Full text of "Romania"
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ROMANIA
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ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'Étude
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
PUBLIÉ PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
içt ANNÉE. — 1890
PARIS
EMILE BOUILLON, LIBRAIRE -ÉDITEUR
67, RUE RICHELIEU, 67
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LIBRARY nr --''r
LELAND STANFORD u... , ..vERSITY.
CL. ^bs^'i
NOV 5 ISOO
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DES RAPPORTS
DE LA
POÉSIE DES TROUVÈRES
AVEC CELLE DES TROUBADOURS
L'éradic toulousain Caseneuve, venant à parler des poésies
des trouvères dans son livre intitulé l'Origine da jeux fleureaux
de Toulouse (Toulouse, 1659, in-4'', p. 31), s'exprime ainsi ;
C'est si peu de chose, au prix de ce qu'ont fait les poètes
ti provençaux, tjue quiconque en voudra faire comparaison
a trouvera presque autant de différence entre eux qu'il y en a
1 entre les imitations imparfaites d'un singe et les vrayes et
a naturelles actions d'un homme ».
Caseneuve ne manquait pas de jugement, mais dans le cas
présent il manquait d'information. Il eût été sans doute bien
en peine de faire la comparaison qu'il semble provoquer, car
s"il connaissait passablement les troubadours pour avoir lu les
poésies d'un grand nombre d'entre eux dans le chansonnier de
Caiel', il ne savait guère des trouvères que ce qu'il avait pu
apprendre dans Faucher'.
I. M^Dtenam Bibl. nat. fr. 856; cf. Romunia, XIV, 2ï6.
1. U semble cependant qu'il ait eu connaissance de quelque chansonnier
Eraaçais, car il s'exprime dnsi dans te passage qui précède immédiatement
celui que je riens de dier :
■ Les François, c'esi-à-diie ceux de deU Loire, &rent bien moins d'état de
la povsîe provençale que les estrangers, parce qu'ayant chez eux la coût des
tois. Us se niÈlérent de faire des vers en leur language, i l'envy des Proven-
çaux, K\ l'on vît presque a même temps paroltre un grand nombre de pofites
fnuiçoîs, d^utli j'ay vtu tn partie Us ouvrages entiers, avec les fragments que
Fauchel en a lait imprinter en leurs vies, mais c'est si peu de chose... »
2 P. MEYER
Il y a bien des années que j'ai commencé à réfléchir sur la
question si aisément tranchée par Caseneuve, et la conclusion à
laquelle je suis arrivé depuis longtemps, et que j'ai eu plus d'une
fois l'occasion de formuler^, est que notre ancienne poésie
lyrique (j'entends la poésie strophique chantée) offre assez de
variété pour qu'on ne lui assigne pas une origine unique;
qu'elle est, en général, aussi originale au nord qu'au sud; que
toutefois ce genre de poésie ayant rencontré dans le Midi des
/ circonstances particulièrement favorables, s'y développa rapide-
ment, fut porté jusque dans les pays de langue d'oïl et exerça,
dès la fin du xn*^ siècle, une influence appréciable sur la poésie
de ces pays, notamment de la Champagne et de la Picardie.
Je n'ai pas l'intention de faire l'histoire complète des rapports
de la poésie des troubadours avec celle des trouvères. Je ne
crois mûme pas que cette histoire puisse être conduite à bonne
fin tant que la chronologie de nos trouvères ne sera pas mieux
établie. Mon intention est simplement d'indiquer la direction
à suivre et de faire connaître certains points de contact entre les
deux poésies que j'ai notés en diverses occasions et notamment
pendant la préparation d'un cours sur la versification des langues
romanes que j'ai fait au Collège de France de 1885 à 1887. On
ne s'étonnera donc pas si les diverses parties de ce mémoire
sont inégalement développées.
Il y a Ueu, pour procéder avec ordre, de prendre en considé-
ration : 1° les témoignages qui nous montrent la poésie du Midi
portée dans les pays du Nord; 2° les rapports 'd'idée ; 3° les
rapports de forme ; 4° les dénominations techniques qui ont pu
passer de l'usage provençal à l'usage français. Je montrerai en
dernier lieu Ueu que réciproquement la poésie des trouvères a
été connue dans le Midi et n'a pas laissé d'y exercer une
influence très limitée, il est vrai, mais cependant appréciable.
I. — TÉMOIGNAGES.
Je ne m'étendrai pas sur le premier point, les témoignages
que l'on peut invoquer étant en général bien connus. Il ne me
paraît pas qu'il y ait, dans le cas présent, aucun argument à
tirer du passage si souvent cité dans lequel Raoul Glaber
I. Voy. notamment Rœnania^ V, 260, 266.
y
LA POtsiE DES TEOUvàRES ET CELLE DES TROUBADOURS J
(m, 9) nous apprend qii'i l'occasion du mariage de Robert
avec Constance, fille de Guillaume, comte d'Arles', vers l'an
1000, on vit affluer en France et eu Bourgogne des hommes
venus d'Auvergne et d'Aquitaine, aussi étranges par leurs ma-
nières que par leur costume, et dont l'apparence était celle de
jongleurs. ySans doute ce témoignage est précieux, parce qu'il
est le plus ancien parmi ceux qui constatent des rapports litté-
raires entre le Midi et le Nord de la France, mais nous ne
savons ni ce que les jongleurs ont apporté du Midi, ni ce que
les poètes du Nord ont pu leur emprunter.
Le mariage de Louis Yll avec Eléonore d'Aquitaine ("î?) ^
une portée beaucoup plus appréciable. Petite-fille du plus ancien
des poètes méridionaux dont le nom nous soit parvenu, accep-
tant volontiers les louanges des troubadours, elle du t amener à
la cour de France toute une suite de rimcurs. Kous la trouvons
mentionnée dans le livre d'André le Cbapelain, parmi les dames
à qui sont attribués des jugements d'amour. Une chronique nor-
mande, dont j'ai récemment publié quelques extraits, donne lieu
de croire qu'elle avait conservé à la cour du roi de France l'habi-
tude de parler provençal ou poitevin '. Les quinze ans pendant
lesquels Eléonore fut reine de France (1157-52) sont probable-
ment l'époque où la poésie courtoise du Midi commença ^ exercer
une influence sensible sur celle du Nord. Cette influence dut se
continuer à la cour de îa fille d'Eléonore et de Louis VII, Marie
de France, comtesse de Champagne de 1164 .'i 1198. Il paraît,
en effet, que cette princesse, dont les goùis littéraires eurent
une action si notable sur les trouvères de son temps î, accueillait
favorablement les troubadours- Entre autres preuves ou peut
citer l'envoi de la pièce Tvg dcmaiidon qu'es devengud'atnors de
Rigaut ou Richard de Barbezieux*, dont l'envoi {Pros conitesa e
gaia (2"^'-'""^'^''"*'^''^ '"'"""''"'') "•^P^^tê"^'"^ se rappor-
ter qu'à elle.
Les témoignages proprement dits sur l'expansion de la poésie
1. Ou, selon D. Vaissète, de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse;
-voâ/ sur celle question controversée la nouvelle édiiion de VHisloirt de Lan-
giuJx, TV, pp. 148-161 (notesxix).
a. Kdikts it exIniiU des manuscrits, XXîQI, II, 68 noie et 70.
3, Cf. G. Paris, Rjmania, XII, Ji}.
4. R^nouord, Cbmx, m, 43; ; cf. Wackermgel, AUfr. Litder, p. 167.
^
4 p. MEYER
provençale vers le Nord commencent à paraître dans les dernières
années du xii* siècle et se multiplient au xni*.
Dans Renaiit de Montauban (éd. Michelant, p. 175), on lit :
Aalars es Guichars comencierent .j. son,
Gasconois fu li dis et Hmosins li ton.
Le Tournoiement Antecrist de Huon de Meryfait mention (éd.
Tarbé, pp. 13, 15) de « sons » poitevins, gascons, auvergnats.
Les « chansons poitevines », dont il est question dans Doon de
Nanteuil^y étaient sans doute provençales. Des couplets de
Bernard de Ventadour sont cités par l'auteur de Guillaume de
Dole et par Girbert de Montreuil dans le roman de la Violette.
Les jongleurs du Midi portaient la poésie de leur pays dans les
provinces du Nord et y étaient favorablement accueillis. Li
meillor jugleor en Gascoigne, disait un vieux dicton^. Nous
savons, par un sermon de Robert de Sorbon, que Folquet de
Marseille, devenu évêque de Toulouse, eut un jour la douleur
d'entendre à la cour du roi de France un jongleur chanter une
de ses chansons 3.
On sait que des chansons provençales ont pris place dans
quelques-uns de nos chansonniers français. Le grand recueil de
Berne contient une pièce de Richard de Barbezieux4, le ms.
B. N. fr. 844 a, du fol. 188 au fol. 204, une section toute
provençale. Dans le ms. B. N. fr. 20050 (anc. S. G. fr. 1989)
sont transcrites auxfF. 78, 79, 81-8, 145-7 d'assez nombreuses
pièces ayant la même originel.
On trouvera à l'appendice du présent mémoire une étude sur
les divers remaniements qui ont été faits en français d'une pièce
du troubadour Pistoleta. j'ai fait mention en plusieurs occasions
de ces remaniements, mais j'en ai réservé jusqu'à ce jour la publi-
cation, qui ne laisse pas d'ûtre assez compliquée, et ne pourrait
commodément prendre place dans le cours de cet exposé.
1. Romania, XIII, 21.
2. Crapelet, Proverbes et dictons populaires y 183 1, p. 83.
3. Hauréau, Les propos de maitre Robert de Sorbon^ dans les Mém. de l'Ac.
des inscr., XXXI, 11, 142.
4. Attribuée à tort dans ce ms. à Folquet de Marseille. Voy. Wackemagel,
AUfr, IJeder, pp. 32 et 167.
5. Notons encore le motet provençal du chansonnier de Montpellier,
Rpmania, I, 404-5.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS J
Un témoignage non moins précis de l'influence exercée par
la littérature provençale est la création de ces puys Notre Dame
où, i riraitaiion de ce qui se passait au Puy Notre Dame, en
Vclay', on couronnait soit des chansons à la Vierge, soit des
chansons amoureuses^. Le plus ancien paraît être celui d'Arras,
qui remonte probablement à la fin du xii' siècle J,
( Si les poésies du Midi ont été portées dans le Nord, quelques-
uns des poètes du Nord, à leur cour, ont fréquenté les cours du
Midi, et peut-être en ont-ils rapporté des idées et Jes formes
de poésie. On a cité plus d'une fois les débuts des deux pièces
Quant partis sut de Provence (de Perrin d' Angeeourt i) et Au
repairifr qtu je fis de Provence {znonymç)^. Mais le témoignage le
plus imponant à ce point de vue est celui de la Bible Guyot, dont
l'auteur avait certainement visité les principales cours seigneu-
riales du Midi vers la fin du xii' siècle. Peut-être ne connaissait-il
que de réputation Alphonse II d'Aragon (-f- 1196), et son frère
Bcrengcr, comte de Provence (f 1 181), dont il fait un pompeux
éloge ^ : les termes qu'il emploie ne permettent pas absolument
d'affirmer qu'il les ait connus personnellement, mais il visita
certainement un Beniart d'Armagnac?, sans doute celui que
I . J'ai réuni les témoignages qu'
^_yuy en Velay, dans une note de n
JMgeoise, U, 399.
1. G. Paris, Laliltiralunfi
n possède sur les concours poétiques du
XI édition de la chanson de la Croisade
ou moytn âge, p. 18^,
Voycï L. Passy, BibUothèqiit de PEcole du charta, 4= série, V (1859),
et suivants.
" 4. Histoire lUtfrairt, XXUI. 665 .
S- Voy. Diez, Poésie der Traub. (1816), p. 149.
6. Méon. FatUaux, U, 518; void les vers ;
6 p. MEYER
mentionne Raîmon Vidal ^, probablement Bernard IV (f vers
1190), et Guillaume VIII de Montpellier*, Tun des plus en
vue parmi les seigneurs qui protégèrent les troubadours. Il est
certain qu'avant le temps où vivait Guyot de Provins, les jon-
gleurs du Nord durent faire mainte excursion dans les pays de
langue d'oc. On n'en peut douter quand on considère combien
nos chansons de geste et nos romans d'aventure furent répandus
dans le Midi dès la fin du xii^ siècle. Il dut alors se produire un
échange actif d'idées poétiques, qui peut remonter à une époque
ancienne. Je me suis souvent demandé si le vers de la Chanson
de Roland Icil d'Alverne i sunt H plus curteis (3796) n'impli-
quait pas quelque souvenir de la poésie courtoise.
Il faut tenir compte enfin des circonstances qui, dès une
époque ancienne, ont mis en contact les hommes des diverses
! parties de la France. L'une de ces circonstances, et la plus
; importante au point de vue historique, fut la première croisade
: qui eut lieu à une époque où la poésie lyrique avait déjà fait son
apparition au Midi avec le comte de Poitiers. Nous savons que
ce léger et spirituel personnage avait composé des chansons,
malheureusement perdues, sur l'expédition désastreuse dont il
fut le chef en iioi. Il est bien certain que ces poésies ne furent
pas uniquement répandues parmi les hommes des pays de
langue d'oc. Les croisades ont d'ailleurs été l'occasion de rapports
fréquents entre le Nord et le Midi. En Palestine, où les hommes
du Nord dominaient, le français, conservant certains caractères
archaïques (par exemple et et non of), devint la langue com-
mune, mais les poètes durent composer chacun en sa langue.
On sait aussi que la croisade de Constantinople amena des
rapports entre des poètes méridionaux et des poètes du Nord.
L'échange de couplets entre Folquet de Romans et Hugues de
Berzé3 ne fut sans doute pas un fait isolé.
I. Ahriîs issidy Bartsch, Denkmakr, 168, 21.
2. L«s I je vi a Montpellier
Guillaume qui si vailUns fu.
3. Je suppose du moins qu'il y eut échange de couplets. En fait nous
n'avons que la pièce de Hugues adressée à Folquet. Voy. G. Paris, Romania^
XVIII, 556etsuiv.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS
11. — RAPPORTS d'idée.
Les rapports d'idée entre la poésie des troubadours et celle
des trouvères doivent être cherchés surtout dans les chansons
d'amour qui, de part et d'autre, forment la masse la plus con-
sidérable. Ce serait un Ixavail long et fastidieux que de classer
et d'étiqueter tous les lieux communs de la poésie amoureuse
unt au Nord qu'au Midi, Je me dispense d'autant plus volontiers
de ce soin que cette recherche forme la matière principale d'une
thèse qui doit être présentée sous peu à ia Faculté des lettres de
Paris'. Je me borne i liîre que ces rapports sont en somme
assez fugitifs et que la comparaison des deux poésies, sans
donner raison au jugement sévère de Cascneuve que je citais
au début de ce mémoire, est cependant peu favorable à la poésie
amoureuse du Nord. Celle-ci, tant pour la finesse et la variété
des idées que pour l'élégance de l'expression, reste considérable-
ment inférieure à sa sœur ainée du Midi, tout en gardant une
certaine indépendance.
Je veux toutefois établir un rapprochement entre certaines
pièces, les unes du Midi, les autres du Nord, où le trouble dans
lequell'amour jette ceux dont il s'est rendu maître est peint d'une
RËiçon si singulière, qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître à
l ces compositions un certain air de famille, malgré la diversité de
rieurs origines. Dans les poésies do cette espèce, l'auteur, pour
E montrer le désordre de son esprit, énumére une série de cir-
pconstances où il éprouve des sensations contraires .'i celles d'un
P'ionime ayant son bon sens, Il y a contradiction perpétuelle entre
ï l'effet et la cause. Ainsi dans une pièce de Bernart de Ventadour :
J'ai le «eur si plein de joie que je rac sens hors de l'état naturel. Fleurs
Uancfaes, vermeilles ou bleues me donncnl l'idée de la froidure, et le vcm et
U pluie augmentent mon bonheur.... J'ai au cœur tant d'amour, de joie, de
tiouceur que l'hiver me semble fleur et U neige verdure.
Je puis aller sans vêtement en chemise, car fin amour me tient i l'abri de
^Ja {roidebise...
■ (^Tant ai moti cor pkn di joia.)
I, Cette ihcse a paru : Ln origirits de h poiâe lyrique eu France au mojwi
t^e, par Alfred Jeanrov. Paris, Hachette, 1889, in-S", xxi-jij pages. Nous
n rendrons compte prochaine
8 p. MEYER
J'arrête la citation sur ce dernier trait, qui fait penser aux
galois et galoiscs du Chevalier de la Tour Landri, qui se
vêtaient chaudement Tété et se découvraient l'hiver'. Aussi
bien le reste de la pièce n'offre plus les mêmes oppositions.
Voici maintenant quelques passages d'une pièce de Guiraut
de Borneil qui est également formée de contrastes :
I. Je fais un san^ mauvais et bon, et je ne sais sur quoi ni sur qui ni comment
ni pourquoi ; j'ignore d*où m*en vient Tidée ; je le ferai sans savoir le faire,
et le chante qui n*en sait pas Tair 1
II. Je suis malade, et onques homme ne fut plus sain ; je prends un homme
mauvais pour un bon : je donne largement quand je n'ai rien ; je veux du mal
à qui me veut du bien....
VIII. Je ne sais sur quoi j*ai fait ma chanson, ni comment, si un autre ne
me Texplique... Je ne sais rien de ce qui me touche. Celle-là m'a rendu fou
qui n'a pas voulu m'appelerson ami
Elle peut me ramener en mon bon sens si elle daigne me retenir pour sien.
(Un sonetfai malvat^ e bo,)
Bemart de Ventadour disait que, par l'efiet de la joie d'amour,
il se sentait hors de l'état naturel, ou même dans un état
contraire à la nature (tôt me desnatura). En français, pour expri-
mer la même situation d'esprit, on disait qu'on était bestournéy
c'est-à-dire mis à l'envers. Le spirituel auteur du roman de
Joufroi, voulant dépeindre l'espèce de folie où il est tombé par
suite de la conduite de sa bien aimée, s'exprime ainsi :
4342 Or pais, seignor, si m'escoutez,
S'orreiz com ge sui bestornez :
Ne sai si muer o si ge vi.
Ne sai que faz ne que ge di.
Ne sai quant chant ne quant ge plor,
Ne sai si ge ai joie o dolor.
Ne sai quant je dorm ne quant veil
4350 Ne sai quant ge cri ne conseil....
4373 Ne sai que soit flors ne verdure,
Qtie del jor cuit soit nuit oscure.
Quant je oi ome que viele.
Ne sai s'il corne o chalemele.
I. Voyez éd. Montaiglon, p. 241-2.
nile (nule?) chose.
t mon quor .:erteyn ;
LA POÉSIK DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOUHS 9
Tuil «sirunitnl mi soni sauvage.
Si m'a bestorni le corage
4J79 Une amor que ge ai servie,
Ce morceau n'appanient pas ii la poésie lyrique, mais il
importe peu : l'auceur du roman de Joufroi devait connaître
assez bien les poésies amoureuses de son temps, même celles du
Midi. Mais d'ailleurs on peut trouver chez les trouvères des
«temples de cette manière bizarre et conventionnelle de décrire
les effets de l'amour. Je citerai en premier lieu une pièce, pro-
bablement composée en Angleterre, qui a été publiée dans ce
recueil (IV, 376). H suffira d'en transcrire ici quelques vers :
I Malade sui de joie cspris.
Tint susprc que ne repose.
Jeo ai mon quor en pensé mj-s,
4 Et si enpens (coir. ne pens?
Povcr soi et de aver pleyn,
Et si ne senk ne nul ne bleu
De ]oie «
Et jco sui uni dolcrous
Plus jolis homme n'en a nul jour
II Que moi, ne ici ne aillocs
Le quatrième couplet de la même pièce indique clairement
que cet état si profondément troublé a pour cause l'amour ;
J4 Suspir, solaz et ris el joie
Et amors, par lour grani vertu,
Me font le quer, ou que je soie,
}7 Sovent joyus, sovent esmuz.
Et ce n'est pas sans raison que le trouvère termine sa pièce
en citant le proverbe bien connu En atnor ad sens e folie. C'est
comme k clef de la pièce entière.
Voici maintenant une pièce inédite malheureusement assez
corrompue, où le même lieu commun est traité. Je l'ai copiée,
il y a quelques années, dans le célèbre chansonnier provençal de
Modène, qui renferme, comme on sait, une série de pièces
françaises. D'après l'envoi ce serait une rotruenge. En ce cas il
faut admettre que le copiste a négligé de copier le refrain, ou,
ce qui me parait plus probable, que l'auteur a donné i sa pièce
un nom qui ne lui convient pas.
10 p. MEYER
I Oez com je sui bestornez
Por joie d'amors que je n'aî :
Entre sages sui fous [clamez »]
4 Et entre les fous assez sai.
II Onques ne fis que faire dui ;
Qiiant plus m'aîre plus m*apai ;
Je suis mana[n]z * et riens ne cui )
8 Avoir ; mauves sui et cortois.
m Je suis muez por bien parler
Et sorz por clerement oïr,
Contraiz en lit por tost aler
Et colier por toz tens gésir.
IV Je muir de faim qant (je) sui saous
Et de noient faire sui las ;
De ma prode famé sui cous,
i6 Et en gastant le mien amas.
V Qpant je cheval lez 4 mon cheval,
De mon aler faz mon venir.
Je n*ai ne maison ne ostal :
20 Si i porroit uns rois gésir.
VI Aiguë m*enivre plus que vins ;
Miel me fait boivre plus que seus s ;
Prodon sui et lechierres fins,
24 Et si vos dirai briement quex :
Alemans sui et Poitevins,
26 Ne l'un ne l'autre, ce scet Diex *.
VII La rotroange finerai 7
Qpi maintes foiz sera cha[n]tée.
A la puccle s'en ira
30 Por* cui amors m*ont bestomé».
Si H plaist, si la chantera
Por moi qui la fis en esté.
Et Diex ! se ja se sentira
Mes cors de la soe bonté !
I Ce mot manque. — 2 Ms. mena^. — 3 Ms. puis. Le vers suivant paraît
corrompu. — 4 G. Paris me propose : Quant je chevdç lais. — 5 Sel. — 6 Pour-
quoi ce couplet a-t-il six vers ? Les rimes ne permettent pas de le diviser en
deux, en supposant une lacune de deux vers. — 7 SiCy corr. finera, — 8 Ms.
p barr^. ^ 9 Fausse rime. Le texte est-il colrompu ici ou au v. 28?
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 1 1
On peut faire sur ce thème des variations nombreuses autant
que faciles. Aussi le succès de ce genre de composition s'est-il
étendu hors de France et au deli de l'époque dans laquelle se
renferme la présente étude. On trouve en Espagne et en Italie
des pièces à contraires ', et en France on en rencontre encore au
XV' siècle. Il suffira de rappeler la série de pièces ayant pour
début commun : je nuurs de soif auprès de la fontaine, qui a été
recueillie parmi les poésies de Charles d'Orléans et des poètes
de sa cour'.
■ RAPPORTS DE FORME.
Les rapports de forme entre les deux poésies sont certaine-
ment l'élément commun le plus caractéristique; mais il faut
prendre garde de voir un rapport de filiation en des faits qui
peuvent s'expliquer par la communauté d'origine ou par une
simple coïncidence. La forme strophique aab ccb, si fréquente
au Nord comme au Midi, est indigène de part et d'autre puis-
qu'elle vient de la poésie latine rythmique, et les rimes enchaî-
nées {ababab'), très anciennes chez les troubadours et chez les
trouvères', offrent une disposition assez simple pour que plu-
sieurs poètes aient pu la trouver d'eux-mêmes. C'est sunout la
strophe à deux parties ■» qu'il faut ici prendre en considération.
La strophe à deux parties se compose le plus ordinairement
d'un quatrain i, divisible en deux paires de vers, la rime reliant
1. Gtoiis, pour l'Espagne, la pîtcc du poète catal.in Jordi du Sant Jordi :
Tots jorns aprmch e àfsapremh tmcmps (Pclay Briz, Lo Uibre dcis poclas, p. l8o);
pour l'Italie, la chanson Giantai nuW om non asi gran iÎcIk^c | Coin' io chtdel
in à luimte (d'Ancona ei Compirctil, le antkhe rime volgari, I, 4}o),
qui cfi un pur jeu d'esprit où l'amour ne figure pas, et sunout le sonnet de
Pétrarque Piue iim Irovo e non ho da far gmrra.
2. Ed. Guichard, pp. laS-jS; éd. d'HWcauli, I, Î14-7.
]. C'est b forme qu'ol!re la plus ancienne chanson française que nous
1, b pièce Chevalier miill estes garnis, p. ]66 de mon Recueil. Elle
est de 1146 ou de 1147.
4. On l'appelle plus ordinairement strophe i trois parties, ternie dont je
e longtemps servi; mais « i deux parties » est plus juste,
5, Je n'ai en vue, bien laitendu, que la poésie lyrique de la France. Dans
l'ancienne poésie lyrique de l'Italie U première partie a bien souvent 6 ou S
12 P. MEYER
les deux vers qui forment paire, et d'une série variable de vers
offrant des combinaisons infinies. La première partie est ce que
Dante (Ife Fulg. el.^ II, x) appelle pedes; quant à la seconde, il
a plu au poète florentin de la désigner par un nom grec, syrtna,
la queue. La mélodie qui s'adapte à ce genre de strophe est
naturellement aussi divisée en deux parties, dont la première
est une phrase musicale très courte, mesurée sur la longueur
de la première paire de vers et qu'on répète pour la seconde
paire. Voilà une disposition fort ingénieuse et se prêtant à des
variétés sans nombre. Elle a obtenu le plus grand succès puisque
de chez nous elle est passée en Italie, en Espagne, en Portugal
et jusque dans les pays germaniques. Où a-t-elle été inventée ?
Si nous étions assurés que l'invention appartient aux poètes en
langue vulgaire, nous n'hésiterions pas à l'attribuer à ceux du
Midi, chez lesquels cette forme apparaît plus tôt qu'au Nord. Mais
la question n'est pas aussi simple : il est possible que de part
et d'autre on ait adopté un mode en usage dans la poésie ecclé-
siastique. A la vérité mes recherches en ce sens ont été infruc-
tueuses. Je ne connais pas ce genre de strophe ailleurs que dans
la poésie vulgaire. Mais je ne me tiendrai pour assuré de ce
résultat que lorsqu'il aura été confirmé par un homme versé
dans l'histoire de la musique du moyen-âge.
En tout cas, que la strophe à deux parties soit d'origine
méridionale, comme il semble dans l'état de nos connaissances,
ou qu'elle soit antérieure aux troubadours et aux trouvères, il
est certain qu'elle se comporte dans les deux littératures de
façon très indépendante. En dehors des cas d'imitation, dont je
m'occuperai tout à l'heure, les types communs au Nord et au
Midi sont relativement rares et d'ordinaire très inégalement
employés dans les deux poésies. Ainsi la disposition abab baaba
se rencontre en plusieurs pièces françaises (Jy Amour ki ma iolu
a moiy Bansch, Chrest. fr.^ col. 141, Onhs de chanter en
ma vky Schcler, I, 135, El mois d'avril ke Ven dit en pas-
couTy etc.), tandis qu'elle est fort rare en provençal, n'y étant
représentée, si je ne me trompe, que par un exemple unique, la
pièce Si tôt ai tarT^at mon chan de Gaucelm Faidit ^ En général la
I . La forme àbab ccdd est une de celles, en très petit nombre, qui sont très
fréquentes au Nord et au Midi. Elle est trop simple pour qu*il soit nécessaire
LA POÈSm DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS I^
variété des types est beaucoup moindre chez les trouvères. Les
rimes sont moins nombreuses en chaque couplet. Tandis qu'en
provençal des couplets de huit vers, et même de sept, ont
parfois cinq rimes {abbcdde, abab cdik, etc.), en fran-îaîs le cou-
plet de sept vers ne dépasse pas trois rimes et souvent n'en a
que deux. Le couplet de huit vers a ordinairement deux ou
trois rimes, rarement quatre. Il faut arriver au couplet de dix
vers pour trouver cinq rimes, et encore est-ce bien rare. II y a
des couplets de treize, de quatorze, de quinze vers qui se con-
tentent de trois rimes ou même de deux. Sauf des exceptions
infiniment rares, les rimes d'un couplet trouvent dans le couplet
même les rimes correspondantes. En provençal, au contraire,
on sait combien est fréquent l'usage des rimes isolées qui ont
leurs cprres pondante s dans les autres couplets. En6n l'enchaîne-
ment des couplets par la rîrae présente de très notables diffé-
rences du Nord au Midi.
Toutes ces raisons, ici à peine indiquées, mais qu'il serait
Ëicile de développer et d'appuyer d'exemples, portent à attribuer
aux trouvères une pan d'originalité assez grande dans le manie-
ment de la strophe i deux parties.
Présentement je vais signaler un certain nombre de cas où
une forme strophique inventée par un troubadour a été imitée
par un trouvère, ce qui implique vraisemblablement l'adop-
tion de la mélodie sur laquelle la pièce était chantée. Ces
emprunts appartiennent à une époque où la poésie lyrique
du Nord était déjà en plein épanouissement. Ont-ils été
plus fréquents pendant la phase antérieure, au milieu ou dans
la seconde moitié du xn' siècle ? Peut-être, mais nous devons
nous résigner à l'ignorer, les chansons françaises de cette époque
qui nous sont parvenues étant en très petit nombre. En tout
cas, on exagérerait singulièrement la portée de ces emprunts
si l'on voulait en conclure que la poésie lyrique du Nord a été
conçue \ l'imitation de celle du Midi.
Le premier exemple, dans l'ordre chronologique, est fourni
par une pièce de Cuene de Béthune qui reproduit un type,
sinon inventé par Bertran de Born, du moins employé pour la
première fois, i notre connaissance, par ce poète.
àt supposer qu'elle ait éti importée par les
c'est U forme U plus ordinaire des sirambolli,
Notons cii passant que
J
14 P. MEYER
B. DE BORN. CUENE DE BÉTHUNE.
Ces de disnar non for' oimais maitis, Tant ai amé c'or me covient haïr,
Qui aguespres bon ostau, Et si ne quier mais amer
Efos dedtn:(^ la carns elpas el vis, S'en tel leu non c'on ne sache mentir
El focs fos clars com defau, 4 Ne décevoir ne fausser.
Loplus ries joms es oi delà setmana Trop longuement ai soffert cestc paine
E degra nCesser suau, C'amors m'a fait endurer,
Caitan volgra vogues nionpro na Lana Mais nonporcant loial amors certaine
Cum lo senher de Peitau, 8 Poroie encor recovrer.
(Stimming, p. 106; Thomas, p. 122.) (Schelcr, I, 30.)
La pièce Bien cuidai vivre sans atnor du Châtelain de Couci
est peut-être faite sur un type provençal. Ce qui s'en rapproche
le plus est la pièce Gts de far sirventes de B. de Born, où toute-
fois les quatre derniers vers du couplet sont de cinq syllabes et
non de sept comme dans celle du Châtelain. Notons une autre
diflfèrence : c'est que chez ce dernier le mot folie reparaît à la
même place dans tous les couplets :
B. DE BoRN. CHATEUaN DE CoUCI.
Ges de far sirventes nom tar% Bien cuidai vivre sans amor
Ani hfauc senes tot^ afans; Desore en pais tôt mon aé,
Tant es sotils ntos genJjs e m*arti Mais retrait m'en a la folor
Qtie mes nCeti sut en tal enans, 4 Mes cuers dont l'avoie cscapé.
E sai tant de sort Empris ai greignor folie
Que veus m'en estort, Ke li fols emfes ki crie
Que comte ni rei For la bêle estoile avoir
Nom forfeiron rei. 8 K'il voit haut et cler seoir.
(Stimming, p. 162; Thomas, p. 40.) (Ed. Fath, p. 41.)
L'imitation est plus assurée dans le cas suivant :
Peirol. Blondel.
Dels sieus tort^ forai esmenda Ains que la fueille descende
Lieis quem fet:( partir de se. Des arbres seur la ramée
Qu'enquer ai tcàan quel renda Dirai : Ne sai que j'atende
SU plat^y mas clxinsos e me 4 Coment amours s'est prouvée
Ses respi^ cCautra merUy Vers moi, qui tant l'ai amée ;
Sol suefra qu'en lieis entetida Et bel m'est, coment qu'il prende,
E quel bel nien atenda, 7 Que si belc mort aprende.
(Mahn, Werhe, II, 21.) (Ed. Tarbé, p. 9.)
J'ai comparé, en une autre occasion (Romania, XVII, 43S)>
une pièce de Gautier de Coinci avec deux pastourelles françaises,
LA POÉSIE DES TaOUVèRES ET CEU.E DES TROUBADOURS I5
l'une de Jocelin de Bruges, l'autre de Thibaur le chansonnier,
qui offrent la même disposition, à savoir abab ababaccch. J'au-
rais pu remarquer que cette forme vient originairement de
Bernard de Ventadour, Tant ai mon cor plen de joia. C'est aussi
(sauf que les vers b sont seulement de quatre syllabes) la forme
de la pièce Quant voi lou tans refroîdier imprimée dans mon
Recueil, p. 3X1,
Le pïanh de Gaucelm Faidit sur la mon de Richard Cœur-de-
Lion n'a pas été célèbre dans le Midi seulement. Il a pénétré
dans le Nord, puisqu'il est copié plus ou moius incorrecte-
ment dans les chanson tiiers français B. N. fr. 844 et 20050,
et dans un ms, exécuté en Angleterre, Vatican, Christ. 1659 '.
Il a certainement servi de modèle à un serventois d'Alart de
Cius. Ce qui le prouve, c'est d'abord que la disposition des
rimes (aba ccbbdS) est d'ailleurs .\ peu près sans exemple au
Midi comme au Nord ; c'est aussi que la pièce française reproduit
les rimes cdàs l'original.
Gaucelm FAinrr. Axart de Caus.
Fort^ fftflUîfl a que toi lo major dan Hé [ serventois, arrière l'en rêvas,
Ei tnajor dol, las 1 gu'îeu aac mats agms Droit en Artois, ne ic vas aiarjant,
£ w Awt deï lol^ temps plaipur ploran Et ma dame si me salueras
ifasm a liir tn chantan t relraîrc ; Qui lant est douce et simple et debon-
Que xlli qi/ira dt vahr caps e pairt, ; Di li quant vi, au partir, son vi.-iîre
Lo rîii vatau Rkhart\, ràs dih Eiigles, Et son geat cors el soc vis avenant,
Es wortï, ai Dùus t quais perd" i quais Je m'en parti tristes, de
. ^ p^r Carj.
BenadttTcorloIiIsnnquilpotsuffnr. g Qui i
(Raynouard, Choix, IV, 54.)
Quant estrang mat e quant j
pensant,
'i voi dont confort puisl venir,
peûst de mes dolors guérir,
(ffiff. I/K., XXin, 523.)
Le type suivant ne se rencontre, h ma connaissance, que dans
les deux pièces, l'une provençale, l'autre française, ici rappro-
chées. L'imitation ne me paraît pas douteuse.
R. Jordan. Roi de Navabhe.
Ùi elar temps va truw^iV Philippe, je vous démolit
Els aindeli iiperdut^. Ce qu'est devenue amors.
QudfrigX ten dtstrtgi r ntuti En ccst pais ne aijlors
1. Le texte est publié daas le Ronvart de Keller, p. 425.
i6
p. MEYER
E ses conort de jaunir.
Donc eu que deyor sospir
Per la gensor re qu*anc fos.
Tant joios
Son qu^ades nC es vis
Quefolheflor s^espandis,
{Pam. occ,, p. 200.)
4 Ne £iit nus d*amer semblant.
Trop me mervoil durement
Q^ant ele demeure ainsi.
J*ai oï
Des dames grant plaint
9 Et chevaliers en font maint.
(Ed. Tarbé, p. 98.)
Une chronique de Terre sainte nous a conservé une chanson
composée, en 1239, contre les barons qui séjournaient dans les
villes fortifiées de la côte au lieu de combattre les Sarrazins.
Cette pièce est en strophes isomètres et présentant les mêmes
rimes disposées ainsi abba abaaba. Un sirventés provençal, dont
l'auteur est inconnu, mais dont la date peut être déterminée
assez exactement, oflfre cette même disposition, qui est des plus
rares. C'est la pièce Vai^ Hugonety ses bistensa^ adressée, avant la
bataille de Muret, en 12 12 ou 1213, au roi d'Aragon Pierre II
et au comte de Toulouse Raimon VI ^ Elle est à coblas doblas,
comme disent les Leys (Tamors (I, 264); c'est-à-dire que les
rimes changent de deux en deux couplets ^. Le poète français a
adopté, comme on va le voir, les rimes des couplets III et IV.
Je transcris la troisième strophe de la pièce provençale et la
première de la pièce française.
E quar en aissis poiria
Acabar lur mal ressoSy
Que di:(on, senher, de vos
Fais Frances que Dieus maldia !
Quan no venjat:^ la follia,
E quar et^ tan vergonhos^
Nom cal plus apert dia ;
Paratges s'en reuenria
Ques perdet tot^ sai mest nos.
Que neissas no i conosc via,
(Pam. occ,f p. 392 ; Raynouard,
Lex, rom.y I, 512.)
10
Ne chant pas, que que nus die,
De cuer lié ne de joious,
Quant no baron sont oisous
En la terre de Surie.
Encor n*i ont envaïe
Cité ne chastiaus ne tours,
Et par une foie envie
Perdi quens de Bar la vie.
Vilains sera 11 retours
Se ceste voie est perie.
(Hist. /!«., XXIU, 677J.)
1. Voy. Hist, de LanguedoCy éd. Privât, VII, 446 b,
2. Dans son état actuel, cette pièce, qui ne se trouve que dans un ms.
(B. N. 856 fol. 386 vo) n'a que quatre couplets et une tornada^ mais les rimes
de la tornada montrent qu*il manque un cinquième couplet.
3. Un texte corrompu de cette chanson est imprimé dans les Hist. occid.
des croisades y II, 5 50.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS I7
Je n'afEnne pas que le strventés provençal ait servi de modèle
à la pièce fraoçaise : il est probable que ce sirventés a été com-
posé d'après un modèle que je ne saurais déterminer; il se peut
même qu'on ait fait plusieurs pièces sur les mêmes rimes et que
celle que le poète français a connue ne nous ait pas été conservée.
Miùs, de toute façon, l'origine provençale de cette forme est
incontestable.
Le type ci-après d'une chanson de Renaut de Trie (abab
aababa) ne se rencontre en provençal que chez P. Cardinal,
qui l'emploie deux fois : dans la chanson d'amour (ou plutôt
cmtre amour), dont je transcris le premier couplet, et dans une
pièce historique qui doit avoir été composée entre 1225 et 1228
(5efj volgra si Dieus volgues) :
. Cakdinai..
w tenhperfol cper mu^art
StUt qu'ab amor a lia.
Aijutl qut plus s'i fia :
H Us Saoïor itrum a tart
El mal wn quasctm dia.
'Jfàlh li ftihn e! moysiart
AquHa an la paria.
Per quiei
m pan
I.N. fr. 8s6, fol. 187 d.)
Renaut db Trie.
Quant je voi le dous lans venir
Ke renverdist la pnie,
Et i'oi le rossigDor untir
Ou bois sor ia ramée,
Adookes ne me puis tenir
De clunter, kc tuîi mi desïr
Et toute ma penst^
Sont en li amer et servir
Coi ï'ji m'amor donie
Sans repentir,
(Scheler, I, 147.)
Il n'y a aucun rapport d'idée entre la chanson de Renaut de
Trie et l'une ou l'autre des deux pièces de P. Cardinal. Mais il
est bien possible qu'une pièce provençale, aujourd'hui perdue, ait
servi de modèle.quant à la forme, i P. Cardinal et à R. de Trie.
Ce dernier a pu se souvenir aussi de la chanson de G, de Borneil :
Can vet h dois tems unir \ E la coindda sa^p ] Que /ai prat:(_
rewrdc^r, etc.
P. Cardinal est l'auteur d'un sirventés dont !a forme ne se
trouve nulle part ailleurs en provençal, ce qui est, pour une
pièce de ce genre, fort exceptionnel. Mais la même forme, i une
faible différence près, se rencontre en français dans une pièce
poUtique sur Arras qui est de la seconde moitié du xni'' siècle
(probablement des environs de 1260), en tout cas postérieure i
P. Cardinal. La différence consiste en ce que la strophe proven-
çale a six vers de plus.
i8
p. MEYER
Chanson anonyme.
Arras ki ja fus
Dame sans refus
Del paîs,
Tu es confondus,
Traïs et vendus
Et haïs,
N*en toi n*a desfense
Se cil ne te tense
Ki en crois fii mis.
Ti vilain ouvrage
T*ont mis en servage,
Por ce en dirai gnift
(P. Meyer, Recueil^ p. 373.)
P. GaU)INAL.
Bel m* es qu*ieu hastis
Sirventes faitis
Defaisso
Beir e ses tôt sis
E mot gent assis
En guay so, 6
Pueys^ qui que Vaprenda^
Ahani quel reprenda
Ne gart la rœ^p;
Pueys lo don ol venda
A td quel revenda
Quan n'aura sa:(py 1 2
El retraia
Lai don traia
And cordoy
O de saia;
S*o essaidy
RaubadeGuordo, 16
(B. N. fr. 856 d, f. 281 corrigé,
d'après les autres mss.)
Les deux pièces de chacune desquelles je vais transcrire le
premier couplet ont une forme si simple qu'on serait tenté de
supposer une rencontre fortuite plutôt qu'une imitation, si cette
forme, pour être simple, n'était pas très rare. En provençal on
ne la connaît que par la pièce ci~dessous, attribuée dans les mss.
tantôt à Gui d'Uissel tantôt à Peire de Maensac, et par le
sirventes de P. Cardinal Atressi com per fargar, qui reproduit le
même type et les mêmes rimes.
Gui d'Uissel ou P. db Maensac
Estât aurai de cantar
Per sofracha de ra^o,
Qu*anc ne mipogui encontrar
En faire hona canso; 4
Mas at' ai cor quem n*assai
De far hos mot^ e son gaiy
Quar hen estai qui sab abpauc ben dire
Gen ra^onar leis cui es obe^re, 8
(Parn. occ, p. 304.)
J. Bretel et Adam de La Halle.
Adan, du quel cuidiés vous
Q}ii vive a dolour plus grant?
U cil qui est fins jalons
De celi qu'il aime tant
Q}i'il ne s'en puet départir
Et si l'a a son plaisir,
U cius qui maint en dangier et li prie,
Mais riens n'i prent, et s'est sans jalou-
sie?
(JRomania^ VI, 592.)
lA POESIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS I9
Entre les procédés que les troubadours ont employés pour
lier les couplets k l'aide des rîmes, il en est un qui s'observe
aussi dans la poésie du Nord, mais plus rarement et à une
époque moins ancienne, de sorte que !e mérite de l'inveniioa ^;
ne peut être contesté aux méridionaux. Ce procédé consiste eâ
ce que les couplets étant sur les mêmes rimes, l'ordre des rimed
change de couplet en couplet selon un roulement calculé t
iat;on i ramener périodiquement (par exemple de deux en deux
on de trois en trois couplets) la même disposition. Ainsi dans
b pièce de Folquet Anwrs, merce, jio tnoita lan soven, l'ordre du
premier couplet reparaît au troisième et au cinquième, et l'ordre
du second au quatrième :
I" coupl. abab bec
2' — chcb baa
y — ahab bec
4* — cbcb baa
S' — ■ abab bec
Cesi la disposition qui a reçu, à la fin du xiii' siècle, le nom "
de Cansa redonda. Guiraut Riquier a composé en 1282 une pièce
intitulée dans la rubrique « canso redonda et encadenada de
motz e de son » {Pus sabcrs nom val ni sens, Mahn, IVerke,
IV, 32), qui présente le même arrangement que la pièce de
Folquel :
I" coupl. abab acdcdc
2' — cdcd cababa
3' — abab acdcdc
4' — cded cababa
5= — abab acâedc
6' — cdcd cababa
Il est des dispositions plus compliquées. Ainsi dans la pièce
en huit couplets Molt m'es bon e bel (P. Vidal), les couplets sem-
blables sont respectivement I et V, H et VI, III et VII, IV et VIII.
On trouve en français de rares exemples de cet enchaînement dont
l'idée me paraît appartenir indubitablement aux troubadours. Je
citerai comme particuUèrement notable la pièce de Rogicr
d'Andeli Ja por ce se d'amer me ditetl', dont les cinq couplets
sont rimes comme suit :
I. Chamonsdt Roger SAndeli, p. p. A. HÛroa, Rouen, 1883.
I" coupl. abab bcccddu
2' — ebeb bcccddaa
3* — ahab bacddee
4* — cbtb kccdda
5' — abab bcccddaa'
Je suis également porté à considérer comme étant d'origine
exclusivement provençale l'usage des riiiuis derivalivas. Les Leys
d'attwrs (I, 184) appellent ainsi des rimes alternativement mas-
culines et féminines qui dérivent réellement les unes des autres
en ce sens que la rime féminine reproduit, avec addition d'une
terminaison féminine, la rime masculine précédente. Ainsi
après une rime en art vient une rime en orla, et ainsi de suite.
Cet artifice est fort ancien en provençal, puisque Bernard de
Ventadour en offre déjà des exemples^, antérieurement aux plus
anciens trouvères connus. En français nous l'observons en un
^^^^■^ petit nombre de chansons. La pièce anonyme Hautement S amours
^^^^E* s€ plaint, conservée parle seul chansonnier de Berne (IVackernagel ,
^^^Hp n" sxviij), offre les séries atnt-aindre, oil-oile, ts-ist, ent-endre.
^^^^^ Voir encore une pièce publiée ici-méme, FV, 379, d'après un
V ms. de Cambridge, et la chanson de Rutebeuf (2'éd. de Jubinal,
B I, 103) sur Ancel de l'Isle Adam. Mais, dans notre ancienne
H poésie, cette recherche n'est pas limitée aux chansons : elle a
B pénétré vers le milieu du xill' siècle, ou peut-êire plus tard
V encore dans la poésie narrative, comme on le voit par divers
B exemples cités dans mon livre sur Alexandre le Grand dans la
K littérature du moyen-âge, II, 195-6. Assurément il n'est pas
^L absolument impossible qu'un trouvère et un troubadour aient
^^^H eu indépendamment l'un de l'autre l'idée de cette ingénieuse
^^^^^V disposition, mais, si l'on considère la date et le caractère des
^^^H^ pièces françaises où elle parait, on sera d'avis qu'un emprunt
^^^™^* est, dans le cas présent, beaucoup plus probable qu'une ren-
W contre fortuite.
I
L =
I
1. Od voit quclepoite, si le texte est
gulirili. Le quatrihnc couplet devrait s
onect, s'cit permis une petite irrâ-
teraiiner pai oj et le cinqiùème
a. Dans la pièce ^rd w vei lu^ir soleil, 00 en lrou\-cles limaài-tila.ai-aia
(Mahn, G(^/., no xxjui, et dans la piice Btl m'es quital euvti la tnailla (Ged.,
n« xxxvn) où alierneni les rïmes unit et uailli, m et oiut, ir ei ira. Cf. Appel,
Ltien u IMer d, troiA. P. Sogitr, p. 24.
U POÉSIE DFS TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 21
Il y a un genre de poésie provençale qui a passé en français,
non pas toutefois sous son nom original, c'est la dansa qui est,
comme je vais le montrer, identique au vircU ou virelai français.
Cette démonstration vient en son lieu à la fin do ce chapitre, car
l'adoption, sous un nom nouveau, de la dansa provençale a eu
lieu assez tardivement, vers la fin du xiie' siècle, à ce qu'il
semble.
La dansa a été_trés exactement définie par les Leys (I, 340-2).
Cest une pièce composée de trois couplets, d'une lornàda et d'un
refrain. Les couplets, naturellement égaux entre eux, se com-
posent chacun de deux parties. La première partie est indépen-
dante en ce qui touche les rîmes; dans la seconde partie au con-
traire les rîmes doivent être semblables pour tous les couplets,
et semblables aussi non seulement aux rimes Oe la toniada, ce
qui va de soi, mais encore aux rimes du refrain. On possède un
assez grand nombre de dansas provençales, dont aucune ne
paraît antérieure au milieu du xiii* siècle. J'en aï publié deux,
d'après le ms. Gîr3ud,'dans mes Derniers troubadours, sous les
n"XVIIIetXIX; B.irtsch apublié, dansses J5('Htm^/(T(pp. r-.^),
celles qui se trouvent à !a fin du ms. B. N. fr. 1749 '. Je vais
transcrire celle que les Leys d'amors citent en entier, III, l6o,
et en partie, I, 286-8, 290 :
Bcs sabers. joyci
Me foylx^e bandas,
D'amor agradiva.
1 Bos sabers me fay lo cor giy,
Qjiar veray pretz ha d'onor.
Bela/or non say, don morray
S'ieu non hay breumcn s'amor,
Ay I cor grades,
Lunh' autr3 ses vos
No m'es agradiva.
I. Il les attribue, saos raison, dons son Grundriss, p. iji, à Guiraat
il'Espagnc. L'une, La gaia irmhlaiisa (Tknlim., p. }-4), est adressée â une
comtesse Beatrix probablement, la Bcatrii de Savoie, qui <!pûusa en Jiîo
Riimon Berenger, couiie de Provence, et en 1246 Charles d'Anjou. Elle
mouiuien 1267.
22 P. MEYER
II Bos sabers, tant es gays e pies
De totz bes qu'en sa preyzo
M'a liât e près e conques,
Tant que res dar guerizo
Nom pot, mas vos, pros,
Am cor valoros,
Plazens agradiva.
III Bos sabers me part amb un dart
D'un regart quem fe Tautrier,
Tant que nos départ de la part
Vas on art Amors e fier.
Bem faytz deziros,
Gays cor amoros '.
Tant etz agradiva'.
Bos sàberSi gaujos
Fora moi, s*ieu fos
Am vos agradiva.
On voit que le refrain, écrit au début, est identique pour la
forme à la seconde partie de chaque couplet, et l'identité devait
s'étendre à la mélodie. Je suppose qu'on reprenait ce refrain
après chaque couplet, encore bien que, dans le texte donné par
les LeySy la reprise ne soit pas marquée. A la fin de la pièce le
refrain était remplacé par un demi-couplet, de même mesure et
de même mélodie, comme on peut le voir non seulement dans
l'exemple ci-dessus, mais encore dans les deux dansas imprimées
dans mes Derniers troubadours. On remarque que la dansa des
Leys ofl&re des rimes intérieures. Mais c'est là une recherche
exceptionnelle.
Passons maintenant au virelai ou chanson baladée, et d'abord
établissons que ces deux termes désignent le même genre de
poésie. Dans le Remède de Fortune de Guillaume de Machaut, on
lit:
Lors, sans delay
Encommençay cest vireky
QtCon dainmt chanson baladée.
(B. N. fr. 1S84, fol. 74.)
1. Valoros, I, 288.
2. Le texte id reproduit est celui que les Leys citent III, 160-2, mais à un
autre endroit, I, 290, le même ouvrage remplace ce demi-couplet par la partie
correspondante du premier couplet.
LA POÉSIE DES TROltvÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 2}
Dans le Foir dit du même :
L4 fume; scn-i Je dous lais,
D'entrcmés et de vîrclaû
Qu'an chinu chaînons bahdies.
(Ed. P. Paris, p. 15 lO
Dans Y Art de diclier, d'Eustache Descharaps, éd. Crapelet,
p. 274 : « Après s'ensuil l'ordre de faire chamons baladées que
• l'en appelle lirelais'. »
Voici maintenant une chanson baladée, tirée du Foir dit de
Mâchant, qui offre tout h fait la même disposition que celle des
Lcys. Je marque par un — la division en deux parties de chaque
couplet.
Douer, plaùani et dcbonnaire,
Oftqius ru vi vo doui viairi
Nt it vogenC cors la biaut/.
Mais Je -nous jur en loiaiiU
Que SUT tout vous aim sans meffairt.
1 Certes, et je fais mon ieù.
Car j'ay mouk bien a perce û
Que de mon m'avez respîié
FTanchement sans avoir treû;
Qji'a ce faire a Amours meû
6 Vo gentil cuer plain de pilé.
— Si ce doi pas esire contraire
A laîre ce qui vous doit plaire
A tous jours mais; qu'en verilé
Mon cuer avis et m'amisti
1 1 Sans pATtir, en vo dous repaire
Doua plaisant et debonnairi...
n Ne m'uvex pas descongneû,
Ains m'aveï \xés bien cogneû
I . J'ai fait remarquer ailleurs (Bulletin de la Soc, des anc. lexUs, 1886, p. 84,
noie i) que, dans le ms, (B. N. fr. 840) qui a servi à Tédition, les exemples
de virelais ou chansons cit^ par E. Deschamps sont, par erreur, précéda de
la rubrique serventoys, erreur d'autant plus évidente que Deschamps vient
4c dire qu'il ne citera aucun exemple de servenlois. D'ailleurs
mêmes dtéa sous la hasse rubrique terventais se retrouvent dans le mâme
ptnni les virelais (éd. Qpcux de Saint-HiUire, III, n» 726, 737, 7J3).
i pièces j^^l
J
24 p. MEYER
Par vostre grant humilité
En lit de mort ou j*ay geO ;
Belle, quant il vous a pleû,
6 Qpe vous m'avez resuscité
— Si que je ne m'en doi pas taire,
Ains doi par tout dire et retraire
Le grant bien qu'en vous ay trouvé,
La douceur, le bien Tonnesté
1 1 Qui en vo cuer maint et repaire.
Douce plaisant et débonnaire. . .
m Et de fortune m'a neO
Et fait dou pis qu'elle a peu,
Vostre doucour Ta sormonté
C2pi m'a de joie repeû
Et sa puissance ha descreÛ
6 Et son orgueil suppedité.
— Pour ç'avez mon cuer, sans retraire,
Qu'Amours, qui tout vaint et tout maire,
Le vous ha franchement donné.
Se li vostre le prent en gré,
1 1 Onques ne vi si douce paire.
Douce plaisant et débonnaire.,,
(Ed. P. Paris, pp. 77-8).
C'est la disposition même de la dansa provençale, sauf que le
refrain est partout le même, au lieu que dans l'exemple pro-
vençal cité les paroles du refrain sont modifiées à la dernière
reprise, la mesure et la musique restant toujours les mêmes.
Je dois ajouter que les virelais n'ont pas toujours trois cou-
plets : beaucoup n'en ont que deux', d'autres un seulement; ce
dernier cas est rare.
Les noms de virelai et de chanson balada n'apparaissent pas, à
ma connaissance, avant Guillaume de Machaut, mais si le genre
de poésie ainsi dénommé est d'origine provençale, comme je le
crois, il est à supposer qu'on doit en rencontrer des échantillons
en français avant le temps où Machaut composait, c'est-à-dire
avant 1330*. C'est en effet ce qui arrive. Voici un exemple que
1 . Tels sont le plus ordinairement les virelais de Christine de Pisan.
2. Le premier document que nous ayons sur Guillaume de Machaut est de
cette date; voy. Thomas, Bpmania^ X, 328,
LA POÈSŒ DES TROUVÈRES ET CEtLE DES TROUBADOURS 25
j'emprunte aux Oianscms, ballades et rondeaux de Jehannoi de
Lescurel, publiées par M. Je Mootaiglon (pièce xx) '.
Daine, lo ugan m'ont mis tn la voit
Dt tmii amtr et sttvir tl lotr.
1 Loîal amour aii très bone iventure
Qjii m'a navrii d'une douce pointure
Si tris plaisani qa'en quel lieu que je soie,
M'esieut a vous du tout en toui penser.
Dame, vo regan
n Dont doi je bien ejti% en envoiseùre,
Cit bonne estes et de geme faiture.
Li Muverain me lient tou2 jours en joie.
Et tout aussi de merci espérer.
Dame, vo rrgan
m Amour graci, par qui j'ii mis ma cure
En vous amer, très noble créature. ,
JamËs de vous partir ne me querroie
Dame, vo regars
Je ne trouve pas d'exemple plus ancien de ce genre de poésie,
qui a dû pénétrer dans le Nord dès la seconde moitié du
xiii* siècle. C'est, en somme, une variété de la ballade, avec cette
dîlîèrencc notable que le refrain a la mesure d'un demi-couplet,
et reproduit la mesure et les rimes de !a seconde partie de
chaque couplet- La ressemblance imparfaite avec la ballade
explique le nom de o chanson baladée u ; quant au nom de
virelai, il est sans doute ancien, mais on s'est constamment
mépris sur sa signiticatian. Le P. Mourgues, en son Traité de la
poésie françaistt cité par Littré (Supplément au mot virelai)
dc6nil ainsi le virelai, qu'il regarde comme une variété du lai :
« Les poètes, après avoir conduit quelque temps le lai sur une
« rime dominante, le faisaient tourner ou virer sur l'autre
• rime, qui devenait dominante à son tour, n C'est pure fan-
taisie. Les anciens auteurs de traités de versification française
n'ont pas été plus heureux. Henri de Croy, dans son Art et scieme
]. On n'a pas de renseignement précis sur ce poêle, que l'on a proposa
d'identifier avec un s Jehan de Lescureul » ex&uté à Paris en 1503; voy.
ftonoii^, XIV, )iD.
26 p. MEYER
de rhétorique pour faire rigmes et balladeSy imprimé pour la première
fois en 1493, donne un exemple de rondeaux doubles a qui se
« nomment simples virlais pour ce que gens lais les mettent en
a leurs chansons rurales ». Sibillet, dont Y Art poétique français
fut imprimé en 1548, dit : « Virlay est vers lyrique ou laïque,
c'est-à-dire populaire ^ » Cette bizarre explication a du moins le
mérite d'avoir conser\'é le souvenir de l'origine populaire du
genre. Virelai^ plus souvent vireliy désigne originairement un
air populaire, un dorenlot, comme valuru, valura^ valuraine^^
comme viroh viron viron vai^ ou vasdoi vaidau^. La pastourelle
de Jean de Renti (Bartsch, Rom. u, Past.y p. 292) a pour refrain :
Smy sus au virelin, sus sus au virelai ^ et les paroles qui précèdent
ce refrain prouvent qu'on entendait par virelai un certain air
{Et Bernes se va cantant \ KHI dira du virelai; \ Cil, ..,Ki orront le
virelai, etc. On trouve même, à la fin du xni* siècle, le mot
vireli employé comme synonyme de ballette ou ballade, car la
ballette 53 du chansonnier Douce, à Oxford (fol. 229 de l'an-
cienne pagination), se termine ainsi :
S*an vuel dire par amistei
Et par dousor
Ke cis virelis ke j*ai trovcit
Me vient d'amor.
On conçoit donc que virelai ait été peu à peu appliqué à une
certaine variété de la ballade.
IV. — DÉNOMINATIONS ADOPTÉES PAR LES TROUVÈRES.
Entre les divers noms que les trouvères ont donnés à leurs
compositions, je n'en vois que trois qui viennent du provençal,
serventoiSy estatnpie et ballade, et encore pour le premier la certi-
tude n'est-elle pas complète. De l'estampie je ne dirai rien ici.
1. Ces textes ont déjà été cités par F. Wolf, Ueber dû Lais, p. 320.
2. H. Lavoix, La musique au siècle de saint Louis y dans Raynaud et La voix,
Rec, de motels français , II, 363.
3. Romania, VIII, 85.
4. Flamenca^ v. 1062, et voir la note de la traduction, p. 292-3.
LA POÉSIE DES TBOUVÈRIS ET CELLE DES TROUBADOURS 27
Je crois avoir suffisamment établi, il y a vingt ans, l'origine
provençale de ce genre de poésie '.
Sirventis est la forme la plus ordinaire en provençal. On
trouve aussi sirventcsc et le féminin sirventesca pris substantive-
ment'. La finale -esc -esca correspond au suffixe latin -iscus,
tandis que la finale -es correspond au suffixe -ensis. Notons
cependant qu'on ne rencontre pas de forme féminine en -esa.
Outre sinvntts, on trouve servenks, mais dans des textes assez
peu anciens J ou écrits par des Italiens, Les plus anciens exemples
de ce terme sont de la seconde moitié du xii' siècle, Marcabrun
aurait fait « de caitivetz sirventes », au rapport de son biographe,
mais lui-même n'emploie p,is cette expression. Il faut, pour la
rencontrer, descendre jusqu'A Rarabaut d'Orange -i, Guillem de
Berguedan ', Marcoat, Bertran de Born. La meilleure définition
du sirvcntés est probablement celle que donne Hugues Faidit
dans le Dotiat proensal : « Sirventis, id est cantio facta vituperio
aiicujus u (éd. Siengel, p, 7). Le sirventes ne se distingue en
effet de la chanson que par le sujet, puisque la « cansos a
est spécialement une poésie d'amour, Diez^ veut que sirventes
vienne de servir : ce serait une poésie faite par un serviteur, par
an poète de cour en l'honneur de son seigneur. Rien n'est plus
improbable, car d'une p,irt les sirventes n'ont pas ce caractère,
et d'autre pan, si cette ètyniologie était fondée, la forme la plus
babiiuelle serait surventes et non sirventes. Je tiens que le sirventes
est la pièce composée par un sirvent, c'est-i-dire par un sou-
doyer?. Les sirvent:^ formaient, au Midi, une classe très nom-
breuse dans laquelle la poésie a dû se développer de bonne
heure. Du reste, que cette étymologie soit juste ou non, l'appli-
cation qu'on a faite du terme sirventes paraît être sans rapport
avec son origine, et c'est par une autre voie qu'il faut chercher
si le terme lui-même a été inventé dans le Midi, d'où il serait
passé dans le Nord, ou vice versa.
I. IfS dernUrs troubaJuurs de la Pravttice, p. 8i.
I. Voir, pour ces fonnes, Raynouard, L^x, rom. V, 238,
j. Par CI. dans Ftametua, v, 1182.
J, Dans M piicu £!fp/a/î, v. j, dans mon RtciirU, p. 78.
i- Malin, Gn/„ n-' 678, 679.
, Potiù der Troubmlmirs, p. 112; F.tym. Wccrt. Ile.
7. Voy. Romoûa, X, 264.
28 p. MEYER
La forme correspondante en français est serventois^ parfois
sirventois^. Ce nom apparaît dans les textes du Nord aussi tôt,
sinon plus tôt, que sirventes en provençal, et paraît désigner
d'abord des poésies d'agrément, non pas, comme plus tard, des
chansons religieuses 2. Comme en provençal, on a appliqué
cette dénomination à des chansons ayant un caractère politique.
De ce nombre est la pièce d'Alart de Caus, citée ci-dessus,
p. 15. On peut signaler encore les serventois (ainsi désignés à
l'envoi) Li nouviaus tans que je voi repairiery de Jacques de
Cisoing 3, et ^ tout le mont vueil en chantant retraire^ de Philippe
de Navarre 4, qui sont tout à fait analogues aux sirventes
provençaux.
Le prov. sirventes et le fr. serventois étant évidemment le même
mot, pris dans un sens spécial et s'appliquant, au moins en cer-
tains cas, au même genre de poésie, il serait bien invraisemblable
que cette dénomination eût été inventée simultanément et indé-
pendamment au Midi et au Nord. Il est tout 'naturel que des
1 . H est à peine besoin de dire que dans l'Ouest la finale est en -eis.
2. Les plus anciens témoignages sont fournis par Wace. Le premier est
assez peu précis :
Mais or pois jeo langes penser,
Livres escrire e transUter,
F«ire rumanz e serventeis^
(Wacb, ISotf, 1$ 1-3 ; p. 294 de mon Rtcueil.)
Mais celui-ci indique mieux le caractère de ce genre de poésie. Parlant du
duc Richart, en guerre avec ses voisins, Wace s'exprime ainsi :
Vit ses damages granz, nel tint mie a gabeis
K'entendi mie a gas n'a faire urventeis.
{RoUf w. 4146-8.)
Cela équivaut à dire que Richard ne pensait pas à s'amuser. De même dans
un des textes du Chastie Musart :
J'ai (ait fabliaus et contes, rimes et serxKinkM^
Pour desdoire la gent environ cui j'estois.
(B. N. fr. IS9Î, ^- Ï39; Zeitsehriftf.
rom. Phil.f IX, 329.)
Dans le Dit des deus troveors ribaus les sirvmtois sont classer avec les
rotruenges, les pastourelles, les fableaux :
Je sai conter beaz dix noveax,
Rotruenges viez et novcles,
Et sirvtntois et pastoreles.
(Jubinal, Ruieheuf, 2< éd., III, 12.)
3. Scheler, Trouvères belges, II, 74; cf. Hist, îitt, XXIII, 635.
4. Gestes des Cbiprois, éd. Raynaud, p. 61 (Société de l'Orient latin, 18S7),
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 29
lermes ayant un sens général tels que chanson, vers, trouvère,
même, se retrouvent à la fois au Nord et au Midi, sans emprunt
de pan ou d'autre, mais une désignation aussi particulière que
sintrius doit avoir une origine locale. Cette origine est-elle
provençale ou française?
Je crois que si les exemples de ce mot sont, au Midi, d'une
date un peu moins ancienne qu'au Nord, c'est pur hasard. Le
mot a dû être créé dans le Midi, d'où il sera passé, dès h première
moitié du xu* siècle, dans la poésie des trouvères. Ce qui nie
le fait croire, c'est la forme même du vocable, en français
srrvenlois ou strventoîs par cri. Créé dans les provinces du Nord<J
de la France, ce mot serait écrit servantùis, par an, forme qui se 1
rencontre quelquefois, i la vérité, mais seulement dans des *
textes qui confondent m et an en un môme son. S'il en est
ainsi, le mot scrvcniois serait l'un des plus anciens exemples de
l'influence de la poésie des troubadours sur celle des trouvères.
L'influence me semble, du reste, s'être bornée à l'introduction
d'un nom qu'on a appliqué -H des poésies qui, tant pour la forme
que pour le fond, n'ont rien de particulièrement provençal.
Ballade nous fournit une autre preuve très sûre, mais moini
ancienne, de la même influence. Le prov. hallada, comme l'ii
hallata, désigne originairement un chant destiné à marquer la
mesure en dansant; baîlare a déjà, en latin des bas temps, le
sens de danser '. La ballada provençale est une chanson à refrain
ayant ordinairement de trois à cinq couplets. La pièce de Peire
Vidal, La lau^eC d rossinhol (éd. Bartsch, n" 1 1) est une hallada.
Le nom est attesté dès ta fin du xn' siècle : Raynouard en cite
un exemple de Pons de Chapteuil.
Le nom français correspondant est ballete', qui, dans le
chansonnier Douce, désigne une poésie composée en général de
trois couplets à refrain ^ comme seront plus tard les ballades
I. Da CsDge, BAijutE. Je pense que c'est à lort que Diez (Etym. fPctrt.
BALlare), suivi par Littré, rattache balîare à baïUi, balle ou paume. Mais ci;
qui est tout d fait extravagant, c'est l'ftymologie proposée par Rcenscli [Dos
Bik6 Jer Jtibi],au, Leipzig, 1874, p, 48S note) qui f^C venir ballalu de BaXXà!,
tiom (l'une servante de Rachel dans le livre des Jubilés ou Petite Centoe.
3. Ce moi manque dans le dîci, de M. Godefroy.
}. Voy. les spjcimens publiés dans mes Rapports, pp. ZJ6-9.
30 p. MEÏER
proprement dites. Je ne vois pas de raison pour soutenir que
ces balletes soient d'origine provençale. La forme et le nom sont
assez simples pour avoir été trouvés indépendamment au Nord
ei au Midi, et d'ailleurs la ballada provençale n'est pas toujours
réduite àtrois couplets. Mais, dans la seconde moitié du xiir siècle,
le nom ballade fut introduit dans le Nord, et il est de toute
évidence que ce nom, ne pouvant i cette date avoir une origine
italienne, a été importé du Midi. Il eut du succès et supplanta
ballete. Pourquoi ? Nous n'en savons rien. Autant vaut demander
pourquoi, depuis l'Exposition de 1878, l'anglais tkht est en voie
de remplacer le français billd. C'est affaire de mode.
Le plus ancien exemple du mot ballade a été signalé par
P. Paris dans VHistoire lUtcrairc, XXIII, 616. Il se trouve à
l'envoi d'une pièce de Wiben Caukesel, trouvère qui devait
composer un peu après le milieu du xiii' siècle'. Voià cet
envoi, d'après le chansonnier de Noailles (B. N. fr. 12615).
A ma dame, haraii', présenter
Te voil; di U par moi sans celer',
Ke de sa cose empirier et grever
N'est ce pas conoisie.
Diexl ki a bmm amor,
S'il s'en ripent nuïjor,
Bfait grant villonie.
C'est bien en effet une ballade, qui toutefois a cinq couplets
et non trois. La forme barade est singulière. Est-elle correcte?
Le copiste, qui a écrit en deux mots bara de, comme s'il ne
I. A la fin de l'une de ses pièces, Fia cu^rs emanauris, Wibcrt Kaukesel
tût mention de Jean Erart, de Bouieiller et de Dragon ;
(B. N. ft, 844, M- m *-)
Jehan Erart et Colan le Bouteillier sont des trouvères bien connus du milieu
ou de la seconde moitié du xm« siècle. Dragon est désigné comme juge dans
un assez gnnd nombre de jeux partis du même temps; voy. L, Passy,
B»\. de TEcoU dn Charles, 4' série, V (1859), 20, 2j, 24. îS, 27, a8, 29,
ÎM, }S2,476. 477. 479.
3. Sic. Ce vers est trop court.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 3I
comprenait pas, a-t-il bien traoscrit son original, ou a-i-il écrit
r pour l? A la vérité barade n'est point inadmissible : ce serait
«ne forme gasconne. Toutefois on voudrait pouvoir vérifier cette
leçon sur un autre ms. Malheureusement 011 ne le peut pas. Le 1
ms. fr. 844, où cette même pièce est transcrite, au fol. i^S, 1
mutilé en cet endroit comme en bien d'autres, et la mutilation"!
a enlevé l'envoi qui nous intéresse.
Après cet exemple, le plus ancien que nous ayons du mot
ballade est fourni par le /f« du Pekrîn, d'Adam de la Halle,
composé vers 1300, où l'un des interlocuteurs, parlant d'Adam
comme s'il était mort, dît de lui :
...savoit manchons faire,
Paitores et motfis entés ;
De che âst il a grans pknti^,
El haiades je ne sai quantes ■.
Il est à noter toutefois qu'aucune des ballades d'Adam de La
Halle ne nous est parvenue, du moins sous le nom de son
auteur.
Un témoignage qui est à peine de quelques années postérieur
est celui de Nicolas de Margival dans le DU de la Panihére
d'amours. L'auteur de ce poème non seulement fait usage des
termes balade ci baladde"^, mais encore transcrit les deux pièces
qu'il intitule ainsi. La haladek, dont la forme diminutive était
appelée par une rime (avec chancelé), est en petits couplets de
trois vers, plus un vers de refrain. Dés lors le terme balade est
courant i et les pièces ainsi désignées deviennent de plus en
plus fréquentes.
1- Œuvfcs amputes d'Adam de la Halle, p. p. De Coussemaker, p. 418.
2. VA. Todd. (Société des anciens ie\tes français), vv, 2295 et 2340.
J . Citons encore ce témoignage du roman de Fauvel, composé vers i } ' î =
(hi.*. /, -ïJ. .. ™.. w, vu, 44.0
Cci autre est rfré du romau du comte d'Anjou achevé en Iîi6;
Le plus
D exemple cité par Liitré est de Guillaume de Machauc,
32 p. 3ŒTElt
La ballade est, par nature, le noai même nndîqae assez claire-
ment, une poésie chantée. Je n'ai point 2 rechercher id i quelle
époque b mélodie a cessé d'être une parde essendelle de ce
genre de composition. Je ferai toutefois remarquer que toutes
les ballades insérées dans le lUgre: Guillaume^ poème composé
en 1339, étaient chantées. L'auteur le dit expressément en maint
endroit'.
Je m'abstiens de parler ici de la pastourelle, du jeu-parti et
de Valia^ parce que je crois que ces divers genres se sont déve-
loppés d'une fa^on indépendante au Xord et au NCdi. Là encore
on pourra obsen-er des traces d'influence provençale en telle ou
telle pièce française ^. Mais ce sont des faits isolés. La question
du reste est trop complexe pour qu'il soit possible de l'étudier
ici en passant.
V. — LA POfesiE LYRiaUE FRANÇAISE DANS LE UTDl
DE LA FRANCE.
Si les troubadours ont été assez souvent imités par les trou-
vères, ceux-ci à leur tour n'ont point été entièrement ignorés
dans le Midi de la France, et il est permis de supposer que la
poésie provençale leur a fait quelques emprunts. Il serait vérita-
blement étrange qu'il en eût été autrement, si l'on se souvient
que plusieurs poètes du Nord ont voyagé et même ont séjourné
dans le Midi, et si Ton considère la rapidité avec bquelle nos
chansons de geste et nos romans d'aventure se sont répandus
dans les provinces méridionales, comme en font foi, dès la fin
du XII' siècle, tant d'allusions éparses dans les chansons des
troubadours.
Il ne faut pas toutefois exagérer la portée des faits qui seront
groupés dans ce chapitre. Us prouvent que la poésie des trou-
vères a été connue dans le Midi, non qu'elle ait exercé sur la
poésie des troubadours une influence sensible. Cette influence.
1. Voy. Tédition de M. Schclcr, vv. 619, 730, 1148,2951, 3158, 3251,610.
Parfois les ballades sont qualifiées de chansons; voy. vv. 593, 922-3, 1589.
2. Ainsi la pièce à refrain de Philippe de Navarre Vautrier gaitai une nuit
fuse* au jour (GcsUs des Chiprois^ Société de TOrient latin, p. 65-7) est bien
dans la forme de Valba provençale.
tA POÈSŒ DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 33
en tout cas, n'a pu s'exercer qu'i une époque tardive, après les
premières années du mw siècle.
Raimon Vidal de Bezaudun avait assurément une certaine
connaissance de la poiisie des trouvères. Il avait remarqué que
le genre de la pastourelle y était plus richement représenté
qu'en provençal, puisqu'il dit, en un passage bien souvent cité
de ses Ra^as Je trûbar, que la langue française est plus propre i la
composition des romans et des pastourelles. Une autre preuve
en est qu'il cîte dans une de ses nouvelles ' les deux premiers
couplets d'une chanson française anonyme (CmisHki^ uioi, signor)
que deux de nos chansonniers nous ont conservée.
Avec Matfre Ermengaut nous sommes transportés à la fin du
xin' siècle, à une époque où, pour des causes politiques, l'influence
française commence à se faire sentir au Midi, Dans le Perilhs
IrMlal, qui termine le Bn-v'tari d'atnor, Matfre cite deux pièces
de Thibaut le Chansonnier^, et une fois une poésie i lui adres-
sée ', le désignant, à la façon des chansonniers français, sous le
nom de Roi de Navarre. Matfre citait les troubadours, qui pour
lui étaient déjà réputés antiques, d'après un chansonnier pro-
vençal analogue à ceux que nous possédons encore. Je présume
qu'il a cité de même Thibaut de Champagne et Raoul de
Soissons d'après un recueil des poésies des trouvères, je doute
fort que le séjour de Thibaut en Navarre ait contribué d'une
façon appréciable à répandre ses poésies dans le Midi. Nous
savons que sa cour était peu brillante, et les poètes qui ia fré-
quentèrent n'en font pas l'éloge ■<.
Certains chansonniers provençaux ont admis quelques pièces
de trouvères, mais dans une mesure très limitée, par comparaison
au nombre des pièces provençales qui ont pris place dans les
chansonniers français. Je laisse de côté le chansonnier d'Esté,
qui renferme, aux ff. 217-30, une section de chansons françaises.
I. So fo d tempi. Malin, Ged., II, îg; iil. Cornicelius (Btrliu,
«. 6)^ et suiv.; cf. Rmaaiùu, U, 269.
I. Mabn GrJ., I, 18), 188; éd. de Béziers, U, 4j;,4;3.
}. La pitce Sait dt Navarre et sire de Vtrtu, de Raoul do Soissons (WackW
Qi^l, AHfr. Lieder, a" xsvj) qui est anonyme dans quelques mis. Mal&4^
dcÀgnc l'jutcui par [es mots a us fiances n. Voy. Mahn, Cal,, 1, 19}, àd. d€
hixitts. 11.461.
4. Voir mes Derniers trouhadours de la Proi'ence, p. 34.
H™". XIX. j
34 ^- ^OEJESL
Cest en rccceil à part, cu'cn copiste înEen a joint à un recneil
moitié du xin- siècle. De mèrne, i Li îîn de chansonnier de
l'Ambroisienne (R. 71 supJ), est copiée une pastocreUe firançaise
connue d'ailleurs (Q^n ivi fua \ Li ncr en la prùi) ^. La pièce
étant copiée à la suite du recueil par une main italienne, on ne
peut pas affirmer qu*elle ait été recueillie dans le Midi de la
France. Elle peut être arrivée parune autre voie des pays de langue
d'oïl en Lombardie. Je n'attache pas non plus d'importance à la
présence dans le ms. de la Laurentienne XLI-42, fol. 65, d'une
pièce française placée sous le nom de Sordel. Si en effet cène
pièce a été admise dans ce chansonnier d'origine italienne, c'est
parce qu'elle passait pour être de Sordel, bien qu'elle ne soit
probablement pas de lui. Mais on peut dter d'autres cas où
l'admission de chansons françaises en des recueils spécialement
consacrés aux troubadours, prouve qu'elles ont été réellement
connues et goûtées dans le Midi de la France. Ainsi le chansonnier
du Vatican 3208 contient trois chansons françaises^ de chacune
desquelles nous possédons d'autres copies dans les chansonniers
français. Sans doute ce ms. a été exécuté en ItaUe, mais cette
circonstance est ici sans importance, parce qu'il reproduit à
n'en pas douter des extraits de deux chansonniers perdus qui
ont dû être composés dans le midi de la France.
Le chansonnier B. N. fr. 856, exécuté dans la partie occiden-
tale des pays de langue d'oc au commencement du xiv* siècle,
contient (fol. 376), sous le nom d'un Gautier de Murs du reste
inconnu, une pastourelle française, qui ailleurs se trouve ano-
nyme 3. Le même ms. nous a encore conser\é deux chansons
françaises 4, Tune (fol. 379) de Thibaut de Blaison {Anwrs ge m
me planh tniCy qui se retrouve dans le chansonnier d'Urfé
(fr. 22543), mais que les mss. français n'ont pas, l'autre
(fol. 350) de Pierre Espagnol (jOr Iruet:^ sus y francha corte:^a gans),
1. Bartsch, Rom, u. Pas t. y p. 109; cf. Jahrh.f. rom. u. engL Liter,^ XI, 3.
2. Voy. RomauUiy XVII, 304-$. L'une de ces pièces est la chanson S'otjqties
nus Jwm por dure dt'spartiey dont il sera question plus loin.
3. Texte dans Bartsch, Romdn:^cn u. Pastourelîetiy p. 358.
i\. Mahn, 0V</., n»» 729, 730.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS JJ
qui se retrouve également, et avec la même attriburion, dans le
chansonnier d'Urfé' et manque partout ailleurs.
Le chansonnier d'Urfii a admis sous le nom de Thibaut de
Blaison (Tibavt de Biiion, dans le ms.) une chanson française'
qui est anonyme ailleurs (Quant se resjoissent oisef).
Le ms. fr. 1749 renferme une sorte de danse ou de ballade en
français'.
Il est i peine besoin de rappeler que les deux pièces de
Richard Cœur-de-Lion Dalfin icus voii desrenitr et Ja nus hotii
pris, dont la première ne se trouve que dans des chansonniers
provençaux, sont proprement en français.
D n'a pas dû arriver fréquemment que des chansons fran-
çaises aient obtenu assez de popularité dans le Midi pour servir
de modèles k des poètes provençaux. Voici cependant deux cas
— qui ne sont sans doute pas les seuls — où ce fait s'est
produit.
Vnparlimen de Bertran* et de Sordel, composé aux environs
de 1230 ou 1240, commence ainsi :
Bertrans, la joi de dompnas e d'amU
Qli'ivett agut, ni ja nuUa sizo
Aureu, cove que perdaiz per razo,
01 preï d'annas c de cavallairia ;
Pero cela a cui vos etz aclis
Creira ses plus qu'ab annas siati fis.
Qpal voletz mais laîssar a vostra via,
retencr? qu'ïeu saî ben quai pcnria'.
Il n'y a pas de doute que Sordel a emprunté la forme de la
célèbre chanson d'Hugues de Berzè :
S'onkes nus hom, por dure départie
01 cucr dolent, dont l'ai je par raison.
Onkes toitrc ki pert son compaignou
Nu Al un )or de moi plus esbahie.
1. N" 8j7 de ma description de ce ms. Cette pièce ei la précédente ne sont
point relevées dans la BibliagiaplAe de M. C. Raynaud.
2. Barisch, Ram. u. Past., p, 343.
j. Bansch, Dtiihmalcr, p. 4.
4. Bcrtran d'Aurel; cf. Romania, X, 163.
5. Mahn, Ca/., n** 1266 et 1167. Je refais le texte i l'aide des deux copies,
36 p. MEYEX
Cavrmgtoe s tcreeîsoci pais»
Qïuciu se pin et ses conzis a=£s»
Mâîs n n'es: z=5 cocgits. ke ke xnis iîc.
Si dolerecs ke •Tsin: et d'asiîe.
L'imitadon de la forme est complère. Les couplets m et IV
riment dans la pièce française en -cndri^ -/, -or et de même en
provençal. On a vu plus haut que la pièce de Hugues de
Berzé avait été connue dans le Midi.
- Le second cas est un peu moins certain. D'une pan Guiraut
Riquier, d'autre part Gilleben de Bemeville. Ces deux poètes
sont contemporains. Il est possible, après tout, qu'il y ait eu un
modèle commun.
G. RlQICIER'. GnJ~ DE BERXEVnXE*.
A Miqucl de Castilho Quidoient li losengier.
Et a Codolen deman Por ce se il m'ont mend.
Si deu saber mal o bo C2pe je me doie esloingnier
De si dons a &n a3rman 4 D'amors et de mon ami. 4
S'il fa esgart non chalen En non Dé je Tamerai
A vista de tota gen. Et bone amor servirai
Si selat Kuit et jor,
Lo y fa de bon grat, Sans fere folor,
Mas res non Tautreya Et s'iere envoisie.
De so quel guerreya. 10 Chantant et jolie.
Il semble à première vue que, si des traces d'influence fran-
çaise doivent se manifester quelque part dans la poésie proven-
çale, ce soit principalement chez un troubadour des derniers
temps , comme était Guiraut Riquier, qu'il y ait chance de les
rencontrer; et toutefois je n'ai reconnu chez Guiraut Riquier
aucun emprunt bien caractérisé. Il a fait, à la vérité, des retroen-
chaSy poésies dont le nom indique l'origine française, mais l'imi-
tation n'est pas directe^ car la retroencha existait avant lui dans la
littérature provençale.
Retroencha ou retroen^ci est, en effet, un mot d'origine fran-
çaise. Le plus ancien exemple qu'on ait de ce terme dans la lit-
térature du Midi est, je crois, celui que nous fournit une pièce
d'Isnart d^Entrevcnncs , si toutefois, comme je présume, ce
1. Rcv, del. rom.f 4, II, iio.
2. Schcicr, Trouv. belges, I, 120.
LA POÉSIE DES TROUvtRES ET CELLE DES TROUBADOURS 37
troubadour n'est pas distinct da pcrsoonnge du même nom qui
fut, en 1220-1, le premier podestat d'Arles'.
Ekl sonet d'en Blacax
Sui tact fan envc^'os
Qjie descortz e chanzos
Vient ensuite, mais sans doute i bien peu d'intervalle, uttj
exemple de Flaniema :
Per lot' Alvergn' en fan cansos
E SETventes, coblas e sos
118) O eitTtbat o reiroencha
D'en Archimbaui com len Flamencha.
La date de Fiamenca peut être fixée, grSce à une ingénieuse^
découvene de M, Ch. ReviHout, à l'année 1234 ou 123 j ^. La
rrtromclfa figure aussi dans Venscnhamcn de G. de Cabrera, au
nombre des genres poétiques dont le jongleur Cabra ne saurait
citer aucun spécimen i. Ce témoignage n'est pas daté : il peut
être postérieur à celui de Flamenca, comme il peut être anté-
rieur, mais, dans l'un et l'autre cas, d'un petit nombre d'années
seulement *, J'en dirai autant du Trésor de Peire de Corbiac, où
l'auteur se vante de savoir retroemhas f dansasT. Au milieu du
XIII' siècle environ appartient !a vie de Raimon de Salas, où on
lit : « Raimon de Salas si fo us borges de Marseilla, e trobet can-
sos et coblas e retroenchas. n Les reirocnchas de Guiraut Riquier
I. Voy, Saoïil de Cambrai, éd. Meyer et Longnon, p. Ij, note 2,
1. H semble que dans cet exeniple retroeuia soit de trois syllabes, comme
U forme plus Lirdi\'e relroneha, i moins qu'on préfère supprimer 1.
j. Remorquons que l'auteur écrit ici Flamencha pour la rime. La forme
presque constante du ms. est Flamenca; en rime avec Iretica vv. 11 27, 7733 ;
tiec vmai (qui ne saurait "_élrc vendia), v. 1237; avec aprohenca, v. 2456.
4- Voy. Remania, V, m.
5- Battsch, Chmt. pnx'.,4' id., 8;, 4.
6. j'ai diidans la préface de Daurel et Bcton (p. i, note i), que je ne par-
tageait pus l'opinion de Milâ y Fontanals, îelon qui Veiismliamtn aurait été
eompmé wn 1 1 70.
7. Ed. Sachs, V. 816, Galvani, Osiervaiioni, etc., p. 336, Bartsch, Chrejt.
fr- 117. IS.
38 p. MEYER
sont datées de 1270, 1275 et 1279' ; celle de Jean Esteve est de
1281^. Retromcha s'est altéré, peut-être sous Tinfluence d'une
fausse étymologie, en retronchUy forme adoptée par les auteurs
des Leys (I, 346), qui en ont tiré le verbe retronchar (I. 286) î.
Mais l'altération paraît être plus ancienne que les Leys, car on
lit dans les Rut^os de trobar de R. Vidal (je cite d'après le ms.
Laudau) :
La parlâdura francescha val mais et es plus avînenz a far rotnanz, retromas e
pastorellas.
(Studj difiloî. roman^af I, 3 S?.)
RetromaSy qui est aussi la leçon du ms. Riccardi, est évidem-
ment fautif : la bonne leçon est conservée par le ms. de Madrid
sous la forme catalanisée retronxas^^ où on reconnaît la retrancha
des Leys. La même forme est donnée, avec définition du genre,
dans la Doctrina de compondre dictais "^^ qui fait suite, dans le
ms. de Madrid, aux Ra:^s.
Les exemples français remontent à une époque bien plus
ancienne. La forme habituelle est rotruengCy accidentellement
modifiée en retruenge, rotuenge, rotelenge.
Mult aveit par la terre plurs e dementeisuns ;
N'aveit vieles ne rotes, rotruenges ne sons.
(RoUj éd. Andresen, v. 2349-50.)
N*i aveit pas reprueces ne dite vilanie,
Mes suns e rotruenges e regretcr amie.
(Jordan Fantosme, v. 1305-6.)
Asquantes dient sons pur li (Rimel) rehelegrer,
Rotruettges et vers de chansons haut et cler.
(Hom, V. 1247-8.)
1. Mahn, H^erke, IV, 80-3.
2. Parn. occit.^ p. 347; G. Azais, Troubadours de Bêj^iers, 2« éd., p. 105.
3. Cest donc à tort que RajTiouard a distingué retronclxi (Lex. rom. V, 80).
et rctroncJxi (V, 481). C'est à tort aussi qu'il a rattaché reironcba et reiroficJMr
au latin truncare, et traduit retronchar par a retrancher, couper », le sens
étant répéter un vers, qui forme refrain. Sous retroencha^ Raynouard ne cite
que les exemples de Guiraut Riquier. On a vu qu'il y en a bien d'autres.
4. § 7, Romania, Vî, 346.
5. S$6et 22, ibid., 356, 358.
LA POESIE DES TROUVERES ET CELLE DES TROUBADOUHS 59
Li obeaus lii â afaitiés
A dire lais et nouveaus sons
El rotTucngii et chançons,..
(Lai de l'oiselet, éd. G. Paris, v. 90*2.)
Ge sai conter beax diz noveax,
Rotruengfs vicï ei noveles
Et sirventois et pasioreles.
(Iks Jeux bordeon ribau^, MonUiglon , Fahlimix,
p. 11 ; Jubiiul, Rutcbatf, 1° £J. III, iz.)
Si chantent li un rolruengrs.
(Roman de la Rose, v. 7S).)
De ce vicnent les beiutz notables
Oevres de mains fds delitables,
Noies et estampiez belles
De ces rotcUnges nouvcles.
(Renarllfcmilrefall,B.îi.ft. J69, fol. ii: d.)
Le glossaire latin français dont M. C. Hofmann a publié
incorrectemcm quelques extraits , traduit c e 1 c u m a ' par
rotuenge^, et au xv siècle encore, il est question, pour la der-
nJtre fois, je pense, Jes rothumges dans les Règles de seconde rhe-
toriqui; mais dès lors il est visible qu'on n'a plus de ce genre
de poésie qu'une notion obscure'.
A ces témoignages il faut ajouter, naturellement, ceux que
fournissent les auteurs de rotruenges à l'envoi de leurs compo-
rtions : Trà or veut ma reirawange définir (anon., mon Hecueil
d'aneiais Icxles, p. 377+); Ma rotruenge finera (G. de Soignies;
t. M. HofmanD lit eiUtiina! maïs la bonne leçon est dans Du Gange.
3. Dans le glossairc latin -Irançais publiiï par Escallier, d'après un ms. de
Douai, on lit » celeuraa rmieiigt », où il faut visiblement corriger rotï]"*^*.
î- Bibl. n»t., Nouï. acq. fr. 4237, toi, îO. Voici le passage :
ttitU cutlc t
4. Pî£ce publiéesous le nom de Gontierde Soignies, pArM.Schelcr, Troini.
bdgei, II, 4). M. Scheier s'en eomplilemcnt mépris sur le rhyihme de celte
pic«. n ne paraît pas avoir su que je l'avais éditée avant lui.
^o p. MEYER
Schcler, Trouv, belges. H, 12). Rotruenge, si f envoi en Bourgoigne
(id., ibid., n, 25); 5û rotruenge H envoi (id., ibid., II, 27), ma
rotrœnge finerai (id. ibid.. H, 71); Retrowange novelle \ Dirai et
bonc et belle (J. de Cambrai, Wackemagel, n° xlij).
Il n'y a aucun doute que rotruenge^ avec un 0, est la forme la
plus autorisée. Les deux exemples de retrowange, avec e, cités en
dernier lieu, se rencontrent dans un seul ms., le chansonnier
de Berne. Il faut donc rejeter absolument l'idée de Wacker-
nagel ÇAltfr, Ueder, p. 183), selon qui la forme correcte
serait conservée dans le provençal- retroensa, d'où Tétymologie
retroientia, inconsidérément adoptée par Diez(^â?r/. II c)^
Cette étymologie ne se discute même pas. Elle ne donne aucun
sens raisonnable, et alors même qu'on prendrait retroensa pour
le type le plus ancien, elle violerait toutes les lois phonétiques
auxquelles un mot comme retroientia peut être sujet. Rétro,
notamment, ne peut se conserver en roman : c'est r«>^ en prov.
et riere en français.
La rotruenge ^ est essentiellement une chanson à refrain, peut-
être une chanson à danser, comme le suppose Wackernagel.
S'il en est ainsi, ballade et rotruenge auraient fait un curieux
chasse-croisé, ces deux termes, désignant au fond la même chose,
auraient été importés le premier du Midi au Nord, à la fin du
xur siècle, le second, au commencement du môme siècle, du
Nord au Midi. Mais, en fait, il n'est pas sûr que rotruenge soit
proprement une chanson destinée à marquer la mesure d'une
danse. Ce qui me paraît le plus vraisemblable, c'est qu'à l'ori-
gine, rotruenge s'appliquait plutôt à la mélodie qu'aux paroles.
Il faudrait donc, ;\ mon avis, en revenir à l'étymologie indiquée
jadis par Le Grand d'Aussy, qui met en rapport la rotruenge
avec l'instrument à cordes appelé rote. Ainsi rotruenge serait
1 . Avant Wiickcrnagcl , et pcut-Otrc à son insu, elle avait été proposée par
le ct>nite C;.ilvani OssenHi^ioui siùla pœsia de' Trci'atori, p. 160.
2. w Les rotmenges étaient des chansons A ritournelles qu'on chantoit en
s\u\HMupagn.uit de la rote » Fahl, ou contins, I (hc éd.), 309. Roquefort, citant ce
p.i>saf;c d.ins son livre De Tc'/cï/ J<- ta poésie française dans les xiic et xiiP siècles,
l\ui>. itHiS), a tort d'ajouter que « jusqu'à présent on n'a pu déterminer le
»t caiactère du (sic) rotruenge^ dont on ne trouve aucun exemple dans les
«1 manuscrits !ran«;ois » Nous possédons, au contraire, comme on a pu le
voir plus haut, un assez grand nombre de rotmenges.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 4I
analogue à roterie, qui désigne un air joué sur la rok. Je ne suis
pas ea état de rendre compte exactement de h formation du
mot, où le groupe ru est embarrassant; la finale -enge, si je ne
me trompe, est le suffixe qu'on rencontre dans blaslenge, laidenge,
hsengt, etc.
Au fond, les Provençaux, en eiiipnmtant rotruetigc aux trou-
vtres, n'ont guÈrc fait qu'adopter un mot nouveau pour une
composition qu'ils avaient déjà, car, la mélodie laissée de côté,
i ne considérer que la forme, je ne vois pas de différence entre
les TOtruaiges françaises et les chansons provençales à refrain ,
telles que la Chamoncta leu et plana de Guiilem de Bergucdan.
n est probable, toutefois, que les chansons provençales de ce
genre étaient chantées avec accompagnement d'un instrument
autre que la rote*.
\1. CONCLUSION.
La conclusion qui se dégage des menus faits groupés dans les
pages précédentes est que la poésie lyrique du Midi et celle du
Kord se sont trouvées en contact et ont exercé l'une sur l'autre
une influence appréciable, l'action de la première se manifestant
i une époque plus ancienne et avec une puissance bien autre-
ment grande que celle de la seconde. C'est l'inverse de ce que
nous observons pour la poésie narrative. Peut-on aller plus loin
et supposer que la poésie amoureuse des trouvères a été conçue
dès l'origine à l'imitation de celle des troubadours? Pour ma
part, je ne serais pas éloigné de l'admettre en une certaine
mesure, pourvu que l'on concède aux trouvères une assez grande
part d'originalité. Je ne vois rien, à vrai dire, qui s'oppose à
une telle hypothèse, mais je ne crois pas, toutefois, qu'elle
ressorte avec évidence des faits connus. Ce qu'on peut dire de
plus solide en sa faveur, c'est que les éléments d'information
dont nous disposons forment une série bien incomplète. La
poésie amoureuse n'est assurément pas née en France avec
Cuene de Béthune et Hugues de Berzé. Cependant il ne nous
1. la rôle ne parait pas avoir tiû d'un fréquent usage dans le Midi ; li
exemples de nia soin rares. Raynouard, V, 116, eo cite un de Guiraut t
CiUnwn, auquel on peut ajouieri^JiiiJKnM, v. 597.
42 P- MEYER
est parvenu que de bien rares échantillons de la poésie anté-
rieure à ces deux trouvères. Or, c'est vraisemblablement dans
cette phase presque ignorée, vers le milieu ou la seconde moitié
du xii^ siècle, que nous aurions chance de rencontrer les traces
les plus nombreuses de Tinfluence provençale. Et d'autre part,
il n'est point du tout certain que les troubadours dont les com-
positions nous sont parvenues en plus ou moins grand nombre
soient précisément ceux qui aient servi de modèles aux trou-
vères. Nous ne connaissons au xii' siècle que les troubadours
les plus renommés , et particulièrement ceux qui fréquentèrent
les cours du Midi, mais il y eut assurément, au même temps,
une infinité de jongleurs de second ordre, dont les œuvres et
même les noms ne se sont pas conservés , surtout s'ils ont été
chercher fortune dans le Nord. En somme, nous opérons sur
des données incomplètes. Il manque des anneaux à la chaîne,
ce qui autorise certaines restitutions hypothétiques. Mais
l'influence d'une littérature sur une autre ne se manifeste pas
uniquement par l'emprunt de formes poétiques ou de certaines
idées destinées bientôt à devenir lieux communs. Elle s'exerce
d'une façon plus large et plus haute en excitant les esprits et
en faisant naître le sentiment de l'émulation. Si on se place à
ce point de vue, on reconnaîtra que l'influence de la poésie
des troubadours sur celle des trouvères s'étend bien au delà des
rapports matériels que Ton pourra jamais constater. Si, à la fin
du XII* siècle et au xiii"^ il se forma dans la France du Nord,
notamment en Champagne, quelques centres littéraires où un
certain genre de poésie amoureuse, pleine d'élégance et de
conventions, fut en grand honneur, c'est parce que plusieurs
cours seigneuriales du Midi en avaient donné l'exemple. En ce
sens on peut dire que la poésie courtoise des pays de langue
d'oui, et spécialement la poésie lyrique, est en une grande
mesure dans la dépendance de la poésie des troubadours.
APPENDICE
LES SOUHAITS DE PISTOLETA
L'exemple le plus caractérisé que je connaisse du passage
d'une chansoQ provençale dans la poésie du Nord de la France
est fourni par une pièce du troubadour Piscoleta. Il ne s'agit pas
ici seulement d'une transcription plus ou moins incorrecte,
exécutée par un copiste des pays de langue d'oïl : l'adoption a
été complète et est attestée par les remaniements divers qu'a
subis la composition originale. Pistoleta fut un poète de second
ou de troisième ordre. S'il faut en croire son biographe, il
naquit en Provence et commença par Être le jongltjur d'Arnaut
de Mareuil, qui était d'une tout autre région. Il se mit bientôt
i Iromfr à son tour, mais avec peu de succès. Il finit par s'éta-
blir à Marseille, s'y maria, se livra au commerce et fit fortune.
A ces notions, que nous n'avons aucune raison de révoquer en
doute, mais qu'il nous est tout aussi impossible de contrôler,
nous pouvons ajouter que dans l'une de ses pièces' Pistoleta
fait l'éloge d'un comte de Savoie, qui devait être Thomas I
(1188-1233), et que deux autres^ sont adressées à un roi
d'Aragon, probablement Pierre H ou Jacques I. Si en effet sa
carrière poétique a été assez limitée, comme il le semble, et s'il
a commencé par être au service d'Arnaut de Mareuil, tout porte
3 croire qu'il composait au commencement du xiil' siècle.
Disons enfin que, selon les apparences, nous n'avons pas le vrai
nom du poète : Pistalelay en effet, « la petite lettre », semble
être un surnom de jongleur, surnom assez approprié, puisque
ces utiles auxiliaires de la poésie sen-aient en une certaine
I. Mania grtii f as laeravilhar. dans le Paru, occil.^ p. jSi.
ï. Ailan iospîr; Mahn, Gaf., n° 304; AtK nuUs nuls hom, Napolski, Lebcn
*. fftrki d. trobadors Pon^ de Capduoill, p. loi ,
44 P- MEYER
mesure de poste aux lettres ^ Ce troubadour, qui ne se distin-
guait par aucune qualité éminente, eut un jour la fortune de
mettre la main sur une de ces idées qui sont de tous les temps,
que chacun a conçues et exprimées plus d'une fois en sa vie, et
dont personne ne réclame la propriété. Les idées de cette sorte
donnent la popularité à ceux qui savent les formuler à la satisfac-
tion de leurs contemporains. Celle que notre poète développa,
avec une évidente sincérité, se résume en un souhait de la
richesse et des biens qu'elle peut procurer : « Car c'est chose
« pénible d'être toujours, pauvre et honteux, à la recherche de
<c petits gains. Aussi voudrais-je me tenir confortablement dans
« ma demeure, accueillir les pauvres, héberger tout venant, et
« donner libéralement. Ainsi ferais-je, si pouvais, et si je ne
« puis, il ne faut pas m'en blâmer. »
C'est probablement pour arriver plus vite à la réalisation de
ses vœux que Pistoleta se fit marchand à Marseille.
Les souhaits de ce genre varient selon les époques et aussi
selon l'âge et la condition sociale de celui qui les forme. Pistoleta
ne demande pas la jeunesse, d'où nous pouvons induire qu'il était
encore suffisamment jeune; il demande surtout le moyen de
f;iire bonne figure dans le monde : il cherche à paraître. Un
pauvre paysan calabrais dont j'ai, il y a bien longtemps 2, rap-
proché les modestes désirs des souhaits de Pistoleta, ne demande
guère plus que le nécessaire :
Puissé-jo avoir deux mesures de blé,
de quoi passer ce noir hiver 1
Et puis je voudrais avoir une bonne baraque
pour faire des crèmes cuites et des fromages ;
et puis je voudrais avoir un bon cochon
pour faire du lard et du saindoux ;
et puis je voudrais avoir une fille belle comme la lune,
pour me tenir compagnie le soir.
Il est probable que les poésies populaires des différents peuples
renferment plus d'une pièce exprimant des vœux de ce genre î.
1. Voy. mon édition de Flamenca, p. 381.
2. Revue critiqtte, 1866» II, 301, compte rendu des Saggi dei diàktti greci
ddl Ilalia tturidionalc de M. Comparetti.
3. On peut citer par ex. quelques vers, qui semblent tirés de quelque
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 45
La pièce de Pistoleta se rencontre, sous sa forme originale,
dans huit chansonniers provençaux, dont voici l'indication avec
les lettres par lesquelles je désigne chncun d'eux dans les
variantes :
Paris, BiM. nat.fr. 854, fol. 138' A
MoDÈNE, ms. d'Esté, fol. 178 B
Milan, Ambr. R. 71 sup., fol. 103 C
Paris, Bib!. nat. fr. 15211, fol. 68 V D
— — — 856, fol. 336 E
Florence, Bibl. naz. 776 F 4, fol. Ixxx (venant
de S. Spirito) F
Rome, Vat. 3206, fol. 4 G
Paris, Bib!. nat. fr. 22543, '"'■ S^ «^ H
En outre, le dernier couplet est cité, sous le nom de Pisroleta,
dans le Breviari d'Amor, éd. de Béziers, II, 514'.
Entre ces huit mss., trois seulement, A B E, placent cette
pièce sous le nom de Pistoleta. Dans H et dans la table de E
elle est anribuce i Elias Cairel. Partout ailleurs elle est anonyme *.
poème devenu populaire, écrits
inifrieurdo ms. B, N, fr. 15468 (anc. Suppl. fr. 83) !
Cc&t mUie ocus ci ung bon fhcvil
Avoyr foii, uns )iFaii tratyr mal
t. Même texte dans le nu. I247}, fol. 123 il, qui
tu uitfe exemplaire du niémc recueil.
3. CE. Mahn. Ged. d. Tmib., I, 104-5.
;. Bartscb, dans sod Gruniria (;72, 3, |
pèoc esi attribuée à Pistoleta par i;2ii (ne
Milan {aaxrv Q. Elle est anonyme dans l'i
[US cettt erreur en ce qui concerne le m
inÉpiùc vient Je ce que la piàce de Pistolet
de troii pitces mises avec raison
Kragt, Situ poguis ma vduntat, c'
UA. loa, une pièce aDonyme, qui est en réalitij de Pistoleta Ane mais nuls hom
mr fe afodtrati, et enfin la pièce Âr aguts. M. Bartscha cm que ces deux der-
nières pi6xs étaient, comme les précédentes, aîtribuées à Cadenet, mais rien,
ni dani le ms. ni dans la description faite par GrQtzniaclier (Hctrig, Archiv,
XXXIti 198), n'autorise cette supposition.
. 179), affirme i tort que cette
e D) et à Cadenet par le ms. de
n et dans l'autre. Je ne m'explique
. Pour le ms. de Milan la
a est précédée, aux fol. 101 et 101,
n de Cadenet {Ail cum dona tic
■aild). Vient ensuite, ai
46 p. MEYER
Dans D elle est précédée de la rubrique QestCy qui veut proba-
blement dire « requête, souhait ». Dans f , il y a en tête le
mot oraty que M. Stengel, décrivant ce ms. {Rivisia difilologia
rofnanxfiy \, 30), rend par oratio; mais orat est provençal et veut
dire « prière, requête^ ». Dans G notre pièce se trouve entre
des jeux-partis et est précédée indûment de la rubrique /wr/fm^;[.
Il ne saurait toutefois subsister aucun doute sur la paternité
de Pistoleta. L'accord des mss. -4 5 £ et le témoignage de
Matfre Ermengaut constituent une preuve suffisante. Notons
en outre que la forme strophique abah ccddy Tune des plus
simples et des plus communes qu'aient employées les trouba-
dours, est assez habituelle chez Pistoleta, qui en a fait usage,
comme ici en des couplets de vers décasyllabiques, dans trois
autres de ses pièces : Aitan sospir mi venon mit et dia^ Ane mais
nuls hom nofo apoderat:^^, Bona domna un conseil vos deman.
Devenant populaire, la poésie de Pistoleta fut interpolée et
modifiée de diverses façons. Entre les interpolations qui seront
étudiées plus loin en détail, il en est une qui est encore d'origine
provençale : celle du ms. F, qui consiste en trois couplets dont
deux se retrouvent en deux copies exécutées en Italie. Une autre,
de deux couplets, nous est fournie par le seul ms. D : elle est,
selon toute apparence, d'origine italienne^. D'autres enfin, plus
nombreuses, ont été faites dans la France du Nord, et ont pris
place en des textes si transformés qu'on y reconnaît à peine
quelques fragments de l'œuvre de Pistoleta.
Il est curieux de suivre ces remaniements divers, en partie
indépendants les uns des autres, où l'œuvre primitive se réduit
au point qu'il n'en reste, en certaines rédactions, qu'un seul
couplet, le premier, tandis que de nouveaux couplets sont intro-
duits où sont exprimés des souhaits, parfois assez vulgaires,
mais toujours intéressants en ce qu'ils caractérisent l'esprit et la
condition de leurs auteurs.
1 . Ainsi dans la pièce de B. Paris (Gtiordo ieus fas) : Ni de Feton (ms.
d'Aifon , cf. Romamay VII, 456) lo fol orat quefe,
2. On sait que ce chansonnier (i 521 1) a été exécuté en Italie, à Texception
des cahiers du milieu, renfermant une collection assez complète des poésies
de P. Cardinal, qui ont été écrits dans le Midi de la France. Il y a, dans la
partie d'origine italienne, d'autres pièces interpolées, notamment Vaîba de
Guiraut de Bomeil; voy. mon Recueilj p. 83, note des couplets vi bis et vi ter.
LA POèsm DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 47
Le texte qui suit est, sauf les très légères différences marquées
en note, celui du ms. 854 {A).
I Ar agues eu mil marcs de fin argen
Et atrestan de bon aur e de ros,
Et agues pro civada e formen,
4 Bos e vacas e fedas e moutos,
E cascun jora .c. livras per despendre,
E fort chastel en quem pogues défendre,
Tal que nuls hom no m'en pogues forzar,
8 Et agues port d'aîga dousa e de mar.
II Et eu agues atrestan de bon sen
Et de mesura com ac Salamos,
E nom pogues ùlt ni dir faillimen,
4 Em trobes hom leial totas sasos,
Lare e meten, prometen ab atendre,
Gent acesmat d*esmendar e de rendre,
Et que de mi nos poguesson blasmar
8 E ma colpa cavallier ni joglar.
III Et eu agues bella domna plazen,
Coinda e gaia ab avinens faissos,
£ cascun jom .c. cavallier valen
4 Qpem seguisson on qu'eu ânes ni fos
Ben amescat, si com eu sai entendre ;
E trobes hom a comprar et a vendre,
E grans avers no me pogues sobrar
8 Ni res faillir qu'om saubes atriar.
IV Car enueis es qui tôt an vai queren
Menutz percatz, paubres ni vergoinos,
Perqu'eu volgra estar suau e gen
4 Dinz mon ostal et acuillir los pros
Et albergar cui que volgues deissendre,
E volgra lor donar senes car vendre.
Aissi fera eu, si pogues, mon afar,
8 E car non pois no m*en deu hom blasmar.
I. — I mils. — 5 chascun. — 7 no m'en , ms, nom avec une barre sur Pm.
n. — 2 cum. — 4 E t. — 7 pogueson.
m. — 3 chascun ...maint c. — $ amassât. ...cum.
IV. — I enoios. — 4 los bos.
48 p. MEYER
V Domna, mon cor e mon castel vos ren
£ tôt quant ai, car etz bella e pros ;
£ s'agues mais de queus fezes presen,
4 De tôt lo mon o fera, si mieus fos,
Qp'en totas cortz pois gabar ses contendre
Quil genser etz en qu'eu pogucs entendre.
Aissius fes Dieus avinent e ses par
8 Qpe rcs nous faill queus deia ben estar.
VARIANTES
I. — i. G blanc a.
2. £ F £t autres mil — G if fin a. — De fin aur e de ros était une locu-
tiott courante. On Ut au v. 4J0 du poènie de la guerre de Navarre : Det
lor .XX. milia onças de fin aur c de ros.
3. D £ pro civadas.
4. C £ bos e vachas — F B. e quavals.
$. D mils 1., G mil 1.
6. H fortz castels — B o me p., iif on mi p.
7. C no me p., D no mi p., F F nol mi p., H no lom p.
II. — 2. C G c. agui.
3. CFFCr£ no p. — D Che no — if due tou mos fatz fezes ale-
gramen.
4. B £ t. nom, C D G fi t. m*om.
5. B Lare e mercn pro tenen, D £ lare metc[n]t, H Francx e donan.
6. D Ben a. demandar — Ce vers manque dans H.
7. B pogues bon, F pogues hom — H Tal que nulh hom nom
pogues b.
8. C D G A ma, F £n mia, H Ni encolpar.
III. — I. C F domna e p., i/ pros don* e covinen.
2. C jD C, e cortes*, G C. e graza, H jovencta ab — G avinen respos.
3. if £ que agues .M. — A B maint c.
4. C otnet qu' — ff lai on ânes.
5. i4 B. amassatz, D B. asimat, F F B. arrezatz al miels qu'ieu,
H Gent arezatz al miels qu'ieu.
6. G £ trobesson, H £ que trobes.
7. D Ni g.
8. D Ch'icu sabes dema[n]dar, G q'hom saubes autreiar — F F N.
Sofranher rcs (F ren) qu*icu volgucs donar — H, ayant omis Je der-
nier vtot du V. 7, donne les deux vers sous cette jor me : E nulhs avers
nom pogues ni res falhir c*om pogues demandar ni dir.
V, — 2 etz, ww. es. — 6 eu manque, — 8 noill f.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 49
IV. Ce couplet vianque dans H et dans G il est d'um autre écriture que le reste du
ins. — i. E F G xoi Tan — D Car uei ce tuz uan ceren.
2. D M. fîaitz — F Gip. e v.
3 . G savi e gen.
4. A Bios bons.
5. C cui qi V., D £ a. a ce v., G qi que i v.
6. G E qi inqueres (pour E qim queres).
7. B feirra eu, E leyrieu, F feira (eu omis) — G Aisim fana (eu omis) —
D Ensil faria sel poges far.
V. Ce couplet nuinque dans D G H. H est cité dans le Breviari d'amor — 2. etz,
tous les mssy sauf £, o«/ es — 4 Brev, en f.
6. A omet etz ; tous les mss. ont es, sauf E et Brev, — C en që, F en
quem.
8. A noill f. — C Q.ê ren non f. qe.
Arrivons maintenant aux interpolations.
Le ms. D intercale entre les couplets III et IV les deux sui-
vants, qui sont bien mauvais :
III' E ieu aguesa iquest solament
Al segle durar tro c*a la finizos,
Jovens, gais, sens dol e sens torment,
4 £ al partir de ma vida perdons,
E nula gent no mi pogues co[n]te[n]dre
Cittat ni roca, s'ieu Ta volges pre[n]dre,
E toç so c'ieu volges despcnsar
8 £ donas e cavaliers a deportar.
Ili) E ieu âges tant de conoisime[n]t
De cascun hom de tut cel que e son
Qji'eu veses en mon proponime[n]t »
4 Tôt son affar com el fos poderos,
E com poges donnar o despe[n]dre,
O adstar o retemr o re[n]dre,
£ no volria om lausar
8 Ni plus ni men ce porta sun afar.
Le ms. F (San Spirito) intercale entre les couplets III et IV
les trois couplets suivants auxquels j'assigne les n°* III^, IIP, III> :
I. Ce mot suffirait à prouver l'origine italienne du couplet.
Momania, XIX.
3-*
Q-j^l 'Tdi^âer: -':•: U iz::; icc rc^.ùS3Ùxs^
X Hj izi'U Jzhi'.^ o: iil: 'vC^xr: hzr:-;
E ixif.^ 'Ké DUu: '^r. Xi -Vf iTiUnlri
Td rÀûz. tcr-us tzt Iz «v^ rrjiV t imtSre
8 £ pc^.ids lis ziJrj^ d'nfiTK p*^'
Cj^ trois couplets sont sûrement interpolés. Je ne crois pas
qu'aucun soit de Pistoleti. Pour !e premier, on pourrait, à
première vue, concevoir quelque doute. Il contient une allusion
évidente à la mort du roi Pierre II dWragon, tué à la bataiUe
de Muret (12 13). Or, comme Pistolea a adressé certaines de ses
pièces à un roi d'Aragon qui peut tort bien être identifié avec
Pierre H, il ne serait pas impossible qu'au nombre de ses
souhaits il eût introduit celui de venger la mort de son protec-
teur. Mais, outre qu'il est peu probable que la pièce ait eu plus
de cinq couplets, il faut reconnaître que si les couplets Hl^ et
lU} sont interpolés, et ils le sont certainement, lÛ^ doit être
dans le même cas. Le roi de Navarre mentionné au deuxième
vers doit être Sanche Vil (i 194-1224), à qui la victoire de las
Navas de Tolosa (16 juillet 1212) avait valu un renom glorieux;
voy. Guill. Anelier, Hist. de la guerre de Navarre^ vv. 14-84.
Qiiant aux couplets III^ et 1113, ils sont aussi faibles comme
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS J I
idée que comme expression et ne peuvent aucunement être
attribués à Pistoleta. Nous allons les retrouver, avec de nom-
breuses altérations, en deux autres copies.
La première de ces deux copies est Tceuvre d'un Italien,
comme certaines particularités de la graphie le montrent. Elle
a été écrite au xiv siècle, avec quelques autres morceaux tant
provençaux que français, sur l'un des feuillets de garde du ms.
Bibl. nai. fr. 79s ', qui est de la seconde moitié du xiii' siècle.
Dans cet exemplaire, la pièce a cinq couplets, mais trois seule-
ment, le premier, le second et le quatrième, se retrouvent dans
la chanson de Pistoleta. Le troisième et le cinquième ne sont pas
différents des couplets IIP et IIH du ras. de San Spirito. Je les
mets en italiques pour les distinguer nettement de ce qui appar-
tient réellement à Pistoleta :
I Hour âges heu mil marc du blanc argeni
Ee Auiretant de fin aur ei de rous,
E [ajges prou çivada et forment,
4 Bûu e vaches e fedas et motons,
E chacun jour mil livras pour despendie,
E fort chastel en qui en (sic') poges deffendre
Tal que nulz hom no m'i poges for^ar.
8 El âges pott d'aige doçe et de mar.
II El heu âges autreuni de bon sen
El de mesure corn hom ag (iiV) Sallamon,
E no pouges far ni dir falliment,
4 E irobas me leaus toute saison,
Larg et metent, proraetc[n]t ab ateiidre.
Gens accsmaç d'esniendar et de rendre,
E ja de mi no se poges blamar
5 En ma colpe chevalier ni joglar.
m £t heu m'isia tous temps (Taital jovent
Com hourt soi, t ja plus veui ni fas;
E tous mis fais plages a loiile gens
4 E laigagrs sabes sentante t doas.
i. J'ai Aotmé la description de ce ras. dans mon Saht d'amour (fiihl. de
r£c. ia(A..6«série,m(i867), 1)9, tiré à part, p. 16, et dans le t. I du Cala-
lapât dit m)î.Jt<m(iiis.
2. yw « pour quim, comme que ensegesson. IV, 4, pour quem s^tssoti.
52 p. MEYER
£ qutM fkxts Ai pc^jir e dtxatdre^
E mdlj nems n'i/t^ àw ccnUndre^
E q'Soà sAs h otrUÎ dnimir
8 De tout qudmt èom paissj m psu pensar.
IV Et heo âges bella domna pbissant,
Cointe et gaie ab avînent £içoq,
E chacun jour mil diavall' vaglent,
4 Que ensegesson om qu^eu allas ni £ias,
Gent acesmaç al meus qu*eu say entendre;
Et troubas prou a comprar et a vendre
Ni grant aveir ne mi pouges soubrar,
8 Ne riens faglir qu*eu sabes dexirar.
V £/ htu m\sUs a Dm tant Ujîment^
Qiu (1 m^bur fus JU t^tis s^s c^fr.^mmSy
Aussi Kvm es sdint Pcr (m sdini Jdun,
4 Ou suint L?ur^H}: tw JUs rru^lours htrons.
E ixyts nu Joi un souI Son jtfnJre
TjI ,»«*«< fvi^fs tresicu: U m<{n}à defendrty
Qui a Jamytunt 'u?u f^^u^es ^rma anJar^
5 Ei queîi en {vu^es celles aenjfer ^etar.
La coiupanùson de ce texte avec les mss. d'après lesquels la
pivVc de Pîstoleta a été éditée plus haut fait apparaître, pour le
pivtwicr couplet, une ressemblance marquée avec la leçon du
ms» du Vatican : I, u l*iifi: quand les autres mss. oni fin ;2y
[in au Hou de ^*«; 5, //;// au lieu de cent. Quant aux deux cou-
plets ajoutés, que nous avons déjà lus dans le ms. de San Spirito,
\K vaillent un texte indépend;\nt de celui que présente ce dernier
lUN, la U\on du ms. 795 est meilleure pour le dernier vers du
\\»upUt m {\W de San Spirito) : De tout quant boni pensa ni
i\ii^ i^wMV. /\v') /^7ij:jr, au heu de De tôt cant Ixvn sap ni pot pen-
\»*» Î\hu le couplet \' (IIU de San Spirito) les différences sont
UnV\ wMwidéiaMes.
l x^ x\\\MuU^ cv^pie des deux couplets IIP et IID de San Spirito
wvH^x N xV Uuui\iv^ par une Icyon très italianisée et très dénaturée
sl> la |M\\c de IMstolcta que M. Mussafia a publiée en 1867
vliw* U^ *.*>^ >,♦,'!» ^tit »ctn,tfiisJ\' uful cn^liscly Litcratur (VUI,
usx ^ sI^|mn^\ un u\s, dv^ la Bibliothèque Saint Marc, à Venise,
»»u\ umvuwv^ un KvMuan do la Rose. Je vais transcrire cette
'Nx\u^, ^\ns la U\Vn MU^iiuliètx' rubrique qui la précède, mettant,
vs^uuus iv»N\N\U\umont, on italiques les couplets qui ne sont pas
\l\ kS.uvK^a
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 53
Gestes sunt cinq agura\iî\çes U qud se fistrent ciitque cavaîers^ :^ascun por soi
meestne,
I Ora aùse mille marche d*arçant
Et autretant de fin or e de yos,
Et aûsse a pro çibadas
Bos, vaces, feudes et moltons
Et mille libre çascon zorno por dispeiidre,
Et forte chastel ou me poes défendre,
Si che nul home me poûst fublar.
Et aûse porto d'aqua dolce et de mar.
II Et co aûsse tant de seno
E de mesura cum unqua ave Salamon,
Ne no peccar ne far faliment
Et trovass me loyal toute saison,
Large, prometent e bien attendre
A cesccun demandidor de bien rendre.
Et che nul home ne poûst blasmar
In mia colpa cevaler ne zublar.
III Et io voldravi aver bella donna et avinent,
Conta gaya cun bel repos,
Et zascaun zorno mille cevaler valent
Qui me seguisse ov' io allasse et o je fusse,
Si acesmés como co savravi entendre.
Ne no me manchas da comprar ne da vendre
Ne nessun gran avoir me poûst fallar
Et aver in terra que saûs dimandar.
IV Et eo voîdrai viver ^oant
Tant quant h inondo durera gayo et amoros.
Et li tne faite plasis a tota \ent^
Et saûs parler îenguaço sessant dui,
Et pousse alto voîar e descendre
Ne ntdla reim me poûst offendre,
Si saûs divisar
Quel che Vljomo dise e sa in cuor pensar.
\ Et eo voldrai esser a Deo tant humeltnent
Che nCanias tant cumfu ses compagnons ^
Zo e saint Père e saint Paul veiratncnt.
Et intrasse per luy vichario dal cclo in jus^
Et poi me %H>lesse il un priego intendre ^
Si che nulla anima poûst in pcrdicion andar^
E che de infem Io poûst fors trar.
Ce texte est tellement corrompu qu'on est porté à le supposer
54 P- >IETER
écrit de mémoire. Le nom de Ticteur éraît endèrement ooblié :
Topimon recueillie et consignée par i'écriviin dans b rubrique
était que chaque strophe contenait îa série des souhaits d*uo
ceruin chevalier. Remarquons que les trois premiers couplets
se suivent sans interruption dans Tordre que présente la pièce de
Pistoleu. Au couplet III, v. a, la leçon cun M repos, se rap-
proche assez de la leçon du ms. du Vatican.
L*un des couplets ajoutés, IQ^ de San Spirito, se rencontre
encore, mais arbitrairement modifié et n*ayant conservé de la
leçon originale que trois ou quatre vers, dans le ms. de la Lau-
rentienne xu-42, fol. 65 :
Eu zxfrrij star jcz^n e lizrr j^su^at
Tro a II 'in dil me*: f Jx i i-wj.
E ict cantù^is /i^"':*^^" »ï ^^ f^>
E tct Taut^i j^v-v zl mû-:» scmjrdjmen
Au^eli i bisU: l:t JhJ:r i cntirin
E toi qant v:J^uis s^uhfs hm J:r e far
Viitr set û;>:fai i ^f^ air zvJLsr ».
Le ms. de la Laurentienne XLi-42 a été écrit en Italie. D est donc
bien établi que les couplets interpolés ont eu du succès au delà
des Alpes. Mais ils n')- ont point été composés : ils sont certai-
nement d'origine provençale , puisque le ms. de San Spirito a
été exécuté en Provence même. On comprend sans peine que le
premier de ces trois couplets, celui où le poète exprime le sou-
hait de venger la mort du roi d'Aragon, ait été laissé de côté par
les Italiens. L'allusion historique ne devait plus cire comprise.
Nous allons aborder maintenant les rédactions françaises, qui
sont au nombre de quatre. Xous les classerons selon le rapport
qu'elles offrent avec la pièce originale de Pistoleta.
I. Bibl. nat. fr. 20050 (anc. S. G. fr. 1989), fol. Ixxix recto.
— Il y a quatre couplets. Les trois premiers sont à peu près
les mêmes que dans la pièce de Pistoleta. Le quatrième est
ajoute 2. On en a la preuve matérielle, puisqu'il est d'une autre
1. Suit immédiatement le vers Sitôt mi sut a tdrt a^wîhut, qui est le
début d'une des pièces les plus connues de Folquet de Marseille.
2. Je continue à mettre en italiques les couplets qui ne viennent pas de
l'original provençal.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS % $
écriture que ce qui précède. Cette strophe a-t-elle été compo-
sée par un Français ou par un Provençal? On peut en douter,
car si les cinq premiers vers sont en français, les deux derniers
sont en provençal. Je crois qu'elle a été originairement composée
en provençal, et que le copiste l'a remise en français tant bien
que mal, laissant subsister les deux derniers vers à peu près sous
leur forme première. Elle est du reste visiblement corrompue
puisqu'elle n'a que sept vers, au lieu qu'il en faudrait huit.
Quant aux trois premiers couplets, ils offrent un assez singulier
mélange de provençal et de français. Avoine remplace civada :
c'est une traduction ; mais igussf pour le prov. agues, est tout au
plus une mauvaise adaptation. FrielUs pour fedas, est plus accep-
table, quoique d'un français douteux'- Les leçons indiquent
un rapport plus étroit avec le texte du ms. La Valliére qu'avec
aucun autre. Ces deux mss. ont^tj au lieu de bon, I, 2, et tnil
au lieu de cen, III, 3 . Plus caractéristique est La leçon du v. 3
du second couplet : Et nfese^ mos fat^ aiigrcnunt; La Vall. : Qm
tût^ mos jat^fe::^cs akgramens. Les autres mss. ont une leçon toute
cUâerente. Voici le texte du ms. fr. 20030 :
j Kar mgiisx or mil mars de fin argent
Et altretant de fin or et de tous,
El si auguci prou avoine et froment,
4 Bos ei vaches, feiettcs et raoucons,
Et duscuo joT .c. livres por despi-ndre,
Et for[t] chaste) ou me poguez delTcnJre,
Tal que neguns non me poguez forçar,
8 Et s'auguci port d'ague douce et de inar.
U Et eu auguez autrctant de bon sen
Et de mesure com out Salemons,
Et si fesez mos faix aligicment,
4 Et trobast m'on Icial toute saison,
Large et meiunl obetant probe (iic).
Et s poguez prou donar et prou tendre
Si que de mei non se poguez blasroar
5 Eq ma colpe cbivaleir ni juglar.
ni Et eu agucz donne fcî fut valens,
Bonc et bêle, ob avinanz façon.
56 p. MEYER
Et chascun jor mil chevaliers montanz
Ki fussent la ou eu annes ni son,
4 Ben atomaz si com sai je ' entendre,
Et trobissen a compar et a vendre,
Ne granz aveirs non me poguez sobrar
8 Ne ren faillir que sabissen atirar (sic).
IV Eu vodroie estre emperàre au paiSy
Et toTi U mons feist ma voUnteit;
Fuise asi 2^ com Asàlon fut ja^
Et vekisse mil ans an grant santeity
Et totes dames sifnsmt mongreit,
Dont ja neguns nés an poïst hlamaty
7 Et en la fin au paradis andair '.
n. Bibl. nat. fr. 846, fol. 125. — Trois couplets, dont un
seulement, le premier, vient de la pièce de Pistohta. La traduc-
tion est plus complète que dans le ms. 20050. En fait, il ne reste
plus rien de provençal, sinon les deux rimes finales en ar. A
première vue on pourrait considérer 846 comme dérivé de
20050, les deux textes commençant par Car^ tandis que l'origi-
nal porte Ar; mais deux copistes ou traducteurs ont pu se ren-
contrer pour un détail aussi peu important. Au cinquième vers
846 a mil y avec D et G, tandis que 20050 a cent^ avec les autres
mss. Le second couplet me paraît aussi d'origine provençale, bien
qu'il ne se retrouve dans aucun des textes publiés ci-dessus. La
rime joioux-foux (prov. joios-foSy franc, joieus-fust) semble déci-
sive. Il y a du reste quelque rapport, quant aux idées exprimées,
entre les vers i à 3 de cette strophe et les vers correspondants
de la strophe III^ du ms. de San Spirito î : Et hieu estes tos temps
(ïaitaljoven \ Com aisisoi, equeja vielhs ttonfos, \ E qiie mosfait:i^
plagues a iota gen. Les rimes finales de ce couplet, grat-entrary
ne sont rien de plus qu'une assonnance : je suppose ici quelque
trouble dans le texte, quoique le sens soit satisfaisant.
Quant à la troisième strophe, elle a pleinement l'empreinte
française. Elle exprime sans réticence des vœux qu'il n'était pas
d'usage de manifester dans la poésie courtoise des troubadours.
1 . Ms. saiœ avec un i sur Vu,
2. Cette dernière strophe est ajoutée d'une autre main.
3. Cette strophe, comme on Ta vu, se retrouve dans fr. 795 et dans le ms.
de Venise.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 57
L'auteur était sans doute un de ces pauvres jongleurs à qui
manquait souvent le nécessaire et pour qui les jouissances
matérielles des bourgeois et des riches vilains formaient le
suprême degré du bonheur. Vin fort et fremiant est du reste
une expression courante; j'en ai cité des exemples dans un
précédent article (Romaniay XI, 572, 577).
I Qpar eusse je .c. mile mars d'argent
Et autretant de fin or et fust rox,
Et s'eûsse prou avoinne et froment,
4 Bues et vaches et berbiz et moutons,
Et chascun mil livres a despendre,
Et fort chastel que nuns ne peûst prendre,
Tel que nuns bons ne le peûst forçar,
8 Et s'eùst port d'aiguë douce et de mar.
n Et je f tisse frans et dou^ et pîaisan:(y
Jones et sains tout adès et joiouxy
Et fusse bien ante:^ de toutes geti-^
4 Et li mitudres chevaliers c'onques foux^
Que nuns vers nwi ne se peûst desfendre
Et puis donar quanque chascuns vuet prendre.
Et puisse far a tôt le niotit son grat,
8 Et qiumt tnoi siet en paradis entrar.
III Et f eusse vin fort et fremiant y
Hanap doré, char et tartre et poisson,
Et blanche nape et gastel de froment
4 En froit celicr renfrescin defrès jons.
Et s*eûsse jone garcete et tendre
A gras crépon ou trouasse que prendre,
Qui bien peûst respondre as cops dotuir,
8 Et nule foi:( n'en peûsse loisar.
ni, Montpellier 236; IV, Bodleienne, Douce, 308, n° 182
des ballettcs; V, Paris, Bibl. nat. fr. 12581, fol. 88 a. — Ces
trois textes sont assurément bien différents puisque le premier
a huit couplets, le second cinq et le troisième trois seulement.
Je crois cependant qu'ils se rattachent à un même remaniement
français dont la pièce de Pistoleta a fourni la donnée générale
et quelques éléments, et qui nous est parvenu plus complet
dans le texte El que dans les deux autres, ces deux derniers ne
renfermant rien qui ne trouve dans le premier, comme le
montre le tableau suivant ;
58
p. MEYER
Montpellier
Oxford
Pari
I
n
»
II
m
»
m
»
»
IV
»
»
r-
IF
II
VI
V
I
VII
»
III
VIII
I
»
On voit que Tordre des couplets varie singulièrement puisque,
par exemple, le dernier couplet d'Oxford est le premier dans
Montpellier. Ces pièces ont dû être écrites de mémoire et il est
vraisemblable que ceux qui les chantaient n'attachaient aucune
importance à un ordre quelconque. Il eût été naturel de placer
en premier les éléments fournis par la chanson de Pistoleta.
Il n'en a rien été : on a emprunté au troubadour ses deux
premiers couplets, qui sont devenus V et VII dans Montpellier,
II et III dans Paris, et le seul (c'est le premier) qui subsiste
dans Oxford y est classé IV. Le plus long texte, celui de
Montpellier, est-il complet? J'en doute un peu. On comprend
difficilement qu'une pièce commence par « Et je souhaite... »
On retrouvera peut-être un jour un quatrième texte plus
étendu encore.
Je donne successivement les trois textes : celui de Montpel-
lier, d'après l'édition de Boucherie, Revue des langues romanes,
III (1872), 318-20, les deux autres d'après les mss.^.
m. — Montpellier, Bibl. de la Fac. de médec. 236.
I Et je souhaidc totis tamps avril et viaiy
Et cascun imis tous fruis renottvclasty
Et tous jours fuissent flours de lis et de glay,
4 Et violetes, roses, u c'on alasty
1 . Je désigne par les capitales penchées deux couplets empruntés à Pistoleta.
2. Le texte d'Oxford a déjà été publié, mais d'une façon très incorrecte,
par M. de La Villemarqué, Arch. des missions, V (1856), pp. 114-6. M. de
La Villemarqué a eu l'idée malheureuse de ranger les couplets dans cet
ordre : I, IV, V, II, III. Il leur a donné ce titre de fantaisie : « Les souhaits
d'un paysan, » qui a été adopté par Boucherie. J'y vois plutôt les souhaits
d'un jongleur qui exécutait des variations sur le thème fourni par Pistoleu.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 59
Et bosfueîïy et verdes praerieSy
Et tout ami eussent leur amieSy
Et si s*amaissent de cuer certain et vrai,
8 Cascuns eùst son plaisir et cuer gay.
II Et je soubaide le mort as mesdisans.
Si ke jatmiis nuls naistre ne peùst ;
Et sHl tuiissoit, qu'il fust si nieskeans
4 Qtu iex ne bouche ne orelle n^euyst,
Ca vrais anuins il ne peûst rien nuire ;
As bons loisist a lor voloir déduire,
Partout fust pais, concorde et loiautés,
5 Et de tous biens abondance et plentés,
III Et je soubaide santé entièrement
Si ke jamais n'eusse se bien non.
Trente ans vesquisse et fuisse en u jouvent,
4 En cel eage vesquisse a grant fuisson ;
S* eusse assis or et argent u preftdre.
Et tous U mons se venist a moi rendre
En loialU, en boine entent ioti^
5 Et en la fin paradis euissons.
IV Et je soushaide en ma bourse ,v, sous.
Sans amenrir, tant en seûsse oster;
Et tous jours mais vesquisse sains et saus,
4 Et tantost fuisse lau je vauroie aler;
Et toutes gens de bon cuer, sans faintise.
Me fesissent joie, honour et servisse ;
Devisls fuisse de fnetnbres et de cors,
8 Plus biaus c' autre Ixms, saiges, hardis et fors,
V Et je soushaide cent mile mars d'argent,
Et autretant de fin or et de rons » ;
S'eùsse assés et avaine et fourment,
4 Et bues et vakes, Quelles et moutons,
Et cascun jour .c. livres a despendre,
Et tel castel qui me peut deffcndre,
Si que nus hora ne me peûst grever,
8 Pors i corust d*iave douche et de mer.
I. n serait facile de rétablir la leçon originale rous, ici et aux passages
correspondants des deux textes qui suivent ; mais il semble que les copistes
ont sacrifié le sens à la rime.
. /..
6o p. MEYER
VI Et je soushaide tous boires a talent y
Et hlattches napeSy char et tarte et poissons^
PertriSy plouvierSy widecos ensement,
4 Anguille en rost, lus, trottes^ esturjonSy
Et jone dame très heU « a desmesure ^
Simplete au mont, haude sous couvreture.
Plaisant assis , t$illie par compas;
8 Se Tud li clugne, faiche ris amouras *.
VII Et je soushaide autretant de boin sens
Et de mesure c*onkes eut Salemons,
Et si fesisse mes fais legierement,
4 Preus et loyauls et de tous boins renons,
Sages, courtois, pourmetans sans atendre.
Et tant donner que boin vaurroient prendre ;
Et fesisse au mont tous leur degras,
8 Ne s*en plainsist chevaliers ne jouglas.
Vin Et Je soushaide frès frommage et civos.
Tarte a poret, lait bouly et imtons ;
Cervoise cuisse et goudale en Aj. pos^
4 Car li fors vins si ne m^est mie bons.
Et blankes cauches, souille' a fors setnek.
Et totis jours mais me durast ma cotde;
Tel pck cuisse que ja ne nu fausist
8 }ic mes courtieus jatnais ne desclosist,
IV. — Oxford, Bodleienne, Douce 388.
I Et je sohait ficx fromaige et sivolx^
Tairtc au porceli^ lait boillit et matons,
Godille cùxe et servoixe an déport,
4 Car li fors vins se m m\st mie boins,
Blath'he cijauccy soleis et fort sanelle.
Et tout adès me durest ma cotelky
Bcche eùxe ke ja ne me faxist,
8 .Vf ntes kcurtis «m/;; jor ne déchoit,
II Et je souhait to^ tais azril et mai.
Et clxicuns mois to^ fru^ rcnovelest ;
\. l.cs doux autres leçons donnent tailùr, qui est évidemment préférable,
j, Clcttc t'ormc barbare semble peu autorisée quoiqu'elle se trouve aussi
dans Oxf.; Paris a une leçon totalement différente.
LA POÉSIE DES TROUVÈRES ET CELLE DES TROUBADOURS 6l
Tous tens eàxe ro^es et flours de glays,
4 Violettes an keil îeu c*ons aîest,
Li bois foiîlu, verde lai preerie^
Chascuns amans eùst lei:( lui Garnie,
Si s'arnaixeni de fin cuer et de vrai;
8 Chascuns eùst belle amie a cuer gay,
m Et je sohait la mort as mesdixans
Si que jamaix nid estsre n'an peut y
Et c'iU estait, qu*il fut si mescheans
Keeus ne boche ne orailks n'eus t;
A fins am^ns nepeûsent riens nuire^
Aim^ hur laixet en lour valoir dedure;
Partout fi^s']f fois, concorde et loialteis^
8 Et to:^ U monsfust a Dieu acordeis.
IV Et je souhait .c. mille mars d'argent,
Et autretant de fin or et de rons ;
S'eûxe asseis avoinnes et fi-omans,
4 Buez et vaiche, tairte et chair et poxons',
Et teil chaistel qui me peûst dcffendrc * ;
S'eûxe asseiz or et argent ou prendre ),
Si que nuns hons ne me peûst greveir,
8 Pors i corrut d'iawe douce et de meir.
V Et je souhait to:( boivres par talent,
Blanches naipes, tairte et chair et poxons,
Perdrix, plongés, truites et colvolans *,
4 AnguiUe en rost et lus et atorjons,
Et belle dame taiUie a desmesure.
Simplette a mont, baude sous 5 coverture.
Belle et bien faite, taillie par compas,
8 Kaini loilU li qlie * fait un ris amorais.
1. Le second hémistiche a sa place plus loin, V, 2.
2. Intervertir ce vers et le suivant.
3. Les deux autres textes ont mieux conservé le texte de Pistoleta.
4. Les plongés sont probablement des plongeons; on trouve dans Cotgrave
pionget rendu par didopper (=didapper, diving bird). Colvolan doit être pour
cormorant. Ces deux oiseaux sont mentionnés ensemble dans le « monologue
des nouveaulx sots » (Montaiglon, Poésies françaises, I, 15) : Ce^it pUnges, deux
centi cormorandes. Les deux autres textes s'accordent à donner ploviers, au lieu
de plongés, mais difièrent pour le dernier mot du vers.
5. Ms. bandes sont,
6. Voy. Montpellier (no III), couplet vi.
i ^
62
p. MEYER
V. — Paris, Bibl. nat. fr. 12581, fol. 88.
I Et je souhait que faie a mon Udant
Blanche nape, char et vin et poisson,
Pertri:^j phviers et après volns *,
4 An^le m rost, truite, /m:(, estrumens*.
Et hde dame taïUiie a desmesure.
Simple en voie et basse en cooerture J,
Plaisant a mont, taïUie par compçs,
8 Si que nus hons n'an puist fere ses gas,
n Et je souhait .c. mile mars d'argent
Et autretant de bon aur et de rous ;
S*eûsse assez et avainne et fromant,
4 Bues et vaches et oeilles et moutons,
Et chascun jor .M. livres a despendre,
Et tel chastel qui me poïst deffendre,
Si que nus hons ne me poïst grever,
8 Ne deseur moi tnestrie démener*.
m Et je souhait autretant de bon sens
Et de mesure comme ot en Salemon,
Et feîsse mes faiz a mon talent,
4 Vrais et loiaus, pllins de touz bons renons.
Large et courtois, et doner sanz atendre,
Et feîsse au monde leur gas (sic).
Paul Meyer.
1 . La fin du vers est corrompue ; voir le texte précédent, couplet V.
2. Corr. esturjons,
3. Je corrigerais, à l'aide des autres textes : SimpJete en voie, haude sous
coverture,
4. La leçon de Pistoleta est mieux conservée dans les deux textes qui pré-
cèdent.
.1
HENRI DE VALENCIENNES
L'histoire de l'empereur Henri de Consiantinople, par Henri
de Valenciennes, nous est parvenue, comme on sait, à la suite
du livre de Villehardouin, dans quatre des manuscrits ijui con-
tiennent ce livre, les manuscrits appelés par M. de Wnilly
C, D, E, F. Ces quatre manuscrits sont d'une même famille et
remontent à un manuscrit dans lequel on avait joint ii l'œuvre
de Villehardouin celle de Htnri de Valenciennes, parce qu'elle
raconte des événements qui suivent de prés les derniers que
rapporte le maréchal de Champagne. Ce manuscrit primitif, sur ,
lequel ceux qui nous restent ont été plus ou moins directement
copiés, était incomplet, ou avait été fait d'après un texte de
Heoiî de Valenciennes incomplet, car il est clair que l'ouvrage
tel que nous l'avons n'est pas fini. Cet auteur commun de nos
quatre manuscrits avait été écrit sans doute vers le milieu du
xra* siècle, car l'un au moins des manuscrits qui en dérivent, D
(B. N. fr. 12203), remonte au xm* siècle, et la compilation dite
de Baudouin d'Avesnes, qui utilise un manuscrit de la même
famille que les nôtres, est, dans ses diverses rédactions, de 1270
environ. Le texte de Henri de Valenciennes, que nous ue
possédons plus isolément, est nécessairement antérieur.
L'œuvre de Henri de Valenciennes semble s'annoncer, dans
les premières lignes, comme devant être le récit de la guerre de
l'empereur Henri contre Burîle, neveu et successeur (1207) du
roi des Bulgaro-Valaques Joannice; mais l'auteur ne se borne
pas là. Après un court épisode sur une guerre avec Théodore
Lascarîs, il passe à ce qui tient la plus grande place dans son
livre (ch. xiii-xxxvn), l'histoire des combats et des négociations
amenés par la résistance des « Lombards » établis à Salonique ce
64 G. PARIS
en Macédoine et particulièrement du comte Hubert de Blandrate '
à l'empereur Henri. Cette histoire terminée provisoirement, il
en entame une autre (ch. xxxvra et dernier^, celle de la paix
faite par Henri avec Michalis, « despote » d'Épire, qui propose
de donner sa fille à Eustace, fi-ère du roi. Là s'arrête le livre,
brusquement tronqué. Que nous n'ayons pas la fin de l'œuvre,
c'est ce que montrent des annonces comme celle qu'on lit au
ch. XXXVII. Après avoir raconté l'apparente soumission du comte
« des Blans Dras » à l'empereur, l'auteur ajoute : « Or est lî
cuens des Blans Dras acordés a l'anpereour, si comme vous avés
oï, et molt s'ahatist ke il Blas et Conmains li aidera a descon-
fire; mais li felonnie de son cuer pensoit tout el. Nonporquant de
lui ne vous dirai jou oreplus chi endroit, » En eôet, peu de temps
après, Hubert de Blandrate, mécontent d'avoir pour adjoint,
dans l'administration du royaume de Salonique, Berthold de
Katzenellenbogen, quitta l'Orient et retourna en Lombardie
auprès du marquis Guillaume de Montferrat, qu'il essaya de
décider à venir à Salonique soutenir les prétentions des « Lom-
bards^ ». C'est à ces événements que Henri fait ici allusion, et
il les avait sûrement racontés dans la suite de son ouvrage?.
