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Full text of "Romania"

HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



ROMAN lA 



ROMANIA 

RECUEIL rUIMESTRIEL 

CONSACRÉ A l'étude 

DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 

PUBLIÉ PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 



Pur remenbrer des ancessurs 
Les diz et les faiz et les murs. 



S" ANNÉE - 1886 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, RUE DE RICHELIEU 



0-. 



4- 



o 



F.TUDES SUR LES ROMANS DE LA TABLE RONDE 



GUI NGLAIN 



LE BEL INCONNU 



Ce roman, un des plus agréables à lire de tout le cycle breton, en est 
aussi, à divers points de vue, un des plus intéressants. Laissant de côté 
pour le moment la rédaction en prose du xvi'' siècle, la version anglaise, 
le poème italien de Carduino et le poème allemand de Wigalois, sur les- 
quels nous reviendrons, ; ous allons nous occuper du poème français de 
Renaud de Beaujeu. Il nous a été conservé dans un seul manuscrit, le 
recueil bien connu qui fait partie de la bibliothèque de M. le duc d'Au- 
male à Chantilly, et il a été imprimé, d'une façon déplorable-, en 1860, 
par C. Hippeau. 

Le récit est très simple et, sauf en un point, ne s'écarte guère du 
cadre banal des compositions de ce genre; mais la banalité du thème est 
rachetée par le charme des détails. A la cour d'Arthur, à Carlion-sur- 
Mer, se présente un jour, accompagnée du nain Tidogolain, une « pu- 
cele « nommée Hélie, demandant pour sa dame, fille du roi Gringas de 
Galles, le secours d'un chevalier, qui doit venir seul, être preux entre les 
preux et capable d'accomplir l'aventure du « fier baiser ». Un jeune che- 
valier, qui ne connaissait ni son père ni même son nom 3, et qu'on avait 



1. Le tome XXX deVHistoire littéraire de la France s'ouvre par un grand 
article collectif sur les romans en vers du cycle de la Table Ronde. J'extrais de 
cet article, dont la première partie est déjà imprimée, la notice du roman de 
Guinglain. en demandant aux lecteurs de la Romania les additions et rectifica- 
tions qu'ils pourront me lournir. 

2. Voyez les observations de M. Fœrster, Zdtschrift jùr. rom. Philologie, 
t. II, p. 78. 

5. Aux questions qu'on lui fait à son arrivée, il répond : « Certes ne sai, 
Mais que tant dire vos en sai Que hiel fil m'apeloit ma mère, Ne je ne sai se je 

Romania, XIV. i 



appelé le Bel Inconnu, venait d'arriver à la cour et avait obtenu du roi 
la promesse qu'il lui accorderait sa première requête. Il demande à être 
chargé de cette aventure, et Arthur le désigne, malgré les plaintes dHélie, 
qui aurait voulu obtenir un des chevaliers renommés de la Table Ronde^ 
au lieu de ce jouvenceau qui n'a donné •encore aucune preuve de sa 
prouesse. Elle s'éloigne sans même faire attention au Bel Inconnu, qui la 
rejoint et l'accompagne, mais qu'elle engage à renoncer à une aventure 
au-dessus de ses forces. Cependant, arrivé au <( gué périlleux «, le Bel 
Inconnu renverse d'abord Bliobliéris, qui en défendait le passage, puis 
ses trois amis qui essaient de le venger • ; il tue ensuite deux géants qui 
voulaient faire violence à une demoiselle dans la forêt. Hélie reconnaît 
alors le mérite du champion qu'elle a dédaigné, et lui demande pardon de 
son injustice. Sa confiance toute fraîche dans la valeur de son compagnon 
lui inspire une présomption fort peu louable : elle s'empare d'un « bra- 
chet )) ou petit chien de chasse qu'elle rencontre, et refuse, malgré les 
prières du Bel Inconnu, de le rendre à son maître, l'Orgueilleux de la 
Lande ^ ; ce caprice a pour suite un combat terrible, où l'Orgueilleux est 
vaincu. Vient ensuite un épisode qui se rencontre souvent dans nos ro- 
mans, celui de l'épervier donné en prix de la beauté : Margerie, fille du 
roi d'Ecosse, y a prétendu, et a vu son ami tué en voulant soutenir ses 
droits ; le Bel Inconnu la venge, et triomphe en effet de Giflet, le fils de 
Do 3, qui revendiquait l'épervier pour sa belle. 

Toutes ces aventures ne servent guère qu'à allonger le récit. Celle qui 
suit est plus intéressante. Nos voyageurs arrivent devant un château 
admirablement construit, qui appartient à « la demoiselle aux blanches 
mains ». Cette demoiselle 

Les set ars sot et encanter, 
Et sot bien estoiles garder, 
Et bien et mal, tôt ço savoit : 
Merveilious sens en li avoit. (V. 1917) 

Elle avait établi une singulière coutume pour se trpuver le mari le plus 
vaillant possible. Tout prétendant à sa main devait garder un pont qui, 



oi père ». Perceval non plus ne sait pas son nom, et sa mère ne l'appelle aussi 
que Beûus fias. De même Chev. ju Cygne, éd. Hippeau, v. 881. 

1. L'histoire de ce second combat est préparée seulement ici et n'est racontée 
qu'après la dé.'aite des géants; mais le poème anglais place les faits dans rordf 
que nous avons suivi. 

2. Ce nom provient du Perceval. \ 
5. Encore un personnage de Chrétien de Troies, par exemple dans £r«. L'éd^ 

teur imprime à lort « le fils d'O » pour « le fils Do. » 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU î 

devant le château, fermait la route, et combattre avec tout chevalier qui 
se présentait : s'il était vainqueur pendant sept années consécutive?, il 
devait être l'époux de la demoiselle ; s'il trouvait un vainqueur, celui-ci 
prenait sa place aux mêmes conditions. Ce poste périlleux est occupé en 
ce moment par Mauger le Cris, qui a triomphé déjà pendant cinq ans 
de tous ceux qu'il a combattus : cent quarante-trois têtes de chevaliers 
garnissent les pieux qui entourent sa tente ; mais s'il est vaillant, il est 
discourtois et félon ; la demoiselle le hait et souhaite sa défaite ; autant 
en font tous ses vassaux. Aussi, quand, après un combat terrible, le Bel 
Inconnu le tue, on lui fait un accueil enthousiaste, et la demoiselle, 
charmée de sa beauté autant que de son courage, déclare qu'elle abolit 
l'ancienne coutume et qu'elle épousera dans huit jours le vainqueur de 
Mauger. .Mais cela ne fait pas l'affaire d'Hélie, qui rappelle à son compa- 
gnon l'aventure qu'il a entreprise, et tous deux concertent le moyen de 
s'enfuir le lendemain matin du château. Le Bel Inconnu a quelque mé- 
rite à tenir sa parole, car la demoiselle aux blanches mains avait employé 
de grandes séducnons auprès de lui. Au milieu de la nuit, quand tout se 
taisait et qu'il ne dormait pas. il vit la maîtresse du château franchir la 
porte de sa chambre : 

Sans guimple estoit, eschevelee. 

Et d'un mantel lu afublee 

D'un vert samit o riche hermine. 

Meut estoit bêle la mescine. 

As {éd. Les) ataces de son mantel 

De fin or furent li tasse! : 

Desus sa teste le tenoit, 

L'orle lés sa face portoit : 

Li sibelins, qui noirs {éd. voirs) estoit, 

Lés le blanc vis meut avenoit. 

N'avoit vestu fors sa cemise, 

Qui plus estoit biance a devise 

Que n'est la nois qui siet sor branche; 

Meut estoit la cemise blanche, 

Mais encore ert la cars moût plus 

Que la cemise de dessus. 

Les ganbes moût blanches estoient. 

Qui un petit aparissoient : 

La cemise brunete estoit 

Envers les ganbes (éJ. la dame) qu'il veoit. 

A l'uis la dame s'apuia. 

Et vers le lit adiès garda, 
* Puis demanda se il dormoit... 

1 Dort il, fait ele, qui ne dit.? » (V. 237^) 



4 G. PARIS 

Sur sa réponse, elle s'approche de lui et le serre tendrement dans ses 
bras ; mais quand il veut lui donner un baiser, 

Se il a dit : « Ce ne me plaist : 

Tôt torneroit a lecerie. 

Saciés je ne! feroie mie 

De si que m'aies esposee : 

Lors vos serrai abandonee. >• 

De lui se parti (éd. parai maintenant. 

Se li dist : « A Diu vos commant, » . . . 

Celi a laissé esbahi, 

Qui meut se tient a escarni. (V. 2428) 

Il n'en quitte pas moins furtivement, le lendemain matin, ce séjour de 
délices, et il reprend sa marche avec Hélie. Avant d'arriver au terme, il 
soutient encore un combat contre Lampart, le seigneur du « chastel Ga- 
ligan », qui n'héberge que ceux qui l'ont vaincu. Renversé par notre 
héros, il l'accompagne jusqu'à la ville de Senaudon (v. 3561, 3822^ ou 
Sinaudon v. 6078I, qui est le but de son voyage, et dans laquelle il faut 
sans doute reconnaître le nom des montagnes du Snovvdon ' ; mais 
Lampart ne peut y entrer avec lui ; il lui explique ce qui l'attend dans 
cette ville qui, depuis la dévastation à laquelle elle est en proie, ne s'ap- 
pelle plus que la Gaste Cité. Au milieu des rues désertes et des édifices 
en ruines, il verra un palais de marbre magnifique, qui n'a pas moins de 
mille fenêtres : à chacune se tient un jongleur avec un instrument et un 
cierge ardent devant lui ; ils salueront courtoisement l'arrivant, mais qu'il 
ait bien soin de leur répondre : « Dieu vous maudisse ! » Il entrera dans 
la salle et attendra son aventure, en se gardant de pénétrer dans la 
chambre voisine. 

Le Bel Inconnu arrive en effet au palais, répond par une malédiction 
au salut des mille joueurs d'instruments, puis entre à cheval dans la grande 
salle, dont on ferme la porte après lui, et qui est vivement éclairée par^ 
les mille cierges des jongleurs. Un chevalier armé sort d'une chambre 
et vient l'attaquer; le Bel Inconnu le met en fuite et le poursuit jusqu'ai 
seuil de la chambre ; il va franchir ce seuil, oubliant la recommanda- 
tion de Lampart, mais il s'arrête à temps en voyant des haches levée 
pour le frapper. Un nouvel adversaire se présente, monté sur un chevj 
qui porte une corne au front et dont la bouche jette des flammes. Apre 
un combat auquel ne se comparent pas, d'après le poète, ceux deTristal 



\ 
1 . Nous voyons également figurer le Snowdon dans le roman latin de ; 
riadoc ; voy. W^rd., Catalogue of romances, t. I, p. 375. 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU .; 

contre le Morhout, de Mainet contre Braimant et d'Olivier contre Roland 
V. 50IO-1 5\ le Bel Inconnu tue son ennemi, dont le corps, tombé aus- 
sitôt en décomposition, exhale une fumée infecte ; en même temps les 
jongleurs disparaissent avec leurs cierges, un fracas terrible se fait en- 
tendre, et, r'ongé dans l'obscurité la plus profonde, le jeune héros sent 
l'épouvante le gagner ; mais il se signe et reprend courage en pensant à 
la demoiselle aux blanches mains, dont il espère obtenir le pardon. Sou- 
dain une « aumaire » s'ouvre, il en sort une guivre, dont le corps était 
gros comme un baril et long de quatre toises, et qui avait une bouche 
vermeille d'où partait du feu, des yeux luisants comme des escarboucles, 
et une queue, quatre fois nouée, brillant de toutes les couleurs. Le Bel 
Inconnu met la main à l'épée, mais la guivre s'incline : 

Semblant d'umelité il tait, 

Et cil s'espee plus ne trait: 

« Jo ne la doi, fait il, tocier, 

Puis que la vol humelier ». (V. 3133) 

La guivre cependant s'approche de plus en plus, et il met de nouveau 
la main à l'épée, mais elle lui fait de nouveau des démonstrations ami- 
cales : elle est tout près, il va la frapper, mais elle l'apaise encore, et il 
admire la bouche qu'elle a si belle, il s'absorbe dans cette contemplation, 
quand elle se lance sur lui et le baise à la bouche, après quoi elle 
s'éloigne et rentre dans 1' « aumaire », qui se referme. Le Bel Inconnu a 
fait « le fier baiser », mais il craint que la guivre ne soit le diable et 
qu'il ne soit perdu. Une voix se fait entendre et le rassure. Elle lui ap- 
prend d'abord qu'il s'appelle Guinglain ' et qu'il est fils de Gauvain et 
de Blanchesmainsla fée-, qui lui a préparé cette aventure pour sa gloire 
et son bonheur. Epuisé par tant d'émotions, Guinglain s'endort ; à son 
réveil il voit près de lui une jeune fille d'une merveilleuse beauté : c'est 
Blonde Esmerée, celle qu'il a délivrée, la reine de Galles ; elle lui raconte 



1. Telle est la forme constante du manuscrit (voy. Zeitschrijt fur rom. Philo- 
logie, t II. p. 78); elle répond au nom gallois Winwaloen ; c'est aussi celle du 
poème anglais 'voyez ci-dessousj. L'éditeur du poème français, sans prévenir, 
imprime partout Giglain (sauf au v. 3266 Guiglain), sans doute à cause du roman 
en prose du xv'= siècle qui porte Giglan. 

2. Ce nom est malheureusement choisi, faisant une confusion gênante avec 
c.p\u\ de la demoiselle >• aux blanches mains ». M. Kœlbing s'y est trompé : « La 

e du héros, dit-il, semble devoir à sa nature de tée le privilège de pouvoir 
! la maîtresse de son propre fils i. Les vers 4878 et suivants auraient dû lui 
', r cette idée singulière. La rédaction en prose appelle la mère de Giglan 
■' mchcvalec. 



6 G. PARIS 

qu'après la mort de son père deux enchanteurs, Eurain et Mabon (qu'il 
vient de tuer l'un après l'autre), ont dévasté sa cité, frappé de folie ou de 
mort les habitants, et l'ont changée elle-même en cette guivre mons- 
trueuse qu'il a vue ; elle aurait pu acheter sa grâce en consentant à 
épouser Mabon, mais elle s'y est toujours refusée, sachant qu'elle serait 
délivrée si elle pouvait donner un baiser au meilleur chevalier de la Table 
Ronde, c'est-à-dire à Gauvain ou à son fils Guinglain. Celui-ci l'a en 
effet désenchantée; du même coup elle redevient maîtresse de sa ville et 
des trois royaumes qui en dépendent, et elle offre à son libérateur et sa 
personne et son empire. 

Il est clair que le roman devrait s'arrêter là pour ressembler aux autres 
romans biographiques, ou du moins se borner à nous raconter le retour de 
Guinglain à la cour, sa reconnaissance avec son père, et son mariage 
avec Blonde Esmerée, et nous verrons en effet que le récit qui a servi 
de source à Renaud de Beaujeu se terminait de cette façon naturelle. 
Mais notre poète l'a abandonné pour donner à la première partie du 
roman une suite qu'il ne comportait pas et qui n'a pas laissé de l'embar- 
rasser pour son dénouement : évidemment séduit, comme son héros, par 
la belle hôtesse de l'Ile d'Or, il lui a attribué, pour cette seconde partie, 
un rôle assez différent de celui qu'elle devait avoir dans le conte original 
et qui re cadre pas bien avec le reste. Il est de règle, en effet, dans les 
romans de ce genre, que le héros n'a qu'un amour, celui qui le meneau 
mariage final, ou que du moins, s'il en a d'autres, ils disparaissent devant 
celui-là ; mais ici c'est tout le contraire que nous voyons arriver. Quand 
Blonde Esmerée déclare à son libérateur qu'elle veut faire de lui son 
époux, Guinglain lui montre « beau semblant «, mais il déclare qu'il ne 
peut prendre d'engagement avant d'avoir le consentement du roi Arthur. 
En réalité, il ne songe qu'à la « fée » (on lui donne ici ce nom pour la 
première fois) de l'Ile d'Or; il la revoit sans cesse telle qu'elle lui est 
apparue dans cette nuit où elle l'a visité, il se reproche la façon discour- 
toise dont il a agi envers elle, et doute qu'elle lui pardonne jamais. Au 
moment où la reine de Galles, qui a présenté Guinglain à ses barons 
comme son futur époux, s'apprête à partir avec lui pour la cour d'Ar- 
thur, il lui déclare qu'une affaire pressante l'oblige de la laisser aller 
seule. Elle s'en désole, mais continue son chemin, et Guinglain, accom- 
pagné de son fidèle écuyer Robert, se dirige aussi rapidement que pos- 
sible vers l'Ile d'Or. 

Il rencontre la fée, puisqu'elle s'appelle désormais ainsi, qui revient de 
la chasse; il s'approche d'elle et demande à lui parler à part ; il implore 
son pardon ; elle feint d'abord de ne pas le reconnaître, puis lui reproche 
sa conduite et lui déclare qu'elle ne le punit pas comme elle le devra' 
cause de l'amour qu'elle a éprouvé pour lui, mais qu'elle ne l'aimera ^ 



^ViS 



r.UINGLAlN OU LE BEL INCONNU 7 

jamais, a Éh bien ! dit Guinglain , je resterai au moins dans votre voisi- 
nage, et j'y mourrai assurément sans beaucoup attendre. » En effet, il 
va prendre son logis non loin du palais de sa belle, et bientôt l'insomnie, 
le jeûne, le chagrin, le rédi lient près de l'extrémité. Mais un jour la 
dame le fait mander; il arrive et lui parle de ses maux. « Je ne crois pas, 
dit-elle, que ce soit pour moi que vous souffriez,, et en tout cas je serais 
bien folle de vous donner une seconde fois mon amour : vous me trom- 
periez encore et vous en iriez comme l'autre jour. « Guinglain proteste, 
s'excuse, et 

La dame li fait un regart, 
Et Guingiains li de l'autre part: 
A iols s'enblent les cuer.s andui... 
Puis li a dit : « Li miens amis, 
Meut mar i fu vostre proece, 
Vostre sens et vostre largece. 
Qu'en vos n'a rien a amender 
Fors tant que ne savés amer. 
Mar fustes quant vos ne savés ; 
Totes autres bontés avés. 
Et je vos di en voir gehir... 
Plus vos amasse que nului 
Se vos iço faire saviés. » (V. 432^) 

Elle l'invite cependant à venir habiter avec elle, et chacun lui fait fête. 
Le soir venu, elle lui indique un lit magnifique, où il doit reposer, et lui 
recommande, bien que la porte de la chambre où elle dort soit toute 
proche de ce lit et qu'elle la laisse ouverte, de ne pas y entrer pendant 
la nuit : 

« Gardés ne soiés tant engrès 

Que en ma cambre entrés a nuit : 

Paor me fériés vos, je cuit; 

Ne le faites sans mon commant. » (V. 4414) 

Guinglain ne peut résister longtemps à la tentation. Au milieu de la 
nuit, il se lève et veut aller chez la fée ; mais il ne peut trouver la porte, 
et se voit tout à coup au milieu d'une étroite planche, au-dessus d'un 
torrent tumultueux, n'osant ni avancer ni reculer. Le vertige le prend, 
il tombe et se retient à la planche ; il sent ses bras s'affaiblir et lâcher 
prise, et se met, éperdu, à demander du secours : 

« Signor, fait il, aidics, aidiés 
Por Dieu ! car je serai noies. 



Secorés moi, bone gent france, 

Car je petit ci a une plance. 

Ne ne me puis mais retenir. 

Signor, ne m'i laissiés morir ! » (V. 4487) 

On accourt avec de la lumière, et on trouve Guinglain se tenant par 
les mains à la perche d'un épervier. L'enchantement dont il était victime 
se dissipe dès qu'on arrive, et tout honteux il se remet dans son lit. Il n'y 
reste guère. Il s'étonne de s'être laissé prendre à cette « fantosmerie >- 
et se décide à aller voir son amie, qui est si près de lui. Il se lève ; 
mais à peine a-t-il fait quelques pas qu'il croit soutenir sur sa tète et ses 
épaules toutes les voûtes de la salle. Plein d'angoisse, il s'écrie : 

« Signor, fait il, aiue ! aiue ! 
Bone gens, qu'estes devenue ? 
Sor lo col me gist ois palais : 
Ne puis plus soustenir cest fais; 
A mort, ce cuit, serrai grevés 
Se de venir ne vos hastés ! » 
Lors se relievent maintenant, 
Cierges ont espris li sergant : 
Guinglain ont trové corne fol, 
Son orillier deseur son coi, 
Et si n'avoit autre besoigne. 
Quant il les vit, si ot vergoigne : 
Jus jeté le plus tost qu'il pot 
L'orillier, si ne sona mot 
Ne les sergens pas n'araisonne ; 
De nule rien mot ne lour sonne : 
Son cief a enbrucié en bas, 
Puis s'est couciés en es le pas 
Ens en son lit tosesmaris, 
Et de honte tos esbahis. (V. 4557) 

Cette fois il ne songe plus à renouveler sa tentative, et il se désole si- 
lencieusement; mais la dame le trouve suffisamment puni, et elle l'envoie 
chercher par une demoiselle, qui l'introduit dans la chambre magnifique 
et longuement décrite de la fée. Celle-ci n'a plus les scrupules qu'elle 
avait montrés lors de leur première entrevue nocturne, elles deux amants 
sont heureux. La fée raconte à Guinglain qu'elle l'aime depuis son en- 
fance, où elle le voyait chez sa mère, qu'elle aurait pu le retenir la pre- ^.^ 
mière fois, mais qu'elle voulait lui laisser accomplir l'aventure où elh^j, 
savait qu'il se couvrirait de gloire et qu'elle lui avait d'ailleurs procurée ei- "^ 
envoyant Hélie à la cour d'Arthur ; c'est elle aussi dont la voix, après L' 



GUINGLAIN OU LV. BKL INCONNi: 9 

défaite de Mabon et le fier baiser, a appris à Guinglain qui il était. Le 
lendemain matin elle convoque tous ses barons et leur fait reconnaître 
Guinglain pour seigneur, mais elle ne parle plus de l'épouser. 

Cependant Blonde Esmerée est arrivée à la cour d'Arthur et y attend 
vainement Guinglain. Elle rdconte qui il est ' et comment il l'a délivrée, 
puis a disparu. Pour le retrouver, on proclame un grand tournoi, pen- 
sant qu'il voudra y prendre part. En effet, apprenant cette nouvelle, 
Guinglain annonce à son amie qu'il va la quitter pour aller au tournoi, 
mais qu'il reviendra aussitôt. Elle lui prédit qu'il ne reviendra pas, qu'il 
trouvera à la cour une femme qu'on lui fera épouser, et qu'il est perdu 
pour elle. Mais voyant sa résolution, elle prend elle-même son parti, et 
le lendemain matin Guinglain, à sa grande surprise, se réveille dans une 
lande, ayant à côté de lui ses armes, son cheval et son écuyer. Il se rend 
au tournoi, dont il obtient le prix, après quoi il se fait connaître. Arthur 
lui demande d'épouser Blonde Esmerée : 

Li roi et tuit l'ont tant proie 

Que Guinglains ior a otroié. (V, 60471 

C'est, comme on le voit, un mariage de raison. Le cœur du poète est 
tout entier à la fée de l'Ile d'Or et, bien qu'après son mariage Guinglain 
ne dût plus penser à elle, Renaud de Beaujeu, dans les jolis vers qui 
terminent son roman, manifeste le projet de les réunir dans une suite de 
son ouvrage : 

Ci faut ii roumans et define. 
Bele, vers cui mes cuers s'acline, 
Renais de Biauju moût vos prie 
Por Diu que ne l'obliés mie : 
De cuer vos veut tos jors amer, 
Ce ne li poés vos veer. 
Quant vos plaira dira avant, 
U il se taira ore a tant ; 
Mais por un biau sanblant mostrcr 
Vos feroit Guinglain recovrer 
S'amie que il a perdue... 
Se de çou li faites délai, 
Si est Guinglain en tel esmai 
Que ja mais n'avéra s'amie. 



I . On s'attendrait à ce que Gauvain, quand il apprend que le jeune héros est 

SOT -, manifestât une grande joie. Le poète dit simplement (v. ^142): Et 

\V*' ' (jueses fius cstoit Et que la fa amcc avait. Il est vrai qu'il y a une lacune 

^\>iS -es vers, mais elle doit être d'un vers seulement. 



D'autre vengeance n'a il mie; 

Mais por la soie grani grevance 

Ert sur Guinglain ceste vengeance, 

Que jamais jou n'en parlerai 

Tant que le bel sanblant avrai. (V. 6105) 

Il faut croire que notre aimable poète n'obtint pas le « beau semblant >^ 
qu'il demandait, car nous ne trouvons aucune trace d'une continuation 
de son poème. Dans ce poème, à plus d'un autre endroit, Renaud de 
Beaujeu se met en scène et s'adresse à sa dame, et ces passages sont 
parmi les plus agréables de son oeuvre ; ils rappellent les interruptions 
du même genre qui se trouvent dans Partenopeus de Blois. C'est pour 
plaire à celle qu'il aime « outre mesure », nous dit-il dès le début, qu'il 
a composé son roman, et pour lui montrer ce qu'il sait faire. Plus loin, 
et sans que le récit fournisse un prétexte à cette digression, il insiste sur 
sa loyauté envers celle qu'il n'a pas le droit de nommer « amie », mais 
qu'il peut appeler « bien amée, » et parle avec une indignation peut-être 
habile de ceux qui prennent l'amour légèrement : 

Ce dient cil qui vont trecant, 

Li uns le va l'autre contant : 

« Peciés n'est de feme traïr. » 

Mais laidement sevent mentir, 

Ains meut est grans peciés, par m'ame. 

Or vos penserés d'une dame 

Qui n'avéra talent d'amer : 

Vers li irés tant sermonner 

Que sera souprise d'amor, 

Tant li prières cascun jor 

Bien li pores son cuer enbler... 

Por vos tos ses amis perdra 

Et son mari, qui Pâmera : 

Quant en avrés tôt vo voloir, 

Adont la vaurés décevoir ! 

Mal ait qui s'i acostuma 

Et qui ja mais jor le fera ! 

Cil qui se font sage d'amor. 

Cil en sont faus et traïtor. 

Por ço mius vueil faire folie 

Que ne soie loiaus m'amie: 

Ce qu'ele n'est l'ai apelee; 

Que dirai dont .? la moût amee. f 

S'cnsi l'apel, voir en dirai ; " 

S'amiedi, lors mentirai, à 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU I I 

Car moi n'en fait ele sanblant. 

Las ! por li muir, et por li cant ! (V. 1232) 

Il se plaint encore ailleurs de la cruauté de celle qu'il a aimée dès le 
premier jour qu'il l'a vue : 

De moi ocire ne repose, 

Et je l'aim plus que nu!e cose ! (V. 41 18) 

Et en racontant le bonheur de Guinglain, il fait un retour sur lui- 
même, et déclare encore que toutes les peines de l'amour sont largement 
payées par la récompense qu'il peut donner. Il part de là pour faire 
l'éloge des dames et blâmer sévèrement ceux qui médisent d'elles : 

Dius les fist de si grant vertu : 

De tes biens les forma et fist, 

Et biauté a eles eslist ; 

Et Dius nos vaut, ce cuic, former 

Por eles toutes honerer 

Et por lor comandement faire. (V. 4751) 

Si nous ne possédons pas d'autre roman de Renaud de Beaujeu, nous 
avons une chanson dont il est l'auteur, et qui nous permet d'établir 
approximativement le temps où il vivait. En effet le premier couplet de 
cette chanson est cité ' sous le nom de « Renaut de Biauju », dans le 
roman de GullLiume de Dole ^ qui, comme on peut l'établir par un ensemble 
de preuves convergentes, a été écrit dans les dix ou douze premières 
années du xiii'' siècle. Renaud de Beaujeu a donc composé, sinon son 
roman, au moins sa chanson, avant 1 2 1 2, et sans doute un certain temps 
avant, puisqu'elle était dès lors devenue célèbre. Elle présente bien d'ail- 
leurs les sentiments et la manière de l'auteur du fie/ /«connu. On en jugera 
par le premier couplet, qui ressemble de fort près aux passages qui 
viennent d'être cités : 

Loial amor qui en fin cuer s'est mise 
N'en doit ja mais partir ne removoir, 
Que la dolor qui destreint et justise 
Semble douçor quant l'en la puet avoir. 
Qui en porroit morir en bon espoir 
Gariz seroit devant Deu au juïse; 
Por ço m'en lo quant plus me fait doloir. 



Jûhrbuck fur romanischc Literatur, XI, 161. 



Cette chanson soulève en outre une question assez curieuse. Elle ne 
porte le nom de Renaud de Beaujeu que dans Guillaume de Dole^ qui a 
d'ailleurs une autorité exceptionnelle ; elle est anonyme dans deux ma- 
nuscrits de Paris ', mais dans le célèbre chansonnier de Berne elle se 
retrouve (fol. 124] accompagnée de cette rubrique : Li alens de dallons. 
On a cru voir - dans ces mots l'altération du nom d'un chevalier dont 
nous avons trois autres chansons, Alart de Chaus ou de Caus, mais c'est 
une conjecture peu vraisemblable ; il est bien plus probable que le rubri- 
cateur du manuscrit de Berne, qui était, comme on sait, fort ignorant et 
fort distrait, a mal lu et mal reproduit l'indication qu'il devait copier et 
qui portait : Li cuens de Challons. Cette restitution nous ferait voir dans 
Renaud de Beaujeu un comte de Chalon ; malheureusement nous ne 
trouvons pas, à l'époque où il vivait, de comte de Chalon qui ait porté le 
nom de Renaud, bien qu'il y ait eu plus d'un rapport entre la maison de 
Beaujeu et celle de Chalon ; nous ne rencontrons pas non plus, à l'époque 
où a dû vivre notre poète, de Renaud parmi les membres de la famille 
de Beaujeu dont le nom est venu jusqu'à nous. Nous croyons toutefois 
probable que l'auteur du Bel Inconnu appartenait à cette grande maison 
de Beaujeu qui donna à la France tant d'illustres hommes de guerre, et 
qui, dès le milieu du xii*^ siècle, lui avait donné un poète célèbre, Gui- 
chard de Beaujeu. Le roman de Renaud a bien l'air d'avoir été écrit par 
un chevalier, par un homme du monde, plutôt que par un poète de pro- 
fession ; les négligences même qu'on y remarque décèlent cette origine, 
et on peut en retrouver des traces jusque dans les libertés que l'auteur a 
prises avec son sujet, et qui dépassent celles que se sont permises d'or- 
dinaire les auteurs de romans analogues. 

Nous avons déjà dit en effet que Renaud, pris d'un intérêt particulier 
pour la belle habitante de l'Ile d'Or, lui avait sacrifié la véritable héroïne 
du récit, et avait détruit par là même l'unité et la proportion de ce récit. 
C'est ce qui résulte clairement de la comparaison de son œuvre avec un 
poème anglais qui a certainement la même source, mais qui la représente 
plus fidèlement. Ce poème, appelé d'un titre français Ly beaus desconus, 
n'est pas, comme on l'a dit 5, une traduction abrégée du roman de Re- 
naud de Beaujeu. C'est ce que suffit à montrer une comparaison rapide 
des deux ouvrages. Pour la faire nous nous servons des trois manuscrits 
du poème anglais qui ont été imprimés ou collationnés, et qui présentent 
entre eux certaines différences que nous signalerons quand elles en vau- 



1. B. N., ms. fr. 846, /o/. 78 a; ms. fr. 20050,70/. 19. 

2. Raynaud, Bibliographie des Chansonniers, t. II, p. 175, 231. 

;. Hippeau, Le Bel Inconnu, p. xxiv; Ward, Catalogue of romances, p. 400. 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU I 5 

dront la peine. L'un de ces manuscrits, conservé depuis longtemps au 
Musée Britannique (Bibl. Cottonienne, Caligula A. ii.l, a été publié au 
XYiii*^ siècle par Ritson ' ; M. Hippeau, le croyant inédit, l'a réimprimé 
à la suite du poème de Renaud , en demandant pardon aux savants anglais 
de les avoir devancés. Un second manuscrit, qui se trouve à Naples, a 
été l'objet d'une collation soigneuse de la part de M. E Kôlbing En- 
glische Stiidien, t- 1, P- 121 et suiv.). La troisième copie, qui n'est que du 
xvii"' siècle, est dans le fameux manuscrit que possédait l'évêque Thomas 
Percy et qui est maintenant au Musée Britannique [Addiîional 27879; ; 
elle a été imprimée avec le manuscrit entier par MM. Haies et P^urni- 
vall -. Des trois autres mss. on ne connaît que quelques passages com- 
muniqués par les éditeurs du manuscrit Percy. 

Le poème anglais, bien que beaucoup plus bref que le français, pré- 
sente une introduction qui manque à ce dernier. Nous apprenons tout de 
suite que Guinglain ? a été engendré par Gauvain « à la lisière d'une 
forêts i. ; il a été élevé dans cette forêt par sa mère, et c'est parce 
qu'un jour il a rencontré un chevalier dont il a admiré l'armure qu'il se 
rend à Glastonbury, à la cour d'Arthur, et lui demande d'abord de le 
faire chevalier, ensuite de lui accorder le premier combat qui se pré- 
sentera. Arrive Elene (c'est le nom que porte ici Hélie) accompagnée 
de son nain Teaudelayn, et les aventures se succèdent, avec de légères 
différences 5, comme dans le roman français. Mais le caractère et le rôle 
de la belle châtelaine de l'Ile d'Or sont autres, et tels que nous avons sup- 
posé qu'ils devaient être originairement. Elle est appelée « la Dame 
d'amour, » et est une véritable enchanteresse, qui ne fait qu'arrêter le 
héros dans le cours de sa vraie carrière. Elle le retient fasciné '= pendant 



i. Ritson, Ancicnt Engleish metrical romances, t. II, p. i ; Hippeau, Le Bel 
Inconnu, p. xxiv, 241. 

2. Percy's Folio manuscript, t. II, p. 41 5. 

3. Les mss. parlent : Gyngelayn, Ginglûine, Gingclyane, Gingelagne, Geyn- 
leyn, Gynleyn. 

4. Cf. ci-dessous, p. 18. Ainsi le poème anglais se rattache au conte inséré 
dans le Pcrceval. 

5. Voy. ci-dessus, p. 2, n. i. Bliobliéris est appelé ici William Cele- 
bronche (confusion avec le Guillaume de Salebrant qui, dans le français est un de 
ses trois amis); la jeune fille délivrée des géants se nomme Violette et a pour 
père le comte Antor, qui l'offre à son libérateur; Gifflet, ' le fils Do, devient 
■( Gyfiroun le fludous » ; l'épisode de l'Orgueilleux de la Lande (ici « Otes de 
Lile ») est assez différent, etc. Le poème anglais contient même en plus un ou 
deux épisodes d'ailleurs insignifiants. 

6. « Cette belle dame savait beaucoup de sortilège ; elle lui faisait entendre 
des mélodies de toutes les sortes d'instruments qu'on pouvait imaginer. Quand 
il voyait son visage, il lui semblait qu'il était vivant en paradis; ainsi elle lui 
troublait les yeux. » 



14 ti. PARIS 

douze mois et plus ' , et c'est alors seulement qu'Elene réussit à lui faire 
honte, à lui rappeler l'engagement auquel il manque, et à le faire sortir 
du château de l'Ile d'Or, où il ne revient plus. Cet épisode, dans l'anglais, 
est d'ailleurs traité fort brièvement, et a sans doute, comme nous le ver- 
rons, omis des traits importants. Arrivé à Sinaudon, Guinglain, après 
un combat qui ressemble d'assez près à celui du poème français, délivre, 
en recevant le baiser du serpent, la princesse enchantée sous cette forme 
elle n'est pas nommée) ; ce qui est plus naturel que chez Renaud, c'est 
que la délivrance a lieu dès que le baiser est donné, et que la princesse 
est aussitôt devant lui, « nue comme quand elle est née, et tout son 
corps tremblant ». L'épisode de la voix qui parle à Guinglain fait complè- 
tem.ent défaut: après la délivrance de la princesse, Guinglain, qui natu- 
rellement accepte avec joie la main qu'elle lui offre, et qui reçoit aussitôt 
les hommages de ses nouveaux vassaux, se rend avec elle à la cour 
d'Arthur. Là vient aussi la mère de notre héros , qui dans le poème 
anglais n'est nullement une fée ; elle présente à Gauvain le fils qu'elle a 
eu de lui et qui fait tant d'honneur à son père. Gauvain bénit les jeunes 
époux, la noce se célèbre, et le poème finit-. 

L'auteur dit expressément qu'il suit un modèle français S et les noms 
français qui sont restés dans son ouvrage suffiraient à le démontrer ; mais 
l'analyse qu'on vient de lire prouve que ce modèle n'était pas le poème de 
Renaud. C'était un poème qui ressemblait beaucoup à ce dernier, et qui 
présentait déjà les noms du « Bel Desconeù », de 1 Ile d'Or, de Mauger le 
Gris, de Lampart, de Sinaudon, des enchanteurs Eurain (angl. Irain) et 
Mabon, mais qui ne faisait du séjour de Guinglain auprès de l'enchante- 
resse de l'Ile d'Or qu'un épisode au milieu des autres et n'y revenait pas 
une seconde fois 4. Renaud de Beaujeu a eu ce même poème sous les 
yeux et l'a transformé comme on l'a vu, au détriment de l'unité d'action 
de son poème et du caractère de son héros. Quant au récit lui-même, 
nous pouvons en indiquer une forme plus ancienne encore que celle du 



1 . Dans le manuscrit de Naples il n'est parlé que de trois semaines. 

2. Cette fin n'est complète que dans deux mss (Naples et Ashmole) ; dans le 
ms. de Lincoin's Inn, il manque la strophe où paraît la mère de Guinglain ; les 
mss. Cotton et Lambelh omettent les trois strophes relatives au père et à la 
mère ; le ms. Percy s'arrête au moment où Guinglain et sa fiancée partent pour 
la cour. 

j. V. 222, 2 122 des éditions Ritson et Hippeau 

4. On pourrait croire aussi que l'auteur anglais a remanié et simplifié le 
poème trançais; mais c'est fort peu vraisemblable : le poète anglais aurait re- 
trouvé d'instinct la forme que la comparaison avec Cardinno nous montre avoir ■ 
été la forme primitive. M. Kœlbing, dans le travail cité plus haut, a porté Icj 
même jugement que nous sur le rapport des deux poèmes. \ 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU I 5 

poème où ont puisé à la fois Renaud de Beaujeu et l'auteur de la version 
anglaise. 

Cette forme nous a été conservée, plus ou moins fidèlement, dans le 
petit poème italien àeCarduino, quia éié composé dans la seconde moitié 
du xiv-' siècle, peut-être par Antonio Pucci, auteur de plusieurs ouvrages 
du même genre, et dont M. Pio Rajna nous a donné il y a quelques an- 
nées la première et très bonne édition. Carduin, qui joue ici le rôle de 
Guinglain, n'est pas le fils de Gauvain : son père Dondinel a été empoi- 
sonné à la cour d'Arthur, dont il était le favori, par Mordretet ses frères 
parmi lesquels, l'auteur le dit expressément, était Gauvaim, et à cause 
de cela la mère s'est retirée avec l'enfant dans une forêt sauvage, où il 
grandit seul, dans l'ignorance absolue du monde, croyant même qu'il n'y 
a pas d'autres humains que sa mère et lui, vivant et se couvrant de la 
chair et de la peau des bêtes qu'il tue. Mais un jour il rencontre le roi 
Arthur avec ses hommes : les chevaux et les chevaliers l'émerveillent ; il 
déclare à sa mère qu'il veut connaître le monde qu'il a entrevu, elle y 
consent, et le mène à la ville, où elle lui procure des vêtements et des 
armes. La ressemblance entre ce début et celui du Perceval est évidente ; 
M. Rajna ■ a cependant remarqué avec raison que certains traits sont ici 
plus primitifs que dans l'œuvre de Chrétien de Troies, et il a conjecturé 
que l'auteur de Carduino pouvait bien avoir connu une forme du Perceval 
'< plus simple et plus authentique ^ ». La supposition est juste au fond, 
mais il n'est pas nécessaire d'admettre que dans la source du rimeur ita- 
lien le héros de l'aventure ait déjà été Perceval. Si nous comparons à son 
récit celui du poème anglais, nous voyons que là aussi la mère de Guin- 
glain habite une forêt solitaire, et élève son fils dans l'ignorance du 
monde, d'où le tire une rencontre avec des chevaliers. Ce trait de l'ancien 
conte est déjà bien atténué dans l'anglais, et Renaud de Beaujeu l'a 
presque tout à fait supprimé 5, mais ce qui reste suffit à nous montrer 
qu'il était primitif. C'est d'ailleurs un lieu commun celtique, et Chrétien 
l'a pris n'importe où pour l'appliquer au héros de son Conte du graal ; 
nous le retrouvons par exemple, avec des traits tout particuliers et d'autres 
qui ressemblent de fort près à ceux du poème champenois, dans le lai de 
Tyolet4 et ailleurs encore. 



1. Rajna, Carduino, p. xxviï. 

2. M. Rajna n'aurait pas dû d'ailleurs comprendre dans .«a comparaison les 
6oo premiers vers de l'édition du Perceval, particuliers au manuscrit de Mons. 
et qui ne sont certainement pas de Chrétien. 

3. On en trouve des traces, comme l'ignorance oij Guinglain, appelé seule- 
; lement Bels fils par sa mère, est resté de son vrai nom (voy. ci-dessus), etc. 

4. Romania, t. VIII, p. 40. 



Carduin se rend à la cour d'Arthur, et l'aventure du désenchante- 
ment de la belle changée en serpent se présente aussitôt à lui. Elle s'ap- 
pelle ici Béatrice, et sa sœur, qui remplit le rôle de la demoiselle Hélie, 
raconte tout de suite au roi qu'il s'agit pour un chevalier hardi de déli- 
vrer Béatrice d'un enchanteur, qui, pour se venger de son refus, a désolé 
son pays et l'a réduite elle-même au plus triste sort. Entre le départ de 
la cour et l'arrivée à la ville enchantée, Carduin ne rencontre que trois 
aventures : l'une est le meurtre d'un chevalier qui veut lui ravir sa com- 
pagne de route, et qui se trouve, à la grande )oie de Carduin, êtreCuer- 
riès, frère de Mordret,et celui même qui avait remis le poison au père de 
notre héros ;la seconde est celle delà jeune fille délivrée des deux géants, 
dont le récit présente une remarquable coïncidence tant avec le poème 
anglais qu'avec le poème français ; enfin la troisième (qui est la première 
dans l'ordre du récit) mérite de nous arrêter un instant : c'est au fond 
celle de la fée de l'île d'Or, mais avec des traits particuliers. Carduin, la 
sœur de Béatrice et le nain arrivent dans un château dont la dame, une du- 
chesse, était une puissante « maîtresse d'art. » Elle dit fort nettement à 
Carduin, après lesouper:« Tu connais la coutume constante : je veux que 
tu dormes avec moi cette nuit. » Seulement elle ajoute cette restriction: 
« Ecoute-moi bien. Quand je t'appellerai, ne viens pas; si jeté dis de ne pas 
venir, tu viendras. Fais toujours le contraire de ce que je te dis. » Carduin 
le promet, mais quand, de sa chambre voisine, elle l'appelle et lui dit : 
« Entre ici, chevalier » , il oublie la recommandation et s'élance. Aussitôt il 
entend des mugissements comme ceux d'une mer irritée et il sent un vent de 
tempête ; des géants le saisissent et le pendent par les mains au-dessus 
de l'eau qu'il croit voir, il passe ainsi toute la nuit à dondolare, jusqu'à 
ce que le jour rompe l'enchantement. Carduin tout confus quitte le château 
sans prendre congé. La sorcière joue ici, comme dans le poème anglais, 
un rôle purement épisodique, quoique bien moins important. Mais ce 
qui est remarquable, c'est la présence dans le poème italien du trait de 
la fascination du héros, que le poète anglais a supprimé ou s'est borné à 
indiquer vaguement, et que le poète français a retiré de l'endroit où il 
devait se trouver pour le reporter ailleurs et le motiver tout autrement. 
Il est probable que la source commune accordait à l'épisode de l'enchan- 
teresse à peu près l'importance et la durée qu'il a dans le poème anglais, 
et y insérait l'histoire de la fascination subie, une nuit seulement ou deux 
nuits de suite, par le héros. Cette fascination même est tout à fait du 
genre de celles que nous trouvons dans plusieurs romans ou chansons 
de geste du moyen-âge, et paraît répondre plus particulièrement à cer- 
taines conceptions de l'imagination germanique. 

Le dénouement du poème mérite aussi notre attention. Il n'y a icil 
qu'un enchanteur au lieu de deux, ce qui est plus naturel, et non seulemera 

// 



GUlNCLAlN OU LE BEL INCONNU I7 

il a changé Béatrice en serpent, il a encore métamorphosé en toutes 
sortes de bêtes tous les habitants de la cité, et en rochers les édifices et 
les maisons qui la formaient, sauf le palais où il habite. Instruit par le 
nain qui remplace ici Lampart ', Carduin tue le magicien, et brise un 
anneau qu'il trouve dans sa ceinture et auquel était sans doute attachée 
sa puissance-. Ensuite a lieu le « fier baiser " ; seulement, au lieu que 
ce soit la guivre qui le donne au héros, comme dans les deux poèmes 
sur Guinglain, c'est lui qui a le courage de la baiser in bocca, ce qui 
est encore visiblement plus naturel et plus ancien. Aussitôt non seulement 
Béatrice, mais tous ses sujets reprennent forme humaine, et te poème se 
termine par le mariage de Carduin, devenu un des premiers chevaliers 
de la Table Ronde, avec la belle princesse qu'il a délivrée. 

On voit que le poème italien, quoique bien postérieur au poème fran- 
çais, représente plus fidèlement, au moins dans les traits essentiels, le 
vieux conte, dont celui-ci s'éloigne au contraire beaucoup. Une première 
modification de ce conte, qui a consisté a faire du héros le fils de Gau- 
vain, s est produite dans la source commune, perdue aujourd'hui, du 
rimeur anglais et du poète français ; ce dernier a fait volontairement 
d'autres chan-gements, dont il est maintenant facile de se rendre compte. 
Le vrai sujet du récit, devenu déjà moins important dans le poème anglais 
et encore plus effacé dans le poème français, c'est le « fier baiser », sur 
lequel il nous reste à dire quelques mots. 

Cette histoire d'une jeune fille changée en serpent et qui ne peut 
reprendre sa forme humaine que s'il se rencontre un mortel assez coura- 
rageux pour lui donner un baiser se retrouve ailleurs encore dans la lit- 
térature arthurienne. Elle forme un épisode^, d'ailleurs fort altéré et 
maladroitement rattaché au reste du récit, du roman de Lancekt, mis 
en allemand par Ulrich de Zatzikhoven 3 . Mais ce n'est pas seulement dans 
les contes bretons que cette merveilleuse histoire figure ; elle paraît 
d'origine orientale ou au moins byzantine, et nous la trouvons localisée 



1. Un détail montre combien est incontestable, malgré tant de divergences, le 
lien qui attache les différentes versions de notre conte. Le nain dit ici à Carduin: 
« Quand tu auras frappé ton adversaire, il fuira dans une chambre voisine ; 
garde-loi bien de l'y poursuivre, car son dessein est de revenir par un détour 
connu de lui et de te frapper par derrière «; et en effet c'est ce que l'enchanteur 
essaie plus tard de faire. Ce trait n'est pas dans l'anglajs ; mais il a laissé dans 
le français une trace visible. Lampart dit à Guinglain (v. 2807) : Et tant corn vos 
amis xo vie, Si gardes que vos n'entres mi: En la cambre que vos verres; mais le 
motif a été changé (voy. ci-dessus, p. 4). 

2. Nous avons ici un vrai trait de conte de fées, comme le montreraient des 
•'-orochements où nous ne pouvons entrer, mais assez gravement altéré. 

"'■' Voyez Rom. X, 476, 477. 

i<om.in:a, XIV. 2 



en Grèce et singulièrement reliée à des souvenirs de l'antiquité classique. 
Le voyageur anglais Jean de Mandeville, connu par ses fables, rapporte 
qu'en passant devant l'île de Lango (Cos), il entendit raconter que la 
fille du fameux Hippocrate habitait cette île sous la forme d'un dragon. 
Un jour un jeune homme, ignorant cette circonstance, avait débarqué 
dans l'île et y avait rencontré une jeune fille d'une grande beauté, qui 
lui avait dit de revenir le lendemain, et de lui donner un baiser, sans 
s'effrayer de l'apparence sous laquelle il la verrait : il la délivrerait ainsi, 
et jouirait avec elle de Tîle et de ses trésors. Le jeune homme revint ; 
mais quand' il vit le terrible dragon qui s'avançait vers lui, la peur le 
saisit et il s'enfuit, en sorte que la fille d'Hippocrate ne fut pas désen- 
chantée. Elle l'aurait été plus tard, si Ton en croit l'auteur de Tirant le 
Blanc, qui, ayant sans doute lu Mandeville, fait mettre l'aventure afin par 
un certain Èspertius, lequel d'ailleurs, comme le héros de notre poème, 
reçoit le baiser au lieu de le donner. La légende de la fille d'Hippocrate, 
à en croire des témoignages récents, n'est pas encore oubliée dans l'île 
de Lango, et, malgré le récit de Jacques Martorell, on croit qu'elle a 
conservé sa forme de serpent et qu'elle attend toujours un libérateur ' . On 
a rattaché cette légende au fait qu'Hippocrate aurait eu un petit-fils (et 
non un fils) du nom de Dracon. Il est plus probable que dans l'attri- 
bution de cette métamorphose à la fille d'Hippocrate il y a un souvenir 
de l'ancien rôle du serpent dans le culte d'Esculape, qui a dû être facile- 
ment confondu avec le « divin « médecin de Cos. Quoi qu'il en soit, 
l'aventure même se retrouve dans bien d'autres endroits, par exemple 
dansV Orlando furioso duBojardo, dans les Contes amoureux de ]ean Flore, 
et dans beaucoup de récits et de chants populaires de divers pays qui ont 
été savamment réunis et commentés -. Elle a pénétré dans les contes celti- 
ques, mais, comme bien d'autres éléments de ces contes, elle n'est pas 
d'invention celtique et provient d'une source étrangère. 

Le personnage auquel le poème qui est la source de la version an- 
glaise et du roman de Renaud de Beaujeu a rapporté l'aventure du 
« fier baiser « n'est pas, en dehors de cette aventure qui lui est originai- 
rement étrangère, inconnu à la littérature arthurienne. La première con- 
tinuation du Perceval de Chrétien de Troies raconte que Gauvain eut 
d'une demoiselle qu'il avait rencontrée dormant sous une tente dans une 
forêt 5 un fils, qui tout enfant fut enlevé du château de Lis, oii il vivait 



1. Duniop's Geschichtc der Prosadichtung, ûbcrsdzt von Liebrecht, p. 175. 
Nous devons dire que malgré nos recherches nous n'avons trouvé aucune trace 
de la survivance actuelle de ce conte dans l'île de Cos. , 

2. Child, The tnglish and scoUish popular Ballads, part II, p. 307. | 

3. Cette demoiselle a un père, Méiiant de Lis, et deux frères, Morre dt^ 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU l C) 

avec sa mère, plus tard adoubé par un chevalier, et recueilli par la « de- 
moiselle esgaree ' '>. La manière fort abrégée dont l'auteur parle de ces 
aventures montre qu'il se référait à une source où elles étaient racontées 
en détail ; ce qu'il ditsuffit en outre pour nous faire voir que l'enfance du 
fils de Gauvain ressemblait beaucoup à celle de Perceval et de Tyolet ; 
le héros primitif de l'aventure du « fier baiser » avait aussi une pareille en- 
fance, et c'est sans doute ce qui a été cause qu'on a attribué cette aven- 
ture au fils de Gauvain. Le récit qu'avait sous les yeux le continuateur 
du Perceval lui prêtait d'ailleurs beaucoup d'autres exploits auxquels ce 
continuateur s'est contenté de faire rapidement allusion : après avoir 
rappelé le merveilleux écu d'or dont le jeune chevalier se rendit maître, 
il ajoute v. 20691 et suiv. : 

Mais ne me loist mie arester 

De ceste aventure conter 

Ne des autres, dont meut i a : 

Si com la sale délivra, 

Ne l'abatement del plancier 

U on le dut jus trebucier, 

Ne ke il tensoit sor le pont 

Ciaus ki furent monté a mont, 

Ne le hardement des degrés 

Que il fist quant il fu armés, 

Dont li pules s'esmerveilla 

Et li rois quant il l'esgarda, 

Car moût estoit jovenes d'eage 2 ; 

En la chambre a l'orne sauvage 

S'en entra, qui 5 moût estoit biaus, 

Et si avoit nom Yoniaus ; 

A sa fin vos voel amener ; 

Ceste oevre me fait sorparler. 



et Bran de Lis; ils surprennent Gauvain auprès de leur sœur et le défient: 
Gauvain tue le père et l'un des frères, et combat plus tard l'autre en pleine cour 
d'Arthur, puis se réconcilie avec lui, la demoiselle jetant entre eux deux l'en- 
fant qu'elle a de Gauvain. La première partie de ce récit (Perceval, v. 16885- 
17481) a fourni le sujet d'un poème anglais du xve siècle, dont on ne possède 
qu'un long fragment (Madden, S}t Gairayne, p. 207 et suiv.). Il est remarquable 
que l'aventure de Gauvain avec la demoiselle est racontée une première fois, 
dans une des rédactions de cette continuation, tout autrement que dans le récit 
''àisç^''*''^ plus tard Gauvain lui-même (v. i 1987 ss.). 
" . ^^erceval, v. 20387 et suiv. 
• çn|Le ms. suivi par M. Potvin porte : Car moût fu jovenes ses'eages, et au 
fil^giivant : a l'orne sauvages. 
._ .^e ms. de Mons porte et au liei* de qui. 



Un jour il rencontre Gauvain, joute avec lui sans résultat ; Gauvain 
lui demande son nom, mais il ne le sait pas lui-même : au château de 
Lis on ne l'appelait que « le neveu de son oncle ». Gauvain le reconnaît 
pour son fils, se fait reconnaître pour son père, et tous deux s'en vont 
joyeux à la cour d'Arthur. — Nous retrouvons dans ce conte un lieu 
commun de la poésie épique de tous les peuples : le combat d'un père 
et d'un fils qui ne se connaissent ou ne se reconnaissent pas'. Dans 
les vers que nous venons de citer il faut voir le résumé d'un poème 
perdu qui racontait la vie du fils de Gauvain, tout autrement, sauf au 
début, que les romans que nous avons étudiés jusqu'ici. Dans ce résu- 
mé, aucun nom ni surnom n'est donné à ce fils. Mais dans la seconde 
continuation du Perceval, celle de Gaucher de Dourdan, qui, suivant 
toute vraisemblance, n'a pas connu la première, il apparaît, d'ailleurs 
seulement pour un instant (v. 24523 ss.), sous le nom du « Bel Desco- 
« neù ». Sous ce surnom et le nom de Guiglain, il fait aussi une courte et 
insignifiante apparition dans le roman de Tristan en prose ,voy. le ms. 
franc. B. N, 750, fol. 921. « Lo bels Desconogutz » est cité dans le ro- 
man provençal de Jaujré parmi les chevaliers de la cour d'Arthur. 

Si nous avons pu nous rendre un compte à peu près exact du rapport 
qui existe entre notre poème, le poème anglais et le poème italien, il est 
beaucoup plus difficile de comprendre celui qui l'unit au poème allemand 
de 11 7^^/o/5_, composé en Bavière, vers 12 10, par Wirnt de Gravenberg. 
Les ressemblances sont incontestables, mais intermittentes : Wigalois, 
qui porte visiblement le même nom que Guinglain, est fils comme lui de 
Gauvain et d'une fée ; comme lui il se présente à la cour d'Arthur et 
réclame le droit de suivre l'aventure que vient annoncer une jeune fille 
accompagnée d'un nain ; comme lui encore, il est d'abord l'objet des 
mépris de la demoiselle; il lui arrive en chemin plusieurs des aventures 
que rencontre Guinglain, celle de Lampart ifort différente et mise en pre- 
mier lieu), celle de la jeune fille délivrée des deux géants (avec des traits 
absolument pareils', celle de la demoiselle à qui il pssure le prix de la 
beauté lil s'agit ici non d'un épervier, mais d'un cheval et d'un perro- 
quel^), celle du chien que son maître veut reprendre à la compagne du 
héros (le récit allemand est plus près de l'anglais que du françaisi ; mais 
l'aventure principale n'offre qu'une vague ressemblance : il y a bien un 
dragon, une bête merveilleuse qui reprend sa forme humaine et qui révèle 
au héros le nom de son père, une princesse délivrée et épousée par lui, 



1. Voy. les remarques de M. R. Kœhler dans l'cdition des lais de Ma 
France de M. Wanrke, p. xcvii. 'rie de 

2. Comme dans le Conk du papcgaut. petit roman épisodique encore |l 

/inédit. 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU 2 1 

mais tout cela ne rappellerait guère l'histoire de Guinglain si la similitude 
du nom et la ressemblance d'autres épisodes ne provoquaient à la com- 
paraison. Au reste, l'histoire de Wigalois, déjà très longuement racontée 
dans cette dernière partie, ne s'arrête pas encore là : le roman a toute 
une fin qui ne correspond à aucune partie du roman français ; il a de 
même une longue introduction, oiï sont racontées les amours deGauvain, 
dans le pays des fées, avec Florie, la mère de Wigalois, qui pourrait 
bien être sortie de l'imagination du poète allemand '. Pour le reste, la • 
question est aussi compliquée : Wirnt dit à deux reprises qu'il ne tire 
pas son sujet d'un livre, qu'il l'a entendu raconter à un écuyer -, et se 
plaint des difficultés qu'il a ainsi eues à le bien connaître '. Quelle qu'ait 
été la source où Técuyer avait puisé et la fidélité avec laquelle il a com- 
muniqué son information, on ne peut guère douter que le chevalier bava- 
rois n'ait pris à son tour de grandes libertés avec le récit qu'on lui faisait, 
ne l'ait amplifié notablement et ne l'ait beaucoup changé 4. Il termine 
son ouvrage en nous disant que Wigalois et la belle Larie (c'est le nom 
de l'héroine eurent un fils dont l'histoire est bien plus belle que celle 
de son père et demande, pour être dignement traitée, un talent que lui, 
Wirnt, ne se sent pas; cependant il s'y essaiera peut-être si un meilleur 
ne se met pas à la tâche. Ce héros s'appelait d'après lui (<■ li fort Gawa- 
nides » s, nom singulier, qui parait plus latin que français; il est complète- 
ment inconnu d'ailleurs, et il nous semble fort probable que le bon Wirnt, 



1. Cependant dans le roman inédit de Rtgonur (cf. Rom. x, 495), nous 
voyons que Gauvain a pour amie une fée appelée Lorie, ce qui ressemble d'assez 
près à Florie. 

2. Wigalois, V. 152, 596, 11623. 

5. Racontant que Gauvain fut renversé et pris par un chevalier inconnu 
(grâce, il est vrai, à une ceinture magique), le poète croit devoir dire : « Jamais 
de lui on n'avait raconté pareille honte, et elle ne sortirait pas non plus de ma 
bouche, si un écuyer ne me l'avait dit comme une entière vérité, mais j'en dis- 
pute tout le temps avec lui y. C'est. un passage à joindre à ceux qui sont cités 
ailleurs sur la tradition qui présente Gauvain comme invincible. 

4. M. Kœlbing, dans le travail cité plus haut, admet que le poème anglais 
et le poème allemand représentent deu.x poèmes français perdus ; ces deu.x poè- 
mes (Det \V) forment avec le poème français (R) trois dérivations indépen- 
dantes d'une source perdue (.v), qui était sans doute déjà un poème français, et 
dont nous avons l'imitation la plus fidèle dans D, la plus éloignée dans W. 
Mais M. Mebes iUcber dcn Wigalois, progr. de la Realschuk de Neumùnster, 
ç^79) a montré qu'il y avait dans W des passages qui ne pouvaient s'expliquer 
c|4e comme une traduction des passages correspondants de R. Il conclut avec 
„ aisemblance que l'écuyer de Wirnt avait des fragments manuscrits du poème 

■ Renaud ; pour le reste, :l l'avait entendu raconter : sa mémoire avait fort mal 

■.enu le récit, et l'imagination de Wirnt s'est efforcée, mais sans grand 

nheur. de compléter ce récit tronqué et incohérent. 

; . Wigalois, v. 1 1639. 



tout en se donnant des airs d'ami scrupuleux de la vérité, comptait tirer 
de sa cervelle toute l'histoire du petit-fils de Gauvain. En tout cas il en 
a été de son projet comme de celui que Renaud de Beaujeu annonce en 
terminant son œuvre : rien ne nous autorise à croire qu'il ait été exécuté. 

En effet, un autre ouvrage de VVirnt de Gravenberg n'aurait sans 
doute pas disparu sans laisser de traces, attendu le succès considérable 
qu'a obtenu celui qu'il nous dit être son premier et qui paraît être resté le 
seul. Non seulement les manuscrits en sont nombreux, mais il a été mis 
en prose et ainsi imprimé plusieurs fois au xvi'' siècle ; il a même été 
l'objet d'une curieuse version en judéo-allemand'. En outre, une 5agu 
islandaise et un livre populaire danois sur Gauvain et Vigolès n'ont pas 
d'autre source que le poème de Wirnt, ou plutôt que le roman en prose 
allemande qui en est issu. 

Le poème de Renaud de Beaujeu, auquel nous revenons en terminant, 
a été, lui aussi, l'objet d'une rédaction en prose. On en possède trois 
éditions, l'une sans date, l'autre de 1 550, la troisième de 1 539, toutes 
trois parues à Lyon chez Claude Nourry, et toutes trois fort rares. L'au- 
teur, qui se nommait Claude Platin et était religieux antonin', a réuni 
bizarrement deux romans qui n'ont rien à faire ensemble ; c'est ce qu'in- 
dique déjà le titre de la publication : L'hystoire de Giglan, fdz de messire 
Gauvain, qui fut roy de Galles^ et de Geoffroy de Maience son compagnon, 
tous deux chevaliers de la Table Ronde. Ce Geoffroy, mal à propos sur- 
nommé de Mayence, n'est autre que le héros du roman provençaWau/rf. 
Claude Platin a entrelacé son histoire avec celle de Guinglain, sans même 
essayer de les unir quelque peu intimement. Dans son prologue, il nous 
dit : « Moy frère Claude Platin, humble religieux de l'ordre monseigneur 
sainct Anthoine, ung jour en une petite librairie la ou j'estoye trouvai ung 
gros livre de parchemin bien vieil escript en rime espaignolle assez diffi- 
cile a entendre, auquel livre je trouvay une petite hystoire laquelle me 
sembla bien plaisant, qui parloit de deux nobles chevaliers, qui furent du 
temps du noble roy Artus et des nobles chevaliers de la Table Ronde, dont 



1. Graesse, D(> grossen Sagenkrcise, p. 225-227. 

2. Frère Claude Platin ne se contentait pas de mettre en prose française du 
provençal qu'il prenait pour de l'espagnol ; nous lui devons encore le Débat de 
l'homme et de l'argent, plusieurs lois imprimé su xv" et au xvi<= siècle, et que 
M. de Montaiglon a inséré dans !e t. VII (p. 502-529) de ses Anciennes Pocsu 
françaises. Cette pièce, qu'on a voulu, dans certaines éditions, faire passer poi 
l'œuvre du poète Maximien, est précédée d une préface où on lit : « Laquel^ 
disputation moy, frère Claude Platin, religieux de l'ordre de monseigne' " 
sainct Anthoine, ay translaté de langaige ytalien en rime françoyse ». Le Dèb\ 
est traduit d'un poème italien : // Contrasta dcl danaro e deW iiomo; voyez Tat de 
mirable Ca'alogiic des livres des M. lebaron James de Rothschild, t. I, p. 557^ 

''lit. 



GUINGLAIN OU LE BEL INCONNU 2] 

l'un des chevaliers fut nommé Giglan, qui fut filz de messire Gauvain 
nepveu du roi Artus, lequel Giglan fut roy de Galles qu'il conquist 
par sa prouesse ; et l'autre eut nom Geoffroy, fils du duc de Maience. 
Ay voulu translater ladicte hystoire de celle rime espaignolle en prose 
françoise au moins mal que j'ay peu selon mon petit entendement, a celle 
fin que plus facilement peust estre entendue de ceux qui prendront 
plaisir a la lire ou ouyr lire. « Malgré cette déclaration, il ne faudrait 
pas croire, comme on l'a fait ', que Claude Platin a réellement traduit un 
roman espagnol fondé lui-même sur le poème de Renaud de Beaujeu : il 
est certain, et par la forme des noms propres = et par d'autres rapproche- 
ments, que c'est ce poème même sur lequel a travaillé le prosateur. Ce qu'il 
dit de « rime espaignolle » ne s'applique qu'au roman de Jaufré ; il a 
pris, comme bien d'autres de son temps, du provençal pour de l'espa- 
gnol, et il a étendu à l'autre ouvrage qu'il mettait en prose ce qui ne 
s'appliquait qu'au premier. C'est donc en vain qu'on rechercherait l'ori- 
ginal de Claude Platin parmi les manuscritsdes bibliothèquesespagnoles '. 
La rédaction de frère Claude nous a paru généralement fidèle ; il faut 
remarquer seulement qu'au début du récit elje intercale un épisode assez 
intéressant qui n'est pas dans le poème. Giglan vient d'arriver à la cour 
d'Arthur, quand une demoiselle s'y présente, accompagnée d'un cheva^ 
lier qui vient, dit-il, se disculper d'avoir tué Gauvain en trahison et pro- 
voque ceux qui douteraient de sa loyauté. Au milieu du deuil que la 
nouvelle de la mort de Gauvain répand dans la cour, le Bel Inconnu 
demande et obtient la faveur de le venger ; il est cependant prévenu par 
le sénéchal Keu, mais celui-ci, selon sa coutume, subit un échec ridicule. 
Le combat entre Giglan et le chevalier inconnu reste longtemps indécis ; 
enfin celui-ci lève son heaume et se nomme: c'est Gauvain lui-même ; 
il raconte qu'un félon chevalier avait pris son nom, et, sachant que la 
demoiselle qui l'accompagne s'était éprise de Gauvain sur sa renommée, 
avait voulu, sous ce masque usurpé, non seulement la séduire, mais lui 
faire violence : Gauvain était survenu précisément à temps pour la sauver 



1. Hippeau, Le licl Inconnu, p. i. 

2. Le r.om « Giglan » semblerait seul avoir une forme méridionale, mais 
Emerie (Esmerie), la Gaste Cité, l'Ile d'Or et plusieurs autres n'ont certainement 
pas passé par une langue étrangère. Nous avons déjà vu que la mère de Giglan 
est appelée « Blanchevalee » (fol. O ii vo) ; il est singulier que dans le premier 
chapitre, énumérant les principaux chevaliers de la Table Ronde, l'auteur dise: 
Il Giglan qui fut filz de messire Gauvain et de la f;ie[e] Helinor ». 

3. Il existe bien en espagnol une imitation, assez libre et fort médiocre, de 
Jaiiftc, le roman de Tablante de Ricamonte ; mais en comparant ce roman à 
celui de Claude Platin, on voit clairement qu'ils ne proviennent pas l'un de 
l'autre, et que tous deux remontent directement au poème provençal. 



24 G. PARIS 

et tuer l'usurpateur de son nom. A cette révélation, la joie est grande, 
comme on pense, et la demoiselle, charmée d'apprendre que ce Gau- 
vain qu'elle aimait n'est ni indigne ni mort, est encore plus contente de 
le prendre pour époux. Nous avons là sans doute le résumé d'un petit 
poème épisodique sur Gauvain, qui peut compter parmi les plus heu- 
reusement imaginés ; l'auteur de ce poème avait habilement utilisé un 
trait qui se retrouve souvent dans nos romans, où plus d'une jeune fille, 
sur la grande réputation du neveu d'Arthur, déclare, sans l'avoir vu, 
qu'elle n'épousera jamais que lui. Ce récit n'avait originairement rien à 
faire avec Guinglain, et c'est un troisième élément que Claude Platin a 
fait entrer dans sa compilation ; en donnant à Guinglain le rôle du che- 
valier qui combat Gauvain, il a produit une nouvelle variation du thème 
du combat d'un fils contre son père, que nous avons déjà rencontré dans 
le Percerai, également appliqué à Gauvain et à son fils. 

L.e roman en prose de frère Claude Platin a été analysé par le comte 
de Tressan, dans la Bibliotliècjiie des Romans i octobre 1777', avec 
l'inexactitude et les enjolivements qui caractérisent les « extraits » de ce 
galant vulgarisateur '. 

Gaston Paris. 



I. M. Koelbing, dans le travail plusieurs fois cité, a cru à la fidélité de l'ana- 
lyse de Tressan, ce qui l'a induit à porter un jugement erroné sur la version de 
Claude Platin. 



LES 

PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



POEME CATALAN DU XliT SIECLE 



Le poème que nous publions ci-dessous in extenso pour la pre- 
mière fois a été signalé à diverses reprises par les savants qui ont 
travaillé à la bibliothèque Saint-Marc de Venise. Le bibliophile Jacob ', 
Keller^ Paul Heyse?, K. Bartsch4 ont donné quelques extraits du 
manuscrit CIV 6 qui nous a conservé la majeure partie de l'œuvre de 
Guylem de Cervera, Milâ y Fontanals s a reproduit les soixante premiers 
quatrains et les six derniers, qui avaient été publiés par Heyse, et les a 
fait précéder d'une notice sur l'auteur, ou plutôt sur la famille catalane 
de Cervera. Est-il bien sûr que notre auteur appartînt à cette famille i* 
On trouve dans les Layettes du Trésor des Chartes une lettre adressée au 
roi de France Louis VIII, vers la fin d'avril 1226, par un seigneur du 
nom de « Cuillelmus de Cervaria », qui lui offre ses services contre les 
Albigeois et annonce que l'abbé de la Grasse fournira au roi des détails 
plus précis à ce sujet. Teulet, qui a publié cette pièce 6, a cru qu'il 
s'agissait en effet d'un seigneur catalan de Cervera; mais Boutaric 7 
pense avec raison que Cervaria désigne, dans cette lettre, la localité de 
Serviés-en-Val, près de l'abbaye de la Grasse, dans le département 



I . Dissertations sur t^uel^ues points curieux de l'histoire de France et de l'Iiis- 
toirc littéraire^ t. VII, p. 149. 

2. Romvarf^ p. 1. 

3. Romanischi Inedita, p. 13-20. 

4. C/irw/. /TOI'., 3« éd.,col. 305-506. 

y Los Trovadores en Espana, p. 551-357. 

6. Lavettes, t. II, pièce n" 1776. 

7. Saint Louis et Alphonse de Poitiers, p. 37. 



2b A. THOMAS 

actuel de l'Aude. Faut-il de même retirer notre poème à la Catalogne 
pour le rendre au Languedoc? Je ne le crois pas. L'origine catalane de 
l'œuvre, et par suite de l'auteur, y est trop fortement empreinte pour 
qu'on puisse la méconnaître. Je ne parle pas de l'orthographe du manus- 
crit: il se pourrait que le scribe seul en fût responsable. Mais ce qui 
trahit bien un auteur catalan, ce qui ne pourrait en aucun cas se trouver 
chez un Languedocien, c'est le mélange à la rime des e fermés et des e ou- 
verts que nous offre fréquemment notre poème. En voici quelques exem- 
ples: qu. 19 ligèts: trobaréts; 28 trobaréts : -^^bés: adès ; 76 pè : bé; 
226 jés: portés; 371 pogués : senyoragès ; 527 es : adcs, etc. 

La supposition de Milâ y Fontanals est donc juste. D'autre part, je 
pense avec lui que les vers du huitième quatrain contiennent une allu- 
sion à la croisade de 1 270 : par conséquent il ne faut pas songer à iden- 
tifier notre poète avec le personnage historique du même nom qui joua 
un rôle important en Catalogne dans la première moitié du xiir siècle et 
qui mourut en 1245. Il est possible que notre Guylem soit le même que 
Guylem de Cervera, surnommé el gordo, ainsi que MiLi incline à le 
croire ; mais cette identification est en somme d'un mince profit, puisque 
nous ne savons à peu près rien sur ce personnage, sinon qu'il apparte- 
nait à la même famille que le précédent. 

Le poème de Cervera n'a aucun titre dans le manuscrit de Venise. Je 
lui ai donné celui de Proverbes, me conformant à la pensée exprimée par 
l'auteur au quatrain 22, où il appliquée son œuvre le nom de verses 
proverbiiils, en l'opposant aux vers légers qu'il avait autrefois composés. 
Ces Proverbes ne sont pas toutefois, comme on l'a dit ', une simple para- 
phrase des proverbes de Salomon. Cervera a emprunté beaucoup au 
Livre des Proverbes comme aux autres livres de la Bible, mais son œuvre 
est dans une certaine mesure originale, sinon pour le fond des pensées, 
du moins pour la forme qu'il leur a donnée. Nous avons affaire à un 
recueil de maximes et de préceptes de conduite analogue au Libre de 
Seneca publié en 18)6 par M. Bartsch; c'est, en plus petit et moins les 
allégories, une encyclopédie morale assez semblable aux Documcnti de 
Barberino. Cervera, il est vrai, est loin d'avoir l'immense érudition du 
docte notaire florentin. Pourtant quand il déclare au début de son poème 
ne pas savoir le latin, il ne faut pas trop prendre sa déclaration au pied 
de la lettre. Il est bien difficile de croire que pour les nombreuses sen- 
tences qu'il a empruntées à la Bible, aux Pères de l'Eglise et au Pseudo- 
Caton, il se soit servi de traductions en langue vulgaire. Ce qui est 



1. Bartsch, Gniminss dcr prov. Lit., p. 4^. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 27 

exact, c'est que beaucoup de ses lectures, à en juger par les réminis- 
cences qu'elles lui ont laissées, sont celles d'un laïc instruit plutôt que 
d'un clerc. Il connaît le roman de Renart (qu. 625), la chanson de geste 
de Basin;i 14$, les poèmes sur Alexandre ipassim] et sur Tristan 997 et 
surtout une quantité de fables, de contes et de nouvelles dont la mention est 
peut-être pour nous la partie la plus intéressante de son poème '. Ce ne 
sont pas seulement ses lectures, mais sans doute aussi ses voyages qui 
lui ont laissé des souvenirs : c'est vraisemblablement au delà des Alpes 
qu'il a appris les vers italiens qu'il nous a transmis (166 . 

Le texte de Cervera s'arrête dans le manuscrit de Venise au milieu du 
feuillet 49 v% après le quatrain 1 169. Une main postérieure a ajouté en 
manière d'explicit : Finiio libro sit Lus gloria. Hamen ; mais il est évident 
que ce n'est pas là la véritable fin de l'œuvre. Les feuillets 50 et 5 1 ont 
été laissés en blanc, et la même main [de la fin du xiii'' siècle) qui a écrit 
le poème de Cervera a transcrit, à partir du f" 52, une composition de 
Serveri de Gerona dont le début fait défaut ^. Notre manuscrit semble 
donc copié sur un autre manuscrit où deux feuillets auraient été 
arrachés : ces deux feuillets devaient contenir à la fois la fin des Pro- 
verbes et le début du petit poème de Serveri de Gerona. Si cette conjec- 
ture est juste, il ne nous manque que peu de chose de l'œuvre de Guy- 
lem de Cervera. 

Au xv" siècle, un Majorquin nommé Pach, qui se qualifie de sobrecoch 
cuisinier en chef) de Jean 1, roi d'Aragon, a cité plusieurs fois notre 
poème dans une composition morale dont la Bibliothèque nationale pos- 
sède deux mss. complets ifonds espagnol n'* 54 et 55 3), et qui a été 
publiée à Barcelone, d'après une copie incomplète, dans le tome XIII de 
la Coleccion de documentas inedkos dei archivo de la Corona de Aragon^ 
pp. 186 à 301. Par une bizarrerie singulière, Pach cite constamment les 
couplets qu'il rapporte sous le nom de Serveri : E per ço diu Serveri. . . 
ou simplement ^m Se/Tm. Il est probable qu'il avait un ms. où, comme 
dans celui de Venise, l'œuvre de Guyllem de Cervera était jointe à quelque 
poème de Serveri, et qu'il n'aura pas fait la distinction des deux auteurs. 
Mon ami M. Morel-Fatio a bien voulu me copierles passages cités dans la 
compilation de Pach. Ils avaient du reste été indiqués pour la plupart dans 



1. Voyez le mot istoria à l'Index. 

2. P Heyse a donné des extraits de cette composition, extraits reproduits 
par Mila y Fontanals. J'avais copié le texte complet de Serveri en même temps 
que celui de Cervera, c'est-à-dire au mois d'octobre 1880, avec l'intention de 
les publier, mais j'ai été devancé par M. Suchier dans ses Dcnkm.:lcr prov. 
Literiitur luid Sprachc, p. 256-271. 

;. N"^ 21 et 22 du Catalogue de M. Morel-Fatio. 



28 A. THOMAS 

les Tromdores en Espana de Milâ y Fontanals, (p. 5721, qui les avait 
tirés de l'édition. 

Je n'ai fait au texte du manuscrit que le minimum indispensable de 
corrections, c'est-à-dire que j'ai conservé toutes les inconséquences gra- 
phiques quand elles ne gênaient ni le sens ni la mesure. Je publie les 
vers de Cerverasous forme de quatrains de six syllabes à rimes croisées; 
dans le manuscrit ils sont disposés comme des vers de douze syllabes 
rimant à la fois par le premier et par le second hémistiche. Il m'a semblé 
que la disposition du manuscrit était purement matérielle et ne préjugeait 
pas la question de savoir dans quel mètre a voulu écrire Cervera. Or, 
pour une œuvre de ce genre, il est plus naturel d'admettre des vers de 
six syllabes que des vers épiques de douze : Serveri de Gerona écrit 
en vers de six syllabes rimant deux à deux et Guiraut Riquier égale- 
ment. J'ajoute — et c'est M. P. Meyer qui me suggère cette remarque — 
que le catalan ne connaît guère de vers de douze syllabes avec la césure 
épique. 

Antoine Thomas. 



I . Sitôt letra no say, /. i 
Eu Guylem de Cerveyra 
Als plans comenseray 
Plan' obra vertadeyra. 



^ . Mas am ezay amat 
Es enquer amaray, 
E pas etz ay passât 
E ligeligiray. 



2. Mas nom conexeran, 
Jes ne m'entendran be: 
Can mon nom ausiran 
Nels sovendra de me. 



6. Car ligir ditz emblar, 
Per qu'emblar volgra mi 
A tôt vil malestar, 
C'aytal emblar vey fi. 



] . No conosc ablatius, 
Singulars ni plurals, 
Verbs, oblicz, sostantius, 
Ne mudes ne vocals, 



7. E ligirs coylir dits, 
Per qu'eu volgra cuylir 
Amor, plasers, servis, 
Ab poder de servir. 



4. Prétérits ne presens, 
Consonans, leonismes. 
Ne absens ne accens, 
Ne comtes d'argorismes. 



8. R ligirs passar dits, 
Per qu'eu volgra passar 
Ab los très reys, guarnits 
De tôt arnes, la mar. 



coylir. 



b Heyse i7 /u en . — 4 c dragorismes. — 6 </ ney. 



E ligits dits 



8 a K li^its. 



9. E ligirs dits ligir 
Can hoin la letra lig 
E iriar ez eslir, 
Siiot be no config 



LES PROVEKbES DE GUYLEM DE CERVERA 
17 



b» 



E no podrets far re 
Ni menar ab les mas 
Quel cor noy an dese. 
En bocha ni en nas 



29 



0. Eslir volgr' e triyar, 
Si pogues, mal e be 
El be pendre, laixar 
Lo mal, c'axis cove. 



No pot hom re sentir 
Quel cor ades noy an. 
Tuyt me poran ausir, 
Mas be no m'entendran. 



1 1 . E volgre ligir libre s 
On conagues cals suy, 
Ecolmonvay, con gibrefs) 
Cals seray e cals fui. 

12 . Fiyl, per vos altres die 
Aquestz dits planamen, 
Car volgra fossats rie 
De saber e de sen. 



9. Fiyl, vos cuylets enblan 
E pessats e ligets 
Axi con dits devan, 
Que iigen trobarets, 

!o. Si sebets legir be 
E triar, tal seber 
Que vos metex e me 
Complirets de plaser. 



1 5 . Esguardan m'escoutats i'" 
E de cor m'entendets, 
E can be m'entendais 
Mos plans dits retenets, 

14. Qu'escoutars sens entendre 
Fa mays trop mal que be. 
Qui escouta, rependre 

Se fay, can no rete 

15. Lo be c'als bons aus dire 
E laix'anar lomal, 
Corn no deu re escriure 
Hon perda son jornal. 

16. Tots vostres.v. sens vuyl 
Metats en l'escoutar, 

Car lay hon guardon l'uyl 
Fan desel cor virar. 



21 . Sitôt non ay seber, 
Engeyn subtil eprim, 
Cor ay c'a mon poder 
Ades aplan e lim 

22. Verces proverbials, 

En loc de ceyls c'ay fayts 
Leugers e venarsals 
C'ay en cantan retrayts. 

23 . Dels proverbis que fe 
Le savis Selamo 

Hi pauseray granre 
Per gensar la reyso. 



24. 



Si volets c'om vos am, 
Amats de bon' amor ; 
No camjets per aram 
Aur, ne seyn per foylor. 



q f E matez eslir. — 24 <? i Se\ec.\., Epist. ix. 4 : Si autem vis amari, ama 



2 5- Ab re tan be nos pren if. 
Focz, corn ab autre foc; 
Amors aman s'encen 
Mils c'ab als, en tôt loc. 



32 . Re no pren comensar, 
Si non a bona fi. 
Not cal tu eys lausar, 
Qu'els fayts conex hom mi. 



26. Sobre tôt amats Dieu 
E vostres pruymes si 
Com vos metex, car grieu 
Porets falir axi. 



3 3 . Puys Deus asira cel 
Qui s'engana, can part. 
Que pora far de ce! 
C'assi no rete part ? 



27, Trop fayrets gran foldatis: 
E fait descuminal 
S'essér cuyats amat si 
Fer cel cuy volets mal. 



14. Tu qui parts tot[sjtos bes, 
Si tu matex non as 
E rendras comt' ades 
A Dieu^ que li diras ? 



28. Ab mi no trobarets 
Bon' amor paternal, 
Fiyl, si vos no m'avets 
Bon'amor filial. 



3 S . Gardar vols de morir 
Lo cors qui t'aduts mort, 
E l'arma vols aucir ? 
A tu matex fas tort. 



29. A l'un ensenyarai, 

E si vol l'autre apendre, 
Ascolt so que diray, 
Car be s' i pot entendre. 



36. Qui non es passiens 
Non a autruy ni si; 
Passiencia vens 
E s'esforsa ses fi. 



30. Ja no ams ton paren 
Aytant cant us ne sia 
Ab lo teu malvolen, 
Car tôt ton dan volria. 



37. Tots hom savis soana [v" 
Lo foyl e sa paria : 
Qui si metes enjana, 
A cal leyal séria .'' 



3 1 . Mos parents sis restrayn 
En far mon desplaser, 
Aytant con plus me tayn 
Me doblemal seber. 



Tu qui vius, aies cura 
Que la mort no t'enjan; 
Forts causa es e dura 
Que mort an vius sobran. 



[cité dans le Moralium dogma public sous le nom de Gautier de Chdtillon, chap. 
xviii). —26 a amenas. — 50 b uesia. — 36 /> atruy {lu par He)scz\v\mu\^\ 
— 36 . es sesforsa. 



1 ES PROVERFiEi DE GUYLEM DE CERVERA 
46 



59. Le coloms guard' el riu 
L'ombra de l'esparver; 
Ans que perdes ton briu. 
Guardet de Lucifer. 



Si corn la flors se te 
El ram contrel fort ven, 
Beyla dompnas soste 
Ab soptil parlamen. 



40. Veri, glay, ni turmen 
No son tan temedor 
Con desordenamen 
De mal e brau senyor. 



47 . L'estopa lexeras 

Près del foc, pus vent fay ? 
Car no l'enlèveras, 
A gran ventura stay. 



41 . No deu hom desirar 
Sobr' autre senyoria 
Mas pel poble selvar 
E c'als bashumils sia. 



48. Ben es orb qui orb guia. 
Es orb qui orb aten. 
Et orbs qui'n femnas fia. 
Tal m'au qui no m'enten. 



42. Sil vis te fay doler 
E vols massa parlar, 
Cayla e vay jaser 
E fay l'autr' enayguar. 



49. Qui no a hoyls.orbses 1/. 
E pus orbs qui liuyls a, 
Pus no ve mais ni bes 
Ni cone.x so que fa. 



43 . De parlar pots apendre 
Caylan, e no parlan 
De caylar sens rependre: 
Savis rete caylan. 



50. Qui fer en l'aguylo 
Mal se fay de la ma. 
Cavaylssens espero 
A se volentat va. 



44. Can la rosa métras 
Fresqu'en aygua buylen, 
Ja puys no l'en trayras 
Beyla ni be olen. 

45 . Si dona met la ma 
En aygua d' amaror, 
Tant tost no l'en trayra 
Que noy laix sa valor. 



5 1 . Greu pot hom d'avol mayre 
Bona fiyla tenir ; 
Pero vist ay de payre 
Bon avuel fiyl noyrir. 

^2. Can humilitats raya, 
Bas estan a pleser; 
Car non ha [hom] on caya, 
Per so no pot caser. 



41 b autra. — 4^ b de maror. — 47 d uenturas. — 51 c Heyse a lu de bon 
paire, mais il y a dans le ms. un signe indiquant qu'on doit intervertir les mots 



it lue comme nous taisons. 



5 5 • Can humilitats mon 
Pus ait que res qui sia, 
Pus bays que res del mon 
Crey eu c'orgoyls estia. 

5 4 . Can orguyls puia ait 
Que bas no pot estar, 
Cax bas e pren tal sait 
Que puys non pot levar. 

5^ . Si vol cuylir plaser, 
Plasers deus semenar : 
Qui bon fruyt vol aver, 
Bon arbre deu plentar. 



6i . En foyl merce atens, 
Tu qui non as merce? 
Si aus e no entens, 
Sos dits pert quit diu re. 

62 . Can il senyor an guerra, 
Compren ho a cabal 
Li mesqui de la terra 
Qui'n re no meton mal. 

65. Molt mays te val li affars 
De l'amie quit désira 
Que no fa le baysars 
D'enemic qui t'asira. 



V") 



56. Can senyer sofer fayts 
Desordonats als seus, 
Sobre luy tornal trayts 
Cals fassens defar deus. 



64. Janot fassa sotmes 
Peccats a ton vesi, 
C om d'aytants servents es 
Corn a peccats en si. 



57. Ben guarda ta mayso 
De companyo malvat, 
Car en mal companyo 
Pert hom l'onor el grat. 



65 . Nuyls hom no pot valer 
Pus c'autra, so sapchats, 
Mas ceyl, so say per ver, 
Cuy drets enjeyns es dats. 



58. Hom conox en la plasa 
Si dona val ho no 
Can la serventa passa 
Menant vil fayt bo. 



GG. El libre dits dels Reys 
Que als no es noblea 
— Guarda tu cossit creys 
Masentigua riquesa. 



5 9 . Not vuyles far amichs 
D'ome fais ne hyros, 
Quelis) fais aduts destrichs 
E l'hyros mou ten 



67 . Si âmes la riquesa 

Del mon, no auras fruyt ; 
No camjes te certea 
Per altruv nesi cuyt. 



60. Leyals fa leyaltats, 
Guardan de feyliments, 
E l'hyros no trempats 
Adoucix pasients. 



68. Seguir la voluntat 

Fayts vas es d'equest mon 
Pus Deus t'a dreyt format, 
Guarda tos fayts com son. 



H a Car. — 58 t^ ni! fayt. — G<, b sosebgats. — 66 Cdtc c'Uatlon m semhh 
pas se retrouver dans I: livre des Rois. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

69. Deus te guarde de mais 76. Lo porchs met aytant leu 

Et donals bens don vius; Al fane lo morr col pe; 

E s'al diable vais, Tu qui deus lausar Dieu 

Sils bensperts, not n'esquius. Fay laus laigs laxan be. 



70. Mal fas tu, qui del meu 
Tefas manents e richs, 
E puys dones lo tieu 
A mos mais enamichs. 



77, Sil porchs el caix ténia 
D'aur .j. asaut anel, 
Pus lieu lo pausaria 
Al fa[n]c qu'en mi loc beyl. 



Dona al creador 
So que l'auras promes : 
Membret del pescador 
E del guat, cossil près. 



Menys es que porchs, quels 
No vols al fane pausar [pas 
E mes la lengua t'es 
Als laigs peccats lausar. 



72 . Aytant es mays lausats 
Bas, can conquer honor. 
Con auts es meyns preats, 
Merman prêts e valor. 



79. Beyl dit son anel d'aur, 
Lausan Dieu quils meylura 
No meteston tresaur 
Dins avol tencadura. 



73. Qui apeyla freytura /. 41 
Tots los abondaments 
D'aquest mon, dits dretchiura 
E no li fayl sos sens. 



80. Volpeyls mor en trepayle, 
Metges va mal querent, 
Ardits viu en batayle 
El pro van prêts seguent. 



74. Mays val esser amats 

Trop mays per sos sotsmes 
Que lemuts ni duptats : 
Notât lo fayt cals es. 



i . Can bielas raysos dias, 
Si les vols enantir, 
Garda près tais esties 
Qui les sapchon gresir. 



7^ . Malvade voluntats 
Non es fesels ni ferma. 
Per que fug trop ivats, 
E qui la te, bes merma. 



82, 



Le savi dits: Tôt di 
Garda ab qui seras, 
C'autra fera foylia 
Etu la compreras. 



'/O b fayts. — ji en marge: Nota asi istoria de .j. pescador. —75 c iuats; 
sur attc forme qui semble dériver d'une fausse lecture du prov. viatz, voy. Mus- 
safia, au glossaire de son édition des Sept Sages, sous ivas. On trouvera plus loin 
ivasosamens (quatr. 435) dans le même sens. — 78 c mets. 

Remania, XV 3 



54 A. THOMAS 

85. Per estranya 'ncontrada 90. 

Ne de tiemps per lonjansa 
No deu esser trencada 
Entra amichs amistansa. 

84. Tais cuyda esser estons, 91. 
Can fug de la batayla, 

Qui s'es per vida morts, 
Puys remor près la fayla. 

85. Tota ren vol son par v») 92. 
E tira son semblan ; 

Orgoyls no pot durar 

Ab altre orgoyl(si ses dan. 

86. Dones, pus tant punyats 95 . 
En crexer la bautat, 

Prec que punya metats 
En aver castedat. 



Sitôt eu^ qui be dich, 
Be no fas, no guarts mi, 
C'om val mays quens castich 
Per autre que per si. 

Macips fa bon senyal. 
Si vergonya se dona ; 
Ve ne hom el portai 
Si la mayso es bona. 

Can lo caps mal se sen, 
Jes lo cors no es sas; 
Can fan mal tey serven 
Dison que tu lo fas. 

Vergua ecastiar 
Aporton saviesa. 
Vols ton fiyl aretar ? 
Castiel en tenresa. 



87. Dona deu ben guardar 
No perda se valor ; 
Lo bon deu hom selvar 
Be, e myls losmiylor. 



94. L'aguila, ensenhan 

Sos pauchs poyls a volar, 
Sobr' eyls ades volan 
Los vol jent ensenyar. 



88. A grieu ensemps estan 
Foldats e saviesa; 

Ab gran contrast estan 
Castedat e balesa. 

89. Mantes vêts pus se tarda 
Quis cuyde cuytar may, 
Eîn) qui enan no guarda 
Soven areyra cay. 



95 . La berbayrits natura 
Fugir del lop ensenya ; 
Si del fiyl no as cura, 
Mal aventurât venya. 

96. Fiyls savis es del payre 
Gloria, benenansa; 

Si'n joven nol faybrayre, 
Can es veyls n'a pesansa. 



85 EccLi. XIII, 19, 20: Omne animal diiigit simile sibi... Omnis caro ad 
similem sibi conjungitur. — 92 Cf. qu. 349 cl la note. — 93 Prov. xxix, i 5 : 
Virga atque correptio tribuit sapientiam. — 96 Prov. xiii, y. Filius sapiens 
doctrina patris. 



LES PROVERBES DF. GUYLEM DE CERVERA 

97. Mani arbre fan fruyt tal 105. So que par senyoria 

Fer que la brancha frayn ; Es gran subjeccios; 

Per fiyl pren payre mal Tais n'a, cuy meyls séria 

En loc d'alire guasayn. f.y Que pa[u]bre romeu fos. 



98. 



Enans c'autra casti, 
Deu hom si castiar; 
Qui mal fa e ben di 
Si eys vol guatiar. 



06. Un say que pot aver 
Dos, et duy no may d'u 
D'ayso podon saber 
Lo ver per lor cascu. 



99. S'autre volsmeynspresar , 
Esservols meynspresats. 
Qui no vol autre honrar. 
No vol esser honrats. 



07. Cant seras covidats, 
Derrer vuyles ceser; 
Aven humilitats 
Vey bas aut romaner. 



!Oo. So c'a hom es pus car, 
Soes pus vil a Dieu; 
So que vols mays amar 
Poras perdre pus leu. 



108. Lay es caps de la taule 
Hon seon li miylor ; 
Pus Deus lo joch t'entaule, 
No prendeslo pigor. 



ICI . Aytant tart corn la mar 
Tenras femna bestada ; 
Tant nol poras donar 
Que jan sia payada. 



109. Car hom hon pus ait es fv" 
Es en periyl major, 
Et hon mays a conques, 
Del perdr'a mays dolor. 



02 . Us marits asaget 
C'ab diables bestes 
Sa muyler, quils uget 
Ans que fer se pogues. 



10. Qui dona senyoria 
A foyl, obra 'naxi 
Com si peyres metia 
Al mon di Mercuri. 



105 . No désirs dignitat 
La quai no pots aver 
Sens tort e sens peccat; 
Mays te val pauc d'aver. 



II. Si gran compte tenets 
Entre mans et comptats, 
S'una peyre hi meiets, 
Lo compte er torbats. 



104. Altesa de ricor 

Es guardaris de vicis; 
Per puiar en honor 
Porta mants homscilicis. 



2 . Can hom al layra tray 
Los oyls, sab bo a l'orp : 
Tôt or so quel lops fay 
Ve a pleser al corp. 



102 ci poques. — 102 d paus. 



104 b guardans. 



?6 

I M. 



Qui savis vol usar 
Savis coven que sia ; 
Qui ab foyls volenar 
Apendra de folia. 



114. Trebucansa de gents 
Ve per mal regidor; 
Bos ho mais noyriments 
Ensenyon li senyor. 

115. Tu voiries aver 
Be, e.no esser bos; 
Bes nos pot romener 
Mas ab ios valoros. 



THOMAS 
120. 



Mays es menifestats 
Del savi us sol dia 
Que la tota états 
Deceyl qui sec folia. 

Lo foyls fera tal re \j 6) 
Hon hom perlara mays 
Que sil savis fay be ; 
Mas de be far not lays. 



122. Si com als cors es bos 
L'esauts d'efermetat, 
A l'arm' es seboros 
Aver mal de peccat. 



116. Nuyls hom re no volria 
De mal dins sa mayso, 
E plats li mala via : 
Guardats com vol son pro ! 



Reys cesen en cadeyra 
De judici leyal 
A la gendreytureyra 
Dona be, lo[njyan mal. 



117. Nuyla causa non es 

Tant vils com mala vida; 
Pauc etrop an après 
Tal c'an l'arma delida. 



1 24. Trop es enjanayrits 
La gloria del mon; 
Guarda las trixarrits 
Cals an estât e son. 



118. Aytant can es malvats 
En major dignitat, 
Dieu esser meynspreats 
Equi l'i a pujat. 



119, 



Un' obra de just val 
.c. mil de peccador; 
Non perdon lur jornal 
Li bon laborador. 



125. De so que cuyderas 
Mays en est segla aver, 
Meyns e pus tart n'auras; 
Donchs fay a Deu plaser. 

126. Guarda que no ajusts 
Aver don autres plor : 
Les lagremes dels justs 
Pujon al sol senyor. 



120 c la don a estais. — 120 Seneca.: Unus dies hominum eruditorum plus 
patet quam imperiti longissima aetas [cïtè dans la Summd. de virtutibus de Guil- 
laume^ Pcrraut d'où Guylem de Cervera l'aura sans doute tiré). — 126 bannes 
plor. 



LES PROVERBES DE GUYLEM UE CERVERA 



Tota aygua avayl cay, 
Aquesta puia amon. 
Pus lieu que res s'en vay 
Lagloria d'est mon. 



1 34. Voler de fornicar 
Es engux' e falensa ; 
Compliment, ses duptar, 
Es trop greus penedensa. 



28. No cants quan foc se tenya 
A l'alberch del vesi ; 
Garda qu'el tieu nos prenya 
E, si pots, tostl'ausi. 



135. Qui m'a l'arme lonyada 
De Dieu, ab mais acorts ? 
Vils volentat malvada, 
Que es trop dura e forts. 



I 29. La resits soste l'arbre 
El baro leyaltats, 
Sots la lausa del marbre 
Met hom los pus honrats. 



1 56. En la terra dels fais 
Manjon les rates fer ; 
A cobrir desleyals, 
Estrayns reysos requer. 



30. Reys. ausen entendets 
So que dison li san : 
Grieu caus' es car falets^ 
Viats vos rcspondran. 



37. En terra dels enjans 
Milans infans enporte 
A fais re no comans, 
Que tenrat via torta. 



Li reys de les abeyles 
Car no porton fiblo 
Son pus humils que [ejyles 
Et l'autra divers [s]o. 



58. Tant pauc no poyn l'espina 
La fresca flor del lis 
Quel punt cel qui si clina 
No trop sia prim vis. 



132. Non a en voluntat 
Neguna causa gran ; 
Nel proisme vol foudat, 
Al poc nom entendran. 



159. No m'esaut de mayso 
D'ivern, can plou el foc, 
Nim pac d'oste felo. 
Ni can vil femna joc. 



133. No pot esser trobada 

Nuyls temps fma dousor 
Tant fort non es cercada 
Per dura amaror. 



140. Si comptes ta revso 
Denans tos enamichs, 
Can non as fayt ton pro, 
Fas los de plasers richs. 



I 28 t de ton uesi. — 1 32 c nol sou dat. — 133^ maror. — 1 56 en marge: 
asi ha istoria. Nous ne relèverons plus cette mention (jui revient de loin en loin; 
voyez l'index au mot istoria. — 137 c sen porte — 139 i com pion. — 
1 56-1 57 Allusion i) une 'able connue qui se retrouve dans Lajontainc (ix, 1) sous le 
le titre de : Le dépositaire infidèle. — 159 i/ cam — 140 d desplasers. 



Sil misatges qu'emvies 
Lay on vay malvenguts, 
Mal a tos obst'i fies, 
Que non seras cresuts. 



142 . Qui fa oracios 

Ab la lengua a Dieu, 
On fa mans fais sermons, 
Sos prechs acabagrieu. 

14;. Si tremets vil misatge 
En cort d'onrat senyor, 
Aportar ta dempnatge 
E tolrat te lausor. 



148. En la lengua esta 
La vida e la morts ; 
Per la lenguat vendra 
Bos mais desconorts. 

149. Lengua es pauch' e lieus, 
Pero no la poria 
Governar res mas Dieus, 
Tant no y punyaria. 

1 50. Paucha es, pero tant val 
Quel mon no[i] a re 
Qui fassa tant de mal 

Ni mostre tant de be. 



144. Si misatge[s] tremets 
Irats, lay on iran, 
Guarda 'n cal fayt te mets, 
Tots tos fayts vireran. 



) I . Ben esguarda te porta 

Que mais hostal noy prengua ; 
A la lengua fe porta 
E guarderasla lengua. 



14^ . Gara trista caylar /'. 7 

Fa leu gens mal disents, 
Si con pluyas anar 
Aquilos le gransvents. 



^2. Domdad'es la natura 
De tota res del mon 
Per home, l'Escriptura 
Ho dits e ho despon ; 



146. Volenters cayleras, 

Que nom voiras re dir, 
Pus queconexeras 
Que not volray ausir. 



I ^ ^ . Lengua non es dondade, 
Car es mal senes fi. 
Qui ha lengua trempade, 
Non a trésor pus fi. 



47. Vis entre dous et len, 
Mays puys mort et ausi : 
Lengua fols lia, pren 
Et comfon autresi. 



^4. Car es e precios 

Lo fruyt que lengua porta. 
La cal Dieu glorios 
Governaetcomforta. 



144 c fayts. — 145 </ agiles. — 1^8 a b Prov. xviii, 21 : Mors et vita in 
manu iinguae. — 149 Prov. xvi, i : Domini gubernare linguam. — 152-155 
Jacobi Epist. Calh. m, 7-8 : Natura bestiarum et setpentum, volucrum et ce- 
terorumdomatur a natura humana, sed linguam nemo domare potest. — 1 S > c ^^ 
Prov. x, 20: Argentum electum lingua justa. 



'H 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA ^,9 

Lengua ciutats murades 163 . Paraula nafra grieu 

D'emperadors dérocha. Sitôt s'es trop leugiera ; 

Et les dompnes preades. De loyn fa grans colps lieu, 

E fen la pus fort rocha. Tant esfortz,ei sobranseyra. 



1 56. Maie lengua es t'ochs 
E universitats 

De tôt mal en tots lochs, 
Plena d'iniquitats. 

157. Home conexeras (v°\ 
En la lengua menar : 

Sil lauses, feliras 

Ans que l'auges parlar. 

1^8. Nuyla res tant d'onransa 
No pot can lengu' aver. 
Quant Dieus volch a sem- 
De lengua aperer. [blansa 

1 59. Ab sen deu hom guardar 
So que venir poyria 

E si jen castiar 
Perl'estranya folia. 

160. Pauc val cel quis trebayla 
Par si sol aver be, 

E tots hom a cuy cayla 
Mays d'autruy que de se. 

161. Trempaments, horaysos, 
Ènsenyaments e laus 

De Dieu, comfacios 
Esgloriae repaus. 

162. Per consolacios 

De pruysmes e per far 
Gracies es hom bos 
E per foyls ensenyar. 



164. Guarda si fa gran guerra 
La lengua no feels. 
Que sitôt s'es en terra 
Aicel toyl qui es al cels. 

16s . Guarda com parleras 
Ni a cuy ne de que, 
El loch on o diras. 
El temps, c 'axis cove. 

1 66 . Tôt so qu'el cor t'avenya 
En ta lengua no sia ; 
L'axemples te sovenya 
Dels jagsdeLombardia : 

1 66 bis En est albe[r]ch se fatxic 
So que miser no satxe ; 
Por dicier la vertadc 
He morte lo meu frate ; 
Si tu voy vivere in pacie 
Aude et vide e tacie. 

167. Pus Dieus mande penjar 
Los reys no dreture[r]s, 
Que volgra de tu far 
f^u'es vils et sobrancers ? 

168. Dompne sejornial so /. 
Par del mal enemic, 
Quils seus met em preso 
El man volent fainlric. 



1 ^6 c tôt lochs. 



dieus. 



d sobrenters. 



40 
169. 



Tais t'ame quet valria 
Trop mays quet volgues mal 
Mal volent not feria 
Lo mal quet fa mortal. 



1 70 . Per re no m'esteria, 
Pus axir m'en pogues, 
En alberch, sis plovia, 
Can defors sol faes. 

171. L'espina nafral cors, 
Don le cors es sénats ; 
Can es sénats lo cors, 
A l'arma ve sentats. 



THOMAS 

'76. 



D'un arbre ay vist poms 
L'uavol, altrebo; 
A vêts l'us frayre [es] bos 
E l'autre no te pro. 



1 77 . Lo pom hon lo verm es 
Pren ans lo jovenceyls 
Que ceyl on no n'a jes, 
Car li semble pus beyls. 

178. Bon fruyt no pot levar 
Mais arbres, ne bos mal: 
Ja not'ansacordar 

Ab jutge desleyal. 



172. Tots hom punyar deuria 
En bons fayts acabar, 
C'un briant trobaria 
Al sol, ab be sercar. 



179. Er ausirets contrari, 

Que mays val bo que bel 
Ets un vil clau d'ermari 
Ama mays c' un castel. 



175 . Fum geta de maysos 
Senyor, so sap cascus, 
Estellyns et dregons 
Et maie femnapus. 

174. Meylor estar faria 

Ab dues grans serpents, 
Que ab femna qui sia 
Mala ettropsebents. 



180. Arbres tremet dousor fv" 
Als rams, don noyrit so ; 
Del payredeuclamor 

Far fiyls, can no te pro. 

181. Tal vesets be vestit 
E beyl et penxinat 
C'a lo cordinspoyrit 
E pie demalvestat. 



175 . Qui a sa beyla uxor, 
Guart la d'avol vesina ; 
Nô esta sens paor 
Près la volp la gualina. 



1 82 . Aur ez argent e perles 
Fan dompnes escalfar; 
Le vents mena les ferles 
Tant que les fay cremar. 



169 a uolria. — 170 <f defores. — 173 La même pensée se trouve souvent ex- 
primée au Moyen Age : Très coses giten hom de casa : fum, pluge e mala fembra. 
(Le.livre des Trois choses, p. p. Morel-Fatio, Remania, 1885, p. 234, § 26). 
Cf. Le Roux de Lincy, II, 173 : Fumée, plu}e et femme sans rauon ] Chassent 
l'homme de sa maison. — 174 c quab. — 178 c aus. — 180 </ con. — 181 d 
uestits. — 181 /> beyls et penxinats. — 181 c can, poyrits. — 181 </ maluestats. 



i85, 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

So dits Agust César 190. L'austors no vel filat, 



Q^ue tots SOS fiyls aucis: 
^< Mays amera estar 
Porchs d'eyl que fiyl, » sodis. 



Tant voll'ausiel guardar; 
Tu conoys le peccat, 
E no t'en voislunyar ? 



184. Ceyl auciu planament 
Sos fiyls, quiyls lax périr 
Per gran defeliment 
De guard' e de noyrir. 



Mas .). moment no dura 
Lo délits d'equest mon ; 
Be sec maia ventura 
Qui'n délits se comfon. 



85 . Molts son, quilbestiyar 

An pus cars quels enfants ; 

Besties castiyar 

Et no fiyls, es mais grans. 



192. Tota res qui turmen /. 9) 
Dona mays c'autra res ; 
Qui tormen per Dieu sen, 
Durables délits es. 



186. Guardar se vol l'ausiels 
No cag' en la tesura ; 
Tu not guardes, qu'es veyls. 
De la mala ventura. 



Non a en saviesa 
Trebayl, mas bo seber ; 
Can en prim cor es mesa, 
No désir' autr' aver. 



187 



Sil cas en l'aygua cay, 
Exir s'en vol nedan; 
Sil foyls al peccat jay, 
Per sa colpay roman. 



194. Enseyn qui vol saber. 

Qu'ensenyan pot apendre ; 

Mays en vol retener 

Qui mays en vol despendre. 



L'auseyl es près al las 
El pex de l'aygua en Tarn 
Hom es près en peccats, 
No per set ni per fam. 



9^. Saviesa ligen 

En me cas am déport; 
Als laigs peccats fugen 
Fugiras a la mort. 



189. Si lo pex Pam vesia, 
Si com ve lo menjar, 
Jal menjar no pendria, 
Ans volria endurar. 



1 96 . Can vergu' es tenr' e moyls, 
Miels la pot hom pleyar; 
Hom veyls peccayre foyls 
Mal es per castiyar. 



185 Sins,ulùrc altération d'un mot attribut à l'empereur Auguste par Macrobe 
tSaturn. 11, 4, ?; 11) a propos du meurtre des fils d'Hérode : MâWem Herodis 
porcum esse quam filium, — 184 ^ planaments. — 184 c defeliments. — 19^ /' 
Corr. ? 



Vaxels mostra tôt' ora 
Que y ha primer estât 
Tos fayts ara bos fora, 
Qui t'i agues usât. 



THOMAS 

204. 



Si'n bona viat mets. 
Bona via tendras; 
Si bon présent tremets, 
Bo guasardo auras. 



198. Donar nonauseras 

Al bax i'avol gualina. 
Es a Dieu offerras 
Tota la pus mesquina t 

199. Dignes ofFertes porta 

A Dieu, de! miyls que auras. 
Car s'el te clau la porta, 
Ab luy no entreras. 

200. Soven ve mal per be 
E soven bes per mal ; 
Not guarts de Dieu et re 
Als, mas guardar, not cal. 

201 . Can l'oyl no veson clar, 

Lo cors es tenebros , 
Longuat de mal guardar, 
Si vols esser joyos. 

202 . Guardan ne pessan mal 

No pot hom aver be; 
Si vols fer bon jornal, 
Pessat so quit cove. 

20^ . Nuyls hom sens pietat 
No deu merce querer; 
Qui ab Dieu se combat 
Infern vol conquerer. 



205 . So on punyat auras 
Detz ayns a guasenyar 
En .j. moment perdras, 
Si no sabs guardar. 

206. No compres la meyso 
De ceyl qui l'aura feyta ; 
Si as bon companyo, 
Not fera re sofrayta. 

207. Ayceyl fo compayn bo 
Qui'n la preso se mes; 
E ceyl pus coratjos 

Quil jorn vench que promes. 

208. Qui fa mal en joven, 

El cami sempna espines 
On ey! metex se pren 
Ab maies disciplines. 

■ 209. Qui'n joven mal far voyla 
Can al cors san e tendre, 
La lenya ab aygua moyla 
C'ab bon foc deu encendre. 

210, La candela muylada 

No s'ensien lieu en loch. 
Car resos es provada 
C'aygua contrastel foch. 



\c)-] a b HoRATius, Epist. l, 11, 69-70: Que semel est imbuta recens ser- 
vabit odorem | Testa diu (aft!' </j«5 /t- Moralium dogtna, f/i. 32). — 199 fCarcei. 
— 205 è mersa. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
218 



2 11. Can melesa s'es mesa 
Primer en ovencieyl, 
Contraste la bonesa, 
Vedan qu'en bes capdeyl 



Can fan mal li major 
Li menor lo vol far ; 
Cil te mostron foylor 
Quit degron castiar. 



No vol metr'en vaxel 
Laig Dieu se dignitat 
Tantost com fa al biel ; 
Donchs mondet de peccat. 



219. Mays perfeta [es] la vida 
De meestra leyal 
C'oracios gresida 
Ne paraula no val. 



21;. Perdiment de tiemps es 
Dur'e estranya causa, 
Car tiemps val mays que res. 
Qui en ben far lo pausa. 



220. Dels temps c'as meynscabat 
Te deus per foyl tenir; 
So que non as sempnat 
Jove, vols vieyl cuylir ? 



214. Nuyla res mays presada 
Que tiemps esser no sol, 
Mas er tant es pujada 
Viltats, c" om tiemps no vol. 



Tots savis crey mays huyls 
Que aureyles no fay ; 
Tu qui mas reysos cuyls, 
Ab leyaltat hi vay. 



215, S'as bes, nolays del dia 
Passar sol una part 
Ses be far, car foylia 
Fa qui de be se part. 



Qui per comendamen 
E per paraul' ensenya, 
Punya hi trop lonyament, 
Per molt que cor destrenya. 



216. Dompn' es si consendats, 
Que can hi cay laydura, 
Non es beyls ni mundats 
Per nuyla levadura. /. 10 



Hom ensenya molt lieu 
Et profitosam.ent 
Ab l'exemple Si de Dieu 
Et leyaltat siguent. 



Si dues vêts t'enjan 
Ne très, Dieus mal me do 
Can no t'en vas guardan 
Etz a tu, si mays so. 



:24. De ceyls vuylas conceyl. 
Si vols sen retenir, 
On mays te meraveyls 
De veser que d'ausir. 



212c can ta. 
-221c mavs. 



2136 durs estranya. — 21^ <j Ses bes. — 219 ^ parauia. 



44 A. 

225 . Vergony' es , c'om enseyn 
Be, et que fassa mal; 
Ja d'ome qui mal reyn 
No auras bon jornal. 



252. Can diras, be comferma 
Tos dits ab obra bona ; 
Mais faytsbos dits desfferma 
Els dients ocaysona. 



226. Tais fay lum as altruy 
C'a si eixnon fay jes, 
Ez an trop mays d'enuy 
Q^ue si lum no portes. 



23^. Con tu as so mostrar 
Q^ue conegut non as ? 
Si vols mi ensenyar 
Ne autre, apendras. 



227. Ceyl es trop desestruchs 
Qui lum porta e no ve ; 
Mays li val c'an huyls cluchs 
C'oberts, oz eu cre. 



234. Trop bona disciplina 
Ue maestr' es calars, 
Troban puys la doctrina 
C'apendras ensenyars. 



228. No t'asauts de senyor 
Si, quant l'auras servit, 
Per noveyl servidor 
Te meta en oblit. 



255 



Ans que parles, aprin. 
Et can l'autra aura dit, 
Respon pla bonamen 
Asso c'auras ausit. 



229. Mendaments es lucerna 
Dreyta o la leys luts ; 

Si bos sens not gover[n]a 
Viats seras perduts. 

230. En so que jutgeras 
Autr' a mal ni a tort, 
Tu exs condempneras ; 
Donchs euardet de la mort. 



256. En sciencia homil 
Es saviesa vera ; 
Ab fayt franc e gentil 
Nobla ricor espéra. 

237. Lo^rjgoylos cre saber 
.M. causes que no sab ; 
Qui no sab abstener. 
Grieu er que no meynscab. 



Beyls parlars ab mal vivra 
Non es als mas dampnars, 
Hon hom confon délivra 
Ab SOS propis parlars. 



258. Ses loquencia bona 

Pauch profetcha sabers ; 
A savia persona 
Cove dits de plasers. 



226 a fan, altruyl. — 227 c uuyls. — 229 b dreyUi & la. — 229 Prov 
VI, 25 : Mandatum lucerna est et lex lux. — 2]i, a lui. — 25^ ii aprin. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERYERA 



45 



259. Noy ha beyla rayso 

C om no pusch' afolar, 
Fa) t tan dreyt ni tant bo 
Lieu ab mal recomptar. 

240. Loquencia me ura [f. 1 
Con sciencia custume, 
Que la bona natura 
Per la malas consuma. 



247. Quel profetcha claus d'aur 
Pus que non potsobrir 

So que vols, e tresaur 
As don nol pots servir ? 

248. [E] claus de fust quetnotz 
Pus so c' obrir en vols 
Obrir et tencar pots ? 
Per pauc de mal te dois. 



241. Us foyls afoleria, 
.iiij. tantsab foldats 
C'us ab sen no feria 
Ab sinquanta asenats. 



249. Saviesa madura, 
Manifesta, suaus, 
Brieus, profitable, pura 
Cove. s'aver vols laus. 



242. Le savis dits ;<' natura 
Pot lieu dessimular 
No loquencia pura, 
Qui be la sap guardar. 



250. Saviesa cove 

Manifestar per tal 
Que tuyt l'entendon be, 
Car estiers re noval. 



245 . La lengua graciosa 

En bon home habunda , 
Virtuts es preciosa 
Qu'agensa obra et munda. 



251. La doctrina es laugera 
Dels savis et plasents 
A ceyis qui an maneyra 
D'aver entendiments. 



244. Qui si eys amonesta 
Denant tots de far be, 
Pus gloriosa festa 
No pot mandar asse. 



252. No deus ta saviesa. 
Pus la as, amegar, 
C'onors es e noblesa 
Ques deu menifestar. 



(V) 



24^ . Qui si a ensenyat, 

Miyls pot autr' ensenyar ; 
Maestra mal usât 
No vuyles demendar. 



: ^ ^ . Maneyr'es molt lusents 
D'ensenyar e doctrina 
D'exemplis justamens, 
C'autra non es pus fma. 



246. Onraments covinables 
Es en pronunciar ; 
Bels dits es agredables 
Debe acustumar. 



254. Albirar e stimar 

Deus ceyls qui primamen 
Ab cuy as a perlar 
E son enlendimen. 



243 d qua guens aobra. — 2^4 /> corrigez tôt primamen. 



46 
255- 



Viula, saltiris, tibre 
Fan dous e suau so; 
Lengua suaus ses libre 
Mostran suau reso^, 



262 . La vergonya not dos 
De demendar altruy 
S'aprendr'en vols rasos, 
Mas guarda co ni cuv. 



256. E francha de paraules 
Brieus fa mants ausidors ; 
Ignorans a vetz faules 
Monstron sen ses folors. 

257. So retra sans Bernats 
Et es vera resos : 

No pot esser vertats 
Vist' ab oyl argoylos. 

258. Fochs es desobr'els cauts 
E no veson lo sol; 
D'aytal foc no t'asauts 
C^'estar fay fol caut sol. 

2^9. Aycel focchs cauts es ira 
E le sols es vertats, 
Per que Dieus cel asira 
Qui n'es trop escalfats. 

260. ira no jutge be 

Ne amors la vertat, 
S'om donch non a en se 
Amor e pietat. 

261 Ventres gros et fersits 
No resep soptil sen. 
Que sent Johan dits, 
Qui parla soptilmen. 



265 . Can ben dison li mal 
No so menspreador 
D'ausir, car lor dits vais, 
Sil fayt non an velor. 

264. Sitemps Dieu,noseras 1/. 1 2 
En nuyl fayt negligens; 
Ja re be no feras 
S'es vas Dieu no chalens. 

26^ . Savis, per que dreyt an, 
Endresa be sa via ; 
No savis meynspressan 
Los sieus l'estrayna guia. 

266. Ja no vuyles contendre 
Per peraules disen, 

Nels prims soptils rependre 
Nels fats c'an pauc de sen. 

267. Contendres per laudura 
Corn pessan nos ajuda 
Que lectors don foyls cura 
Sia per ver vensuda. 

268. Perseverans' es mayre, 
So vesem, de les arts; 
Ja not diran d'arts payre 
Si de la mayret parts. 



260 c non a seen. — 264 d sen. — 26^ d lestrayan aguia. — 266 Prov. 
III, 30: Ne contendas adversus hominem frustra, etc. — 267 a Corr. par- 
laduraP 



,ES PROVERBES DK GUYLEM DK CF.RVERA 



269. Negligencia es 

D'ensenyaments mayrastra ; 
Si volsesser après 
Guardat d'aytal desastra. 



J76. Axicon trop parlars /. 
A mants parladors nots. 
Sis fa masa caylars, 
Et massa calfar cots. 



70. Ignoranci'es caps 

De tôt mal, don peresa 
S'engenra, be lo saps. 
E foli' e peguesa. 



277. Qui no guarda raso. 
Raso délivre pert ; 
Guarda dins ta mayso 
Te teinjyon per espert. 



271 . Le ferr es agusats 

Ab ferr, pus hom t'en pic, 
Ez hom agusa fats 
Ab fas de son amie. 



278. Guarda tes escudiers 
Not sia trop privais. 
Net sia conseylers, 
Sin vols esser preats. 



272. A los fiyls compteras 
Sen, caylan la folia; 
Can arrar lo veyras, 
Ab exemplis castia. 



279. Si mon servici prens, 
Obligats me seras, 
E ja mos mal volens 
A dreyt no jutgiaras. 



175. Medicin'escrusels 
De primer es amara, 
E puys dousa com mels, 
Can s'ave, fma cara. 



280. Menasses valon mays 
A vêts que betiments ; 
Qui de castichs'iraxs 
No pot esser valents. 



274 . Ton fiyl anic ensenya 
E no l'en desespers, 
C'ans acove que prena 
Senab dits de plasers. 

275 . Cals caus' es que no gir 
Custuma e usansa r 
Cax, c' om no la pot dir. 
Donchs ben usant'enansa. 



281. Can deu picar l'espina, 
Aguda nax e par; 
S'aver vols valor fma, 
En be deuscomensar. 

282. Del proverbi vedans 
Com dits entre no ables 
Qui en joven es sans. 
Can es vieyls es diables. 



269 h (Jesensenyaments. — i/u ^ ui..ig^...o. - ^ 
274 d pour fin'e cara.'' — 277 b de! ura, — 281 b ua 



dengenra. — 270 d folia peguesa. 



28^ . Ab crusels medicines 
Poras de mal guarir; 
Mas si sempnas espines, 
No cuyts resims cuylir. 



291 . La boccha er maldiciha 
D'ayceyl qui parlera 
— So es raysos escritxa 
Lahoncaylar deura. 



284, Qui mays deu ensenyar 
Mays de sen deu apendre; 
Reysqui deu mays mostrar 
Deu mays de bon seyn pendre. 



292. 



Si fas tan gran honor 
A un ton cominal 
Con a ton bon senyor, 
No teras bon jornal. 



285. Metges deu bons senyals 
Del melaute lausar, 
Qu'estiers nonesleyals, 
Et cuyt be comensar. 



29^ . Si de jenoyls sey[n"lan 
Entres dins ta mayso, 
Tuyt t'en escarniran 
Et no feras ton pro. 



286. Estudi es la obra 

De fayts malvats bos ; 
Al cal d'u e d'als obra, 
Don pus es volontos. 



294. 



Si vas dins lo moster 
Cantan e gabs disen, 
Tendran te per lauger 
E perdesconaxen. 



La régla dels santspayres 
Servan qui son pessats 
Es hom dits fiyls e frayres 
De dieu, tant heretats. 



29^ . Si fas so de caresma 
Que feras de carnal, 
Tôt ton dan t'en aesma. 
Sil temps fas cominal. 



Be guarda la persona i/. 1 ^) 
A cuy deus dir far; 
Tais caus' es ab l'u bona 
C ab autr' en pot errar. 



296. E si fas so d' ivern 
Que feras en estiu, 
Tuyt s'en feran esquern 
Si con de rat e niu. 



289. 



290. 



Tais caus' es covinens 
Denan avesc' rey, 
Qui es descovinens 
Denan autres que vey. 

Lochs et sasos cove 
A dire etz a far ; 
En loch poras far be 
On te feras blesmar. 



297. En primer apendras 
So qui es corporals, 

E puys miyls entendras 
So qu' es espiritals. 

298. La maysos non es ferma 
Senes bos fundamens; 
Ab leyeltat te ferma, 

Si vols esser valens. 



285 a bon. — 289 a comeus. — 292 a ten. — 297 d ipiritals. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 49 

299. Hom a la carn aciis 507. Sil servienl' es vestida 

Et a ses volentats, 
Corn sent Jeronim dis, 
Per besti' es comptats. 



;oo. Lo malvat no entes v^i 

Pausats en gran honor 
En aylan con hom es 
A mens que porcs valor. 



Miels quel dona, dan> t' er, 
Quel dona n' er marrida 
E redrat mal loguer. 

Hom deu la dompn' onrar 
Enans que la sirventa ; 
La carn vey tant presar 
Que l'arme n' es dolenta. 



501 . Sil lops pogues far clam 
Ne perles ses duptansa, 
Dixera : veus Adam ! 
A la nostra semblansa. 



509. So es causa sebuda 
Entrels fais els leyals, 
C onors costumes mudi 
en bes en mais. 



202 . No deu senyorejar 

Sobrels princeps negus 
Mas Dieu, qui es ses par. 
Toi sols senyer ses pus. 

503. Sobrel senyor le sierfs 
No tayn que senyorey; 
Si tôt clerg fan iloi reviers, 
Cleyrc e layc compte rey. 

P4. Le vils cors senyoreja 
Sobre l'esperit tan 
Ab argoyl le' per envega 
C'amduy hi auran dan. 

305. L'esperit ab lo cors 
A comparar no fay; 
Can l'esperits n' es fors, 
Lo cors a tierra vay. 

306. S(i) âmes mays la serventa 
Que la dona no fas, 
Cascuna n' er dolenta 

El dol tôt tu l'auras. 



310. Pigor causa no say 
De bas en ait pausat, 
Que can cossech decay 
Ab sa gran cruseltat. 

311. Terra es comoguda 
Per .ii). causes sofrir, 
Per la quarta es vensuda 
Que no pot sostenir. 

312. Per nuyla re la terra f. 14 
No trop tant se destrenya 
Acata mortal guerra 

Con en temps que serf renya. 

313. Causa fayta com flors 
No dura, ans vay lieu, 
Ja per autres senyors 
Fayta, mas sol per Dieu. 

314. Aspra caus' es e mala 
Qui fa de serf senyor, 
E de senyor ser tala. 
E de iuglar comdor. 



299 a com acIis. — joo d pores. — 302 c Corr. A tanta. — ^o-j d reiral. 
Romania, XV. 4 



3'5 



Le portaments el ris 
D'orne el cubrimens 
Mostre s'es fais o fis 
Els dits vilso plasens. 



316. Si a tu no perdones 
Per tu metex sivals, 
Si asso t'abandones, 
Conexeran si vais. 

517. A tu metex perdona 
Per Dieu, car de tu fe 
Cas'a SOS obs si bona, 
Casa no es per te. 

318. Lusia la lumneyra 

Denan les gents per tal 
Que visson lamaneyra ; 
Bon' es l'obre ses mal. 



THOMAS 

322. 



Cascus deu far fasenda 
Tal con li tayn a far, 
Per quels oyls no offenda 
Quil volran esguardar. 



52?. Cascus dels membres tieus 
Deu far so que li tayn ; 
Vil causa ese grieus 
Qui so que deu far frayn. 



324. La ma no deu parlar 
Ne la bocca veser 
Ni l'aureyla guardar 
Ni oyl dar ni tener. 

32$ . Tais n' i a, per orgoyl 
Tenon la bocha oberta 
E tenon tancat l'oyl 
E no fan obra certa. 



tv°\ 



319. Aytal es disciplina 
Com bona vestedura 
Ab odor bona e fma 
A Dieu, quils bons milura. 



320. 



Isach l'odor senti 
Dels vestirs de son fiyl, 
Per que lo benesi 
El tench per son espiyl. 



321. « L'odors dels vestiments 
» Teus es tais », dix Isach, 
)) Con d'encens qu' es plasens 
A son fiyl, tant li plach. 



326. No lieus parlan les ceylas 
Ni estendras les mas 

Nel coyl sots les aureyias 
Ne les cambes on vas. 

327. Ses be parlar seber 

No pre ni tenc per biel, 
Ne qui no a poder 
El poyn on tel couteyl. 

328. Ris es desordonats 
D'emveya, e qui ri 

Can no deu rir', es fats; 
Com freneticz fa si. 



318 d perts se. — 320-321 Cf. Gènes, xxvii, 27: Ut sensit vestimen- 
torum iliius fragrantiam, etc. — 325 Couplet cité par Pach : Per ço dit Ser- 
ver! : Tais hi a qui per ergoli | Tenen la bocha uberta, | E tenen tancat 
l'ull, I E non fan hobra santa (sic) {Esp. 54, fol. -j a ; 55, fol. 3 b). 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
5^6 



529. Tots savis mays volria 
Esser sas et plores 
C'ab tan gran malautia 
Franaticz e rises. 

5^0 Ris del foyl son plasen 
E les peraules fines 
Con lo sonet que fan, 
Can cremon, les espines. 



Rire trop en est mon f. i s 
No tayn, ans es folors, 
C'ab peccat quins comfon 
Esbrieus e vayls de plors. 



:^7. Una paraula tayn 
A savi^ autr' a foyl ; 
Lo privât e l'estrayn 
Guarda se dur e moyl. 



1 , Aytal guasayn farets 
Costal fols fats cesens, 
Con can prop foc serets 
D'espines verts cruxens. 



38. A l'u tayn parlars aut 
Ez a 1' altre suau ; 
Sil^oi cor as d' ira caut, 
Ab fenx semblant t'esjau. 



2 . Foyls malign argoylos 
Sobre biels ri axi 
Conlair' emtre layros 
Qui d'altruy mal se ri. 



^9- Rasos asaut e suau com- 
Dir a foyl no cove, [posta 
C'a rasos no s'acosta, 
Ans respon mal per be. 



533. Can canteras, not ries 

Ab crits, co vey mans rire, 

Per alegre que sies, 

S(ii escarns no vols ausire. 

??4. Can hora se ri e canta 

Mermen prenon tuyt trey ; 
Com fa el ris, par canta, 
El cant si pert son drey. 



340. Paraula non es biela 
En la bocha del foyl, 
Ho es causa noviela, 
Si be lai passai coyl. 

341 . Non es tan solamen 
Foyls qui savis non es ; 
Masceyl qui malamen 
Viu es per foyl fat près. 



335. Le fats se ri ab crits 
El savis pla e gen : 
Ris fats es melasits, 
En vil trop non a sen. 



342. Si parles as aureylas 

Dels foyls, meynspreseran 
Tos dits, si bels conseyles, 
E jare non feran. 



330 EccLE. vu, 7; Sicut sonitus spinarum ardentium sub olla, sic risus 
stuiti. — 331 c can con, — 334 a serri. — 335 Eccli. xxi, 23 : Fatuus in 
risu exaltât vocem ; vir autem sapiens vi.x tacite ridebit. — 338 /> Ezel. — 
358 (i ie fian. — 339 Prov. xvii, 7 : Non décent sîultum verba composita. 
— 341 (f e es. — 342 Prov. xxiii, 9: In auribus insipientium ne loquaris, 
quia despicient doctrinam eloquii lui. 



S2 

543 



No pots ab foyl parlar 
Guayre ses repentir, 
Ne l' escarnit gaubar 
Ne l'usât descarnir. 



344. Le frayres aiudats 
De son frayr' es axi 
Com la ferma ciutats : 
Le proverbiso di. 

345 . Tart parle raso brieu, 
Plana, can parleras, 
Ab vots bassceta, lieu, 
Que plus grasit seras. 

346. Sent Jeronim estima 

Zo don par que bet prengua 
Ans aports a la lima 
Tos dits, que a la lengua. 



350. So c 'hom al pruysme do 
No deu dir ni cutjar 
Que per gratia fo ; 
Voyl' no, ho deu far. 

551. Molt mays val sens periyl 
Pa etz aygua manjar 
Que perdits ni conils 
Ne vi, ab mal usar. 

:; 5 2 . Nos corromp causa biela 
Per una vetz veser, 
Mas corromp se punciela 
Per una vetz tener. 

353. S'una vetz prens olor 
De causes ben olens, 
Non perdran lor valor 
Ni ja non velran meyns. 



347. Le savis el cor a 
La boca, el foyls te 
Lo cor, c' a lieu et va, 
En la bocha dese. 

348. Per savi es tenguts ivi 
Le foyls, can va caylan ; 
Molt es noble virtuts 

Can hom val cor sobran. 

549. Can l'us membres sent mal, 
Sis fan per semblan tuyt ; 
Si fas bos croy j ornai, 
Alt leveran lo bruyt. 



354. Nuyla res not tenra, 
Aygua, vens ne presos, 
Tant cant femna fera, 

On pus seras gurayos [sic] . 

355. Lo corptremet Nohe 
De l'archa, vertats es, 
E no tornet. Per que ? 
Car dix que muyler près. 

3 $6. A metremonis tayn 
Que ses solvimen sia; 
Del metremonis playn 
Qui ab malvat se lia. 



544 Prov. XVIII, 19: Frater qui adjuvatur a fratre quasi civitas firma. — 
347 EccLi. XXI, 29: In ore fatuorum cor illorum. — 348 a b Prov. xvii, 
28 ; Stultus quoque si tacueril sapiens reputabitur. — 348 d Con. — 349 c Si 
fas. — 349 a C] . Le Roux de Lincy, Livre des prov. 1, 276; Cui li chiés deut 
est {lis. el) tuit ii membre. — 351 ^ Pas. — 35" '^ Nenis. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

5^5 



Deleyts es metremonis 

Et torn' en maltrayt grieiis 

Ez ajustel demonis 

Et re nol solv mas Dieus. 



y^ 



Le baros no faels 
Es ver santificats 
Per muyler qu' es faels 
Et monda de peccats. 



^58. Si vols plasen manjar. 
No vuylesenans d'ora; 
Désirs fa meylorar 
Manjar c' om asebora. 



^66. Santa Cicilia fe 

Son espos bo, can 1' ac, 

El converti dese. 

Tan disen c' a Dieu plac. 



559. Nabugadonasor 
Emfants ensenyava ; 
Per aver soptil cor. 
Pauc a menyar los dave. 

560. Entre quinz' e .xx. ans 
Artfocdejoventpus; 'f. 16 
Qui vol saber d'enyans, 

Ab avols femmes us. 



567. Muylers ama merit 
Qui no la fir falona ; 
Cel tenc per benesit 
Qui la pot aver bona. 

568. Saber, aver, honor 
Poi payre fiy[l] donar ; 
Mas muyler ses foylor. 
La pot hon al fiyl dar 



561 . Qui sa fiyla ajusta 

Ab amant, be ho fay, 
Can es ver[g]es et justa ; 
Mas miyls fa, sis n' estay. 

362 . Qui necis vol peccar 
Necis pert ses govern, 
E pers de perdonar 
Met mans bocs en infern. 

56 ^ De proar se folia 

Muyler horn, pus l'a presa ; 
Tenya la, quai que sia, 
Pus en l'alberch l'a mesa. 

564. Muyle[r]s es gaugs durable 
O durables torments ; 
Muylers gen resonables 
Dona alegraments. 



369. Si prens muyler, ben gara 
Sia del tieu semblan; 
Qui d'aytal fayt s'empara, 
Ops es c' ap sen hi an. 

570. Dieus can det a Adam 

Muyler, dis ses doptansa : 

■<; Adjutori fasam 

A eyl de sa semblansa. » 

571 . Dieus no fets del cap Eva, 
Per que dir no pogues 
So don mans mais s'éleva 
Et no senyorages. 

572. Eva nofo moguda r , 

Del pe d'Edam, que fos 
Per sirventa tenguda, 
Car no fora resos. 



557 d solem. — 359 i emfauis. 
bon. — 569 c Que. 



365 Cf. I Cor. VI 



568 </ pot 



37^ . Eva fo del meg loch 

D'Edam per raso bona; 
Per aysodel mig moc 
Que fos sa companyona. 



THOMAS 

380. 



L'alberc sia per tu 
Coneguts bonaments, 
Si quey miron cascu 
Mays tu quels ornaments. 



174. No vuyles de noblea 
Ab ta muyler contendre; 
De jovent, de bellea, 
Te semblant vuyles pendre. 



?8! 



La verga on es batuts 
Xastian deus baysar; 
Gels es sers et creguts 
Quis laxa xastiar. 



575 . Si estret es l'anels 

Pus quel det no cove, 
Nol ports net sia beyls, 
Que no t' estera be. 



382 . No mor cel quis castic 
Per verga ; can ferras 
Ab verga ton amie, 
D'imfern lo lunyaras. 



576. Can l'aneyls ampl' estay, 
En prim det no s'enpar, 
Que mentement en cay, 
C om no l'en pot gardar. 

377. No deus pendre muyler 
Mas per cessar peccat, 
E c'aies heratier 

Que tenya te heretat, 

378. No désirs fiyls aver 
Mas per crexer t'onor 
E c'aion bon seber 
D'onrar nostre Senyor. 

379. En ton alberch no vuyles 
Esser reconaguts 

Per senyor, ney acuyles 
Re don sies perduts. 



383 . Verga de diciplina 
Aygua de peyra tray. 
Si con la verga fina 
De Moysen, se say. 

384. Cil c 'an dur cor con peyra, 
Verga d'emfermetat [(/". 17 
be d'autra maneyra 

L'a tost a Dieu tornat. 

385 . Liada es folia 

Dins el cor de 1' emfan. 
Mas verga l'en desliya 
E fug d'eyl castian. 

386. Disciplina aduts 
Saber et saviesa ; 
Ceyl es qui viu perduts 
Sens tant nobla riquea. 



375 c mig nex. — 379 Mart. Dumiens., Formula honestas vitas, cap. III : 
Nec dominum velis esse notum a domo, sed domum a domino. —380 Martin. 
Dumiens., op. de Moribus : Sic habita, ut potius laudetur dominus quam do- 
mus. — 381 c sers = certs .? 



l87 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVER/ 



Salamos fo aytan 
Fols con desemparet 
Disciplina, don dan 
E mal nom en portet. 



595 . Le[s] lagrimes del hoyl 
Sant et del piado(r s 
Torcara ses orgoyl 
Deus, qui's sols poderos. 



No digues que ton frayre 
Ams mays que tu no fas 
Sil lays son voler fayre 
E tu castiar l'as. 



196. Axi corn les esteles y°] 

Del cel pots lieu comptar, 
Si tu meteysno celas, 
Porasautra celar. 



389. 



Herater vuyl ceyl fiyl 
Qui betuts es per mi ; 
L'autra laix en periyl 
Que no bat ne casti. 



597. Can en rocha veyras 
Lo pas de la serpen, 
De ta moyier sebras 
Tôt son entendimen. 



590. Le simis la nots lansa _ 
C a vert escorxeamare, 
Don con foyls l'abondansa 
Del gra dois desempare. 



398. Hom no sap de 1' ausiel 
Volan hos pausara ; 
Nos fay del jovenciel 
Si bos mal seras. 



591. Disciplin' esamare 
Que aporta douçor 
Fina, plasent e cara : 
Donchs not fasa paor. 



599. Tôt axi com la luna 
Crexen poras mermar. 
Pots per ver .j. ne una 
Sens alcun crim trobar. 



592. Benuyrat seran 

Ceyl quis ploron, c'apres 

Lo plor s'alegreran, 

C ab plor ve gaug ades. 

595 . Ben sabs que les abeyles 
Fan pic amar con fel. 
Mas hom vol noyrir eylas 
Per amor de la mel. 



400. Can veyras lo cami 
Qu'en la mar fay la naus^, 
Poras far bona fi 

C'ab vil femnat repaus. 

401. So qu'esser no poria 
Cre fols et fais semblans ; 
Si nuyls hom en tus fia, 
Guardet que no l'engans. 



594. Hom poda lasermen 
Per fayre fruyt meylor; 
S'avia sentimen 
Sentir n' i a dolor. 



402 . Per amor de la mayre 
Vey demorar Temfant; 
Jamays de fais compayre 
No vendra pro ses dan. 



d castian. — 399 d Cens. 



56 
403. 



De guasayn qui mal sia 
No feras obra bona ; 
Tôt can guasayn falcia 
Tôt a desastr' o dona. 



404 . Si falcia guasanya, 

Ne met dins la porta, 
Nuls hom non es qui planya 
Can desastras n' porta. 

405 . Aytant me deus grasir 
S'a ton amich fas be 
Per tu, corn de servir 
Tu eys et mays gran re. 

406. Aytant am mon amich, 
Si no m' fay saber, 
Com tem mon enamich, 
Si nom fay desplaser. 

407 . Soven te hom per mal 
Lo bo, el mal per be; 
Tal re dits hom que val 
Qui nots et pro no te. 

408. Francs senyer et compayns 
Sies dins ton ostal ; [(/. 18I 
Gint recip los estrayns, 
Mas no tots per egual. 

409. Si vols leyo semblar 
Aucient tos sotsmes, 
No pots guayre durar 
Pusnot venca merces. 

410. Altres vencre toyl força; 
Mas homil vencimens 
Donan poder esforça 
Tots cels que merces vens. 



THOMAS 
41 I . 



412 



Mant sabon grat aver 
De so que no feran ; 
A moûts vey conquerer 
Desgrat de tôt can fan. 

Mays vuyl de mon misatge 
Beyl respos ses re far, 
Ques ab respos selvatge 
Fa[r] so que vuyl mandar. 



41 ^ . Diables fe duptan 
Entrepretacio 
A Eva, don es gran dan 
Prin la melor raso. 



414. 



Pus benenans séria 
Trencan roques de grat, 
Que si rosas cuylia 
Contra ma volentat. 



415. Reys vens ab paciencia 
Ez ab dous faytz pus gen 
Tots quants paciens vensa 
Que ab enfortimen. 

416. Meylor venser faria 
Una gen c' un baro ; 
Qui son fel cor vencia, 
Faria fayt maysbo. 

417. Pus leu aturaria 

Nau en mar en gran ven 
Us foyls, que no faria 
Sa lenga mal disen. 

418. Moli vey aturar 

Per .j. homa, can mol. 
Lenguar no castiar 
Per mil, can parlar vol. 



403 a cia. — 403 c fais sia.— 403 ^destrodona. — 410 e força. — 415 biec. 



LES PROVERBES DE CUYLEM DE CERVERA 



57 



419. Pus lieu sera usada 

Lenguavil, cant es lonja, 
Que no er [sjaiiada 
D'usar en dir mensonja. 



427. A l'arbre loyl dels rams 

Mais, et membret dels bos ; 
Pel fruyt don me creys fams 
Quel pus disgracies. 



420 . Bestias, peys, auciel 
An abitacio 

En est mon ses capdiel, 
Mas lo fiyl de Dieu no. 



428. La mala volentat 

Pot hom d'ome partir 

E metra la bontat 

Don hom pot fruyt cuylir. 



42 I . Con ymages aiam 

De terra qui pauc val, 
Per que no la portam 
Del ciel bon e reyal ? 



429. Qui sa volentat fa 
No aten guaserdo 
Mas de si ; no l'aura 
Per dreyt ni per rayso, 



422. Fiyls desobediens 
Ho destreitzd'obesir, 
Can ho presera mens 
Es jutgats a morir. 

423 . Utero jutgamen 
Donet per dret jutgat : 
' Fiyl desobedien 

Sion alapidat. >> 

424. Mayr' es obediensa 
De totes les virtuts. 
Mayrastra's de falensa 
Et de vicis sebuts. 



450. Qui volentat d'autruy 
Vol far e no de si 
Aten grat de seluy 
Et de tu et de mi. 

45 1 . Selamos ac contrari 
Per desobediensa 
Un home adversari 
Can fe tan gran falensa. 

4^2. La clau de paradis /. 19) 
Trobet obediensa 
(^is perdet — so m'es vis — 
Per desobediensa 



425 



Obediensa es 
De merits poderosa, 
Seluts ferm'en tots bes 
E forsa greciosa. 



435. S'en vida vols intrar 
Durable bonamens, 
Guardet de mal obrar 
Et servels mendaments. 



426. Desobediens fo 

Adam, per que perdet 
Son poder per raso : 
De senyor serfs tornet. 



434. Obediensa quer 

.vij. causes veramen: 
Obesir vol primer 
Ez aqueyl simplamen, 



419 d miada? — 425 c form. 



^8 




A. THOMAS 




4^5. 


E vol alegramen 
Et ivasosamens, 
Volenterosamen 
Queretberonilmens, 


445- 


Mas en franch cor omil 
Non es obediensa ; 
Franques' e fait jantil 
Fan beyla continensa. 


456. 


Continuadamens, 
Et la entencios 
Del voler francamens 
Es grans melorasos. 


444. 


Si ab mi vols estar, (V"i 

Mos mendaments feras, 

Ab que not man mal far; 

E ja no arreras. 1 



457. Dieu no guarda la causa 
Que hom fa, mas lo cor ; 
Qui'n malvoler se pausa, 
Per lo malvoler mor. 



445 



Si tu fas a te guisa, 
A ma guisat daray; 
Si tu fas a la mia 
A la tua faray. 



458. A fait no guarda Dieus, 
A pesni quantitat, 
Sil fayts es grans lieus, 
Mas sol la volentat. 



446. Poder desordonats 

Not moua ne riquesa ; 
On pus seras pugats 
Aies mays de simplea. 



4;9. Ipocras pauset ley 
Et Octopigoras 
Sobrels lors — fe que dey 
Que negus per nuyl cas 



447. Membret qu'el mon poder 
Non a mas ceyl de Dieu; 
Qui poder vol aver, 
Am ceyl e meynsprel sieu 



440. Non auses demendar 
Desentencia lor, 
Per ques diria mar 
Fosson resebador ; 



448. Alegra donador 

Ama Dieus e te car, 
E pug' e creys s'onor 
Al do gaserdonar. 



441 . Segonsso quel disen 
Aurion be parlât 
Fosson il entenden 
De la auctoritat. 



449. Bieyla car'e douçors 
De paraules plesens 
Son d'obesir colors, 
Servan los mendaments. 



442 . Nuyia virtut non as 

Mager ops que simplea; 

E vergonya auras, 

Car no es sens franquesa. 



4^0. Pus per obra plesen 

D'obesir es pastz Dieus: 
De fel li fas presen, 
Si l'obesir t' es greus. 



448^(fjgas ordonar. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



59 



4P . Lopsalm dits, qui belguarda: 
.c Deron [mej man gar fel. » 
Nol dons vianda amara, 
Tu qui dar li deus mel. 



458. La verga d'arbre bo 
Lia hom a .j. pal 
Per aquesta rao 
Que no trenc per vent mal. 



452. Tota bonesas tutcha, 
Car es propis mestiers 
De cel, can trop noy lucha. 
Qui G fa volontiers. 



459. Emfants quan es laxats 
A sa volentat fayre, 
S'al pal non es liats 
Estreyls, confon sa mayre. 



453. D'avso son molt preyat 
Li princep, que lur man 
Sion tost acabat, 
C hom de re nols desman. 



460. A fiyl de re cove 

Sobra tots entendensa, 
E sia liyats be 
Al pal d'obediensa. 



454. Tu qui volontiers fas, 
Co c' affar as fay tost, 
Pus vius e léser n'as, 
Que puystem prop not cost. 



46 1 . Qui a molt ha mandar 
Cove c' ai' obesit, 
Qu'esters no pora far 
Plasenment ne grasit. 



45 <, . Vesist l'orne espert 
Denan lo rey estar; 
L'obra don no s'espert 
Li fara aturar. 



462. Si tu vols obesir, 

Temps de mendar atens; 
Per re no pots feylir 
D'aver obediens. 



456. Ja per aspra paraula /'. 20) 46: 
No lays obediensa, 
Ne no parles a taula 
Tro que raysos t'en vensa. 



Tu qui obesit as, 
Dels mans qui t' eron grieu, 
Sim creus, te guarderas, 
Que ja nols faras lieu. 



457. On pus l'arbr' es cargats 

De fruyt, pus fort s'enclina ; 
On mays seras bestats 
De bes, homils t' afina. 



464. S'aital grat corn voiras 
Del tieu be obesir 
Als tieus mandats randras. 
Faries te grasir. 



4^1 b Ps. Lxviii 22: dederunt in escam meam fel. — 4^5 Prov. xxii, 
29 : V^idisti virum velocem iti opère suo ; coram regibus stabit^ nec erit 
3nte ignobiJes. ~ 459 Prov. xxix, i j : Puer autem qui dimittitur voiuntati 
suae confundit matrem suam. 



6o 
465, 



Fiyls, obeyits als payres 
Vostres et al senyor, 
Ez amats vostres frayres 
Si queus porton honor. 



472. Bos compayns en la via 
En cax carrera es ; 
De companyos tôt dia 
Bos apendras tot[s] bes. 



466 . Vertats emfanta ira 
Et servirs fay amies ; 
Pero en verta[t] vira, 
S'esser vols d'onor richs. 



475 . Fats no sab guasenyar 
Ni servar amistats, 
E ho pots bejurar, 
C'amichs non ha hom fats. 



467 . Lenya de benifaits 
Encen lo foc d'amor; 
D'auîramen er desfaits 
Et mor qui noy ha cor. 



474. Savis faper sos dits 
Amar a gen presada ; 
La gracia ab crits 
Dels foyls es escampada. 



468. Si peguacaldaprens 
Senyal t'en porteras ; 
S' ab orgoylos aprens 
Superbiat vistras. 



[V") 475. Fiyls, ab humilitat 
Acaba tots tos fayts ; 
De fayts d'iniquitat 
Lexan es lieu desfayts. 



469. Tôt aytal companyia 
Corn al lop [e]s l'anyel 
A ceyl qui malvat sia 
A cel c' a bon capdel. 



476. Manera d'ayman ha 
Franc[a] homilitats, 
Car axi va tiran 
Coratges, dits, passais. 



470. Ab los meylos de tu 
Conversa ez estay, 
Quel carbos morts ab .j. 
Viu torna viu, so say. 

471 . Axi corn les abeylas 
Se paxon en les flors, 
Se pexon a seyn d'eylas 
Li bo ab los meylors. 



477. No cal erbes cercar, 
Sorceras ne devines ; 
Ama, faras t'amar : 

Vet les meylos metzines. 

478. Honorar e servir 
Voyles et fayre be, 
E feras t' obesir 

Al pruymes portan fe. 



466 d Cesser. — 469 d capdeiel. — 470 c Cal carbos. — 475 Ecci.i- 
XX, 17: Fatuo non erit amicus. — 474 Eccli. xx, 15 : Gratiae autem ta- 
tuorum effundentur. 



479- Estrecha companyia 
Es obligacios, 
C'ans assi dan daria 
Que a tu compayn bos. 

480. Si pots trovar amie 1/. 
Savi, benign e ferm. 
Non auras enamic 
Des'amor te desferm. 

481 Bénignes tayn que sia 
Amichs, per tal que re 
No fassa qui greu sia 
A son amie, mas be. 



LES PROVERBES DE CUYLEM DE CERVERA 
487. 



61 



La poma vert toylras 
Per força del pomier ; 
La madura veyras 
Chaser, sil vent hi fer. 

Hom joves mor per forsa 
Kt viels per madurea; 
Fuyla, flors es escorca 
Pert l'arbres perveylea. 



489. Si us arbres floria 

Can deu son fruyt aver, 
Part natura faria, 
Obran contra plaser. 



482 . Savis tayn si' amichs, 
Que sabcha con ne can 
T'ajut, set crex destrichs, 
De cor no re dubtan. 



