta a superioribus suis 
licentia, immédiate vel per alium seu alios ordines médiate transissent vet tran- 
sirent postmodum, in ordine vel ordinibus ad quem vel ad quos transiturr 
habuissent vel imposterum tiabere contingeret, vel etiam extra illos, ad nullam 



I. Hisi. /ilf., XIX, 469 et J74-$7V 



P4 A* THOMAS 

omnino admmistrationem vet ofûcium curam habentia animarum nec eliam ad 
aliquam dignitatem vel prelaturam see personatum quoquo modo pos&iot assurai 
absque apostolice sedis spécial! et ex pressa licetitia per ipsius sedis patentes 
litteras concedenda, facientes pleriain, certam et determinatam de statutoet ordi- 
natione hujusmodi menlionem, nobis humiliter suppltcastl ut dispensare tecum 
super lioc de bcnigniiale aposlolica curaremus. Nos ilaque luis supphcationibus 
incltnati, ut ad quelibct prelaturas seu eliam dignitates, personatus, administra* 
liones vet oiticia curam animarum habentia, tui dunlaxat ordinis, assumi libère 
valeas, constitutione huiusmodi predecessorisnequaquam obstanle, tecum aucto- 
ritate .ipustolica de speciali gralia dispensamus. Nulli ergo^ etc. nostre dispen- 
sationis, etc. 
Datum Anagnie .V. idus julîi, anno primo. 

(Reg. de BoniCace Vlll, année i, bulle n« 593.) 



II. 



LUCHETTO GaTTILUSIO. 

C'est depuis peu seulement qu'on s'est aperçu que te troubadour 
enregistré par M. Bansch sous !e nom de Luquet Caielus, et dont nous 
possédons un sirveniés politique de 1264, appartenait à une illustre 
famille génoise. L'honneur de cette remarque revient à M. T. Casinî, de 
Bologne, qui lui a consacré un petit article intitulé : Un trovatore ignoto 
ddsecûîo XIU, dans la Rassegna Settimanale de j88o ', Mais les moyens 
(J Information de M. Casini étaient insuffisants quand il a cru que les 
écrivains génois ne connaissaient pas ce personnage, au moins au point 
de vue historique. M. A, Neri a rappelé justement* que M. Com. Desi- 
moni. l'érudit génois bien connu, avait parlé, dans le Giornate Ligustico 
de 1 878, de Luchetto Gattilusio <i ambassadeur auprès du pape et de 
Charles d'Anjou en 1266, de nouveau auprès du pape en 1295, à l'occa- 
sion des pourparlers vénéto-génois, podestà de Bologne, de Milan, de 
Crémone et de Lucque, et ancêtre des futurs seigneurs de Méielin dans 
l'Archipeb. » 

La bulle de Boniface VI II que je publie ci-dessous se rapporte préci- 
sément au voyage fait par Luchetto en 1295 à la cour pontificale. Elle 



i. Tome V, p. J9I. M. Casini l'appelle Gaitahsi, Je tie dis rien de l'i final : 
c*esl Tuvage des Italiens modernes, bon ou mauvais, qui leur fait également dire 
Brunelto Utiim, au lieu de Lûltno. Quant à Va qui précède 1*/, c'est une forme 
postérieure qu'il n'y a pas de raisons pour adopter ouand les documents con- 
temporains aonnent un i ou tout: au plus un e. Je vois d'ailleurs que les écrivains 
génois actuels disetit GaUiluiio. (Voy. Giormlt Ugmtko, I, 36.) 

2. Raa. sett.^ l. Vi, p. 29. 

;. Je n*ai pu me procurer ce volume du Giorn. lÀg.\ la Naùonalt de Florence 
n'a que l'année 1S74. 



EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 525 

accorde des indulgences à l'église de San Giacomo de Priano ', fondée 
par lui dans sa ville natale. Je ne saurais dire rien de bien précis sur 
celte église. Dans un acte de 1409, publié dans le Ciomale Li^astico^, 
elle est appelée capella seu ecdesia sancti Jacobi dt Sexto fundaîa per 
dominos de Gateluxus; les éditeurs de cet acte mettent en note qu'on la 
trouve déjà mentionnée ailleurs en 1 587, d'où je conclus qu'on ignorait 
jusqu'ici le fait et la date de sa fondation en 129$ par Luchetto Gatti- 
lusio. Parmi les 352 églises ou chapelles de Gênes que mentionne 
Casalisî, je irouve, outre l'église paroissiale de San Giacomo a Cari- 
gnano qui est sûrement à écarter, trois oratoires, dont deux détruits 
aujourd'hui, entre lesquels je ne saurais choisir : San Giacomo, San Gia- 
como délia Marina et San Giacomo délie Fucine. 

Anagni, 19 auûi 129^. 
Universis présentes lUteras insputaris. 

Vite perennis gioria, etc. usqiu collaudetur, ut in forma. Cupientes igitur ul 
ecdesia sancli Jacobi de Priano, quamdilectys fitius Luchetus Gatiluxius, civis 
Janucnsis^ de bonis propriis fundasse dicîtur et dotasse, congruis honoribus 
frequenlelur, omnibus vere penitentibus et confessis qui eandem ecclesiam in 
fcslo ejusdcm sancli Jacobi et per octo dies festivitalera ipsam immédiate sequcntes 
venerabiliter visita vennt annualim, de omnipotentis Dci misericordia et beatorura 
Pétri et Pault, apostoîorum ejus, aucloritale confisi, unum annum et quadra- 
ginta dies de injuncta sibi penitentia misericorditer relaxamus. 

Datuni Anagnie .Xllll. katendas septembris, anno primo. 

(Reg, de Boniface VIII, année 1, bujie n" 640.) 



III. 



Guillaume de Machaut- 

Si les documents d^archives peuvent fournir à l'histoire littéraire un 
précieux contingent de renseignements que l'on demanderait en vain aux 
manuscrits proprement dits, — les pièces diplomatiques ayant en effet 
l'avantage de porter avec elles des dates certaines et de donner ainsi, 
pour la vie des écrivains qu'elles mentionnent, des points de repère 
assurés, — il y a à Temploi des documents de ce genre un danger que 
l'on n'évite qu'avec beaucoup de circonspection, celui d'attribuer à un 
écrivain célèbre des pièces relatives à quelqu'un de ses homonymes, ou 



I . Probablement Prè, quartier actuel de Cènes, 
a. Tome I, p. 218, 

\. Dizionario geog,.. degl't stati di S. M. il rï di Sardegna (Torino 1839), 
tome VU. 



}26 A. THOMAS 

quasi homonymes, tout à fait étranger à l'histoire littéraire. La réalité et 
la gravité de ce danger ne sauraient être mieux rappelées qu*à propos de 
Guillaume de Machaut, car ceux qui se sont occupés de cet écrivain 
n'ont pas tous su l'éviter. Avant donc de publier les quelques bulies qu'un 
heureux hasard m'a fait trouver dans les registres des papes, û faut dire 
un mot des différentes erreurs dont la personnalité de l'illustre poète du 
XIV* siècle a été victime. 

Cest l'abbé Lp Beuf qui semble le premier, au xvm« siècle, avoir 
rappelé l'attention du public sur Guillaume de Machaut, oublié depuis 
longtemps ; c'est à lui aussi que remonte la première erreur. N'ayant 
aucune donnée sur l'époque de sa naissance, il s'est laissé aller à Tiden- 
lifier avec un GuilUlmus de Macholio^y mktus camert, qui figure en i joi 
sur les tablettes de cire de Florence, et qui, sous le nom de GmUelmus de 
Mdchello, reçut en i jo8 de Philippe le Bel la terre de Bouilli en Beauce^ 
Cette identification a été acceptée sans examen par l'abbé Rive', et, ce 
qui est plus surprenant, par M. L. de Mas-Lairie, qui a publié trois 
diplômes royaux relatifs au valet de chambre de Philippe le Bel comme 
des documents très importants pour la vie de l'auteur du Voir Dit^. 
M . Gaston Paris n'a pas eu de peine à montrer que celle identification 
ne soutenait pas l'examen et était en contradiction avec ce que Guillaume 
de Machaut nous apprend sur son propre compte h Dès 1849 d'ailleurs 
— et c'est ce qui rend Terreur de M. de Mas-Latrie plus inexplicable — 
Tarbé avait réfuté solidement et par des raisons analogues l'opinion de 
l'abbé Le Beuf et de l'abbé Rive". 

A cette identification impossible, Tarbé en a substitué une autre, 
qui semblait avoir pour elle toutes les vraisemblances. Le grand 
obstacle qui s'oppose à ce que Guillaume de Machaut, le poète, soit 
le même que le valet de Philippe le Bel, c'est qu'étant mort seule- 
ment en I ^77, il ne pouvait dès 1 508 avoir rendu de longs services 
au roi de France, comme le dit la pièce publiée sous le n* i par M. de 
Mas-Latrie. Or on trouve mention, de 151c à i ? 19, d'un procès pen- 



1 . Il est probable que cette forme insolite vient de la lecture Machot., au lieu 
de Machd.^ i laquelle on aura donné une terminaison en conséquence. 

2. Mim. de i'Acadiimc dis inscriptions^ i" série, XX, p. 598. (Mémoire lu en 
décembre 1746). 

j. Notice dun ms. de Guillaume de Machaut, â la fin du tome IV de VEssai 
sur la manque ancienne et moderne^ par B. de Laborde el l'abbé Roussier, 
Paris, 1780. 

4. La Prise d'Alexandrie... par Guillaume de Machaut (publ. de la Société de 
rOrtent latin), Genève, 1877. La préface a été aussi publiée dans la Bibl. de 
I Ecole des chartes, 1876, 6* livr. 

\. Revue historiau^, IV, 21^. 

6. Les œuvres de Guillaume de Machaut (Collection des poètes champenois), 
p. IX. 



EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN ;27 

dam entre « monseigneur Jehan de Machau, Pierre et Guillaume de 
Machau, enfans et hers de noble homme monseigneur Pierre de Machau, 
jadis chevalier ei chambellan le roy », et Jeanne de Chambli, leur sœur, 
au sujet de l'héritage paternel '. Pierre de Machau, le père, était mort 
avant i joy; le troisième de ses fils, Guillaume, devait être encore jeune 
en I î 19, puisqu'on ne lui donne dans les actes aucune qualité, et pouvait 
être né vers t îoo> ce ^^^ convient précisément à l'auteur de la Prise 
d^ Alexandrie. Û paraissait donc bien légitime de voir dans ce dernier le 
fils de Pierre de Machau, et, comme on savait qu'il avait été chanoine 
de Reims, cette circonstance n'en convenait que mieux à un cadet de 
bonne maison, pour qui la carrière ecclésiastique était une voie tout indi- 
quée. On savait également d'une façon certaine que Guillaume de Machaut 
avait eu un frère, du nom de Jean^ qui fut enterré avec lui dans la cathé- 
drale de Reims, et c'était une nouvelle raison en faveur de Tidentification 
précitée. M. Paulin Paris pouvait donc se croire très fondé à accepter 
l'opinion de M. Tarbé'. 

Mais si le vrai n'est pas toujours vraisemblable, ici le vraisemblable 
n'est pas vrai. M. Gaston Paris a été le premier à voir et à indiquer !e 
côté faible de toutes ces suppositions, en demandant sur quoi on se fondait 
pour identifier les deux familles de htachaul [de Machaudo ou Machaadio) 
et de Machau \de Machello], dont le nom était très distinct <« à une époque 
où les consonnes finales n'étaient pas encore devenues muettes? ». En 
efTet, ces deux noms de famille tirent leur origine de deux localités tout 
à fait différentes, ce qu'on semble n'avoir pas bien vu jusqu'ici. Machel- 
hm est le nom latin de Machau, ou mieux Macheau en Brie, sur les 
limites de l'Orléanais, à proximité de Melun, Sens et Montargis. villes 
dont la mention revient souvent dans les documents relatifs à la famille 
de Machello^. Machaudiam ou Mjchaudum, au contraire, désigne le chef- 
lieu de canton des Ardennes que l'on juge bon aujourd'hui d'écrire 
Machault, ancien diocèse de Reims, et c'est incontestablement de ce 
dernier, et non de Macheau en Brie, comme Va cru M. Tarbé, que 
Guillaume de Machaut tire son nom. 

Qu'il ait existé à la même époque deux personnes ayant presque le 



1. M. de Mas-LatriCj loc. fil., pièce n" 7. C'est par une erreur de scribe que 
l'atnè des fils de Pierre de Machau est appelé Guillaume, comme le plus jeune, 
au lieu de Jean. 