Nous n'avons donc qu'une panie de cet ouvrage, qui s'arrête
presque aussitôt après le passage qu'on vient de lire. Deux manus-
crits (C D) ont en tête : Cest Pistoire de Vetnpereor Henri de Cos-
tentinoble; il est donc probable, malgré les expressions du début
(d'ailleurs sans doute altérées), que l'auteur s'était proposé de
raconter toute l'histoire de l'empereur Henri depuis le moment
où il la prend (Pentecôte 1207) jusqu'à l'époque où il écrivait;
cette époque ne peut, à cause de la mutilation de l'ouvrage, être
fixée avec précision : elle est postérieure à l'année 1209, date des
derniers événements relatés ou annoncés; d'autre part elle est
1. C'est bien probablement ce comte de Blandrate, et non le comte de
Flandres, comme on l'écrit encore souvent, qui a composé un sirventes mor-
dant contre Folquet de Romans, avant de partir pour la croisade (voy.
Chabaneau, Biogr. des Troub.y p. 135). Henri l'appelle le comte dis Blans
Dras; c'était sans doute la forme populaire que les Français donnaient à son
nom.
2. Hopf, Griechenland, p. 231. Cf. Rmnania, XVIII, p. 5$8, n. 5.
3. Rien ne porte à croire qu'il s'agisse du retour menaçant de Hubert en
1216, et de l'empoisonnement, qu'on lui a attribué, de l'empereur Henri.
HENRI DE VALEK'CIENNES éj
intérieure à la monde l'empereur Henri (ii juin 1216), comme
le montre le § 167 : notre auteur y raconte que les Grecs furent
trcb contrariés quand Us surent que Henri avait passé l'Hèbre
sur la glace : « car il avoient sorti kc chil ki passeroit ccl flun
sans moillier seroit trente deus ans sîres de le derre; » assuré-
ment, après la mort prématurée de l'empereur au bout de onze
ans de règne, notre auteur n'aurait pas accueilli avec complai-
sance une prédiction si tristement démentiel C'est doue entre 1
1210 et 1216 que Henri a composé son ouvrage.
On a porté sur cet ouvrage les jugements les plus diiférents.
Dom Brial, qui l'a publié le premier d'après le seul ms, C J
(iS' siècle), ne le jugeait pas contemporain des événements,
surtout parce qu'il pensait y avoir relevé une grossière erreur :
l'empereur Henri, d'après notre auteur, aurait donné sa filie en
mariage au prince bulgare Esclas^, et en réalité l'empereur,
marié l'année précédente, n'avait pas d'enfants. Daunou î
répondit i cette objection qu'on savait seulement que Henri
n'avait pas d'enfants légitimes, et qu'il s'agissait sans doute
d'une fille naturelle. C'est ce quîaété confirmé depuis, le mariage
d'une fille de l'empereur avec Esclas étant également rapporté
par Georges Acropolite-". On peut dire qu'il n'y a plus de doutes
sur la contemporanéité d'Henri : « Ce fragment historique, dit
Buchon î, est du môme temps que la clironique de Villehardouin,
et les faits qui y sont contenus sont de la plus parfaite autlienti-
cité. M « Comment, dit M. de Wailly, ne pas ajouter foi à sa
parole, quand il affirme avoir vu tous les faits de ses propres
yeux, avoir su tous les conseils des hauts hommes et des
barons ? »
I. L'expressioa a tioslnsigwiuTranpereour (§565) confirme cette conclusion.
Cf le S î6j cité plus loin.
1. Le nom slave de ce personnage, appcli en grec SifrEï6iwOXoi6oî ou
X^XâAoi, est Svtntoslav ou Svitloshn% pluiôt que WencesUs, comme l'admet
M. ai Wailly (voy. Buchon, Rtcherchis, U, 172 ; Hopf, GritciKiihud, p. 220).
). Wit. lut. Je la Fra'ics, XVII, 170.
4. Voyez Bnchon, Rtdi., I. 457 ; Hopf, 220. — Il est cependant bien sin-
gulier que Henri, né en 1277, eût à trente ans, en 1207, une fille nubile.
Pem-ittc faut-il supposer quelque interversion chronologique dans le rî-cït
de Hentî de Valencicnncs.
j. Riehinbis, II, 169.
5
66 G. PARIS
Deux questions restent douteuses, la personnalité de
l'auteur et la forme première de son récit. Daunou le premier
émit une hypothèse singulière, suggérée par le nom même
de Henri de Valenciennes : « Serait-ce l'empereur Henri, né en
effet dans cette ville? » Buchon a développé cette idée, mais
sans y insister : « Cette relation, dit-il, aura été faite, soit à
Constantinople par des Flamands de la suite de l'empereur Henri
et comme sous sa dictée, soit en Flandres d'après des lettres
écrites par cet empereur. Henri de Valenciennes, dont on cite le
témoignage dès la première ligne et aussi dans la suite de la
narration, est-il l'empereur Henri lui-même ? Il n'existe pas de
témoignages suffisants pour soutenir ni pour combattre cette
opinion. Est-ce plutôt, comme il me semble par quelques
réflexions semées çà et là et aussi par quelques velléités poé-
tiques, un chapelain ou un secrétaire nommé Henri et né dans
la ville de Valenciennes? » M. Debidour^ dit que Henri de
Valenciennes « était peut-être un ménestrel ». On verra plus
loin ce qui me paraît le plus probable; quant à identifier le
biographe avec son héros, c'est une idée en l'air que la lecture
la plus superficielle suffit à démentir.
Nous avons déjà vu dans l'un ou l'autre de ces jugements des
remarques sur la forme à moitié poétique de notre chronique.
Pauhn Paris en avait été particulièrement frappé et en avait
donné une explication : « Pour ce qui est de la forme roma-
nesque, dit-il, j'avouerai que, dans ma conviction, ce morceau a
dû d'abord être écrit en vers et faire partie d'une véritable chan-
son de geste Tout, en effet, dans le texte conservé de Henri,
accuse encore aujourd'hui l'ancienne forme poétique. Les dis-
cours y sont longs, la chronologie mal observée, les combats
singuliers minutieusement décrits. Quand on a lu quelque chan-
son de geste, il est impossible de ne pas en reconnaître la marche
dans un grand nombre de passages^. » Buchon n'a pas cru
devoir mentionner cette hypothèse; M. de Wailly l'a trouvée
hasardée : « M. Paulin Paris, dit-il, pour expHquer la forme
romanesque [de cette chronique], ne serait pas éloigné d'ad-
1. Vilh'ÏjarJouiny Joinvilîe (Paris, 1888, collection des Classiques populaires) ^
p. 127.
2. Villehardouin, Introduction^ p. xuv.
HENRI DE VALENCœNNES 67
mettre qu'elle dut être d'abord écrite en vers et faire partie de
quelque chanson de geste. Je n'ose pas aller iusque-Ii, et je me
contente d'y reconnaître les longs discours et les minutieuses
descriptions qui retardent trop souvent la marche de ces vieux ,
Si l'on examine attentivement l'Histoire de l'empereur Henri,
on ne doute pas que l'hypothèse de Paulin Paris ne soit con-
forme à la vérité. Non seulement on y retrouve tous les carac-
tères épiques qui l'avaient frappé, mais il n'est pas difficile d'y
reWer encore ta trace des rimes du poème primitif, évidemment
composé en forme de chanson de geste. Je citerai les séries de
rimes en âge § 558, ait 552, ance 516, anl S42, art 530, as
î97-SjS, ie 507, «68î, 692, ois 554, oit 563, 609-620, ons 585,
iml S93-S94> " S7^~S77- J'^ laisse de côté les séries qui ne pré-l
sentent guère que des formes flexionnelles semblables, et où les
rimes, trop facilement fournies par la langue, peuvent être for-
tuites (comme celles en a, é, cr, erent, iV, ler). Parmi les autres,
je choisis quelques exemples qui montrent, je crois, avec évi-
dence que le rédacteur de notre texte en prose a travaillé sur un
texte en vers ^ :
{j^t)- « Biele fille, or soiiis sage a courtoise. Vous »vis un homme pris
avuec lequel vos vos en aies, ki est auques smivaqcs, car vous n'entendes son
iùngagi. De 11 ne resct point dou vostce. Pour Diu, gardiîs ke ja pour chou
nesoués onArage vers lui Sour toute rien, por Diu, gardas ke vos nelassiia
voboia ttsage pour l'autrui mauvais (S Sî8>. •>
(_An(). Et si compaignon chcvaucoient environ lui, arilani molt durement
de poïndte et dairanl, et sivoient a espouron bmclianl 1 ceU kl devant brocoicnt
et aloient cofant. Por noient en blasmeroit on un, car tout i furent bien
viûlliHl* et preuJorae, et bien eo fist caseuns semblant (S 541).
(Oi'J), El sadés kc il n^ùil et gidoit.... tant asprement ke a paine ke U
langue a'mgifloit en le bouche de diascun. A l'un cngieloient li pié, et a
l'autre les maim, au tiers li doil, et li nés au quart, et au quart crcfaîl 1
I. On a vtt plus haut que M. Debidcur voit dans Henri un ménesi
maïs il ne dit rien de la forme priniiiîve de son ccuvre.
î. Je conserve, sauf de très légères modifications, la graphie adoptce
>J. de Wailly, bien qu'elle ne soit pas toujours très conséquente,
). Ce mot est seulement dans C.
4. Seulement dans C; ce ras. est id le plus rapproché de l'original c
mon; tilieats c'est l'inverse.
68 G. PARIS
bouche par destrecbe.... Or voelle Dex ke li paine de cascun i soii emploîe si
comme il set ke mestiers lor est, et ke li empereres en soit bonnerés si zv9px
comme il doit '. Mais avant que che ^oi7 il ara enduré maint grant travail
car li âumaire estoient si roit,.. ke si par les miracles de Diu n'i passait on,
nus hom n*en peûst venir a chief (§ 563).
En dehors de ces rimes conservées, l'ouvrage de Henri de
Valenciennes présente, comme l'avait remarqué Paulin Paris, une
allure épique qui le différencie nettement des livres d'histoire
composés originairement en prose. Cela se sent à la lecture et ne
se laisse guère analyser; mais on peut relever quelques traits par-
ticuliers qui appartiennent bien au style habituel des chansons de
geste. Tels sont ces véritables débuts de laisses épiques : Li jours
estait biaus 519; U jours estoit si biaiis comme vous ave:^ ci 5 3 6 ; £f
jars estait biaus et seris 526; Aceluiftiatin^pourledouchourdou tans^
chil aiselon cantoient ckrement cascuns selon se manière 531, ou ces
formules bien connues : Ki la fust a cel point assis peûst veoir
lanières 525 ; À7 dont fust la malt peûst vetr asprement paleUr et
bierscr 507. Le récit est souvent interrompu par ces incidences :
ICi vaut alongemens? Ke vos tenroiejou par alonges? Ke vos conterai
joui (532, 560, 638, 678), Kevous diroie jou plus? (506, 545,
537), Kevous diroie joui (jyi'jj 527, 341, 546, 596, 620, 661,
670)^. Voici une réflexion comme on en rencontre à chaque
instant dans les poèmes épiques : Se il etlst en Pieron Vent autant
de loiauté corne il avait de traisoUy merveilleusement feist a prisier
d'armes (671). Les locutions suivantes sont familières aux chan-
sons de geste : La forch paist le pré (592)3; Tant ont fait
Lombart que il ont jeté ambcsas et le tierc d*uns dés dou plus 597 4.
Citons enfin cette allusion, qui forme, pour peu qu'on retranche
les deux de inutiles, un alexandrin qu'on retrouverait facilement
ailleurs : Cascuns i fu ou liu dî" Olivier et de Rollant 633.
1 . Ce souhait pour l'empereur montre encore que l'ouvrage a été écrit de
son vivant.
2. Une autre incidence, Ke vaut ckvi ?, qui revient extrêmement souvent
(505, S08, 538, 541, 543, S44, S6$, 564, 594. S97» 624, 632, 633, 658, 665,
672, 686, 687, 695), n'est pas caractéristique.
3. Les nombreux exemples que je connais de ce proverbe ne se trouvent
que dans des chansons de geste ou des recueils de proverbes (sauf Couronn.
K.fuiitf V. 457).
4. Voy. dans Godefroy les exemples de Rettaud le Motitauhan et de
GuitaUfi.
HE\RI DE VALENCIENNES 69
Le prologue de l'ouvrage de Henri a bien aussi le caractère
d'une laisse prétimin^re de chanson ' : Henris de Vakncicnnts dît
ie, puis ke U })om s'entremet de bîel dire et de Iraitûr, et il en est gra-
ciles de ttr^ discrés et autorisiés, il se doit bien travelUer ke il ensiure le
non' de sa graee par traitement de plaine vérité, c'esr-à-dire ;
a Henri de Valenciennes dit que, quand un homme se mêle de
composer ei de bien écrire, et qu'il en a la réputation auprès
de tous les gens intelligents et autorisés, il doit se donner de
la peine pour mériter la réputation qu'il a en ne traitant que la
pure vérité. » Il ressort de cène phrase, difficile à comprendre
et mal comprise par le dernier éditeur', que Henri de Valen-
ciennes était un auteur de profession, déjà connu par d'autres
ouvrages, ce qui ne veut nullement dire, bien entendu, qu'il
fût un K ménestrel ». Il a composé en l'honneur de l'empereur
Henri, i la personne duquel il était sans doute attaché, un poème
historique dans la forme des chansons de geste, comme avaient
fait ayant lui Wace pour la première partie de la Geste des Nor-
mands, Jourdain Fantosme pour la guerre anglo-écossaise de
1173, et probablement beaucoup d'autres, comme devaient le
faire beaucoup d'autres par la suite, notamment les deux auteurs
de la Croisade d'Albigeois et Adam de la Halle.
Dès lors on est porté à rechercher s'il ne se serait pas con-
servé quelque trace de compositions poétiques qui puissent
4tre attribuées i notre auteur. Précisément P. Meyer a signalé.
1. Le im. F, qui a coin pi élément fondu la mise en prose de Heuri avec
Fouvrage de Viilehardouin, .1 naturellement supprimé ce prologue,
a. C'esi ce qu'il lâui lire, cl non vou avec M. de WaîUy.
j. Voici la craduciion deM. de Wailly, qui reposesurk mauvaise lecture lïiu
pour non, et qui a rinconviinienc de faire disparaître précisément ce qui donne
le plus d'intérêt i la phrase, son caractère littéraire et professionnel : u Henri de
Valenciennes dit que, du moment que l'homme s'entremet de bien dire et
raconter, et qu'il le fait avec !a grâce et l'autorité de gens tout discrets, il se
doit bien ef&ircer de suivre l'appel de cette grâce par un rOcit de pleine
•ériti. " P, Paris au cooiraire avait exactement traduit ; « qu'il justifie sa
réputation et les éloges qu'on lui a donnés en ne composant rien dont il ne
sache U vérité. » Sur ^ace au sens de o bonne réputation u, voy. Cachet
(s. y. gnua), et les jolis vers de Baudouin de Stbûurg (X, 407) :
Doul 1UU proverbn din. c'oq doit bien rcccrdcr,
Qdc b bcvu, quuT U A grtcc dd main lever.
X.V
r i -I Tes*, aan: rantcnr se
n nirsi 1 nsL xcvs idenxiqoc :
rrrr.
z::L.^cnL-=zr' r lt:r-":r r ^ z:CTi îaiîs h ms^ que les
iTii ^rrrr^ r. r.-^Eizr^ r^ iir ae T.srsz 70s en ivoîr
-;r::r-ir=: - T r:-?i -^rr rt srsen: pas pour essa3per
ladaze du
:: Tauteur
a\Tec beau-
mr ::: —«.>::=: r.-^r; *;r>,-r-z-i tut Jz=mzrrrf i li qnesdon
r - 1 r^->>; -' -^ -zz ..- ^:;:- —.._- T. rr-:Ln:5 c ji scpxsc que Wallcn-
r.:iT-_ 5:1 n Z25^ iàsrràer ctt Henri
:z:ri< ç_ I fcr:: Zrisrcre de Henri,
ifcirr^.T^i. îc 5cr czf 30I2S sommes
r-irir - : li £:_: r2i cfcst hssKrire était
1. Zz :»:•:=:; -.r ^: z.-j: r:^ s-.i^ ^is -vi* ."uj. à AT.'cv I^aar (au der-
iLiT 1- 1= . ---j::-iir:.i~ : i-^.r i lr;Li* Srz,. i.j is -ït ôf: ».Tàc? (au lica
dans
: I- ;.-: r-^ii^-ir: :-^r^ ,-.i cj^ - ^^-■■- •_-.*^ ç:i n'^rc: piss grande
Z'zr.zi =__j :_ >;i: ::,:!:« :. ::«:..< . ^.icrti irf i=-,3 i=»::rs. Henri de
''il^-z-'t^ ;:i.îj.~; >:- 7::..\;.i, ir:i-> li iiCL: ;^-e "^ d:é, à une
iizTziîi'.z z.t:Lhz ;>: ~ i->: r^-irî _ 7r,''?','^>, — : * c-i =:c:trs ses sentiments
i- iz'-zrLzz. Dulï '.-^ Tr:.:^-:. „ i— rl.-.i jsc^'i 513. :V;> '.= n:.^: ."rji/ifr pour
i--::iT.cr bzz -ivi^. =: .- —> li ii—i^r vît? j.:^ c:-cis>;i5 il cuôline son poème
iz l'i-.iii. L'tzjTtSilzi :--;••. S.j\\L p.-^^r i.r; t îzÎTi u::e cuuv^ise afiaire,
ctr* tr. ru-viiî pz'.'i s. rzi i^ _: lu r:cr.:iir des «rs cités pir P. Meycr
f'ircp i:: ^x'>:û: ;u: îr.c'Ki: ^i^^rS», ssî rcrr -vc ieux :V:< dins U chronique
; Ce::-- 3-7p::::::n es: :c-: i fii: -.Tôissiinrlarle, le nom de Fdl endenm s
3. Voy. à-dessus la demière remarque sur les traces de vers dans la mise
en prose.
HENRI DE VALEN'CIENNES
meni cette hypothèse, de même qu'il reçoit une cou6riiiatioQ
l'existence .t
très bien venue de I
Valenciennes.
I poème signé par Henri de
La Chanson de Vempereur Henri ne nous est point parvenue .
dans sa forme originale. Peu de temps après qu'elle avait
composée, on eut l'idée de la joindre au livre de Villeliardouin,4
dont elle formait la continuation presque immédiate, bien qu'elle ^
en fût parfaitement indépendante, et que Henri, qui met souvent
en scène le maréchal de Champagne, ne l'ait sans doute pas
connu comme historien. A cet effet, on dérima l'ouvrage de Henri
pour lui donner la forme de celui de Villehardouin, et on fit copier
celte mise en prose à la suite de la Conquesic de Comiantinoblt.
On ne s'en tint pas d'ailleurs i la suppression des rimes et de la
forme versifiée ; on abrégea beaucoup l'œuvre originale, comme
il est facile de le voir aux obscurités et aux incohérences que
présente la rédaction en prose. C'est un manuscrit incomplet de
cette réunion des ouvrages de Villehardouin et de Henri qui a
servi de base à nos quatre manuscrits'.
On peut s'étonner qu'un travail de ce genre ait été fait aussi
anciennement; car, s'il est vrai que dès le règne de Louis VHI J
environ on ait dérimé les romans en vers octosyllabiqucs dç-J
Robert de Boron, on n'a pas pour les chansons de geste 4
d'exemples de mise en prose plus anciens que le xv* siècle».
Mais il faut faire une exception précisément pour les poèmes
relatifs aux croisades'. Dès le xiii' siècle, on avait fait une
rédaction en prose, également réduite, des chansons du cycle
de Godefroi de Bouillon : « Et Tay comenchié, dit l'auteur,
pour l'estore avoir plus abregiet, et si me sanle que la rime est
(. L'idée de M. de Wailly, que la suite de l'ouvrage de Henri se tetrouvc-
lah peui-tire dans un morceau subséquent de la eompiLition attribuée d
Bmduuîn d'Aveincs, a'esi pas admissible : c
rs de l'empereur Henri, et i
du vivAni de son hénu.
1. On a wuvcni dit que l'ige de la m
gcsw. commeofait dès le xiv' siècle ; mai<
RiHC «M prose de chanson de geste qu'i
aatfiîcuTc au milieu du xv« sii'dc.
}. Je laîue de cdté les mises en prose
il y a cDcotc beaucoup i dire.
j que notre auteur écrivait
se en prose, pour les chansons de
quant à moi je ne connais aucune
n ait de bonnes raisons de croire
72 G. PARIS
molt plaisans et molt bêle, mais molt est longue^. » Cest aussi
sans doute ce que se dit Tarrangeur de VHistoirc de Vempereur
Henri; mais il n'est pas nécessaire d'admettre qu'il suivait
l'exemple de celui de Godefroi de Bouillon : le désir de faire
cadrer Tœuvre de Henri de Valenciennes avec celle de Villehar-
douin devait lui suggérer Tidée qu'il a exécutée. On peut le
regretter, car son abrégé maladroit ne vaut certainement pas le
poème d'un auteur qui parle avec tant de confiance, au début,
de son mérite et de sa réputation^; mais, d'autre part, sans
l'arrangement grâce auquel Toeuvre de Henri a été jointe à celle
de Villehardouin, nous ne Taurions sans doute pas conservée, et
ce serait grand dommage, car, telle qu^elle est, elle constitue
encore un monument littéraire précieux et un document capital,
unique même en plus d'un point, pour l'histoire de l'empire
latin de Constantinople.
Gaston Paris.
1. Ms. B. N. fr. 781, fo i; cf. P. Paris, Mon. franc,, VI, 158; Nyrop,
Storia ddV epopea francese, p. 56.
2. Uœuvre de Henri de Valenciennes, si on lui restitue par la pensée sa
forme primitive, reprend en môme temps son véritable caractère. Les défauts
qui nous frappent en la lisant, — brusquerie, manque de transitions, bizarre-
ries, absence de dates et de détails précis, ou au contraire minutie dans le récit
ou la description de petites choses, — seraient beaucoup moins sensibles si
nous la lisions dans sa forme première, et nous y apprécierions une vivacité,
une couleur, une sincérité que peu de narrations épico-historiques présentent
au même degré. Même dans la mise en prose certains passages sont encore
fort remarquables : je citerai seulement (§ S 34-5 3 5) 1^ beau discours, bien
digne de lui, de Jofroi de Villehardouin, vrai modèle du discours d*un cheva-
lier chrétien et français.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE'
- LA RÉGION NAMUROISE'.
Plas on descend au Midi, plus il devient difficile d'itablîr les
limites précises des phénomènes phonétiques. Les chartes
romanes sont moins anciennes; elles se font plus rares; la
plupart revêtent un caractère officiel qui les rend suspectes h
bon droit'. Au lieu d'émaner d'abbayes, des corps èchevinaux
ou de panicuUers, elles sortent d'une chancellerie princière. Or
le comte Guy iiait à la fois le souverain de la Flandre et celui
de Namur ; il a pu accepter les services de scribes picards, et la
daution « fait i Namur » n'a pas le même prix que le a fait à
Liège... à Huy » des documents utilisés précédemment. Ceux
que je rassemble ici sont originaires d'Andenne (entre Huy et
Namur), de Namur, de Gembloux et de Fosses. Le dialecte des
deux premières villes est suffisamment représenté, celui des
deux autres ne l'est que par une seule pièce. C'esi dire
que nous ignorerons toujours ses particularités. Les patois
modernes, si précieux pour une comparaison historique, ont été
I. Voyez Rommia, -WII. 542; XVni, 209.
I. pentends par !j tom le pays situé au Sud de k région étudiée précédem-
mcct, c"esi-i-dire l'entre Sambre-ei-Meuse. Gembloux est, au Nord, presqu'i
Il limiic des langues gennaniques et romanes. Ce serait, si ks documents
^tiicnt plus nombreui, an prikieui point de repère, do même qu'Axhe
snr Geer; de U émane le n" xrv des pièces publiées XVin, p. 2}o. Fosses est
plm à l'Est, cesi-à-dire plus pris de la limite conventionnelle des dialectes
wallon et picard.
]. Qe\i es: vrai des chartes que j'emprunte aux Carlulairrs dcNiuiur édités
par de Rdflenberg et Borgnet, ci dont on verra la Ibie â la table.
74 M. WILMOTTE
mis à contribution, mais je n'y ai recouru que dans les cas où
ils me fournissaient ou la confirmation d'un fait, ou des lumières
que j'avais en vain demandées aux textes d'archives. Il est
d'autres cas où ils n'étaient d'aucun secours.
Les pièces publiées proviennent de diflférents fonds des
archives de l'Etat, à Namur, où j'en ai pris copie, à l'exception
du n° VII qui est déposé à Liège, cette ville ayant été avec celle
de Fosses, d'où il provient, dans des rapports de politique et
d'administration communes^. Sept chartes sont relatives à la
capitale du comté et ont dû y être rédigées ; cinq appartiennent
au chapitre noble d^Andenne et, des deux dernières, l'une est de
Gembloux, l'autre est celle de Fosses. Les actes simplement
analysés sont ou inédits (je les ai lus aux archives de Namur)
ou publiés; ces derniers plus nombreux que je ne l'aurais
voulu, mais à qui s'en prendre, sinon à la pénurie documen-
taire du comté ? Et le mal ne va que s'aggravant au Midi ! Si les
Inédits avaient été moins rares, j'aurais négligé (ou du moins
I. n et V ont été copiés pour moi par M. Tarchiviste Lahaye; j'ai eu
Toccasion de les relire à Namur ; je dois à M. Lahaye d'autres copies et la
coUation des originaux en langue romane du xiii« siècle, insérés par
M. Barbier dans son Histoire de Géronsart. H est probable que cet auteur,
quoiqu'il nous donne l'indication contraire, s'est borné à copier les chartes
de Géronsart dans le Cartulaire et non sur les originaux, car les variantes
recueillies sont aussi graves que nombreuses ; je publie en regard xi et xn,
copies d'un même acte, dont la comparaison sera, j'espère, jugée instruc-
tive. On y verra les altérations subies par le parler populaire sous la plume
d'un scribe, peut-être étranger. La lecture de quelques lignes suffit pour
convaincre que xi est plus fidèle que xii à ce parler ; xu a tietient et tinent là
où XI a tinnent; il porte nommet et nome; les finales en -e = a latin tonique,
au lieu de -ee/ ou -eiet (xi : nativiteet , communiteet, recorduty termineiety etc.) ;
-eaî qui est étranger à la région et non ial (xi : cestiaJ, nouiaaïf espiate, etc.).
Les diphtongues ie, oi, ui, généralement réduites à i, o, u dans xi, sont ici
restées intactes; xu ignore des graphies comme on, acljon; churty chonsiense,
choi; il supprime le t final, maintenu d'un accord si tenace dans xi, et intercale
un I euphonique étranger à celui-ci; en revanche il écrit dissoient^ trespase,
feischienSy tesmongnage, et xi disocnt, irepasseet^ fei(s)sins, tetneignaige. En voilà
assez pour nous donner une leçon de prudence, car il s'agit de deux pièces
écrites peut-être sous la même dictée, en tous cas à la même époque et
dont la moins authentiquée, celle qui ne porte ni les sceaux ni l'estampille
officielle, est précisément la plus sincère ou, si l'on veut, la plus barbare.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 7 S
relégué dans un rang infime) les documents imprimés, avec
d'juiant plus de plaisir qu'ils ont un caractère officiel.
1 . a tonique libre donne ei et exceptionnellement k : peer i;
communitett , recûrdal, nommul, demoreit, trepasseet, àtmandeeTf
saeieer xi. Maïs îl faut remarquer que ces deux chanes affec- i
donnent la géminaiîon graphique de toutes les voyelles :
Musaatt, nouiaai xi, saluue 1. iv a aussi aa dans des noms
propres. Le féminin des part, passés est en -«V = -ata dans
les pièces les plus anciennes (i, m, v); plus tard ee devient
générai ; seuls x, xi et xii ont encore atosUie, a(^n)mes, deviseie.
« est régulier dans les documents analysés, et il faut remarquer que eie
apparaii surtout dans les plus anciens. Les ex. de gémlnatian de la voyelle 1
tie sont pis rares; mais c'est p1ut6l affaire de scribe; 1294 a dix exemples de
cette graphie ; dtUu =de latus est dans 1264=, iï64', 1294 et 1295; Liège
lu Huy n'ayant cette forme, elle constitue un irait de localisation à retenir.
3. Au est aussi faiblement représenté dans le dialecte de
Namur et de la région voisine qu'i Liège et i Huy : rv a
Jmau}, cûgnisaubk, vi estatible et x avocaus. Bien que n'apparte-
nant pas, à proprement parler, à cette catégorie, la forme sonkral
m, 3 sg. fut- de sonlcr ^= sïmulare, mérite d'ûtre citée ici;
le patois lie toute la contrée dit aujourd'hui sonlé; 1290 a
sant^oit.
4. -aticum doit donner -âge si l'on s'en rapporte aux indi-
cations des patois. Les n" nn, xi et xni nous ofireni -aige d'une
manière assez uniforme, ce qui est d'autant plus fait pour nous
surprendre, en ce qui concerne xi, que la copie plus francisée
do même texte' i sage, arrérages, tesmongnage. Il ne faudrait
pas s'empresser de conclure de là qu'on disait l'un et l'autre,
ni surtout que -aige était populaire h Namur; xi provient
d'Andenne, c'est-à-dire d'un point limitrophe'; restent vm et
xjii, qui offi-ent plus de difficulté. Y aurait-il là une trace
d'influence septentrionale? Le copiste de ces pièces seraît-U
li^eoîs ou hutois ?
■^t est partout, sauf dans trois pièces, i2;o, 1289 (qui est de FIorefTe et
qui« d'ailleurs mariage i côté àe ytelaige, vcndaige, mcsmigè) et iî99.
. V, h noie précédente.
. V. la note a de XVUI, p
76 M. WILMOTTE
5. La graphie ae est ignorée à Namur; on n*y trouve am =
ain que dans un nom de lieu (Uendram i = Vedrin).
Je n'ai plus à revenir sur ce que j'ai dit de ai(n) = i{n). Je
signalerai seulement constrandre vn, qui n'est pas diflférent de
remant dans le Poème Moraly et les formes diemincht vra, paiinne
bestain x et sainglers xiv qui attestent une certaine confiisîon ;
temeyn 11, tesmainage 1237 et tesmain 1281, aussi bien que muins
= m i n u s xi indiquent un eflfort pour rendre le son oin de
part et d'autre ; -are pour aire est ici inconnu, aussi bien que -en
= ain,
6 et 7 ne prêtent à aucune remarque. La distinction de an et
en est observée ; i(e)e : i(è) (8) est général dans le Nord ; j*ai
déjà constaté que xii avait te partout où xi a ï = é; iée : ie est
toutefois plus abondant qu'à Liège : otroiie iWyfianchie y ^ paie vi.
oiroies vu, mainie xiii.
9. -ellum : ial et devant une consonne ia{u): espiate i,
Ysabiasy Cisiias 11, nouial vu, consiaus et cestial xi, sans parler de
Willia(in)mes v et xiii et d'autres noms de personne. Les formes
de XII ont déjà été signalées^ ; reste speate 11, rapeal m, qui sont
irréguliers et les ex. de ea(J) = iWuvfi qui sont plus surpre-
nants : à côté de c{h)ia{u)s et iatis on trouve cea:^ 11, ceatts ra,
ea{u)s III, VII ; les chartes d'Andenne ayant déjà ia{u) régulière-
ment, il paraît invraisemblable que Namur ait connu en outre le
développement propre au Nord de -ellum et -illum. La
vocalisation de / (et non sa chute comme à Liège) devant une
consonne est donc un trait caractéristique de son parler au
Moyen Age; l'identité du traitement de -ellum et -illum (à la
différence de la région hutoise) en constitue un autre. Ces deux
finales^ à en juger par les ex. des n°* vi, x, xi, coïncident déjà
à la hauteur d'Andenne. La pièce de Gembloux a encore chias.
10, 19. é-hyetô + y donnent respectivement i et ui;
les pièces simplement analysées s^accordcnt sur ce point avec
les chartes que je publie. Mais où placer la frontière de ei{(n) et de
/(«/) ? Point délicat, étant données nos faibles ressources docu-
mentaires. Le patois moderne nous fournit les formes léy péy etc.,
fort avant dans la province de Namur, et dans la direction
orientale, é semble persister jusqu'en Lorraine, où nous le
I. V. p. 74, note.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 77
retroavoRS dans le pays messin'. De même pour ô -)- j; u(i)
CSX partout dans !e Sud, maïs on dit mou (Dinant);^ modium,
(aj^d)ou (Laroche) ^^ hodie; cf. tmes v i côté de muis 1,
mu)f{s) 11, VI.
n semble donc qu'il y ait départ et que le Nord possède dans
certains mots £?(/) et u{i) là où le Sud-Ouest a toujours connu i
Clou (m); dans cette hypothèse, mMi(j) liégeois et hutoisse serait
prononcé 'mûvi, mui{s) namurois et plus méridional *tnoum. Je
trouve n'i dans des chartes du Nord (V. S. L. 371, 408; cf.
au sud de Liège xil : viel), i Namur wy = hodie 1293^
iiite^^oc to 1294 en dehors des pièces publiées. Il y a li une 1
indication d'autant plus intéressante, que la tendance i intro- I
duire une semi-voyelIe euphonique, i élargir la voyelle labiale!
en contact avec une autre voyelle, ne favorise pas w, comme il
Liège, mais plus rigoureusement i. Cf. S9. Quant i eu (uè), .
constaté i Huy, je n'en ai pas trouvé de trace; «'^é+jVi qui
exista dans tout le Luxembourg, s'il faut s'en rapporter aux
documents du Moyen Age, est absent des chartes publiées; l'une
d'elles a même Si (ixi cf. lie xii) au lieu de lei. Les autres ne
m'ont fourni que les formes deitw 12S7 (mais dime 1255) et sei
pour si 1291, dont il faut rapprocher geist qui est dans une
mime pièce (1283) i côté de gist et de giest. La graphie îe ^=
è + y a totalement disparu,
Aus ex. déjà allégués, j'ajouterai glùe 1257, 1285 ; six et dix 1274; dii
1380; (*)«<" laSz, iiSî, i2&i;profil iî^,gssint 1295.
11- ie est moins rare qu'à Liège et l'on peut en reconnaître
l'existence dans les formes vierunt, vier(r)o7il des n" m, v, xi et
dans des noms propres.
El. nombieux : ticsmoignugt. fiait, vitslil 1281; lieront, vitront 1184; apier-
Uniincti, apria, dicies 1288, soufficrt 1189, a^erl 129}', apierUnaru, titsmoini,
apida. siergtani, litre lagji; /oriw/, emiters, siet 1293*; detsien'ira 1297. Maij
il but remarquer que les cooclusiâos négatives pour liège s'arrèlaienc i la J
iau approÛQiiive de 1270, donc antérieurement à celle de nos documents,
va seul (m) excepté. Peu d'ei. de ïe ^= 1 ou de ri ;= ^ dans la graphie.
13. oc ^=ok comme i Liège. En revanche, les formes cor-
respondantes à -ore, -otu (et -are) liégeois et où il semble que
'. HtHnûig, Dit OSlfri. Grm^dtaltcte, p. a
78 M. WILMOTTE
Tattraction de la voyelle n'ait pas abouti, sont étrangères à notre
région; je n'ai trouvé que memore xrv et 1290, 1299, qui est un
mot savant. Mais nous avons oe=(n assez fréquent : namurots
IV, œrSy dœt, canoet vi, loueignues à côté de loueignous (xn a
louegnois) et d'autre part fo(i)j xiv, 1280, 1282, 1290, 12934 et
ardor 12934 que j'ai cru, ainsi que oe = ai, pouvoir assigner à
la région qui s'étend au S. de Liège.
14 et 15 sont sans exemple. Je n'ai à relever que la forme
chienquante v (cinquante n) dont on ne peut séparer cienc dans
certaines pièces analysée (1233, 1285, cf. chiench 1289).
16, 17. La distinction entre ô et au persiste; comp. chouse
V, auront xi, out xi, pou = paucum'xiet xii, avec Paul 1284*
1288' et lou 1289; ô : ue est régulier; bonus et bona ont
donné plusieurs formes, entre lesquelles il est assez difficile de
se prononcer : boneÇi) 11, vi, x, xiii; bam(è)y buen vu, 1264, 1282,
12933; bain{e) 1281, 1289, 1290, 1293?. A part ces ex. on n'a
point la graphie ai pour représenter 6, non plus que 6. Les seules
exceptions, sur plus de cent exemples fournis par les quatorze
chartes, sont Moise (M os a) x; loir (à côté de laur), signair,
amaine ix — ou : eu date vraisemblablement de 1260 environ; à
part deus 11, je ne relève d'ex, que dans vi, qui a deseur et J«-
gneur et dans vu * qui possède d'intéressantes graphies : succesars,
succeseerSy successeerSy indiquant l'embarras du scribe pour trans-
crire le son nouveau. A côté de oe {ue) on a aussi au = by aus i
et oes (ues) m, v ; alu et aluet i, demore xi et demeure xn moins
curieux que detnerent vu.
Reste à savoir si «^ = u (ou) comme à Liège. L'absence de
formes comme aucuen, vestuere^ etc., est-elle compensée par des
graphies comme allaut à côté de alluet Vy ous i non loin de
ues III ? (7w a eu plus d'une valeur phonétique ; lorsqu'il repré-
sente au latin, cette valeur n'est pas la même que dans les
formes en -aur (-orem) où il va bientôt céder la place à
-e«(r). Enfin au = 6 entravé. Je citerai jour i, xi, xiv, court iv.
1. Je constate le traitement différent de -aucum (paucum a donné pou)
et -ôcum sur lequel j'ai jugé inutile de revenir, car Namur a îiu (i, 11; mais
heu à Gembloux (y)\jeu est français (viu).
2. V a sereur, mais il provient d'un point extrême et ne prouve rien pour
le Namurois.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 79
tffus, tOHtÇes) V, IX, XIV ; les ex. des autres piîrces sont beaucoup
plus nombreux et plus décisifs. Ils sont i peu près seuls à nous
consen'er une autre source de ce son, à savoir [S atone (cf.
tourner xiv) :
HoubtTt (tlucb-) 1357, doubUct 1264; pourfis tl88', dourm, -n
tnanJurunt uoS*; octoubre 11S9; douiatia, sowiist n^; journus, so^ffusamJ^
mttti, nounutmmt lïgj' ; proumisint -mû, counoisin, doundr, tiûuii
Mil. foumun 129}'; enfourmâr, moasIrHr, bourgam lagj^. Il y a là un fait
d'otncrvatlon phouÉtique que la région sepienmonale ne connaît pas. La
forme tuortuir 1297 est bitm isolée en face de ces nombrcu^t ex. parmi
lesquels ioanur et lawnril dé\i â\is. On ne peut voir id le phénomène
étudié par M, Paris' et plus récemment par M. Homing dans la Zs./. R, Ph.,
tX, 4S6. La graphie contraire quatoute {quatorse i:8;; cf. qttatiioiei. Liège et .i
Huv) montre le peu de prix qu'il faut attacher i cette forme, car qu3[(u)or.
dccim a connu la diphioagaison cl 'Eornare l'a toujours ignorée en
wallon; Huy a pourU V. N. D. 1197' qui est manifestement une erreur de
mtoc nature; le; parlers modernes ont pwit, pvml, jamais poui.
18, 20 et 21 ne donnent lieu à aucune observation. Les ex.
de -omts font dtlfaut; on, ac(h)on et chascon sont ici comme à
Litge et i Huy.
23- A côté de a protonique dont les ex. sont assez nombreai^
ijtul I, davant n, parchon v, osions vu, astoit xn, raniembram
1111, parmanâblemenl ix, xiii ; sagnor, écrit de plusieurs maniéresjj
est partout) on remarque une tendance à favoriser 1 plus accusé*
que dans la région septentrionale : signor v, vu, signeur xiv ;
ordirut IX.
Lesch. analysées ont de plus rwiivair t2S4';mîlleiiriiS6',uritiunt 139}';
JimiitBf 129s (et peut-itre siasT=siiiu ibid.) ki pour qiie, recMvcrts 1297, sans
imincr va tignair qui s'y retrouve plusieurs fois '.
36, 27, 28- c(a) et c(e, i) ont le même traitement qu'à
Liège. A l'exception des formes de âl et des variantes de « = e c c e
I . Cf. Romania, XVII, ;6o. M. Paris était disposé à dater du xv° siÈele la
dinte de r après 6 entravé; trais les en. de Liège et de Huy nous montrent
qu'il faut l'avaneei de deux siècles; à Namur j'ai trouvé quatoiist, mais j'ai
égaré le numéro de la charte.
i. Ego, dont les formes romanes ont déji été signalées p. 216, a donné
liai i plu^eurs graphies curieuses: /u m, 1255, 1282, 128), 128s, II86,
jtu V, iiSs, 1286, 139;, jui iLiu, qu'il faut probablement lire jiu; cf. chut
(flm) XI et la p. 216 du tome XVIII.
8o M. WILMOTTE
h o c on a peu d'ex, de rè= c(e, i) : cheste i, chienquante v, recheut
X, chens xii. Même observation pour ty, cy ; x a sentensCy xi chon-
siense et xii obediensce qui indiquent nettement la prononciation.
Il faut encore citer grasse vu (grasce u, xiii) et surtout des gra-
phies comme s'est (= c^est) 1288^ et seu (= ce(u) 12933. Une
des pièces analysées (12934) a 38 exemples de cÇe, t) contre deux
graphies avec ch {chou, chu). Les formes des verbes descendre et
connaître méritent une mention ; le Nord wallon n'a que d(t)hind
et k(î)nb-i ; à partir de Gives, près Andenne, on dit d(t)chind et
k(t)ndch, en vertu d'une loi phonétique dont j'ai étudié ailleurs
le caractère en Belgique : ix a conischant (à Liège coniscance xxiii),
1283 deschendoity 1206 descente. Ces ex. suffisent à établir une
distinction que l'époque moderne a conservée. Une dernière
constatation : ch= c dur est plus fréquent qu'à Liège où je
n'avais guère relevé que au(u)ech et auchun; xi a achon (achun);
churty chonsiensey choi; xiii seich. Mais je n'oserais rien conclure
de là, d'autant plus qu'il s'agit d'une graphie sans importance,
propre à certains copistes ; celui de xii, reproduisant le même
acte que xi, a conscienchey curty etc. Ce que j'ai dit de c(a) et
c(e, i) est vrai aussi de g(a, e, i) ; la graphie gh=j' a seule
disparu, de même que nh et, en partie, Ih, On trouve ligois 11, x,
XIII, mais sériant x, xiv (les autres chartes ont aussi sergans :
1282, 1284s 12882, 1297).
29, 31. L'hiatus est plus généralement supprimé à l'aide de
'. Le no xn des pièces hutoises a deschent; il émane d'un seigneur de
Durbuy, c'est-à-dire d'une région limitrophe pour les sons ch (/) et y. C'est à
peu près le dernier témoignage qu'il me reste à invoquer au Midi. Comme je
l'ai montré ailleurs, la limite des deux sons fléchit vers la Meuse, et comme
de nouvelles recherches me l'ont appris, à partir de Gives, sur l'autre rive
du fleuve, elle exagère sa déclivité dans la direction des terres germaniques.
Melreux, au cœur de l'Ardenne, dit encore yà/ (scala) et hayi (baisser). Les
données des chartes sont d'accord ici avec celles des patois. La seule difficulté
est celle que soulèvent les formes du verbe conois{t)re; on a d'une part conischant
et de VdiUlxt cc^niiist xi, conn(p)issons vu, connoistre viii, surtout connissant ix,
qui indiquent unanimement la nasalisation de la première voyelle et rendent
peu plausible sa disparition, pourtant constatée. Croie =z cru ce m 1257 est à
retenir, car ce mot a plus généralement laissé tomber sa palatale, dans les
patois modernes, à la différence denucem,decem, etc. On dit krœ, mais
;wr/, (fï/, etc.
i3S4i eskrwdr 1287, s
264', iivKnt
iTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 81
I semi-voyelle que de w; /oi« = laudata iv en est ua ex.,
aloiUr 1293' un autre; vni a Nocl, non î^okl (i Liège, n" vi);
les formes paier, pa(f)emmt, sa(i)el, lo(i)almefit, etc., peuvent
s'expliquer par la palatale intervocalique du mot laiiu.
Nod esi aussi dans 11S6; il £tut noter les graphies saiias, 1290, aiitnt,
DUffJ, Rtt'tnii i2<)y,aloiitT I29]i; à cuti de cela masuîuiers 1257, at«ii( (août)
M6i'-, qiuDI i >iiiu«j 1191, fitut'il liremiuvi oum'iuvi? Les variantes onho-
graphiques, citées par l'éditeur du CartuLiire, sont ayiiuw et uiaies (aides).
JWdéjidte tiyt^hodie 119}' et mU = octo 1294'.
30. Kf ^= f se constate ici comme dans !a région hutoise ;
liu-rer IV, Ywîns, Yv;ain{^s) ix, au>€{ xm, peut-être Baudewin
{Baldovinus). — w^^-w germanique^.
Add. vnlb 12;;, iuina(i)ge 1164*, 1299 —
parler des formes moins probantes de (en)
1168, mtivxnt 1293' (vu 3 iicwetil).
31. a(a)bU domine. J'excepte irelaulemettî vi qu'on trouve à
Andennc. Les autres pièces étant généralement d'accord avec
cette constaiaiion (douze n'ont que ahle; -auie est très parsemé)
on serait tenté de conclure à une formation différente de celle
qui caractérise la zone plus septentrionale; mais rien de moins
sàr, car les finales en -abh sont l'une des preuves les plus frap-
pantes de l'influence centrale, et celle-ci, p.nr les chancelleries
princières, devait être considérable, dès la seconde moitié du
xra* siècle, dans le comté de Namur; la forme erteles 1280 cor-
respond aux ex. liégeois de ce mot.
33- I a persisté jusqu'à la fin du siècle. Une seule charte fait
exception (xil), maïs j'ai déji sign.ilé ses dissonances J. En 1281
(xi:i) on a encore veriteit, neil, qitilleit, gerpit, reporldt, auteît,
paerat, tumuit, ordineit à côté de vtriu, volcnk et aute; 1297 et
1299 ont les deux formes, mais 1295 a quatorze ex. de -t con-
I. Le n" 47 do Cirtulaire, i^ue \c n'ai pas cru devoir admettre parmi les
dianct aiulysécs, porte la forme /«tu? = jocat.
î. On commence h observer, à Namur, l'amuissement de la demi-voyelle
de fH, f u, qui esi un Cait accompli dans la région s'iltetidaut à l'Ouest de cette
TÎik. Je citerai kàl i, tnki n, haut m ; Gti xi, xii. Mais il scr^t tC-mérriirc de
hisa sur ces quelques formes, en présence de la quasi uniiiimitii Jes autres,
DOC loi pbonétiiiue.
). V. la note de U page 74.
82 M. WILMOTTE
serve contre deux de sa chute. La dentale a donc eu la vie plus
dure qu'à Liège, et, de 1240 à 1295 environ, sa persistance
constitue un moyen de différenciation.
34, 35. En revanche :^ est remplacé par s (= ts) à peu près
à la même date qu'au Nord. 11 (1248) a toç, awCTi;^, ct(^ (ces) y di:^
dele:(^ ru^^ deuen^, alue^ {alues), nomei; mais i et m (1240-1252)
ont toSy tondus y dedenSy genSy dis, vestis; 7i = s médial n'est pas
rare : vu a tnarcandi^es pri:^^ enclcn^rty chœ^e^ ocotTion, ce que
confirment les autres pièces. — Mei(s)tnes ra, xii (et 1250, 1293*
et 12934) est aussi bien namurois que liégeois; xi a mainme dont
je n'ai pas d'autre ex. et qui est, ainsi que tnimmes (vi) et
minmc^ (vn), une autre graphie du même son, où la nasalisation
est mieux exprimée. J'en dirai autant de nuumes constaté à Huy,
puisque ae{n) = ai{n) n'est pas étranger à cette région inter-
médiaire; il faut donc renoncer (voyez p. 219) à en faire un
trait distinctif. Ce que j'ai dit de -able peut s'appliquer à {e)s +
consonne initial; les nombreuses formes qui trahissent la pros-
thèse sont des produits de l'influence centrale. (Cf. spiatc i,
speate 11, skeuin vu et surtout cmp. Val des Escaliers 1280 avec
Val de Scoliers 1281.)
36, 37. Rien à noter, si ce n'est une assez fréquente confu-
sion de / et Ih Ql) : defalist vi, julet viii, mais toillei vn, telh vra;
XI a partout / où xii a /A et a (jm) où xii a al (au) + cons.
Add. vile 1293Î, 12934 (au Nord vilhe); ventaU 128$, mdor 1294, et
d'autre pan felîonies 1293'; saeîh 1294, cJmpdlain 1297.
39. Congiet figure dans vu et xiv — rr = rtx,er^=r comme
à Liège et à Huy. Je citerai renderat i, venderat 11, viuerat viii;
VII a doueront et deurat, xi a quidroit et xii quideroit. L'impf.
inorroit v et le condit. detnoroit x caractérisent bien la confusion
phonétique; cf. porat xi et porrat 11.
40, 41, 42. Ce que j'ai dit de l(h) est applicable à n(A),
graphie inconnue à Namur % où ni, ngn, gn(f) et igni (estrai-
I . J'excepte deux noms de lieu : Upinghc (mais m Hnpaing)^ MeJ)airtghe i. A
Liège, comme au Midi, nQ^)h constitue donc une graphie archaïque, dont les
ex. ne dépassent guère le milieu du xiii« s. Aux formes citées dans le texte,
il faut peut-être ajouter dounieies dans une charte dont rorigine namuroise
m*est suspecte (Cartulaire, n® 2$, p. $7).
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 83
gnû vii) représentent le mouiUement de la nasale, xi a cognuisi,
xtt au contraire conuist.
Les ex. de « sont ici : cognoisanchc 1282, 1283, wgnissance
1283 ; ncognoissant -gnissons 1293'; commugne 1293'; cette pièce
possède aussi vteignanl ^^ mand(u)cantera, qu'on retrouve
1293*. Anes = Agnès est dans 1291; n est intercala dans enlielii,
emîabie \i, enskcveyti, enscr'il -ire xi,
Lct ex. som les mêmes; mais il est diffîcQe de se prononcer pour convent
II81, Xiiy, aconstunuH ji86, monslrdl 1290. comrnana 129Î', oii, d'apris les
•ois ginénies, n ne peut être étymologique (cmp. 1
f>ni« 1284'.
43. mm, nn sont plus fréquents qu'à Liège pour m, n simple^
eonnoislrf, WilliammeiJ), ammis, manniere, nonnain, bannira,'*
ciammtir, }em}ntdi, fennal v ; vmnans, connissons, sommes vu ; ven-
ntres «u; dotnne, patnnc, prochainnenient x. Les n"* xi et xii ont
encore de nombreux ex. de cette graphie, qui indique la nasali-
sation de la voyelle précédente.
44. Li et U féminins sont ici comme à Liège'.
revanche men, sen, sporadiques au nord de Namur, ou
toutà fait inconnus^, sont plus fréquents dans le comté. 1284^
a deux fois scn, 1288' deux fois mn; sm est encore le cas
régime du possessif masculin dans 1 293 ' et 1 293*. no ec vo sont
un autre trait fiexionnel que les patois ont ici fidèlement con-
servé : m> VII.
Ai3d. 1164'. iî88', 1Ï9Î'. 129}', 129}'. 1^93' où l'on trouve w régime
iQiK. et dm.; la dernière pièce renferme encore un ex. de na sujet pluriel :
Les phénomènes étudiés sous les n°'46, 47, 48, 49, 50
I. Ce que j'ai dit (xvn, 566) de la dbtinction établie par M. Neuntann est
moins absolument vrai que je ne l'avais supposé; Liège a plusieurs ex. de dcl
Eiminin : xiv, xvu dtl uaui (cf. xx délit fau:^: au S. de L. drU vai vu, miis
M V. xiu ibid. ainsi que ti vau^. On a aussi la graphie inverse {deik masc.)
xxiii : d^t tiakt. Del Incaraatimi (xvi et S. de Dègc xiu) est moins sûr; de
intaie alaUtt (s. c. partit) ei drl aiguë 5. d. L. viii, dtl ordùic ibid. xi, dd
ordrtit iUd. XB, tous ces substantib et pronoms comnieaçtnt par une voyelle.
S. Li comparaison avec le patois moderne autorise la conclusion que les
Vti rares ex. de men, srn sont Jus à l'infiuence méridionale, peut-être au
scribe lui-même. V. p. 118.
84 M. WILMOTTE
se retrouvent dans nos chartes. Les parf. en -ont (51), que les
pièces publiées ne possèdent pas, sont dans deux des autres
documents : ensengonty portont 1282, singnont 1295; en revanche
pas d'ex, de -ons (i plur.). Les parf. en ui (tu) ont été déjà
signalés ailleurs^; je citerai seulement la forme retmue m et
auist 'Usent xi qui correspondent à cwist -issent xii. Deux autres
points restent à signaler : 1° les parf. en ins^ ont disparu (auins
XI = avienies xn est un impf.); 2° les 3 plur. prés, sont diffé-
rents de ceux de la région septentrionale : celle-ci a accentué la
désinence atone et dit î(J) èmi= amant, Namur et le pays voi-
sin reculent encore Taccent d'une syllabe et accentuent la voyelle
introduite par épithèse, qui n'est d'ailleurs pas partout la même;
de là les formes pulenCy uulene = *polunt, volunt 1294, ^^^^
il faut rapprocher descendenenty giesene dans une ancienne copie
de charte, éditée par M. Borgnet (Cartulaire de Namur, I,
n° II, p. 28) et mostrenent (ibid., n° 50, p. 165). Le patois
moderne dit dichind'nûy gis^ntiy etc.
Résultais K
Namur.
HuY. Liège.
(i) *delees
— —
(4) -^^ — -aticum
-âge et -aige -mgi.
(5) ^Kn)
ae(n), ai(n), e(n).
(5, 13)
-are, -ore, -one.
(9) -w(/) — -éllum
-ia(T) Ha(l)
-w(/) = .ïllum
ea(l) -ta(J)
(10) i è -f- y
«•(0
(19) ut (pi) ô -f- y
ui (eu) ui
(10) i
• •
le le
(13) oe
= 01 —
o=^oi
-h consonne —
(14)-
ien =inum
(15) -
ee (ei)s=î -^ voyelle.
(17) ou — ô atone
— —
ou au tonique.
1. Zs.f.R. Ph.y II, 279.
2. Voyez Romamay XV, 133, et XVII, 567.
3. LMtalique (^t réservée aux traits phonétiques, les lettres romaines aui
simples graphies, l'astérisque aux formes isolées.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 8$
Namur. Huy. Liège.
(23,29) I atone et demi-voyelle' — —
•Noël ♦Noiel
(27) scb='sc se.
*croie crois
(28) g(e, i) gh.
(30) w = V
(33) -/final (1240-95) — —
(37) ' = H^ « récipro-
quement — —
(39) •congiet (-ier) conghiet.
(40) n^'gn (nh) et réci-
proquement — —
(45) mm C^)> ^^ — —
nOf vo — —
(49) — I pi. parf. 'ins = imes
3 plm*. prés, en -ne
(épithëse) — —
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I. 1240.
Je Abers le balhies de laterre |de Namur. saluue tes chias acui ces letres
uenront. Nos faisons conessable chose a uos ke lambins de ambresin ke on
apde li tondus at uendut a chias de la maison de Gerosart trois boniers et demi
de t^rre aprendre alor uolenteit en tôt laluet ke ilh tient a ambresin et lat
reportde en nostre main A ous la maison, z nos par le içjugement des hommes
le conte lor auons rendue z reporteie enlormain. et ilh liont rendue a tr^s-
cens eniretage chekan por sex mvîs de spiate loiaus do t^rroit de la. Apoier
Anamur enkeilliu ke onuodrat dedens lafeste saint Andriu et si lor rcnderat
tôt sens lo bleue vn donier decens chekan. z seilh a Jour ki est*... nncz
Nauoit paie lo bleue et le donier de cens î li maisons jront alat^rre si ce;;; a
son iretage r ilh nj poroit riens reclameir. che fut fait Auendraen de uant
moi là su) de par lo conthe le vendredi après laclose paske. Anno domin],
m. ce. xxxx. mense apnli. lafurent 11 peer dalu et mes sire andries de vpi»ghe.
mes sire Anous de mehainghe. mes sires euras de Ginmines kisont cheualicr.
1. Je ne constate ici que la fréquence plus ou moins grande.
2. Lacune.
86 M. WILMOTTE
H maires de tienes. z Rosias de Merdot et mut datr^ proudommes. z por che
ke cheste chose soit ferme z stable a to iors Nos auons nostre sael mis A ces
letres.
(Monastère de Géronsart).
II. 1248.
os ysabias abbesse par la grasce deu. z toz li couenz de boneffe del ordene
de Cistiaz de le veke de liegc faisons sauoir a toz ceaz ki cez letres veront z
oront. ke nos deuons a toz jors jamais en jretaige setis rapder chascon an cin-
quante mujes de speate a la chapelle de lonchamp. z djz al hospital deutre
muese delez Namur en laparoche saint syphorien A paier z A liurer chascon
An. A ces deus diz lius a noz despens. Le moitiet a chascon des deus diz iius
de chu kom li doit deuenz la feste saint Andrier. z latre moitiet deuenz le
premier jor de Mai. z se nos faliens del premier paiement v del secont a jors
ki deuant sunt dit den ki en auant ju ka jor ke nos paieriens chu ka paier en
seroit. fuist tôt fuist partie nos seriens tenues a faire le gret des deus lius
deuant diz. A plus chier ke li bleis aroit valut communément après les jors de
saint Andrier. z après le premier jor de may. z deuons bone speate loias
et paiable. z a la mesure de Namur. les cinquante mujes A la chapelle
deuant dite a deus deniers pies de la melhor selonc chu com le venderat adont
Awasege. Ledis Alhospital A deus deniers près de la melhor solonc chu com
le venderat adont en Namur. Et si deuons Assi vn denier a la chapelle deuant
dite amj an. z vne mailhe al hospital deuant dit A paier le jor saint Andrier. Et
ceste rente de bleit z de deniers deuons nos ensi com deuant est dit. por laluet
ke mes sires Garniers de lonchamp Aquist A mon sanior Henri de ham.
cheualier A tens ma dame. Idain sa promiere feme des quez Aluez ilh fist
samucne a la chapelle z al hospital deuant diz. par lotroj z la volentet. z la
proiere ma dame Idain. sa feme première dauant dite, z de cez aluez sunt
vint boniers. z set verges fueressesen terre A le mesure de liège, z vnze soz
et quatre deniers de ligois. z deus chapons et li justice z li plait gênerai A bo-
nihuel. z U masuier. z tote la sangnorie de le curt. Et nos jtez alues Auons
raquis tôt entièrement si com ilh est deuant nomez z diz. por la rente
deuant dite Alhospital z A mon sanjor Johan dais, canone z Archediakene de
licge porueour del hospital deuant dit. z a mon sanjor. Garnier assi deuant
dit. Patron de la chapelle de lonchamp deuant dite, z par lusens le vestit del
liu mon sanjor Johan de blarej. Et en temejn de totes ces choses deuant
dites. Auons nos mis nostre saiel Auuec le saiel nosirc sanjor. henri par
la grasce deu enliet de liège. Dant Watier abbet de viller visitor Adont de
nostre mason. mon sanjor Johan deuant dit canone z Archidiakcne de liège.
Et chu fut fait lan del Incarnation nojtre sanjor. mil dens cens z qua-
rante, vuj.
(Abbaye de Boneffe; trois sceaux et un
petit fragment du quatrième.)
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE
m. 125a.
Ju KTUiis cbeualiers de saint Lamblert (au sauoir A tos ceaus ki ccleircs
vicruHl et orufit ke ju por deu en diotle Aumune ai doncie z en main
pcporteie entierumeni « qintnmcot Me deme de saint Lamberl ke ju lenoi de
Chem de Chitsue A Bienain. Oseilhin. cl CUrissien me trois filhes. et se nj ai
menut nuie tieo ne vmjer ne autre chose. Et se Lai fait totevoies pai Lotroî
Lot mete Dame damjson mespouse. kar d pramcrain dan ke ju les enfis
retinuegc mes vmjers a sa vie et a le mjcne. En après kani des totcs trois
oreni rcciuic Lor dite Aumune de memain. Eles totes trois le reponarwit du«t
alesmetmcs ves en le main Monseignor Lambiert Le vesii de saint simphorieo
de Namur lor Neuot. t Monseignor Getart de Hnpaiiig lor Taua dunt eles
tîscnl Munieitani lor manburs. Et chu fui fait deuant eaus z deuani frère
Aubcn ic vtetit de sain Lambiert r Monseignor Steuenon Le parrochien de
Tamines. Mestie hoston. Godefroit et Pieron z autresgens. El por chu ke
teste chose porte force r parraaignet senrapeal en veriteit se priage Mètre a
ces Lettes Le saias Frère Auberl. Monseignor Lambert Les dis vestis r mon
iâgnoi Stevenon. Et ce letres sunt doneics Lan del Incarnation coj/re signor
m- ce. 1. ij. Le mardi après !e feste sain Mathie L.ipostole.
(Abbaye de Salrinnes, Fragments de sceaux.)
IV. 1261.
A tos chias ki ces Letres verront z omnt nos ihehans dis de brchaing
cfaeualier ! et nos Eniorans de biol chevalurj z bailhiers del la terre de Namur.
sangot de loierfayions cognisaiiUe chose, ke nos Lamone ke Tierris de liming
fisi ia dis a la maison de Gerosaart de tôt son lïet entïrenicnt ki gist el terroit
de Lîmang ke il leuoit de mon sangnor henrî de Loiu nostre onceseour en
lerresi en ptees en bois i en totes autres choses! Auons Loiec et otroiie si
com sangnor de fiet a La nuison de Gerosain devant dite Et ce fiet avon
nos rendu! ala mabon devant dite a cens chaskon bonier por di-us
Namuroes A pair chakon an .1 ta court a la saint iehan. Et chu avun
tnis dit par devant nos hommes de fiet Werri Limang. et Jeh:in de Nanincs.
El à enavons récent A masuier frère Jehan le sopriour de Gerosaart dei-ant
iSt par nostre majour Andrieret par nos eskeuins de Loîu Erbiet. Simon. Ewart
Hidûei Mahir et dniaart Et par teil condition ke ti maisons de Gerosaart
devant dite Apres la mort frcre Jehan devant dit doit rcliwrer 3 La court vn
«ire frerc A vestil Li qui;is doit pair a revestir droite vesture si com autre
Busuif A dîl del eskeuin. Et chu fut fait Lan del incarnation nosire sangnor
Jesu cristit mil z dous cens et scxanie ei vn. Le mois de fenaul El por ceu ke
ees choses soient fermes et estables Je Jehans devant dis por cen ke Je n'aj
point de sahcl A fait ces letres saieler do sad mon sangnor Adan dasece clias-
Klain do chaste! de Nomur Et Je eniorans devant dis les ai saellees de mon
88 M. WILMOTTE
prope sael. Ces letres furent donees en an del incarnation z el mob devant
dit.
(Monastère de Géronsart.)
V. 1263.
A tous chias ki orront ces pr^ens lettres ou vierront Jou Johans chevaliers z
sires de herripont' z Jou Emous cheualiers z sires de Wallehaiiig salus et con-
noistre veriteit Nous faisons sauoir à vostre uniu^rsiteit ke Reniers de Lais.
Johans. et Williammes enfant mon signor Williamme del aunoit sunt venut
devant nos. z si se sunt mis en nos del tôt si com en arbitres ^ por ordendr. z
por deuiseir a chascon dials sa parchon quti doit avoir après le deces mon
signor Williawme lor peire en toutes chouses. z chou ke nos en donrons
et deuiserons a chascon ^ il le doient tenir, z si lont encouent par foit fianchie z
sor le paine de deus cens livres de lowlgnois aoes celui t ou chias des deuant dis
freires ki nostre dit tenroient. Et nos par le conseil de preudowmes z de nos
ammis z del lour disons nostre dit en teille manniere t que Reniers li ainneis
tcnrat z aurat por sa parchon i sauf le droit son peire petifais. z de quant qui li
apcnt en fiet. en allout. z en hiretage z se tenrat chou quii at a Glinunes a
Meur z a Argenton z les vint et qi^tre moies de bleit qui vinrent amon
signor Williamme de par la glise de Gcmbliies, sauf chouî que reniers
donrat chascon an î a dawme Margaritte sa sereur nownain dargenton tant
qî«lle viurat après le deces son peire qwatre moies de bleit. et a damme Oudain
de le rafwmeie par ausifait deuise diz sol de blansî Et Williammes tenrat
landinnes chou quâ i at en fiet en allout z en hiretage z de quant quû i
apent. z parmi chou doit auoir dawmoiselle Alis sa suer deus cens livres de
blans sor trente bo«nire debous de ceste parchon afors contant, selle faisoit
par le conseilh de moi signor de Wallehai«g. del mon signor huon desart z
del mon signor Johan de Lais z se nus de chias morroit. H awmis i doient
remettre un autre î le plus prochain del mort, en lieu delui. z parsi encor que
selle cntroit en ordene elle nauroit ke cent livres de blans. z parmi ces deniers
prendant doit elle quitte clawmeir tout la ou mestier serat de quant quille
deuroit auoir après son peire î en fiet. en alluct. z en hiretage. si ne li reuenoit
dont ensccant par droite cnsccance de ses freires. z selle chou ne faisoit elle
nauroit nus des deniers deuant diz. Et Johans tenrat chou que ses peires tient
à mehai«gne z quant quil iapent en fiet. en alluct z en hiretage z se tenrat diz
bownires de t^re a Liutres qui muet de mon segnor de Wissemalle. z par mi
chou doit auoir dammoisclle Alis sor. viii. bo//nire de t^re de cette parchon
cent livres de blans par ausi fais deuiscs qu'il a les deus cent livres deuant dittes
sor le trente bownires de bous, mais qwe les cent livres sor le parchon Johan qui
sunt sor les viii bownires ne doiwt mies descanter ne forsconteir. Et Mes sires
Williaf/mies lor peires doit auoir sor la parchon Williawme chienqwjntc livres
de lovignoi, et sor la parchon Johan chienqwante livres ausi tout auant por
faire son testament a sa volenteit. z si sunt totes ces parchons faites sauf son
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 89
droit. Et si disons eocoi ea nosire dit. que Reuters Wïlliaintncs z Johans dolent
aleir en totes cors la ou mestiers en scrat z doieni connoistre li vos alautre sa
parchoQ en» cam elle simi deuiscies z daniiaen quitte It uns lautre emicomdoit
sur la paine qui mise i est. Et cest dit tout ensi quf nos lauons dit et ordeneit ont
locil Rcniers. WtHiaraines e Johans. z nos lor auons cowmiandeit si œm arbitre
qinl le ûcngnei tout ensi qw nos lauons dit z ordeneit sor la paine qui mise i
esi A cest dit z aceste ordenance furent auut:i: nos mes sires Jakemes sires de
sombreffe. mes sires Williammes del aunoit. Mcssires hues de sart mes sïres
Thomas de Lais mes sire Johaos ses fis z mult Jautre preudonme. z por chon
ijuc « soit plus fome cose c plus enstable : nos auons si coni arbitre ala
requcsic Reniée Williauime e Johao deuant dis. aces lettres pendus nos saials
c mcssires Jakemessires de sumbrefFe iai au» pendut le sien, z li autre deuant
dit qaj furenl auuec nos i ont fait mettre le saïal mon signor labbdt de
Gcmblucs auuec les nostres. eo lemoingnage de totes ces cases deuant dittes;
Id li at mis a lor tequesie. Tout chou fut fait et dit à Gemblues !c seinmedi
prochain deuant le Jor de la fesie marie nugd;Oaine cl an del Incarnation
aosln signor Jbenicrist. m. ce. tx et trois el mois de fennal.
C.\bbaye d'Argcnton. Un sceau.)
VI. 1264.
A tos chiaus Id chcs lettres veront et oront.. li maires et li escheuin ddl
con d.indenne salus et conoistre uerite. Sachent tuil chil ki sont ei Iti sero
kc semais dandcHne dis malqarres at uendut en iretage Adamoisele msroe del
«ois channonessc d.vjdeHne por vne summe dargeni ke li dite danioisele li at
bien lotc et bien paie '. iiij. muie despiaute aie mesure de hui bonc et loas
tclc corn on pae as rentes dandenne. sor le maison et sor se cort ki muevcnt
de mon saingnor le doien dandenne por .iij. mailhes de cens ut demi chapon.
SM demi booier de terre ki gist enbofroit. Et sor vn jornal ki gisi
al chanuKre. Et sor vn joni^d ki gist en hopiol. ki mueuent dde gran
cort por. iij. deniers ei .j. pain de cens, sor demi jornal ki gist joindant le
jontal la gist en hopiol, sor vn jornal et dernei ki gist en onoet. Et vn autre
demi jomat ki gist b mimmcs. ki mueuent de colin le SI beatri's le pollue
pot .IJ. dfnÛTs et maille de cens, sor vne pieche de terre ki gist en tnile
VIS, sor vQC nos de preit ki gist descur gondofosse. Et sor le moitiet dele
pieche de Urre ki gist amesplicr sor lurbierriew. ki mueuent dele gran cort por
vfi). dmùTs et .j. pain de cens. Et ehes. -iiij. nmie doit il paier chascmi an
dcdem le feste saint Andrier. Et de tôt che fist depostues !i deuant dis s^ruais.
El ii deuant dite damoisele sen est uestîe par deuant nos si com ele dîei en
tota les cors dont li maison et ii cors, et les deuant dites terres et li preis!
timeuciii. Et li damtnselc deuani dite at rendut reiaulcmeni Adit seruais
cl A Sis oeti ; le maison et le ton. le preit et les leres deu.inl dites....' iiij.
90 M. WILMOTTE
muie despiaute deseur nomeis. Et seruais doet deliurer de cens, le imdson et
le cort. le prêt et les terres a totes cors. Et sil auenoit ke li dis semais deÊdîst
en paement de cens et kil ne paaist atfrme deuant dit les iiij mutes despiat! li
damoisele poroit de dont en auant aler aie maison et aie cort. a prtt et a
terres deuant dites deliurement et en pais Et en poroit £dre si ke de son
iretage Et por che ke ches choses soent firmes et estables nos auons ches
lettres saelees de nostre saal. Et me scires li.. doiens dandeime jat mis son
sael a le requeste damoisele maroe et seruais deuant souent nomeis. Che fut
fait lan nostre seigneur mil. ce. et Ixiiij. lendemain dele feste sain piere et
sain pol.
(Chapitre d'Andenne; fragment d'un sceao.)
VII. 1267.
A tos chiaus ki ces.... ttr^ veront Nos maires, skevin. r tos li conmuns'
de le ville de fosses, de le vekeit de liège, faisons savoir, kentre nostre
honorable père, par le grasse de diu eveke de liège nostre signor spirituel z
temporel dune part, z nos dautre. est fate ordinations, anmiable en tel manire ke
nos ki rewardons le bien, z le honor de nostre ville de fosses z le vtilitet. z le
profit tos cias ki le hanteront z de tôt le pais, devons faire coifstruire. z ede-
fier vn edefisse. cons appellet communément halle dedens le propis de celle
nostre ville a no cost z a nos propes despens. de tôt en tôt del spécial congiet
nostre signor deuantdit z del z assens son chapitele de li^e ke nos avons par
ces conditions ki ci aprfs siewent le ques sont teis. ke tôt dl ki demerent
devens celle ville deuandites z estraignie ki dedefors venront. ki vendront
dras. toilles. pain mercherie v atres tois vennans v marcandizes deveron^
vendre leurs marcandizes en le deuandite halle en teil manire ke se nos v cil
ki seront establit. de par nos a chou en acon tens. ki venrat voient quil soit
buen a nostre ville, deuandite. nos porons constrandre par le force z par le
justice nostre signor deuantdit. chiaus ki vendront v vendre voront leurs
marchandizes en le ville deuandite allors kens en le belle deuanmomee. ki
les vendent devens le halle. Et nos z nostre succesors ki apr« nos venront a
le honeur nostre signor deseurdit z a profit de nostre ville deuantdite astons
tenut de proc[urer ?] loialment la croissement z le profit de le halle deuan-
dite et con.. z voirs est que tote le moitiet de profis z de rentes, ki venront
de or en avant délie halle deuandite avrat nos sires deuant dis. z si succeseers
eveke de liège z ies. selon ce ke plus vtele. nos sonlerat serat tote
cotmertic en le vtilitet z le profit de nostre ville, deuandite. Et si connissons
I . m est résolu ici en «w, d'après le modèle de anmiable^ écrit une fois en
toutes lettres. La charte présente des caractères paléographiques bien tranchés ;
V et non u est régulier à Tintéricur des mots aussi bien qu*à l'initial, nost et
non nre^ etc.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE JI
ir tôt pUnemeat ke sil avïent en acoti tens quant li halle deuandite serat
c quelle caei ardet v empire, nos sires li eveke deuandis. z si
evcke de liège, por le moitiet de cost z de despens. kon fcrat a
dctenir z refaire le deuani dite halle, z nos por lautrr? moitiet de ces miames '
cost t dcipcns. sommes. obUgiei z astraiiit le quôs moitiés de ces cost z de
CCS despeos. ke devrons, serat ptiie a le moitiés de prcns. z de rentes, qui dos
avonj. en le halle deseurdîtc sal ce que li deuandite halle, doit estre de tôt
entai suiecle e encline, a bans z a constumes. nostre seigneur le evelie deuaa-
dîc z nostre \iîlc deuandite et sal chu. que nos sires li eveke deujndis, nul
Nouiil edc&sse ne potat faire ne ne devrai deuens len dozure c le propris de
DEBUT ville dcuanidite v aconne Nouelle choîc establir por coi v a locoiion
de coi li deuandite hoUe puist avoir danimage et si prions, par ces nos. lettres
overtes nostre honerabte. père par le grasse de deu. Eveke deuantdtt. nostre
S^gocur z les honorables,, hommes le. prouost. le doyen, les archcdiakenes.
e EO[ lechapitcle de liège quilde tant ken eas est. totesces chozes deuandites
ta tel manire kclles sont droîietnent.,.. oiroies par leur ieitrrs ovtrtes appro-
vcni z confirment z en tesmoing ment de toies ces chozes avons nos a
CCS praeas leitns mis nostic.... fut fait lan d... incarnation, mil. ce sixante t
ICI. de mois....
(Archives de LÎËge, chap. de S. Lamben, a" 299.)
VUI. 1170.
Siichent toi dlh qui sunl. Et qui avcuir sunt. Et qui ccst prissent cscril
wrroni et aroiii. he lez est licouens. Entre lemaison les malades dcnamur.
El btudewin le lîlb Colin louial qui fut venneres leconie. ke li frère delà
maison de* malades, doient auoir le chambre bressercssc. qui est delà le porte
Dosire dame, qiù fut son père colin louial. Et le cortilh en bordial. El par
Idh coueni que U maisons des malades et li trcre. Doient abaudcvi-in deuant
dii. chascon an. tam com ilh viuerat. ix. Uvrtj dclouignois, El par manire.
qucn que ilh avignc de la chambre, ne del cortilh. ne par feu. ne par guerre.
ades se licol haudewins aie deuant dite maison, des. ix. livrM deseur diles. a-
paict le mdtiet anoel. Et buirc aie saint iohan. Et saichent encor tuit que
après !e deccs baudewin que les. ix. livrw irent mones. et li maisons, des
malades devant dite en ieit quite. Et si remanrat alemaison. Li chambre, et
li conis quites et en pds atoi iors mais. Et ciste coueiiance si fut fùte par
lotjoî. de b merc. baudewin. Et de ses frères pieron et iohan. Et b v ce fut
Élit « onJenet. fut Robiers bonechose con maires c com eskeuins denamur.
Johaos bounans. Johans dopont. (rankcs des changes, phelippes dopant lot
com «keuin denamur. Et iohans bonechose. jakemes branche, pierars
julianc. jutiaos dcwarei. luit quatre cammi: jures dtnamiir. Et si furent !i
92 M. WILMOTTE
frère. Et li porueor delà deuant dite maison des malades. Et por ce que ce
soit ferme chose, et estauble entesmoignaige de veritet. ces lettres pr^sens
sunt saielees dosaiel dele ville denamur Et dosaiel de la deuant dite tnaison des
malades. Et ce fut fait. En lan del incamasion nostre saingnor. Milh. ce. Izx.
le dieminche deuant le magdalaine. £1 mois de Julet.
(Hôpital des Grands Malades à Namur; fragments
d'un des deux sceaux.)
IX. 1271.
J. vestis de niel sain martin z Jehans vestis de niel sain Vincent a tous
ciaus ki ces lettres veront z ouront salus z amours, nos faisons conischant a
uos ke 3nvins de niellabesse a censit pardeuaitt nos. alabesse z acouent de sale-
sines. j. cotilh z ). preit quilh ont elle, vilhe de niellabesse. parmanablement
à luj. z a son hoir por. xiuj. stries (sic) de frunent apaier chascoff an. anid
alour maison, alefeste sain andrieu. a. inij. deniers près dont i loir conuendeiat
a terme quant on deuerat. paier les .xiiij. stiers deuant dis z se ilh ywains v.
si oir defaloent. do paement li abbesse z li couens. poroent raleir aloir cortîlh
z alour prdt. quitte et enpais z por chu atenir portât ilh sor lateit saint
Vincent aniel ses .ij. cortis en amoinne. alabie de salesines. dont liabbesse z li
couefts poroent faire lours volenteit se 3n^ains v. si hoir defaloent des couens
desurdis ces choses z cilh couent furent fait z ordineit. elle présence, henri
de niel. le piereus godefroit de fraime odrit. badun. le clerc, henri le filh
bemier colaj. scoiruat Jehan, le beggin emout hoseit z paier doit, ywains z si
hoir le cens que li cortis. z li prcis. doit chascow. an. z por chu. ke soit chose.
ferme z estable. nos auo«s aie requeste dy^\'ain mis. nos saiaus. aces pTi^sens
lettres, ki furewt faites, lan nostre sygnoirmil ij. cens z Ixx .j. le mardy après
le feste sain Jehan, bapt.
(Abbaye de Salzinnes.)
X. 1272.
Nos li doiwne. z li chapitres dandene dune part, c ie jehans fins ponchar
dauin de lautre faisons cownisant a tos chias ki ce lettres verront, ke nos de
bestain qui granx pieche at dureit en tre nos por lobcdience danbresin. z de
gestial. dont nos avons grant pieche plaidiet en tre nos. promieremewt z le
chapitre dandcwne deseur nomeit. après en chapitre sain lanber de liège, et
puis en la fin a colongne. Sowmes par conselh de proudowmes z de bones
gens. achu. acordeit. ke nos li chapitres de seur nomeit. avons en leut
maistre Simon ki fut doins de sain bartholomer de liège, z ie johans deuant
dis. ai en leut mow sagnor jakcmon le sangnor de clcmons. z les avons pris
adisors. z a arbitres, en tel manière, kilh doient oir z entendre quanqwe les
dittcs parties voruwt proposer z avant mettre, chacune partie parsoi. z quant
il auront tôt oit lentention. z le niostranche de parties, sens avocaus. z sens
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 9Î
tollcmpmtex de drois. il termineront le qtictelle soi lonc chc ke mieus les
plùnt V fur sentence de droii. v par amiable coriiposilion. v par lor dit teil
ke dite le uoront de haut i debas. z par tôt. z sil ne poioent acorder en-
tnsaus deus. li scntetise de droit, li iwn positions amiable, v li dis. i li orde-
niQcc de ccluj diaus deos. vauroit z seroit ferme z estable acuj inaistre johans
dele siJtte doins dele crntieDeteii dandenne. ke nos ks purties auons en lent
iwnmuneincnt. «deseurtrab arbitres seteiiroit. z donroit son assens. z li partie
Id le dit ki dis seroit pur cdl. acort ki deuise; est ne voroit tenir, ne ne
roit V par eu) il dcmoroic. ke ci dis nefutst terminez cheroic ens eUe painne kKI
mise i est z ûosteic accste compromission, li paînne est del foit perdue ki e&.V
est creantde. c tote le querelle, aiainte aceluj ki le dit tenroit z ptrdue
aLioffse partie ki le dit atiroit meRait. z xl. murs deligois dont li sires de
lumur deuroil auoir le moîlic por chu killi le feroit cns venir, latre partie,
aie pitftie ki lauroii ataînie. z cis dis doit cstce tirmiinez de vens le fesie
sainte marie madalenc. ki pracbalnnement vearat. se li ternes nastoit relon-
gies par k ainsentement de parties. : par che ke ce soit ferme chose, z «stable
si auons nos. li arbitres deseur nomeit pendus nos saias aceste fomprpmision
en signe ke nos en auotis le fais cnnos recheut. z nos les parties iauons pendus
les nos &aîas en teil manière ke ie iehans deseur nomeis iai lait mettre por
moi Id nai point de saiat le saial badecbon sériant. ; bailler Jele tirre de
nutmr ea tre moïse z arche t ie badechons li ai pendut aie requsie le dit
jchaii. <x fut fait lan delincamation naslre sagnor. m. e ce. z Ux ij. lendc-
mun de cendres.
(Chapitre d'Andenne ; trois sceaux.)
XI. 1273.
Nos Gis cuens de flandres z marchis de narnmutf alsons sauolr a tos chiaus
qui ces letres uieront ke le maidle après le natiuiieet nostre damme en laa
de le jncarnation Nostie saignor mil deus cens setante deus après leure de
ntaignicr furent [deuant nos a namraut deuens nostre cesiial la doinnc E
Il consiaus del chapltle dandenne de part tote la glise dune part, li mères 11
cskcvejn z achon des hommes de linnes por tote la cortimuolieet de le ullle
del aire pan. la conurent le dites parties par deuant nos. z muli de prou-
donmies cheuallrs z atres. que nos auins a nostre conseil ke les parties deuant
dites sjstoen mise de haat z de bas sor le salge homme z dlscrcet Gerooi
CORK appeUet musaatt nostre chastelain de nammut z ballir de la terre z
uociit promis par foit pluuîe z sor le querele perdue z promiseut de nouiaal
b mcimmes deuant nos. keles tlnroient entirement chu ke U deuant dis
balin dïioit. z ordeneroit. dele querele z de contens qui astolt entre le dites
punies, z qui tes astoit solonc chue ke la Cu deuant nos rccordeet. Que la
doiOM E li cagntles desor nommeet disoent ku II maires li enskeuein Z 11
raunT de b chun de tianes deuant dît les auoen retennut par malis ans
granl poide de cens z de reniées quil lor deuoent por le leres quil linneni
94 M. WILMOTTE
de le dite glîse dandenne. z encore ne le uoloent pair, z damoit la glise plus
de rentes sor le dites terres que ii atre partie nen cognuist. Datre part disoent
li maires li enskeuejn. z li masuier deuant enscrit ke bien auoent pait tôt jors
z bien paiuent a la glise dandenne tes cens z tes rente qui li deuoent de terres
quil tenoent de lie. de queles terres li aquan bonnir paiuent z auoent paiet tos
jors de chi aoeres plus de cens z de rente que li atre. por la quel chose
astoet enmute grant partie del contens qui astoit entre le dites parties. De
ceste querele z de che contens dist z ordennat 11 deuant dis bailirs la
meimmes par deuant nos del conseil des prodommes ki la astoent. en tel
mannire que tôt li masuir de tmnes deseur nommeet quil tinnent z teitront
désormais terres de la churt de tinnes qui doent cens ou rente a le glise dan-
denne paeront de che jour enauant a celé maifime glise por chakun bonnir
de terre chienk' dosins de espiate z chienk'. deniers loueignues z del plus
plus, z del muins. muins. sorlon che quil tenront de terre qui doent cens ou
rente a le dite glise. combien queles auissent pait de chi aores. ou plus ou
mains. Et des ariraiges qui astoent demoreet apair de chi ahores dist il en
son dit ke chil qui bien auoent pait astoen bien quitte, z chilh qui lor cens ou
lor rente auoent retennut del tens trepasseet de terres paans cens ou rente quil
tenoent le rendissent z paassent a la glise. de deus anneies entires. c de la
moitit don anneie. sorlonc le estimation qui dcsour est deuiseie. cest a dire
por le bonnir. chienk ' dosins de espiaute z chienk ' denirs loueignous cheskun
an. z del plus. plus, z del mains mains, z entre chu ne le porat la glise dan-
denne désormais rien demandcer de ces ariraiges. Mais se achun jauoit qui se
dotaist. ke pou auist rendut a le * glise si sen aquittaist sorlonc chu quil qui-
droit bien faire, quar chu demoure entre lie z sa chonsiense. Encores dist il
en son dit ke se dawme pake ki fut femme a johan de paris ou li irier le dit
johan quident auoir droit del demander achune chose de ces cens ou de ces
rentes qui demorassent apair el tens ke li dis Johans tint le obedienche de
tinnes. de le deuant dite glise dandenne. bien le demandent z requerent si
auant z achiaus la ou ilh quident bien faire z drois les enauignet. Qpar de
cheli tens ne metoit il riens en son dit. par choi la femme, ou li enfant a
deuant dit Johan pussent ou doent auoir recurs a le glise dandenne de ches
cens ou de ces rentes. Et quant li deuant dis bailirs out entel mannire pro-
nunchiet z termineiet son dit. ambedeus le parties par deseur escrites loerent le
dit z bien le fist. z nos prièrent ke nos totes che coses feisins escrire z saeleer
de nostre saial en temeignaige z munimcnt perpetueeiet de che choses, e de
che dit. z que nos le feissins tenier de che jor en auant perpetuelement par
nostre justiche. si ke sires desourtrins. z nos les otrions a lor proiere. tôt en
tel mannire queles le requerocnt. z auons fait enscrire ces presens letres et
saeleer de nostre saial en temeignage de veriteet. En lan del Incarnation
1. Il y a au dessus du chiffre en toutes lettres un .v.
2. Ici le copiste avait écrit le mot dite, qu'il a effacé en le pointant.
aostie saigoor c el jomuînimes
chemeDi de ceste letre.
frnJDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE
sunt par dcseur escrit. près del a
(Chapitre d'Aodcnne;
XII. 127a.
Nos Gis. cuens de flandres. z mairchis de Namur. faisons sauoir. a
cfaeaos ki ches ktres verront. Que le mardi après la natiuiie nosie danime. en
Un dele incarnation nostrc sangnor. m. ce. Ixxij. après iourc de mangier.
furent deuam nos a Namur. deuens nostre chasteal.. La doiene. t Lî con-
seaus dd ehapitele dandennc départ tote la gtise dune part. 11 maires, li
ucheuin. c aucuns des homes de ihienes por tote la communiie de la uile dd
autre pan. la conureni les dites parties par deuarii nos. z mut de proudorumes,
dieualhiers 'z autres* que nos aviemcs a uoscru coriselh. que eies les parties '
deujMi dites, sastoleiit mises de haut z de bas sor le sage hofnme t descret.
Gcrou con apele mosari 'nostre chastelain de Naraur' z balhîcr de k terre.
I auoient promis par foit pleuie' z sor la quercle perdue, z priimisent de
noue;il la mcimes deuant nos. queles tefiroiert enticreme/'t 'die que li deuaii
dis baltiicrs dirait z ordeneroit delà querele z del contcns Id asioii entre les
dites parties, z ki tes astoii 'solonk chc que la fu deuant nos recorde. Que la
dodene : 11 chaplldcs desor noniet' disoient, que li tnaiii». li cscbeuin. z li
masuicT de la cun de thicnes deuant dit. les auoient retenus par mains ans.
Gtjjh parde des cheos îdes rentes que illi lor deuoiewt por les terres quilh
tienent de la dite glise dawdennet z eticores nele voloïent paier. z clamoit la
glisi; plus de rentes sor les dites terres' que li autre p;inie nen conu
Dautre pan dissoîfiit. li maires, li escheuin. t 11 masuîer dcuani escrit. que |
bien auoient palet los iors z bien paieuent ala glise dandome' tel cens z tel ,
rente, que ilh li deuoîent des terres que ilh teaoient de li. desqueles lei
li a^udni bonier 'paieuent ; auoie;it paiei tos iors de chi a ores plus de cens
t de rnne que li autre. Por la quel chose astoit enmute grant partie del
conteos ki astoit entre les dites parties. De c^te querele. z de cest contens
dist E ordenat li deua/it dis bailhieus la [m]eln)es par deuant nos del conselh
doas proudoinmes ki la astoleni en tel manière, que tôt li mosuicr de thienes
desor notHmet kl tineut i tetirotit desotemais' terres dele curt de thienes ki
doicQt cens ov rente a la glise dandenne paieront de cest ior en auaut a celé
meima glise' pot chascon bonier de terre chienk ■ dosÏQS despeaute. z cbienk ■
deniers louegnois. z del plus', plus, z de mains' mains solonc che que ilh
ICNrom de terre ki doic cens ov rente a la dite glise. combien queles cwissent
paie dechi a orest ov plus* ov maiiu. Et des arrierages ki astoleni demorec a
paiet de chi a ores' dist illi en son dit. que chilh ki bien auoient paiei asioieni
bies quite. Et cbilh ki lor cens, ov loi: rente auoient retenu del tens Irespase'
. Le chiffre romain .v.
dessus du chiffre en toutes lettres.
96 M. WILMOTTE
des terres palans cens ov rente ke ilh tenoient. le rendissent z paassent a la
glise de dous aneies entières, z dele moitié dune aneie solonc lestimatîon ki
desor est deuiseie. cest a dire por le bonier. chienk dostns despeate z chienk
deniers louegnois chascon an. z del plus plus t z del mains mains, z ovtre che
ne les porrat la glise dandenne desorcmais riens demander de ches anie-
rages, mais saucon i auoit ki se dotaist que pov owist rendu, a la glise \ si sen
aquitaist solonc che que ilh quideroit bien faire, quar che demore entre 11 r sa
conscienche. Encores dist ilh en son dit. que se damme paske kl fut Êimme
Jehan de paris, ov li Irier le dit Jehan, quident auoir droit de redemander au-
conne chose de ches cens, ov de ches rentes ki demoraissent a paier el tens
que li dis Jehans tint lobediensce de thienes dele deuant dite glise dandenne.
bien le demandent' z requièrent si auant. z a cheaus la ov ilh quident bien
faire, z drois les en auiengne. quar de celi tens ne metoit ilh riens en son dit!
par quoi la famme ov li enfant al deuant dit Jehan î puissent ov doient auoir
recors a la glise dandenne de ches cens ov de ches rentes. Et quant 11 deuant
dis bailhievs ot en tel manière pronunchiet z terminet son dit. ambedous les
parties par desor escrites loerent le dit* z bien lor fist. z nos priîerent que nos
totes ches choses feischicns escrire z saieler de nostre saiel en tesmongnage
z muniment p^rpetuet de ches choses z de che dit. z que nos le fdschl^ns
tenir de che lor en auant pfrpetueiment par nostre iustise si que sires desor-
trains. Et nos les otrions a lor priiere tôt en tel manière queles le requeroîent.
r auons fait escrire ches presens Ictres et saieler de nostre saial en tesmon-
gnage de verte, en lan dele incarnation nostre sangnor. z el lor meimes kl
sont par desor escrit près del commenchement de cheste letre.
(Chapitre d'Andenne ; un sceau équestre.)
Xni. 1281.
A tos chias ki ces presens letres verunt z orunt. — Je. Clarins de Nameche
fis Jadis Helin de vilhe *salus z conissance de vérité. Saichent tuit cilh ki sunt
z auenir sunt. kc Juj de me propre volente aj Eustache de bone uilhe neit de
Sclainial jadis me^. Ser z de ma mainie mis fors de me main, qi/itteit z
Gerpit en uert z en seich. z laj sus reporteit sor lauteit de le Glise nostre
dawme de Sclayn por un donier ligois de cens de chief qwilh paerat chascon
an a le deuant dite Glise. z se doj Garandir a le deuant dite Glise de Sdayn
parmanablenwnt le franchise z le quittance de deuant dit eustache de bone
uilhe. z a ce Gerpissemewt z a ceste quittance furent prodome z tesmain. Me
sires.. Johans prouos de Sclayn. Me Sires Henris Lambers capelains de laute
saint Gile. Me Sires Henris capelains de laute des apostles. Me sires Williames
capelains p^etues de laute nostre dawme. Me sires Jakemes de Mose.
Maistres Wamiers. Domicianes vicaire de le Glise nostre damme souent
Nomee. Lambins de le loige. bemars. z pierars escheuih. Johans de bordias.
I . Une lettre effacée.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 97
Johini de Mo5iicr. bern^n dcniee. z Lambillons se frères, z si furent niolt
ibure proiiomme. dcrc i Laj. Et en lesmoiiJgnaige z en rarafmbrini:e de ces
ûitsa' aige fait mètre z pendre a ces prrscns leiires les saias des saiges
inmaes t dîscieis mon uignor Johan priiuos de Sclayti deuant dit z de son
ciptule iwec le sien saial. i nos pronos z capitele Ja niomeit (sic)' auoNS mis
tiO! UÙ5 1 ces prasens letres a. le reqiifste de deuant dît Cbrin en tesmoin-
gmijc [ en signe de vcriteit. Ce fui fait, ordioeil z qniitcït en lan de Grasce.
z vn anl en mois de Décembre.
(Notre Dame à Sdayn.)
XIV. 1283.
Kci» Guis Cuens de tlaadres z nurcliis de Namur, faisons sauoir a tous'
kc comme nwlre sériant aient faite nouelement' vne' haie pour prendre sain-
glm 'piniii les bos dou Capitek z de! église Dandene' Nous volons ke ce kil
a ont bit "ne puist tourner 'a nul prdudice 'ne a nul deshiretement a
itam iJii C4pitele. Hi connoissans 'ki: nous ni auons nul droit ou Elire 'ne 1
Qulc raison ore ne auirirfois 'se ce ncstoit par le congiet z par lassectemott'
icaUt Capitele. En icsmoignagc delà quel chose z en purdurable memore'
mus mon: ces présentes lettres fait seeler de aailre seel' b furent faîtes C
doDMî' a Namur lan del Incarnation noi/re signeur. mil. deus cens. Quatre
^^iwa t trois Le jour saint Nicholai ou mois de nouembre.
^^^^L (Chapitre d'Andenne.)
I UJO Du main: ei des ichevins de Namur; de Reiffenbcrg, Monumcnli pour
I «rvt'r i Tbistoiri des pravincu de Namur, etc., 1, p. 14;, a" xv.
' 'i)î De fl Willeammes, sir d aiiie nue 1, relatif i Andenne. Archives de
Nimur, chap. d' Andenne (deux copies du temps).
J)S7 De u Renier Marias de Werde », en faveur de Géronsan, Barbier,
Histoire dt Gironsarl, p. 167, no 80.
1264' ■ mckredi deuaot le jour S. Urbain », du maire et des échevins de
Nimur ; Borgiiet, Cariulaire de !a commune de Namur, I, n" 16,
ii&l' s cru el mois d'awen », du comte Guy. k Cheu fut fait ens el chasiial
a Namur n. IMd., n« 8.
TABLE DES CHARTES ANALYSÉES ■
1. J'jJ retranché, après de longues hiJsiutions, les n^ 24, ij. 16 du
Conulaire de Namur. éd. p»r M. Borgnet. Ces trois originaux sont des reçus
liâivriï par plusieurs seigneurs au sujet du rendement de biens situés sur
• Il terre de Namur ■, mjis sans que rien indique qu'ils aient été rédigés en
ce lieu. Sauf indications contraires, tous ces actes sont des originaux sur par-
dKniin. De oeux qui ont été imprimés plusieurs fois, je ne cite que la der-
98 M. WILMOTTE
1268 du comte Guy aux bourgeois de Namur ; ibid., n© 21.
1274 relatif à Andenne. Arch. de Namur, chap. d'Andenne.
1280 de « Johans c'om dist de Bomalc » en faveur de Géronsart; Barbier,
Histoire^ etc., p. 291, no 109.
1281 d'une « beghine de S. Symphorien deleis Namur ». Arch. de Namur,
abbaye de Salzinnes.
1282 (1283) « en mois de février », du « chastelains de chasteal de
Namur »; Barbier, Histoire, etc., p. 295, n® 113.
1283 (1284) « jor de la circumcision N. S. », en faveur de Géronsart; tbid.^
p. 297, no 11$.
1284 « jour de le feste S. Simon et S. Jude » relatif à Andenne. Archives de
Namur, chap. d'Andenne.
1284* cf le mardi après le dimence c om chante Lttare Jherusalem ». — Du
bailli de la terre de Namur; de Reiffenberg, Monwnetits, etc., I,
p. 203, no LX.
128$ en faveur de Géronsart, dans Barbier, Histoire, etc., p. 301, n® 118.
1286 de « Jehan(s) de Hufalise », fait « a Fosses ». Arch. de Liège, chapitre
de S. Lambert, n» 390.
1287 de l'abbé de Villers et de Tabbesse de Salzinnes. Arch. de Namur, abb.
de Salzinnes.
1288» « le jor de le conversion S. Pol », du bailli de Namur; de Reiâenbefg,
Monuments, ch. I, p. 225, n» Lxxi.
1288' (1289) « ou mois de jenvier » du comte Guy, relatif à Namur;
Borgnet, Cartulaire, no 34.
1289 relatif à Floreffe. Arch. de Namur, abb. de Floreffe.
1290 des arbitres d'un différend entre Tévêque de Liège et le comte de
Namur;.. « faites et donnes à Namur »; de Reiffenberg, Monu-
ments, etc., I, p. 237, no Lxxvu.
1291 « par devant auwe (aides) de uille », Borgnet, Cartulaire, n© 39.
1293' c( dimence après les octaves S. Pierre et S. Pol », du maire et des
cchevins de Namur; ibid., np 40.
1293* « merkedi après le S. Nicolai », lettres de Guy « données à Namur »,
ibid., no 41.
1295Î même jour, « faites à Namur »; ibid., no 42.
1293+ même jour et môme lieu; ibid., no 43.
1294 relatif à Andenne. Arch. de Namur, chap. d'Andenne. (Y est anne.xée
sous le même sceau une pièce dite « fichée pa;mi ces letres »).
129$ du prieur et du couvent de Géronsart; Barbier, Histoire, etc., p. 306,
n» 122.
1296 du comte Guy, relatif au même objet que le no 34 du Cartulaire (1288*),
n" 45 de celui-ci.
1299 ^^ maire et des cchevins de Namur, ibid,, no 48.
M. WiLMOTTE.
MÉLANGES
I
PHILIPPE DE NOVARE
J'espère publier quelque jour un travail étendu sur Fauteur des
Quatre temps (Tdge (Thomme, Aujourd'hui je veux seulement com-
muniquer sans retard aux lecteurs de la Roniania le fait impor-
tant, jusqu'ici méconnu, de son origine italienne. Il s'appelait, en
effet, Philippe de Novare (en ancien français de Novaire), comme
le nomme le Livre de forme de plait^y et non de Navarre, comme
le nomment divers textes anciens et tous les modernes. C'est
ce qui résulte clairement du document latin, publié par M. de
Mas Latrie ^, dans lequel il figure comme témoin sous le nom
de Philippus de Novaria. Qu'il s'agisse bien d'ailleurs de Novare
en Lombardie (Novaria en latin), c'est ce qu'attestent deux
passages des Gestes des Chiprois, dont le second, altéré par le
copiste, se laisse facilement restituer, et dans lesquels notre
auteur se qualifie expressément de Lombart. Philippe, menacé
par les ennemis des Ibelin, s'était enfermé, avec des femmes
et des enfants, dans la tour de l'Hôpital à Nicosie. Il envoya
de là à son a compère » BaUan d'Ibelin une lettre en vers où
il l'informait de la situation et l'invitait à venir le délivrer.
On y lit :
1. Ais. de Jérus,, 1. 1, p. 475, 536.
2. Histoire de Chypre, t. II, p. $7 (2 déc. 1223). Les traités entre le roi
Henri et les Génois sont fidèlement analysés, dans ses Mémoires^ par Philippe
(Gestes des Chiproisy p. 98-99). Le rang qu'occupe Philippe de Novare parmi
les barons qui s'engagent avec le roi prouve qu'il était un des premiers
seigneurs de Chypre.
100 MÉLANGES
Se vous amés les femes
Car les levés dou siège et Grimbert et Renan S
Qjii devant TOspital ont mis lor estendart. . .
Les dames sont dedens et un tout seul Lombart '.
« Geste rime, ajoute le poète, fu receûe a Acre a moût grant
joie, et tous crièrent : Or tost, a la rescousse des dames et dou
bon lait ! » Il est clair que ces deux derniers mots n'ont aucun
sens, et qu'il faut lire : « et dou Lombart ». Ce Lombard, seul
enfermé avec les dames, est notre Philippe. H ne faudrait pas allé-
guer qu'il poursuit, pendant tout son récit des guerres de Chypre et
de Syrie, les Lombards de sa haine et de ses railleries : il n'attaque
jamais que les Longuebars^ ce qui n'est pas la même chose; les
LotnbarSj dans l'usage français des xn* et xni* siècles, sont les
habitants du nord de l'Italie, de la Lombardie, les Lmguebars
sont exclusivement ceux de la Fouille et de la Sicile : c'est
contre ceux-là, sujets fidèles de Frédéric II et qui avaient fourni
les troupes envoyées par lui en Chypre et en Syrie, que Philippe
se déchaîne 5.
1. Le ms. porte Tritnbers et Renars. Philippe désigne par ces noms ses
deux principaux ennemis, Haimeri Barlais et Amauri de Bctsan.
2. Gestes des Chiptois, p. 57.
3. En racontant la prise de Sur par Balian d*Ibelin en 1242, il s'écrie
avec joie (Gestes des ChiproiSy p. 135) : « Adonc fu desraciné et esraché le
pesme ni des Longuebars. » Plus haut déjà (p. 117), il avait parlé de ce
« mal vais ni ». L'expression lui plaisait, car il la répète à la fin du Livre de
forme de pîait, où, en faisant l'éloge des « bons plaideurs » morts avant lui,
il mentionne (Assises de Jérusalem, t. I, p. 570) Balian dlbelin, « qui aracha
et dcsrachina le mal ni (éd. le malin) des Longuebars qui tenoient Sur. »
— Je signalerai à propos de ce dernier passage une curiosité qui n'a pas été
relevée. Philippe dit qu'il ne parle pas des bons plaideurs qui vivent encore,
mais qu'il serait heureux de faire leur éloge s'il leur survivait : « Et de ce,
ajoute-t-il, fait il bien a creire, ja n'i eûst il plus d'avantage que de vivre
longuement et bien , et cnssi avroit il passé Jehan Boute Dieu. » L'éditeur ne
fait aucune remarque sur ce nom et ne le mentionne pas à la table. Il s'agit
évidemment du nom souvent donné au Juif Errant, qui jusqu'à présent avait
été signalé pour la première fois en Italie en 1267, une dizaine d'années au
moins après la date où Pliilippe de Novare écrivait son livre (voy. Romanidy
X, 212-216).
•
PHILIPPE DE NOVABE lOI
On pem donc avec certitude considérer notre auteur comme
originaire de Novare, dans le comté de Blandrate. Comment
et i quel âge il avait quitlt; son pays pour passer en Orient,
c'est ce qu'il nous racontait dans la première partie, malheureu-
sement perdue, de ses Mémoires; mais on peut admettre qu'il
étaiî venu très jeune s'établir au milieu de la société toute
française où il devait prendre une si belle place. D'une part,
en effet, son langage est excellent, et s'il présente quelques
rares italianismes, il est probable que ce sont de ceux qui
s'étaient introduits dans le français courant d'outre-mer; d'autre
part, il nous apprend qu'il se trouvait en 1218, au siège de
Damiettc, au service de « messire Pierre Chappe n. Pierre
Chappe était un baron chypriote' : pour être en sa compagnie,
il faut que Philippe de Novare vînt de Chypre; s'il avait
quitté l'Occident pour faire la croisade, il aurait accompagné
quelque seigneur de son pays. Or, en 1218, il était certainement
jeune, puisqu'il se trouvait encore, quoique de fort bonne ^
noblesse', dans une position subalterne. Il est probable qu'ill
éuii déjà en Chypre depuis assez longtemps. Son niariageW
1. \'oy. G. Rey, l/s Familks d'oulrc-mcr, p. 604. Il faut sjooler à celte.J
famille le Nicvlaus Capa. — sam doute le fils de Pieire, — qui figure à côté J
de Philippe de Kovare dans l'acte de 123} cilé plus haut.
2. Philippe ofire de se battre contre un des cinq régents de Chypre, enne- ^
mis dei Ibclin. a et disait que il escoit bien leur pareil, et que ce provereii il
bien par bons garens de son pais qui estoient en Chipre et en Surie
(G. dtsCbip., p. iî). B — Je me pennettrai ici une conjecture, qui n'a peui-
tlre aucuue valeur, mais donc il est possible que des documents novarais
contiennent la confirmation. Jean d'Ibelin, dans son Livrt des Assisu, raconte
l'iide que les barons du royaume de Jérusalem donnèrent d leurs pairs
aniquels Balian de Saetie, agissant en venu d'ordres de Frédéric II, avait
enlevé leurs fiels sans jugement de la Haute Cour. Ce tort avait été fait, dit-ii,
( a mon scignot mon oncle le vieil seignor de Barut, et au seignor de Cesaire
mon cosin, et a moi, et au scignor de Kayphas me sire Rohart, et a sire
Phelipe l'Asne, et j sire Jehan Moriau (_Asiiscs, t. 1, p. )is}. n Ce Philippe
t'Asne, d'ailleurs complètement inconnu, qui figure parmi les meilleurs amis
de Ibelin, ne seraîi-il pas Philippe de Novare? Il est vrai qu'on ne lui
docmc jamais ce nom ailleurs, mais cela pourrait s'expliquer de plus d'une
cnauière- Philippe étant noble et n'étant pas seigneur de Novare devait avifir
on autre ■ somon » que celui de sa ville.
102 MÉLANGES
avec une fille du pays ^ ne peut être fort postérieur, puisqu'en
1242 son fils Balian était chevalier *.
G. P.
n.
ROTRUENGE EN Q.UATRAINS,
Cette pièce a été écrite dans la seconde moitié du xm* siècle,
par un écrivain anglais, sur Tavant-dernier feuillet de garde du
ms. Addit. 16559 du Musée britannique, acquis, en 1847, du
libraire Rodd3. Cest l'œuvre gracieuse d'un poète qui exprime,
avec un enthousiasme sincère, les sentiments qu'il éprouve pour
la dame dont il est l'heureux amant. A vrai dire, il y a une ombre
au tableau que l'auteur nous trace de sa félicité. L'avant-dernier
couplet semble indiquer que la dame se montrait un peu froide à
son égard. C'est qu'elle était bien jeune, ou peut-être le texte
est-il corrompu à cet endroit, car le couplet précédent donne à
entendre que le poète n'avait pas à se plaindre des rigueurs de sa
bien aimée. A quel genre appartient cette poésie? Je crois qu'on
peut, sans trop s'aventurer, dire que c'est une rotruengCy puisque
ce nom paraît avoir été donné, en ancien français, à toutes les
chansons à refrains 4. Ici le refrain est obscur et paraît donné,
même au premier couplet, d'une façon incomplète.
1. Je ne saurais dire qui est le PMippe de Nevaire (éd. Venaire) qui épousa
Estefenie de Mimars, veuve de Gautier de Gaurelée (Lign. d* outre-mer^ p. 472) ;
ce ne doit pas être le nôtre, puisqu'il eut d'Estefenie un fils appelé Henri, au
lieu que notre auteur ne parle que de son fils Balian. Pour la même raison on
ne peut le reconnaître dans un autre Phelippe de Nevaire, qui épousa
Estefenie du Morf, et en eut un fils appelé Baudouin (th. y p. 473), à moins
qu*on ne suppose que Baudouin est une faute pour Balian.
2. Gestes des Chiprois, p. 131.
3. Ce ms., dont on trouvera la description dans le Catalogue of additions to
thc mss. in thcBr. Mus. in theycars, 1846-7 (Londres, 1864), p. 278, contient
des sermons de saint Augustin, écriture du xii^ siècle.
4. Toutefois les chansons à refrains qui n'avaient que trois couplets étaient
plutôt appelées halettes.
ROTRUENGE EN QUATRAINS IO3
Notre rotruenge, si c'en est une, est en quatrains, dont chacun
occupe une ligne dans le manuscrit. Les trois premiers vers sont
de huit syllabes et riment ensemble, le quatrième est de deux
et présente, pour toute la pièce, une rime uniforme. Cette dis-
position est rare. On peut la rapprocher du quatrain de vers octo-
syllabiques employé par Guillaume de Poitiers (^Pos de chantar)^
où les trois premiers vers riment ensemble, le quatrième ayant
la même rime pour toute la pièce; voy. Romania^ IV, 387. Il
y a de plus dans notre pièce un refrain, qui est partout
incomplet, mais qui rimait probablement avec le quatrième
vers. S'il en était ainsi nous aurions une disposition ana-
logue à celle qu'oflfrent quelques anciennes poésies strophiques,
par ex. la complainte de la Vierge Je plains et plor corne
femnu dolente (voy. Romania 1. 1.), la pièce L'ame qui quiert
Dieu de [verdie] entente publiée dans la Zeitsclmft /*. rom. Pfnl.y
\1II, 582-3, et une pièce que j'ai publiée dans mon Recueil
d'anciens textes, partie française, n° 49 ^, dont voici le premier
couplet :
De moi dolereus vous chant ;
Je fui nez en descroissant ;
Onques n'eu en mon vivant
Deus bons jors.
J^ai a non mescheans (Tatitors.
Le copiste était anglais. L'auteur l'était-il aussi ? Cela paraît
probable, à cause du couplet VU où les rimes en ier {espervier)
et en er sont mélangées. D'ailleurs les vers se laissent aisément
ramener à leur mesure, et les rimes, si elles sont assez pauvres,
puisqu'elles se réduisent parfois à de simples assonances, sont
du moins conformes à la prononciation française. Heleyne rime
avec des mots où la tonique est, en latin, soit a {greyne, reclaynie^
ayme)y soit ^, mais cela est fort régulier : dans le roman de
Troie, Heleine rime fort bien avec certaine, humaine^ prochaim,
premeraine, etc.
I. M. Scheler Ta publiée à son tour comme inédite dans ses Trouvères
belges, I, 74.
104 MÉLANGES
I Qiiant primes me quintey de amors
A luy me donay a tuz jors,
Mes unkes n*oy si dolur noyn
4 E peyne.
Va ester ke dundens t/a, etc.
11 Je em la plus bêle du pays ;
Kaunt je m*ene pens si sui jolifs.
Je Tem plus ke ne fit Paris
8 Heleyne.
EsttTy etc.
m Les chevoyz li lusent cumme fil de or ' ;
Ele ad le col lung & gros,
Si ne y pert frunce ne os
12 Ne veyne.
IV Ele ad les oyz vers e rianz,
Les denz menu rengé devant,
Bûche vermayle fête cume teint
i6 En greyne.
V Ele ad beu braz pur acoler,
Ele ad duz cors pur déporter;
Un mort purra resuciter
20 Sa alayne.
VI Kaunt ele git entre mes braz
E je le acole par grant solaz,
Lor vint le jor que nus départ
24 A payne.
VII Ore voil ma dame reprover
Ke ele me dedeyne amer.
Plus est gente ke un espervir (sic)
28 K*en reclayme,
I Corr. macointai. La finale d^amors est abrégée. — 3 noyn pour jum. —
4 bis Le refrain se terminait probablement par donâeine. — 9 corr. Si ch. l.
cum? Plus loin encore (v. 15) cunu doit être réduit à cum. — 19 Mieux vau-
drait purreit. — 22 corr. acol. — 23 corr. vient. — 26 Les dernières lettres
sont enlevées par une déchirure.
I. Dans une sorte de salut d'amour que j'ai publié dans le JaM. f. rotn. u-
engl. Lit. y V (1864), 399, on lit :
Vostre biau chef blondet et sor
Qui reluit plus que nul fil d'or.
ROTRUENGE EN QUATRAINS 105
VIII Ma dame, a Deu vus kemaund.
Seez tuz jors leul amaunt ;
Nul ne pout estre vaylaunt
32 Si n*eyme.
Ester ke dundeîe, etc.
Suit, d'une écriture différente, peut-être un peu plus récente,
un petit poème latin de cinq couplets, composés chacun de trois
vers rythmiques et d'un refrain, et qui traite de la misère de la
condition humaine. E. Du Méril l'a publié dans ses Poésies popu-
laires latines du Moyen-Age (1847), p. 125, d'après le ms. Bibl.
nat. fr. 25408 (alors N. D. 273 bis)y qui porte la date du 3 sep-
tembre 1267 et a été écrit en Angleterre ^ Je le réimprime parce
qu'il est fort court et offre, dans la copie du Musée britannique,
quelques variantes.
I Scribere proposui de contemptu mundano ;
Jam est hora surgere de sompno mortis vano,
Zizanniam spemere, sumpto virtutis grano.
Surge, surge, vigila; semper esto paratus.
II WiX2L brevis breviter in "brevi finietur,
Mors venit velodter et neminem veretur ;
Omnia mors perimit et nulli miseretur.
SurgCy eU,
m Tela fit aranee hec mundi presens vita ' ;
Labitur et frangitur, non est in tuto sita.
Labilis et fragilis ), non est exinanita.
Surge, etc,
IV Ubi sunt qui ante nos in hoc mundo vixere^?
Venies ad tumulos, si vis eos videre :
Gneres et vermes sunt ; carnes computruere.
Surge, etc.
V In hoc mundo J nascitur vir omnis cum merore,
Atque vita* ducitur humana cum labore,
Et postremo? dauditur cum funeris dolore.
Surge, etc. •
32 si, corr. s'il.
I. Voy. Bulletin Je la Société des anciens textes, 1883, p. 102. — 2. Du Méril
prastntis mundi vita. — 3. Du M. Labilis et flehiîisy n. e. in t. s. \ Labilnr et
flectitur. — 4. Du M. fuere. — $. Du M. In hoc vita. — 6. Du M. Et in vitam.
— 7. Du M. £/ post vitam. — 8. Il y a dans le texte de Du Méril un couplet
de plus.
I06 MÉLANGES
On lit encore sur le même feuillet ces trois vers :
Postquam nobilitas servilia cepit amare,
Postquam servilia ceperunt nobilitare,
Nobilis et servus ceperunt degencrare *.
P. M.
m.
UAUTEUR DU COMTE D'ANJOU.
La Bibliothèque Nationale vient d'acquérir en Angleterre,
comme Ta annoncé la Rotnania (XVIII, 524), un manuscrit
(N. Acq, fr. 4531) qui contient une nouvelle version de deux
poèmes déjà connus et une composition jusqu'ici non signalée.
Le premier de ces poèmes est le Comte d'Anjou; le second est la
Clef d'amours y dont M. Doutrepont donnera prochainement une
édition critique; la composition inédite, dont on n'a que le
commencement, est un débat entre une dame et un clerc, que
M. Jeanroy doit imprimer et commenter dans la Romania. Je ne
veux parler ici que du Comte d'Anjou. L'auteur lui-même, dans
les derniers vers, intitule son œuvre le romnans du conte d^ Anjou ;
ce titre est mal choisi, car le comte d'Anjou meurt presque au
début; c'est sa fille, appelée tout le temps par l'auteur « comtesse
d'Anjou », qui est la véritable héroïne du roman. La Comtesse
^ Anjou est le titre que le manuscrit déji connu du poème lui
donnait ; mais on doit s'en tenir à celui qu'a choisi l'auteur.
C'est d'après ce manuscrit (B. N. fr. 765) qu'on a jusqu'à
présent parlé de noire roman. L'abbé de La Rue, le premier,
en a cité quelques vers ^. Paulin Paris a donné une idée du sujet,
1. La même idée, exprimc'c à peu près dans les mêmes termes, mais en
deux vers seulement, se retrouve dans un ms. de Vienne (Denis, Codices
manuscripti theolf^ici Bibl. palat. VindobottensiSy II, 11, 1161) et dans les
Carmina burana (n® LXix a) :
Postquam nobilitas scnilia cepit amare,
Cepit nobilitas cum servis degeiierare.
2. EssaiSy t. I, p. 190. L'abbé de La Rue ne désigne pas le manuscrit, et sa
courte citation présente tant de fautes qu'on se demande si elle provient bien
tAUTEUS DU COMTB D'ANJOU 107
imprimé une soixantaine de vers et éclairci quelques dates
indiquées par l'auteur'; le môme savant a iail du Comie
d'Anjou pour l'Histoire littéraire de la France une notice i-tendue,
qui, imprimée depuis plus de quinze ans, n'a pas encore paru et
sera publiée avec quelques retouches dans le prochain volume
de ce grand recueil. Une copie du ms, 765, exécutée jadis
pour Monmerqué, appartenait au regretté marquis de Queux de
SaÏQt-Hilaire, qui avait manifesté, il y a quelques années, l'inten-
tion de publier le poème pour \^ Société des anciens (ctfw.Lamême
intention a, paraîi-iJ, été conçue par M. Grôber', Quel que soit
l'éditeur, il devra naturellement, maintenant, prendre peur base
le ms. iV. Acq. 4îîi, plus ancien d'un siècle environ et généra-
lement meilleur que l'autre.
L'auteur, qui écrivait eii 1316, a caché son nom et son surnom
dans un a engin » que le ms. 765 rapporte ainsi :
Je nay pas hante (ou hsulu) liilk chose
Ains pesche ulan qui enclose
Nesi pas en raoy ne la science.
L'abbé de La Rue a cru deviner dans ces vers le nom et le
surnom : Jeanins Alan, sans dire au juste comment il obtenait
ch.icunc de ces cinq syllabes. Paulin Paris, ayant lu haute au
Heu de hante (ce que fait aussi le rédacteur du Catalogue des
manuscrits français), a interprété Alart Pachotit; plus tard, il a
aussi proposé Alart Hautcpesch, ou, en lisant cette fois hanle,
Alari Peschanté. M- Grôber ayant lu hanle, M. Suchier est
revenu \ peu près à l'opinion de l'abbé de La Rue en appelant
notre poète ]chan Alart.
Le ms. N. Acq. 4531 lève tous les doutes sur le nom du
poète. D dorme ainsi les vers en question :
Je nii pas ml't hante Ici chose
Ainz pesche au mail, art 4 ê close
Ncsi pas émoi ne la science.
do nu. 76}, où ces fautes ae se trouvent pas; mais son ioterpri^lation du n
(k TsutcuT ne permet pas de douter qu'il ait eu la Icfon de ce ms. sous
I. iSu. franc., I. VI, p. 40.
1. H. Stichiet, Œuvris paiiiquu de Beaumaitair, 1. 1, p. xxxvu.
I08 MÉLANGES
Le premier vers nous donne donc avec certitude le nom de
Jehan. Le second vers, dans le ms. 765, était incomplet^; le
nouveau ms. rétablit la mesure. Toutefois sa leçon doit, si je ne
me trompe, être légèrement corrigée par celle de l'autre : au
lieu de art il faut sans doute lire lart^ comme la scienu au troi-
sième vers. Les trois vers se liront donc ainsi :
Je n'ai pas moût hanté tel chose,
Ainz pcsche au mail Part, qui enclose
N'est pas en moi, ne la science.
Le mot mail ici n'est pas clair. Sainte-Palaye donne un exemple
du XVI' siècle où mail est également rapproché du mol pêcher; il le
traduit, on ne devine pas pourquoi, par « fourche servant à tirer
le fumier » : « Quelquefois il se trouve je ne say quoy de bon,
« comme disoit la bonne femme qui peschoit atout ung mail en la
« mare de son fumier ^. » Je n'en ai pds rencontré d'autre exemple ;
cependant la locution pêcher au mail devait être assez répandue,
car on trouve dans Cotgrave pescher au maillet ainsi traduit :
« Foolishly to talke much, or make a great bruit, of a project,
thereby discovering, and disappointing it. » On ne voit pas clai-
rement par ces trois passages s'il y avait réellement un engin de
pêche appelé mail ou si la locution pêcher au maily au maillet^
n'est pas purement ironique 'pour dire « pêcher de façon à ne
rien prendre » 3.
1. M. Suchicr, pour le compléter, comprend et imprime peschi^ mais la
syntaxe laisse alors à désirer.
2. Contes d*EuirapeJj f» 50 vo, éd. i$8). M. Godefroy copie purement et
simplement l'article de Sainte-Palaye, en donnant seulement une autre indi-
cation d'édition.
3. M. J. Protat, l'un des aimables imprimeurs de la Roniania, veut bien,
après avoir lu ces lignes, m'envoyer la note suivante, qui donne peut-être
l'explication du problème, et qui en tout cas est intéressante en elle-même.
J'ai en vain cherché dans les ouvrages sur la pêche, depuis Duhamel du
Monceau (1769) jusqu'à La Blanchère (1868), une allusion quelconque à la
pêche au maillet que décrit si bien notre obligeant collaborateur. « La pêche
au maillet, fort en usage, en hiver, sur les lacs du Haut-Jura lorsqu'ils sont
couverts de glace, est aussi fructueuse qu'intéressante. Il faut pour cela que la
surface du lac ait été glacée par un temps calme, de manière ù offrir une
transparence qui permette d'apercevoir le poisson à une profondeur assez
considérable (sans toutefois s'éloigner beaucoup du bord). Après une pour-
LE CONTE DES TROIS PERROQUETS
109
2iioi qu'il en soit, il résulte avec certitude du passage restitué 1
à l'aide des deux manuscrits que l'auteur de la Comtesse d'Artjoui
s'appelait Jehan Mailiart.
G. Paris.
LE CONTE DES TROIS PERROQ.UETS.
M. Paul Meyer (^Romania, XVI, 56^-569) a le premier appelé
l'attentioii sur le conte des trois perroquets, qui se trouve dans
le recueil d'histoires du \i\" siècle connu depuis longtemps
sous le litre de Cy nous dit. Li particularité la plus notable de
ce conte est, comme M, Meyer l'a très bien vu, que les perro-
quets s'y servent de phrases provençales, tandis que le reste du
récit est en français. Il peut être intéressant pour les lecteurs de
la Romama de savoir que le même récit se retrouve parmi les
contes néerlandais du Moyen-Age. L.\ aussi ce sont des perroquets,
et non, comme dans les Gesia Romanorum et dans le Diahgus créa-
turarum, des coqs qui conversent entre eux. Mais le plus curieuxi
est que dans le conte néerLindais les perroquets ne parlent pisM
tous le provençal, dont seulement un d'eux se sertj tandis que*
des deux autres l'un s'exprime en français, l'autre en latin ^,
Le conte en vers tàît partie d'un grand manuscrit de la fin du *
xiV siècle, appanenani autrefois à M. Hulthem et conservé '
luîie qui parfois en am longue (et oii le [aient du pécheur consiste i
tSnyet le poision d'un cûié pour l'empêeher de gagner le large el l'obliger à
nrslR pris du bord où la profondeur est faible), oa arrive  point pour frapper
b glace d'un petit coup de niaillei 1 long manche, juste au dessus du poisson,
lorsqu'il s'arrête fatigué; on frappe de nouveau plus fort et le poisson — c'est
le plus souvent an brochet — est assorami malgré la profondeur de jo, 80
cenilinitres, parfois plus d'un mètre. On brise alors la glace d'un violent coup
de nijiUet a» de toute autre fa^ii et l'on harponne sans peine le poisson. Le
phénomène de la iransmission du choc, par les molécules de l'eau, s'explique
partûtcmenl par les lois de la physique. Les vrais amateurs se chaussent de
patins pour se livrer à cette pCche qui est bien plus une dusse qu'une piche
proptument dite, b
I. {En réalité, celui qui est supposé parler proveiii^ (vv. 45-6) ne sait
gattfi cette langue. — P. M.|
1 1 COMPTES-RENDUS
aujourd'hui dans la Bibliothèque de Bourgogne à Braxelles. Cest
la pièce 94' de ce manuscrit, qui contient une grande collection
de pièces de jongleurs, indépendantes les unes des autres.
Serrure Ta fait imprimer il y a longtemps dans son Vader-
landsch Muséum I (Gand, 1855), p. 47-50, avec quelques légères
fautes. En voici le texte :
Dits een exetnpcl vrayen Doen hi sach dese waerhdde (/.
Betekent bi m Papegayen. innecheide)
Ende van hem bdden desea toer :
Het was een goet man hier te voren, 30 « On fayt tort nostre singoer !
Die in sijn herte hadde vercoren Die clerc loech, als hi dit horde
5 Drie voghelen, die heten pape- Ende sprac ter vrouwen dese
gayen. worde :
Ensachnoitmangheensoevrayen. « Vrouwe, dese voghel seit al
Dese man hadde sijn hcrte ghekeert slecht,
Tcn voghelen, ende heeft hem « Dat wi sinen hère doen onrecht »
gheleert 35 « Ay mil » seit si, « soe ben ic
Te sprekene, redelike wale, gheonteert,
10 Eelken sonderlike taie. « Leeft hi, als mijn hère keert. »
Deen sprac provindaeles, die ander Mettien tart si hem bat naer
latin, Ende doodden den voghel daer :
Die derde fransoys. Neghenen wijn Die hersene duwese hem in die
Dronckic voer (/. voert) op selke kele.
sake, 40 Hi hadde bat ghesweghen vêle.
Dat elc voghel alsoc [ne] sprake. Aise die ander voghel dat sach,
1 5 Dese man, die de voghele waren, Dat sijn gheselle aldus doot was
Was tenen tide ghevaren (/. lach),
Daer hi te doenc hadde, in weet Sprac hi met serecheiden
waer. Sonder enech langher beiden :
Mettien soe quam een clerc daer, 45 « Pour dire la veritate
Die de voghele wilde sien. « Est viort iiostre frate ! »
20 Die vrouwe quam jeghcn hem Die clerc, die dit wel verstont,
mettien, Maket saen der vrouwen cont.
Die den clerc fccsterde sere. Hi seide : « Vrouwe, àost ander
Hi seide : « Vrouwe, God ons Hère, voghel seghet,
« Die moet u gheven gocden dach ! 50 « Dat sijn gheselle aldus doot
« Hets lanc dat ic u niet en sach. » leghet,
25 Mettien hclsdise ende custe. « Dats om dat hi die waerheit
Niet wel en wetic wat hem [mee] seide. »
luste. Doe ginc die vrouwe sonder beide
Doen sprac deen voghel ende Ende dooddene te selver stede ,
seide, Ghelijc dat si den andercn dede.
LE CONTE DES TROIS PERROCIUETS III
5> Aise die derde voghel dit sach, 70 « Van mi [ne] vcrliest hi sijn lijf
Dat die vrouwe sonder verdrach dit jaer. »
Beide sine ghesellen hadde doot, Hadden danderen aldus ghedaen,
Sprac hi (dat dede die noet) : Die doot en hadden si niet ontfaen.
« Audi y vide, tau. Dit was die vroetste van den drien :
60 Si tu vis vivere pace. » Hi conste mel volghen cnde vlien.
Die clerclœch cm dat hi horde 75 Noch soe prijst men ane den
Endc sprac ter vrouwen dese man,
worde : Die [/. DattiJ mel volghen eude
« Vrouwe, » seit hi, « dese derde. vlien eau.
« Voghel moet hebbcn verde. » — Diet al versegghen wilt dat hi sict,
65 « Ay mi! « seit si, « wat seit hi Hine machgher vort met comen
dan? » uiet.
« le segt u, vrouwe, als ic best Horen, swighen ende siende blint,
can : 80 Dats dat nu die werelt mint ;
« Die met ghemake leven wille, Ende die leven wilt met ghemake,
« Hore ende sie ende swighe Hore cnde si [/. sie] ende hucde
stille. » sine sprake.
Die vrouwe sprac : « Ghi segghet Dits exempcl van den vraycn
waer : Drie voghelen, ende heten pape-
gayen.
C'est un bel exemple donné par trois perroquets.
Il y avait autrefois un homme de bien qui aimait de tout son cœur trois
oiseaux nommés perroquets. Jamais on n'en avait vu de si beaux. Cet homme
avait reporté toute son affection sur ces oiseaux et leur avait enseigné à
parler assez bien chacun dans une langue différente. L'un parlait le provençal,
Tautre le latin, le troisième le français. Puissé-je ne jamais plus boire de vin,
si chaque oiseau ne parlait pas de cette façon 1 L'homme qui possédait ces
oiseaux était parti une fois (je ne sais pour où) pour ses affaires. Aussitôt
\*int un clerc qui voulait voir les oiseaux. La femme vint à sa rencontre et
le fêta beaucoup. Il lui dit : « Dame, Dieu notre Seigneur vous donne le
bonjour ; il y a longtemps que je ne vous ai rencontrée » ; et en disant cela,
il Tembrassa et la baisa. J'ignore ce qu'il désirait de plus.
Alors l'un des oiseaux parla et dit, en voyant cette tendresse et les ébats des
deux personnes : « On fayt tort tiostre sitigoer I »
Le clerc, qui Tentendit, se mit à rire et dit à la femme : « Dame, cet oiseau
dit tout simplement que nous faisons tort à son seigneur. — Hélas 1 » fit-elle,
w alors je suis déshonorée, s'il reste en vie jusqu'au moment où mon seigneur
reviendra. » Aussitôt elle s'avança et tua l'oiseau. Elle lui enfonça la cervelle
dans la gorge. Il eût beaucoup mieux fait de se taire.
L'autre oiseau, voyant que son compagnon était mort, s'empressa de
s'écrier de douleur : « Pour dire la veritate est mort nostre fratc. »
Le clerc le comprit et en fit part à la femme. 11 dit : « Dame, cet autre
à.^'
112 COMPTES-RENDUS
oiseau dit que son compagnon n'est mort que pour avoir dit la vérité. » Alors
la femme se hâta aussi de le tuer sur place, comme elle avait fait l'autre.
Le troisième oiseau, voyant que la femme avait tué ses deux compagnons
sans aucune forme de procès, dit, et pour cause : « Audi^ vide, tactf si tu vis
viverepace'. »
Le clerc se mit à rire de ce qu'il entendait et dit à la femme : « Dame, il
faut laisser en paix ce troisième oiseau. — Hélas! » dit-elle, » qu'est-ce donc
qu'il dit ? — Dame, je vous le traduirai de mon mieux : Qui veut vivre
en paix, doit ouir, voir et se taire. » La femme dit : « Vous avez raison ; de
ma main il ne perdra pas la vie cette année. »
Si les autres avaient agi de même, ils n'eussent pas trouvé la mort. Ce
troisième, c'était le plus sage des trois : il savait bien s'accommoder aux cir-
constances.
Encore aujourd'hui on loue l'homme qui sait bien s'accommoder aux cir-
constances. Celui qui veut communiquer à autrui tout ce qu'il voit n'arrive
pas dans le monde. Ouïr, se taire et voir les yeux fermés, c'est ce qui plah aux
gens, et celui qui veut vivre en poix doit ouïr, voh: et £ûre attention à ses
paroles.
C'est le bel exemple des trois oiseaux nommés perroquets.
Groningen. Jan te Winkel.
V.
NOTE SUR L'AUTEUR DU
CONTREBLASON DE FAULCES AMOURS.
Parmi les ouvrages en vers composés dans le dernier quart du
XV' siècle, il n'en est aucun qui ait eu plus de succès que Lt
Blason de faulces atnours de frère Guillaume Alexis. Ce poème,
écrit dans une langue élégante et dans une forme gracieuse, fut
imprimé et réimprimé nombre de fois, non seulement à la fin
du XV* siècle, mais pendant tout le cours du xvi'; il n'était
même pas tout à fait oublié au milieu du xvii*' siècle, puisque
I . [C'est le proverbe latin cité dans les rédactions de notre conte que
nous offrent les Gesta Romanorum et le Dialogus creaturarum, voy. Romania,
XVI, 566. Je l'ai retrouvé depuis sous une forme à demi française {Tactx,
tache! viiylc vivre en pache) dans les Contes de Bo^ony éd. de la Société des
anciens textes français, p. 145. C'est aussi l'idée de la balade de Deschamps
qui a pour refrain Sans veoir^ oïr ne parler (éd. de la Soc. des anc. textes,
I, 186). —P. M.]
LE COXTREBLASOX DE FAULCES AMOURS 1 13
La Fontaine a fait au moine normand Thonneur de l'imiter et
de reproduire la disposition de ses strophes.
Le Blason de faulces antours donna naissances à diverses imita-
tions; celle que Ton cite le plus souvent est le Contreblason de
faulces amours, dont le titre est inséparable de celui du poème
original. Le Contreblason est bien connu des bibliographes^; il
a été cité par Du Verdier, qui se demande s'il doit l'attribuer à
I. Nous connaissons du Contreblason six éditions, dont void l'indication
sommaire :
a. Paris, Simon Vostre, 15 12.
Édition citée par La Croix du Maine et dont on ne retrouve aujourd'hui
aucun exemplaire.
h. Paris y en la rue neufve Nostre Dame, a V enseigne de TEscu de France, s. d.
(avant 151 5), pet. in-8 goth. de 28 fF. de 27 lignes à la page, avec la
marque de Jehan Trepperel au v© du titre.
Biblioth. nat., ancien Y 158 -h A (art. 4), dans un recueil ayant appar-
tenu à Louis XVI (L. Capet, n*» 1667).
c. Même adresse, s. d. (avant 1515), pet. in-8 goth. de 28 ff. de 27 lignes à
la page.
Edition publiée, comme la précédente, par la veuve de ]ehan Trepperel ou
par Jehan Janot, Le titre porte contreblason (sic) ; il est orné d'un fragment
de bordure qui représente , d'un côté, un ange délivrant trois hommes du
purgatoire, et, de l'autre, un prêtre célébrant la messe. Le v© du titre est
orné d'un bois qui représente Dieu le Père entouré des anges et de Paix,
Miséricorde, Justice et Vérité.
Biblioth. nat., Y^ 1299. B. 4.
à. Même adresse, s. d. (avant 1515), pet. in-8 goth. de 28 ff. de 27 lignes à
la page.
Édition ornée des mêmes bois que la précédente. La faute du titre est
corrigée et les lignes en sont autrement coupées.
Biblioth. du château de Chantilly.
t. Même adresse, s. d., pet. in-8 goth. de 28 ff. de 26 lignes à la page.
Le titre porte la mention iij & (f , c'est-à-dire 3 feuilles 1/2, mention
qui ne se trouve guère que sur les impressions à^ Alain Lotrian, après 1520.
Le vo du titre est orné d'un bois qui représente un roi sur le rivage de la
mer, près d'un navire chargé de personnages.
/. S. 1. n. d., pet. in-8 goth. de 24 ff. de 28 lignes à la page.
Cette édition ne contient pas le logogryphe final dont nous parlerons
plus loin.
Biblioth. nat., ancien Y 6133. c. i. Rés.
RomauU. XIX. g
b .
114 MÉLANGES
Guillaume Alexis lui-même^; par La Croix du Maine, qui en
fait honneur à Charles de Croy; par Tabbé Goujet, qui n'en
recherche pas l'auteur 2, enfin par Brunet3, qui rappone l'opi-
nion de ses devanciers sans la discuter.
Nous n'avons pas ici le projet d'analyser le poème; nous
nous proposons seulement d'en faire connaître l'auteur. Cet
auteur se présente à nous dans le prologue sous les traits d'un
(c povre, simple frère hermite et immerit prestre religieulx, non
ayant le sens et littérature de Ludolph 4, Riffère 5 et de Grégoire
Alemant^, mes tresvenerables pères et chers confrères chartu-
siens ». Il ènumère ensuite les modèles qu'il désespère d'imiter :
Cicero, Bocace, Juvenal, Faustus 7, Jacques Fabri ^, Veruandus,
Jean Régis 9, Mantuan, Guaguin, Bran, Alain Chartier, Fran-
çoys Petrarce, Jehan de Meum, Millet ^*^, Amoul Greban,
Tortier", Octavian, pasteur et evesque d'Angoulesme ^^, Pierre
Gringoire, Guillaume Crétin, Antitus^3, Guillaume Flamen'4,
George Chastelain, Maximian^s, Eloy d'Amerval^^, Jehan
MouUnet, qu'il appelle « mon souverain précepteur », enfin
1. Éd. Rigoley de Juvigny, II, 61.
2. BibîiotJ}èque française^ X, 120-124.
3. Manuel du Libraire^ II, 250.
4. Ludolphe de Saxe, prieur de Strasbourg, mort dans la première moitié
du XI ve siècle.
5. Général des chartreux, mort en 1267.
6. II s'agit sans doute de Grégoire Reisch, mort le 9 mai 152$. Voy.
Petreius, BibîioPjeca cartusiarta (Coloniae, 1609, *'^~^)> '09.
7. Fausto Andrelini.
8. L*auteur du Grant Art de rhétorique,
9. C'est le Johannes Régis, « Parrhisiensis, philosophas atque poeta
insignis, » dont on trouve une lettre adressée à Jehan Le Maire à la suite de
LEpistre du roy a Hector de Troyc^ etc., de ce dernier auteur (éd. de Paris,
Enguilbert et Jehan de Mamef, et Pierre Viart, 1521, in-4 goth., fol. kij).
10. Jacques Millet, l'auteur de La Destruction de Troyc,
11. Jehan Pinard, troitier de Téglise d'Auxerre. Voy. notre étude sur le
Monologue dramatique {Romama, XV, 587).
12. Ociavien de Saint-Golais.
13. Voy. Hain, n®* 244 et 245, et notre Xcuveau Recueil de farces y p. lij.
14. Voy. Catalogue Rothschild, I, 474.
1$. Ibid., I, no 523.
16. /HJ.,no* 4S7-S59-
LE CONTREBLASOU DE FAVLCES AMOURS 1 15
mon intime, trescordial, consodal, frère, corapaignon et amy,
maîsire Jehan Le Mère ».
A la ^n du poème on lit dans la plupart des éditions douze \
vers bizarres précédés du titre suivant :
* Actions de gr-icc immortelles sur lesquelles appert luculemement, dérc-
mcnt et lucidement en (in le surnom du trcsindigne orateur de ce présent- -
ccuvre et irûctf ; avecques pardllemeni le date de l'an, période fixe et olym-
padc pennanable qui court; ensemble, comme dessus est promis', aulcuns
certaios DOms cl propres surnoms du prince et princesse prei[r]acle!: que
s'ensuivent ; lesquch infailliblement, en applicquent chascune grosse lettre de
luuli en bas, en croix, a travers et en son lieu capiialle nient se pourront llci-
lemcut pratiquer et facillemenC comprendre, etc. n
Voici ces vers dans lesquels on doit trouver :
Le nom du poète (sans son prénom),
Les noms d'un prince et d'une princesse,
La date.
Nous les reproduisons d'après les éditions données par les •,
successeurs de Jehan Trepperel, n'ayant pu découvrir celle de ,
Simon Vostre.
L'ACTEVR
Magnifique et seul dieu, Louenge pure et moni
Cy te rens de mon livre, Ofen pour duire au me
Comprins soit a ta gloire, Ensemble de tous
Corriger ou faulie a deS acteurs par bon sen
CHARitabLEs. Second quE conCéde le dRoi
Chers liseurs, que avec eux De bou cueur on rendroi
Et vous, chiers auditeurs, Aycs en tout degr
Du dict Contre blason L'effect incorpor
Oulireplus vous priant d'humBle voix, non marri
Voulmr pour mon labeuR prier au fil;: Mari
Xpit, nnon vray rédempteur, mE donner a tous di ) „
Eternel régne, IncliT, lassus en paradt \
Les lettres finales donnent évidemment le nom du poète;
mais, au lieu de lire ESTÉES, il faut, croyons-nous, tenir compte
de la consonne qui précède le second Ê et lire ESTllÊES. Les
I, Le poite £ût cette promesse dans le prologue,
lié .MÉLANGES
imprimears auraient dû disposer ainsi la fin des deux vers cor-
respondants :
en tout d^ ) -^
încorpo )
Le nom du prince se lit au s* vers : CHARLES dE CRoï;
là aussi l'imprimeur a commis une faute typographique.
Le nom de la princesse se trouve au milieu des vers> en
lisant de haut en bas :
LOiSE D'ALBRET.
Enfin la date nous est fournie par l'acrostiche initial :
MCCCCC Et DO\TŒ.
Nous avouons ne connaître, en 15 12, aucun poète du nom
d'Estrées. On ne peut songer au Jehan d'Estrées qui composait
des moralités à Amiens en 1472 et 1478; il faudrait plutôt
chercher dans la fiimille d'où sortit la belle Gabrielle. Plusieurs
membres de cette famille appartinrent à l'Église. Jean^ fils
d'Antoine I", d'abord moine de Corbie, devint, en 1487, abbé
du Mont-Saint-Quentin, et mourut le 27 janvier 15 17 (n. s.)'.
Antoine, neveu de Jean, était en cette même année 13 17
chanoine de Noyon^; il avait pu être chartreux. Un autre
Antoine, qui fut aussi chanoine de Noyon et abbé du Mont-
Saint-Quentin, ne peut entrer en Hgne de compte puisqu'il ne
mourut que le 9 mai 1568 >.
Charles de Croy était fils de Philippe de Croy, comte de
Chimay; il fut créé prince de Chimay par l'empereur MaximiHen,
en 1486, et il épousa, le 9 décembre 1495, Louise d'Albret,
dame d'Avesnes, fille d'Alain le Grand, sire d'Albret, et de
Françoise de Bretagne. Il mourut le 11 septembre 1321; sa
femme lui survécut dix ans; elle mourut le 21 septembre 133 1 4.
La Croix du Maine avait lu le nom de Charles de Croy dans
1. Gallia christiatiay IX, 11 15 a.
2. Anselme, Hist. gèn.y IV, 597.
3. Anselme, IV, 598. Ce second Antoine se confond peut-être avec le
trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, abbé de Samer (i$$S-ïSS8), cité
dans la Gallia christiana^ X, 1 597 C.