490. Si hom veyls cavelcava 
En una cana lonja 
E con enfants manjava, 
Sariel gran vergonya. 



485 . D'amie tayn fermetatz, 
Que de 1' autra nos toyla, 
Can sia fadiats, 
En luy mens be nol voyla. 

484. Qui SOS veyls amichs laxa 
Per novels, es folors, 
C'axis par, sis biaxa, 

Us d'amiehs com de flors. 

485 . Les flors con fresques so, 
Plasens et agredables; 
Tal vey de primer bo 
Que puys es vius diables. 



486. 



Ligen as trobat, 
Si as après Chato : 
« Conseyl sacret celât 
Livra ton eompanyo. » 



491 . Sabches que malesits 
Es emfans de .c. ayns; 
Can seras veleyits, 
Guardet d'obres d'emfans. 

492 . Piyor es bestials (v") 
Q^ue bestiaestar; 

Si bestia fa mais, 
Natura ho fay far. 

495 . Si bestia fa re 

De mal, fa ho natura; 

Si bestial ave, 

Per vicis, part mesura. 

494. S'ab negu prens paria, 

Guarda nsi que bes capdel : 
Membret la companyia 
Del lop et de l'anyel. 



486 Dyon. C.\to, II : Consilium arcanum tacite committe sodali. 



G2 

495 



496. 



Si tu parts, honra gen 
Lo meylor per raso : 
Membret del partimen 
De l'ase et del leyo. 

Joe far can no cove 

Aduts blasm' e folor : 
Membret lo jochs que fe 
Alas a son senyor. 



497. Qui pus lo carbo mena 
Ab lo foc, pus s 'i pren ; 
Qui de saber s'apena 
Saber menan apren. 

498. Poders et saviesa 

No son senes bontats; 
Car hom val ses bonesa 
Meyns on pus es pujats. 

499. No deu hom aver cura 
D'autre meynspresan si; 
Trop fa mort aspr' e dura 
Qui per autre s'ausi. 

500. Can d'amie parleras, 
Guarda que, ne a euy; 
Testimoni feras 

Per eyl contra luy. 

501. No voyles esser glots ; 
Trop manjar mai perpren, 
Si com es bos a tots 
Manjar eominalmen. 



503. Peresos, la formiga 
Guarda, que fa d'estiu, 
E senyor qui rel diga 
Non a; veies con viu. 

504. Si desfa tos compayns [f.22] 
So que tu auras fayt, 

Mas te velra l'estrayns ; 
En foyl auras maltrayt. 

S 04. Ceyl vol mays mal parlar 
Qui pus en vol bestir 
E degra s'en passar, 
Noab far ho ab dir. 

5 06. La brasa pren l'emfans 
Per lo foc que ve bjel, 
Que no sap si 1' es dan, 
Ez un taylan coutiel. 

507. Si tu fas aytal obra 

Com l'emfans, mala creis : 
La mameyia recobra, 
O guarda tu mateys, 

508. Emfans s'alegra mays 
Per joc que per senbiel 
E[ll perdres pus l'irays 
D'un pom que d'un castiel. 

509. Ben lieu tal re pendras 
Que tendras per guasayn, 
Don tu matex perdras 

Et serat trop estrayn. 



502. Ezahu mal obret 

Et fet trop gran mercat. 
Que per lantiles det 
Tota sa heratat. 



510. Mays ama pauca causa 
Emfans soven que gran, 
E per eolps se repausa 
Et per be va ploran. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



Femna si pert leumen 
Sa fama, con la flors 
Marfa lieu per lo ven 
Et rams fraygtz per calors- 



)i'~). Femna qui! cors no gar 

Trop lieu en gran mal cay : 
S'om se tard' el guardar, 
Si els amichs decay. 



Can va entre setmana 
Defors, pren 1' en axi 
Con près a na Diana, 
Can de l'alberch s'eixi. 



520. Femna vagan enclausa 
Trop lieu cay en peccats ; 
Trop es estranya causa 
Le repentirs s'er dats. 



5 n . Na Diana y anet 

Per les dones veser ; 
En Xixen l'en trobet 
Qui'n fe tôt son plaser. 



^21. César fiyles avia : 

Per tal que no cessesson, 
Car guardar les volia, 
Voie que lana obresson. 



514. Sobra gracia es 

Crans gracia pausada 
Castedat, mays que res 
A biela femna dada. 



522. Si com biela penchura 
Es sobre blanch pausada, 
Sobre castedat pura 
Es vestadura onrada. 



515. Verges solon guardar 
Denan honestamens ; 
Ara volon parlar 
E far ardidamens. 



5 2 î . Femna verges esquiu 
Trop manjar et fort vi, 
Con passar .j. gran riu 
Et serpen e veri. 



^16. Si tu as fiyla, voylas 
Quel marit let deman ; 
Per re no li acoyles, 
Qu'il an marit sercan. 

517. Qui fiyla laxa anar 
Defors, con ops hi ha. 
No voira dins estar 
Tots jorns c'ops hi aura. 



524. La talpa camjet mal 
Can oyls per coa det ; 
Guardet de camj' aital, 
Cane bos no s'axorbet. 

525. So dits al lop Raynarts : 
Tais de letra sebia 
Qu'era pecs et musarts. 
Guardet c' hom no t' dia. 



^18. Si dompnes met en joch 
Ni en femne laugera, 
Nol pot hom tener loch 
De tener vil carreyra. 



526. Tais s'en cuya portar 
Saber et lum ab si ; 
Can nol sap gen guardar, 
Us pauc de vent l'auci. 



^20 d repentits cerdats. 



64 A. 

527. Sabers si com lums es 

Que no merma, qui'n pren. 
Ans creix cascus ades 
Can horn autra n'ancen.. 



554. Dona de bis vestida 
Et de porpre es bona, 
Qu'estiers non es gresida 
Si non a cot' et eona. 



^28. Janotdostropd'esmayi/. 251 
Per noves ne per perdre, 
Me per guasayn trop jay, 
Ne re not fassa sperdre. 



^55 . Bis es dats a vestir 
Per aver castedat, 
E porpre ses falir 
Per aver caritat. 



529. Ma sors voil so escriva 
Que sans Jeronim dis ; 
^< Verges de Dieu, esquiva 
Vi axi com veris. ■' 



!6. Ho femna, tu qu'es biela, 
De peccar persabuda, 
Mentanent c' hom t'apela 
Tabelesa 's perduda 



5 30. Lots can fo ambriachs 
Ab sa fiyla pequet ; 
Per so da vi not pachs, [ret. 
C'ab Lotisi mans homs n'er- 



537. Tu biela, c' al segl' es 
Vils ez imferns t'agatcha, 
Mays te valgra t'agues 
Nostre Senyor desfatcha. 



5 ? I . Dis a una donzela 
C'avia nom Foria 
Sans Jaronims, per eyla 
Esquivar de folia : 



538. Qui son biel tresaur porta 
Denan tots per la via, 
Del tresaur s'aconorta, 
Car vol que toit li sia. 



532. « Ho donzela, pausada 
En fervor de joven, 
No es asegurada 
De fayre felimen ; 



539. Si savis es presats, 
A tos obs ho sera[s] ; 
Savis serats onrats 
S'a Dieu sirven t'en vas. 



^33. Plena de fort vianda 
De salses et da vi 
Ab meraveyla granda 
Es femna casta axi. » 



540. 



Savis cal caus' a mays 
Que fols, sino car vay 
Layon es vid' e jays, 
E foyls areres tray ? 



(v°] 



529 HiERON. Epist. XVIII ad Eastochium . Sponsa Chrisli vinuni fugiat 
proveneno. — 531 Furia ctait une de ces dames romaines dont sain! Jérôme fut 
cjuelque temps le directeur de conscience. — ^3 2-5 55 Cj. Hier. Epist. XVIII ad 
Eastochium: Vinum et adolescentia, duplex incendium voluptalis est. — 537 /» 
tagratcha. — 537 c ta. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

541. Mercadiers, si cobria 549. Le manjars s'asabora 

De biels draps laigs trosiels. En la boca testan, 

Escarnils en séria, E bos motz s'acolora 

Si com de laigs los biels. En la boca menan . 



65 



^42 . Vist ay mants bos trossiels 
De trop (si laigs draps cuberts, 
E cuberts ab draps biels 
Mafnjs avols, don suycerts. 



S 50. L'aur del foc giteras 
Qui motle intrera, 
Es aytal l'en trayras, 
Con lo motle sera. 



545 . Dieus mes, a liey de franch 
Qu'es tôt sol poderos, 
Dins cuberta de fanch 
Esperitprecios. 



551. Paraula ve del cor, 

Mas en la bocas forma. 
Es hom fai la defor 
Segons que s'es la forma. 



544. Jes pes de fust non es 
Gloria de cuil'a; 
Aytant pauc preye arnes 
A home, can breu va. 



552. Heu ay femna trobada 

Pus amara que mort ; /. 24^ 

Femna jalosa fada 

Plors de cor ses comfort. 



545 . Moylers vils be vestida 
Esquerns es de marit, 
E cil es exernida 
Ez il pecz fal mal dit . 



5 <i :; . A verges son .vij. causas 
Sobre tôt temorosas: 
Superbia e pauses 
— Fa d'ayso totes hores - 



546. Be se gloriyaria 
S'avia gran balea 
Qui se gloriyal dia 
Tôt en sa gran legesa . 



5 54. E taca de peccat 
Et de perseveransa, 
Fal et tebesetat 
Et vils desesperansa. 



^47. Fiyl et cavelier so 

L'argoylos del diable, 
Qui es et er et fo 
Reys d'argoyl asirable. 



555. La meylor causa qu'es 
El mon es pus esquiva; 
E la pus avol res 
El mon, pus agradiva. 



5 48 . Senher es bona nats. 

Don hom ha gaugcon manda, 

E senyer asirats. 

Quilsbos mendats desmanda. 



5^6. Aquest segl' es plo[m]bats 
De matrimonis gen, 
E per verginitats 
Paradis bielamen. 



^42 u Uits. — 544 b descasca. — 546 a Bes gloriayaria. 
^^2 Cf. EccLE., vu, 27 : inveni amariorem morte mulierem. 

Romania, XV 



^6 ( quis. 



66 

557- 



Si corn lis entr' espines 
La mia amigastay 
Entre les fuyles clines 
Al vent qui las dechay. 



558. No voyles longiamen 
Sols ab parenta star ; 
Aies remembramen 
Del sogra de Tamar. 

559. Cinc grans en semblan d'or 
Ha en la flor del lirs ; 

La verges rich tresaur 
Ha dins al cor assis. 



560. 



Dousamen et fortmens 
Am'e saviamens 
Con fi aur finamens 
Dieu ; l'als es niens. 



565. L'enamics cèlera 
Lo be, can lo faras, 
E l'envejos dira 

Mays mal que no diras. 

566. Tal obra penss' a far 

Que per loc ne (per) fenestra 

No la deies laxiar, 

Per mar ne per tempesta . 

567. Princep deu esquivar 
Si molt perfetamen 
Nuyl peccat non empar, 
Altra peccat giquen. 

568. Princep deu abacort 
Es ab cossirer far 

. Bos fayts, guardan de tort 
E dels sieus a raubar. 



^6\ . En blanca vestadura 

Par miels qu'en autra taca ; 
Sis fay en verge pura, 
Mays que vert sobre laça. 

562. Maysc'angels an poder 
Verges la carn sobran ; 
So dits le viers per ver, 
Etl'angel carn no an. 

563 . No voyles c' hom t'apeyl 
Per semblan foyl repres; 
Nés deu vestir la peyl 
Del lop, qui lop no es. 

J64. Tais ha cross' e aniel, (v°) 
Non oac bonament; 
Tal porton lonc mantel 
Q^ui galion la gen. 



569. Can princep guasa[n]yes 
Tôt lo mon, nol valria, 
Pus si metex perdes ; 
Tôt l'als re nol séria. 

570. Princep se deu guardar 
Que no sia argoylos, 
Monsonges ne guabar, 
Mal parlier ni iros. 

571 . Princep se guart d'emvege 
Et de rependre be, 

E monsongiers no crege, 
Per cuy tots mais rêve. 

^72. Lo nosavis desplats 

Can miyls cuyda plaser ; 
Per tal es dos donats 
Qui non sab grat aver. 



557 Cant. II, 2 : Sicut liliutn inter spinas, sic arnica mea inter filias. — 
55b Thamar, bru du patriarche Judas; voy. Gènes., xxxviii, 6 et suiv. — 564 
crossa aniel. — 571 c no creyre. 



S7? 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



Exempli pren sotsmes 
Del prélat al peccar ; 
Si pecca cel cuy es, 
Tuyt volon aytal far . 



581 



Dieus me donet lo cor 
Per penssar en tôt be, 
E dins pens e defor 
Mal d'autruy e de me. 



67 



574. La pistola primeyra 
Als Corinthis disen 
Dis : <:< prélat son carreyra, 
Del mon esguardamen. » 



I2 . Pes e cambas avem 
Per anar salvamen , 
Es anam e querem 
Blasme et falimen. 



575 . Si als mirayls tecats 
Vols esguardar te cara, 
Ja non seras payats; 
D'aytal mirayl te guara 



Can hom la fiyla ve 
Plasen ab gran bautat, 
De la mayrel sove, 
Con ne quais ha estât. 



576. Puslaigspeccatsnonesî/. 25! 
Ne pus durs de cobesa ; 
Hom de cobeitat pies 
Compon tota malea . 



584. Can princep tort estay 
Qui en dreyt es pausats, 
Si el poble decay 
Ab aximplis malvat. 



577. Ceyl es benuyrats 
Qui senes taca viu; 
E senyor asirats, 
Pus los sleusfranchs esquiu. 



^85 . Sus pes te vay entort, 
El cap mal te fera ; 
Guarda si seran fort 
Tort qu'aïs deys mandara. 



578. La lengans era dada 
Per nostra ben parlar, 
Es avem la virada 
En tôt lo corstecar. 



^86. Qui sa boca gen guarda iv°i 
L'anima gara be; 
Qui a parlar nos tarda 
Sens causir, mal lui ve. 



79. Dieu nos det les aureyles 
Per tots bos fayts ausir, 
E si mal me cosseylas 
Nom pots mays plaser dir. 



^87. Cel qui molt vol parlar 
Usan moites paraules. 
Vol s'anima nafrar 
Meten per vertats faules. 



580 . Les mas nos eron dades 
Per bones obres far, 
Es avem lespausadas 
A l'arma imfernar. 



Axi con savis fay 
Per son parlar grasir, 
Foyls al contrari vay : 
Als prims non cal pus dir. 



i74 I CoRi. IV, 9 : Puto enim quod Deus nos apostolos novissimos ostendit. . 
quia spectaculum facti suinus mundo et angelis et hominibus. — S^S '^ entorn. 



68 
589 



Le malvats comfondra, 
Qui sera comfonduts ; 
Fais tant nos rescondra 
Que no sia sebuts. 



590. Per les tuas paraules 
Seras justificats, 

Si con gint les entaules, 
ben lieu condempnats. 

591. David dix: « Senyor Dieus, 
Pessats ay en mes vias 

E girats los peus mieus. » 
A tu enseyn c'o dias. 

592. Hom es pus bestials, 
C'a raso, can no n'usa, 
Que bestia, els mais 
Sobrar l'a, per que musa. 

593 . Causes no covinents 
Serion als prélats 

Tais, que les autres gens 
O serion assats. 

5 94 . Fayts no covinents es 
Tais als religios, 
Cals seglars f[r]anchs entes 
séria et bos. 



THOMAS 

595 



La paraula del fat 
En la boca' s represa, 
Car loch ne temps ne grat 
Noy a ne rayso mesa. 



^96. Riquesa, dignitats 
Fay autr' omeliar 
Es a las volentats 
De si aperaylar. 

597. Axi com es l'avars 
Devasceluy que ve 
Empes assolassars 
Entorn celuy qui se. 

598. Homilmen aclinar 1/. 26) 
Can li passa denan, 

Can s'en va, solats far, 
Seguir plasers comtan . 

599. Estan de jonoylons 
Sirven devan senyor ; 
L'Apostols en somos 
Romans d'aytal honor. 

600 . Si trobes via torta, 

No la tendras per bona ; 
Guarda tort con comforta 
Da reys, c'a tort se dona. 



07 Couplet cité par En Pach: Cell qui molt vol parlar | Husant moites pa- 
raules I Vol sa anima nafrar | Mêlent per veritat falcies {Esp. ^4, fol. 40 d; 
55, fol. 2] d\ Documentos, p. 248). — ^9 Prov. xiii, 5 : Impius autem con- 
fundit et conlundetur. — 590 Couplet cité par En Pach: Per les tues perau- 
les I Seras justifichat | Si com gint les entaules | ben leu condempnat (Esp. 
54, fol. 40 V"; ^^, fol. 23 v«; Documentos, p. 248). — 591 Psalm. cxviii, 
^9 : Cogitavi vias meas et converti pedes meos. — 595 Eccli. xx, 22 : Ex 
ore fatui reprobabitur parabola. — 599 d Remans. On ne voit pas bien à quel 
passage de l'épitre aux Romains Ccrvera fait allusion. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



60 1 . Si portes .j. besto 

Tort, no t' estera gen ; 
Sis fa poble felo 
Princep, can tort cossen. 



608. Tais cuyde SOS fayts far 
Prim' et celadamen, 
Quils fai a tos comptar, 
Esquerns et gabs disen. 



69 



602. Can hom .1. mot tort dits 
Als ausens es esquiuiSi; 
Princeps trop es maldits 
C'a tort, loyndedreyt, vi^s) 



609. A ceyl dey comendar 
Sacret, si l'ay a dir, 
C'a vergonya d'arrar 
Et paor de faylir. 



60^ . Cobeitats es enveja 

Fa mants a tort aucir ; 
Cel qui l'autruy emvegia 
Al rey n'a c'ap servir. 



610. Sit vey tots jorns felir 
Et vergonya non as, 
Eu con pusc avenir 
En aquo que tu fas ? 



604 . Le bos profeta di : 

« Aucesist, possessist. 
D'aytal mort pendras fi 
En breument con faist. >: 



611. Si no voyl celar mi, 
Tu per que celarayi' 
Pus tu metex desfi, 
Autre ja no faray. 



60 s. Tots aytal tayn que sia 
Senyer als sieus, com vol 
Que Dieus vas luy estia, 
Qu'estiers als sieus fai dol. 



612. Très causas son plasens iv") 
D'enluminacio : 
Bêles', endressaments, 
Segurtats ab raso. 



606. Axi deus voler vivra 
Be ab lo tieu menor, 
Ab franc cor et délivra, 
Con vols de ton major. 



61?. Lengua no endressada, 
A causir desgrasida_, 
Enans, car mays l'agrada. 
Vole chausirmort que vida. 



607 . Les causas ton amich 
En ton alberch veyras, 
E sil vols far destrich, 
Bon solas los auras. 



614. A cel honor deras 

Cuy honors es deguda ; 
Tan d'onor no feras 
Que not sia renduda. 



604 Sans doute inspire d'un passage mal compris de Jérémie, Thren. iii,_ 4} : 
Occidisti, nec pepercisti, etc. — 605 b can uoL — 609 Couplet cité par 
En Pach.A cel! deig comenar j Secret, si 1' aja a dir | C'a vergonya d'errar j E 
pahor de fallir. {Esp. 54, fol. 42; ^^,fol. 24 vo; Documentos, p. 2^0). — 
615 EccLi. XXVIII, 13: Lingua testificans adducit mortem. 



70 
6i5 



Sans Peyres dix axi : 
« Amich, lo rey honrats. 
El rey deu aitressi 
Honor far als presats. 



THOMAS 

622, 



Li fiyl d'Aron maseron 
Als ansencies lo foc ; 
E l'encens que doneron 
Denant Dieu el sant loc, 



616. Lig se en Levitich : 
« Denan lo cap canut 
Te leva, e l'antich 
Honra, car es degut. » 

6 [ 7 . E Malachies fo 

D'est proverbi auctors : 
« Donchs, si eu payre so, 
Hones la mia honors? » 

618. Cil qui son regidor 
D'esglesa en loc so 
De Dieu, perque honor 
Cove be c 'om lur do. 



623 . Car nols era mandat, 
Foc de Dieu dexendet, 
E car feron peccat 
Amdos los devoret. 

624. Elyodorus fo (/. 27 1 
Ferits per un cavayl, 

Car raubet la mayso 

De Dieu, on man foyls fayl. 

625. En .). sant loch devenc 
De parlar(s1 muts e cechs 
Us foyls, car no s'abstenc 
De far mal part sos dechs. 



619. L'avesque el prélat 
D'esgleya regidor 
Tuyt son Dieu apeylat 
Et del mon guardador. 



626. Si us laychs tray .j. pa 
D'esgleya, er vedats ; 
El clerchs estorciera 
La crots, et er honrats ? 



620. E nuyl temps no feras 
Als Dieus detreccio, 
Ne no malesiras 
Aycels qui princep so. 

621 . Miracles ai ausits 

Que Dieus vole de laycz far; 
Declergues non m'es dits 
Us, per glesas trancar. 



627. Pus li laych prendon mal, 
C'a la glesa mal fan, 
Per quel clerch, desleyal 
Als laychs, no prendon dan ? 

628. Dits G. DE Cerveyra 
Solven la questio : 
Clerchs no fa de maneyra 
Contra si mencio. 



615 I Pet. 17 : Regem honorificate. — 616 Levit. xix, 52 : Coram cano 
capite consurge et honora personam senis. — 617 Malach. I, 6: Si ergo pater 
ego sum, ubi est honor meus? — 619 C . le quatrain 574. — 624 La mort 
d'Eliodorc est rapportée au livre II des Machabèes^ chap. m. 



LES PROVERBES DE GUYLEM 

629. Membret de l'Elizeu 6^6. 

E del seu foyl misatge, 
Corn ac, car près do grieu, 
Mal, ab tôt son linatge. 



DE CERVERA 



Superbia es mayre 
De tôt asiramen, 
E cel es d'argoyl payre 
Qu' en superbia 'nten. 



630. Als vesis malamen 

No trenchs la carn ne l'ossa 
Membret de la serpen, 
De l'osqu' e de la fossa. 



637. Soperbia no quer 

Mas pau de cobramen ; 
Homelitats requer 
Trossels seguramen. 



651. Cals causa S; pus lieu dura ? 
Lamps. Et de lamps, que r Vens. 
De vens ? femna, can dura. 
De femna, que ? Niens. 



6^8. Homelitats désira 

Lo gra per que s'esforça ; 

Soperbia asira 

Lo gra et vol s'escorça. 



652. Gran meraveylam do 
Can femna ri e plora 
Lieu per pauc de raso 
En .). pauch es demora. 



6^9. Homelitats repren 
En tôt loc la baxesa ; 
Soperbia enten 
En pendra la autesa. 



6 ^ ^ . Non es jes cosa grans 
En paubres exilats, 
Vils, bas e malenans. 
Esser homiliats. 



640. La pus auta montanya 
Vol superbi' aver; 
Homilitats se lanya 
Dels vils a retaner. 



634. En ait honrat et rie, 
Biel et de loc jantils 
Es gran causa, sous die, 
Es es tart cor homils. 



641 . Soperbia s'en vay 

Als mons on vental ven, 
Per que el pus bas chay 
Et seca mentanen. 



6-}S ■ Sodis Crisostomus: 
« Homilitats es bona 
Noyrissa; v mas cascus 
Ab argoyl esperona. 



642 . Sans Agustis dits : 
« Secas son les altures, 
Els bas lochs aemplits 
De bes ab grans verdures. » 



629 c Car; allusion un peu confuse à l'histoire de Giézi, serviteur d'Elisée, qui 
se retrouve au quatrain 762 ; voy. Reg., IV, ^. — 630 Allusion à une fable con- 
nue; voyez l'édition de la Chanson de la Croisade des Albigeois par M. Paul 
Meyer, IL 281. — 651 Quid levius flanima? Fulmen; quid fulmine? Ventus. 
Quid vente? Mulier; quid muliere ? Nihil. {Voyez Hauréau, Journ. des Savants, 
1884. p. 401). — 640 c seslaya. 



72 
645 



Be deuries entendre, 
Aven de saber cor, 
De cel c'anava pendre. 
Qu'en la mar gitet l'or. 



644. Homils fug [l]a lausor. 
Et lausor[s] l'omil s) sec ; 
Orgoylos a lausor 

Cor, laus fug, (e) nolcossec. 

645. De Senacherip rey 

Se deu tots hom penssar, 
Con orgoylsab des^fjrey 
Fes ses gents pois tornar. 

646. Con cil de la ciutat 

Axi con lamps pendre, isic) 

E non fo als trobat 

Mas pois e terra ab cendre. 

647 . Terra pus baxia es 
Dels autres elamens, 

E Deus de terrans fes, 
Sens aur e sens argens. 

648. Per que terrans enduts (/. 28) 
A gran homilitat. 

Car tant nuyla vertuts 
No dona dignitat. 

649. Si t'esguardes d'un ves, 
Gran vergonya auras ; 
E temor auras près, 

Si cossires on vas. 



THOMAS 

6jo. 



651 



6^2 



(^Sh 



En les estelas pots 
D'omilitat apendre 
Eximpli, et nol nots, 
Quil pot de si eus pendre. 

Con pois e cenra sia, 
Parleray al senyor 
Mieu ? et d"est' obra mia 
Met Abram per auctor. 

Reys fats, en la cadeyra 
Cesen,estotaxi 
Con bugia maneyra 
Enterrât, sousafi. 

S'entres per bassa porta, 
Lo cap as a dinar, 
E quil cap bas no porta, 
Ses mal no pot passar. 



654. Pus Dieus lo cap baixet 
El sant foro homil, 
Dieus gran aximpli det 
Contrai' orgolos vil. 

655. Al ser par que no iproibast. 
C'axi con senyer es ; 
Guarda tos sens nos guast 
Per obra dels rapres. 

60. Le sers mager non es 

Quel senyer, nés deu far ; 
Can sers es d'orgoyl pies, 
Senyor cuya sobrar. 



6^6 b Corr. Axiron las gens prendre ? — 6p Gen. xviii, 27 : Cum sim pulvis 
et cinis, ioquar ad dominum meum? — 60 Jo. XIII, 16, x\, 20: Non est 
servus major domino suc. 



LES PROVERBES 

657 Tortra vol soletats 

Et Colomba companya ; 
Qui val entre malvats, 
Doble valor guasanya. 

6s8. Vols esser emperayre 
Es aver gran honor ? 
De tu eys governayre 
Sies, lonyan d'error. 

6^9. Res no sofer pus grieu 
Terra, mas car hom n'es. 
Rei la qui la sustien {sic\ 
Cals non es tant li pes. 



660. Pus aspre caus' el mon iv"! 668. 
Non a d'orne, e par. 
Que l'ayr corromp et fon, 
Can vol desmesurar. 



DE GUYLEM DE CERVERA 



7^ 



665 . Ja, a Roma anan, 

Ab cels no l'acompayns 
Qui a sent Jacme(s) yran, 
Car fayts séria estrayns. 

666 . Ces companyo no mena 
Nuyls hom, maslay on vay; 
Mas mal senyor fa pena 

A ceyl qui mal no fay. 



667. 



Compenyo délicat 
Te feran départir 
Del be c 'as custumat, 
Si no t'en vols fugir. 

El oyl poras vesser 
De ceyl quit voira be, 
Qu' el cor met oyls plasser 
De cel on l'amor ve. 



661 . Li princep, toledor 

Del paubre no colpable, 

E l'ofecial lor 

Son pus mal que diable. 

662. Ab gran discrecio 
Deu prin.ceps eligir 
Ceyls qui entorn luy so 
Es al poble ponir. 

665. Ja no cuygs esser sas, 
Sit dolon li costat; 
Ne ja bos no seras 
Fasen mal a ton grat. 

664. Not sera S) sanitats, 

S'ab mesel prens companya ; 
Qui s'acost' als malvats, 
Grieu er que no s'en planya. 



669. L'aureyla de celuy 
C'a de ton be pesar, 
Si parles denan luy, 
Not voira escoutar. 

670. Be pots ton mal volent 
Entre .v. sens chausir : 
En lalengua disen, 

Si prims dits sabs eslir. 

67 1 . Conoxer pots en l'obra 
Del fasen say et lay, 
Per asaut que s'en cobra. 
Si a ton dan la fay. 

672. S'es usteus enamichs (/. 29) 
El loc on tu seras, 

Entre .D. amichs 
Lo pots causir al nas. 



74 
673. 



En l'anar pots saber 
Cel qui no t'ameran, 
En l'obrar el ceser, 
Cascus en lor semblan. 



674. Cavelaria es 
Trebayls, periyls d'afîan ; 
Rey, duc, compte, marques 
Paciencia obs an. 

675 . Princeps e cavaliers 
E[s]quiu gloria vana ; 
Ira de reys sobres 

Es d'autres sob(r)eyrana. 

676. Guerra es temedora 

A pri[n]ceps et peccats; 
Ez es esquivadora 
Paraula ab vil solats. 

677. L'amonsi c' a pats Dieus ac 
Deu princeps esquivar, 

E ja d'ome nos pac 
Meten foc per cremar. 

678. Le pus grans bos sabers 
D'aquest mon es guasayns, 
El major desplasers, 
Perdres, el pus estrayns. 

679. Senyor son li juglar 
Dels temens di maldir ; 
Aytant deu hom duptar 
Falimenconmorir. 



THOMAS 

680. 



681 



682. 



Si not guardes d'arror, 
Arros te sotsmetra, 
E affar auras senyor 
D'aqueyl quit jutyara. 

Q^ui vol sa cossiensa 
Pausar en lengu' estranya, 
Ades es sa valensa 
Miendre, ez ades manya. 

Si con savis seras, 
Si seras paciens; 
Ligen troberas, 
Si ben es entendons . 



68^. Volenterosamen 
A ceyls perdoneras 
Da cuy nuyl honramen 
Del venyar no auras. 

684. Si savis es ne grans, 
Ja no diras quet sia 
Anta fachia, enans 
Cobriras ta feunia. 

685 Dique tos enamichs 
Not nots ne t' a nogut. 
lEJsII ve nuyl destrichs, 
Not sia conagut. 

686 Can lo tieu mal volen 
Veyras en ton poder, 
Pren ho per venjamen 
Et fay lison plaer. 



677 b esquivar est évidemment une faute du scribe. Con. esgardar ? — 680 c 
Corr.J — 684-686 Cf. Martin. Dum. Formula honestae vitas, II : Si ma- 
gnanimus fueris, nunquam judicabis tibi contumeliam fieri. De inimico dices : 
Non nocuit mihi, sed animum nocendi habuit; et cum illum in potestate tua 
videris. vindictam putabis, vindicare potuisse. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

687 . Li home son semblan 

De cas, c' us l'autr' asira 
Es nafron, don an dan ; 
Et serps a sa par tira. 



75 



694. So di sant' Escriptura 
Que gran es la malea 
Dois princeps ses masura 
A la gent d'eyls sotsmesa. 



Bestia es ausiels * 
Aten tiemps a peccar , 
A hom estostiemps biels 
On pusca peccats far. 



695 . Pasls de layo e d' ors 
Es en ermps boscz solius ; 
Si s'es dels riez senyors 
Sobrels paubres caytius. 



689 Membret de l'escudier, 
Que fets a son senyor, 
E con per la muyler 
Ac (peri le marits paor. 



696 . Can vel paubr' escorjar (/. jol 
Son ben al raubador, 
No poria portar 
De si eys mays dolor. 



690. Le pas dels fraturans 

Es de! bas paubres vida, 
E quil n'es arrepans, 
Es hom desanc aunida. 



697. Jal paubres no deria 
Al metge sopaucc' a, 
Si morir en sebia : 
Donchs qui li tolra P 



691 . Davis ques do a Dieu, 
Que la mort de ses jens 
Tornes sobr' el em brieu, 
Qui n' era mal mirens. 



698. Si ses colpa prendia 
Le senyer son sirven, 
En axi faliria 
Con sers senyor prenden. 



692. Fel, can es de bon ayre, 
Deu tots hom soffertar, 
E lo vil qu'es tritchayre 
Deu senyer esquivar. 



699. Qui fa al sieu sotsmes 
Magermal c'a l'estrayn, 
Ab diable après, 
C'a us quels sieus gavayn. 



695 . Mays ha ops qui mays te 
Saviesa madura 
A foyl non a ops re, 
Car de re non a cura. 



700 . Dels dits non ayes cura 
Cal pol dits le mila ris: 
Ne prendas part masura, 
Mas tin so c' ab dreit as. 



690 EccLi. XXXIV, 25 : Panis egentium vita pauperum est; qui defraudat 
illum, homo sanguinis est. — 690 b Et. — 690 d aunida ne donne aucun sens. 
— 695 EccLi. XIII, 25 : Venatio leonis onager in eremo ; sic et pascua divitum 
sunt pauperes // semble qi.c l'auteur n'ait pas su traduire onager. — 698 d senyer. 



76 
701 



Femn' e diable fan 
Peits a cel quil[s] serv mays, 
C a cel no tenon dan 
Qui contra lors'irays. 

Greuyan cels d'Irael 
Roboan se mermet, 
Car en sos fayts mes fel 
De .X. trips que perdet. 



703 . Cel qu'es de paucs bes bos 
Et fesels et verays,. 

Es per tots gracios, 

Et Dieus comandal mays. 

704. Cel qui ha gran poder, 
Si be nossapguardar, 
Dieus qui no fayl al ver 
L'en vol despoderar. 

70 ^ . Si con es gloriosa 
Causa e gran donars, 
Es vergonya antosa 
Als homils demanda[r]s. 

706 . Bos pri[nlceps deu voler 
Mays amor que tamor 
Dels sieus, car ab temer 
No l'auran fin' amor. 

707. El senyoris) se desmen 
So c' a dompna disem : 
« Non ama finamen 

Qui sa dompna no tem. * 

708. Amans tem si dons perdre, 
Et sil senyer fasia (v°] 
Gens en los sieus esperdre, 
Hom perdre nol tembria. 



709. Per mal de mala gen 
Dona Dieus mal senyor; 
A Roman[s] fets presen 
D'un vil emperador. 

710. Dels trebayls sofertar 
Pels sieus, et de can dona, 
Deu reys grat esperar 

De Dieu, ses pus persona. 

711. Sans Bernats es auctors 
D'ayso, don dis vertat : 
« En arror de senyors 
S'enboscon man malvat. » 

712. Aujats paraula estranya : 
Eu die qu'ergoyls es bos ; 
Qui ha argoyl, guasanya 
Contrel segl' argolos . 

71^. Per femn' es tais vensuts, 
Qui per homes nos vens ; 
Tal pert per vi virtuts, 
Per fer non es perdens. 

714. Orgoyls va tota via 
A maneyra de rey, 
Menan gran companyia, 
Mas no tem fene ley. 

7 1 5 . Tal re dits hom que nots, 
Qui val, et que val tal 
Qui ten dan; et si pots, 
Guardet de caus' aital. 

716. Eu die que trop pessars 
Crex trebayls e tristors 
Ez aduts mays affars 

Et pessaments majors. 



70^ a ues bos. — 7 ! o è per sieus. — 7 1 s que nots tal. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

724 



717. No voyles ton amich 
A son dan trop proar, 
— PelsditsdeJobhodich — 
Ne l'enamic blasmar. 



Ceyl qui mal te voira 
Not trop ab cara irada 
A vêts bays' om tal ma 
Que veser vol taylada. 



718. Sifas causa ceiada, 

De ta moyler te guarda, 
Que, si la fas irada, 
Cridan dira c' om t' arda. 

719. Tal ha cara d'anyel 
Qui a cor de serpen, 
Ê fa pits c' ab coutiel 
Ab honest vestimen . 

720. Qui la coa tolia 1/. ]\' 
A la serp can es viva, 

Meyns de coa vivria 
Pus mala. pus esquiva. 



72^ . La sigala acoyl 

Lo moscaylo sots l'ala, 
Puys l'auci et no voyl 
Companya ta mala. 

726. Peressos vol far (soni pro, 
Et nol vol, c' ades di : 

« Paras ayço? — Hoc, no ; 
Aspera t' al mati. - 

727. Als bos es laigs fayts durs 
Ab mais perseverar ; 
Anyels non es segurs 

Si vol si ab lops estar. 



721. Qui serp al coyl tocava, 
Ab l'als gran mal faria, 
E quil cap li trancava, 
De mentanen morria. 

722 . Superbia es caps 
Detots mais, et quil cap 
Nol toyl, re aïs no saps 
Qui d'aucir los acap. 



728. Pus Dieus te manda trayre 
L'oyl, sit fa dan mortal, 
Guarda quet manda fayre, 
S'ab foyl prens ton ostal. 

729. Li aut senyormal fan. 
Car cuyon c' hom nol dia; 
Per quel fait no diran 
Qu'en se dits que fayts sia. 



723. Si vols ton cors sanar 

De tots los mais c 'auras, 
Voiles desemp[ar]ar 
Soperbia, si l'as. 



7^0. Cuyan fan la .i. mal 

Que nuyl hom no l'aus dir 
L'autra, car nols en cal 
Et no temon faylir. 



718 Couplet cité par En Pach : Si fas cosa selada, | De ta muller te guar- 
da, I Que si la fas hirada | Cridant dira c'om t'arda {Esp. <,4,Jol. 42 a; 55, 
fol. 24 c; Documentes, p. 2jo). — 722 Eccli x, i 5 : Initiam omnis peccati 
est superbia. — 722 d ausir. — 726 Prov. xiii, 4: Vult et non vult pi- 
ger, etc.— 728 M.\TTH. v, 29: Quod si oculus tuus dexter scandaiizat te, 
crue eum. 



78 

7?' 



L'un fan cuyan falcia 7^9. 

Que no sia sebuda 
Desque passada sia 
Es als disens venguda. 



7p. Enans son .c. mais fayt (v°) 740. 
C us be non es pessats ; 
En be far ha mal trayt, 
En mal sejorns pessats. 

75 j. Li regidor de mar 741. 

Trason pats quels sotsmes ; 
En terra degron far 
Aital, mas revers es. 

7^4. Nauchies guarda la nau 742. 

De la rocha ferir ; 
En terra ab gran frau 
La fan premier périr. 



Membret le pots de Roma 
Et cel qui per paubresa 
Intrct dins et vi soma 
C hom prenmal per malesa. 

Pauc as armes duras 
Defors, si'n ta mayso 
Cosseyl(si aut non [aurlas 
Ab to cosseler bo . 

Tuyt dese periran 

Qui cuyon far per forsa, 

Qui en batayla van 

Ses cosseil quils estorsa. 

Le cosseils deu régir 
La forsa el poder, 
Qu' estiers no pot complir 
Princep son bo voler. 



735 . A princeps ez a rey 

Es bes, s'a conseyl bo, 
Car .V. cauzes hi vey 
Nobles ez ab raso. 



745 . No fasses nuyla causa 
Sesbo cosseilador ; 
Si refrenar no t'ausa. 
Non al cosseil valor. 



736. Conseil a demendar, 
Eslir cosseylador, 
Del cosseil a donar 
Que tayn a bo senyor, 

737. Examinar cosseyl, 
Segons lo cosseil far : 
Ab aquest apareyl 

Pot tots reys be regnar . 

7^8. Lay on governador 

Non a, poble laig cay ; 
Sobre malvat senyor 
Tornal mal tôt ques fay. 



744. Pus no t'aus refrenar \f. ?2i 
Tos cosseils de malesa, 
Pauc val, ne rexidar 
No t' ausa ta paresa. 

74^ . Reprenden si t'orgolias 
Ne vols sobrepujar 
Castian et .i. voilas 
Bo denant tots triar. 

746 . Can tots tos cosseils sia 
En Dieu, no pot périr ; 
Roboam car cresia 
Fol cosseil, fets falir. 



738 Prov. XI, 1 4 : Ubi non est gubernator, populus corruit. — 746 f cor cresia. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



79 



;47. Joyas fan cechs ab dos 
Et muts jutges et reys, 
Giran contriccios, 
Castichs et durs esfreys. 



754. La via del foyl es 

Als sieus oyis dretchureyra, 
Per que t'es mal perpres 
Si secz aytal carreyra . 



748. Princep no son fael, 
Pcr so car amon do 
Qui ha sebor de feK 
Reseb en gasardo. 



7S 5 . Fondaments de drelura 
Es qui no vol noser 
As alcu ez a cura 
Dels cominals valer . 



749. Si con joyes prenden 
Pot dona cast' estar, 
De cel on prêts enten 
Pot jutgeis) et reys dreit far. 



756. Resebimens de dons (v^i 
Fa jutges e senyors 
Cecz e muts, et dels bos 
Fa vils et sordeyors. 



750. Tûtes causes me so 
Lagudes, pus no sia 
Sotsmes d'autra per do 
Ne per autra paria. 



757. Crans dons corromp gran 
E met en servitut [fama 

De mort cel qui dons ama, 
Car dos l'a lieu vencut. 



7^1. Si la resebedora 

De pessa en prendia 
De tu per do nuyl' hora, 
Rependre not poria 



758. No voyles dos recebre, 
Car los savis orbs fan 
El tort del dreit percebre, 
Les paraules viran . 



7^2. Aicel es melasits 

Qu' es de do resabens, 
Per que cel es ferits 
Qui non es mal mirens. 



759. No resebes pressonas 

Ne dos, quels oyls fan cecz, 
E si per dos îedones, 
De savis venras pecz. 



75?. Cosseil demanderas 

Als tieus meilors amichs, 
Los quais lonyar veyras 
De tos mais enamichs. 



760, Cil seran melasit 
Qui justificaran 
Ceils qu' auran mal merit, 
Los no miren[s]dampnan. 



747 EccLi. XX, j I : Xenia et dona excaecant oculos judicum. — 748 b 
cor amon. — 754 Prov. xii, 15: Via slulti recta in ocuiis ejus. — 756 d 
sordeyros. — 70 Cf. le couplet 747. — 7^8 c El toil. 



8o A. 

76 1 . Gobes reseben do 

Cuya los dos grans pendre 

Per benediccio, 

Et Dieus vol lo car vendre . 



768. Mais focz dévorera [f. 
Palays e tabernacles 
De cel qui dos pendra, 
Et sera vers miracles. 



n' 



762. Car Gesai près do 
Mal, no degudamen, 
En malediccio 
Li tornet mantanen . 



769. Qui met dins sa mayso 
Tal qui 1' exorp, es fais 
Assi, et per raso 
Deu li venir tots mais. 



76 ^ A cadescu linatge 

Dels homens respost da, 
Que no prend' ab dapnatge 
Mays qu'escrit Dieus non a . 



770. Ne le savis quais es 
C'ama aquesta causa, 
G' aiso li toyl tôt bes 
Es en mal crim lo pausa. 



764. Nuyls hom non a désir 
De re, pus n' a assats, 
E femna deu fugir 
A far ses volentats. 



771 . Trobat so al meu poble 
Alcu mal guaytador 
Paran ate mal no noble 
Gon d' auciels prendador. 



76^ . Aquo qui es meillor 

Gonquer hom pus greumen, 
E lo conqueridor 
Fa bo enfortimen. 



772. Gan lo tieu aurai près, 
Mantanen viraray; 
Jusi qui non drits es 
Jutge Dieus say e lay. 



766 . Trebayls es conquerers 
Et posseirs paors 
Ez afïans reteners 
Et pendres grans dolors. 



77 ^ . Giyl qui son vendador 
De justicia, son 
Jutgat per lo Senyor, 
Jutge dreyt d'equest mon. 



767 . Les mas se guardaran 
De dos d'equels malvats 
Emvagos, qui seran 
Tuyt pie d'iniquitats . 



774. Ja alcu no trebayls 

Per lo tieu jutgiamen : 
Axi con l'omil tjiayls, 
Te talaray coscen . 



761 b Guya est répété dans le ms. — 762 Même allusion qu'au quatrain 629, 
— 769 c assir. — 771 Jer. V, 26: Quia inventi sunt in populo impii insi- 
diantes, quasi aucupes laqueos ponentes et pedicas ad capiendos vires. — 
771 c Corr. Par artimal.? 



77^ • Princeps qui volontiers 
Vol monsonyes ausir 
Esquivais vertadiers 
Et vol malvats soffrir . 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
782 



81 



Le richs non es repres 
Par toyira solamen, 
Mas car no part sos bes 
Entre la paubra gen . 



776 Diable valon may 

Que raubador no fan, 
Car no fan mal ne glay, 
Mas a cels quil faran . 



Adonchs dira le reys : 
" Via al foc d'infern, 
Vos qui des malavey r s 
Als mieus bas ses govern. 



777. Le raubayre pendria 
De frayre, de cusi ; 
Dels homils pren tôt dia. 
No del forts .j. teri. 



784. Can grans fams me prendia. 
Nom dones a manyar; 
So que manyar volia 
Me tolgues ab raubar. « 



778. Diable re no fan, 

Mas per dreyt jutyamen; 
El raubayre desfan 
A tort la bona jen. 



785 . Dieus no meynspresara 
Preyeres de pobils ; 
Vidues ausira, 
Esguardan lorsperiyls. 



779. Mays val lops part mesura 
Que raubador no fan, 
C us lops da nuyt s'atura. 
Ho tuyt, can lors obs an. 



786. Laixals termes pauquets 
Els camps dels pobils bas. 
Car los proysmes altetz 
Forts, don jutgat seras. 



780. Le raubayre no pausa v" 
De raubar nuyt ne jorn, 
Ans l'es estranya causa, 
Can ve, c' ades noy torn. 



]~ . Si fas als paubras forsa, 
Car lurs homils seran, 
De tu aura 1' ascorsa 
Le droyt (sic jutges c'auran, 



781 . Car Dieus celuy repren 
C als bas no part son be, 
i^nie fera cel qui pren 
Los bes lors ses merce ? 



788. Los paubres. que auran 
Raubats et despuyiats, 
D'aqueyls jutge seran 
Quils auran mal jutgats. 



783-784 Matth. XXV, 41-42: Discedite a me maledicti in ignem aeter- 
num, etc. — 785 Eccli. xxxv, 17: Non despiciet preces pypilli nec viduam. 
— 786 Prov. xxiii, 10 . Ne attingas termines parvulos ; agrum pupillorum 
ne introeas. — 787 Prov. xxii, 22 : Non facias violentiam pauperi quia 
pauper est. 

Romania, XV 6 



789. Q^ui vol fayt comensar 
Noble, primeramen 

Se deu ab Dieu pausar, 
Es après ab se gen. 

790 . Qui combatres voila 
Es guarnia d'argen, 
A l'autrels vis toylria 
Contrel sol resplanden. 

791. Li nat fiyl dels malvats 
No montiplicaran; 
Doncs malais veyran nais 
Et mal' engenreran . 



A. THOMAS 

796. 



La gracia no val 
Dels auts tan con nots ira 
Dels bas, enans fa mal 
Quil comperar s'albira. 



797. D'oliver porte ram, 
Qu'el tiemps antic faras, 
E pats, que desiram, 
Membran lay on iras. 

798. Reys dreturies endressa 
La tierra, e 1' avars 

La destruy, car no pensa 
Mas mais e braus affars. 



792. Li malvat sobre terra (/. ^4) 799. 
Seran toit et perdut, 
Sil proverbis non erra ; 
Mal' aura mal viscut. 



Rey qui jutga sa gen 
A dreyt es ab vertat 
Pot ceser fermamen 
En seti endressat. 



793 , Per pus maltenc raubar 
Qu'enblar, et die raso, 
C ab manifest peccar 
Esmeyns que a layro. 



800 . Reys deu savis eslir 
Desobre se companya 
E fesel a régir, 
Per so c' us no s'en planya , 



794. E par en aolteri; 

Quim manda con rt^spondre. 
Eu respon c' als no queri 
Declinar ne espondre. 



. Car si savis no es, 
Leumens es galiats, 
E no-fesiels repres 
Es d'enjanar cotchats. 



795 . Volp son li raubador, 
Card'Erodes dix Dieus : 
« Volp « que vi prendador 
Dels autruys et dels sieus. 



802. Non es hom dreits jutjats, 
Sitôt sarayso's bona, 
Per jutges despayats, 
Si ans del sieu nols dona. 



792 Prov. II, 22: Impii vero de terra perdentur. — 795 d & meyns. — 
795 Luc. XIII, 32: !te et dicite vulpi illi. — 795 a reubador. — 797 c de- 
siran. — 798 Prov. xxix, 4: Rex justus erigit terram ; vir avarus destruet 
eam. — 801 b liuemis. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

805 . Tal re te hom per pro 811. D'emfan foyl nom desfi 

Qui es perda trop grans; 
Qui no conoix raso 
Non es jutges bestans. 



Per mal comensamen, 
Car vist ay bona fi 
Comensan malamen. 



804. Qui de si vol parlar 

Deu pendre la maylor 
Raso, et so laxiar 
On agues desonor. 

80^ . Mantes vêts ay ben dit 
So don volgra mal dir ; 
Lo lau de l'escarnit 
Deuis] pendre per aucir. 



812. Qui son voler asira 

Mal, no pot re miyls fayre; 

Del philosoph cosira 

Veyl, quefets del viupayre. 

81 :; . Be tenc celuy per orp 
Qui laxa son viatge 
Per grayla ne per corp, 
Fasen vas Dieu oltratge. 



806. Rev d'Egiptes livret 
A Josep cant avia; 
Don sans Bernât parlet 
Que vergonya séria 

807. C hom da Crist no livres 
Lo sieu a crestia ; 

So c'hom ses fe feses, 
Nol tendria per pla r 



14. Vist ay malvat tornar 
Per sobres de mal dir, 
Quis fesia presar 
Ab sobres de servir. 

I ^ . Qui prosomes no fay 
Non es pros acabats; 
Mays aycel quils desfay 
Es de vert ai laus lonyats. 



Vensut de camp, exit 
D'orda, ne trasidor 
No vey gen acoylit 
En cort d'onrat senyor. 

No livres ton peccat 
Al boc qui lo seu port, 
Mas al clergue segrat 
Per penedensa fort. 

Aguylo de parlar 
Son bo entendador ; 
Entendr' e escoltar 
Aguson parlador. 



816. Ab tôt aytal mesura /. ^ 5 
Con tu mesureras, 

Lo cabal et l'usura 
El guasayn cobreras. 

817. Qui no sab esmendar, 

Per dreit no deu rependre; 
Si vols fayt comensar. 
En la fi deus entendre. 

818. Princeps bénignes dona 
Al[sl sieus gran fermetat; 
Homils bassa pressona 
Puganbenignitat. 



2 d qui fets del nin p. 



84 
819. 



A tot(Si senyor cove 
Pietats, per semblar 
Sels don poder li ve, 
Per poder de mermar. 



826. Misericordios 

Merce conseguira; 

Sans Luchs dis : « piados 

Benauyrats sera. « 



820. Dieus del celavalei 
Pietat, can carn près. 
Epels sieus se vendet 
Pertal quels resames. 

821. Per c' a tôt senyor tayn 
Que fas' als sieus ajuda 
Contra tôt hom estrayn. 
Sils es tensos moguda. 

822 . Senyer deu sacors far 
Als paubres c'an freytura, 
Es als frevols aydar 
Contrels forts, ab mesura. 

823 . Jhesus fo oyls de[riS sechs, 
Dels contrets dressaments, 
Entendens dejusts pechs, 
Del bas sosteniments. 



827. Li riu secan corren 
Et fonts axecaran ; 
Sans Agostin non men, 
Qui va recomtan. 

828. E Ysayes dits : r" 
'( Amichs, trenca ton pa, 

E seras benesits, 
A ce! qui fam aura, » 

829. Pietats, qui promet 
Aquesta présent vida 
E l'autra ti sotsmet, 

Per qu' es foyl qui l'oblida. 

8:?o. Preyem lo poderos 

Qu'el deu per nos preyar. 
Si tôt em freturos, 
Et preyan ajudar. 



824. Per la gran mesquinea 

Dels freyturans di.x Dieus : 
« Levarm'ay; «gransimplea 
Dix et fetz per los sieus. 



1^1. Per tus combat, amichs, 
L'almoyna ses duptansa, 
Ab los tieus enamichs, 
Ab escutes ab lansa. 



82 $ . Princeps deu mays aver 
De merce, qu'e major 
Péril c' autres, per ver, 
Es en loc pus ausor. 



1^2 



Re tan amar no fay 
A Dieu con pietats; 
Cel c'ap pietat vay 
Es sobre tots amats. 



8iç) a senyer. — 826 Ce n'est pas dans saint Luc, mais dans saint Mathieu 
qu'on lit: Beat! miséricordes (V, 7). — 828 Isai.e lviii, 7: Frange esurienti 
panem tuum. — 829 d toblida. — 8^2 a amat. 



8v 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



Tu sies als pubils 
Misericordios, 
Axi con a sos fiyls 
Es payres piados. 



Ja no meynspreseras 
La tua carn per re; 
Dels tieus proismes auras 
Pietai e merce . 



14. Als pubils sies payre 
Bos. en fayts es en dit[s] 
E sies a lor mayre 
Ses mal. si con merits. 



842. No vuyles paubre u 

Per ton plaser destrenyer. 
Car niembr' es, si com tu, 
De Dieus, qu'es de tu senyer. 



8; s . Qui a sel quis déclina 
Misericordios 
Es, vol far vida fina 
Es es benuyros. 

8;6. Senyer no deu ser far 
Ce! qu'esser franc deuria, 
Qu'en franc senyorayar 
Vey noble senyoria. 

8^7. Mant son de sers senyor 
Qui son paubr^ e malvat, 
Mas pels franchs an honor 
Qui son sobr' els pausat. 



845 . E si r us membres dol 
Tuyt s'en an a doler ; 
A los membres se vol 
■ Le cap sas sostener. 

844. Cel ama son amie 

Qui lo mal que pren sen, 
E can paubre vel rie, 
Ques teny^ ab cor manen. 

845 . So e'hom als paubres fay 
Comta Jhesus per si ; 
Honra los mieus, sit play 
C onrats sies per mi. 



8:;8. En oli de merce 

Art foc de mal' amor ; 
Can l'olis fai dese, 
Princeps se claror [sic). 



Princep deu aver fe 
Esperans' e temor 
De Dieu, part tota re, 
Et la carta, amor. 



839. Senes merce dretura 
Es si com seehs aurats. 
Qui d'aucir homes cura, 
Can deu aucir peccats. 



847 . Ses fe plaser a Dieu 
Jes possibles non es ; 
Plasens es, so say hieu, 
A Dieu fes e merces. 



840. TotaxicomLamechs /. ;6 848. 
Ab l'areh Caym alcis 
Per so car era seehs ; 
Non ofera si vis. 



Senyer Dieu, li teu oyl 
Esguardon be la fe, 
E 1' amor ses orgoyl 
Esgardon tey oyl be. 



853 EcCLi. IV, 10: Este pupiilis misericors ut pater. — 8?7 b fayre. — 
^o c cor era. — 84:; Cf. le quatrain 349. 



86 A. THOMAS 

849. Jhesu Crist no perdona 
A cels qui fe non an ; 
Desespers ocaysona 
Pus c' als cels quey estan. 



857. Nos amam per la fe 
Et no per esperança, 
Mas emparam gran be 
Aver per alegrança. 



50. Ja non aura durable 
Vida, qui no creyra 
Al fiyl, ne profitable 
En est mon ne delà. 



I58, Lo cors imfernal ponya 
Rompre l'oyl de la fe, 
El corporal nos lonya 
De 1' oyl, tant can mort ve. 



i $ I . Qui fa be ans de fe 
Ha trop gran leugeria, 
Con hom leus qui cor be 
Et vay fora de via. 



859. Peccats no pot valer 
Aytant con la fes val, 
Ans fa fes dechaser 
Tôt peccat et tôt mal. 



1 5 2 . Re no viu en mar morta {v"l 
Per vida corporal, 
Ne hom ses fe no porta 
Vida espiritual. 



860. Jes les portes d'imfern 
No valon tan — so say 
Del poder de l'estern 
Diable, con fes fay. 



I5 ^ . Tant es fe causa grans, 
C'oltra la fe nos mostra 
A vid' esser pessans 
Maylor c' aycesta nostra. 



861. Ceyl qu'en gran benenansa 
Tôt son sejorn (sic) 
En sol . I . punt se lansa 
En imferm ses retorn. 



1^4. L'arbres per la rasits 862 

Fay foyles, (et) flors et fruyt(s) ; 
Hom per fe fay et dits 
Totsbes; masnolsfan tuytfsl. 



Fes es forts saviesa 
Pus que casteyls en rocha , 
Guarda s'es lonc estesa : 
Del cel en imfern tocha. 



«55. La fes es saviesa 
Que malesa no vens. 
Ans fe vens la malesa 
C auci lo[s] mal mirens. 



Si causes demendam 
Be dousas et plasens, 
Ans cove les soffram 
Amares et cosens. 



1 $ 6 . Fes es lusens lanterna 
Qui l'arme lumi' e guida 
En la nuyt fort escura 
D'aquesta présent vida. 



864. Qui'n primer non aprenf/. ^71 
De servir, can servir 
Cuya, desser ses sen, 
Per ques fay escarnir. 



85 j <J es répété dans le ms 
doit probablement être corrigé. 



85^ c Ans se. — 856 c escura ne rime pas et 



|i LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

865. Nabugadenosor 871 



87 



866. 



Fo punits, car cresia 
Senyorajar part for 
So que d'autre ténia. 

Bo ministre feray, 
Dits Dieus, es entenden, 
Qu' esser cuyg, si fayl ay. 
Ministre solamen. 



872, 



Per la fe de las gens 
Le murs de Jherico 
Casegron ; ver disens 
L'Apostol es d'ayco. 

.Ananias, pausats 
Ab los .ii). a cremar. 
Fo per fe delivrats, 
Que hom nol poc mal far. 



867 . Ministres deu aver 
Gran cura de complir 
Al senyor son voler, 
No pausan de servir. 

868. Nécessitât avem 

De gran pr o]esa far. 
Si donchs no la volem 
Del tôt dissimolar. 



873 . Alexandris qui fo 
Gentils, car fe avia, 
Li fe miracle bo 

Dieus els mons que clausia. 

874. Guarda que fara Dieus 
Per SOS faels, car tan 

Fe ab precs paucs et brieus 
Per no fasels preyan. 



869. Tots ministres deu far 
A guisa del senyor, 
Dels sieus bes no terdar 
Al paubre queredor. 

870. La part del menscresenis'i 
Et del tenen sera 
Estayns de foc arden. 

Ab sofïre quey aura. 



875 . Alexandris per fe 
Lo prever ahoret 
En Jérusalem be, 

Quil nom de Dieu portet. 

876. Nos deu [hom] enuyar (v"'i 
De preyar leyalmen, 

Can no pot acabar 
Sonfayt delivramen, 



871 cSasegron. Hebr. xi, 50: Fide mûri Jéricho corruerunt. — 875 Cela 
signifie que bien qii Alexandre Jût paien, Dieu fit pour lui, parce qu'il avait 
la foi, un miracle dans la montagne {cor. el mon) qui se fermait. Il semble qu'il 
so.t fait allusion ici au récit du Val périlleux, qui n'a été rencontré jusqu'à pré- 
sent que dans le roman en alexandrins (éd. Michelant, pp. J20-9K Alexandre et son 
armée se sont engagés dans une vallée enchantée d'où ils ne peuvent srtir. Alexandre 
cependant, ayant invoqué Dieu « le roi du paradis » découvre une inscription 
disant que ceux qui sont entrés en ce val ne peuvent sortir qu'à une condition: c'est 
que l'un d'eux consente, de son plein gré, à y. rester. Alexandre se dévoue. L'ar 
met s'éloigne, et lui-même peu après trouve moyen de sortir aussi, — Le quatrain i 1 06 
contient une allusion au même épisode. 



A. THOMAS 



877. Pero al preyador 

Creix gaugs de cabar lieu, 

E grats al donador 

C'o fa ses semblan grieu. 



Quecz, per so que solia 
Jutgiar, jutgat sera, 
E d'ayso mays feunia 
Del jutgiamen aura. 



878. Mas l'evangelis dits 
Que la femna preyet 
Tant Dieu, tro fo ausits 
Sos precs, que la sanet. 



886. Lerichs,quanpaubrestorna, 
Es cen tans pus irats 
Qu'iceyl qui nos sajorna 
E es de mal usats. 



879. Die que comensamens 
De saviesa es 
Temors certanamens 
De Dieu, caps de tots bes. 



Josaphat dis pels jutges : 
« Guardet quel jutgiamens 
Non n'es d'ornes que jutges, 
Mas de Dieu solamens. » 



880. Al far tayn conoxiensa 
De vera saviesa, 
E can hi es temensa, 
Conquer majer noblesa. 



No sie excepcios \f. 
Fatchia d'ornes c'axi 
Jutya, es es rasos, 
Paubres et richs con mi. 



881. Hom no temens de mais 
Es — le savis ho dits — 
Castiels qui pels portais 
Es primes esvasits. 



Nos no voylam jutgar 
Et no serem jutgat, 
Ne devem desirar 
Senyoriu ne jutgat. 



882 . Pels portais dels castiels 
Entron tuyt, mal et bo, 
Per que portais apiel 
Los .V. seyns qu'en tu so. 



890. Can los dos lexeras 
A pendrel tieu emfan, 
Molt meyns lo presaras 
Que con ca mal usan. 



E sil porties se tem, 
Los portais gen guardan, 
Nom dels justs li direm 
Qui temon tôt quanfan. 



891. Ceyl qui benifeyts dona 
Es resemblans de Dieu, 
Majormen can s'adona 
C'a paubres do lo sieu. 



Aycel qui son pausat 
Sobrels autres jutyar 
Seran pus durjutgat(h) 
Per Dieu de lor mal far. 



892. Con princeps savis sia. 
Net, suaus, libérais, 
Meynsprean tota via 
Les causes temporals. 



879 EccLi. I, 16: Initium sapientiae, timor domini. — 885 Matth. vu, 1 : 
Noiitejudicareutnonjudicemini. — 892 a an lieudeCon, corr. Tayn.? — 892 ^Nec 



LES PROVERRES DE GUYLEM DE CERVERA 

S95. E deu esser homils 901. Homelitats es bona, 

Es ab leyal amor, 
No ab dits femanils 
Ne fasen lo pigor. 



89 



S94. De saviesa es 

Fis atelentaniens; 
Nedesa, part tots bes, 
Es al senyor plasens. 

895 . Saviesa raquer 

Ans que als castedat. 
Don nets de Dieu conquer 
Amor et pruysmetat. 



Que David fo faits bos 
Can ac homil pressona 
Segons Dieu piados. 

902 . Enfants paucs es homils 
Et nol sove greujansa, 
E Dieus es tant gentils 
C'aver vole d'eyl semblansa. 

90^ . Franca homilitats 
Fe homil Benjamin, 
Don fo per Dieu amats, 
Segons quel libres di. 



S96. Susans es resemblans. 
Dix Dieus, don Moysens 
Fo susans et presans 
Per Dieu entre les gents. 

897. Savis deu esser reys. 

Tan que nol trop malesa, 
Si que met' en esfreys 
La gen qui l'es sotsmesa. 



904. A princep tayn amors 
De Dieu et de sa gen ; 
Amors de Dieu de cors 
Vay lanostra seguen. 

905 . Per que nons amera 
Dieus si l'amam, qu'enans 
Que nos l'amessam ja 
Nos amav' ab mais grans? 



898. Per liberalitat, 

Qui es la quarta causa. 
En Pau deu resemblar, 
Qui de dar bes no pausa. 

899. Qui benifayts sab dar, 
De Diu es resemblans, 
E vol Dieu contrafar 
Reys, can n'es arrapans. 

900. Reys qui te loc de Dieu 
Sembla Dieu ses malesa, 
Guardan l'autruy el sieu 
Dona[n| per sa franquesa. 



906 Les causes temporals 

Deu princep menspresar ; 
Aman sos naturals, 
E Dieus voirais amar. 

907. E dits ho sans Mathieu, 
Senequ' e sans Bernats : 
Amans les causes, greu 
Seras per Dieu amats. 

908 . L'us dels meylors senyals 
Es, c'om en princep ve, 
S'ama Dieu con leyals, 
Can en Dieu pessa be. 



'éçf'i cC est s ans doute le Aom d'un contemporain (fui devait être célèbre par sa bien- 



90 
909. 



Vas lay on l'amor an 
Tenon tuyt l'oyl del cor, 
E qui'n Dieu va pessan 
Non a pus rie trésor. 



917. Con Dieus asir peccais 
Et no voyP autra re, 
Mays valgra no fos nats 
Qui de peccat nos te. 



910. Can trobet Magdaiena 
En Tort nostre Senyor, 
Demande! l'ab gran pena, 
Car l'avia amor: 



9ii 



Les vertuts son noyrides 
Per tu benignamen, 
Per so car les faylides 
Portes a veniamen. 



911. « Si tul n'as levât, senyer, 
Digues on l'as pausat, 
Car lay nol poc atenyer, 
On l'avia sercat, 



919. E David al salm di : 
« Agui los enamichs 
En ira per cami, 
Tu Dieus fossas amichs. 



912. Sitôt ab gran cossir (/. ^91 
D'el seber ho volia. » 
Aytan volia dir 
Qu'ela el cor l'avia. 



920. Qui payr' e mayr' el sieu 
Per Dieu no desempare, 
Non es dignes de Dieu, 
Don s'amor desempare. 



915. Ceyl ha forsa d'amor 

Qui tots temps cre conoxer 
Els autres ab laudor 
D'amor no meynsconexer. 



921. Le ters senyals es bos, 
Can be princeps soffer 
Tots SOS fayts volontos 
Per Dieu, don grat raquer. 



914. Le segons senyals es 
Can princeps celuy ama. 
Sitôt s'es d'eyl sotsmes, 
Que cre per bona fama 

915. Sia per Dieu amats. 
Et can celuy asira 
Qu'es per Dieu asirats, 
Et vas tort far nos vira. 



922. El foc arden s'aseya 
S'es bos aurs es argens; 
Hom, al foc, qui no pleya 
D'omelitat soffrens. 

923 . L'enap de passio 
Pie que mos payrem dona 

■No.- 



No vols que be\ 
Obres obra falona. 



916. Volers no volers 
Dits aitan a la fi 
Con amors, es es vers 
Vera dona dor fi [sia . 



924. Pena certa demanda fv" 
Le suaus qui be ama, 
Soffren toi quan comanda 
Dieus a cel quil reclama. 



Jaisance. 
11, 56s). 



909 Cf. le prov 
-914 sostmes. - 



.• Ou li amors est, Il cuers est \Le Roux de Lincy^ 
921 c uoiontes. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 91 

925 . Bel senyal ha al quart, 93^ . Propria causa es 

Don princeps es amats Del fiyl, con que repayre, 

Per Dieu, so es que guart Venya li mal bes, 

Los lochs sants et segrats. Veny' al alberch del payre. 



926. El be e las franquesas 
Dels lochs sion servades, 
E qui fera malessas. 
Que sion car comprades. 



9^4. Reys qui te loch de Dieu 
Deu far de Dieu jornal, 
C'anar deu al loch sieu, 
Enans qu'en altr' osdal. 



927. Anna al templ'astava. 
Ja^Sj fos so que duptes, 
Per so car no levava 
Fruyt c'a Dieu Si no pases, 



9:;^ . El princep, can ira 

El loch, sil loch noil' ama. 
Ja grasits noy sera 
Ney aurabona fama. 



928. Mas per so car avia 
Amor a Dieu ten gran, 
Del temple nos movia, 
Mas per obs. Dieu aman. 



956. E com poras preyar /. 40 
Celuy cuy mal voiras ? 
Sil mal nol pots celar, 
Obesits non seras. 



929. El temps c'avia Dieus 

Dots' ans, al templ' estava, 
Can sa mayr' ab plans grieus 
Et Josep lo s) sercava. 



937. Le quint es, quels reys onre 
Los ministres de Dieu, 
Qu'eu not pusch jen respon- 
Si desondres lo mieu. ^dre 



9:50. E can s'en plays se mayre, 
Respos qu'en la mayso 
L'er estât de son payre, 
Que en les autres no. 



9:18. Qui honrals loch s' lenents 
De Dieu, Deu vol honrar, 
E s'il fan falimens, 
A Dieu ve del venyar. 



931 . E can en la ciutat 
Entret primeyramen, 
Al tiempl' a Dieu donat 
S'en anet homilmen. 



9:; 9. Le sise es, can reys 
Vol volontiers parlar 
De Dieu qui l'honra el crex 
El fay senyorajar. 



9J2. Per quens donet raso 
Qu'en la casa devem 
Anar d'oracio, 
Ans que d'als no|s] penssem. 



940. Car amichs parla mays, 
Can ausa, de s'amor 
Que d'als on ha pantays, 
Can enten parlador. 



926 b Si son. — 929 b tots ans. — 938 c Ecil. 



92 

941 



Magdelena parlava 
Da Dieu soven ades ; 
Perso car molt l'arnava, 
L'era de! cor tam près. 



942. El sete pots causir 

Los rieys per Dieu grasits, 

Can soven vol ausir 

Dieu els fayts bos els dits. 

945. So es con el sermo 

De Dieu (u)ausen s'atura, 

Donan aximpli bo 

Al sotsmes de dreitura. 

944. E so qu'en ausira 

Nuyl temps nol dessovenya, 

E tôt quan li dira 

En son cor dins retenya. 

945 . Qui au los mandamens 
De Dieu els serv' els te, 
Aymé Dieu fmamens 

Et Dieus iuy aytambe. 

946. Lo vuyte senyals es, 
Can reys volantiers dona 
Per Dieu, et part sos bes, 
Toylen a sa pressona. 

947. E can ihomt per Dieu deria 
Tôt son sostenimen, 
Encaral cuydaria 

Aver dat caymen. 



948. 



E nuyla re tan lieu 
No conex hom amor, 
Con en donar lo sieu 
Es en fayre honor. 



949. 



950. 



9)1 



Le noves, can rey vol 
Obesir so quel manda 
Far Dieus, can al rey dol. 
Qui de re lo desmanda. 

Dieus dits c' hom onr' es am 
Sos amichs leyalmen, 
E si an set ne fam, 
Quels [sjason bonamen. 

Le proverbis retray 
Que la major besonya, 
Si la ricors s'en vay, 
L'amich sldelpaubr'eslonya. 



9^2. Sil princep paubre ama, 
No l'ama per lo sieu. 
Que menifesta fama 
Es que l'ama per Dieu. 

955. Ja tu no ameray 

Be, si no am los tieus ; 
Dieu t'amera — so say — 
Si be âmes los sieus. 

954. Membret del rey de F'ransa 
Quel juglar terra det, 
E con non ach duptansa 
Con l'ostias levet. 

9^ ^ . D'eiso quels reys tolia 
Vol al paubre donar, 
E so que be cresia 
No volch ab oyls guardar 



(v"i 90. Membret de sent Johan 
Qiaels dexebles preyava 
Qu'ânes l'us l'autr' aman. 
Que res als nols parlava. 



949 f Can dieu. — 95 1 Au besoing voit l'en qui amis est. Le Roux de Lincy 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



9? 



9^7. No voyles apeylar 

Nagun payr en la tierra, 
C'un n"as al cel, et par 
Con soffri per tu guerra. 



96s . A rey lare no cal murs, 
Barreyra ne fossats, 
Qu'en pia es si segurs 
Con en castiels obrats. 



958. Segons Dieu tuyt em frayre, 
Pero pauc nos semblam ; 
Pus tuyt avem .j. payre. 
Per que tuyt nons amam ? 



966. Castiel ne fermetats 
No val a rey avar 
Que no sia sobrats ; 
El larch nos pot sobrar. 



9^9. Tu qui als morts t'en vas 
F'orsat et mal ton grat, 
Aytan can viu seras, 
Hi vay de volontat. 



967 . Rey avar al sotsmes 
Es assi, no pre[s] re ; 
Pus be no part sos bes, 
Res de be nol cove. 



960. Tu qui portes la flor, /. 41 
Guardel mort qu'il s'en porta ; 
Penssa de far conor, 
Qu'els pes tens près la porta. 



968. Reys can es larchs als sieus 
Es assi, es presats, 
El sieu l'amon e Dieus, 
Per que régna honrats. 



961. Tu portes la guarlanda 
El mort portel sudari; 
Laxian la beyla landa 
Tens lo cami contrari. 



969. Reys qu'es avars assi 

Per c'als autres mays do, 
Be valors per pus fi 
Et mays sec se reso. 



962. Es es dreits fil d'aranya 
Que re fort no atura^ 
Que mentenen no franya 
Mas frevol creatura. 

96:; . Dreyts fo faits pels malvats, 
No jes per los valens ; 
Er confon los presats, 
Als croys non es nosens. 



970. Tan can rey es valens, 
Donan et fasen be. 

Es can vol presar mens 
L'altruy, el sieu rete. 

971 . Ops es c'hom se délivre 
De peccat et d'enyan, 
C'ab ayso no pot vivre 
Sos jorns ne tan ne can. 



964. Reys als autres avars 
Et larchs assi, pauc val, 
E sil creys grans affars, 
Laxar l'an a cabal. 



972. Si con l'oyl an plaser {v°) 
De veser biela flor, 
Ha l'arme bon saber 
De sentir bon' odor. 



Livre des prov. II, 272 ««485. — 958 a en. — 964 c E cil. 



94 




A. THOMAS 


975- 


Volontats et sabers 
Acaba tota re, 
E poders et lasers 
Et majormen tôt be. 


980. Vist ay ab mal malvat 
Qui guarir no volia, 
E vist que mal son grat 
Le metges lo guaria. 



974. si us parla entre cen, 
Ades guard' al meylor 
al pus entanden 
O cel cuy port amor. 



981 . Sans Mertis guarilfsi sec 
Mal son grat el contrait ; 
E tenc celuy per pec 
Qui desraso son playt. 



97^. Molt miyls deu hom parlan 
Lospechsquelscertsguardar, 
Quel cert ben entendran 
El pechis) no ses tornar. 



982 . No so eguals franquesa 
Es obliguacios, 
Nés fay segons riquesa 
Aculimens ne dos. 



976 . Si puges en ricor 

E sents orgoyl sobrar, 
Membret del texidor 
Els mirayls que vole far. 

977. Ciyl cuy valors destreyn 
No deu hom pusdestrenyer, 
Car forts destreyt l'ateyn ; 
Sobre tôt s'en guart senyer. 



985 . Donar et franchs coratges 
Acolirs et honra[riS 
Aporta bos usatges 
Et lunya fayts avars. 

984. Savis es bos amichs (/• 42) 
E foyls non es, pot far; 
Ans te dura destrichs, 
Si no t' en sabs lonyar. 



978. E sembla causa stranya 
Qu'eu digua que valor 
En pla et en montanya 
No segon li miylor. 



98^ . Un sol amich volria 
Aytal con la mas es 
A l'oyl, car non auria; 
Mas al mon non es ges. 



979. Qui te loch de senyor, 
Mays deu temer falir ; 
Sil senyor ha valor, 
Pus c'altrel deu punir. 



986. Si [l'joyl nuyl mal se sen, 
La mas hi cor délivre 
E donal guarimen 
Ans c'als prenda ne livre. 



979 Couplet cité par En Pach: Qui te lloch de senyor | Mes deu tembre 
fallir I Sil senyor a valor | Pus que altre deu punir. {Esp. S^-,fol. 52 c; 
SSJol. 51). 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
99?- 



95 



987. Si l'oyl deu .j. colp pendre, 
La mas denan se pare 
Per lo colp a deffendre; 
Neys al pendre nos guare. 



Femna esquivaras. 
Si vivra vols adreyls, 
Ho tu car compreras 
Los tieus els sieus nalets. 



988. Nostres perents amem 
Si co la nostra stranya, 
Car veramen sabem 
C'amars amors guasanya. 



994. Femna fets Selamo 
De sa fe delivrar, 
E sa muyler Semso 
A l'estrayn axorbar. 



989. Li prevera qui vivon 
Be es ensenyan be, 
Doblamen tayn que sion 
Honrat, es eu cre. 



99$ . Ceyl per cuy fol portais 
De Roma derocats 
Fo entrels fmestrals 
Per l'amfanta penjats. 



990. A ceyls qui mal vivran 
Ensenyan fais jornal 
Deu hom doblar l'aflfan 
La desonor el mal. 



996. 



Vergilis l'encantayre 
Vole con besti' anar 
Si com vi l'emperayre 
Tant saub sa fiyla far. 



991 . Manjar deu desirar 

Hom, per tal c'aia vida, 
No vivra per manjar 
Voler, qu'es vida aunida. 



997 . Sa moylers fets Tristayn 
Morir. car noy jasia, 
Que d'als tôt son coman 
Et son voler fasia. 



992. Per tal que fassa be 
Ddu hom vivra voler 
Qui de be no fay re, 
No deu vida querer. 



998. La reyna al bayn 
Fets son marit aucir 
E restauret l'estrayn. 
Et fo durs fayts d'ausir. 



991 Couplet cité par En 
/Ida. 



Pach: Menjar deu i'om desijar | Per tal que aia 
la, I No viure par menjar | Voler, que es vida hun\da. (Esp. 54, fol 15 ; 55, 
fol. 8; Documentos, p. 203). Ce mot, que Molière a rendu célèbre, vient origi- 
nairement d'une parole de Sacrale rapportée par Plutarqae, Stobéc^ Aulu-Gclle et 
autres ;voy. le Molière de la collection des Grands Ecrivains delà France^ VII, 129, 
note. — 995 a b Nous ne voyons pas qui l'auteur veut désigner par cette péri- 
phrase ; quant à la légende elle-même, les écrivains du moyen âge l'attribuent gé- 
néralement à Virgile. Voy . Comparetti, Virgilio nel medio evo, II, 103. — 996 
Légende ordinairement attribuée, au moyen âge, à Aristote. 



96 

999- 



La reyna d'Espanya 
Volch son fiyl matzinar, 
E fo be causa stranya, 
Pel Sarrasi usar. 



1000. L'indienchs vole ab femna 
Alaxandri aucir; 
Qui'nvilfemnalsieusemna. 
Blasme vol recuylir. 

1001 . Le reys Davi julget 
Si mateys a périr 
Per femna, et pequet. 
Don vole tormens soffrir. 

1002. La causa pus malvada 
Del mon e la mays bona 
Es femna be usada 
Ho can a mal se dona. 



THOMAS 
1007 



Mays ameria anar 
Ab trobador leyal, 
C'ab playdes rasonar 
Meyns de seyn natural 



1008. Barayl[a] et pinxura 1/. 45) 
Voyles de loyn guardar; 
Quax que non âges cura 
Net vols meraveylar. 

1009. Ab quais oyls guarderas 
Ton amich, sil fas mal 
Can denan li seras ? 
Not tenra per leyal. 

1010. Grieu feras son plaser 
Del tieu a ton amich 
Si del sieu ex aver 

Li fas dan et destrich. 



1005 . Femn' es pus abstenens 
Com er ab sen mayor, 
Que semblans fa c'am mens 
So que te per meylor. 

1004. La femna vils no fora, 
S' om no fos vils, es es 
Hom vils es desonora 
Ses femna morts et près. 

1005 . Mays volria estar 
Ab .). trobador bo, 
C'un conquister tener 
Don hom no fa son pro. 

1006. Meylor estar faria 
Ab .). bo trobador, 
C'ab metge qui tôt dia 
Fa de gran mal pigor. 



1011. L'amistansa del[sl fats 
Lieu se pren et lieu frayn 
Grieu l'amor del[sj sénats 
S'apren e grieu remayn. 

1012. Larguesa dison qu' es 
Vicis et vicis mais, 
Don sobre totas res 
Es lausats libérais. 

\on, . No désirs lay ricor 
On senyoreg vilas, 
Ne milas pren d'ostor, 
Ne orps, tu qui veyras. 

1014. Le guayls se fay emblar 
El cavayls atressi 
E son senyor sobrar 
venir a la fi. 



1000 Cf. couplet 1 149. 



1009 b Cil. 



I c Leu. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
1021 



97 



101 ^ . No duptes a servir 

De pauc dos grans senyors 
C'axit feras grasir 
Et duptar als menors. 



Moyiers vol mal soven 
A ceyl quel marit ama, 
E vol be axamen 
A celuy que desama. 



ioi6. No duptes a querer 

Per pauc molt a senyor. 
Que per .j. pauc plaser 
Fay senyor gran honor. 



1022. Si ton amich castias 
Et not cre mentanen, 
Ja per so no estias 
De castiar soven. 



1017. Ameras tos amichs 
Axi que non seras 
De tu eix enamichs, 
Qu'els et tu serviras. 



Homils et paciens 
Conquer sirven amichs; 
Ergoylos, negligens 
Desserven, enamichs. 



1018. No t'acorts ab celuy 
Qui ab sis desacort ; 
Grieu s'acord' ab autruy 
Qui ab sis desacort. 



1024. Si vols, can veyl seras, 
Los autres fayts comptar, 
Guarda so que faras 
Non âges a laxiar. 



1019. La causa desempar 

Quet sia dampnamens 
On pus te sera care, 
Et valra'n mas tos sens. 



102^. Si hom te lausa mays 
Que no deu, per plaser, 
Ja no t'en fenyeras 
Guays et fay en dir ver. 



1020. Ta moyler no creyras (V) 
Can a tort se rancur 
Dels serfs que tu auras 
Eraa (?) ab sen segur. 



1026. No cresas de tos fayts 
Negu, mas tu metexs, 
Car trop [es] malvat plaits 
Et crims et dans en crexs. 



1015-16 Cf. Caton, I, 35; Ne dubites, quum magna petis, impendere 
parva ; | His etenim rébus conjungit gratia caros. Ccrvira n'a pas compris le 
texte latin. — loi 7 Caton, i, 1 1 : Dilige sic alios, ut sis tibi carus amicus.— 
1018 Id., I, 4 : Sperne repugnando tibi tu contrarius esse: I Conveniet nulli, 
qui secum dissidet ipse. — 1019 Id., i, 6 : Quse nocitura tenes. quamvis sint 
cara, reiiiique. — 1020-102 1 Id., i, 8 : Nil temere uxori de servis crede que- 
renti : | Saepe etenim mulier, quem conjux dil git, odit. — 1022 Id , i, 9 : 
Quum moneas aliquem, nec se velit ille tr.oneri, | Si tibi sit carus. noii désistera 
cœptis. — 1C24 Id., 1, 16 : Multorum quum facta sene.\ et dicta recenses, | Fac 
tibi succurrant, juvenis quae leceris ipse. — 1025-1026 Id., i, 14: Quum te 
aiiquis laudat, judex tuus esse mémento : | Plus aliis de te, quam tu tibi, cre- 
dere noIi. 



Romania, XV 



98 A. THOMAS 

1027. Si tu servici prens, 'Oî4- 
A mans deus comptar, 

E sil fas, majormens 
deus a tots celar. 

1028. Qui parla ab feunia 'o?5- 
Be et adrechamens, 

Ab alegra diria 

Beyis dits dous et plasens. 



No ternes mort, ne re 
No deus tan fort temer, 
Si vols finar en be 
Ni viven gaug aver. 

Si[tu] vols tos amichs 
Al tieu servir respondre, 
Non deusesser enichs 
Nel teu servir confondre. 



1029. Ja no curs ne demans, 1036. Si as deconaxens 

S' us ab autra cosseyla Servit, guarda enan 

De nuyls fayts pauchs ne grans Que serves conexens, 

Denan tu; clau l'oreila. Car grat t' en refferran. 



1030. Ce! quis sent mal mirens 
Ades cuya c' hom dia 
Sos mais captenimens, 
El cuyars es foylia. 

1031. Entre mil non es us 
Da morir asinats, 

E te es ha cascus 

La mort entre sos bras. 



1037. De re tan no m' es grieu 
Corn dels jorns c'ay perduts 
En obra contra Dieu 

Ab fais crois dits menuts. 

1038. Celuy que tu pories 
Lieu venser combatten, 
Per que mays preats sies, 
Vuyles venser soffren. 



1032, Lefoylsmets'esperansa(/. 44) 1039. 
Soven en mort d'autruy, 
E lieu aytal fiansa 
Tornadel'autra'n luy. 



1033. Ab cosselier avar 

No t'acorts de larguesa. 
Ne de leyaltat far 
Ab cel c' an ab falcesa. 



1040. 



Be guarda tôt quant as 
Et majormen la causa 
C* ab treybal conquerras 
Et Dieu conquiren lausa. 

Can hom la causa pert 
Que conquer ab treybal, 
Cent tans mays s' en espert, 
Per qu' el no guarda! fayl. 



1027 Caton, I, 1 5 : Officium alterius multis narrare mémento, | Atque, 
aliis quum tu beneieceris ipse, sileto. — 1029-1030 Id., i, 17 : Ne cures, si 
quis tacito sermone loquatur: | Conscius ipse sibi de se putat omnia dici. — 
1030 a cent. — 1031-1032 Id., i, 19 : Quum dubia et fragilis sit nobis vita 
tributa, | In mortem alterius spem tu tibi ponere noli. — 1034 Id., ii, 3 : 
Linque metum ieti, nam sultum est tempore in omni, | Dum morlem metuis, 
amiltere gaudia vitae. — 1038 Id., i, 38 : Quem superare potes, interdum viiice 
ferendo; | Maxima enim morum semper patientia virtus. — 1039-1040 Id., i, 



LES PROVERBES DE CUYLEM DE CERVERA 
1047 



99 



1041 . Si lo libre aprens 
De Vergili, sebras 
Tots los cultivamens 
De terra et veyras. 

1 042 . S'apendre vols la forsa 
De les erbes presen, 
Le libres no t'estorsa 
De Marcer lo valen. 



1048. 



Mays entra de la nau 
Per Tayga dousa sana 
Que per la mar; tal m' au, 
Que resos no l'es plana. 

Mays entra d'amor bona 
En noble criatura 
Qu'en malvada presona 
On nuyls bes no s'atura. 



104? . De la[s] batayles soma 
Et comtet mostrera 
D'Affrica et de Roma 
Le libres de Luca. 



1049. Axi apren, cosi 

Tots temps dévias vivra, 
E viu si con la fi 
Dévies far délivra. 



1044. No voyles conquérir (v°) 1050. 
Sacrets celestials ; 
Pensât c'as a morir 
Et penssa dels mortals. 



1045 . Alegret de so qu'es 
Pauc es amasurat, 
Si quet sobre merces 
Es âges pietat. 

1 046 . La naus es en major 
Periyl en alta mar [cor; 
Qu'en pauc flum qui pauc 
Mas nauchier non par. 



Mays voiles sol soffrir 
Ira, que si disies 
So don fessas aunir 
Mas per so que diries. 



1051. Notcuyts c'hom segur sia 
De mal, lo mal fasen, 
Sitôt lo primer dia 

Non pren Dieus venjamen. 

1052. No vuyles meynsprear 
Home poc ne sa forsa, 
Car mantes vêts sab dar 
Cosseil, don mans estorsa. 



39: Conserva potius, que sunt jam parla labore : j Quum labor in damne est, 
crescit mortalis egestas. — 1040 d guardat. — 1041-1043 Caton', ii, préface: 
Tellurissi forte velis cognoscere cultus | Virgilium legito. Quod si maie nosce 
laboras j Herbarum vires, Macer tibi carminé dicet. | Si Romana cupis vel 
Punica noscere bella, | Lucanum quaeras, qui Martis prœlia dicet. — 1044 Id., 
Il, 2 : Mitte arcana De! cœlunique inquirere quid sit : | Quum sis mortalis, 
quae sunt mortalia cura. — 1045-6 Id., ii, 6: Quod nimium est fugito, parvo 
gaudere mémento; | Tuta mage est puppis, modico quum flumine fertur. — 
1047 ^ ^^l nau. — 1051 Id., ir, 8: Nolo putes, pravos homines peccata lu- 
crari : ] Temporibus peccata latent, sed tempore parent. — 10^2 Id., ii, 9: 
Corporis exigui vires contemnere noli : | Consilio pollet, oui vim natura ne- 
gavit. 



105?. Lochuria, emvega 

Es orgoyl fan mais mais 
Que nuyla res qu' eu vega 
A senyors terrenals. 



THOMAS 

1059. 



No lays la covinen 
Causa que ops auras. 
Que corn n'auras talen 
Aver no la poras. 



1054. Luchurios fai mal 
Als autres es a si 
Major et pus mortal, 
Segons quel savis di. 



1060. Jener vuyles semblar 
Qui guarda l'an pessat 
El vinen vol guardar 
Per vivr' ab si honrat. 



1055. Orgoyl fay de senyor 
Soismes et mens de ser, 
E senyer de valor 
Nol cossen nel sofer. 



[061. No sia meynspresada 
La causa sol per tu 
Qu'es pels autres presada 
Per plaser de sol .j. 



1056. Novoylesperperaula(/.45 
Ab ton amie contendre, 
Car grans temors s'entaula 
Per vil rayso défendre. 



1062. Si puges en riquesa, 

Quan mays poder tenras, 
Te membre la pobresa 
Que sofferta auras. 



1057. De long te guayteras 
Lo mal quit deu venir, 
C'a miyl s] t'en cubriras 
Ab cor de mal soffrir. 



1 06 3 . Qui soffer malenansa 

Et blasmel tiemps, pejura, 
Si non a be membransa 
C'aia de selut cura. 



1058. Can hom ve lo cayrel, 
Miyls s'en pot escudar, 
Qu'el mon escut pus beyi 
Non a de be guardar. 



1064. 



Qui soffer gran dolor 
Deu aver membramen 
Que la cura meylor 
Aia primeramen. 



1055 Messer. — 1056 Caton,' ii, m : Adversus notutn noii contendere 
verbis: | Lis minimis verbis interdum maxima crescit. — 1057 1d., ii, 24; 
Prospice, qui veniant, lios casus esse ferendos ; | Nam levius iaedit, quidquid 
prasvidimus ante. — 1059 1d., 11, 26: Rem tibi quam nosces aptam, dimit- 
tere noIi : | Fronte capillata, post est occasio caiva. — 1060 1d., ii, 27: 
Illum imilare Heum, partem qui spectat utramque. — 1061 1d., 11, 29 : Ju- 
dicium populi nunquam contempseris unus, | Ne nulli placeas, duni vis con- 
temnere multos. — 1062 Couplet cité par En Pach: Si pujes en riqueses | Quant 
may poder tendras, | Te membra la pobresa | Que soferta aras {Esp. ^, 
fol. 55 (j ; J5, fol. 32 d). — 1063-4 Id., II ,30: Sit tibi prascipue, quod pri- 
muni est, cura salutis: | Tempora ne culpes, quum sis tibi causa doloris. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
1071 



106^ . So on mets [tos] alurs 

Veilan, pensses dormen; 
Per qu'en sompnis no curs 
Mas en Dieu solamen. 



Guardat de far anuy 
Tostiemps et de mal dir ; 
Quil fa nel dits d'autruy 
Pendrel volet aucir. 



1066. Vida ses be saber 

Es de mort ressemblans ; 
Donchs met tôt ton poder 
En apendre tos ans. 



1072 . Per cobesa d'argen 

Ja muyler non pendras; 
Laxe la, mantinen 
C'a altra la sebras. 



1067. Can tu vivras leyals 
Et poderosamens, 
Si hom dits de tu mais 
Sies en non chalens. 



1075 . Qui no sab cosseilar 
Que deu segr' fugir, 
Los fayts dels altres guar 
Can blasmar ben dir. 



1 068 . Nuyls hom non a poder 1 v») 
Que pusca chastiar 
Los dits de desplaser 
Ne las bocas tencar. 



1 074 . Faits d'autres bos mais 
Es dreyts chastiamens 
Dels emendens leyals 
Et dels bos noyrimens. 



1069. Sil blasme vols celar 
Nel mal de tos amichs, 
A testimoni far 
Ta fe guardan noy trichs. 



1 07 ^ . Can hom vol fayt celar 

Pausat contra dretchura, 
Aycel vol recemblar 
Qui fa la desmesura. 



1070. Qui vol los dits rependre 
Dels necis et dels fats, 
A tal re se vol pendre 
Que sia meynspresats. 



1 076 . Paciens sofferras 

So quit vendra per dreyt, 
E tu eus puniras 
Si sabs c'ages neleyt. 



106s C.A.TON, II, 31 : Somnia ne cures: nam mens humana quod op- 
tans, I Dum vigilat, sperat, persomnum cernit id ipsum. — 1066 In., m, i : 
Instrue praeceptis animum, nec discere cesses; | Nam sine doctrina vita est 
quasi mortis imago. — 1067-68 Id., 111,5 • Qyuni recte vivas, ne cures verba 
malorum : | Arbitrii non est nostri, quid quisque loquatur. — 1069 Id., m, 
4: Productus testis, salvo tamen ante pudore, | Quantumcumque potes, celato 
crimen amici. — 1071 d ausir. — 1072 Id., m, 13 : Uxorem fuge ne ducas 
sub nomine dotis, | Nec retinere velis, si cœperit esse molesta. — 1072 dCorr. 
c'aoltra? Coupla cité par En Pach: Per cobdicia d'argent | Ja muiler no pen- 
dras, I Lexala mantinent ] Que aduiteri li sebras {Esp. ^, j^o/.4^ c; SW /o'- 
27 d\ Documentes, p. 2^7). — 1075 Id., m, 16 : Quod nosti haud recte fac- 
tum, noiito tacere, | Ne videare malos imitari velle tacendo. — 1076 Ip., m, 
18 : Quod merito pateris, patienter ferre mémento : | Quumque reus tibi sis, 
ipsum te judice damna. — 1076 a soffirens. 



1077. 



Si vols esser cortes, 
Non âges parlaria, 
Car trop parliesnon es 
Ensemps et cortesia. 



1083 . Fiyls bos ha bon saber 

Can ve sa mayre honrar; 
Qui Dieu vol retener, 
Sa mayre deu lausar. 



1078. Ta moyler despegada 
No cresas tota hora : 
Dits de muyier irada 
Descep marit, quan plora. 



Tots bos fiyis ama mays 
Can ve servir se mare 
Que si, e pus s'irays 
Sii ve desonor fayre. 



1079. De soffrir no volers 
Trop maie causa es ; 
De caylar no poders 
Es grans mal et repres. 



I5 . Aytan amaras Dieu 
Con sa mayr' amaras, 
Es aytan l'amich sieu 
Con los sieus honreras. 



1080. Pus segurs es qui mena 

Nau arriban al port (/. 46) 
Que quan puja l'antena 
En l'auta mar et fort. 



1 086 . No voyles esquern far 

Delsveyls,si prop te stan, 
Qu'entot vieyl, sensduptar, 
Haalcu sen d'enfan. 



1081 . Tal causa asagia a far 

Que pugues traur' a cap, 
C hom no deu comensar 
Nuyl fayt, pus no l'acap. 



1087. Tôt quan hom ha, pert lieu, 
Massolamen saber, 
Per que not sia greu 
Siy mets tôt ton poder. 



1082 . Tos perents ameras 
Bonamen et te mare 
De re no greujeras, 
Si vols plaser (al ton pare. 



1088. Altressi con la cura 
Ajuda a l'angeyn, 
Us ab obra s'atura, 
Per c' us tôt art ateyn. 



1077 Caton, m, 20 : Inter convivas fac sis sermone modestus, | Ne dicare 
loquax, dum vis urbanus haberi. — 1078 Couplet cité par En Pach: Ta 
muller despagada | No creges tota hora; | Dits de muller yrada, | Decep 
marit quant plora. {Esp. 54, fol. 45 c; ')'>:> f°l- 26 d; Documentos, /?. 257). 
Cf. Caton, III, 21 : Conjugis iratae noii tu verba timere. | Nam lacrymis 
struit insidias cum femina plorat. — 1081 Id., 11, i^: Quod potes, id tentes, 
operis ne pondère pressus | Succumbat iabor, et frustra tentata relinquas. — 
1082 Id., II, 25 : Aequa diligito caros pietate parentes; | Nec matrem offen- 
das, dum vis bonus esse parenti. — 1083 c Que. — 1086 Id., iv, 18: 
Quum sapiasanimo, noIi ridere senectam; | Namquicumque senet, pueriiis sen- 
sus in illo est. — 1087 Id., iv, 19 : Disce aliquid; nam, quum subito fortuna 
recessit, | Ars remanet, vitamque hominis non deserit unquam. — 1088 Id.. 
IV, 21 : Exerce studium, quamvis perceperis artem: j Ut cura ingenium, sic et 
manus adjuvat usum. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 
1096 



105 



Si as alcuns lausats, 
Guarda non digues mal, 
Car seras ne blesmats 
De lieu sen venertzal. 



Nuyis homs non esnafrats 
De nafra tan mortal 
Con le nafra peccats 
Al quai dûlors molt val. 



1090. Los homilspus quels braus 
Asaia quais seran, 
Carenflom si qu'es su islaus 
Moron mans no guardan. 

1091. Quan trebayl soflFerras 
De perdre de mal, 
Los autres guarderas 
Qui soffron atretal. 

1092. Can tu tôt sol seras [v°) 
En affayn a soffrir, 
Trebaylar te poras, 

Mas no del tôt alcir. 

1095. Can les riquesas van, 

Foyl es qui s' en espert ; 
Hom no pren ten gran dan 
Con quan [son] amie pert. 



1097. Si tu not vols presar, 
Ja no seras presats, 

Si quet voyles guardar 
De far vils fayts malvats. 

1098. Can inquisicio 

Fa senyer sobrel sieu, 

Non i a .). tam bo 

Que nol deg' esser grieu . 

1 099 . Que si Dieus la fasia 
Contrels angiels del ciel, 
Cascus paor auria. 
Sitôt son sey fesel . 

1 1 00. L'aut puig se baxon jos 
E s'aclinon las sierres, 
Can inquisicions 

Fay senyer per les terres. 



1094. Tôt axi con la ombra 

Sec son cors, sec la morts 
Homa, qui lieu encombre, 
Can non es lieu ne forts. 

1095 . Can hom la naffr' a sana, 
La gran dolors que sen 
Es medicina plana 

Del naffrat veramen. 



1101. L'arbre lexon les flors 
E li prat la verdor 
Per pavor dels senyors, 
Can enquer lor arror. 

1 1 02 . Les bestias els peys 
Se laxon de manjar, 
Can vesen que fal reys 
Obra per lor dempnar. 



1089 Caton, IV, 25: Laudaris quodcumque palam, quodcumque pro- 
baris, | Hoc vide, ne rursus levitatis crimine damnes. — 1090 Id., iv 3 1 : Dé- 
misses anime ac tacitos vitare mémento: | Qua flumen pincidumest, forsanlatet 
altius unda. — 1091 Id., iv, 32 : Quum tibi displiceat rerum fortuna tua- 
rum, I Alterius specla, quo sit discrimine pcjor. — 1093 Id., iv, 55 : Ereptis 
op bus noii mœrere doiendo. — 1094 Id., iv, 37: Tempora longa tibi noli 
promittere vitas. | Quocumque ingrederis. sequitur mors, corporis umbra. — 
1095 Id., IV, 40: Vulnera dum sanas, dolor est medicina doloris. — 1102 e 



104 

I 10^ 



La tierra n'es pus dura, 
En axecon li riu, 
E l'aygua s'en atura 
Per senyor trop esquiu. 



1104. Guardet de far tal obra 
Que d'enquisicio (/. 47) 
Not ternes, quels fais sobra, 
Per drei menan reso. 

1 105 . Membret de! jutgiamen 
De Dieu, nol fases tort; 
Per un pom solamen 
Jutget tôt segl' a mort. 



A. THOMAS 

1 1 1 1 



M 06. Los fiyls d'Aron cramet, 
Car feron part son man, 
Els Indienchstanquet 
Part la montanya gran. 

1107. Nabugadenosor 

Fets bestia tornar ; 

A ceyls fet[s] barba d'or 

Quil volgron contrafar. 

1 r 08 . Nostre Senyor sofer 1 1 1 6 . 

Maysquenuylshomsvivens, 
Mays puyspren, qui mal mer, 
Pus mais d'autres lurmens. 

I 1 09 . Mans mais pessamens ve 1 1 1 7 . 

Per la tierra guardar; 
El ciel guardan per re 
Non pusch nuyl mal pessar. 

1 1 1 G. De nuyl fayt no m'asaut 1 1 1 8 . 

Pus ca Dieus s'en [corn] planya; 
Tais cuyda far gran saut 
Qui roman en la fangua. 



Fayts don la us se lausa 
Et l'altres vay cleman 
Es bona mala causa 
Et nos part per guaran. 



1 1 1 2 . Fayt tench per covinen 
Can de cascuna part 
S'en van payadamen 
Et dreyt jutges lo part. 

1 1 1^. Cavaliers deu estar 
Cavaliers et servens 
E senyer, si vol far 
So qu'es dels mendamens. 

11 14. Cavaliers d'ardimens 
Far e de cortesia, 
E ques renda sirvens 
De Dieu, tan can viu sia. 

1115. Senyer deu esser tais 
Que tenya als sotsmes 
Drechur' ab fayts leyals, 
Ho frayn so c'a promes. 



E deu esser compayns (v°) 
Als sieus del sieu aver, 
Quels privats els estrayns 
Pot axi conquerer. 

Senyers deu tais estar 
Que de ceyls quil deurion 
Deffendra, a guardar 
No s'aia, que l'aucion. 

Mays valria senyor 
Moris, qu'en ses ciutats 
De ceyls aver tamor 
Hon deg' esser guardats. 



uesdeu. — wod c d Cf. k quatrain 875 et la note. — 1 118 i quan. 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 

1 119. Alexandris moric 1 126 

Per .j. pauc de veri, 
Car fets del sieu amie 
[En]emic, don près fi. 



io< 



Ab aguyla punyen 
T'as a trayre l'espina, 
S'anar vols drechiamen : 
A fort mal, fort metzina. 



1120. Puselatge ne tiemps 

Ne mort nos pot cobrar; 
Tots très losguarda 'nsemps 
C'hom not pus^cja blesmar. 

1121. Per tal que lengua es 

Pus fort que re c'hom port, 

Nostre Senyor la mes 

En loch c'hom ha pus fort. 



II 27 



No pot[s] aver lausor 
Ses coinpanya 'ndressada, 
C'om dits : A bon senyor 
Tots temps, bona maynada. 

Les companyes del bo (/. 48) 
Acompanyon l'estrayn, 
El sirven del feylo 
Fan so donqierts se playn. 



1122. Que als oyls no fets Dieus 
Mas sol .'f. coberta 
E la lengua qu'es lieus 
N'a mais — raysoescerta — . 

112^. Car esta dins dos murs 
Con castiels ben guardats 
De mal pendre segurs 
Ab d'aiga pies fossats. 

1124. Membreusdelscersquefan: 
Deus tos pruysmes sofrir, 
C'us cers va l'autr 'aydan 
Al cap a sostenir. 



! I 29. Sil senyer es avars 

Sis sera se companya; 
S'a senyor plats donars 
Noy ha .). qui s'en planya. 

1130. Del fiyl te guarderas 
Non anpar re del tieu ; 
Del ostor apendras 
Go noyrix lo fiyl sieu. 

1 1 j 1 . Axi con conexensa 

Es caps d'ensenyamens, 
Axi desconoxensa 
De tots fais falimens. 



112^. Can lo cers mal se sen 

Ho vieyls, per s'en tornar, 
Manya .j*. serpen 
Quil fay renoveylar. 



I U. Paraules et badayl 
Se mudon d'u en u ; 
S'eu per valor no vayl, 
Ja no velray per tu . 



1 121 <î ta! can.— 1123/» guandats. — 1 124 a c et 1 125 a sers. — 1 125 d 
sacen. C'est la croyance à laquelle Serveri de Gironc fait allusion au commence- 
ment d'une de ses pièces: Tolz hom deu far aco quel vielhs cers fa. (Mila. 
Trov. en Esp. p-ijs)-— "25 è santomar. 



io6 

un 



Ab aygua ne ab foc 
Ne ab senyor contendre 
No deu hom, qu'en nuyl loc 
Not pot mas mal atendre . 

1 1 ?4. Las ymages de Roma 
Fasen gran mesastria 
Per cel quel fais consoma 
Mostravon senyoria : 

11^5. Can negus s'elevava 

Contra ceyl senyoratge, 
L'imatges se girava 
Estan en son estatge. 

1 1 ?6. D'aysos deu hom pensar 
Qu'era obra de mal, 
C'hom non deu contrafar 
Son senyor natural . 

iny. Senyori' es tan forts 
Que senyer laxals sens 
De lôyn lay on naix torts 
El cor per pessamens. 

1 1 38 . Enveg' es causa justa 
De las justes del mon. 
Car ceyl c'ab si l'ajusta 
Primeramen comfon. 

! I J9. S'us hom tôt segla avia 
Enquer volria mays; 
Entro lay tornat sia 
On fo, non er trop guays. 



A. THOMAS 
I 140. 



De sant Esperit fo {v°\ 
Hom et non er payats; 
Del tôt ne aura pro 
Tro lay sia tornats. 



I 141 . La terra tôt be dona 
Et tôt lo vol cobrar ; 
Als us gaug abandona 
Els autres fay plorar. 

1 1 42 . De terr' es hom et par, 
Que sit laves la cara 
En vols .j. drap passar, 
Aygu' en trayras no clara. 

114^. So que nos pusca far 
Atorga, can obs sia, 
S'entrels braus vols usar 
Fasen be tota via. 

I 144. Us abats en Castela 
Emparet de mostrar 
A un poli ses ciela 
De letra, de chantar. 

1145. Caries Maynes fo layre 
Et Basi SOS compayn 

A cels quil volgron trayre 
A mort de plaits estrayn. 

1146. Femne es d'ome lats 
Si com filats d'ausiel ; 
Ab femn' es enjanat 
Ans c'ab autra sembiel. 



1 134 Voy. sur cette légende de la Salvatio Romas, à laquelle le nom de Virgile 
a été souvent attaché, l'ouvrage de M. Comparetti, Virgilio nel medio evo, H, 64 
etsuiv. — 1 139 i uabria. — m 45 Sur cette légende, voy. G. PariSyHhl. poét. 
de Charlemagne, ;?. 315. — 1 146 Cf. Eccl. vu, 27: laqùeus venatorum est, 
et sagena cor ejus. 



LES PROVERBES DE GUYLEM 



1 147. Qui vol son enamich 

Pendre, ab femnel gatcha; 
Per sol proverbi dit 
Quetguartsd aquela patcha. 



155 



DE CERVERA lO' 

Hanc Dieu no vole far re 
Que desfar nos pogues 
E quel poder a se 
Del tôt no retengues. 



1 148. De dos te guarderas 
Perpendre no deguts ; 
Acels remembreras 
C'an mal do confonduts. 



1156. 



Es ab sacrificar 
Es ab oracios 
Es ab preyeras far 
Es ab devocios, 



I 149. Alexandri près do 

D'Indis et la puciela 
Quel cuydet passio 
Dar, car era tam biela. 

1 1 50. Aristotils no fos 
Apres d'astronomia, 
Alaxandri per dos 
Perdera quant avia. 

1 1 5 1 . Dieus no vole per nien 
' Qu'en estelas agues 

Tan gran entendimen 
Mas per c'hom se guardes. 



1 1 57. Ab dejunis fasen, 

Be esquivan tots mais, 
Alieuga Dieus tormen, 
Si con reys terrenals. 

11^8. Sans Bernât carn manjet 
Pel frayre chastiar, 
Don miyls lo castiet 
Que sil fases liyar. 

II 59. Non voyles far esquem 
Si Deus te fay honor ; 
Membret del guat d'imfern 
Que fets al fort senyor . 



1 1 52. De 80 qu'es a venir (/. 49) 
Trop miyels te guarderas 
Si ho saps, que cubrir 
Estiers no t'en poras. 



1 1 60 . Al metge di vertat 
Es a ton comfassor 
Es a ton avocat: 
Si no, perdras t'onor. 



11^}. Car l'ivern e Pestats 
Sab hom c'a venir sia, 
Mieyls n'es apereylats 
Que si re non sabia. 

1154. So die per mans disens 

Que nos deu hom guardar 
De les causes vivens 
Que nos podon mudar. 



1161. Femnal pus prim enjana 
Tant hasaber sobrer; 
Membret la Soriana 
Que fes al cavalier. 

1162. La moylers al marit 
Fets la torta tener ; 
Cel tenc per exernit 
C'a femna pot saber. 



1 149 Cf. coupl. 1000. — 1 1 50 /> dostronomia. — 1 1 51 d saguardes 



I08 A. THOMAS 

1 165 . Can ton amie felo 1 167. Guarda quit servira 
Veyras, no deus gabar Ot voira far plaser, 
De re, car nol sab bo, Si per amor fa 

Si nol te vols lonyar. O vol del teu aver. 

1 164. Can le fiyls soffer mal iv) 1168. Car tal ser vex altruy 
Le payr' en sen dolor ; C'o fay per so que agia 

Del payrel fiyl no cal Dos tans may de !uy, 

Sil payr' a mal major. No per amor que l'agia. 

116^. Pus femna vol entendre 1169. La donzeyla cuydet 

En far sen folor. Un burgues veyl desebre 

Geyn et maneyra pendre Ab servir, mas guardel 

Sab de manta color. S'en lo veyl ab recebre. 

1 166. D'un preyicadorfe, 

Ab semblan de bonesa, 
Alcavot, so say be, 
.']'. richa burgiesa. 



i 



LES PROVERBES DE GUYLEM DE CERVERA 



109 



INDEX DES NOMS PROPRES 

ET DES MOTS ET FORMES REMARQ.UABLES. 



Abr.\ai, 65 1. 

Adam, 50., 370, 372, 373, 426. 

Affrica, 1043. 

Agostix (S'), 642, 827. 

Agust César, 183. 

Alas, 496. 

Alexandris, 873, 875, 1000, 1119' 

1 149, 1 1 50. 
Ananias, 872. 
Anna, 927. 
jrelar, 93 (=: heretar). 
Aristotils, I 1 50. 
Aron, 622, 1 106. 
atorgar, 1143 (rr autorgar). 
axir, passim (zr: eissir). 
dxorbar, 524 (rr eissorbar). 
Basi, 1 145. 
Benjamin, 903. 
Bernart (S»), 257, 711, 806,907, 

1158. 
Carles-Maynes, 1145. 
Castela, 1 144. 
cayment (?), 947. 
Caym, 840. 
César, 183, 521. 
Chato, 486. 
CiCILIA (S'3), 366. 
Corinthis (pistola als), 574. 
David, 45 i, 919, looi. 
délivre^ employé adverbialement, avec 

le sens de « sur-le-champ », 231, 

277. 986. 
Diana {Na), J12, ^13. 



Egiptes(/o rey d'), 806. 

Elizeu (/'), 629. 

Elyodorus, 624. 

enayguar, v. act., couper d'eau (en 

parlant du vin), 42. 
Erodes, 795. 

Espanya (la reyna </'), 999. 
(spiyl, héritier, 320. 
estellyns (?), 173. 
EvA, 371, 372, 373. 
Ezahu, 502. 
ferles, papillons, 182. 
FoRiA, 531. 
Fransa {to rey de), 954. 
Gesai, 762. 
gibrar^ tourner, 1 1 . 
Guylem de Cerveira, 1 , 628. 
Indiench (/'), 1000. — Indienchs 

(los), 1 106. 
Indis, 1 149. 
Ipocras, 439. 

ISACH, 320, 321. 

istorias ' ; del pescador e del guat, 7 1 ; 
del mark e dels diables, 102; du dépo- 
sitaire infidèle, 136-137; d'ayceyl 
quin la preso se mes, 207; del lop e 
de l'anyel, 494 ; de l'ase e del leyo, 
495 ; de la talpa, S2^;de la serpen, 
de l'osqu e de la fossa, 630; de cel 
c'anava pendre, 643 ; de l'escudier e 
de son senyor, 689; del pol e del 
mita, 700; del philosoph veyl, 812; 
del texidor, 976 ; de ceyl per cui fol 



I. Nous réunissons ici les renvois aux nouvelles dans lesquelles ne figurent 
pas de noms propres. 



portais de Roma derocats, 995 ; de 
la reyna que Jets aucir son marit al 
bayn, 998 ; del guat d'infern, 1 1 59; 
de la moyier, del marit e de la torta^ 
1162; del preyicador e de la bur- 
giesa, 1166; de la donzela e del 
burgues, 1 169. Voyez en outre Cas- 
tela^ Espanya^ Fransa, Roma^ So- 
riana, Tristayn, Vergili, etc. 

ivasosamens, adv., rapidement, 435. 

Jacme (S'), pèlerinage, 665. 

jags (?), 166. 

Jéricho, 871. 

Jeronim (S*), 299, J46, ^29, ^31. 

Jérusalem, 875. 

Job, 717. 

Johan-Baptiste (S'), 956. 

JOHAN l'EvANGÉLISTE (S'), 26 1. 

Josaphat, 897. 

JosEP, fils de Jacob, 806. 

JosEP, époux de Marie, 929. 

Lamechs, 840. 

lenguar, bavard, 418. 

Levitich, 616. 

l0mbardie, 166. 

Lots, 530. 

LucA (Lucain), 1043. 

LucH (S»), 826. 

Magdalena, 910, 941. 

Malachies, 617. 

manifest (ab), ouvertement, 793. 

Marcer (zr Macer), 1043. 

marfar, v. n., se flétrir, 511. 

Mathieus (S<), 907. 

/ne/, s. fém., miel, 393. 



Mercuri (la mon de), 1 10. 

Mertis (S»), saint Martin, 981. 

MoYSEN, 383, 896. 

Nabugadonasor, 3^9, 865, 1107. 

Nohe, 355. 

Octopigoras (Pithagore?), 439. 

Peyre (S'), 615. 

pic, s. m., piqûre, 393. 

Psalm {Lo)^ voy. David. 

Raynart, 625. 

Reys [Livre dels), 66. 

RoBOAM, 702. 

Roma, 665, 739, 995, 1043, 11 34. 

Roman (/;), 709. 

Salamo, 23, 387, 994. 

sejornial, adj., de loisir, 168. 

Semso iSamson), 994. 

Senacherip, 645. 
Seneq.ua, 907. 
SoRiANA (la), 1 161. 
Tam.\r, 558. 

teri, -j-jj, espèce de monnaie; voy. 
Raynouard, Lex. rom.^ V tari, et 
Du Gange, Gloss., \° tarenus. 
tesura, filet, 186. 
Tristayn, 997. 
tutchar (?), 452. 
ugar (.?), 102. 

Utero (Deuteronome), 423. 
venarsal, venertzal^ adj., léger, frivole, 

22, 1089. 
Vergilis, 996, ÎO41. 
Xixen (En), 51}. 
Ysayes, 828. 



L'ESCRIVETO 

CHANSON POPULAIRE DU MIDI DE LA FRANCE 



J'avais réuni quelques versions de la chanson de l'Escriveîo avec 
l'intention de les publier dans Mélusine et de provoquer une enquête sur 
ce sujet, lorsque je vis qu'il venait d'être traité d'une manière très appro- 
fondie par M. le comte Nigra dans la Romania (XIV, 2^1-273), so^s 
le titre de : // Moro Saracino, canzone popolare piemontese. La question se 
trouvant être ouverte dans la Romania, il était à désirer que les supplé- 
ments d'information relatifs à cette chanson parussent également dans 
cette Revue. C'est ce qui m'a engagé à publier ici les quelques versions 
que j'ai rassemblées '. 

Eugène Rolland. 
I 

VERSION DE BRASSAC (tARN*) 

Lou viscont' se marido lou visconte joli, 
2 N'a preso l'Escrivoto la flou d'aquest pais. 

La n'a presa tan jouve noun s'en sap pas vesti. 
4 Quand la ne mand' a l'aygo noun s'en sap pas veni. 

S'en va set ans en guerro per la laissa nouiri. 
6 Al cap d'set ans arrive lou visconte joli. 

S'en va tust' a la porto : « Scrivoto, dourbis me? » 
8 Soun pero i responde : « L'Escrivot' n'es p' aici, 



1. Depuis la publication de l'article de M. Nigra, M. G. Guichard a publié 
dans la Revue des langues romanes (août 1885, p. 89-95) une version dauphi- 
noise de VEscrivcto qu'il a fait précéder de considérations d'une valeur fort con- 
testable. 

2. Cette version a été recueillie par M. Jolibois et publiée dans le Revue du 
département du Tarn, 1877, p. 6. — Cette Revue n'étant probablement pas 
entre les mains de la plupart de nos lecteurs, nous avons jugé opportun de la 
reproduire. 



E. ROLLAND 



« Lous Mouros l'a t'an preso lous Mouros Sarazis. 
10 — Que l'anarei be querre quand saurio d'i mouri! 

« Farei fair' uno barco tout' or e argen fi. » 
12 La barco lou transporto dejouts un albrespi. 

Rencontre très lavairos que lavoun lour drap fi : 
14 « Dias mi, vautros lavairos, quun caste! es aici? 

— Aco's castel das Mouros das Mouros Sarazis. 

16 — Dias mi, vautros lavairos, quuno dam' y a dedins? 

— Y a madam' Escrivoto la flou d'aquest pais. 
18 — Dias mi, vautros lavairos, coum fa per i parlai 

— Vou cal avilh'en paure, en paure pèlerin, 
20 « Ana de port' en porto, l'almoyno demanda. 

— Scrivoto, fai l'almoyno als gens dal teu pais. 
22 - Aco seri' impoussible que sias del meu pais 

« Que les auzels que voloun s'en savoun pas veni, 
24 « Soun 00 las iroundelos que voloun tan poulit. 

— si! soun ieu, Scrivoto, ieu sui lou teu amie! 
26 L'Escrivot' met la taulo de boun pa, de boun vi. 

Dio mi, tu l'Escrivoto t'en vouidrios pas veni.? 
28 — Si fait, cert', lou visconte. vouldri' estr' a miex cami. 

L'Escrivot' s'en v'as cofTres prene cinq cens lois, 
30 L'Escrivot' v'a l'estable cauzi pus bels roussis. 

i( Vous mountares lou rouje, ieu mountarei lou gris. » 
32 Sieroun pas dins la barco lou Mouros sier' aqui. 

a Set ans la t'ei nourido de boun pa, de boun vi, 
54 « Set ans la t'ei vestido de vairtz e de sati. 

« So que lario pas aro dal maiti jusqu'al ser, 
36 « Aro, ieu la gardavi per un petit moun fil. » 



VERSION DU CANTON DE BRIVE (CORREZE' 



&-i'~--ir- z=f-;-?=z 


:z=:i-_, 
-g- 


.___,-_. 

__,!_ 


r K l>r-| 

'■— • 


._t_j_ 



Ma - ri - doun lo lA - je - to, Lo Li-je ■ to jo- 



_ ^^ — tzt:__t:pz=::ï! — >_t 



-^ — - — >■ 
II', Ma - ri - doun lo Li - je - 



lo Li ' je - to jo- 



I . Cette version m'a été communiquée par M. G. Godin de Lépinay. 



l'escriveto llj 

li\ Lo ma ri doun tun dzeou, - no que chen po pas vech- 

ti, La ma - ri-doun tan dzeou-no que chen po pas vech- ti. 

Maridoun lo Li)eto lo Lijeto joli'; 
2 Lo maridoun tan dzeouno que ch'en po pas vechti. 

Choun paire lo courdedzo ', choun eiman lo vechti. 
4 L'o leichado a cho mero chet ans per lo nouiri. 

« Apren' a couje, ma mero, couje iou lindze fi. » 
6 Quand lo Lijeto ei grando damando choun mari. 

« Ount' l'anirai atteridre? — Churlou pount dî Paris. . 
8 Tout choun tsami rancountro rancountro Barbari. 

<i Ount' ana vous, Li|eto.? — Voou tsartsa moun mari. 
10 — Lei anyas pas, Lijeto, que ieou l'ai vi mouri; 

« Ai vi ferra lo caicho et Iou mettre dedin ; 
12 « Ai tegu lo tsandelo mai l'ai vi deifeni 2; 

« Me voudrias vous, Lijeto, per Iou vochtre mari? 
14 — Lou meou quo n'er' un dzecune vous ches un barban. J 1 

Lo prend et lo n'en niounte déchu choun tsaval gris, 
16 Lo prend et lo n'emmeno al tsachtel charaji4. 

Al bout de chet anados choun eiman revingait; 
18 Ch'en vai, frapp' a lo porto que li venioun drubi. 
Cho mero n'ei tan lechto, che prend li vai drubi. 
20 « Ount aves lo Lijeto, que venio pns drubi.? » 

— Lo vous ooun emmenado al tsachtel charaji. 

22 — Didza me doun, ma mère, qu'ei bien lort lound'eichi? 

— Huet cheiit chinquanto legos et tretan de tsami. • 
24 Trobo las budzadairos, budzavavou en d'un rioou. 

« Didza me, bud/.adairos coumo l'yappclou' eichi.' • 
26 — Mouchur, eichi i appeioun al tsachtel charaji. 

— Didza me, budzadairos, ma qu l'i recht' eichi? 
28 — qu'ei uno ritso damo qu'ei d'un estran poïs. 

— Didza me, budzadairos, pourio pas ieou l'oouvi s ? 



1 . Lui passe les cordons. 

2 . Je l'ai vu mourir. 

j. Un vieux, un barbon. 

4. Au château sarraziii. 

5. L'entendre. 

Romania, XIV 



114 ^- ROLLAND 

50 ■! Poouja me l'abit roudze, prene lou peleri • ; 

'Na damanda l'ooumorno al noun de Dzieju-Cri. > 
32 Del temps que lo demande n'i dzita qu'un yardi î. 

Del temps que l'amachavo lou paoure cherijioJ. 
34 « De que vous rijais, paoure? n'amachas qu'un yardi 

— Voudria tourna, Lijeto, voudria tourn' al pois? 
36 — Attendais qu'un quart d'ouro vous me veirei veni. 

Ch'en vai a l'echcurio, brido choun tsaval gris; 
38 Del temps que lou bridavo lou vieillard n'en vengait. 

« Lou diable lo te pialo4, bougre de peleri; 
40 « Chet ans te l'ai nouirido de boun po, de boun vi, 

« Chet ans te l'ai couidzado dedin del lindze fi, 
42 (t Chet ans te l'ai bicado ( lou cher et lou matin. » 



m. 



VERSION DU CANTON DE LASALLE (GARD''). 

Maridou l'Escriveto flou de nostre pais, 
2 La maridou tan jouve que si sab pas vesti. 

Soun paire la courdelo, sa maire la vestis. 
4 Soun ome ni vo'n guerro per la laissa nourri. 

Al bout de set anados soun ome vo veni ; 
6 Del pe piqu'a la porto : « Escriveto, dourbis ». 

La maire ni davalo per li veni dourbi. 
8 « Ount es moun Escriveto que mi ven pas dourbi? 1 

— L'aven mandado a l'aigo, la vezen pas veni; 

10 Cl Lous Morous l'aurôu preso lous Morous Sarrazis. » 

— Ounte l'ôu emmenado? » — « Cent legos ièn d'aici. 
12 — ! ieu l'anarai querre quand saupriei de mouri ; 

(I Farai fa 'no barqueto tout d'or et d'argen fi, 
14 "Se lou ven be la buto 7 mi veirez Ieu aici. » 

S'en vo de ribo en nbo per elo descouvri. 
16 Après de semanados el touquet al païs 

Ounte restou lous Morous lous Morous Sarazis. 
18 Troubet très bugadieiros, lou long de soun cami : 

t Adieussias, bugadieiros, lavairos del drap fi, 



1. Laissez-Ià l'habit rouge, prenez celui de pèlerin. 

2. Elle ne lui a jeté qu'un liard. 

3. Se mit à rire. 

4. Que le diable te la pèle. 

5. Baisée; voy. le dict. de Mistral, bica. 

6. Cette version m'a été communiquée par M. P. Fesquet. 

7. Si le vent bien me la pousse, c.-à-d. si le vent m'est favorable. 



l'escriveto 1 1 s 

20 « De eau es, vous en pregue, lou c^stel qu'es aqui? 

— Es lou castel des Morous, des Morous Sarazis. 
22 — Digaz. coumo s'apelo la qu'en el si gauzis ' ? 

— S'apelo l'Escriveto l'Escriveto joli. 

24 — Et coussi pourriei faire per elo entreteni ? 

— Vou C3U ablhia 'n paure, en paure pelegri, 

26 Piei demanda raumorno al noum de Jésus Christ. 

— Chambrieiro, fai l'aumorno al paure peregri. 
28 — Fasez lo vous, madamo, qu'es de vostre pais. 

— Ah! coussi vos que vengou = de gens de moun pais i* 
50 <( Lous ausselous qui voulou podou pas sai veni, 

— Assetat las liroundos que vôu per tout pais. » 

52 — Chambrieiro. sus la taulo met bon pan e bon vi 

f Et bailo li a beure en tasso d'argen fi. ^> 
54 Après vôu a soun coffre per de Iidors5 cauzi, 

Davalou din Testable per prene dous roussis ; 
]6 Un monîo sus lou rouge et l'autro sus lou gris. 

Erou p'ancaro a l'aigo. lou Morou si f'auzi 4 : 
]8 — Emb l'or que tu mi prenes la mar vo treluzi ; 

« Lous roussis que m'emmenos la terro lou treni; 
40 I Set ans la t'ai nourrido de bon pan, de bon vi, 

« Set ans la t'ai veslido de velou, de sati, 
42 • Set ans la t'ai caussado embe de marouqui; 

i Se la ti poudiei téne la ti fariei mouri. 
44 — L'as be que trop tengudo; d'elo aro passe ti. » 

Ansin l'o preso as Morous as Morous Sarazis. 

IV. 

VERSION DE LA LOZÈRE 5. 



:t.-â:7=i=^:riT:;:i^:^^r:j-^j:z:^Tzi;Ti::^=z^-:^i_I„.N_r^3 



Bla - ri - dou F Es-cri -be- to, ma - ri ■ dou V Es-cri - be- io, IjEs- 



cri -be - to jo - U\ V Es-cri - be - to jo - Zi'. 



1. Comment s'appelle celle qui en lui se réjouit, c.-à-d. celle qui y habite. 

2. Ah ! comment veux-tu que viennent, 

3. Des louis d'or 

4. S'est fait entendre. 

5. Cette version a été recueillie, en 1857, par M. Liebich. alors pasteur dans 



!6 E. ROLLAND 

Maridou l'Escribeto, l'Escribeto joli'. 
2 La maridou tan sjuno qe si sa pas besti. 

Sou mari bai en guerre per la laissa nourri. 
4 Al bout de sel anados sou mari bai béni. 

D'un pefrapo la pouerto; « Scribeto, bien m'ouvri. 
b — Lous Maouros l'oou emmenado, lous Maouros Sarazis. 

— Icou l'anarai be querre qon saoubrio de lai mouri; 
8 « Farai faire uno barqueto d'or ou d'arljen fi 

« Et la métrai sus aigo sus aigo ou sus cami. » 
10 Qon seguet al bout d'une rivieiro', 

Troubet dos bugadieiros qe labou lous dra fi : 
12 « Diga mi, baoutres bugadieiros, coumoapelou iou casteld'aqui? 

— L'apelou Iou castel des Maouros, del Maouro Sarazis. » 
14 — Coumo apelou ladamo, la damo q'es dedin .? 

— L'apelou l'Escribeto l'Escribeto joli. 

16 — Coumo poudrai ieou faire per li poudre parla ? 

— Bous caou abiye en paoure, en paoure peieri, 
18 « Li demanda l'acumorno al noun de Tjesus-Christ. 

— Douna qoucon, Madame; un paouro q'ey ici. 
20 — Tsanibrieiro, fai l'aumorno al paoure peltrin. 

— Façet la bous, Madame, qu'es de boste pais. 
22 — Coumo poudrie estre estre de moun pais.'' 

« Qe lous aousselous qe bolou s'i peuedeu pas gandi 2, 
24 « Ammi l'iroundelete qe sai pas soun nis 5. 

— Si soui Le! leou. Madame, qe soui beste mari. 
26 — Tsambrieiro, m.e la taeulo, al pan et al boue bi, 

c Barlet, bai a l'estapie, selle Iou tsabal gris. » 
28 Lous Maouros .sortou de la fenestre, per les beire parti : 
« Adieou nost' Escribete, l'Escribeto joli'. » 



le départen'ent de la Lozère. Elle se trouve dans Poésies fop. de la France, 
Ms. delà Bihl. Nat., t. 11 (Nouv. acq. Ir. J339), feuillet 290. 

1 . Pass.^ge corrompu. 

2. Ne peuvent pas s'y rendre. 

3. EAcepté 1 hirondelle qui, ici, n'a pas son nid. 



L'ESCRIVETO 
V. 



117 



VERSION LANGUEDOCIENNE (SANS INDICATION DE LOCALITÉ "). 

Ma ■ ri'âou lEs-cri - 6c - ta. Ma - ri-douVE&-cri' 






be - ta, VEs - cri - be • ta jo - W, La fleur de 



Mandou TEscribeta, maridou l'Escribeta, 
2 L"Escribeta joli', la fleur de ce pays. 

La maridou tan chouina, que se sap pas besti. 
4 Soun marit bai en guerra per la laissa grandi. 

Aou bout de sept annadas soun mari rebeni. 
6 « Ount' es moun Escribeta, ount' es moun Escribeta, 

L'Escribeta joli', la fleur de ce pays ? 
8 — L'abian mandada a l'aygua a pas sachut béni; 

« Lous Morous nou l'an presa tous Morous Sarasins. 
10 — leou bole l'ana quere quan saouprie de mouri, 
1 Farai faire une barca tout d'or et d'archen fin, 
12 (I Que lou ben la transporta cinq cent legas d'aici. - 

Arribait co das Morous das Morous Sarazins; 
14 Aqui troubait de fennas que derabalou de lin 2 ; 

— Digua me, baoutres fennas que derabas de lin, 
16 « Deques aqueta tourrc et lou castel qu'es aqui? » 

— Es lou castel das Morous das Morous Sarasins. 
18 — Coussi ieou pouriey faire per ye intra dedin ? 

— Bos caou abiya en paoure en paoure pèlerin, 

20 « Demandares raoumorna aou nom de Jésus Christ. 

— Dounas quicon, madame, as chens de bostre peys. 
22 — Coussi bous pourias estre des chens de mon peys? 

« Lous aousselous, que boulou lai podou pas beni; 
24 '< Y a que las chiroundelas que fan soun nis aici. 

— Si fe be. yeou, madame. ne sabe lou cami. >• 
26 Sus aquela paraoula elle chita un grand cri, 

Elle chita un grand cri, recounoui soun marit, 
28 Et la pren et l'emporta dessus soun chibal gris. 



- ys. 



1. Cette version a été recueillie en 18^4 par M. Al. Germain, probablement 
dans les environs de Montpellier. Elle se trouve dans le recueil ms. des Poésies 
pop. de la France, t. II, feuillet 279. 

2. (^ui arrachaient du lin. 



ti8 



E. ROLLAND 



VI. 

VERSION DE GANGES (ARRONDISSEMENT DE MONTPELLIER) 
K . . . K 



ffizîz:^ 



i-'zzf-=ïii^_-!^-5i|:z*=;^.^^ 



• 



Ma • ri-dounVEs-cri - vè - to, Ba - ra boumboumboumboum 



boum ba - ra boum Ma - ri-dou V Es -cri • vè - to, L'Es- 



jo - li\ aïe aïe aïe aïe, VEs- 



cri - ve - to 



en - vè 



- U\ 



^ii 



- to jo - /*', VEs - cri - ve - to jo - IP. 

Maridoun l'Escriveto^ — baraboitm, boum, boum, boum, boum 
2 baraboum 

Maridoun l'Escriveto aie, aïe, aïe, aïei, 
4 L'Escriveto joli' TEscriveto joli'. 

La maridoun tan jhouino que si sa pas vesti. 
6 Soun mari vai en guerro per la laissa nourri. 

Al bout de set anneios soun mari vai veni. 
8 « Ent' es moun Escriveto, l'Escriveto joli'? » 

— Es anado querre d'aigo, la vesen pas veni. 

G « Lous Maurous la to 'ou preso, lous Maurous Sarasins. 

— Yeou l'anarai be querre quan saouprie de mouri. » 
12 Ni faguèt uno barco tout d'or et d'arjhen fi; 

Marcliét set ans su l'aigo sans veire res veni. 



1 . Cette version se trouve dans les Poésies pop. de la France, Ms. précité de 
laBibl. nat., t. 11, feuillet 286. 

2. Vieux mot signifiant femme de petite taille et chétive. Il est encore d'usage 
dans le pays [note de la personne qui a recueilli la chanson]. 

^ Les mots en italique forment le refrain. 



l'escriveto 119 

14 Trovo très bugadieiros que lavoun de dra fi: 

a Adisias, bugadieiros. — Amai a vous, daouphi. 
16 — Diga mi coumo s'apelo lou castel qu'es aqui? 

— Aco 's lou castel des Maurous, des Maurous Sarasins. 
18 — Coumo yeou pourrie faire per lai intra dedins. 

— Vous cal abiya en paoure, en paoure pèlerin, 

20 « Et demanda raoumorno al nouni de Jésus Christ. » 

S'en vai pica a la porto : « Servante, douvri mi. • 
22 Si met a la fenestro, recounoui soun mari, 

Et se ly mest la taoulo, al bon pain, al bon vi. 
24 Se lou menou al coffre al coffre de l'arjhen : 

(I Et prenos ni que gnague per fa nostre cami. » 
26 Lou meno a l'estable per veïre lous poulis: 

• Mountarés su lou roujhe et ieou dessu lou gris. » 



VII. 

VERSION DE LODÈVE (HÉRAULT'). 

^^ ^.^ , 

:F „. * *— F-* — jts » *— ^ 

Ma • ri - doun V Es-cri - ho • ta, VEs - cri - bo - ta jo- 






Ma - ri - doun VEs - cri - bo - - ta, La 



fleur de ce pa - ys. 

Maridoun l'Escribota l'Escribota joli", 
2 Maridoun l'Escribota la fleur de ce pays. 

Se Louis se marida Louis, Comte Louis, 
4 Ne pren una Escribota la fleur de ce pays. 

Se l'o presa jouina, que se sap pas vesti. 
6 Louis s'en bo en guerra per la daissa grandi 



I. Cette version a été recueillie en 18^5 par M. Jules Calvet. Elle se trouve 
dans le recueil ms. des Poés. popul. de la France, t. II, feuillet 282. 



E. ROLLAND 

Al bout de set anadas, soun mari bo bini ; 
8 S'en bo pica a la porta: * Escribota, veni me droubi. » 

Sa mera dilig^nta dit: « Bo vite droubi. 
10 — Ount' ai mon Escribota, mon Escribota joli'? s 

— L'aben mandara a l'aiga, n'es pas sachu rabeni ; 
12 « Lous Morous l'oourou presa lous Morous Sarasis. 

— leou l'anarai la querre quan saouprio de lai mouri ; 
14 « Farai una barca tout d'or ou d'argen fi. » 

Lou ben me lai transporta dins un tan bel jardi. 
16 • Digas me, labairetta, qu'es aquel castel d'aqui ? 

— Lou castel des Morous des Morous Sarasis. 
18 — Comei s'apelo la dama la dama qu'es dedins i* 

— S'apelo l'Escribota, TEscribota joli'. 

20 — Comei yeou pourio faire per di dintra dedin ? 

— Vous cal abilla en paoure, en paoure pèlerin, 
22 « Et demanda l'aoumorna al noum de Jésus Christ. 

— Dounas quicon, madama, al paoure pèlerin, 

24 « Que demandj l'aoumorna al noum de Jésus Christ. 

— Chambriera, me t' en fenestra per beire cal i aqui. 
26 — Madama, acos un paoure, un paoure de vostre peïs. 

— Couci aco pourio estre un paoure de moun peïs ? 
28 <- Lous aousselous que bolou lai sabou pas veni ; 

« Soun que les giroundettas que boou per tout peïs. » 

}o Al prumi boussi que copa ' d'y jetta un grand soupir. 

— Aquel soupir que jetta sembla un soupir de moun marit. 
}2 — Oui, jouina Escribota, ieou soui bostre marit; 

« Soui aici per bous queri se bous boules veni. » 
34 Bai faire un tour des coffres et pren tout l'argen fi, 

Bai faire un tour d'esîable, , caousis lous gros roussis. 
36 — Ieou mountarai lou rouge, et moun mari lou gris. » 

Siogurou pas al pont d'Arma, lous Morous boou béni : 
î8 — Set ans te l'ai nourida de boun pan et de boun bi ; 

« L'argent que tu m'emportas la mar lairio lusi; 
40 « Lou chabais que m'emmenas la mar fairio lusi. » 



Vin. 



VERSION DE l'arrondissement DE BÉZIERS (hÉRAULTI 

Maridou l'Escriboto la flou de soun païs; 
2 L'aou maridado jouino que se sa pas vesti. * 



1. Au premier morceau que (la servante lui) coupe. 

2. Cette version recueillie par M. de Portalou, vers 1854, se trouve dans le 
recueil ms. des Pois. pop. de la Fr., t. II, feuillet 288. 



l'escriveto 

Soun marit ba a la guerro per la laissa- grandi. 
4 Ay bout de set années soun mari ba béni; 

Daou pe pico la porto: « Escribolo, doubris ! 
6 — Soi pas toun Escriboto, mais ta mero, moun fils. 

— Ount' ai moun Escriboto, la flou de soun pais? 
8 — Es annd' querre d'aigo, la besen pa béni; 

<i Lous Morous l'aouran preso, lous^Morous Sarazins. 
lo — Mais ieou l'ar.arai querre, quan saouprio de mouri. 

Faguèt fayre uno barco tout d'or et d'argen fi. 
12 Lou ben li la trasporto dejous un tamari. 

Troubet très bugadieiros laban soun linge fi. 
14 a Diga me, bugadieiros, qu' es lou castel d'aqui ? 

— Es lou castel des Morous, des Morous Sarazins. 
16 — Coussi ieou pourrio tayre per yedmtra dedin ? 

— Abilla bous en paoure, en paoure pèlerin, 
18 « Demanda ye l'aoumorno al noun de Jesu Cri. 

— Fases l'aoumorno, madamo, aou paoure pèlerin. 
20 — Diou bous assiste ! paoure, n'ai pas ni pan ni bi. 

— Fases l'acumorno, madamo, as gens de bostre pais. 
22 — Y a que las hiroundelos que sai fagou lou nis. 

— Fafes l'aoumorno, madamo, a bostre cher marit. » 
24 Faguet serbi uno îaouio de pan et de boun bi, 

S'en anet a soun coffre prene soun argen fi : 
26 li Préparas me mas malos ambe moun chabal gris. » 

Qu.m sou a niiecho ruo, trobou lou Sarazi : 
28 « Ounte bas, Escriboto, ambe aquel pèlerin? 

— Tu n'as mentit, gran Morou, aco's moun cher marit. 
}o — Ieou que l'ay pla nourido de lebres, de lapins, 

« Ieou que l'ay abillado de drap et de satin, 

52 • Que l'ay tengut caoussado de pel de marouquin, 

« Aro tu m'abandounes per aquel pèlerin! • 



IX. 



VERSION DES ENVIRONS DE MONTAUBAN 

Guilalmes se marido, Guilalmes, tant joli, 
2 Ne pren uno fenneto que se sap pas besti. 

Lou ser la desabillo, la bestis lou mati, 
4 Et la baillo a sa mayro per la i fa nouiri. 

Guilalmes ba a la guerro, a la guerro set ans. 



Cette version recueillie vers 1857 se trouve dans le recueil ms. des Pois. 
de la Fr., t. II, feuillet 281. 



E. ROLLAND 

6 Al cap de sel anados, Guilalmes es tournant; 

S'en ba tusta a sa porto: « Escriboto, djrbis. » 
8 Mais sa mayro en fenestro respoun : a N'es pas aici; 
« Lous Meures la t'aou preso, lous Mouros Sarazis. 
10 — Troubarai l'Escriboto quan saxo di mouri. h 

Rencountro de labairos que laboun linge ti. 
12 « Digas, baoutros labairos, qu'es lou castel d'aqui? 

— Es lou castel des Mouros. dal Mouro Sarazi. 
14 — Digas, baoutros labairos, péri dintra, coussi? 

— Abilla bous de suito en paoure peleri, 

16 « Demandares l'armoino, l'armoino al noun de Di. 

— M'en (arias pas l'armoino, al noun de Jesu Cri? 
18 Escriboto en fenestro i en tito un ardit '. 

— Digas, belle Escriboto, coussi bous ses aici? 

20 — Lous Mouros m'en au preso et m'au menado aici. 

— Digas, bello Escriboto, coussi pourries sourti ? 
22 — Anas a l'escurio scia lou bel roussi; 

« lou baou mounta a ma crambo per serca mous abits, 

24 « Passa de crambo en crambo per serca l'or pu fi. 

« Bous me mettrie en sello de bostre gran roussi. 

26 « Si qualqu'un bous demande: Que ne pourtas aqui ;' 

« Dires : qu'es de l'aboueno d'aboueno pel roussi 2. » 
28 — Lou Diables lou t'engulo, lou traite peleri! 

« Set ans iou l'ai nouirido de pa et de boun bi; 

30 « Set raoubos ye croumpades de! bel dra de Paris. » 



X. 

VERSION DE VENCE I ALPES-MARITIMES) ' 
-I ..N- 



$i^=5=^^3=É3i^Jli_^î^=^ 



Oou cas • teou de Li - an - dro U - no fil- 



1. Lui jette un liard. 

2. Il doit manquer ici un vers ou deux, car l'intervention du Maure n'est 
pas annoncée. 

3. Cette version est tirée des Poésies pop. de la France, recueil manuscrit de 
la B. N-, t. III, feuillet 244. Quoique obscure, elle semble se rapporter à notre 
thème. 



L'ESCRIVETO 12? 






lo Vij a Se lou rei îoii soou pessé 



:^izizj>: 






L'a -na - rie de - roou ' ha. 

Oou casteou de Liandro uno fillo ly a; 
2 Se lou rei lou soupesse, l'anariè deroouba. 

Lou rei s'abillo en padre en pèlerin rouman ; 
4 Oou casleou de Liandro rooumouino demandât! : 

« Filletto de Liandro, filleto de quinze ans, 
6 Fagues en paou rooumouino oou pèlerin rouman. 

La fillo es caritouso, l'ooumouino n'y a fa; 
8 En li faguen rooumouino, li a coustré la man '. 

f fillo, la miou fillo, laisse lou pura fa, 
10 Aco es caouque jouin" orne que si voou marida. > 

a fillo, bello fillo, filleto de quinz' ans, 
12 « Moustres en paou la routo oou pèlerin rouman. i 

La fillo es caritouso. la routo li a moustra. 
14 En li moustran la routo, la fillo a deroouba. 

Leis sourdas sur leis armos, encaro leis garçouns 
16 Et vivo noustro reyno, espouso nouastre patroun. 



XL 



VERSION DU PÉRIG0RD2 FRAGMENT!. 

Margarito se bagno e lavo din la mer. 

An tal coumo se bagno passo treys galouneys. 

« Dieu l'adjut, Margarito, de toun pays venen. 

— De mon pays, ah! paouro ! 

« Y 3 qu'a d'aouzel que bolo que n'en saougue béni 
« Nouma Tirondelle que bay pertous pays, 
t Fay lou tour de la France may torno rebeni. 



1. II lui a serré la main. 

2. Ce fragment a été recueilli par M. de Gourgues avant 1857. Il se trouve 
dans le recueil m?, des Poésies pop. de la France, t. VI, feuillet J58. 



124 E ROLLAND 



XII. 



VERSION DU TARN-ET-GARONNE ' (FRAGMENT! . 

Quand Margarido se bagno a l'alo de !a mer 
2 Se praqui ne passaboun très cabaliersou dous. 

Lou dous l'an saludado, l'aoutre non y a re dit 
4 Sounquo: « Adiou, niaynado, benen de toun pays. 

— De moun pays, lou paoure, que n'es ta loun d'aici ? 
6 « Y a pas aousel que bole que n'i posque béni, 

• Soi'nque l'iroudeleto, que posque tourna aici. 
8 — N'as unftay que se marido, ta sorre prcn mari. 

« Tal tu farios, maynado, s'erez al teou pays; 
lo « Ta mayre pla malaoudo, toun payre ensebelit , 

« N'eroun quatre pourtayres — et lou cure fan cinq. 

XIII. 
VERSION DU TARN-ET-GARONNE (FRAGMENT). 

— Fasez mi Parmouineto, Guinoto, la jolie, 

2 * Fasez mi l'armouineto, damo de moun pays. 



Fragment communiqué par M. J. Daymard ainsi que le suivant. 



MÉLANGES 



LE DÉCASYLLABE ROMAN. 

Le vers principal de tout le moyen âge grec est le trimètre iambique 
paroxyton, prosodique dans toute son étendue et, de plus, tonique en sa 
pénultième. Cela est bizarre, mais cela est. Voici deux échaniillons, avec 
la coupe tantôt hephthémimère, tantôt penthémimère ' : 

'loo'j [jpyai; dj/O'joa Ppaa|iôy -/apoia;. 

"E/£'.; t6 -/.auLta tôiv aicvayfjLXTajv ^iov. 

Supposons qu'au commencement du moyen âge ce type se soit cons- 
titué chez les Latins comme chez les Grecs (pour avoir l'accent sur la 
pénult'ème, il n'y a qu'à finir par un mot comme hâbet] . Le premier hé- 
mistiche a la pénultième longue ; en latin, elle sera toujours accentuée. 
Ainsi notre trimètre latin aura deux accents fixes, soit sur la sixième syl- 
labe du premier hémistiche et la quatrième du second, soit inversement. 
Il n'aura pas d'autre accent fixe. 

Cela supposé, raisonnons. Dans un tel trimètre, un sujet de Dagobert 
ou de Charlemagne eût senti l'accent, non la quantité. S'il eût essayé de 
le reproduire, il eût fort bien mis Jlivit au lieu de hàbet à la fin, ou hàbet 
pour flâv'it à la coupe ; il eût de plus oublié la règle de clore par un di- 
syllabe, et il eût terminé le vers indifféremment par multos habet ou par 
quos ajflavit. Avec le temps, d'après ce que nous savons en phonétique, 
latone finale de chaque hémistiche se serait ou conservée ou perdue, 
selon sa nature, car, dans notre trimètre hypothétique tout comme eu 
prose, bona eût fait bune et bonum eût fait bon. Ainsi, en latin parlé du 



Assoc. pour l'tncourag. des et. grecques, J88j, p. 20. 



126 MÉLANGES 

XI* siècle, notre trimètre à la byzantine eût pris naturellement quatre 
formes penthémimères : 

Fors Saragûce kist en une muntâigne 
N'i ad castél ki devant lui remâigne, 
Li reis Marsllies out sun conseil! finét 
Si 'n apelât Clarin de Balaguér. 

ainsi que les quatre formes hephthémimères correspondantes. 

Je conclus que le principal vers roman et le principal vers byzantin 
ont des chances d'être identiques. Cette idée m'est venue en lisant un 
excellent travail de M. V. Henry, Contribution à l'étude des origines du 
décasyllabe roman iParis, Maisonneuve, i886i; M. Henry y réfute avec 
force les systèmes antérieurs, et présente une hypothèse nouvelle, qui 
fait du décasyllabe un cousin de Tiambique scazon de Martial. Cette hy- 
pothèse est irréprochable au point de vue métrique ; historiquement elle 
manque de vraisemblance en ce que le scazon est un vers savant. C'est 
à peine si je m'écarte de M. Henry en proposant de remplacer le scazon 
par le paroxyton byzantin, qui représente par excellence la phase ro- 
mane, si l'on peut ainsi parler, de la versification grecque'. 

Louis Havet. 



ALCUNl APPUNTI SUl « PROVERBl VOLGARl DEL 1 200 » 
ED. GLORIA 2. 

9. De ogni carne magna el lovo aster de la soa. Cosî la stampa ; il 
Marciano : dastira. Il Gloria annota: « reputo l'uno e l'altro vocabolo 



(i. On trouvera plus loin mon appréciation du travail de M. Henry. L'hypo- 
thèse de M. Havet, outre qu'elle a l'inconvénient de postuler un vers lat n dont 
l'existence n'est attestée nulle part avant l'apparition, au x siècle, des plus an- 
ciens décasyllabes romans connus, a le défaut de toutes celles qui cherchent 
l'origine, non de la versification romane, mais d'un vers roman. Je crois que 
c'est là une méthode détectueuse, qui ne saurait mener à un résultat assuré. 
Mais en elle-même, celte hypothèse est fort bien conçue et mér/tail en tout cas 
d'être communiqufr. — G. P.]. 

1. Atti de! r. istituto vcnelo di scienze, httere ed arti, série sesta,tomo terzo, 
pag. 95 segg.— Sono estratti dall' opéra di Geremia Uor\U^T\ox\ç Compendium 
moralium nolabiliurn Epiionia sapienttae. Il Gloria si valse dell' unica stampa 
di Venezia 1^05 e del codice Marciano Lat. VI, 100. Il Rajna mi communica 
chéri sono aitri quattrocodici : Riccardiana (816, Laurenziana (Gadd. Reliqu.46) 
Nazionale di N.^poli (VII. E 2), Darmstadt. I soli proverbii volgari nel 
Magliab. Palch. IV, cod. 128. — Sul lavoro del Gloria si legga la bella disser- 
tazibne del Salvioni nel Giornale stor. délia tctler. ital., VI, 2jj. 



1 PROVERBI VOLGARI DEL 1200 1 27 

scorrezione di s'asten si astienei ». Ma l'Ascoli [Arch. glottol. III, 278) 
aveva già ricordato l'cîi/fr délie Rime genovesi « eccetto che », cor- 
rispondenie a\V estiers àe\ provenz. ed ant. fr. Nella cronica veneziana 
dastier; « riviene a de-exterius... È la prima volta, se non erro, che 
s'incontri codesta combinazione preposizionale ». Ora ne troviamo aitro 
esempio nella vicina Padova. La / è riduzionedi ie ; quantoall' -a, desi- 
nenza che ricorre di fréquente negli indeclinabili, vedi Arch. III, 254, 
n° 13. — Si confronti ora altresî il Flechia nelle annotazioni ai testi 
genovesi [Arch. VIII, 517) s. v. aster. 

