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Full text of "Romania"

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HANDBOLNd 
AT THH 



^^VERSITY OF 
TORO.VTO PRESS 



ROMANIA 



ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ A l'Étude 

DES LANGUES ET DES LITLÉRATURES ROMANES 

FONDU EN 1872 PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 

PCBLIli FAR 

PAUL MEYER ET Ant. THOMAS 

Membres de l'Institut 

Pur remenbrer des ancessuis 
Les diz e les faiz e les murs. 

Waci. 



5 5e ANNÉE. — 1906 




PARIS (Vl^) 
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPlÇ)N, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 

TOUS DROITS RÉSF.RVRS 



Pc 
1 



PROVENÇAL -ENC; ITALIEN -INGO, -ENGO 



Diez, dans sa Grammaire des langues romanes, explique par 
le suffixe latin -inquo- qui est dans prop-inquu-s, les 
adjectits dénominatitsen -enc, fém. -enca, qui sont extrêmement 
fréquents en vieux provençal et en catalan', et parmi lesquels il 
nous suffira de citer, en provençal : aerenc « aérien », albenc 
« blanc », albuginenc « blanchâtre », d'albugo (-in-) « tache 
blanche dans l'œil », ceniknc « azuré », cornenc « corné », 
estivenc « d'été y>,f albenc « pâle y> , ferienc ^^ bestial »,ferrenc « de 
fer », fogiienc « brillant comme le feu », laitenc « laiteux », livenc 
« livide », ortenc « de jardin », mejanenc « mitoyen », monta- 
nhenc « montagnard », pinenc « de pin », ramène « branchu », 
rogenc « rougeâtre », unenc « uni », vinenc « vineux »; en cata- 
lan : agostenc « du mois d'août », en regard du milanais mar:;engh, 
pour un plus ancien * niaryCngo « du mois de mars », blavenc 
'< bleuâtre», famolenc « affamé », vernenc « printanier ». Comme 
tous les adjectifs dénominatifs, les adjectifs en -nie ont une ten- 
dance marquée à passer au rang de substantifs : prov. paierie 
«garni de palissades», puis « fortification faite avec des palis- 
sades », pastenc « pâturage y), jadenc « fadaise », vilhenc « vieil- 
lesse» ; dauphin, îroienc « porcelet » du lat. vulg. troia 
« truie» ; catal. albenc « aubier ». 

C'est évidemment au même mode de formation qu'on doit 
attribuer les noms de personnes en -enc du Midi de la France 
tels que Peyronnenc, Mironenc, Baiisenc, Morellenc, Torrenc, Sebcn- 
cus, en r oma.n S ibencs, Dedincus, Dedencus, Deusdesetis \^our un plus 



I. Diez, Grammaire des langues romanes, trad., t. II, p. 347-348. Diez 
propose dubitativement de rattacher le prov. -eue au latin -igntis, ce qui est 
insoutenable. 

Roman .a XXXI i 



2 H. PHILiPON 

ancien *Deusdedencs, Datencus, Permincus, Pelencus, Ardmcus 
et PretTuncus, dans des actes du x' siècle, à côté des noms 
d'hommes d'origme germanique Moringus, Rotingus, RodingUs, 
Doningus, Valdingus. 

Ce mode de formation a joué un rôle considérable dans la 
toponymie et dans l'hydronymie de la France du Sud et du Sud- 
Est; nous allons tout d'abord essayer de délimiter aussi exac- 
tement que possible son aire d'application. 

Provence, Languedoc, Dauphiné et Savoie : Alanuncus 
(1024), ancienne paroisse du diocèse de Valence', du thème 
Alamo-, var. d'Alabo-, qui se retrouve dans ^/flmo«/£, var. Ala- 
bonte, le Monètier-AUemont, Hautes- Alpes, cf. Alamencum, Alle- 
men(t), Ain ^ ; Albencum, l'Albenc, Isère ^ ; *Alboninca, Arhonenca 
(i 183), ancienne localité des Hautes-Alpes'*; Ala:;encs{\Ws\kc\é), 
auj. Lezens, et Cordencs'\ localité disparue, Haute-Garonne; 
Arisencus, Arzens, Aude, et Ariseucum, Arzenc, nom de deux 
localités de la Lozère^; Allencum, Aliène, même département; 
*Bodenencum, Bodenenc (1113), c"' d'Arles, Bouches-du-Rhône"; 
*Bolencus, Bolencs, localité disparue, Haute-Garonne^; * Caren- 
cus, Charencus (1509), Charens, ruisseau et village homo- 
nyme de la Drôme^; Granencus et Granencs (xii' siècle), auj. 
Saint-Romans, Isère '° ; *Màuriincus, Moircnci{s{ioi6), Moirans, 
même département " ; Corencus, Corencs, Corens et Corencum, auj, 



1. Chevalier, Cartitl. de Saint-Barnard,n° 72, et Itinéraire d\4ntottin,éd. 
Pinder et Parthey, p. 542, 388. On peut rapprocher du thème ligure Alàbo- 
le thème osque Alafo- qui est dans Alafaternum \ ci. Brugmann, Grundriss der 
ver^leichenden Grammatik der indo-oermanischen Sprachen, 1% 439, 514, 820. 

2. Pour ce nom et tous ceux du département de TAin, on me permettra 
de renvoyer au Dictionnaire topographique de ce département qui paraîtra 
bientôt. 

5. J. Marion, Curtulaires de Vcglise de Grenoble, p. 289. 

4. Guillaume, Cartul. de Durbon, p. 130. 

5. C. Douais, Cartul. de Saint-Sernin, p. 2, 3. 

6. Vita Hilari, 5, ASS, 25 oct. XI, p. 639 D. 

7. Guérard, Cartul. de Saint-Victor de Marseille, n° 848. 

8. C. Douais, loc. cit., p. 496. 

9. Brun-Durand, Diction, topogr. de la Drônie, s. v. 

10. J. Marion, loc. cit., p. 193, 197. 

11. Ibidem, p. 76. 



PROVENÇAL -£.VC ; ITALIEN -IKGO, -ESiiO ^ 

Corenc, Isère"; Lemhicum, var. Leniincum dans V Itinéraire if A n- 
lonin (p. 346), Lcmenciis (xiV siècle), Lemens, faubourg de 
ÇMxmh'dry- ; Salmonincus, à\i thème hydronymique Salmon- ; 
Salino(i)rc>iciis (i loo), Serinorens, faubourg de Voiron, Isère ' ; 
*Pi'ciiiiciis, PL\i}iciis dans un rexte du moyen âge, auj. Pezens, 
Aude; Torencuin (iroo), Thorenc, Ardèche-*, d. Torenc, 
Alpes-Maritimes, Toringo prov. de Lucca, Thorens (= Torcii- 
cus), Haute-Savoie, probablement du cognomen Thorus; 
*Scatalencus, Escatalcncs au moyen âge, auj. Escatalens, Tarn-et- 
Garonne > ; Lastrincus (ix^ siècle), Lastens, Tarn^; Scokncus 
(1024), ancienne villa du Vivarais, sur les bords de la Scola'^ . 
Comme exemples de noms de rivières ou de montagnes dus 
au même mode de formation, on peut citer : * Albinca, l'Al- 
benche, torrent de la Haute-Savoie, du thème hydronymique 
bien connu Alba-, * Allarinca, l'Allarenque, affluent du Gardon 
d'Anduze, Gard*^; Autrinca pour * Auturiiich, la Laurenque, 
rivière de l'Hérault, cf. Auturd, l'Eure, d'où le nom préceltique 
d'Autricutn, Chartres; Blennenca (1075), rivière des Hautes- 
Alpes'; * Dûrinca, la Durenque, rivière du Tarn, cf. Dura 
(1076), auj. la Thur, affl. du Rhin'°; * Tolobrincns, Tolorencus 
(1334), le Thoulourenc, rivière du Vaucluse et de la Drômc, 
en regard de Tolïohra (1209), ^^ Touloubre, rivière des Bouches- 
du-Rhône " ; Volvencus (1080), le Volven(t), rivière de la 
Drôme'^; Fiserinca, la Virenque, rivière du Gard'''; — *Ala- 



1. J. Maiion, loc. cit., p. 276, 288, 224 : « de Corens ». 

2. Ibidem, p. 366. 

3. Ibidem, p. 277. 

4. Ibidem, p. 108, 115, 120. 

5. C. Douais, Cartul. de Saint-Sernin, p. 5. 

6. A. Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 185. 

7. U. Chevalier, Cartul. de Saitit-Cliafre-du-Moneslier, p. 50, 94, 104, 105. 

8. Germer-Durand, Diction, topogr. du Gard, s. v. 

9. Guérard, loc. cit., 00731. 

10. Œsterley, Historisch-geographisces Wôrterbuch, p. 686. 

11. Brun-Durand, Diction, topogr. de la Drame, p. 388, et Guérard, loc. cit., 

n°9S4- 

12. Brun-Durand, loc. cit., p. 50, 419. 

13. Germer-Durand, loc. cit., s. v. Virenque et Vis. La Virenque est un 
petit affluent de la Vis (= * Viser). Primitivement, Virenque désignait la 



4 E. PHILIPON 

binca, Alarrnni ('^)S)), montagne du comté de Valence ' ; Albi)!- 
ctis mous, Puy-de-Dôme; * Arlaiiiiicus, Artanens (1200), mon- 
tagne du Faucigny - ; *Icanniticii)ii, Igounenc, montagne du Gard, 
d. Icauna, l'Yonne; *Mediuciim, Mezenc, montagne de la 
Lozère. 

Notre suffixe était encore vivacc au moyen âge, ainsi que le 
prouvent les formations que nous allons citer : A}:{Oucnca (1371), 
i'Alzonenque ou vallée de l'Alzon, Gard; Gardoiieitca (1120), la 
Gardonnenque, petit pays arrosé par les deux Gardons, Gard; 
Anduscncus (1099), l'Andusenque ou district d'Anduzj, Gard; 
Alestenquus (1335), l'Alestenc ou territoire d'Alais (= Alcslus'), 
Gard'; " Ausiincus, Oysens, auj. l'Oisans, petit pays au dépar- 
tement actuel de l'Isère + ; Scdeninca vicaria (xi"" siècle), au comté 
d'Uzès^. De même Raiiii/imlencus, au plur. Raimiindencos solides 
(1061), prov. Raimondcncs'', en regard du mot d'emprunt ger- 
manique csterlin <* sterling ». 

Guyenne, Gascogne et Béarn. — Agarencns (xi^ siècle), 
Agarencs, Garencs, auj. Garenx, Basses-Pyrénées"; Arincus^ 
Arinc, auj. Larincq et Barincus (1042), Barinquus (1542), 
Barinque, Basses-Pyrénées ^;/rt»/»c//i (1365), localité détruite et 
Jauveuc c. obi. (^ii<)2),iu]. Jaiivens {= -encus), au département 
de la Dordogne ^; *Mariuciis, Maretics, M^r^«5, localité disparue, 
Hautes-Pyrénées '°, cf. l'ital. Marengo; Maurencus (xiv= siècle), 
Matirenxs, auj. Maurens, Dordogne", en regard de l'ital. 

vallée arrosée par la Vis et la Virenque : « in valle quae vocant Virenca, in 
pago Nemausense » (1084) ; cf. au département de l'Ajn, le nom de la Val- 
serine (=* F<////5 5<'/o«a^) qui, après avoir désigné la vallée de la Serine, 
désigne aujourd'hui la Serine elle-même. 

1. Bernard et Bruel, Rec. des chartes de Cîuny, t. II, n" 1715. 

2. E. Mallet, Chartes inédites du diocèse de Genève, suppl., p. 4. 

3. Germer-Durand, loc. cit., s. v. 

4. C'est sur le roman Oysens qu'a éié refaite, au moyen âge, la forme 
Oysencius. 

5. G. Desjardins, Cartul.de Conques, p. 513. 

6. Ibidevi, p. 3, note, et p. 212. 

7. P. Raymond, Diction, topogr. des Basses-Pvréne'es, p. 67. 

8. Ibidem, p. 94, 21. 

9. De Gourgues, Diction, topoç^r. de laDordof^ne, p. 161, 164. 

10. Laça ve-Laplagne- Barris, Cartul. de Sainte-Marie d'Auch, nos joj, 69. 

11. De Gourgues, /w. cit., p. 194. 



PROVENÇAL -EXC ; ITALUiX -ISGO, -lïXGO 5 

Morencro; Modolinctis (i\' siècle), Moudoulens, Lot-et-Garonne'; 
Navarencae (1286), Navarrencs (--= * Navnrrencus), Navarreuxs, 
auj. Nav.irrenx, Basses-Pyrénées, en regard de Navarra, prov. de 
Novare-; Scriuciis (961), ancien mas des environs de Rodez '; 
*Albenca, aujourd'hui l'Albenque, Aveyron, et l'Albenque, Lot; 
Anonenca (xii= siècle), Nonenque, Aveyron; Gavalenca, localité 
détruite, Dordogne^; *Scrvencas, Servencbas (xiir siècle), Ser- 
vanches, même département ^ ; Boaria U^^onenca (xiu^ siècle), 
Boaria Talhafcrenca (xiv= siècle), Boaria Raymondencha ( i 3 1 8), au j . 
la Raymondie, même département^; r^//6'«frt (1060), ancienne 
localité du Rouergue^, en regard de Valenca, prov. de Brcscia 
et de Valinco, nom d'un golfe de Corse; — Toerencs (\\\' s\hc\c\ 
auj. Toerenx, fontaine de Bordeaux*. 

Auvergne, Forez, Lyonn.ms et Bresse. — * Arhorenctim,Arho- 
renc et Avexencus (x^ siècle), localités du Brivadois depuis long- 
temps disparues ^, des gentilices A r b o r i u s et A v e c t i u s ; Are- 
lencus sur une monnaie mérovingienne, Ariane, Puy-de-Dôme, 
du thème Arelo-, qui est dans Arel-ica, auj. Peschiera; Bodcn ■ 
eus, Boencus, Buencus, Boën, Loire '° ; Hermencus, Ermetic, Her- 
men(t), Puy-de-Dôme, du thème hydronymique//(?;7;/o-,quiest 
dans Heniientiô (828), l'Armançon, affl. de l'Yonne"; Loinin- 
eus (970), ancienne villa du Lvonnais'^; Ronuencus (966), 
Ronencs(io22), Ronnens, auj. Saint-Georges de Reneins, Rhône''; 
TorencHS (1075), localité disparue, Rhône, et ""Torenca, Torcn- 



1. A. Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 190. 

2. P. Raymond, hc. cit., p. 122. 

3. D. Bouquet, t. IX, p. 764. 

4. De Gourgues, îoc. cit., p. 576. 

5. Ibidem, p. 3:4. 

6. Ibidem, 5. v. 

7. G. Desjardins, Ioc. cit., p. 41. 

8. Brutails, Cartul. de Saijit-Seiiriu, p. 30. 

9. H. Doniol, Cartul. de Brioude, n°^ 138, 231. 

10. A. Bernard, Cartul. de Scn'igtiy, p. 1055. 

11. A. Chassang, 5/)/V/%m;» Brivaleusc, p. 62, 223-226, 255; Boutiot et 
Socard, Diction, topogr. de l'Aube, p. 5. 

12. D. Bouquet, t. IX, p. 593, 600 et 412. 

15. A. Bernard et A. Bruel, Rfc. des chartes de Vabbaye de Cluny, t. II, 
no 12 18 ; A. Bernard, Cartul. de Savigny, n° 437, et p. 916, 962, 1026. 



6 E. PHILIPOX 

chi (1120), auj. Toranche, même département'; *Calencns, 
Challencs (1223), Challeins, Ain; Rodcnenciis, Bocnoics, Buénans, 
Ain; Lasniuciis (y 17), localité disparue, Ain; Moianincus (923), 
pour un plus ancien * Modiaiiinciis, auj. Mogneneins, Ain; 
*Roniaiiincns, Romaneins et Romanans, Ain, à côté de Roina- 
nens, district de Gruyère, c°" de Fribourg; — aqua Monienca, 
Moiirncfis (^= *Moiiicnais), auj. le Moignans, Ain; * Urerenca, 
U y ei euchi (ï 220), sourcede la commune de Villebois, dans l'an- 
cien plions de Lyon. 

Comté de Bourgogne, Bugey et Suisse romande. — A 
l'époque de la conquête romaine, ces pays étaient occupés par 
les Scqtiani, peuple dont le nom seul suffit à attester l'origine 
pré-celtique^; les noms de lieu en -inctis, franc, -ans y sont 
fréquents 5 : Ausiniuciis (854), Oisenans, Jura, du cognomen 
*Ausinus postulé par Ausinius'*, DuhJincus (xi^ siècle), 
Domblans, Jura > ; Lovincus (x^ siècle), Louhans, Saône-et- 
Loire^; Volninciis (963), localité disparue qui était située au 
même département"; Morinctis (854), Moirans, Jura ^, et quan- 
tité de noms en -ans tels que Salans, Passenans, Oitnans, Jura; 
Lanihenans,Do\ihs,tn regard de Lanthenay Lentenacum, Loir- 
et-Cher; Bouhtins, Haute-Saône, à coté de Bohans (= Bodencus^, 
Ain; Alhcncus, Albcins, Arbenc, Arben(t); BovencusÇyAn" sÀbdo), 
Bouvens, Bouven(t); Dorlincus (S^^), Dortencs, Dortens, Dortans, 



1. A. Bernard, Cartulaire de Savigny, nos y6i, 659. 

2. Ainsi que leur nom l'indique, les Séquanes habitaient primitivement le 
bassin de la Seine ; c'est sans doute la grande invasion belge du m^ siècle 
avant notre ère qui les refoula dans le massif jurassique. La faculté qu'ils 
avaient conservée de prononcer la gutturale vélaire labialisantc explique la 
présence dans leur onomastique du suffixe -inco- qui, comme nous le verrons, 
remonte à -tiquo-. 

3. Ces noms se différencient nettement des noms en -ajigcs (rrgerman. 
-iugas) de la Lorraine, qu'il faut se garder de confondre, comme le fait 
M. Grôber, avec les formations romanes en -rt«^^<;(-= -anica) ou -inge (= 
-janica). 

4. D. Bouquet, t. VIII, p. 393. 

5. Dunod, Histoire des Scquanois, t. II, pr., p. 598. 

6. Juénin, Xouv.Ile histoire de V abbaye de Toiinins, pr., p. 102, 109-112. 

7. Bernard et Bruel, loc. cit., t. II, r\° 1145. 

8. D. Bouquet, loc. cit., t. VIII, p. 393. 



PROVENÇAL -ENC ; ITALIEN -ISGO, -ENGO J 

Dortan ; *Cnqnencus, Ciiquencs, Cuqnens, Cuquën ; * Modhicus, 
Moëns ; * Miissin'uicns, Musinens, au département de l'Ain; 
* Cliirinciis, Clarens, au canton de Vaud ; * Liipiiicits, Lovens, au 
canton de Fribourg, en regard de Loubens, Ariège et Haute- 
Garonne ; *5o/7//r//.s-, Sorens, au canton de Fribourg, à côté de 
Soreui^o^ au canton du Tessin. 

Des exemples que l'on vient de citer et que l'on pourrait 
aisément multiplier, il ressort qu'il existait dans la France du 
Sud et dans l'ancien pays des Séquanes, un suttixe -i)ico- qui a 
servi à former des adjectifs dénominatifs employés par la suite 
comme noms d'hommes, de lieux, de rivières, de montagnes, 
de vallées ou de régions naturelles. Que ce suffixe se confonde 
avec celui auquel nous devons les formations provençales du 
type albenc, unenca, c'est ce dont personne ne saurait douter. 

Le suffixe -iiico- qui s'explique comme nous le verrons bien- 
tôt par un indo-européen -nqijo-, était naturellement inconnu 
de l'onomastique gauloise, et de fait_, si l'on fait abstraction de 
deux ou trois noms pré-celtiques, comme par exemple celui 
à'AgedincNDi, il n'apparaît ni dans la Gaule Belgique, ni dans 
la Gaule Celtique, à l'exception de l'Auvergne et du Lyonnais 
où nous en avons signalé plusieurs exemples. Par contre nous 
le retrouvons en Espagne : podenco « chien courant », Paulencà 
prov. de Grenade, en regard de l'ital. Polin^o, Barrinco, prov. 
de Santander, Lehinco, prov. d'Oviedo ', Trevmca, montagne 
d' Asturie ; en Portugal : Cavenca ; en Corse : Bevinco et Saninco, 
rivières, Valinco, golfe, Revinco et Stavolinca, montagnes, Bisinchi, 
Campinca et Casinca, localités habitées, et en Sardaigne où il a 
servi à former des ethniques : Bosiuku, habitant de Bosa, Sorsinku, 
habitant de Sorsa, cf. Breysseiicus, en roman, Breissens, c. suj., 
Breissenc, c. rég. (Guigue, Cartitl. lyonnais, t. I, p. i6, 284), 
auj. Bressan, habitant delà Bresse, Brixia^. 



1. Les formations en -itico- sont rares dans ronomastique de la péninsule 
ibérique, par contre celles en -auco- y sont fréquentes; on sait que l'ibère 
répondait par -anquo- au lat. -inquo- et au ligure -euquo-. 

2. La même formation ethnonymique se retrouve en balto-slave ■.Lêluvin- 
iiiha-s « Lithuanien »; à la vérité le balto-slave -/hA-i/- s'explique aussi bien 
par *-nqo- que par *-nqHO-, mais la comparaison avec les autres langues de la 
famille postule *-}iquo-. 



H. l'HlLll'ON 



Dans l'Italie Supérieure le suffixe -iiico- n'est pas rare : Boliti- 
CU5 et Beiiencii, noms de citoyens de Gênes au xiii*^ siècle ', cf. 
les cognominaButtus ctBënus: Biencn, Terrinca, et Mnreiichi, 
prov. de Gt'ues, Jllcma (1230), localité voisine de Gênes, 
Galt-nai, prov. de Turin, Valiuca, prov.de Brescia, On««co, prov. 
d'Udine, Lurcnco, Cnpincuco, au canton du Tessin, Landarcnta, 
à celui des Grisons-; mais la forme -///.i^o, -oi^^o est de beau- 
coup la plus usitée. C'est en tout cas à peu près la seule que 
paraisse connaître le lexicon : iiia^i^iorin^^o, miiiorinî^o, cnsalinf^o 
.. de la maison », .s()//;/,<^''() « solitaire »; milan, maç^genh i<. du mois 
de mai », nuir-nigh « du mois de mars », uiverneiigh (<■ d'hiver», 
nuirciigh « vento marino », hhhnga « escarpolette»; bergam. 
Ihîlcngh « traballante balordo », mais aussi iorlenc « boccale »'. 

Dans l'onomasticon la forme -ingo-, -engo- est de règle : Bati- 
ningiis fiiihiiis (920), Farcsingns fundus (965), Aufoningtis 
fiindus (966), auj. Ortanengo, prov. de Crémone-*, Alhenin- 
gum (1022), Calviueugum (1182), Cicimngnm (1038), Picetiin- 
giim (1038) et PrimoUngum (1022), anciennes localités du 
diocèse à^- Crémone % des noms d'hommes latins Albénus, 
Calvin us. Ceci nu s, Picênus et Primulus, Joaningum 
(1037), au). Zanengo, même diocèse^, du nom d'hom.me 
biblique Joannes, Cucingiim (075), au diocèse de Novare', 
de Cuccius, Cavarengum (1173), au diocèse d'Asti*^, du nom 
d'homme gaulois Cavarus, Man-ellenguiii (i 181), au même 
diocèse 9, de Marcellus, Luvimngo, prov. de Turin, de 



1. Historiae patriae iiiotiiimenla, t. II, chartes. Index. 

2. Les cantons du Tessin et des Grisons se trouvent compris dans l'an- 
cienne Relie et l'on sait que les Rètes étaient très prochainement apparentés 
aux Ligures. 

3. Diez, GriiviiH. îles himrttes roiihuies, t. II, p. 550; J. Etienne Lorck, Alt- 
bcrgamaskische Spnichdenkinâlcr, p. 46. 

4. FIPM, série II, t. XXI, p. 51 et 34; cf. sur la table de Veleia : fiiiidus 
Aurelianiis, fuit Jus Catuniiaciis, fiuuhis Areliascus, pagus Monimis {CIL., XI, 
1147) et Curtis Miirinca, auj. Cormaranche, Ain. 

5. Ibidem, t. XXI, p. 58, 154, 68, 59. 

6. Ibidem, p. 260. 

7. HPM, t. I, chartar., c. 246. 
.S. Ibidem, c. «76. 

9. Ibidem, c. 3 06. 



PROVENÇAL -/:.VC ; ITALIEN -IS'GO, -ES'GO 9 

Lupinus, MauringiDH (1046), Morengo, prov. de Bergame, de 
Maurus', Toruitigum (947), au diocèse de Novare, de Tur- 
nus-, Toriiic^o, prov. de Lu ce a, de Tau rus, Varengo, prov. 
d'Alexandrie, de Varus, Albenc^a, prov. de Gênes, Bodeiigo, 
nom d'une vallée de la prov. de Sondrio, en regard de 
Bodincus, nom ligure latinisé du Pô. De même dans la Suisse 
italienne : Amoreni^o, Barbeiitro, Mariiieiii^o, Polmengo, Prima- 
dingo, Soreiigo, Torîengo, au canton du Tessin, Misanenga à côté 
de Landurenca, au canton des Grisons'. 

La concordance entre le v. prov. -oic et l'italien dialectal 
-ingo, -eiigo est complète : v. prov. orteuc « de jardin » : ital. 
cûsalingo « de la maison « ; v. prov. monihnbenc « de la mon- 
tagne » : milan. luarengJ) « de la mer » ; v. prov, estivenc « d'été » : 
milan, invernengh « d'hiver ». De même dans Tonomastique : 
v. prov. Peyronnenc, Bansetic : ital. Martinengo, Pastrengo, noms 
de personnes ; France : Curtis Marinca : Italie : Fuudus Marcel- 
Jengns ; 

Gaule Albem : Italie Albenga. 

Arinc : Aringo. 

Baiienc-s, Baneins : Banengo. 

*Bodeuciis, Boencs, Bohans: Bodengo. 

Bol eues : BoUengo. 

Chareuc-s, Chareius : Carengo. 

Meirenc-s : Marengo. 

Moreiie-s : Morengo. 

*Pellene-s, PeUeins : Pellengo. 

*Scaknc-s, EchaUens : Sealengke. 

Soreuc-s : Sorengo. 

* Roiiia)ienc-s, Romaneius: Romanengo. 

*Rossenc-s, Rosseius : Rossengo. 

Toreuc : Toringo. 

Cette concordance si suggestive n'a pourtant pas empêché 



1. HPM, série II, t. XXI, p. 72, 104. 

2. HPM, t. I, chartar., c. 160, 213. 

3. Girte topographiqiie de la Suisse à i : 100,000, f'^s i^ et 24, et Manuel 
lexique des localités suisses. 



10 H. PHII.IPON 

Diez d'expliquer l'ital. -iiii^o par le germanique -///.i," ', tandis 
qu'il rattachait le prov. -eue au lat. -inquo-'. La légitime 
autorité dont jouit l'auteur de la Gnwimaire des laiii^'nes romanes 
a entraîné sur cette piste suspecte tous les romanistes qui se 
sont occupés de la question. C'est d'abord Flechia qui, dans sa 
savante étude sur les noms de lieu de l'Italie Supérieure, ne met 
pas en doute l'origine germanique de la dérivation du type 
Miirtiiit'iii^o \ puis M. C. Salvioni qui, tout en reconnaissant 
l'origine latine ou du moins pré-germanique des thèmes de 
dérivation, voit dans le suffixe -ingo, -eiis^^o le germanique -ing^. 
J. Etienne Lork, dans son étude sur le vieux bergamasque, a 
recours, lui aussi, à l'hypothèse germanique pour expliquer les 
formes dialectales en -eng '\ M. Meyer-Lûbke lui-même ne 
résiste pas à la tentation ; seulement, à la différence de Diez, 
il réunit dans la même explication le prov. -eîic et l'ital. -iiigo, 
ce qui est proprement tomber de Charybde en Scylla^. M. Grô- 
ber ne se contente pas d'emboîter le pas à ses devanciers : il 
surenchérit sur eux, et nous le voyons, non sans surprise, faire 
appel au germanique -ing pour expliquer les formations pure- 
ment romanes en -iugc du tvpe Presinge, Corsinge, sans paraître 
se douter que dans les dialectes auxquels il se réfère, 1'/ de -inge 
ne peut pas représenter un / primitif'. 



1. C'est avec raison que Die;: s'est refusé à voir dans le prov. -eue le résul- 
tat du durcissement d'un soi-disant primitif -*f"i,'', et dans -eiica, un fémi- 
nin refait sur le masculin. 

2. Grammaire des huii^nies romanes, t. II, p. 349. 

5. Di alcune forme de' iiomi locali delP Italia superiore. Torino, 1871 (Mém. 
de l'Ac. des se. de Turin, 2^ série, XXVII). Il a été fait de cette étude un 
tirage à part : Torino, Stampcria reale, 1871, pet. in-fol. 

4. Dei nomi locali lefeutinesi tu -éngo e d'altro ancora per Carlo Salvioni, 
Bellinzona, 1899 (extrait du BoUetitto storico deV:i Swi^^era Italiana, vol. XXI). 

5. J. Etienne Lork, Allher^amaskisdie Sprachdeukmàler, 1893, p. 46. 

6. .VIeyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes, t. II, 5 51 S- Si nous 
n'avions affaire qu'à la forme provençale -enc, on pourrait à la très grande 
rigueur y voir un durcissement roman de -en^, bien que la réfection de tous 
les féminins sur le type du masculin, soit fort difficile à admettre, surtout 
dans le domaine de la toponomjstique, mais nous avons les formes corses et 
espagnoles en -inco, -enco qui s'oppjsent nettement à cette explication. . 

7. Grundriss der romanischen Philologie, I-, p. 546. 



PROVENÇAL -EKC ; ITALIEN ISGO, -ENGO I I 

Aucune des nombreuses objections que l'on peut élever contre 
l'origine germanique de rital. -im^o ne paraît avoir été soup- 
çonnée par les savants auteurs que l'on vient de citer ; aucune, 
en tout cas, n'a été envisagée par eux, et pourtant on va voir 
qu'elles étaient diurnes de considération. 

La première qui se présente à l'esprit, c'est l'impossibilité 
absolue où l'on est de séparer, sans arbitraire, les formes corses 
en -iiico des termes italiennes en -ingo; or il va de soi qu'il ne 
saurait être question de suffixe d'origine germanique en Corse, 
d'autant mieux que la présence du suffixe -iiico- dans la topono- 
mastique de cette île est attestée par Ptolémée qui y mentionne 
une ville nommée "A^'-yv-î-v (3, 2, 8). 

La seconde objection est d'ordre sémantique : c'est un tait 
bien connu que dans l'onomastique germanique le suffixe -itig 
a eu pour unique fonction de former des patronymiques ou des 
ethniques qui sont en réalité d'anciens patronymiques ' ; avant 
de prétendre qu'une fois transplanté sur le sol gaulois ou ita- 
lique, ce suffixe, rompant tout à coup avec ses anciennes habi- 
tudes, s'est mis à former non seulement des noms de lieux, 
mais même des noms de rivières, de vallées ou de montagnes, 
il faudrait apporter à l'appui de cette conception nouvelle autre 
chose qu'une simple pétition de principe. Dire que le nom de 
lieu Martinengo dérive du nom d'homme latin Marti nus à 
l'aide dn suffixe patronymique germanique -iug, c'est chose bien- 
tôt faite, mais encore faudrait-il nous montrer que cette for- 
mation, à la fois hybride et insolite, ne choque pas la vraisem- 



I. Les noms de lieux germaniques en -ing, -inges latinisés en -inga, -ingas, 
franc, -an^e, -anges, ne sont pas autre chose que des noms de personnes passés 
à la fonction de noms de lieux, après la chute du second terme du nom com- 
posé dont ils faisaient originairement partie : Bruuinges-Jorf, Baldings-heim, 
Pahhings-dorf, Billinges-dorf, Bertiuga-heim, Bettikinga-husen, en regard de 
GeroJdinges auj. Guirlanges, Moselle, Ptitlinga ((^O"]), Putleiiges (1^12) pour 
un primitif* So(///;//^É'5, auj. Puttelange, germanisé en Pitlingen, même dépar- 
tement, cf. Foerstemann, AUdeutsches Nameiihiich, 2^ éd., col. 322 : Bodilo, 
Puti'Io et le nom de lieu . moderne Budilitigen qui montre bien le caractère 
factice de la forme Pitlingen. Les noms de lieux en -iiigo s'expliquent de toute 
autre façon; ce sont d'anciens adjectifs dénominatifs tirés du nom du pro- 
priétaire et passés par la suite au rang de substantifs : Fundiis Marcellingus y 
« la propriété de Marcellus », puis Marcellingus tout court. 



12 E. PHILIPOK 

blance; or il me parnît bien difficile qu'on v puisse parvenir. 
Essayons de nous rendre compte des difficultés du problème. 
Nous sommes à la fin du ^■I'•■ siècle, c'est-à-dire à une époque 
où, en Italie comme en Gaule, l'état civil de la propriété est si 
solidement établi que les invasions germaniques glisseront sur 
lui sans presque l'entamer. C'est le moment où, quittant la 
vallée du Danube, les Lombards envahissent les riches contrées 
auxquelles ils devaient laisser leur nom. Parmi les envahisseurs, 
un tout petit nombre, - mettons neuf ou dix par mille pour 
leur faire, comme on dit au Palais, reste de droit ', — portait 
un nom du type Bertin^^. Si l'hypothèse de Diez était fondée, 
les vaincus auraient distingué dans ce nom de Berlin^ le radi- 
cal Berl- du suffixe -in^, puis contrairement à l'usage i^ermanique, 
ils auraient ajouté ce sutfixe si merveilleusement découvert, à 
des radicaux latins ou latinisés pour former des noms de lieu, 
de rivière ou de montagne, alors que depuis des siècles, ils 
avaient cà leur disposition pour cet usage un nombre de suffixes 
d'origine ligure, gauloise ou latine largement suffisant pour 
répondre à toutes les nécessités de la toponomastique. C'est 
tout à fait invraisemblable, d'autant mieux qu'il y avait dans le 
latin vulgaire de l'Italie Supérieure un suffixe -i}igo- venu de 
-inqno- qui était employé dans la nomenclature géographique 
concurremment avec les suffixes -âno-, -âco-, -asco- et -âti-. 

Ceci m/amène à entrer dans de brèves explications au sujet de 
l'origine indo-européenne du suffixe -inquo-, var. -inco-y -ingo-, 
explications qui auront le double avantage de montrer que 
l'emploi de ce suffixe dans l'Italie Supérieure et dans la France 
méridionale est de beaucoup antérieur à l'époque des invasions 
germaniques, et d'indiquer pourquoi on ne le rencontre pas 
dans la toponomastique de la France du Nord où il est rem- 
placé par son équivalent gaulois -apo-. 

Il existait dans l'indo-européen primitif un suffixe -nqijo- ^, 
qui est représenté en arien par -ak-, -ank-, en grec, en illyrien 



1. Sur les cinq ou six mille noms d'homme, d'origine burgonde, mention- 
nés dans les trois premiers volumes du Recueil des chattes de Cluny, c'est à 
peine si l'on en compte une vingtaine en -ing ou en -/(//i,^ 

2. Sur ce suffixe, voy. Brugmann, Grundriss der l'ergieichenden Gravnuatik 
der iudojyermauische» Spracbeii, P 402, 408, 598, et F. Stolz, Historische Graui- 
niatik der lateinischen Sprache, p. 515; sur son emploi dans l'onomasticon, on 



PROVENÇAL -ESC; ITALIEN IXGO, -EKGO 13 

et en gaulois par -npo-, en latin par -iiiqtto-, en ligure par 
-enqiio-, en ibère par -tunjuo', en germanique par -utiga-, -ini!;ii- 
et en balto-slave par -inka-. Cette forme suffixale a eu dans les 
différentes langues européennes des fortunes diverses : rare en 
arien, en grec et en latin, elle a pris une certaine extension en 
gaulois et surtout en ligure, en ibère et en germanique. Comme 
de raison, je ne m'occuperai ici que des formes latine et ligure, 
les seules auxquelles on puisse songer, quand il s'agit d'expliquer 
les noms en -inquo-, -inco-, -ingo- mentionnés dans des textes 
de l'époque impériale. L'usage excessivement restreint du suffixe 
-inquo- en latin où il n'a produit que loiiginquus et propiiiquiis-, 
nous oblige à le mettre hors de Cour, si bien que nous restons 
en présence du suffixe ligure -enquo-, ce qui n'est pas pour nous 
surprendre puisque l'aire des formations romanes en -eue, -cugo 
coïncide exactement avec celle des pays occupés par des peuples 
de race réto-ligure à l'aurore des temps historiques'. Le plus 
ancien exemple que nous ayons de l'emploi du suffixe -enqiio- 
nous a été conservé par Polyhe, c'est *Bodenqtws, nom ligure 
du Pô, que l'historien grec a transcrit par Bsosy/.o;'*, - avec 
une n vélaire et un •/. tenant lieu de la gutturale vélaire labiali- 
sante qn qui manquait, comme de raison, à l'alphabet grec, 



me permettra de renvoyer à un travail que je compte faire paraître bientôt 
sur la dérivation onomastique dans les langues indo européennes du groupe 
occidental. 

1. Je n'ai pas besoin de dire que la langue des Ibères, ou du moins ce que 
nous en font connaître les inscriptions et les auteurs anciens, n'a rien à démê- 
le»* avec la langue basque; il v a longtemps, en effet, que la thèse de Humbolt 
a été condamnée par les linguistes qui, comme M.M. Van Eys et Vinson, 
ont fait de l'escuara une étude spéciale, et M. Hùbner lui-même en a montré 
la faiblesse dans les prolegomena des Monumenta liiiguae ibericae, p. xxiv sqq. 

2. Et peut-être aussi ant-lqtiii-s pour * ant-iiiquu-s . 

3. Polybe 2, 16, 2. Cinq mss. de Ptolémée écrivent de même Axojiyxov le 
nom de la ville que l'Itinéraire d'Antonin appelle Aquinquum (Ptol. 2, 15, 
3, éd. Mûller, et lA., p. 245, j, éd. Pinder et Parthey); cf. 'ApyevôjjLeaxov 
dans Ptolémée (2, 6, 50) en regard d'Onrenoniesqui dans Pomponius Mêla 
(3, 15); ceci nous autorise à transcrire par A sinquuni le nom d"'AaiYxov que 
Ptolémée donne à une ville de la Corse (3, 2, 8). 

4. C'est à tort, suivant moi, que M. d'Arbois de Jubainville a proposé de 
corriger BôScyxo; en Bdotyxo; ; la nuance vocalique en est attestée non seule- 



14 li. l'IllLlPON 

— et que Pline a latinisé en Bodincus pour * Bodiuijuiis. Suivant 
un procédé dont les auteurs grecs ou latins nous otirent de 
nombreux exemples, les Romains ont remplacé, dans leurs tran- 
scriptions, la forme ligure -cnquo- par son correspondant latin 
-inquo-^ : Fiip-inguit-in-, Aqu-inquu-tu' , As-inqiiu-ni postulé 
par "Asi-'y-iv (Ptol. 3, 2, 8); puis conformément à une loi* bien 
connue de la langue latine, la vélaire labialisante qn a passé à 
c : Vapincum^, Aquincum (T F), * S avUicus om *Savinca, rivière 
qui avait donné son nom aux Savincàles, peuple ligure des 
Alpes Cottiennes % Businca, rivière mentionnée par Eugepius 
(Vila Severini 15, i), Sabatinca, ville du Norique (Itin. d'An- 
tonin, p. 276), du thème ligure 5^/7^/0-, Matrinca (jhid., 245) et 
'A7.:j;j.ivy.;v (Ptol.), villes de Pannonie, Elliuciini, localité de 
la Viennoise célèbre par ses vignobles (Plin. 14, 18), Leniin- 
cum à côté de la forme ligure Lemenciun, auj. Lemenc ou 
Lemens (= Z/;»f«<://5), faubourg de Chambéry^, Dîirôtiiicum, 
localité située au département actuel de l'Isère (T P), Alisiii- 
cuniy première station sur la route d'Autun à Paris", Ai^cdin- 
cum, nom pré-celtique de Sens'% Grininciim, Sainte-Colombe, 

ment parle Roocvy.o; de Polybe, mais encore par Leineiicus, au]. Lemens (Itiné- 
raire d'Antonin, p. 346), et par les noms d'homme Demenc-eld (CIL., V, 7885, 
Nice) et Estcuc-ô (Bulletin de la Société' des nntigiiaires de France, ib8o, p. 220). 

1. C'est ainsi qu'Hérodote ayant à transcrire des noms d'iiomme iraniens 
remplace le h (= * hh) du v. perse par 9 (-^: *hh) et que le suffixe ibère -amo- 
(=: *-;«wo-) est transcrit en latin par -iino- (= *-mmo-'). 

2. IA.,p. 357,7; 387, 5; 342, 3; cette forme Vapinqninn est employée 
par 16 mss. sur 20. 

3. lA., p. 245, 5 : Aqninqno sur 15 mss., Aqnunqno sur 4 et Aquiunqno sur 
I ; on voit que la graphie avec -nquo- est constante, ce qui montre bien la 
nature labialisante de la vélaire. duant à la nature vélaire de la nasale, elle 
est attestée par les graphies 'Axojiy/'.ov (Ptol. 2, 15, 5, éd. Mùller, p. 299, 
n. 6) et Aquiqq[iiuiii] (CIL., III, 3492). 

4. L4., p. 357, 7; 387, 5, 342, 5 ; la forme Vapincuin est spéciale au ms. 
Z); les Vases ApoUinaires écrivent Vapinquo, Vappinquo, Vappinciiiu, Fappincv, 

5. C1L.,V, 7231; XII, 80. 

6. L4., 346, 5, et J. Marion, Cartul. de VÈglise de Grenoble, p. 292, 294, 366- 

7. [A., 366, 7 ; 460, 7. Si l'identification d'Alisincum à Anisy (* Alisiacum) 
est exacte, elle nous montre que dès l'époque mérovingienne, au plus tard, 
Alisincum avait troqué son suffixe primitif contre un suffixe d'origine celtique. 

8. César, B. G., 6, 44; 7, 59 et 62; Ptolémée 2, 8, 9; lA., 585, 4, ms. 
D; TP. : « Agetincvm ». 



PROVENÇAL -HS'C ; ITALIEN -ISGO, -ENG O 15 

près Vienne, Isère ', Labiiicus, nom d'homme sur la Table de 
Veleia (CIL., XI, 1147, c. 5, 90), Lavincia {CIL., V, 2773), 
Deminca, DemincUla en regard de Demeticelô, Jovinca, Esleucô, 
noms de personnes - ; cf. pour le passage de Vapiuquum à Vapin- 
cum, le lat. propincus, var. de propiiiquiis, hircus à côté àlnrquus, 
sabin. hirpus, oculiis, en regard du grec :z-to-a, corpus (==*qur- 
po-s), gv. -pi~u), etc. 

Les transformations subies par le suffi.xe -enquo- ne s'en sont 
pas tenues là; sous l'influence de la nasale vélaire antécédente, 
la sourde s'est changée en sonore : Fapinguiii sur trois mss, 
de ritinéraire d'Antonin, W/.cj'.';-;y^ à côté d'Ay.cyiY/.;v 
sur les mss. de Ptolémée, Dnrotingum dans l'Anonvme de 
Ravenne (4, 27) en regard du Durotinciim de la Table de 
Peutinger, Vorocingus pour un plus àncii^n * Vorocincus , localité 
mentionnée par Sidoine Apollinaire (car m. 24, 52) et qu'on 
croit avoir été située au département actuel du Gard, ^'Bodingus, 
auj. Bodengo, nom d'une vallée de la province de Sondrio, en 
regard de Bodincus, nom ligure latinisé du Pô (Plin. 3, 122). 
De même Marincus (x'^ siècle) et Marengum (ii-jj), localité 
voisine de Pavie, en regard de Marengo, prov. d'Alexandrie, 
Bolincum (1042) et 5o/m^?iw (1044), auj. Bollengo, prov. de 
Turin. Comme bien on pense, ce changement de ne en ng n'est 
pas spécial à l'onomastique, ni même au \2Ltm : angulus : gx . 
ày/SKoz, d'une racine anq; ombr. iuvengar : lat. juvencae^ ; 
gr. G-f^k\)y-(-oq gén. : lat. dia\ect:x\ spclunca; got. jugg-s : lat. 
juvcncus, etc. 

On voit par là que le passage de -inco- \ -ingo- est un phéno- 
mène pré-roman qui s'est produit sporadiquement (ombr. 
Iuvengar"^ : ht. jiivencae) et qui a tini par tout envahir dans 
l'Italie septentrionale, à l'exception du Frioul (Orvenco, prov. 



1. Sidoine, epist. 7, 17, 3 : « Grinincenses patres ». 

2. Holder, Alt-celtischer Sprachschati, s. v. 

3. R. von Planta, Grammatik der oskisch-umbrischen Diahkte, \. II, p. 39. 
Dans juvcncus (= *iunn-ko-s), nous avons affaire à la gutturale palatale, mais 
au point de vue où je me place, cela est indifférent; quant à la nature 
vélaire de Vu, elle est attestée par le %oi. jugg-s. 

4. Sur l'âge des Tables Eugubines, voy. M. Bréal, Les Tables Eugubines, 
p. XXIV, 227, 307, et De Planta, loc. cil., t. I, p. 27, 5S-36. 



lé H. PHILIPON 

J'Udine), et de la Ligurie (^Botmcus,. nom d'homme génois, 
BicHca, Terrinca, à côté d\4lhenga, prov.de Gènes). Par contre, 
la forme -inco- s'est maintenue en Sardaigne, en Corse, en Gaule 
et dans les régions de la péninsule ibérique qu'on croit avoir été 
occupées par les Ligures' : Lclnnco, Paiilcnca. 

Ainsi s'explique l'alternance prov. -enc : ital. -engo, sans qu'il 
soit besoin de foire intervenir le germanique -ins^ qui bien cer- 
tainement n'a rien à voir dans les formes en -ingiis du temps de 
l'Empire romain, telles que Fapingus, Durflti)igus, etc., non plus 
que dans les noms de rivière ou de montagne en -enc ou -cnca. 

Le suffixe germanique -ing, que nous venons d'exclure de la 
dérivation provençale et italienne, n'aurai 1 pas du moins droit 
de cité dans la dérivation française ? A priori, la chose ne serait 
pas impossible, la germanisation ayant agi plus profondément 
au nord qu'au midi de la France. Je ne crois pas cependant à 
l'existence d'un suffixe -irjo d'origine germanique dans la déri- 
vation française. Mais entendons-nous bien, je ne prétends pas 
dire qu'il n'existe pas en français de mots formés au moyen 
du suffixe -ing : on rencontre dans la France du nord-est 
des noms de lieu en -ange, -anges qui ne peuvent s'expliquer 
que par le germanique et je ne songe nullement à contester 
l'origine germanique des noms français du type chambellaji. 
Seulement, ces noms sont des mots d'emprunt, transplantés 
tels quels sur le sol français et Ton ne saurait, à aucun titre, 
les considérer comme des exemples de dérivation romane. Il 
y a bien eu dérivation au moyen du suffixe -ing, mais cette 
dérivation est le fait des Germains; les Français n'ont rien à y 
prétendre. Au surplus, il tombe sous le sens que pour que l'on 
soit en droit de parler de dérivation romane, il faut nécessaire- 
ment que le thème de dérivation soit roman ou romanisé; or 
aucun des exemples cités par Diez ou par le Dictionnaire général - , 



1 . Sur la présence des Ligures en Espagne, voy. Avienus, Ora maritima, 
V. 196-199, et d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitantsde FEurope, t. I, 
p. 375-382. Notons qu'-ûHi/uo-, -anco-, le correspondant ibère du ligure -enqiio- 
et du lat. -inquo-, s'est également maintenu : Ao'jayxol, Caecanqiis, noms 
ethniques, Turancus nom d'homme. S ept imanca {I A., ^■^'^), 3.u]. Simancas, 
prov. de Valladolid, Toranco, prov. de Burgos, en regard de Torin^o, prov. de 
Lucca, Italie, et de Torenc, Alpes-Maritimes. 

2. Diez, loc. cit., I, 296, et II, 349; Dictionnaire général , s. v., et Traité de la 
formation de la langue française, p. 66. 



PROVENÇAL -ENC ; ITALIEN -IKGO, -EKGO ij 

SOUS le prétendu sutlixe roman d'origine germanique -in<^, ne 
remplit cette condition essentielle. Il n'y a pour s'en convaincre 
qu'à en parcourir la liste : v. tV. chainbrelenc : v. h. a. chaiiier- 
ling ; V. fr. fraisseni^uc : v. h. a. vn'sking; v. fr. brelcnc : v. fi. a. 
*brdling'; fr. hareng, prov. areiic, ital. aringa : v. h. a. hâring; 
V. fr. espcrlenc « éperlan » : v. h. a. spcrling-; v. fr. merlenc 
« merlan » : v. h. a. * nierling ' ; fr. escalin : angl. shilling, néer- 
land. schelling, et. v. h. a. shilling^ ; v. fr. et v. prov. csterlin : 
angl. sterling; m. fr. guildin, guilktlin : angl, gelding; — v. fr. 
Lorrenc « Lorrain » : german. Lotharing; v. fr. Flamenc « Fla- 
mand » : german. Vlaeming; — de même dans la toponomas- 
tique > : Dourdan (Seine-et-Oise) ; v. h. a. Durding, patrony- 
mique de Dard-, lati Vsé en Dordingiim au ix* siècle, cf. Dor- 
dinga (955), localité inconnue d'Allemagne; Denain (Nord), 
anciennement Donaing, v. h. a. Duninc, latinisé en Donin- 
cum ^, cf. Tunningas, Dunningtharpa, Dunningen, localités d'Al- 
lemagne"; Marange (Moselle) : Mairinga (1121), v. h. a. 
Màring, patronymique, d. Maring, Prusse Rhénane; Bening 
(Moselle): v. h. a. 5<';/;«"«o' patronymique. Beninga (xui" siècle), 
Benninca (1275), Bénange (12^^), en regard de Benninghausen , 



1. Ce mot qui paraît être un dérivé du v. h. a. hret n'a pas été enregistré 
par Schade ; il s'explique par le suffixe german. -linga- sorti de mots où 17 
appartenait au thème, tels que v. h. a. sidil-iiig,var. sidel-ing « der wcrange- 
siedel' ist ». 

2. Du V. h. a. spër « lance, dard », cf. sp'érilïn « petite lance ». 

3. Cf. le m. h. a. merJÎHK merle », mot d'emprunt, et pour la déviation de 
sens l'ital. mcrla « merle » et « merlan », ainsi que l'allem. sperling « passe- 
reau », à côté de spierling « éperlan ». 

4. Cet emprunt et les deux suivants sont de beaucoup postérieurs aux 
précédents, comme le montre le maintien du vocalisme germanique; escalin 
paraît être une forme picarde sortie d'*cscelin ou plutôt *escellin, cf. l'ital. 
scellino; s'il en est ainsi, le prov. escalin serait emprunté au français. 

5. Les noms cités le sont d'après les ouvrages suivants : De Bouteiller, 
Diction, topogr. de la Moselle; Longnon, Allas historique, texte (époque caro- 
lingienne); Œsterley, Historisch-geographisches ÎVorterhuch des deutscbcn Miltel- 
alters; Fôrstemann, Alldeutsches Namenhuch, Personennamen, 2^ éd. 

6. Voir pour Donincum = Denain, identifié à tort avec Doullens, 
Romania, XXXII, 585, et la nouvelle édition des Annales de Flodoard, par 
M. Ph. Lauer, p. 49. 

7. Rien n'est plus fréquent que la réduplication de Vn dans l'onomastique 
de la Gaule : Calarôna, var. Calaronna « la Chalaronne », Matrona « la Marne », 
en regard de Matronna « la Meyronne » pour *Mayronne, etc. 



l8 E. PHILIPON 

Westphalie et de Benningen, Bavière; Algrange (Moselle) : v. h. 
a. Alchermg, patronymique à'Alcher, Akercngis (875), Alhringes 
(11 39), ci. Alkcrin^en (1180), localité inconnue en Autriche. 

Cormoran, où l'on a voulu voir le german. -ing ', s'explique 
par morinnum, variante insignifiante de morinum, du celtique 
mort « mer », d. Morvimium, Morvan ; bongran est un emprunt 
à l'italien-; quant au v. fr. ja:^erant, c'est soit un emprunt 
au germanique, tout comme le nom à'osberc « haubert » 
qu'il qualifie, soit une transcription du provençal jw^erenc, si, 
comme le croyait Diez, ce mot se rattache à l'arabe, auquel 
cas, c'est en Provence qu'on devrait placer le marché des 
« osbercs jazerencs ». Pour ce qui est du franc, tisserand, on 
peut soit le rapprocher du prov. teis^erenc \ qui s'explique par 
-inco-, cf. îtiaréchal-ferrand en regard du prov, ferrenc, soit y 
voir une formation en -andu-, du type ital. adorando, esp. 
baranda « garde-fou », prov. talband-ier, franc, marchand, 
lavand-ière, v. lyon. bnyand-îri, etc. ^tsitwi paysan, que dans 
leur Traité de la formation de la langue française (p. 66), les 
auteurs du Dict. général expliquent par un primitif hypothétique 
*paiscnc, et boulanger, où ils voient un dérivé d'un non moins 
hvpothétique*/'o»/c«c.La formation *païsenctstivo^ hétéroclite 
pour qu'on puisse l'admettre sans autre preuve ; on peut en 
dire autant de boulanger pour *boulancer que postulerait *boulenc. 
Ce sont là deux mots dont l'explication est encore à trouver. 

Ainsi, on ne rencontre pas env. franc, un seul exemple certain 
de dérivation romane au moyen du suffixe germanique -ing, 
tandis qu'en provençal, en espagnol et en italien les forma- 
tions en -enc, -engo sont extrêmement fréquentes, aussi bien 
dans l'onomasticon que dans le lexicon. Si, comme on le 
prétend, ces formations avaient une origine germanique, il 
est clair que loin d'être inconnues du v. franc., elles y seraient 
plus nombreuses qu'en provençal et en italien. C'est Là une 
raison de plus d'écarter l'hypothèse d'une dérivation romane 
au moyen du suffixe germanique -ijig. 

E. Philipon. 



1. Voy. Romania, XXIV, 115. 

2. Voy. le Dictionnaire général, bougr.'KN. 

3. Cf. le nom de famille Teisserenc de Bord. 



PROVENÇAL -ES'C ; ITALIEN -INGO, -E\GO 19 



NOTE COMPLÉMENTAIRE 

Je crois, comme M. Philipon, que la forme féminine du provençal, -enca, 
est inconciliable avec le type germanique -in g : non seulement le masc. 
lare < lat. largum n'a pas donné naissance à une forme féminine *larca, au 
lieu de lai-ga, mais, pour nous limiter strictement aux mots germaniques, les 
masc. cilherc <r germ. ha ri b erg, ■< renc, germ. ring n'ont pas donné 
naissance à des formes féminines *alherca, *renca : le prov. dit régulièrement 
albergii, retiga, etc. Il faut donc admettre l'existence d'un suffixe -inco -inca 
en Gaule et dans le nord de l'Italie, indépendamment de toute influence 
germanique. Je constate d'ailleurs que M. Salvioni en est arrivé, dans ces 
dernières années, à une opinion à peu près analogue '. 

Ce suffixe pré-germanique -inco -inca est aussi non seulement pré- 
roman mais pré-latin, j'en demeure d'accord avec M. Philipon; mais est-il 
ligure? Je n'en sais rien et je ne sais même pas si on en peut rien savoir. Je 
tiens seulement à constater que l'habitat de ce suffixe, en tant que suffixe 
toponymique, est notablement plus étendu dans le centre de la Gaule que 
M. Philipon ne le dit. Il le refuse à la Celtique « à l'exception de l'Auvergne 
et du Lyonnais » ; mais il oublie qu'il a cité des noms de lieux du Rouergue, 
du Querci et du Périgord, et il ignore que -inco a plusieurs représentants 
chez les Bituriges Cubi (que nous appelons communément Berrichons), par 
exemple Croyant (Creuse), au confluent de la Creuse (Crosa) et de la Sédelle, 
au XF siècle Croseiic; Culan (Cher), écrit Cuslenc dans le cartulaire d'Aureil 
(Bull, de la Soc. hist. du Liviousin, XLVIII, 202); Le Blanc (Indre), jadis 
Ouhlen'-, d'un type Oblincus. Il n'en reste pas moins que les mots de 
cette sorte sont relativement rares dans cette direction. 

Passant des noms propres aux noms communs, je dois attirer l'attention 
sur le substantif tarin ca, dont je me suis occupé jadis - et dont la filiation 



1 . Cf. ce qu'il a écrit dans sa brochure intitulée : Dei twtni locali leventinesi 
m -engo e d'altro ancora (Bellinzona, 1899), P- 6> "• ^ • " Ma è sicuro -énco 
in più appellativi (p. es. valmagg. remenca « raminga », ecc; e Landarenca 
nome locale di Mesoicina; vedine Stiidi di fil. rom., VII, 251); e io, Arch. 
gloll. it., IX, 258, e il Meyer-Lûbkc, Rom. Gramm.,U., § 515, propendevamo 
a vedervi una estensione dell' -ênk mascolino. Non so se l'illustre cattedrati- 
co di Vienna la pensi ancora in tal modo. Quanto a me, debbo confessare 
d'avere ora qualche dubbio, suggeritomi dal -eue -ca provenzale, e dal veder 
una taie estensione limitata, o quasi, ai nomi formati col nostro suffisse. » 

2. Romania, XXIX, 198; cf. mes Mélanges d'étym. fr.,p. 149. Je n'avais 
alors aucune donnée sur l'habitat de ce mot qui, je le rappelle, figure dans nos 



20 E. PHILIPON 

avec le français dialectal taranche ne peut être mise en doute". Il se décom- 
pose clairement en un thème tar-, qui figure aussi dans le gaulois latinisé 
ta rat ru m, prototype de notre mot taricre', et en un suffixe -inca. Or il 
semble que les parlers celtiques actuels ne connaissent (au sens de « clou >>) 
que les représentants de *taranga ou*tarangia. Faut-il croire que le 
gaulois est l'obligé du ligure pour la désinence de tarinca? Voilà un 
« clou » que je ne me charge pas de river. 

En ce qui touche le suffixe germanique -ing, il est clair, comme le 
remarque M. Philipon, que l'emprunt par le français et le provençal de mots 
germaniques dans lesquels ce suffixe a été mis en œuvre ne prouve pas sa 
vitalité en roman '. Mais tous les efforts que fait l'auteur pour l'éliminer de la 
dérivation française ou provençale ne me paraissent pas également heureux. 
Plusieurs mots, qu'il n'a pas remarqués, sont inexplicables sans l'hypothèse 
d'une extension analogique de ce suffixe : franc, coustenge (picard costenghe., 
coustcngué), marsoinge, quarteroinge, sisterange, prov. lausenga, etc. Même en 
admettant que le franc, et le prov. -enc sont, dans la plupart des cas, les 
héritiers d'un pré-germanique -inco, je crois que cet héritage est de pure 
forme, et que le suffixe germanique a contribué à l'enrichir de sa substance. 
Je suis de plus en plus frappé des phénomènes d'hybridité que nous offre 
l'histoire du langage, et j'en puis citer ici un exemple topique. Personne ne 
niera que le provençal camarlenc soit emprunté du germanique chamar- 
ling, lui-même de fo/mation hybride. Or, dans les comptes du mistral de 
Vienne en Dauphiné, nous trouvons le substantif féminin chamarlenchi, et non 
*chamarlengi*. Donc, une fois romanisé, le mot germanique a été coulé dans 

grands dictionnaires avec le sens de « grosse cheville de fer qui sert à tourner 
la vis d'un pressoir ». J'ai relevé depuis une intéressante indication : 
M. Madelaine a trouvé tarencf dans les comptes de la fabrique de Moritchamp 
(Calvados), année 1652; il définit le mot par « levier en fer pour ajuster et 
pendre les cloches » et déclare qu'il est aujourd'hui vivant sous la forme 
rance (Revue des parlers pop., II, 75). Est-ce le type *tarincia, allongement 
de tarinca? — D'autre part on trouve en Bas-Poitou, région de Chef- 
Boutonne, étalanche « écharde » (Beauchet-Filleau, Essai sur le palois poitevin). 

1. Je me borne à rappeler l'existence de arinca, mot mentionné par 
Pline comme le nom d'une céréale particulière à la Gaule (Hist. nat., 
XVIII, 81), et qui n'a laissé de trace dans aucun parler roman. 

2. Primitivement tarere, du genre masculin; cf. mes Essais de phil. fr., 
p. 295, n. 3. 

3. En tout cas, et à plus forte raison, Gaston Paris a-t-il eu tort de parler 
d'un suffixe -lenc emprunté par les Romans de Gaule aux Germains et de le 
mettre sur la même ligne que les suffixes -ard et -aiid (Litt. franc, au moyen 

dge, S M- 

4. Cf. Devaux, Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional. 



PROVENÇAL ^ES'C ; ITALIEN -ISGO, -E.\'GO 21 

une flexion romane préexistante en -etic -enca ; serait-il juste de dire que 
le suffixe germanique -Hng n'est pour rien dans le dauphinois chamarkuchi} 
M. Philipon déclare que le suffixe germanique -ing « a eu pour unique 
fonction de former des patronymiques ou des ethniques qui sont en réalité 
d'anciens patronymiques » : c'est là une exagération contre laquelle protestent 
des formations fort anciennes, comme le ganiingus des lois Visigotiques, les 
deux variétés de pommes mentionnées par Charlemagne dans le capitulaire De 
Villis (formai inga et geroldinga), les trois termes musicaux cités par M. Suchier 
dans son étymologie si pénétrante de l'anc. franc, rotrotienge' (carelmanninc, 
liehinc, ottiuc), etc. La prédilection des langues germaniques pour le suffixe 
-ing dans les noms de monnaies est connue : est-ce une simple coïncidence 
que la présence du suffixe provençal -eue dans les noms de monnaies comme 
arnaudenc, caoneiic, guillelmenc, otonenc, quintinenc, raimondenc, etc.? Et le 
français lui-même n'a-t-il pas *estevenenc dans la région bourguignonne? 
Ayant constaté que les Germains ont donné le nom de cheisuring - à une 
monnaie d'or romaine à l'effigie de l'empereur (Caesar), je me demande si 
les Ligures, voire les Gaulois, en ont fait autant et s'ils ont vraiment contri- 
bué à l'extension monétaire du suffixe roman -eue dans le sud et dans l'est 
de la Gaule. Il est permis d'en douter. 

A. Th. 



p. 72, n. 6. L'auteur croit que l'z final représente le suffixe roman -/a accen- 
tué ; j'y vois \\i féminin atone cliangé en / conformément à la phonétique 
du dialecte de Vienne : pour moi //' ehamarlenchi signifie la femme du 
chamarlenc, et serait en provençal propre la caniarlenca. 

1. Zeitschr. fm rom. PMI., XVIII, 283. 

2. Voy. H. Paul, Grundriss der german. Philol., 2^ édit., I, 328. 



FRAGiMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



I. — FRAGMENT D'UNE CHANSON DE GESTE RELATIVE 
A LA GUERRE D'ESPAGNE 

Feuillet isolé à deux colonnes par page et à 40 vers par 
colonne, 275 mm. sur 220. Il iait partie d'un recueil factice 
contenant des fragments divers, et conservé à la Bibliothèque 
de l'Université de Cambridge sous le n° addit, 3303. L'écriture 
est française et de la fin du xiii^ siècle. 

Je crois que la chanson de geste de laquelle ce feuillet a 
été détaché est jusqu'ici inconnue. S'il en est ainsi, c'est 
assurément un morceau digne d'être étudié de près. Voici, en 
résumé, ce que contient ce fragment. La scène se passe en 
Espagne. Charlemagne voit les Sarrasins approcher. Il divise 
son armée en cinq divisions (échelles), à la tête desquelles il 
place ses principaux chevaliers. Le combat s'engage. Le roi 
Agolant, qui commande les Sarrasins, attaque Ogier le Danois, 
qui le désarçonne et prend son cheval. Agolant est secouru 
par les siens qui lui donnent un autre cheval. Le duel recom- 
mence et le fragment s'arrête au moment où de nouveau 
Ogier se mesure avec son adversaire. Voici maintenant le 
texte, auquel je joins, pour faciliter les références, un index des 
noms : 

Et dit li rois: « Ce ne refus je mie, 
« Ainz me plest et agrée. » 

Li emperere a l'estandart veû ; 
Estout apele qui fu preu et membru : 
5 « Amis », dist il, « vostre los est creû. 
« Mes or me dites, por Dieu le roi Jhesu, 
« Se de l'alcr vos iestes porveu ? 
— Oïl voir, sire », Estouz a respondu 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 23 

« Je et li mien i somes csleû. 
10 « Ainz que pa. nos aient parceù 

« Covient qu'il soient par engin deceù, 
« Se nos le poons fere. 

« Droiz empereres », dist Estoz en riant, 

« Aler i vueil quant ai vostre conmant. 
15 — Alez », dist K., « a Dieu le roi amant; 

« O vos iront .xx^. combatant 

« Et Olivier et mon neveu Rollant. » 

Dist Estouz : « Sire, je l'otroi et créant. » 

Atant s'em partent haut et lié et joiant ; 
20 Delez .j. bruel vont pa. costoiant; 

Nés aperçurent li félon mescreant ; 

Et l'emp. o le guernon ferrant 

Vet ses eschieles gentement ordenant. 

Li dus Og. fu en sele devant, 
25 .X™. Danois le vont au dos suiant; 

Hoiax de Nantes vet l'autre conduisant. 

Et avec li furent li Alemant 

O .X™. homes qui bien sont combatant. 
Qui bien fièrent d'espée. 

30 Rois Arestanz ot le conte Engelier 

Et de Boorges Lambert le Berruier 

Firent la tierce o .x. mile chevalier. 

La quarte [fist] dant Hernaut au vis fier 

Et de Brabant Bernart au cors legier 
35 Et dant Guerin d' Anseùne le fier : 

De chevaliers moinent .xv. milier. 

La quinte fist de Bordele Gaifier 

O .x™. hommes qui moût font a prisier ; 

Et Ganelon n'i vueil mie lessier : 
40 .Xni. en ot qu'il ot a justicier. 

Tuit pelle melle vont li autre derrier, (b) 

Avec lo roi qui France a a baillier. 

Tût soavet prennent a chêvauchier, 

Li uns lez l'autre, sanz cri et sanz noisier. 
45 Rois Ago. les choisi tôt premier 



15 Koi amant est une forme corrompue qui se rencontre en beaucoup 
de textes (Oison de Beauvais, 3207; Mort Aynicri, 4087, etc.) pour raeniant, 
rédempteur (voir le vocabulaire de Raoul de Cambrai). — 24 sele pour celé. 
— 44 lei, ms. let. 



24 



p. MKYER 

Qui durement s'em prist a merveillier ; 
A soi nieïsmes se prist a conseillier : 

« Par Mahomet qui tôt a a jugier, 

« Je croi c'est K. l'emperere au vis fier ; 
50 « Sus li aloie, or se velt avancier. 

« S'encui n'i muert ne [me] pris .j. d. » 

Ses Sarr. emprist a aresnier : 

« Seignor », dist il, « nobile chevalier, 

« Sus Mahomet vos pri et vos requier 
55 <c Que vos pensez de ma honte venchier. 

« Au départir vous en avrai plus chier. » 

Et cil responent : « Ce fet a otroier. » 

Lors conmença sa gent a aresnier : 

Et devisa liquel iront premier, 
60 Liquel après et liquel darrenier. 

Quant les ot fez bien et bel atirier, 

Lors est montez desus le blanc destrier , 

O .xm. Turs conmence a chevauchier : 

Ogier encontre le nobile guerrier 
65 Sus Broiefoit le preu et le legier. 

Il li escrie tant com il puet huchier : 

« Qui es tu, va ? Gardes nu me noier. » 

Dist li Danois : « Apelez sui Ogier ; 

« De Danemarche ai la terre a baillier. 
70 n Hom sui Kallon, l'emperere au vis fier, 

« Qui tote Espaingne velt a force essillier. » 

Dist li pa. : « Je la vieng chalangier; 

« Ja ne l'avra, a celer nu vos quier, 

« Tant com je soie sainz et sauf et entier. » 
7) Er dist li dus : « Par le cors saint Ligier, 

« S'il l'avoit lors, mentir ne vos en quier, 

« Soe seroit ainz lieure de couchier. » 

Lors esperonne sanz plus de delaier. 

Branle la hante dont li fers fu d'acier, 
80 Granz cox se fièrent, sanz plus de menacier. 

Sur les targes dorées. (c) 

Entre Ago. et Ogier li Danois 
Sus les escuz se fièrent demanois. 
La lance au duc est peçoïe en trois 



76 Le premier hémistiche parait corrompu, ou peut-être y a-t-il une 
lacune. En tout cas la suite des idées est obscure. 



FRAGMENTS I)H MANUSCRITS IRANÇAIS 2$ 

5 Et celé en .ij. au Sarr. cortois. 

Si s'entrehurtent li clicvalier norrois 
Petit s'en faut ne chient u cliaumois. 
Ogiers passe outre; tret le branc vianois, 
Et Ago. le suen sarradinois ; 
Granz cox se donnent li chevalier cortois 
Sus les escuz ou reluist li orfrois, 
Que flors et pierres abatent u chaumois. 
Mes nés empirent la montance d'un pois. 
Og. le voit, n'ot tel corrouz des mois : 
95 Dieu en jura et ses saintismes lois 
Miex velt morir n'ocie les Persois. 
Adonc le fiert par merveilleus bofois, 
Si l'estordra que il chiet u chaumois 
Jus du destrier qui fu blans comme nois, 
loo Puis le prist par la resne. 

Quant Ago. fu del cheval cheû, 

Grant maltalent et grand duel a eu. 

En estant saut et tint le branc tôt nu ; 

Et Ogier a le cheval retenu, 
105 Derrières soi l'a maintenant rendu 

A .]'. suen homme qui moût près de li fu. 

Puis s'est es Turs fièrement embatu. 

Ago. fiert, ne l'a pas mesconneû, 

Que tôt envers le ra jus abatu ; 
iio Ilec l'eûst ou mort ou retenu, 

Mes de pa. i a tant acoru 

Que toz en est couvert le pré herbu. 

Ago. ont par force secoru, 

Mes ainz i ot maint chief sevré du bu 
115 Et maint paien ocis et confondu, 

Por quant tuit ont le chaple maintenu 

Qu'a Ago. ont .j. destrier rendu : 

N'est pas le blanc, dont moût fu irascu ; 

A ceste foiz d'ore l'a il perdu, 
120 Ne onques puis nul jor sesiz n'en fu. 



87, 92, 98 On rencontre, en rime, au cas rég., chaunioi et chaumois:, la 
première forme paraît être la seule étymologiquement correcte, mais la seconde 
s'est bientôt généralisée. On peut faire la même remarque sur ho/ois, v. 97. 
— 96 Jes corr. le — 98 Corr. estordi} — 108 Le vers est trop long; 
suppr. pas ? 



2 6 p. MEYER 

De ce a il duel et corrouz eu, ' (d) 

Car n'ot meillor u monde. 

Agolant fu sus .j. cheval monté 

Qui moût fu fiers et plains de grant bonté ; 
125 N'est pas le blanc que il ot tant amé : 

Ogier l'en ot par force descroé. 

L'escu embrace et trest le branc letré, 

Es crestïenz se fiert moût adolé ; 

Maint en a mort, ocis et afolé. 
130 Et Sarr. s'i sont bien esprouvé : 

Maint chief i ont fors du bu dessevré 

Ogier le voit, près n'a le senz desvé : 

Entr' eus se fiert comme home desené, 

Destre et senestre a féru et chaplé. 
135 Voit le Ago. si a le chief crollé; 

Dist a ses hommes : « Moût avon mal erré 

« Qant cil f. a tant longues duré. 

« Se il vit gueres, par Mahomet mon Dé, 

« Tuit i seront ocis et desmembré. 
140 « O vis deable fu tel home trové. 

« Je cuit qu'il soit ou sauvage ou faé, 

« Car de nule arme ne puet estre entamé, 

« S'a li ne joins, dont n'aie je dahé ! » 

Lors esperonne, s'a l'escu acolé 
145 Et tret le branc qui d'or estoit letré 

Et fiert Ogier sur son hiaume gemé : 

Le cercle tranche qui fu a or ouvré. 

Ne fust la coiffe du brant d'acier letré 

Jusques es denz li fust le fer coulé. 
1 50 En contreval est le branc dévalé, 

El braz senestre l'a .j. petit navré ; 

Jusques a terre en est le sanc coulé. 

Et li Danois en a le sens mué : 

Dieu en jura, lo roi de majesté, 
1 5 5 Que celui coup sera chier comparé. 

Il tint Cortain qui giete grant clarté, 

Fiert .j. pa., moût l'a bien assené. 

Parmi le bu l'a en travers coupé, 
Si le trébuche a terre 

160 Moût fu dolenz Ogiers et courrouciez... 

130 La lecture du dernier mot (qui est très eflfacé) est conjecturale. — 137 
/. =françoi. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 27 

TABLE DES NOMS 

Agolant, 45, 82, 89, 117, 125, etc. Gaifier de Bordeaux, 37. 

Alemands, 27. Ganelon, 39. 

Arestanz, 30. GuERiN d'Anseûne, 55. 

Bernart de Brabant, 34. Hernaut, 33. 

Broiefort, cheval d'Ogier, 65. Hoel de Nantes, 26. 

Charlemagne, I, 15, 42, 49. Lambert de Bourges, 51. 

Danemarche, 69. Ogier, 24, 64, 68, 82, 88, etc. 

Danois, hommes d'Ogier, 25. Olivier, 17. 

Exgelier, le comte, — 30. Persois, 96. 

Espagne, 71. Rolant, 17. 

EsTOUT. 4, 8, 18. Turcs, 63. 
France, 42. 

L'action se passe en Espagne, et Ganelon figure parnii les 
fidèles de Charlemagne. Donc le poème prend place, dans 
l'histoire légendaire du grand empereur, avant le désastre de 
Ronce\aux. Or on sait depuis longtemps, qu'il a existé des 
poèmes français, actuellement perdus, où étaient contées une 
'ou plusieurs expéditions en Espagne avant Roncevaux. Sans 
parler de la Prise de Nobles, épisode auquel font allusion la 
Chanson de Rolant et d'autres poèmes, et que raconte en 
abrégé la Karlamagnus Saga^, nous avons dans le Pseudo- 
Turpin, un résumé, probablement assez infidèle, mais toute- 
fois très précieux, de récits épiques relatifs aux premières 
guerres de Charlemagne en Espagne, et nous y voyons 
paraître un bon nombre de personnages de notre fragment ^ : 

1° Une première expédition a lieu. L'empereur s'empare miraculeusement 
de Pampelune, détruit des idoles sarrasines, tonde des églises (chap . n-v). 

2° Rentré en France il est obligé de repartir pour l'Espagne qu'un roi afri- 
cain nommé Agolant vient de conquérir, massacrant les garnisons laissées 
par Charlemagne (ch. vi). 

30 L'empereur remporte sur Agolant une victoire chèrement achetée. 
Quarante mille chrétiens, au nombre desquels Milon d'Anglers, le père de 
Rolant, sont tués. Agolant prend la fuite et Charlemagne rentre de nouveau 
en France (ch. viii). 



1. G. Paris, Hist. poe't. Je CharlcDiagne., p. 253 ; Demaison, Aynieri de 
Narhonne, p. ce. 

2. Je me sers de l'édition du baron de Reiffenberg, dans l'appendice de 
Philippe Mousket, t. I. 



28 p. MEYER 

4° Mais Agolant rassemble une armée innombrable, pénétre en Gascogne 
et prend Agen. Après un siège de sept mois. Charlemagne reprend la ville. 
Agolant réussit à s'échapper. Il se retire à Saintes et est battu de nouveau 
par Charlemagne, mais réussit encore à s'échapper (ch. ix, x). 

5° Agolant, battant en retraite, passe les Pyrénées et s'arrête à Pampelune. 
Charlemagne rassemble une armée de cent trente-quatre mille combattants 
et pénétre en Espagne. Les principaux chefs de cette armée sont Turpin» 
Rolant. Olivier, Estout de Langres, Arastain {Arastagmis) roi des Bretons', 
Engelier duc d'Aquitaine, Gaifier roi de Bordeaux, Galenis, GaJimis, Salo- 
mon, Baudouin iVére de Rolant, Gondebuef {Gddehodtts) roi de Frise, 
Hoel (Oilliis) comte de Nantes, Lambert de Bourges, Sanson duc de 
Bourgogne, .... Ganelon (Ganeloniis qui postea traditor extitil). Un peu plus 
loin sont nommés Ernaut de Beaulande et Ogier (ch. xi). 

6° Après divers épisodes contés dans les chapitres xii et xiii, nous arri- 
vons à la victoire finale des chrétiens, suivie d'un massacre général des Sarra- 
sins (ch. xiv). 

Nous n'avons pas besoin de pousser l'analyse plus loin : le 
rapport de notre fragment avec les récits du Pseudo-Tur- 
pin sont évidents. Presque tous les personnages du fragment 
sont mentionnés dans le ch. xi de Turpin; il n'en manque 
que deux : Bernart de Brabant et Garin d'Anseùne. Ce sont 
deux personnages épiques connus par des témoignages fort 
anciens; toutefois je ne vois pas à quel titre ils hgurent dans 
une expédition en Espagne conduite par Charlemagne, puis- 
qu'ils sont présentés partout comme fils d'Aimeri de Narbonne 
et appartiennent par conséquent à une autre période deThis- 
toire légendaire de Charlemagne-. 

Si l'on peut affirmer qu'il y a un rapport entre les chapitres 
de Turpin ci-dessus analysés et la chanson de geste dont nous 
n'avons plus que i6o vers, la nature de ce rapport n'apparaît 



1 . Ce personnage, qui est nommé dans notre fragment (v. 50), ne figure 
pas, à ma connaissance, dans l'épopée française. M.Langlois ne le mentionne 
pas dans sa Table (le roi Aristani, dans les Narhonnais, est un Sarrasin). 
Cependant il est mentionné par Raimon de Miraval (Roiiiaiiia, VII, 452, 
Orestains) et par B. de Born, Studi di fihl. romania, VIII, 429 ; cf. Rom., 
XXXI, 161, note 2), mais peut-être d'après Turpin. 

2. Voy. sur ces deux personnages la table des noms de l'édition à'Aymeri 
de Narbonne par M. Dcmaison. Il y a bien, dans le ch. xi de Turpin, un Ber- 
nard, mais c'est Bernard de Nublis, et un Garin, mais c'est Garin duc de Lor- 
raine (cf. Philippe Mousket, vv. 5220 et 5230). 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 29 

pas tout d'abord avec évidence. La chanson est-elle le poème 
ou l'un des poèmes que l'auteur des premiers chapitres de la 
Chronique dite de Turpin a eu sous les yeux, ou, inversement, 
le trouvère à qui est due notre chanson a-t-il suivi Turpin ? Je 
crois qu'on peut, sans hésiter, rejeter la seconde hypothèse. 
L'épisode important que relate notre fragment, à savoir le 
combat d'Agolant et d'Ogier, n'existe pas dans Turpin. Nous 
n'avons donc aucune raison de supposer que notre chanson 
dérive de Turpin. Quanta la première hypothèse, elle ne peut 
non plus être admise sans réserve. La langue et la versification 
du tragment conduisent à placer la rédaction du poème au plus 
.tôt vers hi tin du xii'-' ou au commencement du xiii'' siècle. 
C'est à peu près le temps où écrivait Bertrand de Bar-sur-Aube, 
auteur de Girarl de Vienne et d'Aynieri île Narhonne ^. 

L'hypothèse qui se présente le plus naturellement, et à 
laquelle, pour ma pan, je me tiens jusqu'à plus ample informé, 
est que la chanson de geste représentée par le feuillet de 
Cambridge est le rajeunissement d'une chanson beaucoup plus 
ancienne, sans doute en assonances, que l'auteur de Turpin a 
eue sous les yeux. Que ce remaniement ait été tort libre, je 
l'admets volontiers ; et je conviens que les noms de Bernart de 
Brabant et de Garin d'Anseûne ne pouvaient guère figurer dans 
le récit primitif. Mais il n'en est pas moins très probable que le 
fond doit être emprunté à un très ancien poème. 