4. Anselme, Histoire gcnèal. y VI, 653.
LE CONTREBLASON DE FAULCES AMOURS 1 17
l'inscription rimée que nous avons reproduite, et il avait cru
que ce nom était celui de Fauteur :
« Charles de Croy, frère hermite, prestre et religieux, etc. Il
est autheur du livre intitulé Le Contreblason des faulses amours^
imprimé à Paris, chez Simon Vostre, en 15 12. Il florissoit soubs
Loys XII., audict an 1512^. »
Quant à la date, elle est confirmée par celle de l'édition que
cite La Croix du Maine. Elle concorde du reste avec le Rondeau
pour fifiable envoy, tel qui se lit dans les éditions que nous dési-
gnons par b c d :
Vive Loys de Valloys, roy de France,
Vive la royne et vive le daulphinM
Vive Claude, seulle daulphine [en] France,
Vive Loys de Valloys, roy de France!
Vive ung chascun de leur sang sans souffrance.
Vive oultre plus tout bon Françoys sans fin I
Vive Louys de Valloys, roy de France,
Vive la royne et vive le daulphin !
Dans l'édition / et probablement dans l'édition e (nous ne
pouvons en ce moment vérifier le fait) le nom de Louis XII a
fait place à celui de François I".
Vive François de Vallois, roy de France,
Vive la royne et vive le daulphin !
Vive Louyse, seule daulphine de France, etc. '
Il y a donc lieu de rectifier La Croix du Maine et les biblio-
graphes qui l'ont suivi, en supprimant Charles de Croy de la liste
des chartreux et de la liste des poètes. Quant à notre Estrées,
un hasard heureux fera peut-être rencontrer ailleurs quelque
autre ouvrage signé de lui.
Emile Picot.
1. Bibliothèque, éd. de 1583, p. 43; éd. de 1772, I, 10$.
2. La mention du dauphin est curieuse. Louis XII n'eut que deux fils qu i
moururent tous deux en bas âge et qui firent si peu de bruit qu'on igno
même la date exacte de leur naissance.
3. Voy. Petit de Julleville, Répertoire du Théâtre comique , p. 2$i.
COMPTES-RENDUS
RecueU de mémoires philologiques présenté â monsieur Gaston
Paris... par ses élèves suédois le 9 août 1889, à l'occasion de son cinquan-
tième anniversaire. Stockholm, Imprimerie Centrale, 1889 (distribué par la
librairie Josephson à Upsal), viii-259 p. et deux tableaux.
pai exprimé id (XVIII, 661) les sentiments que m*a inspirés ce volume;
mais il ne constitue pas seulement un témoignage de l'intérêt que
nos études excitent en Suède, il montre encore avec quel zèle et quel fruit
elles y sont cultivées, et il contient des contributions prédeuses pour la
sdence. C'est uniquement à ce point de vue que je vais l'analyser. Je n'insis-
terai même pas sur le fait, assurément remarquable, que les mémoires qui le
composent sont tous écrits par des Suédois en fort bon français ; je ne m'atta-
cherai qu'au fond même de ces mémoires.
P. I. Quelques remarques sur Tamuissement de Tï finale en français^ par
Hcrmann Andersson. Comment se fait-il que dans certains cas Vr finale, en
français, ne se prononce pas, soit devant une consonne, soit même devant
une voyelle, tandis qu'à l'intérieur des mots elle se prononce toujours? qu'on
dise, par exemple, clmntUf) fort mais cerfeuil , se dèfic{f) mais fierté? M. A.
propose de ce problème une solution fort ingénieuse. Aux xvc et xyi» sièdes
il y a eu, comme on sait, une tendance à transformer Vr intervocale en un
son voisin, qui a dévié vers s douce (:^), ,vers ; , ou vers la chute complète
(tous phénomènes que présentent aujourd'hui divers patois). Vr finale
devant une voyelle devait être traitée de même ; monsieur Antoine comme
peureux, finir à comme finira (on sait qu'au x\iii« s. on disait fini aussi
bien qu'atVw/, îever à comme vérité : quand on a prononcé (prenons \
comme la notation la plus commune et sans doute la plus approximative de
cette r altérée) peureux, finira, vérité, on a dû prononcer de même monsieur
AntoinCy fini^ à, îevé^ a. Mais Vr finale, dans le langage, ne se présentait pas
seulement devant des voyelles : par analogie on a étendu cette prononciation
aux cas où elle figurait devant des consonnes : on a dit ou voulu dire monsieur
Pierre, fini:(^ de, let^é^ tôt; seulement ce :ç, ainsi placé, s'est évaporé, et on a eu :
monsieu Pierre, fini de, levé tôt. Par une nouvelle analogie, la forme privée de
toute consonne finale a ensuite été transportée à tous les cas, aussi bien à
ceux où Vr était à la pause qu'à ceux où elle précédait une voyelle, et on a
Recueil de mémoires philologiques 119
m, fini, levé, et mowitu Aiiloine, fini cniembli, levé avec. Un appui
«t fourni k cette thiiorie par le fait qu'au svs Kéde, notammeni dans
le Nord -Oucsi (bien que M. Gôrlich n'en Ji se rien), il n'est pas rare de trouver
l pour r ^1 la fin des mots (voy. p. en. ton., IX, 446). On comprend
d'ailleurs que l'r iniervocale, s'étani plus tarij rafTermie dans l'intérieur des
mots (ion ahilnition n'j laissf de traces que dans chaiu, besicU, nasiller de aiaiXU
= mtriUc), a êlé aussi plus ou moins compl élément restaurée à la finale, soit
devant une rayclle (aimer à boire), soit absolument (Jiuir,chasstur). TouiefoisHg
y a d'as&ei sàrùuses objections à celte explication si pénétrante ; l'r finale et
tomMc au xvt< àèclc, b série des phénomènes antécédents aurait dû se pr(>*'4
duire assc;t andennemeni, et il est surprenant qu'on les trouve si peu attestés; '
le son de l'r 6nale un français moderne après é, iè, paraît dépendre de condi-
tions toutes particulières (pourquoi se prononce- l-elle dans amer ', cuiller. Orner ?
les monosyllabes prononcent IV .■ cela ne s''eïplique pas par la théorie, etc.); .
on ne voit pas pourquoi l'r s'est maintenue, sans défailtancc k ce qu'il semble,.!
aprb a, 0, m, u, etc. M, A. dit sagement ; « U se peut qu'ici comme partout!
où il s'agit de phénomènes de phonétique syntaclique, ÎI y entre encoiC-il
d'autics kiaeurs qu'il est difficile de dtmder. n En tout cas l'étude dtfl
M. Andcrsson prouve chez l'auteur une rare tincsse et un don remarquable étm
combinaison.
P. 1 1. Exempta de Vr adventice dum des mots français, par S. F. EuRË^f ! J
■ Par son adventice, dit l'auteur, j'entends un son ajouta à un mot indépen^I
dammem des lois phonétiques, u Développant les indications de M. Getjerj
dans xs Siudier i fraasi lingiiislikiyoy. Ram., XVI, 616), M. Eurén passe eti
rcvtie HT) gratid nombre de cas oii une r est ainsi insérée en français; le phé-
nomène est curieux et fait pour dérouler quelque peu les partisans de la
rigueur des lois phonétiques, a En général, dit M. E., c'est une attraaion
analo^qiie qui l'a lait naître. Quelquefois, cependant, il est d'une provenance
plus purement phonétique, sans qu'on puisse dire pour cela qu'il soit le pro-
duit d'un développement normal, n Pour Eâchcr de comprendre le phénomène
duu ses davierses manifestations, il faudrait les ranger d'après la chronologie
CI 11 provenance des mots; ainsi il est clair qu'un cas comme celui de brtister
=: busiulare (si c'est bien l'étymologie), qui est commun au français, au
provençal et 1 l'italien, n'est pas de même nature qu'un cas d'insertion d'r
pro]iic au Ërinçais, et souvent à une période toute récente ; il est notable auss;
i{uc plusieurs des mots en question sont des mots savants ou étrangers. En
0U1TC, pour chercher avec quelques chances de succès une explication du
phànoraène, il ùudraii se restreindre au» cas où il est absolument certain,
quitte à étudier ensuite les cas douteux et à vojr s'ils sont confirmés par les
résultats acquis. Sous le bénéfice de ces observations générales préliminaires,
. ,M. McyLT-Lûbke indique i'influence du féminin
race ne s'exerce-t-elle pas dans /ami/ûr, étranger, i
120 COMPTES-RENDUS
je vais passer en revue les cas rassemblés par M. Eurèn : il s'est efforcé d*ètre
complet (on peut même lui reprocher, comme on le verra, de Têtre trop),
mais il n a pu naturellement l'être, car les formes avec r adventice appar-
tiennent a la langue populaire, et ne figurent souvent que dans les patois ;
elles ont généralement à côté d'elles les formes sans r; j'ajouterai à l'occasion
quelques exemples. M. Eurèn a classé ces formes avec beaucoup de soin et a
proposé discrètement une explication quand il a cru possible de la donner.
I. R adventice à l'intérieur des mots. A. Entre la consonne initiale et une
voyelle : breuilks, hroiu, brûler , fronde, fringale, freskk, gringalet ^ vrille, trésor^
trompe. Supprimons gringalet, mot probablement celtique et non allemand et
dont quelque variante galloise peut avoir eu r (voy. Hist, litt. de laFr,, t. XXX,
p. 36), et trompe, dont l'étjTnologie est triumphare et non tuba. Trésor
doit sans doute son r, qui se retrouve en breton, en provençal, en espagnol,
en napolitain et en plusieurs autres dialectes iuliens, â une influence de
trans. Parmi les exemples'qui restent, broue, s'il existe (je ne le connais pas),
se rattache à /tûm et non à hue. Brûler est d'étj-mologie incertaine (voy.
ci-dessus). Fringale est un mot emprunté dans ce siècle aux parlers méridio-
naux, où il existe à côté de fangale, fangane, lesquels paraissent se rattacher
au grec savaiva, sayioaiva (voir Mistral) : l'insertion de Vr ici n'est pas
française. Frestele se rattache z f reste pour festre, festle =: fistula. Freluquet
doit provenir de l'a. fr. frelusque, freluclv, dont l'étymologie n'est pas claire.
Fanfrelticlje, qui n'apparaît qu'au wi'î siècle, est sans doute dû à la contami-
nation defrditcJk; et de l'ancien /jw/Ji/t. Fronde, qu'on ne rencontre pas avant
la fin du xvic s., doit venir du prov. fronda, et si on rapproche celui-d de la
variante moderne floundo, de l'it. fionda et de Ta. fr. flondclle (cf. flandole et
frandole), on le apportera volontiers à fundula, devenu fundla, flunda.
Restent donc breuilk, qui a pu être influencé par broiiailks, et vrille, dont
l'explication est contestée (voy. Zcitschr., I, 481). En revanche on pourrait
en ajouter d'autres, comme l'a. fr. briic {Rom., XI, 610, et Godefroy, s. v. brus),
biar {Diirm., 3 3 y), rcfreïtcir cl beaucoup d'exemples dans les patois. Ce qu'il
faut remarquer ici, c'est que 1'/ adventice ne s'intercale qu'après b, /, z» ; cela
vient sans doute des nombreux cas où /vr-, fer-, ver- alieniaient avec bre-, fre-,
vre-. — B. Devant une consonne : courte-pointe^ bien expliqué d'après
M. Geijer (l'altération lient ici en bonne partie à ce que conte isolé avait
disparu de la langue), et mirlirot pour melilot, mot savant et, comme tel, sujet
à des altérations infmies. — C. Après une consonne : gobre (M. E. renvoie à.
Scheler, Dict. d'i'tym., mais je n'y trouve pas ce mot, et je ne le connais pas),
sobriquet (l'étym. so^bcqu^t est Jouteuse); i//i7v, officudre; effondrer ctfotidrière
(ces mots et autres analogues dérivent du lat. vulg. fundus , jundoris, voy.
W. Meycr, Xcutrum, p. 57), p-rdrix ; gouffre ; p.îljcf''; diaspre ; pimprenelle;
arbakstrc, chartre^ cekArc, escoListre, escient re (confusion entre sciente et
scienter, voy. G. Paris, Glossaire des Exir.n'ts de 1j ch. de Rolamf), flaistre
(l'étymologie fia ce id uni est très contestable), /i7///v,^//t7/v (l'étymologie de
ce mot, qui apparaît au xvc s., est inconnue, mais n'est sûrement pas l'ail.
Recueil de mémoires philologiques 121
li'esie)y jostre pour joste, mainlre (ce mot n'existe que dans la locution
maintre comunàl^ maintre comnnaîment , et il est très douteux qu'il équivaille
rcellemînt à mainte), niartre (l'insertion de 1'/' n'est pas tout à fait assurée,
cf. it. tnartora, martola), poutre (A rayer : ne vient pas de postem, mais de
p u 1 li t ra m ), registre , rustre, salmistrc, soventrc (viendrait de s e q u e n t e , mais
s'il se rattache à sequi , c'est par le bas-latin sequenter'), tristre ; devant min
et dtvantrier (à rayer, les formes premières étant dei'anterain , dcvanterier,
dérivés de devantier), calfeutrer (se rattache k feutre), mitraille, patrouiller,
cfximre. U faut distinguer, dans ceux de ces mots qui n*ont pas été écartés par
les observations précédentes, deux classes. La première comprend les mots où
IV adventice précède l'accent : perdrix, pimprenelle, mitraille, patrouiller ; ce
dernier a une histoire assez obscure, que je n'aborderai pas ; mitraille a sans
doute été influencé ipsn ferraille, ces deux mots, anciennement, étant d'ordi-
naire joints ensemble; la pimprenelle, plante dont le nom n'apparaît qu'au
xvi« siècle avec les variations successives pimpinelle', pimpernelh\ pimprenelle, a
pris le nom, bien plus anciennement français, du petit poisson appelé pimper-
ntlU ou pimprenelle, fém. de pimprenel, pimperneh. Pour perdrix, il faut
admettre une influence du groupe n/+, cf. a. fr. escordremenf^, fourdrine^,
jarârinT, ordrener^, norm. cardron pour chardon, etc. Les autres mots où r
s'intercale dès l'époque ancienne, mais sans fixité, entre une consonne et un e
féminin final sont en très grande partie des mots savants : celestre, onniestre,
comme le remarque M. E., sont influencés par terrestre; rustre, tristre 9^
doivent sans doute leur r aux mots comme maistre, prestre; escolastre
1. Cf. d'ailleurs Rom., XI, 606. M. Mackel {Fran^. Studien, VI, 189)
rattache le mot à subinde; je ne sais si cette idée lui est propre; elle me
parait peu probable. — Deliantrenient ou diliantrcnieut (S. Bernard 6-î, 172-»)
paraît être une combinaison érudite de diligenter et mente.
2. Le plus ancien exemple dans Liitré est d'Ambroise Paré ; cette forme
pimpindle accuse l'origine italienne du mot. Paré emploie déjà, à côté de
pimpinelle, la forme pimprenelle, ce qui montre avec quelle rapidité s'était
répandue l'étv'mologie populaire.
3. Voy. (jodefroy. Pimpernele, pimpernel paraissent être pour pip-erneU,
•ernd.
4. M. Geijer a proposé une ingénieuse explication qui n'est pas à rejeter
pour ce mot spécial : combinaison des deux formes perdicem et
pedricem, dont la seconde se rencontre en bas-latin.
$. Cité, avec quelques autres exemples ici reproduits, par M. Fôrster,
Zeitscbr., II, 88 ; le mot avec toutes ses variantes est d'ailleurs assez difficile
i expliquer.
6. Voy. Godefroy. Les deux formes fourdinc et jourdrine vivent encore
dans les patois.
7. Très fréquent dans les patois; signalé comme fautif au xvie s. (Thurot,
n, 284); déjà dans des mss. du xv^ siècle, par ex. dans les Chansons que j'ai
publiées, p. 9.
8. Ici on peut admettre une influence iïordre.
9. TrisU est un mot savant; l'a.-fr. a possédé la forme popubire trist, mais
elle s'est perdue (voy. Ram, y XV, 616).
122 COMPTES-RENDUS
a pris le suffixe -flj/r«; le suffixe grec -iste, pour devenir -isire dans udmistre^
auquel il faut joindre hatistrCy evangeHstre, legistre, etc., a dû être influencé par
des mots grecs comme aposire, etc.; arbaîesie, avec sa variante arhalestre, a bien
l'air d'un mot populaire, cependant il faut remarquer que les formes de
bal lis ta avec r intercalée (balistra, halcstrum) se présentent très ancienne-
ment en bas-latin et proviennent sans doute d'une confusion de suffixes; il
faut attribuer la même origine à des formes, d'ailleurs bien rares, comme
pœstre, Unipestre K Cependant, pour tous |ces mots, qui présentent r adventice
après le groupe 5/, il y a peut-être lieu d'admettre une cerudne tendance
phonétique, au moins dans les cas où une r se trouvait dans la partie anté-
rieure du mot : déjà dans VAppendix Prohi on recommande de dire/n«/fim et
non frustrum. Un / précédé d'une r tend à se faire également suivre d'une r,
comme le montrent chartre et martre, auxquels il faut ajouter Chartres, tartre^
tourtre^. Quelques mots en a^ide, ende se présentent avec uner intercalaire :
à offrendre on peut ajouter les formes du moy. anglais prjyvendre, lavenàm,
par conséquent tous les exemples paraissent anglo-normands *. En dehors des
cas où IV suit une dentale et où l'action de terminaisons analogues paraît
avoir été favorisée par cette circonstance, les mots où on relève Yr adventice
sont tous des mots grecs, comme eiique encre , diaspc diasprei, gouffre^,
iKlagre 7, auxquels on peut ajouter PMiprc pour PMipe *, par conséquent des
mots étrangers, qui ont été traités de la façon capricieuse habituelle en pareil
cas. Il ne reste des mots cités par M. E. que cJjanvre pour chanye, auquel il
faut ajouter tcnvrc pour tenve : ces deux mots, dont le second parait avoir été
modelé sur le premier, donneraient lieu à des remarques qui m'entraîneraient
trop loin '. — D. R adventice entre deux voyelles. Les suffixes ^eron, -ereau.
1 . Je dois dire que cette forme, citée aussi par M. Foerster, ne m'est pas
connue ; mais l'it. giostra semble bien venir du français.
2. Voy. Thurot, II, 284.
3. Voy. Fran^. Studien, V, 194. Le Îï. provcudrc est dans VOrtb. gallica,
4. M. Fôrstcr cite HoUandre, je ne sais d'après quelle source, et aussi
Otrentre^ qu'on peut ranger parmi les mots grecs.
5 . A côté de ces deux mots se trouvent les formes parallèles jaspe jaspre
(Littré), d'où l'angl. jasper. — Diasprc a produit l'it. diaspro, et plus récem-
ment l'angl. didper, qui vient du fr. niod. diaprer.
6. Gouffre peut bien remonter à une forme du lat. vulg. golforas, voy.
Arch. f. fat. hwikogr., VI, 115.
7. Ce mot a été souvent rapporté au lat. pelagus, mais pelagus, terme
poétique ou de haut style, n'aurait pu être repris au latin que par des savants,
tandis que peîagrc (palabre, palacrc) ligure en français dans des textes tout à
fait populaires. Je crois qu'à l'époque des crcibadcs -c'Àay'^;, comme beau-
coup de mots maritimes, a passé du grec vulgaire (où il vit encore) dans le
français.
8. Cité par M. Foerster, /. c.
9. Je laisse de côté feutre y parce que feltrum pour feltum, étant com-
mun à toutes les langues romanes, remonte sans doute à une forme germa-
nique antérieure. Il en est peut-être de même pour épeautre de spelta,
peautre {Rom., XVII, 103).
tJ
Ruiteii de tnéinohes philologiques 123
, tris bien expliqués par A. Darmestcter, ne sont pu i proprement
dV adventice (non plus que le suffixe -trié) : ce sont des cas
UginÈse qui appartiennent non i h phonétique, mais â h formatioa des
, Seùrfl lareau se raiiuche certainement â l'a. fr. scûr pour uû de
tabucum, par conséqucni IV y est fin^e. Stroti, s'il est pour stôn de
«ecuodum, prC'Scnterait donc l'exemple unique, ei par cela mtoe, 1 mon
*vis, fort invraisemblable, d'une r intercalée entre deux voyelles'. — II. fl
adventice finale. Il s'agit ici, comme Je reconaail M. E. , d'un simple change-
ment de suffixe : alriers, Pcititrs, dcrs (je crois la substitution faite d'abord
devant j) pont utrieus, Ptiliau, clefs ou cUiis; on a de mfmc aitri pour nirfi;
fotirpitr ne présente qu'une mauvaise graphie ; velours parait d'abord avoir été
une simple graphie, qui plus lard a ïnfluencd la prononciation ; nnrur, qui se
trouve ailleurs qu'en Normandie, est visiblement un cas de substitution de
suiBxe; oir := 51»* et kur lavour ^ il où sort encore obscurs, ainsi que stûr,
dont je viens de p^ler. — Il résulte de l'utile relevé de M. Eurèn que les cas
d'épenthèse d'une r sont beaucoup moins nombreux qu'il ne le semble d'abord
et qu'on ne le dît généralement. On les augmenterait beaucoup, il est vrai, si
OD étudi:dt à ce point de vue les patois; mais U, comme dans le firançais, on
trtnivcrait que, en dehors de certaines conditions phonétiques, il s'agit
toujouri de mots savants ou importés.
P. I!. Sur quelques cas de hbialisatimi en français, par P. -A. G eijer. L'auteur
déoute par des remarques pénétrantes sur l'assimilation en général, et des
observations physiologiques 1res fines sur la « labialisation » en particulier. Il
cxanioe ensuite en français les cas de labialisation d'une voyelle. Il constate
qtie cacassoni beaucoup pluscorabreux dans les parlera populaires que dans la
Ungne littéraire, mais il ne s'occupe que de cclle-d, et même de l'-Hat moderne
decdlc-ci; je ferai naturellement comme lui', i. Labialisation d'une voyelle qui
le trouve m contact avec um consonne laôiale. Une consonne précédente n'exerce
jtnuis cette influence (voy. pourtant d-dessous >)■ E"^ ^^t exercée par une con-
Kmae suivante, d'après M. G., dans certains mots : par un S dans affubler; par
D&e m dans atumdte, aumailk, chalumeau, dommage, fumier, jumeau, lumignoni
un V dans amunt, breuvage, buvons etc., épouvanter, provende,
t. Il faut certainement rayer dUH«n7i^, qui vient d'a/mJiIZe=:almalia par
n pour an'malia, dommage qui remonte à une confusion entre
damnum et doranum (cf. à l'inverse danger), raàomonl qui est un mot
halien Ëait par Bojardo, auvent dont l'étymologie est très incertaine, breuvage
. Sur ce mot et quelques autres o
r entre voyeUes, voy. Rom.,
u pouvoir admettre l'ioser-
1. L'ancien fran^is fournirait bien des exemples (dont M. G. indique
qoci^ucs-uns), comme subler, brumat, sumer, sumellr, luvesche, lumact, prumitr,
tafrà, etc. (voy. Thurot, I, 572). Des noms de lieu aussi pourraient être
cités, axavQi: Jwmiges, fumîlhae, etc.
j. Et noteï l'ane. fr./iuife, mussodour, etc.
124 COMPTES-RENDUS
qui n'est qu'une variante graphique de hrevage\ époitvanter, mot difficile à
expliquer, mais où le v n'apparaît pas avant le xv« ou même le xvi* siècle.
Restent donc affubler^ alumdh\ chalumeau y fumier^ jumeau, lumi^ttcm, buvons^
proycnde, veuve, auxquels il faut ajouter bien probablement trumeau'. M. G.
remarque que dans tous ces mots, sauf dans veuve , où se présentent des con-
ditions particulières J, il s'agit d'une voyelle atone (et même uniquement d'un
e féminin, facilement amenable à un son voisin); le résultat de la labialisation
est toujours u (//), sauf dans provende ^^ où les mots commençant par pro ont
peut-être agi K Mais il a échappé au savant auteur que, dans un certain nombre
de mots. Vu s'est substitué à un ? ou / tonique. Je ne parle pas seulement
des formes toniques du verbe affubler ', mais des mots chasuble de casîpula 7,
iruble de tribu la, étouble de stipula : il est clair que ce groupe demande
un examen particulier. Enfin on pourrait citer apostume, ainsi que d'autres
mots pareils en ancien français, également tirés du grec *, tt par là en dehors
de la phonétique purement française ?. — II. Labialisation d'une voyelle qui
n'est pas exposée au contact d'un son labial. M. G. montre parfaitement que dans
olifant ^°, orteil j orange ^^, tfuihtru '% pontuseau »J, autour, il ne s'agit pas de pho-
nétique; lutrin est pour liutriuy et se rattache à la forme Hure (Juiré)y si fré-
quente en ancien français pour lire '♦. Dans le dernier paragraphe l'auteur
rapproche les trois mots noer (anc. fr.) rr: natare, Koël = natalem, poêle
rrr patella, et propose pour tous trois une même explication. Mais nous
1. L'anc. fr. avait buvrage, bruvage, où la labialisation était réelle.
2. De piavcnde rapprocher Ta. fr. proi'ost et piovoire.
3. En réalité, Veu dcîr//îv, comme celui de breuvage, n'est qu'une notation
du son è; l'ancien irve se prononçait de même; on a longtemps prononcé
également, quoiqu'à la tonique, levé, crevé, frce, orfèvre (cf. les noms propres
hfcuvre, ùjeuve)^ etc. (voy. Thurot, I, 46, 69, 468).
4. Proveudc aurait dû devenir />;ti//tv;/(/t' (cf. la rue des Prouvait es k Paris);
mais c'est à vrai dire un mot archaïque.
5. Cependant en ancien français on trouve pour plusieurs des mots cités
(ou) A côté de u : promerain, fomeroi.
6. Et de l'anc. fr. (et patois) subler.
7. L'/ parait être attesté par l'it. casipola; mais il est possible aussi que
casupola ait existé à côté. Voy. Schcler, Dict. èlym., s. v.
8. Tels sont thume^ apo{ume (Thurot, I, 271).
9. Ajoutez a. fr. ////// r.r li m uni.
10. Olifant remonte à une forme orientale qu'on retrouve dans le got.
ulhand, anc. sax. vlvunt^ « chameau ». Le mot a dû venir de l'Orient en
France à Tépcque de Charlcniagne.
11. On pourrait joindre le pop. orwoire, dont l'explication n'a pas encore été
trouvée.
12. Une bonne explication de cette forme est encore ù donner.
13. La dérivation de ce mot est à vrai dire inconnue.
14. Qu'il me soit permis de proposer une explication de cette forme singu-
Hère. Légo, si on admet le maintien de l'o après la chute du g (cf. focum =
fou), a dû donner ////, et sur cette ir^-' personne s'est modelée une conjugaison
analogique.
Recueil de mémoires philologiques 125
avons affaire à trois phénomènes de date et de nature bien différentes :
nôtare pour nàtare, commun à la plupart des parlers romans, remonte au
latin vulgaire * ; Noël est propre au français, mais il est si ancien qu'il est peu
probable qu'il soit dû au besoin d'écarter le groupe aï^ qui, en ancien français,
était très habituel : c'est un mot qui attend encore une explication ^ Quant
à poile pour paeU, l'hypothèse de M. G. ne convient pas non plus, car la
forme poilt (écrite plus tard poêle) ne s'est substituée à paile, pèle que quand
le mot avait depuis longtemps opéré la contraction de la syllabe atone initiale
avec la tonique'. Ce mot rentre bien plutôt dans une classe de mots où il y
a réellement labialisation d'une voyelle, mais sous l'influence d'une consonne
labiale antérieure : tels sont émoi, aboi, grimoire^ artmirc, Amhoise, fois ancien-
nement pour^Âw*, moi pour mai, poie^ pour paie, et bien probablement, à
ce que je crois aujourd'hui, /o/;/, avoine, moins, moindre^. En somme, comme
on le voit, l'intéressant essai de M. Geijer touche à des questions fort déli-
cates et qu'il était bon d'examiner d'ensemble. Pour faire une étude complète
de la question 7, il faudrait tenir compte des cas où la consonne labiale
influence la voyelle qui lui est contiguè en l'empêchant de s'altérer *.
1. XoyozGrundriss, I, 501.
2. Nail se trouve en anglo-normand (voy. Godcfroy). — L'anc. fr. pré-
sente une masse d'autres exemples de substitution d'un à une atone devant
une voyelle : poon^ roine, noeler, etc., mais ils ont toujours à côté d'eux la
forme normrle, et ils n'ont pas, en général, pénétré dans la langue actuelle.
j. Voy. Litiré et Thurot, I, 503.
4. Voy. Meyer-Lûbke, Gramm., I, § 270; l'auteur comprend ^tV^ dans son
énumération. Il y joint vois r= vais, mais ici le fait est fort douteux, vois étant
la forme ancienne (vao -}- '^)- M. Meyer-Lùbke ajoute beaucoup d'exemples
tirés des patois.
5. Thurot, I, 412. — Li prononciation par oi des noms des lettres, hoi,
coi, dût, etc. (Thurot, I, 398) me paraît remonter à celle de bot, qui avait
donné lieu à des jeux de mots proverbiaux : on disait d'un ivrogne qu'il était
enluminé comme le boi de Beatus ille. Dans la farce de Pernet qui va à
Tkolt, le maître qui veut faire lire Pernet lui dit : c B, » c'est-ù-dire « Boi ».
Femet répond : m II ne m'en clhiult voyre; Je viens tout fin droit de boire » (Ane.
Th. fr., II, 366). Le p était dans les mêmes conditions, et Tabourot
(Thurot, ib.) remarque que « ceux de Poictou appellent un p, poi ».
6. L'objection que j'ai faite à cette explication phonétique (Rom., XVII,
623), et qui arrête aussi M. Meyer-Lùbke (Gramm., § 89), l'existence de
mène, peine, veine, ne me paraît plus aussi grave si l'on considère que de
même, en face ai émoi, aboi, armoire, existent bai, maire, etc., (\\xc fois, poie,
nui n'ont pas triomphé de fais, paie, mai, et que vois, forme étymologique,
a même cédé à vais. Dans ces modifications phonétiques « conditionnées », il
y a très souvent, comme le remarque fort bien M. Geijer, des tendances
plutôt ûue des lois.
7. Mentionnons le cas, laissé de côté par l'auteur, où un c féminin devant
n, â la syllabe immédiatement protonique, se change en : chardonal, etc.;
dans ordoner pour ordener il y a peut-être influence de doncr.
8. M. Meyer-Lûbke a étudié l'influence que les voyelles labiales peuvent
exercer sur les consonnes dans un savant article dont j'ai parlé ici (XVII, 622).
- i
Î26 COlkfPTES-RENDUS
P. 31. Observations sur les composés espagnols du fypt aliabierto par Alce
W:son MuNTHE. Cette excellente petite dissertation^ aussi judicieuse que
nourrie de faits, montre que les composés de ce type, inconnus à l'ancienne
langue, ont été introduits au xve siècle par les savants à l'imitation du latin,
et qu*ils ne sont jamais, à vrai dire, entrés dans l'usage populaire. On ne
peut élucider avec plus 'de finesse que ne le fait M. M. une question qui
jusqu'ici n'avait même pas été abordée et qui est loin d'être sans intérêt. — :
L'auteur dit qu'on trouve des composés ainsi munis de Tt latin de liaison en
italien et en provençal; j'avoue en pas connaître ceux qui existeraient dans
cette dernière langue (auriHory auriban, comme l'a remarqué Diez, contiennent
l'adjectif auriez au r eu m). En italien, au contraire, ils ne sont pas rares,
comme imitation du latin bien entendu, et il serait possible que les premiers
mots de ce genre fabriqués en castillan l'eussent été sur le modèle de l'italien;
il y aurait peut-être profit, à ce point de vue, à rapprocher la liste des com-
posés de cette classe dans les deux langues et à voir si les plus anciens
exemples espagnols concordent avec d'autres déjà admis en italien (cf. bocbi^
dnro^=zhoquiduro). Qpoi qu'il en soit, ce procédé a été beaucoup plus développé
en Espagne qu'en Italie.
P. 57. Romattce de la tierra^ chanson populaire asturienne^ publiée par A.
W:son MuNTHE. Non content de sa précieuse contribution philologique,
M. M. nous donne ici une curieuse chanson qu'il a rapportée de son séjour
en Asturie (voy. Rom,, XVIII, 204) : c'est un « blason populaire », une énu«
mération plaisante de ce que chaque ville et village du pays ou des r^ons
voisines (Madrid y figure aussi) offrent de particulièrement bon 1 inutile de
dire que l'éloge n'est pas toujours absolument flatteur. Ce petit texte, écrit
en castillan, présente cependant un assez grand nombre de mots propres au
dialecte asturien.
P. 63 . Classification des manuscrits des Enfances Vivien, /wr Alfred Nordfelt.
On connaît la magnifique édition diplomatique, malheureusement encore
inachevée, des Enfances Vivien, que l'on doit à MM. Wahlund et de Feilitzen
(voy. Rom,, XV, 642). S' appuyant sur la partie déjà publiée et, pour le reste,
sur l'étude des manuscrits, M. N. a soumis à une critique tout à fait ingé-
nieuse le rapport des huit manuscrits. Il commence par établir que sept de
ces manuscrits. A, C», C*, Cj, C* = c, D» D* = </, forment un groupe bien
caractérisé en face du 'huitième, B; chemin faisant, il présente plusieun
observations neuves et intéressantes, notamment sur la manière toute maté-
rielle dont le Si^e de Barhastre a été intercalé par un copiste au milieu des
Enfances Vivien dans le ms. D*. Il conclut, avec toute vraisemblance, que,
dans ce groupe , c cl d forment une famille à part , et par conséquent que
l'archétype du groupe, appelé a, = A -\- c -{- d ou A-+- c contre d ou
A-\- d contre c; quand A est seul contre cd, il est généralement à préférer.
Par conséquent, Icb nombreux passages qui ne se trouvent que dans d sont
des interpolations. Sur tous ces points la démonstration de l'auteur entraine
Recueil de mémoires pbihlogiqties i z^
U oonviction. Le cupporl de u à fr (source de B) soulève des questions
bciucoup plus diC^iles. Nous nous trouvons ici en prince de deux rédoc-
tioi» bien diiîiïrcnies : ■> a est écrit en laisses diîcasytlabiques assonantes
otiJiBaiies, tandis que dinsi les laisses sont munies du petit vers féminin hexa-
syliabique qui caractérise Uiit de pommes de la gesie narbonnaise \ 2" le début
de d et celui de h sont loui autres ; dans b Garin, le pire de Vivieu, est surpris
-1 U cbassc et emmcué par le roi païen Mirados ; dans a Garïn csi fait prison-
nict 1 Ronccvaux par le roï Cador. M, Gautier a exprimé l'opinion, de
premitre vue la plus vraisemblable, que b est la rédaction la plus fiipprochée
de l'ongiaol. et que a a supprimé, comme il est arrivé souvent, le petit vers
lÏDa! des laùscs. M. N. soutient l'opinion contraire ; d'après lui les deux
fûlanions sont des remaniements, mais a est le plus voisin de l'original, et h
a jjouié îe petit vers final qui manquait i l'original, I! faut attenJre, pour se
[^ODoacer sur cette délicate controverse, oii M. N. apporte en tout cas des
s^uments fort dignes d'attention, de pouvoir étudier le poème entier avec
U facilité que domiera l'édition diplomatique quand elle sera terminée.
Je dmi dire cependant — et M. N. l'a déjà dit — que son système, qu'il
avait exposé dons une conférence de l'Ecole des Hautes Etudes, ne m'a pas
convaincu. Faire iiguicr â Roncevaux un fils d'Aimeri de Narbonne, tandis que
toos les récits nous présentent Ainieri comme s'emparajii de Narbonne,
pmque enfant encore, au retour de Roncevaux, décèle une ignorance de U
inulitîoa qu'an est certainement plus porté à mettre sur le compte d'un ïnter-
ptdateur ou if un remanieur maladroit ' que sur celui de l'auteur même de la
duDïoa. L'addition du petit vers n'est pas impossible, mais pour se faire une
Opinion *ur la question il &udrait étudier comparai ivemeni toutes les fins de
laisacs dan» les deux rédactions, et voir en outre comment elle se résout dans
chacon des autres cas où une même chanson nous offre, soivant les manuscrits,
des laisses munies ou non du petit vers final. M. Nordfeli reconnaît que son
hypothèse perd beaucoup de sa vraisemblance si la chanson originale est plus
arKicnne que U date où il la place (pretuier quart du xiii' siècle) ; or les rai-
sons qu'il donne pour la placer â cette date ne sont pas bien solides', et je
sjjis disposé 1 la vieillir d'un demi-siècle. Enfin son système se heurte â une
objectian grave, dont il a ibrt habilement essayé de se tirer. Certains passages
t- Je suppose que l'auteur de la rédaction a n'avait â sa disposition qu'un
nis. tocomplei, auquel il a composé un début. On peut fort bien d'ailleurs,
uns préjuger la question d'antériorité, admettre la même chose pour l'auteur
de b rédaction b. Les allusions ù d'autres poèmes qui se trouvent dans l'une
ou Tautrc rédaction, et que M. N. a réunies, demanderaient à être examinées
de très ptts.
I. En rialiié, la seule raison est que les Enfanai sont inconnues i tous
la aotrei poèmes de b geste de Narbonne ; mais, i mon a\-is, ceb ne prouve
pas grand'chose. Ces poèmes, réunis aujourd'hui dans des mss. de compilation
oui rtmonient au milieu du xut' siècle, ont été composés en des endroits
Ion éloignés les uns des autres, et 3 n'y avait aucune raison pour que l'auteur
de l'oa de ces poèmes connût tous ceux qu'op avait faits avant lui.
128 COMPTES-RENDUS
offrent la combinaison : B -\- d contre A -{-c,ce qui contredit la classification
de l'auteur. Il suppose que le copiste [de B aura connu, à côté de sa source
ordinaire, un ms. de Li fiimille (/, et lui aura emprunté quelques leçons; nuis
il est au moins aussi vraisemblable que d aura utilisé un manuscrit apparenté
àb; l'explication convient aussi bien aux deux hypothèses contraires. D faut
laisser à une étude subséquente et plus complète, pour laquelle M. N. est par-
faitement préparé, le soin de trancher une question qui est d'un réel intérêt
non seulement pour les Enfances Vivien, mais pour toute rhistoire de notre
ancienne poésie épique.
P. 103. Ltf philologie française au temps jadis. Deux discours sur la nation it la
langue françaises faits par des Français et datant de la fin du xvi* sièch et du con^
mencemenl du xix*, réimprimés d'après les éditions originales devenues raiissimes^
par Cari Wahlund. Guillaume Rabot, d'une illustre famille du Dauphiné,
s' étant fait protestant, après avoir commandé pour le comte palatin Frédéric
une compap;nie de chevau-légers, devint professeur de langue française à
Wittenberg. 11 y prononça, en 1 572, une Oratio de gente et lingua francica dont
l'édition originale ' est devenue tellement rare que M. Wahlund n'en a décou-
vert que quatre exemplaires, à Halle, Berlin, Hambourg et Dresde*, outre
celui qu'il possédait lui-même et dont il vient de faire libéralement hommage
â notre Bibliothèque Nationale, après en avoir donné dans ce volume une
excellente reproduction héliotypique. Ce discours n'est pas sans intérêt, bien
que Rabot, suivant la mode de son temps, y étale trop d'érudition classique
et ne s'attache pas assez aux faits vraiment caractéristiques. Pour lui les Celtes
et les Germains ont originairement parlé la même langue, ce qu'il prouve par
les mots allemands qu'on trouve encore non seulement en normand (juarquCy
moelle de sureau, air, nui;^, estomac, mande), mais dans le français général
{faire halte, marsouin, il alia infniiia). Citons ce passage : Non unus est téique
son us, nec idem iJioma lin^u.c Gallice Horridior est et asperior sermo Nor^
mannorum, qui post Lotkirii impcrium ex Septentrione, classe appulsi, littoralia i
regione Ançh\r occupMunl : et dditias lingu,c moUioris ahljorret Vasconum fcritas^
TrovinciiC consuctudo : lamcn affinilas et cogna tio agnoscitur in acteris.,.. et ut in
Gracia cMeras Joulcj , iju.rquc ex ea nata fuit Altica, anteccUuerunt : sic inter
Gallicas dominatur Francica, qu,t cum ipso nata regno, ea in parte viget et eminet
maxime, uhi et regi.e famih\c seJes frequentissima, et humanitatis studium fnit
acerrimum. Dans un avis aux étudiants, joint à son discours. Rabot annonce
qu'il prendra pour base de ses leçons la grammaire de Jean Pillot, qu'il fait
réimprimer à cet ellet î, et comme sujet d'exercices oraux les Diàlogi gertna-
nicoLjlini Je Canicrarius. Qiiand les étudiants seront plus avancés, il lira avec
1. Une réimpression un peu pnstsjrieure se trouve dans le t. VII des
Oratioues .wholc MluhhîhoKiMw . 1580).
2. M. n. Picot e:i a depuis tn)uvvj u:i exemplaire à BAle.
3. La GaJlLW liu;:i.c Institutio Je Jean Pillot avait paru en l)SO, puis, aug
mentée par rauteur, en 1551. Robert Estienne la réimprima en 1584. Je ne
crois pas qu'on possèJe la rOi ni pression due A Rabot.
Recueil de iiiéinotres philologiques 129
eux f umJdni aiilt paucm at'Uii GaiUci tdilum librimi, varim et ieclu ptriucundas,
iià vtroi, nostri Umporii aarratiotia cootintntem.... qiio in griurt haud scio an
sibi faraii bu iiuflûr halvat. Quoi est ce livre qu'âdnii»it tant Guilkurae
Rabot? Jt suppoierais volontiers que c'est le Seain'l daumm cas iiifrvetUeux
adi'niui lie noirr lanpi, publié, en iï6;, parjeui de Marconvilli; ; au moins
n'en vois-je pas d'autre, a celle ipoque, qui rL^pondc i peu prijs au lignale-
nmt ' , M. W. a fait précéder son discours de savantes recherches bibliogra-
phiquci- — Le wcond objet étudié par M. Wahlund n'est qu'une véritable
curiosité. Il s'agit des Recherchis historique! sur ks obstacles qu'on eut li suimontar
pour ipnter la tangue française; cet ouvrage, de l'abbé Edmond Cordier de
Saint' Firmin,de\-jit avoir douze chapitres; l'auteur ne publia, en 1806, que le
invmier ci le troisième, et le reste ne parut jamais; l'opuscule de t8o6 est
dct'oiD â rare qu'actoencment n il ne se trouve dans aucune, mais aucune,
des glandes bibliothèques de Paris n. Cela n'est plus exact, car M. Wahlund
a également fait don i la Bibliothèque Nationale de l'exemplaire qu'il avait
eu • U chance de déterrer en bouquinant un jour â Paris ». 11 en reproduit
■ci le chapitre I, consacré aux Étudei des Francs, depuis Itur établissement dam
les Gaules jusqu'au doinittiu sièclt. A en juger parce morceau, le livre de l'.^bbé
Oirdicr, s'il nous l'avait donné en enlivr, c'aurait pas beaucoup enrichi nos
connaisianccs. Le savant éditeur suédois a présenté sur la personne et les
écrits de Cordier quelques observations où il rectifie les erreurs que les
biblit^taphes se transmettent sans vériltcaiion. — Ces deux mémoires réunis
montrcoi l'érudition et l'exaciiiude de M. Wahlund, et l'intérêt passionné
^u'il porte it l'histoire de la philologie Irançaisc. Espérons que nous verrons
biemdt paratirc l'ouvrage auquel il travaille depuis longtemps sur la bibliogra-
phie des Sermmis de 842 et des commentaires auxquels ils ont donné lieu,
ainsi que d'autres études qui ne peuvent manquer d'apporter i la science des
cociiributions sûres ci intéressantes.
P- 17;. lys J/buls du stfle français, par Johan VistNG. Ce morceau exquis,
qui peut servir de point de départ aux études les plus variées, et que devraient
Kte Cl tnédîler tous ceux qui s'intéressent â l'art d'écrire en français, se divise
en quatre parties. Dans b première, l'auteur étudie le style dus plus anciens
monsmcots de la langue française (je n'y aurais pas compris l'Alexis, déji
sAremcni influencé par les chansons de geste) ; dans la seconde, il s'occupe du
Mjlc de U Chanson dt Roland; dans la troisième, ï! signale les nombreuses
DOuvCMnés du style de Chrétien de Troies; dans la quatrième, il caractérise
k «jte Je VUlchaniouin. Panout il se borne à des indications sommaires,
iBlb justes et fines. Il est singulier que les Français, qui déclarent attacher
taat Je prix au stylo, en comuissent si peu et en analysent si
I. On pourrait songer à un des ouvrages de Bi
bdme à des histoires contemporaines et censées
rages de Betleforcst
s histoires contemporaines et censées vr.
it de l'antiquité ou des conteurs italiens.
il y a toujours des
^
: zijz^si ic ^ne
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:-:ScJ- -; L--i :.!_: ;_1.t= .. Zz~lZz :•:-: :':r: ■z:>:^fs>ir.:È<, Lî r'=s dëvcioppêe,
:-: z.T.zcrr.^ 1^= =up;rï i: ".'i— _l5i^>-: ;-: J. .".-. "/ini-c i JcS ceapiroisons
:.":::.;r.-::-;^ï -.: Tiiii— :l::'.;r: » .: 1". •::.:; i. :Ui=:e r"i.d:c=:èr.e ecfr^Sviis.
y^:^T^z-:.z7.ijr-z:t .- . . . \ V . r : :-: ; ; _ : . f -* ï: i;rs "--es eu: =e s'êloi^en t
:,i z-zi^zi^z Iz :^!.-: i. r.: .-. ji .-■: ir. L= r..:::c^j: ici r^rlic r.*e>î qu'un
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Cjr.-.prii 1 .i;;;;.-:-^::::: ;.-: Li zzzscli,:) ^S: cccjpc l'iuieur depuis unt
d iiir-éui. . Cu 3r-^:n:-r. r^rr.:;:: ic ;-^i:.r »i- sciz avcc lequel il se prépare à
■ ■■ '■■■• ■ • ^ •■•
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Oa vci: ::uc cc rciu v:lun:i r.;. ccr.iutuc ris 5C-lca:ca: pour celui dont le
îioni tbt plâjj en têt;: '.c T.sZs 7:^c.f.\z\ c: !l- riu5 t-ruchji::: des souvenirs» mais
qu'il arporij j Li i vie:: ce d'ir/.vcrt^aivS ccr.:ribu::or.s, ei qu'il Lût le plus
^frar.d hc:jr.Lur au pAvs loiaMir» kiu la p:;:!o!ogie rcnionL e>: cultivée avec tant
d'aîr.cur et de bucces. G. P.
M j
DEL LUNGO, Dante ne' tempi di Dante 1 3 1
Dante ne' tempi di Dante. Ritratti e studi di Isidoro del LuNGO.
Bologna, Zanichelli, 1888. In-80, v-485 pp.
L'autore riunisce qui, ritoccandoli, i suoi saggi dantcschi sparsamentc
pubblicati, e che già ottennero il plauso dcgli studiosi. Ora a vederli
tutti riumti se ne ammirano molto più i pregi, e si nota un' intima armo-
nia fra di essi, un' armonia che volendo ben definirsi sarebbe* la vita
del comune di Firenze intorno a Dante, î personaggi di Dante ispiratori
delb Di\'ina Coramedia. Noi assistiamo quasi aile impressioni c ai sen-
timenti di Dante fra la gente che lo circondava e corne la sua grande idea
dclLi Coramedia si venisse appunto svolgendo per influcnza di questi. Talc
è rimpressione che fa questo libro stupendo del Del Lungo, il qualc con le sue
ricerche sulla storia di Firenze colma tante lacune negli studi sulla letteratura
italiaoa e mantiene alto in faccia agli stranieri Tonore degli studi italiani.
Dalle sue pagine, nella forma maestosa e severa, nella equanimità dcllo
storico, rivivono fresche e vigorose le figure di un' epoca cosi remota, e
tanta parte della poesia dantesca, che aveva perduto il suo sîgnificato c la sua
bellezza, la riacquista ora nel palesarsi délie sue allusioni e nel manifestarsi
deî sentimenti e délie passioni che si affoUavano nell' animo di Dante.
Sono dnque i saggi principal!, ai quali si uniscono appcndîci e altrî studii
che non sono meno importanti, illustrati i primi e gli al tri da document!
înediti dell' Archivio fiorentino.
Il libro comincia con uno studio su quella che Dante chiamô Ja petite uiKn'a^
e taie la chiamavan tutti al suo tempo. La gente nuova di Firenze non sono
gli homines ttovi dei Romani, come interpretano Jaconicamente molti , ma
dttadini fattisi innanzi nei mutamenti del 1250, '67, '82 e '93, gente che non
sîa anticaraente fiorentina, e partecipi alla dcmocrazia. £ i principali uomini
della genU nuova il Del Lungo passa in rassegna, descrivendoccli nella loro
vita intima, nelle loro ambizioni, nei loro raggiri, con ricchczza di aneddoti c
con gran penetrazione. Cosl ci sfilano innanzi i Cerchi, la iiuoi'a feUonia
del XVI, 95 del Parad.; i Franzesi, Biccio e Musciatto, che tencvano banco in
Franda, ed erano saliti a taie grado da poter nutrire mire feudali (un accenno
a Musdatto in Parad. y XIX, 119); i legisti, Baldo d'Aguglione (Jl villan
éC Aguglione), Fazio da Signa (t qtiel di Signa Che già ptr barattarc ha Tocchio
gu^)^ Andréa da Cerreto, Baldo Fini da Figline, ai quali in générale si
acccnna nella célèbre invettiva del c. vi» del Purg., e proprio nel Marcello
âéi V. 125.
E qua e là in tutto il discorso vi sono raffronti storici, raccostamenti, osser-
vazioni, commenti ad allusioni dantesche che rendono questo studio piaccvo-
lissimo e molto intéressante. L'A. seguita a ricercare la storia della gcuU'
nuffva nei tempi posteriori, c mostra come andasse perduto il primitive signi-
ficato. Vuol poi che prendesse un significato schernevolc, pcrciô che nmvo
trovasi in senso di stratto, curiosoy setnplice. Ma non si puô, credo, concedcr-
glielo facilmente quando si pensa che nuovo in tal significato è altresî del
., »3
1 3 2 COMPTES-REKDUS
latino, dello spagnolo e di altre lingue, essendo ladle il passaggio dal con-
ceno di nuovo a quello di strano, semplice, bizzarro, sciocco, ecc., corne ne fa
fede la sorte dcl nostro origùiaU.
Si chiude quesu monografîa con un bel capitolo, Treanto illustre fioreniitto
gi noto ma che fa ora più grata impressione dopo che abbîamo assistito ^1| a
descrizione dei faziosi uomim nuovi del tempo di Dante : e si disconre in esso
di uoroini nuovi che dettero onore a Hrenze, Giotto di Bondone da Vesm-
gnano, Francesco di Ser Petrarco dall* Incisa, Giovanni di Boccacdo da
Certaido, Zanobi da Strada, Francesco da Barberino, Brunetto Latini da
Scamiano, presso Reggello di Valdamo.
Il secondo degli studi è Guglidmo di Durfort e Campaldino. Guglielmo di
Durfort venne in Italia con Amerigo di Narbona, e mori a Campaldino
il 1289. Con una parte dei denari e délie robe da lui lasciate al convento dei
Ser\*i di Santa Maria, prima di muovere contro gli Aretini, gli fu fatta onore-
volc scpoltura, alla quale appartenue un bassorilievo, ora sul chiostro dell*
Annunziau, che lo rappresenu tunana in atto di combattere nel suo cavallo.
Esistono due documenti del 1289 che ci spi^ano questi fatti, e son ripubbli-
cati in appendice dal Del Lungo. Ma non si parla sempre dd Durfort qui, si
parb anzi di Dante c non meno che del Durfort. VA. si feima a ricercare se
Dante fu a Campaldino V 1 1 Giugno del 1 289 e nello stesso anno a Caprona.
£ ribattendo le ragioni del Bartoli, lo dimostra, meglio che non si sia fatto
sin ora, con le allusioni contcnute nei noti versi dei canti 21 e 22 dell'
Inferno. In quelli del c. 22 i corridori sono i cavalieri che uscendo tra le
schierc dei feditori si spingono contro i ncmici, non sono corritori del palio,
come altri ha inteso, e le gualdaue sono le cavallate^ scorrerie quali à fecero
per ben quattr* anni nella guerra di Arezzo, sicchè i \*ersi andrebbero punt^-
giati cosl.
Corridor viii per la tcm vostra.
O Aretinî, c TÏii gir gualdine ;
Ferir tomtJimer.ti e corrcr giostra
QaanJo, av.
Un aitta tmmoria di Camfsjîdino ci Jâ conto di un* iscrizione fatta da A. T.
Lindini, cartolaio e antiquario tîorcmino, nel 16)5. in memoria di Landino di
Nato Landini il qualc « fU'ÎU ^turra di CjtnpjIdiKO contro gli Aretini wl 1280
con zutcrc ti^è r;»;.<iV':.j dcIF estiuto al/ii-rc c ici ne liitorioso ». — A. T. Landini
scrisse un LwicnU^ dilU villa Jd CjscIc.
M.i non lasccrC) quostc mcmorie Ji Campaldino scnza ossen'are qualche
cosa su due parole doi documenti cho rifcrisconsi a Guglielmo di Durfort. Tra
gli ogiTCtti che costui lasciC) ai fr.;:i di S. .Maria si trova uno sle^ium de baci"
«fViV vm;:/:.w ./*• lifj;^ •;/i>, c il Ocl Luiiiro iiUondc ursj cujfîj du bacinetto, A me
non parc che fosse una cuitîa : o^ucst* arncse c nominato ncgli stessi docu-
menti /"cv.'..v« nruni!.iin ».V t:rc«':.V .;/.'.;»« 4;./ /•.;..■:...'..»»:, e un' altra \oh2 fectam
/»f..\\/tV;.;"; ; dov' essore piu:to>:o un pc/.-o di mctallo munito d'argento da
mciicro al bacinetto : ma qucsta paroîa <:cs^::»tu non m'ù riuscito di trovarla
DEL LUNGO, Dante m;' temp'i d't Dante 133
in Dcssun luogo. e son ceno chc i Joiti Jelh Francia ce lo sapran dire essi
che cou sia. Sopri l'allia paioia, peiina, pennello di vaio, è incsaita la tradu-
lione del Del LuDgo. ■ orlalura o guamizioni di pelli di vaio « ; perchÈ ïnvece
rigmfii:! pcUiccû di val, e si meiteva per fodcra di abiii e di mantelli ; cfr.
Do Congé, soiia penna, panmu, panmila, e al passo che qui si cita del Romait
dt Trcàt aggiuQgerà uno fra pa^ecchi del Roman dt Flamcnai, v, 220a :
1 bocci id u
che P. Me^'er traduce ■ fourré de gris ».
Il }•> saggio si riferisce ail' espressione chc Dante pone i:
diaralo :
Vil. nif5u, qui nao iBB/inpniHxJi «niof
ed t lorto da uaa disputa 'accesasî nell'Accadeniia della Crusca a proposito
délia voce conio. I commematori atitichi spiegavano ; « qui non son femmine
A* essere ingannate, > ma altri poL'hi, e con quesii i commenlaiori posteriori,
intcnJono conia nel senso ovvio oggîdl d' impronia di moneta, e s'indu-
sirimo di spiegare l'espressione metnforica. Il Del Lungo teneva per i irecen'
tbci, ma i pareri degli Accademici furono discordi, si venne ai voli e vinse II
pHtilO piii inïuiso : fu decreiaio che couio non debba significare altro che
moneia!! Il vero k che conio nel senso di raoneta k una nictafura strana, e
ÏDvece risulta ad evidenM dalla diniostrjzione Jel Del Lungo, che coniart
vaJevj ingannaie cou turpî laggiri, con ricatto, ecc. Corne siasî venuto a
^u«to significato non è noto, ma non per queslo bisogna negarlo. Un' altra
opînioDe, meoo irragioncvole, eraquella del BiincY» y A rtb.GhU., VII, 130-9,
cbe doi coaio valnse aolo. Ma parimente non k accettabile, e percha neî
passi che il Biancbi dta è dubbio il senso di nolo, mentre ë cerco quello di
frotte, raggiro, e perché ne! conio per nolo si sente troppo il c<çko, e perché é
stracissimo che gli antichi chiosatori non se ne fossero accorti. lavece l'opî-
tiione del Del Lungo é sulFiagata da ragioni liaguistiche e storiche. Che se
Tcspre^siont' <• non son femmine da inganno a sembri troppo sbîadita, si
pcnu che Dante non ha delto itiganm, ma conio, quel turpissïnio inganno di
rïcattatari e di rufHani, di coniatori e (onitDatort , contro i quali gli statut!
delleditâ minacciavano pêne gravissîme : é antî espressionc viva e sculioria.
O'altra pane si noti che il tinguaggio di Venedico ai poeti è appunio quale
Mcoodo la stilc di Dante deve avère un frodolento, perché nel dtscorso
d'ognl persooaggio dantesco appare tutio il carattere del parlante con accenoi
Motisui al viao o alla viriù sua ;
La chïara fattlla, il linguaggio crudo di Dante che aveva deito :
Se le fiiion cbc panï non wa fJic,
è ijuello elle vîncc qucsio meniiioru, e gli far dire la veriti.
134 COMPTES-RENDUS
Segue Una famigUa di gtwJfi pisatn\ ove protagonisu è il giudice Nin gmlil
del c. VIII del Purg. Il Del Lungo mostra corne Tamicizia di Dante con
Nino dérivasse délia parte attivissiraa che questi ebbe nella Taglia toscana
contro la ghibellina Pisa, laonde dovette venire moite volte in Firenze
dal 1290 al 1293, anno délia pace. Il povero Nino dopo la pace non ottenne i
suoi béni, ed esulô prima in Genova poi nel suo giudicato di Gallura, dove
mon il 1296 e Icgô il suo cuore alla città di Lucca. Veramente famiglla sdagu'
rata codesta dei Visconti e dci Ghcrardescal II conte Ugolino era avo
materno di Nino Visconti, e quest* ultimo mal sarebbe campato al tradimento
deir arcivescovo Ruggieri nel 1288 se non fosse fuggito. Egli lasdô la moglie
Béatrice di Obizzo da Este e una figliuoletta^ Giovanna, aile quali îl poeta
accenna uel luogo citato del Purgatorio. Béatrice sposô Galeazzo di Matteo
Visconti nel 24 Giugno del 1300]: onde nel dantesco
le biancbe bcnde
Le quai convien che misera ancor bruni,
non si contienc allusione al présente, bensi aile disastrose vicende dei ghibel-
lini Visconti nel 1302, e Tacrimonia di Nino contro « la vipera che il Mtlanese
accampa » c diretta contro Galeazzo Visconti, « il quale non avesse altro fatto
« che, in una di quelle sue avventure d'csilio, combattere in Francia contro gli
c Inglcsi, sotto la bandiera di Carlo Valese, ne aveva per Dante più che abba-
« stanza pcr essere fuori d'ogni sua grazia ». — È curioso il sapere che suUa
tomba di Béatrice, morta il 133^, fu posta Tarma di Gallura e quella dei
Visconti ! Certamcnte fu fatto per smentire la profezia di Dante
Non le £arà si bclla sepoltnra
La vipera che i Milanesi accampa
Corn avria fatto il gallo di Gallura.
Giovanna, la figliuola di Nino, che nei versi di Dante appare cosi buona e
pia, c Icgata intimamcntc alla niemoria del padre c al guelfîsmo. Ella sposô
nd 1308 Rizzardo da Camino,'signorc di Treviso, fratello di quella Gaia che
Dante nomina ironicamente nel c. 16 del Purg. Rizzardo fu ucciso nel 13 12,
c Giovanna « alquanti anni dopo ci ritoma dinanzi in miserrima condi-
zionc »; e vicne in Firenze, dovc un documento del 1323 ci mostra che i
Fiorcntini, nicmori dei servigi prestati da Nino, dessero alla figlia Giovanna
una provvisionc di 1 200 lire di fiorini piccioli per un anno. I medesimi sen-
timenti di questi Fiorcntini avevano ispirato Dante nello scrivere Tepisodio
dcir 8" del PiuihUorio.
Qualchc leganie con questo studio ha il scguentc, Dante e gli Estenst\ per
via di Béatrice di Obizzo da Este, che il poeta nell' cpisodio del giudice Nino
ha noniinata œn biasimo, coinvolgenJola nel suc) odio contro gli Estensi. Df
costoro si fil senipre vitupcrevole menzione non solo nel poema, ma anche nel
A- F/Ji.^ Ek\j. Cliè se qui troviamo fatta una Iode del marchese d'Esté,
questa, dice a ragione il Del Lungo, non pu6 csscre che ironica. A ragione,
perche altrimenti non potrebbe conciliarsi con l'odio manifestât© da Dante
DEL LUNGO, Duntc ne tenipi di Dante 135
contro quei signori dovunque ha loro accennato. — Anche felice è il ragiona-
mento dell' A. intomo al significato di figliastro nei w. iio sgg. d7n/". 12 :
. . .e quell' altro ch* è biondo
È Obi2zo da Este, il quai per vero
Fa spento dal Bgliastro su nel mondo.
Perché mentre è provato che le due mogli di Obizzo II, Giacomina Fieschi
e Costanza délia Scala, non erano vedove quando lo sposarono, dall* altra i
commentatori antichi, il Boccaccio, TAnonimo fiorentino, il Buti, TOttimo,
le Chiose anonime pubblicate dal Selmi, intendono figliastro corne detto per
fîglio adulterino. E anche in altre scritture figliastro è usato in questo
senso. H Poeta insomma ha voluto che Azzo VIII, secondo che molti
dicevano, fosse un bastardo di Giacomina Fieschi, bastardo lui corne
bastardo suo padre Obizzo. E il bastardume, si sa, non fu mai Ion-
tano dalla corte di Ferrara! — UA. seguita a discutere su questi versi e sui
giudizi che ne dettero gli storici. E poi continua ad esaminare gli altri
luoghi del poema dove si parla di delitti estensi, della Ghislabella, di Jacopo
del Gissero, ecc. Ma io invano tcnterô di riassumere ciô che egli ha scritto, e
mi limitera a invitare quanti nutrono pel poema dantesco venerazione ed
afietto a leggere queste pagine di Isidoro Del Lungo, che sa farvi compren-
dere il cuore dell' Alighieri, suscitando quasi nel vostro gli afFetti che desta-
fx>no in esso gli uomini e le vicende tragiche di quel tempo.
Kella Tenxpnt di Dante con Forese Dottati TA. pubblica un-sesto sonetto, già
pubblicate dal Crescimbeni dal cod. Chigiano 580, e cosl la tenzone è com-
pléta, e il nuovo son. resta fra il 40 e il 50 dell* ordine posto già dal Del Lungo
nel vol. n del suo Dino Compagni. L'A. accetta qui parecchie giuste osserva-
zioni del Gaspary, e ne aggiunge altre; oramai, in générale, il contenuto di
questi sonetti è chiaro.
Uultimo studio è la Protestatio Dini Compagnie ove si pubblica un docu-
mente inedito del notajo Uguccione Bondoni, che contiene una. protesta di
Dino Compagni, che in fra il tempo delV anno del suo priorato non puote essere
gravato o moles tato nelle cose mlla persona, vietandolo la forma dei Capitoll e
degîi Ordinamenti del Comutte. E cosi è tolto ogni dubbio che Dino non rima-
nesse in patria dopo le proscrizioni. Ma l'A. ricorre subito col pensiero alla
condanna dïDunttper haratteria e brevemente mette fine a certe discussioni se
Dante fosse stato barattiere, osservando che se Dino non fu chiamato barat-
tiere è perché non potè essere condannato, e Dante se fosse stato priore un
anno dopo, non potendo essere condannato, non avrebbe avuta la falsa accusa
di baratteria. — Non condannato, non sarebbe andato in esilio. E allora?
N. Z1K6ARELLI.
\ -
"1
136 COMPTES-RENDUS
A. Bartou. Délie opère di Dante Ali^deri. La Divim Coamudia.
pane II. (Vol. M, 2, della Sterù ddU UtUratiara ItaHam.) Fireiue, G. C.
SansQDÎ, 1889, xn-i2, pp. 303.
In questo volume il Baxtc^ tntta dd semiiiientî e ddT arte di Dante :
argomento che se da un lato è asfro t j^aru^ dall* altro invog^ il kttore, che
fra il mînuzioso e c^getivo bvoro della critica storica, â sente come traspor-
uto ora in piû spirûbil aère. Anâ, a questo lifafo cgli sî sente attntto
dal desiderio di vedere in che modo Tindagine storica abbia giovato a ùx
imender me^o anche i sentimenti e Tarte dd poeta.
U più importante dd libro c fl primo capîtolo, La FoHtia t la Sloria nftta
D. C. Qpi sono passati in rass^na tutti i personaggi Hatiti^i^i ^ à discorre
ddla convenienza che ha la parte loro nd poema con la loro storia. Ma la
ragione prindpale di questo smdio su in de che â vuol mostrare corne fosse
cosî imbevuto di odii e rancori Tanimo di Dante che è imposâUle ch* egli sîa
stato imparziale.
« Egli vede la storia traverso ai dolori e aile ire dell* anima sua. » E cosl
troviamo che l'episodio di Francesca è ispirato dalT odîo di Dante verso i
Malatesu, Tallusione a Cdestino V dall* odio veiso papa BoniÊuîo» il licordo
dd cardinale Ottaviano degli Uhaldini dall' avère gli Uboldini ceduto Mon-
taccenico ai \eri. Guido di Monfort si trova nella riviera di sangue non tanto
per aver ucciso in una chiesa di Mterbo Arrigo figliuolo dd Re dlnghiltem,
ma per le devastazioni ch* d fece nella Toscana alla venota di Carlo d*Aiigî6 ;
e Siena è cosi cordialmente odiata pd suo barcamenarsi tra il pardto gue^ e
il ghibellino. Brunetto Latini invece si tro\-erd>be nell* Infemo perché Dante
voile fargli proounziare le parole che lo riguardano; e Vanni Fucd non
unto perche fu
LaJro jJLa sagrestia «ici b«Ui arrcdi,
ma perché è il guelfe nero ostinato e sanguinario di Pistoja ; Ugolino della
Gherardesca per cssersi accostato al partito ghibellino, allô scopo di liberarsi
di Nino Visconti, pel quale Dante ha unta simpatia. Manfredi nd Purgatorio
ci sta perché é il nnto di Benevento, Jacopo del Cassero per Todio contro gli
Estensi, Nino Visconti per Tamiôzia pcrsonale, e Conrado Malaspina per
celebrare i Malaspina da cui il poeta fu ben accolto. Oderisi da Gubbio d sta
non solo perché amico di Dante ma perché Dante voile « faigli dire che come
Giotto ha oscurato Gmabue, cosî saranno forsc oscurati i due Guidi da quai-
chcduno che é giâ nato : allusione chiarissinia a se ». £ se Dai\te si sdegna
per l'oltraggio che il Nogaret recô a Bonifazio, non é punto per quest* atto
veramente, ma in odio al re di Francia'. Carlo Martello si trova in Paradiso
I. Eppure, dicc benc il Bartoli, « in Anagiii non entrô solo il fiordaliso, ma
vi cntrarono tutti gli sdcgni, tutti i rancori suscitati da colui che oggi la storia
giudica papa scnza virtù saccrdotali, d'indole irosa e violenta, inesorabile,
avido, ambizioso ».
BAkTOLi, DrUi- operf ai Dmile AHghieri 137
pciïlit Dante. Ji« il Todeschini, aveva ricevuto da loi dei segni d'una patiico-
Urc bcnevolenza, c perché, dice il Tommaséo, quel principe mostrù piaccre ai
VCTSt di Dante, e infine per fargli biasiniare il fratello Re Roberto, conie disse
lo ScarUMini. Per prédire le sventure délia Marca Trivigiana ci slirebbe
ugualmenti; Cunlua da Romano, e Piccarda Donaii in odio a! fraiello Corso,
e Foldietto da Marsiglia per iiiveire contre il clcro.
Son si puo negare chc niolie di quesic conclusion! sieno giustissinie, ma
alcune devono seinbrare Ciageraie certaraenie, corne quelle rispetto a Btunetto
Laiîni e id Oderisi. Di papa Celesttno se i vero che Dante lo pooe disdcgnosa-
menic ail' Infemo, non t poi vero chc egli lo chiami altriracnte elle col suo
v«o nome di pusillo e nie, elle aliro non signïfica la irt/a dii caltivL E se è
ininicsso chc Dame voUe essere imparziale pcr guelii e ghibellini , pur
scrbando le maggiorï preferenze pci guelfi, non credo che a possa addurre il
pudËsmo o gtiibcllinismo di uno corne ragionu dclla sua sorte : cosi Javopo
Jj Sani' Andréa sta nell' Infemo perchi guelfo mentre Pier délia Vigna
pcrchi ghibdlino I E poi pcr Loderingo e Catalano siaino costretti a dire chc
non s sa se per guclfismo o ghibellinisnio Dante li coodanni !
S4a per quanta sïa buona e bella questa ricerca in s£ stessa, ciù che le nuoce
un poco, a mio credere, t la maniera come h pusta la questione. Solamcnte
an inj^egno grelto, un feticista ignorante pu6 venirea prodamarci che Dante
ceA sua poetna %'t voluto far rapprc sentante dclla giustizia divina, e sia infallî-
bile come questa. Danie non ha voluio far cià ; l'Infemo suo è il svo
Infemo : se ne togiiete la soggctiività, ne levate ogni scrietà. E ptrci6 vcnire a
discuicre con codesii feticisti, che pur □ sono stati, t far loro troppo onore ; e si
socma PeSeilo di unj riccrca che, ripedamo, in ii stessa è bella e buon.1, Rcco,
p. «s., il BartoL in prova délia sua lesi fa il cùmputo dei dannali che appatlen-
gonoal icmpodiDanieeallaToscana,moltissimiaconfroniodcgli altri,specie
dd pochissimi dei tempo antico : e cosl pure fa un càmputo degll splriii pur-
ganti cdeibcati.Masono appontoquesticùmputi checi niostranochiaramente
come Dame in sosiania abKa voluto descrivere l'Inferno, il Purgaiorio e il
ParaJbo allô scopo di criticare i tempi suoi, per rappresettiare la deprav-azione
degli uomini dei suo tempo. Da àb la vita, la poesia, l'alta importanza délia
Commedia di Dante. Altrimenti chc casa sarebbe staia essa, altro chc una
viJa ennnierazione sul tipo i\ quelle che abbiamo in quakhe passo délia
Commedia siessa? Gi' ispiratori délia Commedia sono stati g!i uomini e i
bllï liel soo tempo, e proprio di quello in che egli Wsse, e non si errerebbe
di molto diceodo che sono stati principalmente quelli degli ullîmi dieci anni
dd Kcolo. IT naturale dunquc che il suo racconlo sia soggettivo.
Nd mcrilo dclla discussione, vuol esser fatta un' allra osscrvaïione di
cmtlerc générale, Tulti quanti sanno e ripctono chc per lo più i personaggi
lÎMiIcschi mil s'accordino con la storia. lalchè pare che Dante li abbia tras-
formati. Ora è inncgabile che una tras formai! o ne ci sia in motti. clie paiecclii
dcvono «.nrire a seopi proprii dei poeta, ma d'altra parle pcssiamo noi dare
kmprc lofto a Dante? Se U storia ci dessc notizie cosi minute du contrapporle
138 COMPTES-RENDUS
a quelle di Dante, si, ma moite cose la storia non le dice, e non sarà difficile
il caso che Dante ne sapessc più di noi dd suoi tempi e dei suoi uoraini. Chc
se talvolta noi siarao stati meglio informati, non » potii negare che la
leggenda, la tradizione, la maniera corne erano namti e divulgati î hx^
recenti, avesse fatto fomiare a Dante dd giudizi che ora d sembrano ingiasd.
Ne si dovrebbe mai dimenticare che Dante era tutt' altro che un oomo
volgare, e che aveva un intuito acutissimo, e per dirla alla buona, in oerte
cose la dovea sapere molto lunga !
Passando a discorrere délia Religkme neîla Divina Commedia^ il Baitolî
dimostra egregiamente 'che se Dante « ë cristiano e cattoUco, nd |»(i rigo»
roso significato délia parola », d*altra parte « il cattolidsmo suc ha deg^
ardimenti c délie aspirazioni che lo rendono molto caratterisdco ». Insomma
« Dante è bensl credente nei dogmi cristiani, ma trascende il cattoU-
cisnio papale nel desiderio d*una riforma del mondo che si ban sulla
riforma dclla disciplina ecdesiastica ». Egli « aspira ad una lifonna morale
dclla Chiesa ». Se non possiamo dire che è il precursore di Lutero, œrto
ë pcrô « chc lo stesso sdegno che av\'amp6 nd petto dd frate tedesco
contro Tingordigia papale, contro Tamore deU'oro e le cute terrene dd chie-
rid, lo stesso sdegno awampô nel petto del poeta italiano ». E dterô anche
quest* altre belle parole : « Dante traversando Tlnfemo, il Purgatorio, il
Paradiso non si perfeziona moralmente, ma resta sempre lo stesso nomo
partigiano. »
Anche nell' Arte délia D. C. ci appare la stessa grande personàUtà^ corne
disse benissimo il Gospary. Il Bartoli si ferma a esaminare Farte dantesca
specîalmcnte nellc stupende similitudini, e lo fa con finezza e con entuâasmo.
Ma Tillustre uomo mi permetterà di non esscr d*accordo con lui quando ne
accusa certe di prolisse o di sconvenienti ! Se Dante paragona il padre Adamo
ad un animale chc sta sotto un drappo, Omero a sua volta paragona Aiace
ad un asino, Agamennone ad un bue ! Si sa, per quei pœti non è questione
di convenicnza, ma piuttosto di rcndere la vera immagine, e la similitudine
cssi non la vanno a cercare sol per famé sfoggio, ma N-iene come da se ! E
ncppurc sarô d'accordo con lui in certi appunti che fa al De Sanctis, perché in
sostanza mi pare che trasportino la questione dall* estetica alla morale.
Giustissimo è quel ch' egli dice délia forma delF artc dantesca; per cui Dante
è sommo nel dipingcre tutta una situazionc e rappresentare l'intimo d*un
cuore con un tratto esteriore, c ch' egli, « grande sopra tutti i modemi nd-
Tarte plastica, nell' artc psicologica si lascia vinccre da altri ».
Del sentimento délia natura in Dante c*c chi ha voluto negorlo e altri che
ve rha trovato. Ma se intendiamo per esso « un nmore che sia fine a se stesso »,
Dante, dicc il Bartoli, « non ebbe e non potcva avère un taie sentimento, tutto
proprio dei moderni ». Ma vi trova bensi « qucll* affetto che coglie i segreti
più intimi délie cose e créa quasi una parentela tra la natura e lo spirito ». Ma
qucsto non c poco ! D'altronde è pur vero chc nel sentimento délia natura
c' entra, più che il modcrno c Tantico, la natura dcir uomo, la sua indole. Ora
RUBIÔ, El retiacimiento clàsifo catalan 1^9
ncUa natura di Dante quell' assorbimeuto, quel sentimtnto tome fine j se
Mcsso non ci poteva es$erc ad ogni modo, e peniiù credo chc bisogni ândarc
molto adagio prima di dire che Dante e qucili prima di Dante non poievano
avETc scntîraento detia naiurn, purcliè quesio è solianio dci nioderni, dal
Pnrarci in qua ! C"è p. es. alcuno ira i poetî proveniali che rivela ule deli-
cuciEa c profonditâ di seotimenii die non ù possibile che qoesti in lui sieno
incomposti ed isokii, e cbe il pocta non senla intimameme e profond a mente
come il respiro délia natura.
Al libro Jel prof. Bartoli tien dietro un' appendice di un suo alunno. il
»gnor Luigi Slaffelti di Missa, il quale addentrandosi nell' inestricabile selva
dei rarai dî famiglia MaUspïna, riesce, a parer mio, a mcttere in sodo che
VofjnU c benefaitorc di Dante fu Franceschino Mjlospina, e che il vapor di
tMi di Stagra dd c. XXIV dell' Iiiftmo è Moroello di Giovagallo. morto il
I]I4, col quole non pare clie il Poet^ fosse mai amico.
N. ZINGARELL1.
El renacimiËUto cl&sico eu la Uteratura catalana, por
D. Antonio Rubiô y Lluch. Discuno Icido en su solcmne réception en la
R. Acadcmia de Buenas Letras de Barcelona, etc. Barcelone, 1889, 86 pp.,
Discorso leldo en la Universldad Central en la solemne
Inaugiiracion del curso académico de 1889 à 1890, por
cl Jocîor D. Matcdino Mexi;\-i)f./. v Pklavo. Madrid, 1889, iiS pp, iti-8.
Ces deux dîsïeiiatîom académiques peuvent être nîunies ici parce qu'elles
[raitcni de sujets trte voisins et qu'elles émanent de deux professeurs espa-
gtioJs, qui, l'un et l'autre, ont i\i «élèves de Mild y Fontanals ce ont gardé
Aaivi leur niauii;rc de travailler et de composer beaucoup de l'esprit et de la
méthode de leur maître.
L'étude de M. Rubid est consacrée aux traductions et imitations des
«Uteun classiques djns la litiératurc cataLuie au Moyen Age. Après quelques
indications génér.iles sur les diverses phases de cette littérature et un aperçu
des influences étrangères auxquelles elle a été soumise, M. Rubïd énumère,
ixra l'ordre chronologique, les oeuvres à lui connues des écrivains catalans
du XIII' au XV' iriicle qui ont traduit ou imité les anciens, soit directement,
soit par l'inlennddiaire des humanistes français ou italiens. Le cadre d'un
4is£0iirï académique se pr£te mat aux discussions bibliographiques et critiques
que téclame une telle matière ; néanmoins M. Rubid a réussi t nous en
àcmtxT une idée X peu près exacte et complète. Il est généralement bien ren-
sdgn^ ; il coimalt assea l'histoire des littératures romanes pour ne pas
»c faire d'illusions sur l'originalité de beaucoup d'œuvres catalanes, cl si
Ma travail n'est pas exempt de petites négligences, — surtout dans l'iniro-
duction, — il ne contient en tout cas aucune erreur fondamentale. Souhaitons
1 '■*
T -
140 COMPTES-RENDUS
qu'il reprenne le sujet en le disposant autrement, comme c'est son intention,
et publie bientôt une Bibliothèque des traducteurs catalans, qui sera, s'il le vent,
un très bon livre.
Non content de poursuivre ses travaux de longue haleine et notamment
son admirable Histoire des idées esthétiques en Espagne, M. Menéndez Felayo
trouve encore le temps de semer, de d, de là, des bribes d'autres trésors
amassés par le labeur constant auquel il se livre. Hier, chargé du discours
de rentrée, il lisait à ses collègues de l'université de Madrid un docte et
éloquent mémoire sur le platonisme dans la littérature espagnole jusqu'à la
fin du siècle dernier. La compétence me manque pour signaler les parties les
plus remarquables de cet important travail; d'ailleurs ce ne sont pas les
lecteurs de la Ronuinia qui auront le plus d'intérêt à en prendre connaissance.
Il faut le renvoyer spécialement aux historiens de la philosophie. Si j'ai cm
devoir en dire ici quelques mots, c'est qu'il touche en passant une question
qui a été abordée ici-même, je veux parler de la traduction du Phédon de
Pedro Dioz de Toledo, chapelain du marquis de Sahtillana '. Cette traduaico,
nous apprend M. Menéndez, se trouve dans deux manuscrits de la Bibliothèque
Nationale de Madrid, et il explique l'erreur commise dans le ms. de Paris, —
et que j'avais signalée en l'attribuant à Pedro Diaz lui-même, — par une
simple inadvertance du scribe ; ce qui est très vraisemblable. Les deux versions
du Phédon et de YAxiochus étaient destinées à être transcrites dans ce volume;
le copiste a passé le Pfydon, sauf le titre, qu'il a soudé, sans le savoir, au texte
du second dialogue. Pour ma part, je n'ai jamais contesté l'existence d'une
traduction du Phédon due aux soins de Pedro Diaz, et j'aurais pu dter à ce
propos l'article du catalogue de la bibliothèque de Batres qui m'était connu :
« Introduction al libro de Platon, llamado Phedron, de la inmortalidad del
« anima, por el Doctor Pedro Diaz, al muy generoso é virtuoso senor, su stn-
« gular setior, Don Enrique (sic) Lopez de Mendoza, marques de Santillana,
« conde del Real '. »
Pedro Diaz me fait souvenir que j'ai quelque chose à ajouter à ce qui- a été
dit, dans l'article précité de la Romania^ sur un autre humaniste espagnol du
xv« siècle, Nuno de Guzman. D'abord, il aurait fallu rappeler que le père de
ce Nufio, Don Luis de Guzman, maître de Calatrava, manifesta déjà des
goûts littéraires en chargeant un rabbin, Mosé Arrajel, d'une traduction avec
commentaires de la Bible > ; son fils avait donc de qui tenir. Qjiiant à Nufio
lui-même, j'ai omis, parmi ses travaux érudits, d*en signaler un qui se trouve
au British Muséum « et dont voici Tintitulé : « Encomiença la oraçion de
1. Rotnania, t. XIV, p. 97.
2. Opuscuhs de Amhrosio de Morales, Madrid, 1797, t. II, p. I07.
3 . ^uren, Côdices notables de los archiz'os eclesiâsticos de Espana, Madrid, 1859,
p. 26.
4. Ms. E^erton, 1868, fol. 146. Cf. P. de Gayangos, Catalogue of tbe mss, in
the Spanish Latiguage in tlie British Muséum, t. I, p. 10.
MENÉNDEZ, Discurso acaài'imco 141
■ tniçer Ganoço Manvly, quando fue comissario gênerai por d pueblo de
I Floiençu al sitio dï Vjda , fecha al senor Sigismunda Pandoiro de
■ Mjlatestis, qujiido le dîo el baston en nombre det pvicblo de Florençia. La
■ quai, i inscancia del muy niagnifico senor don Vnigo L'^pez de Mendoça,
9 marques de Saniilhni, etc., por Nuno de Gu/cnan de la loscana lengua ta
1 la niJiema casicllana es Iraniferida espendidamenie '. u
Alfred Morel-Fatio,
Le Son^ de Bernât Metge, auteur catalan du sv< siècle, publié et
tiaduLT pour b première fois en français avec une introduction et des notes
par J.-M. GuARDiA. Paris, A. Lemerte, 1889,0111 ei {45 pp. in-iô".
Ce pciii volume, Toit flég.iniraent imprimé, comprend deux punies : une
longue introduction, et un teste catalan du \s" siècle accompagné d'une tra-
duction française, de notes et de variantes.
Duiï l'introduction, M. Guardia parle de beaucoup de choses, parfois fort
étrangères i son sujet: surtout il y invective un certain nombre de ses con-
temporains qui ont commis l'irréparable faute de ne pas pressentir en lui le
Docteur Illuminé de la vraie religion catalanislc. Nous voiU donc avertis et
durement rappelés i l'ordre. Un nouveau redresseur de torts nous est né, qui,
longtemps retiré sous sa tente où il forgeait en tapinois ses engins, vient
aujourd'hui, et non sans tapage, d'opérer une première sortie.
Mais voyez comme tout dégénère I Même les frondeurs baléares ne savent
plus lancer que des pavés. J'ai reçu le plus lourd, et si je ne suis pas mort du
coup, c'est que, dans de telles occasions, les projectiles énormes ne sont pas
toujouiï ceux qui tuent le mieux. D'autres bien plus méritants, et en général
tous ceux qui n'avaient pas pris la précaution d'apaiser, par quelque gâteau de
miel, l'irascible minorquin, ont cruellement pâti de leur imprévoyance.
Comme bien l'on suppose, je ne lire nulle vanité d'avoir été le premier atteint
ei oc me crois point tenu de prendre ici la défense des romanistes, objet de la
bainc aussi féroce que comique de M. Guardia- Je demande seulement â dire
mon sentiment sur les divers points traités dans cette introduction et sur la
traduction annotée du Smani de Metge.
Apres quelques gentillesses, en passant, aux félibres, cïgalïers el patoisants
Je ni» provinces méridionales, dont les innocents pipeaux n'ont pas l'heur de
lui plaire, M. Guardia s'en prend au catalanisme, qu'Q flatte d'une main et
chitie de l'autre. Malgré mon désir de ne point toucher ici â la politique, il
£iul bien, pour sui\-re M. Guardia dans les développemenlii de son tlième,
séjourner avec lui quelques instants sur ce terrain.
I. Sur cette harangue de Giannozxo Manetti, voir un passage de la Vita
JatmiSiî Maiulti de Niddo Naldi, dans les Rerum ilalicanm Scriptora, I. XX,
col. i^i D.
H2 COMFTESHtEXDCS
lUpRaaa: ^m i u= zofcs les ei5c& ics Cj'jVn csctre U r«rî1ir, depns a
c rutsât > d= Coscproa» ic Cispc psqz'xz Virr'ait kaaent de Bau do u c
par Esjnrum), et iassiast scr Txozjigtxssac qâ a ax^oozs cnat entre ks
decx pe5|Mes, 3 es ^nenx â irrir-er qsx Se rmlrnHme, og le
Ih i é r jin : rsrA^n « est an fboi on ajOcveoKsx poEûjiiea xadal; »
td Ici coEïcède une grande inqK>r;aTk-y ei le fagc xzoe revoiSctfioa légiûiiiL
des arda d'un pcs?^ «cneiix et r^ara3je=7 riiA'ni i nos par le Toism oisif^
igoomit et virieui. Or, sacs con^ner qoH y auiaitHeai trésor ces âmenz
gric6, ootammeQi sur ce Comprooss «le Caspe et b lOiMtiii i r dn tristt aie
appelé Jacqoes dX*rgd, docr. de nos jours, qcdqiies poètes diendas et liisB>-
riens â la Waher Sooct oo: voula faire en héros de rindépendanot cttalane,
n'est-ce pas grossir les choses et les prendre £an an tragifiie que de noos pré-
senter les littérateurs ratalans comme autant de vengcms de knr poDÎe
disant esdave on toot an moins de préccixitis de quelque lévofaitîao
tique? Les Catalans sont mécontents; ils Font tooîoms été et le seioat
encore : c'est, depuis leur réunion i la Castille, leur SjSl à ue et leur métier.
Mais cet antagonisme, dont on ùâi tant de bruit, est-il donc si prafood et si
sincère qu'on veut bien le dire ? Quiconque a naminé la qoestion sans idée
préconçue, et n'a point prêté rordlle seulement aux propos âgics d^cmployés
usantes ou de publidstes bruyants, a pu se convainae que le pins gnnd
nombre des Catalans, quelque attitude qu'ils croient devoir prendre, ne sont
pas si £âch«â d'être unis â l'Espagne. Prédsément parce qu'ils possèdent des
qualités rares en E^agne, c'est en Espagne aussi qu'ils les peuvent le mieux
utiliser. Où est la viile en Castille qui ne possède ses Catalans, îi^énieurs,
industriels et marchands? et aux Antilles espagnoles, n'est-ce pas ches k
Catalan que tout se vend et s'achète ? Bien loin d'être opprimé par le grandi-
loquent Andalous ou le hautain mais apathique Castillan, c'est lui, l'actif et
un peu âpre Catalan, qui les domine et les exploite. Sans doute, la grande
machine administrative, dont Je générateur est à Madrid, envoie des secousses
désagréables en Catalogne comme dans les autres proWnces de la monarchie;
mais les Catalans s'entendent en mécanique et j'ai ouï dire qu*ils s^accom-
modem assez d'une machine détraquée, parce qu'ils savent profite r de ses
défauts et, le cas échéant, font payer cher leurs réparations.
Qpc prétendre de mieux, d'ailleurs? A moins dt fêdéraJiser entre eux seuk,
d'extraire de son sépulcre le bon roi En Jacme avec sa grande épée i deux
mains et de lui rendre son souffle puissant, ce que M. Guardb recoimaît
impraticable, il ne resterait qu'une solution qui n*a pas besoin d'être précisée.
Mais peut-être l'expérience de 1640 suttit-elle aux uns comme aux autres; je
suis même sûr qu'elle suffit aux autws. Le plus sage serait donc de ne rien
tenter du tout et de sourire doucement de sinistres prédiaions qui pourraient
bien ne se réaliser jamais.
Qu'on veuille bien me passer cette petite c*iu série politique à laquelle j'ai
été entraîné bien malgré moi, et ne parlons plus que littérature.
Sur le catalanisme littéraire, M. Guardia a ses idées qui sont celles de
GUARDiA, Ix Songe de Bernât Metge 143
beaucoup d'autres. Il trouve que les Catalans composent trop de vers
médiocres, qu'ils négligent à tort la prose et ne lisent pas assez leurs vieux
auteurs afin d'y retrouver le secret de cette langue sobre et ferme qui a donné
un si bon renom à leurs chroniqueurs du xive siècle. C'est fort bien pensé, et
c'est aussi ce que de simples romanistes des pays d'en deçà se sont permis de
dire, sans aller toutefois jusqu'à traiter d' a aliénés » ces versificateurs
convaincus. Moins de banalités rimées et plus de récits en prose, des nouvelles,
de l'histoire, au lieu de poèmes emphatiques et de fades pièces de Jeux
Floraux. Les écrivains de là-bas sentent, au reste, ce qui leur a manqué
jusqu'ici, et il convient d'applaudir aux efforts qu'ils tentent depuis plusieurs
années pour élargir le cadre de leur littérature régionale : les romans, entre
autres, de M. Oller et de M. Vidal y Valenciano sont déjà mieux que des
promesses. Qpe les Catalans continuent dans cette voie et ib avanceront fort
leurs affaires. U faut aussi, pour restaurer la tradition et mettre à la portée de
tous les bons modèles du passé, publier correctement les œuvres les plus
notables de l'ancienne littérature catalane. M. Guardia voudrait que ce soin
n mcombât qu'aux Catalans a naturels » ; il déclare solennellement hors
concours ceux que n'a pas vus naître la terre sainte de Wilfrcd le Poilu. Sans
mer que le fait de jargonner soit le charabia de Barcelone, soit môme
le sabir mahonais, assure aux indigènes une incontestable supériorité, je
confesse n'avoir aperçu jusqu'ici, dans les publications qui me sont tom-
bées sous les yeux, ni ces traits de génie ni ce flair étonnant que M. Guardia
joge être un monopole de la race. Les très rares érudits catalans qui s'em-
ploient à publier de vieux textes ne me semblent pas, sauf erreur, avoir fait
"Qc besogne très supérieure à la nôtre, et il n'est pas sûr que les suppléments
de la Uct//j/j caiàlana^ quelque estime qu'ils méritent, ou les papiers po»-
wumes de l'archiviste Alart nous aient encore livré le dernier mot de la
saence. J'en sais même parmi les catalanisles d'outre-monts qui ne dédaignent
P^ <le s'inspirer parfois de nos piètres travaux et d'y prendre quelques
^^*ttes: c'est sans doute pour cela que M. Guardia ne les trouve pas de tout
P*^U la hauteur de leur tâche, et qu'il s'est proposé dans son livre de leur
**^^^*gner la vraie et la saine méthode. Méthode fort simple, comme on va
^» car elle consiste à prendre le contre-pied de tout ce qu'ont écrit les
'^^"^^nistes, ou, quand il n'y a pas moyen, à le dire autrement, pour bien mar-
^ qu'on entend ne rien leur devoir. L'un d'eux s'est-il avisé de prétendre
^^ le nom de « langue limousine », pour désigner le catalan, était impropre,
*)ci à confusion ? vite ce terme est préconisé et déclaré excellent. Un autre
* cm découvrir dans la langue catalane du xv« siècle les premiers indices
^^^ influence castillane et les a notés au passage : on lui coupe la parole en
*claTant d'un ton doctoral que « jusqu'au xvic siècle cl au delà, le catalan
"^ pur de tout alliage ». Et ainsi de suite. Le procédé ne saurait être plus
*^*n«naire ni d'un goût plus délicat.
U S(mgc de Bernard Metge est bien connu des catalanistcs qui lisent les
ro^uscrits. Avant de le publier, l'éditeur devait nous parler de l'auteur,
apprendre
1 44 COMPTES-RENDUS
analyser son livre, décrire sa lauguc el 5011 atyli:. M, Guardia s'est ^uitli de
ccttt iriple tâelic. L'analyse, très vîvenient icriie, ierait parfaite si l'éditeur
nous avait renseignés sur les modèles dont s'est inspiri! Metge, paniculière-
nieiu dans les deux derniers dialogues où se discute la question des fenitnes
â la manière du Maf!)ioIiis, du Corbaccio et autres diatribes analogues, u Un
critique aussi avisé que M. Guardîa, en coniparant ces variantes d'un ni£iiic
ihème, aurait it coup sûr trouvé mille choses ingénieuses et fines â nous
il est regrettable qu'il ait omis de procéder i. cette enquête, ou,
;, qu'il ait négligé de nous en communiquer les résultats,
seul point , M. Guardia a essayé de dire quelque chose de
'ai la hardiesse de croire qu'il s'est trompé. \aià de quoi il s'agît.
Au premier acte de la Cékstiiie, Sempronio, valet de Colisto, pour prémunir
son maitre contre les fourberies des femmes, invoque l'autorité des sages qui
les ont le mieux ddvoilées. « Vois Salomon, qui dit que le vin et les femmes
n font apostasier les hommes. Consulte Sénéquc, et tu verras le cas qu'il fait
« des femmes; écoute Aristote; interroge Bernard. Tous, gentils, jnifs, chré-
■ tiens et Mores, sont d'accord en cela. = Ce Bernard, serait-ce Metge?
Pourquoi pas? Sans hésitation M. Guardia l'alfimie : « Ce passage prouve
(< que l'autorité de Bernât Metge était égale i celle des plus grands maîtres
a qui ont écrit des femmes. » L'algiit^ir du roi Jean d'Aragon frayant avec
des seigneurs comme Salomon, Aristote et Sénéque! Cela serait, en effet,
asxz flatteur pour lui ; mais il y a Bernard et Bernard. Les interprètes de U
tragi-comédie, qui n'y avaient pas entendu malice, ont mis saint Bernard, en
quoi, à mon sens, ils ont agi sagement. Le Litvr de modo bene vivtnii, kdu
par tout le monde au xv^ et au xvi<: siècle pour un traité de saint Bernard,
renferme un chapitre intitulé Dt fuga mulierum micuhrium, que l'auteur de U
Cilaliiu a dû lire dans quelqu'une des innombrables copies de ce livret,
imprimé dès l'an 1490. Et si l'on objecte qu'il n'est pas habituel de déagnCr
un saint par son nom tout court, il serait facile de corriger mira el Bernardo, le
Bernard, le traité de saint Bernard, comme on dit el Kempii. L'extraordiiuire
popularité de cette Manière dt bien vivre, qui fut traduite de bonne heure en
plusieurs langues vulgaires, et en castillan particulièrement, au commence-
ment du xvf siècle', justifie, 1 ce qu'il semble, l'interprétation ancienne du
passage. Peut-on supposer d'ailleurs qu'un ouvrage catalan inédit, et resté
très ignoré même dans les pays catalans, ait pu être lu par un Castillan ci cité
par lui comme un livre universellement connu et qui se trouve dans les mains
de tous? Rien ne serait plus invraisemblable, et rien, jusqu'ici, n'autorise A
croire que la réputation de Metge se soit étendue au deU du petit cercle de k
cour aragonaise.
I
I. Far Rodrigo Fcrnandei de S;i(ita-Ella (Salamanque, i!iO- ^^le traduc-
tion catalane dIus ancienne, d'Antoni Canals, a été imprimée dans le
tome XIII de la Cdeaiva de dKimirukv inidilos dtt arfhkv dt la corona i*
Art^tt.
GUARDiA, Le Songe de Bernai Mftge 145
Les deini^rt^ pages lie l'introduction sont consicribs i ceriaines notions
patéographico-linguisriques, un peu fanées il Paris, mais qui feront du bruit
tlaiis MÏDorque. Exemple : u Le /> est barré en haut, ou surmonté d'un trait
e lioriïontat, comme équivalent àç pr QÎKpri), et en bas, comme éijuivaleni
n de par, per. Surmonté d'un fort accent aïgu, il égale pri. n Nous nous en
iloutioiis. Quant aux difficultés vraies, de celles qui font abaner les pauvres
romanistes, nul besoin de dire qu'elles sont passées sous silence ou renvoyées
avec désinvolture aux u éplucheun de syllabes n. C'est plus prudent.
En revanehc, mains prudente est cette recommandation Rnale, qui, émanée
d'une Jutrc pluirc, ressemblerait ï s'y méprendre â une annonce de libraire :
« Souhaitons que le " Songe u de Bernât Meige devienne le livre de texte,
■ comme on dit en Espagne, d'un cours sérieux de langue catalane. Il serait
• diJiîdIe d'en trouver un autre qui oiTrit plus d'intérêt avec autant de mérite
• littéraire. Puisse l'impression rendre ce livre classique, ' A merveille, et si
ccUpcut étte agréable â l'éditeur, soubaicons-le avec lui; mais j'ai, je l'avoue,
quelque peine i nie représenter l'austère ec timoré X, ~ car M. Giurdia
a déji nommé son professeur, — expliquant aux jeunes élèves de l'université
barcelonaise les avantages que les contemporaines de Meige trouvaient aux
■ mamelles gtans e molles sur lus « dures », ou tout autre détail non
moins piquant de ces dialogues médiocrement scolaires.
Il existe au moins trois manuscrits du Songe de Meige, deu^i a Barcelone,
tn> i l'arû : cciui-ci. de l'aveu même de l'éditeur, est le moins bon. Un roma-
nb(e présompmcux et pédant se serait procuré la copie des manuscrits de
Rucclone pour les comparer â l'exemplaire de Paris, el aurait ensuite établi
tuii bien quï: mal un texte aussi correct que possible. M. Guardia procède
différciuroent. U imprime le plus mauvais manuscrit, le traduit, puis se lait
envoyer d'Espagne des variantes, à l'aide desquelles il corrige les fautes du
nunuseiïi de Paris et ses propres méprises, soit dans le texte même, soit
sealcmtmt dans les notes. En sorte que ce petit volume nous offre si
ment : un texte catalan, une traduction française, des notes
pcït encore des notes qui portent sur les variantes, les premières notes, la
traduction et le texte. Il parait qu'un tel arrangement est le comble de
l'clégancc.
Vo\*ons maintenant quel a été le résultat de cette laborieuse préparation;
"roj-ons te que l'éditeur a su trouver de lui-même et ce que lui a suggéré
fdiu tard l'envoi de Barcelone.
Le déchitfrcmcnt du manuscrit de Paris, en dépit des sages et élémentaires
recommanda lions que l'éditeur adressait plus haut à ses lecteurs, laisse quelque
peu 1 délirer. J'omets toutes les fautes, cl elles sont nombreuses, qui, A la
rigaenr, pouitaîent passer pour fautes d'impression ; mais en voici, si je ne
m'abuse, qui sont de principe et par conséquent plus graves.
P. 14, 6 itHyda. Le manuscrit a l'y surmonté du « fort accent aigu •>, équi-
n\an de i, ce qui nous donne sinyîdrs (cast. ccSidai et non cenidas). La même
(aate revient encore à la p. 221, L 4 ; seny (eut. cinio), qui doit être [uiinyi.
] 46 COMPTES-RENDUS
— Ailleurs (p. 187, 3), M. Guardia \itpuaii, puhprau, ce qui est iras nctle-
raent écrii f/reaii (le p surmonté du signe rc et non r), forme moderne de la
2= pers. pi, pteali que donnent les manuscrits de Barcelone. — D'autres inex-
périences, auxquelles une plus grande pratique des matiuscrits lemédiera i la
longue, apparaissent ci et là. Il a échappé, par exemple, \ M. Guardîa que
les copistes laissent souvent, et à tort, de petits intervalles entre les syllabes
d'un mol. <■ E s'il riu barber es sech o humit, e quants maierials entren en U
triaga, B éait le scribe du manuscrit de Paris, sans se douter du mauvais
tour qu'il jouera trois àèdes plus tard à un compatriote. En effet, malgré ses
fortes lïtudcs pharmaceutiques et l'allusion, deux lignes plus loin, â la thé-
riaque, M. Guardia n'a pas senti la louSi: de rhubarbe mal dissimulée sous ce
Wu batier et nous a régalés d'une verâoa qui demeurera à jaraab mémorable :
■ El si lejleuiv Btrbtr est sec ou humide! » Rien ne l'a arrêté, pas itidne le
ridicule de l'eupression . et il a fallu qu'on lui envoyai de Barcelone des
variantes où nu et horhir sont bien et dûment soudcs pour qu'il se déddlt 1
comprendre, X.e Qair baiéare a du bon, mais il est lent.
En fait de grammaire, M. Guardia s'applique, comme il convient, i contre-
dire ks romanistes, pour la forme seulement, car ses doctrines linguistiques,
que tempàre un aimable scepticisme, n'ont rien de bien arrêté. Parfois, cepen-
dant, il lut arrive de prendre le ton de l'affirmative, et c'est grand dommage.
P. 21, 10, asi es temorosa del can del seu cors «. Suit la note : « Cesi U
forme ancienne, au lieu di: cas. u Pourquoi ancienne? Cars, ne s'expliquant
pas par le latin anus, doit être un produit de l'analogie avec d'autres mots
terminés régulièrement par ri; conséquemment cette forme analogique est
plus récente que la forme phonétique. ^ — P. 30, i}, o la anima humanal....
concxedora he reptiva de tots contraris n. Les manuscrits barcelonais ont
rtctptiva, ce qui suggère à M. Guardia cette étrange remarque sur le mot
reptiva : a adjectif de même origine que l'ancien verbe reptar, repremlre,
reprocher, Donc (1) passible, justiciable. Il (aut lire rectptwa. » Sans doute il
nous faut ici un mot équivalent, pour le sens, ù rtapiiva, car jamais ua
adjectif dérivé de rtftar n'a pu signiiîer s passible », et ce mol est préctsé-
meni reptiva, qui n'a rien de commua avec reptar, mais représence une forme
contracte de /-«e/idi/a, comme rebre,rabre est pour rectbre (rrcipfre). — P. 40, 8,
M Eres, anem avant ». Je me demande pounjuoi un sic après le premier mot
qui n'a pas été traduit. Eres répond à ara, « maintenant. » El à ce propos,
que de sic dans ce petit livret, que de crochets et de parenthèses, en général
bien inutilcsl — P. 67, 7, « Inmuiablement ne ferma », et plus loin (p. 2781 j)
u discriameni c colorada u. Celte omission de ntcnt dans le second adverbe
serait un caiaianisme : o Qu'on remarque, encore une fois, qu'en castillan,
deux adverbes de suite sont inversement places, n En castillan moderne, oui,
tnais il n'en était pas de même dans la langue ancienne. J'ouvre, par exemple,
le Lilfra delà ca^a de Juan Manuel et y lis: •> losfàlconsgirilaltes... ca;an mai
ligeranienlt e mas apuesla. » — P. i )i, 14, o lâon desempara la roda que solia
MHiuar. u Kemarque : u Qjjoiquc le sens ne soit pas douteux, il serait peut-être
GCARDiA. Li Songe de Bernât Metgc 147
mieux de lire mcnar ou manejar. ii Mais manar et mcuar ne font qu'un ; les
Ciuianiacs de l'^oile libre ignorent-ils doue cet éetiange û usuel entre « et a
:ivaiii 00 jprÈs ricccni?— P. 144, lî, altts-^-s lurs crims e delicies ». A
■juoi bon un lit i La forme atUus est b. forme ancienne et très correcte du
pluriel tnasculio des mots terminas par J. Le pluriel « est celui qu'employait
l'auteur: ''' appartient 1 la Ungue du copiste. Ainsi â la p. 377, 11 nous
trouvons une autre fois le même mot è;rit altars, puis corrigé en lUttsos. —
P. 18), 1 ], u aigu de )□! amadors n. D'où la noie ; n Au lieu de lurs amadon.
• Encore un lapsus du copiste. A cette époque, l'influence espagnole ne se
• fiisail piS encore sentir, t M. Guardia dent à son idée sur la date de
"~ )fiuccue castillune. Pourtant, si le copiste conimci des lapsus de ce genre,
î preuve évidente qu'avjnt k fia du XV" sîtcle le catalan
nençut â s'altérer au contact de !a langue vcûsine ?
I traduction du Soian'i, très habilement faite, réjouira les amateurs de
, M. Guardia a pu tirer parti de ses aptitudes profession-
neDes et montrer qu'il sait tourner, comme on dit au collée. Mais l'habileté
ne suffit pas toujours, et nous en avons la preuve dans maint passage de la
1 et du commentaire qui l'accompagne. Citons quelques eiiemples.
e éftumère (p. 17) les opinions des anciens toticliant la nature de
■ E dix Nasitii quel cor, Empedocles la sanch... u Quel peut bien être
trc philosophe Nasica? M. Guardia n'a pas cherché longtemps :
, Encore un nom propre, probablement grec, altéré, n Eh non 1 ni
Bai altéti. Ce Nasica est simplement Scipion Nasica, et l'éditeur aurait,
■ iloute, compris la préseucc de ce nom dans le Somai. s'il était remonté â
« du passage : Twculaiiei, I, 9. u Qiild sit porro ipse animus, aut ubi.
it Dode, magna dissensio est. Aliis cor ipsum,
rtvrdts, (oncordaqtit dicuntur; et Nasic
s Hgrc^e ccrdatm homo Citus Aeli
nntnum cssc ccnset cordi suffusum sanguitiem,
pcui-ttre un mauvais texte sous les yeux, a
en prciMm Koûca pour un philosophe et en lui a
rime. Ce contre-sens, nous devons le respecter e
[p. 4;) il est encore question d'un philosopht
• de Siria, dix primcraraenl que les anim;
( oppinio segui Pittagoras, dexeble seu... » Par extraordinaire, M. Guacdia
manque cette fois d'assurance : « EMdes. Nom propre, estropié. Peut-être
• Phérécyde, philosophe, et l'un des premiers Grecs qui écrivirent en prose. »
Sus aucun doute, il s'agit de Phérécyde de Syros, maître de Pyihagore; le
copiste 3 laissé lonibcr la première syllabe. — P- 90, 14, u E noc Tecorda la
■ questio que diu Patrarcba en los Itemeys de cascuiu fortuua. » U lâllaii,
dus le texte Cl Ij traduction, souligner ces derniers mots qui sont le titre
d'un ouTragc de Pétrarque; De lematiis ulriHsquc forlunat. — P. 92, 3,
Tra-
videtut :
ille prudens, bis consul,
' Sextus u. Empedocles
9 etc. Metge, qui avait
:ommis un contre-scus
ribjani une opinion sur
l'expliquer. — Plus loin
Echides, fort entich philosofi
ipitemals. E aquesia
148 COMPTES-REKDUS
corria avec un des manuscrits de Barcelone et comprendre : étant malade
ou en temps d'épidémie, » etc., ce qui est un peu diffèrent. — P. 98, 5*
« falcons astors », traduit par « faucons de poing » et, à la p. 280, par « faucons
de chasse » . Mais astors n'est pas l'adjectif de fakons. Autour et faucon sont deux
espèces d'oiseaux que les naturalistes aussi bien que les chasseurs distinguent
soigneusement. — P. 161, 12, a Ladonchs ell se près a riura fort frescament
a puys posant me la una ma sobrel coll, dix : lo hochjau en îo las. 9 Le sens de
ce proverbe est : « le bouc est pris au lacet. » M. Guardia trouve cela trop
simple et imagine que hoch est pour ho^, sot : « voilà le sot pris au piège. »
il ne s'est pas souvenu d'un passage du CasUa-gilos de Ramon Vidal ;
Bels amicx cortes,
Araas don aiasi de bon grat
So c'avetz tostemps dezint,
Camors o vol c m'o acOTda,
E laissent lo boe en la corda
Estar sivab entro al jorn...
— P. 189, 5. La femme fait toutes sortes de reproches au mari : « No hîch ha
dona menys honrada que yo. Nom haveu treta de carrossa de roura, no... »
M. Guardia traduit : « Non, vous ne m'avez pas tirée d'un carrosse de chêne. »
J'avoue ne pas comprendre ce que Nient faire id ce carrosse. Peut-être
doit-on adopter la leçon d'un manuscrit de Barcelone : çocha de roura^m souche
de chêne », au lieu de carrossa y probablement fautif. Dans aucun cas, le sens
n'est clair. — P. 220, 2, « per veura quin enginy hauras en saber défendre ço
que has emperat (1. etnpres?) ». Empcrat ou emparât est fort bon; il n'y a rien
à changer. — P. 256, 4, « E finalment, per no tenir temps »... La traduc-
tion : « En somme, comme le temps manque..., » est bien lourde et peu
explicite. « Bref » rendrait toute l'idée. — P. 276, 4, « escamidors harants ».
Donc Jmrants serait un adjectif qualifiant escamidors. Mais Jmrant ne signifie
rien; il faut lire haraut, qui a le sens de pregoner, crieur public, id pitre ou
quelque chose d'approchant. Mais n'abusons pas de cet épluchage.
Sultan et non du Soudan, archaïsme qui pourrait donner lieu à une équivoque.
Voilà, en somme, ce que l'école libre oppose au « catalanisme ofHdel ».
Certes, je suis loin de méconnaître le mérite très grand de la traduction du
Somnij j'estime autant que personne les recherches érudites de M. Guardia
sur la chemise des Catalanes et je crois à sa pharmacie. Il nous combat sou-
vent : tant mieux ! Une telle concurrence, puisque concurrence il y a, est des
plus utiles ; elle pique au jeu et tire de leur torpeur les beati possidentes. Pour
ma part, j'en raffole; j'aurais seulement voulu, dans le cas présent, qu'elle
me fût plus profitable. Mais cette publication n'est qu'un début; attendons b
suite, qui sans doute ne se fera pas longtemps attendre. Le hardi découvreur
du rÎH Barber n'est pas homme à s'arrêter en chemin : il nous ménage certai-
nement pour l'avenir de non moins agréables surprises.
Alfred Morel-Fatio.
CHRONIQUE
M. le Marquis de Queux de Saint-Hilaire, bien connu par ses travaux sur
la Grèce moderne et sur la littérature française du xiv« siècle, est dcccidè le
29 novembre dernier, à Tâge de $2 ans. Homme du monde, artiste, doué
d'une instruction très étendue et d'une curiosité toujours en éveil, M. de
Saint-Hilaire avait abordé avec succès des études fort diverses. Sans être un
érudit de profession, il s'intéressait aux recherches de l'érudition et savait, au
besoin, y prendre part. Il a conté lui-même, dans une touchante notice sur
Paulin Paris, imprimée en tète du t. III des œuvres d'Eustache Deschamps,
comment le goût de la littérature du Moyen Age lui fut inspiré par les leçons
que P. Paris professait au Collège de France. Le résultat de ses études dans
cette direction fut l'édition du Liire des Cent ballades (Paris, 1868), auquel il
donna quelques années plus tard (Paris, 1874) un supplément motivé par
une découverte de L. Pannier qui a été exposée ici môme par son auteur
(Romaniay I, 367). Bientôt après, en 1870, il éditait, dans le Cabinet du
Bibliophik, le Traité d'Amphitryon et de Geta, traduit par Eustache Deschamps,
préludant ainsi à l'édition complète des œuvres de ce poète, qu'il devait
entreprendre plus tard pour la Société des anciens textes français. De cette
édition, dnq volumes ont paru de 1878 à 1887. Le sixième volume, en
grande partie imprimé, sera publié prochainement par les soins de M. G.
Ra3maud, qui terminera l'édition. Cette publication est la reproduction du ms.
B. N. 840, que l'on croyait être le recueil à peu près unique des œuvres de
Deschamps. Mais peu à peu des découvertes successives ont montré que les
poésies d'Eustache avaient été plus répandues que ce que l'on croyait. Outre
le ms. Ashbumham, décrit par M. de Saint-Hilaire en tête du t. II de
son édition », plusieurs recueils ont été signalés qui offrent de certaines pièces
un texte parfois meilleur que celui du ms. 840. M. É. Picot a fait connaître
les [rièces de Deschamps qui ont été insérées en divers ouvrages manuscrits ou
imprimés, notamment dans le Jardin de Plaisance (Roviània, XIV, 280-5).
Quelques feuillets manuscrits, acquis tout récemment par la Bibliothèque
nationale, fournissent également un bon texte de plusieurs pièces. Enfin un
I. Ce ms., frauduleusement enlevé à la Bibliothèque nationale, y a été
réim^ré récemment ; voy. Romania^ XVII, 331.
150 CHRONiaUE
ms. de Clermont-Fcrrand, décrit dans le Bulletin de la Société des anciens textes
pour 1889, renferme plusieurs ballades de Deschamps. M. de Saint- Hilaire a
mis partiellement en œuvre et se proposait d'utiliser pour Tavenir ces éléments
nouveaux sur lesquels son édition devait naturellement appeler l'attention. U
entrait dans son plan de joindre aux poésies de Deschamps un commentaire
historique, dont il avait donné un spécimen dans le premier volume, mais qu'il
ne poursuivit point dans les volumes suivants, reconnaissant que bien des infor-
tions nécessaires lui faisaient encore défaut. L'idée de ce commentaire n'est
pas abandonnée. Il formera, avec un glossaire et un index des noms, le com-
plément naturel de l'édition. — M. de Saint-Hilaire était un homme aimable
et doué de sentiments généreux. Son concours était assuré à toute entreprise
littéraire ou artistique véritablement utile. Peu de mois avant sa mort, il avait .
fait don à la Bibliothèque Nationale de quelques manuscrits qu'il avait acquis en
diverses occasions. Sa perte sera vivement ressentie par tous ceux qui, à
quelque titre que ce fût, se sont trouvés en rapport avec lui.
— M. Ernest Muret a été chargé, pour Tannée 1889-90, d'une conférence
de latin vulgaire à l'École pratique des Hautes Études.
— A la Pentecôte on célébrera, à Montpellier, l'anniversaire six fois sécu-
laire de la fondation de la célèbre université de cette ville. A cette occasion,
la Société des langues romanes a l'intention de provoquer b réunion à
Montpellier d'un congrès international de romanistes.
— La Société des anciens textes français a mis en distribution, à la fin de
décembre dernier, un volume d'une importance capitale pour l'histoire de la
littérature anglo-normande et pour celle des fables : les Contes moralises de
Nicole Bozon, frère mineur^ publiés pour la première fois d'après les
manuscrits de Londres et de Chcitcnham, par Lucy Toulmin Smith et Paul
Meyer. In-8«, Lxxiv-334 pages. La préface contient l'examen critique de
toutes les poésies qui peuvent être attribuées, les unes sûrement, les autres
avec vraisemblance, û Nicole Bozon, écrivain resté totalement inconnu jusqu'au
moment où la Romania (XIII, 497 et suiv.) l'a signalé pour la première fois.
Une des pièces de Bozon, De la honte des femmes (cf. Rom.^ XIII, 532), est
publiée pp. xxxiii-XLi. Le commentaire, qui occupe les pages 229 à 298, est
très riclie en rapprochements littéraires en grande partie empruntés d des
ouvrages inédits, tels que les sermons de Jacques de Vitri et d'Eude de
Chéri ton, le Ci mus dit^ etc.
— Dans lefourmil des Savtwts (aoùl 1889, p. 505-507), M. Hauréau, signa-
lant dans un sermon inédit de Philippe de Grève, chancelier de Paris
(i 218-1237), la mention d'un certain « Hyechardus », hérétique rémois,
jusqu'ici inconnu, y relève ce détail, qui a de l'intérêt pour l'histoire de la
Bible française : « II fut interdit par le concile de Reims de traduire en fran-
çais, comme on l'avait fait jusque-là, sicut hactcuuSy les livres de la sainte
Écriture. »
— Dans les caliiers de septembre, octobre et novembre du Journal des
Savants a paru un long compte rendu, par G. Paris, des Canti populari
CHRONiaUE I S I
pùvtonUsi de M. le corotii Nigo. Un liragt; à part en sera prochai iiemi;nl mis
en venic 1 b libruric ,E. Bouillon. Signalons également, dans les cahiers de
icpicfiibrc et octobre, un article de M. Btéal : Prtmiirts injliitnea de Rome sur
il irpbJi! girmaniqat , i propos du livre connu de M. Sophus Buggc.
— Sous ie nom i' Itaiitniiche BiHiothth, M. J. Ulrich a entrepris, chez
l'éditeur Rcngcr i Ldpdg, une collection de petits volumes à bon marchf ,
destinés aux itodîanls. dont nous ne pouvons mieux faire connaître le plan et
le carartite qu'en traduisant le commencement de k préface du premier
volume : ■ La BiHinlhigut italimm n'a pas pour objet de présenter de nou-
velles éditions de& chefs-d'œuvre de la littérature italienne i elle n'a pds
rjinibitlon d'amchcr il la poussière du Moyen Age des œuvres qui n'ont
(l'autn: attrait que celui de l'inédit. Elle s'adresse d'abord aux étudiants en
philologie roniaoe, ensuite â tous ceux qui se livrent à l'étude de h langue
de Danie autrement que dans des vues purement pratiques. Quand on lit le
premier volume dv TH'utoirt lilléraîrf de Gaspary, on regrette du ne pouvoir
se (aire, par quelques échantillons un peu étendus, une idée précise de beau-
coup des ouvraftes qui y sont mentionnés. La Bil'Iîoihéqm UaUtmu formera
une sorte de chrestonutbie en grandes proportions, qui répondra i. ce besoin.
Chaijue volume donoe des spécimens d'un genre littéraire déterminé pendant
une certaine période. L'Introduction donne sur le sujet du volume une
orîcDiation sommaire et renvoie le lecteur aux ouvrages où il peut se rensei-
gner plus complètement. Les notes ne sont pas nalurellemcnl destinées aux
commençaiiis, ce qui n'a pas empêché d'y admettre souvent des renseigne-
toents élémentaires, n — Le premier volume, intitulé Adlsrt }Joi'tlUn, con-
ticiK des extraits étendus des plus anciens recueils de contes profanes ou
dévo»; les notes sont très abondantes et souvent instructives. Les prochains
volnnies seront intitulés ; NouvrllisUs du xrv" siicU, In Commeiirrmml! de
Tifepii. tÈpopk au Kiy^ siick. Orlando ri Pu/ci, la Lyrique au Xiii' iiicle. ta
PoitU diâarli^ et ailirique aux xiu' tl xrv" sîklcs, U Drami aux xnie el
»\* tikia. la Prose aux xni* ft XW siècUi.
— A l'occasion ilu 70* anniversaire de sa naissance, M. Konrad Hoftnann,
professeur à Munich, a lefu. entre autres hommages de ses anciens élèves, un
rccodl comprenant vingt-six mémoires scienti tiques, a Ils s'étendent, dit le
Uitraturblall, sur les vastes domaines de b philologie germanique (moyen et
OOBWJa haui-allemand), romane (franjais ancien et modeme, espagnol ,
iu&co}, latine du Moyen Age, grecque du Moyen Age et onentale, ainsi que
de nùMoire de la civilisation et de l'art au Moyen Age. « Nous ferons
coniullrc plus «1 détail ce recueil à nos lecteurs.
— M. A, Rcstori, professeur au lycée de Crémone, a découvert dans k
Hbtiotliéque palatine de Parme deux importantes collections de pièces de
thétuc espagnoles : l'une se compose de comédies Je difntnia aiilorri, en
graode partie manuscrites, dont une notice détaillée paraîtra prochainement
dans les Sladi dî filoLigûi eotiuiina; l'autre est nue collection de comnlias de
Upi ie Vtf», CD quarantc-iepl volumes, dont dix-huit entièrement manus-
152 CHRONIQPE
crits et huit mélangés de pièces imprimées et manuscrites; plusieurs de ces
pièces manuscrites sont inédites, et quelques-unes > dans rofniiion de
M. Restori, sont autographes.
— La deuxième édition de la Littérature française au Moyen Age (zie-xiv« s.},
par G. Paris, édition revue, corrigée, augmentée et accompagnée d'an tableau
chronologique, paraîtra incessamment à la librairie Hachette.
— Nous donnerons dans notre prochain numéro des renseignements prfids
sur la constitution de la SocUté des parîers de France,
— La 2« partie du t. XXXm des Notices et Extraits des mamucrits de la
Bibliothèque mtiotuûe et autres bibliothèques est occupée par un travail considéraÙe
de M. Ernest Langloîs intitulé : Notices des manuscrits français et provençaux de
Rome antirieurs au xvie siècle^ et qui ne compte pas moins de 347 pages in-4.
Nous rendrons compte dans notre prochain cahier des deux parties de ce
t. XXXIII, dont la première comprend aussi plusieurs notices intéresantes
pour nos lecteurs.
— Livres annoncés sommairement :
Œuvres de Pierre Gouddin, collationnées sur les éditions originales ^ accompt^gnies
d'une étude biographique et bibliographique y de notes et d'un glossaire^ par le D'
J.-B. NouLET. Publiées sous les auspices du Conseil général de la Haute-
Garonne. Toulouse, E. Privât, 1887. In-8, Lvn-xx*-so7 pages. — Gouddin
est le plus classique des poètes patois du Midi. Les diverses éditions que ses
œuvres ont eues de son vivant et les réimpressions nombreuses, qui en ont
été faites après sa mort (1649) et jusqu'à notre époque, sont la preuve d*Qn
succès durable. La publication de M. le D^ Noulet, si instruit de tout ce
qui concerne la littérature toulousaine, l'emporte facilement sur les éditions
antérieures. Il y a dans le commentaire beaucoup de rapprochements inté-
rcs!iants, et les citations d'auteurs anciens ou modernes, faites par Goudelin,
qui était fort lettré, sont en général identifiées. Cependant on pouvait
espérer plus et mieux. L'étude biographique se compose de la réimpression
partielle de la lettre de Lafaille, qui se trouve dans toutes les éditions anté*
rieures. M. N. y a joint un utile commentaire, mais il y avait place pour
une étude nouvelle qui eût été à la fois biographique et littéraire. On ne
voit pas clairement comment le texte a été constitué. Ce qui est dit dans
Tavertissenient est assez vague. Le glossaire aurait rendu plus de services si
des renvois aux pages du texte y avaient été joints. La traduction y est
souvent peu précise et parfois en contradiction avec le commentaire; jûnsi
/vr ops signifie, selon la note de la p. 115, « par le menu », et, selon le
gloss.iire, u commodément, à l'aise, comme il est besoin, comme il
convient. »
//(Vije/>w du friWidis, par l'abbé J. Espag nulle. Paris, Delagrave, t. I, 1886;
t. Il, 1888; 1. 111, 1889. — « Le jour où l'on aura terminé le dépouillement
de notre vieille langue et de nos vieux patois, l'origine grecque du français
s'im|H)scra par son évidence aux esprits les plus prévenus. Ce jour-là l'on
CHRONiaUE ISÎ
s'^nneta qui: le xiiC' si^lt: ait pu invtnwr les langues néo-Utint;; et
aâirmur l'origine latine du français, n
Grammatik der romanischfH SpraclKii von Wilhelm Meïer-Lûbke, m. Profes-
Mir det romonischen Philologie .in der Uiilversiilii Jena. Ersier Battd -.
Laullthit. LeipEÎg, Fucs, 1890, in-S", XX, 564 p-iges. — Il est impossible
lie rendre compte dès inaintenant de cet ouvrage capital, qui marquera une
époque djn« l'histoire de l.t philologie romane. Bornons-nous à dire que ce
qui fait la grande nouveaulO du premier volume, c'est la constante prise
en coDsidéraiion, dans l'exposf de la phonétique romane, des parlers popu-
laires, laiss<ïs presque entièrement de cûtâ par Uic^ , ei que ce qui en fait le
latK RK-^riie, c'est la puissance d'esprit avec laquelle l'auteur sait dominer et
cflinbiiicr la tuasse énorme des faits qu'il a réunis. Beaucoup de points
tcnibtent.ii la première lecture, prêtera une discussion qui ne manquera pas
de se produire, et qui sera toujours fructueuse. L'ouvrage esldiMii^ i G. Paris
et A. Tobler, et est orni d'une belle épigraphe empruntée i G. Ascoli.
— En mùme temps que ce volume paraissait à la librairie Welier, ù Paris,
le premier demi-volume de la craducrion française, due â M. Rabiet.
A. Zekatti, Artigo Tata e i primirdi dcUa lirica italiana. Lucca, tip. Giusti,
1889. In-R», 41 p. (Extrait du l. XXV des Alli deUa R. Accadania Lwhest
ii icien^, Ltlltri ai Arli.) *- Arrigo Testa est un poète lyrique italien du
XOI' siècle, sur lequel on n'avait jusqu'à présent que des renseignements
assez incertains. M. A. Zcnatti Établit définitivement qu'il dut naitte à
Areoo dans les demiÈrcs année) du sn* siècle, qu'il fut podestat à Sienne
en 1219, peut-être i Lucques en 1J3S, puis i Parme en 1241, A Lacques
eu ia4î, à Parme encore une fois en 1147, époque où il fut tué dans
Da combat. L'importance très réelle de la dissertation de M. Z. ne réside
pas seulement dans ces faits, désormais acquis ; elle consiste aussi dans les
coasidéraiions, appuj-ées sur des documents, que M. Z., dans li première
partie de M disseitailon, présente sur les origines de la poésie lyrique
italienne. Ces considérations ont pour résultat final d'ébranler les idées
e dissertation élégante, dont nous avons
lUr les origines de l'école poétique sici-
t que M. Monaci a supposé à tort que
Pierre de la Vigne, Jacopo da Lentini et Jacopo Mostauo n'avaient pu se
tcncontivr et se connaître qu'à Bologne. Dé)i la Jimnania (XIV, 199) avait
dit des réserves sur cette partie du travail de M. Monaci. Ces trois poètes,
comme le prouvent les documents diplomatiques dtés par M. A. Zenatti,
appartenaient certainement i la cour sicilienne de Frédéric II. Jacopo
Mostai^o y occupait la fonction de fauconnier. En somme, par cette intéres-
sante dissertation, l'opinion traditionnelle, qui place le berceau de la poésie
lyrique italienne en Sicile, reprend le terrain qu'dlc avait un moment
émises piar M. Monaci dans 1
rendu compte {XIV, a97-}Oi),
licnne. -M. Z. montre
Dr
rtetnb Jiueiliiiione ju Arrigo Tiula r i pniaorJi drlla lirka ilaliaiu,
Nota del soào E. Monaci. Rome, 18S9 (Hittrait des Mém. de l'Acad, de
154 CHRONiaUE
Lincdy t. V, 2^ trimestre, pp. 59-76). — Dans cette dissertatioQ»
M. Monad, tout en reconnaissant la valeur des recherches de M. A.
Zenatti, dont nous venons de donner un résumé, sur Arrigo Testa
(auxquelles du reste il ajoute en passant quelques £ûts nouveaux), s'efforce
de réduire à sa plus modeste expression la portée des objections élevées
par ce savant contre sa théorie. M. Zenatti avsût cru comprendre que,
selon M. Monaci, c'est à Bologne qu'auraient retenti les premières onqwtf
italiennes. « Je ne vais pas si loin, » répond M. Monaci : « j*ai dit seale-
<c ment que Bologne se présenterait avant Païenne cocome le centre d'une
« société poétique. » Sans doute, à ne considérer que ce passage, il y a
une nuance, sinon une différence, mais M. Monad ne s'est pas toujours
exprimé avec cette réserve, et en un autre endroit de sa dissertatioa de 18S4
(p. 15 du tiré à part de la Nuova Antdogià)^ il dit que tous les £ûts
examinés portent logiquement « a localizzare iiior di Païenne e prcpria^
« mente in Bciogna gl' incunabuli délia nostra lirica italiana ». Si donc
M. Zenatti a exagéré Tidée vraie de M. Monad, c'est un peu la £uite de
celui-d, et nous remarquons que la Romania a exagéré dans le même sens,
en disant (XIV, 299) : ce M. Monad croit que c'est à Bologne, où étudia,
« entre 12 10 et 1220, le jeune Pierre de la Vigne, que se sont rencontrés
(c nos trois poètes, et que dtst là qiCil faut chercher les origines tant de la
« langue poétique que de la littérature italienne. » M. A. Zenatti établit,
par des documents datés de 1233 et de 1244, que Jacopoda Lentino et
Jacopo Mostazzo ou Mostacci étaient à la cour de Frédéric II. M. Monad
dit que ce fait ne contredit nullement l'opinion par lui émise que ces deux
personnages ont pu, entre 12 10 et 1220, se rencontrera Bologne avec ^erre
de la Vigne. Assurément il n'y a pas conn-adiction. Mais l'opinion de
M. Monaci, au sujet de cette rencontre à Bologne, est une pure supposi-
tion, et cette supposition cesse d'être nécessaire dès qu'il est établi que ces
trois poètes se sont rencontrés réellement à la cour de Frédéric. Si
M. Monaci veut restreindre l'opinion qu'il a jadis brillamment soutenue à
la valeur d'une pure hypothèse, nous lui en donnons acte. Mais le problème
de la poésie sicilienne n'est pas résolu.
Etude sur les participes basée sur Vhisloire de la langue, par G. Bastin. 3* édi«
tion. S. Pétersbourg, 1889. in-80, IV, 74 p. — Nous avons annoncé,
t. XVIII (p. 345) la deuxième édition de cet opuscule, qui reparaît cette fois
avec de nombreuses additions. L'auteur ne paraît pas avoir encore connu
notre remarque sur l'éclxtpper belle et autres locutions pareilles. Nous con-
testons absolument que le « peuple français » (p. 73) dise « la lettre que
j'ai écrit », et non « écrite », et nous ne reconnaissons pas aux grammai-
riens le droit de pousser les aiguilles de Thorloge du temps pour faire avan-
cer la langue, plus vite qu'elle ne le fait spontanément, dans la voie de
rinvariabilité du participe. En outre il ne nous paraît pas que, dans les
verbes pronominaux, le participe puisse être considéré comme s'accordant
avec le sujet. Dans les c1)oses qu'elle s'est dites, pour la consdence actuelle de
CHRONlaUE 15s
Il bngue, ille t'est iliUs ëquiv;iut à ille a ilîta à m, et le participe doit Être
trjîrt comme dans Iti clioifS qu'rUe m'a dites, c'est-à-dire s'accorder avec le
régimu et non ivcc le sujet. Miigré ces r^rves, l'étude de M, Bosiiti
mérite d'être recommandée, pour les nombreux exemples qu'elle contient
« les vues pcrsomidles qu'elle expose, à tous ccai qui slntiïresseat à U
Langue fTinçaûe.
F^mHûa, mnrfchgia t Ussico liMi ruca^ta d'esempiin anlkovenciiano... da Leone
DoSATi- Halle, 1889. in-S". îj (diss. de docteur). — Il s'agit des contes
publiés îd (t. XJn) par M. J. Ulrich. Le dépouillemenl est fait avec
milhode. et l'auteur, malgré quelques méprises, se montre bien préparé.
L'Afieur tl Us AmouTitix dans Us lais de Marie de Fra'we.,.. par Emii Sckiôtt.
Lund, 18H9, in-S°, 66 p. (disseriaiioti de docteur). — Ce petit mémoire,
toit en boa français, est intéressant; i'auieury fait preuve d'un goût judi-
cieux, et ses appréciations peuvent Être utilisées pour l'histoire des idées et
des sentiments au moyen âge.
DoTittllung des DialtclidfSim. Jahrh. iii dm Depiirlfiunts a Seine-Inflrieure und
Euri (^tiaiilt-NormandU) auf Grund von Urkunden, unter gleichîcitiger
Vergleichung mil dem hcutigcn Patois... von Emst Burgass, Halle. 1889,
in-*'. 8> p. (diss. de docteur).
CVArr die Vdkitprache da 13. Jalirhiiiiderls in Calvadia imd Orne mit Hiniurie-
huQgilet heute don gebrâucli lichen Patois... von Albert Kùpfers. Halle,
18S9, io-80, ) i p. — Celte dissertation et celle qui précÈde sont destinées
i se compléter ci li en compléter une troisième, de M. Eggert, sur la
langue de la Manche et des lies Normandes, que nous n'avons pas encore
vwe. Exécutées à l'aide de matériaux mis par M. Suchier â la disposition
des auteurs, et avec la méthode indiquée par lui, ces études, en se réunis-
sant, doivent former un tableau de l'histoire linguistique de la Normandie
euiiiére. Les deux que nous pouvons apprécier contiennent assurément des
dépouillements utiles, et çà et là ou reconnaît à quelque vue originale
renseignement du maiirc éminent qui les a inspirées. Mais, sans parler
d'erreurs de détail excusables chei des débutants, les matériaux dont
MM. Burgass et Kiippcrs disposaient étaient trop peu norabrcui et trop peu
sÛTî, tant pour la Ijngue du moyen âge que pour le patois moderne. On
remarquera néanmoins, surtout dans la thèse du premier, qui à tous égards
al supérieure, quelques faits intéressanis (notamment en c
U limîte ancienne et moderne du traitement a picard n et du 11
■ françiis m du r latin devant u).
TbiriHgvon Ringcltingen s « Meliuiiu u, fVilheltn Ziely's « OHvirr uttd Arliis »
m»d ( Videntin und Orsus a, und das Bernrr CUomada-Fragment mit ihrm
fntapsiKbfit Qutilm vergliclxti. Von Dr. Hans FrôUCHER. Solothum, 1889,
ta*', 11} p. — Le titre de cette dissertation en dit asseï ie sujet ; l'auteur
étudie avec conscience et discernement le rapport de quatre versions
allciiiaiiiles de romans (rancis, faites en Suisse au xv° et au xvi'' siècle,
avec leurs origiiuui. Les Iraducitons sont en somme fidèles, sauf quelques
1 , ■ «. -m.
r ■■ ■
156 CHRONIQ.UE
additions de pur ornement, un très petit nombre de suppressions, et çà et
là des contre-sens parfois singuliers.
Die Aussprache des frai^psischm e im Wortauslaut von Adolf Mende. Zurich,
1889, in-80, 128, p. (diss. de docteur). » M. Mende est l'auteur d'un
curieux et utile ouvrage sur la valeur actuelle de Ve féminin à Paris (voy.
Rom, IX, 495). Dans son nouveau travail, qui embrasse toute la langue fran-
çaise, mais seulement pour Ve féminin final, on trouve aussi de judideuses
observations sur la prononciation moderne ; la partie ancienne prête i de
nombreuses critiques. L'auteur fera bien, s'il continue à s'occuper du SDJet
intéressant auquel il parait avoir voué ses études, de se renfermer dans la
période linguistique qui s'ouvre avec le xvie siècle.
Francesco Novati. Ilframmenio Papafavaed i suoi rapporti colla poesia eroHco-
allegorica del secolo éUdmoter^o, Genova, 1889, in-80, 19 p. (extrait du
Giornak ligustico, t. XVI). — Il s'agit de la pièce souvent publiée soos le
titre mal approprié de Lamenta délia sposa podovana^ dont M. Lazzaiim a
récemment retrouvé l'original dans les archives de la fiaunille Papa£iva et
' donné une édition nouvelle dans le Propugnaiore (voy. Bom.^ XVm, p. 634).
A quelle composition appartenait ce fragment? M. Novati essaye de
montrer qu'il faisait partie d'un poème « érotico-allégorique » dans le goût
du Roman de la Rose; c'est aussi notre opinion. Seulement, pour .voir
dans ce poème malheureusement perdu (le fragment conservé montre du
talent chez l'auteur) « uno de' primi frutti di quell' ammirazione délia
quale era divenuto oggetto il Roman de la Rose », il faudnût le rajeunir sensi-
blement. Le notaire Alberto Trogno a écrit notre fragment au dos
d'un acte de 1277, et sans doute à cette même date : le poème est néces-
sairement plus ancien; or, c'est précisément aux alentours de 1277 que Jean
de Meun a écrit son fameux ouvrage, et il a bien fallu quelque temps pour
qu'il se répandit en Italie ; quant à l'œuvre de Guillaume de Lorris, elle
paraît être restée assez inconnue jusqu'à la continuation qui lui fut donnée,
et d'ailleurs elle n'offre pas, avec le poème italien tel que se le représente
M. N., les mêmes points de contact que celle de Jean de Meun. Mais dans
la littérature française et surtout provençale il existait dès lors plus d'un
ouvrage qui pouvait servir de modèle à un Pèlerinage d'amour (c'est le titre
qu'aurait porté le poème italien), et l'hypothèse soutenue par M. N., avec
beaucoup de finesse et de savoir, n'en reste pas moins fort probable dans
son essence. Notons que naturaly naturel y comme épithète élogieuse d'un
homme ou d'une femme, est fréquent dans l'ancienne poésie française, ce
qui rend superflue la correction proposée à la n. i de la p. 7.
Das Vcrhâltnisss von Christian^ s von Troyes « Erec und Enide » ;j;w dem Mabino-
gion des roten Buclxs von Hergcst « Geraint ah Erhin » von Karl
Othmer. Kôln, 1889, in-80, 70 p. (diss. de Bonn). — Dans cette étude,
faite avec beaucoup de soin, un clcvc de M. Fôrster applique à Erec la
méthode que son maître a employée pour prouver que le inahitMgi d*Owein
était traduit du Cavalier au Lion, J'aurai à revenir prochainement sur le
..•»».
157
songe aujour-
dtSmontrer plus
CHRONiaUE
iavanl édiieur de Chrélicn. M. Othmcr aurai
de prouver aussi longuement que Gtrainl ne saurait être i
nairemetit galloise ni la source de Chrétien : personne n
d'hui à soutenir une pareille thèse. 11 aur^i dû au conirair
Jairement qu'il ne me parait l'avoir fait que le poème français et le conte
gallois ne peuvent remonter lous deux indépendiimment à une Wurce Tran-
(aise amêrieure. — G. P.
t^ Slammhaum lUr allfniti^àsischeii uiul aUnordhchcn VcberUfJerungeii lUs
''aHdilkJa und der ff-'erl der Oxjorder Haiidsclirift. Von Franz ScHOLLB.
i. Gaertncr. 1889, in-4'>, 24 p. (programme du Renlgriiuiadim Falk). ]
f Cette disserurion, que sut6i à recommander le nom de l'auieur, o
prend csscntiellemeni deux parties. Dans la. première, M. Sch. essaye de M
montrer que k tableau généalogique des mss. du Roland dressé |
M. Fossbender (voy. Remania, XVI, 625) soulève, comme tous ceux qu'on ' '
ail dresser d'ailleurs, des objections insurmontables. Dans la seconde,
dierche à établir que toutes ou à peu près toutes les laisses qui ne se
Cuvent que dans les mss. ou versions autres que O doivent être regardées
e des additions posi^eures. Il est Imposable de porter après utiu
gjile lecture un jugement sur cette étude très serrée ; il faudra ccnaitie-
Bdi en tenir grand compte désormais dans la critique du célèbre poËme.
( ïDf Jraniôsisdicn Laut- mid FormtnUhrc nach den Diclitungcn des
,e de Machaut, Eustache Deschanips und der Christine de Pisan. I.
r Vocalismus. Von Rudolf AtJsT. Breslau. [1889 '], in-S", 41 p. — Bien
m exempte d'erreurs, cette disscruiion (dont la suite, Coiisonanlispic et
I, paraîtra dans VArchiv de Herrig), est vraiment une utile contribu-
D i lliïstoire de la langue française. La langue du xiv< siècle a été peu
étudiée jusqu'ici, et elle présente une foule de questions difficiles dont M, A,
I cettainement éclairci qudques-unes. Notons que la forme trmvii
11) existe à câié de travail dès l'origine de la langue et n'autorise pas
f conclusions pour les autres mois en ail. L'étymologie assignée ù jtler
\ t6), jectare tiré d'ejectare, n'explique pas plus que jactare la forme
aejaise (sans parler des autres) ; 00 devrait avoir jeïlicr (puis joitier foiler),
«M pour jectat gîu si 1'^ est bref, jàte joite s'il est long ; c'est la disparition
complète du c qui est inexpliquée jusqu'à présent. Je doute que les mss. du
Fotr Dit et de la Prise 4" AUxaudri; présentent les formes puei'eiU, peuvent,
pouivis. pouvoir, àaaaées par leséditions(p. j8). — Notons, dans les Tlxien,
la première, ainsi conçue ; « Die altfr. Redensart m garder l'heure hcbst n ïur
■ Siunde nicht ansehen (aus Furcht, etwas Schreckliches ta erbticken) >i und
VjRi sa za der Bedeuiung ic fîirchten ». Die von Perle {Zeilschr., II, 9) und
ftichof {Der Corijunctiv bei Chreslitn, p. 87) gegebenen Erklàrungen sind
i. Cette brochure, chose assez curieuse, ne porte en réalité
ittt que celle du 9 avril, jour de la soutenance de la thèse ; li
ïmiit a été omise.
158 CHRONIQJLJE
unzutrefFend. » Si nous comprenons bien M. A., il entend que ne garder
Veure signifie « ne pas oser regarder à l'horloge » ; cela est peut-être un peu
moderne, et nous rappelle une tragédie où Vercingétorix s'écrie en mourant :
« Elle sonnera, l'heure de la vengeance ! »
Robert von Blois sàmmtliche ÏVerke, Zum ersten Maie herausgegeben von Dr.
Jacob Ulrich. Band I. Beaudous nach der einzigen Handschrift der
Pariser Nationalbibliothek herausgegeben. Berlin, Mayerund Mûller, 1889,
in-8. 136 p. — Nous aurons Toccasion de revenir sur cette édition quand
M. Ulrich aura terminé la publication complète qu'il nous promet, et dont
il s'occupe depuis longtemps, des oeuvres de Robert de Blois '.
Aiicassin und Nicolete neu nach der Handschrift mit Paradigmen und Glossar
von Hcrmann Suchier. Drith Auflage. Paderbom, Schôningb, in-8,
X-120 p. — Cet excellent et charmant volume trouve, comme on le voit,
le succès qu'il mérite, à tous égards. M. Suchier Ta encore amélioré dans
cette troisième édition, et il a certainement raison de penser que le texte
est maintenant « bien près de sa forme définitive ». Le commentaire est
aussi revu et augmenté. A la savante explication magique et fdk-îorique des
paroles, si malheureusement mutilées dans le ms., qu'Aucassin, couché sur
le dos, adresse à VestoiUte qu'il voit briller à travers le feuillage et les fleurs,
beaucoup de lecteurs préféreront sans doute avec nous l'interprétation
simple et naturelle dans laquelle ce morceau garde toute fraîche sa déli-
cieuse poésie.