12. Chi vol morireel te po alcire ; il Gloria : ^ Chi vuol morire ti puô 
uccidere » senza altra spiegazione. E si puô intendere : Chi non si cura 
délia viia è pronto a commettere qualunque enormità, persino un omi- 
cidio; giacchè in vero, che cosa di peggio puo accadergli, che d'esserne 
punito con la morte, la quale egli appunto desidera.?'. Molto più efficace 
è il proverbio, se corne ha la stampa e secondoil Rajna anche il codice), 
leggiamo el re po alcire , « il disperato attenta persino alla vita del re » . 

16. La stampa non ha l'ara, come dice il Gloria aggiungendovi un sic. 
ma lara = ital. latra, che corrisponde al baja del codice. 

44. H rd/e délia stampa non sla per rétine, che non è ne del toscane 
ne del dialetto, ma va letto retié. 

47. La guera alargà entra e streta ensuà. L'ultima voce viene spiegata 
« sen va ». Ma come s'ha ad intendere ciô ^ H Gloria, per felice intui- 
zione, dichiara : '< La guerra cittadina entra pur per le larghe ed esce 
per le strette ». E questo in vero dice il proverbio, che va letto : La guera 
à larga entra e streta ensûa i« uscita »t. 

58. Mal compra clesura chi toi dinari a osura. Clesura è spiegato 
u chiusura », ma in toscano questa voce come notô il Tobler nel glos- 
sario aggiunîo alla sua edizione di Uguccione da Laodho s. v. closura) 
non ha precisamente il significato délia dialettale; questa significa : 
« TERRENO, PODERE chiuso da sicpc, muro » e cosî via. 

64. Lo stampâio : quel che povolo endevina de rado ch'el no sea ; che 
su per giù è il vox populi vox Dei. Il Gloria accetta la lezione del mano- 
scritto, il quale seconde lui ha cundenna. Anche cosî si potrebbe 
capire; ma, come ognuno vede, la santenza non sarebbe altrettanto 
chiara. Ora il Rajna lesse nel codice endeuna, che è la lezione dello 
stampato ; il copista ommise una délie cinque astedi uin. 



1. Il copista del Riccard. scrive anstcrc de fuora che de la sua, accetlando la 
voce dialettale e la glossa che avrà trovato nel suo originale. Il Laurenziano, che 
volta le forme dialeltali in toscano ed il Magliab., ad esso affine, non capirono 
nulla; esii leggono : ogni carne mangia el (il) lupo. Astore de la sua.. 



128 MÉLANGES 

70. El no è seno repenare a rasejo. Il Gloria : « repennare è voce antica, 
che vale impennarsi, inquietarsi per cosa che non piaccia. Asejo è scor- 
rezione, reputo, di asio...; inierpreto cosi : Egli non è senno di far atto 
di riirosia d'inquieiudine in posto commodo ». Ma fra le sentenze latine 
che precedono il proverbio volgare è quella del vangelo : Durum est contra 
stimu'.um recalcitrare; ed in vero il venez, asejo (oggidi asegio] vale non 
solo « pungiglione délie api », ma altresî « pungolo dei buoi »; cfr. 
Flechia, Arch. III, 167. 

77. Aseno cargà ben amblà. Vuolsi senza dubbio accentare dmbla. Ma 
anche cosî non intendo che cosa significhi il proverbio. Suppongo che in 
luogo di due ben ne sia stato scritto uno solo, e leggo as. cargà ben 
(« asino caricato in modo coveniente, cosi che d'ambedue i lati la soma 
sia eguale ») ben ambla, e sarebbe variante del n" 17: enguar (cosi il 
Marciano, a detta del Rajna, non eugual) soma uon rumpe el doso. 

ijj. Massara dura fa jameja jura. « Significa, mi sembra, rendere 
ladra la famiglia quella donna che non è buona massaja ». « Buona 
massaja » vuol dire « padrona di casa, che amministra bene le cose sue » 
e dicesi specialmente di colei che usa saggia economia e non sciupa il 
proprio; ond' è che, secondo il Gloria, il proverbio verrebbe adiré che 
la dissipatrice dà alla serviiù occasione di rubare, le lascia libertà di 
rubare. E sarebbe sentenza giusia. Ma il proverbio non vuol dire questo ; 
dice anzi che la padrona di casa soverchiamente dura e taccagna obliga 
quasi al furto i suoi servi, giacc'nè costoro, non ricevendo quello ch' è 
loro necessario per vivere, se lo pigliano da se di soppiatto. Si confronti 
il latino che précède : jurari famulos dominas compellel avarus. 

1 58. Non eser largo ai sol.ii e scarso a le medaie (lo stampato ha mane, 
che va letto maiie z=zmïje = fr. mailles]. « Re'ativo l'odierno : Chi tien 
le man strcte, no ghe ne cava, ma gnanca ghe ne mete ». Non ravviso la 
corrispondenza fra i due proverbii. Quello registrato dal Montagnone si- 
gnifica : non fare spese grandi e piccole économie. 

164. Chi ha el mal si ha le scherme. S'intende da se che va corretto 
schernie. La forma antiquata schernia è registrata nella Crusca. 

168. Amore no guarda palazo ne richeze. Cosi, secondo il Gloria, il 
Marciano ; la stampa p.iraco [c = ç =z z). Ma il Rajna lesse anche ne! 
Marciano paraço, che è l'italiano anî. paraggio, fr. parage; amore non 
guarda ne a nobiltà di naîali ne a richezze. 

A. MUSSAFIA. 

P.-S. — Il Rajna mi fa ora sapere che. secondo una communicazione del No- 
vati, v'ha un altro codice delT opéra di Geremia, contenuto in una collezione di 
provenien/.a Belgiojobo che il niirchese Triai ha venduto sta per vendere al 
librajo Hoepfli. 



UN NOUVEAU MANUSCRIT DU «OMAN DE JULES CÉSAR I 29 



UN NOUVEAU MANUSCRIT DU ROMAN DE JULES CESAR 
PAR JACOT DE FOREST. 

On n'a signalé jusqu'à présent, du moins à ma connaissance, qu'un 
seul manuscrit da poème de Jacot de Forest sur Jules César : le n^ 1457 
du fonds français de la Bibliothèque nationale, dont ont fait usage 
Amaury Duval, dans le t. XiX de VHistoire littéraire, et M. Settegast, 
dans le t. Il du Giorn.ile de Filologia romartza '. Bien que ce roman ait 
une valeur assez petite, si, comme M. Settegast a cherché à l'établir, il 
est non la source, mais la mise en vers du roman en prose de Jean de 
Thuin, il peut n'être pas sans utilité d'en signaler un second ms. que 
j'ai trouvé à la bibliothèque de Rouen il y a peu d'années. C'est un livre 
en parchemin, de 26 centimètres sur 17, orné de quelques miniatuns à 
fond d'or bruni, et ayant, sauf dans les pages qui contiennent ces 
miniatures, ]o lignes à la page. L'écriture est de la fin du xiiT siècle, 
et m'a paru être du nord de la France, C'est un des mss. qui proviennent 
du chapitre de Rouen. Il est coté actuellement U. 12. Je l'ai comparé 
attentivement avec les deux morceaux, formant en tout 80 vers, que 
M. Settegast a publiés d après le ms. de Paris, et jai constaté que lés 
différences entre ces deux copies étaient peu nombreuses. Voici, en 
laissant de côté les variantes purement graphiques, les seules divergences 
que j'aie notées pour ces 80 vers : 

PREMIER MORCEAU. 
MS. DE PARIS. MS. DE ROUEN. 

v. 2 2 Qui tant fist en sa vie. Que tant fist et conquist ^ 

^2 qe qu'enviouz en die. coi que nus voz en die. 

56 doutent. doutoit. 

44 reprenderont. atorneront. 

47 mes tant lor en respont. mes itant lor. 

5 1 qu'il de lor bonté ont. que il de lor biens ont. 

55 porra. porroit. 

^8 menteor. envious. 



I. Voy. Romania, IX. 622. 

2 C'est la répétition d'un hémistiche placé un peu plus haut. La bonne leçon 
est donc celle du ms. de Paris. 

Romama, XV. 9 



I?0 



MÉLANGES 
DEUXIÈME MORCEAU. 



6 Quar o. Qu'aveuc. 

7 cornues. agues. 

8 cis tempes. icis tans. 

9 Quar les pierres les erent. Que les pierres les vont. 
1 1 s'iert. s'est 

I ^ parmi les dras ne fust, p. le dos n' i soit. 

Après le V. 14 [Si ronpoient tes pierres. ..) il y a dans le ms. de Rouen 
un vers de plus : Et si vont les Roumains moût durement blesans. 

P. M. 



IV. 



QUELQUES PARTICULARITÉS GRAMMATICALES DU 
DIALECTE WALLON AU XIII« SIÈCLE. 

LES PRONOM PERSONNEL, RÉGIME INDIRECT. 

Le pronom les est employé fréquemment comme datif dans le sens de 
leur : 

... En tesmoingnage de nos homes de fiez et par lor jugement celé dime 
grosse et menue de Pères rendiemes nos à la maison deuant dite por tenir et 
reciuoir perpetuement si corn luur dime ligement et les afFaitames loianient tôt 
ensi ke nostre home de fiez jugarent ke nos en deuiens faire. Et a guerpissemenl 
de nostre frère deuant dit par le jugement de nos homes pais les fu jugie per- 
petuement. 

(Mai 1265. — Chartes de l'abbaye du Val Saint Lambert, n° 284). 

Dans un double de cette charte qui se trouve aux mêmes archives, les 
deux les sont remplacés par lor. 

Et de ceste pais li abbes et couens deuant dit misent auant lettres ki de ce 
furent faites et saeleies des saeaz maistre Ribert Doien del glize de Saint Martin 
de Liège et sangnor Thirri doien del concilhe d'Uffeyet sangnor Nichole doien 
del concilhe de Hozemont et une autre lettre ki est saeleie del saeal mon sangnor 
Gerart de Heran marescaus mon sangnor Henri pir la grasce de Deu esueke 
de Liège, en la quele ilh tesmong ke li maires et li eskeuien de Ramelhu en sa 
présence auoient reconu qu'ilh et li masuir de Rameilhu auoicnl l\iit al abbeit et 
a couent del vaus saint Lambert bone pais et ki bien les sulfioit del bois de 
Rameilhu. 

... Apres nos disons ke Hanons n'ot droit en bois de Rameilhuel qu'ilh 
clamoit, fors k'en cinquante boniers ki furent asseneil et liureit a masuirs quant 



LE DIALECTE WALLON AU Xlll* SIÈCLE 1 5 1 

la pais fut fait del bois entre eaz et l'abbeit et le couent et ki puis les furent 
aboneit. 

(20 mars 1272. — Chartes de l'abbaye du Val Saint-Lambert, n" 324). 

Je pourrais multiplier les exemples, car cet emploi de les est assez 
commun dans les chartes liégeoises du wif siècle. On le rencontre fré- 
quemment plus tard dans les chroniqueurs liégeois, surtout dans Jean 
d'Outremeuse. 

Le patois moderne l'a conservé : 

Le[s] promettont tote assuronce. 

Et qu'on Us freut mâïe pus nuisonce ' . 

Dans les textes wallons du xii'' siècle nous trouvons également cet 
emploi de les. 

pans le Poème moral du manuscrit Canonici 74 d'Oxford : 

Sovent les disoit: Faites ce ke vos ai mostreit... 
Or et argent et terre et posteit les dona 2. 

Dans la vie sainte Juliane, même manuscrit : 

V. ^97 Illoc baniomes les chaitis, 
Ankor les faisomes nos pis 3. 
Dans le Job : 
Quant il dotent de ce ke il encor ne seuenl ke a uenir tes est4. 

Le seul exemple que j'aie rencontré dans un texte non-wallon de cet 
emploi de les se trouve dans le Psautier de Metz, civ, 14: 

Il ne volt point soffrir que nul Us nuisit ne ne feisit grevance. 

Il faut, je crois, voir simplement dans ce régime indirect les la [forme 
de l'accusatif employée pour le datif, cas analogue à lor, génitif dont 
l'emploi s'est de si bonne heure étendu au datif. La langue, dans son 
travail inconscient de simplification, aboutit ici à créer une forme super- 
flue; on comprend que lor ait prévalu et que l'usage de les régime 
indirect soit resté cantonné dans un coin du domaine d'oïl. Ce qui doit 
nous étonner, c'est la persistance de cette forme du xii* siècle jusqu'à 
nos jours 5 . 



1. Choix de chansons et poésies wallonnes^ recueillies par M. El. B. et D. 
p. 56. 

2. Archiv's des missions, série IL 2« série, V, pp. 200 et 202 (Rapport de 
M. P. Meyer: pp. 196 et 198 du tiré à part). 

3. Li vtT del jais , af Hu^o von Feiht/en. Upsala, 1883. 

4. Li Dialogc Giegore herausg von W Focrstér, p. 325, I. ^. 

5. [Cela n'a rien de parliculièrement étonnant. Il n'y a pas création d'une 
forme nouvelle et superflue, mais emploi de Us au lieu et place de lor, leur. 



ij2 mélanges 

2. — Conjugaison du parfait en ont 

La 5* pers. plur. en ont du parfait des verbes en a est assez fréquente 
dans les chartes liégeoises. Cette forme de la ^^ pers., qui se trouve 
souvent dans les textes lorrains, est maintenant bien connue, mais je ne 
crois pas qu'on ait jusqu'ici rencontré la i^'' pers. de ce parfait. On com- 
prendra d'ailleurs que cette r* pers. soit rare, attendu qu'elle était iden- 
tique à la r*" pers. plur. du présent de l'indicatif. Dans ces conditions, 
elle ne pouvait pas persister longtemps à côté de la désinence habituelle 
en âmes du parfait. 

... Et nos Thiris del Preit cheualirs deuant dis, après che ke nos eûmes eut 
le bone veriteit et veùes les Chartres et les esplois ki de che parloient et les iu- 
gemens ki lais en astoient par ceas ki.iugier en deuoient et lugiet en auoient, 
desimes par sentence arbitral et par droit ke mes sires Wilheames d'Astenois 
cheualirs deuant dis n'auoit droit en cel daim ne en cel hiretage qu'ilh clamoit. 
Apres che, nos demandons a mon Saingnor Wilheame deuant dit s'ilh tenoit 
nostre dit, ilh respondil k'oilh et tenir le voloit, puis ke drois et iugemens l'en 
osteuet, quitte le clamoit ne iamais nient n'i clameroit. . . 

(2j juin 1270. — Charles de l'abbaye de Robermont, ancien n" 2). 

... Et nos, après chon, a la proiere de proudomes et des parties desor no- 
meies et a lor requesle, presimes le dit en nos si corn arbitre en tel manire que 
desor est deviseit, et apcllons par devant nos les parties et oïens lor raisons ; 
et, après chon, nos apcllons cheaz ki auoient esteil a couens de mariage et a 



Même fait s'observe dans certaines parties du midi de la France, principalement 
dans le S.-O., où !os tend à se substituer à /or, dans l'emploi pronominal. Ainsi 
dans la chanson de la croisade albigeoise: 

4-60 Et ago la vianda, cla quels (pour que lor) fo mestier. 
5624 E so quels remandra. 

7216 Franc caval.er, deni los (en rime). 

8472 Quels con:iec las novelas. 

Des exemples analogues pourraient être recueillis en grand nombre dans le 
poème de la guerre de Navarre [quels pour que lor, v. 22; disso los, en rime, 
v. 2654). 

Voici une phrase où lor et los sont employés dans le même sens: « E qui 
plus lor deman:ava, l'orssa tes fara » (Coutumes de Prayssas, L.-et-Gar., 
§40^. 

Les exemples de los pour lor foisonnent dans les textes de la Gascogne et du 
Béarn, où lor se conserve, surtout lorsqu'il est construit avec une pré|.osJlion. 
Ainsi, dans les r gistres de la jurade de Bordeaux but lor, per lor, maïc « los 
ac drven deiiunciar » (Arch. munie, de Bjrdeuux, III, 18) M. Bauquier s'est 
trompé lorsqu'il a supposé (Rtv. des langues rom., 2, VI, 249-'jo) que /ou5 
employé comme rég. indirect était pour /ou/5. C'est l'ancien los, l'équivalert du 
français Us. On irouve aUiSi, mais plus rarement, lo pour /; au sing. : « E deu 
|lo portierj lare adobar las portas am lo bosc quels senhors lo devon donar » 
(Coût, de Prayssas, § 21;. — P. M.] 



LE DIALECTK WALLON AU XIII^ SIÈCLE I?5 

doiement délie dame et les fcsimes |urer sor sains de voir a dire en quel manière 
Il dame auoit esteit doiei et cornent cm lediet doier des .xviii. mars desor dis 
et sor quees biens ; cl lor aeriteit csimes mètre en escrit et nos conseilhons sor 
chon a proudomes, a sauoir est a bon clers, a prechoirs, a menoirs, a cheua- 
liers, a maioirs et a tôt le sains del pais, et mesimes jor par deuant nos, après 
chon que nos fumes conseilhiet, les parties desor dites d'oir nostre senlenche 
arbitral sor les querelles ki astoient entre caz. 

(14 mars 1274. — Chartes de la Collégiale Saint-Denis de Liège, ancien 
n«7)- 

Je pourrais donner d'autres exemples, mais je crois que ceux-ci suffi- 
ront : encadrés, comme ils le sont, entre d'autres formes du parfait, ils 
ne laissent aucun doute sur la valeur du temps. 

Ces exemples confirment la théorie de la formation par analogie du 
parfait en ont: le singulier du parfait habituel ayant les mêmes désinences 
que le singulier du fuiur, le pluriel s'est trouvé entraîné, pour ainsi dire, 
à adopter également les désinences du futur pluriel. Je ne crois pas que 
ce pluriel analogique du parfait remonte au delà du xir siècle. Parmi les 
textes littéraires wallons je ne le trouve (à la ]" pers.) que dans le Job 
dont la langue est évidemment postérieure à celle des Dialoge Gregore et 
du manuscrit Canonici 74 d'Oxford. 

J. — PARFAIT EN INS. 

La i"= pers. plur. du parfait pour les verbes en ë, ë, i, peut se former 
par ns au lieu de mes, autrement dit être nasalisée. D'autre part la 
1''^ pers. plur. des autres temps peut, comme en picard, ne pas être na- 
salisée, de sorte que si avoines existe à côté à'avons, en revanche fesins 
se rencontre auprès àefesimes. 

... Et nos Thiris deuant dis, a le requeste et par le volenteit des parties 
deuant dittes, presimes l'arbitre et le dit en nos et cnquesiens le bone veriteit et 
veimesles oeures et les Chartres ki faites en astoient et escritesetsaieleesdel saial 
le noble damme me damme Ysabeal ki iadis fut femme mon saingnor de Was- 
senberg. 

(25 juin 1870. — Chartes de l'abbaye de Robertmont, ancien n" 2). 

... Et nos li home de la Cise Deu ', après chou, donames et fesins dun et 
vesture a dant Henon trecensoir de la maison de la val Saint Lambert desoir 
escrite des vint bonier d'aluen desoirdis a ces de la maison de la val Saint 
Lambert deuant nomeie. 

(31 mai 1274. — Chartes de l'abbaye du val Saint-Lambert n" 529). 

... lequel don et lequel lansage je Giles maires deuant dis mis en warde des 



I . Casa Dei, Cour allodiale de Liège. 



I ^4 MÉLANGES 

eskeuiens dcsordis, a la requeste des parties et des tenans deuant r.omeis Et* 
je li maires et li eskeuin et li tenan desordit en owins nos droitures, 
(lo avril 1275. — Chartes de l'abbaye du val Saint-Lambert, n» 341^. 

Dans l'extrait de la charte de la collégiale Saint-Denis que nous avons 
donné plus haut, on trouve encore un exemple de cette forme du parfait ; 
« Nos... apellons par deuant nos les parties et oïens lor raisons ». , 

On rencontre le parfait en )ns plusieurs fois dans les Dialoge Gregore ; 
je mets entre parenthèse le mot correspondant du texte latin: atcndins 
(exspectauimus) p. 88, 1. 8, poins (potuimus), p. 212, 1. 10; 
quant nos deparlins de la p. 265, 1. 20, desins (diximus), p. 266, 1. 7, 
oins (audiuimus) p. 277, 1. 5. 

Si la désinence en ins de la r^ pers. plur. du parfait ne s'est pas 
maintenue, c'est sans doute parce que cette forme nasalisée, avec l'or- 
thographe picarde et wallonne où ie =: /, et / =- ie, était fort souvent 
identique à la i" pers. plur. de l'imparfait de l'indicatif. Si, dans les 
exemples cités plus haut, enquesiens et owins ne peuvent pas se confondre 
avec les imparfaits {aviens, enqueriens), fesins pourrait être simplement 
une forme graphique de /^/5/>n5. Voici un exemple où le parfait, écrit 
iens, ne diffère en rien de l'imparfait : 

... Et nos, entre les dois parolhes, a le requeste dant abbeit et mon sangnor 
Lowi deuant dit, turnames a un de nos homes de fiez, a sauoir mon Sangnor 
Johan de Parfontriw cheuaiier, et li somungniens sor le feaute ke ilh noj deuoit 
qu'illi nos raportast par droit de cui mes sieres Lowis deuant dis deuoit tenir 
le dit fies. 

(j octobre 1298. — Chartes de l'abbaye du val Saint-Lambert, n° 408). 

Je crois que cette forme du parfait en ins n'existe guère que dans le 
dialecte wallon ; si on la rencontre parfois dans des textes picards en 
vers, c'est seulement à la rime comme licence poétique. 

Emmanuel Pasquet. 



V. 



L'ADJECTIF POSSESSIF FÉMININ EN LYONNAIS. 

J'ai vainement cherché dans la dissertation de Hermann Flechtner: 
Die Sprache des Alexander-Fragmentes des Al erich von Besançon (Breslau 
1882) et dans la Phonétique lyonnaise au xiV siècle que M. Philipon a 
publiée dans le tome XIII de la Romania, la mention et l'explication des 
deux adjectifs possessifs la min et la sin que nous rencontrons dans les 
Œuvres de Marguerite d'Oingt et dans les Conventiones dominorum et B. de 
Varey visitatoris operis [Romania, XIII, ^76-581). La singularité de ces 



L ADJECTIF POSSESSIF FEMIMIN EN LYONNAIS |^^ 

formes, que nous lisons dans les passages suivants, aurait dû, ce semble, 
éveiller leur attention : 

Je desirro vostra salut assi corne jo foy la min (Marg. d'Oingt, p. 36). 
Le servis de nostron Seigneur Jhesu Crit et de la 5;V(gloriousa virginamare, 
(p. 49); 

D'atra main seignia et aprova de la sin (Conventiones, p. 580). 

Malgré leur aspect étrange, l'explication en est fort simple et c'est 
peut-être pour cela que ni Flechtner ni M. Philipon n'en disent mot. Si 
l'on considère que Va tombe dans bateri, cortesi, maladï, il est clair que 
la mia a dû donner la mi devenu la min par l'influence de la nasale initiale. 
La min a donné naissance à la sin. 

Le phénomène que présente la min n'est pas isolé en lyonnais. Les 
œuvres de Marguerite d'Oingt nous donnent menais, p. 36, = médis, 
midi; et manques, p. 36, = masque, maques, maqae, meque, proprement 
(( mais que, sinon ». Dans les dialectes de la suisse romande mei « rien « 
n'est pas minus comme le pensait le bon doyen Bridel. Meï répond 
au fr. mie et remonte aux formes hypothétiques mi mï; cf. la mi de 
pan. 

Des exemples nombreux du même phénomène ont été recueillis par 
nous au Val-de-Bagnes; voir Phonologie du Bagnard, § 252, où j'ai cité 
nin «nid » et « nuit », tenin, vinin, etarnin « éternuer », furnin, femin 
« fumier », min « plus » et « mais», min « pétrissoire », mingro 
« maigre » driimin « dormir », en attribuant à tort à 1'/ le développe- 
ment de la résonnance nasale. Le portugais, comme on sait, a des 
exemples tout pareils. Voir Romania 1882, p. 90. 

Dans le Jorat Vaud) les adjectifs possessifs toniques ont aujourd'hui 
les formes suivantes : la meîna, la seina, la feina, à côté de la myôna, la 
tyôna, la xôna. Les premières remontent à la min, latin, la sin, formes 
auxquelles on a ajouté un a pour mieux marquer le genre. Malgré la 
ressemblance qu'elles ont avec la mienne, la tienne, la sienne, ce serait 
se tromper étrangement de les expliquer comme les formes françaises. 

J. Cornu, 



VL 



LA POÉTIQUE DE BAUDET HERENC. 

Dans leur rapport sur leur mission littéraire en Italie [Archives des 
Missions, \. I, p. 267-2781, MM. Renan et Daremberg ont donné, d'après 
le ms. du Vatican Reg. 1468, d'assez longs extraits d'une Poétique, 
ou, pour prendre le mot employé au xV' siècle, d'une Seconde rhétorique 



I ;6 MÉLANGES 

composée en i4p par un auteur que le ms. appellerait Baoldet Hercut. 
Ce nom étrange a de bonne heure provoqué des doutes, et on a pensé le 
corriger avec vraisemblance en lisant « Raol de Thercut ». Mais, outre que 
la forme Raol pour Raoul est un peu étonnante au milieu du xV siècle, 
le nom de Thercut est fort invraisemblable. J'ai conjecturé que Baoldet 
Hercut était une mauvaise lecture, qui s'e.xplique facilement, pour B<3uWgf 
Herenc, et je me suis adressé, pour vérifier cette conjecture, à M. Ernest 
Langlois, membre de l'Ecole française de Rome, qui a bien voulu me ] 

faire savoir que le manuscrit du Vatican portait en effet Bauhiet 
Herenc. C'est donc le nom qu'il faut désormais donner à l'auteur de 
cette Poétique. Baudet Herenc n'est pas absolument un inconnu. Il faut 
évidemment l'identifier avec le « Baudet Harenc de Chalon » qui, en 
1449 ou 1450, « faisait des ballades devant mon seigneur « Charles 
d'Orléans (voy. A. Champollion-Figeac, Louis et Charles d'Orléans, 
p. 361). 

M. Langlois a copié en entier la poétique de Baudet Harenc', il est à 
désirer qu'il l'imprime. Elle est la troisième que nous connaissions; la 
première est celle d'Eustache Deschamps, la seconde celle qui appartint 
à Monmerqué, puis à A. Firmin Didot, àonlWoli [Ueber die Lais, p. 141) 
a imprimé des fragments, et dont on trouve une description assez étendue 
dans le Catalogue Firmin- Didot, 1 88 1, p. 5? et suivantes. Il y a entre 
ce traité, qui doit remonter environ à 141 $, et celui de Baudet Herenc 
des rapports qui indiquent que ce dernier a utilisé l'œuvre de son pré- 
décesseur (cf. Zschalig, Die Verslehren von Fahri, Du Pont und Sibilet, 
Leipzig, 1884, p. 74I, et qui font souhaiter que les deux œuvres soient 
publiées ensemble; mais je ne sais où est aujourd'hui le ms. Monmerqué- 
Didot. 

G. P. 



I . Je suis informé, du reste, que M. G. Servois l'a copié de son côté il y a 
bien des années. 



COMPTES-RENDUS 



Contribution à l'étude d^s origines du décasyllabe roman, par 

Victor Henry, chargé de cojrs à la Faculté des Lettres de Douai. Paris, Maisonneuve, 
1886, in-8', 47 p. 

Le jeune auteur de ce mémoire, déjà connu fort avantageusement par d'ex- 
cellents travaux linguistiques, présente avec beaucoup de modestie une hypo- 
thèse nouvelle sur l'origine du décasyllabe roman : il serait p!us juste de dire du 
décasyllabe gallo-roman car on est aujourd'hui assez généralement d'accord 
pour croire que les Espagnols et les Italiens nous l'ont emprunte (voy. Rom, 
XIII, 622). Ce vers répondrait au trimètre iambique scazon: 

Baiana nostri, Basse, villa Faustini. 

Entendons bien ce que veut dire l'auteur. Il n'a pas l'idée qu'un vers rythmique 
provienne d'un vers métrique par la substitution de l'accent à la quantité; il 
pense que, d'une versification grécc-latine préexistante, et fondée d'ailleurs sur 
la quantité, il est sorti parallèlement un vers métrique (grec, puis latin) et un 
vers rythmique (latin vulgaire). 

Je n'entrerai pas dans la discussion de l'ingénieuse hypothèse de M. Henry. 
Elle est à coup sûr plus admissible que toutes celles qui ont été proposées jus- 
qu'à présent, et de la façon dont la présente l'auteur, elle peut ne pas trop 
souffrir du fait que le trimètre scazon métrique est assez rarement employé en 
latin ou que le trimètre scazon rythmique ne se rencontre jamais. Mais Tensemble 
de la méthode suivie par l'auteur me paraît déîectueux, et j'ai eu plus d'une 
fois occasion de le dire. Ce n'est pas tel ou tel vers français qu'il faut rattacher 
à tel ou tel vers latin; c'est là un travail mécanique plus ou moins facile, mais 
toujours inutile. Les vers f-'ançais ne nous apparaissent qu'après l'élaboration qui 
s'est opérée dans la langue aux temps mérovingiens, et qui, bouleversant dans 
la langue les conditions de la tonalité, a profondément modifié celles du rythme. 
Avant d'essayer de montrer comment s'est constitué le système de la versifi- 
cation française, il faut étudier comment s'est établi, à l'époque antérieure, le 
principe de la versification rythmique en regard de la versification métrique. 
Une fois ce principe constitué, les différents vers en sont naturellement issus, 
sans que chacun d'eux ait un rapport direct avec une des formes de la versi- 
fication métrique, d'origine grecque, devenues toutes, pour le peuple, incompré- 



M 8 COMPTES-RENDUS 

hensibles avec le principe même de cette versification. C'est donc la question 
préalable que j'oppose aux recherches du genre de celles de M. Henry, tout en 
rendant justice à la science et à la pénétration dont il fait preuve. 

Je n'ajouterai qu'un mot, sur un sujet qui me tient au cœur. M. Henry, 
d'accord avec M. Meyer, de Spire, trouve exagérée l'importance que j'accorde 
au septénaire rythmique, dont les chansons populaires de l'époque impériale 
nous ont conservé quelques fragments. Il est cependant impossible de nier 
que les vers des soldats d'Aurélien, où le rôle de l'accent est incontestable, se 
rattachent à ceux des soldats de César, oii l'accent est encore joint à la quantité. 
Non seulement dans ces vers, et dans tous ceux du même genre que nous con- 
naissons, le second membre se termine par un proparoxyton ou par un mono- 
syl'abe; mais encore dans tous le nombre des syllabes est rigoureusement le 
même ; le vers se divise en deux membres, l'un de huit, l'autre de sept syllabes; 
dans le second membre l'alternance régulière des toniques et des atones est sans 
exception; dans le premier il n'y a d'exceptions (et encore bien rares) que pour 
les trois premières syllabes. Voilà des caractères qui, dès la première apparition 
de ce vers, le différencient nettement du tétramétre trochaïque catalectique tel 
que nous le rencontrons ailleurs. Je n'insiste pas, ayant l'intention de revenir, 
dans un travail spécial, à cette question de première importance. 

Je tiens, en terminant, à faire remarquer que j'ai depuis longtemps abandonné 
l'idée que la versification latine ait pu être rythmique dès l'origine, et que le 
saturnien fût fondé sur l'accent. Il était peut-être permis d'avoir des opinions 
semblables il y a vingt ans; ce serait moins excusable aujourd'hui, et je demande 
à mes contradicteurs de vouloir bien ne plus me les attribuer. Je ne puis 
d'ailleurs souhaiter d'en rencontrer de plus courtois que M. Henry. 

G. P. 

La Chanson de Roland. Nouvelle édition classique, précédée d'une introduction 
et suivie d'un glossaire, par L. Clédat, professeur à la Faculté des Lettres de Lyon. 
Paris, Garnier, 1886, in-12, xxxv-223 p. 

Ce qui distingue la « nouvelle édition classique » de M. Clédat des éditions 
antérieures, et notamment des « éditions classiques » de M, Gautier, c'est sur- 
tout, à ce qu'il nous dit lui-même, qu'il a francisé le texte d'Ox''ord. « C'est-à- 
dire, ajoute-t-il, que nous avons adopté l'opinion de la majorité des romanistes, 
qui considèrent la chanson de Roland comme d'origine française. La langue de 
la Chanson de Roland, telle que nous la rétablissons, est donc le français du 
xi« siècle, d'où dérive le français actuel. Ce n'est plus (?) le dialecte d'où est 
sorti le patois normand. » 

Il y a plus d'une observation à faire, et sur le point de départ du système 
du nouvel éditeur, et sur la façon dont il l'a appliqué. Est-il sûr d'abord que 
« la majorité des romanistes » regarde le Rollant comme français ou plutôt 
francien.? L'absence de formes en -ui pour tonique plus / et surtout déformes 
en i(S3uf j/rc, qui est sans doute une forme empruntée, et engignent. qui peut 
s'expliquer autrement), pour è tonique plus /, indique au contraire, comme 
je l'ai remarqué {Rom., IX, 407), la marche de Bretagne, pays dont Roland 
était comte, comme le berceau de la chanson où il est célébré, et cela 



CLÉDAT, La Chanson de Roland i ^9 

s'accorde fort bien avec la f^rande place faite, non à saint Michel en générai, 
mais à saint Michel du Péril de la Mer. Je ne m'arrête pas à demander à 
M. Clédat ce qu'il entend par « le patois normand », ni à rechercher si le lan- 
gage du copiste du ms. d'Oxford (car il ne s'agit que de lui) peut être l'ancêtre 
d'un parler normand quelconque; ce qui est certain, c'est que le vernis dont ce 
scribea revêtu le texte est un vernis anglo-normand, et que M. Clédat a bienfait 
de l'effacer. Entre la langue du RolLmt et celle qu'on parlait à Paris au xie siècle, 
il n'y avait sans doute pas grande différence, et, surtout dans une édition clas- 
sique, il valait mieux en tout cas raporocher le Rollant du français de France 
que de l'anglo-normand. Mais la tâche n'était pas aussi facile que semble l'avoir 
cru l'éditeur : « L'opération, dit-il, consistait surtout à remplacer par des 
les u provenant d'o longs ou d'u brefs latins ». C'est là une question de graphie 
qui n'a d'importance que pour l'œil : qu'on l'écrive 0, qu'on l'écrive u, le son 
en question n'est pas celui du français. Le français moderne (voy. Rom., X, 40) 
rend, comme on sait, ô tonique du latin vulgaire (ô, «classiques) par ou quand 
il est entravé \tour), par eu quand il est libre (fleur) ; il ne peut descendre d'un 
idiome qui ne tait aucune différence entre les deux (tor et flor, ou tur t\ flur ri- 
ment ensemble). La langue du Rollant n'est donc pas « le français d'où dérive 

le français actuel ». J'ai indiqué plus haut une autre différence. On peut encore 
en signaler d'autres pour des mots isolés, comme D.u pour Dieu, chadir pour 
chadeir\ peut-être m.disme pour medesme. Je me borne à celles qui sont attes- 
tées par l'assonance, et que l'éditeur ne pouvait faire disparaître ; si on exa- 
minait chaque mot du texte, on pourrait se demander si le nouvel éditeur a 
toujours bien mis la forme française au lieu de formes dialectales: cons, par 
exemple, n'est-il pas, à ce point de vue, préférable à cuens, ah à as, charnels à 
chameilz, etc ? Mais en général il faut reconnaître que M. C. .a rempli avec 
soin et attention la tâche qu'il s'était assignée. 

Il ne s'est pas borné à franciser le texte du Rollant; il l'a encore archaïsé, 
notamment par une importante innovation, dont il ne parle p^s dans sa préface, 
et qui est pourtant ce qui. au premier coup d'oeil, distingue le plus nettement son 
édition de touies celles qui l'ont précédée, je veux parler de la restitution cons- 
tante du d intervocal. Il est certain que le copiste d'O avait sous les yeux un 
modèle qui conservait ce d, sinon toujours, au moins souvent, et qu'il l'a sup- 
primé à peu près partout, bien qu'en le conservant çà et là par négligence 
(chiedent, vsdeir, etc.) 2. M. C. a fait pour le Ko//ii/7^ ce que j'ai fait pour 
V Alexis, ce que j'ai conseillé (Rom., XIII, 129I pour le Pèlerinage, et ce que j'ai 
appliqué au Rollant même dans un choix d'extraits actuellement sous presse 5 : 



1 . Il n'est pas sûr que chadir et chadeir n'aient pas existé à côté l'un de l'autre, 
comme tenir et teneir. Mais cette forme soulève une question fort délicate au poiut de vue 
chronologique, que je traiterai dans une note spéciale. 

2. La version norvégienne a dû être faite sur un ms. qui avait aussi conservé çà et là 
ce d. Le neveu de Marsile, appelé Aelroth dans 0, y est nommé Adeiroth, et peut-être le 
curieux contre-sens commis sur le mot arrement (rendu par adra ir.and, d'autres hommes) 
prouve-t il que l'original français avait gardé ici la forme adrement, restituée par M. Clédat. 

3. M. Stengel a procédé de même dans un spécimen du Rollant qu'il a inséré dans le 
livre encore inédit dédié à la mémoire de Caix et Canello. 



140 COMPTES-RENDUS 

il a rétabli le </, tombé à la fin du xi« siècle, dans tous les mots où il a droit de 
figurer. Cette opération n'est pas sans présenter à l'occasion des dilficultés. 
M. Cl. me paraît s'en être fort bien tiré ; je ne vois qu'une remarque à lui sou- 
mettre. Si on rétablit le d devant r {pedre, adrement, etc.), il semble qu'il faille 
également le rétablir devant /, et imprimer non seukmenl crodlede, modiez (0 a 
crollcc, molle:; pourquoi M. C. a-t-il niohz à côté de crollede?), mais Radiant. 
On sait que l'existence de cette forme dans des textes poétiques français est at- 
testée par des témoignages provençaux et sans doute aussi par le Turpin (cf. 
Rom., XI, 485). 

Voici encore quelques formes qui me paraissent critiquables dans la nouvelle 
édition. Le / final est mis ou omis sans régularité. Il aurait mieux valu réserver 
l'/z initiale aux mots d'origine germanique et à hait ; on aurait ainsi évité défaire 
croire et de croire soi-même que Vh d'origine latine pouvait se prononcer et 
empêcher l'élision nécessaire (v. 13, 20; en revanche, au v. 3, il faut altaigne 
et non hal'aigne). Les signes diacritiques sont employés très sobrenient; on au- 
rait pu en être encore plus avare: à quoi bon un tréma dans avions, puisque 
io, ion forment toujours deux syllabes ' .? Quel risque y a-t-il qu'on Use. fredrè, 
puisqu'aucun mot ne se termine pare? N'est-il pas fâcheux d'employer l'ac- 
cent à distinguer les homonymes {set, set ; n'es, nés), ce qui lui assigne deux 
fonctions si différentes.'' et si on le fait, pourquoi ne pas distinguer aussi les 
deux /o, les deux si, les trois la, etc.? Quand on entre d.ins cette voie dan- 
gereuse, on ne sait plus où s'arrêter. L'éditeur écrit saive et sage; il fallait par- 
tout la dernière forme. Filiastre est mauvais, et d'autant plus singulier que 
l'éditeur écrit, bien à tort selon moi, paille, artimailk (qu'il m'attribue, mais 
j'ai proposé artimdlie, etc.). La graphie jiet.t est contraire à tout l'usage du 
moyen âge (Rom. II, 104) ; mais que dire de jiou, Hou? Ce sont là des formes 
qui n'ont jamais existé. Je préfère nedreguarde à redreguarde, le composé étant 
assez récent. Faicon, lion, et autres cas-sujets me paraissent douteux; au moins 
dès l'époque du Rollant on devait dire falcons, lions. De bonc aire., de pute air. 
sont des erreurs (voy. Rom., [IX, 159). Enchadcignez 129 est impossible dans 
une assonance en ê; il faut enchadenez. 

Pour la constitution du texte, M. C. s'est borné à corriger çà et là le ms. 
d'Oxford soit à l'aide des autres manuscrits, soit par conjecture ; il ne paraît pas. 
avoir essayé de se rendre compte du rapport des différentes recensions. Prenant 
donc son texte comme une simple revision du dernier texte de M. Gautier, 
j'en ai lu les mille premiers vers, et, sous la réserve faite ci-dessus, j'ai trouvé 
cette revision en général intelligente et satisfaisante. Cependant dans plus d'un 
passage l'éditeur a laissé subsister des leçons que le sens, la mesure ou l'asso- 
nance devaient lui faire corriger; beaucoup des corrections nécessaires avaient 
été faites ou suggérées soit dans les éditions de Miiller, Bohmer, Hofmann., soit 
dans divers recueils (notamment dans la Ronunia) , et il faut reprochera 



I. Sauf dans marions 227, départions 1900; mais muriuns du ms. doit être interprété 
morjons, et le ms. porte departum = départons. 



L. CLÉDAT, La Chanson de Roland 141 

M. Clédat de ne pas les avoir connues. Voici quelques cas relevés dans ma lec- 
ture, faite très en courant; j'y joins quelques endroits où le nouvel éditeur a cru 
devoir moJifier le texte sans nécessité ou sans réussir à l'améliorer réellement. 
Je signalerai d'abord les infractions à l'assonance, pour lesquelles je dépasse la 
partie du poème que j'ai lue attentivement. Un a oral ne peut assoneravec un a 
nasal : il taut donc changer redreguarde 858. hanslt 1273, sale 3707, marches 
3716, amiralz 2%i\\ en et an féminin ri'assonent pas: prendre est donc fautif 
3710; cinelïm n'assonent pas: mainent de manent est donc impossible 983 (cf. 
Rom. X, 29S); -aille n'assone pas avec £, «, il faut donc changer venlaille 1293. 
Une leçon évidemment erronée est celle des v. 527-8, où dans une laisse en è 
on lit : 

Tanz riches reis conduit a mendistiet: 

Quant iert il mais recredanz d'osteiier ? 

Il est clair que ces deux vers ont été par erreur repris à la laisse suivante, où 
ils figurent à bon droit. 11 faut les remplacer, comme l'ont fait d'autres éditeurs. 
La faute la plus choquante est celle du v. 1986, où chadeite (' cadecta) figure 
dans une laisse en a léminin. La bonne correction n'a pas encore été trouvée, 
que je sache, mais il en faut une. 

Passons aux leçons proprement dites. V. 27 pourquoi changer esmaiiez en 
esmaiur? — 40 (et encore ailleurs) è pour et est une erreur qui m'étonne chez 
un savant aussi versé dans la syntaxe que l'est M. Clédat; cet emploi de et est 
bien connu. — 124 devez (G. vaut mieux que devons. — 147 Vo t par osîages 
est changé en Ço'st; j'aimerais mieux Ça erl, mais je préférerais encore Vos. — 
216 est-il bien nécessaire de changer (avec G.) l'ordre des mots pour mettre 
respont à la fin du vers en place de nevot? — 234 entendut, neutre, me paraît 
préférable à entenduz. — 307 que veut dire Tôt !ols ? je lis Trut ! lots. — 3 SS •' 
faut estrait et non estraiz, et le vers signifie: « Vous êtes parents de fort près. » 

— 391 il vaut bien mieux lire avromes (et. 922) que changer lote en tait pour 
obtenir la forme suspecte amomei. — 397 la ponctuation traditionnelle était 
bonne. — 400 je serais porté à corriger plutôt Le rei mcdisme (et non Li reis). 

— 455 je lirais Sil deûssez. — 4i6 la leçon d'O, mei l'avient a sojrir, me paraît 
fort bonne ; G. corrige me /'cuv/^/jf, M. Cl. fort bizarrement mei l'enu'ut. — 
505 \'e d'oncles ne peut s'élider ; il faut supprimer et. bien que cela semble un 
peu dur. — p 5 Giiaz, que M. Cl. remplace par Faz (avtc G.) est fort bon; 
voyez la discussion de tout ce passage Rom. Xil, 401, où est aussi indiquée 
au V. 519 la leçon v rtisset. — 523 pourquoi un point d'interrogation? — 605 
le complément du vers dé ectueux 5'// i est, bien qu'admis par tous les éditeurs 
depuis Mùller, est peu satisfaisant. La trahison de Guenelon consiste précisé- 
ment à faire que Rolar.d soit à l'arrière-garde : « s'i! y est 0, en quoi peut il le 
tralir encore.? On pourrait lire dcmaneis. — 634 la leçon d'O est bonne, en 
supprimant la; reine., commt reis, sire, dame, peut se passer d'article. — 727 je 
ne vois pas bien la nécessité, ici et 732, de chinger vers, ver en ors, ni de 
changer set en scveut au v. 735, non plus que la en l\n au v. 779. — Le v. 830 
est depuis longtemps une crux interprclum; la leçon d'O Suz sun manlel en fait 
la cuntenance est lort obscure: la correction de Mùller, adoptée par M. G. en- 
fuit (il faudrait enfuet), est ingénieuse, mais on ne trouve pas d'emploi analogue 



1^2 COMPTES-RENDUS 

d'enfoir en ancien français ' ; M. Cl. lit en ''uit, et traduit (au glossaire) : « Char- 
lemagne, en se cachant sous son manteau, se soustrait à la nécessité de faire 
bonne contenance » ; c'est bien cherché et peu vraisemblable. — 836 jolis 
plutôt m une avison d'angele. — 856 pourquoi changer Terre Cerlaigne en De la 
C? les noms de pays ne prennent pas l'an'cle^. — 907 je lirais plutôt Si 
nos mandrat à cause de la construction. 

M. Cl. a accompagné son texte d'une brève introduction littéraire 5, d'une 
esquisse grammaticale 4, et d'une analy:.e bien faite, insérée par morceaux entre 
les divers épisodes du poème, et qui en facilitera certainement l'intelligence. Il 
n'a pas cru, et à bon droit, devoir y joindre une induction ; je regrette qu'il 
n'y ait pas eu presque pas mis de notes : ce ne sont pas seulement des expli- 
cations grammaticales dont ce texte a besoin (et il s'en laut qu'on puisse toutes 
les mettre au glossaire) : un commentaire littéraire, historique, archéolo- 
gique lui donnerait, pour les lecteurs auxquels il est destiné, beaucoup plus 
de clarté et surtout d'intérêt. La poésie du RoUant n'est pas d'un accès aisé, et 
il me semble qu'il eût été bon d'en faciliter l'abord ; c'est ce qu'a fait M. Gau- 
tier dans son édition classique, et son exemple était bon à suivre. 

Le glossaire, étant purement explicatif, ne contvent que les mots qui ont 
beaucoup changé ou manquent dans le français moderne, et ne renvoie pas aux 
passages où ils figurent. L'éditeur justifie cette double restriction par le besoin 
de ménager la place; mais en elle-même elle a de réels inconvénients. Les ar- 
ticles dece glossaire, généralement très satisfaisant, sont parlois assez étendus et 
comprennent des faits de syntaxe, des rapprochements, etc. ; en outre, on y 
trouve, simplement indiquées, les étymologies latines. En le lisant, j'ai fait, au 
point de vue de la forme des mots, de leur étymologie ou de leur explication, 
quelques remarques que je consigne ici, dans l'idée qu'elles pourront servir à 
l'auteur pour une nouvelle édition, que son utile publication ne saurait manquer 
d'avoir bientôt. 

Abatre, absolument « être vainqueur ». Où donc trouve-t-on ce sens.? 

Ate, d'où adate, aate, ne peut venir d'adapîum, qui aurait donné adal ; il 
doit provenir d'habitum; cf. malate à côté de malade (corriger ainsi ce que 
j'en ai écrit, Rom. III, 378). 

Amore. M. Suchier a montré il y a longtemps que ce mot n'existe pas ; il 
faut lire la mon. 



1 . On peut comparer l'emploi d'enclore dans ce vers : En sun mantel son chef enclôt 
(Folie Trisiran. éd. Michel, t II, p. 112). 

2. M. Cl. fait précéder on deux endroits (2489, 2758) le mot Sebre, singulière et 
constante altération, encore inexpliquée, da nom de fleuve Ebre, de l'article, qu'il n'a ja- 
mais dans le ins ; c'est peut-être pour se conformer à une opinion de Mûllerqui me pa- 
raît assez peu fondée 

5. M. Cl. dit que dans notre chanson la « capitale de la France est placée tantôt à 
à Paris, tantôt à Laon. tantôt à Aix ». Paris n'tst pas mentionné dans le Rollant, et 
c'est là une assez giave distraction. 

4. Je relève (p. i >0; un passage tout à fait incompréhensible. « En p ésence de la 
forme t drecez », 1-j première pensée de l'élève sera sans doute de cherciier drecER, qu'il 
ne trouvera pas : l'infinitif de ce verbe est drec.ER »-. mais alors pourquoi pas dreciez ? Le 
plus singulier, c'est que dans le texte (v. 2829), o.i lit correctement dreciez. 



L. CLÉDAT, La Chanson de Roland 14^ 

Angrest pour engrcs est une fantaisie sans aucune base, qu'il faut simplement 
rayer. 

Bjcheler. L'étymologie de ce mot reste inconnue ; mais pourquoi voufoir qu'il 
vienne de iachelaie? C'est évidemment l'inverse qui est vrai. 

Barbamosche ; « la forme française actuelle serait Barbcinouchc ». Alors pour- 
quoi ne pas écrire par a tous les e féminins? 

Bricon « misérable, fou » : rayer le premier mot {Rom. IX, 626). 

Bue. « Paraît de même famille que buste, dont il a le sens ». Erreur bien su- 
rannée ; tout le monde sait que bue veut dire « tronc » et non « buste ji, et est 
l'ail, bue (au). Baueh). 

Conteneer. Pourquoi cette graphie.? il faut eonteneicr. 

Enhaiticr, « bénir ». Je lis au vers 1693 gue vos en haitet f et je comprends 
tout autrement. 

Envadir viendrait d'un vçrhtvadir, mais vadere n'a rien donné en roman , 
itivadir vient d'i nvadire pour in vadere. 

Esjredcr « effrayer et courroueer >■. : ni l'un ni l'autre, mais « troubler » (Rom. 
X, 443). 

Eslegier « lat. *exlitigare, disputer ». Tout est faux, et on a assez 
éclairci ce mot pour qu'une pareille explication ait lieu de surprendre (voy. 
Rom. Xll. 382). 

Esloltie « lat. *stultiam ». Il se rattache peut-être plutôt à estait de l'ail, 
stolt. 

Estorn., I. Estorm. 

Eve: d'après la graphie adoptée par l'éditeur, il fautive. 

Geste. Geste Fr'ancor 3262 devait être laissé tel quel ; c'est ici le pluriel latin 
Gesta Fra corum. 

Guige, « origine incertaine; étoffe qui servait d'ornement ou d'attache au 
bouclier. • Lisez: « origine germanique: bande qui suspendait l'écu au cou ». 

Jamcil. Le ms. a jjmeiz au plur., qui renverrait en effet à jjmeil., mais un é 
lermé ne pourrait assoner avec è, ai; il faut lire jamtls, au sg. jamel. Le lat. 
*gamelum (aussi dans G.) m'est inconnu. 

Judise : « le vrai judise, c'est la vraie religion ». Où est ce sens.? 

Laidement. A propos du vers où il est dit que Marsile, blessé, plein de dou- 
leur et de honte,. Sor la vert (tl non verte) erbe moll laidement se colchet, M. Cl. 
fait cette singulière remarque: « Laidement est un adverbe de nature qui est ap- 
pliqué à l'action de Marsile parce que celui-ci est un mécréant. C'est comme si 
l'auteur disait : le mécréant Marsile se couche sur l'herbe ». 

Lorent. Cette forme est inconnue au moyen âge, qui de Laurenlium fait 
régulièrement Lorenz. 

Luder : I. loder, de lûtare (Rom. X, 43). 

Matir me paraît n'avoir rien à faire avec le mat des échecs, mais tenir à mate. 

Nois: <( origine incertaine ». Mais l'étymologie nausea est très bien établie. 

Nosehe ne signifie pas « collier », mais « bracelet ». 

Puleelle • vient d'un diminutif de pulla, qui a lui-même donné poule », 
preuve qu'il n'est pas l'auteur indirect de pulcele. qui seraa polcele ; pullicella 
est un diminutif de puella, où l'u s'est allongé par suite de sa fusion avec i'c. 



144 COMPTES-RENDUS 

Quat « subst. verbal du vieux verbe quatir= secouer » ; on voudrait connaître 
l'étymologie de qiiatir. 

Quile « lat. *quittum, qui se rattache à quietum ». Q_uittum ne pourrait 
donner que quil; qmti est l'adj. verbal de qah'uf (cf. Rom. Vlll, 448). 

Sain:. Il y a longtemps que nous avons ind que ici (X, 304) la jolie décou- 
verte de M. Suchier, qui a reconnu dans « les Saints » la ville de Xanten, 

Sa^cou^ lat. sarcogum pour sarcophagum »; cette forme barbare est 
bien inutile; sarcophagum donn; régjlicrement sarcuef, plur. sarcdes., à'oh 
plus tard le sing. sarcue, changé ensuite en sjrcueil, ccrcutU. 

SoJuisant ei,l une forme erronée; on ne trouve, au moins dans ce sens, que 
soduuint. 

Terremoete « lat. terra mota » ; c'est impossible, on aurait tcrremodc ;\\sez 
* movita (cf. Rom. X, 58). 

TincI est présenté (d'après G.) comme un diminutif de tlgnum ; mais l'étymo- 
logie de ce mot a été donnée depuis longtemps par Diez : il vient de tTna avec 
le suflF. -a le m et non -ellum . C'">mme le montre l'assonance 

.A côté de ces observations, dont quelques unes n-.ontrent que l'auteur ne se tient 
pas suffisamment au courant des acquisitions journalières de la science, il serait 
injuste de ne pas ajouter que !e glossaire de M. CI. contient des remarques fort 
intéressantes, notamment en ce qui concerne la syntaxe, et qu'il paraît bien ap- 
proprié au but que l'auteur s'est proposé après M. Gautier, et que nous leur 
souhaitons à tous deux d'atteindre: faire une édition du RolLint qui rende le 
texte compréhensible sans trop de peine, et en faciliter ainsi l'introduction et 
l'usage permanent dans le haut enseignement secondaire. En ce sens l'édition de 
M. Clédat marque certainement un progrès sensible ; il saura sans doute, en la 
revoyant et en la complétant, la rapprocher de plus en plus de la perfection. 

G. P. 



Sur la versiBcat'on anglo-normande, par G. Vising. upsula, Almqvit et 
Wiksel!, 1S84. ln-8", 91 pages. 

Le titre de cet opuscule peut induire en erreur sur l'objet traité. On s'attend 
à des recherches sur quelques-uns des faits qui caractérisent la versification 
du français transplanté en Angleterre, notamment sur les formes de vers ou de 
strophes en usage dans la poésie anglo-normande, et on s'aperçoit avec quelque 
surprise que l'auteur traite d'un seul point, à savoir si la versification des poètes 
anglo-normands est ou n'est pas syllabique, comme celle des poètes français du 
continent. C'est assurément une question qui intéresse la versification, mais en 
réalité elle se rattache bien plus encore à la phonétique, puisqu'il s'agit en 
somme desavoir comment les Anglais prononçaient, à des époques déterminées, 
certains sons français. Je m'empresse d'ajouter que mon observation s'adresse 
surtout à ceux qui se sont occupés du sujet avant M. Vising, et qui ont traité 
la question sous un titre qui ne lui convenait pas. L'opuscule de M. V. 
est en effet un travail de critique dans lequel l'auteur passe en revue, un peu 
longuement peut-être, et discute les théories exposées par ses devanciers sur la 
constitution du vers anglo-normand. Ces théories sont i'' celle de M. Suchier, 



visiNG, La versification anglo-normande 145 

adoptée par divers savants allemands, et en dernier lieu par M. Fœrster 1, selon 
laquelle la versification anglo-normande, tout en restant en partie romane, aurait 
subi fortement l'influence germanique (ici anglaise), en ce sens que les vers 
anglo-normands ne seraient plus strictement syllabiques comme les vers français, 
mais auraient comme élément constitutif, outre la rime, un nombre fixe d'accents 
dans chaque vers; 2" celle des savants français (qui sont les deux directeurs de 
la Romania) selon laquelle la versification anglo-normande n'aurait admis aucun 
principe étranger à la versification française du continent, mais présenterait des* 
irrégularités, des incorrections, si l'on veut, causées par ia rapide altération que 
les sons français ou normands éprouvèrent sur le sol anglais. M. V. se rallie à 
« la théorie des savants français », ce que, naturellement, nous ne pouvons 
qu'approuver, et il fait valoir contre la théorie de M. Suchier (ou dont il croit 
M. Suchier l'auteur) d'assez bons arguments. S'élevant à des considérations de 
haute psychologie, M. V. veut bien dire que l'opinion à laquelle il se range 
n'est pas seulement « une théorie de savants français », mais que « c'est une 
théorie toute française en comparaison des autres plus comoliquées qu'ont pro- 
posées les Allemands B. C'est là une appréciation qui nous flatte, mais sur 
laquelle il n'appartient pas à un Français de se prononcer. Qu'il me soit permis 
toutefois défaire remarquer à M. V. que les « théories allemandes » ne sont 
pas aussi proprement allemandes qu'il se le figure. M. Suchier n'a guère fait 
autre chose, dans son mémoire sur la Vie de seint Auban 2, que développer des 
idées déjà émises par M. Atkinson, l'éditeur de la vie de saint Alban. Et c'est 
parce que j'avais dès l'origine contesté absolument > les vues de M. Atkinson 
sur la façon de scander les vers anglo-normands, que je n'ai pas cru utile de 
discuter celles de M. Suchier. 

Tout en donnant raison à M. V. (et comment ne le ferais-je pas, puisque 
l'opinion qu'il a adoptée est celle que G. ParJs et moi avons toujours soutenue.?), 
je ne puis m'empêcher detrouver que sa discussion est un peu molle, qu'elle 
place sur le même plan des arguments de valeur inégale, qu'enfin il ne pose pas 
avec assez de décision la question sur son véritable terrain. Les faits sont ceux- 
ci : les irrégularités métriques (si l'on veut les vers faux) sont incomparable- 
ment plus nombreuses dans les mss. anglo-normands que dans les mss. français 
du continent. Cela admis, on se demande ordinairement si ces irrégularités sont 
de véritables fautes commises soit par les auteurs soit par les copistes, ou si 
elles peuvent être légitimées par une manière de scander propre à l'Angleterre. 
Je n'hésiterai certainement pas, d'accord avec M. V., à accepter la première 
explication et à rejeter la seconde. Mais je crois que la question, posée en termes 
aussi généraux, n'est pas susceptible d'une réponse tout à fait satisfaisante. Il y 
a un tri à faire entre les documents sur lesquels on raisonne. Avant tout il 
importe de ne pas confondre les irrégularités introduites par les copistes avec 



1. Dans un article du Cenîralblatt du 24 janvier 1885, qu'il a réimprimé en grande 
partie dans la préface du t. IX de son Altjranzœsische Bibliothek., et qui vise à réfuter 
le travail dont nous rendons compte. 

2. Voy. Romania, XI. 144. 

3. Dans VAthentsum du 24 juin 1876. 

Romania, XV. 10 



146 COMPTES-RENDUS 

celles dont les poètes eux-mêmes ont la responsabilité. Ceux qui ont manié des 
mss. anglo-normands (et j'en ai manié plus que personne) savent qu'un grand 
nombre de ces mss. sont l'œuvre de scribes anglais qui ne savaient qu'un 
français fort corrompu, et ne pouvaient avoir aucune idée de la mesure des vers. 
Ces copies doivent être résolument écartées : il n'y a rien à en tirer pour la 
question qui nous occupe. Les seuls textes à invoquer sont ceux que nous 
sommes assurés d'avoir tels qu'ils sont sortis de la plume des auteurs, soit que 
nous possédions l'autographe même du poète ou une copie faite sous ses yeux 
et revisée par lui, soit que les copies se présentent dans des conditions telles que 
la restitution de l'original puisse être faite à coup sur. Or, jusqu'ici, nous 
n'avons pour aucun ouvrage de la littérature anglo-normande une édition critique 
fondée sur un classement certain des copies, et d'autre part la vie de saint Alban, 
qui a été le point de départ des recherches de M. Atkinson et de M. Suchier, 
est un document sans autorité pour le point qui nous occupe, puisqu'on ignore 

.quand le poème a été composé et dans quelle mesure l'unique copie qu'on en 
possède est fidèle à l'original, l'opinion de M. Alkinson, qui attribue la vie de 
saint Alban à Mathieu de Paris, étant évidemment inacceptable. De sorte qu'en 
somme on a opéré jusq^j'à présent sur des données tout à fait insuffisantes. Mais 
actuellement nous avons au moins deux poèmes, du même auteur, il est vrai, et 
contenus dans le même ms., pour lesquels une copie autographe nous est par- 
venue : c'est la traduction du Dialogue de saint Grégoire et de la vie de saint 
Grégoire par frère Anger. de Sainte-Frideswyde. Voilà un texte absolument sûr 
et précieux en ce qu'il est daté de temps et de lieu : la version du Dialogue a 
été achevée en 12 12, celle de la vie de saint Grégoire en 1214, et ces deux 
ouvrages ont été composés et copiés à Oxford. Je n'hésite pas à dire que la 
publication de la vie de saint Grégoire dans le t. XII delà Romcinia a porté le 
coup de grâce au système de MM. Atkinson, Suchier et consorts, et on peut 
regretter que M. V. n'en ait pas tiré parti dans sa discussion 1. En effet, le texte 
parfaitement sûr d'Anger nous offre un vers construit d'après les principes 
adoptés dans la versification française du continent. « C'est, avec une correction 
« un peu moindre, la versification de tous les poètes de la France continentale 

. t qui vivaient au même temps » [Romania^ XII, 201). Ce que j'appelle une 
correction un peu moindre consiste en ceci que, de temps à autre, les postto- 
niques ne comptent pas dans la mesure, principalement lorsqu'elles sont en hiatus 
avec la tonique qui précède. C'est ainsi que la finale -ent ne compte pas dans 
ce vers: Grâces rendaient dévotement (v. 2588). Mais il n'y a là rien de con- 
traire au principe fondamental de la versification française, qui est la fixité du 

■nombre des syllabes. Sur le continent, au xiip siècle, on faisait sonner la finale 
atone de rendaient, et par conséquent on la comptait pour une syllabe ; en 
Angleterre, au contraire on ne la prononçait pas et par conséquent on pouvait 
ne pas la compter. Mais on pouvait aussi la compter, parce qu'en Angleterre 
le français devenait de plus en plus une langue littéraire, soustraite dans une 



1. Il est à croire que lorsque la vie de saint Grégoire a paru, le travail de M. Vising 
était déjà rédigé. 



visiNG, La versification anglo-normande 147 

mesure variable à l'influence du langage parlé et par contre soumise jusqu'à un 
certain point à l'influence du français continental. Il est parfaitement admis- 
sible que pour le cas susindiqué un poète ait suivi tantôt sa propre pronon- 
ciation, tantôt l'usage continental qui reposait sur une prononciation difTérente. 
En tout cas, il est absolument sûr qu'aucun principe nouveau, inconnu au fran- 
çais de France, n'est intervenu dans la versification d'Anger. Faut-il admettre 
que le principe nouveau, emprunté à la versification germanique, que suppose 
M. Suchier, et qu'Anger n'a certainement pas connu, a pris place dans la 
versification d'autres poètes anglo-normands? Mais alors qu'on me présente des 
textes siirs, et non pas des textes oia on ne sait distinguer ce qui appartient au 
copiste de ce qui est l'œuvre de l'auteur, et nous discuterons. Présentement on 
n'a produit' qu'un seul texte réellement digne de confiance: les poèmes d'Anger, 
et ce texte est absolument contraire aux théories que combat M. V. et que je 
combats avec lui. 

Ce n'est pas que tous les poèmes anglo-normands aient eu, à mon sens, le 
degré de correction qu'offre frère Anger. Je ne prétends rien de pareil. Il a pu 
exister au même temps des poètes beaucoup moins corrects. En certains milieux 
le français s'est conservé mieux qu'en d'autres. Les poètes nés en Angle- 
terre qui avaient eu occasion de séjourner en France devaient écrire en meilleur 
français que ceux de leurs confrères qui n'avaient pas eu le même avantage. En 
somme, s'il est vrai que le français, et par suite la versification, a été s'altérant 
de plus en plus à partir de la conquête, et surtout à partir du temps où Jean- 
sans-Terre eut perdu ses possessions continentales, on ne saurait pourtant, 
sans témérité, fixer des règles linguistiques générales s'appHquant à l'ensemble 
des poètes d'une époque. Dans les cas même oij on peut prouver que l'irrégu- 
larité dans le nombre des syllabes est le tait du poète, il y a lieu de repousser 
absolument le système de MM. Atkinson et Suchier, qui comptent les accents 
au lieu de compter les syllabes. M. V. dit (p. 50) que pour de telles irrégula- 
rités la seule explication possible est que les poètes « ont mal appliqué les 
règles de la versification française » ; et, au fond, il a raison, bien que l'expres- 
sion ne réponde pas tout à fait à la réalité. Vainement M. Fœrster ' prétend 
qu'il vaudrait autant dire que les poètes n'ont pas su compter 4, 6, ou 8 sylla- 
bes ! En vérité, la chose n'est pas si simple, et, s'il y a ici autre chose qu'une 
boutade, M. P'œrster, qui aime à reprocher à ses adversaires de ne pas comprendre 
la question, s'expose au même reproche. Car on peut savoir compter jusqu'à huit 
et ne pas savoir quels sont les éléments qu'il faut compter. Les éléments ce sont 
ici les syllabes. Ne perdons pas de vue que beaucoup de poètes anglo-normands, 
et des meilleurs, devaient être indécis entre leur propre prononciation et l'usage 
qu'ils voyaient suivi dans les poèmes écrits sur le continent. Mais il y a plus. 
On peut être très fort en calcul et ne pas savoir qu'un vers doit avoir 8, 10, 
12 syllabes. Or tel était certainement le cas d'un grand nombre de poètes anglo- 
normands, surtout au xin« siècle, lorsque la fréquence des rapports avec la 



Dans l'article indiqué ci-dessus. 



148 COMPTES-RENDUS 

France eut diminué. Beaucoup rimaient en français, parce que c'était la mode, 
qui, en dehors de la rime, n'avaient qu'une idée fort confuse des règles de la 
versification romane et qui, assurément, se préoccupaient moins encore d'ap- 
pliquer les règles de la versification anglaise. 

D'ailleurs est-il donc en soi si étrange que des Anglais, prononçant le français 
autrement que les Français du continent, n'aient pas su mesurer leurs vers, ou 
même n'aient pas su — je l'admets pour quelques-uns — qu'il fallait les me- 
surer.? Le contraire eût été véritablement surprenant. Et ce qui s'est passé en 
Angleterre s'est produit, bien que sur une moindre échelle, dans le nord de 
l'Italie. Les jongleurs de la Lombardie et de la Vénétie, quand ils se sont misa 
versifier en français, ont eux aussi péché contre la mesure, faisant des vers trop 
longs et des vers trop courts. Dira-t-on que leur manière de versifier a été 
déterminée par une influence germanique.? Je tiens donc pour vraie la thèse 
soutenue par M. V., bien qu'il ne l'ait pas appuyée de tous les arguments 
qu'une connaissance plus approfondie de la poésie anglo-normande aurait pu 
lui fournir. 

M. Vising connaît de la poésie anglo-normande ce qu'on en peut connaître par 
les livres, et c'est peu de chose. La « Revue des poèmes anglo-normands 
publiés » qui occupe les dernières pages de son opuscule, montre combien il est 
difficile de se faire de ce rejeton de la littérature française une idée correcte, 
quand on a'a pas fouillé les bibliothèques anglaises. M. V. est obligé de confesser 
qu'il n'a pas fait figurer dans ses listes « Helys de Vinchester, Samson de 
« Nanteuil, Hugh de Rutland, Simon du Fresne, Adam de Ros, John de 
« Hoveden, David, Bozun, Thomas de Kent, et l'auteur du Beuve d'Hanstone, 
(( tous cités par Warton ou M. 'Wright et ses devanciers », parce qu'il n'avait 
pas sur ces personnages des renseignements suffisants. Il.y avait là deux ou 
trois noms à exclure, mais les autres devaient être mentionnés, et ce n'est pas 
s'excuser que dire qu'on manque d'informations. Il fallait se procurer ces infor- 
mations ou renoncer à dresser des listes qui ne peuvent être qu'incomplètes. Outre 
que cette « Revue », limitée aux ouvrages publiés, est peu utile, elle est disposée 
selon un ordre fort arbitraire et appelle diverses rectifications. En voici quelques- 
unes: P. 69 « Un poète qu'on a nommé Herman n'a peut-être jamais existé ». 
C'est un des poètes les plus remarquables du xw siècle, mais il est continental. 
Pourquoi M. V. (p. 77) dit-il que la traduction de saint Grégoire par Anger 
est « probablemml de l'an 1212 » .? La date est aussi précise que possible. Le 
Renaut de Montauban cité p. 78 est français d'origine, quoique copié et çà" et 
là remanié en Angleterre. Les Dits mentionnés en haut de la p. 80 {Du roy ki 
avait me amie, de la femme et de la pye)^ sont non pas du xii" siècle, mais de la 
fin du xiiF ou même du xiv^, puisqu'ils sont de Nicolas Bozon {Romania,XUl, 
506-7 et 518). Les poèmes du ms. Lambeth 522 (p. 80) sont du xiii" siècle et 
non du xir. P. 84 M. V. dit que « stlon M. Meyer Raùf de Linham écrivait en 
1256 ». Je n'ai pas sur ce point d'autre opinion que celle de Raiit lui-même, qui 
a daté son ouvrage. J'ai cité le passage dans mon rapport sur les mss. de Glas- 
gow. Pour le xive siècle la bibliographie de M. V. est singulièrement incomplète. 
Le poème de Chandos le héraut sur le Prince Noir n'y est pas mentionné. 

En somme M. Vising a fait un travail judicieux et soigné, qui toutefois 
n'ajoute pas notablement à nos connaissances. P. M. 



PÉRIODIQUES 



i. — Revue des langues romanes, ^^ série, XIV; juillet 188^. — P. 1- 
23, Chabaneau, Sainte Manc-MadcUine dans la littérature provençale (suite). A 
défaut d'un mystère provençal de sainte Marie-Madeleine qui a pu exister, bien 
que nous n'en possédions pas la preuve certaine, M. Chabaneau publie quelques 
extraits, où figure la Madeleine, du mystère provençal de la Passion que ren- 
ferme le ms. Didot, et dont )'ai préparé une éditron destinée à la Société des 
anciens textes. — P. 44, J.-P. Durand (de GrosI, Notes de philologie rouergate. 

— P. 47-51, Lambert, Contes populaires du Languedoc, « La femme qui est 
plus rusée que le diable ». 

Août 1885. — P. 53, Chabaneau, Sainte Marie-Madeleine dans la littérature 
provençale (suite). Notes sur les textes précédemment publiés. — P. 72, Cha- 
baneau, Sur quelques manuscrits provençaux perdus ou égarés. Appendice. Sur les 
travaux de Pierre de Chasteuil-Gallaup , du président de Mazaugues et de Jean de 
Chasteuil-Gallaup., concernant la littérature provençale. M. Ch. donne, d'après un 
recueil de notes variées conservé dans une bibliothèque privée et ayant appar- 
tenu à Fauris de Saint-Vincent, cinq notices biographiques relatives à autant de 
troubadours. C'est un débris de l'histoire des troubadours qu'avait composée 
Pierre de Gallaup, et dont on avait perdu la trace. J avais cru pouvoir autrefois 
supposer à cet ouvrage une certaine valeur, croyant que l'auteur avait eu à sa 
disposition un chansonnier provençal aujourd'hui perdu {Romania, I, 55). Mais 
j'ai reconnu depuis longtemps qu'il n'y avait là qu'une illusion ivoy. Romania, 
XII, 402), et en effet les notices de Pierre de Gallaup sont tout à fait insigni- 
fiantes. Suit un fragment dans lequel le président de Mazaugues conteste avec 
raison diverses assertions de J. de Nostre-Dame. Vient ensuite un extrait d'un 
ouvrage imprimé et fort connu de Jean de Gallaup (père de Pierre) relatif à 
l'histoire fabuleuse de Tersin. Rien de tout cela n'offre un bien vif intérêt. 

— P. 89-93, Guichard. Une version dauphinoise de /' « Escriveto ». Voy. ci- 
dessus p. : I I . 

P. M. 

II. - Ro.M.AXiscHE STUDIEN, VI, 1, Juan di Valdès, Dialogo de Mercurio y 
Caron., publié par Boehmer, — VI, 2. Boehmer. Catalogue de la littérature rétoro- 
mane. — VI, 3. P. 2 i9,Bcehmer, Catalogue de la littérature rétoromane, suite, 3wec 



1^0 PÉRIODIQUES 

additions et corrections. — P. 239. Gartner, Die zchn Aller , eine rdtoromanische 
Bearbeitung aus dem 16. Jahrhundert. M. Gartner nous donne l'édition d'un texte 
très important en haut engadinois du xvi« siècle, imité, ou plutôt traduit de 
l'allemand, composé par Gebhard Stuppan avant 1564, car dans cette année la 
pièce fut représentée à Ardetz. L'éditeur a joint à son texte quelques observa- 
tions grammaticales et un glossaire complet et très utile. Il est dans la nature 
des choses que toutes les difficultés n'aient pas été levées du premier coup. Ainsi 
M. Gartner traduit intschin par « Schmeichelei », en pensant à intschais, encens; 
c'est plutôt ruse r= ingenium. Lùdi, que M. Gartner n'explique pas, vient pro- 
bablement de la Suisse allemande qui a le mot ludi dans une signification défa- 
vorable; liidi chiauns est tout à fait ludihans. Huntra est encore, à ce qu'il me 
semble, un mot emprunté à l'allemand : Huntra^ Satanas^ serait en ail. de la 
Suisse undereSalan^c'tsVï-àxTt : « A bas Satan ». Partschett, que M. Gartner a 
pourvu d'un signe d'interrogation, se trouve aussi Josef 2S1 : A cura tu vainst 
partschett da que, et quand tu seras en possession de cela. C'est le latin perceptus. 
M. Gartner m'a mal compris en'disant que j'ai traduit Arch.lY^, 43 mock par 
klumpen ; j'ai dit « mock =: mocke, stûck^klumpcn ■», et les deux mots allemands 
devaient donner la signification du mot dialectal. Pour mil viers l'éditeur aurait 
pu comparer Susanna i\od. — P. 303, Gartner, W. v. Humboldt iïbcr Ràtoro- 
manisches. Nebst Ungedrucktem von M. Conrad'u Humboldt avait demandé à Con- 
radi, l'auteur d'une grammaire rétoromane et d'un dictionnaire, une série de 
mots dont l'origine lui semblerait incertaine et il avait pourvu ces mots de 
notes étymologiques. M. Gartner publie ces notes avec des matériaux recueillis 
par Conradi. —P. 355. Bœhmer, Zum Praedicativiis casus. Sur quelques obser- 
vations de M. Schuchardt, — P. 335. Bœhmer, Supplément au catalogue cf. p. 
219. — P. 336. Bciblajt. Contient des polémiques. Cette fois c'est le tour de 
M. Ascoli. 

J. Ulrich. 

III. — RoMANiscHE FoRSCHUNGEN,I, 3 (1883 ')•— P. 3 27, Andresen, Sur 
les sources employées par Benoît dans sa chronique (nous parlerons de ce travail 
quand il sera terminé). — P. 413, Rœnsch, Remarques sur le texte lombard de 
Dioscoride. — P. 415, Vogel, Sur le texte d'Hégésippe. — P. 4i8,Weiland, Vers 
(non inédits) de Guillaume de Saint-Hilaire de Poitiers à l'antipape Clément III. 
— P. 419, Rœnsch, Contributions à la latimiè biblique d'après le ms. de Saint-Gall 
des Evangiles. — P. 426, Hotmann, Sur la question des dialectes : Paris devrait 
être compté dans la Bourgogne (?) ; c\t3iûon in extenso de curieux passages de 
Roger Bacon relatifs aux dialectes français. — P. 428, Hofmann, Notes complé- 
mentaires sur Am\s et Amiles ff Jourdain. — P. 429, Hofmann, N proclitique en 
ancien français : Naimer i esl dsius des chartes lorraines, n'est donc pas provençal. 
Mais qui prouve que ce nom ne vient pas de l'épopée.'' Il n'est nullement sûr 
que Naimes s'explique par Dominus Hcimoih forme primitive du sujet est Namalo. 



I. Par suite de circonstances fortuites, ce compte rendu paraît fort en retard. Nous 
nous remettrons prochainement au courant. 



PÉRIODIQUES 151 

d'où NamU, Nalc et d'autre part Naimc. — P, 429, Hofmann, Tcn de Bire : 
serait le pays de la Berre (Birra)^ où Charles Martel battit !es Sarrazins , et 
Imphe serait pour Nuncs; mais Birt n'est pas Bcrrc. Il est très probable que 
Birc zz: Btric ^: BUic ; on trouve ailleurs la forme Bile, qui est équivalente, 
sans que d'ailleurs cela éclaircisse la question d'identité. — P. 430, Hofmann, 
Sur la chronologie de la chanson de Roland ; voy. Rom., XIV, 415. — P. 432, 
Hofmann, Taillefcr cl la bataille de Hastings. Henri de Huntingdon, GeofFroi 
Gaimar, le Carmen de bello Haslingensi parlent de Taillefer comme d'un jongleur 
qui exécute des tours d'adresse en vue des Anglais, mais ne mentionnent pas la 
chanson de Roland, que Wace lui fait chanter. « La relation de la chanson 
de Roland à la bataille de Hastings provient uniquement de Wace ». Cela n'est 
vrai que pour le nom de Taillefer, qui n'est qu'un détail. William de Malmesbury 
il. III, ji 242) dit: Tune cantilena Rollandi inchoata, ut martium viri exemplum 
pugnaturos accenderet... praeiium consertum est». Taillefer était jongleur 
[mimas dans le Carmen) i rien n'empêche qu'il ait fait la prouesse qui lui valut 
la mort après avoir chanté quelques strophes du Roland. Le témoignage de 
Wace, confirmé par celui de W. de Malmesbury, repose sur la tradition, et 
n'est nullement dénué de valeur. — P. 434, Hofmann, Les deux Roland dans 
Turpm. — Ib. Hofmann, La plus ancienne source de la légende de Barbe- Bleue ; 
dans le Saint Graal en prose. Mais pourquoi citer la version galloise au lieu du 
texte français (Perceval en prose, éd. Potvin, 251, 299)? Le cruel époux 
s'y appelle Aristot et non Aristor, et qu'a-t-il à faire avec Mac Alister? — 
P. 43^, Hofmann, Sur Chardry. Il a imité deux vers de Chrétien: à la bonne 
heure; mais aussi ce vers du Brut de Munich : Tant as, tant vaus et je tant 
t'ain; malheureusement il est aussi dans Wace (v. 1790). — P. 436, 
Hofmann, Corrections au texte ^ê Joufroi. — P. 437, Hofman, Le futur en -ri et 
la traduction d'Ezéchiel. Ce futur placerait ce texte dans la Suisse romande, 
peut-être à Romainmotier dans le pays deVaud. — P. 438, Hofmann, Pf/rj;?^;/- 
dans le PiTziwal de Wolfram; serait dans le Graisivaudan et plus précisément 
la Grande Chartreuse. — P. 459, Baist, Sur Wace, Rou, III, 3079-99: 
l'histoire des manteaux pris pour sièges et laissés {Rom., IX, 515) peut être 
réellement arrivée à Robert de Normandie. — P. 441, Balst., Corrections à 
Octavicn. — P. 441, Baist, Etymologies. Springare (additions à Diez) ; serin zz: 
citrinus (cette étymologie, qui n'est d'ailleurs pas' bonne, est celle deBrachet); 
esp. pelma, pelmazo (pegma?) ; nata, mattone, suero (mots peut-être indigènes; 
remarques intéressantes sur l'histoire de l'industrie laitière); hoto (faut us; 
cf. Rom. IX, 35 3»; v. f. rè (non pas ratis., mais ail. rat, qui signifie» bûcher » 
et « rayon de miel » ; le fém. rata a donné en v. fr. rèe (de miel) changé plus 
tard en raie). — P. 44^, Rœnsch, Mélanges étymologiques : Galopparc (qua- 
drupedare! Il est siîr que l'étymologie de Diez est mauvaise) ; verve (revient 
inutilement à verva, cf. Rom. X, 302); VàftYf (de 1 ici a ri a, mais on aurait 
licierc); ovata., ouate (dérivé non de ovum, mais de ovem; mais cf. Littré et 
Scheler) ; vi7(jp/'o (rattaché d'une manière inadmissible àvolvere); quamdius 
déjà dans une inscription (Orelli, 6206). —P. 450, Andresen, Sur la Chresto- 
mathie provençale de Bartsch (corrections; l'explication de ransana par « de 
Reims », a. fr. rancienne, est certainement la bonne). — P. 452-3, Andresen 



152 PÉRIODIQUES 

et Baist, Noples et Commibhs dans le Roland^ 198 (l'un serait Noblejas près de 
Tolède, invraisemblable; l'autre est pour Conimblesm Coimbre, cf. Rom , XI, 
489). — P. 455, Braunfels, annonce de la Revisla Euskara. — P. 4^5, Sette- 
gast; en réponse à mes observations sur andarc (Rom., XII, 32), M. S. conteste 
(\n'andarc, aller aient essentiellement le sens de « s'éloigner », et il me demande 
d'en fournir des preuves. Mais le fait est tellement évident qu'il n'a pas besoin 
de preuves: il suffit d'ouvrir un texte quelconque. M. S. dit que l'idée d'éloi- 
gnement n'est exprimée que par s'en aller, mais qu'il compare s'en aller à s'en 
venir, et en général l'opposition constante de aller et de venir. M. S. remarque 
ensuite que je n'ai pas répondu aux objections de M. Fœrster contre addere 
gradum comme étymologie à'andare. C'est vrai, mais c'est que j'ai l'intention 
de faire un jour une étude approfondiesur cette question. 

G. P. 



IV. — MÉLANGES d'Archéologie et d'Histoire (publiés par l'Ecole fran- 
çaise de Rome.) .Paris, Thorin, Rome, Spithœver. In-80, 1881 et années suiv. 
— Nous ne pouvons pas dire que nous approuvions la création de ce nouveau 
recueil qui vient, se joindre au nombre, déjà trop grand chez nous,.des périodiques 
sans spécialité. Les travaux qui y prennent place se rapportent, en eflfet, aux 
sujets les'plus variés: l'antiquité grecque ou romaine, Thistoire, la littérature 
et les arts du moyen âge et des temps modernes, y sont représentés. Il y a même 
des comptes-.rehdus d'ouvrages nouveaux. Le seul point commun est que la 
plupart des rédacteurs (non pas tous cependant) appartiennent à l'Ecole fran- 
çaise de Rome. Mais l'unité doit consister dans la nature des travaux et non 
dans la condition de leurs auteurs. Les mémoires d'érudition s'adressent à un 
public très restreint, et ne sont assurés de parvenir à ce public qu'à la condition 
d'être groupés dans des recueils spéciaux où on sait d'avance qu'on les trouvera. 
Une publication 'périodique où toutes les branches de l'érudition sont confondues 
ne prend place que dans les bibliothèques publiques ou dans les bibliothèques 
privées de personnes qui n'ont pas payé pour l'avoir, et qui, d'ordinaire, ne la 
lisent pas. C'est ce qui arrive pour les Annales de Facultés qui se sont, depuis 
quelque temps, multipliées sans profit pour personne, surtout pour le budget de 
l'Enseignement supérieur. Nous observons d'ailleurs qu'en France comme en Al- 
lemagne, l'accroissement immodéré des recueils érudits à périodicité plus ou 
moins régulière n'est pas un signe certain des progrès et des besoins réels de la 
science. Les innombrables périodfques dont nous sommes inondés surexcitent la 
production et provoquent la mise au jour de travaux hâtifs, que des rédacteurs 
en chef à court de copie acceptent trop facilement, et qu'on regrette d'avoir lus. 
Nous ne dirons pas que tel soit le cas des Mélanges de l'École de Rome, qui sont 
presque entièrement rédigés par des jeunes gens sortis de l'École normale, de 
l'École des Chartes, ou de l'École des hautes études, tous exercés aux bonnes 
méthodes et animés du désir de faire des découvertes. Mais nous aurions autant 
de plaisir et plus de commodité à lire leurs écrits dans les périodiques auxquels 
les destinait la spécialité de chacun d'eux. Voici l'indication des mémoires qui 
peuvent intéresser les lecteurs de la Romania. 



PERIODIQUES in 

I (1881), 2^9-65, A. Thomas. Un manuscrit de Charles V au Vatican^ notice 
suivie d'une étude sur les traductions françaises de Bernard Gui. Le ms. 697 du 
fond de la Reine au Vatican contient l'exemplaire unique, jusqu'à présent, 
d'une verston française de divers opuscules de Bernart Gui exécutés pour 
Charles V par le carme Jean Golein, de qui on connaît depuis longtemps d'autres 
travaux. Le ms. même sur lequel M. Th. appelle pour la première fois l'atten- 
tion a été fait pour la librairie de Charles V. M. Th. signale en passant divers 
mss. latins de Bernart Gui, jusqu'ici non étudiés. C'est un travail intéressant 
et bien fait qui sur certains points complète le grand mémoire de M. L. Delisle 
sur Bernart Gui. Un fac-similé en héliotypie du premier feuillet du ms. de Jean 
de Golein est joint à la publication. — II (1882), pp. 113-35 ^^ 43 ^^o, 
A. Thomas, Extraits des archives du Vatican pour servir à l'histoire du moyen-dge. 
Certaines parties de ce travail, riche en faits nouveaux, ont été publiés d'abord 
dans h Romania^ X, 321, "XI, 177. Nous avons annoncé l'ensemble de la publi- 
cation, d'après le tirage à part, ci-dessus, XIII, 493. — V. (1885), p. 25-80, E. 
Langlois, Notice du manuscrit Ottobonien 2523. Ce ms., exécuté dans le nord de 
la France entre 1450 et 1460, contient un recueil très varié de pièces françaises 
en prose et en vers, ayant en général un caractère religieux. M. L. a fait de 
louables efforts pour joindre à sa description les renseignements bibliographiques 
qu'elle comportait, mais il est visible qu'écrivant à Rome, les conseils et les 
livres lui ont manqué. On remarquera entre les morceaux contenus dans le ms. 
Ottoboni un texte assez développé de l'épître de la Saint-Étienne (n» IX); une 
« Desputoison de Dieu et de sa mère » (n° X) en 198 vers, dont le texte est 
donné en entier par M. Langlois. Si la date indiquée au v. 116 est correcte, ce 
petit poème aurait été composé vers 1 417. Citons encore une nouvelle patenôtre 
de saint Julien fn"XI), cf. Romania, XI, 577; une nouvelle copie (n" XIII) ducom- 
put dont j'ai publié (ce qu'a ignoré M. L.) trois textes distincts dans le Bulletin 
delà Société des anciens textes, 1883, pp. 80 et 102; un nouveau textedes« dix 
souhaits» connus déjà parla publication de M. Ritterdans le Bulletin précité, 
année 1877. — P. i 10-4, E. Langlois, La somme Acê. Notice du ms. 1063 du 
fonds de la reine Christine au Vatican, déjà décrit, mais d'une façon bien impar- 
faite par le professeur Brunner dans la Nouvelle Revue historique du droit français 
et étranger. 

P. M. 

V. — Anxuaire de la Faculté des lettres de Lyon, troisième année, 
fasc. I, 1885. — P. 163-192. L.Clédat, L(7 Chronique de Salimbcne. Collationde 
l'édition de Parme. 1° Les cinquarte premières pages. Cette collation justifie l'opi- 
nion déjà exprimée par M. Clédat que les morceaux omis dans l'édition de 
Parme n'ont pas. en général, une grande ûnportance. Ce sont ordinairement des 
citations bibliques accumulées à tout propos et hors de propos. Néanmoins, il 
est essentiel, pour que la chronique recouvre sa vraie physionomie, que les par- 
ties omises soient rétablies. C'est ce qui aura lieu dans une future édition dont 
la publication prochaine est annoncée. Mais nous ne voyons pas bien l'intérêt 
qu'il peut y avoir à imprimer dans une revue une suite de passages sans valeur 
pour quiconque n'a pas sous les yeux l'édition de Parme. Nous le voyons d'au- 



I 54 PÉRIODIQUES 

tant moins que la collation ne s'étend qu'à une faible partie de l'ouvrage. Jusqu'à 
la page 177 M. Clédat indique les sources des citations bibliques. Delà page 178 
à la p. 192 il s'abstient. Les renvois sont disposés d'une façon singulière. Pourquoi 
citer pour la Bible « l'édition Didot »? A quoi bon avertir le lecteur de» ne pas 
confondre V Ecclésiastique^ autrement dit la Sapientia Sirach, avec VEccIe- 
siaste » (p. 167)? 

P. M. 

VI. — Revue critique, avril-décembre 1885. — Art. 59. Gay, Glossaire 
archéologique du moyen âge et de la Renaissance (H. de Curzon). — 60. Scheler, 
Etude lexicographique sur les poésies de Gillion le Muisit (A. Delboulle). — 87. 
Thomas, Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie (Ch. J.). — 
92. G.Meyer, Essays undStudien zur Sprachgeschichte und Volkskunde (V. Henry). 

— too Catalogue de la bibliothèque de feu M. J. de Rothschild (T. de L. ; ou- 
vrage capital, sans parler des temps plus modernes, pour la littérature du 
xve siècle). — 119. Thomas, De Joannis de Monsterolio vita et operibus (Ch. 
J.). — 136. Documents bas-tatins, provençaux et français concernant la Marche et 
le Limousin p. p. Leroux, Molinier et Thomas, H (A;. — 148. Gaster, Litera- 
tura populara romana (E. Picot : article important). — 157. Armitage, Sermons 
du xiP sikle en vieux provençal (A. Thomas). — 160. Godefroy, Dictionnaire de 
l'ancienne langue française, \t\.ivt F (A. Jacques). — 161. Schuchardt, Slawo- 
deutschesund Slawo-italienisches{L. L.). — i66.Toubin, Dictionnaire étymologique 
et explicatif de la langue française (A. Delboulle : absurde; cf. Rom. XIV, 633). 

— 204. Eraclius, deutsches Gedicht des Xll.Jahrhunderts., hgg. vonGraef (A. Chu- 
quet : remarques sur le rapport du poème allemand à son original irançais). — 
218. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française., lettres G et H (A. 
Jacques). — 240. Kluge, Etymologisches Wœrterbuch der deutschen Sprache {]tzn 
Kirste .• article intéressant sur un livre qui a de l'importance aussi pour les 
études romanes). 



CHRONIQUE. 



Le 19 octobre 1885 la Hollande a perdu un de ses savants les plus illustres 
et les plus estimés, M. le D"" Jonckbioet, décédé à Wiesbaden,oiJ il avait espéré 
pouvoir consacrer un séjour d'hiver à terminer la y édition de son Histoire de la 
littérature néerlandaise. M. Jonckbioet a laissé à tous ceux qui l'ontconnu le sou- 
venir d'une des natures les plus richement douéesqu'on pût voir, d'un esprit qui sa- 
vait varier ses occupations à l'infini sans jamais se départir de la rigueur de sa 
méthode detravail. Néen 1817, à la Haye, il s'était fait inscrire en 1835 à l'uni- 
versité de Leyde comme étudiant en médecine ; après avoir passé à la Faculté 
de droit, il s'arrêta définitivement à l'étude de la langue et de la littérature na- 
tionales et soutint en 1840 une thèse latine sur \e S piegkcl historiacl de Lodewyk 
van Velthen. Il représenta successivement ces études, comme titulaire d'une 
chaire de lettres néerlandaises, à l'ancien « Athénée illustre» de Deventer (1847), 
à l'université de Groningue (1854-64) et à celle de Leyde (1877-84). Pendant 
ces différentes périodes d'activité scientifique il publia de nombreux textes 
moyen-néerlandais, tels que \t D'ut su doctrinale (1842), le Lancelot (1846-48), 
le iValcmin 11846-48), le Dietsce Caloen (1845), le Renart ('< Van den vos Rei- 
naerde », 1856), Beatrys et Carel ende EUgast (1859). Son histoire de la 
poésie moyen-néerlandaise [Gesch'udenis der Midden-Ncderlandscht dichtkanst, 
4 vol., 1849 a 1855), fut écrite à une époque oi!i les études des littératures du 
moyen âge n'avaient encore acquis ni l'étendue ni la précision qui leur ont été 
données plus tard. Aussi ce livre, si intéressant et si remarquable pour l'époque où 
il fut écrit, a-t-il perdu aujourd'hui beaucoup de son importance et de sa valeur. 
On doit regretter que M. Jonckbioet n'ait plus trouvé le temps, dans sa vie 
si occupée, de le refondre et de le renouveler. A l'époque où il aurait fallu faire 
ce travail, son attention s'était plutôt concentrée sur la littérature néerlandaise 
du XVII'' siècle, qu'il connaissait à fond. Cependant l'auteur a voulu dédommager 
son public en donnant, dans les trois éditions successives de son histoire de la 
littérature néerlandaise \Geschiedtnis der Nederlandsche Lctterkunde ; la 1" édition 
est de 1866-70, la 2« est de 1872, la ?« se publie depuis 1881), une place tou- 
jours plus grande à la littérature du moyen âge, reprenant les questions du 
Graal, de Renart et d'autres, et les discutant à nouveau en utilisant les dernières 
recherches des savants allemands et français. 



1^6 CHRONIQUF 

Dès qu'il eut entrepris l'étude des lettres néerlandaises du moyen âge, 
M. Jonckbloet comprit que ces études touchaient de trop près à celles delà litté- 
rature française de la même période pour qu'il lui fût possible, non seulement de 
ne pas en prendre connaissance, mais encore de ne pas s'en occuper directement. 
Au sortir des bancs de la Faculté, en 1841, il entreprit une série de voyages 
scientifiques, visita plusieurs bibliothèques étrangères, et en rapporta assez de 
copies d'anciens manuscrits français pour pouvoir donner successivement une 
édition fort estimable du Roman de la CharcU (inséré au tome II du Lancdot 
néerlandais) ; l'édition princeps de trois chansons de geste appartenant au cycle 
de Guillaume d'Orange (2 vol. La Haye, chez Martinus Nyhoff, 1854) ^^ ^o" 
Etude sur le roman de Renart (Groningue, Leipsig, Paris, 1863). C'est surtout 
dans son Guillaume d'Orange que M. Jonckbloet, à une époque où les éditions 
des vieux textes français se faisaient plutôt au point de vue des questions d'histoire 
littéraire qu'au point de vue de la linguistique, a produit un travail remarquable 
par les vues ingénieuses de l'auteur, et dont il devra être tenu compte dans toute 
étude ultérieure de ce cycle intéressant. [Député à la seconde chambre des Etats 
généraux de 1864 à 1877, M. Jonckbloet prit une part active à l'élaboration de 
la nouvelle loi sur l'enseignement supérieur dans les Pays-.Bas en 1876, et 
essaya même à cette époque, sans succès, de faire créer à Leyde une chaire de 
langues romanes. Ses nombreux travaux, ses fréquents voyages avaient valu à 
M. Jonckbloet de précieuses relations à l'étranger. Il était membre correspondant 
de l'Académie des sciences de Berlin et prenait une part active aux travaux de 
la Société des Flamands de France. Le gouvernement français avait reconnu ses 
mérites en lui conférant la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Nous sommes 
heureux de consacrer ici un souvenir sympathique et reconnaissant à l'aimable 
savant hollandais que plusieurs romanistes français orit eu le privilège de 
connaître personnellement et qui a été l'initiateur des études romanes en Hol- 
lande. — A. V. H. 

— M. Henry Bradshaw, bibliothécaire de l'Université de Cambridge, est 
décédé subitement le 12 février 1886 à l'âge de 55 ans. C'était un savant 
d'une érudition très variée, mais qui se résignait difficilement à publier le fruit 
de ses études. L'amour de la recherche le dominait et lui rendait pénible le labeur 
de la mise en œuvre C'est ainsi qu'il avait fait sur Chaucer des travaux consi- 
dérables qu'il n'a jamais rédigés, et ce n'est que par le témoignage de ses amis 
que certains des résultats auxquels il était arrivé ont été connus. Il était 
l'homme d'Angleterre qui savait le mieux l'histoire des anciennes bibliothèques 
delà Grande-Bretagne, et en général la bibliographie anglaise. Les origines de 
l'imprimerie avaient été aussi l'objet de ses recherches. Ses publications, en 
général peu étendues, ne donnent qu'une idée très imparfaite de la variété de 
ses connaissances. Il est du reste à peu près impossible d'en former une col- 
lection complète, car elles consistent généralement en documents inédits ou en 
très courts mémoires qui ont paru dans des recueils peu répandus, ou même ont 
été imprimés à part sans être mis dans le commerce. Bradshaw, qui dès l'ori- 
gine fit partie, comme membre perpétuel, de la Société des anciens textes fran- 
çais, a fait quelques publications qui touchent à nos études. La plus importante 



CHRONIQUE • I 57 

est est son mémoire sur les mss. Vaudois de la Bibliothèque de l'Université de 
Cambridge, qui a été réimprimé par Todd dans son livre intitulé The books of 
thc Vaudûis (London, 1865^ Bradshaw était un homme d'un esprit élevé et 
droit. Sa mort prématurée laissera à ceux qui l'ont connu de profonds regrets. 

— M. Wilmotte, ancien élève de l'Ecole des Hautes Etudes de Paris, vient 
d'être chargé d'un cours de philologie romane à l'Ecole normale des Humanités 
de Liège. M. Wilmotte achève en ce moment un travail sur la dialectologie 
ancienne de la province de Namur. 

— La Société des anciens texfes français vient de mettre en distribution le 
tome II de l'édition des œuvres poétiques de Philippe de Rémi, sire de Beau- 
manoir, publiées par M. H. Suchier. Ce volume' appartient à l'exercice de 1885, 
qui sera prochainement complété par deux autres publications. 

— Livres adressés à la Romania : 

Discours prononcé à l'assemblée générale de la Société de l'histoire de France, le 
26 mai 1885, par M. L. Delisle, président de la Société. (Extrait de 
y Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1885). Paris, 
Renouard. In-8, 60 pages et une planche. — Ce discours mérite ici une 
mention spéciale pour plus d'un motif. D'abord l'éminent directeur de la 
Bibliothèque nationale y met en lumière l'intérêt qu'offre pour l'histoire du 
XV" siècle la collection A. de Bastard, récemment donnée à la Bibliothèque 
11 s'y trouve nombre de pièces (provenant en général des archives de la 
Chambre des Comptes} qui sont à consulter pour l'histoire de la littérature 
des derniers temps du moyen âge et de quelques-unes des plus célèbres 
bibliothèques de ce temps'. En outre M. D. signale et décrit, dans un 
appendice à son rapport, un bien curieux recueil de poésies latines rythmiques 
écrit en P>ance au xiii" siècle, et qui, conservé actuellement à la Lau- 
rentienne , n'avait été indiqué que fort sommairement dans le catalogue 
de Bandini 2. Les pièces qu'il renferme, et qui sont au nombre de plus de 
quatre cents, appartiennent à des genres très divers. Elles sont anonymes, 
mais il a été facile à M. D. de constater que plusieurs se retrouvent ailleurs 
sous le nom du chancelier Philippe de Grève. Ce ms., dont le contenu est 
maintenant parfaitement connu, grâce à la description de M. Delisle, apporte 
à l'histoire, toujours à faire, de notre poésie latine rythmique un contingent 
considérable de faits nouveaux ?. 



1. M. Delisle vient de publier un inventaire détaillé de cette précieuse collection sous 
ce titre ; Les collections de Bastard d'Estang à la Bibliothèque nationale, catalogue ana- 
lytique. Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupelcy-Gouverneur, iSSj, in-8, xxij- 5 38 pages. 

2. Au tirage à part est joint un fac-similé en photogravure de deux pages du ms. 

i- La publication de M. Delisle a appelé l'attîntion sur un ms. d'Oxford, un peu 
plus ancien que celui de Florence, et contenant un grand nombre de pièces rythmiques, 
dont quelques-unes se retrouvent dans le recueil de la Laurentienne. M. F. Madan, sous- 
bibliothécaire de la Bodléienne, a adressé à M. Delisle une t^ble de ce ms. qui a été 
publiée dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XLVI (1885), 382- j. 



158 CHRONIQUE 

I Trovatori nella marca Trivigiana. Studio di Tommaso Casini. Bologna, i88j. 
In-8, 41 pages (Extrait du Propagnatore^ t. XVIII). — Mémoire fait avec 
soin et intelligence, et oij il n'y aurait qu'à louer si l'auteur était plus fa- 
milier avec la langue des troubadours. Selon un usage qu'on ne saurait trop 
approuver, M. Casini joint une traduction à chaque pièce provençale qu'il 
cite, mais ces traductions laissent singulièrement à désirer, et parfois les 
conclusions historiques queprésente l'auteur se fondent sur des interprétations 
erronées. On peut compter en moyenne un ou deux contre-sens par strophe 
traduite. Quelques-uns de ces contre-sens sont terribles, par ex. dans la 
pièce de Hugue de Saint-Cirq Lonjamen, le vers Lo cnms a tan coiregut 
traduit par a il delitto a tanti cuori tcnuti »! M. C. lit en effet cor regut en 
deux mots, et croit bonnement que regut est provençal. Le plus grave est 
que les éditions antérieures donnaient la bonne leçon correguL Ceci doit 
mettre en garde contre les corrections que M. C. fait à ses textes, souvent 
sans même avertir le lecteur. Ainsi, p. 24, il ne dit pas qu'au vers 19 de la 
pièce Canson ^ue[s] leu per entendre il a corrigé ci du ms. en 5/; mais dans le 
ms. corrigé (fr. 1 521 1) ci veut dire ijni^ de sorte que le vers doit être lu : 
£, Q.UI lam blasma^ défendre. Il y a bien d'autres fautes dans la même pièce; 
mais la plus maltraitée de toutes les poésies publiées dans ce mémoire est 
certainement celle de la p. 14, Una danseta vodl far.^ dont M. C. n'a pas 
compris une seule phrase. 11 n'a pas vu (non plus du reste que M. Bartsch, 
Ztitschr. f. rom. Phil. II, 198) que le refrain devait être détaché des 
vers qui précèdent, et il a eu le tort de rendre inintelligible par d'intem- 
pestives corrections des passages qui sont fort clairs dès qu'on sait que Ve$lai 
et Anonai (au dernier couplet) sont des noms de lieux fort connus. 

Lt rime provenzali di Rambertino Buvalelli trovatore bolognese del sec. XIII. 
Firenze, 1885, in-8, 32 pages. — Cette publication, qui est fort élégam- 
ment imprimée, a pour auteur M. T. Casini, auteur d'un mémoire sur Bu- 
valelli et ses poésies, qui a paru en 1880 dans le Propugnatore. Ce mémoire 
contenait en appendice le texte des pièces de ce troubadour. Nous fîmes 
alors remarquer (Romûn;<7, IX, 632) que le texte et le commentaire laissaient 
parfois à désirer. Actuellement M. C. nous offre des mêmes poésies une 
nouvelle édition incontestablement améliorée, mais encore assez fautive, et 
de plus une traduction italienne certainement littérale, mais cependant peu 
fidèle. Comme dans la dissertation ci-dessus annoncée, les contre-sens y sont 
nombreux, et nous croyons que M. C. a encore des progrès à réaliser avant 
d'être en état de faire le recueil des poésies provençales dues à des trou- 
badours italiens qu'il annonce dans son avertissement. 
A, -M. Elliot, Contributions to a History of the french lenguage oj Canada 
(Reprinted from American Journal of Philology, vol. VI, n" 2). — M. Elliot, 
professeur de langues romanes à Baltinfore, donne un aperçu des recherches 
qu'il a commencées sur l'état du français au Canada, et qui paraissent devoir 
être fécondes en résultats. L'essay qu'il publie actuellement contient beaucoup 
de remarques inféressantes sur les éléments dont se compose la partie de la 
population qui parle actuellement français, et sur les progrès étonnants de 
la langue française dans le bas Canada. 



CHRONIQUE 1 59 

Frants Villon', Dct stort Testament. Forfattet i aanl 1461. Oversat paa rimede 
versaf S. Broberg. Copenhague, 1885, 126 p. petit in-8. — Traduction, 
la première qu'on ait tentée en aucune langue, sauf en anglais, d'un choix 
des poésies de Villon. M. Broberg, qui s'est fort bien acquitté de son travail 
comme traducteur, a en outre accompagné son petit volume d'une intro- 
duction générale sur Villon, où il y a trop de généralités contestables, et 
de quelques remarques explicatives qui auraient dû être plus nombreuses. 

- Kr. N. 

Die àltestt Schilderung vom Fegefeur des hdligen Patricius (von) Johann 

EcKLEBEN. Halle, Heudel, 1885, in-8 de 828 p. (dissertation de docteur). 

— L'auteur annonce que son travail complet paraîtra prochainement à 
Halle chez Niemeyer. 

Libro de los Fechos e Conquistas de! principado de la Morea, compilado por 
comandamiento de Don Fray Johan Ferrandez de Heredia, maestro de| 
Hospital de S. Johan de Jérusalem. Chronique de Morée aux xm« et xiv« 
siècles, publiée et traduite pour la première fois par Alfred Morel-Fatio. 
Genève, imprimerie de Guillaume Fick, 1885, in-8, lxiii, 177, 160 p. 
(publication de la Socicic de l'Orient latin). — Outre son intérêt historique, 
qui n'est pas de premier ordre, le Libro de los fechos étant essentiellement 
une nouvelle version du Livre de la conquête de Morée, cette publication a 
une véritable importance philologique, comme nous, fournissant un texte 
ancien et étendu du dialecte aragonais au xiv» siècle. 

Notice sur le livre de Barlaam et Joasaph, accompagnée d'extraits du texte grec 
et des versions arabe et éthiopienne, par H. Zotenberg. Paris, Maison- 
neuve, 1886, in-4, 166 pages (tiré des Notices et Extraits des manuscrits de 
la Bibliothèque nationale.^ t. XXVIIl, i" partie). — Dans cet important 
mémoire, dédié à Paul Meyer, l'auteur prouve que le roman de Barlaam et 
Joasaph n'est pas de saint Jean Damascène et qu'il a été rédigé, probable- 
ment entre 620 et 634, par un moine de Saint-Saba près de Jérusalem. Il 
e.xamine le rapport de l'histoire de Joasaph avec les diverses versions de la 
légende de Bouddha qui en est la source, et présente des observations sur 
les traductions orientales du roman grec. Dans l'Appendice, outre des 
extraits des versions arabe et éthiopienne, on trouvera une édition critique 
du texte grec des paraboles insérées dans le roman. 

Der Roman de Mahomet von Alexandre du Pont., eine sprachische Untersuchung... 
von Richard Peters. Gottingen, Dietrich, in-8, iv-86 pages (diss. de 
docteur d'Erlangen). — Monographie très faible, d'un auteur auquel on a 
indiqué les modèles à suivre, et qui n'a pas su en tirer parti. Les erreurs 
abondent et le dépouillement n'est ni complet ni bien ordonné. On doit louer 
l'auteur d'avoir fait rentrer dans son travail l'étude de la syntaxe, d'autant 
plus que cette partie du mémoire est la moins défectueuse. Pour la phoné- 
tique, bornons-nous à dire que d'après M. Peters (p. 9) chortem devrait 
donner cort, qu'il voit dans mariée (p. 18) une exception à la contraction 
de iee en />, qu'il regarde le ng de tesmoing (p. 21) comme une notation de 
{1, et qu'il admet ip. 41) que iw(7=z videt peut compter pour deux syllabes. 



l6o CHRONIQUE 

Il déclare d'ailleurs à tort la langue du copiste identique à celle de l'auteur 
du poème, ce qui donne à tout son travail une fausse direction. 

Recueil de morceaux choisis en vieux français par Eugène Ritter, professeur à 
l'université de Genève, seconde édition. Genève, Georg, 1885, in- 12, viii- 
128 p. — Réunion de quinze morceaux en vers et en prose, sans notes 
ni glossaire; simple recueil pour explications. 

Adgars Marien-Legenden, nach der Londoner Handschrift Egerton 612 zum 
ersten Mal vollstaendig herausgegeben von Cari Neuhaus. Heilbronn, Hen- 
ninger, i886, in- 12, xvi, xlviii, 259 p. — Cette édition, faite d'après un 
manuscrit unique collalionné avec soin, est surtout intéressante par l'étude 
des sources; la langue d'Adgar, écrivain anglo-normand du xii" siècle, a été 
étudiée ailleurs par M. Rolfs (voy. Rom. Xll, 132). M. Fôrster a joint à 
l'édition, outre le vocabulaire et des remarques critiques, une introduction 
qui consiste surtout dans la reproduction d'un article- ancien sur la métrique 
anglo-normande. C'est un sujet fort discuté depuis quelques années (voy. 
ci-dessus, p. 144); disons seulement, quelque opinion qu'on puisse avoir 
sur l'ensemble de la question, que les vers d'Adgar ont certainement été 
faits pour être des vers de huit syllabes, et ne manquent leur but que par 
la faute du copiste, ou, rarement, celle de l'auteur. 

Sir Gonther. Eine englische Romanze aus dem XV Jahrhundert, kritisch heraus- 
gegeben nebst einer litterarhistorischen Untersuchung ùber ihre Quelle 
sowie den gesamten ihr verwandten Sagen-und Legendenkreis, mit Zugrun- 
delegung der Sage in Robert dem Teufel, von Karl Breul. Oppein, Franck, 
1886, in-8, xvi-241 p. — La partie de cet excellent ouvrage qui nous in- 
téresse le plus est le chapitre V (p. 45-134), consacré à la légende qui fait 
le sujet de Sir Gowlher, légende très voisine de celle de Robert le Diable. 
M. Breul étudie cette légende dans toutes ses formes avec beaucoup de science 
et de pénétration. Il montre qu'elle n'a rien d'originairement normand 
(cf. Rom. IX, 523), et il y voit la transformation chrétienne d'un vieux conte 
mythologique; sur cette dernière partie, il y aurait peut-être à faire quelques 
réserves de détail, mais l'absence de tout fond historique est parfaitement 
mise en lumière. Nous pensons que le nom de Robert donné au héros de la 
légende est antérieur à la localisation de cette légende en Normandie, et 
qu'il a donné lieu à cette localisation de se produire. Une très riche biblio- 
graphie et un appendice contenant dix textes relatifs à Robert le Diable ter- 
minent cet intéressant volume. 



Le Propriétaire-gérant : F. VIEWEG. 



ImprimeHe Durand, à Chartres. 



NOTICE D'UN MS. MESSIN 

^Montpellier 164 et Libri 961 



Entre les manuscrits de la collection Libri signalés en 1883 par 
M. Delisle comme ayant été dérobés à plusieurs de nos bibliothèques 
publiques, et qui par suite, n'ayant été acquis ni par le gouvernement 
anglais ni par le gouvernement italien, sont restés en la possession de 
M. le comte d'Ashburnham, se trouve un portefeuille décrit ainsi qu'il 
suit sous le n" 96 du catalogue des mss. vendus par Libri, en 1847, au 
feu comte d'Ashburnham : 

Varia, x" Oraiiones ad missam. 2° Vita Sanctorum. 3» Capitulationcs de 
Marscilla de l'an 1257 et de l'an 1262. 4° Ci après exent ' li terre Prestre Jehan. 

Manuscrit sur vélin, in-folio, de diverses époques et de différentes mains. Le 
le"" 2 est à deux colonnes, du ix"' siècle, avec unegrande lettre initiale en couleurs 
au commencement. Le 2'^, également à deux colonnes, est du xiv>= siècle. Le 3% 
à longues lignes, est en provençal, d'une écriture du xv« siècle. Le 4'', écrit à 
deux colonnes, est du xiv'^ siècle. 

Ce recueil se compose donc de quatre fragments qui n'ont aucun 
rapport les uns avec les autres. Ce sont des débris. 

Le savant directeur de la Bibliothèque nationale a établi que le 
premier et le plus ancien de ces quatre morceaux a été arraché au ms. 
122 de la Bibliothèque d'Orléans h L'origine des trois autres morceaux 



1. Libri a mal lu. Il faut lire enxeut {^=z ensuit). 

2. Sous-entendu « article ». 

3. Nûlice sur plusieurs mss. de la Bibliothèque d'Orléans., dans les Notices et 
Extraits des mss., XXXI, première partie, p. 370 (p. 14 du tiré à part). Cf. 
Les mss. du comte d'Ashburnham, Rapport au Ministre de l'Instruction publique, 
p. 21. 

Romania, XV 1 1 



102 P- MEYER 

n'a pas encore été déterminée. On a pu légitimement supposer qu'ils 
avaient été détachés de manuscrits appartenant à nos bibliothèques. Leur 
apparence et le voisinage compromettant des feuillets arrachés au ms, 
d'Orléans favorisent cette supposition. Il y a lieu notamment de croire 
que le troisième article [capitulations de Marseille), où se lisent quelques 
mots de la main de Peiresc, a été pris à Carpentras, où Libri a tant 
volé '. 

Quoi qu'il en soit des fragments 2 et 3, j'apporte présentement la 
preuve que le quatrième morceau a été pris dans un manuscrit de la 
Bibliothèque de l'Ecole de Médecine de Montpellier. Mais d'abord il 
convient de décrire ce fragment. Il se compose de douze feuillets écrits 
d'une grosse écriture gothique penchée de la fm du xiv siècle, à deux 
colonnes par page, et numérotés anciennement jiii''^ et ij à iiij''^ et xiij. 
Les dimensions du parchemin sont 0,323 pour la hauteur et 0,246 
pour la largeur. Ces douze feuillets forment deux cahiers, l'un de quatre 
feuillets doubles, l'autre de deux. Ils contiennent trois opuscules écrits en 
français, ou plutôt en dialecte messin : 1" la lettre du prêtre Jean ; 2" un 
morceau sur les litanies ; 3" une consultation médicale sur le traitement 
de la goutte. Les deux premiers de ces opuscules sont écrits à 39 lignes 
par colonne, le troisième à 35 . 

Muni de ce signalement, et m'étant gravé dans la mémoire la form.e 
de l'écriture, j'étais en mesure de reconnaître le ms. d'où ces feuillets 
avaient été arrachés si la fortune me le faisait passer sous les yeux. Une 
circonstance notable me permit d'aider la fortune. En tête du troisième 
des opuscules ci-dessus énumérés, la consultation médicale, était écrite 
cette rubrique: Por lez- goutte S'' lehan à'Aix. Or dans le catalogue des 
manuscrits de l'Ecole de médecine de Montpellier 5 se lit un article 
ainsi conçu : 



1. J'ai copié en 1867 à .Ashburnhamplace le début de ce morceau. Le 
voici: 

Capitulations de Marseille, mcclvii c mcclxii. {Ces mots en capitales sont de la 
main de Peireso 

En nom de nostre senhor Jhesu Christi, sia a ment, l'an de la incarnacion .Mcclij., la indicion XV«, 
a .iuj. nonas Junii, sia manifest a! touts pressens et esdevenidors, que, com entre lo noble e tresque 
illustre senhor Karlle, filh del rey de França, comte d'Angieu e de Provenssa e de Forcalquier e mar- 
ques de Provenssa, en nom d'el e de sa molher madama Beatris, tresque illustre conte.sa e marquessa 
dels dis contas 

En marge de la date, Peiresc a écrit Legendum Mcclvii. — On reconnaît à pre- 
mière vue que ce document est la traduction, faite au xv<= siècle, d'un acte 
latin. — Au fol. vij commence la traduction des statuts de Marseille (l'original 
dans Méry et Guindon, II, 109 et suiv.). 

2. Lez pour la: c'est du lor.'-ain. 

5. Catalogue général des niss. des bibliothèques publiques des départements^ 



\ 



NOTICE d'un MS. messin ib] 

N- 164. In-folio sur vclin. — i-^ « Ari.stote, don gouvcrnemant des rois. — 
2° Ci Comacet 1 il passion Jhesu Crit. — xiv*-' siècle. 

De l'oratoire deTroyes, donné par de Corberon en i~64. Il y a en U'ie les armoiries de Sire 
Jehan d'Aix... 

La mention des armoiries de sire Jehan d'Aix me donna à penser 
que ce livre pouvait bien être celui dont avaient fait partie les feuillets 
contenant la consultation relative à la goutte de sire Jehan d'Aix men- 
tionnée plus haut. Sur ma demande le manuscrit me fut envoyé à Paris, 
et je reconnus au premier aspect l'écriture et la langue du fragment con- 
tenu dans le n" 96 de la collection Libri. Les dimensions sont les mêmes 
de part et d'autre; le ms. de Montpellier est à deux colonnes et à 39 
lignes par colonne. Enfin le dernier feuillet de ce ms. est numéroté iiij 
et j, tandis que le premier des douze feuillets volés par Libri est numé- 
roté iiij^'' etij. D'ailleurs l'examen de la reliure du ms. de Montpellier 
montre avec évidence que plusieurs feuillets ont été arrachés à la fin. Il 
ne peut donc rester aucun doute sur la provenance du fragment actuel- 
lement conservé à Ashburnhamplace. 

Je vais maintenant indiquer le contenu du ms. dans son entier, 

Le ms. de Montpellier a conservé sa reliure originale, formée de deux 
ais recouverts de cuir gaufré. Elle est endommagée par de nombreuses 
piqûres de vers. Pour la protéger, le livre a été placé, à une époque 
récente, dans un étui. 

Il contient, en son état actuel, 58 feuillets paginés d'une main moderne, 
précédés d'un feuillet de garde entièrement blanc qui n'est pas compris 
dans la pagination. Les dispositions matérielles sont celles-ci: 

Trois feuillets, le premier, resté blanc, n'est pas paginé, les deux sui- 
vants sont numérotés i et 2 . 

Cahier I, fï. 3 a 10. 

Cahier II, ff. 11 à 18. 

Cahier III, ff. 19 a 26. 

Cahier IV, flf. 27 à 34. 

Cahier V, ff. 35 à 42. 

Cahier VI, ff. 43 à 50. 

Cahier VII, fï. $ i à 58. 

A l'intérieur du plat supérieur de la reliure est collé un feuillet de 
parchemin au haut duquel on lit, d'une écriture qui parait appartenir aux 
dernières années duxv* siècle: 



. Lisez comancd. 



164 P- MEYER 

Plus" biais enssignement d'Aristotes fait a Alixandre, et plus" morallitez. 
It., la passion notre S^ 
Il y ayt une table an cest livre, qui est devant l'istoire delà passion JhesuCrist'. 

Les feuillets actuellement numérotés i et 2, qui sont d'anciens feuillets 
de garde, sont en partie écrits. Le recto du premier est occupé entiè- 
rement par une énumération, écrite au xv^ siècle, des vertus du gui de 
chêne. En voici les premières et les dernières lignes : 

C'est la vertus du wy de chelne. 

Je Ypocras, le plux soverain maistre en médecine qui onquez fuit sur terre, 
aix vehu en mon livre la vertu que le wy de chelne ait. Et est la millour made- 
cine et maistrie qui onquez iuit. La premier vertu est qui que onque panrait^ 
de la corse du ,wy de chêne et la met en poure et en uset avec yauwe de 
vie, il deschasset les fievrez cottidianez, lez autrez fievrez, les fievrez tiercennez 
et les fievrez quartainnez 

Item, celle parsone qui par l'espasse de .vij. ans maingerait du wy 

de chelne a june, jamaix ne serait entachiet de la fort malladie. Et ont approvey 
lez maistrez qui ci dessus sont escripz ^ la puissance que le dit wy de chelne 
ait. 

Le wy de chelne, nous l'appelions par de sa le wix, que croist sus ung chelne, 
maix d'autre arbe il n'est point vertuous, fors que cil que croist sus le 
chelmez (sic). Et pour tant l'apellet on wy de chelne ou guy de chêne. Et 
duquel boix ons en met dedens lez anelz d'argent ou d'or pour touchier au vis, 
et en font on 4 dez patenostrez, et lez portent on pars médecine et par la grant 
vertut qu'il portet, comme dessus est dit. 

Le verso est blanc, comme aussi le recto du feuillet 2. Au verso 
du feuillet 2 se lit une table sommaire écrite de la même main que 
les notes du feuillet collé sur le plat. Elle est ainsi conçue : 

Il y ait une table en cest Ibr., .iiij. fueillet devant l'istoire la passion nostre 
S"" Jesucrist, et qui est nombrée et signée, laquelle deust estre sy devant ou a la 
fin darier de ce livre. 

It., a premier plus" bialz dis et enssignemens d'Aristotes fait a Allixandre, 
et plus" belles moralitez pour le cor et pour l'armes. 



1. Au-dessous de ces lignes, au milieu du parchemin, est collée une gravure 
des armes du sieur de Corberon à qui le ms. a appartenu et qui l'a donné à 
l'Oratoire de Troyes. 

2. Forme lorraine, « prendra ». 
5. Hippocrate et Constantin. 

4. On trouvera plus loin (p. 171) un autre ex. du verbe au plur, avec on 
pour sujet : lez pouront on. 

5. Ou ;7£r : il y a un /? barré. 



NOTICE d'un MS. messin 165 

It., la passion Nostre S"" Jesucrist. 
It., plus" altres choses après. 

It. , plus" belles et bonnes dotrines de régimes et medecinnes, tant pour le cors 
comme pour l'armes que sont nécessaire a savoir. 

It., la vertus du guis de chelnes est sy devant escriptes. 

Au bas du feuillet, et toujours de la même écriture, on lit les deux 
couplets dont je donne le fac-similé et la transcription : 

Quant les vivans s'amanderont, 
Toutes mes trompes tromperont. 

Ma trompe sonnera haulx ton 
Quant le monde devendra bon. 

On voit que le mot souligné, dans chacun des deux couplets, n'est pas 
écrit : il est figuré par un dessin rudimentaire qui apparaît déjà sur le 
feuillet adhérent au plat, et dans lequel on doit reconnaître sans hésita- 
tion une guimbarde ou trompe d'Allemagne. Il n'y a aucun doute sur la 
signification de ce dessin qui est un indice certain de la provenance du ms. 
C'est l'emblème bien connu d'une famille qui tint un rang considérable 
à Metz du xiv« siècle au xvi% la famille d'Escli dont le nom est écrit 
dans notre ms. d'Aix '. 

M. Bonnardot a signalé le même dessin en plusieurs endroits du ms. 
189 de la Bibliothèque d'Epinal dont il a donné une description détaillée 
dans le Bulletin de la Société des anciens textes français, année 1876, pp. 
64 et suiv. Il y a plus : M. Bonnardot a cité d'après ce même ms. deux 



1 . Metzeresche, commune du canton de Metzerwisse, ancien arrondissement 
de Thionville ; voy. S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 41 . 



l66 p. MEYER 

distiques (p. 65) qui sont, sauf une variante insignifiante ', identiques à 
ceux qu'on vient de lire. Le ms. d'Epinal est de diverses mains. La 
partie la plus récente contient, entre autres, une pièce qui a dû être écrite 
en 1462. M. Bonnardot (p. 66) attribue cette partie du ms. d'Epinal à 
Philippe II d'Esch, maître échevin de Metz en 1 46 1 , qui mourut en 1 477 ^. 
Cette attribution paraît conjecturale. Du moins M. Bonnardot l'énonce 
sans la démontrer. N'ayant pas vu le ms. d'Epinal, j'ignore si les deux 
distiques sont de la main qui a tracé ces mêmes distiques sur le ms. de 
Montpellier. Ce qui est sûr, c'est que l'écriture dont on a vu ci-dessus un 
spécimen n'est pas celle de Philippe d'Esch. C'est celle d'un autre membre 
de la même famille. 

Le ms. de Montpellier, en effet, et celui d'Epinal, ne sont pas les 
seuls livres connus pour avoir appartenu aux d'Esch. M. Bonnardot 
(p. 6$, note) a signalé, comme ayant la même provenance, les ms. 
^, 161, 195, 302, 403 de la bibliothèque de Metz, et on peut ajouter 
à cette liste le ms. 2083 de l'Arsenal contenant une version française 
des épitres et évangiles, décrit par M. S. Berger dans son livre intitulé 
La Bible française au moyen âge, p. 36 5. Or, le ms. de l'Arsenal a certaine- 
ment appartenu au même possesseur que le ms. de Montpellier. A la 
vérité, les vers ci-dessus rapportés ne s'y trouvent pas, mais on y lit, 
au premier et au dernier feuillet, ces mots, dont l'écriture est certaine- 
ment celle que fait connaître le fac-similé donné plus haut ; Espoir en 
Dieu, Esch ; a Jaiques. Au devant de cette note est dessinée à la plume 
la guimbarde. Au verso du premier feuillet est peint Técu armorié dont 
la présence a été signalée dans le ms. de Montpellier. Il est donc incon- 
testable que les deux mss. ont appartenu au même personnage, Jacques 
d'Esch, et ce Jacques devait être, comme l'a déjà dit M. Berger décrivant 
le ms. de l'Arsenal, Jacques d'Esch, seigneur de Bazoncourt et des 
Etangs, mari de Françoise de Gournai, mort en 14895. 
Reprenons maintenant l'examen du ms. de Montpellier : 
Avec le feuillet 3 qui est le premier du premier cahier, commence le 
ms. proprement dit. Dans la marge supérieure sont peintes les armoiries 
bien connues de la famille d'Esch : l'écu fascé de dix pièces d'hermine 
et de gueules-^. Au-dessus on a écrit, au siècle dernier : « Armoiries du 
Sire Jehan d'Aix. » Nous verrons plus loin qui était ce Jean d'Aix. 
Dans la marge inférieure apparaît de nouveau la guimbarde, cette fois 
peinte en rouge. 



1 . M. Bonnardotalu5'«?(;?fro.'!/,làoùlems.deMontpellierporte5'am^rt(/(.TOrt/. 

2. Voir Hannoncelles, Metz ancien, II, 64. 
]. Hannoncelles, Metz ancien, II, 64-8. 

4 II est reproduit dans le Metz ancien du président d'Hannoncelles, II, 64. 



NOTICE d'un MS. messin 167 

L'ancienne pagination, qui se poursuit, comme on l'a vu plus haut, 
dans le fragment dérobé par Libri, commence au fol. 17 de la pagina- 
tion actuelle, et elle débute par le n" xl, se poursuivant régulièrement 
depuis lors. On ne s'explique pas d'abord pourquoi on a fait commencer 
ainsi cette pagination, étant d'ailleurs certain qu'il n'y a aucune lacune, 
ni à cet endroit ni entre les feuillets qui précèdent. Voici l'explication. 
Au fol. 17 commence le chapitre xl du premier des articles contenus 
dans le ms. ; au fol. 18 se trouve le chapitre xlj. On s'est avisé d'écrire 
au haut de ces deux feuillets les chiffres xl et xlj, et ces deux numéros 
sont devenus le point de départ d'une pagination qui a été continuée jus- 
qu'à la fm du volume. Cette pagination paraît être de la main qui a écrit 
les diverses notes du feuillet collé sur le plat delà reliure et du feuilleta, 

Passons maintenant à l'analyse du manuscrit. 

1. 
Traduction du secretum secretorum. 

On sait que le Secretum Secretorum a été depuis son apparition en 
Occident, auxii« siècle, l'un des ouvrages les plus lus de la littérature 
morale du moyen âge. Le texte latin se rencontre en iine infinité de mss., 
et a été plusieurs fois imprimé au xv'= siècle et au xvi" ; il en existe des 
traductions en diverses langues romanes ; en français notamment on en 
connaît plusieurs, soit en vers soit en prose, qui n'ont été jusqu'à ce jour 
ni étudiées ni même simplement distinguées les unes des autres '. Il n'y 
a pas lieu de traiter incidemment ici un sujet qui fournirait facilement la 
matière d'un mémoire d'une certaine étendue; je donnerai toutefois un 
court extrait de la traduction que renferme le ms. de Montpellier, puis 
dans un appendice à la présente notice, je citerai à titre de rapproche- 
ment quelques lignes d'autres traductions françaises en prose. 

Voici d'abord le début des premiers paragraphes du texte latin, d'après 
l'édition publiée à Bologne en 1501 : 

(Fol. 2 a). Philosophorum maximi Aristoteiis Secretum secretorum, aiio 
nomine liber moralium de regimine principum ad Alexandrum. 

Domino suc excellentissimo et in cuitu christiane religionis strenuissimo Gui- 
don] vere de Valentia, Tripoli glorioso pontifici 2, Philippus suorum minimus 
clericorum, se ipsum et fidèle devotionis obsequium. 

1. Dans un article du Jahrbach f. rom. u. engl. Literatur, X (1869), 162-4, 
M. H. Knust a rassemblé un certain nombre de notes bibliographiques sur les 
versions françaises du Secretum. C'est un travail dont il n'y a absolument rien à 
tirer, étant exécuté presque entièrement de seconde main, d'après des catalogues 
fort imparfaits, dont les indications n'ont pas été toujours comprises, et sans 
aucun souci de distinguer les diverses traductions les unes des autres. 

2. A. Jourdain {Rech. sur les anc. trad. ht. d'Aristote. i"^ édit., 1843, p. 147- 



I68 p. MEYER 

Quantum luna ceteris stellis lucidior et solis radius luciditate lune fulgentior, 
tantum ingenii vestri claritudo vestreque scientie profunditas cunctos citra mare 
modernos in iitteratura exuberat, tam barbaros quam latinos, nec est aliquis 
^ane mentis qui huic sentenlie valeat refragari, quia cum largitor gratiarum, a 
quo cuncta bona procedunt, singula suis dona distribuit, ubi soli videtur gra- 
tiarum et scientiarum dona contulisse 

(c) Deus omnipotens custodiat regem nostrum ad gloriam credentium, et con- 
firmet regnum suum ad tuendam legem divinam suam, et perdurare faciat ipsum 

ad exaltandum honorem et laudem bonorum (d) Quando enim Alexander 

subjugavit sibi Perses et captivavit magnâtes, direxit epistolam suam ad Aris- 
totelem sub hac forma : Doctor eggregie, rector justicie, significo tue prudentie 
me invenisse in terras Perses quosdam habentes habundantem rationem, intel- 
lectum penetrabilem 

(Fol. 3 a). Prologus Joannis qui transtulit librum. 

Joannes qui transtulit istum librum, filius Patricii, linguarum interpretator 
piissimus et fidelissimus, inquit: Non reliqui locum neque templum in quibus 
philosophi consueverint componere et deponere sua opéra et sécréta que non 
visitaverim 

Fiii gloriosissime, justissime imperator, confirmât te Deus in via cognoscendi 
semitam veri et virtulis 

Voici maintenant le début et la fin de la version que nous offre le 
manuscrit de Montpellier, et qui m'a paru abrégée en certaines parties : 

{Fol. 3). Ou non dou Peire, dou Fil et dou Saint Esperit, amen. 

Si coumancet li livres dou gouvernement de rois, des princes et des autres 
signours. Ou livre c'on dit le livre des secreis Aristote le philosophe a Alixandre 
le roi, ouquel une chacune personne puet panre bonne doctrine et profitable, ou 
sont les mandemans c'Aristotes li souverains de philosophes anvoiait a grant roy 
Alixandre son disciple, li quels livre fui trais d'arabique en latin en la meniere 
qui s'anxeut. 

Cl comancct li prologues de celi qui translaitait cest livre de lai langue arabike 
an lai langue latine ./. 

A son très excellant signour et très noble, uzant de la foy cristienne Guys 
de Vallance, glorious esveques de la citeit de Tripolle, Philippes li plus petis 
de ces clers se recomandet a ly dou tout et son fiable servise en devocion. Une 
choze fut qu'a vostre debonnair[et]eit parvint cis livres ouquel bien sont con- 
tenues toutes chozes profitaubles de toutes sciences. Sachiés que quant j'estoie 
avec vous par dever Anthioche, ou ceste marguerite de philosophie fut trovée, 
il vous pleut qu'elle fut transcrite et translatée de la langue arabique an la 
langue latine; pour la quel choze je obeyxans humblement a vostre volanteit ai 



8), s'est demandé si ce Guido ne serait pas le prélat désigné par G. dans une 
charte de vente faite par Ham, connétable deTripoli, aux Hospitaliers, en 1 204 
iPaoli. Codice diplomatico, 1, 95). Vérification faite, cette identification n'est pas 
admissible. Nous ne savons rien de cet évêque de Tripoli. 



NOTICE d'un MS. messin 169 

trait fuer cest livre avoc grant labor par pairolles reluxans dou langaige c'om 
dit arabike en latin. Lequel livre Aristoles li très saiges princes dez philosophes 
composait a la peticion d'Alixandre (b) son disciple, li quels Alixandre prioit 
Aristote par ces lettres qu'i vouxit venir a li. Maix Aristotes, anpechiés et 
aigreveis pour viellesse et la pezantize de son cors ne pooit venir a Alixandre, 
li quels Aristotes s'ecuzait en ceste meniere : 

C'est li responce ^u Aristotes fit a la requeste d'Alixandre .ij. 

très débonnaires amperour, je ait {sic) antandut plennement cornant tu 
desires que je fuxe avec toi, et se te mervelle cornant je mepuxatenir deta véné- 
rable compaignie, et si me reprans que j'ai petite cusançon de tes ewres et de 
tes besongnes. Pour queil choze je t'ai fait cestuit (51c) livre 

Autres Ictres d'Alixandre a Aristotes Jij . 

reverans maistre, je faix asavoir a vostre prudance que j'ai mis en ma 
subjection et an mon anpire novellemant les Persans qui (c) sont gens abondans 
de raison et d'antandemant 

Le prologue attribué, dans le texte latin, à « Joannes filius Patricii » 
fait ici défaut. Les chapitres de médecine et d'hygiène (éd. de Bologne, 
fol. ioa-i')d) sont également omis. 

Fin (fol. 18^) 

Li fin de cest livre. 

Ci fenit li livres dou gowernemant des rois, le queil Aristotes, lisowerains phi- 
losophes, composait et fit a l'instruction dou grant roy Alexandre qui fut so- 
werains rois de tou le monde, qui an son anfance et en sai jonesse avoit esteit 
disciples d'Aristotes desus nomeis. 

Ci s'anxeut une tauble de la matière qu'est contenue ou liwre por trower plus 
aipertemant ce c'en vourait lire et quérir. 

Suit la table des 41 chapitres de l'ouvrage. 
II 

Enseignement d'Aristote a Alexandre. 
Cet enseignement est tiré du premier livre de l'Alexandreis de Gautier 
de Châtillon, vers 72 et suiv. La traduction, sans être littérale, est pas- 
sablement exacte, et ne paraîtra pas dépourvue de mérite, si l'on tient 
compte de la nature du texte qui n'était réellement pas facile à rendre 
en ancien français. Faut-il supposer qu'il a existé une traduction com- 
plète de VAlexandreis dont nous aurions ici un fragment copié à part ? Je 
ne le pense pas. Les conseils d'Aristote à Alexandre devaient être un 
morceau célèbre, car Rutebeuf les a mis en vers français ' , et il en existe 

I. Le dit d'Aristote, deuxième édition de Jubinal, II, 93. 



lyO p. MEYER 

une autre traduction en prose dont je donnerai un extrait dans un appen- 
dice au présent mémoire. Le rapprochement de cet extrait àeVAlexandreis 
et du Secretum, dans notre ms., ne doit pas être fortuit. C'est l'analogie 
du sujet qui a conduit le copiste, ou celui qui a dirigé l'exécution du ms. 
à réunir ces deux écrits. Il n'est guère douteux en effet que Gautier de 
Châtillon se soit inspiré du Secre/umpour composer le discours qu'il prête 
à Aristote. Remarquons que le même morceau se retrouve dans le ms. 
d'Epinal mentionné plus haut'. Il est probable qu'il y aura été copié 
d'après notre manuscrit. 

(Fol. 19 fl) Apres vcci un notable ansignemans c'Aristoles donnait az roy 
Alexandre son disciples. 

Aristotes trowait une foix lez roy Alexandre plorant; ce li demandait qu'il 
avoit. Et Alex, li respondit que ces peires estoit ci wiés qu'i ne se pooit plus 
deffandre contre (b) i'ampereur de Perce. Dont li dit Aristotes : « Biaus filz, 
« laixe l'anfance et pran cuer d'omme. Tu ais mastrie an toi de vertus : ce la 
« met a ewre, et combien que tu le puixes faire, apran conmant tu dois owreir. 
« Toute chozes doient estre conmancies par conseil, et il sont moult de malvaix 
I. consillours. Pour ceu t'apran le queilgenstu dois eslire a ton conseil. Gairde 
« toi de celui qui ait .ij. langues et dou fellon et dou cowoitou. Note bien 2 : 
(( N'essaciet point celui qui par son vice et par son malice doit estre au bas, 
« car, tout auci corn l'yaue qui ce desrivet est plus crueuse que celle qui court 
« son droit cours, ency est plus orguillous et plus cowoitous li cers essauciez 
a quant il est osteit dou lieu ou il dovreit 5 demoreir anvers le franc qui tout 
« jour ait esteit honoreis 4 ». 

Fin (fol. iç) d]: 

Après li princes doit estre deboinnaires et honteus de mal faire, honoraubles 
d'anxeure les millours et ameir lez loys, repanre lez gens cortoizemant, delaixier 
lai vangence tant que l'yre soit passaie ; ne li doit point remambrer de lai haine 
après lai paix S. 



1. Voy. Bulletin de la Soc. des anciens textes français, 1876, p. 69. 

2. Ces deux mots en rouge. 

3. Ms. dôneroit. 

4. Voici le passage correspondant de VAlexandreis: 

82 Indue mente virum, Macedo puer, arma capesse ; 
Materidm virtutis habes, rem profer in actum, 
Quoque modo id possis, aares adverte, docebo. 

85 Consulior procerum servos contemne bilingues 
Et nequam, nec quos humiles natura jacere 
Precipit exalta : nam qui pluvialibus undis 
Intumuit torrens fluit acrior amne perenni. 
Sic partis opibus et honoris culmine servus 

90 In dominum surgens, truculentior aspide surda, 
Obturât precibus aures, mansuescere nescit. 
<). Akxandrcis : 

Nec desit pietas, pudor et reverentia recti, 
Divinos rimare apices, mansuesce rogatus, 



NOTICE d'un MS. messin I7I 



m 



Des Quatre Ages. 
Cet opuscule a, pour le sujet, quelque rapport avec le traité bien 
autrement intéressant de Philippe de Navarre des quatre temps d'âge 
d'homme; il en est toutefois entièrement indépendant. 11 suffira d'en 
donner un extrait. 

(Fol. 19 d) Ci devisons tous lez aiges de la pcrsone : premier conmant on doit 
maintenir les anf'ans en jonesse jcsques a l'aigc de .xx. ans. 

La sonme de bonne anfance ci est que li anfans soient duremant doutis et 
obeyxans az conmandemans de cyaulz qui lez ont ai gairdeir, et par ceu lez puet 
on gairdeir de mort et de perilz et de mal faire, d'yre et de moût d'autre menieres 
de perilz, tant corn il sont petis. Et quant il sont .j. poc grans, ce il sont bien 
au ' conmandement obeyxans, par ceu lez pouront on apanret (sic) et ansignier 
bien et saigemant et maintenir a l'estude et a antandre a bien savoir acum mestier. 
Car il n'avie[n]t mie sowant que anfes facet bien, ce ce n'est par douteir ou par 
ansignemans de lor maistres, li queilz maistres dolent estre teilz que il saiche[n]t 
venir a chief et qu'i congnoixe[n]t la meniere dez anfans, car lez acuns cowient plus 
mestrieir et les autres moinx. 

Conmant on ce doit maintenir an jovant (fol. 20) antre .xx. et .xl. ans. 

La somme de jovant ci est que li jones doient bien savoir que pour jovant ne 
doient il pas vivre conme bestes qui font naturelmant lor voulanteit tou sans 
pechiet... 

Conmant on ce doit maintenir ou moyen aige entre .xl. et .Ix. ans. 

(Fol. 20 b) Conmant on ce doit maintenir en vielles se des Ax. ans jestjues a la 
mort. 

La somme de viellesse est la darienne et que moût bien affiert a vies qu'i 
dongnet bon example a gens de bien faire, et il meymes ce doit gairdeir de faire 
ewres de jonesse, car ce sont choze que trop desplaizet a Dieu. Maldis cis 
que [est] anfes d'ewres et vies d'aige! Et tout jours doient avoir an remam- 
brance qu'i sont sus l'oure^ de lor fosse, et que nuns ne puet eschapeir de la 
mort. Et il meymes ont sowant veut morir anfans jones et moyeins, ce ce doient 
recongnoistre que nostre Sires les ait tant respiteit an aitandant que il viengnet 
a amandement, ce seront sauf. Et por ceu doient il tout jour avoir les eulz 
owers et regairdeir la fosse antantivemant an teille meniere qu'il aient tout jours 



180 Legibiis insuda, civiliter argue sontes, 
Vindictam differ donec pertranseat ira, 
Nec meminisse velis odii post verbera... . . 

1. Le ms. porte plutôt an; mais en maint endroit l'u est fait comme une n. 

2. Corr. 6r, bord. 



172 p. MEYER 

la chiere (c) vers paraidiz et lez dos a anfer. Car iiz doient savoir que par tans 1 
seront bouteis dedans. Et ce il ce trowe[n]t en bonne plaice, ce l'averont per- 
durablement; et ci ce trowe^njt an mavaixe, il seront tormanteis san fin. Deu an 
deffandet tous crestiens par sa miséricorde et dont graice a tous vielz de bien 
useir lor vieilesse et venir a bonne fin et a repos perdurable ! Amen. 



IV 



DÉBAT DE JeSUS-CHRIST ET DE l'aME 

Dialogue traduit d'un original latin que je ne suis pas en état d'indiquer. 
Le même morceau se trouve en divers mss. d'origine lorraine : Bibl. de 
la Faculté de médecine de Montpellier, n" 43, fol. 41 ; Metz, n°^ 554 et 
67$ ; Epinal, n" 169 {Bulletin des anc. textes, 1876, p. 68). 

(Fol. 20 c) Ci après s'anxeut conmant l'arme argile Jhesucrit de sai miséricorde, 
et conmant Jhesucrit li respont. 

Nostres Sires parolletal'armeet liarme li demande! : «Sires Deus,» fait l'arme, 
n je dis que par droit deveis avoir mercyde moy, car cej'ay pechiet, vous estes 
« misericors, quepardoner le me deveis.» Respont nostre Sires: «Bêle amie, ce 
« je suix misericors, auci suix je droituriés, pourquoi jedoie pugnirles malz. » 
L'arme respont : « Sires, je suix si powre et ci despite créature que poc acroi- 
« xeroit vostre justice, ce vous preniés vangance de ci powre créature... » 

Fin (fol. 2\ a): 

Nostre Sires respont : « Damoizelle, vous m'argiieis moût fort et me teneis 

« moût près. Or faxon paix, et je vous congnoix que san my vous ne poeis bien 

« faire, maix faites vostre partie bonne, et, cequ'affierta moy, vousmetrowereis 

« aidés aiparilliez. » Or le regraicie !i arme et li demandet paix parfaite. « Sire, 

« moût grant mercy. Dont je vous pry et requier que vous me pardonneis mes 

« pechiés et me donneis force de raipaizier mai sensualité! et ma conplexion, 

« et tout mon mouvemant 2 desordenei charnel et esperituel, par quoi je vous 

« puixe (Jol. 21 b) servir puremant, ameir et amandeir de tout mon cuer antie 

• remant, et sowant panceir a vous devotemantî. » Amen. 



I . Ms. pariant. 

.2 11 y a, non pas mouremant, mais moucmant avec un signe d'abréviation sur 
\'o. Il me paraît cependant incorrect, ici et en quelques cas analogues (voy. page 
suivante), de transcrire ce signe par h. 

.3 La fin du morceau est un peu différente dans le ms. 45 de Montpellier (fol. 
41 c) (f . . . servir purement et amandeir de tout mon cuer entièrement, et so- 
« vant a vos panseir dévotement, et que je soie dou tout a vos traite et tout 
« autres choses sans vos me soient a tais, et vos me soiez toute mai joie, touz 
i mes confors et tous mes solais. Amen. » 



NOTICE D UN MS, MESSIN 17^ 



Il s'agit, dans le chapitre transcrit ci-dessous, de Jourdain de Borrentrick 
près Mayence, qui fut le second général de l'ordre de Saint Dominique, 
et mourut en 1257. On peut voir sur ce personnage Quétif et Echard, 1, 
9J-I00, etOudin III, 85-6. Sa \\e esl'impnmée àansksActa sanctorum, 
au I î février. Les Bollandistes ont joint en appendice à cette vie une 
suite d'exempla tirés du Bonum universale de apibus de Thomas de Can- 
timpré, dont frère Jourdain est le héros. Je n'y vois pas figurer l'histo- 
riette dont la teneur suit. Même texte dans le ms, d'Epinal 189, fol. 4 
{Bulletin prêché, p. 68). 

Ce sont lez parollcs que li ancmins dit de la tris grant biautè nostre Signour 
(f. 21 b). 

Il avint a freireJordain,des freires proichours,qu'i pairloit a une personne qui 
avoit i'anemin ou cors, et demandait a l'anemin an queil leu qu'i seroit plus 
voulantier ; il respondit : • Ou cielz. >' Et il li demandait la cause pour quoi 
il deziroit estre ou cielz. Il li respondit: « Pour ceu qu'i veyt lai faisse dou 
« Creatour ». Et li freire li demandet pour quoi il lai veireit si volantier. Il 
respondit : « Pour ceu que je lou vis on poc de tans, autretant de tans com on 
« meteroit a clore .j. eulz; mai.K pour autretant a veoir sa faice a dairien jour 
« je vo'jrcie que je soutTri.xe jesques a celui jour lai poinne de toutes 1 les armes 
« dampnées. » Quant li freires oït ceu, il fuit si formant espowanteis qu'i sambloit 
qu'i n'eût an ly point d'esperith. Quant il fut a lui revenus, ce dit a mavaix 
esperith : » Tu ais moût très bien dit, maix je te prie que tu me dies lai 
« conpairixon d'aucunne biautei a lai biautei dou Creatour. » Li mavaix es- 
peris respondit : « Tu [fjais follie de dcmandeir. Se lu estoies aniens moy {sic) 
« ajoins et 2 creatour par ci grant vicinitei com je ly fus ajoins quant j'estoiet 
« encores séraphin et croeis a ceu que veïxet la faisse dou Creatour, et je 
« amsamble tous lez bons angres et lez mavaix et tous lez (c) sains anconman- 
n xaixet a dire, nos tuit ne poriens nulle choze dire que tu antandixes, jai soit 
« ceu que tu veïxes la faisse dou Creatour. Grief choze m'est acunne choze de 
« ceste comparixon de celle biautei non comparauble, maix une choze te dis 
a qu'est dou tout niant a regairt de la veritei : Regairde de 3 toutes les biauteis sus 
< toutes lez biauteis, soit de coullours, soit de gemmes, c'on dit pieres preciouses, 
« ou d'escharboucie 4 ou de toutes autres pieres, ou d'yvoire ou d'or ou d'argent, 
« de tous metaul, de flours et de toutes lez chozes que delitet les eulz par lor 
« biautei estoient ansamble an un, et toutes lez estoiles luxoient a lai samblance 



1. Ici et plus bas (I. 24 de ce morceau) il y a tôtcs^ et de même (I. 4,1 j) dô\ 
)e ne crois pas pouvoir transcrire tontes, don, bien que M. Bonnardot admette 
Ion, don pour /ou, dou, en messin ; voy. La guerre de Metz en 1J24, p. 442, note. 

2. Pour a. 

3. Ici et quatre lignes plus bas de semble mis pour se. 

4. Ms. escharb'te. Le signe abréviatif est celui qui ordmairement signifie ur. 



174 P- l^EYER 

dou soulailz, et li soloilz avoit lumière devant toutes ces estoiles, anci corn 
« il ait or devant celles qui ores sont, et toutes ces belles estoiles et cilz soloil 
(I getoient lor clairteit, saiches certainnemant que celle biautez resplendiroit dou 
« tout an tout par desus toute humainne estimation. Et toute voie, ce ' seroit 
(I celle biautei niant comparaubie a la biautei dou Creatour,enci com li neus est 
« plus obscure et niant comparaubie a jour, quant il est plus cleirs. » Adons 
dit freires Jordains qu' i ce faixoit bon travillier a ceste morteil vie que duret 
poc pour veoir celle grant biautei a tout jour maixsan defallir. 

VI. 

Ce morceau et le suivant se lisent aussi au fol. 5 du ms. d'Epinal. 

Vcci .;'. notable trait de dis Salmon. 

Qui fut onques que .j. soûl jour antier fut an son délit joeusemant, que 
d'acunne choze ne fut troubleis {d) an aucunne heure dou jour ou par poour 
de cowoitize ou par aguillon d'anvie, ou par ardour d'avairice ou par orguelz 
demeneir, ou par bobant ou par damaige ou par aucun courous ou par veoir 
ou par oïr ou par autre fait.'' Oie la santance dou Saige qui dit : « De le matin 
(1 jesques a vespres ce chainget li tamps 2, et cogitations diverses sorvienent 
a et la paiicée de l'omme est rai vie an diverses choses, n 

VII. 