Si on pouvait s'en rapporter à l'auteur italien de VEntrée 
d'Espagfte, des poèmes sur la conquête de l'Espagne par Charle- 
magne auraient été composés par deux trouvères ou jongleurs 
appelés Jean de Navarre et Gautier d'Aragon -. G. Paris dit à 



1. M. Demaison admet qu' Ayiiieri de Narboime a été composé au com- 
mencement du xiiie siècle, après 1205 (Introduction, p. LXXXix-xcr). 
G. Paris, dans le tableau chronologique qui fait suite à sa Littérature fran- 
çaise au moyen âge, 5= éd., p. 276, place la composition des deux poèmes de 
Bertrand de Bar-sur-Aube, Girart de Vienne et Aynieri de Narhonne, entre 
1210 et 1220. 

2. Le passage a déjà été cité par L. Gautier (/JfW. de l'Ec. des ch., 4e série, 
IV, 221) ; le voici d'après l'édition sous presse de M. Ant. Thomas : 

2775 Se dam Trepin fist bref sa lecion 

E je di long, blasmer ne me doit on ; 
Ce que il trova bien le vos canteron. 



30 p. MEYER 

ce propos que l'auteur de V Entrée « donne ici l'exemple, si sou- 
vent suivi par ses compatriotes, d'alléguer de fliusses autorités 
en preuve d'aventures de pure invention ' ». je ne sais si ce 
jugement un peu sommaire est tout à tait acceptable. L'auteur 
de y Entrée mentionne d'abord Turpin, qu'il a en effet suivi assez 
hdclement ; puis licite Jean de Navarre et Gautier d'Aragon, 
indiquant avec assez de précision les limites de leur oeuvre. Je 
veux bien que ces noms soient imaginaires, mais il m'est diffi- 
cile de croire que tout soir controuvé dans l'assertion tormelle 
de l'écrivain italien. Il se peut bien que cet écrivain ait eu en 
effet sous les yeux quelque chanson de geste perdue; mais rien 
ne prouve que ce fût la nôtre. M. Thomas, dans la préface de 
son édition de VEntrée, nous dira ce qu'il en pense -. 

Quelques mots maintenant sur la versification et la langue. 
Le poème est en vers de dix syllabes, chaque tirade étant, 
comme dans les poèmes du cycle de Guillaume, terminée par 
un petit vers à finale féminine. Les tirades masculines y 
dominent ', car, sur neuf tirades, une seule, la première (dont il 
ne reste que les deux derniers vers) est féminine. Le poème 
est rimé fort exactement, mais au prix de nombreuses infrac- 
tions à la correction grammaticale. En effet, l'écrivain n'hésite 
pas, pour taire sa rime, à employer la forme du régime au lieu de 



Bien dirai plus, a clii'n pois e chi non, 

Car dous bons cierges, Çan Gras et Gauteron, 
2780 Çan de Navaire et Gauter d'Aragon, 

Ces dos prodomes ceschuns saist (dist ?) pont a pont 

Si corne Caries o la fiere façon 

Entra en Espaigne conquere le roion, 

La començaile trosque la fînisun 
2785 Dejusque ou point de l'euvre Guenelon. 

D'iluec avant ne firent mencion. 

1. Hist. poét. de Charl., p. 175 . 

2. On pourrait se demander si Girart d'Amiens, qui conte aussi la con- 
quête de l'Espagne, n'avait pas conservé quelque souvenir d'une chanson de 
geste sur ce sujet, mais vérification faite, il paraît n'avoir eu, pour cette par- 
tie de son Charlewapie, d'autre source que le Pseudo-Turpin, bien qu'il soit 
loin de le suivre exactement. Voir G. Paris, Hist. poct. de Chart., p. 481. 

3. Comme dans Ayvicii de Narhonue (voir l'introduction de M. Demaison, 
p. cvi), mais dans une proportion plus grande encore. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 3I 

celle du sujet, et ce cas est très fréquent. On pourrait, à la 
vérité, supposer qu'il admettait, par exemple, la rime d'-és 
avec -é; ce serait une assonance que le copiste aurait corrigée 
en mettant partout -é, même au détriment de la grammaire. De 
même, aux vers ici, 107, 112, l'auteur aurait écrit che lis, 
cmbatus, herbus, au cas sujet conformément à la grammaire, et 
le copiste aurait introduit la forme du régime, pour la rime. 
Cette supposition serait admissible pour un poème d'une allure 
plus ancienne, mais au commencement du xiii*^ siècle, époque 
où on recherchait les rimes exactes, il est plus probable que 
c'est la grammaire qui a été sacrifiée à la rime. Ajoutons que si 
l'auteur avait toléré les assonances, il n'aurait pas admis seu- 
lement celles que comportait l'application des règles de la décli- 
naison. Par exemple, il aurait laissé passer quelques finales en 
-/Vdans une tirade en -ier, ou inversement. 

Il V a une rime en -ant pur, la troisième, ce qui donne à 
cn)ire que l'auteur distinguait -ant et -ent, selon un usage qui, 
dans les chansons de geste, ne paraît guères antérieur au 
XIII' siècle. Mais il n'est peut-être pas prudent de tirer une 
conclusion ferme d'une tirade unique qui ne contient pas 
plus de seize vers. 

En somme, comme je l'ai dit plus haut, l'examen de la ver- 
sification et de la langue ne permet pas de faire remonter la 
rédaction au delà des dernières années du xii" siècle, et j'incli- 
neraii, plutôt à la fixer au commencement du xiii^. 

II. — FRAGMENTS DE LA VIE DES PÈRES 

La collection de légendes pieuses en vers français connue 
sous le titre assez impropre de Vie des Pères, ou Fie des anciens 
Pères, est certainement l'une des oeuvres du xiii^ siècle qui 
eurent le plus de succès. En 1884, lorsque feu E. Schwan lui 
consacra, dans la Roinania (XIII, 233 et suiv.) un article impor- 
tant, on en avait signalé 3 i manuscrits^ dont quelques-uns, à la 
vérité, sont incomplets. De plus on en connaît deux anciennes 
éditions, l'une de i486 ', l'autre de 1495. Depuis 1884, de 



I. Celle de i486 est indiquée par Schwan, dans le mémoire précité (i?ow., 
XIII, 240) d'après le Catalogue des manuscrits des Bibliothèques des départements 
(série in-40) : « t. I, p. 340 ». Au lieu de « t. I », il faut lire « t. IV ». 



32 p. MEYER 

nouvelles copies, les unes complètes, les autres consistant en de 
simples fragments, sont venues s'ajouter à la liste, à savoir : 

Un ms. à La Haye {RomauiiJ, XIV, 130). 

Deux mss. dans la collection Ashbiirnham, Appendix, 174 et 175. Le 
n° 174 appartient maintenant au Fitzwilliam Muséum (Cambridge), voir 
Ronianid, XXXIV, 492 ; le no 175 a été acquis par la Bibliothèque nationale, 
N. Acq. fr. 6855. Ce sont deux copies du xv^ siècle dont la valeur est 
médiocre. 

Quelques extraits transcrits dans le ms. B.N.fr. Sï8 (Ro»ia>iia, XIV, 585). 

Un fragment conservé à Cheltenham dans la Bibliothèque Phillipps 
(Romania, XIV, 585). 

Un autre fragment à l'Arsenal, ibid., 586. 

Présentement je me propose de faire connaître quelques 
feuillets isolés du même ouvrage qui n'ont pas encore été signa- 
lés. Assurément ces débris, détachés d'anciennes reliures, sont 
d'une valeur minime, mais d'abord il convient que tout manu- 
scrit ou fragment de manuscrit appartenant à une bibliothèque 
publique soit identifié, et d'autre part, si de simples fragments 
ne peuvent pas contribuer pour beaucoup à l'établissement 
d'un texte dont on a d'excellentes copies complètes, il est du 
moins utile de les classer, car il n'est pas indifférent de savoir 
selon quelle proportion les manuscrits d'un ouvrage se répar- 
tissent entre diverses familles. Faire le classement des nombreux 
manuscrits complets ou fragmentaires que nous avons de la Vie 
des Pères, est actuellement impossible. La tentative de Schwan 
(^Romania, XIII, 242 et suiv.), toute méritoire qu'elle est, 
n'aboutit qu'à des résultats provisoires '. Il appartiendra à un 
futur éditeur de la Vie des Pères de la recommencer et de la 
mener à bonne fin. La présente notice lui fournira quelques 
éléments nouveaux. 

I. — BIBLIOTHÈQUE DE l'iNSTITUT DE FRANCE 

On a récemment détaché de la reliure d'un vieux livre de la 
bibliothèque de l'Institut trois feuillets de parchemin où j'ai 



I. Le travail de Schwan est complété sur quelques points dans la petite 
préface que M. Salverda De Grave a mise en tète de l'un des contes, le 
no 38, voir Romama, XIX, 370. 



Fragments de manuscrits français 33 

facilement reconnu des fragments des contes 5, 16, et 17, selon 
l'ordre habituellement suivi '. L'écriture est de la seconde 
moitié du xiii" siècle. De ces trois feuillets, deux sont entiers 
(sauf quelques déchirures qui enlèvent des bouts de vers). Il y 
a deux colonnes par page et trente vers à la colonne. Le troi- 
sième feuillet est rogné en haut et en bas, de sorte que chacune 
des quatre colonnes ne contient plus guère que 22 vers, dont 
le premier et le dernier sont plus ou moins endommagés. C'est 
ce petit fragment qui contient un morceau du conte 5. Ce conte 
ayant été publié en entier par A. Weber avec les variantes de 
nombreux manuscrits-(p. 60 et suiv. de la dissertation citée 
ci -dessous en note), il peut être utile de transcrire ici une partie 
de notre fragment, tout en reconnaissant que la comparaison 
avec le texte imprimé ne fournit pas le moyen de le classer 
d'une façon sûre. L'édition ne donne pas, à beaucoup près, 
toutes les variantes. — Je donne tout le recto^ plaçant en 
marge les numéros des vers d'après Weber : 

Col. I D'un preudome qui se vivoit 

T- , , ,1 De ses terres qu'il laboroit. 

tt vos le volez resembler . _ . 

76 Et a Deu tolir et embler 

Voz âmes? c'est trop grant folie. 

Si lo, tant com vos avez vie 
^ .,.,-, , . Sa compaigne en fist et s amie 

Cjue vos noz vilains tez amendoiz ^ ° 

o T- 1; T> 1 ■ (Q-ui a son droit la earde et tient 

80 Et a 1 amor Deu entendoiz, ^^ ^ 

„ ,., , . ^ ^ 02 A la joie des cielx en vient) 

Qu il en est bien seson et tens : ^ \ / 

^ . , , . r Tant c'un ior, por esbanoier, 

Qui plus se haste si tet sens. 1 > r 

S'en torna ses terres voier; 

Por avoir place en paradis . Si aperçut en mi son blé 

84 Un autre conte vos devis 9^ Corpiaiis qui furent aune... 



79 Corr. O. iv^ vilains — 93-4 H est visible que nous avons ici la 
bonne leçon, car esbaneoir veoir, admis par Weber, est inadmissible, 
comme du reste il l'a lui-même remarqué dans sa note sur ces deux vers 
(p. 80) ; esbanoier et voier lui étaient fournis par des mss. qu'il cite aux 
variantes. — 96 Le mot en italiques est coupé; plus loin (v. 107) il y a 

I. C'est l'ordre du ms. B.N.fr. 1546, pris pour type par Alfred Weber dans 
sa dissertation sur la Vie des anciens Pères (Handschriftl. Shtdien, Frauenfeld, 
1876), et de beaucoup d'autres mss. Voir aussi la table des contes dressée 
par G. Paris dans une note jointe à l'article deSchwan (Ronmnia, XIII, 140). 

Komania, XXXV 2 



A Deu de tôt son cuer se tint 
Et en toz bons fèz se maintint. 
Confession n'oblia mie, 



34 



MEYER 



Col. II 



Cil tost au prcudome s'en vint, 
Quant sa terre despoiller vint, 
Des corspiaux qu'il avoit trovez, 

io8 Et cornent il les ot gitez 
En autrui blé corne vilains 
Et de grant covoitise plains ; 
Si avoit ce fet a autrui 

1 12 Q.u"il ne volsist qu'en feïst lui. 
Moût s'en blasma, moût s'en re- 
[prist, 
De maintenant confès s'en fist. 
Mes li chapelains li dist bien : 



1 16 «Amis, vos n'avez forfet rien ; 
« De noient estes esgarez . 
« Se vos atant ne m'en créez, 
« Alez parler a un hermite 

120 « Qui la maint; tost vos avra 

[dite 
« La vérité de ceste chose. 
« S'il vos en blasme ne ne chose, 
« Si fêtes ço qu'il vos dira, 

124 « Droit par mi le voir s'en ira. » 

Li preudons s'en parti atant 
Son pis de ses paumes bâtant... 



Le verso contient les vers 135 à 15e et 165 à 186. 

Les deux feuillets entiers ne se suivent pas ; ils devaient être 
séparés par deux ou trois feuillets. Ils contiennent, je l'ai dit 
plus haut, des morceaux des articles 16 et 17. Du n° 16 ', 
nous avons les né premiers vers. Voici le début : 



Dex, de qui tote bontez ist, 
Par l'evangeliste nos dist : 
Honore ton père et ta mère 
4 Por eschiver la mort amere ' : 
Si vivras longuement sor terre. 
Chascuns doit bone vie querre 



Et li fol par tôt se déçoivent ; 
Li fox son preu fuit et refuse 
12 Et quiert son pis, ainsi s'amuse. 
Si a moût entre fol et sage. 
Bien doit comparer son folage 
Qui a son hoir doner entent 
Par bien penser et par bien querre, 16 Tant qu'après a son don s'atent ; 
(plere- Mielz li vaudroit morir que vivre 

8 Tant qu'a Deu puissons si bien Quant a sa marende se livre, 

Li sage font bien ce qu'il doivent Norris bien et aime ton hoir, 



corspiaux. Dans les deux cas le ms. 1546 a coipiax. L'étymologie de ce mot, 
qu'on rattache soit à couper (Littré, avec doute, et Dict . général') soit à cuspis 
(Diez, II c), est douteuse. Au moyen âge on écrit coipcau. copeaus, copiaus, et 
cospeaus corpeotis (Godefroy, Complément, copel ; cf. Du Cange ; coipellus, 
COPELLUS, coRPELLus) ; ces deux dernières formes semblent être les plus 
anciennes. Contrairement à l'opinion de M. Thomas (Mélanges d'étymologie, 
p. 54), je crois que notre copeau et l'anc. fr. coispel, « pointe », sont deux mots 
distincts. — 105 La bonne leçon est Tantost au p. soi'int 

1. Du boterel, dans le ms. fr. 1546 (fol. 40 c). Ailleurs (voir par ex. 
Jahrb.f. roman, u. cnglische Literatur, VU, 410), le titre est plus long. 

2. M.\TTH. XV, 4; Marc. "VU, 10. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 35 

20 Et il le suen ; saches por voir, Mort d'enfer sor le fil au père 

Qiie por le suen t'oubliera Qui mal fet a père et a mère. 

Si que mendier te fera, Qui ceste maldiçon gaaigne 

Et por ce vaut mielz mien que 40 Ame et corsconfont et mehaigne: 

nostre, L'amc en enfer le cors el monde 

24 Foi que doi saint Père l'apostre. Covient que cist péchiez confonde. 

Qui a ennor velt vivre el monde Si s'en doivent cil prendre garde 

Ge lo que come fox se tonde 44 Qui père et mère ont en'lor'garde. 

Ainz que de son bien se deinete (/') Qui de .ij. jeus le pieur prent 

28 Ne qu'en bai/ de son fiu:^ se mete, A son escient moût mesprent. 

Car si vilaine/Hcw/ se preuvent Cis prologues 'a vos ai tret 

Li plusor que veoir ne veullcnl 48 Por essample prendre en .j. fet 

Père ne mère, ainz les eschivent Que ci emprès vos voil conter ; 

32 Quant en viellesce povre vivent, Gueres ne couste a escouter. 

Et quant riche sont si les cuent. Et tel le porroit bien oïr 

Tant que de lor biens les desnuent. 52 Qui au loing en porroit joïr 

Gels qui ce font Dex les maudit. S'il amoit leauté ne bien 

36 Tesmoing l'Escripture qui dit : Et Damedeu cremoit de rien 

Le second feuillet contient la fin du conte 17, intitulé dans 
le ms. fr. 1546 (fol. 42) : De celi qui espoiisa rymcigc de pierre. 
Ce conte a été publié deux fois : par Méon, Nouveau recueil, II, 
295, et par M. Castets, qui n'a pas connu l'édition de Méon', 
Revue des langues romanes, 3^ série, t. IV, p. 60. Voici les pre- 
miers vers, en regard desquels je place les numéros de la der- 
nière édition : 

Sa pareil, si l'orent plus chiere 

Por ce que c'estoit la première. [484] 

Fox est qui aime sanz amie; 
Li borjois qui l'ot establie 
Eu bien amez, et bien anni... 

Les derniers vers du conte proprement dit, tel que M. Castets 
l'a publié, sont : 



27 Les parties italiques sont enlevées par une déchirure. Je les rétablis 
d'après le ms. 1546 — 33 Ms. 1546 : si les sieuent — 57 Ms. 1546 : El jeu 
d'enfer chicr lo compère — 38 ^Mathieu et Marc, /. c. — 52 Ms. 1546 : Qui 
après... et les deux vers suivants manquent. 

I. Cf. Romania, IX, 620-1. 



3 6 V. MEYER 

Et maint niusart et maint preudome 
Tant com en estant sera Rome. [5^6] 

Mais il y a à la suite, dans les manuscrits, une série de 
maximes morales formant environ 72 vers, dont les 14 pre- 
miers se trouvent sur la seconde colonne du verso de notre 
feuillet. Les voici : 

Qui ocvre sanz conseil, bien sache Et en leu de beste se met 

Qu'a poines s'em part sanz domache, Qui ordure gitc en son puis 

Et qui conseil trueve et le croit, Et de l'eve dedenz boit puis : 

Son preu fet et s'onor acroist. Se mal li fet, c'est a bon droit 

— Qui le bien voit et le mal prent Quant l'ordure a escient boit. 
N'est merveille s'il s'en repent '. Moût i a de cels qui le font 

— Del'amor de Dieu se démet Qui bien sevent qu'il se mesfont. 



2. — FRAGMENT DE MAÇON 

Dans le t. XLII du Catalogue général des manuscrits des Biblio- 
thèques publiques de France, qui est le troisième tome d'un sup- 
plément aux catalogues publiés dans les tomes I à XXXIX, se 
lit un article ainsi conçu : 

156. Fragment d'une traduction française de la Vie des Pères, chapitres de 
l'Impératrice et de la Sacristaine. 

xnie siècle, parchemin, 2 feuillets à 2 col. mutilés du haut. 195 sur 150 
millim. Initiale bleue et rouge (don de M. Lex, bibliothécaire, 1906). 

Ce fragment m'avait été communiqué par M. Omont, il y a 
quelques années, avant l'impression du tome XLII du Cata- 
logue général , et j'en avais facilement reconnu le contenu. Il a 
fait partie d'un manuscrit qui devait contenir 36 vers par 
colonne ; actuellement il n'y en a plus que 29 ou 30, les 
5 ou 6 vers du haut ayant été coupés. Le premier feuillet 
contient une partie du conte de l'Impératrice, n" 11 de la liste 



I. C'est le proverbe dont le second vers se trouve ordinairement sous cette 
forme : // se foloie a escient (Le Koux de Lincy, Livre des prov., 2»= éd., II, 
394). C'est aussi à peu près le début du conte 74 de Weber : 
Cil qui bien soit et le mal prent 
C'est a bon droit s'il s'en repent. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 37 

de Weber. Le second feuillet donne un fragment du conte de 
la Sacristaine, n° 13 de la liste de Weber. La lacune entre ces 
deux morceaux peut être évaluée à trois feuillets. Le conte du 
Meurtrier (Weber, n° 12) manque entre les deux. La Sacris- 
taine est publiée dans Méon, Nouveau Recueil, II, 154. Le conte 
de l'Impératrice est, autant que je puis croire, inédit. C'est un 
récit qui a été compris par Gautier de Coinci dans ses Miracles 
de la Vierge. Mussatia en a indiqué deux rédactions latines, sans 
déterminer laquelle de ces deux rédactions Gautier avait 
suivie ' . 

Il suffira, pour donner un échantillon du ms. de Màcon, 
d'en transcrire une quarantaine de vers : 

Point ne se senti travaillie 

« Si te dirai dont ele sert : De la dolor qu'ele ot eue, 

« Tuit H mesel qui en bevront, Ainz fu replenie et peûe, 

« Qui de bon cuer confès seront, Si qu'ele n"ot ne soif ne fain. 

« Maintenant seront respassé L'erbe qu'ele tint en sa main 

« Qu'il en avront le col passé, Mist a sa boche et a ses euz ; 

« Et saine char recoveront, Molt l'ot chère et moll l'ama meuz 

« Si q'un et autre le verront. Que ne feïst l'onor de Troie. 

« Mes toz jors maintien ma mémoire ; Que que de l'erbe fesoit joie, 

« Si saches ceste chose a voire Si vit venir une galie - 

« Que [a] la bone fin vendront Devers l'ile de Satalie 

« Qui ma mémoire maintendront. « Qui venoit vers la roche a force 

Une nuit et .j. jor entier Del vent qui se feroit en l'orce, 

Dormi celé sanz esveillier, Si que pleine en estoit la voile 

Et qant ele fu esveillie De bouqueran fête et de toile. 

Au haut de la col. suivante manquent six vers que je rétablis 
d'après le ms. fr. 1546 fol. 31 ^ : 

Dames i ot et autre gent Quant paour orent de l'orage 

Qui a .j. mostier simplement Et du vent qui ci les prenoit 

Aloient en pèlerinage, Qui vers la roche les menoit. 



1. Ueber die von Gautier de Coiticy be7iût:{ien Ouellen (Wien, 1894), p. 28 
(Denkschriften d. K. Akademie âer JVissenschaften in W-^c;/, Philos. -hist. Classe, 
t. XLIV). 

2. Ce vers et les quatre suivants sont cités par Godefroy sous orge. 



38 p. MEYER 

Puis notre frai^ment poursuit ninsi : 

Imil que par Jorce i anncrercnt '. Totcvois celc part alerent 

Quant la dame seule avisèrent ■ Et virent celé bcle et simple 

Mo!t en furent esmervellié. Qui fu en chemise et sanz guimpe. 

Bien quidcnt estrc essillié, Molt eurent grant pitié de li, 

Quar de fantôme se doutèrent; Que bien conurent son ennui. 



3. — FRAGMENTS DE CAMBRIDGE 

Ces deux fragments consistent en deux morceaux de parche- 
min, restes de deux feuillets d'un manuscrit exécuté vers le 
milieu du xiii' siècle, ou peu après. Ils forment les gardes d'un 
livre de petit format appartenant à la Bibliothèque del'Univershé 
de Cambridge \ C'est le bas des feuillets quia été rogné : le haut 
est intact. Il y a deux colonnes par page, conséquemment quatre 
par feuillet : en tout, huit colonnes, réduites à 13 vers chacune. 
Par la comparaison avec les autres mss. on voit qu'il manque 
18 vers au bas de chaque colonne. Je commence par transcrire 
le texte, qui appartient au conte 39 de Weber, le demi ami. 
Puis je présenterai sur l'origine de ce conte quelques observa- 
tions. 

FEUILLET I RECTO 

Li granz avoirs et li trésors « Por mon profit et por mon bien 

Que l'en pot de chascun jorhors « Sei ge que vos me chastiez, 

Ou l'en ne met pas nule chose. « Mes vos devez estre moût liez 

Musarz est qui conmencier ose « Que je ne sui pas truniellieres >, 

Chose qu'il ne puet parfiner. « Ivroins* ne mellis ne lierres 

Reulement se doivent mener « Ne femmene maintieng ge mie. 

Genz qui el monde, voelent vivre c Je n'ai acointe ne amie 

Porlor conmencement parsivre. « Dont pleinte ne noise vos viegne. 



1. Ce vers est en partie coupé. 

2. In Psahnos aliqiiot David icos Philippi Melanchtonis narrât iones doclissime. 
Haganoe, per Johan. Sac, anno mdxxviii. In-8°. Voy. Panzer, Annales 
typogr., VII, p. 10 1 (no 270). 

5 . Godefroy cite de ce mot un exemple du xve siècle et le traduit, avec 
doute, par « femme joueuse ». Mais c'est le cas sujet de tranelcor, inscrit à 
son ordre alphabétique avec plusieurs exemples. Il v a tri bon lier es dans le 
ms. 1546 et dans le ms. de l'Arsenal cité par Godefroy sous triboleor. 

4. Exemples moins anciens de ce mot dans Godefroy. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



39 



Qui tant despent en sa joenece 
Que poures est en sa veillece, 
Honte et mesese le sorprcnt; 
Si est fox qui garde n'i prent, 
Qui a bien fere vcult entendre 



« Se mon cors bone vie tiegne, 
« En tote la cité de Rome 
« Ne sai enfant, femme ne home 
« Qui ait vers moi corroz ne ire. 
« Einsi le jurre por voir, sire. 



FEUILLET I VERSO 



« Que j'ai de bien parlanz amis 
« Jusqu'à la montance de dis. 

— Voire, biau filz? — Voire, voir, 

[père, 
« Foi que je doi l'ame ma mère. 

— Biau filz, se vos me dites voir, 
« Bien avez assis vostre avoir. 

« Filz j'ai vescu moût longuement, 
« Si sachiez vos certainement 
« Conques tant ne poi esploitier 
« Que j'en parfeïsse .j. entier. 
« Si ai ge meint home servi ; 
« Tôt adès en ai .j. demi 
« Qui par tôt mon voloir feroit 



« Si vos pri ge com a ami 

« Que vos aveuques moi viegniez 

« Et que la voie m'anseigniez 

(I Par qoi je puisse cstre sauvez, 

« Si com vos fere le devez. 

« Lors si orroiz q'il vos diront 

« Et quel aïde vos feront. 

— Sire, « fet il », je cuit savoir 

« Que por mètre cors et avoir 

« Ma volenté ne defferoient, 

« Ne honte avoir ne me lerroient ; 

« Et totes voies i vueil aler ' ; 

« N'est pas grant peine en l'esprover. 



FEUILLET 2 RECTO 



« Que vos par tôt m'aïdessiez 

« La ou mon besoing seûssiez 

" Et vos me failliez por si po. 

« Or sei je bien, par saint Niqo, 

« Ke tel ami fet fol amer 

« Qui est sanz miel e plein d'amer. » 

De lui se parti meintenant, 

Si s'en ala por fol tenant, 

Car il aperçut bien et sot 

Que son servise perdu ot. 

A l'autre ami revint après 

Que de celui manoit bien près; 

Si li conta ce qu'il pensoit. 

Si come a l'autre fet avoit. 



« Qui m'aime ma bouche le set, 

« Et qui ne m'aime ne li chaut 

« Se je muir de froit ou de chaut. » 

A celui plus ne sejorna ; 

Sanz congié prendre s"en torna. 

Car s'amisiié pas ne li sist. 

A son père vint, si li dist 

Les responses qu'il ot eues, 

Conques ne li furent teûes. 

Li pères, qui bien l'entendi. 

En souriant li respondi : 

« Biau filz, je le savoie bien 

« Qu'en tex gent n'avoit nule rien 

« Fors la parole seulement. 



I. Ms. v., ialer. 



40 



p. MEYER 



FEUILLET 2 VKRSO 



Il vint a son père et H dist 

La rcsponse qui bien H sist. 

Lors aperçut que bons estoit 

Li chastiz que fet li avoit. 

D'amis volages se garda 

Et de trop doner se tarda. 

Li pères, qui moutfu tendriers 

De son fill, et qui volentiers 

A bone voie l'atornast 

Et de mau fere destornast, 

Li dist : « Biau filz, or entendez 

« Et par bien entendre aprenez ; 

« L'en ne puet s'a bien non venir 

« De bons exemples retenir 



Les biens terriens et semé 
Sor pierre dure et en tel leu 
Ou nos ja n'avrons fruit ne preu. 
Cil bien au besoing nos faudront, 
Aveuques nos pas ne vandront 
Devant Deu por nos délivrer. 
Ja ne les i porrons mener ; 
En la berele nos lerront 
Et au grant besoing nos faudront. 
Li seconz amis qui est nus, 
Qui dist que jusq'a l'uissanz plus 
Copaignie nos portcroit, 
Mes dedenz mie n'enterroit 
Por amor qu'il eùst a ame. 



Pour faciliter l'intelligence de ces fragments, où la suite des 
idées n'apparaît pas très clairement, et aussi pour la clarté des 
explications qui vont suivre, je vais analyser le conte. La scène 
se pa.-^se à Rome. Un prudhomme adresse de sages avis à son 
fils, jeune homme de quinze ans, qui dépensait largement; il 
lui remontre que les biens de ce monde sont périssables, et que, 
à dépenser trop en jeunesse, on risque d'être pauvre en 
vieillesse. C'est une sorte de « chastoiement ». Le fils reçoit 
avec déférence les conseils de son père, et excuse sa vie dépen- 
sière en disant qu'il espère ainsi acquérir de nombreux amis. 
« Combien en avez-vous ? » dit le père. — « Dix », répond le fils. 
— «C'est beaucoup », reprend lepère: «bien que j'aie longtemps 
vécu, je n'ai jamais pu en avoir plus d'un demi, qui, je crois, 
ferait tout pour moi. Mettez vos nombreux amis à l'épreuve. 
Dites au premier que vous avez commis un meurtre, que vous 
devez vous présenter devant l'empereur pour vous défendre, 
et demandez-lui de vous accompagner et de vous tirer de ce 
mauvais pas. » Le fils consent. Il se rend chez un premier ami 
qui refuse absolument, puis chez un second qui s'ofire à l'ac- 
compagner jusqu'à la porte de l'empereur. Le fils, sans pousser 
plus loin l'expérience (ce qui ne laisse pas de surprendre), 
retourne auprès de son père et lui fait part des réponses qu'il 
a reçues. Le père lui conseille d'aller trouver le demi-ami, sur 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 4I 

lequel toutefois il n'ose pas beaucoup compter, lui ayant fait 
peu de bien. Le fils fait encore cette démarche : le demi ami se 
met, par amour pour le père, à sa disposition et fera tout pour 
le sauver. Le premier ami, ce sont les biens du monde ; le second, 
qui nous abandonne à l'instant où nous aurons (après la mort) 
à paraître devant le juge souverain, ce sont les parents qui 
assistent aux obsèques, en pensant à l'héritage, la femme, qui 
déjà songe à se remarier. Le demi-ami ce sont nos bonnes 
œuvres, les aumônes que nous avons faites, etc. 

Quel est le type original de ce conte ? Il y a deux paraboles 
auxquelles on peut songer, et qui, bien que fort analogues, au 
point qu'il paraît légitime de leur supposer une origine com- 
mune, diffèrent cependant beaucoup dans les détails, et ont été 
l'une et l'autre maintes fois reproduites, avec des variantes, dans 
les littératures du moyen âge : ce sont la parabole du demi- 
ami, dans la Disciplina clericalis de Pierre Alphonse, et la para- 
bole des trois amis dans Barlaaii! et Josaphat \ Voici d'abord le 
texte de h Disciplinadericalis, que je transcris d'après l'édition de 
l'abbé Labouderie (Société des bibliophiles français, Paris, 1824, 
1. 1), le corrigeant çà et là d'après le ms. B. N. latin 5397 (fol. 
147 0: 

Arabs moriturus, vocato filio suo, dixit : « Die, fili, quot tibi, dum vixisti, 
« acquisieris amicos? » Respondens filius dixit : « Centum, ut arbitrer, acqui- 
« sivi amicos. » Dixit pater : « Quia philosophus dixit : <( Ne laudes amicum 
« donec probaveris eum.» Ego quidem prior natus sum, et unius dimidieta- 
« tem vixmihi acquisivi ; tu ergo centum quomodo tibi acquisisti? Vade igitur 
« probare omnes, ut cognoscas si quis hominum tibi perfectus erit amicus. » 
Dicit filius : « Quomodo consulis? » Dicit pater : « Vitulum interfectum et 
« frustatim comminutum in sacco repone, ita ut saccus forinsecus sanguine 
« infectus sit, et cum ad amicum veneris, die ei : Hominem, care mi, forte 
« interfeci ; rogo te ut eum secreto sepelias ; nemo enim te suspectum habe- 
« bit, sicque me salvare poteris. » Filius fecit sicut pater imperavit. Primus 
amicus ad quem venit dixit : « Fer tecum mortuum super collum tuum : 
« sicut fecisti malum, patere satisfactionem ; in domum meam non introi- 



I. Voir l'article de M. G. Huet intitulé La parabole des faux amis, dans la 
Romatiia, XXXIII, 87. — La parabole des trois amis a été plus d'une fois 
mise en vers français d'après Barlaam, en dehors des traductions, qui nous sont 
parvenues de ce roman. Citons la pièce Bien deicssons essample prendre (Zeitschr . 
J. roui. Pbil., XXII, 64, et Jean de Condé, éd. Scheler, II, m). 



42 p. MEYER 

« bis. )) Cum autem per singulos amicos suos sic ecisset, eodem responso 
omnes responderunt. Ad patrem rediens, renunciavit quae fecerat.Dixitpater : 
« Contigit tibi ut dixit pliilosophus : Multi sunt duni numerantur amici, sed 
« in necessitate pauci. Vadc ad dimidium amicum queni habeo, et vide quid 
« dicat tibi. » Venit, et sicut aliis dixerat, hiiic dixit, qui ait : «Intra domum; 
« non est hoc secretum quod vicinis debeat propalari. » Emissa igitur uxore 
cum omni familia sua, sepulturam fodit. Cum autem ille oninia videret parata, 
rem prout erat disseruit, gratias agens. Deinderetulit patri quefeccrat. Pater 
vero dixit : « Pro tali amico philosophus ait : « Hic est vere amicus qui te 
« adjuvat cum tibi substantia déficit. » 

Il existe un rapport évident entre ce récit latin et notre récit 
français. D'abord l'idée du demi-ami, pais le fait que le fils, 
abandonné par ses propres amis, rencontre enfin un accueil 
favorable chez ce demi-ami, qui est celui de son père et non 
pas le sien ; enfin cette circonstance importante que, dans l'un 
et l'autre texte, le crime, qui motive l'épreuve, est supposé, 
tandis que dans la parabole de Barlaam, dont le texte latin sera 
publié plus loin, l'homme qui a recours à ses amis, au nombre 
de trois, est sous le coup d'une accusation réelle. Il y a aussi 
des différences, les unes secondaires, les autres capitales. Je 
considère comme secondaire la localisation du récit : chez 
Pierre Alphonse il s'agit d'un Arabe, dans le conte français, le 
père est un bourgeois de Rome. Que le jeune homme ait (ou 
croie avoir) cent amis, comme dans le latin, ou dix comme 
dans le français, il n'y a pas lieu d'attribuer grande importance 
à ce détail. Mais il est plus intéressant de remarquer que dans 
le français le père avoue qu'il n'a jamais montré à son demi- 
ami une bienveillance particulière, aveu qui manque dans la 
Disciplina, et qui au contraire se retrouve dans le conte français 
et âiins Barlaam. Enfin, la moralisation qui termine le récit 
français n'existe pas chez Pierre Alphonse et est exactement celle 
que nous présente Barlaam. Il paraît donc certain qu'il y a 
dans le conte français une fusion des deux paraboles. La seule 
question qui se pose est de savoir si cette fusion doit être 
attribuée au poète français ou si elle existait déjà dans un texte 
latin inconnu. Je pose la question sans la résoudre. D'une part 
en effet il est certain que l'auteur de la Vie des Pères ' traitait 

I. Plus exactement des 42 premiers contes. On sait que la suite est d'un 
autre écrivain. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 43 

avec liberté les matières qu'il mettait en vers; et sans doute il 
eût été capable de fondre ensemble deux contes analogues, 
originairement distincts'. Mais d'autre part nous connaissons 
plusieurs récits où la parabole de Pierre Alphonse et celle de 
Barlaam sont combinés de façon variable \ Les deux hypothèses 
exprimées plus haut sont donc a priori aussi admissibles l'une 
que l'autre. Aucun des récits combinés qu'on a signalés jusqu'à 
présent ne paraît être la source du conte de la Vie des Pères, 
mais il n'est pas impossible que l'on trouve un jour une rédac- 
tion latine où les types fournis par la Disciplina et par Barlaam 
soient combinés comme dans la Fie des Pères K 

Afin de permettre la comparaison entre les deux types, je tran- 
scrirai maintenant la parabole de Barlaam, où il n'est pas ques- 
tion d'un demi-ami, mais qui doit être intitulée « les trois 
amis ». On la cite ordinairement d'après le texte grec, qui, 
naturellement, n'a pas été connu en Occident, ou d'après la 
traduction latine de Jacques de Billy (1602), réimprimée par 
Rosweyde, dans ses VitcB Patrum (161 5 et 1628)+, mais il y a 
tout avantage à citer l'ancienne traduction latine, dont on a 
des manuscrits dès le xii^ siècle, et par laquelle la fabuleuse his- 
toire de Barlaam et Josaphat a pénétré dans les pays romans^. 
Je transcris le texte d'un ms. du Musée britannique, Add. 



1. Peut-être inconsciemment, car bien souvent il parait avoir écrit de 
mémoire, sans avoir le texte sous les yeux. 

2. Par exemple celui des Gcsla Koinaiiorutn, ch. 129. Dans ce récit il y a 
trois amis, comme dans Barlaam ; la moralisation aussi est à peu près sem- 
blable. Mais d'autre part l'épreuve est la même que dans la Disciplina, c'est-à- 
dire que le jeune homme, sur le conseil de son père, feint d'avoir commis 
un meurtre et se présente chez ses trois amis portant dans un sac un porc qu'il 
vient de tuer, et qu'il prétend être le cadavre de sa victime. Cette rédaction 
ressemble assez à celle de la Vie des Pires, où toutefois certains traits de la 
Disciplina sont mieux conservés. — Ce qui prouve combien la teneur de ces 
récits est flottante et variable, c'est que, dans une forme particulière des 
Gesta Romanorum (éd. W. Dick, 1890, n° 196), la même parabole se présente 
sans moralisation et avec une fin toute différente, et d'ailleurs absurde. 

3. Il faudrait retrouver la source de la rédaction des Gesta. Mais on n'a pas 
encore étudié avec méthode les sources de cette compilation. 

4. Aussi dans la Pat rologie latine de Migne, tome 73. 

5. Je l'ai déjà citée à propos d'une autre parabole, Romania, XIII, 593. . 



44 P- MEYER 

17299 (fol. 37), de la fin du \ir' siècle". Je le publie d'autant 
plus volontiers que j'aurai à m'}' référer à propos d'un autre 
fragment, en français d'Angleterre, que je ferai connaître plus 
loin. 

Senex vero disit : Rursus similes sunt amatores secularium delectationum, 
et qui harum dulcedine illiciuntur atque futuris et stabilibus fluida et fragi- 
lia preferunt, homini qui très amicos iiabuit, quorum quidem duos precor- 
dialiter et affectuose honorabat ac vehementer eorum caritate afficiebatur, 
usque ad mortem pro ipsis agonizans et periclitari desiderans. Adversum 
tercium vero multo ferebatur despectu, neque honore neque decenti eum 
aliquando gratificans dilectione, nisi modicam quandam et exiguam ad cum 
simulans amiciciam. Venerunt ergo, die quadam, terribiles quidam ac preci- 
pui milites, festinantes celeritate multa liuncad imperatoremducere, rationem 
redditurum pro debito decem millia talentorum. Coartatus vero ille quere- 
bat adjutorem ad subveniendum sibi in terribili rationis positione apud 
regem. Currens igitur ad primum suum et pro omnibus aliis carissimum 
amicum, dicit ei : « Nosti, o amice, quomodo animam meam semper pro 
« te posui; nunc autem indigeo auxilio tuo in die ista, detinente me necessi- 
« tate. Quomodo ergo promittis michi nunc auxiliari, et que apud te reposita 
( michi spes est, dilectissime ? » Respondens ergo ille ait : « Non sum ami- 
« eus tuus. o homo, neque scio quis sis. Habeo enim alios amicos cum qui- 
« bus oportet me hodie letari, et amicos istos a modo possidebo, Prebeo 
« tamen ccce tibi (Jol. ^S) ciliciola duo ut habeas ea in via qua ambulas, 
« que tamen nichil tibi proderunt, et nullam aliam spem a me prestoleris. » 
Hec audiens ille et diffidens de auxilio quod speraverat ab eo, ad secundum 
perrexit amicum. Cui et ait : « Recordare, amice, quantum a me recepisti 
« honoris et gratie. Hodie vero, in tribulationem corruens et adversitatem 
« maximam, auxiliatore opus habeo. duantum vero ^ vales michi subvenire 
« nunc indica michi. » Ille vero ait : « Non vacat michi hodie ut tecum 
n subeam agonem. Curis enim et ego ac sollicitudinibus circundor, et in 
« tribulatione sum. Modicum tamen tecum pergam quamvis non tibi sit 
« profuturum. » Et statim domum reversus et undique destitutus, lamenta- 
batur se ipsum de vana spe ingratorum suorum amicorum et de inutilibus 
laboribus quos pro illorum sustinuit dilectione. Pergit etiam ad tertium 
amicum de quo nunquam curam habuit, nec socium Içticie suç advocavit, et 
ait ad eum, confuso et in terram vultu demisso : « Non habeo os loquendi 



1. Acquis en 1848. Ce ms. paraît avoir été fait en France. La reliure 
(xviiie siècle) est française. — Le Musée possède deux autres copies de la 
même version (voir Ward, Catalogue of romances , II, 125-7), ^^ ^" outre divers 
abrégés. 

2. Ailleurs er^o. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 45 

« ad te. Cognosco enim diligenter quia nunquam tibi benefèci nec amicabi- 
« liter erga te me habui ; sed, quoniam adversitas apprchendit me durissima 
« et nullam spem salutis in ceteris amicis meis repperi, veni ad te rogans : 
« Si est tibi possibile quodlibet auxilium, vel modicum, impendere, ne 
« tardes, memor ignorantiç meç. » Tune ille respondit ei hylari ac sereno 
vultu : « Certe amicum meum carissimum confiteor te esse, et modici illius 
« tui beiieficii non immjmor, cum usura retribuam tibi. Ne timeas ergb 
« neque formides. Ego enim precedam te, ego interveniam pro te apud 
M regem, et non tradam te in manibus ininiicorum tuorum. » Confide ergo, 
« dilectissime, et ne tristeris. » Tune compunctus ille diccbat cum lacrimis : 
(vo) « Heu michi ! quid prius lamentabor aut quid potius plangam ? Vanum 
« affectum meum reprehendam quem ingratis illis et falsis exhibui amicis, 
« an amentiam meam plangam que huic vero et germano amico nullam 
« ostendi familiaritatem? » 

Josapliat auteni et istum cum ammiratione sermonem suscipiens, exposi- 
tionem requirebat. 

Tune Barlaam ait : Primus amieus, utique est divieiarum possessio, et 
amor pecuniarum pro quibus homo multis subjacet periculis, et plurimas 
sustinet miserias. Veniente vero ultimo mortis termine, nichil ex omnibus 
illis nisiquç ad sepulturam pertinent inutiles accipit panniculos. Secundus autem 
amieus voeatur uxor ' et filii et eeteri cognati et amici quorum affectui adhé- 
rentes inseparabiliter tenemur, ipsam animam et corpus propter illorum 
spernentes amorem. Sed nullam aliquis ex eis utilitatem consequitur in hora 
mortis, nisi quod tantummodo usque ad monumentum seeum pergunt. De- 
inde mox revertentes suis vacant curis et sollicitudinibus, non minus obli- 
vioni memoriam quam corpus aliquando amici operientes sepulchro. Ami- 
ens vero tertius, despeetus et gravis, non faniiliaris, sed exosus et quasi aver- 
sus, justorum operum chorus est, videlicet fides, spes, caritas, elemosina, 
humanitas et eçtera virtutum congregatio quç potest precedere nos cum exi- 
mus de corpore et pro nobis apud Deum intervenire et de inimicis et crude- 
libus exaetoribus liberare, qui calumniam et amaram rationis exactionem 
nobis commovent, in aère nos eomprehendere temptantes. Iste est gratus 
amieus et bonus qui et modicum bonum opus nostrum in memoriam fert 
et cum usura nobis integrum restituit. 

Il a été fait de cette version divers abrégés qu'il n'est pas 
utile de prendre ici en considération. Mais, ce qui est vérita- 
blement intéressant c'est que, parmi les exempla de Jacques de 
Vitri. il s'en trouve un qui, bien que visiblement identique 
par le fond à la parabole de Barlaaiii, en diffère cependant 



I. Je rétablis, d'après les autres mss., uxor qui manque dans l'Add. 17299. 



4^ p. MEYER 

par les circonstances du récit '. Il ne s'agit plus, comme dans 
le texte précédent, d'un comptable appelé inopinément à rendre 
ses comptes, mais d'un serviteur (scrvicns) qui n'a pas craint 
d'accueillir les ennemis de son seigneur dans le château dont 
la garde lui avait été confiée. Autre différence : le troisième 
ami est le Christ, et non plus, comme dans Barlaani un groupe 
de vertus ^ Ces récits, passant de bouche en bouche, subis- 
saient de perpétuelles modifications. C'était comme une matière 
malléable que chacun accommodait à sa guise. 

4. — BIBL. NAT. LATIN IO769. 

Ce ms. est classé dans le fonds latin parce que le premier des 
ouvrages qu'il renferme (ff. 1-121) est en latin. Mais du fol. 
122 au fol. 179 il contient une copie de V Image du monde, 
seconde rédaction, qui se termine par cet explicit où le copiste 
se nomme : 

Chi fenist l'Image du monde 

Dont vos avez oï la somme, 

Escrit l'an d'incarnation 

Mil et trois chens et .x. en son. 

.1. clerc l'escrit de poi d'afere, 

Car autre cose ne pont fere : 

On l'apele Raol Crisnon 

Par sen droit non et par sournon. 

Jesucrist 5 otroit bon repos 

A s'ame quant ira du cors ! Amen '. 

A la suite de Vliiiage du monde est copié, d'une écriture 



1. Crâne, The exeiiipla oj Jacques de Vitry (London, 1890), n" cxx. C'est 
le no 108 des Latin stories de Th. Wright. 

2. Une rédaction, qui est au fond celle de Jacques de Vitri, mais qui s'en 
écarte sur certains points, est copiée isolément dans le ms. 1249 (fol. 80) de 
la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Là les amiS sont au nombre de quatre, le 
troisième est le diable, conception qui ne se trouve nulle autre part; le qua- 
rième est le Christ. 

5. Il ne semble pas que ce manuscrit, dont la valeur est médiocre, ait été 
signalé dans les travaux que nous possédons sur V Image du inonde. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 47 

fine et serrée le conte 38 de Weber. Je me borne à en trans- 
crire le début : 

De la noiuiaiii en qui le diable se tnist pour sa viande qu'elle ne mie. 

Mauvez est qui ne gucrredonne Son serviche pert et sa pêne 

Et ne désert che c'onli donne. Qui du maufé servir se pêne ' 

Pour che deserf que bien me faciles, Q.u'en tel manière et en tel guize 

Non pas pour che que tu me haches. Rent a son serjant tel servise : 

Vilein guerredon me rendroit Premièrement cheli honist 

Qui pour bien servir me batroit. Q_ui plus le sert et obeïst. . . 



III. — FRAGMENT D'UNE RÉDACTION DE LA PARABOLE 
DU DEMI-AMI FAITE EN ANGLETERRE 

Ce fragment se compose de deux feuillets de parchemin, 
rognés du haut, qui servent de feuillets de garde à un manu- 
scrit de la Bodléienne, fonds Bodley 82 ^. Le manuscrit pro- 
prement dit_, qui a de lintérèt pour l'histoire de la littérature 
française en Angleterre, sera de ma part, l'objet d'une pro- 
chaine notice. 

Revenons à nos deux feuillets. Il y a bien des années que je 
les ai transcrits. Je ne me pressais pas de les publier, ne déses- 
pérant pas de trouver un texte complet du poème auquel ils 
appartiennent. Mais cet espoir ne s'est pas réalisé et j'arrive à 
un moment de la vie où il est prudent de ne pas reculer indéfi- 
niment l'achèvement des travaux commencés. L'écriture est de 
la première moitié du xiv^ siècle. Elle est disposée sur deux 
colonnes, à vingt-six vers par colonne. Les feuillets ayant été très 
rognés, pour s'accommoder au format du livre, le premier vers 
de chaque colonne est plus ou moins entamé. Le poème, qui 
peut être attribué au milieu, environ, du xiii'' siècle, est en 
strophes de six vers disposés selon une forme {a ab c c F) qui a 
été fort usitée dans la poésie latine rythmique et dans la poésie 
vulgaire. Elle est surtout fréquente dans les compositions 



1 . Lire mauvais et non rnaufé. C'est un proverbe bien connu : Le Roux de 
Lincy, II, 174, 392 ; Tristan de Thomas, éd. Bédier, v. 1955, etc. 

2. Ancien N. E. E. 127; no 2274 des Catalogi de Bernard (1696). 



4S l'. MEVER 

françaises d'Angleterre et dans la poésie anglaise du moyen 
âge '. Ce qu'il y a ici de notable, c'est que le sens se continue 
parfois d'une strophe à l'autre (voir str. 11, 14, 26, 27, 29), 
tandis que, dans les autres exemples qu'on a de cette forme, la 
fin de la strophe est en même temps celle de la phrase. La 
langue est dans un état avancé de déchéance phonétique ;-/ et 
-ic riment ensemble; de même -er et -ère, etc. 

Nos fragments appartiennent à une rédaction dans laquelle, 
de même que dans celle de la Fie des Pères, le récit de la 
Disciplina clcricalis a été combiné avec celui de Barlaaiii. 
En voici le résumé : Un prince (probablement un roi), avait 
pris son fils pour sénéchal. Mais ce fils remplissait fort mal sa 
fonction. Il était « volage » et passait son temps à jouer. 
Même, il dissipait en orgies les sommes qu'il recevait au 
nom de son père. C'est du moins ce qui semble ressortir des 
premières strophes; nous avons dit que l'ouvrage était incom- 
plet du début. Le père se montra d'abord indulgent : il envoya 
à son fils des messagers chargés de lui adresser des représenta- 
tions; mais voyant qu'il n'en était tenu aucun compte, il jura 
que, si le jeune homme ne lui rendait pas un compte exact des 
sommes perçues, il le ferait pendre. Le fils demanda un répit de 
huit jours qui lui fut accordé. Il alla demander conseil à sa 
mère. « Beau fils », lui dit celle-ci, « du temps que vous étiez 
homme puissant, avez-vous su vous faire un ami lo3'al qui 
puisse vous venir en aide ? » Le jeune homme répondit qu'il 
avait deux amis et un demi. La dame lui conseilla d'aller les trou- 
ver. Le fils se rend auprès du premier ami. — Ici lacune. — Quand 
le texte reprend, au second feuillet, le récit est terminé : évi- 
demment, commedans les autres r-édactions de la parabole, le fils 
n'avait trouvé aucun secours chez les deux amis qu'il chérissait 

I. M. Naetebus n'en cite que trois exemples français, tous fournis par des 
poèmes écrits en Angleterre (Die nicht-lyrischeii Strophenfornieu des Alt/ran- 
:{osischen, art. LXiii (pp. 152-3). Mais il y en a d'autres, et jusqu'aux derniers 
temps du moven âge. C'est une des formes du rythme que Fabri {Le grand 
et vrai art de plaine rlietoriqiie, éd. Héron, II, 50) appelle « deux et art » et 
qu'il serait plus correct d'appeler « deus et as », comme le remarque l'éditeur 
dans sa note sur ce passage. C'est du reste le nom adopté dans un des arts 
de seconde rhétorique publiés par M. E. Langlois (p. 225). — En anglais, 
c'est la forme des proverbes de Hending (voir Romania, XV, 534) et du Sir 
Thopas de Chaucer. 



FRAGMENTS DE MAMUSCRITS FRANÇAIS 49 

le plus et pour qui il s'était dévoué, tandis que le « demi- 
ami » avait plaidé sa cause devant le roi et l'avait sauvé. Le 
second feuillet contient la morale de la parabole et autre chose 
encore. Cette autre chose est intéressante, et nous permet de 
nous former une idée de ce que devait être le poème dont ces 
deux feuillets nous ont conservé un fragment. La parabole expo» 
sée, nous voyons intervenir un interlocuteur, du nom de 
William, qui remercie le narrateur, lui disant : « Sire, mille fois 
merci : vous m'avez appris comment je dois aimer le monde 
et quels sont les amis à qui je dois faire part des biens que 
Dieu m'a donnés : ce que j'ai donné à des amis^ à des 
parents, est perdu. » Sur quoi le narrateur reprend son exhor- 
tation morale : « Il n'est pas d'enfant, dit-il, qui aime son père 
autant que son père l'aime. Le père mort, il ne pense qu'à l'héri- 
tage. Ce n'est pas amour, c'est haine évidente, quand on souhaite 
la mort de son père pour avoir son bien. Aussi doit-on, quand on 
en a le loisir en cette vie mortelle, dépenser son bien en telle 
manière qu'on en sache rendre compte au jour du Jugement; 
et si on attend qu'autrui le dépense, on est trahi vilement. Que 
personne ne se fie aux exécuteurs [testamentaires], car ce sont 
les plus terribles traîtres qui soient en terre. Ils promettent de 
faire droit ' quand vous leur confiez le soin de vos affaires ; 
mais aussitôt que vous serez mort, ce droit se changera en tort. 
Pas une maille ne sera donnée là où vous l'aviez assignée, à 
moins qu'il se trouve un témoin du legs ou que le souverain 
intervienne et impose sa volonté.... Dieu n'y aura pas sa part. 
Les exécuteurs prendront tout à leur discrétion et feront le 
jugement : « Partageons, diront-ils : tout cela est à nous. » 
Telle est la patenôtre qu'ils en disent. Peu leur chaut de 
l'àme, où elle aille, mais ils s'occupent activement à partager les 
biens entre eux en parts égales ^. » 

Il n'est pas facile d'étudier dans le détail, cette rédaction oii le 
début manque et dont les deux fragments sont séparés par une 
importante lacune. Toutefois on peut relever, comme venant de 
la Disciplina clérical is, la mention du « demi-ami », Pour le 

1. Faire droit, au sens du moyen âge, payer ce qui est dû. 

2. Ces imputations contre les exécuteurs testamentaires sont fréquentes au 
moyen âge. Voir par ex.; William de Waddington, éd.de l'-E. £. T. 5., p. 202 
et suiv. (cf. Hist. lilt. de la Fr. XXVIII, 280); Coules de Boion, pp. 103 et 1 56. 

Romania, XXXy A 



50 1'. MEYER 

reste c'est bien, semhle-t-il, la rédaction de Barlaam qui est sui- 
vie. Ainsi l'homme qui se voit obligé de recourir à ses amis a com- 
mis une faute réelle : il ne s'agit pas, comme dans la Disciplina 
d'un crime imaginaire. Mais il y a pourtant une divergence 
notable. Dans toutes les rédactions que je connais l'homme 
accusé et le souverain, empereur ou roi, ne sont unis par aucun 
lien de parenté. Ici c'est à son père que l'accusé doit rendre ses 
comptes; c'est son père qui le fera pendre s'il n'arrive pas à se 
justifier. C'est là une modification peu heureuse du type primitif. 

Il y a encore une autre remarque à faire. Le fragment d'Ox- 
ford semble appartenir à un ouvrage moral où la parabole était 
citée à titre d'exemple. La parabole se termine avec la strophe 
23. A la strophe 24 le texte continue comme suit : « Sire, 
dis-je, merci mille fois. Vous m'avez sagement appris et ensei- 
gné comment je dois aimer le monde, à quels amis je dois 
faire part des biens que Dieu m'a donnés... » 

C'est le langage d'un disciple s'adressant à son maître, d'un 
fils parlant à son père. Et, à la strophe 26, le père ou le maître 
reprend son exhortation morale en nommant William celui 
dont il fait l'éducation. Nous avons donc peut-être ici les débris 
d'un poème moral, d'une sorte « d'enseignement », qui, je le 
répète, m'est complètement inconnu. Voici le texte : 

I . . dépendre Pur quant que fust en ceste vie, 

D'autri bens senz acunte rendre, Tant fu de mal su.spris. 

Kar celi . r\ ^ • •. 

4 Quant son père iceo vit, 

Qui volunters vult acuntcr « u 1 j j-. 

^ A un son chevaler ad dit 



Dreit vult fere z dreit aver 
Et ren d'autri. 



K'il out nurrie 
Ke il auge a son fiz 



z k'il le chastie par beaus diz 
2 Son père esteit un hom sage, j^^ ^^ ^^jj^ 

Ne trop hastifs ne trop volage ; 

Si s'aperçust bien, 5 Cil chevaler se mist avant, 

z quidout ben ke amender Amunt z aval l'ala querant. 

Se devereit ; pur ceo chastier ^^ '^^> "" "i^tin> 

Nel volt de rien. ^^"^ ^ ""^ ^'^^^ marchant; (/;) 

Entre ribauz le trova juant 

5 Un grant secle issi passa ; tntur le vin. 

Le senescha! tuz jurs déclina 5 a sei l'apela priveement, 

De mal en pis. Si le mist mult ducement 

Ne voleit lesser sa folie \ resun 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



51 



De part son pore ki mult l'ameit 
z le plus haut hom fet l'aveit 
De sa meson. 

7 « Beaus sire », dit li chevaîer, 
« Vus avez un hom a père 

« Mult vaillant, 
« Qui mult vus aime de bone fei 
« z fere vus vult, ben le sei, 
(' Honur mult grant. 

8 K Ducement par mei vus prie 
« Que vo ribaudie 

« Des ore lessez. 
« Venez ! si le criez merci : 
« Tuz vos trespaz, jeo vus affi, 

« Vus serrent pardonez. 

9 — Sire », dit il, « jeo vendrai 
« Ja quant parjué avérai ; 

« Alez devant. » 
Cil s'en ala z cil renva 
Q.ui tantost en ubli li mist 

Le covenant. 

10 Ne voleit a son père aler, (c) 
Einz se délita en son juer 

Plus que ainz ne fist. 
Plusors fee enveier le père 
Gent a lui pur lui chastier, 

Mes ren ne profist. 

1 1 Tuz jurs se tint a la folie. 
Le père, quant ceo ad oye, 

Si ad juré 
Que il le fra a furches pendre 
S'il ne sache acunte rendre, 

Tant est iree, 

12 De chcscun dener z maille 
Et par escrit et par taille, 

Senz ren tnentir, 



Puis icel primer jur 
Que il fu fet rece\'vur 
De l'empire. 

1 3 Le fiz, quant ceo ad oy, 
Mut fu dolent z marri 

Et ben si dust, 
Ke de son père ben saveit 
Que sa parole ne retrereit 

Pur ren ke fust. 

14 Umblement son père priast 

Que huit jours de respit li donast, 

Et il le granta. 
Et cil qui respit quis aveit {à) 
A sa mère ala tut dreit. 

Si l'acunta 

I ) Cum son père pendre le voleit 
S'il acunte rendre ne savereit 

Déprimes que il fu senescal. 
« Beau fiz », dit ele, « avez quis, 
« Tant com fustes hom poustifs, 
« Nul ami leal 

16 « En ki vus pussez affier 

« Pur vus au busoing Icaument ai- 
[der? » 

Et il dist ke si, 
Que deus amis entiers aveit 
Quis, tant com poutifs esteit, 

Et un demi. 

17 « Beau tiz », dist ele, « dune alez 
« A vos amis, si les priez 

« Par grant amur 
« Qpe il od vus voillent aler 
« Et del acunt vus aquiter 

« A vostre jur. » 

18 Et il monta ; si s'en veit 

A un son ami ke mult ameit; 
Si le cunta 



6 à Mult en tontes lettres, et de même en qnelqiies antres cas\ mais ordinaire- 
ment ce mot est abrégé — j a Ms. cheual' — 8 /' vo, ms. v?, c.-à-d. vus ; corr. 
vostre — 9 i renva, corr. remist ? — 10 d enveier, corr. enveia — \6 a vus vas 
— 17 a alez, ms. aler 



5 2 p. MEYER 

Corn son père mis Tavcit 24 - Sire, dis jeo, mile féz mercis. (/') 

Hors de la poustc ou il esteit Curteisement m'avez apris 

Et com il jura Ht enscingné 

Cornent le mond dai amer, 

19 Et as queus amis doner 

De ceo ke Deu m'ad preste. 

Servi n'ad nule des ore mes (f. 2.) 25 Ceo k'ai donc a ami ou parent 
Pur ceo le lessoms en pès Tut ai perdu nettement, 

Senz remenbrance. Ceo m'est avis. 

N'ainme pas meisme mon trésor; 

20 Tant com l'om est en prosperitez j^g 13^^ ^^ ^^^[ aperceu ore 
Par tut ad il amis assez, par vos diz. 

Sachez de fi ; 

Mes, si tost com il est enterrée 26 — Willam, dit il, se Deu me aide, 

Tantost en est ublié ; N'est enfant orendreit 

N'en pense nul de li'. De mère nez 

Ki la meité, jeo vus affi, 

21 Allas ! chaytif dolorus, Tant ayme le père com le père li ; 
Com failli avez a estrus Car sachez 

De suceurs quere 
T^ , . ,. 27 Ta ne l'ait le père si suet nurn. 

De ceus ki amer sohez ' ■' ^ . , . 

T, . Si ben gardé ne si cherri 

lant com poer aviez ° 

j^ . . 1 Deskes atant 

En ceste terre ! 

Q.ue il seit de âge pleinere, 

22 Vos aumosnes z vos ben fètz lut dis après la mort son père 

Vus esterront mult près Serra désirant, 

Au grant busoing ; 
u j- . j • ^ ,» 28 Pur aver un poi de héritage 

Hardiement od vus irront t^ , ^ 

, . , Dunt le père en tut son âge 

z al acunte vus aideront . , , . 

„ . Ad este mestre z sire. 

Senz assoing. 

Itel amur est mult amere (c) 

25 Tant pur vus en prieront Qiumt le filz la mort son père 

Ke Jhesu z vus acorderont Pur terriene chose désire. 

Si k'il après 

Vus mectra od ses amis 29 N'est pas amur mes haunge aperte 

En la joie de parais ^1"^"^ ^'0"sit de son père la perte 

Ke ja ne cesse. P^'r ""1 chatel. 



19 11 manque à tout le moins un feuillet (plus probablement deux) qui 
contenait le récit de l'entrevue du jeune homme avec ses trois amis et le 
commencement de l'application morale dont nous avons la fin au feuillet 
suivant — 2^ d Corr. N'aime pas mei, mais. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



53 



Pur coo chescuiî se purpenst, 
Tant corn veit z liu z tens 
En ceste vie mortel, 

30 De Sun chatel issi despendre 
Que il sace les acunte[s] rendre 

Au Jugement ; 
Et, s'il tant attent ke autri 
Le despent, il est trahi 
Mult viliment. 

3 1 Ne s'affie nul en executurs, 

Ke ces sunt les plus fers travturs 

Ke sunt en tere : 
Il promettent de fere dreiture ; 
Quant vus les durrez la cure 

De vostre afere ; 

32 Mes tantost quant vus serrez mort 
Serra cel dreit turné en tort, 

Si k'il n'i ait 
Une suie maille dune 
La ou vus l'avez devisé, 

Si ceo ne seit 



53 Pur pie de aucun ki veù(?). 
Ou par soverein ki le face 
Par destresce fere ; 



00 



34 Ne ja Deu n'en avéra part ; 
Tut tendrunt en lur agard 

Et jugement front : 
« Partons a dreit, tut est nostre. » 
Ceo serra la paternostre 

K'en dirrount. 

35 De l'aime ren ne lur en cliaud 
Cornent u en quele part ele auit. 

Mes des chateus 
S'entremettront vigrusement 
Qu'il seient departiz owelement 

Par entre eus. 

56 Mes certes ja n'enjoieront 
Cel aver ke si quis unt : 

Tel ure vendra, 
Meimes la manere k'il l'unt quis. 
Tut dreit, issint ou pis. 

S'en irra; 

37 Ke chose que quise est par péchez 
A hunte s'en va, ceo sachez. 

Et a dolur, 
Ne jamès bien n'achèvera 
Cil ki fausine amera 
A nul jur. 

{Le reste manque.') 



IV. 



FRAGMENT DE RENART 



Nous avons déjà fait connaître deux fragments provenant 
de manuscrits dépecés de Renaît. L'un, publié en entier dans 
la Romania, III, 373, avait été trouvé à Bruxelles \ l'autre, dont 
on s'est contenté de donner un extrait (Rom., XXXIV, 455)5 
vient des archives de Maine-et-Loire. Ce dernier ne présente 
qu'un bien faible intérêt. Celui que je vais publier a plus de 



33 a Les deux derniers mots, rognes par le haut, sont d'une lecture incertaine. 
Il faudrait quelque chose comme l'uevre sace. 



I. Le fragment coté /; par M. E. Martin, Le Roman de Renart, p. xxii. 



54 !"• MHYER 

valeur, bien qu'à vrai dire il appartienne à une famille qui 
nous est connue d'ailleurs. 

C'est un feuillet qui forme l'une des gardes du ms. 257 de 
la Bibliothèque Sainte-Geneviève. M. Kohler, dans son cata- 
logue de cette bibliothèque (I, 159) le décrit ainsi : « Le feuil- 
let de garde de la fin du volume contient un fragment du 
Roman de Renard, soit les 56 derniers vers de la branche de 
la Jument et d'Ysengrin, et les 104 premiers de la branche du 
Renard et de la Mésange (xiV siècle). Au bas du feuillet se 
trouve le chiffre I III'''' et X qui indique probablement la place 
de ce feuillet dans le volume d'où il a été tiré. » 

Ajoutons que le feuillet est à deux colonnes par page, que 
chaque colonne contient 40 vers, qu'il est relié dans le volume 
de telle sorte que ce qui paraît être le recto est en réalité le 
verso, et que l'écriture est du xiV siècle, sûrement du commen- 
cement, peut-être même de la fin du précédent. 

Le premier des deux morceaux qui se suivent dans ce 
feuillet (de la Jument et d'Ysengrin) appartient à la branche 
XIX de l'édition Martin, le second (deRenart et de la Mésange) 
est le commencement d'une branche qui dans certains manu- 
scrits et dans l'édition de Méon(I, i6é) commence comme ici, 
tandis que, dans la famille de manuscrits que M. Martin a sui- 
vie, elle se trouve jointe, dans la branche II, à un récit tout 
différent, celui de Chantecler et de Renart. 

Voici le texte. Les numéros des vers sont ceux de l'édition 
Martin (t. II, p. 249). Pour le second morceau on trouvera la 
concordance avec l'édition à droite, entre []. 

« No compaingnie esteroit bêle. « Car venez en ma compaignie ; 

« Car vos porpensez, damoisele, « Si seroiz fors d'autrui dangier : 

« De ce vilain qui si vos tue 48 « Ne vos estovra charroier 

40 « Et vos fait traire a la charrue. « Ne ça ne la porter nul faiz, 

« Vos gaaingniez trestot son bien, « Et toz jors mais vivroiz en pais. 

« Ne vos n'en averoiz ja rien — Sire Ysengrin, se je peiisse, 

« Fors le noauz que il porra 52 « Vos compaignie chiere eusse ; 

44 « Et ce dont il cure n'avra. « Mes je ne puis corre n'aler, 

« Haï ! Rainsaut, ma douce amie, « Por ce voil ge ci pasturer. 



42 Martin iivre- ce qui fausse le vers. — 43 pomi est certainement préfé- 
rable à uvra, leçon suivie par M. Martin. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



55 



« De mon pic destre, par derrière, 

56 « Passai ier en une charriere; 
« Une espine me feri enz. 
« Se la me traïez aus denz, 
« A nul jor ne seroit partie 

60 « De vos la moie druerie. 

« Grant mestier vos porrai avoir, 

« Car je ferai tôt vos voloir ; 

« Car, s'en vos velt gaignon huer, 

64 « Je savrai très bien regcter, 

« Mordre des denz, ferir des piez. 
« Qui comsivrai toz iert jugiez : 
« Qui je porrai bien assener 

68 « N'avra talent de regiber. » 
Dist Y. : « Le pié mostrés, 
« Celui ou l'espine sente[z], 
« Tost la vos avrai ja sachie ; 

72 « Ja mar i avra autre mire. » 
Le pié li lieve et il s'acrout, 



G ses ongles li vuide tôt. 

Que qu'lsengrin au voidier bron- 
[che, 
76 Et il le pié netoie et furche, 

Rainsaut le pié a destendu, (/') 

Et Y. si a féru 

Entre le pis et le musel, 
80 Tôt quoi le geta el prael. 

Ransaut s'en tome regibant, 

Queue levée va fuiant ; 

Et Y. tout quoi se gist, 
84 Grant pièce après, et puis si dist : 

« Ahi ! maleûreus chaitis. 

« Se ier oi mal, or ai hui pis. 

« Ne me sai mes en qui fier, 
88 « Ne puis en nului foi trover. » 

Ainsi se démente Ysengrin, 

Ici prent ceste branche fin. 



/(■/ feiiist de Rainsaut et d'Yseu^riii, et co)imence de la nieseiige. 



Renart se leva par matin ; 
Se s'estoit mis en son chemin, 
Qar la fain durement l'estraint. 
4 Si se démente et se complaint. 
Que qu'il se plaint de sa losenge, 

Seur la branche d'un chesne crues 
8 Ou ele avoit repost ses oes. [472] 
R. la voit, si la salue : 
« Conmere, bien soiez vos venue • 
« Car descendez, si me besiez. 
12 — R., fet elle, or vos tessiez, 
« Voirement estes mes compères, 
« Se vos ne parfussiez si lerres ; 
« Car vos avez fait mainte guis- 
[che 



16 « A maint oisel, a mainte biche, 

« C'on ne s'en set a quoi tenir. 

« Et que quidiez vos devenir? 

« Maufévos ont si déserté [483] 
20 « Q'en ne vos puet prandre a ver- 

[té. 

— Dame », ce respont le gorpil. 

« Si voirement com vostre fil (c) 

« Est mes filleus en droit batcsme, 
24 « Onques semblant ne fis ne 

[esme 

» De riens qui vos deûst desplere. 

« Savez por quoi je nel doi fere? 

« Droiz est que nos le vos disons : 
28 « Mesire Noble li lions [492] 

« Si a par tout la pès jurée 



5 Ici commence le texte de l'édition Martin, branche II, v. 469 — 6 Le 
copiste a passé un vers : Atant es vous une mesenge — 9 l'oit vaut mieux que 
vit (Martin) et c'est d'ailleurs la leçon de la majorité des mss, — 10 Suppr, 
vos 



s6 



p. MEYER 



« Q.ui avra, se Deu plet, durée. 
il Par sa terre l'a fet jurer 
« J:t a ses homes afier, [496] 

« Qui ert gardée et maintenue. 
« Grant joie en a la gent menue : 
« Par tôt iront en pluseurs terres, 
« Que par tôt charront mortiex 

[guerres, 64 R. li conmença a rire; 
« Et les hestes granz et petites. Si li a geté .j. abai. [531] 

[501I 
« La merci Deu, seront bien qui- 



La mesenge li escria : 
« Haï! R., quel pés ci a? 
« Tost eussiez la pès enfrete 
60 « Se ne me fusse aricres trete. 
« Vos disiez que afiée [527] 

« Estoit la pès et bien jurée {d) 
« Et jurée l'avoit vo sire. » 



« Certes », fet il, « gc me gabai : 
K Ce fis ge por vos poor fere. 



[tes. n 68 « Vos qui chaut? Or soit a réfère; 



La mesenge respont errant : 
40 « R., or m'alez vos gabant, 

« Mes, s'il vos plest, bessiez au- 
[trui. 



« Je reclignerai autre foiz. [535] 

— Or dont », fet elle, « c'est tôt 

[drois. » 

Cil clingne qui molt sot de bole ; 



K Que moi ne beseroiz vos hui. » 72 Celi li vint près de la goule 
[506] R., mes ne vint pas dedenz ; 



Quant R. ot que sa comere [509] 
44 Ne fera rien por son compère, 
« Dame, fet il, or escoutez : 
« Por ce que vos me redoutez, 
« Les elz cliniez vosbeserai. [515] 
— Par foi! » fet ele, « et je l'o- 
[troi. 
« Clingniez donqucs. » Il a clin- 
[gnié. 
Et la mesenge a empoingnié [516] 
Plain son poing de mousse et de 



48 



Et R. a geté les denz; [54o] 

Prendre la quide, mes il faut. 

76 « R., » fet ele, « ce que vaut? 

« Ce n'iert mie q'en croire vos 

doie. 

« En quel manière vos querroie ? 

« Se mes vos croi le m au feu 

[m'arde ! » 

80 Ce dist R. : « Trop ies coarde. 
« Ce fis ge por toi esmaier, 
« Que je te voloie essaier, [548] 
« Car, certes, je n'i entent mie 



[fueille ; 84 « Ne traïson ne felonnie ; 



52 N'a talent que besier le veille. 
Les guernons li conmence a tor- 
[dre, 
Et quant R. la cuide aherdre, 
Ne trueve se la mosse non [521] 

56 Qi li fu remese el guernon. 



« Mes or revenez autre foiz, 
« Tierce foiée, c'est li droiz. [552] 
« Par non de sainte charité 
88 « Par bien et par humilité. 
« Bêle conmere, sus levez ! 
« Par celé foi que me devez [556) 



42 II manque ici (comme dans C M) deux vers assez peu utiles au sens : 
Ne jci por n'en que vos clie:;;^ | Icirt besiers nerl otroie:^. — 53 tordre, corr. ladre. 

— 71 Ce vers est répété : la seconde fois le copiste a écrit Celé cligne — 73 
quide, ms. quile — 73 II y a comme ici R, dans les mss. CAf; Martin raiant 

— 77 mie, corr. ja. 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS 1-RANÇAIS 57 

« Et que devez a mon filluel, 96 Mes celé fet oreille sortie [561] 
92 « Que j'oi chanter sor cel tillucl. Q.ui n'est mie foie ne lorde, 

« Si refaisomes ceste acorde : Ainz siet sor la branche d'un che- 

« De pecheor miséricorde. [560] [ne. 

«Guidiez vos donc que je vos Que que R. si se desrene, 

[morde? » 100 Atant ez vos les veneors. [565] 

Il suffit de comparer ce fragment avec les variantes conscien- 
cieusement relevées par M. Martin dans le tome III de son 
édition, pour lui reconnaître une étroite parenté avec les mss. 
CMn '. Ainsi, pour ne citer qu'un seul détail, dans le second 
morceau, entre les vers 42 et 43, les autres mss. ont deux vers 
de plus. Je ferai une autre remarque. On voit que dans notre 
fragment, la branche de Renart et de la mésange fait immédia- 
ment suite à la branche de Renart et de la jument. Il en est de 
même dans le ms. C (voir Martin, préface, p. viii). Dans le 
ms. M, il y a cette différence qu'entre les deux se trouve 
intercalée la branche du Prêtre Martin. Le ms. n ne contient 
pas la branche de Renart et de la jument. Ces trois mss. 
forment un groupe que M. Martin désigne par y et qui, selon 
lui, « contient un texte qui combine d'une façon arbitraire 
ceux des classes a et (i^ ». Je n'en suis pas convaincu. Cette 
famille, me paraît indépendante d'à et de .3, et a certainement, 
en beaucoup de cas, conservé la bonne leçon. Elle a notamment 
le mérite d'avoir fait du récit concernant la mésange une 
branche à part, tandis que dans les mss. suivis par M. Martin, 
ce récit est soudé, bien à tort, à d'autres morceaux de sujets 
très différents. Remarquons en terminant que ce groupe 7 
acquiert une plus grande autorité par ce seul fait qu'il ne con- 
tient pas seulement les trois mss. avec lesquels M. Martin l'a 
constitué : il y faut joindre maintenant notre fragment et aussi 
le fragment trouvé à Saluces, que j'ai signalé tout récemment 



95 Ce vers, qui est évidemment de trop, se trouve à cette même place 
dans plusieurs mss., notamment dans C M. 

T. C = B. N. fr. 1579; ^ = Turin, Bibliothèque du roi, 151; ;/ = 
Vatican, Regina 1699, seconde partie du ms. ; voir la préface de M. Martin, 
pp. VII, XV, XX. J'ai coUationné moi-même le fragment de Sainte-Geneviève 
sur le ms. de Paris et sur celui de Turin. 

2. Observations sur le romun Je Renart (1887), p. 30. 



58 p. MHYEK 

d'après une publication italienne '. Il y a là une question qui 
le recomininde à l'attention d'un futur éditeur du Roman de 
Renart -. 



V. — FRAGMENT D'UN MS. DU ROMAN DE JULES CÉSAR 

PAR JaCOT D1-: FOREST 

Je passais un jour par la rue du Vieux-Colombier, lorsque 
mon attention fut attirée par un feuillet de parchemin exposé 
à la devanture d'un marchand de curiosités. M'étant approché, 
je vis que ce feuillet, écrit à deux colonnes vers la fin du 
xiii^' siècle ou au commencement du xiv% contenait un fragment 
de poème français, et, en ayant lu quelques vers, il ne me fut 
pas difficile d'y reconnaître le poème de Jules César par Jacotde 
Forest. Or on n'a signalé jusqu'à présent que deux copies de ce 
poème encore inédit : l'un à Paris > et l'autre à Rouen ^ : le 
fragment que le hasard mettait sous mes yeux offrait donc un 
certain intérêt. J'en fis l'acquisition et je vais en transcrire 
le commencement et la fin, l'importance du morceau ne me 
paraissant pas justifier une publication complète. 

Ce feuillet contient 44 vers par colonne. Il a fait partie d'un 
ms. exécuté avec un certain luxe : les lettres initiales et finales 
sont alignées, et il y a dans les marges du haut et du bas des 
enjolivements rouges et bleus. L'écriture est très soignée. On 
en jugera par le fac-similé ci-joint, qui reproduit le haut de la 
première colonne du verso. Le livre, dont ce feuillet est proba- 
blement l'unique débris, était fort volumineux et devait conte- 
nir bien d'autres ouvrages que le Jules César en vers, car on lit, 
à la partie supérieure du recto, les chiffres, .CCC. .xj. Il y a un 
espace vide entre le premier nombre et le second, de sorte que je 



1. Roiinviia, XXXIV, 624-5. 

2. G. Paris a déjà fait remarquer (Rom., III, 374-5) que M. Martin n'avait 
pas apprécié à sa valeur le ms. C. 

3. B. N. fr. 1 457. M. Settegast en a extrait de nombreux vers qu'il a insé- 
rés dans les notes de son édition du Jules Ci'sor en prose, de Jean de Thuin 
(voir RotiHinia, XII, 380). 

4. Romania, XV, 129. 



FRAGMFA'TS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



59 



ne sais s'il faut entendre fol. 311 ou fol. 300, onzième article. 
Pourtant la première interprétation paraît la plus probable. 










^ 



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■•'4 




imcm sfStaiVLsmù i^nb&t &Cw0 iim^Ut n 

i:«lretant ' que la gent Cesare fait cesser 
Za fain qui les souprant, et qu'il cuide ester 
A pais et a repos et asseùr garder, 
A lor murs par defors dévoient arester, 
5 Si com César i vot ses homes ordener 
Por les murs détenir et les tors detenser, 



I. Les deux premières lettres sont coupées. 



60 p. MKYER 

Pompeus est venus as murs soudainnement, 
due nuns de ceus de la nulle garde n'an prant, 
Et tantost ces enseingnes fait dcsploier a vent 
lo Et commande a sonner ces grailcs erranment 
Et buisines et cors a vois concordament ; 
Et il ont fait trestuit lors son conmandement, 
Et se lievent trestuit, que meut grant fiertci rent 
La grant noise et dou hu et des cors encement. 

15 La grant noise c'on a en Fost Pompé menei, 
Et li hus et li cris c'on i a eslevei 
De celle part ou il a son ost anienei 
Les chevaliers César ont si espoentei 
Ke par paour sont tuit près en fuie tornei, 

20 Et li hardi son près de deffendre aprestei : 
Cil sont sor les dcfois remeis mors ou navrez. 
Tantost a on as murs a grans hics hurtci 
Et moût fort assailir cil qui l'a craventei 
En a moût grant partie a la terre boutei, 

2 5 Et lors a ens es tors le feu ardent getei, 

Dont li marrien sont tuit esprins et embrasez. 