2. Dans son édition du Voir Dit (Paris, 187^), p. IV, XIV, etc. 
}, Revue ktst., IV, 218. 

4. Canton du Châtelet (Seine-et-Marne). L'orthographe actuelle, Machault, c%x 
aussi récente qu'absurde. On trouve Machcl au XII1« s. {Hïstonms à< Fr.^ XXIII, 
662d), Machiaa dans les O/im, en i^io {III, ^68, LX1II|. Je n'en vois pas très 
bien l'étymologie, car sa dérivation du latin classique macellum n'est pas soute- 
nable. 



5 2S A. THOMAS 

même nom, mais tout à fait étrangères l'une à l'auire, c'est là une circons- 
tance fâcheuse, sans doute, à cause des confusions qu'elle a engendrées, 
mais qui en soi n'a rien de bien étonnant. Par un heureux hasard, les 
registres du Vatican nous offrent des documents à la fois sur Guillaume 
de Machdlo et sur Guillaume de Machaudio, chanoines lous les deux, 
mais de cathédrales différentes, et ils nous permettent ainsi de dégager 
neuement et définitivemem « le vrai et populaire Guillaume de Machaut », 
comme dit M, de M as- Latrie, de la biographie postiche qu'on a voulu 
lui faire à l'aide de celle d'un autre personnage. 

Le 12 janvier ij?!, le pape Jean XXII accorde à Guillaume de Ma- 
chello, chanoine d'Orléans, une dispense pour percevoir pendant trois 
ans les revenus des bénéfices ecclésiastiques dont il était revêtu (béné- 
fices qui ne sont pas énumérési, à condition de résider dans Tun d'eux. 
Les exécuteurs de cette bulle sont les abbés de F le ury -sur- Loire et de 
Saint- Pierre-de-Ferrières^ et le doyen de Saint- Aignan d'Orléans ' . H 
est bien évident qu'il faut reconnaitre là le plus jeune des fils de Pierre 
de Macheau dont il a été question plus haut, et dont la famille avait de 
nombreuses possessions dans le diocèse d'Orléans. Il est plus évident 
encore que les quatre bulles publiées ci-dessous, et elles seules, se rap- 
portent à Guillaume de Machaut le poète. 

La première est du 50 juillet ï^^o : c'esl une provision de cano- 
nicat dans la cathédrale de Verdun en faveur de Guillaume de Machaut, 
à ta prière du roi de Bohême qui avait imploré les grâces du pape 
' il pro clerico, elemosinario et familiari suo domestico n. On voit combien 
ces détails concordent avec ceux que Pauleur du Voir Du nous donne sur 
lui-même, quand il parle de son séjour auprès de Jean de Luxembourg : 

Je fui ses clers ans plus de trente. 
Si congnu ses meurs et s'entente, 

Car j'estûie ses secrétaires 

En ireslous ses plus gros affaires '. 

La seconde bulle donne précisément à Guillaume de Machaut la 
qualité de « notarius » ou secrétaire du roi de Bohême, qu'il s'applique 
• dans ces derniers vers. Elle est du 17 avril 1 îp et confère au protégé 
de Jean de Luxembourg un second canonicat dans la cathédrale d'Arras. 
Ces deux concessions, en même temps que le titre de chanoine, lui assu- 
raient la jouissance de la première prébende vacante; mais aucune 



1, Rcg. de Jean XXll en papier (dits reg. d'Avignon), tome XXXIX, f» jjj, 
pièce 602. 

2. Vers cités par M. de Mas-Latrie, p. XV. 



EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN ^29 

vacance ne s'était produite à Verdun depuis i îjo, et il n'était toujours 
chanoine qu'en expeaative au moment de la seconde concession, faite 
d'ailleurs sans préjudice de la première. Nous apprenons en outre par 
ces pièces qu'avant njo il était déjà revêtu d'un bénéfice ecclésiastique 
et possédait la chapellenie perpétuelle de l'hôpital de Houdain iPas-de- 
Calaîsl, 

Les faveurs de Jean XXII envers Guillaume de Machaut ne s'arrêtèrent 
pas là : une troisième bulle (4 janvier 1 55^1 lui donna un canonicai à 
Reims, toujours sans préjudice des nominations antérieures et de sa cha- 
pellenie de Houdain. Ces bénéfices, on peut le croire, ne l'obligeaient 
pas à la résidence, et il n'avait même pas besoin d'une dispense particu- 
lière à ce sujet, car le roi de Bohême, comme tous les souverains, avait 
obtenu du pape le privilège de non-résidence pour les clercs de son 
entourage. 

Tout fut remis en cause à l'avènement de Benoit XII (couronné le 
8 janvier 1 nO^ ^^u'^ '^ès sa nomination, voulut remédier aux abus de 
tout genre, et particulièrement à celui des expectativeSj qui s'étaient glissés 
dans l'administration de son prédécesseur. Guillaume de Machaut dut 
sacrifier ses deux premiers canonîcals, dont tl n'avait pas encore touché 
les revenus, pour sauver le troisième : à ce prix seulement Benoit XII 
lui confirma le titre de chanoine de Reims, et encore y mit-il pour con- 
dition qu'il se démettrait de sa chapellenie de Houdain aussitôt qu'il 
aurait pris possession d'une prébende vacante dans la cathédrale de 
Reims. Le pape l'autorisa cependant à garder la prébende qu'il possédait 
déjà à Saint-Quentin et qu'il avait obtenue sans recourir à la faveur pon- 
tificale (pièce IV, 17 avril 1 H$ ')• 

A ces quatre bulles j'en joins une cinquième relative à lean de Machaut : 
comme je l'ai dit plus haut, M. Tarbé en avait fait l'aîné de Guillaume, 
toujours à cause de ce malheureux dualisme. En réalité il devait être son 
cadet, puisqu'en ij^j il était simple clerc sans bénéfice, et c'est proba- 
blement grâce à lui qu'il entra également au service de Jean de Luxem- 



1 . Une chose est surtout à remarquer dans celte dernière bulle : il y est dit 
que Guillaume de Machaut était auprès du roi de Bohême depuis douze 3tm ou 
environ, ce qui reporterail à 1 j^j seulement son entrée au service de ce prince. 
Comment concilier ce témoignage avec les vers de l'auteur du Vou Dit que nous 
avons cités plus haut, et d'après lesquels il aurait été clerc de Jean de Luxem- 
bourg (f I J46) pendant plus de trente ans, c'est-à-dire depuis 1516 au moins? 
Il me paraît bien probable que, dans ces vers, le bon Machaut a un peu exagéré 
la longueur de son séjour auprès de son protecteur, pour mieux persuader le 
lecteur de la connaissance intime qu'iî dit avoir eue de toutes les affaires dti roi 
de Bohème. Lorsqu'il les écrivait d'ailleurs (en 1^69 ou i>70), il y avait plus 
de vingt ans que Jean de Lusembourg était mort, et c est peut-être plus 
encore la mémoire de Guillaume de Machaut que sa bonne foi que l'on peut 
légitimement suspecter. 



no A. THOMAS 

bourg. Par cette bulle, du 4 Janvier ij??, Jean XXII lui accorde un 
bénéfice de 40 livres tournois de revenu, au plus, à ia norainalion de 
l'abbé et du couvent de Montebourg ' . 

Toutes ces pièces, considérées en elles-mêmes, nous révèlent, comme 
on voit, des faits absolument nouveaux, et qu'il est toujours intéressant 
de recueillir quand il s'agit de la biographie du poète français le plus 
célèbre du xiv' siècle; mais elles prennent encore plus d'importance en 
ce qu'elles permettent de dissiper définitivement une confusion regret- 
table, qui avait absolument faussé l'histoire des premières années de 
Guillaume de Macbaut. 

I. 

Avigtioti, 50 juillet 1 }}o. 
Nominatton de Guillaume de Mackaut à un canomcat dans l'église de Verdun par le 

pape Jean XXU. 

DiluiQ fillo Guilkimo de Machaudo^ eanonko Vtrdanensi, salutem, etc. 

Laudâbilia tue probitatîs et virtutum mérita, super quibus apud nos fide 
dignorum teslimonio multipliciter commendarts, exposcunt ut personam tuam 
affectu favorabili prosequentes tibi reddamur ad gratiam libérales. Volentes 
ilaque tibi premissorum intuttu, necnon CQiisideratioTie carissimi in Christo filii 
nostri JohanniSj régis Boemie illustris, pro te, clerko, elemosinario et familiari 
SUD domestico, nobis in hac parte humiliter supplicantis, gratiam facere specia- 
lem, canonicatum ccclesie Virdunensis eu m plenitudine juris canonict apostolîca 
tibi auctoiilate conferimus et de illo etiaro providemus; prebcndam vcro, si qua 
in dicta ecclesia vacel ad presens, vel eu m vacavcrit, quam tu per te vel procu- 
ratorem tuum ad hoc specialiter constitulum infra unius roensîs spacium, post- 
quam tibi vel eidem procuratori vacatio illius innotuent^ duxeris acceptandam^ 
confcrciïdam tibi posl acceptionem hujusmodi cum omnibus juribuset pertinentits 
suis donationi apostolice rcservamus, districtius inhibentes venerabili fratrr 
nostro..., episcopo, et dilectis filiis capituto Virdunensibus, seu illi vel illis ad 
quem vel ad quos in dicta ecclesia predictorum provisio vel quevis alia dispo- 
sitlo perlinet communiter vel divisim, tie de predicla prebenda intérim nec anle 
acceptationem eandem... disponant... nonobstantibus de certo canonicorum 
numéro et quibuslibel aiiis ipsius ecclesie statutis et consueludinibus... seu si 
prcsens non fueris ad preslandum de observandis statutis ejusdem ecclesie soli- 
tum iuramentum, dummodo in absentia tua per procuratoreni ydoneum^ et cum 
ad eccfesiam ipsam accesseris corporaltler illud prestes, sive quod liberam per- 



I . Après la mort du roi de Bohème, Jean de Machaut, comme son aîné, passa 
au service du roi de Navarre. Par une bulle du 14 octobre i jj^, Innocent VI 
lui fit don d'un canonicat à Toul « consideratione carissimi in Christo filii 
noslri Caroli, régis Navarre îllustm„ pro te dilecto suo nobis super hoc humi- 
liter supplicanlis ]). (Reg. d'Innocent VI, an 11^ livre III, bulle n** po.| 



EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN 



??f 



petuam capellaniam hospttalis Béate Marie de Kusdinio, Atrebatensis dioc^is, 
nosceris obtincre. Nulli crgo, etc.. 

Oalum Avtntone .([!. kal. augusti, anno quarto decimo. 

In cundem modum dilectis ^/lu.., abbaù monasteni Lucemburgtnsisy Trevircnsis 
diocisis, et.., dccano sancU Salvatons MetUnsts, ac magislro Pctio de Vigone^ 
canonko Taarinensis eaUsurum., scnptori noslro., sâhitem etc.. (ul eumdem GuilleU 
mum vel ejus procuratorem in possessionem mducant). 

(Bulle égarée dans les registres de l'antipape Clément VII, tome LXVI, f<> 481 .) 

II. 

Avignon, 17 avril 1352. 
Nomimtion de Guillaume de Machaut à an canonical dans l'église d'Arras 
par le même pape. 

DiUcto fflio Gaiîieimo df Machaudio, canonico Atrebatemt, salutem, etc. 

Vite tue ac moruoi honestas aliaque laudabilia tue mérita probitatis, super 
quibus apud nos fide dignorum testimonio commendaris, nos excitant et indu- 
cunt ut personam tuam prerogativa specialis favoris et gratie prosequamur. Hinc 
est quod nos volenles libi hujusmodi meritorum tuoniii obtentu, necnon consi- 
dcratione carissimi in Chnsto filii noslri lohannis, régis Boemie iltustris, pro 
te, domestico, familiarij notano suo, nobis în hac parte humiliter suppiicantis, < 
gratiam facere specialcm, canonicatum ecclesie Atrebatensis cum plenitudine 
luris canonici aposlolica lîbt auctoritate conferimus et de itio etiani providemus, 
prcbendam vcro... [ut supra),., nonobslantibus, .. seu quod in hospilali Béate 
Marie de Houdaigii {sk)*^ Atrebatensis diocesis, capellaniam et in ecclesia Virdu- 
netisi canonicatum sub exspcctatione prébende nosceris obtineie... 

Datum Avinione ,XV, kal. maïî, anno sexto decimo. 

In cundem modum dikclis [tins., preposito Vaurensis, et.., archidiacono Abrint' 
ctnsis ecclesuirum^ ac, officiali Atrebatensi, salutem j etc. Vile ac raorum... {ut 
supra)... 