Autre notable d'AiisloUs. 

Vertus est une très bonne chozes, maix elle est messaixie a lai persone a 
aquerir. Vertus weult estreaquise an angouxe et an pressure de cuer, c'est an 
mortefiant trestous malvais usaiges et mavaixe couslumes. trestoute propre 3 
voulanteir [sic) de cuer et toute propre et desordenée amour. 

VIII. 

La Passion, traduction d'un traité latin de Michel de Massa. 

Michel de Massa est un religieux augustin qui mourut à Paris en 1 3 56. 
On trouvera l'énumération de ses écrits, qui paraissent être tous restés 
inédits, dans les ouvrages de Gandolfi et d'Ossinger sur les écrivains de 
l'ordre de saint Augustin 4. Les mss. de son traité sur la Passion ne 
sont pas communs. Gandolfi en signale un dans la bibliothèque de 
Bodiey s. Ossinger ajoute qu'il s'en trouve un à Munich et un autre à 



1. Corr. ne. 

2. ECCLI. XVIII, 26. 

5. Ms. ppc (le premier p bouclé) ici et à la ligne suivante. 

4. Disseitalio liistorica de ducentis celebenimis Augustiniams scriptoribus. . . 
... auctore Fr. Dominico Antonio Gandolfo, genuensi. Romaï, 1704, in-4, 
p. 267-8 ; Ossinger, Bibliothcca augustiniana^ IngohUdt., 1768, in-!ol., p. 567-8. 

5. C'est le n» 2670 (BodI. sup. D i , art. 71) des Catalogi de Bernard. 



NOTICE D UN MS, MESSIN 1 7 1, 

Louvain. J'en pourrais indiquer plusieurs en des bibliothèques étran- 
gères ', mais je n'en ai pas trouvé à Paris. Je ne connais pas non plus 
un second exemplaire de la traduction française que nous a conservée 
le ms. de Montpellier. Cette traduction est en prose, mais elle est pré- 
cédée d'un prologue en vers dans lequel le traducteur nous apprend qu'il 
a suivi ce frère Michel de Masse ». Il y a d'autres exemples d'ouvrages 
en prose précédés d'un prologue en vers -, mais il a pu arriver que ce 
prologue ait été supprimé, et qu'avec lui ait disparu le nom de l'auteur 
du traité original. Par suite il n'est pas impossible qu'on trouve d'autres 
exemplaires de notre traduction entre les traités anonymes, rédigés en 
français, de la Passion. 

Le ms. de Montpellier n'a point d'ornements. Toutefois il paraît que 
l'intention du traducteur était que son œuvre fût accompagnée de minia- 
tures, car, dès le début, après le prologue en vers, il note que si on 
voulait enluminer son récit de la passion, il y faudrait faire une initiale 
ornée contenant la représentation du sacrifice d'Abraham. 

(Foi. 22). Ci conmanctt li passion Jhcsucrit. 

[A]n l'ounour de la Trinitei, An ajustant dez dis plusours 

Trois persone en vraie unité, De sains et d'autres docteurs. 

Ci conmancet li passion Cy panrait preinieremant 

Que pour nostre rédemption Une pairolle cieiremant 

Jhesus fil de Marie souffrit A nostre pourpous désert 

Quant a Dieu le paire s'offrit Corn Abraham en .j. désert 

An l'arbre de la croix angouxeuse Vot Ysaac panreet lier 

Ou il soustint la mort honteuse. Et sus l'auteil sacrifier, 

Et en ceste exposicion Laquelle sacrification 

Je weul xevre l'antancion Fut figure de la passion, 

De l'ewangelistre saint Matheu Com il aipairait ci après 

Et des autres, chescun an son leu, Que l'istoire voirrait de près. 

Selont freire Michiel de Masse, Ce weul l'ystoire conmancier 

(Jhesu an gloire leu li fasse ! Et Marie saluer premier: 

Bacheleirs fut an théologie, Ave Maria gratia pltna., etc. 
Li millours qui fut an sa vie) 

Qui vouroit ceste passion escrireet anlumineir, il est a savoir qu'an la pre- 



1. Par ex. Musée britannique, Add. 28785, fol. 26-84, ^^^ siècle; Vienne 
(Autriche), 4186, fol. 151-72, xv^ siècle. 

2. Je citerai l'histoire en prose de Philippe-Auguste dont il ne nous reste 
plus que le prologue en vers que )'ai publie d'après un ms. du Musée britan- 
nique, dans la Romania, Vl, 494-8, et la vaste compilation intitulée dans les plus 
anciens mss. : « Le livre des histoires du commencement du monde « (histoire 
ancienne jusqu'à César), Romania^ XIV, 59. 



176 p. MEYER 

miere lettre doit awoir l'ymaige d'Abraham tenant une espaie en l'unne des 
mains, et an l'autre son fil Ysaac liés et couchiet sus l'auteil, sus un monceil de 
langnez, et a dessius (sic) de (b) l'auteil doit avoir l'ymaige dou crucefy seulemant. 

Conmancemant 

ExtcnJit manum suam et arripuit gladium ut inmohrct filium. Genesis xxiij. 
La santance de ceste pairolle qui est ditte d'Abraham qui figuret Dieu le peire 
et de son fil Ysaac qui figuret Dieu le fil, est teille. Il estandit sai main et prit 
l'espée pour son fil sacrifier. Et sont escripte ou premier livre de lai Bible 
qu'estaipelleis Genesis, ou .xxiij. chapitre. Pour avoir de ces pairolles l'antancion, 
et pour antieremant companre l'ystoire de la passion, i! est a savoir que .j. 
maistre qu'est aipelleis Jaiciues, an un livre c'on dit de la vie de Jhesucrit, res- 
contet conmant li vierge Marie fut crucifié[e] de la passion de son très amez filz 
Jhesucrit. 

Note la dolour de Marie devant la passion. 

Et dit que lou mecredy devant la passion, que nous dixons le grans mecredy, 
li vierge Marie lut an teil doulour et an teille angouxe que pluseurs fois an celle 
journée elle cheït az pies de son chier fil pâmée et auci corn demy morte... 

Ce traité contient nombre d'éléments pris ailleurs que dans les évan- 
giles. Saint Augustin, saint Jérôme, saint Bernard et d'autres pères y 
sont cités, les bestiaires y sont mis à contribution. L'auteur introduit 
dans son récit de nombreux discours de Jésus, de la Vierge, de sainte 
Marie Madeleine. L'ouvrage devait, dans la pensée de son auteur, être 
orné de peintures. Cela résulte, non seulement du passage du début 
rapporté ci-dessus, mais encore d'un morceau qui interrompt la narra- 
tion au fol. 51 c. « Icipuetonnoteir le figures de lai mort et de la passion 
« Jhesucrit, especialmant celles dou Viel Testamant. — 1 . Veci Abel que ces 
« frères Caym occit pour l'anvie qu'il avoit de ceu que Deus ces dons 
« an bon greit recevoit. II. Veci Noél lou ' juste a cui Deus fist le con- 
te mandement de monteir en l'airche pour saveir tout humains lignage 
« entieremant. — III. Veci Ysaac que ces pères Abraham vot offrir en 
a aicomplixant de Dieu lou commandemant et qui sus ces espaules portoit 
« lez laingnes pour faire le feu dou sacrifice... « Le nombre des figures 
ainsi décrites est de douze. 

Fin (fol. 58) : 

Car, selont ceu que dit li apostres, ce nous sonmes par compassion partici- 
pans des doulours Jhesucrit et de sai passion, nous serons parsonniers de sai gloire 
et de sai résurrection. Laiqueille gloire il nous wellet otroierJhesus fil de Marie 
parlai prière des .ij. vierges Marie et Jehan, qui est uns Dieus avec le père et 
saint Esperilh benois et glorieus a tous jours maix san fin. Amen. 

I. Ici et plus bas lou est écrit lo avec une barre supérieure. 



NOTICE D UN MS. MESSIN 1 77 

Explicit l'ystoire de la passion Nostre Signour Jhcsucrit, amen, a cui en 
soient graice et gloire. Amen. Amen. 

IX. 
La Lettre de Prêtre Jean. 

A ce morceau commence la partie qui a été arrachée par Libri au ms. 
de Montpellier. L'ouvrage analysé dans le paragraphe précédent se ter- 
mine au fol. Ixxxj recto de l'ancienne pagination ; le verso avait été 
laissé blanc. Cette circonstance était favorable à la fraude, puisque la 
partie laissée à Montpellier paraissait complète, et les feuillets enlevés 
eussent présenté la même apparence si Libri n'avait, contrairement à sa 
coutume, négligé de faire disparaître l'ancienne pagination. 

Le texte de la lettre de Prêtre Jean qui occupe les fol. Ixxxij à 
Ixxxvij de l'ancienne pagination, n'offre pas d'intérêt. C'est une copie 
très médiocre d'une traduction dont nous avons déjà maint exemplaire, 
et qui a été publiée par Jubinal, à la suite de son édition de Rutebeuf, 
2«éd., m, 556. 

Ci après enxeut U terre ' preste Jehan. 

Preste Jehan par lai grâce de Jhesu Crit rois entre lez cristiens, mande salus 
et amour a Ferri i'empereour de Rome. Nous fasons savoir a lai vostre amour 
que il nous ait esteit rescontei que vous desiriés moût a savair par veritei de nos 
et de nostre terre et de nos chestez et de nostre créance. Nous voulons bien 
que vous saicliiés 2 lou Père et le Fil et iou saint Esperit estre .iij. persones en 
.j. Deu soulemant, et enci le créons nos fermemant ; pour lequeil choze vous 
nos mandastes que nos lai créance de nostre gent et de nostre terre vous 
feïssiens asavoir par nos letres. Et nous vous dixons le covine de nous et de 
nostre terre tote. Et se vous vouleis aucunne choze que nos puissiens faire, 
mendeis le nos, et vousl'aireiz a vostre voulantei. Et se vous vouleis venir en 
nostre terre, bien il soiez vous venus, car vous sereis sires de toute nostre 
terre après nous... 

Fin (fol. iiij^^ et vij) : 

Or vous avons raicontei en veritei 5 toutes ces chozes pour ceu que vous 
sachiés l'estre de nostre pais et de nostre palais, et queil gent nos sommes, et 
de queil créance, et quel vie nous menons. 

Expiicit. 



I . Sic, corr. htre. 

2. Suppl. que nous créons? 

3. Ms. rcntà. 

Romania, XV 



p 


MEYER 




X. 


:s 


Litanies 



«78 



Suit un morceau ayant pour titre Pour coy lez letanies furent ordonnées 
que on disî les rogacions. Inc. : « Les letanies sont faites ij. fois en l'an, 
u c'est a savoir la première letaniele jour de feste S. Marcevangelistre...» 
Le titre est de la main qui a numéroté les feuillets, et écrit au commen- 
cement du ms. les notes rapportées plus haut, c'est-à-dire, selon toute 
apparence, de la main de Jacques d'Esch. Le morceau occupe les deux 
feuillets numérotés uij^'' et vil'i et iuj^^ et ix. 

X. 

Consultation de Jean Le Fèvre, médecin établi a Montpellier, 
sur le traitement de la goutte. 

Ce morceau, qui me paraît être le plus intéressant de tout le ms. et 
qui sans doute a déterminé le choix fait par Libri, est précédé de ces 
mots: Pour lez^ goutte S' Jehan d'Aix. L'écriture de cette sorte de 
rubrique est celle que je crois pouvoir attribuer à Jacques d'Esch. Quant 
au Seigneur «Jehan d'Aix », il n'est pas facile de le déterminer avec 
une entière certitude. Lems. étant, selon toute apparence, des dernières 
années du xiv^ siècle, il me paraît probable que le Jean pour qui a été 
faite la consultation insérée dans ce ms. était Jean d'Esch, maître échevin 
en 1373 et qui mourut avant 1598 ^. Ce Jean eut un fils, également 
appelé Jean, sur lequel nous ne savons rien, sinon qu'il survécut à son 
père. Un troisième Jean d'Esch, fils de Jacques d'Esch, mourut en 1439. 
Hannoncelles, II, 67, publie son épitaphe. Mais l'époque à laquelle 
il est permis de rapporter le ms. convient mieux au premier de ces trois 
personnages. 

Jean d'Esch souffrait de la goutte. C'était un homme riche. Il résolut, 
probablement après avoir essayé sans succès des médecins de Metz, 
de consulter un médecin de Montpellier. Il s'adressa à un certain Jean 
Le Fèvre, de Metz, qui se nomme à la fin de la consultation, et qui 
combinait en sa personne les deux avantages d'être un compatriote 
et d'habiter la ville renommée entre toutes pour son école de médecine. 

Il est probable que maître Jean Le Fèvre rédigeait ordinairement ses 
conseils en latin, cette fois il s'est servi de la langue française, ou plutôt 
messine, car nous n'avons aucune raison de croire que le texte qui nous 



. Lez est pour la, en lorrain. 

. Voy, le Président d'Hannoncelles, Metz ancien^ II, 6y 



NOTICE d'un ms. messin 1 79 

est parvenu de sa consultation soit traduit du latin. Il est bien plus vrai- 
semblable que Jean d'Aix ou d'Esch l'a fait trancrire dans son manuscrit 
telle qu'elle lui était parvenue. Ce faisant, il témoigna pour son médecin 
d'une considération méritée. Jean Le Fèvre, sur qui du reste il m'a été 
impossible de découvrir aucun témoignage, paraît avoir été un homme 
sensé. Ses conseils sont en général judicieux, autant qu'il m'est permis 
d'avoir une opinion en pareille matière. Les superstitions astrologiques et 
autres y tiennent peu de place, et s'il est vrai que plusieurs des remèdes 
indiqués ont dû être plus profitables au pharmacien qu'au malade, le 
régime prescrit est raisonnable et, somme toute, la médication de maître 
Jean Le Fèvre ne doit pas avoir été beaucoup moins efficace que celle 
qu'on suit aujourd'hui en pareil cas. 

L'hypothèse admise par notre docteur, qui n'avait pas vu son malade, 
est que la goutte de Jean d'Esch « vient de chaude cause » ; mais si par 
aventure elle venait de « froide cause », de tout autres remèdes devraient 
être ordonnés (§ 1 3). Le moyen de se décider entre ces deux causes est 
bien simple : il consiste à savoir si la partie du pied où on sent la douleur 
est froide ou chaude. Jean Le Fevre prie son malade de le renseigner 
sur ce point « par aucun qui vieingne à Montpellier ». En attendant il 
lui adresse les conseils qui conviennent à la goutte venant de « chaude 
cause ». Tout d'abord il lui trace un régime, indiquant en premier lieu 
ce qui doit être évité. Il interdit les poissons, principalement ceux d'eau 
limoneuse comme est la Seille, qui passe à Metz, comme chacun sait (3), 
la viande de porc, les oiseaux aquatiques, oies, canaids, etc, (4], le vin 
nouveau, les vins épicés (5], le fromage (61,1e lièvre, le bœuf trop 
âgé (7I, les salaisons (10), les fruits, à peu d'exceptions près (17;. Il lui 
défend de coucher sur le dos (19), de chevaucher le ventre plein (14I. Il 
lui recommande la continence et l'engage à éviter les soucis comme aussi 
à se coucher de bonne heure et à se bien couvrir tout le corps en hiver, 
et particulièrement les pieds (151. 

Après avoir dit ce qu'il faut éviter, maître Jean Le Fèvre indique les 
aliments et les remèdes qu'il juge appropriés à la condition du malade. 
Il l'engage à ma-^ger du pain bien cuit et bien levé, à boire du vin rouge, 
qui ne soit pas doux. Il conseille la viande de veau ou de jeune bœuf ou 
de mouton n'ayant pas plus d'un an ou un an et demi, les poulets, les 
jeunes lapins, de temps à autre les pieds et le groin de porc (25). En 
carême et en temps de jeûne il recommande l'orge ou lerizauxamandes 
et la purée de pois chiches (25). Il permet les pêches, pourvu qu'elles 
soient bien mûres, les prunes noires et les cerises aigres et différents lé- 
gumes (27-8). Il lui donne la recette d'une sauce où le gingembre, le co- 
riandre et les clous de girofle tiennent une grande place, pour assaisonner 
les pâtés (29K Par-dessus tout, il lui recommande l'usage constant, 



l8o P. MEYER 

avant le dîner et après le souper, du coriandre qui, dit-il, empêche les 
oreilles de corner, éclaircit la vue,exciie l'appétit, prévient l'esquinancie 
et mainte autre maladie, et empêche la goutte de descendre dans les ar- 
ticulations (50, 51). Il lui prescrit ensuite de se faire saigner deux fois 
l'an, en mars ou au commencement d'avril, et'à l'automne, entrant dans 
de minutieux détails sur les conditions dans lesquelles cette opération doit 
avoir lieu (54-37)- 

Arrivant ensuite aux remèdes proprement dits, il lui donne la recette 
de divers liniments et emplâtres destinés à calmer la douleur. Il recom- 
mande aussi les bains de pied dans une décoction de fleur d'amande, de 
camomille, de feuilles de myrte et de mélilot, ou encore dans de l'eau où 
on aurait fait longtemps bouillir un renard ($51'- Et si ces divers remèdes 
ne suffisent pas, il convient d'user de chirurgie et d'appliquer des fers 
rouges au-dessous de la cheville et au-dessous du genou. 

Maître Jean Le Fèvre était un médecin honnête. Il ne s'exagérait pas 
la valeur des remèdes qu'il conseillait. Il y voyait plutôt des palliatifs. 
« Si vous vous gardez des choses dessus dites », écrit-il, « et si vous 
« faites ce qui s'ensuit, vos douleurs ne seront plus si fortes qu'elles étaient 
« et vous y trouverez un allégement sensible. Et toutefois ne vousémer- 
« veillez pas si l'amélioration n'a pas lieu promptement, car cette maladie 
« est trop forte à guérir » (22). Et ailleurs: « Notez bien tout ce qui vous 
« est défendu et tout ce qui est permis pour votre gouvernement et 
« comment vous en devez user. Et comme cette maladie peut difficile- 
« ment être guérie, je vais vous écrire ce que vous devez faire pour al- 
« léger vos douleurs, et par aventure il pourra arriver que vous gué- 
« rissiez, mais toutefois ce que je vous écris n'est que pour alléger votre 
« maladie » (33). Au xiv<^ siècle, la thérapeutique appliquée au traitement 
des affections rhumatismales n'était pas encore en possession de remèdes 
bien efficaces, notre médecin en avait conscience et ne cherchait pas à 
le dissimuler. 

En terminant, il conseille à son malade de se pourvoir d'un bon phy- 
sicien qui surveille l'exécution des ordonnances prescrites « car, » ajoute- 
t-il, «je crois bien que vous ne les sauriez lire ni entendre, ». Enfin, écrit- 
il encore, « si vous n'avez toutes les choses qui sont contenues dans les 
« recettes susdites, envoyez à Montpellier par quelqu'un de vos mar- 
« chands qui ont coutume de s'y rendre, et faites-moi remettre par écrit 



I . Cette médication est ancienne : l'emploi du renard bouilli dans l'huile est 
conseillé par Oribase, Synopsis, IX, lvii, éd. Bussemaker et Daremberg. V, 
$52, cf. VI, 391. 



NOTICE d'un MS. messin i8i 

« les noms des herbes ou autres choses qui vous manquent, avec l'argent 
« pour les payer. >^ 

Telle est cette consultation qui m'a paru à bien des égards digne d'être 
publiée, malgré les difficultés et les incertitudes que présente le texte qui 
nous est parvenu. 

Por lez ' goutte S' Jehan d'Aix (fol. 90 b). 

(1) Veci comment il vous covient governeir contre la maladie de vos goûtes. 
Donc, tout premier, wardez vous que vous ne mangieiz pois ne fèves ne aultres 
leûns, ne chaistines, fors que 2 tant que vos poeiz bien maingier de la puriée de 
poi.x et de chiches, et non mie trop sovent. (2) Item, wardeiî vous de maingier 
toutes viandes faites de paiste, c'est a dire de toutes paistes queutes an viandes 
ou en browas, ou que soit saichiée de devant et pues queute en xaul ne avec 
chair ne au fromaige, ne que soit confice (sic) avec miel, ensi com pain d'espice 
que en appelle awedique. (3) Item, wardeiz vous de mangier tous poi.\'ons li- 
moneux, com sont anguilles, tanches, gravices, loches et aultres teilz poixons; et 
briesment, se vous poeiz, wardJz vous de mangieir toutes manière de poixons, 
si fereiz bien, e en especiaul de tous poixons de awe limoneuse, ensi com est la 
rivière de Saille. (41 Item, wardeiz vous de mangieir toute chair qui est vis- 
couse, com est chair de porc, soit vieilz soit josne, et de tous oiselz qui vivent 
et conversent en yawe, com sont oyes, quainnes, mellairs et aultres teilz, soit 
privés ou savaiges. (5) Item, wardeiz vous de boivre vin novel jusquez a tant 
que il soit bien repairieiz et bien purifieiz, et de tous vins fors com est vins 
confis aux espices et claueiz 5 et vin saugieiz, et teilz aultres vins confis. (6) 
Item, wardeiz vous de mangieir nulz fromaiges et de laicel. (7) Item, wardeiz 
vous (fol. 90 c) de mangieir chair de lièvre et de buef anciens. (6) Item, 
wardeiz que vous ne mangieis a un disneir ou a un sopeir plusours paires de 
viandes. (7) Item, wardeiz vous de dormir tantost après mangieir. (8) Item, 
wardez vous de trop boivre et defuer de hore. C9) Item, wardeiz vous de man- 
gieir toute choses fort et agùe, si com de poivre, de hurucle 4, de mostarde, 
d'aulz, d'oignons, de porreiz et de telles samblans choses. (10) Item, wardeiz 
vous de mangieir tous poixons salleiz et toutes chairs sallée. (1 1) Item, wardeiz 
que nulz fruis vous ne mangieiz; toute voie, quant li temps et la saisons vanrait, 
vous porreiz bien mangier des prunes noirez et de sereiseunpoc aigres, com sont 



1. Forme lorraine, pour la. 

2. Ms. lortjues. 

; . Sic, corr. clairei: ? 

4. Sans doute Veruca, vulgairement roquette, plante acre et à propriétés exci- 
tantes, eruc dans le dictionnaire de M. Godefroy qui traduit par •• chenille » 
sans faire attention que lexemple unique qu'il cite, emprunté au glossaire de 
Glasgow, est rangé sous la rubrique de hcrbis. Je trouve eruquc au xv siècle, et 
plus tard, dans Cotgrave, :ruce « the herb rocket », mix^erucle ou /ïuruc/t' n'ap- 
paraît nulle part à ma connaissance. Cette forme semble indiquer un type eru- 
cula toutefois -ucle peut s'être dit pour -uijue, par addition d'une / non étymo- 
logique, comme dans triade, canticle, chronicle, etc. 



l82 p. MEYER 

brequenades ' . (12) Item, ne vous beingnieiz mie au mainsscuvent ou temps que 
vous sentei?: vostre maladie, se vous n'estçs devant saingnieiz. ou que vostre corps 
soit purifieiz par medicine. (13I Item, wardeiz vous de travillicir, soit en alleir 
ou aullrement, et de fort labour tatitost après ce que vous avereiz mangieit. 
(i^) Item, wardeiz vous de piumeir 2 les pieis et de chevauchieir les jambes trop 
aquaisiées et de chevauchieir a ventre remplis, (i^l Item, wardiir (sic) vous 
de avoir compaignie a femme, et de tous corrous de hayne, de tristece, de très 
grans cusansons, et de longement veilieir ; et en yveir couvreiz bien vostre teste 
et tout lou corps, et les piciz en especial wardeiz bien de froit au plus que vous 
porreiz. (16) Item, wardeiz que les avant pieiz de vos chauces ne soient (fol. 
90 d] trop estroites, ne vos soliers auci. (17) Item, wardeiz vous de mangieir 
poires que en mainjuten yver, et de pomes auci, et cuignes 3, et de chaistines 
et de vieiz raisins et de navieiz. (18) Item, wardeiz vous de maingier gelines 
trop viellez. (19' Item, wardès vous de gésir sus vostre dolz. (201 Item, wardeiz 
vous de boivre vins purs et trop subtilz et de mamgieir aisilz trop sovent et de 
useir choses aigres et de tous pains sens levain et mal cuit, com sunt waisteizet 
pain trop blanc. (21) Item, wardeiz vous de toutes nuixes4 grandes et petites. 
(22) Sire Jehan d'Aix, pour tant que vous sachieiz quelz choses vous pueent 
aidier ou nuire a vostre maladie, j'ai ces choses ordenée (sic) pour vosuesancteit, 
et vous signefie que, ce vous aveiz cusançon de vous wardeir des choses dessus 
dites et vous laites les choses que si après s'ensevent et que je vous escris, sens 
doubtes, vos passions et les dolours de vostre maladie ne seront mie si grief ne 
si fortes comme elles ont esteit, maix ils apercevereiz sensible allégement, ne 
les accès que vous solieiz avoir ne seront si fort ne si grevable com il soient, ne 
si ne vous tanront mie si sovent. Et si ne vous mervillieiz mie se si tost vous ne 
aperceveiz alligement, quar trop fort est a wairir ceste maladie. Veci dont après 
ceu que il vous couvient faire et governeir por vostre régime, quant a maingier 
et a tout vos aultre governement. 

{21; fo!. 91) Veci conment il vous covient governeir. Premieir, quant a 
maingieir, vous deveiz niaingieir pain qui soit bien cuit et bien leveit, qui ne 
soit mie ne trop durs ne trop blanc 6, et boveiz vin rouge qui ne soit mie 
doulx, main soit bien purifieiz et purgieiz de toutes superfluiteiz? ; et maingieiz 
chars de veel qui soit de leit ou de buef qui soit jones, non mie anciens, et 
chair de motons d un an ou de un an et demi au plux. Maingieiz hardiement 
des pucins, des jones gelines et perdris et des petiz oiselès, des cunins jones, 



1 . Je ne trouve ce mot, que je ne puis lire autrement, dans aucun diction- 
naire. 

2. Je ne saisis pas le sens de cette expression. Du reste la leçon plumeir 
n'est pas sûre. 

3. Des guignes ou des coings.? 

4. Noix, actuellement nuche^ en patois lorrain. 

5. Pour / ou )'. 

6. C'est ce qui a déjà été dit au § 20. 

7. Cf. §^ 



NOTICE d'un MS. messin iS^ 

et aucunes foiz des pieiz et des groing (sic) de porc et des ventres de veel 
et de motons. (24) Item, wardeiz tant corn vos porroiz, et especialment ou 
temps de esteit, que vous ne boveiz point de vin qui ne sot bien attrampeiz 
d'iawe. (25) Item, quant vous junereiz, ou ou temps que en doit juneir, soit en 
quairesme ou en au tre temps, vous poeiz bi^n maii gieir de l'orge aux esman- 
dres ou dou riz fais a foison J'amandres et de la purie de chiches. (26) Item, 
toutes choses que en puet humeir sont profr.ables. (27) Item, ou temps que les 
perses sont bonnes, vous en poeiz bien maingieir une que soit bien meure, et 
poeiz bien maingieir des prunes noires et des sereises aigres. (28) Quant aux 
herbes, vous poeiz bien useir delà loraige ", deschos lombardas, des espinaches, 
des laituee, et des somences de chos blans avec un poc de persil. (29) Item, 
quant au saices, vous porreiz bien useir en vos paistelz et en {fol, 91 b) vos 
salses de cest porré et non mie trop habundanment, maix en petite quantitei :R. ^ 
preneizdou blanc gegimbre .ij. 3 3, c'est .ij. onces, et demy once de coriandre 
qui soit buHis en vin aigre, et bien saichieiz et bien apparillieiz, et des clos de gi- 
rofle- et dou saffran, autretant de l'un conme de l'autre, Ies4 poix de une dragme, 
iS .j., et de la kenelle bien fine .vj. dragmes, 5 .vj.; et de toutes ses choses 
faites bone porre, et de ceste porre vous meslereiz avec amandres bien broiées, 
et en fereiz une salse avec un poc de verjus ou de vin aigre ou 6 de ceste porre 
en poeiz confire vos paistelz, especialment par tout lou temps d'esteilz, especial- 
ment quant on tire les pastelz fuer dou four. (}o) Item, vous poeiz bien useir 
dou lait d'amandres detrampeiz an jus de pomes de granate ou an verjus; et 
pour tant que a Mes vous ne poeiz mie bien recovreir de pomes de granate, il 
soffit que il soit fait au verjus, et en faites en manière de une salse que soit 
commune a chairs rostie ou a poixons; et il 7 meteiz de la fine quanelle avec foi- 
son d'amandres et de l'aisy ^, et en yver y meteiz dou blanc gegimbre. (51) Item, 
je vous los et conseille souvrainnement que vous usieiz bien sovent dou co- 
riandre confis et bien apparrieiz, ou dou pur coriandre apparilliez senz sucre, 
et dou confiz preneiz en devant disner et après soupeir ou vous beveiz après ce 
que vous lou panreiz aultre fois, quar vous en apersevereiz plusours profis et 
au stomaque et aux {() oreilles, quar il deffent les oreilles de corneir, et aux eulx, 
quar vous en vaireiz plus cleir, et wairde de occursir les eulx et aguise et forte- 
fie l'appétit et warde les gensives de porriture et de punaisie et de l'esquinance 
et de moult d'aultres maladies les queilles ie laisse a nommeir pour cause de 
briefteit.( 3 2) Et saichieiz que il valt et résiste encontre toutes humor et vapour 
venemouse, et deffent que les humours que sont causes de ses goûtes ne des- 



1 . Corr. borraige, de la bourrache.? Littré n'indique, à l'hiit. de ce mot, que 
borracctl bourrache,, mais il y a barage dans un vocabulaire latin anglais-français 
du xiir siècle, Wright, A vol. of vocabulanes I (1857), 140. 

2. Rccipc. 

j. Faute de mieux j'emploie ce chiffre pour désigner l'once 

4. Pour le. 

5. Je rends par un 5 le signe de la dagme. 

6. Il faut supposer une lacune, ou corriger ou en et. 

7. Pour i ()). 

«. Pour aisil, vinaigre. 



184 P- MEYER 

cendient au junctures, et pour tant vous consoille je tant corn je puix pour vostre 
profit que vous en uzieiz chesques jour. 

(33) Or noteiz bien tout ceu que vous est deffendut et toutes choses que je 
vous ai deffendut cy dessus et toutes les choses auci que vos sunt oltriéfe]s por 
vostre governement, et connient vous en deveiz useir. Et pour tant que ceste 
maladie a poinne puet estre wairie, pour tant vous escris je tantost après quelz 
choses vous deveiz faire pour aliegieir vostre maladie, et par avanture vous 
porreiz ' bien garir, maix toute voie ceu que je vous escris ici je vous escris 
plus pour aliegieir vostre maladie, et se n'avereiz mie si fors assez ne si sovent 
com vous aveiz ehut. 

(34) Donc, quant au regimen pur wardeir vostre santeit et la continueir ou 
pourwairir, il serait bon et profitable que vous vos facieiz saignieir au meyt 
mars ou a l'anconmencement dou mois d'avril ou en mey lieu dou mois, {d) de la 
voine conmunedou dextre bras, se elle appert plus plenne ou plus grosse, et 
traieiz dou sanc jusques a demey Ib', c'est demey chopine, ou au moins jusques 
a .iiij. 3. (35) Et devant que ceci faites, se vous aveiz le ventre dur, faites lou 
allaisieir^ par aucune médecine, c'est assavoir par un clisteire legieir ou par 
cassiafiscale 3, et de ceste saingniée faire entens je que ne li air ne la disposi- 
cion dou corps ou dou ventre ne soit contraire a celle saingniée ou aultre empê- 
chement notables, si com puet estre grant flux de ventre ou de emorroydes ou 
de vomissement violent et incisant [qui] souvant surviennent a plusours corps. 

(36) Et pour tant que point ne m'aveiz escript les signes de vostre goûte, ne 
de queil cause et matière elle vous vient, ce de sanc ou de fleume ou de cole ou 
de mélancolie, pour ceu ne vous escris je point la forme dou digestif que vous 
deveiz panre après la saingniée, pour ceu vous covient il useir dou consoil d'au- 
cuns phesiciens de Mes qui saiche ordeneir aucun digestif appropriei4 a la 
matière qui est cause de vostre maladie, le queil vous panreiz après vostre sai- 
gnie. (37) Et après celi digestif vous panreiz ceste medicine pour vous pur- 
gieir, dont la recepte est telle : Vous panrerz de la lectuare de succo ros, et 
le jour que vous panreiz purgacion aieiz boin regimen de consoil de bon phisi- 
ciens. (38) Et wardeiz de vous (fol. 92) saingnier ou temps que li lune 
serait ou signe que on appelle gemini, pues après en l'anconmancement d'aupton 
et partout lou mois de septembre. Quant vos vous fereiz saingnieir, se lou faite 
dou bras senestre et de la voigne commune que on appelle baselique, jusque a 
.ij.3, amollie devant le ventre et purgieiz, se il estoit durs et restraint. 

(39) Or viens je au remède especial, c'est a savoir pour osteir ou apaisieir la 
dolour et la passion que vous soffreiz a vos piei^, quar se grant challour vous 
tient en pieiz avec la dolour, preneiz de l'oie rosat et de l'oie d'anoi S, vd mir- 



1. Ms. porreir. 

2. Plus ordinairement alaschkr, relâcher x. 

3. Cassia fistuld. 

4. Ms. approprieir. 

5. Sans doute l'aneth, ancthum gravcokns L. Ce mot n'est pas relevé dans 
le dict. de M. Godefroy et il n'y en a pas d'ex, ancien dans Littré sous aneth, mais 



NOTICE D UN MS. MESSIN I55 

tino, et de l'oie de camomille, et prenes ij. part de l'oie rosat et une de l'oie 
de camomille, une aultre de l'oie d'anoi ou de mirtifi, et mesleiz tout en- 
semble, et perneiz de ses oies ensis ensamble meslées, et un poc teive, 
en unpnieiz le lieu ou vous santeiz la dolour, et se li trmps est frois ne 
l'esxaffés point, maix tous frois en oingnieiz la dolour. (40) Et ce ces choses ne 
profilent et que la dolour ne se assoage point, faites cest oingnement et en oin- 
gnieiz le lieu ou est la dclour, et veci la recepte : R. farine ordci opii ana 5 ./. ' ; 
misccanlur cum succo solatri et tribus vitdUs ovorum, et fiùt unguentum. Item, ad 
idem valet^ c'est que a ceci vat, herba piiltd 5 Iritj et cum o'eo rosaceofnxa modi- 
cum, mise dessus le mal. (41) Et ce encor ses choses ne profilent, si faites un 
teil oingnement : R. spodi'i, camphore, (b) memiche acacieana^ -l-iOp-i grana 
tria, confiaanlur cum aqua lacluce vel portulace vel succo plantagmis vel cum aqua 
solaln. Item a ce meisme vait cest emplaistre : R. allium de pluma ceruse, boli 
armeniciAana^ .iiij. rrastic.jhuris ana. 5 jj .; Icreaniur omnia cum jïij^^a.lbumlnibus 
OYOrum, vel cum succo poitubce, lactuce^ endivievel plantaginis distemperentur. (42) 
Item, veci une aultre remède qui est tout approveit pour faire cesseir la dolour. r. 
la miate de pain bien blanc et la menuisieiz en lassel de vaiche, et tant la menuis- 
sieiz et debrisieiz en celui laisse! que elle vieingne en samblance de oingnement, 
et il meteis la quarte partie de opii, et bien fort les mesleiz ensamble avec lou 
laissel, et meteis ceci tout sus lou feu, et pues ceci meleis bien tost sus la 
dolour. (43) Et deveiz si noteir que ces emplaistres et oingnemens que sont ici 
deviseiz ne doit on mie mettre sus la doulour, maiques en l'anconmencement de 
la maladie, et quant ele croist plus, et les doit on continueir .iij. jours ou .iiij., et 
quant la maladie est en son estet parfait, porreiz useirde teil emplaistre et medi- 
cine: R. rosarum rub 5 s. i, croci^ ./.; camo.,melli!oti ana '6s.; confuiantur cum succo 
vel cum aqua decoctionis coriandri. (44) Item ad idem : R. succi mente 3 i., aloen 5, 



on trouve aneie dans le nominale latin français que j'ai fait connaître d'après un 
ms. de Glasgow (voir mes Rapports, p. i 23), et anois dans le vocabulaire latin 
français de Douai publié par Escallier (n" 170, p. 227). 

1. Ici et en quelques autres cas il serait posssible que le ms. eût lesignede 
l'once et non celui de la dragme. Les deux signes ne différent pas considérable- 
ment, du moins dans ce ms., et toute vérification m'est actuellement impossible. 
En cas de doute je crois agir avec une sage prudence en mettant la dose la 
moins forte (la drachme est le huitième de l'once) pour épargner des accidents 
à ceux de nos lecteurs qui, suffisamment édifiés sur les ressources de la médecine 
moderne en ce qui concerne le traitement des rhumatismes, voudraient faire faire 
les ordonnances de M'^ Jean Le Fevre. 

2. PljntJgo Psytlium L. 

5. C'est probablement le grec ar.oZ'o-j, scorie métallique. Carpentier (dans 
Du Cange) cite des extraits d'anciens glossaires oij on voit que spodium a été 
employé au sens de « .crugo aiis » et de » res adusta ». Un traité de matière 
médicale connu d'après un incipit, sous le nom de Circa instans, et attribué à 
Platearius, porte : » Sprodiumos est elephantis combustum », voy. J. Camus, 
L'opéra sa!crn:tana « circa instans n ed il testa primitive dcl « Grand herbier en 
français «, p. 121 (Extr. des mémoires de l'Académie de Modène, 1886). 

4. Bol d'Arménie, substance argileuse employée comme astringent ou hé- 
mostatique. 

5. Une demi -once; 1'^ est le sigle de semis. 



l86 p. MEYER 

.ij.,opii.3s., pulveris camomille et meUiloù quod sujficit ; fiât tmphmstrum,ettepi' 
dtimapponalur.hem ad iJcm: R. boH armenii, alocn, croci, ro., mirli, ana conficun- 
tur cum aqua \c) corunJri. (45'. Et quant la maladie s'en vat en déclinant, pour 
resolveir et aniainrir les matières que font les goûtes en pies, vous fereiz cest 
epichime': R.ceruse nove ./., et fondeiz, et resolveizen oie de lis, et adde musa!- 
lagims fcnugrcci 3 s. et scmen Uni 3 ./'., et ses choses broieis bien tout ensemble, 
et en faictes un epichime '. (46) Encor il vait ceci : R. cere 3 .ij.,oleianai 3 .j.et 
s.\ disso'vatur ierapigra^ in predicto o!co, et post addatur camomille pubis, cum 
axuni:,ia galline vel anatis, simul misceantur, et en faites oingnement et teivelet 5 le 
meteiz sus lou mal. (47) Item, en la plus grant dolour de la goûte, le darrien 
remède que tantost fait cesseir la dolour, faites ceste recepte : R. succi iolatri 
montalis IbA. /.; zz S bcne pu!ven:aîi, 3 s., vitella ovorum .^I/o^ ; misceantur omnia 
et stupe canabuK inbibantur et super locum ponatur. (48) Et saichieiz que tous ses 
remèdes ici dessus eicris sont ordeneiz pour les goûtes dez pieiz que viennent de 
chaude cause, quar se elles venient de froide cause il nuirent^ plus que il n'ai- 
derient; et pourtant, se vous aveiz chalour grande ou pieit ou ou lieu que la 
goûte vous tient et la doulour, elle vient de chaude cause, et se il est froiz elle 
vient de froide cause. (49) Si me rescriveiz par aucun qui viegne a Montpel- 
lieir se li membre ou queil vous senteiz la dolour est froiz, et adonc je vous 
ordenerai les remèdes contre et que vous {d) porront aidieir, quar quanque je 
vous escrips n'est maiques con're la goûte des pieiz que vient de chaude cause, 
et a ceu le poieiz vous cleirement apercevoir, quar li lieux ou la dolour tient 
doit estre rouge et chauz. (50) Item, vous deveiz conforleir lou membre o\x la 
dolour vous tient, afin que la mauvaise matière n'i descendent, par mettre sus 
aucuns amplaistre profitable qui serait teilz : R. lucci sigillaci 3 ./. cl 5., olei 
mirtini^ spice,nardi,ana 5 ./., acacie^mirrc^ana 5 ./.. et 5., mie. cypressi 5 i., ro. 5 s. 
squinanci 5. 5., cere nove 5. s. lapdani 5. in olei camo. quod sufficit ad incorpo- 
randum ; dissolvantur dissohenda in predictis oleis et fiat emplaustrum quod ponatur 
supra pannum et mvolvatur menbrum dolens. (^\) Ad idem veci un aultreemplaistre 
dou queil vous porreiz useir de l'anconmancement de voslre maladie jusques a 
la fin. R. hermodactillorum 3 .ij .; puhcrizentur et deinde addatur farine ordei 3 /., 
vitella ovorum quod safficiant ad incorporandum, et fiat emplastrum. (52) Item^ 
R.fabds cum corticibus et coque in aqua, et postea cola et aquam ponas in caldario 
novo; post accipe scmen malvasti, semen citoniornm, scmen lactuce, semen pa pave- 
ris aibi, ana 5 .//•. sc^en planlaginis, fenugreci et anetijol. ro. , semen caulium, man- 
dragore, sandallorum, cicerum, ana 5 ./'.,• coque totum in aqua plantaginis ita quod 
coopcriantur medicine donec (M. 95) remaneat medidds; deinde cola et misceatur 
tantumdem olei ros. quousque consumatur aqua, et rcmovcas oleum, et postea 
pondéra oleum et cuihbct ponderi in 5 appone 5 .iij. cere albe et 5 .11/'. de cepo de renibus 



1 . 'E7:t'/uuLa, un Uniment. 

2. Hiera pixra, préparation composée d'aloes et de miel. 

5. Un peu tiède. 
4. Ltbrani. 

<,. C'est-à-dire zinziberis. 

6. Corr nuiraient. 



NOTICE d'un MS. messin 1 87 

vituli, et misce totum et utere cumopus fuerit. (5^» Item, veci un emplaistre qui 
valt por conforteir le membre uu est la dolour, et que bien attramprement des- 
truit et font la mauvaise matière et l'ampeche de descendre ou membre dole- 
rculz et assoagit la dolour. R. re. lub.bdr. 3 ./., nue. inJic. 5 .ij., tdere terrcs- 
triso ./., achori 5 ./., verbcne3s.,fIor. cctlcane^ ./. lucisigilItlti.S.j., ccre novc^s.; 
disiolvatur cera in olco mirlino et camomillino cqaalibus partibus, addenda de oleis 
predklis ejiiod suficlt àd incorporandum, et fuU emplastnim. {^^) Item, baingnieir 
ses pieiz en yawe ou soient cuites id est in aejua decoclionis florum amigdalarum 
camomille et (o'iorum mirte atque mtlhloti, moult les confortet. (55) Item, les bai- 
gnieir en moust novel il valt moult. Item, les baingnieir en yawes ou la chairs 
d'un volpiz, qu'est un renairs, si est cuite et si bien cuites qu'elles soit toute 
deffaite et fondue; et auci valt moult encontre cest maladie li oie ou la chair 
d'un welpis est cuite; si en doit on oindre les pieiz ; maix devant on se doit faire 
saingnieir et panre purgacion. (56) Et ce ces choses ne profitent, si converrait 
useirde cerurgerie, de ter chaulz ardant et bouteir le fer ardant desous la cha- 
ville dou pieiz au (b) par de fuer .iij. dois aval et auci desous lou genoilz .iij. dois 
aval, maix warde/z que ceci soit fait par lou conseil de saige et apers cyrur- 
giens. (^7) Et quant a présent, non plux ne vous escrips, maiques tant que je 
vous prie que vous faites tant que vous aieiz un boin phisicien qui vous saichet 
ordeneir les receptes que je vous escrips et vous envoie, et que il soit présent 
en l'osteil de l'apothequaire, quar je crois bien que vous ne les savereiz lire ne 
entendre; et vous preneiz bien en warde que vous ne useiz de nulles des choses 
dessus dates que vous sunt deffenduecs, se vous voleiz avoir santeit et non sentir 
les dolours que vous aveiz acoustumeir a sentir, maix useiz de celles que je vous 
escrips, et teneiz celé governement que je vous escrips. (58) Et ce vous n'aveiz 
toutes ou aucunes de choses que sunt contenues es receptes dessus dittes 
envoieiz a Montpellieir par aucuns de vos merchans qui y suelent venir vel > par 
aucuns certains messaige, et m'envoieiz les nons en escript, soient herbes ou 
aultre chose, et l'airgent pour les paieir, et je les vous envoierai ; et si m'escri- 
veiz auci se vostre maladie vient de froide cause, ensi com vous porreis aper- 
cevoir par ccu que j'ai si dessus escript, et je vous ordenerai, avec l'ayde de 
mes maistres, ceu que vous serait profitable encontre la maladie. (59) Et, ensi 
com j'ai dit si dessus, se ou temps que vous senteiz vostre dolour, se li vostre 
pieiz est chaulz, la maladie vient de challour, et se il est frois elle vient de froi- 
deur ; et pour tant (c) faites ensi com je vous escris. Jehans Le Fevres de Mes, 
le tous vostre pour servir a vous et aux vostres selon mon pooir, de bon cuer 
et de bonne volenteit. 



I. Il y au? dans le nis., mais il est évident que la lettre du médecin devait 
porter ul' abréviation de vcl. 



i88 



APPENDICE 

I. — Sur les versions en prose française du Secretam Sccretorum. 

Outre la version du ms. de Montpellier, dont je n'ai rencontré aucune 
autre copie, je connais quatre versions en prose du Secretum Secretorum. 
La plus ancienne est probablement celle qui a pour auteurs Joffroi de 
Waterford et Simon Copale, et qui n'a été signalée jusqu'à présent que 
dans le ms Bibl. nat. fr. 1822. Elle est fort libre et d'autant plus inté- 
ressante. Je me borne à renvoyer à l'étude que lui a consacrée V. Le Clerc 
dans le t. XXI de V Histoire littéraire, tout en faisant remarquer qu'il reste 
encore, en ce qui concerne l'origine et la part de collaboration des deux 
traducteurs, bien des points obscurs. Je désigne par A, B, C, les trois 
autres versions. 

A. — Version remontant probablement au xiii* siècle. Elle paraît 
fort exacte. Je cite d'après le ms. Bibl. nat. fr. 571 (anc. 7068), qui 
paraît avoir été écrit au xiV' siècle. P. Paris en a cité quelques lignes 
dans ses Manuscrits français, IV, 407-8. 

{Fol. I 24 <î) A son seign"" hautisme en culture de crestiene religion très ver- 
teus (5(c) Guy, veirementde Valence, de la cyté Tripoli glorius eveske, Phelippe, 
de ses clers li mendres, soi meimes e leal service de dévotion. D'autant corne la 
lune est plus clier ke les esteiles e li ray du soleil plus lusant que la lune, 
d'autant surmonte la clarté de vostre engin et la parfondesce de vostre 
savoir governe la gent qi ore sunt environ la mer, ausi bien barbariens corne 
latins, en lettreùre. Si n'est nuls de sien (lis. sein) curage ki a ceste sentence 
puisse relucter... Et corne a vostre seignorie plout ceste margarite de philosophie 
a Antioche, ou je ou vous estoie, k'ele de lange d'Arabie en latin fust trans- 
latée, je. a vostre comandement covoitant humblement obéir, et a vostre volenté, 
si corne je sui tenuz, servir, cest livre ke les Latins pas n'avoient, por ce k'en 
pou lius fu trové neis d'Arabie ', ai translaté od grant travail, en apert lengage 
de latin, delà lange d'Arabie... 

(Fol. 124 d) Prologes du translateur en loenge d'Aristotle. 

Deus omnipotent gard nostre roy a glorie des creanz, e conferme son règne a 
sa lei divine défendre, e pardurer lui face a eshaucerhonur e loenge des biens 2... 

(Fol. 125 û) Jehan qe cest livre translata, le fiz Patrie, tresachant e très 
ioial disour des langages dist : Je n'ay pas guerpi ne le liu ne le temple ou li 



1. Texte latin: « quia apud paucissimos Arabos reperitur 

2. Il faudrait buens 



NOTICE d'un MS. messin 1 89 

philifophe {sic) soloient escrivre e lur privez oevrez respondrc que je point 
n'eschivai... 

{Fol 125 a) Une epistrc Alex, a Ar. 

Je fais a savoir a vostre cointise ke j'ai trové en la terre de Perse unes genz que 
de raison abundent e de perzant (corr. parfont?) entendement... 

(Fol. \2\ b) L'cpistn Ar. a Altsandrc. 

filz très glorius, très doiturier emperere, Dieus te conferme en voie de 
conisance e en sente de vérité e de vertu.. . 

B. — Version qui remonte au xiv« siècle. Le commencement est 
remanié et abrégé. Je cite d'après le ms Bibl. nat. fr. 1086 qui appar- 
tient à la fmdece siècle. Autres copies : Bibl. nat. fr. 562 ^anc. 7062, 
voy P. Paris, Mss.fr. IV, 544-6I et 10468, Arsenal 2691 ' ; Londres, 
Mus. brit. Add. 18179; Oxford, Saint John's Coll. 102. 

Johan filz Patrice, sage de touz langagez, trouva en Grèce, repost ou temple 
du soleil que Esculapides avoit fait faire, le livre des secrez Aristote, et le trans- 
lata de grieu en caldieu. Et puis, a la requeste du roy d'Arabie le translata 
de caldieu en arabic. Et après grant temps ung grand clerc appelle Philiippes 
le translata d'arabic en latin et l'envoya a révèrent père en Dieu très sage noble 
et honneste personne Guy de Valence, evesque de Triple... 

Comme Alixandre envoya une epistre a Aristote pour avoir conseil se il occiroit 
ceulx de Perse. 

très noble signour de justice, je segnifie a ta prudence que j'ay trouvé en 
la terre de Perse unes gens habundans de raison, et ont entendement a acquerre 
royaumes... 

Le .iii']., comme Aristote envoya aAlixandreune epystreen soy excusant qu'inepoutt 
alcr de vers ly pour sa viellessc, et pour ce luy envoyé ce livre comme il se doit gou- 
verner. 

Alixandre, biau filz gloriex emperierez, le très précieux Dieu te vueille con- 
fermer et envoyer cognoissance et sentir vérité et vertu... 

C. — Version qui ne parait pas être antérieure à lafmdu xiv* siècle, 
mais qui ne peut être notablement postérieure, puisque le duc de Berry 
en possédait un exemplaire en 141^-. Elle supprime le premier pro- 
logue et commence au chapitre Deus omnipotens custodiat regem nostrum 
(ci-dessus, p. 168) et ensuite confond en un seul personnage le Phi- 
lippus du prologue supprimé et Joannes filius Pairicii. Je la cite daprès 
lems. Bibl. nat. fr. 1087. Il en existe d'autres copies, par ex. Bibl. 
nat.fr 1166, 19^8 ; Cambridge, Bibl de l'Université, FF. i . ^3 (daté 
de 1420) Elle a été imprimée à Paris pour A. Verard, en un volume 
renfermant divers traités ainsi indiqués à l'explicit : 

1. Mss. ayant appartenue • Mademoiselle Anne de Graville », puisa d'Urfé. 

2. Cet exemplaire, qui ne s'est pas retrouve, figure dans l'inventaire de 141 3 ; 
voy. Delisle, Cabunt des mss. Ili, 184 (n>' 165). 



190 p. MEYER 

Icy fine le livre du gouvernement des princes, du trésor de noblesse et des 
fleurs de Valere le grant, imprimé à Paris par Anthoine Verard. — (Bibl. nat. 
E 1087, Rés.). 

Elle occupe dans ce livre les vingt-deux premiers feuillets. 

Dieu tout puissant, vueilles garder nostre roy et la gloire de ceulz qui croyent 
en lui, et conferme son royaume pour prendre la loy de Dieu, et le face régner 
a l'exultation, loenge et honneur des bons. Je qui suis serviteur du roy ay 
mis a exécution son mandement, et ay donné oeuvre d'acquérir le livre des bonnes 
meurs au gouvernement de lui, lequel livre est nommé le secret des secretz'... 

(V°) Une epislre que Alixandre envoya a Aiislole. 

Dotteur de justice et très noble recteur, nous signiffions a ta grant sagesse 
que nous avons trouvé ou royaume de Perse pluseurs hommes lesquels habondent 
très grandement en raison et entendement subtil et penetratif... 

(Fol. 3) Le prologue d'un docteur appelle Phelippe qui translata ce livre en latin. 

Phelippe qui translata cest livre fu filz de Paris, et fut très saige interpréteur 
et entendeur de toutes langues, et dist ainsi : Je n'ay sceu ne lieu ne temple ou 
les philosophes ayent acoustumé de faire ou deffaire toutes oeuvres ou tous 
secrezqueje n'ay cerchié... 

(Fol. 3 V") Très glorieux filz et juste empereur, Dieu te conferme en la voye 
de congnoissance les chemins de vérité et de vertus... 

Je mentionne ici, pour mémoire, la version très abrégée, et probable- 
ment exécutée en Angleterre, que renferme le ms. Roy. 20. B. V. du 
Musée Britannique, fm du xiV siècle. En voici les premières lignes : 

(Fol. 136) Ici comencent les epististels (sic) sescretes (sic) del livre Aristotle a 
Alisandre, q'est apelé secré des secrez, et dist ensi Aristotle a Alisandre: 

Beauz fiz,gloriousdretturel cmperers, Dieux te conferme et refreyne tes apetis 
desordenés, et com'erme ton règne et illumine ta conscience a son service et a 
sa honur... 

II. — Enseignement d'Aristote à Alexandre, d'après Gautier de Châtillon. 

Voici les premières et les dernières lignes de la version des Enseigne- 
ments d'Aristote annoncée plus haut (p. 169). Je n'en connais qu'une 
copie, Bibl. nat. fr. 1975, ff. 66 à 68, du xv« siècle: 



1. Il y a dans l'imprimé de Vérard une curieuse interpolation: « Dieu tout 
puissant, vueille garder nostre Roy et la gloire de ceulz qui l'hon- 
neurent, et conierme son royaulme à la gloire de Ditu, et le face régner a 
l'exultation, louenge et honneur dp tous bons chnstiens. Je qui suis servi- 
teur du dict s Agneur Charles VIII de nom, a sa l&uenge el honneur, ay mis 
peine et entente d'acquérir le livre de bonnes meurs au gouvernement de lui.» 

2. Corr. a preud' hommes. 



NOTICE D'UN MS. MESSIN I9I 

Alixandre, biaus filz, devieng homme et aprens a porter armes. Tu as bonne 
achoison de Cbtre chevalier, car tu as anemis contre qui tu poes moustrer ta 
vertu. Et le te diray comment tu le pouras laire. se tu me veulz entendre. Con- 
seilles toi apprendes hommes - et laissiez les serfs et gengleurs et les félons. Ne 
souhaulce ja ceuz que par nature doivent estre bas, car tu vois par coustume que le 
ruisseaulz qui est enflés par le pluie ceurt plus orgueilleusement que cil qui 
vient de la fontaine et court tousjours. Autresi est plus fier et plus crueulz li 
povres homs soushauchiés. Il ne vueit oïr preiere ne fléchir soi a deboinaireté. 

Fin (fol. 68 v°) : 

Et se aucuns t'a mesfait, délaisse a prendre vengance tant que l'ire soit 
apaisie, et puis que accordemens ara esté fais, ne te souviengne ja depuis de la 
hayne. Se tu vis en cesie manière, tu gaingneras renommé qui ne fauldra a nul 
jour du monde. .. 

Paul Meyer. 



P. -S. Tout ce qui précède était imprimé lorsque j'ai trouvé à la 
Bodleienne un manuscrit (Rawlinson C 5581 qui renferme une traduc- 
tion du Secret des Secrets différente de toutes celles qui ont été exami- 
nées ci-dessus. Elle commence ainsi un fol. 5 v° à la suite de la table : 

A son seigneur très excellent en la religion crestienne estable et très ferme 
Guy de Valence, de la cité de Tripole glorieux evesque. Phelipe, de sez clers 
le plus petit, humble recommendacion et dévote et loyale subjection. C'est 
chose digne, juste et resonnable que vostre paternité aist cest livre ouquel 
comment (?) de toutez les sciences aucune choze profitable i est contenue. Quar, 
quant je estove en Antioche avecque vous et ceste precieuze de philosophie 
marguerite si fust trouvée, il plut a vostre domination que il fust translaté de 
arabic en latin... 

Lems., qui est de très petites dimensions, a été exécuté à la fin du 
xiV siècle. En tête du texte est placée une fort belle miniature de pré- 
sentation. Au bas de la page est peint l'écu d'azur semé de fleurs de lys 
et entouré d'une bordure dont la couleur ne peut plus être distinguée. 
Ce sont probablement les armes de Jean duc de Berry (écu de France 
à la bordure engrêlée de gueules , et en ce cas le ms. d'Oxford pou.Tait 
être identifié avec le " petit livre en françois, escript de lettre de court, 
« du gouvernement des rois et des princes » qui occupe le n" 164 dans 
l'inventaire de la librairie du duc de Berry édité par M. Delisle [Cabinet 
desmss., III, 184). P. M. 



MÉLANGES 

DE LITTÉRATURE CATALANE' 



III. — Le livre de courtoisie. 

Le poème, qui, dans le manuscrit n° 377 de la bibliothèque de Car- 
pentras, où il occupe les feuillets 22] à 242, est intitulé Fasset, et que je 
nomme Le livre de courtoisie, po\ir en mieux déclarer le contenu, n'est 
pas une œuvre originale. 

Fasset, ou plus correctement /îc<;/, renvoie à'faceîus qui, en bas latin, 
on le sait, ne signifie pas seulement « plaisant, facétieux », mais 
« courtois, bien élevé » ; c'est fort souvent, au moyen âge, un synonyme 
de curiàlis et à'urbanus. Or, sous le titre de Facetus, ont été composés 
deux poèmes latins, l'un en hexamètres, l'autre en distiques, que 
M. Hauréau a récemment étudiés et décrits dans sa Notice sur les œuvres 
authentic]aes ou supposées de Jean de Garlande^. D'un de ces poèmes, de 
celui qui est écrit en distiques et commence par le vers: Moribus et vita 
quisquis vult esse facetus, a été tiré le nôtre. Je dis tiré plutôt que traduit, 
car bien que le rimeur catalan ait translaté à la lettre de longs passages 
du latin, il s'est donné çà et là quelques libertés, il a maintes fois délayé, 
développé et. à l'occasion aussi, abrégé. 

Le Facetus latin tient du manuel de discipline mondaine, du livre de 
civilité et de l'art d'aimer. Après des généralités, des conseils sur l'édu- 
cation et le choix d'une carrière, des règles touchant le maintien, la toi- 
lette et l'accoutrement, l'auteur dicte à ses élèves une ars amatoria, qui 
est la partie essentielle de son œuvre et de toutes la plus longue, puis- 
qu'elle embrasse environ la moitié du poème [v. 1 5 1 à 584I. L'influence 
d'Ovide, on pouvait s'y attendre, est ici sensible et se manifeste en 



1. Voir, pour les deux premiers articles, Romanla^ X, 497 et XII, 230. 

2. Notices et extraits, t. XXVII, 2= partie, p. 1 j et suiv. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE U)3 

plusieurs passages. Comme le poète de Sulmone, notre Catalan débute 
par le choix d'une amie (v. 151-152): 

Providus imprimis oculis sibi quaerat amandam, 
Eiigat e mullis que placet unasibi. 

(comp. Ovide, Ars amat., I, 55, 42), et continue par l'énumération des 
artifices qu'emploiera le jeune homme pour se concilier les faveurs de 
la belle. De même qu'Ovide, il recommande d'avoir recours à une 
entremetteuse, une messagère {Vancilla ou l'index de \'Ars amaîorla. est 
ici unenun/m); il n'a pas meilleure opinion que lui de la vertu féminine 
et ne croit pas qu'une femme quelconque, adroitement sollicitée, puisse 
résister longtemps (v. 198-200) : 

Improbitas vincit, pectora frangit amor; 
Ferrea congeries disrumpitur improbitate 
Et durum lapidem gutta cadendo cavat. 

(comp. Ovide, I, 473); il est d'avis aussi qu'un moment vient oii il 
faut tout brusquer, sous peine de se rendre ridicule et odieux (v. 295 ss.) : 

Vim faciat juvenis, quamvis nimis illa repugnet... 
Expectat potius iuctando feinina vinci 

Quam velit, ut nieretrix, crimina sponte pati... 
Qui querit coitum, si vim posl oscula differt, 

Rusticusest... 

(comp. Ovide, I, 669 et suiv.). Enfin les recommandations qu'il fait 
à son disciple sur sa toilette et la propreté de ses vêtements sont égale- 
ment empruntées au poète latin (v. 5 1-52, et v. 109 et suiv.) : 

Sepius insinuet vestes ut, tegmine mundus, 

Purgatus viciis significetur ut est... 
Libéra frons pateat, detonsis arte capillis... 
Cesarie longa fit turpis forma virilis... 
Non natal in caligis vel crus vel pes juvenilis, 

Sed sotularJs formel utrumque pedem. 

(comp. Ovide, I, $ 14 et suiv.]. 

Après cette longue dissertation de amore, dont Ovide a fait les frais en 
partie, nous retombons dans les moralités; l'auteur reparle des diverses 
professions, de leurs avantages et inconvénients, des qualités spéciales 
qu'elles requièrent, etc. 

Ce Facetus, dont le succès au moyen âge est attesté par les manuscrits 

nombreux qui nous l'ont conservé, a tenté un rimeur catalan de la 

seconde moitié, je crois, du xiv" siècle. Il lui parut que le livre du docteur 

Face: — c'est ainsi qu'il interprète le litre du poème latin — méritait 

Romania, XV. 1 ? 



194 ^- MOREL-FATIO 

d'être mis en roman, car il tenait ce livre pour le meilleur code qui se 
pût trouver de l'art de corterU. D'abord il suit de très près son modèle. 
Sans garder la concision du latin, ce qui lui était impossible, — à lui 
comme à tout autre poète en langue vulgaire — il ne paraphrase guère 
que pour les besoins de la rime. Après c'est autre chose. Il est visible 
que l'art d'aimer, qui, dans les distiques latins, se soude à l'introduction 
et y forme déjà le morceau de résistance, est, aux yeux du rimeur catalan, 
la seule partie du poème qui compte, le reste ne devant servir que de 
prétexte et de prologue. Ce manuel du parfait séducteur est ce qui sur- 
tout l'a charmé et lui a semblé digne d'être révélé à ses compatriotes; 
mais traduire ici ne serait pas suffisant, il faut insister et longuement 
commenter l'original. Aussi les trois cent cinquante vers que le premier 
auteur avait consacrés à l'^r^ amaîoria en fournissent-ils plus de quatorze 
cents au second ; et, ce qui est remarquable, au lieu de revenir, après 
cette longue digression, aux règles de conduite qui terminent le poème 
latin, notre Catalan continue pour son compte à parler de l'amour : la 
morale de son trané est une diatribe terrible contre les femmes, qu'il 
n'atténue qu'à la fin par quelques réserves à l'endroit des fembres bones. 

Donc le Facet catalan est essentiellement un art d'aimer et se rattache, 
par-dessus son modèle immédiat, à la littérature des imitations d'Ovide 
en langue vulgaire. Je voudrais pouvoir trouver dans cette œuvre, et 
surtout dans les partiesajoutéespar l'auteur catalan, quelque autre intérêt 
qu'un intérêt liguistique : cela ne serait pas facile. Il faut convenir que 
le tout est piètrement composé, écrit et versifié, et que le Catalan a peu 
marqué son coin dans ce délayage, peu marqué aussi la couleur de son 
époque et de son pays. Quelques allusions à Flore, à Tristan, à Jaufre 
Rudel de Blaye dénoncent le poète en langue vulgaire, auquel étaient 
familières les œuvres principales des littératures provençale et française; 
un dicton castillan rapporté quelque part (v. 1549-50) trahit seul le 
rimeur d'outre-monts. Voilà à quoi se borne la note locale du Facet. 

Ou faudrait-il encore relever l'importance relative, et plus accen- 
tuée que dans le latin, donnée ici au rôle de la messagère d'amour? 
Serait-ce un trait plus particulièrement espagnol, quelque chose qui 
rappellerait le pays de la Celestine ? A peine. Mais le nom que porte la 
moyenneresse et que je n'ai pas rencontré ailleurs vaut qu'on s'y arrête. 
Ce nom est hdestral; or, destral, en catalan, signifie « hache ». Qu'a de 
commun une hache et le personnage en question ? Au premier abord, 
j'ai pensé que destral, au lieu de son sens habituel et constant de « hache » 
avait ici celui d' « indicatrice» et de « guide » (comp. le castillan «^/e^/ro, 
guide, licou, et destrar, adestrjr, guider, conduire!, et que le poète, en 
employant ce terme, s'était souvenu de l'épithète d'index, qu'Ovide 
[Ars amat., I, 389 et 597} a deux fois appliquée à Vancilla qui sert les 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 19$ 

intérêts de l'amant ; mais voici que deux passages établissent qu'au con- 
traire l'auteur catalan a bien entendu prendre le mot au sens de hache 
(v. 570-71): 

La destral sia tan aguda 

A dos colps l'arbre s'en aduga. 

Littéralement : « Que la hache soit assez aiguisée (ou l'entremetteuse 
assez adroite; pour, en deux coups, abattre l'arbre. » Et encore 

[V. 1 102-03I : 

Tremeta tost par la destral 
Per derrocar l'arbre fortal. 

« Que l'amant demande aussitôt la hache {ou l'entremetteuse) pour 
abattre l'arbre robuste ». Tout au plus pourrait-on admettre un jeu de 
mots : destral aurait les deux sens de hache et d'index. 

Le texte du Facet nous est parvenu dans un état lamentable. Assurément 
plusieurs scribes ont dû travailler à rendre inintelligibles bien des pas- 
sages de ce poème; c'est eux, non pas l'auteur, qu'il faut rendre res- 
ponsables de mots altérés, d'infractions à la mesure du vers et d'omis- 
sions de vers entiers. Mais l'auteur a à sa charge aussi des négligences et 
des incorrections. Ainsi n'est-ce pas à lui qu'on doit s"en prendre d'une 
faute contre la syntaxe qui revient souvent, j'entends la confusion du 
discours direct et du discours indirect, le passage dans une seule et 
même phrase de la deuxième personne à la troisième, ou l'inverse ? 
Par exemple (v. 340 et suiv.) : 

No sies entre !os maiors 
En paraules trop hdbundos 
E tingii tant entre sa pensa 
So que voira dir niporpuisa. 

L'auteur, vraisemblablement, était peu maître de sa langue et compre- 
nait mal le latin. 

La versification du Facet prête à diverses observations. Un trait d'abord, 
qui la distingue nettement de celle du conte de Vamant, la femme et le 
confesseur^ et la rapproche de celle des Sete Savis^, est l'emploi d'asso- 
nances féminines. Nous trouvons ici des assonances telles que doctrina : 



! . Romania^ X, 497. 

2. Publ. par M. Mussafia. 



196 A. MOREL-FATIO 

dia; disciplina: sia ; ciciliana: mala qu'ignore le conte que j'ai publié, 
alors qu'elles sont fréquentes dans les Sete Savis. Mais cette question 
demande à être examinée d'un peu près. 

Il semble au premier abord, et à considérer seulement certains cas, 
que l'auteur ait eu la ferme intention de rimer son poème correctement, 
et si correctement qu'il n'aurait vu aucun inconvénient à plier la gram- 
maire et la syntaxe aux exigences de la rime pure : obtenir de vraies 
rimes aux dépens de la correction grammaticale, de la forme régulière des 
mots, tel aurait été son but. Comment expliquer autrement des rimes 
telles que hom: perdoin (266-67); ^' • ^^z"' (392-9?) ; desesper : esforser 
{^92-ç)])', diner: fier (12^^-4%) \ fer : parler (526-27); infant: veraya- 
mant[j62-6]] ; où perdom {perdon.it] échange son n contre une m, où di 
[dico] perd son c final, ce qui est contraire à la phonétique catalane, où 
esforser et fier passent de la première à la deuxième conjugaison, et où 
verayamant, cet adverbe en ment, prend un a auquel il n'a aucun droit ? 
Et je ne parle pas de beaucoup d'autres exemples, où l'addition d'une s 
à un substantif, un adjectif ou un adverbe transforme une assonance en 
une rime pure, parce qu'on ne peut pas déterminer exactement dans quels 
cas l'emploi de cette 5 de déclinaison était ou non conforme à l'usage 
catalan au xiv" siècle. La règle de Vs n'a jamais été observée en catalan 
populaire; mais l'influence des lectures provençales amena presque tous 
les poètes catalans du xiir et du xiV siècle à ajouter un peu au hasard 
à bon nombre de substantifs, d'adjectifs et de participes 1'^ du nominatif 
singulier ou du régime pluriel, dont ils ne connaissaient pas exactement 
la valeur. Lors donc qu'on trouve, comme ici, des mots terminés par 
une s que ne légitiment pas l'étymologie et la règle provençale, il ne 
serait pas exact de taxer ces formes d'incorrectes : c'est une licence per- 
mise. Notre texte fournit: v. 688-89 conoriats (nom. pi.) : bontats 
(nom. sing.); v. 714-15 resplandents (rég. sing.) : plazenis (rég. pi.); 
V. ç)o ]-04 corîés (nom. sing.) : mercés (rég. sing.); v. 957-58 bontats 
(rég. sing.) : pentinats (ind. prés. 2" p. pi.); v. 1054-55 abrassats (nom. 
pi.) : nats inom. sing.); v. 1647-48 morts (rég. sing.): storts (nom. 
pi.) ; enfin trois exemples d'adverves en ment terminés par une s: 
V- 7 3 2-7 n luents ^nom. pi. , : verayements ; v. 1 48 5-84 serpents ^nom. sing.) : 
examents; v. 1521-22 jausents rég. sing.) : verayaments. En provençal 
classique l'une ou l'autre de ces formes de mots rimant ensemble et 
quelquefois toutes deux seraient condamnées, tandis qu'ici l'idiome 
littéraire et poétique les tolère: nous ne rangerons donc pas ces exemples 
parmi ceux où la grammaire est sacrifiée à la rime pure. Mais il en reste 
d'autres à joindre à ceux qui ont été cités précédemment, j'entends des 
mots où l'accent a été transposé pour les faire rimer parfaitement avec 
d'autres: v. 504-05 cortés: largués (pour largues, pi. masc. delarch); 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 1 97 

V. 104S-4C) gracia : alegrd; V. \ <iO()-io faysô: Ovidiô (au lieu d'On'^i. ; 
V. 1708-09 ha : luxurid ;au lieu de luxuria !'. 

En revanche le Facet contient un grand nombre d'assonances, ou, si 
l'on veut, de rimes imparfaites. Est-ce négligence, est-ce système ? Je 
n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est que ces assonances vont à ren- 
contre du procédé antérieur, qui consiste, comme on l'a vu, à subor- 
donner la grammaire à la rime. A quoi bon, se demande-t-on, torturer 
des mots au profit de l'homophonie, quand ailleurs le poète se contente 
de simples approximations ? Quoi qu'il en soit, voici le relevé de ces 
assonances. Il convient, il est vrai, dedistinguer celles qui ne sont qu'ap- 
parentes, simplement graphiques, de celles qui sont réelles. 

I. Assonances graphiques. Voyelles. E : a. v. S<^-S6 mesîre : metra; 
V. 1455-54 ^ro^a; roge; il n'y a là qu'une différence de notation, e et 
a dans cette position représentant exactement le même son. — Con- 
sonnes. Rs: s, après un e ou un o. V. ]oS'iocortés: es: leugers;v. 340- 
541 maiors: habundos; v. 5 54"5 5 abdos : amors ; v. 818-19 ^'°^' t^f^ors; 
V. 917-18 lausors: nos; v. 981-82 vos: cors; v. 1 1 ^o-ji vos: lausors; 
V. 99-100, 297-98 sasarros : fors. Dans tous ces exemples, il est très pro- 
bable que l'r ne se faisait pas entendre, et que es et ers, os et ors se confon- 
daient dans la prononciation; en effet, il n'est pas rare de trouver en 
catalan des formes telles que primés pour primers primarios] et cos pour 
cors [corpus), quoique le phénomène inverse, c'est-à-dire la présence 
d'une r parasite dans certaines finales, dans des dérivés par exemple du 
suffixe latin osiis, ne soit pas sans exemple » : ici même nous avons assors, 
^v. 1421), pluriel de 05 |05, 055/5). — nf5 : n5, après ^ ou c. V. 111-12 
recomptants: escrivans ; V. i ^S-^c) infants: capelans;\. 776-777 mans : 
guants ; v, 1 126-27 mans: stants ; v, 1 379-80 manaments : sens\ 1688- 
i6Sç) fems : calents. Dans cette situation, la dentale ne se fait pas faci- 
lement entendre : toutes ces finales, de quelque façon qu'elles fussent 
écrites, sonnaient donc de même ans et ens. — nt : n, après e. V. 504- 
505 defaylimen: altiment ; le cas étant isolé, il n'y a trop rien à en dire, 
car le t du premier mot a pu être omis par un scribe ; mais la chute du 
t en ce cas ne serait pas non plus sans exemple. — m: n, après a. 
V. 249-50 am: deman ; v. 856-37 sabran : am. Si ce sont bien là des 
rimes parfaites, on a dû prononcer an, Vm s'est assimilée à 1'^; mais il 
est possible qu'on doive mettre ces exemples au nombre des assonances 



1. Des faits du même genre ont été signalés ailleurs; voy. P. Meyer, 
Chanson de la Crois, albig., I, cix. 

2. Voir Romania, X, 280; Mussafia, Introd. aux StU Savis, § j6. 



198 A. MOREL-FATIO 

réelles, et ce qui tendrait à le prouver, c'est le perdom, forme citée plus 
haut, que le poète a créée, contrairement à l'étymologie, pour rimer 
avec hom. — Puis quelques cas isolés et où la graphie, sans doute, est 
seule en cause. V, j 22-2 5 trists: smarrits (je crois qu'on prononçait 
plus souvent au pluriel tr.îs que trists et que le poète a bien pu écrire 
frits] ; V. 421-22 agual: vall \\\ n'est pas douteux qu'on doive prononcer 
aguall, l simple étant constamment employée dans les manuscrits pour 
/ mouillée), enfin v. 1 5M'3<^ mes es : bezes [kl le z est une faute pour s). 

II. Assonances véritables. Voyelles g; ci; ^, fl/, ay : au. v. 152-53 
drei: deig^ ; V. ^<)6-ç)-j said : mal; 594-95 senyals : suaus;\. 1427-28 
plau: natural; v. i/{6y64 play : said. — Consonnesf:c, après?, /, 0, or. 
V. 1712-13 met: dech ; v, 538-39 ohlit: die; v. 768-69 dich : esperit; 
V. 1084-85 dit: ric;v. 57-58 tôt: hoc; v. 1409-10 /jorc/z : mort. — ;? .• 
c, /, après /, or. V. 604-oi macip : trich; V. 854-55 macip: exarnit; 
V. 1627-28 fort:orp. — n: rn, après 0. V. 16 iç)-20 son : jorn. — 
ts: s, après /. V. 754-55 vestits : paradis. — yll: y. V. 1437-38 erguyll: 
anuy ; peut-être, cependant, / mouillée (représentée ici par le groupe)'//) 
se prononçait-elle déjà comme / consonne. 

Assonances féminines. /^; in^: /r^: /5^; ira: ida: iea. V, 138-39 
doctrina : dia ; V . 230-31 disciplina: sia ; v. 704-05 nina: morria; 
V. 911-12 estia: nina; v. 478-80 sia: profira: dia; v. 1655-56 gira: 
dia;v. 461-62 camisa: via; V. 975-76 aymia : agradiva; v. 1447-48 
tenyida: falia; V. ic)S>-c)C)sia: saviea. — ala: ana. V. ^66-67 ciciliana: 
mala. — Ola: ona: ora: orra. V, 702-703 dona: hora ; v. 740-41 
madona: axora; v. 1302-03 gola: bona; v. 1349-50 dona: hora; 
V. i<i6ç)-jo s'anamora: modorra. — Oca: ota ; v. 1050-51, 1221-22 
boca : tota. — ua : nda : uga : uyla {■= iiHa] . V. 1292-93 perduda : faduga ; 
V. 1419-20 eguylla: niia. — ea: ella. V. 1 579-80 balea : ella. — esa: eta. 
V. 4^ç)-6o sartroresa: robeta. — eles : eyles: eses. V. 760-61 mameles: 
mereveyles; V. \/{4C)-^o creses : merereyles. — ates: agiies. v. 1545-46 
mates: bujalagues. — iquen: iguen. V. 750-51 signifiquen : liguen. — 
Assonances féminines où plus d'une consonne diffère V. 243-44 crusca : 
alguna; v. 1399-400 balea: sembla; v. 1461-62 blanca : auca; v. 
1551-52 castes : maridades. 

De tous les morceaux en vers ou en prose dont se compose le manus- 



I. Il est bien probable que Vi ne se faisait pas sentir du tout et qu'on pro- 
nonçait detx {xz=.ch franc.) : ce ne serait qu'une assonance graphique. Toute- 
fois, au V. 764, le poêle a écrit, contrairement à l'étymologie, dreig pour faire 
rimer ce mot avec dcig. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



199 



crit de Carpentras, le Facet est celui qui contient le plus de passages 
inintelligibles, du moins pour moi. J'ai fait ce que j'ai pu pour trouver 
un sens aux vers, qui, tels que nous les livre le manjscrit, m'en 
paraissent dépourvus, et, dans le petit glossaire placé à la suite du texte, 
j'ai soigneusement relevé, à côté des mo:s plus ou moins rares que tous 
les dictionnaires ne citent pas, ceux dont mes lectures ne m'avaient pas 
encore fourni d'exemple et que, généralement, je n'entends point. Enfin, 
pour donner à d'autres le moyen de corriger à leur tour plus facilement 
ce texte si maltraité, j'ai cru devoir le faire suivre du petit poème latin 
d'où il a été tiré. Ce Facctus n'ayant pas été, que je sache, imprimé, il 
n'était pas à la portée dt tout lecteur de le comparer à sa traduction 
libre catalane. Des chiffres de renvoi, placés entre crochets dans les 
deux textes, permettent de se reporter du catalan au latin et du latin au 
catalan. 

Alfred Morel-Fatio. 



Senyors, qui vol esser certes, 
Be ensenyat e gint après, 
Aquest roinans venga ausir 
Quis vol d'ensenyament garnir. 
Aquest romans ha nom Fasset, 
Milor libre en feus promet 
Que anc [no] posquessets ausir 
Ne atendra per gint noyrir; 
Et qui 'e]:>tudiar hi voira. 
Mantes causes hi atrobara 
D'ensenyament e corteria. 
Hi apendra [en] cascun dia 
Li clerga e li xivaler, 
Li ciutada e mercader, 
L'infant atressi e li veyil, 
Tuyt ne apendran bon conseyll 
Ez instruhiran tota via, 



Si aquest romans sovin legia. 

Donques qui vo! esser certes 

Ben ensenyat e gint après, 

Entene en humilitat 

E en bonea abrivat. 

No vulles esser mensonger, 

Mas tota via vertader ; 

Ages lo cor ferm e [e]stable, 

Si a tuyt vols esser agradable ; 

E no sies endeny[i]es 

Ne trop mal ne trop renyios, 

E âges te e leyaltat 

E seras de tuyt meit amat ; 

Car qui es foyil [e] senes fe 

No es cregut de nuyla re. 

Mas si s' ave sayso e loch 

Mentir no nou, ab que dur poc, 



28 



32 
[9] 



15. e li. Ms. el. — 18 II faudrait legian. mais l'auteur passe sans cesse 
d'un nombre à l'autre, sans s'occuper de l'accord du verbe avec son sujet. — 
19 Donqa:s, ms. Doncs. — 21 — Entene zz: enUna., subj. A' entendre. Le ms. a 
plutôt enUnc. — 35 ave, du verbe avenir: « Mais, à l'occasion, mentir ne nuit 
pas, pourvu que cela dure peu. » 



MOREL-rATlO 



Car per retrer les veritats 

Del altre part les amistats. 36 

Pecat del amie caleras, 

Tant con poras cobriras. 

Si vols esser bo ni certes 

Ni laus aver en tota res, 40 

Sies [tu] gint amesurat 

En tu e tan adotrina[t] 

No vulles largament parlar 

Sutzes paraules ne comptar: 44 

Tindra t[e] hom per agualat, 

Atressi per mal ensenyat. 

E con nagu voiras lausar 

Ne ses noveyles reconptar, 48 

Deus lo lausar trempadament: 

So que diras verayament, 

So que d[e] ell auras conptat 

Sia trestot be veritat ; 52 

Car si deyes mes que noy ha, 

Desonrar 1' ies tôt en p'a, 

Sobra lot quant [en] parlaras 

En tôt loch, e noy faliras; j6 

Mas no vulles calar de tôt, [i 5] 

Car tindrie t[e] hom per boc. 

So que voiras dir ni parlar 

En ton cor te deus porpensar : 60 

Qui parla a ssa voluntat 

Axi es con cavall desfrenat; 

Perque dix savi Salamo 

Que anc lo sovinent sermo 64 

Nel moit parlar nuyia sayso 

Anch sens [nagu] pecat no fo. 

Donques qui certes vol [e]star, 

Poques paraules deu parlar. 68 

E qui vol esser plazenter 

A tôt hom ayço deu aver : 

No vulles esser erguylos. [17] 

Molt hom [e] per bo e per pros 72 



Tostemps mostra cara rient. 

E sies suau exament : 

Cran virtut es en ell per cert 

Qui en aço es be apert. 76 

Tostemps sies enginy[i'os 

E fug al mon quis erguylos, 

Perque no sies menyspreat 

De nagun hom ascienlat. 80 

E sies be [e^studios 

En ton offici e euros, [21] 

Saviament e conseylada, 

Noy faliras seyia vagada, 84 

Dien que lo us ret l'om mestre 

En qualque art ques vulla metra. 

E con veura que fassa fer 

Vullau disputar volenter 88 

Si que no vages murmurant 

Ni mala cara demostrant. 

So faras, segons ton poder, [25] 

Perque not playa (lo) despener, 92 

Car qui mes despen que no ganya 

Tart es que no sofranya. 

En tôt loc es bona mesura, 

Car sen[e]s ella res no dura. 96 

Deus te tenir gint de vestir, [27] 

Que hom not puxa [e]scarnir, 

E que no vages sassaros, 

Mas nedeu [de]dins e defors. 100 

Eceyil qui poca roba ha 

Axi corn ja avets ausit, 

Si nou avets mes en oblit, 104 

Mas pel vestir ne pel causar 

No deu hom son mester lexar; 

E visque hom saviament 

En heure [e] menjar exament; 108 

E la ploma sia gitada [31] 

En la ma de cuy es pausada, 



3 $-36 Le sens est bien évidemment que, pour dire aux gens la vérité, on 
perd leur amitié. Peut-être faut-il corriger au v. 3 5 la ventât et au v. suivant 
De r altre pcrt l'us (ou hom] ïamistat. — 37 cekras pour cehuas. — 67 Don- 
qucs^ ms. Donchs. — 87-88 le ne comprends pas. — 94 Corrigez : Tart es que 
[res] no [lï] sofranya? « Il est difficile que celui qui dépense plus qu'il ne gagne 
ne se trouve pas dans le dénûment. » — 102 La ligne est restée en blanc dans 
le ms. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



201 



Trestotes coses reconptants : 

Ayso pertany aïs [ejscrivans 1 12 

Que hom aprena de doctrina 

Viur' en lo mon en diciplina. 

Ton fin deus metre en clerecia 

Per tal que tenga bona via 1 16 

E no solament per legir, 

Mas que el puxa mils nodrir, 

Mentre lo mestre lo castia, 

Perque no vinga a mala via. 120 

Diu hom que qui no bat merdos 

No pot [de]puys batra palos. 

Perque no puxa folcjar 

Ab veyis homens lo fe anar, 124 

Car si ab veyls fa conpanyia 

No pora errar ni fer foyiia. 

Tin lo après de esser ventola, 

Car peu qu'es massa moveJer 128 

Lo seny deu aver trop leuger. 

Si bes costuma pauc [e]stant, [37] 

Vergony' aura con sera grant. 

Perque tostemps playen aysets 132 

Qui plagucren per una vêts. 

E ceyil qui hac virginitat 

De gran jovent en sa adat 

Tostemps sia honest e cast, 1 36 

Deus guardar la de tôt malast ; 

(E) cant es de salut de doctrina, 

No ses de pendre nuyt e dia, 

Per tal que sia dreturat 140 

Con or ver epara nomnat. 

Sies valent e [bej entes, [42] 

[E]studios en tota res 

E maiorment en ton offici, 144 

Que no sies tengut per nici, 

E que dipa pus dignament 

(Sa) paraula a Deu omnipotent. 

Aycell gran desonor li es [45] 

Qui los propris lexe(n) per res, 149 



Car orda, per qui trobats es, [46] 

Die vos que no val .j. puges. 

Cant la corona ay son dret 152 

Pus blanc par, fe queus deig, 

Axi tôt prou clar sia, 

Car axis deu fer tota via. 

(Tôt) clerga deu sos menbres cobrir [49] 

Ab gint calsar, ab lonc vestir, 1 57 

So es saber los menbres d'infants 

E maiorment de capelans. 

[MoltJ gran desonor li cabria 160 

Si la carn nua li aparia. 

Mostre soven son vestiment [p] 

Esser nedeu per cobriment 

E denejats de tots pecats, 164 

E perayço sera honrats. 

Sies savi e [be] euros 

E no demans spectancios; [53] 

Gint ta porta e ab bon seny 168 

E garda [be] los mandaments; 

Et si Deus t'a donat aver 

No sies scars en despender, [55] 

E nagu hom no say que sia 172 

Usara de gran corteria, 

Pus que bet basta so del teu, 

A tu e a altre ben leu. 

Cant sies vey hom honrat [57] 

Per dies e per gran adat, 177 

Lo poble amonestiras 

E bons aximplis los daras 

De seguir tostemps honestats 180 

E sera son nom exalsats, 

Per tal que no puxa errar 

Ab tu lo poble ni pecar. 

Aquest romans enseyara [61] 

E lo loc li demostrara 18^ 

A compondre vida plazent; 

E aço reconpta breument 

Quai cosa [ejsta [a] hom be 188 



127 Ce vers est isolé. — 137 Corrigez: E deus (deu se] guardar de tôt 
malast — 139 ses pour ces de cess.ir icesser). — 148 II faudrait A aycel. 
— 149 Quilos^ ms. Quils. — 153 bbnc, lire blanca.— 1^4 Vers de 6 syllabes. 
167 Corr. deman spectacios. — 168 fa pour te. — \-]i No say que sia =z quel- 
conque. — 181 io/i, lire ton. 



202 



A. MOREL-FATIO 



E quai li play ni li cove. 

Primerament, si infants as, 

Alguna art los mostraras, 

E proveex los enaxi 192 

Que, sis partien de assi, 

Posquesspn viure ab iur art; 

Car [los] homens de bona part 

Demanen [tots] a son infant 196 

De quai art [elj es pus altmt : 

Si il play ietra equeclerch sia [65] 

esser de gran saviea, 

Axi con jutge fasia, 200 

Doctor, metge, gran [e]scriva, 

En poquea li enseny de amar 

Los libres, car axis deu far, 

Si l'infant vol clergue esser; 204 

vula esser cavaler 

dels cavails acontornar, 

Ffermant los peus vera[ya^ment, 

Fer tal qu'en sia pus sabent. 208 

Diu hom que si abte es .j. infant 

Molt nés pus savi par avant, 

E deu esser ans [ejscuder 

Primerament que cavaler, 212 

E que servesque volenter, 

Si de tots loat vol esser. 

(E) si no vol esser cavaler, [73] 

E voira esser mercader, 216 

Die que aja [la] conexensa. 

De les monedes ses falensa. 

Primerament axi deu far 

Que aprena [be] de conptar, 220 

Sia agut e entricat, 

Savi mercader assenât 

E serch les terres covinents 

Per conptar ventura examents, 224 

Que null hom noi engan leument, 

Sapia conptar [molt] soptilment, 

Lavors digan que es valent. 

Si no vol esser mercader 228 



E cobcia de esser ferrer, 

Caiit quer diciplina 

Es ops que pereros no sia, 

C-^r ceyll qui en poquesa apren(a), [81] 

E ell cant es de adat complida 

Lnuor[e]s es l'art enflorida. 

Si be ladoncs no s'es infant 

E es tôt barbât e [tôt] grant 236 

E no sal. nagun mester far. 

Nos deu ja vergonyadar 

Ni dir con apendria ara, 

Per veyil que sia, hoc encara, 240 

Car mes val mester qu'es per ver, 

Scvin ho ausim retr[a]er: 

Bestia es l'om quis crusca [85] 

Aycell [que] art no ha alguna. 244 

Art de vida et pensament 

No lexa hom esser noent. 

Mas empcro asso deu fer 

Qui vol esser savi enter, 248 

Que eyll de tôt en tôt [0] am [88] 

E vulla saber e deman. 

Lo saber no mete en va, 

Profit ni be aigu no fa; 252 

(E) sol qu'en aja de la natura 

De pendra (muyler) hom no s'atura, 

E la natura molt hom fay [91] 

Benuhirat e rich c gay 256 

Per molts ficis verament, 

E axi tôt hom del mon ha 

Qiie pot fabricar tôt de pla. 

Hu molts mesters no deu aver, 260 

Poch de son prou ne pot faser. 

Cascun per son primer offici 

Pot esser bo, si no es nici 

E que l'am be de tôt son cors 264 

Sens perea dins e defors. 

E no conseyll a nagun hom 

(E) les greuges de vida perdom, 

Axi que per molt trabaylar 268 



204 Clcrguc esser, ms. esser clergue. — 206 Vers isolé. — 22 ^-27 Trois vers 
sur la même assonance. — 230-232 Le passage semble altéré. Le v. 230 est 
trop court de trois syllabes et ne rime pas avec le suivant; le v. 237 est isolé. 
— 24} Crusca n'est pas sûr. — 251-4 Le sens paraît être (en supprimant 
muyler) que l'homme ne s'applique à apprendre que les choses vers lesquelles 
sa nature le porte; cf. le latin, v. 89-90. — 257 Vers isolé. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



Hom ne muyra senes duptar; 
Ans deu [hom] son cor refrenar 
En le temps c' cm dcu feslivar. 
Trabayil axi que puxa viure 
Ab gauig [e] ab plaser e riure, 
Car certes la vida florida 
Par pensa es ennoblehida, 
Con se mira en alegratge 
E vol aver aytai usatge; 
Mas ceyil quis dona tristicia 
Viu ab gran avaricia. 
E le macip en son jovent 
Don se plaser [tôt] axament 
E cant e bayll e tingues gay, 
Que per un any ne viura may 
E sia a tuyt plasenter, 
Saviament o sapia fer, 
E que sid anamorat 
Si vol tenir son corpagat; 
Mas empero asso es dat 
[E] per hora e per adat. 
E que tinga ses cabeylls gent. 
Nuls aja neyres exament, 
Car ceyia color es d'om veyil 
E no pertany a jovencell ; 
E quels tinga gint pentinats, 
Mils ne parra afaysonats. 
Macip qui vaja sasarros 
E mal net [de]dins et de'^ors 
De fembra e de nul hom nat 
No sera amat ni presat ; 
Mas con es veyll [e] anantat, 
Lavor[e]s no li es gardât, 
Car con la valea pren tant, 
Nos cura hom de gint estant. 
E qui voira esser cortes 
No tinga sos cabeylls largues, 
Car [la] longa cabeyladura 
A fembra tany per sa natura, 
Tengues[e] gint e [be] cortes, 
[En]axi con dessus dit es; 



Sia leus, trempât e leugers 

E nostrat en sos moviments. 

Calsar se deu [e]stretament 
272 Sabdtes, calses exament, 

C'aparega sia leus anats, 
[101] Cuxes, cames [e] pcus privais; 

Pero ayso segons usansa 
276 De la terra, senes duptansa, 

Carsi hom era singular, 

P'arias tenir per juglar. 

Cove al(s) macip(s) verament 
280 Esser entrels jausents jausent, 

E que sia trist ab los tr;sts. 

Conpacient e [ejsmarrits; 

Aconpany se ab homens veyils 

284 Perque sia de bons conseyils, 
E perseverar ab los bons 

Lo jovenseyll totes faysons; 
Car ceyii qui ab bons ha paria, 

285 No potseguir !a mala via, 
E do a tots saviament ^ 

[107] Honor e laus publicament. 

No vules nagun menyspresar, 
292 Sitôt mesqui lo veus [e]slar, 

E vulies dar loc al menor; 

Enclina ton cap al maior. 

Sempres vulla sa fas mostrar 
296 Alegramcnt, e [deu] honrar 

Aquell aquells verament 

A qui s[e] esgart l'onrament. 

(E) no sies entre lo[s] maiors 
300 En paraules trop habundos 

E tinga tant entre sa pensa 

So que voira dir ne porpensa, 

Que hom no! tenga trop parler : 
[111] Savi es sis sap abstener. 
305 On que veja savis [ejstar, 

Ab ells se deu acompayar, 

Escolt be [tût] lur parlament, 
308 Entre ells [e]stia plazent, 

Car tota ora apendra 



20? 



312 



316 



['■9] 
321 



324 

[121] 



328 



n6 



[127] 
34' 



344 



348 



311 Nostrat, lire m-slrat ou destrat? — 326 Au lieu de E pcneverar, lire 
Perseverara ou Perseverar deu. 



304 

Seny e rao qui asso fara. 
Mas si no vols ptr [a]ventura f 
D'aqucstes coses aver cura 
E vols esser anamorat 
E en amors de fembres dat, 
E conexs que mes ta aprofit 
Que en so que dessus ay dit, 
Comensaras axi d'aymar 
Axi con ayci vull (eu) dictar. 
Gardar t'as de monge sagrada, 
Que sposa de Christ es nomnada; 
Eceyil pecat destrui lo cors 
E l'arma [dejdins e defors; 
E de femna c'age marit 
Ta gardaras, so not oblit, 
Car semblant es d'aytal peccat : 
So sia en ton cor pausat. 
Gardar t[e] as de la putana [ 
E maiorment de publicana, 
Car ceyia amor not durara, 
Sil teu diner primer no ha. 
La vil femna no porta amor, 
Si hom no es larch donador, 
Metra son pens en tu net ama, 
Mas so del teu tôt jorn te marna. 
Son ne d[e] altres examents [ 
Qui son en tal fayt covinents, 
Axi con viuda o puncela. 
Lo dur pits se amoieix per ella 
E fa perdre tota tristor 
E axeque trol cel lo cor. 
De la viuda sa dois' amor 
Fa aleujar febre e dolor, 
Aquesta sobre totes ama, 
Saviament art e afiama; 
E beyia puela vagant [ 

De joy replex hom veramant. 
CeyIa ha los iochs covinents, 



A. MOREL-FATIO 



Franch coyll e boca examents. 

iji] Ayccsta am lo jovenceyil, 

3 53 Saviarrent tir al casieyil. 

Si entens l'art que eu te di, 
Sabras d'aymar lo dret cami. 

356 Caiit te voiras anamorar 
De la nina e enflamar, 
Gardar l[a] as de fit en fit 
Ab dolses uylls, so not oblit: 

360 Ayco faras a la venguda 

[E] de part d' eyla verament 
No pendras [nuylj defayliment. 
De moites una en legiras 

364 E de aquella cura auras, 

Car ceyll qui en moites enten, 
Semblant es d'asa veramen. 
Ab una sapges far ion pro, 

137] Mas per esters faras asso, 

369 Ab uylls rients la gardaras, 

En qualque loch l'encontraras, 
E gardar l'en as fermement 

372 Per que sia a tu consent, 
Car si ella noy consentia, 
Aycela amor res no valia: 
Per so diu una parladura 

141] Que amor d'una part no dura. 

377 E aço deu[s tu] ben gardar 
De quin linatge' s ses duptar 
Ne si a tu [sej pertanyia, 

380 Ans que l'amor fos en la via. 

Hom no deu fembra dema[n]dar 
Que nol tangues lo destalsar; 
Mas deu amar, cert, sa agual 

384 O miylor que ell, si liu vali, 
Car tost trabuca verament 

147] Qui vola sobrel firmament 

Del cel, e sobre les [ejsteles 

388 Vol [e]stendre(s) ses vêles. 



['49] 
393 



396 



400 



404 



408 



412 



[155] 
4.6 



420 



424 
['S8] 



356 ta pour te. — 359 Axi, ms. Ayn. — 362 destrui, peut-être faut-lire 
destruu ou destrux. — 365 Ta pour Te. — 372 La vil, ms. Laul. On pour- 
rait garder L'^u/ (avol). Cf. cependant v. 1637, 1670, 1696.— 374- 5 Vers cor- 
rompus. — 392 di. De première main dans le ms. dich. — 398 Vers isolé. — 
401 en. ms. ne. — 420 « Qui ne soit digne d'être déchaussée par lui n. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



205 



E l'apostol sent Pau 

Nos monesta suau 

Tenir via mijana, 

Car es via ben sana. 

Al loch on ceyla sta 

Que tu fort amaras, 

Aqui tu aniras; 

Aprin ios locs on va 

E la casa on sta, 
E para aqui tos fiiats 
E sies be enraysonats; 
E com li vendras [en] denant, 
Lausar l'as tota en xantant, 
E après sospira fortment 
Quaix qui de cor ha torbament, 
(E) si coneixs quet vulla amar, 
Si no, penset de be sforsar; 
Ab ta art e [ta] parlaria 
Sapges aver la maestria 
En que la lies en ta amor, 
Si vols seguir Facet doctor, 
E assage tota ta forsa 
E not vaja lo cor en orsa 
Que leixs tes paraulas anar. 
Lavors te cresque lo parlar 
Dolsament e [molt] amorosa, 
Per que sia de tu curosa, 
E fe so que ella voira, 
Sapges que mes t'en amara 
Ab so que ella torn a plaser; 
E prin fêta ocasio 
Cant aniras a sa mayso, 
Axi con si era sartroresa, 
Vey per scusa de fer robeta, 
Car nostra lenga es camisa, 
Noy erraras naguna via. 
E sobra qualque mester aja 
Prenga [e]scusa con hi vaja, 
Qualque sia l'anamorat, 
Si vol esser de cor amat. 



160] 
4P 



436 



440 



444 



448 



4^2 



456 
[165] 



460 



464 



468 

[■69] 

472 

476 
480 



484 



Car '"embra es pus diligent 

D'aycel qui ama azautament. 

Près de mal ab vol de s'aymia 

Ab qualque fembra eles confia, 

E con trametras res a dir 

A ella, queu sapges cobrir, 

E ella a ell atretal 

Per por de descobrir [lo] mal, 

Qu'en aço es vengut lo mon : 

Tanstost diran que li fa 

liu ha fet liu fara ; 

E qualque la destral [se] sia, 

L'anamorat grans dons profira 

A ella, si be yc es tôt dia, 

E mes que no li don la proferta. [172] 

Don li algun cordo trena 

sabates per [la] [e]strena, 

Car maior cura s'en dara 

E tota hora si pensara 

Que, axi con [el] dat li a 

(Sis) fara so que promes li a. 

En après deu la instruir 

En les paraules que ha dir 

Ceyla en quit confiaras 

Tu ni ceyla que amaras. 

E les paraules son aytals 

Que deu[ra li] dir la destrals 

A la [nina] anamorada, 

Ceyla que as en ton cor pausada : 

« Madona dolsa, Deus vos saul, [17s] 

€ Missatge son, no[m] prena mal, 497 

« E lo vostre molt dois poder, 

« Amasurat, pie de saber. 

« Aycel Deus, queusha formada, $00 

« Fayta vos a agraciada, 

« Vos sots beyia, e vostra cara 

(I Resplandenl con lo sol e clara ; 

« En vos no vey defaylimen 

(I De balea ni d'altiment. 

« Sapgats, madona, que dolsor 



488 



492 



504 



431 et 456 Vers isolés. — 457 fêta, corr. fencha? — 40 aniras, ms. 
•voiras anar. — 461 Je ne comprends pas. — 469 Je ne comprends pas. — 
475 Vers isolé. — 47S-81 Ces vers ne riment pas; au v. 478 corr. fia? cf. 
V. S57- 



206 



« Avets justada ab sabor, 

« Milor sabor ne deu aver. 508 

« Ayço be devets saber 

f C'un macip de vos es torbat, 

« Anamoral e enflamat 

« E amaus mes que res al mon sia, 

« (Ej vol esser en vostra batlia 5 13 

« E quel prenais per servidor 

« E que li donets vostr' amor, 

«c Que son cor ha en vos pausat: 516 

« NoI partiria null hom nat. 

« Ans les aygues qui van [a] jus 

a Farien lur cors per anarsus 

« Que de vostr' amor nospartiria. 520 

« Madona, asso no es falcia, 

« Qu'eu say quel vos ama de cor, 

« Jorn que nous veja, per vos mor; 

« Cant vos ve, es en paradis, 524 

« Ayço m'a dit ades per fis ; 

« Si no veya que fos a fer, 

(I D'eyço non auzirets parler, 

« Mas ell es dois e vos dolseta, 528 

« Quai sera cell qui torp li meta? 

« Sabets c 'una flor ben oient, 

« Ajustad' ab altra exament, 

« Molt n'aurien niylor olors, 532 

f Axi es de dolses amors, 

(I Que, con serets justats abdos, 

« Anch no loren aytals amors. 

« Ay, dolsa amor, merce ajats 536 

« D'aquell vostra anamorats ! 

« Que tota res na en oblit 

a Per vostra amor, axius die, 

f E fets me respcsta breument 540 

« Que l|^o] fassa [e]star jausent. 

« Maior désir a y que diguets 

« C'ab vos parlas sol unn vêts; 

« A mi prega queus dixes 544 

» E que per res nom oblides, 

t Que, tant vos a mesa al cor. 



MOREL-FATIO 

« No nés jorn que per vos no plor : 



« Menjar e beure pert per vos J48 

« Con nos pot raysonar ab vos, 

« Que si ab vos parlar podia 

« De soias ede joy viuria, 

« Moita ponceyia veig qu'el ama, 552 

« Mas ucy son cor en vos aflama. 

« A totes ha renunciat 

« Pel voitre cors car e honrat, 

« E per so m'a tramesa assi 556 

a A vos, per tal con (se) fia ab mi, 

« E li sia tael e leya! 

« E a vos, madona, atretal ; 

« E podets me dir vostre cor, 560 

« Que nous cal aver de res por. » 

E si ella per [a]ventura ['83] 

Feya respcsta aspr' e dura 

La puel' al comensament, 564 

No y dcnets res, tôt es piment. 

Abte es de ciciliana. 

Qui de primer se mostra mala 

E despuys fa blana farina, 568 

Car veu que l'anamich (se) déclina. 

La destral sia tan aguda 

A dos colps l'arbre s'en aduga. 

Sapi' ab sa lenga pintar 572 

La nina e afalagar, 

E que li diga anaxi 

Con [ara] auzirets dir a mi: 

« So queus deman de la amor 576 

Il Vostra prou sera e honor, 

B Tant es ell bo e gint après, 

« Per so vol vostre cor cortes 

« Quel puxa servir e honrar 580 

« El puxa tenir gint e car. 

« Vos avets nom Na Bonanada, 

• Tant sots piazent e ensenyada, 

a Per sous ama axi de cor 584 

« Lo vostre dolset aymador. » 

E si a la nina desplau, ['89] 






5:0 Trop long. — <^ 26 fos. Ms. [es. — 556 mcrce, de première main, 
mcrccn. — ^42 diguets, ms. J.sir. — 557-8 Lire A vos, per tal qucs fia 
ab mi.^ [Qu]c il sia... ? — 565 donets, corr. doteis'f — 569 Je ne comprends 
pas. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



Que li fassa resposta brau, 

Deu s'en tost al macip tornar 588 

E deu li tôt reconptar 

Con li a respost ferament 

E li fo dezobedient. 

Mas lo jove nos desesper, 592 

Ans se deu mays [eJNforser 

Qui ab signes e ab senyals 

Li parla humils e suaus, 

Car ninaqui no sap d'amar 396 

Axi bey deu hom aucar, 

Que li sia hom avinent, 

Humil e pie d'ensenyament. 

Diu hom que mes va! giny que forsa ; 

Aquest sermo no vol l'escorza, 601 

E dix un savi entirat 

C'axiu deu 1er l'anamorat. 

Puys fasse y tornar lo macip 604 

La missatgera, no so trich, 

Qui la pens regeu de tenptar 

Si que nos puxa refrednr, 

Car femnas fa tostemps pregar [197] 

De ço per c'om la te en car. 609 

Si niala voluntat ha vensiment, 

La amor trenca los pits verament : 

Si com lo ferre suaexs 

E la dura roca destroexs 

E la père [molt] forts e dura 

Qui es forada per molura, 

So es con l'ayga hy degota, 

Tantost hi es la pera rota 

E[s] las per assiduitat : 

Axiu deu fer l'anamorat. 

Ab moltfels prechs e ab gran usansa 

Met hom la nina en acordansa, 621 

Axi que per fin[aj amor 

Voira parbr ab l'aymador. 

Deven abdosos .j. logar [205] 

Eiegir per secret parlar; 625 

So que a cascun d'ells plaura, 

Ne la un a l'altra dira, 

Sapiau sol la missatgera, 628 



6l2 



616 



207 

Nû altre parler ni parlera, 
Car sol hom dir : « Saben très, 
« Despuys sab tota res ». 
Cant passarets denant la tor 632 
D'aycela cuy porta(re)ts amor, 
Eyla ve be aconpanyada. 
De dones ab trop gran maynada, 
Deu[s] la dignament saludar 636 
E solas tôt atretal far, 
[Ejsgardant ceyla soptilment 
Per quel teu cors sia jausent. 
Apres deus un jove(nsel) sercar 640 
Ab qui pusques sovin anar 
E que de aquell veynat sia 
On [ejsta ta dolsa aymia, 
Car ab [ayjseyil te cobriras 644 

Per que ab ella parlar poras. 
E con seras aprivadat 
En aquell teu dois veynat^ 
Ton companyo anagaras 648 

Que comens algun [bo] solas 
de baylar de saltar 
E poras ta virtut mostrar, 
Qne nou sabra nul hom nat 652 

Que tu hi sies anamorat, 
Mas que y vens per rao d'aquells. 
Aquest es lo mylor conseylls; 
Mas lo teu cors celât tindras 656 
Aytant de temps con tu poras, 
E si t'aymiat dona loc 
De parlar ab tu falgjun poc, 
No li vages [tu] molejant, 660 

Parla li manifestamant, 
No fasses [e]scut de vergonya, 
Car qui ha vergonya, [sis] ha ronya 
E diras li tôt enaxi 664 

Con [ara] ausirets dir a mi : 
(1 [E stela dara resplandcnt, [209] 
« Eu vos salut tôt humilment, 
« E veus assivostre servent, 668 
t So:[e]rits li son parlament. 
'( Si vostra bontat e noblea 



597 Je ne comprends pas. — 601 Je ne comprends pas. 
trop longs. 



610-11 Vers 



208 A. MOREL-FATIO 

« E la forma e la belea « 

s Se lausava axi con es, 672 « 

« Qui, al meu semblant, en voses, « 

€ De totes quantes nines son « 

« Portais vos flor en tôt lo mon. « 

« EceyII senyor qui vos forma 676 « 

• Temps desafanat hi garda « 
(I Perqueus posques ben faysonar « 
« E de balea carregar. • 
« Angels vos posaren lo nom 680 î 
« Certa[na]ment, que no gens hom, « 
« E tos en paradis formada « 
« Con axi sots agrasiada, « 
( Car ceyil qui ab vos pot parlar « 
« No pot faylir ne pot errar. 685 « 
« Per vos son los pechs instruits « 
t E los pobres enriquehits, « 
« Los desconsolats conortats. 688 « 
« Veusdoncs, madona, quais bontats! « 
« (Doncs) con me poria de vos partir, « 
8 De vostre' amor ne derre[n]clir? « 
« Sil peu ténia en paradis 692 « 
« E l'altra assi, sous affis, « 
« De paradis eu lo trauria • 
« Per a vos fer conpanyia. 
« Vejats con sots agraciada [213] « 
« Milorquefembrac'ancfosnada. 697 
« De la verge Maria avall « 
No fo anch vist tan beyll mestayll. » 

• Deus !o payre spiritual 700 « 
« Vos ha layta médicinal. « 
Si (axi) fosseu poma con sou dona, « 

• Malaits garirets tota hora; 70 j « 
t Si (axi) lossets ayga con sots nina, t 
« Null hom ja per vos no morria, « 
€ Si fossets altar atretal, « 
« (Los) pecadors gar(i)rets de lur mal « 
« E de lur tribulacio. 708 a 
« En vos, dolsa, es tôt asso « 
« E mes que no sabria dir: t 
t Asso cregats senes faylir. « 



Deus voshafetscabellsdaurats [215] 
Gracioses e envejats; 71 j 

Asauta fas e respiandents, 
Uylls amoroses e plazents, 
Ceyies fêtes per maestria, 716 

Mils hom dictar no les sabria; 
E con vostres uylls regirats, 
Mi e lot hom [ajturmentats, 
E fam lo cor dins alegrar 720 

E amor moure ses duptar. 
E la color de vostra cara 
Blanxa es, resplandent e dara, 
Gint fayta e [be] colorada, 724 
Lo deu de amor trop s'en agrada. 
Lo nas es tan gint ordonat 
Que lot hom nés anamorat. 
La vostra boca rosedeta 728 

Semblem [una] rosa fresqueta, 
Plagues ara a Sancta Maria 
Fos prop la vostra de la mia ! 
Les dents semblen cristals luents, 
Tant blanquexen verayements 733 
E son per or[de] enformades 
Qu'en re no son desparaylades. 
E lo vostra agrados ris 736 

A tôt hom play, tant es jolis. 
Can vos riets, ploure deuria. 
Tant es pUzent vostra cuydia. 
Encaraus dich yo mes, madona, 
Que si es nuvol, sis axora. 741 
La vostra boca es tan plazent, 
Tan graciosa exament, 
Nuyt e jorn baysar la volria 744 
E que duras .j. any lo dia, 
E [que] la nuyt tôt atressi 
No volria agues may fi, 
E con vos vey, tôt m' es calent, 748 
Tant he en vos l'enteniment. 
Estes coses me signifiquen [227] 
En quant vostres membres meliguen, 
Que son pus blancs que (nul) hom 
[déport 



682 /oî pour Jots. — 695 Pour la mesure, lire/^:cr au lieu de fur. — 730 
Plagues ara., mi. Ara pLigues. — 739 Cuydia n'est pas sûr. Ce doit èxrecuyndia^ 
le prov. coindia, cunhdia, grâce. — 741 Vers corrompu.'' — 751-752 Sens? 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



209 



Qui ab vos es ja notem mort. 

E con son dignes les vestits 

Qui cobren vostra paradis, 

So es lo vostre cors ho[nVat, 756 

De cuy eu suy anamorat! 

El vostra pils agraciat 

Molt es plasent e ben format, 

Per virtut de vostres mameles, 760 

Que feu Deus a grans mereveyies, 

Qu'en la ma d'un pauc iniant 

Cabrien molt verayamant. 

Lo vostres cors es axi dreig 764 

Con lo cipres, la fe queus deig, 

E es layt gint per abrassar. 

Doncs, do!sa, quius pot desamar ? 

Nû yo, per cert, axius dich, 768 

Tro d'est cors isque l'esperit, 

Encara puys vos amaria, 

Vostr' amor non oblidaria, 

Si sofaria pena e turment, 772 

Tôt me séria bel piment. 

Pus, madona, vos âges vista, 

Non séria la pena trista. 

Los vostres brasses e [les] mans, 776 

Blanques e blanes, semblen guants. 

Trestot es digne de lausor 

E tuyt li membres de blancor 

Qui son en vos, ma dolsa res. 780 

Beneyt sia quant en vos es 1 

Mays es en vos qu'eu no poria 

Dir ne noninar la nuyt nel dia. 

Cant eu vos vey, yo cuy t périr, [235] 

E cant nous veig, [yo] cuyl morir. 

Aço es senyal de bon' amor 

Que eu ay mesa dins mon cor, 

E las me assi vostre servent 788 

E vostre hom tôt exament, 

E[m] ret a vos per servidor, 

Al vostre dois cors pie d'amor 

Per fer a vostra voluntat 792 



" Tostemps volenter de bon grat. 

« Siin volets vos reebre car, 

<i Ma dolsa, nem volets amar, 

« Pus rie me farets ses duptansa 796 

« Que quim daval règne de Fransa. 

« Prech vos, madona, humilment 

K Vullats amar vostre servent. 

I Si vos me amats, mes ne viure, 800 
« De gauig mon cois conpiit aure, 

« De anamichs aure vensiment, 

(I Crexer m'a forsa e ardiment. 

« Madona, no diats de no; 804 

« Sapiats, siu fets, mort so. 

« E si per vostr' amor moria, 

(I Lo deu d'amor vos reptaria 

« Que vos avets fet greu homey ; 808 

II Ponir vos n'[i]a, fe queus dey, 
(c E no aurets nul reunador, 

<i Tôt hom vos sera acusador 

K E Virgili primerament, 812 

1 Tristany e Floris exament, 

« E [En] Jaufre Rudel de Blaya 

« Qui mori per sa dona gaya, 

« Encara savi Salamo, 

« Qui tostemps anamorat fo; 

• Tots aquests seran contra vos 

» Si vos desdeyts a mes amors 

« Ni per amor me fets morir: 

4 Nou fassats vos, merce vos quir. » 

E si eylla es nina certa [243] 

E vol respondra ab cuberta; 

Dient paraules trop [e]squives, 824 

No t'o preus tu biuteles vives, 

Que [ella] be djns son cors consent, 

Mas nou vol donar aparvent, 

Ans te dira tôt anaxi : 828 

9 Germa, sit play, part te de mi; 

(I No se de queus entremetets, 

« Anats vos en, fe quem devets. 

« Pegues paraules me comptais. 852 



816 



820 



762 Pour la mesure, lire patit au lieu de piiuc. — 785 nous. Ms. vous. — 
82^ Le sens des vers est « N'en liens aucun compte. » Mais qu'est-ce que 
biuteles? Le ms. porte biu teks. 

Romania, XV. 14 



MOREL-FATIO 



« [Yo] creu que vos vos [ajcuydats 

« Que sia fembra de viltat. 

M En va m'avets mon cor lausat. 

« Vêts an aquellsquius sabran, 836 

« Que yo no m'entremet neus am. 

« E si yo son beyla assats, 

« Queus fa a vos de mos pensats ? 

« Que de axo no son curosa. 840 

c Lexats me filar ma filosa 

« E nom vingats assi torbar. 

« Viares m'es siats juglar 

« O que siats encantador 844 

« qualque tragitador. 

« Bon cavalier forets salvatge, 

« Que beyil parlar sots d'evantatge. 

« Si acaptats, donar vosem 848 

« Del pa ades com menjarem. 

I Ab tant tenits vostre cami 

« E partits vos tost denant mi, 

« Si no, desonrar vos he (ben) leu, 

« De que a mi sera fort greu. » 8 y 

Lavors respona lo macip 

[E] estia be exarnit 

E prena trestot en joc, 856 

Car puys aura sayso e loc. 

Lo macip digali axi, 

Humil estant ab lo cap cii 

E gar[dan]tla sus en la cara : 860 

« Ha, dolsa res, plasent et cara, [249] 

« Vos, perquem fets axi morir 

« Em carregats de greu martir? 

« Car la pera esclataria 864 

« Si tanta dolor sostenia, 

« Con las yo per vos verament. 

« Madona, de so (en) res nous ment. 

« Pecat n'avets gran e forsor 868 

(I Con axim fets penar d'emor. 

« De tant pobre avets merce, 

« Doncs, sius play, ajats la de me; 

« Nous vull tan gran do demandar 872 



« Que no sie(n) digne(s) de dar 

a E de atorgar tôt exament. 

« Vejats queus nots, sim duyts amer, 

(I Quin pecat es ni quina error ! 876 

« No siats contra mi irada, 

« Que anc nous viu mal ensenyada. 

« Ajats un poc de pietat 

« D'un vostre hom greu turmentat. 

" S'ab vos merce no puschtrobar; 881 

« Sus ades me vau confessar, 

I Apres fare mon testament, 

<i La mort m'es prest, que yo m' 

« Elegire mos marmassors, [sent; 

« Tristany, Virgili el deu d'emors, 

« Als quais pie poder vull donar 

« De départir e de donar 888 

« Tôt so del meu per apagar 

« Les injuries senes duptar 

» Qui verladerament (a)parran, 

« Axi con ells conexeran. 892 

La nina axi respondra [25 3J 

Per aventura, e dira : 

« Germa, jous am covinentment, 

« Que anc non fos en res noent: 896 

« Nous volria nul mal veser 

« A vos ne a altre ne saber, 

« Vêts vos en, e amor vos he 

(I Volentera mentre pore ; 900 

« E nom vullats mes demandar 

« Que fer mi ets trop anujar «. 

Lavors lo jove[n]seyll certes [255] 

Pertesqued'eyia ab gran merces, 904 

Enclinant son cap exament 

E profires per son servent, 

E arrap li tost un baysar, [259] 

E puys pens[ej s'en de anar 908 

Alegrament e ab gran goig, 

Pus Deus li ha donat tal goig; 

E en tôt loch on ell estia 

Crans laors diga de la nina, 912 



84^ Il faut allonger le vers en ajoutant une épithète à tragitûdor. — 847 Corr. 
parlassctz. — 848 Corr. acaptam. — 886 d. ms. lo. — 896 fos pour fats. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



La y cant ab nines parlara, 

Car cascuna le y retraura 

E dir li an : « Bona fos nada 

Cl C'aytal macip vos ha loada, 916 

« E doneus tantes de lausors 

'( Retrer no les poriem nos. 

(( Null hom li poria dir mal 

« De vos ni de vostra hostal. 920 

« es de vos anamorat, 

« Que fort lo veym de vos pagat! » 

E ella respondra poder : 

« Deus li do be qui per mil quer, 924 

« Que yoanc ab cil no parli 

« Ne noi conec, sous jur per fi ; 

« Si es de mi anamorat 

« Fa be que foyll, en veritat, 928 

« Que d'ell ni d'altre no he cura, 

a Car sembicm fort gran horadura 

« Que de mi [e]l ren volgues dir 

« On fes mon prou, senes faylir ». 932 

Pero eylla trop s'entendra, 

Del foch d'amor s'escalfara. 

E la destral deu procurar 

Loc on puxen abdos parlar 936 

La nina e lo jovensell. 

Ades lou ella, ades lou ell. 

E con lo macip entrara 

AI loc on la nina sera, 940 

Deu la francament saludar 

Ab gint parlar e gint gardar. 

« Deus vos saul, ma dolsa res, 

« Beneyta, ab cors cortes. 944 

« Salut lo vostre cors honrat 

(1 De Deu, lo payra speritat, 

i Salut lo loc on vos [ejstats 

« El noble lit on vos pausats; 948 

« Salut(s) la taula on menjats 

« E les nines ab qui parlais. 

« Salut la let que vos marnas 

« E l'ayga on vos batejas, 952 



E lo capela atretal 

Quius pausa crisma al cervigal ; 

Salut padrins e les padrines 

E trestotes vostres vesines; 956 

Salut la pinta de bontats 

D'on vostres cabeyils pentinats, 

Salut l'anap ab que bevets 

E lo pan qu'en taula tenets; 960 

Salut lo vi toi axament 

Que vos bevels e lo piment ; 

Salut lo vostre dois anar 

E lo vostre gint saludar; 964 

Salut lo vostre testament 

De part de Deu omnipotent ; 

Salut la vostra dolsa cara, 

Plazenl, rient, fontana clara, 968 

Madona, valent vostr' amor, 

Pus que del mon portais la flor. 

Car si en res fer se podia. 

Denant vos, la nuyt e l[o] dia 972 

Volria star ajonoyiat, 

Tant m'es l'azaut al cor intrat 

Que yo he de vos, dois' aymia, 

Plazent cara et agradiva, 976 

E queus posques tostemps servir 

E nous posques enfaylonir. 

No volria menjar ni dormir 

Mas vostra servent posques morir. 

Dels portamentsqui son en vos 981 

Dire un pauc. Del vostre cors, 

Certa[najment crey e albir 

Re no y stiamal, ses mentir, 984 

Ans lots quants son d'aquest carrer 

La on [ejstats ni s[ej deu fer 

Sabets honrar e gint servir, 

Per que lot hom vos deu ben dir. 

Vos sols suau, franca, humil, 989 

D'ensenyament portais [ejstil, 

Vos parlais per auctoritat 

De que cascun de vos ha grat, 992 



914 /« pour lo. — 925 Lire podra responder. — 93 3 Lire s'encendra ? — 938? 
— 980 Lire pour la mesure vo5 strulnld^u lieu de vostra scruent. — 992 grat., ms. 
yrat. 



212 



MOREL-FATIO 



Tôt quant deyts es proverbial, 

De vos no ix eximpli de mal, 

Nous trets [ejscarn de nuyla res: 

Per que la vostr' amor m'a près 996 

E liât corn a presoner 

Ab .j. filet de amor enter. 

Perqueus die certanament 

Que yosofir un greu turment, 1000 

Que anc Tristany l'anamorat 

Maior lo sofri ne (nul) hom nat. 

No pux refer la nuyt el dia 

Queab vos, dols'amor, no sia. 1004 

Menjar e beure mi toylets, 

Si vos, dolsa, nom acorrets, 

E nom fassats axi morir 

C apenes pux nagun be dir, 1008 

Vn nuu se para sus assi 

Que no pux mètre lo boci 

De vianda que yo, las, prena. 

Veus con me tenits en cadena ! 1 1 2 

Mas [e]sta nit he somiat 

De quem son .j. poc alagrat. 

Prech vos me vullats [ejscoltar. 

Madona dolsa, e arrenar 1016 

Lo que sompnave certament 

Qu' era ab vos, cors covinent 

En un verger prop paradis, 

On exament auseylls divis, 1020 

E que plorava denant vos 

Ajonoylat, trop engoxos, 

Clamant merce molt humilment 

Que lam aguessets de corrent, 1024 

E vos nom deyts hoc ni no. 

Ab tant prec Deu de corasso 

El deu d'amor, senes faylia; 

Totes les lagrames coylia, 1028 

Qui deyils meus uylls se corria, 

Si qu'en unpii un gran baci, 

Cite les me pel cap axi, 

E con axi les ach gitat 1032 

Vera font viu fou tornat. 



« E volgui de vos aytal far, 

« Si nous pensassels de cuytar 

« Del fet edixes : — [Ha] senyor, 1036 

« Retornats me mon aymador, 

« Abrassar l'e e besar l'e 

« Per fin' amor que yo li he. 

'i — Quem play, so dix lo deu d'amor, 

« Que del vostra dolç aymador 1041 

« Ajats merce e pietat, 

• Eu l'avia encant gitat 

« E vos nol voliats servir 1044 

<i E t[a]es lo de mors morir. — 

« Tanstost torni en mon esser, 

« (E)vos, dolsa, volgues me pexer 

« Delà vostre dolsa gracia, 1048 

« Don lo meu cor trist se alegra, 

(I [EJstant ab vos boca per boca, 

« Atressi la persona tota, 

« Con fa la ungla ab la carn : 10^2 

'( Ayço vos die sen[e]s escarn. 

ï Estavem axi [ajbrassats 

« E nons partia nul hom nats. 

« So sera ver, si Deus ho vol, 1056 

« Si con mon cor désira e vol. 

« E veus lo sonpni acabat. 

« Doncs preneus demi pietat 1059 

« Quem donassets quai do vos playa, 

« Un de vos quir, merce mi vayla, 

a Donets me .j. dous baysar, 

" Fer m'ets de greus mal [ejscapar, 

« Quet [yo] sofir per vostr' amor 1064 

« Qui m'es intrat [de]dins al cor 

« A vos, dolsa, res nous sera 

" E a mi, las, tant me vaira I « 

Si ella s'enfeya forsar, 1068 

Sapies le y tu arrapar 

E besa la [cjstretament. 

Tin li la boca longament. 

[A\ dona qui non es usada, 1072 

Primera e segona vagada 

Li deu lo besar arrapar. 



1032 hs ach^ ms. l'ach. — 1069 k ziz lo. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



21 ^ 



E a la tersa si fa far. 

E lo macip li deu disir : 1076 

« Ara posais en vostra aibir 

« Q^iin ddin fjrets, per fin' amor, 

(I Quein fe.->sets jausent en mon cor, 

« Car nu!a amor no es presada 1080 

« Si no si dona abrassada, 

« Car es comensament d'amor, 

« Segons que recompta l'aclor i. 

E axi, coM demunt es dit, 1084 

Arrapali lo baysar rie. 

Apres fes li grat e lausor. 

« Gracias mil, Na cors gensor, 

« Ara avels l'amor liada 1088 

« De tôt en tôt e confirmada. 

« Ara sabets que molt vos am, 

« A Deu, madona, vos coman ». 

Part de d'eyia alegrament, 1092 

Saltant [e] jugante corrent. 

Enapresse deu porpensar, [265J 

De tôt en tôt [e] studiar, 

On pora [ajtrobar seleta 1096 

La sua dolsa amoreta 

Quesia en loch covinent 

De raysonar secretament ; 

E sil jova no pot trobar i 100 

Loc covinent para parlar, 

Tremeta tost per la destral 

Per derrocar l'arbre fortal, 

Asso larasaviament 1 104 

E no y pendra defayliment. 

E con aura acabat 

La missatgere e tractât 

Ab la nina anamorada 1 108 

Lo loc que al macip agrada, 

Venga lo joue ab son stil 

De gint parlar, mans e humil 

E salut la covinentment : i 1 1 2 

« Deus vos saul, Na rosa plasent ! 

1 Rosa vos puix dir ni nomnar. 

« Car pus fresque sots, sens duptar, 



« Que la rosa al mes de may 1116 

1 Per lo mati quant lo sol ray. 

t Si eu avia lenga d'asser, 

<i Ja nous poria may retrer 

« Les grans laors qui en vos son. 1120 

« Asso vos jur, per tôt lo mon, 

« Que si tots los arbres de! mon, 

« Aytant con tenen en viron, 

« Tornaven ploines verament 1124 

« E la niar tinta exameiit 

E les [ejsteles fossen mans 

« E que fossen en quatre stants 

» E [que] lo cel los pregami 1 128 

« E fos paper tôt atressi, 

« No bastarien scriure de vos, 

t Na corsjansor, vostres lausors. 

« Mils me tindriets per .j. still 1132 

« Vos, madona, Na cors gentil, 

« Car si corterias perdia 

« Ne ensenyament, senes faylia 

li Per vos séria mils tornada, 1 136 

« Mils que la primera vagada, 

« Car yo no era ensenyat 

» E avets m'o vos tôt mostrat 

« D'on yo son .j. poc ensenyat, i 140 

« Despuys que ab vos fuy privât. 

« E fas vos en gracias mil; 

« Mas fort m'avets aduyt al fil 

a De mort, [vos] francares humil, 1 144 

a So sab la vostra dolsa amor 

• Quim va ferir sus al [meu] cor, 

« Per que la nit no pux dormir, 

« Nom pux pausar ni abaltir ; 11 48 

« Si vos donc3 nom avets merce, 

" Mentre suy viu, ne pux dir re. » 

Mentre aço li comptaras [271] 

E ses lausors li retrauras, 1152 

Ve la tocar en son vestir 

Tôt suaument ab greu sospir 

E vas li [e]strenyent la ma, 

Qu'eu say que mils s'escaifara, 1156 



1089 confirmada, ms. conformada. — 1132? 
ne, lire no. 



148 Nom, lire Nim. — 1150 



214 

E no aura tan forts la pensa 

Con no le y trenc qui be s'o pensa, 

E la on hom la toch de ma, 

Jochs e ris no muyren ja. 1 160 

E si elles vol apensir 

Nel tocamcnt le vol sofrir, 

Deus la aver en bon huyr 

Mas no la vulles derrenclir; 1 164 

E si li fas greu lo tocar, 

Jugant, rient, no deus vagar, 

Ades cuxes, ades costats, 

Per tu sien sovin palpats, 1 168 

Mas non fasses con a porquer 

Mas fe u con a franc cavalier, 

Car aver nianera plasent 

En tota res es covinent, 1 172 

Nulla res no val ses mesura 

Ne deu valer senes dretura. 

Lo joves deu de so curar [279] 

Passa la nina alegrar 1 176 

Ab jangles, ab jochs atretal 

Per apansir son cors leyal. 

E cant ella no sera brava 

Que ell no li meta la trava, 1 180 

La trava es de gint parlar, 

Qui fa molt hom fort declinar 

E les punceles maiorment 

Qui no son en amor sabent. 1 184 

Demanali un dois baysar, 

Vulles l'en humilment pregar 

E dia li tôt anaxi : 

t Madona, si yol me prenia, 1 188 

« Per Ventura greu vos sabria, 

« Mas donats lo m[e] vos de grat 

t E aurets me puys he[re]tat 

8 D'un regisme d'un conptat, 1 192 

« Aurets me mes en paradis 

« On es tostemps [e] joy e ris; 

« E no vull que pus m'en donets 

t E jurar vos he, sius volets, 1 196 

€ Que yo als pus nous deman. 



A. MOREL-FATIO 



<■ Promet vos ho senes engan, 

« Que be creu quem deura bastar 

€ Aytal do per [a] demandar. « 1200 

E si ella noi te vol dar 

E ques prenga a manassar 

E que s[e] vage retrahent 

So de que s'es anat plivent 1204 

E li diga que mal feu 

E no si torn per altre veu 

E si no fa queu comprara 

E carvenir li fara, 1208 

Lo macip sia tan [e]spert 

Baysar la vaja con a sert, 

Nosolament una vagada, 

Mas .L. ab abrassada, 1212 

Que so que diu vergo[n]ya fa, 

Maiorment con vezat nou ha. 

Per que tu no deus rebujar 

Lo bras per coy 11 [e]spert pausar, 1216 

Siu vol nou vol atretal, 

No li cayla aver destra!. 

Lavors nou deu fer moyiament, [289] 

Mas bes la be [e]stretament 1220 

E tinga y molt la sua boca 

E (fara) cremar[a] la nina tota, 

E meta li la ma al si, 

Palp les memeles atressi, 1 224 

[E e]strenya les li un poc, 

No molt, car no seriade joch. 

Que semblaria hom porquer 

strempauc paltuner, 1228 

La cuxa el ventre exament, 

(E) cascu senta lobaysament, 

E la calor el foc d'amor 

Be li intrara dins lo cor. 1232 

Lo macip, con conexera 

Qu' ela trestota cremara 

E la veura tota tremolar, 

Deu la tantost resubinar 1236 

E gir li les faldes en sus, 

Si que no parega camus. 



1 58 Sens? — 1 160 Pour la mesure : 
apensir. de première main apensar. — 121 



Los jochs ils ris no m. ja. 
1 solament, ms. foyiament. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



1240 



244 



252 



Aquis deu lo jove sforsar, 

Sitôt elles sap reguitnar, 

Ne ab ell [se] vol forsejar 

Perque li puxa fejscapar, 

Que puys naura sayso ne loc 

Ne la lex si con a badoc, 

Que si lavors la desempara 

E la lexa anar eucara, 

No! preara puys .j. diner 

Nés voira puys en ell fier, 

Apeyiar s' a benuhirada 

Con axi li es [ejscapada. 

« Car bagassa fora nomnada 

« Si malem fos a ell liurada 

« Ne que lo pecat se fos fet 

« Que fos putana soldedera. 

« Ay lassa, tan mal m'o valguera! 

« No agra amies ne parents 1256 

a Que tots no fossen malvolents. 

« Be y fora mes certament 

• Quem degolassen exament o. 

Per quet dich que not [ejscapas 1260 

Nagunafembra en aquell cas; 

E si fa, Deus te do mal dia 

E quet meta en maia via, 

Car tôt hom deu esser baro, 

Con es en [e]streta mayso, 

Ab fembra viuda punceyia, 

En camisa en goneyia. 

Avol es e vesa sens mantir 

Qui en tal cars la vol jaquir, 

No deu esser digne d'amar 

Nula nina, mas de penjar. 

Lebrer a qui [ejscapa presa 

Ja nol preza hom una pugesa, 

Ne nuyll auseyiet de rapina 

Si ell no pren cant veu i'asina. 

Ella pot dir : t Senyer Nartus, 

« Ja vêts la filosa e! fus, 

« Babot camus, babot camus ! 

a Que ja de mi non aurets pus. 



215 

280 



1264 



[30'] 
1269 



1272 



1276 



Mas sil jove n'a avantatge 

E n'age aut lo puncelatge, 

E no sia d'aytal maneyra 

Con aquell qui lexa la carreyra, 

Axi con demunt as ausit, 1284 

Con hom al fayt no es ardit, 

Deus la nina amonestar, 

Si del feyt la veus entristar 

Plorosanient ab greu sospir, 1288 

E que dira senes mentir: 

« Ay ! Inssa, mal anchsuy nascuda 

« E de ten ait castel cayguda ! 

(I Ma virginitat he perduda, 1292 

« Marit et honor, Na faduga ! 

" Ay Na lassa, yo que fare ? 

• Al meu marit que li dire, 1295 

« Ceyll que mos amies me daran ? 

(1 Yo li fassa tan gran [ejscarn 

« QueeyII per puncelam tindra? 

« Quel foyll sospitanon aura, 

« L'excreix m'aura fet abrivat 1300 

« Per la mia virginitat, 

(I E axi mintre per la gola 

« Perdesleyal no con a bona ». 

El macipdeu la conortar 1304 

E amorosament preycar 

Que aytal desconort nos do, 

E jur li per lo Deu del tro 

Que nul temps li devenra 1308 

Mentreal segla viu sera. 

« Vos non perdrets vostre marit, 

« Que pus siats abdos al lit, 

« No gardara lo puncelatge, 1312 

" Tant aura en vos son coratge, 

I E que puxa far sos délits, 

" E metra hi tots sos envits, 

« E vos serets beu leu [ejstorta. 1316 

« Nous calra [e]star con a morta, 

« Car vos le y porets smenar, 

« La y cant testament vcirets far; 

II De ço del vostre li lexats 1320 



1268 Lire Vcsa es es auol s. m. — 1283 aquell, lire 'ceyl. — 1290 mal anch, 
lire mal any ^ — 1308 li devenra, lire la dexelara; et. 1347-48. — 1318 le, 
pour lo. 



2l6 A. MOREL-FATIO 



« E despuys non aurets pecats. 

1 L'escreix li podets ben jaquir, 

« Que de Deu non aurets reptir, 

f E axi sera [bej celât 1 324 

« Que nou sabra nul hom nat. 

« E yo fer vos he, ses duptar, 

(I Que nous porets emprenyar. 

« E porem fer nostres délits, 1328 

(I Vullats per vergers per lits. » 

E si ellet vol demandar 

Con se poria alo far 

Qu' ela nos posques emprenyar, 1332 

Deus tu alguna res trobar 

Que crega que aios pot far, 

Mas no tos ver axi con dius 

A la nina ni liu scrius, 1336 

Maior séria lo pecat 

Quel primer que auras tractât, 

Que sin avias j. infant 

Deliria lo pcccat grant, 1340 

D'on auriat profit la mara 

O prevere esser poria 

D'on lo payre honorauria. 1344 

Mas tu deus esser ten cortes, [315) 

O ceyll qui la nina conques, 

Que no la vulla dexelar 

Ne descobrir de nuyll afar ; 1 348 

Car ceyll qui dexela sa dona 

De sos afTers naguna hora, 

Deu la per sa colpa perdra, 

E no la deu puys mays aver, 1352 

Ni es lengut per natural. 

Ans per hom vil e pie damai. 

Ensenyament e corteria 

Pert hom cant favilania. 1356 

E es digne dealapidar 

Qui s'aymia no pot celar. 

Eximpli es de castigar 

Tota nina, senes duptar, 1 360 



365 



368 



172 



.376 

[32'] 



Que cant la hoen defet vanar, 

Dira cascuna : « Mal fiar 

'( Se faria en ell, per cert, 

« Que veus que diu en descubert 

(i D'aycelaque ha aytant amada, 

« Assats deu esser malanada. » 

Donques, si gardes lo Facet, 

Tostemps sia en tu secret. 

Qui tôt so que [el] sab vol dir 

Séries no lexe res a dir. 

Aycell ama secretament 

En far per Deu son ir.andament. 

Ceyll qui Deu creu ne vol amar 

En ceyl pecat no deu [ejstar 

Longament, si con alguns fan. 

Car trestot ios torna a dan. 

Doncs, si cobeges de jaquir 

Ta aymia quit fa périr, 

Deus gardar Ios .x. manaments. 

Si catolic vert Deus te sens, 158c 

Gardant la sancta [ejscriptura, 

Qui diu que hom nos [deu] dar cura 

De la muyier del prohisme seu, 

Car por ne deu aver de Deu 

No es al mon tan leig pecat, 

Tan sutzane tan mal fadat, 

Car en una hora perdras Deu 

Per vil pecat el règne seu; 

E si vols seguir so quel die. 

Tolraste d'eyla e seras rie. 

Lo pecat te hom enlassat 

Qui toyil a hom tota bontat. 

Si gardaves quant es noent 

L'amor de fembra, vil, pudent, 

Nul temps fembres no amaries 

Ni per aquel iet la reque(r)ries, 

Pus pudent es que lo Satan 

E pus lege senes engan. 

Si vols saber la lur balea, 

Yo t'en dire so que m'en sembla. 1400 



384 



1392 

[325] 



396 



1342 Une ligne a été laissée en blanc dans le ms. — 1351 II faudrait ptnicr. 
— 1356 Pcrt. Le p de ce mot est muni des signes abrévialif de per (par, por) 
etàepre. La mesure demande un mot de deux syllabes. — 1396 a^uel. Lire ceyl 
ou est. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



Si tu vols amar fembra grassa, (325] 

Faxuga es con una massa 

De plom d'autre greu rretayll. 

Fembra grassa es d'equell tayll, 1404 

Moyla con (a) fane la trobaras, 

Nagur. plaser ja non auras; 

Lo cuyr, con tu jauras ab ella, 

Li suara a mereveyia, 1408 

Semblara ensunya de porch, 

Puys pudira con a ca mort. 

De fembre roget die aytant, 

Anuig fa y aytant sertamant 1412 

La con tu la voiras tocar, 

Sos membres tenir ni palpar. 

Ayso per [solj una vagadi, 

No la fa hom de res pagada. 1416 

Fembra magra no pot plaser [529] 

Car SOS membres punyen per ver 

Tôt axi con (a) punta d'eguyla, 

De colteyll d'espasa nua, 1420 

Los essors li paren de fora 

E la coena dura tôt' ora, 

[E] la lenya tost es cremada 

E per lo foc tost consumada : 1424 

Axi destruu hom tost sa .amor 

E erema hom dins e de for. 

E longe dona a nulh' hom plau [533] 

Ne ha bon seny ne natural, 1428 

Fada es e trop riolega, 

No sap que s'es amor, la pega, 

E es semblant a bestiassa, 

Nul temps se mou con hom le y massa, 

Que a pênes pot replegar 1435 

Ses membres, ne pot loc trobar. 

De fembra poca not dons cura, [337] 

Dir vos ay quai es sa natura : 1456 

Sempres s'ireix, tant ha d'erguyll. 

Tôt quant !i dius li torna anuy, 

E irex se leugerament 



217 
1440 



E erema dintre forsorment, 

Cuyda esser tan uilraeuydada 

Que nul hom viu li agrada, 

E ja no val res sa amor, 

Axi con vibra nafral cor, 1444 

No poden certes be bastar 

Sos membres pocs pera jugar. 

Fembra blancha es [be] lenyida [341] 

De groguea, scnes falia, 1448 

Semblant es aço, per eert creses, 

D'una flor c' a nom mereveyles, 

C'aytantes hores con al dia 

D'aytantes colors se canbia ; 1452 

Per lo mail la veuras groga, 

Fembra blanca e puys roge. 

Fembra blanca tostemps es freda 

E porta fredor con a feda 1456 

Trestota [de^dins lo seu cor: 

Per que not pot usar d'emor. 

Molt hom nés enfalagat 

En sa balea e temptat. 1460 

Eylla enten esser pus blanca 

Que pera marbre ne ploma d'auca. 

Mas fembre negra per que play [345] 

A nagun hom, si Deus vos saul ? 1464 

Que eyla tiny trestot lo cors 

De si e de sos aymadors, 

Amor tenyida de negror 

No poden durar de dolsor, 1468 

Car sembla [lo] foc infernal 

par sunyia fumerai; 

Con ve la nit, ceyll qui liu fa, 

Tôt lo erema de ssa e de la, 1 472 

No voiria l'anea lavar 

Ne les cuxes debetegar 

E con l'om s'en vol levar 

Ela l'estreny, fal acurar, 1476 

Car no voiria may vagar 

Tant il sap bo lo recalear. 



1425 destruu n'est pas sûr. Cf. v. 562. — 1452 le pour lo. — 1449 creses est 
la 2" p. s. du subj. {crcdas). — 14^6 con a jeda. ms. con ajcda ou con aseda. 
Sens.'' — 14^9 nés, lire en es pour la mesure, — 1463 Lire pour ne. — 1474 
Debetegar, lire dencUgar} — 147^^ Lire, pour la mesure: E con dcl lit s'en vol 
Itvar. — 1476 Acurar pour acorar. 



2l8 

Fembra roge es vcrinosa, 
Per sanch e per coira cremosa, 
Locors el cor cou exament 
Del amador, tant es calent. 
Axi nafra con a serpents 
E gita veri examents 
Perses membres de malvestats, 
A nul hom^no diu leyaltats 
Ne bona fe, tant es cruel, 
Son coratge es si con fel,- 
Mes vicisha qu'eu no say dir. 
Piyor ayma, senes mentir, 
Carregada de malencolia, 
Tart li bull (la) sanc, senes faiia 
De fembra fosca, [qu'es] quaix 
D'eytal te garda que not noga, 
Car del demoni es semblant 
En engan e en tôt son talant. 
Con d'enganar se jaquira 
Le carbo fuyles levara. 
Qui de totes quanîes ay dites 
Dessus al libre ni [ejscrites 
Vols fer amiga verament, 
Deus t'en partir soptosament ; 
Sit penses so que yo'ne die, 
Ja no les voiras en ton lit; 
Mas de aquelles te deus altar 
Que ara ausiras conptar. 
Fembra de forma migensera _ 
[Ajceyla es fort plazentera, 
Car ceyia es d'aytal fayso, 
So diu l'actor Ovidio. 
Ne sia gran ne massa poca 
E que no aia ampla m.oca 
E que no aja longa cara 
Ne ma breu, per cert, encara, 
Mas aja la un poc radona, 
No massa ampla, tal es bona; 
E que no sia'massa roge 
Ne massa grossa, cascu o oge. 



A. MOREL-FATIO 



[M9] 



.484 



. 1492 

groga, 



1496 



[3^7] 
1500 



P4 



[459] 



IS12 



5.6 



1 520 



1524 



Ceyla ama qu'eu te say dir, 

A cuy no puxa hom res dir. 

Ceylat fara [e]star jausents 

Dins en ton cor verayaments, 

E la amor d'eyia ab dolsor 

Trop es azauta, diu l'actor. 

Penset en los comensaments 

E aço no liures als vents 

E part asso [e] quants danpnatges 

Seguexen hom e quants coratges.i 528 

Eceyil qui ama sens manera [365] 

Foyil es e sens tota carrera, 

Hom ne menysprera son offici, 

Pec es hom assats e [molt] nici. 1 532 

Fembra en lo comensament 

Ayma [lo] hom trop caldament, 

Mas pus sien passats .iij. meses 

Si no le y fas no la bezes 

Raula del breu que no te prou, 

La tua amor no val .j, ou ; 

Tu t'ensendras al foc d'amor, 

[A]ceylla en la gran fredor, 

Per que fara amich novell 

Per cert de qualque jovencell, 

Ceyll la aura a son plaser, 

On tu deuras gran dol aver. 

Diu hom que tu batras les mates, 

Los rromanins e bulafagues 

E altre aura los conylls. 

Bet pora hom dir seny de yryls. 1 54 

Be saps que diu lo casteyiano 

Que fembra fa lo desguiado. 

Los uns amaranfembres castes, 

Altres viudes niaridades. 

De ques enganen malament : 

Aço fa pertot lo jovent. 

No y ha belea de puncela 

Nos mut [alla], quaix per mazela 

Pus agen .j. infant dos, 

Tota ceyla color ques pos 



1536 



S 40 



W4 



[368] 
>5W 



5^6 



1493 Lire La pour Ds. — 150^ Lire Mas de aqucllet deus a., puisqu'il 
n'est question que d'une seule femme. — 1527 part, lire pens. — 1536 le pour 
lo. — 1537 Sens .? — 1 ^8 Sens .? — 1550 desguiado, lire desguisado ? 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 



Tôt es pudor, d'on puxes ploren 
E de dolor per pauc nos moren ; 
Tots dies pensen de pintar 
Con ymage senes duptar, 
D'on hom es assats desastrats 
Qui per fembra es enj^anats. 
Elles s'afayten per vestir 
D'on puxen sos membres cobrir, 
Qui son sutzes e moût pudents 
E vils ses tots comparaments. 
Nou garda hom con s'anamora 
E paren oveyia modorra. 
Axi fan hom mètre en gir 
E fadejar, Deus les ahir ! 
Con es hom axi axorbat 
Que no veu la lur sutzetat. 
Axi giren lurs uylls ten gins 
Ab qups alegren los mesquins; 
En moites es hom enganats 
E hom ne va mort e cuytats. 
Vois [tu] veura la lur balea? 
Ve t'en mayti tantost a ella 
Con jau nua en son lit, 
Descobrila e not oblit 
E lavors be le t[e] [e]sgarda, 
Aqui veuras con es galarda. 
E jau ab ella mantinent 
E gardala puys exament 
Quina pudor exira d'eyia! 
Nos potsofrira mereveyla ; 
Tart sera que not taps lo nas, 
Si li [ejstas gayra de fas, 
Con ella put en sa natura ! 
E(n) tots sos membres de sutzura 
Son e les cuxes exament 
Qui prop li [ejstan verament. 
Molt hom d'arenchs no ha talant 
Mas de la pudor ha semblant: 



560 



1564 
[372] 



1568 



S72 



576 



[lis] 

1580 



1584 



S92 



596 



Per que no deu plaura assi 

Ne a nul hom, jurte per fi. 

Bona medicina pendra 

Qui d'aqutst feyt se lexara. 1600 

Si to[sJt d'eyia nos vol partir, 

Lo cors te fara amagrir 

Per la sua art [tan] malvada 

Qui trespua [a] hom la corada. 1604 

Quatre coses son ses duptar 

Qui no s'e] poden sadoyiar : 

La mar, lo cony de la putana, 

Foch e avar, causa es certana. 1608 

Puta es fiyla de Satan, 

Car la ressembla per engan, 

E es plena de dois veri 

Ab que engana lo mesqui, 1612 

Segonsque sent Gregori dits. 

Recomptant als savis [e]scrits. 

Las de animas es la putana 

E de luxuria cabana, 1616 

Tôt axi put con lo demoni 

Qui es tôt pie de malenconi. 

Los mais qu'en la putana son 

Nols poria retre[r] d'un jorn, 1620 

(Car) ella fa corrompre lo cors 

E fa destrohir los trezors 

E fa la arma infernar 

E Deu lo payra oblidar. 1624 

Salamo fo sobrat per cert 

Per femna [e] enganat apert, 

E atressi Sampso lo fort 1627 

Per sa muyler, d'on puys fo orp, 

E Sent Père atretal 

Per fembra fo enganat mal, 

Que tresveus senes duptar 

Li feu Jesu Christ renegar 1632 

En lo palaus de Ponç Pilât, 

On près e ligat. 



1585 le pour /a. — 1605-1608. En marge ce renvoi : « Proverbiorum ultimo 
capitulo. Il iallait penullimo : « Tria sunt insaturabilia, et quartum, quod nun- 
quam dicit <i sufficit » : infernuset os vulvae, et terra, quae non satiatur aqua : 
ignis vero numquam dicit « sufficit ». » [Piov. xxx, 15, 16). — 1625 la arma, 
ms. larma. — 1629-30 Rétablir pour la mesure: E Sent Père \lo] atretal Per 
[una] fembra enganat mal. — 1634 Lire : On [elfo] près e [fo] Ugat. 



220 



MOREL-FATIO 



Perque fembra es cnganosa 

E de mais aptes abundosa. 1656 

Cant fembra vil se gardara 

Que algun hom no decebra, 

La mar certes s'axecara 

E segnor iuyiles levara. 1640 

Garda Eva quants mais basti 

Cant menget aquell mal boci, 

Elen dona a son marit 

D'on puys se tench per [e]scarnit, 

Car per ayce! mal los malvats 1645 

Foren de paradis gitats, 

D'on Jesu Christ n'a presa morts. 

D'on nos e ella ne som [ejstorts. 1648 

Tostemps fo e tostemps sera 

Que la fembra abans fara 

Lo contrari sertanament; 

D'eyço en res nul hom no ment. 1652 

Fembra es rayll de barayla 

E de tofs mais, ses tota fayla, 

E aytantes veus elles gira 

Con pot fer lo panell al dia, 1656 

E so con ab sos uylls veura 

Al quaix glassar II fara. 