Ja avoit fait Pompé des murs acraventer ; 
Grant partie des tors en avoit fait verser ' 



I. Voici, en prenant le texte un peu plus haut, pour plus de clarté, le 
passage correspondant de Jean de Thuin (édit. Settegast, p. 92-3). On sait 
que, d'après M. Settegast, le poème de Jacot Forest serait la mise en vers de 
la prose de Jean de Thuin. 

Quant Pompeus voit en tele manière morir se gent de jour en jour et 
amaladir, il dist k'il ne veut plus demorer laiens.Dont commanda privéement 
a tous ses homes k'il s'apareillaissent pour assalir, et les a fait tourner celée- 
ment par .j. couviert chemin viers les chastiaus ke César faissoit frumer; 
et entretant k'il quidoient iestre em pais a lor defois, et César i voloit 
ordener ses homes peur desfendre les tors et garder, atant es vous Pompée 
venir si soudainement ke la gent César ne s'en prendent garde, si les voient. 
Et Pompée fait ses enseignes desploiier, et commanda cors et buisines a sou- 
ner ; dont lieve II hus et la criée par toute l'ost de celc part, et en furent si 
esfraét li chevalier de César c'a poi qu'il ne s'en torncrent en fuies; et cil ki 
plus se firent hardit demorerent au defois sour les murs et i furent ocis. 
Dont commenchierent a hurter et a hier as murs, et tant assalirent k'il en 



FKAGMKNTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 6l 

Entrcuint ' que Sceva devant lui regarda 

Por aviser sor coi trebuchier se laira, 
170 Por ce que desoz lui par destroit l'ocirra, 

.1. bons archiers de traire son dart aparila ; 

Si lansa a Sceva, si a droit l'ascna 

due parmi l'orilliere dou hiaume li lansa 

Le dart si que il l'oil senestre li creva ; 
175 Mais maintenant retrait et regeta (sic) 

Le dart lors de son chief et avoec en osta... 

Pour qu'on puisse juger de la relation de ce texte avec les 
deux autres, je vais transcrire les mêmes vers d'après le ms. de 
Paris, plaçant à la suite les variantes du ms. de Rouen 
(fol. éo v°) : 

Entretant que les gens Cesare fet cesser (/. 66 v") 
La fains quilles souprent, et qu'il cuident ester 
A pais et a repos et asseùr garder 
Lor murs ou, por defois, dévoient arrester, 
5 Si com César volt ses homes ordener 
Por les tors détenir et les murs detenser. 

Pompée est si venus as murs soudainement. 
Que nus de cels de la nule garde n'i prent, 
Et tantost les enseignes fet desploier au vent 
10 Et conmende a soner les grailles erraument 
Et buisines et cors a vois concordaument ; 

12 Et lors ont il trestout fait son conmandement, 
la^is Et buisinent et cornent a vois et plainement, 

13 Et si lieve li huz qui moût grant friente rent, 
I3'''s Si que luie (sic) et demie l'oïst on amplement, 

La grant noise du hu et des cors ensement. 



abatirent a tiere une grant partie. Apriès jetèrent feu grigois k'ilorent àppa- 
reillét es tours pour ardoir les et en firent vierser pluisours. Puis fist Pompée 
mètre ses enseignes sour les murs. 

Voir Lucain, VI, iiSetsuiv, 

I. Jean de Thuin (p. 99) : Et en cou k"il esgardoit a cou, uns archiers de 
Grèce l'avise et li lance .j. dart et le fiert en l'oel seniestre, droit parmi l'oe- 
lierc dou hiaume, et li crievc. Et Sceva trait errament a lui le dart atout 
l'oel... 

Voir Lucain, VI, 214 et suiv. 



62 1'. MEYER 

1 5 La grant noise c'on a en l'ost Pompe mené 
Et H hiis et li cris c'om i a eslevé 
De ccle part ou il a son ost amené 
Les chevaliers César ont si espoenté 
Que par poor sont prés tuit a fuie torné, 

20 Et li hardi qui sont de deffendre apresté : 
Cil sont sor lor defois remez mort ou navré. 
Tantost a on as murs a granz hies hurté 
Et moût fort assailli si c'om acraventé (/. 6'j~) 
En a moût grant partie et a terre bouté, 

2) Et lors a on as tors le fu ardant geté, 

Dont li mairien sont tost espris et embrasé. 

Ja avoit feit Pompée des murs acraventer ; 
Grant partie et des tors plus d'une fet verser 



Êntretant que Sceva devant lui regarda 
Por aviser sor cui trebuchier se laira, 

170 Por ce que desGuz lui par destroit l'ocira, 

Uns bons archiers de Grèce son dart apareilla 
Sa lance a Scevain, et si droit l'ascena 
Que très parmi l'oilliere dou hiaume II lança 
Le dart si que il l'oeil senestre li creva ; 

175 Mais maintenant Sceva retrait et regeta 
Le dart fors de son chief et avec en osta 
L'oeil qui au dart pendoit, et, de l'ire qu'il a, 
L'oeil et le dart emsamble desouz ses plez froissa. 

Var. de Koiicn : 2 qui les — 4 par defors — 7 Toutes les finales des vers sont 
écrites ant. — 8 n'en — 9 sez e. — 10 a sonner tost et apertemant — lia 
vois bien concordant Et cil lievent la noise qui retentist formant. Par consé- 
quent le V. 12 bis manque. — ijb's plainemant — 14 ausemant — 15. 
P. levé — 16 démené — 17 il ot — 18 La gent au ber C. — 19 en f. — 
21 lesd. ou ocis ou n. — 25 es t. le feu grigois — 168 Cevals, ici et ailleurs 
— 169 Por esgarder — 172 S'a lanciét a Ceval. 

Si l'on compare les trois textes, on reconnaîtra qu'ils sont 
indépendants. Il y a bien au v. 4 une foute commune au frag- 
ment et à R Çdefors au lieu de dejois), mais elle est acciden- 
telle, les deux mots ne différant que par une seule lettre : il est 
facile de prendre / pour r. Pour le reste le fragment s'accorde 
tantôt avec P et tantôt avec R. Souvent aussi il offre des leçons 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 6} 

particulières qui sont généralement mauvaises. V. 2 caide, 
fragm., est fautif; il faut cuidenî, comme dans les deux autres 
textes. La leçon du v. 4 est corrompue dans le fragment. Les vers 
11-14 diffèrent notablement dans les trois textes. Le fragment 
omet les vers 12 bis et 13 bis de P, et de ces deux vers le premier 
manque aussi dans i^; au v. 13, friente, de P, est certainement 
la bonne leçon que le fragment a corrompue enjiertei, et que 
R a modifiée arbitrairement. Les vv. 23 et 24 sont évidemment 
corrompus dans le fragment : les deux autres mss. ont la leçon 
correcte. Au v. 25 on peut hésiter entre grigois de R et ardent 
des deux autres textes. V, 171 Grèce, PR, est sûrement 
préférable à traire. V, 172 le cas régime Scevain, de P, est 
intéressant, mais ne se trouve que dans ce ms. V. 173, orilliere, 
fragm., au lieu d'oilliere, est évidemment fautif. 



VI. — FRAGMENT D'UN POEME SUR LA THEOLOGIE MORALE 

COMPOSÉ EN ANGLETERRE 

Je serais heureux si quelqu'un de nos lecteurs pouvait nous 
apprendre de quel ouvrage le fragment qui suit est tiré. Je 
crois bien ne pas m'aventurer beaucoup en supposant que c'est 
le débris, peut-être unique, de quelque poème théologique ou 
moral, mais je suis obligé de m'en tenir à cette vague indica- 
tion. 

Il fait partie du recueil tactice, coté à la Bibliothèque de 
l'Université de Cambridge Additional 3303, qui renferme le 
fragment de chanson de geste publié ci-dessus (p. 22). C'est 
un feuillet de parchemin (19 cent, sur 14) à deux colonnes par 
page et à 34 vers par colonne. L'écriture, visiblement anglaise, 
est des environs de l'an 1300. La langue et la versification ne 
fournissent pas d'indices suffisants pour déterminer une date, 
même simplement approximative ; mais on peut du moins affir- 
mer que le poème n'est pas plus ancien que le milieu du 
xiii^ siècle. Je le placerais volontiers vers la fin du règne de 
Henri IIL Le poète fiiit rimer -é avec -ié (39, 40, 51-2, 59-60, 
61-2, etc.), u avec ou 15-6, 45 -6, 127-8). Il admet volontiers 
quatre et même six vers sur la même rime (27-31, 35-40, 59- 



64 !•• MHVHR 

62, 85-8, II 1-4), ce qui est fréquent dans les poèmes compo- 
sés en Angleterre'. La grammaire est mauvaise : il y a de 
nombreuses fautes d'accord attestées par les rimes. 

On trouve dans ce fragment la Hn d'un récit et le commen- 
cement d'un autre. Le récit dont nous avons la fin est l'his- 
toire de Tarsilla et de ses deux sœurs, contée d'après saint Gré- 
goire, Homélies sur les Evangiles, II, xxxviii (Migne, Patr., 
lût., LXXVI, 1291). Je joins en note la partie correspondante 
du texte latin, plaçant de temps à autre, entre parenthèses, 
des renvois à la traduction en vers 2. 



1. Voir mon édition des Fraj^nncnts il' une vie de saint Thomas de Cantoihery , 
p. XXXV. 

2. Quadanivero nocte huic Tharsillœ amitit mea:, quce inter sorores meas 
virtutc continuce orationis, afflictionis studiosce, abstinentiœ singularis, gra- 
vitate vita; vcnerabilis, in honore et culmine sanctitatis excreverat, sicut ipsa 
narravit, per visionem atavus meus Félix, hujus Romaniv ccclesia; aniistes 
apparuit, eique mansionem perpétua ciaritatis ostcndit, dicens : « Veni, 
quia in hac te lucis mansionesuscipio » (f. 12). Qua;, subsequenti mox febre 
correpta, ad diem pervenit extremum. Et, sicut nobilibus feminis virisque 
morieniibus multi conveniunt, qui eorum proximos consolentur, eadem hora 
hujus exitus multi viri ac femina; ejus lectulum circumsteterunt, inter quas 
mater mea quoque adfuit (z' 22) ; cum subito sursum illa respiciens, Jesum 
venientem vidit, et cum magna animadversione cœpit circumstantibus cla- 
mare, dicens : «« Recedite 1 recedite! Jésus venit! » Cumque in eum inten- 
deret quem videbat, sancta illa anima a carne soluta est, tantaque subito 
fragrantia miri odoris aspersa est, ut ipsa quoque suavitas cunctis ostcndcret 
illic auctorem suavitatis vcnisse (i'. J4). Cumque corpus ejus, ex more mor- 
luorum ad lavandum esset nudatum, longo orationis usu in cubitis ejus et 
genibus, camelorum more, inventa est obdurata cutis excrevisse, et quid 
vivens ejus spiritus semper egcrit, caro mortua tcstabatur (z'. 42). H;ec 
auteni gesta sunt anteDominici natalis diem. Quo transacto, mox .^îlmilianiv: 
sorori sux per visionem nocturna: visionis apparuit, dicens : « Veni ; ut 
quia natalem Dominicum sine te feci, sanctum Theophaniii; diem jam tecum 
faciam » (r )2). Cui illa protinus, de sororis sue Gordianie salute sollicita, 
respondit : « Etsi sola venio, sororem nostram Gordianam cui dimitto ? » 
Cui, sicut asserebat, tristis vultu iterum dixit : « Veni ; Gordiana etenim 
soror nostra inter laicas deputata est » (z'. 6;). Quani visionem moxmolestia 
corporis secuta est, atquc ita, ut dictum fuerat, ante Dominica; apparitionis 
diem, eadem molestia ingravescente, defuncta est (z'. 66'). Gordiana autem, 
mox ut solam remansisse se reperit, ejus pravitas excrevit, et quod prius 
latuil in desiderio cogitationis, hoc post eflfectu prav^e actionis exercuit, narn 



FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS 



6^ 



Le second morceau est la vie de Malcus, moine captit. L'ori- 
ginal est la Fitû Malchi, nionachi caplivi, de saint Jérôme, qui 
est comprise dans le premier livre des Vitœ Patrum de Ros- 
weyde (réimpression dans Migne, Patr. lût., XXIII, 55). Cette 
légende a été plusieurs fois traduite en prose française — je 
donne sur ces versions d'abondants renseignements dans le 
t. XXXIII (sous presse) de V Histoire littéraire — mais je n'en 
connais aucune traduction en vers, sinon l'imitation de La 
Fontaine. 

Faut-il croire que l'ouvrage dont le feuillet de Cambridge 
parait être le seul reste était un recueil de vies de saints en vers? 
je ne le crois pas. Les deux morceaux ne sont pas indépen- 
dants l'un de l'autre : ils sont reliés par quelques vers de tran- 
sition qui se trouvent à la fin du premier. Je crois donc que 
les deux légendes de Tarsilla et de Malchus ont été introduites 
dans l'ouvrage à titre d'exemples. Cet ouvrage devait être une 
compilation de théologie morale, à l'usage des laïques. On sait 
qu'il a été composé en x\ngleterre plusieurs de ces compilations 
versifiées. On peut citer le Manuel de péchés de William de 
Waddington, la Lumière as lais de Pierre de Peckham, les Evan- 
giles des Doinées, le Corset, etc. Mais il a dû en exister bien 
d'autres qui ne nous sont pas parvenues. 



Une noyt mut avej-t vel\'é 
E en ureyson travalié ; 
Sumoyl prisl, si li fust vis 

4 Ke un apostolie Félix 

(Ke a le père saynt Gregorie, 
Ke Deus eyt en memorie, 
Père esteyt) z si parla 

8 A Tarsille ke la trova, 
E la joye le ad mustré 
Ki jamniès ne ert terminé, 
Sy li dist : « Venez a moy; 



12 « En ceste joye vus receveray. » 
Celé tost esteyt esprise 
De une fevere ke en fere guise 
La anguissa dekes ele morust 

16 Corne nus covendra trestut. 
Mes quant ele morir deverevt 
Grant assemble i esteyt 
De prodeshomes, de femmes 
[seyntes 

20 Ke pur Iv fesayent pitust[s] 
[pleyntes. 



7 Corr. issi p. ? 

oblita Dominici timoris, oblita pudoris et reverentiiE, oblita consecrationis, 
conductoreni agrorum suorum postmodum maritum duxit. Ecce omnestres, 
uno prius ardore conversse sunt, sed non in uno eodemque studio perman- 
serunt, quia, juxta Dominicam vocem, « niulti sunt vocati, paucivero electi » 
(Matth. XX, 16). 

Romania, XXXV ir 



a 



t. MEYER 



La nicre saynt Gregoric i fu 

Ke la chose ad oy e veu, 

Ke, quant e!e devereyt morir, 

24 Jhesu Crist vceyst venir, 
Dunt ele ad mut haut criez : 
« Jhesu vent ! car dcpartez ! » 
E si corne garda sus ver ly 

28 Le esperit noble rcndi 
E le aime s'en départi 
Ou ly sire ke vint pur ly, 
E si aveyt tant de fleyrur 

52 Ke bien fu mustré ke auctur 
De duceor i fust venu, 
Ly noble sire, ly duz Jesu. 
Or esteyt le cors liveré, (/') 

36 Corne manere fust, ke fust lavé; 
Lors esteyt le quir trovc 
A eûtes e a genuz enflé 
Corne de chamel ust esté, 

40 Tant aveyt geu e genulic ; 
Dunt la char morte tesmonia 
Quele fust la vie ke ele menad. 
Si esteyt par un dimeyne le jor 

44 Devant la nativité NostreSegnior. 
Après tost si aparust 
A Emiliane ke ele ama mut ; 
Si ly dist treducement 

48 Parole bêle, ky le entent : 
« Pur ceo ke jeo ay en joye u 
« La nativité Jesu 
« Sanz vus, la Tiphaine, sachez, 

52 « Ou grant joye ou mey avérez. » 
Quant Emiliane ceo oy a, 
E ele tantost demanda 
Ke Gordiane serreyt, 

56 E si ele suie demureyt. 

Ou murne chcre la respuiidist 
Sa soer Tarsilla, si la ad dist : 
« Bone soer, avant venez, 

00 <i Car Gordiane, ceo sachez. 



« Entre seculers est alugnié, 
« Par la vie ke ad mené. » 
Emiliane se esvelia, 

64 La avision nent ne ublia, 
E la maladie la prist 
Dunt un poy de ure languist, 
Ke devant la Tiphaine fini 

68 La vie ke out mené ici. 

E Gordiane, quant aparceyt (c) 
Ke ele suie remaneyt, 
Tost ad apertement mustré 

72 De quel curage ele out esté, 
Car ele prist tost un barun 
Ke il valeyt set Deus u nun : 
Un vassal ke sout semer 

76 Sun semayl pur son luer. 
Bien vey treben comencerent. 
Tûtes une corde tirèrent 
E esteyent en fin' amur 

80 De paer lur creatur. 

Pur ceo di ke nul ne deyt 
De sey fier, quey que il ^^yx. 
Car cil ke set que il est uy 

84 Car est si demeyn seyt issi : 
Pur ceo covent ke seyt gardé 
Le quer en bon e en chasteté. 
Par le quer est checon nomé 

88 Net u ord devant Dé 

Ki set les privetés de quer 
E les fèz de checon ber. 
Il set ke eyme chasteté, 

92 Ky lecherie e foleté. 

Ke ceo seyt veyrs je vus dirray 
Un example ke jeo trovay. 
Jeo le trovay en escrist 

96 De un seynt home ke laie mist. 

De Mako nionacoaliquando captiva. 

Si dist ke un jevenes hom esteyt- 
Ke Nostre Sire treben ameyt, 



74 Ce vers est peut-être corrompu. Le latin n'est ici d'aucun secours, la tra- 
duction étant très libre — 84 Corr. Corn sel...} — 86Corr. en boue chasteté. — 
yi ke, corr. ki. 



Fragments de manuscrits français 



67 



De quer net, de pur curage. 

100 Ccl siècle tint tut a folage, 
Ke pur Deu gerpi père e mère 
E héritage de grant manere 
E se rendi en moniage, (</) 

104 Car a ceo tret sun corage, 
En Syrie, en une cité 
Ke Marok esteyt clamé. 
Sun abé esteyt mut prodhom, 

108 Se i'reris de grant religion. 
Il meymis esteyt debuneyre 
A tuz e de bon affere. 
Malcus esteyt apellé, 

112 De se freris mut amé. 

Quant longement i out esté, 
Une novele i est levé 
Ke sun père mort esteyt 

116 E il autre heyr ne aveyt, 
For ke ly, si fu riches hom 
De terres e de pocession. 



Ly jevenes hom de ceo pensa 

120 E'son quer ne chastia, 

Corne mut de altre gent ne funt 
Quant en pensé entré sunt, 
Mes pensa ke fereyt grant damage 

124 Si issi noble héritage 

Par defaute de heyr irreyt 
Issi ke nul pru n'i avendreyt, 
E pensa, si il i fust, 

128 Le affere amendereyt trestut. 
Car d'une pose le tendreyt 
E puys trestut le vendreyt 
E durreyt as orphanins, 

152 A vewes e a pèlerins, 
E sa mère purvereyt 
Si ke defaute n'i avereyt. 
Deu 1 come ici out grant queyn- 
[tise '• 

1 56 Car ly diables quant en sa guise. . . 



Paul Meyer. 



108 Corr. Li Jrere ? 



AN EARLY MS. OF GUI DE WARWICK 



The library ot the late Sir Henry HopeEdwardes, which was 
dispersed by an auction-sale at Christie's in May 1901, includ- 
ed two mss. which hâve formed the subject of articles in 
Roniania \ The first of thèse contains a Life of St. Margaret, 
not known elsewhere, togetherwith a copy, unique in parts, of 
Adgar's Miracles of Our Lady; butin point of interest and 
importance it is completely eclipsed by the second, which is no 
other than the now famous Chançun de Willame. A third nis. 
in Old-French was acquired at the same sale by the discerning 
iand fortunate bibliophil to whom thèse two treasures fell; and 
through his kindness I am now enabled to introduce it (but not 
ts owner, for lie still prefers that his anonymity should be 
respected) to the readers of Romania. It does not add a new 
epic to the language, like the Chançun de Willame, nor does it 
even rival the Adgar-ms. in giving us fresh texts of minor 
importance; but it deserves some notice at least, being certainly 
one of the oldest — if not indeed actually the oldest — of the 
ex tant mss. oi Gui de Wanuick. 

Though still inedited, the poem is well known from the 
varions English translations and the 15''' cent, version in 
French prose, as well as from many articles devoted to the 
study of one or more of the mss. A useful summary of the 
bibliography of the subject may be found in Dr. Oscar Winne- 
berger's inaugural-dissertation % or in Dr. Max Weyrauch's 



I XXXII, 394, 597. 

2. Ueher dus Handschnjtenverhàltnis des all/r. Guy de JV^imnch, Marburg, 
1889. 



AX EARLY MS. OF GUI DE U'ARinCK G<) 

more récent work '. It will perhaps be convenient to repeat 
hère the lisu of mss., adding their dates when possible, so as 
to show more readily the sii^nificance of the addition which is 
now to be made to their number. Following Dr. Winneber- 
ger's enumeration, those known hitherto are : 

1. WoLFENBÛTTEL, Cod. Aug. 87, 4. Impcrfect. Assigned by C.P.C. 
Schôiiemann - to the end of the 13''^ cent.; dated " 13-14 Jahrh. " by 
Dr. O. von Hcinemann in his récent catalogue '. 

2. Paris, Bibl. Nat., fr. 1669 (anc. 7656. 3, Colbert 1289). Complète. 
Analysed by Littré in Hist. litt. de la Fr., XXII, 841-851, who describes it 
as " une transcription faite manifestement par un copiste anglais, à la fin du 
xiiie siècle ou au commencement du xive ". The Cat. des mss. français, 
tome I, 1868, p. 284, savs merely " xiiie siècle ". The fîrst 28 Unes were 
printed hy M. Paul Me\-er in the Bulletin de la Soc. des anc. textes fr., 1882, 
p. 62. 

3. LoxDON, Collège of Arms, Arundel 27. Complète. Beginning of the 
xiv'th cent. See the Cal. of the Arundel mss. in the Coll. of amis, by C. G. Y. 
(i. e. Sir Charles Young), 1829, p. 38. 

4. Cambridge, Corpus Christi Collège, 50, art. 6 in Nasmith's Catalogus, 
^777' PP- 32-3, where 't is dated " seculo xiii ". Complète. Through the 
courtesy of Mr. C. W. .Moule, fellow and librarian of Corpus, I was enabled 
to procure the photograph of the fîrst page, which accompanies the présent 
notice. Dr. Warner and the other experts whom I hâve consulted agrée 
with me in assigning it to the latter half of the xiii'h cent., though Zupitza + 
put it as late as the xivt'i. The first 28 Unes were printed by M. Meyer in 
the Bulletin, p. 65, and the last 20 are printed below from his transcript, 
which he kindly p!aced at mv disposai. 

5. LoN'DON, Brit. Mus., Harl. 3775, ff. 15-26 b. Imperfect. Circa 1300. 
See H. L. D. Ward, Cat. of. Romances, i, 471-484; the first 28 lines printed 
in Bulletin, p. 63. 

6. LoNDON, Brit. Mus., Roy. 8 F ix. ff. 105-159. Imperfect. Early xiv^h 
cent. See Ward, I, 485-7. 

7. Oxford, Bodleian, Rawl. D 913 (formerly Rawl. Mise. 1370), 
ff. 86-89. Fragments. Beginning of the xiv* cent. ; see W. D. Macray, 
Cat. Codd. mss. Bibl. Bodl., pars V, fasc. IV, 1898, col. 141. 

1. Die mittelengl. Fassun^en der Sa^e von Guy oj War-iuick und ihre alffr. 
Vorlage, Breslau, 1901, forming Heft II of E. Kôlbing's Forschungtn ^tir engJ. 
Sprache und Litteratur. 

2. Serapeum, 111(1842), p. 355. 

3. Die Hss. der Her^ogl. Bibl. i^n JVolfenbïittcl, VU (1900), p. 109. 

4. Ziir LiteratiirgescJ}ichte des Guv von Wanvick{i%']-Ç), p. 8. 



70 J.-A. HERBERT 

fWinncbcrgcr countcd, as No. 8, two sniall fragments at Oxford, which 
Mr. Madan kindly identified for me, not without trouble, as ff. 88-89 of 
Rawl. D. 913 (sec No. 7 above). Thev were first printed in 1814, by the 
Rev. J. J. Conybeare ' .] 

9. Marske Hall, Yorkshire, library of Mr. d'Arcy Hutton. Imperfect. Des- 
cribcd by M. P. Meyer (Bulletin, pp. 43-60), who says « Il a été, sans 
aucun doute, exécuté en Angleterre. L'écriture est normande et paraît appar- 
tenir aux dernières années du règne de Henri III. » 

[« Ms. Howard, Coll. Arm. 14 ist nirgends zu finden. » So Winneberger, 
having evidently taken the référence from « A Clerk of Oxenforde » , who 
States' that « three copies certainly exist in England, vi\. one in ms. Harl. 
3775. 2; the second in ms. Howard, Coll. Arm. 14; and the third in Ben- 
net Coll. Camb. No. 50. 6 ». On making inquiry at the Collège of Arms, 
I was assured that no Howard mss. were preserved there, tl'ough that 
name might, of course, hâve been applied with propriety to what is known 
as the Arundel collection; and there can be no doubt that « A Clerk of 
Oxenforde » meant to refer to Arundel 27 (No. 5 above), which was for- 
merly numbered 154.] 

10. Cheltenham, Phillipps 8345. Winneberger says « Ueber Lùckenhaf- 
tigkeit ist nichts bekannt ». But heprobably overlooked a notice of this ms. 
by C. Sachs =, w^hich would hâve escaped me but for a timely word from 
M. P. Meyer; no hint is given there of any imperfection, so it may be pre- 
sumed to be complète. Sachs assigns it to the thirtcenth century. The first 
28 lines are printed in the Bulletin, p. 62. 

1 1 . Cambridge, University Library. A single leaf, found by Mr. Jénkin- 
son in an old book-cover. Described at a meeting of the Cambridge Anti- 
quarian Society, on Mar. 7, 1887, by Prof. Skeat, who savs'. « The writing 
is perhaps as early as the thirreenth century » : but the beginning of the 
fourteenth century isamore probable date. We shall return to this fragment 
further on. 

The Edwardes ms. was numbered 565 in Christie's sale- 
catalogue, where it is described as foUows-* : 

1. ne Brilish Bibliognipher, by Sir Egerton Brydges and Joseph Hasle- 
wood, IV, 268. See an article in the Gentleman's Magasine, XCVIII. II (Dec. 
1828), 495, over the signature « A Clerk of Oxenforde », which Mr. Ma- 
dan tells me was a pseudonym used by Sir Frederick Madden. 

2. Beilràge :(iir Kunde alt-fr., engl. und profen^. Literatur (Berlin, 1857), 
pp. 50-54. 

3. See Academy, XXXI, 224-5. 

4. Catalogue of the choice and mluahle library of Sir Henry Hobe Edwardes, 
Bart.ydeceased, p. 68. 



AN EARLY MS. OF GUY DE IVARWICK ']\ 

Roman de Guy Comte de Warwick, manuscript of tlie xiv'h century, on 
vellum (80 leaves) bnnun niorocco extra, hy Bedfonl. 

It contains 80 leaves of vellum, measuring 230 by 156 milli- 
mètres, in ten quires of eight leaves. The script is in double 
columns of 40 Unes, written throughout in one hand, proba- 
bly towards the middle of the thirteenth century. At the begin- 
ning is a large ornamental initial in red, white, blue and 
green ; the sections of the poem are marked by smaller ini- 
tiais, red with green flourishes, or blue with red flourishes. 
From the accompanying photograph the hand will be readily 
recognised as that of the Cbançun de Willauic ; and there can 
be no doubt that thèse two mss. and the Adgar-ms. were in 
one volume, along with other pièces, at some time not long 
before the Edwardes sale. AU three were bound uniformly 
by Bedford, probably in the latter half of the nineteenth cen- 
tury, and the numbers (3), (4) and (é) were pencilled, appa- 
rently about the same time, at the top of the first page of Giii, 
Willanie and Aâgar respectively. There is nothing to show 
what N°' (i), (2) and (5) were, nor how many pièces fol- 
lowed Adgar. The présent owner tells me, however, that he 
remembers seeing another volume, similarly bound, and pen- 
cil-numbered in double figures, at the Edwardes sale ; he also 
finds indications that Adgar was not originally bound up with 
Gui and IVillamc, but that it joined them at some unknown 
period before the middle of the fifteenth century. However this 
may be, let us hope that the missing numbers will some day 
corne to light, and prove not unworthy of their whilom 
companions. 

The poem contains 12^762 Unes in this ms., part of fol. 80 r° 
and the whole of fol. 80 v° being left blank, while many ol 
the other pages hâve more than 80 Unes of verse, Unes acciden- 
tally omitted having been inserted in the margins by the ori- 
ginal scribe. As I hâve not had an opportunity of studying 
Dr. Winneberger's article in the Frankfurter neuphilologische Bei- 
tràge, 1 887, where he explains the principles on which he classifies 
the mss., no attempt is made hère to assign to the Edwardes 
ms. its proper place in his scheme. The foUowing extracts wiU 
however, it may be hoped, be of some service towards this 
end. 









1 

V 
3 



fk ,2f^^iezlmi»^aiCtOi 






4 




ticoïc «w Ut p*tr ^Httnt^ 
mtfC^4lhrtff?ttW!ratiSi 

^ 1)itMrtta^mF<mte 



1^ tf£^4(kl^:^d'ri?gm<^'. 
t 4r^î«ftmrî3i^i^ti2ô;0 



Ms. Edwardes 



A\ FAKI.Y MS. OF GUI DE irARtVlCK 



5 «^ 

5 3 
§ ^ - 




C.C.C. Cambridge, 50 



74 J.-A. HERBERT 

The opening Unes are : 



Puis cel tens que Deu fu néd, 
■ E establi fu la crestientéd, 

Multcs aventures sunt avenues 
4 Q.ue a tuz homes ne sunt seùes. 

Car (/. Pur) ço deit l'om niult 
enquere 

E pener sei de ben faire, 

E des boens prendre esperemenz 
8 Des faiz, des diz as anciens 

QliI devant nus esteient. 

Aventures bêles lur aveneient 

Pur ço qu'il ameient vérité, 
12 Tut dis fei e lealté. 

D'els deit l'om ben sovenir 

E lor bons faiz dire e oïr. 

Ki mult ot e ço retient 
i6 Sovent mult sage devient; 

Iço est tenu a bêle mestrie 

Ki fait le sen e laist la folie. 

De un cunte voluns parler 
20 Ki mult fait a preiser, 

E de un sun seneschal 

Ke preuz ert e leal, 

E de Sun fiz, un damaisel, 
24 Qui mult par ert e gent e bel, 

E cum il amat une pucele, 

La fille al cunte, que mult ert bêle. 

En Engletere uns coens esteit, 
28 En Warewic la cité maneit. 

Riches ert e de grant poeir, 

Cointes e sages, bon chevaleir ; 

Riches ert d'or e d'argent, 
32 De dras, de seie, de veisselement. 

De forz chastels, de riches citez ; 

Par tut le règne ert mult dotez. 

N'aveit home en tote la tere 
56 Ki vers lui osast prendre guère, 

Que par force tost nelpreïst(f. ih) 

E en sa chartre le meïst. 

Bons chevalers mult ama, 
40 Riches dons sovent lur dona; 



Pur ço fud cremu e doté 

E par tut le règne preisé. 

Coens esteit de mult grant pris, 
44 Sires ert de tut le pais ; 

De Oxeneford tote l'onur 

Sue esteit a icel jur; 

De Bokingeham, de tut le cunté, 
48 Sires en icel tens esteit clamé. 

Li coens Roalt out a nun ; 

Mult par esteit noble barun. 

Une fille aveit de sa moiller ; 
5 2 Sa grant belté ne puis cunter, 

Pur la plus bêle l'unt choisie. 

Ore est raisun que l'um vus die 

Un petitet de sa grant belté : 
56 Le vis out blanc e coluré, 

Long e traitiz e avenant, 

Bêle bûche e nés ben séant, 

Les oilz veirs e le chef bloi, 
60 De lui veer vus semblast poi. 

Bien faite de cors, de bel estature. 

Tant par ad dulce la regardure; 

Curteise ert e enseigné, 
64 De tuz arz ert enletré ; 

Ses meistres esteient venuz 

De Tulette, tuz blancs chanuz, 

Ki l'aperneient d'astronomie, 
68 D'arismatike, de jeometrie; 

Mult par ert fere de corage. 

Pur ço qu'ele ert tant sage 

Dux e cuntes la requereient, 
72 De multes teres pur lui veneient ; 

Mais nul d'els amer ne voleit 

P'ir ço que tant noble esteit. 

Felice fud la bele apelée ; 
76 Pur sa belté fud mult amée. 

De totes beltez ert ele la flur ; (f. ic) 

Tant bele ne fud a icel jur. 

Ki totes teres dunques cerchast 
80 Une tant bele n'i trovast. 

Ki tote sa belté contereit 

Trop grant demorance i freit. 



De la pucele larrum ester ; 
84 Del seneschal voldrum parler, 



AN EARLY MS. OF GUI DE WARUICK 

« 

Ki mult crt cortcis e sage. 



75 



This may be compared with 11. 1-85 oftheMarske ms., print- 
ed in the Bulletin, 1882, pp. 46-9. 

The following lines correspond to the first six Unes of Royal 
8 F IK (cf. Ward, Cat. of Romances, I, 485) : 



Ore s'en va Gui del estur; (f. ic) 
Mult demeine grant dolur. 
Le cors Heralt od lui porta, 



Sun compaignun, qu'il tant ania. 
Tut dreit s'en va a un abbeie 
Qu'il vit ester près de la veie. 



The passage in which Harl. 3775 breaks off (Ward, I, 484) 
is hère : 



Gui dit a ses compaignuns (f. 1 9 c) 
« Seignurs, ore tost nus armuns, 
Les Sarazins irruns assaillir. » 
Chescun se peine de bien ferir : 
Hastivement se sunt armez, 



En lur destrers sunt puis muntez. 

Ferir les vont erralment, 

N'i ad mes esperniement. 

Gui va ferir l'amirail ; 

Escu ne halberc ne li valt un ail. 



The passage in which the Marske ms. is defective (see Bulle- 
tin, p. 49) begins : 



« Deus ! Dunt m'est venu cest en- 
[combrer? (f. 64 /') 
« Ja ne combati jo pas pur luer 
« Ne pur chastel ne pur dungun, 

and ends : 

Venuz sunt par devant l'empereur 

(/•. 65 .0- 

Li quons Terri n'est pas asseur. 
« Sire enpereres », ço ad dit Gui, 
« Veez ci le bon cunte Terri ». 
Li empereres le regarda, 
E Terri sun chef enbruncha, 



« Ainzfispur mun bon compaignun 

« Que de péril voleie délivrer 

« Dunt il out mult grant niester. 



Car deli grant pour aveit. 

E li empereres li diseit : 

« Este vus ço li quons Terri 

« De Guarmeis, li fiz Alberi? 

— OU sire », fait il, « ço sui mun ; 

« Ore sui chaitif, ia fui barun. » 



The story of Guy ends with the death of Felice : 



Qu'ele après la mort sun seignur 

[(f. 72 c) 
Morut al cinquantime jur ; 
Après li se fist mettre, par amur, 
Sevelie fu a grant honur. 



Ensemble sunt en la compaignie 
De nostre dame sainte Marie ; 
E issi nus doinst Deu servir 
Ke en sa glorie puissum venir. 
[Amen. 



76 J.-A, HERBKUT 

Tlie poem ends at this point in the Royal ms. : sce Ward, I, 
487. The Edwardes ms. lias a two-line space, and then goes 
on with the usual continuation, ofwhicii Guy's son Rainhrun 
is the hero : 



Ore avez, seignurs, de Gui oï 
Cum il sa vie en ben feni : 
Fei e lahé tut dis ama, 
Sur totes riens Deu honura, 
E Deu le gueredun li rendi, 
Cum vus avez ici 01. 
Totes buntez en li csteient, 
Aventures bêles li aveneient, 



En bataille ne \-int, ne en estur, 
U il ne fust tenu al nieillur. 

Q.uant li quons Terri oï aveit 
Ke Gui sis compainz morz esteit, 
Al rei vint d'Englctere 
Le cors sun compaignun requere. 



The concluding section is : 

Quant iloec unt scjurné (f. 80) 
Tant cum lur est venu a gré, 
Al cunte unt puis congié pris, 
Aler voldrunt en lur pais; 
Desoremès ne finerunt, 
A la mer si vendrunt. 
Quant a la mer venuz sunt 
Hastivement passer se funt ; 
A Lundres sunt tut dreit aie, 
U le rei Adelstan unt trové. 
Le reis encontre els est aie, 
Od li le mi'jlz de la cité. 
Mult durement les ad honuré (f. 
[80 b) 
E del suen assez doné ; 
A Rainbrun rent sun cunté, 
E si li acreist mult sun fé. 
Treis jurs i sunt sejurné, 
Al quart unt pris lur congié. 
A Warewic vont, a la cité; 
Cil del pais en sunt mult lié. 
Rainbrun prentdeses homes feltez; 



Mult par est entr'els amez. 
Heralt s'en va a Walingeford, 
A sun chastel qui est bon e fort ; 
Desore i voldra sejurner 
Od sa femme, la bone moiller. 
Car mult ad sun cors travaillé 
En plusurs terres, pur sa lealté. 
De ceste estorie voil fin fere ; 
Plus ne voil des ore retraire. 
Bel essample i puet l'um prendre, 
Qui ben le set e velt entendre : 
De prouesce amer e lealté tenir. 
De tuz bens faire e mais guerpir, 
Orguil e richesces aver en despit. 
De Guiun nus aprent l'escrit ; 
Ço fu la sume de sa valur. 
Qui tut guerpi pur sun Criatur. 
E cil, qui en la sainte Trinité 
Uns Deus est, par sa pité 
Nus doinst en tere lui servir. 
Que a lui en glorie puissums ve- 
[nir. Amen. 



The last twenty lincs may be compared with the following 
extract from the Corpus ms., for which my thanks are due to 
M. P. Mever : 



AN EARLY MS. OF 

Heraud s'en va a Walingeford, (f. 
[182) 
A son chastel bon e fort ; 
Des ore i vodra sojurner 
Od sa femme, bone mulicr, 
Kar mult ad son cors travaillé 
En plusurs lius, por sa beauté. 

De ceste estorie voil fin faire; 
Plus n'en voil des ore traire. 
Bel ensaumple i peut em prendre, 
Qui bien la siet e veut entendre : 



GUI DE WARWICK 77 

De pruesce amer, leauté tenir. 
De tuz biens faire e mal gerpir, 
Orguil, richesces aver en despit, 
De Guion nus aprent le escrit ; 
Ceo est la sumnie de la valur 
Ke tut guerpi pur sun Crcatur. 
E cil, qui en la sainte Trinité 
Un Deu est, par sa pité 
Nus doint en terre si servir, 
Ke a li en glorie puissums venir. 
[Amen. 



The Cambridge fragment ' consists of a single leaf of vellum, 
rneasuring 205 by 149 millimètres, in double columns of 30 
Unes; each section begins with a large red initial, in the other 
lines the first letter is touched with red. The text deals with 
Guy's victory over the dragon and bis betrothal to Felice, ans- 
wering to 11. 6947-7078 of the fifteenth century English ver- 
sion - ; the corresponding passage in the Edwardes ms. runs 
from fol. 46 d, 1. 7, to fol. 47 c, 1. 20. The Cambridge text is 
as follows : 



La beste chet, ne puet avant, 
Crie e brait, grant doel fesant. 
Gu: se retret atant arere 
4 Pur la puur 5 que est si fere. 



Puis que beste ^ mort estoit 
De 5 lungur trente pez avoit. 
Gui lui va le chef couper, 
8 Ensemble od lui le fet porter. 
Si vient'' a ses compaignons 



1. No II in the foregoing list. I am greatly indebted to Mr. Jenkinson 
for his courtesy in sending it to the British Muséum for my use. 

2. The Romance of Guy of IViirwick, éd. Zupitza, Early Engl. Text Soc, 
1875-6, pp. 199-203. 

5. Ediu. pulence. Echu, bas iwo addilional lûtes after l. 4 : 
Ne i osa dune adeser, 
En loinz s'en ala reposer. 

4. Ediv. la beste. 

5. Ediv. En. For //. y-iS', Edw. bas : 

Pur merveille l'unt tuit mesurée 
La gent qui erent de la contrée; 
La teste puis trencher ala. 
Ensemble od sei la emporta. 

6. Edw. Revenuz est. 



7^ J.-A. 

Que pur lui sunt ' en afflictions. 

A Everwyc puis s'en ala, 
r 2 Al roi le chef présenta ; 

Lui rois mult heité se fet ' 

Quant seine heité le veit. 

A Everwic unt le chef pendu, 
i6 A grant merveille l'unt tenu. 

Gui al roi ad cungé pris, 
Si s'en vet ' en sun pais. 
A Wailigfort ■♦ s'en est aie ; 

20 Ceus '> del honur i ad trové. 
Que pur lui grant joie firent, 
Meitit jors de lui ren* n'oïrcnt, 
Quar sis pères? mort estoit, 

24 Autre eir de lui n'en avoit*. 
Heralt sun mestre' dune apella; 
Tout cel honur lui dona '°, 
[E] a cels" qui l'ont servi 



HERBERT 

28 Lur g[uari]sun mult ben rendi ". 
A Warvvic puis s'en ala, 
Al cunte que mult le honura, 
E tout cil '5 de la cuntré (ro /') 

32 Si sunt pur lui mult heité'-». 

Lui quoens l'eime e mult ho- 
[nure'5, 
Sanz lui ne volt estrc nul hure, 
Ensemble vont en bois chascer 

36 E en rivcre pur riveicr. 
A"' sa amie parler ala, 
Toute sa vie lui ■' cunta, 
Cum riches rois e emperors 

40 Lui unt offert '^ mult grant honurs, 
E cum ert amé des puceles, 
Finies '9 as princes, que mult sunt 
[bêles, 
Mes nul amer ne voloit; 



3- 
4. 
5- 
6. 

7- 
8. 

9- 
10. 
II. 
12. 



14. 

15- 

16. 

17- 
18. 

19- 



Edw. erent. 

Edw. 

Li reis joius e lez se fait 
Quant Gui sain e haite veit. 

Ediv. Aie s'en est. 

Edw. Walingford. 

EdzL'. Ses homes. 

Edw. novele. 

Edw. sun père. 

Edw. dune n'aveit. 

Édw. Heralt d'Arderne. 

Edw. Tote l'onur puis li dona. 

Edïu. E a ses homes. 

Edii-, Lur guareisun ben lur rendi. Tben Iwo additional lines 

As chevalers e as serganz 

E as petiz e as granz. 
Edw. icil. 

Edw. Pur lui unt joie démenée. 
Edw. l'onure. 
Edw. Puis a. 
Edw. mustré lui ad. 
Edw. Offert li unt. 
Edw. Des filles. 



AN EARLY i\lS. OF GUI DE IFARJriCK 
44 Altre de lui jamès n'averoif. 



79 



« Amis ' », fet de, « vostre merci 
« E jo verraiment vus di ' 
« Que mult requis ai esté 

48 « Des plus riches del régné, 

« Mes nul de eus amer 4 ne voloie, 
(c Ne a nul jur mes ne feroie. 
« A vus me doins q> si me otroi. 
52 « Vcstre pleisir fetcs de moi. » 
Gui de joie l'en ad beisé; 
Unkes mes ne fu si lé'^ 
Joie demeine e î nuit e jour 

56 Quant est asseur de ? sa amur. 

Lui quoens un jour sa fillieapele^ : 



« Felice », fet il, « fillie bêle, 
« Pur Deu, quar pernez baron; 
60 « Nous n'avom cir si vus nun. 
« Dux e cuntes vus unt requis (vo) 
« Quevenuz sunt de» autre païs; 
« Nul de eus ne volez'° prendre. 

64 « Cumben volez" vus atendre? 
— Sire )), fet ele, « jo en penserai, 
(i Deci que al terz jor vus dirrai •^ » 
Cum il avint '5 al tierz jor 

68 Lui quoens apele par '* amor 

Sa fillie que tant par est sage '5 : 

« Dites moi », fet il '^, « tun co- 

[rage. 

— Sire », fet ele, « jo vus dirrai '7 

72 « Cum en mun quor purpensé ai '». 



Edîu. ne ja n'amereit. 

Edîu. Sire Gui. 

Edw. le vus di. 

Edw. Mais amer nuL 

Edzu. omits e. 

Edw. Une mes de rien ne fu tant lé. Then two additional Unes 

A s'amie prist puis congié, 

Si est a sun ostel aie. 



Edw 
Edw 



9- 
10. 

II. 
12. 

13- 

14. 

15- 
16. 

17- 
18. 



Edw. 
Edw. 
Ediu. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 



. del suen amur. 

. bas for 11. ; y -60 

Li quons sa fille apela, 
Devant sa mère l'areisona : 
Fille, fait il, pernez barun; 
N'avums nul heir si vus nun. 

d'estrange païs. 

Nuls d'els ne voliez vus. 

voldrez fille atendre. 

Deci al tierz jur le vus dirrai. 

vint. 

par grant amur. 

Felice sa fille qui tant ert sage. 

Fille di mei. 

ben vus mustrai. 

corage purposé l'ai. 



gQ J.-A. HERBERT 

« Ne VUS en pcist si jo le vus di, « Son - corage saver voudrai. » 
« Beau duz sire, jo vus pri ' : 

« Ceo est Gui, vostre chivaler, Un jor, cum il ■' repeira (vo b) 

76 « En le niunde ne ad, ceo croi, sun 92 De la rivere, ou il pris a 

[ per ^ Volatil a grant plentc, 

« Si jo certes ' lui n'en ai Gui ad a soi apellé '+. 

« James autre n'en amerai*. « Gui », fet il, « entendez '5 ça. 

— Fillie », fet il, « ben avez dist. ^(^ „ Vostre corage me dirrez ja 'S 

80 « Dampnedeu vus en ait 5, „ Quant vus femme prendre vou- 

« Quant vus or lui ' desirez [drez ? 

« Par ki serom honurez^ ; ^^ Q^\^y ^.^ç, ne'' me deviez. 
« Jo l'amasse ceste cité 

84 « Que il venist Gui a gré ». _ « Sire ,., fet il, jo ■» vus d.rrai : 

« Tarn ad refusé puceles, 100 « En le munde " n'ad femme 

, ,1 loue jo sai 

« Filliesasrois, que multsunt bêles, l . ) 

« Que plus de vus valent d'assez .. « Que jo preisse, si une nun 
88 «Mes quant vus. o, fillie taml'amez « Pur nent me metre.ez^^^ a 
« Volunters en" parlerai, 

1. Edw. ço vus en pri. 

2. Edw. El mund n'en ad ço qui sun per. 

3. Edu\ Certes si jo. 

4. Ediv. A nul jur mes barun n'avrai. 

5. Edw. Beneie vus ore qui une ne mentit. 

6. Ediu. celui (omitting or). 

7. Edw. tuz honorez. 

8. Edw. Que de vus prendre li venist a gré. 

9. For 11. Syj, Edw. bas : 

Pucele amer une ne deignat. 
Tantes puceles refusez ad, 
Filles de reis e de empereurs. 
Qui mult erent de greignur valur^ 
Que n'estes vus, jamès serrez. 

10. Ediv. bêle. 

1 1. Edw. a lui en. 

12. Edw. Tut sun. 

13. Edic. li quons. 

14. Edw. Guiun par sei ad apelé. 

1 5 . Ediu. ça entendez. 

16. Edw. car me diez. 

17. Edw. nel me devez. 

18. Edw. jol. 

19. Edw. El mund 

20. Edw. mettreit hom. 



An early ms. of gui de ivarwick 



8i 



— Gui », fet il, « ore entendez. 
104 « Une fillie ai, cum vus savez ■ ; 

« Autre eir nen ai - si lui nun ; 
i< Grant terre l'atent cî environ 5 . 
« Jo la vus doins si la pernez, 
108 « De toute ma terre sire soiez *. 

— Sire », fet Gui, «vostre merci. 
« Grant honur me mustrez ci 5. 
« Vostre fillie melz voudroie 

112 « Od Sun cors, melz que ne 

feroie ^ 



« La fillie al emperor de Ale- 

[maigne 

« Od toute sa terre cham- 

paigne7. » 

Lui quoens l'en ad mult * mercié 

1 16 Al col le prent, si l'ad beisé'. 

« Gui », fet il, « ore sai j[o] bien 

Que vus m'amez sur[tu]te ren '°. 

Si voil des hui a quin[ze] jors " 

120 Teignoms'^ les noces a grant ho- 

[nurs. » 



J.-A. Herbert. 



I. 


Edw. 


2. 


Ediv. 


?• 


Ediv. 


4. 


Edw. 


5- 


Edw. 


6. 


Edw. 


7- 


Edu: 


8. 


Ehu. 


9- 


Edw. 


10. 


Edw. 


II. 


Edw. 


12. 


. Edw 



bêle ben le savez. 

N'ai altre heir. 

Jo la vus durrai sire Guiun. 

adds t-wo liiics : 

De chastels e de citez, 
Vostre plaisir de tôt facez. 
Mult ad grant honur ici. 
Sul od Sun cors, que jo ne freie. 
la tere si k'en Espaigne. 
sovent baisé. 

De mult bon quor mercié. 
, adds two Unes : 

Quant ma fille prendre volez 
E tantes bêles guerpi avez. 
, D'icest jur dune a ait jurs. 
. Seient. 



Romania, XXKV 



JAMETTE DE NESSON 
ET MERLIN DE CORDEBEUF 



Le bagage littéraire de Jamette de Nesson n'est pas lourd : 
on n'aura garde de le confondre avec celui de Cristine de Pisan. 
Nous connaissons d'elle un rondeau amoureux adressé à Tanne- 
guv du Chastel (qui y répondit galamment), et c'est tout'. 
iMais on peut tenir pour certain qu'elle avait beaucoup écrit. 
Autrement, on ne s'expliquerait pas la place d'honneur que lui 
a accordée indirectement Martin Le Franc dans son Champion 
des Dames, en faisant reprocher par « l'Adversaire » à « Franc- 
Vouloir », panégyriste enthousiaste de Cristine, d'avoir passé 
sous silence « la belle Jamette » : 

Et m'esbahis que mot ne son 
N'as fait de la belle Jamette, 
Niepce de Pierre de Nesson : 
Ele vault qu'en rench on la mette, 
Car n'est rien dont ne s'entremette. 
Et l'appeU'on l'aultre Minerve ^ 

Sa qualité de nièce de Pierre de Nesson est tout ce que la 
postérité a su jusqu'ici de sa biographie. M. Gaston Raynaud 
a conjecturé qu'elle était fille de Jamet de Nesson, officier de 
Charles VI ' : les documents complémentaires que j'ai publiés 
récemment sur Pierre de Nesson •♦ et ceux que je vais faire 



1. Gaston Raynaud, Rondeaux et antres poésies du XV^ siècle (Paris, iJ 
Soc. des anc. textes français), p. 59-60. 

2. Vers cités par G. Paris, Romania, XVI, 417. 

3. Rondeaux, p. xxviii. 

4. Romania, XXXIV, 540 et s. 



JAMETTE DE NESSON DT MERLIN DE CORDEBEUF 83 

connaître confirment cette hypothèse et fournissent, directe- 
ment ou indirectement, beaucoup de détails sur la carrière mon- 
daine de famette deNesson. Espérons que l'avenir nous réserve 
des découvertes plus intéressantes encore sur son activité litté- 
raire. 

Mais avant de parler de notre « Minerve », il est bon de 
déblayer le terrain et de prévenir le lecteur qu'il a existé, dans 
la première moitié du xV^ siècle, une Jamette de Nesson qu'il 
faut se garder de confondre avec elle. Cette Jamette était veuve 
d'Etienne Souchet ou Sochet et plaidait, à Poitiers, le 
29 novembre 1423, devant le parlement de Charles VII, contre 
le célèbre Pierre de Giac, ainsi qu'en fait foi l'extrait suivant' : 

Entre Jamette de Nesson, veuve de feu Estienne Sochet, en son nom et 
comme administrateresse du filz d'elle et du dit défunt et héritier d'icelui 
défunt, demanderesse et complaignant en cas de saisine et de nouvelleté et 
aussi sur excès, d'une part, et messire Pierre de Giac, deffcndeur et oppo- 
sant, d'autre part. 

Pour la dicte Jamette, Rabateau dit que son dit feu mary estoit notable 
homme et que le dit Giac et sa mère, l'an IIII'^ XI, pour le douaire de la 
suer du dit messire Pierre paier et autres leurs affaires, vendirent et trans- 
portèrent au dit feu mary de Jamette le chastel ou lieu de Brion-. 

Les registres du Parlement parlent souvent de la veuve 
d'Etienne Souchet, entre 1423 et 1427, soit à propos de ce pro- 
cès, soit à propos de deux autres affaires'. Mais nous n'avons 
pas à la suivre plus loin. Il nous suffira de dire que son mari 
était un notable marchand de Clermont, en Auvergne +, et qu'il 
avait obtenu pour lui, sa femme et ses descendants, des lettres 
d'anoblissement dans les dix dernières années du xiv^ siècle^. 



1. Arch. Nat., X' a 9197, f° 266 v». 

2. Brion, c"'' de Compains, co" de Besse (Puy-de-Dôme). Il y a un hom- 
mage de cette terre, en 1494, au comte de Montpensier, par quatre frères 
Souchet (Noms fi'ochiux, II, 914 : on a lu Brioii). 

3. Arch. Nat., X'.\ 9197, fo 278, 284, 302, 307 ; 9198, f° 230, 233, 308, 
314 ; 9199, f° 8, etc. 

4. L'avocat de la partie adverse. Me Jouvenel, dit de lui : « Souchet estoit 
marchant soutil et faiiiosiis de nsiiris, vel quasi » (plaidoirie du 31 janvier 
1424, Arch. Nat., X'a 9197, f" 284). 

5. Bibl. Nat., Nouv. acq. franc 7745, fo 103, vo : « Nobilitatio Stephani 



84 A. THOMAS 

L'acte le plus ancien que je connaisse relativement à Jamette 
de Nesson la poétesse est un acte immédiatement consécutif à 
la célébration de son mariage qui eut lieu à Paris le 25 janvier 
143 1 (nouv. style). Le baron de Joursanvault en possédait 
l'original, qu'il céda à un descendant de la famille dans laquelle 
était entrée par alliance Jamette de Nesson ' ; je ne sais ce qu'il 
est devenu. Heureusement, il s'en conserve à la Bibliothèque 
Nationale une copie presque complète, faite au .wnr' siècle, et 
qui suffit pour le but que nous poursuivons -. Dans cet acte, 
reçu par deux notaires du Châtelet, Jaques de Vaux et Jean 
François, Jamette est dite fille de feu Jamet de Nesson, écuyer, 
et de demoiselle « Ysabel de Nesson » ; son mari est nommé 
Huguet de Cordebeuf, dit Merlin. On y voit intervenir le mari 
de Guillemette, sœur ainée de Jamette, Jaques Falle ', bourgeois 
de Paris. Voici d'ailleurs la partie essentielle du document : 

...Disans et affcrmans les dites parties que comme ce jour d'uy, par lettres 
faictes et passées avant les espousailles et solemnité du mariage, qui au jour 
d'uy avant le passement de ces présentes a été faict, solemnizé et célébré en 
sainte Eglise, dudit Huguet, dit Merlin, et la dite dam^'e Jamette de Nesson, 
entre les autres choses contenues au dit traittié, les dis Jacques Falle et 
dam"e Guillemcte eussent et aient transporte? et délaissé a tousjours, par 
forme de partaige sur ce faict entre eulx, aus dis Huguet, dit Merlin, et a la 
dite Jamette a cause d'elle, lors sa fiancée et a présent sa femme espousee, 
tous les droits... etc. qui a la dite Guillemete pourroient appartenir a cause 
de feu Jamet de Nesson escuier, son père, etc., combien que par convention 
faite entre eulx paravant, comme ils disoient, les dis Huguet et sa femme ne 
dévoient avoir que le droit, part et portion que a cause de ce la dite Jamete 
seulement et de son chief y avoit et pouvoit avoir, sans avoir le droit des dis 

Socheti, Jacobitie uxoris et prolis, febr. 139 ? ; Chambre des comptes, reg. 3, 
fo 95. » Le chiffre de l'année manque; le registre visé a été détruit, comme 
tant d'autres, dans l'incendie de la Chambre des comptes de 1737. 

1. Le catalogue manuscrit de la collection de Joursanvault, que j'ai vu à 
Londres (British Muséum, Add. Mss. ii539)en octobre 1903, porte à la 
p. 30, en marge de l'analyse de ce contrat, la note suivante : « Cédé à M. de 
Cordebeuf, marquis de Mongon. » 

2. Franc. 27337, fo 15 v"-i7 v° (série dite des Pièces originales, ancien 
Cabinet des titres, dossier CordeheuJ). 

3. J'ignore s'il faut prononcer Fdlle ou Fallc et, dans le doute, je m'en 
tiens à la graphie ambiguë du moyen âge. Le premier secrétaire de la Cour 
atnotireiise étudiée par M. Piaget était Jean Ftillc, sommelier de corps du roi 
(Roiiiiiiiia, XX, 1891). 



JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF bj 

Falle et sa femme..., et sans ce aussi que es héritages... du dit feu Jamet, 
estans a Paris et environ et ailleurs par deçà la rivière de Loire, icelle 
Jamete peust avoir ou demander aucun droit lors ne ou temps advenir, pour 
ce que par le dit traictié et partaige ilz dévoient demeurer a dam'l'^ Ysabel de 
Nesson, leur mère, et aux dis Jacques Falle et sa femme..., néanmoins a la 
vérité le dit transport du dit droit et part d'icelle dam'ie Guillemete des dites 
choses, heritaiges et biens qui furent au dit feu Jamet, estans par delà la dite 
rivière de Loire, avoit et a esté ainsi fait, comme les dites parties disoient, 
pour et affin que les dis Huguet' et Jamete, sa femme, peussent et puissent 
plus valablement en leurs noms saulver a la dite dam"e Guillemete, son 
dit droit et part... Pour quoy, en usant de bonne foy, les dis Huguet et sa 
femme... consentent et accordent que le dit transport et délaissement ainsi 
a eulx fait par la dite forme de partaige et au dit traictié de mariage d'iceulx 
heritaiges et droits de la dite Guillemette, situez aud. lieu d'Aiguespersez et 
ailleurs par delà la rivière de Loire, n'ait aucun effet. 

Dans l'acte en question, la mère de Guillemette et de Jamette 
de Nesson est appelée « Ysabel de Nesson », du nom de famille 
de son mari; mais en réalité elle s'appelait Marcadé ou, selon 
l'usage populaire de mettre le nom de flimille au féminin en 
l'appliquant aux femmes, usage que nous constatons dans un 
acte du 23 décembre 1440, transcrit aux registres du Conseil 
du parlement de Paris, « la Marcadee » : elle était morte à 
cette date et sa succession était litigieuse '. Nous savons par 
ailleurs qu'elle avait épousé en secondes noces Jean Lamy ^ et 
qu'elle vivait encore le 23 août 1438 ^ Elle appartenait à une 



1. Reg. du parlement de Paris, Conseil, Arch. Nat. X'a 1482, fol. 155 vo 
(23 déc. 1440) : « Entre damoiselle Anthoinete de Maignac, vcfve de feu 
maistre Guillaume Lamy, tant en son nom comme ayant le gouvernement 
des enfans du dit Lamy et d'elle, soy faisant fort de maistre Hugues Lamy, 
et damoiselle Guillemette de Nesson, en son nom et soy faisant fort de 
Merlin Cuerdebuef (^r/V) et de Jamette de Nesson, sa femme, filles et héritières 
de feu Isabeau la Marcadee, jadix femme de feu Jamet de Nesson... » 

2. Reg. du pari., Arrêts, Arch. Nat. X'a 69, fol. 65 \° (12 janvier 1437, 
nouv. st.) : « Cum lis mota fuisset... inter Johannam Bourbeline, defuncti 
Guillermi Mercadé viduam, et Guillermum Mercadé, ipsorum defuncti et 
Johanne filium, actores, ex una parte, et magistrum Jacobum Tiessart, Ysa^ 
bellim Mercadee, Johannis Lamy, uxorem ab eo separatam, Gei-aldam 
Raguiere, defuncti Jacobi Mercadé relictam, defensores . . . » 

3. Reg. du pari., Arrêts, Arch. Nat. X'A 69, fol. 185 v° (23 août 1438). 



86 A. THOMAS 

hiiiiillc qui n'ctait peut-être pas parisienne d'ori*;inc, mais qui 
était, en tout cas, fixée à Paris depuis longtemps et en posses- 
sion d'olHccs de la maison du roi. Le dossier Marcadé de la 
série des pièces originales de l'ancien Cabinet des Titres de la 
Bibliothèque Nationale (aujourd'hui coiéficuiç. 283 i9)contient 
un certain nombre d'actes concernant les uns Jaques Marcadé, 
qualifié écuyer, d'abord serviteur de François Chanteprime ' 
dont il devint gendre, puis valet de chambre du roi, dès 1383, 
les autres un homonyme, premier sommelier du roi en 1403, 
fils du valet de chambre : ce sont respectivement le père et le 
frère de notre « Ysabel^ ». Le testament de Jaques Marcadé père, 
daté du 6 août 1409, a été transcrit dans un registre du parle- 
ment de Paris et le texte nous en est parvenu grcâce à cette 
trancriptiôn 5. Nous y apprenons que, par-devant les notaires 
au Châtelet Jehan Hure et Toussains Badoulx, « Jaques Marcadé, 
escuier, varlet de chambre du roy... eslut sa sépulture et voult 
estre enterré en l'église Saint Gervais a Paris, dont il est par- 
roissien, en une chapelle par lui nagaires taicte édifier et 
ordener en ycelle église » et qu'il choisît comme exécuteurs 
testamentaires « damoiselle Jehanne Chanteprime, sa femme, 
honnorable homme et saige maistre Estienne de Vray, 
conseiller du roy nostre sire et maistre en sa Chambre des 
Comptes a Paris, maistre Guillaume de Neauville, secrétaire 



1. François Chanteprime, originaire de Sens, fut un des plus gros bonnets 
des finances sous Charles V et Charles VI ; voyez la notice développée que 
lui a consacrée M. Maurice Roy dans son livre intitulé : Le Chcsnoy le:^ Setis 
(Sens, 1901), p. 37-64. 

2. Aucun indice de cette parenté ne se trouve dans les pièces du dossier ; 
mais les actes judiciaires visés .ci-dessus et le testament analysé plus loin ne 
laissent aucun doute à ce sujet. 

3. Arch. Nat. X' a 9807, fol. 261 \°. M. Tuetey a tiré de ce registre la 
matière de sa publication intitulée : Tcstaiiients eiircgistn's au parlement de 
Paris sous le règne de Charles FI, qui a paru en 1880 dans la Collection des 
documents inédits relatifs à l'histoire de France, Mélanges historiques, t. III, 
p. 241-704; mais il a fait un choix parmi ces testaments, et celui de Jaques 
Marcadé, qu'il a indiqué à sa place sans le publier, est toujours inédit; il 
n'offre d'ailleurs rien qui sollicite particulièrement la curiosité. Jaques Mar- 
cadé survécut peu de temps à son testament :il ét;iit mort avant le 17 octobre 
suivant (Reg. cité, fol. 15 vo). 



JAMETTE DE XESSON ET MERLIN' DE CORDEBEUF 87 

du roy nostre dit seigneur, Albert du Moulin, maistre Pierre 
Marcadé, secrétaire du roy nosrre dit seigneur ', et Jaques Mar- 
cadé, premier sommelier de corps du roy nostre dit seigneur ». 

Mais laissons les Marcadé ^ pour revenir à Jamette de Nesson 
et à Huguet de Cordebeuf dit Merlin. 

Comme on le sait par les documents déjà publiés, Jamette de 
Nesson et son mari poursuivirent énergiquement la revendica- 
tion de leur part des biens de Jamet de Nesson contre leur 
oncle Pierre, le poète, frère cadet de Jamet, et, après sa mort, 
contre ses héritiers : le parlement de Paris, par arrêt définitif 
du 5 juillet 1453, leur donna satisfaction '. Il est à croire que 
la sœur de Jamette, Guillemette de Nesson, avait conclu un 
arrangement particulier au sujet des droits qui devaient lui reve- 
nir de la succession paternelle, car il n'est pas fait mention de 
son intervention dans le procès soutenu par sa sœur et par son 
beau-frère. "Veuve dès 1434, elle mourut au mois de septembre 
1466, sans enfants +. Jamette de Nesson ne parait pas avoir sur- 



1. Resté à Paris sous la domination de l'Anglais, P. Marcadé mourut peu 
avant le 18 mai 145 1, date où le Parlement évoqua la connaissance de l'exé- 
cution de son testament (Arch. Nat. X' a 9807, fol. 27 v). 

2. Il est probable que c'est ce nom de famille qui s'est perpétué dans celui 
d'une rue et d'une cité du 18= arrondissement de Paris dites aujourd'hui Mar- 
cadet. Mon ami Fernand Bournon, si familier avec l'histoire de la capitale et 
de ses environs, me signale dans les Curiosités du vieux Montmartre de 
Ch. SeUier (Paris, 1904), p. 298, un acte de la fin du xvii^ siècle par lequel 
« Charles Ruelle de Marcadé » vend une terre sise au territoire de La Cha- 
pelle, « lieu dit la Marcadé », et lui-même, dans ses Additions à Vliistoire 
de Paris, p. 544, a fait mention d'un « lieu dit la Marcadé » qui était, en 
1540, dans la censive de l'abbaye de Saint-Denis. — Soit dit en passant, je 
n'ai trouvé aucune trace de parenté entre les Marcadé auxquels se rattache 
Jamette de Nesson et Eustache Marcadé ou Mercadé, auteur du mystère de 
la Voigeance de Jésus Christ, à qui je consacrerai prochainement une notice 
biographique. 

3. J'ai publié le texte de l'arrêt, Roniania, XXXIV, 549-558. 

4. On lit dans les extraits des registres du Chàtelet de Du Fourny (Bibl. 
Nat., coll. Clairambault, 764, p. 6), à la date du 2 juin 1467 : « Merlin de 
Cordebeuf, escuier d'escuierie du roy, héritier à cause de sa femme de damoi- 
selle Guillemette de Nesson, sœur de la femme dudit Cordebeuf...., jusques 
au mois de septembre 1466, qu'icelle damoiseile est alée de vie a trespas. » 



88 A. THOMAS 

vécu très longtemps à sa sœur, et, comme elle, elle mourut sans 
entants, entre 1467 et 1476. 



II 



Le mari de Jamette de Nesson a fourni une bien plus longue 
carrière. 

Je dois résumer ici les renseignements essentiels que nous 
possédons sur lui, non seulement parce que le rang social d'une 
femme dépend surtout de celui de son mari, mais parce que 
Merlin de Cordebeuf a droit, lui aussi, à une petite place dans 
l'histoire littéraire de notre pays. 

Son nom patronymique était Regnaud. La généalogie de la 
famille ne remonte qu'au père, Durand Regnaud de Cordebeuf, 
écuyer. Hugues, dit Merlin, "était son fils puîné: l'aîné, Guil- 
laume, qualifié chevalier, épousa, le 12 avril 143 1, Louise de la 
Roche, vicomtesse de La Mote ', et mourut, semble- t-il, .sans 
enfants \ Cordebeuf est le nom d'un ancien fief situé dans la com- 
mune de Parai-sous-Briailles, canton de Saint-Pourçain, Allier K 

Son mariage avec Jamette de Nesson est le premier acte de 
Merlin de Cordebeuf dont la connaissance nous soit parvenue, 
et vraiment ce mariage n'est pas banal. Il faut se rappeler que 
le jour où il fut célébré à Paris, le 25 janvier 143 1, Paris était 
aux mains des Anglais et reconnaissait Henri VI comme roi de 
France, tandis que Merlin de Cordebeuf, à n'en pas douter, 
était un fidèle de Charles VII, alors livré corps et âme à son 
favori La Trémoille et cantonné dans son château de Chinon, 
pendant que s'ouvrait à Rouen (12 janvier 143 i), le procès de 
l'héroïque Pucelle qui avait assujetti la couronne de France sur 
son front. Il est fâcheux que les documents ne nous renseignent 
nas sur les moyens employés par Merlin de Cordebeuf pour for- 



1 . Sans doute La Motc, co» de Brioude, H»e-Loire. 

2. En 1441, il exerçait l'office d'élu dans la H'^ Auvergne; voy. mes 
Etals pnn'iiiciaiix de la France centrale, I, 203, pièces J et B. 

3. Ambr. Tardieu, Dict. des anc. familles de V Auvergne, col. 113. — Cha- 
zaud, Dict. des noms de lieux habités de l'Allier, écrit Cordebcvuf ; il indique 
sous ce nom une ferme et un moulin. 



JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF §9 

ccrle blocus delà capitale et obtenir ainsi cette curieuse trêve 
nuptiale ; mais nous ne saurions suppléer à leur silence. 

Nous ne retrouvons notre personnage que quelques années 
plus tard, lorsque l'autorité de Charles VII est rétablie à Paris, 
et alors nous le voyons au service du duc de Bourbonnais et 
d'Auvergne, son suzerain direct. Le 15 février 1439, il donne 
quittance d'unesomme de 50 livres tournois que lui ont allouée 
les gens d'église et nobles de la Basse-Auvergne ' ; aux côtés du 
Dauphin et du duc de Bourbonnais, il prend part à la Praguerie, 
et bénéficie du pardon général qui termine cette échauffourée, 
le 15 juillet 1440 2. Au commencement de 1445, il est avec 
la Cour à Nancy : le roi et le maréchal de La Fayette le 
dépêchent en Auvergne, sans doute pour préparer la grosse 
aftiire du casernement des gens d'armes dans la province, et il 
reçoit pour ses bons offices une allocation de 50 livres tournois ^. 
Il fut retenu pour servir lui-même dans les nouvelles compa- 
gnies d'ordonnance, et honoré, peu après, du titre d'écuyer de 
l'écurie royale : nous voyons en effet que le roi, l'autorisant à 
fortifier son lieu de Beauverger, au mois de mars 1449 (nouv. 
style), le mentionne en ces termes : « nostre escuier d'escuie- 
rie servant en ordonnance Merlin de Cordebeut, seigneur de 
Saint-Pont et de Beauvergier ^. » 

Les comptes royaux de la fin du règne de Charles VII qui 
ont échappé à la destruction, contiennent de curieux témoi- 
gnages sur le degré d'intimité et de faveur dont jouissaient 
auprès du vieux roi Merlin de Cordebeuf et sa femme Jamette 



1. Bibl. Nat., franc. 27337, f° ^7 v° (copie). 

2. Du Fresne de Beaucourt, Hist. de Charles Vil, III, 133, n. 4. 

3. Woy. mts Etats provinciaux, W, 222. 

4. Arch. Nat., JJ 179, no 339. Le ms. porte Saint-Porl, mais il s'agit cer- 
tainement de Saint-Pont, commune du canton d'EscuroUes, Allier. Quant à 
Beauverger, ce lieu est dit situé dans la paroisse de « Soset en Bourbonnois », 
qui est Saul^et, canton de Gannat. Étonné de ne pas trouver Beauverger 
dans le Dict. des noms de lieux Ijahites de F Allier de Chazaud, je me suis ren- 
seigné auprès de M. F. Chambon, bibliothécaire de la Sorbonne, très au cou- 
rant des choses du Bourbonnais : le château de Beauverger, rebâti vraisem- 
blablement par Merlin, est fort bien conservé ; il fait partie intégrante du 
bourg même de Saulzet, ce qui explique qu'il n'ait pas d'article spécial dans 
le dictionnaire de Chazaud. 



90 A. THOMAS 

deNesson, intimité qui s'explique si Ton se rappelle lesemplois 
qu'avaient occupés à la cour, auprès de Charles VI, le père, le 
grand-père et les oncles de Jamette. Du Fresne de Beaucourt y 
a fait allusion ' ; en voici le texte exact, d'après le compte des 
être unes de 1453 et 1454 conservé à laBibl. Nat., franc. 10371 : 

A Merlin de Cordcbeuf, escuier J'escuierie J'.i Roy nostre sire, lequel a 
donne au Roy ungz avan:braz garniz d'or, en x. aulnes damas, que le Roy 
lui a données, en xxxv escus, la somme de XLViij 1. 11 s. vi d. t. a lui 
paies par vertu dud. rôle, pour ce ci... xlviii 1. 11 s. vi d. t. 

A la femme dud. Merlin, laquelle donna aud. seigneur led. jour unes 
caries bien riches, en xx. aulnes de damas, que icellui seigneur lui donna led. 
jour, Lxx escus, qui valent liii'"' xvi 1. v s. t., a ellepaiez parvenu dud. rôle, 
pour ce ci iiiix" xvi 1. v s. t. (fol. 24 r», étrennes de 1455). 

A Merlin de Cordebeuf, escuier d'escuierie dudit seigneur, lequel donna 
led. premier jour de l'an a icellui seigneur des estrietz^ de madré, en xxxv 
escuz, la somme de xlviii 1. 11 s. vi. d. t., pour dix aulnes damas, que le 
Roy nostred. seigneur lui a ced. jour donnée, laquelle somme lui a esté paiee 
par led. commis par vertu [dud.] premier rôle, pour ce cy.... XLvni 1. 11 s. 
VI d. 

A la femme dud. Merlin, laquelle a donné aud. seigneur ung tablier 
divisé led. premier jour de l'an, en lxx escus, que icelui seigneur lui a don- 
nez pour avoir xx aulnes damas, la somme de iiu'''' xvi 1. v s. t. a lui (sic) 
paiee parvertu dud. premier rôle.... Iiii'"^ xvi 1. v. s. t. (fol. 34 vo et 35 v», 
étrennes de 1454). 

En 1459, Merlin de Cordebeuf représente le duc de Bourbon 
à l'assiette d'un impôt sur la Basse-Auveri^ne K 

Au commencement du règne de Louis XI, il prend part à la 
campagne de Roussillon (1462-1463) sous le commandement 
de Jaques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la 
Marche ■». 

Il resta fidèle au roi pendant la ligue du bien public, bien que 
son suzerain direct le duc de Bourbonnais et le duc de Nemours 



1. Hist. (le Charles Vil, V, 8j, 81. 

2. Des étriers et non des écrins, comme le conjecture Du Fresne de Beau- 
court, qui lit cscrieli. 

3. Thomas, États prov.,\, 172. 

4. Voy. Vaesen, Lelt. missives de Louis XI, II, p. 65, et Calmette, Louis XI 
et la révolution catalane, p. 164, no 2. 



JAMETTE DE NESSON ET MERLIN DE CORDEBEUF 91 

fussent parmi les révoltés '. C'est pour cette raison que le duc 
de Bourbonnais le révoqua de sa charge de gouverneur de Can- 
nât : il la lui rendit d'ailleurs un peu plus tard, le 8 février 

1467'; 

Louis XI paraît lui avoir toujours maintenu sa confiance : 
le 6 février 1470, il le charge, conjointement avec i'échiinson 
Merlin de Nerenx, de passer en revue les troupes du sire de 
Lescure destinées à faire campagne en Catalogne ' ; le 2 sep- 
tembre 1472, il autorise l'imposition sur la Basse-Auvergne 
d'une somme de trois cents livres tournois dont les États de ce 
pays lui avaient fait don 4. 

Merlin de Cordebeuf, veuf de Jamette de Nesson, se remaria 
avec une demoiselle Antonie Blanche, dont le nom est men- 
tionné, conjointement avec le sien, dans une concession d'autel 
portatif faite aux deux époux parle légat pontifical, à Tours, le 
jour des ides de janvier 1476 (15 janvier 1477, nouv. style), tt 
dont il eut la joie d'avoir une postérité. Il parvint à un cage 
très avancé, car nous le voyons encore, le 21 juin 1499, de 
concert avec sa seconde femme, ratifier le contrat de mariage 
de son fils Robert et de Françoise de la Garde ; il n'était plus 
de ce monde en 15 10 >. 

Un seul opuscule a été signalé jusqu'ici comme portant 
expressément le nom de Merlin de Cordebeuf. Il se trouve dans 
un m-muscrit de la fin du x\^ siècle, le n° 1997 ^^ fonds français 
de la Bibliothèque Nationale, page 8r, et y débute ainsi : 

Ici après s'ensuit par chapitres rordonnance et manière des chevaliers 
errants comme je MerHn de Cordebeuf me suis pensé estre chose de grant 



1. C'est ce qu'on peut conclure d'une pièce du 21 mai 1465 citée par 
M. Vaesen, Lettres missives, II, 92. 

2. Copie des lettres de provision dans le dossier Cordebeuf (Wo\. Nat., 
franc. 27337, fol. 19 vo); elles ne furent enregistrées que le 13 décembre 
1471. 

3. Copie ihid., fol. 20 r°. 

4. Copie //'/W., fol. 22 vo. — lime paraît inutile de citer tous les documents 
groupés sur lui dans le dossier Cordebeuf; je me borne aussi à dire que son 
nom revient plusd'une fois dansles extraits des registres du Châtelet(vol. 763 et 
764 de la collection Clairambault), ainsi que dans les registres du Parlement. 

5. Dossier Cordebeuf ciré, fol. 24. 



92 A. THOMAS 

bruit et de grant plaisance pour esbattrc les seigneurs princes, chevaliers et 
L'scuiers de ce royaulnie. Et premièrement la faczon des armes de leurs per- 
sonnes ; secondement celle de leurs chevaulx... 

^Ordonnance et nmnicre des chevaliers errants occupe sept 
feuillets dans le manuscrit, lequel est de petit format; malheu- 
reusement les deux derniers, déchirés de gauche à droite, 
n'offrent qu'un texte tronqué, dont voici la fin, Ljui est celle 
même du manuscrit : 

[toujtes les choses davant dictes je 

Cordebeuf davant nommé faiz 

nostre sire et a messeigneurs de 

blanche ou du serement de 

fin que de sa maison ysse nouveaux 

en armes qui pieça ne furent faiz 

[tjemps du règne du roy Artus sobz 

.... correction du roy nostre d. seigneur, de mesd. seigneurs 

et de tous ceulx qui y sauront mieulx 

re chose ad ouster etc. {sic'). 

René de Belleval, dans un livre illustré intitulé !)/< costume 
viilitairc des Français en 1446 (Paris, Aubry, 1866; in-4°, 
VI11-91 pages et 7 planches), a parlé de cet opuscule de Merlin 
de Cordebeuf : « Il y avait encore, curieux vestiges d'un autre 
âge, quelques chevaliers errants dont le costume offrait des par- 
ticularités assez remarquables pour que Merlin de Cordebeuf 
ait songé à les réunir sous le titre de : V ordonnance et matière 
[sic] des chevaliers errans. C'est ce petit traité très court et 
entièrement inédit que nous publions ci-après '. » Malgré cette 
déclaration catégorique, Belleval n'a donné au public que la 
première partie du traité de Cordebeuf. Son texte s'arrête 
après ces mots : « donner cop qui grève ou face mal », qui se 
lisent au bas de la page 86 du manuscrit. \'oici le titre et le 
sommaire de la seconde partie que l'éditeur a négligée sans 
prévenir son monde : 

Icy après s'ensuivent les formes et manières comment les chevaliers errans 
querront leurs adventures. 

Premièrement, quelles armes il/, porteront en leurs cscuz. 



I. Op. laud., p. 78. 



JAMETTE DE XESSOX ET MERLIN DE CORDEBEUF 93 

Secondement, comment ilz seront acompaignez tant de gentilz hommes 
comme de variez. 

Tiercement, la forme et manière comment ilz devront quérir leur herber- 
gement. 

Quartement, la forme et manière comment ilz devront envaïr ' et courre 
sus l'un a l'autre. 

Quintement, la forme et manière comment ilz devront chevaucher par le 
pais. 