{Kt%. en parchemin coté 102, pièce 1218; la minute se trouve également 
dans les Registres dits d'Avignon, tome XXXIX de Jean XXII, f" $87 v».) 

m. 

Avignon, 4 janvier 1 jjv 
Nomination de Guillaume de Machaal à an canonical dans rêgltse dt Rams 
par le mime. 

Dilecto ftho Gtiiikimo de Machaudic, canonico Remenst, salutem^ etc. 

Vite ac morum honestas atiaque laudabilia tue mérita probitatis super quibus 
apud nos fide dignorum testimonio commendans nos excitant et înducunt ul 
personam tuam prerogativa specialis favoris et gratie prosequamur. Hinc est 
quod nos volentes tibi hujusmodi meritorum tuorum obtentu, necnon considera- 
tionc carissimi in Chrislo filiï nostxi Johannis, régis Boemie illustris, nobis pro 



I . Le ms. porte Husdmio. 



î;2 a. THOMAS 

• te familiari et domestico, nolario, secretario suo, in hac parte humiifter suppli- 

cantis, gratiam facere specialem^ canonicatum ecclesie Remensiscum plenrtudine 

juris cancnici apostoiica tibi auctoritate conferimus et de iilo etiam providemuSt 

prebendam vero... non obstantibus... seit quod in Virdunensi et Atrebatensi 

ecclesiis canonîcatus sub expectatione prebendarum se capellaniam hospitalts 

Béate Marie de Husditiio', sine cura, Atrebatetisis diocesis, nosccris obtinerc... 

Datum Avinione .11. non. ianuarii, anno decimo septimo. 

ïn cundem modum dilectis filùs,.^ abbaù monasttni sanclc Gtnovcjt Parlsunsu, 

€t.., scolastuo tccksu TullensiSy ac.y officiali eccitsu Renunsis^ saîutem^ etc. Vite 

ac morum honeslas, etc. 

(Rcg. sur parch, coté 104, pièce 212 ; Jean XXII, an 17, part. 1.) 



IV. 



Avignon, 17 avril i jjj. 
Le pape Btnoît XU confirme iâ nomination de Guillaume de Machûut à un canomcat 
dans l'igïm de Reims , mais rhoquc Us autres nominations faites par son pridi- 
ctssiur Jean XX II. 

Dilecto filio GuitUlmo de Mackaudio^ canonico Remensi^ salatem, 
Laudabilia tue mérita probitatis, super quibus apud nos fîde dignorum testi- 
monio commendaris^ nos excitant et inducunt ut personam tuam prerogativa 
specialis favoris et gratie prosequamur. Sane dudum felicis recordationis Johannes 
papa XX11"\ predecessor noster, volens libi merilorum tuorum intuito, necnon 
consideratione otrissimi in Christo iilii nostri Johannis^ régis Boemie illustris, 
pro te familian et domestico, notario suo secretario, eidem predecessori in ea 
parte humiliter supplicantis, graliam facere specialem, canonicatum ecclesie 
Remensis cum pleniludine juris canonici aposlolica tibi aucloritate contulil et 
providil de codem, prebendam vero..> prout in eisdem litteris plenius conlinetar. 
Cum autem tu, sicut asseris., nondum vigore dicte gratie in dicta ecclesia tidjus- 
modi prebendam ftieris assecutus, nos volenles le preraissorum inluitu,, necnon 
et consideratione régis ejusdem pro te, adhuc clerico suo secretario et familiari 
domestico, quem asserit duodecira annis vel circa suis obsequiis inslitisse, nobis 
in hac parte humiliter supplîcatilis, fa/ore proseqni gratioso, canonicatum ejus- 
dem ecclesie Remensis cum plemtudtne juris canonici apostoiica tibi auctoritate 
conferimus et de illo providemus, prebendam vero.. reservamus.,. nonobstan- 
tibus... sive quod in Atrebatensi et Virdunensi per diversas alias dicli predeces- 
soris l'itteras sub expectattone prebcndarum in canonicum es receptus et in 
sancti Quintini in Viromandia eccicsijs canonicatum cl prebendam ac perpetuam 
capcllaniam hospitatis Béate Marre de Husdinio sine cura, Noviomcnsis et Atrc- 
batensis diocesiumi, nosceris obtinere. Volumus aulem quod omnes predicte ipsius 
predecessoris liltere per quas in predictis Remensi et Atrebatensi ac Virdunensi 
ecclesiis sub expectalione prebendarum canonicus existebas et processus per cas 
habiti et quecunquc alia inde sectita ex du ne sint cassa et irrita et nullius 
prorsus existant roboris veî momenli, quodque, qoamprimum vigore presentjs 
gratie hujusmodi prebendam paci^ce fueris assecutus, predictam perpetuam cape!- 



EXTRAITS DES ARCHIVES DU VATICAN ^JJ 

laniam quam obtines, ut fertur, quamque extunc vacare decernimus, omnino 
dimittere teoearis... 

Datum Avinione .XV. kal. maii, anno primo. 

In eundem modum dilutisfitits..»^ sanete Gtnoveft Parisiensis et...^ saneti Nkasii 
Remensis monasteriorum abbatibus, ac. .^ archidiacono Abrincensi, salutem. Lauda- 
bilia dilectifilii Guillelmi, etc.. 

(Reg. surparch. coté 119 (Ben. XII, ann. i, p. 1) pièce 399.) 

V. 

Avignon, 4 janvier 1353. 
Promion d'an bénéfice à la nomination de l'abbé de Monkbourg en faveur de Jean de 
Machaut par Jean XXII. 

Dilecto fiiio Johanni de Machaudio, clerico Remensis diocesis, salutem^ etc. 

Multiplicia tue mérita probitatis super quibus apud nos fide dignorum testi- 
monio commendaris... Hinc est quod nos volentes... consideratione carissimi in 
Christo fiiii nostri Johannis, régis Boemie iliustris^ pro te dilecto familiîiri et 
domestico, elemosinario suo, in hac parte humiliter supplicantis, gratiam facere 
specialem, beneficium ecciesiasticum cum cura vel sine cura, consuetum clericis 
secularibus assignari, cujus fructus, redditus et proventus, si cum cura, sexaginta, 
si vero sine cura fuerit, quadraginta iibrarum turonensium parvorum, secundum 
taxationem décime, valorem annuum non excédant, ad dilectonim filiorum.., 
abbatis, et conventus monasterii Béate Marie de Montisburgo, ordinis saneti 
Baedicti, G>nstanciensis diocesis, collationem, provisionem seu presentationem... 
pertinens, si quod vacat ad presens vel cum vacaverit... tibi auctoritate aposto- 
lica conferimus... 

Datum Avinione .II. non. januarii, anno decimo septimo. 

le eundem modum dilectis filiis...^ abbati monasterii sanete Genovefe Parisiensis, 
«..., archidiacono ConstancUnsis, ac.j scolastico Tullensis ecclesiarum^ salutem. 
Multiplicia, etc. 

(Reg. sur parch. coté 104, pièce 217 ; Jean XXII, an 17, part. 1.) 

Antoine Thomas. 
[A suivre.) 



ÉTUDES 

DE GRAMMAIRE PORTUGAISE. 



Les recherches que je publie aujourd'hui et d'autres que je prépare 
sont basées en bonne partie sur des manuscrits de l'ancien couvent d'Al- 
cobaça conservés à la Torre do Tombo et à la bibliothèque nationale de 
Lisbonne où )*ai passé les étés de 1878 et de 1880, La bienveillance et 
la prévenance sans égale avec laquelle m'ont accueilli M. Silva TuUio, 
conservateur de la bibliothèque nationale, et M. José M. C. Basto, offi- 
ciai maior da Torre do Tombo, les ont singulièrement facilitées et leur 
ont donné un charme qui me fait désirer ardemment le jour où je pourrai 
revoir les rives du Tage et poursuivre mes travaux dans ces riches 
dépôts. 

Le catalogue des manuscrits de l'ancien couvent d'Alcobaça ' qui sont 
aujourd'hui pour la plupart conservés à la bibliothèque nationale de Lis- 
bonne n'étant sans doute pas à la portée de chacun, et le dit catalogue 
offrant en plusieurs points de regrettables omissions ou donnant plus 
d'une fois des indications peu sûres^ voici en ordre à peu près chronolo- 
gique les manuscrits que j'ai parcourus et dont je pense publier l'un ou 
l'autre. Plus loin je donne les anciens textes que j'ai eus à ma disposition 
et d'autres ouvrages qui reviennent et reviendront souvent dans ces 
études ei dans celles qui suivront. Je n'ignore point que j^en ai bien 
d^autres encore â parcourir, mais il n'y en a pas qui puissent modifier 
les résultats obtenus. 

Ms. de l'ancienne bibliothèque du couvent d'Alcobaça n* 266, conservé à la 
Torre do Tombo, écrit par plusieurs mains du XIV" siècle, contenant les 



I. index codicum Bibhothecae Alcobatiae, in quo non tantum codices recen- 
sentur, sed etiam quct tractatus, epistolas, etc., singuli codices contineant, 
exponjtur, aliaque animadvertuntur noUtu digna.OHsiponeex typographia regia 
anno MDCCLXXV. 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE )Jf 

ouvrages suivants attribués par le titre moderne à Fr. Hylario da Lourinhaa : 
fol. I r®-42 r* Vida do i§anU Josaphat ; foL 42 v"-^o v» Vida de Eu§roiima\ fol. 
ji r*-66 r» Vida de Sancla Mana egipcia ,- fol. 66 v"-67 v* Vida de Tarssis ,• fol. 
68 r'-7} r* Vida de Sancto Aiiexo conf essor ; fol. 7} ^-74 v' Vida d'hSia muy 
Sancta Môia ; fol. 74 ¥"-82 v Vida de Sancla Pellagya ; fol, 85 r»-89 V Os dcz 
mandamentos da Uy de Moysts des postas per os doclores da Sancta Egrefa ; fol. 
89 vo-96 r* Morte do km aventurado Sam Jeronimo; fol. gè v«*-i 1 i r* Huadcvocla 
tonltmplaçô de Sanct BernardOy et A contemplaçô que fez {0 santo) Sam Bernardo 
stgundo as sets 01 as canonicas do dia; fol. i 1 1 r'-uj v« Conto de Amaro; fol, 
1 24 r^-r J7 r» Tunguth ; fol, 1 37 v"-i <,^ r» Da hora da morte ; fol. 155 r«-i j8 r* 
Da luxurya-, fol. 1 j8 r'-iG^ v'Da castidadc ,- io\. 16 j r'-i67 v" Do dia do 
Jttko ; fol, 167 v»-i69 v" Do inferno; fol, 170 r'i7i r*» O quiconque vult per 
Unguagem. 

Ms. d'Alcobaça n" 244 (B. n. de Lisbonne) du XV« siècle selon te catalogue, 
sûrement du XIV* selon moi, contenant : foL i r'*-7 v Os dcz mandamentos que 
son dictas morcuUs e naturddes^ publiés dans les Inédites de Alcobaça 1, p. 1 j^- 
ijj; fol. 7 v°-73i r" Virgeu de ConsoUçon; fol, 7} r'-<)o y' tractado das mtdita- 
çoôes e penssamentos de Sa Bernardo (= ms. 291 fol. 125 f'-i46 v"); fol. 90 V'- 
104 V* Estoria dhûu cavaleyro cqne chamava Tungulu, ao quai foron mostradas 
\/isibilmente e no per outra Revelaçô todas as penas do mjerno e do purgalono. E 
oatrosi todos os Ifèes e gîorias que ha no santo parayso^ andante sempre hùu angeo 
eô el. Esto Ihe foi demostràdû pot laî que se ouvesse de correger e èmendar dos seus 
peccados e de suas maldades. (Ce texte diffère de celui qui est contenu dans le 
manuscrit n* 266.} 

Ms. d'Alcobaça n^ 27J {B. n. de Lisbonncjl contenant fol. 1 r'-(j5 v* l'Orto 
io esposû écrit dans la seconde moitié du XIV* siècle, et fol. 155 v*-i8j v» 
SoHloqmo de Sancto Agostinho écrit par trois ou quatre mains de la fin du XIV" 
ou du commencement du XV" siècle. 

Ms. d'Alcobaça n*» 57 (B. n. de Lisbonne) mutilé, contenant les Dialigos de 
Sam Gngorio, du XIV* siècle. 

Ms. d'Alcobaça n» j6 {B. n. de Lisbonne) contenant les Dialogos de Sam 
Gregorio el quelques autres textes du commencement du XV*' siècle. Je n'ai 
étudié que les deux premiers livres, jusqu'au fol. J4 v'. 