Moit hom veig que fa[n] ayrar 

Que deurien certes amar. 1660 

Anamich es vostre mortal, 

Semblant es del diable mal. 

De que trob en [ejscrit tôt breu, 

Ca fembra ha ymage de Deu 1664 

De que [ella] nul temps fo creada, 

Car de costeyla fo formada 

En [lo] paradis terrenal, 

On ellens percassa tôt mal, 1668 

Si nou avets mes en oblit. 

[La] fembra vil a hom no ama 

Si no con al lit [lo] aflama 

De foc lucxurios, malvats, 1672 

Per que es Deus [be] oblidat. 

Senyor, ausit podets aver 

Quais bontatsan en si per ver. 



Para e mara fan oblidar, 1676 

Fan hom despendre e folejar ; 

Con mes en elleus fiarets, 

Lavors pus enganat irets, 

Car eu la say de tants talents 1680 

Con se poden girar los vents, 

Mas la fe que promet ne jura 

Ve)am e quant de temps li dura. 

Que a una hora es girada 1684 

E de son lit descambiada, 

Tôt son [e]studi es d'engan, 

No va en als cogitan, 

Car cert no es als mas[que] fems, 1 688 

Causa frevols, causa calents, 

Parlara e sens piatat, 

Enganabla las de pecat, 

Destruccio de castedat, 1692 

E sen[e]s tota leyaltat, 

Rayl de mala malaltia, 

Porta de partiment e via, 

Fembra vil, senes tôt mentir. 1696 

Ximera li pot hom be dir 

E tôt per aquesta rao 

Com [ha] lo cap con a leo 

E de cabra [ha] tôt lo cors, 1700 

Axi la pinten los pintors 

E fan li coha de serpent. 

Veus e quai comparament 

A tota fembra vil es dat, 1704 

Verayament li es posât. 

Per lo cap de leo es entes 

Lo erguyll qu'en les fembres es, 

E per lo cors de cabra que ha 1708 

Es entesa lucxuria, 

E per la coha de serpent 

Es entes l'enverinament, 

E lo foc que en elles met 1712 

Malvat, per la fe queus dech, 

De malea e de falsedat, 

Es son coratge carregat. 

Nos fiu en fembra nul hom nat, 1716 



1640 Segnor, ou segner, seguer. Sens? Cf. v. 1498: Lo carbo fuyks levara. 
1657-58 et 1663-64 Sens.? — 1687 ah. VI est barré; lire al re. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 22 1 

Si vol creure aquest dictât, Qui son de castcdat mal sanes, 

Mes de malea an percent Elles torben vostres marits -.-j^z 

Que nous dire al descobert. D'on vostres hostals son derrenclits, 

De .M. a pênes ne veurets 1720 E molta dona colpejada 

Una (ben) casta ne(n) atrobarels : E iarida e ben cast[ig]ada, 

Perque les bones ses duptar Car prous dona nos pot [ejstar, 1756 

Deuria hom quaix adorar, Cant veu son alberch destorbar, 

E deuria fer niereveylles 1724 Que no reprena son marit 

E virtuts deu senyor per elles. Qui axis pert per ta! délit. 

De les bon[e]s no pus maldir, Perque assi sia acabat 1740 

Car Deu les feu per son servir. Del gran doctor lo seu dictât, 

Donques [yo] prech vos, sius plats, De Fassel lo bell dictador 

Que aço en mais nou prenais 1729 Quins (ha) adoctr;na(ts) en feyt d'amor. 

Que ay dit defembres vilanes 

Glossaire. 

Abaltir 1 148 .? 

Abrivat 22, 1300, adv. « rapidement ». 
Abte 209, adj. « habile ■■ ; 566, subst. « habitude ». 
Agvalat {egiuldt] 45, « uni, plat », de là « simple, sot ». 
Altar 197, ALTARSE 1 ^oj « se Complaire » ; cf. Mussafia, Sete sans, gloss. 
Altiment 505 (dérivé de altar), « grâce, charme >;. 

Anagar 648. Labernia, à côté du sens de « noyer, inonder ; » donne celui 
d' « animer, exciter », qui convient au passage. 

ApanSIR 1178, APENSIR I161 ? 

Aparvent 827. Donar aparvcnt « manifester ». Cf. Mussafia, St7e jjvi5, v. 629. 

Apte 1636, voy. abte. 

Arrenar 1016, Il expliquer (un songe) ». Cf. Sett savis , glossaire. 

AsiNA 127^, pour ayna, eyna, prov. aisina? 

Assenât 222, « sensé, sage ». 

Aucar 597, pousser des cris, effrayer ». 

Axequar 381, 1639, « élever ». 

Axorar 741, « évaporer ». Cf. prov. aurai. 

Axorbat 1573, « aveugle ». 

AzAUT 974, pris substantivement, « ce qui charme ». 

Blana farina (fer) 568, « porlarse be en alguna cosa ». Labernia. En cas- 
tillan, haccr mala hanna c'est faire de vilaines choses (voy. par ex. la Scgunda 
Celcslina de Feliciano de Silva, éd. de Madrid, 1874, p. 71. 

Blancluexer 733, « être blanc ». 

BUFALAGUA 1^46.? 

Caml'S i2?8, babot camus 1278, « niais, sot ». 



1725 dm ou dun . Sens? — 1728 Dontjius, ms. Doncs. — 1753 Lire D'où 
vostre hoital es d. 



222 A. MOREL-FATIO 

CaRvenir 1208 pour carvendre. 

Castat 1735. Faute pour castigat ? 

Casteyl (Tirar al) 391 ? 

Causar 105 (pour calsar), « chausser ». Cf. moût 1 567, pour molt; autre p. altre 
1403. 

C1CILIANA <^66 {pour siciliana)^ « cochevis ». 

Coena 1422, « peau ». Le ms. a peut-être cotna. 

CoLRA 1480, <£ bile ». 

CoRASSo 1026. C'est le cast. coraçon. 

CoRONA 152, « tonsure ». 

CoRRENT (de) 1024, « rapidement ». 

CoRTERiA ir, 173, pour corîcsia. 

CuYDiA 739, pour cuyd'u, « grâce ». 

Debetejar 1474.? 

Declinar 569, 1182, « descendre, céder ». 

Denejat 164 ( pour nedejat), « nettoyé ». Cf. Crômca de Père iv (éd. Bo- 
farull, p. 272): « purgant tdenejanl les cisternes ». 

Derrenclir 691, 1 164 (pour derehnquir), « abandonner ». 

Destral 478, 493, 570, 1102, 1218, « hache», nom donné à l'entremetteuse. 

EiNDENYos 27, « dédaigneux », 

Enfalagat 1459, « ébloui, enjôlé ». 

Ensunya 1409, « graisse ». Arag. ensundia, cast. tnjundia. 

Ektirat 602, i affecté, prétentieux .> ; cf. cast. entirado^ estirado. 

Entricat 221, « retors ». 

EscREix 1300, 1322, « augment de dot », la dot que le mari apporte à sa 
femme. 

Esters (per) 406, « pour l'extérieur, pour l'apparence ». 

ExARNiT 855, pour cscarnit. 

Fadejar 1572, « divaguer, perdre la tête ». 

Faduch 1293, « fou «. 

Fasia 200, pour fesiciâ^ « médecin ». 

Fer be q.ue 928, « se conduire comme... » 

Fit en fit (de) 396, . face à face ». 

Fortal I i03, adj. dérivé de fort . 

Fumeral 1470, « conduit de cheminée ». 

GiR (METRE EN) 1571, « faire tourner » . 

Gla?sar 1658, « geler ». 

Groch 14^3, 1493, i jaune », groguea 1448, « couleur jaune ». 

HoMEY 808, « homicide ». 

HuYR 1 163, pour ûhuir {augurium). 

Jangla 1177, « plaisanterie, farce », 

Largues 305, plur. masc. de larch. 

Malast 157, (I méchanceté, tromperie». 

Massar 1432, « pousser, frapper ». 

Mazela 1 556, de mazcl., « lépreux ». 

Mereveyla 1450, nom d'une fleur. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 22 ? 

Mestayll 699, " mescla de blat i>. Labernia. 

MocA 1512, « ventre », 

MoDORRO I ^70, « endormi, abruti •). C'est un mot castillan. 

MoLEjAR 660, littéralement « devenir mou ». Ici « céder ». 

MoLfRA 61 $, pour mollura, « humidité ». 

MoNSONGER 23, pour mensonger. 

Nedeu 163 (nit'uius). 

Nici 14^, 263, « sot ». 

NoDRiR 118, noyrirS, a s'clever, s'éduquer n. Cf. Setesavis^ glossaire. 

Oksa(en) 449, terme naval, « à la bouline o, c'est-à-dire « de côté, de tra- 
vers 1. 

OssoRS 1421, pluriel de os pour osscs, ossos. 

Paltuner 1228, V. ir. pautonnier. 

Palos 122, pour pelos, « poilu, nubile ». 

Panell i60, « girouette ». 

Parler, 344, 629, 1690, « parleur, bavard ». 

Pereros 231, pour pciesos. 

Pexer 1047, « nourrir » (pasccre). 

Piment 565, 773, 962? 

P0Q.UEA 202, POQUESA 233, « enfance ». 

Raula 1 5 3 7 ? 

Regeu 606 (rigidus). 

Reguitnar 1240, « ruer ». 

Reptir 1323, pour reptar. 

Resubixar 1236, « renverser sur le dos ». 

Reuxador 810, pour rahonador, « défenseur ». 

Rioleg 1429, « rieur ». 

Sartroresa 459, a tailleuse ». 

Sassaros 99, s.\SARROS 296. Pour Si\faros a dégoiitant, répugnant ». Cf. port. 
safaro. 

Seleta 1096, pour solda ou cdda, « lieu caché, secret ». 

SoFR.\NYiiR 94, a manquer ». 

SoviKENT 64, « soudain ». 

Strempauc 1228.? 

SuAEXER 612, pour suavcxcr^ « s'amollir ». 

SUNYA 1470; VOy. EMSUNYA. 

Tart 94, 1^89, « ditficile ». 

ToRP 529, subst. verbal de torbar, « désordre, confusion ». 
ToTAMENT 965, subsl. « tout, ensemble ». 
Tragitador 84^ .? 

Trava 1 180, 1 181 . Même mot que traba « entrave ». 

Trempât 310, trempadament 49, pour temprat, tempradament, « modéré, 
modéiément ». 

Trespuar 1604, * s'infiltrer ». 

Trobats 1 50, pour torbats. 

Valea 302, pour vellea^ vdlcsa « vieillesse ». 



224 ^- morel-fatio 

Ventola 127? 

Verayamext so, 733, 763, 1522, 1705, pour vcramcnt. 
VESA 1268 (vesanus). 
Vey 176, pour Vt//, veyl. 

XiVALER 13, pour cava/Z^r. Directement du franc, chevalier. Cf. xantant 439, 
blanxa 723. 



FACETUS 

Le texte de ce petit poème a été établi d'après les mss. Bibl. Nat. de 
Paris, lat. 831 5, fol. 41 à 50 (xv* siècle), lat. 8426, f. 72 à 86 
(xV^ siècle), Munich, lat. 4146, fol. ici à 109 (anno 1436I, lat. 4409, 
fol. 167 à 174 (xiv« siècle), lat. 7678, fol. 219 à 232 (xv* siècle). On 
s'est attaché ici, non pas à établir un texte dit critique qui eût nécessité 
l'examen de tous les mss. connus, mais simplement à donner de ce 
Facetus un texte suffisamment correct. Quand il a fallu choisir entre 
diverses leçons, on a pris celle qui se rapprochait le plus du catalan. 

Moribus et vita quisquis vult esse facetus [i] 

Me légat et discat quod mea musa notât. 
Clericus et laicus, senior, puer atque.juventus 

Istic instruitur, miles et ipse pedes. 
5 Expedit inprimis cupientes esse facetos 

Mente, fide,verbo, nobilitate frui. 
Mente quidem varius verboso pectore mendax 

Non placet, ut fallax qui manet absque fide. 
Esto verecundus faisum quandoque loquaris, [33] 

10 Nam semper verum dicere crede nephas. 

Criminamultociens laus est ceiare faceto, 

Maxima rusticitas turpia verba loqui. 
Alterius laudes moderate dicere laudo, 

Sed proprias nemo, si sapit, ipse refert. 
15 Pauca loqui débet qui vult urbanus haberi, [57] 

Nec prorsus taceat, sed meditata ferat. 
Ut placeat cunctis nullum decet esse superbum ; [69] 

Qui SIC inflatur deserit omne bonum. 
Sit placidus facie, sit mitis et ingeniosus, 
20 Ne contemptibilis forte sit ipse cito. 

Officie proprio sapienter sit studiosus 

Ut fiat doctus qualibet arte sua. 
Ocia nullus amet nisi sint conjuncta labori, 

Nam nimia requie mortificatur homo. 
25 Expendat large sine murmure, quando decebit, [91] 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 22^ 

Juxta posse suum, ne sua dampna fleat. 
Exornet corpus ne contempnatur nb ullo, [97] 

Non tamen officium deserat ipsesuum. 
Sit bene vestitus cui non est parva supellex 
}0 Et caute vivat potibus atque cibis. 

Vertatur calamus specialiter omnia narrans, Uoçf] 

Ut per doctrinam vivere discat homo. 
Si puer in clero propria sit sponte locatus, 
Sub disciplina mollia colla domet. 
35 Ut non stultizet, senioribus associetur. 

Et discat teneros raro movere pedes. 
Si bene consuescit, post tempora multa placebit, ['3°] 

Ut semper placeant que placuere semel. 
Cum fuerit juvenis qui novit virginitatem, 
40 Semper sit castus, semper honesta petat. 

Discere ne cesset que sit doctrina salubris 

Ut recte doceat, cum manet ipse pater. 
Pervigil, attentus sit, in officiis studiosus 
Ut digne dicat verba sacra ta Deo. 
45 Dedecus est illi si propria jura relinquit : ['48] 

Ordine turbato, non valet esse bonus. 
Tonsura capitis, circumcingente corona, 

Pulchrior apparet qui sua jura tenet. 
Vestibus ex longis sua contegat intima membra, 
50 Nam pudor esset ei, si caro nuda foret. 

Sepius' insinuet vestes ut, tegmine mundus, 

Purgatus viciis significetur ut est. 
Sit sapiens, cautus, numquam spectacuia querat, 
Et gravis incessu, ne sit eundo vagus. 
55 Si quis habet censum, nuili sit parcus in iilo, 
Hic si sufficiat pluribus atque sibi. 
Quando senex fuerit venerabilis in gravitate, ['76] 

Ammoneat populum semper honesta sequi. 
Exemplum cunctis tribuat moderamine vite 
60 Ne secum populus crimina cuncta ferat. 

Musa docet laycum placidam componere vitam ['841 

Et breviter narrât quod docet atque placet. 
Cum puer est laycus, quibus artibussit sociandus 
Provideat tutor, si caret ipse pâtre ; 
65 Littera si placeat ut clericu.s efficialur, [198] 

Vel forsan laycus doctior esse velit, 
Judex vel medicus, doctor vel scriba, poeta, 

In teneris annis discat amare iibros. 
Sed si milicie puero sit vita petenda, 
70 Cruribus et manibus flectere discat equos; 

Scutifer imprimis sit, militibus famulando, 

Romania. XV. it 



226 A. MOREL-FATIO 

Duricia solitus, si cupit esse bonus. 
Qui mercatoris doctrinam gliscat habere [21 5] 

Noscere denarios expetat ipse prius. 
75 Providus exploret terras mercantibus aptas, 

Que varium pretium semper habere soient. 
Cambial attente ne sit deceptus ab uilo, 

Qualessint merces et numerare sciât. 
Fabriles alias si quis cupial puer artes, [228] 

80 Suppositus férule desinat esse piger. 

Qui sic instruitur, dum transit mollioretas, [232] 

Arte sua melius forte peritus erit. 
Qui fuerit juvenis, si non didicit quod oportet, 

Non verecundetur discere promptus adhuc. 
85 Est pecus ut brutum quisquis prorsus caret arte ; [243] 

Ars hominem format nec sinit esse malum. 
Sed tamen hoc faciat quisquis vult esse peritus 

Ut quod scire velit protinus illud amet. 
Scire quidem frustra contendit quisque quod horret, 
90 Quod natura negat discere nemo potest. 

Officiis multis hominem natura beavit [255] 

Et varie variis plurima dona dédit. 
Sic habet omnis homo quo se possit fabricare; 

Qui non est cunctis, pluribus aptus erit. 
95 Quilibet officie proprio poterit bonus esse, I262] 

Cui sine segnicie complacet ordo suus. 
Non jubeo quemquam sic perdere gaudia vite 

Quod nimio studio debeat ipse mori. 
Tempore festivo vel quando decet recreari 
100 Vivere quod possit gaudeat omnis homo: 

Mente quidem leta decoratur florida vita, 

Sed per tristiciam fit cito quisque miser. 
Tune saliat currens, cantet saltans adolescens [280] 

Et placidis juvenis cantibus illud agat, 
105 Pectora pascat amor sine quo sunt gaudia nulla, 

Sed tamen haec fiant tempore quoque suo. 
Provideat juvenis non nigros esse capillos, [290] 

Nam potius senibus convenit iste color. 
Libéra irons pateat, detonsis arte capillis, 
1 10 Auris in extremo terminus arcet eos. 

Cesarie longa fit turpis forma virilis ; [304] 

Femineus cultus sepius esse solet. 
Vestes non longas juvenilis diligat etas 

Ut motus facilis nesciat esse gravis. 
1 1 5 Non natet in caligis vel crus vel pes juvenilis, 

Sed sotulariis formet utrumque pedem ; 
Et tamen, ut patrie mos postulat, omnia fiant, 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 227 

Nefaciat solus quod fugit omnis homo. 
Inter gaudentes juvenem decet esse jocosum, [320] 

120 Tristibus adjunctus compaciatur eis. 

Doctior efficitur senioribus associatus 

Cumque bonis vadat qui timet esse malus. 
Exhibeat cunctis placidus sapienter honorem 

Et nullum spernat, sit licetille miser. [332] 

125 Majori cedat, caput inclinet seniori, 

Exhilara facie semper honoret eos. 
Inter majores caveat ne multa loquatur, [340] 

Mente diu teneat quod putet ipse loqui. 
Ad loca prudentum tendat vestigia sepe 
ijo Et notet attente que recitantur ibi. 

Si quem forte juvat subdi sapienter amori, [352] 

Sic amet incipiens ut mea musa docet. 
Turpe scelus vitans, nullam temptet monialem, 
Que se contempnens est sociata Deo ; 
135. Assimilatur ei jam femina nupta marito, 

Quam maculare quidem creditur esse nephas; 
Preterea ganeis venali corpore fedis, [398] 

Munera ni tribuat, nemoplacere potest ; 
Cui se supponit meretrix non prestat amorem, 
140 Non amat id quod agit sed quod habere cupit. 

Sunt alie multe mulieres lusibus apte; [37^] 

Virginis et vidue laudo vacantis opus. 

Virginis amplexus durissima pectora mulcet, 

Mestitiam pellit, cor super astra levât. 

145 Dulcis amor vidue mollit quoque corda superba, 

Que melius cunctis et sapienter amat. 

Pulchra puella vacans dulcissima gaudia prestat, 

Mollibus apta iocis, libéra colla gerens. 
Has juvénile decus sapienter discat amare, [392] 

1 50 Arte quidem nostra noscat amoris iter. 

Providus imprimis oculis sibi querat amandam, 

Eligat emultis que placet una sibi. 
Hanc firmis oculis ridentibus intueatur, 
Ut quia diligitur dulcis arnica sciat ■. 
155. Sed virtutis opus, generatio, forma décora 
Ante repenseturne nimis alta petat: 
Diligat equalem sibi vel paulo meliorem, 

Nam cito sepe ruit qui super astra volât. 
Inde locum discat quo semper amanda moratur, [43 ij 

160 Quove puella manet, recia tendat ibi. 

Hue veniat ludens, cantet suspiria miscens, 

I . Sur la prosodie arnica sciat J'acta sciant voy. L. Havet, Romania, VI, 280. 



228 A. MOREL-FATIO 

Quod si non noscat, militet arte sua. 
Hic temptet vires, hic dulcia verba loquatur, 
Quod piaceat facial, res veiut ipsa dabit. 
léj Hue tamen ut vadat prodest occasio ficta, 
Qua prius inventa^ cautius urit amor. 
Diligit hune mulier qui caute novit amare, 
Ne consanguinei singula facta sciant '. 
Nuncia queratur in qua confidit uterque, [470J 

170 Que narret caute quicquid utrique placet. 

Muneret hanc juvenis ut sit super hoc studiosa 

Et plus quam tribuat polliceatur ei. 
Hec adiensiliam dulcissima narrât amoris, 
Incipiens caute talia verba loqui : 
175 « speciosa nimis, vultufecunda sereno, [496] 

« Te juvénile decus laudat et optât amans, 
« i^ui cunctos alios superat spectamine morum, 
« Colloquium tecum vellet habere rogans. 
« Utile quod nimis est, vestro tractabit honori 
180 « Et plus quam famulus, subditus esse cupit, 

« Omnia postponit, nisi te nichil amplius optât; 

« Me tibi direxit, sum quia fida tibi. » 
Forsitan inprimis dabit aspera verba puella, [S^^] 

Sed cito que prius est aspera mollis erit. 
185 Dulcia verba quidem tune nuncia proférât illi, 

Quodque petit juvenis conprobat esse bonum. 
Hune modo commendet, modo laudes conférât illi, 

Sic alternatim laudet utrumque simul. 
Quod si displiceat modo consentire puelle, [58e] 

190 Ad juvenem rediens singula facta ferat. 

Hic non diffidat, studiosius immo laboret, 

Nutibus et signis sepe loquatur ei. 
Ah! quotiens teneram, que nunquam novit amorem, 
Talibus ingeniis languidus urit amor ! 
195 Hanc blandimentis adtemptet nuncia sepe, 
Nec cito désistât, quando puella vetat. 
Femina quod prohibet cupit et vult sepe rogari, [608] 

Improbitas vincit, pectora frangit amor, 
Ferrea congeries disrumpitur improbitate, 
200 Et durum lapidem gutta cadendo cavat. 

Sic multis precibus vel longo temporis usu 
Colloquium fieri languida sponte volet. 
Porro secretus locus est prius inveniendus [624] 

Ut quod utrique placet nuncia sola sciât. 
205 Si tamen, ut plerumque solet, sit curia plena 

1 . Voyez la note précédente. 



MELANGES DE LITTERATURE CATALANE 229 

Et locus est domine cui velit ipse loqui, 
Tune illam juvenis blando sermone salutet 

Et promptus maneat clamque loquatur ei : 
« Stella serena micans, facie rutilante décora, [666] 

210 « Ecce tuum famulum nunc patiare loqui. 

« Si tua nobilitas, probitas vel forma décora 

« Laudatur velut est, par tibi nulla manet ; 
« Tu superas cunctas forma praestante puellas [696J 

« Et vincis Venerem, ni foret illa dea. 
215 « Aurea cesaries tibi, frons est, ut decet, alta, [712] 

« Ridentes oculi, pulchra supercilia. 
« Q_uando moves oculos, vario certamine pungor : 

<< Gaudia corda movent, sed tamen urit amor. 
« Candiduset rutilans simul est color ipse genarum, 
220 « Exornat faciem nasus et inde placet. 

« Labra tument modicum rubeo perfusa colore, 

a Que michi, si possem, jungere velle foret, 
a Ordine format! candent albedine dentés, 

« Omnibus est gratus risus in ore tuo. 
225 « Cuique placet mentum, gula proxima plus nive candet, 

« Quam quociens video cor sine fine calet. 
« Hec mihi significant quantum sint candida membra, [750] 

« Que tegis interius vestibus ipsa tuis. 
« Utraque conformât tua pectora pulchra mamilla, 
230 • Quas, velud ipse puto, clauderet una manus. 

« Hic status est reclus, gracilis, complexibus aptus, 

« Brachia cum manibus laude probanda vigent, 
« Cetera menbra quidem proprio funguntur honore, 

« Et plus quam possim dicere pulchra man.es. 
235 « Cum te non video, pereo cupioque videre, [784] 

« Insipiens morior, nam nimis urit amor. 
« Jam tibi sum famulus ; tibi, si placet, exibeo me 

« Ut semperfaciam quod michi sola jubés. 
« Si me conspicias vel me dignaris amare, 
240 « Gaudebo plus quam si mihi régna darent. 

ff Deprecor hoc tantum : famulum fatearis amandum 

« Ut per te vivat, vita salusque mea n. 
Forsitan illa sagax sic verbasuperba loquetur, [822J 

Ut quod mente cupit per sua verba tegat : 
24^ « Stulta petis, juvenis, frustra laudas mea membra; 

« Si sum pulcra satis, cur tibi cura fuit ? 
« Vade, recède cite, ganeam me forte putasti, 

« Et nunquam facias tu michi verba magis. » 
Tune dicat juvenis: « Cur me, dulcissima rerum, [861] 

250 « Morte perire facis? hoc tibi crimen erit. 

« Munera magna peto, tamen hec sunt digna favore ; 



2^0 A. MOREL-FATIO 

• Si me forsan amas, nil tibi quippe nocet. » 
Inquiet illa quidem: « Fateor non horreo quemquam [893] 

» Teque libenter amo, nil michi plura petas ». 
25s Tune caput inclinet, grates multas referendo, [903] 

Et semper famulus spondeat esse suus, 
Sed tamen ut ir.erito semper possit famuiari, 

Laudes condignas prestet ubiquesibi. 
Postulet in signum sic incipientis amoris [907] 

260 Munera, que firment prorsus utrimque fidem. 

Oscula pro dono tune exigat, adtamen ejus 

Ponat in arbitrio que dare dona velit. 
Munere suseepto, quia tutus in ejus amore, 

Letus discedat, gratificando sibi. 
265 Posthoe sollieitus discat quo tempore solam ['094] 

Inveniat dominam, forte vacante loco, 
Vel si non poterit, sapienter nuneia euret 

Artibus ut trahat hanc ad loca tuta jocis. 
Hue veniat juvenis, facie gaudente salutans, 
270 Adjunctis precibus laudibus usque vacans. 

Si quoque, dum loquitur, jam femina laude movetur, [' ' $'3 

Leviter hanc tangat vestibus ipse super. 
Non adeo mentem rigidam tenet ulla puelia 

Ut, si tangatur, risusin ore vacet. 
275 Si fugiat tactum, subridens forcius angat, 

Vel digitis coxas comprimât atque latus; 
Sed tamen in cunctis placidus modus est adhibendus, 

Nam sine mensura nil valet esse bonum. 
Curet ut insolitam faciat gaudere puellam, [' '7S] 

280 Dulcius exorans, oscula grata petat, 

Spondeat et juret quod nil petet amplius ipse, 

Nam bene sufficiunt talia dona peti. 
Si neget illa quidem dare talia, forte minando, 

Hec eadem precibus non minus ipse petat. 
285 Sed quia sic multis verecundia sepius obstat 

Ut quoque conjugibus basia justa negent, 
Jungere non timeat violenter brachia collo, 

Et prompte eapiat quod negat illa dare. 
Tune non simplieiter jungantur grata labella, [1219] 

290 Sed teneant longas basia pressa moras. 

Mobilis interea stringat manus una mam.illas, 

Et fémur et venter sentiat inde vicem. 
Sie postquam ludens fuerit calefaetus uterque, 

Vestibus ejectis, crura levare decet. 
29^ Vim faciat juvenis, quamvis nimis illa repugnet, ['239J 

Nam si désistât, mente puelia dolet. 
Expectat potius luctando femina vinci 



MELANGES DE LITTERATURE CATALANE 2^1 

C^uam velit, ut meretrix, crimina sponte pati. 
A ganeis tantum coitus solet esse petitus, 
500 Quesepro precio vendere cuique volunt. 

Qui querit coitum, si vim post oscula differt, 

Rusticus est, nunquam dignus amore magis. [1268] 

Arte mea quisquis sibi consociabit amicam, 

Vatis opem querat qua foveatur amor. 
305 Admoveat dominam juvenis par dulcia verba, 

CoUoquium fieri sepius ipse rogans, 
Sape superciliis et nutu longius instet, 

Si prope non audet, voce sonante, loqui. 
Tempore quo stomachus sit prosperitate repletus, 
310 Spiritibus letis, potibus atque cibis, 

Aptius hancadeat, Veneris solacia querens : 

Tune etenim melius diligit omnis homo. 
Tedia non faciat, plus quam sit posse laborans, 

Fastidita frequens esca jacere soiet. 
3:5 Diligat occulte cui non sit vilis arnica, ['34S] 

Sic fit furtivus dulcior omnis amor ; 
Gaudia que sumpsit curet celare modeste, 

Nec nomen domine provocet ille palam. 
Qui, propria culpa, placidam sibi perdit amicam, 
320 Perpetuo doleat rusticitate sua. 

Qui fuerit cupiens ab amica solvere colla, ['377] 

Plenius a nostro carminé doctus erit. 
Nosse decet primum quantum sit femina turpis ['393] 

Et quantum noceat fetidus ejus amor. 
325 Si fuerit pinguis, gravis est ut plumbea massa, ['4°'] 

Mollicie lutea turgida membra manent. 
Que, cute sudante, velud est axungia porci, 

Lubrica sepe facit tedia tacta semel. 
Macra placere tiequit, quia pungunt hispida membra ['4'7] 

330 Exteriusque patent ossa, rigente cute. 

Arida ligna quidem cito consumuntur ab igné, 

Urit etabsumptus sic périt ejus amor. 
Longa placet nulli nec habet sub pectore sensum, ['427] 

Est fatue mentis, nescia quid sit amor: 
335 Jumento similis, nunquam saciatur ab ullo, 

Cum sesupponit, vix sua membra plicat. 
Si brevisest, forsan per singula verba superbit, ['43SJ 

Uritur interius, corde superbafurit; 
Nil valet ejus amor, que tanquam vipera ledit, 
340 Nec bene sufficiunt parvula membra joco. 

Candida si fuerit, pallor suus inficit illam, ('447] 

Frigida corda gerens, nescit amore frui ; 
Despicit hec omnes juvenes, sua corpora cernens. 



2Î2 



A, MOREL-FATIO 

Marmorea statua pulcrior esse putat. 
34 j Sed nigra cur placeat, que, tacto corpore, tingit? [1463] 

Gaudia tinctus amor nulla movere potest: 
Inferno similis, tenet hec fuliginis instar, 

Nocte quidam nulli crura levare vetat. 
Rubra venenosa colera vel sanguine fervet, ['479] 

350 Igné coquit pectus, corpus adurit amans, 

Ledit uti serpens, jaciens per membra venena 

Et nulli prorsus corde fidelis erit. 
Femina, que facie pallenti sit quasi fusca, ['4931 

Demonibus similis, fallere docta fuit. 
555 Hec melancolico quia sanguine tardius ardet, 
Ex multis viciis callida pejus amat. 
Qui de jam dictis aliquam sibi junxit amicam, ['499J 

Talia pensando, linquere débet eam. 
Sed medie forme mulier per talia nunquam [i 507] 

360 Displicet, immo, velut sit dea, sola placet. 

Hec fovet interius gaudenti corde medullas 

Cumque dolore gravi solvitur ejus amor. 
Estimet inprimis quantum ledatur amando 
El que pretereadampna sequantur eum. 
365 Efficitur fatuus qui sic amat ut modus absit, ['$29] 

Negligit officium quilibet inde suum. 
Sepe novum veteri mulier preponit amicum, 

Sepius et castas unus et alter amat. 
Decipitur juvenis : non est ita pulchra puella, 
570 Cujus amore gravi lesus ad yma ruit, 

Ut putat : ejus enim faciès est picta colore, 

Vestibus ornantur vilia membra satis. [ 1 565] 

Nil bene cernit amor, videt omnia lumine ceco, 
Fallitur in multis anxietate sua. 
375 Vadat ad hanc juvenis jejunus mane repente, ['S8o] 

Dum jacet in sompnis nuda soluta caput, 
Gaudia tune sumat, donec fastidia sentit, 

Quod vult plus faciat quam sibi velle fuit. 
Post hec inspiciat quantum sint turpia membra, 
380 Que nulli placeant, si medicina vacet. 

Hac ita demissa, jam diligat ipse laborem 

Et maceret corpus fortius arte sua. 
Sit cibus et potus modicus, jejunia prosunt, 

Nec petat hanc rursus nec petat inde magis. 

38J Musa, placere potes si caros jungis amicos, 
Expedit hoc multis, protinus ergo doce. 
Utilius.homini nichil est quam fidus amicus 
Ut veluti secum cuncta loquatur ei. 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 233 

Rébus in adversis dabit hic solacia fati, 
390 Prosperitate quidem gaudet uterque magis. 

Faisus adulator non est reputandus amicus, 
Proficit in nullo tempore fictus amor. 
Qui fuerit felix, multis veneratur amicis, 
Si miser effectus, solus ad yma ruit. 
395 Fidus in adversis ostenditur omnis amicus, 
Si tune désistât, falsificatur amor. 
Quilibet inspiciat cui conjungatur amico, 
Qui sit propitius nocte dieque sibi. 
Providus ejusdem doctrine querat amicum, 
400 Artis et officii commoditate parem. 

Est etenim melius similem sibi consociari 

Quam per dissimilem linquere jura sua; 
Sed tamen alterius juvat artis habere sodalem, 
Cum forsan propria nullus in arte placet. 
405 Pauper divitibus vel doctior insipienti 

Numquam jungatur, namque nocivus erit. 
Non amat hune dives nisi forsan confamulatur 

Et licet hic egeat, munera nulla dabit. 
Arridet parcus, spondet se dona daturum, 
410 Dum poterit, tollet, nec dabit ipse vicem. 

Nititur ut secum proprium consumât egenus, 

Quo jam consumpto, spernit et odit eum. 
Pascua divitibus bona pauperis esse putantur, 
Cu.n Salomon docuit ne societur eis. 
415 Despicitur sapiens fatuo sociatus inepte, 

Cum quo conversans destruit omne decus. 
Assiduo gressu nunquam comitetur euntem, 
Sed tamen ut moveat sepe loquatur ei, 
Incesto castus sociatus, justus iniquo 
420 Non beneconveniunt, ni sit uterque malus. 

Nemo placet stulto nisi dicat quod libet ilii 

Et malus efficitur qui sociatur ei. 
Queritur eventu socius, tamen arte tenetur, 
Querere res brevis est, sed retinere labor. 
425 Sermo quidem dulcis veteres conservât amicos, 
Sepius ad rixam verba superba movent. 
Diligit et spernit socius bonus omne quod alter, 

Unum velle duos jungit et unus amor. 
Cum socius peccat, sapienter corrigat alter 
430 Ft, cum delinquit, quod moneatur amet. 



413 « Venatioieonis onager in eremo : sic et pascua divitum sunt pauperes. 
EccLi. xin. 23. 



234 ^- MOREL-FATIO 

Deserat in nullo socium discrimine vite, 

Prebeat auxilium semper ubique sibi; 
Sed tamen in mundo non est modo fidus amicus, 

Fraudibus est etenim callidus omnis liomo; 
43 5 Sed qui non poterit socium sibi querere fidum, 

Diiigat hic aiios sicut amatus erit, 
Fallere fallentes quia nulla lege vetatur 

Et decet ut fallax corruat arte sua. 

Musa, stilum moveas et nunc de judice tracta : 
440 Quod deceat monstra, nam nimis inde places. 

Hic tenet eterni metuendi judicis instar 

Fitque Deo similis, cum sua jura tenet. 
Huic caput inclinant reges, comités proceresque, 
Quilibet ex populo corde timente favet. 
44$ Provideat casum judex, cui sitgradus altus, 
Non maie condempnet ne maledictus eat; 
Judicium teneat quo dampnabuntur iniqui, 

Qyo licet appellet, non revocabit homo. 
Absoivat justum sed raro parcat iniquo; 
450 Omnia jura sciât, mente frequentet ea. 

Justiciam querat, fugiat turpissima lucra, 

Nam miser efficitur talia quando petit. 
Qualis erit judex, taies suntquippe ministri. 

Si malus est dominus fit populusque malus. 

455 Qu'id deceat medicum referas, mea, posco, camena, 
Ex hac materia carmina grata move. 
Arte sua medicus pollet cunctis venerandus. 
Qui mortem differt atque futura cavet. 
Rerum naturas subtiliter intueatur 
460 Ut quidquid faciat non ratione vacet. 

Sollicite caveat qui per contraria curet, 

Sed tamen in cunctis sit medicina modus. 
Inspiciat caute quid poscat tempus et etas, 
Quid cupiat regio, quid velit usus agi. 
465 Antidotum nunquam det falsum, vivat honeste ; 
Qui bonus est medicus semper honesta facit. 

Calliope, proprio cetu comitata sororum, 

Militis acta proba, que tibi grata placent. 

Milicie vita non est felicior ulla, 
470 Quam quasi precipuam quisque virilis amat. 

Rusticus est laicus qui non vult vivere miles, 
Hoc si permittant sufficienter opes; 

Non sine militibus reges sua régna tuentur 



MÉLANGES DE LITTÉRATURE CATALANE 235 

Nec bene, si desunt, patna tuta manet; 
475 Milicie decus est propno si jure fruatur, 

Arma decet fern, quando fréquentât equos; 
Strenuus existât quotiens ad bella paratur 

Nec facili causa det sua terga fuge. 
Nil valet in bello qui vivit deliciose, 
480 Nec sine duricia bellica palma datur. 

Quisquis erit laycus, si miles non valet esse, 

Ut non displiceat, sit bonus ipse pedes : 
Quemque decet patriam defendere tempore belli. 

Quiiibetergo sciât quis modus arma gerat. 
485 Ingenio pugnet qui vult bellando placere 

Et non sit timidus cum ferit hostis eum. 
Nil valet ingenium nisi cui conjungitur usus,- 

Sepius insolitis pugna nocere solet. 

Quando senecta venit gravitas facit esse verendos, 
490 Canities ornât, sensus acutus adest. 

Admoneat juvenes, respublica gaudeat illo, 

Omnibus et semper mite levamen erit. 
Sed tamen ad senium caveat dum venerit iste, 

Cui mors est requies, vivere quippe mori. 
495 Preterea nullus sibi jungat nomen avari, 

Gaudeat in modico quod Deus ante dédit. 
In propriis rébus cui nunquam sutficit usus 

Dona Dei spernit, peccat et ipse satis ; 
Quilibet horret eum qui perdit commoda vite 
500 Deque bonis secum nil moriendo feret. 

Cui sua non prosunt, aliis conservât habenda, 

Hères post mortem perdet amore suo. 
Non cupiat quisquam quod nunquam possit habere : 

Quod fortuna dédit sit satis illud ei. 
^05 Quos vult sors ditat, quos vult quoque compede tricat 

Incertaque via volvitur ipsa rota. 
Disposuit natura quidem quicquid sit in orbe, 

Sic igitur nullus querere plura potest. 
Qui, velut est dictum, propnam vult ducere vitam, 

Aurigena doctus vate, facetus erit. 



LES MANUSCRITS FRANÇAIS 

DE CAMBRIDGE' 



II. — BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ 

La Bibliothèque de l'Université de Cambridge, bien que notablement 
moins riche à tous égards que celle de l'Université d'Oxford, ne laisse 
pas de contenir un nombre considérable de manuscrits précieux pour 
l'histoire de la littérature française du moyen âge . A la vérité la plupart 
de ces manuscrits ont été exécutés par des scribes anglais et les ouvrages 
qu'ils renferment ont, en général, été composés en Angleterre. Cambridge 
n'a pas eu, comme Oxford, l'heureuse fortune de s'enrichir de collections 
formées en partie ou même en totalité sur le continent, comme celles de 
Bodley, de Hatton, de Douce, de l'abbé Canonici. Nous rencontrerons 
cependant, au cours de notre exploration , quelques volumes d'origine pure- 
ment française, et d'ailleurs la littérature anglo-normande, qu'il serait 
peut-être plus juste d'appeler franco-anglaise, est en elle-même pleine 
d'intérêt, et par ses origines nous touche d'assez près pour mériter 
toute notre attention. 

L'histoire de la Bibliothèque de l'Université de Cambridge ne pourra 
jamais être faite d'une façon aussi complète que celle de la Bodléienne. 
Celle-ci, en effet, a reçu, par suite de legs ou d'acquisitions, des accrois- 
sements considérables jusqu'en ce siècle, et les documents sont naturel- 
lement d'autant plus abondants que les faits sont plus récents. A Cam- 
bridge la section des manuscrits ne s'est pas sensiblement augmentée 
depuis 1715, et pour l'époque antérieure les documents présentent bien 
des lacunes. Ordinairement l'examen individuel des livres fournit des 
notions précises sur l'origine de chacun d'eux, mais à Cambridge cette 
ressource fait souvent défaut, du moins pour la partie la plus ancienne 
de la collection, qui a été reliée à nouveau dans la première moitié du 



Pour le premier article, voy. Romania, VIII, 505. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE 237 

xvii* siècle et a perdu dans cette opération les marques de provenance 
qu'on trouve généralement sur les feuillets de garde ou en quelque 
endroit des anciennes reliures. 

Le travail le plus satisfaisant qui existe sur l'histoire de la Bibliothèque 
de l'Université est dû à la plume de feu Henry Bradshaw, qui depuis 
i8$6 jusqu'à sa mort (lo février 1886) a consacré la meilleure part 
de son activité au service de la Bibliothèque, d'abord comme conser- 
vateur des manuscrits, puis (8 mars 1867) comme bibliothécaire en 
chef. C'est un court mémoire^ publié d'abord en forme de lettres, dans 
le Cambridge University Gazette de février et de mars 1869, puis réimprimé 
sans modifications en 1881 ' . Les grandes lignes du sujet y sont tracées 
avec netteté et tous les faits généraux y sont mentionnés et classés. 
Mais on n'y trouve rien sur l'histoire des livres antérieurement à leur 
entrée. Or Bradshaw possédait des notions exactes et variées sur les 
collections anglaises du moyen âge et de la Renaissance; il connaissait 
l'écriture des anciens possesseurs de ces collections, et il est peu de 
manuscrits importants de la Bibliothèque de l'Université sur l'origine 
desquels il n'eût été en état de fournir quelques renseignements. Mal- 
heureusement, il n'a rien communiqué au public de toutes ces petites 
trouvailles dont l'ensemble eût formé un mémoire important, et qui ne 
seront peut-être jamais faites de nouveau. 

Les plus anciens documents que nous possédions sur la Bibliothèque 
de rUniversité remontent au xV siècle. Ce sont deux catalogues, tous 
deux publiés en 1853 par Bradshaw 2, l'un sans date, mais rédigé vers 
14505 et contenant des additions jusque vers 1440, l'autre daté de 1473. 
Dans le premier les livres sont classés par matière. Chaque article est 
accompagné de l'indication des premiers mots du second feuillet, et du 
nom du donateur. Le second catalogue est un inventaire qui suit l'ordre 
des rayons. On y trouve aussi l'incipit du second feuillet. Il énumère 
350 ouvrages entre lesquels je n'ai pas remarqué un seul titre français. 
Nous sommes assez mal renseignés sur l'histoire de la Bibliothèque pen- 
dant l'époque qui s'écoula entre 1473 et le milieu environ du xvi'' siècle. 



1 . The University Library. Papers contributed to the Cambridge University 
Gazette^ 1869, by H. Bradshaw. Cambridge, Macmillan, 1881. In-8, 31 pages. 
Cette brochure forme le n° 5 des Memoranda, du même auteur. 

2. Publications of thc Cambridge antiijuarian Society , série m-8^ communications 
t. II, n'-» 4, pp. 239 et suiv. 

3. Bradshaw le croyait d'abord antérieur à 1424, puis, ayant changé d'avis, 
il le considéra comme postérieur. J'adopte la date « about 1430 » indiquée par 
M. Luard, A chronologual list of ihe grâces, documents and other papers in the 
University Registry which concern the University Library, Cambridge, 1870, in-8°. 



238 p. MEYER 

Bradshaw rappelle, dans l'opuscule cité plus haut, les bienfaits de l'évêque 
Rotherham (f archevêque d'York en 1 $00) qui exerça à diverses re- 
prises les fonctions de chancelier de l'Université entre 1469 et 1485 et 
de l'évêque Tunstall, vers 1^30; mais de tous les accroissements dont 
s'enrichit la Bibliothèque pendant cette période, il ne subsiste mainte- 
nant que peu de chose . 

En effet, l'Université de Cambridge n'échappa point aux effets désas- 
treux de la fureur antipapiste qui sévit en Angleterre au commencement 
du règne d'Edouard VI, vers 1547, et qui amena la destruction ou la 
dispersion de la plupart des anciennes collections monastiques ou uni- 
versitaires. Seules, les librairies des cathédrales paraissent avoir été 
épargnées, à peu d'exceptions près. Tout ce qui fut pris ne fut pas 
détruit et les bibliophiles du temps surent profiter de la sottise de leurs 
contemporains. A Cambridge le désastre fut peut-être un peu moins 
grand qu'à Oxford, où toute l'ancienne bibliothèque universitaire dis- 
parut. Des 30 livres du catalogue de 1473, il en reste 19 sur les rayons 
de la Bibliothèque actuelle '. C'est assez, remarque Bradshav^, pour 
maintenir la continuité de la Bibliothèque depuis son origine. 

En 1 574 la Bibliothèque ne contenait en tout que 180 volumes ^ Mais 
dès lors elle s'accroît rapidement. L'archevêque de Cantorbéry Mathieu 
Parker lui fit à cette date un don important de livres, entre lesquels 
vingt-cinq manuscrits. D'autres suivirent son exemple, et le fait qu'en 
1 577 nous trouvons pour la première fois la mention d'un bibliothécaire 
attitré 5 est la preuve du progrès constant de la collection. En 1600 parut 
l'Ecloga Oxonio-Cantabrigensis de Thomas James, le premier en date des 
bibliothécaires delaBodléienne,oùsetrouve un inventaire des manuscrits 
que possédait alors l'Université de Cambridge^. Cet inventaire est divisé 
en deux séries: dans la première, contenant 222 numéros, sont enregistrés 
les livres possédés par la Bibliothèque antérieurement à la donation de 
Mathieu Parker; la seconde, n"^ 223 à 259, est précédée de cette sus- 
cription : Libri omnes subséquentes ex dono beatissim£ memon<z Reveren- 
dissimi in Chrisîo Patris Maîhis Parkerl archiepiscopi, in cistaquadam intra 
Bibliothecam inclusi, diligentissime custodiuntur. Toutefois il ne faudrait 
pas croire que les trente-sept articles compris entre les n°^ 223 et 259 

1. C'est du moins le chiffre que donne Bradshaw, Cambr. antiq. Soc, vol. 
cité, p. 240. 

2. Bradshaw, The University Library^ p. 14. 

3. Ibid., p. 15. 

4. Pages 53-69. Pour le contenu du reste du volume, voy. Romania^ VIII, 
305. L'inventaire donné par James est réimprimé dans les Catalogi de 1697, I, 
2« partie, pp. 164-173. A la suite (173-4) est imprimée la liste des mss. 
orientaux acquis de Th. Erpenius. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE 2^9 

viennent tous de Parker: on y voit mentionné sous le n" 257 le célèbre 
Nouveau Testament trouvé en 1561 à Saint-Irénée, près de Lyon, et 
donné à l'Université de Cambridge en 1 561 par Théodore de Bèze ', et 
il esta croire que d'autres livres étrangers à la donation de Parker ont 
été placés sous la rubrique rapportée ci-dessus. 

Pour l'histoire delà Bibliothèque de l'Université pendant le xviii* siècle, 
je dois renvoyer le lecteur à l'opuscule de Bradshaw^^ d'autant plus que 
durant cette période les acquisitions de manuscrits furent peu nom- 
breuses, du moins de manuscrits occidentaux, car en 1632 et en 1648 
deux collections importantes, l'une de mss. orientaux, l'autre de mss. 
hébreux, furent achetées pour l'Université. Il faut cependant mentionner 
ici l'entrée des livres vaudois recueillis par Samuel Morland, envoyé de 
Cromvvell auprès du duc de Savoie (1658). Cette collection, peut-être 
la plus précieuse en son genre qui existe 5, est surtout connue par un 
mémoire de Bradshaw4. 

C'est en 1715 que la Bibliothèque de l'Université reçut son plus no- 
table accroissement. A cette date en effet, grâce à la libéralité du roi 
Georges I, elle entra en possession de l'une des plus belles collections de 
l'époque, celle de l'évêque d'Ely John Moore [f 17141. La Bibliothèque 
universitaire fut, par cette acquisition, plus que doublée et de nouvelles 
constructions durent être faites pour la recevoir 5. Nous pouvons nous 
former une idée de ce qu'était la collection de manuscrits de Moore vers 
la fin du xYii*" siècle, grâce à l'inventaire qu'en a publié Bernard dans 
ses Caîalogi 11697), II, 361-78 et 393-9. Elle contenait alors, pour les 
seuls mss., 827 numéros, entre lesquels figurent les plus précieux des 
mss. français qui seront étudiés plus loin. A la fin de Tannée même où 
furent publiés les Catalogl elle s'accrut encore d'une cinquantaine de vo- 
lumes provenant de la collection de l'antiquaire J.-B. Hautin, mort en 
1640, et par conséquent presque tous d'origine française 6. La plupart 



1. Voir sur l'histoire de ce précieux ms. la préface de Scrivener, Btza codex 
Cantabngicnsis^C^mhùûgç, 1864, in-4''. 

2 . On peut aussi consulter avec truit la liste des bienfaiteurs de la bibliothèque 
universitaire qui a été dressée par Ch. H. Cooper, Mcmorialsoj Cambridge^ a new 
édition, III (1866), 67-77. Cette liste, qui commence avec Thomas Langley, 
évêque de Durham (f 1437), ne spécifie point les livres donnés. 

3. On sait qu'il existe deux autres collections importantes de mss. vaudois, 
l'une à Trinity Collège Dublin, l'autre à Genève. 

4. Publié d'abord dans les Communications de la Cambridge antiquarian 
Society, II, puis réimprimé par le D'' Todd à la fin de son ouvrage intitulé The 
Booksofthc Vaudois (London, 1865, in-12). 

y Bradshaw, The Univ. Library, p. 25. 

6. Voy. PaUographical Society., notice de la pi. 139. Cette notice est due à 
Bradshaw. 



240 p. MEYER 

des livres provenant de Moore portent encore maintenant, sur le plat 
intérieur de la reliure, une gravure qui rappelle leur origine. 

Malheureusement, le défaut de surveillance fut tel, pendant les trente- 
cinq années qui s'écoulèrent entre cette acquisition et l'ouverture de la 
nouvelle bibliothèque, que beaucoup de livres, manuscrits ou imprimés, 
furent enlevés'. Il n'est pas possible d'apprécier l'étendue des pertes, 
parce qu'il ne fut pas fait de récolement des livres de Moore à leur 
arrivée : nous sommes réduits à l'inventaire des mss. publié par Bernard, 
dix-sept ans avant la mort du possesseur, et il ne paraît pas que 
personne, jusqu'ici, ait eu l'idée de dresser une concordance de ces inven- 
taires avec l'état actuel de la collection. J'établirai cette concordance 
pour les mss. dont j'aurai à m'occuper dans le présent travail. 

En 1794, J. Nasmith, déjà connu par son catalogue des mss. de 
Corpus, fut chargé de rédiger le catalogue des mss. de la Bibliothèque 
universitaire*. Son travail, exécuté de 1794 à 1796, comprend tous les 
mss. que possédait alors la Bibliothèque, les orientaux exceptés. Les 
notices sont fort détaillées, et les erreurs et les omissions qu'on y peut 
relever sont de celles qu'il était difficile d'éviter à la fin du siècle dernier. 
L'œuvre de Nasmith n'a pas été imprimée, mais elle a fourni le texte du 
petit livre publié par M. J,-0. Halliwell (maintenant Halliwell-Phillipps), 
sous le titre de The manuscripî rarities oj the University of Cambridge, 
(London, 1841, in-S", 175 pages). Bien que le nom de Nasmith ne soit 
pas prononcé dans le court avant-propos qui précède l'ouvrage, l'auteur 
ne peut ignorer qu'il n'a fait que copier, en l'abrégeant, le volumineux 
travail de son devancier. M. Halliwell a arrêté, sans dire pourquoi, sa 
copie à la série FF, tandis que Nasmith poursuit jusqu'à NN. 

Un nouveau catalogue, conçu selon le plan étendu qu'avait suivi 
Nasmith, mais plus riche en renseignements bibliographiques, a été 
publié par l'Université en sept volumes in-8 de 1856 à 18675. Si soigné 
que soit ce travail, qui a été exécuté par une commission formée de 
membres de l'Université, on comprend que les ouvrages français du 
moyen âge n'y sont pas décrits et identifiés avec la même sûreté que les 
ouvrages grecs ou latins. Je me bornerai toutefois, pour les manuscrits 



1. Toutefois certains livres ont pu s'égarer du vivant de leur propriétaire. 
C'est ce qui est arrivé pour le n» 784 du catalogue publié par Bernard 
(II, 398). Ce ms., qui contient d'intéressants morceaux de littérature anglo- 
normande et anglaise, fut prêté par Moore à l'évêque Tanner, et finit par 
entrer dans la Bibliothèque Harley (n° 913); voy. Crotton Croker, Pop. Songs 
of Ireland, 1839, p. 277 et suiv. 

2. Voy. Chronologicd List^ etc. n" 255. Nasmith reçut pour son travail 
350 livres [ibid. n» 265). 

3 . A Catalogue oj the manuscrits prescrved in the library of the University of 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE 24I 

de peu d'importance, à jrenvoyer à ce catalogue, mon intention étant 
d'étudier seulement ceux des mss. français qui présentent, à quelque 
titre que ce soit, un réel intérêt. 



DD. 10. 51. — Poème allégorique. — Chansons. — La petite 

PHILOSOPHIE. 

Parchemin; hauteur: o '" 2$o; largeur: o '" 180. Il n'y a pas de 
pagination moderne', mais les cahiers, formés de quatre feuillets doubles, 
sont pourvus de signatures (Aj, Aij, etc.) qui comprennent tout l'al- 
phabet et de plus deux signes (& et :.). La plus grande partie du vo- 
lume est occupée par des ouvrages latins: 1° Un Geoffroi de Monmouth 
incomplet du début;, avec continuation jusqu'à 1265 ; une chronique des 
empereurs et des papes jusqu'à 1 2 2 1 , et VExcidium Troja de Dares. Avec le 
cahier z commencent des poésies françaises, certainement composées en 
Angleterre, qui occupent les vingt-quatre derniers feuillets. Le ms. est 
incomplet de la fin comme du commencement. La partie française ne me 
paraît pas être de la même main que la partie latine. Toutefois les deux 
écritures semblent ^être du même temps, soit de la fin du xiii'^ siècle 2. 

Ce ms. porte l'estampe qui distingue les livres donnés par le roi 
Georges I, en 171 5. Il y a lieu de l'identifier avec le n" 824 de l'inven- 
taire de la collection Moore publié dans les Catalogi de Bernard, t. II, 
p. 399. 

1. — ^ Court poème allégorique en tercets de vers de sept syllabes. 
Toutefois les dix premiers vers riment deux par deux, et de ces dix vers 
les cinq premiers, qui forment comme l'introduction du poème, sont oclo- 
syllabiques . D'après cette sorte d'introduction, il semblerait que le poème 
va conter la plainte amoureuse d'un rossignol, mais il n'en est rien: le 
personnage mis en scène est un amoureux quelconque qui expose ses 
peines à sa bien-aimée, en donnant à son récit une forme allégorique. Au 
printemps il voit la tour où son cœur est emprisonné. Il s'y rend par un 
sentier agréable ; mais à peine était-il arrivé, qu'un pont-levis se lève 
devant lui en le frappant au visage. Puis un manteau, venu on ne sait 



Cambridge. Edited tor the Syndics of the University Press. Cambridge, at the 
University Press. — Depuis 1876 ont paru divers catalogues relatifs aux 
manuscrits orientaux. 

1. Sauf pour la partie française dont les feuillets sont numérotés 1 et suiv. 

2. Le catalogue assigne tout le ms. au xiv« siècle. 

Romania,XV 16 



2^.2 P. MEYER 

d'où, l'enveloppe subitement. Désespérant de pénétrer dans la tour, il 
nous fait connaître ceux qui y tiennent garnison, et d'abord les douze (?) 
pairs qui ont la garde de la tour et lui ont fait hommage. Voici leurs 
noms avec la fonction de chacun: Beauté, connétable; Honneur, 
sénéchal; Franchise, maréchal; Douceur, chambellan; Courtoisie et 
Largesse, trésoriers; Pureté, garde-corps; Bonté, Sens, Loyauté, 
capitaines. Notre auteur fait encore mention de Fierté et de Debonnai- 
RETÉ, mais on ne voit pas bien s'il les met au nombre des habitants de 
la tour. Or cette tour n'est point autre chose que le corps de sa dame 
(vv. 145 et suiv.) ; le sentier qui mène à la tour est son regard, le pont- 
levis est son « semblant » ; le manteau est l'amour qu'il a pour elle. 
L'allégorie ne paraît pas être poursuivie plus loin- et l'auteur termine par 
des plaintes amoureuses. C'est en somme, sous une forme recherchée, 
une complainte d'amour, qui commence, dans la forme ordinaire, au v. 7. 



I Le russinole voleit amer (f. 1) 
E mist quer e cors e poer 
A leal amur meintenir 
4 E en avant voleit mûrir 
Co[m] vus purrez après oïr ; 
Si comence issi : 
En chantant vus faz ma pleinte, 
8 Dame k'avez lealté meinte ; 

En pleygnant vus taz mun chant 
10 E a pouurus semblant, 
E vus di tute ma querele. 
Au duz tens quant renovele 
1 3 Choisi la tur hait e bêle 
Ke tant me tient en prisun. 
Joealai par grant reisun; 
16 Si vus dirrai l'encheisun 
Ke me fist cel eire enprendre : 
Un senter i vy estendre, 
19 A la tur tant bealté rendre 
Ke n'oy soyng de sojur; 
A joie ving e a duzur. 



22 Tant [i] musai par folur 
Ke me sourt, a foerdelere, 
Pounl tretiz de grant manere 

25 Ke tu m'ad baty la chère; 
Si m'ad fet meint grant revel. 
Un tur y fis de novel ; 

28 Lors m'enclost un grant mantel 
Haut e fort a démesure, 
Si m'ad fet tel enserure, 

3 1 Dunt j'ai perdu enveysure, 
Tant suy murnes e pensifs. 
Cist manteals m'ad tant malmis 

34 E en tel destreit assis 
Ke jo ne puis a chef trere 
Pur ren ke jo puisse fere, (b) 

37 Ne la tur ne puis cumquere 
Ne a force ne par engin, 
K'ele set sur un marbrin, 

40 E tient a sei tut enclin 
Garnature bêle e gente 
Dunt chescun d'eus le présente 



I. Au V. 190 « Gentillesse » semble bien être l'interprétation d'un des types 
allégoriques présentés plus haut, mais le v. 189, qui devrait indiquer ce type, 
fait défaut. 

20 On peut compléter ce vers en corrigeant K'onques. — 21 Ms. v. e la d. — 
23 C'est l'expression française a larron. — 25 Corr. m'abaty. — 40-41 Manque- 
t-il un tercet entre ces deux vers, qui ne paraissent pas donner un sens suivie 



MANUSCRITS FAANÇAIS D 

43 Tute sa plenere entente 

A meintenir sun noblei. 

Tant li portent bone fei 
46 Chescun de nus endreit de sei 

Ke trestut le sanc me mue. 

Cum plus i vey bêle veue 
49 Plus en tremble etressue; 

Si m'en est li mais plus gref. 

Cornent ke seie a meschef, 
52 Chanter m'estuit de rechief. 

De la halte tur garnie 

E de la noble meinye 
55 K'ele tient en sa ba^llie 

Vus dirrai tut au premer. 

Il i sunt li duple per 
58 Kela tur unt a garder. 

Fiance l'unt iet e homage, 

Mut sunt de gentilz parage; 
61 Ne le tiengez a outrage 

Si lur nuns poez aver, 

Solun mun sen e saver 
64 Vus dirrai trestut le veir, 

Ne quidez (pas) ke ço seit fable. 

Bealté y est conestable; 
67 Tut adès se tient estable 

E denz tut se fet eslit. 

De ço fet trop ke parfit. 
70 Orgoil tient en [grant] despit; 

N'ad cure de s'acoyntance ; (c) 

Tut sanz lui sun sen avance 
73 En ben e en avenance, 

Si a i peynes e travals. 

HoxuR i est seneschals 
76 Sur tute vertu reals, 

Huntage par tut despise; 

Mareschal i est Fr-WCHIse : 
79 Ne fereit une mesprise 

Pur ren, en ço ke jo enteng. 



E CAMBRIDGE !DD. 10. 3 



245 



82 



85 



94 



97 



103 



106 



109 



DuzuR i est chamberleng; 
Amur est kanke j'enpreng; 
Dunt remeyng en tel destresce. 

CURTEYSIE e LARGESCE 

I sunt adès sanz peresce 
Ki enpleynt les trésors; 
Nettez i est gardefcjors, 
Tant k'au funz de quer marmors 
E me ront tote[s] les veines. 
Pusi sunt treis chevetenes 
Ki trop m'enoytent les peynes, 
Dunt suy tant mal démené : 
BuNTÉ, Sen e Lealté 
Sunt li troys entrejuré 
Ke tute vertu retenent; 
Lur estât tant ben retenent, 
Ben sai ke de els me venent 
Les anguisses ke j'en treys; 
Trop suy chargé de gref fès ; 
Si m'en doil jo n'en puys mes, 
Tant me venent a grant masse. 
Une i est ke tut me quasse, 
Mut [a^ enviz la nomasse, 
Mes mun quer en fin le voet, 
Le meuz fet ke fere poet 
Ke de gré fet ço k'estoet, (d) 
Mes ceo ert en vostre menoye : 
C'est Ferté ke me gerroye 
E me tout tute ma joie; 
Si m'esta ne sai coment, 
Mes trop me fet le quer dolent, 
Main e seir, e ceo sovent, 
Kant mes mais ne me lest dire, 
Si m'ad le quer enflé de ire 
E me tient en tel ma[r]lire, 
Tart e tempre, sanz repos, 
Ke me dolent tuz les os, 
Si k'a poy me ront le dos. 



46 Corr. ch. d'eus, pour le sens et pour la mesure. — 57 Corr. "duze p. ?. 

— 62 poez, eorr. volez.— 68 Corr. d'euz tuz? — 81 Duzur, ms. Dunt tour.— 
88 Corr. m'a mors.'' qui rimerait correclement avec cors. — 95 retenent, corr. 
mantement.? — 106 Ke pour ki. C'est à peu pris le proverbe: « Ki fait ce qu'il 
puet, on nelu-jdoit plus demander. » (Le Roux de Lincy, Liv. des prov. II, 392), 

— 118 k'a, ms. ke. 



244 P- m?:yer 

Tant me fet dure trayne ! 

Mes deboner[e]té fine 
12 1 Ke tuz les bens me destine 

M'en ad respité la mort 

E me fet meint beau déport, 
124 K'en ly est tutmun confort 

E quanke mun quer espeire. 

I 27 Nuyt e jur e fet sun aire, 

Kar autre retur n'y voy . 

Con''ort en ay, mes ceo pcy; 
ijo Si m: teyng cnsi tutcoy, 

S'en languiss en tel meseyse. 

Estrangement se richeise 
133 La tur dcsus la faloyse 

En dedut e en solaz; 

E jo, chaitif, ne sai ke faz 1 7 $ 

136 Mes ke pris suy en sun iaz. 

Si ne puis merci ateindre, 

Ma pleinte ne puis mes feyndre, '7° 

139 Kar cy mais me vient destreindre. 

Pur ceo, dame, si vusplet 

181 
Vus dirray tut quank' en est 

142 E coment ceo mal me crest (/. 2) 

Ke m'ad tenu si grant pose. „ 

Eymy ! trop est halte chose. 
145 La tour ou [si] se repose 

Chescune bêle vertu, 

C'est voz cors dunt suy enu, 
148 Si sotivent m'adreceu. 

Ben est dreit ke jo me plenge, 

Kar le cuertrestut m'engreynge; 
151 Trop i ai verray[e] ensoynge, 

Le cors en est malbailli, 

Du parler suy esbaï, 
1 54 Le quer m'en est près failli ; 

Poi s'en faut ke ne me pasme. 

Mes si en rendisse l'aime, 
1 57 Lequel ke j'oye, gré ou blâme, 
Astenir mes ne me puys 



Ke ne die mes enuys 
160 E le confort ke jo trouys {sic] 

En fet, en dit, (e) en pensée. 

Trop me fet dure hastée 
163 Cyst senter ke tant m'agrée 

Kant m'a mys ente! purpens, 

C'est voz regarder tut tens, 
166 Me neynlit trestut mun sens, 

Si fetement s'cnprent Tovre ; 

Le pont tretiz trop se covre; 
169 Ja pur ren ne se descovre 

N'a certes n'efn] jeu n'en gas: 

C'est voz semblant, eymy las ! 
72 Tant m'ad mis de hait en bas 

Ke du dire ay grant vergoygne. 



Li manteals ver[s] moy s'aseygne, 
Si me retent en sun bail 
Lors me fronte d'un grant mail, 
Assez en avreit un chamail, (b) 
Ke assez est plus fort k'un home : 
C'est votre(^/c)hamur, c'est lasum- 
Fol ne sage cy k'a Rome [me]; 
N'en sout unkes mes nul mot. 
De vus m'estuit venir lot (sic), 
Quel en serray, sage ou sot, 
K'en vus remaint tute l'ovraigne. 
Trop est halte la montaigne 
Dunt li rampir me mahaygne, 
Mes de l'espleiter n'y ad point ; 



187 



190 C'est gentillesce ke poynt 
Mun quer ke tant se travaille 
Sanz merci ke ren ne vaille, 

193 Kar jeo seng si gref bataille 
Ke !a vie près me faut. 
Mes cy senter ke tant vaut 

196 Me fist a primes si baut 

Ke d'autre ren ne pris garde. 
Pus me mist en une engarde 

199 Ke tut le quer me couarde 



126 Vers omis. — 135 Suppr. E .? — 147 La fin du vers paraît corrompue. 
— 148 Corr. Si suefment m'ad deceû .? — i<^j Corr. k'aye.? — 192 merci, ms. 
merit. — 195 cy, corr. cist, de même v. 260, 294. 



/v 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE 

Despuys ke passay le pount, 

Ke d'espleiter me somunt, 
202 E pus m'a mun eyre rount ; 

En tut poinz mun sens afole. 

Trop me tient en dur' escole 
205 Kant ne poy aver parole. 

Cyst manteals dunt jo me pleing, 

Certes, trop m'ad en dedeygn 
208 De si cum ren ne me feyng 

De lui servir sanz deceyte. 

M'enprise est trop male[e]ite, 
21 1 Kar de mal en pys me hete. 

Tant est cist manteals hauteyn 

De l'escondit suy certeyn, 
214 Si ay le quer (e) mat e veyn, (c) 

La mort ne pus mes esturdre. 

Ke vaut mun quer ensi turdre? 
217 Si jo moer de si t'et mordre, 

Gueres ne serra conseil 

Kar de ceo sunt 
220 Si cels ki sunt my pareil 

N'enfacent mut tré[s] grant noyse. 

E sachez ke trop me peyse : 
223 Meulz volsisse pleine toyse 

Aver perdu de ma char, 

K'il dirrunt ke pareschar 
226 M'avrez murdri sanz esgar, 

E ceo vus serreit grant hunte. 

Cest pleder a mey k'amunte? 
229 Ceo serra la fin du cunte, 

Ke trop est de mal acoyl 

Amur kant ensi, sun voil, 
232 Murdrit la gent par orgoil. 

N'est pas l'amur delituse, 

Einz est peyne doluruse, 
235 Dure prisun e hyduse 

Ke l'amant ensi deceit, 

Kar a primes mut la creit 
238 E en quide fere espleit, 

Kant li surt a la secunde 

Tristece tut a la runde 



CAMBRIDGE (DD.IO.Jl) 245 

241 Ke nuyt e jur le surunde 

E le sert tut a reburs. 

Lors li cressent li mais jurs, 
244 Languir l'estut en dolurs. 



L'amurs de vus tant m'alume 
247 Ke le quertrestut m'en fume, 

Ne pur freit ne chaud n'esteint, 

Mes en suspirant se pleint 
250 Ke vostre ferté l'enpeint (d) 

E ses dolurs trop l'agrège. 

Deboner[e]té l'alegge 
253 E mult de ses mais abregge, 

.S'en est entre ben e mal, 

Un'hure amunt, Jun'jautre aval ; 
2 56 L'un est (a)l autre cuntrestal. 

La fevre trop ben resemble 

Tûtes ses veynes ensemble, 
259 Une hure art, un' autre tremble. 

Si le demeynentcy deus : 

L'un est duz, li autre feus; 
262 Servir les covient amdeus ; 

Meuz li plerreit l'une suie, 

Kar il est cum mer ke foie ; 
265 E quant plus ne poet se coule, 

Lors enpeyre sun esta(s)t, 

K'a sey meimes se combast 
268 Tant k'après en est tut mat. 

Nuyt ne jur ja ne s'areste ; 

Puys est vent que tempeste, 

Esi fetmeint grant moleste; 

Pus est poy e pus est nent. 

Ne sai dunt force li vent 
274 Ke si grant estour soustient, 

Mes le vis en ad tut pale; 

Lors est soiayl ke se haie 
277 En muntant, et pus avale; 

Tant s'en turt ke n'en poet plus. 

Kant tut s'est mis a desus, 
280 Trébucher l'estut tut jus; 

S'en devient plus neir ke moure. 



27 



205 Ms. ne poy ne poi. — 2 19 Sic, siippl. 
— 231 kant, ms. kont. — 2 <^']-^ corrompu? 



? — 220 pareil. 



peryl. 



246 p. MEYER 

Si fetement me savoure La mort kant cy mau me grève, 

283 L'amur de vus ke devoure 295 Tantke le quer près me crevé. 

Trestut le sanc de mun quer, Mes ja pur ceo ne lerray (b) 

Ke jo ne puys a nul fuer (/• 3) N'en soye loyaus ou vay 

286 Longes durer, einyz me muer, 301 E de quer jolifs e gay 

Si d'onur ne vus sovienge Pur itant cum j'ay a vivre. 

Si vus pry ke ben avienge; Kar jo moer tut a délivre 

289 Lequel ke mal ou ben en vienge, 304 Mut ducement, tant m'enyvre 

L'un des deux voyllez guerpir ; La beauté ke voy en vus. 

E si jo n'en puys garir, Tut vus ay dit a estrus : 

292 Tantost me facez morir, 307 Dolent me fet e anguissus 

K'ore me serreit trop sueve, L'amur ke ja n'ert esteynte. 



2 à 7. — Suite de chansons. La première est une chanson d'amour 
composée de cinq couplets de douze vers de sept syllabes, dont les rimes, 
qui changent à chaque couplet, présentent la série abab baab baab. 
C'est précisément la forme qu'offre une pastourelle plusieurs fois publiée". 
La chanson du ms. de Cambridge a certainement été composée en Angle- 
terre, comme le montre au premier couplet la rime de péché (français 
pecliie) avec divers mots en é pur, et au cinquième couplet, le mélange 
des rimes ener et en ier. On remarquera au couplet IV la comparaison de 
l'amant avec l'unicorne qui s'endort la tête sur les genoux d'une vierge 
et se laisse tuer sans se défendre. Le roi de Navarre en avait fait 
usage dans sa pièce Ausi corn l'unicorne sui-. La première chanson 
est écrite à longues lignes occupant toute la largeur de la page, de façon 
que chaque ligne comprend à peu près régulièrement deux vers. Au 
contraire les pièces suivantes, jusqu'à la sixième inclusivement, sont 
écrites à deux colonnes, chaque vers occupant une ligne, les couplets 
étant distingués par un signe marginal. 

3. — C'est une longue chanson d'amour en trois couplets de 
vingt-quatre vers. Chacun de ces couplets se subdivise en six quatrains, 
les rimes se suivant dans cet ordre; aaab aaab bbba aaab bbba aaab. 
On pourrait considérer chacun de ces couplets comme une chanson in- 
dépendante. Ce qui m'a amené à grouper les trois strophes en une seule 
pièce, c'est que l'idée se poursuit de l'une à l'autre. Je ne connais du reste 
aucune autre poésie offrant cette disposition, sinon la pièce rf 5, du 



1. Bartsch, Romanzen u. Pastourdkn^ p. 106. 

2. Publiée en dernier lieu, sous le nom de Pierre de Gand, par M. Scheler, 
Tr ouverts belges, I, 144. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.IO.JI^ 247 

même ms. Le sens est parfois obscur, parce que le texte est corrompu 
en plusieurs endroits. On voit toutefois que l'auteur, parvenu au but de 
ses désirs, nous fait part de son allégresse, et blâme ceux qui, préférant 
la richesse à la beauté, adressent leurs hommages à de grandes dames. 

4.— Cette pièce offre avec la précédente un rapport de formeévident. 
Elle se compose de cinq couplets de i8 vers rimant ainsi: premier, qua- 
trième et cinquième couplets: aab aab bha aab bba aab; deuxième 
couplet: aab aab aab bba bba aab; troisième couplet: aab bba aab 
aab bba aab. Il est certainement possible de faire de chaque couplet 
une petite chanson, mais, malgré les légères différences qu'on remarque 
dans la disposition des couplets ii et m, j'aime mieux réunir les cinq 
strophes en une seule pièce. 

5. — La pièce $ est, comme forme, identique au n° 3. Pour le sujet, 
c'est un art d'amour en abrégé. L'auteur, qui depuis longtemps s'était 
abstenu de chanter, s'est remis à l'œuvre pour instruire les jeunes gens 
qu^il voyait se livrer à la vie amoureuse avec l'ardeur de leur âge, mais 
souvent « fourvoyer «. Ayant pitié d'eux, il s'est décidé à faire une chan- 
son — c'est ainsi qu'il dénomme sa composition — pour les remettre dans 
la droite voie. L'amour qu'il recommande est un sentiment pur et élevé 
qui développe chez celui qui le cultive toutes sortes de bonnes qualités, 
et particulièrement celle de bon chrétien v. 401. Les préceptes de notre 
auteur sont du reste assez insignifiants, et il en diminue encore la portée 
en avouant qu'il n'a jamais su se faire ouïr d'Amour, et qu'après avoir 
langui toute sa vie il mourra d'avoir aimé. Le copiste paraît avoir con- 
sidéré les pièces 5, 4, <i, comme formant un seul poème, car il les 
a transcrites sans les distinguer, tandis qu'il a commencé la pièce 6 par 
une capitale peinte. 

6. — Complainte amoureuse en tercets commençant et finissant par 
un couplet de deux vers. L'auteur déclare qu'il a longtemps servi Amour 
sans obtenir aucune récompense, aveu auquel nous avait déjà préparé 
le dernier couplet de la pièce précédente. Sa dame lui a ordonné de 
cesser sa poursuite. Il n'a plus qu'à mourir, et il fait son testament éli- 
sant pour exécuteurs testamentaires ceux qui ont le cœur gai et amoureux , 
laissant à Ennui ses pleurs, au félon médisant ses peines, au malotru 
désagréable ses douleurs, au vilain jaloux grognon ses angoisses et la 
hart, etc. C'est un testament dans lequel les personnages allégoriques 
sont mêlés à des personnages plus ou moins réels. 

7. — La septième pièce, qui est une chanson d'amour, présente la 
même forme que la seconde, et est, comme celle-ci, écrite à deux vers 
par ligne. Elle est d'une longueur exceptionnelle, puisqu'elle n'a pas 
moins de neuf couplets. Si on fait abstraction de fautes de copies, en 



248 P- MEYER 

général faciles à reconnaître, on se trouve en présence d'un texte plus 
correct que la plupart des poèmes français composés en Angleterre vers 
le même temps. Il y a cependant quelques mauvaises rimes qui décèlent 
la patrie de l'auteur : ra'i (il faudrait la forme du sing. rég., d>], fève 
(faba) 94 en rime avec brève, crevé, etc., entendre, fendre, prendre, rendre 
(dernier couplet), rimant avec mendre imïnor), esîeyndre. 

Ces diverses pièces, qui sont sûrement du même auteur, n'ont pas 
un grand mérite littéraire, mais elles ont une grande valeur pour la con- 
naissance de la poésie lyrique en Angleterre qui, jusqu'à présent, est 
très pauvre en monuments de ce genre. 



I Lungtensay de queramé,(/3 a) 
Celél'ay d'estrange gyse. 

S'en ai grant tort e péché 
4 Ke ma dame n'ay tramise 

L'amiir k'en lui ay assise 

De fin quer sanz fauseté, 

Dunt la serf en lealté 
8 E serveray sanz feintyse. 

Du celer faz grant mesprise; 

Si m'en confès a sungré: 

En chantant, ma vérité 
1 2 Faz saver a sa franchise. 

II Dame, quant primes vus vi. 
Tant fûtes de bealté fine 
De tut mun quer vus seysi, 

16 Vus en avez la racine; 
Mes vus k'estes entérine 
De cors e de quoer ausy, 
N'en seustes mot ne demi ; 

20 S'en ay trop dure trayne. 
Meuz vousissè mort sovine 
Ke vivre longes ensy ; 
Ben le sachez tut defy, 

24 Ja sanz vus n'avray mescine. 

III Tut ensi va de mun cors 



Cum d'une torche eslumé[e] : 
La char se destruit dehors, 

28 Si n'esteynt point ma pensé[e]. 
Jo vus [aim], dame honuré[e] 
En ki remeint mes trésors, 
Mes jo nen ai nul confort; {b) 

32 Celé est ma destinée 

Cornent en ay grant hastée 
Mein e seir, sanz nul déport. 
De vos beals euz m'avez mors ; 

36 Si vus plet, treben me greye. 

IV L'unicorn, quant veit dormir. 
Se baundone a la puceie; 
Ne prent garde de morir 

40 Quant uns armé l'anbouele. 
Ensi m'est, m'amie bêle: 
Voz bunté voil obeyr, 
Voz ferté me voet ferir 

44 Du ma! dunt la mort m'apele. 
Si n'os dire ma querele 
Ne mun penser descovrir. 
Cum poet vos buntez suifrir 

48 Ke voz ferté tant révèle? 

V Pus ke n'os od vus parler, 
La mort m'est trop ben venue, 



19 Ms. Jensuystes. — 32 Corr. Itele.'' 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.IO.JI) 



249 



Mes si vus pleseit abréger 
<)2 La peyne k'issi me tue, 
Mut vus serreit grant value 
Si me pussez alléger 
D'un su! beau respuns, dunt 



58 M'avrez la vie rendue. 
Soviengez vus ent, ma drue, 
Ke sanz vus ne pus durer; 
Si vus puys ben aficher, 

60 Kar d'autre ne quer ayue. 



3. 



I Tant suy a beau sojur (/ 3 a) 
Frai chançonele d'amur 

E de sa tregant valur 

4 Pur refreindre mun deheyt. 
De tuz bens est la plur, 
Joie, solaz e duçur ; 
Sanz, curtesie e valur, 
8 Nul ne set le grant espleyt. 
Mes cil k'amur creynt e creyt 
Sovent en ad chaud e freit ; 
Enz ke tuz ses bens en eyt 

1 2 Li crest meint novel errur. 

Pur la peine e la dulur (c) 

K'il en tret e nuyt e jur, 
Sovent en prent grant folur, 

16 Tant le meyne amur estreit. 
Kar hom(e) ne poet par nul dreit 
Sanz les bens k'aver deit 
Li fin amant quant receyt 

20 Sun loer a chef de tur, 
Einz k'un eyt sentu l'estur 
D'amer e la grant tristur 
Ke fet as amanz pour 

24 E sovent tient en destreit. 

II Custume est de mut de gent 
D'amer si trehautement, 
Les grant dames nomement 

28 K'en peyne ne poet nul chevir. 



Merveil est, quant hum enprent 
D'amer, cum garde ne prent 
De bealté n'acemement, 

52 Ke meuz i deit avenir 
K'aveyr k'un poet tenir; 
Mes pur l'avoyr a teylir, 
Pert hun ben le sovenir 

36 De si fet avisement, 

Kar hum veit assez sovent 
Honur guerpir ledement 
Pur un petit richement 

40 Ke tantost poet descheïr. 
Cil k'eyme par tel désir 
N'estut ja d'amur languir 
Ne le gref dulur sentir 

44 Ke li fin amant en sent; 
Mes pur l'amur solement 
Devient murnes e dolent, 
E dit ke celé au cors gent 

48 Li fet tut le cors frémir. 



m 



S2 



Joe n ai pas tou apris : 
Aylurs ai mun quer assis 
E plus beau, cest m'est avis, 
K'en avoyr alur semblant, 
Kar a tel me suy [joe] pris 
Ke mut [a] tretis le vis, 
La char blanche plus que lys, 
56 Le cor (sic) gent e avenant. 



(d) 



51 Corr. pleseit en plest ? — 52 me, ms. ma {:= m'a tué).— 54 dunt, 
corr. duner? — 60 ayue,m5. ayne. 

3._ ^ Sic, corr. flur.— 18 Corr. Saver? — 28 Ccrr. K'a p. en p. nul. — 
53 Corr. k'um puisse t.? — 54 Corr. acoylir? — 49 Corr. tant haut empris? 
— 51 cest, corr. ceo. — 54 Mi. cretiz. 



250 1 

C'est tresur a fyn amant, 
Kar de tuz bens i ad tant. 
Ke vus irroye plus disant? 

60 D'avoyr sanz mut léger prys; 
Ke avoir fet la gent failliz, 
Recreanz, mautaientiz; 
Avoyr va de mal en pis, 

64 Trop est avoyr mescheant. 



72 



Beauté va tut tens cressant, 
Les amanz rebaudisant, 
Li plusur en sont vaillant, 
Pruz de cors, de quer jolis. 
Mes joe suy adès pensifs 
E de pour entrepris ; 
Si ai perdu e jeu e ris 
E vois merci attendant. 



Tant cum plus ai mis ma cure 

D'amur servir en dreiture, 
3 E plus y sui mescheant, 

Cors e avoyr, tant cum dure, 

Si ai mis en aventure 
6 De fin quer rebaudisant. 

S'en ai peyne languisant, 

E meyntgrant fès e pesant 
9 Sustieng en sus la ceynture, 

Ire, languor e enplure 

Me funt l'assaut de hure en hure 
1 2 A funt de tin quer amant ; {f ^) 

Mes li mal m'est si pleisant 

Ke ja n'en f[e]rai semblant; 

I s Tut le preng par enveysure, 

K'amur est de grant mesure : 
S'en rent par dreite nature 
18 Plus haut guerdun ad entant. 

II Dunt me vendra d'amur plere? 
Sen ne saver ne vaut guère 

21 Kar les meus failli sunt; 
Si m'estut d'amur retrere, 
Pus ke ne puys a chef trere, 

24 Si enverray le quer runt. 
Las ! cheytifs, ke porray fere.? 
Tant m'untquis en mère, entere, 

27 Ne garray ne val ne munt. 
Les grefs mais al quer me vunt, 
(E) meynt mortel asaut me funt; 



30 Ne puys mes suffrir la guère. 

Si feray, quant prys m'averunt; 

Ses solaz me guar[r]unt, 
33 Ne me fra mes en contrere, 

Kar a primes voet enquere 

De l'amant tut sun afere, 
36 Pus l'en sert k'a fet adunt. 

III Cent foiz le quer me suspire 
Quant ne puys trover raatire 

39 D'amur servir a talant, 
Ke de faillir n'est pas lent, 
Einz me va poygnant sovent. 

42 Léger fuisse a desconfire. 
De mun sen ne suy mes sire 
Pus k'amur par mal me tyre 

45 A funz de quer le mau sanc. 
Si ne fut un gentil mire 
Ke de cel mal set eslire (b) 

48 Le plus suef alegement : 
C'est confort ke tut teu gent 
Guerdune si très franchement 

5 1 Kanke lur quer en désire, 
Car si hom sent gref martire, 
Pur le mendre doil ou ire 

54 Doune solaz plus de cent. 

IV Point suy d'amur, trop m'est fere. 
Amur me fet murne chère, 

57 Allegance Deu me doint. 



60 Corr. A. s. plus.'' 

4. — 10 Faut-il supposer un subst. 
21 Corr. f. i unt? - 24 Corr. Si en 
rompre. — 26 Ms. en tere en mère. - 
Ne m'estra? — 36 Sic. 



emploure /orme sur le v. emplourer.'' — 
aray-f" — runt est un part, mal formé de 
- 27 Corr. n'en v. n'en m. .? — 33 Corr. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD. 10.^1 I 



2$I 



Ne puys, tant ke mort me fera, 
Amur guerpir, tant m'est chère, 

60 Kar dedenz mun quer l'ai joynt. 
Tant m'ad de doçur enoynt, 
E de ben amer enjoynt, 

63 Mes tant sovent m'est amere 
Ke meuz volsisse estre en bere 
Ketant vivre en tel manere, 

66 Ke espérance n'y ai point 
Fors que solement un poynt: 
C'est confort, ke tut a point 

69 Me promet amur entere; 
K'amur est del tut plenere, 
N'est pas foie noveler[e], 

72 Le fin amant en tut point. 

V Meint turment al quer m'escleire, 



Tant ay trové dure seire 

75 Les en ay pale e teynt. 
Mun estât adès espeire, 
Ne le pris pas une peyre; 

78 S'en suy près du tut esteynt. 
Alas ! trop hai le quer feint : 
Si amur m'ad d'un dartenpeynt, 

81 N'ay pas ou coup de coveyre. 
Amur est tant deboneire, (c) 
Poy veit hom ke ben espeire 

84 Ke par duçur nul estreint, 
Si un poy suy d'amur destreint 
Dehez eyt ke mes se pleynt ! 

87 Fous es ki se des[es]peire, 
Kar a fin amant repeire 
Joie d'amur d'eyre en eyre, 

90 Si assouuage dolur meynt. 



I Grant pesç'a ke ne chantai, 
Ne k'a ceo ne me donay ; 
Oresuy mis a l'asay 

4 Pur ces juvenceals treter 
Ke tant sunt jolifs e gay, 
Novelers e nunneray, 
Nunchalers e auke lay, 
8 Kant il comencent d'amer. 
Sovent les voy forveyer, 
D'amur flecchir e fauser 
Kant il n'unt tut al premer 

12 Lur désirer sanz delay. 
Pur la pitc kejo ay, 
Kant les vey si en estray. 
Une chançon lur feray 

16 Dunt se porrunt aviser, 
E pur tels genz redrescer, 
Rebaudir e assenser 
E d'amur reconforter. 



20 Les granz bcns lur en dirray, 
Kar de veir le quid e say 
Ke de tels i troveray 
K'al dreit chemin remerray 

24 D'amur servir sanz tricher. 

II Trop sunt d'amur haut li nun 
E plus en sunt grant li dun. 
Tant en y a grant foysun 

28 Huymès nés avrai nomee. 
Mult avra riche guerdun 
K'amur sert sanz traïsun 
E sanz penser s'a ly nun 

32 A ki est primes donee, 
K'un en devent avisée, 
Corteys e ben entechee, 
Coyntes e meuz acemee 

36 E plus sages de reysun, 
Jolits en tule seson, 



id) 



72 Ms. fint. — 75 Corr. Le vis? — 76 Corr. enpeyre? — 
N'est pas un coup de toneyre. — 84 nul, pour ne 1'. 
5. — 6 Ms. nûnerpy.— 1 1 n'unt, ms. munt. 



81 Sic, corr. 



2^2 P. 

Franc de quer, net cum faucon, 
Pruz e fer plus ke lyon 

40 E bon crestien en Dé. 
A la fin, en lealtee, 
En honur e en buntee, 
Ceo k'um ad tant désirée 

44 Tient hum ben en sa bandun. 
Amur est de grant renun, 
De tuz bens est encheisun 
E de tuz mais garysun, 

48 Ben la deit hum fere a grée. 

III Mut ert d'amur averti 

Ke lunges l'avra servy 

E en quide aver failli 
52 Ke dune se teint an recey, 

Sanz parler ent a nuly. 

N'a procen parent n'amy, 



Mes k'il atende mercy 

56 De fin quer en dreite fey ; 
Si vus dirray lepurquey : 
S'il s'en pleynt ne grant ne poy 
Tost li dit s'amie: t Avoy! 

60 « Quidez me vus gayner ensi } » 
S'il se tient clos e serri 
En fet e en dit ausi, 
Quant le savera tut de fi 

64 De s'amur li fet envoy. (/. 5) 
Ceo ne di jeo pas de moy, 
K'unke tant de ben n'en oy 
Ne tant servir ne la soy, 

68 K'une foyz en fuysse oy, 
Einz me covir en reri [sic) ; 
Du cors en suy malbailli, 
Tut mun tens en ai langui ; 

72 S'en morray, très ben le voi. 



Longement me sui pené 

De servir en lealté 

Amur de trestut me sens, 

Mes unkes ne vi le tens 
5 Ke [me] venist nul asens 

Dunt me puisse conforter; 

Si l'ai servi sanz fauser 
8 E sanz ren aillur penser, 

Mes unkes n'en oi merit, 

Nun pas tant cum du beau dit, 
1 1 Fors que tonir l'escondit. 

M'en sui enz miz a desuz ; 

Mes li mais m'en est si duz, 
14 Ke mes granz ennuys trestuz 

En li servir vanthe saufs, 

Kar joe serf de quer leals ; 
17 Ne pur peines ne pur travaus 



Unke de ren ne me feins, 

Mes tujur a joynte meins 
20 La pri cum amy certeins 

K'ele pense de sun prisun. 

Ore m'a dit a baundun 
23 Ke jo lesse ma tençon, 

Sanz parler mot ne demy ; 

Cel m'ad tut esbaï ; 
26 E quant de moi n'ad merci, 

De la mort me fet présent : 

Jo la recef bonement, 
29 Si en frai mun testament. 

Dunrai [a] ennuy mes plurs. 

Al nun du douz Deu d'amurs 
3 2 Ferai mes essecuturs 

Ke parf[e]runt mun devis. 

Premer i serrunt assis 



(b) 



50 Ms. les a. — 52 il/5, au re retey. 

6. — 3 me, corr. mun. — 10-11 Ces deux vers sont intervertis dans le ms. 
L'ordre a été rétabli par des lettres de renvoi. — 1 1 Sic, corr. F. ke d'ouïr.-' — 
25 Corr. Cel[e] ou Cel [mot]? —34 Ms. serrQ. 



MANUSCRITS FRANÇAIS 

j 5 Ceus ke sunt de quer jolifs. 

Enveisez e revelus ; 

S'en serrunt les amerus, 
j8 E pus les chavalerus 

K'a ceo serrunt atendant. 

Tut a primes i cornant 
41 Au trefelun médisant 

Les peines dunt sui enbu ; 

AI ennuyos malestru 
44 Mes dolurs granz e menu, 

Kar trop est de maie part ; 

Al vilein jelos groinart 
47 Mes angoisses e la hart, 

Kar il en ad fet le luer; 

A celé pur ki me moer 
50 Cors e aime e tut mun quer 

Comand tut a sun pleisir. 

Des bens n'ay [mais] ke partir, 
53 Ke unke n'oi nul désir, 

Mes du duz penser adès 

Relement voer poi e près 
56 E par le de povre des (sic) 

Unke plus délit n'en oy, 

E ceo me semble assez poy 
59 Ke jo reteng enver moy 

K'a ceo serra sun(t) resort ; 
62 La moie aime après ma mort 
S'en avra plus beau repos. 



DE CAMBRIDGE (DD. lO.Jl) 2^ 

Amur me turne le dos 
65 E mer moi ne fet si gros (c) 

K'en fin morir me covient ; 

De l'escaper n'i ad nient, 
68 Kar la mort al quer me vient 

E me fet meint dur asaut. 

Deu ! jo moer, e moi ke chaut ? 
71 Fere me covient le saut; 

Quant merci d'amur n'avrai 

Si comand a Deu le verrai 
74 Ceus ke d'amur funt i'assai 

Sanz coveiteise d'avoir. 

Deu lur doint sen e savoir 
77 Ke ben en puissent valer, 

E puis venir a bon chief (b) 

80 As gelus Deu doint meschief. 
Feu d'enfer par tut le cors, 
Povre e riche de trésors ! 

83 Nul de eus n'i met dehors, 
Kai trop sunt diverse genz ; 
Passion les fere as denz, 

86 Par defors e par dedenz, 
K'as amanz sunt mal veisin ! 
Trop sunt de felun e[n]gin ; 

89 D'assez sunt pire ke mastin, 
Si les comand a malfee, 
Tuz jur[z] eient il mal dehee ! 
Amen. 



Quant le tens se renovele {f.v°} 
E reverdoie cy bois, 
Cist oysials sa père apele 
Celé cum a pris a choys; 
Lur voil chanter sur mun peis 
D'une dame gent e bêle, 
Sur trestutes tourturele. 
Ben fuysl al plus grant reis 
Ke unkes seit en see n'en deis. 
Tant est noble juvencele; 



Mes ver moi tut tens révèle, 
12 Si me respunt en gabeis. 

II Tant ad noble contenance 
Celé pur ki faz cest chant, 
Sage diz e poi parlance, 

16 Duz regard e bel semblant. 
Mut est simple e poi riant, 
Ben se contient cum d'enfance. 
Tant vus di, tut sanz vantance, 



41 Ms. Autre f, ; il faut entendre Au très felun. — 65 Corr. Enver moi se f. 
— 74 funt, ms. sunt. 



I 



254 P- 

20 Loinz ne près n'ad per vivant; 

Sire serreit sun amant 

Si ele l'amast par fiance. 

Mes jo n'ai nul' espérance 

24 Cument la puis amer tant. 

III Deu ! tant est de bonté pleine 

Ma dame al cors lunge e gent, 

E de parole certeine 
28 Beaus respunt [a] tute gent. 

Bon mestre a l<i ben aprent, 

Kar curtesie la meine, 

Franchise al cuer dreit l'aseine, 
32 Largescesun cors i prent; 

Meint hom pur lui joie enprent, 

Tant la trove sage e seyne; 

Mes jo 'n ai trop mal estreine 
36 Sanz l'angoisse a gref turment. 

IV Sa beauté ne puis descrire, 
Tant ay ver lui bon' amur. 
Deu de gloir[e] reis e sire 

40 Kant la fist si bêle honur 
Ke de bealté tient la flur, 
Nuls ne poet contredire. 
Pur li meynent doel e ire; 

44 Mut de gent par grant folur, 
Purreprender lur vigur, 
Chescun d'els en li se myre, 
Mes j'ensofre gref martire, 

48 Tant me destraint ma dolur. 

V Tut le plus de s'estature 
Ore a ki le voet savoir: 
Mut ad beau chef sanz triffure, 

52 Large frunt e surciz noir; 

Ja n'esparnerai le voir : {f. 6) 
Tant ad bêle chevelure, 
Menue la recercelure, 

56 Tut en resplent un manoir. 
Ki porreit sun gré avoir 
Mal n'avroit fors k'enveisure. 



Mes jo, cheitif sanz mesure, 
60 Ai perdu sen e savoir. 

VI Plus i a en tel visage, 
Ja l'orrez si nul me creit, 
Le[s] euz veirs, nun pas volage, 

64 Remuanz a bel espleit , 
Beau neys avenant e dreit, 
Meine bûche sanz utrage, 
Mentun petit cum d'ymage^ 

68 Lung le col, le quirestreit. 
Ne puis savoir ke me deit 
Quant ne chevis mun message. 
Mes jo en ai la vive rage, 

72 Tant sui mis en fort destreit. 

VII Si les flurs d[el] albespine 
Fuissent a roses assis, 
N'en ferunt colar plus fine 

76 Ke n'ad ma dame au cler vis ; 
Les espaules ben assis, 
Poy le ney e la peitrine, 
La char blanche plus ke cyne, 

80 Par tut en porte le pris ; 
Dunt suy si forment suspris, 
Ne sa[i] k'amur me destine, 
Mes ceo feis me runt l'eschine, 

84 Si m'esta de mal en pis. 

VIII Cornent ke ço feis me grève, 
Quant le savra ne me chaut, 
Tant m'en est la mort plus sentue 

88 Kar amur en mey ne faut, 
De tut Tel coment k'il aut. 
Ore dirai parole brève : 
Ki trop enprent mal escheve ; 

92 Fol apris[e] ren ne vaut. 
Si ne me preisse a! plus hait 
Ne me preisasse une fève, 
Mes cis mais le quer me crevé; 

96 Ben sai ke frai un fous saut. 



40 Ccrr. li f..? — 50 Corr. Orra. — 55 Ms. retercelure. — 62 creit, ms. 
treit. — 63 nun, ms . nunt. — 78 Corr. Piz levé? — 87 sentue, corr. sueve? 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.IO.JI) 255 

IX Orc deit ben chescun entendre Puis k'ele ne voet pité prendre, 

Cum amur est cher trésor: 104 Ben crei ke men seit le tort, 

Ki la pertsa joie est mendre, Valer ne me poet nul jur, 

100 Kar meuz li vausit estre mort. Puis ke mort me voet esteyndre, 

Jo sui si mortelement mors Mes a Deu voil l'aime rendre 
Ke le quer m'estuit [tut] fendre. 108 E a ma dame mun cors. 



8. La Petite Philosophie. — Ce poèmC;, qui est un abrégé de cosmo- 
graphie et de géographie, a été rencontré jusqu'ici dans quatre mss., 
sans compter celui que je décris actuellement : 

Cambridge^ Univ. lib. Gg. 6.28. 

— S, John's I.ii ; voy. Romania, VIII, ?^6. 

Oxford, Douce 210; fragment; voy. Bulletin de la Soc. des 
anciens textes, -880, p. 52, 

Rome, Vatican, Chr. 1659, voy, Chardry's Josaphaz, ligg. \on 

J. Koch (1879), p. IX. 

J'ai déjà fait connaître par des extraits les mss. du collège Saint-Jean' 
et d'Oxford ^, je transcrirai actuellement quelques passages des deux mss. 
de l'Université de Cambridge. Mais tout d'abord, aux renseignements 
que j'ai eu précédemment l'occasion de fournir sur |cet ouvrage, j'ajou- 
terai l'indication du texte latin d'après lequel il a été rédigé. 

Le titre du poème, la Petite Philosophie'i, ïali tout d'abord penser au traité 
de Guillaume de Conches intitulé parfois Phiiosophia minor, qui a été mis 
sous le nom de Bède et d'Honorius d'Autun4. Toutefois les différences 
entre les deux ouvrages sont beaucoup trop grandes pour qu'on puisse 
les rattacher l'un à l'autre. L'original de notre poème est, selon toute 
probabilité, V Imago miindi d'Honorius d'Autun. L'accord des deux textes 
est frappant, comme on en pourra juger en comparant les morceaux latins 
et français rapportés ci-après. On remarquera cependant qu'il n'y a rien 
dans le latin qui corresponde aux 1 1 9 premiers vers du ms. DD . 10.51. 
Ces vers forment un prologue que l'auteur du poème a dû tirer de son 
propre fonds, à moins qu'il ait eu de Vlniago mundi une rédaction autre 
que celle qui est éditée. Il paraît dureste avoir traité avec une assez grande 



i. Romania, VIII, 356. 

2. Bulletin de la Société des anciens textes, 1880, p. 52. 

3 . C'est le titre que donne le ms. de Saint John ; cf. ci-après, v. 115. 

4. Parmi les 5;3iin'a de Bede, Migne, Patrol.lat., XC, 1127; parmi les 
œuvres d'Honorius d'Autun, ibid.. CLXXII, 39. Pour l'attribution à Guillaume 
de Conches, voir l'article de M. Hauréau sur cet auteur dans la Nouvelle bio- 
graphie générale. 



256 p. MEYER 

liberté son original, introduisant parfois des développements dont le latin 
fournit à peine le point de départ. 

Voici le début de Vlmago mundi et celui du poème : 

Mundus dicitur quasi undique motus ; est enim in perpetuo motu. Hujus 
figura est in modum pilae rotunda, sed, instar ovi, elementis distincta. Ovum 
quippe exterius testa undique ambitur, testas albumen, albumini vitelium, vitello 
gutta pinguedinis includitur. Sic mundus undique cœlo, ut testa, circumdatur, 
cœlo vero purus asther ut album, aetheri turbidus aer ut vitelium, aeri terra ut 
pinguedinis gutta, includitur (Cf. DD.10.3 1, vv. 120-136). 

Creatio mundi quinque modis scribitur: une que ante tempera saecularia 
immensitas mundi in mente divina concipitnr, quae conceptio archetypus 
mundus dicitur, ut scribitur : Qaod est factum in ipso vita erat ' . Secundo cum ad 
exempiar archetypi hic sensibilis mundus in materia creatur, sicut legitur: 
Qui inanet in aternum creavit omnia insimul^. Tertio, cum per species et formas 
sex diebus hic mundus formatur, sicut scribitur : Sex diebus fecit Dominas opéra 
sua bona valde 5. Quarto, cum unum ab alio, utpote homo ab homine, pecus a 
pecude, arbor ab arbore, unumquodque de semine sui generis nascitur, sicut 
émlnv: Paicr meus usqucmodo operatur A. Qmnio., cum adhuc mundus innova- 
bitur, sicut scribitur: Ecct nova facio omnia ^ {DD, vv. 138-157). 

Elementa dicuntur, quasi hyle, ligamenta: GXr, autem est materia ex quibus 
constant omnia, scilicet ignis, aer, aqua, terra, qua; in modum circuli in se 
revolvuntur, dum ignis in aerem, aer in aquam, aqua in terram convertitur, 
rursus terra in aquam, aqua in aerem, aer in ignem commutatur {DD, vv. 158 
et suiv.). 



Ky voutsaverdel mapemund,(/'.6c) 
La forme de trestut le mund. 
De terres e de regiuns 

4 E de citez les propre nuns, 
Ki les fist e edefia 
E primes nuns lur dona, 
E des ewes ke portent navie, 

6 Jeo en dirraie grant partie 



Si cum jeo ai en escrit truvé, 
Dunt jeo ai asez auctorité. 
Seint Luck li evangeliste dit 
En le ewangeile k'il escrit 
Ke Augustus César l'empereer 
En ki tens fud né li Sauver 
Conmanda par sun conmandement 
A tuz le mund conmunement 



I. Jo. I, j-4, citation formée de deux membres de phrase réunis à tort. 

2 . ECCLI. XVIII, 1 . 

?. Cf. Gen. I, 31. 

4. Jo. V, 17. 

5. ApOC. XXI, 5. 

Les vers 1-36 ne se trouvent qu'ici.— 3-4 Ces deux vers sont à peu près littérale- 
ment reproduits un peu plus bas (i 5-6). 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE 

Ke tuit lui feïssent asaver 
E les escriz a lui enveer 
De teres e de regiuns 

\6 E des hiles les propre nuns, 
E la manere de la gent 
E des bestes ensement, 
E ke ren ne lui duissent celer 

20 Ke digne fut a remembrer, 
E quel servise chescun deveit 
A Rome ke lur chef esteit. 
Ceo fit il par le conseil 

24 De un sage ke fud feel, 
Ke Cyrinus aveit a nun, 
Esveske deSyre, sages hom, 
Romefud chef detut le munde (d) 

28 Si cum le livre nus respund, 
En tûtes teres, est ben seù, 
A Rome rendirent treù. 
Quant cest ban fud criez 

32 E par escriz par tut enveez, 
Tut issi e en teu manere 
Cum out conmandé l'emperere 
Par teres e par regiuns 

j6 A Rome aùrent lur respuns. 
Li sages ke jadis est[ei]ent 
De grantsaverseentremett[eijent 
E mult estreitemeut enquistrent 

40 Les choses ke puis en escriz mis- 
[trent 



CAMBRIDGE ^DD.IO.^I 



2s: 



Chescun mustra sa sente[n]ce 

Solum la sue sapience; 

En plusurs lius devisèrent 
44 Lur escriz e tuz asemblerent, 

E lur sentence ordinerent 

E les dotances tut offerent 

E la vérité confermerent, 
48 Kar en tuz point la esproverent 

E cum chose prové Tacerterent, 

E ces escriz puis longement co- 
[nurent 

Dunt plusurs puis garni furent 
J2 Debone et de maie aventure, 

Ke tut diseit lur escripture. 

Par tut le mund apris aveint 

Les aventures k'il les saveint ; [20] 
56 Kar Deu meimes en acune gise 

Mustre al mund ceo k'il divise 

[(f- 7) 
Par avanture e par feiture 
K'il fet e tret en sa mesure; 

60 E il en urent garde prise, 
Pur ço sav[ei]ent la devise. 
Le mund trestut mesurèrent, 
Tere, ewe e fu numbrerent; 

64 Les qualités de tuz sarcherent 
Dunt la force de tuz troverent, 
E la esprové[e] troveùre 
Mistrent en sage escripture 



28 Corr. despund. — 43-4 // manque, ici comme dans S. John's, un vers qu'on 
trouvera ci-dessous dans Gg. 6. 28. — 46 Corr. estèrent, voy. ci- dessous. — 
55 Les chiffres à droite se réfèrent au ms. de S. John's (Romania, vm, 337). — 
66 Ms. e la prespone le premier r étant pointé. 

Ms. Gg. G. 28. — Li sage jens jadis esteynt. De grant saver s'entremeteyent. 
E mu'it estreitement enquisterent. (40) Les choses dount il plus escritrent. E 
chescun mustra sa sentence. Solum la sue sapience. En plusurs maneres divi- 
sèrent. De si ke li sages ke pruz erent. (44) Lur escrire touz ensemblerent. E 
lur sentences ordinerent. Les dutances tûtes ostersnt. E la verrur con!ermerent. 
(48) Car en touz poynz les proverent. Pur chose prové la cercherent. Ces escrire 
puis lunges corurent. Dunt plus avant garni furent. (52) De bone e de maie 
aventure. Kar tut dyseit lur escripture. Par tut le mund apris aveint. Les aven- 
tures ke il saveient. (56) Kar Deu mêmes en acune guise. Mustr; au mund ceo 
que il devise. Par avenir de faiture. Que taut e crest en sa mesure. {60) 11 en 
unt grant garde prise. Pur ceo en surent la devise. Le mund trestut mesurèrent. 
Tere ewe feu aer anumbrerent. (64) Les qualités de touz cercherent. Dunt la 
orce de touz troverent. E la esprovee troveiire. Mistrent en sage lettrure. 

Romania, XV 17 



72 



76 



8o 



92 



96 



Pur ceus garrir ke pus vendreint 
E le sen esprendre voleint. 
Mes nul ne set ke seit en ceo 
[contemple 
A lur sen gueres ne se entempre; 
Nul ne purveit mal aventure 
Pur ren ke Deus avant figure, 
Dune ceo est mult grant folie, 
E la gent trestut dévie 
Par pleidurs e par legistres 1 4 1 J 
Ke sunt Antecrist ministres, 
Si purvertent tute dreiture, 
Pur terriene pouture; 
Nul ne dute la Deu manace, 
Mes la gent sunt cum fu sur glace; 
Ne ne gardent la créature, 
Pur tant del Creatur n'unt cure. 
Pur ceo faz [en] ceste escripture 
De tut le mund la purtreiture, 
Cument la tere seit entere 
E des ewes tute la manere, (b) 
Del eyr e del ether ensement 
E la force del firmentent, 
D'enfer, de ciel et des planètes, 
De la lune, del solail e conmetes, 
Des doze signes e de lur curs. 
Pur kei sunt longe curz les jurs, 
Dunt le vent veint e dunt toneire, 
Dunt foudre, dunt fu, dunt es- 
[cleire, 
Dunt grésil e nuile e brisile, 
Dunt pluie e aubegele, [62] 

Dunt le fu vient ke homchaïr veit, 
Ke hom quide ke esteile seit, 
E dunt veint la blanche veie 



Parmi le ciel ke se despl[e]ie. 
Ki ces choses veut entendre 
Mult purra grant ben aprendre 

104 E saver en tûtes maneres, 
Ki mult est sages li Créeras 
E k'il est puissant par nature, 
E ke sa volunté partut dure, 

108 E ke tut ke lui seit a volenté, 
Tut vendra par sa poesté; 
E ki défaut de sun servise 
Mult deit duter sa justise. 

1 1 2 Nun donc al livre ki l'endite 
Philosofu la petite. 
Ki veut plus oïr par requeste 
Le frut li dirai de la geste. [80] 

1 16 Ki veut del mund oyr le ymage 
E la feiture en sun estage, (c) 
Escut a mai bon curage, 
E jeole frai certein e sage. 

120 Le mund est ront cum polete, 
Nent estable, mes est an moete ; 
Unkes ne fudne jan'ert estable, 
Mes tut dit novele e remuable; 

124 Par le elemenz est destinctez 
Cum par un uf veer purrez : 
^L'aubun dehors enclôt l'eschale, 
E l'aubun li moauz cum en maie. 

128 Li moauz enclôt une gute 
Ke de gresse enfurme tute. 
Tut ausi est le ciel cum lescale, 
Le ether cum aubun en maie, 

132 Le ether cum aubun sur muel. 
Le espès eyr envirun mult bel. 
Li moauz enclôt la grase gote, 
E l'eir partient la terre tute. 



89 t'orr. firmament. — 9J M^. fendre — 105 Ki, corr. Ke. Cette faute et 
l'inverse sont fréquentes en anglo-normand — 127 Ms. moanz. — 129 Corr. est 
formée. 

(fol. 16) Pur cels garnir que puis vendreient.. E lur sen aprendre vodroient. 
Mes nul que seit en ceste tempre. A lur sen guers s'atempre. (72) Nul ne 
purveit mal aventure. Pur ren que Deu avant figure. Dunt terre est mut afeblie. 
E la gent tantost dévie. (76) Par les pledours par les legistres. Qjii touz sunt 
Antecrist ministres. Cil pervertent tute dreyture. Pur terriene pureture. (80) 
Nul ne dute la Deu manaie. Dunt la gent sunt cum feu sur gelaie. Ne nul 
agardela créature. Par taunt del Creatur n'unt cure. (84) Pur ceo faz en cete 
escripture. De tout le mund la purtreture. Cornent la mer set en tere. De ewes 
totes la manere. (88) De l'ayer del ethre ensement... 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.IO.JI) 

;6 Si aver poiet ke sen ad parfund 



259 



Ke lecielenclottut lemund; [100] 
De ceo mund le creaciun 
Fet en .v. maneres le trovum : 

140 L'un (est}fu einz ke nule renfut, 
Ke Deus en sun penser conceust 
Devenl tut le secle purtrere, 
Cornent il vout tut le mund fere; 

144 Cist est architipus dit, 

De Deu le prince ke tut purvist; 
Prince est dit arcos en gregeis, 
Tipus est figure en franceis ; (d) 

148 Dunt ceo nun de ceo noma 
Ke Deu mêmes le figura. 
L'autre est quant Deus par cest 
[esample 
Ceo mund furma veable e ample, 

1 52 E trest en forme e en matire 
Quanke purvist son sage enpire. 
Dunt l'escrit dist : « Cil kl fin n'a 
Ensemble tute ren créa », 

156 Ensemble par voil debonere 
E par aparisante mateire. [120] 
Le terz fud quant Deu tut forma 
E par sis jurs tut ordina, 

160 Dunt l'escrit dit: tt En sis jurnées 
Fist Deu tute bones crieres. » 
La quarte manere Deu mustra 
Quant une chose de autre créa, 

164 Ausi cum encore fet 

Quant il home de autre tret. 



Beste de beste fest venir, 
Arbres e herbe reverdir; 

168 N'est chose solum sa semence 
Ke Deu le mund ne recomence, 
Dunt l'escrit dit : « Mi père 
leovre. » 
Encore ses bontés pas ne covre. 

172 La quinte manere est dit en veire, 
Quant Deu vout le mund refeire, 
E tut oster de pulenterie 
E revestir de novelerie; [138] 

176 Dunt le prophète dist verrai : 
« Tûtes choses renovelerai. » (/".S) 

Ore escutez (e) des elemenz, 
Ceo est des yles les leemenz. 

180 Tant dit y!e cum matere 
Dunt tute ren pernenl afere. 
Yle est matere divine 

184 Dunt tute rcns pernent orine. 
Ces elemenz quatre sunt 
Pur kei tut rens esîunt: 
Ceo est feu, eyr, ewe e tere, 

188 Dunt jescun de altre a [ajfere, 
Par icele concordance 
Ke nul n'esta l'autre grevance; 
Kar, si cum cercle returné, 

192 Ensement turnent e sanz mellé : 
Le fu en l'eyr si se turne, 
Li eyr en l'ewebiensojorne,[i 56] 
L'ewe en la terre cuille e plie... 



Le ms. DD. 10^ 31 est incomplet de la fin, les derniers feuillets ayant 
étéenlevés. Il manque environ 570 vers au poème de la Petite Philo- 
sophie. Voici les vers qui terminent ce ms. Je les fais précéder du texte 
latin correspondant,, qui forme la fm du livre I de l'ouvrage (Migne, 
col. 146): 

Lactea zona ideo candida est quia omnes stelL-e fundunt in eam sua lumina 
{DD. vv. 23-30). 

Cometa; suntsteilae flammis crinitas, in lactea zona versus Aquilonem appa- 



136 Corr. Saver. — 142 Corr. Devant. — 148 Corr. c. munt. — 161 Corr. 
criées. — 179 Corr. de yle. 



260 P- MEYER 

rentes, regni mutationem aut pestilentiam aut bella vel ventos, aestus vel sicci- 
tatem portendentes. Cernuntur autem septem diebus, si diutius octoginta {DD. 
vv. 31-39). 

Sidéra fabulosis involuta, imo polluta perlustravimus. Altius scandantes astra 
matutina, soiemque solis inspiciamus. 

Super firmamentum sunt aqus instar nebulas suspensas, qusecœlum in circuitu 
ambiredicuntur, unde et aqueum cœlum dicitur [DD. vv. 41-46). 

Super quod est spirituale cœlum, hominibus incognitum, ubi est habitatio 
angelorum pernovem ordines dispositorum. In hoc est paradisus paradisorum, 
in quo recipiuntur animae sanctorum, hoc est in cœlum quod in principio legitur 
cum terra creatum {DD. vv. 47-54)- 

Huic longe supereminere dicitur cœlum cœlorum in quo habitat rex angelo- 
rum {DD. vv. 55 et suiv.). 

Je donne en note les principales variantes du ms. Gg. 6. 28, 



Autre esteiles sunt plusurs 
Dunt home ne set lur nun ne 
[lur curs, 
Ne lur nuns ne lur poetez ; 
4 Mes jeo meretrès tut de gré, 
Kar cel començail est fol e gref 

Ne n'est merwaylle si en a nun 
[turt (/. 24) 
8 Chose dunt sen [ne] pru ne curt : 
E quel pru est de dire la ren 
Ou home ne put aprendre ben? 
Ki ben eist sanz ben aprendre, 

12 le ane deit harpe aprendre. 
Ben dire sanz ben mustrer 
Fetle musard plus musarder; 
Dunt li sage sun fiz chastie ; 

16 « Gardez ke ne méprenez mie 
« De pincer (i/f) les Deus secrez, 
« Kei ke seit le ciel esteilez. » 
Sovent cil ki tut vut saver 



20 Tut pert quant veit Sun nun poer. 

Lessum a Deu ses privitez ; 

Quant li plet il nus mustre assez. 

Fallaz est une zone 
24 Ke tant est clere blanche e bone, 

E très parmi le cel s'en vad. 

Icel nun cum duz let ad; 

Blanc e gai est duz let 
28 Dunt cel[e] zonj^e] sun nun tret. 

Les esteiles la clarté funt 

Ke ele a chescune respunt. 

En ceste zone par fiez 
32 Ver le north parent comètes leez, 

Unes esteiles mut cremues 

E mult flambestes kernues : 

Change de prince signefient 
36 Ou pestilence e guère dient, 

Ou grant vent ou grant flote de 
[mer, {b) 

Kar n'i est ki en set penser. 

Set jor parent ou vint e .v. plus; 



6 Voici, d'après Gg. 6. 28, ce vers qui manque dans DD : Ke hom ne poet trere 
a bon chef. Dans le même ms. les vers -] h li manquent. — 11 Les deux pre- 
mières lettres de apendre paraissent grattées à dessein., pour laisser rendre. 
I j Cf. Denis Caton : 

Mitte arcana Dei .cœlumque inquirere quid sit, 
Cum sis mort3lis, quas sunt mortalia cura. 
23 Corr. Gallax; Gg Gallaris. — 27-30 Manquent dans Gg. — 34 Gg E 
flaunchisanment kernues. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD. 10.^1 



261 



40 De nus garnir est Deu gelus. 
Amunt en cel grant firmement, 
Le livre dist ke ren ne ment, 
Sus les nues suntewes suspendues 

44 Ausi cum mule en ses nwies, 
Ke suz le cel turnent envirun : 
Icel cel ewin ad nun. 
Sutr (sic) celi est le cel esperital 

48 Ke n'est conu de home mortal; 
Les angels sunt en lui menant, 
Ke tut dis unt joie grant. 
La sunt les aimes des senz 

52 Ke en Deu servise ne furent feinz. 
Icel cel fu primes créé 
E la terre purtreté, 
Icel cel ben de la 

56 En un grant cel ki fin nen a. 
Il est nomé li cel de cels, 
La meint li reis des angels Deus; 
La meint le rei tut puissant, 

éo Lui nel teint, si est tut tenant; 
Tut fet, tut veit, tut governe, 
E li ne rent e li ne terne. 
Il est partut puissanment, 

64 En nuli nel tent nel comprent. 
Par tut est en mi lia nel tent, 
E de lui tut bens nus vent ; 
Dunt l'Escripture nus dist 

68 Ke parole par seint Esperit 

Ke il est plus haut kel cel lamunt 
E ke n'est abime plus parfund. 
Plus est long ke la mer ne estent 

72 E plus est lé ke la terre ne tent, 
Ke tut veit et tut put e tut eut 
E tut le munde en sa main clôt. 



Tut est al mund, tut est dehors, 
76 Mes neli comprent ne ii ne cors- 

Il est desus trestut puissant, 

Il est desuz trestut susienant, 

Il est dedenz pur tut sustenir, 
80 II est dehors pur tut garnir; 

Il n'est pas confus dehors 

Ne compain en mundaine cors; 

Il n'est grevé pur sustenir 
84 Ne equis par sun emplir ; 

Il n'est ahaucé pur sun munter 

Ne abessé par sun avaler ; 

Ja n'ert plus hait ne plus bas, 
88 Mes tut dis ert en novel cas. 

Sanz labur est governor 

E sanz travail est overor. 

Tut fet, tut veit, tut adorne 
92 E en pès est quant tut aturne ; 

Quan ke fu est e serra 

Tud ad fet e tut defra ; 

Quank'est el mund n'est vers lui 

[pussant, 

96 Plus ke une gote en un reim 

[pendant, (d) 

Kei quident dune li faucener.? 

K'en ert quant il se vout venger.? 

Cum ert l'aime dune [en] anguisse, 
100 Quant tute créature le cuse, 

Ke tut ren l'en cusera 

Ke a péchez einz lui eyda.? 

L'escrit dist ke tut le mund tendra 
104 Deu e combatera, 

Cuntre les pécheurs e les faus 

Ke Deu guerirerent pur lur 
[maus. 



46 ewyn djns Gg^ cf. le latin cité ci-dessus. — 55 Gg Outre celi bien de 
la; corr. Outre celui cel b. — 62 Cg E lui ne tient ne liu ne terme. — 6^-6 
Gg Par tut est tut e liu nel tient. Riens en luy tien et il tut tient. — 76 Gg 
M. ne c. ne lui ne. Le menu ms. ajoute : Tut el el (sic) mound tout est 
desous. Tut a delez tout a dejous. — 79 Gg t. tenir. — 80 Gg garir. — 
Le même ms. ajoute: Par ces costez trestut contyent. E par enviroun tut mey- 
tient. — 82 Gg Ne conpris. — 84 G^Ne enquis p. soen haut empir. — 88 
Gg en ouel, naturellement. — 89 Gg S. travailer. — 99 Gg E s. grevance. — 
97 Cg li sorcener. — 100 Gg le encuse. — 101 Gg le aunira. — 106 Gg Que 
ly gerpirent. 



202 P. MEYER 

La terre ferement l'cncusera E la nut ke sun mal cela, 

108 K.e la vitaille li trova, Trestuz mustrent sa vie foie, 

E les richesses ensement 120 Kar tute ren ad Deu parole. 

K'il despendi folement; Le cheytif pécheur ke fra 

La mer e les ewes ensement Quant tut le mund l'encusera ? 

112 Les e[n]cuserent ferement, Quant 11 mund li mut bataille 

K'il but e sa seif estancha 124 Ke fra dunke une ventaille ? 

E des ordures se lava, ' Certes, nent est home pur vérité, 

E l'eyr par unt il espira Kar il anentist par sun péché. 
116 El fu dunt il se eschaufa 

E le solail ke le aluma, Nent est ' 



DD. 12.23. — LA MANIERE DE LANGAGE. 

Parchemin, 87 fF., hauteur o-" 162, largeur o'" 122; commencement 
du xv^ siècle. Le ms., incomplet du début, commence par un traité des 
conjugaisons françaises qui se retrouve ailleurs, par ex. dans le ms. 
GG.6.44 de la même bibliothèque, &. 19-28. Ce traité ne peut fournir 
aucune information de quelque valeur sur l'histoire de la conjugaison 
française : il peut seulement servir à montrer combien grande était la 
corruption du français usuel en Angleterre au xiv*" siècle. Ce n'est plus du 
français, c'est du law french. M. Stùrtzinger a indiqué sommairement le 
contenu de ce petit traité dans sa récente publication intitulée Orthographia 
gallica (Heiibronn, 1884)*, p. vij. Viennent ensuite différents opuscules 
concernant presque tous la procédure, pour lesquels je me borne à ren- 
voyer au catalogue imprimé et à M. Stùrzinger, p. xiv, et enfin la 
manière de langage. Ce manuel de la conversation française, le plus an- 
cien sans doute qui existe, est certainement le plus curieux entre les 
ouvrages passablement nombreux qui ont été composés en Angleterre 
pour faciliter l'^/ppme du français. Il est édité, depuis 1873, dans les 
numéros de la Revue critique qui furent publiés pour compléter le second 
semestre de l'année 1870, laissé interrompu au moment de la guerre?. 
Pour cette édition je me servis uniquement du ms. 3988 du fonds Har- 
léien du Musée britannique. Je connaissais dès lors une autre copie du 
même ouvrage, celle que renferme le ms. 182 d'Ail Soûls à Oxford, 



I n-4 Gg Dont pécheur vuys si s'en leva. E pur plus pécher se acena. — 
1 19 Tretuz dirunl la fu foie. — 124 Gg une toile. — 126 Corr. anentist; 
Cg Quant avient nient p. 

1. C'est la réclame qui termine le cahier. 

2. Voy. Romama,Wy ^ 60. 

3. Tiré à part sous ce titre La manière de langage qui enseigne à parler et à 
écrire le français. Paris, libr. Franck, in-8<». — Voy. Romania^ II, 368. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.I2.y'!3) 26^ 

(ff. 305 et suiv.), depuis longtemps décrit par Coxe dans son catalogue 
des mss. des Collèges d'Oxford, et que j'avais moi-même étudiée dès 
1870. Par une singulière inadvertance, tout en citant ce ms. pour d'autres 
textes qu'il renferme, j'oubliai de dire qu'il contenait aussi la manière de 
langage. Il est du reste postérieur au ms. Harléien, et, appartenant à 
la même famille, n'offre guère de variantes utiles. 

A ces deux mss. il faut ajouter le ms. DD. 12.23 de l'Université de 
Cambiidge, déjà signalé par M. Stùrtzinger, Orîlwgr. gallica , p. xij, 
un fragment (le commencement! conservé dans le ms. du Musée Bri- 
tannique Add. 177 16, également indiqué Orthogr. gallica (p. xiij), et 
enfin une cinquième copie jusqu'à présent non citée, à ma connaissance 
du moins, que renferme le ms. 8188 de la bibliothèque Phillipps '. Ces 
trois derniers textes me paraissent appartenir à une même famille, nette- 
ment distincte de celle où prennent place leHarl. 3 988 et le ms. d'Ail Soûls. 

[Fol. 67 V'). Ici a nostre commencement de cesti tretis nous dirrons ainsi- 
En non de Fier e Filz e sent Espirit, amen. En non de la glorius Trinité 
trois persuns e un soûl Dieu omnipotent creour demound qu'est e a esté e sanz 
fin régnera, de qui vient toute grâce, sapience et virtu, faiceons priera a luy 
dévotement que luy plese, de sa graunde mercy e grâce, toutz qui cest livre 
regarderont ou en rememorunt, ensy abuverer 2 e enluminer de le rosée de sa 
haute sapience qu'ils purrontavoire souveraigne grâce e sen naturel d'apprendre 
e parlere, bien sonere e parfitement escriere douce francès, qu'est la plus beale e 
la plus gracious langage e la plus noble parlere, après latyn de scole, que soit 
en monde, et de toutz genz melx preysé e amee que nulle autre; quare Dieux 
le fist si douce e amyable princypalement en l'onore e loenge de lui mesmez. 
Et pur ce que homme est le plus noble e le plus digne créature que soit en 
ciele e que Dieux a ordigné d'estre soveraigne e maister dez toutz autrez crea- 
turs e choses que sont desoubz luy, je commencerai a déclarer e pleinement de- 
terminere de lui e de lez membres de son corps. 

Fin [fol. 87 — cf. édit. p. 403). 

Guilliam tesez vous e do 3; mèz primerement nous dirrons de profundis 

en l'onour de Dieu et de [nostre] Dame, e pur les anmes des trespassez qui la 
mercy de Dieu atendent en paynes de purgatorie, qu'ils purrontle plus tost estre 
relevez de lour payns a cause nos priers, e venir a la joye pardurable, laquele 
joie Dieux qui maint en haut paradys e nous rachata de son precious sanc, pur 
sa grant mercy e piteous 4 ottroit en le fine s'il lui pleest. Amen. 

Ici le fine le commune parlance meliour en tout le Ffrance. 



1. Ms. renfermantle traité de GautierdeBiblesworth; voy.Romania^XUl, $01. 

2. On lirait plutôt abunerer; il y a en interligne to bcfulfillid. 

3. Déchirure dans le ms. ; lire ^o[r/ncz]? 

4. Corr. pité nous. 



26^1 



EE. 2.17. — GILLES DE ROME, traduit par HENRI DE 
GAUCHI. — VEGECE, traduit par JEAN DE VIGNAI. 

Ce manuscrit, relié avec les no^ EE. 2.1 $ et EE. 2. 16, est un frag- 
ment, dont les feuillets mesurent ■" 280 sur o "" 210. Il est en papier, 
sauf la feuille extérieure et la feuille centrale de chaque cahier, qui sont 
en parchemin. Les cahiers sont de six feuilles. Au bas des feuillets $ à 
7 de la numérotaîicn actuelle, on lit les cotes g iiij, gv,g vj, ce qui permet 
d'évaluer exactement le nombre des feuillets manquant, à supposer que 
tous les cahiers aient été de six feuilles, soit 36 feuillets. Au bas du 
fol. 2 on lit, en capitales du xvi'= siècle, Strangways, et au bas du fol . 3 
«Guillaume Le Neve, York, 1632». Au xv« siècle le même ms. avait fait 
partie de la célèbre librairie du duc Humfrey de Gloucester ', car à la 
dernière page on lit cet ex-libris autographe : « Cest livre est a moy 
« Homfrey ducde Gloucestre,du don mess. Robert Roos, chevalier, mon 
« cousine )) Leduc de Gloucester étant mort comme onsait en 1447, le 
ms. sur lequel se trouve son autographe ne peut être de la seconde 
moitié du xv° siècle comme le suppose le catalogue imprimé. Il est de 
la première moitié de ce siècle. 

1. — Gilles de Rome, du gouvernement des rois et des princes 
traduit par Henri de Gauchi. — On possède d'assez nombreux mss. 
de cette version du traité que Gilles de Rome dédia à Philippe le Bel 



1. Il ne figure pas dans la liste des livres donnés à l'Universié d'Oxford 
'par le duc de Gloucester. Cette liste, qui est publiée dans les Munimmta acade- 

mica d'Oxford, pp. 758 et suiv. (Collection du Maître des Rôles), ne renferme 
que des livres latins. 

2. Telle est la formule que le duc de Gloucester inscrivait habituellement sur 
ses livres, ayant soin d'indiquer leur provenance. On a déjà signalé en diverses 
bibliothèques un assez bon nombre de mss. portant cet ex libris autographe ; 
voy. pour les collections conservées en Angleterre, H. Ellis, LctUrs oj cmincnt 
literary mm (Camden Society), pp. 5^7-9; UiCTây.Annals ofthe Bodldan library, 
pp. 8-9; Fr. Madden, édition de V Historia minor de Mathieu de Paris, I, xxxix; 
enfin, pour la France, \ç Cabinet des mss., I, 52, note 8, où M. Delisle a 
signalé pour la première fois six volumes ayant appartenu au duc. Voici une 
liste provisoire des livres jusqu'ici reconnus: 

Cambridge, Bibl. de l'Univ. EE. 2. 17 

— Saint John's H. 5 (?) 
Londres, Musée brit., Cott. Nero E. V. 

— - Roy. s- F. II. 
_ _ _ ,4. c. VII. 

— _ - 16. G. VI. 

— — Harl. 988. 

— — — 1705 (=: Bernard, II, 212, n" 6858). 

— — Sloane248. 

— — Egerton 617-8. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (EE.2.I7) 265 

avant son avènement au trône ' . L'exemplaire de Cambridge n'a plus 
que ses deux derniers feuillets: il commence dans lecoursdu chap. xxi, 
La rubrique du chapitre xxii est ainsi conçue : 

Ce .xxij«. cap. enscgne quant l'en doit fere les nefs et les galiez de mer, et 
comment l'en se doibt combatrc en eaue ou en mer, et ensengne ce capitre as quelles 
choses toulz Us bataillez doibvcnt tstre ordonnes. 

L'ouvrage se termine au recto du feuillet suivant : Cy fine le livre du 
« gouvernement desroys et dez princes que frère Gilles de Romme, de 
« l'ordre saint Augustin, a fait. » 

2. — VÉGÈCE, traduit par Jean de Vignai. — Cette version n'était 
pas inconnue : elle se trouve dans le ms. 1229 du fonds français de la 
Bibliothèque nationale, mais elle y est anonyme, et nulle part je ne vois 
mentionné Jean de Vignai, qui a tant traduit, comme traducteur de 
Végèce. Le ms. de Cambridge a donc, pour notre histoire littéraire, 
une valeur particulière. 

(Fol. }) C'est le livre de Vegece, de Chevalerie, translaté de latin en franchois. 

Ci commence le livre de Vegece de chevalerie, translaté de latin en franchois 
par maistre Jehan de Vignay, de l'ordre de Haultpas, lequel livre contient 
.iiij. livres complès. Le premier livre monstre et ensengne de l'ancien temps, qui 
dit ainsi que a nul n'afiert mielx a sçavoir pluseurs choses que aulx princes... 

Le prologue du translateur. 

Tout aussi comme dit Segons le philosophe... 



EE. 3. 52. — Premier volume de la bible française 

DU XIII® SIÈCLE. 

Ce mi., qui appartient au xiv* siècle, a été fort bien décrit par 
M. Samuel Berger dans son livre La Bible française au moyen âge, 



Oxford, Bodleienne, auct. F infra i. 1. 

— — — F. ii. 2î 

— — — F. V. 27. 

— Oriel 32. 
Paris, Bibl. nat. lat. 780J. 

-8537. 

— — fr. 2. 

— — — 12421. 

— - - .2583. 

— Sainte Geneviève fr. L 1 . 

I. Bibl. nat. fr. 213, 573, 581, 1201, 1202, 1205, etc. ; Troyes 898; 
Lambeth n* 266 (fort bel exemplaire avec miniature de présentation, auquel il 
manque à la fin un ou deux feuillets); Ashburnhamplace, Barrois 22; Libri 
125 (maintenant à la Laurentienne), etc. 



266 p. MEYER 

pp. 407-8. Si je le fais figurer ici, c'est pour avoir l'occasion d'en citer 
quelques lignes, ce que n'a pas fait M. Berger, et ce qui n'est pas su- 
perflu, puisqu'il s'agit, comme on va le voir; d'un texte assez rare. 
M . Berger suppose avec vraisemblance que ce volume a été exécuté 
en Angleterre, « quoiqu'on ne trouve dans le texte », ajoute-t-il, « au- 
cune forme anglaise « . Cette dernière assertion n'est peut-être pas tout 
à fait exacte. La langue est bien le français de l'Ile-de-France, mais 
cependant des formes telles que eiivangelie, pur (pour) , fuiz (= fiuz, fi 1 i u s) 
se trouveraient difficilement au xiv*^ siècle sous la plume d'un copiste fran- 
çais. Disons que c'est la copie très soignée faite par un Anglais d'un texte 
français du continent. L'exactitude n'est cependant pas complète; notre 
copiste ne comprenait pas toujours ce qu'il copiait, d'où un assez bon 
nombre de fautes de lecture : je citerai notamment à la fin du livre de 
Job (voir ci-après) coutiuanz, qui n'a aucun sens, au lieu de tourmanz. 

Ce volume fut légué aux chanoinesses de Flixton (Suffolk) en 1442, 
comme l'atteste une note contemporaine écrite sur un feuillet de garde 
et publiée d'abord dans le catalogue (I, 89) puis par M. Berger (p. 408). 
Dans cette note l'ouvrage est décrit comme étant un « Vêtus Testamentum 
in duobus voluminibus gallici ydyomatis ». Il est à croire cependant 
que ces deux volumes contenaient aussi le Nouveau Testament, car en 
1697 l'inventaire des mss. de J. Moore (Bernard, Catalogi, II, ^63, 
n" 9235-49) indique deux volumes dont le second est ainsi décrit: 
« Eorumdem [Bibliorum] pars posterior usque ad Apocalypsin inclusive. » 
Quoi qu'il en soit, le premier volume seul subsiste actuellement, ou du 
moins le second, s'il existe encore, n'a pas été identifié. 

La version que nous offre le ms. de Cambridge est celle que M. Berger 
pense avoir été faite à Paris sous saint Louis. Elle occupait ordinaire- 
ment deux volum.es dont le second, commençant au Psautier, a été 
introduit à peu près textuellement dans la Bible Historiale de Guyart 
Desmoulins'. Du tome I, qui n'a pas eu la même fortune, et qui fut 
bientôt remplacé, dans l'usage ordinaire, par d'autres versions, il ne reste 
que peu d'exemplaires. M. Berger cite les mss. 6 et 899 du fonds 
français à la Bibliothèque nationale, le ms. 5056 de l'Arsenal et un ms., 
brûlé en 1870, de Strasbourg. U faut ajouter à cette liste un magnifique 
exemplaire, complet en un volume, qui faisait naguère partie de la Biblio- 
thèque Didot^. Le plus ancien de tous ces mss. est le n" 899 qui est mal- 
heureusement mutilé, les feuillets qui contenaient des miniatures ayant 
été arrachés ou coupés. 



1. Voy. pp. 187 et suiv. de l'ouvrage de M. Berger. 

2. Vente 1879, n» 5. C'est un ms. du xv« siècle orné de belles peintures 
dont deux sont gravées dans Tédition de luxe du catalogue. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (EE.^.ja) 267 

Le ms. de Cambridge renferme le Pentateuque, Josué (fol. 162), les 
Juges (fol. 196), Ruth (fol. 22 il, les Rois (fol. 224I, les Paralipomènes 
(fol. ^07), Esdras(fol. 348), Nehémie(fol. 363I, Tobie ifol. 372), Judith 
(fol. 377'«, Esther (fol. 386), Job (fol. 375). 

Je transcris le début de la Genèse, des Rois et de Job. On pourra 
comparer, pour le premier et le dernier de ces livres, le texte ci-après 
avec les passages correspondants rapportés par M, Berger, pp. 121 
(Genèse, d'après Arsenal) et 128 (Job, d'après Biblioth. nat. fr. 899). 

[Genèse.] 

Cist livres est apelez Genesis, pur ce qu'il est de la generacion du ciel et de 
la terre ou comencement, ja soit ce qu'il parole après de plusurs autres choses, 
aussi corne le euvengelie seint Matheu est apelé livres de la generacion Jhesu 
Crist ; et ausi corne Moyses dist en ce livre cornent li premiers home lu criés 
de la terre qui iert virge, qui puet engendrer les terriens homs en ceste vie 
trespassable, autressi le euvangelie saint Malheu mostre ou comencement, 
coment li secons homs, ce est Jhesu Crist, fu nez de la virge Marie qui les 
celestiau.\ homes puet engendrer en vie pardurable. .. 

[Rois.] 

(Fol. 224/)) Uns homs fu de la cité de Ramatha qui est ou mont Effraym, 
qui ot non Helchana, li luiz Jeroboram le fuiz Cham, le fuiz Subh de Be- 
thleam. Cist homs ot .ij. femes : l'une avoit non Anne et l'autre avoit non 
Phenanne. Phenanne avoit enfanz, mes Anne n'en avoit nul. Cist homs si aloit 
de la cité aus jours qui estoient establiz pur orer e pur sacrifier a Dampnedeu 
en Sylo... 

[Job]. 

(Fol. 595 ^) Uns homs estoit en la terre de Hus quiavoitnon Job, et cilhoms 
si estoit simples et droituriers et départant soi de mal. Lors li nasquirent .vij. 
tuiz et .iij. filles qui li estoient nez, ce esta dire que il avoit engendrez, et il ot 
en possession .vij. milliers et iij. c. des chamieus, .v. c. jous de bues et .v. c. 
asnesses et molt grant mesniée... 

Fin: 

Job vesqui après ses coutiuanz ' .c. et .xl. anz, et vit ses fuiz de ci en la 
quarte generacion, et morut viellartet plains des jourz. 

Explicit. 

EE. 3. 59. — Vie de saint Edouard. 

Ce ms., qui vient delà collection Moore [Catalogiàe Bernard, II, 362, 
n" 9222.36) n'est mentionné ici que pour mémoire. L'ouvrage qu'il 



2. Bibl. nat. fr. 6 : cesl torment ; fr. 899 ct'z lormenz. 



268 p. MEYER 

renferme, en vers octosyllabiques, a été publié par M. Luard',qui a 
joint à son édition un fac-similé du fol. 29 r", grâce auquel on peut se 
faire une idée parfaitement exacte de la richesse de ce ms., où la partie 
supérieure de chaque feuillet est occupée par une fort belle miniature 
qui souvent est divisée en deux compartiments. Des rubriques en vers, 
tout à fait distinctes du texte, accompagnent ces peintures. C'est exacte- 
ment la disposition que présentent les feuillets conservés de la vie en 
vers octosyllabiques de saint Thomas Becket qui s'imprime actuellement 
pour la Société des anciens textes français. 



EÉ. 4, 2(i. — Le roman d'Yder. 

C'est également pour mémoire que ce ms. est ici mentionné. Il con- 
tient un roman de la Table ronde, malheureusement incomplet du com- 
mencement, mais néanmoins d'une grande valeur, car c'est une œuvre 
française, se rattachant à l'école de Chrestien de Troyes, et dont on ne 
possède pas d'autre copie. Le ms. a été exécuté en Angleterre, à 
la fm du xiiie siècle. C'est dire qu'il est assez fautif. L'œuvre et le 
ms. sont restés ignorés de tous ceux qui ont écrit sur notre histoire lit- 
téraire ou qui ont visité les bibliothèques anglaises, jusqu'au moment où 
il y a une dizaine d'années, j'en fis exécuter une copie qui sera prochai- 
nement publiée par la Société des anciens textes français. 



EE. 6. II. — Vie de sainte Marguerite. — Purgatoire de 
SAINT Patrice. — MARIE DE FRANCE, Fables. 

Ce ms. se compose de deux morceaux distincts reliés ensemble. 

1° Cahiers 1 et 2 (feuillets i à 1 5). Vie de sainte Marguerite et Pur- 
gatoire. — Le premier cahier (fF. i à 8) est complet en huit feuillets, le 
second n'en a que sept, le huitième, qui était probablement blanc, ayant 
été coupé. L'écriture paraît être de la seconde moitié du xiii*^ siècle ; les 
dimensions du parchemin sont 176 "'" sur 120""". 

2° Cahiers 3 à 5 (22 feuillets). Fables de Marie de France; l'écriture 
est plus ancienne que celle des deux cahiers précédents ; je l'attribuerais 
à la première moitié du xiii« siècle. Hauteur des feuillets 176 '"'", 
largeur 1 32 '"™. 



1. Lïvti oj Edward the Confessor 1858 (Collection du Maître des Rôles). 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (EE.6.1I) 269 

Le ms. EE. 6. ii . est depuis une époque fort ancienne dans la 
Bibliothèque de l'Université, et depuis qu'il y est entré il paraît avoir 
perdu un assez grand nombre de feuillets. En effet, il est ainsi décrit 
dans VEcloga de James (1600), p. 64, n° 181 ' 

1. Gallica metra, de Ecclesiaet aliis rébus. 

2. iEsopi fabulx nietris gallicis. 

3. Sermo cujusdam de dandis eleemosynis et contemptu niundi. 

4. Cato cum commentario, sermone anglico vel danico potius (ut observât 

quidam nescio quis). 

5. Vita S. Gregorii metris gallicanis scripta. 

Il ne semble pas qu'il y ait un rapport bien intime entre cette descrip- 
tion et le ms. actuellement coté EE. 6. 1 1 ; c'est cependant à ce ms. 
qu'elle se réfère indubitablement, caria notice du catalogue imprimé par 
James se lit encore, avec d'insignifiantes variantes, sur le plat intérieur 
du volume. Les art. 4 et 5 ont été barrés comme étant en déficit: il 
il eût fallu barrer aussi l'article 3 qui ne peut se rapporter à aucun des 
trois ouvrages que contient le ms. dans son état présent. L'article 2 est 
le recueil de Marie de France, l'article 1 paraît répondre à la fois à la 
vie de sainte Marguerite et au Purgatoire. 

Le texte des fables ayant été collationné par M. Ed. Mail pour l'édi- 
tion qu'il prépare de cet ouvrage, je ne m'en occuperai pas. Quant au 
Purgatoire de saint Patrice, c'est une version qui ne paraît pas se ren- 
contrer ailleurs et qui était restée inconnue jusqu'au moment où la 
Romania (Vl, 1 54I en a donné le commencement et la fin. Je n'en dirai 
pas plus sur ce sujet pour le présent, et je me bornerai à transcrire les 
premiers et les derniers vers de la vie de sainte Marguerite, dont je ne 
connais pas d'autre exemplaire, et qui est un poème important. Elle se 
compose de 69 couplets ayant chacun de quatre à neuf vers. 

I Puis ke Deus nostre sire de mort resucita, (. 1) 
[E\ veant ses angeles a son père monta^ 

Granz companies de seinz et de sentes y lessat, 
E puis pur luy morrurent e yl les corrunat, 
Del son celestre règne large pars iur dunat. 

II A icel tens diable aveient granz poetez ; 

Pur seinte Yglise prendre esteient si pensenz {sic), 
Quant il trove[i]nt nul honi qui seyt cristienez 
Si esteit [il] pendu ou ars ou lapideez, 



Notice reproduite dans les Catalogi de Bernard, I, 2c partie, 170. 



Ou destret de chivaus ou haut el vent croulez ; 
Mes cil ke n'en chaleit tant en ert honurez 
Que en permanable glore [ore] en est corunez. 

III Seinurs, des toz les autres vus lerrai a conter, 
Fors de une suie virge [dunt] me covent parler : 
[Le] son seinur celestre tant pout toz jurs amer, 
Onkes pur nul turment que l'em le sout duner 
Ne pur nule promesse ne wout de luy torner. 

Trayez [vus] ça vers moy; pri vus de l'escoter, 
Car vers son chier senniur vus pout ben aïder. 

IV Geste pucele fu mult de haut parentee : 
Si père fu païens de grant nobilitee ; 
Theodorus outnun, onkes ne cremout Dé; 
Tuz ceus qui creeint en Deu out il en vilté, 
Nule rien ne h[a]ait envers cristienté. 

Fin (fol. 8) : 

LXVII Tut cil qui sunt pris de divers enfermetez, 
Mult sunt awogles, desirus de sauntez, 
De lui quant parler oient ilec sunt alez; 
Dec'il tochent le cor sempres sunt [tut] mundez, 
Ne sentent puis nul mal ne nul enfermentez (sic). 

LXVIII Es kalendes de aùst del siècle treepassat. 

Quant l'un en cest siccle de lui memorie frat. 
Deu I cum gloriusement sum martire final! 
Dreiz est que od Deu seit, car ben de servir' l'ad ; 
Si est ele sanz dotance, jammès ne partirai. 

LXIX Ele deprie Deu qui est sanz mentir 

Ke il nus gard de tuz maus e nus doint deservir, 

Quant les âmes de nus deivent del cors partir, 

Quant 2 a sa companie puissuns parvenir 

Qui vivit et régnât Dcus per omnia sccula seculorum. Amen. 



EE. 6. i6. — Livre d'heures. 

On trouvera dans le catalogue des mss. de l'Université une descrip- 
tion suffisante de ce livre d'heures, du xiv'' siècle, qui doit avoir été 



I Sic, corr. deservi. — 2 Corr. Que. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (EE.6.l6) 27 1 

exécuté pour un des établissements religieux d'Angleterre qui étaient 
dans la dépendance de l'abbaye de Fontevraud, 

Les ff. 8 et 9 contiennent un hymne à sainte Anne en latin ■ et en 
français : 

Anna sancta Jhesu Christi Ave duz comencerr.ent, 

Matris mater pertulisti... Seinte Anne gloriouse 

De la joie saunz finement... 

Au fol. 16 est copiée une prière à saint François. Je la trancris tout 
entière. Quand on fera l'histoire du culte de saint François dans notre 
pays, il y aura lieu de tenir compte des nombreuses poésies françaises 
qui ont été composées en l'nonneur de celui qui fut pour le xiii'- siècle 
et le xiv le saint par excellence ^. La prière du ms. de Cambridge est 
en quatrains alexandrins, forme fréquemment employée pour ce genre 
de poésie ; voir par ex. les prières en quatrains que renferme le ms. 570 
de l'Arsenal. 

Douz sire seint Franceis que Jhesu tant amastes, 
E desa seinte passiun noit et jour pensastes, 
Delà peine des plaies tant sovent remembrastes, 
Ke en vostre seintisme corps l'enpreinte portastes; 

L'amour Jhesu Crist tant vous eschaufa 
Et vostre cuer de pité gracious eslu[m]ina 
Ke en meinse pies e costé dehors se moustra, 
Et lui amant en semblance de ami conforma, 

Mult fu la bunté grande de si grant seignour 
Que a un povres home moustra si grant amour, 
Epar especial privilège li fist si grant honour 
K.e de la seinte passion li fist son baneour. 

Douz sire seint Franceis ki Deu ad si chier, 
En la court celestiene estes de grant poer, 
Et a vos amis especiaus poés mult aider, 
Car vous portez le grant sel : si estez chanceler. 

Por celé grâce especiale que Jhesu fist a tei 
Ke entre les autres seintz, outre comune lei, 



1 . Une leçon un peu différente est publiée dans Mone, Lateinische Hymnen, 
III, .96. 

2. Je citerai la curieuse chanson en laisses assonantes que j'ai publiée dans 
le Bulletin de la Sociêtc des anciens textes, 1884, p. 77, et une chanson de saint 
François à refrain dans le ms. 43 de la Faculté de Médecine de Montpellier. 



272 



En signe de sa passion te conforma a sei 

Priez le douz Jhesu que il eit merci de mei. Amen. 



A la fin du livre se trouve une version du Veni creator qui se rencontre 
ailleurs encore; par ex. dans le ms. Digby 86 (notice de M. Stengel, 
p. lo) : 

Saint Esperiz, a nus venez 
E nos penseiez visiter... 

EE. 6. 30. — Fragment d'un miracle en vers de la Vierge. 

Ce fragment sert, ou a servi, de feuillet de garde au ms. à la fin du- 
quel il est relié. C'est un feuillet de parchemin à quatre colonnes, fort 
rogné du haut, et engagé dans la reliure de façon que le commencement 
des vers pour la colonne a, et la fin pour la colonne d, ne sont plus vi- 
sibles. Je n'en ai pas transcrit tout ce qu'on en peut lire, mais les extraits 
que je vais en donner suffisent pleinement à montrer qu'il contient une 
rédaction jusqu'ici inconnue de l'histoire du clerc qui souffrait d'un 
cancer à la bouche et que la Vierge Marie guérit de son lait. Je présen- 
terai sur ce sujet diverses observations à propos d'une rédaction 
différente du même miracle que nous trouverons plus loin dans le ms. 
Gg. 1. I, article 26. Pour le présent je me borne à remarquer 
que le morceau qui suit est certainement l'œuvre d'un auteur né en 
Angleterre. Les rimes grevus-plus (3-41, en}'[e]é-mené (6-7), honurer-poer 
($9-60), ne laissent pas de doute à cet égard. Notons aussi quatre 
rimes consécutives (11-4), ce qui est surtout fréquent en Angleterre. 

Proceine est la sue aïe (b) En un chanp de grand beauté. 

A chescun ke en lui se afie, Tut li chaunp fluriz estoit, 

E u li maus est plus grevus, 16 Ela duçur ki venoit 

4 Ilokes piert sa aïe plus ; E duce herbes e des flurs 

Ço piert el clerc, kar visité Surmunteint tûtes savurs. 