Sixtement, les sermens qu'ilz auront a faire pour estre chevaliers errans et 
en quel main. 

Setieme[ment], coment dames et damoyselles yront par pais avecques les 
diz chevaliers errans. 

Huitieme[ment] -, ce que herault et poursuivant auront a faire. 

La publication intégrale de l'opuscule de Merlin de Cordebeuf 
pourrait tenter quelque bibliophile; mais il sera sage d'attendre 
qu'on mette la main sur un manuscrit qui ne soit pas lacéré 
comme le 1997 de la Bibliothèque Nationale. René de Belleval, 
dans son introduction, déclare posséder un manuscrit iden- 
tique à ce manuscrit et de la même époque, mais il ne s'explique 
pas sur l'état des derniers feuillets, et même l'on peut se 
demander si ce manuscrit contient bien l'opuscule de Cordebeuf 
ou seulement le traité anonyme qui le précède dans le 1997, 
traité auquel est spécialement consacrée la publication de 
Belleval''. Voici les premières lignes du traité anonyme (page 63 
du manuscrit 1997) : 

Icy après s'ensuit la façon comment les gens de guerre du royaume de 
France, tant a pié comme a cheval, sont habillez et + la manière et usance de 
leur 5 guerroier qu'ilz font contre leurs ennemis. 

Item aussi la faczon comment oud. royaume tant hommes que femmes se 
habillent en vestemens auiourduv 



1. Ms. en voyc; mais la correction s'impose d'après le passage correspon- 
dant du traité. 

2. Le ms. a un ^ initial en bleu, au lieu d'une, H. 

5. Ce traité a été utilisé par M. Jusserand dans son livre récent intitulé 
Les Sports et les jeux d'exercice dans rancienne France (Pa.ns, Pion, 1901). 

4. Ms. en. 

5. Belleval lit le pour n'avoir pas remarqué le sigle abréviatif de ur. 



94 A. THOMAS 

Ce traité anonyme a été composé aux alentours de 1448 
puisqu'on y lit la déclaration suivante (p. 69 du manuscrit) : 

En Fan mil IIII'-" XL\'I, XL\'II, XLVIII portoient tant gentilz hommes que 
gentilz femmes en teste et sur leurs corps la propre forme et faczon en telle 
manière comme cy davant est paint ; si me en tays atant, car par la painture 
le pourrez aussi bien comprendre '. 

Belleval s'est demandé si la paternité pouvait en être attribué 
à Antoine de la Sale, dont le manuscrit 1997 contient, en tête, 
le Traité iIcs tournois et le poème intitulé Journée d'onneur et de 
prouesse : il a sagement conclu que non. On ne voit pas pour- 
quoi il ne s'est pas posé la même question au sujet de Merlin 
de Cordebeuf. J'avoue qu'il me paraît très vraisemblable que 
les deux traités qui terminent le manuscrit 1997, et dont l'objet 
témoigne de préoccupations d'un ordre si spécial, doivent avoir 
le même auteur, c'est-à-dire Merlin de Cordebeuf*. L'étude de 
la langue et du vocabulaire — si l'on veut prendre la peine de 
la faire — confirmera probablement cette. hvpothèse qui a pour 
elle toutes les apparences. 

A. Thomas. 



1. Le manuscrit n'a malheureusement ni peintures ni dessins. 

2. Quoi qu'en dise Belleval, l'écriture n'est pas identique dans tout le 
manuscrit 1997 : il y a deux mains distinctes, celle qui a copié les deux opus- 
cules d'Antoine de La Sale et celle qui a copié les deux traités sur le costume 
qui terminent le manuscrit. 



MÉLANGES 



ENCORE FLOÎRE ET BLANCHEFLEUR 

Ces quelques mots ont pour objet de compléter et de justi- 
fier ce que j'ai écrit jadis sur ce sujet dans le tome XXVIII 
(année 1899) de la Romania, p. 348 et suiv. 

I. Au moment où je préparais mon article, je n'avais pas 
encore lu un ouvrage qui venait alors de paraître, V Hh'toirc delà 
lilh'rûlinrnéerlandaise de feu le professeur]. TenBrink'. Quelle 
ne fut pas ma surprise, en consultant ce livre, il y a quelque 
temps, pour un tout autre objet, de voir que Ten Brink avait 
fait (p. 115, né de son ouvrage) une partie des rapproche- 
ments pour lesquels je croyais avoir la priorité ! Il compare en 
effet à Floire et Blancheflciir trois des quatre récits que j'ai cités 
dans la seconde partie de mon étude (ceux que j'ai désignés par 
les lettres A, B et C), et conclut, comme moi, contre l'origine 
byzantine et en faveur de l'origine arabe du récit- Je note ici 
le fliit pour constater d'abord la priorité de Ten Brink et lui 
accorder ce qui lui est dû, ensuite, pour faire observer qu'un 
rapprochement qui se présente à l'esprit de deux chercheurs 
entièrement indépendants l'un de l'autre peut ne pas corres- 
pondre à la réalité des faits, mais mérite de n'être pas repoussé 
à priori. 

IL L'épisode de l'amoureux qui se déguise en marchand pour 
aller rejoindre sa bien-aimée (voir p. 354 de mon premier 
article) se trouve dans un conte des Mille et une nuits, celui 
intitulé Taie of Taj al Muli'ik and the Princess Diinya dans la tra- 
duction de Burton (III, i2-32;il manque dans Galland), bien que 
les circonstances ne soient pas tout à fait les mêmes : il ne s'agit 



I. Gcschicdcnes derNederlaiulsche letterkunde, Amsterdam, 1897, p. 115,116. 



9é MÉLANGES 

plus de retrouver une amante perdue, mais d'un voyage inco- 
gnito pour une demande en mariage. Cette observation 
répond à une critique de M. Reinhold, p. 159 de l'article 
dont je vais maintenant parler. 

III. Sous ce titre : Quelques n'iitarqnes sur les sources de Floire cl 
Blanceflor, M. J. Henry Reinhold publie, dans h Revue de phi- 
lologie française, t. XIX, 2*= et y semestres 1905, p. 152-175, 
un article destiné à combattre les conclusions de mon travail et 
à leur substituer une autre hypothèse. Rejetant l'idée d'une 
origine arabe aussi bien que d'une origine byzantine, M. R. 
voit dans Floire la libre invention d'un romancier français se 
servant d'éléments empruntés à la Psyché d'Apulée^ à Théagène 
et Chariclée, à Apollonius de Tyr, au livre à'Esiher, au livre des 
Nombres, à Partonopeu de Blois et enfin au Roman d'Eneas, 
auquel serait empruntée la ruse de Floire pour s'introduire dans 
la tour (le panier à fleurs serait une imitation du cheval de 
Troie, p. 170). L'auteur aurait joint à ces éléments divers des 
notions sur l'Orient, qu'il tenait, « soit d'un voyageur, soit 
d'un croisé venu d'Orient, soit de ses lectures » (p. 165) et 
l'idée d'une Tor as puceles qui se retrouve ailleurs. 

A ce système, ingénieux mais complique, je n'opposerai 
qu'une objection fondamentale. Je crois qu'il serait difficile de 
trouver, dans la poésie française du moyen âge, un récit mieux 
suivi (à quelques détails fantastiques près, qui sont évidem- 
ment adventices), plus logiquement construit que le récit des 
aventures de Blanchefleur, depuis le moment où elle est vendue 
comme esclave, jusqu'à celui où l'on découvre ses amours avec 
Floire ; en outre, ce récit suggère irrésistiblement l'idée d'un 
harem ; cela est si vrai que Jonckbloet, qui croyait pourtant à 
l'origine byzantine du thème, se sert du mot dans l'analyse du 
poème {Geschiedenis der Nederl. letterkunde, y éd., I, p. 337), et 
signale une foule de détails qui coïncident avec ceux qui se 
trouvent dans des contes arabes où il est question de harems. 
Pour moi, je me déclare incapable de comprendre comment un 
homme prenant pour point de départ le thème purement fan- 
tastique de la Tor as puceles, et y mêlant une foule de traits 
hétérogènes pris à droite et à gauche, aurait pu construire 
un récit aussi réel, aussi net et précis que cette seconde partie 
du roman. Au contraire, cette logique et cette précision du 



ENCORE FLOIRE ET BLANCHEFLEUR Cjj 

récit s'explique si ce récit est réellement d'origine orientale, 
arabe. 

Je ne m'arrêterai que sur un point, où M. R. me reproche 
une erreur de méthode et qui touche à une question d'ordre 
général. D'après M. R. je n'avais pas le droit de me servir, pour 
mes démonstrations, des Mille et une nuits : « On place les ori- 
gines des Mille etune nuits aux temps de Haroun-al-Raschid, mais 
ce ne sont que pures hypothèses. Ce qui est certain, c'est que 
leur forme actuelle remonte au xV^ siècle et qu'elles se répandent 
en Europe pour la première fois au xviii^ siècle... Un poème 
du second 'tiers du xii^ siècle ne doit pas être expliqué par des 
contes du xV' siècle, à moins qu'on démontre leur existence 
antérieure et qu'on prouve qu'ils ont été connus dans les pays 
où se développa la littérature du moyen âge. « 

D'abord, le recueil des Mille et une nuits est certainement 
antérieur au xv*= siècle, vu que M. Zotenberg a signalé un 
manuscrit qui ne peut être plus récent que la seconde moitié 
du xiY^ {Notices et extraits des mss., t. XXVIII, p. 1 68 et 171). 
En outre, le prot. A. Mûllera montré, par des arguments très 
forts et très probants (voy. son article dans les Beitrâge ~iir 
Kunde der Indo-Genn. Sprachen, XIII) que les parties les plus 
anciennes de l'ouvrage, notamment la plupart des contes où 
figure le calife Haroun, ont dû être composées à Bagdad, dans 
un temps où cette ville était encore riche et florissante, par 
conséquent bien avant le xV siècle. Burton, dans le Terminal 
Essay placéà lasuitedesa traduction(édit. 1885, t. X, p. 93-94), 
place la composition de la partie la plus ancienne de l'ouvrage 
au dixième siècle. C'est remonter encore plus haut, peut-être 
trop haut'. 

Mais des £iits spéciaux montrent bien que nous ne pouvons 



I. On peut voir encore, sur la question, Oestrup, Studier over looi Nat, 
Copenhague, 1891, in-80 (dissert. d'Université), un article de M. Blochet, 
dans la Revue eucyclopcdique Larousse, année 1900, I, p. 7-10 ; une étude 
pour le grand public du prof. A. Mùller dans la Deutsclic Ruudsclmu, année 
1887 (vol. LU), p. 77 suiv.), et un art. de M. Carra de Vaux dans la Revue 
des Deux Mondes du i^r janvier 1906. Très divergents dans les détails, ces 
orientalistes se prononcent tous contre l'hypothèse d'une origine récente 
de l'ensemble des Mille et une nuits. 

Romania, XXXV J 



C)8 MELANGES 

pas fliire descendre la composition des Mille et une nuits à une 
date aussi basse que le xv^^ siècle. M. De Goeje, après un exa- 
men détaillé, conclut que les Voyages de Sindbad ont dû être 
composés au x"^ siècle ; en tout cas, des récits qui semblent 
bien empruntés à ces voyages étaient connus en Europe dans 
le dernier quart du xii' siècle (revue D<? Gids, 1889, III, p. 288 et 
suiv.). Un des contes que j'ai comparés pour le fond à Flaire 
et Blanchefîcur se trouve, sous une forme légèrement différente, 
chez un historien arabe, mort, selon M. De Goeje, en l'an 
1200 (voir mon premier article, p. 355), et qui dit le tenir de 
la tradition orale. Un épisode essentiel du conte de Qamar-al 
Zaman est le fond du Roman de l'Escoufle, composé avant l'an 
1204 (voir l'édition de M. P. Meyer, dans l'Introd. de son édi- 
tion p. xxxv). Je cite ce fait plutôt pour mémoire, vu que 
l'épisode utilisé dans VEscoufle peut parvenir d'un conte diffé- 
rent, dans son ensemble, du conte actuel de Qamar-al- Zaman; 
il n'en est pas moins curieux comme preuve de l'antiquité rela- 
tive de ces sortes de récits". Autrement important est le fait que 
le conte du Cheval de bois d'ébcne (trad. de Burton, éd. 1885, 
tome V, p. I et suiv.) est évidemment la source de deux 
romans, Ciéomadès, d'Adenet le Roi, et Méliaciu, de Girard 
d'Amiens, composés, le premier dans les dix premières années 
du dernier quart du xiii^ siècle, le second avant 1291-. Ici on 
ne retrouve pas seulement un épisode isolé: la structure com- 
plète du récit est reproduite par les deux imitateurs occidentaux 
avec une fidélité telle qu'ils peuvent servir de garants, pour le 
fond, sinon pour le style, de l'antiquité du récit arabe. Comme 
nous devons admettre un intervalle assez long entre la compo- 
sition de ce conte dans les régions orientales du monde musul- 



1. Le conte de Oa ma r-al-Ziniia 11, dans sa forme actuelle, a certainement 
fourni des épisodes au roman de Pierre de P.crveuce, ainsi qu'au poème italien 
d'Oltiitellp e Giiilia (xv^ siècle); il aurait donc pénétré en Europe à deux 
reprises. 

2. G. Paris dans Histoire littèr. de la France, XXXI, 190, ainsi que l'article 
de M. V. Chauvin sur Pacolet dans la revue IVallonia, t. VI, p. i et suiv. — 
M. Chauvin a bien montré que les deux poèmes dérivent d'une version 
occidentale perdue, mais cette version peut difficilement être, comme il le 
croit, une traduction espagnole des Mille et une nuits ; comp. les observations 
de G. Paris, /^(w/., XXVIll, 325-326. 



ENCORE FLOIRE El BLAKCHEFLEUR 99 

man (le héros est persan), et sa première apparition en France, 
en 1275 ou plus tôt, nous sommes de nouveau obligés d'ad- 
mettre les dernières années du xii^ siècle comme terme extrême, 
et le conte est probablement bien plus ancien (d'après le prof. 
A. Millier, ce récit pourrait être un de ceux qui ont fait partie 
des Mille et une nuits primitives, rédigées en persan ou en pehl- 
vi'). Ce fait est d'autant plus important pour le sujet qui nous 
occupe que j'ai cité un certain nombre d'analogies entre le 
conte du Cheval de bois d'cbène et Floire et Blancheflenr . 

Les autres contes que j'ai cités pour des détails de mœurs ou 
d'analogies du récit sont de ceux où figure Haroun-al-Raschid. 
Le conte du Dornieur Eveillé, bien que Haroun y joue le rôle 
principal, pourrait bien ne pas appartenir au noyau le plus 
ancien des Mille et une nuits à cause de la place qu'il occupe 
dans les manuscrits; on ne peut cependant le faire descendre 
très bas : on trouve le conte, plus ou moins défiguré, chez 
l'humaniste L. Vives ^, qui le donne comme une anecdote his- 
torique, rattachée au duc Philippe le Bon de Bourgogne : il a 
donc pénétré en Europe au xv^ siècle et pourrait avoir été rédigé 
au xiV^ siècle au plus tard. Vu le caractère traditionnel et per- 
manent des mœurs orientales, j'avais le droit de m'en servir 
pour un détail d'étiquette (la présence d'odalisques au lever du 
calife). 

En somme, si quelques-uns des rapprochements de M. R. 
ont de la valeur 5, s'il a eu le mérite de fixer l'attention sur la 



1. Article cité dans les Beitnii^e, p. 241. 

2. Voy. Vives, Openi, édil. de Valence, 1788, VII, p. 144-145. Un début 
de conte espagnol fort semblable à celui de Vives a été publié, d'après un 
manuscrit (xv» siècle) du Coude Liicanor, par Amador de los Rios, Historia 
critica de la literatiira espanold, IV, 618. Comp. V. Chauvin, /. c, fos 18-19. 

3. Celui avec Apollonius de Txr est frappant (tombeau érigé pour faire 
croire qu'une personne est morte) ; cependant la ruse n'a pas pour but, dans 
Apollonius, de tromper un amoureux, ainsi que cela est le cas dans Floire et 
dans le conte de Ganem ; il est possible que l'auteur de Floire ait ajouté cet 
épisode, ou bien qu'il ait combiné le récit très connu au moyen âge d'Apollo- 
nius avec les données du conte arabe ; du reste, je n'avais pas présenté le 
rapprochement avec Ganem en première ligne. — En revanche, je crois qu'il 
faut faire les plus expresses réserves sur les rapprochements avec la Psyché 
d'Apulée ; il est fort peu probable qu'on ait connu, en France, au xii^ siècle, 



rOO MELANGES 

donnée de la Tor aspiiceles', je persiste i croire l'hypothèse d'une 
origine arabe du roman plus probable que toute autre, 
plus surtout que celle de M. Reinhold. Je reconnais du reste 
que mon hypothèse n'est que vraisemblable, tant qu'on n'aura 
pas trouvé un conte arabe qui serait à Floire ci Blaiichejîeur ce 
que le conte du Cheval ifchàw est à Clcoiiiadcs et à Méliacin ^. 

G. HUET. 

GUENELOX — GJXELON 

Dans son étude sur le Carmen de prodicione Guenonis, Gaston 
Paris a prétendu que la forme Ganelon était postérieure à 
Giienclon et n'était apparue qu'après la chute de 1'// du groupe 
giiK C'est très certainement une erreur. 

Le célèbre archevêque de Sens, prototype du traître, a été 
de son vivant appelé Ganelon et s'est lui-même ainsi désigné. 

Les « Annales » dites « de Saint-Bertin », dans la partie 
rédigée par Prudence (mort le 6 avril 86 1), évêque de Troyes 
et, par suite, suffragant de la métropole senonaise, signalent à 
l'année 859 que, au concile de Savonnières, Charles le Chauve 
porta plainte contre l'archevêque : « libellum accusationis 
adversus Guaniloneni Agcd'mci Senonum metropolitanum + ». Et 
un peu plus loin elles rapportent, avec un blâme discret, que 



le roman de iin'ldiiiorphoscs dont Psycbc tait partie. Mais cette question serait à 
examiner à part. 

1. Cette mention de la l'or as piicclcs n'est du reste pas décisive. Dans le 
système de M. R., si je le comprends bien, l'idée d'une lor as pucelcs, mêlée 
à des détails pris d'ailleurs, a conduit l'auteur de Floire à une conception qui 
présente une ressemblance extérieure avec un harem. Mais il est tout aussi 
possible que l'auteur ait appliqué le nom traditionnel de Tor as piicdcs au 
harem qu'il trouvait dans un récit venu d'Orient. 

2. Bien des points, dans l'histoire du roman, sont encore à élucider. 
M. R. raisonne perpétuellement comme si l'auteur du poème I de Du Méril 
avait été le premier à traiter le sujet en français ; c'avait été aussi mon opinion ; 
mais G. Paris a conjecturé que tous les récits conservés dérivent d'un origi- 
nal français ^^/ï/» et il a donné, en faveur de son hypothèse, des raisons qui 
ne sont pas à négliger (Koiii., XXVIII, 445). 

3. Roinanid, XI, 486-487. 

4. Annales Bertiniutii, éd. G. VVaitz (Hannoverae, 1885, in-80), p. 52. 



G UE\ELOX — GANELOK' I O I 

le roi se réconcilia avec le prélat qui l'avait trahi : « Guanilo 
episcopus Senonum absque audientia episcoporum Karlo régi 
reconciliatur ' ». 

On pourra objecter, il est vrai, que nous n'avons (pour cette 
partie des Annales) qu'un seul manuscrit, lequel semble de la 
fin du x*" siècle =, et que, par suite, cette graphie pourrait être le 
fiait non de Prudence mais du scribe ; d'autant que le LiheJlus 
proclamatkmis doiiini Karoli régis, auquel fait allusion Prudence, 
nous a été conservé par plusieurs manuscrits anciens ; or ce Lihel- 
lus est certainement l'œuvre d'Hincmar, archevêque de Reims, 
etil porte cà plusieurs reprises JVcnilo, jamais Giiûiiilonï WaniloK 

Mais l'épître synodale envoyée de Quierzy à Louis le Ger- 
manique en novembre 858 et conservée, elle aussi, par des 
manuscrits anciens, porte, à côté du nom de l'archevêque de 
Rouen JVenilo, celui de l'archevêque de Sens Wanilo'^. Et cette 
forme se retrouve dans l'épître synodale du concile de Soissons 
de 866 adressée à Nicolas P"" : « Uanilo archiepiscopiis ^ yK Celle-ci 
est au fol. 78 verso du ms. 407 de la Bibliothèque de la 
ville de Laon, manuscrit du ix*^ siècle, exécuté à l'instigation 
d'Hincmar de Reims (mort en décembre 882) et portant des 
annotations de sa main^. 

Enfin l'archevêque de Sens lui-même a signé deux diplômes 
synodaux dont les originaux existent encore aujourd'hui. Dans le 
premier, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, donné en 862 ou 
peu après, on lit : « -[ego Fuajiilo munere divino Sennençis (m') 
episcopus, prius per advocatum, postea per memetipsum sub- 
scripsi.» Son représentant, lediacre Baumond, avait souscrit tout 
d'abord : « -f Baltmundus diaconus, ad vicem domni et patris mei 
Vuanilonis, Senonum urbis archiepiscopisubscripsi " » ; le second 

1 . Ihid ., p. 53. 

2. Conservé à la Bibliothèque de la ville de Sainî-Omer, r\° "06. Les 
passages que nous venons de citer se trouvent aux fol. 188 verso et 189 
recto. 

3. Capittilaria, éd. Boretius et Krause, II, 430-453 (Moinimciita Gcniia- 
niiv hislorica, série in-40). 

4. Capitulaiia, éd. Boretius et Krause, II, 427. 

5. L'initiale est bien line lettre simple. 

6. Voy. Le Moyen Age, année 1902, p. 438. 

7. Tardif, Moiiiiiiients bistcn\]ues, Caiioits des rois, n" ïi'i'j, p. 121. 



102 MELANGES 

en faveur de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, donné en 
864 porte : « -j- Vnanilo munere divine Sennensis episcopus hoc 
privilegium recognovi et ;subscripsi' ' ». 

Il est donc bien établi que l'archevêque de Sens était appelé 
et s'appelait Ganelon. 

Mais cette prononciation était-elle générale ? N'était-ce pas 
un cas particulier? Au premier abord on serait tenté de le 
croire en voyant dans un exemple rapporté plus haut le nom 
de l'archevêque de Rouen écrit Wenilo tandis que celui d'un 
homonyme sénonais est mis sous la forme Wanilo. Comme ce 
dernier est étranger au royaume de Charles et est venu du 
royaume de Lothaire% on pourrait se laisser aller à imaginer 
soit une influence germanique soit un reflet de quelque 
prononciation romane dialectale. 

Il n'en est rien. En efl'et l'archevêque de Roiien reçoit en 863 
une lettre du pape Nicolas P'' adressée « Wanihmi Rotoma- 
gensi' ». Et lui-même a souscrit en 862 au-dessous de son 
homonyme dans le même diplôme synodal pour Saint-Denis: 
« Y Vuanilo humilis Rotomagorum episcopus subscripsi'* ». 

D'autres exemples pourraient facilement être réunis. Ceux-ci 
suffisent pour montrer que, dès le milieu du ix= siècle, la 
prononciation Guanelon, Ganelon, coexistait avec Guenelon'^. 

^ Ferdinand Lot. 

FRANC. ÉPAULE 

Dans son Lat.-rom. J^tV/^rZ'., à l'article s pat ula, Kôrting, 
déclare que le changement phonétique de l'anc. franc, espalle 
es pale tn franc, mod. épaule n'est pas encore éclairci. Dans les 



1. Max. Quantin, Cartulaire général âe T Yonne, I, 86-87 (^vcc fac- 
similé). 

2. Audradus Modlcus, Révélât iones, dans Historiens de France, VII, 291. 

3. Annales Bertiniani, p. 63. 

4. Tardif, op. cit., p. 121. 

5. [La coexistence de Wanilo et de Wenilo au milieu du ix= siècle, n'est 
pas douteuse. Wanilo est, linguistiquement, la forme la plus ancienne 
et IVenilo offre un affaiblissement de l'a en c dû à l'action de Vi du suffixe 
hvpocoristique -ilo, action qu'on désigne ordinairement, à l'allemande, sous 



FRANC. EPAULE IO3 

lignes qui suivent, nous nous efforcerons de donner l'explica- 
tion de ce changement. 

Nous n'insistons pas sur le développement irrégulier de tl en 
ill, II, qui indique que spat(u)la = espadle, espaUe de 
même que rot(u)lus = anc. franc, ro/û', bien que très anciens, 
n'appartiennent pourtant pas au fonds premier de la langue 
comme veclus vet(u)lus ou *secla sit(u)la. 

M. Mever-Lùbke {Gramm. d. roui. Spr., I, p. 449-450) 
affirme que le groupe //, s'il est de formation récente, devient 
-//-en franc. ; c'est-à-dire que la première des deux /devient une/ 
vélaireetparsuitese vocalise, tout comme si elle se trouvait non 
pas devant une / mais devant une autre consonne. M . Foerster (Z. 
/. 10m. Ph., XXVI, 430) refuse à bon droit d'admettre l'explica- 
tion de M. Meyer-Lùbke ; il n'y a pas en effet d'autre exemple 
où la première liquide du groupe -//- se soit vocalisée'. Quelques 
lignes plus bas, M. Foerster . suggère une autre explication: 
espalle, espale serait devenu espaiile dans un dialecte de l'Est où 
a passe régulièrement à an devant /, et le français du Centre 
aurait ensuite emprunté à l'Est cette forme dialectale. Il a soin 
pourtant d'ajouter aussitôt : « Mais pourquoi la forme de 
l'Est aurait-elle pénétré en français et de si bonne heure ? » Et en 
effet, on nesaurait admettre que le nom d'une partie du corps soit 
un emprunt fait par le français à un dialecte tout comme un terme 
techn'que ou un mot désignant une chose originaire de telle 
contrée ou plus abondante là qu'ailleurs. Si l'on tient compte 
encore de ce que la forme épaule paraît au commencement 
du xiii^ siècle et qu'à cette date le bourguignon — qui n'a 
presque rien fourni au vocabulaire commun — était le seul 

le nom d'« umlaut » ou, à la grecque, sous celui de « métaphonie », recom- 
mandé par M. Victor Henry. Ce nom germanique remonte, d'après l'opinion 
généralement reçue, au thème gothique vën-s « espoir » ; mais il ne saurait 
y avoir de rapport direct entre l'i^ gothique et Ve de la forme carolingienne 
Wenilo, Vê gothique s'étant changé en â dans tout le domaine allemand. 
Comme la métaphonie de ]'<; n'apparaît en haut-allemand qu'au ixe siècle, 
la forme JVenilo doit provenir des pays-bas allemands où le phénomène est 
beaucoup plus ancien : cf., sur ce point de chronologie linguistique, Roiiiaiiia, 
XXXI, 495. — A. Th.] 

I. L'exemple soulier (sotlar, soller) que M. L. cite à côté de épaule est peu 
concluant vu que Vo est atone. 



104 MÉLANGES 

dialecte de l'Est auquel le français eût pu prendre ce mot, on 
voit le peu de vraisemblance de cette supposition '. 

Dans la Grainni. de ranc. franc, de Schwan-Behrens (4"^ édit. 
p. 72-73), on trouve une autre explication qui n'est pas plus 
heureuse que la précédente: à cause du lieu et de la date de 
l'emprunt, l'atone pénultième ne serait pas tombée et n'aurait 
pas mis en présence la dentale et la liquide dans épaule de 
même que dans 7)ieiile <metula, roule < rotulat et viouh' 
<modulus; la dentale intervocalique aurait disparu et Vu aurait 
formé diphtongue avec la voyelle tonique précédente. Mais 
aucun des exemples allégués n'est probant : meule ne vient pas de 
metula, qui n'a pas donné de dérivé dans les langues romanes, 
mais de môla (pour le sens, voy. le Dict. général de Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas) ; Von de roule est dû à l'influence ana- 
logique exercée par le verbe roeler, roueler {dérivé de roele. 
rouelle) sur le verbe roller, roler (*rotulare); quant à molle, 
moule, et à épaule, affirmer l'existence en latin vulgaire des 
types *moulus, *spaula, c'est négliger complètement les 
formes romanes: esp. molde, roum. inodru ; catal. espattla, 
prov. espatla, ainsi que les formes de l'anc. franc. : modle, molde 
et espalde, espaude. 

Espalde est sorti par méthathèse d'espadle qui, par l'assimila- 
tion du ^ à /, a donné naissance à la forme espalle, espale, la 
plus usitée en anc. franc. Néanmoinsdans quelques textes de la 
première moitié du xii^ siècle, écrits dans le dialecte du Centre 
ou en anglo-normand, on rencontre assez souvent espalde'. 
Quatre Livres des llois 29, 35, 61, 141, 370, 377; Psautier 
de Cambridge 20, 12; 80, 6; 90, 4; Psautier d'Oxford 90, 4. 
Enfin, dans un texte du xiii^ siècle, avec la vocalisation de/, 

espaude : 

En l'espaude as denz l'aert 
Que l'os remaint tut descuvert-. 



1. Le lorrain du xiv^ siècle ne présente encore que d'une manière spora- 
dique le changement de « devant /en au: loial, e spécial z. côté de loiaul, 
ailles (Apfelstedt, Introduct. del'édit.du fta/zZ/Vr/o/n//;/, p. x) ; et en wallonce 
phénomène ne fait son apparition que dans les dernières années du xin« 
siècle (Wilmotte, Étiuies Je tlialecloloi^ie walL, dans Rom. XVII, 554-55, et 
XVIII, 211-212). Voy. d'autre part, pour le bourguignon, Gôrlich, Z)^;- 
biirgiiiul. Dial. iiii XIII u. XIV Jahrh., p. 15. 

2. Fragment d'At?iadas ci Ydoitie publié d'après le ms. de Gotha par 
Andresen (Z. /'. roiii. PJjil., XIII, 92, vers 23). Dans le manuscrit 575 de 



TRANÇ. ÉPAULE IO5 

Il est à remarquer que la iormc espaude ' a dû être d'un usage 
courant au xii*^ siècle, à côté de la forme espalle, espale. 
Les formes autres et aiifei des Qiiatre Livres des Rois prouvent 
que la graphie cspahh- de ce texte cache une prononciation « 
espdude (cf. Schlôsser, Die Laiiiverhàlinisse der QLD R,p. 6-7); 
d'autre part les formes Hairaiid, Teihaud etc. du Liber censna- 
lis de Guillaume le Conquérant (voy. Hildebrand, Ueber d. 
fran:^. Sprachelement ini L. Cens. Wiih., \, 39, P- 361) qui 
témoignent de la vocalisation de / suivie de consonne et précé- 
dée de a dès 1086, permettent d'aflirmer qu'on a prononcé 
cspaude pour espalde à partir du commencement du xii^ siècle 
en franc., norm. et anglo-norm. et que les Psautiers repro- 
duisent, en dépit de la prononciation de leur temps, l'ortho- 
graphe surannée de l'original du xi^ siècle ^. 

Vers la fin du xir siècle, espalie, espale et espaude créèrent 
par croisement une forme nouvelle. Le résultat de ce croise- 
ment entre des mots très rapprochés au point de vue de la forme 
et identiques au point de vue de la signification, fut l'ancêtre dii 
franc, mod. épaule, lequel supplanta les formes anciennes qui 
lui avaient donné naissance : espaude -\- espale = espaule, épaule. 

Il faut donc enrichir de cet exemple la liste des croisements 
cités par M. Suchierdans Le franc, et le prov., p. 145 : anc. franc. 
oreste (orage) =: orage -\~ tenipeste; anc. franc, triers = très 
<trans-f- fier < rétro, etc., et par M. Meyer-Lûbke dans sa 
Grammaire des l. rom., II, § 466, notamment l'anc. ùanç.peiir, 
sorti du croisement des suffixes -6 re et -iira : pavore-j- pavura 
= peiir. 



la B.Nat., que Hippeau a suivi pour son édition de ce poème, espaude est 
remplacé par espaulle, v. 181 1. 

1. La forme espaude est attestée une seconde fois, ''dans 'un document 
de 1590 cité par Carpentier, dans Du Gange, spondalis, et par La Curne 
de S'e-Palaye à l'art, espaude : « Le suppliant lia sa femme à l'espaude de son 
lit et la feri d'une cognée. » Mais M. Thomas croit qu'espaiide est ici une 
simple faute de copiste pour espoiide « bord du lit ». 

2. La langue de l'original des Psautiersqueles copies du xii^ siècle repro- 
duisent laisse déjà voir, par la diphtongaison de la terminaison -t'/5 =: eaîs 
(cfmîeuieaJsybeallet dans le Fs.d'Oxt'.,oiseaIs, ruisseah, dans le Ps de Cambr.), 
une tendance à la vocalisation de /, notamment après a, e (cf. Harseim, 
Voc. H. Cous, iiii Oxf. Ps., p. 320). 



I06 NltLANGES 

Quant à la ÇormccspaiiiUi'(hcc scapula ' : espaudle) du Glos- 
saire anglo-normand publié dernièrement par M. Priebsch % 
il V faut voir une fiiute de scribe plutôt qu'une hésitation 
de langage entre la forme ancienne espaude et la nouvelle 
espaith'. Le copiste, ayant présente l'esprit la désinence du 
mot latin, a ajouté une/ devant la lettre finale du mot français 

.qui était en regard. 

Ch. Drouhet. 



« GIRAUT DE BORNEIL » OU « GUIRAUT DE BORXELH >, ? 

M. le Docteur Adolf Kolsen, qui va enfin publier le premier 
fascicule de son édition, depuis longtemps annoncée ^ du célèbre 
troubadour Giraut de Borneil, m'a tait l'honneur de me con- 
sulter sur les raisons qui m'ont amené à écrire récemment, à 
propos d'une étude de M. René Lavaud : « L'origine du trou- 
badour étant parfaitement établie, il y aurait tout avantage à 
l'appeler comme il s'appelait lui-même, Giraut, et non Guiraut : 
c'est ce qu'a fait M. Chabaneau... ^ « 

Voici mes raisons. 

Le nom propre germanique que les documents mérovingiens 
et carolingiens latinisent ordinairement en Ga i roald us ^ est 
devenu plus récemment, en Limousin comme ailleurs, Geral- 
dus et Giraldus^. Il est certain que le g germanique, placé à 
l'origine devant un a, a passé du son explosif au son chuintant, 
de même que leiijdeGauciobercthus (plus récemment Gauz- 



1. Scapula remplace dans les Gloses de Cassel spatulaet traduit, de 
même que humérus, le germ. ahsla. Dans le Gloss. d'Évreux on trouve 
quatre synonymes lat. pour « épaule » : biniienis, vel ariiius, vel scapula ■= 
espauîe 54 et spaltûa — cspaiilc 44 (Petit vocab. lat. -franc, du xiiie siècle, p. 
p. Chassant). 

2. Dans les Bausteine (icr rom. Phi'. Ft'stgahef. A. Mussafia, p. 536. 

3. Cf. Romania, XXIII, 496. 

4. Romania, XXXIV, 157. 

5. Cf. A. Longnon, Polypt. de Vahbave de S. -Germain des Très, I, 311. 

6. Geraldus est de beaucoup la forme dominante en Limousin ; mais il 
y a quelques exemples de G irai dus ; cf. Viiidex noviinum des Doc. hist. con- 
cernant principalement la Marche et le Limousin de Leroux, Molinieret Thomas, 
t. II, p. 345- 



« GIRAUT DE BORNEIL » OU « GUIRAUT DE BORNELH »? IO7 

bertus); mais tandis qu'on a pris de bonne heure l'habitude 
d'écrire en roman Jausberl , ce qui rend manifeste le changement 
de g en y devant un a persistant, le son e en i, qui avait succédé 
au son primitif^/ dans les formes latinisées Geraldus, Giral- 
dus, a maintenu l'usage traditionnel du ^ parce que les nom- 
breux mots latins où g devant un e ou un / sonnait ; (comme 
geii, de gentem, ougirar, de gy rare) ne laissaient aucun doute 
sur la prononciation du g devant les voyelles e et /. 

Ce n'est qu'au-dessous de la ligne de partage des sons ca et 
ga, d'une part, cha et ja de l'autre ^ que le g germanique a 
conservé le son explosif primitif, et que, pour bien marquer le 
son explosif, on a pris l'habitude de faire suivre le g d'un // et 
d'écrire Gniraiit. II est fort possible que le troubadour s'appelât 
réellement Gérant plutôt que Giraitt, mais il est impossible, 
étant donné qu'il était « de l'encontrada d'Esidueill, d'un ne 
castel del vescomte de Lemoges ^ » que le nom qu'il portait fût 
Giiiraut. Les chansonniers qui nous ont transmis ses poésies 
hésitant entre Giraiit et Guiraiit, c'est Giraiit qu'il faut choisir. 

L'exemple de M. Chabaneau que j'ai invoqué appelle une 
réserve importante. De parti pris, M. Chabaneau appelle Girau 
tous les troubadours dont le nom remonte à Gairoaldus, 
quelle que soit leur patrie : mais dire Girant Riquier, comme il 
le fait, c'est commettre une confusion inverse de celle que j'ai 
critiquée chez M. Lavaud. Il faut dire Gniraut Riquier (de Nar- 
bonne) et Giraui de Borneil (d'Excideuil) : c'est une question de 
latitude, c'est-à-dire de géographie linguistique 5. 

Il est un autre détail sur lequel M. Kolsen ne m'a pas consul- 
té, mais sur lequel je me permets d'attirer son attention : il 
concerne la graphie du surnom de notre troubadour. Dans sa 
thèse de 1894 et dans un mémoire qui foit partie du Festschrift 
publié en 1905 en l'honneur de M. Tobler -^j M. Kolsen écrit 

1. Cf. l'art, de P. Meyer, Remania, XXIV, 529 et s. 

2. Aujourd'hui orthographié Excideuil, ch.-l. de canton de l'arr. de Péri- 
gueux, Dordogne. — Cf. Chabaneau, Biog. des troubadours, p. 14. 

3. Même devant e et i primitifs, le o- germanique esftraité comme devant 
a, de sorte que si Geraldus, Giraldus étaient des formes primitives et non 
secondaires, nos conclusions resteraient les mêmes. Cf. ce que j'ai dit, à pro- 
pos delà thèse de M"e Cipriani, dans Romania, XXXI, 455. 

4. Die heiden Kreuilieder des Trohadors Guiraut von Bornelh (pages 205-227 
du volume). 



io8 



MELANGES 



Bornelh, contrairement à l'usage suivi le plus généralement et 
qui consiste à écrire Borneil, comme l'ont fait et comme le 
font Diez et MM. Paul Meyer et Camille Chabaneau '. Le plus 
sage me paraît être de s'en tenir à la forme Borneil, car c'est 
cette forme qui a le plus de chances d'être celle même dont se 
servait le poète. Je crois que le surnom du poète est un nom 
de lieu qui est à Born comme Monteil est ;\ Mont, c'est-à-dire 
que Borneil représente un type étymologique *Borniculum% 
comme Monteil représente Mont i eu lu m, et par suite nous offre 
dans sa désinence un e fermé suivi d'une / mouillée. Or la 
notation de 1'/ mouillée par //;, que l'orthographe provençale a 
en commun avec la portugaise, n'apparaît pas, à ma connaissance, 
au moins d'une façon suivie % avant l'extrême fin du xir siècle '^. 
Jusque-là, à côté des cas nombreux où le mouillement n'est 
pas noté, nous ne trouvons à la finale que // (par exemple vell 
dans Boeci 235 et d^ins sancia Fides 2), //(par exemple oil:(,veil:(, 
meil:;^, voil, soil, broil, dans Sanrta Fides 78, 118, 232, 236, 
260, 264, 266, 273, 286), /// (par exemple voill, doill, foill, 
acoill, oill, cahdoiU, escoill, orguoii, troill, dans Sancta Fides, 



1. Bartsch, dans son Gniiidn'ss, écrit BorHt'/// d'après le nis. A (c'est ce que 
fait aussi M. Crescini dans son Maniialctto), dans sa CJirestom. prov., 3e éd., 
Borneil à la col. 79 et Bonieth à la col. 418 (index). M. Appel écrit Bonielli 
dans sa Prov. Crestovi. Émeric-David {Hist. litt. de la France, XVII, 447), 
se sert de la (orm^Bomeilh, qui s'accorde bien, dans sa graphie pléonastique, 
avec la forme Girauld, qu'il donne au nom du poète. Enfin, s'il m'est permis 
de faire en public mon examen de conscience, je dois avouer que, dans mon 
édition de Bertran de Born, j'ai maladroitement flotté entre Borneil 
(p. wxm), Bornelh (p. 18, n. i)et Borneilh (p. 165, art. Alamanda). 

2. Il est vraisemblable que cet ancien Borneil est aujourd'hui Bonrnei, 
hameau de la commune de 'Nantiat (Dordogne), qu'on écrit avec un x final 
sans valeur phonétique (Chabaneau, Biogr. des Iroithuhnrs, p. 145) ; malheu- 
reusement les formes anciennes manquent qui pourraient seules relier Bourneix 
à Borneil et, à première vue, le Bonrneix actuel peut être un ancien Bornés ou 
Bornesc. 

3. Voyez quelques' exemples sporadiques anciens dans Diez, Grannn., trad. 
franc., I, 375, n. 3. 

4. Je ne sais sur quel fondement M. Crescini a écrit : a Si fa quindi dalla 
meta del dugento più fréquente e comune il segno //; » (Manualetto, 2céd., 
P- 47)- 



PROV. ANC. ALBUESC.l ; PROV. MOD. AUBUiCO I09 

202, 228, 231, 235, 263-272), OU, très exceptionnellement, 
ilh (par exemple lailh dans Sancla Fidcs 205). 

Étant donné que l'usage dominant au xii^ siècle dans les 
textes provençaux flotte entre Bortieil et Bonieill, et qu'il nous 
faut choisir entre ces deux formes concurrentes, notre préfé- 
rence doit naturellement aller à celle de ces deux formes qui 
est la plus simple et qui, par surcroît, concorde avec l'ortho- 
graphe française usuelle, orthographe dont il est bien permis de 
critiquer les défauts mais dont on ne saurait contester la grande 
notoriété'. 

A. Th. 



PRO\'. ANC. ALBUESCA ; PROV. MOD. AUBIECO. 

Le Trcsor don Fdibrigc de Mistral a l'article suivant : 

AuBiECO, s. f. Citrouille commune, citrouille longue, en Périgord ; sorte 
de petite calebasse, en Guienne. 

Contrairement à son habitude, Mistral n'indique aucun 
rapprochement avec d'autres langues. Je me demandais depuis 
longtemps s'il ne fallait pas considérer aubicco comme identique 
au catal. nlbiidcca, à l'esp. albndeca et hadca,au portug. albiidieca 
et paicca, mots d'origine arabe dont Diez s'est occupé (Etyiii. 
JVœrteib.jlV-" pateca -.) Cette idée, qui m'était venue à première 
vue, me semble nettement confirmée par un texte qui n'avait 
pas attiré mon attention jusqu'ici, le leudaire de Montréal 



1. On pourrait encore discuter la question de savoir s'il vaut mieux écrire 
Giiaiit que Giraud. Bien que Giraiit ait pour lui l'usage du xiF siècle et la 
phonétique (car le d étymologique a fini par s'assourdir en t à la finale), je 
n'aurais aucune répugnance pour Giraud, qui est certainement antérieur à 
Giraut (cf. la graphie de Sancta Fidcs, qui ne change pour ainsi dire jamais la 
sonore en sourde à la finale et qui écrit non seulement parled 2, cervs 8, prob 
13, aiidid 32, unsqiiegs J^(), pdg 90, à côté pourtant de hrac 86, laid 166, sauh 
2^0, perd 24^, grand 2^<^, plaid 112) et qui a l'avantage de distinguer la 
désinence -aut secondaire, issue de -ald, de la désinence -aid primitive, issue 
de -ait. Mais il ne faut peut-être pas faire cette concession à l'orthographe 
étymologique, car la pente est glissante et on ne saurait où s'arrêter. 

2. Cf. Kôrting, 1440. 



IIO MELANGES 

(Aude), rédigé vers 13206! publié par M. l'abbé Sabarthés dans 
\e Bnll. historique et philologique du Comité, année 1896, p. 48e 
et s. L'article 3 i de ce leudaire est ainsi conçu : 

Item, en lunh autre cos ressemblant, ni coggas, ni cogombres, ni plantas 
{sic), ni anienlas, ni albnescas {sic), ni cscaluenhas, ni biedas, ni cauls, ni lunha 
autra erba, no dona re. 

Dans cet alhucsca, dont la désinence paraît altérée sous l'in- 
fluence du suffixe provençal -esca, il est impossible de mécon- 
naître un emprunt au catalan nlbudeca, et il sert de lien entre 
le catalan et le provençal moderne aubieco. 

A. Th. 

UN SENS RARE DU MOT VOITURE 

Il y a dans les archives communales de Bourisp (Hautes- 
Pyrénées) un long mémoire de griefs d'appel, rédigé en léii 
et produit devant le sénéchal d'Armagnac par des habitants de 
ce village et de quelques villages voisins; on doit la connaissanceet 
lapublicationpartielledecemémoireà M. Labrouche '.Les appe- 
lants exposent que « sur le commencement du moys de juing 
16 10, revenantz d'Espaigne par le port de Plan et chemin 
royal et publicq qui conduict par la montagne de Rieumajou 
vers les dicts vilaiges de Bourisp, etc., comme leurs voytures, 
cinq en nombre, feussent hors d'aleyne et lasses du chemin 
(que la Cour remarquera... sembler plus tost un chemin d'en- 
fer que de la terre, tant il est rabouteux, estroict, difficile et 
dangereux pour précipiter la voyture et le voyturier dans des 
abismes). ils auroint.. .voulu descharger leurs bestes et les lais- 
ser un peu repaistre... » Plus loin, le mémoire parle de « voytures 
paysans et repousans de passade et nécessité » et il affirme 
que « tous passants estrangers ou du pays... ont le privilège... 
de faire repaistre et descharger leurs voytures en tel endroit que 
|bon| leur semble. » 

M. Labrouche a cru que ce mémoire prouvait que le port de 
Plan était alors traversé par une route carrossable, et que les 



I. Bultetin de ^èograpliie historique et descriptive, année 1897, p. 122 
et s. 



UN SENS RARE DU MOT VOITURE I 1 1 

cinq « voitures » dont il est formellement question étaient cinq 
« chars ». Il est manifeste que le rédacteur du mémoire a 
employé le mot voiture au sens de « bête de somme » : le fait 
mérite d'être signalé car aucun dictionnaire français n'attribue 
expressément ce sens au mot voiture. On sait que le latin 
classique emploie vectura, type devoiture, pour désigner soit 
l'action de vehere, soit le prix perçu pour faire cette action : par 
conséquent vectura s'applique aussi bien à l'action de porter 
une chargea dos, qu'à tout autre mode de portage'. Par suite, 
une fois vectura passé au sens concret et appliqué à l'agent de 
transport, il peut aussi bien désigner une bête de sonnne qu'un 
véhicule. En fait, le latin du moyen âge emploie vectura et son 
doublet barbare vehitura dans le même sens où notre mémoire 
pyrénéen emploie voiture-. Dans les exemples français réunis 
par Godefroy, art. veiture du Complément , il y en a un, le 
premier, où ce même sens semble s'imposer '. 

Je crois qu'il ne serait pas difficile d'établir quel'ital. vettura 
s'est prêté et se prête peut-être encore au même emploi. La 
locution figurée dure iina âojina a vettura « prostituer une 
femme » montre déjà que vettura désigne l'action de « porter»; 
et le sens de « muletier », que possèdent vetturale et vetturino, 
témoigne que vetiura peut s'appliquer à la bête de somme 
elle-même-*. 

Pour en revenir au français, voiture « bête de somme » fait 
tout de suite songer à notre ancien mot cbevaucheïire « bête 
qu'on chevauche » et à notre mot, très vivant encore, monture 
« bête qu'on monte ». Mais il faut remarquer que le dévelop- 
pement sémantique n'a pas eu le même point de départ : voiture 
vient directement du latin vectura, c'est-à-dire qu'il repose sur 



1. Cf. Gellius, Nocl. Att.,Y, 3 : c Protagoram aiunt victus quœrendi gratia 
vecturas onerum corpore suo factitavisse. » 

2. Cf. Du Cange, vectura: «omne jumentum, nempe cquus, camelus, 
mulus, asinus, bos. » 

3. « Cil firent prendre viandes assez sur chamaus et en autres veictun's » 
(trad. de Guillaume de Tyr); le texte latin porte (XX, 6) : « Suniptis ali- 
mentis ad iter necessariis et camelis ad devehenda onera sufficientibus. » 

4. hevoitiiricr de notre mémoire est donc le correspondant e.xact, pour 
le sens, du vetturale ou vetturino italien. 



112 MELANGES 



vehcrc pris au sens actif, tandis que clicvauchciirc et vioiiteiire, 
créés à une époque postérieure, reposent sur chn'aucher et 
monter pris au sens passif. 

A. Th. 



ITAL. jA\'A, JANARA 

A proposito del prov. antico jana, che si legge nelle chiose 
dal cod. parigino Bibl. Nat. lat. 7622, testé pubblicate e studiate 
dal Thomas, si è ricordato che il sardo conosce la stessa parola 
jana nel senso di « strega » '. Mi sia permesso di notare che 
anche nell'antico toscano esiste la parola jana per indicare una 
strega. lo credo di poter additare la stessa voce in un passo 
del Tesoro versificato di Brunetto Latino, edito in parte dal 
D'Ancona nelle Meniorie délia R. Accademia de' Lhicei, anno 1888. 
Vi si parla di una donna, la regina del reame di « Sizire «^ che 
aveva predetto la nascita d'Alessandro per astrologia: 

Era iiana et per sua sorte sapea 

Che d'Olimpiade uno Alesandro nascer dovea-. 

Il D'Ancona postilla : « Perché naiia ? Dubito debba leggersi 
iiiaga » ; e la sua congettura è stata approvata da W. Hertz, 
Die Sage von G if t?nàdchen (in Henz, GesainnicJtc Abhandlungen, 
Stuttgart, 1905, p. 176). E sta bene; ma basterà mutare îiaiia 
in jana. 

L'esistenzia délia parola janara nella stessa significazione in 
dialetto napoletano è accennata dal Kôrting, 2^ediz., n° 2946. 
Non sarà inutile perô di citarne un esempio tolto dal 
De nucc maga beneventana del Piperno (Napoli, 1635), dove si 
legge, a p. 17 : « Retinet hodie locus la ripa delk ianare, in 
qua erat ceu antrum aqua plénum, qua aestivo tempore 
lamiae etiam balneantur. » Che la vccq sia viva ancora a Bene- 
viento risulta da A. de Blasio, Iiiciannafori, iiiagbi c sfreghe di 
Binevento (Napoïi, 1900), p. 136, passim. 

F. NOVATI. 

1. Romania, XXXIV, 201. 

2. D'Ancona, // Tesoro di B. L. versifie, Roma, US89, p. 29 deU'estratto. 



COMPTES RENDUS 



Bausteine zur romanischen Philologie. Festgabe tûr Adolfo 
Mussafia zuni 15. Fcbruar '.905. Halle, Niemeyer, 1905. In-8, xlviii- 
716 pages. 

Nous avons annoncé (Remania, XXXII, 633, et XXXIV, 346 et 489) la pré- 
paration et la publication de ce volume collectif, bouquet de fête que moins 
de quatre mois ont suffi à transformer en couronne de deuil. Nous ne revien- 
drons pas sur les circonstances qui l'ont inspiré, sauf pour faire remarquer 
qu'il était destiné à célébrer, en même temps que le soixante-dixième anniver- 
saire de la naissance du maître, le centième semestre de son activité univer- 
sitaire. Il nous reste à faire connaître à nos lecteurs les titres des mémoires 
qui le composent, en insistant sur ceux de ces mémoires qui nous touchent 
plus particulièrement. 

P. viii-XLVii, Élise RiCHTER, A. Mussafias Schriftcn (1858- 1904). Biblio- 
graphie très complète et très minutieuse, par ordre chronologique, terminée 
par une .able alphabétique des noms propres et des matières. 

P. 1-8. De Lollis, Di alcune forme verhali nelV italiano atitico. Il s'agit de 
formes rares de l'ancienne langue qui correspondent phonétiquement et séman- 
tiquement, d'une manière plus ou moins complète, au futur antérieur du 
latin; l'auteur en relève un certain nombre, surtout chez les premiers lyriques 
et dans les chroniques d'Aquila, tout en admettant des contaminations de 
sens et de tonne entre ce temps et le passé du subjonctif, voire avec le plus- 
que-parfait de l'indicatif. Il croit même, ce qui parait excessif, que l'emploi 
du futur antérieur a donné à l'infinitif une vitalité qui n'était pas dans sa 
nature. 

P. 9-16. Wahlund, Bibliographie der frau:iôsischen Strasslmrger Eidei'om 
Jdhre 842. Travail poussé à fond, avec cette minutie inlassable dont l'auteur 
a donné tant de preuves dans ses précédents travaux ; on n'a d'ailleurs ici que 
ce qui concerne le xvie siècle. Les extraits des livres cités que donne M. W. 
constituent non seulement une bibliographie, mais une bibliothèque du sujet. 

P. 27-45. Lang, Ohl Portuouese Songs. [M. L. étudie les sept alhas conte- 
nues dans le chansonnier portugais du Vatican (il eût pu remarquer que 
quelques-unes de ces pièces sont moins des albas proprement dites que des 

Remania, XXXV 8 



114 COMPTES RENDUS 

variations assez éloignces du type ordinaire) ; il signale un nouveau « des- 
cort », qu'il avait oublié de mentionner dans son étude sur ce genre (voy. 
Romviia, XXIX, 124), et cinq pièces se rattachant de plus ou moins loin à 
Vescoudic;. Il publie avec traduction et notes neuf de ces morceaux. Cette 
publication, faiteavec le plus grand soin, fournit de nouvelles preuves de l'in- 
fluence des troubadours sur l'ancienne poésie galicienne. — A. Jeakroy.] 

P. 46-59. Philippide, Aîtgriechische Elemenleim Rumànischen . [Miklosich a 
montré (5<r///rt^v, Vocal. III, 17 : Cotisou. I, 78) que l'ugrec pouvait être repré- 
senté en roumain par [n. Ce phénomène ne peut naturellement se présenter que 
dans des mots empruntés au grec avant la transformation de l'y en i, c'est-à- 
dire avant le x* siècle, mais il peut encore nous fournir le moyen de remon- 
ter plus haut dans l'histoire des éléments grecs en roumain : c -\- i et t -\- i 
avant l'accent passent en roumain à c (sauf devant d) dans les mots latins ; si la 
même transformation se produit pour c et / devant iii < u, ce ne pourra être 
que dans les éléments grecs d'emprunt très ancien, d'époque préroumaine. 
M. Philippide propose d'expliquer ainsi: 1° Ciuricd, « fête du 15 juillet 
Saint Cyriaque) » < Kjp'.a/.o; ; — 2" Ciuj-ild, nom propre, ■< KupiX/oç ; — 
5° *ciumur (primitif hypothétique des dérivés ciumdrat a fâché », ciunidros 
« aigrelet », a ciuiudn « devenir amer, en parlant du vin » ; a ciuinurluia, ciuvitir- 
luiald « avoir un refroidissement, courbature, etc. »)et ital. cimiirro, « mala- 
die du cheval caractérisée par un écoulement nasal » (mais avère il cimiirro, 
if. être en colère » ; cf. aussi esp. cimorni); *ciuiniir représenterait un composé 
grec yuijLou porj ; — 4° ciuturâ « seau, gourde » •< diminutif de -/.jto; ; — 5° 
ciuc « boucle de cheveux, toupet, pic » et ciucà « cible » < y.jzXo; ; — 6" a ciidi, 
ciiiciuli, ciiil et dérivés « rouler » et sens analogues << xuXÀô) ; — 7° cimbni 
« thym » <C *ciiimhnt (cf. les nombreux doublets en -ci- et ■ciii-') <C Oj|j.[îpov ; 
— 8° citiiel, ciuiitel etc. « devinette » dont le primitif *cf//;« pourrait représen- 
ter Ou;j.ô: ; — 90 cioc, « bec, etc. », ciocan « marteau » < Tyzo:. L'on ne 
saurait oublier que beaucoup de mots ainsi expliqués ont des analogues dans 
les diverses langues balkaniques, d'où ils ont pu passer au roumain avec le c/- 
initial. Mais il est intéressant de noter qu'en même temps que M. Philippide 
et indépendamment de lui, M. S. Puscariu proposait d'ajouter à o-/»/- < yûpo:, 
outre l'it. acciuga << àojr,, deux nouveaux exemples de u > in : 1° xujjia > 
mac.-roum. et megl. tsuma « bosse, enflure, abcès », et roum. ciiiiiia fctil 
« ponmie épineuse » ; — 2° xotjÀ»] >■ *cytola~;> roum. ciuturd, cf. l'art. 4 de 
M. Ph. et voy. Puscariu, Lalcinische Ti iind Ki int Rumànischen, Leipzig, 
1904. — M. RodUES]. 

P. 60. MuSATTi, Catranionacia. Ce mot signifie « maléfice » et aussi 
« crasse, dépôt sédimenteux » en dialecte vénitien : l'auteur l'explique par 
une locution grecque de la basse époque : t7,v /.«Tâpav u.o-j\i'i-/r^t « puisses-tu 
avoir ma malédiction ! », mais il reconnaît lui-même que c'est là une simple 
conjecture. 

P. 61-76. MoHL, La préposition eu m et ses successeurs en gallo-roman. 
Cherche à montrer que la substitution de apud à cum dans la langue vul- 



Bausteiiic ::^iir roiiianischcn Philologie 115 

gaire de la Gaule n'est pas une évolution naturelle, mais une réaction de la 
langue savante, dont le grand facteur doit être cherché dans les écoles célèbres 
fondées par la politique romaine à Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Autun, 
etc. : adhère ii l'étvmologie du prov. ah par apud, mais considère la variante 
ani comme issue de la vieille particule italique amb, am; retire l'adhésion 
qu''il avait donnée antérieurement à l'étymologie du français avec par le lat. 
ab hoc , et voit dans le mot français le représentant du lat. ad hoc au même 
titre que dans l'anc. franc, avollre le représentant du lat. adulter(?) 

P. 77-89. Behreks, Etyjuohgisches. Ane. fr. bnwien[t'\ : ne signifie pas 
« barque », comme le dit Godefroy, mais « portefaix », et vient du nordique 
byrja « porter » + man « homme » (cf. mes Noiiv. Essais, p. 184, art. 
bniiman. où l'on trouvera des renseignements plus étendus sur l'extension de 
ce mot dans les parlers de France). — Ane. wall. by « hovau » : du néerl. 
bik. — Fr. chique « bille à jouer » : à rattacher à l'aliem. schicken 
« envoyer ». — Fr. orieiu. Jîingot « fusil » : allem. du sud flingge, variante 
de flinte. — Pic. gomiiie « réservoir » : allem. kumme « bassin », auquel se 
rattache aussi le mot gomer « seau ». — Wall, hanèt, hènat « nuque » : même 
origine que le fr. hanap (german. hnap), avec altération de la désinence par 
substitution de suffixe, comme le montre l'anc. fr. hanepier. — Wall, hèder 
« s'interposer entre le vendeur et l'acheteur » : allem. scheiclen « séparer ». — 
Wall. ivie)(e) « neige » : appuie l'étymologie par hibernum, déjà donnée 
par M. Horning et à laquelle je me suis rallié d'enthousiasme (Noiiv. Essais, 
p. 284). — Pic. h'iiiiiére « vache qui n'a pas eu de veau dans l'année » : lat. 
vulg. *annucu la ria : cf. mes Mélanges, p. 112, art. «o/Z/^/t;, auquell'auteur 
apporte d'intéressantes et convaincantes additions. — Gasc. mèco « moelle » : 
même mot que mèco « mèche ». — Ane. wall. cirselle « noir de fumée » : flam. 
zwartsel, déjà indiqué par Bormans ; même racine dans ivarsier (Godefroy) 
et :5;u'rt/ (Grandgagnage). Je remarque, à l'art, ivarsier de Godefroy, un exemple 
de la locution icairsier de ivai:ie : or le subst. wai^e n'est relevé ni par Gode- 
froy ni par M. Behrens. — Ane. fr. plete « espèce de bateau » : est classé à 
tort par Godefroy sous plate et omis par Kemna dans le mémoire dont nous 
avons rendu compte (Roiiiatiia, XXXI, ^132) ; l'auteur le rapproche du néerl. 
pleyte,pîeit sans se prononcer à fond sur l'étymologie. En note, liste à ajouter à 
celle que j'ai donnée des mots omis par Kemna. — Ane. fr. rie[s] v botte d'aulx, 
d'oignons » : néerl. rije, correspondant à l'aliem. reihe. Article de sept 
lignes, manqué, mais instructif ; au lieu du néerlandais rije, c'est le lat. restis 
qui fournit l'étymologie (cf. l'art, rest de mes Essais, p. 378) ; il faut garder 
Vs et voir dans ie la diphtongue wallone régulière de Ve latin entravé. — 
Wall, rivé, rivis « èglefîn, merlan, carrelet, etc. » Anciennement ritivés : bas 
allem. rinfisk, proprement « poisson du Rhin ». Très jolie conjecture ; mais 
puisque c'est toujours un poisson de mer que le rive, le Rhin, qui est un fleuve, 
m'inquiète. — Biais, rognon « coup de talon donné par le sauteur sur le 
derrière du patient, au jeu de saute-mouton » : forme résultant de l'aggluti- 
nation au mot ognon de Vs de l'article pluriel devenu ensuite r ; rappro- 



Il6 COMPTES RENDUS 

chemcnts sémantiques intéressants, mais pas tous convaincants. — Fr. sineau 
«grenier à fourrage»: lat. cenacula m ; étvmologie déjà connue, mais 
qu'il était bon de remettre en lumière, avec des indications sur l'état actuel 
des représentants patois du mot latin. 

P. 80-107. ScHULTZ-GoRA, Vitr ifiedierte Jtiix-parlxs. [Ces jeux partis sont 
les nos 1794, 942, 405, 2083 de Raynaud, tous quatre contenus dans /?■ et 
R' (le premier aussi dans A qui n'a pas été utilisé). M. S. -G. donne la préfé- 
rence à R\ qui est en général beaucoup meilleur ; mais il l'a néanmoins, 
comme on va le voir, suivi trop aveuglément : ce ms. efface en outre 
la plupart des nuances dialectales, de sorte que le texte ici imprimé s'éloigne 
sensiblement de la langue des auteurs. Les notes grammaticales sont un peu 
maigres et n'élucident pas toutes les difficultés. Voici quelques remarques cri- 
tiques '.I, 19, pour est une faute de R' : le sens exige impérieusement ^ar, qui 
est en effet dans les deux autres mss. (/> barré dans A). — 20, désirent signifie 
pas grand'chose ici ; lire avec /?' A : désert. — 30, servir a dû être amené par 
le servans de la fin du vers ; lire : furnir (R' A). — 40, la leçon de R' A (de bien 
canter en gUse) est plus vive ; elle est en outre appuvée par le rapprochement 
fait en note avec un autre jeu parti. — II, 22-3, la ponctuation fausse le sens ; 
effacer le point après puisant et le reporter après prende^. — 67-8, le premier 
de ces deux vers est trop long, le second trop court ; arme appartient au second. 
— Aux vers 42, 69 le ms. a souffisant et chaîne '. — III, 2, le ms. suivi, au 
lieu de pris, a sens. — 19 ss., il n'est pas question dans ces vers de voler une 
boulangerie (je comprends mal le reste de l'e.xplication). Le sens me paraît 
être : « pour être un vrai ribaut, il faut savoir jouer aux dés », et ribaus de four 
doit signifier simplement « ribaut authentique » ; on sait que les jongleurs et 
autres vagabonds avaient l'habitude d'aller giter dans les fours, probablement 
les fours banaux (voy. le fragment imprimé dans mes Origines, p. 506, note, 
v. 6); sur leur habitude de se rôtir les jambes auprès des fours, vov. Ronumia 
X, 401 et 591. — 22, les mots^M mestier ne manquent pas dans R'. — 30 ss., 
M. S. -G. admet, si je comprends bien sa note trop concise, que c'est la dame 
novice en amour qui est comparée à un arbre transplanté (puisqu'il l'oppose à 
celle dont le cœur est déjà occupé) ; c'est tout le contraire : l'arbre qu'on trans- 
plante, dit Grieviler, fleurit plus difficilement :de même la femme qui a déjà 
aimé est plus difficile à séduire que la novice. — 46, au lieu de a, lire avec R' 
lost. — 50, au lieu de tost, trop (/?'). — IV, 20 lire avec R^ : on le doit en gré 



1. M. S. -G., en annonçant (p. 21) l'intention de publier les jeux partis conte- 
nus dans R' R', ne s'était pas souvenu, comme il a bien voulu me l'écrire depuis, 
que ces pièces doivent faire partie de la collection des jeux partis dont la publica- 
tion a été annoncée ici (XXX, 1 5 7). De cette publication ne seront exceptés que 
ceux d'Adam de la Haie, si M. R. Berger conserve l'intention de les éditer. 

2. Le sujet de cette pièce est fort analogue à celui d'un jeu parti entre 
Simon Doria et Albert, récemment publié par M. Bertoni (Trovatori niinori 
di Genova, p. 15). 



Baiistcinc :^ur roitianischcn Philologie 117 

prendre, leçon qui s'accorde bien mieux avec le sens général ; le se rapporte 
à l'idée — 27 qiw] quele (R'). — 51, l'éditeur avoue son embarras sans 
nous faire connaître exactement son sentiment ; cet embarras provient de 
ce qu'il a lu au v. 56 mai, au lieu de mai)! (— m a ne). Sens : « de 
même que la lune rend les ténèbres moins épaisses, de même l'amour 
fait sembler à la vieillesse que sa nuit soit le plein midi ; souvent il arrive 
qu'il pleuve le matin et qu'avant le soir le soleil brille. » La métaphore 
signifie que l'amour peut enflammer sur le tard un cœur de femme 
et lui donner le change sur l'opportunité de ses désirs. — 48, tele] plutôt, 
ihele (âviic R'). — 58, R- âh'ien plesaument; mais je préférerais la forme plus 
correcte de R' plesanment ; de même plus haut II, 58. — A. Jkanroy]. 

P. 108-116. Von Weilen, Eine deutsche Stegreifkomôdie. Imitation du 
Légataire universel de Regnard. 

P. 1 16-146. D'An'CONA, Saggio di una bibliografia ragionata délia poesia popo- 
hire itdliatia a stampa del secolo XIX. On regrette d'apprendre que l'illustre 
maître renonce à écrire le livre caressé depuis longtemps et dans lequel il aurait 
recueilli les traces de toutes les Storie imprimées grossièrement qui se débi- 
taient jadis dans certaines rues où, suspendues à des ficelles, elles mettaient le 
long des murs comme une floraison littéraire ; puisse l'ofifre qu'il fait de céder 
ses matériaux à qui voudra et saura les mettre en œuvre sous sa direction ne 
pas rester sans eff"et ! LeSaggio qu'il publie, limité au xix* siècle et aux lettres 
A et B, est un modèle de bibliographie raisonnée, c'est-à-dire d'histoire litté- 
raire résumée. 

P. 147-157. Appel, Vermischtes. [i. Port« Pass ». On sait que port a pris le 
sens de « passage » dans diverses régions, notamment dans les Pyrénées. 
Dans cette note, aussi érudite qu'ingénieuse, M. A. combat l'hypothèse par 
laquelle M. Schultz-Gora a essayé d'expliquer ce singulier changement de sens. 
D'après lui il faudrait en chercher l'origine dans le sens primitif de portus 
« traversée » ; il aurait été favorisé en outre par l'analogie formelle de porta ' ; 
l'emploi du mot au pluriel s'expliquerait par le fait que le passage dans les 
montagnes s'opère généralement par plusieurs voies. — 2. Huelh de veire. 
C'est, dans un petit bestiaire provençal bien connu (Appel, Chrest., n° 125), 
le nom d'un oiseau dont la vue est censée percer les murs. M. A. pense que 
cette absurde dénomination vient d'une faute de lecture; l'auteur provençal, 
qui suivait Richart de Fournival, aura lu l'ius de voirre au lieu de // li?is de 
veoir (début du chap. sur le lynx). Cette explication séduisante ne résout pas 



I. [M. A. déclare ne pas pouvoir contrôler « topographiquement » l'exemple 
que donne Du Cange (plus exactement, les Bénédictins, continuateurs de Du 
Cange) pour l'emploi de portus au sens de porta : le contrôle topographique est 
facile, car il s'agit de la lameuse porte Mordclaise (c'est-à-dire donnant passage 
à la route de Mordellcs) qui se voit encore aujourd'hui à Rennes ; c'est le 
contrôle « paléographique » qui est difficile. — A. Th.] 



Il8 COMPTES RENDUS 

toutes les difficultés : la disparition de l'article n'est pas motivée : en outre 
dans les mss. picards oculus est ordinairement ;V.v ou ex, non ius (voy. 
Dits artésiens, v. 33). Il reste à expliquer pourquoi le lynx, qui est un petit 
ver dans les autres bestiaires, devient ici un oiseau ; la conjecture de M. A. 
me parait ici moins vraisemblable. — A. Jeanroy]. 

P. 158-166. ViDOSSiCH, Tre uoterellf siutattichc clal Tristano Viucto. On 
sait que ce texte est contenu dans un ms. de Vienne que Mussafia a le pre- 
mier signalé; M. V. le croit traduit du français à la fin du xiiic siècle ou 
dans les premières années du xiveet, en attendant une étude générale, il en 
extrait beaucoup d'exemples (reliés par des considérations très sobres) qu'il 
classe' sous trois chefs : discours indirect et direct (Meyer-Lùbkc, III, f, 579), 
verbe suppléant (ibid., § 521), le type ititro mi e ti (^ibid., § 217). 

P. 167-176. LuiCK, Ztir Aussprache des Franiôsischen im XVlI.Jahrumiert. 
Extraits de quatre grammaires du temps, que Thurot ignore et dont Sten- 
gel ne connaît qu'une ; la moins insignifiante est un remaniement de Tl)e 
French Schoolemaister de Claude de S'-Liens (alias Holybatid) par P. Eron- 
delle, paru à Londres en 1619. 

P. 177-192. S.wj-LoPEZ, La Jettera epica di Rambaut de Vaqueiras in un 
nuovo manoscritto. Manuscrit catalanisé de la bibliothèque Vintimiliana de 
Catane, remontant au xv^ siècle, plein de fautes et d'omissions.; M. S.-L. en 
donne le texte aussi fidèlement que possible, avec quelques notes critiques. 

P. 193-210. Kawczyxski, ht Apiiteiiis iin Mittelalter bekamil gewesen? 
Montre que Jofrei de Monmouth a cité et utilisé le De Deo Socratis d'Apulée 
dans un passage de son Hist. reg. Brit. Quant au reste, l'auteur fait des rap- 
prochements intéressants, sinon décisifs, entre VAmor et Psyché d'Apulée et 
quelques poèmes français (notamment Partenopeu de Blois, Erec, Renaud) ; 
il rabroue M. Voretzsch, et s'efforce de répondre à cette remarque de G. Paris 
au sujet d'un de ses précédents travaux : « quant à la vraisemblance qu'il 
peut y avoir à ce qu'un poète comme celui de Huon ait lu Apulée, l'auteur 
ne prend pas la peine de l'établir » {Remania, XXXII, 479). 

P. 211-223. Ettmayer, Die provençal ische Mundart von Vinadio. Vinadio 
est, avec Démonte, le centre de population le plus considérable de la vallée 
de la Stura, en Piémont ; il est d'autant plus difficile de fixer les traits du dia- 
lecte local que la plupart des habitants parlent concurremment le piémontais, 
l'italien et le français. L'auteur trace un tableau d'ensemble auquel des préoc- 
cupations multiples (géographie lexicographique, étymologie, etc.) ajoutent 
de l'intérêt, mais enlèvent de la.clarté. Il y a trop de rapprochements oiseux, 
fertiles en inexactitudes. P. 213, viege n'est pas*vicata, mais viaticum ; 
p. 218, l'affirmation que darboiissieiro désigne le stramonium à Limoge {sic) 
est une erreur : l'auteur a cru que le sigle /. de Mistral désignait le limousin, 
tandis qu'il s'agit du languedocien; ibid., l'explication du prov. mod. alabreiio 
« salamandre » par un type *larvina n'est pas sérieuse; et que dire de 
celle de sagno « laiche » par y.jotvê'.o; qui se trouve à la même page .'' 

P. 224-226. NiGRA, Bas-fat. c a m butta [ « crosse »]. Combat avec raison 



Baiisicinc :[^iir roiiuniischcn Philologie 119 

l'opinion exprimée par les Bénédictins, continuateurs de Du Cange, d'après 
laquelle le premier élément serait cani et le second bot : le radical est sûre- 
ment camb « courbure ». La reproduction d'une sculpture du ixe siècle exis- 
tant dans l'église Saint-Tliomas de Strasbourg confirme (mais qui en doutait?) 
que le bâton pastoral était recourbé au sommet, sans volute, dès la fin du 
iv^: siècle. Il aurait été bon de faire la critique des exemples accumulés à 
l'article cambuta de Du Cange (au moins des plus anciens). D'autre part un 
suffixe -ùtt a ne va pas tout seul, et on en voudrait voir citer d'autres 
exemples. 

P. 227-254. Rajna, Uiia ridu-:^ione quattrocenlistica in ottava rima del primo 
lihro ihi Reuli di Frauda. Manuscrit du British Muséum, add. 22821, prove- 
nant de Libri et de Rinuccini. C'est une oeuvre anonyme, indépendante de 
celle de l'AItissimo, mais sans grand intérêt; il est difficile d'affirmer que la ' 
date de 1436, qui est fournie par une des octaves, vise l'auteur plutôt que le 
scribe (il s'agirait, dans cette dernière hypothèse, d'un scribe antérieur à celui 
à qui nous devons le 22821). M. Rajna publie quelques fragments en plaçant en 
bas le texte même des Reali : le rapport est très étroit. L'auteur paraît origi- 
naire de ia Vénétie, mais il a cherché à écrire en pur toscan. 

P. 253-275. Cloetta, Grandor de Brie und Guillaume von Bapaume. Appuie 
d'arguments solides et clairement présentés l'opinion d'après laquelle Gran- 
dor de Brie serait bien (conformément au témoignage de Guillaume de 
Bapaume) l'auteur de deux chanjons de geste. Le Moniage Rainoart et La 
Bataille Lokifier, qui forment une continuation à'Aliscans ; le rôle de Guil- 
laume de Bapaume consiste à avoir plus ou moins remanié non seulement 
Le Moniage et La Bataille, mais aussi Aliscans, dont il n'a pas fait connaître 
l'aifteur parce qu'il ne le connaissait pas lui-même. 

P. 276-288. Pasini, Montiaiia. Lettres inédites de Monti. 

P. 289-308. Bartoli, Di una metafonesi )iel veneto di Mitggia (^Veiie:(^ia 
Giulia). Il s'agit de l'influence exercée par la voyelle finale sur la qualité de 
Ve et de Vo en syllabe tonique : cette influence paraît souveraine et tout à 
fait indépendante de la qualité" que les voyelles toniques avaient en latin vul- 
gaire. Etude faite sur les lieux et qui repose sur une connaissance approfon- 
die de la phonétique expérimentale. L'auteur proteste contre la confusion 
trop fréquente qu-i fait voir du ladin en Istrie ailleurs qu'à Muggia et contre 
l'expression ladino-veneto employée encoie récemment par M. Ive. 

P. 309-512. Ara, AppuHti diversi. Courtes étymologies de mots italiens 
dialectaux, surtout vénitiens ; remarques sur a Torino en face de in Asti. 

P. 313-320. Meyer-Lûbke, Zur Geschichte des C vor helleti Vokalen. Série 
d'observations critiques et hypercritiques sur quelques témoignages d'où nous 
pouvons chercher à induire l'époque où l'on a eu conscience de l'évolution 
du c ; ces observations ne peuvent être résumées en quelques lignes, mais il 
en faut noter la conclusion assez décourageante, surtout si l'on tient compte 
de l'assurance ordinaire de l'auteur : Xr,sî /.xl aiavri^o ir-irs-Ev/. 

P. 321-331. Subak, £)fl5 Verbiim in Judeiispanischeu. Classement métho- 



I 2 O COM PT KS K EN DUS 

Jiquc do tbriucs phonétiques et niorpliologiqucs lournies par M. Salvator 
Sefamy de Constantinople, avec références au « ladino », prononciation 
arcliaïque conservée dans la traduction de la Bible en vielchir. 

P. 552-556. Braun, // caiito di Tryni, do hi Sacuiumiar Edda. Traduction 
en vers italiens. 

P. 357-564. A. L. Stif.fei., Ueher die Coiiwdia « Iii Espaiiola de Floren- 
ciii ». [L'auteur s'efforce de montrer que cette pièce, inspirée de la comédie 
italienne GF Iiigatniati (1537), et subsidiairement de la Comedia de los Euga- 
fios de Lope de Rueda et d'une nouvelle de Bandelio, remonte à la fin du 
xvi<: siècle et qu'elle pourrait être une œuvre de jeunesse de Lope de Vega, 
plus ou moins remaniée au xvip siècle. L'attribution à Lope semble peu 
vraisemblable pour plusieurs raisons (dont une a été indiquée par H. A. Ren- 
nert, The Life of Lope de ^t^^/, p. 498); les détails de costume, entre autres, 
et notamment l'allusion au g.ardainfaute, renvoient au premier tiers au 
moins du xviie siècle et l'on ne peut les mettre tous au compte d'un rema- 
nieur. — A. Morel-Fatio.] 

P. 565-566. Del Lungo, « Cattività onorevole » nel MachiaveUi. 

P. 567-568. Mazzoni, Ouakhe appiiuto sulla voce « Erro ». Cet « Erro » 
est l'allemand Heu introduit au xive siècle par les soldats mercenaires 
d'Allemagne. 

P. 369-585. Rydberg, Uber die Enhvichhmg voti « illui, illei n aufFran- 
:^ôsischen Boden und dus Eindritigen der Forni « lui » aïs schwachtonige Dativ, 
eiu Beitrag :^/(7- Geschichte der Reichssprache. Recueil extrêmement riche fourni 
par un dépouillement minutieux des documents littéraires et diplomatiques 
depuis l'origine de la langue jusqu'au xir*" siècle. 

P. 586-400. Ramôn Menéndez Pidal, Sufijos dloiios en espafwl. [Il s'agit 
des suffixes atones -aro, -ai;o, -atio, -alo, et de quelques autres où la voyelle 
n'est plus a, mais /ou 0, de formation analogique. Le sujet a été traité concur- 
remment par M™e Carolina Michaëlis de Vasconcellos, à propos du mot 
ptïcaro, dans son article intitulé: Algitmas piiluvras a respeito de pùcaros de 
Portugal., voy. le Bulletin hispanique d''âvnl-]u'Kï 1905. M. Menéndez Pidal 
apporte beaucoup d'exemples nouveaux tirés surtout de la langue provinciale 
actuelle. Il a tout à fait raison de rattacher picaro à picar, verbe qui joue un 
rôle important dans l'art culinaire : le picaro a été originairement un solhistre, 
c.-à.-d. un marmiton, un gâte-sauce. — A. Morel F.\tio.J 

P. 401-460. F.MUNKLLi, Note sulla fortuna del « Corhaccio y> nellaSpagna 
médiévale. [Excellente étude de littérature comparée, domaine où M. Farinelli 
est passé maître. Il a très bien mis en lumière les emprunts considérables 
faits au Corhaccio par le catalan Bernât Metge, auteur du Sonini, emprunts 
que n'avait notés aucun de ceux (et j'en suis) qui se sont occupés de ce 
dernier ouvrage. — A. Morel-Fatio.] 

P. 461-472. Crescini, Di uua tcn~one iniaginaria. [Excellente édition, 
fondée sur une rigoureuse classification des mss. (sauf deux) de la tenson 
entre Peirol et " Amors », avec traduction et notes, grammaticales et histo- 



Baiislci)tc ~iir roiiianischen Philologie 121 

riqucs. Les allusions aux faits contemporains ont permis à M. C. de la 
dater de 11 88 ou 1189. — A. Jeakroy.) 