Ms. d'Alcobaça n* 291 fB. n, de Lisbonne) écrit par plusieurs mains du com- 
mencement du XV*= siècle, contenant : fol. 1 r'-74 r* Vida de San Bernardo abbade 
dt Clarayal {traduction); fol. 7^ r"-i2 5 r* EspecuUo monacorum ; io\. \2^ t<^- 
147 V* Uvro de San Bernardo dos pensamentos que home deve daver côsigo meesmo 
para se conhtur t outrosy viir è conhecimcnto de deus ; foi. 148 r'»'i9o r* Deceplina 
monacorô que fez e côpos San Bernardo; fol. 191 ro-222 v*» Trautados que f al là do 
Sagramento do corpo do noso serihor Jcsu Crislo, 

Ms. de la bibl. de la cour de Vienne n° 2^94, écrit par plusieurs mains du 
XIV* au XV* siècle, contenant la Demanda do Santo GraaI. 

Les chansonniers : Trovas t Cantares, CV et CCB. 

CoUecçâo de ineditos portuguezes dos seculos XIV e A'V'ordenada... por Fr. 
Fortunato de S. Boaventura, Coimbra 1829. Volume I comprenant : Os Actos 
dos ApostoloSj Os du Mandamentos que son diclos motaaes e nataraaeSf Explicaçâo 



^^6 J. CORNU 

dos de: Mandamintos dû ht àt Deus, quicumque vult per linguagcmj Opus- 
cules do douter Fr. Joâo Claro, Fragmentos àt ama vtrsâo anitga da regra de 
S. Bmio, Volumes 11 cl H! comprenanl les Historiai d'akmado tcstamcnlo yetho, 
stgundo maître das hiitoriûi scotasiicas t segando outras, que as abrcviûrom^ t 
corn dnerti dalguûs doctores e sabcdores, 

Dom Duarte (1391-1438), Lcal corudktiro e livro da ensinança dcbem cavalgar 
toda sella. Lisboa 1843. 

Fernâo Lopes (i 38o?-i4J9?>, Ckronica d'El Rey D, Pedro l a Ckfonua d*Et 
Rey D. Fernando dans la Colkcçdo de iivros îneditos de histor'u portugaeia^ t. IV. 

Gomes Eannes de Azurara, Chronica do descobrïmenîo e conquista de Ctiiné. 
Paris, J841. 

Je cite Gil Vtcente et Camoens d'après les éditions de Hambourg, Diogo Ber* 
nardes (Lyma) d'après l'édition parue à Lisbonne en 1820. 

Sur le langage populaire on trouve de précieuses indications dans les 
nonabreux travaux consacrés à l'orthographe. Je me suis servi surtout 
des suivants : 

Joaô de Moraes Madureyra Feyjo, Orthùgraphia ou arte de escrevtr e pronunaar 
corn acerto a lingua portugueza. S^unda iropressaù. Coimbra 1739. 
Fr. Luis do Monte Carmelo, Compendio de Orthografia. Lisboa 1767- 
Exercicios de cacograpkta portugueza, Scgunda edlçâo. Por M. M. M. Lisboa, 
1864. 

î. 

Dt l'influence des labiales sur les voyelles aiguës atones. 

Diez a traité brièvement des modifications produites par les labiales 
sur les voyelles aiguës dans la Gramm. des tangues romanes ^ I, 173-175 
(trad. 1, j6i -î). Mais en plus d'un endroit de cet ouvrage et du Dkt. 
étymologique, l'on s'aperçoit qu'il ne leur avait pas accordé Timportance 
qu'elles ont de fait dans quelques parties du domaine roman. Le travail 
le plus approfondi est l'élude vraiment remarquable que M. Schuchardt 
leur a consacrée, Vok. 1, p. [69-178 ; II, p. 218-272 ; cf. les addiiions, 
111, p. 2?6-2î6. Voir aussi Albanisches und romanîsches du même auteur, 
Zeiîsckrift )iir nrglekhende Sprachforschung, XX. M- Ascoli a touché le 
même sujet dans plusieurs passages de VArchivio. L'espagnol et le 
portugais me permettent de compléter les recherches de mes devan- 
ciers. Le portugais surtout fournit un nombre fon considérable d'exem- 
ples, et la langue populaire doit en posséder bien d'autres. 

Il est rare que les labiales modifient les voyelles toniques. A Jome ' , 



I . Fome Conto de Amaro 



47 r« a, famiito Orlo 57 r» b, fa me 



2 v"^ Tuncullo uj v% 127 r*, 132 r', Orto 
u Virgeu de Cons. 14 v*, 37 v*, 71 V, Vida 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE 5^7 

qui doit sa forme aux deux labiales agissant en même temps sur la même 
voyelle, comme l'ont bien vu Schuchardi et Ascoli, je ne puis ajouter 
que l'anc. port, et le gai. moderne acô qui a produit .jW, et le gal,a//orw 
(= esp. aljals.i) qui prouve que IV nempêche pas l'influence de Vf. 
Comme ailleurs dans le domaine roman, ce sont les atones qui sont atta- 
quées de préférence par les labiales. Va, Ve et l'î se changent en o 
(aujourd'hui u) et 17 devient u. Ces modifications ont lieu aussi bien 
quand la voyelle précède que quand elle suit la labiale, comme on le 
verra dans les séries d'exemples qui suivent. 

Devant P : 
intropotar blâmé par Fr. L. do Monte Carmelo p. 626 -, 
ouropel; 
oaropimento ; 
rodopello ; 
Todopio ; 

ssupulturdy Vida de Euffrossina jo r** ; 
sopulîunt, Espec. monac. 77 f 81 f ; 
sopoltura^ ibid. 80 v*. 

Après P : 
Gai. paporrubio, Cuveiro Pinol ; 
pocado — pecado, Orto 140 r" a ; 

podelayio (= pedilum} blâmé par Fr. L. do Monte Carmelo p. 661 , 
Alter podrôso^ blâmé par Mad. p. 178 ; 
porou = parou, Orto 1 37 v°h; 
por per et pcr- 

procurrer = percorrcr, Exerc. p. 1 8 ; 
purduar = perdoar, Exerc. p. 8 25 29; 

porfia d'où porfiar aporfiar. Profia^ Exerc. p. 7. Voir Diez Et. W. Ilb; 
porguntar, blâmé par Mad, p. 4J0; 
purguntô^ Exerc. p. 2^, porgunta, Exerc. p. 2?, MC. 
proguntar et progunta, blâmés par Fr. L. do MC. p, 665, Exerc, passim. 
pormanear, blâmé par Mad. p. 4J0, 
porsuadir, blâmé par Mad. p. 4J1 ; 
por pro prae- 
purcursor, Exerc. p* 38 ; 
purgoeiros^ Exerc. p. $7 ; 
porjuizo ou projuizo, blâmés par Fr. do MC. p. 66 j ; 



do iff. Josaphal 24 r», j6 v, Morte de S. Jeron. 90 V, Orlo ^9 r«, 8j b v, 
Solil. de S. Açosi. K7 v", 177 r", Vida de S. Bernardo 14 v*», \^ v", 20 v», 
60 r, Ados XI 28, mstorias I, pp. 18, $8, 29^, Fern, Lopes p, 200, Azurara 
p. j9, /d/nfin/û Virgeu de Cons. 61 v», Orto j8 vb, Dec. monac. 184 r", 
Trautados do sacr. 197 r". 

Rùinanig^X 22 



3}8 J. CORNU 

porrogdtiya, Azurara p. 5?, blâmé par Fr. L. do MC. p. 662; 

purgaminho^ Historias II p. 162, Orto 22 v^a 67 r^b; Conîempl. de 
S. Bem. 107 f; 

poTgaminlw, blâmé par Mad. p. 430; 

putgaminho^ Exerc. p. 39; 

Pampotlona, Fem, Lopes 152 1 H ' 55 i 

prospondades Azurara, p. 22 ; 

reportoiro (= repertorio], blâmé par Mad. p. 461 ; 

vespora, Vida de S. Bernardo 7 v'*, Fern. Lopes p. 66 67 191 401 508» 

Cil Vicente If p. 227 2^4, IH p. 323, blâmé par Mad. p. 531 et 

par Fr. L. do MC. p. 712. De même en gai. d'après Cuveiro Pinol. 

Cf. dans Schucbardt, Vok. I, p« 175, antopodosi^ soporeSf oporiamur, 

artopogo, EpogathianOy Epominondae, potiscaty potiatur. 
Devant B : 

buber bibere, vulgaire à Lisbonne. Exerc. p. 8 28 ; 

cobranîo, blâmé par Mad. p. 451 et par Fr. L- do MC. p. 558 ; 

Kobrantar, blâmé par Mad. p. 4^ i et par Fr, L. do MC. p. 5^8 ; 

cobrar t qathmr. « Cohrar he o mesmo que receber dinheiro, ou cousa 
tt que se deve. Quebrar he partir, ou fazer algûa coysa em pedaços. 
« E sendo taô diversas as significaçoens destes dous verbos, naô 
« sei corn que fundamenio escrevem alguns hum por outro. i> Mad. 
p. 256. « Quebrar e cobrar saô muito diverses ; porque Quebrar he 
« fazer era pedaços etc. Cobrar he arrecadar. » Mad, p. 45 1. Voir 
aussi p. 4^6. 

Dobruar, blâmé par Mad. p. 260; 

Dobram^ blâmé par Mad. p. 260 ; 

nobreciddde (= universidadi], blâmé par Fr. L. do MC. p. 648 ; 

Nobucadandsory Deceplina Monac. 186 v" ; 

obispo, epi SCO pus qui a perdu Vo initial qu'on a pris pour l'article ; 

robidiï *rapita, Alex. 502 b 565 b ; 

robolar, blâmé par Mad, p. 455 ; 

sobolliry Apol, 290 c 446 b ; 

sobores {= sabores] Solil. de S. Agost. 185 r*. 
Après B : 

alboifuorijue, « Albric(Sque fruta nova. Outros dizem albecorque, outros 
« alboquorque e outros alvericôque. r Mad. p 169. Voir Dozy, 
Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l*arabe, s. v. alba- 
rico^ue. 

bolôta et bolita, esp. bellota. Voir Dozy, s. v. 

boutismo, Espec. monac 82 v« à côté de bautismo 81 v* 8j f; 

sabodores^ Vida do Iffanlc Josaphal i r" \ 

sabodoru^ Especullo monac. 100 v ; 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE ^59 

ûnboUas maâos, Dem, do S. Graal jS r b à côté de anbMs etc. 
anbollas penas, ibid. 82 V^a ; 
anbollas parîts, ibid. 85 1*3 ; 
anbûlas parus ^ ibid. 192 r'a et Va ; 

borboUta^ erro barbolêta^ Mad. p. 21 3 ; berbdeta Orto i jj r"a ; 
barboros, Orto do esposo 8 ^ r " a ; 

Barbara i— Barbara], Mad. p. 216, gai. selon Cuveiro Pinol; 
soboUir^ Apol. 290 c 446 b ; 

Wfrow, Cil Viceme, II, 555 ; Cam5es, Lus. V, 1 1 ; II, 228; III, 2? 
476. « Vibora, erro bibora » Mad. p. 5^1 [bibera Virgeu de Cons. 
12 yo, Orto 43 v^'b, Actos XX VIII jl 

Sofrr^ avec l'article a donné d'abord les formes suivantes : sohrelo mar 
Actos XXVIl 9, sobeta terra Hislorias I, 5 ; sobeb augua Hislorias I, 49; 
sobelo moço Historias I, 32, sobrehs monin Hîsîorias I, 14 etc., sobeUo 
olho Orto 138 rb, ssobella cabcça, Dem. do S. Graal 86 y* b, ssobdia 
fonte ibid. 87 v" b, sobeio ieyîo ibid. [8$ f b, d'où : 
soholo altar, Dem, do S. Graal 78 r°a ; 
sobold donzela, ibid. 106 r^aj 
sobola cabeça, ibid. 106 r" a ; 
sobola erva, ibid. 106 v" a 108 Vb; 
sobola fonte, ibid. 109 r*»b; 
sobola canpaay ibid. 161 r^ a j 
sobolo mtVior cavalo, ibid. 17 j r*b ; 
sobolo lago, ibid. 1 79 V a ; 
sobola fa^'oa, ibid. 180 rb 181 r"a; 
sobolds coyxas, ibid. 180 v^a ; 
sobolo moymenîOy ibid. 1 80 r* b ; 
sobolas càpaaSy ibid. 190 v* b; 
sobolas aguas, Gil Vicente !, p. 265 ; 
*dto/o tancjUi, Camôes Lus. IX, 60 ; 
fd^o/o <£ffo, Camôes II, p. 263 ; 
sobolas rios^ Camôes Ilî, p. 9 ; 
sàboia e sobolo, Mad. p. 48$. 