Pljysiologiis i to islandsh hearhejdelscr . Udgivet med indledning og oplysnîngen
af Verner Dahlerup. Mcd et litograferet facsimile. Copenhague, Tiele,
1889, in-8 de 92 p. — Le Physioh^iis fut traduit en Islande dès le xn» siècle;
on conserve des fragments de deux versions différentes. M. Dahlerup les a
publiés ainsi que les curieux dessins qui les accompagnent; son introduc-
tion est bien faite et instructive même après le livre spécial de M. Lauchcrt,
que d'ailleurs l'auteur danois n'avait pu encore utiliser.
Ud>er die suhjeklivcn JVcudungen in den aJtfran:;^àsisclj€n KarJstpeUy mit beson-
derer Berùcksichtigung der verschiedenen Vcrsionen des altfr. Rolandslieds.
Von Df Phil. Rudolf Bauer, Frankfurt a. M., Schauenburg, 1889, in-8,
124 p. (diss. de Hcidclberg). — La valeur de cette dissertation est surtout
dans la première partie, qui concerne la Chanson de Roland; la seconde
partie, consacrée aux autres poèmes , est trop incomplète de toutes façons.
Elle sert cependant à appuyer la première, en montrant que les « tournures
subjectives », c'est-à-dire les apparitions du poète (ou du remanieur, ou du
jongleur) dans les chansons de geste, vont croissant sans arrêt, avec le
temps, en nombre et en importance. C'est ce que fait voir déjà, avec un
I. Signalons une élégante petite plaquette dans laquelle M. Ulrich, pour
le jour de l'an 1890, a iniprinié une traduction en vers allemands du petit
traité d'amour de Robert de Blois, mal ù projx)s confondu, dans l'édition
de Mcon, d\{ic le Chihtoinncnt des danus.
CHRONIQUE IS9
l'itudc de ces tournures danf; les différenies versions du
lUtuti, ttude d'où il nisulie une fois de plus que la reddition du nis,
d'Oxford est plus ancienne que loutcs les luirts, et que l'épisode de
BdligiDi, quoique de tris bonne heure incorporé ju poème, est étranger i
M forme primitive,
Dt niudt dit paloi! Jii Haul-DaupliM, par l'abbé A. Devaltc, profes-
»eur aux Facultés catholiques de Lyon. Grenoble. Allier, 1883, in-8,
61 p. — Dans cette lecture faite i l'Académie Delphioale, l'iuieur
indique les travaux faits jusqu'à présent sur les patois dont il ï'jgit,
cl trace i grands traits le plan de l'ouvrage considérable qu'il se propose
de leur ainsacrer. Tout est intéressant, judicieux et instructif dans
cette sobre Cl élégante esquisse, qui fait concevoir la meilleure opinion du
t^leau dont elle est le prélude. — M. D. a raison de din; que les patois
peuvent souvent édaircîr l'étymologïc des mots français; mais il ne faut
pis toujoufs s'y Ber aveuglément. « On ne peut plus douter, dit-il
(p. 49), de l'étymologie du mot abri, quand on le trouve traduit par ouri,
lEn, c^lti et avri; évidemment, c'est le latin aprkui. n Q.ue!le que soie
l'explication des macs dauphinois, ils ne sauraient jamais prouver que pr
nitervocil en français b donné l-r et non vr (cf. avril) ; abri est sans doute
le subsi. verbal d'abrîrr, qui ne peut guère être qu'un mot composé avec a.
GfubiebU dtr fran-^ôtisclicn bJatioaaIlilitralur von ihrent An&nge tris auf die
neucsie Zeit, von Fi. Kreyssig. Sechsie vermehrtc Auâage in nvei Bândvn,
gànilich umgcartiejtet von Dr, Adolf Kressner und Prof. Dr. Joseph
Sabju3jn.II. Band. Berlin, Nicolai, 1889, in-8, vi-402p. — Vov. towirnin,
x\'m. jso.
Sùidia ^u dm milUlatUrlichen ManettUgt'iden. a.l.Von Adolf MussAFIA. Wien,
Tcmpsky, 1889. in-8, 66 p. — Voy. Rom., XVII, 333.
foi in Jer Sprache dtr Troubadours, nebst Bemerkungen ûber jai, jota, und
puiy. Von F. Settegast. Leipiig, 1889, in-8, j8 p. (extrait des Mémoirts
dt k SkUU royale iaxanm du sciencfs, séance du 10 juillet). — L'auteur
détache d'un grand travail sur tous les mots des langues romanes exprimant
U joie et les idées qui s'en rapprochent le chapitre qui concerne les
représentants de gaudium en provençal. Le développement très particu-
Un de scr.s que le mot joi, notamment, a reçu dans U langue convention-
Qclle des troubadours est étudié ici de fort prËs, â l'aide d'un grand
nomtTC d'exemples, et finement analysé. Le mémoire se termine par
quelques réflexions sur la forme des quatre mots en question : l'auteur ne
m'a point amené à ses conclusions. La seule forme vraiment méridionale
de gaudium est foii; ou jaug ; jai (ou gai) peut i la rigueur se concilier
avec k phonétique provençale, mais joi y est réfractaire, et l'explication de
U. S. ne satisfait pas. Dîcz a émis l'hypothèse que/01 était un emprunt au
français; M. S. la rejette absolument : i" parce qu'il est invraisemblable
qu'un mot qui joue un si grand râle dans la lyrique courtoise, création des
PtovcDçanx et non des Français, ait été emprunté par les premiers aux
1 60 CHRONIQUE
seconds ; 2° parce qu'on ne voit pas pourquoi la langue provençale aurait
changé le genre du fr. joie. Mais le masc. joi existe en français; il se trouve
employé uniquement dans des textes ou poitevins ou voisins du Midi ' ;
dès lors la présence de ce mot dans la langue technique des troubadours
jette peut-être un jour précieux sur l'origine de leur poésie. Le plus ancien
troubadour est Guillaume, comte de Poitiers, et si les chansons provençales
ont été dans le nord appelées des sons poitevins, c'est peut-être parce que
les plus anciennes pièces de ce genre étaient réellement poitevines. Ce n'est
pas ici le lieu de développer cette idée ; j'ai voulu seulement l'indiquer en
voyant M. S. essayer de lui enlever inconsciemment ce qui m'avait semblé
et me semble encore pouvoir en être un des points d'appui. — G. P.
Egkrts von Luttich Fecunda Ratis. Zum ersten Mal herausgegebcn, auf ihre
Quellen zurùckgcfûhrt und erkliirt von Ernst Voigt. Halle, Niemeyer,
1889, in-8. LXVi-273 pages. — Cette publication (dédiée àE. Dùmmler et
G. Paris) d'un poème latin de la fin du x<= sièèle est de la plus haute impor-
tance pour l'histoire des fables ésopiques et surtout des proverbes. Ou
retrouve dans l'introduction et dans les notes la science, la critique et la
pénétration qui ont valu tant d'estime aux précédents travaux de M. Voigt.
Chants populaires des Roumains de Serbie, publiés par M. Emile Picot. Paris,
Leroux, 1889, gr. in-8, 76 p. — Les Roumains de Serbie sont presque
inconnus; les chants imprimés ici sont à peu près les seuls documents
qu'on ait encore publics sur eux. Parmi ces chants, les plus intéressants
sont ceux qui concernent les exploits du « bôlùkbasi » (colonel) Stojan
contre les Turcs, et sa pendaison finale; ils remontent à la fin du
xviiF siècle, et prouvent par conséquent que les Roumains qui les ont pro-
duits étaient dcjù à cette époque étabHs en Serbie ; ils y sont d'ailleurs venus
de la Pctitc-Valachie. Traduction, notes, courte introduction, index des
noms propres, petit glossaire, M Picot a joint à sa publication tout ce qui
pouvait l'éclaircir.
Varia Pn\i'uialia. Textes provençaux en majeure partie inédits, publiés et
annotés par Camille Charaneau. Paris, Maisonneuve, 1889, in-8, 96 p.
— l'-xtrait de la Kcmc Jù< lani'ncs romanes.
i. Av n'cNt IMS d.ins le dictionnaire de M. Godefroy; il se trouve, à ma
ciMin.iiss.mcc. dans le wmun de 77v/v.c, actuellement sous presse, dsois Jou/roi
\^\. \ ;S0. cl d.ins la Ici^cnde de Théophile, publiée par Bartsch (L. et Htt.fr.,
|iH\o et i;o..vO.
Lr />;.\V;V;.;/n-c.>d«/, E. BOUILLON.
M.;v>'-. ::v:-..:;;v::. I-cv-t..: îrcrvS.
à
I CODICI FRANCESI DE' GONZAGA
SECONDO NUOVI DOCUMENTI
L'intéresse, del quale fu fatta segno la pubblicazione dell'
Inventario de' manoscritti francesi che arricchivano sui primi del
sec. XV la biblioteca de' Gonzaga^, mi è pegno sicuro che non
tomeranno meno graditi agli studiosi i documenti relativi a
quella preziosa collezione che io traggo adesso dagli archivi
mantovani^. Parecchi infatti, e non spregevoli, sono i risultati
che questo esame ci ripromette; poichè non soltanto mercè
loro noi potremo rettificare le inesatte opinioni messe innanzi
dal BragÛrolli intorno al tempo ed al modo in cui la raccolta si
venne formando; ma conseguiremo altresi maggior copia di
notizie sopra taluni codici che Tlnventario del 1407 descriveva
in maniera troppo incompiuta o aveva del tutto dimenticati. Noi
giungeremo inoltre a conoscere in quali condizioni la raccolta
medesima si trovasse un secolo innanzi alla sua deplorevole
dispersione ; ne sarà infine a tacere che dal complesso de' nuovi
materiali che metteremo alla luce risulterà sempre più chiaro ed
évidente corne suUo scorcio del trecento la cultura letteraria
deir alta società italiana fosse ancora quasi completamente
francese.
1. Romania, IX, 1880, p. 497 e sgg.
2. E, per essere più esâtti, dalle filze délia corrispondenza man-
tenuu dai Gonzaga nel sec. xrv coi principi italiani e stranieri, i proprî
ambasdatori ed incaricati d*affarî ed, in générale, con quanti in qualche
marnera parteciparono aile faccende del tempo. Neir esplorazione di questo
carteggio, pur troppo frammentario, mi è stato di efficacissimo aiuto un
amico impareggiabile, che dall' archivio mantovano ha tratto e trae inces-
santemente documenti preziosi per la storia delF arte e del pensiero italiano
Dd lisorgîmento, Alessandro Luzio.
lia, XIX. 1 1
jV
162 F. NOVATl
I.
La notevole prevalenza numerica de* manoscritti francesi sugli
italiani che formavano parte della libreria di Francesco Gonzaga,
prevalenza ben naturaie agli occhi di chi conosca un po' dawi-
cino le vicende della letteratura francese fra di noi, era sem-
brata invece troppo strana al Braghirolli perché non si dovesse
ricercame in qualche peculiar fatto la causa. E questo fatto parve
a lui poterlo additare in uno de' più notevoli episodl della vita
di Francesco; il soggiomo cioè che ei fece per più mesi a Parigi
quando il G)nte di Virtù voile che dalla sua mano Lodovico
d'Orléans ricevesse in isposa Valentina Visconti. Nelle lettere
che il Gonzaga venue allora scrivendo ai reggitori di Man-
tova, egli parla sovente degli acquisti a cui attendeva di
« cose belle, non solo onorevoli, ma anche udli' ». Ora, si
é domandato il Braghirolli, quali cose più belle, più onorevoli,
più utiU de' libri ? Fra le sue compère adunque Francesco avrà
fatto, naturalmente, parte assai larga anche ai libri ; e quesd, se
comprati in Francia, saranno stati, ben s'intende, scritti in
francese !
U ragionamento é forse un po' ingenuo; ma cià non toglie
che da esso sia partito il bravo Braghirolli per condudere che
buona parte de' manoscritti francesi, i quali del 1407 si trovavano
riuniti nelle scansie della biblioteca mantovana, e soprattutto
quelli di contenuto storico o cavalleresco, dovettero essere messi
insieme da Francesco nel suo viaggio oltremonti.
I documenti da me rinvenuti fanno crollare l'edificio archi-
tettato dal buon canonico mantovano. Essi mostrano infatti
come troppi fra i codici registrati nel catalogo del 1407 esis-
tessero da tempo ben anteriore presso i Gonzaga^ perché si possa
credere probabile che i più non vi abbiano trovato ricetto se non
ai giomi di Francesco. E del resto a conclusioni siflàtte era
agevole venire anche senza conoscere codesti nuovi materiali;
poichè dire, come ha fatto il Braghirolli, che l'Inventario da lui
pubblicato è il « primo » documento che valga a confermare la
iode data ai Gonzaga di avère « ail' epoca del Rinasdmento »
I. Rom, y 1. c, p. 498.
I CODICI FRANCESI De' GÛNZAGA I63
iontriboito, col niettere insieme una sceha bîblioteca, ali' încre-
mento degli studî ', è affermar cosa non soltanto erronea, ma
Ingiusia.
Ingiusta dico, perchi non è lecîto ad alcuno, e meno chemai
ad un erudito mantovano, togliere con tanta dismvoltura ail'
ivo ed ai padre di Francesco iin vanto, al quale hanno dritto
pianissimo di pariecipare. La predilezione di Giiido Gonzaga
per gli studi letterari, la sua passione per la poesia, che parve
dcgna di bîasimo. perchi: eccessiva, allo storico della sua casa=,
sono, Ira aliro, attestate dalla saida e sincera amicizia che lo
sirinse al Petrarca, il nome dcl qualc ci rîtorneri ben di fréquente
soito la penna net corso di qucsie ricerche*. Ed il Petrarca
:ippunlo ci c' testimone autorevolissimo dell' avidîti con cui ii
Gonzaga andava in traccia non solo dclle opère degli scrittou
antichi, ma délie produzioni poeiiciie délie letterature volgari.
Uoa sua ben nota epistola metrica non ha infatri altro scopo se
noa qucllo di presentare al signore di Mantova nel Roman de la
&W il più squisito frutto di quella poesia di Francia, che egli si
mostrava tante bramoso di gustare :
vulgaria enim ei peregrina pctcnti
Nil maius potuisse dari, nisi fotlitur omnis
Gallia Pariseosque capui, mihi crede valequc <-
Ne dalle orme paterne (strana anche questa dimenticaiiza
del BraghiroUi !) si era allontanato Lodovico. Ei pure, a quanto
dicono, ebbe consigliere il Petrarca nella scella de' libri desti-
natî ad ornare la domestica bibliotcca; anzi vuole la tradizione
ciic di tssa rendesse libcro, con esenipio unico a que' tempi.
I. IbùS.. p. 497.
I. OHjdibalur carminum ac iiterarum sUidium plus quam Principi âtceat. El
« "i^ti, jtiûd cunt aetale impilui iUe frigtat, urvaveril tamen in txlreoaim Poê'
Ika vùKitatrm. Ntqm lamm cura eral, scd subilus coitatus, qui multo ante cum
alon tliaiguerut. ViUu txirtmo, cura deltgaUt, poflaruin iocis levari volcbal; quia
ifiajaligiibaHt... A. PossevtNi, Gonzaga, lib. iv, p. 380, Maniuae, Osanna,
MaoQtvni.
î- F<smU„ Sb. m, ep. 11. Cfr, Tiraboschi, 5/. dilla Ltll. II.. Milano,
Omâd, 18I}, t. V, p. $4 ; LriTA, Fam. cel. ital., Gon7.aga di Mantova, t. II.
4. Fr. Pttr.Poem. tnin., Mîlano. Classiei, 1831, t. Il, p. 34}, up. rv.
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rULZj^ssrrTZ. Lr:. î F. P. rcC.--. t. V. r. ^-^ e sçg.
2. Dilli ziLt'rr.zû. rixr-rti IiZcti iili rr«rît 4e' Gcaiaga office belT
hi.iiz:': -ni ltr:iri i: C;'.-rc:r Sul-ti::. iz r^ 5^rç!i:ci £1 sifDor £ Siantova
2 firz'i srtr se fri i rrcr.r<i cvrcici ;1-' c rcssi-i* s tncvîao per A%% t mma
le S'aère d'Er^: : i: iIjuz ilr-j fri : r!- i=6r:: i=:oci latxm. Skœme
coitsu lettCTÂ :us cicîd i:-it li :j.>e il Riôacc: ^L. C. P. Ss«. -^., P. II,
XVÎ. p. 7.5) e îniL-iiiiii ~:l:c cr::ci5anc::e ^"^v ACxsiwiv, ood fl
T:?-»acv:H: (o. c. p. :7c ) 1î s::—: iin^Oi 1 .- Luigi Goociga o Guîdo di lui
;r!:r^ogerii:o ». In rcilù cssi è stit:: in-.-iJLU i Frincesco, e nos primi dd 1395,
corne ho deno aln-ovc (5:irJ. i^JT /::. Su-r. /:j.'.. n. 4. iSSS, p. 102).
I CODICl FRANCESI DE* GONZAGA 1^5
Ê quesia la lenera piii anrica per data in cui sia questione di
codici francesi che io abbia nnvemita nell' archivîo Gonzaga',
I due libri pero de' quali si fa in essa ricordo ci erano già notî
per altra via; chi il liber Guilehm Horenglx i: certamente da
idenrifîcare col Guileïmus de Orenga registrato nell' Inveniario
del 1407, ed il liber Meliadus non puô esser'altro da! Meliadtisius
ivi registrato', cîoè a dire un codice contenente la prima parte
del Palamedes, il farragjnoso romanzo attribuito ad Elia de
Borron '.
Riconosciuti cosi i manoscritti, che Manfredino della Rosa
bramava aver presto fra niani per alleviare con piacevoli lettnrc
i tediosi ozl del suo casteUo, rivolgiamo un istante la nostra
attenzione, prima di procéder più innanzi, sopra codesti due
corrispondenti del Gonzaga. « Gentilotri signori di castella et
di omini, » corne !i avrebbe chiamati il Sercambi, cosi Manfre-
dino qiianio Giberto lianno rappresentata una parte iroppo
importante in mezzo ai loro contcmporaneî perchi la storia ne
abbia dimenticati i nomi; ma non è per verità l'atnore aile
lettere che li raccomandô sin qui alla memoria de' poster!.
Sdegnosi di soggezione, sempre ia guerra coi vtcini, sgomento
1 . Archivîo Sior. Mjtitov. E, XXXV, [ (D'ora in poi per brcvità ndl' indi-
cazione délie segnaiure mi varrù délie sigle « A. S. Ma. a) La lettera manca
della data d'jiiiio, ma si trova perà da' vecchi aichivîjti callocata fra quelle
del 1366; ora le antiche ubicazioni, rispetlatc anche nci recenti riordina-
menti dell' archivîo, sono qussi sempre aciendibïti. Anceriote a questa di
Manfredino ë una Ictiera scritta I' 1 1 lebbraio dell' anno medesimo a Francesco
c Lodovico da Giovanni di Ricdardo Manfredi (A. S. M;t. E. XXX, j) colla
qualc li assîcura cbc rinvieri tosio i due lîbri prestatigli. Ma siccome di codesti
libri non son in essa iadicati né i tiioli ne il concenuto, cosi non ne sbbiamo
potuto tener conto.
2, Rpm., p. 51J, a. 4i (FmUon deCandie) c □. î3, p. Sio.
î- Riportando Vimipil del Meliadiisius, corne è dato nell' Inventario {A
etlui que ma prtsU scn e ingen) i doiti annotatori soggiungono : u Ce ms.
Mnibie plutôt avoir contenu Guiroa le Courlois, dont les premiers mots (p. ex.
Bibl. N. fr. }}8) sont ; A Dieu qui nia donné pooîr tl engUn. o A confemia
di lal plausibilissima congettura si puà forse ricordare corne il dtolo dl
Rnamans de Meliadus, Ih-rt du roy Meliadus, si trovi in certi mss. attribuito alla
grande compilazione di Rusticiano da Pisa suUa Tavola Roionda. Cfr. P. Paris,
Us IMS. franc., t. Il, p. ÎS9 c III, p. 58; A. Bartoli, 5(. delh Ltlt. liai.,
'. m, p. 22 e ^; G. Paris, Manuel, 1, § 6j.
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I CODICI FRANCESi DE* GONZAGA 167
a faceva interprète det desiderio del suo signore n pro habcndo
amtHûdato illum Titilivium in linguafrancigcna, ut iptendam suum
arrigert posset et li aliquid dificeret, facerd exempîariK Lieti di
&r cosa grata al potente amico, ecco come, quattro giorni dopo,
rispondevano i due fratelli :
Magailîire ftaier nosier carissime. Vcstre fraternîtatis literas recepimus, per
quas nos icquiritis quod Titilivium quem habemus in lingua francîgeaa
vobis pljcc4l dcsiinare pro correlta 6enda ta quodain qucm corniptim creditis
I. A- S. Ma. E. XL VI, 2. Anche questa letter^i non ha alura data che
qudU del mcsc c dcl giomo ; ma non si pu6 rimaaere ineerii sul tempo a
(ui apparticne, quando si rifietia che il ms. fararaato dal Carrarese era nelle
suc muii oel i}?!. e che nell' eMate dd '69 Prancesco Gonzaga aveva gii
nggiunio nd sepolcra il fmcdlo Ugolino, da lui iruddato sette anni innanzi
(ved. Gauata, Chron., c. 90; Platina, Hisi. Muni., i. III, in Mufatori,
Jt. I. S., XX, c. 748, ta.) Corse allora pubUica fama che Lodovico l'avesse
spcnio di veleno per rcgiur solo; nt ci sarebbe da stupime, giacchè la reggia
tnjniovaiu parvc allora cramui.ita in quella d'Argo o di Tebe. Lodovico
»cs$o visse dd resio fra inceisaiiti paure; più e piii volte Ft'ltrino, suo zio,
Kd t cuginî , cul i'usuqiaziDae di Reggio aveva predusa la via al dominio di
MontOva, teniaroDodi ucciderlo; ni3 le insidie furoD sempre scopene e pnnîlc
Se prcstassimo fede al Colle {Sloria dello Studio di Pad., v. II, p. 144 e
sgg.)> dal quale A. Pezzana attinse tune le notizie di cui si giovù per rimpin-
gaiTc il magnssimo cenno che l'ÂFFâ aveva daio di Baitolomeo de' Piacentini
(.Uon. «fcph" xrill. e letUr. farmig., Parma, 1789, I. II, p. 65, e l. VI, P. II,
p. 104 e %gO< costui avrcbbe cessato di vivere nd 1369 in Padova, dove
aveva vissuto a lungo, or coprendo una cattcdra nello Studio, ora abbando-
lundoLt per dedicarsi tuito ai gravi ncgoii che Francesco il vecchio soleva
tSdargli. Ma il Colle ha preso, non sa corne, un grosso grandiio; chè il
Piaccclinï non solo era vivo e verde del 1 37 1 , come ce ne dâ lestimonianza
U li-tten qui pubblicata, ma continua ad aver parte negli affari di Lombardia
(w Irent' anni ancoral Infatti, abbandonato poco dopo il 1^73 il servigio de'
Carrarea (che nella primavera di quest' anno d fosse ancora a Padova risulu
di UD pasïD di G. Gattari, In. Pad. in Muhatori, R. !. S., XVII, c. 173),
(glî pusava a qodlo di Galeazzo Visconti, il qtiale non tarda ad incaricarlo
dunpaïUDti af&ri e lo manda dcl 137e a Gcnova arobasdatore al pontefice
{GmUKt, Mem. sptil. alla sloria dclla Cilla t Camp, dt Mîlaiio, Milano, 1856,
*. V, p. $91); del '79 a stipulât la trcgua fralui ed i marchesi di Motilerrato
(GlUUMi, o. c, I. c, p. 611) e ddl" '80 a Venezia a traitarvi un' alleania
am()uelURepubblica(GiuLiNi, l'fiii., p. 616). Otto anni dopo (CrrrADELLA,
Sloria ddli Dont. Carrar. in Padova, v. II, p. 1 35) egli conlinuava ad occupar
aae prcsso lo stesso conte di Virtù l'uCQdo di vicarîo.
..s
l68 F. NOVATI
vos habere, ad quarum contmentîam respondentes didmas quod vestfe fia-
ternitads requisitionibus annuere capientes ipsum Titilivium vobb per
cavalderum nostnim mittimus preseodom portitoreni, qoem teœre plaœat
pio vestre lîbito voluntatis, disposid semper ad makin qociibet grxta ¥obis.
Dat. Mantue, z Jan.
Lodovicus et \ ^ ri,«««i.«
fn . , > txatrcs oc ijonzacna.
Frandschus ) ^
(a tP). _^
MagDÎfico et potentî dôo dôo Frandscho de Cararia Padue etc. fintri nro
carissimo'.
Del codice^ inviato a Padova, non si fa menzione nell' Inven-
tario del 1407 ; dovremo noi dunque condudere cbe esso non
fosse più restituito ai suoi l^ttimi possessori ? Sarebbe questa
una deduzione troppo afirettata, perche una lettera dd mede-
simo Piacentini, scritta il 28 Marzo 1371 a Lodovîco Gonzaga,
d dimostra corne costui, dopo aver atteso per lo meno an anno
la restituzione del manoscritto, si fosse deciso a richiederio.
Neppur in questo modo perô gli riusci di ottenere qualcosa di
meglio délia semplice promessa di un soUecito rinvio :
Mitto dominadoni vestre librum Remelliadosii per latorem presen-
dum. Titilivium autem non mitto, quia nondum est ezpletus, quem coin
f ueiit ezpletus mittam vobis '.
Or quale versione délie deche liviane avrà contenuto il cod.
gonzaghesco? Non credo che si possa rimanere troppo incerti
nella risposta : secondo ogni probabilità Topera celebratissima
di quel benedettino, che fu il primo traduttore francese di Tito
Livio, Pietro Bersuire. La versione che costui intraprese ddlo
storico padovano, per ordine di re Giovanni del quale era
segretario, dovette, se prestiam fede al suo récente e dotto
biografo, esser stata condotta a compimento nel 1355, al più
tardi 3 ; niuna meraviglia adunque che alquanti anni dopo essa
avesse già varcate le Âlpi. E chi sa del resto che il libre dd
Bersuire non fosse stato portato a Guido Gonzaga dal Petrarca,
1. A. S. Ma., Minute de' Gonzaga, sec. xrv, s. a., fasc. 2.
2. A. S. Ma. E. XLVI, 2. Credo superflue avvertire che il liber Remettia-
dosii è certamente lo stesso che tre anni innanzi era stato spedito a Manfredino
da Sassuolo.
3 . L. Pannier, Sur le Bénédictin P. Bersuire^ premier traducL franc, de TiU-
Uve, in BibL de TÈc. des CharU. XXXIU (1872), p. 348.
1 CODia FRANCESl DE* GONZAGA 169
quando questi nel 1361 ritornô di Francîa, dove erasi recato
tjaaie ambasciatore del Visconti ? Non i; a dinicnticare infatti
die in quella occasîone egli rînnovo col doito benedettîno quelle
amichevoU coosueiudiDJ di cui parecchi anni prima cran stati
mdmonî i recessi di Valchiusa '. Ma, lasciando da parte queste
;lie non sono altro se non gratuite congetture, stiamo contenti
a%-vertire corne l'opéra del Bersuire avesse ottenuto fra noi
m scarso favore sul cader del trecento. Al codice estense, la
esistenza ci è attestata dall' inventario del 1437, pubblicato
quesio siesso periodico per cura di P. Rajna', noi possiamo
aggiungerne due altri conservati verso il tempo stesso
Mantova ed a Padova).
Se Lodo\'ico Gonzaga si dilettava assai di librl volgari, egli
non trascurava per questo di raccogliere anche opère classiche;
atui approfînava volontieri délie numerose richieste che gli erano
ivolie per stimolare a sua voila gli altri a procurargli libri rari o
inosciuti. Di questo siio lodevole ardore ci di prova l'impor-
itcktterachegli scrivevanel 1371 da Padova NiccoIoBeccari,
venturiero ferrarese, che militava, per quanto suppongo,
agii stipendi di Francesco da Carrara. Sebbene non si tratii in
cssa di codici volgari, pure chieggo licenza dî riprodurla qui,
come documenio non privo d'intéressé per la storia dell' uma-
nesimo.
Migaidcc et singularis domine mi. Accepi liieras vestras cum reverentia,
«qiui Don sine bono et alacri animo perlegî et credulitjiem, imo fiJem adhi-
buere ccrtam vos in me satis confideniie observare ; a qua minime per erro-
irm ùllitur animus vester, dicam vd in maiaribus rébus, namque diuiissime
vobis vcbaneiiter afficiat; nec rem fingo, aec adulari x\o, deum teïtoT et
Cuoscicatiam meam. Et li mihi mdus potuit, supercrevît alTecius talis in
mon quim per dics aJiquot vobiseum, casu occurrenti, liaud dubie gratissimam
t, Le relarioni Jel Petrarca cou P. Bersuire sono siate diligentemenie
OpoUV dal pAV-hlER, o. C, p. îJï e s^., p. Î50, ccc.
1, Qdki /rdJK. posial, dagli Esiriiti, in Rom., II, p. 51.
}. Abbiaino cosi una novella pro\'a del vivo interesse cod cui si riiarnava
tlk>ra al grande siorica Tomano, molto dimenticato nell' evo medio. Ma! rius-
a gusurio nel tcsto, i signori italiani si adatlavano » kggcrlo tradotio ;
I I (uu corne D Boccjcdo volgarizzasse per Ostasio da Polenta, se non lulte le
l ÛKhi allot «mosduie, almeno la quarta. Cfr, Hortis , Slidj inl. allé op. ht.
Bfc b., p. 431 csgg.
lyO ¥. SOVATI
contraxi; quodmichi non ad mininunigloriamasciibo. Sednuncvienioadque-
siu per ï05, Verum est quod Cesaris mei longe siagulareni epistolam habui el
observivi eam leverendam fore ac(?) magis quam reliquias aliquorum [sanc-
lorura ?] eandern vobis per latorem imptesenciam trasmitto. Aliud dus aichil
usque inveni, sed profecio autumo pênes veriiatem si qua supersini ad «atem
nosiram in orbe lerrarum descripta dictaia per illum [habeat] glotiosissimui
vesler et domïnus meus, dominus Francischus Petrarca, quod sit sacralissimum
serineum vel sacernaculum {sk:l. tabeniaculuniantiquitaiisî).Necsperet quis-
quam peregrinanim andquitatum si quid extat aliunde posse contnihere extn
ipsum, ad quem paucissimis diebus sum accessunis Arqui degentem ; îUJem
ah eo summa curiositale atque insuntia impetrabo quasque Cesaris lîtera-
turas (lie) habuerit, nec timeo repulsain, cum et ^ in cuntis humanus sempet
extiierit, in me omnium iudicio, appar[ucr]ii hnmanisamus, sicque ubi ero
podtus his, pcr singularem nuncium vobis remitiam coniinuo, avidiori
tamCD volunlate paratus ad cetera. Valeie féliciter longum ut optatis.
Per Nicolanm de Beccariig,
Patai-i iijo die Augusti '.
Non ci è disgraziataracntc noto quale esico avessero le pra-
ïiche del Beccari presse il Petrarca, perché nessun' altra sua
leitera sopra quest' argomento si conserva oggi nelt' archîvio
de' Gonzaga : ma non credo di inganoarmî affermando chc
dovetle essere poco conforme ai desideri di Lodovico. Il Petrarca
infatti, dividendo un errore molto comunc ai suoi tempi, e nel
quale era caduto anche il Boccaccio, attribuiva a quel Giulio
Celso che si credeva avesse accompagnato Cesare in tuite le sue
spedizioni, quante opère del grande capitano ci sono per\'enute '.
Egli si sarà percio probabilmentc affrettato a sradicare dall'
1. A. S. Ma. E. XLVI. 2. Senz' indicazione d'anno, ma ubicata al 1371.
Narra Galeazzo Gattari {Chron. Padov. m MuRATORl, R. I. S., XVU,
c, ]8[) che tra ï prigionieri faiti dai Venezianl nel Itiglio 1373 alla bastia del
Buon Conforto vi fu Niccolô de' Beccari da Ferrira « marescalco del campo »
padovano. £i rimase nuovamente vittima délie vicertdedella guerra nel 1387,
seppure è da légers! Nkholaus Baharius, e non gii Bcchacàus, corne pona la
stampa, il nome dî uno dei miliii padovani fatti prigionieri dall* esercito
veronese nclla battaglia aile Brentellc; cfr. Clrronîc. Eslense la MuRATOBI,
R.I.S., XV, c. 515. Intomoa lui chc fu fratello del célèbre poeu Antonio e
scppe trattar con ugual franchezza la penna e la spada, ho raccolte e davà
alirove in luce alire noiizie.
2. Mi basieiâ rimjndarc ail' HoBTis, Studj, p. 414.
1 CODICI rKANCESI DE GONÏAGA I7I
j del Beccari ogni spcranza di poter prociirare al signore
di Manrova glî scritti di coluî che si dîceva il primo imperatore
romano. Quai fosse poi l'epislola di Cesare che i! Beccari si
vanu di possedere, io non saprei dawero'.
Ma lasciamo in disparte G. Cesare, e torniatno ai roraanzi
fr.incesi. Eii ecco fra le lettcre scritte in questo stesso anno al
Gonzaga, una di Ambrogio Viscontî che fa proprio per noi :
Mjgnifice ac potois Domine et unquiim p,tier carissinic. iQtdlexi magnifi-
teniiam vesimm habcrc quendain pulcruni Aspremoniem iraciantem de
Kvulo Magno; quaic excelsam patent ilate tu et dominationcm vestram corde
deprecor m ipsum Asptemontcm pUceai pcr aiiquos dies per nuncîum
ootum tnichi deslinaie.
Dal. in Castro Regiî tertio Juiiij.
(a t') Arabroxius Vicecomes Regii ac
Domina Lodovieo de Gonzaga ',
H pulcher Asprenwns desiderato dal Visconti dovrà ceno
identtfîcarsi con uno dei due manoscrittî rcgistratî sotto taie
titolo neir Inveniario, e che oggi al siciiro da ogni ultcrîore
Traversia riposano negli scafTali dclla Marciaaa; ma a noi non
rîesce pero possibile deddere se si tratii del Marc. fr. VI, o non
piunosto del VII, che présenta, come è noto, un rîfaciniento
del primo '. Ma hen possiamo invece ricvocare con pochi tocchi
alla mente de' letton îa curiosa immagîne del personaggio cosi
Wamoso di conoscerc le avventure di Carlomagno in Calabrîa.
Ambn^o Visconti, nato dagli amori dî Bernabô con Beltramola
de' Grassi, era, sebbcn bastardo, uno do' figliuoli predileitî del
tiraDQO mîlanese. Gli rassomîgiîava, senibra, moralmcute niol-
tîssïmo. Vero tipo d'awenturiero, non ventenne ancora, alla
testa di milJecinquecento uotnini, fra cavalîeri e fanti, moveva
1. SuUc Ifttetc di Cesare a noi pcrvcnutc ved, TEi;ir£L, Geich. der Rcn.
UtUt., 181, 8.
î. A. S. Mj. e. XXXU, î, Scnz' anno; ma fra quelle del 1571. Allre
Inirrc dl Ambrogio, sentie da Reggio il 5 ej i! 7 giugno, riguardano atfari
«m' îiitereise pcr noi.
j, Qr. Rom., i. c, n. 41 e 42, p. 511. Un codlce ddl AsjTcmonl si
iwvi pure 6a gli Esiensi; cfr. Rajna, o. c, p ji, 55 e sg.; Gautier, Lts
■S/Êf./fMi., V. ra, p. 72.
172 F. NOVATI
contro il conte Lando e riusciva a sconfiggerlo. D'allora in poi
la sua vita corse fra le battaglie, le stragi e la prigionia.
Nel 1363, mentre militava sotto le insegne paterne contro
Urbano V, colto dai soldati pondfid, era condotto in Ancona e
tenutovi per più mesi in ceppi. Riacquîstata la libertà nel seguente
anno, prendeva il comando di quella terribile masnada che si
dicea di S. Giorgio, e portava lo spavento nel Genovesato ed in
Toscana. Più tardi, recatosi nel reame di Napoli ai danni di
Giovanna I, era fatto di nuovo prigioniero in quel d'Âquila, e
restava quattr' anni chiuso in Castel dell* Uovo. Del 1371,
quando scriveva la lettera or riportata, era da poco tornato
padrone di se; ed il padre Taveva inviato a Reggio, perché
soccorresse Feltrino Gonzaga cb^e il marchese d'Esté stringeva
d'assedio, e, presentandosi il destro, si impadronisse délia città.
Ne Ambrogio mandô a vuoto le speranze paterne; poichè,
aiutato dal conte Lucio di Lando seppe strappare ail' Estense la
preda proprio nel momento in cui stava per afferrarla'.
Chi si sarebbe adunque aspettato che in mezzo agli strepiti
guerreschi codesto giovine e féroce awenturiero, il quale appena
trentenne doveva cader ingloriosamente sotto i colpi de' vÛlani
di Caprino ^, trovasse il tempo e la volontà di legger romanzi
francesi ? Ma in fondo la cosa è ben naturale. Fin da fanciullo
nel palazzo paterao egli aveva udito ripetere i nomi e le imprese
di Carlo e d'Orlando 3; e forse in lui, come più tardi in Mattia
Corsino, i grandi colpi di spada degli eroi carolingi, e gli elmi
1. Intorao alla presa di R^gio (30 aprile 1371), ed alla parte avuta dal
Visconti nella turpe frode con cui il conte Ludo di Lando ne toise il possesso
al capitano générale délie truppe estensi si diffonde il Chron, Estense^ o. c,
c. 496 e sgg. E cfr. GiuuNi, o. c, v. V, p. S39 e sgg.
2. Il 17 Agosto 1373. Egli aveva Jnvaso la valle di S. Martine per punir
gli abitanti, che avevano accolto con favore il Conte di Savoia, allorchè
questi era entrato nel Bergamasco alla testa delP eserdto de* collegati.
Bemabô in persona recossi a vendicare lo scempio del fîglio, portando la
desolazione e la strage in quella misera valle. Ved. Giulini, o. c, v. V,
p. 561 ; LiTTA, o. c, Visconti^ t. V.
3. La libreria de' Visconti era essa pure ben ricca, come tutti sanno, di
romanzi e di poemi francesi. Che Bemabô, fomito d'acuto ingegno e di non
comune dottrina (l'annalista milanese d assicura che egli studutrai àb adoîes^
antia sttaper multum tempus in dccretaîihtis^ MuRATORi, o. c, XVI, c. 801).
I CODICI FRANCESI DE GONZAGA I73
infranti e le teste spaccaie fïno al mémo avevano aggîunta nuova
ftamma a quella passions tutta médiévale per la guerra da cui
ci appare animato'.
Ambrogio non è perô il solo degli undici figli di Befnab6
Visconti che noi troviamo în corrispondenza letteraria, se cosl
i possibile esprimersi, col signore di Maniova, Nell' archivio
GoDzaga si hanno tetterc anche di Marco, suo fratello, al quale
il Petrarca, levandolo al sacro fonte, aveva forse istillato qualche
amore per gli studî. Marco perô non va in cerca di romanzi,
bcnsi d'un trattato di medîcina; e tanto viva era la sua brama
di possedeme copia che impiegava tre copisti nella trascrîzione
dc'qaintemi che gli venivano trasmessi ', Non pare tuttavia che
ù dilecusK ancbc in coileste letturc nulla di più Daturale. Ed a me scmbmno
dame prova évidente i nomi ch' egli impose ai suoi butardi : Lancellotto,
Pilimede, Sagramoro, Isoiia, Ginevra. (Cfr. GiuLroi, o. c, v, V, p. 661
= »g)
I. Dice di lui Giovanni de' Mussi (Muratobi, o. c, XVI, c. s 19) :
■ Hû liimuiiui Anibroiiia fuit bcUkosus tt cîrca facta armorum vaUntittipuu il
biaalis ÏH Jonaiido et expertui (sic : !, in armis?), cul pauci nperirtntur Hmilis iu
Jadis armorum. » Qjjesta qualità del Visconti doveva aver fano grande
impressionc sul notaio piicentino; ne dà prova l'insistenza singoUre cou cui
iani4 tre volte a lodatla e quasi colle stesse parole !
I. A. S. Ma. E. XLLX. i :
Duo. lodavko dt Gotijaga... Intelleximus quod quidam maliîhiis txiilms ia
MiOttua hatti uitum Ubrum qui appellatur toliuin contitiens, quim placent nobis
cmitnudandum transmiltere ut possimus facat ipsiim exemplari... Oal. Mcdiolani
dit itcuitdû aprilis MCCCLXXXJ.
Marchus Vicecomes, etc.
Primcgenitus magnifia et Excthi
Dni Dni MeJiûl. et Imper. Vicar. gin.
Si direbbe che i! possessore de! libro o non potesse proprio farne a nieoo,
oppure non fosse iroppo desiJeroso dl acconicntare il Visconti c non nutcisse
lovcrthia iiducia nella sua puniualttù , perché ricorse al curioso espediente
di uiDsegnargliene soltanio pochi quinterni alla voila. Ciô apprendiamo da
tetiere di Marco dell' 1 1 aprile, s giugno, io settembre di quell' anao, nelle
qmli si parla sempre di quinterni rimandati, e se ne chicggono de' nuovî.
Impadente délie lungaggini che nascevano da codesto metodo , il Visconti
iTvettiva il 4 novembre che magtio ajficlu dtsidtrantts Jacere ctlo exemplari
Hrmn appellûlum totum conlinens procuraviimu habere très scriplores; e pcrdô
prtgiva il Gonzaga a mandargli quanto restava del libro, allento quod in yenu
KT^ora salit icr^unt. Ed inlaiti a mcuo il dicembrc la copia era ultimata, e
174 •^' NO^'ATI
l'acquisto dî codest' opéra glî riiiscisse dî gran protino ; il pove-
retto moriva pochi mesi dopo '.
m.
A Franccsco da Carrara, il migUore cd il più dotto fra i prio-
cipi dell' età sua, ai tîgUuoli del Hero tiranno di Milano, ai feu-
Marco, soivendo al signor dî MaI1Io^'a, gli û oflêriva pronto a rcndergli, ove 1
il poiusse, pari servigio. I tesli di inedicina doveva.n duaque eisete leaucî ancom j
in ben iha pregio, perchi: ï possessori li circondassvro di siflûtte cautelel
Anclie a Lodovico Gonzaga era accadulo del resto altrcttanto dieci anni prima,
corne ne fa tesiïmonianza la segucntc IcHera dcl comune di Bologna (A. S,
Ma. E. XXX, 2) a lui diretta : (omissis) Ad id quod ms rnjuisiviilis de habtndo
copiam libri Mcsue Tapondanui quod ob rctitrtHtiam iieslrai» slatim ueitriipcr-
icctis UtUrii PrioTcm tnontultrii $aa(ti Daminiei di Bononia adutxammus cotam
iicbis, tt ipsum strinximus inttsHne ad salisfacliontm lilvram «oit uesiri, qui nahis
iiirammto proprio affirmatàt quod quia liber Ulc Hon rral sut ordinis, s^ iolum ibi
dipoiilus txisiebat, non auderet née presumerel ipsum Ubrum dt ordine exlrabtre
qiioquo modo; lubiuiigais iiobii quod Domimis Padue qui eopiam ipsius b^irt
uolm'I, miiit hue unum fratretn scriplorem, qui ipsum iibrum inîus ordinem
copiauit, fl quod hoc idem et non aliud shniUter concsdi posstt ueilrt fralernilali...
Ddl. Bùttonie, die XJ «teiuti martii.
Antiani Consules el ^ „
M.».;™ '"'■ ""■
11 Gonzaga acccttb questo panito; e fra le lettere da lui ricevuie ve t
una ilel 14 marzo, s. a., nella quale certa frate Bartolomco si profTeiiscc di J
compiere la desideraia trascrizione, solledlatovi fofse dal canonico Giacomo- j
bono de' Guarneri, ch; aveva accompagnaio Sagramora Goiiiaga allô studio 1
(leii. aj niarzo, s. a., ma i37o(?), A. S. Ma. E. XXX. j) ed aveva preso • |
cuore quusl' aiïarc.
I. I! } Gciinaio 1382. (Cfr. Giuum, o, c, v. V, p. 653.) Di libri Don èJ
mai quesiione In alcun' alira délie numcrose e lalvolta impooanii Icitcre di ï
Bemabô e di Galea/za Visconii che si conservano a Mainova.
L'OsiO perû (Doe. Diplom. Iratti dagli Areh. Mil., v.I, p. tjj, n. CXXXIIl)']
ha pubblicau una coievole misslva di Luchino Vlscunti a Lodovico in daa-l
'5 gu'gno 1578, con cui gli cliiede in prestîto : umim iviiinnam loquemlan dt 1
TrisUino va Lan^^alolo, md de aliqua alla pulcrt tt dtleeùibili amieria: che vi
ad allcviare i ledl del suo prosstmo viaggio a Gpro. E pruiiosa t per nol Uj
splegazione che Luchioo dû ddla sua domanda : Inkllexmm qiioqm, egK^
scrive, magnifiées dinnims predecessores vesiros pakherrimii el dàtetahUibut Ubrit m
fuisse fulcitai qui ad vcitrat manas peiveuerunt.
I CODICI FRANCESI DE CONKAfiA
17s
datari di Correggio e di Sassuolo, chc abbinino veduti sin qui
rivolgersi al magnîfico capitano dî Mantova pcr soJdisfare i loro
desideri di istruzionc e diletto colla lettura dî opc-re latine
poemi voîgari, i carteggi dell' archivio Gonzaga ci concedono di
mandar compagni ahri ancora fra i signori italiani; e primi fra
tutti i Malatesta. È noto ormaî per troppe prove come quel
Dobilc ardore per le arti e per le lettere, quel!' incsauribile libe-
raliti verso i cultori d'ognî onesta disciplina che resero insigni
nel pieno rigoglio del risorgimento Sigismondo e Malatesta
Nove'lo e fecero dimenticare ai contemporanei ed ai posteri i
loro errori ed i loro delitti, fossero qualità ereditarie nclla loro
famiglia; poichè gii Galeotto, il fondatore délia dînastia,
Paadolfo, Malatesta, Carlo e Pandolfo II avevano gareggiato nel
favorire, proteggerc ed aiutare i caltori deila scienza e degli
umani studi. Non è qui il luogo di chiarire megîio di quanto si
sia fatto sinoracodesteasserzioni',n£;di descriverecon larghezza
di panicolari (e cià ho in animo di teniare altrove fra brève)
lecorti lelterarie di Rimini, di Fano, di Pesaro e di Cesena sul
cader del trecento ; a me basti adesso awertire come l'amore per
la scienza non men vivo nel Gonzaga di quel che fosse nei
Malatesta, dovesse di nécessita dar priiicipio ad uno scambio di
lettere e di libri fra di loro. E che cosl avvenisse parecchi docu-
menti attestano; ma le opcre, délie quali in essi è questione,
sono di indole troppo diversa da quelle chc adesso ci preoccu-
pano, perché spendîamo sull' argomento alire parole.
Ritorniamo pertanto ai codici francesi, de' quali assai più
frequenti che per i latini non avvenisse, giungevano le richieste
al Gonzaga. Ed egli, convîen pur dirlo, si ingegnava sempre di
appagarle, sebbene più e più vohe avcsse avuto motivo di deplo-
rare la sua soverchia condiscendenza , di fronte alla ditficoltà, e
talvolta ail' impossibilit;'i, di riavere la propria roba affidata a
depositari négligent! o infedeli, Di sifiatte traversie sopportate
dai codici accolti nella Hbreria niantovana ci offroiio appunto
I. .'Ule pagine, non spregevoU, dcdicaïc a quesia t
A, Battaglini. Bminii Pann. PMlae Op. priuslml., Ariroini, 1794, v. II,
C. ToKiM non ha aggiunto. é fonn dirlo, 5e non d^li errori nel suo libro
La collHra UlUr. r sciinlij. in Rimini dal sa. xn" ai primordi dtl XIX, Rimini,
Danesi, 1884, v, I, cap. V, p. 55 e sgg. Cfr. perù Gioni. slor. ddla Itlttr.
W., VI, 288 e sg.
I ^ J
'm
176 F. NOVATI
memorabile esempio i casi di uno fra essi, il quale nell*
Inventario del 1407 porta il titolo molto oscuro e bizzano
di Cretus^. In un anno, che non possiamo determinare con
precisione, ma certo innanzi al 1373, codesto libre era stato
spedito da Mantova a Ferrara, se per compiacere ad nu desiderio
di Niccolô d'Esté, o piuttosto a quello di qnalche sac £uni-
liare, non saprei dire'; credo perô probabile che a quella
domanda il marchese fosse restato estraneo, ^acchè qoando
LodovicO) bramoso di riavere il suo codice, si dedse a rido*
mandarlo, noi lo vediamo indirizzarsi^ non già a Niccolô, ma ad
un personaggio allora in gran reputazione a Ferrara, a quel
Bichino da Marano cioè, che, dopo aver tanto a lungo e cod
ampiamente goduto del favore delF Estense, fini con esempio
dawero non nuovo nella storia di quell' età e di quella corte per
precipitare dall' invidiata altezza nell' estrema ruina). La prima
1. Rom,y n. 25, p. 509.
2. Copiosi sono i frammenti del cart^gio tenuto dai mardied d'Esté co>
Gonzaga, loro amid e parenti, in questo tempo; ma in essi non mi è twe-
nuto mai di trovare ricordo di codid spediti in prestito a Ferrara. Inveœ ont
corrispondenza molto scompleta di Lodovico con Geminiano de' Ces!» medioo
di qualche grido, che dai servigi suoi era passato a quelli degli Estent (cfr.
Mem. Stor, e Doc. suJla Città e suit ani, princip, di Carpiy Carpi, 1877, v. I,
P* 337)' ^^ accerta che il Gonzaga'non aveva trascurato di servira délia
biblioteca ferrarese, donde faceva ne! 1372 (A. S. Ma. E. XXXI» 2»
15 Giugno 1372, 29 Marzo 1377, 1 Maggio 1379) estrar copia délie Ded» di
Tito Livio. Abbiam qui adunque un nuovo attestato in favore dell' opiolone
espressa dai Tiraboschi (o. c, t. V, p. 166) che la libreria estense avesse già
raggiunto nel sec. xrv una certa importanza. E come poteva essere diversa-
mente, d'altronde, in una corte, dove si succedevano allora uomini, quali
Donato degli Albanzani , Pietro Montanari , Benvenuto Rambaldi > ed aveva
poetato parecchio tempo prima Niccolô da Padova ?
3. I documenti conservati nell' Archivio Gonzaga e nell' Estense di Modena
(e de* secondi io debbo la cognizione al più gentile degli amici, il conte
Ippolito Malaguzzi Valeri, che di queir importante Archivio tiene d^namente
la direzione), uniti aile notizie che fomiscono le cronache, permetterebbeio
di ricostruire la biografia di quest' uomo, ora ignoto, e che cbbe già
tanta parte ne' politici maneggi de* suoi giomi. Nato di famiglia nobile in
Parma e dedicatosi al mestiere délie armi, egli aveva già nel 1363 il titolo di
capitano générale delF eserdto estense spedito a 'Mantova (A. S. Mo. Cane.
Marchion. l^icol II EpisL et Offic. public. %., 1 363-1 380, c. 2; Ferrara, 21
1 CODia PRANCESI DE GONZAGA I77
lenera scritta a costm dal Gotizaga per ottencre la restituzione
àeï Creius non d è pervenma; ma da tpjelia che ora si leggerâ,
risulta chtaro conie Bicliino si fosse alacremente adoperato per
riniracciare il codice douiandatogli, e dcll' accaduto si mostrasse
dolentîssimo. Sempre cortese, il signoro di Mantova lo raccoti-
sola, e per agevolarf;!! ]e ricerche, aggiunge una partîcolareggiata
descrizione del volume smarrito. E se la descrizione non giov6,
come or si dira, a Bichino, essa riesce in compenso utilissima
per Doi :
AdidqoodscribîtisdeCronîcameaCreti.dequascribitisniagiiam mclaa-
conUm h^buisse et quod creditis récupérasse cam, requirendo ut unus ex
funilUribus mcis qui eain cognoscal ad vos mitiam Ferrariam, etc., dico quod
de ulî re non habeds capere melaccotiian], quia libros omnes quos habra et
gnvaniein haberctis. Causa autem pfopter quam dictam Cronicam requisivi
solicite fuit quia dvidus talem librum habere non potui unquatn exemplum
recuperarect cum înstaatîa requin fecîet si recupeiassem non requis! vissem a
nov. Ijéj). Altri pubblici atti del 1365, 66, 67 lo mostrano a Fcrrara fra î
pib assidui coitigiani dello zoppo Nicolù (A. S. Mo : Casa Duc. e Stato, Doc.
a. I tSj, 22 Apr. 156; ; Investit. Reg, A. c. 76; 14 Ag. 1366; Doc. n. 1583
cRcg. A, c. 37, î Genn. 1367; Doc. n. IS77.8 Marzo a. m.); anzi il Chroa.
Eit. ricorda, sotlo !a data del 26 Genn. 13Ë7, come fracoloro che accompa-
gnaroDO i due maicheii a Padova ïn occasione delle feste date da Francesco il
veccJiio per cdebrar il matrimonio di Gigiiola sua tîglia col duca di Sassonia,
si ïcgnalasse il da Marano, il quale riusd vindtore in un grande tomeo
(R, /. S., XV, c, 488). Mandaio di bel nuovo suUo scorcio del '6» a capo di
scella truppa in aïuta di Lodovico Gonzaga (A. 5. Ma. E. XXX. ; : sua
leneta al Gotuaga in data i^ novembre), poco dopo, avutonc l'assenso dal
SDO tignore, si recava a nome di lui alla curia pontificia insieme a Nicolà de'
Ctemaschi (A. S. Ma. F. U. 6; leti. di Lodovico del 23 Aprile 1569). Nell'
agtsto de] '70 il comune di Lucca gli oiTriva l'ufficlo di Podesil; e, quand'
egli l'ebbe nfiuiato, quello di capitano délia guerra (cfr. Arch. di Si. in Lucca
Rîlcnm. pubbl. Cons. Gen. 2, F. }6 t. e 68 t.). Non ci ë nota l'epoca del
5UO ritorno a Fenara; ma egli vi si trovava sui primi del 1371, întento a
prcpiraie quell' impresa di Reggio, che gli doveva ciuscir tanto fatale. Ne! gil
duio K/g. Ep. et Offic. PuU. Nk. Il, c. $6, sotto la data 2t Agosio 1371, si
\cggg infatii la s^uente lettera : Mu Nûliolaus Eilensis Marchio, île, Vc^is
tgrigio mUili ■iomiin) Bùbino if Marano dtlicto eonsalio noslra gratiam nostram.
ikfidt lubiliUU i^alOaU ac prdritaU uatris plmius confidtnlti uos Irnore prestn-
&lm tn noilrun captlaneum generalm oinnium genlium noslrarum annigerariim
ton ftJtiirium quam egtusirium. .. diiximus tUigenâum il çonsiituinâum , etc.
178 F. NOVATI
vobis totiens cronicam ipsam. Famîliarem autem aliquem qui eam cognoscat
non habco, quem ad vos mittere possim, quoniam Anthonius sescalchus qui
ipsam habebat multum pro manibus mortuus est. Matheus veto a caméra
familiaris meus qui ipsam cognoscit est meus sescalchus, nec ipsum tali causa
mittere possim sine meo sinistro. Sed vobis significo me habere qaod Cromca
ipsa habebat assides copertas corii, quod propter antiquitatem videbatar niger
et cum aliquibus dodis et est scripta in lingua frandgena et habet littemn
rotundellam multum legibilem ', et contînet de testamento veteri» de icgibos
Assirie, de Troia, de gestis Romanorum, de £actîs Thebanorum et Athénien-
sium, de gestis Alexandri et multis aliis. Possent bene fuisse mutate assides et
signa prcdicta in totum vd in partem, sed prout dicunt iUi qui ipsum libmm
viderunt et dictus Matheus ipse liber habebat insignia predicta.. Dat. Mantue
II Junii.
Lodovichus de Gonzaga Mant. etc.
Imperialis Vie. gen. *
Ma ben altre e dolorose cure stavano allora per piombar sul
capo allo sventurato Bichino ! Quantunque la perdita di Reggio,
cagionata dall' inesplicabile fiducia che egli aveva riposta nella
lealtà di un tedesco predone, fosse tornata amarissima al mar-
chese d'Esté, pure costui non aveva cessato di trattarlo con bontà
e di affidargli, corne per il passato, incarichi gelosi e delicati^
Ma ecco, quando già due anni erano trascôrsi dalF infausto
awenimento, mutarsi d'improwiso la scena : Bichino, che il
18 Gennaio 1373 figura ancora fra i testimonî dell' atto con cui
Salvatico de' Boiardi affida ail' Estense la custodia del castello di
Rubiera4, circa quattro mesi dope è prcso e gettato nelle carceri
1. Seguivano a qucsto punto nclla minuta altre indicazioni, cancellate
poscia corne superflue : et non est magni voJuminis in latitudine et hmgitudine^
sed est grossitiei circa trium digitorum. L'Inventario dd 1407 attribuisce. al
Cretus 206 fogli.
2. A. S. Ma. Minute Gonz., sec. xiv, s. a., fasc. 5.
3. U 19 Dicembre dell* anno medesimo Nicolô ed Alberto d'Esté gli face-
vano mandate perché ricevcssc dal nuovo ponteHce (Gregorio XI) Finvesti-
tura di Ferrara e sue pcrtinenzc a loro nome (A. S. Mo. Casa Duc. e Stato :
Doc. Reg. A Çinv.) c. 62 e Theiner, Cod, Diplom. Dont, Temp. 5. Sedis,
Rome, 1862, t. II, p. 539, Doc. dxxx). Ed infatti il 30 Maggio dell* anno
seguente Bichino in Bologna prestava al cardinal Icgato, Pietro da Bruggia, il
dovuto giuramento, corne nuncio e mandatario deî due marchcsi (A. S. Mo.
Casa Duc. e St. Rcg. A. (Inv.) c. 36-62, e Theiner, o. c, t. II, p. 545,
Doc. DXXX VII).
4. A. S. Mo. Casa Duc. e St. Doc. G. 97.
I CODICt FRAKCESI DE GOKZAGA lj$
marchionali sotto l'accusa di aver a tradimento ceduto Reggîo
al Visconti'. Quai fu il morivo di si repentino cangiamento
nella condotta di Nicolù verso il cavalier parmigiano? Avcva
egli dav\'ero voluto, prima d'infierirgli contro, raccogliere la
prove délia reit.\ sua ? O il tradimento di Reggio non fu chc un
pretesto per poter seiiza biasimo aggravare la mano sopra il
vecchio servo, caduto per cigioni a noi ignote in disgrazîa? I
cronisti son muti in proposito; ni gîova quindi sciupar tempo
ed iiichiostro in vane congetture.
Sopraggiunse l'inverno innanzi chc il da Marano, in favore de!
cjuale inutilmente provarono ad interporsi il cardinale di Berri
cd il conte dt Savoia', potesse conoscere la sorte che gli si
preparava. Soltanto nel dicombre infatti il marchese ordinava a
Scoho Cavalcanti, podescà di Ferrara, di formare un processo e
contro Bichino e contro coloro che si ritenevano suoi complici.
La sentenza emessa da codesto niagistrato, il lo Maggio 1374,
fu, come era namrale, contraria a Bichino, giudicato degno di
morte'. Condotto poco apprcsso su! luogo del supplizio, egli
1 . Frj Paolo da I.ecs'ago ndla sua iiii;Jita Cronaca , che si conserva ms.
nella biblioteca A. S. Mo., c. 91 t., cosi si esprime sotto l'a. l)7î. « Adi
■ ; Zugno. Essendo coadannato a perpétua prigione Mcsscr Bochîm ci
■ Zjoibon Busello et Madone Neve sua mogllera, et Florello da Millan cl
■ Bernabo Gracatoii per ÎI Tradimento de reggio fumo itiipresonati. Nella
<■ qualc monte messer Bochim et messer Zaniboti : Dove dappoi tuti li aitri
a (uran relassati : ma furno bandiilî et condutî fora di Ferara. »
1. Ignorando l'accaduio, o Torse credendo utile fingere d'ignorarlo, essi
icrivevano aJ marchese che si piacessc concedere a Bichino licenia di recarsî
in qualit) di loro ambascialore alU corte di Roma. Rispondeva NIccolù il 2 di
luglio (Cane. Maich., Nicolai II Ep. et Off. Pubï. Kcg., 1361-80, e. 97) che
un' improvvisa malatiia, La febbre lerzana, vietava al da Marano di lasciare
Femra, e che del resto egli non poirebbe permettergii di maneggiare negoïl,
de' quali non aveva contezza. I due nobili solledtatori capirono l'antifona e
lasdarono il povero Bichino aile prese colla tcrxonal
}. Dit X tnmsh Maji [1374] domima Bkhinui de Marano, qui fuit maximus
vfr, jabtttle domim Nîcolao Marchioae EitcAse eaptui fuit tl datusfuil in inaiius
domini de CavakaHlit (sic) de Flnrmlla Polalatis Civitatis Farariae; et lecla
fuit to'uicmmitio mper Arengeria Palalii CommunU Firrariae et conicmiuitm [ut]
ad moflemproplerdeliita aimmisia. CosI l'anonimo cronista Estense {Mubatori,
R. I. S., XV, c, 498), il quale, sotto ta data del 10 Maggio, raggnippa (come
gta fra P»oio sotto l'alira del ^ Giugno 1573) pnrecchi iaiii avvenuti in tempi
r^^^-rrr?m
l80 F. NOVATI
vi apprese che la benignità di Niccolô gli £iceva grazia délia vita,
tramutando la pena capitale in perpétua e durissima prigionia. Le
porte del castello di Lendinara si chiusero allora su di lui, ma
per poco; giacchè la morte, più clémente del marchese» si
affirettô a sottrarlo a nuovi tormenti'. Cosi miseramente fini
quest' uomo che per più di due lustri aveva rappresentato una
parte notevolissima non solo a Ferrara, ma in tuttala Lombardia,
e goduta la stima e la familiarità de' più insigni e potenti per*-
sonaggi del tempo.
La miser abile ruina del da Marano dovette accresceie, e non
scarsamente, le difficoltà che il Gonzaga incontrava per tomar
in possesso del Cretus; ma egli non si scoraggiô, sembra, per
questo, e continué le sue pratiche in Ferrara. Né ebbe del resto
a pentirsene, perché il 30 marzo del 1376 il medico Geminiano
de' Cesi gli dava fînalmente awiso che il sospirato volume en
già in viaggio alla volta dell' andca sua sede :
Transmitto vobis per latorem presendum iibnim Zanoboni BuxuE, quem
crédit esse librum Creti quem queritîs. Ego autem de hoc me non cQgnoico
si sit ilie; vos autem hoc cognoscetis; sed de hoc sit quidquid velit» tamen
tantum constat michi quod liber in tali ydiomate valde puloer et dclectahilts
est, et ipse continet magnas pulcras et varias historias diversarom genc iu m
usque in tempus Julii Cesaris et Ponpei. Magnificentîe vestre me reoom*
mendo, etc. *
Dai particolari riferiti cosi in questa come nella précédente
lettera del Gonzaga si deduce adunque in maniera aperdssima
che il Cretus era una specie di cronaca universale, la quale da
Âdamo scendeva giù fino a G. Cesare, il fondatore, secondochè
voleva la comune credenza, dell' inipero romano; una di quelle
diversi ed a più o meno lunghi intervalli. Scolao de' Cavalcanti era stato
eletto a podestà di Ferrara per sei mesi con lettere patenti del 4 dicembre 1 375 ;
e nell' ufficio fu confermato per altri sei il 17 Marzo 1374 (A. S. Mo. Nie. II
Rfg. Ep,, 1363-1380, c. 106 e 114). Egli non poteva quindi aver iniziato se
non coir anno nuovo il processo contre Bichino ed i suoi complid ; e la data,
riferita nel Chr, Est.^ è fuor di dubbio quella délia pubblicazione deUa
sentenza.
1. Sulla morte di Bichino dà questi ragguagli il pRizzi, Memarie per ht
Sioria di Ferrara^ con giunte e note del C. C. Laderchi, 2 éd., v. III (Ferrara,
i8$o), p. 3S2esgg.
2. A. S. Ma. E. XXXI. 3.
.1
I COmci FRANCESl DE GONMGA
npere i
, die
ledio (
, che
; andava fanatico,
ci ha lasciato si gran numéro d'esemplari. Ed ora che abbiamo
messo in sodo quai fosse il contenuto del libro, riuscîri fuori di
proposito rîcercare donde sia scaturito il bizzarro ed oscuro
litolo sono il quale esso era conosciuto alla corte di Mantova?
Délie ipotesi se ne potrebbero fare parecchic; ma io star6
contento ad espome una soltanto : quella cioè che a me pare fra
lutte la più aitendibîle, Parecchîo fra le cronache universali,
dtHîise in ItaUa suî prîmi del secolo decimoquarto, seguendo la
consuetudine di riallacciare fra loro con inaspettati vincolï di
sangue i più faraosi fra i personaggi délia favola c délia sacra
scrittura, narrata l'origine del primo uomo, o magari passatala
sotto silenzio, davano principio al racconto deglî aweni-
menti di cui era stato teatro il mondo dopo il diluvio, dal
r^no di Saturno in û-eta e dalla nascita di Giove. Cosl, per
ciiarG un esempio, che meglio si conlaccia al nostro caso,
un codice parigino del Fiore d'Ilalia porta in fronte la seguente
nibrica ; In questo Ubro se Imctarà de Pisola di Creli et de H prîmi
'ty dt VYtalia et de la origine de H dey anlichî et in parte di
VfTgiUo ctà i de lo Eneydos vulgari et d'allri facii corne aprcsso
upiila; e le prime parole del testo sudnano : Creti è una ysolla
^ Grecia la quale anticamenle fu grande et twbile regione, ecc. ' a
Ûïc adunque si ammetta che anche la cronaca contenuta nel
codice mantovano incominciasse dal descriverc Creta, regno di
Saiumo e culla di Giove, sarebbe belT e trovala la ragione per
Qii era siata deiia Uber Creti. Il nome di Creti, che faceva bella
mostra di se nelle prime linee del primo capîtolo, aveva proba-
1- Vol. M.4RSASD, / n«i, ital. délia r. bibl. parigina, ecc, t, I, p. 39.4. Si
'"* (Iw ijiicsto codice (poruto probabilmenie in Francis da G. B. Cassîni
^ <678; cfr. Mazzatinti, Inv. dti ms. ilal. dtlle Bibl. di Fr., v. I, p. cxxxir,
"■OtgiudiMtodalMAZïATWTI (o, c, v. I, p. 120) non anteriore al sec. xv,
"^Otil Marsaod lo dice scritio « poco dopo la meià del sec. xin » ! E non
' iKppur di pas&arc sotto silenzio che esso ditTerisce noiabilmente nella dispo-
"""ne Jci libri che lo eompongono dal testo che, sulh scorta deU' antica
'^ae bolognese, ristampo L, Muai nel 182s a Bologna pet i tipi di
'*■ Tutthi. Q^iello infatti che nel cod, jpparisce cooie primo è invece il
"Wndû libro nelV cdi/ione; ni: é du crederc che il ms. parigino sia icelalo ,
__^fth(, ic non il Manand, certo l'avrcbbc noiato il Mauaiinti.
1. ■■ ■
182 F. NOVATI
bilissimamente indotto o l'amanuense stesso^ o un lettore
saputo, a battezzare corne liber Creti Topera tutta quanta ' !
A maggiore couferma di taie ipotesi non sarà poi forse
inutile soggiungere che la iodigesta e mutila compilazione
storica, la quale si attribuisce tradizionalmente a firate Guido
da Pisa, che Tavrebbe scritta in volgare (affermazioni queste, che
avrebbero tutte, o m'inganno, bisogno di esser confortate di
più solide prove) offre nella ripartizione dei materiali, che sono
riuniti a comporla, strettissime rassomiglianze con queUa che,
per quanto ci è dato raccogliere dalle lettere testé citate, si mani-
festava nel Liber Creti, In questo iofatti aile narrazioni tolte dal
vecchio testamento, relative alla creazione del mondo, altre ne
tenean dietro sui re delF Âssiria, su Troia, i fatd di Roma, di
Tebe, d'Atene, di Alessandro e di molti altri paesî e regnanti'
sino ai tempi délia caduta délia repubblica romana. Ora chi legga
il prologo del Fiore d'Italia vi udrà Tautore palesare l'intenzion
sua di distribuire in sette parti il medesimo cumulo di fatti, inco-
minciando da Giano e Mosè per giungere fino agli imperatori
I. Chiunque rammend di quali e quanti arbitrt si sian resi colpevoli fj&
amanuensi farà senza dubbio buon viso a questa congettiira. Ma se alcuno
fosse restio ad accoglierla, io mi permetterei di ricordargli il casetto capitato
al Mabillon, e narratoci da lui medesimo nell* Jter Italie, ^ p. 77. Stava d
dunque sfogliando il catalogo de' codd. già posseduti dal duca d'Altaemps,
quando diè un balzo di gioia. Un titolo gli era caduto sott* occhio : Ciceronis
liber de Republica Ma corne rimase maie, quando, avuto fra mani il prezioso
volume, s'avvide che esso non contcneva se non le FilippichCf délie quali la
prima comincia : Antequam de reptiblicay paires cottscriptiy dicamt...
Non voglio del resto taccre corne a tutta prima avessi vagheggiato un'
altra spiegazione deir indovinello, che offre il Liber Creti. Eusebio Pamfox)
nel secondo libro de* Cljronicorum Cationum scrive che, duemlla anni circa
dopo la creazione del mondo, apud Crctam regnavit primus Cres indigeuA : a
quo Creia appellata : quan aiunt tinum Ctiretarum fuisse^ a quibtts Jvpiter abscotf
ditus est et iwtriius (Eiisebii Paniph. Citron. Can. Libri dm,,. A. Maius et
J. ZoHRABUS.. edid.y Mcdiolani, 1818, p. 267). Ma accanto a questa tnuti-
zione, raccolta anche da G. Boccaccio (Geneal. Dcor.y Basilcae, iSja, 1. XI,
cap. i), che faceva di Creto il balio di Giove, un' altra ne corse nd medîoevo,
délia quale ignoro le fonti primitive, ma che ebbe maggior fortuna, poichè
lusingava la tendenza, cosi comune nci cronisti di quell' età, di rallacdare con
inattcsi vincoli di sangue i più famosi personaggi délia favola a quelli délia
bibbia. Brunetto Latini cosi {Tesoro. L. I, cap. xxviii, cd. Gatter, v. I,
p. 83), e diciro a lui G. Villani {ht. Fior, L. I, cap. vi), Domekico
I CODICI FRANCESI DE' GONZAGA 183
« chc succedetteno a Julio ^ ». Con questo non voglio dire che
fra il FiorCy attribuito al frate pisano, e Tanonima cronaca man-
tovana siano esistiti legami di dipendenza; ma soltanto cresccre
vigore alla possibilità che Tuno e Taltra avessero dai medesimi
awenimenti dato inizio al racconto *.
IV.
Ultimo, ma solo per ragione di tempo, fra i corrispondenti
di Lodovico ci vien d'innanzi il suo nipote Giberto da Correggio,
nato dal matrimonio di quell' Azzone, che tenne un giorno il
Bandini (JFotts Mem, Univ,^ cod. Laur. 170, f. 227 t.), e perfino Tautore di
quel tordo âbaldone, che è VAquila volante (cfr. Gioni. diFil. Rom., III, jv. 7),
narrano corne Nembrot « il gigante » générasse Creto, « chc fu il primo re d[
Grecia, e per lo suo nome fu appellata l'isola di Creti, che si è verso
Remania » (B. Latini) ; e costui poi Cielo, dal quale nacque Saturno ;
cosicchè Creto non sarebbe il balio, ma il bisavo di Giove ! E si noti che
Domenico di Bandino par preferire qucsta aile opinioni suesposte , perché la
trcn'ava in quodam,.. libro cronico, quein antiquitatum veridicum setnper legi. Ora
a me sorrideva Tipotesi che re Cres o Cretus avesse dato il nome air opcra
conteouta nel cod. Gonzaga. Ma c'era un guaio. Come poteva Topera comin-
ciare a parlar di Creto, senza aver premesso qualche pagina intomo al dilu-
vio ed ai figli di Noè? lo mi son quindi visto nella nécessita di lascîar da
parte la mia prima congettura.
1. Fiore d'Jtalia, p. 4.
2. Sfogliando Topuscolo di E. Stengel, MittJjetîung. aus Fran:(ôsisch.
Handschr. der Turiner Univers, BibLy Halle, 1873, ^^ cro per un istante
lusingati d'aver messe le mani sopra il liber Creti, poichè ivi a p. 4-5 si
dà brève cenno del cod. L. II i., il quale non solo conticnc « certaines
chroniques compilées en manière de somme lesquelles traitent des la création du
monde Jusques a Fadvenement de Jesu Christ » ; ma consta di 206 fogli, quanti
appunto rinventario mantovano ne attribuisce al Cretus. Pur troppo le mie
illusioni caddero, non appena ebbi dalF amico R. Renier maggiori ragguagli
sul contenuto del magniiico volume, di cui lo Stengel ha data una descrizione
son solo troppo sommaria, ma molto inesatta, giacchè cgli non accenna
af&tto air ultima parte dell' opéra, destinata a narrare la conquista di Gerusa-
lemme fatta da Goffredo. Sul v. dell' ultima carta si legge : Ce livre a esté
donné far le S'' de Gilly au Comte de Tornon Tan 1608 au mois d^atist. E le prime
parole del codice sono ; Qui le trésor de sapiettce veult mettre en taumoire de sa
immoire,, (f. 7 r.)*
• [Voir sur cette compilation Romania, XIV, 64, note. Le ms. de Turin est
mentionné à cet endroit. — Rid.]
' " - . .s
184 F. NOVATI
dominio di Parma, con Tommasina, figliuola di Guido
Gonzaga'. Âffidato fin dai primi suoi anni aile amorose cure di
Moggio de' Moggi, il buon notaio parmense, che aveva con
memorabile esempio di fedel devozione divise le tristi corne già
le liete vicende del proprio signore, e rappresentato in casa de*
Correggio or la parte di segretario, or quella di maestro; stimo-
lato a coltivare il vivace ingegno che la natura gli avea largito
dalle affettuose esortazioni di un consigliere quale Francesco
Petrarca; Giberto eracresduto nell' amore agli stud!, nell* ammi-
razione per i monumenti dalla prisca sapienza, nel rispettodique*
dotti ingegni di oui aveva quotidianamente sott' occhi gli autore-
voli esempl '. Ben presto adunque ei dovette rlcorrere al con-
giunto per ottenerne in prestito que' libri, che, scarsi nel patemo
castelloy abbondavano nella reggia mantovana; ben presto ini-
ziare col Gonzaga un assiduo scambio di lettere e di volumi. Ma
di questa corrispondenza, che a noi riuscirebbe cosl caro il
conoscere, pochied interrotti frammenti ci son invece pervenud»
ed essi spettano di più a quel perioJo délia vita di Giberto, in
cui, uomo fatto oramai^ ei divideva il suo tempo fra la corte
viscontea, ove era accolto con molto favore e adoperato nel
maneggio de' pubblici affari ; ed il suo avito dominio, in cui délie
persone a lui care più non sopravviveva che una sola; il suo
vecchio maestro, aflranto dagli anni, ma non ancor stanco di
scrivere e di poetare3. E forse appunto con Moggio ^li ritor-
1. Ad Azzone ed alla sua famiglia ha dedicato un eccellente articok)
I. Affô (o. c, t. n, p. 3 e sgg.), che il Litta (o. c, t. V, t. H) si è accon-
tentato di riassumere.
2. Intomo ail' educazione di Giberto e Lodovico da Correggio per opéra di
Moggio vegg. Aff6, o. c, 1. c, e p. 77 e sgg., dove egli narra la vita del
granunatico parmigiano. Avviene poi ben raramente che nelle lettere diiette a
quest' ultimo il Petrarca non ricordi nel modo più affettuoso i fîgU d' Azxone ;
ed in quel fanciullo « la cui indole è veramente divina », del quale è men-
zione nell' vm délie Varie (Fracassetti, Lett, di F. P, volg.y v. V, p. 225 e
sgg.)} io non esito un istante a riconoscere Giberto. Veggasi anche Voigt,
Die Briefsammlungm Petrarca*Sy Mûnchen, 1882, p. 33 e sg.
3. Lodovico, ancor giovinetto, era caduto a Caprino accanto ad Ambrogio
Visconti. Un codice ambrosiano, illustrato dell' Affô (o. c, p. 84 e sgg.),
conticne varie cpistolc metriche scnttc ncl 1380 da Moggio ad alcuni suoi
amici, uomini di lettere, quali Giovanni da Pisa, il cremonese Folchino de*
Borfoni Pietro da Sesto, Tommaso de Giovanni e Antonio de Piezolis di
rogo
ni de Ort
diesPlini
: cilo remitcam uobis...
I CODia FRANCESI Oe' GONZAGA iSJ
- nava àîle grate occupazionî degli atitii gîovanili, si piaceva ancora
di meditare suUe pagine deî tîlosofi c degli storici di Roma e dî
cercare poscia pascolo ail' immaginazione e ricreazione aile
fatiche nelle avventurose leggende del ciclo brettone o del caro-
lingîo. La più antica dclle sue lettere a Lodovico, scritta 1'
II Dicembre del IÎ76, ha difatti per oggetto di avvertire lo zio
del ritomo di un manoscritto, che de' viaggî ne aveva latri
parecchi, quello del Foulcan de Candie, e di chiedergli in cambio
la Storia naturale di PUnio, che prometieva custodîr diligente-
mente e restiiuire con sollecitudine :
(omissis) RËmiiio vobis librum ucstnim Guill
ul pet btoreni presontiurn miltcrc uelilis pcr alîqi
de Nalurali Historia, qui apud me saJuus eri
Dal. Mediolani xvi dcccmbris.
Domino Ludouico de Gonzaga.
GlBEBTUS DE CORICIA '.
E non erano promesse bugiarde, perché tre mesi dopo il
PUnio lomava al suo asilo insieme a due botti dî vin vermiglio ;
ma per essere sostituito da Solino :
(omissis) Rcmîito etiam Plinium de catutali historia et rogo ul per
Utorein presentium mkhi mlitcre uclitis Soliaum de mirabllibus
mundi.:..
Dai. MedioUni xvi Martii '.
Per cinque mesî mancano lettere di Giberto; ma si inganne-
rebbe perô chî da questa mancanza traesse argomento a cre-
dere che nell' intervalle la sua corrispondenza con Mantova
fosse stata interrotta. Scrivendo invece il 20 settembre 1377 al
Gonzaga egli dichiara di rinviargli un volume, che non è il
Sotîno, di cui era questione nella letiera antécédente, già proba-
Sassuolo. Qjieslo ardore per la pocsia, che gli anni non valevaiio a spegnere,
aveva già atliraio gran tempo innanzi al Moggio un severo rabbuRo da parte
del caucellier veneziano Benintcndi ; l'ersiis ut audio, cosi gli scnveva,
amponis tl carmina, dictiona el syliabas quolidù nuimiritrc non dtsinis ; vfrbis
tamm (1. lanlum ?J el vixibiu optram tuamponis. pueriUs ineptioi! etc. (Affô,
o. (., p. 89; VoiGT, O. c, p. j4.)
I. A. S. Ma. E. XXXVII. 2. Senz' indicaziane d'anno, ma fra quelle
del 1)76.
3. A. S. Ma. E, XJUCVU. 2. £ qui pure la dau manca; è ubicaU al IJ77.
l86 F. NOVATI
bilmente restituito, ma un libro, il quale rientra nel novero di
quelli che a noi adesso împortano, un Troianus :
' (omissis) Remitto uobis Troianum uestrum per Pîfiêram famfliarem
meum, rogans per eundem michi uelids mittere Plinium nestnmi de
naturali historia, quem pridie quando habui eom, propter ali
tiones non potui uidere ad libitum meum et eum uobis lemlsi dtiiiSy ti
facerem uobis incommodum..
Dat. Guardasoni xx septembris '.
Sotto il titolo di Troianus vengono designati oeil' Inventario
dei 1407 due manoscritri che contenevano il bel poema di
Benedetto de Sainte-More ^. Un d'essi probabilmente era stato
mandato dal Gonzaga al nipote.
Bandito il timoré di abusare délia compiacenza dello zio,
Giberto dovette immergersi a tutto suc agio nella lettura dd
mirabile libro del naturalista romano, tantochè scorsero quasi
sei mesi innanzi che la Naiuralis Historia riprendesse la via di
Mantova. Ma neppur stavolta il messaggero doveva tomarsene
a mani vuote in Milano :
(omissis). Remitto uobis per dictum famiUarem meum [Ciistofi>run]
Plinium uestrum et rogo ut per eundem uelitis michi mittere, si habeds,
librum de Phebus li fort...
Dat. Mediolani xvij februarij ).
Phbus li Fort., ecco un titolo che nell' Inventario del 1407
non ci riesce di veder registrato, sia che il libro cosl desi-
gnato non avesse mai fatto parte délia libreria mantovana
(Giberto , corne si vede, lo dimandava sub condition^) ; sia che
ne fosse uscito per non tornarvi più, innanzi la morte di
Francesco. Ad ogni modo la lettera del da Correggio ci mette
in grado di afFermare che sullo scorcio del secolo deciraoquarto
correva fra noi un romanzo francese, il quale dal nome del suc
protagonista si intitolava appunto : Phebus li fort,
Esiste esso ancora codesto romanzo ? Ecco una domanda alla
quale non è facile rispondere in modo assoluto. Fin qui infatti
non awenne ad alcuno di rinvenire un codice che contenesse
1. A. S. Ma. E. XXXVII. 2. Niuna indicazionc d'anno; fra quelle dd 1377.
2. Rom.^ 1. c, n. 28 e 29, p. 509. Il primo codice era « istoriato ».
3. A. S. Ma. E. XXXVII. 2. È registrata, sebben la data difctti, fra le lettere
dd 1378.
I CODia FRANCESI DE GONZAGA I87
un ronianzo, o ui versî o in prosa, che risponJesse a codcsto
nome; ma se l'originale non si trova, noi ne posscdiamo in
conipcnso una traduzione in qiiell' antico poema toscano, che
" 1 un codiee maglîabechiano, ben noto per le sue singolari
icende, diede alla !uce ne! 1847 Lord Vernon. Ogniino
Btendc comc io voglia alludcre al Febusso e Breusso'; gîacchè
1 questo tilolo, ccrto arbitrario c fors' anclic incsatto, il
dotio bibliofilo înglese mandô in pubblico il poema che dal
suo autore era siato invece cliiamato, e ben a ragione, Febus il
forte ^.
Chiunqueperô conosca un po' davvîcino la nostra prodczione
ivalleresca si da un pezzo che i sel cantarî del Febusso non fanno
e Don svolgcre un cpisodio dell" immense romanKO in cui il pre-
leso Elia di Borron aveT."a riunîto, mcgUo gîustapposto, un si
considcrovole numéro di racconti senz' alcun legame fra loro, il
Paîiintfde '. Ed ecco sorgere qui nuova mareria di dubbi e di
interrogazioni. L'ignoto cantimbanca, a cui si deve il Febusso,
avrà egli stesso staccati da! Guiroii i capitoli desrînati a narrare
le meravigUose imprese ed H lagrimcvole fine del più forte cava-
lière che mai fosse esislito; o si sarà invece limîiato a verseg-
J. n FrbusiO t Brfiuso, poema ors pcr la prima voila pubblicato. Firenîe,
DcUo tipograËa Piatii, 1847. Cfr. Zambrini, Op. volg- a iji., c, 40J, e, per la
dcscrïzioDe esaiia del codice, ricco dï curiose miniature, Bartou, I tnss. ital.
data A'aj. di Firen^i, v. I, p. 319 e sgg.
. Qiî abbïa il piimo intitolato cosi il poema non saprci dire ; ma sospetto
1 tiUIo il FolUni; giacchè il Baldelli, ciiato da lui nella sua Dissena-
rac rîllampata nell' cdizione dd poema (p, xv), Io chîama Ftiiis à fort,
o ptobabilmenle le iracce del Crjlscimbeîii (Comm. alla si. délia Vdg.
t., vol. I, L. ni, p. 12)). E costui si attenne giudiziosaincnte ail' autoriU
A codice, il qiulc ncU' uliinio fi^Iio ofTre quest' expUcit : Finito el salo e I'
\o Chantarr di FeÔus dfarle. (_ll Febinso, ecc, p. Uj.) Che Breus infatti
1 abbia verun diriito ad essere consideraio corne aitro protagonista del
a Io confessa \a Stesso Palermo nella dissenazioni: Siii primo poema
in alSaw rima, cho précède il Frhmso nell' ediz. fiorentina (o. c ,
kxuh).
■ )■ Lt cosa È stau gii rïicvaia dall' auioce anonima délia awertenza « al
e lettore », premcssa al Fthussoe Brcusio, sebbcne egli si ostini, e con lu'
pZjnoni ed il Pakrnio, a batiexiare per u pravenzale n, more soUto, il Guiron
(o. c, p. ni) I A cosioro non b neppur sfuggiro chc le avventure di Febus si
irovano mtraïc nello stesso ordinc anche nci libri xu, xiii e xiv del droite ii
CorUtc, l'inMcc poema pubblicato nel i J48 da L. AUmaani.
- I
'%
l88 F. NOVATI
giare un testo forse francese, ma più probabilmente franco-
italiano» in cui Tepisodio di Febus il forte era già stato avulso
dal GuiroHy e foggiato in guisa da formare un tutto a se, indi-
pendente dalla fonte primitiva? Per vero dire la lettera di
Giberto da G)rreggio9 che parla di Phebus H fart, corne d'un
romanzo affiitto diverso dal Guiran^, ci renderebbe propensi
ad accogliere la seconda di queste ipotesi piuttosto che la
prima. Dato perô che cosl realmente stessero le cose, con-
verra pur dire che il rifacitore franco-italiano non doveva
essersi permesso d'introdurre alcuna notabile altenudone nella
parte del Guiron da lui rimaneggiata ; poichè chi ponga a con-
fronto il testo di Elia col poemetto italiano, non riuscirà,
crediamo a scoprirvi alcuna discrepanza degna di particolare
menzione^.
1. Per verità chi avesse a mente le parde che P. Paris (Lâs Rom, de h
Table Ronde ^ Paris, 1877, t. V, p. 362) scriveva a proposito dd titolo di
Pàlatnedes dato al suo xx)manzo da Elia : « Il eût pu tout aussi lûen rappder
Meliadus, Pharamond, l'Amoral de Galles, le Chevalier à la cote nui taillée,
ou PhSms; car c'est un ramassis, d'ailleiu^ assez amusant, de contes débités
sans ordre, etc.; » potrebbe sentirsi germogliar dentro il sospetto che Gibexto,
chiedendo a suo zio il libro di Fànis îi fort, non intendesse domandare altro
che il libro cosi costantemente conosciuto a Mantova, ed anche altrove
(cfr. rinventario de' codd. francesi della "^scontea Sforzesca in Giom. sL^ I,
p. 55), sotto il nome di Mdiadus, Ma appunto perché questo benedetto
romanzo si chiamava già indifferentemente Mdiadus o Guiron mi par difficile
che potesse essere battezzato per la terza volta con altro nome. Non si dimen-
tichi poi che Febus non è stato un eroe molto anmiirato fra noi; il Rajna,
Contrib. alla st. delV Ep,, ecc, in Rom., XVII, p. 183, n. 4, non ricorda se
non due personaggi, e del sec. xrv, che abbiano fra noi portato questo nome ;
ad essi si pu6 ora aggiungere quel bastardo del signore di Mantova çhe Fran-
cesco suo fratello fece uccidere del 1388 (Muratori, R. I. 5., XXII, c. 195).
2. Non avendo aile mani un cod. del Guiron , a me non é stato possibile
istituir questo raffronto; ma, in mancanza di meglio, ho riawidnato il
Febusso a quel frammento di antica versione italiana del romanzo d'Elia, rinve-
nuta dal Zanotti in un ms. de' Gianfilippi, versione se altra mai fedelissima ;
ed ho riscontrato l'esistenza del più perfetto accordo fra il poema e questo
brano, che abbracda appunto una notevole parte délie avventure di Febus. Lo
stesso posso dire per il volgarizzamento del Girone edito dal Tassi ((rfV. U
Cor t. rom. cavaîL di Rustico Rtisticiano da Pisa, Firenze, 1855 ; cfir.
cap. xxxvi-xux), tarda, ma fedele versione del testo francese : cfr. Rajna»
Lefonti delT OrU Fur., Introd, p. 53-54.
t CODICI FRANCESI De' GONÎAGA 189
Alla richiesta di questo libro, die non sappiamo se vcnîsse o
no csauJîta, Gibeno faceva poiio apprcsso seguire qiiella di
uno Spccttiam hisloriarum, la quaie doveva essere stata prtce-
duia da altra demanda dell' Asina d'oro di Apuleio '. Come si
vede il da Correggio aveva abbandonato le opère volgari per le
latine; dacchè non parmi probabile che lo Spéculum histmarum
possa identificarsi con una délie naoltc compilazioni storiche in
francese di cui era foraita la libreria mantovana^.
11 codice d'Apuleio, chiesto il 18 maggio de! 1379, non ritor-
nava a Mantova che un anno dopo, !' S maggio 13801. Forse
a Gîberto era venuto meno il tempo per le piacevoli ietture;
forse parecchie fra le sue lettere sono andate perdute. Certo si
i che sohanto un altra raissiva sua, posteriore di due anni, si
rinvien adesso nell' archivio Gonzaga. E con questa, scritta per
rendcr conto di un Seneca c d'un Vaîerio Massimo avuti in
prestito*, si chiude la corrispondenza del figliuolo d'Azzo da
Correggio con Lodovico, il quale del resto moriva pocbî mesi
dopo ^ .
1. A. S. Ma. E. XXXVn, 1 (s. a., ma fra quelle del 1379) : Domim
Ludeiuiio de Gonzaga.... Placeat insuper tnillert mîcln libriim qui intitvtatur
Speïuluni hîslorkium quem dto remiltain uebti sahaim et beru cusIixiUmn cum
Aptilegio ji*™ fam feci txcmplari, seâ nondum corrigi.... Dal. Metiiolam
i. Si potrebbe perà pensaie al n. xi de' mss. franc, ddla Marciana;
c&. Som., n. 9, p. 506.
î- A. S. Ma. E. XXXVII. 2 (s. a-, fra quelle del ijSo) : Domiiio Lodoiiico
de Goit^aga Ter Btasiolum rubtum de Guardasotio latorcm prcscnlium domina-
tioHÎ utstre remillo librum luslrum de Asino aureo... Dal. Gtuirdasoni Vlij nutij.
4. A, S. Ma. E. XXXVn. 2 (s. a.; ma fra quelle del 1381) : Dotnino
ijtAMKi) dt Conji^a... Mitlo iiobis Valerium Maximum urslrum guim Unui
tmsllii di^iu. Rilinui auttm Tragedias Senece, qiias iliam cito rtinillam. . , Dal.
Gaardasotti xxvi apriUs. Evidcntemente sono andaïc smairitc molle leiiere
dd 1}^ ^ *^<=' i3^'i ■" ^"i ^' pirl'va di codici avuti d;i Mamova e quivi
5. Nell' ottobre del 1381; cfr. Gazzata, Ann. Witg., o, >:,, c. 90. La data
predia non é indicata ne dal Platina, ne dal Possevino, né dal Volta, ak dal
Una. In quanio a Gibeno esso mancû il 19 Aprile 1401, se Jiamo fede al
LtTTA. o. c, /. (. Siccome egli non aveva avuio figii ne da Lucia di Lurhino
de! Vernie, sua prima maglte, ne da Caterina Visconti, sposata in seconde
Mme, co&I i Visconti si impossessarono a tiiolo di iisco di Guardasonc,
Scilogna, CoIoTOO e Casieluuovo, dando i tre primi alh faroiglîa Terii.
■■B ,' -'7i
190 F. NOVATI
V.
Se i documenti che siam venuti illustrando si arrestano pur
troppo alla morte dî Lodovico, e riescono quindi ben scarsi in
paragone de' nostri desiderl, tuttavia niuno vorrà, io lo spero,
negare che non siano più che bastevoli a chiarire la verid dd
mio asserto e Terroneità dell' opinione emessa dal BraghirolU.
Ben lungi dair esser stati tutti, o quasi tutti, raccolti per cura
di Francesco Gonzaga, i più fra i sessantasette codici francesi
che si rinvengono descritti neir Inventario del 1407, esistevano
al contrario già da mezzo secolo almeno nella sua domestica
biblioteca. Ne cosl afferraando io voglio negare che il figliuolo
di Lodovico non avesse ei pure contribuito alla sua volta ad
accrescere si preziosa scelta di volumi; lo ammetto anzi volen-
tieri, ma non senza notare che ne fanno sino ad ora difetto le
prove.
Ma dopo la sparizione di Francesco dalla scena del mondo
quai sorte tocco ai codici francesi ch' egli possedeva? Rimasero
dessi nella loro antica sede o emigrarono in altre biblioteche?
Io sono d'awiso che nuUa loro awenisse di nuovo. Certo verso
la meta del secolo decîmoquinto Tardore con cui tutti gli
studiosi si rivolgevano alla ricerca deir antichità, il fremito di
vira nuova che correva tutta la penisola, facevano si che anche i
principi italiani si dedicassero con maggiore interesse e curio-
sità più intensa al culto di que' monumenti dell' arte e délia
sapienza pagana che Tumanesimo veniva strappando alsepolcro;
ma non per questo scemava presso di loro Tattrattiva de' romanzi
e de' poemi di cui la Francia era stata génitrice féconda. E se
di codcsti pocnii, di codesti romanzi qualcuno cominciava a
rimancrc ncglctto c polveroso nel suo cantuccîo; se, per ragion
d'cscmpio, le rozze e prolisse compilazioni de' giuUari italiani
rcspingevano ormai lungi da loro i lettori coU' oscurità c
Tasprczza dcir ibrido linguaggio, non altrettanto accadeva di
que' ponderosi volumi, in cui sul vecchio ordito celtico i
leggiadri romanzatori francesi avevano intessuti si delicati e
splendcnti ricami. Solo nella sconfinata e sempre uguale ammi-
razionc délie plebi Carlo, Guglielmo, Orlando trovavano un
compenso alla freddezza che per loro sentivano i cavalieri
I CODICI FRANCESl DE GOMZAGA 191
e ie danie'; ma nelle aule principeschc Artù, Tristano, Lan-
ciUotto, tLtiD il meraviglioso drappeUo delh Tavola vecchîa
e délia nuova, regnavano ancora arbitri de' cuori e délie fantasie
corne un secolo prima. Le narrazioni che avevan soggiogari i
padri conquidevano pur semprc col loro incanto i figli, î nipoti.
1. De!U celtbriti, che ad onia di quesU sua decadenza, godeva pur
seinpre presso di noi ncUe prime detadi dcl sec. xv la poesia epica di Francia,
puù offrire non sptegevole testîmonianza una leggenda araldîca la quile con-
cerne una fra le più antiche c potenti famiglie milanesi , quella de' Crivelli.
Se DOi iaterroghiamo intorno ud essa Galvano Fiamma, egli ci assicurcii
che a mli-aisorts CrivcUi ex castm CriviUo qiwd ni in AJeniania h scesero ne'
piauï lombardt al seguito Ji Cliildebeno re de' Franchi mandais da Mauri^io
împCTatorc d'Orienté nel 585 a fiaccare la poienw di Autan {CIhùiiU. majus
iaMîsall. di Star. Palria, Torino, 1869.1. VU,p. 518). Piû urdi pciôcodesta
trjdiïione s'oflusca, ed i gcnealogisii del sec. xvi, Diamante Marinoni {De
arig. ttrbis Medial. tl anliqail. aobil. Familîar., Arch. di S. Carpoforoïn Mil-,
ms., f. 48 r.), Paolo Morigia {Hisl. deW Antich. di Uilano, Veneàa, 1591,
L, m, cap, XIV, p. 464 e sg.) non sanno raccontarci nulla di meglio délia
clds^ca si, ma insulsa storiella d'una vestale, che a provare la propria
pudiciiîa, ingiustamcnie sospettaca, aveva partato, senia versarne ptir uns
goccia, deir acqua in un crivello; scppur non prcferiscono ricordare un
Giovanni, jtimato si giudizîoso e dcslro da sapei portar, sema spanderlo,
petlin ddl' olio in un vaglio ! E queste paozane ripetc, naturalmenie per
deblio di cronista, anche il Fagnani (8ibl. Ambros.. Famiglie Milan, ncbiti,
T. Sup. 176, f. 509 I. e sgg.). Ma fra ï Crivelli (ai quali il cognotne
venne probabilmcnie da quel Giovanni • detto Crivello », vivente seconde la
legge salica, di cui è memorîa in una carta del 1 1} s veduta dal Giulini, o. c,
V. III, p. 142) correva ancora sui prinii del quattrocento una iradizione ben
piii {{loriosa ; cssi riconoscevano nicniemeno che da Guglielmo, il gran mar-
chcse J'OraQgc, l'origine dclla loro stirpe. Tanlo infattï dovrcbbe appren-
derci un brève carrae latino scrilto da quel Giovannino de' Crivelli, che ebbe
viu piuitosto avveiiturosa, e lasci6 mcmoria dî sa e de' faiii staoi in un codi-
cctio che or si conserva nella libreria del duca Visconti di Modronc (cfr. La
gipî'. di Col. Salut., p. 42.), Ma il Crivelli, benclié la pretendesse a lettetato,
conosceva appeiu i rudimenii délia grammatica e dcUa prosodia latîna; cd i
suoi versi ton cosi scellerail ed oscuri che a gran fatica se ne rilcva il signifi'
caio. Eccoli luitavia, come mi è riuscito di leggcrlî nel ms. assal guasto
(f. 44 r), dove furon forse scriiii dcl 1402 :
«j^h,
192 F. NOVATI
AMilanoilmelanconico eredede' Visconti, Filippo Maria, allieta
le lunghe ore di veglia e di solicudine, prestando avido l'orecchio
a quelle che il suo dotto biografo, imitatore non infelice di
Svetonio, dira con aperto dispregio le incredibili galliche foie';
a Ferrara la sventurata Parisina trac da raccond d'amore stretta-
mente legatî a queilî che indussero alla colpa Francesca, nuovo
alimento al suo ardore incestuoso si, ma pur degno dî corapas-
Persuluiil pt
1, qiudrïpcrtilii colofc
Eue di1o[i] dîgDtH michj mondi giuiel [...^...-
Un terribile guauabuglio, came ognun vede\ E posto ch' esM È taie non
dovri stimarsi lemeraria inipresa quella d'inirapreaderne un' illustrazïone?
Ceno che si; ma è pur necessario prtivarcisi. « Il moado, cosi comincU lo
sciaguraiissimo poeta, célébra la tua apparizione, o Guglielmo.che Orange ha
gcnerato, di schiaita germano a Rolando : quel monde cht sa aver tu abban-
donato per il voto fatto l'antico nome délia tua stirpe, pfr prodezza timoso, 1
per il che quindi ti piacque assumerne un nuovo, che è il nostro, e che *
questo portassero colora i quali, otnati di bc' costumi. n'eran per sangue
coDgiunci. La stirpe, sorta da quel germe, che s'allegra di assumere il oome
di Crivelli, poco si cura di codesia cosa; perù affinchè si riconosca partcdpe
dell' antico vanto, e perché tutti son per il tuo nome venerati, quai ragione
d abbia dato il nome asserirù ai Crivelli. Le inscgne ponanti l'cmblemii dell'
egregio gallico sangue si maaieonero (un tempo) intatte ; ma poscia la forma
rotonda (dello stemma), per cui vennero divisi i quartieri di esso in quatiro
parti distinte dal duplice colore, è stau la causa per la quale vi chiaraano M
crivdh. o Che diamine voglia poi dire Giovanni ne" due vers! di chiusa, niutili
per b slrappo del foglio, non mi riesce indovinare; ne del reslo ho fede di
aver coho nel segno ncppur per il resio; cht per comprenderc il si
l'oscura e bruttissitna poesia coaverrebbe conoscere alraeno approssimativi^H
meote la leggenda di Guglielmo, a cui si riferisce.
I , Ddrclalus at tl Gallorum libris mira vanilate rejerentibus illuslriuin vilai,,,
P. A. DECEMBRn, Fila Phil. M. Viacom. \a Muratori, R. I. S., XX„f
c, ioi4> cap. ixn, E cfr. Burckhaxdt, La avilis, tn Iialît au temps dt II
Renaii:., t. I, p. 381.
1 CODIcr FRANCESI DE GONZAGA 193
""siône " ; a Correggio Galasso, non dégénère proie di quel Giberto
che ci si rivelô gii ammiratore de' Narbonesi , dopo una forru-
nosa esistenza, spesa pressochè nitta a combattere ne' Visconti
gii ereditarl nemicî délia sua scliîactj, a contendere loro le relî-
quie degli avîti dominî^, consacra gli anni délia vecchiezza a ^
dettare un' istoria délia Brettagna, a ricercare ingenuamentc per '
entra aile sonanli pagine di Goffredo di Monmouth , ai racconti 1
di Gervasio e di Gualtîero quella c!i' ei crede la verin\ intorno 1
ai fasti antichi dell' isola, a Bruto, ad Arturo, E codest' opéra,"
intrapresa quasi ammenda del pazzo ardore con cuî giovinetto
si immergeva nelia lenura di « favole inani u, ci la dedica a
Filippo Maria Visconti, al suo antico e fiera nemico ' ! Cosl
i. Ved. Giorn. Slor. délia Ull. II., v. XIV, p. 16. Il ri
î aà J^Ii amant) di Ferrera can que' di Rimini, immortalatî dall' Alighieri,
s'era pieseniato subilo alla mcalc de' contetnporanei. Ecco, per esenipio, quel
chencscriveva unode' fratelU Hannini, raercanti fiorentïm, nel cocnune Lîbro
URicùrdun^ : n Per fare nota d'una grande crudeltà adi 25 di Maggio 142; ci
fu ouovc da Ferrara corae il Marchese auea faito tagliarc la testa alla moglie,
cioè la Marcliesana figliuola di Mdatesta da Cesena e al iïgliualo Ugo d'etâ
d'anni iO, chc dicca usava con la moglie, ancora ft tagliare la testa a
Ghirrardo Rangoni uno scudiero che senpre da picolino er^o usati insienic,
che^dioea quesEo Gherardo sapea questo auolterio.
u Minbctua e Ugo mirchoii»
Cod, Magl, XXV, S95, f. 450.
2. Cfr. Ln-TA, o. c, I. V, Da Correggio, t. II.
3. Gii akrove |{5(iu(/ di Filol. Rom., v. 11, p, 447, n. 1) mi si è ofiérta
l'occasionc di accetuure acodesi' opéra del conte di Correggio, di cui un nu.,
die certo proviene da lui raedesimo, si conserva adesso Délia Comunale
di Palermo. Il Litta, û. c, alTerma che un altro esemplare ne esiste nelia
Njiionale di Parigi, ma le ricerche da me istituite per rintracdarb non hanno
avulo fin qui alcun successo. Riservandomi di trattar forse altrove con maggior
brghecta di questo libro, per più rispetti noicvole, non credo fuor di luogo
estrame adesso la dedicatoria al Visconti, che è prova, se alira mai eloquen-
lissima, dclla voga che conservavano sempre nelia sodeti dégante del tempo
quelle che Dante chiamava Arluri rtgis ambages pulcarititM :
Hptoria Angïif ad strenissimum pindpem et txceilmtissimum dominum
Filippum Mariam Anglum, Ductm Medidianj, etc.'' Fapie Ariglerieqtie Comitem
vjinue domitium per âusdem seruilorem Galassium CoRIGlE COMITEM,
knrnnîKms dudum t'n adokifpnlia mea, urtniisime priticeps, ^uaitdi» erralus
icTO ctirn ad bonatum artiutn lent beaUqia uiumdi studio luuarc dtbiài-
•■ "* 'î
■ I
194 F. NOVATi
dal culto comune per le narrazioni brettoni, fiorenti d*immortal
giovinezza nei romanzi, i riconciliati awersart» domi dalla for-
tuna più che dagli anni, traevano argomento a cementaie la
récente amicizia.
Anche nella r^;gia mantovana adunque ai giorm del bdlicoso
Gianfrancesco e délia mite Paola de' Malatesti dovette aweniie
quello che succedeva a Milano, a Ferrant, pressocbè in mue le
corti italiane. U marchese infatti, sebben fomito di moi che
médiocre cuitura, amava troppo circondarsi di uomini dotti.
sim hinc inde uarias ad rts continua deerranSy presertim ad Arturi ngù ftànùas
gallico sermone diutius peruagando nec ab Ulo discedens studio quo ad moÊÊtram
perueni eiatem ad quant cum perueni Us omnibus mente rauhttis qwJms tendiu
tempus amiseram meipsum pluries atque pluries admiratus sum^ itaque nom oNUus
mam ad honos mores non esse tardam àb Ulo penitus discessi studio. Posthac attiêm
ad arma uacaui tum uero ipsorum obïectaminey tum etiam^ cum eram exulj necessitak
coactus, Deinde bis omnibus reiectis ad nudora studium ootmerH meum. Et qmmùm
nouorum cupidus studiorum semptr existo cum a pauds dira diébus M amàâ
gymnasio persisterem nonnuUis reuolutis codicibus ut qukquam per e grkU r eptrin m ^
ecu numus ad meas U peruenerunt auctores : uiddkei Geruasim Gnaijhittt
Arturus et GuaJterius : omnes hystoriam AngH^ àb ipsius imHo usqm ai
Arlurùm plane describentes. Ego quippe chrca earum * *inanes fakûarum nagas
amisi tempus non oblitus cupiensque ab his ipsis scisdtari quid de Artuno perse»-
tirent sepius atque sepius eorum perlegi libellos. Multa quidem repperi de Anglia de
Arturo de plurîbus denique aliis cuncta gallicanis fahuJis deHrantia quanquam' m
aliquibus perpaucis una consentiant. At enim ut nouisti serenissime princ^ tfud
tetnetipsum aliosque priftdpes nobilesque etcuriaies aut propter Utterarum imperitiem
(sic) aut propter illarum inanem fabularum i oblectaHonem et Arturi régis et mtK-
tuvt rotunde tabule deerrantium et domidllarum et inania quidem muUa gaUko
ydiomate légère moris est quas longe mugis irritamenta libidinis à uoiuptaHs esse
quam uirtutis exislimo; ut teipsum aliosque ad ea uacantes inania* arguere fossis
eosque ad optima reuocare studia, que ab his ipsis auctoribus apud me m^gis uerisi"
milia euellere potui sub compendio leuique s stUo ad te scribendum duxi.^Venim igitmr
aniequam ad hystoriam proficiscar situm Anglie primumque eius nomensuccessiueque
nominum^ permutationem scrihere cetisui, Deinde ad Jjystoriafn progredîar qtuun m
quinque paruula diuidam uolumitm.
(Cod. délia Com. di Palermo 2 QQ, C. 102, f. i r-t.)
1. 'earum aggiunto in marg. d'altn mano, quella dell' Antore.
2. L*A. h* espunto quanquam e riscritta h parola in margine con tbbreviatim che
leggere.
}. Fabularum è inserito dall* A. nello spazio lasdato vnoto dal copista.
4. AggiuDto in marg. dall* A.
5 . In rasura. Prinu era stato scritto compeniioso.
6. In rasora qut nominum.
1 CODia FKANCESI DE GONZAGA I95
vcdcr fiorente in Maniova lo Studio, crescerc lustro con nuovi
e prcziosi acquîsti alla dovîziosa biblioieca che gU avî avevano
fonnata e che Villotino da Feltre custodiva, perché potesse
tollcrare che essa andasse in qualsîasi maniera depauperata o
dispersa'. Ed a questo proposito non ë da passar sotto silenzio
il fatto che nell' Inveoiario del 1407 accanto ai manoscritti
franccsi di sioria o di poHtica, accanto ai romanzi hrctioni e
carolingi, noi non vediatno figurare veruno di que' codîci pre-
ziosi, che ci hanno conservato il patrimonio poetico de' trova-
dori. Eppure noi sappiamo, grazie a docuraenci di îrrefragabile
amoritil, che nei primissimi anni del cinquecento la biblîo-
teca Gonzaga andava superba di più d'uno di codesti Canzonieri,
oggetto di studio e di ricerche per Mario liquicola, il Bembo ed
il Colocci'. Quando adunque vi crano entrati questî inapprez-
zabili cimeii? Probabilmente verso la meta det secolo antécé-
dente, in quel periodo, in cuî la sioria délia collezione manto-
■vana ci appare involta di lenebre densissime, che forse non si
giungcrà mai a dissipare.
VI.
Rinunziamo quindi, ma non scnza rammarico, a conoscere
in quai conto si tenessero i « giocolari » di Provenza ed i
« rimanti » di Francia, corne H chiaraava l'Equicoia, quando in
Atantova imperava sui cuori e sugli ingegni la soave Isabella
«d'Esté 1, e trasportiamoci ai primi del secolo dccinioseitimo, ai
I. Sulla cultuta mantovana sotto il govemo d! Giovanfrancesco si rinver-
Xlaaao împortuiti nigguagli nel récente scritto dî A. Luzio, Cinque Utlere di
»^ùUrino Ai FtUn {Anhivio Veneto, t. XXXVl, P. II, 1888).
3. Intorno ai codid proveiuali posseduti dai Gon/oga veggasi P. de
^OLS^c, La Bïbl. de F. Orsini, Paris, 188S, p. 313 e sgg., c l'articolo dî
C. DE LoLLisin questostesso Gioni. (XVIII, p. 4;6 s sgg.}. dovc si h ricordo
dei pïd leceaiï studi suU' argomenio. Imporcatiussîma per nai ë poî la lettera,
ciliu dal LuHo in Giorn. slor., VI, p, 274, colla quale il marchese di Mantova
Ullecita il 4 Dicembre [JI5 il suo ambasdatore in Roma a farsi restiluirc dal
TmsinD « alcuni libri in litigua Icmosina ch' erano parie délia noslra libraria
C parte mi erano sUti doDati dal p"> Mario a.
j. Nell' « loventario de lï libri lascîad per la quondam ietice memoria dell'
lli" Sig» IsabelU d'Esté Marchesatu di Mantova b, cbe si conserva in
^ S. Ma , non sono rcgîstrad châ tre libri &ancesi, le Poésie del Marol, un
1 ■ ■ \
196 F. NOVATI
giomi di quel Vincenzo, cheè passato ai posteri non men Ëunoso
per la sua passione per le sceniche rappresentazdoni che per le
coniugali traversie. Nell' animo del Duca (chi sa mai donde gliene
venisse l'impulso ' ?) ecco nascere un bel giorno la curiosità di
sapere che cosa contenevano i vecchi libri francesi che s'ammon-
ticchiavano^ ormai dawefo dimenticati, in un angolo dd suo
Ârchivio. Da Marmirolo, ov* egli si era recato a passaie Testate,
fa dunque scrivere in fretta al signor Traiano Guiscardi, sao
segretario, perché verifichi tosto quanti essi siano, a quali argo-
menti si riferiscano e, presane contezza» vegga se qualcuno franchi
la spesa d'esser voltato in italiano. Ossequente agli ordiiii rice-
« libro di Canzoni francesi » e « un libro di musica firaAcesa in carta pcgo-
rina coperto di veluto turchino con li fornimenti d'argento ». -^ Âssd pîù
notevole è invece l'elenco de* libri francesi possedud da Federigo Gonzaga
che si legge nell' Inventario compilatone del 1543 (Ârch. Notar. di Mantova
6. I. 3. 3. Comunic. Renier) : v Libri francesiin foMo. 152. Cronîca Cionica-
mm francesa desquinternata —153. Trd libri de Landîoto de Glac francesi
desquintemati — 1 54. La morte del Re Artus l^ta. — 155. Uno libro francese
in carta di capreto vechio legato. — 1 56. Cronica di Merlino legata. — 157. Cio-
nica di Franza legato. » — Altri libri di formato diverso son poi : « Calen-
dario francese legato — Le sette stationi di Roma legato — Le ptove de Jonr-
dain cavalier. Historia di son Grialdo — Croniche di m. Philippe — Historia
di Morgante gigante — Isaia letrista — Tre volumi di Guron cortese — Dui
libri del primo volume de Lancilotto — Dui libri del secondo volume de
Lancilotto — Uno libro del terzo volume de Lancilotto. » S^:uono i Ubri
francesi in quarto : « Uno libro de versi — La conquista de trei potenti Impe-
ratori de Trabisonda ~ Historia de Giglan — Un altra historia de Giglan —
L'arbore de Batailes — La morte del Duca de Burgogna — Le prove dd
cavalière Artus — Li quattro figli di Amone — Dui volumi délie prophétie
di Merlino et uno del secondo — Versi francesi — Uno libretto manco di
octavo de Tarme de' principi francesi — Uno libretto manco di octavo délia
città de Parigi. »
I. Non è frior di luogo supporre che il Duca per una ragione qualsiasi
avesse prescritto di rimettere in ordine i codid giacenti nella Inblioteca di
corte, e fors' anche di compilame un catalogo, e che nel corso di quest' opéra-
zione fossero tornati fuori i dimeoticati libri francesi. Ne son queste ipotesi
campate in aria, perché quanto ora passo ad esporre prova, se non m'ioganno,
che sui primi del seicento si cra dato mano ad un siflEatto riordinamento.
Nella Comunale di Bergamo io mi son imbattuto in un ms. latino dd
sec. XV, miscellanea prcziosa di epistole ed'altri scritti umanistid (A. H. 325),
il qualc sulla faccia interna délia tavola che gli serve di coverta porta incol-
I CODICl FHANCESl DE GONZAGA I97
vuti, il Guiscardi si reca in Archivio, squadema i manoscritti, ed
il 2 Agosto 1606 cosi communica al principe î risultati délie sue
ricerche ;
Scr™». Principe e Sig" mio sempre Col"".
Andai nell' Archivio a vedere come degnù V. A. di commandarrai qm
libri fritiicesi scritri a penna, et tic feci l'indusa lisia tralasciandone molti, cbe'^
per esscrc imperfeiti, o giâ trasporiati in qucsta linguï o dal laiino tradotii, o
conccnenu poésie non ho giudicaio espedienic il nominarli. Riferisco anco a
V, A. cVi' ta con lutta la diligetua usaCa non ho potuto ritrovarc quel volume
di lettere de Prîncipi ch' il Malaspioa le disse esservi. Se V. A. veduto la nota
coinmanderi i:he se De volgarizzi alcuno d'essi, se glî darâ subito e quando al
liiolo coirispocdano molti de' descrittt, stinierei che portassero la spesa di
tradui^K. Et a V. A. humilm"= incbioandomi auguro sempiterna félicita. Di
Mani." qucsio dl 2 d'Agosio 1606,
Di V, A. Ser^.'
Hum" e Div"'o Suddito e Ser."
Tr-mano Guiscardi '.
La nota de' libri, trasmessa dal Guiscardi a Marmirolo, non
si trova più unita alla sua lettera; ma per buona sorte essa
non è andata perduta. Noi la troviamo infatti annessa alla ris-
posta clie tre giorni dopo per ordinc del duca scriveva Antonio
Cosiantini :
Mollo III.™ sig," roio oss.""
Ha S. A. veduto la lettera di V. S. et la Usta de libri, che in essa era
inchiusa, ei hammi commandato che a suo nome îo le risponda ordinandole
che faccia âd c^ni modo tradurre quel Tesoro della Natura, ch' ella vedrà
segnato in capo della Usta, et gli altri due a quali ho fano per segtio una
Dicciola croce, dicc S. A. che V. S. vegga et riferisca se vi sia cosa che
possa esscr di giisto ail' A. S. et parlicolaTTn.i= ella vada awertendo ncU
au una grande incisione in rame, che rappresenta uno Jtcmma, lo stemma
Gociaga, sormontalo dalla corona ducale, circondato dal coUare dell' ordiue
dcl Rcdcntore e da nastri svokuanti sui quali si legge il noto versetto :
Domiiu, probasti mt, etc. L'iticisione , clie a me par usciia dal buUuo d'un
artisia vîssuio su! priacipiar del svii secolo (l'ordine dei Redentore fii isii-
tuitodcl 1608), t sema dubbio uu Ex-libris; e quest' Ex-librU deve essei-siato
applicato al codicc, quando ne venncro insîgniti tutti i suoi compagni ; il che
lorna a dire che la biblioteca Gotuaga fu rimessa in assetto in tempo piuttosto
récente da qualcheduno de' suoi possessoci, che potrebbe anche essere stato
Vlncenzo, bcnchè io Archivio non rimanga del fatto alcuna traccia.
l. A. S. Ma., Carteggio di Mantova, 1606, F. II. 8,
■ ■■ 't ^ -"^ ■* Ï!
\^W^^Wi
198 F. NOVATI
historia dï Cesare et Pompeo se sia cavata per l'appanto da i Commeotiri dî
Cesare et corne si dice tolta di peso, o pure se qualche galant" hnomo habUa
cosi raccolta tutta quella materia che si pa6 dire di Cesare et Pompeo e^
fattone un' historietu con gentil maniera, et con qualche ^rho per dentro
che possa allettare a légère una cosa anticha et tratuta o scritta da altri. Et
a V. S. bado caramente le mani. Di Mamûrok) alli 5 di agosto 1606.
Di V. S. M. ni.
Semitore aff."^
Antonio Costantini".
A tergo :
Al Molto m. Sig« Sigr mio ossp.
Il Signor Traiano Guiscardi.
Segretârio et Gentilho-di S. A. in^Mantoua.
Ed ora la nota :
Lista di alcuni libri francesi a penna che sono nell* Arcfaivio di S. A.
Ser.na*
— Tesoro délia natura nd quak si trotta ddU cose naturaU a luHgo,
— Dottrine necessarie a tutti gli stati délie persone.
— Tratuto délie virtù morali. Stimo che vaâa insieme cdP anUttâtnU,
— Del reggimento de' Prindpi.
Cronica di Adamo e de* suoi discendenti, foHca da maftt fiitU^ # scriiia lu
lin^ua itdiana.
Istoria di Cesare e Pompeo. Cavata dcC cammtari di GiuUo Cisar$
f Historia dcl Conte Guglielmo d*Aliscant. Romam^o^ per quel df iond
creda.
f II Conte d*Oranges. È il tnedp, poco différente dai précédente.
Ecco adunque ricomparirci dinanzi alquanti de' codici fran-
cesi che figuravano nelF Inventario steso due secoli prima. Nel
Tesoro délia natura ci vorrebbe dawero délia cattiva volontà a non
riconoscere un de' due codici che Francesco Gonzaga possedeva
del Trésor di Brunetto Latini ^. Ma non altrettanto agevole riesce
1. A. S. Ma., Cart. di Mont., 1606, F. II. 8. Qpesta lettera, dicui molt*
anni sono mi era stata favorita la copia dal cortese amico prof. R. Putelli,
caduta, casuolmcnte, sott* occhi al sig. A. Bertolotti venne da lui pubbli-
cata, scnza commente vcnino, ma con varî errori di lettura, nel BHHiofilOf
a. VIII, 1887, n. 2, p. 24.
2. Rom,^ 1. c, n. 6 e 7, p. 505. Ed in nota si awerte che il primo di
qucsti manoscritti, del quale il numéro de' fogli ammontava a 210, potrebbe
forsc idcntiBcarsi col n. H. II. 16 dell' Universitaria di Torino, che ha
209 Ibgli, a quanto attesta il Manzoki (Riv, EttcicL It,, V, 504). Desiderando
di accertarmi se taie congettura cogliesse nel segno non ho mancato
I CODICl FRANCESI DE GONZAGA I99
idenrificare colle Dotirînenecasariea tutti gli stati délie persom uno
de' librî regisirati nel cataîogo del 1407. Che si irani dell' igiioto
pocma attribuito in questo ad un autore non meno ignoto,
maestro Pietro li Charpentiers ' ? E con quale fra î vucchi libri
di filosofia morale esistenti nelia libreria mantovana identifiche-
remo noi l'opéra che il Guiscardi dice Tratlato délie virtù rtwrali ?
Il libro del regghwnto de Prtncipi ci riporta su lerreno assai più
sicuro, e noi non indugiarao a riconoscer in esso il Liber de Regi-
nine Prittcîpum deU'Inventario; valea dire la notissîma opéra di
Egidio Colonna, volgarizzaia da Enrico de Gauchi^. In nuove
incericzze ci immerge invece la Cronica d'Adamo e de' suoi disren-
dettti; io vedrei volentieri in essa il famoso IJber Creti, ma
credo partito più savio awicinarle il n. 4 dell' Inventario, la
Cronica quedam super gesils Biblie, la quale, corne rilevasi dalle
parole loizialij cominciava dawero ab cvoi. Tre dei manos-
critli registrati nel cataîogo, e precisamente i n. 11, 12, 13,
possono disputarsi il diricto d'csser identificati coll' Isloria di
Cetare e Pompeo*; ma qualunque di essi fosse capitato nelle
mani del segretario di Vincenzo Gonzaga, certo non glî avrebbe
o/îerti que' requisiti che soli potevano renderlo degno di una
rra-duidone. Gli ultimî due numcri délia lista, fa bisogno dirlo ?,
s<3co i due testi del Foukon de Candie, che or si conser\'ano alla
S% ^ïirciana.
Peccato che il Guiscardi si sia mostrato cosi disdegnoso per
i et molti n manoscritti « o gii trasportati in questa lingua, o
d^Ll latino tradotii, o contenenii poésie », com' egli si esprime,
di «^Tsaninare LI minoscriito torinese (or segnato L. H. 18, e non H. II. 16,
^om-wtt (criveva il Manîoni), ma non son riusdto a riovenire in questo bel
*^**^î«, sciïno da mano francese, sui primï del sec. Siv, a due colonne, con
iriu-ïijture raesïe ad oro, fregi ed inisiali verun indiîio di provenienia. E a
™***Tiggcrc b probabilità che esso sia il ms. già posseduio dai Gonzaga dirù
^ 1*1 ù che, sebbene ora manehi de! primo foglio (che coiiteneva l'elenco dei
"^pîtolidel L. I dal 1 al lzxii), pure esso non conienne mai più di 305 fogh;
P*cchi qucstî SOBO stati nupicrari in rosso da mano aatica, quando il cod. era
'■ BDni.,1. c, n. 24, p. soj.
,1. c, n. Iî,p. 507.
)■ &im., I. c. p. jo^. La Cronaca cominciavA colle parole, che alludevan
~~^ alla creazion del mondo : Li ciel e la terra t les cives (I. àvei),
■ 4- &m., 1. c, p. S07.
200 F. NOVATI
che gli eran venuti aile mani nella sua rapida visita ai dimen^
cati codici dell' Ârchivio ! Se infatti maggiore fosse statt la
indulgenza, noi possederemmo adesso più pardcolari ta^oag^*
sulle condizioni in cui versava allora la preziosa laccola oggetto **
del nostro studio. Ma non lamendamoci troppo. QiiaiitD eg^
dice basta a renderci certi che il fonde francese della libraia
Gonzaga era davvero rimasto intatto fine al giorno neËistD, in
cui la rovina dell' ultimo discendente di Guido^ strappondo i
codici al loro tranquillo asilo, li disperse, corne foglie inaridite
in balia dell' uragano, chi qua chi là per le hibUoteche
d'Europa.
F. NOVATU
MANOSCRITn DELLA LIBRERIA GONZAGA RICORDATI
NEL PRESENTE LAVORO.
Francesi.
Aliscans^ ved. Gidielmus.
Asprenumt (Invent., n. 41 o 42) 171
CesarianuSy ved. Istoria.
Crdus (I., n. 2$) 175, 177
Cronica d'Adamo e de* suoi discendenti (I., n. 4?) içft
Dottrine necessarie a tutti gli stati di persone (I., n. 19 ?) 19^
Gulùlmus de Orenga (L, n. 45) 1614, 18$
Istoria di Cesare e Pompeo (I., n. 11, 120 13?) 198^
MeliadusÇL,, n. 33) 164, 16^
Phebus lifort iS^*
Regginiento ࣠Principi (I., n. 15) , 136
Roman de la Rose 163
Tesoro della natura (L, n. 60 7) 198
TitUivius ,, 167
Trattato délie virtù morali 198
Troianus (I., n. 28 o 29) 185
Latini.
Apule}US, De asifio aureo 189
Plinius, Naturalis historia 18$, 186
Seneca, Tragoediae 189
Spéculum historiarutn 188
SoLiNUS, De miràbUïbtis muttdi 18$
Totum continens 173
Valerius Maximus, Degcst. etfaci. mtm 189
FRAGMENT D'ASPREMONT
CONSERVÉ AUX ARCHIVES DU PUY-DE-DOME
SUIVI D OBSERVATIONS SUR aUELaUES MSS.
DU MÊME POÈME.
Celai qui entreprendra l'édition de la chanson d'Aspremont |
^lara une tâche malaisée. Car non seulement les mss. en sont nom-
bre' tix et présentent des variantes considérables, mais ils sont très
dispersés, et les meilicars sont incomplets. Si l'on veut bien jeter
*cs yeiiit sur k liste qui suit, où j'aî fait entrer divers renseigne-
ments lion encore publiés, on remarquera que les seuls mss.
^om plets ont été exécutés en Italie et en Angleterre, et par con-
séquent contiennent un texte incorrect. Les mss, les meilleurs
'^OTïme langue, en partie aussi comme rédaction (Barrois i8,
^^rlin, Paris 2495 et 25529), sont incomplets.
' - -AsaiuRKHAM PLACE, Appendix 220. — Milieu du xiiit siétle; écrii en
Nonnandie ou, plus probablement, en Angleterre '.
Banois 18. — Milieu du xili* siicli;, fragment de 7920 vers'.
' - Ce ms. a été acquis par le comte J'Ashburtiam pour 15; L. â Li vente
^"■^ 1861 (GttdJiçiu ûf Ihe rtserved aitd nu>st vaUiabU porlian of Ihe Libri col-
~***«,n'> î). Antérieurement il figure sous !e n" 26 dans le catalogue de k
'5^*^ SaviJe. qui eut lieu à Londres le 6 février 1861. 1! fut adjugé alors au
™*^'t« Boone pour 100 L.; voy. mon compte rendu de celte vente dans k
™'- dt TEcoU du Chartes, 5= série. 11 (1861). 277. Il provient de Saînt-
"*S«atin de Cantorbery. On lit en effet sur le feuillet de garde du coramen-
*^'"^«H ; Liber fratrii Antonii, qui Jicilur Aquiunt, De lihraria Saneti
^^f^ttôà Canl., indication qui est reproduite dans l'ancien catalogue de la
^^hèquc de ce monastère (Notes and Queries, i' série, I, 485). Ce livre
^ <i*ctii ei j4 vers en sont cités dans le Calalc^m of the mss. ai Asléurnham
f^. Âfpmdix, feuille DD. (Les feuilles CC et DD manquent i presque tous
™ ^"enipUires de ce volume.)
^- Ccji un petit ris. à trente vers par page, Il en reste 132 feuillets, sans
'"•^'pMt tes trois premiers qui manquent ei que Barrois a fait refaire d'après
It (ns.ffiU. ou. 2 JJ29 (La Vallière 125). L'éaiture en est passablement imitée,
-Sr-V ■*«>J^^.
202 P. MEY£R
5. Berun, Bîbl. roy,y ms. gall. 48» S. 1 5S-1 90. — zni* siècle. Fiagment de
607a vers. Le commencement et la fin manquent '.
4. Cheltenham, Bibl. Phillipps 261 19. — Piieniièie mdtié du xm* siède,
ms. écrit en Angleterre *.
5 . Erfurt. — Fragment trouvé en 1880 dans une rdiure. Voy. LUtnimUÊit
/. germ, u, rrnna». Pbû.y 1880, col. 198.
6. Florence, Bibl. naz., d. vn, hp 932. — xiv-xv* siède, écrit en Italie.
Fragment d'environ 140 vers, consistant en un feuillet à quatre ookmnes
et à 36 vers par colonne. 44 vers en ont été publiés par M. Sleogd,
Zùtscbr.f. rem. Pbû.y IV, 364.
7. Londres, Musée britannique, Old Roy. 15. E. VI. — Volume présenté
à Marguerite d'Anjou à l'occasion de son mariage avec Henri VI
d'Angleterre (1445). Voy. Ward, Catal. afronumees^ I, 129 et $98.
8. — Musée britan., Lansdowne 782. — Première moitié du xm* sîède; écrit
en Angleterre s. Fragment de 4.700 vers. Le commencement et la fin
manquent, et il y a des lacunes dans l'intérieur. Voy. Waid» CtÈaH. <^
rmnancesy I, 600.
mais cependant ne saurait tromper un œil exercé. Le paléographe qui a lût,
pour lord Ashbumham, le catalogue des mss. Barrois s^ est cependant laissé
prendre. Les 13 vers du début dtés dans ce catalogue reproduiaent, comme
il est facile de le vérifier, la leçon du ms. 25529. pai copié en 1867 tonte la
fin de ce ms. depuis le fol. 107 v<>. Je ne sab où Barrois se Tétait piooiré. La
reliure, qui est somptueuse, a été fiûte pour Barrois, et tout ce qui pouvait
indiquer la provenance a été soigneusement enlevé, comme c'est le cas pour
la plupart des mss. de la même collection.
1. Ce ms. appartenait, à la fin du siècle dernier, à la Varicane (fonds de la
reine Christine, no 1 361), voy. E. Langlois, Notices et extraits des m»., XXXm,
2« partie, 1 36. En 1829, 1. Bekker le signala comme appartenant au professeur
von dcr Hagen et en publia 1338 vers en tète de son édition du Btrabnu ipro-
Nxnçal (pp. uii-LXvi), et de plus qudques morceaux de peu d'étendue dans les
notes de la même publication , notamment les premiers et les derniers vers
(p. 170). Enfin, en 1847, le même savant mit au jour la presque totalité du
fragment, qui avait été acquis entre temps par la Bibliothèque royale de
Prusse, dans les mémoires de l'Académie de Berlin (année 1847, PP- i'49)*
En 1859 ce ms. ayant été prêté, à Paris, à M. Guessard, je collatioonai les
extraits publiés par Bekker.
2. C*est le ms. 27 de la vente Savile (Londres, 1861). fen ai dit qudques
mots dans le compte rendu de cette vente, BihL de TEccie des Chartes, 5« séiie,
II. 277-8 ; cf. ci-après, p. 216. Il a 80 feuîLets à deux colonnes par page et à
3 \ vers par colonne.
3 . Les initiales des laisses sont altemati\'ement vertes et rouges, ce qui est
un signe d*andcnneté. Le caractère des miniatures, qui sont nombreuses,
indique la même époque.
FRAGMENT D ASPREMONT
. Paris. Bibl. nat. fir. 1598, fî. i-sî. — xiv« siècle, écrit par
203
n Johannes de Bononia '
10. — Bibl. nat. fr. 249;, fo!. 66 à ij;. — Milieu du xin' siècle. Fragment
Je 4760 vers".
11. — Bibl. nat. 35529 (anc. La Val!, iïj, anc. 002725 du catalogue de 1
vente). — Seconde moitié du xm' siècle'.
13. — Bibl. Nai. Nouv, acq. fr. 5094. Feuillet ayant appartenu précidera-
ment aui archives de la Lozère et cédé i la Bibliothèque nationale <. —
Ecrit en Angleterre vers le milieu du xiw siècle.
1} Rome, Val, i)6o. — xiii' siècle. Incomplet du cotnmcncemcni et de la
fin. Les 600 premiers vers dans la Romt'arl de Kdler, pp. 1 58-78. Cf. E.
Lîngloh, Noticts tt txtrails des mis. XXXIU, 2* partie, 135,
14. Venise, BibL Saint Marc, ms. fr. IV. — Fin du xui* siècle; écrit dans le
nord de l'Italie. Des eitraits en ont été publiés par 1. Bekker, Die
allfran^<isis(lim Ramant dfr S, Marais Bibliolhek , dans les Mém. de l'Ac,
de Berlin, Phil. u. hiitor. Jbhandlunffen, 18J9, pp. 252-99; Keller.
RaaniiTl, pp. l'ii. La première page est reproduite dans les Fiusimili
di antichi manouTÎtli de M. Monaci, pi. 26. — Ce ms. et le suivant 1
viennent des Gonzague^ voy. Romania. IX, {il.
ij. — Bibl. Saint Marc, ras. fr. \1; — xiv= siècle; écrit dans le nord de
l'Italie. Des extraits en ont été publiés par Bekker en regard des
passages correspondants du ms. précédent,
16. A la vente Solai- (Techener, i86o)figurait,sousle n" 5105, un vii^nrox/ '
de 68 feuillets à deux colonnes et d 44 vers par colonne. Cétait u:
d'une écriture italienne de U fin do xni° »ècle. II a été adjugi I
pour 5.51a fr. au libraire anglais Boone. pignore dans quelle biblio-
thèque il est entré.
Ainsi donc, de ces seize mss. ou fragments de mss., cinq, les
n" I, 4, 7, 8, 12, sont d'origine anglaise, et cinq aaires, n" 6,
9, 14, is, 16, d'origine italienne. On voit que le poème a joui
d'une bien graiulc popalarité en dehors même de son pays
t. M. W. Mi7«tapDtil>édece
premiers vers, les pjaçaat en re^d des passages correspoodants du ms. b.
11539. dans la ZdUtbr. f. ram. PUl., X, 32-41. Do Tes«, ce que (fit M. W.
Mcyer sur les rappons éuoti» qid aoiraîent ces deux mss. n'est pu baài.
1. Les 2J70 preatkn -wm de ce nu. (K. 66-^) satK compris dans l'âfi-
ùm restée inachevée qne M. Gocssard araii prépaie de TA^ireiiioat ei dont
iip)gesootéiéi(Dprkné«»d>ciDiii)tveni8^>. Lesboneiduin. 2495 «ai
comldèa dans cette é<fitïi» k TnâK dn m. i^ii^
}. Lacune entre les £ 8-9 et 7S-9.
C'est le fenSIet pubfié [or M. E. Laoglais, fiMHM. XIL 4)} et anv.
^^^ C'est le
:v.:•/i,.;-^î-^_^._,„
1
204 ^- MEYER
d'origine. Ajoutons que les anciens inventaires de librairies da
moyen âge constatent l'existence de mss. du même poème non
seulement en France, mais encore à l'étranger. La donation de
Guy de Beauchamp, comte de Warren, à l'abbaye de Bordesley
(1306)^ mentionne « un volum del romaunce Emmond, de
Âgeland e deu roy Charles' ». Le précieux inventaire de la
bibliothèque du chanoine de Langres Jean de Safires (1365), a
un article ainsi conçu : « Item, hystoriam Amnumdi et Angoih
lariy taxatam predo duorum grossorum'. » Charles V pc»sé-
dait un « Âgolant rimé, très vieil », c'est-à-dire mi AspremmU ).
Enfin la bibliothèque d'Esté renfermait au xv« siècle un « libro
chiamado YAspromontCy in francexe », en parchemin et de
70 feuillets 4.
Le fragment que je vais maintenant fdre connaître appartient
aux archives du Puy-de-Dôme où il servait de couverture à on
registre. Il a été signalé par Tarchiviste, M. Ronchon, p. 250-1
du Catalogue des mss. conservés dans les dépits d^ archives^ publié
en 1886 par le ministère de l'instruction publique. Les formes
que présentent les quelques vers cités dans la notice de
M. Ronchon me donnèrent à croire que le fragment pouvait
avoir fait partie du même ms. que le feuillet des archives de la
Lozère dont M. E. Langlois a publié ici-même (XII, 433 ss.)
le contenu, c'est-à-dire 293 vers d^Otinel et 395 d^Asprernont.
Me trouvant en 1888 de passage à Clermont, je pus m'assurer
que ma conjecture était fondée. Le fragment de Clermont est un
feuillet double, rogné du haut de façon que la première ligne
de chaque colonne est enlevée ou du moins entamée. Par suite,
les dimensions sont moindres que celles du ms. de Mende,
1. Voy. Romania, XIII, 13-4.
2. Bulletin du Bibliophile, 1857, p. 476. — Je note en passant que j*ai
trouvé au Musée britannique le testament de ce Jean de SafiBres (add. ch.
25832). C'est un document fort long, mais dans lequel le testateur ne £ût
aucune mention de sa bibliothèque.
3. Delisle, Cabiwt des mss., III, 163, n» 1069. Ce ms. commençait au
2c feuillet par Baron fait il, environ le vers 145 du poème (Baron fait il, je
fous vtuil dire voir).
4 .Romania, II, 52 et 55.
FRAGMENT D ASPREMONT 20 S
maintenant i Paris. Mais l'écriture est la même". Le feuillet
double de Mende ne formait pas le centre d'un cahier. Il manque
bien des centaines de vers entre les deux feuillets simples, tan-
dis que le texte écrit sur le feuillet double de Clermont se
suit sans interruption. C'était certainement la dernière feuille
du ms. On y Ht ; i" la fin A'AspremtJitt, qui occupe tout le
premier feuillet (six colonnes) et partie de la première colonne
du deuxième; 2° deux petits poèmes dont je traiterai une autre
fois. Je suppose que ce feuillet double n'a jamais été mis en
cahier avec d'autres, mais qu'il est resté seul par cette raison
toute simple que le copiste n'avait besoin que de cette quantité
de parchemin pour finir sa copie. La partie du second feuillet,
qm était restée blanche après l'achèvement d'Aspremont, a été
remplie un peu plus tard, mais encore au xiri= siècle, par les
deux pièces susindiquées. La seconde est complète, mais le
copiste, à court de place, a dû, à la fin, mettre deux vers sur
la même ligne. Il est prouvé par là que le feuillet de Clermont
était le dernier du ms.
Le fragment de Clermont renferme les 381 derniers vers
d'Aspremont. Ils n'offrent point un bon texte : on s'en con-
vaincra aiséraen: par la comparaison avec les variantes que j'ai
empruntées au ms. 25529', qui lui-même n'est pas des m«l-
leurs. Néanmoins j'ai cru de\-oîr les publier comme un com-
plément à l'article de M. Langlois.
Les abréviations présentent peu de difficulté. Dans Iruver,
SI-4, 2S7, /rwlwc;, 234, et trojxr, iroverai, 77-8, la première
Toyelle est suscrite, par conséquent assez douteuse. Cependant
l'abréviation semble bien donner dans les premiers cas u et dans
tes autres o.
E rapoKoile les prist a csgarder,
A doc G. tes comence a taustret :
• Ces CT Ct t u tt» que )o vd b ester
I. J'ai fin £iûc d'uae ie» pages àa Engnient de Clenooai une pboiogn-
phk un peu récite que f li doooée i la BiUkitbiqiK lutionale poor tec
llicée dûu le IBS. N. jcq. ù. J094 i cdt^ Aa fnfcaaa <é&i pu la ^lUeaaK
de la Lozère (n» 12 de U lifte â-de«u*). De b sorte, b «triâcàioa sen
bdle.
>e tau pas dcnnéa d'ooe bçm to r optoe : j'ai cboôi la
Oez qce Sx K. Fcmpecûr :
Par U)te fos: en £ct crier un jnr
30 Ki ne se aa: ne li giant ne fi
Se rei ne conte, chevalier ne Tainuor,
Ke ricbe duc ne prince ne axntitr :
A lur ainsdl vont kîssicr son booor.
L'empereur ne vont plus demorer :
35 Par le duc N. e par le vid Onid,
Fîst Tapostoile e le duc mander
Qpe chescuns d'els vîenge a lui parler.
Une Tapostoile n'i ose arester :
Les ordenez fîst a Tost retumer
1 1-2 FauU cbnt îa paUographu rend bien compU. Ms. Lm VoB, .vij. arc. .
I ot le jor a Êûre le m. — 15 LaVall. Sangles ch. ce lor fist on laissi
17 La VaHl. lever et b. — 19 La Vall. Florence. — 22 La T. fii près d'i
26 Lfl r. Celui f. — 2S Lfl r. La erra K. a loi d'e. — 30 se, ms. se
exponctuée.
)
FRAGMENT D ASPREMONT 2O7
40 E fist as morz les aimes comander
E vet Tiglise dédier e sacrer,
£ il meîmes vet la messe chanter.
Graht fu la offerende pur le liu enorer,
Ne li estut pur .vij. c. mars doner.
45 Le duc G. fist suen eire aprester,
Qpe mulz que roules .xxxvij. assembler,
Les noveles chrestîenes fait atumer
E si les funt vestir e affubler.
Une créature ne sorent purpenser
50 De quel Ten deive franche femme enorer,
Qpe l'um pust conoistre ne truver,
Qp'a la reine ne face présenter.
Sur un mul funt la reîne munter ;
Poi pot Tum de si bêles truver.
55 Unkes li ducs ne se vout conseillier :
Prist la al frein, si conmença a parler.
Sa druerie of&i a présenter
Ço fist il tut pur suen doel oblier ;
60 Chascun des autres vait la sue munter ;
Si comnencerent un poi a chevachier.
Qjiant K. dut al paveillun entrer,
Desur senestre prist suen chief a tumer
£ vit le duc la reîne amener.
65 Coloré fiid cum autre bacheler :
Blanche out la barbe e vis apert e der,
£ comença le rei a saluer :
« Icel seignur qui Deus se fist clamer
« E en la Virgine se deigna enumbrer.
70 9 Vus doinst en terre tele vie démener
« Qp'a sa merci vus puissiez acorder,
« Qp*en parais puissiez dedenz entrer.
« Ne vus puis nulz de mes gaainz celer :
« Tut iço ai jo gaingné al juster;
7) « Ci est la femme Agolant de ultre mer :
« En tant de terre cum Deus ad a garder
« Ne puet l'um mie plus bêle trover.
« Querez lui rente, jo lui troverap] pcr. »
(*)
^ ^- ne s'en volt consirrer. — 57 Lire avec La V, offrir et. — 58 Ce
^ ^ coupé est dans La V, £t puis la soe anquerre et demander. — 60
^ H^jie mettre à cheval; adestrer La V, — 6iLaV, .j. pui a dévaler.
' ■' "^ . 1' ■-" ■ • J" ■
208 p. MEYER
Si cum li duc descent dd paveilliin,
Par sa main destre tint le m Chaxlun.
Sur une cuilte de paile ie sipon.
Sist juste lui G. le fiz Beson.
 la reuie vint le duc Naimun,
Entre ses braz la descent del arçon
85 As estriés vdent (sic) li conte e li banin
E li reb Dres e li reis Salemun,
Mais la rdne a la bde £içon
Èsgarde Naimes a vb e a la £içon,
E li demande : « Vassal, com avez non?
90 — Dame, » dit il, « pur qud le cderum ?
« Vus me vdbtes huan en Aspremunt,
« E d'un and me fdstes le don. »
Ele Tencline suqpirant parfnnd :
« Sire », dit de, « a la Deu beneîçnn.