Le ad mut tost par sa pité: Un herber lui ad mustré 

Un aungle lui ad env[e]é 20 Sun guiur de graunt beauté 

8 Ke ad le esperit de! cors menée, Qe sur les autres tuz lui plut: 

U le cors od tut le espirit, Vint e treis herbes i out ; 

Ne sai de fi ; mes, si co[m] quid, Les vint etdeuserent assises 

En plusurs lus l'ad amené 24 Envirun le herber par divises, 

12 E meinte ren li ad mustré; E la vintime tierz estoit 

Mes al derein se sun[t] entré Enmi le herber, e celé avoit 



17 Corr. Des d. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (EE.6.30J 



273 



Set mut très bêles flurs, 
28 Tûtes de diverse colurs, 

Ke plus oleient ducement 

Ke espèce u unnement. 

Les autres vint e deus maneres 
3 2 Des ces autres herbes chères 

ic) 

« Ke il vus plaise a mustrer moi 

« Quel lui ço est ke ici voi ; 

« De ces herbes e de ces flurs 
36 « Ki sunttaunt cluers {sic) colurs 

« E taunt fleirent ducement, 

a S'il vus plest, apernez m'ent. 

1 Jo sui, certes, mut desirus 
40 • De cest lui taunt glorius; 

« Volentiers si jo poeie 

" A tut tens i remeinderoie. 

Dune respunt senz nul respit 
44 Ducement li aungle e dist : 

« Cist beau chaunp taunt aùrné 

« Parais est apelé. 

« Tu vendras en haste ici, 
48 1 Kar cest beau lui as deservi 

« Purçoqueas vesqui seintement 



« E as gardé nettement 

(c Tun cors tut tens de lecherie, 
52 <i E la mère Deu Marie 

« As servi devoutement, 

1 E l'as amé parfiiement. 

« Des herbes que tu veis ici 
56 fl Entur cest herber e en mi, 

« E des flurs tut tei dirai, 

a Ja mot ne tei cèlerai. 

<i Quant tu soleies honurer 
60 « Nostre Dame a tun poer, 

i Tu solei[eJs chescun jor 

« Deus saumes dire en sun 
[honur : 

« Li uns est de In nominc^ 
64 « Fai me saut par ta pité 

{d) 

Pur ço sunt ci... 

Les herbes que sunt ici plaunt... 

Dunt vint e deus en ad d... 
68 E tûtes freches e nuveles 

Chescun chapille en port... 

Chescun herbe ou flurs d... 

Vint flurs vit vers sig... 



FF. 1 . î5. — Le Secret des Secrets. — La lettre d'Hippocrate 
A César.— JACQUES LEGRAND, le livre des bonnes mœurs. 
— JACQUES DE CESSOLES, le livre des échecs, traduit par 
JEAN DE VIGNAL 

Livre en parchemin, mesurant o™ 240 sur ™ 170, daté à la fin de 
Bourges 1420. Provient du don de 171 5 : c'est le n^ 1 54 de l'inventaire 
des mss. de l'évêque Moore, dans les Catalogi de Bernard (II, 365). 
Antérieurement à son entrée dans la bibliothèque de Moore, je ne sais 
rien sur l'histoire de ce ms. 

1. — Le Secret des Secrets: version très répandue sur laquelle 
voyez le présent volume de la Romania, p. 189. 



33 C'est le clerc qui parle. — 34, 40, 48 lui tt non liu ; c'.sl une forme fré- 
quente dans les textes anglo-normands. — 36 cluers, corr. de cleres. — 63 f^-. lui. 



Remania, XV. 



274 P- MEYER 

(P. i) C'est le livre du gouvernement des roys et des princes appelle le Secret des 
secrès, lequel fist Aristote au roy Alixandre. 

Suit la table, après laquelle l'ouvrage commence ainsi : 

Le prologue du docteur en recommandent Aristote .j. 
Dieu tout puisant vueille garder nostre roy... 

2. — Du gouvernement de santé, livre envoyé par Hippocrate a 
César. — Apocryphe qui a été très répandu au moyen âge, et dont on 
a plusieurs versions françaises qu'il ne peut être question d'étudier ici. 
Je signalerai une première version qui se trouve dans les mss. Bibl. nat. 
lat. 14689 (incomplet!, fr. 573, Libri (Florence) 125', et d'autres 
dans les mss. fr. 2001, 2045, 2047, Digby 86 (fol. 8-21), etc. Je n'ai 
pas rencontré de texte tout à fait identique à celui de Cambridge. 

Ci commaince le livre du gouvernement de santé que Ypocras fist, eti'envoya a 
l'emperiere Sesar pour la santé garder et pour avoir vie plus longues. Il fist 
demander a Galien le bon mire pour quoy il mangoit si petit, lequel lui res- 
pondit: « Mon entencion est de vivre longuement, et pour ce je ma[n]gùe ainsi 
petit, ne je ne mangue pas pour les delicesdes viandes, mais pour le corps sous- 
tenir en vie... » 

Cet opuscule est suivi de quelques morceaux qui ne sont pas nettement 
séparés les uns des autres. 

1° Une sorte de calendrier hygiénique: 

Avicenedit que ou mois de janvier, a garder parfaittement santés on doit au 
matin, a jeung, boire de très bon vin, auxi comme un petit voirre ; ne nulz ou 
mois de janvier ne se devroit (on) faire seigner... 

Les préceptes relatifs à décembre se terminent par cette remarque, 
qui du reste pouvait s'être déjà présentée à l'esprit du lecteur : 

Item, vous devés savoir que ce livre n'est pas fait pour gens qui travaillent 
et traient peine, comme ces laboureux, mais est fait pour ceulz qui vivent sens 
labour et sans prendre travail. 

Suivent deux pages contenant des préceptes relatifs au diagnostic 
à tirer de l'inspection des urines et quelques recettes dont les dernières 
sont en latin. 

3. — Jacques Legrand, Le livre de bonnes mœurs. — Cet ouvrage 



1. Ce ms. est l'original d'après lequel a été copié le ms.fr. 573. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (FF.I.Jj) 275 

fut présenté en 1410 a Jean duc de Berry '. Les mss. en sont très nom- 
breux; voy Bibl. nat. fr. 4$ ^, 953, 954, 102^, 1024, 102$, 1050, 
1144, 1145, 1798, etc., et il a été imprimé plusieurs fois; voy. Brunet, 
Manuel du libraire, sous Magnus. 

(P. 71) Cy commence la table des rebriches du livre des bonnes meurs inlilulé, 
lequel est composé de cinq parties. 

L'ouvrage commence ainsi, après la table : 

Tous orguilleux veulent a Dieu comparer en tant qu'ilz se glorifient en eulz 
mesmes et es biens qu'ilz ont, desquelles choses la gloire est deue principalement 
a Dieu. 

4. — Jacques de Cessoles, Le livre des échecs, traduit par Jean de 
Vignai. Traduction faite pour le roi Jean, encore duc de Normandie, 
voy. P. Paris, Manuscrits français, V, 16. 

(P. 209) C'est k livre des eschez translaté par frère Jehan de Vignay. 

A très noble et très excellent prince Jehan de France, duc de Normandie et 
ainsné fils de Phelipe par la grâce de Dieu roy de France, Irere Jehan de 
Vignay... 

L'explicit est ainsi conçu : 

Cy fine le livre des eschez translaté par trere Jehan de Vignay hospitalier. 
Et fut copié et escrit a Bourges en Berry ou moys de mai l'an de grâce mil 
quatre cens et ving. 

Repanteur. 

Ce dernier mot, qui est vraisemblablement le nom du copiste, est 
d'une lecture très incertaine. 



FF. 3. 31. — Le Roman de Ponthus. 

Le roman de Ponthus et de la belle Sidoine est, comme on sait, une 
imitation en prose de la chanson de geste anglo-normande de Horn et 
Rimel. La trame du récit est celle de l'ancien poème; les noms des per- 
sonnages et des lieux sont changés^. Il faut rappeler ici, parce que ceux 
qui s'en sont occupés dans ces dernières années paraissent l'avoir ignoré, 



1. Delisle, Cr.binct des mss. I, 60 et III, 182 (n" 134), 31 1-2. — Il y a sur 
ce personnage une assez bonne notice dans le Catalogue des mss. de M. de 
Cam bis (Awgnon, 1770), p. 446. 

2. Voy. H. L. D. Ward, Catalogue oj Romances, p. 469. 



276 p. MEYER 

que, selon une remarque intéressante de M. de Montaiglon, les noms 
substitués dans Ponîhus à ceux de Horn sont empruntés à la Bretagne 
et à l'Anjou, que le nom même de Ponthus est celui d'un membre de la 
famille de La Tour Landry, qui vivait dans la première moitié du 
xv^ siècle, et pour qui, selon toute apparence, fut rédigé le roman ' . 

Ce faible ouvrage a été très lu. Il en existe des copies dans presque 
toutes les grandes collections de manuscrits, et la Bibliothèque même 
de l'Université de Cambridge en possède un second exemplaire sous la 
cote HH. 3 , 162. Enfin l'ouvrage a été plusieurs fois imprimé de 1478 
environ à 1550J. Aussi n'aurais-je pas mentionné ici le ms. FF. ^ 31, 
s'il ne se recommandait par deux particularités intéressantes. D'abord 
il est précédé d'un prologue en vers à rimes plates, et très plats eux- 
mêmes, qui donnent un résumé somm.aire du roman. C'est l'œuvre d'un 
Anglais qui savait assez bien le français. En outre, le ms., qui a été 
exécuté en Angleterre, quoique la langue en soit assez correcte, est orné, 
au commencement de chacun de ses chapitres, de grandes lettres ini- 
tiales noires dont les formes variées rappellent celles qu'on trouve dans 
les anciens mss. exécutés à Lindisfarne. Chacune de ces lettres contient 
une devise, ou une sentence se rapportant au sujet traité dans le cha- 
pitre. Ainsi dans l'initiale du premier chapitre on lit ces deux vers : 

Vroy amoureux, que que nul die, 
Doit estre loial a s'amie. 

Le ms. est sur papier. Il fait partie de la collection Moore, bien que 
je ne le retrouve pas sur l'inventaire publié par Bernard . 

Si d'aucuns veulent ycy lire Ni a nul'autre créature, 

En cest livre pour eulx déduire, Ne souffrir sur lui nulle ordure. 

Hz pourront bien veoir et entendre Secretteté et beau langaige 

4 Que fin amant n'a sur lui membre 12 Doit avoir en lui et couraige. 

Qui ne soit livré a martire Ponthus le vaillant chevalier, 

. Quant son cuer n'a se qu'il désire. Dont après ci orrez parler, 

Vroy amoreux si ne doit estre Fut moult secret, vaillant et saige 

8 Orgueilleux n'a clerc ny a prestre lé Et amoureux, haulten couraige; 



1. Le livre du Chevalier de La Tour Landry, publié par A. de Montaiglon, 
p. xxiij. 

2. C'est un volume en parchemin, orné au premier feuillet d'une assez jolie 
miniature. Dans la vignette qui encadre ce feuillet on lit ces lettres plusieurs 
fois répétées ;ê;, dont le sens m'échappe. La rubrique initiale est ainsi conçue: 
Ci commence le livre de Pontus filz du roy Tlnbor de Galice, et comment en armes 
et amours il souffrit moult de pestilences, de mauls et de douleurs. C'est le ms. 45 1 
de l'inventaire des mss. de Moore (Bernard, II, 373). 

3. Dates approximatives; voy. Brunet, sous Ponthus. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (FF.J.^l] 



277 



Aussi ledevoitil bien estre, 
Car sailli estoit de grant estre: 
Filz au roy de Galice estoit ; 

20 Mais Fortune qui tout deçoipt 
Et qui est a chascun maistresse, 
A bien et a mal tout reversse, 
Le fist partir et absenter 

24 De son païs et toust en aler. 
Tant fut conduit et droit ala 
Que en basse Bretaigne ariva, 
Ou roy estoit pour lors nommé 

28 Duquel fut grandement amé. 
Celluy roy une fille avoit, 
La plus belle que homs veoir pou- 
Sydoine estoit appellée, [ait; 

32 La plus belle et d'onneur clamée 
Que on peust sur terre trouver 
Ne de nul vivant oïr parler. 
Saige, honnourable et sans'despit 

36 Estoit, com le livre le dit. 
Elle fut trestant amoureuse 
En tout honneur et curieuse 



Du dit Ponthus, bon chevalier, 

40 Que elle ne savoit quel part tour- 
Etsi de lui envie avoit, [ner ; 
Plus grant luy d'elle il avoit. 
Leurs amours si lurent selées, 

44 A nulz ne furent escandées, 
Combien que le dit amoureux 
Fust jour et nuit moult curieux 
De accomplir tout le désir 

48 De sa dame et tout le plaisir. 
En fait d'armes et autrement 
Abandonnoit son scentement, 
Et trestoute sa vaillantie 

f 2 A accomplir le gré s'amie. 
Dont en la fin furent joyeux 
L'un de l'autre et vraiz amoureux. 
A ytant je me vueil cesser 

56 De ceste rime convoier, 

Car tout en prouse on trouvera 
Cy après qui bien vous dira 
De Sydoine et de Ponthus, 

60 Pour ce ycy ne vous en dy plus. 



Sy commence le livre du vaillant chevalier Ponthus, lequel devise de plusieurs 
heaulx faiz que icellui fist a sa vie, et par especial ou temps de sa jeunesse. 

Et premièrement, compter vous en vueil une moult belle histoire ou l'en 
pourra aprendre moult de bien et de exemplaire... 

FF. 6. 13. — Traités de fauconnerie. 



Parchemin, 81 fF. ; hauteur : igç""'", largeur : 128"™ ; fm du 
XIII* siècle. Ancienne marque de provenance : dono Roberti Hare, 1594. 
— Ce ms. renferme divers opuscules latins dont je n'ai pas à m'occuper 
et qui sont correctement indiqués dans le catalogue. J'ai seulement à 
faire connaître trois traités de fauconnerie, l'un latin, les deux autres 
français, qui occupent les derniers feuillets du volume . La description 
donnée dans le catalogue est ici fautive, confondant les deux traités fran- 
çais en un seul. 

Peu versé dans la littérature de la chasse, je ne saurais dire si l'un ou 
l'autre de ces opuscules a déjà été signalé, ni s'il en existe d'autres copies. 
Les bibliographies d'ouvrages sur la chasse ne manquent pas, mais il ne 
faut point y chercher de renseignements sur les textes inédits, et même 
pour les traités du moyen âge qui sont publiés, elles sont en général 



278 p. MEYER 

peu exactes, et n'indiquent point les rapports que ces traités peuvent 
avoir entre eux. 

On sait que plusieurs des anciens livres français de fauconnerie dé- 
rivent des traités bien connus de Frédéric II et d'Albert le Grand. Il ne 
me paraît pas que tel soit le cas des opuscules contenus dans le ms. de 
Cambridge. D'autres écrits français sur le même sujet, soit en vers, soit 
en prose, se rattachent à des traités, probablement latins, composés en 
Angleterre. Daude de Prades se réfère dans ses Auzels cassadors ledit. 
Sachs, v. 1905) à 

un libre de! rei Enric 

d'Anglaterra, lo pros el rie, 

sur lequel M . Sachs, qui cite en sa préface maint ouvrage sans rapport 
possible avec les Auzels cassadors, ne donne aucun renseignement. 
D'autre part, un court poëme anglo-normand sur la fauconnerie que 
renferme le ms. Harleien 978 (xiv^ siècle) cite « le livre al bon rei 
Ewdard », qui ne paraît pas identique au Booke of hawkyng after prince 
Edwarde, Kyng of Englande, publié dans les Reliquia antiqu£ de Wright 
et Halliwell, I, 293-308. Il est notable du reste, que l'auteur de ce 
poème, bien qu'écrivant, selon toute apparence, sous Edouard I, ou 
sous Edouard II, parle du roi Edouard comme d'un personnage du 
temps passé. La question est d'autant plus compliquée qu'on a attribué 
à Alfred le Grand aussi un traité de fauconnerie. Voilà donc trois rois 
d'Angleterre qui auraient écrit ou fait écrire sur cette matière. Comme 
le poème du ms. Harleien offre quelques rapports avec le traité latin 
du ms. FF. 6. 1 3, j'en citerai ici le début : 

Bel oncle cher, jo le sai pur veir 1 12 Dites le moi, vostre merci. 

[(fol. 1 16 r) — Mult volenters )ol vus dirrai, 

Ke en bon oisel ad riche avoir ; Ke en escrit trové en ai 

Mes mult i covient mettre grant Si cum jo lis e jo l'esgard, 

4 E bien conuistre lur nature, [cure 16 El livere al bon rei Edward; 
Kar nulne[s]puet, si il neseit mestre, Kar jadis esteient Engleis 
Bien afFeiter, porter ne pestre. Mult enseignez e mult curteis, 

Pur ceo vodroie jo volenters E savoient affeitement 

8 Aprendre de ces ostrizers, 20 Plus ke ne savoient nule gent, 
De ceus la manere e les murs E nomeement des oiseaus 

Ke deivent garder les osturs; Ki ourent sovent de bons e beaus. 

E si ren en avez oï, Ore vus dirrai volenters 



_i . Ce poème est écrit à lignes pleines, comme de la prose. Ce n'est peut-être 
qu'un morceau détaché, à en juger par ce début. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (FF.6.13) 279 

24 Queus deivent estre ostrizers : Iço vus pus jo ben retrere, 

Sobres e chastes, sueve gent, Délivre scient de autre affere, 

Deivent estre, cum |0 l'entent, — Ore me mustres dune purquei? 

E si eient mult duce aleine; 52 — Dirrai le vus en la mei fei, 

28 Délivre seient de autre peine. Jo vus en frai ben la provance 

Il y a entre ces derniers vers et le texte latin qu'on va lire un rapport 
évident. Les conditions requises pour un bon fauconnier sont les mêmes 
de part et d'autre, et il faut que le français soit imité du latin ou que 
tous deux aient une source commune ' . 

1.— (Fol. 69 i'>)înciplt liber di passionibus falconum^ accipitrum^ austurorum, 
spcrvûriorum, et tjualiter eos curare poteris, et qualiter eos nutrire et mudare debeas 2. 

Oportet eos qui falcones, accipitres, austuros vel spervarios nutriunt sobrios 
esse, ne per ebrietatem aut crapulam sue cure obliviscantur ; castos ne tactu 
meretricum penne scabie vel tineis corrumpantur ; non iracundos, ne irati illos 
ledant; non fétide anelitu, ne illorum odio ceteros homines fugiant, et illo fetenti 
odore reumatizati fiant; providos, ne ferre 5 illos tempore pluviôse vel ventoso, 
et ne in firma quam mudam vocant, vel diutius morentur, vel citius justo extra- 
hantur, et ne vincula que jacti vocantur ex dure et inflexibili corio fiant, ne 
macri vel pingues fiant plus justo, unde amittant voluntatem volandi. Septimo 
autem die ab ortu eos denido capies, quo die jam sensus eorum sunt perfecti et 
membra eorum in malléole paciuntur plicari... 

2. — Médecine des faucons^, autours et éperviers. Ce traité, dont je 
ne connais pas d'autre exemplaire, offre quelques points de contact 
avec le précédent. 

(Fol. 73) Médianes verraies de garir falcons e osturs e esperviers, e la manière 
cornent les conustrez e cornent les afeilerez. 

Si vostre oisel a le dos rus e il eit grosse maille e il seit mult petit, dune est 
il de jeofne eir, e s'il est gros e il eit le des bien gris ou fauf, donc est il de viel 
eir. Si vostre oisel ad les piez blancs e les oilz, donc est il nyès. Ostur ramage 
les soit aver plus blancs ke espervir {sic), mes oysel ramage les soit aver meins 
blancs; girfalc les soit aver bien jaunes, e tel i ad vermeils. Si vostre oysel ad 
la maille russet, dune est il esclos en pumer ou en aine ou en espine. Si il ad 
la maille blanche, dune est il esclos en bul ou en trembler ou en codre. S'il est 



1. Les mêmes prescriptions se retrouvent ailleurs encore; ainsi dans un 
traité sur les» oiseaux gentils » et leurs maladies dont on a plusieurs copies : 
« cil qui garde l'oisel gentil doit estre sobre, qu'il ne s'enyvre point, car yvresse 
« est mère d'oubliance... après il doibt estre débonnaire et souffrant, car ire 
« engendre blessure... » (Bibl. nat. fr. 24272, fol. 135). 

2. A lignes pleines; à partir du fol. 71 à deux colonnes. 

3. Corr. ferant ou suppl. présumant.? 



28o p. MEYER 

canevaz, c'est ne bien russet ne bien blanc, donc est il esclos sur cheinne. 
Sachiez ke oisel nyès ne seit nient si bien prendre l'un oisel cum seit le ramage, 
mes le niés soit estre plus hardi, e ceo avient de ceo ke l'en les get de surse. 

Si vus volez en deus meins vostre oysel muer, pernez un serpent ou une 
coluvere ou ambedeus, si quisez les en pot plein de furment, e ovek un poc de 
awe corne anguille. Kant il erent bien quit e le furment ert enbeveré del venim, 
donc prendrez deus gelines, si les pestrez de cel forment, e si ne mangerunt de 
nule altre chose. Pur ceo les lessez en une cornière par elz meimes : quant eles 
averunt la meitié mangée, donc eiez aparillée une chaude mue ; si getez vostre 
oysel dedenz. Donc tuez une geline des deus, si pessez vostre oysel; l'autre 
geline pessez del remanant del furment, tant ke vostre geline seit mangée. Après 
ceo tuez vostre altre geline, si en pessez vostre oisel ; puis si le pessez de bûche' 
e de menus oiseals e de maulle chat. Idunc muera, ke devant quinze jurs près 
sera tut nu. E si vus ne poez trover serpent necolevere, pessez lesoventde luz: 
c'est pesson de ewe duce ' . 

Fin (fol. jSb): 

Plumée a espervier ou a muschet ou a esmerillon ou a hobel de la teste del 
oisel devez fere, ou de la pel de suriz : si la aturnez en meimes la manière; mes 
n'i avéra ke une pelote. 

Je ne sais si le traité est fini: le reste de la colonne est blanc. 

3. — Traité sur l'art de dresser les oiseaux chasseurs, avec un pro- 
logue et un épilogue en vers qui, dans le ms. sont écrits à lignes pleines, 
comme de la prose. 

Dreit e reison e volenté (/. 78 c) 8 Cum l'en le devera afeitier, 

Ferme de mon einz degré 2 Dès que il seit bien entré 

Me ad le cueor suspris E de oisel prendre bien aleuré, 

4 A dire ceo ke jeo ai apris E puis del niés vus dirrai 

De oisels daunter la nature 12 E del rebuté ceo ke jeo en sai, 

E fere entendanz a nureture. Si ke chescun, solum sun dreit. 

De falcon ramage dirrai premier De dreite aprise prenge espleit. 



1. Cf. le passage ci-après du traité latin précédemment indiqué: (Fol. 69 v°) 
« Ad mutandum volucrem. Si avis in muda posituspennas non deposuerit, accipe 
« colubrem varium vel serpentem, vel utrumque, et cum frumento in aqua 
« cocto decoque ; quo bene cocto et jure projecto, tritico illo ac jure pullos gal- 
« line vel columbarum assidue refice. Quorum carnibus si avis usus fuerit, et 
" pennas suificienter deponet, et si quis morbus interius fuerit, omnino discedet ». 
Cette manière de muer les oiseaux est indiquée ailleurs encore, voir par ex. The 
Booke 0} hawk)ng ajtcr prince Edward kyng of Englande^ dans Wright et Halli- 
well, ReUquut anùquiV^ I, 307, et Daude dePrades, v. ^ô^etsuiv. 

2. a De mon propre gré », plus loin ein degré; voir pour d'autres ex., 
tous anglp-normands. Godefroy, sous ayrtdegré et eindtgré. C'est une locution 
hybride dont le premier terme est l'anc. angl. dzen, dwen, angl. mod. own. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (FF.6.I3) 28 1 

Après vus dirrai, si Deus l'otrie. Dunt vus dirrai de alleggaunce 

16 Des griefs e de iur maladie E de médecine pure 

Kesoventescheientparmescheance, 20 De tuz curer solum nature. 

Primes covendra debonerement le falcon manier e ciller', e puis mettre les 
gez e recoper li les ungles e le bek un petit, ke il en serra le meillur a manier, 
e puis mettre li le chaperon pur user ke il le veolle, e puis le devez debonere- 
ment manière daunter dedenz meison, desque il seit asigé saunz départir del 
poin, e ke perche ne conuisse desque il seit luré. Petit e petit li donez a 
a manger jeske a mie gorge al plus, issi ke quant il eyme mielz a manger li 
tolez, kar comencera d'enamer sun mestre. . . 

Fin (fol. 81 al: 

Pur oster la pelote de la mule, abatez le oisel e le turnez envers e le lavez de 
ewe chaude endreit la mule. Puis fendez la pel, ke vus pussez buter vos deus 
deis e la mule autresi, e vus troverez quatre pels ; e sakez hors ceo ke vus tro- 
verezen la mule, pnis lavez la mule (b) un poi de ewe chaude. Puis récusez 
la mule e chescune pel par sei de un fil de seie délié. 

Sauve la sentence e la fei Ke cest enprenge par folie, 

De celi ke plus en seit de mei, Dunt jeo me avante de saver. 

Dit vous ai mon avis 16 Pur loaunge ou pris aver, 
4 Si cum le conuis e ai apris. Ou ke de mei face clamer mestrie, 

Par orguil e sorquiderie, 
Al finement de mon dite De greinnur sen ke il n'i ad : 

Ke fet ai de mon ein degré, 20 Ki cest prêche, si peccherad. 
Saluz a tuz mes amis Mes, si plus averoiede bien retenu 

8 Pur ki m'en sui entremis Ke autre de mei k'en eust meins 

De cest treitiz en escrit fermer, [veu, 

Les uns pur aprendre, les autres De franc queor dirroie mon avis 

[pur remembrer; 24 Cum de mon mestre l'averoie apris, 
Kar cels ke en seivent si remem- Kar la seinte Escripture dit, 

[brunt Ke parolt par le seint Esperit : 

12 E les autres aprendre porrunt. « Cil n'est pas en Dieu bien are 

Mar nul en pense ke nul en die 28 « Ki ne seime k'il ad seié 2 ». 

FF. 6. 1 s. — Miracle opéré par la vertu d'un trentel. 
Ce ms. contient un grand nombre de morceaux latins dont on trouvera 



1. Il s'agit d'une opération appelée en latin du moyen âge aliatio, qui con- 
sistait à priver temporairement l'oiseau de la vue en lui cousant les paupières. 
Elle est minutieusement décrite dans le traité de Frédéric II, de arlevcnandi cum 
avibus, 1. Il, ch. xxxvii. 

2. Il faut sans doute corriger A.'; ne seic k'il ad semé; Cf. Matth. XXV, 26 
« quia meto ubi non semino d , et Luc . xix, 2 2 . 



282 p. MEYER 

le détail dans le catalogue. A la fin est transcrite la pièce dont le texte 
suit. L'écriture est de la seconde moitié duxiV siècle. C'est le récit d'un 
miracle destiné à montrer combien grande est l'efficacité du genre de 
service religieux qu'on appelait trentel au moyen âge ' et dont la définition 
est donnée dans le récit même. Il s'agit d'une femme qui à l'insu de tous 
avait tué successivement deux enfants illégitimes auxquels elle avait donné 
le jour. C'était la mère d'un pape qui n'est pas nommé. Après sa mort, 
elle apparut sous un aspect hideux à son fils, et lui avoua la cause des 
souffrances qu'elle endurait, lui faisant savoir en même temps que s'il 
disait pour elle un îrentel elle serait délivrée. Le pape y consentit, et en 
effet, un an après sa mère lui apparut de nouveau rayonnante de beauté 
à ce point qu'il la prit pour la reine des cieux. Elle lui apprend que Dieu 
l'a délivrée par la vertu du trentel, et qu'ainsi fera-t-il de tous ceux pour 
l'âme de qui on fera le même service. 

Il est bien vraisemblable que cette légende intéressée se retrouve ail- 
leurs, sous la même forme ou sous une autre. Je rappelle qu'il y a parmi 
les fables d'Eude de Cheriton un autre conte destiné à faire connaître 
les vertus du trentel^. 

(Fol. 249 v°) Une apostol fu ja qi eut une mère qe mult fu tenu prode 
femme de tote gens. Avint si qe par mésaventure la dame enceinta privement, 
qe nul homme ne sout, e enfanta a son terme ; e par doute de son fllz e de pople, 
quida celer son enfant e son meffet, e murdri son enfant ; aiters fiez avint aultresi. 
Li apostel e tuz ceous qi la conisseint la tindrent chère pur les granz biens que 
quidoint en luy. Avint issi qe la dame enmaladit e morut, e son fiiz e tuz les 
aultrez furent en bone espeire de luy. Après iceo, si cum li apostol garda derer 
soi, si vit la plus trelede 3 créature que hum puist regarder, e dit : « Créature, 
« jeo te conjure de par Diex qe vous me diez qe vous estez. » La chaitif dolent 
respundi e (fol. 250) dit: « Cher duz filz, jeo su vostre mère ». Li apostol si 
merveilla e dit : t Ja quidoms nous que vous fuissez mult prude femme, e que 
« vous fussez en grant joie », E celé luy conta quele vie el out démené, e pur 
ceo suffri si grant paine cum aime put suflfrer, e fu en si grant ardure que la 
flamme luy issi a touz senz d'enz. E son filz en out mult grant pité e luy de- 
mande si l'em luy puist aider. E ele dit qe si l'em feït dire pur lui un trentel, 
que serrait deliveré de peine. Ceo est le trentel: treis messez de l'Anunciacione 
Nostre Dame, .iij. de la Nativité Nostre Seignur; .iij. de l'Aparicione de luy, 
.iij. delà Purificacion Nostre Dame, .iij. de la Résurrection; .iij. de l'Ascen- 
sion, .iij. de la Pentecoste, .iij. de la Trinité, .iij. de l'Assumpcion Nostre 
Dame, .iij. de la Nativité Nostre Dame. Touz ceoz messes serront dites dedenz 



1. Voy. du Cange, trentale. 

2. Romania, XIV. 395-6. 
5 izz très lede. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE IFF.6.I5I 28? 

les uteves des avant ditez festez en même la manière que eles sunt dites les 

lourez Li apostol dit qe voluntres le freit, elacomanda qe ele se mustrat a 

luy a ceo joure en un an^ e ceo jour... ' e fu si qe ii apostol chanta messe. 
Estez vous une si grant clareté vint, cum si tut le munde fut alumé. Li apostol 
fut a bai 5, si regarda e vit deuz angeles descendre e amener entre euz la plus 
bêle créature de dame que unkes fut veu. Des orez li apostol {v°) quida que ceo 
fu la damede cel, e la chaï a pez e dit: « Duz dame, raine de cel e de terre, 
« jeo vus cri merci pur l'amur vostre duz filz. » E ele respondi : « Bieu duz 
" filz, ceo su jco vostre mère. Beueite soit le hore qe vous nasquistes ! qe de tele 
« cum vous me veïstez aultre fiz me a Diex, par vous massez, deliveré de ma 
« paine. E si fra tous ceous pur qi l'em les chantera en la manere que vous les 
« avez fêtes, e serront deliverez de périls e de péchez. » E tant tôt envanit des 
veu od les angeles qi la menèrent. 

GG I . I . — Recueil varié. 

Ce livre esta lui seul toute une bibliothèque, et il serait impossible de 
lui trouver un titre quelque peu précis. C'est, eu égard à son format, l'un 
des plus gros manuscrits que j'aie vus. Il n'a pas plus de 2 1 7""" de hau- 
teur sur 142 de largeur, mais il compte encore dans son état actuel 
633 feuillets, bien qu'incomplet. Selon une collation dont Bradshaw a in- 
diqué le détail sur un des plats de la reliure, il a perdu neuf feuillets. 
Cà et là (fF. 113, 12$, 164, 204,244, 324, 345, 584, 392, etc.) on 
trouve des traces d'une pagination du xvi* siècle qui semble avoir été exé- 
cutée avec négligence et d'où on ne peut rien conclure quant à l'état 
ancien du ms. Les pages, le plus souvent à deux colonnes, ont de 37 à 
40 lignes par colonne 5 . L'écriture est des premières années du xi V^ siècle, 
postérieure toutefois à 1307, puisqu'il y a une pièce sur la mort d'E- 
douard L Le copiste était peu instruit. Il a fait beaucoup de fautes dont 
plusieurs montrent qu'il lisait mal son original. 

Nous n'avons aucun moyen de .savoir pour qui fut exécuté ce pré- 
cieux livre, où plusieurs écrits d'origine française sont joints à des com- 
positions anglo-normandes. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il a fait 
partie de la collection de l'évêque J. Moore,et que le contenu en est som- 
mairement indiqué sous le n° 272 de l'inventaire publié dans les Cata- 
logi àe Bernard. Sur le premier feuillet de garde, on lit ces mots écrits 
au xvii= siècle « Bought of Mr. Washington. » Les feuillets 1 à 5, 
peut-être déplacés, contiennent la table de la Lumière as lais, ci-après 
article 3. Le feuillet 6 r" est occupé par une table sommaire et assez peu 



1. Ici un mot que je n'ai pu lire. 

2. Ou aba'i ( _r esbjï) '' 

3. Sauf à l'art. 15 jGautier de Biblesworth) où les lignes sont espacées pour 
recevoir les gloses anglaises. 



284 P- MEYER 

exacte de tout le manuscrit, sous cette rubrique : En iceste livre con- 
tienent tauntz de romaunces cum ci après sant notez et escritz. 

Une particularité notable de ce livre est que le copiste, s'étant attaché 
à commencer en belle page, ou au moins au haut d'une colonne, la plu- 
part des ouvrages de quelque importance, n'a pas voulu laisser de blancs 
à la suite des ouvrages qui ne finissaient pas au bas d'une colonne. Il a 
rempli les espaces vides en y copiant de courts morceaux latins ou fran- 
çais qui ne recevront pas de numéros dans la description qui suit. 

1.— Urbain le Courtois.— Il existe à ma connaissance cinq copies 
de ce traité de civilité '. Elles présentent des différences très considé- 
rables. Celle-ci a 784 vers. Je me bornerai à transcrire les premiers et les 
derniers, réservant pour une autre occasion la publication du texte com- 
plet, qui, accompagné des observations que le sujet comporte, occupe- 
rait ici trop d'espace. 

Ici comence Urbanc curteise (Fol. 6 b) 

Une sage home de graunt valeur 

Ki jadis vesquist en honur, 

Urbane estait il apeié, 
4 Ki en sun tens fust amé, 

De sun fiz ceo purpensa 

E de son bon senji demustra, 

E dist: « Chier fiz, ore escotez, 
8 Si jeo di bien le entendez. .. 

Fin (fol. 7 c): 

Tant cum la bours peut durer, 
Amurde femme poez aver; 
E quant la bourse si est close, 
De femme avérez une glose. 
De ceo soiez bien garni, 
Chier fiz, jeo vous prie. 
Plus ore a vous ne dirrai. 
Mes a Dieu vous commanderai. 
Explicit. 

2.— Petit recueil de sentences rimées diposées en forme de quatrains 
ou de distiques, La première a cinq vers, mais on la trouve ailleurs 
réduite à quatre. Je ne sais que penser de « la dame de Halop » à qui 
est attribué un proverbe, d'ailleurs bien connu. Est-ce Salop (Shropshire) -' 

'^ZïïL± 

I. Voy. Bulletin de la Société des anciens textes français^ 1880, p. 75. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG . I . I ) 285 

1 Ki de fellouniet Sun porter [j.'jc) 4 Celle vie est mauveis 

E de eschars soun despenser La ou home dit en la fin: Alas ! 

E de traitour soun conseiller Foie est qui sist en i'estate 

E de folle femme sa mullier(/. 7 d) Ou il ne ose morrir pas. 
Il ne morra ja sanz encumbrer ' . 

5 Quant large doune largement 

2 Ki maie custume lèvera Vileins est qi trop en prent, 

Il ne l'abatera 2 quant il vodra. Car largesse fet a touz entendre 

Qe surfet est de trop prendre. 
2 Foie 5 est qui foie boute, 

E plus est foie qi fol ne doute ; 6 Ceo dit la dame de Halop : 

Fol est qi foie tarie, Mult miez vaut assez qe trop $. 

E plus est foie qi foie marie. 

7 Qi mestres est de soun délit 

j Sage hom deit félon 4 cremir, Bien est reison qe s'en joyt. 

E sot félon deit hom haïr; 

Sot deboner déporter, 8 Launge qe ja ne retreit 

E sage deboner bien amer. Del Dieu bouche seit maleit. 

3. — Raùf de Lenham, Comput. — J'ai donné jadis, dans mon rapport 
sur les mss. de Glasgow, une notice de ce poème, avec extraits ' . Je 
n'en connaissais point alors d'autre ms. que celui-même que j'avais trouvé 
au Musée Hunterien, Depuis, j'ai rencontré le même traité non-seule- 
ment dans le ms de Cambridge que je décris, mais encore dans le ms. 
399 de la Bodléienne^, qui paraît du temps d'Edouard I environ. Je 
donne les variantes de ce ms. au bas de la leçon du ms. de Cambridge. 
— Une quatrième copie se trouvait dans le ms. Cotton Vitellius D III, 
qui fut presque entièrement détruit dans l'incendie de 1731. Les débris 
qui en subsistent ont été consolidés autant que possible et mis en ordre 
par l'administration du Musée Britannique, et j'aurai prochainement 
l'occasion de dire ce qu'on y peut encore trouver, mais les feuilets où 
était écrit le comput sont détruits et on ignorerait qu'ils ont existé, sans 
la mention du catalogue de Th. Smith (1696), p. 90. 



I . La même série, moins le second vers, est rapportée d'après un recueil ms. du 
xiii" 5. par Le Roux de L:ncy, Livre des Proverbes, II. 388.— 2. A/5, la bâtera. 
Ces coupes vicieuses sont tr'cs fréquentes dans ce ms. Désormais je m'abstiendrai 
de les noter. — 3 Pour fol, comme plus loin. — 4 Corr. Sage félon deit hom. 
Ces quatre vers forment le seizième des quatrains moraux publiés en appendice à 
L'Hôtel de Cluny au moyen âge, de Madame de Saint-Surin, p. 109 {Paris, 
Techener, 1835, in-S). 5 Prov. connu, voy. Le Roux de Lmcy, II, 346. 

1. Archives des Missions, 2'^ série, IV, 154^^ '60- _i (tiré à part, pp. 121 et 
127-31). 

2. Ancien D 10; dans les Catalogi de Bernard, n" d'ordre 2230. 



286 P- MEYER 

Les morceaux que je vais rapporter sont au nombre de ceux que j'ai 
publiés d'après le ms. de Glasgow. Delà sorte il sera facile de se rendre 
compte du rapport des trois copies. On constatera sans peine que les 
mss. de Glasgow et d'Oxford sont apparentés de très près. 



De geste ne voil pas chaunter, (/. 8) 
Ne veilles estories cunter 
Ne la vailance as chevalers 
4 Ke jadis estoient si fiers. 

Mun sen, ce crem, pas nel save- 
Lur vaiur escrivre a droit, [roit 
Dedirepoi crendrai mult. 
8 D'autre part ausi redut 
Ke taunt preisasse lur vaiur 
Ke tenu fuisse a mentur ; 
Ke mut i a cuntes e fables 

12 Ke ne sunt pas véritables. 
Pur ceo tels chose vous dirai 
Dunt verit[é] vous musterai, 
E proverai de mun dite 

i6 Par resun la vérité. 
De estudier en ceo labur 
Bien su tenu, kar mun seignur, 
Par ki amur cest ouvre pris, 

20 Comandé me avoit e requis 
De aprendre lui e enseigner 
En romance l'art de kalender. 
C'est l'acheson, autre n'en ai, 

24 Ke cost (sic) dite comensai, 
Mes nepurgant (su) le lai gent 
Asenser purrai bien sovent. 
Ki ke les resons savera 

28 Entendre, kar meint tel i a 
Ke lunkes muser i porreit 
E ja plus sages ne serreit. 
Jeo di tel de la lai gent 



32 Ke sunt de feble entendement. 
Pur ceo di : Ça entendez 
Vous ke saver le voilez 
Les resons de cest art 

36 Ou poi en ert la vostre part, (b) 
Kar une petite reson 
En sun livret nous dit Catun: 
« Li mestres en vein la lesson lit 

40 « Dunt cesdisciples'unt en despit, 
« E le cunte est pur rien cunté 
e Kant de nul est escuté. » 
Pur ceo pensez del escoter 
Kar mut araine (sic) en vain 



44 



[counte[r] 

A Roume, al tens auncienur, 
Esteient clers de graunt vaiur 



Jeo ki ceste petit treté (/. 14 a) 
48 De latin vous ai translaté 

Rauf de Linham ai a nun ; 

Ne voil que nul hom si mei non 

De ceste ovre nul blame eit, 
52 Si rien par aventure i seit, 

Mesdit, mesfait u mesasis. 

Pur ceo vus ai mun nun apris ; 

Ore escutez dune avaunt 
56 Kar ne larrai pas ataunt 

Ke mun purpos ne pardie, 

Sen l'en teng ou folie. 



Variantes du ms. Bodiey 399 {fol. 96-104). Rubr. Art de Kalender par Raùf 
de... {mot gratté) romanncé {sic) e ceo pur simpli {sic) gent lettré. — 5 la omis. 
— 5 p. ne s. — 7 descrivere. — 7 crendreie. — 8 Ed'a. — 1 1 Kar m. — 
1 3 c. de tele ch. d. — 17 cest 1. — 18 kant m. — 19 Pur ki... enpris. — 
22 romanz. — 23 Ceo est l'a. altre n'ai. — 53 P. c. vus di. — 34 saver 
desirez. — 37 Les brèves r, —41 pur nent. — 42 Ki de nul n'est. — 44 m. 
harraie. — 47 Ore qui cest. — 49 Raù. — 50 nus, — 58 Sen le teingnez. 



MANUSCRITS FRANÇAIS 



Seignurs une rien vous di(e) : 
[(/. 16 ^) 

60 Si ceste dite ke avez oï'e) 
A clers nesuffist pas assez, 
De ceo ne vous enmerveilliez, 
Kar pur eus nel fis jeo mie 

64 Ki entendent graunt clergie, 
Mes ceo romanz a lai gent 
Assez suifist plenerement, 
E lur aprent del kaiender 

68 Quancques as lais serra niester; 
Kar cil ne poent tantost 
Augrime saver ne compost, 
E pur mun seigneur enveer 

72 Ke tant me deigna a preer 
Ke cest art saver voleit; 
Kar par latin ne entendreit, 
Kar il ne esteit for poi lectré ; 

76 E pur ceo en romauns l'ai traité. 
E taunt des auns i aveit tenu 



DE CAMBRIDGE (CG. 1 . l) 287 

De l'incarnation Jhesu 

Mil e deuz cenz e cinkaunte sis, 

80 Ke jeo Rauf ceste traité fis. 
E, seignurs, si vous desp[l]eit 
De ceo k'en ceo dite est fait, 
Pur Deu pensez del amender, 

84 Si mieuz le savez adrescer. 
Pur ceo, si cum dient la gent, 
Un sage aukune fiez mcsprent; 
Dunt n'est ce pas merveille grant. 

88 Si sil mesfestk'est meins sachant. 
Si riens i troverez de profit, 
Dunt solas vous vieiige ou délit, 
Taunt me facez de guerdon 

92 Jhesu priez pur sun noun, (c) 
Pur la vertu de sun poer 
Graunter me voile ceste loer 
Ke a tuz bons serra commun ; 
Amen, amen die checun! 

Explicil de compotu secundum 
Radulphum de Lynham. 



Le reste du feuillet i6 v" est occupé par trois courts morceaux latins ; 
De bapîismaîe. De utiliîaîe visionis corporis Christi. Utiliîates missa. 

4. — Pierre de Peckham, La Lumière as Lais.— Dans ma notice sur 
les mss. de Saint John's Collège j'ai présenté sur ce long poème quelques 
observations et j'ai dressé la liste des exemplaires qu'on en possède '. 



61 As c. — 69 ne pount pas. — 70 Angrim s. e. c, (algorisme). — 
71 s. aueer. — 73 Kar c. — 74 E pas le I. ne entendeit. — 76 I' omis. — 77 de 



Î2 De c. ke est en cest 
pur g. — 92 Ke pars. 



anz. — 80 Raû cest. — 81 si ren vus desplet. — 
dite fet. — 86 meinte feiz. — 88 Si cil fest ki est. — 91 
— Explicit : Finy est le art de Kaiender. Suivent ces vers : 

Pus ke Deu créa cest mond 

Cinc mil anz aie s'en sunt, 

E dous cenz. un seul adiré, 

Deske nasquit nostre Sire; 

Ajustez les anz Ihesu 

Duncert li numbres tut seù. 

Pus ke Deu devint homme, 

Mil .ccc. anz est la summe. 
I. Romania, VIII, 525. J'ai signalé, p. 326, dans le catalogue de la vente De 
Coussemaker (18771 un ms. de la Lumière as lais dont le sort m'était inconnu. Je 
sais maintenant que ce livre a étéacquis par la Bibliothèque royale de Belgique, 
où il est coté B 282 . 



288 p. MEYER 

J'ajouterai présentement que la Lumière as lais n'est probablement pas le 
seul ouvrage de Pierre de Peckham. On connaît depuis longtemps une 
ancienne imitation en vers du Secret des secrets Aristote dont l'auteur se 
nomme Pierre d'Abernun'. Or ce Pierre déclare, à la fin de son poème, 
qu'il a composé un autre ouvrage qui est précisément intitulé la Lumière 
as lais. Voici le passage, qui a déjà été cité par l'abbé de La Rue [Essais 
sur les bardes, etc., H, 365): 

En un livre que fez ai jad 

De caste matière traité ad. 

E mult choses, sachiez, sanz fables, 

K'a aime d'hom sunt profitables; 

Le livre, en vérité sachiez, 

La lumière as lais est nomez, 

Pur ceo n'en voil plus traiter. 

(Bibl. nat. fr. 25407 fol. 196). 
Il me paraît infiniment probable que « Pierre d'Abernun « ou « estrait 
de ces d'Abernun » et notre Pierre de Peckham sont un seul et même 
personnage, qui vivait probablement au milieu du xiii'' siècle. 

Le texte du ms. Gg est meilleur que celui S. John's; il renferme ce- 



pendant des fautes dont on trouvera 
extraits que j'ai publiés de ce dernier. 
Ceo est le oreisoun mestre Pères de Pec- 
chamt auctour de ceste livre, (f. 17). 
Oracio 
Verrai Dieu omnipotent 
Ki estes fin e commencement 
De toutes les choses k'en siècle 
[sunt, 
4 E k'avaunt furent e après serrunt, 
Ke criastes al commencement 
Ciel e tere e angels de nient 
Avaunt ke tens fust u movement 
8 Del solail u de firmament, 
K'al primer jour lumer feistes 
E la nuit del jour departistes ; 
Le firmament feïstes le jour 
[secunde 
12 Entre les ev/es que sunt el munde; 
Le tierz jour l'ewe departistes 
De la terre ke descouveristes 



souvent la correction dans les 

Del ewe que avaunt fu tote co- 
[verte, 

16 Issi ke ele apareit tute aperte; 
La terre commaundastes a germir, 
Arbres porter fruit e flurir; 
Les ewes en un liu comaundastez 

20 Assembler, e mers lesappellastez; 
Le ciel aornastez le quarte jour, 
Si com aferment li seint plusur, 
De solail et de lune ensement 

24 E des esteiles au firmament ; 
Le quinte jour les ewes e l'eir 
Ahurnastes, ceo crei de veir, 
L'eir [d']oyseaus, e de pessuns 

28 Les ewes, cum en escrit truvums; 

Le sime jour la terre ahurnastes 

D'aumaile e de bestes ke com- 

[mandastes 

De tute manière que fust repienie, 



Mais ore priez, pur Deu amur, 
En ceste tin pur le translatur 



De cest livre, ke Piere ad nun, 
K'e treit est de ces de Abernun. 
(Bibl. nat. fr. 25 407, fol. 196.) 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE 



32 K.e home après en eust aïe 

Après SUR pecché, kar, n'est pas 

[gas; {b) 

Bien saviez, sire, de sun trespas, 

Ke vostre commandement en- 

[freindreit 

36 E ke purceo parais perdreit; 
Dunt après aveit grant mester 
D'aumaile, de meuz sei guverner; 
Mes totes bestes ne furent pas : 

40 En sa poesté pur sun trespas: 
Ceo poùm nous bien aparcever 
Ke pas ne sunt a nostre poer; 
Meime cel jour, a tun pleisir, 

44 Pur vostre overaigne acomplir, 
Feistes humme après ta figure 
Corne sire de tote créature; 
Après ta ymage e ta semblance, 

48 Les feistes, sire, n'est pas dutance ; 
En dreit del aime que nient cri- 
[astes, 
Le cors de la terre formastes 
En le champe Damacene numé, 

52 Si cum est en Escripture truvé; 
Puis en parais terrestre 
Les meistes pur garder cel estre 
Ke de délices fu repleniz, 

56 Si cum nous truvum en escriz. 
Sire, entre les arbres ke i plantas- 
Deus en un liu i ordenastes : [tes 
L'un arbre fu appelé 

60 Le fust de vie, kar ki mangié 
En eust del frut ke portereit 
A tuz jours sanz murrir vivereit; 
L'autre fust, de mal e bien 

64 Saver, et sur tote rien 

Fin ifoL 111 a] : 

Mes ore vous prie a chief de tur 

Qe vous, pur amur Nostre Seignur, 

Qe ceste romance oï avez, 

Pur Pères qu'en ad travaillez 

Prient, qe Dieu pust bien servir 

Issi qea sa joie pust venir. 

E quancqe orunt volunters cest 

[romanz. 

Romama, XV. 



CAMBRIDGE (GG. I . l) 289 

Vertu, dunt bien s'aparçut 
Adam quant manga del frut. 
Ne mie purceo bien savoit avant 
68 Ke bien e mal fu, nepurquant 
N'aveit nule maie esp[r]uvé 
Geske tant k'od del frut mangé. 
Sire, donc après, quant aviez mis 
72 Adam pur garder cel purpris, \{c) 
Si !i commandastes que ne man- 
[gast rien 
Del fust de saver mal e bien ; 
Si li déistes: « Quel hure que 
[mangiez, 
76 « De mort sachez que vous 
[morrez. » 
Puis veistez bien quesolas li fust 
K'aucune compainie en eust: 
Dormir le feistes par ta poesté 
80 E une femme de sun costé, 
De une des costes numement, 
Od l'os e la char ensement ; 
E puis quant Adam l'avisa 
84 Sei joist e prophetiza : 

1 Iceste char est de ma char, 
1 E os de l'os, n'est pas eschar. 
« Pur ceo père e mère lerra 
88 « Humme, e a sa femme erdra. » 
En iteu maner fu, sanzfaile, 
En parais trové esposaiie ; 
Si signefia l'incarnation, 
92 Si cum nous en escrit trovum ; 
E si signefia en sun 
La seintime conjunctiun 
De seint Eglise e Jhesu Crist 
96 Vostre fiz, cum truvum escrit. 



Vieuz e joevenes, femmes e enfanz, 

Amen die devoutement 

A ceo checun, e ceo que apent, 

C'est Pater noster e Ave Marie 

A la dame qe pur nous prie, 

Si issi seit sun fiz Jhesu Crist. . {b) 

Amen, amen, issi finist. 



290 



p. MEYER 



5. — Les quinze signes de la fin du monde. — Voir, au sujet de ce 
poème, fait en France, et des copies qu'on en possède, Romania, VI, 22 
et VIIl' ? 1 3. La leçon de notre ms. est l'une des plus complètes. Je pro- 
pose en note ou dans le texte les corrections indiquées par les autres mss. 



Ci commet de les .xv. signes devaunt le 
jour de jugement (f . m h). 

Oiez tuz communalment 
Dount nostre Sire nous reprent : 
De ceo qe tute créature, 
4 Checun sulum sa nature, 
Recunust meuz sun creatur(e) 
Qu'i ne facehomme, si est dolur(e); 
Mes home de li servir se feint, 
8 De quei nostre Seignur se pleint. 
Il nous aime tut bonement ; 
De quanque desuz le firmament 
Nous a doné le seignurie, 
12 E chescun de nous le guerpie. 
Muus bestes, urs e lions, 
Oyseauz, serpens.mer e peissuns 
Funt qei dievent sans tristur(e), 
16 E gracent lur creatur(e). 
Ciel e tere, solail e lune, 
Neis des esteiles n'i ad une 
Q_e ne face quanqe ele deit; 
20 E home faut que tut ceo veit. 
Tant est pleines de cuveitise 
Qe ne eime Dieu en nul guise. 
Plus volenters orreit chaunter 
24 Cum redel juster 
Culyer sun companun 
Qu'il ne freit un bon sermun 
Ne de la seinte passioun 
Que suffri Dieu par grant vyan 
28 Pur le péché qe fist Adam. 
Pur quei sûmes nous orguilus ? 



Acheitifnes, ja murrum nous ! 
U est l'ami qe bien nous Ira 
32 Quant l'aime del cors partira? (c) 
Nos amis pur nous plurunt: 
C'est le bien que pur nous frunt. 
A scient nous occium 
36 Quant Dieu del ciel guereum. 
Nous sûmes tretuz qe dolenz ; 
Mult en averum grevez jugemenz 
Quant ceo siècles finira 
40 E Dieus as bons joie durra. 
Oncore dis il assés plus : 
Cum feintement Zodiacus 
Curt cuntre le firmament, 
44 Que planète ne vunt pas lent, 
La nature des elemenz 
E la nature des venz; 
Li uns est en Oriente, 
48 Li autres est en l'Occidente, 
Akun vient en nnunt. 
Seignur, pur Dié ne vous enoit ! 
Si vous ne cremise enuier 
52 E desturber d'acun mester, 
De quinze signes vous deïsse, 
Einz qe partir me voïsse, 
Tute la pure vérité. 
56 A akun de vous vendra a gré 
A oïr la fine de ceste munde 
Quant totes choses finirunt ? 
N'i ad home suz ciel tant felun, 
60 Si ver Dieu ad ententioun, 
Si m'escute vous a parler, 
Qe ne vousist de ceo penser. 



6 Corr. Que ne f. hom. — 10. Suppl. [a] après quanque. — 13 Muus, corr. 
Mues. — 15 Corr. F. quanqu'il deivent. — 16 Corr. gracient — 24-5 Corr. 
Cume Rolans alad juster | A Uliver. — 26 Ms. sernum. H -j a ici trois vers sur 
la même rime. Aussi faut-il en fondre deux en un, et lire : Qu'il ne fereit la passion. 

— 27 vyan, corr. ahan. — 30 Corr. Hé las chaitif. — 41 C'est ici que com- 
mence, bien qu'un peu différemment, la leçon du ms. de l'Arsenal citée ici, VI, 23. 

— 49 5(c ; Ars. Eli autres versmienuit. — ^1 Ms. enuoier,/4 ce vers commencent 
plusieurs des copies de ce pocme. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE 

Car quant ceo munde finira 
64 Nostre Seignur signes fera. 

Ceo nous cunte Jeremie, 

Zorobabel e Helye, 

De Babiloine Daniel, 
68 Ben{e) 1' aferme Ezechiel, 

David, Amon e Moysès 

E li tûtes prophètes après, {d) 

Un poi devant le jugement 
72 Ou li felun serrunt dolent 

Mustr[er]a Dieu sa poesté 

En terre de sa majesté. 

Qui voil oïr le merveille 
76 Enver qi rien ne s'aparaille 

Adresse ses oez ; si me regard: 

Jeo li dirrafi] devers quel part 

Vendra la grant mésaventure 
80 Que passera tute mesure. 

Ore escutez de la jurnée 

Fin (fol. \i^ b): 

Le quinzime signe vous dirrai, 
224 Car de la dolur aukes sai 

Qeli sires de! ciel f[e]ra 

Quant ces signes mustr[erja : 

Le noun q'il avéra le vous dir- 
[rum : 
228 Ceo sera consummacioun ; 

E terre e ciel partut ardra 

E a nient repeirera ; 

La mer qe tut rien enclost(e) 
232 E les ewes e tut li flot 

Reperierunt tut a nient, 

Corne fu al commencement. 

Idunc serrunt les voiz oïre]z 
236 En semblant de symphoni[e], 

E dirrunt: «Oie! vous pecche- 
[our, (c) 

« Fuez trestuz, veez le jur 



CAMBRIDGE (CG. I . il 



291 



Qe tant par deit estre duté. 

De ciel cheira pluvie senglaunt; 
84 Ne quide[z] pas que jeo fvos] 
[mente, 

Tute tere [en] iert culurée : 

Mult i avéra aspre rosée. 

Li enfant qi né nient serrunt 
88 Dedenz les ventres crierunt 

A cler[e] voiz, mult hautement : 

.( IVIerciezvous,Dieusomnipotent! 

« Sire, nous querumja mèsnestre, 
92 « Mes nous vaudreit nient a estre 

« Que nasquisum a ceste jur 

« Quant tute rien suffre dolur. » 

Li enfanz plurunt isci 
96 E dirrunt: « DuzJhesu, merci! » 

Le primer [jur] tut iert iteles, 

Mes li secunde iert plus maies. 



« Tut plein de mésaventure ! » 

240 Dieu ne fist ceste créature, 
Si se purpense de ses feez, 
Qe jamès en sun cuer eit pès, 
Idunc sunerunt les busines, 

244 Dunt leverunt li mort a primes, 
E resurdrunt [tresjtut li mort : 
Chescun avéra escrit sun sort. 
E nostre seignur ref[e]rad 

248 Ciel e tere qi défera ; 

Puis descendra mult cruelment 
Od les seinz al jugement. 
Devant li assemblera 

252 Tut le people q'il rechata 

De sun precious(e) sanc el munde, 
E bon e mal tut i serrunt. 
Aïdez nous, seinte Marie. 

2)6 Amen, amen chescun en die! 



66 Hélie, corr. Isaïes. — 70 Corr. Tuit li autre p. — 77 D'autres mss. ont 
Dresse son chief ou son cuer. — 80 Ms. pallera, — 82 deit, ms. dreit. — 
90 Corr. Merci roi D. — 92 Corr. Meuz. 

223 Les numéros des vers sont ceux du texte de Saint John s Coll. (ci-dessus 
VIII, 314). —236 Corr. semblance. — 2^9 Les autres mss. portent Trestot p. 
ou T. pi. de grant m. — 248 Corr. qe defet a. 



292 p. MEYER 

Le reste de la colonne est rempli par un extrait dont les premiers mots 
sont: « Arisloteles faciî questionem in Naturis: Quo cibo nutriatur in cor- 
« pore conceptus ? s. profecto sanguine menstruo... » 

6. — La plainte d'Amour. — Voir sur ce remarquable poème, et sur 
les mss. qu'on en possède, Romania, XIII, 507. C'est un dialogue entre 
Amour et un prudhomme, comme l'explique un couplet d'introduction 
qui n'a été conservé que dans le ms. de Trinity Collège. Je donne quel- 
ques variantes destinées à faciliter l'intelligence du texte. 



I Amour, Amour, ou estes vous? 
[if. u^d) 

— Certes en mult poi de iuys, 

Kar jeo ne os. 

— E pur quel n'osez estre veu, 
Vous qi estes si bien coneu 

6 De bon les ? 

11 Jeo parlas a vous a leisir, 
Si vous vensist a plesir, 

Privement, 
Pur saver moun la vérité, 
Pur quel estes reboté 

12 De la gent. 

III — Aias, alas ! ceo dit Amour, 
Vous acrescez ma dolur 

Par vostre dit. 
Si jeo face a vous ma pleint 
Jeo serrai las e tost ateint 
18 Avant qe ei dit. 

IV — Douce Amour, ne lessez pas 

Ke vous ne me diez vostre cas 

E vostre ennuy. 
Dites, dites, jeo vous prie, 
Pur quel estes revilie 
24 En chescune iuy. 

V — Ore vous dirrai, ceo dit Amour, 

Qe dire ne puisse ma dolour 
Ne ma enchesoun : 



36 



42 



Par mes enemis suis enchacé 
Hors de vile e de cité 
E hors de mesoun. 

— Chère Amour, qui sount ceux 
Qi sunt si hardi e si fous 

A celé chace fere? 
En nos livres avom trovee 
Qi par vous fist la Trinité 

E celé e tere. 

Vous feites Dieu a nous descendre, 
Vous li priastes de char prendre, 

E il vous graunta. (/. 1 14) 
Par vostre prier voleit soffrir 
Peine e dolur e puis morir, 

E tous nous sauva. 



VIII Ja ne est home qe seit sauvé 
Si par vous ne seit amené 

A sauvacioun, 
Duntme merveille durement 
Qe trovée estes si relement 
46 En chescune mesoun. 

IX Jeo su aie sovent querant 
La ou dusse estre menant 

Par bone resoun, 
Entre amis de bone linage 
E entre clers e barnage, 

^4 En chescune seisoun. 



26-7 Trin. ne p. sanz dolur | Ma e. — 48 Trin. dussez. 



MANUSCRITS FRANÇAIS 

X Cum plus sovent vous vois quere, 
Tant vous vei jeo plus retrere 

Hors du pais. 
Douce Amour, qi sunt si fous 
Que vous enchacent? qesunt ceus 
60 Vos enemis? 

XI — Pur ceo qe vous me avez 
Beau frere, mes enemis [requis^ 

Vous voile desclore, 
Mes jeo ne purrai tote la soume 
De ma dolur a nul home 

66 Parcunter ore. 



DE CAMBRIDGE (GG.I.i) 2Ç}] 

Ne me grevez par prière 
90 De plus dire. 

XVI — Si frai, ceo sachez, douce 
[Amour. 
Vous me dirrez en ceste estour 

Une autre chose : 
S'il est veirs qe est escrit 
Qe par la lectre nous est dit 
96 E par la glose, 



XVII Vous aviez jadis teu pouer 
Qe nul vous pot cuntre ester 
En ceste vie ; 

XII Une prince est venu si fiere Pur quel ne priez vos amis 
E sa baner ad fet lever Qe il vous venge des enemis 

Encuntre moy. 102 Par curteisie ? 

XVIII — Beau douce frere, bien avez 

72 [dit, 

E bien est veirs q'est escrit 

XIII Soun noun est nomé Coveitise; De ma mestrie : 

Par li ai perdu ma franchise Jeo solaiaver en ceste munde 

E sui enchac[i]e ; De haut e bas e en roùnde 

Ire e Orguille, ces deus barouns, 108 Que ore est faillie. 

Vers moi sunt trop feluns 
78 E mei unt plaie. 



XIV Soun chivaler moût renomé, 
Sire Envie, ad bien juré^ (b) 

Si jeo returne, 
Ke il me fra par graunt ire 
Primes batre e puis occire, 
84 Dunt jeo sui mourne. 

XV Pur ceo vois jeo tapissaunt, 
De liu en liu mendivaunt, 

E ne sai qe dire. 
Dunt jeo vous prie, douce frere, 



XIX Ceux qe volent qe feussse mestre 
La sus en ciel [unt] pris leur estre 

En bon seisoun ; 
Ore sunt venuz atres après 
Qe ne me soefïrent vivre en pès 
116 En nul mesoun. 

XX E solai aver bêle grâce 

En queors des gens e tant d'es- 
Qe a moun pleisir fpace 
Jeo porrai demorer e sejorner (c) 
E moun sojourn bien garder, 
120 Sanz départir. 



70-2. Les trois derniers vers de la strophe manquent. Les voici d'après Harl. 273 
{ils sont moins corrects dans Trinity) : 

Si m'ad engeté hors de terre 
Et hors me tent par forte guerre ; 
Hore créez moy. 
79 Trin. Un ch. 



294 P- MEYER 

Or, dites-moi, dit le prudhomme, oii est votre séjour. — Vous me trouverez 
dans les celiers ou dans les greniers, sous le blé. Si vous ne m'y trouvez pas, 
il faut me chercher dans la bourse. Là sûrement vous me trouverez solidement 
lié. D'autre fois encore je fais mon lit dans l'étable ou dans la porcherie. — 
Hélas ! cher Amour, c'est pour vous un bien vil séjour, vous qui jadis aviez 
coutume de siéger dans la salle. Amour énumère tristement les honneurs qui 
lui étaient rendus autrefois, lorsqu'il portait la croix et la mitre en sainte Eglise. 
Il y a là des strophes véritablement éloquentes : 



XXX Od moi ala la pape a pié, (f. 1 1 
Od moi sit le rei en see, 

E vout jeuer ; 
Par mei entra devant justice 
Li povere home a sa devise 
180 Sanz rien doner. 

XXXI Jeo defendi ses taillages, 
Jeo fiz rendre ses damages 

A povre gens ; 



4^) Jeo fis crier les grans festes, 

Jeo fiz chaunter les gestes 
186 En moun temps. 

XXXII Jeo fiz marier gentil femmes, 
Sanz doner or ou riche gemmes, 

Mult noblement; 
Mes ore ad fet mon enemi 
Qe la chose n'est pas issi, 
192 Mes autrement. 



Mais Convoitise a enlevé à Amour sa franchise. Jadis Amour fondait des 
monastères et les dotait richement: maintenant, poussés par Convoitise, les 
barons reprennent les biens donnés par leurs ancêtres; ils abusent du droit de 
gîte, ils enlèvent aux clercs leurs dîmes, ils donnent les églises à des séculiers 
et se moquent de nos sermons. Amour est allé se plaindre à Rome, mais, là, 
belle parole ni bonne renommée ne servent de rien, et il fut mis à la porte. Les 
rois sont bons, mais leurs conseillers sont mauvais. Amour a été emprisonné 
<c En wapentak ' et en conté | Par les baillifs ». Ses filles. Pitié, Vérité, « Na- 
turesce », Chasteté, sa sœur Humilité, ont disparu. L'ouvrage se termine ainsi : 



CLix Ore vous ai jeo fet ma pleinte 
Dunt jeo su las e ateinte, 

Jeo pri(e) repos(e), (/ 
Ja ne querez moun sojour 
En ceo qe par reddure 

954 Me ount forclos. 

CLX Si me volez embracer 

Ne vous estut trop travailler 
Pur mei querre : 



Vous me troverez od Jhesu Crist ; 
La est ma chambre e .moun lit 
120) 960 Tut hors de guerre. 

CLxi Jeo fu od lui sanzcomencement 
E serra[i] od li durablement 

A touz jours. 
Unkes créature ne fit 
Q_e par consailenel fist, 

966 Par ces douces eoveres. 



I. Division territoriale dont le sens varie selon les textes; ici il s'agit pro- 
bablement du hundred, subdivision du comté. 

953 Corr. Entre cels. — 965 Corr. p. [mon] c. n. feïst. — 966 Corr. P. sa 
douçour. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . I . I ) 295 

CLXii En ciel ne enterre ne en mer(e) À la court lur ert rendu 

De mei ne pount celer(e) Mult hautement ; 

Nul rien. En la court le rei celestre 

Od lui vendrai au drein jour Jeo lur frai sires e mestre 

Pur fere a ceuz grant honur 984 Durablement. 
972 Qe me unt fet bien. 

cLxv — ■ Très chier Amour, jeo vous 

CLxiii Tuz ceux qe me unt revilié [requier 

E me veilleunt crier merci Qe od mei voiliez herbeger, 

L'en comperount ; Sans déparier . 

Ire e Orgille mes enemys Jeo prie Jhesu le fiz Marie 

E Coveitise lur chiers amis Qe vous me doygne en compai- 

978 Me vengerount. 990 A mon departer. [gnie (b) 

cL.xiv Tuz les autres qe me unt receu Amen, Amen, Amen. 

7. — Les prophéties de Merlin, en prose, concernant Henri III et ses 
successeurs. — Cette prophétie, probablement imaginée sous Edouard I,se 
rencontre fréquemment dans les mss.; voy. Ward, Catal. of romances, 
I, 300, 308, 309, et Duffus Hardy, Descript. Catal. , III, no 330. 

(Fol. 120 l>) Ici comcncc alciins de les prophéties e des merveilles qe Merlin dit 
en soun temps de Engleterre, e des reis qe unt esté puis le temps le rei Henri le derein 
qe nasquist a Wincestre e de euz qe serrant pur tuz jours m'es en Engleterre, de lur 
aventures queuz il serrunt, bons ou maiiveis, moles ou dures. 

Un aignel vendra hors qe avéra blaunche laung e leveres véritables^ e avéra 
escrit en sun queor seinteté. Cel aignel fra une mesoun deu Westm. qe serra 
de bêle veue, mes ele ne serra parfest en soun temps. En la fin de soun règne 
vendra une lowe de estraunge terre... 

Fin (fol. 121 b] : 

E si serra test après ceo terre de conqueste, e si fuierunt les heires de Engle- 
terre hors de lur héritage. Alas ! Alas! Alas ! 

Le reste de la page est occupé : 1° par un morceau sur le parjure : 
« De perjurio, Qui jurât super librum tria facit : primo ponit manum 
super librum... » 2° par des sentences : « Proverhia. Meliora sunt vul- 
nera corrigentis quam oscula blandientis... » 

8. — Poème anglais sur la Passion dont on a d'autres copies. 

Herkinith aile, ihc ' voile you telle {{. 122 a) 
Of muche pitié in mi spelle... 



968 Corr. Unkes de moi ne vout [ms. de Trinity) . — 980 Corr. A la cunte 
(Trin.) — 987 Corr. S. returner {Tiin.). 
1 . The (/) dans le catalogue imprimé. 



296 p. MEYER 

9. — Le « Miroir » ou « les évangiles des domeés », par Robert de 
Gretham. — Poème de plus de 20,000 vers dont l'objet est de mettre 
à la portée du public laïque les évangiles de chaque semaine avec leur 
exposition. Ce long ouvrage ne peut prétendre à beaucoup d'originalité. 
Il est, selon toute apparence, entièrement traduit du latin. Toutefois ce 
n'est pas la traduction d'un seul et unique livre écrit en latin. C'est une 
compilation dont les éléments ont été recueillis en des livres divers. Les 
indications que l'auteur donne (vv. 69 et suiv.) permettent de lui faire 
crédit d'une certaine originalité, au moins en ce qui concerne le choix 
des matériaux. Autant qu'il m'a paru, le plus grand nombre des exemples 
cités à l'appui des explications des évangiles sont empruntés à saint 
Grégoire, mais d'autres sont tirés de sources plus proprement anglaises. 
Je citerai notamment la curieuse rédaction de la vision de saint Furseus 
qui sera imprimée plus loin. 

L'auteur nous a fait connaître son nom et son surnom à la fin de son 
œuvre: il s'appelait Robert de Gretham, et s'il s'est nommé, ce n'est 
certes pas par un vain désir de gloire littéraire, car il parle de son œuvre 
avec la plus grande modestie', c'est simplement, comme Pierre de 
Peckham et comme plusieurs autres, pour avoir part aux prières de ses 
lecteurs. Il y a Greetham en Lincolnshire et Rutland, Greatham en 
Durham, Hampshire et Sussex. Je n'ai pas le moyen de faire un choix 
entre ces divers lieux. 

Robert dédie son œuvre à une certaine dame Aline sur laquelle je ne 
possède aucun renseignement. Il existe, dans la littérature anglo-nor- 
mande, un poème qui n'est pas sans quelque analogie avec notre Miroir, 
c'est le Corset, œuvre de théologie à l'usage des laïques dont le seul 
exemplaire connu se trouve dans le ms. Douce 210 de la Bodléienne ^ 
C'est un exemplaire incomplet, le ms. offrant diverses lacunes. Nous 
savons toutefois, par le début qui nous a été conservé, que le Corset a 
été dédié à un certain Alain par son chapelain Robert. Il m'a semblé, 
lorsque j'ai rédigé la notice du ms. Douce 210, et il me semble encore, 
que Robert auteur du Corset et Robert de Gretham auteur du Miroir 
pourraient bien être un seul et même personnage. Les deux poèmes sont 
sensiblement de la même époque, du milieu du xiii<^ siècle environ ; la 
langue et la versification, autant que j'en puis juger par une étude som- 
maire, ne diffèrent guère, et à la coïncidence du nom, Robert, se joint 



1. Voy. vv. 97 et suiv. 

2. Voy. Bulletin de la Soc. des anciens textes français, 1880, p. 62, 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . I . 1 ) 297 

cette autre coïncidence que les deux poèmes débutent à peu près de 
même : 

MIROIR : CORSET : 

A sa très chiere dame Aline A son très chier seignor Alain 

Saluz en b vertu divine. De part Robert son chapelain 

Salutzel fitz sainte Marie. 

Il ne me paraît pas improbable qu'Aline ait été la femme d'Alain. 
L'usage de donner à la femme le nom de son mari, avec une terminaison 
féminine, est attesté au xiii<= siècle et en Angleterre (en France aussi du 
reste« par de nombreux exemples. La fille de Guillaume le Maréchal, 
Mathilde, mariée à Huges Bigot, est appelée la Bigote dans le poème 
consacré à la mémoire de son père. 

Nous savons par le début du Corset, que le seigneur Alain aimait à 
entendre « la leçon divine ». Malheureusement, il ne savait pas le latin, 
et c'est pour le mettre à même de se faire lire de la théologie en français 
que son chapelain dut lui composer le traité qu'il a nommé Corset. Dame 
Aline ne savait pas le latin non plus, mais, à la différence d"Alain (que 
celui-ci ait été ou non son époux), elle se plaisait surtout à lire ou à 
entendre des « chansons de geste et d'histoire ». Tout cela, dit le sage 
Robert de Gretham, n'est que vanité et mensonge. Pour une bonne 
parole il y en a beaucoup de mauvaises^ et la vérité, quand elle apparaît, 
ne sert qu'à faire passer la fausseté. Il ne faut pas croire tout ce qu'on 
dit ni tout ce qu'on écrit. Et comme exemples de récits visiblement 
controuvés l'auteur cite la chanson de Mainet et quelques autres qu'il 
n'est pas facile d'identifier, le texte étant assez corrompu. On remar- 
quera la mention de la chanson de l'orphelin Sansonet (v. 30I qui ne 
nous est pas parvenue, mais dont une chronique française nous a con- 
servé le résumé ' . 

Comme d'autres poètes français d'Angleterre, Robert de Gretham se 
permet de temps à autre de donner la même rime à quatre vers consé- 
cutifs, mais ce qui est plus singulier, c'est qu'au début de son ouvrage, 
après le prologue il a écrit trente-cinq vers sur la rime e, ne distinguant 
pas^ cela va sans dire, ié àeé. 

L'ouvrage est complet, dans notre ms., sauf une lacune produite par 
l'enlèvement d'un feuillet entre lesff. 252 et 255. Un second exemplaire, 
apparemment un peu plus ancien, mais auquel manquent les premiers et 
les derniers feuillets, est conservé au Musée britannique, add. 26775. 



I. Bibi. nat. fr. 5003, fol. ici v»; voy. G. Paris, Hist. pocticjac de Chark- 
magne, p. 405. J'ai trouvé de cette même chronique un autre ms. à la Lau- 
rentienne. 



298 p. MEYER 

Acquis par le Musée en 1865, ce ms. avait figuré sucessivement dans 
un catalogue Techener, à prix marqués, en 1862, où il était bien indû- 
ment attribué au xii" siècle (il est de la fin du xiii'^) et dans une des 
ventes faites par Libri, celle de 1864. Il a été l'objet, dans le t. I de la 
Zeiîschriftf. romanische Philologie, d'une notice fort imparfaite, qui a été 
appréciée ici même [Romania, YU, 345). 

Il y a quarante ans, la bibliothèque de Trinity Collège, Cambridge, 
possédait du même ouvrage un troisième exemplaire. En effet Th. Wright, 
traitant de la vision de saint Furseus, dans son livre sur le Purgatoire 
de saint Patrick publié en 1844 [Saint Patrick' s Purgatory, p. 11) dit 
l'avoir rencontrée « among some french metrical saints' legends, in a 
« Ms. in the library of Trin. Coll. Camb., marked B. 14. 39, of the 
« end of the twelfth orbeginning of the thirteenth century ». Et il en 
cite vingt et un vers qui tous se retrouvent dans le récit relatif à saint 
Furseus tel qu'on le lira plus loin d'après les deux autres mss. Ce ms., 
qui est celui même d'après lequel Hickes a publié dans son Thésaurus 
(1705) une ancienne vie anglaise de sainte Marguerite et cité quelques 
vers de la vie de saint Nicolas de Wace et du traité de Gautier de 
Biblesworth, a disparu peu après 1844. J'en parlerai avec plus de détail 
lorsque je décrirai les manuscrits français de Trinity Collège, et peut- 
être d'ici là aura-t-il reparu, car celui qui l'a emprunté irrégulièrement 
il y a quelque quarante ans ne l'a pas vendu et ne peut espérer en jouir 
encore pendant de longues années. 

l! existe sous ce titre « Les évangiles des domées et des saints de tout 
l'an «, un ouvrage en prose, apparemment composé au milieu du 
XIV* siècle, et dont l'objet est le même que celui du poème de Robert 
de Gretham ', mais qui en est tout à fait indépendant. 

A sa trechiere dame Aline (/. 1 5 5) E folie de vaine cure. 

Saluz en la vertu divine. Si l'em i trove un bone respit, 

Ma dame, bien l'ai oï dire 12 Tut l'autre waudra mut petit. 

4 Que mult amez oïr et lire Ceo est en veir le tripot 

Chaunsçun de geste e d'estorie, De chescun qe mentir veut : 

E mult mettez la memorie ; Pur plus s'entremet mentir 

Mes bien veille qe vous le sachez, 16 Aucune rien dit a pleisir, 

8 Qe ceo est plus que vanitez, E dite aucune vérité 

Qe ceo n'est rien for contrevure Pur fer oïr sa fauseté. 



^ 908 et 1765 ; voy. sur le premier de ces mss., P. Paris, 
s, VII, 225, et sur le second, S. Berger, La Bible française 



I Bibl. nat. n"^ 
Manuscrits françois 
au moyen tige, pp. 223, J47. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG . I . 1 1 



299 



Ceo n'est pas chose creable 

20 Q_e tut seit veir quanque dit fable, 
Nun est ceo veir quanqe est escrit 
Deestorie qe home chant e lit ; 
Qe cil qe chaunçun contreverent 

24 Sulum lur quiders les furmerent; 
E l'em dit en prover pur veir 
Qe quider n'est pas saveir ' . 
Veez si ceo peut estre veir 

28 Qe nuls enfes out tel pouer 

Cum dit la chaunsçun de Mais- 
U cel orphanin Samsmeth? [neth 
U de la geste de Emeristane, 

32 U de bon message Balaane? 
Veez les autres aisément : 
N'i ad celé qe trop ne ment. 
Ore sel jeo qe tut seit vérité, 

36 Si est, pur aucune vanité, 
Deliz escriz oïr e entendre 
U l'aime put nul bien aprendre. 
De quanqe a l'aime ne seit bien 

40 De vaunt de fet nul rien. [(b) 
Cil trop laidement se sert 
Ke Dieu pur nul rien pert; 
EDieu mult[plesl?]de sun servant 

44 K'il «eit a lui tut atendaunt. 
Tut veut que seit a lui turné 
Quanqe il ad a checune doné. 
Il nous ad doné cors e aime, 

48 Veer, parler, sens e oïe, 
Entente, menbres e corage. 
Tut pur nous garder de damage. 
Nus eimes tuz ses despensers 

52 Pur lui servir de ses mesters. 
Si nous a gré bien le servum 
Cent double en ert legueredoun; 
Eqi mesfait a escient 

56 Mult en ert dur;e) le vengement. 
E pur ceo qe nus eime encé (i/c), 
Tolir nous veut de vanité, 



Que nus lui puissums rendre en 
[bien 
60 Quanqe il demande a cristien. 

Pur ceo ai fet cest escrit, 

Sur le purrez lire a grant délit. 

Ou nul rien ne troverez 
64 Dunt Jhesu ne seit paiez, 

Dunt l'aime ne seit conforter 

E la char de maus desturner. 

Quant vous prendra celé cure, 
68 Treez avant ceste escriplure : 

Les evangeliz i verrez 

Mult proprement enromauncez, 

E puis les esposiciouns . 
72 Brevement sulum les sens espuns, 

Qe, sachez, n'i ad mot dit 

Qe lesseinz n'eient escrit. 

Jeo l'ai excepé e estrait 
76 Des escriz qe sainz unt fait, [{e) 

Point de latine mettre ne voille 

Qe ceo resemblereit (a) orgoille ; 

Orgoile resemble verreiment 
80 Ceo dire a autre qui n'entent, 

E si est ceo grant folie 

A lai parler latinerie. 

Cil s'entremet(te) de fol(e) mestier 
84 Qi vers la[i] vout latin parler ; 

Chescun deit estre a resoun mis 

Par la langage dunt (il) est apris. 

Ore vous prie, chiere dame Aline, 
88 Pur Dieu a qi le munde encline, 
Qe vous preez devoutement 
Qe Deus me doint entendement, 
De si traire e de si escriv(e)re 
92 Q'il me pardoint pecché e ire, 
Ke leaument sachez de fie 
Qe en vos preers mult [m'] afie ; 
Qe bien le sai qe ob bon entent 
96 Deu s'abandoune en présent. 



26 « Cuidiers fu un sos «. Le Rvux de Lincy, Livre des Prov. II, 489. — 
30 Corr. U del 0. Sansoneth. — 32 Bj/an, dans Aspremont. — 35 Corr. Or seit 
ceo.? — 38 Corr. U l'em ne p..? — 40 Corrompu? — 47-8 Les rimes indiquent une 
lacunecntre CCS deux vers. — ^2 Sur, corr. Vus.?— 65-6 Corr. confortée, desturnée. 



}00 



p. MEYER 
.36 



Si rien i ad a amender, 

U del fraunceis u del rimer, 

Nel tenés pas a mesprisoun, 
100 Mes bien gardez la raisoun. 

Deus n'entent pas al beau dit 140 

Cum il fet al bon espirit. 

Meus vaut veir dire par rustie 
104 Qe mesprendre par curteisie; 

Quanqe s'acorde a vérité 

Tut est bien dit devant Dé. 144 

Dame, ne vous en merveille?, 
108 Qe les cutis (?) ai abreggez: 

Jeo face pur vous ennui tolir, 

E de lire doner désir; 148 

Kar trop purra tost ennuier. 
1 12 L'em s'ennuie de bon chaunter, 

E par ennui poet l'em lasser 

La rien qe plus tost peut aider. 

Par ennui pert l'em sovent {d) 152 
1 16 La ren qe plus serreit a talent. 

Nepurquant, si tuz nous pusse 
[vivre 

E sanz nule entrelès escrivre, 1 56 

E eusse la bûche fermé[e] 
120 E la lange assermé[el, 

E eusse trestut le saver 

Quanqe nul home peut aver 160 

Ne purra la moite dire 
124 De ceo qe apent a ma matire. 

Mais meutz voil dire aucune chose 

De Dieu qe tenir bouche close, 164 

Qe sovent par bon petit dite 
128 Tresaut le cors en graunt délite. 

Mun noun ne voil uncore nomer 

Pur les envius rehercer, 168 

Q'il ne toillent a nous le bien 
132 Dunt il ne voilent oïr rien, 

Qe custume est as envius 

Qe grussus sunt e enuius; 

Trestuz despisent autri dis 172 



E purventent les bons escriz. 
E ceo cuntent a grant délit 
Qu'il unt en resprence (sic), en 
Qe lessent d'autres blâmer [escrit, 
Quen ses cum pur sei amender (.-') 
Li fel se quide anienter(?} 
Par le prudume déprimer. 

Geste livre Mirour ad noun ; 
Ore oiez par quel raisoun : 
Par le mirour seit l'em defors, 
E par cest escrit aime e cors. 
Le mirour moust[r]e le[s] mespri- 
E les choses mesassises, [ses 

E cist mustre en vérité 
Quanqe home ad mespris envers 
[Dé. 
Li mirour moustre adressement 
De vis, de cors, de vestiment, 
E cistadresce, ceo sachez, (/. 1 36) 
Pensers e diz e voluntez ; 
E mirurs est pur enseigner 
Coment li home se deit atiffer, 
E cist enseingne verreiment 
De vertuz tut l'entiffement. 
Li mirurs quant al siècle en veir 
Fet les femmes bêles aparer, 
Qe plus seient coveitez 
Quant bêlement sunt acemées, 
E cist demustre la beauté 
Qe Jhesus aime en lieauté, 
E fait les aimes adrescer 
Qe Dieus les voille amender. 
Li mirurs sul le cors aturne, 
Mes cist cors e aime ahurne; 
Pur ceo est li mirurs a dreit 
Qe tuz maus oste e tut biens feit. 

Ore prie chescun^'e) qe out e veit 
Qu'il prie pur celi qi i'ad feit 



1 1 1 Ms. Par,., enuiner. CJ. la même idée dans le Corset, Bulletin des anc. textes, 
180, p. 66. — 1 12 Ms. sen urne. C'est un proverbe bien connu: Beau chanter 
enuie, Le Roux de Lincy, Livre des Prov. II, 247. — 117 Cor/', tuzjurs? — 123 
Corr. purroie. — 130 envius ms. emmns. — 156 Corr. purvertent ? — 145 
seit, corr. veit ? 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . I . 1 1 ^01 

E mette en perdurable vie, A les nun lettrés bien aprendre. 

E Dieu li pardoint sa folie. E chascun ke seit lettrure 

Li prologes fet ici sujur. 212 E de fraunceis la parlure 

176 Ore regardés al mirur: Lire i poet pur sei amender 

Tut i verrez vostre figure, E pur autris endoctriner. 

Vostre netesce e vostre ordure. Bien saiqetantest grantlamaterie 

Si bien regardez, tut verrez 216 Ke ne pus a tut suffire, 

180 Cum vous en Dieu vous attiffez. Mais meuz vaut parti tucher 

Deus vous doint issi esgarder, Pur mei e autres amender 

Eissi nos aimes attiffer Qe trésor Deu enfuir 

Ce Dieus les voille coveiter, 220 En tere, par del tut tasir. 

184 E od lui puissumssanz fin régner. E jeo l'ai fet tut autres! 

Cum cil ke passe pré florie: 

De tûtes les flurs ad talent, 

224 Mes tûtes coillir ne poet nent: 

Dunt jeo, pur tuz amonester Tûtes aune et tûtes espie 

Ke en Deu se volent chastier, E puis aprent une partie ; 

Enpris ai pur Dieu cest escrist Ausi coil jeo en ceste escrit 

188 U chescun purra aver délit 228 Ce qe hom poet lire a délit, 

Lire e oïr overtement E qi mustre suffisanment 

Iceo qu'en Dieu a lui apent : A chescun ceo qe a lui apent. 

Cument li clers deit sermuner Nel fas pas par losangerie, (/. 1 38) 

192 E sei meimesen Dieu garder, 232 Par orguil ne par surquidrie, 

Cornent li lais deit bien oïr Ne pur l'onur de ceste vie, 

E sun doctur en Dieu chérir, Ne pur mustrer ma clergie: 

E comenttuz uniement Autre loer ne quer prendre 

196 Frunt le Dieu comandement, 236 Ke sul Deu ke puet tut rendre, 

E quel mérite cil averunt [(f. 137^/) E preers e oreisuns 

Ke Deu de bon quer servirunt. De ces qe orrunt les lessçuns; 

Les evangelies de donmées Car jeo le face pur moi aquiter 

200 Ai en fraunceis translaté[ejs 240 E corse aime d'encumbrer 

E des festes as seinz partie De la folie qe ai parlé 

Pur mustrer a chescun sa vie E del bien qe ai entrelassé. 

Cornent deit ensample prendre, Qe cest escrit seit parfaisaunt 

204 De seinz pur sa aime a Dieu 244 Quanqe ai mesfet en mon vivant, 

[rendre, Si li autre finist sa vie, 

Kar après chescun[e] lessçun Bone escrit ne poet finir mie ; 

Ki ad del évangile noun Quant il mort e porriz serra, 

Ai mis del exposicioun 248 Mes l'escrit pur lui parlera, 

208 Un poi pur mustrer la reisun, E pur celui nomement 

Kel'em leevangilepuisseentendre Ki en cest diz sul Deu entent, 



175 Ms. sunir? — 199 donmées, ms. remuées. — 210 A, corr. E. — 226 
Corr. en prent. — 240 Corr. descumbrer. — 245 Corr. Si li home? on est-ce 
le cas sujet (f'auctor? 



^02 P. 

Escrit pur tuz enseigner 
252 De fer bien e mai lessier. 
Seint Pol le dist pur vérité : 
Jammès ne charra charité, 
Nu fra ovre verrement 
256 Dunt charité est fundament; 
E li escriz qi serra faiz 
Pur tuz tolir mortels laiz, 
Quant [est] purement fet en Dé, 
260 Dunt ceo est dreit charité. 



Ke le orrunt e lirrunt ausi 

Qe il mettent amendeisum 

292 Si rien i ad de mesprisun. 

Ore prie jeo de quer parfunt 
Tuz iceus qe cest escrit averunt 
Qe il le prestent a délivre 
296 A tuzceusqi le vodruntescrivre. 



Ore prie trestuz ceux que orrunt 
Icest escrit u que le lirrunt 
Q_ei! prient Deu omnipotent (/".1 39) 

264 Qe il de tuz maus me defent, 
E doint ceste ovre issi parfera 
Ke en droit fei le puisse trere, 
E puz le curs de ceste vie 

268 Od seinz estre ensa baillie. 
Car ceste ovre face verement 
Pur mei et pur tute gent. 
Tuz nen ont pas tute escripture 

272 Ne tuz n'entendent pas lettrure; 
Teus les evangeles out e lit 
Ke il n'entendent pas quanqe il 
[dit, 
E pur tuz faire e tuz entendre 

276 En Deu, osai cest ovre enprendre, 
Ke tuz oient overtement 
Ceo qe le evangeile lur aprent; 
E tuz veient en ceste escrit 

280 Ceo qe le latin espant e dit. 
Pur nient aillur travaillerunt : 
Suffisanment ici l'orrunt. 
Jeo nel di pas as clers lettrez 

284 Ke sunt en seinz escriz fundez, 
Mes as autres meinz entendans 
Cum jeo sui meimes e asquans, 
Ke ne poùm tut ensercher. 

288 Mes a pein[e] le frut parer. 
Dunt jeo communément tuz pri 



DOMINICA PRIMA ADVENTUS DOMINI. 
EVANGELIUM SECUNDUM MaTHEUM 

Cum appropïnqiiasset Jhesiis Jerosolimis 
et venissct Bdhjagc 1 , etc. 

Jhesus vint près d'une cité 
Qui Jérusalem est apelé. 
E quant il vint a Bethfagé 

300 Qi est al Munt de Olive, 

Dunt ad des sens deus apelé : 

« Alez » fet il « en la cité 

« Al chastel cuntre vous levé : 

304 « Une asnesse i ad lié, 
« E sun asnun li est al pé. 
« Quant les avérés deslié, 
« Tantost me seient amené. 

308 « Si nuls vous ad demaundé, 
« Dites q'il e.st li surs a gré, 
« Mester en ad sa volunté ; [d] 
« Cil vous avérât tantost lessé. » 

3 12 Icest feit ad aveiré 

Ceo que fut einz prophétisé : 
« La fille Syon seit nuncié 
« Tis reis vient en peisibilté, 

3 16 « Sur un asnead fet sun se, 
« E sur le fiz al suzjugé ». 
Li disciple s'en sunt aie; 
Fetunt cum lur est comaundé, 

320 La asnesse e le asnun unt mené 



2 $4 I CoRR. xm, 8.- 
se. — 309 li surs, corr. 

MaTTH. XXI, 5. 

: . Matth. XXI, I. 



- 280 Corr., espaut ou espont; cf. 337. — 295 le, ms. 
le sire.? — 317 « et super pullum filium subjugalis. » 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE GG . I , I ) 



P3 



E sur eus unt lur dras gellé, 
Puis unt Jhesum en sun munté 
E si sunt en la cité entré. 

324 Li serjaunt a la gent Ebré 
Encuntre lui s'en sunt aie ; 
Lur dras al chemin unt getté, 
Plusurs unt arbres deramé, 

528 Si unt le chemin estrainé; 
De tut pars unt crié, 
Cil devant e cil detré : 
« Osanna soit al fiz, de gré, 

332 « Beneit qui vient el munde ! 



Ore avez 01 la lessçun, 
Ore oiez la interpretacioun, 
Qui Dieu nusdoint sa beneicun 

336 E de nos péchez facepardoun! 
Cist nun Jhesus espont « saveur» 
Qui nus sauva par sa dusçur, 
E Jérusalem iceste noun 

340 Espant de peiz la visioun : 

« Meisun de bûche » est Bethfagé, 
« Miséricorde » est Olive. 



La vision de saint Furseus, dont j'ai dit un mot plus haut, prend place 
au deuxième dimanche après Pâques. On sait que ce récit a été incor- 
poré par Bède dans son Historia ecclesiastica (III, xix). On consultera 
utilement sur l'histoire de cette légende les notes de l'édition que 
M. le professeur J.-B. Mayor a donné des livres III et IV de Bède (Cam- 
bridge 1878), comme aussi Th. Wright, Saint Patrick's Purgaîory (Lon- 
don 1844), p. 7-1 1, et A. d'Ancona, I precursori di Dante (Firenze, 
1874I, p. 40-1. Voici le texte de notre ms. accompagné des variantes 
du ms. de Londres et, pour les vers cités par Wright, du ms. de Trinity 
Collège aujourd'hui en déficit. 



Dunt il avint jadis a un prestre 
Quien Knanisburch esteit mestre, 
Q^uant lunges i eut conversé 

4 Si se est encuntre lit cuché ; 
E quant il quida dévier 
Devant lui vint un bacheler. 
La main li tendi, si li dist : 

8 « Vien t'en od mai », e il si fist. 
U ne Yoisist u ne deingnasî, 
Convint lui qe ovek lui alast. 
En plusurs lius si le mena 

2 E mut des choses si lui mustra ; 



D'enfern li mustra le parfund 
E les peines qe illeoques sunt, 
E puis le mena vers le ciel 

16 U il vist e truva tut el; 
Mes quant al ciel aprocerent 
En l'eir un feu mult grant i tro- 
Ly feus ert merveille grant [verent. 

20 E mult orrible e mut ardaunt. 
Li guiurs i est lors entrés (/. 191) 
E li prestres se est arcstés. 
Ens al feu li guiurs ala, 

24 Mes unqes le teu nel tucha. 



328 On pourrait corriger estramé, niais il y a des ex. ^/'estrayner, voy. 
ledict. de M. Go.tefroy. — 235 Corr. Que. — 340 Corr. espaut ou espont. 

Variantes du ms. de Londres {L.),fol. 53-4, et pour les vers 1-6 et 46-60, du 
ms.de Tr. Coll. d'après Wright. — 2 L. de Gnaresbure; Tr. Ke de Can- 
terbury ert m . Celte dernière leçon ne vaut rien. Il y a dans Bede (III, xix) Cnobher- 
esburg, cjui est actuellement Bnrgh Castle, en Suffolk. — 11 L. E en p. I. l'amena, 
— I 2 L. E multes ch. I. m. — 18 L. un g. feu mult t. — 21 /.. g. e. lores 
e. — 23 L. el f. li g. entra. — 24 L. unks... ne le. 



304 P. 

Atant regarda il le prestre, 
Si li dist: « Vien avant, mestre; 
« Ja de cest fue ne te ert le pis, 
28 « Fors sulement de tant cum tu 
[as mespris : 
t Tant arderas en iceste feue 
a Cum tu as' prise nient rendue. » 
Muit envis e mut pensis 
32 Li prestres eins al feu s'est mis ; 
Li feu de tute pars esteit, 
Mes unqes point ne l'adeseit ; 
Tuit cel feu vist il repleni 
36 D'almes ardant od grant cri ; 
E li diables les turmentoient 
E l'un sur l'autre od crocs moient; 
Od crocs ardans, mes fermes erent, 
40 Les aimes tutsanz merci getoient: 
Nul n'estoet pas par sei several, 
Mes chescun ert a autri mal; 
Checun ert a autri peine; 
44 Si crioient a dure alaine. 

Del crie, del plur, de! guayement 
Ert li prestres en grant turment ; 
Quant il vint el feu ben avant, 
48 Es vus un diable a fort curant, 
Les oiles ardans mut roelant 
E de la bûche eschivout ; 
Un aime ardant en son croc tint 
52 E vers le prestre ad grant curs 
E criout fort en sun estais: [vint, 
« Di va ! prestre fel maveis, 
« Pren celui qe tu as tué ! » 
56 Si ad l'aime sur lui rué. (b) 



L'aime descendi sur le prestre, 
E si lui art li espaule destre. 
L'arsun tant mal lui feseit, 

60 Ce lui ert vis qe morir deveit, 
Qe de arsun, qe des espuntailles. 
La quida remeindre sanz faille. 
Al chief del tur mut haut s'escrie 

64 E de sun guiur demande aïe; 
E il lui dist: « Ne vous damez; 
« Tant arderez cum pris avez, 
« Pos a vous deis que en cest feu 

68 « Ardreit ceo qe n'est rendu. 
(I Ore veez si vous cunoissez 
« Cestui par qui vous ardez. » 
E li prestres respundi atant : 

72 « Jeo le cunusse a ma peine grant 
» De lui oi a sun moriant 
« Une chape, mes par sunt grant; 
« Mais puis ne lui n'ai rendu tant 

76 " Cum jeo lui lui en covenant. 
E sachez qe par ubliance 
t L'ai fet, e nient de voillance. » 
Dune ad l'angle l'aime pris, 

80 En le feu l'ad arere mis ; 
L'espaule al prestre lors tucha, 
E la dolur del feu en osta. 
Par mi le feu l'ad amené 

84 E del ciel lui ad mut mustré. 
La glorie lui mustra en veir 
Tant cum dust a home saveir 
E puis l'ad conduit a sun cors. 

88 E li prestres vesqui lors 
Ke trestuz qe al cors erent 



26 L. Venz a. dan m. — 28 L. F. sul. — 3 1 L. e m. est p. — 33 L. tûtes 
parz. — 35 ^- omet il. — 36 L. ardantes. — 38 L. cros ruouent. — 39 L. 
m. de fer erent. — 41 L. omet pas. — 43 L. Ch. esteit. — 44 L. crièrent a 
dur. — 48 Trin. Coll. vint f. c. — 49 corr. roelout, leçon de L.; Tr. Coll. a 
roilant £/ au v. suivant eschivant. — 49 L. eschumout. — $1-2 L. tient-vent. 

— 52 Tr. omet ad. — 1,4 L. traître, Tr. treiturs. — 57 Tr. descent. — 58 L. 
li arst le e. ; Tr. li ardla paume; Bide: humerum maxillamque ejus incenderunt. 

— 59 L. L'a. ad fet mal li f. ; Tr. Li a. ke ad feit mal li f. — 60 L. Ceo li e. 
V. m. d. ; Tr. Ceo li fu v. m. d. — 61 L. Ke d'espuntaille. — 64 L. A sun 
seignur d. — 65 L. v. tamez. — 68 L. Ardera. — 71 L. respunt a. — 72 
L. Jol cuneis. — -j^ L. [Jjamès p. ne I. ai. — 77 L. c'est u. — 80 L. E el fu 
ad.— 82 L. omet en. — 83 L. l'ad puis. — 85 L. La g. del ciel li. — 86 L. 
c. il sist a. — 89 L. Kar t. cil ki. 



92 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG 

Par treis jours a mort le quiderent; 
E puis vesquist il lungement 
E se cuntint mult seintement, (c) 
Mes l'arsun qu'il el feu resust 
A tut dis al cors lui aparust; 



i.i) 

Mien scient Deu vout ceo fere 
96 Qe l'em ne deust pas niescrere. 
E Sun vivant le amenda issi 
Qe ore est apelee seint Furci. 



30$ 



L'ouvrage se termine ainsi [fol, 261 

Pur ceo, seignurs, pur amur Dé, 
Si ben volum estre sauvé 
De tluxiun de nostre charnage, 
Turnum a Deu nostre curage, 
Turnum a lui nostre espirit 
En penser, en fet e en dit ; 
Si nostre penser sulement 
Ceo coveit[e] qe a Deu apent, 
Certes, la char tost revendra 
A Jhesum ke se ameisera. 
La char ne ad force ne valur 
Fors par l'espirit le sur [sic). 
Ki l'espirit tent ben en Dé 
Mar duterat la charnalté. 



ib) 



Deu nous doint issi en lui tenir 

En lui vivre en lui garir 

Ke sanz espiritel damage 

Lui puissum servir en charnage, 

Si veir eu m ceste sana 

E a la fille al prince vie dona. 

Ici finent les domenées 

Brevement cspus [e] endité[e]s. 

Ore prie tuz ke les oient e dient 

Keil pur Robert de Gretham prient 

Ki Deu meintenge si sa vie, 

Ki par li seit en sa baillie. 

Amen, amen chescun en die ! 



10.— Les psaumes de la pénitence traduits en vers . —Version qui a été 
très répandue, non seulement en France, où elle a été composée, mais 
en Angleterre'. Du Miserere on possède une autre traduction, également 
en vers, dont un extrait a été publié dans le Bulletin de la Société des 
anciens Textes, 1881, p. $1 . 

Hic incipiunt vij. psalmi penitencic (f. 261 b). 
« Domine ne in fur ore tuo, etc. » [Ps. vi] 
Deu, en tes vengemens ne me pernez, sire! 
En cesi siècle présent si me chastiez sanz ire; 
Eez merci de mei, si me donez sauncté, 
E par ta seinte lei me menz asaveté. 

La mei aime est trublé e poy de senz i ay. 



Gloria Patri. Beau quorum [xxxi] 
Benurez set ciel {sic) a ki ad Deu perdonez 



92 L. Si se c. m. sagement. — 9j L. al f. — 95 L. Men exient Deus le v. 
f. — 97 L. En s. V. se a. 

1. Voy. Romania, VI, 19 et XIII, 238, note 3. 

Romania, XV. 20 



306 P. MEYER 

Le péchez qe il ad fet e les desleutez. 



Domine ne in furore [xxxvii]. (vo) 

Deu, en tes vengemenz ne me repernez, sire! 
En ceo siècle présent si me chastiez sanz ire 
De tes digne setes as mun quor féru 
E pur ceo par ta main ben avéra salu. 

Miserere mei Deus [h]. (f. 262). 

Deuj eez merci de mei a ki tut ben se acorde, 
Eez merci de mei par ta miséricorde. 

Domine exaudi [ci]. (v") 

Deu, oiez ma oreisun e entendez ma clamur, 
Entendez ma reisun e me donez ta amur. 

De profundis [cxxix]. (f. 263 y). 

De grant profunde crie a la hautesce : 
Receive ma voiz en gré, si me aïe e dresse. 

Domine exaudi [cxlii]. 
Deu, oiez ma oreisun e la recevez en gré 
E me otriez pardoun sulum ta vérité. 

11. — Ave Maria paraphrasé. — Un couplet pour chacun des mots 
de la salutation angélique: Ave Maria gratia plena. Dominas îecum. Bene- 
dicta ta in mulieribus, et benedicîus fruclus venîris îui. Amen. Les pièces 
de ce genre sont nombreuses ; voy. le Bulletin de la Société des anciens 
Textes, i88i,p. 49, et Suchier, Denkmder provenzalischer Literaîur, 
I, 284. 

Ave très duce Marie, ave gloriouse, (/. 264) 

Ave ros espani[e], ave preciouse, 

Ave freche flour flori[e], ave graciouse, 

Ave fonteingne de aïe, ave plentivouse. 

Maria, esteile de mère estes appelle ; 

La lune, le soleil cler de vous est alumé. 

Requérez tun trecher fiz 2, mère benuré, 

Que m'aime doint si guverner qe en ciel eit le entré. 



1. On pourrait corriger, en vue de la rime intérieure, tun fiz trecher. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG. 1 . I ) 



307 



12. — Les cinq joies de Notre Dame. — Ce sujet a été traité au moins 
cinq fois en vers français, notamment par Gautier de Coinci ' . Ici comme 
dans un texte en prose conservé dans le ms. Digby 86 (Bodleiennei^, 
la prière des cinq joies est attribuée à l'évêque de Paris, Maurice de 
Sully (f 1 196). La pièce qui suit a certainement un Anglais pour auteur. 
Je n'en connais pas d'autre copie. 



Dt les c'inc joies Nostre Dame {l 265 a). 

Vous ke Nostre Dame amez, 

A ceste oreisun bien entendez. 

Nostre Dame lui mult ama, 
4 A seintie) Maurice les envea 

Ke fu eveslce de Paris, 

Qe de lui servir se eut entremis. 

Par sun message lui charga 
8 E lui dist e lui comanda 

Ke au people le deïst 

E enseignast e en apreïst ; 

[Ki] chescun jour les direit 
12 E devoutement le chantereit, 

En l'onurance de les cink joies 

Qe ele eut bien verroiz, 

Sun cherfiz qe ele ama 
16 De s'amur lui guerdonera ; 

Ja en ceste siècle ne serra enledi 

Ne enginné de l'enemi, 

Ne en péché criminal 
20 Ne perdera sun jornal, 

Ne en curt ert faus jugé, 

Ne autrement par mal ert liveré; 

Femme d'enfaunt ne périra 
24 (Qe) qi devoutement ceste oreisun 

Ne sanz con'essioun ne murra, [dira, 

Ne sa aime en peine ne serra. 

Li seint angle Gabriel 
28 Vint a Marie treis fiez de ciel, 
E lui dist la joie premereine : 
« Deu vous sauve, Marie de grâce 
[pleine! 



« Le seint Espirit sur vous vendra 
32 E de sa vertu vous ennumbrera; 
Le fiz Deu conceiverés, 
En vostre ventre lui porterés. » 

La secunde joie ke ele eut, 
56 Geo fu quant ele enfauntout 
Li fiz née sanz dolur, (b) 

S[a]uve de virgineté la flour. 

La tierce joie lui mustra 
40 Sun chier fiz quant il releva 
De mort en vie vereiment, 
A lui aparust certeinement. 

La quarte joie, quant il munta 
44 E les apostles ensembla. 
I! iur mustra cum il alout 
A sun père, qe mult li plout. 

La quinte joie, quant ele transit, 
48 De ceste siècle sanz péril issist 
E les aposteles ensembla. 
Le fiz sa mère mult honura 

Marie virgine gloriouse, 
52 La mère Deu e sa espouse 
Ki par lui li conseùtes 
E après lui virgine fustes, 
Sanz dolur lui portastes 
56 E del leit virgine li letastes, 
Duce dame, si cum jeo crei 
Ke vous gloriouse portastes le rei. 
Vous estes fille, vous estes mère, 



Voy. Zeitschrift f. romanisclie Philologie, 
Voy. la notice de M. Stengel, p. 6. 



308 p. MEYER 

66 Envostreventreportastes ton père, Qe de moy clamez merci. 

Chier[e] mère, pur moy priez, Priez vostre fiz, père vostre; 

Quant de moy serra finez, 68 Pur ceo dirrai ma pater nostre. 

Ke m'aime seit en parais Qe ceste oreisun ciiescuns jour 

64 Entre les angeles ou serrant assis. [dirra 

Cliere mère, jeo vous prie vint jours de pardoun en avéra. 

13. — L'Assomption de Notre Dame, par Herman de Valenciennes. 
— Cet ouvrage bien connu se trouve le plus ordinairement réuni à h Bible 
du même auteur. 11 se rencontre ici isolément comme en d'autres mss. 
parmi lesquels on peut citer le ms. Bibl. nat. fr. 1822 , le ms, Libri 1 1 2 
(volé à Toursl, maintenant chez M. le comte d'Ashburnham ' , le ms. 
de la Bodleienne E Museo 62, et le ms. Digby 86. Dans la présente 
copie, d'ailleurs fort incorrecte, manquent les deux dernières tirades, 
dont l'une, l'avant-dernière, contient le nom de l'auteur. 

{ci comcnce dcl assumpcioun Nostre Dame stinte Marie. 

Seignurs, ore escutez! ke Deu vous beneïe 
Pur sa mort doleruse ki nous dona la vie. 
Bien l'avez oï, ben est ke jeo vous die: 
Kant Deu fu mis en la croiz de cele gent haïe 
Comanda Jhesus seignurs, a sun ami s'amie, 
A l'apostle sa dame, a seint Johan Marie. 
Mut par fu doleruse icele départie 
Si 2 bons euvangelistes la prist en sa baillie. 

Sachez qe nostre Sire mult seint Johan ama, 
De sa croiz u il pendi quant a sei le apela. 
Sa mère vint od lui, illoec la comanda. 
Volenters la reçust e tendrement plora. 
Prist sa dame en sa main, plorant s'en turna; 
Al temple sunt venuz, iloec la comanda 
Oveec les seintes dames qe il ileoc trova. 
Ele remist al temple u sun cors travailla, 
Veillaunt chescune nuit e chescun jour juna. 

La reine del ciel mult ert gloriuse. 

Fin (fol. 291 yo). 

En kalendes de Aiist fut la dame enterée; 



1. Fol. i-i I. J'ai pris copie de ce texte en 1865 à Ashburnamplace. 

2. Corr. Li. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG . I . I ) 509 

Ceo sachez qe ce! jour fust mainte aime sauvée. 
El val de Josaphat fu la dame posée. 
De amis e de parent meinte lerme plurée. 
Iceo sachez, seignurs, n'i fu pas ubiiée, 
Ainz fu de sun fiz bonement visitée. 
Ne remist pas enterre: en cel(e) est porté[e], 
La set od ses angeles, reine est apelée, 
Mult est bien servie e mult est honurée, 
Issi comme vous ai dit, la raison est otrie ' . 

Ore priez le seigneur ke ele vous doint sa glorie, 

E le diable veintre e venir a victorie ; 

Envers Deu, sun bel fiz, nous face adjutorie, 

Ke le diable ne nous puisse faire contrarie, 

E si nous doint deservîf la celestiene glorie 

Ke nous ne seum vencu si nous tenge en memorie. 

Iceo nous prist (51c) icel sire ki vit e règne en glorie. 

Amen. 

14. — La plainte Notre Dame. — Version en vers d'un opuscule 
latin du moyen âge dont on ignore l'auteur et qui a été attribué à saint 
Augustin, à saint Bernard et à saint Anselme. J'en ai signalé jadis * trois 
traductions françaises en prose, et j'en connais actuellement une qua- 
trième (Arsenal_, 937). De la version poétique que nous oflfre le ms. de 
Cambridge il existe, dans le ms. Grave 51 de la Bodleienne5, une autre 
copie un peu moins ancienne, du milieu du xiv" siècle environ. La particu- 
larité de ce poèmeestd'avoir été composé en vers de seize syllabes. Sans 
doute les vers ne sont pas tous réguliers. Même en faisant largement la 
part des erreurs de copie, il restera fort probablement certains vers incor- 
rects dont la responsabilité devra être laissée à l'auteur. Il ne faut point 
s'en étonner, puisque le poète écrivait en Angleterre et dans le cours 
du XIII* siècle. Mais j'affirme qu'en général on réussit, par une judi- 
cieuse combinaison des deux copies, à établir un texte oii les vers sont 
composés de deux hémistiches ayant chacun huit syllabes. Voici, par 
exemple, comment je restituerais les premiers vers : 

Pur ceus et celés ki n'entendent quant oient lire le latin 



I Corr. outrée. 

2. Bulletin de la Société des anciens textes français, 1875, p. 61 et suiv. 
cf. 1886, p. 48. 

3. N" 382 j des Catalogi de Bernard. 



310 p. MEYER 

Jeo ai comencé icest livre, e Deus i mette bone fin ! 

Jeo vei qe la letrée gent unt lur joie de seint escrit, 

E quant entendent ceo qu'il oient mult en ad l'aime grant délit ; 

Les lais ne sevent qu'est a dire, dunt sovent en ai grant pité, 

Car ausi bien les dei amer cume les clercs en charité, 

Honmes, fenmes e tute gens de siècle e de religion. 

Je ne connais pas d'autre exemple bien caractérisé de cette forme dans 
la poésie lettrée; quelques vers isolés qu'on peut rencontrer çà et là dans 
la littérature anglo-normande ne sont pas à prendre en considé- 
ration. Toutefois le vers de seize syllabes coupé au milieu n'a rien qui 
répugne aux principes de la versification française. Il est au vers de huit 
syllabes ce que l'alexandrin est au vers de six syllabes. Il y a toutefois 
cette différence que le vers de huit syllabes était originairement divisible 
en deux hémistiches, ce qui n'était pas le cas du vers de six syllabes. Par 
suite le vers de seize syllabes a du être très rare à l'époque ancienne. 
Mais dans la poésie populaire il est très fréquent, avec cette nuance que 
le premier hémistiche a ordinairement une terminaison féminine. On en 
fait ordinairement deux vers, mais il n'y a pas de raison pour ne pas 
mettre les deux hémistiches sur la même ligne^ puisque la rime est un 
élément essentiel du vers roman». Ainsi j'écrirais volontiers ainsi le 
premier couplet de la chanson de Philippe de Savoie 3 -. 

Voilés oyr chanson piteuse qui fut faite de cueur marri? 
Elle fut faite en une chambre, Phelippe de Savoye la fist. 

Voici le début et la fm de notre lamentation ou plainte de Notre 
Dame, d'après les deux mss. : 

Ici cummence H livre de les lamentaciuns Nostre Dame seinte Mariei (f. 272). 

Pur ceus e pur ceis ki n'entendunt quant oient lire latin 
Ai comencé iceste livre; Deus i met bon fin ! 
Jeo vei qe la gente lettré unt lur joie de seint escrist, 
4 Car quant entendunt ceo qu'il oient l'aime en ad mult grant délit. 



1 . On sait que Milà y Fontanals considérait comme deux hémistiches ce 
qu'on imprime ordinairement comme deux vers. 

2. Romania, IX, 473 . 

3. Ms. Grave 51, fol. 69 : 

Ici comcnce la passiun Nostre Dame. 
Por ceous qe entendent ren quant oient lire le latin 
Jeo ai comencé cet livre ; Deus i mette bone fin ! 
Jeo vey qe les gens lettrés unt lur joie en seinte escrist, 
4 E quant entendent ceo qe il oient must ad l'aime grant délit. 



MANUSCRITS TRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.l.I ^11 

Les lais ne sevent qe ceo est a dire, dunt sovent ai grant pité. 

Car ausi bien les dei amer cum les clercs en charité, 

Madies, femmes, tute gent del siècle e de religion, 
8 A tuz sûmes nous docturs en tant cum fere le poùm. 

Par tant, del petit ke jeo sai vous ai iceste roir.aunce escrit. 

Ore licez {sic), ne puet estre qi ne ad acune délit; 

Si rien oiez qe vous semble qe en evangeile ne seit escrit 
2 Sachez bien qe en sun livre seint Johan apert le dit : 

Car si tut fu mis en livre kancke Jhesu fist et dist, 

Tut le munde n'en entendreit, tant fu[st] grant icel escrit. 

Pur ceo vous pri comunement qe cest romance lir orretz : 
6 Si ren oiez qe vous despleise, jeo prie nel descreez. 

Rien n' i ad pur vérité, si vous die hardiement; 

Le perteus(?) ne provereie si fuisse meïsmes en présent. 

Seint Bernard fist iceste livre, mes poi i ai mis del men ; 

Ore prium duz Jhesu ke chevir le puisse bien. 



20 



Ki me durra tant de lermes ke plurer puisse nuit e jour 

Jeske atant qe sun serjant conforte le duz Seignur? 

Peisif {sic) sui e mult dolent, si ne puisse confort aver, 
24 Si li seignur debonere ne me voille conforter. 

Filiez de Jérusalem, kar entendez mei devoutement ; 

Deu espusez, Deu amiez, priés le entendement. 

Plorom sur lui, en plurant priom nostre duce espusc 
28 Ke il sa doçur e sa leauté deigne mustrer a nous tuz 



Les lays ne scevent quant, ceo est a dire, dont sovent en ay pité, 

Qe autres! ben les dei amer cum les clers en charité, 

Honmes e femmes e totes gens de secle e de religion, 
8 A touz sûmes nous doc'.ours tant cum fere le poûm. 

Par unt de petit qe jeo say vous ay cete romaunce escrist. 
12 Sachez qe seint Jon en son livre tut apertement le dit: 

Que si tut fusl mis en livre quant qe Jésus fist e dit, 

Tut le munde ne le entendereit, tant sereit grand ce! escrist. 

Pur ceo vous pri comunement qo vus cete liverette orrez, 
16 Si rens oiez qe vous despleyse vous pri pur ceo ne descreez. 

N'i ad rens mes que vérité, ce vus afi hardiement; 

Apertement le proveray par tut ou jeo fuse présent. 

Seint Bernard fit cet livere e poy jeo ay mis del men ; 
20 Ore piiums ly douz Jesu qe eschever le pussum ben. 

Ke meyTdorra tant de lermes qe plorer pusse nuyt e jour 
Deskes tant qe li sergant recomforte sun seigneur? 
Pensif seu e mut merveyié, si ne puys confort aver, 
24 Si le seignur debonere ne mey voylle reconforter. 
Filles de Jérusalem, car eidez mey devoutement 
Deu espousese amies, priez le ententivement. 



j,2 P. MEYER 

Fin (fol. 279 V) : 

Atant se levé seint Johan e li autres li vfujnt entur, 
Si le menez en la cité plus par force qe par amur. 
Seint Johan l'a gardé al meuz ke il puet; beneitseit il de luer, 
E tuz ceus ke la dame honurent ben a lur poer 1 
Beneit seit li duz Jhesu e tut [jurs] mes seit honuré 
Ke cesser ne veut jeskes a tant ke veit sa gent délivré 1 
E beneit seit la duce mère kenous porta le rei de gloire, 
E beneit seittresluz iceus ke sa peine unt en memorie! 
Amen. 

15. — Gautier de BiBLESwoRTH,'Traité pour apprendre le français 
(fol. 279 c à 294 b). — Ici Gautier de Biblesworth est appelé « Gauter 
de Bitheswey ». Pour la bibliographie de ce poème essentiellement 
didactique, je renvoie à un article précédent de la Romania, XIII, 500 ' 
et quant au texte même de notre ms., on en trouvera les 86 premiers vers 
dans mon Recueil cV anciens textes français, partie française, n" 37. 

18. — William de Wadington, Manuel de péchés. — J'ai donné, 
de cet ouvrage, dans mon mémoire sur les mss. français de Saint John's 
Coll., une notice bibliographique qui doit ^être corrigée et augmentée. 
Le ms. que j'ai indiqué ^ comme appartenant à la Société royale de 
Londres est passé, avec beaucoup d'autres, au Musée Britannique ', où 
il est coté Arundel 288. Un autre livre du même fonds, Arundel 372, 
contient deux feuillets de garde arrachés à un ms. du Manuel de péchés. 
Enfin j'avais négligé de mentionner le ms. Grave 51, de la Bodleienne, 
dont il a été question plus haut, p. 309. Le texte qu'offre notre ms. 
ne contient guère que 5700 vers, soit la moitié du poème environ. Voici 
les premiers et les derniers vers : 

Ici comence la Manuel de péchez Nous seit aidaunt en ceste escrit 

[(/. 294 c) A vous deus choses mustrer 
Dunt hom se deit confesser, 
La vertu de! seint Espirit E ausi en la queu manere, 



1. J'ajoute que le ms. de Trinity Coll. Cambridge, signalé ci-dessus, p. 198, 
comme disparu depuis une quarantaine d'années, contenait une copie, accom- 
pagnée d'une traduction anglaise (qui ne paraît pas se trouver ailleurs), du même 
traité. De plus les deux premiers vers ont été écrits sur une page restée vide 
du ms. Harl. 377$ (fol. 74 v"). 

2. Romania, VIII, 333. 

3. En 183! et 1832; voir la préface du catalogue du fonds Arundel 
(Londres, 1834, in-fol.), et Edw. Edwards, Lives of the Founders of the Bntish 
Muséum, p. 201. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.I.i) ^I? 

Ke ne fet mie bon a tere, Ki cestescrit vot regarder. 

Car ceo est la vertu del sacrement, Primes dirroum la droite voie 

Dire le péché e coment. Ke fundement est de nostre iaye, 

Tuz pecchez ne poiim recunter, En quele ad doze point prové, 

Mes par taunt se pot remembrer Ke sunt articles apelé, 
E ses pecchez bien amender 

Fin (fol. 328 c): 

Ha! duce Dieu de majesté, E ciel e tere e mère fist il ensement, 

Qe pot comprendre ta bounté ! Li cors de servir a l'aime si verai de- 

Ki de sa grant bien pensât la sume [finement 

Ke avez fet a cheitif home. [(d) Ke l'aime ne seit dampné a jur de ju- 

Pur ceo priums Jhesu Crist qui fist la [gement '. 
[firmament 

17.— Pierre de Langtoft, Vie d'Edouard I.— Ce poème estune des 
parties de la chronique en laisses monorimes de Pierre de Langtoft, 
chanoine de Bridlington (Yorkshire), que Th. Wright a publiée en deux 
volumes dans la collection du Maître des rôles. On en possède plusieurs 
mss. plus ou moins complets, qui n'ont pas été tous indiqués par Wright 
dans sa préface. J'ai signalé en diverses occasions les mss. qui ont 
échappé à ses recherches î. Le ms. GG. 1. i. est mentionné dans la 
préface du tome second de l'édition. Th. Wright s'en est servi pour 
l'extrait de la chronique de Pierre de Langtoft qu'il a publié dans ses 
PoUtical Songs of England [London, 1839. Camden Society), p. 237 et 
suiv. Le titre de Brut donné dans notre ms. à la partie de la chro- 
nique de P. de Langtoft qui se rapporte à Edouard I, est exceptionnel, 
et n'a probablement pas d'autre raison d'être que le nom de Bruîus 
inséré dans le second des vers qu'on va lire, mais ce qui n'est nullement 
exceptionnel, c'est l'usage de copier comme un ouvrage complet en soi 
la partie de la chronique qui concerne Edouard I. Trois autres mss. 
offrent la même particularité, à savoir: Collège of arms 14 (Londres)^, 
Fairfax 24 (Oxford) 4, et Douce 120 (Oxford) 5. 



1 . La mesure montre assez que les quatre derniers vers ne sont pas de l'auteur 
du poème. 

2. Revue critique, 1867, II, 198, note 2 ; Bulletin de la Société des anciens 
textes, 1878, p. 105, note i, et p 140. 

5. Voy. le Catalogue de Sir Ch. Young (1829), p. 22; Fr. Michel, dans le 
volume de Rapports au Ministre publiés dans les Documents inédits^ p. 76; Le 
Roux de Lincy, Roman de Jirut, description des mss. p. ixxvij. 

4. Le n" 5904 dans les Catalogi de Bernard. 

^. Bulletin de la Soc. des anciens textes 1878, p. 140; Duffus Hardy, Des- 
cript. Catal. III, n° 433. 



314 p. MEYER 

Ici commence le Brut, cornent H bon rei Edward gaigna Escotz e Galis (f. 328 c.) 

Ky volt oyr des reys cornent chescune vesquit 
E(n) le ille de Brutus Bretainne appeller feist, 
E puis celé houre en sça ki gaignast ki perdist 
Comment li rei de Lyns Itaille tut venquist 



Fin (fol. 345 v") : 

For Sectes at Dunbar 
Haved et thayre gau char 

Schame of thar note, 
Wer never dogges there 
Hurled out cl herre^ 

Fro coylthe ne cotte 

Suivent quelques lignes latines pour compléter la page: « Quid est 
celum ? Celum habet octo gaudia celestia . . . 

18. — L'Image du monde. — On connaît environ soixante inss. de ce 
poème, sans compter les exemplaires de la rédaction en prose. Us ont été 
énumérésetsoumisàun classement provisoire par M. D. Grand, dans une 
thèse présentée récemment à l'Ecole des Chartes 5. Cesmss. se divisent en 
deux catégories assez nettement tranchées, selon qu'ils renferment ou ne 
renferment pas certaines additions dont la plus considérable est con- 
stituée par une vie de saint Brandan. La leçon de notre ms. appartient 
à la catégorie des mss. « non interpolés ». Victor Le Clerc, qui a lon- 
guement insisté sur cette distinction entre les deux classes de mss., est 
d'avis que les exemplaires où les additions manquent représentent seuls 
l'œuvre pure de l'auteur, et il suppose que la rédaction « interpolée » 
est l'œuvre d'un copiste messin « qui avait du loisir et surtout un grand 
amour des contes » 4. Depuis Le Clerc cette opinion est devenue cou- 
rante. Je crois au contraire qu'un examen attentif de la rédaction inter- 
polée suffit à montrer que l'interpolateur n'est autre que l'auteur lui- 
même, qui aurait ainsi fait deux rédactions de son ouvrage. C'est ce que 
j'essaierai de démontrer dans un prochain mémoire, mettant à profit, 
outre les éléments connus jusqu'à présent, un ms. déjà signalé, mais non 



1. Cf. l'édition de Wright, II, 162. 

2. Ces vers sont publiés par Wright dans la préface du second volume, 
X. ils ne se trouvent, selon lui, que'dans ce ms. 

3. Voy. les Positions des tlûses soutenues par Us élevés de la promotion de 1885, 
80 et celles de i88é, p. 85. 

4. Histoire littéraire, XXIII, 323. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG . I . I ) ^15 

étudié, dans lequel j'ai récemment découvert des données toutes nou- 
velles qui résolvent la question . 

Il est notable que parmi les nombreux mss. de l'Image du monde, 
plusieurs, appartenant, si je ne me trompe, à la rédaction la plus courte, 
ont été copiés en Angleterre. C'est la preuve que la Petite Philosophie, 
pourtant bien répandue, ne suffisait pas à satisfaire la curiosité de ceux 
qui voulaient acquérir, sans recourir aux livres latins, quelques éléments 
de cosmographie et de géographie. • 

(Fol. 346) Ccst livre de clcrgu en romaunce qi est appeliez Ymage dumounde 
contint par tut Av. chapitres e .xx. e .viij. figures, saunz qi le livre ne purreit pas 
estre légèrement entenduz^'qi est devisez par treis parties (suit la table des rubriques). 



Ki veot entendre a cest livre (f. 347) 

E savoir cornent il deit vivre 

E aprendre tiel clergie 

Dunt meuz vivera tout sa vie, 

Si lise tut primerement 

E après ordeniement, 

Si qu'il ne lise rien avaunt 

S'il ne athent ceo q'est devaunt. 

Einsi purra le livre entendre 

Qe autrement ne pot nuls emprendre. 

Fin (fol. 289 c] : 

E la joie de paradis 
Q_ue Dieu nous otroit a tut dis 
En qi toute pité habounde. 
Issi finist l'Ymage del mounde ; 
A Dieu comence e a Dieu prent fyn, 
Que ses biens nous doint a la fyn. 
[Amen. 
Vous qe aviez oï l'escrit 
Del fiz Dampnedeu Jhesu Crist, 
E puis del mounde que Dieu forma 



De Dieu parloms au commencement. 

Ky veot entendre a cest romaunce 
Si poet entendre a cest comaunz. 
Graunt partie de la laiture 
De! mounde, cornent par nature 
Fu fet de Dieu e acompliz... 



E de toutes les vertuz q'il ordina, 

Qe par cestui poez aprendre 

Qi del siècle volez entendre, 

Queu cbose soit e coment ceo est, (d) 

En ceste figure compris est ; 

Par ceste dereine figure 

En poez bien veer la faiture, 

Qe ici devant vous escrit est 

Coment li firmament fet est ' 



19. —La bonté des femmes. — Plaidoyer habilement tourné et vive- 
ment mené en faveur des femmes. L'objet de l'auteur a été principale- 
ment de réfuter les pièces dirigées contre le sexe faible qui abondent 
dans notre ancienne littérature ^ Sa discussion juridique pour prouver 



1. La figure annoncée par ces derniers vers occupe le r» du fol. 390. 

2. Voy. la liste que j'ai dressée des pièces contre les femmes, Remania, VI, 
499-500. 



?l6 p. MEYER 

qu'Adam fut plus coupable qu'Eve est véritablement curieuse. On remar- 
quera le passage (vv. 126-143) où il s'inscrit résolument en faux contre 
les récits selon lesquels Salomon, Sanson le fort et Absalon auraient été 
trompés par les femmes. Il est permis de croire que ses dénégations ne 
visaient pas la source première et respectée de ces récits, mais qu'il 
pensait à ce passage du Blâme des femmes : 

Neïs H sages Salemon, 

Qui de bien et si grant foison 

Que plus sages de lui ne fu, 

Fu par safamedeceiiz; 

Ausi refu Sanson Fortin ' 

ou quelque autre du même genre, car ces exemples de la tromperie des 
femmes étaient passés à l'état de lieu commun^. 

L'auteur était anglais: sa langue le prouve comme aussi la mention 
(v. 24) de Westminster et delà Tour de Londres. 

Il existe parmi les mss. du collège Saint-Jean, à Cambridge, une copie 
fautive et abrégée de notre poème : j'en ai publié, ici-même, VIII, 334, 
environ 80 vers dont je rapporterai en note les variantes utiles. Là où ce 
secours m'a manqué, le texte reste souvent inintelligible. 

Ci comence du bounté des femmes (/. 590 c). 

Cil fableùrs trop me grèvent Dount iur loaunge creistra. 

De rimer, qe ne sevent b Bien eit qe moy escutera ! 
Rimer, counter for de fable. 
4 Escutez un dist creable: fsunt 

De dames e de damoiseles Quant que sunt nez e a nestre 

Vous sache dire tiei noveles Saluz trestuz de quor parfount; 



^i. Je cite d'après Bibl. nat. fr. 1593 fol. 153 c Pour d'autres copies du 
même opuscule, voir Romanïa, VI, 499 et IX, 436. 

2. Cf. ci-dessus p. 219 le Facetus catalan, v. 1627-8. Dans un ms. du 
xv siècle je lis ces vers qui peuvent remonter auxiv«: 
Par femme fut Adam deceu. 
Et Virgiles moquez en fut; 
Ypocras en fut enherbez, 
Senson le fort deshonnorez; 
David fit faulx jugement 
Et Salemon faulx testament; 
Femme chevaucha Aristote : 
Il n'est rien que femme n'assote. 
(B. N. lat. 4641 E, fol. 142; ces vers se retrouvent ailleurs: voy. Bulletin 
des anciens textes, 1876, p. 129. 

Pour d'autres textes plus ou moins analogues, voir l'article de M. Tobler 
sur l'empereur Constantin, Jahrb. f. roman, u. cngl. Literalur, XIII, 104 et suiv. 
Pour la fable de la temme de Salomon, voy. Romania, IX, 536 et X, 626. 
6 S.-J. V. en dirray. — 9-18 Pour ces dix vers il y en a trois seulement dans 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE 

Trestuz saluz les maund 
1 2 Corne leaus e fin amaunt, 
E come profès en le ordre. 
E me veille, sachez, amordre 
De combatre pur fin aniur, 
i6 QMl n' i ad for douce odur 
E doucement, sachez, en fleire. 
Bone amur, qe est deboneire, 
Me ad prié devoutement 
20 Pur estre gardein de covent; 
E pur défendre la meisoun 
Su devenu lur champioun 
E lur countur e lur provostur 
24 A Wesmouster ou a la Tour, 
Tort e force maintenaunt 
Encuntre chescune mesdisaunt 
Pur les chivale[r]s al issir 
28 E pur les dames al revenir. 
Mes ja de l'eil en parlerom; 
Ne isterai de la meisoun 
De cunsail prendre avaunkant(?). 
j2 Meintenant veez ci mon gaunt: 
Pur l'amur nostre Sauveur 
Qe fistafemme taunt de honur 
Qe une pucele salua 
56 Par sun angle k'il enveia. 

Le noun Eve fu tost turné, (d) 
Qe de Eve fist l'angle ave. 
« Dieu vous sauve, Marie 
40 i De grâce replenie; 
« Li sires est en vous. 
« De touz femmes qe sunt 
« Par my ceste mounde 
44 « Beneïte seez vous, 
« E beneit seit le fruit 
(I Q^en vostre ventre crut, 
47 « Jhesu le très douce b. Amen. 



CAMBRIDGE (GG. I . l) ^7 

E ceofu, sachiez, le douce salue 
Dount nous avint tut le prue. 
Beneit seit le hure q'el nasqi! 

51 Desprisonés sûmes nous par H; 
Qe femme porta le raunçoun 
Qe nous reint de enfernal prisoun. 
Par femme est la dei'té 

55 Joint a nostre humilité. 
Qe vout les estories cercher 
Apertement porra trover 
Qe Dieu ad fet plus grant honur 

59 E mustré greignur amur 
A femme par sa curtaisie 
Qe a home que soit en vie. 
Nostre Seignur, bien dire le hos, 

63 Si fist Adam e Eve de un os; 
Os saunz char en sei est pure, 
Seec e nette, redde e dure; 
Os est blaunche come flour de 

67 E Adam qe fu fet de tay, [may. 
De vile tere, ceo dist lescrit; 
Conment purroit estre parfit 
Chose fet de purreture? 

71 Ceo serroit encuntre nature; 
Dount jeo vous [di] pur jugement 
Qe femme est natureument 
Braunche, necte e fin épure. 

7S E de ceo très bien moi assure 

[(/. 390 
Qe home qe fu fet de bowe ; 
A la barbe e a la jowe 
Poez bien veer la matire, 

79 Chescune quinze jour a reire. 
De barber e de hoster le ordure. 
Femmes deivent par droiture 
Eestre (sic) fines e creables 

8j E de lur cors plus estables 



22-3 S.-J. son, au lieu de lur. — 2/^11 y a entre 2^ et 2^ deux vers de plus 
dans S.-J. — 25 S.-J. T. et fort. — 29 S.-J d'eles ne. — 31 S.-J. a nul vi- 
vant. — 39-47 ^'î li^çon de S.-J. est tout autre. On a introduit ici la salutation 
angêliijue telle quelle se trouve un peu plus loin {ci-aprls art. 22, p. 322) dans le 
même ms. — 51 Ms. ici et ailleurs sum9, qui serait, selon le sens ordinaire de 
l'abréviation, sumus, mais on trouve aussi sûmes. — 53 II y a réellement remt et 
non reint. — 6; S.-J. Fist A. de tay e E. — 6^ S.-J. Et forte en sei, pure et 
d. — 74 S.-J. Blaunche. — 76 Le second qe est omis dans S.-J.., sans doute 
avec raison. — 81 Ms. devient. 



3i8 p. M 

Qe nul homme qe l'em trove ; 
Meintenaunt veez ci la prove. 

Sachez li femmis nous donassent 

87 E de aturs nous priassent, 
E nous donassent beaus douns, 
Si corne nous a eus fesoms, 
N'i avereit frere ne cordeler, 

91 Jacobin ne hospiteler, 
Heremite ne grey moigne 
Ne chivaler, saunz essoigne, 
Si une dame cointe e sage 

95 Ly dounast de bon courage, 
E poit a luy venir sovent 
E lui acoler doucement, 
E a la fiez en un bea lit, 

99 E la dame ust bon délit 
De li beiser e acoler, 
Iço vous di bien, un chivaler 
Freit adunk plus tost un saut 

103 Ke une dame, si Dieu me saut. 
Par ma vie e par ma mort, 
Femmes ount dreit, nous le tort. 
Remembrés vous feire justise 

107 Deceste prove en toute guise 
Qe jeo ai devaunt vous cy prové, 
Qe vous ne seez reprové. 
Si jeo poi mil aunz vivre 

1 1 1 Assez en averoie a matire 
Pur p[ar]ler de lur boneireté, 
E de lur bounté e de humilité, {b) 
Si ne deit pas estre celé 

1 1 5 Entir lur biens lur grant beauté; 

Que teus i sount qe plus pleise- 

[runt 

Lur beauté qe lur biens ne fount. 

Mes quant ces deus sontensemble, 



1 19 Dunkeest tuit bone, si me semble. 
Femme e angle unt un façoun ; 
Moût i ad bon comparisoun: 
Façoun de femme est de grant pris, 

123 Vermaille corne rose, blaunkecom 
Lur bouche savure a beiser [lyz, 
Plus ke gilofre a manger. 
Ceo qe l'em dit qe Salomon 

127 Samson le fort e Absolon 

Furent par lur femmes deceùs, 
De ceo ne seez pas ennuy[u]z, 
Tuit seit ceo en livre escrit, 

1 3 1 De fableie se entremist 

Qe primis fist celé escrivere; 
L'em trove meinte chose en livre 
Ou i n' i ad for divinaile. 

135 Ceo fu fable tuit sanz faille. 
Honny seit ore li escrivein 
Quant a sun gré mist la mayn 
Tiele mensoigne mectre en livre: 

1 39 11 fu hors de sen ou yvre 
U très mauveis rescriveyn(e), 
De ceo sui bien certein(e) 
Qe ascun(e) mauveis(e) li fist fere 

143 Qe a femmes fu contrere. 
Morir pust il desconfès 
Qe trop vers femmes seit engrès ! 
Qe vilein dist en reprover : 

147 Celé oysel eit mal encumbrer 
Qe foule soun demeinenye. 
Ore orrez pur quel le vous die, 
Qe ceo ne put dedir nuls, 

i\i Qe de femmes ne fumes issus: (c 
Dune est femme ny a home; 
Si come de le fut crest la poume, 
Si crest l'enfaunt naturelment 

155 De la mère, ore di coment : 



Susceptum semen sex primis, crede, diebus 
Est quasi lac, reliquisque .ix. fit sanguis ; at illud 
Consolidât duodenadles, duo nona dices (?) ; 
Effigiat, tempusque sequens producit ad ortum. 



86 li, corr. se. — 99 Corr. 0? — 124-5 Cf. dans une autre pièce sur lemcme 
sujet {Wright, Reliquias antiquaj, II, 219): De femme plus savoure un beiser j 
Que plein poyn de lorer.— 147-8 Prov. cite dans Us mêmes circonstances par 
Robert de Blois dans le morceau publié Remania, VI, 501 (v. 25-6). Pour l'au- 
teur de ce morceau voy. VI, 637. Le même prov. existe en anglais. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . I . T 



V9 



Herbergezsumesdedeinz lurflaunc, 
De els ewom char e saune. 
Ausi nurrist femme home 

I ^9 Come arbre fet peire ou poume. 
Ni est dune encuntre nature 
Si le fruit deit l'arbre destrure? 
Fruit ne poet sanz l'arbre cres- 
[tre. 

163 Sanz femme ne put nul neestre, 
Mes sanz home, come dit l'escrit, 
De femme un home nasquist ; 
Dune puis dire par de sa 

167 Ke dunkes home ne l'adessa. 
Si Jhesu Crist l'ust destené, 
Le siècle pout estre estoré 
Sanz home e de femme crestre, 

171 Mes de home ne put nul nestre. 
De femme feseit Dieu sa mère, 
Ne fist pas de home sun père; 
E dune devom plus obeier 

1 7 5 Femme par droit e bien server 
Qe'^nul home qe soit vivant, 
Ja ne seitil si puissaunt. 
Femme deit averseignurie 

179 Sur toute rien qe seit envie; 
Ciel e tere, quaneke li apent, 
Deit estre a sun comandement 
Volez ore saver pur quoy ? 

183 Sun fiz est si puissaunt roy 

Qe tuz rois sunt a li entendaunt. 
Ne ad dunk femme poer grant 
Qe tiel roy put sun fiz clamer, 

187 Qe tut le mounde ad en poer? 
E par nature dreiturere 
Qe fiz obéisse a sa mère , 
Dunk pertiI,mèsjeone[l]. dimye, 

191 Ke femme ad Dieu en sa baillie. 
Ne ad il donke a quoer la rage 
Qe fet a femme nul outrage, 
U que li trespas en fet ou en dite 

19 j Pur la vengaunce de sun fiz ? 



Garde sei petit e grant 

Qe de femme ne soit mesdisaunt 

La vengaunce fet a douter 

199 Del fiz qe ad si grant poer 
Honurez les sur toute rien, 
Ja ne troverez mes ki bien, 
Ke eles bones e douces sount; 

203 Ceo est tuit la joie deeeo mounde. 

De lur bounté ai aukes dit, 
Mes ma lange pas ne sufï(r)ist, 
Si jeo fuisse eserivein bon(e) 

207 Ausi sage corn Salomon(e), 
E vivereit tuz jours saunz fin, 
Ja en romaunce ne en latin 
Ne serroit counté ne dit 

21 1 Bounté de femme ne descrit. 
Ceo qe home dist que héritage 
Perdimes tut par utrage 
Eve, ceo est trestut faus, 

2 1 5 Qe nienz devum recter ceo maus : 
Si di(e) qe Adam plus trespassa 
Quand il de la poume manga. 
Ne fetis ja pur eonsaillur 

219 Rien qe tourne a deshonur, 
Jeo su certein(e) pur le trespas 

[(/• 392) 
Eve Adam ne perdi pas. 
Pur le furfet [de] la mulier 
223 Deit home nul disheriter? 

Ne ley escrit, ne vout pas [pas. 
Qe homecomperge autrui t[rjes- 

Quant Eve hust le fruit mangé, 
227 Si Adam se fust bien purpensé 

E sei ust détenu eom(e) sage 

Tenu eùst sun héritage; 

Dune di jeo qe tut[e] sa peine 
231 Li vint par sun trespas demeine, 

Dune ne put, sachez, remeidir; 

Que de Adam devum tuz pleidir. 



204 On trouvera dans la Romania, VIII, 535 les vers 204-11 et 294-5 tjui 
forment, avec deux vers que n'a pas le ms. GG, la fin du polme dans le ms. de Saint 
Jean. — 201 Corr. n'i ... ke. — 208 Corr. vivereie; S.-J. E vivere puisse. 



320 p. MEYER 

Recter devom, si a li noun , 
2J5 De nostredeserteisoun, 271 

Qe femme deit estre escondite 

Par ma reisoun avant dite. 

Si Adam ust fet come sage home 
239 A Eve dut détendu la poume, 275 

Si come ele fust a li suget, 

E ele n'ust, sachez, pur nul abet 

Del serpent la poume mangé 
243 Ne si hardi de aver atuché ; 279 

Ne cru le maufé tant ne quant, 

Mes Adam qe fu si sachaunt 

Etrestut plein de science 
247 Qe encuntre sa conscience 283 

E encuntre le tut puissaunt, 

Come ust esté un enfaunt, 

Crust le malfé, e tost receust, 
251 Par consaille le serpent le fruit. 287 

Ore seit qe Eve le consenti : 

Pur bien le fist, e entendi 

De fere bien saunz malice ; 
255 Si come le serpent le entice, 291 

Ele entisça Adam, dist leescrit, 

Sanz plus dire fors un(e) petit. 

Ceo est la lorce qe li a': {b) 

259 Eve enticyt, Adam le manga; 295 

E pur ceo puse bien prover 

Qe Eve ietmeins a blâmer. 

Endreit de ceo primer péché, 
263 Si Eve fust mal entecché, 299 

Par defaute de nurture 

De Adam qe l'aveit en cure 

De chastier e aprendre, 
267 Par la reisoun voil défendre 303 

Eve, eque Adam out le tort. 

Si vous ussez un homme mort 



E fuissez ore accoupé 
Devant justise e amené, 
Dirroit le justise : « Amys, 
« Avezvous cest(e) home occis.?» 
Vous qe ne poez dédire, [sire. 
Li respoundreit: « OyI, beau 
« Mes jeo vous di certeinement 
Qe ceo fu par enticement : 
« Robert, Willeam ou Wauter 
« Moi conseillerunt e Roger 
« A tieu jour celé home occire. » 
Quel dite vous, beau douce sire. ? 
Serra celui pur ceo sauvé 
U celé gent par li dampné, 
Tut par sun simple dist? Nanil ! 
Au conseil(e) du roy venent mil ; 
Chescun dirra sun avis, 
E quant li rois avéra tuit enquis 
Qei cil ad dit e cil e cil, 
Si prent le bone e lesce le vil;: 
Ja n'ert celui pur ceo dampné 
Ne de conseil le roy osté. 
Si la reisun peut suffire, 
Unke n'ad mester de plus dire. 
S'il i ad nule qe sei délit 
Bounté de lemme aver escrit, 
Ore a[i] jeo aukes recunté (c) 
De lur beauté e de lur bounté, 
Se vous di(e) to(s)t outre[e]ment 
K[eJ il mentunt tut hautement. 
Ke de femme rien niesdie, 
Dieu lur doint malencolie, 
E Dieu lur doint grant meschief. 
Mal en bouche, mal enchiet, 
E [la grant anguisse de deinz, 
E mal dehors e ma[l] deinz ! 



Suit immédiatement : 

Diabolus quosdam mordet per suggestionem, quosdam fedat per delectationem, 
quosdam vulnerat per consensum, quosdam dévorât per operacionem, absortum 
revocat per miseracionem. 



239 dut, corr. eust. — 258 sic, lis. q'el i a. — 275 Corr. respoundreiz. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIGE (GG.1.1) ^21 

La pièce suivante paraît être un résumé des arguments théologiques 
en faveur des femmes. 

Mulier prefcrlur viro, s[cilicet] : 

Materia. Quia Adam factus de limo terre, Eva de Costa Ade. {Cf. vv. 62-80). 

Loco. Quia Adam factus extra paradisum, Eva in Paradiso. 

In conccptionc. Qnh mulier concepit Deum, quod homo non potuit. (Cf. vv. 

165-6). 
Apparicione. Quia Christus primo apparuit mulieri post resurrcctionem, scilicet 

Magdelene. 
Exaltalionc. Quia mulier exaltata est super choros angelorum, scilicet beata 

Maria. 

Quoique ces lignes latines aient déjà été imprimées ici-même ^Vl, 501), 
j'ai cru utile de les reproduire afm de pouvoir indiquer par des renvois les 
rapports qu'elles offrent avec notre poème. Ajoutons que plusieurs des 
arguments ici résumés sous une forme scolastique se trouvent ailleurs en 
core: dans Robert de Blois (/. /.), dans le commentaire de Francesco da 
Barberino, oij se lit cette sentence, attribuée à la comtesse de Die, que la 
femme est plus noble que l'homme « quoniam vir de humo et terra lutosa 
« creatus seu formatus extiterit, femina vero de nobilissima costa humana 
<( jam mundificata Dei presidio, quod ex utriusque manus lavatione pro- 
« babat' » ; dans le poème de Serveri de Girone', etc. 

20. — Le Credo paraphrasé en vers. — Cette pièce et les deux qui 
viennent après font immédiatement suite sur la même page (fol. 392 v°) 
au morceau latin qui précède. La paraphrase du Credo en douze vers 
ne se rencontre point ailleurs, que je sache. Je crois que l'auteur, évi- 
demment anglais, a eu l'intention de faire des vers de seize syllabes, 
cf. plus haut, p, 309, art. 14. 

Credo in Deum. 

Jeo crei en Dieu tait puissaunt père qe cria ciel e tere, 
E qe Jhesu nostre sire est un soûl fiz au puissaunt père, 
Qe conseu fust del seint Espirit e de la virgine Marie né. 

4 Peine e passioun suffri pur nous e en la croiz fu attaché, 
Mort estoit e enseveli e en le sepulchre reposa, 
En enferns descendit, le tierce jour releva; 
Le ciel mounta ou siet a destre Dieu sun père tut puissaunt ; 

8 De illuc vendra pur juger mortz e vifs^ petitz e granz. 



1. A. Thomas, Francesco da Baiterino, p. 173. — M. Thomas propose 
de corriger comparatione^ mais le passage, bien qu'obscur, ne semble pas appeler 
de correction. 

2. Suchier, Denkmaler^ 1, 261. 

Romanla. XV. 21 



322 P. MEYER 

Jeo crei ausi en le seint Espirit e tut la seinte cristieneté, 
Le sacrementz de seint Eglise e pardoun aver de pecché, 
Qe tuz releverunt a drein jour e serrunt lors jugés, 
12 E la vie pardurable qe Dieu nous graunt par sa pité. Amen. 

21. — Le Pater paraphrasé en vers. — Il est visible que cette para- 
phrase a été faite en Angleterre. Les fautes contre la mesure sont nom- 
breuses et résistent à la correction ; certaines rimes sont purement 
anglo-normandes. Une autre version, ayant la même origine, sera publiée 
plus loin d'après le ms. GG. 4. 32. On connaît en français d'Angleterre 
et du continent d'autres traductions ou paraphrases en vers du pater, voy. 
La Bible française de M. S. Berger, p. 25-6 et ma notice du ms. 
Phillipps83 36, n° 47, [Romania, XIII, $54). 

Dominica oracio. Hui nous donez pain jurnel; 
Reieissez trespas a peccheurs, 

Père qe as en ciel sojourn, Si corne nous fesums a nos nuisors. 

Seintefié seit toun noun ; Ne suffrez pas que seum encumbrez 

Tun règne nous seit prest(e), Par temtatioun, einz délivrez 

E ta volunté seit fet Nous de tuz maus par ta mein. 

Ci en tere corne e[n] ciel. Geo nous grantés, sire, Amen. 

22. — L'Ave Maria en couplets coués. — Cette courte pièce débute 
comme un autre Ave Maria, également en couplets coués, qui se trouve 
dans le ms. Phillips83 36; voy. Romania, XIII, 526. Les deux premiers 
vers seulement sont identiques de part et d'autre. Je ne connais du 
texte qui suit qu'une autre copie, celle qui a été introduite dans la Bonté 
des femmes (ci-dessus, nMç, p. 317, col. i). 



Li Sires est en vous. 



Ave Maria 

Dieu vous sauve Marie 
De grâce replenie, 

De tut femmes que sunt ) „ ., , 

n . j i Beneit seez vus ! 

Parmy ceste mounde 



E beneit seit le frut 
K'en vostre ventre crust, 



Jhesu li très duz! Amen. 