Cf. dans Schuchardt, Vok. I, p. 170^ Dohbelia p, 174, HfCoi»fl, Hee- 
hgabolo, canova canobam, canopus^ canops^ miraboîanum. 

L7 s'est fermé en u dans iffruteu Dem. do S. Graal 79 v" b 83 v**a, 
dirruballos ibid. 86 v b, dirrubey ibid. 89 r° a, derrubastes ibid. 89 r^a, 
dirrubastes ibid. 91 v" a, darubar Livro da Enss. p. 20, derrubamento 
Leal cons. p, 247, derrubadas Gil Vicente 1, p. 310, derrubar Diogo 
Bern., Lyma p. 125, derrubado ibid. p. 92, derrubar e derribar Msid. 
p. 264. — Derrubâ Orto 69 r"b, derruba Dem. do S. Graal 80 r a et 
Leal cons. p. 278, deriubam Leal cons. p. j8 180 203, it-rru&tf ibid. 



J. CORNU 

p, 13^, derrubê ibid. p, 272, sont lires des formes accentuées sur la ter- 
minaison. 

L'f est devenu u dans te root savant desîrabua, Leal Cons. p. 281. 

Devant F : 
Gai, alforsa -- atfarsa, Cuveiro Pinol ; 

escorojïinchar [= esunifunchar)^ blâmé par Fr. L. do MC. p. 586 ; 
rodofolte ; 

Après F : 
fanforncty blâmé par Fr. L. do MC. p. ^86; 
folom, Dial. de S. Gregorio (mss. d'Alcobaça 56) 48 v" ; 
folam, ibid. 12 r"; 
folonya, ibid. 5 v" 12 r** 26 f 49 r ; 
folon, Dem, do S. Graal 1 j2 r'a ; 
folloôes, Livro da enss. p. 44, foiloa ibid. p. t lo 118; 
fomentar, blâmé par Mad, p. ji6; 
formenlOf blâmé par Mad. p. 516 ; 
fromento ou jrumenîo^ blâmé par Fr. L. do MC. p. 606 ; 
afformenîar^ blâmé par Mad, p. 3 1 6 ; 
formoso e formosura^ Mad. p. 322 ; 
afformosear^ Mad. p. j22 ; 
fonàlhoy blâmé par Mad. p. 3 17 ; 

forrolhar, « fechar corn ferrôlho n blâmé par Mad. p. 317 ; 
affûrrolbar, blâmé par Mad. p, 165, en gai afèrrôllar ; 
fûrrête, « a marca que se faz com ferro quente ^j, blâmé par Mad. p. ? 1 7 ; 
forretada ( - fnretoada) ^ blâmé par Mad. p. 317; 
afforrokaTj blâmé par Mad. p. 165 ; 
formge {= ferrugem] . blâmé par Mad. p. 317 ; 
forrugentOy blâmé par Mad. p. 5 17 ; 
forvedoiro {-^ fenedouro) , blâmé par Mad. 317; 
forvura^ btâmé par Mad. p. 3 17 ; 
afforvurar^ blâmé par Mad, p, 566 ; 
mfomyro, ref ec to ri u m, Orto 1 44 r*b et v" a {refertoyro Espec. monac. 

85 r"8j V87 v'V, 
isofogo (^ esâphago]^ Exerc. p. 32. 

Devant V : 
ontnça^ '«decania )>, Regra de Sam Bento 21, gai. ovenza y ovttnzûy 

« tcnencia 6 priorato » Cuveiro Pinol ; 
oveençâl^ « decanus », R. de Sam Bento 21 62 65. L'étymologie de ces 
deux mots est mise hors de doute par la forme avecnça ; voir Santa 
R osa de Viterbo s. v. et s. ovecnça. 
asovyo, Orto 69 r" a, gai. asubio, Cuveiro Piiiol ; 
asuvio, ibid. 133 v"a ; 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE J4I 

saviar, ibid. i j j v*a, gai. asubiar, Cuveiro Pinol ; 

assoviar^ Mad. p. 204; 

coiovélo, « erro cutcvdo n, Mad. p. 255 ; 

gai. roverso, « reverso », Cuveiro Pinol. 
Après V : 

Alvoro, fréquent dans Fern. Lopes. 

Arevolto (= Ar€mlo], Fern. Lopes p. 48 î75- 

bevodo, Hisiorias 1, p. 28?, à côté de bevedo, Orto 106 r' b, bebedo et 
behado. 

covodo, Orto II ra 148 v-b. Vida de S. Maria egipcia 56 r, Dec, 
monac. 175 v", Dem. do S. Graal 164 v<>a 166 r°b 19c V'a^ Leal 
cons. p. 1 18 à c6té de cov(do, Livro da enss. p. 18, et de covado^ 
Dem. do S. Graal ^2 r^b 78 v° a, Gil Vicente III, p. 20 j. 

nevoda (= neveda], Gil Vicente II, p. 14. 

pohora, Leal com. p. 126, >' pôlvora, eno poivra » Mad, p. 438. 

polvorinho, « erro polvarinho u Mad. p. 458. 

polvorizar, Mad. p. 438. 

polvoroso 

vavoquiaj Juan Ruiz 4? c 922 d. 

gai. vordasca vodrasca vodresca = verdasca vardasca « vara delgada 1» 
Cuveiro Pinol. 

vorgonha, blâmé par Mad. p. ^29. 

Cf. dans Schuchardt, Vok. I, p. 177-178, vocart = vacare, covus =^ 

cavus, coverna = caverna, covare = cavare. 
Devant M ' : 

Àtomorizar, blâmé par Mad. p. 20^ et par Fr. L. do Monte Carmelo, 

P- 5^8; 
benomeriio, blâmé par Fr. L. do MC. p. ^8; 
charometa et dmrumtk (= charamelâ) blâmés par Fr, L. do MC. p. 54? 

et 557; 
gai. cfmrumek churumbela, Cuveiro Pinol; 
cominho [= diminbo]. Vida de S. Bernardo ç v; 
domage, CCB 428/9 ; 
Dometrio, Orto 64 v" a 148 r b ; 
domonio, blâmé par Mad. p. 26? ; 
intromittencid et intromitîente^ blâmés par Fr. L. do MC. p. 626; 



i. Pourquoi Vo de stomaclius est-il devenu a dans cstamago qui est la 
forme des anciens textes et celle dont se servait encore le peuple au XVIII'- siècle.^ 
iVirgeu de Cons. 41 v 52 v"% Orto 20 Va 60 r* b 66 v* a 15? r* a, Espec. 
monac. 86 v«, Dec. mon. 171 V», Opusc. de Jo5o Claro p. 206, Leal Cons. 
p. 244 289 521 Î2J, Mad. Fr. L. do MC.) Vraisemblablemcnl sous l'empire 
de Va posttonique. 



J42 J. CORNU 

omagem, Dem. do S, Graal 17 v'b, blâmé par Mad. p. Î48;" 

umagem, blâmé par Fr. L. do MC. p. 714; 

Philomô, Orto 67 r* b 67 v" a ; 

promeiro, blâmé par Mad. p. 444; 

rodomoinho ou redomoinho ; 

gai. romediOj Cuveiro Pinol ; 

romendar, blâmé par Mad. p. 460 et par Fr. L. do MC. p. 678, gaL 
d'après Cuveiro Pitîol ; 

romendù, blâmé par Mad. p, 460 et par Fr. L. do MC. p. 678 ; 

rumotos^ Exerc. p. n i 

solhmente, Espec. monac. 1 08 v" ; 

somandy Dez Mandamenlos dans les Ineditos I, p. IJ4 i }6, Conto de 
Amaro 111 v^ 1 1 2 r , Trautados do sacr. 1 97 v*, Fern. Lopes 
p. ]i)\ 289 564 4t7, Leal cons. p. p 88, Gil Vicente II p. 427, 
m p. 258, Diego Bem., Lyma, p. 209 2)4; somana, blâmé par 
Mad. p. 478 et 488 et par Fr, L. do MC. p. 689, gai. d'après 
Cuveiro Pinol ; 

somella , Trovas e Cantares 2 2 ; 

somelhavd^ Dem. do S. Graal 4^ v^ a; 

îormentina {= tremenùna termenîina Urehinthina) , blèimé par Fr. L. do MC. 
p. 698 ; 

gai. tromentana, « traraonlana », Cuveiro Piiiol. 
A côté de esmar, R. de S. Bento p. 2 î 1 6 s , Soliloq. de S. Agost. 1 82 v^, 

Vida de S. Maria egipc. ^4 y**, on rencontre osmar R. de S. Bento 7/4/ 

ri, Dem. do S. Graal 1 î2 r*' a, Leal cons. p. 50 j, et la même forme 

revient souvent dans le dial. de l'Alex. [1026c 1370a 1426b 1454 c 

24Î4C). Pour l'expliquer, il faut supposer que aestimare est devenu 

*istumare, d'où 'cstomare 'osîmare osmar; cf. exustumare, Schu- 

chardt, Vok, II, p. 257. 
Après M : 

azimola, blâmé par Mad. p. 214; 

baisomOy blâmé par Mad. p. 216; 

gaL brétoma = hréîema^ (f bemetra ». Cuveiro Pinol ; 

momaîuco (— mamalaco filho de branco e de india), blâmé par Fr. L. do 
MC. p. 642 ; 

Moudanela^ Decepl. monac. 182 v% à côté de Maudakna Espec. monac. 
100, DecepL monac. 182 v% Traut. do sacr. 217 r", de Maadanclia 
Decepl. monac. 182 v", Vida do Iffante Josaphat 22 \'\ Contempl. 
de S. Bern. 108 r 110 v\ et de Madandla ou Madanela Dec. 
monac j8| r" 189 v" 193 r*, Gil Vicente 1, p. iî4 172 264, II, 
p. 26 425, III p. 12? 128, gai. d'après Ciîveîro PmoL 

molào, blâmé par Mad. p. 389 et par Fr. L. do MC. p, 641 ; 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE 

moloal^ blâmé par Mad. p. 389; 

muludiay Exerc. p. 32; 

motgiûj Apol. 311 b ; 

lymodOf Livro da enss. p. 10 • 

lumiâTy (' a entradada porta » Mad. p. 377. Voir aussi p. 373. 

Cf. dans Schuchardt I, p. 169, dumat, âoiumtn^ condumnari p. 173 ; 
Otùtna = Uxama p. [74. 

Après QV : 
Acà anc. port. (= acd) qui a produit nlà ou flWd, Fcm. Lop. p. 10. 

j4c<5 et alô vivent encore en galicien. 
quùreenta^ Orto 82 v*» a 95 r* a 1 02 v* b ; 
quorenta. Vida do Iff. Josaphai 32 r", Morte de S. Jeronymo 01 r, Dem. 

do S, Graal 80 v*^a. 
tjuoremta^ Fem. Lopes p. 66, gai. core/i/d corentena, Cuveiro Pino!. 
quoreesma^ Orto 109 v" b. Vida de S. Maria egipcia 62 v 63 r*, Vida de 

S. Bem. 7 V" 24 r*; 
coreesma^ Vida de S. Maria egipcia j 2 v« 5 3 v« ; 
coTtsma, blâmé par Fr. L. do MC. p. 562, gai. d'après Cuveiro Pinol. 
cortilho (= quiinilho)^ blâmé par Mad. p. 4^1 ; 
ciriifuoenta, Orto -jj r>b 82 V* a 103 raj Dîal. de S. Gregorio (mss. 
d'Alcobaça n» ?6) 34 r' 34 V, Actos XIll lo, Historias passim 
Vida de Euffrossina 43 v<», TunguHo 15^ v", Dem. do S. Graal 
39 r a, Fem, Lopes, Azurara. On trouve dans les mêmes textes 
les .formes quartenta et qmnesma. 

Cf. dans Schuchardt, Vokal, quoiraîus I p. 173, copiato ~ coaptato II] 
p. 98, coctus 11p. 516, cocuîat ibid., colerunt colescere colescat^ ^uo^ibid. 

Après GV : 
atgonem aliqvamrem, Gil Vicente I p. 1 39 et Prestes diaprés Moraes; 
golardom, Dem. do S, Graal 107 v*>b 1 !0 v* a ; 
gornicida, ibid. 163 v" b ; 
goreçesse, ibid. 22 v^a et v^b; 

goreçerj ibid, 22 v** b 29 v**a 3 j r^ b (guareçer 23 v" 24 r^b 35 r» b) , 
goraçer, ibid. 176 V'a ; 
goreçereif ibid. 23 v'b; 
guûTcçera, ibid. 43 r* b; 
goreçera, ibid. 64 r^^bj 
goriTy ibid. 66 r» b ; 
gorido, ibid. 177 v^b. 