P. 475-480. Demsusianu, Eiii albaneshches Suffix iiii Riiniânischen. (Il 
s'agit du suffixe diminutif -^s, conservé en roumain dans un très petit 
nombre de mots dont certains peuvent d'ailleurs avoir été pris directement 
à l'albanais, tandis que les autres (une demi -douzaine), tels que câcùrea:^à < 
cdcdrea -f -\iï, sfîrlea:^â < s/îrla -\- -ea-iâ, paraissent bien être de formation 
roumaine. Ce serait là un témoignage fort important pour juger de l'intimité 
des relations anciennes entre l'albanais et le groupe roumain. — M. RoauEs.] 

P. 481-502. HerzoG, Elvinologiscbes. — Fr. « -cir », prov^. -« (e)iir ». 
Admet le ivpe phonétique lat. vulg. -i cire, que j'ai proposé, et en explique 
très ingénieusement la naissance et le développement en partant non de l'in- 
finitif, mais du présent de l'indicatif : *obscuricare avant eu un inchoatif 
*o b scu ricisco , la conjugaison inchoative "finisco, etc. a fait créer plus 
tard un infinitif * o bscurici re, d'où le franc, obscurcir. — Fr.prov. k fin », 
/7ii/. «//')/(% fiiio ». Cherche à montrer que l'on a affaire au subst. finis con- 
struit d'abord avec le génitif f i n i s honoris équivalant à s u m m u s h o n o s ; 
plus ingénieux que convaincant. — Fr. « oaloper » prcn\ « galmipar » ; 
itdl, « g(u)aîoppare » : german. wela ou wala + h 1 au pan. L'auteur 
ignore que la même étymologie a été proposée par M. Grammont, Bull, 
tk la Soc. de liiii^uistiqnc, n" 51, p. cv, séance du 25 août 1903. — Fr. 
(i paie »: adj. verbal tiré de piilir, d'après les couples ronge rougir, verd 
verdir, etc. — Fr. « torche », prov. « torca », ital. « torcia ». Serait le lat. 
torques, qui signifie ordinairement « collier »; et pour le prouver, l'auteur 
accumule les exemples de mots féminins de la 3e décl. lat. qui ont passé à 
la première. Je lui donnerais volontiers raison, bien que beaucoup des 
exemples qu'il cite ne prouvent rien dans l'espèce. — Aiic. fr. et prov. « vercii ». 
Serait le lat. vulg. *veraius, formé d'après verum aio « je dis vrai ». 

P. 503-512. Nyrop, Remarques sur quelques dérivés français. Liste intéres- 
sante de dérivés (généralement très modernes) formés soit par addition soit 
par suppression d'une consonne du mot primitif : ba~arder, de ba~ar, d'une 
part ; faubourien, àt faubourg, de l'autre. 

P. 513-532. Grôber, Koniaiiisches ans niittclalterlichen Itinerarien. Etude 
minutieuse de l'itinéraire du vovage fait à Rome par l'archevêque de Cantor- 
béry Sigeric (-]- 994), dont le manuscrit est tout à fait contemporain, com- 
paré aux documents analogues postérieurs. Les noms de lieu offrent çà et là, 
sur la prononciation romane, des indices intéressants que Fauteur commente 
savamment. 

P- 534-556- Priebsch, Ein anglonormannisches Glossar. Publication et 
commentaire approfondi de la moitié d'un Nominale contenu dans le ms 
Douce 88 de la Bodléienne d'Oxford; l'écriture est de la fin du xnie siècle. 

P- 5 57" 562. Baist, « Mutulus » « Butina ». Après avoir relevé la présence 
de ces deux mots, à peu près svnonymes de « borne », dans la Lex Ripuario- 
ruui, l'auteur passe en revue les formes romanes qui les continuent plus ou 



122 COMPTES RENDUS 

moins directement : esp. iiiojon, catal. iiiolbo, Iran*;, primitif /W;/t', etc. 11 pro- 
met (Je revenir quelque jour sur l'histoire des limites dans les langues 
romanes. 

P. 563-580. CoKXU, Zii Commodiiut. Extrait d'un travail sur la versifica- 
tion de Commodianus qui est sur le chantier depuis huit ans. 

P. 581-586. d'Azevedo, Dois Jragmeiitoi de luua vida de S. Nicolau do sec. 
XV en porluguès. Proviennent de la couverture d'un registre de VArchivo 
national de Lisbonne ; publication sans commentaire. 

P- 587-593- WiCKHOFF, Der Apollon von Belvédère als Frenidlini^ hei den 
Israelilen. Étude sur une fresque de Luca Signorelli, avec une planche. 

P. 594-608. Carolin.\ Michaëlis de Vascon'cellos, Zum Sprichwôrter- 
schat~ des Don Juan Manuel. [Il existe dans le Conde Lucanor un certain 
nombre de sentences morales dont l'auteur s'est plu à faire des casse-têtes en 
intervertissant l'ordre des mots (cf. Remania, XXIX, 601). Il faut rétablir 
l'ordre logique, et c'est à quoi s'est employée très habilement M™*; de Vascon- 
cellos, qui a de plus confirmé ses essais de restitution en rapprochant certains 
passages des Bocados de 010 et d'autres recueils sentencieux des praverhios de 
Juan Manuel. — A. MoREL-F.vno.] 

P. 609-628. Freymond, Eine hisher nicht h'niit~te Haudschri/t der Prosaro- 
mane Joseph von Arimathia iind Merlin. Manuscrit de Florence, Riccard. 2759, 
exécuté par un Italien au xiv* siècle; l'original appartenait probablement à 
la région française de l'Est. L'auteur publie quelques fragments du manu- 
crit et en détermine les rapports avec les autres manuscrits connus antérieu- 
rement. 

P. 629-640. Jeanroy, Un sirventes en faveur de Rainion VII (12 16). Publie, 
traduit et commente le sirventes Si col flacs niolins torneja de Tomier et 
Palazi (Bartsch, Grundriss, 442, 2). 

P. 641-660. Thomas, U évolution phonétique du suffixe « -arius » en Gaule. 
Remaniement d'un article paru en 1902 {Ronninia, XXXI, 491-498) : la 
nouvelle rédaction (sauf un postscriptum de 12 lignes) figure aussi dans les 
Nouveaux essais de philoloi^ie française, p. 1 19-147. 

P. 661-668. SucHiER, Die Heinial des Leodegarliedes. S'appuyant sur les 
raisons qu'il avait jadis données pour attribuer au poème sur saint Léger 
une origine wallone (d. Roiuania, Vil, 629), l'auteur pense que c'est à 
Brogne, au sud-est de Namur, où des reliques du saint avaient été solen- 
nellement portées vers 926, que l'on peut vraisemblablement en localiser la 
composition. 

P. 669-675. BiADENE, Nota etiinohgica : u pa:^io » e aliri dérivât i délia 
sua inedesima radiée. Le mot serait un participe syncopé du verbe pa-{:^are 
(inusité comme simple, mais contenu dans les composés inipa:^:^are, strapa-{- 
:^are, spaiiare), lequel représente le lat. vulg. *pactiare, dérivé de pac" 
tum, supin de pan gère. 

P. 676-682. Leitede Vasconcellos, Dois textes portuguesesda Idade Media. 
Le premier est un acte daté (le plus ancien qui ait encore été signalé) de l'ère 



j.-M. BURNAM, Glosseniata de Prudoilio 123 

1230 { - 1192 de Jésus-Christ); le second est la confirmation d'un prieur 
par son abbé, en forme de dialogue, daté de l'ère 1351 (=1 1293). L'auteur 
accompagne ces deux actes (le second seul est inédit) d'un excellent com- 
mentaire philologique. 

P. 683-714. Friedwagner, Runiànische Volkslieder ans der Bukcnviua. 
Textes précédés d'une substantielle introduction et accompagnés de 
remarques philologiques et de rapprochements folkloriques. 

P. 715-716, M.\DD.\LENA, Pcr il hagno di Ldiira. Remarque sur la fameuse 
chanson Chiaie, fresche e dolci acqiie. 

A. Th. 



Glossemata de Prudentio edited from the Paris and Vatican manu- 
scripts bv lohn M. Burxam. Cincinnati, 1905 in-8", 102 p. (Extrait des 
Uiiivcrsitx Studh's pitblisl.vd bv tbc Un. of Cinciiniati, nov.-dec, 1905). 

Les gloiseniata que publie M. B. ne se trouvent que dans deux mss. rela- 
tivement récents, Rome, Vat. Pal. lat. 237 (xi<^ s.) et Paris, Bibl. Nat. lat. 
13953 (x'^s.), mais l'éditeur croit pouvoir fixer la date de cette œuvre entre 
650 et 750, et il estime que l'auteur était un Celte, probablement moine à 
Corbie. Tous les mots nouveaux ou rares qui se trouvent dans le commen- 
taire ont été soigneusement relevés et discutés par M. B., dont on ne saurait 
trop louer la conscience et l'esprit critique. L'élément latin savant y prédo- 
mine, mais on v trouve aussi quelques mots insolites sur l'origine desquels 
on ne peut faire que des conjectures, par exemple : ahlenoheha, sorte d'in- 
secte, p. 3, où M. B. est disposé à voir une altération de attelalnis; clarnus, 
au sens de disciis, p. 22, qui se trouve aussi chez Papias, fait qui a échappé 
à M. B., bien que les Bénédictins l'aient signalé dans leur édition de Du 
Cange; ifa, miel sauvage, p. 31, etc. La philologie romane a peu à y gagner; 
notons cependant deux mentions de langue rustique : « vestem orbiculatam 
quam rustici diutinnan^ vocant », p. 49; « vocamus mastrucas renones alio 
nomine, quœ rustice crocina vocantur, p. 90. Mais sommes-nous en pays 
roman? Je crois que non, car si je ne sais rien de clintinna, je ne doute pas 
que fn\/Hi7 soit l'anc. haut ix\\<im. chrusina (cf. l'art, cruska, de Du Cange, où 
crotina doit être lu crocina). Mentionnons en outre la glose : « sero, id est 
mesio », p. 23. M. B. a bien vu que ))i:'sio était apparenté au franc, et prov. 
mesgue « petit-lait », auquel on attribue une origine celtique ; mais je doute 
que mesio soit une simple graphie pour niesgo, comme il le dit, car le patois 
de la Corrèze (débordant légèrement sur la Creuse) appelle le petit-lait nu'ii 



I. Leçon du ms. de Paris (lu clinliniiain par Du Cange); celui de Rome 
a cUnlint. 



124 COMPTES RENDUS 

(et lii-inè^i): or wi'^/ remonte a un type mêsium, qui a pu être antérieure- 
ment mes i eu m (cf. la glose latino-germanique « mesico cbas^L'aner » dans 
Steinmeyer, Altljochil. Gloss., III, 476, 12), mais non à mèsguni, quoi qu'en 
pense M. Chabaneau. Gnuiitii. liiiiousiiie, p. 555. A. Tu. 

Cartulaire de Saint-Vincent-de-Lucq, pp. L. Barrau DiHicoet 
R. PocPARDiN. Pau, Garet, 19O). In-cSf^, 52 p. (Extr. delà Revue du Bnini 
et du Pa\s Basque.) 

Les textes anciens relatifs au Béarn sont si rares que la publication de ce 
cartulaire (ou plutôt des fragments qui nous en sont parvenus dans une copie 
du chanoine Candomec qui ne remonte qu'au début du xviie siècle) doit 
être accueillie avec reconnaissance. Les actes sont généralement du xic ou 
du xiie siècle, tous sans date expresse, sauf un, de 1 1 14 ; il y en a 27. Bien que la 
langue des documents soit le latin, la philologie romane peut y faire quelques 
glanures. — Charte VI: « accepitpretium .xiii. /'/woi et duos boves. » Une note 
informe le lecteur que hiuio désigne « une chèvre d'un à deux ans qui n'a pas 
encore porté » ; suit un renvoi à G. Azaïs. Quand on veut expliquer un mot 
latin du Béarn par le patois, ce n'est pas à Azaïs, mais à Lespy et Raymond qu'il 
faut s'adresser. Or, dans le Dict. Beartiais de ces deux derniers auteurs, je ne 
trouve /'////«'qu'avec le sens de « génisse» ; j'y trouve aussi hiiuat « taureau ' ». 
Il est certain à mes yeux que biinus dans le cartulaire de Luc (le mot revient 
dans la charte XII) veut dire « taureau d'un à deux ans » : il y a là matière à 
un article supplémentaire non seulement pour Du Gange, mais pour Lespy et 
Raymond, voire pourGodefroy, puisque lefém. binie figure dans un texte fran- 
çais méridional que Carpentier a bizarrement mis en rapport avec l'art, bima- 
Nis de Du Gange: " Sur chacune bi me ou petite vache ^ ». — Charte VII : au 
lieu de iornatas, Wm jonuitas : cf. n° XXVII. — Charte IX : pièce de quatre 
lignes constatant qu'un quidan « dédit et vendidit pro sua anima et pro pretio 
quem accepit unam equam unum desnierum et vestivit super altare S*' Vin- 



1. Mistral donne biiuo, avec deux sens : 1° jeune chèvre d'un an à deux, 
qui n'a pas encore mis bas ; 2° génisse en rut, génisse pleine, en Velay, 
Gascogne et Béarn. Le sens de « jeune chèvre » paraît restreint à la région 
qui est entre le Rhône et les Alpes (cf. le Dict. savoyiinl de Constantin et 
Désormaux,art. BËM.Xet binma.) Au sens de « j^énisse »,le mot n'est signalé 
par la carte 637 de V Atlas liiiifuistùjue de Gilliéron et Edniont que dans 
quatre départements : Basses-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne et Puy-de- 
Dôme. Sa présence dans les environs de Clermont-Ferrand est constatée 
depuis longtemps par F. Mège, Souveuirs de la langue d'Auvergne (Paris, 
1861), art. Bi.ME. 

2. Ce texte est extrait d'une ordonnance des commissaires rovaux en Lan- 
guedoc datée de Montpellier, 8 nov. 1443 ; ordonnance publiée d'abord par 
dom Vaissete dans VHist. de Languedoc (éd. Privât, X, col. 2201), puis par 
l'abbé Douais (Aun. du Midi, VIII, 422), qui a eu le tort de Vire buve au 
lieu de bime. 



STEFFENS, Dic Liedcr d. Troveors Pétrin v. Aiigicoiirt 125 

centii », ce que les éditeurs qualifient de « vente d'une jument », sans 
s'expliquer sur le sens de desnientm. Il y a quiproquo : la jument n'est pas 
vendue par le quidan, mais au contraire reçue par lui en échange de ce qu'il 
cède au couvent, à savoir un dcsnier (il ne faut pas hésiter à lire desinenim au 
lieu dedesnieruni), c'est-à-dire un homme soumis à la dîme : cf. la charte XXV 
et l'article de~inari du glossaire du Recueil de M. Luchaire. — Charte X : au 
lieu de Aiiieritis, lire Aineriiis (ci. n° XIV): le tvpe primitif est Asinarius; 
la représentation par /de Vs devant 11 est un fait connu. — Charte XXVI , 
quelle est la céréale mentionnée à côté du millet et du froment sous le nom 
de /'('/(^rtii/Hw ? Je ne le devine pas. A. Th. 



Die Lleder des Troveors Perrin von Angicourt kritisch 
herausgegeben und eingeleitet von D'' G. Steffexs. Halle, Niemeyer, 
I905.1n-8o, x-364 T^agQS {Rovianische Bihliotek, XVIII). 

Ce volume est le fruit d'un travail considérable; c'en serait un aussi que 
de l'examiner en détail dans toutes ses parties. Je laisse donc de côté la bio- 
graphie du poète et les recherclies sur sa langue et sur sa versification, 
ainsi que celles sur le rapport des manuscrits, c'est-à-dire la moitié du 
volume (p. 1-182). Je me borne, de propos délibéré, et sans prétendre 
épuiser la matière, à la constitution du texte et aux notes explicatives. Je 
ne me demanderai même pas, au moins en général, si le texte est établi 
conformément à la classification des mss., mais s'il offre un sens satisfaisant ; 
je n'examinerai pas non plus les questions accessoires, étymologiques ou 
autres, abordées dans les notes ; je nie contenterai de signaler et de discuter 
les passages que je comprends autrement que l'éditeur. 

I, V, 5-6 5e n est plus] lire s'en e.p. 

II, II, strophe inintelligible, que je suis obligé de transcrire : 

J'tii servi toute ma vie, 

Onqttes fioi un bel semblant 

Ou un tout seul coup d'escremie 
4 Que me fist en retraiant 

De ses vairs ieus en riant. 

L'eut Atnors de moi saisie ? 

Lors cuidai avoir amie ; 
8 Mais c'est noient, j'ai failli. . . 

La îM/'/if lectio est donnée d'une façon trop peu claire (ainsi au v 5, deux 
leçons différentes sont attribuées à aZ) pour que je propose une restitution 
ferme. Il est évident que le v. 6 ne peut être isolé : eut doit avoir pour 
sujet un. ..seul coup.Jti mettrais un point-virgule à la fin du v. 2 et lirais (saut 
correction) au v. 3 fors qti'uns sens cous (leçon appuyée par aZ -\- C U -\- R) et 
au v. 6 ut, en supprimant toute ponctuation à la fin du v. 5. 



126 COMPTES RENDUS 

Le sens serait : « Car un seul regard, qu'elle nie lança en se détournant, 
rendit Amour maître de moi. » Il serait séduisant de lire (v. 3) avec la 
famille ,3, fors un, mais il faudrait en tète du v. 6 un relatif et il serait bien 
hardi de corriger lent en cent (:= que eut). 

III, II, 5-6: 

. . .SiUn sentir 
Me Joignent Ainors joir... 

c'est-à-dire qu'il n'aspire pas à la possession : ce sens particulier de sentir 
n'est pas rare en anc. franc, (cî. Erec, 5598) et se retrouve dans Perrin lui- 
même (XXI, V, 6 et, avec quelque atténuation, XXVII, iv, 5). — III, 8 : 
en joie en moi retenir \\e second en ne saurait s'expliquer : il n'est du reste que 
dans deux niss. voisins; il faut lire avec tous les autres et; l'expression 
technique, au reste bien connue, retenir, était à relever ; v, 8: niorir a ici son 
sens ordinaire et non celui de « tuer » ; il suffit pour obtenir une phrase 
limpide, de mettre une virgu'e après ^/a/i/ et un point et virgule après tnorir : 
« je consens à languir pour vous... et, si vous le voulez, à mourir. » 

IV, IV, 3 : se ç'avenoit, que par raison diroie,... M. St. veut (aux notes) effacer 
la virgule et donne une explication insoutenable. Le sens me paraît être : « Si 
cela advenait, chose que je dirais arriver avec raison... « 

V, II, 1 : bien se bonist li cuers et desnature .. . M. St. veut prendre des- 
m//î<rf/- au sens intransitif ; il est bien plus naturel de sous-entendre >v (cf. 
VII, VI, 4). — IV, I : il est tout naturel de donner zfaiture son sens ordi- 
naire et non celui de « traits, au sens psychologique », que je n'ai jamais 
rencontré ; noH/Wz//(î, au v. 10 ne peut se traduire par sïisse Kost; le poète 
prie sa dame de le laisser persister dans la douce habitude qu'il a prise de 
l'aimer (cf. v. 8) . 

VI, I, 7-8 : le régime de rendans n'est pas toute ma vie (complément cir- 
constanciel) mais une chançon. — 11, 2 : tant soit nices, entre deux virgules. 
— III, 7 ; vengie n'a évidemment pas ici son sens ordinaire; « elle sera punie 
(et ce sera la vengeance d'Amour) en ce qu'elle sera haïe de tous les nobles 
cœurs » ;il faut lire en effet, avec trois groupes de manuscrits, si en ert; à la 
rigueur, ce verbe pourrait avoir pour sujet Amors (du v. i) et l'on conserve- 
rait à vengier son sens habituel. 

VII, II, 3 ; je nùibati, non « je fus pris de découragement », mais «je me 
détruisis, j'allai à ma perte ». — m, 5 ss. : le poète dit que son cœur est pris 
et qu'il est mis dans une tour : 

. . .plus clere et plus pure 
Que n'est li tens de Pascour, 
El cors eïist grant seigneur 
S'il fus t en autel pasture. 

Par un bizarre quiproquo, dont je ne me charge pas d'expliquer en détail 
les conséquences, M. St. a vu là une allusion au sacrement de ïautel, à 



STEFFENS, Die Licdcr d. Troveors Pétrin v. Angicourt iij 

l'Hucharistie. Le sens est bien clair : il s'agit ici de cette métaphore sur 
laquelle M. Van Hamel a récemment disserté (Roniania, XXXIII, 470), dans 
laquelle le poète feint que son cœur l'a quitté pour aller habiter chez sa dame 
(dans le cœur ou le corps de celle-ci, peu importe)', c'est-à-dire dans le 
plus agréable des séjours: « mon corps serait un grand seigneur, c'^st-à-dire 
honoré autant qu'heureux, s'il pouvait partager ce séjour»; pastiire = 
proprement « l'endroit où paît un animal », comme dans le vers coimu 
d'Adam de la Halle (Raynaud, Motets^ II, iii) : (V esl Bdiars en lapasliire^ 
— VI, 2: faire de son paoïir n'a pas de sens : il faut corriger hardiment 
paour en pioiir (le ms. est unique). 

VIII, I, 2 : teiis félon signifie ici « hiver », comme chez tous les lyriques et 
Perrin lui-même (XI, i, i : XVII, i, 2) ; il faut bien se garder de chercher 
là une allusion à des événements historiques. — i, 4: je ne comprends pas 
la note sur novele chanson : cette expression a exactement le même sens qu'en 
français moderne. — i, 10 : supprimer toute ponctuation entre ces vers et 
le suivant. — iv, 9 (]iul\ lire, avec la famille a, cjni ; conquérir est pris abso- 
lument. — V, 6: virgule après langue. — v, lo-i : le premier des sens 
proposés dans la note est le seul possible ; il est du reste absolument indiflFé- 
rent d'écrire hoin ou on. — vi, 1-2: je mettrais la virgule après chançon. — 
2-5 : chanson envoie... seras a la flor — des dames a droit jugier. Cet infi- 
nitif, dit M. St., se rapporte à chanson et a le sens passif, ce qui n'est pas 
clair. Entendez: « à celle qui est, si l'on juge bien, la fleur des dames. » 

IX, I, 7 : supprimer toute ponctuation après ce vers. — m : deux points 
après le v. 2, pas de ponctuation entre 3 et 4, virgule après ce dernier vers. — 
V bis, ) : M. St. fait de faite (sic) le part, passé de fiitier ; mais il faut une 
rime er é pur; corr. le faite du ms. (unique) en chante. 

X, III, I : assentir, non « se figurer », mais « s'accorder à cette opinion 
que ». — V, 2 : resleecier, simplement « remettre en joie ». — v bis, 7: 
l'euiUes] veuillies. 

XI, I, 7: a] en (avec O). — iv, 4: servie ne doit pas être corrigé. 
XJI, IV, 5, bon est ici adverbe, synonyme de buer. 



1. Aux exemples que j'ai signalés à M. Van Hamel, ajouter celui-ci, 
particulièrement précis : 

Sani cuer stii, deus en a via dame ; 
San:^ cuer sui , deus en a od soi. 

(Scheler, Trouvères belges, II, 143.) 

Perrin lui-même reprend ailleurs cette métaphore (XV, i 4). Cf. encore : 
En vo gent cucur prent son repaire (Chansons du xv^ siècle, p. 29). 

2. La traduction, au reste très libre, que P. Paris a donnée de ce passage 
(Hist. litt., XXIII, 666) aurait dû mettre M. St. sur la voie du véritable 
sens. 



128 COMPTES RENDUS 

XIII, V, lo: aucune difficulté : « je lui impose ^cela] en pénitence [deses 
fautes] », c'est-à-dire comme une stricte obligation. 

\IV, II, 6-7 : ponctuation fausse : point après yo/o/V, virgule après doie. — 
V, 9 : ilones] doues. 

XVII, II, 4 : pilie\ pitc. — m, 2 : effacer virgule après dame. 

XVIII, IV, 7 : cnuie (iiiodia) n'existe pas; lire cirvie. — v, 4: plutôt or^fc 
(F) que crevé. 

XIX, II, 5 : lûi^c au sens de « folie » est fréquent. — m, 7 : vers trop 
court. — VI : cet envoi a fort embarrassé l'éditeur (vov. sa note générale); il 
n'y a rien à v changer ; il faut indiquer seulement que les trois premiers vers 
sont prononcés par le poète, les deux autres par « Bone Amour ». M. St. a 
raison (mais trop longuement) contre moi {Origines, 2t éd. p. 54, n. i), en 
pensant que « Bone Amour » est une abstraction, et non un seiibal de la 
dame; j'avais au reste dit: « peut-être ». 

XX, La forme strophique est mal comprise ; M. St. est amené par sa théo- 
rie à supposer, dans trois couplets sur cinq, une lacune, qui, nulle part, ne 
nuirait au sens. Le compas est ab ah ce, plus un vers qui rime avec le refrain : 
celui-ci compte tantôt un, tantôt deux vers. — I, i : 5în]corr./«/ ; nouveliere, 
non a inexpérimentée », qui ferait ici contresens, mais « inconstante», sens 
ordinaire du mot. — iv, 3 pUt est une forme incorrecte; C au moins a phi 
(non indiqué). — i\', 9-10 : mss. : Ne vencs plus ^a (sa), talensde bien faire ; 
l'en vous clorroit l'uis. La coquette personnifie et interpelle le désir, la velléité 
de bien faire et le chasse loin d'elle. Ce joli refrain, que j'avais pourtant impri- 
mé correctement (Revue des langues rovuvies, 1902, 203), mais sans explica- 
tion, a eu bien de la malchance ; M. St. veut corriger ça en qua, qui ne 
donne aucun sens, et M. Schultz-Gora {Zeitsch. f. roui. PW/., XXVII, 378) 
veut lui substituer san~, ce qui est pis; car cette Schlitumverhesserung fausse 
à la fois le rythme et le sens, la femme inconstante étant mal qualifiée pour 
donner des conseils de morale. 

XXI, II, 5 : pour vo chapel. M. St. propose de prendre ces mots dans un 
sens métaphorique, c'est-à-dire obscène. Nullement : « En échange de votre 
couronne de fleurs je vous offre mon amour. » 

XXII, II, ) : virgule après m'asseiire; ce verbe signifie « se rassurer », 
non « acquérir la certitude ». — iv : les v. 3-4 se rattachent à ce quiprécède, 
non à ce qui suit. — v, 8 : la correction proposée est impossible ; il faut une 
rime en er, non en -ure ; peut-être sd)is ja remuer. 

XXIII, V, 5-6: la ponctuation fausse le sens; lire jadis, ce dit ou, 
Yvains... 

XXIII», m, 4-6. Et je versli ni'espris ai, la mercii ïen prierai ; paor ai que 
Jailli n'oie. Espris ne peut être le part, de esprendre : il faudrait moi ; lire 
se. . . mespris, sa merci. Au v. 6 noie n'a pas de sens ; Vue faille r doie (R) ou 
failli n'aie (OX); la rime oi : ai est acceptable; vov. p. 153. — v bis, i : 
n'a nul besoin de correction ; eu est iude, comme l'éditeur l'a soupçonné. — 



STEFFEXS, Die Licderd. Trovcors Pevr'mv. Angicourl 129 

7 : gies, qui fausse la rime et ne donne aucun sens, doit être lu (ou corrigé 
en) ^re's. 

XXIV, I, 5 : effacer la virgule après voloiitc. — 11, 5-8 : n'ont pas de sens; 
au lieu de iw lire roc, leçon de V (voy. l'éd. Noack ; ce mot a été mal lu 
ici); peut-être : «une femme mal élevée a plus tôt donné son amour qu'une 
autre (c'est-à-dire une honnête femme) n'écoute l'amant le plus irrépro- 
chable ». 

XXV, III, 8: qu'an] qu'au ; le passage est au reste obscur. — v, 3 me 
serré ne peut s'expliquer et l'éditeur s'y efforce en vain ; lire iiieserrè. 

XXVI, M. St. fait un rapprochement intéressant entre cette pièce et une 
chanson de Peire Raimon qui en a fourni l'idée générale et, à peu de chose 
près, le rythme Les deux pièces doivent être sur la même mélodie ; il eût 
valu la peine de le rechercher. — i, 11, remise signifie naturellement 
« usée, détruite », et non « remplacée ». Si la chandelle est « remplacée», 
ce n'est plus elle qui « fait le service ». — iv, 8 : il me paraît plus naturel de 
rattacher creiï à croire qu'à croistre. — ^,7 ■ niesprison, que l'éditeur semble 
rattacher à mesproisier, a son sens ordinaire de « faute ». — vi, 3 : M. St. corrige 
liiigiUice en lii^inuice {}), qu'il traduit par « violence » ; corr. ligeance (de lige). 

XXVII, II, 7 : (/twtvJM. Brandin a lu dou:;^, qui convient mieux. — iv, 5: 
daigniessie^] Brandin: daignissiei. — v, 7 : hienvaillance] l'éditeur propose de 
corriger tn grant vaillance; mais c'est précisément, selon M. Brandin, la leçon 
du ms. — V, 8 : souvient] M. Brandin a lu souvent, que le sens exige. 

XXVIII, II, 5 : celle = certainement s'ele (si elle) ; M. St. a eu grand tort 
de rejeter cette idée, qui lui était venue. 

XXVIII a, II, 6: /a] il faut le et c'est ce que porte une copie de M.- St. lui 
même (A rchiv, 88, 322). 

XXIX, I, I." contre a. son sens fréquent (voy. Godefroy, II, 271 b) de « au 
temps de >;. — 11, i n'icrt fausse le sens; lire n'icrr(M). — 2 jolis] Vire faillis 
(M). — Il ne faut pas de point d'interrogation après 8. — m, 3 a] lire, tient 
(iVf ) et on aura un sens excellent: « une dame de valeur inspire à son ami 
la courtoisie. » Le v. 7 se rattache à ce qui suit, non à ce qui précède. 

XXX, II, 8 : c'est le sens indiqué en second lieu qui est le bon. 

XXXI, IV, 4: l'expression jouir de son cuer me paraît aussi claire que 
jolie, elle signifie simplement « goûter de la joie, être heureux. » — vi, 5 : ne 
(/H(?f/7. La traduction nicht n'ie (.';«(.'/• fausse le sens: il faut entendre « non 
[autrement] que ». 

Appendice. — II, iv, 7 : vous] nous. — v, 4, con] corne. 
IV, I, 4 correciê. — 6-7 : reporter le tiret à la fin du second vers. — 8 dou] 
corr. i(. — II. Les v. 3-6 sont inintelligibles; il suffit, pour obtenir un sens, de 
grouper autrement les syllabes et de comprendre qu'il s'agit d'abst.actions 
personnifiées : 

Li nit'sdisaut (lire mesdisaus), cant sa langue desloie, 
Contre son col[p] nait {r=z n'a) unie airme garant, 

Romania, XXXV n 



130 COMPTES RENDUS 

Et Anvie (Envie), sa iiieiie, li apraiil 
Kc sor A mors Mcsdil, son fil, aiivoie... 

III, 5 apii'vieul ne peut rester ; corr. afieiuent au sens de « assurances qu'ils 
se donnent, cabales qu'ils font entre eux »(?). — 1 : a niant. — iv, 2 sou =zsel, 
si k, il ne faut donc pas corriger en sons ; c'est une allusion à un proverbe 
connu. — 4 les] corr. le. — 7. Luiiruenient] corr. langue [(]iii] nunt '. 

A. Je.\nroy. 



Table des nonjs propres de toute nature compris dans 
les chausons de geste imprimées, par Ernest Langlois. Paris, 
Bouillon, 1904. In-8", xx-674 pages. 

En 1899, l'Académie des inscriptions et belles-lettres proposa pour le 
prix ordinaire de l'Académie, à décerner en 1901, le sujet suivant :« Relever 
les noms propres de toute nature qui figurent dans les chansons de 
geste imprimées antérieures au règne de Charles V. « Le prix fut décerné 
à M. Ernest Langlois (voir Romania, XXX, 464), qui, on le voit, n'a pas 
tardé à publier son travail. Je puis attester qu'avant de l'imprimer, il l'a 
revu et amélioré, ce qui ne veut pas dire qu'il ne reste rien à faire pour 
l'amener à la perfection. Tel qu'il est, cependant, l'ouvrage est d'une 
incontestable utilité. Si, en général, les éditions récentes de vieux poèmes 
français — et notamment celles de la Société des anciens textes français — 
sont pourvues d'index, les anciennes éditions en ont rarement. De plus, 
alors nVéme que chaque édition aurait un index, il serait pourtant commode 
d'avoir à sa disposition une table générale, formant en quelque sorte le 
résumé de tous les index particuliers. Ajoutons que les dépouilkments de 
M. L. paraissent, autant que j'en ai pu juger par quelques vérifications, exacts 
et complets. A cet égard il n y a qu'à louer. Nous verrons tout à l'heure que 
certains articles auraient pu être disposés selon une méthode meilleure. Quant 
aux textes qu'il s'agissait de dépouiller, il y a quelques lacunes, dont je ne 
veux pas, du reste, exagérer l'importance. M. L. a compris dans sa table les 
noms qui figurent dans les poèmes relatifs à la croisade. Pourquoi a t-il 
négligé le plus ancien de ces poèmes, le fragment, que j'ai publié en 1884, de 
la chanson provençale d'Antioche? Est-ce à cause de la langue? Mais il a 
bien dépouillé Giiait de Roiissil Ion (d'après ma traduction). Et le poème sur la 



I. Voici quelques additions concernant la bibliographie Une partie c'a 
no V est reproduite dans les Fac-siniili de M. Monaci, fol. 16. La première 
strophe de cette chanson est citée dans le Conte du Cheval defust (Zeitsch. f. 
roui. Ph. X, 462). — Les nos XII, XIV, XXIV ont été imprimés par Noack, 
Der Strophenausgang, etc., p. 12-14, 24. — Le premier couplet du no XXVI 
l'avait été (d'après O) dans Hist. lilt., XXIII, 823. 



E LANGLOis, Tûhle ries noms propres 131 

première croisade, dont j'ai don ne de longs extraits dans le t. Vdela Roiiiiinia'} 
Sans doute il est inédit, mais les extraits publiés pouvaient être dépouillés. 
Pourquoi aussi avoir laissé de côté Matirin, et DaitreJ et Betoii, qui sont assu- 
rément des chansons de geste? J'irai plus loin et je dirai que, à la place 
de M. L , je n'aurais pas hésité à faire entrer dans cette table les noms 
contenus dans le Caiiuen de proditioiie Guauelonis, dans le Fragment de La 
Haye, dans le Pseudo-Philomena. Sans doute le programme du prix proposé 
ne l'exigeait pas expressément; mais ce programme était un peu bref, et il 
fallait l'interpréter largement. — Pour le fragment du poème en alexandrins 
sur la Reine Sébile, découvert et publié par le baron de Reiffenberg, M. L. 
a fait usage de la réimpression, améliorée par places, jointe par Guessard à 
son édition de Miicaire, mais il n'a pas connu la nouvelle édition de ces frag- 
ments par Aug. Scheler^ Or cette édition, outre qu'elle présente un texte 
amélioré par la collation du manuscrit, contient 76 vers de plus que celle de 
Reiffenberg. Ti istaii Je Xaiileuil est inédit et ne sera sans doute pas publié de 
si tôt, mais à peu près tous les personnages du poème, sont mentionnés dans 
les longs fragments que j'en ai publiés en 1868'. De plus, j'ai pris la peine 
d'en dresser la liste au commencement de mon mémoire. Ces noms pouvaient 
donc prendre place dans la Table générale qu'ils n'eussent pas sensiblement 
allongée. Je regrette aussi que M. L. n'ait pas compris dans ses dépouillements 
les poèmes sur Alexandre le Grand, ou du moins le principal, celui dont les 
différentes branches ont pour auteurs Lambert le Tort, Alexandre de Bernai, 
Pierre de SaintCloud. C'est une véritable chanson de geste. 

L'une des principales ditîîcultés du travail entrepris par M. L. consistait 
dans la distinction de personnages ayant le même nom et le même surnom, 
mais n'étant pas identiques. Ce cas n'est pas rare, tout comme il peut arriver 
que des personnages avant des surnoms différents soient identiques. On 
ne peut assurément exiger que l'auteur d'une table générale donne la solu- 
tion de tous ces problèmes, et l'on doit savoir gré à M. L. d'avoir, en cer- 
tains cas, renvoyé à des ouvrages où l'on trouve la solution désirée. Mais il 
aurait pu le faire plus souvent. Notamment pour les personnages historiques 
qui figurent dans ies poèmes sur la croisade, des identifications précises auraient 
pu être faites en beaucoup de cas par la comparaison avec les textes latins, 
particulièrement avec Albert d'Aix. Voici, à ce propos, quelques remarques 
de détail, l.a Cannlerie est bien « un château non loin d'Antioche », 
mais il eut été bon de dire que cette forme était corrompue et qu'il 
fallait lire La Taïuehric ou Taleniaiie (cf. Albert d'Aix, ///.</. occ, IV, 
4^1, note a). Rairiicl est en Arménie et non en Asie mineure. Rohais 
(Edesse) n'est pas non plus en Asie mineure. Bauduin de Mont ou de Mons, 



1. Cf. un autre morceau du même poème, VI, 489. 

2. Bulletin de l' Académie royale de Belgique, 2<^ série, t. XXXIX (avril 1875). 

3. Jabrb.J. roui. u. engl. Literalur, IX, 142, 355-398. 



t}i COMPTES RENDUS 

qualifie de «chevalier croise», doitctrc Baudouin comte de Hainau. Casses de 
Beers est le « Gastus de Beders » d'Albert d'Aix, « Gasto de Bearn » selon 
d'autres (H/5/, occ, III, 516, n. y). Halloic, Hallilie, etc., a été identifié, voir 
Hoiiniiu'ii, XVIII, 39. — Moiilchtvrel n'est pas «près de Rome », c'est Mon- 
crivello, entre Ivrée et Verceil (Réf. des 1. rom., 4<^ série, VII, 255-6, n. 6). 
On pourrait citer d'autres cas du même genre, mais j'insiste d'autant moins 
que des observations analogues ont déjà été présentées dans un des comptes 
rendus qu'a suscités le livre'. D'ailleurs on conçoit que de telles erreurs 
sont inévitables dans une table aussi étendue. 

M. L. s'est tenu en garde contre les fautes de lecture qui abondent dans les 
anciennes éditions. Voici cependant un cas où sa sagacité a été en défaut. De 
l'art. Otiviaus il nous renvoie à l'article Olivier i, où se trouve une citation 
de Baudouin de Seboiirg, II, 552, ave; cette observation : « texte Otiviaus ». 
Or voici le vers tel qu'il se lit dans l'édition : Aius puis cpCOtiviaus fisl le 
champ contre Rollaut. Cet Otiviaus n'est nullement à confondre avec Olivier : 
c'est Oliiiel (donc lire Otiuiaus), qui, dans le poème de ce nom, combat en 
effet contre Rolant (édition Guessard et Michelant, pp. 10 et suiv ). Il fallait 
donc placer cette citation à l'art. Otinel i . 

Il est bien certain qu'une table de cette nature ne peut être que provi- 
soire. Comme le titre l'annonce, M. L. n'a pas dépouillé les chansons de 
geste inédites, et, parmi les éditions dont il a dû, faute de mieux, se conten- 
ter, beaucoup sont très défectueuses et donnent, pour les noms de personnes 
ou de lieux, bien des formes erronées. Chaque édition nouvelle apporte 
son contingent d'additions et de rectifications. On peut donc croire que 
dans quelques années l'ouvrage de M. L. devra être réimprimé. Je voudrais 
qu'à cette occasion l'auteur prît la peine de refondre un certain nombre 
d'articles, surtout les plus longs, qui sont vraiment bien incommodes à 
consulter. L'auteur devrait adopter un ordre immuable pour le classement 
des chansons de geste qu'il cite, et l'indiquer en un tableau auquel on pour- 
rait recourir pour chaque recherche : dans des articles (Charletuagne, Espaone, 
France etc.) qui ont souvent plusieurs pages on perd un temps infini à recher- 
cher la place de chaque chanson de geste. Je n'ai pas réussi à trouver le 
principe du classement, qui varie pour chaque article. D'autre part, le dépouil- 
lement est purement mécanique, il s'applique non pas aux personnages, 
mais strictement aux noms par lesquels ils sont désignés. Ainsi, à l'art. 
Charhviagnc, je vois que ce nom figure dan^ A\e d'Avignon aux pages i, 
2, 19, 22, 25, 35, 36, 42-5, 52, 53, 125. Est-ce à croire que l'Empereur ne 
figure qu'à ces pages? Non, car il est le plus souvent appelé Charles ou 
Karles. Je me reporte à la seconde partie de l'article, celle qui est consacrée 
au nom Charles, et je vois dans Aye d'Avignon ct^ue simple mention c 2 etc. ». 
M. L. a reculé devant le dépouillement. Il a bien fait ; il eût fallu plus de 

i. Voir Zeitschr. f.fran-. Spr. u. Litcr., XXVII, Réf. u. Recen-., p. 13. 



THOMAS DU MAREST, Livre des comptes p.p. le cacheux 133 

cinquante renvois, et les longues séries de chiflFres ne servent à rien : il est 
plus simple de lire l'ouvrage. Je crois qu'il aurait mieux valu fondre en une 
seule série Chtrlemacrne et Charles, et, à propos d'Aye d'Avignon, dire que le 
jjersonnage figure dans ce poème presque à chaque page sous l'un ou l'autre 
de ces noms, ou sous les désignations de roi ou d'empereur, et on se serait 
dispensé de tout renvoi. La même remarque pourrait être faite au sujet de 
bien d'autres poèmes. Il est inutile de faire des dépouillements pour des per- 
sonnages qui sont presque constamment en scène. Robaslre ne paraît que 
dans la fin de Doon ie Mayence et dans Gaiifrey. Mais dans ce dernier poème 
il est l'un des principaux personnages. A quoi bon cinq lignes de renvois? 
Une ou deux auraient suffi avec un etc. M. L. a souvent employé ce procédé 
et personne ne l'en blâmera. Quant aux axùcXqs Jésus et Marie, je les suppri- 
merais entièrement. Ils ne peuvent évidemment servir à rien. M. L. aurait 
pu aussi bien faire un art. Dieu : il s'en est sagement abstenu. 

Telle qu'elle est, et bien que sur quelques points de méthode, je ne sois 
pas d'accord avec l'auteur, cette table est une oeuvre de patience qui est à 
la fois très méritoire et très utile. 

P. M. 



Le livre des Comptes de Thomas du Marest, curé de Saint-Nicolas 
de Coutances (1397-143 3), publié par Paul Le Cacheux, suivi de pièces du 
xve siècle relatives au diocèse et aux évêques de Coutances, publiées par 
Ch. de BeauRepaire. Rouen, Lestringant ; Paris, A. Picard et fils, 1905. 
In-80, XL-265 pages (publication de la Société de l'histoire de Normandie)'. 

Thoujas du Marest naquit en 1367, à Carentan. Pourvu en 1397 du 
bénéfice de Saint-Nicolas, de Coutances, il se rendit à l'Université de Paris 
où il resta six ans sans toutefois obtenir aucun grade. Revenu à Coutances, il 
s'occupa avec zèle de la réparation de son église, qui se trouvait en un tel 
état de délabrement qu'elle ne pouvait servir au culte. Son livre de comptes — 
qui est proprement ce qu'on a appelé plus tard un livre de raisons — contient 
en assez mauvais ordre la liste des dons qu'il reçut et le détail des dépenses 
faites en vue de lareconstruction, le tout entremêlé de notes autobiographiques 
qui ont permis à l'éditeur de retracer la vie du personnage. Ce livre méri- 
tait en soi d'être imprimé ; la publication en était d'autant plus désirable que 
loriginal appartient à un particulier, et par conséquent n'est pas à la portée 
de tous ceux qui auraient intérêt à le connaître. Les comptes de Thomas du 
Marest sont le plus souvent en français, quelquefois en latin avec emploi 
de mots français pour les termes techniques. C'est naturellement en raison 
de l'intérêt linguistique de la partie française que cette publication est annoncée 



I. Le présent compte rendu ne s'applique qu'au Jivrc de Comptes, qui se 
termine à la p. 163. 



134 COMPTES RENDUS 

ici. Il s"v trouve en effet — indépendamment de termes de construction, 
quiont été généralement bien expliqués dans les notes — quelques particularités 
linguistiques qu'il n'eût pas été inutile de relever dans la préface. Thomas 
du Marest écrit à peu près en français central ; c'était l'usage de son temps en 
Normandie, et on a vu qu"il avait passé six ans à Paris. Mais bien souvent les 
formes de la phonétique locale se présentent sous sa plume. Ainsi il écrira 
avhhlle 5 5 , canvre 44, aipi tir 71, carectcs 48, cariage 57, carier 46, 5 7, car leur 78 , 
carpeiitier ■^(), 40, cartier{c\\2irrc:\(^x')46,casuble 89, coulx (chaux) 5 5, 86-7, quesve 
(chêne) 22,39, 40, qiieville 61, clo:jiies,'j(); et, d'autre part, achuta 25, chanvre 
55, chaest (part, p.) 58, chayrcnt 5 1, ch.iricr 44, chevrons 27. Les finales en -ie 
se réduisent à /; inarchi (marché) 58, les part. p. masc. empechi 89, enchargi 
29, viihU 25. Citons encore les inf. aver 42, voyer (voir)' 58. Notons que 
hosc, un bois, 59, est distingué de bois signifiant le bois, charpente'. L'édition 
est faite avec soin : elle reproduit très exactement l'original, autant qu'on en 
peut juger sans avoir vu le manuscrit, ce qui est l'essentiel; çà et là quelques 
fautes d'interprétation. Ainsi, p. 41 : « Autres mises... coniineiichies n, il faut 
coinnienchies,au fém. — -P. 64, il faut écriracbevauche, envoyé âu prétérit, i^^pers. 
du sing., et non chevauche, envoyé. — P. 1 30 les mots « quesne gallice « devraient 
être entre deux virgules. P. 145 (cf. p. xij), « Item do...librum meum calho- 
//Vi'»... » L'éditeur n'a pas compris qu'il s'agissait du dictionnaire bien connu de 
Jean de Gênes qui fut impinné plusieurs fois à la Renaissance (cf. Hist. litt. de la 
F/-., XXII, 13-5, cf. 33). — -Thomasdu Marest n'était pas dépourvu de littéra- 
ture. Il aime à faire des citations: p. 91, il transcrit des vers latins sur 
Paris dont je ne saurais indiquer la source : 

Parisienses sunt sicut enscs seniper acuti 
Prelia iioscunt, oninia poscunt, sunt bene tuti... 

On doit regretter, disons-le en passant, que l'éditeur n'ait pas corrigé les 
nombreuses fautes que présentent ces transcriptions. 

i^illeurs(p. 156) l'écrivain cite, sans doute de mémoire, en tout cas très 
inexactement, quelques vers de la pièce J'ai un cuer trop lait, qui a été si 
souvent copiée et que plusieurs manuscrits attribuent à un certain Thibaut 
d'Amiens, lequel, jusqu'à présent, n'a pas été identifié avec certitude^. 

Il peut être intéressant dénoter que dans un acte de 14 17 analysé par notre 
Thomas figure (p. 83) un Olivier Basselin. sergent de la vicomte de 
Mortain. Cette qualific.ition exclut toute identification avec l'auteur plus 
célèbre que connu des vaux-de-vire, mais le sergent en question était 
probablement de la même famille. Le seul reproche d'une certaine gravité 
qu'on puisse adres.ser à cette publication est qu'il n'y a ni glossaire ni table. 

P. M. 



1. Il faudr.iit donc considérer /'tni; et /v/.v comme deux mots distincts, ce 
que n'a pas fait Godefrov*, Cowpl. Bois. 

2. Voir Bulletin de la Soc. des anciens textes français, 1901, p. 73. 



CARXAHAN, ProIoguc iti tbe oJd french Mystery 135 

The Prologue in the Old French and Provençal Mys- 
tery, by David HobartCARMAHAX.— Ncwhaven. TheTuttle, Morehouse 
and Taylor Company, 1905. In-80, 200 p. (Thèse de l'Université de Yale). 

Des deux parties — versification, analyse des prologues — , la première 
seule a été présentée comme thèse à l'Université de Yale. On y trouvera, 
touchant un certain nombre de mystères (78 français, 9 provençaux, 
quelques bretons), des listes et catalogues des différents mètres employés, 
des cas d'élision, d'hiatus, de svnérèse ou de diérèse, des rimes masculines et 
féminines, plates ou mêlées, identiques ou équivoques, des constructions de 
strophes, des rimes à cheval sur deux couplets ou sur le prologue et le mvstère 
lui-même; dans la seconde partie, des passages, découpés de prologues, 
rangés sous les rubriques: sermons; proverbes et comparaisons ; mention des 
sources; érudition; intentions et apologie des auteurs; invitations au silence; 
analyse des mystères ; présentation des acteurs ; indications de mise en scène, 
par qui le prologue est dit ; à qui il s'adresse; les prologues doubles et les 
formes irrégulières (diableries, discours du fou). Les appendices donnent 
(p. II 7- 190), juxtaposées sous les mêmes rubriques, des citations de prologue 
qui n'ont pas trouvé place dans le corps de la thèse. Ils seront utiles 
parce qu'on peut y picorer des exemples, et le seraient davantage avec des 
références précises aux manuscrits et aux éditions: M. Carnahan ne donne 
ni le folio ou la page, ni le chiffre du vers, et il renumérote tous ses extraits. 
Une table des mystères assez sommaire et une bibliographie terminent le 
volume. L'auteur promet de publier dès cette année des prologues inédits ou 
cachés dms des éditions rares de la Bibliothèque nationale, et de poursuivre 
ensuite ses recherches sur les épilogues. 

M. C, n'ayant pas comparé le prologue au corps du mystère, ne nous dit 
pas s'il a des caractères particuliers, tranchés, ni quels ils sont ; les exemples 
cités mis décote, le résidu d'observations et de conclusions est bien mince, 
de volume et de poids, et pourrait être encore réduit. P. 28, liste de vers ne 
rimant pas : messagers, héritages ; la mesure du vers à elle seule exige la 
correction tn messages ; inoy, résurrection, venant après exposicion, passion, avant 
toy, croy, ne sont pas sans rime : le tout est un sixain du type aababb; p. 29, 
« Pour les péchiés du premier jour De Adam que mangat h pome », Jour 
est visiblement une mauvaise lecture de home ; même page, valoir-religieux, 
ce dernier mot est impossible pour la mesure du vers, il faudrait un dissyl- 
labe comme /'mz'c'/V(é'). — Le chapitre sur l'orthographe et la prononciation 
d'après l'examen des rimes laisse beaucoup à désirer: on ne peut pas voir 
des phénomènes de phonétique dans les moindres divergences de graphie 
(p. 45 « âge pronounced aige »); p. 50 apostre- dcuionstre, rangés parmi les 
assonances; il eût fallu peut-être lire demoustre; même page charge et vierge 
(chez Jean Michel) donnés comme « rimes imparfaites n ; l'auteur se contente 
d'entrevoir en tout cela « the possibility of dialectic forms » (p. 50). 



'36 COMPTES RENDUS 

P. 72, « iid ce que » noté comme mot latin inséré dans le français au 
même titre que item, illec, etc. La typographie est agréable à l'œil, mais 
l'emploi des accents est bien capricieux. 

Henri Chatelaik. 



Der Huge Scheppel der Gràfln Elisabeth von Nassau. 

Saarbrùcken. nach der Handschrift der Hamburger Stadtbibliothek, 
mil einer Einleitung von Hermann Urtel. Hamburg, Lucas Gràfe, 1905. 
In-folio, 25 pages -f- 57 feuillets, et table non paginée de 5 pages — , 
6 pi. en couleurs, hors texte ou fac-similés. 

Le roman en vers français du xive siècle dont Hugues Capet est le héros 
fantaisiste, traduit en allemand au xve siècle par la comtesse Elisabeth de 
Nassau-SaarbrùcT<, a joui dans les pays germaniques d'une vogue assez 
surprenante mais indéniable, étant attestée par au moins dix éditions qui 
s'échelonnent de l'année 1500 à 1794. En examinant un manuscrit de la tra- 
duction allemande conservé sous le n" 12 à la bibliothèque de la ville de Ham- 
bourg, le distingué bibliothécaire à qui est due la belle publication que nous 
annonçons a pu établir que ce manuscrit avait été exécuté pour Jean III de 
Nassau-Saarbrùck, le propre fils de la comtesse Elisabeth, et que sa date se 
place entre 1455 et 1472. Il v a donc les meilleures raisons de croire que ce 
manuscrit (dont l'éditeur nous donne une reproduction soignée en gothique 
allemande) est sensiblement plus proche de l'œuvre de la comtesse que les 
éditions du xvi'; siècle, et c'est ce qu'une comparaison des deux textes met 
hors de doute. On sait d'autre part que la comtesse Elisabeth s'est appuyée 
sur une version française qui diffère de celle que présente le texte édité par 
le M>s de la Grange. Le manuscrit de son fils permet de corriger certaines 
leçons de cette dernière édition. 

M. Robert Schmidt a joint à l'introduction de M. Urtel une intéressante 
étude sur les miniatures du ms. de Hiige Scheppel, et de deux autres mss. 
renfermant Lober nnd Mallart et Herpiii, lesquels sont certainement du 
même enlumineur. Il arrive à la conclusion que ces miniatures sont copiées 
sur les manuscrits français d'après lesquels la comtesse Elisabeth a exécuté 
ses traductions. La patrie de l'enlumineur (ou de l'association d'enlumineurs) 
français pourrait bien être Amiens, et la date de l'exécution se placerait vers 
1420-1430. 

Ce splendide volume forme le premier fascicule des VerôffentUchiingen 
ans der Hainlnirger Stadtbibliothek et a été imprimé aux frais de la municipa- 
lité hambourgeoise, que l'on ne saurait trop féliciter de son zèle éclairé. 

Ferdinand Lot. 



PÉRIODIQUES 



ZeITSCHRIFT FUR ROMAMSCHF, PHILOLOGIE, XXIX, ^ — P. 2)7, O. Dit- 
trich, Ueher Wort:;usavn7ieiiset\iiiii^, aiif Gruiid der ueufrdn:^ps'nchi'u Sprache 
(suite). — P. 293, L. Poulet, Marie de Fiance elles Liis bretons (suite et fin). 
[Dans la première partie de son étude, M. F. montrait que les auteurs des 
lais anonvmes n'ont connu les « lais bretons >■• que par Marie dé France; ici, 
il soutient que Marie de France, à son tour, ne les connaissait que par ouï- 
dire, (' qu'elle n'a jamais été en contact avec les originaux celtiques » ; qu'il 
faut reculer dans un passé lointain et presque mythique les anciens « musi- 
ciens » et surtout les anciens « conteurs » bretons. « Marie n'était pas plus 
renseignée à leur égard que nous ne le sommes », ce qui revient à dire, 
puisque nous ne les connaissons que par son témoignage, qu'elle ne savait rien 
d'eux. M. F. arrive à ces conclusions à la suite de discussions parfois obscures 
(vov. les pages 306-7), très souvent ingénieuses et fortes, mais toujours si 
complexes, si nuancées, si subtiles aussi, qu'on ne saurait, sans trahir sa pen- 
sée, les résumer en quelques lignes. Je me bornerai donc à dire qu'on peut 
en contester le point de départ même : tandis qu'on avait jusqu'ici bonne- 
ment accepté, au même litre et sur un même plan, tous les renseignements 
que Marie nous donne sur ses sources, M. F. estime qu'il en faut distinguer 
de plus anciens et de plus récents : le sens que Marie attachait au mot lai 
aurait évolué au cours de son travail; M. F. décrit l'histoire de ces variations 
et tire de là par la suite maintes conséquences. Par malheur, nous ignorons 
tout à fait si Marie a employé à la composition de ses poèmes plusieurs années 
ou quelques mois seulement, en quel ordre elle les a composés, si le lai de 
Gui(;eiuar, par exemple, bien qu'elle ait visiblement tenu à le mettre en tête 
de son recueil, n'est pas néanmoins le plus récent de tous, si elle n'a pas revisé 
et remanié d'ensemble les introductions et les épilogues de ses contes lorsqu'elle 
les a rassemblés pour en faire une collection, etc. Nous vovons bien qu'elle 
a écrit en dernier lieu le Prologue de son ouvrage, mais c'est tout. M. Foulet 
rencontrera sans doute plus d'un contradicteur , mais ses adversaires apprécie- 
ront chez lui une rare faculté d'analyse et de combinaison, et ce travail ori- 
ginal et hardi leur révélera qu'on doit beaucoup attendre de son auteur. — 
J. Bédier.] — P. 323, H. Schuchardt, Lut. « galla ». A propos du portug. 
galelo, M. Sch. étudie la famille du lat. g al la, « noix de galle », et en parti- 
culier l'espagnol galilh ; le franc, gattge et les formes apparentées ; l'ital. 
galla, noce di galla, auquel il rattache le franc, noix de galle; les formules 



138 PÉRIODiaUES 

italiennes telles que leggiero corne uiia galla, aiuiaie a galla « venir à la sur- 
face », d'où gallare, galleggiare, sources du {r.galer, galoier, etc. 

Mélanges. P. 333, A. L. Stiefel, Zu Lope de Veç;as « El hoiiraJo heniuvio ». 
Une scène curieuse de cette comédie nous montre Horace envoyé en ambas- 
sade à Albe et ne trouvant pas place pour s'asseoir devant les sénateurs albàins 
qui ont concerté cet affront : il plie alors son manteau, le pose à terre et s'as- 
sied dessus, puis, son ambassade terminée, se retire tn abandonant son man- 
teau, car, dit-il, « No ine iiiostiniibro llevar \ La silla en que me iiseutè ». L'in- 
vention n'appartient pas en propre à Lope de Vega : l'anecdote se retrouve, 
avec pour héros un ambassadeur vénitien à la cour du grand Turc, dans Juan 
de Timoneda, et des variantes se rencontrent ailleurs encore'. — P. 336, 
Schultz-Gora, Eiiie Gedkhtslelle hei Rainion von Miraval (Gr. 406, j). Cor- 
rection, appuvée sur un passage de Peire Espanhol, des vers où il est fait allu- 
sion à la façon dont la huppe lait éclore ses œufs, ou plutôt son œuf unique. 

— P. 337, Schultz-Gora, « Augen des Herie?is » ini Proa.'en\alischen utid AU- 
frtvuiosischen. Exemples provençaux et français anciens de l'expression « ieus 
del citer », appuyés d'exemples français modernes et italiens ^our yeux de Tes- 
prit, de la pensée, etc. — P. 340, H. Schuchardt, Ital. k pisciare >^,fr. «pis- 
ser ». Il y a bien à l'origine de ces verbes une onomatopée, ps servant, très 
généralement, à noter le bruit d'un liquide qui coule, ou qu'on fait couler, 
ou qu'on veut faire couler. Les formes du tvpe « pisser» se rencontrent, avec 
le même sens, chez les Germains et les Romans, chez d'autres peuples 
encore, sans rapports avec ceux-ci, et une telle extension ne se comprendrait 
guère pour un mot qui n'aurait pas pour origine une onomatopée. — P. 343, 
G. Bertoni, Appnnti lessicali ed etimologici : i. II. ant. lerpo=^ palpebra; 
rattaché à l'anc. haut. ail. leffur ; — 2. Ziano (r= lio), archaïque dans la 
langue littéraire, mais bien vivant dans l'Italie du sud, a comme pendant en 
Emilie ;;;//»;;; d'où M. B. pense qu'il faut voir dans :(iano, \iino les représen- 
tants de types *thi-anus, *thi-inus, dérivés de thi us, plutôt qu'un reflet 
de la déclinaison en n — due (barba — barbano), comme on l'avait proposé pour 
liano: —r 3. liai. « cafaggiaio », « garde champêtre et forestier », à ratta- 
cher au longobard gahagi, bas-Iat. cahagium v< enclos, bois » ; — 4. Anl. 
bologn. « sagiiradaria » ;= ital. « sciagiirataggine », avec changement de suf- 
fixe. 

Comptes rendus. — P. 346, Andraud, Li vie et Vœuvre du troubadour 
Rainion de Miraval (R. Zenker). — P. 558, Obras de Lope de Vega, t. X 
(A. Restori, suite). — P. 365, Docuvientos Cervanlinos hasta ahora inedilos, 
recogidos y anotados par D. Cristobal Ferez Pastor (W. von Wurzbach). 

— P. 375, n La perfecta casada » por el maestro fr. Luys de Léon, édit . 
E. Wallace (W. von Wurzbach). — P. 377, E. Fischer, Die Herkunft der 
Rumâncn (G. Weigand). — P. 378, Bianu et Hodo^, Bihliografia romdnesuï 



I. [Cf. Ro)nania,l\, 5 1 5 et suiv. — Red.] 



PERIODiaUES 139 

feche, I, 1508-1716(0. Wcigand). — P. 579, Ri'Z'ista htsitaua, ^'-VI (A. R. 
Laiig). — P. l'è^, SUtdj lU filologui ivnniii^a, IX, 5 (P. Savj-Lopoz). 

XXIX, 4. — P. 385, L. Jordan, Ziir Eiitirickeliiiii^ des Gotlesiicn'chtUchcn 
Zweikainpfs in Frankreich. M. J. montre que, aussi loin que nous pouvons 
rjmonter dans l'histoire des Francs et des Burgondes, le duel judiciaire 
apparaît co imie légal et ayant force probante entière, mais n'avant originai- 
rement aucun caractère sacré ; c'est une coutume proprement franque, contre 
laquelle on proteste de bonne heure en Gaule, mais que les Francs con- 
servent, sans avoir cependant, sur cette matière, de droit écrit. — P. 402, 
Mever-Liibke, JVortgeschichlUchcs. [i, prov. « heko » Biitie. Wespe. L'auteur 
ne connaît le mot qu'il étudie que par r^//(75 linguistique de MM. Gilliéron et 
F^Jmont, où ce mot est donné comme signifiant « abeille » (carte 1) au point 
605 (Saint-Dizier, Creuse) et comme signifiant « guêpe » (carte 672) aux points 
506 (Châteauponsac, Haute-Vienne), 606 (Saint Junien, ibid.), 607 (Châlus, 
ibid.), 611 (La Tour-Blanche, Dordogne), 6)2 Saint-Pardoux-la-Rivière, 
ibid.), 614, (Excideuil, ibid.), 615 (Saint-Pierre-de-Chignac, ibid.), et (-24 
(Bourgnac, ibid.). Cela ne l'empêche pas de partir du suns « abeille » pour 
chercher l'étymologie, et il fait un beau chapelet d'hypothèses : le gaulois 
avait bëcos « abeille », qui a donné en Limousin hec, lequel est devenu beca 
d'après la désinence féminine de aheJha ; ce beca a réagi à son tour sur 
abelha en le transformant en beUia dans la Haute-Vienne, la Coirèze, la 
Creuse, la Charente et la Dordogne ; on comprend très bien que bëcos 
ait évolué du sens « abeille », au sens « guêpe » etc. En fait, le sens 
« abeille », donné par l'Atlas, n'est qu'une illusion d'enquêteur, comme 
je m'en suis assuré par deux contre-enquêtes faites à Saint-Dizier même 
(lo-ii avril 1905 et 20-21 avril 1905) : beko signifie « guêpe » à Saint- 
Dizier, comme ailleurs en Limousin, mais il y a partout des individus qui 
répondent de travers ou qui, par imbécillité d'esprit, confondent guêpes et 
abeilles. M. Rolhnd, Faune pop., Ul, 271, connaît Mco par les fables de Foucaud 
(l'éJi:. Ruben, p. 43, écrit bèko), et M. Chabaneau n'hésite pas à tirer beko du 
lat. ve s pa (Gra »/;/;. lim., p. 116) moyennant une métathèse de consonnes 
combinée avec un échange de degré qui de guespa aurait fait besca pour *pesga : 
il y a de quoi donner à réfléchir. Ce qui est sûr, c'est que la forme actuelle 
représente une forme romane bèsca, car dans le patois de la partie orientale 
de la Creuse on a blèko (Ahun, Sannat, Lépaud), obïiko (Chambonchard), 
(^^«('^•^(Chambon), etc., c'est-à-dire des témoins d'un <; ouvert suivi primitive- 
ment d'une 5 ; j'ai '■ecueilli bïègo à Chenerailles (de la bouche d'une personne 
née dans la commune voisine d'IssouJun), ce qui semble favoriser l'hvpo- 
thèse de M. Chabaneau, mais je tiens que ce g est un afTaiblissement indi- 
viduel et récent du k, et non le g de guespa. La désinence ca ne peut pa.s 
être primitive, puique c devient c/; en limousin devant a ; d'autre part un tvpe 
comme *bësqua, qui semble postulé par la phonétique, ne laisse pas que 
d'être bien étrange. — 2, nonifran^. « hur », i^enlralfrani. « largo » IVidder. 



143 PÉRlODiaUES 

Rattache le premier mot et son dérivé hnrde, usités dans les Cùtes-du-Nord, 
au celtique (corn, hordh, etc.), et le second (Bourgogne et Bretagne) au ger- 
man. brui : cette dernière étymologie est bien invraisemblable du côté phoné- 
tique ; en tout cas, il eût été bon de rappeler que Chamburc, dans son Glos- 
saire du Morvan, s'est longuement occupé de ce mot : dans le fatras de ses 
articles leuhiau, luhiar, lureai, lureau, luria, luron, le rapprochement 
avec l'anc. verbe luire « saillir » mérite de retenir l'attention. Finalement, 
l'auteur jette un coup d'œil superficiel sur les différents noms romans de la 
race ovine (remarques intéressantes sur l'esp. carnero) ; je note en passant que 
a ri es était vivant au moyen âge dans l'est de la langue d'oïl, cf. Gloss. 
hébreu-franç. du XII[e s., p. p. Lambert et Brandin. — i,Jrani. v jade ». Combat 
avec raison l'étym. j as pi de donnée par M. Behrens, et se rallie à celle de 
Murray (iVfU' EiigJ. Dicl.) qui voit dans le mot français un emprunt à l'espa- 
gnol [piedradela] ijada : citation d'un passage de Monardes, médecin de Séville, 
emprunté à ses Dos lihros (1569) sur les vertus curatives du jade. — 4, veii. 
« onfegar ». Ce mot, qui signifie « tacher, graisser», représente *olficare 
pour *oleificare, plutôt que *ungificare ou *unctificare ; aux 
exemples de verbes en -ficare qui sont attestés par des formes romanes on 
peut ajouter le franc, oriental bonijer < *bo ni ficare et turijer < turifi- 
care (Gloss. hébreu-franç. du XIII^ s , p. p. Lambert et Brandin. — 4, ostfrani. 
« pane » kebreii, Kpanor» Besen. Ces mots du patois des Vosges (Atlas liuiJ. de 
Gilliéron et Edmont, cartes 107 et 109) remonteraient au lat. pinna et non 
à pannus; cf. auvergnat pena « genêt » (Mistral), etc. Je crois que l'auteur 
fait tort à pannus ; la présence de « nettoyer » au sens de « balayer >^ dans 
le dép. voisin de la Haute-Marne me paraît faire le pont entre « essuver» et 
« balayer» : or paner « essuyer » est très répandu et vient incontestablement 
de pannus ; cf. Godefroy, et la carte 485 de l'Atlas, où l'on peut constater que 
le verbe *buxare cumule les sens « essuyer » et « balayer » aux points 548, 
624, 635, etc. — 5, sard. « ruskidare » schnarchen. Du lat. vulg. *reoscitare, 
nouvelle preuve de la survivance de oscitare, à ajouter à celles qu'ont 
données Schuchardt et Ascoli. — 6, Franchecomt. « tll ». Mot qui signifie à 
Damprichard « file de monceaux de fumier » (Grammont en déclare l'origine 
inconnue) : du germ. *tila (franc ou burgonde), forme primitive correspon- 
dant à l'allem. actuel :(tele « file, ligne » ; peut-être faut-il rattacher à la 
même étymologie le subst. tilo qui, dans la Suisse romande, signifie « rucher » , 
c'est-à-dire, si l'on veut, une rangée de ruches. — A. Th. ] — P. 413, F. Sette- 
gast, Armenisches un « Daurel e Béton ». C'est un complément aux Quellen- 
stiidien, etc. du même auteur (cf. Remania, XXXIV, 524) et une nouvelle série 
d'exemples d'identifications aventureuses : Béton représente le nom patrony- 
mique d'une famille princière arménienne, Bagratuni ; Esmanjarl =z 
armén. Pbarand~em, etc ; enfin l'histoire de Daurel et Béton a une source 
arménienne. M. S. espère avoir rendu ses conclusions vraisemblables; mais 
c'est sa méthode même qu'il faudrait justifier : ces rapprochements fondés sur 
des analogies de forme et si lointaines sont plus que contestables — P. 418, 



PERIODldUES I4Î 

J. Subak, IVeiterekh'ine Ndchtràge ^n Kôrtiiig, Lateinisch- lonniniscbes IVorter- 
Imch '. — P. 429. Cari Ollerich, Der katahxnischeBrief mit Beilageinder Arhorea- 
Sainmluucr in Cdgliari. Inauthenticité démontrée par l'étude linguistique. 
Une note préliminaire de M. Foerster fait connaître le point de départ du 
travail de M. Ollerich. 

MÉLANGES, p. 449, H. Schuchardt, Ahru:;^. n ciiixe », etc. observations sur 
l'ouvrage de M. Puçcariu, Lai. tj-, cj- iiii Riiiii., etc., à propos de roum. spîn:;^, 
abbruz. ciirce, ital. go:^io. — Port. « cai'idar ». — Baskische Naiiieii des Ei\ihecr- 
hatinis. — Lut. semen/w Bask: basq. seine « fils i- << lat. semen, cf. anc. 
port, seniel « progéniture »,et les expressions bibliques semen David, etc. — 
Altprov. (c doha » : observations sur l'étymologie dolsa <C dolichus, 
« fèverole », proposée par Mistral, cf. A. Thomas, Nouveau.x Essais, etc., 
p. 245, où cette étymologie a été inexactement interprétée '. — Wor . 
« caieti », Miesmuchel : observations sur un article de M. A. Thomas (Joiinuil 
des Débats, 21 mars 1905 ; cf. Romania, XXXIV, 287). — Nicdeniiaiii. « cosaque » 
Schoher : remarques sur diverses dénominations de la meule (de paille, etc.) 
et l'intérêt d'études comparatives sur les dénominations de ce genre ; en 
particulier on signale l'analogie de la forme cosaque (Bas-Maine) avec le slav. 
kô:(a. — P. 456. P. Kretschmer, ItaJ. « uiolo ». Les difficultés qui empêchent 
de rattacher directement l'ital. luolo (d'où le fr. môle') à môles ont été déjà 
signalées: changement de déclinaison et de genre, qualité de l'o (ouvert); 
mais les mêmes difficultés n'existent pas s'il s'agit de rattacher à môles le 
gr. [xwXo; (attesté dès le vi^ siècle parProcope) : le changement de déclinaison 
etparsuite de genre est normal et w représente p latin à défaut d'une meilleure 
transcription; enfin aoJÀo:, emprunté par l'italien, devait bien devenir moJo 
qui se rattache ainsi à môles mais par l'intermédiaire du grec. Le double 
courant d'emprunts qu'il faut ainsi admettre entre l'Italie et la Grèce n'a 
rien qui puisse surprendre pour un mot du vocabulaire maritime. — P. 458, 

1 . J'ai laissé passer dans un précédent numiro de la Romania (XXXIII, 62 3), 
où je signalais un travail analogue, mais moins important, de M. Subak, une 
expression excessive (« beaucoup de remarques oiseuses ») ; un exemple aurait 
fait entendre ma pensée et aurait permis de donner sa valeur réelle à une 
épithète qui a paru un peu forte ; ex. : à l'article 9973 de Kôrting^ (VaJeo), 
M. S. ajoute : Das Pai ti-ip [vaiUaiit] nocb in « sans un sou vaillant » ; est-ce 
la une remarque fort utile? Ceci dit sans vouloir nier l'intérêt d'additions à 
Kôning et la nécessité d'une refonte du Lat.-Rom. IVorterh. à l'aide de 
multiples contributions; n;ais peut-être n'est-il point nécessaire d'imprimer 
d'abord dans une revue tous ces matériaux, quels qu'ils soient. 

2. [M. Sch. a tout à fait raison de me tancer pour avoir confondu le subst. lat. 
dolichus, cité par Mistral, qui signifie effectivement « fève » ou « fève- 
role » ( grec ooA'./o;), avec l'adj. grec ôoXr/o; « long » ; mais l'étymologie du 
prov. dolsa reste toujours a trouver, car je ne puis croire que le scribe caro- 
lingien à qui nous devons le ms. "Vat. Keg. 846 et qui écrit scorcia 
« écorce » ail pu écrire dolsa si ce mot procédait, comme le dit M. Sch., 
d'une forme antérieure *d o 1 c i a, tirée du lat. *dolcus pour dolichus, 
— A. Th.]. 



142 PERIODiaUES 

G. Bertoni, p-//«/^cn/. M. B. rétablit par conjecture ce mot dans un texte ita- 
lien du xin"^ siècle où il est question d'armes en s'appuyant sur le bas latin 
giiavferia (d'origine germanique) attesté par deux documents de Modène 
(xive siècle). 

Comptes-rendus. P. 460, Œuvirs couplètes irEustache Deschamps, p.p. 
G. Raynaud, XI, Introduction (E. Hœpffner). — P. 469, L. Brandin, Les 
gloses françaises {Loaiiiii) de Gerscbom de M^^;^; (J. Subak). — P. 472. Miscel- 
lanea di sliidi critici édita monoredi Artitro Graf (P. Savj-Lopez). — P. 476, 
Stiidi medievali diiettida F. Novati e R. Renier, I, i, 1904 (P. Savj-Lopez et 
R. Ortiz). — P. 479. Societù filologica roiiuiita. Sltuli roiiianii edili a cura di 
E. Monaci, I, 190} ; II, 1904 (P. Savj-Lopez). — P. 483, Stiidi glottohgici 
italiani direlti da G. deGregorio, III (H. Schneegans). — P. 488, Zeitschriji 
fïir fraiii- Sprache utid Litleratiir, XXV-XXVI (A. Schulze). — P. 500, 
Revista hisitana, VII, 1899, (H. R. Lang). — P. 502, Gioruale slorico dcUa 
letteratiira italiaiia, XLIV, 3 àXLV, 1 (B Wiese). — P. 507, Revue de philo- 
logie Jrançaise et de littérature, XVIII (E. Herzog). — P. 509. Archiv Jiir 
lateiuische Lexicographie, XIII, 4 a XIV, 2 (E. Herzog). — Livres nouveaux 

(G. G.). 

M R0Q.UES. 

Revista de bibliografi.\ catalaka. Numéro 6. Janvier-décembre 1905. 
Année III. — P. 5. A. Rubiô i Lluch, Notice de deux manuscrits d'un Lau- 
celot cataan. Il s'agit d'un fragment relatif au combat de Lancelot avec le 
géant Karadoc, retrouvé dans une reliure à Majorque, et d'un autre Lancelot 
catalan qui a été signalé à l'Ambrosienne et que doit faire connaître M. S;)n- 
visenti. Dans son étude sur le roman de Lancelot en catalan, M. Rubiô 
aurait pu citer la Tragcdia ordenada per Mosseii Gras, la quai es part delà gruu 
obra dels actes del famo; cavalier Lançalot del Lac, qui existe peut-être parmi 
les livres laissés par D. Mariano Aguilô (voy. P. de Gayangos, Libros de 
cahallerias, p. xi). — P. 21. Matheu Obrador, Fragment d'un Lancelot catalan. 
Édition du fragment de Majorque étudié dans l'article précédent. A en juger 
par le fac-similé, ce fragment est du xv-" siècle et non de la fin du xiv^. — 
E. Aguilô, Quelques notes sur Ranion Muntaiier et sa famille. Documents tirés 
des archives de Majorque. — P. 39. J. Pijoan, Au^ias March à Naples en 
1444. Le docunTent ici publié est une lettre d'Alphonse V datée du Château 
neuf de Naples le 8 mai 1444 et qui a pour objet de faire payer 250 sous 
pour des oiseaux de chasse apportés de Valence à Naples et qu'avait dressés 
Auzias March : los quais lo amat nostre mossen Ausias March, cavalier, en dies 
passats havia afaytats per ohs e servey nostre. La lettre ne prouve donc pas du 
tout la présence du poète à Naples en 1444. — P. 45. J. Massô i Tor- 
rents, Manuscrits catalans de Valence. I. Bibliothèque métropolitaine. Mss. 
du Cristid d'Eximenez et de la Vida de fesu Christ du même. Sermons en 
langue vulgaire de saint Vincent Ferrier. Mémorial de Francesch de Pertusa. 



PERIODIQUES 143 

Lo Pccador icinut de Felip de Malla. Traduction des Psumncs, différente, 
d'après M. Massô, de celle qui fut imprimée à Venise en 1490 et dont 
existent au moins deux exemplaires, l'un à Madrid, l'autre à la Mazarine. 
Pour prouver que ces deux versions diffèrent, M. Massô imprime le premier 
psaume d'après l'une et le dernier psaume d'après l'autre : cela ne fiuilite pis 
la comparaison. Vies de saints, suivies de l'histoire de Tobie. Plant l'c saut 
EstfVf. II. Archives de l'église métropolitaine. Règlements intérieurs de la 
cathédrale en langue vulgaire. — P. 87. Joseph Ribelles Comin, Xoticc 
biographique et bibliographique sur le lexicographe Labernia. — P. 116. Angel 
Aguilô, Index des noms de personnes et des noms géographiques de la Chronique 
de Jacques I'^^ le Conquérant (édit. de la Biblioteca catalana). — P. 168. Jaunie 
Bofarull, Manuscrits catalans de la bibliothîque provinciale de Tairagoiie. 
Recueils d'Usages cisterciens du xv-' siècle. Dialogues de saint Grégoire. 
Recueil de sentences et de proverbes; l'un de ces recueils intitulé Ex pio- 
verbiis Arabuni a été imprimé en 1891 dans la revue UAïunç. Funérailles 
des rois d'Aragon. • — P. 217. Bulletin bibliographique des ouvrages en catalan 
ou relatifs aux pars catalans publiés en i^^oj. Travail utile et bien fait. 

A. Morel.-Fatio. 

Studier I MODERN Sphâkvetenskap, III, 1905. — P. 6t, Pon freno al 
gran dolor che ti trasporta, par Fr. Wulff (en français). M. W. étudie les 
rédactions successives, conservées dans le ms. Vat. 3196, fos 13 et 12, 
de la strophe VII de la canzone Che debF io far de Pétrarque. — P- 71, 
Des locutions emphatiques, par A. Malmstedt (en français). Remarques intéres- 
santes sur les constructions : c'est lui qui, c'est de lui que, c'est lui dont, etc. 
— P. 205, Gaston Paris; nàgra niiniwsblad af P. A. Geijer. — P. 257, 
Aperçu bibliographique des ouvrages de philologie romane et germanique publiés 
par des Suédois depuis iç}02 jusqu'à i^oj. 

M. RociUES. 

Ann'ales du Midi, XVII (1905). — Janvier. P. 27-62, D'' Dejeanne, Le 
troubadour Cercamon. Monographie très méritoire comprenant une édition 
critique, avec traduction française et notes, des huit poésies de Cercamon 
qui nous sont parvenues, en comptant les quatre que M. Bertoni a fait 
récemment connaître d'après le ms. Campori, de Modène. J'y trouve bien 
peu à reprendre : V, 17, lire avec le ms. (dont la leçon exacte n'est pas 
reproduite en note) domnejador, et non domnej'adors, car il faut le nominatif 
pluriel, comme pour ^(/Z ; ibid., au lieu de corriger druderau en (//;// se fan, 
j'aurais le courage de supposer un verbe driulejar et de lire drudijan. — V, 
19, pourquoi ne pas garder reprocher et le corriger en reprovier} — V, 41, il 
est plus indiqué de suppléer tal que lo. — P. 63-67, Steffens, Fragments 
d'un chansonnier provençal aux archives royales de Sienne. Deux feuillets du 
xive siècle contenant quatre chansons de Bernard de Ventadour (Bartsch, 



144 PERIODIQ.UES 

Gruihlriss, 6, lo, 15, 25) et la tin d'une autre (ibid. 3); M. S. reproduit le 
texte diplomatiquement. — P. 71-75, De Bartholomaeis, Une nouvelle làlac- 
tion d'une poésie de Guilbetu Montanlhn^ol. C'est la pièce Xuls oni no val, dont 
Bartsch a oublié de signaler la présence dans le ms. Vatic. Barb. lat. 3953 
(ci-devant à la Barberine, XLV, 47), de sorte que M. Coulet ne s'est pas 
préoccupé de ce manuscrit. M. De 15 en publie la leçon, fait quelques 
menues observations et conclut que le texte peut rester tel qu'il a été établi 
par M. Coulet. — P. 73-77, Ji-'anroy, Gascon « lanipournè ». Adjectif 
employé surtout par D'Astros et Ader, à côté du \-erhe la nipou ma et du subst. 
verbal lampor : même famille que l'anc. franc, raniposne, raniposner. — P. 
77-8, A. Thomas, Encore le nom de lieu c Traviesaigues ». Signale deux autres 
représentants de In ter ambas aquasen Gascogne, d'après des communi- 
cations de MM. Millardet et Pépouev; la série n'est pas close (cf. Revue de 
Gascogne, 1905, p. 84). 