95 « S'or vus en menbre si fiez que prodomme. »
Al paveillun sistrent conmunalment
Treis rds i ot et set ducs ensement,
E s'i ot contes e baruns durement.
G. parole oiant tuz hautement :
100 a Riche rd, are, sachiez veraiement
« One ne fu homme.de si grant tenement
« Ki unques mais reçut si grant présent :
« Treze reines, mun esdent,
« A la plus povre riche reaime apent^
105 « E .XX. pucdes de cd nurissement ;
(c Jos ai conquis, si vus dirrai cumend (sic) :
« Qpand de l'estur fu parti le mustenc
Que Agolant lessa vile[ne]ment,
« Il vint a Rise, si oscist tute la gent ;
X 10 « Gestes meîsmes oscist il ensement,
« Mais des se mistrent en la tur erraument,
c( E chrestiens .iiij. vints (sic), voire cent
(( Qpe paiens pristrent a lur conquerement,
« As gentilz femmes, trestut mesléement,
115 «
« De la vitaille lur estut malement : (c)
« Dous buz de vin e .xx. pains solement.
80 la F. a pris le. — 81 La F. ferrée de sipon. — 82 La T. f. Buevon.
— 85 Ms. A ses triés; La V. As autres v. — 86 Manque dans La F.
103 Ajoute^ i a après reines. — 112- 5 Manquent dans La V.
>
FRAGMENT D ASPREMONT 209
« Cels départirent entre els oelment.
« Icel afaire les greva durement :
1 20 « Dis en sunt mortes dunt jo ai le quer dolent.
« Eles se rendirent mult poûrusement,
« Mais l'apostoile le me fist hautement
« Qjiis baptiza tûtes veirement,
« W^Qz les la seier d'on (sic) reng ;
125 « Ço est G. qui tûtes les vus rend ;
a Fors la reîne me donez solement. »
E dit li reis : a Fel seit quil defent 1
« Faire en poez vostre comandement. »
Girard l'encline le jur parfundement.
1 30 Après lui suef et bêlement :
« N'est mie reis qui de ço se dément.
« Qpant jo pris femme jadis en ma juvent,
<# Fille le rd a qui Hungerie apent,
« Le suen saveir passa mun escient.
155 a Si jo ai tenue ma terre quitement,
« Ço ad osté (corr. esté) par suen enseingnement.
« Mort fu li reis en cham premerement,
« Nus en avum mult bon estorement :
« Ço est un filz qui mult est bon e gent ;
140 « Or li donez armes e garnement,
« Puis li rendez lun (corr, sun) reial tenement ;
c Mult l'ad le père deservi chierement.
« £ se li filz ceste femme ne prent
« Jamais m'amur n'avra veraiement.
145 « N'i ad tant bêle d'ici en Orient.
« Il ne put mie prendre plus hautement :
«c Ki entur lui purreit estre sovent,
« Qpe le volsist acuillir de nient,
« Qui en peûst aveir apresmement,
150 « U ne devereit vivre plus longement. »
Si cume G. ot Tovre devisée,
li reis li ad otrié e donée.
D'ambes [ij] parz fu l'ovre grantée,
Prist en l'omage sanz nule tresturnée.
*ï8 Man^ dans La F, — 119 La F. lor dura cortement. — 124 La V.
V- les la tûtes seoir d'un. — 130 la F. Et dist après s. — 138-9 La V. Cist
'^ *s f. que l'on tient a moût gent | De lui n'avons autre restorement. —
149 Mampit ions La F. — i $0, ne, carr, en.
JU2L 14
I • '
210 P. MEYER
155 Après lî ad sa feoté jurée
E del realme li ad ceinte l'espée.
E la rdne s'est en estant lev^.
Par le poin destze li ad li reis liverée,
E soyent Tad baisie e acolée.
160 L'autre fu si esgardée»
Chascune ert ruvente e colorée,
Si richement vestue e atnmée
La grant belté ne puet estre contée.
N'i ad franceis, s'il ne sdt esposé,
165 Ke n'dt al rd la sue demandée.
Girard, » dit K. « celer ne vus quier ;
a Jo ne serf mie la gent de losengier :
« Mult devez Deu amer e grader
« E sur tuz altres loier e prder; ^
170 « Poi est nul homme que plus £sice preiser.
« Ore me irez un de voz filz baillier,
« Une pucde métrai od lui a cucfaier, (v» à)
« Par c'a deriere dient li novelier
« Que tûtes cestes ne valent un denier
175 « Se pur la Id tenir e esauder.
« Pur md garder de mort e d'ancumbrier,
« Ainz vi son père tant mal apporeillier
« Ke lui estut Talme dd cors voidier;
« Si ne dei mie son dr desparagier :
180 ce Plus hait de nus ne la puis pas puier.
« Puis li frai esposer e noceer;
« Si l'estuverad ovec md career,
« Lui e le duc N. e le danais Ogier ;
« A icels treis me lerrai conseillier.
185 «c A vostre ôlz voil doner un mestier :
« Gard la viande que jo dei mangier
« Tant que jol pusse plus avander. »
£ dit G. : « Ço fait a grader,
« A itd hom se ddt l'en apuier.
190 « Cest damaisd voil un poi ensdngnier
« Qjie vus donez e realme e muillier.
« Florent bel frère, ne vus ddt ennuier :
« Ne creire ja cunseil a losengier ;
î6o La F. Et l'autre renge par fu si esgarce. — 16} AjouU^^y avec la La F,
com s'ele fust an France amparentée. — 164 La V. S'il n'a famé espousée.
175 La V. Fors por lor 1. — 176-80 Manquent dans La V. — 191 La V, Cui.
FRAGMENT d'aSPREMOXT 211
« Garde ne ▼ende igiise ne moster,
195 « Ne pur dreît (aire ne recevez loîer,
« Ne de prametre ne seîez costumier,
« Mais toz jorz doue : ço est real mestier ;
« E si sujumes k povre chevalier.
< As mesaisiés dras e al megre destrier;
200 « Ta ne deîs mie celui contralier ;
< Devant vus laissiez al mangier ;
< Del tuen li done, si Tonure e tien chier.
« Aiez merd de la povre muillier ;
« A lui dds tu les presenz envder.
205 « Tu ne deis nûe les orphanins cfaader,
« Mes nurri les e qnanque purras baillir,
« OpH serrant tel qu'il te purrunt aidier
c II se lerrunt pur tei tut detrenchier.
c Jo ne te sai autrement conseillier,
210 c Isa ddt prince son règne justi^er.
c Florent bd frère, K. merd
c Bien t'ad hui tuen servise meri
« De qud tun père al bosoin le servi.
« Mort en erent ker od mes oilz le vi,
215 < E )o l'oî quant l'aime départi.
« Gard que losengier ne sdt par td oï :
« Par losengier est franc home huni
« £ tuz ses pers le denent pur failli.
< Li gentil homme qui mon père nurri,
220 « Si tu ço creb tu serras tu serras (sic) gari.
« Tu savras bien qui mielz Tavrad servi.
« Rend a chascun ço qu'il lur toli,
« n te serrant digne coral ami.
— Certes, » dist K., « n'avés mie menti. »
225 « [Fporent bel firere, jo ai ore ta soror ;
« Ço que jo di ne tenez mie a folur :
c Ne faire evesque del filz tun pastur ;
198-9 Li r. Se vos trovez ... | As povres. — 201 La V. Taseez. — 206-7
La V, Norrissiez an quan qu'em p | Qpant. — 208 Ct vers se retroui'e
litUràUmaU au début du poème dans le discours que Naitnes adresse à Charle-
fnagne.
211-2 Ifl F. la soe grant m. | Bien t'a hui K. t. — 214 La V, Ml't an
reçut car a. — 215 Ifl r. Et jel tenoie. — 219-20 La V. qui (= cui) tes
pères norri | Se tu ks croiz toi avront il g.
212 P. METCK
< Pm Diz où ici, de âcc q de coniiif,
« U pnesc le fik dei geml Tznssar :
250 < Se 3 a doosy s prcDC le menar, (v» I)
ff A llientage s Icis le gzdgniir.
c Fax le 2pnndrc cotre ci a un ior
« Opeevesquele Ekcs al mm de Creator:
c La truverez sens e fia e anmr.
233 « Ne £nre nue de ton serf um seîgmir;
« Lai le TÎlain a faire son lalnir;
« A sa natore reriem al dnef de mr.
« Florent bel firere, ne te dât peser,
« Le maûnet vos estnvoa jurer
240 « Les falses leis abaire e oblier,
« Tûtes les bones rshancier e lever
« E seinte îglise servir e honorer,
« Les orphanins nnnîr e garder,
« Les vedves femmes maintenir e salver,
245 « Le felun homme de mal conseil oster,
a E tutcvdes freindre les e mater;
• Les bons lignages lai a tei acoster,
a La purras tu le consdl recoverer,
« Com l'en deit l'alm» c le cors gnvemer.
250 tt Del poi prametre e largement doner
V Puet a chascun le quer del ventre embler.
V Le felun homme qui ennuie son per,
« Ki altnii feu vult al suen alumer
<c Et vult le suen enpiir e restorer,
25 5 « E seinte iglise ardeir e violer,
c( La po\Te gent auder et conseillier,
« Si tu i puez grant achaisun tniver,
« Set anz tut pleins le deis deseriter,
« Qpe clerc ne lai ne t'en ost apeler.
26*) « Al settime an, s'il veut merd cxier,
u Adonc le lesse en ta terre entrer.
« Tel Taparail qu'il n'ost en curt parler,
« Ne qu'il n'ose devant tei arester.
« Par lui poez les autres chostier,
265 « Ja un des autres ne l'osera penser.
« Tu deis demain ta femme cspuse[r],
« E l'apostoile te deit demain sacrer,
252 La V, qui corone. — 253 La V. E autrui serf viaut a soi atomer.
— 256 Absurde contre-sens, La V, chacier et afoler.
.1
FRAGMENT D ASPREMONT 213
« E remperere te frat coroner;
« Qpant tu voldras en Hungerie aler
270 « Jo te frai andous mes fîlz livrer :
« U tei aiderunt ta terre a guvemer;
« Tez nevoz sunt, mult les deveras amer.
« Emald merrad la reine al destrier
« E les puceles frad od lui mener,
275 « La les purras haltement marier :
— Certes, » dit K. a bien fait a otrier ;
« Ja celé rien ne savras demander
« Qji'ele ne seit fait, quei qu'ele deie custer. »
Al matinet quant Taube fu levée.
280 Uapostoile n'ad pas Tovre obliée :
A Florent fu la reîne menée
£ l'apostoile la li ad esposée ;
Lui ad sacré, puis lui ad sacrée.
E Tapostoile ot la messe chantée,
285 Corone d*or lui ad al chicf fermée.
Qpe Agolant ot de Aufrike portée.
E K. ad sa terre seûrée
E .xxxiiij. contez i ad donée. (yo c)
A Damnedeu a sa gent comandée.
290 L'ost chrestien fud de bien azée,
U la ricece del mund est asemblée ;
Chescun aporte tant com lui agrée.
C2)iant l'emperere ot Florent coroné,
Veiant tuz fu beneït e sacré ;
295 E la rdne dejuste son costé.
Ço dient dl qui ço unt esgardé
Si bel parail n'ot en chrestienté.
Girard parole, qui n'est mie oblié :
« Florent bel sire^ ja ne vus iert celé,
300 « Jo vus dirrai auques de mun pensé,
« Com reis deit tenir sa reialté.
« Qpant nostre Sire ot son pople tant amé,
« Q}i'il fil del ciel en terre dévalé.
268 Manque dans La F. — 273 Lire avec La T,, ira la r. adestrer.
283 la F. Li a s. et puis a lie s. — 284 Manque dans La V, — 290 La V.
b. asazée.
29s La F. Et la r. sist selonc s. — 298 La V. ne Ta mie o. — 301 La V,
Cornent. — 302 la F. ot tant s.
.1 "•"■
V-'-T
214 P* MEYER
« Puis prist en femme char e humanité,
305 « Trente treis anz ot entre nus conversé,
« De son bapteizme fu régénéré,
« Ço nus ad baillié et comandé ;
« E quant il fu de mort resusdté
« E fud en del la sus monté,
3 10 « Son juste cors vus ad abandoné,
« Veiant vus ert ço hui levé '
« E devant nus est bendt et sacré ;
(c Ki a la mort en pust estre doné,
(c Ki (a>rr. Ke) de un petit en ait le col passé,
31 5 <K Qpe celui iert en cel liu posé
« De quel li diable fu par son orguil geté.
<c Jo ne voil mie ne ne l'ai esgardé
« C2)ie il seit ja a filz de vilein liveié.
a II ne deit mie aver tel poesté;
320 « Ja Deu ne place qu*il en seit encumbré I
« .vm. archevesques ai en ma poesté,
« N'en i ad nul, jo m'en sui bien gardé,
« Forz filz de rd o fik de duc damé.
« Cinquante .iiij. en ai puis coroné
325 <K De haut lignage eslevé e sevré.
« Se Tarchevesque ne s'en est perjuré
« Ne quid qu'il sdt un sol prestre ordené,
(( Dès que il ait en sene o moi parlé,
« Que jo ne sache de quel gent il sdt né;
330 « Mais al tierz jur me sunt tuz amené
« A tesmoine de lur leial visné,
« Si com il sunt tut asermenté,
« De gentil femme, de franc homme engendré
« Ki sunt noceé ensemble e esposé ;
335 « Dès qu'il ait juré chaste,
« A celi iert le saint cors liveré
<c Par qui nus sûmes venu a salveté,
« O qui son estre lui serrad apresté,
« Qjie ne Testuce chaîr en poverté.
340 « Si puis ne mesfait, ne deit estre blasmé.
306 La, V. De seint b. son cors r. — 309 La V, Et o son père 1. d dd. —
310 La y. Icel seint c. — 31 1-6 la T. Qjie nos veons et couchier et lever
I Qui an la mort an avroit ja gosté | Et voirement l'eûst on conversé |
Celui a Dex an son haut cid passé | Dont il avoit le diable gité. — 324*5
Manquent dans La V. — 328 La T. ansemble o moi. — 340 La V. bien d.
>
FRAGMENT D ASPREMONT 2 1 5
« S*il en trespasse, qu'il seit pris pruvé,
u De haut lieu est si vilment démené
« Cum s*il m'aveit tut mun trésor emblé.
« Jo ai mes ders tant sages e fundé,
345 « J^ de créance ne de autorité
« Ne de baptesme (JoL 2)
« N'ert Tapostoile ne quis ne apelé.
a Tant que jo seie en ma prospérité
a Ne tenderai jo de nul forz de Deu.
î^o « E! K. sire, ja ne vus ert celé, *
« A cest bosoin avum de sus esté,
« En la bataille vus trais a voé
« E de ma boche fustes sire clamé ;
« Ne me deit estre en grant cop repruvé :
355 ^ Ç^ ^^^ \^ ^) P^ ^ pu^ amur Deu.
« Ne sui vostre home ne vostre juré
« Ne ne serrai ja jur de mon eé. »
Atant se sunt parti e deseveré.
Cheval demande, Ten lui a mené ;
360 L'estriu li tindrent e il i est monté.
L'on des Franceis a l'autre esgardé ;
E l'empereur ad un petit pensé ;
Un poi surrist e ad le chief crollé :
a Si jo puis vivre longement par eé,
365 « De un de nus iert le plai fine. »
Chanté vus ai d'Agolant e de Eilmun
£ de K. od la fiere façun,
De la bataille qui fîi en Aspremunt.
Gent aûnerent de meinte legiun ;
370 Desore en avant gardes n'i ot ce celz non :
Sdnte .m. (5^;) furent par de vision,
Dous reis i ot e .xij. ducs par nun,
C2pinze .m. furent od le rei al dragun
£ devant K. ovec son gunfanun,
375 E .xij. .m. od G. le Burgoinnun.
De dous parties, si cume nus chantum.
Ne remeinent mie la meitié a meison.
346 La fin du vers est coupée; d'après La V. ne de crestienté. — 351 LaV.
andui c. — 352 LaV.z avoé. — 365 La V. De l'un de vos avrai l'orgueil osté.
370 La F. Des avanz gardes n'i ot tor se un non. — 371-4 La V. lx .m.
furent ii oompaignon | .ix. rois i ot et .xij. dux par non, | .c. m. furent o le
roi au dragon | Par devant K. — 377 La T. Ne revientpas.
■ *-J-
2l6 p. MEYER
Mais en la place orent lur guerredun.
Bien i alerent, ke od Damnedeu sunt.
580 Dès ore en avant en remeint la chançun.
Ici finist, que ja plus n'en dirrom.
APPENDICE.
Ayant dans mes collections quelques extraits des mss.
à'Aspremont, qui sont, comme on Ta vu, très dispersés, et dont
quelques-uns ne sont pas facilement accessibles, je crois utile
d'en faire part au lecteur. On aura là un premier essai pouvant
servir de point de départ à des études plus approfondies. Je
commencerai par transcrire le commencement et la fin du ms.
de Cheltenham, qui est presque inconnu, car on n'en avait
jusqu'à présent que les deux premiers vers publiés dans le cata-
logue de la vente Savile (n° 27) et un vers que j'ai imprimé,
en 1861, dans mon compte rendu de cette vente.
Plaist vos o!r bone chançun vaillant
De Kalemeigne le riche roi ' surpoant
E del duc Naimes que li reis ama tant
Tel conseillier ne fîi unkes vivant.
Il n*alout mie les banins enpirant ;
Une ne duna conseil petit ne grant
Qu'il ne feïst sempres de maintenant,
Kar onuré en fu tuit sun vivant.
Or vus dirai d'Elmunt z d'Agolant
E d'Aspremont la u fu le champ * grant,
Si cum li reis i aduba Roullant
Et il li ceinst al costé lu brant,
Ceo dist 1... ) geste, Durandal le trenchant,
C'est la primere c'onkes forgast Galant
Dunt occist Elmes qui fu fiz Agolant.
Or me escutez dès ici en avant,
Kar si il vus plaist bone chançun vus chant.
Savez de Naimes quels ert sun mester...
Voici maintenant les derniers vers (fol. 80 b') que Ton pourra
comparer au passage correspondant du fragment de Qermont.
I. roi est ajouté en interligne. — 2. champ est récrit sur grattage. — 3. Trois
lettres grattées. Il semble qu'il y ait eu li regeste.
FRAGMENT D ASPREMONT 217
Les diflérences ne sont pas considérables, l'avantage restant du
côté du ms. de Cheltenham. Elles sont moindres encore pour
le morceau qui sera transcrit plus loin. Ces deux iess. paraissent
Ctre d'une même famille.
Chaulé vos ai d'Agolani z d'Elmun,
Dt K. a la fere façun
z de G. filz al duc Busum,
De la batailla que tu en Aspermiin ;
Gcm ( menèrent de mainte legiun ;
Des avant gardes n'i unî lor se cels nuQ ;
Saisame .m. fureat 11 compaigiiun,
Di^us reis i out z .«ij. ducs par nun.
.V. tuiliers furent od le rcal dragua
z devant K, ovoc sun gunfanun,
z .XV. mile G. le Burjuinnun.
Des dous parties, si conme nus chantum,
Ne revint mie la maîié a meisun,
Mais en b place ureni lut gueredun.
Ben i alerent, car od Damnedeu sun.
Dès or eo avant en remaint la chançun.
Ici finist, que ja plus ne dirrutn ;
Deu nus otreit sa grant beneïçun I
Présentement je vais donner, d'après les mss. que j'ai à ma
L portée, un morceau d'environ 70 vers. Je le choisis de façon ^
' permettre la comparaison avec les débris du texte anglo-nor-
mand que M. Langlois et moi avons fait connaître. Je le prends
dans la partie que renferme le fragment des archives de la
Lozère, actuellement conservé à la Bibliothèque nationale. On
ne le retrouvera pas dans les mss. mintérotés 3, 8 et 13 de la
liste imprimée ci-dessus, p. 201-3, niais, si j'avais choisi un mor-
ceau de la fin, les mêmes numéros m'auraient fait défaut, et de
plus les numéros 2 et 10. Le passage que je vais donner
comme spécimen a en outre l'avantage de présenter d'à
nombreuses difficultés, d'où résultent des divergences sensibles
qui aident l\ la classification. Je range les mss. d'après chacun
desquels je le transcris, dans cet ordre :
Paris, Bibl. nat. fr. 2495 = A.
AsHBURNHAM PLACE, Barrois 18 = B.
— Appendice 220 = C.
Paris, Bibl. nat., 1598 ;= D.
210 P. MEYER
CiiELTENHAM, Bib!. PhilHpps 2É119 = E.
[Parts, Bîbl. nat., fr. N. acq. fr. 5094 = F.]
— — fr. 25529 = G.
Londres, Old Roy. is.E.VI = H.
Les lettres que j'assigne i chacun de ces testes correspondent
à un classement sommaire, mais suffisamment assuré pour ce
passage du moins. Je ne perdrai pas mon temps et celui du
lecteur à prouver qu'aucun de ces mss. n'est copié sur l'un des
autres, soin très superflu que prennent volontiers les critiques
novices qui s'appliquent au classement des mss. Le cas où nous
possédons deux mss. transcrits l'un de l'autre est infiniment
rare pour des ouvrages qui ont été extrêmement répandus et
dont nous ne possédons qu'un nombre de copies relativement
minime, ce qui est le cas pour Asprenumt. Il faut se borner à
grouper les copies par famille sans viser à en dresser le tableau
généalogique. En fait, avec les éléments dont je dispose je ne
puis pousser la recherche très loin. Toutefois, le commentaire
qui fait suite aux spécimens prouvera, je l'espère, la parenté*
à^Â B (voy. notamment vers 15, 20, 35, 64), de C O (voy.
29j 32, S3, 63 et surtout 68), d'E F (yoy. 19, 21, 2j, 24,
30, etc.), peut-être aussi, mais moins sûrement, de G H (voy.
7, 21, 55). La numérotation des vers se réfère au texte resti-
tué des pp. 230 et suiv.
J. - Fit». B. N. b. ur> (M. M).
I Anmi la place li vasaus descendié ;
1 BlOQC ot le poil, menuement tredë,
} Sor les espaules estoient arengié,
4 De ci as hanches menuement deugîé.
5 Gros iels et vairs, le vis riant et lié :
6 Ne l'ot pucele plus blonc ne plus délié,
7 Mais que do hasle et do chaut fu cangiei ;
8 Gros [nz avoit et molt bien afaitié,
9 Gros bras et loacs et les dois bien deugiez;
10 Par cocels fu drois et aligniez (/ic),
1 1 Droite 01 la jambe et bien tomez les piez ;
12 Bien li avinreni li esperon as pîez.
ij Pol (anr. Poi) trouveissiez home mielz arâitiez.
14 C'est d'une jupe de paîle despoilliez,
15 Si temest saingles el bUaut antaillié.
FRAGMENT D ASPREMONT 2 1 9
i8 A .j. Turcople a il trestot baillié.
19 Tint son gant destre entre ses poins ploie,
20 Pas avant autre c'est do roi aprochiez,
21 Si haut parla que on bien Tentendié :
22 « Cil Mahomet que paien ont tant chier
23 « Par cui nos somes tenu et essaucié,
24 a Saut Agolant et Eaumont le prisié,
25 f Triamodel et Gorhan l'envoisié
26 « Et tôt le pueple qui est o lui logiez,
27 a Et il confunde Karle Toutrecuidié
28 « Et trestot (sic) cels qui li ont consillié
29 « Qpe tu nos a si lonc tens obliél
30 « Qjie Agolanz c'est vers toi correciez :
31 « Ja a .j. mois par terre chevauchié,
32 « Et tout ton règne porpris et habergié.
35 « De tote France ne te laira plain pié.
36 « Et je meïsmes qui ça suis envoiez,
37 « Qpant dst anniax me fu el doi balliez,
38 a Ne fil pas laide qui le m'i enbatié,
39 « Par druerie la li oi otroié
40 « Ja li anniax n'iert do doi esragiez
41 « Si avrai mort un François a Tespié.
42 — Amis, « dist K., » or enn ait Deus pitié !
43 — Sire enpereres, faites moi escouster (sic) :
44 « n sont .iij. terres que je sai bien nomer :
45 « L'une a non Aise et Erope sa per,
46 « La tierce Aufrique, plus n'en poons trouver.
47 « Ices .iij. terres départirent par mer,
48 « Qjii totes terres fait partir et sevrer ;
49 « Mes sire en a la grignor a garder.
50 « L'autre an firent pa. .j. sort giter,
51 « Les .ij. devroient a celi acliner;
52 « Por ce vient ceste saisir et aquiter,
S S « Et si vos mande qu'a lui ailliez finer
« Tôt erranmant, sans plus de demorer. »
56 Et dist li rois : a Gommant te fais nomer?
$7 Et cil respont : « Ja nel vos quier celer :
58 a Balan m'apelent Sarrasin et Escler ;
59 c Agolant serf de mesage porter,
60 a Mais ce n'est mie de mençonges conter.
61 « S'il avient chose qu'il l'estuisse montrer,
62 « Vers .j. vassal le vuel en chanp prover.
63 « Or tien mon gaig;e, se tu Toses penser ;
220
P. NiEYER
6i B El je irai mes armes '
66 « De i'or d'Aufriqne que j'ai fait aporter.
67 « Se le tien home ne puis en chanp maier.
n El il me Êiii vif recreanter.
68 « Aa mon seel ferai ja seelier
69 u Unes enseignes et ferai enbriver
70 Que tu feras a mon seignor porter :
71 u Jamais le Fan ne li verras paser.
B- - AiDtitimui H.La. B«<ai> iS (M. 4 f).
I Earai la pbce li vassaus descendiez
3 Sus ses espaules l'a genieraeni couchié,
4 Dcci qu'es lianches de soie gitonié.
î Gros 01 les iauz, ven el riani et lieï :
6 Ne l'ol puceles plus bel ne plus dongié (îiV),
7 Mes que dou hasie l'a .j. petit changié.
10 Par les cosiei fu droiz et alignie;L,
8 Gros contre cuer et le pis bieo taillié,
1 1 Droite ot la jambe et bien toniÉ le pié ;
12 Molt li avient li esperon cliaucié.
lî Ne Irovesîez home miez enseigné.
14 D'un sorcot qu'ot vestu s'est despoiUîé, _ _ _
I s Et remest saingles ou bliaut entaillé.
19 S'a soD gant destre entre ses p<niu pkàé,
ïo Pas avant autre s'est dou rd aproichié;
il En haut parla si que bien l'entendié :
22 « Cil Mahomet que païen ont proi£,
24 « Saut Agoulant et Êaumont le proisié,
2) « Triamodel et Gorhant l'envoisié,
26 « Et louz icels qui o lui suot logié,
37 « Et il confonde Kall on routrecuidië
aS a Et toz icels qui sunt si conseilliâ,
29 « Qjiant tu nos as » longues oublié ;
)o « Car Agoulanz s'est a toi corrodez
ji « Et a -j. mois par terre chevauchié
}2 v Et tôt ton règne poipris et essilUé.
3 } B Or pues bien dire que mal as esploiiié :
}4 a Par ton outrage te verras essilhé,
)} ■ De louie so ne te l^ra plain pié.
u haut du fol. 69, est coupé.
FRAGMENT d'aSPREMONT 221
36 « Et je meîsmes qui si sui herbergié,
37 a Que dst aniaus m*en fiist el doi bailliez,
40 « Ja n'en istra, de verte le saichiez,
41 « Si avrai mort .j. Franc a mon espié.
42 — Amis, » dit K., « or en ait Dex pitié!
43 — Droiz empererez, feites moi escouter.
44 « .m. terres est que je sai bien nomer :
4$ « Aise a nom Tune et Venice sa per,
46 <c Uautre Aufrique, ou Tan puet plus trover ;
49 « La meillor a mes sires a garder.
50 « Uautrier en firent pa. lor sort geter
51 « C2)ie les .ij. doivent a celi ancliner.
52 « Ce viaut celi seisir et honorer.
55 « K. li rois voit la a lui finer.
56 — Comment as non? » ce dit K. li ber.
57 El dl respont : « Ne le vos quier celer;
58 « Balanc ai non, ensins me fias nomer.
59 « Agoulant doi son mesaige porter.
60 « Si ne ser mie de mençonges conter.
61 « S'il avient chose quel conveigne mostrcr,
62 « Vers .j. vassal le veil en champ prouver.
65 « Q}ie je irai mes armes acheter
66 « De l'or d' Aufrique le meudre et le plus clcr.
67 « Se li tiens hons ne (sic) puet en champ mater,
69 ff Une enseigne i ferai enbriever
70 « Qpe je ferai a mon signor porter :
71 « Ja mes le Far li verras trespasser.
C. — > AsaBU&NiuM rLACB, Appendix 220 (fol. 2 b e).
1 En mi la place li vassal descendié ;
2 Bloi ot le peil, menuement trescié,
3 Sur les espaules menuement coudé;
4 Desi qu'as hanches sunt li trois arengé.
5 Gros euz e vair, le vis aparelié :
6 Ne l'ot pucele plus blanc ne délié,
7 Mais ke del halle de chaud fu changié ;
8 Gros contre quor e piz bien taillié,
9 Granz bras e longs z li dd délié,
10 Par les costez lu droiz z alinié,
1 1 Droite la jambe, ben tomée z li pié ;
12 Mult li avint l'esperon k'il out chaucié.
13 Poi trovoissez hom mielz enseigné.
J
p. HEÏSR
14 S'est d'une jope ée poile despolié,
ij z icmen xa^ el Uitut duuncriirié
lé Qpî as costei d'aiiJ)es pan iert perde.
19 Tmt son gant dcstre entre sc9pofaii^£;
30 Pas avant altre s'est al rd aprcani;
31 £n haut parole : qui que volt l'entendit .*
33 « Gl Mahomet que paen ont prelé
H ■ Sait Agolant c Elntont le pimé,
3} « Triamodts i Goran l'enveîsé
36 > E tut le pople qui od els est logié,
37 « E a confunde K. 11 outrequidïé
38 « E toi icds qui fo t'ont consôllii
39 • Qpe tu nus as tant longes travailliél
]0 < Ke li miens sties s'est al rc» conseillé :
)i * Ja a un mms par terre chevaldiié,
)3 « Trestui les règnes vestuz e hebergerie.
}) ■ Ben poflm dire ke mal as espkîté :
J4 a Pur ton outrage te verras eissilîi.
}6 « I jo meîmes qui ça sut envdé,
)7 ■ Qjiant dst anels me fu al dei bailié,
38 • Ne fu pas laide qui d la m'embatië,
J9 ■ Pur dnierie la li ai otrié
40 ■ Ja li anels dd dei n'iert sadii£
41 E Si avérai mort un Francds od l'espée.
43 — Amis dist K. Deus eu pienge pieté!
4} — Empereor, ^les moi escoter.
44 ■ 11 sunt trois terres ke ben su nomer :
4j a Ase ad non l'une z Europe sa per,
46 « L'altre Ytrope (sic), ne pot l'om plus troi
47 V Celés trois terres départirent par mer,
48 ■ Qui funt les eves des isles desevrer ;
49 « Le greignor ad mon sdgn' a guarder.
50 « Poien i firent l'altre an une sort geter
ji « Q;ie les dous a icde dévoient adiner.
Î2 B Ore si vienc cesic siùsir r rover;
^} n Tris parmi Grieœ en bz les brefs aler;
j4 a A l'osi en vienent, ne l'osent trestnmei.
55 L'cmpcreor va ja a lui finer :
56 a Com as tu non? garde nel me celer,
jg — Jo ai non Bilan, issi me fu nomer,
;9 B E serf le roi de message porter.
60 V Si ne serf mi de mcoçonge conter,
« Mais qui voldra mon message escoter.
FRAGMENT D*ASPREMONT 223
6i a Si ço est chose qui poi hcG a mustrer,
62 « Vers un vassal le voil en champ prover,
63 « Ore tien mon gage, se 'tu ç'osez penser,
« Qpe ceste ne deîe a celé acliner.
65 a z jo irrai mes armes achater
66 « De Tor d'Afiîke que jo faz aporter.
67 a Se ton hom ne (sic) pois en champ mater,
68 « A mon hostel me ferai ja celer,
69 « Unes enseignes i ferai enbrever
70 « Qpe tu feras a mon seignur aporter :
71 « James le Far ne 11 feras passer.
D. — pAUt, Bibl. nât., fr. 1598 (fol. 2).
1 £ mei la place le vasal desendié ;
2 Ses cevils oit menuement atrecié,
3 Sor les spales noblement acolgié ;
4 Trosque lespales sont le trece arengié.
5 Gros les oil el vis apert e lié,
10 Por les costes fu droit z alongié,
9 Gros oit le braç z longes les mans e 11 dié ;
14 E si est vestuz d'un palio de surien,
15 £ remist en .j. bliaut tôt camosié
16 Ki al costes d'anbes part pecdé ;
£t son distrer ad .j. anel ataçié;
20 Davant 11 rois ert aprosmié ;
21 En ait parole, kl vol si Tentendié :
22 « Cil Maomet cui paîns ore z prie
24 « Saut Agolant z Hmont Tensenié,
25 « Triamodès et Gorant 11 nobile
26 « Et tuit les poples qu'o lor sont alogié ;
27 « Et ti confonde Kalle les oltrecudié,
28 « Tuit dl qui t'ont consilié
29 « Che tu m'ais tant longe travalié.
31 « Je ai .j. mois por ta terre civaldé,
32 « Trestuit les règnes ke tu es albergié.
33 « Biem cuita Karle avoir esploitié.
34 « Por tom oltrages te veras exillié.
36 a Et je meesme che ça som envoie,
37 « Quant cest anel ne fu al doi baillé,
38 « Ne fu pas laide que cil oit ovrié,
39 « Por druarie 11 a otrié
40 « Ja li anel non m'ert del doi sacié
41 a Si avray mort .j. François allaspée.
42 — Amis, » dit Kalle, « Deu em prende piaiié I
2^4
^5
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4â
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>o
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5S
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69
70
71
Ccile Jais doit Ijl tooe ffàtt.
Or TOBt oesse saystr z pier;
Très par mer (à:) Grede cd £nt fi breff aler;
Ea lostc KS moinCy ne loscnft tiislDfiicr.
Sîre en^Krcr, ¥z ust a fan cocfiner. b
Kaiks cpmeTKT sempre a lasoner :
Com as tu non? ganfes ne md cdier.
Je ay non Bdlant, cnsi me ço a nomer,
Ec si scrvo li rois de mesi g es portier.
yUis qpî Yoldn mon mesaço contîer.
Se m non cris mon dit et mon penser»
Vers .j. vasal fi indues ke ta poras trover»
Or tien mon gages, ge tel presentier,
Che ceste doit a ceOe endiner;
Et je iray mes armes acatîer,
Se le to hom non posso per mon cors asmater
A mon hostd me farax- celler.
Une ensegne faray embrever
Che tu hns a mon segnor porter :
Jamais a tant no li veras paser.
E. — CBXLTsraAii, 26119 (f. a f).
1 En mie la place le vassal descendié ;
2 Bloi ont lu pail, menucment tresdiié,
3 Sur ses espaudes (sic) detrés sei cudiié;
4 De si as hanches sont très lui arengié.
5 Veirs oui les oilz, le xis apert e lié :
6 Ne Tout pucclce (51V) plus blanc ne délié,
7 Mais que de haie z del chaut fu changié ;
8 Gros contre quer z le pis ben taillé,
9 Gros broz z luns e si dei ben deugié;
10 Par les costez fu gent z alignié,
1 1 Grelle la gambe e ben tumé le pé ;
12 Mult li avint li esperun chaucé.
13 Poi trovissiet un hom melz enseignié.
(f-2d).
FRAGMENT D ASPREMONT 225
14 Si a une jupe de paile despuillié,
1 5 Et remeist sengle el bliaut camoisé
16 Qjie fu as costes d'ambedouz parz percié.
1 7 11 ceins le brand al punt d'or entaillié,
18 A un turcople a tut très sei chargié.
20 Pas avant altre s*est del rei aprismié ;
2 1 En haut parole, que ben fu entendié :
22 o Cel Mahumet par qui sûmes praié,
23 « Par qui nus sûmes levé z eshaucié,
24 a Gar Agolant z Elmon Tenveisié,
25 « Triamodès z Gorhan le praixié
26 « Et tut le pople qu'est ovoc eus logié,
27 « Et il confunde K. Totrequidié
28 « Et tuz iceos qui ceo vus ont conseillié
29 a Qui tant nus as si lungement ublié
30 a Que mun seignur est od tei curecié :
31 a En ta terre ad ja un mais chevachié,
32 « Tut a le règne gasté z exillié.
3 3 « Ben purras dire que mal as esplaitié :
34 « Par tent [sic) utrage serra tut enpeirié.
36 « Et jo mesmes qi ça sui enveié,
37 « Quant cest anel me fu el dai baillié,
38 « No fu pas laide que le m'i enbatié,
39 « Par druerie la li ai otrié
40 « Que ja ne me iert fors del dai racié
41 « Si avérai mort un Franceis od Tespeie (5/V).
42 — Amis, » dist K., « Deus en prenge pitié! »
43 — Empereur, faites mai escuter.
44 « Il sunt trais terres que jo sai ben numer :
45 « Ase a nun Tune, Europe sa per (/. ^),
46 « La tierce Aufrike, ne poùm plus truver.
47 « Ices terres qui funt partir la mer,
48 « Qpi funt les illes z la terre severer,
49 « Mun seignur a la greinur a garder.
50 « Uautre an en firent paen un sort geter,
51 « Qpe les dous daivent a celé acliner;
52 « Pur ceo venc ci cest message conter
« Uempcnir ' m'ai fait » turner;
54 « E l'est en vent z par terre z par mer :
« n n'a ami qu'il pousse tresturner.
I. Quelques ïeUres gratlUs.
-k ^ v> ■• ■■ ■
i
126 V. MEYES
56 — Ami, » dist K., <• curaent te k-t' dama?
58 - B:lani 1; 'aii-lent, issi me faï nunicr;
59 II Si -" setl le rei de message potier;
60 u Si nd serf pas de mensonge cunter.
61 1 S'il est chose qu'il l'esloie conCrcprucr,
62 e Vers un vassal ie voil mustrer,
6j u Or len mun guage, se tu l'os penser,
64 fl Al meilluT hume que tu puras truvcr.
65 « Et ]0 irai mes annes adiater
66 De l'or d'Aufriche que j'ai fait aportet.
67 a Et se le ton me pot ea ciiam mater,
68 " A mun seci ferei ja seler
70 " Qp tu icraa a mun seigneur po[r3ier :
71 « Ja mais le Far nd veras trespassci ■
y. — Puis, Bibl. ui. M. ii^. fr. iia»4.
Voir le texte publié par M. Langloîs, voy, Romania, Xll, 45o-i> vers i]4-
199. — V. IJ5 ywiï, liiez peit; 163 ta, lis. la; 1&4 eiflàli, lis aplatii; 171
Uchiif, lis sacbii. Il faut remarquer que les vers 166-7 "^ ^°^^ P"^ ^ leur
place. Ils sont écrits en marge avec renvoi à l'endroit oii M. Langlois les a mis,
mais le copiste a fait erreur : le vers coté 167 doit prendre place cuire les
vers 163 et 164. Voir E qui est de la méniL f^imille.
C,-PAiiB,BiM.iu.t. ff. Jiiwff-'O-
t Ennii la sale li valiez dessendié;
2 Blont ot le poil nienuement trecié.
î Sor ses espaules l'otpar derriers couchïé
4 Si qu'a ses hanches sont les floces rengié.
$ Gros 01 les iaulz, le vis apert et lié ;
9-10 Par les cosiez ot le cors bien dougié,
1 1 Droite ot la janbe et bien taillié le pié ;
12 Bien H avini l'esperon c'oi chaucié. (d)
Ij Pou trovisiez home mialz atirié.
l.\ D'une robe ïert bien vestui, ce sadiiez,
1; Et remest cingles ou bliaut catnoisié
16 Qu'il Qt au dos d'ambedeus pars trenchié.
1 7 Desceint le brant au pont d'ot antaillié,
19 Et tint son gant an son poing aniploié.
>
FRAGMENT D ASPREMONT 227
20 Pas avant autre a le roi approchié ;
21 An haut parole, que chascun Tantendié :
22 « Cil Mahomez que paiens ont proie,
23 « Par cui nos somes tenuz et essaucié.
24 ff Saut Agoulant et Hiaumon Tanvoisié,
25 « Triamodès et Gorhanz le proisié
26 Et toz içaus qui o aus sont logié,
27 Et il confonde K. Toutrecuidié
28 « Et toz içaus qui ce t' ont conseillié
29 ff Qpe tu nos as si longues oublié 1
30 et Mon seignor as anvers toi corocié ;
31 « Par ta terre ai bien .j. mois chevauchié,
32 a Tôt le païs vestu et herbergié (sic).
33 « Bien puez or dire que mal as esploitié :
34 « Par ton outrage as ta gent essillié.
36 « A çaus meîsmes qui m'ont ça anvoié,
37 ff Q^nt cest anel an mon doi anbatié,
38 « Ne fu pas laide celé quel m'ot baillié,
39 « Par druerie li oi je otroié
40 a Que ja n'avroie Tanel dou doi sachié
41 « Si avrai mort François a mon espié.
42 — Amis, » dist K., « Dex am preigne pitié!
43 — Droiz ampereres, faites moi escouter.
44 « .m. terres sont que je sai bien nonmer : (/". j)
45 « Aise a non Tune et Herupe' sa per,
46 a Et l'autre Aufriquc, bone ne sai sa per.
47 « Ices trois terres que je sai bien nomer,
48 « Qui font les terres des illes desevrer,
49 ff Mes sires a la greignor a garder.
50 « L'autre an s'an firent pai. .j. sort gîter.
51 « Qpele ij. doivent a cestui atomer.
52 Por ce voil je ceste raison mostrer,
ff Messire an vient, ce sachiez sanz douter,
S4 « A vos venra, ne le vos quier a celer.
58 « Balanz ai non, a vos me voil nomer.
59 ff Si serf le roi de ruistes cox doner ;
60 « Si nel serf mie de mençonges porter.
61 « Se il ot chose qui veille esprover,
62 « Vers .j. vasax le vois an chanp mostrer.
67 « Se li tuens hons me puct an chanp mater,
H I I I I ■*
I. Singulière substitution d'un petit pays de France (voy. sur la Herupc ma
traduction de Girart de Roussillon, p. 262) à l'Europe.
'■r±l'. .. k'.JC
p. MEYER
68 tt En mon scel te ferai sceler
69 « Unes anseignes que ferai anbrivet
70 D Qjje tu feras a mon seignor porter :
71 n Jamais le Far ne voldra irespasser. ■
H. — LmuiLSj. ou. ray, ij, E. VI, fol. )9 *■
1 Emmy la place le varlct descendié;
ï Sur eus! le poil, menu recercillé,
) Sur les espaules lonc par derrière couché ;
4 Au lonc du dos fu moult bien arrengé.
5 Les yeuli 01 vers, le viï ot cler c lyé r
6 Ne l'a pucele plus blanc ne lyé (rie)
10 Par les costés fut gent e aligné,
8 Larges espaules, le pié bien ligné,
9 Gros bras et les dois délié;
1 1 Droite eust la jambe, bien jausté le pié ;
ij Pou trouveissés homme bien ensaigniJ.
14 D'un drap de soyc s'est ylec despouUé,
1 s El est rcraès en blanc camijiii.
17 Le brani deschaint au poing doré,
19 Tint son gant destre en son poing ployi.
20 Pas a pas est du roy approcé ;
Chascun de le veoir s'est merveille;
21 Si liault parla que ehascun i'entendîé :
22 Cil Mahom que payms ont prié,
24 v Saut Agolant et Eaumont le prisé,
25 s Triamodès et Mothan l'envolsié
26 « Et tout le peuple qui o eulz est logé,
27 tt Et il conlbnde K l'oujtrecuidé
28 s Et tous ceulz qui si t'ont conseillé
29 ■ Qjje tu nous a si longues deslîé,
}o ■ Dont Agolant est o toi courroucé.
} I E Ung moys a ja sur toy cbevaucé ;
Î2 o Ton royaume a pris, vestu et herbergé.
}3 « Or peulz bien dire que mal as esploité :
;4 R Par ton lignalge te verras essilié.
36 « Mais quant deçà devers toy fus envoyé,
37-38 « Une damoiselle m'a cesc anel baillé;
39 » En druerie je lui accordé
40 « Qjie ja du doy ne me sera sache
41 11 De si qu'aye ung des liens detrencé. »
42 Respont K. : « Moult mal as menacé.
43 — Sire empereur, faictes raoy escouier.
44
< ïh son
FRAGMENT D ASPREMOKT
s que bien say
, Europe si
46 « La lieKe Auiîrique : n'en pot plus trouver.
47 " Ces trois terres nous départent la mer
49 B La greigneur a mon sires a garder
48 « Qui fait les terres des ysles dcsscvrcr.
jo ■ L'aultte an en firent payen ung sort geter
51 B Qjje les deukdoivent ala sienne acliner;
J2 « Pour ce vien ceste saisir et advouer. »
Karle, respond : " Bien pouiis reposer.
S6 ■ Comme avez nom? ne m'alds celer.
;8 — Balan appelle, ainsi me tais nommer.
59 « A mon seignor serz de messages porter;
61 a Car ce ceste chose te faille prouver,
6a B Vers ung vassal te l'ose en champ moustrer.
6} Tien en mon gaige, se l'oses pencer,
64 a Envers le meudre que pourras trouver.
6î e El si yray mes armes achalcr
66 » De l'or d'Aufiiquc qu'ay fait apporter.
67 a Se ton homme me peut en champ mater
68 (1 En mon sceel le feray sceeller ;
69 B Bonnes ensaignes y feray bouter
70 « Que tu feras a mon seigneur porter :
71 n Jamab le Farne lui verras passer... a
Je vais montrer maintenant comment je conçois que ces vers
pourraient iïtre, d'après les copies qui préctdent, rétablis en
leur leçon primitive. Je crois qu'on peut y arriver à peu près
sûrement, sauf pour trois ou quatre passages où les doutes qui
subsistent seraient peut-être levés par l'examen des mss. que je
n'ai pas en ce moment h ma disposition. On verra toutefois
qu'une édition d'AspreiHont n'est pas œuvre facile et à recom-
mander à un novice en quête de textes à publier. La masse des
variantes est si énorme qu'il ne faudrait pas songer i les joindre
toutes à une édition critique. On n'arriverait pas à les disposer
clairement. Et cependant, si l'on se résignait à faire un choix,
il faudrait se garder d'omettre nombre de leçons tout à fait
absurdes en elles-mêmes, mais précieuses parce qu'elles laissent
transparaître la leçon, correcte ou non, mais du moins raison-
nable, que le copiste a eue sous les yeux '.Je crois donc qu'avant
I. Voir par ex. ci-aprts la faute bizarre de C a
lîionnante, de C D au v. 6S.
'. s. ei celle, 1
330 P- MEYER
d'entreprendre une édition critique, il y aurait lieu de publier
séparément (sans chercher à mettre les leçons en regard) quatre
ou cinq des principaux mss. Nous avons déjà le texte de Berlin,
qui, i la vérité, étant édité par fragments, n'est pas très com-
mode i consulter, et ce que l'on a mis au jour des mss. de Venise
me parait suffisant. Mais on imprimerait utilement le texte d'A
et de B en un même volume; puis, séparément, les textes de C,
à'E et de G. Ce que je connais du ms. de Rome me fait sup-
poser qu'il y aurait quelque avantage aussi à l'imprimer.
Malheureusement, il en est parmi ces mss. deux au moins,
ceux d'Ashburnham place, qui ne sont pas très facilement
accessibles. J'ai copié jadis une grande partie de B, mais pour C
]e n'ai pas beaucoup plus que le morceau publié ci-dessus.
Le commentaire qui accompagne le texte est partout rédigé
de façon i faire ressortir les rapports des manuscrits entre eux.
En rai la phcc li vassaus descendié ;
Blai ot le poil, menuement trescié;
Sor les espaules l'oi dciriez soi couchié;
De ci as hanches sont U irois arengié.
5 Gros 01 les oilz, le vis apen et lié ;
Ne l'ot pucelc plus bknc ne délié,
1. FetG, qui ne sont pas ordiiuî rement d'accord contre les autres mss., oni
ici In même leçon, sale pomplau.
2. crespe B, et sur (pour sor) H, sont des variantes isolées et sans consé-
quence.
j. La leçon Vol iklrie^soi ne se trouve dans aucun de nos mss.; toutefcùson
la reconstitue aisément à l'aide d'E qui omet Fot (ce qui ftusse le vers), de
F qui a Vol, mais a passé 101; n'oublions pas qu'£ et F sont évidemment de Is
même famille. On peut invoquer à l'appui de la restitution proposée rot par
derriers de G, et loiK par iariere de H. Les leçons isolées des autres rass,
n'ont aucune portée.
4. Trmi, fourni par C seul semble être une forme masculine correspondant 1
irtce de D; OU peut-être faut-il admettre une forme Iroisse ou tresse, sans s;
dérivée d'un neutre pluriel (comme miik, doû, paire, etc.); Irit lui, éTE,
pourrait venir do ce mot mal compris. Les leçons isolées des autres mss. sont
visiblement dénuées d'autorité. Remarquons cependant na'armgii étant
donné ou suggéré pM: E FG tf est tout â fait assuré.
5. Leçon de DEFG. Les autres mss. n'y contredisent pas absolument, et
même C la confirme (le vis apareliè; pour U vis apert et lié).
6. Je préfère blaru: ACE H k bel BF; \e vers manque dans D G.
FRAGMENT D ASPRE.MOST
Mais que dul h;isle a del cbaul fu cliaiigic? ;
Gros contre cuer et le piz bien tailliC,
Granz braz et Ions et les doîz bien deugiez.
10 Par les cosie: fu droi; et aligniez ;
Droite ot la jambe et bien cornil le pié;
Molt li avint li espérons chaueiez.
Poi irovissicî home mielï enseignié.
S'est d'une jupe de paîle despoiUiez,
I j Et remesc saingles e! bliaui diamoisié
Q^i fu as castes d'ambcdas puz perdez.
Dcceini le brant al poni d'or eniaiUié;
A un Turcopic a toi iri-s soi chargié.
Tint son gant désire entre ses poinz ploie;
7- Manque dans DGH. JQ suis ACll. La leçon de S n'en difftre guvrc;
F, oriîinairement d'accord avec F-. i une faute qui trouble la rime.
8. Manque dans DG. J'adopte la leçon de BCEF; dans A le vers est
fortement altéré. Dans H il est altéré et plicé entre lo et 9.
9. Manque dans dfi^; foodu avec le V. 10 dans G.
10. Placi entre les vers 7 et 8 itins B, entre î et 9 dans D (ce ms. omet
6, 7, 8), entre 6 et 8 dans H (ce nis. omet 7).
11. Manque dans D; leçon de ABCFH. Les var. d'£C sont insigni-
ii.Manque dans DU; Veiperm c'ol clxuicU esi la leçon que donnent ou
qu Indiquent CFG.
Ij. Manque (ainsi que ii)dans 0;a/oiViq A,aUriiG{3a \ka à'tisHgiiié)
sont sans autorité. Entre i) et 14 F ajoute un vers (146 du fragment), Di
(«î langiiagi! fu bien iiromaiicU, qui est l'addition d'un copiste.
14. Leçon i'A C EF; celles de B H n'en dilKrent pas très sensiblement;
DG ont modifié divcreemem le texte.
1 ; . Leçon i peu prés constante ; la var. cntaUlU est propre i AS.
16. Omis dans ABH. La leçon adoptée est fournie par quatre mss. qui
forment Jeun groupes, C D EF; h var. de G est évidemment mauvaise.
17-19. La suite des idées indique que ces trois vers sont C-galement néces-
saires. Cependant aucun de nos mss. ne les contient tous les trois. A a 18-9,
BC seulement 19, E F 17-8, G H 17 et 19; D enlîn remplace les trois vers
par un vers unique qui n'a aucune autorité. — Le v. 17 n'est donc fourni
que par EFGH, et n'est tout à fait correct que dans FG. *- Le v. [8,
conservé fu AE F parait être correct dens E seul. La modification intro-
duite par F est particulièrement malheureuse. II est probable que si tant de
mss. ont omis ce vers, c'est qu'ils ne savaient ce que c'était qu'un Turcople.
Ils n'avaient pas lu la règle du Temple. — 19 est le mieux conservé des tro'is
vers, puisqu'il se trouve dans ABCGIf. Je prends la leçon que m'ofTrcni
p. MEIiXR
20 Pas avant autrt s'tst del roi aproismii;
En haut parole; qui que vout l'emeiidié ;
B Cil Mahomez que paÎL'n ont proie
<i Pur cui nos somes tenu et essaudé,
v Saut Agolant et Clmoni le prisié,
2S " Triaraodel et Gorliin l'envoiaé
« Et toi le pucple qui o eus en logiez,
D Et il confonde Karlon l'outrecuiditï
fl El toz iceus qui ço l'ont conseillié
B Q)ie lu nos as si longues obliél
}o " Q.UC Agolani s'est a toi corredcz :
" En ta terre a ja un mois tbevauchié.
H Et tôt ton règne porpris et herbergîé.
AC. Ce vers est tout à fait niicessaire au sens, puisqu'il renfcmie la forme
du défi, sur laquelle voy. ma traduction de Gîraii de RoussiUo», p. 64, note j
et p. 348.
10. L'hésitation est permise entre aproUmU, CDBF, oXa^oichU, ABGH.
On sait i\v.'a^oumicr rime en ier et en er — H ajoute un vers des plus
21. Leçon de CD. Remarquer U faute commune d'E F qut bm Ja etibn-
diè; Gif ont une variante acceptable : ijue cbascuns VeitUndii.
22. Leçon de BC FC H ^ laquelle se rattachent les deux variantes, divcrsc-
mtn: absurdes, de DE. La leçon d',J est toute individuelle.
23. Ce vers qui n'est pas bien nécessaire, est omis dans BCDH. J'adopte
la leçon d'^^ G. Ces deux mss. appartenant à des familles différentes ont eu
probablement raison d'admettre /mu au lieu de Uvi fourni par la lamîlle EF.
24. Leçon à peu près uniforme. Le groupe EF a gari au lieu de tant; D
substitue ensmii a prbii. Cl EG intervertissent les finales de ce vers et du
suivant.
28. D'après CG; à la même leçon se rattachent DH.
29. <( Oublié n est ironique, ce que n'ont pas compris CD qui ont
Irai-ailUè. — Si longues, BGH (cf. lanl longes, CD), est plus autoiisé que ri
hiK tans. A, ou longiniiient, EF.
30. Manque dans D. Leçon d'A, et à peu près de B. On pourrait aus^
bien admettre Que U miens sire, C, cf. Qiu mun sfignur, EF. Le second
hémistiche est absprde dans C; on conçoit que D ayant celte leçon sous les
yeux, ait mieux aimé supprimer le vers entier.
}j. Leçon li'EF, et ;\ peu près d'A BC D, puisque dans ce dernier tns. /*
.»■ est visiblement pour ]•! a (C).
32. El tôt ton règne est b leçon d'AB, que confirment H (Ton rayattmr),
E F (Tut a U règne) ; elle doit être préférée à celles du C D (Trestu^ tes règnes)
et de G (Tôt le pais). — Porpris, A B, est plus douteux : on pourrait préKrcr
FRAGMENT D ASPREMONT
H Or pues bien dire qut- mal as esploiiié :
B Par ton outrage te verras essilié;
3 j e De tote France ne le lerra plain pié.
n Et jo meîsmes qui ça sui cnvoiez,
« Qjiant cis anels nic fu el doit bailliez,
« Ne fu pas laide qui le ni'i ctabatif,
« Par druerie la 11 ai otioié
40 ■ Ja li anels ne m'en dd dai sacbici:
H Si avrai mort -j. François al'espié.
— Amis, B dist Karles, « Dieus en prenge
— Sire etnperere, fdtes moi escouter.
wî/m;ou ivslii, CG//; ici C ne se sépare pas autant qu'on pourrait le croire
de D, car les mois kt tu « dans ce dernier ms., sont une mauvaise lecture ou
une correction de ttsliu. La ieçon de H, Ton rtyautnt a pris, vtsta, semble
dériver d'une leçon Toii reg'te a pris, iieitu, qui en soi. n'est pas mauvaise. —
Qjiani ù gaitl (ou deslruil) et txilliè, EF, d. B porpris et mitlH, c'est une
mauvaise variante. — Le vers a été déplacé dans F, mais c'est un accident
tout niatériei, voir plus haut, p. 226.
]î. Manque dans A. D'après BGH: Bien purras EF; Bini poûni C; D est
tout i fait corrompu.
Î4, Manque dans A. — Je me fonde sur BCD. — On peut hC-siier entre
/ur et par. Les variantes divei^ntes des autres mss. n'ont pas d'autorité.
] V Je ne vois pas de raison pour rejeter ce vers que nous a conservé seul
l; groupe A B.
j6. D'jprts AC DE. Les leçons isolées de BFGH sont sans valeur,
57. G intervertit les finales de ce vers et du suivant, et F est paniellement
corrompu. Dans H ce vers et le suivant sont fondus en un. Du reste pas de
}8. Manque dans B. La leçon adoptée vst celle à' A E et, à peu prés, de C.
Dans F le second hémistiche est de fantaisie, et dans D il n'a pas de sens,
Î9. Manque dans B. Leçon à'ACDE et à peu prés d'F; ce vers est altéré
dans G H.
. Leçon d'ACD sauf que dans AC m' est omis, et par suite ne est
rs étant trop court, A l'a rétabli tant bien que mal en substt-
a tsragiei i siuhîe^. Mais il n'est pas douteux que ce dernier mot est la
mne leçon, car B, qui forme groupe avec A, l'a conservé, le prenant, par
le singulière erreur, pour l'impératif de savoir.
. Leçon d'A CDEF, et confirmée jusqu'à un certain point par B e: G.
ers est refait dans H. On peut hésiter entre a et od.
42. Leçon de CDEFG; leçon particulière au groupe AB : Or m ait
DcHs piM. Vers refait dans H.
4J, Je ne vois guère de raison pour opter entre Sire A H et Droi; B G,
» li sont trois terres que jo sai bien oomer
i Aise a non i'une, Europe sa per,
u La tierce Aufriquc, plus n'en poom trove
» Celés trois terres, qui font panir U mer
" Qui fait les terres des islcs desevrer,
D Mes sire en a la greignor a garder.
3 n L'autre an en firent païen un sort jeter
« Qjie les deus doivent a celi aclincr;
'• Por ce vienc ceste saisir et avoer.
B Trite par mi Grèce en fait les bries aler;
mais il faut rejeter VEmptrecv, trop particulièrement anglo-normand, de
C E F. Dans D aussi répitht:te initiale est omise.
45. Si on préKrait lire Europe de trois syllabes, on pourrait adopter la
leçon â'AC, et Europe, à laquelle se raitaclie B, tl Venici.
46. Leçon â'A et ù peu près d'£F. Les mss, flCH supposent une leçon
commune ne pot l'om plus trùvir qui serait peut-être à préférer. DG sont
diversement altérés.
47-8. Manquent dans B. Il est impossible, à l'aide des sept autres mss., de
restituer sûrement ces deux vers. Au v. 47, Iccs joint i un mot féminin, me
parait bien contestable malgré l'autorité d'AEFGH (cfs dans ce dernier
tns.). Aussi ai-je emprunté eeles i C D. Pour le reste du vers, G nous Eût
défaut, ayant éiourdiment reproduit ici le second hémistiche du v. 44. Ne
irouvant pas un sens satisfaisant à deparlirint par mer A C, itparUnI pcr mer
D (vers trop court), naiis ikpmh'til hi iikt H, j'.ii emprunté i E la leçon qui
font partir la mer, regrettant qu'elle ne soit pas entièrement confirmée par F,
qui jiinl partir par mer. J'entends que les trois continents séparent la mer et
que celle ci à son tour sépare les terres continentales d'avec les îles. — 48
Au fond, il importe assez peu qu'il y ait les illes ei la terre, E F, ou 1m lerra
dti isles, que j'adopte d'après G H, Ce qu'il faut rejeter comme un évident
remaniement c'est Qui tôles terres fait partir et sevrer. A, c'est aussi les «iw
des isles, leçon dénuée de sens de C, qui serait aussi celle de D si ce ms.
49. Leçon d'A confirmée par £ FG H ; dans ce dernier ms. le vers prend
place entre 47 et 48.
St. Leçon de BEF confirmée par ACG H, corrompue dansD.
SI. Jusqu'à saisir inclus la leçon est sûre (sauf l'ienc ou vient), mais pour
la fin du vers j'hésite entre avoer H, et aquiler A. Finalement je me décide
pour avoer, repoussant bien loin Ignorer B, rtn'er C, pler (Jiigliarc ?) D et les
hémistiches remaniés cest iiiesage conter E, le laessiige porter F, ceste raison
mostrer G.
5 3 . Pour ce vers et les deux suivants il est très difficile de dcraêlcr la bonne
leçon; ;î ne se trouve que dans le groupe CD. Fait, D, me semble préfé-
mble à fax, de C. Le vers en tout cas ne me parait pas être une addition de
FRAGMENT D ASPREMONT
n A l'ost en viem, ne l'osent trcscorner.
i II Sire empcrere, va tost a lui finer.
— Com as tu nom? « « dist Karles li ber.
El dl responl : « Ja nel vos quier celer :
« Balan m'apeUeat, ainsi me lu nomer;
t Si serf le roi de messages porter;
3 o Si nel serf mie de mensonges conter.
II S'il avient chose que l'estuisse prover,
" Vers uo vassal le vucil en champ mostrer.
o Or den mon gage, se tu l'oses penser,
Al meïllor home que tu porras trover;
copiste. Il mérite plus de considération. G introduit ici en vers ; Messire an
viail, ce sachiez sanj dauUr, qui paraît être une doublure du v. 54. E a un vers
en [Mrtie graitd qui aurait dû être entièrement supprimé.
54. Manque dans ABU. Si je ne me trompe, le sens est que le seigneur
de Baian (v. 49) vient avec son ost. Je prends la leçon de C en substituant
vifnl i vitncnl, m'autorisant d'£ F; Ici moiiie D, est un remaniement, comme
aussi la leçon de G.
^5. Manque dans deux groupes : EFGH;\a leçon adoptée est combinée A
l'aide d' ABCD. Finer veut dite traiter », faire accord moyennant paye-
ment d'une somme convenue (angl. to fine). Suit dans A, un vers de pur
remplissage.
56. Manque dans G. Il y a, dans les chansons de geste, plusieurs formules
courantes pour demander à quelqu'un son nom. C'est ce qui explique les
divergences que nous offrent ici nos mss. En réalité il n'y a pas de raison
pour pnîKrer la leçon de S, îd adoptée, à celle à'F. ou i'F. Ce qui m'em-
pêche d'accepter au second hémistiche la formulegarde nel nu cchr de CDH,
c'est que j'ai besoin de celer au v. suivant,
57. Manque ausw dans G. Ici encore la leçon est douteuse. Je suis A B.
<,S. D'après AEFH. Var. insignifiante de BCD .- > ai non Balan, et de
G Balani ai non.
59. D'après CE F, et. à peu près ÂBDH- La leçon de G, de niisits cox
doner, est sans valeur.
60. Manque dans /f et tout i fait corrompu dans D: je suis BCEF àoax
A G as différent guère.
61. Esiuisse, ayant sans doute paru un peu vieux, a été remplacé plus ou
moins heureusement dans BCGH; dans D remaniement complet. A BC oni
interverti les finales de ce vers et du suivant.
6;. Manque dans BG. On lit ensuite dans CD un vers de pur remplissage.
64. Manque dans viflC G. Dans D le second hémistiche est combiné avec
le premier du v. 6ï. Cela donnerait à croire que dans l'original le v. 64
venait entre 62 et 6j. Le sens se suivrait mieux, Qtioi qu'il en soït, je suis
BF, dont H difftre d peine.
236 p. MEYER
6j B Et je irai mes armes achater
<c De l'or d'Aufrique que j'ai fait aporter.
•c Se li tuens hom me puei en champ mater
11 A mon seel te 'ferai seeler
« Unes enseignes et lerai cmbrever
70 B Qtje tu feras a mon seignor porter :
V Jamais le Far ne li verras passer.
Paul Meitr,
6j. Manque dans G.
66. Manque dans û G.
67. je suis CDCfG/laleçoiid'.^, 5f/(/(Wi/wH«(au cas t^g.) mJ^"V, est
visiblement moins autorisée, bien qu'appuyée par D. La le(on de B, St li tiens
bons m piiet, et celle de H, Se Ion homme mepeul, semblent une combinaison des
deux leçons.
68. Manque dans B; CD ont en commun une Icçoo singulièrement
absurde : A mon hoslcl me ferai ja celer. Elle sert toutefois, de concert avec
E, à autoriser a, au lieu d'an ou m qu'on lit dans AGH.
69. Man<jue dans E. Bonnes, de H, est isolé. Je lis, d'après A, ti, qi
sens me parait réclamer, mais i est
mot douteux.
70. BQ^jf ferai.
71, On peut hésiter etiirc 'le il v
confirmO par C, ne H feras, et riel wn
certaine mesure B, li verras Irtspassi
(Jamais nul jur) est isolée.
donné par BCH; G a que, et D passe le
ras passer, que j'adopte d'après A DU.
s (ou î«rrq), E F, qu'appuient dans une
. et G, ne voidra Ircsbasser. La faute i'F
•^■K*i,
OTON DE GRANSON
ET SES POÉSIES
Chaucer, qu'Eustache Descliimps appelle « grant transla-
teur », a connu, imité et parfois traduit les oeuvres des écri-
vains français Je son temps. Parmi ces derniers, figure Ode ou
Oton, sire de Granson, que le potte anglais nomme, i la fin de
la Complainte de Vinus, v la fieur de ceux qui font des vers en
France, » — Graunson, ftour of ban ihai mah in FrauiKC.
Quel est ce poète que CItaucer mettait alors au premier
rang? Le marquis de Santiliane, dans sa Lettre au connétable de
Portugal, cite Oton de Granson au nombre des écrivains
français qu'il juge les plus importants et les plus distingués;
Alain Chariier le mentionne en passant dans le Débat du Révrille
imtin; et quelques années plus lard, Martin Le Franc consacre
« au petit livre de messire Ode » quatre vers de l'immense
Champion des Dames. De nos jours, Oton de Granson n'est
guère connu en qualité de poète : le rôle important que, pour
son mallieur, il a joué i la cour de Savoie et sa fin tragique
l'ont seuls préservé de l'oubli. Il semble, du reste, que pendant
sa vie déjà sa renommée littéraire disparaissait devant sa gloire
de preux et brillant chevalier. Alain Charrier et Martin le Franc
sont, h ma connaissance, les seuls auteurs français du Moyen-
Age qui fassent allusion aux vers d'Oton, tandis que Froissart
et Christine de Pisan, Olivier de la Marche et d'autres chro-
niqueurs de la même époque parlent à deux ou trois reprises
du sire de Granson, louent sa vaillance ou racontent sa mort,
mais semblent ignorer que ce chevalier fut en même temps un
poète.
J'ai retrouvé, en partie, ses poésies, celles entre autres qu'a
traduites Chaucer. Avant de les passer en revue, voyons d'abord
rapidement ce que nous savons de la vie d'Oton de Granson.
238 A. PIAGET
I.
Ode ou Oton, troisième du nom, seigneur de Graiison,
Sainte-Croix, Grandcour, Cudrefin, Aubonne et Coppet, était fils
de Guillaume, dit le Grand, seigneur de Granson, et de Jeanne
de Vienne, fille de Jean, sire de Rothclanges', En 1365, il
avait épousiï Jeanne Alamand, fille d'Humbert, seigneur
d'Aubonne et de Coppet'.
Froissarc nous apprend qu'en 1372 Oton, a bannerès et riche
homme durement », se trouvant dans l'armée du comte de
Pcmbroke, combattit au siège de La Rochelle, et que, prison-
nier des Castillans , il fut emmené en Espagne avec Guichart
d'Angle, Jean de Gruyère et d'autres chevaliers'. Libéré contre
rançon^, il revint en Angleterre'. En 1379, nous dit le même
chroniqueur, « ung vaillant chevalier de Savoie, messîre Othe
de Grançon, » s'embarqua \ Hantonne (Southampton) avec
Jean de Harleston et prit part à la défense de Cherbourg*.
Revenu en Savoie quelque; années après, héritier des vastes
biens de son père mort en 1389?, il remplaça ce dernier dans
1. Voy«z, sur la gënéalogii; des Gnnson, l'important ouvrage de L. de
Chlrriàre, Les Dynasta de Grandson jusqu'au xni' sikk, avtc pièces jtutifica-
tives, rlferloirts el tabkmx génialcgiques. Lausanne, 1866, in-fol. Coosultc^
pour ce qui concerne Oton de Grandson le Tableau IV B. Cl. Lci DruasUi
d'Aubonne pir L. de Charrière, t. XXVI des Mim. et Doc. put. par ia Soc.
d'Hisl. de la Suisse romande, p, 250, note 2.
2. Jeannette Alamand et Otonin de Granson étaient fiancés le 24 avril
1 ^6$ ; le 24 sepi. de la même uinée, ils étaient mariés. Cela résulte de deux
documents publiés dans les t. XXII des Mim. et Doc., p. 171, et XXm,
p. 640.
J. Froiiiarl, éd. Kervyn de Leitenhove, t. VID, 121, tî4, ij?.
4. Id. 306.
5. Oton avait en Angleterre de nombreux parents ei amis. Toute une
branche de sa famille s'était fixée dans ce pays. Voy. Chairiére, Dynastei de
Grandson, Tableau IV A.
6. Froissart, t. IX, p. ij6,
7. Guillaume, père d'Oton, était le second fils de Pierre de Granson et de
Blanche de Savoie, fille de Louis I", baron de Vaud. Favori d'Ame VI, il
accompagna ce prince dans les campagnes du Valais, dltalie et d'Orienti
En 13B4, sous les murs de Sion, le Comte Rouge re^ut de sa main l'ordre de
chevalerie.
OTON DE GRAKSON ET SES POÛSIES 239
Mes boniies grkes du comte et ne tarda pas à jouer un rôle
|- prépondérant dans les affaires de son pays.
Tout alla bien jusqu'en 1391, date de la mort d'Ame VU,
empoisonné par Grandville on sait comment '. Cette mort
causa dans tout le pays une profonde impression. Les paroles
que le Comte Rouge avait prononcées en proie à d'atroces dou-
leurs volèrent bientôt de bouche en bouche. On savait qu'il
avait ordonné et supplié d'arrêter Grandvilîe et de lui faire
avouer par la torture quels étaient les instigateurs du crime.
Grandville avait maintes fois raconté que les peuples de
Barbarie et de Grèce redoutaient et haïssaient la Savoie plus
qu'autre pa)'s du monde : il était écrit dans leurs livres saints
qu'un jour leur empire devait être détruit par les comtes savoi-
sicns. Amé, près de mourir, se rappela cette histoire : il lui
vint, de plus, en mémoire que Grandville avait voulu, de toute
force, faire boire à Bonne de Berry un breuvage qui devait
augmenter en elle la puissance générative, et médicamenter le
futur Amé VIII dont les yeux, soi-disant, déviaient de leur
position naturelle. Le comte s'imagina, dés lors, qu'en l'em-
poisonnant Grandville s'était fait l'instrument des Sarrasins et
des Grecs, el que ce médecin de malheur avait l'intention de
détruire toute la race des princes de Savoie. « Cestuy malvais
phisicien m'a mort! » répétait le malade, quand la pasmison
lui laissait un peu de répit; et il recommandait instamment à
Bonne de Bourbon, A Louis de Cossonay et à Oton de Granson
de ne pas laisser échapper Grandville. Mit-on ces paroles sur le
compte des douleurs insupportables qu'endurait Amé? Tou-
jours est-il qu'on ne se pressa pas de jeter Grandville en prison.
1 , Vtiy. sut cette queslion les ouvrages de L. Cibrario : La Morte di
Amedto VII, caiiU dî Savûia (dans les Optiscoli starkî i Itllerarii di Luigî Cibra-
rio, Milano, iSj;, in-B", pp. 7)-8i) aU Sloria dct conU Rosso, Torino, 1851,
in-S". — Un doirumcni important a été publié en 1847 par Le Glay, dans le
I. III des Documenii bistari<iuts in/Jits de ChampoUion-Figeac, pp. 474-48J ;
Déposition de Jehan dt GrandvilU au sufe! tUs remaUique h comtesse douairière de
Savoie aurais fiiit donner par ce médecin au comte de Savoie son fih pour le rendre
paralytique et U faire mourir. — Servion dans sa Clirmtique résume le traile-
iRtnt que Grandville fit subir au comte ; ■ Pour ce que le conte, dit~il, eut
les cheveux plus espès, luy avoit lu phisicien fait rere la teste et hacier d'une
bncete, si que le saug en sjilloii par moult de pars, et luy mb pluseurt
Uvandes et emplastres par dessus, »
240 A. PiAGET
Ce que voyant, le comte s'écria : « Oylas! je suis férus en
malcs mains! » Mais jamais il ne lui vint à l'esprit de soup-
çonner sa mère, ou Cossonay, ou Granson, ou tout autre sei-
gneur de sa cour. Par son testamentj fait le jour même de sa
mort, et dont le principal témoin fut Oton de Granson , îl
nommait régente de Savoie et tutrice d'Ame V'III sa mire.
Bonne de Bourbon, h l'exclusion de sa femme. Bonne de Berry.
Le populaire du comté chercha moins loin que son malheu-
reux prince les complices de Grandville. Il fut vivement frappé
de voir les ordres d'Ame si mal exécutés par les grands sei-
gneurs du conseil, et quand îl sut que le phiskùn coupable avait
été non seulement laissé libre, mais protégé et conduit hors du
pays sous bonne escorte, il n'en fallut pas davantage pour
changer en certitude de vagues soupçons.
Le comte mort, Grandville avait été saisi et « mené en la pré-
sence de l'evesque de Morianne, du seigneur de Cossonay, de
messire Octhe de Granzon, du seigneur de Saint Moris, de
messire Johan de Conflens et de pluseurs aultres des conseil-
liers du conte; et il leur sceut si bien parler qu'ils le licen-
cièrent ' 11. C'est i ce moment que Granson se met en évidence
et se compromet irrémédiablement en protégeant la retraite de
Grandville. Oton fut-il chargé de cette mission par ses col-
lègues, ou agit-il en son propre nom ? Nous ne savons. Il
devaitj de toutes façons, payer cher cette protection généreuse
accordée au misérable qu'il croyait innocent. « Et, continue
Servion, le fist accompaignier messire Octhe de Granzon par
messire Pierre de Soubz la Tour jusques hors du pays de
Vaud, et le mist en la conté de Bourgoigne '. Dont ceulx qui
avoient oy parler le conte en sa maladie et pluseurs du peuple
donnèrent grant blasme a messire Octhe de Granzon, et
disoyent qu'il estoit consentant que le phisicien eut fait morir le
conte '. »
1. Chraniqm di Servion, éd. Bollatî, t. Il, p. 266.
2. Tout le monde a riipété, après Macchanée, que Grandville trouva
d'abord un refuge dans les terres de Granson, qu'il séjourna dans le château
de Sainte- Croix , et que, plus tard, il se réfugia chez )e duc de Bourbon,
lorsque Oton dut lui-mfinie pour\'oir à sa propre sûreiÉ. Il n'en est parié ai
dans les dépositions de Grandville, ni dans les chroniques du temps.
j. Servion, II, p. 266.
OTON DE GRAÎJSON ET SES POÉSIES 24I
Bonne de Bourbon ne pouvait et ne devait pas rester sourde
aux bruits d'empoisonncnieni qui circulaient dans tout le
pays. Par lettre du i" septembre 1392, elle chargea Louis de
Savoie, prince d'Achaïe et de Morée, assiste d'Etienne de la
Baume et d'autres personnages, de faire sur la mort d'Ame VU
une enquête énergique et prompte, et de découvrir et punir les
auteurs du méfait. De nombreux témoins furent entendus'.
On connut alors dans tous ses détails le traitement fatal auquel
GrandviJle avait soumis le Comte Rouge; et finalement, un
innocent, Pierre de Lompnes, l'apothicaire qui avait fourni les
remèdes prescrits par le médecin, fut traîné au supplice.
L'enquête de 1392 et l'exécution de Pierre de Lompnes ne
calmèrent nullement les esprits; Granson, plus que jamais, fut
soupçonné d'être l'instigateur du crime et le grand coupable*.
Oiose étrange, ces accusations ne rencontrèrent nulle part aussi
bon accueil que dans la patrie même d'Oton, le pays de Vaud.
En 1395, une assemblée de délégués des communes se réunit à
Moudon pour discuter la question de savoir si le sire de
Granson devait être condamné i. On l'y jugea coupable,
puisqu'en novembre de la même année, à cause, dit la sentence,
de ses grands crimes et offenses, tous les biens mobiliers et
immobiliers de Granson furent confisqués au profit du comte
de Savoie *. Le comte et son conseil vendirent à Rodolphe de
I. Toute la procédure de l'enquite de 1)92 a iti rctrouviie par Cibrario
dans les archives de Turin. Voy. Cibrario, Otiv. cilh.
I. Cibrario {Conte Rosio, p. 100) nous apprend que les soupçons u'épar-
gnércDt pas non plus Oddon de Vlllars, ni l'évéque d'Ivrée, ni surtout Louis
de Cossonay. Ce dernier, lieutenani-génfrtl en deçà des monts, gouverneur
de Savoie et conseiller du comic, ne fut pas inquiéli! de son vivant, mais,
aprts sa mort, l'ordre fui donné au bailli de Vaud, de se saisir de ses biens,
même de vive force, crrlis de causis, dit la sentence. — Charrière (DynasUs de
Coitonay, p. 160) pense que ces rûijoriï ne sont peui-étre pas celles que pré-
sume Cibrario, et que le séquestre a pu Être ordonné en vue des prétentions
de la maison de Savoie sur l'héritage de Louis de Cossonay, mort le dernier
mile de sa race.
). Voy. Baron de Grenus, Documents rehlîfs d rbistoire du Pays de Faiid
dis 119} à ijfo. Genive, 1817, grand in-8, p. 29, u" 17.
4. Le comte de Savoie prit facilement possession des seignenries d'Au-
bonne et de Coppei, mais il n'en fut pas de même de toutes les terres du
»«»»•, xis. 16
242 A. PIAGET
Gruyère et à Jean de la Baume les seigneuries d'Aubonne et
de Coppet pour le prix de 14000 florins d*or'.
Après la mort d'Ame Vil, Oton, en butte à tous les soup-
çons, avait quitté la Savoie et s'était rendu en Angleterre. Le
18 novembre 1393, tandis que dans son pays on confisquait et
vendait ses biens, il recevait de Richard II une pension de 126
livres 30 sous et 4 deniers *.
C'est alors, à la demande d'Oton vraisemblablement, qnele roi
de France, assisté des ducs de Berry, de Bourgogne, d'Orléans,
de Bourbon, et de plusieurs autres membres de son conseil,
ouvrit une enquête sur les graves accusations portées contre le
sire de Granson. Le château de Sainte-Croix, défendu par le fils même
d'Oton, Guillaume, opposa au jugement du comte une résistance prolongée
et victorieuse. A la tête d'une petite troupe, Guillaume se maintint dans son
donjon , faisant de fréquentes razzias dans les campagnes environnantes. Je
relève dans Grenus, à la date de 1393, les deux articles suivants : « On
paie 18 sols pour les frais de celui qui a été à Moudon, où cette coomiunauté
a mandé celle de Nyon à TefTet de tenir conseil pour savoir ce qu'il y avoit
à faire pour marcher contre les bandits existans dans le château de Sainte-
Croix. » (Comptes de Nyon; Grenus, p. 30.) « On paie 36 sols à ceux qui ont
été à Moudon auprès du comte de Gruyère pour savoir si la patrie de Vaud
feroit la chevauchée, ou fournîroit des soldats pour marcher contre les ban-
dits de Sainte-Croix. .> (Comptes de Nyon; Grenus, p. 31.)
1. Voy. l'acte de vente, dans Mém. et Doc.^ t. XXII, p. 232, no 146.
2. Je reproduis ici, d'après Rymer (Fœdera, t. III, part. IV, p. 92), la pièce
intéressante par laquelle Richard II accorde à Granson pension et protection :
Rex omnibus, etc. Sciatis quod, de gratia nostra speciali, et pro bono ser-
vitio, quod dîlectus et fîdclis noster Oto de Grautison Nobis impendit, et
impendet in futurum, ac etiam considerationem habentes, tam de eo quod
ipsum pênes Nos ad terminum vitae suae retinuimus moraturum , quam de
homagio quod ipse Nobis fecit in forma subsequenti, videlicet,
Je deveigfte vostre 1)omme lige de vie et de metnbre, et terrien honure^ ^^fo^» ft
loiautè vous porteray encontre tous gens qui pourront vivre ou morir, sauve encontre
le conte de Sattveyey mon soverain seigneur y et en cas que mesme celui conte hors de
son paiis soit arme\ contre vouSy que adonque je serai oi'csque vous encontre lui et
tous autreSy
De assensu concilii nostri concessimus praedicto Oloni centum viginti et
sex libras, tresdccim solidos et quatuor denarios, percipiendos annuatim pro
termine vitae suae , ad scaccarium nostrum , ad termines Paschae et sancti
Michaelis, per aequales portiones. In cujus, etc. Teste Rege apud Westmo-
nasterium, decimo octavo die novembris (1393).
OTON DE GRAKSON ET SES POtsiES 243
sire de Grinson et trouva ce dernier » pur, net et non cou-
pable u.
De son càiè, Grandville, tombé on ne sait comment entre
les mains du duc de Berry, pour se disculper ou pour être
agréable h ceux qui l'interrogeaient', avait accusé Bonne de
Bourbon d'avoir fait empoisonner le Qimte Rouge son fils, et
lui avait donné pour complice le sire de Granson. Cela se
passait en Auvergne, au château d'Usson, en avril 1393. Le
10 septembre 159), Grandville mourut au chrlteau de Mont-
brison. Avant de rendre l'âme et après s'être confessé, il rétracta
les aveux qu'on lui avait arrachés dans les tourments, et
affirma l'innocence de Bonne de Bourbon et d'Oton de
Granson^.
Fort de ces déclarations, Oton, qui, i la suite de l'enquête
f^te par le roi de France, avait passé deux ans à la cour de
Bourgogne, revint dans le pays de Vaud. Il s'y trouvait en
13963.
Mais les soupçons, habilement entretenus peut-être par les
ennemis d'Oton, pas plus qu'après l'enquête de 1392, n'étaient
tombés en face des rétractations de Grandville et des déclara-
tions du roi de France. Les communes vaudoises étaient tou-
jours particulièrement hostiles au sire de Granson. Gérard
d'Estavayer, seigneur de Cngy-i, se fit leur champion. Il se
présenta d'abord devant le bailli de Vaud, Louis de JoinviUe,
seigneur de Divonne, et accusa Granson d'avoir « faulsemcnt
el raaulvaîsement esté consentant » de la mort d'Ame VII et
de Hugues de Granson *.
I. Tome cette sfftiie se complique, comme on sait, de U rivalité de
Botmc de Bourbon et Bonne de Berry et de leurs partisans,
a. Voy, Gbrario, Conte Rosso, p. m.
j. Monjgmet (Dkl. h!sl. du canton ik Faiid) noua apprend qu'en i}96,
Oton de Gianson, de retour dans ses terres, approuve un acte qui rvcoiinaiE
bourgeois de Salnie-Croix seize particuliers de Baulmes.
4. Fdî de Kerte d'Estavayer et de Cadierinc de Belp. Ne pas confondre,
eomine le f^t M, Chevalier dans son Riperluire, Gifrard d'Estavayer avec
CoooD d'Estavayer qui fut prévôt du chapitre de Lausanne, et qui mourut en
124J. Cooon d'Estavayer rOdigca le Carliilairt du chapitre de Nolie-Damt it
Z^suoicn/ (1118-1241), publia dans le t. VI des Mer», ri Dot.
}. Hugues, sire de Granson et de Lompaes (Bugey), était iils d'Oton II,
lire ifa Granson et de Belmoati oncle d'Oton III, 11 fabriqua, parait-il, de
244 A- PIAGET
« Sire baillif, je, Girerd d'Estavayer, me clanie en vostre main, comme
lieutenani, pour faire raison, de mon ires chier et redoubti seigneur monsei-
gneur de Savoye, de messire Ocibe de Granzon ; si vous requiers commeot
le vuillés assigner a ung jour, selon raison et caustumc du pais, et luy vailles
notifier que a cellui jour je luy mainliendray et diray que il, faulsemenl cl
maulvaisement , a esté consentant de la mort de mon redoubti seigneur
monseigneur de Savoye dernièrement mort, et aussi de messire Hugues de
GranEon, son seigneur, et ce je luy dis et diray et mainliendray mon corps
encontre le sien a Modon, ou raison se doibt Taiie de toutes causes touchant
les bannerès, par devant vous, comme baillif el commis pour faire raison et
justice". »
Le bailîi de Vaud aj-ant renvoyé l'affaire devant le comte de
Savoie, Gérard d'Estavayer e: Oton de Granson comparurent à
Bourg-en-Bresse devant Amé VIII et son conseil le 1 5 novembi^
1396, Gérard renouvela ses accusations et jeta son gage,
demandant de nouveau que le duei eût lieu à Moudon « selon
l'usage et coustume du pays de Vaud ». A son tour, Granson,
après avoir fait « le signe de la saincte vraye croys », parla ainsi,
s'adressant à d'Estavayer :
If Je preos Dieu, saincte Anne et benoyie lignye en tesraoing de la vérité,
et dy que tu mens, et as menti, autant de fois comme tu l'as dit, et devant
faux titres qui donnaient à Philippe le Bon un droit de protection sur une
partie de la Savoie. Il fut arrEti, jetiî en prison à Nyon, et en 1 389, condamné
i mon par le bailli de Vaud , Rodolphe de Lacgin, assisté de onze gentils-
hommes pairs de l'accusé, pour crime de félonie envers le comte de Savoie.
Hugues parvint à s'échapper et st: réfugia en Angleterre. Ses biens furent
confisqués. Il ne vivait plus en 1 594. — Gérard d'Estavayer prétend qu'Oion
ne fut pas étranger i la mort de son cousin; tandis que Grandville déclare
formellement, dans ses dépositions, qu'Hugues fut empoisonné par Boune de
Bourbon. De nos jours, quelques historiens (entre .-lutres, Soarabdli, Archi-
vio slor. ilatiano, XIII, 1847, p. izj) ont pensé qu'Oton a peut-être ftut
empoisonner le comte Kouge pour venger précisément la mort d'Hugues Je
Granson 1
I. L'oiiloiinatice du gage Je Girard (TEstavayer it J'OCm di Granson est
imprimée dans les Vrcuifs de VHiil. giniaiogiqut de Savoie, t. II, pp. 04)-
249. — M. Jules BauK l'a publiée (avec de nombreuses fautes de lecture)
dans la Rei\ d( h Soc. lit!, hiit. ri archéd. de l'Ain, 1873, pp. 284-397,
d'après un manuscrit des Archives de Lausanne. — Elle se trouve également
dansjie nis. de la Bib. Nai. fr. É16; fol. 169 r», i la suite de la CJJmujiw
OTOM DE GSANSON ET SES POÉSIES 24S
mon souverain seigneur, qui cy est présent, je m'en defTendray a l'ordoii-
Tttace de luy et de son sage et honnorable conseil, et en feray si avant que
mon honneur y sera tresbîen et tresgrandement gardé, et tu en demourras
et «ras menteur par devant vous cl vostre tresnoblesrignorie, hors du pais
de Vuaud ; duquel pais, comme j'ay entendu, et m'a esti rapporté que l'on
Toui a escript, qu'ils me tiegneat pour leur enncmy, dont forment me
gricsvei car c'est a leur giant tort, considré que je, ne mes devantiers, ne
leur fisracs oocques chose dont eulx me deussent tenir pour tel. u
Cela dit, Granson jeta son gage. Puis, demandant audience,
il ajouta sur le duel qui allait avoir lieu, et sur les accusations
dont il était victime, quelques paroles simples et dignes.
Granson remarque d'abord que Vappellant, dès qu'il a for-
mulé ses accusations, doit se tenir prêt à combattre sur le
champ, si les juges et le deffetidanl le veulent ainsi. Le défen-
dant, au contraire, peut requérir, si bon lui semble, quarante
)Ours de délai.
■ Or est ainsi, mon tresredoubtë seigneur, continue Granson, que pour la
grice de Dieu vous estes mon juge, en ce cas que messire Girard d'Estavayer
se £iit appellant, et je me suis fait deffendant, ja ce soit que par pluseurs et
rnionnables causes, s'il vous plaisoit et je vouloye. je me puisse excuser de
h bataille, et monstrcr dcremeni que messire Girard a menti des choses
qu'il m'apelle. Premièrement, en monstrant comme le roy de France, qui est
le plus grand et le plus noble roy des chresticns, et duquel mon tresredoubté
sei^eur vostre pete, cui Dieu ait l'ame, esioit son cousin germain, son
homme; ei il a veues ces choses que devant luy, en la présence de ires-
haulu et puissaos princes, mes iresredoubiés et puissans seigneurs les ducz
de Berri. de Bourgoigne, d'Orlians et de Bourbon, et pluseurs aultrcs mes
sdgneors de son conseil, iU en ont fait cnquerre par bonnes et meures deli-
bentions, et. la merci Dieu, j'en suis trouvé pur et net et non culpable en sa
more. Apprés les choses ont esté examinées et enquerues par si sages et si
nîllani princes comme est monseigneur de Bourgoigne, le cuy sens l'on
Tienl cstre autant nécessaire pour le bien de chrestienté comme d'aultre
pnnce qui vive, et après luy j'en ay esté deux ans en sa court, et en la vostre
en ccste ville, a Lion et aultre part, et a Dijon devant luy et devant vous, et
a U conclusion, ainsi comme il appart. Et je me passe a présent de la reciter
ptu» avant, pour ce que je ne m'en vueil apoier de riens, fors que par
ronJonnance de vous et de vostre honnorable ei sage conseil. Mais tant vous
pais je bien dire que le noble prince de sa grâce a dit devant le roy d'Angle-
xetTc, prBcns messeïgneurs ses oncles ei pluseurs aultres grans seigneurs,
comme ils m'ont irové pur et net et ignoscent, et m'en tient pour si pou
cnipable comme sa propre (lersonne mesmes.
■ Apris, mon tresredoubté et souverain seigneur, il n'est pas chose evidant.
24e A. PUGET
ne semblable [a] vérité, que la ou il ha tant de vaillaiis proudons, chevaliers
ei escuyets comme il ha eu la comté de Savoye, qui tous sont vos hommes
liegez, dont les meilleurs et les plus grans vous sont appartenu de lignage, et
pluseurs des auhres ont esté avanciés pour les dans et p>ir les offices de
raesseigneurs vos ancesirus, que s'ili m'eussent sceu en ung tel deffauli, ils
n'eussent pas laissé ia commission de cestuy fait a messire Girard d'Estavayer.
Car la chose leur appartient de plus près, et le seussent et peussent niieuU
mettre en avant. Mais les vaillans proudoms, chevaliers et escuyers de vostre
pais doubt;;nt Dieu et ameni leur honneur, c( ne vouldroieni prendre nulle
faulce querelle sur le peuple chresticn du monde. Or en y a d'auîrres qui ont
conseillé prendre cesie querelle contre moy, et de ceulx je ne sçay dire fon
que [de] deux voyes l'une : ou ilz cuident que la querelle soit bonne, juste et
vraye, ou ik scevent bien que elle est fïulce et niaulvaise. Se ili se pensent
que la querelle soit juste, bonne et vraye, ik se monstrcnt faillis de euer ei
recrcans, cohars et desvaniureux vers monseigneur vosire père et vers vous,
quant ilz ne la pregnent pour eulx mcsmes. Et s'ilz sçivent que la querelle
soit fauke el maulvaise, ik se dampnent et se dcshonnorent, quant pour
l'iniquité qu'ik ayent en moy iU conseillent ung chresticn a faire chose ou
l'on peut perdre l'arme, lo honneur et la vie.
u Toutesvoyes, ils semble qu'ik ayent bien trouvé solliers en leur pié, quaai
ili ont trouvé messire Girard, nécessiteux et plain de convoitise el faiblement
advisé. Car sceion qu'il est îe commun famé et la voix du pais, l'on dit
qu'ilz luy ont promis de faire ses despens, et donné une somme d'argent,
pour prendre ceste querelle du seigneur de Gransson et de sa mort, avec celle
de mon tresredoubié seigneur monseigneur vostrc pcre'. Et quant plus
prendra de maulvatses querelles, tant est pis pour luy et mieulx pour moy,
se Dieu plaist. Toutesvoyes, aultre que luy a dit ce qu'il dit qui oocqus ne
[. Ce que dit ici Granson est parfaitement exact. Void deux articles des
Complu de Nyon, année 1396, cités par Grenus, p. J2 :
K On paie }7 sols pour les frais de ceux qui ont été à Moudon et i Roe, où
toutes les communautés de Vaud étoienc convoquées pour détertniner de
combien chaque ville aideroit le seigneur Girard d'Estavayer dans U cause
pour laquelle il a prié le seigneur de citer promptement le seigneur Othon de
Grandson. »
a On [>aie 6 deniers à un certain envoyé qui a apporté un mandat par
Iiauel la ville de Moudon invite celle de Nyon à l'aider de soixante florins
[*ur fait de l'appel du seigneur Girard d'Estavayer '. »
de Vcvcy, Vaj'. A. lie Manlet, Exlnlu Ji Ovuiirnill rtUtifsi l'hitl, il' Fnrt iipuit unr «ffw /iif a'J
r«N T,-6f (d>iil le I. XXII (VU- it U !• jfiic) des MtWio.M a H^ia r«l«M. Torioo, iSS^.
p. 4B-nS77)
OÏON DE GRANSOS KT SES POtsiES
: jamÈs ne fera, ne aussi ne fera wiessire Girard,
247
derees
et le n
k prouva, ;
demourra menteur.
" Or, mon tresredoubté et souverain seigneur, j'ay toutes choses conM-
regardées au plaisir de Nostre Seigneur pour faire le plus de bien
M de nul. Je voy les grans inconveniens et les graas maulx qui ja
is, au temps passé, pour ces maulvaises mensonges, dont il appert
it esté gens martiriés et mis a mort '. J'ay regarda le temps présent,
ce qui touche vostre personne qui estes mon souverain seigneur, cl
voy la tendresse de vostre eage, et comme vostre pais a besoing de repos, et
que se nous, qui sommes vostres subgetz, fuissions bien advisés, nous
deussions estre tout ung pour vous ayder a passer le temps jusques a eoge
d'homme. J'ay regardé le temps advenir, comme vos gens sont en erreur et
en disseacion pour teste maulvaise infomiacion, et que chascun jour en
pourroii advenir si grans manlx, et plus gratis que messire Girard d'Estavayer
ne moy ne pourrions emender.
u Et pour ce, mon tresredoubté et souverain seigneur, [se] j'ay dit au com-
mencement comment le dcffendanl peut et doit avoir xl jours de dilacion, si
besoing luy est, je vous signifie que, la mercy Nostre Seigneur, je n'ay
besoing de dilacion. Car, premièrement, ma querelle est bonne et vraye, et
ay grand cause de moy deffendre; et louchant ma conscience et mes pechiés,
je suis en la miséricorde de celluy qui est plus plains de mercy que je ne puis
estre pecheable, et me fie en luy de cestuy fait, car il m'en sera vray juge ; et
je sens mon corps et mes membres en santé et en aloyne, et suis pourveuï
d'arnoix, d'armes et de chevjulx en cesie ville. Et ii n'est pas en la puissance
de celluy qui m'a appelle , s'il ne vous plait , qu'il puisse avoir plus de dib'
cion, et je, qui suis deffendant, n'en requier point, et, Dieu le scet, non pas
pour orgueil ne pour envie que j'ay de lollir l.i vie de nul chrcsiieu, fors que
ainsi que je suis contrains de deffendre ma vie et mon honneur et Testai en
quoy Dieu m'a convoqué. Et aussi je me offre de moy deffendre toutes
heures qu'il vous plaira, soit liuy ou demain, ou quel jour vous vouldrés. Et
pour l'ordonnance de vous et de vostre honnorable et s:ige consdl, a l'ayde
de Dieu et de saincte Anne, je en feray sî avant et par telle manière, que mon
honneur y sera trcsbien et tresgrandement gardé, et messire Gérard en
demeur[r]a menteur, n
Le comte ajourna les parties au 25 janvier 1397, puis au
dernier juin de la même ann^e. Enfin, il fut décidé que le duel
aurait lieu i Bourg-en-Bresse, le 7 août suivant. La gravité de
l'accusation, la célébrité et l'importance du sire de Granson,
attirèrent i Bourg un nombre immense de curieux, venus d'un
248 A. PIAGET
peu partout '. On connaît le dcnouement de cette tragédie :
Oton de Granson fut tué",
Olivier de la Marche , dans son Livre de Tadvis du gaige de
balailk, écrit vers 1494 pour l'instruction de Philippe le Beau,
a raconté avec assez de détails le duel de Bourg-en-Bresse.
Mais son récit, d'ailleurs fort intéressant, écrit un siècle après
révèncraenl , ne doit être accepté qu'avec les plus grandes
réserves :
De l'hosiel dudit conte (Amé VU) et des pais de Sivoye esioit icelluy
messire Otie de Grantson,- moult vaillant chevalier, excimé et renomme sut
tous aultres de sa personne; et avoit plusieurs foi/ corabatu et faict armes en
lices et champ cloz, tant par armes chevallcureuscs et de plaisance, comme
aussi de ^ige de bataille, et dont il estoit party a son honneur. Et advint
que eesiuy messire Ottc fut envyé et mb en la malegrace du conte de Savoye,
son seigneur et son maistre, comme c'est assez la coustume de court Je
rebouter les bons pour les mauvais, et tellement fut mis en malegrace que le
bon chevalier fut conseilla- de partir du pais et de quérir aukte demourancc.
Mais il estoit chevalier de si grant cueur, qu'il ne voulut point partir sans se
mectre en son debvoir de son honneur garder et defTendre, et laissa certains
articles pour sa descharge, par Icsquelz il otfroit de combaire ung, deux on
pluscurs de cculx qui le vouldroient charger de son honneur, jecta son gaige.
bàlla ses articles e: chapitres, qui furent mis es mains d'ung officier d'armes.
Mais nul ne respondit, ne ne leva le gaige. ne contredit a ses raisons pour
celle fois ; et sur ce partit IcJii messire Otte, cl print son chemin en Angle-
terre, ou il estoit bien congneu et amc par sa chevallerie, tant du roy
d'Angleterre comme de sa noblesse. Et advint que luy sqoutnant a Calatx,
et actendant le vent pour son passaige luy vint ung oiïicicr d'annes chaîné
de l'advertir que le gaige qu'il avoit jecti estoit levé sur tous les articles quil
avoit baillé par escrîpt, et ce par messire Girard d'Estavayé, lequel messire
Girard d'abundant le chargeott envers luy de (àulte d'honaeur et de loyaulté,
it aultremeiit que je ne veuh de si homme de bien parler ne
1. H Le ;o juillet 1397, Louis d'Orléans donne i son hérault Valois dix
escus d'or pour aller i h journée d'un gage qui doit se faire en peu i Bourg-
en-Bressc, entre messire Oihon de Gransson et un chevalier de Savoie. »
ChampoIHon-Figeac, Louis cl Clmrles âws li'Orleatis, ï= partie, p. 31.
2. 11 laissait deux fils. L'ainé, Guillaume, en i}34, âgé seulement de
18 ans, fut créé chevalier sous les murs de Sion. C'est lui qui, loisque les
biens de son père furent confisqués, résista dans le château de Sainte-Croix.
il épousa Jeatme de Pollens, et testa, ie 5 mars 1598 (1399 n. s.), en faveur
de sa mère. Le cadet, Otonin, testa le 9 mars de la même année, paiement
en fa\'eur de sa mère, Jeanne Alamand.
OTOf) DE GRANSON ET SES POESIES 249
csctipre '. CcsEuy messire Girard d'Estavayé esioit ung chevalier nourry ei
nlcvé pir ledit nwissire Otte de Gniiitson, et esioii moult taiu a luy'; mais,
ftJ Jucune jalouHe de sa femme', il emprist teste veiigence et se borna au
gsjgc de bitâille contre celluy qui l'avoit nourry et duyit a rexccracc
d'annes. Le bon chevalier, adverti par l'officier, se partit prestement de
CUaii, et rciouma en Savoye pour fournir sa bataille; et si avoit excuse
nisouuablc de la non fournir ne emprendre. car il avoit plus de soixante ans
d'ea^c *, dont par droit d'annes et par le jugement de V Arbre des BaiailUs 1,
homme qui passe soixante ans ne doibt par juge estre receu a exécuter gaïge
de bauille ; pour ce que de icelluy les membres deffensifz et l'alainc de
tTiomme sont alicreï et diminuez de leur puissance. A quoi, raesseigneuri
les princes ei les juges, debvei, entre aultres choses, avoir grant esgan et
advi», enscnible plusieurs aultres poins que je declaireray cy apris. Ainsi
doDc^ucs, ce noble chevalier persévéra en ce qu'il avoit encommenct!, « mit
arrière dos ce beau previlege qui est donnO a celluy qui a soixante ans , e'
entra en la fournaise dont l'issue est estroîciemcnt dangereuse. Sy luy fut
btillé jour de combatre et lieu et place a Bourg en Bresse, devant le conte
dt Savoye, son prince; et fut la conclusioo telle, que ledit mcssire Oite fut
desconfit. Et dit on que, en montant a clieva! a son logis pour venir a sa
loumcc, une lame de sa cuyrasse l'empescba, et prestement la fist oster
pir son armoyer; et la esioit présent entre les aultres gens, Hioste de
IKs^re Girard d'Estavayé son adversaire, qui advertil son hoste de
Il bnic osiee et de quel costé elle failloit. Ledit messire Girard myi peine
I. Toute cette partie du rédt d'Olivier de la Marche est sans fondement.
I. Celle paiiiculariif est probablement inventée par Olivier de h Marche
four rendre plus odieuse b victoire d'Estavayer.
). Fatuc. renommée .
4. Faut-il cnùre ce que dit ici Olivier de la Marche? Oton de Granson,
èauinérant les bonnes raisons qui pourraient le dispenser du duel, ne parle pas
lie son grand âge. Oton ^tait lïanciï en i {65 : s! nous admettons qu'il avait
itofi ens-troo 2\ ans, il serait né vers 1)40 et en 1397 aurait eu 57 ans.
— Juste 01i%ier (^Le Canton dr Vaud, I, 167, note 1) cite un acte de 1447,
iins lequel Oton de Granson est mentloDn<^ comme lieutenant du duc de
Bourgogne. L'Oton dont il est ici question est Oton II, sire de Granson et de
Bclmont, pi-rc d'Hugues, qui devint par son mariage sire de Pesmes; il fut
licotetvam du duc de Bourgogne dans le comté de ce nom et testa en 1375.
— Tschudi, d'après Olivier de ta Marche, nous apprend que Granson
acecpta le combat, quoique p!us faible que d'Estavayer s wiewol £r vil
Khwachen Libs was s, {Chrùnicon, 1, p. 599.) — Granson dit dans sa défense
devant Amé VIII : a Je sens mon corps et mes membres en santé et en
Mcine. -
j. Artrt da batailla d'Honoré Bonnet, IV' partie, cliap. CXIV.
2JO A, PiAGET
d& la trouver a nud » ccluy endroit, ut tant fisi qu'il li trouva i'une
espee ci luy mist dedans le ventre. Mais au commancct leur bataille,
ledit messire Otte enferra son enneray d'un coup de lance en la cuisse
senestre, et s'il eut voulu poursuyr, messire Girard avoil du pire, mais
il le laissa defferrer". Et advint de celle bataille, comme j'ay dit, que messire
Otte de Grantson fut abaiu ei navré a mort; et fut h fin si pieuse que son
ennemy luy leva la viùere de son bassinet, et lay creva les deux yeulx, en lui
disant : a Rendi loy et te desditz. n Ce que le bon chevalier, pour destressc
qui luy fut faîcte, ne se voulut oncques desdire ne rendre ; et disoii tousjatm
tant qu'il peult parler : « Je me rendz a Dieu et a ma dame saiticte Aune ; »
et ainsi mourut '. Et a ccste cause qu'il estoic mort sans se desdire ou rendre,
et pour la grant renommée de luy, ung mareschal de France qui 11 estoit en
habit dissimulé pour veoir l'fxecucion de ce gaige, il se list congnoistre. ei
requist au conte de Savoyt- qu'il luy donnast, comme mareschal de Fraoce,
le corps du chevalier vaincu ; ce qui fut Faict, combien que la dicte conté de
Bresse soit terre d'empire, el luy fut le corps délivré, en délaissant beaucoup
de cerimonies honteuses, accoustumees de faire a homme vaincu. Et ainsi ce
mareschal de France tîst emporter le corps de messire Otte de Gnntsan ei
luy donner sépulture en terre saincie. Et se fondoit ledit mareschal qu'il n'est
point vaincu celluy qui m se desdit, et qui ne confesse le cas dont l'accuse
M. A. Molinier a publié dans les Archives de l'On'fttt latin*,
d'après le manuscrit 2251 de l'Arsenal, la liste des membres
de l'ordre de Chevalerie de la Passion de Jésus-CIrrist fotidé par
Philippe de Mézières. Les premiers « messaiges de Dieu et de
la chevalerie » furent Robert l'Ermite, Jean de Blezi, Louis
1 . Ce détail est empruiiié par Olivier de la Marche au récit que le Reli-
gieux de Saint-Denys a fait du due! de Jean de Carrouges et de Jacques Le Gris.
Traduction Bcllaguet : <r Au premier choc, messire Jean de Canouges (ut
atteint d'un coup d'épéc d^iis la cuisse. Cette blessure aurait pu lui ^e fatale
si son ennemi avait tenu le fer dans la plaie; mais il le retira ausûtM. a
(T. I. p. 46s.)
2. La nouvelle de la victoire d'Estavayer fut accueillie avec allégresse dans
le fwys de Vaud. Les ccmipics de Jaquct de Palésieux nous apprennent que,
le 9 août 1397, la ville d<j Vevcy fil remettre « 7 sols, une fois pour toutes,
i plusieurs compagnons qui témoignaient par des cris ci des trépignements
leur joie de la mort d'Oton de Granson|o. (Voy. Montet, Oin: cité, p. 578.)
3. Uvrt de Tadvis dti gaige il balaille, éd. Bernard Prosi. Paris, 1S73,
pp. 4-8,
4. Archiva de TOr'unl lalin, I, i3J-]64 : b Description de deux mss. con-
tenant la régie de la Mililia Passionis Jbiai Cbrisli. '
OTON DE GRANSON ET SES POÉSIES ajl
de Giac, et n monseigneur Othe de Granson, de la terre
Savoye, chevalier d'onneur du roy d'Etigleterre et du duc de
Lcncastre m. Philippe de Mézières nous apprend que « ces quatre
cy dessus récites, comme IIII Euvangelistes, depuis l'an de
grâce mil CGC Kl" et V jusques a l'an nU" et XV, en divers
pays et royaumes par la grâce de Dieu ont preschié ei anoncîé
U dicte sainte chevalerie ».
n.
Pendant longtemps, tous ceux qui s'occupèrent des terribles
événements que je viens de rappeler succinctement ont vu sans
exception dans Granson une victime de la calomnie. Cibrario
lui-même, qui le premier a 6tudiè sérieusement la question de la
mon d'Ame VII, et qui a trouvé, i ce sujet, dans les arciiives
de Turin, des docuraents inédits et importants, n'est pas loin
de regarder comme seul coupable le « phisicien » Grandville,
ignorant ou criminel. Dans ces dernières années, une réaction
contre Granson s'est produite parmi les historiens de la Franche-
Comté et de la Savoie. En Suisse, plus longtemps qu'ailleurs, on
persista 1 tenir pour innocent le malheureux chevalier que tua
Gérard d'Estavayer, Louis de Charriére, encore, regarde Granson
comme le type de l'honneur chevaleresque, victime de la jalou-
sie, et des intrigues qui divisaient la cour de Savoie. Mais, tout
récemment, feu M. Henri Carrard a publié une étude intitulée
A propos du lombmu du chevalier de Granson', dans laquelle le
r^ietté professeur, rompant avec la tradition, cherche à prou-
ver la culpabilité d'Oton.
Olon de Granson est-il vraiment coupable d'avoir, de con-
cert avec Bonne de Bourbon, fait empoisonner le Comte
Rouge? Je ne veux ni ne peux examiner ici cette question. Il
me faudrait, du même coup, étudier le rôle de Bonne de Bour-
bon, et faire, en somme, l'histoire de la Savoie i la fin du
XIV* siècle. Qp'on me permette, cependant, une ou deux
renurques.
I. Lausanne, s. d., 62 p. Ce travail est estrait du volume, non encore
pirv, des Mens, el Doc. piib. par la Soc. d'hisl. dt la Suissf romande. (Série II,
totne U.)
252 A. PIAGET
Les historiens qui admettent la culpabilité de Gransoo
s'appuient sur les déclarations de Grandville, et, subsidiaire-
ment, sur le récit de Macchanée, chroniqueur du \\T siècle.
Voici le passage de la déposition de Grandville qui concerne
Granson :
. Item, requis s'il (Grandville) scei que messire Hotoa de Granson sceusi ce
que lidietc contesse (Bonne de Bourbon) avoit requis audit miùstre Jehan,
comme dessus est dit, respons ledit maistre Jehan et dît par son serment que
oy, car estant ledit messire Hoton a h journée qu'il avoit emprise a Digtian
(Dijon) en gu^ge de bataille a messire ILihon de Gruete ', la dite contesse
parU audit maisirc Jehan et lui dit : n Maistre Jehan, nous avons utig che-
valier qui est appelé messire Hoion, lequel a a tenir une journée en guaige
de bataille. Porriés vous savoir quelle tin prendra ledit guaige? a Et ledit
maistre Jelian lui respondi que non; et Jors ladîcte contesse lui dist leUes
paroles : « Je le volcissc bien savoir, car c'est ung che\'alier de granl bien et
le mieux de nosire court, et s'il fusse cy presens, je ne me doubieroie point
de a li dire ce que nous avons empris affere contre mon lï!s le conte, d
comme dessus est dit; et lui dist outre que ledit conte son fib avoit grand
tort audit messire Hoton ; car il avoit ledit guaigc par le fait de son dit 6b
le conte, dont il lui en aidoit pou. Dit plus ledit maistre Jehan que quint
ledit messire Hoton (ust revenu de hidictt journée dudit guaige, et ol parlé
avec ladite contesse , ledit maistre Jehan trova ledit messire Hoton au pied
des degrés de l'oustcl dudit conte, a Ripaille, que venoit de ferc k révérence
audit conte, lequel messire Hoton lui demanda : « Estes vous le phisicien qui
estes venus? n Et lors ledit maistre Jehan lui respondi que oy, et ledit
messire Hoton lui dist ; n Le conte m'a dit que vous lui avés données
aucunes chouses qui ne lui font pas bien : que lui avés vous donné? d Et lors
ledis maistre Jehan lui dist : « Aies le demander a madame la Grani (Bonne
de Bourbon), car elle te vous dira bien, u El ampuis ce, ledit messire Hoton
ala devers ladite madame la grant comtesse, et puis ampuis ledit maistre
Jehan entr^ en h chambre de madiae dame la Grant, ou trova Udiae
madame la Grant et ledit messire Hoton qui parloient ensemble; et quam ib
eurent parlé, ledit messire Hoton se parti de madicle dame et s'en vint vers
maistre Jehan et le mena vers la fenestre de ladicte chambre, et illec lui corn-
I, Le 17 sept. 1J91, Oton de Granson et Haoul ou Rodolphe de Gruyère
étaient, en effet, prfts il combattre en champ clos, par devant le duc de
Bourgogne, A Dijon, pour terminer un procès civil au sujet de la propriété
d'Aubonne et de Coppei. Le duc accorda le différend. Le 23 juin [}90, le
comte Amé avait déjà, à ce propos, rendu une sentence arbitrale qui condam-
nait Rodolphe de Gruyère. Voy. Mim. il Doc., XXIII, p. 646, et Cairard,
Otiv. cit., pp. 19 et SI-
OTON DE GRANSON ET SES POÉSIES
mplaignant dudit conte, et disant que le c
2Sî
mensa dire c
avoii pu ^cte l'aide que dcvoit faire, aitendu que le dii guaige cstoic empris
par ledit conte, et que d'autres lui avoïeat plus aidif qu'il nod avoît fait, et
puis lui demanda : « Qji'esi ce que vous avés fait et donné audit conte? »
Et le dit rnâstre Jcban lui respondi qu'il lui avoit fait et donné tout ce qu'il
A dit deisus en redtatit a lui tout de mot 3 mot ; et lor.s ledit messirc Hoton
lui demanda : n De ce que vous lui avés fait doit morir? n et U'dît maisire
Jehan lui respondi : a II non a pas bon signe de guérir, car il commense a
piteli tiquer et puis tonibtra en espaume, et ce fait, ne se puet mettre remcde
que x vïcgne a mon. n Et ledit messice Hoton lors lui dist ; « Ce est bien,
« pmés vous garde i^ue soit secret et que nuls ne le sache, et ne vous
doubtés de riens, car je vous conduiray la ou vous voldrei aler sauvement et
sccuremeot, qui que le vaille savoir et oyr; et de vosire point et travail je
pjrleray a madame, et vous fcray satisferc si bien que vous ^'ous en tendre/
Oublions pour un instant que Grandville moribond a rétracté
ses dépositions , et admettons-les comme vraies. Quel a été le
rôle de Granson dans la conception et l'accomplissement du
crime? D ressort nettement des déclarations du médecin que,
lorsque Oton fut mis au courant des projets de Bonne de
Bourbon, le crime était conçu et perpétré ; le comte avait pris
les remèdes empoisonnés et en ressentait déjà les effets mor-
tels. Le tort de Granson aurait donc été, après avoir reçu les
con6detices de Bonne, de ne pis aussitôt protester bien haut,
faire arrêter Grandville, et demander justice. Le Comte Rouge
n'en eût pas moins, d'ailleurs, passé de vie h trépas,
Granson apprit, quand le mal était irréparable, les projets de
la régente. Quels étaient ces projets? Bonne de Bourbon vou-
lait-cUe réellement empoisonner son fils? Non. On l'a déjà
remarqué avec raison : si tel avait été son dessein, elle s'y
serait prise autrement. Elle n'eût pas, pendant de longs jours,
condamné la victime à souffrir tous les maux , éveillant impru-
demment les soupçons des serviteurs d'Ame et du public; elle
fût fait donner au comte des poisons d'un effet prompt, sûr et
c:iché, — Grandville assure qu'il en connaissait de tels, — et ce
a phisicien n criminel ne les eût pas formulés dans des ordon-
tunces.
I. Voy. Le Gtay, M/langn làsloriqua, i
GraadvîUe » été réimprimée en 1S72 pa
I. XiV, pp. 4J1-4Î9.
III. — La déposition de Jeh;
Kerv. de Letieuhove, Froissarl.
de
1S4 A. PiAGET
Or, précisément Graniîville rédigea, régulièrement et au
grand jour, les ordonnances des remèdes qui causèrent la mort
d'Ame Vn : elles furent saisies chez l'apothicaire Pierre de
Lompnes, et firent connaître à l'enquête de 1392 tout le traite-
ment suivi. Deux médecins de la cour, niaitre Omobono et
maître Luchino Pascalis, furent chargés de les examiner, et tous
deux s'accordèrent à dire que ces médicaments trop puissants
avaient pu être mortels, mais que Grandville était plus coupable
d'ignorance que d'autre chose '.
Que restc-t-il du crime commis par Granson?
Nous savons, du reste, pertinemment que les dépositions de
Grandville sont mensongères en un point, tout au moins. J'ai
déjà dit que l'apothicaire Pierre de Lompnes, coupable unique-
ment d'avoir fourni les remèdes prescrits dans les ordonnances
de Grandville, fut condamné à mort et, malgré ses protesta-
tions, exécuté en juillet 1393. La complète innocence de ce
malheureux iut reconnue depuis, et le 3 avril 1395 (1396 n. s.)
il fut solennellement réhabilité. Or, dans ses dépositions de
1393, Grandville, qui mieux que personne devait connaître k
non culpabilité de Pierre de Lompnes, accuse sans hésitation ce
dernier d'avoir, avec Bonne de Bourbon, tramé la mon
d'Ame VII, Comme on demandait au médecin si Pierre de
Lompnes était au courant des criminels projets de la comtesse,
« repont ledit maistre Jehan et dit par son serment que oy, car
ledit ypothecaire dist ung jour audit maistre Jehan que madame
la Grant (Bonne de Bourbon) lui avoit dit ou escript qu'il
volcist fere tout ce que ledit maistre Jehan lui commanderoit
atfere; et aussi avoit dict la dite madame la Grant au dît ypo-
thecaire, selon qu'il disott, tout ce qu'estoit empris afiêre entre
eux contre mgr. le conte , et lui dist oultre ledit ypothecaire,
audit maistre Jehan, qu'il tenist la chouse fort secrete; car si
le conte le savoit, ils seroient tous en péril; dit plus que ledit
ypothecaire scet plus des secrets de la dicte madame la Grant
que nuls autres, et la dicte madame se con&e plus en li que en
nul autre'. »
De quel droit tiendrait-on pour vraies à l'égard de Granson
1. Cibrario, Conle Ri
a. LeGlay, p. 48J.
OTON DE GRANSOK ET SliS POESIES 25 î
l'Us dépositions de Grandvillc que nous savons crimind!enieiit
Tmensongères en ce qui concerne Pierre de Lonipnes? D'autani
I plus, je le répète, qu'elles ont été rétractées in extremis, et que
Kce n'est pas en face de la mort qu'on trouve intérêt à pallier la
•vérité'. Je n'insiste pas. Grandvillc accusa Granson, plutôt
I .que Cossonay ou tout autre seigneur, parce qu'Oton était, sui-
vant l'expression que le médecin prête à Bonne de Bourbon,
H de grant bien et le mieux de la court, » parce que ce che-
valier plus que tout autre était compromis, et que la vois
publique l'accusait avec insistance.
Passons à l'examen rapide de Macchanée. Donienico délia
Bella est, comme on sait, un chroniqueur sans valeur, compi-
lateur et phraseur inintelligent. Son récit sur Granson est vrai-
ment extraordinaire, et donne une singulière idée de la manière
dont cet historiographe officiel de Charles III entendait son
I, Les historiens (Sequanus, CirrarJ, cti;,) qui aJiin:ittnt la eulpabililé de
Granson prétendent qui; la ritriactation in eilreinh de GrandvIUc n'a aucune
valeur parce que ce médecin, toul en aftîmiant l'innocence de Pierre de
Lompnes, de Granson et de Bonne de Bourbon, essaye en outre de se
disculper lui-même. Grandvitle déclare en cflët que les médicaments dont il
s'est servi étaient de simples fonifiams, et qu'Ame VU est mon d'une bles-
sure i 11 cuisse que ce pnnce s'était faite en tombanl de cheval. Or,
rcmarque't-on, le ven-de-gris n'a jamais compié au nombre des fbnifianis.
C'est vrai. Cependant les déclarations que fait Grandvillc avant de mourir ne
sont pas si dénuées de vraisemblance qu'on veut bien le dire. On peut
d'abord sans grand'peinc admettre que ce phiiicieti ignorant a cru de bonne
foi fortifier le comte en lui frictionnant le corps avec de l'onguent d'iiuile de
laurier dans laquelle il avait fait bouillir, avec du poivre et de la moutarde,
une demi-once de ven-de-gris. Quant à la blessure que se fit Amé VU " en
chassant après un sanglart u, et dont parlent toutes les chroniques du temps,
elle était bien réellement dangereuse et grave, puisqu'en i;9i il y avait des
gens en Savoie qui attribuaient la mort du comte à sa chute de cheval,
a Entre les serviteurs du comte, dit Scrvion, avoit grant débat, i:ar les uugs
tcnoient que ia pasraeson qu'il avoit venoii de la playe qu'il s'estoii fait, a
cheir du cheval, en la cuisse sur le nerf, et les aultres affermoient que ce luy
procedoit pour les choses faites par celluy phisisien, appelle maistre Jehan, h
— Les itiCmcs historiens — je ne veux pas entrer ici dans leur mode de
discussion — font également bon marché de l'enquête ouverte par le loi de
Fnuice el son conseil sur les faits reprocliés à Granson . enquête qui établit
U complète innocence de ce chevalier.
256 A. PIAGET
métitr. C'est lui qui le premier, pour expliquer la haine
d'Estavaycr contre Gransou, a raconté une histoire qu'un
grand nombre d'érudits, même des plus sérieux, ont répétée
sans sourciller ■■.
Oton de Granson, raconte-t-il, seigaeur dépravé, souillé de
tous les crimes, capable de toutes les ignominies, avait un
serviteur fidèle ' nommé Gérard d'Estavayer. La femme de ce
dernier était belle, jeune et chaste. Oton fit tout pour la
séduire : flatteries, présents, menaces, promesses, tout fut inutile.
Profitant un jour de l'absence du mari, Oton trouva moyen
d'éloigner pour un instant serviteurs et servantes , pénétra dans
les appartements de la dame, et prit de force ce qu'il n'avait pu
obtenir autrement. Gérard , de retour, trouve sa femme en
pleurs, l'interroge et apprend tout, 11 rassemble aussitôt ses
parents et amis, leur raconte l'offense faite i son nom et jure
de se venger. Sur ces entrefaites, Oton, plus criminel que
jamais, fait empoisonner le Comte Rouge. C'est alors que
Gérard, vengeur de la Savoie en même temps que de son hon-
neur, provoque Granson et le tue».
Tout ce récit romanesque est probablement le résultat d'une
lecture étourdie d'un passage d'Olivier de la Marche ; « Cestuy
messire Girard d'Estavaj'é cstoit ung chevalier nourry et eslevé
par ledit messire Othe do Griinison, et esioît moult tenu à lay;
mais, par aucune jalousie de sa femme, il emprist ceste vengence et
se bouta au gaîge de bataille contre celluy qui l'avoit nouny. . . * »
1. Par ex. Jean de Mûller, et Cibrario lui-même. — En 1S7;, le présideot
de la Sx. lut. hist, et arclM. de TÂin, M. Jules Baux, racontaoi le duel de
Bouig-en-Bresse et ses causes, ne fait que traduire Macchanée. (Remit dt la
Sx. lin. dtTÂin, 1875, p. 279 et suiv.)
2. Détail emprunté â Olivier de la Marche.
j. Monumeata historiae patriae, t. 111 (Script. I), col. 742 et suîv. — Jeaa
de Mûller, et tout le monde l'a longtemps répété après lui, donna le nom de
la femme d'Estavayer. n Le sire de Grandson , dit-il , s'éprit d'un fatal amour
pour Catherine de Belp, épouse du sire Gérard d'Estavayer, et satisfit sa
passion avec ou sans le consentement de cette dame. » Jean de Mùller se
trompait. Catherine de Belp était la nière et non la femme d'Estavayer.
Voilà pourquoi l'on trouve chez quelques historiens que Granson viola la
femme ou la mère d'Estavayer!
4. Ed. Prost, p. 6.
OTON DE GRANSON ET SES POàSIES 2S7
Est-il besoin de remarquer que dans cette phrase, fetnme signi-
fie, non pas femina. mais fama'} Macchanèe, qui a fait plus
d'un emprunt au rècil d'Olivier de la Marche, s'y sera trompe '.
Cette idée une fois conçue, il a tout bontiement adapté au cas
de Granson le récit du duel célèbre de Jacques le Gris et du
sire de Carrouges 3 qu'on lit dans la chronique du Religieux de
Saint-Denys. Bien plus, il a copié mot i mot plusieurs passages
de son modèle. Voici un exemple :
RELIGIEUX DE SAINT DENYS. MACCHANÈE.
KïM in advcnlu mariti cum mestis At regrediens maritus unio malo
singuhîbus oboriumur iacrîme; que- maesiam uxorem offendit, corrucn-
rentiijue viro n jadViohï^ — Mininu, tcmque humi et setuinecera rogat :
inquit; ^uid enim sah'i at mulieri, « Satin salve ! — Minime, iaquit; quid
aiuista pudicicia? Vali/,'ia viri alieni, enim salvi mulieri amissa pudiciliaf
amantisiinu âamint mi, in luto siml Vntigia alieni viri, tuariu mi, in leclo
Im. a Sicque Jacobus le Gris ex fido tiio lunt. Cattirum eorfmi tatiluin viola-
hostis factus est. a Celerum , quamvii lum, animas insons.uComolalHraigram
animus insons sil, qiiod tanliim corpus animicoiijuxavtrUnâonoxamac'xutain
sil violatum xaors testis eric, ni des auitorem delicli : metitem peccare, non
dexterani fldemque non tmiiUDe idul- corpus; et utute consUiam abjuerit,
tero fore. » culpam abesse.
Movet virum sceleste fadnus , et
b ptopinquis, consolalUTcgram
, avertendo noxam a coacla in
it delicti : ftuntem ptccart, non
corpus, et unde consensus abfiierit, culpam
abtsu cotuludit.
Au récit fantastique de Macchanèe , si souvent cité et allégué
comme une preuve de b culpabilité de Granson, opposons
l'opinion de quelques écrivains plus anciens et plus dignes de
1, Un ms. de la Bibl. Nat. que dte M. Prost donne r
trouve aussi dans l'éd. de 1586. — L'orthographe Jemmt pour faine se ren-
contre fréquemment au jtv siÈcle.
2. Macchanèe a bien pu s'y tromper, puisque de nos jours M. Max
Sequanus [M. Vaissière, ancien archiviste de l'Ain] a fait In mOnic confusion.
Voy. Sequanus, La mort d'Am/dée VU. Lyon (1879), p. 65.
j. Le combat de Jean de Carrouges et de Jacques le Gris était célèbre au
xv=et encore auxvi= siècle. Voy. Froissart, Chroniques., Liv. IIL chap. XLIX,
— Chronique du Religieux de Saint-Dtays, I, p. 162. — Histoire de Charles VI,
25» A. PIAGET
foi. Nous avons vu en quels icrmes Olivier de la Marche parle
de Granson, ce bon clievalur, dit-il, « estimé et renommé sur
tous aultres de sa personne', o Georges Chastellain n'est pas
moins élogîeux. Messire Othe de Granson, dit-il, « che\-alier
de hault prix, mais non bien voulu de fortune en son derrenier,»
porta jusqu'à sa mort ci le titre d'un des bons chevaliers du
monde et des plus exquis '. » Enfin la noble Cliristine de Pisaa,
qui * pu connaître Granson , dit dans le Délai des deux amans ,
après avoir parlé de Bertrand du Guescliu, de Louis de Sancerre,
et d'autres célèbres personnages :
Des trespasseï encore puis conter.
Du bon Othe de GrançoQ raconter
Avez assez
Ouy, commeni de bien ne fil Usseï.
En lui furent tous les biens amasse; >.
El I399i tlcux ans seulement après la mort d'Oton, elle
écrivait ces vers, qui méritent considération et qui me serviront
de conclusion :
Le boa Othe de Granson le vaillant,
Qjii pour armes tant s'ala travaillant,
Couriois, geniii, preuï, bel et gracieuï
Fu en son temps. Dieux en ait l'ame es deulxl
Car chevalier fu moult bien enteché.
Qui ma! lui fist, je tiens qu'il fist péché.
de Juvénaldes Ursins, éd. de 165;, p. $9. — BrantAme, Discours sur ht dutls,
éd. de la Sx. Shist. de France, i. VI, p. 243. — Brantôme, après avoir
raconté le duel, ajoute : « J'ay^veu ce combat représenté dans tine vieille
tapisserie tendue dans la chambre du roy à Bloys, des vieux meubles de leans ;
et la première fois que je l'y vis, le roy Charles IX, qui estoit fort curiens
de toutes dioses, la contemploit et se faisoîi expliquer l'histoire. »
i. Tschudi (ChroHicmi helvtticam, l, p. 599) raconte le duel de Bourg-en-
Brcsse d'après Olivier de la Marche. Puis il ajoute que la nouvelle de U
mort d'Oton fut accueillie avec tristesse par les Bernois, * dann die Herren
von Granson von AIttr lier je und aliwe^ gut Berner gewesen sind ■.
2. Temple de Bocom. Voy. Œuv. de Georges ChasieUain pub. par Kcrv, de
Letienhovc, 1. VIL p. 86.
j. Bib. Nat. nis. fr. 83^, f" 61 vo.
OTON DE GRANSON ET SES POÉSIES 259
Non obstant ce que lui nuisi Fortune ;
Mais de grever aux bons elle est commune.
Car en tous cas, je tiens qu'il fu loyaulx,
D'armes plus preux que Thelamon Ayaulx ;
One ne lui plot personne diffamer » .
Arthur Piaget.
(A suivre^)
I. Bib. Nat. mss. fr. 835, fol. 46 vo; 604, fol. 53 r©.
FRAGMENTS INÉDITS
DE
MYSTÈRES DE LA PASSION
I.
La Passion dû Christ est, sans nu! doute, le sujet que nos
anciens auteurs dramatiques abordèrent le plus fréquemment et
qu'ils s'efforcèrent de traiter avec le plus d'art et de variété. Le
mystère d'Arnoul Greban, qui peut donner l'idée la plus juste
et la plus haute du théâtre religieux tel que l'entendaient nos
pères, est aujourd'hui facilement accessible grâce i l'excellente
édition de MM, Paris et Raynaud; mais la connaissance de cette
grande œuvre ne doit pas faire négliger l'élude des autres
mystères qui nous retracent les dernières scènes de la vie du
Christ. Il est curieux de rapprocher du drame de Greban ceux
qui furent composés presque dans le même temps par des
poètes moins célèbres. Pour faciliter cette comparaison, nous
nous proposons de faire connaître des fragments qui nous ont
été conservés çà et là de divers m}'Stcres actuellement perdus.
Ces fragments, qui appartiennent à des provinces différentes,
montrent, en général, d'une manière saisissante, la supériorité
d'Arnoul Greban sur ses rivaux; mais là n'est pas leur seul
intérêt. Ils interprètent parfois autrement le texte des évangiles,
et ils nous fournissent plus d'une locution utile à recueillir.
Avant de parler des morceaux que nous nous proposons de
publier, il est bon d'énumérer les mystères de la Passion qui
nous sont parvenus en entier. En voici une liste sommaire :
i" La Passion Nosire Seigneur, pièce à ss personnages qui
nous a été conservée par un ms. de la Bibliothèque Sainte-
Geneviève (Y. (. 10, fol.) et qui a été publiée par M. Jubinal*.
I. Mystère: inédits du xv« iikk, II, lî^-}!!. Voy. Petit de Julleville, Les
Mystlres, II, 579.
FRAGMENTS mèolTS DE MYSTÈRES DE LA PASSION 26 1
2° La Passion, pièce i ii3 personnages, composée vers 1425
par Eustache Mercadé (Biblioth. d'Arras, ms. n° 625)'-
3° La Passiojt twslre seigtuur Jhesucrist, composée vers 14ÏO
par Amoul Greban, et dont on connaît huit manuscrits, plus
ou moins complets, savoir : Biblioth. nat., fr. 8ié ; — ibid., fr.
815; — Biblioth. de l'Arsenal, B.-L., fr. 270; — Biblioth. nat.,
fr. 1550; — ibid., fr. 15064-15065; — Biblioth. munie, du
Mans, n" 6; — Biblioth. Corsîni, il Rome; — Biblioth. de
M°"= Léon Techener, à Paris. MM. Ga.ston Paris et Gaston
Raynand n'ont p.is connu le manuscrit du Mans, dont une
notice a été donnée par M. Henri Chardon =. M. A. Tobler a,
de son côté, publié quelques extraits du manuscrit de Romeî.
4° Remaniement de la Passion de Greban représenté i Troyes
k la fin du XV' siècle. Nous savons que le manuscrit actuelle-
ment conservé dans la bibliothèque municipale de cette ville
(n° 2282) fut relié en 1490, mais il est probable qu'il avait
déji ser\'i à la représentation donnée en 1483 -t.
5" Autre remaniement de la Passion de Greban, par Jehan
Michel de Pierrevive, médecin du roi Charles VIII. Ce rema-
niement, joué pour la première fois .'i Angers au mois d'août
i486, a été fréquemment imprimé. Nous en connaissons au
moins quinze éditions, toutes fort rares, publiées de i486 i
1542. Des manuscrits exécutés sur les imprimés sont conservés
à Paris (Biblioth. nat., fr. 971, daté de 1490), à Saint-Péters-
bourg (Biblioth. imp., 2 Z) et i Saint-Jean-de-Maurienne
(Biblioth. de M. Florimond Truchet). Ce dernier manuscrit,
sur lequel on peut consulter une notice publiée par le proprié-
taire en 1878 î et un très curieux chapitre du grand ouvrage de
r. Voy. la noiice de Vallet de ViriviUc dans la BibUolh/qut de VEcolc dis
Chartes (V, î7-i8), et Petit de Julleville, ], 314; H, 415-
ï. Les Greban ri les Mystères dans le Maiiu, exir. de la Revue historique et
archiologiqiu du Maine, V, 1879, '"~^'
î- Zeilxlmfl fur roinaiiisehe Phikh^if, ïl (^iSjS), 589-591.
4. Petit de Julleville, II, 411.
5. Le Thidlre en Mauritnne aii xvl* sUcle. Lu Mjsl^e de la Passion Jr N. S.
]. C. à Sl-Jcan di Mauriennr tt la Dioclctiaiu d LamlevïHard. Ucturijaik au
premier congrès des Sociétés savantes de la Savoie, par Florimond Trucl>et, pharmo'
te. St-Jeaa-de-Maurieiine, 1879, in-8.
262 È. PICOT
M. l'abbé Truchet', paraît donner un texte corrigé. Une pre-
mière leprésen ration avait eu lieu à Saint-Jean-de-Maurienne
longtemps avant iS73. année où le chanoine Guillaume Mares-
chal parvint à en organiser une seconde. Trois personnages
travaillèrent alors successivement i revoir le livret du jeu ;
Nicolas Martin, connu par ses chansons françaises et savoyardes,
Jean Baptendier, syndic de !a noblesse, et Louis de La Balme,
6" Remaniement de la Passion de Jehan Michel, combinée
avec le Mystère de la Conception (Biblîoth. de Valenciennes ,
ms. n" jéo; Mangeart, n" 421)^, Ce texte, divisé en vingt jour-
nées, offre de nombreuses formes empruntées au dialecte picard.
Les quelques passages un peu développés qui en ont été impri-
més nous montrent que le compilateur a fait subir de grands
changements à ses modèles, car ils diSèrent entièrement de la
rédaction de Jehan Michel î.
7° Passion abrégée, réunie à la Création et à la Résurralion
1. Sa'ml-}taii ik Maurîfnnc au \\V siècle, 1887, in-8, iîg-sîs.
2. Petit de /uUeville, I[, 4itj.
). Voy. la longue tirade de Judas citée par Héan (^Rtchenba tarkUéHn
de yàtmatitnes, 1816, p. 173).
Le couplet primitif de Grebao (p. 211-212) n'a que 14 vers:
Je iDiJ nulauu « iDUchun,
Qatm mon snl bien coasidere.
Jehan Michel donne ;
(EJ. de mipin-fol., fol. ^ijt.)
Le poète de Valenciennes intercale id une scène entre Judas et les démons
st développe le discours du traître d'une façon toute différente :
La tirade, qui compte j} vers, est beaucoup plus mouvementée que tes
passages correspondants de Greban et de Miciiel. Judas hésite i commettre
son crime-, dans les mysicrcs antérieurs il ne manifeste, au contraire, aucune
indécision.
FRAGMENTS INÉDITS DE MYsrÈRES DE LA PASSION 26j
dans un ms, exécuté par Jehan Floichot, notaire à Semur, et
terminé le i8 mai 1488 (Biblioth. nat., fr. 904) '.
8° Passion en sept journées dont un manuscrit faisait partie
en 1840 de la collection de M. Vander Cruisse de Waziers i
Lille. M. Le Glay, qui en a donné une notice succincte^, nous
apprend que ce texte est du xv= sitcle et qu'on y relève de nom-
breuses traces du dialecte wallon i.
9° Passion en vingt-cinq journées, représentée 1 Valencîennes
en 1547 (Bibiioth. nat., ms. fr. i2y}6; Biblioth. de M. de La
Grange, i Paris) ■!.
10° Passion représentée en Savoie au xvi' siècle. — M. Flori-
mond Truchet, de Saint-Jean-de-Maurienne, possède, outre le
manuscrit cité plus haut, un manuscrit en deux volumes qui
renferme le texte complet d'une Passion divisée en deux jour-
nées. La seconde journée est datée, au commencement, de
l'année 1542. M. l'abbé Truchet croit que ce mystère fut
représenté à Modaneî.
A ces dix mystères dont le texte complet nous est parvenu
on peut ajouter les fragments suivants :
1° Un fragment contenu dans le ms. 1445 des Nouvelles
Acquisitions frani;aises, et qui paraît avoir appartenu' à un
mystère représenté à Amboise ;
2' Un fragment intitulé : Passio Domini nostri Jfxsu Crisli
sccundum JoJiantiem (Biblioth. nat., Nouv. Acq. franc. 4356);
3° Deux fragments réunis sous le n" 462 des Nouvelles
Acquisitions françaises à la Bibliothèque nationale;
4" Un fragment, conservé dans un manuscrit qui nous
appartient, d'un mystère assez peu développé. Ce fragment
comprend la première journée tout entière.
1. Petit de JullL-ville, II, p. jij.
2. MMoirt SUT 1rs bibliolliiqMi .lu d.'paTUmt'il du Nord; Lille, 1841, iii-8,
;88.
3. M. Petit de JulleviUe ne semble pas avoir connu ce manuscrit.
4. Petit de JulleviUe, II, p. 412. — Le manuscrit de M. de La Grange est
celui qui a successivement appartenu d Charles Claweet, au vicDintc de
Sebourg et à la marquise de La Cosic. II j figuré en dernier lieu i la vente
de Lord H™ (Paris, Labitte, avril 1881, n" 187 du Caialogue).
5. Sainl-Jtan de Mauriaini an xvie sikU, p. î^o. Il s'agit sans doute de la
rcpriistntarion de 1 ,80.
264 ^- PICOT
Mentionnons enfin la curieuse scène auvergnate et française
qui nous esc connue par une copie de Dulaure, Ce morceau est
en lui-même tout à fait profane, mais il provient d'ua mystère
de la Passion représenté il Clermonc en 1477.
I. — LA PASSION D'AMBOISE.
Le manuscrit actuellement catalogué sous le n° 1445 des
Nouvelles Acquisitions françaises à !a Bibliothèque nationale,
manuscrit que M, L. Delisle a bien voulu nous signaler, se com-
pose de 24 feuillets, découverts i! y a quelques années dans les
cartons d'une reliure. Les 17 premiers ff. contiennent huit frag-
ments d'un mystère de la Passion écrits au xv siècle. Le i" f.,
qui donne la fin du prologue et qui pouvait être le 2" ou le 3'
du manuscrit primitif, porte au r" le nom d'un ancien proprié-
taire :
C'est a Esiienm de La Mole, ce livre; qui le trouvera, sy luy
ran[dê\.
Au dessous est la signature La Mote, accompagnée de trois
essais de plume.
Le v° du même f. est blanc et contient seulement les men-
tions suivantes :
Ce livre appartiml a Nicollas VAiiti.
Iste liber perfintt Hycollao VAynè.
Au foL 9 v° on lit, à trois reprises, dans la marge latérale
extérieure, les mots Domine, labia mea aperies, etc. Au dessus est
un écu à un chevron accompagné de trois fers à cheval. Cet écu
est grossièrement esquissé et les émaux n'en sont pas indiqués.
Plus bas est la signature Guillaume Reçon.
Le f. coté 17 bis est de même format que les 17 ff. provenant
de la Passion et parait avoir servi de garde au manuscrit primi-
tif. On y lit la mention suivante, qui permet de penser que ce
manuscrit provient d'Amboise :
a Anno D. 1422, i. Martij, Ambasie apparuit Juna sanguinolenia, vesperi
hora 7. et 8., ex ejus tribus partibus ei ultra hisquac ad sepiencrionem ver-
gunt, meridionali clara; circa tamen 8. horam aliquanter poluta,
« Anno 1412, more gal!ti:o 27. februarij, a Paris fut proclamé publicque-
ment un (dcun lignes eflacéts). «
FRAGMENTS INÉDITS DE MYSTÈRES DE LA PASSION 265
Les autres feuillets sont des fragments de divers formats qui
paraissent avoir appartenu à des tnanuscrits différents. Le mor-
ceau le plus ancien est une cédtile relative à une vente de vin
faite pour le compte de l'évêque de Nantes en 1501. A la suite
sont des fragments relatifs à un partage de terre et des comptes
de ménage.
La mention essentielle est celle qui se rapporte à Amboise,
L'anribution du manuscrit il cette ville est confirmée par un des
noms cités ci-dessus. Nous savons en effet que Nicolas L'Aisne
fut élu maire d'Amboise le 2 février i;66. M. l'abbé C. Che-
valier, qui nous fournit ce renseignement', nous apprend,
d'autre part, que des représentations de la Passion eurent lieu
à Amboise en 1494', 1501 • et 1507 4.
n nous paraît infiniment probable que le volume auquel
appartenaient ces fragments, volume qui, dans la seconde
moitié du xvT siècle, se trouvait en la possession du maire,
contenait le texte suivi pour ces diverses représentations. Si l'on
songe qu'Amboise était alors une ville fort cultivée, on pen-
sera sans doute que nos fragments méritaient l'honneur d'une
reproduction.
Le manuscrit d'Amboise est malheureusement fort incorrect.
Les vers faux qu'on y relève en grand nombre semblent être
le résultat de copies successives : il ne semble pas qu'on doive
les imputer au poète. Grâce au concours de M. Gaston Paris,
il nous a été possible de remettre presque tous les vers sur leurs
pieds. Chose singulière, nos fragments ne contiennent aucun
rondeau. Les strophes récitées par la Vierge montrent pourtant
que l'auteur n'ignorait pas les raffinements de la versification
da XV' siècle.
Pour rendre le texte plus lisible, nous avons rejeté en note
les leçons corrigées. Nous avons relevé dans un petit glossaire
les quelques mots qui nous ont paru dignes de remarque.
1. litvtntaire analytiqiu âts arcUves ^ Amboise, [874, p. 8i.