Intropolar, supultura, gai. paporrubiOf podràso^ procurrer, purduar, por- 
gunUr proguntar proguma^ porsuadir^ purcursor^ purgoeiros^ porjuiso pro- 
juizOf porrogdùva^ PampoUona, reportoiro^ dobruar dobrum, Nobucadana- 
iOT, robolar, sobollir, sobores, alboquorque^ bolâtaj sabodores^ sabodoria. 



^44 ^' CORNU 

horholha^ destrubuûy folom folonya, formoso formosura, forrôlho forrolhar 
afforrolkar afforrotear, forruge forrugento, forvura afforvurar, rrefortoyro^ 
vorgonhat atomoriiar^ domoniOf mmotos, motào moloal muludia, et autres, 
sont susceptibles d'une autre explication. Il y a eu peut-être influence 
de la seconde voyelle sur la première, autrement dit assimilation, comme 
dans a/iofom/a anotomico, Fr. L. do MC. p. 518, ginorosa Exerc. p. 24 
25, razolveramse Exerc. p, 9» ruzolvcoMd. p. lo.ruzeluçâoj ibid.,p. 24. 
On pourrait aussi admettre que les deux causes ont contribué à modifier 
la voyelle. 

Albernozy arréol, berdoadas Exerc. p. 52, Bregonha Azurara p. 17, 
gai, delor^ gai. denosinha, desabetoar = desaboîoar Mad. p. 26^, ferons 
Exerc. p. %■], jeriuna Mad. p. 52?, Fr. L. do MC. p. 600, Exerc. p. 18 
lo.feîuro Exerc. p. 14 i-j.fremuzura ' Exerc. p. 25, menomento Exerc. 
p. 22 25, mermuradores Exerc. p. 20, ptçonha erro poçonha Mad. p. 425, 
gai. pezoa pezona penzona', gai. Pelonia — Apolonia, gai. percurar, prt- 
curar, perduçôcs Exerc. p. 28, pcrfundamente Exerc. p. 25, gai. prefando, 
gai. pedongar perlungar, ptrnostico Exerc. p. 21, gai. pren&sîkOf gal.pr*- 
nunc'mr , pcrsoïana Fr. L. do MC, p. 657, pespontar erro pospontar Mad. 
p. 4ÎI, Fr. L. do MC. p. 662, precurar Fr. L. do MC. p. 663, Exerc. 
p. ^ i , preiuxo proluxo = prolixo Fr. L. do MC. p. 664, prepori Fr. L. 
do MC. p. 694, i^uemuns = communs Exerc. p. 3 1 , rcbusto Mad. p. 465 
Fr. L. do MC. p. 672, ndondo, relogio gai. re/û5esp. relojj secone Exerc, 
p. îj, secorro Exerc, p. 1 3, sacorro Fr. L. do MC. p. 680, sepurtado = 
soporîado Exerc. p. 12, kîor Trauiados p. 207 v" 209 r" titor Fr. L, do 
MC. p. 700, KW/iime Azurara p. i 5 16 78 1 $4 465 etc. semblent en 
partie contredire l'inHuence que nous attribuons aux labiales. Mais nous 
avons dans ces exemples une dissimilaiion du même genre que celle par 
laquelle / — / devient e — ;', dissimiîation qui l'emporte sur l'influence 
des labiales. Cf. Schuchardt, Vok. II, p. 211 et suivantes, où sont réu- 
nies des formes toutes semblables. 

Avant de clore ce chapitre, qu'il me soit permis d'y joindre quelques 
formes dont il m'est difficile de donner une explication qui me satisfasse. 
Pourquoi To s'est-il changé en a à^n&demçom (Ono 8 r^'a ?o Va 52 r* b 



1. Fremosso, Vida do iff. Josaphat fol. t r* ; frtmoso, Azurara p- 71 ; Jremu- 
sura^ Vida de S. Bernard p. ^8 r' 61 r", Fcrn. Lopes p. 5. 

2. Pofonha, Virgeu de Cons. 26 v 179 r*, po(ocnio. Vida do iff. Josaphat 
î J r», pcçonha, Orlo 29 v« b 73 v b 1 1 j r" b, vida de S. Bern. 20 V, pcçon- 
nento Virgeu de Cons. p v<*, Orto 4^ v* b, p:çoento, Orto ^2 r*a 58 r* b 8^ v** a, 
Historias II, iio, Leal Cons. p. 167, peçonhtntar , Leal Cons. p. ^-j^emptço- 
nhtntar^ Tungullo 149 v», Dem. do S. Graal 82 v»a, cmpcçocnlar Solil. de 
S. Agost. 168 v, Leal Cons. p, 165. 

j, Prcmcter = promcUr, Fr. L. do MC. p. 604, et perpina ou ptrpina ^ pro- 
pina Fr. L. do MC. p. 6^7, sont des exemples d'assimilation. 



ÉTUDES DE GRAMMAIRE PORTUGAISE ^45 

86 V" b 104 ft» a 144 r b, Comempl. de S. Bernardo 99 r 101 r, Vida 
de S. Bernardo 4 r" 18 r> 24 v 29 r 62 \'\ Solil. de S. Agost. 155 v", 
Leal cons. p. 108 111, Azurara p. 24, devacào Mad. p. 259), Salamô 
(Ono 1 V" 3), 5a/iarnJ (Espec. monac. 84 v", Decepl. raonac. 161 v% 
cf. Mad. p, 475;, Salom Solon(Fern. Lopes p. 26), Bertolamou (Vida 
de S. Bernardo 6 v"), Bariholameu (Cil Vicente H, p. 520, cf. Mad. 
p. 21S et Fr. L. do MC. p. 5^8), Tholamm ~ Thohmeu lOrto 18 v^b)? 
Pourquoi AE est-il devenu a dans caUom = {fuesiom (Dec. monac. j 59 V* 
167 T'\ Traui. dos sacr. 19J r" 202 v") ? Pourquoi avons-nous a dans 
elamenio eltamento (Orto 50 r b 59 v" a 42 v" b 53 r» b) ? Il y a eu vrai- 
semblablement échange de suffixe. 

Parmi les mois qui ont l'accent sur l'antépénultième, pourquoi l*d est-il 
rendu par dans iipostoîa (Vida de S. Bernardo 68 v% ûposîeia Decep!. 
mon. 161 v'\ Traul. dos sacr. zoo v», apestosu Traut. dos sacr. 199 V*') 
et dans tscandolo iVida de S. Bernardo 36 r" 6s r'' 67 v", Dec. monac. 
r7i r, Trautados dos sacr. 210 r", escandoîa Cil Vicente 1, p. 135, 
Mad., P'r. L. do MC.) ? Asparamente iPens. 127 vo) offre la même modi- 
fication de la voyelle que camara, etc. Mais pourquoi pa/dna (paiana do 
cales. Vida de S. Bern. î8 vi de patina? La première syllabe étant plus 
accentuée que la seconde peut l'avoir modifiée. Cf. aname dans le Saint- 
Alexis, Pourquoi y a-l-il a dans bebado, covadOy filosafo [Ono î r'a 19 
v'b 27 v^a) et / dans Crisosûmo (Ono J42 v"b)? Avitar (Vida de 
S. Bern. 16 r*), aprimidos (ibid. 5? v"»), apremeado (ibid. 66 v 69 r''), 
aficazmenie (ibid. 66 v"), acupaçoês (Espec. monac. 82 r*) sont des preuves 
à l'appui de l'opinion émise par Diez» Cramm. I, 175, que les voyelles 
initiales atones se changent volontiers en a. 

J. Cornu. 



ESSAI 

DE PHONÉTIQUE ROUMAINE. 



VOYELLES TONIQUES». 

III) La troisième personne du singulier au prétérit se présente, dans 
tout le domaine roumain et dans les plus anciens monuments de cette 
langue, avec un a tonique à la place du latin a vit, ainsi : 
1 a u d a V i t lâudi 

aravit arâ 

porta vit parti 

sonavit suni 

saltavit sâlti 

cantavit cîntâ 

etc. etc. 

Et même, par la force de l'analogie, les deux autres personnes du sin- 
gulier présentent aussi cet J, surtout dans le dialeae moldave : 
laudavi làudâi laudavisti làudàsï 

aravi arài aravisti arâ§ï 

portavi purtài portavisti purtâ§J 

etc. etc. 

Mais en Valachie et dans l'ancien roumain (même dans celui de la 
Moldavie), on a : 

lâuddi làudaiJ 

purtâi purta§i 

etc. etc. 

avec un a pur, ce qui prouve que ce phénomène d'analogie n'est pas 
très vieux. Il ne reste donc d'organique que Va tonique de la y pers., 
dont nous allons rechercher la provenance. 

I . Voy. t. IX, p. 366 ss. 



ESSAI DK PHONÉTIQUE ROUMAINE 347 

Jusqu'ici tout le monde a expliqué cet a comme provenant de a v i i , 
par la chute de la syllabe vit et par le changement de a en a, change- 
ment qui se serait fait pour distinguer la )' personne du prétérit [lâudd 
de iaudavit) d'avec la même personne de l'imparfait de l'indicatif 
[laudû de laudabat'. Mais nous avons montré ailleurs que le rou- 
main, comme toute langue à syntaxe développée, ne fuit pas les homo- 
nymes de cette sorte (cf. cînta infinitif et r personne de l'imparfait, 
cantare et cantabat; d/ï^a/ première personne du prétérit cantavi 
et 2* personne de Pimparfait cantabasetc. etc.), et qu'il ne différencie 
que lorsqu'une forme, se dédoublant, donne naissance à deux mots, 
qui appartiennent à deux catégories grammaticales différentes '. La diffé- 
rence entre la ;• personne du prétérit et celle de l'imparfait est plus 
ancienne qu'on ne le suppose : elle remonte au latin populaire, comme 
il sera démontré par ce qui suit. Toutes les autres langues romanes 
tirent leur î" personne du prétérit d'un type terminé en ayt, comme 
cantavt, qu'on trouve sur les inscriptions de Pompei lexmuccavt), 
et qui devient pour les langues du midi cantau-canlô, forme que confir- 
ment d'un côté l'italien et l'espagnol cantô et de l'autre le portu- 
gais canton. Pour les langues du nord-ouest, qui conservent la consonne 
finale t, nous avons en vieux français chantai^ où la présence de la 
tonique a ne s'explique que par la longue persistance du y, autrement 
nous aurions eu chanitt ?. Le provençal chartkt est dû à l'analogie de la 
2« conjugaison, car nous aurions eu clmntdt^ comme en français 4. Main- 



1. C'est rexplicatton donnée par M. Mussafia dans son article « Zur rumae- 
nischen Formenielire > {Jahrbuch fur rom. Likr., 1869, p. jé^) et par M. Ci- 
panu dans sa < Graroatica limbet romane *, 1, p. im. 

2. C'est un moyen de créer des roots nouveaux oonl nous ne pouvons nous 
occuper ici plus amplement, parce au'il n'entre pas dans le domaine de la phoné- 
lique ; mais nous y reviendrons aans une étude à part. Ajoutons pourtant 
encore quelques exemples à ceux que nous avons donnes (voir Homanta iX, 102, 
notes). La lornie are, qui vient de hd béret — auere — juàrc — an, s'est 
dédoublée en are (il a, y personne du présent de l'indicatif) et ar (j" personne 
de l'auxiliaire, â l'aide duquel un forme en roumain le conditionnel). Actl 
(ceci II m — eccela — acdu — auh se dédouble en tffif/(ceiui-li>cl cd article 
secondaire ou article de l'adjectif (car l'adjectif s'accorde en roumain avec le 
substantif de trois manières : 1) om bun, 1) omul bun et ]) omul cd bun). 

Le pronom d (de i llum) se dédouble en «/, qui reste pronom personnel, et 
tit^ démonstratif et article de radjectif en valaque populaire. 

Les infinitifs dntjrcy làuâare^ vcden^ auziri etc. sont devenus substantif ; mais 
comme ils devaient remplir aussi le rôle d'inBnitifs, une difTércnciation eut lieu: 
on retrancha la syllabe n pour l'infiniitil, de sorte qu'on eut dnUy Uiuda, vtde, 
<JU2/etc., les seules formes de l'infinitif de nos jours. Pour prouver que cette 
chute de re n'est pas phonétique, il suffit de montrer que spinalcm ~~ spinart, 
sub tilem — subttre etc. gardent la syllabe re. 

j. Voy. Romania, Vil, .î68. 