Avril. — P. 161-217, Jeanroy, Poésies de Guilhuinic IX comte de Poitiers. 
Aucun provençaliste n'ignore combien était difficile la tâche entreprise par 
M. J. ; aucun n'hésitera à le féliciter de la manière dont il s'en est acquitté. 
Je ne crois pas qu'on puisse pénétrer plus avant dans la connaissance de ce 
fantaisiste troubadour, qui ne fut pas un moins fantaisiste homme d'État 
et chef d'armée, ni définir avec plus de finesse le singulier mélange de 
banalité et de déséquilibrement de ses poésies. La langue et la versification 
sont très exactement caractérisées. Des onze poésies qu'accepte M.J. comme 
authentiques, il traduit toutes celles qui ne défient pas trop audacieusement la 
traduction et annote abondamment toutes celles qu'il publie. Je ne relève 
qu'une inexactitude vénielle, qui est du ressort de l'histoire locale : p. 216, 
Ucle Brun est qualifié « comte de Lusignan » ; il n'y a pas de comtes de Lusi- 
gnan, mais un Uc de Lusignan, IXe du nom, devint comte de la Marche en 
1199 (longtemps après la mort de Guillaume IX) et transmit ce comté à ses 
descendants. — P. 296-7, compte rendu par le D"" Dejeanne du livre de 
M. Bertoni intitulé : / trovatori minori di Genova. 

Juillet. — P. 361-2, Bertoni, Sur quelques vers de Guillaume IX. Au v. 6 
de la pièce Companho farai, lire : qui la troha son taleu, au lieu de : qui la 
troF a son ialeu. En note M. Jeanroy communique quelques observations de 
M. Rajna, dont l'une excellente sur le sens « étriller » qu'il convient d'attri- 
buer au verbe ?'i///fl/-. — P. 362-365, A. Thomas, Sur la date d'un nu'moran- 
âiim des consuls de Martel. Attribué à 1256 par l'éditeur, M. Teulié (Revue de 
plnlol.Jranç., VII, 260), il est en réalité postérieur de peu à 1275. — P. 365- 
385. E. Aude, Les plaintes de la Vierge et les signes de la fin du monde, d'après 
un imprimé toulousain du xvie siècle. Cet imprimé, inconnu de tous les biblio- 
graphes, est sorti des presses de Nicolas Vieillard, vers 1 540 et se conserve à la 
Méjanes d'Aix dans un recueil factice. M. A. en donne le texte entouré de 
commentaires fort instructifs ; il rappelle quels sont les textes en langue vulgaire 
du Midi qui furent imprimés à Toulouse au xvie siècle. En appendice, notice 
sur une version provençale du Chant de lu Sibille (mieux vaut ne pas mettre 



PÉRlODiaUES 145 

d'v que d'en mettre un, connue le fait le compositeur des Annales du Midi, 
dans la syllabe initiale) d'après un nis. des archives de l'Aude, signalé par 
M. Jeanrov. — P. 386-590, compte rendu par M. Jeanroy de la 6^ éd. de la 
Cbrcstoinatbicprov.de Bartsch (relbndue par Koschwitz), laquelle est bien 
inférieure, même sous cette forme, à celle d'Appel. 

Octobre. — P. 457-489, Jeanroy, Poésies provençales inédites d'après les inss. 
de Paris. En tout 12 pièces, dont les auteurs sont : Cadenet, Guiraut de 
Calanson, Bernart Arnaut Sabata, Pons Barba, Sordel, Uc de Lescura, Mar- 
cabrun, Rambaut d'Orange. L'éditeur les traduit (sauf celles des deux der- 
niers auteurs qu'il se contente de reproduire diplomatiquement d'après le 
chansonnier C de Bartsch en donnant les variantes de R). — P. 517-534, 
.\. Vidal, Les comptes consulaires de Montagnac (Hérault). Extraits d'après les 
originaux conservés aux archives communales : il y a 22 comptes de 1422 à 
1451 ; à suivre. Nous reparlerons de ces comptes, dont la graphie est très 
curieuse, lorsque la publication de M. V. sera parvenue à son terme, — P. 
535-6, compte rendu par M. Jeanroy de Kolsen, Die Kreuilieder des Trobadors 

Guiraut von Boruelb. 

A. Th. 



Studi romanzi, editi a cura di E. Monaci. II, 1904. In-8, 170 p. (Publi- 
cation de la Societéi filologica Roniana. Rome, au siège de la Société, palais 
Sera) '. — P. 5, V. Crescini, La redaiiotie velletrana dcl canlare di Fiorio e 
Biaucifiorc. Remarques sur le texte du nouveau ms. de ce cantare, qui a été 
publié pour h Sociclà filologica, par M. Crocioni(cf. ci-dessus, XXXIII, 126). 
— P. 27, R. Fornaciari, Uimperfettostorico. — P. 41, A. F. Massera, I sonclti di 
Cecco Amriolicri contenuti ncl codice chigiano L. VIII. 305. Travail préparatoire 
à une nouvelle édition de ce poète. M. Massera passe en revue les poésies 
anonymes transcrites dans ce ms., restitue un certain nombre d'entre elles 
à leurs auteurs (par ex. à Cino) et fait le départ de celles qui peuvent être 
légitimement attribuées à Cecco. — G. Bertoni, Ntiove rime proveniali traite 
dal cod. Carnpori. Extraits faisant suite à ceux qui ont paru dans le tome VIII 
des Studi difilologia ronian:^a (cf. Roniania, XXXI, 160-2). Les textes publiés 
cette fois ne sont pas à proprement parler inédits : on en possède d'autres copies, 
mais le ms. Campori offre souvent des leçons nouvelles, plus complètes et 
ordinairement fort précieuses -. Malheureusement la transcription due à 



1 . Les observations que nous avons présentées à propos du premier cahier 
des Studi {Ronumia, XXXIII, 1 54) s'appliquent aussi aux fascicules II et III. 

2. Je citerai notamment le n»^ XIII qui offre de bonnes variantes au texte 
unique (fr. 856) qu'on en avait. C'est la pièce //a e dolor s'es dins mon cor 
assc:;a (imprimée dans mon Recueil, n° 20) ; pour le v. 54 la leçon nouvelle : 
Contrais Lombarl^ a Carle[e] ah Frances, vaut assurément mieux que la leçon 
Contr Alamans ab Arles e Frances dont il avait fallu se contenter jusqu'ici. De 

Roman ta, XXXV lO 



14e PÉRIODIQUES 

Jaques Tcissier de Tarascon", fourmille de fautes, entre lesquelles celles qui 
consistent en une mauvaise séparation des mots ne méritaient guère d'être 
reproduites. La lecture des pièces éditées par M. B. est à peu près impossible 
sans la confrontation avec les autres textes. Il est du reste fort incommode 
d'avoir à chercher en des publications diverses les fragments mis au jour à 
diverses reprises par M. B. et par M. Stengel, et il serait bien à désirer que 
l'édition complète que M. B. a l'intention de faire ne tardât pas trop. On v 
joindra sans doute des tables, et aussi des notes offrant la correction des 
fiiutes de copie commises par le copiste. P. 67, M. B. présente' un argument, 
auquel du reste il ne paraît pas attacher grande importance, en faveur 
de l'existeiîce d'un recueil des poésies des troubadours qui aurait été 
imprimé au xvi"* siècle, et dont on ne connaît plus aucun exemplaire. — 
P. 97, C. Segré, Aiicdilotto hioi^rafico ciel Petraica. C'est un acte de 1324 tiré 
des Memoriali d'un notaire de Bologne, où Fr. Pétrarque, encore mineur, 
figure à côté de son père. — P. 105, A. Parducci, Staline nisticali iii dialetto 
lucchese del sec. XVII. Poésies tirées d'un ms. de Lucques écrit du xvii« au 
xviiie siècle. — P. 123, P. Rajna, La Jettera di frate Ilario. Cette lettre latine 
à Uguccione délia Faggiola, ici imprimée plus correctement que dans les pré- 
cédentes éditions, nous a été conservée, comme on sait, par le ms. Plut. 
XXIX, 8, qui est de la main de Boccace. M. R. ne pense pas que cette lettre 
soit une fabrication de Boccace, mais il ne croit pas pour cela à son authenti- 
cité ; en quoi il est d'accord avec la majorité des critiques (cf. Rom., XI, 
615). — P. 135, G. Fogolari, La leggmda di Barlaam e Josafat in un codice del 
ijii. Sur un ms. du fonds Ottoboni, au Vatican, qui renferme la version 
latine de ce roman, et dont le seul intérêt consiste dans les dessins dont il est 
orné. — P. 141, G. Ferri, La prefa:[io)H' ad u)i saltero del xij secolo. Cette 
préface se trouve dans un ms. de l'église Sainte-Marie /;/ Trastevere, 
à Rome. — P. 149, P. Egidi, Postille Baiherniane. M. P. Egidi s'efforce de 
réfuter les critiques que j'ai adressées (XXXIII, 127) à son édition du com- 
mentaire de Fr. da Barberino sur les Dociunenti d'Aniore. L'édition étant 
commencée d'après un certain système, il est évidemment trop tard pour en 
adopter un autre, et par conséquent le débat entre nous est sans intérêt pra- 
tique ; aussi ne chercherai-je pas à le prolonger. Je me borne à dire que je 
conteste la valeur des arguments que m'oppose M. Egidi. Je ne crois pas, par 
exemple, qu'il y ait utilité à conserver l'emploi irrégulier que fait l'écrivain 
des majuscules. Je suis heureux de voir que M. E. a l'intention de joindre à 
sa publication une série de notes et de tables, mais il aura quelque difficulté 
à placer ses appels de notes. Si M. E. avait eu plus d'expérience de l'art de 

plus, tandis que ilans cette leçon l'auteur était indiqué vaguement comme 
étant « un chevalier du Temple », le ms. de B. Amoros nous fournit ce 
nom, à la vérité en partie corrompu : « En Ricatz Honomel, fraire del 
Temple, w II faut donc rejeter l'hypothèse de Milà selon laquelle le « Tem- 
plier » devrait être identifié avec Olivier le Templier (r/or.a/. en Esp.,p. 564). 
l. \ o'ir Komania, XXXI, 160. 



PERIODIQUES 1^7 

faire une édition, il aurait, comme je l'ai dit, entouré de guillemets les cita- 
tions, de sorte qu'on pût apercevoir à première vue où commence la cita- 
tion et où elle finit. Il aurait aussi numéroté les vers des Dociiiiienti, et repro- 
duit les numéros entre crochets dans la paraphrase latine et dans le commen- 
taire, aux endroits convenables. De cette façon on aurait pu sans aucune 
perte de temps rapprocher 1° le texte italien, 2" la paraphrase, 3° le commen- 
taire; ce qui est d'autant plus difficile actuellement que, par suite des nécessi- 
tés typographiques, le commentaire se trouve souvent à une autre page que 
le texte. Telle qu'elle se présente, cette édition est d'un usage fort incom- 
mode. — P. 159, Noti:(ie. 

— III, 1905', 155 pages. — P. 7, Ascoli, Ricordi concenteiili la toponotiuis- 
ticd italidiia. Un vaste répertoire des noms de lieux de l'Italie pourrait être 
tiré des fiches du dernier recensement de la population (1901)-. M. A. 
expose sommairement comment ce travail devrait être exécuté. Dans une 
note préliminaire, M. Monaci explique, que, par suite de difficultés finan- 
cières ou autres, le projet de M. Ascoli ne peut, pour le présent, être réa- 
lisé. — P. 15, E. G. Parodi, La data délia coiiiposi:(ioiie e le teoriepolitiche delV 
Inferno, e del Purgatorio di Dante. Exposé peu clair d'idées analogues à celles 
qui ont été en dernier lieu soutenues par M. Michel Barbi, tendant à placer 
avant 1 307 la composition de l'Enfer, et celle du Purgatoire dans la période 
comprise entre 1307 et 1312. — P. S. Santangelo, // nis. provençale U. Sur le 
chansonnier provençal XLI-43 de la Laurentienne. Relevé des erreurs de 
transcription commises dans l'édition de Grûzmacher (Herrig's Archiv, 
XXXV) ; recherches (qui ne donnent pas de résultats bien certains) sur les 
rapports du ms. en question avec d'autres chansonniers qui sont aussi d'ori- 
gine italienne. — P. 75, C. Marchesi, La prima tradu^ione in volgare italico 
délia Farsaglia di Liicano, e una nuova reda:(ione di essa in ottava rima. 
Signale une traduction en prose dans un ms. Riccardi du xiv^ siècle, et une 
version en ottava rima dans un ms. de la Bibliothèque Victor-Emmanuel, à 
Rome. — P. 97, C. Nigra', Note etimologiche e lessicali. — P. 103, Ascoli, 
Intorno ai continuatori Corsi del lat. ipsu. Complète un mémoire publié dans 
le t. XV de VArchivio glottologico (cf. Romania, XXXI, 457). — P. 113, 
G. Crocioni, Lo studio sul dialetto marchigiano di A. Neumann-Spallart. Exa- 
men critique d'une dissertation publiée dans la Zeitschrift f. rom. Pbil., 
XXVIII, 273 et suiv. M. Cr. refait à peu près complètement le travail de 
l'auteur critiqué. — P. 134, G. Bertoni, Un nuovo testo volgare del sec. XIIL 
Courte pièce en vers italiens copiée à la fin d'un ms. des Gesta Francoriim 
Jérusalem peregrinantium de Fouchier de Chartres. — P. 137, G. Bertoni, 
Un nuovo accenno alla Rotta di Roncisvalle. Cette mention est tirée du Chroni- 
con Estense, publié par Muratori, non sans suppressions, dans le t. XV des 
Rerum Italicarum scriptcres. Le passage manque dans l'édition. La date de la 
bataille est fixée à l'année 804, 25 juin, « in die sancti Viti ». Mais la fête de 
ce saint est célébrée le 15 juin. — P. 143, Kotii^ie. 

P. M. 

1. Le titre porte 1905, mais la couverture 1904. 

2. Pour un précédent travail de M. Ascoli sur la même question cf. 
Romania, XXX, 617. 



CHRONIQUE 



A partir du présent numéro la Romania parait à la librairie Champion, bien 
connue par ses éditions d'ouvrages relatifs à l'Iiistoire de France. La maison 
Bouillon n'existe plus, MM. Champion ayant acheté le fonds de cette librai- 
rie. Ce n'est pas sans regret que je vois disparaître une maison qui, sous les 
noms de Brockhaus et Avenarius, Franck, Vieweg, Hérold, de nouveau Vie- 
weg, et Bouillon (M. Bouillon était le gendre de M. Vieweg), a, pendant envi- 
ron trois quarts de siècle, rendu à nos études des services signalés, et à 
laquelle se rattachent mes plus anciens souvenirs. C'est dans cette librairie 
qu'ont paru de 1859 à 1862 les publications d'Hdelesland du Méril, relatives 
aux littératures du moyen âge. C'est Vieweg qui édita, en 1858, la deuxième 
édition des Graiimiaires provençales de Guessard, et, à partir de 1859, après la 
chute de la maison Jannet, le recueil des anciens poètes de la France '. La 
même maison (alors dirigée par Hérold) publia, en 1865, mon édition de 
Flamenca. M. Vieweg avant repris cette même année, la direction de la mai- 
son, c'est chez lui que fut publiée, de 1866 à 1874, la Revue critique, fondée 
par G. Paris, Ch. Morel, H. Zotenberg et moi-même. C'est lui enfin qui 
entreprit, en 1872, la publication de la Romania, pour laquelle nous aurions 
alors trouvé difficilement un autre éditeur. La plupart des livres de G. Paris, 
à commencer par sa thèse sur le rôle de l'accent latin en français (1862), 
portent le nom de Franck ou celui de Vieweg. — La publication de la Roma- 
nia se poursuivra chez MM. Champion dans les mêmes conditions que 
devant. — P. M. 

— M. Gustave S.\ige, archiviste de la principauté de Monaco et correspon- 
dant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, est décédé le 5 décembre 
dernier, à l'âge de soixante-sept ans. Ses travaux, consistant principalement 
en publications de textes diplomatiques du moyen âge, ont pour objet diverses 
parties du midi de la France et surtout la principauté de Monaco, qui possède de 
très importantes archives. Ces archives n'ont pas un caractère exclusivement 
local : ce sont des archives de famille groupées dans le même dépôt à la suite 



I. Le premier volume. Gui de Bourgogne, etc., avait paru, en 1858, dans la 
Bibliothèque el:^cvirienHe. Il parut de nouveau en 1859, avec le nom de Vie- 
vveK. 



CHRONIdUE 149 

d'alliances, et par conséquent ayant des origines très diverses. Saige en avait 
entrepris la publication aux frais du prince de Monaco. De cette collection — 
qui, nous l'espérons, sera continuée — ont paru neuf volumes in-40. Nous 
avons rendu compte de l'un d'eux qui contient le cartulaire de la seigneurie 
de Fontenav-le-Marmion (Calvados), dans notre tome XXIV, p. 626. 

— M. Achille- Jacques-Arsène Delboulle, ancien professeur au lycée du 
Havre, né en 1834 à Dancourt (Seine-Inférieure), est mort le 20 décembre à 
Grandcourt (Seine-Inférieure), où il s'était fixé, après avoir pris sa retraite de 
l'Université, il v aune dizaine d'années. Bien qu'il ne fût pas un profession- 
nel de la philologie et de la linguistique et que son éloignement constant de 
Paris ne lui ait pas permis de pousser au dernier point de perfection tout 
ce qu'il a publié dans le domaine de nos études, il a droit au souvenir 
reconnaissant de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la langue française. 
Avec une rare abnégation, il avait mis à la disposition de Frédéric Godefroy 
et des auteurs du Dictionnaire gênerai les dépouillements considérables qu'il 
avait faits et qui avaient surtout porté sur les livres du xvr siècle conservés à 
la bibliothèque de Rouen. Collaborateur assidu de la Revue critique, de la 
Rotnaniii et de la Revue iVhistoire littéraire de la France, il avait en outre 
publié les ouvrages suivants : Glossaire de la vallée d'Yères (Havre, 1876); 
Matériaux pour servira Vhistorique dti français (Pa.ris, Champion, 1880) ; Join- 
ville, Hist. (/^ .f(//«^ilo»/5, édition classique précédée d'une étude sur la langue, 
(Paris, Dupont, 1882); Les Fables de La Fontaine, additions à l'histoire des 
fables, avec notes littéraires et lexicographiques (Paris, Bouillon, 1891), etc. 
Le Recueil Je vieux mots qu'il projetait (et auquel renvoie souvent le Diction- 
naire général) n'avantpaspu trouver d'éditeur, il l'avait réparti entre la Roma- 
nia et h Revue d'histoire littéraire. Nous donnerons prochainement la fin de 
ses Mots obscurs et rares; il faut espérer que la Revue d'histoire littéraire ne 
négligera pas la part qui lui était échue et qu'elle a commencé à publier dès 
la première année de son existence (1894), sous le titre de Notes lexicologiques; 
malheureusement, on est loin de la fin puisque len« d'octobre-décembre 1905 
ne contient que les mots commençant par la lettre F. — A. Th. 

— M. Bernard Prost, ancien archiviste du Jura, inspecteur général des 
bibliothèques et archives, est décédé le 8 décembre dans sa cinquante-septième 
année. Il est l'auteur de divers travaux relatifs à l'histoire de la Franche- 
Comté et à l'histoire des arts, dont plusieurs fournissent des éléments nou- 
veaux et importants pour la lexicographie française. Nous signalerons notam- 
ment i> Trésor deVahlmye de Saint-Bénigne de Dijon, que nous avons annoncé 
en son temps (XXIII, 492), et ses Inventaires mobiliers et extraits des comptes 
des ducs de Bourgogne de la maison de Valois (i 365-1477), dont le tome 1er 
(Philippe le Hardi, 1 363-1 377) a paru, en trois fiiscicules, de 1902 à 1904. 
On y peut relever un très grand nombre de mots qui ne figurent pas dans les 
dictionnaires. 

— M. H. L. Ward, ancien conservateur adjoint au département des 
jlKinuscrits du Musée brit^nnicjue, où jl était çntré en 1849, est décédé Iç 



150 CHRONIQUE 

28 janvier 1906 à l'âge de 81 ans. Il ét::lt particulièrement versé dans l'étude 
des légendes du moyen âge. Il connaissait mieux que personne le cycle bre- 
ton. II avait éludié de première main les récits latins, gallois, français, 
anglais qui se sont groupés autour du roi Arthur de Bretagne et des cheva- 
liers de la Table ronde. En outre, il s'était livré à des recherches approfon- 
dies sur les légendes pieuses et sur les miracles de Notre-Dame, comme on 
peut le voir en certaines parties de son Qitalogue of Romances. A ces études se 
rattache sa publication de la vision de ThurkiW, Journal of the British Archaro- 
logical association, XXXI (1875), 420-449. D'un naturel timide, se défiant de 
lui-même, il se décidait difficilement à communiquer au public les résultats 
de ses études. Aussi, en dehors du mémoire précité et d'un autre (Laihkeu 
or Merlin Silvesier) qui a été publié dans la Romania, XXII, 504, ne peut-on 
citer de lui qu'un ouvrage : le Catalogue of romances in the âepartnient of 
manuscripts in the British Muséum (Londres, 1883-1893, deux vol. in-80), 
bien connu de tous les érudits qui s'occupent de la littérature du. moyen âge. 
G. Paris s'en est beaucoup servi et y renvoie souvent dans sa Littérature fran- 
çaise au moyen âge. C'est une œuvre inégale, où, à propos de certains manu- 
scrits qui l'intéressaient particulièrement, l'auteur introduit de véritables dis- 
sertations pleines de faits et d'idées, tandis que pour d'autres il se borne à de 
sèches notices. Depuis qu'il avait pris sa retraite, en 1893, Ward n'avait rien 
publié, et il faut le regretter, car sur beaucoup de points de l'histoire litté- 
raire, du moyen âge il avait fait des recherches dont les résultats seront 
probablement perdus pour la science. — P. M. 

— La GeseUschaft fïtr romanische Literatur a mis sous presse une édition du 
Libre de Alexandre d'après le manuscrit de Paris. L'éditeur, M. Morel-Fatio, 
consacrera ensuite un fascicule de la Bibliothèque de V École des Hautes Études à 
l'examen du texte de ce manuscrit comparé à celui de Madrid et reprendra 
toutes les questions traitées dans la dissertation sur ce poème qu'a publiée la 
Romania en 1875 dans son quatrième volume. 

— M. J. Atkinson Jenkins, professeur à l'Université de Chicago, connu par 
son édition du Purgatoire de Marie de France, nous annonce qu'il prépare 
une édition du poème champenois sur le psaume Eructavit, d'après les qua- 
torze mss. qu'on en connaît (cf. Romania, VI, 9, et XXIII, 502). 

— La maison Bailly-Baillière et fils à Madrid a entrepris la publication d'une 
Nueva Biblioteca de autores espaùoles destinée à continuer l'ancienne Biblioteca de 
autoresespaiioles de l'éditeur Rivadeneyra. Le moyen âge n'était représenté dans 
l'ancienne collection que par deux volumes de poètes et de prosateurs anté- 
rieurs au xyc siècle, trois de chroniques du xiii^ à la fin du xv^, un volume 
de Livres de chevaleries et un autre consacré à la Gran conquista de Ultramar. 
En général, mal transcrits et mal publiés, les textes de ces éditions ne 
peuvent pas servir à l'étude de la langue, et le vœu a souvent été exprimé en 
Espagne et ailleurs qu'ils fussent réédités. La Nue-va Biblioteca, placée sous la 
direction de D. Marcelino Menéndez Pelayo qui s'est adjoint plusieurs 
érudits qualifiés, se propose d'abord d'éditer des ouvrages qui ne figurent 



CHRONIQUE 151 

pas dansRivndcnevra, puis aussi de republier ceux dont le texte a été particu- 
lièrement maltraité par les précédents éditeurs. Parmi les ouvrages sous 
presse et qui intéressent le mo\en âge, il faut signaler la Crôiiica vri'iieral 
d'Alphonse le Savant par D. Ramon Menéndez Pidal, et deux volumes de 
Livres de chevaleries par D. Aldolfo Bonilla. Le tome I^r de \nNtieva Bihlioleca 
qui vient de paraître contient, sous le titre de Origenes de la Novela, une longue 
étude de M. Menéndez Pelavo sur l'histoire du roman espagnol, depuis les 
récits orientaux et le roman chevaleresque jusqu'à la nouvelle pastorale, 
étude qui doit servir d'introduction à un recueil de nouvelles telles que la 
Diana deMontemayor, la Cdrcel de Anior de Diego de San Pedro et d'autres. 
Si toutes les introductions de la nouvelle bibliothèque ressemblent à celle-ci, 
l'entreprise sera certainement couronnée de succès. — La Ntieva Biblioteca se 
publie en volume in-40 espagnol, à deux colonnes, au prix très abordable de 
12 pesetas le volume. — A. M. -F. 

— D. Adolfo Bonilla y San Martin vient de donner dans la Bihliotheca hispa- 
nka (t. XIV, Barcelone et Madrid, 1904) une nouvelle édition de la version 
espagnole du xiii^ siècle du Sùidihdd, publiée d'abord par M. D. Comparetti 
dans ses Ricerche intonio al lihro di Svidibdd, Milan, 1869, puis, en 1882, 
par la Folk-Lore Society de Londres. L'éditeur a coUationné à nouveau le 
manuscrit provenant de la bibliothèque du comte de Puiïonrostro, qui fut 
acquis par le libraire Krapf, de Vigo, et qu'a racheté après la mort de ce 
dernier l'Académie Espagnole. Ce manuscrit est d'une très bonne écriture 
de la première moitié du xv« siècle qui ne présente aucune difficulté de 
lecture. Cependant, M. Bonilla ne l'a pas toujours exactement transcrit. 
En comparant le fac-similé du fol. 73 r° avec son texte, on s'aperçoit qu'il 
n'a pas reconnu la forme particulière et bien connue que les scribes de cette 
époque donnent au ;^ : il l'a prise pour s. Ainsi dans cette page, il faut lire 
yaiieiido, faier, contera, de^ir, fiiiestes,fiuia,fai, etc., au lieu deyasieiido^faser, 
œiitesa, etc. Si ce manuscrit a été matériellement bien exécuté, il nous offre 
un assez mauvais texte où bien des phrases sont inintelligibles. Un lecteur 
du xvie siècle, qui avait sans doute sous les yeux une autre copie, a corrigé 
çà et là des fautes et mis des leçons qu'il estimait meilleures, en interligne. 
M. Bonilla a accueilli ces corrections dans son texte, ce qui ne se justifie 
pas toujours. Ainsi au fol. 73 r° muerto ne vaut pas mieux que matado, 
ni tnixolo que aduxolo. En tout cas, il ne fallait pas introduire dans un écrit 
du xiiic siècle des formes verbales telles que seayset sai'eys. Dans son glossaire, 
M. Bonilla explique le mot ynchahi par l'arabe, mais les mots arabes qu'il 
cite ne peuvent donner le sens de « menace «. Je crois le passage altéré, et 
il y a lieu de supposer que cet ynchala répond au subjonctif de incaJer qu'on 
trouve dans le Lihro de Alexandre et ailleurs. — A. M. -F. 

— M. W. Foerster nous a envoyé, à propos de quelques observations de 
la Romania (XXXII, 341, et XXXIII, 433) sur une communication faite par 
lui au Congrès historique tenu à Rome en 1903, une réponse trop longue et 
trop personnelle pour qu'il soit possible dç l'insérer ici. Les points essentiels 



152 CHRONIQUE 

de cette réponse sont les suivants : M. F. pense que la présence de quelques 
documents authentiques parmi les taux d'Arborea a une importance réelle 
que j'ai eu tort de méconnaître; que de plus ces documents sont par eux- 
mêmes fort intéressants; enfin que c'est à lui qu'appartient le mérite de les 
avoir découverts'. En même temps M. V. nous fait savoir que son mémoire 
entier (la communication de Rome n'était qu'une esquisse) a paru dans les 
Mémoires de l'Académie de Turin (2^ série, t. LV'). Je dois ajouter que les 
observations que je résume sans les discuter ont déjà paru dans la Zeitschr.f. 
rom. PhiL, XXIX, 250-5. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je 
décline toute polémique avec M. Foerstcr. — P. M. 

— Livres annoncés sommairement : 

Chresloiiiiilhie de l' ancien français (viii'-'-xvc siècle) accompagnée d'une gram- 
maire et d'un glossaire, par K. Bartsch. Huitième édition, revue et corri- 
gée par A. HoKKiNG. Leipzig, Vogel, 1904. Gr. in-S", 744 col. — Cette 
nouvelle édition ne diffère pas très sensiblement de la sixième (voir Rom., 
XXIV, 63}) et de la septième, aussi revues par M. Horning. Çà et là 
quelques améliorations, dues, en partie, à divers critiques. Mais il y a 
encore bien des textes dont la constitution pourrait être améliorée. 

// PoiUglioue cli re Alfonso. Firenze, tip. Galileiana, 1904. In-8°, 23 pages 
(Nozze d'Ancona-Cardoso). — L'auteur de cette publication nuptiale est 
notre collaborateur M. P. Rajna, qui rappelle, dans une lettre à M. Paolo 
d'Ancona, les publications faites en 1871 à l'occasion du mariage du père 
de celui-ci, M. Al. d'Ancona. Le roi Alphonse dont il est ici question est 
Alphonse le magnanime, roi d'Aragon, de Naples et de Sicile. La publica- 
tion de M. Rajna consiste en tercets italiens, composés vers 1450, pour 
être placés au-dessous des personnages figurés sur un riche pavillon oftert 
au roi par la cité d'Aquila. Le texte n'est pas toujours très clair. M. Rajna 
s'est efforcé de le corriger et de l'expliquer dans une série de notes qui 
occupent les pages 19-23. 

Can~one tParnore di un antico rimatore pisano, édita da L. Biadene. Pisa, 
Mariotti, 1904. In-80, 22 p. (Nozze d'Ancona-Cardoso). — Nouvelle édi- 
tion, avec commentaire détaillé, de deux pièces assez difficiles de Panuccio 
dal Bagno et de Meo Abbraciavacca, la seconde étant une imitation ou plu- 
tôt un rifaciinento de la première. Introduction en forme de lettre adressée 
à M. Al. d'Ancona. 

DiNO COiMPAGNi. Chronique des événements survenus de mon temps. Traduction 
annotée par Ch. Weiss. Paris, Ch. Foulard [1905], In-80, 166 pages. — 



1. Un savant professeur italien, fort au courant de la question, m'avait dit 
au moment de la conférence que l'existence de ces documents était déjà 
connue, mais j'admets volontiers l'erreur. 

2. Ce volume, que je recevrai certainement comme associé dç cçttç Acadé- 
mie, ne m'est pas encore parvenu, 



CHRONIQUE 153 

La traduction est faite d'après la petite édition de M. Is. del Lungo; l'an- 
notation est empruntée à la même source, et comme il n'y a pas de table 
dans cette édition, il n'v en a pas non plus dans la traduction de M. Ch. 
Weiss. 

Miscelhviea di shidi storici e ricerche critiche raccolta per cura délia commis- 
sione per le onoranze al patriarca Paolino d'Aquileia, ricorrendo l'xi cente- 
nario dalla sua morte. Milano, Hoepli, 1.905. In-40, 129 pages. — Cette 
publication, tirée à 250 exemplaires, est mentionnée ici parce qu'il s'y 
trouve (pp. 25-33) u" mémoire de M. F. Novati intitulé « Paolino d'Aqui- 
leia, la cura délia metrica ed il timoré délie censure ne' poeti carolingi ». 
Les autres mémoires sont étrangers à nos études. 

Fr. Novati, Attravcrso il iiiedio ez'o. Bari, G. Laterza e figli, 1905. In-80, 
415 pages. — Ce volume est formé des articles suivants, qui ont tous paru 
à diverses époques en différents recueils périodiques, et dont quelques-uns 
ont été mentionnés en leur temps dans la Roiiiania : 1. Un poema francescano 
del dtii;euto. — IL // Loiidnirdo e la Luiiiaca (cf. Roman in, XXIH, 628). — 
III. Il pdssato di Mcfistofcle. — IV. Il frannuento Papafava (cf. Romanla, 
XIX, 156). — V. / detlî d'anioie d'nna coiitessa pisana. — VI. / codici 
francesi dei Gon^iaga (art. publié d'abord dans la Romania, XIX, 161). — 
VIL Le poésie siilla natura délie frutta e i canterini di Fireii~e (cf. Rom., 
XXIIL 279). — VIII. Unavecchiacan-one a hallo (Madonna Pollaiola). Une 
table des noms et des matières termine cet intéressant volume, qui est 
dédié à la mémoire de G. Paris. M. N. ne s'est pas contenté de réimprimer 
ces divers mémoires : il les a complétés et enrichis de notes nouvelles. A 
propos des vers sur la vanité des biens du monde, cités p. 84 (Si tibi pul- 
cra domus et splendida viensa, quid inde ?...), on peut signaler, à titre de 
rapprochement une suite de vers sur le même sujet et commençant de 
même, publiés dans la Bihl. de VÈc. des ch., LUI, 146, d'après un ms. de 
Privas. ■ — Pour les vers Dicavi quid sit avwr..., attribués à Jean de Gar- 
lande, et imités d'un passage du De plancUi Natura' d'Alain de Lille, cf. 
Bihl. de TEC. des ch., LXV, 104. — P. M. 

La Vierge Marie dans la littérature française et provençale du moyen âge, par 
le chanoine A. Lepitre. Lyon, E. Vitte, 1905. In-80, 43 pages (Extrait 
àtV Université catholique). — Conférence pour le grand public. L'auteur 
qui est bien informé, mais était obligé de se maintenir dans les généralités 
et de se borner à quelques citations, commence à Wace, dit quelques 
mots des miracles de la Vierge et termine aux Puys Notre-Dame. 

The farce oj Master Pierre Pathelin, composed bv an unknovvn author about 
1469 A. D., englished by Richard Holbrook. Illustrated with fac-similés 
of the woodcuts in the édition of Pierre Levet, Paris, ca. 1489. Bos- 
ton and New York, Houghton Mifflin and C", 1905. In-80, xxxviii- 
116 pages. — Cet élégant volume, sorti de la célèbre Riverside Press à 
Cambridge (Mass.), nous apporte un nouveau témoignage du zèle et de la 
compétence avec lac^uelle notre vieillç littérature est étudiée de l'autre côté 



1)4 CHRONIQUE 

de l'Océan. La traduction est faite d'après l'édition de Guillaume Le Roy 
(Lyon, vers i486) supposée la première, et dont on ne connaît plus qu'un 
exemplaire auquel manquent quelques feuillets, qu'on a restitués d'après 
une autre édition. L'édition de Pierre Levct, dont les gravures sur bois 
sont ici reproduites exactement pour la première fois, est également un 
livre unique. Ajoutons que M. H. ne s'en est pas tenu exclusivement au 
texte de Le Roy, qui n'est pas exempt de fautes : sa préface et ses notes 
montrent qu'il est bien au courant des travaux dont la célèbre farce a été 
le sujet. Sa traduction est aussi exacte qu'elle peut l'être si on considère 
qu'il y a dans la farce nombre de jeux absolument intraduisibles. 
M. R. Holbroock a dû souvent recourir à des équivalents. Peut-être aurait- 
il dû multiplier les notes pour indiquer la valeur des expressions qu'il ne 
pouvait traduire. Ainsi une note n'aurait pas été inutile pour les vers ; 
. . n^ouhJiei ptis a boire. Si vous trouve' Martin Garaut, imparfaitement 
rendus par « and don't forget vour dram, if you can corne bv it for 
nothing » (p. 8); cf. Ronhiuia, XXX, 432. Mais, en somme, cette traduc- 
tion est très digne d'éloges. — P. M. 
Le Folk-hre de France, par Paul Sebillot. T. II, La mer et les eaux douces. 
Paris, Librairie orientale et américaine, 1905. In-80, 478 pages. — Le 
tome h'' de ce précieux recueil des croyances et superstitions populaires de 
notre pays a paru en 1904 : nous l'avons annoncé en son temps (XXXIV, 
133). On voit que le second suit à peu d'intervalle. Ce volume est divisé, 
comme l'annonce le titre en deux livres : 1° la mer, 2° les eaux douces. 
Dans le premier livre sont étudiés en huit chapitres : I, la surface et le 
fond de la mer; II, les envahissements de la mer (étude approfondie des 
traditions relatives à la submersion de la ville d'Is); III, les îles et les 
rochers en mer; IV, la ceinture du rivage ; V, les grottes marines; VI, 
le bord de l'eau ; VII, les navires légendaires; VIII, observances et vestiges 
de culte. Les cinq chapitres du livre II sont intitulés : I, les fontaines ; 
II, la puissance des fontaines"; III, les puits; IV, les rivières ; V, les eaux 
dormantes. Les observations générales que nous avons faites sur le premier 
volume pourraient être répétées à propos du second. II y aurait aussi lieu 
à des critiques plus particulières. Ainsi c'est à tort (p. 81, etc.) que la 
Légende dorée est citée par volume et par page : il faut naturellement indi- 
quer le chapitre, puisque l'ouvrage est divisé en chapitres, afin qu'on puisse 
se référer à toutes les éditions ou traductions. Et puis il vaudrait mieux 
citer les vies plus anciennes publiées par les BoUandistes ou d'autres. Trop 
souvent M. S. cite des ouvrages de seconde main quand il serait facile de 
recourir aux originaux. Saluons, pp. 197, 225, l'immortel « Robert Wace ». 
Quoi qu'il en soit, ce recueil est infiniment précieux, non pas seulement 
parce qu'il résume d'immenses lectures, mais surtout parce que, sur beau- 
coup de points, il donne le résultat de recherches personnelles, principa- 
lement pour la Bretagne. Il faut surtout louçr la peine que M, S, s'çs; 



CHRONIQUE 155 

donnée pour vérifier ou faire vérifier certains récits dus à des littérateurs 
d'une véracité suspecte. — P. M. 
Chants et chansons popithires du Laiii^uedoc, recueillis et publiés, avec la 
musique notée et la traduction française par Louis Lambert, tomes I et IL 
Paris, Welter, 1906 (paru en rgoj). In-8", viii-389 et 347 pages. — Ces 
deux volumes sont le complément et la suite d'un précédent recueil de 
« Chants populaires du Languedoc » publié d'abord dans la Revue des 
huic^ties romanes, puis à part (1880), par MM. A. Montel et L. Lambert. 
M. Montel s'étant trouvé, par suite de maladie, dans l'impossibilité de 
continuer son concours à l'œuvre commune, M. Lambert s'est décidé à 
reprendre seul la publication. Le recueil n'y a rien perdu. Nous avions 
annoncé fiivorablement (Rom., IX, 634) le volume de 1880; les deux tomes 
qui viennent de paraître méritent les mêmes éloges. Il y a même un cer- 
tain progrès, en ceci que dans le précédent recueil il y avait quelquefois 
des rapprochements inutiles ou non fondés, reproche qui ne saurait être 
adressé à celui-ci. Les textes sont bien établis, les variantes bien indiquées; 
la division est judicieuse et commode; de plus, presque tout est nouveau, 
car une faible partie seulement de cette seconde série a paru dans la Revue 
des langues romanes. En somme, nous avons là une des meilleures collections 
de chants populaires qui aient été publiées jusqu'à ce jour. La matière ne 
paraît pas épuisée, car on lit à la dernière page : « Fin du tome deuxième «. 
Nous espérons qu'il v aura un troisième volume, contenant une table 
générale des pièces indiquées par leur premier vers. 
La Poesi'a popolare italiana. Studj di Alessandro d'Ancona, seconda edizione 
accresciuta. Livorno, Raffaello Giusti, 1906 (paru en 1905). In-12, viii- 
571. — Cette seconde édition d'un ouvrage dont l'éloge n'est plus à 
faire, sera bien accueillie de tous ceux qui s'intéressent à la poésie popu- 
laire en Italie et hors d'Italie. Le caractère de l'ouvrage, qui se compose 
d'unesérie d'études indépendantes, comme l'indique le titre, a été conservé, 
mais les additions sont considérables et devaient l'être, puisque la première 
édition est de 1878. L'une de ces additions consiste en un recueil de 
Stramhotli de Giustiniani, qui, bien qu'imprimé plusieurs fois (la première 
édition est de la fin du xv^ siècle ou du commencement du xvi''), était 
devenu très rare. L'ouvrage serait plus commode à consulter si les différents 
chapitres dont il se compose étaient précédés de titres sommaires qui 
auraient pu être reproduits à la fin du volume, en forme de table. 
Le Tristan et le Palamède des mss. français du British Muséum. Étude cri- 
tique par E. LôsETH. Christiania,]. Dybwad, 1905. Gr in-80, 38 pages 
(Extrait de Vidcnskahs-Selskahets Skrifter. Histor. Filos. Klasse 1905, 
no 4). — Ces mss., déjà décrits par Ward dans le t. I de son Catalogue 
of Romances, sont au nombre de huit. M. L. les étudie en les comparant 
aux mss. des bibliothèques de Paris utilisés dans ses recherches sur le 
roman en prose de Tristan {Bihl. de l'Èc. des Hautes-Etudes, 1890, fasc. 82). 
11 reconnaît « que les mss. de Londres n'apportent pas un contingent bien 



156 CHRONIQ.UE 

important à l'étude des romans de Tristan et de Palamède » (p. 32). En termi- 
nant il présente diverses objections aux vues exprimées par M. Parodi à 
propos du Trislano RiccanJiano (cf. Ronniiiia, XXV, 634). 

Dcr Soldmr (soudoyer) iin MUtdaltcr, nach den franzôsischcn (und proven- 
zalisclien) Heldenepen... von Ernst Neumanx, Marburg, 19O). In 8", 
162 p. (dissertation de Marbourg). — Travail mal composé et pauvrement 
rédigé, formé essentiellement de citations dont un grand nombre n'ont 
aucun rapport avec le sujet traité. L'auteur, en commençant, se perd en 
observations inutiles (et d'ailleurs toutes de seconde main) sur la compo- 
sition des armées et sur le service militaire au moyen âge. Partout il cite 
des textes qui se rapportent à la guerre, aux troupes, mais non aux sou- 
doyers proprement dits. Ces textes il les met tous sur le même rang, sans 
tenir compte des différences de date. Le sujet est à reprendre et ne peut 
être traité que par un homme ayant la pratique de la méthode historique. 
Et il ne faudra pas se contenter des témoignages offerts par les chansons 
de geste : il sera nécessaire d'utiliser d'autres textes, par ex. les poésies de 
certains troubadours. 

La Plainte d'Amour, poème anglo-normand publié pour la première fois par 
Johan VisiNG. Gôteborg, 1905. In-So, 65 p. — La Plainte d'Amour est un 
poème en 169 strophes de six vers dont la Romania s'est occupée à plu- 
sieurs reprises (voir par ex., XXIX, 4), signalant les mss. qu'on en possède 
et faisant ressortir la valeur littéraire de cette composition. L'édition 
de M. J. Vising, est satisfaisante en ce qui concerne le texte, reproduit 
d'après le meilleur ms. (Harl. 273), et corrigé çà et là d'après les autres 
mss. dont les variantes sont soigneusement données. Peut-être eût-il été 
désirable d'aller plus loin dans la voie de la correction. Les 13 pages de 
la préface sont entièrement occupées par une étude sur le rapport des mss., 
qui — M. V. ne le dissimule pas — n'aboutit à aucun résultat certain. 
Comme il arrive ordinairement pour les ouvrages souvent copiés, un clas- 
sement précis des mss. est impossible. On aurait désiré que M. V. nous 
donnât son avis sur la date du poème, qu'il en étudiât le style et la versifica- 
tion, qu'il en fît ressortir l'intérêt ; qu'enfin il expliquât, en note ou dans 
un court glossaire, certaines expressions qui embarrasseront tout lecteur 
non versé dans la connaissance des institutions anglaises. — P. M. 

Gormond et Isembart. Reproduction photocollographique du manuscrit unique 
II, 181 de la Bibliothèque royale de Belgique, avec une transcription lit- 
térale par Alphonse B.wot. Bruxelles, Misch et Thron, 1906. In-40, 
xxiii pages et 8 planches (Publication de la Revue des Bibliothèques et 
archives de Belgique). — Utile publication d'un prix modéré qui pourra 
utilement servir de base à des exercices paléographiques et philologiques 
dans un cours d'ancien français. On y trouve d'abord une description du 
ms., des détails sur son histoire depuis le moment de sa découverte par 
Mgr de Ram, qui le confia à Reiffenberg à qui est due la première 
cdilion, puis la bibliographie des travaux dont il a été l'objet ; çnfin 



CHRONiaUE 157 

une transcription très exacte fait suite au fac-similé des quatre feuillets 
dont se compose le fragment. Ce fac-similé n'est que passable , mais il 
faut dire que l'état du parchemin, souillé par places, ne permettait guère 
défaire mieux. M. Bavot eût augmenté la valeur de sa publication, et ne 
l'eût pas sensiblement allongée, en indiquant en note les corrections qui 
ont été proposées par divers savants pour les passages corrompus qui ne 
sont pas rares dans ce texte. Les mots qui se lisent dans la marge exté- 
rieure du feuillet 2 v» (Johunnes Marcscaîlus...) ne sont pas du xvi^ siècle, 
comme il est dit, p. m, mais de la seconde moitié du xiii'^. — P. M. 

Coiiconlaiiia délie opère italiaiie in prosa e del caniiotiere di Dante Alighieri, 
pubblicata per la Società dantesca di Cambridge, Mass., a cura di 
E. S. Sheldox, coir aiuto di A. C. White. Oxford, nella stamperia 
deir Universita, 1905. — In-8°, viij-740 pages. — Cette concordance, 
oeuvre qui fait le plus grand honneur à la patience et à la diligence des 
deux auteurs, est le digne pendant de la Concordance de la divine Comé- 
die publiée à Boston en 1888, par E. A. Fay. C'est un instrument de 
travail sûr et commode. Les citations en vers et celles en prose forment 
deux séries alphabétiques qui se suivent, l'une au-dessous de l'autre, sur les 
mêmes pages. Il reste à faire le même travail sur les écrits latins. On 
voit par cette magnifique publication que les Etats-Unis rivalisent 
de zèle avec l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne pour les études dan- 
tesques. 

Le tournoi de Chaiivency en 128^ . Etude sur ht société et les mœurs chevaleresques 
au Xllh siècle, pa.r E. DuvERNOY etR. Harmand. Paris et Nancy, Berger- 
Levrault, 1905. In-80, 51 pages (Extrait de \a. Revue de' VEst). — La pre- 
mière édition (1855) du poème de Jacques Bretel sur le Tournoi de Chau- 
vency était fort défectueuse : elle reproduisait le ms. de Mons supposé 
unique. Depuis, un second ms. et des fragments d'un troisième ont été 
découverts (Rotnania, X, 593). Une nouvelle édition était nécessaire : elle 
fut malheureusement faite (Mons 1898-1901) par un éditeur absolument 
incompétent. Elle ne compte pas. Une édition vraiment critique et annotée 
au point de vue historique serait tout à fait désirable, car le poème de 
Jacques Bretel, outre qu'il a le mérite d'être daté (1285) contient la men- 
tion d'un grand nombre de personnages du temps, sur plusieurs desquels il 
reste des recherches à faire. L'étude de MM. Duvernoy et Harmand, qui 
n'est pas proprement un travail d'érudition, met bien en relief la valeur 
du poème. 

Oscar Grojean, Notes sur quelques jurons français. Liège, 1905. In-S''. 
(extrait de la Revue de l'Université de Bruxelles, 1905, p. 401-41 1). — A 
propos de l'étymologie du nom propre Boieldieu, M. Grojean donne une 
liste intéressante, qu'on pourrait grossir encore, de nombreux jurons 
figurant dans les textes du moyen âge, et constate, comme l'indiquent 
du reste les deux sens du \aùn jurainentuin, l'identité première du serment 
et du juron. L'explication nouvelle de l'expression tudieu est bien invrai- 



158 CHRONIQUE 

semblable. Pourquoi ne pas en voir l'origine dans les mots Veilu Dieu, 
suivant une opinion que M. G. qualifie de canonique ? La chute de la 
première syllabe dans des cas semblables n'est pas rare (cf. crcuovi, pour 
idcrc nom, etc.). — G. Rayxauu. 

R. Menéndez Pid.\l, Mauiial eleniental de i^ianidtica hist'jiica espaùola, 
Scgtinda edicion. Madrid, Victoriano Sudrez, 1905,^1-8'^, vii-271 pages. — 
Ce manuel, dont la première édition (voir Romania, XXXIII, 270) a 
obtenu un grand succès, nous revient aujourd'hui notablement augmenté 
et amélioré. M. Menéndez Pidal a tenu grand compte des observations 
qui lui ont été adressées de divers côtés; il a de plus enrichi son livre des 
résultats d'un travail personnel toujours plus actif et compréhensif. 

Rudolf Thurneysen, Die Etymologie\ eine akademische Rede. Freiburg i. B., 
Spever, 1905. In-8", 55 pages. — Rapide coup d'oeil sur l'histoire des 
principes étymologiques, l'origine des changements phonétiques, la place 
de la recherche étymologique dans l'ensemble des sciences. En quelques 
pages, dont la portée dépasse la linguistique romane, mais qui n'en seront 
pas moins précieuses à méditer pour les romanistes, M. Th. insiste sur ce 
que l'application mécanique des lois phonétiques a d'insuffisant comme 
procédé étymologique : bien des groupes de mots échappent à la régula- 
rité des différenciations phonétiques entre générations successives, régula- 
rité dont nos lois phonétiques sont la traduction ; ainsi les mots très fré- 
quents, les articulations de la phrase, et aussi les mots rares : pour ceux- 
ci, il n'arrive pas à se constituer, comme pour les mots usuels, dans chaque 
groupe social, une forme moyenne, commune, où viennent se perdre ou 
s'unifier les différences individuelles ; par suite ils échappent à la régularité 
des transformations propres à tout ce groupe, et témoignent des phénomènes 
individuels dont ils peuvent garder isolément la trace. M. Th. donne ici 
en exemple les noms d'animaux non domestiqués, et qui n'intéressent pas 
les hommes d'une façon générale; il indique encore d'autres causes qui 
peuvent soustraire des mots aux développements généraux ou généraliser 
des formes individuelles. D'où la nécessité pour l'étymologie d'être moins 
mécanique, « plus humaine », chaque mot devant être étudié dans son 
milieu propre. — M. Roques. 

H. Vagaxay, Le vocabulaire français du XFl^ siècle et deux lexicographes fla- 
nuindsdu même siklc. 2.000 mots inconnus à Cotgrave. In-8", 46 pages. (Con- 
grès pour l'extension et la culture de la langue française, Liège, 10-13 sept. 
1905). — La principale source de M. V. est le Dictionnaire Françoys- 
Fhimeng de Gabriel Meurier, paru en 1584, qui a fourni 1500 mots : 300 
viennent du D/c//o««fl//'e f/fl«/f?/-FmHco/i du même auteur (1563 et 1567); 
200 du Tiiesaunis Tbeutonicx lingux anonyme publié chez Plantin en 
1573, qui est un dictionnaire flamand-français-latin. Une courte préface 
précède la reproduction des articles : M. V. y republie le curieux avis 
« A l'oreille du monde », imprimé par Gabriel Meurier pour se défendre 
contre les attaques des puristes et où le lexicographe cite quelques-unes de 



CHRONiaUE 159 

SCS lectures. M. V. pense que Cotgrave a connu le recueil de Meurier et 
qu'il y a beaucoup puisé ; on aurait aimé à lui voir fournir la preuve de 
cette assertion. Il se borne à dire : « Plusieurs des mots auxquels Cotgrave 
attribue une origine picarde viennent de chez Meurier : pour Engrand 
et Hiibir, les exemples sont identiques chez les deux lexicographes, mais 
Cotgrave a su traduire par To haïuiy at Tennis l'expression Piehender en un 
tripot à laquelle Meurier n'avait passa trouver un correspondant flamand ». 
Que les exemples de Engrand et de Huhir soient identiques, cela ne 
prouve pas que Cotgrave les ait pris à Meurier : il est plus probable que 
les deux compilateurs ont puisé à la même source, à savoir Robert 
Esrienne revu par Jean Thierry (éd. 1564) ou par Nicot (éd. i <i73).Q.uant 
à l'expression Prebender en un tripot, elle ne prouve rien non plus, car elle 
apparaît pour la première fois dans Robert Estienne, édition de 1549. Des 
2.000 articles mis bout à bout, sans aucune note critique, il y en a un bon 
nombre qui sont insignifiants et qu'on aurait pu négliger ; mais il en reste 
assez d'intéressants pour qu'on sache gré à M. V. de la peine qu'il a 
prise. — A. Th. 

Le patois de Court i sols ; ses rapports avec les patois marnais, par Emile GoÉ- 
NARD. Châlons-sur-Marne, 19O). In-12, 380 pages. — • L'auteur est insti- 
tuteur à Chouilly ; il est fâcheux qu'il se soit lancé dans i'étymologie, à 
laquelle il n'entend rien, au lieu de décrire exactement les sons et de défi- 
nir avec précision les mots d'un patois qu'il a parlé pendant ses premières 
années et sur lequel il pouvait fournir des renseignements puisés à bonne 
source. Heureusement, la légende que l'ignorance a créée autour du patois 
de Courtisols est à peu près dissipée, et M. G. lui-même reconnaît que 
« le vocabulaire est entièrement roman », ce qui ne l'empêche pas d'ex- 
pliquer par le radical germanique w ar d- le subst. fém. o»(fn/t', qui désigne 
l'ivraie et qui, tout comme le mot français ivraie, mais à travers plus d'acci- 
dents phonétiques, vient du latin ebriaca. Après une introduction con- 
sacrée à la phonétique et à la dérivation, l'auteur donne un glossaire éty- 
mologique et comparatif, qui occupe les pages 59-364, mais où il y a mal- 
heureusement plus de remplissage que de fonds. — A. Th. 

Adolf ToBLER, Mélanges de grammaire française. Traduction française de la 
deuxième édition par Max Kuttner avec la collaboration de Léopold 
SuDRE. Paris, Picard, 1905. In-80, xxn-372 pages. — Ce n'est pas à nos 
lecteurs qu'il est nécessaire de présenter aujourd'hui et de louer le recueil 
formé par M. Tobler, en 1886, des articles qu'il avait publiés dans les huit 
premiers volumes de la Zeitschrift Jiïr romaniscbe Philologie, recueil dont il 
a donné une deuxième édition en 1902 (cf. Roniania, XV, 441, et XXXI, 
649). C'est cette deuxième édition de la première série des Verniischte 
Beitràge ~ur j'ran:^^. Granimatik que M. Kuttner a mise en notre langue 
avec la collaboration de M. L. Sudre et sous le contrôle de M. Tobler lui- 
même. Il est probable que le public français n'a pas attendu qu'il existât 
une traduction pour utiliser le livre de M. Tobler, car les nombreux 



l60 CHRONIdUIi 

exemples qui l'émaillent facilitent singulièrement la lecture du texte origi- 
nal au lecteur qui n'a qu'une teinture superficielle de la langue allemande; 
mais il est bon que l'on médite les pensées, toujours ingénieuses et pro- 
fondes, qui circulent à travers les exemples pour les animer en les expli- 
quant, et on saura gré à MM. Kuttner et Sudre de nous en offrir une ver- 
sion française aussi fidèle que le permet le rapport des deux langues. En 
faisant des vœux pour le succès de ce volume, nous ne pouvons qu'encou- 
rager les traducteurs à nous donner bientôt les autres séries des Veniiischte 
Beitrâge. — A. Th. 
Contribution à la critique et à Vexplication des gloses latines par Max NiEDER- 
MANN. Neuchatel, 1905. In-8", 50 pages (forme le ler fascicule d'un 
Recueil de travaux publié par la Faculté des lettres de l'Académie de Neu- 
chatel). — Série d'observations détachées qui témoignent d'une réelle 
connaissance de la grammaire comparée des langues indo-germaniques et 
romanes et surtout de beaucoup d'ingéniosité. Les résultats, en ce qui 
concerne notre domaine, revêtent malheureusement un caractère très 
hypothétique qu'explique en partie la défectuosité des matériaux mis en 
œuvre. P. 27, on ne saurait rapprocher le changement de a en c dans 
j enuarius pour jan uarius , de celui de farrago en ferrago : l'action 
du / sur l'a de jan uarius ne peut guère être mise en doute. — P. 32, 
l'explication de niblus (ital. iiibbio « milan ») par*nilblus < *milvu- 
lus, d'après le franc. uWf, de *abla par *albla •< *albula, est à 
prendre ^en sérieuse considération. — P. 57, il ne faut pas partir de 
*junica pour expliquer le prov. jnnega, jiirga « génisse», mais de 
*junïca. — P. 37, l'hypothèse que pumella serait une forme dissimi- 
lée de *plumella et aurait donné naissance au lat. vulg. *pluma 
pour pruna, abondamment représenté dans la région franco-provençale, 
est fort séduisante, mais il est difficile de s'y arrêter en présence de la 
variânxe prutiella fournie par un autre manuscrit. — M. N. s'était laissé 
entraîner, à la suite de M. Th. Reinach, à rattacher le franc, boucher à un 
prétendu mot latin *bucularius (p. i), mais il s'est ravisé en s'autori- 
sant de ce qui a été dit à ce sujet dans la Romaiiia, XXXIV, 342 (p. 47) : 
il aurait dû renvoyer directement à l'erratum publié par M. Th. Reinach 
lui-même, Bull, de la soc. de Vnignislique, t. XI, p. xxij, et où l'on apprend 
que la véritable leçon n'est pas *bucularius, mais bubularus, pour 
b ubul a riu s, mot connu d'ailleurs. — A. Th. 



Le Propriétaire-Geraut, H. CHAMPION. 



.M.\CON, PROTAT 1 RERES, IMPRIMEURS 



LE 



LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 
ET LE VOCABULAIRE ZOOLOGIQUE ROMAN 



J'ai eu récemment le plaisir de foire connaître un manuscrit 
glosé du Liber Dérivât ion u m d'Ugucio de Pise, qui a apporté 
une contribution importante à notre connaissance du vocabu- 
laire de l'ancien provençal '. C'est une bonne fortune analogue 
qui m'arrive aujourdui, plus importante peut-être puis- 
qu'elle a pour théâtre non le xiii% mais le v^ siècle, plus 
piquante, en tout cas, puisqu'il s'agit non d'une œuvre en- 
fouie dans un manuscrit, mais d'un texte publié depuis près de 
cinquante ans et qui a échappé par hasard aux recherches de 
presque tous ceux qui avaient intérêt à le connaître, ou qui 
étaient en état d'en tirer parti. Le nom de Polemîus Silvius, à 
peu près inconnu jusqu'ici aux romanistes, aura droit désormais 
à une certaine reconnaissance de leur part. Ils en reporteront 
une partie sur celui de M. le professeur Frédéric Kluge, de 
l'Université de Fribourg-en-Brisgau, un des rares germanistes 
de la génération actuelle auxquels on puisse appliquer le vers 
de Fortunat : 

Hinc cui Barbaries, illinc Romania plaudit. 

C'est en effet dans la deuxième édition de son remarquable 
mémoire intitulé « Vorgeschichte der altgermanischen Dia- 
lekte », qui fait partie du Grnndriss der germûnischen Philologie, 
publié sous la direction de M. le professeur Hermann Paul 



I. Voir Romania, XXXIV, 177 et s. 

Romania, XXXV 



l62 



A. THOMAS 



(2' édition, 1901, p. 327 et s.), que le nom de Polemius Sil- 
vius a pour la première fois frappé mes regards. Passant en 
revue les auteurs de l'antiquité qui ont cité des mots germa- 
niques (ou présumés tels), M. Kluge a consacré la ligne sui- 
vante à celui qui nous occupe : 

PoLKMius SiLVius : /'//'('/•, visons, iints, laxo, g^intajngardiuvi '. 

Et cette ligne m'a inspiré le désir de faire plus ample connais- 
sance avec Polemius Silvius, désir facile à satisfaire entre tous. 
En effet, la seule œuvre de Polemius Silvius qui nous soit par- 
venue a été publiée en dernier lieu par l'illustre Théodore 
Mommsen dans les Monumenta Germaniae historica, série in-4", 
t. IX des Auctores antiquissimi, paru en 1892. Elle porte le 
titre singulier de Laterculns. On n'en a signalé jusqu'ici qu'un 
seul manuscrit, déjà utilisé, au xviii'^ siècle, par les Bollan- 
distes, qui se trouve aujourdui à la Bibliothèque de Bruxelles, 
n°'ioé9i-io695 ; ce manuscrit ne remonte qu'au xii^ siècle. La 
publication des Monumenta, qui laisse de côté le calendrier 
déjà édité par les Bollandistes, n'est qu'un remaniement d'une 
publication antérieure de Mommsen, parue en 1857 dans les 
Abhandlungen de l'Académie des Sciences de Leipzig, classe 
historico-philologique, t. II, p. 233-278. 

ht Laterculns est dédié à Eucherius, évèque de Lyon, mort 
le 10 novembre 450; Mommsen a prouvé qu'il avait dû être 
rédigé au début de l'année 449. De l'auteur on sait peu de 
chose : il est certain seulement qu'il vivait en Gaule, et il n'y 
a aucune bonne raison de l'identifier, comme on l'a fait, avec 
un évêque d'Octodurus (Martigny, dans le Valais), qui s'ap- 
pelait Salvius, et non Silvius. 

Tout ce que Polemius Silvius avait mis dans son LalerciiUis 
ne nous a pas été conservé par le manuscrit de Bruxelles, mais 
peu nous importe. Le seul morceau qui nous intéresse est une 



I. H. Paul, loc. laiul., p. 332. — Je note ici, n'avaut pas l'occasion d'y 
revenir, que c'est par distraction que M. Kluge a attribué bigarJiuiii à Pole- 
mius Silvius : ce mot appartient à une série de 17 gloses ccltico-latines 
connue sous le nom de « Glossaire d'Endlicher » et au sujet de laquelle je 
me contenterai de renvoyer à une savoureuse note de M. d'Arbois de Jubain- 
v'iWc, Rei'iic ci'Jtiiiitc. XIII, 296. 



LE L.irnKCULVS DE POLEMIUS SILVIUS 163 

liste de noms d'animaux répartie par l'auteur en différents 
endroits de son calendrier et dont Mommsen a groupé l'en- 
semble aux pages 543 et 544 du t. IX des Aiictores antiquis- 
siiiti. Il y a six divisions : quadrupèdes {quadrupediwi), au 
nombre de 108; oiseaux (volucruni), au nombre de 131; 
coquillages {coriim que se non tnavencium [sic|), au nombre de 
1 1 ; serpents (coliihrarum), au nombre de 26 ; insectes ou rep- 
tiles {insectoruni sive reptantinm), au nombre de 61; poissons 
(natantium), au nombre de 148. Au total 485 mots '. De parti 
pris, Mommsen s'est borné à mettre sous les yeux du lecteur 
une reproduction du manuscrit, reproduction fidèle jusqu'à la 
minutie et qui, après l'édition de 1892, soigneusement colla- 
tionnée sur l'original, rend inutile toute vérification ultérieure. 
Il a indiqué ses raisons dans les termes suivants, que je traduis 
de l'allemand des Abhandlungen, l'auteur ne s'étant pas soucié 
de les mettre en latin pour les Monumcnta : « Ces listes 
sont tellement en dehors de mon cercle d'études que je me suis 
contenté de reproduire le texte avec toutes ses fautes, car il est 
possible qu'un lexicographe ou un éditeur de Pline y trouvé- 
quelque utilité » -. 

Il ne semble pas que les éditeurs de Pline aient songé à étu- 
dier le texte de Polemius Silvius, et, à vrai dire, je crois bien 
que Pline n'y a pas perdu grand'chose. Mais il en va autrement 
pour les lexicographes. Bien entendu, la majeure partie des 
mots recueillis par notre auteur appartient au latin courant et 
est absolument dénuée d'intérêt; les mots rares viennent ordi- 
nairement de Pline, soit directement soit par l'intermédiaire de 
Solin. Il faut se rendre compte, en outre, que sur le total de 
485 mots enregistrés à la suite les uns des autres, il y a un 
déchet considérable dont je vais indiquer les causes diverses. 

On constate dès l'abord dans le manuscrit de Polemius Sil- 
vius un certain nombre de doubles emplois : l'éléphant figure 
à deux reprises, sous la forme elefans, dans la section des 
quadrupèdes ; on trouve deux fois strix dans celle des oiseaux, 



1. Eu réalité, il n'v a pas 485 animaux différents pour les raisons qu'on 
verra plus loin, et aussi parce que de simples épithètes ont parfois été prises 
pour de véritables noms et fout double emploi avec ces noms eux-mêmes. 

2. Loc. laiid., p. 238. 



164 A. THOMAS 

et deux fois scarus dans celle des poissons. Biber et feber 
constituent deux mentions distinctes, éloignées l'une de 
l'autre, dans la liste des quadrupèdes, et il est clair qu'il s'agit 
du même animal, le bièvre ou castor : biber est la forme cel- 
tique ou germanique et feber (pour fiber) est la forme pro- 
prement latine. Qu'est-ce que furmica dans la liste des quadru- 
pèdes, sinon la fourmi, que l'on retrouve dans la liste des 
insectes sous la forme latine plus correcte formica? On voit 
avec surprise dans la liste des quadrupèdes les mots suivants : 
buteo, epileus, gallus, noctua, pantagatus, vultur. Ces 
mots devraient figurer dans la liste des oiseaux. Le prétendu 
poisson dit eu eu mis est probablement dû à une méprise sur le 
texte de Pline qui mentionne une variété marine de con- 
combre. 

Enfin des fautes multiples ont défiguré beaucoup de noms 
qui se laissent assez facilement corriger sans qu'il soit besoin 
d'y insister longuement : ansisbena est pour amphisbaena; 
le bannacus de Polemius Silvius est évidemment le bonna- 
cus ou bonacus de Solin, le bonasus de Pline ; cacoplepa 
doit être corrigé en catoblepas; cabarusest pourcarabus; 
cibinnus correspond au cybin dis et ciclamnus au cychra- 
mus de Pline; cinnamullis doit être lu cinnamolgus; 
cirus est pour ciris et gradins pourgladius; gromis équi- 
vaut à chromis ; dasipes est pour dasypus; opips 
semble une mauvaise leçon pour epops; au lieu de terspi- 
cerus il faut lire strepsicerus; theus est pour thos ; ticris 
doit être corrigé en tigris; pectunctus représente pectun- 
culus; vena fait bien l'effet d'être le -j-j-vi-j. grec, transcrit 
ordinairement en latin par hyxMia, etc., etc. 

Toutefois il ne £mt pas aller trop loin dans la voie des cor- 
rections. Agatullis est l'oiseau appelé ày.xvO'jAAÎç par Aristote 
et que les éditions de Pline mentionnent sous la forme correcte 
acanthyllis : mais les manuscrits portent agathylis ou aga- 
tyllis, et le texte de Polemius Silvius provient d'une leçon 
analogue. Il est curieux de trouver côte à côte chez notre auteur 
les deux noms d'oiseaux : titus, titiunglus. Ce dernier cor- 
respond évidemment au titiunculus du Corpus gloss. latin., 
II, 347, 12 (cf. Not. Tiron., 102, 12^), et certains philologues 
sont portés à croire que dans Columelle et dans Pline, malgré 



Lt LATERCVLVS DK POLHMIUS SILVIUS 1^5 

a tradition des manuscrits, il faut aussi lire titiunculus et non 
pas, comme le font les éditions, tinunculus^ 

Le Thésaurus Un^uae latinae, qui se publie en Allemagne 
sous le patronage de cinq académies, a fait état des listes de 
Polemius Silvius, mais d'une façon un peu capricieuse et qui 
manque parfois de la science qu'on s'attendrait à y trouver. 
Voici un exemple notable. Le Thésaurus, ayant relevé chez 
notre auteur le mot arcomus, se contente de remarquer que 
ce mot est dans la liste des quadrupèdes et qu'il y fait suite à 
arcoleon. Il aurait follu rapprocher de Polemius la glose 
« xpyc'fi.j: m élus » des Hermeneumala Valicana (C. gloss. lat., 
III, 431, 45), que M. Immanuel David a fort justement corrigée 
en « xpv.zu/j; mêles- », mentionner un passage célèbre de saint 
Jérôme où, à proposduchoerogryllus, il est dit : « sciendum 
animal esse non mai us hericio, habens similitudinem mûris et 
ursi, unde in Palestina y.pv-zy.'j; dicitur \.. », et enfin renvoyer 
à une note érudite de Haupt, réimprimée dans ses Opuscula, 

m, 301. 

En revanche il n'y a qu'à applaudir à la prudence éclairée des 
auteurs du Thésaurus qui leur a fliit écarter de leur recueil le mot 
apellion, enregistré par Polemius Silvius entre le gragulus"* 
(choucas) et le milvus (milan). Si je ne me trompe, ce pré- 
tendu nom d'oiseau est sorti d'une mauvaise leçoa d'un passage 
de Pime où il est question des trois espèces de hérons, à 
savoir : leucon, asterias, pellos \ Au lieu de ces deux der- 
niers mots, les manuscrits portent : suasperia pelion, et l'on 
comprend comment une mauvaise coupure a donné naissance 
à un mot factice apelion, d'où apellion. 

Ces quelques détails permettent d'entrevoir le fort et le faible 
du texte de Polemius Silvius en tant qu'il a été puisé dans les 
livres antérieurs au Laterculus ; mais je n'ai pas la compétence 
nécessaire pour pousser à fond une étude dans cette direction. 
Je déclare simplement que les listes de Polemius Silvius, passées 

1. Cf. sur ce point une note de F. Bùcheler dans VArchiv fiir h:t. 
Le.xicoi;r., II, 119. — Les naturalistes modernes ont adopté ce dernier nom 
pour désigner la crécerelle, Tinnunculus alaudarius. 

2. Dans les Conimenlaliones philologicae Icntnses, vol. V (1894), p. 218, 
1. 27, et p. 235. 

3. J'emprunte la citation à l'art, choerogryllus de Forcellini. 

4. Le ms. a : gragulis. 

5. Hist. mit., X, 164. 



i66 



A. THOMAS 



au crible d'une critique assez approfondie, présentent un résidu 
relativement considérable qui ne correspond à rien de ce que 
les textes antérieurs au Laterculus nous ont transmis. Je crois 
utile d'inventorier ici ce résidu, section par section et en ordre 
alphabétique dans chaque section, tout en souhaitant que les 
progrès de la science lexicographique en réduisent progressive- 
ment le volume. J'y joins quelques mots rares, sinon incon- 
nus; enfin, j'imprime en italiques tous ceux qui seront plus 
loin l'objet de notices spéciales. 



adis 

aris 

arpe 

camox 

darpus 

eleia 



acena {ou aceua -) 

barbio "> 

camotina 

cebena {ou cebeua) 

cicisa 

cordolus • 

cordus 

eumorfus 



QUADRUPEDES 

engistrus (ou eugistrus) 

eocle 

fungalis 

furniellaris 

furo 

lacrimusa 

OISEAUX 

gains (ou cravis) 

glanda n'a 

jacolus 

linustaî 

nession 

perseus ' 

plumbio 



lus 

mufron 

mus monlavus 

oxurincus ' 

sincirix 

tabla 

taxo 

pumplio 7 

riparia 

senator 

siibter 

suessalus 

titus 

tteniulus 



1. Transcription manifeste du grec ôçjopyY/oç ; mais le mot grec s'applique 
à un poisson, peut-être l'esturgeon ; il se peut qu'il v ait une erreur de clas- 
sement dans le texte de Polemius Silvius. 

2. Peut-être faute pour acceia « bécasse » ; cf. Kôrting, 2^ éd., 84. 

3. Ci. la glose ■3zop'.i5a|j.o; barbio des Hermeneumata Vaticaiia (Corp. 
gloss. lai., III, 455,67) que M. David a peut-ê're corrigée à tort en xopjoaÀXo; 
hivàc-i, Commentationes philûlogicae lenenses, vo\. V (1894), p. 237. 

4. Peut-être pour coredulus, forme populaire prise en latin par le grec 
xopuoaXXd; : cf. une note de M. Niedermann, hidogerman. Forsch., X, 237, et, 
plus anciennement, une remarque de M. Sittl, Arch.fiir Lit. Lexicogr., II, 478. 

5. Peut-être identique à linosa, donné par Papias comme synonvme de 
curuc.a; chez Ugucio (au moins dans le ms. B. Nat. lat. 7622, fol. 29b) 
il y a ïinofa. 

6. Le grec -spTEj; s'applique à un poisson. 

7. Peut-être faute de scribe pour plumbio, ce qui ferait double emploi. 



LE LATERCILVS Dl- POLEMIUS SILVIUS 



167 



COaUILLAGES 



anabiilio. 



SERPENTS 



INSECTES, REPTILES 



ehlinda 


gristus 


petalis 


acina 


iulus - 


popia 


asio 


lanarius 


ruscus 


cefenis 


laparis 


sunhons 


ce mis 


liscasda 


scxpedo '. 


corgtis 


minerva 




delpa ' 


musomnium 

POISSONS 




abclindcas 


cuga 


ricinus 


ambicus 


Jactrinus 


rottas 


amulus 


levaricinus 


samanca (ou saniauca) 


ancorovus 


lucuparta 


samosa 


auricularius 


nhirisopa 


scai'da 


carahuo 


mirrus 


serpido 


caraulis 


)iaiipri'da 


sofid 


cleomena 


pardus 


tecco 


coluda 


pelaica 


tirus 


culix 


platensis * 


trocus 


encataria (ou cucataria) 


plotta 


vaguris. 


eufratis 


porca 5 


• 



1. Peut-être pour dolba, dolva « douve », sur lequel on peut voir mes 
Essais de phil. franc., p. 279. 

2. Transcription du grec l'ouÀo: dont on n'avait pas d'exemple latin antique 
en tant que s'appliquant à un insecte. 

3. Cf. Rabelais, IV, 64 ; Cotgrave identifie à tort sepedon (qu'il a certaine- 
ment emprunté à Rabelais) et sepe (= lat. seps, pis), puisque Rabelais 
donne dans la même liste d'une part sepes, de l'autre sepedons. On trouve en 
anc. ital. sepede (mot savant) qu'Ant. Oudin traduit par « fourmi » et Duez 
par « I. vn fourmi. 2. vn pouil ». Sexpes ou sepes est effectivement 
appliqué à la fourmi par Apulée ; mais le glossaire interpolé d'Aelfric en fait 
un synonyme de pediculus et le traduit par l'anglo-saxon lus (éd. Wûl- 
cker, col. 122). 

4. Le manuscrit porte placensis. 

5. Peut-être la dorée (Zens faher L.) dite tnûjo « truie » sur les côtes de 
la Méditerranée. 



l68 A. THOMAS 

Les listes que je viens de placer sous les veux du lecteur con- 
tiennent une centaine de mots. Je me propose de montrer, 
dans une série unique de notices rangées par ordre alphabé- 
tique, sans distinction de section, les rapports qui existent entre 
Polemius Silvius et le vocabulaire populaire des différents 
peuples romans. Les quatre cinquièmes des mots précédents — 
quels que soient en définitive leur origine, leur forme exacte 
et leur sens — semblent défier tout rapprochement; mais si 
nous ne pouvons en retenir qu'une vingtaine, quelques-uns de 
ceux que nous retenons offrent un très vif intérêt. Ce sont de 
véritables perles que les Romanistes me sauront gré d'avoir 
extraites du Laterciihis. Quoique le seul manuscrit connu ne 
remonte qu'au xii'^ siècle, il n'y a aucune raison pour y suppo- 
ser des interpolations et pour ne pas faire remonter à Polemius 
Silvius lui-même la reconnaissance du plaisir que nous cause 
la rencoatre en plein V^ siècle de mots comme ancoravus, 
camox, turo, gaius, lacrimusa, marisopa, etc., etc. Sans 
doute il a beaucoup emprunté aux livres de ses devanciers et 
dans sa laborieuse compilation il y a plus de zèle que d'intelli- 
gence : mais il lui est arrivé parfois d'interroger ses contempo- 
rains et d'enregistrer des témoignages oraux, et de cela nous 
devons lui savoir infiniment de gré. 

Ablinda. — Ce mot figure dans la classe des insectes ou rep- 
tiles, entre inuolus ej liscasda, termes complètement incon- 
nus". A titre d'indication conjecturale, je ferai remarquer que 
la salamandre porte, dans le midi de la France, entre autres 
noms, celui de blando ou blendo, que Mistral explique par l'alle- 
mand bJinci « aveugle », ce qui n'est guère vraisemblable^. La 
perte de Va initial en provençal moderne est un fait fréquent, 
et blendo peut remontera Tablinda de Polemius Silvius. 

Ancoravus. — Nom d'un poisson que le Thésaurus lin^iiae 
Jatinae a omis. Il est tout indiqué de voir dans ancoravus une 



1. Le Tlksaurus Huguiie latiiiae unrcgistre ahliiida et le rapproclie de 
ahelindeas qui figure dans la section des poissons de Polemius Silvius. 

2. C'est l'orvet qui est « aveugle » dans les croyances populaires, et non 
la salamandre, laquelle passe pour ne pas entendre et porte le nom de 
sourd dans beaucoup de patois; voy. Rolland, Faune pot\, III. 78. 



LE LATERCULUS DK POLHMIUS SILVIUS 169 

variiuite de ancorago, mot mentionne par Cassiodore comme 
le nom d'un poisson du Rhin : « a Rheno vQwvMancorago enor- 
mis ' ». Du Cange a cité le texte de Cassiodore et il l'a juste- 
ment rapproché d'un passage de la chronique de Saint-Trond où 
il est question d'une variété de saumon appelée soit anchora, 
soit, d'après le manuscrit utilisé pard'Acheri, Spîcilegiuni, VII, 
507, anchoraus-. L'identité de l'ancoravus de Polemius 
Silvius et de l'anchoraus du chroniqueur saute aux yeux : 
on sait que la désinence -avus se réduit normalement, 
dans la prononciation vulgaire du latin, à -aus. D'autre part, 
Carpentier a relevé dans le registre dit Habncuc de l'abbaye 
de Corbie, aux années 1511 et 1512, la mention de poissons 
dits ancroeux et ancreulx^. La filiation de ivicreu <C ancora- 
(v)u(m) est tout à tait normale dans le dialecte picard, où 
cla(v)u(m) aboutit à dm, pour ne rien dire de cailleu, franc. 
caillou, pour lequel le moment serait vraiment mal choisi 
d'abandonner le type *cacla(v)u( m), dont j'ai naguère 
défendu les droits '^. Mais y a-t-il filiation entre ancorago et 
ancoravus? Ce n'est pas probable : il faudrait supposer une 
forme *ancoragus non attestée, car il vadesoi que Cassiodore 
devait décliner ancorago ginis. Il est donc sage de considérer 
ancorago et ancoravus comme deux tormes distinctes et non 
comme deux étapes phonétiques d'une même forme ^ 

AuRis. — Nom d'un coquillage que le Thésaurus Unf^nae 
latinae enregistre uniquement d'après Polemius Silvius et qu'il 



1. Var., 12, 4, I. 

2. Du Cange, anchora. 

3. Du Cange, anchora. — Godefroy a pillé Du Cange, et a constitué 
une forme artificielle aiicrel comme tête d'article. 

4. Voy. mes Noufeaitx Essais, p. 198, et Roviania, XXXIV, 287. 

5. Au dernier moment, je relève un exemple roman plus ancien que ceux 
qu'a cités Carpentier: dans une ordonnance de Liège du 16 mai 1317, on 
lit à deux reprises ancrau.'e, associé à samon (voy. Recueil des ordonti. de la 
principLiuté de Liège, p.p. Stanislas Bormans, Liège, 1878, in-fol., fe série, 
p. 163). L'f; de ancraïue est paragogique comme celui de meire (<mare), qui 
se trouve dans le même texte. — Grandgagnage cite ce texte de 13 17 et un 
texte de 1547 (où on lit acraiL'e, à tort ou à raison) dans son Dict. étym. de la 
huigue wallouiie, II, 317, mais il est muet sur l'étvmologie. 



lyO A. THOMAS 

rapproche justement de l'expression d'Athénée : our A^pozirr,:. 
Une note complémentaire de M. Meyer-Lûbke dit : « forte 
comparandum francogallicum onnier, id est au ris maris ». 
Orniier est effectivement le nom que porte sur les côtes du 
département des Côtes-du-Nord le coquillage que les savants 
appellent Haliotis, surtout la variété dite Haliotis tuberculata. 
A Guernesey et à Jersey on prononce armer \ ce qui appuie 
Tétymologie par au ris maris, que donne Littré, et qu'accepte 
M. Meyer-Lûbke-. Le terme français a passé en breton sous la 
forme orniel, dans laquelle M. Victor Henry a parfaitement 
reconnu une dissimilation de Vr finale en IK II est vraisem- 
blable que la dissimilation est du fait du français, car Bernard 
Palissy emploie la forme hourmeau ^, et ormeau figure dans 
Nemnichet autres lexicographes concurremment avec ormier et 
mmet. 