2. Ibid., p. 199.
j. tbid., p. 206.
4. Ibid., pp. 310, ï j9. — La représentation de 1 507 est la seule que n
lionne M. Petit de JuUeville.
É. PICOT
[PROLOGUE] Jhesus
Judas, moult m'as arraisaniié. îc
pereetsonenijrn(/o;. i). Q.ue le chault il, ne qu'as afaire
Se je suis doulx el debonairc
A ceste qui ses péchiez pleure?
Certes a moy vim en bontic heure.
5 Celle [tant] gradeuse ointure }i
Demonstre cy ma sépulture,
Lots que soj
Vit mourir a si [très] grant tort.
Par son plaisir nous doint effort
De purger vices et molestes
Et qu'il accepte noz requesies ;
Pource chascun p^r cueui dira,
Ou au choix par leccrc lira,
Le saint salut que dist jadis
Gabriel, l'ange de Paradis,
Qjie Dieu le père lui manda.
Par sept fois : Atv, Maria.
Explicil hoc tantum ; da mihi poli
La Passion Ji
Eté;
De ma mort et nia passion.
Les powes tousjours trouverer,
lo Et ntoy pour tant delaissecei.
Pour ce que a moy s'
„ Ay je d'elle m'amie faicie.
Et atoucher me suis laissiî.
Qhesus]
Laissez la tost en paix ester (t*). 45
Judas
Je voys ouvrer de mon mesiicr,
~. ,.. '' ê' , ". ,V , , Dont dora roaffds] aurez sans double.
Tanilastutiutqueesmamie(/ûi.2); ^^ -'
Tresious tes péchez te pardonne Jhesds
El mon paradis l'abandonne. Symon, ami, mes dio escoute.
De pechier d[6s] ores le garde. 1 ; Tu penses en toy malement,
[,,„ , Et juges aussi folement j^
Maiiiie, quant bim je ,o«> regarde. '^ '"" '™"' peeheresse
Je ne vous tiens mie a [bi
Il souffri avez lel oultrage
De faire se grant gastement
De se précieux oignement. i
TresfoUement est rependu ;
Mieulx eust esté que fust vendu
Et aumosne faict des deniers
Aux povrcs qui l[esj ont tant chiers.
El en après a ceste garse, 2
Q.ui a desservi [a] estre arse.
Tant de péchiez fait et ordures,
Et de mauvaises aventures.
Avez ses péchiez pardonné!
i*
Qjii c'est a moy rendu confesse.
Mes piez a[s] veu laver et oindre
Et essuier, plorer et plaindre;
One ne me feîs telle amitié.
Ne pense plus telle vilté :
Saches que par sa charité
Tous ses péchiez lui ay quictié
Et des anges donné la joye.
SVHON
Mon doulx seigneur, point ne Savoie 60
Que vous cogneussiez ma pensée.
Or maintenant, sans demeurée.
Je suis certain par cestui signe
I Ms. Qjiant son père. — 4 noz vices. — 5 Et que accepte. —7 Ou 3 son
choix par lectre d lira. — 10 lui envoya. — 27 a faii. — 38 et de ma
passion. — 4j Et a elle toucher. — 52 rendue. — 57 Car saches.
FRAGMENTS INÉDITS DE MYSTERES DE LA PASSION 267
Qjie vous este prophète digne, Par vertu d'un mémorial
Dont le monde doit faire festc. 6; Par devant vostre Dft^ûll.
j„DAS A vous plaideray marc ou once;
Te vous jure, avjnt que i'arreste, P°"' « "^ "'^"^ ""'■■ *™<«'" =
Je vous fcr^y itelle chose L. d«bairay bien ma raison. 9;
Qjii vous sera endomniageuse. Pierre
pay perdu bien trente deniers Dom Grimant, noise ne tençon
De bonne monnoie et entiers 70 Ne voulons. Jehan, la deslyc,
En l'oignemcnt qu'ay veu espendre; Et di : « Noustre maistre vous prie
A gaing pensoie ja ctitendre « Qjje vous la lui veillés prester. »
Qpant la diimc tousjours prenoie ■ Grimakt
Et.nooproffiiitmcœi». To«s dem .re. ms ims.e,, ,00
Beaulx seigneurs, [et]veQlàî VOUS taire.
Q.uanque porroie paar Jhesus faire
jj Feroie; sachÉs sans doublante
Qia'en lui ay toute ma fiance.
[Pierre] L'asnesse et l'asnon [si] prenez (f) loj
Et doulcement les emmenez
Qu'il scei les choses qui adviennent p^ ^eau chemin celle vallée.
O^-S)- 75 Tout en paix; bien en est aisec.
Alons, nulï aultres ne les tiennent ; ^Ue a le dos tresiout pdlé
Or l'asnesse délierons ^t de travail fort escorchié; iio
Et rwnon tous deus mennerons. Ve^, Teschine tant est ague.
m iiu> duiotvi«t an»am et pullum q^^^^, ^.^^^ pj^j^^ „^ ^^jj ^^„^^^^
Grimant
Beau raaisire, a [tout] vostre manteau, Ambo ducuntiir ad Jlysiim, cl dicunl:
Guidés vous qu[e] il me soit beau 80 Iehan
De praodre sans coneié l'asnesse
Et L asnon? Qpi vous adresse ^lle sera bien deffendue.
A ce faire et la deslyer? "^"^"^ " ^'S'"'"^' '' •°'""= P*"""
Elle a travaiUé hui et ver *^ asnesse et 1 asoon vous ameine : 11 i
Et si est el ja ensergce. 85 ^ « ".^ ^ P"'.''^ =" '*'= ^^'^'■
Qpe bien en maie perde chee "^ " ""' E«'"' *" ^ "^«^
Se vous hui ji [me] l'enimeiiez ! ^""^ '^ '°"K ''* "^"'^ |Oumee.
Tenez vous, beau maistre, tenez ; JHESUS
Se tant ay vesiu robe grosse, Jelian, soit l'asnesse apresiee
) Bien vous donroie une secousse 90 Si que adroit dessus je soie, lao
69 Ay je. — 74 je est en surclxirgf. Il y avait primUivement celle. — 8j-
86 Pour ce quelle est ensergee Ou jen maie perde chee. — 89 vestue. —
98 dit. — 100 Tous les deux. — 107 3 celle vallée. — 108 Et tout en paix,
— 1 1 } de mal dcflendue.
2é8
Jehan
Volentiers, sire, a bien grjnt joy
Mais comment vous ponera cUe,
Qui n'a hosse, ne bas, ne selle.
Ne frein, ne bridCi ne poictral?
Vous ne serés poini a cheval.
Et si est elle tant chcstive
Qce me merveil comment est vi>
Et est pleine de grant laidure,
Jhesus
Bien soit; de hamois n'ay je cur
Met sur l'asnesse lu vcsture :
Dessus prestement monteray.
Jehan
Tost a présent le vous feray.
TimcponilvesUm
r, [la] vei I:
super asilluiii.
ifol. A),
Ague et raesgre corn ai
Non obstant toute ma
Jhesus
Je vois monter
Je veil monter sur cesl asiior
Et trestout puis acompliron.
Tuiu ascenJil Jhesus supra a
Or alons donc la voie droite
En Jherusaiem a la Teste;
Honneur nous feront et grant joyc
Ceulx que trouverons en la voie,
Et ne demeurra longuement
Que l'en fera tout
Jessé, Gabaon et Balaac,
Samuel, Jacob et Ysaac,
Habraham, Sanson, Sadoc, Aquin,
Entendes çz de vous chacun.
. PICOT
Tutic piiacipa Hcbrtarum super iiam
l'odunt et dioinl :
Compaignons, de voir vous afllie,
Le prophète de Bethanie t {O
Doit hui venir la voie droite
2J En Jherusaiem a la feste;
Pour ce vous dy, mes compaignons,
, Entre nous tous ne nous fiignons.
Qui sommes joennes et raioeure; lis
Recevons le a gran honneur.
Jessé
}o 11 est homme de gran valeur :
De lui doit l'en faire clameur
Et loange. Compaiguon Aqutn.
N'i a mais de se metrc a chemin. t6o
„„ Alons doncques celeement.
Car je me double voiremeni
[Que] se nous percs le savoient,
Malemenc [il] nous puniroienl.
Alons quérir miséricorde (i^). léj
Balaac
Jessé, par ma loy, je î'acordc,
Tant est prophète debonairc.
Et, quant est a honneur lui fiïre.
Tout le jour en joie mectons
Et noz vestures entendons 170
140 Par la voie, rameaux, et floretes,
Disans nouvelles chançonnetes.
Roy d'Israël, plaîn de pitié,
A toy venons de la dié.
Gloire, loanges te rendons, 17s
145 Car par toy [grant] gloire actendons.
Filz de David en vérité.
Veilles avoir de nous pitié.
Car nous créons certainement
129 Je est ajouté par une main plus moderne. — i)] trestoute. — I]4 oom
une arreste. — 141 lly avait primitivement et joye ; grant tsi ajouté par taie
main plus moderne. — 14} point longuement. — 144 Q^ie Icn me fera. —
1 56 a grans honneurs. — 162 Car je me double trop voiremeni. — 167 Tant
est ce prophète. — 171 et floretes. — 176 Jhesu, fîli de David.
FRAGMENTS INÉDITS DE MYSTÈRES DE LA PASSION
PIERRE
Je le vejl bien par cotnp^iignie
Que tu es fiU de Dii
Fili de David, a toy loer
Doit l'en bien mectre son pouer.
Tous le prions ensemblemcnt
Que par toy aions sauvcmeot.
Tu«c perrexerunt abimni Christo tt
ttraveninf vtstimeitia tt ramos divanml,
iictnUs : Osannafilio, etc.
Enfans en purs et neiz, 185
Qui tant de chansons m'avez fait,
Si doulcement les avez diaes :
Desservi avez grans mérites;
Maïs ne deraeurra longuement
Qpej'ea auray dur paiement, 190
Qui
Tune vaduni, rt Ptirus dkU :
Bel hosie, Dieu vous doînt sa grâce!
e, eta
JEHAN
Dictes nous, [tresjbeau, tresdoulx sire,
Chex qui célébrerons la fesie
DePasques, [tant] grande et honncsieî
JHESL'S
Pierre,Jelian,ievousamoaesie(/ii/. 5),
Alez tous deux en la cita ;
La trouverez en vérité
Homme qui une cruche porte
Pleine d'eaue, près b porte ;
C'est cil ou vcil tna Pasque faire. lOO
Doulx homme est [il] et debonaîrc.
Vous lui direz que je lui mande
Qji'il me veille sans nulle actende
Me presier son [tresjnoble hostel,
Qu'est en la cité net et bel ; 20S
Et il taniost !'octroi[c]ra
Qliant de moy parler vous oira.
JEHAN
Sires, nous verrons qu'il fera.
Alons, Pierre, [alons,] je t'en prie.
JEHAK
O sire, entende;; mon courage :
Je suis au prophète message.
Qui par moy vous mmde et [vous]
[prie 21s
Qjje vostre belle hostelierie
Lui prestes a faire sa cenne.
Veigne céans com en la sienne.
Et lui dictes que le salue.
Grant joye aray de sa venue, iio
Cargrant honneur me daigne raire(î^).
Dont me vient veoir a mon repaire.
JEHAN
Sires, nous y alons grant erre.
Tune vaduni ad JImum tt dicuni :
A,oussomm«losi[re>-i!nus;
Bon chemin avons puis tenus. îii
Oncques homme meilleur ne veistes
Qu'est celui a qui nous iremeistes;
Tout quanque il a vous abandonne :
Son cueur et s'amour [il] vous donne.
Il vous ame moult, se me semble. 230
JHESUS
Alons y donc trestous ensemble.
Tune vaduiit.
Bel hoste, Dieu vous beneie I
180 voirement. — 183 ensembleement. — 188 IJ y aimt primiliviment
lUOuIt grans. — 193 Chez lequel. — 197 La vous trouverez. — 200 A dl. —
30} Qui est. — îij O sin.ç. — 22+ Seigneur, a vous. — 225 depuis.
270
È. PICOT
SALMiN Fleurs [ci] rameaux porté et mis,
Amm, sire, et la coropaîgnie 1 En la voie leurs draps rué.
[Je] vous rend grant nierdfs] cent Eu lui demonstrant [trop] grant joye»-
[mille, Quant îlz geaoient en U voye
Et plus que je ne porroîe dire, 235 Ramtaus, floreics, violetes 270 ■•
Dont vous daignés [mon] hosiel En disant belles chançonnetcs.
[prendre. A grant cnnuy bous tournera
Il n'i a mais fors a entendrt
Comment vous serez pourve
Et a droit voz gens receils.
Cayphas, evesi]ue, entendes.
De cet affaire ne mentez,
A nostre loy plus exauker ;
Tenus y estes sans faulcer,
Et je, David, et Balaac,
Ensurquetot [et] Ysaac
Avons au cueur dueil et rancure
Dont nostre parlement tant dure;
Trop avons [fait] longue conspire
Comme peussons Jhesus occire.
Dele trahir, lyeretprendre (/d. 6) Z50 ^' '"' ^'^V "l"'^ "* P«"» ™"=
Neconvientploslongtempsactendre; Qu'aboi' [le] fili au roy céleste.
Mais ne soit le jour de la fcste. ^''"' '*>«« """■ <^yP^. s™?
Q;i'aucun ne nous face moleste. cayphas
Se plus y actendés, oultrage David, oiei que je val dire :
Souffrerons et un grant dommage, 255 En la prophede ancienne
Qui plus vivre le laissera.
Pour Dieu, plus presi conseil tenons
Qjje mourir faire le puissons :7s
Et commefni] il sera trahi.
YSAAC
Sires, ne soiis esbaï ;
Veillés avoir icy advis.
Le tresplus sage du pais
Par devant vous [i]cy veei, 280
Et vous ruesmes bien le saveit.
Que tel argument lui vauldray
Devant vous que honte lui feray.
S'il veult nier mes argumetis.
Je lui diray par lait : * Tu mens
(V),. ï8s
Car le peuple convertira
El nostre loy abolira.
Ce vous jure ei [ce] vous affi.
Crans gens en a ja converti,
Dès quant il vint de Bcthanie,
Par sa [tresjfaulse enchanterie,
Qu'aucuns dient par la cité
Que le Ladre a ressuscité;
Encore enfans les plus petis
De la dté l'ont salué.
Trouvay l'autrier, chose certaine,
Qjie toutes gens estoient perdues
Et ne pouoient estre rendues
Se ung homs ne soufli^iil passion ;
260 Pour ce donc ay je entencion a
Que, se Jhesus perdoit la vie,
Qfie forment l'a bien desservie.
Comme trouvons par l'escripture.
BALAAC
26; Sire Cayphas, je vous jure.
241 Et de cet affaire
en est ajouté par une m
intervertit ces ilciix fers,
point ne meniez. — 257 Et toute nostre loy. — 3
ain plus modertu. — 264 Encores. — 278-179 U 1
. — 299 et je vous jure.
FRAGMENTS INÉDITS DE
Desservi a mort aspre et Ji
300
ir grant n
Qjie trop
Qgt se l'empei
Et le peuple de Romenie
Le savaient, sans mcKquerîe,
Nous en mainroient trop grant guerre,
Et nous ostetoient nostre terre.
Tant l'avons entre nous laissez
Qiie forment sommes abaisser;
Qu'en dicies vous, sires Ysaac î
ÏSAAC
Vous dictes voir, dom Balaac; jio
Mais encores bien je regarde
Que desservi j tnort. Il tarde
Le faire mourir; c'est grani chose
Quant filz de Dieu nommer se ose.
Tel mot lui motistreray[je]double3i5
Qu'il lui sera tresfotment trouble,
Par lequel je luy prouvcray
MYSTERES DE L\. PASSION 27 1
A me vangier de l'oignemciit
Que faulcement perdre m'as fait.
XXV,, [et] ïitvj,, et iwif.
Il soit pendu au grant gibet, };□
Qjji ne le rompra tout de cops,
Afiïo qu'il en soit mieux absoLil
Car bien doit avoir pénitence,
Qui de mon droit m'a fait aiance.
wviij., [et] xiix-.etsontïxx. : 335
Ce n'est que pour croistre ma rente.
Seigneurs, or suis je bien paiei;
De Jhesu ne vous esmoieî :
De k trahir feray devoir,
El se vous fay bien assavoir 540
Q^e, quant de trahir sera heure.
Je viendray a vous sans demeure.
Mais je [m'en] voy lost aprester
Chez son liosie le sien disner,
Q^'il ne cognoisse la &Ilace. ]4}
Or gardés bien qu'ilsoit rangié (Jol. 7)
Ne laissés pas pour Magdalcne;
FercE sur lui comme sur laine.
xvij., svii)., xix. et xx, ;3(
D'autres oignetnens xrés oint,
Qjiï vous garderont Je
Bien le vous promis av
Kxj., xxij., xxiij., xKÎiij.
Traî seras, faulx ribaut nairc :
Ne lairray par enchante meni
hier.
Tiiiu rutdit et dicit :
Miistre Jhesu, ne vous desplace
Ciicique demeure que je face.
Judas, ou as tu puis esté?
JUDAS
La hors, ou me suis arresté
I Pour donner de l'argent aux povres
(î»), ÎJO
JHESUS
Mieulx te fust [a] cy estre encores.
Bel hostc, appareillés la table:
, Que le règne du del durable
Puissez desservir et avoir t
)ij De le (aire. — 516 très est une addition plus moderne. — )ii vous
scrés. — 324 et xxiiij. — 326 Ne laitray ja. — 339 mon devoir. — 345 Et
qu'il. Un ancien propriitaire du ms., qui jouait évidemmait le rilc d'un des
nwmbrrs du conseil, place ici uti rmvoi auquel correspond la note suii-anle .- Je fine
jusques C- — Î49 ou je me suis arresté.
272 È. PICOT
SAUUN El de bonnes cordes le lace
Qfiant vous plaira venu laver 355 Extroiiement a celle esteppe, j8o^
Voz mains, que la viande est preste, E' pU-is, s'il peut trepcr, se treppe
[Et] bonne et belle [et] toute honneste, Trestout nu, que chascun le voie.
Selon que j'ay de fait peu. Gardt's que nul mercy en aie.
Certes grant joye j'ay eu Bâte* le tant que las soids;
Dont venu estes a ma maison, î6o Verges, courroies essaies; jS}
Sires, poiu: certaine raison.
JHBSUS
Prenons l'eaue et nous lavons;
Tous disnerons et sans anesie.
SALUIN
Sires, vez la vous toute preste.
Aussi une belle tinette, 31
Blanche, [bien] dere et toute nette
Tuiu lavant maaus siai.
JHESUS
Seons nous par manière honneste.
Jehan, jouxte moy te seoiras
Et près de ton amy s
J90
Autre conseil o'i aura mis.
JACOB
Sres président [et] amis.
Et a qui je suis che\-aUer,
Le sang lui feray dcvalier
Jusque 1 terre tout dégoûtant.
Si que sera paie a tant.
Or ça, coquin, et sans note.
Par le diable, laissez la cote ;
Je te feray la destinée :
Ta pel sera toute tranchée. jjs
Balaac, Sadoc et tu, Pharts,
Qui vault [trop] mieulx que dl Jaits,
A ton visage remulé :
Tu, Judas, devant moy [te] soies, 370 Tu es de airage a chat nllé :
Q)m[me] tousiours faire soloies ;
Les autres, tout communément
Seez vous tous legierement.
Turc scdeni tt tdtatt.
Sachez tous, ne demeurra gueires
Q)ie i'auray [bien] d'autres atlaires.
Nul de vous ne soit esbahi
O félon cu<
Mené Jhes
r, de parole aigte {Jol. 8
Tu vauls [ja moult] plus
[semble. 400
Bâtons ce tniant, que cy tremble,
Tant que de cops soit il cassé.
JARËS
Se j'ay pour ce neix renversé,
Tost lui auray preste ma paume.
BALAAC
Et la mienne, que je lui aume.
Vali, vali, le bon Jacob I 40J
Prestement [il] aura ce cop.
Maintenant [il] n'a pel entière.
SADOC
Moy, Sadoc, filz de bonne mère (v»).
Te batray devant et derrière I
Îi9 Certes moult grant joye. — 361 Sires doulï. — 364 Une main (iiu
«lOilerm coirig,- : Sires, vcï l.i leau toute preste. — 365 Et aussi. — 378 Menez,
— 384 en soies. — 38s A verges, a courroies essaies. — 390 Jusques. —
393 De par.
FRAGMENTS INÉDITS DE MYSTERES DE LA PASSION 273
Combien que soie courtibaut, 410 A genoulx, et lui présentons
Xoutesvoi[e]s suis lié et baut Salut en lui disant
De me mectre en telle meslee. Trestous ; « Dieu te sault , roy des
Or ça, escoussons ceste airee [Juifz, »
Ou blé. Vez [doncques] com il baisse En signe de grant moquerie;
Son chief. Lieve tes yeux, adresse I « Vous avez dit en menterie
Je voy bien que tu as vergongne ; a Que nos maistres [vous] repreuvez. »
Bien [mal] en point va ta besongne. balaac
Or est [bien] ceste airee escousse. ,1 „,^. ^^^ ^„^^_ ^rr:^, .
*• -■ 11 n est pas encore ainez ;
^^^^•^^c [Or] soit de tous nous enchrachez.
Tant ay travaillé que je posse. Qpe Dieu lui doint hui mal estrainne !
Jacob, te diray que ferons : 420 Je croy qu'il n*a pas la pel saine.
I^ ceste esteppe le trairons pilafe
Et lui vesterons cest manteau ; ç^^ chevaUers, qui la tisaine
^usâ lui donroAS ung chapeau. ^^^ ^uvez pas a desjuner,
^«u. toy! [mett]; je croy qu'en Amenez cil a Fatoumer 455
Igroigne. ^^ X^sxsx d'un si [tresjgrant maistre.
lA«eu] ce bd manteau qu'est de rogne, j^ ^^^^ ^^,ji ^^ ^^ ^j^^^ ^,^^^^
tt puis te bailleray couronne j^^^ ^ ^^3^^^ compaignie,
^ espine guerpe, dure et bonne. ç^^ j^j ^^^ ^^j^ ^^1 ^^j^^^^
^ est droit que couronné soie. ç^ ^^^ ^^^^^ ^^^^ ^^^^^ j ^^
va. loy des Juifz, [je] te faistoie I j^ ^^^^ ^^^ mon^xxf^ a la gent.
I^en moy ceste vierge peUee; 430 Seigneurs prestres, je vous ameine
Mieulx scmbleras roy de Judee. j^^^^ ^^i ^ ^^^^^ ^^^^^ p^i^^^^
^. certes, çy ung beau bailly ; ^^^ ^^^^ ^^ l^j pj^^
^>*ïïablc il bien truant failly? thesu
[B] contrefait le papelart. . , ,
Vez moy ung homme en venté. 46$
SAOOC
PILATE
Maismieulx me semble [il] coart 435 ,> ^ 1 1
* ._ . Prestres de la loy, or vez cy :
A son visaire cremeart. >_
• . ° , n Pour vérité je vous affy
Jarès, en toy nauray fiance. ^ r ^ i. t.- / x
•^ ^ Qjie [al] Jhesu est bien navrez, {y>)
M'^ Et m'est advis que c'est assez,
Ne toy ny ta grant sapience Ne [que] jamais jour de sa vie 470
Ne valés pas ung gros estron (/o/. 9). Dira il de vous villenie,
I^^^Qg Ce vous promet et vous aifie.
Certes mesmcs de ton bâton 440 ^^ J"^^^
Te donray [cy] ung bel letron. Ouste le et le cruciffie !
odoch, Jarès, or nous getons Par nostre foy , beau [tres]doulz sire ,
419 Tant ay je. — 421 le tirerons. — 442 or nous tous. — 449 encorcs.—
5 Amenez celui. — 459 telle.
JC/x 18
274 È. PICOT
Mort a desservi et manîre ; 47;
Filz s'est [il] fait de Dieu le père.
PILATE
Par la foy que doy a ma mère,
Sans cause ne le jugeray.
Je le vous afiêrme pour vray.
Prenez le et û le jugez 4S0
Selon la loy que vous tenez.
LES Jt;iFZ
Sires Pilate, vous savez
Qjic a nous il n'appartient mie
A nul faire perdre la vie ;
Mais vous avez la cognoissance 485
De donner contre lui sentence ;
Pour ce faictes en jugement.
PIIATB
Je vous jure par mon serment
Qu'en lui ne trouve cas de mort ;
Certainement vous avez 1
Encore avec lui parleray,
Se rien en lui trouver porray,
Esbahi es, si que ne sonne ;
Semblant fais que rien de nous donne;
[Mais] sur toy ay grant poesté. 49s
JHESDS
Du père, roy de majesté.
T'est cesie poesté venue;
Ne l'as de toy nullement eue;
Et ceulx qui m'ont baillé a toy
(fol. 10)
■■ plus grampechié que toy; soo Seigneurs,
LES JUIFI
Sires, ce n'est pas tresbien dit :
Autre roy que César n'avons.
En veriié bien le savons;
Se ne jugiez, en vérité
Ne sertis en son amitié.
[Or ça], seigneurs, par le granl diable.
De rien ne voyjhesus coulpable;
Ne say pour quoy sus lui criei.
LES juirz
Crucifiiez, cruciflîez!
Ce te fais [je] bien assavoir.
PILATE
Seigneurs prestres, saches de voir
Qpe Jhesus ne veil plus grever.
Ne sauroie vostre roy jugier :
Plus ne sera soubz moy subdit.
PILATE
Seigneurs, Jhesus vous hûsseray ^ij
El Barrabas ddivreray.
Tenez Jhesu, je le vous livre ;
490 Jugitz le a mon ou a délivre.
Mais que [je{ ne soie entachiez
Et soie délivre de pecliie[z]. po
Or me pardoint [le] Dieux bénigne'
En cesiui n'a nul cas de critne
De rien que [je] l'aie abouchié.
LES JUIFZ
Sur nous tous en soit it pecliii!
[Que] sa mort nous soit teprochîee jîS
A nous et tout nostre lignée I
CAIM
is prendre plus lesir {t").
De lui faisons nostre plaisir;
11 n'i a mais que de le prendre.
Il nous fault donc icy entendre
jos De faire la croix aprester,
484 A nulle. — 487 le jugement. — 488 serement. — 491 Encores. —
496 De mon père. — joo plus grant gref pechie. — 505 pas plus. — joj
soubz moy subiect. — 509 Et se ne jugiez. — ; 10 Ne seres pas. — 512 Roy
ne voy Jhesus coulpable. — }20 Et que soie, — 526 toute. — SJO II nous
fault donc aentendre.
FRAGMENTS INÉDITS DE MYSTÈRES DE LA PASSION
Puis soit pendu sans arrcster
Le prophète (ilx de Marie,
PILATE
Ces deuï brrons de faulce vie
Pendez avec pour compaignie ;
Dimas soit pendu i. h dexire
El Gestas soit a la seiu-Stre :
Jhesus entr'culx deux [si] sera,
Et parra qui bien fait aura.
Or faictcs tosi mqs arresier.
Je me vois donc[que5| aprester
A faire faire les trois croix
Ou ces gens seront a desiroîs.
Si que n'i faudra nulle rien.
JAKES
Hal dea, maistre, ji
Oacques plus aise je ne fu.
BALA.*C
Certes, lu seras extendu
Et tirràs comme [une] xielli;
Pour joer de la chalumelle
Et pour estre en meilleur conroy. 5 }0
CAIM
Pour quoy, dea, te faisoies lu roy,
Qfiant tu es ung petit vorlet?
Fait il bien le chemin mal...
IV.
27s
Baillcîs ça les doux, charretietsi
J'ay le marteau pour les doiers.
Truant, va tost la croix monter,
El puis iray a toy complet. s6o
Ton orgueil te veodtay bien chier;
' De ton corps si seray bouchier.
Meschant paillart, extend les mains ;
De loy n'i a ne plus ne mains.
Car de ces clous qui sont cy gros ;6j
Te perceray après les os ;
Par les mains les K tïcheray,
Trois cops de marteau te donray
AffiD que jamais tu n'en sourde.
Je fer, Caîm ; a moy t'acorde. 570
Il r
1 bien;
Puis yrons moiller !e gorgier.
Haro I ung peu les os [vous] croissent.
Ne ja pourtant ces cy vous laissent.
Jarpin, descend; n'ay[e] pas double
Les doux es piex ausû lui boute.
Ton Dieu ne t'a si bien gardi
Qjie des clous ne t'aie lardé.
Bien es atoumé a baller;
Va l'en se tu t'en puis aller.
Tu ne t'es si bien dcffendu
Q;ie en la croix ne i'{ayc pendu]
Or ay je fait bd ediffice.
S8o
Caim, qui as ion bel office.
De ces deux larrons fay justice. jSs
Moult ont rongés de [mâles] croustes.
Tantost (si] leur brise les coustes (i«j,
Et les gardes bien de dancer.
JAHPIN QW. 1 1)
Volcnticrs pour le d[divrerî] ^""
Jusque a la mort w secourray SSS Je me vay doncfques] avancer.
A ton bt:soing lani que porray. Ça, Jarpin, pren ce compaignon; {90
>Î2 Puis fust pendu. — 5îj Le taulx prophète. — 535 Pendez avecques
li. — 544 Si que ni fiiuldra a nul rien. — 555 Jusques, — 576 te boute,
- {84 qui as faici ion be) oŒce.
; ayé È.
PICOT ^^H
Met luy ssichtr tueur ci rognon,
Pour humaine rédemption, ^^^|
Et je prendray cestui aussi.
Et say bien tout certainement ^^H
JARPIN
Que tu es nostre sauvement ^^^|
De pession soit il froissi
Se ne cuidoic estce hors de peine 1
Et que tu es a tort pendu, ^^S^^^l
En ceste croiiL nu extendu . ^^^|
Or ça, que la maie sepmaine S9S
Et pour ce, Jliesu, je te prie ^^^|
Vous envoie huy Dieu le pere!
Qpe, quant perdray du corps la vie, ^^^|
Hui vous morrez de mon amere.
Que tu aies de moy mémoire ^^^|
Cwtui est déjà en balance ;
Et mon ame metz en u gloire ; 6{O.^^H
l II ii'i a ptndart nul en France
Q.u'cn cest niesticr me peust passer 600
En toy je croy [bien] sans faîntisce. ^^^|
GESTAS ^^H
; Ne si bien les jambes casser.
Dimas, et raoult te tien pour nicc ^^H
Caira, n'as m pas luit encoresî
De ton ame tant le prier : ^^^|
CAIM
Soy mesmes ne peut desHer. ^^^|
A! voy, deal moult te demeures?
Meschani est il qui le croira. 6jt ^^1
Laisse foire tout a loisir;
Tu voys que point de pouoir n'a : ^^^|
Je ne me puis pas [bien] aysîr, 60;
Ne se peut de la croix mouvoir. ^^^|
l'.int a les os ce puant lutre
Cecy peus derement veoit : ^^^|
Plus fors [et] plus durs qu'autres
S'il peust, tantost se descendist ^^^|
[quatre.
De la croix et plus n'i pendist. 640^^^^^^
Or ay je fait sans ton aide;
Or, vraiment, il est [par] trop nice. ^^^|
Bien fort lyé est, que je cuide;
DIMAS ^^1
Si mourra, ne demourra guère. 610
Plus meschant es q'oncfques] veisse, ^^^|
Tu es hors de bonne mémoire ; ^^^|
doulx Jhcsu , [vray] roy de gloire ,
Saches qu'il est le roy de gloire. ^^^|
Veillefs] entendre a ma prière.
Pourquoy lui dis m tel diSame? 64$,^^^^
Certainement je croy que es
Vraiment en lui n'y a nul blasmc, ^^^|
Le sauveur des sauvés,
Mais nous deux avons fait la chose ^^^|
Qui as crc^ [ircsjiout le monde, 61 j
Pourquoy souffrons mort angoisseusc.^^^|
[Et) dcl [etj terre, et feu et unde;
Si ay je [aussi] eu ma créance
Que lu puis bien avoir vengcnce
Moult bien l'en dei'oas gtxder ^^H
Et en lui tout lemiM nous fier, 65a ^^H
Dont lui plaist soulïrir tel oultruge ^^^|
(Jpl. lî)
Pour l'amour de humain lignage. ^^^|
De cculs qui t*oni crudftîf
Tout est trouvf en l'escripture, ^^^|
Kt en la croix si fort lié ; 610
Que de nerge la norniure (r») ^^H
Mais tu soufiritos pasùon
Doit mourir a tresgmni vilté. ^SS^^^^I
{09 CttU ecrmlû» eit JU M. G. Paru, le au. perU .' I oa en pendan nuUe^^^l
nancc. — txn Lûtic nvay. — 6ofi c
sans. — 610 et ne -Jeinourra. — 6ai ^^^|
^ toufi». — 6}4 Et «7 mcaiKS. — 6)7 D ne m pem. — 6j8 pens m. — J^^^
■ <J4 pew. — 64J bon. - 6|é «> lui
oj>. — «so cooSer. — 6J4 Q)m de ^^^1
■ vte.««-
II^J
FRAGMENTS INÉDITS
DE
lYETÈRES DE LA PASSION 277 ^^|
JHESUS
Dîmas, tu as dit vérité.
Pour ce que mercy as crié,
^M
^^M
Tu ne seras point oblyé.
^^^1
Quant ton ame sera partie
De tgn corps si aura [tl] vie t
660
JHE5US ^^^1
A moy viendra en paradis.
Porte lui bonne compaignie(;W. ij), ^^H
Qjii doux avoit esté jadis :
Comme a ta dame ei [ton] amie. 'j^^H
Tantosi je le desfertncray
JEHAN ^^^1
Quant resuscité je seray.
Sires, tous les jours de ma vie, ,^^H
Sichés, de voir je vous affie, '^^H
Trestoul vostre plaisir feray 690 ^^H
Or veil [je] faire a Dieu mon per<.
665
Pour tous ceulï cy une prière.
Mon tresdoulx Dieu omnipotent
Et la ou vous plaira yray, ^^H
Je te pry cy dévotement
Que leur pardonne cest pechié.
La secourray et ameray ^^H
[Tant] chierement comme ma mcre ; ^^^Ê
Et que nul n'eo soit eniachié.
670
Mais moult a [el] douleur amere, ^^^|
Car il ne sevem [ce] qu"ili font.
El moy grant douleur me remort 695 ^^^|
Quant je pense en [ijcelle mon ^^H
Qui vous fera perdre la vie. ^^H
JHESUS j^^H
Que voulez vous plus que vous die? ^^^|
PILATE
Par grant amour je vous deprie ^^H
Seigneurs, or est cruciffiez
Que vous alliez autre partie. 700 ^^H
Celui dont uat vous doulieï.
CAIM ^^1
Geste escripiure qui est preste
Prenez et mecteï sur sa leste,
67 i
Or ça, Jacob, tous tost venez; ^^M
Balaac, Ysoac, acourez. ^^H
Affin qu'en foce a tous lecture.
Ce meschant en croix regardez. ^^H
CAVPH.^S
Estes vous la et ne monstre;! "^^1
Sires Pilate, l'escripture
Vostre pouoirîMais n'as semblant, 70) ^^H
N'est pas esctipte par droicture,
Car tout ton corps te va tremblant. ^^H
Qui dit que nostre roy estoit;
680
Va, punais, bien monstre[sj exemple ^H
Qji'en trois joun referas le temple 1 ^^H
Tresfaulx menteur oultrecuidé, ^^^H
Que de nous se faisoit roy dire.
Et mieuk fust [il] sans faulie, si
c.
Comment le feroie^ tu de gré, 710 ^^H
PILATE
Quant lu meurs par si peu de guerre? ^^^|
Il ne sera ne mieulx ne pire :
^^H
Ce qu[i] est escript est escript.
68i
Se filz Dieu es, le veil requerre : ^^^|
664 puis je seray. — 666 nu
prier
. — 663 prie. — 676 et la mectez. — |^H
678 ceste escripturc. — 680 Qpi m
onstrc. — 681 escripte. — 70} en la '^^1
croix. — 704 et nauez. — 71Z
Se (Ût de Dieu. ^^M
278 É. I
Descend de celle croix a icrre.
Et, se lu puis par loy desccndce.
Honneur le ferons et non mandre {t"),
Mais comme Dieu
Et en loy iresious ]nou5]
Vcz cy bel pouoir de neiuit ;
Qjii t'a creù foie esl ia genl :
Se [lu] as pouoir, or te sauve.
Ce di[s] tu que les gens [lu] sa
Et, se tu puis, si te desccnd(s].
JARÈS
Ccnei tous ceulx sont bien meschans Volenticrs ceste ciiose accepte :
n.,; „„;«,r .q ,e| papcUn. ^"'"^ trestoutes ses vesieurcs.
Rien ae gangnis en ses chausseures.
Or n'en soit donc[ques] plus mol dit
(Jol. 14); 740
Je vois tantost, sans antster.
Sur lui la couldte et la dressier.
Sires Caypbas, soit départie
Geste robe a la compaignîc
Qji'avoît vesiu le fauk prophète. 74!
Failly as a faire ton art
Par lequel les
J.^RPIN
Il aiipcft bien que ne porroies
Me enehantier tant que je dormisse,
Combiin que volcntîers le feisse,
Qjic deux nuitz a que ne dormy. 731
JHE3US
Hcly, lama ^atalhani?
CAIM
Haro! N'avez vous pas ouy
Qji'il a [cy] appelle Heiie
Pour lui venir sauver la vie?
Ça, regardons s'il y vendra.
JARÈS
S'il y vient, a moy comptera.
Et le meciray en bon conray.
Aux dei joés pour vous esbatre.
CAIM
Ceste robe est a nous [tous] quatre ;
N'a mais a qui celle debaire :
Conviendrons nou;
ferons
JHESUS
A boire I [a boirel] J'ay grant »
CAIM
Par ma loy, je l'en donneray.
JARPIN
aux dex k joerons
Or . . . bien doii joer Jacob.
JACOB
Or soit doncques au premier cop y%%M
Mise a pris [ctj au plus oftrani
Bt au dernier enchérissant.
75^ Je commence ja a jouer.
Hiult les deîl Ve[e]i les voler.
Avant œuvre les gecieray.
Et ceste robe tasieray.
J'en ay (cy] quatre, en somme toute, 1
Plus fort gelasse, i
is me doubte.
Tu te doubles? Boule tout oultre.
Que ta cohardie me moustre. ;
716 Mais comme a dieu et te aouercrons. — 751 Hcly Mj. — 759 JonrayJ
— 74J vestue. — 747 Pren trustous ces vcstemcn». — 751 Ce vtrs ta ai
rffae^ttli Utturt n'en rsl pai rtrUiiiu. — 760 Avant tout oeuvre. — 761 ]
tasttay. — 76) mais trop me doubte.
FRAGMENTS INÉDITS DE Wf:
La chiticc 3 moy [bonne] viendra.
Qjii de quatre ne la [ijoldra;
Maisj'ay paour que tu me boule.
CAIM
Tu soi(e|s peudu par U goule I (i«)
J'ay tant paour d'amener poy 770
Et que la cbance soit vers toy.
Tiois poins nie fault a l'aventure.
Perdu as par mal[le] fortune;
A moy s'en viendra la vesiure.
JHESUS
Or est tout fait en vérité 775
Que dist David en sou dicté,
Que [tous] mes os démembreront
El ma robe aux dez joueront.
STÈRES DE LA PASSION
Ta douleur au irueur j'ay :
A peu que ne definc.
Las, las! et que feray
Quant seray orpheline!' (foi
De dueil me tueray;
N'ay autre médecine.
Beau lilz, moult m'as amee;
Je suis c[rcantc] et ferme ;
Ne doys [estre] blasmce
Se je pleure de lerme,
Car en cesie
Ne partira ma p,,. .
Du corps Cl si t'a
Pren moy, [Mort,] a cest terr
Beau tUz, ta départie
Moult sera froide et ....
**^'™ Qîiant n'aray qui m'aie.
Beau filz, beau tilz, beau père. Ne nul qui me secoure.
Qjje voy en la croix pendre, 780 Las l ne say ou je fuie
A ta dolente mère Ne a qui me rcscourre.
Veille[5] ung peu entendre. Mon, vien tost, je t'en prie.
Qui en nulle manière Pren moy et me devoure.
Je ne te pais deffendrc,
Et voy ta char tant cherc 785 Bel cher fi!z gracieulx,
A ton aux clous Isc] fendre. Mouh as
Q,
Beau cher Rh, bien dois estrc
Conoucee et dolente,
Quant a dextrc et senestre see
Regard u char sanglante ; 790 Blesser ton corps précieux
Me fait ma doulour croistre cherray pasmee.
Ta -char [tant] dere et gente.
Or voy tes os paroislre L^'ss^^ L'e] moy louoliîer,
Pour la grève tonneme. F[auk Ju)]fï, gens moult dure
veuk je couchier
Beau (îli, doulx, chieret vray, 795 marencure.
Ton chef vers moy encline; l'ay Dieu moult chïer
767 croldra. — 771 devers toy. — 77J d vfrs Haii sans doiik placé apris
If V. 7y4 el drvail ntwV un/ rime en une. — 775 Or est du tout. — 789 et a
Senestre. — 794 Pour la granl grève. — 798 A bien peu. — 799 Lasse, lasse.
810 aceste heure. — 812 et l'exode. — 815 Lasse ne say.
28o
É. PICOT
trespure
Or voy je bien que nul confon
fais moy assechier
Nullement [je] ne te pub faire ;
de ma nature.
Mieuk aimasse souffrir la mort
Vous [quel voy sans pitit
Que le veoir souffrir a lort, 8;
De guerre et [de] discorde,
8î5
Painne qui est si deputaire.
Preaej! m'en adversii
Laisse moi le [cy] demi mon.
El sans miséricorde,
Las ! je ne sçay ou me retraire.
Et loûn filz soit gité {!«)
Avant que Mort le morde,
Bien [doi] de toy, mauvais Pilaie,
Elj'iie td vilté;
8jo
Pour lui je m'i accorde.
f
Croix de dueil et tristesse,
Par qui me desconibne.
En toy n'a nul leesse,
Par qui tel doleur porte, 845
Beau filz, de celle haultesse
Donne fouldre si forte
Que la gent qui te blesse
[£n| chee a terre morte !
[He]lasl moD tresdouk creatour, 8jo
Quant M fort navré [je] te voy.
Et ne te puis faire seeour.
Je croy que desespereroy
Pour la martire et la dolour
Qji'en celle croix souffrir te voy. 8;;
Je say que ceulx n'ont gratii paour
Qui t'ont [cyj mis en tel conroy.
HelasI ou iray me complaindre
Ne a qui me couseilleray.
Quant mon filz voy si fort contraindre
Que si doulcement nourri ay ?
FauU Juîfz, laissez moy attaindre
A lui, et le descloueray
Avant que mort le veigne poindre.
Ou certainement je morray. 865
Vin.
QoSEPHJ
Lequel m'en a donné licence (/ni 16),
Pour ce que j'ay grant espérance
De le mecire dans ung tombeau
Que fait faire ay [tout] de nouveau;
Pour i;e pensons de le descendre
Et [dtjsur îcets draps l'extendre 8Scr
Q]ie rnaiaieaant achettt j'^.
Nichodeme, je vous diray.
Apportés moy tost celle eschelle
Et montés tost dedans icelle
Pour osier le clou de la main, 88)
Et je iray a l'autre, derrain.
Et ainsi sera descendu.
NICHODEME
Il laut qu'il soit [bien] soustenu
Pour le clou qu'il a en ses piet.
Puis il sera tost dévaliez, B90
Et de ce que fait cy avez
Dieu, [sire,] le vous veille reodret
JOSEPH
Plus en feroie de bon cueur tendre.
A Dieu, dame e
80 Prenez moy. — 8j8 degîte. — 840 telle, — 844 nulle. — 854 Pour
la martire et peine, — 856 Je ne say, — 877 De le mectre en. — 886 le
FRAGMENTS DJÉCITS DE
MYSTÈRES DE LA PASSION 28 1 ^^|
A Dieu, et cent fois vous mcrcie.
Amenez ceste secte toute ^^^|
JEKAH
Prandre des biens la padencc. 930 ^^^|
Ma dame, a chemin nous mêlions;
LES FEMMES U°l- '7) ^^1
Dame, Dieu vous doint alegcnce ^^^H
Vous vccï Iricn qu'il s'abasseure.
Et vous veille reconforter : ^^^H
MARIE
D'autre chose n'avez mestier. ^^H
Plaise vous, Jehan, qu'icy demeure
A Dieu ; nous en alons d'icy. ^^^|
Et que jamais je n'en départe. 900
MARIE ^^1
Las! pas!] mon fili, la fièvre quarte
A Dieu, amies; grant mercy 935 ^^^H
Qui tout droit a la moit me raainc.
Alons, Magdalene, m'amie, ^^H
Hclasl hclasi qucldcpanie!
Nous retraire en nostrc maison. ^^^^|
Q.ue]le angoisse toute me lye 905
Et ay de vous, tant fort amere !
^^^H
Dame, vez vous bien la saison ^^^|
JEHAN
HelasI [lasl] ma dame et ma mère,
U nuit vient, et vous le vecz.
Qji'ju tiers jour ressuscitera. 940 ^^^|
Confortez vous ; il advienm ^^^H
Ainsi, car il [vous] l'a promis. ^^^|
Alons nous en en no maison, 910
MARIE ^^H
MARIE
Voirement, Jehan, il m'est advis ^^^|
Hclasl ce n'est pas sans raison
Se avec mon fiU je demeure.
Quant je pense en [quel] fauk conroy ^^^|
Partir ne [me] puis a teste heure.
Et l'esut ou a esté mis ^^H
Car mon cueur est avecques lui.
Par ces [tres]desloiauh Juifz, ^^1
A Dieu, mon fil:;, a Dieu vous dy, 91;
[Toute] la peine et les injures ^^M
Pour ce que dictes que obéisse
Et les afHictions tant dures ^^^H
AJehan et son vouloir feissc.
Et la villennie en sa face, 9SD ^^^|
Alous nous en, de par Dieu, donc.
Qu'a peu [que] le cueur [ne] me glace. ^^M
Ne demourra pas le lemps long
Hé 1 Dieu en soit de tout loé, ^^M
Que tantost ressuscitera, 920
Comme prorais a nous tous !'a ;
Qui vouloii qu'ainsi advenist. ^^^|
Mais souffrir vouioit lel oultragc
^^^1
Pour racheter humain lignage;
Certes, maistresse, ainsi le d<st; 9}^ ^^^M
Nous l'avons en ferme créance.
Pour ce, dame, n'y pensez plus; ^^^|
JEHAN
Mectës vostre cueur au dessus, ^^^|
Ma dame, j'ây grani espérance 92J
Car arons pour une dolour ^^^H
Que i! nous reconfortera,
Cent joies quant viendra ce jour ^^^H
Le tiers jour ressuscitera :
De ressusciter qu'a promis (y') 9Ê0 ^^^|
En ce ne iâis [je] nulle doubte.
A SCS frères et ses amis. ^^^|
895 sans fois. — 897 Icy. — 910 n
ostrc. — 927 quil ressuscitera. — 929 ^^H
Amenez, Jelun. — 9)5 ei grani raercy. — 940 Que le tiers jour. — 958 Car ^^^|
nous arons. — 960 qu'il a promis. —
961 et a ses amis. ^H
282
PICOT ^^^^^^^1
LES CHEVALIERS
Prenez doncques [toutes] voc ûmn^î^^H
Sites Klaie, nostre prince.
Espeei, dagues eigisamies; ^^H
Vous savés « tout h province
Aile> le iDooumem garder ^H
Que ce (aulx enchimcur disoit
Et n'i convient plus retarder. ^H
du'au lieis jour ressusciterait,
965
Car, s'ilz le pouoieut avoir, 98a ^^^|
Et pour ce, sires, il seroit bon
Ilz en porroicnt decc\-(ûr ^^^|
Que tous ensemble advisasson
Tout le monde, peu s'en fauldroit, ^^^|
Qjie le monumtiii fust gardé
Et qu'il ne nous fust desroM
Gardib le bien en charité. ^^M
De ses disciples ou de gens.
970
LES CHE\-.U.IER£ ^^M
Toute nostre loy tonumpens.
Pour acqueire vostre amitié ^^M
[Qgi] disroient que ressuscité
Le corps volentiers gaulerons qS) ^^M
Seroit; pour ce, en équité.
Pour^eu y soit que soit gardez.
Et, s'aucnn le nous venli embler ^^H
Par bel parler on par iang^ei, ^^^|
PILATE
SEÎgneutï che\aliers, escoutei.
97S
^^H
963 toute, — 967 y adviiisso
n. —
97a ou de ses gens. — 97 > or cscou- ^^|
tez. — 979 plus que taider.
^H
GLOSSAIRE ^^1
Abasseubï (n »■>. il se tût tard
898-
gbfrb. garb, sur lequel %-oy. Kes.^^H
Ce verbe, qui ne figure pas
dans
U a, gario. ^H
Godcfroy, est fonné sur la locution
Lait, injure, 28s. ^^^|
j l>tsse brurr. tard ; de même a (A)
LEiitoN(?},44>. ^^M
boule heurt, de booiie heure.
AcTENDE, attente, ïoj.
^H
AïKAGE, race, 399.
Neix (?), 40Ï. ^^1
Alhex, payer le droit d*autnage.
Pession, passion, i^j. ^^H
payer, 404.
Reml-lé, }93. — Saiote-Palaye die IC'^^I
CoKKoY, oïdie, (jo, 8S7. 94
; —
tooi rnxsfe > bitOD Â tète >. Un ^^M
cossAY. 7Î7-
- ïisagc remuli . sigiufie pcnt-«tn:' ^^1
CoxsFutE, conspiraaon, 248.
on A-i«ge grotesque, bcjoffi. ^^1
CitCMEAHT, craintif (?), 4î6.
Tre METRE : passj ait. trrmdfles, xzj. ^^^Ê
EscouiutE, secouer ; impïr. accm
luaw.
TsEPEX, u TKimi, satncT, |8i. '^^H
4iî;pm.passi*MJuJ«.4iS.
VuA. brûlé. Î99. a. Jabfaal, f». ^M
EsTUPE. i»eti. Î80.411.
gloÊTi a Tnmins, p. 4^} : Ftm ^^M
Fmoissi, ftoiss*, l»risi, J9J.
fCMUtt if fiX »v. O'â <i « ow ^B
Gumv, Ipie, 427. — Ce root est
tlmiihomUEtdÊtartoiaittJkim^^Ê
visbicnieiit k mfane que le lomb
Q^maiit»tUti.iii,pMt. ^H
{J iJ«Tf.)
E. Pkot. ^H
MÉLANGES
I
' AMBULAREk
Si, comme M. Schuchardt l'affirme pour de très bonnes rai-
sons*, le roum. sept, umblà^ Tistro-roum. âtnblà et âmnà^ le
roum. mac. imnàre, le lad. amna- (ma, na, ala, ld)iy Ht.
andare, Tesp. et le port, andar, l'it. mér. annar, le prov. annar
anafy le franco-prov. aldy le fr. aller y viennent d'ambulare,
et si je crois moi-même aujourd'hui à cette base pour l'en-
semble de ces formes en apparence si divergentes et si
malaisées à réunir sous le même chef, ce n'est pas que leur
genèse, telle qu'il la présente, m'ait convaincu en tout point;
mais j'ai obéi et cédé à ce sentimçnt si fréquent qui nous
impose comme sûres et certaines des croyances qu'il nous
serait bien malaisé de prouver et qui nous sont cependant
tout autant que des vérités bien et dûment démontrées. Mal-
gré le peu de mérite de l'identification que j'avais tentée,
JR(ww. XVT, p. 560-564, et que je regrette de voir figurer dans
le Lateiniscthromanisches Wôrterbuch de G. Kôrting, dont la
1. [Nous devons faire remarquer que la Romania il^rve encore son opi-
^sion sur la question de Torigine à^andare^ etc. ; mais, comme l'a fort bien dit
^Hi. Schuchardt, « tous les efforts si variés et redoublés qui visent depuis
l^ongtemps à la solution de ce problème, même sans y arriver, sont à compa-
au travail acharné des trois fils dans la vigne que leur père leur avait
en leur disant qu*il y avait caché un trésor. » L'article qu'on va lire,
xiotamment, contient des observations qui auront toujours leur valeur, quelle
<\ue doive être un jour la solution définitive de la question qui leur a donné
ïiaissance. — RMJ]
2. Rom.y XVII, p. 416, et Zeitschrijt f. rom. Phil, XIII, p. $28.
3. Voir Gartner, Raetorom, Gramm.y § 185, et Ascoli, Arch. glott.j VII,
p. 492 et 535.
384 MÉLANGES
première livraison vient de paraître, mon article, où je cherchais
midi i quatorze heures, a provoqué celui de mon savant et
bienveillant ami, qui, sans dissiper i mes yeux toutes les diffi-
cultés, les a singulièrement restreintes et amenées fort près Je
leur solution. Je pensais qu'il allait reprendre le sujet, mais non
pour continuer à soutenir l'évolution des formes telle qu'il la
donne Rom., XVII, 421, et pour abandonner le point de
vue phonétique et se retrancher dans le terrain peu sûr des
exemples qui, gr.ke à leur fréquence dans l'usage journalier,
échappent aux lois connues, ainsi qu'il vient de le faire (Zeits-
chrîfl fur romanischt Philologie, XIII, p. 52g, note). Ce point de
vue, je ne le nie pas tout i fait, mais je ne puis l'admettre que du
moment où il serait impossible d'en accepter un autre. A mon
avis, mon habile confrère a bien raison de dire que « si un
dtus ex machina déchirait le voile qui enveloppe les origines
de atidan, etc., nous posséderions quelques exemples de plus
de phénomènes d'aîileurs bien connus' n. Je veux essayer, et
j'espère maintenant avec plus de bonheur, de lever le voile qui
nous cache l'origine de toutes ces formes, et, sans abandonner
le terrain sûr et solide de la phonétique, de démontrer que
toutes celles que le sens et l'emploi rattachent i arabulare
s'éclaircissent suffisamment par cette base, si l'on tient compte
des modifications auxquelles était soumis ce verbe multiforme,
et à coup sûr beaucoup mieux que par toutes les autres qui
ont été proposées jusqu'à ce jour. Je ne recourrai pas même à J
r'ambitare de M. Grôber, approuvé par des savants aussi j
autorisés que MM. Schuchardt et W. Meyer-Lùbke', qui en J
tirent l'it. anàare et l'esp. anàar , quoique cette base ne soit]
guère moins problématique que enatare et offre, à y regarder \
de près, des difficultés toutes pareilles, qu'on ne saurait se dis- 1
simuler. 'Ambitare ne peut donner ni l'it. andare, ni le I
roum. âmnà. |
Pour éclaircir la genèse de tous ces verbes qui signifient ]
« aller », il est indiffèrent d'admettre i l'origine ambuUrei
ou ammulare. Le point capital est de montrer d'où la prc-|
mière modification est partie. Or il n'est pas besoin de prouver \
. Rom,,XVII, p. 416.
. Rom., XVII. p. 420, « Gramm. dtr ri
.. Spra^-hcn, 1, g 558,
AMBVLARE 285
qu'elle n'a pu partir que de \'l, qui était daas des conditions
telles qu'il pouvait aisément devenir « et d.
La première pers. plur. de l'iud. prés, ambulamus, la
même pers. du subj. prés, ambuieraus, auxquelles M. Schu-
chardl attribue avec raison une grande importance dans l'évo-
lution des formes romanes', et les troisièmes pers. plur, des
mêmes temps ambulant et ambulent, ainsi que l'inf. ambu-
iare, ont dû et pu subir des métamorphoses qui nous sont bien
connues, et les autres personnes de l'ind- et subj. présent et
de l'impératif accentuées sur le radical n'en étaient pas néces-
sairement exemptes. Car elles pouvaient i la fois s'assimiler
aux premières et troisièmes pers. plur. par analogie et obéir à
une influence purement phonétique ou mécanique, telle que
nous la trouvons en ii. dans niiidano (franco-prov . msitiu et
"!«/«) modulus, sédano '^ih.ici, et en esp. dans dmbano pour
cinibah, gàmbano à côté de gàmbaio, où \'m semble avoir produit
I'b, ci dans bàfatio pour bûfaîo et plfano pour *pifalo pifaro, où
il est difficile de voir la raison de l'«. Ces formes cependant ne
conviendraient
que pour
:pliquer les modifications
qu'auraient pu subir l'impér. ambula et les trois pers. sing.
tic l'ind. et du subj. présent. A l'infinitif, le changement de 1'/
en n avait aussi sa raison d'être parce qu'il s'y trouvait trop
^^«isin de l'r*. En conséquence un infinitif vulgaire 'ambunare
OM "amniunare ou mieux peut-être, d'après la phonétique
I^atine, 'ambinare ou 'amminare, est au moins probable,
q ti'on le regarde soit comme venant de l'inf. ambulare, soit
comme issu de l'ind. prés. *ambino-as-at, du subj. près.
".^mbinem-es-ct et de l'impér. *ambina. Mais le rempla-
cement de Yl par « devenait une cacophonie aux premières et
t»-«3isièmes personnes plur. de l'ind. et du subj. présent. Ici Yl
ï«^»Taitbien pu se maintenir, ou, après être devenu n, se chan-
ge» de nouveau en /, comme cela s'est passé dans l'it. Cj'ni-
«**wo, inellaca, aima, par exemple, mais dans *ambinamus
o** 'amminamus, 'ambinant ou 'amminant, etc., le J
' . Rom., XVU, p. 420.
a. Si ni. untinare est cinciurare. nous y avons un phinombie
*^»*»blable. D'après la phonétique toscane, on s'attendrait à une forme
'i*'*. mab le d trop voisin de Yr s'est changiS en n sans douic soui 1'"
i^^U première syllabe.
286
MÉLANGES
était aussi bien et peut-être mieux justifié, comme on i
voir d'abord par les formes suivantes, plus extraordinaires
encore, puisque le changement de l'w en d y frappe l'initiale :
mil. domà = mmà non magis, lad. dumbrar numerare, ei
aussi par le changement de ii en ti dans l'it. làmpana pour
làmpi^, exemple qui ne prouve pas moins que les premiers.
Al surplus, nous avons pour étayer amidare l'anc. ît.
anundiiù-i-e que ambo-i-e a été impuissant à maintenir dans sa
forme première, et le fr. samedi, qui est pour samheài.
Disons enfin que s'il était permis de tirer pour ando, etc.
des conséquences de l'anc. latin cadamilas pour calaraitas,
de meditari y,î/.iTàv et de l'it. âttiidû amyluin cité déjà par
Diez dans son article sur andare, nous eussions pu arriver
plus tôt au but désiré que ni l'anc. latin impelimenta pour
impedimenta ni l'esp. comilon comedonem n'empêcheront
d'atteindre. '
D'après ces données tant positives que hypothétiques, nous
croyons pouvoir établir la genèse des verbes romans qu'on
suppose venir de ambulare de la manière suivante, qui est,
à une petite difl'érence près, pour a et b, la même que celle de
M. Schuchardt {Rom., XVII, p. 421) :
Il ambulare, d'où le roum, sept, umbîà, l'istro-roum. dttAlà
et peut-être aussi le ladin ala la;
b *ambino-as-at, ambinem-es-et, arabina, ammi- i
no, etc., ambinare ou amminare, d'où l'istro-roum.
âmnà, le roum. mac. imnàrc et le ladin amna, ma, na;
c 'ambidamus ambidant ambidemus ambîdent ou
ammidamus, etc., d'où l'it. andiamo, l'anc. it. àndano'^
ândinû, l'esp, et le port, andamos, andemos, l'esp. andan,
anden, et le port, atidào, andcm, qui ont donné le radical
and- à toute la conjugaison.
L'it. mér. annar est du domaine où quando des-ient quanno.
Quant au prov. annar anar, au fi:anco-prov. alâ et au fr. aller,
nous pensons que l'explication que nous en avons donnée,
ftwi., X\l, p. 56}, a gardé sa valeur. Il n'y a en eôet que
andarv qui suffise à ces formes, car une base amnate eût
bissé, dans le traitement de mn, des traces de son existence.
Pnguc, te 8 n
t»9o
J. CORKU.
ACCOUTRER: r.-iTR.IS
ACCOUTRER: FATRAS
287
is une très savante note, dont il est parlé plus loin i la
C^ironiquf, M. Ad. Tobli;r propose pour le mot fr. accoutrer, ■
objet de tentatives étymologiques déjà si nombreuses, une ]
nouvelle étj'mologie. D'après lui, ce mot aurait signifié à l'o
çne « munir d'un couire », et ne se serait dit que d'une charrue.
Je ne discuterai pas les arguments à l'aide desquels mon savant
ami essaye de rendre vraisemblable cette ingénieuse explica-
tion', parce qu'il me semble que l'étymologie de Diez,
"accosturare = ad, consutura, -are, résiste aux objections
<}u'U lui adresse. Ce qui rend pour moi, dît M. Tobler, cette
ciérivatiou inacceptable, c'est d'abord l'inutilité d'une formation
moulurer à côté d'acosdri; usue! dans l'ancienne langue, ensuite
la difficulté de passer du sens de u coudre à » au sens de
«x arranger », enfin la circonstance que je ne connais pas une
^^«nle forme en -itre dont les dérivés n'aient pas gardé l'w (droî-
gs^ritr, serrurier, teinturier, usurier, peinturer, witurier, aventu-
^-.^iur, V. fr. atrmurer, afaiiurer, deffaiturcr, empasturer). « Je
conviendrai tout à l'heure sur ce dernier motif; le second n'est
é"^'îdemment que subsidiaire, et on conçoit très facilement que,
p»^ une voie ou par une autre, on ait passé de l'idée de « coudre
«5-Z3seinble, rapprocher en cousant, » i celle d' « arranger». Quant
m.»-*^ premier, il s'évanouît du moment que l'existence du verbe
ex^:^oslurcr est attestée, et elle l'est, ce qui, chose surprenante,
a échappé au maître de la lexicographie française; on n'a signalé,
il «s[ vrai, que le verbe composé racoiturer, mais cela ne fait
absolument rien. M. Godefroy en a relevé un exemple dans le
po^e inédit de Sont de Nansai :
Sa vi(!s reube li -i donnée,
Qui moût cstoit laicaulurar -
1 ■ tl est i n.-rnarquer que Mistral tire aussi acûutra de cùutrt; seulement U
t^^enJ que le sens primitif est « ouvrir, travailler pa terre] avec le coutre a.
i- ]'« cité ce passage U y a longtemps dans la Romania (1. X, p. 494. n.)
2S8 MÉLANGES
J'en ai noté aa de dmki côté (Uns te poiiuc c^aicmenl idl
de Rigoma :
El dl a le fJAC TCne,
Q.ui uiiK en et rasavitiiru • .
Or il es incontestable que nous avons là le même mot que
ToeamlTtr, anc. racoslnr, lequel a encore pour sens propre et
primitif <■ raccommoder, recoudre n. H y a eu à l'origine une
conjugaison diversifiée d'après l'accent, acostur, atcsiures,
aeoslure, — aautre^, acostrer, etc., d'où sont sortis ensuite deux
verbes synonymes à conjugaison uniformisée, iuosturer et
acostrer, desquels le second a seul sur\'écu. C'est ainsi qu'on a
l'un à côté de l'autre aiJùr et aiiur, araisrtter et araisoner,
aiaisnûr' et asaisomr, disner et dtsjuner, empuimier^ et empoiso-
tier, mangier et manjuer, mincsfr et menuisier ^, ptrcier et pertui-
sitr*, sancier et sanicier'>. L'objection tirée de l'absence de for-
mations dans lesquelles Vu du suffixe -un serait supprimée ne
nie paraît pas insurmontable. M. Tobler rejette, il est vrai,
avec raison, l'identification de empaistrirr h 'împasturarc*,
et rend au moins douteuse? celle de cintrer à*cincturare*.
I
1. Egalement dam Rigoaur : Lors vos ftrai utie porte^Si itvra tm une coru Dt
cliictrrd maut bien asaisnU Qui vmeor m'ont ci taissii (fol. 8 c).
2. je ne retrouve pas pour le momeot d'exemple de ce mot, mais je suis
sûr de l'avoir rencoatté.
j. Je trouve dans les mots patois de l'Orne relevés en i8ii (voy. ci-Jes-
sous, à la Chronique, b publication de M. Duval), " mini^ ou tnnmisr, bout
de ficelle qu'on attache au bout du fouet, u Celte double forme confirme
■n étymologie de minâer.
' 1 n'est pas assurée, mais me paraît toujours jort sou-
nt de celle-ci , tout
l'ai fait jadis.
1 étant porté à explique
synonyme autcc*
Cette 3
5. J'en dirai aut
autrement que je n
6. EmpaistTur e;
ment formé,
7. n parait difficile de ne pas reconnaiitc un cincturare daos le ctintrer J
de ce vers de chanson sur Madeleiae recueilli par M. Roland (tome VI de |
son recunl) en Lorraine et en Normandie : La cdntnre f uj la ceîntrt.
8. Je pense aussi avec lui ([n'avenira esc une faute de copie pour aatnta a'
n'a rien A Ëùie avec aventurtr.
ACCOUTRER; FATRAS 289
qUMcI acûstrer serait seul de son espèce, cela ne prouve-
rait rien contre sa légitimité. La conservation ou la chute de la
voyelle du primitif, dans les dérivés de cette sorte, dépend de
circonstances très diverses, et surtout de l'époque de leur for-
mation. Si 'accosturare existait déjà i l'époque où les atones
posttoniques, sauf o, sont tombées ', on ne voit pas pourquoi il
ne serait pas devenu Mostrer comme pisturire est devenu
pestrir.
Voici d'ailleurs une étymologie que je ne donne pas comme
sûre, mais qui me paraît probable, et qui fournirait un exemple
de plus de la chute de i'u dans un dérivé d'un mot en -ura.
C'est celle de fatras. L'hypotht:se de Ménage, admise par Diez et
Scheler, d'après laquelle/afrai serai: pour/(ir(iii^*fartaceum
de fartum, est avec grande raison révoquée en doute par
Lîttré. Non seulement toutes les formes anciennes de ce mot et
de ses congénères présentent une s avant le /, mais l'interver-
sion supposée par Ménage n'est aucunement vraisemblable, je
suppose que farsura (Tertullien), qui en latin vulgaire avait
remplacé fartura comme farsum avait remplacé fartum,
3 produit un verbe 'farsurare, lequel a donné farstrer puis
fasirer aussi régulièrement que arserunt a donné arstrent puis
aslreiU. Ce verbe n'a pas été, il est vrai, relevé jusqu'ici dans
des textes du Moyen Age ; mais il apparaît dans Palsgrave ^ et
dans Cotgrave J sous la forme fatrer et avec le sens de « gâcher,
1. Il est à remarquer que, sauf le roumain qui a conservé cosuUirà, tontes
les langui» romanes ont pour point de départ coslura {coadara, cucitun, etc.,
sont retiils sur le verbe), qui existait donc déjii en latin vulgaire. Cette forme
rend plus admissible l'eustence en a. fr. pour cosdre, à cûté de cosul, du par-
tidpe cost, que M. Tobler, dans une note, refuse d'admettre- Il figure, d'iprûs
O, dans un vers du Baîand (1947) : Le blanc osmfc H a dtscusl el dos. Il est
vrai que M donne desclas (qu'il met à l'assonance), mais la leçon de P, U a
cousu au dos, semble confinaer celle de O (les autres mss. s'éloignent). Le
roman 'a pu tirer cost de cosere, maigri l'ejûsience de cotut, comme il a
tiré wdt et soU de voivere et solvere malgré l'existence àsvolat et scdut,
2. M. Godefroy (qui ne donne 'pas falrasU , le considérant sans doute
comme un mot moderne) a reproduit deux fois l'articie de Palsgrave (aui
mots Fàslroillier et Fatrer) ; j'en entrais l'exemple : <t Ccst habit n'est que faire
ou falTOuillé, this garmtnt is but bolclxd. u
). Cotgrave reproduit â peu prte l'article de soti prâdëcesseur.
«,
290 MÉLANGES
bousiller, mal travailler ». Le môme sens, avec d'autres plus
clairement apparentés à celui de farsura, se trouve dans le
dérivé fastrouillier, celui-là attesté par de nombreux exemples
depuis le xni*^ siècle. Au thème de fastrer se rattache fastraSy
d'où dèriwQ fastrasie^. Je n'entre pas dans l'étude du sens de
ces mots, qui devrait comprendre aussi celle des autres dérivés
de farci re, comme farse, et qui m'entraînerait trop loin; mais
certainement les diverses acceptions anciennes et modernes de
fastras fatras conviennent bien à cette étymologie , et il me
semble que la forme en est également correcte.
G. P.
ni.
GUILLAUME DE MONTREUIL.
Il est reconnu depuis longtemps que le Guillaume d'Orange
du cycle de Garin de Monglane est le résultat de la fusion en
un seul personnage de plusieurs Guillaumes historiques des
ix*-' et x^ siècles. Ce fait n'est nulle part plus visible que dans le
poème du Couronnement de Louis. C'est précisément en s'appuyant
sur deux vers de ce poème et en les rapprochant d'un passage
de la chronique de Lambert d'Ardres que M. Gaston Paris a émis
une hypothèse très séduisante et qui jusqu'ici a été acceptée sans
contestation. Selon le savant romaniste, il aurait existé au milieu
du x*-" siècle un comte de Ponthicu ou de Montreuil-sur-Mer, du
nom de Guillaume, qui aurait soutenu des luttes ardentes
contre les ducs de Normandie et aurait été un vassal dévoué
des derniers Carolingiens. « Guillaume étaio-il fils de Rotgar?
« on n'en sait rien. Ce qui paraît certain, c'est qu'il fut l'allié
« du roi Lothaire, qu'il fit avec lui la guerre à l'empereur
« Otton, et qu'aidé par le roi il agrandit considérablement ses
« états aux dépens de ses voisins. » M. Paris ajoute en note :
« Les seules sources certaines sur ce personnage paraissent
« être les chroniques de Flandre, et tout ce qui en est dit sou-
1. De là ciKOïc ftu Irai Ile (Cotgravc : «( Fatraillc. Tnisby inimpciy^ ibings oj
no valide »).
GUILLAUME DE MONTREUIL 2^)1
« lève des questions complexes que la critique historique n'a
« point encore abordées '. » Ce Guillaume de Montrcuit aurait
été d'abord chanté dans le Ponthieu; plus tard on fusionna ses
exploits avec ceux de Guillaume d'Orange ^ mais deux vers du
Couronnement de Louis, débris de poèmes plus anciens, nous
permettent de reconnaître le héros primitif. Ainsi, sous le nom
de Guillaume au court nés, Guillaume Fierebrace, Guillaume
d'Orange, on a réuni, non seulement un ou plusieurs héros
du Midi, mais de plus un personnage du Nord de la France,
Guillaume de Montreuil,
Cette théorie a déjà été ébranlée : si ce comte Guillaume a
lutté contre les Normands, il est certain qu'il n'en est resté nulle
trace dans le Couronnement de Louis. M. Langlois vient de faire
observer en effet que levers 1605, sur lequel s'appuyait M. G.
Paris d'après une citation erronée de Dozy (Ge le dcsfi, Riclmr^,
tei et ta terré), est en réalité mis dans la bouche d'un portier
et non dans celle du comte Guillaume'. J'irai plus loin, et con-
testerai de tous points le système de M. G. Paris. Ni dans les
annales flamandes, ni dans aucune autre source, le nom de
Guillaume de Ponthieu n'est prononcé une seule fois; jamais
dans aucun texte on ne voit Guillaume secourir Lotliaire contre
l'empereur Otton ou tout autre. Je crains que M. Paris n'ai:
fait quelque confusion avec un autre personnage du x^ siècle.
Lambert d'Ardres lui-même, la seule source qu'on possède sur
Guillaume de Pontliicu-*, nous déclare seulement qu'il s'em-
para du Boulonnais, de Thérouanne, de Guines, et qu'il
transmit ces comtés à ses eufinis ; l'un d'eux, Ernicule, c'est-à-
dire le petit Arnoul, hérita du Boulonnais. Lambert ne donne
aucune date; il ne parle ni de Loihaire, ni de Richard de Nor-
mandie, ni d'Otton. — Mais on peut déterminer l'époque où
I. Romania, 1, 183 et ss,
I. La liltérature fratiiaise au moyfn âge, 5 39, p. 66.
). Li Couranneinail de Laiiîs, publié pour b Soctétii des anciens tcxtits, p^r
M. E. Langlois. lutrod., p. LVi-ux.
4. Voy. Heller, Mon. Germ. SS., XXIV, 569, note 4. —Jacob Meyer.
Annales rtrum Flandricariim. f. 19 i" ; Andri Duchesne, Hîil. àe la wAiion Jt
Guines, p. 14; Montfaucon, Mon. de la Monarcbit franc., 1, 342; Kwvj'n de
Letlcnhovc, Hisl. de Flandre, I, îoi ; Ed. Leglay, Hist. d. comtes de Flandre,
I, i22>i23, n'ont point connu d'autre sourc^^que Lambert d'Ardres.
292 UÉLAX'GES
2 pu vivre Guillaume de Ponthîea ou de Montreuil. R(^er,
d'Herlain, comte de Montreuil-sur-Mer et d'Amiens, apparaît
pour la dernière fois dans l'histoire en 957 : il dispute Amiens
à Baudouin, fils d'Amoul le Vieux, comte de Flandre'.
D'autre part, nous voyons i Gand, le 31 janvier 969, on cer-
tain Aruoul souscrire comme comie de Boulogne une charte
d'Arnoul le Jeune, comte de Flandre, en faveur de Saint-Pierre
de Gand '. Ce personnage répond à l'Ernicule de Lambert
d'Ardrcs; par suite, Guillaume était mort avant le 31 janvier
969, et, s'il 3 succédé à Roger, ce ne peut être qu'après 957.
Or, dans cette période de 957 i 969, Lothaire a été dans les
rapports les plus amicaux avec Otton l" ; les hostilités ont com-
mencé avec Otton II et en 976 au plus tôt. Le rôle prêté par
M. Paris h Guillaume de Ponthieu est donc impossible.
On peut mCme se demander si ce personnage a vraiment
existé. En somme, nous n'avons sur lui que le témoignage de
Lambert d'Ardres : ce chroniqueur est très postérieur aux événe-
ments (il vivait au xilt' siècle) ; son récit a un-caractère suspect,
car il soutient une thèse, en faisant remonter à ce Guillaume les
comtes de Saint-Pol. Si ce comte a joué un rôle aussi important,
il est bien étrange que son nom ne soit dans aucune chronique,
sa souscription au bas d'aucune charte. Cet Hrnicule, comte de
Boulo^jnc, est-il même son fils? Un passage de Flodoard, i la
date de 962, nous donne de fortes raisons de croire le contraire :
Il Rcx Lotharius cum Amulfo principe locutus, pacem fecît .
întcr ipsum cl ncpoteni ipsius omonimum ejus; quem infen-n
sum |hic coines] habcbat ob neceni fratris ejusdem, quem defl
inlîdelitatc sua dcpreiiensum idem cornes interimi fecerat.
Ce tupos, homonyme d'Amoul le Vieux, comte de Flandre, ne
peut être identifié avec son petit-fils et successeur, Amoul II,
car celui-ci était alors un tout jeune enfant'. Il est bien pro-
bable que l'Arnoul, neveu (nepos) d'Arnoul I", est notre comte
l, Voy. Flodoard, Annalts, 1 l'uniHie 957,
i. Vâii Lokcrcn, Oxu-Us dt Saittl-Pitrrt dt Gattd, t. 1, n» 45,
). Au moment où Folcuin entreprit d'écrire ]«s Grsia abbalum Silhûniium,
c'eit-l-dire en 96], il y avait peu de temps que Baudouin, ptrc d'Amoul U,
venait d'i'pouicr Mathildc. Or Baudouin mourut le i» janvier 961, et dam un
dipldmc de LothAÎrc, du 5 mai 967, Amoul 11 en encore qualifié ^wr. V<^.
HisMritnt il FroKt, IX, 6}0,
■e :
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iro-^^J
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GUILLAUME DE MONTHEUIL 293
k Boulogne, fils par conséquent d'Aloul (Adalulfus), frère
li'Amoul 1" et aussi comte de Boulogne', La généalogie de
Urabert d'Ardres parait donc bien suspecte. De plus, il donna
i Guillaume le titre de coma Pontîvorum; or, U n'a pas existé Je
comte de Ponthieu au x' siècle. Roger et son père Herluin
iuient comtes de Montreuil-sur-Mer, ce qui n'est pas la m^me
chose. Nous connaissons l'existence d'un vicomte de Vimeu,
OrlEid, qui, en 981, prit part à la translation des reliques de
aint Valeri, mais il n'y a pas eu de comte ou vicomte de
Ponthieu avant le xi' siècle. Les ducs de France possédaient ce
piys ^ litre d'avoués des abbayes de Saint- Valeri et de Saiut-
Riquier. Quand Hugues Capet le céda i Hugues, mari de sa
fiUcGela, celui-ci ne fut pas comte de Ponthieu, mais avoué de
Siint-Riquier, Enguerrand, fils de Hugues et de Gela, ne prit le
Dtrede comte qu'après avoir vaincu et tué Baudouin, comte de
Bonlogae, en 1033, et s'être emparé de ses domaines. Sur tous
ùsûits nous avons le témoignage formel d'Hariulf, moine i
Siint-Riquier dans !a seconde moitié du xi' siècle.
On pourra répondre que si Guillaume n'a pas été comte de
Ponthieu, il a pu être comte de Montreuil-sur-Mcr, et que ce fait
fil nppelé dans les vers en question du Couroniuinent de Louis :
Voit s'en U reis a Paris la cité,
Li cueas GaiUefmes a MosierucI sor mer (v. 2648-9),
Mlis nous avons vu que son existence n'est admissible que de
Î)7i965. Or Montreuil tomba aux mains du comte de Flandre
*i 548 et ne fut recouvré par Hugues Capet qu'en 981'.
^'aisience de Guillaume comme comte de Montreuil aussi
oien que de Ponthieu est d'une impossibilité évidente. Il
lofait donc téméraire d'admettre que ce personnage hypothé-
''^Ueiit pu fournir des éléments au poème du Couronnement de
^ii, Ferdinand Lot'.
'■ Voy. sur .Ualulfus Folcuîn, Il^s Gcsta ahbattim Silhiensium.
*■ Hiiloria relalîoaù corporii Sancti [falariei, Historiens rf<r France, IX,
'*7-i<8, Flodoard. AnnaUs, à 948.
1- [Leiempï me manque présentement pour étudier la question historique
" *'*Mni)ent traitée par M. Loi, et il est bien probable que si je l'iiudiais
'f'^lni je ne trouverais pas d'juites faits que ceus: qu'ont établis sesinvestî-
, ^"''^.Toutefois je ne puis regardcrcommeinsignifiant ou fortuit l'accord de
M^
] UTEUR DE LA COMPUTNTE DE JÉRUSALEM.
La \'iolente attaque contre Rome, dont on a donné sous ce
titre plusieurs éditions ', a été ecnie peu après les événements
désastreux qui terminèrent la cinq lième croisade (1221), Elle
a certainement été composée à Saint -Quentin, car il n'y a que
lA qu'on a pu écrire les vers XXFV, 1-2 = :
Ains, puis que sains Qjientins dé Rome
S'en vint en Aoste sor Some >
Ni; fu aini: mais Rome si dame *
Dés lors on se demande s'il n'y aurait pas k cette époque h
Saint-Oyentin un poète auquel on pût l' attribuer. Or il se
trouve précisément que nous avons de Huon de Saint-Quentin
une chanson relative, comme la Complainte, aux affaires d'Orient,
et qui présente avec celle-ci les plus frappantes ressemblances.
Je vais reproduire cette chanson, déjà imprimée cinq fois d'après
l'un ou l'autre des trois manuscrits qui la contiennent ï, mais
dont il n'existe pas de texte critique. Je constitue ce texte, sans
rapporter les variantes des manuscrits ; on peut facilement con-
sulter les éditions faites d'après les mss. de Paris fr. 844(BuchoD),
Lambert d'Ardres et du Coroitenunt Loûs. Ces deux sources sont assuiémeni
tout â fait indépendantes l'une de l'autre, et toutes deus mettent â Montreuîl-
sur-Mer, d l'époque carolingienne, un comte puissant, du nom de Guillaume,
qui laissa aprfs lui une grande renommik. Qu'il ait existé un personiuge
répondant au comte de Monireull du poÈme et au Guillaume de Pontini du
chroniqueur, c'est ce qui me parait toujours extrêmement probable. Qjiani
i. l'hostiltté du Guillaume du CoronemenI contre les Normands, elle ne
résulte pas, il est vrai, du vers que Dozy avait allégué par erreur, comme l'a
remarqué M. Langlois, mais elle est mise en relief dans toute la troisième
branche du poÈme. — G. P.]
1. Voyez RoHMn/a, XVIII, 140,
2. Je suis le numérotage de M. Stcngcl.
3. On sait que Saint-Qïientin est l'ancienne Auguita Veroinaniiuymm.
4. C'est ainsi qu'il faut lire avec H, et non, avec B, comme fait M. Stcngel,
Nifu creslienl/s si dame (D omet cette strophe).
j. Voy. la BiNiographie de G. Raynaud.
l'auteur de la complainte de Jérusalem 29s
12615 (Michel, Le Roux de Lincy) ou de Berne (Jubînal,
Wackernagel). Je marque seulement en note les rapproche-
ments les plus saillants entre cette pièce et la Complainte.
Jérusalem se plaint et » li païs
Ou Damedieus sofri mort douchement',
Ke decha mer ? a pou de ses amis
Kl de socors li fâchent mais noient. 4
S'il sovenist cascun dou jugement
Et dou saint lieu ou il sofri torment
Quant il pardon fist de se mort Longis,
Le descroisier feïssent moût envis*; • 8
Kar ki por Dieu prent le crois purement
Il le renie au jor ke il le rent,
Et com Judas $ faura a paradis. 1 1
Nostre pastor gardent mal lor berbis,
Qjiant por deniers cascuns au leu les vent ;
Mais li pekiés les a tos si sospris
K*il ont mis Dieu en obli por l'argent. 1 5
Qpe devenront li rike garnement
K'il aquierent assés vilainement
Des faus loiiers k'il ont des croisiés pris?
• Sachiés de voir k'il en seront repris, 19
Se loiautés et Dieus et fois ne ment.
Retolu ont et Acre et Bellicnt'
Che ke cascuns avoit a Dieu pramis. 22
Ki osera ja mais en nul sermon 7
De Dieu parler en plache n'en mostier.
1. Complainte: Rome, Jérusalem se plaint... Et (I, i, 3).
2. U liiis ou il deigna tiestre (XVIII, 8).
3. Deçà les mons (IV, 3).
4. Rome, on set bien a escient Que tu descroisas por argent Ciaus qui por Deu
erent croisié (V, 1-3). Ces passages font allusion à des mesures prises par le
pape : certains croisés purent se dispenser d'accomplir leur vœu en versant
dans le trésor ecclésiastique une contribution destinée aux frais de l'expédi-
tion. D'autres, qu'on ne jugeait pas avoir des moyens suffisants pour s'entre-
tenir pendant l'expédition, furent môme renvoyés chez eux, après avoir versé
au trésor tout ce qui dépassait la somme strictement nécessaire à leur rapa-
triement.
5. Je mit Judas fu lor paraus (X, 4).
6. Vos avés rompu Bialient Ufu corde de sa viele (XVII, 8-9).
7. Par sermon N'avra secours ne garison (III, 11 -12).
Cose H puis! nostre îdgnor aidiet
A le 1ère conquene et gaaignier
Ou de son sanc pa.ia ao raendion?
Seignor prelaï, che n'est ne bel ne bon, jo
Ke son socors faites tant detriier ;
Vos avés ftiit, chc puei on icsmoignier,
De Dieu Rolhnt et de vos Gueneioni. jj
En chclui n'a mesure ne raison
Ki chou connaisi, s'il ne vaii a vengier
Chaus ki por Dieu sont delà en prison.
Et pur ûsttr lor amis de dacgier.
Puis k'on muert chi, on ne doit resoignier
Pdne n'aaui, honte ne destorbiw ;
Por Dieu est tout quant k'on lait en son non,
K'il en rendra cascan tel guerredon
Ke cuers d'ome ne porolt esprisier;
Car panidis en avra de loiier,
N'ainc por si pou n'ot nus à rike don *.
je crois que ces rapprochements mettent hors de doute Tiden-
tité de l'auteur de la chanson, c'est-à-dire de Huon de Saint-
Quentin, et de celui de la Complainte. La chanson a été icrîte au
moment des premières nouvelles de k défaite des croisés, qui
amena la captivité de beaucoup d'entre eux (voy. v. 35), h
Complainte un certain temps après '. G. P.
1 . Si raporUroHl lor pardons (TV, 8 ; cf. XVI, 1-2).
2. Ce vers manque dans tous les manuscrits, qui remontent donc pour
celle pit:ce ù une même copie fautive.
3. Cf n lor fis I le giu Kalit Qui son frère ocisl m la fin Com desloùtus m
Iraison (XIX, 4^).
4. Le marcha Qu'il avoleiil bargaegnif (V, 7-8); la crois qu'il morttde Cau-
faire Deiisseril jus wetre et laissier, El puis iiiorir, tt repairier En paradis sans
veslirlaire (IX, 9-12). Cette idc'e que la croisade esc un e^icelleni marché, un
moyen sur d'acquérir le paradis i un prix bien moins élevé que les autres,
revient d'ailleurs très souvent dans les chansons de croisade.
5. L'évidente affinité de la chanson avec la Complainte oblige i les
rapponerioutesdeuxauimêmesévènements, P. Paris(/fii(. W/., XXII, 6a i)
avait cru pouvoir rattacher la chanson à la Quatrième croisade,
CHANSONS EN L HONNEUR DE LA VIERGE
CHANSONS EN L'HONNEUR DE LA VIERGE
TIRÉES DU US. DE L'ARSENAL iJI?.
J'ai déjà tiré de ce ms, deux chansons pieuses qui repro-
duisent la forme d'une chanson de Thibaut de Navarre et
d'une autre de Gace Brûlé'. Je désire présentement appeler
l'ancntion sur le contenu de quatre feuillets reliés en tSte du
ms. et formant un petit cahier à part, distinct de ce qui suit.
Ces quatre feuillets renferment des chacsons notées, six en latin
et trois en français. Toutes sont des chansons pieuses. La
première des trois pièces françaises (fol. i c d) est une chanson
de cinq couplets qui, je crois, ne se trouve pas ailleurs. Elle ne
figure pas dans la Bibliographie des chaiismniers français de M. G.
Raynaud. Comme cette poésie n'ett pas, pour le fond, d'un très
vif intérêt, il suffira d'en transcrire les deux premiers couplets
qui suffisent h en caractériser la forme. Laissons la satisfaction
d'en donner le premier texte complet à celui qui entreprendra
de former un recueil des chants à la Vierge.
I Chanter voel, Or m'en s
Pour chcli de qui nous
Et»
i\ase
Unn
De li tous biens nous en vient;
Ele est la mon joie.
Mon cucr enscgue et cliastoie,
Drois est que on le conjoie.
Nus a. merchi ne revient
Se par s'ounson ne vient.
Ch' est drois que chascuns s'en k
■( Dieu n
mfart !
11 Très sainte ente de haut pris,
Li fruis qui en vous fu pris
Dont Adjns avoii mespris.
Car trop l'avoïi c\\ souspris
6 Qui tous nous desvoie.
Qui nuii et jour nous guerroie.
Dame, ne soufftis que il voie
9 Cuer qui a vous se soit mis;
Car celui tie[n]g a bien pris
Qui a vous servir s'amort ;
12 Garis est de grant mort.
La mcre Dieu mus conjorti
La disposition strophique est assez intéressante. La première
partie, ce que Dante appelait \es piidi, est formée par le couplet
2^8 KËLANGBS
aabaaliy si Êéquest dans la poésie ladne comme dans la poésie
romane du moyen âge, les vers b étant plus courts que les vers
a. La seconde parde, isomètre (bbaaa), se rattache à la première
par la rime b.lly a un refrain. Comme la pièce a plus de trois
couplets et par conséquent n'est pas une batette, nous pouvons la
classer parmi les rotruei^es. Une rotruenge de Bmneau de
Tours présente, pour le commencement, une disposition ana-
logue : aabaab aahbc (refrain ce)'. On peut encore citer la
pièce Arras H ja fus, publiée dans mon Recuàl ^anciens Uxtes,
partie française, n° 45, dont les rimes offrent la série aabtuJi
abddc >, ce dernier vers étant une sorte de refr^n.
La seconde des pièces françaises que contient ce cahier (foL 4)
est endèremeiit notée. J'en donnerai seulement les premiers
vers, parce que le chansonnier de Berne en contient un texte
légèrement diffèrent, qui a été publié par Wackemagel (Altfr.
Ued^Tt n" xlv) :
Vîrge glorieuse,
Pure, nete et monde,
Mère précieuse,
Mon cuer purge et monde
Des griés maus de cest monde....
Enfin, la troisième pièce (fol. 4 cd) est une poésie à refrain,
entièrement notée, dont je ne connais pas d'autre copie '. HIe
se compose de quatre quatrains dont le premier vers a dix syl-
1, Quant vm cliair la frmdurt, éd. Brachet, p. 8. M. Brachet, publiant
en 1&6; les deux pièces de Bruneau de Tours, croyait rendre hommage à un
compatriote, mais la poésie lyrique ne paraît pas avoir été très cultivée ers
Touraine. Qjii nous assure que ce Bruneau n'était pas plutôt originaire de
Tours dans l'arrondissement d'Abbevillc? Un Bruneaus de Tours figure
comme témoin dans une charte de mars 1229 (s. n.), publiée par F. Le Proux,
BiU. de TEc. des Cliarles, XXXV, 449, et par M. E. Lemaire, Arch. ancienntr
dt Javille de Saint -Qiienlin (1888, in-4''), p. 418. En latin, ce personnage s'ap— — —
pelait BruneUus Tiironnisis {Arch. anc. de Sainl-Qiunlin, p. 497). C'était un -*
chanoine de Saint-Qpenlin.
a. Cf. ci-dessus, p. iS.
j. Ne point confondre avec une piixx anonymu commençant par Chantei "
m'esliui de la saiiile pucele (Rayuaud, BihUografhie, n° 6to), publiée d'jpri's le^;^^
chansonnier de Berne, Archiv f. à. Si. à. neiienn Sprjdmi, XLII, 349, nL^C
avec une autre pièce égalemeat anonyme {Chanter m'estiiel de la verge puc/lU — ^^
CHANSONS EN l'hONNEUR DE LA VIERGE 299
labes, tandis que les autres en ont onze, ce qui est une disposi-
tion assurément bien peu usitée. Je la transcris tout entière à
cause d'une singulière croyance exprimée dans le dernier cou-
plet, d'après laquelle les juives ne pourraient accoucher heureu-
sement sans l'intervention de la Vierge.
1 Cinter m'cstuet de la virge puchule
Que Jliesu trouva et tant nete et tant bêle,
Qpi se sooU du lait de sa raamele
4 Et dedens son cors se degna reposer.
Frits vostrefil, doitce Firgc Marie,
Qu'i[l] nom doimt sa grau el s'amor conqimttr.
n Très douce dame, roine couronnée,
Rose vermâllc ', très douce rousée,
Vo chars Tu moût bien de Jhesu aoumée ;
8 Tout li pecheour vous doivent réclamer.
Friù...
m Rose vcrmdle, odour qui souef flaire,
On doit bien por vous chansons et rimes faire,
Car en vo dous cors fîst Jhesus son repaire ;
13 Ce fu por le mont [lors] de forment jeter.
Priii...
Vf Cheste miracle est aperte provée :
Ja juîse n'ieri de son fruit délivrée
Se la mère Dieu n'est avant redamô; ;
16 Por ce l'aimne je et la voel tous jours amer.
Priis vosirefil, douce virge Marie,
Qit'i\T\ nous daiiil ' .
del mont porta), publiée d'après un
PhiL, I, 356, et non relevée dar
i. de Munich dans
a BihUographit de
I QuiJIitsuCrisIkrc
la ZfilKbrift J. Tom.
M, Baynaud,
I. Cet hémistiche trop c
z. Il est probable que cette strophe était la dernière, puisque le refrain est
donné en entier. Les mots qui manquent devaient se trouver sur le feuillet
suivant, qui a été coupé.
probablement fautif, puisqu'il reparaît
JVGB. .
Juge ne peat venir de judicem qui aaraît donné /iq;. On a
voulu y voir le substantif verbal de j'ugier, mais ce serait là un
fait unique, ces substaotife verbaux ne désignant que l'action
ou la chose exprimée par le verbe, et non la personne qui
l'exécute : nage, neige, etc.'
A côté du classique judicem, ne pourrait-on pas admettre
un latin vulgaire *judicum, qui d'adjectif serait devenu
substantif, et aurait donné régulièrement en français /fff«?
Judicus ne se trouve, il est vrai, nulle pan^. Mais je ne
crois pas trop m'avancer en admettant l'existence de *}udicam
à côté de judicem, puisqu'on a *podicum à câté de
podicem', soricum à côrë de soricem*, pulicam à côté
depulicem^.
S'il est vrù que judicem est largement représenté dans
tes langues romanes (ital. giudtce, roumain jude, frioulan
d^udis, etc.), 'judicum ne serait pas tout à Dût isolé dans le
français, puisque l'on trouve d^e^o dans le canton de Vaud î, et
que cette forme atteste que le prov. cat. Jutge a la même ori-
gine que le français /i^e*.
A. Bos.
1. Diefenbich a bien un article: « Judicum, le livre des jogei », où
judicum n'est que le génitif pluriel de judex : fudicum sous-entecdu Sbcr
ou Itx, le livre, la loi des juges. C'est ainsi que judicum s'est maintenu ea
espagnol àaas fuiro ju^o.
2. Podicus id tsi pars aili aitte foramen (Dtefenbach).
}. It. sono, toura. soaricu.
4. Esp. port. /u/fa.
5. W. Meyer-Lûbke, Gtam. tUs laiigm romanes, 1. 1, S 6j.
6. [M. Meyer-LQbke, ZàUchr., VIII, ijî, avait déjà dit : « Juge es*
judic-um ou postverbïl. « La première explication est décidément préfé —
rable. Judicum a sans doute été créé sous l'influence d'autres titres profes —
sionncis, surtout de medicum. — G. P.]
METTRE AU PLEIN
301
vn.
MARNER.
W Terme de marine signifiant, en parlant de la mer, a monter,
' élever ses bords n, et dont les dictionnaires ne donnent point
l'étymologie.
Quand on dit : « la mer marne de deux pieds 0, cela signifie
qu'elle élève de deux pieds ses bords, dont la trace reste sur le
rivage i marée basse.
Manier vient régulièrement de marginare, qui du sens
général de n border u a passé au sens de « border en parlant
de la mer », de même que marge, qui avait, comme son èty-
mologie marginera, le sens généra!, jusqu'au xvi' siècle, de
B bord, rebord, bordure », n'a plus aujourd'hui que le sens
restreint de bord laissé en blanc d'une page, écrite ou imprimée.
A. Bos.
Vin.
METTRE AU PLEIN.
Autre expression de marine, qui, parfaitement connue des
gens de mer, ne se trouve que dans les livres spéciaux avec sa
véritable explication.
Le Dictionnaire universel de marifu de Charles de Bussy '
explique : a aller au plein, mettre au plein, donner au plein
(to drive on shore); se dit d'un vaisseau jeté sur la côte. »
C'est, en effet, le sens de cette expression si usitée en
marine Se mettre au plein, c'est aller à la côte, mais ici plein
est mal orthographié, car, dans m mettre, aller au plein », plein
n'est autre que l'ancien substantif masculin p/ai« ^ planum,
dont il ne nous est resté que le féminin plaine = planam.
Littré écrit correctement plain, mais commet un contre-
sens' : « Le plain, en terme de marine, la haute mer; un
vaisseau est allé au plain, a mis au plain, a donné au plain. Le
t. Paris, Didoi, i36i, i
2. Dictionmiri, s. v. Pt
— — —
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* * ■ • /■ T
' :. V';^;.-.r;. A. Deleoulle.
f;/.;i-':.M;rc 'i-j Jy.r.ire, :i J-r-ii!.;:::, quj cire M. DelbouIIc,
/.'/u-, ' '/ j/.jrvc.'.u c:. d-ju:*: rwdac::c::s ccnsL-r\-ccs Tune et l'autre
BOUQUETIN 303
par des mss. exécutas i Saînt-Alban, mais qui ne peuvent
raisonniiblement ôtre attribuées à Mathieu de Paris. Tout au
plus pourrait-il en avoir copii une de sa main. Les deux textes
ont été imprimés en regard dans les Ilinérains h Jérusalem et
descriptions de la Terre sainte rédigés m français aux xi% xii* d
\in' siècles, p. p. H. MiciiELANT et G. Raynaud. Cette édition
est peu commodément disposée et le texte n'en est pas
établi d'une façon définitive. Les éditeurs impriment la pre-
mière réd.iclion d'après une copie du xvi' siècle, et donnent
en variantes les leçons correctes fournies par l'original môme
de cette copie. Q.uoi qu'il en soit, c'est dans la première
rédaction que se trouve le passage cité par M. DelbouIIe, en
un paragraphe fort curieux, le § XVII, consacré i"! la description
de l'Afrique septentrionale. On sait qu'il y a encore dans le
Sinaï, dans la Haute-Egypte et en Abyssinie une espèce de
bouquetin. Mais il serait intéressant de savoir d'où Vllinéraire
de Londres à Jérusalem a tiré ses renseignements. Il se peut bien
qu'ils soient de première main. Toujours est-il que je n'ai
rien trouvé de pareil dans Jacques de Vitri ni ailleurs.
Ce texte ne peut guère être antérieur au milieu du xm' siècle.
J'en connais un qui est un peu plus ancien. Il m'est fourni
par un tarif des droits que le chapitre de Saint-Barnard de
Romans percevait en cette ville Jt l'occasion des foires. Ce
document, publié en 1872 par M. l'abbé C.-U. Chevalier dans
la Revue des Sociétés savantes, y série, III, 62-70, est daté de
1240. On y lit, p. 66, un article ainsi conçu :
...Item, pelles pilose cervi, bw /ilaign, chomossi (cham-T), capreoli, dit
duodena duos di^narios. ■
Voici maintenant un second exemple qui appartient i la
Savoie, pays où les bouquetins devaient être communs au
ino5-en âge. II est tiré du compte d'Antoine Léger, notaire et
receveur général du prieuré de Chamonix", pour l'exercice
1398-9. Je cite presque en entier le paragraphe où figure le
bouquetin, parce qu'il renferme d'autres noms intéressants. Je
1. /y pTUuri de Cliamonix, Docunieiiis ruLitifs m fûeazé et d Ij vallil-e
de Cliamonix, recueillis par M, J.-A. Bonnefoy, publiés et annoi^s par
M. A. Përrdj. Chambéry, 1879. Deux volumes in-8 formant les tomes III
et IV des Documents publiés par l'Académie des scivnecs, belles- lettres et
arts de Savoie. — Le pasMge cité se trouve au t. I, p. };ë.
304 MÉLANGES
corrige çà et là le texte, qui paraît avoir éié transcrit^vëc
négligence, le comparant avec un compte de l'exercice 1389-90
rédigé dans la même forme er faisant partie du même recueil,
mais où toutefois la mention du bouquetin est omise,
XVII. Fere. — De feris seu besiiis silvestribus ■ ac venacionibus îpsanim,
in quibus dominus prior coasuevii percipere et hibere partem stiam quo-
cienscumque coniingit per venatores m patria sua capere ' , et maxime super
mustellis, decimam partcm; super mormotanis *, terciam panera; super
excuriis*, dcciniam partem-, super stractibus ursorum, vîdelicet super quolibet
urso, humecutn, id est spatulani > cum piota' simul leneniibus; iiem
cossiam pcr ironcliuni aiicliie cum tibia et alia pioia simul tcnemibus; item
budellura culaium cum aliis duobus piotis; que quidem membra uis
insimul vocantur unus stiactus ursi. Item, super chamossiis et consimitibus
bestiis, duntaxat silvestribus, scilicet boch txtagnis et aliis quibuscucnquc consi-
milibus bestiis que cciam per venatores capiuntur infra jurididonem et
tcnam ipsius domïni prioris, sine aliquo ingénia, humerum, id est spatulam,
idem dominus prior percipere est consuetus i.
Je dois avouer que l'ancienneté de la forme boc estaign étant
bien constatée, je conçois quelques doutes sur l'étymologie
germanique stainboc proposée par Diez, bien qu'elle paraisse
appuyée par l'ît. stambeav. Pourquoi aurait-on renversé l'ordre
des termes composants ? Je songerais plutôt à la combinaison
d'un subst, et d'une épitKète, comme cerf-volatil, ver-luisant,
hup-cenner . Ne serait-ce pas boc titane, le bouc qui se tieni
solidement, qui a le pied sûr? Le mot pourrait avoir été adopti
et mal compris par les Allemands, P. M.
1. Sih'ulris, dans l'édition, ici et plus bas.
2. La phrast n'est pas correcte ; le compte de 1189-90 porte ■
capiuntur per venatores n (p. 292).
}. Marmotainc dans Cotgrave, et déjà au xvi": siècle, pour
(Godefroy).
4. Ecureuils.
;. Edition f/)(ifTiIfiiH.
6, Ce mol qui signifie évidemment « patte n (cf. l'ii. piota, l'anc, ft. pot,
Dieï Wctrt. II a et Romania, IV, 368), ne se trouve dans Du Cange qu'au
sens de « solea ferrca n, diisignani ces sandales de fer qu'on mettait au
des boeufs.
7. Il y a seulement dans le compte de 1389-90 : n Super chamossi
eciam capere esc solitus, quaado capiuotur pcr venatores sine aliquo ii
humerum a.
n
<eds
COMPTES-RENDUS
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque
nationale et autres bibliothèques, publiés par rinstitut national
de France, t. XXXin, Paris, Impr. nat., 1890, in-4, première partie, 328
pages, deuxième partie, 350 pages ^
Nous avons rendu un compte sommaire, il y a deux ans, de la seconde par-
tie du tome XXXII de cette collection (Romania, XVII, 329) ; nous analyserons
plus longuement le t. XXXIII, dont les deux parties viennent d*être publiées
simultanément, et qui offre pour nos études un intérêt tout à fait exception-
nel. Il sera probablement bientôt épuisé, car si la plupart des articles dont il
se compose ont été tirés à part, il ne paraît pas qu'aucun de ces tirages spé-
ciaux, faits à 25 ou à 50 exemplaires, ait été mis en vente. La première
partie s'ouvre par mon mémoire sur les mss. Noblet de La Clayette, qui
occupe les quatre-vingt-dix premières pagps. Il s'agit de deux mss. qui ont
disparu depuis que La Curne de Sainte-Palaye les fit copier en 1773. Ils
appartenaient alors, ainsi que d'autres mss. d'importance secondaire dont
nous avons la liste, à un gentilhomme bourguignon, le marquis Noblet de
La Qayette, dont la famille existe encore. Tous mes efforts pour retrouver la
trace de cette collection ont échoué ', et j'ai dû me contenter des copies, du
Teste bien faites, que nous devons à la sollicitude de Sainte-Palaye 3. Le
second ms., fragment écrit au xiv^ siècle, contient quelques pièces de
'Wairiquet de Couvin , dont une inédite. Il est resté inconnu à M. Scheler.
Mais le premier ms. est d'une tout autre valeur. Ce devait être un énorme
^volume. Malgré quelques bcunes, il ne comptait pas moins de 824 pages
^LXL temps où Sainte-Palaye l'a eu entre les mains. Voici l'énumération
s^ymxnakt des ouvrages qu'il renfermait et que nous pouvons étudier
€3buis la copie, heureusement assez bonne, du fonds Moreau : i . Fie de saint
.^. La seconde partie, qui a été achevée quelques semaines avant la pre-
:, est datée, sur le titre, de 1889.
^- Le propriétaire actuel du château de La Qayette (Saônc-et-Loire) n'a
daigné répondre aux lettres que je lui ai adressées en vue d'obtenir
*l*ïel<jues informations sur le sort cle la bibliothèque de son aïeul.
^- Cette copie, assez bien exécutée, forme cinq vol. in-40 : Bibl, nat.
'" "eau, 1715-1719.
nia, XIX. 20
COMPTES-RENDUS
306
Eiistaclje, en vers, par Pierre; trois autres mss. connus. A ce propos, notice
les jutres coroposi lions , en vers et en prose, du même Pierre, qui pour b
plupart se trouvent riiunics dans le mime nis. — 2. Vie de saint Gertna-,
vers, anonyme, niais probablement du même Pierre; unique copie. — ;. Vit
de saint Joise, en vers, par Pierre ; unique copie ; on en poss^e un rerumie-
meni, également en vers, dans un ms. de la fin du xv s. ', qui appjnient i
la Bibliothèque nationale. — 4. Vil de sainte MargueriU, en vea, par FoUQCE;
unique copie, j'ai donné, i cette occasion, l'indication de toutes les vies ea
vers français de sainte Marguerite qui nous sont parvenues. Elles sont au
nombre de sept. — 5. Le Btstîaire, en prose, par Pierre. — (3. Le livre de
Moralité, traduit du Moralium dogina pliitosophorum (voy. Romania, XVJ, 69).
— 7. Tratislalion et miracUs de saint jacqii/s, en prose, par Pierre ; notice sut
l'original latin de cette composirion, — 8. Chronique de Tttrpin , suivie du
fabuleux voyage de Charlemagne â Jérusalem, traduite en prose, par Pierre.
— 9. Rapport du patriarche de Jérusalem an pape Innocent IIl, en prose; cf.
Roinania, XV, 547. — 10. Suite de la Bible àe Guiotde Provins; cf. Romania,
XVI, 57-9. — 11. La mappemonde, en vers, par Pierre; autre ras. à Rennes.
— 12. La date du corps et de Vdine, en vers, par Pierre; autre ms. de cet
Opuscule et du suivant â la Bibliothèque nat., fr. 3î4. — i^. De Feuvre quo-
lidienite, par PlERHE. — 14. Les trois mansioiis (séjours) de rhoimne ci de ta
vertu de la recitation des Psaumes, en vers, par Pierre; copie unique. — i;.
Des trois Maries, en vers, par Pierre; à ce propos, recherches sur les coinpo-
sicionj tant latines que françaises où le mfmc sujet est traité. — 16. Sauvage,
Doctriiu2l; d. Romania, V, 19, et Bull, de la Soe. des aiu:. texiej, 1S86, p. 75.
— 17. Paraphrase en vers du Veni aealor. — 18. L'Olympiade, en prose, par
Pierre; cf. Romania, XVI, 63. — 19. Généalogie des rois de France jusqu'à
saint Louis, en prose ; n'est pas identique à la composition du m£tne genre
qui a été signalée ici-mSme, XVI, 62. — jo. La Conception, de Wacë, rédac-
tion interpolée; notice qui complète celle qui a été publiée, Romania, XVI,
3}a, d'après le ms. du Musée brit. add. 1)606. ^ 21. Prière en vers; copie
unique. — 21. Vie âc sainte Catherine d'Alexandrie, en vers, copie unique;
j'ai donnO d cette occasion la notice de toutes les vies en vers français de
sainte Catherine dont j'ai connaissance, avec des références aussi complètes
que possible. Elles sont au nombre de sept. — 23. Vie de sainte Marie-Made-
Itine, en prose; connue d'ailleurs. — 14. Vie de sainte Marie l'Egyptienne,
en prose; connue d'ailleurs. — 2^. La Vie des pères, en vers. La Roinanîit
(XIII, 233; XIV, 130, iSj; XVI, 169) a contribué pour une grande part i
faire connaître cet ouvrage et à établir la liste des mss. ou fragraenis de
qu'on en possède. Cette liste n'est pourtant pas tout â fait complëii
nous le montrerons quelque jour. — 26. Abrégé d'histoire sainte, en prose, par
HoGBR d'Argenteuil, Deux autres copies, l'une d Paris, l'autre J Bruxelles.
. P. ij, XVI" est une faute d'impression.
I
I
Notices et extraits des mss, de la Bibl. nal, 307
— 27. Lt Lucidaire, en prose; cf. Romania^ I, 421. — 28. i> roinan des sept
sages, en prose, dont on a de très nombreuses copies. — 29. Histoire, de la
guerre des Albigeois, de Pierre de Vaux-de-Cernai, traduite en prose par un
anonyme. Autre copie à Bruxelles, jadis dans la Bibliothèque La Vallière. —
30. Chansons latines, que Sainte-Palaye n'a pas fait copier. — 31. Chansons
françaises dont Sainte-Palaye a fait faire une copie à part, maintenant à
l'Arsenal. Elles ont été publiées d'après cette copie par M. G. Raynaud dans
son Recueil de motets français. — 32. Complainte d^ amour, poésie allégorique.
— 33. Epître amoureuse en prose. — 34. Salut cP amour par SiMON. Les
articles 32 à 34 ne paraissent point se trouver ailleurs. — 35- La châtelaine
àe Vergi (Méon, Fabliaux, IV, 296). — 36. Gautier de Coinci, Miracles de
îiotre Dame, au nombre de quinze.
A l'exception des pages 145 à 192, où M. Omont donne le texte d'un très
ancien ms. grec des épîtres de saint Paul, dont les feuillets sont dispersés
entre pluâeurs bibliothèques, tout le reste de la première partie du tome
XXXIII est occupé par une série de notices dues à M. Hauréau. Pour être
consacrées à des mss. latins de notre Bibliothèque nationale, ces notices n'en
renferment pas moins un grand nombre de remarques ou de citations qui
intéressent plus ou moins l'histoire de la littérature vulgaire. Ce sont prin-
cipalement des recueils de sermons que M. Hauréau a étudiés^ et l'on sait
depuis longtemps combien ces écrits, si médiocres qu'ils soient, fournissent
de notions utiles pour l'histoire des idées et de la vie au moyen ûge. —
P- S^» l'extrait d'un traité de tribus dietis peut servir au commentaire d'un
pai^atage bien connu de Rabelais : « Sunt in ea [via] solum très dictae parvx ,
9**>3. quaelibet non habet nisi très leucas brèves, non magnas sicut illa; de
Burgundia vel Ardennia, sed sunt quasi gallicanae. » — P. 106 est mentionnée
-^ ^^blc de la jeune fille (l'âme humaine) délivrée par un chevalier (Jésus) qui
**~' en combattant pour elle. C'est le sujet du poème allégorique de Nicole
sur la Passion ; on en connaissait déjà, grâce â M. Hauréau, deux
dons latines (voy. les Contes moralises de Nicole 5o^o«, 1889, p. xli-iv).
I*- 138, M. Hauréau fait mention d'une poésie latine en l'honneur de la
*^**ge (fin du xiiie siècle) qui se chantait sur l'air d'une chanson française
^^•ïïxïicnçant ainsi :
Par defaat de leautë
Qfi j'ai en amoar trové,
Me partiré du pals.
^Oe autre poésie, sur sainte Catherine , se chantait sur l'air : Li très çratit
^'^'Ué de H I Afa le ctier du cots ravi. Du même auteur est une poésie mêlée
^ français et de latin, que M. H. cite p. 139, et dont nous rapportcronb le
^^'^^xùer couplet :
Christicola, recordare
Mortis trucis et amane
Que li dou^ rois de paraJi^,
Gliscens suam liberare
Plebem ab infemi lare,
Vol soufrir en la rroi^ jadis.
308 COMPTES-RENDUS
Signalons en passant (pp. 10S-21;) uni: importante dissertation de
M. Hauréau sur l'origine du livre de quatuor virlatibus (ou cni:ore Formula
ho iusl<e vitit) que s'esi attribué l'évfque Martin de Braga. — F. 220 sont àiis
les vers sur la formation du fœtus, Suscfptum stnua sac priatU, credo, did>us,
qui ont iié attribués à Hildebert et qui sont intercalés dans un poime anglu-
normand publié ici-mème (XV, 31B). — P.;248 cl ss. M. Hauréau analyse,
d'après un texte complet, non signalé jusqu'ici, la vision du moine d'Eynsham,
que l'on ne connaissait jusqu'à ce jour que par l'abn^ inséré dans VHiiloria
major de Mathieu de Paris'. Il y a dans la rédaction complète des traÎK
curieuîi que M. H. relève avec raison. — Dans la notice du ms. !at. aji}
(pp. 257-63) M. Hauréau cherche quel fut l'auteur de la compilation m
répandue que M. Th. Sundby a réimprimée en appendice 1 son livre sur
Brunet Latin, sous le titre de Moraiium dagma philoiophorum , l'attribuam
à Gautier de Chàiillon. Il n'a aucune peine i montrer que cette atiributÎDii
est mal fondée, et après avoir écarté quelques autres noms proposés sans plus
de raison, il montre que l'auteur n'est autre que Guillaume de Conches, le
précepteur de Henri U d'Angleterre. — La notice sur Nicolas de Biard est parti-
culièrement intéressante pour nous i cause du grand nombre de proverbes
français que M. Hauréau a extraits des sermons de ce dominicain (pp. 26^-
7a). C'est dans l'un de ces sermons que se trouve la locution ^riri ie me taille
sur laquelle voy. Remania, XVIU, 288. — La dernière notice de cette partie du
t. XXXIIl, consacrée au ms. B. N, lai. 14961, contient encore de nombreiu
proverbes souvent accompagnés d'un contexte qui en explique le sens. Ainû
■ Si aliquis sodcrel ad mensam referlam el plenam bonis cibariis et non
o comederet, stultus reputaretur, et merito, quia, sicut dicitur ; Qui al fiu a
« la table, il est fos tôle la joriU:, quia postea esuriet... s (p. 29}). Void un
autre proverbe (p. 300) qui n'est pas commun : u Dicitur quod non est
n fcsium bibere ad cyphum damatoris vini , ce n'est pas fesle de boere vin a
fxtnap de crior. v P. 290-1, M. Hauréau transcrit un nouveau texte de la
légende, bien connue d'ailleurs, des filles du diable ; ici elles sont au nombre
de sept, mais plus ordinairement on en compte neuf, par ex. dans un petit
poème anglo-normand que renferme le ms. Fairfax 24, à la Bodleienne; cf.
Jounial des savants, 1884, pp. 22S-8. Notons encore (p. 309. cf. p. 297) un
curieux récit concernant les trois noms du diable : « primo Ciocuer, claudens
cor, hoc contra contrilionem ; secundo Cloboche, claudens os, contra coofes-
sionem ; tertio Ctoborse, claudens bursam, contra satisfactionem, ■ Relevons
encore deux traits intéressants pour l'histoire des mœurs : « Sicut Anglicu
n in lucta doctus, resurgens reicit adversarium, sic caro dejecta per jejunia
K resurgens reicit animam » (p. 296, cf p. 319). On voit que les lutteurs
anglais ont été dès longtemps renommés. Voici un autre passage qui nous
montre comment on passait les cols des Alpes : n In Alpibus paupercs, ut
. Ed. Luard, II, 423 ; cf. Th. Wright, Saint Palrick's Purgatory, p. 39.
Notices et extraits des mss. dé li Bicl. rs:. 509
« viautn suum lacrentur, poitan: saper coSum sz,z=:l ii.-tîs iticsscs : :u
« par eleemos^'nas paoperes dq)ortant divhcs in ccl-=z a .'7. 52:; Gtcns
encore ce passage : « Mundiis est mcretTix qcjc osreniiî p^chrlcrj. iui bctni-
«c nibus ut eîs placeat. Exemplmn de Isabd ciput ominte in hcnc alierds
« capillis, visa a sccJarilms per stodia, cm in o p p^oèrias: versun: est :
« /mM, uste queue n'est pas de u vtd * (p. 322).
La deaxième partie de ce volaiite est tout entière ocaipée par la descripdon
des manuscrits français et provençaux antérieurs au xvi* siêde que renferment
les bibliothèques de Rome. Le Vatican , et nocammect le ismàs de La reine
Christine, a fourni le plus fort contingent, mais un certain nombre des mss.
id étudiés appartiennent aux Hbliothèques CasamaUnse, Corsini, Barberini et
Chigi. L'auteur de cette description, M. E. Langims, n*a pas visé à remplacer
les travaux déjà nombreux dans lesqueb ont été décrits des mss. de Rome : le
plan du recueil académique des Notices et Extraits ne comporte pas b réédi-
tion de notices déjà publiées, mais il s'est attaché à mentionner i leur
place, en suivant l'ordre des numéros dans chaque coUection, tous les mss.
qui entraient dans son cadre, se bornant à un simple renvoi aux travaux
antérieurs, ]o|;squ'il n'avait rien à ajouter d'important aux notices rédigées
par ses devanciers. Ce plan était le meilleur qu'on pût suivre. Dorénavant,
pour tout ancien ms. français ou provençal de Rome, on pourra avec sécurité
avoir recours au mémoire de M. Langlois, assuré d'y rencontrer, soit une
notice originale, soit une bibliographie bien faite des travaux plus anciens.
Ceux des mss. de Rome qui intéressent notre littérature ont été de bonne
heure l'objet de recherches assez nombreuses. Sans parler des notices rédi-
gées par Sainte-Palaye et La Porte du Theil au siècle dernier, et conservées
en manuscrit à la Bibliothèque nationale, notices que M. Langlois a
consultées utilement plus d'une fois, les recherches de P. Lacroix, de Keller,
de Gnessard, de Grûzmacher, de Bartsch, de M. Stengel, de M. Delisle et
de plusieurs élèves que l'Ecole des Chartes a envoyés dans ces dernières
années à l'Ecole française de Rome (notamment de MM. Elie Berger et Ant.
Thomas), avaient déjà fait connaître la plupart de ces mss. Aussi M. Langlois
ne pouvait-il espérer faire aucune découverte réellement importante. Mais
une révision générale de mss. étudiés à des époques diverses et à des points
de vue différents devait fournir matière à de nombreuses rectifications et
additions. M. L. notamment s'est attaché, avec un soin tout particulier,
à recueillir, sur les gardes ou sur les marges, toutes les indications qui
peuvent mettre sur la trace des anciens propriétaires des li\Tes que des
circonstances très variées ont conduits à Rome. Son mémoire se recommande
à l'attention de quiconque s'intéresse à l'histoire des collections formées dans
les derniers siècles par les érudits ou les bibliophiles. Ajoutons enfin que,
dans un champ si souvent exploré, M. L. a pourtant fait quelques découvertes
qui, sans avoir une importance bien grande, méritent cependant d'être
signalées. Ainsi, j'ai lu avec un vif plaisir la notice du ms. Reg. 734 qui est
3 10 COMPTES-RENDUS
un recueil de notes et de dissertations, en partie préparées pour l'ii;
de Cl, Fauchet. Le savant président a connu bien des mss. aujourd'hui
perdus, et tout ce qu'il a écrit mérite l'attcniion, moins peut-éire à cause des
idées qu'il exprime, bien que ce Tût un homme de sens, que pour les textes
qu'il cite. Le recueil de notes de sa main que renferme un ms. de la Biblio-
thèque nationale nous a conservé de précieun fragments de Dop'i de îiantmii
et de RaoïJ tUCanérûi {Romania, XIII, i) ; le recueil actuellement décrit par
M. Langlois renferme des extraÏB d'un poème dévot, en l'honneur des j
reliques de Charroux, semble-i-il, dont il ne subsiste, â ma conii^ssancc, ;
ïUcuni; copie. — Le ms. Reg. i J03, gui renferme une copie du roniau de Trn*, '
n'avait pas été, que je sache, âgnalé jusqu'à ce jour. Ni Kellerd.-ms sa Roimvrf,
ni M. Joly dans son édition du poème de Benoit de Sainte-More, n'en font |
mention. C'est un texte écrit au xiv siècle par un Italien. M. Langlois n
a envoyé le morceau que j'ai choisi pour spécimen dans mon mémoice
les mss. de Benoit. Je lui donnerai place dans un supplément à ce mémoire
que je publierai quelque jour. On verra que le ms. de Rome appartient
â U première famille. — Il y aura lieu d'étudier de près, peut-être même
de publier, un mince volume du xv siècle sur lequel M. Langlois est, je
crois, le premier  appeler l'attention, et qui paraît offrir, pour lltistoirt dès j
contes du Moyen-Age, un certain intérêt . le ms, Rfg. 1716, renfermant '
quarante contes ou nouvelles en prose. M. L. donne la table et analyse le
premier de ces récits, faisant remarquer que n les noms donnés aux difTéienis
personnages semblent prouver que l'auteur était Sénonais. » C'est même tout
à fait sûr. Mais il n'y a pas que des nouvelles. I! y a, si j'en juge par la table
des rubriques, des légendes pieuses probablement tirées de la fiV des pirtt .
ermilts ; il y a aussi des morceaux d'une tout autre n
Daniel le prophète », qui est sans Joute un opuscule sur les songes dont on
a une infinité de rédactions', ou Delà demande Salmon a Marphus h. — Le
lai incomplet de la lin, que M. L. a publié {pp. 255-61) d'après le n
Î209, et que personne n'avait mentionné jusqu'ici, est intéressant, moins par ]
son contenu que parce que son auteur, un certain Fainiere (vv. t36, 159), |
si le nom est correct, s'est fait connaître. Ce poète donne aux notes du chant J
du rossignol la valeur de paroles articulées (Fuv, fuyl Cky, ocyl 'Put, Iik/'I
m-av, trayl), comme d'autres l'avaient fait avant lui, p.ir exemple l'a
i'Eastache U moine. Il y a quelques incorrections dans le texte donné par
M. L. ; par ex., v. 68, Si qut de ce mieux le pri sage, lis. firisa[i] ge (en rime
avec iHsage). — Notons enlîn la découverte d'une nouvelle traduction de la
Consolation de Boècc (on en connaissait déjà si
auteur un cerLiin « Pierre de Paris n, el le ms
4788) est date de 1309, et a été exécuté pat i:
Ogier n pour un certain o messire Johan Coque
Je n'ai rien de bien important  ajouter
ixl). Elle est en prose, a pour
s, où M, L. l'a trouvée (Vat.
1 copiste nommé s mai^ire
X notices de M. Langlois. C'en I
. Voy. par ex. Rmnania, XV, jaj.
Notices et extraits des mss. de la Bibl. iial. jii
tn'ncflit.jyiQtËlà charge par l'AcaiItmiedc les examiner ^vjni rimpri;ssion,
i'iinMurdleinent communiqué H l'auteur les remarques qui me sont venues i
Iteprit lu conn de cet examen. Voici toutefois quelques observations que
ffl'i nggérôes une nouvelle lecture, — P. î i . M. L. donne bien peu de liitails
ar \t Hirvir biiUrial de Fratice, compibtion rédigée pour Chartes Vil et qui,
jtoai, n'en jus on ouvrais fon connu, il y a plus de vingt ans, n!dige:int
bunlegue d'une collection de niss, latins, français et italiens mis en vente
pB le iibrHT« Potier, j'eus â décrire tin ms. sur papier de cet ouvrage ' :
l'inbEs qw l'autetir toivài en i4si, et j'exprimai la supposition qu'il
Jpiit ioc identifié avec Vabrtgi des throniijuis lU France fait pour Charles VII
pu M' Noël de Herbois, conseiller du roi, ouvrage dont l'existence est
oniuiéc par une quittance que M. L. Delisle a publiée, Cahînel dis nisi., I,
"1. tune 7 '. — P. 74, Le ms. Rrg. 871 contient une version française de
tHiiSma Brilanum de G. de Moniiiouih. Il faut ajouter qu'un second ms. de
Il niémc vnsion se trouve â la Bibl, nai., fc. î8o6. L'ornementation des
fait nus, parati fon analogue, à en juger par la description de M. Langlois.
— P 37. A propos de la traduction du Dt amicitia dédîc'e par Laurent de
Fnminûit 1 Louis duc de Bourbon, je rappellerai que la même traduc'tion a
W icdicc i Jean duc de Beny, J'ai décrit, sous le n" J09 du catalogue pré-
o« fa livres de M. k comte H. de S™, un fort bel exemplaire de cette
"•tBon ivant appartenu, semble-t-il, au seigneur de la Gruthuyse, où les
flwi t Très eiccUent glorieux et noble prince Loys, oncle du roy de France,
^dcBourbon, conte de Clermoni n, etc., qu'on trouve dans les exemplaires
k 11 BibEothtque nationale, sont remplacés par ceux-ci : u A très excellent,
PMIWI et noble prince Jtlan Jili du roy lie Francr, diw de Berry et de
^*aijiu. ■ Le mime ms., dont j'ignore le propriétaire actuel, contient une
"■nuture de présentation où sont pdniei les armes du duc de Berry, —
P. i>9. Je (MEC en passant que la rédaction trts développée du Cliaslir-miisart
^ nu. Ay. I ji} n'est pas tout k fait unique. A la mémo rédaction appar-
*=« un fragment, jusqu'ici non identifié, qui a été signalé et dont douze vers
« tii publiés dans la Zrittclmfl f. rom. Phih , II, 488-9. — P. 1 20. Les
'W rythmiques de la satire contre les femmes (_Reg. ijaj) sont bien
""Mmcts; « Radit ut nonaatla «, lis. novaaila ; « Si monialis jî( n, lis.
■';• Si b^te socieris », lis. b^iiu. La description de ce ms. est incomplète.
" L nous avertit, au dibut de sa notice, que le ms. a 161 feuillets, m
•* iltKripiion s'anéie au fol. 156. On trouvera l'Indication très détaillée du
""iteiu des derniers feuillets dans la Roaniari de Kelfcr, pp. 1 54-7. Il fallait j
tHoi-jt du Calahgue diUurti nrti il jrrkieux, imprmiis el maiiuicrits
^W«Ot( de la bihiiothèqiu de M. h tmutt H. lit 5***, de Milan, dont la vente
JWlieu tes lundi 1 ; et mardi 16 (évrier 1869. Paris, Potier, 1S69, i»-8",
jaaibiié, si jamais je l'ai su, le nom du propriétaire de cetif biblîotliique.
l. Hypothèse erronée puisque la chronique de N. de Fierboîs (ou Fribou)
WfW autte ouvraee dont M. L. décrit un m*,, pp, 61-4, sans toutefois en
'''n connaître sufhsammau le OMitenn.
312 COMPTES-RENDUS
au moins le dire. Au fol. 2;6 v° se trouve lu lettre Je Caillot l'enfondu,
facétie sur laquelle voy. BiiRtlin de la Soc, des aiic. lexlts, 1876, p. 104, et
187g, p. 97. — P. iji-î- La description du ms. Riy. i3J7i ^'^ *^'* siècle, et
renfermani divers traités d'astrologie en Francis, n'est accompagnée d'aucun
tenseigncracnt bibliographique. On pouvait citer à ce propos un ms. certai-
aemeai fait pour Charles V, où se lisent en pairie les mfmes traités. Ce
ms. se trouve à Saint John's Collège, Oxford. Je l'ai signalé jadis i
M. Detisie, qui en a donné une notice détaillée dans le I. Elldu Calrinttàes mss.,
pp. 336 — P. 14}. M, L. signale dans le ms. Ri^. 1389 un petit imprimé
gothique, jusqu'ici non relevé par les bibliographes, de la vetsion françùse de
la vision de Gui de Turno'. On a plusieurs mss. de celle version; voy.
une notice de M. Hauréau dans la première partie de ce même volume des
Notices et Exlraîls, p, 115. — P. 153. La date de liSatiimt le roi est 1179 et
non 1289. — P. 1 57. Kç. 1490, chansonnier français. On a supposé que ce
ms. a appartenu à Fauchet, à Peiresc, au P. Petau : M. L. a raison de dire
que ces attributions ne reposent sur aucun témoignage. Il aurait dû ajouter
â la bibliographie des travaux faits sur ce nis. que M. Monad en a reproduit
trois pages dans ses Facsimili di antichi manoscrilli, planches 16-8 (^■oy.
Romania, XJ, 171-2). — P. 176. Puiguloirc dd saint Patrice, en français.
Notice insulîisanle ; voir Romania, XVU, jSi. — P. 309. Les quaue mss.
signalés des Vigiles des morts de Pierre de Nesson ne sont pas, â beaucoup
près, les seuls qu'on possède. Ajoute^ Bibl. nat. £r. 15217 (G. Paris et
Pannier, 5. Alexis, p. 536); Orléans, 448; Vienne 3391 art. 47, etc. —
P. 137. (Jleg. 1718) pour l'évangile de Nicodéme, en prose, M. L. se
borne à dire « version dont on a plusieurs copies n. C'est un peu vague.
Cette version en prose est différente d'une plus ancienne qui a été signalée
dans le Bidl. de la Soc. des anc. textes, 1885, p. 48. Elle est au con-
traire identique i celle que nous offrent un ms. décrit dans le catalogue
Didot, vente de 1881, n° 26, le ms. de l'Arsenal }j66, et le ms. jo de Gre-
noble. — P. 246. Pour la Chronique du roi d' Angleterre Richard II (Réf.
1964), M. L. se borne à citer les premières et les dernières lignes. C'est
maigre. Il s'agit d'une chronique connue, qui se retrouve dans le nis. Bibl.
nat. N. Acq. fr. 4314, jadis ancien fonds 10212, puis Barrois, n" 10; voy.
Delisle, Calai, des mss. des Joiuls Libri et Barrois, p. IJO. — P. 250. Lexique
latin-français de la première moitié du xiv siècle, renfermé dans le ms.
Vat. 2748. «Ce lexique n'a jamais été signale a, dit M. Langlois. Lems. oui,
mais le lexique lui-même p.irail n'être pas difTéreiil du Catholicon latin-fran-
çais qui a été imprimé ù la fui du xv siècle et dont j'ai trouvé récemment un
exemplaire daté de 143 1 i Exeter. — P, 270. A propos de la brèfle chronique
s'étend.int jusqu'à 1259 qui prend place dans le ms. Vat. 4791 à la suite du
Fait iles Rovmins, il y avait Heu de citer le ms. de Venise Gall. III, oti elh; se
1. On savait pourlanl qu'elle ixistait, car elle est mentionnée au xvi" siècle
dans un ms. de la Bibl. nat,; voy. G: Paris et Pannier, S. Alexis, p. 332.
Notices cl extraits des mss. de la Bibl. nat. 313
retrouve dans les niÉmes conditions (Roniania, IX, ^07, note sur ie ins. iz
des Gonajgue). — P. 2B8. Pour le ms. Otioboni 2525, M. L. se borne i
renvoyer à b notice qu'il a publiée de ce recueil duis les Mélanges de F Ecole de
Rome, en i88s, mais il y avait lieu de la compléter sur plusieurs points, selon
les indications données ici-même, XV, 153. — P. joj. Ms. Barberini, X,
129. fol. 14, B pcr los sains de medicina a , lis. savis. — P. 503 et p. Î07,
M. L. dt^ric dcus mss, Barberini qui renferment le traité d'hygiène publié
par M. Suchiw (_DcHkm,rhr prov. Lilcr. u. Spr., 1, ito) d'apria le ms. Harléiea
740;. Le second des mss. Barberini ne donne que les i}2 premiers vers du
poème. Je remarque en passant que les trois prctniers vers du même traité ont
été copiés au xiv< siècle sur le fol. 46 du ms, Add. 21636 du Mus^e britan-
nique, comme suit : Qui ml auir uii bon tractât \ Que ay tiin-ellaiiutu Irahal \
Qu'ai Irai del Hbre (sic) oncias. — P. 306, note. Sempitigiiam, plusieurs fois
répété, doit être lu Sempringham.
Je joins ici quelques notes que M. E. Picot m'a communiquées au sujet du
mémoire de M. Langlois. P. M.
P. 43, note, Jehan de Courcclles, archidiacre du Josas au diocèse de Paris,
est cité comme conseiller au Grand Conseil le 7 mars 147}. il occupe le pre-
mier rang parmi les conseillers clercs dans les lettres de confirmation de parle-
ment données à l'avÈnemcnt de Charles VIII. Voy. Biblioth. dt FEcoU des
Cliartrs, XLIV {1883), 145. — P. 68, note 4. Le successeur de Guillaume
Crétiu, qui a employé la devise Auliinl on plus, est René Macé, sur qui l'on
peut consulter deux publications de M. G, Raynaud : Notice siir Real Mac/
tt set ainrcs: Paris, 1878, in-8 (exir. du Cabinet historiijve, I. XXIV) et
Voyage de Cl/arles Quint en Franct, poime historique de Rmi Macé; Paris, Picard,
1879, in-S. Macé parle de Jehan de La Chesnayc, en marge du v. loot de son
Voyage ai Charles Quint, mais il n'indique pas son prénom, comme il fait ici,
p. 71, et M. Raynaud (p. ;o) l'a confondu avec Nicole de La Chcsnave, auteur
de La Nef Je sanU. — P. 1 18. La Complainte sur la inorl du comte de Saiut-Pol se
trouve encore, avec quelques variantes, i la fin d'un Ronui'i île h Kase porté au
calai. LuMrche, 1887, sous le n" 650. — P. 124, n. 2. La devise mutilée
doit sans doute se lire : L'atente m'y tue. — P. 1 18, n. 3 . En quel désert, en quel
lieu plus sawi-fige... Chanson bien connue de Des Portes, éd. Michtels,
p. 69. — P. 131. Traiti de la splière. C'est la traduction du traité de John
Holywood, ou de Sacrobosco, par Nicole Oresme; cf. Bîbl. nai. fr. 13^0, et
Nouv. Acq. fr.. 1052- Rasse des Neux, qui a inscrit son nom sur le ras. de
Rome, posséda plus lard une édition imprimée du même traité. Voy Catal,
Rothschild, I, n- 114. — P. [39. Il eKiste plusieurs mss. de l'Hommage de
Pierre de Nesson outre ceui que mentionne M. Langlois , voir par ex. le
Catalogue de la librairie Baillieu, î décembre 1881, n" 364. — P. 152, n. 1.
L'Horeloge de la Passion est un poème bien connu J-: lehan Quentin, dont on
n'a ici que les initiales; voy. Calai. Rothschild, I, n'" 19, i"; 25, 1°. Pour
la prière qui commence par : Mon créateur, etc., voy. le même catalogue,
3 14 COMPTES-RENDUS
n» 15, an. 2 ; 22, ari. 7; 25, art. 2, — P. i;). Un extrait Je 1j Soii'at de
Laurent, qui se reacoiitre dans divers manuscrits, 3 été imprimé sous un
litre difFérent ; Le Lruri de laigesu; voy. Cal. Rothschild, 1. n" i;6. —
P. 16}. Lt mors ut bon qui lient la teste. Ce morceau est de Mescbtnot,
Lunettes des princes, éd. de Lyon, Olivier AmouUet, v. isjo, in-8 golfa.,
fol. 60 r". — P. 2J4. Vie de sainte Gciwviévc. Cette vie se rencontre jtusà
dans un ancien manuscrit de Colbert volé à la Bibliothèque du roi après 1845
et que M. L. Delisle a retrouvé, coupé en trois morceaux, dans la collection
Barrois. Ce dernier ms. portait primitivement une iiote qui attribuait la ver-
sion française â Thomas Beuoist, chcfciec dt: Sainte- Geneviève à Paris; voy,
Delisle, Catol. des manuscrits des fonds Lihrî et Barrois, 1888, pp. 307-210.
M. Julien Ilavet a tiré du manuscrit de Colbert le récit de quelques miracles
opérés par la sainte après sa mort, et i) en a fait une élégante plaquette
imprimée pour le mariage de M. H. Omonl et de M"' de Fresquet, 1889, —
P. 3}8. Qjioique la traduction de la Cluoitîque marîiitiennt par Sébastien
Mamerot soit un livre des plus connus, il eût été bon de renvoyer il Brunci,
au travail Je l'abbé Lebeuf (Mifimrts de ? Académie des Iiiseriptions, i" série,
XX, Î24) et à la Sn'ue critique, i88î, I, 255. — P. 284, n" 2. L'épitaphe du
duc de Bourgogne (Je/mn fui né de Philipe, etc.) se retrouve dans un tns. de
Valencienues (n" 581 de Mangeart, fol. ijc). — P. 28;, note. Sur le qua-
train ; Tout etisy gtie descent en lafiour la rotuée, etc., voy. Cat, Rothschild, I,
n" 471, art. 70 (p. 177). — P. 391 , Iiistnictions abrigées pour avoir amruâs-
sance du style de parlement. — A en juger par les extraits cités, ce» Instne-
lions n'ont aucun rapport avec le traité imprimé sous le titre Le Stilb
de parlement , que M. Langlois mentionne comme étant le même ouvrage.
Ce dernier opuscule commence ainsi ; « Premièrement est assavoir que,
es requestes du palays, ont esté commises les causes personnelles et et
pocessoires des offices qui par commiitimus y sont mises... » En voici la
Rn : « Item, se faict, le demandeur fera et passera une procuration, laquelle,
avec les dictz articles ouvers, le kalendrier, le procès verbal et les mémoires
qui auront esté faicies sur les responces, il renvoyé par deçà dedans les jours
ausquelz l'en doit rapporter l'enqueste; ausquels jours sera renoncé et cod-
clud a l'enqueste, selon que le conseil de partie verra esire expédient. ■
E. Picot.
La Naissance du Chevalier au Cygne, ou les EnftmtB
changés en cygnes, french poem of ihe Xlith century, published for
the first time, tagether wiih an unediied prose version, from the Mss, of the
National and Arsenal libraries in Paris, with introduction, notes and voca-
bulary, by Henry Alfred Tono, Pli. d., associaie in the romance languages,
Johns Hopkins University. Baltimore (Publications llx modern lanpiage Asso-
ciaticn), 1889. in-8, XV-120-18 pages.
M. Henry A. Todd est déji connu par l'édition de la Panilière d'amours qu'il
a donnée en tS8o pour la Société des anciens textes : il était alors le premier
Cygne
3'S
Il resté le seul.
ToDD, La Naissance du C/jemlier t
n qui idi pubUi un ouvrage cq vieux français
Si publication actuelle inaugure aussi une Époque nouvelle d'cxtennon pour
not diude« : elle en la première de ce genre i]ui paraisse en Amérique. Elle
rorme Jl tau» tes points de vue, par l'intérêt du poÉme qui en est l'objet et par
1« <«n[is que l'éditeur a apportés à son travail, une bonne tèle de ligue.
U est probable , maîoienani que l'enseignement de la philologie romane
limplanie aux Etats-Unis, qu'elle ne restera pas isolée, et que M. Todd et
les disciples qu'il formera grossiront le bataillon des travailleurs qui, dans
lûta les pays, s'attachent 3 remettre au jour les oîuvres ensevelies de notre
inoyen âge littéraire, devenu pour le monde moderne comme une seconde
antiquité.
Je profiterai de l'occasion que m'offre cette publication pour présenter très
biïèvemeiit quelques résultats de _ recherches et de rédexions que j'ai eu
l'occasion de faire sur b légende qui forme le thC-me du poème imprimé par
le jeune professeur de Baltimore. C'est au cours de ces recherches que j'ai été
Ihappé de l'intérêt que présentait ce poème, et que je l'ai indiqué i M. Todd.
I.JC temps et les secours nécessaires lui ont manqué pour traiter lui-même la
^utSIioa d'histoire littéraire, dans son Introduction, avec l'étendue qu'elle aurait
pu cotnponer. Je vais compléter ce qu'il a dit, sans avoir le moins du monde
1^ prùendon d'épuiser la matière, et en me bornant ù indiquer quelques faits
e^^^Kotiels et quelques points de repère qui me paraissent la dominer. J'exa-
W» Mieni ensuite en particulier le poème pubhé par M. Todd, l'édition qu'il en
' «ionnée et les commentaires dont il l'a accompagnée. Ce poème a été inli-
l^l* ftt l'éditeur, d'après !es vers Î4-JS, ^ Naissana du Chezialifr au Cygne ',
** ï'ou ne peut nier que ce titre lui convienne dans l'idée de l'auteur, qui a
"~^**jlu en rattacher le thème i l'histoire bien connue du chevalier mystérieux
**^»^îié un jour dans une barque par un q'gne et remmené de même quelque
^**ipi après, histoire qui avat déjà, de son côté, été rattachée aux origines
^^ Codcfroî de Bouillon. Toutefois le conte qui fait l'objet de notre poème
" "^ en réalité rien i faire avec celui du Chevalier au cygne ; il a existé indé-
''^^-■dunnient avant d'être soudé i l'autre , et c'est pourquoi il vaudrait
^"^^ïrx peut-être intituler ce poème et ceux qui ont le même conte pour
. i^n 1rs Enfonis ilxuigis en cygnii ou même les Enfants-cygnts. Il est vrai
^*-»Ilïurs que dans tous les rédts français du moyen âge qui ont ce conte
•^^Ji objet il est rattaché à la légende du Chevalier au cygne. Pour notre
•"^*-''ie spécialement le litre que j'adopte est celui d'Elioxe, qui le distingue
*^^ autres versions du même thème.
^^ versions sont au nombre de quatre (car la première, bien qu'écrite en
'***»!. peut être i bon droit considérée comme française) : t" un des contes
*^ ÛA:^/6i« de Jean de Haute-Seille ; 2° notre poème; j" l'original (perdu)
I. Je lui avais donné d'abord pour littc ; Ifs En/uiii
(«o«.,XVII, i26).
ihi Climaher au cygne
3 1 6 COMPTES-RENDUS ,
des ch. XLVii-LXViii du 1. I de la Gran Coiiqnista de Uliratnar; 40 la version
imprimée par Hippeau '. Je les ai rangées à peu près dans l'ordre de leur
antiquité externe, qui se trouve en même temps être celui de leur antiquité
interne, c'est-à-dire de leur fidélité respective au thème mythique qu'elles
contiennent, tel qu'il a dû exister primitivement.
i® Le Dolopathos. J'ai disserté jadis ici (II, 490 ss.) sur le roman de Jean
de Haute-Seille et particulièrement sur le conte des Enfants-cygnes : je me
borne à rappeler que Jean a écrit son ouvrage vers 11 90 et qu'il a bien
probablement recueilli ce conte dans la tradition orale du pays où il l'écrivait.
C'est encore dans son livre un vrai conte de fées, peu altéré (ce qui prouve
que le narrateur puisait près de la source), et qui a conservé, sous l'enveloppe
prétentieuse du latin scolastique, beaucoup de son étrangeté, de sa grâce et
de sa poésie. Un jeune seigneur, non autrement désigné, s'égare à la chasse :
il trouve une fée (nympha) qui se baigne, tenant à la main une chaîne d'or.