4. Voy, les explications de M. P, Meyer dans la Romania. 




^48 A. LAMBRIOR 

tenant le roumain clnta, au lieu de partir de cantavit (par le reiran- 
chenieni de la syllabe vit), comme on l'a prétendu jusqu'ici, ne parti- 
rait-il pas plutôt du type commun cantavt, qui serait devenu cantÔ^ 
avant la séparation des langues méridionales ? Nous sommes de ce der- 
nier avis, parce que nous pouvons expliquer phonétiquement le change- 
ment de tonique en H, tandis qu'on ne peut pas faire la même chose 
pour celui de a tonique en à dans ces conditions ; aussi est-on obligé 
d'avoir recours à des hypothèses psychologiques, qui ne sont pas démon- 
tréeSj du moins en ce qui concerne le roumain. 

Comme la question du prétérit lâudâ est étroitement liée au traitement 
de Vo tonique en roumain, nous sommes obligé de nous en occuper ici; 
mais il va de soi que nous n'y traiterons qu'une seule condition de Vo 
tonique, celle où il se trouve à la fin du mot. Tout tonique et final 
devient en roumain â : 
vo s và^ (accusatif et datifl 

nos nà^ aujourd'hoi ne |qui se différencie en ni pour le 

datif) 
i 1 1 s los lâ^ àt nos jours ie [différencié en // pour le datif) 
quod (conjonction) ci (fr. que). 

Ces mots, quoique monosyllabes, attirent souvent l'accent sur eux, 
surtout en vers ; tandis que des monosyllabes comme (pronom pro- 
venant de illam*), ^article indéfmi provenant de unam), n'étant 
jamais accentués, restent intaas J. 

Il est vrai que nous n'avons pas beaucoup de mots romans, qui nous 
présentent un tonique après la chute des consonnes finales ; mais si 
nous considérons un autre ordre de faits, nous pourrons augmenter le 
nombre de ces mots. En effet, nous avons les pronoms làû (tien et ton), 
sàu. \sien et son), au pluriel fJf, j5i, qui viennent de tùus, su us, tûi, 
su i et par conséquent [û '=^ 6) tùo, soot toî, sol, d'oij par contraction îo, 



1 . Forme que les étymologistes écrivent vf, comme si la voyelle « provenait 
d'un e. 

2. Dans le dialecte macédo-roumain on a encore nn, comme en ancien rou> 
main ; voirCipariu, t Gramatica limbei romjine ', 1, p. 2^0. 

5. Voir Cipariu, ibid., p. iji. 

4. Voir notre étude, Romama, IX, 37 t. 

^. Les adverbes fncotrô loù, de quel côté) et acotô (là, par là) n'ont pas tou- 
jours eu l'accent sur h dernière syllabe : le premier est un composé de càîrit 
(vers, cnversl et de Padverbe provenant de ubi), ctftrà-o — cJtro-o «forme qui 
se trouve dans un document de î J91 , Valachie, voir * Cuvente den Batrîni t, 
I, p. ^9, par M. Hasdeu). càrû-o (dans une chronique valaque de 1620. voir 
• Cuvente den Batrîni •, I, p. 573, 37^) — coUo^ forme de nos jours où \'o 
final a attiré l'accent. Acolô vient de iccùlo-o — acoh-o — ûcotuo — acold ; 
même de nos jours l'accent est tantôt sur la finale, tantôt sur le radical. Nous 
reviendrons ailleurs sur Tadverbet^ (ubi) ; ce qui nous importe ici, c'est qu'il ne 
portait pas Taccent du temps du changement de 6 en à. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE 54C) 

so ' au singulier. Comme les formes /o, so étaient frappées d*accent, on 
a eu tâf sa et ensuite tâa, sâu, où la finale u s'est ajoutée, soit par Tana- 
logie de mieû (de meusi, soit parce qu'elle y marque le genre masculin. 
Il va de soi que les pluriels foi, soi sont devenus lài^ sai sous l'influence 
du singulier. Pour le féminin toa, soa (de tû a, sua), il est devenu aussi 
tàa, sâa sous l'influence du masculin ; mais ensuite, comme le roumain 
ne peut pas supporter un a devant un <j, on a eu ta^ sa. 

Le changement de o tonique et final en â ne saurait être antérieur m 
X" siècle, parce que les mots magyars qui sont entrés en roumain et qui 
présentent un o tonique et final ont subi le même changement que l'élé- 
ment latin. En voici une liste que j'extrais du dictionnaire de M. A, de 
Cihac [ÊUments étrangers slaves, magyars, etc., p. 471-^40) : 
magyar hord<3 ^tonneau) roum. Wr^ilu (baquet) 



ulô ^en cl urne) — 

mingalô (calandre) — 
reszelô (râpe) 

s u 1 1 ô (perça lucioperca) — 

16 (étang) — 

h a 1 a s 1 6 (riche en poisson) — 

bak<5 (bourreau) — 

tsallé action délier) — 

kop6 (chien de chassci — 

fogadû (hôtel} — 

s a r a m p ô (palissade) — 

bir6 I possesseur) — 

felezô Irâcloire) — 

hajtà (batteur, traqueur) — 

furdô ibaini — 

h â l <5 1 â r (compagnon de lit* — 
etc. 



ilâu 

màngâlâii 

ràzàlâa 

lalâu 

tia 

hâlàstàu, hde^Uu (étang) 

bac au dans une seule ex- 

pressionf 
ccatlâu (garrot, rondin | 
càpâu, de nos yours copou 
fàgâdâu 
^arampàu 

bit au (prévôt, juge) 
fekzâu (espèce de balai) 
haidâu 

feredâu, jertdeu 
haialin (amant) 

etc. 



On a ajouté un u à la fin de ces mots comme suffixe de la déclinaison 



I. C'est quelque chose d'analogue aux formes fo, so^ de t'ancicn espag;iTol, 
qui sont devenues lu^ lu dans la langue moderne. — De nos jours on dit en 
roumain : jrautOy latà-so, socru-io, moiu-mio (mon oncle) etc., mais ces formes 
atones mio, /o, 50, sont récentes, et ne se rencontrent pas dans l'ancien roumain. 
Elles dérivent certaincmenî des formes tu, su que M. Cipariu (voir Gramatica 
limbu romane, I, p. 2^6) a trouvées dans la bible de Bucharest (1680). L'ancien 
roumain employait le plus souvent le pronom possessif absolu, même après des 
noms de parenté \zommt }r au ^ talû, vâr, socra etc.) : socru-sm, ncpolU'Sau etc. 
(voir CuvenU dm Batrtni, I, p. $7, 101, 424, l'Archiva utorica de M. Hasdeu, 
ni, p. 264, 266, 168, 276). 



^50 A. LAMSRIOR 

masculine ' . De nos jours les mots français qui se sont introduits en 
roumain et qui se terminent en â {= eau) , gardent cet o intact, tout en 
ajoutant un u, signe de la déclinaison masculine : 

cadeau roum. cadéu 

tableau — tablâu 

plateau — pkîâu 

bureau — biurâu 

trousseau — trusâa 

etc. etc. 

Il s'ensuit donc qu*à une époque postérieure au x' siècle et antérieure 

à tout monument écrit en roumain (car dans les plus anciens monuments 

de la langue ce phénomène se préseme tel que nous îe connaissons de 

nos jours), tout o final et tonique est devenu a^, — Si notre démons- 



t. C'est là l'origine du suffisiÊ roumain au, qui sert â former beaucoup de 
mots avec des éléments soit romans, soit étrangers, par exemple : 
De mineure (ma n duc are) on a mt/icàu (gourmand) 

— Itngtrc (lin gère) — iingàa [tiatleur, vif courtisan) 

— nmgt (ni tî gère) — ningau (mois des neiges, décembrel 

— jreca (fricare) — Jrecàu (frottant, frolleur) 

— taipu (magyar t a l p := semelle) — talpàu (rustre, grossierl 

— fal^ iéclat, du vsL h va la = laus) — /«/au, falàu (fanfaron) 

etc. elc, 

Quelquefois le primitif est perdu, ainsi : 
Jlnoiu (garçon) vient du vsl. nlakû = célibataire, qui n'existe plus en roum, 
nnidftiu (rustre, niais, sol) vient du niot perdu nàtara (du lat. oatura) 
Ccûhhui (nom de la plus grande montagne de la Moldavie) vient du vsL cehlû 
= voile, par l'mterinédiaire d'une forme roumaine qui est perdue, etc. 
Le suffixe nu s'est enrichi d'une / et a donné naissance au suffixe lau, qui sert 
souvent à former des péjoratifs, par exemple : 
De tonl (esç. port, tonto) on a fait tontàlau (nigaud, sol) 

— mosl (simple, ignorant, vsL p ro s tu = simple) on a fait prùshihia {grand sot) 

— baba (vieille femtne, vsL baba) on a fait bumlnu ipareii à une vieille femme) 

— cioc (trognon, vsl. cok = tronc) on a fait dûcalâu (trognon) 

— caca ^it. cacca, esp. port. prov. fr. caca] on a fait akàlàu (ordure, saleté) 

etc. etc. 
Il va de soi que cet enrichissement du suffixe au lui vient des mots oîi le 
radical contient un /, comme mdngtUau, iVàu, ràzàlàa^ aatim, halalàu etc., 
phénomène qui est assez fréquent dans toutes les langues. 

2. Un (ï final du roumain de nos jours, tonique ou atone, était représenté en 
ancien roumain par un o, tomes les fois qu'une voyelle labiale fo, a) le précédait : 
' ' roum. de nos jours 

/ni 

phit (plouâ) 
nott (noua) 
noà (noua) 
doà (douîj 
noà (nouâj 
roà (roua} 
VnJuâ (vâduv3) 
etc. 
La question est si, d*un côté, Vo tonique de tuô est le même o que celui du 



toniques 


anc. roum. 


levavit 


luù 


pi ûvavit 


phé 


nova m 


noo 


novera 


aào 


duo 


iôo 


nobis 


nâo 


ros-rorem 


rôo 


vlduam 


mdao 


etc. 


elc. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE JJI 

tration est bonne, il est plus logique d'admettre un type cantô^ qui est 
devenu cîntâ. que de supposer, contrairement aux lois phonétiques du 
roumain, le changement de cantd (cantavii-cantal en cintâ ; et cela 
d'autant plus que notre hypothèse a pour elle l'accord des autres langues 
romanes. 

C'est toujours par un o provenant de la dîphthongue au (soit orga- 
nique, soit produite par l'analogie; qu'il faut expliquer les monosylla- 
biques /i, dâj stâ, fa txvâK Et en effet /<ï, Y personne du singulier 
du prés, de l'indicatif du verbe lavare, ne peut pas venir de lavât, car 
cette forme, en vertu de la loi que nous avons constatée \Romama IX, 
^70, note)» aurait donné lavai — laiia — là et jamais la. Si nous exa- 
minons la 3' personne du pluriel lau, nous voyons qu'elle ne peut pas 
non plus venir de lavant, qui aurait donné là [la van î — lauà — Id]. 
Le fait est qu'il y a eu pour ces deux personnes un changement de con- 
jugaison, 1 a V a n t a été remplacé par 1 a v u n t, 1 a v a t par lavil (ce chan- 
gement eut lieu sous l'influence du participe passé la ut us, qui est devenu 
iâm), La j* personne du singulier I a vit est devenue là en passant par 
lavt — laut — lo — la; la l'e du singulier lavo et la }* du pluriel 
lavunt ont abouti aussi à hm; mais au n'est pas devenu 0, parce quil 
n'était pas fmal à l'époque de ce changement. Car on sentait encore un u, 
qui provenait, pour la i'** personne, de (lavo) et pour la j** de u 
tlavunt) ; u qui, même après la contraction (lavo — lauo — la\m — 
/au — /au ; la vunt — lauuni — lauu — lau — lau], était considéré 



prétérit (avt — au — 0), qui se serait conservé sous rinfluence attractive de la 
labiale précédente ; ou si cet provient de d sous une influence postérieure des 
voyelles labiales sur les voyelles obscures. D'un autre cùté 10 final atone 
marque-t-jl une étape des transformations par lesquelles a passé \'a atone final 
avant d'arriver à à de nos jours, ou est-il seulement ie résultat de l'action pos- 
térieure des voyelles labiales sur les voyelles obscures r* Ce sont des questions 
que nous ne poumons aborder ici sans entrer trop avant dans le domaine 
oe l'o. Notons seulement que sous l'influence de Tanaloeie des autres prétérits 
{lâudà, ctnlâ etc.), plo**. luà son! devenus ploà, luà \2U XVlil® siècle ; et sous 
l'influence des substantifs féminins terminés en n, les mots : dôo, mio, réo etc. 
sont devenus doà, nou, roà etc. Nous reviendrons sur ces mots, quand nous 
parlerons de 0^ pour expliquer pourquoi à côté de dôo^ nôo^ rôo etc. on a des 
fois dans les vieux livres doao, roao, noao etc. 