23. — Pronostics. — Les pronostics exprimés dans le poème qui suit 
se rapportent aux événements généraux de l'année, et particulièrement 
aux saisons, aux récoltes. J'ai disserté en une autre occasion' sur ce 



1. Bulletin de la Soc. des anciens textes, 1883, p. 84 et suiv. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . 1 . I ) 32^ 

genre de prévisions, et j'ai montré qu'elles se divisent en deux séries, 
qui se distinguent par leur point de départ, la conception générale restant 
identique. Dans toutes ces prédictions l'idée commune est que les événe- 
ments de l'année qui va s'ouvrir sont déterminés par la co'incidence 
d'une date fixe avec tel ou tel jour de la semaine; dans les prédictions 
de la première série cette date est le premier janvier, dans la seconde série 
c'est le jour de Nocl. Les unes et les autres sont souvent placées dans 
les mss. sous le nom d'Ezechiel, ou sous celui d'Esdras. Ici la coïncidence 
est établie avec le jour de Noël. J'ai publié, dans la dissertation précitée ', 
un texte latin qui appartient à la même série et offre avec notre poème 
des rapports étroits, sans que je puisse affirmer qu'il n'existe pas du 
même texte latin quelque variante encore plus voisine de notre petit 
poème. J'ai aussi indiqué trois rédactions françaises en prose de ces pro- 
nostics dans des mss. de la Bibliothèque nationale; j'en pourrais signaler 
bien d'autres. Citons seulement celles qu'offrent le ms. EE. i. i. de 
l'Université de Cambridge (fol. i) et Phillipps 4156 (fol. 183). 

La rédaction en vers que nous offre notre ms. est indubitablement 
d'origine anglaise. La versification en est extrêmement faible. L'auteur, 
tout en se proposant de faire des vers rimant par paires, n'a pas résisté 
à la tentation d'aligner de longues séries de vers en unt. Il faut dire que 
le sujets'}' prêtait singulièrement. L'opuscule est précédé d'une rubrique 
envers, circonstance dont j'ai déjà cité d'assez nombreux exemples dans 
la poésie anglo-normande, voy. Romania, XIII, 521. Une autre copie du 
même texte nous a été conservée par le ms. 59 de Corpus Chr. Coll., 
Oxford ;fol. 1 16). J'en donne les variantes. Elle contient la même rubrique 
que le ms. de Cambridge. 

Ci comence la rcison Veals, pecunie, forment crèstrunt; 

Del tais de l'iln{é) e de la seisoun Mult par ert, cel an, bon blé; 

E des koures queus i senunt 8 De mol avérez a graunt planté; 

E des au[n]tures2 qe avendrunt. Curtiis e gandins fructiferunt; 

Pees et concorde cel an serrunt. 

Quant pardimaine avez la Nati- Cel an ert fet nieinte larcin(e); 

[vite, 12 Veuz homes murrunt sanz fin(e). 

Idunc avérez bon an esecche esté, Le(s) plus de femmes que cel an 

Ver e iver bon e moût ventouse; [murrunt 

4 Vignes erent moût plentivuse; Par jur de dimaine finirunt, 

Uailes cel an multiplierunt; Ki cel an rien comencer vodra 



1. P. 88, note. 

2. C'est l'ancienne forme anglaise à'avenUire ; voy. James A.H. Murray, 
Dict. hist. de l'anglai.s, sous adventure. 

j c omet e et moût. — s C Owayles. — 7 M. p. serunt bon li blé. — 8 a. 
mut g. p. — 9 C. g. multeplierunt. — 10 an fet s. — 12 m. sel an sen fin. 



324 

i6 Saunz failler finir le purra. 
Les enfantz qe cel an nestruni 
Grantz e fors e beaus serrunt. 

Quant par lundi avérez la Nativité, 
20 Cel jour avérez commun horré. 

Le tensde ver avérez ventous^e), 

Secche estée tempestus(e); 

En aiist avérez maen horré, 
24 Ne bien secche ne bien moillé. 

En plusurs lius orrez medlé 

De(s) chivalers grant plenté. 

Mult mères cel an plurunt 
28 Pur lur enfanz qe els perdrunt, 

Cel(e) an avérez graunt gelé, 

E plusurs princes finerunt lur es. 

Vignes avérez menement. 
32 E grant mortalité de gent. 

Les plusurs de gentz qe murrunt 

Jeuvenes e petiz enfantz serrunt. 

Ki cel an neistrunt hardiz e fortz 

[serrunt 

36 Mèsees e pecunie perirunt. (t) 

Ki nul bien volt commencer 

Finir le poet saunz desturber. 

Ki par Lundi enmaladira 
40 De celé maladi bien tost garra; 

U ki par Lundi avéra riem emblé 

En icel an ert retrové. 

Quant la Nativité ert par Mardi, 



p. MEYER 



44 Sachez, pur veir le vous die, 
Iver avérez graunt e tenebruse, 
Od neif e od diluvie tempestuse. 
Ver e esté moist serrunt; [runt 

48 Aiist ert secche, mes feins peri- 
E pecune cel an descrestrunt; 
Nefs en mer mult perirunt, 
Grantz pestilences icel an serrunt, 

^2 Fruiz e curtils apparirunt, 
Reis e princes perirunt. 
Cil qui les vignes edifierunt. 
Cel an femmes murrirunt 

^6 De lur travaille mult perdrunt; 
Enfanz qi cel an neistrunt. 
Fors ecoveituse serrunt. 
Ains jusques parvendrunt 

60 A grant âge qi dune nestrunt. 

Quant la Nativité ert Megerdi , 
Sachez qe vers le vous di, 
Iver dur, ver ventouse 

64 Avérez moist, moût nuouse; 
Mult avérez edunc bon esté, 
E aust avérez bien atempré; 
Cens de vignes mult travaillerunt 

68 E ees meinement mel averunt. 

Quant par Judi ert la Nativité; 
Mult avérez bon an e bon esté, 
Ver avérez bon e ventouse, 
72 Profitable nent e ennuieuse; 
Vin e mel habunderunt; (c) 



16 San fayle. — 20 Sel ivern a. — 21 Le t. de ivern. — 23 Esté sec et tempes- 
tious. — 23 meint orée. — 26 De ch. g. asemlé. — 27 Mutes m. — 30 E 
omis. — 33 Le plus detens, — 35 hardiz e omis. — 36 eus en pecunne p. 
— 37 Ki n. b. sel an vodra. — 38 le porra. 

40 de cel mal. — 41 ki, riem omis. — 42 returné. — 44 Sertes verement 
vus di. — 46 e omis. — 47 moyte s. — 48 sec fint p. — 49 E p. desterunt, 
avec n au-dissus de ie. — 50 E nef. — 5 1 Dans C: l'ordre des vers est 50, 53, 
^5, 54, 56, 51, ^2, 57. — 56 travail femme p. — 57 Seus ke. — 59 Ainz 
unkes avendruni ; corr. Avisunques (cf. S. Alexis, 115 e,et la note de G. Paris). 
61 ert par mecredi. — 62 Sertes je le vus di de fi. — 64 m. et annuius. — 
65 edunc omis. — 66 E, bien, omis. 

67 Gens de vines mut travailent 
Gardins en plusurs liu[s] failent 
Uwailes, peunies défunt (?) 
Etes et mel memement (sic) averunt. 
69 avérez la. ■ — 72 P. et nente. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG . 1 . I ) 325 

Des plus grantz crétines serrunt. E boefs e vaches issi frunt. 

Cil qi en cel an nesterunt [runt. 

Quant la Nativité ert par V'en- 92 Fors e luxurieuse pur veirs ser* 
[dcrdi, 

76 Sachez, verraiinent le vous di, Quant la Nativité ert par Samedi 

Iver avérez merveilleuse, Iver avérés trubles, le vous di, 

Mult pesaunt e ennuiuse, Esté bon, ver ventouse, 

Ver bon e secch esté, 96 Aùst moist e travailleuse. 

80 E de furment graunt marché. Veuz home cel an murrunt, 

Dolur des oez mult serra E blees par lius chiers serrunt. 

Entre la gent qe moul demurra; Mult femmes habunderunt. 

Aust ert secche e assez de blé, 100 En cel an mult nesterunt; 

84 E de vin, sachez, a grant plenté; Neifs e craitines multiplierunt. 

Petiz enfanz mult murrunt, [runt, Roseez e pluvies grans serrunt, 

Batailles de chivalers mult er- E ees forment descrestrunt, 

Estranges noveles parorrez 104 Car poi de bien coillerunt; 

88 Entre princes e coronez. E cil q'en cel an ncstrunt 

Ouwailles cel an perirunt, Ains unkes bons serrunt. 

Le reste du fol. 593 et les fï. 394 à 399 a sont occupés par divers 
morceaux latins dont je me contenterai de donner ici une brève indica- 
tion : 1° « Qiiando puer nascitar. Si natus fuerit homo die dominica... » 
Pronostics tirés du jour de la naissance. — 2" « De etate hominis. Prima 
« etas infancia. .. » Division de la vie de l'homme en six âges. — 5''\< De 
a sanguinis minucione. Quarta luna bona... ». Jours de la lune oij il est 
avantageux ou périlleux de se saigner ou de prendre médecine, — 
« 4° « Denceptionemedlcinarum. MenseJanuariosanguinemnonminuas...» 
Il est question des endroits où il faut pratiquer la saignée, selon les jours 
de la semaine. — 5° « De tonitmo experimentum. Mense Januarii si lonitrus 
« sonuerit... » Pronostics tirés du tonnerre. — 6° « Sententie 
« Danielis hec sunt: Arma in sompno portare... » Signification des 
songes. — 70 « De sacramentis ecclesie. Quotsunt sacramentaEcclesie... « 
On voit que la plupart de ces morceaux ont trait à des superstitions 
qui ont été très répandues jusqu'à une époque voisine de la nôtre. Il n'y 
a pas d'utilité à publier ici ces petits textes isolément. Ce sont des 
« matériaux », dira-t-on. Mais des matériaux trop dispersés courent bien 



74 De plues g. — 80 g. plenté. — 82 m. muera (.?) — 83 sec aset ert b. 

— 84 v.mut g. p. — 87 par tere verret. — 88 e omis. — 91 pur veirs omis. 

— 94 trublus de fi. — 95 Ivern esté et veir e tayus (?) — 99 femmes mut. 

— 100 mutes n. — 101-2 Fustens (?) et plues mut serrunt | Neifs e tertines 
abunderunt. Au v. 102 traitine ou tertine doit itre corrige crétines. — 104 
quiller porrunt. — io$ Icil ke sel an. — 102 Enviz unkes bon s.; corr. 
Avisunkes, cf. v. 59, 



}26 p. MEYER 

risque de ne pas trouver qui les emploie. Je forme depuis longtemps un 
dossier des pièces de ce genre que je rencontre dans mes recherches. 
Le nombre en est déjà considérable, et j'en ferai quelque jour un volume. 

24. — La légende du bois de la croix — Récit qui se rencontre sous 
une infinité de formes. J'en ai signalé quelques-unes, il y a bien des 
années, dans un compte rendu critique du Mystère de Jésus édhé eltradmt 
par M. de la Villemarqué '. Depuis le sujet a été repris et étudié avec 
autant d'érudition que desagacité par M. Mussafia2,par M. W. MeyerJ, 
enfin par M. H. Suchier^. Toutefois il reste encore beaucoup à dire 
sur certains points, notamment sur l'histoire de la légende dans la 
littérature française. Il y aura lieu de distinguer les rédactions en prose 
et en vers, et d'examiner ce qu'on trouve sur ce sujet dans les compi- 
lations, notamment àansVlmage du monde. Pour ce moment je me borne 
à dire que la version conservée dans le ms. GG.i.i., caractérisée surtout 
par son prologue, n'est pas celle qu'on rencontre le plus fréquemment 
dans les mss. J'en signalerai une autre copie dans le ms. 0. i. 17. 
ff. 275 v° à 279, de Trinity Coll. Cambridge. Voir aussi Fr, Michel, 
Tristan, I, lvii. 

Ici comcncc la romance dd scinte croyz e de Adam nostre prcmcre picn (f. 399 ^). 

Qui vodra saver e oyer de la verrai croiz, dunt ele vint e de quel fut ele 
crust, e come longement le abre fu vert, e qi le porta à Jerl'm, met enver moy 
amiable entente, e jeo lui cuntera[i] la vérité, solum ceo quel'em trove en escrit 
en ebru une partie e grant partie en latine. 

Adam nostre prumere piere, quant fu getté hors de paradis terrestre pur sun 
pecché, cria en haut voiz la miséricorde de Dieu, e Dieu par sa pité e par 
benigneté li $ perizomata, ceo est une manere de peliz, e promist a lui ke lui 
envei[e]roit le oyle de miséricorde en le plenté de temps. Puis vint Adam e sa 
femme en le val de Ebron, e la suffrist meinte travaille en mal aan e en sun(t) 
cors e en dolur de sun quoer, e la engendra de sa femme deuz fiz, Caym e 
Abel. 

Fin (fol. 402 c) : 

E quant li félons Jeues le urent dampnez e jugés a la mort, si dist un de 



1. Rivue criti^ue^ 1886, I, 221, 

2. Sulla Icggtnda dd legno ddla croce, comptes rendus de l'Acad. de Vienne, 
classe de philosophie et d'histoire, LXllI, 165-216 (1869). 

j. Dans les mémoires de l'Acad. de Munich, classe de philosophie et de 
philologie, XIV, m (1882), 101 et suiv. 

4. DcnkmceUr fTOvcnzalischcr LiUralur u. Sprjche, I, 16J-200 et 525-8. Je 
constate en passant que la version provençale publiée par M. Suchier comme 
texte A est traduite d'un texte français fort répandu et non du latin. 

j. Sic, manque un verbe; p. e. dona? latin: indutus perizomate. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE COMBRIDGE (gG.I.I) 327 

eus par prophecie: « Pernez cele fut qe gist dehors la vile, outre cele russel; 
si en fêtes une croiz de .vij. eûtes de lungure, e de quatre coûtes en travers. » 
Si firent comme iur fu comandé e crucifièrent (d) nostre Seignur Jhesu Crist 
desus, qe nous sauva par sa dusur e par sa bunté, si nous deservir volums. 
En ceste manere corne jeo vous ai cunté Dieu voleit qe nostre redempcioun 
veneit de meime le lu e de meime le arbre, dount nostre perdicioun surdi pri- 
merement; e de meime le fruit, e de meisme la bouche crust nostre salvacioun. 
E issi corne nous sûmes par femme Dieu descordez, issi sûmes par femme a ly 
reconciliez », 

La dernière colonne du feuillet 402 est occupée par un morceau 
attribué, ici et en maint autre texte, à saint Jérôme. On le trouve dans 
VHistorlcL scoîastica de Pierre Le Mangeur [Hist. emng., ch. 141). Inc.: 
« Invenit Jeronimus in annalibus Judeorum de .xv. diebus ante diem judicii. 
Primo, eriget se mare in altum .xl. cubitis super altitudinem monlium. . . » ' . 

25. — Abrégé de la Bible en vers rhythmiques. 

Compcndium historiaram (fol. 403). 
Vos qui concupiscitis statum vestrum scire, 
Hec signa tractabitis que dant invenire 
Omnia que possitis de nobis audire; 
Quid estis vel eritis hic est reperire. 

26. — Miracle de la Vierge. — Ce miracle a quelque rapport avec 
celui du clerc malade d'un cancer à la bouche que la Vierge Marie visita 
en songe et guérit en lui donnant le sein. Réduit essentiellement à ces 
termes, le récit se rencontre sous des formes nombreuses 2. Mais ici il y a 
quelque chose de plus. Le clerc est transporté en songe dans un jardin 
magnifique où on distingue particulièrement vingt-trois fleurs dont l'une 
l'emporte sur toutes les autres en beauté. Comme dans toutes les visions 
relatives à la vie future, il est accompagné d'un guide, un ange dans le 



1. Voici le début d'une autre rédaction (Ms. d'Evreux n' 9, fol. 138; 
XII<= siècle) : 

Signa que even'unt .xv. diebus ante diem judicii, sumpta ex annalibus Hcbrcorum. 
« Maria omnia in altitudine .xv. cubitorum exaltabuntur super montes excelsos, 
orbem terrarum non affligentia, sed sicut mûri equora slabunt. Omnia equora 
prosternentur in ununi...» — C'est la version citée d'après saint Thomas d'Aquin 
par M"" Michaëlis, Anhiv. de Herrig, XLVI, 58- 

2. Texte latin : Vincent de Beauvais, Spcc'. Hist. VII, Lxxxiv (éd. de 1624, 
p. 251-2); version provençale. Romjnia, VIII, 18-9; version française en vers 
de Gautier de Coincy, éd. Poquet, 342-6. Ces trois textes représentent une 
même forme, oii le moine se dévore lui-même la langue et les lèvres. Une autre 
forme, où, comme dans les textes qui nous occupent, le moine souffre d'une 
maladie de peau, est traitée par G. de Coincy, 345-54. Cf. encore la rédaction 
du ms. fr. 818, fol. 62. Quant aux versions en prose française, il serait trop 
long de les énumérer. 



J28 p. MEYER 

cas présent, qui lui fait savoir que ce jardin est le Paradis, ou quelque 
chose d'approchant, et lui explique la signification allégorique des vingt- 
trois fleurs. La Vierge opère, par le procédé susindiqué, la guérison du 
clerc, qui, néanmoins, meurt plein d'espérance après avoir conté sa vision 
à son évêque. 

Sous cette forme, à laquelle on pourrait donner le nom de « vision du 
champ fleuri » le miracle se rencontre en trois rédactions, toutes en vers 
et d'origine anglaise, à savoir dans le recueil de Miracles de la Vierge 
d'Adgar ' ; 2" dans le fragment que j'ai en partie publié, ci-dessus, pp. 
272-5 ; 3" dans le texte ci-après. Je ne prétends nullement indiquer ici 
l'ordre chronologique de ces trois rédactions ; je suis toutefois porté à 
croire que celle d'Adgar. est la plus ancienne. La troisième, dont on trou- 
vera ci-après l'analyse accompagnée de quelques extraits, ne nous a pas 
été conservée seulement dans le ms. de Cambridge : elle se trouve en- 
core à la fin d'un recueil de miracles de la Vierge, paraissant former un 
ouvrage complet en soi, dont l'unique ms. (sauf erreur) appartient au 
Musée britannique (Old Roy. 20. B. XIV). M. Neuhaus en a édité les 
vingt-quatre premiers vers* pour compléter la rédaction d'Adgar qui a 
cet endroit offre une lacune. Il y a, entre les diverses rédactions, quel- 
ques différences dans le détail de l'allégorie. Je crois néanmoins qu'elles 
dériventtoutes trois d'un même récit latin, qui n'a pas encore été retrouvé. 

Miracalum sancte Marie Virginis Come plus finement Tenama 

(fol. 404 d). De plus en plus se délita. 

Si cum encountent' ses amis chiers 

Entre les overaines de charité Celé clerk estoit un des primers 

Ke ad fet la Reyne par sa pité, Ke les 2 heures primes coniplia; 

Une douce fet vous cunterai Pur ceo unke après ne fina 

E puis après me reposerai. De dire les doucement; 

Vers Europe, en celé partie, A lui servir meut bien s'entent, 

Estoit un clerk de bêle vie. Ove lermes moût très pitousement 

Moût fu devout en seinte église Les oures diseit mult sovent î. 
E la dame ama sanz feintise. (/. 405) 

Atteint d'un cancer à la bouche, le clerc se voit abandonné de tout le monde 
saut de son évêque qui l'avait pris en affection et ne cessait de le conforter par 



1. Adgar's Marienkgendcn... hgg. von C. Neuhaus (Heilbronn, 1886), pp. 

2. Ouvrage cite, pp. 28-29. 
j. B recuntent. 

4. B Ki ces. 

5. Ces quatre vers sur un: même rime sont réduits à deux dans B: De dire les 
devoutement | Les cures disert mult sovent. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.I.I) P9 

de bonnes paroles. Un jour qu'il s'était endormi, le malade eut une vision. Un 
ange l'emmena en une délicieuse prairie. 11 y vit vingt-deux fleurs qui surpas- 
saient toutes les autres en beauté et en parfum. Une vingt-troisième, plus belle 
encore, avait sept pétales. L'ange lui explique ces merveilles : le champ lui est 
donné en récompense de l'amour qu'il a porté à la ^Vierge. Les vingt-deux 
fleurs sont les psaumes qu'il a chantés en son honneur. La fleur qui l'emportait 
sur toutes. 



Ceo est la premere saume de prime 

[(/.405 c/) 
Ke en i ajustâtes vous meïsme, 
Dcus in riominc tuo vous l'apelez. 
La signifiaunce tost en saverez: 
N'est pas la greindre, mes la meinur; 



Seet foilletes ad en sa flour, 
En la saume sunt ,vij. vers, ceo quide' : 
Ces sunt les .vij. grâces del Seint 
[Esperit ; (/. 406) 
Ceo est la signifiaunce des flurs 
E des graindres et des menurs. 



Bientôt le clerc entre en un temple en or bruni, tout enrichi de pierres pré- 
cieuses. Il y voit la Vierge Marie qui l'appelle à lui et le presse dans ses bras, 



Si corne fere soleit sun fiz 
Quant il estoit jeovenes e peti(ti)z, 
Taunt q'ele mette sa blaunche mayn, 
Sa seinte mamel trest hors de sun seyn 
[(/". 406 b) 
E al clerc la mist en bouche. 
E il le très douce let en souche 
De la bouche qe fu si orde. 
Si le dist la mère de miséricorde: 



Suchez, beau fiz, suchez a trete; 
Sachez qe grant bien vous fête. 
Cest[e] mamele qe habounde 
Nurrist le créature de universe 
[munde, 
Qe fist tuit, [e] ciel e tere : 
Par ceste porezta saunté conquere. 
N'est pas dreit qe taunt seez grevée, 
La bouche qe m'ad souvent louée. » 



Le clerc se reveille guéri. La puanteur qu'exhalait sa bouche se change en 
une odeur délicieuse. La nouvelle de cette cure merveilleuse se répand, l'évêque 
est averti. Le clerc lui demande la communion, et meurt après l'avoir reçue. 



E vous seignurs, ne doutez mie (/. 

Ke la dame ne l'ad seisie [406 d) 

Ke tiele secour li out mustré 

La mist en joie que n'ert fine. 

E le vesque cel(e) seint(e) cors prent 

Si|^l] mist en sarcu mult noblement. 

Issi rent a chescun sun servise 



La douce dame en meinte guise, 
E qi bonement e bien la sert, 
Sachez, sun servise pas n'i pert. 
Benoit soit la mère nostre Seignur 
Par qeest achevé (celé i)cest(e) labur^, 
Amen. 



27. — Apocalypse en français. — Version dont il existe un très grand 



1. Le psaume LUI (Deus in nomine tuo) a en effet sept versets. 

2. Ms. lobonr. 



JJO p. MEYER 

nombre de copies, surtout en Angleterre. Elles sont souvent ornées de 
miniatures ; parfois les peintures occupent la plus grande partie de cha- 
que page et ne laissent au texte que quelques lignes. Ici Pillustration 
est assez copieuse, mais la qualité en est fort ordinaire. Sur cette version 
voir Romania, VIII, 326, note 3, et surtout S, Berger, La Bible française, 
pp. 78 et suiv. Le texte commence ainsi (fol. 407) : 

Seint Pol li apostle dit qe tuz iceuz qi veilent piement vivre en Ihesu Crist, 
qe il suffrunt persecucion. Mes nostre très duz seignur Jhesu Crist ne voetpas 
qe ces esliz défaillent en tribuiacioun ; pur ceo les cunfort il de sei meismes e 
donne ve[r]tu de sa grâce, e dit: « Ne eiez pour, jeo su od vous tuz les iours 
« deskes a la fin de ceste siècle. ...» 

Fin (fol. 439 J'"): 

Ceo qe il dist : « La grâce nostre sire Jhesu Crist seit od vous touz » signe- 
[fie] la vie de grâce qe Nostre Sire ad donné a seinte église par la mort 
Jhesu Crist e par sa resurreccion, desqe ele viegne a la vie de glorie. Jhesu 
Crist le fiz seinte Marie, qi est un Dieu tut puissaunt od le père e Seint Esperit, 
nous alume les quors de verray creaunce e esleve par ferme esperaunce e es- 
prenge par verrai charité, e nous doint issi en li vivre e morir qe nous puissum 
ove li en sa glorie en cors e en aime saunz fin régner. Amen. 
kl finisf la pocalipse en romance. 

28. — Le Roman des Sept Sages, en prose. — C'est la version la 
plus répandue, celle qu'a publiée Le Roux de Lincy, à la suite de VEssai 
sur les fables indiennes de Loiseleur Deslongchamps (1838). Les nombreux 
mss. qu'on en possède se répartissent en divers groupes que G. Paris a 
déterminés dans sa préface aux Sept Sages de RomeK La copie que ren- 
ferme le ms. GG. 1 . i appartient au groupe A de ce classement. 

Ici commence le livre qc est appclcc le set sages en romauncc (f. 440). 
A Rome out une empereur qi out a noun Dioclicien. Il out femme Eve; de 
celé femme li fu remès une heire malez. Li emperere fu veuz, e li enfes out ja 
.vij. anz. Un jour appelle li empereres ses .vij. sages chascun parsoun noun... 

29. — Physionomie. — Da Secreîum secretorum attribué à Aristote 
s'est détaché de bonne heure un chapitre, le dernier, qui a souvent été 
copié et traduit comme un opuscule à part, qu'on n'hésitait pas à attribuer 
à Aristote. Les versions françaises de cet opuscule sont nombreuses, et 
l'une d'elles a été imprimée à la fm du xv^ siècle 2. Pour les distinguer 
et les classer, il ne faudrait rien de moins qu'un véritable mémoire, qui 



1. Société des anciens textes français, 1876; voy. pp. x-xxvj. 

2. Voy. sur les éditions de cet opuscule le catalogue de la Bibliothèque 
J. de Rothschild, I, 104-7 '""' '9') '92)- 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.I.l) ^]l 

ne saurait prendre place dans cette notice. Je me borne donc à donner 
ici le début et la fin du texte du ms. de Cambridge: 

De phisaumie (f. 464 c). 

Que ceste phisenemie voudra juger, ne mette ja sa entente en un seul significa- 
cioun, mes joignez ceals qe il purra plus apertement veer e saver. Equant con- 
trarie avigne des significacions, si amesure dunk les vertuz e les tcsmoignes, e 
solum ceaus qe plus acorde juggez hardiement. E si devez savoir que les signi- 
ficacions de la face e des oeils sunt plus fermes e plus estables qe les altres. 

De la complexion de la teste et de la cervele. 

La frome (sk) de la cervel estent [sic) e petite est figure del cerveiler... 

Fin (fol . 466 b c) : 

Nature de femme. 

Femmes de toute maneres de bestes sont plus diverses de corage e meins 
purrunt suffrir, e plus tost (c) sunt turnez e tost corucez e tost appaissez, e 
plus cointes de mal engyn, e abatauntz sanz vergoine; e unt petite teste e sub- 
tive face, subtive col, piz e espaules estreites, subtive flanc, quises grossez de 
aumbe pars, e les nages charniz e sunt moles ; les uns hardives e les uns plein 
de cowardies. 

Ex pliât. 

30. — Pronostics selon le mois de la naissance; à l'explicit: « cons- 
tellation. » — Nous avons rencontré plus haut (p. 325) un court morceau 
latin indiquant les pronostics à tirer du jour de la naissance. Ici, comme 
en certains almanachs, le pronostic dépend du mois. Le texte est en 
prose rimée, forme qui a été souvent employée pour des pièces popu- 
laires de cette nature. En tête se trouve un prologue dont l'auteur 
s'efforce de répondre par avance aux objections que pourraient soulever 
les prévisions qui suivent. 

La nature de home par sa naissance, prose > (f. 466 c) 

Pur ceo qe solum les diversetés du temps se chaungerent les establementz 
des homes, auxi solum les diversetés de ordre de nature se chaunge, ne pas de 
tut, e ceo n'est pas par défaut de art, mes par la complexioun de l'home que 
est chaungé. E pur ceo, vous qe lirrez les choses ensuiant, ne vous enmerveillez 
mie corne eles firent^ inpossibles, car si il n'est pas cum l'art enseigne, ceo n'est 
pas pur défaut d'art, mes par la diverseté de complexion de home. E quant il parle 



1 . Ou prose? Ce mot est surprenant; la table placée au commencement du volume 
porte: De nature des homes e de femes solum le tens de lur naissance. 

2. Corr. furent. 



3J2 p. MEYER 

qe home deit aver aventure bonepur feanime espuser, signefie bénéfice de seinte 
église, corne espousaille, etc. 

De home nci en Jcnenrc. 

Enfaunt madle né enGenever, amable, coveituse, voluntrifs serra e irrous... 

Fin (f. 469 a) : 

Femme née en Décembre douteuse e hontuse serra, e ses enemis venquera ; 
de treis seignurs enfauntz avéra ; de sun baroun joie serra ; de haut en ewe 
chaiera; par ses parents joie avéra; après sun trenl an a digneté vendra; denz 
le .XX . ans ne se enmariera ; en sun quinte an enmaladiera ; de chien morse serra ; 
en l'an .xxvij. dolur des oils avéra; .c. anz vivera; se garde qe ele serve Deu 
leaument e toutes choses venquira. 

Explicit constcUadoiin . 

31. — Les dix-sept points de la confession. — Court traité d'un carac- 
tère assez populaire, qui commence ainsi, à la suite du précédent, au 
fol, 469 a: 

kl conunce .xvij. poinîz qe deivent estre en confession soliin qe sunt recapMcz. 

Aprise de vous confesser, ceo est asaver: 

Adeprimes confession deit estre fet purement, kar primes devez coiller en 
vostre quoer les pecchez de tuz vos âges... 

Ce petit traité finit au fol. 470 h. Il est suivi de quelques paragraphes 
en latin pour aider à faire son examen de conscience, en suivant l'ordre 
des péchés capitaux. Suit un traité, également en latin, sur l'Oraison 
dominicale. 

32.— (Fol. 470 d) Incipit exposiclo oraclonls dominice, salicet Pater koster. 
Hec autem obsecratio oracio dominica vocatur quia eam Dominus docuit. . . 

33. — Légende de Pilate, né d'une mère nommée PZ/îî et dont le père 
se nommait Atus. Cette composition, qui obtint au moyen âge un succès 
considérable, a pris place dans la légende dorée de Jacques de Varragio, 
au chaphve Liv y De rcsurrectione Domini, édit. Grsesse, p. 231 1. 21 à 
p. 234 1. 18. 

(Fol. 472 c) De origine et pcna Pilait. 

Rex fuit quidam qui puellam nomine Pilam filiam cujusdam molendinarii 
nomlne Atus carnaliter cognovit et de ea filium generavit. Pila autem ex nomine 
SUD et nomine patris sui, qui dicebatur atus, unum nomen composuit.. . 

34. — Débat en vers sur la question si souvent agitée au moyen âge 
de savoir qui vaut mieux en amour des clercs ou des chevaliers. Le plus 
ancien des écrits que nous possédons sur ce sujet délicat est probablement 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG.!.!) ^^^ 

un poème latin des premières années du xu*^ siècle au plus tard, où la 
scène du débat est placée à Remiremont ' . Un peu postérieure est VAl- 
îercatio Phillidis et Florx, si souvent copiée et plusieurs fois publiée ^ 
C'est en latin encore, mais en prose, que la même question est débattue 
dans le traité d'André le Chapelain. En français, on connaît jusqu'ici 
trois débats de ce genre; deux composés en France: Florence et Blan- 
cheflor'i, Hueline et Eglantine^, et un troisième composé en Angleterre et 
qui porte dans le ms. unique qui l'a conservé, le titre de « Geste de 
Blancheflour et Florence s ». Le petit poème, jusqu'ici tout à fait inconnu, 
dont je vais citer les premiers et les derniers vers a été également com- 
posé en Angleterre. La scène se passe à Lincoln. Les dames qui sou- 
tiennent les deux thèses opposées s'appellent l'une Melior, l'autre Idoine. 
Comme dans Florence et Blancheflor le débat aboutit à un duel judiciaire 
où deux oiseaux jci le rossignol et le mauvis) figurent comme champions, 
tandis que dans le poème latin de Fhillis et Flora et dans Hueline et 
Eglantine le jugement est prononcé par le dieu d'amour. 

Le débat du ms. de Cambridge a 404 vers. Il contient des détails 
intéressants qui appellent un commentaire. Je me propose de le publier 
en une autre occasion, en le rapprochant des écrits du même genre dont 
je n'ai pu donner ci-dessus que l'indication sommaire. 

Ici trovcrcz quel vaut micuz a amer^ gentil clcr ou chivakr (fol. 474). 

Ky aventures veut oïr e ver, En ma juvente m'en aloy 

Il ne puet touz jours demorer En plusurs tares a oïr 

A ese ne a sojourn trere, 12 Aventures pur retenir. 

4 Mes aler deit estrange tere Eu tens de may, ceux longe jours, 

Fur aprendre affetement Chauntent oyseaus e creissent 

Les maneres d'estrange gent. Par un matin m'en levoi, [flours^ 

Ki plus loinz va plus verra, 16 Si mountoy mon palefroi, 

8 E plus des aventures savra. E aloi vers une cité 

Jeo le sai bien, car prové l'ai : Qe Nincol est appelée. . . 



1. Publié par \W ailz, Zcitschrift f. dcutschcs Alterthum, VII, 160, d'après 
un ms. de Trêves, qui serait du commencement du xii' siècle ou même du xi^ 
cf. VArchiv de Pertz, VIII, S9S. Des corrections ont été apportées par 
M. Waitz à cette première édition, Zcitschrift, nouvelle série, IX, 6j. 

2. Voy. Hauréau, Notices et extraUs des mss., XXIX, 2° partie, 305. 

3. Barbazan-Méon, IV, 354. 

4. Méon, Nouv. Rcc., I, 353. 

5. Ms. de la vente Savile, n" 44, actuellement dans la bibliothèque Phillipps; 
j'en ai cité quelques vers dans la Bibholhcque de l'Ecole des Charles, s^ série, 
II (1861), p. 279. 



JJ4 P- MEYER 

Fin (fol. 476 c) : 

Idoigne veit sun chaumpioun Jeo ne sai qe vint après ; 

Mort gisir en sabloun ; Jeo me tourny tout de lès; 

En haute voiz comence e crie: Si mountoi moun palefroi, 

392 <f Allas! allas! jeo suis trahi! » 400 E a l'hostel tuitdreit aloi. 

Dune cheïst, si s'en pauma (c) ; Si jeo euse dormy a tel houre, 

E la dame s'escria. Ne use pas veut tele aventure. 

Les puceals s'assemblèrent Mieuz est li clers a amer 

J96 E en la sale la portèrent. 404 Qe li orgoillouse chivaler. 

Ici finist quel vaut mieuz a amer gentille clerc ou chivaler. 

35. — Les proverbes de Hending en anglais. — Hending est un 
personnage populaire, et sans doute imaginaire, à qui sont attribués en 
Angleterre les proverbes qu'en France on mettait dans la bouche du vi- 
lain. Les quatre premiers couplets du texte de notre ms. ont été publiés 
par M. Halliwell Phillipps, Reliquis antique, I, 195-4. La pièce entière 
a été éditée d'après un autre ms. dans le même recueil, I, 109-16, et 
dans Msetzner, AlîengUsche Sprachproben, I, 304-11. Début: 

Ici commence le livre de Hending (foL 476 b). 

Jhesu Crist, al folkis rede 
That for us ail tholed dede 

Upon the rode tre 
Lern us aile to be wise 
And to hendi in Godis servise; 

Amen par charité ! 
« Wel is himthas wel ende mai », 

Quod Hending. 

36. — Extrait de l'Evangile de l'enfance. — Ce n'est qu'un extrait 
ayant à peu près 600 vers. Le début et la fin manquent. L'ouvrage 
complet a environ 1 100 vers dans un ms. de la Bodleienne, Selden supra 
38, qui correspond au n» d'ordre 3426 des Catdogi de Bernard. 
M. Bonnard a mentionné, de seconde main, ces deux mss. dans son 
mémoire sur les traductions de la Bible en vers français au moyen âge 
(pp. 237-8), mais il n'a pas reconnu qu'ils renfermaient le même ou- 
vrage, et n'a pas remarqué davantage la curieuse particularité de versi- 
fication qui s'observe dans l'un comme dans l'autre : c'est que les vers 
riment quatre par quatre, sans pourtant former de véritables quatrains, 



398 Pour d'eslès. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG . I . I ) 355 

puisqu'il n'y a pas d'arrêt constant après le quatrième vers. L'exemplaire 
complet d'Oxford contient dans les derniers vers le nom de l'auteur, ou, 
plus probablement, du copiste, qui parait avoir été en même temps l'en- 
lumineur du ms. 



Johan ad nun'; 

Deu ii gard de honisoun. 

Et l'explicit, d'une écriture postérieure à celle du manuscrit, est 
ainsi conçu : o Ci est fine du enfauncie de nostre Seignour. Jehan 
« Raynzford me doit. » Je lis Raynzford et non Baynzford, comme on a 
lu jusqu'à présent. Il n'est pas sûr que ce personnage ne fasse qu'un 
avec le « Johan » mentionné plus haut. 

Il existe du même poème un troisième ms. qui appartenait naguère à 
A.-F. Didot; le n" 26 de la vente de 1881. C'est un ms. du xW siècle, 
et le poème des Enfances y est attribué par la rubrique à Charles VI : 
« Cy commancent les enfances nostre Sire et partye des miracles qu'il 
« fist en son enfance; et si commancent en la manière qui ensuyt par 
« vers rimes, translatez de latin en françoys par le roi Charles VI® ». 

Je ne sais comment expliquer cette attribution, qui est évidemment 
erronée, puisque le poème est antérieur d'un siècle peut-être à l'avène- 
ment de Charles VI. Mais la comparaison du texte d'Oxford et de Cam- 
bridge avec celui du ms. Didot soulève un curieux problème. Le second 
de ces textes nous offre des vers disposés non plus par quatrains, mais 
par paires. Par suite, sur quatre vers, deux sont considérablement rema- 
niés. On jugera de la différence des deux leçons par le passage suivant, 
qui fait suite au prologue, et offre proprement le début du récit : 



Selden supha 38. 

Kaunt Jhesucrist 11 bonurez (/. i 
De sa mère esteit nez, 
Cum le angle l'eut anunciez, 
Marie en out dune joie asez. 
Tost après dune mis estoit 
En une crèche veir tut dreit 
U bos e asne dune mangoit; 
E l'un e l'autre ben savoit 
K'il fu Deu ki la fu mis, 
E k'il en terre fu tramis 
Pur sauver touz ces amis. 
E ci esteit il circumcis, 
E puis ai temple présenté, 



Ms. Didot. 

Quant Jesucrist nostre doulx père (/. 2) 
Fust né de la Vierge sa mère. 
Corn par l'angel fut devisez, 
Marie eust de la joye assés. 
Si coni Jhesucrist nés estoit 
En une crèche fut mis droit 
Ou ung asne et ung beuf mangoyent ; 
Et l'ung et l'autre bien savoyent 
Que c'estoit Dieu qui la fust mis 
Et qui en terre fut tramis 
Pour son peuple d'enfer geter. 
Cuer d'omme ne pourroit panser 
Corn en avoit grant voulenté, 



3î6 

E moût estoit desirree 

De Simeon li bonuré 

Ke taunt out de li chaunté. 



Puiz fut au temple présenté 
Ou il moult desirez estoit 
De Symeon qui fain avoit 
Que entre ses bras le tenist 
Ainz que de ce siècle fenist ^ ; 
Avant que Jhesus fust naissans 
On en avoit chanté cent ans. 



Mais quelle est la rédaction originale? Celle, semble-t-il, dont le ms. 
Didot nous a conservé une copie tardive. C'est, je le crois du moins, ce 
que démontrerait une comparaison suivie qui ne saurait prendre place ici. 

La source du poème est une rédaction du Pseiido-Matth£i evange- 
Uum, ou liber de infantia Sahaîom, plus étendue que les textes publiés 
par M. Schade et parTischendorf. Les rubriques du texte de Cambridge 
sont rédigées en vue de miniatures qui se trouvaient sans doute dans le 
ms. d'après lequel cet extrait a été fait. Du reste le ms. d'Oxford est 
orné de nombreuses peintures. 

Voici le début de l'extrait inséré dans le ms. GG. i . i : 



Ces sunt les enjanUsus nostie Si 

Ore vous dirrai de une enfaunt 
Quant en tere fut conversaunt. 
Marie ov sun fiz ala 
E Joseph qui il mut ama ; 
Mut de draguns encuntra, 
E chescune li enclina. 
Marie prist dune sun enfant, 
Si li tint en sundevaunt; 
Poiire out de bestes graunt, 
Car ele vist venir itaunt. 
Des liouns vindrent assez 



igniir quant il estât en tcre od sa mère (f. 479 c). 

E autres bestes de quatre pez; 
Berbis e lowes i sunt alez 
Qui nul n'ont autre damagez. 
Puis bien chescun entendeit, 
Ki trestut bien veir esteit 
E qui issi 2 nous diseit] 
{d) Quant prophecie demustreit. (/. 480) 
Il mustra bien par ses dis 
Qui quant Marie out un fiz 
Lowe mangèrent uel ov berbis 
Sanz mal fera e sanz estris. 



Ici Marie descendi de la mule^ e Joseph la sit 3 pur chaut suz un arbre portaunt fruit. 



Le tierce joure en vérité 

K'il esteint fors aie 

De la tere al maluré, 

II fesoit chaud mut grant 

Qui le solail fut mut resplendissant, 

E Marie de meintenant 

Joseph apele, si li dist atant: 

« Sire Joseph, de veir sachez, 



« Qu'iceste chaut me nut assez. 
« Pur ceo, sire, me reposez 
a Desuz celé arbre qe vous veez. 
Bien lui pleist, si lui diseit. 
Joseph la meine a l'arbre dreit, 
E de la mule sur quel ele seit 
Joseph Marie si avalait. 



1 . Corr. s'en ist. — 2. Corr. Ceo q'Ysaïe : Ms. Didot : Que toute vérité 
estoit I Quanque demonstroit Ysaye. — j Corr. l'asist. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG.I.lJ 



n7 



Ici abcha une ' portant fruit a la voiz de Jhesu, e Marie en manga de celé fruit. 
Marie dune veir reposa 



L'extrait se termine par le miracle du teinturier, qui fait défaut dans 
les textes latins édités par Tischendorf et par M. Schade^. 



Ms, DE Cambridge (/. 484 b) 

8 Bon est » fist il «t qi jeo mette 

i Ma main en ceste chauderette. » 

Un drap trove de e?carlet, 

Riche e bon e bel e net, 

Et quant il out les treis trové, 

Si corne il furent devisé, 

II ad sovent Dieu loé [d] 

Qui si bien l'ad recoré 5 

Des dras qui il bailla a Jhesu, 

Qui bien quidoit aver perdu 

Quant il a l'ostel fust venu, 

Mes ore n'est il pas deceû. 



Ms. DiDOT {fol. 32) 

« Bon est n fet il « que encor mette 
't Ma main en ceste chauderete. » 
Sa main y bouta maintenant. 
Une escarlate y trouve errant 
Belle et bonne par bon samblant. 
Quant il ot lez .iij. draps trouvez 
Ainsi qu'il lez a devisez 
A Jhesus le petit enfant, 
En son cuer en ot joye grant. 
i! en a Dieu souvent loué 
Qui trestout ly a\oit preste. 
Pesé ly a fort, sans doubtance, 
De sa très mauvaise créance. 



37. — Le Brut d'Angleterre abrégé. — Chronique qui s'étend depuis 
la venue du fabuleux Brutus en Angleterre jusqu'à la mort d'Edouard I. 
J'en ai transcrit quelques extraits dans mon mémoire sur quelques chro- 
niques anglo-normandes qui ont porté le nom de Brut [Bulletin de la. Société 
des anciens Textes., 1878, pp. 104-145] auquel je me borne à renvoyer 
le lecteur. Je ne connais pas d'autre exemplaire de la rédaction qu'offre 
le ms. GG. i. 1 . 

38. — Complainte sur la mort d'Edouard I.— Cette pièce historique 
n'a été reconnue jusqu'à présent que dans notre ms., d'après lequel elle a 
été publiée par Th. Wright, Political songs of England (Camden Society, 



1. Un mot a itè omis: ce peut être arbre, rain ou paume. Il y a dans le texte 
ch. XX (t'ci. Schadc^p. 39) : « Flecte arbor ramos tuos... Et confestim ad 
hanc vocem inclinavit palma cacumen suuni ». 

2. Il se trouve dans le texte arabe et dans l'évangile grec de Thomas, voy. 
A. Kressner, Die proverzalischc Bearbcitung der Kinddheit Jesu, dans VArchiv de 
Herrig, LVIII (i^??), 298-9.^ 

3. Corr. recovre, oii restoré. 



Romania, XV 



3^8 p. MEYER 

1839I, p. 241-2', ce qui n'empêche pas qu'elle a été complètement 
passée sous silence dans ie catalogue imprimé des mss. de l'Université 
(voy. III, 7I, comme aussi dans le Descriptive Catalogue de Sir Th. Duffus 
Hardy. Elle offre la forme a èaè bcbc^ employée au xiiio siècle, mais 
surtout usitée au xiv^ siècle et au xv^ Elle fait suite immédiatement au 
Brut, qui s'arrête à la mort du roi Edouard I. Elle occupe la fin de la 
colonne/^ du fol, 489 et les colonnes c et d du suivant. Le premier 
couplet est ainsi conçu : 

Seignurs, oiez pur Dieu le grant, 
Chançonete de dure pité 
De la mort au rei vaillaunt; 
Homme fu de grant bounté, 
E qe par sa leauté 
Mut grant encuntre ad sustenue. 
Geste chose est bien provée : 
De sa terre n'ad rien perdue. 

Prions Dieu en devocioun 

Qe de ses pecchez le face pardoun. 

Le reste de la colonne [d du fol. 489) est occupé par divers morceaux 
très courts: 

Ke de enfaunt fet rey e prélat de viîeyn, e de clerc fet cunte, dunke vet la 
tere a hunte. 

Wos maket of a clerc hurle 
And prélat of a cheurle, 
And of a child maked king, 
Than ne is the londe undirling. 

Le catalogue de la bibliothèque de l'Université dit (III, 7) que ces 
vers paraissent se rapporter à la mauvaise administration d'Edouard II. 
Cela est possible. Ils ont pu, du reste, trouver plus d'une fois leur appli- 
cation dans l'histoire d'Angleterre. Mais l'idée qu'ils expriment est d'ori- 
gine biblique et est bientôt devenue proverbiale : Vx tibi, terra, cujus 
rexpuer est ! (Eccle. X, 16) h 



1. Cf. Hlst. fut., XXVII, 44-5. 

2. Le premier couplet a deu.x vers de plus, mais c'est un refrain qui sans 
doute devait être répété après chaque couplet. 

3. Un ms. du commencement du xni« siècle ('BodI. Digby 53) nous a con- 
servé deux vers latins (avec leur équivalent anglais) qui peuvent être cités ici 
{y o\t m&s Rapports, \>. 175): 

Ve populo cujus puer est rex, censor agrestis, 
Exterus autistes ! hii mala multa movent. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (CG.I.l) ^39 

Le reste de la colonne est complété par diverses notes statistiques en 
latin sur l'Angleterre et l'Irlande. — Fol. 490 a : « Qaaliter capiit hominis 
« situdîur. De ista materia tractât Thomas in prima parte Summe... » 

39. — (Fol. 491) Hic incipiunt auctoritaîes. — Recueil de sentences 
latines, tirées de la Bible, des Pères de l'Eglise, de Sénèque, etc. 

40. — Le Livre de Sidrac. — Je me borne à citer les premières lignes 
de cet ouvrage qui a été, comme on sait, extrêmement répandu, mais sur 
l'origine duquel nous ne sommes encore qu'imparfaitement renseignés: 

(Fol. 495) Cestc livre de Sydrac le philosophe q'est a pelé le livre de la fontaine 
de toutes sciences. 
La purveaunce de Dieu le piere tut puissaunt ad esté du commencement du 
mounde e est e serra sanz fin de gouverner e de sauver toutes les créatures 
esperitueles e asquels il avait otrié paradis si en eus ne demorast... 

41. — Le Blâme des femmes. — Pièce dont on a plusieurs copies qui 
parfois diffèrent assez en elles pour constituer des rédactions distinctes. 
J'en ai indiqué cinq en 1877 dans la Romania, VI, 499 et depuis une 
sixième dans le Bulletin de la Société des anciens Textes, 1883, 99. Cette 
dernière, que nous a conservée un ms. de Rouen, ressemble beaucoup 
à celle du ms. fr. 1595. Ajoutons que les 26 derniers vers de ce poème 
sont transcrits, entre le fabliau des quatre souhaits de saint Martin et un 
fragment du Chastie-Musarl, dans le ms, Digby 86 ; voy. la notice de 
M. StengeU p. 38. Au nombre de ces copies n'est pas comprise la rédac- 
tion très corrompue dont je vais rapporter les premiers vers et qui se 
rapproche notablement du texte du ms. Harleien publié dans les Reliquis 
antiqu£, II, 221 . 

Ici commencent les propretés des femmes .en romaunz (fol. 627 a). 

Oez, seignurs, e escutez Ki femme [....?] ou femme creit 

E a ma parole entendez. Sa mort brace e sa mort beit, 

K.i en femme trop met sa cure Senz pris e sanz luer se vent, 

Sovent serra saunz honure; Il fet la hard dunt il se pent. 

Ki femme aime ou femme prise Qui ces vers avéra en remenbrance 

Sovent en vient a gref juïse; Doutera femme plus que nul lance.. , 

Suivent (fol. 28 a) ces hexamètres qui ont de nombreux analogues 
dans la poésie latine du moyen âge : 

Q_ui capit uxorem capit absque quiète laborem, 
Longum languorem, lacrimas, cum lite dolorem, 
Pondus valde grave, verbosum vas sine clave, 
Quod nulli claudit sed detegit omne quod audit. 
Uxorem duxi quod semper postea luxi. 



340 p. MEYER 

42. — Formule de confession. 

Confessio (fol. 628 a). 

Jeo me rend coupable a nostre Seignur Jhesu Crist e al Seint Espirit, treis 
persons e un Dieu en Trinité, e a Nostre Dame seinte Marie pucele e mère Jhesu 
Crist e a tuz seinz e a seinte Eglise. . . 

Le pénitent, qui s'accuse, entre autres méfaits, d'avoir « souvent doné 
a menestreus donz », termine ainsi (fol. 629 a) : 

De tuz pecchez avaunt nomez, e des autres pecchez qe me sovent nient, a 
Dieu omnipotent e a nostre Dame seinte Marie a tuz seinz e a vous mon père 
espiritel me rend coupable, e de ceo demande venie ou pardoun. 

Suivent la formule latine de l'absolution et une prière, latine également, 
à la Vierge , 



43. — Les trente-deux folies. — Commencement '(fol. 629 b] Ke nul 
bien ne set e nul ne veut aprendre. Ce petit poème, où chaque vers définit 
un genre de folie ou plutôt de sottise, a été publié, d'après notre ms. , 
par M. Halliwell-Phillipps dans les Reliqu'u antique, II, 2^6'. Deux 
autres textes de la même pièce ont été publiés par M. Jubinal (d'après 
un ms. du Musée britannique) et par M. P. Heyse d'après un ms. de 
Florence. Ces trois textes se rattachent à une même rédaction. Une 
quatrième copie, beaucoup plus étendue (elle a plus de soixante vers) a 
été publiée jadis par moi dans le Jdhrbuch fiir Romanische und Englische 
Literatur^Wl {iS66), 5$, d'après le ms. Arundel 507. J'en ai trouvé 
depuis une cinquième copie, qui se rattache à la rédaction la plus courte, 
dans le ms. de la Bodleienne Selden supra 74, fol. 59 d. 

44.— Recueil de miracles de la Vierge, en latin.— Dans l'état actuel 
du ms., les miracles sont au nombre de vingt-trois, mais le dernier 
feuillet du cahier a été enlevé. Inc. (fol. 629 c] : « Hic incipiunt miracula 
« béate Marie. In Alemania, inquadamabbathiamonialium, miles seduxit 
« domicellam. . . » Le dernier est le miracle bien connu du clerc qui 
se noya étant ivre, et à qui, pour ce fait, la sépulture ecclésiastique 
devait être refusée, lorsqu'on vit qu'il avait dans la bouche un morceau 
de parchemin sur lequel était écrit : Ave Maria gratia plena. 



I. La copie est exacte, sauf qu'au v. 2 il faut lire acreit et non acceit. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (00.4.32) Î4I 



GG.4.52. Les principales oraisons en vers. 

Parchemin, 1 58 feuillets, de 242""" sur 167. Ecrit de diverses mains 
dans la seconde moitié du xiV siècle. C'est un recueil de morceau.x théo- 
logiques et de prières qui a probablement été composé par un ecclésias- 
tique pour son usage personnel. Certaines pièces, qui occupent les trente 
derniers feuillets, et qui se rapportent à l'administration du diocèse de 
Londres, portent à croire que le compilateur du ms., ou du moins celui 
qui y a mis la dernière main, appartenait au clergé de ce diocèse. La des- 
cription donnée par le catalogue étant suffisante, je me bornerai à ex- 
traire de ce recueil des versions en vers français du symbole des apôtres, 
du Pater, de l'Ave Maru^ du symbole de saint Athanase, versions tout à 
fait différentes de celles quiont été publiées ou signalées jusqu'à présent'. 

On remarquera que chacun des articles du premier Credo est accom- 
pagné, en marge, du nom de l'apôtre à qui la tradition l'attribuait. 

Entre les lignes du Pater sont écrites quelques gloses latines qui pou- 
vaient fournir les éléments d'une exposition de cette oraison. 

La paraphrase du Symbole de saint Athanase est un peu longue: elle a 
178 vers. J'ai cru suffisant d'en publier vingt. 

Le même ms. contient quelques prières anglaises qui ont été publiées 
dans les Rellquis antiqu£, I, 1 $9-61 . 

(F. 12 Y") Hic incipit Credo in gallicana lingua. 

Jeo croi en Dieu père puissaunt 
Petras Ki ciel e terre fist plaisaunt, 

Andréas E en son fiz seintifié^ 

Qui Jhesu est apelé, 

Nostre Sire tut souiement, 

Qui est as siens garnissement; 
Johannes Qui en gloire est conceùz 

Du Seinl Esperit par vertu, 



I . Pour le Pater en vers français, voy. ci-dessus p. 3 22, art. 2 1 ; pour VAve Maria, 
voir Romania, XIII, ^27, art. 3^ et ci-dessus p. 322, art. 22. Pour le symbole 
des apôtres, voir Bonnard, Les traductions de la Bible en vers, pp. 142-4, et 
ci-dessus, p. 321, art. 20. Les paraphrases en vers du symbolede saint Athanase 
sont plus rares; j'en puis citer une du xni" siècle dans le ms. 43 delà Faculté 
de médecine de Montpellier, toi. 6^ c. Une autre, du xv« siècle, a clé imprimée 
à la fin des Grandes Heures de Vérard; voy. le Catalogue Rothschild, I, 19 
^n" 22, art. 82). 



J42 P- MEYER 

E nez est auxi saunz blemure 
De Marie la Vierge pure ; 
Jacobus major Souz Ponce Pilate turmenté, 
Mort, enseveli, crucefié ; 
Thomas En enfer descendant a!a, 

Le tierz jour de mort releva; 
Jacobus minor E puis au ciel sa voie prist, 

Au destre Deu tut droit s'assist; 
Philippus D'iloek après vendra juger 

Les vifs e mors au jour si fer. 
Bartkolomcus Je croi en le seint Esperit , 
Matthms En seint Eglise tut parfit , 
Simon Canamus Des seintz cors communion, 
Relès de pecché e pardon, 
Judas Thaâcus E de la char relievement , 
Mathias E vie pardurablement 

Avoir en règne celestre. 

Dieu le me doinst, si puisse il estre ! Amen . 

Pater noster in eaiem lingua. 

Feticio contra superbiam. 
Nostre père qui es en ciel, 

Spiriîas timoris Domini. 
Beneit seit ton nom duz corn mel. 

Contra invidiam, spiriîus pietatis. Contra iram, 
Ton règne aviegne e ton voler, 

Spiritus sckncie. 
Ou ciel e terre soit plener. 

Contra trlsticiam, spiritus fortitudinis . 
Nostre pain de chescun jour 
Nous donne hui par ta douçour. 

Contra avariciam, spiriîus consilii. 
E nos dettes lessez a nous 
Si com a nos dettours lessons. 

Contra gulam, spiritus intelligencie. 
En temptacion ne nous menez, 

Contra luxuriant , spiritus sapiencie. 
Mais de nos maus nous délivrez. Amen. 

Ave Maria in eadem lingua. 



Deu vous saut, Virge Marie, 
De grant grâce replenie. 
Od vous demoert le rei Messie 
Qui outre touz ad seignorie. 
Benoîte soiez e loée 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.4.32) ^45 

Plus qe nule femme née 

E le douz fruit soit honoré 

De vostre douz ventre alosé. Amen. 

Ici commet Quicumque vult en jrancth (f. ij b). 

Kiconkes' voet s'aime sauver, Un souI Deu en Trinité 

Si li bosoigne bien garder 12 E touz les treis en unité 

La haute fey de seinte Eglise, Devom loer parfitement 

4 Ke Jhesu Crist eyme e prise. Et honorer de bon talent, 

Qui ne la garde enterement Ne les persones entermellaunt 

Saunz feintise e duement, i6 Ne la substance desevraunt. 

Sachez q'il pert son avenaunt Si est autre la persone 

8 Saunz recovrir a remenaunt. Du Piere qi siet en trône, 

Si est tele la seinte fey Autre du Fiz, corn est escrit, 

Com ci après vous monsterray : 20 E autre du Seint Esperit. . . . 

Fin (fol 14 t) : 

Cest créance de termine A bien entendre moût devin, 

Vaut a ceus qui sont lettré, E cil qi n'ad entendement 

Mais laye gent n'ont pas engin La plus courte crede aprent. 



GG. 6. 28. — I. Nicole Bozon, Le Char d'Orgueil. — 2. L'Ordre 
DE Chevalerie. — 3. La petite philosophie. — 4. Les pèleri- 
nages DE Terre sainte. — 5. Rapport du patriarche de Jéru- 
salem a Innocent III. — 6. Description de la Terre-Sainte. 

Parchemin; 200""" sur n^ ; écriture proprement anglaise des envi- 
rons de l'an 1 300 ; il y a ordinairement trente lignes ou vers par page. 
Un feuillet manque au commencement et le bas du premier feuillet sub- 
sistant est mutilé. Ce livre vient de l'évêque Moore==. 

1. — Nicole Bozon, Le Char d'Orgueil. — J'ai fait connaître cet ou- 
vrage en décrivant le ms. Phillipps 83.56; voy. Romania, XIII, 514-8. 
Je dois ajouter qu'une poésie dont j'ai cité les premiers vers dans la même 
notice, p. 532 (art. 43I se rattache évidemment au Char d'Orgueil, Dans 



1. J'écris A(contc'5 en un mot parce que l'auteur a probablement cru repro- 
duire exactement le cjalcamcim du latin, mais en réalité les deux mots sont très 
distincts (ce dont les élymologistes, y compris Littré, ne se sont pas aperçus) et 
en tout autre cas j'écrirais ki c' onkcs. 

2. C'est peut-être le n^ 118 de Bernard (II, 364): t Poemata aliaque ora- 
tione soluta, gallice. 8°. 



344 P- MEYER 

cette poésie, que je publierai dans la préface des contes de Bozon, 
l'auteur, le frère mineur, Bozon fait en quelque sorte amende hono- 
rable d'une violente attaque contre les femmes qu'il avait introduite 
dans le Char d'Orgueil. Je vais transcrire présentement les premiers et 
les derniers vers du texte du ms. de Cambridge, et aussi quelques cou- 
plets du morceau sur les femmes. 

Quant pur nule perte de tempérance (?) (fol. i.) 
Maudit sa vie, le tens qe il fu née. 

Geta (?) de sa cowe ly ad tost oustee 

La grâce du seint Espirit dount fu arusee, 

Si est de la bowe par tant enbouwee, 

Il avereyt bien le mester de estre bien waee '. 

Or parloun des limouns qe ces singnefient : 
Crualté des baillifs qe les povres lyent, 
Qe nule part pount guenchir, mes a terre se plient, 
Donont leur deners e mercy si crient. 

On pourra comparer ce qui suit au texte du ms. Phillipps et à celui 
du ms. de Londres publié par Th. Wright (voy. Romania, XII, $i6). 
Les variantes sont peu considérables. 

Kedirom de dames quant viegnent a festes? {fol. 3 v°) 

Les unes des autres avysont les testes, 

Portent les boces corn cornues bestes ; 

Sy nule sait descornue, de ly font les gestes. 

Des braz font la joie quant entrent la chambre, 
Mostrent les covrechef de seye e de kaunbre; 
Attachent les boutouns de coral e de launbre 
Ne sessent de jangler, taunt corn sont en chaunbre. 

La maundent les brouès2, seaseent au dyner, 
Jettent les barbes, la bouche pur overer. 
Sy entrasl alors un nise esquier, 
De un privé escharn ne purreyt mye fayler ?. 

Deus4 vistes valiez unt assez a fere, 
Servir les totes checon a plere : 



1. Part, de wacr^ le même que gaer, laver dans un gué. 

2. L. bruoys. 

j. Il y a ici dans le ms. Phillipps un couplet de plus. 

4. Il faut probablement lire ainsi dans le ms. Phill. où j'ai lu eus. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (gG.6.28) 345 

Le hun a le quisyne le vyaunde a quere, 
Le autre en la botelerye bon vyn a trere. 

Quant elcs unt dyne tut a granf ieysyr, 
Se erdent ensemble de privement parler; 
Le une de l'autre encerche sovent le quer, 
Si ascune priveté puisse alocher. 

Pur ceo, damoysele, en tele assemblée, 

Tenez la bûche de mesure enselée, 

Kar sy hors de quer rien eyez contée 

Vus serez pur foie entre eles jugée ' . ^ 



Fin (fol. 8) 



Pur ceo, seynours, haston nos, haston a confession, 
Taunt cum cens nous est graunté de trover remission, 
Kar si nous seyouns tyeus, ke taunt atendoun 
Ke les chivals seyent ferrez de fers de obstinacionn ; 

E les fers seyent tachez des clous de desperacion, 
Ja ne esteyt penser de trover donk pardoun, 
Kar ja en maie vies trop loung tens avom : 
Ceo est la fin de tous péchez e clef de perdycioun 3. 

Qui vodra cest escrit savent regarder 

Il en avéra matire de sei confesser, 

Kar tote manere de péché poez issy trover, 

Fors qe soûle priveté qe ne fet pas a counter 3. 

Mes, hé las ! trop i ad icy de nous enem.ys 
Dount nous sumus en mound de totes pars assis. 
Icy sont assemblé unze vinz e dys, 
De forclore la veye qe meyne a parays. 

Mes jo vus dirray mon conseyl pur ben eschaper : 
Pernons congé de la dame, si la lessom passer, 
E tenom nous au destre par un estreyt senter, 
Ceo est de amer Deu e sur tote rien doter. 



1. Ce couplet manque dans L. 

2. Pour ces deux couplets le texte est visiblement meilleur que celui du ms, 
Phillipps. 

3. J'ai dit par erreur (Rom. XIII. 517, note i), que ce couplet manquait 
dans le ms. de Cambridge. Ce qui a causé mon erreur, c'est que l'ordre des 
couplets est différent dans le ms. Phillipps. L'ordre suivi ici me paraît meilleur. 



546 P- MEYER 

Priom hore douz Jhesu qe tote rien poet fere 
Qe il nos deyne sa grâce taunt com sumus en terre, 
Celé veye a tenir e celé part a trere 
Qe venir pussom au pays ou jammès ne avéra guère. 
Amen. 

2. — L'Ordre de chevalerie. — Poème composé en France qui 
parait avoir été goûté en Angleterre, car nous en avons déjà rencontré 
deux copies dans des mss. exécutés en Angleterre '. Celle-ci est la troi- 
sième. 

Ici comence le ordre de chivalcrs (fol. 8 v°) 

Jadis estaynt en paynye Par lour orgoyl, par lur outrage; 

Un roy de moût graunt seygnurye, Et taunt ke une fez avynt 

Et fu moût loeal sarazyn : Ke a la batayle un prynce vynt, 

Il eut a noun Salaadyn. Houge out noun de Tabarye, 

En il cel (sic) tens de coel bon roy Et out ove ly grant compaynye 

Firent a gens de nostre loy De chyvalers de Galilée, 

Les Sarazins moût graunt damage Kar sires ert de la countrée... 

Fin (fol. 15) : 

Certes, hom deist moût hayr Ke nul mauveys ne contredye 

Cil qe les tient en viltee, Le sakerment au fyz Marye. 

Kar jeo vous dy pur veryté Par icel digne sakerment 

Ke le chivaler ad poer Averom nous tretouz sauvement, 

De touz ses armes aver E si nul hom le veut dedyre 

E en seinte église a porter II ad poer de ly occyre. 
Kaunt il deit la messe escoter, 

3. - La Petite Philosophie. Voy. ci-dessus, p. 257- 

4,— Les pèlerinages delà Terre Sainte. — Inc. : « Ki dritement veut 
« aler en Jérusalem, primerement deit aler de Acre a Caïphas, en quel 
c( chemin, a mayn senestre,. est la montaigne de Seynte Margarete de 
« Carme... » Opuscule destiné aux pèlerins qui visitaient la Terre 
Sainte, et dont on a plusieurs rédactions publiées dans les Itinéraires à 
Jérusalem de la Société de l'Orient latin (1882) sous les n"^ VI et X; le 
texte même du ms. de Cambridge est imprimé dans ce volume, 
pp. 189-193 (n° X, texte B); voy. la préface placée en tête de ce 
volume par M. le comte Riant, p. xxvij. M. Riant pense que si la copie 
a été faite en Angleterre, le texte original était français. Cette hypo- 



. Le ms. Phillipps et le ms. Johnson; voy. Romania, XIII, 530. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (GG.6.28) 547 

thèse admise, il n'y aurait rien d'invraisemblable à ce que les diffé- 
rentes rédactions de ce guide du pèlerin en Terre Sainte eussent pour 
origine commune un texte latin jusqu'ici non retrouvé ; cf. Riant, ou- 
vrage cité, p. xix. 

5. — Rapport du patriarche de Jérusalem ^Aimaro Monaco 7 1202) 
à Innocent III, sur l'état des Sarrazins. — L'original de ce rapport, rédigé, 
cela va de soi, en latin a été publié plusieurs fois. On trouvera l'indication 
détaillée de ces éditions dans une note de l'ouvrage de M. le comte Riant, 
Haymari Monachi de expugnata Accone liber îetrastichus {2^ éà'iùoT), 1866^, 
p. 63. La version française dont le ms. de Cambridge contient une 
copie se rencontre en un grand nombre de mss. et a été publiée par 
Sinner dans son catalogue des mss. de Berne (III, 344 ss.) et par Hopf , 
qui la croyait inédite, dans ses Chroniques gréco-romanes^ pp. 29 et suiv. 
Une autre version, toute différente, et qui d'ailleurs n'est pas com.plète, 
se trouve insérée dans la chronique dite du ms. de Rothelin, Hisî. occid. 
des Croisades, II, 520-2. 

(Fol. 57) Li apostle de Rome Innocent veut saver les custumes de la tere des 
Sarazins, eynz ke ' le hoste des crestiens ert apresté e apareilé. Si manda al 
patriarche de Jérusalem ke il enqueïst la vérité e les custumes e les nums des 
hauz Saracins ke tenent les terres.., 

6. — Curieuse description de la Terre-Sainte, traduite du latin, qui 
doit être insérée dans un des prochains volumes de la Société de l'Orient 
latin, et dont je me borne par conséquent à transcrire quelques lignes. 

(Fol. 61 v) La terre de Jérusalem est assise en milieu le mund; ceo esta 
saver en miliu la terre ke est habitable. E ceo put hom saver par ceo ke le 
philosophe dist: Nostre Seigneur Jhesu Crist overe saluz en miliu la terre kaunt 
il suffri passion pur humagne lignage, vcl ligné 2. Nepurkant acuns entendent 
ceo de la Virgine Marie, de la quele Nostre Seignur prist char pur nostre 
sauvera 3. E celé terre est en greyndre partie pleyne de montaignes ; si est plen- 
tivus de herbes e de tuz bens... 

Fin (fol. 69) : 

E si eslurent un sire Fulke de Aungo, fort hom e prochein parent le rey. 
Explicit. 



1. Il y a dans le texte latin ad qms ou contra quos, selon les copies; il 
faudrait donc en français contre qui ou encontre lesquels, comme en d'autres mss. 

2. Cf. PsALM. Lxxin, t:. 
j. Corr. sauveté. 



340 P. MEYER 

7. — Le roman des Sept Sages. — C'est la version publiée par Le 
Roux de Lincy dont nous avons déjà rencontré , dans le ms. GG. i.i, 
un exemplaire ; ci-dessus, p. 330. Celui que nous a conservé le ms. 
GG. 6. 28 ne parait pas avoir été signalé jusqu'à présent. 

{Fol. 69 v) I! avint qu'il ot .j. empereour a Rome ki ot non Deoclicyens. 
I! ot une femme. De celé femme li fu remys .j. oir. Li empereres fu vieus et 
li enfes ot bien .vij. ans. Li empereres apela les vij sages chacun par son 
non... 

Le ms., incomplet de la fin, s'arrête (fol. 117) au conte de la marâtre 
(Le Roux de Lincy, p. 66) : 

E pus remet la clef a la coreie a l'enfant loust bêlement qe li enfes n'en sot 
mot, tant que ce vint a l'endemain au mangier on demanda la coupe on le quist 
et on ne le pot mie trover. . . 

{Le reste manque.) 



MM. 6. 4. — Manuel de péchés. 

Parchemin, 190 mm sur 125, première moitié du xiv* siècle, 261 feuil- 
lets dont les 99 premiers contiennent l'un des meilleurs textes qu'on ait 
de l'ouvrage de William de Wadington, ou, comme il est ici nommé, de 
« Widendonne ». Les vers sont écrits à deux par ligne. Le texte est 
précédé d'une très longue rubrique. 

Cy comcnce le romaunz ky est apcllé Manuel de péchez, lequel est départi en 
.ix. liveres. Et si sunt fluris de bcus amies., de auctoritès de seins, chescun solun sun 
ûfferant. — Le premer lyverc est dcstlnctè sure les duze articles de la fay. Le secund 
parout de .x. comaundtmens. Le tierz tache les .vij. péchez morteus. Le quart oevre 
les racine de sacrilegie. Le quint espunt les .vij. sacremens de seint eglize. Le sime 
strmune cornent e pur quey l'en deyt hayr péché. Le sctime anseingne queus choses 
sunt nusaunz a confessiun e qucus choses profitaunz. Le utime quele vertu ad seint 
oresun. Le nevirne oresuns certeyns a JesuCrist e a duce mère Marie. Le queus .ix. 
liveres entendaument parlas, funt savent les lisaunz e les oyaunz maus lesser e 
vertuz enbracer. Ore comtnce le prologe del lyverc ke est apelé Manuel de péchez : 

La vertu del seint Espirit Tuz péchez ne poûm conter, 

Nus seit eydaunt en set escrit Mes par taunt se pot remembrer 

A vus teus choses cy mustrer E ses péchés mut amender 

Dunt homme se put confesser, Ky cet escrit veut regarder. 

E ausi en queu manere, Primes dirrum la dreyte fey 

Ke ne fet pas bien a tere; Dunt estfundé nostre lay 

Kar ce est la vertu del sacrement Laquelead .xij. poinz provez 

Dire le péché écornent. Ke sunt articles apellez... 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (MM.6.4) ^49 

Fin: 

De Deu seit beneit chescun humme En Deu finisse cesl escrit, 

Ke prie pur William de Widen- En père e fiz e seint Espirit. 
Kar ky pur autre prie et hure [done; Amen. 

Pur sey mêmes, dit hum^ labure. 

Le reste du ms. est occupé par divers ouvrages en latin. 
Je lis au fol. 179 v% ces quatre vers qui ne sont pas relevés dans le 
catalogue : 

Canonici cur canonicum quem canonizastis 
Canonice, non canonice decanonizastis. 
Est reprobum reprobare probum quem [fos] reprobastis; 
Sic reprobos reprobando probes vos esse probastis. 

Ces vers sont connus : je les ai publiés une première fois, d'après le 
ms. Digby 55, dans mes Rapports [p. 176). On les retrouve, écrits au 
xv" siècle sur un feuillet de garde du ms. d'Arras 799'. Enfm M. De- 
lisle en a publié les deux premiers d'après un ms. de Tours où ils sont 
attribués au célèbre et cependant mystérieux Primate 

Le catalogue imprimé indique comme se trouvant dans ce volume un 
feuillet arraché à un poème français dans lequel on peut reconnaître, à 
l'aide des six vers cités, le fragment de Tristan publié en 18^6 par 
M. de La Villemarqué dam les Archives des Missions, V, 97-8, A cette 
époque ce feuillet était détaché et « confondu », nous dit l'éditeur, 
« avec une foule de feuilles de vélin dépareillées ». Signalé par M. de 
La Villemarqué, il fut joint au ms. MM. 6. 4, mais il ne s'y trouve plus. 
Bradshaw l'en a retiré pour l'annexer à un recueil de statuts commen- 
çant par la Magna carta, auquel il avait servi jadis, paraît-il, de feuillet 
de garde, le n" DD. iç. 12 de la Bibliothèque de l'Université. C'est 
un morceau précieux, car il ne fait double emploi avec aucun des poèmes 
ou fragment de poèmes de Tristan que nous possédons K 



1. Catalogue général des mss. des bibiwthcques des départements^ IV, 317. 

2. Bihl. de l'Ec. des Ch., 6, IV, 605. Cf. Hauréau, Notices et extraits, 
XXIX, II, 261. 

3. J'ai collationné l'édition de M, de La Villemarqué sur le ms. Voici les 
principales corrections à faire : Recto, v. 3, Sorvient un par estrangéor lis. Sor- 
vint ./. par cstrange ciir. — V. 6, suppr. i, qui du reste fausse le vers. — 
V. 7, nains, lis. nain. — V. 1 1, j'amènerai, lis. i amerrai. — V. 13, Aidonc lesrai, 
lis. Ardoir les frai. — V. 26, pavez, lis. porez. — Verso, v. i, conquerre, lis. 
auerre. — V. 4, hart, lis. hait. — V. 10, baisier, lis. baisiès. — V. \i, A 
lis. [D]e. — V. 13, //, lis. si. — V. 16, Vous, lis. probablement (le mot est 
effacé) Que. — V. 17, deleuranche, lis. desevranche. — V. 20. nostre, lis. vostre. 



5 50 p. MEYER 

Je termine ce mémoire en groupant quelques notes sur un certain 
nombre de mss. auxquels il ne m'a pas paru nécessaire de consacrer 
des notices détaillées, soit parce qu'ils ont déjà été décrits, soit à cause de 
leur peu d'importance. 

DD. 5. 5, — Bréviaire franciscain, partie d'été. — Si je donne place 
ici à une note sur ce manuscrit, qui est tout en latin sauf les rubriques, 
qui sont en français, c'est parce qu'il est sûrement d'origine française, c'est 
aussi parce que je dois à mon regretté ami Bradshaw le peu que je 
puis en dire. Il est aussi mal décrit que possible dans le catalogue im- 
primé, qui l'attribue au xv" siècle, quand il est incontestablement anté- 
rieur à 1^77, qui en fait un « Breviarium secundum Sarum « ', qui 
surtout ne fait aucune mention des armoiries qui sont peintes en divers 
endroits. Dès 1871 Bradsha-.v avait attiré mon attention sur ce bréviaire, 
m'engageant à en publier une description dont il m'eût fourni tous 
les éléments. J'obtins de lui assez facilement la promesse qu'il se char- 
gerait de la rédiger, mais ceux qui ont connu l'obligeant et shy biblio- 
thécaire de l'Université ne seront pas surpris d'apprendre que ce projet, 
non plus que bien d'autres plus importants, n'eut aucune suite. Ce qui 
m'avait frappé de prime abord, et ce que je pus apprendre à Bradshaw, 
c'est que l'écriture de ce bréviaire est celle de certains copistes qui ont 
travaillé pour Charles V. On observe même en plusieurs endroits, autour 
des miniatures, ces encadrements tricolores à forme d'accolade qu'on 
trouve dans beaucoup de beaux manuscrits exécutés à Paris, principale- 
ment pour des bibliothèques royales ou princières, pendant toute la 
seconde moitié du xiV siècle 2. Les armoiries qui ornent plusieurs pages 
du Bréviaire sont celles de Marie de Saint-Paul, comtesse de Pembroke, 
qui fonda le collège de Pembroke, à Cambridge 3 , C'est là le renseigne- 
ment que je tiens de Bradshaw. Le reste était dès lors facile à trouver. 
Marie de Saint Paul était fille de Gui de Châtillon, comte de Saint- 
Paul (f 1 3 17) 4, et de Marie fille de Jean II duc de Bretagne. Sa grand'- 
mère, l'épouse de Jean II, était une fille de Henri III d'Angleterre. Marie 



1 . Cette erreur est corrigée de la main de Bradshaw sur l'exemplaire en ser- 
vice à la Bibliothèque de l'Université. 

2. M. Delisie a dressé une liste de cinquante-cinq mss. qui présentent cet 
ornement caractéristique; voy. Cabinet des manuscrits^ III, 328-9 et 391. 
M. S. Berger de son côté a fait un relevé des bibles françaises qui offrent la 
même particularité, La Bible française, p. 286. 

3. C'est un écu parti de Pembroke (burelé d'argent et d'azur à neuf merlettes 
de gueules en crie sur l'argent) et de Châtillon Saint-Paul (de gueules à trois 
pals de vair au chef d'or chargé d'un lambel d'azur de trois pièces). 

4. Voir sur ce personnage A. du Chesne, Hist. de la maison de Ciiastillon, 
275-80, et le P. Anselme, VI 106. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (DD.5.<i) ^^I 

de Saint-Paul épousa en 1521 Aymer de Valence, comte de Pembroke, 
qui mourut en 1^4'. Elle fonda, outre Pembroke Hall, l'abbaye de 
Denney (comté de Cambridge! et y transporta les religieuses que Lady 
Denise de Munchensy avait établies à Waterbeach près de Cambridge >. 
Elle mourut le 16 mars 1 377 ?. 

DD. 11. 78. — Ms. de la fin du xiii'' siècle, qui vient de John 
Moore, et qui renferme un grand nombre de poésies latines, en général 
sur des sujets religieux, parmi lesquels huit fables en vers élégiaques, 
dont l'une, la première (De ruslica et lupo), est imprimée dans les 
Reliquia antiqute, I, 204). Elles se rattachent plus ou moins indirecte- 
mentaux fables 1, 2, j, 5, 15, 19, 34 et 37 d'Avianus. La forme 
métrique et les sujets sont identiques, quoique la rédaction soit très dif- 
férente 4. Il s'y trouve aussi (fol. 45I un texte des neuf joies de Notre 
Dame: Reine de plié Marie, | En ki deïtcz pure e clere... pièce souvent 
copiées qui a été attribuée à Rutebeuf. Au fol. 188 r' on lit ce singulier 
hexamètre qui ne parait se rattacher à rien de ce qui précède ou de ce 
qui suit : 

Carbones chartuns^ nos nus, comburimus arduns. 

EE. 1. 20. — Ms. du xiv" siècle^, parchemin, 142 feuillets, conte- 
nant (ff. 1-78, le Manuel de péchés de William de W'adington et la chronique 
en prose connue sous le nom de Brut ou Brut d'Angleterre, se poursuivant, 
dans cet exemplaire, jusqu'à la mort d'Edouard I (1307). J'ai indiqué 
ce ms. dans mon mémoire sur les chroniques anglo-normandes qui ont 
porté le nom de Brut, voy. le Bulletin de la Société des anciens textes 
français, 1878, p. 124. Il appartient à la seconde rédaction. Il vient de 
la collection de Moore et figure sous le n" 66 dans l'inventaire publié 
par Bernard (Catalogi, II, 363 et 400). 

FF. 6. 17. — Ms. du romande Horn, décrit et publié par M. Fr. 



1. On trouvera les armoiries de ce personnage et un sommaire de sa vie dans 
James E. Doyie, The officiai baronage of Enrland, {honàon, 1886, 8"), III, 9. 

2. Voy. Monasùcon Anglicanum, new éd., VI (3*-' partie), 1549. Cf. Roma- 
nia^ VIII, 501, note. 

3. Voir en général Th. Fuiler, Tlu History oflhtUniversity o. Cambridgi{\6<^^), 
p. 41 et Ch. H. Cooper, Î^Iemorials of Cambridge, I, 49-5 1. 

4. Je tiens de M. L. Hervieux, dont la compétence est si grande pour tout 
ce qui touche à l'histoire de la fable ésopique au moyen âge, qu'on ne connaît 
pas d'autre ms. de la rédaction qu'offre le ms. de Cambridge. 

5. Voy. Roniania, XIII, 511, où sont indiquées sept copies de cette pièce, y 
compris celle de Cambridge. Une huitième copie se trouve dans le ms. Bibl. 
nat. fr. 12786, fol. 90 d. 



352 p. MEYER 

Michel dans son édition (Bannatyne Club, 1845), puis par M. Rudolf 
Brede dans une dissertation de doctorat [Ueber die Handschriften der 
chanson deHorn, Marburg, 1882, p. 11). 

GG. 1. 15. — Première rédaction du Brut en prose, s'étendant 
jusqu'à I n î . Toutefois le ras. est incomplet de la fin et s'arrête â 1 526. 
Voy. le Bulletin de la Société des anciens textes, 1878, p. 117. 

GG. 4. 6. — Roman de la Rose provenant de l'évêque Moore. C'est 
un grand volume sur parchemin écrit en France dans la seconde moitié 
du xiv^ siècle et orné de miniatures assez médiocres. J'ai noté que le 
second feuillet commençait par la matinée aîrempée, mais je n'ai retrouvé 
cet incipit dans aucun ancien catalogue. 

II. 6. 17. — Petit in-quarto, papier et parchemin, écrit au xvi^ 
siècle. Contient, entre un grand nombre de traités médicaux et autres 
dont on trouvera l'indication dans le catalogue, deux lettres françaises 
dont l'une (fol. 99) adressée par la duchesse de Bourgogne, Jacqueline 
de Bavière, à l'évêque de Winchester en faveur du Sire de Bussy fait 
prisonnier par Rodrigue de Villandrando ', et une suite de phrases 
usuelles en français et en anglais (fî. 100-106) dont quelques-unes ont 
été publiées par M. Stuerzinger, Orthographia gallica, p. xv. 

II. 6. 24. — Ms. de la seconde moitié du xiii'' siècle, exécuté en 
Normandie, qui contient des annales en latin, diverses chroniques fran- 
çaises de Normandie, une ancienne version du Pseudo-Turpin et une 
partie du Liicidaire en vers. Il en paraîtra une notice détaillée dans un 
prochain volume des Notices et Extraits des Manuscrits. 

KK. 4. 20. Ms. en parchemin, écrit de diverses mains au xiv" siècle. 
Aux feuillets 56-8 est copié un sermon sur le texte Misericordia et veritas 
obviaverunî sibi; Justicia et pax osculat£ sunî (Ps. lxxxiv, 11). Il com- 
mence ainsi : « In versiculo isto insinuât propheta hodierne festivitatis 
a misterium. .. » *. Suit un poème bien connu sur le même sujet : 
(Fol. <^S c) De eodcm in gaUi[c\o. 
De quatre sorurs vus voil dire 



1. Je l'ai communiquée à feu Quicherat qui l'a publiée sous le n° V des 
pièces justificatives de son Rodrigue de Villandrando (1879). 

2. Sermon qui se rencontre assez fréquemment dans les mss., par ex. Bibl. 
nal. lat. 12419, fol. s6 et 13583, fol. 139. 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE (KK.4.20) ^] 

Ke filies sunt Deu nostre Sire. 
Quatre sors i sunt numrez ' 
E par diverse nuns numez; 
Merci fu la priinere né 
Ke tute fu pleine de pité. 

De ce poème, certainement écrit en Angleterre, je connais trois copies, 
qui ne sont probablement pas les seules : Musée brit, Harl. 1801 fol. 
127; Arundel 292 fol. 25, et Corpus Chr. Coll. Cambridge $0 fol. 102. 
Ce dernier ms. diffère très notablement des autres. Le dit des quatre 
sœurs a été publié d'après le ms. Arundel par M. Fr. Michel, dans son 
édition du Psautier d'Oxford, pp. 564-8. 

MM. 4. 44. — Chronique universelle en français, s'étendant jus- 
qu'en 1508. — Parchemin, 1 22 ff. à 30 lignes par page. Hauteur 250'"", 
largeur 190. Ecrit en France au commencement du xv" siècle. Le premier 
feuillet est orné d'une lettre peinte et d'une vignette. Ce livre vient de 
l'évêque Moore, et devait être en Angleterre dès lafmduxvr siècle, car 
le nom d'un ancien possesseur « H. Langley », écrit vers ce temps, se lit 
sur le dernier feuillet de garde. Les premiers m.ots du second feuillet sont 
deleure comença. Cette chronique, queje n'ai du reste examinée que super- 
ficiellement, ne m'a pas paru offrir un grand intérêt. Il suffira d'en rap- 
porter ici les premières et les dernières lignes, pour permettre de recon- 
naître s'il en existe d'autres exemplaires, ce qui est probable. 

Au commencement du monde, puis que Dieux et fait ciel et terre, ténèbres 
et lumere et les quatre elemens divisiez (sic) l'un de l'autre, si fist diverses 
créatures, herbes et arbres, poisons (sic), oysiaux et bestes pour le monde 
aourner. Et veulent plusieurs dire que le monde fu fais ou mois de mars, qui est 
le premier mois de l'an, selon les Ebrieux 

Fin: 

En cest an mesme mourut l'emperis de Constantinoble femme mons' Charlon 
frère du roy Philippon de France^. En cest an mesme, le jour de la conversion 
saint Pol, furent les noches faictes en l'cglisc Nostre Dame en Bouloingne du 
roy d'Angielere 5 et de Madame Ysabel fille du roy de France. Et y furent 
présent li roys de France e li rois de Navarre, messires Charles et messires 
Loys, Philippes et Charles, li dus de Bretaigne, li dux de Brebant et li dus de 
Bourgoingne, li quens Robers de Flandres et li quens de Haynau. 



1. C'est la leçon du ms. Arundel, qui peut aussi, à la rigueur, se lire ici. 
Le ms. Harleien porte mulicnz ; dans le ms. de Corpus ce vers et les dix-sept 
suivants lent dé'aut. 

2. Catherine de Courtenai, femme de Charles de Valois, mourut le 2 janvier 
1308, 

5. Edouard II. 

Romania, VX. 23 



^54 P- MEYER 

MM. 6. 15. — Je me borne à signaler, aux ff. 105-8 de ce ma- 
nuscrit, une nouvelle copie du petit poème relatif au miracle de Sar- 
denai que M. Raynaud a publié ici même (XI, 531) d'après un ms. de 
Tours, et dont il a depuis (XIV, 81) fait connaître deux autres mss., 
l'un à Londres, l'autre à Oxford. Le catalogue en cite dix vers, les huit 
premiers et les deux derniers. Il ne me semble pas douteux que ce 
poème a été composé en Angletere. 



TABLE DES MSS. DÉCRITS. 



DD.5.S.... 
DD.IO.31 .. 
DD.11,78.. 

DD. 12.23.. 
EE.1.20... 
EE.2.17... 
EE.3.52... 
EE.3.S9... 
EE.4.26... 
EE.6.11... 
EE.6.16... 
EE.6.30 . . . 
FF. 1.33... 
FF.3.31... 
FF. 6. 13... 



Pages. Pages. 

3^0 FF. 6. 15 281 

24' FF. 6. 17 351 

351 GG.i.i 283 

262 GG. 1.15 352 

351 GG.4.6 352 

264 GG.4.32 342 

265 GG.6.28 344 

265 HH.3.16 276 

268 II. 6. 17 352 

268 II.6.24 352 

270 KK.4.20 352 

272 MM. 4. 44 353 

273 MM. 6. 4... 348 

275 MM, 6. 15 354 

277 



TABLE DES AUTEURS ET DES OUVRAGES. 



Pages. 



Anne (sainte), hymne latin et 

français à — (EE.6.1 5). 
Apocalypse en français 

(GG.i.i) 

Auctoritatcs^ sentences latines 

(GG.i.i) 

Ave Maria traduit en deux 

quatrains(GG.4.32) 

— traduit en couplets 

coués(GG. I . i) 317 

paraphrasé en qua- 



271 



329 



339 



343 



322 



trains (GG.i.i) 

AviANus, fables latines imi- 
tées d' — (DD.11.78).. 

Bible, abrégé de la — en vers 
latins rhythmiques (GG. 

1-0 

Bible en français (EE.3.52) 
Bible française (EE.3.S2) . 
BiBLESwoRTH, voir Gau- 
tier DE — 
Blâme {le) des femmes, poème 



Pages. 
306 

35' 



327 
267 
265 



MANUSCRITS FRANÇAIS DE CAMBRIDGE 



(GG.I.I) 

Bonté {la) desfemmcSy poème 
(GG.I.I) 

BozoN (Nicole), Le Char 
d'Orgueil, poème (GG.6. 
28) 

Bréviaire de Marie de Saint- 
Paul (DD. 5. 5) 

Brut (le) d'Angleterre, abrégé 
prose (GG, 1.1) 

Brut (le), chronique s'éten- 
dant jusqu'à la mort d'E- 
douard I (EE.1.20) 

— jusqu'à 133J (GG.I.I $) 

Calendrier hygiénique (FF. 

■•53) 

Chansons d'amour (DD.io. 

51) 

Char d'orgueil^ voy. BozoN. 
Chronique universelle en 

français (MM. 4. 44) 

Cinq {les) joies i\ostre Dame 

(GG. 1 . i), en vers 

Clerc ou chevalier, lequel 

vaut mieux en amour, 

poème (GG. i . i) 

Complainte sur la mort 

d'Edouard I (GG, i . 1)'. . . 
Confession , les dix-sept 

points de la — ,en prose 

(GG.I.I) 

— , formule de — , prose 

(GG.I.I) 

Credo (le), en grands vers 

(GG.I.I) 

Credo {le), en vers de 7 et 8 

syllabes (GG.4.32) 

Croix, roman de la sainte — , 

prose (GG .1.1) 

Domies, Evangiles des — , voy . 

Robert de Gretham. 
Edouard, Vie de saint — , 

poème (EE.j. 59) 

Edouard I, voy. Complainte 

et Pierre DE Lamgtoft. 



Pages- 
539 



3'5 



543 



350 



357 



3S1 
3S2 



274 



246 



353 



507 



532 



357 



552 



346 



341 



326 



267 



Evangile de l'enjance, poème 
(GG.I.I) 

— (ms. Didot) 

Fauconnerie, traité latin, 

voy. Liber. 

— traité en prose, avec 
prologue et épilogue en 
vers (FF. 6. 13) 

— traité en vers (Harl. 
978) 

Folies, voy. Trente-deux (les) 

Gautier de Biblesworth, 
traité pour apprendre le 
français (GG. i . i) 

Gilles de Rome, trad. par 
Henri de Gauchi (EE. 
2.17) 

Gloucester, voy. Humirey. 

Hending, proverbes de — , 
en anglais (GG.i. i) 

Henri de Gauchi, voy. 
Gilles de Rome. 

Herman de Valenciennes, 
l'Assomption Notre Dame, 
poème (GG. i . i) 

Hippocrate, du gouverne- 
ment de santé, traité attri- 
bué à — et adressé à 
César ^FF.1.33) 

Horn, roman de — , en vers 
(FF. 6. 17) 

Humfrey, duc de Gloucester, 
liste des livres qui lui 
ont appartenu 

Yder, poème de la Table 
ronde (EE.4.26) 

Image (/') du monde, poème 
(GG.I.I) 

JACauES DE Cessoles, traité 
des échecs moralises, trad. 
par Jean de Vicnai 

(FF-'-33) ••• 

JAcauES Legrakd, le Livre 
des bonnes mœurs (FF. i . 
3?) 



555 

Pascs. 



554 
335 



278 

312 
264 

354 

308 

274 
35' 

264 
268 
3'4 

275 

274 



Î56 



Pages. 



Jean de Vignai, voy. Jac- 
auEs DE Cessoles et Vé- 

GÈCE. 

Joies Notre Dame; voy. Cinij 
(Us) joies et Neuf (les) joies. 

Jugement dernier, les signes 
précurseurs du — ,en latin 
(GG.i.i) 317 

Lamentation Notre Damc^ voy. 
Plainte 

Legrand, voy. Jacques — 

Langtoft , voy. Pierre 

DE — 
Liber de passionibus falconum, 

etc. (FF. 6. 13) 279 

Manilrc (la) de langage (DD. 

12.23) 262 

Manuel de pêMs, voy. Wil- 
liam de Wadington. 
Marguerite, Vie de sainte — 

(EE.6.11) 269 

Marie de France, fables 

(EE.6.13) 269 

Marie de Saint-Paul, com- 
tesse de Pembroke, son 

bréviaire 350 

Médecines de garrir falcons, 

etc., prose (EE.6.11)... 279 
Merlin, Prophéties de — , 

prose (GG. 1.1) 295 

Miracle opéré par la vertu 
d'un îrentcl., en prose 

(FF. 6. 15) 281 

Miracle de Sardenai,en vers 

(MM. 6.1^) 354 

Miracle de la Vierge, vision 
du champ fleuri, en vers 

(EE.6.30) 272 

— autre rédaction (GG. 

i.i) 327 

Miracles de la Vierge, en la- 
tin (GG.i.i) 340 

Miroir (le), voy. Robert de 

Gretham. 
Monaco (AiMARO), Rapport 



à Innocent ill sur l'état 
des Sarrazins, en prose 
(GG.6.28) 

Neuf (les) joies Notre Dame, 
en vers (DD. n .78) 

Oraisons, voy. Ave Maria, 
Credo, Pater, Quicumque 
vult. 

Ordre (V) de Chevalerie, 
poème (GG.6.28) 

Passion, poème anglais sur 
la — (GG.i.i) 

Pater (le) exposition en la- 
tin du — (GG.i.i) 

— traduit en vers de 7 et 
8 syll. (GG.4.32) 

— paraphrasé en vers (GG. 

'•0 

Patriarche (le) de Jérusalem, 

voy. Monaco. 
Patrice (saint), voy. Pur- 
gatoire. 
Pèlerinages de la Terre 

Sainte, voy. Terre Sainte. 
Petite {la) philosophie, poème, 

(DD.10.31) 

- (GG.6.28) 

Physionomie, prose (GG. i . i ) 
Pierre de Langtoft, vie 

d'Edouard I (GG.i.i) ,. 
Pierre de Peckham, la 

Lumilre as lais (GG. i . 1). 
Pilate, légende latine de — 

(GG.i.i) 

Plainte d'amour (la), poème 

(GG.i.i) 

Plainte (la) ou Lamentation 

Notre Dame (CG.i.i)... 
Poème allégorique (DD.io 

îO 

Ponthus , roman en prose 

(PP-hP) 

— (HH.3.16) 

Prière en vers à saint Fran- 
çois (EE.6. 16) 



Pages. 

547 



347 
295 

332 
342 
322 



256 
346 
33' 

3'3 

287 

352 

292 

309 

241 

275 
276 

271 



MANUSCRITS FRANÇAIS 
Pages. 



Primat, vers latins (MM. 

6.4) 

Pronostics tirés du jour de 

la naissance, latin (GG. i . i ) 
Pronostics tirés du mois de 

la naissance, prose (GG. 

'.') 

Pronostics tirés de la coïn- 
cidence des divers jours 
de la semaine avec la Noël, 
en vers (GG. i . i) 

Pronostics tirés du tonnerre, 
latin (GG. i . i) 

Prophéties (les), voy. Mer- 
lin. 

Psaumes de la pénitence, 
traduits envers (GG. i.i) 

Purgatoire de saint Patrice, 
en vers (EE.6, 1 1) 

Quatre sœurs, le dit des — , 
en vers (KK.4.20) 

Quïcumque vult, ou symbole 
de saint Athanase, en vers 
dey et 8 syll. (GG.4.32) 

Quinze [les] signes de la fin 
du monie^ poème (GG. i . i ) 

Rauf de Lekham, Comput 
(GG.i.i) 

Robert de Gretham, le 
Miroir, ou Evangiles des 
Damées (GG.i.i) 

Romans, voy. Horn, Ydcr, 
Ponthus, Rose^ Sept Sages. 
Tristan. 

Rose^ romande la — (GG. 
à.6] 

Sacramentis (de) Ecclesie 
(GG.i.i) 

Saignée, jours où elle peut 



349 



325 



325 



305 



269 



3S2 



343 



290 



285 



296 



3S2 



425 



DE CAMBRIDGE 

être pratiquée (GG.i .1). 
Secret (le) des secrets, prose 

(^^•■•33) -, 

Sentences en quatrains et en 

distiques (GG. 1 . i) 

Sept Sages, roman des — en 

prose(GG. i.i) 

— (GG.6.28) 

Sidrac. le livre de — (GG. 



>)• 



Six (les).âges de l'homme, en 

latin (GG.i.i) 

Symbole des apôtres, voy. 

Credo. 
Symbole de saint Athanase 

voy. Quicumque vult. 
Terre Sainte, description de 

la —, prose (GG.6.28) 

— Pèlerinages de la — , 
prose iGG.é.28) 

Trente-deux (les) folies, vers 
(GG.i.i) 

Tristan, fragment d'un poème 
de — (DD.15,12) 

Urbain le Courtois (GG. i . i) 

Végèce, de chevalerie, trad. 
par Jean de Vignai (EE. 

2.17) 

Veni Creator, trad. en vers 
(EE.6. 16) 

Vierge (miracle de la). 

Vies des Saints,voy. Edouard 
Marguerite. 

William de Wadington, 
Manuel de péchés- poè- 
me (EE.1.20) 

— — (MM.6.4) 

— copie partielle (GG. 



i.i). 



?57 

Pages. 
32s 



273 



330 
348 

339 

325 



347 
346 
340 

349 
284 

652 
272 



3$i 
348 

3'2 



Paul Meyer. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE 

DANS l'ancien THÉÂTRE FRANÇAIS 



Le nom générique de monologue dramatique s'applique à deux sortes 
de compositions fort différentes : le sermon joyeux et le monologue pro- 
prement dit. Le premier est une parodie, généralement fort libre, des 
sermons en vers ou en prose qui précédaient les grands mystères; le 
second, au contraire, est une scène à un personnage, dans laquelle l'ac- 
teur joue un véritable rôle. L'un se borne à un récit; c'est une suite plus 
ou moins heureuse de traits satiriques; l'autre au contraire est une action : 
c'est une comédie complète placée dans un cadre restreint. Nous étu- 
dierons successivement les deux genres. 

L'origine religieuse des mystères, la part que le clergé prenait à 
ces pieuses représentations, le lieu où ils étaient joués, au parvis des 
églises, ou dans l'intérieur même des temples, tout explique qu'ils aient 
été précédés d'un sermon '. Comme le remarquent les auteurs de l'His- 
toire littéraires^ « on accourait au sermon pour être sûr de ne point 
perdre les scènes comiques, les bouffonneries même, destinées à l'amu- 
sement de ceux que le sermon venait d'instruire, et les scènes tragiques, 
d'attendrir ou d'effrayer. » 

Les joueurs de farces, usant des libertés que le moyen âge se per- 
mettait, parodièrent les drames religieux. Ils reprirent, en les adaptant 
à la scène profane, les dits des anciens trouvères: le Martyre de saint 
Baccus, quelque peu modifié et abrégé, devint le Martyre de saint Raisin. 
Une fois entrés dans cette voie, ils célébrèrent les louanges d'une 



1. Il nous suffira de rappeler, à titre d'exemples, les sermons qui précèdent 
!e Misiêrc de la Passion et le Mistcrc des Actes aes Apostres. On peut comparer 
le prologue récité par Vangelo au début des rappresentazioni italiennes, et la 
loa des Espagnols. 

2. XXIV, 367. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. 3 59 

foule de saints facétieux, saint Hareng, saint Oignon, sainte Andouille, 
saint Billouard, etc. Dès lors le genre exista; mais, comme en toute 
chose il faut de la variété, les joueurs de farces ne se bornèrent pas à 
raconter la vie de leurs saints imaginaires, ils prêchèrent sur les femmes, 
sur les ivrognes et sur divers autres sujets plus ou moins scabreux. Par- 
fois même un événement historique, une victoire du roi, la mort d'un 
criminel, etc., leur servait de thème. 

Comme les véritables sermons, les sermons joyeux débutent d'ordi- 
naire par une citation latine, et c'est dans ces parodies, qui sont comme 
une réminiscence de la fête des fous, que se montre le plus clairement 
la tolérance des autorités ecclésiastiques. Les textes bibliques sont d'or- 
dinaire travestis de la façon la plus grotesque ; le signe de la croix et 
VAve Maria subissent eux-mêmes des tranformations bouffonnes. 

Les auteurs des mystères eussent été mal venus à se plaindre de ces 
parodies souvent fort peu édifiantes ; ils avaient eux-mêmes contribué au 
scandale en mêlant le sacré et le profane, en mettant sur la scène des 
sots ou des fous qui annonçaient le spectacle ou qui intervenaient dans 
l'action '. Avant eux les moines avaient ouvert la voie en composant des 
discours facétieux tels que le Sermo de Ncmine, le Sermo de sanctissimo 
fratre Invicem, etc. ^. 

L'origine même du sermon joyeux explique qu'il ait dû être récité 
au début de la représentation : il tenait la place de l'exhortation pieuse 
dont les mystères étaient ordinairement précédés. Nous avons déjà cité 
un passage du Journal d'un bourgeois de Paris qui confirme cette observa- 
tion 5. Nous verrons plus loin que le sermonneur annonçait parfois qu'il 
allait faire la quête : il était important d'assurer la recette avant de 
jouer la pièce de résistance 4. 

La simplicité des sermons joyeux, qui n'exigaient ni théâtre ni mise 
en scène, permettait d'ailleurs de les produire dans une foule d'occa- 
sions. On en récitait dans les assemblées de certaines sociétés badines J, 



1. Voy. par exemple la Vie de saindt Barbe, en cinq journées, la Vie et 
Passion de monsieur saincl Didier^ par Guillaume Flamang (1482), le Mistêre de 
la Passion de Troyes (1490) et le Mistêre de saint Bernard de Mcnttion. — Dans 
les C/î£5f«;P/j)'5, le sacrifice d'Abraham est précédé d'un prologue comique 
récité par Gobbet on the Green. 

2. Voy. Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françaises, XI, 513, 328. 

3. Romania, VII, 239. 

4. Voy. le Sermon joyeulx d' uns, fiance (jui emprunte ung pain sur la fournée, le 
Sermon d'un cartier de mouton, le Sermon jojeux des Quatre Vens et le monologue 
de Watetet. 

<,. Nous croyons que telle fut la destination des pièces de Coquillart, qui ex- 
.cèdent de beaucoup les limites ordinaires du sermon joyeux et qu'aucun acteur 
n'aurait eu la force de réciter sur un théâtre, aucun spectateur la patience 
d'entendre. 



360 É. PICOT 

dans les réunions des clercs du palais ' ; on en égayait les repas ^, spé- 
cialement les repas de noces 5. 

Il arrivait aussi que, les jours de réjouissance populaire^ un acteur 
montait bravement sur un tonneau, au coin d'une rue, et récitait à la 
foule un sermon joyeux. C'est ainsi que, en 15^7, le conseil de ville de 
Cambrai fit payer une gratification de 10 sols à un nommé Claude Le 
Mausnier, « ayant ce jour preschié sur un tonneau en recréant le peuple 4 « . 

A la fin du xvi'' siècle, le sermon joyeux, banni du théâtre par les au- 
teurs qui veulent revenir aux modèles antiques, conserve sa vogue dans 
les provinces. A Paris même, il reprend faveur au commencement du 
xvii^ siècle ; mais alors il se transforme, il tombe dans le domaine 
des bateleurs et des charlatans du Pont-Neuf. Les prologues de Brus- 
cambille et les questions de Tabarin continuent la tradition des anciens 
joueurs de farce, bien que la prose y remplace les vers. Les auteurs 
rachètent cette infériorité en exagérant encore la grossièreté et le cy- 
nisme de leurs devanciers. 

Le monologue dramatique met en scène la personne même qui le 
récite; aussi est-ce un genre plus difficile à cultiver que le sermon. Il 
exige à la fois des qualités plus diverses chez le poète et chez l'acteur. 
Tout auteur sachant tourner spirituellement les vers pourra écrire un 
sermon; pour réussir dans le monologue il faudra posséder en outre 
l'entente du théâtre. Le premier venu pourra réciter tant bien que mal 
un sermon, un comédien exercé pourra seul rendre le monologue sup- 
portable. De là vient que les pièces appartenant à la seconde classe 
sont moins nombreuses que celles de la première. Les auteurs qui les 
ont composées ont eu grand' peine à varier leurs sujets, ils sont tombés 
dans les redites, et se sont copiés les uns les autres, au point qu'un 
même monologue a pu subir trois transformations différentes'. H est 



1. Les pièces poitevines et bourguignonnes que nous citons plus loin sont, à 
coup sûr, l'œuvre de jeunes bazochiens, 

2. Voy. ci-après (n" 31) le Sermon fort joyeuh pour l'entrée de table. 

3. Voy. la pièce de Roger de Collerye intitulée: Sermon pour une nopce^ ci- 
après, n» 19, et le Nouveau et joyeux Sermon contenant le ménage et charge de 
mariage, pour jouer à une nopce, n" 21. — L'auteur du Sermon nouveau et fort 
joyeulx auquel est contenu tous les maulx que l'homme a ta mariage n'a pas 
oublié dans son énuniéralion des charges imposées au malheureux fiancé l'ooti- 
gation d'appeler des joueurs de farces: 

Quant le jour des nopces est près, 
Il faut semondre a pompe grande 
Et achepter de la viande, 
Louer meiiestriers et farseurs, 
Maistres d'hostelz et rôtisseurs. 
(Montaiglon, Recueil de Poésies franço'.scs, II, 8). 

4. Durieu, Le Théâtre à Cambrai avant et depuis 1789 (Cambrai, Renaut, 
1883, in-8), 166. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. 361 

vrai de dire que des morceaux aussi achevés que le Franc Archier de 
Baignollct ont dû décourager d'avance les imitateurs. 

Pour introduire quelque variété dans les monologues, les joueurs de 
farces imaginèrent des monologues à deux personnages, dans lesquels 
les interruptions d'un second acteur formaient les éléments du comique, 
ou des dialogues à un seul personnage dans lesquels le même acteur se 
répondait à lui-même en changeant sa voix ou son visage. 

Les règles du monologue et celles du sermon étaient au fond les mêmes ; 
ils avaient la même étendue. D'après Gracien Du Pont, deux cents vers 
suffisaient ^ ; mais il était rare que ce nombre ne fût pas dépassé. Sermons 
et monologues sont d'ordinaire écrits à rimes plates; cependant nous 
trouvons dans plusieurs pièces qui appartiennent au milieu du xv^ siècle, 
mais surtout chez Coquillart et chez plusieurs de ses imitateurs, des vers 
croisés et des strophes 5. 

Comme les mystères, les moralités et surtout les farces, les sermons 
et les monologues sont émaillés de triolets. M. Éd. Fournier fait remar- 
quer 4 que le Pèlerin passant de Pierre Tasserye, qui est de 1 509, com- 
mence par un triolet^ et il ajoute: « forme de poésie qui n'était pas alors 
fort commune ». C'est là une erreur. Sans parler des Miracles de Nostre 
Dame, une des plus anciennes moralités qui nous soient parvenues, ne 



1 . VVatclit, Maisîre HambrcUn, Le Varlct à louer. 

2. « 0.ui aura envye de sçavoir le nombre des lignes appartinentz en mono- 
logues, dyalogues. farces, sottises et moralitez, saiche que, quant monologue 
passe deux cens lignes, c'est trop; larces et sottises, cinq cens; moralitez, 
mille ou douze cens au plus. » An cl Science de rhdoncquc melrijfièe... composé 
p.v Griuicn Du Pont, escuycr, seigneur di Dnisac {Tholozc, par Nycolas Vieillard, 
1^9, in-4>, fol. jj a. 

3. Pierre Fabri (Le grant et vray Art de rhétorique; Rouen, Symon Cruel, 
in-4, II, 19 a) commence ainsi le chapitre qu'il consacre à la « rithme de 
plusieurs basions » : 

« Il est une espèce de rithme qui s'appelle deux et ar. pour ce que deux ou 
trois lignes de semblable longueur, sont léonines, et celle qui croise est plus 
courte ou de semblable longueur ainsi que est le Livre du gras et du maigre et 
des Qiutrc Dames maistre .^lain, et en faict l'en par basions et sans basions. 

« Nota que le baston par plusieurs est entendu pour clause (c'est-à-dire pour 
strophe), et par plusieurs est entendu pour ligne de clause, u 
Après avoir cité trois exemples, Faori continue en ces termes: 
« Et generallement quasi toutes les farces que l'en faict maintenant et espe- 
cialement tous les monologues Coquillart sont pratiquez en deux et ar. » 

Parmi les trois exemples cités, il en est un qui paraît tiré d'un monologue 
dramatique : 

Se tu veois dame ou damoiselle, 

Le beau vestement d'entour elle, 

Ses colliers et ses bons joyaulx 

Te monstreront qu'el(le) sera belle 

A veoir de loing, mais n'est pas telle 

Quant plus on voit de près ses peaulx, etc. 

4. Le Théâtre français avant la Renaissance, 272. 



362 É. PICOT 

pièce relative au Concile de Basle, que nous croyons pouvoir dater de 
l'année 1433, est pleine de triolets'. 

On remarquera dans plusieurs sermons ou monologues des passages en 
prose analogues aux couplets « parlés » de nos chansonnettes comiques 2. 

Les monologues n'ont jamais complètement cessé d'exercer la verve 
des auteurs dramatiques. De même que Bruscarnbille et Tabarin avaient 
prolongé la vogue des sermons joyeux, les acteurs de la foire Saint-Ger- 
main conservèrent les farces à un personnage. 

Quand les troupes ambulantes se virent poursuivies à la requête des 
comédiens du roi et des directeurs de l'opéra, que les uns leur firent 
défendre de parler et les autres de chanter, elles se rabattirent sur le 
monologue. En 1707, cette forme dramatique leur fut permise; mais 
divers subterfuges auxquels ils eurent recours pour représenter de véri- 
tables pièces à laidede prétendus monologues leur valurent, de la part 
de la police, une nouvelle interdiction 5 . 

Nos recherches ne portent que sur le xV et le xvi"' siècle ; par excep- 
tion nous faisons figurer dans notre bibliographie deux ou trois pièces du 
xvii'^ siècle qui ont avec les productions antérieures des rapports trop 
étroits pour pouvoir en être séparées. 

Ainsi que nous l'avons fait précédemment pour la sottie, nous nous 
sommes efforcés de classer chronologiquement les sermons et les mono- 
logues et d'en rechercher les auteurs. 

Nous les avons de plus groupés par genre et les avons répartis en douze 
classes, savoir : 

1° Sermons sur la vie de divers saints ou personnages facétieux, 

2° Sermons sur l'amour, les femmes et le mariage, 

5" Sermons sur les buveurs et sur les cabarets, 

4" Sermons sur divers sujets, 

5" Sermons de sots, 

6° Monologues d'amoureux, 

j" Monologues de charlatans et de valets, 

80 Monologues de soldats fanfarons, 

9*^ Monologues de comédiens, 

10" Monologues de villageois, 

11° Monologues historiques, 

12° Monologues moraux. 



1 . Voy. Œuvres de Georges Chastdlain publics par M. Kervyn de LcUenhove 
VI, 1-48. 

2. Voy. ci-après les n»» 8, 9 et 56. 

5. Despois, Le Théâtre français sous Louis XtV, Paris, Hachette, 1S74, 
in-12), 8g. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I. ^6^ 



1. — SERMONS SUR LA VIE DE DIVERS SAINTS 
OU PERSONNAGES FACÉTIEUX. 

I. Sermon fort joyeux de saint Raisin. 
[Vers 1450 ?| 

Saint Bacchus, ou saint Raisin, est probablement le premier martyr 
sur lequel se soit exercé la verve des joueurs de farces. En remontant 
dans le moyen âge, nous rencontrons une pièce grecque sur la condam- 
nation du Raisin, dont il a existé plusieurs versions différentes, et qui a 
été traduite en sloveno-serbe et imitée même en turc (voy. Archiv fiir 
slavische Philologie, 1, 61 1 ; II, 192), 

A côté de la pièce grecque nous devons ranger un dit français, très 
différent, il est vrai, composé en 1513 par Geofroy de Paris. Le Mar- 
tyre de saint Baccus ressemble beaucoup à un sermon joyeux, pas 
assez cependant pour que nous ayons pu lui donner une place parmi les 
ouvrages dramatiques. Ce dit, composé de 455 vers dont le ^'' n'a pas 
de rime^ a été publié, d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, 
par M. Jubinal Nouveau Recueil de Contes, Dits, Fabliaux, etc., I, 250-265). 

Le sermon joyeux, qui nous paraît appartenir au milieu du xv* siècle, 
commence ainsi : 

Hoc bibt quoi possis, 
Si vivere sanus tu vis : 
Hec verba scribuntur in Cathone, ultiino capitulo. 

En considérant le courage 
Du tresnoble Cathon le sage. 
Duquel j'ay allégué le thesme, 5 
Affin que n'ayons tous la rume, 
Prenons exemple a Jesuchrist 
Du premier miracle qu'il fit, 
Ce fut qu'il mua l'eaue en vin 
Aux nopces de l'architriclin. . . 10 

Nous ne relevons dans le poème aucun détail qui permette d'en fixer 
approximativement la date; nous n'y trouvons non plus aucune indication 
relative à la province où il a été composé. On remarquera cependant 
quelques mots curieux: dariolle (v. 80), vivande (v. c)o) ,, tisetaine (v. 99), 
boéte panetrée (v. 107). 

Le sermon, qui est très court, se termine ainsi : 

Prions doncques Nostre Seigneur 
145 Qui ses apostres abreuva 



364 É. PICOT 

Et leur dist : Se me voulez croire. 
Faictes ainsi que ma mémoire, 



Qui en son hault trosne de gloire 
Nous meine, le père et le filz 
150 Et le benoistSainct Esp[e]rit 
Qui est pour nostre rédemption, 
In sccula seculorum . 
Amen, 
Bibliographie : 

a. — Sensuit le sermon fort ioyeux de saint Raisin. S. /. n. d. 
{vers 1 520], pet, in-8 goth. de 4 ff. de 25 lignes à la page. 

Au titre, un bois qui représente un moine assis dans une chaire gothique, 
devant un pupitre. 

Au v^ du dernier f., un second bois qui représente une femme tendant la main 
à un pèlerin agenouillé. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale {Catal. Cigongnc, n" 712). 

b. — S'ensuit ]| le Sermon || fort ioyeux || de saint Raisin. \\ A Rouen, \\ 
Chez Nicolas Lescuyer, près le || grand portail,, nostre Dame. — Fin. S. d. 
[vers 1 595], pet. in-8 de 4 ff. de 27 lignes à la page, sans sign. 

Titre encadré, dont le vo est blanc. On y voit la marque de Lescuyer repré- 
sentant une tête de Janus, insérée dans un cercle formé de deux serpents, et 
accompagnée de la devise : nâpovxa xal jj.rAXov:x. 

Dans le coin inférieur de droite on remarque le chiffre 3, qui indique la place 
que le Sermon occupait dans les recueils du libraire rouennais. 

Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat. I, n" 590, art. 3). 

c. — Reproduction autographique exécutée vers i8p et tirée à 40 
exemplaires: nous croyons qu'elle a été faite sur l'édition a. 

d. — Joyeusetez^ 183 1, dans le vol. qui contient les Songes de la Pu- 
celle, etc. 

e. — MonXai^lon, Recueil de Poésies françoiscs^U, 11 2-1 17. 



2. Sermon de Billouart, par Jehan Molinet. 
[Valenciennes, vers 1460.] 

Cette pièce est une des plus ordurières de celles que nous aurons à 
citer ; aussi n'est-ce pas sans surprise que nous l'avons rencontrée dans 
les œuvres de Molinet. Bien que les lettres échangées entre le chanoine 
de Valenciennes et son ami, Guillaume Crétin, prouvent que ces graves 
personnages ne craignaient pas les facéties un peu épicées, le sermon de 
Billouart, ou de saint Billouart (car c'est bien d'un saint qu'il s'agit), 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I. ^65 

dépasse en hardiesse tout ce qu'on pouvait attendre de Molinet. Il faut 
sans doute y voir une œuvre de jeunesse. 

Voici le début du Sermon dans les deux textes qui nous en sont par- 
venus: 



Introivit in tabernaculo; 
Lacrimanti rcccssit oculo. 

Peuple dévot, soubz [ung] hallot, 

Hiersoir, environ le malin, 
5 Trouvay escript ce fort latin 

Que j'ay ichy prins pour mon 
[theumc, 

Et, pour tant que c'est ma cous- 
[tume 

De le déclarer en franchois, 

Le declareray mais anchois, 
10 Affm que plus profondement, 

Vous puissiés toutz mon fonde- 
[ment 

Sentir, machier et savourer, 

Tant que le fruit peult demourer 

A aulcuns de vous en la bouche. 
1 5 Avant que plus par;ond je touche 

A ceste prédication, 

Nous ferons salutation 

En nous mectans sans nulz debatz 

Le cul en hault. le chiet en bas, 
20 Honnestement, sans faictz infa- 
[mes. 

Les hommes au dessus des fem- 
[mes, 

Disantz pour tous brimborions: 

Dcus des genitorions 

Introivit et cetera... 

La pièce se termine ainsi : 



Billouart mist son estudie 
A le touchier de son boult digne 
Ung peu plus bas que le boudiné, 
260 Et la sy au vif l'attaindit 
Que celle challeur estaindit, 
Et fut guerrie nettement 



Jubé me bencdicere. 
Introivit in tabernaculo; 
Lachrynumte recessit oculo. 

Peuple dévot, sur un halo. 

Ce fut hersoir,au plus matin, 

Que [|']assemblay ce fort latin 5 

Que l'ay [i]cy prins pour mon thesme ; 

Mais, pourtant que c'est la coustume 

De le déclarer en françois, 

Je (vous) le declareray; ainçoys 

Que plus avant nous procedion 10 

A ceste prédication, 

Nous ferons salutation, 

En nous mettant sans nuls débats 

Le dos en haut, le ventre au bas, 

Honnestement, sans estre infâmes, 1 5 

Les hommes par dessus les femmes, 

Disant pour tout brcborium: 

Deiis in genitorium 

Introivit, et cetera... 



B 
Billouart mist son estudie 
De toucher ceste femmelette. 
Tant qu'il la guarit toute nette 
Par vertu de ses oigneniens. 
Sans faire plus longs preschemens, 
Femmelettes, n'oubliez mie 



45 



j66 É. PICOT 

Par le vertu de l'ongnement De vous mettre en la confrarie 1 50 

Dontilleoindy parplusieurs foys, De monsieur saint Biilouart. 
26 s Tellement qu'au bout de neuf ^^^^ 

[moys, 
Par Biilouart et ses jumelles, 
Elleeultdu laict plein ses ma- 

[melles 
Et en ses bras ung beau poupart. 

Femmes, priés a mon départ 
270 Pour moy, et, mays qu'il m'en 
[souviegne, 
Je prieray qu'ainsyvousadviegne. 

Bibliographie : 

a. — Bibliothèque de feu M. le baron James de Rothschild, ms. in-fol. 
sur papier de 201 fF.. fol. 1-2. Voy. le Catalogue, I^ n'' 471. 

b. — Le II Sermon || Saint Bil- || louart nou- 1| uellement Im- |] primé. 
= A Rouen, \\ Chez Nicolas Lescuyer, \\ près le grand portail \\ nostre Dame. 
— Fin. S. d, [vers 1595], pet. in-8 de 4 ff. de 27 lignes à la page 
pleine, sans sign. 

Titre encadré, dont le v° est blanc. On y voit la petite marque de Lescuyer , 
réduction de celle qui orne le titre du Sermon fort joyeux de Saint Ruisin. 

Dans le coin inférieur de droite se trouve le chiffre 4 qui indique la place 
qu'occupait cette pièce dans les recueils de Lescuyer. 

Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat. I, n» 590). 

Cette édition très fautive et qui ne contient que 1 5 1 vers, a dû être précédée 
de plusieurs autres qui ont disparu sans laisser de traces. 



3. Sermon joyeulx de sainct Faulcet. 
[7^1475.] 

L'histoire de sainct Faulcet doit être empruntée, comme celle de sainct 

Nemo, à quelque discours facétieux composé, au moyen âge, par un 
théologien en belle humeur. Sainct Faulcet est le patron des menteurs, 
mais il prétend que ses mensonges sont si bien combinés que Dieu n'a 
pas le courage de le damner. 

Notre sermon, qui ne nous est connu que par une édition des plus fau- 
tives, semble avoir subi de graves mutilations: on n'y trouve que quelques 
traits de la vie du saint ; par contre, on y rencontre quelques allusions 
qui permettent d'en fixer approximativement la date. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I. 07 

Le prêcheur entre ainsi en matière : 

Ubi paly co^uaris 

Maxilbrium in vants 

Familliarum constringe : 

Ce que Dieu a dit et juré, 

C'est bien raison que il soit faict. 5 

En la légende sainct Faulcet 

Ay trouvé ce que vous ay dit 

Et le jugement que Dieu fist 

Le jour qu'il trouva saint Faulcet 

Lassus es cieulx en ung anglet, 10 

La ou il avoit prins son lieu 

Maulgré les sainctz et maulgré Dieu... 

Après avoir conté le trait le plus plaisant de saint Faulcet, le poète 
ajoute : 

Trestous ceulx qui sont en péché 30 
Et qui sont faulx par.'aictement 
• Seront saulvez au jugement; 
Se nous racompte sainct Faulcet, 
(^ui contre Dieu en fist procès, 
Ainsi que j'ay dit cy devant : 3 5 

Maris, Divat(us), Warin, Tristant 
Furent sainctz, aussi Argenton. 

Nous ignorons qui peuvent être Maris et Divat ou Dinat \ quant à 
Warin, c'est peut-être Richard Wareyn qui conspira, en 1470, contre 
le roi Edouard III et fut, pour ce fait, décapité ■; mais c'est plus probable- 
ment Warwick, le faiseur de rois_, tué à Barnet en 1 471 .Tristant doit être 
Tristan L'Hermite, le célèbre grand-maitrede l'artillerie, qui vivait encore 
en 1475*; enfin Argenton ne peut être que Philippe de Comines, de- 
venu seigneur d'Argenion par son mariage avec Hélène de Chambes 
(27 janvier 1473 .On voit que l'auteur est un Bourguignon qui ne ménage 
pas les partisans du roi de France. 

Plus loin iV. 79I, MM. de Montaiglon et de Rothschild ont cru voir 
une allusion à un emprunt fait par Louis XI aux Cambrésiens. Il est pos- 
sible enfin qu'un autre passage (v. 99-104I contienne une allusion au roi, 
à La Ballue, à Olivier Le Daim; mais l'obscurité du texte ne permet 
pas de l'affirmer. 



1. Chroniques d'Angleterre^ par Jean de Wavvrin, éd. de la Société de l'hist. 
de France, 111, 17. 

2. Anselme, 3« éd., VIII, 132. 



368 É. PICOT 

Voici les derniers vers du sermon : 

Et, affin que mieulx en priez, 

Je vous donne tous mes péchez. 

C'est assez dit pour une foys ; 125 

A Dieu vous command, je m'en vois. 

Biblioorapfiie : 

a. — Le Sermon de sainct Faulcet termine un petit volume in-8 goth. 
qui se trouve à la Biblioth. munie, de Versailles (E. 308. c.) et auquel 
manque le f. de titre. Voici l'indication des pièces contenues dans ce 
volume, dont nous ne connaissons pas d'autre exemplaire. Peut-être 
quelque bibliophile sera-t-il assez heureux pour en retrouver le titre: 

1. Que pensez vous, seigneurs, barons, (et) vassaulx^ 
Que ne mettez en vos meffaitz souffrance? 

1 5 strophes terminées par des proverbes. Ces strophes devraient avoir cha- 
cune sept vers, mais plusieurs sont incomplètes. La 14" commence ainsi : 

Faict et dit a L\on sur le Rosne^ 

Ou je fus né et y faictz mon séjour, 

En attendant quelque bonne nouvelle 

Qui adviendra, se Dieu plaist, en briet jour. 

Il est évident que les mots « a Lyon sur le Rosne » qui ne font pas le vers 
ont été substitués à une fin de vers qui rimait avec « nouvelle »; Lyon n'est 
donc que le lieu de l'impression et non celui de la composition. 

Quant au poème, on y trouve le nom de François I" (v. 16); la 13« strophe 
fait allusion à « sa mère la royne souveraine », c'est-à-dire Louise de Savoie: 
enfin tous les rondeaux qui suivent parlent de la descente des Anglais en Bre- 
tagne, ce qui permet de fixer la date de la composition à i $22. 

2. Rondeau aux Angloys: 

Vuidés, Angloys; ployez voz estandars... 

Cette pièce paraît imitée d'un rondeau qui termine La Folyc des Angloys, 
petit poème composé par maître L.-D. c'est-à-dire Laurent Desmoulins, en 
1513, et qui présente une assez grande analogie avec les strophes sans titre dont 
nous venons déparier. Voy. Montaiglon, Ruudl, II, 268. 

3. Aultre Rondeau (incomplet) : 

Vuidez, Flamans, Espaignolz et Angloys... 

4. Aultre Rondeau: 

Se ne vuidez, Angloys, se ne vuidez... 

<). Aultre Rondeau aux Angloys: 

A Dieu, Angloys; a Dieu, soyez godons... 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I 369 

6. Rondeau ausdictz ennemys (incomplet) : 

Ne vous souvient il pas de vos ancestres?.. . 

7. Aultre Rondeau: 

Quant serez mors, plus ne porterez (de) lance... 

8. Sermon joyeulx de sainct Faukct. 

Il saute au.v yeu.x que le Sermon n'a aucun rapport avec ce qui précède. 
b. — Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françoiscs, XIII, 289-304. 

4. Sermon de sainct Belin. 
[ Vers I $ 00 .?] 

Cette piècC;, qui ne nous est parvenue que complètement mutilée et 
défigurée, ne contient aucune allusion historique. En voici le début : 

domina, culpa mea 
A mortuis {ex)ilUbata; 
Homo capit preparandum. 

Bonnes gens, oyez mon sermon, 

Que i'ay trouvé tout de nouveau 5 

Escript en une peau de veau, 

En parchemin notablement, 

Scellé du pied d'une jument: 

C'est le commencement et (la) fin 

De la vie de sainct Belin, 10 

C^i fut griefvement martiré, 

Si en doit estre Dieu loué... 

Le sermonneur raconte la vie et la mort du « belin », c'est-à-dire du 
mouton, dont les morceaux furent accommodés à diverses sauces, 

Et, en après, une trippiére ^5 

En eutlefoye et le poulmon, 
Qui fut extraict de boucherie. 

A partir du vers que nous avons imprimé en italiques, l'auteur a pure- 
ment et simplement copié une ballade de Villon qui se rapportait au 
sujet (voy. éd. Jannet, 104). 

Voici les derniers vers du sermon et de la ballade : 

Prince, se j'eusse eu la pépie, 

Pieça fusse ou est Clotaire, 

Aux champs debout comme une espie : 

Estoit il lors tant [lis. temps] de moy tairei' 75 

FINIS. 
Remania, XV. 2a 



^-JO É, PICOT 

Bibliographie : 

fl Sensuyt le ser || mon de sainct Belin. || Auec le sermon du poul |1 
f de la pusse. Nouuelle- H ment Imprime. — C Finis. S. l. n. d. 
[Lyon, Jacques Moderne, vers i $40], pet. in-8 goth. de 8ff. de 22 lignes 
à la page, sign. A-B., titre encadré. 

Bibliûth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat., 1, n" 08). 

$. Sermon joyeulx de monsieur saint Haren. 
[Rouent, vers i $00.] 

Nous n'avons relevé dans cette pièce aucune allusion qui permette 
d'en fixer la date; tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle est postérieure 
à la vie de saint Raisin (voy. le v. 5). La mention de Dieppe et les 
détails que le poète donne sur la pêche nous font croire que le sermon a 
été composé en Normandie. En voici le début : 

Graticulus Harengio, 
Super ignem tribulatio^ 
Vinaigria , sinapium. 

Bonnes gens, oyez mon sermon. 

En ceiuy temps que sainct Raisin 5 

Si fait trotter maint pellerin, 

Il voult de ce siécle^finer. 

Aussi, au milieu de la mer, 

Entre Boulongne et Angleterre, 

Ou l'en ne treuve point de terre, 1 

Fut prins le corps de sainct Harenc, 

Qui souffrit pis que sainct Laurent... 

Le sermon se termine ainsi : 

Pour cardinaulx et pour evesques, 

Pour ribaulx et pour archevesques, 

Ne fault il ja faire prière. 

Car tout va s'en devant derrière. 

Mettons nous trestous a genoulx ; 125 

A Dieu ne souviegne de vous ; 

Ne nous chault comme tout en aille, 

Dessus, (ou) dessoubz, vaille que vaille. 

Dictes Amen dévotement. 

(Cy) Fine le Sermon Sainct Harenc. 130 

Bibliographie : 

a. — Sermôioyeulxde monsieur Sainct Haren. Nouuellement imprime. 
C — Cy fine te Sermon ioyeuxde mô sieur Sainct Haren. Nouuellement faict 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I ^yi 

et imprime. S. l. n. d. [vers 1 500 ?J, pet. in-8 golh. de 4ff. de 23 lignes 
à la page. 

Cat. La Vallièreen 5 vol., n° 3095.— Le volume, acheté par la Biblioth. du 
roi, paraît être aujourd'hui perdu. 

b. — La vie saint j! harenc gloriei;x martire cô || met il fut pesche en 
la mer et 11 porte a Dieppe. S. l.n. d. [Rouen?, vers 1510.?], pet. in-8 
goth. de 4 ff. de 11 lignes à la page. 

Le titre, dont les trois dernières lignes sont imprimées en lettre de forme, est 
orné d'un bois de la pêche miraculeuse. 

Au v» du dernier f., un grand D, très orné. 

Le V. ^ I est ainsi conçu dans cette édition : 

Dedans Rouen, en plusieurs lieux, 
ce qui fait penser qu'elle a été imprimée à Rouen. 

M. Brunet dit que cette édition et la suivante contiennent 13 vers de moins 
que l'éJ'tion A. 

Biblioih. nat., Y-]- 6158 c (3). Rés. 

c. — La vie sait harem. |j Et comment il fut || pesche et martire. — 
Explicit. S. l. n. d. [Paris, vers nio], pet. in-8 goth. de 4 fï. de 
24 lignes à la page. 

Au titre, un bois représentant deux femmes près d'une tente sur le rivage de 
la mer ou d'une rivière. 

Ce bois se retrouve dans divers volumes sortis des presses de Jehan Trepperel 
ou de celles de sa veuve, notamment dans les Facecics de Page, imprimées par la 
veuve Trepperel vers i$io (voy. Cat. Rothschild, II, n" 1773). Ce qui prouve 
d'ailleurs que cette édition sort de presses parisiennes, c'est que le vers ji y 
est ainsi conçu : 

Dedans Paris, en plusieurs lieux. 

Au v" du dernier f., une femme déchargeant un sac d'où sort un poisson; 
près de cette femme, deux hommes, l'un en chausses, l'autre en chausses et en 
manteau. 

Biblioth. nat., Y. 4570 (4), Rés. 

d. — La vie sait || Harenc glorieulx martyr. Et comment il fut || pesche 
en la mer f porte a Diepe. — CL Explicit. S . l. n. d. [vers i $20], pet. 
in-8 goth. de 4 ff. de 22 lignes à la page, sign. A. 

Le titre, dont la première ligne est imprimée en très grosses lettres, contient 
un bois. Cebois représente des personnages qui regardent des maçons travailler 
à un mur sur le rivage de la mer. Auprès de ces personnages, on aperçoit un 
navire. 

Au vo du dernier f., un chevalier, couvert d'une armure, derrière lequel se 
tient le Démon, sous la figure d'un monstre ailé, à queue de poisson. 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

L — Le Débat de deux Demoyselles, l'une nommée la NoyrC;, l'autre la 



^y2 É. PICOT 

Tannée, suivi de la Vie de Saint Harenc et d'autres poésies du xv« siècle, 
avec notes et glossaire [par M. de Bock] (Paris, Didot, 1825, in-8), 
61-67. 

f, — Réimpression exécutée à Paris, chez Pinard, vers 1850, et tirée 
à 40 exempl. sur papier de Chine id'après l'édit. C) . 

^. — Montaiglon, Recueil de Poésies hançoises, II, 525-5 p. 

6. Sermon joyeulx de la vie saint Ongnon. 
[Rouent, vers 1 500.] 

Cette pièce a un grand air de parenté avec le Sermon joyeulx de 
monsieur sainct Haren, et, si elle n'est pas du même auteur, elle est au 
moins du même temps. Le prêcheur débute ainsi: 

Ad deliberandtim Patns 
Sit sanctorum Ongnonnarls 
[Et] Films Syboularis 
In ortum sua viti [. . .] 

Capitulum... M'entendez vous? 5 

On me puist couper les genoux 
Se je ne suis tout esbahy 
Ou j'ay pris ce latin icy, 
Que madame sainte Siboule 

Aprist saint Ongnon a l'escolle, 10 

A Tûlette, avec[que] Saint Herre... 

Voici les derniers vers : 

Je prie a monsieur saint Ongnon 

Que cil qui fist le mont de gloire, 

Vous vueille garder de peu boire; 

Il vous convient que vous priez 

Pour tous ceulx qui sont en santé, 120 

Et si priez pour les malades, 

Que Dieu leur doint figues et dactes, 

Et, si n'ont de quoy eulx ayder, 

Jamais ne puissent iiz lever. 

Dictes tous Amen drument bon, 125 

Vous recommandant saint Ongnon. 

Bibliographie : 

a. — Sermon ioyeulx de || la vie saint ongnon. || Cornent nabuzarden 
le maistre cuisinier le |1 fist martirer. auec les miracles ql fait chas- || cun 
jour. — Explicit. S. l. n. d [vers 1510], pet. in-8 goth. de 4 fF. de 
24 lignes à la page . 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — 1 J75 

Au titre, un bois qui représente deux hommes, tenant des cierges, agenouillés 
devant une femme. 

Au r" du dernier f., une femme tenant deux oignons avec leur tige et leur 
racine, figure qui se retrouve dans une édition de la Resolution de Ny Trop Tost 
Ny Trop Tard Ma;ic. — Au v" du même f., un homme qui sent une fleur, à 
côté d'une table sur laquelle sont deux poissons et un pain. 

Biblioth. nat. Y. 4370 13), Rés. 

b. — Réimpr. par Pinard, à Paris, vers 1850, et tiré à 40 exempl. sur 
papier de Chine. 

c. — Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, I, 204-209. 

7. LE DEVOT ET SAINCT SeRMON DE MONSEIGNEUR SAINCT JaMBON 
ET DE MADAME SAINCTE AnDOULLE. 

[Rouen!', vers 1 520.] 

Nous ne relevons dans ce sermon aucune allusion historique. En voie* 

le début : 

In nomine, de la main gauche, 

Patris, aussi bien que de l'autre, 

Et fiUO), ainsi qu'est escript, 

Le croy, au chevet de mon lit. 

Quoniam {sanctus) Johannes bonus, s 

Si canliltur alkluya, 

Fit nobis sancta Andoulla, 

Quoniam [sanctus) Johannes [bonus]. 

Ista verba si son[tJ des nues 

Descendus jusque icy en terre. 10 

Seigneurs, tant les grans que menuz, 
Entendez, car présent veulx faire 
Ung sermon, dont vous devez croire 
Qu'il vous sera sain, beau et bon ; 
Toutesfoys il me convient boire 
Et puis parler de sainct Jambon... 
Hic bibai. 

La pièce n'est probablement pas parisienne. Le prêcheur, après s'être 
plaint des usuriers et des mauvais boulangers, ajoute : 

En Paris, pas je n'en divine, 
J'en ai souiTert selon mon taux, 

ce qui semble bien indiquer qu'il est revenu de Paris. 
La pièce se termine ainsi : 

Mettez vous en la confrarie 

De saincte Andoulle, chère amye; 



374 É. PICOT 

Aussi chascun bon compaignon 

Reclame monsieur sainct Jambon, 240 

Car nous ayderons près et loing 

Fin [?] d'eulx a nostre besoing. 

Pour tant est temps que de ce lieu 

Desparte vous disant : a Dieu. 

Bibliographie : 

a. — C Ledeuotet H sainct sermon 1| De monseigneur sainct iâljbô et 
de ma dame saïcte an || douile Imprime nouuelle\\meni a Paris. — CL ^"Z'^- 
S. d. [vers i$2o], pet. in-8 goth. de 8 ff. de 26 lignes à la page, 
sign A-B. 

Au titre, dont le v» est blanc, un bois représentant un bourgeois et un reli- 
gieux se parlant. 

Le r<> du dernier f. est blanc; le V contient la marque de Jehan Janot. 

Biblioth. nat., Y. 61 16 (2). Rés. 

/,. — jojeiLseîez, i85i,dansle volume qui contient \ts Songes de la 
Pucelle, etc. 

8. Sermon de Frappe culz, nouveau et fort joyeulx 

[ou Sermon tresjoyeulx de monseigneur sainct Frappe cul]. 

[Rouen?, vers i $20.] 

On devine aisément ce que peut être saint Frappe-Cul, dont l'auteur 
prétend avoir trouvé la légende dans la Bible. Le Sermon commence 

ainsi : 

De quonaiibus vitatis 

Bagan bachcUtatls 

[Et] prcndare andouillibus. 

Boutate in coffinando, 

Vcl mdatt in coffino 

Et cetera... Brou.iiare 

Defessarum cultare 

Et ruatis de pcdibus. 

Ces motz que j'ay dis cy dessus 

Sont escriptz (/«o^t;c(mo 10 

Quoqaardorum capilulo. 

Bonnes gens, ces parolles la 

Escript jadis sur une enclume 

Le bon sainct Eloy d'une plume 

Que il arracha jadis au ciel, 15 

Dedans l'esté de sainct Michel... 

Après avoir montré combien le culte de saint Frappe-Cul est répandu, 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I 575 

l'auteur recommande son couvent aux spectateurs ; il le fait dans un 
couplet en prose intercalé au milieu de la pièce. 
Voici les derniers vers du sermon : 

Et n'oubliez point ces fumeiles 

Qui se lâchent soubz les mamelles 

Pour les approucher du menton ; 125 

C'est bien vray que nous dementon 

D'en avoir quelque souvenance, 

Car ilz font cela par plaisance. 

Et, par dessus toutes besongnes, 

Je recommande ces yvrongnes i jo 

Qui sont si grans meurdriers de vie, 

Tant qu'il fault [bien] qu'on les chérie 

A l'hostel, il est tout certain, 

Et puis sont guéris l'endemain. 
On remarquera les formes lâchent (= laceni\ au v. 124 et chérie 
(= charrie) au v. 132. Ces formes appartiennent à la Picardie ou à la 
Normandie. 

Bibliographie : 

a. — Sensuyt le |I sermô de frappe culz nouueau f fort ! | ioyeulx. Auec 
la response de la dame || sur la chason. le me repens de vous |i auoir 
aymee, — Finis. S. l. n. d. [vers 1 520], pet. in-8 goth. de 4 ff . 

Au titre, un bois grossier représentant un personnage, assis sur un banc, quj 
lève en l'air sa main gauche, démesurément grosse, et qui étend la droite sur 
un bâton noueux, 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

La chanson qui termine cette édition et la suivante : Ne te npcns de m'avoir 
trop ajméc, se retrouve dans les Seize belles Chansons nouvelles, réimprimées pour 
le libraire BMIHeu à Paris en 1874 (n^g), et dans les Dix sept belles Chansons nou- 
velles, réimprimées pour le même libraire (n° 7). La pièce à laquelle celle-ci 
répond : Je nie repens de vous avoir aimée se trouve, avec la mélodie, dans les 
Chansons du xv« siècle publiées par G. Paris {n° 2j), et, sans la mélodie, dans 
les Seize belles Chansons (n° 4) et dans \ts Dix sept belles Chansons {n° 6). 

h. — Sensuit le ser- 1] mon des frappe culz nouueau f fort ioyeulx. || 
Auec la responce de la dame sus le me repens de (1 vous auoir aymee. — 
<[ Finis. S. /. n. d. [vers 1 520], pet. in-8 de 4 flf. de 55 lignes à la 
page pleine, impr. en lettres de forme, sans sign. 

Le titre n'est orné d'aucun bois; le v en est blanc. 
Le Vf du 4« f. contient 9 lignes et le mot Finis. 

Cette édition est incomplète des vers 49, 55, 83; nous n'avons pas été à 
même de constater si ces vers se trouvent dans l'édition a. 



J76 É. PICOT 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles, dans un recueil provenant de la 
vente Pichon (n" 485 du Cat.). 

c. — Les Œuvres de maistre Guillaume Coquillart, 1597. Voy. ci- 
après le n" 17, 

Dans ce recueil la pièce est intitulée : Sermon tresjoyeulx de monseigneur saïnct 
Frappe cul. 

d. — Réimpr. à Paris^ chez Pinard, 1830 (avec les Estrénes des Filles 
de Paris], pet in-8 goth. de 16 flf. en tout, tiré à 60 exempl. 

9. Sermon joyeulx de monsieur saïnct Velu. 
[Rouen i' vers 1 520.] 

Cette pièce licencieuse ressemble fort aux sermons rouennais, bien 
que rien ne prouve absolument qu'elle appartienne au théâtre de Rouen. 
Nous n'y relevons non plus aucune allusion précise qui permette d'en 
fixer la date ; pourtant, elle parait avoir été composée peu de temps 
après les guerres d'Italie. L'acteur, montrant « une brayette », dit, du 
moins (v. i$6) qu'il l'a rapportée d'Italie. En tout cas, le Sermon de 
monsieur saincî Velu est postérieur au Sermon joyeulx d'ung Despuceleur 
de Nourrices, auquel fait allusion le v. 25. 

En voici le début : 

Confregiî et vhaverunt 

Vitavit, et confrcgerunt, 

Et confractis [...J viYifi]^ 

Capitula vicialis. 

Le tesme du prestre Andréas 5 

Qui [...] viciabat eas. 

Mes bonnes gens, parlez plus bas; 
Escoutez un peu mon sermon 
De monsieur saint Veluton 
Qui fut fils de saint Socias. 10 

Cestuy prestre Andréas, 
Dont je vous a}" fait mention, 
Estoit un homme de renom, 
Lequel a fait maint ralias, 
Juxîa thema preassumptum; 1^ 

Mes dames, ne l'oubliez pas: 
Presbiter Andréas qui viciabat eas. 

Plus loin on retrouve presque textuellement la citation macaronique 
que nous avons vue au début du Sermon de Frappeculz: 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — 1 ?77 

Car souvent fait enfler la pance 
A mainte, ut dicit Balduymis 
In libro de Andouillibus : 128 

Boutalc in cofmando 
Vel melate in cojfino. 
A la fin du sermon, le prêcheur lit des bulles qui devaient être en 
prose comme le couplet dont il est parlé à l'article précédent : 
Et vous gaignerez les pardons 
Que voicy dans ces bulles (i)cy, 
Lesquelles je (m'en) vay lire au long : 
Escoutez qui me veut ouyr. 
Adonc, il lira dedans ces bulles, et après il dira: 
Or sus, qu'en dites vous m'amie? 
Les privilèges sont ils bons? 
Boutez vous de la confrarie, 
Et vous gaignerez les pardons. 185 

Afin que vous ayez mémoire, 
Mes bonnes gens, de mon sermon, 
Depuis les pieds jusqu'au menton. 
L'absolution que donfne)roye 
A un pasté, se le tenoye, 190 

Vous donne sans remission. 
Priez (saint Velu) en mon intention, 
Et je prieray Dieu pour vous. 
Cette fm rappelle celle du Sermon d'un Cartier de mouton (voy. n° 3 1). 

Bibliographie : 

a. — Sermon ioyeulx de monsieur sainct Velu. S.'l. n. d. [vers 1 J20], 
pet. in-8 goth. de 4 ff. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale {Catal. Cigongne, n" 71 :). 

b. — Sermon || ioyeux de || Saint Velu. H A Rouen, \\ Chez Nicolas Les- 
cuyer, près le grand \\ portail noslre Dame. S. d. [vers 1600], pet. in-8 
de 4 ff. de 28 lignes à la page, sans sign. 

Le titre est orné d'un encadrement et de la marque deLescuyer^ avec la devise 
napovca -/.ai aîXÀovTa. Le coin droit inférieur' porte le chiffre 19. 
Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

10. La terrible Vie, Testament et Fin de l'Oyson, 

par Jehan Le Happère. 

[Paris, jours gras de 1527, n. s.]. 

Cette pièce diffère sensiblement de celles que nous avons vues jus- 



578 É, PICOT 

qu'ici ; c'est une pièce qui a dû être récitée dans un collège pour divertir les 
écoliers le mardi gras. Le nom de J. Le Happère ne figure qu'en abrégé 
au-dessous de l'intitulé du sermon, mais il est cité tout au long dans 
deux passages du poème ^v. 125 et 147). Ce Jehan Le Happère est 
resté jusqu'ici inconnu; tout ce que nous savons de lui, c'est que, pen- 
dant le carême de l'année suivante, le 16 mars 1 528 (n. s.), il publia 
chez Guichard Soquand, à Paris, une édition corrigée de VArt et Science 
de bien parler et soy tairCy d'Albertano de Brescia, édition qu'il fit pré- 
céder d'une ballade de sa composition (Cat. Rothschild, I, n" 525). 
Le Happère nous apprend lui-même qu'il était au collège comme gouver- 
neur des « filz EdeHne » . Quant au collège en question, l'étude du texte nous 
montre que c'était un collège parisien dont les élèves appartenaient à la 
Normandie, et plus particulièrement à la partie de la Normandie qui 
forme le département de l'Eure actuel; c'était donc le collège d'Har- 
court. 

Le sermon, écrit en strophes de sept vers, n'est précédé d'aucun texte 
latin; il commence ainsi : 

Une ouaye fut en ceste année, 

L'an mil cinq cens et XXVI : 

Jamais n'en fut telle couvée 

Ainsi que crois en mon advis. 

Cette ouaye cy que je vous dis 5 

Estoit de terrible nature, 

Nourrie sur la rivière d(a)' Eure. 

Tout auprès de Nogent le Roy, 
Pour sa beaulté fut acouvée... 

Le prêcheur, qui parle à des écoliers, a évité les facéties plus ou moins 
scabreuses que se permettaient d'ordinaire les auteurs de farces. Il 
raconte simplement que l'oison gigantesque arrive à Paris traîné par 
deux chevaux, puis il demande à qui on le portait : 

A Jehan Le Happère c'estoit, 

Qui pour lors au collège estoit, 

Gouvernant les filz Edeline : 125 

C'estoit pour faire sa cuisine. 
Après avoir troublé tout le collège par ses cris et ses coups d'aile, 
l'oison est condamné à mort. Il n'a que le temps de faire son testament, 
puis il est immolé. 

Ainsi mourut l'horrible oyson, 190 

Rosty, bouilly et puis mengè, 
Et en un lit mis la toison : 
Ne l'avoit il pas bien gaigné.'' 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. ~ 1 579 

Messieurs qui avés tout migné, 

Prenez en gré nostre blason 19$ 

Du testament et fin d'oison. 

Bibliographie : 

a. — D La terrible ]| vie testamët et |1 fin de Loyson I| lo le Hap. — 
C Finis. S. l. n. d. [Paris , i $27], pet. in-8 goth. de 4 ff. de 27 lignes 
à la page. 

L'édition n'a qu'un simple titre de départ, immédiatement suivi du nom de 
l'auteur. 

Musée britannique, C. 22. a. 48 (exemplaire de La Vallière). 

b. — Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françaises, X, 159- 
169. 

1 1 . Les grans et merveilleux Faictz du seigneur Nemo, 

[par Jehan d'Abundance]. 

[Lyon, vers 1 540]. 

Un théologien du moyen âge eut l'idée de renouveler la célèbre équi- 
voque d'Ulysse [Odyssée, IX, v. :5o6 sqq.) et de composer tout un 
sermon à la louange d'un saint que les Ecritures elles-mêmes mettaient 
au-dessus de Dieu : Deiis cujus irae resistere Nemo potest. Il mit sur le 
compte de ce dévot personnage toutes les actions dont, au dire de la 
Bible, des Évangiles et des Saints Pères, « Nemo » était capable. 
Le sermon, qui se trouve dans un ms. du xiii" siècle et dans plusieurs 
mss. postérieurs, a les allures graves et posées d'un vrai sermon. Ulrich 
de Hutten en fit un petit poème latin, qu'il fit paraître en 1 5 12 ou 1 5 1 5, 
et qu'il remit au jour en 1 5 16, avec d'importantes additions. Un auteur 
qui travaillait pour le théâtre de Lyon (Du Verdier nous apprend que 
c'est Jehan d'Abundance) comprit tout le parti que l'on pouvait tirer de 
cette vieille facétie ; il lui fut facile de faire figurer saint Nemo à côté 
des autres saints qui composaient le martyrologe des sermons joyeux. 
Pourtant un détail pouvait l'arrêter : la négation qui, en français, doit 
être jointe au mot « personne » ; le poète prit le parti de conserver à 
Nemo son nom latin et de citer également en latin les textes sur lesquels 
il s'appuyait. Ce système le mettait d'accord avec la grammaire, en 
même temps qu'il lui permettait le mélange du latin et de la langue vul- 
gaire, mélange que les joueurs de farces ont toujours considéré comme 
un élément comique. 