Il lui enlève cette chaîne, et dès lors elle perd tout son pouvoir». Il lui pro-
pose de Tépouser : elle y consent, et prédit qu'elle lui donnera en une seule
portée six fils et une fille. En effet, ramenée au château seigneurial, épousée
par le seigneur malgré la résistance de sa mère, elle met au monde les sept
enfants annoncés , dont chacun porte au cou une chaîne d'or. Sa belle-mère
les lui enlève pendant son sommeil ; elle met à leur place sept petits chiens,
et les montre à son fils comme ayant été enfantés pir cette inconnue, qu'elle
avait toujours regardée comme de mauvaise part. Le mari, crédule et barbare
comme on ne l'est que dans les vieux contes, condamne la malheureuse
mère à un horrible sort : on l'enterre jusqu'aux mamelles au milieu de la
grande salle ; on ne lui donne que la nourriture des chiens ; tous ceux qui
viennent prendre leur repas dans le château se lavent au dessus de sa tête et
s'essuient les mains à ses cheveux. Elle reste ainsi sept ans : ses vêtements
tombent en lambeaux; elle devient livide, ridée, desséchée, ses cheveux
noircissent î, elle n'a plus que la peau sur les os. — Cependant la vieille avait
remis les enfiints à un serf pour les tuer; mais celui-ci, pris de pitié, s'était
borné à les exposer dans la forêt, où un ermite les avait recueillis et nourris
du lait d'une biche. Un jour, au bout de sept ans, leur père rencontre les sept
1. Je laisse de côté la version publiée par Rciffcnbcrg, qui n'est qu'un
rifacitnenio de Bèatrix^ avec, au début, quelques emprunts à ÊJioxe, Les ver-
sions en langues étrangères autres que celle de la Gran Conquista n'ont pas
d'importance, étant simplement traduites du français.
2. En général, dans les contes si nombreux du même genre, c'est la peau
de cygne ou simplement la robe laissée sur la rive qu'on enlève à la bai-
gneuse; voyez entres autres A. d'Ancona, Poemetti, p. 69. Il devait en être de
même ici. La fée est une fille-cygne, comme le prouve la double nature
des enfants qu'elle met au monde.
3. Ce trait est bizarre et bien médiéval : on sait que les cheveux noirs
passaient au moyen âge pour quelque chose de très laid et presque contre
nature.
ToDD, La Naissame du Clxvalier au Cygne 317
eniànts jumeaux, voit briller leurs chaînes d'or, les poursuit en vain, et, ren-
tré chez lui, ncoDte son aventure à sa mèie. Celle-ci accuse le serf d 'infidé-
lité, et lui enjoint de lui apporter les chaînes des ejifanis qu'il aurait dû
mettre à mort. II se glisse auprès d'un flem-e où les six garçons, sous forme
de cygnes, se baignent pendant que leur soeur, sur le rivage, tient à la main
les wï chaînes d'or qui, passées à leur cou, leur rendront la forme humaine,
n les enlève 1 la fillette, sans pouvoir s'emparer de celle qu'elle porte
elle-même au cou, et les rapporte 1 la vieille. Celle-ci ordonne i un orfèvre
de les fondre et de lui en faire un hanap. Mais elles résistent i tous les coups
de marteau, i toutes les fournaises ; une seule a un anneau un peu endom-
magé. Uorftvre étonné les garde, et fait le hanap avec de l'autre or. — Les
enfants sont donc condamnés à rester cygnes. Ils s'envolent avec leur sceur,
qui se transforme comme eux, et viennent s'établir sur un étang qui se trouve
être celui qui entoure le château de leur père. La jeune hlle reprend sa forme
humaine et mendie son pain au château ; elle jette aux cygnes une partie de
ce qu'elle reçoit , et en porte une autre à la fée, pour laquelle elle éprouve
une tendresse instinctive , et près de qui elle vient dormir chaque nuit. — Le
seigneur, étonné des allures de la petite mendiante, la fait venir, voit à son
cou la chaîne d'or qui lui rappelle sa rencontre avec sa femme, et l'interroge.
Elle lui raconte ce qu'elle sait. La vieille et le serf prennent peur, et celui-ci
veut tuer l'enfant ; mais le seigneur le surprend, et lui arrache, ainsi qu'A sa
mère, l'aveu du crime. L'orfèvre, mandé, rend les chaines; on les passe au
cou des oiseaux, et tous reprennent leur forme, sauf celui dont la chaine avait
eu un anneau brisé : Hic nfan'uin neqjiaqiiam potuil, std clgniu permannu uni
socionim adhaîl fralrim. Hic tst cigmij de quofama Îh ctcrnum pcrstvtral , quod
catena aurea mililem iti navicula trabal armalumK On fait sortir la malheu-
reuse fée de sa fosse, et les bains, les onguents et les soins lui rendent bien-
tdc sa beauté première. X.a criminelle mère prend la place de celle dont elle
a causé les malheurs.
2" Elloxt. Je donne ce titre au poème publié par M. Todd, d'après le nom
de la mère des enfants' (j'appellerai de même Uomherti et Biatrix les deux
versions dont je parlerai ensuite). En voici le résumé. Le roi Lothairc ou
I. La soudure avec la légende du Chevalier au cygne est visible, mais on
ne voit pas que Jean ait mis ce chevalier, qui semble pour lui être un person-
nage mystérieux qui fait encore de temps en temps des apparitions, en rap-
port avec Godefroi de Bouillon. Son traducteur Herbert (vers laio) ly
rattache au contraire expressément : a Cil ne fu puis se cigncs non. Mais cil
fu moût de grani renon A cui il fu acompagniés : Chevaliers fu bien
ensei^és ; Toz jors mais sera en mémoire. Car il est escrii en l'estoire... Ce
fu li Chevaliers au Cigne El cil fu li cignes por voir Qtii la chaainne d'or
avoir Au col, de qui la nef traioît Ou li chevaliers armez iere Qixi tant fu de
bone manière, Puis tint dt BoiUon la âucUi. n
a. Telle est la forme donnée presque partout (v. 184, ^27, 4j2, 466,
483, etc.) ; on trouve aussi cependant Lioa (324, ;26), Eliox attesté par la
3 18 COMPTES-RENDUS
Laiier', dont le royaume non désigné est voisin de la Hongrie, s'égare ea
suivant un cerf â la chasse et s'endort. Une piiceU de granl paragt, fille ài roi,
EKoxe, qui habiiaii, on ne nous explique pas comment, dans les cavernes de
la monugne voisine, le voit endormi, s'approche de lui, et, courtoisement,
lui rabat sa longue matiche sur le visage pour le garantir du soleil. Le rm
s'éveille, la voit devant lui, est charnii de sa beauté et lui propose de l'épou-
ser. Elle y consent, tout en sachant d'avance qu'elle mourra en inettani au
motide, d'une seule portée, six fils et une fille qu'elle concevra dans la
première nuit de sa vie conjugale. Lothaire la ramène et l'épouse, malgré sa
mtre Matrosilie ', Elle devient enceinte, et elle est prés de son terme quand
le roi est obligé de partir pour une guerre. En l'absence de son mari , Elioie
donne naissance aux sept enfants annoncés, qui pottcnt tous, comme elle
l'avait prédit, une cliiune d'or au cou , et meurt. La mire du roi eiJève les
enfants, auxquels, dans les soins qu'on a donnés à Elioxe, on n'a pas f^t
attention, et les enferme dans deus paniers qu'un serf est chargé d'aller por-
ter dans la forêt, U où il y a le plus de billes sauvages. Le serf reconnah que
les paniers contiennent des petits enfants, et, par pitié, les suspend i U
fenËtre d'un ermitage qu'il rencontre dans la forfi. L'ermite trouve les
enfants, les nourrit du lait de ses chèvres et les élève avec l'aide de sa. sŒur.
— Lotairc revient chez lui, et sa mère lui raconte < qu'Elioxe a donné le jour
k sept affreux dragons qui lui ont déchiré les entrailles et se sont envolés'.
Sept ans apriis >,'Un messager, hébergé par hasard chez l'cmiite, y voit avec
étonnemcni les sept enfants jumeaux et les chaînes d'or qui brillent à leur
cou. Il raconte cette aventure à Matrosilie, qui le renvoie chez l'ermite avec
ordre de lui rapporter les chaînes. II réussit en effet, pendant le sommeil di-s
enfants, à couper avec de forts ciseaux les chaînes des six garçoDs qui
mesure (2731), et Ehxie, attesté par la rime (327;). Le ms. de l'Arsenal
(voy. plus bas) donne au moins une fois (;2é) Èlhiusc. M. Todd a oublié ce
nom dans sa table, c'est pourquoi j'ai relevé ces variantes.
1. Lalaire à la rime (91;, 924, 1126), et souvent attesté par U mesure,
mais aussi Laiier à la rime (2466, 3264) ; M. Todd ne Mgnale pas ces diffé-
rences. Le poète en général échange avec une remarquable liberté les finales
I. Les noms propres dans tout ce poème sont singuliers ; la plupart ne se
retrouvent pas ailleurs.
3 . Le poème dit qu'elle le lui avait déj.^ annoncé dans une lettre ; mus cela
paraît inutile et postérieur (yoy. plus loin).
4. Ainsi dans la lettre ; Grosse fu; qtianl çovinl a son fais descargier Stt
serpcns aporta, ijui son cors fnlpsder Eurent fait et desrompre (y. 1557; de ra.
1528); plus lom, à deux reprises (1688, 2740), il ne s'agit plus que d'un
seul serpent ; c'est li une négligence du poète, qui trouvaitle singulier plus
commode pour ses rimes; mais c'est bien de sept monstres qu'il devait être
question dans sa source. Les ailes des serpents (du serpent) ne sont mention-
nées que dans les deux derniers passages.
3. Ce nombre a subsisté d'après le récit primitif; mais il est en contra-
diction avec la suite du récit (voy. ci-dessous, p. 319, n. 2).
ToDD, La Naissance du Chevaiicr au Cygne 519
it cmcrobic ; k fîlie, couchée à pan, lui échappe, et, ae dornunc p^is,
le regarde faire. En s'éveiUant, les six frères se changent en cygnes, ei,
gaidés par l'instinci qui leur fait suivre le ravisseur des chaînes , viennent
s'abanre ditas une rivière près du palais du roi, qui s'intéresse i eux et défend
qu'on leur tasse mal. — Lotaiie ayant brisé le pied d'or d'nne iicj (grand
hanap), hLitrosilic, pour en refaire un. donne une des chaini^s d un orfèvre,
qui admire la beauté de l'or rotige dont elle est faite, et l'emploie i ce travail.
— Cependant l'ermite renvoie la fillette , craignant pour elle les dangers de
ia solitude. Elle vient !i la cour de Loiaire, et y mendie son pain, qu'elle va
chaque jour partager avec les cygnes. L'amitié que ceux-ci lui témoignent
attire l'attention du roi, qui l'inierroge ; elle raconte ce qu'elle sait. Le roi,
qui ioupfonnaii déjà un mensonge de sa mère, force celle-ci, l'épée i. la main,
4e lui avouer la vérité. L'orfèvre rapporte les cinq chaînes, et Lotaire les
[nue au cou de cinq des cj'gnes , qui redeviennent hommes ; seul celui dont
la chaîne a été fondue reste oiseau. Le roi pardonne i sa mère ', et le reste
da poème est consacré i la description de lèlcs et de tournois'. Enfin les
einij fi*res panent pour aller avmturer, chacun de son côté. Celui que le
cygae emmène doit, d'après l'annonce qu'un ange a iuite en songe i. Lotaire,
réaliser la prédiction d'Eliaxe, que le lignage qui nattrdt d'elle irait régner
outre mer. \ji poime se termine par quel>^ues vers pris au début du Cbeva-
lier au 0?W et qui préparent cette chanson, dont celle d'Elbxe fornie
l'introduction.
Ce iticit a, comme on le voit, beaucoup de ressemblance avec celui du
JDnifipatbos. D'après M. Pigeonneau ', Jean de Haute-Scille aurait puisé dans
la. cbanson d'Elioxe son conte des enfants changés en cygnes. Cette opinion
est inaiimissible : le récit de Jean contient des traits plus anciens tjuc la chan-
San , par exemple la transformation facultative des enfants , la survivance de
leur mire et la description du supplice qui lui est infligé, description évî-
demmcnt tiès primitive et qui ne peut avoir qu'une explication mytholo-
gique; il est en outre complètement exempt de l'élément chevaleresque et
féodal qui apparaît déji dans la clunson, bien qu'à un moindre degré que
dans les poèmes dont il reste i parler. On ne peut croire non plus que la
1. C'est là é\-idemmeni un trait altéré; le poète l'indique lui-niËme en
tlùani : S'une autre eUil (ou fait, srs cors en fml bonis; Mais por çou qu'ai sa
met ne Ttn stra ja pis (iS^j). Ce qui est bizarre, c'est qu'ensuite elle figure
hn honorablement dans le récit et tient auprès des enfants le râle d une
boDue CI généreuse grand'mère.
2. Les enfants ne devraient avoir que sept ans ;
comme en ige d'être faits chevaliers. De même Ivuj
anir plus de sept ans pour jouer le râle au'ellc joue,
J. Un ne trouvera pas ces vers dans l'édition Hippeau à l'endroit oli ils
devraieni y figurer (p. 109), mais cela tient à la conditi
cette édition ^f. Xmm., XVlI, jië d.}.
4. Lé Cyck de h Croisade, p. 191, 241.
iont pri
■ésentés
320 COMPTES-RENDUS
chanson proviiiniic du licil latin : pourquoi aurait-elle changé tant d'ind-
dents, supprima, par exemple, le trait de U métamorphose facultative da
enfants en cygnes? Les deux rédts remontent à une même source, et les
divergciices qu'ils présentent sont dues aux altérations inéi-itables de la tradi-
tion orale. Ce qu'ils ont en commun de plus frappant, par oppositioD aui
autres versions, c'est !a notion, fort vogue dans laforme actuelle d'f/ituy, maïs
encore présente, que la mère des enfants est une fée' (d'où la nature à moitié
extra-hutraine des enfants) , et le trait fort imponani que c'est une fille qui
est le septième enfant, et qui, ayant conservé les chaînes enlevées aux autres,
devient l'instrument tout pacifique de leur délivrance. Ces deux éléments,
conune le montre U comparaison avec des formes de conte restées étran-
gères i la littérature médiévale et i la soudure avec la légende du Om-alier
au tygne, appartiennent aux données primitives du mythe.
La chanson à'Elioxi ne doit pas iUe antérieure i h lin du un' siècle, car
' elle mentionne les romans de la Table Ronde comme largement populûres
(v. Î29}) ; elle ne peut guère être plus récente, puisque le principal manus-
crit qui la contient est de la première moitié du xiii° siècle. C'est dans la
B Lotharingie u, au sens le plus large, qu'elle a été composée, comme le roman
de Jean de Haute-Seille : la mention de saint Reraacle (v. J960) comme
saint guérisseur par excellence nous indique à coup sur le pays wallon , qui
est d'ailleurs la vraie patrie de tout le cycle du Chevaher au cygne.
}<• IsomberU (Gran Coivjuista de Ultramar, 1. I, ch. xlvm-lxvih). Le
comte Eustache de Poriemise , un jour qu'il est i la chasse , voit ses clùens
aboyer contre un chêne creux. Il y trouve une jeune fille d'une admirable
beauté. C'Otail Isombene, fille du roi Popleo, « de delà la mer, n ^ui séuii
enfuie de chez son père parce que celui-ci voulait la marier et qu'elle était
hostile i. tout mariage. Elle consent cependant à suivre Eustache et, quand il
lui offre de l'épouser, elle l'accepte; la mère du comte, Ginesa, voit avec
dépit cette étrangère devenir sa bru. Peu après, le comte est mandé i la cour
du roi son seigneur; il tarde un peu i s'y rendre, ce qui mécontente le roi,
qui le relient pendant seize ans. — Cependant Isombcrie met au monde sept
fik ; à leur naissatice, un ange passe une chaîne d'or au cou de chacun d'eux.
Le fidèle sénéchal Bandoval est fort attristé de cet événement, car on croyait
alors qu'une femme qui avait plus d'un enfant à la fois était adultère. H écrit
à son maitre ce qui est arrivé, mais la vieille Ginesa, qui s'est retirée dans
un château voisin, enivre le messager, et substitue à la lettre de Bandoval une
autre lettre portant qu'Isombtrte a mis au monde sept petits chiens. Eustache
répond qu'on les garde et qu'on ne fasse pas de mal à la mère ; mais sa lettre
est également dérobée et remplacée par une lettre ordonnant de mettre i
. Au début, elle est donnée comme tille de n
it elle habile des cavernes souterraines. Le nt
par inadvertance dans un passage (v. 1635).
ToDD, La Naissance dit Chauilicr au Cygne 321
mort Id mcre et sa portée. Bandoval ne peut se résigner à exécuter cet ordre ;
il laisse la comtesse en vie, emporte seulement les enfants et les laisse dans
une forêt, où une biche vient les allaiter et où bientôt un ermite les recueille.
— Quand les enfants sont grands, Tennite, accompagné de six d'entre eux
(le septième est resté dans la forêt), vient demander son pain au château de
Ginesa. Celle-ci, en voyant les chaînes d'or des enfants , et en apprenant de
rcrmite comment il les a trouvés, les reconnaît pour ses petits-fils ; elle se les
fait donner, soi-disant pour les élever ; mais quand elle les a, elle ordonne
qu'on leur enlève leurs chaînes et qu*on les tue : à peine les chaînes sont-elles
àlées qu'Us deviennent cygnes et s'envolent par la fenêtre. — Ginesa veut
faire faire un hanap avec les chaînes d'or; elle les donne à un orfèvre, qui
commence à en fondre une : il est étonné de voir Tor foisonner dans ses
mains, de telle façon qu*une seule chaîne suffit amplement à faire un hanap
<]uî pèse plus que ne pesaient les six chaînes ; il le livre à Ginesa et garde en
secret les cinq autres. — Les cygnes sont venus vivre dans un étang qui est
prés de l'ermitage où leur frère est resté avec Termite. — Au bout de seize
stnSj le comte Eustache peut enfin rentrer chez lui ; il a avec sa femme une
explication qui le rend fort perplexe. Il interroge le messager qui avait porté
1a lettre, et accuse sa mère de trahison. Ginesa avoue seulement qu'elle a sup-
primé les enfants nouveaux-nés, et déclare qu'elle a agi ainsi pour sauver
l^liionneur de son fils, car une femme qui a plus d'un enfant à la fois est
sûrement adultère. Les hommes du comte partagent cet avis, et Isomberte
csz condamnée à être brûlée, si elle ne trouve pas un champion qui la
d^feide. Personne ne se présente et elle va être livrée au supplice. Mais un
^1x1^ révèle à l'ermite qui est l'enfant qu'il a élevé, et lui dit que cet enfant
cloit aller â b ville et combattre pour sa mère : Dieu lui donnera la victoire.
Cest ce qui arrive, en effet, le champion de la vieille comtesse est
vâûncu. Celle-ci est obligée de raconter toute la vérité, et elle est condamnée
à ôtre emmurée. L'orfèvre rend les cinq chaînes qu'il avait gardées ; on les
an cou de cinq des cygnes, qui rede\'iennent hommes. Celui dont la
avait été fondue reste cygne : il s'attache à celui de ses frères qui avait
combattu pour leur mère et qui devient le Chevalier au cygne.
Isomberte a certainement existé sous la forme d'une chanson de geste
&viçaise; cette dianson était antérieure â la fin du xiii^-' siècle, c'est tout
ce qu'on en peut dire avec certitude ' ; elle n'a laissé, à ma connaissance,
aucune trace dans la littérature, en dehors de la compilation traduite en
^pagnol où elle a été insérée.
4^ Béalrix, C'est le poème qui forme la première partie du Q)evaUcr au
^1S^ publié par Hippeau , et qui se trouve dans plusieurs manuscrits '. Le
1. Sur la date de la Gran Conquistay voy. Roinaniay XVII, 1523.
2. Je donnerai prochainement ici un travail sur les manuscrits qui con-
ticonat les poèmes de la croisade. M. Todd a joint à son édition di'Elioxc le
î^mé en prose, fait au xui^ siècle, de Béatrix (d'après le ms. B. N. fr. 781).
21
322 COMPTRS-RENDUS
roi de l'ile-Fon, Oriant, voit un jour, des fenCtres de Son pidaîs, où U
avec SI femme Béatrix, une meadiantc accompagnée de deux enfants [umeans.
BéatriTi soutient qu'une femme ne peut avoir deux jumeaux à elje a'a connu
deux hommes. Elle est bieniât punie de son jugement téméraire. Elic met au
monde sept enfants, six fils et une lille, au cou de chacun dcs<)uels une fée
passe une chalac d'argent, La mère d'Oriaut, Maiabruae, qui h.iit sa belle-
fille, sans qu'on nous explique pourquoi, lui dit qu'elle s'est condamnée elle-
même. Elle prend les enfjnts et les remet à un serf en lui disant de les tuer. .
Le serf les emporte Jans la foriH et, pris de pitié, se contente de les y abaa- I
donner. Matabrunc porte à son fils sept petits chiens qui , suivant elle, sont
b portée de Béatrix. Oriant, saisi d'horreur, sans revoir sa lemme, autorise
Matabrune à la faire mettre en prison, en attendant qu'il décide de son sort.
— Cependant un ermite a trouve les enfants dans la forêt et les recueille -
une chèvre les nourrit et ils grandissent. Au bout de quelques années,
forestier de Matabrune voit dans l'ermitage six d'entre eux, qui y étaient restés J
tandis que l'ermite et un des frères étaient absents. 11 remarque leurs chaînes J
et en parle à sa dame, qui reconnaît ses petits-fils, et ordonne au forestier de'l
retourner aussitôt â l'ermitage et de s'emparer des chaînes ; Â peine les a-t-tl '1
àtées auK enlânts qu'ils deviennent cygnes, s'envolent, et viennent s'établir -i
dans le vivier du château royal. Leur frère, qui a conservé sa forme humaine, 1
vient chaque jour partager avec eux le pûn qu'il mendie au château. '
Matabrune ordonne à un orfËvre de lui faire une coupe avec les six chaînes; ill
en forge une, et, i sa grande surprise, l'argent foisonne assez pour suffire â U J
coupe ; il remet la coupe 1 la vieille reine et serre les cinq chaînes restantes. -
Quinze ans se passent. Matabrune insiste pour que Béatrix soit brûlée ; on ]
décide qu'elle le sera le lendemain si elic ne trouve pas de champion pour la J
défendre. Un ange apparaît it l'erniite et lui ordonne d'envoyer l'enfant â la 4
ville : il s'y fera baptiser ■ sous le nom d'Hélias et combattra pour sauver sa I
mère injustement accusée. L'enfant accomplit cet ordre céleste ■ ; il e
queur, et sa mère est réhabilitée. L'orfèvre rapporte les chaînes : quatre deaJ
fils et U fille reprennent leur forme humaine ; celui dont la chaîne a été I
détruite reste cygne. Vient ensuite un long récit, étranger i l'action véri-J
uble, de la fuite de Matabrune, du siège de son chdteau et d'un nouveau com- fl
bat judiciaire d'Hélias. Matabrunc est enfin prise et brûlée, et Hélias, sura
l'ordre d'un ange, part accompagné du cygne (non sans un nouvel et ËuiivJ
dieux épisode de guerre).
La date de Bkitrix n'est pas facile i préciser, ce poème étant maintenu
soudé i celui du Chn-aiUr au cygne, dont il est parfaitement indépendant tx\
. Onn
I. L'arrivve de l'enfant dans la ville, son ei
sont l'objet de liâti agréables, qui paraissent
avait négligé de remplir lui-mânie o
ToDD, Lu Saittanu du Cheoalur au Cygm jij
a été postérteureiiKni joini. Il Oî pttihMe qu'il remaate i b SKOode
moitié du xii< ùMc. L'jutetir ae suivait p» nue duasoc ptos uuienac, a
croysit tt^c le premier k donner aa récit qall HKttait ea rers li forme .le
duiuon de geste. Ce <ju'i1 dit au dân» ne btnc pas de docte 1 ce Hijet :
li
Signer, or escoutés, franche gcni :issoluc,
S'orés bone dun^on qui n'est nue seâe...
Del chevallier au chisne avés dunçon oûe :
Il n'i 1 si vieil home ne feme si ciienuc
Qui oaquis en oïsi la première venue.
De quel terre il en nés ; nuis or sen seûe
Je le vous dirai bien, se Dieu plaisi ei s'aii
Li chanson de Bhtrii et celle d'IiûniherU ont évidemment une ni^e ori-
gine. Ce qui les canct^rise toutes deux, c'est qu'elles remplacent par un de%
Ëls ta bile qui, dans le premier groupe, échappe seule i U transformation en
CY^c, et que la solution est due i un combat judidaite livré par ce dis. 11
en évident que nous avons li une innovation voulue, toute médiévale, et
fondée sur un des lieux communs hatniuels des chaosons de geste'. Dans
BfMrix, b &lle n'en est pas moins restée i i dans liOmbrrU, elle a tout â fait
disparj , ce qui est plus logique. La nature e^ctra-huniaine de la mère des
mfimts, qui est b cause de leur derai-animaliié, a laissé quelques souvenirs
dans chacun des deux poèmes, où, d'ailleurs, elle a été eâacée : dans Biairix,
c'est une fée qui attache au cou des enfants ta chaîne qui sj-mbolise leur qua-
lité entra- hnniaine ; dans tsomberti , la façon dont Eustache rencontre sa
loturc femme rappelle les récits du Dohpalhos et i'EUoxe, mais ce trait n'est
plus compris pat l'auteur : il l'a interprété en empruntant le motif d'un autre
Q'cle de rédts, celui de b Manekinc'; k la Manckiiu est aussi empruntée
I. Ed. Hippeau, p. z (compare avec d'autres li;çons).
I. Un fils délivre atnâ sa mire Jans Duo» de la Roclie et dans les Enjanas
Dntw it Siaiaict, L'idée de faire soutenir par le futur chevalier au cygne un
rembal judiciaire pouvait d'ailleurs être suggérée par le combat célèbre qu'il
litre dans le roman auquel ce récit était destiné â servir de préface. M. Goliher
(Rom. Forsthungen, V, 107) pense au contraire que le combat judiciaire du
CbnralicT ou ^nt est une imitation de celui de Bèatrix : cette hypothèse
tombe du momenl qu'on reconnaît que les formes les plus anciennes du
conte des Enjanli-<y^ncs ne connaisseur pas ce combat.
}. Le poète lui donne le nom de Rose, et cette Rose, ainù que sa descen-
dance, figure dans quelques-uns des poèmes les plus récents du cycle de
b croisade. — Dne trace de ce rôle supprinlé s'est d'ailleurs mainlcoa dans
Bittri-'' , où le frère non métamorphosé vient, comme b soeur dans le pre-
Biicr groupe, partager avec les cygnes du vivier royal le pain qu'il mendie au
chiteau i mais ici ce Irait ne sert plus i rien.
4. Voy. Suchier, Œuvrts poitiqiiei di Bsamnaitôir^ I, xxin-xcvi. La fuite
d'bombcne de chea son père par pure répugnance pour le mariage est absurde,
fuiiqu'clle cousent sans dilTicuIté à épouser Eustache : l'héroinc de U
.•■^^■r' .*/
3 24 COMPTES-RENDUS
toute rhistoire, propre i IsomberU^ de la double substitution des lettres. — La
source d*Is<miberte et de Béatrix a mâle à l'ancien conte un thème également
pris ailleurs : celui de la suspicion excitée par la mise au monde de plus d'un
eniant à la fob; ce motif appartient, en réalité, à un tout autre cydt de
récits'; il n'est, d'ailleurs, qu'accessoire dans homberU^ tandis que Biatrix^
développant l'indication de b source commune et puisant sans doute une
seconde fois dans le conte d'où était venu ce trait, en a fait le pdnt de départ
et le motif moral du récit. D'autres particularités encore, propres à nos deux
chansons, prouvent qu'elles sont des dérivations indépendantes d*un même
type : dans l'une et dans l'autre, par une sorte d'atténuation do merveilleux,
les chaînes , au lieu d'être innées aux enfants, sont passées à leur cou aprfes
leur naissance (dans IsomberU par un ange, dans Biatrix par une fSe); dans
l'une et dans l'autre aussi, nous voyotis le métal d'une seule chaîne foisonner
de manière à fournir un poids égal à celui des six chaînes.
La source d*Isotfiherte et de BàUrix est*elle à son tour dérivée de l'un ou
de l'autre des rédts du premier groupe ou de leur source cominune? Elle ne
vient assurément pas d*Elioxe , puisque la mère des en£ints ne meurt pas
comme dans cette chanson après leur naissance ; elle doit avoir avec EUaxi
une source commune, dans laquelle avait disparu le trait trop merveilleux
de la métamorphose facultaiivc des enfants en cygnes, et dans laquelle anssî
le caractère extra-humain de la mère avait été très eâEicé, ânon déûruit. Cette
source commune à son tour remontait à la même source que le rédt du
Dokpathos.
On a recueilli de nos jours, notamment en Allemagne, divers contes popu-
laires qui ressemblent en plusieurs points à ce récit du Dokpatbas^ dans
lesquels on voit notamment une sœur délivrer ses frères condamnés à garder
une forme bestiale'. Mais dans tous cette condamnation a une autre origine
que la nature extra-humaine de la mère; aussi ne peut-on les regarder
que comme des dérivations indépendantes et autrement altérées du même
type primitif. Sans vouloir rechercher ici quelles ont pu être l'origine et la
vraie signification mythique de ce type ), nous pouvons nous demander quels
changements intentionnels y ont été apportés pour le rendre capable de
s'adapter comme introduction à la légende du Chevalier au cygne. D'abord
la forme bestiale des enfants était-elle bien celle de cygnes, ou n'est-ce pas â
cause de la légende qu'on voulait préparer qu'on a choisi cette forme précise?
Manekitiô s'enfuit parce que son père voulait , non la marier, mais l'épouser
lui-même. Elle est trouvée , d'après plusieurs versions , par celui qui devient
son mari dans des conditions toutes pareilles à celles où Eustache trouve
Isomberte, et c'est ce souvenir qui a suggéré à Tauteur d'Isomberte sa gauche
explication.
1 . Voyez les savantes remarques de R. Kôhler sur le lai de Fremc en tête
de l'édition des lais de Marie de France par M. Warnke.
2. Voy. notamment Grimm, no* 9, 25, 49.
3. W. Mûller Ta étudié dans la Germania, t. I, p. 418 ss.
ToDD, La Naissance du Cfiei'alier au Cygne 325
D pourrail !e croire, puisque daas divers contes apparentés il s'agit d'autres
animaux ' ; toutefois c'est peu probable , parce que nous trouvons également
des cygnes dans des contes qui , comrnc nous le verrons , sont parfaitement
Indépcndanis des formes médiévales. Il semble bien, a.u contraire, que c'est
Il présence de cygnes dans le conte qui a donné l'idée d'en faire l'introduc-
lion de la légende du héros guidé par un cygne. Cette idée, à vrai dire,
n'était pas heureuse. Le conte des enfants-cygnes, même un peu altéré pour
cet usage, n'explique pas la faculté attribuée au cygne de traîner le bateau où 1
dort le héros; il n'explique pas pourquoi le héros doit taire son nom, et
comment, dé« qu'on le lui demande, le cygne vient le reprendre et il est
obligé de le suivre. Mais l'imaginatiaQ des enfants — et le public d'alors était
un public d'enlanis — ri'en demande pas si long. Du moment qu'on lui
fournissait un cygne doué d'intelligence et ayant un lien mystérieux avec le
chevalier dont i! traînait le bateau, elle ét»ii satisfaite. La soudure se lit sans
doute dins cette région de Lotharingie ob s'était localisée la légende du
héros amené et remmené par un cygne ', cl où le conte des cntints-cygnes
paraît aussi avoir été populaire de fort bonne heute : c'est là du moins
que nous le trouvons le plus anciennement recueilli (Dolopullios, Eliaxe,
8/eirix). Cette soudure se fît d'abord peut-être oralement, car nos deus
groupes, dans lesquels elle est accomplie, ne semblent pas entre eux dans un
rapport de dépendance, et l'auteur à'Elioxc ei celui de B/alrix croient égale-
ment être les premiers à donner au conte une forme écrite. Il est vrai
que, dans cette région, on pourrait supposer une version fondamentale
rédigée en lai^gue germanique; mais c'est peu probable , aucune forme alle-
mande ou néerlandaise de ce récit, en tant que rattaché au Clievàlier au cygnt,
ne nom étant connue. — Si les cygnes existaient déji dans le conte qui a I
serri de base i la version que représentent indépendamment nos deux
groupes, on ne peut en dire autant de tous les traits de cette version. Les
chaînes d'or ou d'argent, par exemple, qui sont le symbole de la nature semi-
«jiWttc, semi-animale des enfants-cygnes, ont sans doute remplacé un symbole
(dus primitif. Elles l'ont remplacé parce que, dans la légende qu'il s'agissait
^e [rrcptirer, le cj'gne traînait le bateau du héros avec une chaîne d'or ou
<f argent • ; le pretuiei adaptateur du conte à la légende imagina de faire de
cette ch^ne le taUsman auquel était attachée la destinée de l'enfant ; c'est
parce qu'elle avait été endommagée qu'il avait été condamné à rester cygne.
1. Ce sont surtout des corbeaux; le conte de Grimm, n" 11, qiJ ne
présenie qu'un frère et une sœur, nous montre !e frère changé en chevreuil ;
ailleurs il l'est en poisson.
2. Je compte étudier prochainement ici les diverses versions et la forme
piemtère de cette légende.
}. La chaîne da cygne qui traîne le bateau est d'argent dans le Scba'oiiriiur
it Conrad de Wuribourg, et cela paraît cadrer avec la blancheur du cygne.
Dans Biitrix aussi les chaînes des enfants-cygnes sont d'argent. Ailleurs etlej
"-w d'or; il y a eu li des modifications capricieuses.
326 OOMPTES-RESDUS
Ce tiait pud: ètic b ttansfonnation et le développement d'un
'mgtmtax que préKotent pliaaears dei oontes populaires parallèles ; là u
eninOi, te drîseiicluniaiiciil aj^KU été pour lui incomplcl, reJcvieni homme,
mais garde une lîk in tictt d'un de ses bras. Uittt primitif de l'^dapution I
s'ist roaintenu dzcs te rédt de Jean de Haute-Seîlle : la chalai: du dernier da I
vn£u)U y est. non pss démiite, mais seulement endomiuagée : la consé- I
qnence, dans la logique des mjihes, doit être qu'il ne redevient bonune
tju'impaHaiienieDt. Jean de Haute-Seille (bien probablement comme sa source)
n'en doune pas moins pour conséquence i cet accident l'inipossibilité totale
pour l'un des eofaiics-cygnes de redevenir homme; mais le défaut de cotres-
poadiaee exacte entre les deux fUits a frappé les conieuts subséquents,
de deux mjniéres indépendantes {Etioxe d'un cité, hombirti-Biatrix de ]
l'autre), ont substitué 1 la brisure partielle de l'une des chaînes sa destruciioii
complète. — Il va de soi que cette interprétation symbolique de la chalnt:
cygne traîneur de bateau devait faire attribuer aussi des chaînes, comme
symbok-s de leur nature extra-humaine , aux autres eafants et à leur mère
clle-mômc. Ces chaiues ne se retrouvent dans aucun des contes parallèles,
ce qui est une preuve suffisante de l'authenticité de ces contes et de leur <
indépendance des versions médiévales.
Résumons-nous. Un conte, d'origine ancienne et de signification mythique, \
circulait en Lotharingie : dans ce conte, un mortel épousait une femme de <
race extra-humaine, une « iilie-cygne n ; elle lui donnait sept enfants, s
lïls et une fille, d'une même portée ; les enfants avaient une double nature
comme leur mère; les garçons se trouvaient, par la haine de la mérc de
leur père ", condamnés â rester cygnes; leur sœur échappait d ce sort, et,
grice & elle, ils reprenaient leur forme humaine, si ce n'est que l'un d'eus
conservait une aile de cygne. Vers le milieu du X[i' siècle, on tut l'idée de
faire de ce conte l'introduction à la légende du Chevalier au cygtw : on
y introduisit les chaînes d'or ou d'argent qui permettaient aux enfants de
changer i. volonté de nature, et on supposa que l'un d'eux était, par suite
de la lésion d'une de ces chaînes, resté définitivement cj-gne. Le corne *
modifié s'est conser\-é A peu pr^s pur dans le Dahpaltios. Dans la source '
e d'Elioxe et A'hombertt-Bialrix il a subi quelques nouvelles modi-
' : ta transformation des enfants en cygnes et de nouvcati en
:*
I
I . Cette grand'raère, d'après W. MûUcr, n'est autre que la mère cllc^nènac,
louti tour bienfaisante et hostile, confonnément i I'inierp:<taiioa mjtfaiqtie J
qu'il propose. On peut croire au contraire que, U comme uUeim, la
méchaute belle-mite de Ihéroine était originaircniem la première fênuae du j
a. Je ne parle id, bien entendu, que des modificatîoas qui ,
ipiunetùt 1 la source à'EUoxt, et non 1 ce poème scnl. Ainsi la mon i»
b n>ère, l'indulgence tteioignée i U ^ttd'mtic, seobteai être de crk do-
lùire catéigorie.
ToDD, La Naissance du ClievalUr au Cygm 327
liommcs n'esi plus facultative ei n'a lieu qu'une fois dans chaque sens; la
chaîne de Tun des enfants est non seuktiient eadonimagée , mois détruite.
Djns U source commune i'Iiombcrle et de Bcafrix, la nature extra-humaine de
li tiiùre A disparu, ce ijui enlève toute explication b. la transformation des
enfuitsj en outre la délivrance est amenée, non plus par la sœur, mais par
un ils frères et à l'aide d'un combat judiciaire. La forme toute chevaleresque
que nous offre le poàme de Bintrix a fait oublier les autres et a fourni la
matière de la rédaction en prose des versions (étrangères autres que la
Coaquùa, et du reaouvellemcni du xiv< siècle, où elle a éti^ combinOe avec
EHexe. Telle at en gros l'histoire de l'introduction dans le cycle de la croi-
ude, comme préparation à l'épisode du Chevalier au cygne, rattachée de
bonne heure â la famille de Godefrol de Bouillon , du vieux conte des
enfants-cygnes. On peut avec quelque probabilité indiquer dans le tableau
ci-dessous la relation des quatre versions du conte ainsi modifié :
^^^Vvenui
I
chanson i'EUoxt est en alexandrins rimes, et il n'y a pas de r
Dmme le remaniement d'un poème en assonances '
donc approximativement U forme originaire. Elle r
lUe intégralemeat que dans le ms. B. N. fr. IZSJS, qui
les poèmes des croisades sous leur forme la pli
(jusqu'au v. 1345, mais avec de fréquentes
dans un ms. de l'Arsenal, qui, arrivé à un certain
I. On pourrait voir des traces d'une forme plus primitive dans quelques
assonances qui se trouvent au milieu des rimes (plusieurs mots en -ans,
V. 42-47. ^""P 2578, et Manc i\%-[, 3458, dans la nme en -ant, alge S0}o,
Ufft }034 ctiarge }oj8 dans la nme en -i^c, se! 1477 et pores 154 dans la
rime en -er, phneiù iijo et Iri/s dans la rime en -ûrs, tosUns 8]o dans la
rinte en -ml, hiis 16, fron 646 et /cm 654 dans la rime en -on, macUs 474 et
diHvTt ^1% dms la rime en -ie, et la forme impossible eshanoil pour tsbanoi
Ut dans U rime en -0/); mais elles sont beaucoup trop rares pour être
aiiire chose que des négligences, et le poÈmc est d ailleurs rimé avec une
aisance ei une correction qui sont inconnues aux renouvellements faits pour
Li rime. Li transibrmation des sept dragons en un (yoy. ci-dessus, p. ;i8,
n. 4) pourrait aussi être attribuée à l'effet d'une mise en rimes; mais de
pareitles inadvertances se rencontrent fort bien dans des ouvrages d'une
inénie main.
3. 11 est singulier qve ce manuscrit passe directement de notre poème à la
chanson d'Amiixhe-Jirusalaa, sans insérer entre les deux le Chtv»!ier on Cygne
et les En/anus Godtfrji, bien qii'Elîaxé soït une introduction au premier de
> et en ait même, à la fin, inséré les premiers vers.
328 COMPTES-RENDUS
du récit, le continue par la copie de Biatrix, sans plus tenir aucun compte
à'EUoxe. M. Todd , qui a remarqué cette circonstance et qui 2. imprimé les
variantes du ms. de TArscnal, ne paraît pas s'être rendu un compte exaa de
ce fait singulier. II me semble évident que le copiste de A (Arsenal) voulait
transcrire Bêatrix^ mais n'avait à sa disposition qu'un manuscrit incomplet du
début ; il avait, par contre, sous la main un ms. d'Elioxe, où il était facile de
reconnaître une variante du môme récit. Il s'est tiré d'affaire en empruntant
le texte d'Elioxc jusqu'à Tcndroit où commençait son manuscrit acéphale
de Bt^atrixy s'efforçant d'adapter le commencement à la suite. La chose
n'était pas sans difficultés : il fallait d'une part remplacer les noms des per-
sonnages par ceux des personnages de Bfatrix\ d'autre part supprimer les
contradictions trop flagrantes, et avant tout celle qui concerne la mère des
enfants : Elioxc meurt après ses couches , tandis que Béatrix reste en vie.
M. Todd a fait remarquer l'adresse avec laquelle notre copiste s'est acquitté
de la première de ces deux tâches*; il n'a pas parlé de la seconde, qui
consiste en un certain nombre de suppressions ^ C'est un curieux exemple
de l'industrie des auteurs de nos manuscrits poétiques, exemple qui n'est pas
d'ailleurs isolé ^ Si nous ne possédions des Enfants cJjatigés m cygnes que la
version du ms. de l'Arsenal , il nous serait impossible de de\'iner qu'elle se
compose de deux poèmes parfaitement distincts.
Le ms. 12558 est généralement bon, et M. Todd, en le reproduisant avec
soin et en s'aidant, pour le début, du ms. de l'Arsenal, a constitué un texte
très satisfaisant, qu'éclaire une ponctuation intelligente. Voici quelques
corrections, soit au ms., soit à l'édition. V. 114 ne triuif qui Vanoit^ 1. qui
Tavoity du verbe aivUr (cf. v. 2267). — 136-37 Tii^us, donné, si je comprends
bien les variantes, une fois dans chaque ms., vaut mieux que Ti^ris : c'est
le Tagc et non le Tigre qui roulait des paillettes dor. — 149 S'en, 1. Sen
(son). — 222 laisie^ 1. /j/ViV ou Liisies. — 232 ijnriewe nos amer, 1. vauriéme
l'os (-r van liés me) amer? — 252 raûuer n*a pas de sens; je lirais rainncr
(A ;«v;/«t). — 258 eu carier ^ c. pour l.i rime eufanUr avec A. — 330, 345
en hrmiey en ermie^ 1. enhermiey enermie. — 245 «7 ma eose et ma vie, c. et ma
joie et 4na vie. — 365 si, c. //. — 37$ f\irenlê, 1. piirente. — 404 as %'aUês
et, 1. a Vallès ki (A). — 430 en uo^! Deu ihuêli<, 1. en non deu (ou lie)
tloitèlis {iloiièlis signifie « dou.ùre )>, et non « douillet », comme le
I, Au V. 713, le nom de l.i grand'mcrc, Mitr,\<il:e, se trouvait à la rime;
le ms. de l'Arsenal r.i change en .A/..7.:/'.-..'/V, p.ir une sorte de compromis
avec yfatabrune, nom de l.i j;r.nîd'nîère d.uis /..'.\nc . Peut-être même l'origi-
nal de A (car rien ne prouve oue ce ms. soit roriizinai de la contamination)
portait-il Matabrunie^ encore plus voisin.
2. V. 261-64, 1259-1202, 120J.
3. J'ai constaté al^solunient la même cluise, d.ins un article qui paraîtra
dans le t. XXXI de 17//j/iV>r li!:^ faire, junir un ni.i:u:scrit du Méliann de
Girard d'Amiens qui a emprunté son début, en cha:ii»c.in: les noms, au
Clèomadès d'Adenet,
ToDD, La Naissance du Chevalier au Cygne 329
dit singulièrement le glossaire). — 461 tus oublie , 1. ne s'oublie. —
469 d'uu espiiils, 1. (Tunes pials. — 511 f oublie, 1. / oublie. — 541 s'avoit, c. sa
wis avec A. — 582 dawié, 1. danne. — 596 c. Sens car\ju']\ assemblée. — 604
sotnne, non, 1. s'ounic nott (autre chose qu'un homme). — 751 e il, 1. cil. —
765 parées, c. preees (et suppr. au glossaire « pcrer, lapider »). — 802 enduroit,
1. eti duroit. — 895 faisitis, c. fuisius. — 96$ poi, c. pois. — 1099 //, 1. /'/. —
1072 Lors, c. Mors, — 1148 detrier, c. pour la rime detnorer (A). — 1239
aproiéSj c. aprociés (A), et suppr. aproier au glossaire. — 1243 qui souf rotent,
c. qu^ont soufert (A). — i2>o (et ailleurs) ajue, 1. aiue, — 1265 // sains, c. el
sain. — 1272 Fesperis, c. Vespirs. — 1341 de lor liti, 1. desor lui. — 135 1 a
oréj 1. aore. — I3i4^r, c. par. — 1370 en sauvecie, 1. ensaitvecie. — 1 392 quHl,
1. quiî (raixner veut dire « remettre » et non « se remettre » dans le bon che-
min). — ï4iO gracier, c. pour la rime mercier. — 1469 a savourer, 1. asavou-
rer. — 1533 vos (deux fois), 1. nos. — 1566 anons ités, c. aver sites (la note
est à effacer). — 1567 mettez un? — 1576 Sacié, 1. Sade. — 1653 ^'» 1- ^'''
— 1702 Al tnostre, 1. Aï nestre. — 1702-5 Cest toujours le roi qui parle; il
faut supprimer les guillemets au v. 1702 et lire au v. 1703 : Or parole ina
dame tfun si fait aversier. — 1809 en son mes garder, 1. en son mes garder (en
gardant sa maison), et suppr. mesgarder au glossaire. — 1858 Sire, c. pour la
mesure Sires. — 1861 c. un doit plus que [dè\mie (c'est-à-dire : elle a rempli la
grande poêle d'un doigt plus que la moitié). — 1946 a fublcr, 1. afubler, et
suppr. fubJer au glossaire. — 1961 a lis, 1. alis (« qui a la peau lisse », c'est-
^-dire ici a bien portant »). — 2162 a irier, 1. aîrier. — 2168 qu'il, c. pour
la mesure ^w il. — 2 181 V enleva, 1. Ven leva. - 2185 rivier, c. vivier. — 2187
2e çueisj 1. Fegueis. — 2194 lavés, 1. la nés. — 2206 suppr. la virgule après
^•olés. — 2210, 2321 Celi, 1. Ce li. — 2216 or, c. pour la mesure ores. — 2220
^uele, c. pour la mesure Que ele. — 2236 Uun granl pain torte, c. D'une
^rant torte. — 2245 couça, 1. cotica (de même dans beaucoup d'autres mots où
un c précédant a est à tort muni d'une cédille). — 2327 la vespré, 1. Vavespré.
- — 241g a volant, 1. avolant. — 2448 le rubricateur a mis par erreur C pour
^; il faut simplement lire : « Fille », cedist liostes, « molt me puis nterveilliir.
' — 2459 /i, c. tel. — 2478 la portai, 1. Faportai. — 254$ comme, 1. com me. —
25 50 (et souvent ailleurs) il faut une virgule devant si. — 2650 des dès de lor
eles^ c. sans doute des eles de lor Us. — 2661 gréés, 1. conreês; endura, 1. en dura.
— 2672 suppr. la virgule après ^ra;//. — 2685 Cos, 1. tos[t^. — 2701 s*i, 1. si.
— 2721 en son ciel, 1. ens ou ciel. — 2786 doies, 1. doiés. — 2814 il paraît inutile
de faire un seul mot de Tatre an. — 2835 en te mainent, 1. en remainent. —
2846 i7, c. //. — 2862 parlé, col pris, 1. par le col pris. — 2884 Venoient, c.
Venroùnt. — 2907 et, c. est. — 2976 si fai, 1. sH ai. — 2988 Porvint, 1. Puis
vint. — 2989 dist la pucele, c. ço dist li rois. — 3036 courir, 1. covrir (de m.
3355). — 3081 halape, 1. Halape (Alep; le mot manque au glossaire comme
à la table des noms propres). — 3098 galant, 1. Galant (même remarque).
— 3106 fort puisant, \. forpaîsant. — 3 no done, 1. doné. — ^i ^4 poi prisent.
Vporprisent. — 3175 cantent, c. canter. — 3259 anés, 1. ânes et suppr. atwt au
V
330
glosMÎ
COMPTES-RENDUS
'.(cinq). -3380/0.*
- ÎÎ99 inaiiiUi, 1, auiiulfs. -
5286 H, 1. .V. (cinq). — 3380 ja. c. itf. — }î9t aiûuKz~f
~ Î487 Tiu, I. R/r». -
Les remarques, h peu pris exclusivement linguistiques. Joui M. To(l4
fait suivre son édition sont géiiéraiemeiii très judicieuses; elles inc&qut
notamment h connaissance de la syntaxe de i'unden français et me
que l'auteur est familier avec les travaux dont elle a été l'objet, surtout,
est l'essentiel, avec ceux d'A. Tobler. Le seus du v. 1410 n'est pas bien
saisi; il signiRe : u Si mou fardeau contenait quelque chose de bon A
manger, il n'est plus U où je l'ai niis [car il a été mis il portée des bétes du
bois]. » — Surlev, 1564, â propos du mot estropié aHOnîi'tà (voy. ci-dessus),
que M. T. lit anoiu ilis voyant dans^aïKWj une forme sans e d'aiioiut, il
proche d'autres mots où k poète se permettrait 1 volonté de supprimer
final, et il en ajoute d'autres à propos des vv. 2448, 2^40 et 27;!. Les seul
exemples réels sont Patris à c té de Palria, double forme d'un mot savant, et'
EUox i c6ié d'Eliaxc; m« 1753 n'est nullement pour mece, il faut lire r
pour con mes. Quart i ostis pour osltssi, il n'a jamais existé : le V. fr.
pour le fém. d'oi/e soit osit (hospita) soit oslesst; l'auteur d'Elioxe ne parait
avdr employé qu'arfcjM. — Le v. 2954 n'est pas bien compris : m est id
mu' =r (i II', fort bien expliqué ailleurs par l'auteur. — Plusieurs remarqiKS
tombent par suite des corrections au texte qui ont été indiquées d-deisos
d'autres, qui concernent des vocables, seront examinées en même temps qoe^
ceriflins anicles du glossaire, que les noies complètent et rectifient.
Gloss.\ire. Cariifr (y. igjSj manque. — Caure est expliqué par calArem
et cliaUuT par calôrem; c'est ingénieux, mais comment s'expliqueraii
calôrem? Caure, mot propre au N.-E., représente, à mon avis, un Ut. vulg.
calira formé sur le type de frigôra. — Chdchier est bien interprété par
B chasser d , c'est-i-dire ici n pousser en avant , faire pénétrer » ; l'auteur a
ton, dans les notes, de vouloir le traduire par e cacher a, — CkctUr (617)
manque, — Dtgis au v. 3400 semble signifier « méprisable, inutile • plutôt
que " faible a. — EnhtivcmeiU , k action d'écrire, i'atibreitr », et non
R empressement » — EiKoiikr 1382 it'est-il pas une faute de lecture pour
enloilitr? — Endilin : il faut endittr (cf. v. 1 5 3 î) ; le verbe ne se présente
jamais, .'1 ma connaissance, avec -ici-, ce qui montre qu'il est formé sur tnâii
ou savant, — « Ente, adj., triste, 527. n Le vers, Qui moll ert tffrf[f] <U Ui
ente smgier, est altéré, comme l'éditeur le remarque en note; pcui-éire
a enle fot^îer, u d'avoir fait des songes pénibles ; ii la locution a tnh -
impeium est connue; la variante d'A, VU (I, k'iU) et ente songU, noui~
montre sans doute mite pour a ente (cf, la note de M. T. sur le v. IJI7J
c'est ainsi que je suis poné à interpréter les exemples i'aile, où M. Godefray,
suivi ici par M. Todd, traduit ce mot par « triste ». — » Enlrohlir, troubler, •
I. n entroblier, oublier ». — b Eulavine, robe faite de l'étoffe de ce nom. ■ C'est
une erreur : Veiclituine est un vêtement d'origine slave adopté par les pàlerîns.
— Espeer ne veut pas dire « percer d'un coup d'épéc ■>, comme le dit m
1
le
"7^
ToDD, La Naissance du Chevalier au Cygne 331
M. Godefroy, miis u embrocher n, et se rattache â espoi. — ■ Esqiut, j. pr.
tscouJre, » 1. B escarre ». — Fiilolagf (i2îi) manque. — FoilUt, « lieu décoré
de feuillage, » plutôt ; a tibanc de feuillage. » — « IlerbanI, désert; » non :
11 prairie, pâiurjge. n — « Laiigiis, languissant? » Dans k note sur le v.
3060, M. T. affirine plus décidément cette explicaiion, qui rcïic un peu dou-
teuse. — Lel 149 n'est pas l'iiid. pr. de taicr, mais le subj. pr. de hver. —
Liutis est le même mot que loels, propremenl « i louer », ei par extension
» vénal ». — Mairtr, 1. mairiir. — o Mtlaler, accoucher, IJ40, « plutôt ;
a eue en mal d'enfant. » M. T. a sur ce mot une note intéressante ; l'expli-
cation par mal aUr ne paraît pas douteuse ; cf. Pannier, iMpidaira, p. 76. —
Orgie n'est pas u orge a, niais a mets fait avec du l'orge n, hordeata.
— B Qiierlial, quartier, sommet d'une tour carrée. » M. T. semble rappro-
cher ce mot de quatium; mais la forme fréquente cTttiam, cruliaiis,
montre qu'il se rattache â crista ; il signifie b les créneaux du sommet ».
— Raient, au v. 816 (_U art tt bars il viUs et coiUls et raient) est donné avec
raison comme l'ind. pr, de raiembre ; mais raiembri a ici le sens fréquent
(voy. Godefroy) de ■ mettre i rançon 0, et même généralement « piller,
ravager ». — Reimier n'est pas « rembourrer h, mais « rapiécer ». — b Run-
fw, ronger » ; ici rungier a son sens propre, pris métaphoriquement, de
u ruminer a (cf. Roiii., X, 59) '. — La Talile des iiomt propres n'est pas assez
complète, comme on l'a vu (il y manque encore Venissent 505, Gtrart J85,
Fflis 416, Âiiicis ïll, Anlelnu iîî, Rmuie 46^, Noe' 576, 608, Pu/k6o6, etc.);
plus d'un nom aurait demandé quelque explication. M. T. reconnaît dans
IfisanI H CadsaniJ en Flandre » ; je ne sais où i! a pris celle idée singulière :
il s'agit de Wissant (Pas-de-Calais), bien connu par la Oianson de Roland. —
Les corrections faites ci-dessus contiennent, pour le glossaire cl In table des
noms propres, plus d'une rectification qu'il est inutile de répéter.
J'ai dit plus haut, sommairement, eu n'allouant que des raisons externes,
qu'Elioxe appartenait i la tégion du N.-E. de la langue d'oil. L'élude de la
langue, dans ce que nous en apprennent les rimes, n'infirme pas cette con-
clusion ; mais on ne peut dire qu'elle la démontre. Sur les 29 rimes employées
par le poète, beaucoup n'ont naturellement aucune valeur probante. Voici
celle! qui méritent d'Être prises en considération. AnI et tnl sont confondus
(v. 31, lii, !7î, 725, 8or, 991, 17JO, iBiJ, 1974, IÏ14, 2328, 1418, 2541,
2732, 29;;, }07}), bien que parfois on remarque une tendance i grouper
ensemble des séries de l'un ou de l'autre ' : la confusion peut Ctre due i une
influi;nce littéraire. — Ane( et aiicke riment ensemble (181), trait qui peut
I. Qjjelqucs articles du glossaire portent sur le résumé en prose de B/atrit.
J'y relève I erreur qui a fait inscrire le verbe riser : risrnt est le parf. de riri.
— Trufier et Malfaisanl sont des noms propres.
a. Les deux dernières laisses (3409 et 3446) sont même rigoureusement
distinctes, la première en -ent, la seconde en -atil. D'autres sont en -tnt i
peu près pur (356, etc.), une est en -ans (141 j) presque pur,
332 COMPTES-RENDUS
Éire aitrtbuii i une simple négligence, mais qui se retrouve dans des
poèmes de diverses régions. — LV, dans les laisses en -("( C397i 'ïO},
1869, 2040, Ï185, 2163, 2841, 3383), provient aussi bien de i tonique
plus ; que de ï. — Les laisses en -w (4S0i 683, 925, 1182, 1340, 1639,
i8j5, 2354, 3006, 3267) compronncnl beaucoup de mots en -aia pré-
c£dé d'une palatale, ce qui appartient, comme on le sait, à tout le Nord-
Est. — La rime en -oit (2683) admet, au milieu des mots où oi provient
d'i, F, des mots où il provient d'aii, 04-/ (JoU, anoit '). — L'j et le ^ sont
absolument mêlés dans les rimes en -Is, -wi, -û, -us. — Sold {1113) figure
1 la rime e\i-tl. — Aucun de ces traits, i vrai dire, n'est bien caractéHstïque.
Un seul, en dehors de ceux-U, a de l'importance, c'est la réunion dans une
mfme laisse (13 3)" de mots en ojï=: -.u_a (ont, tnclost, orne, rtposi) avec des
mots terminés par le suffixe -ouse = osa (dililoiise, wisose, etc.); je ne sais
oit on trouverait des exemples de ce mélange. — Une autre particularité de
notre teste, fort remarquable et même singulitre. maïs qui ne peut servir
pour la détermination dialectale, a été relevée par M. Todd. Les }« pers. pi.
en -tut y ont quelquefois l'accent sur la finale et riment en -nil (-an() : Je
tu cridii ma voisins pur guerre qu'il mmient 374, Quant ojiq onl parlé a tant u
départent }8o, S'i sont H cbevaVw qui k cemin gardent 832, Joifràt vint a Fts-
thit et si strjatil ramptnt 1000, Hurlent si fiyrt as tors toutes Us atoaini loi j ;
mais, d'ailleurs, l'accentuation nonnale est habituelle au poète, comme le
montre l'emploi de ces personnes i. la césure féminine et l'eiïstcncc d'une
laisse en -oient.
Qpant â ia date du poème, la langue n'ajoute rien i ce que d'autres argu-
ments permettent de conclure, Je n'ai remarqué qu'un seul cas de synérésc
{caiiit 2g^ à calé de caaîJU un grand nombre de fois) ', cl, bien qu'il paraisse
difficile de le supprimer par une correction, son isolement le rend suspect ; il
ne sauraii, en tout c;is, attester pour le poème une daie plus récente que celle
que nous avons indiquée.
Ce poème est une œuvre remarquable, dont l'auteur a tui souvent preuve
d'un talent original. Je n'y ai relevé plus haut que ce qui intéressait Itiit-
toire du sujet ; il mérite d'èlre cludié en lui-m^e : il nous montre fort
bien comment un trouveur de la fin du xir* siècle s'y prenait pour amidilîer
une matière un peu courte ei surtout pour l'adapter au cadre de l'épopée
chevaleresque oli il voulait la faire entrer. Il commence par nous al^ûcr
ses sources, pour donner 1 son récit l'authenticité de convention que deman-
daient les auditeurs de chansons de geste :
L'estorie en fut trovee el mostier saint Fagon,
Tôt droit en Rainscevals, si coni oï avon.
I. Ces formes, refaites suranoi'<T, etc., sont du Nord-Est.
ï, Poatis pour poesteis (v. 1042) se trouve fort anciennement; il y a
sans doute, substitution du suffise -i^ au suffixe -edi^^.
ToDD, La Naissance du Oievalier au Cygiie
3ÎÎ
li niDui estoii pieudoD :
n lisant trueve on (v. 6-10).
Par dedans une aumair
La l'avoît mije uns abe
Gl le prist a Nimaie, si
La meniion de Nimaù (NîmÈgue) est naturelle ' : elle rattache d*ji le
poème au Chevalier au Cygnt, dont la scène, dans la version qu'a connue notre
auteur, est dans cette ville ; celle de l'abbaye d^ Ronccvaux, qui 4uit piobable-
ment en effet dédiée à saint Fagon {Facundm) ', est singulière. Elle a, sans
doute, pour but de rattacher Indireciemeui la chanson au cycle épique le plus
populaire. C'est par un motif analogue que l'auteur de l'autre version des
Enjanti changés en cygn/s fait remonter la rédaction de sa chanson i, un des
personnages les plus célèbres du cycle narbonnais :
En escrîi la fist melrt la bone dame Orable,
Q.ui moût fu preus et sage et cortoise et amable,
Dedenz les murs d'Orenge la grant cité mirable i.
La littérature épique est, d'ailleurs, familière i notre poète, ei il se plait 1
en rappeler différents héros. A propos de deux « brans » que Lotaire donne
1 ses tils, nous avons une longue allusion k la chanson de Fîortnu de Rom*,
où se mêle, avec le nom du forgeron mystique Galant, un vague souvenir des
légendes troyennes ;
^^^V^ Il a doné cinc brans de la forge Galant.
^^^^B Li doi furent jadis le roi Octeviant •
^^^^^^ La les orent pie$'a aponés Troïant.
^^^^^K Quant Miles espousa Florence le vaillant,
^^^^^1 Se li dona Florence, qui bien le vit aidant
^^^^^1 Et encontre Garsïle tierenieni combaianc,
^^^^^P Et Miles dona l'autre a un sien connisfani,
I Puis furent il emblé par Gautier le iruant (v, 1098) '.
I Quatre chansons, dont la première nous est inconnue, sont mentionnées
l comme étant chantées k une fête par les jongleurs ;
t le nord de
I. Elle revient encore à la (in du poème (v. ;]oo ss.}, ci l'auteur semble
avoir oublié l'abbé qui avait transporté le livre i Roncevaux : Li livre le lei
canient jui sont faneisirit; Qii'a Nimaie tri Ttstoire m une glist
3. Saint Fagon est un saint galicien, très honoré dans li
l'Espagne.
]. Ed. Hippeau, v.
4, Je suppose ici '
passage omis était sat:
î . Cette allusion, (
s'applique pas bien au poème de Florence dt Ran.. _.. ^ ^
en aeux rédactions : c est Esmeré qui tue Garsile, et Milon, qui u'est pas
aimé de Florence, joue un rùlc odieoï. Le poète a-t-il fait une erreur ■^-
mémoire, ou connaissait -il sur ce sujet unu chanson qui ditTéraJI de
source de nos deux versions?
i8-îo.
une lacune, à cause de Lt au vers su
is doute mentionnée la ville de Rome.
;ommc l'a déjà rcmarquO M. PigeonnM
u poème de Florence de Rame tel que n*-
334 COMPTES-RENDUS
U jogleor i font grant noise et grant tempier :
L'uns ciinie de Manin ' et l'autre d'Olivier,
Lî autres de Guion ' et li autre d'Ogier (v. J126).
Un passage tout â fait incâressani et nouveau est celui oli le poète dousJ
révèle, avec l'existence d'une chanson de geste sur saint Maurice, l'usage pouri
les nouveaux chevaliers, dans la veillie des armes , J'cniendre des chansons]
de gesie édifiantes csécutées par des jongleurs (ceui-là rentraient assunémen
dans U catégorie des jongleurs tolérés et même approuvés par l'^lUe) :
Et quant la nuis se prist un pai a esconser,
Cascuns fait devant lui un grant cierge alumer,
La vie saint Morise lor canta uns joglcr
Cesie cançons dura desd qu'a l'ajorner.
Et il furent molt prest d'oïr et escoutet (v. ;i8o-}i99).
Notre auteur ne manque d'ailleurs pas une occasion de signali;r la présenoeJ
des jongleurs :
La sont li jogleor, canteni lais, content ! dis ;
La lor donent li prince cotes et manlds gris;
Ki set dire u canter bonenient est ois (v. 40i)'
El jogleor i cantent et lais et sons et dis (v. 442).
Si conmence la joie enlor et environ,
Chevalier et sergant, jogleor et garçon (v. 657).
Jogleor cinteni sons et mainent lie vie (v. 3272).
La musique l'intéresse en elle-même, comme l'atteste ce curieux passage
qui suit les vers où sont citées quatre chansons exécutées par les jongleuis :
De la color n'estuet des estrumens plaidier :
Tôt sans nule cançon s'i puet on dclitier (v. iiig).
Ailleurs encore :
Sonent gii
I, viicles, et font grant mélodie (v. î;o).
connaît pas seulement les chansons de geste; il n'ignore pas Icsl
. de Bretagne «, mais U les regarde, avec Jean Bodc!. comme aussi ]
que H plaisants » :
r. H, Todd pense qu'il s'agit de saint Martin, mais c'est peu probable; ■
ne dirait pas k Marûn g tout court. Il semble qu'il y ait eu une chaos
de Martin très célèbre; c'est peui-éire l'origine de h focuiion si tréqueat
« chanter d'autre Martin, n
2. M. Pigeouncau, suivi par M. Todd, pense qu'il s'agit de Gui ifcB
c'est possible, mais c'est sans doute plus tôt Gui de NaiiUuil, dont oi
la grande popularité.
). C'est la leçon de A, préléntble à celle de N qui donne iiokn!.
I
i
ToDD, La Naissance du Chevalier au Cygne 335
Maintes foies avcs mainte no vêle oie
De la cort roi Artu et de sa baronic,
De Gavain son neveu et de sa conpaignie,
Et des autres barons dont la fable est bastie :
Ce fu fable d*Artu u ço fu faerie (v. 3292).
D'autres récits encore flottent dans sa mémoire. Les quatre frères du Che-
valier au c)*gne prennent en même temps que lui, à la fin du poème, la réso-
lution d'aller « aventurer ». Les projets qu'ils forment sont certainement ins-
pirés par dts souvenirs littéraires : le premier veut aller dans la « noire mon-
tagne », peuplée de tygres et lupars; le second, dans la foret où on coupe les
• ciicrubins », les cèdres et les cyprès ; le troisième, dans le pays d'Aminois ',
où 1^ reine et ses pucdes portent les armes ; le quatrième, vers « les aimans »
^t la. roche où Judas trouve quelque repos (v. 3333-3368) ^
m érudition ne se borne pas à la littérature romanesque. Il connaît le
Tagus qui roule de l'or (v. 136), la vertu des pierres précieuses et de
qui sont « entaillées » et itnaginouscs 3 (v. 144), et surtout des douze
Qu'A^iam avait ramassées dans un ruisseau du paradis (v. 314). Des sou-
"^^xiirs de rhétorique lui reviennent : il fait combattre, pour le sort des enfants,
^tsre et Destitue (v. 2856). Mais c'est dans le domaine religieux qu'il pos-
et qu'il se plaît à étaler des connaissances particulièrement étendues.
longue prière que fait le roi Lotaire (5 58-644) ne présente pas, comme
^*^^tres morceaux du même genre, une suite de lieux communs agrémentée
^c traits apocryphes, mais un choix d'épisodes intéressants de l'Ancien et du
Nouveau Testament. On y remarque cette conception gnostique, souvent
'^^P'^oduite au moyen âge, qui a inspiré V Evangile de Nicodibne (2« partie) et
^^rtains chapitres du Physiologus, d'après laquelle Dieu, en prenant forme
*^^tnaine, a tendu au diable un piège habile et heureux. L'auteur d'Elioxe est,
** ^lleurs, ce qu'on peut appeler clérical : il insiste à chaque occasion (v. 486,
^^4» 1652) sur l'efficacité des prières des prêtres et l'utilité des fondations
P*«Uses. Il se plaît à décrire les cérémonies liturgiques, et nous fournit môme
* ^^ Sujet plusieurs détails intéressants (v. 539, 550, 650, 1276, 1454, 1479,
^^^^, etc.). C'était, sans doute, un clerc, devenu peut-être jongleur, comme
d'autres, mais jongleur de bonne compagnie, ami et familier des nobles ;
>' On ne peut lire, à cause de la mesure, ni Ama:^onie, ni Fcmenie; je
^^ï^sc cependant ({\x^ Amincis est une faute.
2. L'histoire de la montagne d'aimant seurouve partout et celle de la
^pche de Judas en beaucoup d'endroits; mais je ne vois qu'un récit où ces
^^itt traits soient mis en rapport : c'est celui qui a sen'i de base à la pre-
mière suite de Huon de Bordeaux (y oy, Esclaniiorm^ éd. Schweigcl, v. 966 ss.).
3. ImaginouSf soit dit en passant, me paraît être la forme première de
^^inous (voy. Godefroy), oui par substitution de suffixe est devenu niaginois,
*c sens de ce mot savant s'etant d'ailleure effacé, et maginois voulant simplc-
^i^tdire « superbe, précieux ».
-À.^
336 COMPTES-RENDUS
car, d'accord en cela avec U plupart des jongleurs qui voulaicin
seigneurs, il regarde comme funeste l'introduction de vîlaius dans k' gouver-
nement (v. 66), il prêche les pures doctrines féodales (v. 55-58, 68-69,
757-769, 1708-1711, 1715-1719, etc.), il trouve parlâîtc l'-iilucation du
jciinc Lotaire qui, d'aiUeurs, ne sait ni lire ni écrire (v. 1 549, 1682) ;
L'enfez crut et amende, et molt par fu saçans :
D'cskiès sot et de tables et d'autres estrumans,
Bien savoii cevolcier avoec les bohordans ;
Molt en fu liés L pères (v, 41-45).
Pour plaire à ce milieu chevaleresque auquel il destinait son poème, il l'orne
de descriptions d'armures, de caparaçons (v. joé), de chiieaux(2o8i), et sur-
tout de lèies et de largesses. Signalons ces'détails sur l'adoubement dus cinq
jeunes chevaliers et de leurs compagnons :
La roïiie fait mctrc trente cuves el pré.
Et si sergant i sont qui l'aiguc ont aporté.
Desor cascune cuve avoit tendu un ti£,
Por çou que li bains fuse a cascun plus privé.
Et qui onques si baigne la roine a doné
Cascun cemise et braies qui sont a or broudé,
El fremail a sou coi de fin or noielé;
U braîel sont de soie enlaciet et jeté,
Cascun coroie blance, pendant sorargenté,
Et aumosnicre aussi de paile et de cendé,
Et en cascune avoit sis besans d'or leiré
Dont il feront aumosnc, et Dieus le prenge en gré ;
Et avoec tôt ijou n'i sont pas oublié
Les coifes et les gans (v, jo6i),
Dans ces fêtes, avec les chants, les dits et la musique des jongleuis, la
haute société a d'autres plaisirs encore :
En la place ot vallès, qui as cscus vautis
Desregneni l'un vers l'autre lor valor et lor pris,
Hurtent, luitent as bras : s'uns en ciet, s'a haus cris.
Si ne puet eschaper sans molt grant hueîs.
D'auire pan sont li ors et li cien, uit u dis,
Ki U refont grant joie et grant pcsielels.
D'autre part sont li ûnge qui lor font les faus ris.
Tout issi a la fesie s'est cascuns entremis
Des plus beis gius a fjirc qui lor furent apris (v. 404).
Les nouveaux chevaliers eux-mêmes se livrent avec ivresse à U joie de
briser des lances eu Mordant (v. 32]i-}i7o).
Mais le morceau capital , parmi toutes ces piùccs rapportées sur le fond
I ùmple du vieux conte, est le récit de la guerre menée par Lotaiie conire le '
ToDD, La Naissanc du Cheivilîtr au Cygnr 537
roi païen Gordoces. Les dL-tails de ce long hors-d'ccQvre (v. yîi-i^îl) sor-
tent tout i (ail de la banalité ordinaire : on y voit par exemple l'habileté des
bons engigjttors cmptayi^;, au moyen de barrages, d'iduses, de poutres aigui-
sées, à briser les remparts d'une ville et â l'inonder. Assurément les cheva-
liers experts ea matière de guerre éi:autaient de semblables descriptions avec
une attention toute particulière; mais elles n'avaient pas pour tout le monde
un intérâi aussi vif, et c'est ce qui explique peui-ètre le peu de popularité
qu'obtint notre poimc en comparaison de Bialrix, qui ne le vaut pas. C'est
précisément parce que l'auteur d'blîoxe est plus personnel ' que d'autres qu'il
devait avoir peu de succès 1 une époque et dans un genre où l'on n'était
guère habitué ^u'd des lieux communs.
Dans cette transformation chevaleres<jue on peut se demander ce que
de\-icnt le vieux conte qui fait le noyau du poème. L'élément mythique en
est asseï effacé; mais le merveilleux en a conservé sa grâce naive. Notre
poète excelle dans la peinture des délaits, et son style simple et expressif
s'applique parfaitement â la narration familière. Je veux en donner quelques
exemples, où l'on reconnaîtra, comme le remarque M. Todd, o poeticsl sim-
plicity, directness, and beauty. a L'envoyé de la reine-miTC a obstrué, avec
les deux corbeilles où reposent les nouveauK-nés enveloppés dans du foin, la
peiiie fenâtre de l'ermite :
En la chapele estoit li ermites laians,
La nuit devant l'autel, tos si:
Des peciés qu'avoit fais, dot
Matines ot camées, si n'ert pas aparans
Li jars, aîns atendoit que il fust auques grans
Por canter prime et messe, et puis s'alnst as caos...
Il vint a la fenestre, sel desfrema laians;
H l'ovri, mais n'avoit ciel n'cstoiles luisans :
Li paniers ert encontre, qui It vait aombrans;
Il ne set que ce est, molt s'en va mervellans.
Li ermites ne puct veoir ne esgarder
Le jor par la feuestre que i! soloïi mirer ;
Li vaisel sont encontre, si nés pot remuer.
a Dexl * fait il, n que (o est qui me puet estouper
La fenestre par u li jors me seut entrer?
Il est aies entor, si a fait enbrascr
1 . Cette personnalité va très loin. Non seulement l'auteur éprouve le
besoin de s excuser parce qu'il nomme des chèvres (/«nk en ai qiu jtl aie
V. iSoo), ce qui prouve que le i^iit des gens comme il f.mt, au xii* siècle,
ressemblait i celui de nos paysans; mais il exprime son idée sur le charme
des tants hâtés : Elioxe protégeant Lotaire endormi contre le soleil (Potit li
que li lallci li va 1011 vis ardatU), le poète éprouve le besoin d'ajouter (v. 17s) :
Neporqaant hanic lalli jd tieng a avtnanl.
•s dolans
II estoit repcntans;
338 COMPTES-RENDUS
Une foillc dt sap por cesii; cose osier ;
Quatre enfans a trové au fain desvokper :
■ Ce m'a Dcï envoiii, a fait il, « a l'ajorner.
11 a remis le faia por le caure garder.
Lieveles iex en haut, si vaut Deu mercier.
L'autre coiiiid voit, si le cort remuer.
S'a trovè trois enfans : or en puet set conter,
Ki tôt lui sont rcmés por nourir et garder :
> Dex, I çau dist li emiites, h jo t'en dai aorer,
Qjje leus De autre besie nés vint ci dtvourer.
Molt sont bel : Des les vaut a s'ymage former, o (V. 141 j.)
La douleur fcimc de la reine cl la douleur vraie de son iïls, quand ib
revcueDt, sont bien rendues dans le passage qui eommencc ainsi :
Qjiant sa tuerc le vit, a 1ère ciel pasmee.
Et il a d'autre part sa chiere envolepee
Del cor de son bliaut qui'st de porpre roee (v. 1620).
La prfmiire rencontre que fuit la jeune sœur des cygnes, qujnd l'ermî
l'a renvoyée, est l'objet d'une scène charmante de vérité naïve ;
Assise s'est un poi. A tant es vos errant
Un boskellon qui maine sa laignc a un jumaot.
■ Damojselc, n dist il, s vos menés dol molt grant.
Qji'avts vos a plorer? qui vos vadcstraignani? »
B Sire, » dist la pucele, o ja mais en mon vivant
N'arai jo si bon père com je vois hui perdant :
Ci el bos m'a laisie, ens s'en rêva muçant. »
■ T^siés vos, bêle née : j'ai un petit enfant;
Vos mînrOs avoec moi, sel m'irés coDportant.
Vernis cnt avoec moi. Ele lieve en estant.
Si porsiui le bon home qui le va cariaot.
En maison est venue a soleil esconsant.
Evroîne sa femme li vient ester devant,
En son braç li aporte son enfançoa riant.
Ci) rue le eavestre sor le col del jumant;
L'enfam prent en ses mains, sel baise en acolant (v. 2J31).
Artivi^ parmi ceux qui n^endieni leur pain ù la cour de Lotaire, l'enl^
l^r M grlce et sa beautés attire l'attention du sénéchal chargé de Eaii£
distribution des pains :
» Bcle, " dist li vjllèi, v se vos m'aviiés chier,
A le fois vos donroie de pain plus grant quartier.
Lc\-és haut vo visage : on ne doit pas bronchier. »
l*ti« le pat le menton, si li a fait haucier (v. 2471),
ToDD, La Naissance du Chevalier au Cygtw îj9
Il la. suit quand <A\e va aoucrir lu cvgncs, s'émcrvdilc de b privauté que
lui monireni les oiseaux, sauvages pour tous les autres, et veut prendre avec
die des liberiài qui lui réussissent mal :
Li senescals conmenec le petit pas aler;
Mais cde n'en sot mot sd vit [es li ester,
Et li cisoe oinmcnceni toi ven lui a siller.
Apriïs ccli s'asist, si le vaut acolcr,
El celc l'aparolc com ja oîr poris :
B Ahi I bels sire, en vos a m bel bacelcr I
Qpel desiricr avi^ de povre cose amer.
Quant vos en tant maint liu poCs trover vo per? «
Uns des dsnes s'eslieve, de! giu le va haslcr,
Que parmi !e visage li faii l'de dngler :
Cil jeté apràs la main, por ariere bouler ;
Li autres par deriere l'est venus assener.
Si le fiert en la teste le capel fist voler;
Li tiers le vait gaitant por bien sou colp jeter.
Tôt sis li vont assez grant entente livrer ;
Tart li esc qu'il se puist d'illueques desevrer ;
Son cief de son maittel prent a envoleper,
Si s'en fuii quant que pié l'en porent aïns porter (v. 2517).
Si tous CCS ubieaux ont du charme et de la grâce, il y a une vk-ritable '
énergie dans b scène oti Lotaire iorce sa mère i lui avouer son méfail :
« Non, merc, a disl li rois, n vos dires ai
Molt m'avés or meniî par lonc fabloicmeni;
Mais par la foi que doi a Damedieu le grant,
Le cief vous couperai de m'espee trencant, n
— Si l'a sadc (ors, forbie et flanboiaut, —
■ S'autre cose ne dites; ja n'en ar^s garant. »
* Bels fiuï, je te portai et norri alaitantl
Garde toi que deables ne te voisi engignant :
Honerer dois ta mcie, ce troeve l'on lisant a
R Mère, » ce lUst li rois, « la verte vos demani :
De b mort Elioxe me soiis voir disant.
Se nel dites molt tost, ja sarés com trencant
Sont li cotel de fer que lieng cî en prcsani. •
Dont aesme son coup por li bouter avant (v. 2766}.
La miïtaraorphose des enfants en cygnes, sous les yeu& de leur sccur,
quand ils se ri.^veillent aprOs l'enlùvement de leurs chaînes, est présentée
d'une fa;ou à U fois mystérieuse et précise qui rappelle les meilleurs mor- .
ccaux d'Ovide dans le m£me genre, sans leur rien devoir :
Tant dbrment li enfant que jors fu esdards.
Quant li premiers se fu de son songe espcris.
340 COMPTBS-RENDUS
Il dcjCtc SCS bras ausi com par ddts :
Il senti par les meubres, les graos et les pctis,
Qpc nature <:angoii : et en cors et en vis
El en bras et en jambes, par tôt a pannes mis.
S'est devenus oîsiaus si bbns com flots de lis;
De parole former n'estoit pas poëstis.
Ainsi (isc il as autres, tant qu'il sont ttesioi sis
Blanc oisel devenu, si se sont en l'air mis...
11 sont blanc, s'ont lonc col, et si ont les pifs bis.
Tôt c'csgarda lor suer, qui avoit son cief mis
Dcsos son covertor, mais c'un poi pert ses vis (v. ïo^s).
On voit que la publication de M. Todd apporte un vériuble enrichissement
à notre vieille poiisie, et mérite sous plusieurs rapports l'atieniion et la tccon-
naissance des littérateurs et des savants. G. P.
Novelle e poésie francesi Inédite o rarissime del secolo
XIV. — FirL-nzc, stabilimcntQ Giuseppe Civelli, MDCCCLX-XXVUI. — Pet.
in-fol. XVii-6j pages (tiré â cinquante exemplaires).
Ce livre est un de ces ouvrages somptueux que les bibliophiles se plaisent
i publier en des occasions solennelles, et oii l'on j'efforce de réunir toutes les
élégances de l'art typographique. La forme s'impose tout d'abord â l'attention.
Disons donc que le papier imite à s'y méprendre le vélin, que l'impression
est très soignée, que le tirage est d'une parfaite uniformité, que les encadre-
ments en couleur (la couleur varie, mais le dessin ne change pas) sont du
meilleur goût. Le titre seul, cette pierre d'achoppement des plus habiles
tj'pographes , offre un mélange de caractùres qui ne me satisfait pas. Dans
l'ensemble, cette publication est un véritable joyau ^pographique, digne
d'être offert à la reine d'Italie, i qui elle est dédiée.
L'éditeur ne s'est pas fait connaître, mais nous croyons pouvoir révéler sans
indiscrétion qu'il n'est point autre que le savant et obligeant directeur des
archives de Piémont, M. le baron de Saint-Pierre i qui sont dues tant de
publications relatives i l'histoire du Piémont et de la maison de Savoie. Les
« nouvelles et poésies » éditées dans ce riche volume sont tirées d'un ms.
appartenant i une collection privée, qui a dû être écrit dans le Val d'Aoste.
En divers endroits apparaissent les armes de la maison de Challant (Val
d'Aoste), accouplées parfois à celles de la maison de La Chatnbre (Sa\-oie).
La vallée d'Aoste, comme la Savoie, a été, dÈs le xv siècle, sinon plus tâi,
attirée dans l'orbite littéraire de la France. L'idiome local n'y a jamùs été
écrit, et le français de Paris y est devenu la langue de la littérature d'abord et
bientôt après de l'administration. On possède plusieurs mss. français écrits i
Aosie. Par exemple, le ms. L. V. i} de la Bibliothèque nationale de Turin
contient une copie du Livre du chevalier de la Tour Landry pour l'ensei-
gnement de ses filles, exécutée à Saint Vincent, prés Cliatillon, entre Aoste
Novellc e poésie francesi inédite del secolo XIV 341
et Ivriïe, eii 1472 s et ricijmment an signnlait un missel à l'usage du prieuré
de Saini-Ours, d'Aosie, exiîcuté avec luxe pour « messire George Je
Ciiallant... archidijcre et chanoine d'Ouste », en 1499 '■ L'eipiicit, men-
tionnant les drconsianccs dans lesquelles ce missel a Été fait, est en français.
Le ms. qui a fourni la matiire de la présente publication se compose de
144 feuillets. Il est incomplet Je la tin. Dans son ^'tat actuel, on y trouve :
1°, fol. I , « le Livre du conccit des princes Melibée, n traduction très répandue
du Liber Cùiuolalionis tt eomiiii d'Albenano da Brescia > ; 3», fol. 36, « le
dit des Oyseaubt et le Conseil des Oyseiulx, n deux courts poèmes, sur les-
quels nous reviendrons plus loin; ^°, fol. 42, le roman en prose de Pontlius
de Galice, dont on a beaucoup de mss. et plusieurs éditions anciennes (voy.
Romama, XV, 275); 4» La clMtlaiiK du Vergier, en prose; 50, fol. ij2,
L( d^bat des deux sarun , en vers , incomplet de la fin , petit poème qui a iti
réimprimé par M. de Moinaiglon, Recueil, IX, 192.
Trois de ces morceaux sont ici publiés : la Clmltiaiiie du Fergier, le dit des
Oyseaulx et le Conseil des Oystaulx.
Le premier de ces ouvrages est la mise en prose de la Chdlelaine de Vergi,
gracieux poimc publié par Méon (^FMiaux, IV, 296) dont les mss. sont
assex communs*. Mais on n'avait pas encore signalé, 1 ma connaissance du
moins, la rédaction en prose. Il est assez probible qu'il lâut la reconnaître
dans un article de l'Inventaire des vaisselles, jcyaiix, tapisseries, peintures,
vianuxrits, etc., de Marguerite d'Autriche, publié par M. Michelanti, qui est
ainsi conçu : « Item un aulirc moien (livre) qui ce nomme la vray histoire
de la Chasleileiiu de Vergi. n Celte rédaction suit d'abord le texte en vers avec
une assez grande exactitude, comme on pourra s'en rendre compte par le
I, En voici VexpUcil qui est asseï curieux : <t Si finist le livre que le elle-
« valier escrist pour l'cnseignemeni de ses fillies. Escript a troys doys de la
u main du petit coucyn de Saint Vincent en la Valdousie, 1 ant (sic) mil
« .iî{.c. Ixiij., et commence du moys de ianycr, a l'ennour de mons' de
s Brandilz (^Brandi^io, près Turin), a qui Dieu dont grant honner (lii:) et
■ bonne vie, et a moy qui l'ay uscript paradys et tous bons chrestiens.
I. Ft. Carta, Di un messale valdoslaiw del ik. XV. Roma, t88s, in^".
Cf. BSit. de TEcole du cliarles, XL VI, 345.
j. Le texte latin a été édité en 187J par M. Th. Sundby pour la Cliaiieer
Seeiety. Voy., pour la version française, p. xvm de cet ouvrage.
4. J'en ù relevé six copies 1 la Bibliothèque nationale dans ma notice des
mss. de U Clayette (_Not. et extraits des ms. , XXXIII, i, 84). el il y en a un
ms. i Gentve {Bulletin de la Soe. des am. textes, 1877, p. 87), un â Valen-
cienness (n" 398 du Catalogue Mangeuti, un i Hanovre (Ramania, XVll,
160), et ce ne sont sans doute pas les seuls. Christine de Pisan en parle
dans le Ddmt des deux amant!. Froissart et Eustache Deschamps (éd, Qticuit
de Saint-HiLiire, II, 182) aussi font allusion à k châtelaine. M. G. Raynaud
en prépare une édition critique pour la Ramania,
S- Bulletins de la caiiimissim royale d'Iiiftoire de Belgique, )« série, XII, 55.
J42 COMPTES-REXDUS
début ci-iprès rapporté; mais bientôt la version ne tarde pas i devenir ircs
libre. Soit que le traducteur ait arbitrai renient modifié son texte, soit, hypo-
thèse moins probable, qu'il ait eu sous les yeux une rédaction différente de
celle que nous connaissons, ît donne le nom de Tristan au chevalier qui,
dans le poâme, reste anonyme.
Barbazan-Meon, rV, 296,
Une manière ât getU sunt
Qui d'eitrt loîat lanbîani fvnl.
Et de si hten consoil celer
Qu'il se cm'ient en ans fier;
El quant vient qu'aucuns si descuevrc
Tant qu'il sevtnt Vamer tt Tuevre,
Si TapaiitUttt par U pais
Et en fçnl hr gas et lor ris.
Si avient que cil joie en pert
Qui te conseil a dexoitvrrl :
Quar tant corn Vamours est plus
Sunt plus marri li fin amant
Quant li uns iTaus <fe Vautre cm
Qu'il ail dit ce (jae celer doit;
Savent tel mescbief en avient
Que ramorfalir tn coi'ienl
A grant dolar et a vergoingnt,
Si corn il avint en Borgoingne
D'un clmalier prcu et hardi
El de la dame de Vergi
Qiu liclievaliers tantprïa
Que la datHe li olria,
Par ittl convenant s'amor
Qu'il seûsl qu'a l'eure et au jor
Que par lui serait àtscouverle
Lor amor, qu'il I atroit perles
El de l'amor et de Folroi
Qufle li ol faite de soi.
Aucunes gens sont quy tant i
pcUcnt lobuh ci secreps et n
semblant de donner bon conceil qoy
(=: que) par celles raisons et pour leur
bel parllertresdecevani, les gensse fient
en euk, si que, par droitte foy, amour
et charité, les gens s'i fient et ceub;
lesdestn;iseatdeleur intencion, parce
que ceulx quy le veuilent sawir pro-
mettent de tes celler, et eulx. par leur
courage irahistre et faillv, tantosi
qu'ili ont la poceswon , s'efforcent de
les descouvrir et desceller, a la gr.int
blasine, confiisioii et honte de ceubc
quy feabicment s'i lient et leur ont
ouvert et desclos leur penci^'cs. Et les
langues de telles gens stmt comparées
aux langues des serpens qui souicni
tout se qu'elles touchent, nafvrent • 1
mort :■
Ung puissant duc de fiourgoigne
(ust, lequel avoii en sa court plusieurs
nobles princes, contes et barons, che-
valiers Cl cscuiers, et entre les autres
ung nommii Tristan . son premier
chevalier, quy tant estoit nobU
lant et plain de toute biaulté, que riens
ne luy faîUoit quy se apparteoisi
noblesse -, et mcsmes estoit tant bel
personne que c'estoii mervôlles, et
si bel service et si gracieult en ses
afbires que tous ceulx de 1:
tandoieotalionneurprenoientexcmplc
a luy et a ses euvres.
A la page }2 du texte en prose sont placés dans U bouche de h
de Bourgogne ces quatre vers présentés comme une chanson
,il-
;ns I
1
Novelle e poésie francesi inédite del secolo XIV 343
ChastelayiUy soyés bien joincte,
Car bel amy avés et coinitey
Et si savés bien le mestier
Du petit cJjiefitiet affaictier.
Les deux premiers se retrouvent dans l'édition de Méon, XV, 707-8.
Le second des morceaux publiés dans ce splendide volume est le Dit des
oiseaux^ dont on possède plusieurs éditions gothiques qui diffèrent notable-
ment entre elles. M. de Montaiglon Ta réimprimé dans son Recueil (I, 261),
d'après une édition parisienne qui paraît être d'Alain Lotrian ou de Jehan
Jehannot. Une autre édition, de Jehan Trcpperel, est décrite par M. E. Picot
dans le Catalogue de la Bibliothèque du baron J. de Rothschild y sous le n^ 552.
Le texte da ms. de la vallée d'Aoste se rapproche beaucoup de celui qu*a
réédité M. de Montaiglon. Pour qu'on puisse se rendre compte des rapports
des trois textes, je vais indiquer Tordre selon lequel les oiseaux y sont mis en
scène.
i
31s. d'Aoste. Ed.
Montaiglon.
Ed. Trepperel.
Paon,
Paon.
Coq,
Pélican.
Pélican.
Faisan.
Cigogne.
Cigogne,
Aigle.
AigU.
Aigle.
Grue.
5 Cygne.
5 Rossignol.
5 Victeur.
Butor.
Vautour.
PJjénix.
Perdrix.
Perdrix.
Cygne,
Faisan.
Faisan.
Pélican,
Phénix,
Phénix.
Paon,
oGrue.
10 Grue,
10 Cigogne.
Coq,
Corbeau.
Coulon.
Corbeau.
Coq.
Perdrix,
Coulon.
Coulon.
Corbeau,
ToÊtriereUe.
Tourterelle,
Tourterelle.
S Buppe.
15 Huppe.
15 Huppe
Chat huant (Chahua).
Chat huant.
Cimt huant
PU.
Pie,
PU.
Geai,
Roitetet.
20 Aigle,
Victeur.
Faucon,
Corbeau.
Passerat.
2$ Rossignol,
Huppe,
Papegay.
344 COMPTES-RENDUS
Coulon.
;o Clioiulk (Chauc).
Faùmi.
Vautour (Vultre),
CliarJonnfrtl.
Vachelct.
On remarquera que, dans l'éditioa TreppercI, certains oiseaux panùsscni
deux fois (le faisan, a et ji), !c coulon (ii et 39), le corbeau (1} et 3;)> 1^
huppe (i^ et î6), le vicleur (5 et 21); mais chaque couplet est différent.
Le ms. et l'édition reproduite par M. de Montaiglon représentent sensiblement
le même texte. Il en est probablement de même d'une copie que renferme
le ms. 907 de Tours. Les additions considérables qu'offre l'édition Trepperel
indiquent que cette peiite composition a dû iire très répandue. Ce qui le
prouve mieux encore c'est que ces quatrains et les 6gures qu'il* doivent
accompagner ont servi à rornementation. Les parois d'une des tours du
château de la Barre (Indre) sont ornées de pdniures représentant, entre
autres sujets, des oiseaux au dessus desquels se lisent nos quatrains; voy.
une communication insérée au Biilkliii an cmnilh historiques des arli ri monu-
ments, t. 111 (1852), pp. 123-4.
Vient enfin (pp. 5>-63) le Conseil des oiseaux, dont on connaît une édition
gothique trùs rare, qui n'a pas été réimprimée. C'est un po^me en couplets
de cinq vers octosyllabiques (aabba), oii les oiseaux expriment tour i tour
des maximes en rapport avec le caractère qu'on leur prêtait au moyen Sge.
En somme, nous devons sjvoir gré au savant éditeur de celte inléressanic
publication : le seul regret qu'on puisse ressentir, est qu'elle soit hors de la
portée de la plupart de ceux qui poutraieni en profiter. C'est pourquoi j'ai cru
devoir en indiquer en détail le contenu. P. M.
I capostiplti dei manoscritti délia Divlna Commedia-
Ricerclie di Carlo Tfi-'flER, Winterihur, 1889. In-8.
C'est un principe élémentaire de la critique que, pour préparer l'éditioii
d'un ancien auteur quelconque, il faut préalablement viser à reconstituer le
texte original ou du moins un texte qui se rapproche le plus possible de
l'original perdu. Pourtant le travail préparatoire qui s'appelle ia clasdfica-
tion des manuscrits ne parait pas avoir été la préoccupation principale des
nombreux éditeurs de la Divî'iii Commedia : ce qui s'explique, du reste, par
le nombre extraordinaire des manuscrits qui nous en sont parvenus. C'est
seulement d une époque relativement récente (1862) que Witte, un homme
qui consacra toute son existence à l'ttude du clief-d'ceuvre de la littérature
italienne, se mit à l'entreprise avec une ardeur qui produisit des résultats
imporianls, sans doute, mais tels toutefois que personne n'oserait les appeler
défmitifs. M. Mussafia, avec sa pénétration habituelle, posa de
T.EUBER, l coposlipili (là manoscTilli ddia D. Commedia 345
question quelques onni'cs plus tard', et tit connaltri: les variantes prin-
cipales de quelques mss, Enfin, dans ces derniers temps, A très peu d'in-
tervalle, trois publications ont paru, qui visaient le mStiie bui, la classi&ca-
lion des mss. de la Ditiina Commtilia. Les deUK prcmiÈres, un gros volume
de M. Moore et une communication de M. Moiuci à l'Acadi^niie des Lincei
(voy. Roin., XVIU, )4}), uc prétendent pas Être des travaux définitifs, mais
tout simplement des contributions : le troisième, un volume de 148 pages de
M. Tiiuber, par son titre mime révèle l'intention de l'auteur d'arriver
jusqu'au bout de li question et de b résoudre tout entière, en gros et en
détail.
Quoique chacun des auteurs ait travaillé pour son compte, leur point de
départ à tous a été, au point de vue général, le mémci et on pourrait le
résumer en très peu de mots : parvenir i la classification des mss, de Dante
par un procédé qui soit le contraire de celui qu'a employé Witte : c'est-à-
dire, utiliser qiieJqMS variaates relevées dans tous les chants du poème, a\-ec
la précaution que ce ne soient pas des variantes qui puissent être attribuées au
système particulier d'orthographe ou â la prononciation spéciale du copiste,
ttiais des variantes portant exclu si vemetit sur le sens; tandis que Witte
préféra mettre i profit toutes les variantes d'un seul chant (le y de VEii/er).
La nouvelle méthode nous parait excellente dans son ensemble, et, appli-
quée avec beaucoup de prudence c( surtout de patience, elle pourra amener
•X des résultats satisfaisants : ce qui est déjà prouvé par les applications pra-
tiques que MM, Monaci et Moore, dans des proportions difierenics, ont
essayées ù titre d'échantillon. Mais il n'en esi pas de mdme de M, Tâuber
qui 3 abusé, il faut le dite tout de suite, de la bonne idée qu'il avait eue, et
avec une précipitation impardonnable a cru pouvoir aller beaucoup plus loin
que les autres. Le but qu'il s'est propo^ d'atteindre a été de rechercher les
mss. d'ofi les autres sont dérivés (soit que ces derniers existent encore, soit
qu'ils aient disparu) et qui, par conséquent, se rapprochent le plus de l'origi-
nal; et pour y parvenir, il a tiré de 400 mss., ou peu s'en faut, quelques
variantes se rapportant au texte de treize chants de l'Enfer, dix du Purga-
loin et tteiîe du Paradis : ces éléments lui suffisent pour procéder h une pre-
mière élimination, dont le résultat est de lui faire mettre de cAté tous les
mss. où se trouvent une ou deux variantes qui ne se lisent pas ailleurs. Ainsi
sont éliminés plus de la moitié des mss. Il en reste 180 qu'il examine ensuite,
i l'aide des mfrnps variantes et avec le même système qu'auparavant, sauf
la diflérence que les variantes ne figurent plus isolées mais sont rangées par
petits groupes : il réduit ainsi le nombre des mss. dignes d'être pns en consi-
dération nu chiiïte de 39. El comme parmi ces derniers il y en a plusieurs
qui, étant incomplets ou pour d'autres raisons, doivent être rejetés, des 400
I. Siil Usin ddla D. Cainmfjia. Vienna, 18É5 (comptes-rendus de l'acjd.
de VieniK, cl. de phil. et d'hbt. XLIX, 141 et ss.).
346 COMPTES-RENDUS
tnss. il n'en reste i b fiu que 17 : ceux-ci seraient, selon lui, les capaslipili qui
pourront et devront servir i la constitution du texte.
Le ril'sumé que nous venons de donner en très peu de mots suffit, sans que
l'on tienne compte des détails ', ù donner une idée de l'inutilité, et il dm
même dire de !a déraison de cette publication. Je me bornerai ici i des consi-
dérations d'un caractère général et qui ne peuvent échapper au critique le plus
indulgent. lîis !e coramencemcnt, M. T, annonce qu'il se propose de
retrouver les chefs de famille des mss. de la Commedia : pouiiant, il pourrait
hien se faire qu'aucun des mss. qui sont arrivés jusqu'à nous ne méritai ce
nom; et d'autre part, s'ils ont survécu, pourquoi ne se trouveraient- il pas
d.ms la ceuiaine de rass. que M. T. n'a pas examinés, simplement parce qu'ils
n'étaient pas à sa portée? Car on doit constater que M. T., qui se proposait
un but si difficile i atteindre, a cru pouvoir se passer du cinquième environ
des mss. qui nous restent. En outre, il ne s'est pas dit que les mss. de Dante,
milme les plus anciens, ont pu être compilés sur différents exemplares', et
que, par conséquent, pour que son travail pût avoir la prétention d'ém
définitif, il aurait dû non seulement étudier tous les mss., mais encore tirer
des variantes de tous les chants du poème. M. Moore a insisté â juste titre sur
la nécessité de dépouiller tous les chants : car autrement, nous en somme!
i peu près toujours au même point où nous en étions avec la méthode stri-
vie par Witte. 11 me semble aussi que M. T. a eu le tort de poursuivre d'un
bout i l'autre sa recherche avec les mêmes variantes : tandis que, si je ne au
trompe, c'était un matériel qu'il fallait renouveler à chaque élimination. Ea
effet, il se peut que des variantes fondamentales suffisent pour déterminer
une pretnière séparation entre un certain nombre de mss, et les autres : mais
il est aussi évident qu'au fur et ;l mesure que le nombre des mss. entre lesquel»
. Je me bornerai ici i en relever un seul : et c'est que M. T. donne
rs le chiffre représentant le nombre total des mss. qui contiennent
leçon, sans januis donner au lecteur l'indication précise d'un seul ms.
2. La possibilité d'un tel procédé aurait dit se présenter à la pensée de
M. Tduber lorsqu'il s'est arrêté sur la variante a^aticm/a (Inf.. II. 4) qui se
trouve seulement dans le ras. Vat, 5199 et dans un ms. bolon.iis, alors que
le premier n'est dans aucun fapport avec le second, mais appartient au
contraire (c'est l'opinion de M. T.) au groupe Boceacci. Or, M. T. se pose
iui-méme la question de savoir si le ms. du Vatican a été copié sur le
bolonais? 11 se répond que non. Moi non plus, je ne crois pas probable une
telle dérivation. Mais ce que je crois encore moins probable c'est ce que,
M. T. donne comme tout d fait sûr : c'esi-l-dlre que dans ces deux cm il
s'agit de dlsIriKlions des copistes. Car je ne puis imaginer deuit copistes qui
travaillent chacun de son cOté, et qui pourtant se rendent coupables de I>
même faute, sans qu'aucune cause commune puisse la justifier. Je laisse
M. T. la tlche de démontrer comment il se fait auc le ms. Vat., tout ea'
étant complètement d'accord avec les autres mss. du groupe Boceacci pour
des variantes fondamentales, contenues dans le même cnant, pour ce mot-U
se range du cdté du ms. bolonab.
I
T.£UBER , / capostipiti del manoscritti délia D. Comnudia 347
il s'agit d'établir un rapport possible devient moins nombreux, le choix des
variantes doit être plus large et plus étendu. Cest-à-dire que lorsque l'affi-
nité entre quelques mss. paraît probable par l'accord des variantes fondamen-
tales, il faudra contrôler et confirmer ce résultat par la comparaison des
variantes d'une importance secondaire. II est de toute évidence que , si l'on
avait la bonne fortune de rencontrer deux ou plusieurs mss. dérivés en ligne
directe de l'original, bien qu'exécutés à des époques différentes par des
copistes de différentes provinces , l'on remarquerait entre eux non seulement
un complet accord pour les leçons fondamentales , mais aussi un accord plus
ou moins fréquent dans l'orthogripliej les formes grammaticales, etc.
Beaucoup d'autres questions , plus ou moins embarrassantes , pourraient
être posées ici à M. Tâuber. Mais je crois que ce que je viens de relever est
déjà suffisant pour montrer quelle mauvaise application a été faite par M. T.
ti*une excellente idée.
U y a sans doute quelques observations utiles dans le volume de
M. Tâuber, mais qui, à coup sûr, ne méritent pas tout un livre. Ainsi l'éta-
blissement d'un groupe de mss. Barberini à côté d'un groupe Boccacci paraît
assez vraisemblable : toutefois je ne puis me dispenser d'observer que ce ne
sont pas les éliminations des mss. qui ont amené M. T. à ce résultat, mais la
remarque de certaines ressemblances extérieures entre les mss. qui devraient
constituer le groupe Barberini. D'ailleurs, que l'infatigable copiste auquel on
les doit soit l'auteur des Documenti d^Amore, voilà ce qui n'est pas prouvé et
ce qui parait très improbable.
En résumé, ma conclusion ne saurait nullement être la même que celle de
M. T. qui s'est flatté d'avoir mis les admirateurs de Dante en état de
c s*abreuver » aux pures sources du plus grand poète du moyen âge
(p. 150). C. DE LOLLIS.
PÉRIODIQUES
1.— Zeitschrift FUR ROMANiscHE Philologie, XIU,}-4. — P. sSî.Eggert,
Enhuicklutig der nonnannisclxn Mutularl im Dtpiirttmtnt de la Manchf iind avj
dm Insein Giierncs/y und Jersey. Ce travail complète ceux de MM. Kùppers et
Burgass sur les autres parties de la Normandie (voy. Rom., XIX, i i 5), Il se
recommande surtout par les exemples que l'auteur, grâce à la libéralité avec
U'quellc M, Suchier lui a tximmuniqué ses riches mitériauK, a pu tirer de
textes inédits ou peu accessibles. Il est d'ailleurs judicieux (quoiqu'au début
il eût été bon de mettre plus en lumière le peu d'ancicimeié et le caraa^
dù'yi très francisé des chartes normandes) et sera consulté r\vec fruit , mais il
présente souvent un ordre défectueux et bien des négligences de détail (par
exemple pluvia rapporté i. û, rota i, 0, uei et Ui confondus avec w et il,
au = au et au = al traités pèle mêle, -eur dans mirtur =: mireoT pris potir
-oi'r, etc.). L'idée que ntn = Un ^ Tan est déjà dans le wm de Gormoud
(p. ;97) est bien peu probable-, il vaut mieux lire uem. La conjugaison dans
les patois est très incomplète, mais c'est sans doute en partie à cause du
manque de documents. — P. 404, Behrens, ElymolqgUs. 1. Fr. oriental
:^-ayi =^ audire vient des formes précédées de nous, vous; l'auteur cite à ce
propos quelques exemples analogues. Dans les cas où Vs analogique n'appa-
ratt qu'après 011, on peut se demander si l'on n'a pas affaire â l'ancienne forme
otts. — ï. Fr. or. ^iiy = auca. C'est ici un nom auquel s'est aggltitinée la
terminaison des mots précédents comme Us, mes, nos, deux, etc.; on sait
combien cet accident est fréquent dans les parlers créoles. M. B. cite avec
raison entre qml\ ytux comme un exemple de son intrusion en français
littéraire ; toutefois il n'est pas exact que « thatsâchlîch » le français n'ait plus
pour ceU d'autre pluriel que -{yeux ; il dit Vhomiiu aux cent yeux, une part
d'yeux, privé d'yeux. — 3. Fr. sèpoule : vient probabiemenl du wallon sipouU
:=spauU(i.h. ail. spuola). — 4. Fr. flndle. Pensant que c'est le même mol
que lenelle. M, B. réunit un certain nombre d'autres exemples d'addition d'un
é en léte d'un mot, et en donne une exphcation qui parait asseï douteuse;
je serais porté à y voir toujours l'influence de l'art, pluriel (et aussi de mes,
Us, ses) qu'il admet dans les l'neiks devenu l'ètnelle d'où une HnelU. Mais ces
questions complexes et délicates demandent un mùr examen. Q.uant i
èlm-tie, il se retrouve ailleurs sous la forme ètnelle, qu'on ne peut guère séparer
de l'a.-fr. tsIenelU; dès lors, l'explication de M. B. (déjà proposée par
Graiidgagnage, Sigart, ^'ermesse) perd dans ce cas spccial toute probaKlité.
PÈRIODiaUES ;
WM, OS (au lieu de imis). Rapportant les explications aniérieurc
ce phtinomtoe connu, M. B. y ajoute des conjectures ingénieuses qui-i
rofriient d'être prises en considération. — 6. Fr. or, tStlp d" (d'alout dt)- 1
M. D. montre que celle locution ne s'emploie pour oxte qu'au sens iiistru-
tneRLtl, et que par consiKjueiit le J* y est syn tactique et non euphonique. —
7. Fr. im ! la seconde syllabe doit être loul et non Ul comme on l'admet. —
S. Dauph. cûuncou (oncle), \ (approcher du fr. tante, du nap. vavo. — 9.
Prov. avaissa , avais. M. B, montre que la forme vaissa subsiste en pr.
mod. avec le secs de noisetier ; avaism peut venir de vaissa par addition
d'un a ou vaissa A'avaissa par suppression; M. B. donne, avec l'aide du
Trtsor de Mistral, des exemples de l'un et de l'autre procédii; la forme
oripnaïre et l'^'mologie restent à trouver. — 10. Fr. coche, d'où cochon;
pourrait bien iire originairement l'appel adressa â ces animaux (en prov. on
dit cocho; en allemand l'appel tu/ a pris le sens de o cochon •). — ij. Mor-
land. autKy prov. aitvo, graisse, ne peut venir ni d'alvus, ni d'alba; le sens
indique le lai. vulg. alipes = adipes; (gl-de Keich. 84] ateves), — 11. Fr.
annille, afr. aiuitli, est le pr. anadiiha, dim. de anatcm. — 13. Fr. haSlopt,
• vaste (îlei de pèche qui traîne sur le fond, n du n£e:l. Ital-up, g ramasse, u
U Uudrait peut-être aussi rapprooher ce mot de salcpe. — 14. V. fr. bracon,
I branche d'arbre, rapprochiî de mots allemands. — ij. It. guanio, fr.
£tnl, etc.; l'auteur signale diverses formes allemandes de ce mot, qu'on
n'avait jusquà présent relevé qu'en Scandinave. — 16. II. hricco, fr. brique,
du néerlandais plutôt que de l'anglo-saxon, comme le veut Diez. — 17. Prov.
trac, a vil, sale, abject, n rapproché de tri^o et du bas-allemand irof. — P. 416,
LiDg, TraJicôes pejmlaris Oforianas, chansons, formules, proverbes, etc. —
IP.431, Ch.^ot\a\et, Etiule critique Jes cimrtes dt Doim's lU 110} à J ly s . Premiirt
fortie, Reclierchcs sur Fantagonisme des Charles e! du langage valgaire. Ce travail
n'est poiui inconnu des directeurs de la Romania, qui ne l'ont pas jugé favo-
laUetnent lorsqu'ils ont eu 1 l'examiner en une autre circonstance, et ne
peuvent lui donner leur assentiment maintenant qu'il a trouvé asile dans la
Zâtscbrifl. La ihÈse de M. Bonnier est que les chartes ne représentent pas
l'idiome vulgaire, qu'on ne peut par conséquent en tirer parti pour la connais-
sance de cet idiome. Par conséquent tous ceux (et ils sont nombreux 1) qui
K sont servis des chartes pour établir les caractères des langages locaux,
c'est-à-dire la localisation des phénomènes linguistiques, ont fait fausse rouie.
Les objections sont tirées Unt de la variété de la graphie dans des chartes du
iDéme lieu, parfois du m<lrae écrivain, — et à ce propos M. B. s'engage dans
une discussion bien inutile sur la Sprachmischiwg relevée naguère avec éclat
par H. Sebuchardt, — que de la teneur mime de ces documents qui serait
inimelligible pour des paysans. Mais ceux qui se servent des chartes pour
iliurtniocr les caractères locaux de l'idiome savent parfaitement que la source
1 laquelle ils puisent n'est pas absolument pure. Il est reconnu a priori par
tout le monde que la graphie imparfaite des écrivains du moyen âge n'a pas la
précision d'un phonographe ou même des systèmes de notation des phoné-
3S0 PÉRIODIQUES
listes de notre Époque. On se seri des charies ou d'autres documuuts datés
de lieu parce qu'on n'a pas d'autres moyens d'information. Assuri^ment 11
vaudrait mieux interroger le langage vivant du moyen âge. Mais on ne peut
pas ressusciter les morts. Que , d'autre part , la teneur des docutneois anciens
renferme des termes inusités dans la langue populaire, cela n'est pas contes-
table; encore est-il que ces termes, â moins qu'il s'agisse d'emprunts au lattn
ou au français de Paris (cas que n'examine pas M. B.), sont formés d'apris
les lois de l'idiome local. C'est abuser que de comparer, comme le (ait M. B.
(p. 444), les actes en langue vulgaire du moyen 3ge aux actes notariés de
notre époque. Chacun sait que les formulaires des notaires sont reinpliâ
d'expressions archaïques qui se transmettent fidèlement parce qu'elles sont
fixées par l'usage et par la loi. En éiail-il de même au moyen âge? La
variété extrême des formules diplomatiques montre qu'il faut répondre i
cette question par la négative. Ce qui est vrai, c'est que dons la France cen-
trale et septentrionale les chartes reprise ntent l'idiome local avec moins
d'exactitude que dans les provinces du Midi, parce que de bonne heure le
français de Paris a exercé une influence assez sensible sur l'idiome écrit de la
première de ces deux régions. Cela est vrai surtout de la Normandie. Dans
le Midi , ûu contraire, il ce parait pas qti'aucune forme des idiomes locaux ait
obtenu la primauté par rapport aux autres ; mais encore est-il vrai que, même
dans le Nord, la langue des chartes représente dans une assez grande mesure
l'idiome parlé. Autrement il faudrait supposer que les rédacteurs de ces
documents ont écrit une langue de fantaisie. M. B., faisant abus d'une vue
exprimée par G. Paris, veut qu'on rétablisse l'idiome ancien uniquement i
l'aide des patois actuels. Mais lorsque Paris a écrit la phrase que M. B. a prise
pour épigraphe : a on ne pourra vraiment arriver i la connaissance des dia-
lectes anciens qu'à l'aide des patois actuels » (Rom., VI, 6i6), il n'a pas
prétendu exclure l'usage des documents anciens : il a voulu seulement indi-
quer un élément de contrôle nécessaire. Mais d'ailleurs tous les travaux
récents sur les patois établissent qu'un très grand nombre des particularités
qui les distinguent sont de date récente. Le langage vulgaire change de
génération en génération, et on arriverait à d'étranges résultats si on admet-
tait a priori l'identité de ce langage à diverses époques. Nous croyons donc
que la thèse de M. Bonnier esc radicalement fausse. — P. M.] — P. 46},
Schuchardt, Btitràgt ^ur Kenntnis des kreolisclien Romamsdi, IV. Zum Ntgrr-
poriugiesisciien der lllia do Principe. V. AUgenuiiieres féer dm Indoporliigiesitchc
(Asicporlagiesische) ; étude très intéressante et d'une surprenante érudition sur
l'histoire, l'origine, l'extension et le caractère de l 'in do-portugais (notons les
remarques sur le sens et l'étymologie des mots ciuHk, lopa^y créole, vfranJab,
nmiidiirin, palanquin, etc.). VI. Zum IndopOTliigiesiscben von MM laid Canna-
Mélanges. P. 52S> Schuchardt, Elyinologits romanes, i. Port. eiVo, eiro^,
port. clxmriiD, cliouriça; ces exemples uniques, allégués par M, Cornu, du
changement de ^ intervocal en r, sont très suspects : eirô, qui paraît plus
PÈRIODIQ.UES 3 5 ï
ancien quVzVô;;, ne vient pas d'esôcem (et non csôccm), mot d'origine
celtique qui signifie « saumon » et non « brochet » comme le veulent les
dictionnaires; il est probable aussi que chouriça n'a rien à faire avec salsa
i s ici a, dont il diffère trop, Tétymologie est obscure, mais on peut rappro-
cher chorunUy « graisse, » cJx>ruJo, « gras. » — 2. Esp. port, /o/b, non de
fatuum (Cornu), mais pour bofo, qui se rattache à bufar, bouffer. — 3. Fr.
alUr; esp. Urdoy etc.; port, àrdego; esp. port, lobrego; port, manteigay esp.
manteca; port, vadio. Les profondes remarques de l'auteur ont surtout pour but
d'illustrer cette double maxime, que le parfait accord du sens peut rendre très
vraisemblable une étymologie peu conforme aux lois ordinaires de la phoné-
tique (aUer d'ambulare, îerdo de lùridum, ârdfgo de *ardicare, làbrcgo
de lucubre, mantega p.-è. du slave) et que le désaccord du sens peut faire
rejeter une étymologie phonétiquement satisfaisante {vadio non de Tar.
baladi, mais de vagativum). Il insiste en outre sur la thèse qu'il a sou-
vent émise, à savoir que les mots très usités subissent des contractions et des
altérations phonétiques anomales , et demande qu'on la réfute ou au moins
qn'on la discute. C'est un sujet qui voudrait un long et circonspect examen :
je me borne à dire, pour ma part, que je reconnais pleinement le fait pour des
mots ou groupes de mots passés à l'état de formules et dans lesquels le sens
n'a besoin que d'être indiqué par une sorte de geste vocal, comme les fomics
de politesse, les « intercalaires » , etc., mais que cela n'est vrai que dans des
cas assez rares pour des verbes ou des noms d'un sens plein. Parlant des raisons
qui font mourir et se remplacer les mots, M. Sch. écrit : « Croire que aller ^
émdariy doive se ramener à allatus, addere, adnare, enatare, ou à un
mot quelconque qui dans la langue populaire latine n'ait pas tout bonnement
le sens d' « aller » ne me serait pas plus facile que de croire que la puissante
^erbe d'eau de Vaucluse provient de quelque source insignifiante du Yen-
loux. » Mais : i» ceux qui regardent l'un des mots cités comme l'origine
^cSUr croient précisément que ce mot avait pris en latin vulgaire le sens
d* « aller »;2oambularede son côté n'est nullement synonyme d'ire, et
s'il en a pris le sens en latin vulgaire , nous n'en avons pas plus de preuves
que pour les autres mots, duant à la substitution à un mot très important et
très usité d'un mot qui paraît peu employé et dont le sens est assez éloigné ,
les langues nous en offrent des exemples bien plus surprenants que ne le
serait la vérification de l'une des hypothèses auxquelles répugne tant mon
savant ami. Ou bien e m erg ère, qui a remplacé ire en roumain, est-il plus
proche d'ire comme sens que les mots allégués? et n'aurait-il pas pu avoir
dans toute la Romania la fortune qu'il a eue d l'est? Le mot filius est tout
à £ût remplacé en wallon par crapaud ^ le mot puella en provençal par
catta, les mots furari et decipere en français depuis le xvi« s. par voler
(terme de fauconnerie) et tromper (jouer de la trompe). Assurément il y a des
lob en sénuntique, mais, comme on n'a pu encore en constater aucune,
il parait téméraire d'en proclamer la rigueur en même temps que l'on conteste
cdle des lois phonétiques. Ceci soit dit sans rentrer dans l'inépuisable
352 PèBlODiaUES
discussion des origines d'aihUre, iinar, aller. — 4. Aliboron. Qji'en a. fr, olî-
boroH, empmntii par les herbiers ambulants au latin cllthorum, ait d^ignf
l'ellébore, ce n'est pas douteux ; il h'ësi pas tout i fail aussi sùi que le a maisue
Aliboron qui de tout se rncslc » doive son surnom i la pbntc £ivorile dei
charlatans. Toutes les formes ici rapportées du nom de cette plante renionicm â
une forme savante, comme le montre la préservation du b et le dépbcement de
l'accent, mais autre que celle du moyen Jge. — 5. Disic; rrprocht; conjec-
tures sur ccsdeu^i motsqull foudraîl reproduire pour !es (aire comprendre. —
P. 5J5, n. Grammaire, t. Fôrster, volanlïers uiid volontiers. Il s'agit de
prouver que volontiers (ou volontiers) n'est pas dû à l'action de volentem,
voienter, mais à une loi phonétique, qui consiste en ce que, devant 11 -|-
coiisonne un atone s'affaiblît en <•, comme l'auteur l'a déjà soutenu (cf.
Jîoni., XIII, 440; XVIll, Î19). Les exemples allégués par M. F. se divisent en
deux groupes, les polysyllabes et les monosyllabes. Les polysyllabes X leur tour
doivent se diviser en deux, suivant que l'u se trouve dans urie s)-]Libe proto-
nique non initiale ou initiale. Pour le premier cas, qui comprend uniquement
vohniiers, clxdengier et Beieiifon ', j'ai dit naguère (ftm., XVIII, 519) que
l'hypothèse d'un afTaiblissemeiit de !'o ne paraissait pas inaidmissible. Va étant
id dans la plus grande dépression tonique possible ; cependant, si l'on consi-
dère que pour elialfngier et vdcnliers il y a une explication analogique fort plau-
sible ' et que Bacnçon est susceptible d'explications de difliîrents genres ), on
hésitera à admettre une dérogation à une loi aussi générale que celle du
maintien des voyelles entravées <. Qjiant aux mots oti \'o se trouve !s h pro-
tonique initiale, M. F. cite comme exemples un certain nombre de dérivés
de dominuni, puis engïer-oiigiir, fremhissnnenl-frimchisicment, langoiule-
locusta, Renctn-ah-RoiiarvaU, Iranfon-tronçon , irwieAMr-truncare. Les
explications mêmes qu'il en donne montrent combien ils sont peu sûrs, saut
les dérivés de dominum, auxquels je reviendrai. On ne connaît pas l'éiy-
mologie d'ongitr, et il n'est pas sur qu'^n^ ier soît le même mot ; freiKhisstmtnt
est une graphie qu'on ne rencontre qu'une seule fois; traaçon (plus tard tran-
son) peut fort bien être simplement une altération de tronfon sous l'influence
I . Le prov. volontiers n'a pas contre celte eïplication la force que lui attri-
bue M, F.: une altération analogique de voluntariis en volentartisapn
" " produire dans le Nord de la Gaule, fon anciennement, sans se produire au
fuf"
icare commingier présente un û et non un 0, « M. F.
remarque lui-même qu'on peut croire à une ancienne forme comminicare.
;. Dés le viti* siècle la ville est appelée By^anlio ou Byxfintiuni, par une
étymologie populaire qui peut fort bien être empruntée i. l'idiome vulgaire
(voy. Oistjn. flrW. Ec. Ch., XLIX (1888), zij-îIî). En outre on pourrait
admettre que ft-wnivii pour Besotiçon est une dissimilation,
4. Je dois dire qu'il me semble constater quelque chose d'analogue au
chancement admis par M, F. djns l'affaiblissement de an en en qui frappe
dans la forme .1 peu prés constante Sornundie pour Noimandif et dans plu-
sieurs autres seitiDlables ; mais de an i, en le passage est bien plus lacilu.
PÉRIODIQUES 35}
laiiçouslt (comme lauslc) [cmonte i lacusta du lailii vulgaire;
Hemrsvalt est un mot étranger dont la forme primitive n'est pas assurée.
Qgant i l'étyraologit (rmeWir-truncate. M. F. la détruit lui-mtme
fhu loin en (npliquant que » songier, joachicr, cic, ne sont pas devenus
' jtsicintr, c'est il cause Jes subst songe, jonc ei des formes verbales
|i, jtmehe; par conséquent tronc aurait dû empêcher truncare de
trmchitr, ou au moins l'on aurait lronch< de truncat (sans parler
'Ôllcctiotu mies des autres langues), au lieu qu'on a toujours trmcbe
Ci Ireneljùr, tout comme on a toujours /owffc et jonchter ; le son si
absolument diiTérent de ces deux verbes serait inexplicable dons la ihéorie
de M. FOrster'. La loi admise par M. F. se trouve en outre, comme il
le nKOnnalt , ne pas s'appliquer à un grand nombre de mois : il est vrai
qall en écarte tous ceux qui ont subi l'inRuencc de formes où l'o éiaii
tomquc; niais, comme on vient de le voir pour joachicr, il devrait y avoir, d
cdté des formes, d'après lui analogiques, moncel, aroiidcU, tumcier, quelques
mecs des formes phuniliques mtnid, artndde, mndtr '. M. Grôber lui a sou-
mis une objection encore plus grave, dont il se tire en disant que les formes
tionnales » se sont perdues pour une raison quelconque n, c'est que dans les
noms de personnes ou de lieux, — qui d'après moi. n'étant pas soumis à
ruulogie comme les noms communs et les verbes, doivent être la vraie base
de U phonétique liistorique , — l'o atone devant n -(- consonne se maintient
parfaiienient (Gaiilier et jamais Curnlitr, Bondi et jamais Bendi, etc.). Je crois
Jonc que pour ce cas au moins il n'y a aucune vraisemblance à admettre la
xiouvelle loi phonétique. Parmi les monosyllabes atones n on est devenu n«i
^puù ne), mais bien probablement devant une voyelle et non devant une con-
^Bonoe (lun Kl comme emfr). Les autres mots allégués > sont dam et dame (aux-
«^^uds je rattache daacel, daineisil, dangier, danjon, damage, dcmusclx, danler, cités
^^Im haut), em =; homo, quam =:: cornes et ijiianle = co mitera' ; tous
^=^ moB présentent non pas à -\- h, mais à (ce qui est bien différent) + m.
I. Comme je l'ai dit au passage allégué plus haut, â la rigueur, si l'on
'■«JniMtaii que chakagier représente phonétiquement calumniare, on pour-
^^M tirer Jtitrenchier de distruncare, d'où plus tard trtnchier.
1. Ce même raisonnement s'applique â cbaltiigùr, le seul mot de la
PTvitaère catégorie pour lequel l'explication de M. F. soit vraiment tentante.
^ chahngt d'une part, dmlengicr de l'autre sont les formes régulières d'où
*^m sortis d'un côté chalongltr, de l'autre côté chaltnge, on devrait trouver le
**l*mc rapport par exemple entre vergueiidrr (qui aurait produit vergiunde) et
^^•ÏPBifc (qui aurait produit vergonder). Or on ne trauve que vergondt Cl
J. JMrn, Ifft, sin pourraient être regardés, ainû que nen, comme ayant
a&bli leur en t devant une voyelle ^i«i amî); mars il y a encore d'autres
npliciiions possibles.
4- M. F. neparlep3sdeiuûnte = computum, qui est cependant attesté,
«romc l'autre, dans Benoit de Sainte-More.
Em.. ' *, xa
aj
^^^mmn'^mtm
3Î4 pÈRIODiaUES
et demandent encore une explication, qui en tout cas n'a riea i faite ivec
celle de i-dcnliers. 11 est très douteux que leur û ou e soit dû à la condition
atone de la voyelle, et je ne puis séparer les douMes formes em-om dame-dame
des doubles formes -ai (-an) et -oh qu'a prises le suffise -ûniagura (cf.
Argentan-Âijtniatt , Cartiitan-Charenton , etc.), formes dont la r^partilioa
indique une variation dialectale '. — i. P. ;4j , Fdrster, lieu aiis locum;
explication qui n'est pas trop claire; pour moi Uem vient de hitus comme itm
(yeux) vient de ueus, vieul, ieul (a. fr.) de vaeut, iieiU; d'après M. F. lai, seul
régulier, est devenu lieu i cause de t'allernaitcc de deu-dieu, Andreu-Andrieu,
etc.; cette influence analogique ne me parait guère probable. — 3. P. 54;,
Grâbet, fr. (atis d; parallèle provençal à l'explication du phénomène françùs
donnée Rein., XVllI, jaS. — 111. Lexique. P. 546, Tobler, prov. (»rh«i,
meliaim (Bartsch, Chr. prov., 121, 2-3): i! faut iire cof/OT.î pour rort tw, et
comprendre cordubensem (a. fr. corvrii, corvois); mdiaiut (ici et dans la
Pasioreta de Marcabrun) serait = v. fr. iiurinie (meridlana); le changement
d'r en / fait toutefois difficulté.
CoupTEs REKDUS. P. 548. Sercambi, NovàU iiudile..,, per cun di
R. Renier (Gaspar}' : remarques sur le sujet de quelques-uns de ces œntes,
pour lesqueb nous attendons le commentaire promis de R. K&bler, et pi^
positions de corrections pour ce texte souvent ù difficile). — P. SS6, Stiin-
tning, Ueber den provenitfi^iichtn Girart voit RossiUon (Pakscher : le critique
défeod l'auteur contre le jugement, à son avis trop sommaire, porté id, XVII,
637; mais, en somme, tout en soutenant la légitimité de la méthode de
M. St., il accorde que ses riisultats restent fort hypothétiques'). — P. 567,
Malmignati, /( Tasso a Padova (Crescini). — P. ;7[, Ebert, Gtscbiehie der
Likratiir d.r Milklatlers im AbciuUanJe, I, 2« Aiisg. (Grôber). — P. S71, Il
pTopiignaion, N. S., I, 2-6 (Gaspary). — P. 580, Archiv fur das Sludiam der
biuiteren Spraclien, LXXVII-LXXIX (Schwan ; signalons les remarques sur
ie travail de Waldner, Die Quelltn des parasitisclien i im AUfranxpsiicben , sur
lesquelles nous aurions d'ailleurs plus d'une réserve à faire). — P. 587, Cior-
1. Sans entrer ici dans cette intéressante et difficile étude, je dirai que
dam, dame, termes de courtoisie, ont dû naître dans un endroit déterminé et
se propager de Lt. On sait qu'aujourd'hui le fr. dame a pénétré dans toutes les
langues civilisées.
2. rje vais essayer de préciser mes objections contre le li\Te de M. Stimmine.
Les idées exprimées dans ce livre sont, comme je l'ai dit, l'extension oe
celles que j ai présentées dans mon introduction à Girart de RouisilUm.
Lorsque j'ai écrit cette introduction, il n'existait aucun travail sur la compo-
sition du poème, sinon quelques pages sans valeur de Fauriel, que je n'ai
même pas mentionnées. Par suite, les idées que j'ai émises à ce propos sont
absolument et incontestablement nouvelles. Sont-elles justes, c'est ce qu'il
ne m'appartient pas de décider. Tout ce que je puis dire c'est que j'ai fait
etTort pour appuyer d'une preuve chaque assertion et pour indiquer claire-
ment le degré de probabilité que j'attribuais à chacune de mes opinions. Or
M. Stimming, dans son exposé, toujours pénible et diffus, n'établit aucune
PÉRIODIQUES Î5S
vale slorica ârlla leUeraliira ilallana, XIII (Gaspary). — P. S56, Remania,
XVm, 2-j (Meyer-Lùbke , Tobler). — P. 600, Toblei et Lang. notes com-
plémentaires (ZàhchT. Xni, 130 et Xm, aij)-
Ljvres nouveaux (Monaci, Zenaiti, Meyer-Lûbke , Rtvtic cchiqut). —
P. 604-608. Table. G. P.
11. — LlTEBATUBELATT FUR GERHANISCKE CND ROMANISCHE PHILOLOGIE,
X, 1889. janvier'. — C, 11. Eînenltel, J/rei/p/f^ iureh dit milUUngiàcix Syntax,
uiUer Ixsonda-er Berâtkiichtigung der Sprache Chaucers (Klinghardl : l'auteur
compare continuellement l'usage de Chauccr A là syntaxe de l'anctcn fran-
çais). — C. 15. G. Kôrting, Eiicyclopôdk uni Melhodolagie drr rommiùchm
Pbihicgit. Zusatïheft : Regisier, N.ichtràge (Mussalîa : iravâl incomplet et
très inexact de M. Bemkopr, cand. phi!.). — C. 19. G. Paris, Les Romans m
vtrs du cyclt de la TaUe Rondt (Raynaud). — C. 10. Espagnolle, L'Origine du
tramais (F. Neumann). — Devillard, Chralomalhie dt l'awim français
(Schwan ; le compilateur, n'étant pas â la hauteur de sa tSche, a utilisé la
chrcstomathie de Bartsch, d'une fa(on peu judicieuse et qui n'est nuIlEment
louable). — C. 22. Alixandrt dou PohI's Roman de Mtûiomil, neu hrsg. von
Boleslaw ZiolecU (Suchier). — C. 27. Morf, Dû sprachUclKn Emhdtsbistre-
hmgM in der ràlisclm Schuit^ (Gartner). — C. 37. Note de M. F. Nleumann]
sur la question des doublets syntaxiques, à propos d'un article n tris remar-
quable B de M. Morf, rendant compte de la première année de la Rtviic des
patois gallo-romaiis, dans les Gôllingisclic Gekhrie An^tigen, 188g, pp. 11-27.
Février. — C. 46, Reinke de Vos, hrsg. von Fr, Prien (Sprenger, à signaler
une introduction littéraire et un « essai de bibliographie a). — C. ;6. Le Lai du
Cor, restitution critique par Fr. Wulif (Suchier 1 propose quelques nouvelles
corrections, entre autres Haitlande, aujourd'hui Holland, dans le Llncolnshire,
pour Boillaundt du manuscrit). — C. 57. Cotnicelius, Sofo e.l temps c'om en
jays. Novelle von R. Vidai.... (Levy). — C. 60. la Pauioiu di Gtsà Criito,
édita da Vincenzo Promis (Gaspary).
distinction entre nie
idées, qu'il adopte généralement, et les siennes,
, a moins d'avoir mon introduction présente A l'esprit
(ce qui n est pas probable), ne peut savoir de qui émanent les opinions qu un
lui expose ni de quelle démonstration ces opmions sont susceptibles. C'est
!i un vice de composition auquel M. St., s'il en avait eu conscience, aurait
pu remédier jusqu'à un certain point, en plaçant en tête de son livre un his-
torique des questions qu'il a abordées aprts moi. Un autre défaut , encore
plus grave, est que M. St. ne se rend compte à aucun degré de U différence
qu'il y a entre un fait démontré et une conjecture. Ses idées sur les révi-
sions successives qui auraient été laites de Girari de Ronssilloo sont des hypo-
thàses en l'air se superposant les unes aux autres, et qu'il donne pour des
faits. En réalité, je ne crois pas que dans ce laborieux et long ouvrage on
puisse signaler un fait de quelque importance qui soit à la fois nouveau et
démontré.— P. M.]
I. Rappelons une fois pour toutes que cette revue donne régLiIlLTemcnt la
liste des cours de philologie romane , anglaise et germanique, professés dans
les Universités de langue allemande.
336 péRioDitiUES
Mars. — C. 96, Pogatscher, Ziir Lautlehrt der grUchischm, laSiinischen ma
romaniidie» LeJinviorU im AlUngiiichen QAûrshzih ■ juge l'ounage uniquement
au point de vue de k philologie anglaise), — C. lOi . E. Koschwit/, Neufran-
lôiiicbe FormaïUhre lutch ihrem Laulslande dargestdit (Passy : ce livre ne tient
pas du tout ce qu'il promet; cf. c. 196 ss.). — C. 106. P. Mcyer, t^otia sur
deux anciens manuscrits ayant appartmit au marquis àt la Clayellt (Raynaud), —
C, 108. Zenker, Die ptovtnialissht Teniane (Appel : éloges, quelques objec-
tions). — C. 110. P. Pape, Un Capîtûb ddk Dejiniiioni di Jacomi Scrminocci
(Gaspary). — C. m. Paligler, Ethnographiicbis atis Tirol'VoraTlbcrg fUnler-
forclier).
Avril. — C. i2i. Ncutrt UhiandiiUraluT (Frânkel). — C. lîJ. Mayhe«' et
Skcat, A concise Dicliotmry of Middle Engliih (SchrOer : recommande chaude-
ment cet excellent dictionnaire étymologique). — C. 1J7. Grœneveld, Die
dltesle Bearbeitung der Griicldisioge in Frankràch (Mussalia, teste diplomatique
d'un drame du XI\'' sltcle). — C. 140. Muret, EilIiarS d'Obtrg et sa source
/ra«fai«(Golther). — C. 14}. Schindler, Vôialismus der Muiidarl l'on Sornitan
(Morf : connaissances générales tout à fait insuffisantes). — C. 146. PoeuutU
mitdlogici de' secoli xiv, xv t xvi, a cura di Fr. Torraca (Toblet : il est regret-
table que l'éditeur n'ait pas voulu donner un texte critique du Driadeo Smtiore
et qu'il ail suivi, pour le NinfaU Fieioltine de Boccace, l'édition de 1778).
Mai. — C. 171. Riese, Aililtrirendtr Giâchklang in der fraïqôsiîcbm Spracbe
aiter unà neuer Ztit (Mussa^: ajoute un certain nombre' d'exemples ita-
liens). — C. 172. E. Seelmann, Bibiiograpbie des altfranîàsisdxn ReHandi-
liedes (Suchier ; complète les indications de l'auteur). — C. 174. Wamecke,
Metriicht und sprachlidie Abhandlung ùber dos dem Berol ^ugeschriAene Tristran-
fragmenl (Golther ; le critique, à l'exemple de M. Behaghel, croit découvrir
dans ce texte des rimes qui ne sont pas normandes; la nouvelle édition
montrera que ce sont de mauvaises lectures de Fr. Michel ou des formes
correctes mai interprétées par les deux germanistes). — C. 175. Christian von
Troyes Cligès, Tcxtausgabe mit Eirlcitung und Glossar, hrsg. von W. Fccrster
(Mussatia). — C, 178. O. Schultz, Dit provcn-^aiischen Dicblerinnea (Levy;
nombreuses observations ou corrections). — C. 184. Il primo libro ddla Qm-
poiijione del Monda di Restoro tTAre^O, éd. G. Amalfi (Wiese).
Juin. — C. 217. Schwan, Grammatik des All/ranjôsiichen (Homing : n La
partie la plus neuve et la meilleure de l'ouvrage est celle qui s'occupe de la
flexion »). — C. 220. Der Lôu.-enriller von Christian von Troyes, hng. von
W. Fœrster (Mussafia : l'émincnt critique se refuse comme nous 1 vmr dans
ce poème un n sauvetage « de la Matrone d'Ephise).
Juillet. — C. 256. Die beiden BiuhcT der Makkabâer, hrsg. von Ewald
Goerlich (Mussafia : commentaire rédigé i, la hâte et sans grand soin, comme
l'attestent de fréquentes divergences entre les remarques de l'éditeur ei celles
qu'y a jointes M. Fœrster). — C. 26) . Novati, Un nuovo ed un vuchiaframmenle
PÈRIODiaUES 3S7
ât! Trisirandi Tommaso (Gohhei : propose pour les vers T' 19-20 une traduc-
tion qui me paraît inadmisàble).
Août. — C. 28;. W. Scherer, Pw/i* (Volkelt : appréciation sivire, concor-
dant avec la. plupart des jugements portés ailleurs sur l'ouvrage posthume du
regretté Scherer), — C. 191. Ncia Fragnienlt des Gedkhts Van den vos
Riinaerdt, hrsg. von Emsi Martin (Leiiïtnann). — C. 293 . G. Paris, La lillé-
rature française au nwjtn dgt (Birch-Hîrschfeld : l'auteur de la Graalsage ne
croit plus que le poérac de Robert de Boron soit h source du Co'iU du Graal
de Chrétien; il pense que les deux poètes ont puisé à la même source et que
Robert a écrit à la fin du xu= siècle). — C. 295. J. Haas, Ziir Ceschicblt des L
vor folgetidem Cotuonaiileii ini Nord/raniésiichen (W. Meyer-Lilbke : bonne
monographie), — C. 297. Monaci, Cresloma^ia Ilaliana dit Primi Sicali
(Gaspaty ; propose diverses corrections pour les textes publiés dans ce premier
fascicule).
Septembre. — C. 3}2. Haase, Fran^ôsischi Syyttax des xvh. Jahrhundrrls
(A. Schulze : mit Sorgfalt und Sachitenntniss ausgeluhrt a). — C. J3S.
éléments germaniques de la langue française (Goldschmîdt ; à ne pas consulter).
— C. iié. Novaii, Isloria di Pairocoh t d'Imidoria (Gaspaty : i noter dans
son compte rendu de fines observations sur le Fïhslrato de Boccace), —
C. )77. G, Meyer, Die laleinischen Eletiienle im Albatiesischeti; Kurjgifassle
Alianesische Gramnialik (Jamik : plus de douze colonnes en petit texte, pour
compléter ou rcctilîcr ces deux ouvrages, surtout la grammaire).
Octobre, — C. 377. Recueil de Mémoires philologiques, présenté i M. G.
Paris par ses élèves suédois à l'occasion de son 50=" armiversaire (Tobler:
joint son hommage affectueux 1 celui des savants suédois). — C. ;8o.
Arrabrusier, Cescblechtswindel im FraniSsischen (W. Meyer-Lûblie : ■ Eine
fld^sige umsichtige Arbeit s).
Novembre. — C. 315. Tràger, Geschichte des AUxandrincrs. I. Der franr.
Alex, bis Ronsard (Pii, Aug. Becker : l'auteur a ses renseignements de
seconde maïn). — Siichel , Beilrâge ^ur Ltxikografine des altprotien^aliscbm
Vtrbums (Levy : éloges et nombreuses additions ; les lettres A-E ont seules
paru). — C. 422. Wahie , Die Plmsale des Nicolas l'on Verotia (MuMafia :
remarques sur [a phonétique et complément aux corrections, n toutes excel-
lentes, n de M. Thomas, Rom., XVIII, 164). — C. 426. Dantts Gôtlliehe
Komôdie ûberseizt von Otto GiUemeister (Neumann).
Décembre. — C. 449. Groth, fean Anlâne de Baifs Psaullier (Mussafia :
M. P. Meyer, Rom., XVIII, S14. " beurtheilt die Ausgabc ebcnso ablallig
wie ich es ihun musste a), — C. 452. A. de Pauta Brito, Dialrclos crîoiilos-
{vrtugiuies (Schuchardt). — C. 458. Weigand, Die Sprache tUr Olympo-
H^alachtn (Tiktîn : appréciation plus sévfcre que celle de MM. Picot, Rom.,
XVIII, 168, et G. Me)'er; nombreuses observations de détail). — E. M.
III. — MoDERM lancuac;e Notes. Baltimore, 1889. — N. 2. Janvier, —Col,
1-6. P. B. Marcou, The/rench bislorical infinilive. L'auteur aurait dû avenir dès
358 PÉRIODIQUES
le conimeiicernurt que cet article est l'abrégé d'une disîertation publiée par
lui en allemand sur le même sujet (voy. fioniaitia, XVIII, 203). — Col. i6-ïî,
J, E. Mat/ke, Modern pkaid bieu/rowi bellura. L'auteur essaye de tracer la
limite qui sépare, dans le roman du nord de la France, deux traitements diffé-
rents de la finale de bel lu m, à l'est de cette ligne (qui part de Laugres pour
aboutir i Huy), l tombe; à l'ouest, cette consonne se vocalise en u. M. M,
ne parait pas avoir connu le travail de M. Gilliiiroii sut le sufGxe ellum dans
le nord de la France (ffin-w dis patois gaU<yromans, I, jj ; voy. Romania,
XVil, Î24.) — Col. 22-30. R. Otto, Moliamed in der Ansclxuamg des MitUl-
alliri I. Sans valeur, surtout depuis la publication autrement importante de
M, d'Ancona sur le même sujet (cf. Romania, XVIII, 649). — Col. 37-45.
G. Paris, Extraits deh cliansonde Roland et de la vie de saiiil Louis. Paris, 1887.
Longue et minutieuse critique due à M. H.-E. Todd. Les nombreuses correc-
tions proposées par M. Todd (il s'agit bien souvent de simples fautes d'im-
pression) ont été pour la plupart adoptées par G. Paris dans la seconde
édition parue l'an dernier.
No 2. Février. — Col. 81-B. Marcou , Tlx frewb hislorical infiniint
(suite). — Col. 89-97. R- 0"o. Mohamed, etc. (suite). — Col. 101-6. Fr.
Spencer, L'aprise dt nurlure. C'est la pièce Un sage home de granl i-alor
connue aussi sous le titre d' Urbain Courtois. Elle est publiée ici d'après !e ms.
Gg. I. I. de l'Université de Cambridge que l'éditeur attribue au xitie siècle.
Il lui a échappé que ce ms. est postérieur â 1J07, puisqu'il contient une
piËce de cette date, comme je l'ai indiqué en le décrivant {Romania, XV, 283).