La survivance, dans un mot composé devenu bientôt inintel- 
ligible, du simple auris, remplacé dans l'usage général des 
peuples romans par le diminutif auricula, est un fait intéres- 
sant qui n'a rien d'inadmissible \ Il semble plus extraordinaire 
qu'on ait dit en latin auris maris au lieu de auris marina, 
qui est seul conforme à la syntaxe classique, ou de auris de 
mare, plus en harmonie avec la syntaxe vulgaire : on peut 
cependant rapprocher de auris maris l'expression avis maris 
qui est dans un glossaire ^. 

Camox. — Comme ce mot figure à côté de ibix (= ibex) 
dans la liste des quadrupèdes, on ne peut refuser d'y voir le 
chamois. Il esta peine besoin de faire remarquer que le français 



1. Rolland, Fiiw«c /o/)., III, 191. 

2. A. Darmesteter a omis ce mot dans son Traite de la format ion des mois 
composés, ou il est seulement question d': l'anc. Iranç. ormier <C aurum 
merum ; voy. sa première édition (1875), p. 29 ; 2^ éd., revue par G. Paris 
(1894), p. 3). 

3. Lexique étymol. du breton moderne, p. 214. 

4. Voir H. Dupuy, Bernard Palissy, p. 505 ; le coquillage n'y est pas 
identifié. D'ailleurs hourmeau manque dans Cotgrave. 

5. M. Salvioni reconnaît auris dans l'expression dar ora « écouter >;, 
employée en Valteline (Kôrting, 1069). 

6. Corffus orloss. latin., V, 297, ^i. 



LE LATERCVLUS DE POLEMIUS SILVIUS IJI 

(et franco-provençal) <:/;a///c'/.f et le provençal fa//WM5,r/;amMfi' (pri- 
mitivement *cainoi, * chamoi) représentent très régulièrement 
l'accusatif camôcem. L'italien courant dit catnoscio, pour le 
mâle, et ca}no::;^a, pour la femelle : camoixfl s'explique bien par une 
forme allongée à l'aide du suffixe -ia, *camôcia (cf. cervia, 
nom de la femelle du cerf); mais camoscio ne peut venir de 
*camôcius et semble postuler un type *camôsius (cf. cascio, 
de *caseus)dont la raison d'être n'est pas claire, et qui résulte 
peut-être d'un croisement avec la famille à laquelle appartient 
l'adjectif français camus. L'espagnol gamu:^a ne doit pas être 
autochtone ; est-ce un emprunt à l'italien, avec changement 
de c initial en ^^ sous l'influence de gamo « daim » ? C'est 
d'autant plus probable que l'on trouve aussi camti::^a en 
espagnol, et que le portugais dit exclusivement camiiça ou 
camurça. 

L'hésitation du latin vulgaire entre c initial et g initial se 
présente dans un certain nombre de mots : camba et gamba, 
cattus et gattus, etc. Rien n'empêcherait de supposer une 
variante *gamox à côté de camox, et l'on serait ainsi amené 
à rattacher l'ancien haut-allemand gam'^ à une origine romane '. 
En tout cas, ceux qui tirent le français chamois et les mots appa- 
rentés de l'allemand oublient qu'il n'y a pas un seul exemple 
d'un g germanique initial s'assourdissant en c dans son passage 
aux langues romanes'. 

Cervus. — Ce mot bien connu étant enregistré par Polemius 
Silvius comme un nom d'insecte (ou de reptile), on est fondé 
à croire que les Romains l'ont appliqué au cerf-volant, le Liica- 
11US Cervus des naturalistes, fait en soi fort vraisemblable, mais 
à l'appui duquel nous n'avions jusqu'ici aucun témoignage 
directe 

CoRGUs. — Nom d'insecte (ou de reptile), qu'il est tentant 



1. Cf. l'art. GEMSE de Kluge, Etymol. IVôrterh. der deutschen Spr. 

2. La remarque de M. Mackel que « die Oberdeutschen die Media wie 
stinimiose Tenuis sprechen « (Die germaii. Hlem. in der jran~. und proz'. 
Spracbe, p. 47) n'est guère concluante. 

3. Cf. Rolland, Faune pop., III, 326. On y verra que « cerf «, avec ou 
sans épithète, sert dans des régions très diverses à désigner cet insecte. 



Ï7- A. THOMAS 

Je rapprocher du latin classique curculio, lequel se présente 
aussi, comme on sait, sous la forme gurgulio. Le provençal 
ancien corgo^on, le provençal moderne courcoussoiin (et courgons- 
sonn) remontent manifestement à un type du latin vulgaire 
*corcocionem (avec la variante *corgocionem); le verbe 
conrcoussa et l'adjectif courcoussoiis prouvent qu'on a dit aussi 
*corcocius. Enfin le catalan co/t/; semble démontrer l'existence 
d'un type plus simple *corcus, à côté duquel la variante 
corgus, fournie par Polemius Silvius, a une place tout 
indiquée '. 

Darpus. — Dans la liste des quadrupèdes, entre talpa (la 
taupe) et scirus, pour sciurus (l'écureuil), on lit le mot 
darpus. Ce mot évoque nécessairement les noms variés que 
porte la taupe dans une région considérable qui embrasse en 
gros le sud-est de la France et la Suisse romande : dorbon, 
drabon, derbon, darbou, derbou, dreboii, enderbou, etc ^ Parfois, 
des animaux voisins sont désignés par le même mot ou par ses 
dérivés, notamment la courtilièreou taupe-grillon 5, le mulot ', 
la musaraigne' et le campagnol^; mais c'est un foit excep- 
tionnel". Les étymologistes se sont escrimés à l'envi sur l'ori- 
gine de ces vocables. En 1874, M. Joret a cru pouvoir 
expliquer par carbonem le nom de tharbon que l'on donne 



1. Cf. à ce sujet les observations de M. Schucliardt, Zeitschr. fi'ir nvii. 
PhiloL, XXVI, 411, note. 

2. Vov. Rolland, Faune pop., I, 9; Mistral, Tn'sor, art. darboux ; N. du 
Puitspelu, Dkt. iiyviol. du patois lyonnais, art. d.\rbon, etc. — D'après ces 
données, ce nom semble s'étendre, sans parler de la Suisse romande, sur 
16 départements français : Ain, Alpes (Basses-), Alpes (Hautes-), Alpes-Mari- 
times, Bouches-du-Rhône, Doubs, Drôme, Isère, Jura, Loire, Loire (Haute-), 
Rhône, Savoie, Savoie (Haute-), Var et Vaucluse. 

5. Dans l'Allier (Rolland, Faï/nt'^o/)., III, 296). 

4. Dans l'es Bouches-du-Rhône (Rolland, Fai<He /)()/)., II, 33). 

5. Dans le Tarn, d'après Couzinié, Dict. patois-franc. (Castres, 1847), 

art. KNDKRHOC. 

6. A Genève, d'après Humbert, Nouv. GIoss. gi^navis, art. darbox ou 

ZARBON. 

7. J'ai de la peine à croire que le subst. fém. ahrbonneira, qui désigne l'écu- 
reuil dans la région de Murât d'après l'abbé Labouderie (cité par Rolland, 
Faune pop., I, 66) se rattache à la même famille. 



LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS I73 

à la taupe dans les environs de Chambéry d'après l'abbé Pont ' ; 
mais il était mal renseigné sur la valeur du groupe //; employé ici 
par l'abbé Pont pour désigner non pas le //; dur, mais le îh 
doux anglais. Le Dictionnaire savoyard de Constantin et 
Désormaux a les formes concurrentes darhon, drahon et jhar- 
bon. Quelle que soit l'explication du jb de jharhon, cette 
forme est certainement issue de darhon -. M. Rolland, après 
d'autres'', part de *talponem ; mais N. du Puitspelu et, plus 
récemment, M. Horning-* ont montré les points fliibles de 
cette étymologie qui, pour être plus vraisemblable que les 
rapprochements de Mistral', n'en est pas moins fausse. Dans le 
patois de Vionnaz (Valais) talpa a subsisté sous la forme régu- 
lière tarpa, mais avec le sens de « rat des champs », tandis que 
la taupe est appelée derbon^: n'est-ce pas un indice sérieux que 
l'on n'a pas affaire à un môme radical ? Je suis d'accord avec 
M. Horning pour repousser *talponem et j'espère être aussi 
d'accord avec lui en laissant reposer in pace son étymologie par 
le latin herpès, etis ". N. du Puitspelu rapporte que Darmes- 
teter a rattaché darhon « à un radical darb- dont nous ne con- 
naissons pas l'origine'^ ». C'est la sagesse même. Et il n'y a 
plus aucun mérite à être sage, aujourdui que l'on sait que 
darpus est cité par Polemius Silvius ; seulement il faut 
admettre que le /) est une notation inexacte pour/', notation due 
vraisemblablement au voisinage de talpa'. Qu'il y ait eu 



1. Du C dans les langues romanes, p. 211 . 

2. J'imagine que jharboii est dû à un phénomène de prononciation renver- 
sée : on a en savoyard (/t'«/a««a, doli à côté de j'heiifaiina (gentiane), /o/i, etc. ; 
on aura créé jhaibon à côté de darhon. 

3. Notamment M. Cornu, Roinania, VI, 413, et M. Gilliéron, Patois de 
Vionnai, p. 76. 

4. Zeitschr . jiïr rom. PhiloL, XX, 87. 

5. Avec le persan darvand « damné v et l'arabe djerhoiih « gros rat » ; 
notez que le mot arabe a été francisé en gerboise, jadis gerbo. 

6. Voy. GiWiéron, Patois de la commune de Vionna:(, p. 145 et 176. 

7. Zeitschr. Jïir rom. PhiloL, XX, 87. 

8. Je n"ai pas réussi à savoir où ni à quel propos Darmesteter s'est occupé 
de darbon. 

9. Le bas latin darbus invoqué par Mistral se trouve dans les comptes des 
consuls de Nimes à la date de 1 479-1480, date qui lui enlèverait toute impor- 



174 •*^- THOMAS 

contamination dans le langage parlé entre talpa et *darbus, 
cela est très vraisemblable ; mais attendons de nouvelles infor- 
mations pour l'affirmer, en souhaitant que les auteurs de 
VAtlas linguistique publient bientôt une carte consacrée au mot 
laupc '. 

FuRO. — Le mot latin furo onis, appliqué à l'animal que 
nous appelons « furet », n'est pas précisément nouveau dans 
l'histoire de la lexicographie romane, mais on ne l'a relevé 
jusqu'ici que chez Isidore de Séville. Or Isidore de Séville est 
mort en 636 : le témoignage de Polemius Silvius est donc anté- 
rieur de près de deux siècles, et il mérite d'être retenu comme 
étant de beaucoup le plus ancien qui nous soit parvenu. Je rap- 
pelle que si l'ancien français dit ordinairement /«/Vo//, forme qui 
postule un type *furionem, l'italien jurouCy l'espagnol hiiron, 
le portugais furâo et le provençal fnro{jï) remontent directe- 
ment à furo ne m. 

Gaius. — Malgré l'incertitude de la graphie du manuscrit de 
Bruxelles, on ne peut hésiter sérieusement sur la bonne leçon 
du nom d'oiseau mentionné entre le passereau (passer) et la 
grive (turdus) : il faut hre gaius et non gavis. Appliqué à 
un oiseau, le mot gaius a été recueilli par le glossateur Papias 
qui en fait un synonyme de pic us, et qui donne en même 
temps la forme féminine gaia comme synonyme de pica; il 
semble donc que pour Papias, qui, comme on sait, écrivait en 
1053, très probablement en Lombardie-, gaius désigne le pic 
et gaia la pie. En est-il de même pour Polemius Silvius? Ce 



tance en ce qui concerne la question étymologique ; mais je verrais plutôt 
dans ce texte le mot roman darho employé à l'ace, plur. sans latinisation : il 
s'agit d'une sentence d'excommunication obtenue par les consuls « contra 
mures, darhos et talpas ». En tout cas le texte prouve que darho s'employait 
alors à Nîmes et qu'il y désignait un animal distinct du campagnol et de la 
taupe. 

1 . Il faut attendre aussi pour expliquer les formes daœivie, diavie, draivie 
de la Franche-Comté, lesquelles semblent postuler une variante *darvus au 
lieu de *darbus. 

2. Voir dans les Sitiungsh. de l'Académie de Munich, année 1903, p. 267- 
286, le mémoire de M. Goetz intitulé : Piipias utid seine Quelle. 



LH LATEKCULUS DE l'OLLMIUS SILVIUS 175 

n'est pas probable, bien que la constatation de quelques doubles 
emplois empêche d'arriver à une certitude absolue sur ce point. 
Toujours est-il qu'il enregistre picus immédiatement avant 
passer, ctpica beaucoup plus loin, entre le corbeau (corvus) 
et la corneille (cornix) : aussi peut-on considérer comme vrai- 
semblable que gains est pour lui le geai, sans se laisser arrêter 
par la mention du même oiseau sous le nom de glanda ria 
dont nous parlerons tout à l'heure. 

Plaçant uniquement la question sur le terrain linguistique, 
il faut affirmer bien haut la filiation du français geai et du 
latin vulgaire gains et rejeter absolument tout rapport 
étvmologique entre le français geai, substantif masculin, et 
le français gai, adjectif'. Le nom de l'oiseau esi gai dans la 
région normanno-picarde comme dans la région provençale 
située au sud de la limite qui sépare les sons c[a], o^[a], avec 
f et ^ explosifs, des sons ch[a\ et j[a], avec ch et; continus^ : 
c'est dire que, dans la partie du domaine provençal qui est au 
nord de cette limite, on a un y continu pour le nom de l'oiseau 
comme en français propre. Aussi la phonétique comparée 
impose-t-elle à l'étymologiste un type analogue à gai lus, 
c'est-à-dire possédant un g initial. Au contraire, l'adjectif gai 
ne se présente nulle part sans le son explosif : donc son type 
étymologique (qui reste à découvrir) doit posséder un w, 
ou à tout le moins un v initial, et non un^. 

Au lieu de gaius, M. Nigra a proposé récemment un type 
hypothétique *gacus pour expliquer le français geai, le pro- 
vençal gai et leurs congénères 5. Il n'a pas pris garde que la 
phonétique provençale opposait une barrière infranchissable à 
cette hypothèse, car, au nord comme au sud de la limite 
linguistique indiquée plus haut, on aurait irréductiblement 



1 . Ménage semble avoir eu le premier l'idée que gai et geai avaient la 
même étymologie (non pas dans ses Origines, en 1650, mais dans le Dict. 
élymol. publié après sa mort); toutefois il préfère considérer le type gaius 
« geai » comme une altération de varias. C'est Diez qui a donné la vogue 
à l'étymologie qui consiste à voir dans geai un doublet de gai, étvmologie 
acceptée par Brachet, Scheler et MM. Baist, Mackel, etc. 

2. Sur cette limite, voir l'article de M. P. Mever, Romania, XXIV, 529. 
5. Arch. glottolog., XV, 285. 



17e A. THOMAS 

une désinence -ac et non -ai, soit *jac soit *gac : il suffit de 
penser au traitement du suffixe -acus dans les noms de lieux 
pour s'en convaincre. 

A côté de gai us, le latin vulgaire a certainement possédé 
gai a, mot auquel M. Nigra rattache non seulement l'espagnol 
ga\a et des vocables dialectaux italiens ou ladins comme gagia, 
gags^ia, ga:^a, mais l'italien Wnér aire ga~:(a lui-même : ces mots 
s'appliquent ordinairement à la pie, mais parfois (à Bellune et 
dans la Soprnselva) au geai '. Nous avons sur l'existence de 
gai a un autre témoignage direct que ne cite pas M. Nigra et 
qui est probablement un peu antérieur à celui de Papias. On 
lit en effet dans la version interpolée du glossaire d'Aelfric 
le grammairien : « Gaia vel catanus, higere^ ». Le dernier 
mot est anglo-saxon et apparenté à l'allemand actuel hàher 
« geai »; quanta catanus, il va de soi qu'il n'a rien à voir 
avec le terme homophone auquel j'ai rattaché le français cadc 
« genévrier' » ; on doit l'identifier à cicuanus, glosé par 
higrae dans le plus ancien glossaire anglo-saxon qui nous soit 
parvenu^ et par higerc dans un recueil analogue plus récent 5. 
Mais qu'est-ce en définitive que catanus ou cicuan us ? Je ne 
me hasarderai pas à le conjecturer^. Comme, d'autre part, 
h igere glose plus d'une fois pi eu s, nous n'avons pas le moyen 
de déterminer avec rigueur la valeur ornithologique de gaia 
chez l'interpolateur d'Aelfric. A peu près à la même époque 
nous voyons associer comme synonymes picus, gagia (5/V) et 
binera. ' 



1. Zeitschr. fur roman. Pbilol.,W\'U., 140. Dans la région de Cadore, 
c'est le diminutif p^flvo/a qui a le sens de « geai ». 

2. Ait<rlo-saxoii iiiid ohl eiic^lish Vocahularies by Thomas Wright, 2<i édition 
by R. P. Wiilcker (London, 1884), t. I, p. 132. Je remarque au dernier 
moment que la glose « gaia vel catanus higere » doit être postérieure à 
Aelfric, car elle ne figure pas dans l'édition Zupitza (Berlin, 1880). 

3. Voy. mes Nom'. Essais, p. 188. 

4. An eiglh-ceulur\ latin-anglo-saxon Glossary, by J. H. Hessels (Cam- 
bridge, 1890), p. 33. 

5. Anglo-saxon and old english Vocab., t. I, p. 564 (glossaire du xi= siècle). 

6. Il n'est pas vraisemblable qu'il s'agisse du cychramus ou cynchra- 
mus de Pline. 

7. Loc. laud., p. 286. — J"ai indiqué plus liaut des exemples italiens et latins 



LE L.i'l'EKCULL'S DE l'OLEMlUS SILVIUS l'J'J 

A côté de CCS témoignages directs il fiiiit placer un témoi- 
gnage indirect qui nous permet de remonter beaucoup plus 
haut dans le passé de gaia et par cela même de gaius : je veux 
parler du témoignage de la langue roumaine. 

M. Nigra a cité, après bien d'autres, le roumain gaità « geai », 
dont la désinence offre le suffixe diminutif -{[a et dont le radi- 
cal se ramène à celui de gaie « milan, épervier, oiseau de proie 
en général ». Au lieu de gaità on trouve au xvr' siècle la forme 
gaica transcrite en caractères cyrilliques : en la signalant, 
M. Ha:jdeu a affirmé avec raison sa dépendance du latin vulgaire 
gaius gaia'. Il est surprenant pourtant, il faut l'avouer, 
que gaie désigne exclusivement les oiseaux de proie : M. Apos- 
tolescu, un de mes auditeurs à TEcole des Hautes Etudes, à 
qui je dois l'essentiel de ce qui touche le roumain dans cette 
notice, me déclare qu'il a entendu appliquer gaie à une variété 
de corneille, ce qui peut servir de pont sémantique entre gaie 
et gaifâ. De Cihac a vu dans ^aie un emprunt aux langues 
slaves, mais ses rapprochements n'ont aucune portée-. Plus 
récemment, M. Densu^ianu s'est adressé au latin gavia 
« mouette » ' ; mais j'aime mieux de beaucoup l'idée de 
M. Hasdeu. En tout cas, on reconnaîtra qu'un témoignage 
aussi ancien que celui de Polemius Silvius sur l'existence de 
gaius n'est pas pour faire du tort à cette idée. 

Et n:aintenant, que faut-il penser de ce terme de gaius 
appliqué à un oiseau par le latin vulgaire ? Il est difficile de ne 
pas supposer un rapport originaire entre ce gaius emplumé et 
le nom de personne Gaius, forme prise à la basse époque par 
Gaius. Dans cette supposition, deux idées diamétralement 
opposées se présentent à notre esprit. Ou gaius a dès l'origine 



où le type gaia sert à désigner soit la pie soit le geai. La confusion du geai 
et du pic est plus rare ; je note cependant le nom de bpouc porté dans les 
Vosges par le geai (Rolland, Faune pop., II, 144), bien que le sens propre de 
hpouè (cf. Godefroy, espoit 2) soit « pic ». 

1. Cuvente denhCitrdni, Bucarest, 1878, I, 281. 

2. Il semble même qu'une forme roumaine caie, citée par lui, n'ait pas 
d'existence réelle et soit surtout due au désir de trouver en roumain la 
même initiale que dans les mots slaves invoqués comme base étymologique. 

3. Hist. lie Li langue roumaine, II, 197. 

Romania, XXXf j -7 



IjS A. THOMAS 

désigné, chez les Romains, un oiseau, et ce nom d'oiseau a été 
ensuite appliqué à un homme, comme, par exemple, aquila, 
corvus, merula, ou Gaius est essentiellement un nom 
d'homme qui a été appliqué à un oiseau, comme on a appliqué 
plus tard au geai lui-même les noms d'homme Jaques, Gautier 
(en France) ou Markolf (en Allemagne '), à l'étourneau le 
nom Sansonnet, etc., etc. M. Nigra ne se prononce pas délibé- 
rément entre les deux hypothèses, et j'avoue qu'il me paraît 
sage d'imiter sa réserve, non sans marquer cependant qu'on en 
saurait assimiler l'emploi des mots Aquila, Corvus, Merula 
dans l'onomastique des Romains, où ils apparaissent nettement 
comme surnoms, à celui de Gaius, qui est un prénom^. 

Gl.\kdaria. — Pline parle d'une variété de pie (pica) qui 
se nourrit de glands, sans lui donner de nom particulier'; tou- 
tefois le sommaire du livre X emploie l'expression de picae 



1. Déjà relevé par Albert le Graud dans la première moitié du xnie siècle : 
« De garrulo... germanice heher..., a quibusdam Marcolfus vocatur » {De 
animalihus, XXI, 2, t. VI, p. 640 de l'édition des oeuvres de 1655). C'est donc 
à tort que M. Kluge, dans son Etyvwl. Worterb. der deutschen Spr., déclare 
que mj/Â;o// n'apparaît comme nom du geai que dans le « neuhochdeutsch ». 
Il est vrai que Du Cange n'a pas dépouillé Albert le Grand, et que Diefenbach 
ne remonte qu'à 1 5 1 7. 

2. Comme d'autres prénoms, Gaius se présente parfois en fonction de 
surnom, mais cela est sans conséquence ; les exemples sont d'ailleurs rares. 
En voici un : dans les Inscriptiones Graecae ad res Komanas pertinentes, recueil 
publié par l'Académie des Inscriptions, figure (no 417) Màp/.oç nXâv/.io; 
Kopvr,Xiavo; Tito;. Au dernier moment, je m'aperçois que G. Paris a écrit, à 
propos de la thèse de M. Sudre sur les sources du Roman de Renard (extrait du 
Journal des Savants, 1894-95, p. 27-28) : « L'usage de donner à des animaux 
des noms d'hommes, qui désignent non un individu, mais tous les individus 
de l'espèce, existe en dehors du Roman le Renard... Tout ce qu'on peut 
noter, c'est que l'antiquité, si je ne me trompe, ne nous offre rien de pareil. » 
L'application au geai du nom d'homme Gaius irait à l'encontre de la 
remarque de G. Paris ; mais cette remarque ne constitue pas une objection 
de principe, et, plus j'y songe, plus ie penche à admettre comme un fait 
acquis le passage de Gaius, nom de personne, à gaius, nom d'oiseau, le 
procédé inverse me paraissant nettement en opposition avec les faits constatés. 

3. « Addiscerc alias negant posse quam quaeex génère eorum quae glande 
vescantur » (Hist. nat., X, § 119, éd. Jahn). 



LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS I79 

glandares en l'appliquant à cette variété. Il est certain que 
chez Polemius Silvius glandaria est une forme plus popu- 
laire de l'adjectif gland aris, et que l'adjectif s'est de bonne 
heure employé substantivement : l'italia ghiandaja « geai » en 
est le seul représentant très exact et comme sens et comme 
forme'. Kôrting enregistre glandarius, a (n° 4258), mais 
il ne mentionne que le subst. roumain ghindar « chêne » et 
l'adj. provençal crlandier (catal. glander^ « qui produit des 
glands ». On peut faire remarquer que l'adjectit latin a été 
substantivé au masculin et au féminin dans la toponymie fran- 
çaise {ci. Le Glandicr, Corrèze, et Glandiêres, Aveyron) et que 
nos patois du Midi emploient encore aglandler pour désigner 
le chêne qu'on destine spécialement à porter du gland et aglan- 
diero (gasc. glandero) pour désigner collectivement soit la pro- 
duction du gland soit un bois de chênes^. 

Jaculus. — Polemius Silvius a enregistré jaculus dans la 
classe des serpents : cette mention n'offre aucun intérêt parti- 
culier, car ce nom de serpent nous est déjà connu par Lucain 
et par Pline. Mais nous retrouvons jaculus (écrit j a co 1 u s , 
d'après la graphie en usage à la basse époque) dans sa liste des 
oiseaux, et nous sommes amenés à nous demander si cette nou- 
velle mention correspond à une réalité. En fait le mot jacu- 
lus n'a survécu sous aucun de ses sens dans les langues 
romanes, mais des raisons sémantiques portent à croire qu'il a 
pu être appliqué en latin à un oiseau, soit à cause de la rapi- 
dité du vol de l'oiseau, comparée à celle d'un trait, soit à cause 
d'une certaine ressemblance entre un oiseau et un trait empenné. 
Tout récemment, M. Pieri a proposé de voir le mot « dard » 
dans les noms que porte le martinet dans la Haute Italie : dard, 
dardan, darden, darder, auxquels correspond l'italien courant 
balestriiccio"'. Il aurait pu en rapprocher les noms que porte le 



1. Le nom scientifique du geai est, comme on sait, Giirridus glandarius. 
Au moyen âge, Petrus de Crescentiis, qui écrivait en Italie, emploie 
glaiidiini : Du Gange a enregistré le mot, mais il l'a défini prudemment par 

« aviculae spccies ». 

2. Les dialectes italiens ont probablement des mots analogues : cf. Glan- 
DARETUM dans Du Gange. 

3. Dans les Studj roman:(i, I, 40. — Gf. Vidossich, dans Zeitschr.f. rom. 
PhiloL, XXX, 205. 



l8o A. THOMAS 

même oiseau dans différentes provinces de France : wallon 
airchcQl arbalète; languedocien hakstric, aiibaleslric, etc. ' 

Lacrimusa. — Polemius Silvius donne côte à côte, dans la 
classe des quadrupèdes, lacerta et lacrimusa. Il ne faut pas 
s'étonner de voir le lézard qualifié de « quadrupède », puisque 
la langue populaire du nord et de l'est de la Gaule a monopo- 
lisé au profit de cet animal la même dénomination \ Mais 
toute notre attention doit se porter sur lacrimusa, mot 
nouveau dans les textes antiques, que nous sommes pourtant 
en mesure de définir sûrement : il désigne le lézard gris, par 
opposition au lézard vert (lacerta). La Faune populaire de 
M. Eugène Rolland donne une dizaine de formes modernes du 
nom du lézard gris qui se rattachent à lacrimusa, à com- 
mencer par lagraniuso et à finir par laf^ranuc'' ; dans le Trésor 
don Felihrigede Mistral, à l'article lagramuso, on trouve vingt- 
trois variantes : lagramuso, Jagremuso, Icgramuso, grainuso, 
langramuso, regramuso, larmuso, larniiso, kgremise, legremi, 
legremieu, regremieu, lagramuo, lagramue, langramue, largamue, 
longamue, lagranue, Jangronue, grananue, grairuso, gratamuo, 
gratamuro. La carte 766 de V Atlas linguistique de MM. Gilliéron 
et Edmont fournit encore quelques autres variantes : agramue, 
agranue, cataiuu~o, gramu:{èro, larinota, etc. Mais ce qui lui donne 
surtout du prix, c'est que seule elle permet de se faire une idée 
précise de l'aire occupée aujourdui par le type lacrimusa. 
Cette aire chevauche sur les Alpes, car dans les arrondis- 
sements italiens de Suze et de Pignerol on agraifiu^e (972), lar- 
;y///^o (982) et grainu~a (992). En France, elle comprend toute 
la région qui se trouve entre le Rhône, les Alpes et la mer-^; 
en plus, sur la rive droite du Rhône, elle embrasse à peu près 



1. Rolland, Faune pop., II, 525 — Le nom de falcino, donné à Lucques 
au martinet, est aussi à rapprocher du Languedocien /joz/rïV, donné par Rol- 
land, îoc. lauil., et par Mistral. 

2. Voy. Rolland, FaH«e /)o/?., III, 17 et 77 ; Hôrning, Zcitschr. fur rom. 
Philol., XVIII, 226; Marchot, ibut., XVI, 380, et XIX, 102. Les noms de 
« quatre-pieds » et de « quatre-bras » s'appliquent aussi à la salamandre. 

3. Tome III, p. 16. 

4. M. Edmont n'a pas rencontré de représentant de lacrimusa dans la 
Haute-Savoie, bien que VAtlas comporte huit points de repère pour ce 



I.K I.ATERCULUS DK POLHMIUS SILVIUS l8l 

tout le territoire des départements du Rhône, de la Loire et de 
l'Ardèche et une lisière de F Ain, de la Haute-Loire et du Gard. 
Le point le plus septentrional qui lui appartienne est Tor- 
cieu. près de Saint-Ramhert (Ain), où l'on prononce raiiiiiiia ; 
le point le plus occidental, Burzet (Ardèche), où l'on dit, au 
genre masculin, legremi. U Atlas ne donne rien pour la Suisse 
romande : pourtant les (ormes gretnillettc, greinelhetta, gremilhettà 
sont en usage dans le canton de \'aud', et il n'est pas témé- 
raire d'y voir notre lacrimusa privé de sa tête, altéré dans 
son thème et enrichi d'une désinence diminutive. 

Mistral voit dans lagramuso, etc., l'expression latine lacer ta 
mûri; N. du Puitspelu, dans son Dictionnaire étymologique du 
patois lyonnais, art. larmisi, a rompu une lance courtoise en 
faveur de lacer ta mu ri ci u m ^; enfin, plus sagement, M. Phi- 
lipon restitue un « type barbare lacrimusia » 5, dans lequel 
il voit « le latin lacryma + usia »4. Malheureusement il 
néglige de nous dire ce que c'est que -usia (le latin ne 
connaît pas de suffixe -usia ni -usa) et ce que les larmes 
peuvent avoir à démêler avec la dénomination du lézard gris. 
Nous devons nous contenter de savoir que cet intéressant ani- 
mal s'appelait lacrimusa dans le sud-est de la Gaule dès le 
v*^ siècle et qu'une forme allongée *lacrimusia — postulée 
par la forme Ivonnaise actuelle — a été en usage par la suite. 
La désinence insolite de ce mot a subi en beaucoup de points 
l'influence de divers suffixes, et il semble bien que l'étymologie 
populaire ait vu dans le thème celui du mot la cri ma : mais 
cela ne préjuge pas le sens primitif et la nature propre du 
nom recueilli par Polemius Silvius >. 

département ; mais on constate à l'aide du Diciioiimiire savoyard de Constan- 
tin et Desormaux l'existence de larmiii:^a à Annecy, de iiiantiuiia a Balme- 
de-Sillingy, de laniiota à Chambérv et à Leschaux. 

1. Je les prends dans Rolland, Faune pop., III, i6. 

2. Muricium est, aux yeux de N. du Puitspelu, le génitif pluriel de 
murex; mais ce serait plutôt m u r i c u m . 

3. Rouiania, XX, 310. 

4. Ihid., XX, 315. 

5. M. le Dr Bos m'apprend qu'à Marseille même on dit lannouso en patois 
et larmetise en français local. — A côté de larviuse, qu'il qualifie expressé- 
ment de « Dauphinois », Cotgrave a îarniol, qui doit venir aussi de la région 
du Sud-Kst. 



152 A. THOMAS 

Lactrinus. — Il est ditîîcilc que le nom de poisson lac- 
trinus, enregistré par Polemius Silvius entre ricinus et 
s a m osa (deux noms sur lesquels je n'ai rien à dire), ne fasse 
pas songer à l'italien lattarino ou latten'no, nom de poisson. On 
ne peut pvas penser sérieusement à mettre en cause le grec 
àOspîvt;, comme le fait encore le Di:^ioriario délia lirigua italiana 
de Tommaseo et Bcllini, pour rendre compte du mot italien. 
Un humaniste du xv*-' siècle, Platina, me paraît avoir vu la véri- 
table étvmologic. Voici ses propres paroles qui constituent 
un témoignage intéressant sur l'italien latîerino: 

duos vulgus hhterinos, ego lacleolinos appcllaverim, a lactc et albido 
colore, quo etiam translucentem spinam integro de vivo licet cernere, adeo 
diaphani sunt. Mari et lacubus capiuntur. Fricti moreto viridi, aut agresta 
suffundi debent '. 

Antoine Oudin enregistre concurremment les articles sui- 
vants : 

Latarina, sorte de poisson appelé alherina en latin. 
Laterina, une sorte de poisson. 
Laltarini, poissons laictez. 

Duez, contrairement à son habitude^ a été mieux renseigné, 
et voici ce qu'il nous apprend : 

Latarina, nadelle % une sorte de poisson comme lattarino. 
Laterina, nadelle, comme lattarino. 

Lattarino, i . nadelle ou petite loche un peu large, petit poisson un bien 
peuplas petit que la sardelle. 2. poisson laicté. 

Reste à rendre compte de la forme lactrinus' du manuscrit 
de Polemius Silvius : on peut supposer que c'est une faute f)ar 
*lactarinus, tiré de lac par l'intermédiaire de lactaris ou 
de lactarius. L'existence ancienne du suffixe double -arinus 



1. De honesta Voluptate, livre X, fol. xcv de l'édit. publiée à Paris chez 
J. Petit en 1550. 

2. Nadelle est dans tous les grands dictionnaires français depuis Cotgrave ; 
il a l'aspect d'un mot d'origine provençale, et, en fait. Mistral enregistre 
nadelle « sardine fraiche ». Je ne trouve rien d'analogue dans la Faune popu- 
laire de Rolland. 



LE LATERCULUS DE POLF.MIUS SILVIUS 183 

n'a rien en soi d'invraisemblable : cf. mon mémoire sur la 
naissance et le développement du suffixe analogue -aricius'. 

Marisopa. — Nom de poisson inconnu aux textes de l'anti- 
quité, placé par Polemius Silvius entre serra et rota. On ne 
peut hésiter à l'identifier avec le poisson dont parle la biogra- 
phie de saint Filibert, que M. Poupardin vient de rééditer, et 
qu'il attribue, dans la forme qui nous est parvenue, au début du 
ix^ siècle : « Cum territorium Pictaviense coepisset gravis inedia 
angustiare,... multitudo piscium, quos marsuppas vocant, vene- 
runt in alveo, qu^e ducentae trigenta et septem recedente mari 
remanserunt in sicco ^ ». Le même mot figure, sous la forme 
marsupa, dans le cartulaire de Redon et dans un acte de 11 90 
du cartulaire de Saint-Jean-d'Angeli '. Les Bénédictins ont eu 
raison d'y reconnaître le marsouin, qui portait encore, au xvi* 
siècle, le nom de ninrsoiipe sur les côtes de Poitou et d'Au- 
nis-*. Mais j'avoue que je suis incapable de déterminer 
l'origine de ce nom de marisopa, dont il est permis cepen- 
dant d'affirmer que le p devait être un p double puisque dans 
le cours des siècles il a conservé sa valeur d'explosive sourde. 
Le premier élément est manifestement mari- « mer », et il 
est peut-être d'origine germanique (comme dans marsouin) plu- 
tôt que d'origine latine ; mais faut-il voir dans -sopa le même 
thème que dans notre mot soupe, à savoir le germanique sùp-, 
auquel est attachée l'idée de « boire » ? 

MuFRON. — Parmi les quadrupèdes, Polemius Silvius enre- 
gistre à la file : ibix, camox, mussimus, sincirix. 



1. Romania, XXXII, 177, et mes Xoiiv. Essais, p. 62. 

2. R. Poupardin, Monuvients de Vhistoire des ahhaves de Saint -Philihen 
(Paris, Picard, 1905), p. 17. 

3. Voyez Du Cange, marsupa. Cf. un texte de 1294 publié par Marche- 
gay dans les Arcb. hist. de Saiiiiotige et d'Ainus, où on lit : « iiiarsupioniin 
(sic) et aliorum grossorum piscium marinorum » (communication de 
M. Etienne Clouzot). 

4. Le mot manque dans Godefroy et dans la Faune pop. de Rolland ; mais 
il figure dans un texte de 1529 cité par M. Etienne Clouzot, Les viarais de 
la Sk're Niortaise, p. 126 (cf. Romania, XXXIV, 495), et dont voici un 
extrait que nous devons à son obligeance : « Si auchun pescheur peschet 



1S4 A. THOMAS 

mufroii. Il est clair que mussiinus est une variante de 
musimo ou musmo, mot auquel les auteurs latins clas- 
siques ne semblent pas tous attribuer le même sens, mais que 
Pline emploie pour désigner le ;j.;j-;x'.)v de Strabon, c'est-à-dire 
le nK)urton. je ne puis rien dire de si nci rix; mais il me paraît 
infiniment probable que nous avons dans mutron un autre 
nom du mouflon. Je me fonde sur l'existence en italien de 
w«/ro et mufrone « mouflon », dont le rapport avec mufron 
est frappant. De plus une obligeante communication de M. Max 
Leopold Wagner m'apprend que dans l'ile de Sardaigne le mou- 
flon femelle s'appelle iiiiirva et le mouflon mâle murvone ou 
inurone, formes qui se concilient très bien avec l'existence de 
types primitifs tels que *mufra et *mufrone'. 

Mus MOXT.wus-. — L'animal que Polemius Silvius appelle 
mus mont an us est placé par lui entre la belette (mu s tel a) 
et la musaraigne (mus ara n eus). Je ne crois pas que cette 
expression de mus mont anus' se trouve chez les auteurs 
antiques ailleurs que chez Polemius Silvius. Au moyen âge, je 
la relève chez Albert le Grand qui l'applique, si je ne me trompe, 
au rat du Nord ou hamster. Faut-il croire qu'il s'agit réelle- 
ment du hamster? J'incline plutôt à voir dans le mus mon- 
ta nus de Polemius Silvius l'animal que Pline appelle mus 



ou prent en la dite chenau balayne, elle est myene; et si v prend niarsoiippe, 
je doys aver la teste et deux pieds emprcs le cagouet, et demy pied devers 
la quehe en sus, nen preconté le balovs de la dite queuhe ». {Arch. de la 
r^;;(/(''t;, fonds Talmond, 18; original). Le mot se trouve aussi dans un état de 
la seigneurie de Lesparre (Gironde) de l'an 1592, qui permet d'en constater 
le genre féminin : « Le droict que mon dict sieur a et prend sur chacune 
marsouppe qui se trouve en la coste de la mer... » {Bihl. Nat., frùiiç. 5516, 
fol. 90 ; communication de M. Et. Clouzot). 

1. Vovez plus loin la note de M. Wagner sur les noms sardes du 
mouflon, p. 291. 

2. Le manuscrit de Bruxelles porte mus moiitanis, mais la correction va 
de soi. 

5. De auimalibus, XXL 2 (tome VI de l'édition des œuvres complètes de 
i6ji,p. 597): « Emptra, ut quidam dicunt... hoc animal est quod nuireni 
montanum quidam vocant, nec invenitur nisi in montibus, et est major 
mus qui visus est in terra nostra ». 



LF. L.4THRCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 185 

Al pi nus, à savoir la marmotte, et j'estime que la vieille éty- 
mologie de Bochart, reprise par Diez, laquelle rattache mar- 
motte et ses congénères aux types latins mu rem montanum 
et murem montis y gagne un surcroît d'autorité '. 

Nauprhda. — Polemius Silvius enregistre naupreda dans 
la classe des poissons : il s'agit certainement de la lamproie. On 
va répétant que le plus ancien témoignage de l'existence en latin 
d'un nom de la murène analogue à lamproie nous est fourni 
par le glossaire attribué à Philoxène où on lit : « lampetra 
•x'jpa'.va » ; c'est une erreur ^ Dans YEpistiiJa du médecin 
Anthimus, M. V. Rose a adopté la leçon naup rida, qui paraît la 
mieux appuyée par la tradition manuscrite, mais il donne comme 
variantes naupreda et lampreda'. Enfin la vie de saint 
Hermelandus (vulgairement saint Erhland, abbé d'Aindre, au 
diocèse de Nantes, j vers 720), publiée par Mabillon d'après un 
manuscrit daté de 777 ^, donne la même forme que Polemius 
Silvius '. Toutes les langues romanes sont d'accord pour attes- 
ter que la forme vulgaire usuelle avait comme désinence -prëda 
et non -pëtra, mais elles n'offrent aucune trace d'un premier 
élément n a u - au lieu de la m -. S'il est assez difficile de rendre 
compte de la forme naupreda, sa présence dans trois textes 
indépendants n'en atteste pas moins qu'elle a eu une certaine 
vo£Tue dans le latin vulgaire de la Gaule ''. 



1. Ceci dit, je me borne à renvoyer aux opinions contradictoires de 
M. le Dr Bos (Jiavhviia, XXII, 550) et de M. Jeanroy {ihid., XXIII, 236) 
sur les rapports possibles de marmotte et de marmot. 

2. Cette glose n'appartient pas au recueil dit de Philoxène, mais à VOno- 
viaslicon de Vulcanius, qui est l'œuvre d'un savant de la Renaissance ; voy. 
Locwe, Prodromus corp. gîoss. latin., p. 194 et s. 

3. Pages 16 et 55. 

4. Cf. Aug. Molinier, Les sources de Vhistoire de France, I, 132, n° 397. 

5. Voy. Du Cange, naupreda. Même forme chez Papias, non relevée par 
Du Cange : « Naupreda genus piscis ». 

6. M. Valentin Rose a tenté d'expliquer naupreda par le celtique, 
au moins à titre d'hypothèse (.4»mfo/a graeca et graecolatina, Berlin, 1870, II, 
S3~55) • naupreda signifierait « neuf-taches » et serait le pendant de 
l'allemand neunauge « lamproie », attesté dès le moyen âge, proprement 
« neuf-yeux ». Malgré l'appui que l'on pourrait trouver dans le fait (non cité 
par M. Rose) que la lamproie porte en France le nom plus ou moins bien 



l86 A. THOMAS 

Pelaica. — Ce mot se trouve dans hi liste des poissons sans 
que rien dans son voisinage en fasse préjuger la valeur exacte : 
il est encadré entre deux inconnus, levaricinus et amulus. 
Mais il se dénonce de lui-même comme une graphie négligée 
de l'adjectif -iKx-;i.v.i:, pe lagicus, sous forme féminine : 
pelaica est pour pela g ic a. Comme le grec a-t\ôcy:o: à côté 
de -iXxv-y.iç et le latin pelagicus' à côté depelagius, je 
n'hésite pas à reconnaître dans le pelaica de Polemius Silvius 
le pelagia de Pline, IX, 62, 2, lequel est un autre nom de la 
pourpre, coquillage. Ceci dit, et à titre d'hypothèse, je me 
demande si pelagia et pelagica ne survivent pas aujour- 
dui dans les langues romanes pour désigner un animal tout 
différent, à savoir la sole. Mistral enregistre palaigo « petite 
sole, poisson de mer », et il cite ces vers de Mirèio : 

Lou picliot barquet fcndic l'aigo 
Sens mai de brut qu'uno palaigo. 

Dans la Faune populaire de Rolland, III, 105, on trouve 
palaïga, nom de la sole à Cette, et palaja, nom sicilien du 
même poisson. L'explication étvmologique de Mistral (palo 
(fûf/V(7), difficile à admettre, en ce qui concerne le provençal, au 
point de vue syntactique, se heurte phonétiquement à la forme 
sicilienne. Rien n'est plus commun que l'assimilation d'un e 
protonique à un a tonique, et *palagica (pour pelagica) 
cadrerait avec le provençal palaigo tout aussi bien que * pa lagia 
(pour pelagia) avec le sicilien palaja-. 



conservé de « sept-veux » ou de « bête à sept trous » (Rolland, Faune pop., 
III, 97), je ne crois pas possible d'identifier la désinence -pre d a et le thème cel- 
tique que M. Rose a en vue et qui est sous la forme ancienne, brik-. Je 
note, d'autre part, que des formes surprenantes du nom de la lamproie se 
trouvent dans le Corp. gîoss. lat., à savoir nacopretis et nocopretis ; 
vov. le Tl}es. gloss. euieudal. de M. Gœtz, au mot lampreua, où est proposé 
dubitativement un type grec *vazfj-pr,T'.:, dont je n'arrive pas à percer le 
mystère. 

1. Pelagicus est glosé par pi s ci s dans un glossaire dont le manu- 
scrit remonte au ixe siècle (Corp. gloss. latin., V, 384, 35). 

2. A signaler aussi palaia, nom de la sardine moyenne à Nice (Rolland, 
III. 119). 



LE L-iTHRCULUS DE POLEMIUS SIL\IUS 187 

Platensis. — Le manuscrit de Bruxelles écrit placensis, 
mais comme ce mot est dans la section des poissons entre 
lutarius (évidemment le mu 11 us lutarius de Pline) et 
sole a (la sole), il n'est pas téméraire d'affirmer qu'il s'agit de 
la plie et qu'il taut corriger placensis en platensis. On 
reconnaît généralement la plie dans le platessa d'Ausone ' ; 
la variante légère pi a tissa se retrouve dans un recueil de 
gloses-, mais on lit dans VEpislida du médecin Anthimus : 
« platenses vel soleae unum genus est'. » L'existence de 
platensis n'est donc pas douteuse, et Polemius Silvius nous 
en fournit le plus ancien témoignage connu. Toutefois aucune 
langue romane ne paraît avoir conservé de représentant du type 
platensis, non plus du reste que de platessa : le provençal 
moderne a plaiiisso, le portugais patruça; l'espagnol otfre 
concuremment platija, forme usuelle, et platuja, platucha, 
formes dialectales. Enhn le français plie, issu de l'ancienne 
forme plai~ (cf. l'anglais plaice), dont la désinence a été 
bizarrement altérée, suppose nécessairement l'existence d'un 
tvpe *platicem, lequel n'a pas été encore signalé dans les 
textes. Les formes romanes indiquent en outre que le thème 
a oscillé entre *platt- ei plat-. 

Plotta. — Nom de poisson qui doit être vraisemblablement 
identifié avec l'italien dialectal piota (Lombardie) et l'engadin 
plotra, lesquels s'appliquent au Cxprimis rutihis ou Leucisciis ery- 
îhrophthahnus ^ . L'allemand dialectal possède aussi ce nom sous 
la forme pldl~e, et il semble qu'il faille aussi le reconnaître dans 
le xwss^ plotiua ti ploti:;a : c'est toujours la même espèce 5. 

Carpentier a ajouté à Du Cange un article ainsi conçu : 
« Plota, piscis genus. Tract, ms. de Pisc, cap. 1 ex Cod. reg. 
6838 c : Est et alia Aristotelis et Plinii rémora seu echeneida, pis- 
ciciilus saxis assuetus... Diversis nominibus appellant . Narn plota, 



1. Epist., IV, 58. 

2. Corp. gloss. latin. V, 582, 19. 

3. Ed. Rose, 42. 

4. Rolland, Faune pop., III, 141. 

5. Xemnich, Catholicoii, II, 1367; Cuvier et Valenciennes, Hist. natur. des 
poissant, XVII, p. 90-91. 



l88 A. THOMAS 

flula, vennis nmr'nius, astcrias, hirudo, viurana noniinatur. » 
Comme on Ta dcmontré ici même ', le ms. Int. 6838 c est iden- 
tique au célèbre traité de Rondelet sur les poissons imprimé 
en 1554-1555, et où la fin du passage cité par Carpentier se 
retrouve effectivement-. Mais dans Rondelet plota est la trans- 
cription du grec -X(i)ty;, que les auteurs latins anciens rendent 
par fluta, sans doute par étymologie populaire d'après f lui- 
tare, flutare^ Le double t du mot plotta enregistré par 
Polemius Silvius et attesté par les formes romanes que nous 
avons citées empêche tout rapprochement avec le grec -aokt,. 

Plumbio. — Dans la section des oiseaux, entre querqui- 
du la (la sarcelle) et falacrocorax (le cormoran), nous trou- 
vons inscrit ce mot lumineux pour tout romaniste : plumbio. 
On sait que le français donne le nom de plonjon (écrit plongeon') 
à divers oiseaux aquatiques des genres Colwrbus et Podiceps^; 
le provençal moderne emploie un terme analogue, mais il la 
peut-être emprunté du français à une date récente. Le rapport 
phonétique de plumbionem à ploiijon est parfait : cf. cam- 
biare > chanjier {changei-), et plus précisément encore cam - 
bionem > chanjon'^. Le picard et le wallon disent ploinion, 
forme employée par Froissart, lequel la fait trisylhibique ^; 
elle repose sur la variante *plummus pour plumbus, qui 
est à la base de tant de mots d'ancien français' : plomion est 



1. Romauia, VI, 269, n. 3. art. de J. Bauquier. 

2. De piscibus niarinis, lib. XIII, cap. ni (p. 398 de l'éd. de Lyon, 1554). 

3. On trouve déjà la forme latinisée chez Platina, De honesta Voluptate, 
X, de Muraena : « Ex pharo Siciliae optimae putantur quas illi plot as, 
Latini flutas vocant ». La vieille traduction française de Desdier Cristol, 
dont la première édition est de 1505, dit : « Les meilleures qu'on sache sont 
au phar de Cécile appellees plotes, et les Latins les appellent fl e ut es » 
(fol. 89). 

4. Rolland, Faune pop., II, 404-406. — Le mot est attesté dès le xiie siècle, 
dans Fhire et Blancheflor, avec la graphie plongon (vers 1466 de la i^^ rédac- 
tion, éd. Du Méril, p. 59). 

5. Sur chtmjon, voir ce qu'ont écrit G. Paris, 7?(i;;/fl;;;a, XXXI, 351, et 
M. Paul Meyer, ihid., XXXII, 452. 

6. Voir la citation dans Godefroy, Compl., art. plongeon. 

7. Cf. Godefroy, art. plomm.^rt, plomm.^s, plomme, plommee, etc. 



LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 189 

au français classique /i/fn/o/î comme le wallon-picard gouvion est 
à goujon. D'ailleurs on peut invoquer le nom de ville Amiens 
< Ambianis, parallèle à plomion < plumbionem'. 
Il est plus délicat d'expliquer la formation du type latin dont 
nous devons la connaissance à Polemius Silvius. Jusqu'ici on 
rattachait /)/t)«^(W/ 2. plonger (comme bâillon, à bâiller] bouchon, 'a 
boucher; torchon, à torcher, etc.). Il faut renoncer à cette manière 
de voir, d'autant plus que plonger représente *plumbicare , 
puisque l'ancien français oscille entre plongier et plonchier (picard 
plonkier). Mais le latin vulgaire a-t-il tiré directement plum- 
bio de plumbus, comme, par exemple, campio de cam- 
pus? La sémantique s'accommoderait mieux de l'hypothèse 
qu'un verbe, soit plumbare (avec le sens non attesté de 
« plonger ») soit *plumbiare, a servi d'intermédiaire; mais il 
taut dire que tous les substantifs en -io que nous connaissons 
en latin reposent ou paraissent reposer sur des noms préexis- 
tants et non sur des verbes^, sauf peut-être scelio, de scelus, 
qui est dans Pétrone , etmirio, employé par Tertullien au 
sens de « badaud », qui se tire plus naturellement de mi rare 
que de mirus '. 

RiPARiA. — Pline mentionne une variété d'hirondelle dite 
ri paria parce qu'elle fait son nid sur les berges des cours 
d'eau, et les gloses de Virgile de la Bibliothèque de Berne 
connaissent aussi l'oiseau dit ri paria « quae in specu ripae 
nidificat ■*». Le médecin Marcellus de Bordeaux emploie le dimi- 
nutif ri pariola, qui n'a pas été rencontré ailleurs que chez lui. 
M. Chabert, dans sa thèse De latinilate MarceUi, a bien relevé 



1 . Avec cette réserve toutefois que Amiens n'est pas trisyllabique comme 
plomion, mais disyllabique : cf. Renaît, éd. Martin, XIII, 1165 : 

Sire, je fui nés a Amiens, 

Mes quanqu'il i a n'est pas miens. 

2. Cf. aulio « joueur de flûte », flagrio «habitué au fouet », mulio 
«muletier», pellio « pelletier », etc. 

5. A plumbus se rattache l'italien /'/('/«/'///o (Oudin, Duez), nom dia- 
lectal du martin-pécheur : cf. Bonelli, Noini degli ucceîli nei dialetti loni- 
bardi dunsStudj difilol. roniaiiia, IX, 402. 

4. Voy. les citations à l'art, riparius de Forcel!ini-De Vit. — On sait 
que Linné désigne sous le nom de Hirundo ripana l'hirondelle de rivage. 



190 A. THOMAS 

chez son auteur le substantif ripa riohi comme un àza; ' ; 
mais il n'a pas songé à se demander si ce mot avait survécu 
ou non dans le vocabulaire roman. Or il a effectivement sur- 
vécu : d'après M. Rolland -, le pluvier à collier blanc s'appelle 
rivicyrôla dans l'Hérault, et, d'après Mistral, l'hirondelle de 
rivage porte aussi dans le midi de la France le nom de riheirolo, 
rivieirolo, rebcirolo, raheirolo. Il semble cependant que la forme 
masculine ribeirou <C ripariolus soit plus répandue que la 
torme féminine'. Pour cette forme masculine elle-même, il est 
permis de remonter à une date assez reculée dans le latin vul- 
gaire : en effet, dans un glossaire de Cambridge (Corpus Christi 
Collège 144), qui est attribué au viii^ siècle, on lit ripariolus 
avec en face le mot anglo-saxon siaeâsuualpe, lequel signifie 
littéralement « hirondelle de rivage-* ». 

ScARDA. — Parmi les noms de poissons, entre se a r u s et m u 1- 
lus, figure le mot scarda. Comme lescarus, dont l'identité 
n'est pas établie, et le mu 11 us (mulet ou rouget) sont des 
poissons de mer, il est probable que la scarda de Polemius 
Silvius est identique au scardo de l'interpolateur d'Aelfric, 
qui est le bar ou loup de mer K Toutefois c'est aussi bien parmi 
les poissons d'eau douce que parmi les poissons de mer que ce 
terme paraît avoir survécu et donné naissance à des dérivés, 
surtout, sinon exclusivement, dans le nord de l'Italie. Le 
simple scarda (latinisé en scarda parPlatina dans le x^ livre de 
son De honesta Voluplale '' est encore vivant en Lombardie où 
il s'applique, concurremment avec son dïmmmïï scardola, à la 



1. Op. laiid., p. 48. 

2. Faune pop., II, 347. 

3. Ihid., II, 323. 

4. An eighth-century lalin-at:^lo-$a.\on Glossary, editcd hv J. H. Hessels 
(Cambridge, 1890}, p. 103, no 195. Dans le glossaire interpolé d'Aelfric on 
trouve r a p a r i o 1 u s (faute manifeste pour ripariolus) glosé par fiscere (éd . 
Wright revue par Wùlcker, col. 132) : c'est le martin-pêcheur. 

5. Cf. Rcv. des laiii^iies roui , XLVIII (1905), p. 194, article de M. P. Bar- 
bier fils. 

6. « Scardae, quovis modo coquantur, insipidae sunt, et plus molestiae 
ob minutissimas spinas interedendum quam voluptatis afferunt » (fol. xciv 
v'o Je l'édition parisienne de 1 530, la seule qui soit à ma portée). 



LE LATERCULVS DE POLEMIUS SILVIUS I9I 

brème commune'. Antoine Oudin se contente de traduire 
scarda par « sorte de poisson »; Duez, plus savant ou plus 
suffisant, dit : « Scarda i, brame de mer, une sorte de 
poisson -». Il est d'accord avec Oudin pour considérer scàrdine, 
scàrdola, scardona et scardonc comme des termes synonymes 
désignant « une sorte de poisson de mer comme une petite 
carpe ». On sait que scardova a été employé par Dante, Inferno, 
29 : 

E si traevan giù l'unghie la scabbia 

Come coltel di scardova le scaglie. 

Dans le Tessin, scàrdola s'applique au Leucisciis trythrophîal- 
mus, le Scardinius erythrophthalmiis du prince Bonaparte'. 

En somme, le témoignage d'Antoine Oudin, dont Duez 
n'est que le plagiaire, a bien peu de poids, en présence des faits 
contemporains, pour nous persuader qu'en italien scarda et ses 
dérivés désignent réellement un poisson de mer. 

Sofia. — Le nom de poisson sofia, que Polemius Silvius 
place entre tinca (la tanche) et alburnus {Taulmir de Béarn, 
Xauhourne ^Q Saintonge +), est très répandu aujourd'hui dans 
nos patois de l'Est et du Sud-Est. Dès le xvi'' siècle, Belon et 
Rondelet ont signalé l'existence de sophio en Languedoc et de 
suiffe en Lyonnais pour désigner la vandoise >. Mistral enregistre 

1. Rolland, Faune pop., III, 144 (d'après Schinz, Faiitia Helvetica-, 1837). 

2. La brème est un poisson d'eau douce, mais on désigne aussi sous le nom 
de « brème grise » et de « brème de mer », particulièrement en Picardie 
(Rolland, op. laud., III, 166) le Canthants ou, selon d'autres (voy. Baudril- 
lart, DiV/. des pèches, 1827, p. 77) le Spams brama L., dit aussi « carpe de 
mer ». Cf. Bibl. nat., franc. 25545, fol. 19 r" : « Ce sunt les menieres des 
poissons que on prant en la mer... Brieines, id est besques (= becûe?) ». 
La lecture hesquis (Godefroy, s. v.) est erronée ; c'est le même texte qui est 
cité dans Godefroy, besq.ue. 

5. Rolland, op. laud., III, 141 (d'après Pavesi). Je vois dans Valenciennes, 
Hist. des poissons, XVII, 92, que le prince Bonaparte, à qui est dû le genre 
Scardinius, admet une variété, distincte de celle-ci, et qui porte les noms 
vulgaires de scarda, scardafa, scaerdova, etc. 

4. Cf. Romania, XXXIII, 139. 

5. Belon, De Aqaatilibus (Paris, 1553), p. 3' 3 • " Parisienses une vandoise 
...Lugdunenses siiiffani vocant ». — Rondelet, Universx Aqualiliiun Historix 



1^2 A. THOMAS 

les variantes sofi, sdjio, sdujîo, sôufio, sufio, suifo, souafo, comme 
s'appliquant, selon les régions, à l'ablette, à la vandoise et à 
l'ombre'. N. du Puitspelu donne, pour le lyonnais, soifi et suèfi 
que, dit-il, on francise, à Lyon même, en soif, et qui désigne 
spécialement Tablette. Littré a endossé une vieille coquille 
typographique lorsqu'il a inséré dans son article suisse une 
section ainsi conçue : « 6° Nom d'un poisson, le leucisque 
commun, Cyprinus kuciscns /.-. » Suisse est une faute d'im- 
pression pour siiiffe, dont la responsabilité première paraît 
remonter à La Chesnaye des Bois, auteur d'une compilation 
publiée en 1739 sous le titre de Dictionnaire raisonné et universel 
des animaux. 

J'emprunte à la Faune populaire de Rolland l'indication plus 
intéressante que la vandoise porte dans la Côte-d'Or le nom de 
scujfe\ et que le Cxprinus nasus s'appelle seufjle, sojfle à Mont- 
béliard, chije dans la Moselle, sife, soife, soufe dans le Jura-*. 

Tout cela, malheureusement, ne nous dit pas ce que c'est en 
définitive que ce nom vulgaire de sofia que Polemius Silvius 
nous a transmis : il n'est pas vraisemblable qu'il vienne du 
grec (yzz'ix « sagesse ' ». 

SuBTER. — Parmi les oiseaux, entre numidia(pour numi- 
dica) la poule de Numidie ou pintade, et clivia, terme 
archaïque qui désigne tout oiseau de mauvais augure (Pline), 



pars (il le lit (Lvon, 1555), p. 191 : « A Gallis vandoise, a Santonis et Pictavis 
dard, a nostris sopino, a Lugdunensibus suiffe... » Sui^e a passé de là dans 
Jean Thierry, Nicot, Cotgrave, etc. Ce dernier donne aussi sophie. 

1 . Je ne sais où Mistral (art. soFio) a pris l'indication d'un mot « roman » 
sopbia; M. E. Levy m'informe qu'il ne l'a trouvé dans aucun texte. 

2. Suisse est donné comme nom vulgaire de la vandoise ou dard par tous 
les grands dictionnaires français : Boiste, Landais, Bescherelle, Larousse, etc., 
sans parler des dictionnaires français-anglais, français-allemand, etc. Le Nou- 
veau Larousse illustre a omis ce sens; c'est bien, mais il aurait fallu instituer 
un article suiffe. 

5. Tome in, p. 142 (d'après Vallot, Ichlhyologie française, Dijon, 1857). 

4. Ibid., p. 152-153 (d'après Sabler, Géhin et Toubin). — Mon collègue 
M. Seignobos m'apprend que dans l'Ardèche sojio désigne le véron. 

5. Je dois à mon confrère M. Vidier la communication — faite au dernici 
moment — d'un article de M. J. Désormaux paru dans la Revue savoisienne, 



LE I..^TERCULL■S DV. POLEMIUS SILVIUS I93 

on trouve inscrit dans le manuscrit de Polemius Silvius le nom 
énigmatique subter, sur lequel on ne peut que faire des hypo- 
thèses. Peut-être avons-nous affaire à une forme archaïque ana- 
logue à infer et à super, pour inferus et superus, soit un 
adjectif non attesté *subterus, de même sens que *subtera- 
nus, lequel fait pendant à superanus, et est représenté par 
le provençal solra{)i) « qui est en dessous » '. Le provençal 
moderne connaît le verbe sonta « plonger, nager entre deux 
eaux », d'où soiilairc, nom du grèbe dans le Var - ; le dialecte 
vénitien donne le nom de sottarolo <<*subtariolus au Podiceps 
fluviatilis ou plongeon'. Il est donc probable que subter 
s'applique à un oiseau plongeur. 

Taxo. — Voilà un mot qui n'est pas nouveau pour les 
Romanistes et qu'ils ne seront pas embarrassés pour identifier. 
Polemius Silvius le place entre histrix (grec OT-rpiç « porc- 
épic », peut-être aussi « hériçon ») et ericius-* (le hériçon) : 
c'est le blaireau, en italien lasso, en prov. tais, en français dia- 
lectal tesson, etc'. Je relève ici la présence de taxo chez Pole- 



ler trimestre de 1904, p. 67-70, sous ce titre : « Le français local um- suif. » 
J'y trouve l'indication d'un article de Littré qui m'avait échappé et que je 
reproduis : « f soëf (so-èf) s. f. Nom donné dans l'Ain au chondrostoma 
'/(75«i Agassiz, cypriiius tutsiis, L., dit aussi quelquefois vandoise; mais la 
vraie vandoise c'est le cypriniis lencisciis, L. » M. Désormaux renvoie aussi à 
un article de M. Arnould Locard, paru en 1903 dans les Me'iii. de VAcad. des 
sciences, belles-lettres et arts de Lyon, 3e série, t. 7, p. 54-60, article intitulé : 
(' La soafe et le hotu », que j'ai lu, mais qui ne traite pas de l'étj'mologie du 
« nom assez étrange de soafe ou seiiflen. Quant à l'opinion exprimée et déve- 
loppée par M. Désormaux, à savoir que le nom de notre poisson est tout 
simplement le latin su a vis, il n'en faut plus parler aujourdui. 

1. Kôrting donne * superanus, n» 9264, mais il a omis *subteranus. 
L'existence en latin vulgaire de l'adj. *subterus est rendu presque certaine 
par ce fait que l'anc. prov. a sotror, lequel ne peut être que *subteriorem 
(^omisdans Kôrting); cf. mes Essais de phil. franc., p. 107. 

2. Rolland, Faune pop., 11,404. 

3. Bonelli, dans SludJ di filol. romança, IX, 407. 

4. Le texte donné par Mommsen dans les Momunenta porte irioius, 
mais il est à croire que c'est une faute typographique pour i r i c i u s , qui se 
lit dans le texte des Ahhandlungen. 

S- Cf. Kôrting, 2^ éd., 941 1. 

Romania. XXXV j. 



194 '^- THOMAS 

mius Silvius, parce que, avant la date où a été composé le 
Latercitliis, nous n'avons pour témoigner de son introduction 
dans le latin vulgaire que l'adjectif taxoninus chez le 
médecin Marcellus. La forme concurrente taxus se trouve 
dans un commentaire sur l'épître aux Hébreux de saint Paul 
qui a été publié en dernier lieu dans la Patrologic latine de 
Migne, tome 117, col. 915. L'attribution traditionnelle de ce 
commentaire à Primasius, évêque d'Hadrumète au milieu du 
vi'= siècle, paraît controuvée : d'après M. Zimmer", l'auteur 
aurait écrit à la fin du V siècle dans la Gaule méridionale. 
Il est donc tout à fait certain que le germanique *thahs a été 
latinisé dès le v" siècle en taxus et taxo; quant à chercher 
dans l'hébreu l'origine commune du mot germanique et du 
mot latin, comme l'a fait Hermann Rônsch ^, c'est une idée 
déraisonnable qui ne mérite pas d'être discutée. 

Tecco. — Polemius Silvius inscrit tecco dans sa liste des 
poissons entre pectunclus' (le coquillage dit aujourdui 
pétoncle') et coluda (terme inconnu). Il n'est pas douteux 
qu'il ait en vue le même animal que celui qui figure dans 
VEpistula de observatione cibonim du médecin Anthimus, rédigée 
entre 511 et 534 : « Tecones (var. teciiiiis, teccuris, teccones) 
dicuntur esse filii esocum-^ ». M. Valentin Rose, qui a le pre- 
mier fait connaître Topuscule d'Anthimus', a très justement 
rapproché ce terme, jusqu'alors non signalé, du français dialectal 
taco>i. S'il s'était avisé de l'existence de tecco dans le Latercu- 
lus, il aurait certainement adopté la leçon tecco nes> laquelle 
est d'autant plus sûre que le limousin técoii « saumoneau » cor- 
respond encore plus exactement à cette leçon que le français 
tacon et confirme l'existence d'un doubler dans le latin vulgaire. 
Quel est actuellement l'habitat des représentants de tecco? 
M. Rolland ne connaît que le bas-limousin técou : son informa- 
tion est trop restreinte. Littré, article tacon, dit : « Jeune sau- 

1. Pelagiiis in Irland, p. 136. 

2. Zeilschr. fur roiii. Phil., I, 420. 

3 . Le ms. porte fautivement pectu nctus. 

4. Édit. Valentin Rose, p. 16, ligne 8. 

5. En 1870, dans les Anecdota publiés à Berlin, II, 43-62; voy. spéciale- 
ment p. 55, où est cité un passage de Belon (1555). 



LE LATERCULUS DE POLEMIUS SILVIUS 195 

moneau, dans le bassin de la Loire » : c'est trop de latitude. 
Mais à l'article TÉcou, il s'exprime ainsi : « Nom, dans le bas- 
Limousin, de petits saumons qu'on trouve dans la Vienne et le 
Taurion ' ». Or le Taurion n'a rien à voir avec le Bas-Limou- 
sin : il appartient à la Creuse (Marche et Poitou), pour la 
plus grande partie de son cours, et à la Haute-Vienne (Haut- 
Limousin), pour les derniers kilonctres, avant son confluent 
avec la rivière de Vienne; on peut donc qualifier técou de mot 
du patois limousin, car il est commun à une partie (qui reste 
à préciser) des trois départements actuels qui correspondent en 
gros à l'ancienne cité des Lemovices. Teccoa aussi un pied 
en Berry, comme en témoigne le Glossaire du centre du comte 
Jaubert, où on lit ce qui suit : « Sorte de petite truite que 
l'on pèche dans la Creuse aux environs d'Argenton et au- 
dessus. On regarde mal à propos comme un jeune saumon ce 
poisson du goût le plus délicat; c'est \erille-. Une observa- 
tion décisive fait reconnaître que le tacon n'est point un petit 
saumon. 11 a 63 vertèbres et le saumon n'en a que 36. 
M. de la Tramblais a fait connaître ce fait il y a une vingtaine 
d'années \ » 

Il ne faut pas confondre avec le nom fccou ou tacon celui de 
tacaiid, ou iaco, porté sur nos côtes de l'Atlantique par quelques 



1. lia en outre un article tocax, où il se contente d'une définition som- 
maire (vov. plus loin). 

2. Aucun des grands dictionnaires courants, ni Littré, ni Larousse, ni Bes- 
cherelle, ni Sachs, ne donne ce mot rilli, que le comte Jaubert a l'air de 
supposer connu de tout le monde. J'ai fini par le dénicher dans le tome 45 
(paru en 1827), p. 471, du Dict. îles sciences naturelles, où on lui consacre 
cette notule : « Rille, i?///ir(Ichthyol.) nom spécifique d'un poisson du genre 
Salmone ». Mon ami M. le D^ Dorveaux m'apprend qu'il remonte à La- 
cépède, Hist. nat. des poissons, t. V (an XI de la République), p. 224-226, 
et qu'il provient du nom de la rivière de Rille, affluent de la Seine. Il est 
reconnu aujourdui qu'il v a dans la Rille des saumoneaux et des truites 
mais pas de rilles, car le rille n'existe pas réellement (voy. Cuvier et Valen- 
ciennes, Hisl. nat. des poissons, XXI, 1 51-15 3). 

5. Je n'ai pas qualité pour me prononcer sur ce point d'ichtyologie; je 
crois pourtant que la vieille opinion rapportée par le médecin Anthimus 
sur les « teccones » est encore aujourdui la plus autorisée. 



19e A. THOMAS 

variétés de gades, Gndiis ininittus, Gadus lusciis ou Gadns harha- 
tus ' . 

Il semble bien, en revanche, qu'il faille le reconnaître dans 
tocan, mot que Littré définit par « saumon qui a moins d'un 
an », mais sur la provenance duquel il ne fournit aucun 
renseignement. Or tocan existe sur deux points très éloignés 
l'un de l'autre du territoire de la Gaule, d'une part en Béarn 
(sous la forme ancienne tocaa, rapportée par P. de Marca ^), 
d'autre part dans la Basse-Auvergne, sur les bords de TAllier '. 
En Béarn, iocaa nous ramène à un type * toccânus, qui a pu 
être primitivement *teccanus. Mais en Auvergne, la présence 
du son explosif c ne peut s'expliquer que par une substitution 
de suffixe relativement récente; les conclusions de la phoné- 
tique historique sont d ailleurs d'accord avec les faits connus 
des naturalistes, car c'est Belon qui a le premier signalé les tocans 
de l'Allier, et il les appelle tacons ^. 

Est-il possible de connaître rét3'mologie de tecco? Je cons- 
tate que M. Holder a recueilli le mot dans Polemius Silvius 
(sans faire mention de sa présence dans Anthimus)et l'a inscrit 
sans commentaire dans son Alt-celiischer Sprachschat':^. Je vois 
bien aussi chez lui un nom de potier Tecco, dans la région de 
Trêves, mais je me demande s'il y a là de quoi établir l'origine 
celtique du nom du saumoneau, même en tenant compte du fait 
que esoxest lui-même un mot celtique. Quant à l'idée émise 
par Littré (art. tacon), à savoir que l'on aurait affaire à un radi- 
cal tac « pointe », lequel est non pas celtique, mais germa- 
nique, il faut absolument y renoncer, puisque nous voyons que 
la torme la plus ancienne du nom de notre poisson est tecco 
et non *t acco. 

1. Duhamel du Monceau, Traite des pèches, 2^' partie, p. 156; Rolland, 
Fawie pop.,111, 115 ; Littré, Supplément, tacaud, etc. — Baudrillart, dans son 
Dict.des pêches (1827), p. 523, donne concurremment tacaud et tacan, mais 
cette dernière forme semble être le résultat d'une coquille typographique, n 
pour n. 

2. Lespy et Raymond, Dict. béarnais. 

3. Duhamel du Monceau, Traité des pêches, 2« section, p. 223 et s. 

4. En fin de compte je suis porté à croire que tocan, en tant que certains 
compilateurs l'appliquent à un poisson de l'Allier, est sorti d'une faute 
d'impression pour tacon ; je tiens de bonne source (communication de 
M. FélixChambon) qu'aujourdui comme au temps de Belon les riverains 
de l'Allier disent tacon. 



LE LATERCXJLUS DE POLEMIUS SILVIUS I97 

Titus. — La latinité du mot titus <> pigeon sauvage, 
ramier » n'est formellement attestée que par un scholiaste de 
Perse, dont il est impossible de fixer la date, et par Isidore de 
Séville ■ : le témoignage de Polemius Silvius, qui rapproche 
titus et titiunculus dans sa liste des oiseaux, a donc son 
intérêt. Bien que Kôrting ait omis ce mot, même dans sa seconde 
édition, il appartient au latin vulgaire et est représenté aujour- 
dui dans des régions fort éloignées les unes des autres, soit 
sous la forme simple, soit sous une forme allongée à l'aide du 
suffixe -onem. Dès 1879, sans connaître, à ce qu'il semble, 
l'existence du mot latin, M. Rolland avait rapproché du terme 
todc, usité dans les Pyrénées orientales, les noms sardes du 
ramier: tidus, tidonc, tiidone^. Depuis lors M. Salvioni a 
signalé la présence du type en -onem dans la Basse-Engadine 
sous la forme tidun '. 

Tremulus. — Nom d'oiseau qui se retrouve dans les gloses : 
« Tremulus o-cig-ottuy'-? '^- » H est certain que c'est lacauda tre- 
m u 1 a qui figure aussi dans les gloses, avec ces synonymes grecs : 
ï£'.(j:-uYv^ : r, ïu^;, c ccwoupcç 5. Le mot tremulus ne s'est pas 
conservé en roman avec ce sens, mais l'italien connaît codatre- 
mola, nom de l'oiseau que le français courant appelle bergeron- 
nette, et auquel les patois du Nord et du Midi appliquent des 
noms variés dans lesquels figure le mot qtieue ou ses diminutifs 
combinés avec les verbes battre, bal Jer, hausser, hocher, lever, etc. ''. 

A. Thomas. 

1. Cf. une note de F. Bûcheler dans VArchiv fur lut. Lexicogr., II, 118- 
120. Servius donne te ta : « Columbae quas vulgus tetas vocant » (Eclog., I, 
58). 

2. Faune pop., II, 550. Cf. Archiv fur ht. Lexicogr., II, 508, note com- 
plémentaire de F. Bûcheler où sont cités, d'après une communication de 
M. W. Foerster, les mots sardes, mais non le mot catalan. (Ce dernier est 
enregistré dans le dictionnaire de Labernia sous les formes concurrentes todo 
et ludô). Dans son compte rendu de la première édition de Kôrting (Zeitschr. 
fur (Tsterr. Gynniasien, 1891, p. 777), M. Mever-Lùbke a signalé la lacune, 
mais n'a cité que le mot sarde ttdu. 

5. Nuoï'e pastille italiane al vocaholario latiiio-roi)ian:^o, dans les Reiidiconti 
del r. Istituto Lombarde, 1899. 

4. Corp.gloss. latin., II, 452, i. 

5. Ibid., m, 258,21. 

6. Cf. Rolland, Faune pop., II, 224. 



LA DECLINAZIONE IMPARISILLABA 
IX -J -ÂNE, -0 -ÔNE, -E ÉNE -ÏNE, -I ÏXE -ÉNE 

NELLE CARTE MEDIEVALI DTIALIA 



Il titolo è lungo; e puô parère anche pretensioso chi consi- 
deri che di certo non ho io inierrogate tutte le carte édite del- 
ritaha médiévale ma mi sia di nécessita ristretto a un certo 
numéro di raccoltescelte tra le più copiose,e, perquestaoquella 
ragione, più cospicue'. Lo lascio tuttavia tal quale m'è inavve- 



I . Sian qui indicati insieme alla sigla con cui s'allegano : CDL = Codex 
DipUmiaticus Latigohardiae (costituente il vol. XIII degli Historiae Patriae 
Monintietita) ; CDBe. = Codex dipl. Civ. et EccL Bergomatis di M. Lupi (se 
n'è spogliato il 2° vol. fino circa ail' a. 11 30); — CDLod. ^= Codice dipl. 
Landese â cura di C. Vignati (in Bihliotheca historica italica, vol. I, II, III); 
— CDR = Codice dipl. d. Re~ia pubblicato da F. Fossati* in Periodico 
d. Societàstor. di Como, vol. VI-XIII (spogliato fin circa ail' a. 1200); — 
DR =; Doctim. d. Re:(ia Chiaveniiasca anteriori al sec. XIV. pubblicati da 
P. Buzzetti (Como 1903) ; — HPM = Historiae Patriae monumenla, e la 
sigla rimanda propriamente ai volumi Chartariim I e II recanti i documenti 
deir antico Regno subalpino ; — M.V =^ Moniimenta Novalicensia vetustiora 
a cura di C. CipoUa. Due volumi (Ronia, 1898-901); — .-^.V r^ Stoiia del- 
VAhbaiia di Noiuiutola di Gir. Tiraboschi (vol. II, che porta i documenti); — 
MR = Monumenti Ravennati de' secoli di :ne'{:;o pubblicati da M. Fantuzzi, 
vol. I e II; — CDP z= Codice dipl. Padovano dal sec. sesto a tutto V iindecimo 
di A. Gloria; — CDI =1 Codice dipl. Istriano, dcl Kandler, che si cita collo 
indicar l'anno del docum. ; — ML = Memorie e Docmn. per servire alT istoria 
del Ducato e délia Diocesi di Lucca, vol. IV, pp. I e II. vol. V, pp. II e III (v. 
Blanchi, Arch. glotl. it., IX 369); — RALz^Regesti del r. Arch. di Stato di 
Lucca (Lucca, 1903). Vol. I. Pergamene del Diplomatico, p. i" (daW a. "jç^o 
ail. a. 108 r); — DA =r Documenti per la storia délia Città di Are^o nelmedio 
Evo raccfllti per cura di UhMo Pasqui. Vol. I : Codice dipl. (a. 6jo?-iiSo'). 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA I99 

dutamente caduto dalla peiina, perché forse posso lusingarmi 
dioftrireai lettoriun quadro abbastanzacompiuto del fenomeno 
morfologico che per l'Italia ho impreso a studiare, un quadro 
che più insistenti ricerche potranno peravventura meglio colo- 
rire, potranno quà e là nellc linee secondarie modificare, ma i 
cuicnpitali contorni non potranno essere sensibilmente alterati. 
La mia fatica intende solo a raccogliere e a disporrc dei 
materiali e a completare per questo lato i lavori sapienti che in 
questa stessa rivista son venuti pubblicando il compianto Paris 
(Roiiuwia, XXIII, 321 sgg.), che con mano maestra tessè la 
storia délia quistione, e il Philipon (//'., XXXI, 201 sgg.), il 
quale ha intaccata, con argomenti, a parer mio, vittoriosi, la 
teoria délia origine mediatamente o immediatamente germa- 
nica délia flessione -a -âne, -0 -âne, dimostrandone invece la 
genesi latina^ Per la quale parla eloquentemente il fatto che i 
vari tipi délia nostra flessione compajano nelle iscrizioni latine 
prima délie invasioni barbariche, e dovevano essere abbastanza 
diffusi nel latino dell'età impériale perché i nomi barbarici 



Firenze, 1899; — CDT =: Codice dipl. Toscano di Fil. Brunetti; — RF =^ Il 
Regesto di Far fa compilato da Gregoriodi Catino e pubhlicato[a cura di I. Giorgi 
e M. Balzani ; — RS = Il Regi";to Stddacense delV iindecimo secoh puhblicaio 
du L. AUodi e G. Levi (Roma 1885); — CCav. =. Codex dipl. Cavensis, 
vol. I-IV (v. de Bartholomaeis, Arch. glott. it., XV, 247 sgg., 527 sgg.); 

— CCaj. = Codex Cajetanus (citato sulla fede del de Bartholomaeis, Arch. 
ghtt. it., XVI, 9 sgg.) ; — CDU = Codice diplomatico Barese, vol. I-V (Bari, 
1897-902). 