I . De ces cinq monosyllabes les trois premiers, /a, «/«, stU, sont en même 
temps des présents de l'indicatif et des impératifs : 

ià (il lave, lave) 

dà (iJ donne, donne) 

sta (ii reste, reste) 
et les deux autres ne sont que des impératifs : 

/« (fais) 

va (vas) 
De plus le dernier, va, est le seul reste du verbe vadere qui existe en roumain; 
encore ne se trouve-t-ii qu'en ancien roumain. 



1^2 A. L\MBR10R 

comme suffixe de la r* personne du singulier et de la j* du pluriel 
(credû représente en anc. roumain aussi bien credo que creduni). 

Les verbes dao (pour do|, siao (pour sic), vao (de vado)» ont dû 
se conjuguer à ta ?« personne du pluriel : daunt. slaunt, vaunl', 
formes qui sont représentées en roumain part/jû, staû; pour vauntnous 
n'en avons plus de trace, comme ;" personne du pluriel. Dansidtï, stau, 
nous trouvons un traitement pareil àceluide/aiî ilavunti, leu (lévunt 
pour levant), au ide habunt pourhabeni) ; car, en roumain, les verbes 
de la 2« conj. comme videre, tacere etc. sont traités, à la 3* pers. 
du pluriel, comme les verbes de la 3' conjugaison, credere, dicere; 
de sorte qu'on a y^^ = vïdeo, vident; îac =taceo, tacent, à 
côté de crcd = credo, credunt, xic = dico, dicunt, etc.) ; ce qui 
nous confirme l'idemité des conditions pour tous ces verbes dans le latin 
populaire. Maintenant si nous avons à la i* personne du singulier da^ 
stà^ va à côté de là et si U part de lavt — but — lo — là, il faut 
admettre que d^^ 5fi, vs partent aussi de *daut, *staut, 'vaut, 
formes refaites sur le pluriel daunt, siaunt, vaunt, qui sont devenues 
d'abord do^ sîo, w, et ensuite <fj, sîd, vii. 

L'impératif/^ ne vient pas du latin classique fac, qui aurait donné en 
roumain fa ; mais de même que d<i, $<«, /J, vd partent de types comme 
daut — do, staut — sto, faut — lOj un type faut, fait sur la 
^^ pers. du pluriel faunt (dont l'exisience est attestée par d'autres 
langues romanes), a donné en roumain /fluf — jo fn. Il est vrai que ce 
que nous venons de dire n'explique qu'une Y personne du présent de 
l'indicatif, /ï, qui n'existe plus en roumain, étant remplacée par face 
(faciti, et non pas l'impératif /«. Mais si nous considérons que la 
2f pers. de l'impératif singulier est, en roumain, pareille à la 5* pers. du 
prés, de l'indicatif dâudà = lauda ei laudati, et que la plupart des 
verbes en question sont de b 1^" conjugaison, lavare, stare, dare, 
nous aurons d'abord les impératifs <ifï, sUy Ui pareils à la j" pers. du 
prés, de l'indicatif, et ensuite par la force de l'analogie jâ et W, qui 
n'étaient que des formes de la 2* pers. de l'indicatif, sont devenus aussi 
des impératifs. Plus encore : à ces deux derniers il n'est resté que le rôle 
d'impératif. 



I. Voir Remania IX, p. 167, où M. G. Paris suppose ) existence dans le lat. 
populaire des formes 

stao — staunl 

vao — vau nt 

dao — daunt 

dao — faunl p. facuni. 
Cette supposition est d'autant plus fondée qu'on ne saurait expliquer autrement 
les (ormes roumaines dau, slau, etc. 



moldave de nos jours. 
muiere 
giunghiere 
privighien-privighere 

ingtmnch'uTc — ingenun- 

chere 
taiere 
înviere 
subtiere 

etc. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE JJJ 

IV) Un a tonique devient € toutes les fois qu'il est enfermé entre deux 
voyelles linguales le, i), dont 1 une le précède immédiatement et Tautre 
se trouve dans la syllabe qui le suit. Ce phénomène s'est produit dans le 
dialecte moldave et sporadiquement dans les autres dialectes ; de là il a 
pénétré dans ta langue littéraire de nos jours, du moins en partie. Nous 
allons examiner les cas où le phénomène a lieu ; 

a\ Les infinitifs de la i"" conjugaison (devenus substantifs!, oii Va 
tonique est précédé d'un i, changent cet a en e. Exemples : 
anc. rQuim. et valaque de 
nos iours. 
'raolliare muiare 

jugulare-juglare giungbiare 
pervigilare-perve- priveghiare 

glare 
*îngenuçu!are-inge- ingmmchia 

n u c 1 a r e 
•laleare-taliare tiiiare 
de v i v u s - viu on a fait invUire 
de s u b t i l e m — * subtiliaief sukiare 
'exfasciare sf^^iare 

etc. 

Des mots comme muiare, giunghiare, pririghiare etc., étaient primitive- 
ment des infinitifs ; de nos jours ils sont des substantifs et on a comme 
infinitifs : a muia, j gimghia. a privighia etc. qui sont devenus dans le 
dialecte moldave a muie, a giunghie, a privighe etc. sous l'influence des 
formes complètes maiere^ giunghiere, pririghere etc. 

L'élément étranger qui se trouve dans les mêmes conditions que l'élé- 
ment roman a subi la même modification ; ainsi : 
duvsl. prasta (fronde) on a en anc. roum. et en Valachie un verbe 

împris^tiare (disperser) qui est devenu en Moldavie împri^tiere. 
anc. roum. sg^mare lorig. inconnue» aujourd'hui en Moldavie 5^«JriVrf 
(égratigner,! etc. 

Les verbes qui ont un t (provenant de r + *3U ^ii ^ (provenant de 
J •{- 1) avant la tonique a, gardent cet a intact; exemples : 
de convenientia cuviint/i on a un verbe încaviiniare (approuver) 

— f i e n t i a ( f i e r i ) /ii /iM — injûntare (créer, former) 

— credentia(crcdere} credinUX — incredintare (confier! 

— vendeo-vendio mnz) on a fait un subst. vinzare (vente! 

— prandium (priai] — prînzare (dîner) 

— assideo-asstdio {a^ez] on a un verbe et subst. a^ezare (institution, 

placer] etc. etc. 
Cela prouve qu'on ne sent plus Vi qui a donné naissance à f ou à z, 



3 $4 A. LAMBRIOR 

comme on le sent encore dans les verbes où Va tonique est précédé d'un 
§ (provenant de se + i) ; exemples : 

''infasciare (de fascia) a donné en a. roum. înfà§are (emmaillotter) 
*pisciare« (de piscis) — p/fflr« (pisser et pêcher). 

C'est de pareils verbes que part le suffixe ^are à Taide duquel on 
forme d'autres verbes, surtout des adjectif terminés en 5, p. ex. : 
De gros on a îngro§are (grossir) 

— gras — tngraiare (engraisser) 

— sànàtos on a insàncUo§are (se remettre) 

etc. etc. 
Tous ces verbes ont changé, dans le dialecte moldave, Va tonique 
d'abord en e et ensuite en â, ainsi : 

l'anc. înfà§are est devenu en mold. înfi§ere (langue litt.) tnfà^âre (prononc. 
populaire) etc. 
Les néologismes qui pénètrent de nos jours dans la langue suivent la 
méthode valaque ou la méthode moldave. Exemples : on dit deviare, abre- 
viare, initiarey etc. aussi bien en Moldavie qu'en Valachie ; mais on dit 
en Moldavie studiere, atrofiere etc., et en Valachie studiare, atrofiare, etc. 
b] Le prétérit des verbes dont nous nous occupons ici se conjugue : 
anc. roum. valaque de nos jours. moldave. 

r« pers. tàiaî tâieï 

2" — tàiafi tâie§i 

i" — giunghiai giunghieï 

2' — giunghia§i giunghie§i 

I" — muiai muiei 

2« — muia§i muie^i 

II* — împrâ§tiai împrastiel 

2* — imprustiaii împrâstie§i 

etc. etc. 

Le néol. studiai studiei 

— déviai deviei 

etc. etc. 

Les verbes qui ont un { ou un z devant a tonique gardent cet a en 
anc. roum. et en valaque, et le modifient en à > dans le dial. mol- 
dave : 



I . En roumain pour éviter le mot piiare, pi§a^ on emploie Texpression t a 
prinde peste i ; ainsi on dit d'un enfant, qui a fait pipi au lit, 4 a prins pe§te b 
(comme si l'on disait en fr. « il a attrapé du poisson »). Ne serait-ce pas par 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE ^55 

anc. room. et valaque. moldave. 

încredinldl incredin\ài 

încuviin\ai incuviintai 

a§€zai aiezài 

mais si ^ est précédé de $ on a : 

anc. roum. val. mold. litt. moldave pop. 

înfàiai infa^ei > infi^ài 

îngroiai îngro§ei îngro§ài 

etc. etc. etc. 

c] Les participes passés des verbes en question subissent en moldave 
la même modification, exemples : 

valaque et anc. roum. moldave. 

tàiat tàiet 

giunghiat giunghiet 

muiat muiet 

tmprà§tiat împrà^tiet 

etc. etc. 

Sous Pinfluence du pluriel tàlalî-tàietî etc. et des autres formes du 
verbe, le singulier tâiatj muiat etc. est devenu tàiet, muiet etc. 

Les participes où a tonique est précédé de { ou z ont la même forme 
dans les deux dialectes, exemples : 
încredinlat 
înfûn{at 
a§ezat 
etc. 
Mais si a est précédé de ;, il reste intact en valaque et se modifie en 
e — à dans le dialecte moldave : 

valaque. mold. litt. mold. pop. 

tnfà$at înfàiet tnfâ^it 

1ngro§at îngro§et îngro§ât 

îngniat îngrâ§et îngrSiàt 

etc. etc. etc. 

d) Le suffixe ariû provenant du latin a ri u m se change en eriû toutes 
les fois qu'il est précédé d'un / ou d*un e. Ce phénomène se présente de 
nos jours aussi bien en valaque qu'en moldave, exemples : 

anc. roum. roum. de nos jours. 

*venerarium vieariu vieriû-vierï ^ 



1 . On écrit f/i/a;«, mais tous les Moldaves prononcent Injaiiii; encore de nos 
jours écrit-on même înfâ^ai etc. 

2. De nos jours on prononce en Moldavie : viVri, oiVri, boieri etc. par la 
chute de ii final, de même qu'on dit : 

ochi (oculum) pour ochiu 



^6 A. LAMBRIOR 

oviarium okariû oienu-oietî 

vsl.vistijarî (trésorier) vistiearia ifistienu nsîierî 

vsL bol jarù (noble, seigneur) oieariu boieriu boieri 

etc. etc. 

Les formations par le suffixe anu, où ce suffixe est précédé de / et x, 
gardent a intact : 

itari (caleçons) 

frunzariu (feuillage) 

vârzariu (gâteau rempli de choux) 

drntitarm (charculierj 



on a fait 



De ite (licia) 

— frunziï (frondea) — 

— varzà fviridiaj — 

— cârnal (carnaceum) — 

etc. etc. 
Mais les formations où le suffixe ariu est précédé de § modifient a 
tonique en « — "' dans le dialecte moldave ' : 

vaL et anc. roujii. 
u^ariii 
pâpu^ariii 
co§anu 
cena§anu 



raold. mold. pop. 

u^eriiî {ii^âri) 

p'jpuierla {pùpuisrt) 

cojeriu (co^rf) 

cenaitriu {anu^erï) 



de ostiartum (deostia) 

— pâpusâ ^poupée) 

— cos (panier) 
^ ce nus à {cendre) 

etc. etc. 
Les néologtsmes gardent a intact : 

ziar plyf. ziare (journaly 

fonciar — fonciart 
limai — Uniarty etc. 
€) Le pluriel des mois comme muntean, sâtean, vàlean et des autres 
formations par le suffixe tan (voir Romania IX, 1 16] est partout munteni^ 
s>'iteni, vàknï etc. et non pas v^kani^ snîtani^ munteani etc., parce que Va 
enfermé entre deux linguales est devenu e (on a eu d'abord munîeeni et 
ensuite par contraction munteni), 

/i Le suffixe izs, quelle qu'en soit la provenance, devient es en mol- 
dave^ toutes les fois qu'il est précédé d'un i