Les informations de M. Sp., au sujet de ce petit poème, sont tirées unique»
ment, comme il le rKonnaît Ju reste, li'unc courte notice publiée dans le
Bulletin des anciens textes (1880). Aucune recherche ni sur l'opuscule même,
ni sur les conditions dans lesquelles le texte se présente. V. 11 le ms. de
Cambridge porte vàres el non veurs; v. 59 emMminaunt, v. 71 engtnulmmt,
lis. en cil..., engen...; vv. i)'),i)y, autre, lis. aiilri, etc. — Col. 121-3, les éloges
donnés i l'ouvrage bibliographique de M. Stoddard sur les Mystères sont de
pure complaisance; ce travail n'a aucune valeur, voy. Romania, XVII, 336.
N» 3. Mars. — Col. 133-45. S. Garner, Tly genindiai Construction în
tlie romanic hiigiiages (suite). — Col. 189. T. Me. Care, Arsine Darmestettr.
— N" 4. Avril. — Col. 210-5, R- Ot'Oi ^' « planctus Mariae ", réimpres-
sion de la pièce catalane bien connue Augats, seyos, qui credets Dm lo pajri
(cf. Romania, X, 223, note i).
N" 5. Mai. — Col. 258-74. S. Garner, TIk gerundial construction in tht
romanic languages (fin). — Col. }oi-g. F. M. Warren Tlie somiet , compte
rendu détaillé du récent mémoire de M. Biadone (Morfokgia dd Sonctto),
publié dans les Sludi de M. Monaci.
No 6. Juin. — Col. 326-32. W. H. Canuth. Farsters 1 ChevalieT au
lion a and tlv Miihinc^i. Critique détaillée et bien conduite de l'opinion de
M. FaTster qui considère le Cbn'alier au lion comme l'original du Mabinogi.
— Col. 333-8. Denys Corbei, compositions en dialecte de Guemesey, l'une
PÈRIODlQyES
;. 35Î-S-E. L. Wahcr
ÎÎ9
e rendu de E. A.
•, l'autre en vers. — C. 355-5- E. L. Waltcr. compte n
Faj'. CvKorJatice 0/ Ihe Dlvina Ccm<ntdia. — Col. 365-8. B. L. Bowen,
compte rendu de Behrens, UAa- rtciproke Mctalhx in Romanischen (cf. Ram.,
XVTE, 198). — Col. }8i-3. Fr. Spencer, Furlher correction! in Bartsch's
Ghsiary. liste de fautes d'impresïion. A quoi bon relever ces niîsûres? Il y a
bien aiilre chose i reprendre dans le glossaire du riîcent recueil de Bartsch I
— Col. J87. M. Spencer écrit que, lorsqu'il a publié dans les Mod. language
mUs Si description des mss. fran^iis d'York, il ignorait que j'avais fait le
mime travail. Dont actel Mais ceb n'a guère d'importance; le reproche que
j'ai £iii à M, Spencer (Rxm., XVIH, 188) est d'avoir mal décril ces mss., et
lîc cela il De dit rien.
No 7, Novembre. — Col, 393-402. Fr. Spencer, The Ugend ofS. Margaret.
Kotices, -1 ta. fois littéraires et bibliographii^ues, sur les diverses rédactions
Utines, romanes et germaniques de cette légende. C'est une compilation
ftiie entièrement de seconde main et avec peu de campéteocc. Pour les
rédactions françaises, les infomiatians de M. Sp. sont tirées d'articles déjl
asciens de la Ronmnia (IV, 481; Vlll, 275). Mais plus récemment j'ai
donné, dans ma notice des mss. La Ckyicte (voy. iri-dessus p. joô) des ren-
seignements bien autrement complets sur les via françaises en vers de
iainte Marguerite. Cluant aux vies en provençal, M. Sp. a omis de mention-
ner celle que j'ai lait connaître il y a cinq ans (Rom., XIV, 524).
No 8. — Décembre. — Col. 479-84. Ad. Gerber, The fahlt cf Ihf Inilbful
non imd tlie liar and ihe advciiliire of Reynard ivilh ih( apes. Intéressante étude
de littérature comparée. 11 n'est pas exact de placer Marie de France et Eude
deCheriton n ven 1200-1103 "■ C'est trop tard pour Marie et probablement
trop lAt pour Eude de Cheriton Je rappelle en passant que le vrai surnom de
ce perwnnage est bien e de Cheriton », et non de Chtriiiglon, de Shenington,
4 Sbirlon, etc. (voy. Ccnict moralises de N. Bojoii, p. xil). — Col. 498';o2.
J. E. Matike, compte rendu de Haas, Zur Gachichte des 1 tvr folgcndem
■n Nordfraniiaiicheti. P. M.
rV. — BL-LI.ETIN DE LA SoClfrTÉ DES ANCIENS TEXTES FRANÇAIS. XV= année,
1889, nos. — P. 72. P. Meyer, Noliicdu ms. Egerton zjjodit Miuàiritannique.
C'est le ms. tout récemment acquis par le Musée, qui a été signalé ici-mfme
il y a peu (XVIU, 642). Il commence par le poème anglo-normand s
TAnc. Test, auquel appartient le fragment de Trirves édité dans la Rotnania
(XVI, 177)- Le passage que signale M. Bonnardot comme manquant dans les '
nus. de Paris (p. 1S7, note) se trouve dans celui de Londres et fournit bien
da rectilkations au texte de Trêves, du reste i peine lisible par suite de
l'usure du n s., qu'a publié la Romania. Viennent ensuite la Passion, extrait de
la 0iMr dllerman de Valenciennes, une version en prose de l'évangile de
Nitodéme différente de celles qu'on a déji signalées . le sermon en sixains
Crajii mtlfiil Adam édité par M. Suchier, VAssoinpUon d'Hermjn de Valen-
Qcnn» (où l'auteur est appelé Richart). une vie en prose de saint Jean
jéo pfvRlODiaUES
l'évangélîsit; Doa signalée jusqu'i présent, nuis dont aa a d'autres tnss,
vies de saint Pierre et de saint Barthélemï, également en prose, le sermon du
siècle de Guichart de Be;tulieu, et enfin la vie de saint Lauréat en vers récera-
meni éditi^e par M. Sœderhjeiin d'après un autre ms. — P. 98. C. Couderc,
Notice du HU. 24^ de la BiUiùthiqut de CitrmO'il-Ferranâ. C'est un lecueàl
de vers formé vers le milieu du xv* siècle en Auvergne; certaines formes
graphiques (julhtl, p. 103, iiostra îtr/a pour iioitrc voie, p. 104, etc.), 1
laissent aucun doute sur l'origine méridionale de l'écrivain qui a copié cl pro-
bablement composé celte sorte d'anthologie poétique. On y trouve un assee
bon nombre de ballades de Deschamps, connues d'ailleurs, mais dunt les
variantes seront utilisées dans les prochains volumes de l'édition de ce poète.
On y lit aussi quelques pièces d'Abin Charrier, ]es r enseignements a de
Christine de Pisan, et, chose plus rare, le Sonçc iitt, longue piice all^^rique
que la Roinania a signalét pour la première fois (V, 6t) dans un ras. d'Angle-
terre. Beaucoup d'autres morceaux sont anonymes, quelques-uns sembkat
i. Grâce au concours de notre eitccUcnt collaborateur M. E. Picot,
e notice est accompagnée de nombreux renseignements bibliographiques
en rendent la lecture fort intéressante.
V. — Geornale storico della letteratuma italiana, iio> }7-9 (t. XIII,
7' année, 1889). — P. i. P. Itajna, Uaa ca<i\ane di matilTo Antonio da 1
Ffrrara, t l'ibridistno det linguaggio neik noslra aniica Utteratura. (ZeMLCcan-fone ctt I
ici publiée et très longuement commentée d'après un ms. de la Bibliothèque '
oationiile de Florence. Elle était connue d'ailleurs t:t mémo publiée (Td.
Bini, kime e prose del buon sa^. Mla tiiigua, Lucca, 1832, p. 60), n
texte remanié, M. R. incline à croire que !a copie de Florence est ai
il en étudie la langue avec détail, et fait ressortir les latinismes qi
lérisenl. — P. j?. M. Barbi, Della prcicsa incrtduUtà di Danlt. Les i.
émises sur ce .lujet par M. Scartazzini n'avaient rïcn de porticulièremeat J
neuf, et on les avait sérieusement contestées lorsqu'elles avaient été présen-'
tées, sous une forme un peu différente, par K. Wîtte. Les voilà réfutées uni
fois de plus, et ce ne sera sans doute pas la dernière. Il y a des gens qui si
plaisent à enfoncer les portes ouvertes. — P. 70. E Costa, II codice panmtat J
soSi (suite). Texte, — P. 101. V, Rossi, Niccdà Lrlio Cosmiai, pottAM
padoimno dtl secoh XV. Biographie bien présentée et riche en faits nouveaux. ^
— P, 1S9. A, Luzio, Nnmw ricerche ml Folciigo. — P. 199. D'Aocona, ,
Iggiada di MiWnietlo in Ocddente. Extrait du mémoire sur le Trsoro de J
Bmneiio Lntini que nous avons amioncé ici l'an dernier, p. 649, C'est u
travail de premier ordre. — Variétés. P. 281, Macri-Leone, La Iritent à
Baccaceio a Messtr Fr. Netli. — P. 393. Sabbadini, Epiilole di Pur P«oi
VergcTio Sfuiore di Capoditlrin. Suit un article de polémique dirigé par M. 1
Novati contre M. T. Casini. Les articles qui viennent ensuite ne :
notre resson, — Comptes rendus. P, 370. Trojel, Middthiâtrtiu EUhitaho^
(R. Renier; objections sérieuses aux théories de l'auteur, donc le livre a
PÉRIODiaUES 361
eu toutefois le mérite de soulever une discussion féconde tant en France qu*en
Italie. Nous annonçons plus loin un opuscule de M. Rajna sur le môme
sujet). — P. 384. Nigra, Canti popolari dd Pienionte (art. en français de
M. A. Jeanroy, où sont contestées, avec de bonnes raisons, plusieurs des
idées maîtresses du livre; toutefois il n'est guère admissible que storueHo
vienne du prov. estent). — P. 391-8. P. de Nolhac, Les correspottdants
tTAlde Mantice (V. Clan). — P. 407. Bulletin bibliographique. Citons entre les
ou\Tages analysés. L. Goldschmidt, Die Doktrin der Liehe bei den italtanischen
Lyrikern </. XIII Jahr.; G. Ferraro, Glossario Monferrino. — P. 430. Commu-
nications diverses. Luzio-Renier, // Plaiina e i Goniaga ; V. Rossi, Un rima-
tort paàcfvano del sec, XV; Fr. Novati, Bartoîonieo da Cas tel délia Pieve e la
rivclta pertigina (1368-70). — P. 459-76. Chronique; on y trouvera Tannonce
d'articles récents concernant la littérature italienne et de plusieurs livres
nouveaux.
K<» 40-1 (t. XIV, 7c année, 1889). — P. i. A. Capelli, La Uhlioteca
Esttfiu nella prima nuia del secolo XV. Contient le texte complet (279 articles)
de l'inventaire de 1437 (N. S.) dont M. llajna avait déjà édité la partie
(s 3 articles) concernant les mss. français*. Je suis étonné que M. C. n'ait pas
publié en même temps Tinventaire de 1488 dont M. Rajna (/. /., 55) avait
nais au jour les articles correspondant à la partie publiée par lui de l'inventaire
^c ^437. En effet, ces deux catalogues se complètent l'un par l'autre, le plus
récent indiquant le nombre des feuillets, ce que ne fait pas le plus ancien. A
laide de ce secours supplémentaire, M. C. aurait pu pousser beaucoup plus
loin l'identification des mss. que possédait au xve siècle la famille d'Esté avee
c«ix qui existent actuellement à la Bibliothèque d'Esté à Modène. Il n'a pas
connu l'article publié ici môme (XVIII, 296) par M. Thomas sur quatre des
articles du catalogue qu'il édite (nos 20$, 211, 220, 246). Je transcris deux
articles qui manquent dans l'édition de M. Rajna et qui devraient prendre
place, le premier entre les nos i5 et 17, le second entre les nos 20 et 21 de
cette édition :
***• libre) uno chumado Tristano, zoô la soa nativitade, in francexe et in roembrana, coverto de
^'l- Libro aoo chiamado Soadoche, in lengua galica, in membrana, cum aleve et fondelo biancho *.
"I^P. 31. E. Costa, Il codice partnense 108 1. (Suite). Extraits et table alpha-
'^^ue des pièces. — P. 50. G. Sforza, Un episodio délia vita di Aonio Paleario.
"^ **• 72. L. Valmaggi, Per lefonti del « Cortegiatio ». Rapprochements avec
<iuelques passages du de Oratore. Véritablement cet article est trop long ; tout
* <lu'il contient d'essentiel pouvait être dit en quelques pages. — P. 94. R.
"^^liler, lUustra^ioni compirate ad alcune novelle di Gio. Sercamhi. Sur la pre-
!• Romania, II, 49.
2. G. Paris pense que ce ms. doit être un Tristan acéphale ; Sadoch joue
^ grand rôle au commencement de ce roman ; cf. Rovi.^ XVIII, 206.
362 PÉRIODIQUES
miire iiouvclle du recueil récemment publié par M. R. Renier. — P, 102.
Solerd, Dei inanoscritli di Torqjmto Ttuto fahifioUi dai conte Manano M
L'auteur de ces faux fiji condamné à U prison en 1842. La fabrication
été signalée en i3;S dans [e Journal des savants par Libri qui avait en
matière une grande expérience. — P. 119. A. d'Ancona, Misltrl t sacrt
rappranila^hni. Traite pri nd paiement , et avec autant de critique que d'iru-
dition, du Mystère des trois Dams, publié par M. l'abbé C. U. Chevalier (yoy.
Rominia, XVI, 17a), oii le savant professeur met en lumière les précieuwi
indications que le mystère français fournit sur la mise en scène du Mys
de Viacamaliim cl nativité, publié par M. Le \''crdier par !a Société
Bibliophiles normands, et de la Fassioiu, publiée par M. Promis. A propos
ce dernier mystère, M. d'A. réunit quelques témoignages sur les repi^i
tioDS de drames du même genre dans la région des Alpes. Au mome
rédigeait son mémoire, la Société des anciens testes français mettait
le curieux Myslèn de saint Bernard di Mtnthon (publié en janvJeriSflg) qui est,
non pas le seul '.mais le plus ancien des mystères composés et joués en Savoie.
— Variétés. P. 204. Graf, Spigolalure per la tiggmda di Maotnetlo. -
R. Renier, Per la cronoiogia e la cotnposi^ûme del » libro de natura de amore
di Mario Eqiàcola. — P. 234. A. Savioni, Di un Codice musicale
Ms. appartenant  la bibliothèque de Pcsaro. — P. 254. R. Wcndriner,
« Rufjiano del Doîce t la a Piovana ■ dtS Ru\anle. Les deux ouvrages
réfèrent au Rudms de Pkuie; mais l'imitation de Doke est un pla^i
l'ceuvre de Ruiante. — P. 3)8. F. Novati, Per la biografia di Btnvtnuto da
ImeHa, lettcra al professer F. Crescini. Cette lettre se raluche à un écrit de
M. Crescini au sujet du commentaire de Bcnvenulo da Imola sur la Phaiïde
(Roimnia, XVUI, 200-1). M. Novati conteste que le comment,iire de Benvc-
ouio sur Dante soit antérieur à celui de Boccage (iî75)- — Comptes rendus.
P, 269. El cosltimt délie donne (E. Gorra; Recherches générales sur le suj
traité dans ce petit poème édité par M. Morpurgo, cf. Romania, XVŒ,
— P. 179. Bulletin bibliographique. Citons Gio-Franeiosi, Nuoiv roccdita
scrilli Diintiscbi (idées ingénieuses, mais souvent paradoxales) ; G. Find
L. VaIm.Tggi, Tavoh storico-bibliograjkht délia Ulteratura italiana (mal conçu)
K. Wotke, G. Kirner, etc., divers travaus sur Leouardo Bruni; R. Wendritter,
Dit paduaniiclie Mundart iei Ru\anle; G. Pitre, Usi e coslumi, credai^e e pr^it
dip del popolûSicilianû. — P. jog. Communications diverses. — P. jia.
nique. — Les pages J31-6 sont consacrées à l'annonce de publications
uwi^^H
— N" 42 (t. XIV, 7« année,
■iea e le sue principali reda^ioni se.
9). — P. }î7. F. Toccoj, n for di
i codici fiorenlini. Remaniement
4
çu): ■
itter,
r •"-
nsfi^H
I . On a publié en 1 881 , dans le tome V des Travaux de la Saàitè d'iHsIoirt
et d^arcMdope de h Maurienne, un mystère de saint Manin de Tours joué en
1565 â Saint-Martin-de-la-Porte , âans l'arrondissement de Saint-Jean-dc-
Maurieane.
PÉRIODiaUES 363
de la Rhétorique à Herennius par Guidotto de Bologne, fin du xiiie siècle. Cet
opuscule a eu un très grand succès attesté par de nombreux mss. que
M. Tocco répartît entre plusieurs rédactions dont il étudie avec soin les parti-
cularités. — P. 365. A. Luzio, Kuffue ricerche suî Folengo (suite). — Variétés.
P. 4 1 3. P ViUari, Una îettera del Savonaroîa a Lodovico il Moro. Cette lettre,
mise récemment en vente à Leipzig , a été volée avant le jour de la vente.
M. ViUari la publie d'après une photographie qu'il s'en était fait faire en
temps opportun. — P. 421. F. Pellegrini, Lecinose alV Inferno édite da Seîmieil
coà, Marc, itaî, cl. IX, n» 179. — Comptes rendus. P. 438, // cantare di Florio
eBiandfiore, edito ed illustraio da V. Crescini, vol. I (Â. Gaspary; résultats
nouveaux et importants sur l'anciemieté de ce cantare par rapport au Fihcoh
deBoccace).^ P. 441. L. Âmaduzzi, Undici lettere inédite di Veronica Goinbara
(R. Renier). — P. 446. BidUlin hihîio^aphique. E. Michael, Salimbene und seine
Otronik (favorable) ; C. Beccaria, Di alcuni luoghi difficili controversi ddla
D. C. di Dante Alighieri; B. Cotronei, Le farse di G. G. Alione, poeta astigiano
àdla fini del sec. XF, studio critico, etc. — P. 463. Commi^nications de
M. Novati se rattachant à la lettre à M. Crescini publiée dans le même
volume, pp. 259 et suiv. — P. 265. Chronique, périodiques, livres nouveaux,
publications per no:^. C'est à tort que les fragments d'un remaniement du
Irtsor de Bninet Latin publiés dans la Zeitschrift f. rom. Phiî. (voy. Jtea-
*<a» XVni, 629) sont indiqués (p. 468) comme étant en vers : ils sont en
W^\ les lignes sont inégales parce qu'elles reproduisent la disposition de
Foriginal. Il n'y a donc rien à en rirer pour la comparaison avec les fragments
dû Tesoro en vers italiens. P. M.
VI. — The Academy, 22 février 1890. — Une nouvelle légende du moyen
^ sur Virgile, par T. F. Crâne. Après avoir reproduit VExempli con Virgïîi
«w una filla sua qui se retrouve dans le Recuîl de exemplis publié par D.
Mariano-Aguilô, M. Crâne démontre, ce qui m'avait échappé (voy. Remania,
^1483), que la collection catalane est une traduction de XAÎphàbetum
^f^oHmum d'Etienne de Besançon. A. M.-F.
CHRONiaUE
M, Vincenjio Promis, directeur de la Bibliothèque du Roi, â Turin, qui
aviit publié récemment, avec M. Negroni, h Piusiane jouée 1 Revello vers
i486, est mort i Turin, le 19 décembre dernier, k l'âge de quarante-sept ans.
— M. G. Baist s'est n habilita n pour la philologie romane â Erlangcn,
et M. A. Becker à Fribourg en Brisgau.
— M, Odin, dont nous avons signalé id (XV, 639) la dissertation sut les
patois du canton de Vaud, a été nommé professeur de philologie
llloivcrsité récemment instituée à Sofia.
— M. W, Heyer-Lùbke vient d'être appelé ù Vienne comme professeï
extraordinaire.
— M, Freymond est nommé professeur â Berne, en remplacement
M. Morf, qui a passd â Zurich.
— La Société des anciens textes français vient de publier, pour compli
l'exercice de 18S9, deux nouveaux volumes : le 1. VI des poésies d'Eustai
Deschamps, en grande partie imprimé par les soins de M. de Queux de
Hilaire et terminé par M. G. Raynaud (voy. ci-dessus, p. 150), et un r
intitulé Rondraax ri autres poisia du xv siècle, qui est la reproduaion d'u
de la Bibliothèque nationale (fr. 9223) qui, bien que signalé jadi
M. d'Héricault dans son édition de Cliarles d'Oriéans, était resté i peu pris
inconnu. Les poètes qui y sont représentés sont c^mj. de la petite
Charles d'Orléans, M, G. Raynaud, l'éditeur, 3 réuni sur chacun d'
d'utiles renicigncments historiques, empruntés en grande partie i. des d<
ments Inédits. On lira aussi avec fruit ses remarques sur les formes poAiqi
employées p^ir ces divers poètes.
— L'Acadéniiedes^Inscriptionsct Belles-Lettres, dans sa st'ancedu 18
■ décerné le piix Jean Reynaud i Frédéric Mistral pour son Dictiomaîre pra-
vtnfot. Ce prix dmt être attribué k l'ouvrage le plus méritant, relatif aux
études de l'Académie, paru dans la période antécédente de cinq ans.
— La SxiM r^ kngua roimiua de Montpellier publie b drculaire std-
kuIk àt là (bnJiiiiM it IVaivnai dt MoBpUUu un ilItM di
pmehaia. Lj SodM paui rtiiH-h im Unpin wninn 1 <ru postor frnitcr Jechie
■WbN<u««B TwK tlb«n* •« wanll.
ir de
d'etu^^
loctf^^H
ΫS
1° Otti di CEfofi, fm-^i^aW.
— L'Miùon de la Clef d'amours , par M. Doutrepom, que nous avons
annoncée, paraîtra dans !a Bibliolheca normannica dirigée par M. Sochi«r.
— II y aura au mois de juin, â Roanne, une « eipositïon rOirospcciive d ob-
jets d'art et de curiosité « , parmi lesquels figureront, ce qui peut intéresser
□os lecteurs, des n chartes, manuscrits, livres précieux et autographes u.
— M. Albert Stiraroing va donner dans la RomanisçlK Bîbliolliek dirigée par
M. Fôrster une nouvelle édition de Bertran de Born. — Le même savant,
qui s'occupe depuis longues années de Bein-t d'Hanslone, va publier la version
anglo-normande de ce poérae. Cette version n'était jusqu'à présent connue
que par le ms, Didot. qui est incomplet du début : ce début se trouve dans
le ms. i)ue la Bibl. nat. a récemment acquis en Angleterre Cvoy. Rom,, XVIII,
524), et qui est de son côté incomplet de la fin, en sorte que chacun des
manuscrits a une partie qui lui est propre, et qu'un quart environ du poème
se trouve dans les deuK manuscrits.
— M. J. Alton préparc une édition critique d'Aiseïs de Carlhage.
— Dans une dissertation de docteur (BHirâge ^ur Historû^apliïe in den
Kraix/alrrerstaaUii , htsonden fur die Zeit Kaisers Fritdrich II) soutenue i Ber-
lin, le 18 janvier 1890, M. Paul Richier s'est occupé de Philippe de Novare
en tant qu'auteur d'une partie des Gtsles des Cliiprois. Bien qu'il eût reconnu
que Novare avait beaucoup de chances d'être la patrie de Philippe, M. R. a
jugé plus prudent de lui conserver le nom de Pbelipe de Nei-aire qui lui est
donné dans le manuscrit des Geites. Il ùgnale d'ailleurs deux actes contempo-
rains où il est appelé de Ncvaire ou de Not'ane. Je pense que les explications
que j'ai données lèveront tous les doutes de M. Richtcr. Dans sa dissertation
il étudie le caractère de Philippe comme historien et l'apprécie fort judicieuse-
ment; sur la question des rapports de son récit avec la continuation de GuiU
laumc de Tyr, je ne partage pas sa manière de voir. Il me paraît citrême-
mcnt probable que les passages empruntée à cette continuation qui se retrou-
vent dans la deuxième partie des Cesla des Chipms ont été insérés dans
l'œuvre de Philippe, non par lui, maïs par le compilateur des Gales. C'est
un point qu'il y aura lieu de discuter plus lard, quand le jeune critique aura
publié, ce qui ne tardera pas, la suite de sa dissertation : ce qu'il en a déjà
donné fait honneur i sa méthode et à son intelligence historique. — G. P.
— Liv
s annoncés
Elude SUT Foliaire grammairùn tl la ^ammaire au xviii" iiide..., par Léon
Vbrnier. Paris, Hachette, 1888, in-S", 161 p. (thèse française de docteur). '
— Travail agr able et intelligemment fait, qui ne tourne pas 1 l'honiif"
de Voltaire considéré comme graimnairien.
366 CHRONIQUE
Eliuk sur h versification popidain dts Romaini à Vlpoqite diisîqiu, ptf
Vernier. Besançon, Dodivers, i88g, in-S", 68 p. — Cette étude (qui a
d'abord été imprimée comme thèse latine pour b Faculté d« LtUrcs de
Paris) a pour objet principal la versification des comiques (et de Phèdre).
que l'auteur s'efforce d'expliquer au moyen des abréviations et des «m>-
traciions de la langue populaire. Ce sujet est ctranger i noire domaine ;
mais la liste de ces abréviations et contractions, attestées par divera doca-
mcnis, que l'auteur a dressée, pourra être consultée avec profil par les
romanistes, quoiqu'elle soit ordonnée d'une façon peu commode pour enx.
Un index alphabétique en aurait facilité l'usage.
Eludis morales tl lillèraires. Epopées et romans chevaleresques, par Léon DE
MoMGE, II. Les romans de la Table Ronde. Roland furieux. Amadis. Don
Qjiichotte et don Juan. Paris, Palmé, 18B9, în-iî, 589 p, — Voy. Rom.,
XVI, 619. M. de M. étudie surtout son sujet en moraliste, et présente
quelques observations fines, par exemple, celle qui concerne U difTéreiKe
entre le Lanceht de Chrétien, écrit sous l'inspiration d'une Icmmc (un
lapsus calami plusieurs fois répété la iait nommer ici Marie de Brttagtu an
lieu de Champagiu), et le Perceval, composé pour plaire à un honuue
(Philippe de Flandre).
Ailgenuint GrschUhte der Lileratur dts Milleiallers im Âhciidiandi bis rum B^nne
des XI. Jabrhunderts, von Adolf Ebert. Ersier Band. Zweîie verbessene
und vermehrte Auflage. Leipiig, Vogel, 1889, m-S", XIV, 667 p. — Celte
nouvelle édition de l'ouvrage déjà classique d'A. Ebert sera accueillie avec
grand pluisir par tous les lettrés. Elle n'est pas très n améliorée b, car n'y
avaii pas beaucoup à améliorer, mais elle est êtes notablement augmentée,
et l'auteur a tenu compte des travaux et surtout des importantes éditions
de textes parues depuis quinte ans.
Le Polyptyque du chanaint BenoU. Etude sur un manuscrit de la bibliothèque de
Cambrai,.., parPaulFABRE. Lille, 1889, gr. m-i" (Travaux et Mhnmrts des
FaculUs de Lille, w> 3). — Ce curieux manuscrit, qu'avait déjà connu Du
Cange, contient le Ubtr poljplychus ou poUHcus de Benoit, rédigé vers 1 141,
puis, ce que ne donnent pas d'autres mss. de cet ouvrage, deux tr&s curieux
chapitres sur les fêtes de la Cornomaitnia (la Quasimodo), des calendes de
janvier et du CariteJmarium, i Rome, aux ix' et x' siècles. M. Fabrc, qui
rapproche avec raison les descriptions de la CurMoniunnùi, sorte de féie des
fous, d'un curieux passage de Jean Hytnonide, récemment publié pw.
M. Novaii (v. Roinaniu, XVIII, 630), a joint i sa publication des notec
intéressantes. La restitution de l'hymne grecque, écrite dans le ras. en
caractères latins et très défigurée, prêterait à quelques réserves.
Drei fran^àsiscbt Wàrltr itymologiscb betrachtel. Von A. Tobler, Berlin, 1889,
gr. in-S" (extrait des Comptes retulm de l'Académie de Berlin).
mots d/ihil, souquenille et acamlrrr, que l'auteur étudie avec sa Mnence
sa pénétration ordinaires. Dklxl contiendrait en réalité deux mots,
pu d'andenoes fonnes et ensuite confondus : l'un, decliiel, terme de compte'
%
CHRONiaUE
et de commeri:e, Étant simplement h j' pers. S]
J«7
;. ind. prt's. de lieihtmr ;
l'autre, d^chii, ftant le subsianiif verbal de ce inCnie verbe. — Souqutnit ou
socanU (so^caitie, sarcmiif, par fausse étyttioti^e) en a. fr. n'est autre chose
que le mot slave suknia, comme l'avait déjà remarqué Weinhold, et a
sans doute été iatroduit eu France lors det, Croisades, A propos de son
changement, relativement récent, en souqiunilU, M. T. priîscute les
remarques les plus instructives sur divers cas de substitution de -■'//- à
-I-, qu'il constiitt: ou qu'ii discute (signalons bastie-bastilU, dtibraii-à&railU
pvrhn-poriiUm , formitr-foiirmUler, hraiani-braillajit, eiraii-érailU, trimoif-
IrhnouilU, morii-monUt, et i l'inverse vigiik-vigu). II paraît plus douieun
que gtunille puisse avoir été tiré de souqiutiilU, lequel aurait eu une variante
sougumilU i la forme ne convient pas trop bien, et le sens concorde encore
moins. — Sur accoutrer, tiré de eautre, voyez ci-dessus aux MUaiiges.
I« Mûbini^oii, traduits en entier pour la première fois en français, avec un
commentaire explicatif et des noies critiques, suivis en appendice d'une tra-
duction et d'un commeniaire, des triades historiques et k'gendaires des
Gallois et de divers autres documents, par J. Loth. Tome second, Paris,
Thorin, iB8g, in-S", 386 p. — Nous avons annoncé ici (XVHI, 207) le pre-
mier volume de cette importante publication. Le second contient d'abord
la version des trois contes qui répandent aux trois pot;mcs de Chrétien de
Troie, Ivain, Peraval et Erec, et fournissent une base sûre â la comparaison.
L'appendice qu'on nous donne, avec les triades historiques et légendaires,
d'anciennes généalogies et une édition commentée des Antialci Cumbrine,
sera aussi le très bien venu. Enfin, un index des noms propres très com-
plet facilite les recherches. Tous ceux qui s'occupent de l'histoire des rap-
ports de la littérature européenne du moyen âge avec la tradition celtique
devront à M. Loth, pour ses traductions et pour ses commentaires, la
plus grande reconnaissance.
Glosario de voca ibiricas y lalhiai usadai entre loi Mozarabes, precedido de un
estudio sobre el dialecto hispanD-mo;:drabe, por D. Francisco Javicr
SiMONET. Madrid, Fortanet, 1869, in-4, ccxxxvi-628 p. — Cet ouvrage
considérable et tout â. fait neuf est d'une grande importance pour l'étude
des rapports entre les conquérants de l'Espagne et les populations chré-
tiennes qui leur furent soumises pendant des siicies. L'auteur montre dans
son introduction que les Mozarabes n'abandonnèrent pas aussi vite eC suj
tout aussi complètement qu'on l'a dit leur langue et leur civilisation, <
qu'au contraire ils exercèrent dans ces deux domaines une influence notable (.
sur leurs vainqueurs. Le glossaire contient un IrËs grand nombre de mou i
latins ou (ce qui a beaucoup plus d'importance) espagnols relevés dans des J
ouvrages ou des glossaires arabes à partir du ix» siècle. Ce dépouillenienti'r
si intéressant pour l'histoire sociale, a aussi son utilité pour l'histoire de la
langue, et tous les romanistes trouveront à y faire leur profit. M. Simonet,
qui enseigne l'arabe i Grenade, n'est pas un romaniste de profession, cl
i«s étyraologies ou ses rapprt>chements prêtent parfois i la critique; maïs
:j'^-mfî;^^^'ffi
368 CHRONiaXJE
l'ensemble de son ouvrage est assurément inattaquable, et repose sur des
travaux aussi consdencieun que m^itoires. Les conclusions qu'il tire de ses
recherches pourront qi et !i sembler excessives, et un peu trop dominées
par des considérations patriotiques ou religieuses; mais, malgré quelques
réserves, nous n'hésitons pasà direqu'elles apportent à l'histoire des lumi£res
toutes nouvelles et que les historiens de l'Espagne, de sa civilisation, de sa
langue ei de sa littérature ne pourroni désormais s'cmpÉcher d'en tenir le
plus grand compte, I) est regrettable qu'il n'ait pas joint à son livre un
index des mots latins ou espagnols dont il rapproche les mots arabes dtés.
Ditresi e sinerai tiella pocsia ilaliatui. Meraoria di Francesco d'Ovidio. IctU
alla R. Accademia di sdenze morali e politiche. Napoli, 188g, in-8, 59 p.
" (extrait du t. XXIV des Alli de l'Académie). — DéjA l'année dernière
M, de Pilla nous av.iit donné un utile manuel de l'emploi de la syaérése et
de la diérèse, ou, pour pjrlcr plus juste, de la séparation plus ou moins
facultative des voyelles coatiguês dans la poésie italienne (voy. Journal du
Savants, 1889, p. ) 14). Ce qui manquait surtout ^ son travail, c'était une
base philologique sûre; M. d'Ovidio la fournit à des recherches ultérieures
dans cette judicieuse et brillante étude, où nous regrettons seulement qu'il
n'ait traité que les mots en eux-mêmes et n'ait lien dit des formes de la
flexion verbale. Il s'est surtout proposé de combattre certaines th&Hies
excessives du fantasque V. Imbrianî, et il en a fort bien montré l'aibitraite.
Ce petit écrit ouvre à chaque page des jours fort intéressants sur Phistoire
de l'italien en tant que langue littéraire et de sa versificatîoD.
V. Crescini. Framtrunio di una série d'ara^i nel Museo di Padova. Roma,
Liescher, 1889, in-8, 8 pages. (Extrait de VArchivio storico delV arU,
anno II.) — M. Crescini, dont nous avons eu plus d'une fois l'occaàon
d'annoncer les excellents travaux sur Boccace et sur quelques points de la
littérature provençale, détermine, dans ce court mémoire, le sujet d'une
tapisserie flamande, en assez mauvais état, que renferme le Musée de
Padoue. Cette tapisserie, du xv siècle, représente l'histoire qui fait le sujet
de la chanson de Jourdain de Blaye. Les divers tableaux dont elle se com-
pose sont accompagnés de rubriques en vers de huit syllabes. M. Crescini
montre que l'artiste a connu, non pas l'ancienne chanson publiée par
M. C. Hofiiiann, mais un remaniement relativement récent, tel que le
poème en vers alexandrins dont on connaît deux manuscrits. Notons en
passant qu'on connaissait dos tapisseries ayant pour sujet une histoire
apparentée de très près d celle de Jourdain, l'histoire d'Ami et d'Amile,
\oy. Bibl de VEc. its charlei 'Hi%Z<)), 171.
Aktimfonti prwenjali dcUa 11 Fita nuova » di Dante. Saggio critico di Mich.
ScHERiLLo, Torino, Locschcr, 1889, in-4, J16 pages (Extr. du t. XIV des
Alti de l'Académie royale de Naples). — Le titre de ce mémoire inspire
tout d'abord au lecteur instruit une certaine défiance. Car la Vita nuova
n'a point de sources provençales, et M. Schcrillo ne peut avoir découvert
ce qui n'existe pas. Mais le par.u]oxc n'existe que sur le titre. Dans la disser-
CHROSiaUE 369
■"UtioB même M. Sch. si; borne à exposer, un peu longuement et sans
bouMUp de prtcision. les influences pravençiles <jui ont entouré les dibuts
poéii^ueï de Dante. Rica d'absolument comesiable, rien non plus lie bien
ouvesii. Ci Cl li des tendances à la rhétorique et A l'exagération : 1- La
^Fila nuova, vue pir nous modernes i distance, parait comme un monu-
ent qui s'élive solitaire et solennel en un Jésert ; les poésies française,
■jPTOvcDçale, siûlienne font L'eiTet de sable ou au plus de mousse, qui
■ t'étend aux pieds a (p. 48). En somme, cet essai, comme beaucoup de
cïux auxquels le nom de Dame sert d'enseigne, est un travail intermédiaire
entre la recherche scientifique et la pure vulgarisation , dont la lecture ne
liiiie pas d'être fatigante , et qui , nous le craignons , ne satisfera aucune
disse de lecteurs.
OwwjfM de (ihilologic romane tt U\les d'aïuîrn français faisant partie de la
biWiothiijue de M. Cari. Wahluvd à Upsal. Liste dreshée d'après le
Manuel de littiîrature française au moyen ige de M. Gaston Paris. Avec
quaitiï appendices et deux tables alphabétiques. Upsal, imprimerie de
rUnivcisité, 1889, in-8, XXII-14J p. (dré à ijo emplaires et non mis
dans le commerce). — Voilà un catalogue qui est assurément le premier
de ce genre qu'on ait publié, et qui a bien des chances Je rester le seul.
I-'auiciir, qui possède une nugiûfique bibliothèque de pliilologie romane
et d'a^icien français, la met avec empressement à la disposition de tous
ceux qui veulent s'en servir, mab il trouve qu'on n'en connaît pas assez les
nssourt:es, et il imprime avec autant d'élégjoce que de soin Its listes
d'une portion de ses livres : <' Je serais heureux, dii-il, si ce petit cata-
logue pouvait engager les romanistes i. faire usage de ma collection encore
plus que par le passé, d Déjit M. Wahlund avait donné mainte preuve
aussi bien de son rare savoir que de sa libéralité plus rare encore; mais
on peut dire que celle-ci dépasse toutes les autres. Notons que ce cata-
logue (dans lequel l'auteur, quoiqu'il n'en dise rien, a maintes fds rectifié
et complété l'ordre de mon Manuel) ne contient, outre im certain nombrw
d'ouvrages généraux, que [a liste des livres relatifs â la littérature narrative,
profane et sacrée. M. Wahluad se résen-e sans doute 3c donner plus
tard les autres parties. En parcourant ce volume avec ses ingénieux
appendices (notamment sur les manuscrits), on admire la ricliesse de la
bibCothéque dont il inventorie quelques travées; bien des universités
pourront envier le « séminaire de philolo^e romane » d'Upsal ; non seu-
tenent M. Wahlund ouvre celte coUeaion aux membres aauels, mais
il annonce qu'il a a pris des mesures pour en assurer la joubsance aux
futurs membres du séminaire u. La France el b Suéde peuvent ici associer
leur reconnaissance. — G. P.
Ataaarl d'ancien franfais. La l'UUrature française au nmc'i dge (Xh-XlV' iOcU),
par Giston Paris, Deuxième édition, revue, corrigée, augmentée cl
accompagnée d'un tableau dironologique. Paris, Hachette, 1890, in-iz,
XI]-}i6 p. — Le texte de cette nouvelle édition, bien que comptant le
, Ux.
34
v^^^^W^*P^
370 CHROmciUE
même nombre de pages que dins la première, a ùté augmenté s^cz nota-
blement grfce à l'utilisation des blancs et a surtout reçu de iionibn;useî
corteeiioas. Les noies bHilii^raphiques ont èti mises au courant des publi-
cations les plus récentes. L'inJtx a été revu et complété, de &çon à pma
de ;i iroloiines à ;6. Huit pages supplémentaires contienttent des a jddi'
tions et corrections >i. Enfin cette édition est munie d'un T^lmu où
a pour la premiÈre fois on essaie de grouper en ordre chronologique les
dates assignées aus produaïons de notre ancienne littérature o.
Viniicnio de Bartholomaeis. Riurch Abrunesi, comttiUDicarioni «II' ïsd-
tuto storico italiano fl-V). Roma, Forzini, 1889, gr. in-8, lOI p. (eittait
du Bulklina àtlV lit. star, italiafio). — Ces recherches portent sur de*
manuscrits conservés dans l'AbruEze. Ce qui est pour nous de beaucoup le
plus intéressant, — avec divers morceaux italiens d'un caractère plus on
moins analogue, — c'est le fragment d'un oflîce dramatique de la Passion,
en vers latins rythmiques, irouvé dans un ms, de SulmoneduIrv*-x^■^ siècle.
Ce fragment contient uniquement, non pas, comme l'a cru l'éditeur, le
rôle des quatre soldats qui figurent dans la passion, mais, comme l'indiqtie
le titre {officium qmrli mihlh), le rôle du qualriime soldat- Les paroles
qu'il prononce, soit seul», soit avec un des trois autres ou les trois autres,
sont seules données en entier, les répliques n'étant marqtiées en général
que par les premiers mois (il n'y a pas de lacune après le v. 118, et
.1111. ne veut pas dire qmtuor, mais guartus). Nous avons donc îd le
même fait Mngulier que pour le fragment provençal de la NaliviU (voy,
Rom.,ïV, isï), la conservation isolée du rôle d'un acteur. La composition,
d'ailleurs inconnue, à laquelle appartenait ce rôle paraît avoir été remar-
quable t plusieurs titres, et M. de B, l'accompagne d'un savant et judicieux
commentûre (le texte présente plusieurs formes fautives; l'éditeur ne
faisant aucune remarque, on ne sait si elles sont dans le ms. ; plusieurs
ïcmbleni être de simples fautes dini pression). Il la regarde avec vraisem-
blance comme composée en France, et il pense en général, en s'appuyant
sur de bonnes raisons, que les drames liturgiques sont venus en Italie de
France, et cela de fort bonne heure. On pourrait, je crois, aller plus loin
encore sans hésitation, et montrer que toute la dramaturgie chrétienne
du mo}"en Sge est d'erigine française. — G. P.
fV 1) imMi'i qui tnanga la fieiir du chol. Texte critique, par J. J. SalverDA
D( Grave [Leide, 1889], in-8, i S p. — Extrait d'un recueil de mélanges
olfcrt i M. le professeur De Vries par ses anciens élèves. C'est le no 58 de
UyùJiiPirts(\oy. Rùm., Xlll, 140. C{.H3uréMi,Nal.ttextr.iUsims. xxx,
t' partie, p. 39^)- M. De Grave émet quelques doutes sur certains détails
\{c U classification des manuscrits faite par M. Schwan. Le texte est très
twn établi : au v, ^6 lisez fe colp pour U ccls, au v. ;6 l'aceinst plutôt que la
t ■^^i.-vi- *\<h- j.wwK demeilKi, irta Schuchardt Hugo. Budapest, 1888,
■ 1 .<, îS p. (extrait du Magyar Nyclvôr). — Nous sommes devant ce
m.nsitc, v[iii ne peut manquer d'être iniércssant, dans la pénible situation
da rythmes, par Maiimilien
220 p. — Ce livre extrÉracmeiit
au sujet de l'origiae de U versi-
irËs neuves et qui sembleront
lout cas sur UQC £iude a
CHROXTQUE jyi
ia rcnâid prié chez la cigogne. Si encore c'éiaii un Hongrois qui écrivit en
nugyar! Nous demanderons à M. Scliuchardt de récrire son travail dans
une des bngues qu'il manie si racilcmenc qui soit plus accessible i ses
confrères.
Eiiai comparatif mr Vorigim tl rhlilùirc
Kawcîïnski. Paris, Bouillon, 1889, in-S,
remarquable, où sont émises, notamment
ition des Lingues modernes , des vtie
'eni paradoxales, mais qui reposent et
témoignent d'une grande force de pensée, demande une critique appro-
idic, que nous espérons pouvoir hiî consacrer. Il n'intéresse p.is moins
b philologie classique que les lïtudes romanes.
Lt /ranfoii piirll, morceaux choisis 1 l'usage des étrangers, avec U prononciii-
tion figurée, par Paul Passv. Deuxième édition. Heilbronn, Hentiinger,
in-ii, 1889, VI1I-IZ3 p. — Ce précieux petit volume intéresse les phoné-
listes contemporains et intéressera les philologues de l'avenir; i! nous sera
I permis de dire d'avance â ces derniers que sur certains points nous aurions
^^^Htodijues réserves i Taire, et que la prononciation de M. Paul P;issy n'est
^^^^Kf absolument conforme, en quelques détails, à celle qui est le plus usitée
^^^^BPsuis; mais ces divergences se réduisent â peu de chose; la prononciation
^^^^Igurie par M, P. mérite presque toujours la confiance, et le système ij-po-
' graphique pat lequel il la figure est simple, commode et clair.
'. CJtlersiichungtrt û&er Danûl lom Blûbendin Tal. vont Slricier von Gustav
' RtKEMKAGEN. Kiel, SchArdt, 1890, in-S», U, 126 p. (diss. de docteur). —
' L'auteur de cette louable dissertation met à peu près hors de doute le lait
que le roman de Danù! est tout entier de l'invention du Stricker (bien
entendu, à l'dde de réminiscences de tout genre), et qu'il n'est pas traduit,
comme on l'avait jugé « vraisemblable ou au moins admissible n (Hiil.
Utt., XXX, 140), d'un roman français perdu,
piailla fVOrlhitax. Récit contempoi^in en langue romane de la mission
Jeanne d'Arc, de sa présentation au roi Charles VU ei de la levée du
d'Orléans, communiqué, le 15 juin 1869. au Congrès des sociétés
lies, par MM. P. Laxery d'Akc et Ch. Grellet Balgueuie. Paris,
Rcard, 1890, in-B», 16 pages. — Ce récit, écrit au xvi« siècle dans un
H^irc des archives municipales d'Albi, a été, en effet, communiqué au
Congrès des sociétés savantes, m;ils le Comité des travaux historiques en a
jusiecncnt refusé l'impression, ayant été averti par un de ses membres que
cette relation, du reste peu intéressante, bien loin d'être inédite, comme
les éditeurs le prétendent, a déjà été publiée deux fois, d'abord par Corn-
paynf, Etuda bUt. sur V Albigeois, p. 269, puis par Qpicherai, Procès dt
ianiu /TArt, IV, ;oo-}02. C'est donc par suite d'une grave négligence que
les éditeurs écrivent 1 la première page de leur prélace que si Qjiicherat
cAi connu l'cxbience de cette relation, « il l'eût fut assurément lîgurer dans
le iDine V de ses Procis. a Leur édition est d'ailleurs fort incorrecte.
372 CHRONiaUE
Geichidile ier SugcHàtn dcr h. Katliarîna voti AUxatidr'un iiiid der h. Marîi
AtgypiioM, tiebst unedirten Teslcn. Von Herraann Kkost. Halle>
Niemeyer, 1890, iri-8, quatrc-î46 p. — L'auteur de ce livre est mon
d'une façon tragique et inopinée (voy. Rom., XVIII, 642). I! avait donné le
bon à tirer de la dernière feuille de son livre, mais il n'en avait pas écrit 11
préface. Ces circonstances nous imposent des réserves particulières din;
l'appréciation de cet ouvrage , d'autant plus qu'il réstilte de certains bon
d'oeuvre (en eux-mêmes asseï singuliers) qu'une partie au moins était
imprimée dès 1882. Bornons-nous à dire qu'on y trouvera, comme dans
tous les travaux de Knust, de l'érudition et des renseignements miles, mais
peu de méthode et de critique. II est étrange, pour ne relever qu'un point,
qu'il ait soutenu que la vie en vers français de Mjrie l'Egyptienne (dont
il a le mérite d'indiquer de nouveaux manuscrits), vie qui a été traduite
en espagnol au xiii= siècle et renouvelée par Rustebeuf, était faite d'après
la version en prose qu'il imprime (ainsi que la traduction espagnole dont
elle a aussi tté l'objet), tandis qu'un coup d'œi! sur les deux textes suffit i
montrer que le npport est inverse. Parmi les textes imprimés dans ce
volume, celui qui a le plus d'intérêt est la Passio saticlc Kaltrine virginit,
qui jusqu'id n'était pas cointnodément acccessible et qui est publiée d'aptes
divers manuscrits, avec une version française et une espagnole.
Die Jnwendung des Ariikds und ZahïworUs bei Ckiide de Sejssd. Ncbst dnet
Einleitung ùber Seyssel's Lcben und Werke. Von Dr. Haas MoDUum.
Wûrzburg, Hertz, 1890, in-8, 67 p. — Le sujet de ce mémoire est assu-
rément bien restreint, mais n'est pas dénué d'intérêt pour l'étude de la
formation di; h langue iittér.tirc moderne. L'émde sur 1j vie et les oeuvres
de Scyssel qui remplit les quatre premières pages est faite avec consdeitce
et instruction, malgré quelques erreurs de détail.
Pio RrtjNA. LtCortid'AmoTe, Milano, Hoepli, 1890, in-12, xx-ioo p. — Ce
charmant petit volume contient une préface, une lecture que l'auteur
devait laire et n'a pas faite, mais que fort heureusement il a rendue, en
rimprimani, accessible à un public plus nombreux, et quarante-deux pages
de notes. La lecture expose avec beaucoup de grice la littérature du sujet,
et ne présente que tout à fait à la fin, glissée dans une phrase incidente et
peu explicite, l'opinion particulière \ laquelle l'auteur tient évidemment le
plus : cette opinion, c'est que les assemblées de dames ont parfois réelle-
ment prononcé des jugements sur des contestations entre amants en chair
et en os qui avaient soumis leur cas à celte haute juridiction. M. Rajna se
trouve ici d'accord avec M. Trojel, seulement il emploie d'autres argu-
ments : j'ai beau y niettre la meilleure volonté, il m'est impossible de
découvrir la moindre force probante dans le passage d'André le Chapelain
qu'il allègue et dans les déductions qu'il en tire. Si le savant et fin critique
voulait se représenter lo cas même dont il s'.igit dans ce passage, les
débats auxquels il doimerait lieu et les moyens de foire appliquer la sen-
tence, :l me semble qu'il ne pourrait méconnaître que, Id comme ailleurs.
ils'n
CHRONIQUE
n pur jeu d'esprii : ud amani (mettons que c
373
sont pas précisés dans le hlin) quitte sa maîtresse en
déclarant qu'il renonce à l'amour par piéié, ce dont il a le droit ; mais il
contracte plus tard une autre liaison : la première maltresse peot le faire
assigner, par l'intermédiaire de sa confidente, devant les dames, qui le
condamneront à la reprendre 1 — M. Rajna annonce, comme appendice i
cette aimable publication , trois dissertations qui paraîtront prochainement
et qui auront en tout cas un vif intérêt : Gercmia di Montagnotte; Il iibro
di Atiâria Cappdlano in Italia net skoU XIII e XIV; La Qiustioiii âilla dala
dtl Iibro di Andréa Cappdiana. — G. P.
Dts («cmes latins allrihuis à saint Bernard, çu B. Haur^aii. Paris, Klincksieck,
1890. In-8, v-ioi pages. — Beaucoup de poésies rythmiques ont été mises
sous le nom de saint Bernard, soit dans des mss. d'une époque tardive, soit
en d'anciennes impressions. Un grand nombre ont été accueillies par
Mabillon dans son édition des œuvres du grand cistercien. Sont-elles ea -
effet de lui? 11 ne servirait de rien de le nier sans preuve , car un témw- i
gnage contemporain, cité par M. Hauréau, prouve que Bernard compo:
des chansons mondaines (fanliculas mimicai il urbanos tnodulos) pendant !
jeunesse. La question est donc i examiner en détail et pièce par pièce. C'est '
le but que s'est proposé M, H. en étudiant une à une il y a quelques année»,
dans le Journal des Savants, les pièces de poésie mises sous le nom de saint
Bernard. Pour toutes il arrive â cette conclusion qu'elles lui ont été attri- '
buées à tort, pour beaucoup il détermine l'auteur véritable. L'opuscule que I
nous annonçons est une édition remaniée et fort augmentée de ces article!
qui intéressent tous ceux qui s'occupent de la littérature du moyen âge, et
qui sous leur forme première n'étaient pas faciles à consulter.
Dcllîno Orsi, Il ttatro in diaUllo piimontese, studio erilico. IntroduuoQe.
Dai primi document! ail' anno i8>9. Milano, Civelli, 1890,7; pages. — La
fondation d'un théitre piémoniais établi i Turin et jouant régulièrement
des pièces pifmontaises ne remonte qu'ï 1859. Mais, antérieurement, on
peut, k partir du xv siècle, recueillir un certain nombre de faits isolés con-
cernant l'histoire du théâtre ou , ce qui est moins ambitieui et plus e»flct,
se rapportant i des représentations dramatiques en Piémont. M. Orsi, qui
est bien au courant des travaux les plus récents sur le sujet, passe en revue
un certain nombre de laudi (qui ne sont pas précisément du théâtre),
s'arrête à la Fassions, récemment publiée par M. Promis, pour montrer
qu'on y trouve quelques traits de la langue locale, ei consacre une étude
approfondie ci judicieuse i Alloue d'.^sti , sans toutefois apporter de
documents nouveaux à l'histoire, encore bien obscure, de cet auteur, Les
compositions dont traite ensuite l'intéressant opuscule de M. Orsi sont des
trois derniers siècles.
TIk pronuncialion of grak , willi suggestions for a reform in teaiihiiig that
luguage, by E. Dawes. London, Nutt, 1890, in-8, 79 p. ^ On nous a
adressé ce mémoire, et la pronondation du grec intéresse assez la philolo-
'^^S^!?'^f!<^^^
374 CHRONIQUE
gie romane pour que nous le signalions à nos lecteurs. Mais nous dirons
en m£me temps que nous oc partageons pas les idées de l'iuteui, et que
sur presque cous les points où il combat l'opinion de Blass nous la parta-
geons.
Cm^iH»' £amore trotte âa loio codke Carintlaiio dtl SKola XJJI (Noue dd
ignore Oraiio DeUrocIie-Vernet e délia signorina Maru Hcuiej-).
28 novembre 1889, in- 12, vingt-trois pages. — Cette jolie plaquette con-
tient trois chansons et le commencement d'une quatrième, transcrites sut
un feuillet de parchemin que l'éditeur, M. E(mlie) C(h3te)ain), 1 trouvé et
photographié i Saint-Paul de Carinthie. La quairième pièce , qui esi
incomplète, commence par/e vueil amour servir. Elle ne se trouve dans
aucun de nos chansoDnicrs. Ce qu'il y a de très singulier, c'est qu'un
feuillet qui -finissait de mSmc (^vec le vers inachevé Ke vte ituli mon]
appartenait, au xvm< àÈcle, au marquis de La ûayeite (voy. P. Meyer dans
les Notices tt Extraits i^s mamucrils, t. XXXUI, i" partie, p. 3)- On ""^
peut expliquer cette coiiii:idcnce que par deux hypothèses. Ou bien le
fragment de Samt-Paul wt le feuillet même de la collection La Clayetie,
ou bien c'est un feuillet tout à fait identique. Ce qui paraît s'opposer i la
première hypothèse c'est que, d'après la notice que nous avons du feulllei
La Clayette, la chanson incomplète «itait précédée de la rubrique : Cbunim
dt tiumuigntur Eustaehe de ÎEspinace, chevalier, rubrique dont il n'y 1
aucune trace dans le nis. de Saint-Paul. Ctpeudani, si on admet que ks
deux feuillets sont distincts, il faut supposer : 1° qu'il a existé deux chan-
sonniers jumeaux, se correspondant ligne pour ligne, ce qui est 1 la riguear
possible; 2" que ces deux mss. ont été dépecés et que, pat une coïncidence
bien extraordinaire, le même feuillet se sera conservé dans deux collec-
tions différentes. En fait, nous ne savons pas ce que sont devenus les mss.
La Clayette (voy. ci-^essns, p. 305). Il nous parait donc probable qu'il
faut s'arrêter à la première hypothèse, selon laquelle les deux feuillets n'en
feraient qu'un, et supposer que la rubrique a été, par suite d'une erreui
quelconque, ajoutée par celui qui, au siècle dernier, a copié, d'après k
feuillet La Clayetie, la chanson 7^ viml amour servir. Ce feuillet aurait été
uhéricurcment , dans des circonstances que nous ignorons, transporté en
Carinthie. 11 est certain que le fragment de Saint-Paul était encore en
France au commencement du xvu^ siècle. M. Châtelain nous en a com-
muniqué une photographie grSce à laquelle on peut Ure, sur les marges,
quelques mots français, écrits vers cette époque. — La i« et la j' chanson
sont les n" 1880 et 18} de Raynaud; la 2' {Aucune gent m'ont bhsmi) ne
paraît pas se retrouver ailleurs.
Die Biitg in « Claris und Laris ■ wid in « Escanor... « von W. BoRStiORF.
Berlin, 1890, in-S», 107 p. (diss. de docteur). — On sait que les romans de
la Table Ronde et les romans d'aventure, surtout à la dernière époque,
rachètent ce qui leur manque en intérêt et en style par la richesse de leurs
descriptions. M. B. a extrait des deux romans, i peu près contemporains,
CHRONIQUE 375
d-dcMus nommés, tout ce qui concerne le cMleaii, objet des descriptions
la plus étendues, et il a fourni ainsi une contcibution assez précieuse à la
reconstitution extérieure de la société chevaleresque.
VmpiJU phihlogiqai de i8t2 dam la arroniisumenlt d'AUnçon tl de Merlagni
(vocibulaire, grammaire et phonétique). Publié et annoté par Louis DtJVAL.
AlençoQ, iSgOiin-S", 39 p. (extrait du BulUlin dt la SocUti philologique). —
Ce fragment de l'enquête de 1812 a quelque intérêt, notamment pour le
vocabidairc ; les notes de l'éditeur sont, en général, instructives, mais pjr-
Ests peu judicieuses, comme celle qui concerne (p. 44) le prétendu go, gau,
gaud, qui serait a un tertne impliquant une idée défavorable » et se ratta-
cherait peut-être A gtUui,
Tndtx kctionum qiuu in univcrsitaU Friburgensi pcr mentes asiiws ami
MDCCCXC... halfebuntiir. Pr.tmilliintur ; i) Carmen fraacogallicJim, s. Xlll,
] fui iHscribitur » Le lai de l'ombre », adjidrm codicum manu scriptorunt tii-
hnn a Josepho Bëdier ; 2) Guilelmi Streitberg De eamparalivis Gcrmani-
cil, qui supxo -ôi- fortnaulUT eommtntatio. Friburgi Helvetiorum, typis
consociationis Sincti Pauli, 1890, in-4, 1 10 p. — Nous reviendrons sur
la publication de M. Bédicr, qui a été tirée à pan ; nous àgnalons seule-
ment id ce premier produit de la nouvelle Université, qui assurément en
, donne une idée très favorable.
CTit samedi par nuit. Die ilteste altfranzôsische Bearbeitung des Streîles
ii*-ischen Kùrper und Seclc. Herausgegeben von Hermann Varneiagen.
Etlangen. Deicherî, 1890, in-8, 84 p.". — Ce travail, fait avec beaucoup de
soin, met sous les yeui du lecteur, par une disposiùon très commode, le
tcne des cinq manuscrits qui nous ont conservé le beau poème du Dêhat
di Vdme il du corps, sur lequel la Romaitta publiera prochainemeat un travail
étendu. M. V. expose en outre la classification de ces manuscrits, et pro-
pose les corrections qu'il faudrait faire au texte du meilleur d'entre eux,
P, pour une édition critique; en&n il acconipagne l'édition de remarques
philologiques. Tout cela est fort satisfaisant; peut-être, dans des travaux
■ de ce genre, vaudrait-il mieux donner, des textes qu'on veut faire con-
^^^^^B^, des reproductions purement diplomatiques. Dans les remarques,
^^^^Bs noterons sculcinect que lu maugas ta rudirt au v. 13} (et non i::;
^^^^^Bnnc porte l'index) est l'expression biblique ad vomilum redire (pour
^^^^Fienï qu'a pris ici rupiura, cf. l'ail, erbncbcn); au v. îi8 il faut sans
^ doute lire V»r( mais troftj_ tis leus, nouvelle allusion biblique (non at
imeaiat lacus ej-ia); au v. 414 la restitution critique proposée est inadmis-
âble, foidoan ne pouvant être de deux syllabes : il faut supprimer mats, qui
afort bien pu s'introduire dans deux mss. indépendants. — G. P.
1 . Extrait des Erlanger Beitrâge ^ur englîsclim Philologie, I : « TIk Jtspiili-
«mi iitwen iIk badi and Oit soûle, herausgegeben von Willielm Linow, nebst
4tr iliesten fr. Bearb der Str. zw. Leib undSeele, hgg. von H. V. Erlangen,
Qdchen, 1S89. n
}~6 CHRONIQUE
Utber dit Frà/ixt in den romaiàicbcn Spradmi. Dîsscriation von Dr,
Hermann Bocheggeb. Bûhl, 1890, in-8, 45 p. — Ce petit éctA, où I
rcconnait la méthode de l'école de linguistique dont M. Patil est le ch^
contient de fort bannes choses, surtout au point de vue de la psj'cholog
du langage; il est d'ailleurs asscï pénible à lire, et l'ordre et 1
laissent à désirer. L'auteur s'attache surtout â Ciire l'histoire, s
ainsi parler, de la conscience des préfixes dans la vie des langues roniiiM
(préfixes morts, pré&xes continuant à vivre et à produire, préfixes q
s'obscurcissent, pseudo-prérwes nés d'urreurs, échange de ppèfisaJ
extinction des préfixes, confusion de leurs sens et de leur^ fonaions, etc.)3
En phonétique, il est souvent un peu arriéré. Ce qu'il dit à la p. :
de- et des- est plein de confusions : on peut croire i^vii: dtdutrt n
deducere et non à disduccre sans admettre que de fût ei
stilïixc productif au xr^ siècle ; l'amuisseinent de l'i devant les spira
n'atteste nullement le même amuîssement devant les explosives, etc. (von
Somania, XV, 617). Malgré ces réserves, la dissertation de M. B. est t)
utile complément au hvre d'A. Darmesteter sur b composition.
Galimi li resloris , Schiusstheil des Chehenhamer Gueriii de Afonf fait , nnn
Beifugung simmihclier Prosabearbeiiungen ïum ersteo Mal vcrSffcntlk
von Edmund Stekcel. Vorausgeschickt ist einc Uniersuchung von t
Pfeil : Utier das gigtiutiligi VerMlnùs der erhatlenen GatitH-F
Marburg, Elwert, 1890, in-8, uv-408 p. {Auigaben und AhhaudlMn
LXXXIV). — Le titre et les dimensions de cette publication co il
le caractère et l'importance. C'est vraiment
d'abnégation. Le £istidieux poème du xiv: siècle est accompagné d
commentaire perpétuel consistant en rapprochements, non seulement a
les Galiin en prose, mais avec toutes tes formes de la légende de Roncevam
Les opinions exprimées à ce sujet tant par M. Stengel que par s(
M. Pfdl ne sont pas les miennes; je les discuterai sans doute quelque ji
Mais en tout cas ce volume tnci à la portée de tous, tant pour la c
du Roland que pour celle du Pilcrinagi, des matériaux qui ont e
mimes moins de valeur qu'on ne l'espérait, mais qui ne sont pourtant pi
dénués d'imponance ; pourles rassembler et les présenter, il a fallu u
dénué d'attrait et qui n'en mérite que plus de reconnaissance. — G.P.
U pnfri/taire-giranl. E. BOUILLON.
lUcDB, impiimuie Fniui fr
GEOFFROl GRISEGONELLE
DANS L"l2l>0PÉE
Le comte d'Anjou Geoffroi Grisegoiidh est uq personnage
qui joua un rôle assez inijiortani dans l'histoire de la seconde
moitié du x° siècle. Il provoqua un mouvement épique,
attesté par sa meniion dans un certain nombre de chansons
de geste '. Il est vrai qu'on n'a pas retrouvé jusqu'ici de poème
spécialement destiné à célébrer ses exploits; mais que des
chants en son honneur aient existé, c'est ce qui me parait tout
i fait vraisemblable. Le texte suivant apportera, je pense, quelque
appui à cette idée : c'est un passage de la Chronica de gestîs ant-
sulum Andegavorum . Mabîllc a savamment démontré que cette
chronique a eu au moins quatre rédactions successives au
xii" sîMe. Celle que je reproduis ici ' est la plus ancienne,
celle d'Eudes, abbé de Marmouticr de 1124 à 1137'- Les
rédactions postérieures de Thomas, prieur de Loches (de HJI
à 1168), de Robin et le Breton d'Amboise (vers 1160-1169),
1. Chansirn de Rolaml, Chanson da Saisrus, Aspr^nuinl, Renaud de Montau-
ban, Fierabras, Gaydott. Voy. la liste dressa par M. L, Gaulîcr dans son édi-
lioo de Roland, note du vers loé. — J'ajouterai Girard de Rouisiihn, où
Gcoflral .ipparalt comme partisan du roi Cliarlus et chef dus Angvvins,
Manci^ux et Tourangeaux. Un long po^ie, Gaydoii, est consacré i raconter
les exploits fabuleux Je Thierti, lïls de Geoffroi. Ce même ThierrI joue
d^jA un rôle iniportani dans la Chansan de Roland, puisque c'est lui qui tue
Pinabel, le champion de Ganclon; mais il y est donoi comme le Irère et
non le lils de Geolfrai. [Je publierai prochainement dans la Roiimnia une
cote sur ce Thicrri et son rûlc dans la Chamon de Roland. — G. P.]
2. Chroitiqua des amtci d'Anjou, publli.'es pour la Sociirt de l'Hiatoiri; de
France, par MM. Marcheg.iy et Satmon, p. 78-S7.
;, Mabille, IntrvducUan mix Otroni'iius da comlts trAnioii.
1. XIX.
îi
378 p. LOT
enfin de Jean de Marmoutier (en 1 169), n'ont du reste apporté
aucune modification à cette partie de la chronique angevine.
In diebus illis, Huasten Danus, tribus annis Gallias circa loca mariiima
maxime infestans, ad ultimum ad consobrinos suos Edwardum et Hilduinum,
qui consules Flandriae erant, cum quindecim millibus Danonim * et Saxo-
num pcn-enit, secum habcns Hcthclwulfum % mirac magnitudinis et fortitu-
dinis virum , qucm francisca lingua Haustuinum vocant. At vero Dani cum
Suevis î per regiones Francorum discurrebaiit , rapinis et incendiis quacque
potcrant oppida vcl villas pessumdantes. Pcragrata itaque arniis atque incen-
diis, auxilio Flandrcnsium , tota ferc illa depopulataquc rcgionc quam prope
Franci Flandriam habitant, consultum est Parisius transirc tcrroFcmque
suum ubique spargcrc. Vcntum est itaque in vallem amocnam et pulcherri-
mam inter locum qui Mons Morcntius dicilur et Parisius; castellumque
Montis Morentii captum munientes, diutius ibi immorari existimavcrunt,
Cujus praesumptionis timoré, rex, in sollemnitate Pentecostes, proceres suos
undequaque Parisius congrcgare disposuit, videns sibi nullam fieri tune
copiam pugnandi, cum Franci, iutra moenia urbis refugere compulsi, foras
erumpere non erant ausi. Singulis igitur diebus Hethelwulfus Danus^ veluti
aller Goliath, agminibus Francorum exprobrans, ante urbeni Parisiacam
singuhirc duellum ab aliquo Francorum exigens, veniebat. A quo cum com-
plurcs milites, ex fortioribus et nobilioribus Francorum, duello dcvicti et
pcrcmpti fuissent, rex, dolore commotus, ne quis amplius contra eum exiret
prohibait.
Gosfridus cornes Andegavensis , audito régis nuntio qui eum venicndi ad
curiani in praediclo festo submonuit, Landonense Castro, quod suum erat,
ante inipositum sibi diem ire disponens, paucis diebus ante dominicam
Ascensionem Aurelianis venit. Ubi cum certissime virtutcm et crudelitatem
pracdicti Dani didicissct , fingcns se, vir magnanimus, ad colloquium cujus-
dam amici sui abscondite ire, suis ui praeircnt et Landonense C;istro eum
exspL'Ciarenl praocepit. Ipse vero uno solo milite cum duobus armigeris secum
retenti), clam a siii^ discedcns, scro Stampis hospitatus, sociis ne cuiquam se
detegant monuit. In crastino , consul furtivus viator egreditur. Non longe a
Parisiaca urbc, burguni Sancti Germani devitans, a molendinario qui molen-
dinos Sequanae cuslodicbat, dato de suo, habile navigium sibi parari impe-
travii. Volcns adhuc consul se occuharc, ea nocte in domo moiendinarii
dormit. Mane cum uno aolo equo, milite suo sibi sociaio, cum duobus
molinariis navigiu Sequanatn transit. Viso Dano ejusque clamore audito,
1. Le ms. lat. 6006 de la Hibl. Kat. donne CA'K millibus Danontm.
2. Lat. 6218 lîcthhdjitm ; lat. 6006 IL'thdiJjum.
3. Les compilateurs du moyen .'igc conf'imJciu perpétuellement Souabes et
Saxons.
GEOFFROI GRISEGONELLK DANS L*ÈP0PÈE 379
cornes inlVcmuit et armatus cito equum ascendit'. Relictis in navc sociis,
amocna planitic solus ci obviavit; utcrquc autcm, cornipcdcm calcaribus
urgcns, appropinquavit. Cornes, pcrforato hostis oectorc, ferro etiani inter
armos foras emisso , Danum prostravit. Qpi et illaesus rccessit , licct Danus ,
gravissimo ictu dato, fracto clypeo scissaque lorica, juxta sinistrum latus
consulis ferrum dcducens, fracta hasta equum illius in postremo femore
vulneravit.
Rcspiciens cornes Danum gemebundum, torvis oculis adhuc minacem
nitentenique cxsurgere, festinus descendit, abstracto ipsius proprio gladio,
velut alter David, caput abscidit. Iterum equo suo statim scandit et cum
hostili equo et cnpite ad navem propcrat; fluvio enavigato, domino navis
caput ut in civitatem déferai tradit. Ipse, clandestinus viator, Landonense
Castro ad suos rediit; sociis in via ne se detegant obnixe praeccpit.
Multi a murorum et propugnatorum spcctaculis et ab ecclesiarum apicibus
prospectabant et, quamvis quis csset ignorareat, tamen prosperitati ejus
invidebant. Laetabantur autem in Domino Jesu et, grati;is agentcs, securius
cives extra urbeni cursitabant. Denique bajulus capitis venit in urbcni et, rege
praesente, nomen et militis pcrsonam se affirmât ignorare, uti eum quem
nunquam viderat; tamen si videret cognoscere eum non dubitabat. Rex aliud
animo deliberans ad praesens siluit. Dani dolentes, magis in viam efferati,
Trancos ardentius impetebant et ab incursitationibus in eos nullatenus
absistebant; et licet Monmorentium spoliatum et combustum relinquerent ,
tamen loca omnia Silvanecto et Suessioni adjacentia, usque eliam Lauduno
Clavato, perturbabant.
Venerunt statuto die Parisius convocati principes, duces videlicet et
consules, et totius l'ranciae magnâtes omiiesque majores natu quorum peri-
tia praeminebat simul in aula régis convenerunt. Gosfridus comes A\ndegavis,
indutus tunica illius panni quem Franci ^risdum vocant, nos Andegavi
hitrdiim, inter principes sedebat. Molendinarius ad hoc a rege evocatus,
affixis oculis, ipsum agnovit et, licentia a rege jxDstulata, vultu jocundus ad
consulem accessit; qui genu iîexo, arrepta comitis tunica, régi et caeteris ait :
« Hic cum liac grisa tunica scertnendo Danum, Francorum opprobrium
abstulit et exerciiui eorum terrorem incussit. » Rex ut deinceps Gosfridus
GriHi-Tnnka - vocaretur edixit, cui onmis multitude assensum praebuit.
Dum haec agerentur, ecce ex improviso legati affucrunt qui Danos in valle
Suessionis castra posuisse retulerunt; quibus adjuncti sunt innumeri milites
Flandrensium, in ducatu suo habenles populum quamplurimum. His auditis,
locutus rex ad optimales sic demum ora resolvit : « Videtis, optimales, quod
sine profundis singultibus enucleare non possum, quantis calamitatibus et
1. Ms. lat. 6218 de la Bibi. Kat. CVst évidemment par erreur que l'édition
de MM. Marchegay et Salmon porte v equum descendit ».
2. Grisc^oudh'.
380 F. LOT
incoramoditatibus populus Francorum percellitur. Qjiid plebeios homines
commcmorcm, cum plurcs ex vobis, ex illustri sanguinis stctnmate orti, ine-
dia palleatis, et gravis lues Danorutn vestros labores contaminet? Jamdudum
agri vestri, in solitudinem redacti, vel nullo vel raro voraerc excoluntur. Ne,
quaeso, deturpetur propter nostram negligentiam laus Francorum. O genus
infractum , o gens invictissinia , ne terreamini ! Res in arcto est , bellum ex
adverso est, hosiis multus in proxirao est. Expergiscimini, fortissimi milites!
ecce dimicandi tcmpus est : bellicosas manus exerite viresque avitas, dum
tempus est , osiendite. Quid opus est verbis ? Jam nunc sibi quisque loqua-
tur! » Nobilitas igitur quid régi consuleret anxiabatur; quorum quidam
responderunt : « Nullam ad praescns pugnandi dare possumus sententiam;
sed volumus et collaudamus quatînus, ista re induciata, pugnam procrastine-
mus donec majores vires habeamus. »
Gosfridus tamcn Grisa Tunica, suum exprimens consilium, adjedt :
« Vos, domini consularcs et illustres viri, lux et flos viaoriosae Franciae,
decus et spéculum pugnatricis militiae, pro vobis ipsis decertate et pro
fratribus vcstris animas ponitc; nam quoad populum, qui se régi et nobis
commisit, raultum mori conspicabimur ? Video vos, Dco gratias, omnes
unanimes, nec aliquis in hac re débet ab alio dissidere. Quid refert dominas
a servo, nobilis a plebeio, dives a paupere, miles a pedite, nisi nostrum,
qui praesidemus eis, prosit consilium et patrocinatur auxilium? Si Dani
mihi dominabuntur impunc, nolo amplius >'ivere. Timendum est si moriamur
inglorii ac si comparemur jumcntis insipientibus, brutis assimiles animaiibus.
Omnes quidcm anhelare debetis ad pugnam, quia onmes id ad communem
creditis profuturum salutem. Ego vcro id ipsum collaudo vehementerquc
efTlagito : rogo ne sicut segnes moriamur vel imbecilles ; non simus » impro-
pcrium vel omnium infamia gcntium ! »
His dictis, non sine gravibus illorum quos relinqucbant lamentis, processe-
runt. Nec isti ncc illi sperabant se de cactero posse frui aspectu mutuo; hii
et illi proruebant in carorum oscula, et omnes in lacrymas ciebantur. Vene-
runt autcm circa Suessionis rcgionem et intraverunt vallem unam formosa
planitie venustam. Illic unusquisque suas acies gregatim omavcrunt et ordi-
navcrunt. Locuti sunt optimales de belle ordinando et negotium illud com-
miserunt Andegavensi Gosfrido.
« h'ia, inquit Gosfridus, singuli vestros convocaie et, signo dato, unusquis-
que cum vestra acie. militate; ubi autem opus fuerit lanceis et gladiis rem
peragite, et actuum et iauum patemorum ne obliviscamini ! »
Ordinatae sunt itaque sex acies; quinque ex illis praccesserunt, quae bclli
pondus subtinerent et inimicum agmen efTicacitcr feriendo rcpellercnt; rex
postremus cum acie sua gradiebatur omnibus provisurus et subventurus, et,
si Dani prioribus praevalerent, totam belli ingruentiam excepturus.
I. Pour « ne simus ».
GEOFFROI GR!SEGONELLE DANS L'àpOPàl-
î8l
Litu! dangcbam, buecinae reboabani, utriusquc rauliiiudinis cUmor *udie-
batur, « jam dypeo dypeus, jam umboni; iimbo repolie bai ur. Histîs
coD&aais enses mutilabantur ; et cominus uiraequu Danorum ei Fbndren-
sium instabant iegiones, ci ipsoruni superventre suscemuriac quae graviter
primos ceperum rcpellere. Ncquibani enini impLium lot aationum sustiaere,
sed lilubinies cogebantar ircdere ; lamus enitti erjt damor et sircpitus lelorum
et îmljer ut ipsum eiiam acrem obnubiiarcnl. Ingcmuii rex, qui undique
prospidebat eîs tanquam oculaïus, et ail : b Christi;, tuos sustenta Francosl a
et Go^frido, qui suura dciulerat ve\îllum ', pcr nuniium adjecii : » GosrHdc,
rapidum calcaribu» urgc comipeJem et FrancU titubantibus ' e$to juvamen.
Mentor esto, obsccro, parcnlum nostroruin; ne livïtiaveris in aliqua litulutn
Francorum! n
Gosfridus sandac cruds signo munitus ' et auxiliaribus constipatus, mani-
pulis propriis affuit Danisque milesi audadssinius ûbsiitit. IntcrJum cnîm
perfidos aggresjus est illos, ui vexilli régis liogulas in orc Danoium valit.vc
facerei alioque damore suo eos aliquaniulnm deterrerei. Ad illius primîpikrts
itnpctum Frand, animo rcsumpto, in Danoiirruunt unanimiteret,pugionibus
vibruis, instabant effetatiiis instajites. Fragor arniorum raultus état et ab
aercis cassidibus ignis clucubratus multus sdntiUabat; vulnera vuLneribus
illîdebantur et campi nimïo sanguine purpuiabaniur; întestina videres di;pcn-
dentia et cicsa capha et irunca corpora pasum oppi-tcnlia. Exterriti sunt
autcni Dani prae timoré nimio. lA n:pt;nic, cuneis corum labantibus, fugac
se comtniscruni. Pcrsecuti sunt eos Frand slernendo, proierendo, maciando;
et caesi sunt ibi multi milites et pedites, adeo ut duces ipsorum invcnii suit
postmodun) manui in medio qutnque millluni monuonim. Magno auicm
irophaeo Frand potili, lieli reversi sunt ad suos, aecum adducerncs equos
multos spoliaque mulia quae sibi ipsi tiunu sua in proeiio pepererant.
Factum est igiiur gaudium magnum in Franda Deoque dignas omnes cdidere
Rursus a parribus Alemanniaf beUum novum exortum est. Quidam Theu-
tonïcus de Suesia, Eddthedus noniine, qui de geaeic Pbaramundi et Clodovei
dcscenderat , regnum Francorum jure hcredîiario cxigebat ; qui auxilio
Oihonis, régis Iialiac, Lotlioringîam et supcriores panes Fntnciau impugnabat.
Conquerebatur in propaiulo de foedcralis pactionibus quos Hugo rcx, in
pm;sentia Henrid duds Lothoringiae et Ricard! comitis Nornunniae et
Gosfrldi Andcgavis, in ijuodam colloquio fccerat : sdlicet quod regnum
Fraucorum Hugo sibi dîniiitcrct, ita duntaxai ut sibi ducattim toiius Fratidnc
, Le gonfanon.
. L'édiiion de h Sociétt' de Tllistiiire de Fiince porte n titillantibus a, ce
, Le goniânon n'est autre que h bannière de saini Pierre. Voy. l'éd. de
md de M. L. Gautier, DOte du vers io6.
382 F. LOT
daret, sicut dux Hugo olim posséderai ; quod praedicti principes, ut aiebat,
et niulti alii magnâtes fîde sua pepigcrant. Gosfridus Grisa Tunica, aliis
dubitantibus , surrexit et ait : « Perjurii nusquam vole rcdargui, nec patiar
ut nobis domineris ; regcm meque et socios de iide mentita défende ! »
Bertlîoldus, frater ducis Saxoniae», vir faaus ad unguem, pro Thcutonico
duellum arripit et adjecit : « Pares et coaequales nostri quod justum est
dijudicent ; altercatio enim haec insopibilis est. » Congregati sunt utriusque
partis majores, auditae sunt utriusque litigantis quacstiones, hum est in
partem, et responderunt expectantibus judicium : « Communi judido a nobis
concordatum est quod qui viaor exstiterit rcgnum in pace teneat; alter,
consilii nostn auaoritate, regno dimisso, viam suam padficus accderet. » Id
totum ita concessum est, et sic se simplicitcr persecuturos, manu in manum
episcoporum, firmatum est.
Regina, Gosfridi Audegavis consanguinea % pancm zonac beatac Mariae
virginis quae in capella sua erat, quam Karolus Gilvus a Bizantio attulerat,
ei misit et ut nuda coUi ex ea ligaret praeccpit, ei afHnnans quod in hoc
vinceret. Ad beilum igitur Gosfndus animatus jam raajori fîduda procedebat.
Hertholdus siquidem tantae animositatis et stoliditatis erat ut nullum sibi
audere venire obviam ad pugnam arbitrabatur , aiebatque : « Sinite eum,
exeat , veniat ! Ego illum contemptibilem caniculum , qui de bello ausus est
praesumere, statim praevalens suffocabo. » Ventum est ad praelium; pugna-
tur viriliter. Primo impetu neuier cecii(jt; sed Bertholdus, dum equum
giraret, a comité lancea graviter inter scapulas vulneratur. Sanguis illius
funditur, utrinque irremeabiliter pugnabatur, cassides aeneae rcsonabant,
nulla eis requies praestabatur, cum Bertholdus equo cadit dtoque in pedes
surgit. Consul animosus dcbcendii. Tune eorum corpora sudore et cniorc
liqucntia conspicercs, cum manus manibus, pedes pcdibus, corpora corporibus
inipini^cbant. AJ ullimum vcio, rupta lorica Bertholdi, extis ejus fusis, ille
proclLitoc fortissimus Gosfridus Grisa Tunica viaor exstitit. Franci Christo
grali.is ogerunt dicmquc illum solcmncm duxcrunt DeOijue dignam immo-
laverunt laudcm ; Tliculonici cum duce buo Hdelthedo conlusi ad proprli
rcdicrunt. GosiVidus licentiam redeundi a rcgo et regina poposcit zonamque
sibi d.iri promcruit ; quam in ccclcsia bcatae virginis Mariae Luchis posuit,
ubi et canonicos ad simul vivcndum constituit et ex propriis rébus multa eis
dedii.
Post haec GoslVidub, Deo favcnte, repuLsib et repressis hostibus, plures
annos vixit tcrramquc suam in p.ace rcxii ; nullus enim contra cum mutire
1. Vov. p. I, note 6.
2. Anachronisme. Constance, femme de Robert II, était cousine de
Foulques Nerra, fils de (iCotTroi Grisc^onellc. Voy. Plister, Robert k Pieux,
p. 62-6) .
GEOFFROl GRISEGONELLE DANS l'ÉPOPÈE 383
audcbat. Gcnuit autem plures filios, quorum junior, Mauricius nominc,
caoteris patrc superstite niortuis, supervixit '.
Qiic la vie de GeolFroi I*^', comte d'Anjou, ait suscité de
nombreuses légendes, c'est ce que la simple lecture de ce récit
prouve surabondamment. Mais ces éléments légendaires n'ont
pas tellement étouffé la vérité qu'on ne puisse retrouver le
fondement historique. Cette vie légendaire de Geoffroi d'Anjou
se divise tout naturellement en trois parties : i^ la lutte contre
les Danois et le géant Hethelulf; 2° la défaite des envahisseurs
prés de Soissons; 3° les prétentions d'Edelthcd, le duel de
Geoffroi et de Bertold. — Je les étudierai successivement et
dans l'ordre même du récit.
PREMIÈRE PARTIE.
Le rôle historique de Geoffroi d'Anjou s'est joué tout entier
sous le règne de Lothaire (954-986). Si le comte d'Anjou a
I . Thomas de Loches ajoute : « ipse vcro mortuus scpuhus est in ccclesia
Sancti Albini. » Jean de Marmoutiers : « ipse vero mortuus sepultus est in
ccclesia beati Martini Castri Novi. »> Le ttîmoignage du premier est préférable,
d'abord parce qu'il est plus ancien , ensuite parce que GeolFroi ayant témoi-
gné un intérêt tout particulier à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, qu'il
réforma en 966, il est fort probable qu'il voulut y être enterré ; enfin, parce
qu'au xc siècle les comtes d'Anjou n'étaient pas encore maîtres de Tours. Le
traité de uidjoratu cl senescalcin Fritiriih\ attribué faussement à Hugues de
Clères, donne un récit abrégé des exploits de Geofiroi Griscgonelle, qui, sur
certains points, se rapproche davantage de l'histoire; il est suffisamment
différent de celui d'Eudes de Marmoutiers pour qu'en 1169 le moine Jean
les ait interpolés tous deux 1 la suite l'un de l'autre dans sa compilation, sans
s'apercevoir qu'ils se rapportaient aux mêmes événements. Voy. Mabille,
întrohtctiou, p. xxxiii.
Je juge inutile, et même dangereux, d'utiliser ce traité d'un (Irnssairc du
milieu du xii^ siècle. On rencontre bien aussi dans s»i narration des traits
légendaires, mais sa prétention que Geolfroi aurait re^u du roi Robert (sic),
en récompense de ses nombreux services, le titre de sénéchal de France et les
possession.; du roi Lothaire dans les évêchés de l'Anjou et du Maine, ferait
supposer qu'il a inventé ces traits et ne les a pas puisés dans une tradition
populaire. Rien de pareil dans la rédaction d'Hudes de Marmoutiers, anté-
rieure au moins d'un quart de siècle.
384 F. LOT
réellement contribué à délivrer le roi assiégé dans Paris ', c'est
en 978, lors de l'invasion de la France par Tempereur Otton H.
Or, dans cette première partie, ce ne sont pas tant les Saxons
qui jouent un rôle imponant que les Normands {Dani) et les
Flamands. Rien d'historique là-dedans. L'histoire du x* siècle
ignore Edouard et Hilduin, comtes de Flandre; et lors de
Tinvasion de 978 Hasting {Huasten) était mort depuis bien
longtemps. On peut néanmoins s'expliquer aisément l'intro-
duction de ces nouveaux éléments : le fonds du récit c'est le
siège (historique) de Paris par les Allemands en 978 ; cet évé-
nement a provoqué un souvenir, plus ou moins vague, du
siège de Paris en 886 par les Normands. Quel fut le chef nor-
mand le plus célèbre par ses ravages et sa férocité? Hasting,
personnage que ses exploits et la terreur qu'il inspirait rendirent
certainement le héros d'une foule de légendes dont nous trou-
vons un écho dans Dudon de Saint-Quentin et Raoul le
Glabre^. D'ailleurs les incursions des pirates du Nord ne
cessèrent pas complètement quand une partie d'entre eux se
fut fixée en Neustrie. En 954, Hugues le Grand eut à combattre
avec une nombreuse armée un chef normand, du nom d'Harald,
établi dans le Cotcntinî. Quelques années après, Richard de
Normandie, serré de près par le comte de Chartres, Thibaud
le Tricheur, et par le roi Lothaire, appela à son secours les
Danois avec leur chef Harald. Pendant près de cinq ans, de 962
à 965, CQs nouveaux envahisseurs commirent d'affreux ravages
dans le pays chartrain et sur la frontière de Bretagne. Le bruit
de leurs cruautés dut certainement parvenir en Anjou. Peut-
être même les habitants de ce pays en éprouvèrent-ils les
effets, car leur comte, Geoffroi, avait, en 961, avec Thibaud de
Chartres et Baudouin de Flandre, mis en déroute le duc Richard
1 . Lothuirc se tint i\ Htanipcs pendant le siè^e de Paris (Richer, III, 74).
Ce fut Hugues Capet qui se renferma dans la ville. On s'explique ais<^mcnt
que Hugues ait ainsi pris dans la légende la place de Lothaire. Remarquons,
de plus, que le roi n'est nommé que dans la troisième partie.
2. Chez ce dernier (I, v) le personnage est déjA plus prosaïque. C'est le fils
pervers d'un paysan des environs de Troies.
3. Annah's WÎL'crni-nscs : « 954. Hoc anno fuit Ugo dux Frantiae cum
magno exercitu in Constantino pago super Araldum Normannum. » {Mon.
Gmn., ^ XIII, 89.)
c
GEOFFROI GSISEGONELLE DANS l'ÈPOPÈE 385
sur les bords de l'Eaune'. Il dur s'ensuivre une violente iiii-
mitié entre Normands et Angevins. On voit que le souvenir
des invasions normandes se trouva soudain ravivé chez les
populations de l'Ouest i I.1 fin du x'' siiicle'.
L'intervention des Flamands n'est pas sans fondement histo-
rique. C'est un souvenir, soit de la guerre que fil Hugues
Capet ;i Arnoul II de I-îandre, en 981, pour s'emparer de Mon-
Ireuil-sur-Mer er recouvrer les reliques de saint Valeri et de
saint Riquier', soit plutôt de la lutte que soutint, en 992,
contre Eudes I" de Chartres, le successeur de Geoflroi Grise-
gonelle, Foulques Nerra. Eudes appela .'i son aide les Flamands
et les Normands, et réduisit le comte d'Anjou \ une situation
désespérée dont il ne fut tiré que p.ar l'intervention du roi
Hugues Capet*.
Ces événements présentent avec notre récit une coïncidence
remarquable, sauf que dans la réalité ce fut le comte d'Anjou
qui fut le protégé du roi et non son sauveur; mais on com-
prend qu'tne légende consacrée à la glorification des comtes
d'Anjou devait renverser les râles; d'autant plus qu'elle con-
fondait ces événements avec ceux de l'année 978, où, cette fois,
Gcoffroi secourut réellement le roi Lothaire et Hugues Capet.
L'expédition d'Otton U, en 978, eut lieu au mois d'octobre.
Dans notre récit, l'invasion ennemie semble avoir lieu au prin-
temps ou en été, puisque le roi convoque ses vassaux pour la
Pentecôte. Ces dates sont beaucoup plus dans le goût des
poèmes du moyen âge : les grandes assemblées se tiennent à
Pâques ou ^ la Pentecôte; les défis, les querelles, les batailles,
commencent toujours au prîateraps ou bien o cl iiovel tens
d'esté H.
L'armée des envahisseurs campa entre Montmartre et la
Seine, Paris ne s'étendant pas au delà de la Cité ', et non sur
I, Flodoard à 961, Dudon Jl- Saini-Qiieniin, <!J. J, Lair, p. 265-288.
1. Encore en 1013-1014, Richard II, en guerre avec Eudes II de Charma
Cl Hugues du M,tm, appela les Suédois et ie roi Olaf, qui se livrÈrcot i
d'affreuses dévastations (Guillaume de Juniièges, V, lo-i))' Cf. Pfister,
Riéirt le Pieux, p. 211-11;.
). Bouquet, IX, 146-148; X, Î56-ÎS7; VIU. 27)-27î.
4. Richer. IV. xc-xciv.
5. Ily avait, au moins sur U rive droite, des faubourgs <]ui furtnt incen-
diés par l'cnuemi en 978. V. note suivante.
386 F. LOT
les hauteurs de Montmorenci. C'est i Montmartre qu'Otton II
fit chanter l'aHekiia a ses clercs au moment de lever le sièize.
Mais, du reste, la confusion de Montmorenci avec Montmartre
n'a pas grande importance, et je n'y insisterai pas.
Pour ce qui est du récit du défi du géant, de la terreur des
assiégés, de la résolution de Geoffroi de combattre le Danois et
en même temps de garder l'incognito , de la lutte des deux
adversaires, enfin de la reconnaissance du vainqueur en pleine
cour, — je lui trouve une allure profondément épique^. D
présente de plus de grandes analogies avec les narrations de
llicher et de VHistoria Fraucorum Senouensis à propos du siège
de Paris en 978 -. Notre auteur angevin n'a certainement
pas utilisé ces deux sources, et les ressemblances sont trop
grandes pour qu'on puisse les nier. La source d'Eudes de
Marmoutiers est donc très vraisemblablement un poème épique
en l'honneur de Geoffroi Grisegonelle. -- Ce comte d'Anjou
a-t-il réellement combattu sous les murs de Paris un champion
allemand? C'est plus que douteux. Richer, qui nous j)arle de ce
duel, nous apprend que le vainqueur se nommait Ives et était
vassal de Hugues Capet. L'existence d'un chevalier de ce nom,
vassal du duc de France, nous est en effet attestée par une
charte de ce dernier de l'année 981 î. Cet Ives semble donc
bien historique et réeL Qu'on ait attribué à Geoffroi d'Anjou
les exploits de ce personnage, il n'y a rien là qui doive nous
surprendre; c'est un procédé des pkis fréquents dans nos clian-
sons de geste. Un des exemples les pUi^ surs de ce fait se trouve
dans le Coiiromicmnil de Ijohis. M. L. Langlois a prouvé que la
légende avait attribué à Guilhuime d'Orange les exploits
accomplis réellement au ix^' siècle par un Italien nommé
Gonrier '.
1. I/cxpUc.uion du surnom de Grist\i;>vhlh appartient :\ la catcgoric dos
légendes étymologiques.
2. Kiclier, III, 71-76. — Hisl. Frinic. Sctioii : c Post haec Otto imporator
congregans exercilum suum wnit Parisius ; uWi inîcrlcctus est nepos ipsius
Otîoiiis cuni aliis plurilni"; ad portam civitatis, incenso suburbio illius.
Jactaverat namque se cxti^llendo diceîis quod lanceani sua m intigerct in por-
tam civitatis Parisiorum. »>
3. Qniitluirc XILwi!'liî.j<y Bibl. Nat. lai. i)v.)ii T'I. 14 r°.
|. Le counvnuvhnt tic Louis (SociLlé des anciens te.xtes), p. L-LI.
GEOFFROt GRISEGONELLE DANS l'ÉPOPÈE 387
ce propos, disons que la premii:rc partie du récit
d'Eudes de Marmouiicrs priïsente des Analogies singulières avec
un épisode du Moniage GuiUaume. Dans ce dernier poème le roi
Louis est tenu renfermé dans Paris par le géant Isorè de
Sassoigtie' h la tête d'une immense armée sarrnzine. Isoré pro-
voque en vain les Français, trop peu nombreux pour oser faire
de sortie. Dans cette extrémité, le roi se souvient de Guillaume
au court nez, et il envoie un chevalier d'Auvergne, nommé
Anseïs, solliciter le secours du héros, retiré au monastère de
Genves (Gellone), Guillaume, après avoir fait \ l'ambassadeur
du roi une réponse énigmatique et peu encourageante', se
décide néanmoins à secourir ses frères et à combattre les païens
une dernière fois. Il arrive incognito sousles murs de Paris, où
il ne peut trouver accès, et passe la nuit dans la hutte d'un
pauvre homme, nommé Bernard du Fossé J.
Le lendemain il va ^ la rencontre du géant Isoré, le tue et
lui coupe la tète. Refusant de se (aire connaître et d'entrer
dans Paris, il retourne aussitôt en son monastère. Avant' son
1. Le plus ancien ms. (Arsenal 6jâ2) nous donne ces a vers muii-
lils : Assfgii Vol uns paitns Ysor(/s). — ia mer de Sassoigne Ju
ni (Conrad Hoflimnii, Uihir an Frt^iiunl des Cuîllaumt d'Orangt, vers 916-
917). — On voit pirce irait qti'Isoré d l'origine Kst un Saxon. Celte transfor-
mation successive des peuples ennemis des Francs (Saxons, Normands,
Aquitiins, Slaves, etc.) en Sarrazins est un fait bien connu.
I. Voulant Elire comprendre au roi que tous ses revers proviennent de ce
qu'il est entouré de mauvais couscillers, Guillaume, sans dire un mot, entre
dans le verger du monastère, abat les arbres fruitiers, a stme à la place des
ronces et des épines.
{. Comparez la sîiuatiou de Geo(&oi passant la nuit dans la maison du
meunier. Dans le Moniage, h hutte de Bernard ftait trop petite pour coiitenir
Guillaume, il se produit un miracle ; les murs s'iilèveni et s'fcartent de lâçon
qu'il ait U place nécessaire.
Ce trait n'est pas particulier i l'épopée française : il se retrouve dans l'épopie
irlandaise. Voyeî la légende de la naissance de Cuchulainn (WIndiscli,
IrisclK Texte, p. 1 36 et ss.) : le roi d'Ulster, Conchobar, sa sceur Dcchteri et
leur suite, après avoir crrè toute une journée à la chasse aux oïseaui;, arri-
vèrent le soir devant une petite cabane. A mesure que le roi et ses compa-
gnons y pénétraient , elle s'agrandissait si bien que tous irouvirvnt place,
C'éiM le dieu Lug, amoureux de Dechtcré, qui était fauteur de ce prodige.
Vo>'. d'Arbois de Jubainvîlle, Le Cycle mythoJogi^ut Irlandais, p. 394-298.
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ii^.ii...: /A;(<.'.7i*' [ riJ/LTi-ire iu jcr!::e Gw^onroi: ce nom n'
ri'.rî 'i' .:.; '.:jr;v.::;',r: pop-'.ûirc; nuis î'autcur ajoute qu'e:
fraii,i;', c-: ::'.:;; -,: traJui: par Hdusîiiin. Cette étymologie es
vi',il.i-:;n(:rit ;i:/.i;r'iL-, mais c!!c est précieuse en nous montran
'|ri'rii 1:im;mic viil;.'airc l'adversaire de Geoffroi était appel
lliiii.luin. Or, si Ilaustuin ne vient pas de Hethelulf, il peu
I 'lin Ir Mi'ni/i:'r (iuiHtiuwr Ccncr)rv; inédit), vov. Histoire Liticrain
\. -W II. p. ,\y) ,.";; |(iiKll»loct : Gulllamnc iVOnvi^e^ t. II, p. 117-166. L(
m .■• ilii \tn)iiiii'r i]iii -.v tidiivciii à Paris bont mallicurcuscmcnt tronque
.111 inilii-ii ilf «Il ('ni-.tiilc. I.L- Mioin-. incomplet est à la lîibl. nat. tranij. 77:
I" i."i| .1 ••; Ctiif li'j',i.iu!e <\u combat de (îuillaume et d'Isoré rcsl
liini'iriiip. piipiil.nn- .1 \\\\'\>. On ptL-tend.iit montrer remplacement de 1
M I oinl'i- I ..iMii- .« pu-. tU- P.iii'.. (l'ii.iit .1 TendnMt où se trouve aauellcmci
i'.-nim- ili-. \ ii.Koinlu-. pii-. di- 1.» ;;.m' de Sceaux. Aujourd'hui encore il
\ uMi iiii il»- l.i 1 imuIh- i-.MMK" Ucnï.uipuMiN toutefois que pour quissoii
Miii il. ■».'., il i.ituli r.i .ul'.iunu lîii dv'pl.uemcnt d'accent qui ne laisse pi
iL'iii- .•.M-*.v'.!'i 1
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S V.
GEOFFROl GRISEGONELLE DAKS l'ÈPOPÈE 389
dériver de Halslingus'. Ainsi dans le poème dont s'est inspiré
Eudes de Marmoutiers le géant adversaire de GeotTroi Grise-
gonelle n'était autre que le célèbre Hasting. — û,- trait est si
peu (le l'invention d'Eudes de Marraouders qu'il ne s'aperçoit
pas que Hmitcn et Haustuin sont un seul et même homme ; il ]
imagine deux personnages distincts et retraduit le nom du
second en Hethelulf. La source du récit du moine angevin est '
donc un poème populaire qu'il n'a qu'à moitié compris et qu'il
a défiguré '.
DEUXlkMn PARTIE
[I est surprenant que notre auteur n'ait pas conservé le souve-
nirque la bataille dont il parle fut livrée sur les bords de l'Aisne 1
dans des circonstances assez dramatiques'. iliclicr4, YHiUoria ,
FrancoTum Semiiensis, et surtout ies Gesta episcoporum Caméra-
cmsium nous ont donné i ce sujet des détails curieux et, en ce
qui concerne les doux dernières sources, déjà légendaires i.
Selon les Gesta Ep. Camer., Otton II aurait proposé i
Lotliaire de passer la rivière pour pouvoir se livrer bataille, et
d'accorder l'Empire au vainqueur; Geotfroî Grisegonelle aurait
t. C'est cmie grapiiie qui se rencontre dans les auules contemporaines
de Saint-Bcrtin et de Saîm-Wiusi.
2. Pourquoi Eudes a-i-il retraduit Haustuin en Etiidulf? je l'ignore.
Remarquons seulement qu'FdilvuIf, roi des Anglo-Saxons , se rendant en
pClcrinage à Rome, fut magnifiquemeni accueilli en 85; par Charles le
Chauve, dont il épousa la fille Judith l'annûc suivante. Il mourut en 8}8
Aniiaki lU Saint-Btrtin). Ce personnage peut avoir prtté son nom, mais
rien que son nom, à notre légende.
3. Ce souvenir s'est conservé dans le traité du faux Hugues de Gères; la
tradition qui y est mise en cL-uvre, tout en étant làlsîliée sur certains
est restée parfois plus (idélu à la vérité historique que dans le rfcii d'Eudes ■
de Marmoutiers..
4. Rieher, I. 111. c. 77.
î. Hist. Franc. Senûn {Cf, p. 9, n. 2) : e Coavocans igitur Hlolharius ren 1
Hugonem, duceni Francomm, et Heinricum, duceni Burgundionum, 1
in eos, fugientibusque illis persccuius est usque Sucssionis civitatem, DU I
autem ingressi fluminis alvcuni, quod dicitur Acona, nescîenles vadum, 3
plurïmi ibi perierum. Et niulto plures consunipsit aqua quam glndius vorasset,
et lanii ibi perierunt ut eiiam aqua ledundarct cadaveribus mon
uux enim Impicverat ripas suas, Hlotharius vero res constaotcr persequen
:- ■■ ■■■ ;■■■^■'■^■ ■■•■:.'■•.>-:.■ ^-^^^^
390 î'. LOT
conseillé de laisser les deux rois se battre seuls en dud» et
Godefroi de Verdun, vassal d'Otton, aurait repoussé cette
dernière proposition avec indignation. Au fioint de vue pare-
ment historique, ce récit est peu admissible.' Si OttCHi II atait
voulu livrer bataille, il n'aurait pas levé lé sihg^ de Paris et
n'aurait pas, comme il fit (très jucÛdeusement); inversé PAjsite
malgré toutes sortes de difficultés. Ob ne saisit pas nèa plus
bien clairement les moti& d^ndignaûon du comte GodèfioL
Aussi il me semble^que Taoteur des Gesta Et. Gmier., qui
montre une partialité évidente pour les rois ae Gennanie, fl
arrangé dans iin sens Êivorable à la mémoire d'Otton II qadqoe
chant où l'on voyait Geoffiroi Grisegonelle jouer on ,xÂIe
important dans la déroute des Allemands sur les bord$ de
TAisne. Aucun autre document ne mentionne, il est vrai,
l'intervendon du comte d'Anjou en cette) occasion,. pas même
le récit d'Eudes de Marmoutiers, du moins dans }a seconde
partie ; dans la troisième, au contraire, nous voyons déciâi& que
le royaume de France appartiendra au vainqueur d'un comMt
singulier : c'est Geof&oi qui assure la couronne à Hugues en
tuant Berthold. Sans doute ici ce n'est pas Geoffim qui
conseille le duel, mais je saisis néanmoins une certaine analogie
avec la narration des Gtsta Ep. Camer. — Dans les deux cas,
on décide que le royaume appartiendra au vainqueur, dans les
deux cas Geoffroi joue le rôle important. Laquelle des deux
versions est la plus altérée ? c'est ce que je n'ose décider.
Q.uoi qu'il en soit de cette hypothèse, le récit de la bataille
de Soissons présente nombre de caractères épiques : la division
de l'armée française en six « échelles » (acies)^ la multitude
des traits qui assombrissent le ciel comparée à une pluie
d'orage ï, l'anxiété du roi en voyant plier ses troupes/, la
illos tribus diebus et tribus noctibus usque ad fluvium quod fluh juxta
Ardennam sîve Argonnani intcrfeais ex hastibus maxima multitudiuo.
Dcsinens autem pcrsequi illos Hlotharius rex rcversus est in Frantxam cum
magna viaoria. Otto autem imperator cum his qui evascrant cum magna
confusione reversus est ad propria. » Gesta Ep. Caméra* ^ 1. H, c. 97-98. Mon.^
Germ.y Script,, VII, 441.
1. Il n'y a pas de poésie chez aucun peuple où cette métaphore ne se
rencontre. Nous disons encore « une grcle de traits ».
2. Son exclamation, « Christ, soutiens tes Francs, » rappelle la prière
fameuse de Clovis (Grégoire de Tours, II, xxxi).
GEOFFROI GRISEGONELLE DANS l'ÈPOPÈE 39 Î
description des blessures et de rentasscment des cadavres, le
courage de Geoffroi, porte-étendard du roi. Ce dernier trait est
très ancien; déjà dans la Chanson de Roland on trouve ce
vers (106) :
Gefrciz d'Anjou li rci gunfanuniers,
qui montre que la légende était formée au xi*-' siècle.
TROISIÈME PARTIE
La soudaineté de la nouvelle guerre, le conseil des anciens,
le duel judiciaire qui assure la couronne au suzerain du cham-
pion vainqueur, la jactance de l'adversaire du héros, etc., tout
cela est encore dans le goût de l'épopée féodale. Le fond
historique de cette dernière partie est certainement le souvenir
confus de la lutte de Hugues Capet et de Charles de Lorraine,
combiné peut-être, comme je l'ai supposé plus haut, avec un
épisode de la guerre de 978. Cette dernière hypothèse se trouve
fortifiée par l'intervention d'Otton, rai d'Italie, qui n'apparaît
pas dans les deux premières parties où précisément elle est
historique.
Il peut paraître étrange de voir Otton soutenir les prétentions
au trône d'Edelthed ^, mais ceci «ncore a un fondement histo-
rique. Il semble bien, en effet, qu'en 978 Otton II ait eu
dessein de chasser Lothaire du trône de France et de le rempla-
cer par son frère cadet Charles, auquel il avait accordé. Tannée
précédente, l'investiture de la Basse-Lorraine. Laon fut pris par
l'armée allemande et Charles y fut proclamé roi. Peut-être même
fut-il sacré par l'évêque de Metz, Thierri ^.
On s'explique facilement la confusion des événements de
987-991 avec ceux de 978; elle était si aisée à commettre pour
un annaliste mal informé qu'elle se retrouve dans le Chronicon
S, Vitoni Virdunensis, qui nous donne l'étonnant chronogramme
qui suit : « 990... Principes Francorum expellunt Carolum
regem suum de regno; quem Otto imperator restituit gravi
1. J'avoue ignorer encore pourquoi notre auteur a donné ce nom au
compétiteur du roi Hugues.
2. Voyez les lettres 31 et 32 de Gerbert de l'édition de M. J. Havet.
i--
\
t
;
«
'. '.. . ' '". '-'-'. V '": . c..: d::ns leur jeune:
' ./ ., " . ;. ...•.•.. — C-i ;. .^:v.c3 on: dû, par sui
'' " '' " '. *.*■ ;- ;: .:c:::: du xi- siècle; en u
, I I 1 1 I i' I J I . I ■ • » ^
,, 1 ...m' .MU.ia..x.. .>cce, l abbc Eudes cm
I .•,,;„ „„, l.r.ini,.- .l.-. co.uKs a An)Oii, .1 ncutpas
, , ,,ii M.M. 1.1. I Ml.l.'l. i.'C.
•.>...(■■ .•:(. i>iil'li>^v-. l'i'iii l.i Sv>>:n.t>. Jv 1 Histoin
1
'vs l'épopée 393
■ !;i,- Liiiciennc. Les seules
.Liitrus documents hagio-
'.nlîii dos traditions popu-
\-;l à cette di.Tnièrc catégorie
:i moi, tout ce qu'il savait de
^ifil a dû beaucoup emprunter
1 honneur qui couraient encore
!i's quelques paf,'cs reproduites plus
■.V^Vj d'un de ces poèmes. Bien loin de
,■■, i"i a ob^'i ^ des prétentions littéraires et
iltilTcr j;ravenient la source premtî;re de
■xdi fourmille d'expressions obscures et
. nues recherchés, archaïques, détournés do
!,i.s discours qu'il prête au roi et aux jjrands
■. visiblenTCnt imités de quoique auteur latin; ils
;'^pique. On peut encore attribuer aux préoccupa-
j.iraccère religieux de l'autour certaines expressions,
..n ce signe tu vaincras ii ; l'introduction d'éléments
.ommola ceinture de la ViorL;o « rapportée de Byzanco
...irlos le Chauve » qui donne la victoire à Cooffroi, etc. —
, en somme, c'est la couleur épique qui domine, et il me
■ -'îe que du rapprochement du récit d'Iîudos de Mannoutiers
-^ divers passages do Ridxr, de l'flUloria Francoruin Smioiwn-
■ dus Geila episcoporum Caineraci'itsiiim et du Cbronkon Vin-
■■'^'Unse, on peut conclure sans trop do témérité que de la fin
.\u x<= au \n' siècle, CeofTroi Crisegonellc a été dans l'Ouest
lie U France le héros de récits épiques célébrant particutièro-
tt^^-tit ta part qu'il avait prise à la lutte do Lotliaire et Hugues
Cipet contre les Allemands en 97S.
Ferdinand Lot.
•-.niicrc foi> par .\Lih:i (/,•• .'.
.«:. comme on !c sait, Ocîia-z^.-L
. • .::i autre pcrsoîma^e dvjhiu'iic
jwliii-ci, si Ton s'en rapp^-rte
.'. N^rait Ccrcamon. M. Rajna
^.:r cette indication et sur !v^
.\:w contient, en avait placé la
'v-iker, dans un des dernier^
. PH!.. (XIII, 29S), conteste
.•;::::er a Maistre » avec Raimvn
>\:vnd, selon Die/, de ii^),» ;?
;-:M.Suchier,///v/'.,XIV, 122),
i::e de la pièce d'une cinqua:i-
:■:: assez importante pour I1i:^-
' 7
; ■'■■ y ■■■■■ ^ ••<"'.. p. >: j îrv :.\,
, .: p:"vC J.l:^^ ^-.î .;::":ctu:c, v^.:i e-t v,^
s: ".v vi A ■". :: J^. \i.. i n -.;. ■; • ;. .
SUR LA TEMÇON « CAK Vfil TENIR A TOT DU a Î^J
lOÎre Je la ten»;on, et mime de la poésie provenç;ile en général,
il n'est peut-être pas inutile de h reprendre brièvement.
L'identité entre o Maistre » et Raimon de Miraval résulte ,
clairement, scion M. Zcnker, d'une piice de ce dernier (Bartscb^j
406, 43; Mahn, Gcd. 13^2) qui présente avec la tençon les
rapports les plus frappants, a J'enseigne à d'autres i
détriment, y dit Miraval, un art qui devrait remplir ma bourse'.
J'ai si bien instruit GuiUiaimi qu'il se croit maintenant capable
de marcher sans guide; il fait m5me contre moi des chansons
et des sirventés mal bSils dans lesquels il me reproche 1
pamTeté et ma fourberie, tandis qu'il ferait mieux de
cuper de ses propres ailaires'. En efTetj il a, en un an,
trois maîtres : aussi des deux côtés, on l'a traité de roseau. »
Miraval nous apparaît donc ici, continue M. Zenker, dans le
même rapport vis \ vis de Guilhelmi que le « Maistre » de la
Dcnçon vis h vis de Guilhalmi. Le titre de Maisirc dans la tençon
s'accorde avec le renseignement donné par la cltauson (il serait
plus exact de dire simplement les deux couplets, » comme
nous allons le voir) que Miraval a été îe maître de Guithelmi
en poisie. Or, nous savons précisément que Miraval était très
estimé pour son arti; nous savons de plus qu'il était pauvre,
et ce dernier renseignement est confirmé par la icnçon, où
nous voyons « Maistre » se lamenter sur son dénûment.
M. Zenker, poursuivant le cours de ses suppositions, croit
pouvoir reconstituer les circonstances qui ont donné lieu i la
composition de ces deux pièces : selon lui, Guilhalmi serait un
I. Je ne vois pas d'où M. Zenker peut liivr ce sens. Voir plus loin,
3. Mime observation.
). Le passage aJUgu^ par Diei [Lthii, }ao). auijuel sv ridtv M. 7.eaki:i
(40e, 2 ; M. Ged. 11, e. S), prouve seulement, comme Diejr l'a bien corapris,
<liic Miraval était fort in£itué de lui-m£me. M. Zenker eût rapprochi: plus
pMtcincm d« deux couplets qu'il étudie la pièce 406, 19 (^Arch., 34, 196)
oA noiu voyons Miraval donner â un certain Former une véritable consul-
Uàoa sur 1« (jualités requises du poi-tc; ce Fomier, qui de linwi voulnll
devenir jongleur, lui av.iit probablement demandé de» ccoscib; nous le
snj^KKons d'après l'ensemble de la pi^ce et non d'après les deux premiers
vere t " Fotniers, pcr rws cnscignamcns — luch dir q'eti Ma a nil vcnguu, ••
qu'a faut traduire, non par h Tu es venu me dcmanJer ifcj liwin ». mais par
• Tu es vcno atlinî par te bruil de mon talent. <>
396 A. JEANROY
chevalier, qui, séduit par le talent de Miraval, lui aurait demandé
des leçons de poésie, puis, au bout de quelque temps, aurait
cru être en état de se passer de ses conseils et lui aurait retiré
sa protection ; les deux pièces correspondraient à deux moments
de cette liaison et se compléteraient Tune l'autre. Voici, en
effet, comment M. Zenker interprète la tençon : Guilhalmi est
un chevalier que « Maistrc » (= Miraval) prie de lui accorder,
soit un asile dans son château, soit, au cas où il y serait déjà
hébergé, de le conserver chez lui, ou de lui faire un cadeau en
argent; mais Guilhalmi refuse et renvoie « Maistre » à la bourse
du comte de Poitiers. La tençon se placerait donc au moment
où Guilhalmi, confiant en ses propres talents, signifie à son
ancien maître son congé. L^s couplets seraient un peu posté-
rieurs : la brouille étant tout à fait complète entre les deux
personnages, Guilhalmi en est venu à composer contre Miraval
des pièces injurieuses, et celui-ci lui reproche son ingratitude.
— Une dernière circonstance, dit en terminant M. Zenker,
plaide en faveur de l'attribution à Miraval du rôle de « Maistre a
dans la tençon : celui-ci se plaint de voir tomber en décadence
« l'amor, lo joi cl déport »; or, ces lamentations sont plus
naturelles à l'époque de Miraval qu'à celle de Cercamon. Quant
à la présence du nom de celui-ci dans le ms., elle s'expliquerait
par une faute de lecture : le scribe aurait transcrit par Ccrcahnon
les mots En Raimon qu'il trouvait dans son original.
Certes, ci^s rapprochements sont ingénieux, et la théorie,
habilement présentée, off're une apparence de solidité qui a
séduit les meilleurs juges ^ M. Zenker est coutumier de ces
hypothèses brillantes : il y en a quelques-unes, dans son travail
de début sur la tençon, qui forcent vraiment la conviction.
Mais il nous paraît cette fois avoir été moins bien inspiré et
même avoir fait absolument fausse route. Évidemment il a été
frappé d'abord par le nom de Guilhalmi commun aux deux
pièces (Guilhelmi dans les couplets); puis son imagination
prévenue a cru voir entre elles un certain rapport, qu'elle a
ensuite démesurément grossi ; mais ce rapport n'existe que si
Ton donne à ces deux pièces une interprétation qui peut être
traduite en ces termes :
1. Voy. Rom.^XyiUy 629.
SUR LA TENÇON « CAR VEI FENIR A TOT DIA » 397
Dans la tençon, « Maistre » se plaint de sa pauvreté et
demande à Guilhalmi (supposé son élève) soit l'hospitalité,
soit un présent.
Dans les couplets, Miraval se plaint que son élève lui reproche
sa pauvreté.
Or, de ces deux interprétations, la première est très douteuse,
la seconde certainement fausse.
Commençons par celle-ci.
Miraval n'est nullement accusé de pauvreté par son élève :
au contraire, c'est à celui-ci que ce reproche serait fait (dans
un certain sens) par Miraval. En effet, M. Zenker n'a pas
remarqué que les deux couplets n'appartiennent pas au même
auteur^ : le premier est bien de Miraval, mais le second est la
réponse de Guilhelmi; il faut voir ici un de ces échanges de
cohlas qui devinrent si fréquents à partir du commencement du
xiii^ siècle. Voici le texte, pour plus de clarté :
I Tos tems e[n]seing e most[r]i al mieu dan
So ad autre ab quem mou purs revel ;
q*eu ai mostrat a* N Villclmin aitan
4 qu'uimais 11 par que ses mi se capdcl,
e fai de mi chanssos e sirventcs
ab caidus motz mal pausatz c mal mes,
l'un curt e fais, l'autre fraich e redon :
8 ben par, qant el las fetz, qu'avia son.
11 De paubriera m'apella e d'enjan (vis. entan),
quar gen me vol cubrir del sicu mantel,
quel fou de très mandas en un sol an,
12 per qu'anbas partz lo van daman rausel.
Fais soi d'aitan, tans m'a el faichs de be(n)s
qar ieu non pren al tan aquel ses fes,
mas laissi m'en per desdeing de Raimon,
16 qu'el ten els mans so quim ad el rescon.
Le premier couplet a été traduit d'une façon assez exacte
6. M. Zenker pourrait objerter que le manuscrit ne porte que le nom de
Miraval. Mais le scribe a pu oublier d'insérer, entre les deux couplets, celui de
l'interlocuteur ; ce fait n'est pas isolé : la rubrique placée (dans H) en tête de
deux cobîas {Arch.y 50, 281) dont l'une est certainement de Sordel et l'autre
du comte de Provence (Zeiis.y VII, 209) porte seulement le nom du premier.
398 A. JEANROY
par M. Zenkcr ' ; mais le second appartient certainement à
Guilhelmi, comme le prouve l'avant-dernier vers : ce J'y renonce
(à me disculper) par dédain de Raimon. » — « Miraval, dit-il
au début, m'accuse de pauvreté et de perfidie ; mais il est trop
bon de vouloir me couvrir de son manteau. » C'est là une
traduction, sous forme imagée, des reproches de Raimon : il
m'accuse d'indigence poétique, et veut faire croire que c*est de
lui que je tiens le talent que je possède. » La pauvreté, toute
métaphorique, qui est ici attribuée, non à Miraval, mais à
Guilhelmi n'a donc rien à faire avec celle dont « Maistre »
se plaint dans la tençon ^. En résumé, un poète, ici Miraval,
reprochant son ingratitude à un élève qui lui répond fort
durement : voilà tout ce que des yeux non prévenus peuvent
voir dans ces deux couplets.
Passons à la tençon. Les cinq premiers couplets de la pièce
sont occupés par les lamentations de « Maistre » sur sa misère
et les consolations que lui offre Guilhalmi : celui-ci l'engage à
faire fond sur la protection du comte de Poitiers, du « nouveau
comte 5 » que « nous aurons à la Pentecôte », et lui fait espérer
que « grand bien lui viendra de France ». L'interprétation de
M. Zenker repose uniquement sur le dernier couplet, dont voici
le texte :
I . Sauf en ce qui concerne le >econd vers. Le sens doit être (en corrigeant
/'.'//■ V en pus ?) y J'enseii^ne à un autre un an dont il se sert contre moi (m.
à. m. avec le^juel il se met ensuite on rébellion contre moi). »
1. Pour les quatre deniiers vers, que M. Zenker a renoncé à traduire,
j\ivai> >on:;ê d'abord à pro^x^er quelques conjectures, donnant du moins un
.sen-i acceptable : mais elle> ne nie satisfont qu'à demi et ne convaincraient
>aîî> doute iH.T>onne ; je m\ib>tien> donc d'en encombrer le terrain. Qu'on
me pcriv.ctte >eu!cmcr.t vie :app:Ovb.e: du ve:> i; un p.iss.ige de la biographie
de Miravaî oC: ii e-t dit que le pvV-:e fu: >o;:venî le jouet de^i dames de son
tc'.v.ps, q::i. pou: obtenir de lui dj> c::an>vv:>. lui tai>a:ent de trompeuses
av.vKVN au\que'!e> sa vanité >e lai^s^rt p:e!'.d:e ; îe biographe en nonrnie
p:.ci>.'.vc-r. :•:•<. .\ ala> de IViv-e.-.v^ rrïr.cr.iZ.'.rde de Castres et Bruncsscn,
!V:-u:c de Ko.:.- dj Cibarct v^' :- -i-: P'-^ .:o!vp:v:: loba de Pucnautier qui
• ■» .j""'. N.->. p" ^^'.ï'.s.''"'^"' • i\.U. ». . . V ^ ..-.- . k V... v<wL ,c .LîiuucL a
de ■•*'■ v'ai'C'i:.:':. e:":::.- !.> M't^ au\/uj"- c.- d.u\ p.i»a.:J^ V::t allusion.
. \ ,, . ^ • ^ ^••.. .»• •» 1.,
\
' .1 l'L'utacosta,
. itrc la traduction littiirale des deux prc-
iixie est probablement corrompu, le sens en
i.iites des îd^'s noires; vous v03ez les choses
■ est absolument d'accord avec l'ensemble de
-lilièreraent avec la fin du couplet précèdent.
Il nmtiléc : Guilhahm, {fort) fraii e sahatge'.
iL'iionse de « Maistrc », c'est sur elle que
'■. iiker pour supposer qu'il demande i Guilhalmî
. ou de continuer à le faire : mais elle me parait
i'IiGspitalitiî que vous m'offrez dans le château (d'un
ous coûte pas grand'chose ». Elle serait ainsi par-
d'accord, elle aussi, avec la première partie do la
.j dernier vers ; l^os mi pagat^ d'aulriti hrcc!^. Quant
* 'it probablement suppltScr quelque chose coninii: « son oiniais li
'■. Pour les deux premieni vers Ju dernieT couplet dié plus luut,
^jneau a proposé (Som., VIII, 126) des corrections et une <.'>:plicn-
-.rémement ingénieuses, qui lu som trop pcui-ûlTc pour sutislâire com-
~'-'.'iii. Je me dispense de prâsctnur du nouvullus conjectures pour la rai-
.:.!<: j'ai dite plus haut. Le reste de la. pièce n'olTre pas de difRcultOs
- ' ^i=i ; on ne s'explique pas les deux étr.inges conire-suns qu'a commis ,
■'-rïiment ^inadvertance, M. Zenker dans la traduction qu'il en a donnée
^'^ ^Iahn)dans son travail sur la tençon (p. 7;) : no prtti mailha ne veut
' Jïru : ■ Je n'estime pas à la valeur du la vioclle d'un os, » mais « d'une
-'''■' » ,et/vttiugnifie ■ poulain a, non a poulet n. (Il duc dire que, pour ce
'">=r mot, l'eneur remonte à Ha>-nouard, £«., IV, 589.)
-• A moins qu'il ne (aille imerpréicr, dans un sens miiuphorique et en
^Muîsaiu oslals non par limpilalité (je ne connais pas d'exemples de ce sens),
^""^ par viaison : a Ma maison (l'entretien de ma maison) ne cov'ite pas
^d' chose 1 votre château (\\ opposeniit, par modestie a pour mieux
™^ ressortir sa pauvreté, son oital au aisUi de son interlocuteur), c'est-à-
ûiBi «i somme : ■ Vous ne savei pas combien j'ai besoin J'.irKeni. » 'l'ou-
^^^ cette intoprétation païah mdns naturelle.
400 A. JEANROY
à supposer que Guilhalmi est le débiteur Je « Maistre » ou
même que celui-ci lui demande de Targent, il nV a aucune
raison de le faire, pagarai étant une correction du premier édi-
teur pour pagara. Ce vers contient simplement une consolation
du genre de celles qui remplissent la pièce. On n'a donc aucun
motif sérieux de voir dans Guilhalmi un châtelain; il est
même plus probable, à cause du ton d'égalité qui règne entre
les deux personnages, que c'était un ami ou un compagnon de
« Maistre », peut-être jongleur aussi bien que lui, comme le
pense M. Chabaneau. — Maintenant, ce Guilhalmi était-il vis
à vis de « Maistre » dans le même rapport que Guilhelmi vis
à vis de Miraval, en d'autres termes, était-il vraiment l'élève en
poésie de celui qu'il appelle « Maistre » ? C'est là encore une
supposition peu vraisemblable : ce mot ne désigne pas habituel-
lement au moyen âge une sorte de maîtrise artistique, de
patronage ou de paternité poétique; il s'applique le plus
généralement aux clercs possédant un grade universitaire. Ce
qui rend à peu près certaine l'opinion que notre « Maistre »
était clerc, c'est qu'il se plaint du clergé en termes indiquant
qu'il croyait pouvoir compter sur lui : il ne songe même pas
à se réclamer des grands, et c'est son interlocuteur qui lui
suggère ridée qu'il a aussi de ce côté quelque profit à espérer.
Si une hypothèse est ici vraisemblable, c'est celle qui ferait de
« Maistre » un clerc déclassé, comme il y en eut tant parmi les
troubadours (v. les biographies d'Arnaut Daniel, Uc de Saint-
Cyr, Uc Brunct, P. Cardinal, etc.), qu'il fiuiJrait se figurer
au moment où il vient seulement de quitter l'église ou l'école
pour « aller parle pays », et où, n'ayant pas encore trouvé de
protecteur pour le mettre « en robe et en liarnais », il en est
réduit à implorer pour vivre la générosité de ses anciens col-
lègues'.
I. M. Sclbach {1^)^$ Slrnl^cdkht in dcr allprov. Lyrik..., p. 15, sq), Ogarc
comme M. Zcnkcr par une homonymie fortuite, idcmific le (îuilhalmi de Car
vci fcuîr (il n'a pas connu les deux cohUis) avec un Cjuillalmet (dans 19S, i,
Mahn , Gai.^ 5>>)' ^'^ « Maistre », où il reconnaît à bon droit un clerc, à la
fois avec le « Prieur « de cette même pièce et le c Maistre » de 292, i
(tendon entre Maistre et l'raire Reria). Il êdilîe sur ces hypothè-.os, qu'il n'v a
pas d'intérêt ù discuter, un roman un peu plus invraisemblable cncoro que
celui de M. Zenker. Il n'a pa^ rélléchi que ceux à qui l'on pouvait donner le
SUR LA TENÇON « CAR VEI l'ESlK A TOT DIA » 4OI
En somme, un jongleur famélique, faisant ses doléances à un
personnage indéterminé, probablement jongleur comme lui,
voilà tout ce qu'il est possible de trouver dans la tençon, dont
s'évanouii ainsi le rapport avec les couplets entre Miraval et
Guilhelmi.
Si la comparaison des deux pièces n'autorise en rien Thypo-
thèse de M. Zenker, l'étude de la première force absolument à
la repousser : en effet, aucun des traits du rôle de « Maistre »
dans la tençon ne conviendrait à Rai mon de Miraval : d'abord
celui-ci n'était pas clerc, mais chevalier; ensuite Miraval, uni-
quement mêlé à cette société courtoise du Midi si médiocre-
ment estimée de l'Église, ami assez intime de Raymond VI pour
oser le désigner sous un pseudonyme poétique (Raynouard, V,
387; Dicz, Ijebeiiy 308), ne pouvait rien espérer des clercs; il
n'avait à attendre d'eux que du mal, en particulier de ceux qui
« venaient de France » en si grand nombre, à la suite de Simon
de Montfort ; et en fait , Miraval perdit pendant la guerre albi-
geoise la plupart de ses protecteurs et son petit château (Rayn.,
V, 387). Enfin, on ne voit pas quel serait le comte de Poitiers
à la générosité duquel il eut pu faire appel; il s'agit d'un comte
sur le point de prendre possession de son titre, ce qui exclut
Richard Cœur de Lion', le seul auquel on pourrait vraisem-
blablement songer; les comtes de Poitiers dont Miraval put
voir Tavènement furent Othon de Saxe, à qui Richard (1196)
donna du moins l'usufruit de son comté, puis Jean sans Terre,
associé à sa mère Eléonore (1199); enfin, par suite de la con-
fiscation du Poitou (1204), Philippe- Auguste : or, aucun de
ces princes ne protégea les troubadours ^. Je ne veux point, du
nom de maUre étaient innombrables parmi les jongleurs; celui dont il est
question dans Car vei feuir est certainement un de ces derniers, puisqu'on lui
fait espérer un palefroi et une rente, tandis que le Prieur de 198, i est vrai-
ment un homme d'église, essayant de tirer quelque profit de la dévotion à un
saint dont il garde ou colporte Timage, à peu près comme le « Moine » dans
le/rw Je h FcîiiUéc d'Adam de la Halle (voy. éd. De Coussemaker, p. 309).
1 . I^ forme de la seconde pièce empêche aussi de faire remonter les évé-
nements en question au début de la carrière poétique de Miraval : on ne
connaît pas d'échange de cohlas antérieur au commencement du xiii*-* siècle.
2. La substitution de Cercalmou h En Raimou pourrait aussi présenter
quelques difficultés, d'autant plus que dans le ms. R (il en était probablement
. ■ I. • . ■ .■•• » ^i* .*".■. •> -1
402 A. JEANROT
reste, traiter de nouveau la question des aUuûoos historiques
de la tençon : je remarquerai seulement que le système de
M. R^na les expliqué tontes de la £içon la pins satisfaisante,
tandis que celui de M. Zenker n'en eqiliqqe aucune* H me
semble donc qu'il est prudent de s'en tenir jusqu'à nouvel
ordre, en ce qui concerne cette pièce,, à l'opinion exprimée ici
il 7 a treize ans, et de continuer à r^arder h piècç Car veifmir
comme le plus ancien spëdmen conservé de U
'-4ir««.n
Alfred Jbaiirot.
de même dans son original) les rubriques portent toajoocs 0» 14; 33)
non Raimon ou En Rmtium , mus Miravah (voy. la table dn ms. puUîée ptr
M. P. Meyer à la suite des Derniers inmiadaurs), QpAnt aux plaàaoam sur h
décadence, elles se trouvent à toutes les époqneset spédakaiKDt à la pins
ancienne; nul pote n'a plus brodé sur œ thème que Marcàbfua, c oMcnip o-
rain de Cercamon.
.A.
OTON DE GRANSON
ET SES POÉSIES'
m.
Nous ne connaissions jusqu'à présent des œuvres du malheu-
reux chevalier que deux petits pointes, intîtuli-s l'un la Pashm-
relie Granson, l'autre îa Complainte de saint Vaknlin Granson.
Et encore ne nous sont-ils parvenus que grâce i l'erreur de
quelques copistes du xv siècle, qui les introduisirent, en dépit
du nom de Granson que portaient leurs titres, dans les mss.
d'Alain Charrier, et — ce qui montre bien i quel point mes-
sirc Ode était alors oublié — leur donnèrent les étranges sus-
criprions suivantes : La Pastourelle Granson faicle par maistrc
Alain Charlier, et la Complainte de saint Valenti» Granson compilée
par maistre Alain Cliartier. Des manuscrits, ces deux petits
poèmes passèrent dans les éditions des œuvres d'Alain, dont ils
forment le treizième livre'. La Pastourelle fut imprimée à part,
sous ce titre : Complaincte du Bergier et responce de la Pastorelle
de Granson, composée par tresexcellent rhetoncien maistre Alain
Chartieri. Mal copiés dans les manuscrits du xv' siècle, mal
imprimés dans les éditions d'Alain Charrier, les deux poèmes
d'Oton de Granson parurent indignes de l'auteur de la Belle
dame sans merci. C'était du moins l'avis de Clément Marot.
Dans une lettre adressée à Etienne Dolci, le poète de Cahors,
après avoir protesté contre les mauvais vers que des auteurs ou
éditeurs peu scrupuleux font circuler sous son nom, ajoute :
1. \'oy. d-dessus p. 237,
2. Eil. Galliot du Pré, f» lOi vo ei P" 10} i«; éd. Duchcsne, pp. 7S9-77Î-
j. Paris, s. d, (vers IS'O), pel. m-4'' goth. de 4 ff. Voy. CatalcgHt
Rolbsdntd, 1. 1, no 444,
404 A. PIÀGET
« Or ne suis je seul a qui ce bon tour a esté.fiûct. Si Âbun
Charcier vivoit, croy hardiment, amy, que vouluntiers me
tiendroit compagnie a faire plaincte de ceulx de leur art qui a
ses œuvres excellentes adjousterent la Contre Dame sans mercy^
YHospital d'amours, la Complaincte de saint Vakntin et la
Pastourelle de Granson, œuvres certes indignes de son nom et
aultant sordes de luy comme de moy la Complaincle de ta
Ba;pcbe, V Alphabet du temps présent, VEpitaphe du comU de Sales,
et plusieurs aultres lourderies qu'on a meslees en mes livres \ »
La Pastourelle se trouve dans trois manuscrits de la Biblio-
thèque nationale» fonds fr. 853, ff. 174 v* — 175 v*, 1131, ff.
192 r* — 194 v*», 2201, fr* 99 Wi r** — 103 r*. Elle commence
ainsi :
Une jeune, gente bergiere
Et ung simple lo3ral beigîer
Vys rautrier sus une riinere
Entre les aultres sdader*.
Tost apprèSy j'ouy commender
Au beqgier demandes et plaintes»
De jo)-e poy, de doulours maintes;
Car il disoit en ses damours,
Et en juroit et sains et sainctes,
Que trop le tourmentoU amours.
Dans les éditions d'Alain Chartier et dans les manuscrits 833
et nu* ce petit poème comprend quinze dizains rimant
kù\::\\\L\i et un huitain final que voici :
Amours trcsjo]i*eusement dure
Pour monstrer foy et aliance;
Mais nom d'amours est dccevance,
Ccsi une tresùulce pointure.
Amours ne veult autre posture
Que douce, loyal gouvernance.
C*cst sa paix, c'est sa soubstenance »,
C'est tout son bien, je le vous jure.
i. Cotte lettre se trouve en lêie de l'êd. des œuNTCs de Qémcm Xlarot,
impriiUvV .\ l.von en i>;8.
.*. l" dit ion : IV.*.' i^unc bergeronnette
Ht ur.g si:nple Ln jI K*rjrier
Je vy sur u::e riv;crclt.:
Kntru- JvS autre» $oul,icicr.
;. rdit. : substance.
OTON DE GRANSON ET SES POÉSIES 40S
La Pastourelle du manuscrit 2201 est formce de dix-neuf
dizains, et se termine ainsi :
Chalengier ne sçay ne pourroye;
Crier mercy est mon mestier.
Mais se par trop ne vous amoyc,
•Mieux saroye mon cucr aisier,
Sans li grever ou ennuyer
Par rage ne par jalousie,
Par doubtance ne par envie.
Et qui tel chalenge querroit,
La ou amour est reffroidie,
Ja un tout seul ne trouverroit.
Le poème est un dialogue amoureux entre un berger et une
bergère. Le berger souffre de voir autour de celle qu'il aime
d'autres amoureux que lui, et il presse vivement son amie de
renvoyer tous ces galants ou du moins de les accueillir plus
froidement; cela serait, remarque-t-il , plus convenable, et- les
mauvaises langues auraient moins beau jeu. La bergère, qui se
plaît évidemment au milieu de sa petite cour amoureuse, ne se
rend pas aux bonnes raisons de l'amant. Elle n*a, dit-elle,
qu'indifférence pour tous ces soupirants qui ont le don d'exci-
ter la jalousie de son berger. Qu'il n'ait crainte, elle sait les tenir
à distance. Quant aux médisants, elle s'en moque et restera
toujours loyale et pure. Elle garde autour d'elle plusieurs
amoureux, parce que c'est un moyen de cacher au monde son
amour pour le berger qu'elle aime^ Si elle ne parlait toujours
et partout qu'à un seul homme, les mauvaises langues ne
gloseraient-elles pas bien davantage ? Et la bergère, qui semble
très experte dans les choses d'amour, continue à éduquer
à sa manière son ami le berger, débouté de ses réclamations
jalouses et plus amoureux que jamais.
L'autre poème de Granson, imprimé comme la Pastourelle
dans les éditions d'Alain Chartier, la Complainte de saint Valen-
tin, se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale,
fr. 833, ff. 172 r** — 174 r° ^, Il est formé de 34 huitains rimant
ahabbcbcy et commence par ces vers :
1. Gîtte même idée fait le sujet d'une ballade de Christine de Pisan. Éd.
Roy, I, p. 27, bail. xxvi.
2. Cf. Bull, de la Soc. des Atic. Textes y I, p. 36, et Pasinis, II, p. 473, cod.
xxxvn.
40é A. PIAGET
Je voy que chascun amoureux
Se vcult ce jour apparier^
Je voy chascun estre joyeux,
Je voy le temps renouveller,
Je voy chanter, rire, dancer,
Mais je me voy seul en tristesse,
Pource que j*ay perdu mon per,
Non pas per, mais dame et maistressc '.
Dernier huitain :
Amours Ta ainsi commandé,
A qui vueil et dois obbeir,
Et sa nompareille beaulté
M'y a fait du tout consentir.
Pour ce suis sien sans départir
Entièrement jusqu'à la fin '.
Ainsi luy promets sans mentir
Ce jour de la saint Valentin.
Voici une brève analyse de ce petit poème. C'est la Saini-
Valentin, jour où les amoureux se choisissent « une dame et
maistresse » qu*ils font serment d'aimer et de servir fidèlement
pendant une année. Tout le monde est joyeux, rit, chante et
danse. Seul, au milieu de l'allégresse générale, un pauvre
amoureux se lamente, et pleure « son per » que la mort cruelle
a ravi. A sa douleur il n'y a qu'un seul remède, la mort. Com-
ment pourrait-il aimer une seconde fois? Son amour, mainte-
nant anéanti, n'était-il pas toute sa vie? Quand ma dame,
dit-il, me regardait « de ses beaulx doulx rians yeux », j'étais
plus heureux qu'un roi :
Je nie tcnoyc plus heureux
Ccîît fois qi:c dire ne s*,-aroic
Qu.mî do SCS bciulx douîx ri.ins yeulx
Uni: «ioiîÎN rci;.ird s.i:*.s plus avovc.
1. l\iit. :
:. IV.îi. vers ;-o •
^■l- »•■■» <^ii i ••"* - •■ •••«_'
OTON DE GRANSON ET SES POÙSIES 407
Er plus loin :
Plus me valoii l'amer &!□»,
En aucune bonne espérance
D'avoir en aucun temps raercy,
Q;ie d'estre roy de toute Franccl
Tandis que le pauvre amant se coinplaînt piteusement, saint
Valentin lui-même et le dieu d'amour s'approciienl de lui, le
consolent et lui donnent enfin le conseil de choisir une nouvelle
dame, jeune et belle, qui lui fera bien vite oublier la première.
Mais notre amoureux ne veut pas en entendre parler. A Dieu
ne plaise qu'il oublie la dame qu'il a perdue ; plus jamais U ne
se miilera aux gens a de joyeulx courage » qui chantent et qui
rient :
HelasI sire, pardonnez moy.
Et me laissez soutîErir ma peine ;
Je ne quier qu'estre en un recoy
Pour regreiter ma souveraine.
Cependant, cédant aux conseils de saint Valentin et à l'au-
torité du dieu d'amour, il consent à aller voir la dame qui doit
le guérir. Cette dame lui parait n la merveille du monde ». Par
la vûloniii d'Amour, il en tombe aussitôt amoureux, et il
promet, séance tenante, de la servir toute la vie, sans oublier
cependant, dit-il,
celle dont j'ay plaint
Si longuement la départie.
IV.
Le manuscrit franç.iis de la Bibliothèque nationale, n" 2201,
ancien 7999, est bien connu : il renferme des fF. i à 70 v" le
Livre des cent ballades qu'a publié, en 1868, feu M. le marquis
de Queux de Saint-Hilaire, et, immédiatement i la suite, diffé-
rentes pièces, complaintes amoureuses, lais, virelais, rondeaux,
ballades, que nous allons passer en revue, et qui remplissent
les ff. 71 r" à 104 V. Les ff. 105 t"-ro9 r° contierment un petit
poème amoureux, sans titre, commençant par ce vers :
poème amo:
Erfni. xpris qodqDCs pages laissées ca blanc, oq trouve ^u
£. III r* 3 li tin b Pjtitmx dg Griselidis, en prose. Tout le
miBO&rn-. qsi ai des premières aonte du xV sii-cle, scmbk
tait de h mime mno. Deux feuillets ont été amchés entre
les S. acnids 70 et 71 : ib lenfrimairot viaiseniUaUement les
vingt (temieis vos de la biIUde de Ba^ et la ballade du Mtard
de Coocy, ({tie Paimier a publiés dans le tome I" de la Komo'
Les dtms mcKoaiiz qoi remplissent les ff. 71 r° i 104 i*
soDt sans nom d*aiitear, sauf tn»s des [Jus importants qui sont
e^KCss^ment actribaès an are de Gianson et qui ont étï signa-
Us d^i plus d'une fins, en dernier lien par M. G. Paris dans
le t. XVI de b Atmiaâa '. Qnq antres de ces |Hëces, anonymes
dans le manuscrit 3201, se retrouvent, comme nous le verrons,
dans d'antres mmoscrits avec le nom d'Oton. Tontes — saut
deux — traitent le mâme sujet; les mêmes idées répétées sou-
vent dans les mêmes termes, des vers identiques, des allusions
fréquentes aux mêmes choses et aux mêuies circonstances,
oblî^nt à croire ù un seul poète, Oton de Granson. L'énumé-
radon et l'analyse de ces différents morceaux seront la meil-
leure preuve de ce que j'avance.
I. La première pièce, f. 71 r, est une ballade qu'on peut
considérer comme le prologue de ce petit recueil, dont le der-
nier morceau, f. 103 \°, est la conclusion bien évidente.
Salut de pais et bonne cntencioQ
A tous amins qui )a t-ouldront avoir.
De p3r cellui qui vous fait assavoir
Que nul ne doit chatcngicr par devoir
Lvs biens d'amours et de grâce donnez '.
La c maison d'Amours », dît le poète, a deux portes, celle par
où l'on entre, Joye^ et celle par où l'on sort, Douloir; le dieu
à son bon plaisir, fait entrer les uns et sortir les autres : inutile
dans ce dernier cas, de s'irriter ou de gémir.
Car le courrouï n'y vault pas une maille.
I. Romania, XVI, p. 414, noie 3.
I. M^me idik' dons les deux derniers dizains de la Pititourelk du tns.
2201.
OTON DE GRAN'SON ET SES POESIES 409
Voici l'envoi :
Gens et gentes, se vous me demandez
Comment je sçay les amoureux secrez,
Je n*en sçay [riens] fors que par devinaille,
Pour resjoïr les cuers desconfortez,
Car le courroux n'y vault pas une maille.
n. f. 71 V**. Za Complainte de l'an nouvel que Gransonfist pour
un chevalier qu'il escoutoit complaindre : 8 strophes de 8 vers
rimant ababbcbcy dont voici la prem