Jehan d'Abundance est l'auteur de divers autres ouvrages dramatiques 
imprimés à Lyon au xvi'' siècle. Les seules de ces productions qui nous 



j80 É. PICOT 

soient parvenues sont deux monologues : Les grans et merveilleux Faictz 
du seigneur Nctno, àonlnousparlons,^ et Les quinze Signes descendus en 
Angleterre iBiblioth, nat., Y 4437 A, Rés., et Y 3293 112!, Rés.l, dont 
il a été fait vers 1860 une réimpression qui se joint à la collection Sil- 
vestre; deux mystères: Le joyeux Mistére des trois roys, a dix sept 
personnages, dont la Bibliothèque nationale a récemment acquis une copie 
figurée (mss. franc., nouv. acquis., n" 4222I, et la Moralité, Mistére et 
Figure de la passion de nostre seigneur Jésus Christ, qui nous est connue 
par une édition de Lyon, Benoist Rigaud, s. d., in-8 (Biblioth. nat., Y 
4352, Rés.) et par une copie manuscrite (Biblioth. nat., mss. franc., 
n" 25466, fol. 1-19); enfin deux farces: Le Testament de Carmentrant 
(Biblioth. nat., Y n. p., Rés.; biblioth. de feu M. le baron James de 
Rothschild, n° 1086), qui a été réimprimé en 1850, à 42 exemplaires, 
par les soins de MM. Giraud et Veinant, et la Farce de la Cornette, datée 
de 1 543 et réimprimée par MM. Giraud et Veinant en 1829, ainsi que 
par M. Edouard Fournier [Le Théâtre français avant la Renaissance, 438- 
4451. 

Du Verdier (éd. Rigoley de Juvigny, II, 324I nous a conservé les 
titres de trois moralités de Jehan d'Abundance qui paraissent aujourd'hui 
perdues, bien qu'elles aient été imprimées : Plusieurs qui n'a point de con- 
science, Le Couvert d'humanité et Le Monde qin tourne le dos a chascun. 

Les autres ouvrages de Jehan d'Abundance sont indiqués par Du 
Verdier et par Brunet. Les seuls qui portent une date sont : la Proso- 
popeie de la France a l'empereur Charles Qnint sur sa nouvelle entrée faite 
a Paris (Tolose, Nicolas Vieillard, in-4^, pièce qui doit être du commen- 
cement de l'année 1 540, et VEpistre sur le bruit du trespas de Clément 
Marot [Lyon, Jacques Moderne, 1544, in-8). Si nous rappelons que la 
Farce de la Cornette est de 1 543, nous ne nous tromperons guère en sup- 
posant que les autres productions dramatiques de notre poète peuvent 
se placer entre 1 540 et 15 $0. 

Les Faictz du seigneur Nemo commencent ainsi : 

Audite verba mea et vivet anima vestra. Esaye [LVJ, 4. 
Esaye escript en son livre : 
« Escoutez, se vous voulez vivre ». 

Dévotes gens, qui cy ensemble 

Estes, ainsi comme il me semble, 

Pour honneste cause assemblez, 5 

Et qui, sans mentir, me sembiez 

Estre gens de haultes sciences 

Et de tresbonnes consciences, 

J'ay, s'il vous plaist, intention 

De faire une collacion 18 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I 581 

Ici, non pas pour vous apprendre, 
Mais pour délectation prendre... 

Le sermon se termine ainsi : 

Item saint Jehan dit que nul homme 

Ne peult aussi bien besongner 

De nuyt, qu'on doit prendre son somme, 

Que Nemo, s'il y veult soigner : 305 

Venit nox cum Ncmo operan potcst. Jo[h]. 10. 

Messeigneurs, pour tant je conclus 

Par ce que j'aydit cy dessus, 

Priant le fdz de la Pucelle 

Qu'il nous doint la vie éternelle 

Quant son rigoreux examen 310 

Sera tenu. Dictes : « Amen t> ! 

Bibliographie : 

a. — Les grans et merueilleux Faictz de Nemo, auec les primileges quil 
a et la puissance quil auoit depuis Je commencement du monde iusques 
a la fin. A Lyon, par Pierre de Saincte Lucie. S. d. [vers 1 540], in- 16. 

Edition citée par Du Verdier (éd. de 1773, II, 324). 

h. — Les grans f Mer || ueilleux Faictz de Nemo auec |! les preuileges 
quil a/ Et la Ij puissance quil auoir [sic] depuis \\ le commencement du 
monde II iusques a la fin. |1 jf- — Finis. S. t. n. d. [Lyon, Jacques 
Moderne, vers 1 540], pet. in-8 de 8 ff. nonchiffr. de 25 lignes à la page, 
sign. A-B. 

Le titre, imprimé en caractères gothiques, porte un bois qui représente un 
saint en prière. 
Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat., I, n-^ 565). 

c. — Les grans et I! merueilleux faictz du seigneur || Nemo/auec les 
priuilleges II quil a/f la puissance quil peult |1 auoir depuis le cô- 
mëcement II du monde iusques a la fin. — <[. Laus deo. S. /. n. d. 
[vers 1 540], in-4 goth. de 8 ff. de 50 lignes à la page, imprimé à deux 
col. en lettres de forme, sans chiffres, réclames, ni signatures. 

Le titre est placé en tète de la première colonne de la première page, sans 
que l'imprimeur ait ménagé aucun blanc. 
Cette édition contient divers renvois qui manquent à b d e. 
Biblioth. nat., Y. 6133. D 2 -|- a. 

d — Les grans et Ij merueilleux faitz du segnrjl Nemo/auec les priuil- 
leges Il quil a; et la puissiice ql peult jj auoir depuis le commence- |i 
ment du mode iusques a la || fin. — S. /. n. d. [vers 1 540J, pet. in-8 
goth. de 8 ff. de 29 lignes à la page pleine, sans sign. 



^82 É. PICOT 

Le titre, imprimé en grosses lettres de forme, est orné du bois bien connu 
qui représente un page ou un étudiant, vêtu d'un pourpoint à longues manches, 
et parlant à un clerc. 

Le r» du dernier f. ne contient que 8 vers, sans aucune souscription; le v» 
est en blanc. 

Mus. britann. — ^y~ (e-xempl. d'Edward V'ernon Utterson). 

e — Les gras <![■ mer I| ueilleux faitzdu segnr Nemo auec les preuil |1 
leges ql a Ij et la puissance quil peut auoir De || puis le cômencement du 
monde iusqs a la fin. — Finis. S. l. n. d. [vers 1525], pet. in-8 goth. 
de 8 ff. de 2? lignes à la page, sign. A. 

Bibl. municipale de Versailles, E 472. c, dans un recueil provenant de La 
Vallière (voy. le Cat. de De Bure, II, i\" 2975). — Biblioth. de feu M. le baron 
James de Rothschild (Cat., I, n" $66). 

/. — Les grans et merueilleux Faictz de Nemo imitez en partie des 
vers Latins de Hutten, et augmentez par P. S. A. Lyon, Macé Bonhomme. 
S. d. [vers 1 550^1, in-8. 

Edition citée par Du Verdier (éd. de 1775, III, 150). 

Comme le nom d'Ulrich de Hutten figure ici sur le titre, il se pourrait que 
le texte fût différent. 

g. — L'Ami des Livres, novembre 1859, 35-43. 

•/z.— Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françoises, XI, 3 1 3-342. 

Cette dernière réimpression est accompagnée du texte complet du sermon 
latin, copié par M. Paul Meyer d'après un ms. du xm« siècle delà Bibliothèque 
Bodléienne, et d'une note étendue sur diverses facéties dans lesquelles on a fait 
figurer Ncnio. 

12. LA Vie de très-haute et tres-puissante dame, 

MADAME GuELINE. 

[Rouen, vers 1 550.] 

«Gueline » est le nom donné à la poule dans le patois normand ; c'est 
donc la vie d'une poule que le prêcheur va raconter; mais, avant d'abor- 
der ce grave sujet, il s'occupe d'une question prélimaire, qu'il pose en 
ces termes dans un latin « de cuisine w, qui est vraiment de circon- 
stance : 

Quantur utrum capones 

Vel gaiina meliores 

Sint in brocca quam in poto, 

Cum herbis soupa et lardo ; 

I^unc videbitis quomodo 

Nostri doctores friandi 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I ^8? 

Disputare pro soulardi 
Et scmper in opinando 
De galina mixta lardo. 

Seigneur[s], les paroles prédites lo 

Sont en quelque cuisine escrites, 

Dans une armoire bien avant 

Ou fut trouvé Caresme-Entrant ', 

Ubi supra akgulis, 

A sçavoir si chapons rostis, 1 5 

Bien lardez, valent mieux a part 

Qu'ils ne feroient cuits au bon lard, 

Avec(ques) des herbes en un pot. 

Un vieil docteur, frère Phlippot 

En a fait une question... 20 

Après avoir discuté la question, le prêcheur se prononce pour la poule 
au pot, puis il raconte la vie de « dame Gueline », d'une façon qui rap- 
pelle La terrible Vie, Testament et Fin de l'Oyson (voy. ci-dessus, n" lo). 

Le monologue se termine ainsi : 

Voila comment il en alla; 

Incontinent l'ame voila 

Au royaume de Galinage 

Et en signe de grand outrage. 

Car on a veu plusieurs huchez, 2^0 

Qui avoient guelines grupez, 

A une boise d'un chevestre, 

Comme un cheval qu'on meine paistre; 

Enterrez [sont] comme une andouille (?). 

Ils sont juchez sus une boise : 255 

Qu(i) en ont mangé, dont trop leur (en) poise. 

On a pu remarquer, au v. 19, le nom de « frère Phlippot ». Nous 
croyons qu'il s'agit ici d'un farceur rouennais dont nous parlerons à 
propos du Sermon joyeux des quatre Vens (n° 34^ on trouve plus loin une 
seconde allusion à ce personnage : 

Ah I vous estes [bien] trop sevére ; 

Las! vous devriez faire plustost 

Ce que Robin fist à Phlipot 

Et Perrine au bon Bertran, i6j 

Lesquelles n'eurent point d'ahan 

(De) les prier par bonne manière 



I . Impr. Prenant. 



j84 É. PICOT 

Qu'ils fringassent leur chambrière, 
A celle fin d'avoir lignée. 

Ces deux allusions nous autorisent à placer la composition du mono- 
logue vers le milieu du xvF siècle, époque oij Philippot et son compa- 
gnon Gaultier étaient déjà légendaires ^cf. les Ténèbres de Mariage, i $46, 
ap. Montaiglon, Recueil, I, 29; ks Complaintes des Monniers Aux Appren- 
tifs des Taverniers, 1546, ibid., XI, 66). 

Nous n'avons rien à dire du menu grotesque joint à la Vie de dame 
Gueline dans l'édition rouennaise décrite ci-après; c'est une facétie plus 
moderne et qui n'a rien de dramatique. 

Bibliographie : 

a.— La Vie de I| Puissante et \\ Très-Haute Dame || Madame Gueline . 
Il Reueuë & augmentée de nouueau, || par Monsieur Frippesauce. || A 
Rouen, \\ Chez la vejue lean Petit, \\ dans la Cour du Palais. || 1O12. Pet. 
in-8 de 16 pp. à 32 lignes. 

Edition peu correcte, qui a dû être faite après plusieurs autres. 
Après le v. 27, deux vers se trouvent réunis en un seul, et le premier de ces 
deux vers: // opina que le rosti, n'a pas de rime. 

Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat., I, n" 592). | 

b. — La Vie de puissante et très-haute dame, Madame Gueline par 
Monsieur Frippesauce ; facétie en vers français entremêlée de latin ma- 
caronique, publiée d'après l'édition de Rouen, 1612, et précédée de 
l'Estat d'un banquet pour un amoureux, petite pièce inédite du xvie siècle, 
avec Notices par Ed. Tricotel. Paris, A. Claudin, éditeur, 5 et 5, rue 
Guénégaud. [Arras, typ. Schoutheer.] M. D. CGC. LXXV. In-8de 
36 pp. et 2 ff. 

Le r'^ de l'avant-dernier f. porte la marque de l'imprimeur et le r" du dernier 
\ la marque du libraire. 

il existe des exemplaires en grand et en petit papier. 

15. EsTRÉNES DE l'Asne, par Jacques de Fonteny. 
[Paris, 1 590.] 

Jacques de Fonteny, poète et historien, nous a laissé diverses com- 
positions dramatiques: La chaste Bergère., pastorale publiée dans Le 
Bocage d'amour, 1578, 161$, 1624, et réimprimée séparément en 1^99, 
sous le nom de G. de La Roque, qui y avait sans doute collaboré [Bi- 
bliothèque du Théâtre français, I, 220; Cat. Soleinne, I, n" 803 ; Brunet, 
II, 1334); La Galatée divinement délivrée, pastorale imprimée en 1587 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — I 385 

avec Les Ressentimens de J. de Fonteny pour sa Céleste [Bibliothèque du 
Théâtre français, I, 220]; Lebon Pasteur, pastorale qui fait partie des 
Esbats poétiques de l'auteur, 1 587, et qui a été reproduite en 161 5 et en 
1624 dans Lg Bocage d'amour [ibid.]; Cleophon, tragédie, 1600 (Cat. 
Soleinne, I, n" 885I; Le Capitan, traduit de Francesco Andreini, 1608, 
1638 (Cat. Soleinne, 1, n" 804). Les Estrénes de l'asne, composées 
par J. de Fonteny pour le i" janvier 1 590, appartiennent également au 
théâtre. Le latin n'était plus de mode, et les Ligueurs n'auraient pas 
permis que l'on rangeât l'âne parmi les saints ; mais, sauf ces légères 
différences, le discours du poète parisien appartient à la même série que 
les pièces dont nous venons de parler. En voici le début : 

Puis que l'an nouveau recommence, 

De sa fin tirant accroissance, 

Qui se régie par certain cours, 

Je veux façonner un discours 

Qui soit nouveau, afin qu'on voye 5 

Que je n'aynie asuivre une voie 

Ou un sentier qui soit tracé, 

De ce qu'on y auroit passé... 

Le sermonneur a donc pris pour sujet l'éloge de l'âne, emblème de 
la patience : 

Quelle estreine plus convenable 

En ceste saison desplorable.? 42 

Il énumère ensuite tous les ânes dignes de mémoire, depuis celui qui 
se trouvait dans l'étable de Bethléem jusqu'à l'âne d'or d'Apulée. Il ter- 
mine ainsi : 

Je pense en avoir trop conté, 

Il est temps que je me retire 

Et que, comme mon cœur désire, 

Cest asne s'en aille chez vous : 

Il n'y a plus de foing chez nous. 240 

Bibliographie : 

a. — Estrénes || de || L'asne. || Par I. de Fonteny || Parisien. 1| A 
Paris, Il Par Denis Binet, près la porte sainct || Marceau à l'image saincte 
Barbe, jl M. D. XC [1590]. In-8 de 7 ff . et i f. blanc. 

Au titre, un bois représentant un âne. 

Au v du titre, un sonnet de Denis Binet. — Au v du y» f., un huitain de 
J. de Fonteny, accompagné d'un vers latin. 

Biblioth. Mazarine, 21657. — Biblioth. de M. le duc de La Trémoille. 

b. — Réimpression exécutée par Rousseau-Leroy, à Arras, pour le li- 
braire René Muffat, à Paris, vers 1860 [Portefeuille de l'ami des livres). 

Romûnia, XV 25 



386 É. PICOT 

II. — SERMONS SUR L'AMOUR, LES FEMMES ET LE 
MARIAGE. 

14. [Sermon joyeulx des barbes et des brayes.] 
[Vers 1425 .] 

Cette pièce ordurière nous paraît appartenir à la première moitié du 
xv^ siècle. En voici le début, où le prêcheur déclare remplacer le texte 
latin par un texte français : 

Barbes et brayes par raison 
Ou vit ne sont point de saison. 



Celuy qui oit la chiévre poirre 

A propos du latin, de voiere, 

Il n'est pas sourt; pourtant, ce dy 

Car nu! ne doit tant de latin 
Gaster pour bailler ung tatin 
Du sens qui luy vient de la teste. 
Et pour tant doncques je proteste, 
Tant que je soye mieulx entendu, 
Que mon latin soit deffendu 
Affin que je n'en perde point; 
Et quant vous ares en ce point 
Mon présent sermon bien^^tasté, 
Ja n'y verres latin gasté, 
Et se raison y est perdue, 
Au moins y est rime entendue. 

Bibliographie: 

Biblioth. cantonale de Berne, ms. n" 473, fol. 120. 



1 5. Le Dit du joly cul. 
[Vers 142$ .] 

Ce sermon, véritablement joyeux, est resté jusqu'ici inconnu comme 
le précédent. On y remarque de même l'absence de latin, et cette cir- 
constance, jointe à ce que les deux pièces sont placées l'une à la suite de 
l'autre dans le même ms., permet de penser qu'elles sont l'œuvre d'un 
même auteur, ou tout au moins qu'elles ont dû être récitées sur la même 
scène. Aucune allusion ne permet de déterminer la patrie du monologue, 
qui commence ainsi : 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II 387 

Aulcunes gens font mencion 
De moult de chouses sans raison 
Et prisent les chouses souvent 
Qui ne valent mye granment : 
Une personne envis se blasme. 5 

S'on voit ung homme ou une famé 
Qui ait beau chef et beau viaire, 
Bel corps et de gentil affaire, 
Beaulx bras, belles jambes, beaulx pies, 
Il sera de chascun prisiés ; 10 

Ly ungsdira en taisant feste: 
« Cil la porte moult belle teste » ; 
L'aultre dira en sa raison: 
« Jambes a de belle façon », 
Et se c'est une damoiselle, 1 5 

Qui soit mariée ou pucelle, 
On dira: « Hé dieux! quel(le) fillette! 
« Qu'elle a tresdoulce mamellette, 
• Et qu'elle a les yeulx vocatifs, 
« Amoureulx, rians et traitifs ! 20 

« Ce semble lin de ses cheveulx. »... 

Voici les derniers vers : 

Entre vous, gens qui avez culz, 
Ouvrés en, n'en faites reffus, 
Car, se vous vivez longuement, 
Du cul lairés l'esbatement. 

Bibliographie : 

Bibl. cantonale de Berne, msc. n° 473, fol. 126, v°. 

Une copie complète de la pièce nous a été obligeamment communiquée par 
M. Cornu. 

16. Discours joyeux en façon de sermon, faict avec notable in- 
dustrie par deffunt maistre Jean Pinard, lorsqu'il vivoit trottier semi- 
prebendé en l'église de S. Estienne d'Aucerre, sur les climats et 
finages des vignes dudict lieu , 

[Auxerre, vers 1480 ?] 

Cette curieuse pièce n'a pas été restituée jusqu'ici à sa véritable 
date. Elle se trouve en tête d'un opuscule publié au commencement du 
xvii" siècle et dont on verra plus loin le titre complet. Jean Pinard, 
tout homme d'église qu'il était, fut un joueur de farces célèbre dans le 
dernier tiers du xv siècle. Il a composé divers poèmes dont deux son 



388 E. PICOT I 

cités par Du Verdier, mais ne nous sont point parvenus. Nous possé- 
dons son Epitaphe, dans laquelle on lit entre autres choses : 

Pleurez, pleurez les Enfans sans soucy, 

Quant vous voyez icy mort et transy 

Votre père qui vous a gouvernez ; 

Comblez voz yeulx de veoir son corps ainsi 

Piteusement mis a présent icy; 

Vous en devez estre bien estonnez ; 

C'est bien raison que dueil [vous] en menez 

En prévoyant la dure départie 

Et comment est vostre bende espartie. 

M . de Montaiglon, qui a reproduit VEpiiapheen question [Rec. de Poés. 
franc., VIII, 5-15), n'a pas connu notre sermon. Il importe de remar- 
quer d'ailleurs que VEpitaphe ne porte pas le nom de Jehan Pinard, 
mais seulement de Jehan « trotier », en sorte que le savant éditeur a cru 
que le nom du père des Enfants sans souci était Trotier, ce qui est une 
erreur manifeste. Ce personnage mourut le 11 janvier 1501 (n. s.). Il 
suffira de reproduire les premiers vers du sermon pour se convaincre 
qu'ils datent bien de la fm du xV^ siècle, quoiqu'ils n'aient été imprimés 
ou réimprimés qu'un siècle plus tard. 

Focmineis abus sociabitur, ul dominabus. Alexandri, I. Cap '. 
Messieurs, j'ay desja recité 
Ce que maintenant j'ay cité 
Et dy par le thème prédit, 
Qaod omnld malc vadit, 

Et poursuyvant telle matière, 5 

Qui est pesante et non légère, 
Pour consoler pauvres coquuz, 
Je dy : Foemineis abuz. 

Ce mot fut prins d'un cordonnier 

Qui se sçavoit bien délier 10 

Des femmes et bigotleries, 

Car il craignoit les mocqueries; 

Pourquoy rescript aux jovenseaux, 

Qu'on trompe comme jeunes veaux, 

Fussent ils a jeun ou embuz, 16 

Disant : Foemineis abuz. 

Les hommes, selon mes raisons, 

Sont plus sots que jeunes oysons, 



I. Doctrinale Alexandri de Villa Dci, ch. I, v. 14: fol. A iij de l'édition de 
Venise, 1519. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — M J89 

Car pour culler fines ou sottes 
S'en vont aux Saulcis, aux Caillettes, 
Puis se trouvent en Champolin, 
Plus barbouillez qu'un gros vilain... 

Le sermon est plein d'allusions locales qui demanderaient un long et 
difficile commentaire. Il se termine ainsi : 

Cependant Dieu vous gard de mal. 
Des pieds et des dents d'un cheval, 
De ry d'asne, et femme trop aise, 
Qui a vous desplaire se plaise; 
Il n'y a point plus grand abus, 216 

Suyvant focmineis abus 
De nostre thème. Pax vobis 
Et, pour ne m'oblier, nobis. 
Amen. 
Bibliographie : 

a. — Discours || ioyeux en |1 façon de sermon, faict||auec notable in- 
dustrie par II defïunct Maistre lean Pinard lors qu'il viuoit 1 1 trottier semi- 
prebendé en l'église de S. Estien- I| ne d'Aucerre sur les climats et 
finages des Vi-ljgnes dudict lieu. llPlus y est adiousté de nouueau le 
Monologue du bon || Vigneron sortant de sa Vigne et retour- 11 nant le 
soir en sa maison. || Reueu , corrigé & augmenté. lU /lucerr^, Il P^r 
Pierre Vatard, Imprimeur et Li-\\braire demeurant en la grand rue S. Si- 
meon, \\ à l'enseigne de l'Imprimerie. \\ 1607 . In-8 de 46 pp. et i f. blanc. 

Au titre, la marque de Valard représentant un homme vêtu à la romaine, 
debout sur la boule du monde, et tenant de la main droite un glaive, de la main 
gauche un livre. Ce personnage est accompagné de la devise suivante, qui con- 
tient sans doute un jeu de mots sur le nom deVatarJ: Assez va qui \\ Fortune passe. 

Librairie Ch. Porquet (exempl. de M. le baron Pichon et de M. le comte 
0. de Béhague). 

b. — Discours ioyeu.x en façon de sermon... [Paris., imprimerie 
Crapelet, 185 1]. In-i6de47pp. 

Réimpression à 62 exemplaires, exécutée, d'après l'exemplaire décrit ci-dessus, 
par les soins de M. A. Veinant. 

c. — Les Poésies et Chansons auxerroises. Avec une Préface de 
l'Éditeur. — Le Discours joyeux. Le Monologue du bon vigneron. Les 
Chansons vigneronnes. Auxerre, Imprimerie de Georges Rouillé. M DCCC 
LXXXII. In-!6 de 2 ff., 91 pp. et 2 ff. 

Recueil tiré à 12 j exemplaires. L'éditeur est, croyons-nous, M. Francis 
Molard. 
Le Discours occupe les pp. 19-27. 



390 É. PICOT 

17. Le Blason des Armes et des Dames, par Guillaume Coquillart. 
[Reims, 29 mai 1484.] 

Le roi Charles VIII, âgé de quatorze ans seulement, fit son entrée à 
Reims, pour s'y faire sacrer, le 29 mai 1484. Guillaume Coquillart, 
qui, depuis l'année précédente, avait obtenu une prébende de chanoine 
(21 avril 1483], fut chargé par ses concitoyens d'écrire les vers qui 
devaient être récités à cette occasion. Il rima pour la circonstance un 
huitain et un quatrain ' qui furent dits par une jeune fille personnifiant 
la ville; puis il composa, en Thonneur du jeune roi, un prologue, qu'il 
intitula Le Blason des armes et des dames. 

Ce prologue est-il un véritable sermon ? On peut en douter^ et nous ne 
le faisons figurer ici que sous toutes réserves. Un personnage appelé 
« l'honneste fortuné » est placé entre deux échafauds sur lesquels se 
voient des tableaux vivants : 

Là sont les armes; là^ les dames. 

Après être entré en matière, l'honneste fortuné donne la parole au 
procureur des armes, puis à celui des dames; mais on peut croire qu'il 
récitait lui-même les deux plaidoyers. On aurait ainsi une composition 
assez semblable au Monologue fort joyeulx auquel sont introduictz deux 
advocatz et ung juge devant lequel est plaidoyé le bien et le mal des dames. 

Voici le début du Blason : 

Or est le temps passé passé, 

Le bien pourchassé pou chassé, 

Et ce qu'on a trouvé venu. 

C'est grant chose d'avoir pensé, 

Mais plus d'avoir contrepensé, 5 

Encor(es) plus d'avoir retenu. 

J'ay sceu, veu, leu, aprins, congneu, 

Noté, entendu, souvenu, 

Epilogue mille traphicques 

En voici les derniers vers : 

Et pour tant la conclusion 

Est telle, de tous ces argus, 

Que ung prince de noble renom 

Doit sçavoir utrumqac tempus, 505 



I . Ce quatrain porte dans toutes les éditions des œuvres de Coquillart le 
titre de Tradogon. M. d'Héricault (I, 24) a vu dans ce mot le nom d'un person- 
nage mystérieux ! 11 est plus probable que c'est un mot grec estropié tel que xz-z-.i- 
ycovoç qui aurait le sens dcTcTpâaTtyoç. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — H 59! 

L'ung et l'autre temps, sans abbus, 
Avoir le costé destre armé; 
Le senestre et tout le surplus 
Aux dames doit estre donné. 

Sire, par vous soit pardonné 510 

Au rude engin et simple sens 

Du povre honneste fortuné 

Qui a leu ' es deux passe temps. 



Bibliographie : 



a. — Sensuyuentllies droitz Nouue-!|aulx Auec le De || bat des dames 
et des armes/ Lêqueste en- 1 1 tre la simple et la rusée auec son plaidoy e 
H Et le monologue coqllart/ auec plusieurs 1 1 autres choses fort ioyeuses. 
Compose par II maistre Guillaume coquillart Officiai deHreims lez 
champaigne xxij. || |[ On les vend a Paris j en la rue neuf \\ue nostre 
dame. A lescu de france Et an \ \ Palays en la gallerie comme on ra en \ \ la 
chancellerie. \\ Cum Priuilegio — HCy finissent \ | les droitz nouueaulx Auec 
1 1 le débat des dames, et des \ | armes Imprie nouuelle- 1 ] ment a paris Par la 
vefueWfeu iehà trepperel Demou\\rât en la rue neufue nostre\\dame. A 
lenseigne de lescuW de france. S. d. [v. 1513], in-4 goth. de 88 fï. non 
chiffr. de 32 et 33 lignes à la page, sign. aa, bb, A-V par 4. 

Le titrp, imprimé en rouge et en noir, est orné d'un grand S initial sur 
fond criblé ; il est orné de deux écus: i" un écu à une croix chargée de cinq 
étoiles; 2° un écu à un chevron cantonné de trois roses. D'après des recherches 
faites à Reims par M. Loriquet, le second écu, qui est accompagné d'une crosse, 
est celui de Jehan Godart, qui fut reçu le 8 décembre 1512 grand-chantre du 
chapitre de Notre-Dame de Reims (voy. l'édition d'Héricault, II, 343). II est 
probable que les personnages dont les blasons figurent sur le titre contribuèrent 
aux frais de l'édition ; en tous cas les armes de Jehan Godart et la crosse quj 
prouve qu'il était déjà dignitaire du chapitre ne permettent pas de placer la 
publication du volume avant la hn de l'année 15 12 ; mais cette publication ne 
doit pas être de beaucoup postérieure, puisqu'il n'y est pas encore fait mention 
de la société formée entre la veuve Trepperel et Jehan Janot. 

Le v" du titre contient les rubriques du livre et un bois des armes de France. 

M. d'Héricault dit à tort que le volume compte 196 pp. ; c'est 176 pp. que 
donnent les 88 ff. 

Biblioth. nat., Y 4404, Rés. — Biblioth. de feu M. le baron James de 
Rothschild (Cat., I, n» 460). 



1. M. G. Paris pense qu'il faut lire « a heu ». L'honneste fortuné est 
un vieux routier qui a connu les femmes et les armes, et qui en parle par expé- 



Î92 É. PICOT 

b. — SEnsuyuent les 1 1 droitz Nouue 1 1 aulx Auec le De 1 1 bat des dames/ 
et des armes. Lëqueste en 1 1 tre la simple et la rusée / auec son plaidoye. 1 1 
La complaincte de écho a narcissus/ Jf- le re||fus q luy fist / auec la 
mort diceluy narscis 9 1| Et le monologue coqllart / auec plusieurs 1 1 autres 
choses fort ioyeuses. compose par 1| maistre Guillaume coquillart Offi- 
ciai de II reims lez Champagne, ix. || ^ On les vend a paris en la rue neufue 
nostre Dame\\a [enseigne de lescu de France. \\ Cum priuilegio. — C.Cy 
finissent les droictz\\nouueaulx. Auec le débat des dames et des ar-\\mes 
nouuellement imprime a paris par la vef\\ue jeu iehâ trepperel Demouràt 
en la rue neuf\\ue nostre Dame a lenseigne de lescu de France. S. d. 
[v. M i$], in-4 goth. de 36 flf. de 38 et 40 lignes à la page pleine, 
imprim. à 2 col., sign. A-I. 

Le titre est imprimé en rouge et en noir, avec un grand S initial placé sur un 
fond criblé et entouré de rinceau.x. La page est encadrée, de deux côtés, d'une 
bordure de rinceaux et, des deux autres, de petits ornements typographiques. 
Au milieu se voient les deuxécus décrits ci-dessus. 

Au verso du titre, un bois représentant un homme et une femme debout dans 
un jardin. L'un et l'autre sont vêtus d'une longue robe, et ils se donnent la 
main. Au-dessous de ce bois, se trouve la table des rubriques du livre. Une 
colonne et demie de la page suivante est occupée par la table détaillée. 

Au verso du dernier f., la grande marque de Jehan Tre p penl l^Bruntt, 11,265). 

Bibl. de Troyes, X. 8. 989, dans un recueil où les Droictz nouveaulx sonl 
réunis à L'Eplstrc de Othea^ déesse de prudmce^^moralisle (par Christine de Pisan), 
imprimée par Trepperel. 

Cette édition nous paraît devoir être confondue avec celle que M. d'Héri- 
cault attribue à Jehan II Trepperel. Les renseignements bibliographiques donnés 
par le dernier éditeur de Coquillart sont si confus que nous avouons n'avoir pu 
en tirer grand profit. 

c. — SEnsuyuent les II Droictz Nouue || aulx Auec le de- 1| bat des dames/ 
et des armes Lëqueste en-||tre la simple/ et la rusée/ auee son plai- 
doye/ i| La côplaincte de Echo a Narcisus / f le ref||fus qlluy fist auec 
la mort dicelluy narcis9||Et le monologue coqllart || Auec plusieurs 
llaultres choses fort ioyeuses. Compose par H maistre Guillaume 
coquillart / Officiai de || Reims Lez champaigne. ix. c. || C. 0/z les vend 
a lenseigne sainct Iehà\\ baptiste En la rue neufue nostre Dame/ \\ Près saincte 
Geneuiefue des ardans. — fl Cy finissent les droitz \\ nouueaulx j auec le débat 
des dames et des ar- \ \ mes Imprime nouuellement a Paris en la\\ rue neufue 
nre Dame a lêseigne sainct Iehâ \ \ baptiste/ Près saincte Geneuiefue des ardas. 
S. d. [v. I $ 16], in-4 goth. "^^ 36 flf. non chiffr., de 41 lignes à la page, 
impr. à 2 col. en lettres de forme, sign. a-i. 

Le titre, imprimé en rouge et noir, est orné de la grande S et des deux écus 
décrits ci-dessus. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II Î9J 

Au V" du titre est un grand bois qui représente un clerc lisant à un pupitre. 
Au-dessous de ce bois sont huit lignes de texte. 

Au V» du dernier f. est la grande marque de Jihan Janot (Brunet, II, 264). 

Cette édition ne doit pas être de beaucoup postérieure à la précédente. 
D'après Lottin, la veuve de Jehan Janot succéda à son mari en ip7; mais elle 
pouvait toujours employer la même marque. 

Biblioth. nat., Y 4403 B. Rés. 

d. — SEnsuyuent les 1 1 droitz Nouue- 1 1 aulx : Auec le de 1 1 bat des dames/ 
et des armes Laqueste en||tre la simple/ et la rusée/ auec son plai- 
doye. Il La côplaTcte de Echo a Narcisus et le ref-H fus ql luy fist auec 
la mort diceluy narcisus 1 1 Et le monologue coqllart Auec plusieurs 1 1 autres 
choses fort ioyeuses. Compose par|]maistre Guillaume coquillart Officiai 
de II Reims les champaigne. ix. c.{\On les vend a Paris en la rue neufue 
nostre Dame a \ \ (enseigne de lescu de France. — C Cy finissent les droictz 
\\ Nouueaulx, Auec le débat des Dames et des armes \\ Imprime nouuellement 
a Paris par Alain LO'\\trian Demeurant en la rue neufue nostre da-\\me 
a Icnseigne de lescu de France. S. d. [v. 152^], in-4 goth. de 36 ff. non 
chiffr. de 41 lignes à la page, impr. à 2 col., sign. a-i. 

Cette édition reproduit page pour page l'édition de Jehan Janot., mais elle est 
imprimée en caractères beaucoup plus petits. Le titre, tiré en rouge et en noir, 
porte de même les deux écussons décrits ci-dessus. 

Au v» du titre est un petit bois qui représente un clerc assis devant une table 
sur laquelle est ouvert un livre; il y a en outre deux fragments de bordure. 

Le V" du dernier f. est blanc. 

Biblioth. nat., Y 4-4403. Rés. (exempl. de Gaston d'Orléans). 

e. — Sensuyuent les droictz nouueaulx ; auec le débat des Dames : et 
des armes lanqueste entre la simple: et la Rusée: auec son plaidoye: la 
complaincte de Echo a Narcisus: et le Reffus quil luy fist auec la mort 
dycelluy Narcisus ; et le monologue Coquillart auec plusieurs aultres 
choses fort ioyeuses/ compose par maistre Guillaume Coquillart officiai 
de Reyms lez Champaigne. Oaz les vend a Paris/ par Philippe le Noir... — 
[A la fin :] Imprime nouuellement a Paris par Philippe le Noirj maistre im- 
primeur et lung des deux relieurs de Hures iures en luniuersite de Paris. S. d. 
[v. 1 530], in-4 go^h. 

Cat. Solar, 1860, n» 1086. 

/. — Les œuures maistre Guillau || me Coquillart en son uiuant|| Officiai 
de Reims nouuel-|l lement reueues & Im-l| primées a Paris, [j 1 5 32. || O/z 
les vend a Paris pour\\ Galiot du Pre, en la \\grant salle du || Palays. — 
Fin des œuures feu maistre Guillau- \] me Cocjuillart officiai de Reims nou-\\ 



394 É. PICOT 

uellemenî reueues, corrigées & 1 1 imprimées a Paris pour \ \ Galliot du Pre. \ \ 
M. D. XXXII. In-i6 de i56ff. inexactement chiffr., impr. en jolies lettres 
rondes, sign. a-t par 8, j^par 4. 

Le le"" f. du cahier G est coté 51 au lieu de 49 ; cette erreur se poursuit 
jusqu'au dernier f. qui est chiffré 158. 

Voici la distribution des principales pièces dans cette édition: 

Le Plaidoyer de Coqulllart, f. 64 [62], r». 

UEnqucste d'entre la Simple et la Rusèe^ f. 87 [8$], v». 

Le Monologue de la Botte de foing^ t. 126 [124], r". 

Le Monologue du Puys, f. 138 [136], v». 

Le Monologue des Perrucques, f. 148 [146], r°. 

Biblioth. nat., Y 4399, Rés. (exempl aux armes du comte d'Hoym). — 
Biblioth.Méjanes, à Aix, n° 16289 (exempl. sans titre). — Biblioth. de feu 
M. le baron James de Rothschild (Cat., I, n" 461). — Biblioth. de M. le baron 
de Ruble (Cat. de Lurde, noyo). 

g. — Les œuures maistre GuiilauHme Coqulllart en son viuantlj 
Officiai de Reims nouuel- 1| îement reueues &im-|| primées a Paris. |! 
1532. \\ Imprime a Paris par An\\îhoriine [sic] bonnemere. — Fin des 
oeuures feu Maistre Guillau-\\me Co(]uillart officiai de Reims nou-\\uelIe- 
ment reueues, corrigées et imprimées a Paris pour\\Anthoinne Bonnemere \\ 
M. D. XXXIl. In-i6 de 1 56 ff. mal chiffr., sign. a-t par 8, v par 4. 

Au v» du titre se trouve Le Contenu an [sic] ce présent vollume [sic]. 

Le v du dernier f. est blanc. 

Le i"' f. du cahier G est coté 51, au lieu de 49, et l'erreur se continue jus- 
qu'à la fin du volume, qui paraît ainsi se composer de 1 58 fï. 

Biblioth. royale de Berlin, Xt 4180 (Cet exemplaire porte au v° du dernier f. 
la date de 1 536 avec ces mots : En espoyr vit Weyssenburg. Au-dessous d'un 
monogramme se trouvent ensuite les initiales B. V. W. Sur le f. de garde qui 
suit, ce même exemplaire contient cette note peu chrétienne : f espoyr que le 
tamps viendra, quy n'est point encore venu, que je morderay cheux qui me ont mor- 
du. W.) 

h. — ^%)Les Œ- Il ures Maistre Guillaume Coquil-||lart en son viuant 
Oofficial [sic] II de Reims/Nouuelle- 1 1 ment corrigées & im- 1 1 primées a Pa- 
II ris II . 1 543 . Il f[On les rend a la rue neufue no \ \ stre Dame a Icnseigne 
de lescu de W France. — ^ Fin des oeuures Feu Maistre Guil-\\laume 
Coquillart Officiai de Reims Nouuellementre \\ ueues., corrigées & Im \\ primées 
a Paris ||^ Pierre leber\\demourant || au Coing \\ Du Paue Wpres la place 
Maubert, \\ M. D. XXXIIl [1533]. In-i6de ijôfî. inexactement chiffr., 
titre rouge et noir. 

Le v du dernier t. est blanc. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II ?95 

Le numérotage des ff. présente les mêmes erreurs que celui des deux éditions 
précédentes. 
Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat., I, n" 462). 

/. — Les Œuures || Maistre Guil || laume Coquil || lart, en son viuant 
Officiai II de Reims, nou 1| uellementre || ueues et corri || gees. || M. D, 
XXXIII [1533]. Il On les vend a Lyonjen la \\ maison de Francoys lusle. || 
Demourant deuant nostre \\ Dame de Confort. — Finis. || Imprime nouuel- 
lement par Francoys \\ luste, Demourant deuât no- \\ sîre Dame de Confort. 
\\a Lyon Le .ij. || Daoust. \\ 1533. In-8 goth. de 96 ff. chiffr., sign. 
A-M, format allongé. 

Le titre est orné d'un encadrement qui a servi ensuite pour les Œuvres de 
M^rof, publiées par François Juste, dans le même format, sous les dates de i S 34 et 
'53 S (voy. Cat. Rothschild, I, n^^ 597, 600, 602). Au-dessus de cet encadre- 
ment on lit en caract. goth. : Co^uillart., puis, dans la frise, les mots Jésus Ma- 
ria, en capitales romaines. 

Le titre est imprimé en capitales romaines, à l'exception de l'adresse du 
libraire, qui est en gothique. 

Au bas du cadre un écusson au monogramme de Juste, que supportent deux 
amours. 

Au yo du titre, se trouve la Table. 

Biblioth. grand-ducale de Darmstadt, E. 2077 (le 5» f. de cet exemplaire 
est endommagé). 

M. Brunet (II, 266) dit à tort que ce volume porte sur le titre la date de 
1555, tandis qu'on a conservé à la fin la date de 1 y j . 

j. — Coquillart* || Les œuures Maistre Guillaume || Coquillart en son 
viuant Offi-||cial de Reins, Nouuellemêt || corrigées & imprimées || a 
Paris. Ou sont cô || tenues plusieurs || ioyeusetez || côme || vous pourrez 
veoir en la table de ce || présent liure, 1534. || * On les vêd en la rue 
neufue nostre || dame a lèseigne sainct khan Bapti || stepres saleté Geneuiefue 
des ardas. — Finis. || Imprime a Paris par Denys Lin- \\ not. pour Pierre 
sergent & lehan Longis Libraire. In- 16 de 144 fif, mal chiffr. 

Len° 16 est double, en sorte que le dernier f. est coté 143. 
Cat, Paradis, 1879. n^ 197. — Cat. Jordan, 1881, n" 16. 

k . — Coquillart . j ] A-yaOy] Tu/v] 1 1 Les Œuures 1 1 Maistre Guil 1 1 laume 
Coquillart, || en son vi || uant officiai || de Reims. Nou ;! uellement || re || 
ueues et corri 1 1 gees, 1 1 M . D . XXXV [i<^]^]. \\ On les vend a Lyon / en la 
Il maison de Fràcoys luste, \\ Demourant deuant nostre \\ Dame de Confort. 
—Finis. \\ Imprime nouuellemcnt, par Francoys \\ luste, Demourant deuant 



?96 É. PICOT 

no- Il stre Dame de Confort \\ a Lyon. Le .xxi. de jlanuier. \\ 1555 
[1536, n. s.]. In-8, goth. de 96 ff. chiffr., format allongé. 

Le titre est imprimé au milieu du bois employé par François Juste en 1533 
(voy. !a description de l'édition i). 

Biblioth. nat., Y 4400 Rés. — Cat. Lévy, 877, no 127. 

/. — Les Œuures || demaistre Guillaume Coquil || lart, en son viual 
officiai 11 de Reims, nouuelle || met reueuesf corrigées. || M.D.XL [i $40]. 
Il On les vend a Lyon, chez Francoys Juste \\ deuant nostre Dame de Côfort. 
In-16 de 122 fî. chiffr. 

Le seul exemplaire connu de cette édition a successivement appartenu à Cop- 
pinger et à Solar; il a fait, en dernier lieu, partie de la bibliothèque de 
M. A.-F. Didot(Cat. de 1878, n» 166). 

m. — Les Œuures || de maistre Guilleaume [sic] || Coquillart en son 
Il vivant [sic] officiai || de Reims. || A Paris chez khan Longis || libraire. — j 

Finis. Il Imprime a Paris par Denys lan- \\ not pour Pierre sergent & lehan ' 

\\ Longis Libraires. S. d. [v. 1 540], in-16 de 144 ff. 

Biblioth. nat., Y 4398. Rés. 

n. — Les Oeuures de maistre Guillaume Coquillart, en son viuant 
Officiai de Reims, nouuellement reueueset corrigées. Le contenu dicelles 
est en la page suiuante. A Paris., i ^46. De l'imprimerie de leanne de 
Marnefy demeurant en la rue Neufue nostre Dame, à l'enseigne saint lean 
Bapiiste. In-16 de 1 12 fï. non chiffr. 

Jeanne de Marnef était la veuve de Dcn-js Janot dont nous avons cité ci-dessus 
deux éditions. Le volume publié par elle en 1546 n'est pas une simple réim- 
pression de ces éditions; les petites poésies de Coquillart n'y figurent pas, 
tandis que l'on y a fait entrer les trois blasons de Pierre Danche. Voy. l'édi- 
tion d'Héricault, II, 362. 

Cat. Brunet, 1868, n" 275. 

0. — Les Œuures II de maistre || Guillaume Coquil- 1| lart_,Enson viuant 
Officiai de 11 Reims. Nouuellement reueues & || corrigées par C. G. 
Champ. Il Le contenu d'icelles est en la page || suyuante. || A Paris. \\ 
Par Estienne Groulleau, demourant en la\\ rue Neuue nostre Dame à l'en- 
seigne \\ saint lean Baptiste. \\ ij$3. In-i6 de 112 ff. non chiffr. de 28 
lignes à la page pleine (non compris le titre courant), impr. en jolies 
petites lettres rondes, sign. A-0 par 8. 

Au v" du titre est la table du volume. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II J97 

Au fo du second f., est un petit bois représentant l'acteur. Cette édition est 
restée inconnue à tous les bibliographes. Les initiales portées sur le titre sont 
celles de Claude Colet, Champenois. 

Biblioth. royale de Munich, P. 0. g.ill. 8", 463. 

p. — Les II Œuures de || M. Guillaume || Coquillart, en || son viuant 
officiai II de Reims. || */ \\ Nouuellement reueues & corrigées. || A Lyon, 
Il Par Benoist Rigaud, \\ 1 579. In-i6 de 256 pp. de 2^ lignes inon com- 
pris le titre courant; , sign. A-Q. 

Au titre, un petit bois représentant divers personnages à table. 

Au verso du titre, la table des pièces contenues dans le volume. 

a Le Monologue des Penucques ou du Gendarme cassé n'çstpa.s compki; il s'ar- 
rête avec ce vers : 

Saint Anthoine arde le tripot, 
suivi du mot : Fin. 

(I Les Petites Œuvres (pièces politiques) annoncées dans la table placée au 
verso du feuillet du titre ne s'y trouvent point. » 

Cat. A.-F. Didot, 1878, n» 1C7. 

ej. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart, en son viuant 
Officiai de Reims, reueues et corrigées denouueau. A Paris, Pour lean 
Bonjons^ libraire, demouranî en la me Neufue Nosîre Dame, à l'enseigne 
sainci Nicolas. S. d. [v. 1570], in-i6. 

Cat. Béhague, 1880, n» 531. 

r. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart. A Paris, 1597. 
In-8 de 283 ff. inexactement chiffr. 

Cette édition, qui paraît avoir été exécutée au xviiie siècle, ne contient pas 
seulement les oeuvres de Coquillart; on y a joint un certain nombre de pièces 
plus ou moins analogues, qui ont d'autant plus d'intérêt aujourd'hui que les ori- 
ginaux de plusieurs d'entre elles sont probablement perdus; on en trouvera la 
liste dans l'édition de M. d'Héricault ^11, 368). 

Les feuillets sont cotés régulièrement jusqu'à 161 ; le 162^ feuillet est blanc, 
puis les numéros recommencent à 165 et se suivent jusqu'à 285. 

A la fin du volume est la date de 1 599. 

Biblioth. de feu M. Eugène Dutuit, à Rouen (exemplaire de Châteaugiron et 
deSoleinne.) 

s. — Les Poésies de Guillaume Coquillart, Officiai de l'Eglise de Reims. 
A Paris, De l'Imprimerie d'Antoine-Urbain Coustelier, Imprimeur-Libraire 
de S. A. R. Monseigneur le Duc D'Orléans. M. DCC. XXIII [1723]. 
In-i2 de 3 ff., 184 pp. et 2 ff. pour la Table e\ le Privilège. 



398 É. PICOT 

/. — Blasons, Poésies anciennes recueillies et mises en ordre par D. M. 
M*** [Méon] (Paris, Guillemot, 1807, in-8), 242-259. 

u. — Les Œuvres de Guillaume Coquillart [publiées par Prosper Tarbé]. 
1847. Reims, Chez Brissart-Binet, libraire, rue du Cadran-Saint-Pierre; 
Paris, Chez Techener, Libraire, place du Louvre. [Impr. de Gérard, liîh., 
rue Cérès, 8, à Reims.] 2 vol. in-8. 

Tome premier : xxxv et 217 pp., 1 f. pour la Table et i f. blanc. — Tome 
second : 249 pp. et i f. d'Errata. 

V. — Œuvres de Coquillart. Nouvelle édition, revue et annotée par 
M. Charles d'Héricault. A Paris, Chez P. Jannet, Libraire. [Impr. par 
Guiraudet et Jouausî.] MDCCCLVII [1857]. 2 vol. in-16. 

Tome I : clj et 200 pp. — Tome II : 599 pp. 
On trouvera le Blason, t. II, pp. 14 $-196. 



18. Les Drois nouveaulx establis sur les femmes. 
[Paris, vers 1490 .?] 

Les nouveaulx Droitz de Guillaume Coquillart tiennent par plusieurs 
côtés du sermon joyeux; ils étaient évidemment destinés, comme Le 
Plaidoyé d'entre la Simple et la Rusée et comme VEnqueste, à égayer 
une société de clercs ou de bazochiens dont les réunions avaient lieu 
le jeudi, et qui comprenait à demi-mot les allusions malignes, les ex- 
pressions si obscures pour nous du poète rémois. Cependant la longueur 
du poème n'aurait pas permis à un acteur de le réciter sans s'épuiser. 
Les nouveaulx Droitz devaient être lus, et l'auteur le dit expressément à 
la fin de sa première partie : 

Et consequemment sera leue 

Aultre rubriche, De Pactis, 

Et d'aultres tiltres cinq ou six ; 

Mais, pour ce qu'il est tard, je dy, 

Veu que estes tous endormis, 1255 

Qu'il vault mieulx attendre a jeudy. 

Les nouveaulx Droitz de Coquillart n'appartiennent donc pas au théâtre ; 
mais un poète contemporain a composé sous le même titre une pièce 
qui devait être récitée, comme l'indique bien le début : 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 399 

Esveillez vous, esperlucatz, 

Portans brodequins et pentouffles ; 

Procureurs, jeunes advocatz, 

Esveillez ainsi comme escouffles ; 

Venez céans trestous par couples j 

Et escoutez les nouveaulx droictz, 

Car, ains que d'icy me descouples, 

Vous diray les nouvelles loix. 

L'acteur fait donc appel aux spectateurs et annonce qu'il se retirera 
quand il sera au bout de son discours. 

Le poète est sans nul doute un Parisien, car il parle des Billettes et 
de Saincte-Croix (v. 27), des Jacobins [V. ^i', du Champ-Gaillard 
(v. 420I. Il écrit en strophes de huit vers, ce qui ne l'empêche pas de 
s'approprier des vers entiers de Coquillart, par exemple celui-ci (v. 12): 

C'est de jure naturaly. 

(Coquillart, éd. d'HéricauIt, I, 38.) 

Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'auteur parisien reproduit, à 
la fin du sermon, le rendez-vous que Coquillart donne à ses auditeurs 
pour le jeudi suivant. Peut-être faut-il voir dans cette assignation une 
simple facétie : 

Nous mettons fin aux droitz nouveaulx 
Establis sur femmes et hommes. 
Jeunes gallans et jouvenceaulx, 435 

Bigotz et dévotes personnes. 



Encore plus que je ne dy, 

Portans que ne perdons nos sommes. 

Le demourant aurez jeudy. 440 



Bibliographie : 



a. — Les Droisnouueaulx establis surles femmes. S.l.n.d. [v. i joo.?], 
pet. in-4 goth. de 8 ff. de 26 lignes à la page. 

Au titre, une figure en bois. 
Brunet, II, 838. 

b. — Les drois nouue || aulx establis sur les femmes. — Finis. S. l. n. 
d. \v. 1520?], pet. in-8 goth. de 8 fï. de 28 lignes à la page pleine, 
sign. A. 

Biblioth. nat., Y. n. p., Rés. 



400 



É. PICOT 



c. — Les drois nouueaulx || establis sur les femmes. — Explicit. S. l. 
n. d. [v. 1 5 20 ?], in-4 golh. de 8 ff. de 34 lignes à la page, sign. A-B. 

Les derniers mots du titre : sur les femmes sont imprimés en très petits ca- 
ractères. — Au-dessous de l'intitulé, un bois représentant une femme debout, 
tenant une rose à la main. Derrière cette femme on aperçoit une église monu- 
mentale; au-dessus est une banderole restée vide. 

d. — Les Droits nouueaulx establis sur les femmes. — [A la fm :] 
Imprime a Rouen par lelmn Barges le ieune. S. d. [v. 1520], pet. in-4 
goth. de 4 ff. de 33 lignes à la page, impr. à 2 col. 

Cette édition est incomplète des vers 421-428. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr le duc d'Aumale (Cat. Cigongne, n» 667.) 

e. — Joyeusetez, 1830 (dans le vol. qui contient la Complaincte de 
Trop Tosî Marié, etc.). 

/. — Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, II, 123-1 39. 

g. — Recueil de pièces rares et facétieuses, anciennes et modernes [publié 
par Ch. Brunet]. (Paris, A. Barraud, 1872-1875, 4 vol. in-8), III, 11, 
1-25. 



19. La grand Loyaulté des Femmes. 
[Rouen, vers 1500?] 

Cette composition, restée jusqu'ici inconnue, est une diatribe sati- 
rique qui ne s'éloigne guère d'une foule d'autres pièces du même genre. 
M. Paul Meyer nous fait observer que le début reproduit, avec quelques 
légers changements, un dit du xiii'' siècle, Le Blasme des famés, dont 
on possède cinq rédactions plus ou moins développées ' : 

Qui prent a femme compaignie 

Ne fait pas sens, mais grant folie; 

Cil qui a femme met sa cure 

Son grief et sa perte procure 

Et se met en grant adventure. 5 



1. Voy. Remania, VI, 499*500. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II 4OI 

Escouter veuillez leur nature 

Et aussi leur grant loyaulté; 

Je vous en diray vérité ; 

Et qui croire ne me vouldra, 

Marié soyt, si le sçaura. 10 

Qui met en femme son entente 

Il acquier[t] de soucy la rente... 

Elles sont souvent adirées 

Et en a l'amy ce qu'il veult, 

Dont le pouvre mary s'en deult 

Et ce le met fort en malan, 

Car il est appelle Jouan. . . 60 

Voici la fin du sermon : 

Et qui obeist a ses ditz, 

Ce luy est ung droit paradis, 

Et la doyt chérir et aymer 

Du bon du cueur, sans point d'amer. 210 

Aussi celluy qui l'a mauvaise, 

Foy que je doy a sainct Nicaise, 

S'il la veoit morte ou noyée, 

N'en dev[e]royt pleurer journée, 

Nompas se au marché aux Veaux 2 1 <, 

Estoit bruslée pour tous maulx, 

Affîn que autres se gardassent 

De faire maulx et s'avisassent. 

Prenez y garde, je vous prie, 

Vous tous de ceste compaignie. 220 

Les allusions à saint Nicaise et au marché aux Veaux prouvent que le 
poème a dû être composé à Rouen. C'est sur la place aux Veaux qu'a- 
vaient lieu d'ordinaire les exécutions capitales. Voy. Farin, Histoire de la 
ville de Rouen, 1731, I, i, 181. 

Bibliographie : 

J^ La grâd loyaul H te des Femmes. — C Finis. S. l. n. d. [vers 
1525], petit in-8 goth. de 4 fF. de 23 lignes à la page pleine, sign. A. 

La pièce n'a qu'un simple titre de départ; le recto du premier feuillet con- 
tient 18 lignes de texte. 

Biblioth. de M. Léon Techener à Paris (excmpl. de Yemeniz, de M. le mar- 
quis de B. de M. et de M. Paradis). 

Le Supplément au Manuel du Libraire cite cette pièce d'après le même exem- 
plaire, mais les auteurs Pont confondue avec un autre poème, entièrement diffé- 
rent, qui porte le même titre. 

Romania, XV. :6 



402 



É. PICOT 



20. Sermon nouveau et fort joyeulx auquel est contenu 

LES MAULX QUE l'HOMME A EN MARIAGE. 

\ Paris ^ vers 1 500.] 

Cette pièce, inspirée par Les quinze Joyes de mariage^ nous paraît ap- 
partenir à la fin du xv® siècle ; elle est divisée en deux parties de façon 
à permettre à l'acteur de reprendre haleine. En voici le début : 

In nomine Bachi Sileni. 
Matrimonia matiimonia 
Mala producunl omnia. 

Le thesme qu'ay cy recité, 

Extraict d'ung livre bien dicté, 

Nommé Les Joyes de mariage, 5 

Vault autant en commun languaige 

Que qui diroit par mocquerie : 

L'homme est bien fol qui se marie. 

La fin indique clairement que la composition est parisienne : 

Or prions [a] Dieu qu'en cest estre 

[II] doint patience aux marys, 

Mesmement a ceulx de Paris : 

Noz voysins nous sont de plus près. 

Et puis ilz prirent Dieu après 300 

Pour vous, la sus en paradis, 

Les sainctz martyrs. A Dieu vous dis. 

La paix des chiens soyt avec vous ! 

Le dernier vers rimait peut-être avec le premier vers d'une moralité. 

Bibliographie : 

a. — Sermon nouueau et fort ioyeulx, auquel est contenu tous les 
maulxque Ihoinme a en mariage, nouuellement compose a Paris. S. l. 

n. d. [v. I ^00 .''], pet. in-8 goth. de 8 fF., sign. A-B. 

Au titre, un bois qui représente un clerc assis dans une chaire et trônant une 
tête de mort devant lui; ce personnage prêche à une assemblée assise à gauche. 

Le même bois est répété au verso du titre. 

Au verso du dernier feuillet, un moine assis dans une chaire et prêchant à 
une assemblée assise à droite. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr le duc d'Aumale (Gat. Cigongne, n° 71 1). 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 40? 

/'. — Sermon nouueau et fort ioyeulx auquel est contenu tous les 
maulx que Ihomme a en mariage. Nouuellement imprime a Paris. S. d. 
rcrs 1 $00 .?], pet. in-8 goth, de 8 ff. 

Cat. La Vallière, par De Bure, II, n» 309$, dans un recueil acheté pour la 
Bibliothèque du Roi, mais qui ne s'y retrouve pas aujourd'hui. Nous empruntons 
notre description aux notes manuscrites de Van Praet. 

c. — Poésies des xV et xvi^ siècles publiées d'après des éditions 
gothiques et des manuscrits. Paris, chez Silvestre. llmprimerie Crapelet.] 
i8î2. Gr. in-8 goth. N° 5. 

d. — Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, \\\, $-17. 



21. Nouveau et joyeux Sermon contenant le ménage et la 
charge de mariage, pour jouer a une nopce, a un personnage. 

[Vers 1 500.] 

Cette pièce reproduit une enumération dont la littérature du moyen 
âge offre d'assez nombreux exemples. Après Le Dit de ménage^ et VOus- 
tillement au villain-, on peut citer Le Ditté des choses qui f aillent en ménage 
et en mariage^, Les Ténèbres de mariage^, et surtout La Complaincte du 
nouveau marié, lequel marié se complainct des extencilles qu'iluy fault avoir 
en son mesnaigei. Notre auteur s'est particulièrement inspiré de la Com- 
plaincte, dont il a reproduit presque sans aucun changement plusieurs 
vers. 

Le sermon commence ainsi : 

Libertas est, et catera. 

Ces parolles on trouvera 
Au livre des tripes d'un veau 
Qui jadis fut faict de nouveau, 



1. Le Dit de Ménage, pièce en vers du xiil" siècle, publiée par M. Ticbucïcn 
(Paris, Silvestre, 183$, in-8). 

2. De rOuslilkment au villain {xnv- siècle], public par M. Monmerqué (Paris 
Silvestre, 183 ^, in-8). 

3. Jubmal, kouveau Recueil de Contes, Ditz et Fabliaux, II, 161 -i6q 

4. Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, I, 17-32. 
5 Ibid., I, 218-228. 



404 É. PICOT 

Capitula plein d'herbe vende, 5 

Folio illuminé de merde. 
Il est écrit en mondit livre 
Que qui veut joyeusement vivre 
Se doit en liberté tenir... 

En voici les derniers vers : 

Et pour ce, nous ferons prière 165 

A Dieu qu'il veuille illuminer 

Tous ceux qui sont a marier, 

Que jamais n'ayent le courage 

De soy ficher en mariage. 

Pour éviter tant de misères, 170 

Je recommande les prières 

Qu'avez accoustumé de faire. 

A Dieu vous dis ; je m'en vois boire. 

Bibliographie . 

a. — Cette pièce occupe les pp. 149-157 d'un volume intitulé sim- 
plement : Farce nouuelle très-bonne et fort ioyeuse du Cuuier, à troys 
personnaiges. A Lyon, 16 19. Pet. in-8 de 173 pp. 

Biblioth. royale de Copenhague. 

b. — Emile Picot et Christophe Nyrop, Nouveau Recueil de Farces 
françaises^ lxix-lxxi, i 91-198. 



22. Sermon joyeux de la Pagience des femmes obstinées contre 
leurs marys. 

[Rouen, vers 1 500.] 

Cette composition satirique paraît appartenir à la fm du xv« siècle et être 
restée longtemps populaire; elle est citée comme telle dans Les Cris de 
Paris d'Antoine Truquet, pièce dont la plus ancienne édition connue est 
de I $45. Un texte fort altéré de ces Cris, le seul que nous ayons entre 
les mains, porte : 

Les Babioles. 

Livres nouveaux ! [Livres nouveaux IJ 
Chansons, ballades et rondeaux ! 
Le Passetemps de Michaud, 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 4O 5 

La Farce de Maumarié, 

La Pénitence [sic] des femmes 

Obstinées contre leurs maris ! ' 

Le sermon commence par un proverbe que l'on retrouve, à peu près 
dans les mêmes termes, au début de la Moralité nouvelle de la prinse de 
Calais [Recueil de Farces, Moralités, etc., publié par Leroux de Lincy et 
Michel, I, no 6, p. 4): 

Patience passe science ; 

C'est belle chose quant je pense 

Que les femmes sont si [tres]sages 

De faire par subtilz usages 

Tout le vouloir de leurs marys. 5 

Hz le feront, par sainct Denys 1 

De corne soufflez ; (ce) feront mon. 

Hz sont couchez, et non sont, non... 

Le prêcheur rapporte les discours de plusieurs femmes qui se plaignent 
de leurs maris et termine ainsi : 

De plorer sont assez legiéres 135 

Et de boulier grandes ouvrières ; 

Hz ont si bel entendement 

Qu'on ne les cognoist bonnement ; 

Le plus sage n'y sçait que faire, 

Le plus fin y treuve a refTaire, 140 

Le plus rusé n'y entend notte, 

Et le plus simple s'en desporte: 

Le plus rouge est le premier prins. 

A Dieu vous dis, et plus n'en dis. 

Bibliographie : 

a. — CL Sermon ioy- || eulx de la patience des femmes obstinées || 
contre leurs maris. Fort ioyeulx et recréa H tif a toutes gens. — C. ^^nis- 
S. l. n. d. [Paris, v. 1 $ 10], pet. in- 8 goth de 4 lï. de 21 lignes à la 
page. 

Au titre, un bois qui représente un homme jouant du galoubet, tandis qu'une 
femme et un page l'écoutent. A droite, un roi barbu, sa couronne sur la tête 
et son sceptre à la main, se tient devant un arc de triomphe. Ce bois se retrouve 



1. Voy. Paris ridicule et burles:}iie au dix-scptiane siècle; nouvelle édition, 
revue et corrigée, avec des notes par F.-L. Jacob (Paris, Delahays, 1865, in-16;, 
p. 320. 



406 É. PICOT 

sur le titre d'une édition des Facccies de Pogc, imprimée par la veuve de Jehan 
Treppuei à Paris. 

Biblioth. de !eu M. ie baron J. de Rothschild (Cat., I, n« 589; cf. jll, 
n» 1771). 

b. — Sermon ioyeulx de la || Patience des femmes obstinées con- 1| tre 
leurs maris. Fort ioyeux f recre- 1| atif a toutes gens. S. l. n. d. 
[v. 1 510], pet. in-8 goth. de 4 ff. de 21 lignes à la page. 

Au titre, un bois représentant une femme assise sur un trône. Cette femme 
est coiffée d'un capuchon de fou, de ce qu'on appelait un « sac à coquillons » '■> 
elle tient, de la main gauche, un paquet de verges et, de la main droite, un livre 
que lui présente un clerc. Derrière le clerc, une autre femme portant également 
un capuchon de fou. Sur le premier plan, deux canards. 

Mus. britan., C. 22. A. 5. 

c. — Sermô ioyeux de la Pacience des femmes obstinées contre leurs 
marys : fort ioyeulx et récréatif a toutes gens. S. /. n. d. [v. 1510], 
pet. in-8 goth. de 4 ff. de 2 1 lignes à la page. 

Au titre, un bois représentant une vieille femme qui tient une quenouille. 
Près de cette femme, un mendiant appuyé sur une béquille et suivi d'un cochon. 
Le bois est encadré de deux fragments de bordure placés en hauteur. 

Édition citée par M. Brunet et reproduite en fac-similé en 1830. 

^. — Sermon ioyeulx de la patience des femmes obstinées contre leurs 
maris. Fort ioyeulx et récréatif a toutes gens. S. /. n. d. [v. 15 10], 
pet. in-8 goth. de 4 ff. de 21 lignes à la page, impr. en lettres de 
forme. 

Cat. La Vallière, par De Bure, II, n» 3095, dans un recueil qui ne se re- 
trouve plus aujourd'hui. Nous donnons notre description d'après les notes 
manuscrites de Van Praet. 

e. — Sermon ioy- || eulx de la paci || ence des fémes || contre leurs 
maris. — C. ^'"'^- ■S- ^ n- à. [Paris, v. 1 $ 1 5], pet. in-8 goth. de 4 fï. 
de 26 lignes à la page, sign. A. 

Le titre porte le même bois que le titre de l'édition A (on en trouvera la 
reproduction dans le Cat. Rothschild, I, n» 589), et le volume a probablement 
été imprimé à Paris, par la veuve de Jchati Tnppird. L'édition est cependant 
postérieure à A en raison du nombre des lignes contenues dans chaque page. 

Au v" du titre, un bois représentant des femmes qui sortent d'une tente, près 
du rivage de la mer. Ce bois se retrouve fréquemment dans les vieilles impres- 
sions populaires ; il orne notamment une édition du Débat de deux Danwysellcs. 

Biblioth. roy. de Dresde: M. jj. q. 189 [Libn rom. et ital.). 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II 4O7 

/. — Lagrâd patience des |[ Femmes otre leurs || maris. Finis. — S. l. 
n. d. [v. 151$], pet. in-8 goth. de 4 ff. de 23 lignes à la page, 
sign. A. 

Cette édition n'a qu'un simple titre de départ; le r^ du 1" f. contient 16 
vers; le v^ du dernier f. en contient 18, plus le mot Fmis. 
Cat. Didot, 1878, n° 230. 

g. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart, 1597 (voy. ci- 
dessus, n" 17). 

/;. — Discours || ioyeux de la Patien- || ce des Femmes obsti- || nés [sic] 
contre leurs || maris. || Fort ioyeux & récréatif a || toutes gens. || A Rouen, 
Il Chez Théodore Rainsarî,pres la porte du || Palais, à F Homme armé. S. d. 
[v. 1600], pet. in-8 de 4 ff. de 26 lignes à la page, sign. A. 

Titre encadré, avec un fleuron orné de deux chimères. 
Biblioth. municip. de Versailles, E. 712,0., dans un recueil contenant plu- 
sieurs pièces sorties des mêmes presses. 

/. — Discours II ioyeux de la pa ||tience des fem- || mes obstinées 
contre || leurs maris || Fort ioyeux & récréatif || a toutes gens || A Rouen. 
Il Chez Loys Costé, libraire rue Es- \\ cuyere aux trois fff . || Couronnées. 
S. d. [v. 1600], pet. in-8 de 4 ff. de 26 lignes à la page, sans sign. 

Titre encadré, dont le v^ est blanc. 

Biblioth. nat., Y -j- éi 18. A(7). Rés. , dans un recueil qui contient douze 
pièces publiées par Costc. 

j. — Sermon || ioyeux de la || Patience des || Femmes obsti- || nées 
contre leurs || maris 1| Fort ioyeux & récréatif |1 a toutes gens |1 A Rouen, 
Il Chez Nicolas Lescuyer, près le grand \\ portail, nostre Dame. — Fin. S. 
d. [v. 1600], pet. in-S de 6 ff. de 27 ligres à la page, sans chiffr., 
réel., ni sign. 

Le titre, dont le v» est blanc, est orné d'un encadrement et de la petite marque 
de Lescuyer avec la devise: Ilâpovra /a: [AE^.Xovxa. 

Dans le coin inférieur de droite, on remarque le chiffre 21. 
Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

k. — Discours || ioyeux de la patien- 1| ce des femmes obsti- 1| nés [sic] 
contre leurs i| maris. 1| Fort ioyeux & récréatif à || toutes gens. ||^ 
Rouen, \\ Chez Pierre Mullot, marchand Libraire \\ rué Escuyere au nom de 
lesus. — Fin. S. d. [r. 1600], pet. in-8 de 8 ff. de 26 lignes à la page. 

Le titre, dont le v" est blanc, est orné d'un encadrement et d'un fleuron. 



408 É. PICOT 

Au r° du j« f. commence La Complainte du temps passé par le commun du 
temps présent, qui occupe les 4 derniers fF. 
Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

. — Fac-similé lithographique de l'édition c exécuté en 1830 et tiré 
à 40 exemplaires. 

m. — Joyeusetez, 1830. 

n. — Monl3\g\oT\^ Recueil de Poésies frariçoises^ lU, 261-26-7. 



23. Sermon joyeulx d'ung Fiancé qui emprunte ung pain sur 
la fournée a rabattre sur le temps advenir. 

[Rouent, vers 1 500.] 

Avant de raconter l'histoire, d'ailleurs très courte, que le titre indique, 
le prêcheur tonne contre le monde où toutes choses vont à l'envers ; il 
entre ainsi en matière : 

Putruerunt et corrapte sunt. 

Exposer [vueil] le thème au long ; 

[En] dire vueil le contenu. 

Mes bons amys, j'ay entendu 

Que l'antechrist est desja né ; 5 

Le dyable l(uy)' a bien amené; 

Il vient devant qu'on le demande. 

Les vers 4-7 sont tirés à peu près textuellement de la sottie des 
Menus Propos (v. 457-460) : 

Le Second. 

Fuyons nous en ; j'ay entendu 
Que l'antechrist si est ja né. 

Le Tiers 

Le dyable l'a bien amené, 

Car il vient devant que on le mande. 

Quelques lignes plus loin nous constatons un nouvel emprunt à la 
même pièce : 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II 4^9 



Sirmon. Menus Propos 

LE PREMIER 

Il me souvient bien que ma mère 
Il me souvient bien quant ma mère j^j^^jj ^^.^1,^ çj^qj^ p^eude femme; 

Disoil qu'elle estoit prude femme ; ^^^-^ ^^^.j, ^^ j^^^ p^^ Rostre Dame, 

Mais qu'il en soit, par Nostre Dame, j^ n'oseroie de riens jurer. 420 

Je n'oseroys de rien jurer. 3 s 



Je ne suys point aise a crier Je ne suis point aise a crier 

Se ne vous dis mon cas a plain. Si je n'ay a boire a la main. 

Après ces facéties, l'acteur annonce qu'il va faire la quête : 

Or ça, chascun tende la main 38 

A la bourse ; il en est temps. 

Il entre ensuite en matière et raconte l'histoire du fiancé, histoire 
qu'il termine ainsi : 

Voila la fin de mon mignon : 

Putruerunt et corruptc sunt. 

Ung chascun [donc] se contregarde 

Et a son fait si preigne garde, 1 20 

Car plusieurs povres trupelus 

En ce point sont souvent deceuz, 

Chascun le congnoist tout a plain. 

Allez et revenez demain. 

Les menus Proposant dû être joués à Rouen au mois de février 1461 
(voy. notre monographie de la SomV, p. 20; Romania, VIII, 251); le 
sermon est nécessairement postérieur ; il est probable cependant qu'il 
appartient encore au xv^ siècle, car les éditions les plus anciennes que 
nous possédions, éditions qui remontent au commencement du xvi^ siècle, 
sont déjà des plus fautives. Quant au lieu oij la pièce aura été composée, 
rien ne l'indique; mais ce sont les acteurs rouennais qui devaient le 
mieux connaître Les menus Propos. 

Bibliographie : 

a.— Sermon || ioyeux dung fiance q || ëprunte vng pain sur || la fournée 
a rabatrejlsur le tëps a venir. S. l. n. d. [v. ijjoj.pet. in-8 goth. 
de 4 ff . , fig. sur bois. 

Un exemplaire de cette édition, acheté par Fernand Colomb, à Turin, le 



410 É. PICOT 

14 janvier ijji, était conservé jusqu'à ces derniers temps dans la Bibliothèque 
Colonibine, à Séville. Voy. Harrisse, Excerpta Columbimana, v Sermon. 

b.— Sermon ioyeulx dung fiance qui emprunte vng pain sur la fournée 
a rabattre sur le temps aduenir. S. l. n. d. [v . 1550], pet. in-8 goth. 
de 4 ff. de 22 lignes à la page. 

Cette édition n'a qu'un titre de départ, mais le r" du i^'' f. est encadré d'un 
double filet. 

Au v° du dernier f. , deux bois disposés côte à côte; l'un, placé à gauche, 
représente trois boules, restes d'un cordon qui entourait une armoirie ; l'autre, 
à droite, représente un ermite vu à mi-corps, dans un cadre rond. Ces bois 
sont différents de ceux qui ornent l'édition a. 

Pour remplir l'espace resté vide à la fin de la plaquette, l'imprimeur a ajouté 
au sermon une tirade de 25 lignes en vers terminés par le mot point. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale {Cat. Cïgongnt, n° 710). 

c.J^ Sermon || dung fiance qui || emprunte vng pain sur la fournée a 
ra- Il batre sur le temps aduenir. - C". Finis. S. l. n. d. [v. i $ 30] pet. 
in-8 goth. de 4 fï. de 22 lignes à la page. 

Au titre, une marque représentant un grand P entouré de rinceaux. 

Mus. britann., C. 22. a. 50, dans un recueil où k Sermon est réuni au Mono- 
logue des nouveaulx Sotz de la joyeuse tende, lequel ne sort pourtant pas des 
mêmes presses. 

d. — Sermon ioyeulx. — Explicit. S. l. n. d. pet. in-8 goth. de 4 fî. 

Au titre, deux petits bois placés côte à côte et représentant, l'un, un jeune 
clerc à longue robe, l'autre, un soldat armé d'un sabre grotesque. Chacun de ces 
personnages est surmonté d'une banderole restée vide. 

Cette édition, qui ne contient pas les 25 vers décasyllabiques placés à la fin 
des précédentes, a été reproduite en fac-similé chez Prudhomme à Grenoble., en 
1835, et tirée, parles soins de M. le vicomte P. C. de B. [Colomb de Batines], 
à 42 exemplaires, savoir: 32 sur papier vélin, 8 sur papier de couleur et 2 sur 
peau vélin. 

e.~ Sermon d'vn I| fiance qui em- 1| pruntavn pain || sur la fournée, à 
rabatre 1| sur le temps auenir. || A Rouen. \\ Chez Nicolas Lescuyer, près le 
\\ grand portail, nostre Dame. — Fin. S. d. [v. 1600], pet. in-8 de 
4 ff. non chiffr. de 27 lignes à la page, sans sign. 

Titre encadré, dont le v° est blanc. Ce litre porte la marque de Lescuyer 
représentant une tète de Janus, enfermée dans un cercle formé de deux serpents, 
et accompagnée de la devise : nâpovca vi«l fj.£XXovca. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 41 I 

Dans le coin inférieur de droite se trouve le chiffre 10, qui indique la place 
que le Sermon devait occuper dans les recueils de Lcscujcr. 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles.— Biblioth. de feu M. le baron James 
de Rothschild (Cat. I, n" 590, art. 1). 

f. — Discours || d'vn Fiancé qui || emprunta vn pain || sur la fournée, à 
rabattre || sur le temps aduenir. |( Nouuellement Imprimé reueu & recor- 
rigé Il de nouueu [sic]. \\ A Rouen, \\ Chez Pierre Mullot, marchant Libraire 

Il rue Escuyere au nom de lesus. S. d. [vers 1600], pet. in-8 de 4 ff. de 
27 lignes à la page. sign. A. 

Le titre, entouré d'un encadrement, est orné d'un petit bois qui représente 
une femme poursuivie par un homme près d'une porte. 

Le y du titre est blanc. 

Les 4 ff. qui terminent la feuille sont occupés par le Sermon joyeux des Fri- 
ponn'urs et des Friponnieres. 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

g. — Réimpression exécutée à Paris, par Pinard, en i829jettirée à 
60 exempl. pour MM. Techener [et Aimé Martin]. 

h. — Réimpression exécutée à Grenoble, \)^v Prudhomme, en 1855 

(voy. d). 

i. — Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, III, 5-10. 

y. — Recueil de Pièces rares et facétieuses, anciennes et modernes, etc. 
[publié par Ch. Brunet] (Paris^ A. Barraud, 1872-1873, 4 vol. in-8), II, 
XXIII, 1-6. 



24. Sermon pour une nopce, autrement dit ; Discours joyeux pour 

ADVERTIR LA NOUVELLE MARIÉE DE CE QU'eLLE DOIT FAIRE LA PRE- 
MIERE NUiCT, ou Plaisant Discours et Advertissement aux nou- 
velles MARIÉES POUR SE BIEN ET PROPREMENT COMPORTER LA PRE- 
MIERE nuict DE LEURS NOPCES ; par Rogcr de Collerye. 

[Auxerre, vers 1 505.] 

Comme Guillaume Coquillart, comme Jehan Pinard et comme Jehan 
Molinet, Roger de Collerye appartenait à l'Église; comme eux il cultivait 
la poésie, et il ne craignait pas de traiter des sujets plus que scabreux. 
Ce sermon, destiné à être récité à la fin d'un repas de noce, est un eu- 



412 É. PICOT 

rieux monument de la gaieté de nos pères. Le titre d'une des éditions 
que nous décrivons ci-après nous apprend que les vers de Roger de 
Collerye furent intercalés dans un ballet lyonnais du commencement du 
xviie siècle. Les auteurs de ballets aimaient alors en effet les tirades for- 
tement épicéas. 

Le texte du sermon est emprunté au verset i i du psaume xliv et pa- 
raîtra tout à fait en situation. Les mots Audi, filia et vide, ont été plus 
d'une fois invoqués par les prédicateurs, entre autres par frère Robert 
Messier dans son Adresse de salut (Biblioth. nat., ms. fr. 1888), et l'on 
a même cru au xvii" siècle que l'abbé de Choisy les avait malicieuse- 
ment attribués à madame de Maintenon (voy. Brunet, III, 424). 

La pièce commence ainsi : 



Le Prescheur, habillé en jemmc 
Theume : 

Audi, filia, et vide. 

Ce theume que j'ay dévidé 
Est escript d'une grosse plume, 
Aussi pesante qu'une enclume, 
Et d'un vielz psaultier enfumé 
Je l'ay extraict et escumé, 
Affin d'en faire un bon brouet. . . 



En voici les derniers vers 



Mais si quelqu'un de vous s'abuse, 

Monstrez que vous sçavez la ruze , 

Comment on se doibt gouverner 

Affin de le bien yverner; 260 

Qu'il me soit mené et guidé. 

Audi, filia, et vide; 

Qui sera sans dilation 

De nostre prédication 

L'achèvement, et bien couché 265 

Ainsy que je vous ay louché. 



Bibliographie 



a. — Les Œuures de maistre || Roger de Collerye home tressauât || natif 
de Paris. Secrétaire feu monsieur Dauxerre || lesquelles il composa en sa 
ieunesse. Contenant || diuerses matières plaines de grant recreatiom [sic] 
& 11 passetemps, desquelles la déclaration est au sec ôd || feullet. 1| On les 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 4I3 

vend a Paris en la rue nenfue \\ nostre Dame a lenseigne Faulcheur. \\ Auec 
priuilege pour deux ans. || M. D. XXX. VI [15^6]. — Fin. Pet. in-8 de 
104 ff. non chiffr. de 29 lignes à la page, impr. en lettres rondes, sign. 
A-N. 

Au titre la marque de Pierre Roffct (Silvestre, n» 1 ^0). 

Au verso du titre se trouve la table. 

Le volume ne contient pas d'extrait du privilège. 

Notre pièce, intitulée : Sermon pour une nopce, occupe les ff. Fij-Fiiij. 

Biblioth. nat., Y 4478. Rés. — Bibliotii. de feu M. le baron James de Roth- 
schild (Cat., I, n" 517). — Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. — De ces 
trois exemplaires, les seuls qui soient connus aujourd'hui, le premier est incom- 
plet de plusieurs feuillets. 

b. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart. A Paris, 1597. 
ln-8. 

Sur ce volume, qui paraît avoir été imprimé au xviiP siècle et dont on ne 
connaît qu'un seul exemplaire, voy. ci-dessus notre n» 17. La pièce de Roger 
de Collerye y est reproduite sous le titre de Sermon pour une nopce, c'est-à-dire 
qu'elle est directement extraite des Œuvres du poète. 

c. — Œuvres de Roger de Collerye. Nouvelle édition, avec une Pré- 
face et des Notes par M. Charles d'Héricault. Paris, Chez P. Janneî, Li- 
braire. [Imprimerie de J. Claye.] MDCCCLV [1855]. In-i6 de xxxviiij et 
287 pp. 

Le Discours occupe les pages 1 1 1-122. 

d. — Discours 1| ioyeux pour ad- |1 uertir la nouuel- 1| le mariée de ce 
quelle doit || faire la première nuict. || A Rouen, \\ Chez Loys Costé, libraire 
rué Es 11 cuyere aux trois -j-ff. || Couronnées. S. d. [v. 1600], pet. in-8 
de 4 fï. de 27 lignes à la page, sign. E. 

Les vers 29-47, 68, 1 17-132, 18^-222, 253-262 manquent dans cette édition. 
Biblioth. nat., A -|- 6118 A (5). Rés., dans un recueil contenant 12 pièces 
imprimées par L. Costé et dont les signatures se suivent d'^l à M. 

e. — Sermon |1 ioyeux pour || aduertir la || nouuelle mariée, de ce || 
qu'elle doit faire la H première nuict. || A Rouen, \\ Chez Nicolas Lescuyer, 

Il près le grand portail \\ nostre Dame. — Fin. S. d. [v. 1600], pet. in-8 
de 4 flF. non chiffr. de 27 lignes à la page, sans sign. 

Le titre, entouré d'un encadrement, porte une petite marque de Lescuyer^ 
réduction de celle qu'a donnée Silvestre (n" 986). 

Il existe de cette édition deux sortes d'exemplaires. L'exemplaire de M. le 



414 É. PICOT 

comte de Lignerolles porte sur le titre, dans le coin inférieur de droite, le 
chiffre 10, indiquant la place que le Sermon occupait dans les recueils mis en 
vente par Lescuycr; celui qui lait partie de la bibliothèque de feu M. le baron 
James de Rothschild (Cat. , I, n° 590, art. 8) porte à la même place le chiffre 1 2. 
Le texte est le même que celui de Loys Cosié. 

f. — Le Plaisant Discours et Aduertissement aux Nouuelles Mariées 
pour ce [sic] bien et proprement comporter la première nuict de leurs 
nopces, recite a vn Balet par vn ieune homme Lyonnois le iour du 
leudy Gras dernier. A Lyon. 1606. Pet. in-8 de 8 ff. 

Cette édition est incomplète des v. 29-47, '>7->32, 185-222. 
Cat. de Charles Nodier, n° 569. 

g. — Le plaisant Discours et Aduertissement aux nouuelles Mariées. . . 
In-8 de 7 ff. 

Réimpression à 25 exemplaires exécutée chez Guiraudd]^ Paris, en 1829, 
par les soins de M. de Montaran. Le texte reproduit par l'éditeur est celui de 
d, bien qu'il ait emprunté le titre de f. 

h. — Le Plaisant Discours et Aduertissement aux Nouuelles Mariées... 
A Lyon. In-8 goth. de xv pp. 

Réimpression à 60 exemplaires exécutée chez J. Pinard, à Paris, en iBjo, 
d'après l'édition/. L'avis de l'éditeur est signé T. (Trébutien.?). 

i. — Le plaisant Discours et Avertissement aux nouvelles mariées. A 
Lyon, 1606. ln-8 goth. de xiv pp. et i f. 

Autre réimpression de l'édition f exécutée en 185 1 par la veuve Berger-Le- 
vrault, à Strasbourg, pour le libraire Salomon et tirée à quelques exemplaires. 



25. Sermon de l'Endolmlle. 
[ Paris, vers 1 5 20. | 

L'histoire des commères et de l'andouille est une des plus ordurières 
qui aient pu être mises sur la scène; elle témoigne des obscénités 
inouïes que pouvaient se permettre les acteurs. En voici le début : 

Mon thesme c'est : Rejecti sunt. 

Sotise nous a huy refaicts 

Pour fonder a Sainct Jehan le Rond 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II 415 

La confrérie (de) Sainct Jehan Lipais. 

On ne sçauroit faire trois pets 5 

D'une vesse sans alainer, 

Et qui voudroit baiser la paix 

Auroit de quoy boire et humer. 

Pendant que je suis de loisir, 

Je vous veulx racompter et dire 10 

Une histoire ou prendrés plaisir 

Et qui vous fera, je croy, rire. . . 

Le jeu de mots sur Saint-Jean le Rond ne permet pas de douter que 
la pièce ne soit parisienne. On lit du reste (v. 1 17-120) : 

S'il en failoit aultant bailler 
A celles qui n'en ont leur soûl, 
Ce seroit assés pour aller 
De Paris jusques en Poitou. 

Le monologue finit ainsi : 

Sa femme et sa mère alors viennent 

Le trousser, qui bien se souviennent 

Qu'il fault que son [oustil] on frote ; i so 

Si l'ont froté de telle sorte 

Avec des verges par tel sy 

Qu'il requit pardon et mercy. 

La servante pareillement 

Fut estrillée proprement; 

Mais, afin que ne vous ennuyé, 1 5 J 

A Dieu toute la compagny[e]. 

Bibliographie : 

a. — Sermon de || landouille nou- 1| ueau et fort ioy-eulx || pour rire. 
S. l. n. d., pet. in-8 goth. de 4 fiF. 

Un exemplaire de cette édition, qui faisait partie d'un des précieux recueils 
de la Bibliothèque Colombine, à Séville, et qui s'y trouve peut-être encore, 
avait été acheté par Fernand Colomb, à Lyon, au mois d'août 1535. Voy. H. 
Harrisse, Excerpla Columbiniana^ w^ Sermon. 

b.— Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart, 1597 (voy. ci- 
dessus le n" 17 . 

c. — Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, IV, 87-93. 

Cette réimpression a été donnée d'après une copie qui faisait partie d'un 



4l6 É. PICOT 

recueil de sermons joyeux, copié par M. Gratet-Duplessis, et qui a figuré à la 
vente Baudelocque. La copie paraît avoir été exécutée d'après h. 

d. — Recueil de Pièces rares et facétieuses^ anciennes et modernes, etc. 
[publié par Ch. Brunet], (Paris, A. Barraud, 1872-1873, 4 vol. in-8), 
III, VI, 1-8. 



26. Sermon joyeulx pour rire. 
[Rouen? vers 1530.] 

Ce sermon commence ainsi : 

In nomine Patris prima 

Et Fin[i] secunda, 

Barbara pota baston; 

J'ayme Regina Celorum. 

In hoc presenty opère, 5 

Le sens d'un Caiton inspiré, 

Avec[que] l'engin d'une bûche, 

Qui soyt desoublz ma capeluche ! 

Omnya subjesisti su[b] pedibus ejus, oves et bons. Hec vcrba generaliter desimo 
[sunt] capitula. 

En l'abaye de Sainct Lo, lo 

Les carmes [et] le[s] augustins, 
Cordeliers, mesmes jacobins, 
Toutes gens en font mention. . . 

Pour montrer que tous les animaux sont soumis à l'iiomme, le prê- 
cheur cite l'exemple de la femme : 

Sy tost que nature la somme 
Souvent se renverse soublz l'homme. 

Telle est la thèse délicate qui est développée dans la plus grande 
partie du sermon. 
Voici les derniers vers de la pièce : 

Regardés comme il en print 

A Paris pour l'amour d'Eleine: 125 

Y feist destruction villeinne 

Par l'ardeur d'amour qui le print 

Que luy seul en combatant vint. 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — 11 417 

[Or], le pardon que Dieu donna 

A Romme et constitua 1 ?o 

A son bon apostre sainct Pierre, 

Je le vous donne, et l'aies querre. 

La mention de Saint-Lo au v. 11 semble indiquer que le monologue 
est normand ; il appartient sans doute au théâtre de Rouen. 

On retrouvera les quatre vers en latin macaronique par lesquels dé- 
bute le prêcheur en tête d'un monologue de Jehan d'Abundance, Les 
quinze grands et merveilleux Signes nourellcment descendus du ciel au pays 
d'Angleterre (voy. ci-après n'' ^9! ; ces vers faisaient probablement partie 
du fonds commun des auteurs de farces. 

Bibliographie : 

a. — Biblioth. nat., ms. franc, n" 24341 (La Vallière, 63), fol. 12, 
V-i 5, r°. 

b. — Recueil de Farces, Moralités et Sermons joyeux, publié d'après 
le manuscrit de la Bibliothèque Royale, par Leroux de Lincy et Fran- 
cisque Michel. Paris, Chez Techener, 1837. 4 vol. pet. in-8. 

Le Sermon est joint à la farce de La Rtjormercsse, n" 17. 

27. Discours joyeux des Friponniers et Friponniéres. 
[Rouen, vers 1 530.] 

Ce sermon de friponnerie est des moins édifiants ; en voici le début : 

In nomine Patris, silence, 

Seigneurs et dames, je vous prie. 

Car je n'ai pas haute loquence ; 

In nomine Pûtris, s\]ence\ 

Je vous feray cy en présence 5 

Un sermon de friponnerie : 

In nomme Patris, silence. 

Seigneurs et dames, je vous prie. 

Je ne feray qu'une partie 

En [la] colation présente 10 

Qui sera jointe a mon attente 

En bon françois, de point en point 

Car de Intin je n'en sçay point. 



XV. 27 



41 8 É. PICOT 

Le prêcheur parle de Paris, de Rouen, de Lyon, d'Orléans et de 
Tours; mais la pièce est certainement rouennaise, ainsi que le prouve 
une allusion aux Canards : 

Vous viendrez, par dévotion, 

Vous toutes, en procession : i jo 

Il y a pardons généraux, 

Dont nous portons bulles et seaux, 

Donnez de souverains prelatz, 

Autant abbez comme canards. 

L'acteur donne lecture de ses bulles, qui devaient être en prose comme 
celles que nous avons relevés dans le Sermon joyeulx de monsieur sainct 
Velu (n" 9), et termine ainsi : 

Jeunes filles qui, en bas aage, 

Ont esbranlé leur pucelage, 

Faisant service a leurs amis, 

Tous ces cas cy leur sont remis 170 

Et pardonnez, sans faute nulle, 

Ainsi que récite la bulle ; 

Si une femme, par sa prouesse. 

Est de son mary la maistresse. 

Ou qu'el le batte a chacune heure : 175 

Ouy, pourveu que le vilain meure. 

Bibliographie : 

a. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart, 1597 (voy. ci- 
dessus le n" 17). 

b. — Sermon || ioyeux des || Friponniers || et Fripon- || nieres. || En- 
semble la Confrarie des dits Friponniers || & les pardons de ladicte Con- 
frarie. 1| A Rouen, \\ Chez Nicolas Lescuyer, près le grand \\ portail, nostre 
Dame. — Fin. S. d. [y. 1600], pet. in-8 de 4 ff. non chiffr.de 2G lignes 
à la page, sans sign. 

Le titre est orné d'un encadrement et de la petite marque de Lescuyer, avec 
la devise : Ilâoovia xal ;j.£X?.ovxa. 

Dans le coin inférieur de droite, on remarque le chiffre 20. 
Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

c. — Discours ioyeux des Friponniers et Friponnieres. Ensemble la 
Confrairie desdits Friponniers et les Pardons de ladite Confrairie. A Rouen, 
Chez Richard Aubert, libraire, rué de VOrloge, deuant le Lyon d'or. S. d. 
[v. i6oo], pet. in-8 de 4 ff. de 26 lignes à la page, titre encadré. 

Un des coins inférieurs du titre porte le chiffre 13, ce qui permet de croire 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — Il 4I9 

que Richard Aubert a publié des séries de pièces facétieuses dont il faisait des 
recueils comme Lescuyer, Coustuncr, Costé, Mullol^ Rainsard, etc. 

Édition réimprimée en 1851. 

d. — Le Sermon || ioyeux des Fri- 1| ponniers et Fri- || ponnieres. || 
Ensemble la Confrarie desdits Friponniers, || & les pardons de ladite |1 
Confrarie. — Fin. Pet. in-8 de 4 ff. de 29 lignes à la page. 

Ce Sermon est imprimé à la suite du Discours d'un fiancé qui emprunte un pain 
sur la fournie {Rouen, Mullot, s. d., mais v. 1600), et occupe les quatre der- 
niers feuillets du volume. 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

e. — Réimpression exécutée chez Pinard, à Paris, pour le libraire Sil- 
vestre, en 183 1, et tirée à 42 exemplaires. 

/. — Moma\g\oTi, Recueil de Poésies françaises, l, 147-153. 

g. — Recueil de Pièces rares et facétieuses, anciennes et modernes, etc. 
[publiées par Ch. Brunet] (Paris, A. Barraud, 1872-1873, 4 vol. in-8), 

III, V, I- I. 

28. Le Caquet des bonnes Chambrières. 
[Paris? vers 1 530.] 

Cette pièce parait avoir subi plusieurs remaniements successifs qui en 
ont développé et, par conséquent, altéré le texte. Un certain nombre 
de vers (208 et suiv.) se retrouvent à peu près textuellement dans la 
Farce des Chamberiéres qui viennent a la messe de cinq heures (Viollet Le 
Duc, Ancien Théâtre français, II, 435, 439I. Malgré ces remaniements, 
le Caquet a conservé la forme dramatique ; il commence par le triolet 
suivant : 

Chamberiéres, vueillez moy pardonner 

Si je pretendz descouvrir voz finesses ; 

Je n'entends point les bonnes blazonner : 

Chamberiéres, vueillez mo;y pardonner 

Aux maulvaises je vueil le tort donner, s 

Que chascun sçait plus communes qu'asnesses : 

Chamberiéres, vueillez moy pardonner, 

Si je pretendz descouvrir voz finesses. 

La seconde moitié du monologue, prise dans diverses farces, est en 
vers de huit syllabes. La pièce se termine ainsi : 



420 . E. PICOI 

Une aultrefoys te compteray 

De ma maistresse bon propos, 

Comment elle boit a plains potz 

Quant nostre maistre n'y est point, 

Comme elle chante en contrepoint 

Avec son aniy par amours ; 

Mais, pour présent, !e temps est cours, J40 

Heure est que la nappe je mette. 

A Dieu je te dis, Guillemette. 

Nous connaissons de cette pièce des éditions imprimées à Lyon et à 
Rouen, mais la mention de Gentilly au v. 117 nous montre qu'elle a été, 
sinon composée à Paris, du moins arrangée pour un théâtre parisien. 

Bibliographie : 

a,— ^i; Le caquet desbônescham- 1| berieres/ déclarant aucunes finesses 
Il dont elles vsent vers leurs maistres |j et maistresses. Imprime nou- 1| 
uellement par le comman- |j demët de leur secrétaire 1| maistre Pierre || 
babillet. — CL ^'«"- S. /. n. d. \v . 1 530] pet. in-8goth. de 8 fF. de 
26 lignes à la page, sign, A-B. 

Au titre, un bois d'un docteur assis dans une chaire et tenant un livre à la 
main; devant ce personnage, un clerc agenouillé étend la main pour prendre le 
livre; trois autres clercs se tiennent debout par derrière. Un cartouche placé 
dans le haut de la composition porte ces mots : MSxstn Pier- \ \ re babillet. 
Au v» du dernier f., une marque portant les initiales S. M, 
Biblioth. de M. le baron de Ruble (Cat. de Lurde, n" 85). 

b. — Le Caquet des bonnes Chambrières declairant aulcunes finesses 
dont elles vsent vers leurs maistres et maistresses. Imprime par le cô- 
mâdemët de leur Secrétaire maistre Pierre Babillet. fl Auec la manière 
pour côgnoistre de quel boys se chauffe Amour. S. l. n. d. [v. 1530], 
pet. in-8 goth. de 8 fif. de 26 lignes à la page. 

L'addition de la pièce intitulée De quel boys se chauffe Amour à l'édition b et 
aux suivantes permet de considérer l'édition a comme plus ancienne. 

Catal. La Vallière, par De Bure, n^ P95, dans un recueil acheté par la Bi- 
bliothèque du Roi. — Le volume ne se retrouvant pas aujourd'hui, nous don- 
nons notre description d'après les notes manuscrites de Van Praet. M. Brunet 
cite la même édition d'après les catalogues Lang et Cailhava. 

c. — Le Caquet des bonnes Cnambrieres, déclarât aucunes finesses 
dont elles vsent vers leurs maistres et maistresses. Imprime par le com- 
mandement de leur secrétaire maistre Pierre Babillet. Auecq la manière 



LE MONOLOGUE DRAMATIQUE. — II. 421 

pour cognoistre dequel boys se chauffe Amours. S. l. n. d. [y. ijjo], 
pet. in-8 goth. de 8 ff.; avec fig. en bois au titre. 

Biblioth. Méjanes à Aix, n" 29SS0 (recueil). 

d. — ^L Le caquet |! des bonnes Chambrières 'déclarant aucunes fi- I| 
nesses dont elles vsent |! vers leurs maistres <f maistres ]| ses. Imprime par 
le com- Il mandement de leur || Secrétaire mais '(^ tre Pierre || Babil- || let. 
1 1 Item vne Pronostication sur les | [ Maries ^ femmes veufues, 1 1 CL Auec la 
manière pour con- |! gnoistre de quel boys se |1 chaulfe || Amour. || C 0^^ 
les vend a Lyon en la mayson || de feu Barnabe ChaussardI près \\ nosîre 
dame de Confort — Finis. S. d. [vers 1549], pet. in-8 goth. de 12 ff. 
de 22 lignes à la page pleine, sign. A-C par 4. 

La Pronostication sur les mariez et femmes veiifves est accompagnée de cette 
mention t Pour l'an mil cinq cens et cinquante », ce qui permet de croire que 
l'édition a été exécutée en 1549. 

M. Brunet indique à tort cette édition comme ne comptant que 8 ff. 

Cat. Didot, 1878, n» 2! 5 (exemplaire de Nodier et de Yemeniz). 

e. — Le Caquet des bonnes Chamberieres, declairant aulcunes finesses 
dont elles vsent vers leurs maistres et maistresses. Imprimé par le com- 
mandement de leur secrétaire maistre Pierre Babillet. Auec la manière 
pour congnoistre de quel boys se chauffe Amour. A Paris, Pour lean de 
Lasîrc demeurant près le collège de Reims, i $77. Pet. in-8 de 8 ff., titre 
encadré. 

Edition qui présente de nombreuses transpositions. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale iCat. Cigongne, n" 830). 

/. — Les Œuures de Maistre Guillaume Coquillart, 1597 (voy. ci- 
dessus le n" 17). 

g. — Le !i Caquet || des bonnes Cham- brieres déclarant [j aucunes 
finesses, dont elles vsent vers leurs mai- |j stres & maistresses. |] Imprimé 
par le commandement de \] leur Secrétaire maistre jj Pierre Babillet. || 
A Rouen, \ \ Chez Loys Costé, Libraire rue \ \ Escuyere à l^ enseigne des trois \ \ 
•|"p]-. couronnées. S. d. [v. 1600], pet. in-8 de 8 ff. de 24 lignes à la 
page, sign. C. 

Titre encadré dont le v" est blanc. 

Biblioth. nat., Y 61 18. A (3), dans un recueil où se trouvent onze autres 
pièces imprimées par Costé, et dont les signatures se suivent dM à M. 

11. — Le Caquet des bonnes chambrières déclarant aucunes finesses 



422 É. PICOT 

dont elles vsent vers leurs maistres et maistresses. Imprimé par le com- 
mandement de leur Secrétaire, maistre Pierre Babillet A Rouen, Chez 
Nicolas Lescuyer près le grant portail nostre dame S. d. [v. 1600], pet. 
in-8 de 8 ff. 

Edition extrêmement incorrecte, oili tous les vers sont transposés. Le titre 
porte en signature le chiffre 1 5, lequel indique la place réservée à cette pièce 
dans les recueils de Lescuyer. 

Biblioth. de S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale (Cat. Cigongne, n» 8j i). 

i. — Le II Caquet || des bonnes Cham-||briere[5/c], déclarant || aucunes 
finesses, dont elles || vsent vers leurs maistre [sic] \\ & maistresses. || Im- 
primé par le commandement de leur Se- 1 j cretaire maistre Pierre Ba- 
billet, Il A Rouen, \\ Chez Pierre Mulloî, marchant Libraire rue\\Escuyere 
au nom lesus [sic]. S. d. \v. 1600], pet. in-8 de8 flf., sign. A. 

Le titre, dont le v° est blanc, est orné d'un encadrement et d'un petit bois 
qui représente un homme parlant à quatre femmes. Ce bois est signé des ini- 
tiales A. M. R. 

Biblioth. de M. le comte de Lignerolles. 

j. — La Méchanceté des Femmes, auec le Caquet des Chambrières 
Ensemble la Lettre d'vn Gentilhomme à vne Damoiselle et la Response 
de la Damoiselle au Gentilhomme. Plus la Lettre d'escorniflerie. A Lyon, 
iouxte la copie imprimée A Paris, 1650. Pet. in- 12 de 46 pp. 

Cat. Béhague, n° 1419. 

k. — Joyeuselez, 1830. 

/. — Poésies desxv^ et xvi^ siècles publiées d'après des éditions go- 
thiques et des manuscrits. Paris, Chez Silvestre. [Imprimerie Crapelet] 
1832. Gr. in-8 goth. N» 2. 

m. — Montaiglon, Recueil de Poésies françoises, V, 71-84. 

n. — Recueil de Pièces rares et facétieuses, anciennes et modernes, etc. 
[publié par Ch . Brunet]. (Paris, A. Barraud , 1872-1873, 4 vol. in-8), 
II, V, 1-5. 

[A suivre.) 

Emile Picot, 



MÉLANGES 



SUL METRO DI DUE COMPONIMENTi POETICI DI FILIPPO 
DE BEAUMANOIR, ED. SUCHIER'. 

Il Suchier opina che il verso del Lai d'amours (I, cxlviii) è l'endeca- 
sillabo, diviso in due parti, che ci permetteremo di chiamare emistichii ; 
di 7 -j- 4 sillabe, quando la cesura è maschile. Egli considéra quindi 
quai normale il tipo 

I . Nus ne puet sans bone amor grant joie avoir, 

ed aggiunge poi che il poeta si permise « assez souvent » di dare al 
primo emistichio otto sillabe in luogo di sette; p. es. 

8. E! Dix, dont verroit la fierour dont el me hee. 

Esaminiamo il componimento. Fra 152 versi, di cui esso consta, ne 
troviamo 109 con cesura maschile. Ora, di questi solo otto ( 1-6, 11, 17) 
sono costruiti secondo il primo tipo; loi sono dodecasillabi (8 -|- 4). 
Una taie oscillazione nel métro è atta a destare meraviglia. Volendo am- 
mettere errori di copista, gli è naturale che si supporrebbero piuttoslo 
nella tenuissima minoranza che in una maggioranza cosi imponente. Ma 
poichè gli esempii del primo tipo ricorrono tutti cosî vicini l'uno ail' altro 
ed anzi nel principio formano una série compatta di sei versi, è difficile 
credere che per un caso fortuito il copista abbia cosi di fréquente sba- 
gliato nei primi versi e scritti correttamente gli altri ; non si puô quindi 



I . Œuvres poélicjues de Philippe de Remi, sire de Beaumanoir [Société des an- 
ciens textes français), vol. I, 1884; vol. II, 1885. 



424 MÉLANGES 

a meno di pensare ad un proposito deliberato. È possibile quindi che si 
sia dapprima tentato l'endecasillabo ; ma ben tosto il primo emistichio 
abbia ceduto ail' influenza potentissima dell' ottosillabo. Dico « si sia 
tentato », perché due suppozioni possono farsi : o il poeta stesso co- 
minciô coU' usare l'emistichio di setîe sillabe e non tardô a scivolare in 
quello di otto; egli usô costantemente il verso dodecasillabo ed un ri- 
maneggiatore, dopo essersi provato a rifare il componimento con altro 
raetro, rinunciô ben tosto alla difficile impresa. Corne che sia, pare a me 
(e credo parrà anche ad altri) poco opportuno il considerare quai nor- 
male un tipo rappresentato da soli 8 versi, di fronte ai quali si dovreb- 
bero registrare ici eccezioni. Ne conchiudo chei versi del Lai con ces. 
masch. ci danno quai tipo normale il dodecasillabo, composto di 8 -[- 4 
sillabe ; i due accenti d'obligo vanno adunque sulia ottava e sulla decima- 
seconda sillaba. 

Che cosa c'insegnano i versi con cesura femminile? Qui, a dir vero, 
la varietà è maggiore ; ciô non di meno pressochè tutti i versi confermano 
il risultato fmora ottenuto. Per brevità, non citerô le opinioni del Suchier, 
che in parte concordano colle raie, ma che mi sembrano oscurate dal- 
Pidea preconcetta che il tipo normale sia l'endecasillabo, quindi col primo 
accento d'obligo sulla settima. 

Il caso più semplice è quello in cui il secondo emistichio comincia con 
vocale. In questi V-e metatonico alla fine del primo emistichio si elide 
in virtù délia vocale che ricorre in principio del secondo emistichio. An- 
che qui abbiamo dodici sillabe. Cosî p. es. 

7. Que voelle ja estre m'amie a nés un jor 

ed altri sette versi : 41, 5 1 , 68, 93, 124, 1 50, 1 5 1. 

Nel caso in cui il secondo emistichio comincia con consonante^, il primo 
emistichio ha del pari quasi sempre il primo accento suU' ottava sillaba, 
ma rispetto alla sillaba che contiene V-e metatonico, due procedimenti 
sono leciti : 

1° -e forma la prima sillaba del secondo emistichio. P. es. 

18. Ele l'a lonc et si blancoie comme argent. 

D'eguale struttura sono altri 20 versi : 29, 30, 39, 46, 49, $7, 59, 60, 
63. 65, 70, 72, 74, NO, 112, 121, 132, 137, 140, 141. 

2° -e non viene computata, a quel modo che non si computa nella ce- 
sura epica. Il verso ha dodici sillabe ed una ridondante alla cesura. 

10. La biauté dont mes cuers se claimme voel deviser 



SUL METRO Dl DUE COMPONIMENTI POETICI DI F. DE BEAUMANOIR 425 

D'eguale struttura sono altri nove versi : 4^, 53, 81, 98, 103, 108, 
1 18, 1 19, 149. 

Abbiamo. quindi fra si ' versi con ces. fem., non meno di 39C0I- 
l'accento sulP ottava sillaba del primo emistichio ; rimangono soli tre, i 
quali hanno 1' accento sulla settima. Rispetto ail' -e anche qui i due pro- 
cedimenti suindicati : 

I" -e è la prima sillaba del secondo emistichio. Due versi : 

1 5. Dix ! com sont de belc assise ses oreilles. 

16. Je me merveil a merveilles de son col. 

2» -e non viene computata, o semmai, essa forma parte del primo emis- 
tichio, che è allora d'otto sillabe con cesura lirica. Un verso : 

9. Ele m'a la mort donee s'ele ne m'aime?. 

Dunque iripetoi 5 versi di fronte 3396, aggiunti gli 8 con ces. masch., 
1 1 versi con accento sulla settima, che è quanto dire di tipo endecasil- 
labo, di fronte 3141 con accento suU' ottava, che è quanto dire di tipo 
dodecasillabo, e (sibadi bene) tutti gli undici per entro ai primi 17 versi. 
Potremo continuare a dire che il verso del Lai è l'endecasillabo modifi- 
cato 0, come dice il Suchier, « deteriorato » con moite licenze ? Non mi 
pare. 

Quello che fmora si è esposto trova spplicazione ancor più valida ri- 
spetto ad altrapoesia di Filippo, la /""• Fatrasie. Il verso di questocompo- 
nimento si divide in tre piccole sezioni, che indicheremo con A, B, C. 
A B possono considerarsi quai primo emistichio, C quai secondo. A e B 
del primo verso rimano fra dl loro ; C dà la rima âd AB del verso se- 
guente e cosî via; C dell' ultimo verso è senza rima. Cosi p. es. 

1. En grant esvel sui d'un conseil que vous demant 

2. Au parlement eut asses gent de maint pais. 



1. Veramente 43; ma escludo il 52, di cui tratto nella nota seguente. 

2. Si potrebbe rendere identico a 1 ^, 16 leggendo el; ma non è necessario. 
Ricordo qui il v. 152 che a prima vista sembra identico a 9, ma che a me 
sembra esigere un' emendazione. Il v. 151 finisce in -a, e in -a deve essere la 
rimalmezzo di 1^2. Ora il codice ha : 

J'atendrai tant merchi, dame qu'il vous plaira. 

Per ristabilire l'ordine consueto délie rime leggo : fat. t. quU v. p. d. m., ed 
abbiamo il solito dodecasillabo con cesura maschile. 



426 MÉLANGES. 

Seconde il Suchier, anche qui il verso sarebbe endecasillabo; con 
questo perô che il poeta si permise di fréquente d'aggiungere al primo 
emistichio [A B) una sillaba di più. Ma l'esame del componimento ci di- 
mostra tutl' altra cosa. Incominciamodai versi con césure rime interne 
maschili. Dei 75 versi délia Fatrasie non meno di 61 spettano a questa 
categoria. Ora, neppur uno di essi ha undici sillabe, ma tutti ne hanno 
dodici ; e fra questi, non meno [di 59 sono costruiti come i due primi 
pur ora citati ; cioè 4+4 + 4 coll' accento d'obligo sulla quarta sil- 
laba d'ogni sezione ; quindi sulla 4% 8% 1 2>, di ciascun verso ' . Dunque, 
il tipo considerato normale non ricorre mai, e quello che viene conside- 
rato come prodotto di una licenza del poeta è costante. 

Passiamo a studiarei 14 versi con césure ossia rime interne femminili. 

Secondo che B, C cominciano con consonante con vocale, avremo 
tre casi possibili : 

Primo caso : B e C cominciano con consonante. I soliti due procedi- 
menti : 

1° -e è prima sillaba di B, C. Due versi : 

5. Cil se renvoise peu il poise du froit tans 
10. En la taverne me governe volenliers. 

2° -e non viene computata. Il verso è dodecasillabo, con due sil- 
labe ridondanti aile césure. Tre versi : 

9. Bons est froumages et compenages quant il yverne 
37. Baissiés vostre ire ! Saciés, biaus sire, peu en donroie 
75. Pour riens que voie plus ne diroie de ces oiseuses. 



I. Due soli hanno S + 3 + 4 • 

2$. Se ne vous gardés vous perdrés tout vostre argent 
30. Je sai bien le cant d'Agoulant et de Hiaumont. 

Abbiamo adunque quella mancanza di simmetria che è inisvitabile negli endeca- 
siliahi provenzaii e trancesi citati dal Bartsch nella Zatschrift f. rom. Phil., II, 
\Ç)^ ss. (p. e^. En abriu stsclaroill na contrai pûscor^ Pastord Usunboschcl 
trovai scanl ; quasi sempre 5 -|- 4 -|- 4, molto di rado 4-1-5+4^. Se perô 
ci ricordiamoche tante gli endecasillabi del Bartsch quanto i nostri dodecasiilabi 
propriamente sono composti di due parti principali (emistichii), e che il suddivi- 
dersi del primo emistichio in due sezioni è alcunchè di secondario, di accessorio, 
non tardiamo ad awederci che la struttura del verso da questa varietà, ricorrente 
per cntro al primo emistichio, non è punto sturbata nella sua vera essenza. Le 
sillabe sono sempre dodici ed i due accenti principali del dodecasillabo sono al 
loro posto : sull' 8" e la 12*. Che se i versi che presentano questa varietà sono 
di numéro tenuissimo, questo non è motivo sutficiente per metterne in dubbio la 
lezione; giacchè fra i versi con cesura lemm. ne troveremo parecchi con questa 
particolantà (5 : 9). 



SUL METRO Dl DUE COMPONIMENTl POETICI Dl F. DEBEAUMANOIR 427 

Seconde caso : una délie due sezioni comincia con vocale, l'altra con 
consonante. La -t dinanzi vocale si elide ; quella dinanzi a consonante 
consente i due noti procedimenti : 

x" -eh prima sillaba délia sezione seguente : 

38. Je n'oseroie aler la voie par delà 

43. Grant reparlance est de l'enfance Lancelot. 

2" -t non viene computata. Il verso ha tredici sillabe, è cioè dodeca- 
sillabo con una sillaba ridondante alla cesura : 

27. Vostre chemise fu gehui mise envers l'envers. 

Terzo caso : B e C cominciano con vocale. Fortuitamente non ce n'è 
esempio; ma quando pure ce ne fosse taluno^ nulla offrirebbe di spéciale; 
ambedue le -t s'eliderebbero. 

In tutti gli Otto versi adunque dodici sillabe (talvolta con una o due di 
più aile césure ; gli accenti sempre sulla 4% 8'', !2^ 

Dei sei che ci rimangono cinque hanno ar.zi tutto questa particolarità 
che l'accento di A che è quanto dire l'accento secondario del primo 
emistichio è sulla terza sillaba ; ne risulta una leggiera assimetria fra A 
e B, che perô non disturba gran fatto la struttura del verso. Distinguiamo 
di nuovo : 

Primo caso : B C cominciano con consonante. La -e di A, perché in 
sezione con accento sulla terza, spetta ad una cesura lirica e deve quindi 
di nécessita far parte di A; in B, sezione con accento sulla quarta, sono 
teoreticamente possibili i due procedimenti : 
i" -^ è prima sillaba di C : 

1 5. Simple et coie, moût m'i guerroie vostre amour 
55. Geste poise decha plus poise que delà. 

2" -e non viene computata. 

Fortuitamente non ce n'è esempio. .Se ce ne fosse, il verso sa- 
rebbe dodecasillabo con una sillaba di più alla fme del primo emistichio. 
Secondo caso : Una sezione comincia con vocale, l'altra con conso- 
nante. La -e dinanzi vocale si elide; quella dinanzi a consonante con- 
sente i due procedimenti : 

i" -e è prima sillaba délia sezione seguente : 

13. Dame Aubree, ou est alee Marion 

62. Quatre vaille. Il ne me caille se tu pers- 

2° -e non viene computata : 

68. Sire maistre, estes vous prestre.? Gouronne avrés. 



428 MÉLANGES 

Soli questi tre versi avrebbero undici sillabe ;6S con sillaba ridondante 
alla cesural , e i due primi vengono infatti recati dal Suchier quali rap- 
presentanti del tipo normale. Ma c'è la possibilità di eliminare pur questi, 
riconducendoli al 1° caso ; giacchè la pausa logica (specialmente in 62) 
puô motivare l'iato'; leggiamo A ubrec, vaille, ed abbiamo versi identici a 
15, $ 5 ; leggiamo maistrë, ed abbiamo quell' esempio che cercavamosopra 
(primo caso, 2"). Sarebbero adunque cinque versi dodecasillabi coi due 
accenti principali sull' 8* e la 1 2^ e (come s'è dettoj solo divers! dagli 
altri Otto in questo che l'accento secondario del primo emistichio è sulla 
terza. 

Resta il solo verso 

47. Douce amie, je vous prie pour Dieu merci, 

nel quale non solo A ma anche B ha cesura lirica, cioè accento sulla 
terza délia sezione e quindi sulla settima del primo emistichio. Il numéro 
délie sillabe è bensî di dodici, come sempre ; ma quest^ unico verso si 
diversifica dai 152 del Lai e dagli altri 74 délia Fatrasie per la sede del 
primo accento principale. La proporzione di i : 226 è atta a generare 
dubbiezza sull' autenticità di quest' unico verso. Accettando l'iato ai vv. 
13, 62, 68 e correggendo in qualsiasi modo il v. 47, avremoqualrisul- 
tato : Nella Fatrasie e nel Lai il verso consta di due emistichii, l'uno di 8 
e l'altro di 4 sillabe ; quindi con due accenti principali sull' 8" e sulla 1 2^; 
nella Fatrasie il primo emistichio si suddivide alla sua volta in due se- 
zioni; la prima ha un accento secondario, che di solito è sulla 4^, tal- 
volta sulla j^". L'~e di cesura funge quai prima sillaba dell' emistichio 
(sezione) seguente non si computa ; nel secondo caso il numéro délie 
sillabe (a volerle contare meccanicamente) cresce di uno (nella Fa- 
trasie] di due. 

Approfitto dell' occasione per fare alcune osservazioni di lieve mo- 
mento ail' edizione in ogni rispetto commendevolissima délie opère di 
Filippo curata dal Suchier. Esse risguardano unicamente il romanzo di 
Jehan et Blonde. 

Si badi ail' uso di tenser d'un penser (v. 472) ; et estantier d'un p. 



I. Si confronti il v. 4361 délia Manekine ainsi pleure^ ainsi soupire che i'edi- 
tore prima rimuto ed ora vuole lasciare intatto, perché la virgola permette 
l'iato. Anche al v. 4936 di Jehan et Blonde : 

Sire, on vous dist voir par m'ame 

egli poteva per lo stesso motive astenersi dal mutamento, del resto leggeris- 
simo, di on in Yon. 



SUL METRO DI DUE COMPONIMKNTI POETICI Dl F. DEBEAUMANOIR 429 

(V. 706) ; due voci per esprimere la stessa idea. Forse cosi voile l'autore 
in servigio délia rime riche; ma è lecito chiedere se non si debba intro- 
durre in ambedue i luoghi la stessa parola. 

94^, Ai ! mi oel, vous m'avés trai. Poichè in francese anlico l'interje- 
zione ai è quasi sempre bisillaba, si potrebbe cancellare mi. 

1 520 ss. De tous les jus d'amours s'aaiscnt Fors d'un que loiatés despit; 
Pour chou le metent en despit Dus/ces a tant ke etc. Mètre en despit verrebbe 
a significare « mettere in non cale, non si curare ». S'ha da leggere 
respit. E al v. 5795 Li cambre vuide sans despit si farù la stessa 
emendazione .? finalmente s'attribuirà a despit il valore di « indugio, 
dilazione « ? In tal caso sarebbe stato utile registrarlo nel Vocab. 

1872. Preferirei restes (r -+- estes] a restés. 

2350. De l'alonge en valoir u mist. /'/ più semplicemente /e; 
giacchè pare che il copista abbia sbagliato alcune volte da le a //. Anche 
al V, 2683 preferirei le a /'/. 

2929. Mérita essere notato il pronome personale atono in principio 
di proposizione. Se non v'ha errore ommissione d'una coppia di 
versi, sarà uno dei più antichi esempii di questa costruzione. 

3078. Cil s'en vont que de riens n'en poise. Il dativo sembra indispen- 
sabile ; leggi oui. 

3556. seur le jons; 1. les (forse errore di stampal. 

3621-22. Car maintenant est plus de mal; Petit est mains d'amour loial. 
Cosî il codice ; l'editore corresse prima mais; ora vorrebbe leggere et mains. 
Mi pare assai più sodisfacente la prima lezione : « omai (ai tempi che 
corrono) c'è poco amor leale ». Il mains è sbaglio del copista, originato 
dal plus del verso antécédente. 

Alla domanda ove passi la notte il conte di Glocester, il marinajo ris- 
ponde : 

3768. En la vile au chief de decha 

Qui de ci un cri jeteroit 
5770. A son ostel oïs seroit, 

Et s'est bien de nuit une lieuwe. 

Avant que du port se deslieue, 

Puis laisse a cest port quatre espies. 

L^editore corregge ail' ultimo verso Puis in Si. lo confesso di non com- 
prendere, e muto l'interpunzione. Dopo 7opunto almeno punto e vir- 
gola. Dopo 71 virgola (volendo) nulla; dopo 72 punto e virgola; al 
v. 73 rimanga Puis. U marinajo vuol dire che il conte tutto il giorno se 
ne sta nel porto; si reca poi a pernoltare in città in unalbergo vicinis- 
simo. E prima di abbandonare il porto aspetta che sia passata una parte 
délia notte {une lieuwe de nuit; indicazione di luogo a designare il tempo ; 



430 MÉLANGES 

come chi dicesse un miglio di notie^ una lega di notie] , pot, quando cioè 
finalmente si décide ad andarsene, lascia ecc. 

Robin è carico d'armi e si duole del gran peso; ora al v. 3919 si 
legge che è cargié de toile et de fer. La tela non doveva gravarlo poi 
tanto. Che fosse tôle? 

Jehan abbatte a terra il conte gravemente ferito ; 41 81 // cols moût fu 
navrés forment. « Il collo » pare singolare ; leggerei li cuens. 

4404. Cavalli uccisi, cavalieri a terra; altri morti, altri feriti; mains 
poms, mains puins i fu copés. Il Vocab. cita questo passo e spiega 
pommeau. Ma sembra poco conveniente il ricordare qui i pomi délie 
spade. Leggerei pies., cosî frequentemente usato in casi simili in unione 
a poins. 

Ad. Mussafia. 



II. 



LE POSSESSIF TONIQUE DU SINGULIER EN LYONNAIS 

M. J. Cornu s'étonne (Rom^^z/'a, 1886, p. 154) que je n'aie point 
cru devoir donner, dans la Phonétique Lyonnaise au XIV" siècle, l'expli- 
cation de ce qu'il appelle, non sans quelque inexactitude, « l'adjectif pos- 
sessif féminin en lyonnais. ' >' J'avoue que de la part d'un romaniste 
aussi distingué que M. Cornu, ce reproche m'a quelque peu surpris. 
Est-ce qu'il n'est pas de règle en effet, lorsqu'on étudie les caractères 
phonétiques d'un dialecte, d'éviter, autant que faire se peut, de s'ap- 
puyer sur les formes flexionnelles ? Et, pour me réclamer d'une autorité 
dont personne ne contestera la valeur, est-ce que Diez n'a pas renvoyé 
au chapitre de la Flexion l'analyse des formes du possessif dans les 
langues romanes ?^. 

Aussi bien n'avais-je pas attendu l'article de M. Cornu pour signaler 
des dérivations dont il s'exagère peut-être un peu la singularité, mais 
qui cependant ne sont point sans présenter quelque intérêt ; seulement 
l'explication que j'en donnais différait de la sienne 3. 



1. Cette dénomination me paraît à la fois trop et trop peu compréhensive: 
d'une part, en effet, deux des exemples cités, sur trois, se réfèrent au pronom 
possessif, et d'un autre côté, l'adjectif possessif proclytique reste en dehors des 
observations de M. J. C. 

2. Gramm. des lan-^. rom., II, 97. 

3. Cf. dans la Revue Lyonnaise, n» de juin 1885 (pp. 418-430), Les Bénéfices 



LE POSSESSIF TONIQUE DU SINGULIER EN LYONNAIS 4? I 

L'auteur de la Phonologie du Bagnard dérive le lyonnais la min du no- 
minatif mej, devenu en roman mia. 

« Si l'on considère, ajoute-t-il, que \\i tombe dans bateri, cortesi, 
maladi, il est clair que la mia a dû donner la mi, devenu la min par l'in- 
fluence de la nasale initiale. « 

Quelque ingénieux qu'il soit, ce raisonnement ne me satisfait point, 
non pas certes que la production d'un n non étymologique soit chose 
rare en lyonnais, — bien au contraire, les exemples qu'on apporte à 
l'appui se pourraient aisément multiplier, — mais parce qu'il n'est pas 
exact de dire que dans notre dialecte 1'^ tombe régulièrement après / 
accentué. C'est même le contraire qui est la vérité. Dans les Œuvres de 
la prieure de Polletins, par exemple, la règle est le maintien de 1'^, dans 
cette situation: vw vitam (pp. ]6, 39, 51, 54, 92), largia (p. 69), en- 
durmia (p. 77), sevelia, sevelya (pp. 91, 92). Il en est de même dans les 
textes administratifs des xiii' et xiV siècles et notamment dans le 
Terrier du chapitre de Saint-Jean, le Tarif de l'Octroi de Lyon, vers 1295 ', 
la Taille communale de 1^41 ^ et le Règlement fiscal ^^ i^ 5 1 ?, qui m'ont 
fourni les formes partia, sallia et saillia. Assurément il y a des exceptions 
à cette règle : dans certains mots Va posttonique a disparu, après s'être 
d'abord aminci en /, comme dans ces formes I;tïrm7,/7e//e/drn, draperii, eic. 
du Règlement fiscal de 1351, mais si l'on va au fond des choses, on ne 
tarde pas à se convaincre que ces exceptions sont dues, pour la plus large 
part, à des causes qui n'ont rien d'organique: ou bien il fallait éviter 
une confusion possible, et l'on a prononcé vi via m, au lieu de via qui 
se serait confondu avec le'^dérivé de vitam 4, ou bien les formes dépour- 
vues d'à appartiennent à cette classe de mots savants, pourrait-on dire, 
où le suffixe ariam a rejeté son accent sur !'/ et qui ont pu, dans une 



du chapitre de Saint Jean {de Lyon) à Saint-Gcrmain au Mont-d'Or et h Poley- 
mieux, d'après un terrier en dialecte lyonnais du Xllh siècle. Ce terrier contient 
(§§ 27 et 28) les passages suivants: • Item Jaquemos Derochi, per la sin partia 
de la terra de la Buisseri... Item Guillermet Derochi, per la sin part de la 
Buisseri... » A ces exemples, on en pourrait ajouter bien d'autres ; c'est ainsi 
que le lis dans un fragment de registre terrier conservé aux archives du 
Rhône, (partie non classée) : « Item Alys Pascala deit VII den. vien. per una 
sin vigni. » Voyez aussi la Taille communale de 1341, § I34 {Remania, t. XIII, 

1. Ce tarif se trouve au nombre des pièces pubbliées par M. C Guigue, à 
la suite du Cartulaire municipal de la ville de Lyon, p. 419. 

2. Romania, XIII, 570. 

3. Lyon-Revue, nov. 1883. 

4. Dès que la confusion n'est plus à craindre, Va reparaît: vies vias. On 
sait que l'adoucissement de a en e devant s de flexion est de règle en lyonnais, il 
faudrait donc se garder de l'attribuer à l'influence de l'i accentué. 



432 MÉLANGES 

certaine mesure, subir l'influence des féminins en ariam accentués régu- 
lièrement, tels que lumeri luminâriam (Marguerite d'OiNGT, p. 40), 
pereyri petrâriam, cudurery, etc. [Romania, XIU, 582, 573), ou bien 
enfm il s'agit de formes qui bien évidemment n'étaient pas populaires, 
telles que corîesi. A part ces exceptions qui, on le reconnaîtra, sont loin 
d'être décisives, la persistance de Va originaire sous sa forme latine est 
la règle. Les patois actuels sont là d'ailleurs pour en témoigner, eux qui 
non-seulement ont maintenu cette voyelle intacte, mais qui même l'ont 
accentuée partout au détriment de 1'/ qui n'a plus aujourd'hui que la va- 
leur d'une semi-voyelle dansamyd, vyd, pariyd, invyd,jôlyd, epyd spicam, 
avartyd et tous les participes passés féminins des verbes appartenant à 
la quatrième conjugaison '. 

Ce que dit M. J. Cornu de la chute normale de 1'^ après /, ne s'ap- 
plique en réalité qu'aux diphtongues posttoniques ea, ia, 2 et c'est dans 
ce fait, pour le dire en passant, que se trouve justement l'explication des 
formes proclitiques mi, si, employées dans un certain nombre de textes 
lyonnais?. 

Pour ce qui est du possessif tonique, au contraire, je ne vois pas pour- 
quoi r^ serait tombé dans mia, sia, alors qu'il a persisté dans vw, partia, 
sallia, etc. 

Jusqu'à présent j'ai supposé avec M. J. Cornu que la dérivation dont 
je m'occupe avait gardé l'accentuation du type latin ; mais il n'en a cer- 
tainement pas été ainsi. Il est en effet di- règle en lyonnais que l'e tonique 
rejette son accent et se transforme en semi-consonne, lorsqu'il est immé- 
diatement suivi d'une voyelle, soit en latin, soit en roman, de telle sorte 
que mea a dû produire mià de même que pedem a donné pid et Deum 
Diâ (Romania, XIII, 545)4. 



1. Le même phénomène s'est produit dans le patois bugeysien et dans celui 
de la vallée de Bagnes. (Cf. J. Cornu, Phonologie du Bagnard, dans la Romania, 
VI, 575 et E. Philipon, Patois de la commune ih Jujuricux, Bas-Bugcy, p. 14). 

2. il serait même plus exact de dire que \')oJ a transformé Va en e, puis en /, 
et que ia diphtongue ainsi obtenue s'est réduite par la suite à 1. 

3. Item Johanna Yvernona, filli czay en areres Bernert Yvernon, deit per 
sey et per Peronella si serour, dime copon de froment. (Fragment d'un Terrier 
lyonnais, relatif à Saint-Maurice de Beynost (Ain) ; Archives du Rhône, partie 
non cla:sée). — Peros Durant de Meunay deit à midama l'abessa dimey bichet 
de froment. (Terrier de Mionnay, dressé en 1317. Ibidem). Cf. Fragments d'un 
Terrier lyonnais §§ 47 et 60 dans la Romania, t. XIII, p. 584. 

4. Mia ne se rencontre point à la vérité dans les nombreux textes lyonnais 
que j'ai eu l'occasion de consulter, mais j'ai relevé dans un terrier relatif préci- 
sément à cette paroisse de Mionnay, où se trouvait le couvent dirigé par l'auteur 
des Visions, l'adjectif possesif soa qui permet sans trop de témérité d'admettre 
l'e.xistence d'une forme mui à ia même époque, c'est-à-dire vers la fin du xiil^ 
ou le commencement du xiv-' siècle : « Primeriment Guill. Burdins deyt iv 



LE POSSESSIF TONIQUE DU SINGULIER EN LYONNAIS 4^3 

A ce double point de vue, je rejette donc comme entièrement inad- 
missible la forme hypothétique mî, créée par M. J. Cornu pour les 
besoins de son argumentation. 

L'explication que j'ai donnée dans la Revue Lyonnaise (n" de juin 1885) 
des formes du possessif tonique a ce mérite qu'elle ne va à l'encontre 
d'aucune des règles qui ont présidé à la formation du dialecte lyonnais. 
Suivant moi /j min dérive de l'accusatif meam: Ve rejetant son accent 
et prenant le son d'/ semi-voyelle, meam a passé à miàm ; sous l'influence 
de l'yod l'a s'est adouci en e et l'on a eu mien. La diphtongue ie s'est 
de bonne heure réduite à / devant n, comme le prouve la forme S. Ca- 
furin Symphorianum qui se rencontre dans le Terrier de la comman- 
derie de Chazelles sur Lyon, lequel porte la date de 1290 ', si bien que 
mien peut très bien avoir donné min à une époque où d'ordinaire ie to- 
nique se maintenait encore en lyonnais. 

Quant au choix de l'accusatif comme type de dérivation, il constitue^ 
je le reconnais, une véritable singularité, les dialectes français ayant tiré 
leur possessif tonique féminin du nominatif (me/'e, // moie], mais il n'a rien 
cependant d'absolument anormal, surtout si l'on songe qu'ainsi que le 
français^ plus volontiers même, le lyonnais dérivait de l'accusatif le cas 
oblique de la première déclinaison-. A tout prendre d'ailleurs, on ne voit 
véritablement pas pourquoi, alors que le possessif tonique masculin a été 
tiré de m eu m, c'est du moins l'avis d'un grand nombre de romanistes, 
le féminin ne pourrait pas provenir de meam. 

Dans quelques-uns des patois lyonnais la min a persisté jusqu'à nos 
jours sans recevoir de désinence féminine: je citerai notamment les 
patois de Craponne et de Saint-Genis-les-Ollieres (Rhône), où le possessif 
absolu féminin est resté la min, la tin, la sin^ plur. le min, le tin, le sin. 
A Lyon, au contraire, on écrivait au commencement du xviii" siècle la 
tina [La Ville de Lyon en vers burlesques. Lyon 1728). 



copes de froment, a la mesura de Meonay et la tierci partia d'una ga!!ina,per la 
mayson et per la vercheri soa. » {Archives du Rhône, partie non classée). Cf. 
Fragments d'un Terrier lyonnais, § 12 : « E deit la sua partia de ij gelines... » 
{Romania, XIII, 585). 

1. C'est ce qui est arrivé d'une façon générale pour les prénoms féminins et 
pour un certain nombre de vocables topographiques. Suivant la première décli- 
naison : je relève notamment dans un terrier de la fin du xiv« siècle, conservé 
aux Archives de la Côu-d'Ur (B. 5701, la forme Soumin (Saguaani, et dans le 
terrier bressan que je cite plus bas, la forme MaUisolun. Notons de plus que 
les exemples qui nous sont parvenus de la min, ta sin sont tous au cas oblique. 

2. Cf. dans le Tarif d'octroi de 1 295 .• Sanl Saphorin et dans le Règlement fiscal 
de 135 1 ; Czabatin (Sebastianum). 

Romania, XV. 28 



434 MÉLANGES 

Pour ce qui est du possessif tonique masculin, il est identique au fémi- 
nin : en voici des exemples, tirés de textes du xiv" siècle : 

Item se aucons drapers de la dicta cita vost marchiandar d'atro nieiter que 
de! SIX, faire o porra. {Reglanent fiscal de 1351, § 7). 

Item deit .viij. d. pcr .]. petit de curtil qu'il aquist de Johan Boilliet assis josta 
io curtilJohan Chat et josta lo sin curtil. [Terrier du Temple de Maillisola, dressé 
vers i34i)'- 

L'explication de cette forme n'offre pas de difficulté : m eu m est devenu 
miùm, puis, suivant une tendance qui a acquis dans les patois actuels 
son plein développement, la nasale un a passé à in : d'où la forme miin 
bientôt réduite à min. 

E. Philipon. 



III. 
L'ADJECTIF-PRONOM POSSESSIF EN LYONNAIS. 

Dans le tome XV de la Romania, p. \ 54, M. Cornu cite trois cas de 
nasalisation de e, a, qu'il attribue à l'influence d'une nasale précédente. 
Ces exemples, tirés de Marguerite d'Oyngt, sont: 1° la min^ p. 36, la 
sin^ip. 49'; 2° menais, p. 675; 3° manques, p. 40. M. C. s'appuie 
sur une analogie de faits dans le bagnard, où sa compétence est 
incontestable. 

Je ne crois pas ces faits concluants pour l'existence de la tendance 
signalée par M. Cornu. Il ne reste en lyonnais aucune trace de la nasa- 
lisation ni dans menais (aujourd'hui mi-jor] ni dans manques (aujourd'hui 
maque) ni dans aucun mot de cette catégorie. Cette tendance à la nasa- 
lisation aurait dû pourtant plutôt se développer que s'éteindre. 

Dans l'ouvrage où M. C. a pris ses exemples, maques, maque, est 
écrit cinq fois sansn (p. 47, 59, 61, 62, 68) et médis deux fois (p. 67 
et 70). Les deux cas cités par M. C. semblent trop isolés pour en tirer 
une conclusion. 

Les exemples que M . C. donne pour le bagnard, outre que la plupart 
ont des /, tandis que dans Marguerite il s'agit de e et de <î, ne sont nasa- 



1. Ce terrier est conservé au.x Archives du Rhône, partie non classée. Le 
Temple de Maillisola était situé sur le territoire de la commune actuelle de 
Druillat, canton de Pont-d'Ain. 

2. Auxquels il faut ajouter la sin dans les Conventioncs {Romania, XIII, 
p. 5801. 

3. Le chiffre 36, donné par M. C. pour celui de la page des exemples 
mendis et manques, est sans doute une faute d'impression. 



ANT, EN LANGUE d'oC 455 

lises ni dans l'ouvrage cité ni dans le lyonnais actuel. Le bagnard a nin, 
tcnin, venin, étiirnin, femin, drumin; Marguerite a adurmit, p, 77, dormi, 
p. 85 ; La Lcide de l'Archevêché [Romania, XIII, p. 568) a mirex, et non 
m/Vzrex; le lyonnais moderne a;2/(nidus\ teni, veni, torgni,jami, drumi'. 
On ne saurait donc appliquer au lyonnais les règles de nasalisation que 
M. C. a constatées pour le bagnard. 

Ce n'est pas que la nasalisation de / ne s'opère chez nous, mais voici, 
je crois, la règle : i est nasalisé très souvent, à la protoniqae, quand il est 
suivi d'une gutturale: pïjô pigeon)^ jlgà « donner des coups de pieds », 
délïgé (dis-ligare^) « diminuer, s'affaiblir »; /^rgôidebiga a jambe» 
au fig. ?) « se fatiguer », kllkète [cliquettes], aplxi (d'ad- spectare?) 
« guetter », rîgé (de rigare) « avoir la diarrhée ». Mais à la tonique 
/ ne se nasalise pas: higa « perche » et non blga, jiga « cuisse » et non 

m- 

Il y a quelques exemples de a nasalisé dans les mêmes conditions; 
âgriilo (agrifolium) « houx », bâxia ^fr. <' bâche ») « grangée de foin » 
mais d'autres exemples ne s'expliquent pas de même: c/zcw/ (capsi- 
culum) « cercueil y^,gàduze (fr. « gadoue »), biiyâdiri [bucataria), 
« lavandière », xîxia (de calcare), « secouée4 ». 

Il ne semble donc pas légitime de tirer min de rnea. 

PUITSPELU. 



IV. 

ANT, EN LANGUE D'OC. 

Dans le tome VII de la Romar.ia, p. $94, M. P. Meyer propose de 
traduire antz par « les outils en bois, peut-être les manches en bois des 
pelles, pics, bêches, etc. », et propose pour étymologie âmes. 

Interprétation et étymologie sont pleinement confirmées par le patois 
lyonnais où antiron signifie le bois de choix que l'on rencontre dans les 
fagots. Antiron vient à'amitem et d'un suffixe, qui peut être e/, auquel 
s'est adjoint un deuxième suffixe on, d'où antcl, antelon et anteron, antiron, 
par changement de / en r, comme dans courterolle, taupe-grillon, pour 



1. Il en est de même pour les exemples de ^ cités par M. Cornu :^ le bagnard 
a magidemz= min et macrem ::i:: mingro; nous avons maya cimégro. 

2. La persistance delà gutturale dure indique une origine provençale. 

3. L'élymologie pourrait être contestée, si elle n'était appuyée du pr. espinchar 
(Raynouard a expuictar et cspingar), en prov. mod. espmcha ; cl. pectinare, 
rz pinchina. 

4. Faut-il voir l'influfnce de la gutturale qui précède (au lieu de suivre) la 
voyelle nasalisée? 



4}6 MÉLANGES 

courtilliole, de courtil. — Le suffixe a pu encore être simplement on, 
relié au thème par r, comme dans cope, cope-r-on, chape, chape-r-on. 

PUITSPELU. 



V. 

ACALA, EN AUVERGNAT. 

Dans le tome VIII de la Romania, p. 213, MM. Cohendy et Thomas 
signalent comme douteux l'auvergnat acala dans le passage suivant des 
Strophes au Saint-Esprit : 

D'aquest fuec vol Deo c'on chala, 

Et arda voIu[n]tat mala 

Que al cors del homme s'acala. 

Je crois que l'explication est fournie par le lyonnais se cala ^aujour- 
d'hui se calô), «se glisser ». Madama, jemc ca!a,esx le refrain de ce « vau- 
deville » composé à Lyon au xviii® siècle à l'occasion d'un petit Savoyard 
à qui l'on avait persuadé de se glisser dans le lit de sa maîtresse. 

Cala, verbe neutre, a la signification de descendre, glisser en des- 
cendant : 

O la bonna echella ! 
Et se faut coity, vey-vo. 
Creigny-vo de cala? {Noël, xvi^ s.). 

Cala (de calare), « glisser », indique clairement l'étymologie du fr. 
cale, morceau de bois que l'on glisse sous quelque chose, et pour laquelle 
Diez propose l'esp. cala, sonde, Littré cala, bûche, et Scheler l'allem. 
keil, coin. 

PUITSPELU. 



COMPTES-RENDUS 



Kiistoffer xYRor. Adjektivernes Kœnsbœjning i de romanske 

Sprog. Med en Inledning om Lydlov om Analogi. Copenhague, Reitzel, 
1886, 8°, 192 p. 

M. Nyrop partage son activité entre l'étude des littératures et celle des langues 
romanes, et dans les deux domaines il se montre bien informé, judicieux et 
intelligent. Le petit livre qu'il vient de nous donner est intéressant par les 
questions qu'il soulève, par les faits qu'il rassemble et par les résultats qu'il 
obtient. L'auteur étudie dans toutes les langues néo-latines un point spécial, 
digne de toute attention, la flexion du genre dans l'adjectif. Après un court 
exposé de ce qu'était cette flexion en latin et de ce qu'elle était devenue en 
latin vulgaire, il la suit dans chacun des groupes romans (gallo-roman, hispano- 
roman, réto roman, italo-roman, daco-roman) et jusque dans ce qu'il appelle 
les idiomes créolo-romans. Il résulte de ses recherches: 1° que la flexion à 
genre (-us, -a) est presque partout la seule vivante, et a absorbé plus ou moins 
la flexion sansgenres(-(V, -/ictc.'); 2"que la forme sous laquelle se manifeste cette 
flexion à genres est aujourd'hui, dans plusieurs des langues romanes, tellement 
différente de la forme latine que sans les intermédiaires historiques on aurait peine 
à en reconnaître l'identité; 3" que tous les changements survenus dans le système 
latin sont déterminés par la phonétique ou dus à l'analogie. Il n'y a là rien de 
bien nouveau, mais l'étude de M. N. précise plusieurs points dont on n'avait qu'une 
intuition plus ou moins exacte et appuie par un exemple frappant l'application 
à la grammaire romane de la méthode rigoureuse qui y prévaut aujourd'hui et 
qui se résume dans la stricte observation des lois phonétiques et dans l'obliga- 
tion d'expliquer tout ce qui paraît leur échapper ou les contredire. Comme c'est 
surtout en vue de cet enseignement que l'auteur a fait son travail, il est naturel 
qu'il lui ait donné pour préface un court exposé de l'état actuel de la science 
sur la question des lois phonétiques et de l'analogie 2. H dit des choses fort rai- 
sonnables sur ces sujets, qui sont depuis quelque temps, même sur le domaine 
roman, l'objet de vives polémiques. Il est clair que le même phonème, dans 
des conditions identiques, ne peut pas donner deux résultats différents; tout 



1. L'auteur laisse le neutre de côté; il ne s'agit que du masculin et du féminin. 

2. Le chapitre sur l'analogie contient des exemples intéressants : l'explication de mau- 
dissons etc. par l'influence de bénissons etc. paraît juste. 



4^8 COMPTES-RENDUS 

ce qu'on fera pour ébranler cette vérité ne saurait rien prouver, car on répondra 
tou|Ours que, du moment qu'un même phonème donne deux résultats différents, 
c'est qu'il s'est trouvé respectivement dans des conditions différentes, que ces 
conditions soient phonétiques ou d'un autre ordre. En somme, une loi phoné- 
tique comme tells agit d'une manière absolue et toujours identique et ne peut 
agir autrement ; mais l'action en est souvent entravée par d'autres lois, soit 
phonétiques, ce qui est tout simple, soit d'un autre ordre, ce qui complique 
la question. Le linguiste, après avoir posé la loi du développement régulier de 
chaque phonème dans une langue, doit donner aux exceptions apparentes des 
explications auxquelles jadis il ne se croyait pas rigoureusement astreint. On 
ne peut plus dire comme faisait encore Diez : telle voyelle tonique brève devient 
dans tel dialecte tantôt ceci, tantôt cela, quelquefois autre chose. C'est là le 
progrès réalisé par les disciples du maître, qui n'ont fait d'ailleurs que continuer 
ce qu'il avait inauguré, qu'exécuter dansson esprit ce qu'il croyait déjà faire. Nous 
nous imaginons aujourd'hui être arrivés à une rigueur complète ; nos successeurs 
nous montreront et nous montrent tous les jours que nous sommes loin d'appliquer 
toujours dans la pratique ce que nous établissons en théorie. C'est là la marche 
naturelle de la science; la philologie romane a, dès ses premiers pas, suivi avec 
une grande siireté la voie où elle continue de s'avancer, et ce n'est pas dans 
son domaine qu'on aurait prétendu faire une révolution en proclamant le carac- 
tère général des lois phonétiques et la puissance de l'analogie. Ces deux flambeaux 
l'éclairent depuis plus d'un demi-siècle, et c'est à leur lumière qu'elle a fait tous 
ses progrès. Quand on range une chambre où tout est dans un complet désordre, 
on commence par ce qui est le plus nécessaire et le plus facile ; on sait bien 
qu'il faut qu'il y ait une place pour chaque chose et que chaque chose soit à sa 
place, mais ce n'est que peu à peu qu'on trouve chaque place et qu'on place 
chaque chose. Celui qui met où il faut les principaux meubles garnis de leurs 
plus importants accessoires a fait l'essentiel; ceux qui viendront après n'auront 
qu'à suivre et à corriger çà et là ses indications. Cela étant, M. Nyrop, 
comme il le reconnaît lui-même à la fin de son livre, pouvait ne considérer son 
sujet que comme « de la phonétique appliquée », et suivre une marche plus 
logique que celle qu'il a adoptée. La flexion de genre des adjectifs dépendant 
du sort des consonnes et voyelles finales, il pouvait exposer les lois qui règlent 
ce sort et montrer comment la forme de la flexion de genre des adjectifs s'en 
déduit; considérant ensuite les phénomènes qui ne s'expliquent pas par ces lois, 
il aurait montré qu'ils proviennent de l'analogie. Il dit avec sincérité que ce qui 
l'a empêché de procéder ainsi, c'est que pour les dialectes les lois des finales 
ne lui étaient pas assez bien connues, et tout le monde avouera que la science 
sur ce point est loin d'être complète. Il est arrivé, en prenant les choses d'un 
autre biais, à mettre en lumière la conclusion qu'il voulait tirer de ses recherches, 
et cette conclusion ne rencontrera pas de contradicteurs. 

Dans le détail, l'ouvrage est plein de faits intéressants et d'observations 
justes; il n'est pas complet, il s'en faut, mais il n'est que rarement inexact. 
L'auteur a beaucoup lu, aussi bien les textes que la littérature qui s'est amon- 
celée autour d'eux de manière à faire reculer plus d'un courage. Il est au cou- 
rant des études sur le ladin et le roumain, aussi bien que sur l'italien ou le 



NYROP, Adjektivcrnes Kœnsbœjning i de romanske Sprog 459 

français; il suit les progrès de la grammaire comparée et de la grammaire latine, 
et de toute son érudition il sait tirer un exposé court, parfaitement clair et nul- 
lement surchargé. J'ai lu avec une attention particulière ce qui concerne le 
français, et c'est sur ce point que je présenterai quelques observations, som- 
maires du reste et incomplètes. 

Toute l'exposition de M. Nyrop est un peu gênée par le fait qu'il restreint à 
l'adjectif une étude qui en plusieurs points concerne le nom tout entier '. Ainsi 
la question du traitement de l'adjectif féminin uniforme (grandis) au cas-sujet 
singulier et pluriel ne peut se séparer de celle du traitement du nom féminin 
de la troisième déclinaison : si on a dit grant et non granz au cas-sujet singulier, 
granz au cas-sujet pluriel, comme je le crois, c'est parce qu'on disait/ie/et non 
nés au cas-sujet singulier, ncs au cas-sujet pluriel, et pour adopter sur ce point 
une des deux opinions qui ont été proposées il faut tenir compte des substantifs 
aussi bien que des adjectifs 2. Ce qui concerne au contraire bien spécialement 
l'adjectif, c'est: i" le passage d'un grand nombre d'adjectifs de la déclinaison 
uniforme à la déclinaison biformeJ; 2" l'influence réciproque du masculin sur 
le féminin et du féminin sur le masculin dans la déclinaison biforme. Sur le 
premier point l'exposition de M. N. est parfaite. Il note d'abord les adjectifs 
qui dès l'origine (quelques-uns déjà en latin vulgaire) ont changé de déclinaison: 
commun, dolent 4, dolz 5, fol, mol^ ■ds(>; puis il suit, des textes les plus anciens 



1 . Aussi les observations de l'auteur dépassent-elles parfois les limites de son sujet. Il 
a noté av