Le seguenti scritture sono solitamente citate col solo nome dell' autore : 
GlULiNi, Memorie spettanti alla storia délia città e campagna di Milano, 2» éd., 
vol. VII; — Bluhme, Die Gens Langohardorum II : Ihre Sprache (Bonn, 
1874); — MEYER(Karl) Sprache und Sprachdenhniiler der Langoharden (Pader- 
born, 1877); — ^KUCK'iiER, Die Sprache der Langoharden (Slrassburg, 1895); 

— Wrede, Ueber die Sprache der Ostgoten in Italien (Strasshurg, 1891); — HoL- 
DER, Altceltischer Sprachschat^; — Bianchi, La déclina^, dei nomi di liiogo 
délia Toscana, in Arch. glott. it., vol. IX, 365 sgg., X, 305 sgg., ed è inteso 
il vol. X quando il rimando avvenga colla sola indicazion délia pagina. — 
Ricordo infine che nel citar gli esempi, adopero « 5. » per i< signiim», «/. » 
per « fliiis, -a -ii -iae, ecc. » 

I. Alleconclusioni del Philipon s'associa 'ûParis (Romania, XXXI, 251 n.); 
ma non nepajono intieramente convinti lo Schuchâvdt (Zeitschr.f. roni. Phil., 
XXVI, 638), che fugaccmente propone una nuova dichiarazione délia decli- 



200 C. SALVIOXl 

potessero senz' altro adagiarsi in essi. Gli esempi antichi di -n 
-niii' posson vedersi presse il Paris e il Philipon (v. anche Sittl, 
Wolfflin's Arch., II, 580, Meyer-Lûbke, Einf., § 153, Densii- 
sianu, Hist. delà langue roumaine, I, 139); di -0 -ô»^ abbiamo 
i'unico ma prezioso dativo Valentioni in una iscrizione cristiana 
dell'a. 564(v. Bonnet, le lat. de Grég. de Tours, 227),equanto a 
'/ -ine le iscrizioni délia Narbonese conoscono i dativi Nalalini 
e Suabini, che il Philipon (p. 227) ha torto di ritener foggiati 
sul tipo sanguis sanguinis, supponendo cosl che s'abbia da leg- 
gtre Nalalini ar\7À che Natal lui '. Di -^ -é7ie diremo più in là. 

Ma com' è sorto nella lingua di Romaquesto tipo flessionale? 
Prcmetto esser mia ferma convinzione che bisogna considerare 
il tipo, prescindendo dalcolore délia vocale tematica, e cioè corne 
un tipo unico, corne un solo sistemadi forme-, allô stesso modo 



nazione imparisillabica, e il Meycr-Lûbke (Grôber's Grundnss, 2* éd., vol. I, 
p. 485). Qui ricorderô che già nel 1877, un germanologo, il Meyer (p. 271), 
dubitava dell' origine germanica délia declinazione imparisillaba. [Xa impor- 
tante trattazione del Suchier, Grôber's Gr., 2^ ediz., 827-8, non mi è capitata 
sott' occhio che dopo avère steso il mio articolo.] 

1. È forse il nom. -ï(s) che induce il Philipon a leggere -^ini (= -?;//), 
dimenticando che anche ad -âne corrisponde il nom. -â. Gli è che abbiamo 
qui da fare con prodotti analogici, che poco o punto si preoccupavano délia 
regolare fonetica latina. 

2. A due riprese il Meyer-Lûbke ha tentato una scissione pur dentro ai 
limiti d'una sola categoria. Nella Einf., par. 153, distingue egli tragliappel- 
lativi personali mascolini del tipo barha -hanis, — che sarebbero dovuti al 
tipo lat. -0 -onis, quasi a sanare il contraste tra il significato mascolino e la 
desinenza-rt, — e i nomi propri feminili e mascolini in -a, ai quali si sarebbero 
associât! degli appellativi feminili, corne amita -tanis, molto affini ai nomi propri. 
I nomi propri, secondo il Mever-Lubke, sarebbero d'origine germanica, appa- 
rirebbero nel sec. 7°,e si ritroverebbero solo cola dove la mescolanza tra latini 
e germani è molto forte. 1 primi, s'io non l'raintendo l'autore, sarebbero da 
ritenere romanzo-comuni. Nel Grôber's Gr., il Meyer-Lûbke mantiene, non 
senza qualche esitanza, la distinzione, soltanto i motivi di essa sono legger- 
mente modificati : i nomi délia prima categoria apparirebbero solo in iscri- 
zioni deir Oriente neo-latino e cosi il famoso fem. Fortunataiiem {-ni nel 
Meyer-Lûbke), mentre gli altri feminili d'origine germanica e latina (nonchè 
i loro compagni, gli appellativi del tipo amita -tanis) apparirebbero solo nella 
Gallia, nella Rezia e nell' Italia settentrionale e non prima del 7° sec, 
rimanendo cosi estranei aile iscrizioni di queste regioni. Tra il primo c il 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 201 

che nellatrattazion dell' infinito, p. es. trattiamcome una forma 
sola e -â-re e -Mr e -1-re. Il che è stato recentissimamente 
anmiesso anche dallo Zimniermann (Zeilschr. /. rom. Phil., 
XXVIII, 343), ma parmi che in definitiva non ammetta il Phi- 
lipon, il quale cerca una spécial dichiarazione per -a -âne 
(p. 236) e un'altra per -o {-us) -ônc (pp. 203-4)', ^^l quale 
si concède solo che possa essere stato tra i coefficienti del primo. 
Alla diretta influenza del lat. -0 -onis di accezioni personali 
{lafro-uis, ecc.) sui masc. in -a pure di accezion personale, e 
poi di questi sui loro correlativi feminili, pensa ilDensusianu, 
p. 140, senza più precisamente spiegarsi. Il Meyer-Lùbke poi 
(Crôber's Gr., 2^ éd., p. 483 ; un p6 diversamente giudica lo 



secondo de" due giudizi del Meyer-Lùbke era apparso l'art, del Philipon e ciô 
spieghi le varianti del secondo. Ma objezioni ne rimangono da fare e parec- 
chie: in primo luogo contro Fargumentum ex silentio che poco o punto 
vale quando si sa che le iscrizioni si sforzavano di imitare il linguaggio ele- 
vato e che solo per caso si lasciano scappare i volgarismi, tanto che molti e 
molti fatti fonetici e morfologici che noi dobbiamo attribuire al latin volgare 
non hanno dalle iscrizioni nessuna conferma ; ne per questo se ne dubita. 
Tiittavia qualche esempio par proprio che le iscrizioni délia Gallia lo torni- 
scano, e v. Brunot, Histoire tic lu langue françaiae, I, 80. Poi contro la limita- 
zion territoriale degli esempi : aliliane e amitaint occorron nella Toscana, e 
tiaiiasi rltrova pur esso, fin dai primordi del sec. 9°, a Lucca, poco più tardi, 
neir Umbria, e nel sec 11°, nella région méridionale. Ne mancano, perla 
Toscana e l'Umbria, le traccie dei nomi propri in -a -âne. Chè se anche taluno 
dei pochi feminili che più in là si attribuiscono a questi territori, potrà essere 
discusso, non v' ha dubbio che qualcheduno rimane superiore a ogni conte- 
stazione. Q,ijanto aile ragioni geografiche, non sarô poi solo a stupirmi che il 
Meyer-Lûbke chiami « orientali » gli esempi epigrafici provenienti da Taranto, 
da Pozzuoli, da Miseno, e circa aile cronologiche, chi crede ail' unità siste- 
matica délia flessione -a -âne, puô pensare ragionevolmente che la lacuna 
tra gli esempi epigrafici e quelli del sec. 70 è ben riempita dai nomi gotici che 
Cassiodoro, Giordane e altri ci presentan rivestiti délia flessione -a -âne (v. 
più in là, p. 216, n.). E allora, — e non solo per questo motivo del resto, 
— non parrà una inutile violenzi. yjella di separare l'esempio Fortiiiiataneui-, 
per quanto epigrafico <; per quanto orientale dai suoi compagni latini e non 
latini che compajon nelle scritture occidcirtii del sec. 70? — SuU' argo- 
mento ritorna il Meyer-Lùbke in Litbl.f. ^. ii. r. Ph., a. 1904, p. 206. 

I. La quistione s'è fin qui svolta intorno ai soli due tipi -0 -ône e -a -dm. 
Gli altri due furono prima d'ora trascurati o menzionati solo per incidenza. 
Se ne tocca più in là. 



202 C. SALVIONl 

stesso aurore in Eiiif., § 153), dichiarerebbe -a -ànc dalla 
iinmissione del « délia flession debole germanicae insieme dalla 
influenzadei masc.del tipo Petro (-us) -trône, che quindi avreb- 
bero preesistito a quello. Il tipo masc. è poi spiegato, ma in 
modo dubitative, del Meyer-Lùbke, invocando insieme ragioni 
fonetiche e analogiche : nella Francia e nella Rezia, cioè, -e e 
-(1 venivano a coinciderc in -e, e cosî nel vocativo risultava una 
identica forma tanto dal lat. Peints -i quanto dai nomi propri 
in -0 (jçi.QS., voc* Lee= Léo''). Masiccomea questo *L<'c corris- 
pondevan gli altri casi come Leonis ecc, cosî al voc. Petrc si 
creô un * Petronis qcc. Questa congettura crolla par la conside- 
razione che il tipo Petro (-its) -trône t di tutta l'Italia continen- 
tale mentre solo nnn parte délia penisola potrebbe acconciarsi 
al fatto fonetico supposto dal Meyer-Lûbke. — Siam dunque 
sempre in alto mare e il lettore vorrà guardare benigno al 
nuovo tentativo di guadagnare la riva -. 

La sentenza che « poca favilla gran fiamma seconda » s'avvera 
molto di spesso ne' procedimenti d'ordine analogico. Ogni 
niomento è dato ail' indagatore di riconoscere la straordinaria 
tortuna di certi suffissi, di certe forme, chiuse prima in assai 
brève sponda. Orbene, è uno di questi casi che, se l'ipotesi mia 
coglie nel segno, ci si offre nella genesi délia declinazione 
imparissillaba. La chiave di volta dell' edificio sarebbe il sost. 
barba barbàne. Questa forma ci è attestata da una iscrizione di 
Taranto, e che fosse diffusa su tutta Italia è esuberantemente 
provato dair articolino che più in là le si consacra. A Roma 
adunque c'era barba -bàne. Se la voce colla sua flessione sia 



1. L'esempio non è nel Meyer-Lûbke, ma mi lusingo, allegandolo, di ren- 
der bene il pensiero dell' illustre romanologo. 

2. La nécessita di descrivere con chiarezza il procedimento analogico quasi 
mi obbliga a prcsentar qucsto come più semplice, come meno complicato 
che in realtà non sia. Poichè veramente più correnti potevano incontrarsi, 
confondersi e anche intralciarsi. Cosi non v'ha dubbio che ai nomi propri del 
tipo Petro {-us) -tronis la via era molto agevolata dai cognomi in -0 -otiis 
(v. Philipon 205, e anche 247 n), e da ciô certo si spiega la proporzione 
quantitativamente assai maggiore in cui ci si offrono i nomi propri personali 
d'origine latina in -0 -one, di fronte agli altri. E d'altra banda ail' incremento 
di questi altri contribuiva non poco il fatto délia forte proporzione numerica 
dei primi. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 203 

stata si ono portata nelle altri parti dell' Impcro, non consta", 
ma poco monta, poiclic nulla vieta di ritenere che il tipo -a 
-unis sia stato dall' Italia portato altrove quando il germe già 
aveva dato i suoi primi frutti. L'origine di barba -bâne io poi 
l'attribuirei alla spéciale influenza di un *barbo -bonis che la tra- 
dizione non ci ha conservato(c'c tuttavia il nome Vibideius Barbo 
allcgato da R. Fisch in Wôlfflin's Archiv, V, p. 62), se non 
torse neir it. barbonc « uomo dalla lunga barba », ma che si 
puô supporre esistesse come allato a biicca e giila esistevano 
biicco -cconis e giilo -lonis. Venuto barba al significato personale 
e mascolino di « barbuto » (onde poi quello di « uomo vene- 
rando », di « zio »), era ovvio si andasse formalmente racco- 
stando a *barbo -nis, ch' era in fondo un suo sinonimo, e ciô 
tanto più facilmente quanto più viva doveva sentirsi la néces- 
sita di distinguere tra barba barba, e barba barbuto. E il rac- 
costamento si compl nel senso che il masc. barba, pur conser- 
vando la sua vocal caratteristica, adotto la flessione e con essa 
la vicenda accentuale di *barbo. 

Ma barba -nis era un nome di parentela, apparteneva a una 
vasta categoria concettuale, e cosi poieva far sentire la propria 
influenza in una duplice direzione : prima su d'altri nomi 
mascolini di parentela uscenti essi pure per -a (p. es. su atta, 
ridotto a*atla -nis; cfr. latani dat. CIL,X, 3646, e il vivo 
attâne di cui più in là), poi sul suo correlativo teminile, cioè 
su amita, che venne ad avère il gen.* aniitanis ecc. Questa 
forma non è attestata da nessuna epigrafe, ma la sua antichità 
(v. Sittl, Wôlfflin's Archiv, II, 580) e la sua diffusione (per la 
quale depone anche il pure antico tia -âne dcU' Italia centro- 
meridionale e dcUa Guascogna) attraverso l'Italia centrale e 
settentrionale, la Gallia, la Rezia ci guarentiscono che il latin 
volgare doveva conoscerla. E iala (e ^7//^) da una parte, come 
suo corrchuivo mascolino, anrita dell' altro, come nome femi- 
nile di parentela, cospiravano contro mania per fiirlo entrare nel 
comun tipo di flessione (d. niamaui CIL, X, 2965). 

S'era cosi venuto costituendo un nucleo, qualitativamente 
assai forte, di sostantivi in -a -anis, mascolini e feminili^ un 
nucleo che appariva come l'antesignano d'una spécial declina- 



I. Circa ail' esistenza di un franc, barbe, zio, v. Paris, 336 n. 



204 C. SALVIONI 

zione dei nomi aventi un significaio personale e che doveva 
percio esercitare una poiente attrazione, prima sui nomi per- 
sonali \n-a, fossero essi nomi appellativi o nomi propri, — e noi 
abbiamo visto or ora che una reciproca influenza tra questedue 
catégorie la trova naturale anche il Meyer-Lùbke, — fossero essi 
mascolini o feminili, poi sui nomi di altre declinazioni appar- 
tenenti alla stesse catégorie concettuali. Poteva attrarre a se, 
pur rispettandone la vocal tematica, dei nomi délia 2-' declinaz. 
come avus, nel quale il tipo flessionale avo -vone si documenta 
a Lucca nel 776, e la cui ditfusione e antichità insieme è provata 
dal friul. avon, dal nap. vavone e dall' ant. sardo aioni (Solmi, 
Carte volg., num. XI, a. 121 5)', e infine poteva attrarre, 
sempre rispettando la vocal caratteristica dei nominativo, nomi 
délia y in -c ed -/' -. S'era cosî costituito il sistema -a -âne, -0 
-âne, -e -éne, -i -ine ' . / 



1 . Un esempio che dimostra quanto strettamente si tenessero insieme le 
diverse catégorie délia declinazione imparisillaba è Vattus -ttouis, nonno, 
délia Lex Romana Utinensis o Curiensis (v. Sittl, /. c), che sarà il lat. atta 
passato ad *atto (-us) -ttonc, grazie a *avo-vone, e grazie al parallelismo 
mascolino con niaiiio -aiie ecc.,ecc. 

2. Non conosco appellativi che entrino in quest' ultima categoria [v. perô 
ora p. 206, n.]. Ma se gli appellativi sono pochi nelia i^ déclin., se sono in 
minor numéro ancora nella 2», non istupirà che il caso non ce ne abbia 
conservata nessuno nella y. I dialetti moderni délie valli alpine lombarde 
hanno nevoddn le nipoti, ^undn le giovani, ecc, che son forme metaplastiche. 

3. Il sistema che in origine, come s'è visto, non era limitatoai nomi propri 
e anzi ha per punto di partenza degli appellativi, fini poi per divenire quasi un 
sistema specifico délia flessione dei nomi propri personali. In esso s'adagiaron 
soprattutto i nomi barbarici, cosi i mascolini gotici in -a, i feminili barba- 
rici accolti come latini nelia i» conjugazione, i mascolini barbarici in -0, i 
mascolini e feminili barbarici (e pochi greci) in -e -i. Non vi mancano natu- 
ralmente i nomi latini e latino-cristiani ; ma quesli o in molta parte non 
v' entrarono affatto o. entrativi, non vi allignarono troppo. E ci6 per due cause : 
perché la forma tradizionale dei nome conservata ne' testi rappresentava come 
un continue correttivo, e perché in fondo la flessione imparisillaba non potè 
forse mai svestirsi d'una certa impronta bassa e plebea. Al quai proposito 
è significantissimo il fatto che il nome dei santi, in quanto applicati alla 
persona stessa dei santi, seguono inflessibilmente la declinazione classica, 
e cosi mentre nelle pagine che séguono vedremo Maria -ri'aiie, Pctro -troue, 
Amhrosio -sione, Gaudentio -tionc, sempre applicati a pcrsone di tali nom" 



DECLINAZIONK IMl'AKlSlLLAliA NELLli CARTE D ITALIA 205 

Si connette direttamente con questo sistema quella declina- 
zione in -ê -cnis, che, per ritrovarsi quasi esclusivamente in 
nomi propri d'origine greca ', fu maie chiamata semigreca 
(v. Bonnet, Le latin de Grég. de Tours, 380; Philipon, 237; Schu- 
chardt, Zeitschr. f. roin. PhiL, XXVI, 637-8 ; Zimmermann, ib., 
XXVIII, 343)'' ? Essa vienesoddisfiicentemente dichiaratadauna 
mossa analogica il cui motivo viene fornito dalla grammatica 
greca stessa. Avrebbe quindi una ragione afFatto spéciale. Ma 
cW essa abbia poi potuto entrare nel sistema générale délia decli- 
nazione imparisillaba in -ne ed anche esercitarvi un' influenza. 



chc non sieno i personaggi venerati, mai non s' incontra o un sancLac 
MariiUiis, o un sancti Petroiiis, Ambrosionis, Guudentionis *, nelle infinité 
volte in cui il genitivo di saucta Maria, sanctus Petrus ecc. ha occasione 
di prodursi quai déterminante del determinato ecclesia o monastciium. 
Questo per l'Italia e fors' anche per la Francia. Una notevole eccezione co- 
stituisce la Rezia iransalpina tra i cui esempi délia declinazione imparisillaba 
(v. ^\xc\s., Zeitschr. f. roin. PhiL, XI, iio, m) il Philipon (pag. 240) ta figu- 
rarela forma obliqua in -aiie del nome à.\Santa Regola,\niiix\\.a. dal tcd.Kiylen, 
e dove il patrono 5i,'// G.ï//ii compar realmente al genitivo come Ga//o«/5 (Phi- 
lipon, p. 222). 

1. Tra i nomi non greci, è notevole il lat. Spes (= 5/)('5 speranza) che, in 
quanto nome proprio, s'incontra col gen. Ispenis e col dat. Speiii. Ne viene 
una singolar luce sull' it. speiie, in quanto il nome proprio ben abbia potuto 
intluire suUa declinazione dell' appellativo. 

2. A una categoria spéciale di nomi entranti in questa declinazione vorreb- 
bero il Bonnet, il Philipon, e quindi il Brunot, attribuire la sviluppo del tipo 
-a, -aiiis. E un' analoga idea, ma movente da tutti i nomi délia flessione 
semi-greca, parmi implicita in ciô che dicelo Schuchardt, /. c. A me si consenta 
di qui accenare a una possibilità che riguarda i rapporti tra il tipo semi-greco 
e il tipo -il -anis : Hernies ha allato a se Herma -ae, e cosi "Nice poteva avère 
allato a se *Nica; venutosi ai genitivi //^rA/w^w (Schuchardt, /. c.) Niccnis 
(v. Rônsch, Ilahi 11. Vulg., 264), è facile supporre la presenza di * Hermams 
*NiCiiiiis allato a Henna * Nica. E s'avrebbe cosi un nuovo coefficiente délia 
flessione -a -anis. 

»Nel CDL, num. 222, si legge il gen. sancti Jngialinni = s. Juliani. H ben proba- 
bile che a voce, già altrimenti deformata, rappresenti, come anche riticne l'editore 
uno sbagho. —Non so poi che pensare di Sant' Ilarionc c della curiosa e diva copia 
dei ss. DomnweDomnwnc. Q.ui avrem forse il caso retto e il caso obliquo presi corne 
due nonii diversi e nieriti quindi a due persone. Là è forse l'obliquo <^ià irri<^i- 
Jito m un' unica tornia ail" atto del battesimo del santo. Ma di più e mealio^'ci 
Jicano gh agiologi. . 



206 C, SALVIOXI 

soprattutto sui nomi dcl tipo Johanne(j), non è chi non 
veda ". 

Il quai tipo Johannc -cnc (e con esso il tipo -/ -iné), in quanto 
romanzo, è forse considcrato la prima volta nclle pagine che 
seguono. Almeno nessun accennone scorgo ne' trattati generali 
di linguistica romanza, nessuno nelle monografie spécial!, 
tranne che in quella del Blanchi sui nomi locali délia Toscana. 
Manca esso fuori d'Italia? O solo uncurioso caso havoluto che 
su di esso non si tissasse l'attenzione degli studiosi di altri lin- 
guaggi neolatini ? Farebbe specie soprattutto che il tipo man- 
casse alla Francia, là dondc ci vcngono dcgli esempi epigrafici 
di -e -enis e di-z(5) -mw, corne Nalalini Suavini ^. lo non ho i 
mezzi per istituire le opportune indagini, ma parmi intanto che 
Gaiideni Villa (Bianchi, 340 n.) potrebbe voler dire qualcosa, 
e fors' anche l'analogico E t toi ene d'i cui a p. 252, n. 2. 

Rimane che si tocchi di qualche traccia délia flessione impa- 
risillabache si riscontri conservata ne' volgari italiani. E molto 
non visarà da aspettarsi. Cominciando da-a -â?ie,e rimandando 
prima ail' art. del Paris, a Meyer-Lûbke, II, § 18 e pag. v, //. 
Grainm., § 353, agli Stiidi di fil. rom., VII, 185-6, rilevo Vat- 
tàuc del dial. di Bari e di Taranto (De Vincentiis) e Vatano ' 
d'altrevarietà meridionali(Tappolet, Dieroman. Verwandtschafts- 
namen, 24) cui fa bel riscontro l'atàii che, coi significati dove 
di « padre » dove di (< nonno », vive nelle valli ossolane aven- 
dosi accanto, nella région limitrofa, àta e làta (v. Rendic. Ist. 
lomb., s. II, vol. XXX, 1501-2). La presenza del vocabolo aile 
due estremità délia penisola ci guarentisce ben antica in esso 
la flessione atta -ttâne. Anche il riflesso di barbarie s'ode nel 
mezzogiorno e nel settentrione : barbàne, zio paterno, è di 
Bari, e barbàn, zio, è di qualche parte délia Venezia e délia 



1. Dircttamente connessi colla declinazione semigrcca son forse gli obli- 
qui gotici del tipo IVacceiunii di cui a p. 206 n. 

2. [Ed ecco, dopo scritte le parole del testo, balzar fuori dal cartolario 
del monastero di Paunat (Dordogna) la bella forma di genitivo genitricene 
(ancora un nome di parentela !), sulla quale richiama cortesemente la mia 
atten7.ione il Thomas. Vedi Annales du Midi, t. XVIII, cap. m, délia intro- 
duzione ai Fragments du cartulaire de Paujiat, p. 17]. 

3. Il / scempio forse per influen/.a di atavus o di tuta. 



DECLIXAZIONE IMPARISILI.ABA XELLE CARTE D ITALIA 207 

Emilia (v, Tappolet. o. c, 105) ', ed è da lui promosso liam) 
(Tappolet, 95-6; Arch. glott. it., XVI, 397 n.) ^ Corne nome 
proprio è ben verosimile che qui spetti Cholane (= Nicola(s) 
-làne) nella lettera zaratina, che si legge a p. 166 délia Altita- 
lienische Chrcstoinatie di P. Savj-Lopez e M. Bartoli. Ne' femi- 
nili, ricordo chesempre vive nella Lombardia tusàn corne plur. 
di t(m ragazza \ e che ugualmente nelle Alpi lombarde, miita, 
ragazza, ha il plur. inaîàn. Ai quali esempi tanno ottima com- 
pagnia, nel lombardo del Bescapé, i plur. donàn « donne » e 
inadrànc « niadri » ■<. nonana monaca (^Fraverbia super mit. fciiii- 
uaniiii) potrebb' essere il franc, nonnain. Ma hanno vita florida 
neir Istria (Ive, 117, 132, ecc.) plur. siànne, netànne {smo.sia, 
niclo). Questi ci menano a dire di un angolo di Lombardia, 
costituito dalle estreme vallate alpine délia Moesa e del Liro ^ 



1. Cfr. ancora il plur. barbai nel Cavassico (gloss.), ev. plù in là le note ail' 
art. « barba -bàne ». — Un nome proprio mascolino in -due parrebbe essere 
il gen. /'«/■/'(/« babdu (Parodi, Miscellanca mc^iale Rossi-Tetss, 343, Arch. glott. 
il., XV, 49) se avesse ragione il Parodi di riferirlo a Barabba. Ma io credo vi 
si tratti solo délia base « babau » {Arch. glott. it., XVI, 566) munitadelsuffissol 
-aiiii. Sarà invece sicura la continuazione di Andréa -drcdne nel cognome 
Audreaiii -driaiii Laiidriaiii. I Landriani di Lombardia dipenderanno perô 
piuttosto dal nome locale Landriano, ma questo sarà esso stesso altra cosa 
che non i'obliquo di Aiidrea[s]} 

2. Per « barbano », cfr. ancora il lig. barbàii (Parodi, nelle Illustraz. aile 
Poésie in dial. tabbiese ; in Giorn. st. e lett. délia Lignria, IV), il molfett. ver- 
véne (con aiiejéne e altéiie), e sing. barba plur. barbdni nel l'Istria (Ive, 
pag. 50, çcc.) ; per « ziano -a >>, v. il Petrocchi, p. infer., aile voci « :{^iaiio » e 
« ciana », e cfr. l'a. orv. tia)ia nel Diario di ser Toniaso di Silvestro iiotaro, 
pag. 875. 

j. Puo poi passare al sing., dando luogo a un tiisdna che houdito, p. es., 
nel Ticino e anche a Pavia in Borgo Ticino. Cïr. puttana, che ne' docum. 
volgari medievali dell' Alta Italia compare ancora corne piiitan. 

4. In madrane ecc. è notevole il metaplasma, che ritorna nel suo corre- 
ativo mascolino padron di cui più avanti. 

5. Arbedo, ch' è ail' entrata délia Mesolcina, già conosce il fenomeno (v. 
Gloss. del dial. d' Arbedo di V. Pellandini, lUustr. 24, dove, nella nota, 
son riportati gli esempi di S. Vittore che, da mezzogiorno, è il primo paese 
délia Mesolcina). Subito a occidente délia Mesolcina, il Meyer-Lùbke ha poi 
rilevato, di su le Curiosilà del venuicolo bleuiese di L. Demaria (p. 25), i 
plur. aiidai. zic, e norai. nuorc, che pajon testimoniare che in antico i 



208 G. SALVIONI 

fin giûallespondc piùscttentrionali del Lario (p. es. a Domaso), 
incui ilnostro tipo flessionale si continua con una vivacilà e 
tenacità sorprendenti ' ; si continua, s'intende, nel senso che 
il plurale rappresenti l'obliquo, e il singolare il caso retto. Se 
n'è discorso con qualche abbondanza in KciicL ht. lonib., s. II, 
vol. XXXV, 917, e qui son lieto di poter soggiungere due 
nuove série di personali feminili : quella dei sostantividerivanti 
da aggettivi di patria (mes. fraùcesàù, iiiilanesâi'i, le trancesi, 
milanesi, soa::^onàù, le soazzesi, tcc, campodolc. DÛ'sokonni, le 
mesocchesi, cavenaskéu, lechiavennasche, ecc), e quella rappre- 
sentata da esempi corne la Noiâfi, le donne di casa Nolli, le 
Nolli, la Moîân, le Motto, ecc. Da Campodolcino ho poi un 
altro nome zoologico : ga^çu, plur. di gâi^a, gazza, e tra i nomi 
comuni, Mesocco t'ornisceancoraî/'^/^hi, valli, ravisân, radici, e 
inoltre i nomi locali La cotân (cfr. sing. cptay pi. -ten, lastra di 
sasso, lomb. pjôta), dove un' altra volta si vede conservata nel 
nome locale una tradizione morfologica diversa da quella invalsa 
neir appellaiivo. — Venendo ora ai nomi locali ^ e ai cognomi, 
non ne posso dire che quel po' che m'è risultato dal paragone 



tipo vi fosse più diftuso. — Non parrà irriverenza verso la memoria di tanto 
uomo, se qui rilevo un abbaglio in cui è caduto il Paris, p. 337, a proposito 
dei fera. plur. in -an -en délia Bregaglia e délia Mesolcina, portati prima in 
discussione dal l'Ascoli {Arch. i^lott. jt., I, 270). Questi plurali hanno la desi- 
nenza atona (portpi le porte, ecc), corne giustamente indicanogli esempi del- 
l'Ascoli, e nulla hanno da vedere, come pure già avvertiva l'Ascoli stesso 
{Arch. glolt. 27., VII, 443), coi plur. in-f/Vidicui si tocca nel testo; ondenello 
stesso dialetto si trovan di fronte pçrlen, porte, e kuùaddh cognate. Del tipo 
pôrtçii è poi ampiamente ragionato in Rcndic. ht. lonib., s. II, vol. XXXV, 

PP- 905 sgg. 

1 . Corrisponde bene alla tenacità c vivacità delF oggi il fatto dei molti nomi 
propri in -a -dne che ci oflfre il manipolo relativamcnte esiguo de' docu- 
menti chiavennaschi che più in là si allegano sotto la sigla « DR ». — Le 
condizioni cisalpine si riproducono o meglio si riproducevano ne' paesi tran- 
salpini immediatamente limitrofi, come risulta dalla csposizione del Paris, 
337-8, dalle osservazioni dell' Ascoli, Arch. ghtt. it., VII, 443-4, dal Buck, 
/. c. 

2. Non abbiam nulla in Italia da porre a fianco de' molti nomi di corsi 
d'acque in -a -unis che per la Francia ha con tanto acume rivelati e studiati 
il Thomas, Romania, XXII, 489 sgg., Essais de phil. franc., pp. 30 sgg. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 209 

tra le forme antiche de' documenti da me esaminati e le 
moderne. Ed è ben poco quelle che se ne ricava, poichè Vima- 
gnano (Lodi) = Vico Magnani, Cameriano = Arca Mariane, 
Salberirand = sala Berlaui, Bassignana^^ [terra de] Bassiniane, 
dei quali ai relativi luoghi, e forse Cabricani (p. 256 n.) son le 
sole risultanze relativamentesicure, e potrem forse loro aggiun- 
gere, tra i mascolini, Landriano di cui qui innanzi. Gli è che 
i possibili metaplasmi di -âne nel senso délia r^ e T' declina- 
zione, il suffisso -anii, -a (soprattutto -ianii -a), e nell' Alta 
Italia la coincidenza in -âiï délie uscite -a^ii -e -u \ intorbi- 
nano singolarmente i fatti e inceppano il lavoro del raziocinio 
per riconoscerne la verità intima. Come affermare, p. es., che 
Mariano, Lavano, Bellano -a (Rivolta d'Adda) sian piuttosto 
che altra cosa de' resti dell' antico obliquo Mariane, Lnpane, 
BeJlane} Uguali o analoghe difficoltà insorgono per i cognomi : 
Mariani, in quanto non dipenda da un nome locale, puô si 
rappresentare l'obliquo imparisillabo di Maria % ma anche 
essere un derivato in -ami da questo nome, oppure da Marins. 
Riterrei tuttaviache, p. es., un cognome come Bcrtani o Berfa- 
na 5 rappresenti' la continuazione dell' obliquo Bertani -ne. 

Non meno intida è la storia di -i (-f^) -ine Ç-éne)-^; questa 
anzi ancora di più, se si considéra che^ mentre il suffisso -anu 
ha nella nostra quistione un solo valore, quello di accennare 
alla pertinenza, -inii ne ha due : quello di esprimere il dimi- 
nutivo e quello di indicare la dipendenza, derivazione, discen- 



1. Dalla quale consegue la uniforme ricostruzione per -no; cfr. Cameriano. 
— Soggiungo qui che tavolta il -no potrebbe ritenersi giustificato, in quanto 
p. es. un campo Bellani[s] o [de] Bellane potesse issofatto, raediante l'aggettiva- 
zione del sostantivo di caso obliquo, con o senza l'ajuto del suffisso -anu, 
convertirsi in un campo Beîlano, ecc. V. più in là s. « Blanca -cane ». 

2. In quanto alto-italiani, i cognomi come Mariani e Bcrtani nuUa per- 
mettono di fondare suU' -/. Poichè questo è récente, introdotto per influsso 
toscane. 

5. Il nome Albertano non sarà un derivato, ma molto verosimilmente 
dipenderà dal fera. Alberta per la via che si descrive nella nota i (Bellanoy. 

4. È difficile tener distinto -i -ine da -e -c'ne, v. pag. 245 n. ; anche perché, 
come si vedrà, è tutt' altro che infondato il sospetto di un mero rapporto 
tonetico tra -in- e -en-. 

Romatiia, XXXV lA 



210 C. SALVlONl 

denza '. Cosicché un cognomc Giavaiiiiini teoricamente puô 
rappresentare un [fil in s] Johaiiiuni{s), un JohiUDuiiits (.<■ piccolo 
Giovanni- », o l'aggett. Johanninus « discendente da Gio- 
vanni ». E lo stesso valga dei Dolcini, Fortini, Bonfantini, 
Pasqiialini, Siabilini, Terribiliui, Iiiserniini, ccc. Onde non è 
senza qualche trepidanza che mi decido a riconoscere de' geni- 
tivi nelle parentele venete Coutarini, Foscarini, Lavarini (v. più 
in là, s. « Guntari », « Fuscari », « Lupari » ; e cf. ancora Petrus 
Gunlarinus^ ego Conlaremis,CDI, aa. 960, 1106), V- e Willare- 
n'r^ (cfr. WiUari, Bruclcner, 322, e il cognome ViUari)^ e nella 
toscana Ochini. Tra i nomi locali, si ricordan più in là Campo- 
dolcino e Camorino, e mi domando se non sia da considerarsi qui 
\\ fiindum qui vocatiir Ma^ajreni -frini, MR., vol. I, num. 78 (a. 
1004) e il piac. Rottofreno (dial. Altofrdj) +. Anche loco Viialma- 
rini, AN, num. loi, 112, par essere da un *Walmari. 

Su assai più solido terreno ci moviamo invece coi cognomi 
derivati da nomi propri in -0 {-us) -om. Infatti il suffisso accre- 
scitivo -âne è ben lungi dal farci qui la formidabile concorrenza 
che sul terreno de' nomi in -/ -înc ci apparecchiavano il suffisso 
di discendenza e più ancora il diminutivo. Il diminutivo, ch'è 
insieme vezzeggiativo, s'attacca all'uomo appena nato e lo 
accompagna molto di spesso attraverso l'intiera vita, quali pur 
sieno le dimensioni che la persona venga poi acquistando. Onde 
non di rado sorge un comico contrasto tra le reali proporzioni 



1. Ne' nomi germanici puô anche rappresentare la risultanza meramente 
fonetica di -iviii o quanto meno la confusione de' due suffissi (Lupuiitus e 
Lupiiius, Liiidiiinus e Liitdenus, e altri. Cfr. Alhino e AJhitino, RF nnm. 340, 
applicati alla stessa persona). 

2. Puô anche rappresentare, naturalmente, un aggettivo sorto dal caso 
oblique : canipu Johannino = c. Johann in i[s] o [de] Johann ine. 

5. Era un' antica famiglia délie isole lorcellane ; v. Monticolo, Cronachc 
vene\iane anlirhisshne. Indice, p. 212. — Un altro célèbre cognome veneto, 
che potrebbe con qualche du'itto esser qui menzionato, è quelle dei Morosini 
(Maureceni -10- nelle carte : cfr. Maiiricius Maureceni Monticolo, 0. c, 
p 179), per cui cfr. il nomin. Maurici, Blanchi, p. 580. 

4. Sarebbe il primo una forma parallela a Mattejrc[ihts], Bruckner, 249, 
il secondo un * Roi fie composto di Rôd- Rôt- (Bruckner, 298 sgg.) e di -JriJ. 
La forma dialettale puô dichiararsi senza più dalla forma antica, che qui 
rappresenterebbe una giusta tradizione. 



t)ECLINAZ10\E IMI'ARISILLABA XIÎLLE CARTE O ITALIA 21 I 

del soggetto denominato mediante un diminutivo e il diminu- 
tivo stesso. Ben altrimenti avviene dell' accrescitivo, il quale 
non s'applica che nel caso concreto dell' uomo che lo meriti, e 
quindi, rispettoal diminutivo, un numéro di volte infinitamente 
minore. Poichè il diminutivo per un certo numéro d'anni ben 
s'attaglia a iiilti i figli d'Adamo, l'accrescitivo a ben pochi, e 
anche questi pochi, per la consuetudine contratta negli anni 
deir infanzia, possoncontinuare l'intiera vitaachiamarsi conun 
nome di forma diminutiva '. A buon dritto dunque riterremo 
che di regola i cognomi italiani risalenti a un nome proprio e 
uscenti per -oui (e -e) rappresentino la forma obliqua del nome 
stesso. E non son pochi; assai più certo, — pure astraendo dai 
nomi barbarici -, — che non sian quelli registrati nella nostra 
Usta, tanti di più che il completo elenco de' nomi latino- 
cristiani declinati sul tipo -o -onis dovrebbe farsi movendo dai 



1. In un paese di mia conoscenza, vivevano due Karlin aventi lo stesso 
casato. Per distinguerli si ricorse ailo spediente di chiamare Kàrlin grdnt il 
più grande e grosso de' due. 

2. Aiioni (e Anif, Ghe-ioni (e Ghe^:^), Opiyioni (e Opini), Boin\ioni, 
Alhii:(Oui (e Aïïnni), Befi~oni, Gindoni (e Guidi), Figoiii Gitigoiii {Wido o 
JVigo), Prandoni, Franconi, ecc. ecc. Sennonchè ne' cognomi troviam rap- 
prcsentati in assai maggior copia che non ne' dccumenti, — dove sono 
invero assai scarsi (dat. Gendfoni CDL num. 230, a. 864, gen. Trogulfoni, 
ih. num. 356, a. 886, gen. Briineugoni ib. num. 8, a. 737, gen. Adehnoni 
ib. num. 107, a. 826, Anselmoiii 161 a. 847, Antelmom abl. -ne 257, a. 874, 
ace. Luiionem [nom. Liu:^o HPM.,\'o\. I, num. 203] ib.num. 738, a. 972, gen, 
Lamhcrloni Giulini p. 72 (a. 1093), gen. Leupertoni TeiiperUvii Alpcrtoni 
Uucilpetioiii Koprandoni Gospraiidoiii, tutti nelle carte astigianedi HPM, vol. I, 
num. i68e 169, a. 990 ; 188, a. 998 ; 209, a. 1004; 170, a. 99i,gen.5d/Yw- 
goiiis gen. dat. Naviiigonis -ne RF num. 163 a. 799 ; 219, a. 816, dat. Aiisel- 
inoiiiib. num. 328, 880, gen. Rihcrtoiiis ib. num. 989, a. 1069, gen. Cailoiiis 
ib. num. 1504, gen. Caroloiii e Carîonis CDR num. 53, 60, 61. 88, 166, 
negli aa. 1073-1189, gen. e abl. Eiirigone ML vol. IV, p. 11 App. num. 100, 
a. IT22), — i nomi composti o i non famigliari o ipocoristici : Albertoni, 
Arrigoni, Origoni, Gilardoni, Bernaidoni, Fraiicescoiii, Gugliehiiotii, Astolfoiii, 
Lafraiicoiii, Liiisoiii, Carloni, ecc. ecc. 

* La forma di caso obliquo c quclladi caso retto si trovano insiemc a designare lo 
stesso santo in 5. Lucio c S. Liigiii:ioiu-, v. BoUettino storico d. Srincni iliilinna, XIII, 
t04-). Si traita d"un nome germanico. 



212 C. SALVIONI 

cognoni attuali'. Ma, per rimanere aile rispondenze dell' 
elenco nostro, ricorderemo, solo facendo appelle alla memoria, 
Ambrosoni -sic-, Augeloni, Belloiii, Cehoiii, Coslati:^o)ii, Da:^:{onij 
Donu'uiconi Menooni Moiiconi, Dokioni, Donaioni, Giorgioni, 
Fantoni, Giavanuoni Vannoni, Lan:^oni, Loren:^oni, La~:^aroni, 
Longoni, Luvoni, Maioni, Mai:^om, Magnoni, Marconi, Marhioni, 
Marioui Maironi, Martiîioni \ Moroni, Negroni, Polloni, Pedroni 
Peroni Perrotw, Pt);/-()n/, Roniaiioni, Rossone -ni, Siefanoni Steve- 
îioni. Pcr quant' c de' nomi locali, e non facendo qui nessuna 
distinzione tra nomi germanici e latino-cristiani, poco o nulla 
ha raccolto il Blanchi (X, 306 sgg.), ne io ho istituito in 
proposito nessuna ricerca ; onde mi limito a traire dalla mia 
memoria nomi come Avmdone (Soncino-Cremona), An:^one, in 
valle Mesolcina (cfr. An::p nel Bruckner, 223), dove la fonetica 
locale non permette di decidere se si tratti d'un genitivo, 
mentre lo permette il valmagg. Men:^QJ (il. Menooni 0^, che or a, 
dopoconosciuta l'esistenza d'un nome proprio Mf;/:^^ (Bruckner, 
285, RF, num. 553, 835), non esito a dichiarare dal geni- 
tivo Men:^dm (= -)s). Anche in BeUin:(ona (cfr. l'accus. 
Bilitioneui in Gregorio turonense; Holder sotto BilïtioÇuy) è 
da veder non altro che il caso obliquo, aggettivato poi e 
concordato con un sostantivo feminile, del nome proprio 
Beliio (y. Bruckner, 232) K Son poi da ricordare Liirago Mari- 
none (Como\ Mondiigone (y . più in là sotto Liipo -pone), Mon- 



1. Cfr. Agustoiii, Agostinoni, Baldasscroni, Cesaroiii, Pasqualoni, Siroiii, 
Benedettoni, Filipponi (il metaplastico Phiîiponus so d'averlo letto in una carta 
d'Ivrea délia fine del sec. xii o del prlncipio del successive), Gasperoni, 
Isepponi, Salvioni (il nome Salvio era assai diflfuso nel M. E., e si continua 
tuttodi anche nellaparentela Saîvi; cfr. del reste il toscane S. Salvi ^ Salvio 
Blanchi IX, 380), Tommasoiii, Gervasoni, Nicoladoni (cfr. Nicoîado in Krit. Jah- 
resher., VII, p. i», 122), ecc. ecc. ; dai quali esenipi si scerge anche quanto 
diffusi fossere i metaplasmi. Qui noterô anche Anirco)ii, Butlistoni, che sono 
analogie! e da giudicarsi forse come Judoni ecc. ; v. più innanzi a p. 272 n. 

2. Più ancora che Martinoni s'ode Martignoni. E siccome non par proba- 
bile che Martiuius avesse maggior séguito di Martimis, cosi gioverà 
ammettere in Martimui la dissimilazione di n-n per n-n. Un nome locale 
Martignotie occorre nel Bolognese. 

3. Sul nome di Belliniona mi prepongo di riternare quanto prima; per 
ora, V. BoUettùio storico d. Svii:(era ital., XV, 22 sgg. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 3 

teJnpone (Marche), Cortai:{one. (Asti) ', Cortandone (Asti) = 
« curte Tondoni » (cfr. curtetundoni curtcondoni curteandoni 
ap. Bruclcner, 329), Curtatone (Mantova) = « corte Attone » 
(cfr. curte Atoni AN, num. 132), FigOHioneÇPnvh) e Vigol^pne 
(Piacenza) « vico Unzone o Gunzone », Vimodrom (Monza; 
cfr. Vicus Moderoni CDL, num. 868), Vigan:^me (Lodi ; 
= vico An:^onis CDLod., num. 35), Vittadone (Lodi) = 
vico Tadone, Vittuone (Pavia) « vico Todone », Vimanone 
(Pavia) '( vico Mannone », Casielro^xp^ic, Cûsteldidoue, Castel- 
pon:::p}ic, tutti in provincia di Cremona, Roccavione (Cuneo; — 
-vione = Widonis) ^ — Nel campo degli appellativi, a suo 
luogo son ricordati l'a. sa. aioni, il nap. vavônc, il friul. avon e 
von, avo, 'cheben richiamano il ïranc.îîonnones (Philipon, 247), 
venuto pero al significato di « monaci », nonchè i côvsi sucerâni 
c bahçni; qui vada anche il roman frateUonc, confratello, del 
quale è discorso in Stiidi di fil. rom., VII, 191. Nella Lombardia 
è comune sing. iôs, ragazzo, pi. toiçw (che puô passare alsing.), 
e nelle Alpi lombarde, il suo sinonimo mat pi. matçn 4, cosi 
come neir Ossola si ha wâtar, ragazzo, pi. luatarôh. C'è anche, 
neir Italia settentrionale e nella Francia méridionale, la bella 

1 . Cortaiione non è punto 'corte Azzone' come a prima vista parrebbe, 
ma « corte Sedone » (cfr. Curte seonis e Curte sedonis HPM, vol. I, num. 5 18 
e 524, aa. 1161 e 1164. Asti). La risultanza ultima di questa base sarebbe 
stata * Corain o tuttalpiù * Cor feçôiï, che avrebbe dovuto dare nella ricostru- 
zione aulica un * Cortessone , o fois' anche * Corte:{ione ammesso che il :{i;^ 
ricostruisca falsamente ss. Riman quindi misterioso Va. 

2. A Pavia c'era una chiesa di S. Maria Perone cosi chiamata dal fonda- 
tore di nome« Pietro ». 

3. Andrà con essi Yavd, zio, di Valtournanche (Aosta), comunicatomi 
dal dott. Clem. Merlo. 

4. A proposito délia base radicale di questa voce, è notevole che a Cam- 
podolcino si abbia ni^t (plur. maton) di fronte a mat pazzo, rat topo, gat 
gatto. Equantoalla sua parte formale, è da rilcvare come in qualche terra del 
Novarese (Cerano, Marano, Bellinzago) s'abbia mattd plur. -ttdi, mentre in 
più altre terre dello stesso territorio si ha sing. matt plur. mattdi. Il territo- 
rio stà a cavalière tra la Lombardia e il Piemonte, e perô vedremo in mattd 
l'incontro di matt col suo sinonimo pi'rmontcse ch'è masiid, incontro che in 
alcuni luoghi s'ù compiuto solo nel plur., ottenendosi cosi quella forma 
più pesante che, in qualche dialetto, é preferita per il plurale dei nomi di 
parentela (v. Rendic. Isl. tonih., s. II, vol, XXX, p. 1505). 



214 C. SALVIONI 

controparte del lomb. madrane, nel plur. padron ecc. antenati 
« padri » (v. Arch. glott. it., \, 455 n.; XI, 301,371; XII, 419; 
e cfr. il lad. babiins antenati), che pur pu6 passare al singolare 
col significato di « monaco », di « padre » nel senso mona- 
stico (v. Studi critici dedicali ad Art. Graf., p. 402, sotto 
« patron »). Rimane ancora si ricordi un bel doppione deri- 
vato dalla declinazione imparisillaba di La:{arus (v. più in h\) 
e c'ioè lai:(arône allatoa lâixftrc '. 
E passiamo agli esempi délie carte. 



I. A -ANE 

A. — MASCOLINI. 
a. Appellativi. 

barba -banc {CIL, IX, 6402). AUato a barha (più raramente 
a barbas ^), occorrono promiscuamcnte, e senza distinzione tra 
caso retto e caso obliquo', il tipo harbnne e il metaplastico 
barbàno. Ambedue sono ben antichi, e vedine Bluhme, 30, 
Sittl, Wôlfflin's Archiv, II, 580. Ora gli esempi délie carte : 
barbànc ecc, ML., vol. IV, p. i, num. 38 (due volte ; a. 731), 



1. Circa alla continuazione del tipo flessionale in nomi propri di batte- 
simo, è certo importante di ricordare che a Venezia, ancora a principio del 
sec. XIV, la stessa persona poteva indifferentemente chiamarsi Pero e Perun 
(v. Levi, I ynomimenti del diaktto di Lia Maior,àovc un Pero Floca, nominato 
con molla frequenza, compar due volte corne Perun : cf. 20 r, 1. 3-4, e f. 27 
r, 1. so). 

2. E' in questa forma che il Bruckner, 0. c, p. 202, allega la parola 
(ch'egli persiste a ritener germanica) nel suo glossario. Anzi, a p., 40, avanza 
egli l'ipotesi che addirittura si tratti di un tema hirhis- (v. anche Cbarak- 
terisiikd. ^erw. Elem. im ItaL, p. 16). Naturalmente, si traita invece di un 
-s analogico, proveniente dai molti nomi propri in -as, forse anche da ahbas 
cui stà allato ahha. E v. Paris, Romaiiia, XXIII, 336 n. 

5. La quai confusione è tanto più curiosa in quanto alcuni testi volgari 
ancora distinguano tra il tipo nominativale, adoperato nel singolare, e il 
tipo di caso obliquo, adoperato nel plurale. Vedi. Rendic. Ist. lomb. s. II, 
vol. XXX, 505, e anche, ma con minor sicurezza, Arch. glott., XVI, 418. Il 
notevoic fatto par che si verifichi tuttora nelF Istria (v. Ive, p. 50). 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 5 

54 (tre volte; a. 761), p. 11, num. 93 (a. iO)i), CDT p. 11, 
nuni. 41 (a. 794; nom. pi. barbanis), CCav., num. 68 (e v. 
Arch. glolt. h., XV, 332), CDL, num. 78 (a. 804), 206 
(a. 859), 234 (a. 865), CDP, num. 7o(a. 985), HTM, vol. I, 
num. 220 (a. ioio.Novara),Z)i^, num. 25, CD5t?., II, col. 673-4- 
5-6 (a. 1068); barbàno qcc, RF, num. 31 (a. 751), I22(a. 778), 
184 (a. 807), 317, ML, vol. IV, p. I, num. 98 (a. 786), V 
p. II, num. 246 (a. 794), 376 (a. 811), 305 (a. 803), p. m, 
num. 1257 (a. 939), 1391 (a. 961), 1545 (a. 893), vol. IV, 
p. Il, num. 85 (a. 1018), 92 (a. 105 1)', CDT, p. i, num. 69 
(a. 767), p. II, num. 41 (a. 794), CDB, vol. V, num. 87 
(a. 1136), e si scorrano gli Indici degli altri volumi-, HPM, 
vol. I, num. 334 (a. 1049. Novara), 358 (a. 1064. Pinerolo), 
401 (a. 1085. Genova, perla quai città v. anche Parodi, Arch. 
glott. //., XIV, 14), 420 (a, 1095. Monferrato), CDLod., num. 
47 (a. 1090), III (a 1145), CDBc, vol. II, col. 961-2 (a. 1131), 
CDR, num. 123 (a. 1153), ^ occorre pur nelle carte trentine 
(v. Malfatti, Degli idiomi parlati auticain. ne] Trentino, 49). — 
Direttamente promosso da barbàno ', come ha ben veduto il 
Mever-Lùbke5, e insieme dal suo corrispettivo feminile tiana, 
è poi tiano e Zj zio, RF, num. 214 (a. 815), 320 (a. 876), 
CCav. e CCaj., Arch. glott., XV, 360, XVI, 27. 



1. Cfr. anche per qd. Lopo Barhano et suis consortibus, ML, vol. V, p. m, 
num. 1702 (a. 995). 

2. Nel CD5, è fréquente pure il derivato harhaneus. 

3. Per quanto la cosa possa parère intuitiva, pure vi contraddicono il 
Tappolet, Die rom. Verwandlschaftsn., 95 n, e il Bertoni, Zst., XXIX, 344. 
Ma la cronologia, nelle carte di que' territori che conoscono intieme bar- 
bàno e tid)w, offre un dato oggettivo a favore délia desi del Meyer-Lûbke. 
Infatti, nel CCav., barbanes è in una carta dell' 848, tianu in altra del 1004, 
nel RF, barbàno, occorre prima nel 751, tiano nell' 815. Se poi il Bertoni, a 
giustificare la derivazione per -dnit, pone su d'unastessa linea ^iano e il franc. 
marraine, egli mostra di dimenticare che mentre :^/o e i^iano dicono la 
siessa cosa, non cos'i mère e marraine, e che qui perô il suffisso ha una giu- 
stificazione spéciale, quella stessa che ha nel fiUana, figlioccia, d'una carta 
pisana (v. Blanchi, 0. c, p. 410 n), dove quindi non potremo ravvisare la 
declinazione filia -liane- cfr. il côrsojigliano -a, rum.Jin -nd, alh.fijan, figlioc- 
cio -a, Densusianu, Hist. de la îangu; rotim., 162, Gartner, Darst. d. rum, 
Spr., 214. 



2l6 C. SALVIONI 

se ri b a -banc. Von conosco che lo scrivaiw -nés allegato dal 
Bluhmc, p. 30. e dal Sittl, Le. Nclle carte, quasi sempre scriva, 
più raramente il metaplastico 5Tn7'^;?//5(C/)5, I, num. 43, 68, 
70, ecc). 

h. N omi propri '. 

Andréa -edne : nom.- Andréa dat. Andreani, HPM, vol. 
II, num. 156. (a. 982. Novara), s. Andreani, ib., num. 22 
(a. 840. Asti), VitaJis Andriani, « Vitale di Andréa », CDR, 
num. 211. E andramo forse corretti in Andreani il s. Anderani 
di DR, num. 48, e il s. Andreani di HPM, vol. I, num. 148 
(a. iioi. Biella)"'. 

1. Restan cronologicamente esclusi dal nostro assunto i mascolini gotici 
in -(/ -iint\ per cui si hanno esempi e dall' Italia e dalla Gallia e dalla 
penisola iberica. V. Philipon 208 n, 245, Bonnet, Le latin de Grégoire de 
ToM/i, p. 380, Meyer-Lùbke, Z./Wa«., XXIV, 413, Menéndez Pidal, Manuaî 
elemental de gravidtica historien espailola, 2» ediz., pp. 17-8, A. de Azevedo, 
O territorio de Anegia (estr. da O Archeologo Porttigiiés, vol. IV, nn. 7-9), 
pp. 7-8, Wrede, Ueb. d. Sprache der Ostgoten in Italien, 183, e passim, di 
su il quai ultimo libro si puô mettere insieme questa lista : * Butila dat. 
Butilani p. 113, *Gattila gen. Gattilanis 81, *Helba abl. Helhane, Ebhvie, 37. 
38 (v. anche p. 80), Manna gen. Mannanis -ni, 156, Oppa abl. Oppane 126, 
Ouidila ace. Quidilanevi i'^o,Sindila gen. Sinthilanis, 142, * Tataacc. Tataneni 
124, Thanca abl. Tancane 131, Triuua abl. Triuuane 78, Tritta gen. Trittani 
93, Vera dat. Verani -no 123. Saranno forse da aggiungere Thelidanus p. 
90, 108 e Pitiamum (1. -numT)']2, formazioni metaplastiche dai casi obliqui 
di Teoda 56 e Pit^a 'j2. — Il dott. AI. Sepulcri ha poi la cortesia di pormi 
sott' occhio le Vilae sanctonim Colunihani, Vedastis, Jolkvinis di Jona (ed, 
Krusch; Hannover e Lipsia 1905), da dove si ricavano Domiia gen. DoDinane, 
Hunna dat. Hunnane, e abl. Attilane ; v. gli Indici. 

2. Nelle carte da noi esaminate il nominative puô comparire anche quale 
rappresentante dell' accusât, grammaticale ne' costrutti infinitivali (constat 
Petrus fecisse), e nella apposizione di altra parola, quai pur sia il caso in cui 
questa si presenti (p. es. terra lui Petriis, dedi tibi Peints, dédit viihi Petriis 
=z diede a me Pietro, ecc). 

3. Andreals], in quanto non si declini secondo la i^ decl., segue spesso 
nelle carte medievali il tipo Andréas -die, di cui s'è toccato da ultimo in 
Krit. Jahrcsbericht, VII, p. i, 122: gen. Andreatis ace. -atem abl. -ali, RP 
num. 9 (a. 745), 12 (a. 747), 22 (a. 749), gen. Andreade -di -ti, CDI, 
aa. 933, 977, 1074, nom. Tumatus (dai casi obliqui), AN, num. 14 (a. 789). 
Dello stesso tipo di flessione : Johannace Helliadi « Giovannace di Elia » 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 21 J 

*Ansi-e*Ansetrida-dane: s. Ansifridani -se- RF, num. 8 
(a. 745), 20 (a. 748), 33 (a. 752). La seconda parte del com- 
posto va certamente col Fridani -ne di cui il Blanchi, o.c, 
pp. 373, 409, e che si ritrova nella carta chiusina (a. 771) che 
il Mever 0. c, pp. 245, 6, riproduce dal Troya (v. anche 
CDT, p. I, num. 77). Tanto in questa che nella carta lucchese, 
la forma obUqua è passata al nominative, e lo stesso puo 
forse presumersi, ove pel nominative vi fosse occasione, del 
RF. Per il suo Fridani -ne il Meyer pensa a un t. Fridan-, e di 
questo stesso esempio, — il solo ch' egli conosca, — il Bruckner 
(p. 248) non pu6 ragionar bene, visto ch'egli lo considéra corne 
feminile. Ma un masc. Frida, assai bene intuito dal Blanchi, è 
provato dal masc. Ajfreda, RF, num. 1280 (p. 272), dal fré- 
quent! mascolini pure in -freda del CCav. : Confreda, num. 23, 
27, 34, 49, 50, Pelelfreda 49, 50, Adelfreda, 38, 52, Ansfreda, 
34 (questo dipartlcolar interesse per noi), Rofrida 1 1 (cfr. Rof ri- 
da iudice e gen. Roffrede, RS, num. 46, 212)'. V-a del quali 
esempi ha la curlosa conseguenza dl far comparlre parecchie 
feminefra 1 testlmoni : ego Walfreda filia... teste, CCav., 16, 27, 
30, ego Gaidelfreda filia... teste, lé, 24, qcc, — e di far cre- 
dere persino al de Bartholomaeis {Arch. glott. it., XV, 252) 
che tutti quel noml, ad eccezlon d'uno, sieno de' femlnlli! 

Baronta -tane : nom. Baronta gen. Barontani ap. Blanchi, 
0. c, pp. 367, 409, da carta dell' a 731; dove perô è danotare 
che il gen. Barontani si referisce ad altra persona che non a 
quella figurante al nom. e gen. come Baronta -te nello stesso 
documente. Lo stesso nome, ugualmente declinato, compare in 
una carta francese del 739 (v. Philipon 211)-. 

CDI, a. 960, S. Mdiiiaduin S. Mamma (v. Bianchi, Arcl}. gtott. it., X, 347 
aggiungendo un nuovo esempo del genit. Andreaii ML, vol. V, p. 11, num. 742, 
a. 857), CDR, num. 166. 

1. Cfr. il cogn. Giiifrida. 

2. Sarà di formazione analoga a Baronta il Mauninta, del RF, (Bruckner 
285, s. 'Mauronto') provato anche dal gen. Maurunte, ML, (Bianchi 580). 
Orbene, crederei che la traccia dello antico obliquo in -âne si riscontri anche 
per questo nome nel nom. Morantaniis (cfr. Moronio, Bianchi ib.), gen. 
Morentani, RAL, num. 77 (a. 1032), 166 (a. 1058), 217 (a. 1069). E che 
saranno Caremtani{s. C-), ib. num. 293 (a. 1079)6 {s.) Berglilntani, ib. num. 
215 (a. 1070)? Per la vocale, cfr. Baritita, RF, num. 1280 (p. 238). 



2l8 C. SAI.VIOXI 

*Frida - dân e; v. qui sopra. 

Oliva (o -ba?), -vâne : s. Olivani' ftlio RAL, num. 177 
(a. 1061); V. Philipon, 210, ecfr. il derivato OlivaneJli, RALt 
num. 139 (a. 1050) -. 

B. — FEMIXILI. 

0. A p p e 1 1 a t i V i . 

a mita - tane . V. Sittl, I.c, e per Lucca (dove già nel 77e 
siamo al meiAphsiico awitana), ML, vol. V, p. 11, num. 162, 
a. 776 (v. Blanchi, Arch. glott. it., X, 410 n); del resto, de 
amitaiie, CDL, num. 74 (a. -769). 

aldia-diâne. Il sing. di questa voce quasi non ha occasione 
nelle carte, onde risulta ben prezioso il solo esempio (ahlat. 
aldiane -nevi) che ne offre il CDL, num. 41 (a. 771). Nel plu- 
rale ^ invece, essa ricorre in quasi tutti i diplomatari délia 
regione méridionale e centrale, in parte colla sua schietta fles- 
sione in parte come metaplasma (ace. pi. aldianas)"^ : aldiane 
= -nés e aldianis, DA, 56, 58, 138, -ncs ML, vol. IV, p. i, 
num. 65 (a. 767. Correggi perô aldionibns et aldiones m ald. et 



1. Forse già da un nomin. *Ol!vauiis. C'è anche/ara Liha>ii, Fara Olivana, 
CDL (a. 915. V. Mazzi, Corogr. herg. 246), ma non oso giudicarne. 

2. Discuto in nota qualche caso singolare. Nel RF, num. 8 (a.- 745), 30, 
34, compare un Lucanus di cui non so décidera se sia il metaplasma di un 
Liica -cane, ose continui il lat. Lucanus. In MR, I, 85 (a. 1018), si legge Uga- 
nus, nel quale, se non v'ha una lezione o scrizione errata per Ugonus, par- 
rebbe di vedere il metaplasma di un Hnga -gcine di tradizione gotica. Cohiiii- 
banus (cfr. anche dai. Palinnhino, RF, num. 1194) e Coluiiibu ci si offrono 
insieme, quali nomin., in HPM, vol. I, num. 50 (a. 603 ; apogr. del sec. XIII), 
e rappresentano una tradizione ben diffusa, poicliè anche il nome del santo 
compare nelle due forme (v. p. es. la vita bcrittane da Jona, di cui in una 
délie precedenti note). Non improbabile certo che la doppia tradizione del 
nome dipenda da un antica flessione nom. CoUmiba obi. Cohwibdne. Lo 
stesso dicasi di Ros:u e Rostani (cfr. Rostanus, MN, vol. I, p. 295), adoperati 
promiscuamente in HPM, vol. I, num. 50 (a. 895. Asti). 

3. Di aldianis, abl. dat., è difficile affermare, viste le condizioni generali 
délia declinazione, se si riferisca a un nom. aldianae o a un nom. aldiancs. 

4. Occorre anche il tipo ahliae -diariim, p. es., in CDL, num. 454 
(a 914), 231 (a. 864), 553 (a. 938), RF, num. 183 (a. 806), ^cc. Ne manca 



DHCLINAZIONE IMPARISTLLABA NELLE CARTE D ITALIA 219 

aUiaiii's; v. vol. V, p. ii, num. roi), V, p. ii, num. 532 
(a. 836), -lus -iiibiis, CDL, nuui. 51 (a. 774), 80 (a. 806), 84 
(a. Soj ; proaldianes), 162 (a. 847), 402 (a. 903), 389 (a. 901), 
ecc, CDBe, vol. II, col. 523-4 (a. 1026), HPM, vol. I, num. 32 
(a. 874. Novalesa), 84 (a. 934.Acqui), 180 (a. 99e. Vercelli), 
WAs num. 3, (a. 753; apogr.), MR, vol. I, num. 61 (a. 981), 
CDP, num. 52 (a. 969), CDl, aa. 921 e 929; aldianas RF, 
num. 276 (a. 831), 371 (a. 920), ML, vol. IV, p. i, num. 114 
(a. 795), CDL, num. 377 (a. 898), 381 (aldiaiiabiis ; a. 898), 
403» 534. 535. 607, 760, ecc, CDBe., II, col. 523-4, 537-8, 
(a. 1026), HPM, vol. I, num. 180 (a. 996. Vercelli), 256 
(a. 1023. Novara), AN, num. 81 (a. 930), 87 (a. 945), 104. 

a via -viàne nonna : gen. aviani, più volte in CDL, num. 
236 (a. 865 ; apogr.). 

domna-mnane : nom. douma dat. donmani, tre volte in 
CDL, num. 401 (a. 902). Inoltre, c'e a Pavia una chiesa ancor 
oggi chiamata in linguaggio forbito S. Giovanni Domnarum, nome 
che popolarmente o è ridotto a S. Giuvan Diinà o è tradotto 
per S. Ginvaii di don. Ne' documenti la chiesa è pur detta Dom- 
narum {ccclesia s. J. qnac niiiiciipatiir Domnarum, CDL, num. 
57e, a. 946), ma anche trovo quac muncupatiir Domnan, CDL, 
num. 507 (a. 924), qaidiciiar Domnam, ib., num. 534 (a. 929). 
Il -m potrebbe qui stare erratamente per -n o fors' anche per 
-ni, ma in domnan si ode la schietta continuazione popolare di 
donàn == domnanes o -aniim. 

femina-nane. Si \egge defendendi a femenanis « difendere 
dalle femine )),in un doc. del 1163 dell' abbazia di Morimondo 
inserto nel cartolario manoscritto di detta abbazia ch'è stato 
procurato da Ceiso Bonomi e si conserva alla Nazionale di 
Brera in Milano (AE., XV, 36; v. p. 45e, n. i6r) '. 

mo nach a -chd ne : de monachane 'délie monache' CDP, 
num. 167 (a. 1054; ma apogr. s. XII ex.). 



il tipo aUia -clionis, di cui in una dellc seguenti note : aldiones CDL, num. 
215 (h'is), -dionibin ^4j, e, con meta.phsmo, iildioiiabiis 561 ahîionas HPM, 
vol. I, num. 256 (a. 1023. Novara), aldioiiibiti, ML, vol. V, p. m, 
num. 1773 (a. 993). 

I. L'esempio nrècortesemente segnalato dal dotto studioso Signor Cons. 
dott. Gir. Biscaro, délia Corte d'Appello di Milano. 



220 C. SALVIONl 

scripta -ptdne. Si chiamavano scriptaues (nelle carte 
occorrono scriptanes accus., scriptanihus, scriptanaruni) ne' doc. 
milanesi de' sec. xi e xii, délie « donne certamente religiose, 
perché intervenivano aile funzioni ecclesiastiche, col resto del 
clero, ma che non abitavano ne' monisteri » e i cui nomi 
« erano scritti in alcuni cataloghi o brevi, onde furono chia- 
maie scriptanes » ; v. Giulini, McDiorie spettanti alla storia délia 
città di Milano, 2" ediz., vol. II, pp. 193-4, m^ 79 1- 

tia -idne zia. Siamo già al metaplastico tiana in ML, vol. V, 
p. ii,num. 316 (a.Sof), RF, num. 285 (a. 843), 337 (a. 890), 
dove la voce è ripetuta ben quatro volte, plur. ~iane, CCaj. 
(a. 1103), Arch. glott. it., XVI, 27. 

h. Nomi p r o p r i ' . 

Africa -cane: nom. Africa gen. -caui, DR, num. 36 
(a. 1068). 

A ha -h âne: nom. Aba dat. Ahani, CDL, num. 214 
(a. 861). 

Aemilia -liane: nom. e gen. ImmiJia gen. Immiliani, 
CDP, num. 100 (a. 1015). 

Aida Auda Olda -dâne : nom. e ace. y^Wa; gen. e dat. 
Aldani CDL, num. 607 (a. 955), 872 (a. 993),/. Aldani, 
HPM, vol. I, num. 341 (a. 1054. Novara), gen. Aldaîii, 
Parodi, Arch. glott. it., XIV, 13; nom. Auda gen. dat. Audane 
-ni, CDL, num. 892 (a 995); nom. Olda dat. Oldanis, CDR, 
num. 58 (a. iioo), 62 (a. iioi). 

Amiza -zâ ne : nom. Ami^fi, gen. Amizani, DR, num. 31 
(a. 1062), 34 (a. 1068). 

Antela -Idne : a sera Antelani, CDL, num. 627 (a. 958). 

Atola -Idne : nom. e ace. Atola gen. A tôle, gen. e dat. 
Aîolani, DR, num. 25 (a. 1048), 50 (a. 1087). 

Atta -ttdne nom. Atta, gen. e dat. Attaui -ne, CDL, 
num. 784 (a. 978), 879 (a. 993), carte Attani, ib., num. 14 
(a. 753 ; apogr.). 



I . Ricordo in nota i fem. Leudeherta abl. -tane, e Wilsinda abl. -dane « ex 
génère Saxonorum », nelle Vitae di Jona ricordate qui addietro (v. gli Indici 
del Krusch), e l'abl. Miisane in Paolo Diacono (v. Bruckner, o. c, 284 s. 
'Masa'). 



DECLINAZIOXK IMI'ARISILLABA NKLLH tlAKTK D ITALIA 221 

Bassinia (Holder s. 'Bassiniâcus') -niàne : Gregorins de 
Bascnianc, HPM, vol. I, num. 88 (a. 940. Asti) '. 

Bel la -11 âne : Marlinus qui dicilur Bellani, CDP, num. 
loi (;a. 1016), nepoics Bellani, RF, num. 1251 (a. 1094). 

Bellaxia -xiâne : nom. Bellaxia, gen. e dat. Bellaxiani, 
CDL, num. 557 (a. 941). 

Benedicta -ctdne : nom. Bcncdicta, gen. e dat. Benedic- 
lani, CDL, num. 557 (a. 941), gen, -ctani, num. 993 (a. 1000). 

Berga -gane : torse villa que dicitur Bergani, CDP, num. 
47 (a. 964), 115 (a. 1027), 184, e Ursi Vergani, RF, 
num. 1230, p. 265. 

Berta-tdne : nom. Berta, gen. dat. Bertani, gen. Bcriane, 
HPM, vol. I, num. 191 (a. 999. Novara), 272 (a. 1028. 
Torino)-, 273 (a. 1028. Pinerolo), 274 (a. 1028. Torino) ', 
gen. Bcrta e Bertani dat. Bertani, CDBe., II, col, 723-4 
(a. 108 1), Johannis qui dicitur Bertani, CDE, num. 104 
(a. 1019), 127 (a. 1033), 171 (a. 1035), Martino Berianis, 
ib. num. 154 (a. 1049). 

Bertilla -11- Bertilâne -11- : nom. e gen. Bertilla -II- lie 
gen. e dat. Bertilani -ell-, CDL, num, 735 (a. 972), 789 
(a. 972) 682 (a. 964). 

Bertillia -lliane : gen. Bertilliani, CDL, num. 764 
(a. 975), ma il nome si confonde col précédente, come appare da 



:. Bascniaiie puo qui essere direttamente un nome proprio. Credo tuttavia 
che sarà più prudente vedervi un nome locale derivato dal nome proprio 
([lena de] Bascniaiie). E il nome locale ci si offre spontaneo nel Bassignana di 
Alessandria. 

2. Nellostesso doc. c'è anche Bertani che a me par di dover leggere Bertani, 
come qui indietro s. « Andréa » e s. « Bertillia » abbiamo visto un -m maie 
letto per -ni, e come più altri analoghi casi s'incontreranno. Gli è che i tras- 
crittori di pergamene, mal raccapezzandosi davanti a una forma in -ani, si 
trovavan portati a leggere senz' altro -ain ; e cosi lo stesso Gloria deve 
neir errata correggere in Ciciliani un Ciciliani délia sua trascrizione, e un 
s. Livam è corretto per 5. Lïvani dal Philipon 238. Non che in qualche caso già 
l'originale possa avère -m, ma questo sarebbe in ogni modo molto insolito, 
e generalmente nonandremo errati, quando, imbattendoci in un/. 05. Bertani 
ecc, leggeremo -ni. Cfr. del resto anche s. Vilîam = s. Vittani (da Villanits) 
RAL, num. 106, e Amicom =z Amiconi più in là a p. 231 n. 4. 

5. Qui anche il nome locale Satahertani Salih- (= Salbertrand) HPM, 
vol. I, num. 277 (a. 1029), 304 (a. 1038. Susa). 



222 C. SALVIONI 

nom. e gen. Bcrtilla -lie; gcn. Bcrlilliaiii (1. -ni), CDLod., 
num. 22 (a. 991). 

Blanca -cane : da tcrciaBlancani, DR, num. 34 (a. 1068), 
cioè « J./. [terra] 5. » ', hoiiiines qui dicimiiir Blancani, AN, num. 
143 (a. 1038). E sarebbe assai prezioso, perla sua provenienza, 
il /. Blancani, del CDT, (v. Bianchi, o.c, 409), ove non insor- 
gesse il dubbio accampato dallo stesso Bianchi e che trae forza 
appunto da ciô che 5/^nrrt/z/ sarebbe nelle carte toscane quasi 
l'unico esempio di un feminile cosi declinato -. 

Bon a -nâne : nom. Bona, gen. dat. Bonani, CDL, num. 
883 (a. 994), DR, num. 56 (a. 1094), abl. Banane, DR, 25, 
Ursus de Banane, CDI, a. 932,/. Banani feniina, HPM, vol. I, 
num. 411 (a. 1089. Biella). 

Bruna -nane: nom. Bnina e s. Bninani (1. -ni) HPM, 
vol. I, num. 282 (a. 103 1. Biella). 

Burga -g âne : nom. Biir^a, gen. abl. Burgani, HPM, 
vol. I, num. 68 (a. 910. Asti), /. Burgani, DR, num. 30 
(a. 1062). 

Caecilia -liane: nom. e abl. Cicilia, gen. Ciciliani, 
(e Ciciliam =-ni), CDP, num. 58 (a. 972),/. Geciliani, DR, 
num. 41 (a. 1074). 



1. Tali formule, di cui si son già visti più esempi, occorrono con somma 
frequenza in tutte le carte quando si tratti di descrivere i confini d'una 
proprietà. Ne v' ha nessun dubbio che il nome proprio vi stia al genitivo. 

2. E perô rinfiancato, nello stesso CDT, p. I (num. 65 ; a. 765. Chiusi) da 
terra Blancani, es. non so se sfuggito alla diligenza del Bianchi o da lui volu- 
tamente negletto. — Le scambio di vocale su cui il Bianchi appoggia i suoi 
dubbi intorno a Blancani, è di quelli in cui gli editori di diplomi incorrono 
con una certa frequenza; cosi leggo s. Anihroxiani per -oui o -wii in CDL, 
num. 387, A'N,r\um. 60, 5. Doiniuicani, DR, num. 42 (si tratta di un testi- 
monio), s. Boni^ani per -oni o -nui nel CDBe., .'ol. II, col. 525-6, e ail' incon- 
tro /. Vidalioni per -ani ib. col. 565-6, ecc. Onde ben potrebbe darsi che 
anclie nelle carte nostre qualche -dni stia per -ôni. duanto aile ML in ispe- 
ciale, noi perô già vedevamo come il Bianchi avesse torto di dubitare di 
Fridani. — Del resto, per tornare a Blancani, c'é Rolaudns de Bhvicano, RF 
num. 1067 (a. 1082), dove Blancano e potrebb' essore un errore per Blancane 
(obi. di Blanca) o anche rappresentare un np. Blancanus fondato su d'un 
aggettivo dipendente alla sua volta da un genit. fem. Blancani (cfr. Contareni 
e Contarenus più in là, s. « Guntari »J. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA N'ELLE CARTE d'iTALIA 22 3 

Celsa -sa ne : nom. Cclsagen., dat. e ace. Celsani, gen. 
Celsajiis, DR, num. 48 (a. 1084), 58 (a. 1096). 

Crescentia -tiàne: nom. Griscncia ', gen. Crisenciani, 
CDL, num. 976 (a. 1000). 

Ch ristina -nâne : nom. Christina, gen. Cristinani, CDL, 
num. 862 (a. 992), gen. Cristinani, HPM, vol. I, num. 228 
(a. ion. Novara), e sarà forse da leggere cosi pure il Cristiani 
dello stesso documente. 

C 1 a V e n n u 1 a - 1 d n e : nom . Clavcnola, gen . Clavenolanis 
-II-, CDR, num. 54 (a. 1092), gen. e abl. CJavenolani, -nu-, DR, 
num. 16 (a. 1034). 

Critu na -nâne : a meridicvia cl Critunani, CDL, num. ^ i r 
(a. 904). 

Cumperga -gdne : /. Cuiiiperganis, DR, num. 54 
(a. 1092), 57 (a. 1094). 

Dominica -cane : nom. Doniinica, gen. edat. Dominicani, 
DR, num. 22 (a. 1041), da îcrcia Domiiiicani, CDL, num. 888 

(a. 995)- 

Doda (RF, num. 1036) -dane : silva Dodani, HPM, 

vol. I, num. 353 (a. 1062. Novara). 

Domna -mnane : Uberti qd. Donnane, ML, vol. V, p. m, 
num. 181 5 (a. 1121) e si retrova forse nel pure metaplastico 
Dumnaita -âiiain, CDB, vol. V, num. 87 (a. 1136)-. 

Druxa-xâne : Laurenciiis Dnixani, CDR, num. 178 (ctr. 
Johannes Driixa, ib.). 

Eba -bdne : Ana f. Elmiii, HPM, vol. I, num. 248 
(a. 10 19. Genova). 

Emma -m md ne : occorre più volte l'obi. Eiiiniaiii (ïn una 
cogli errati Eiini- Einiu-) in HPM, vol. I, num. 133 (a. 969. 
Novara). 

Ermiza-zdne : nom. e abl. Eniii~a, gen. Ernnji^ani, DR, 
num. 32 (a. 1067). 

Ficia -idne (= Officia} Cfr. Officia, ML, vol. V, p. m, 



1. Circa al G- di questa forma, v. s. « Crescentio » più in là, e cfr. Gre- 
xeiicius Arch. glott. it., XIV, 8. 

2. Il np. Donaiid compare in HPM, vol. I, num. 463 (a. 1129. Novara). 
Sarà certo un metaplasma, ma non saprei dire se da Domna Donna o da Dona 
fera, del nome proprio Dow (Bruckner, 512). 



224 C. SALVIONI 

num. 141 5, <t Ficia, -ciac, RAL, num. 30^, CDL, iium. 854) : 
Joh. Fitiam -cia- CDBe., vol. II, col. 891-2, e 897-8 (a. 1117). 

Flora -râne : nom. Florauc, CDL, num. 377 (a. 898). 

Framiza -zâne: Marcbisi Fraini:^ani, CDLod, num. 128 
(a. 1148). 

Franca -cane : nom. Franca, gen. Frmicani, CDP, num. 
42 (a. 954) /. Francani, HPM, vol. I, num. 40 (a. 1085. 
Genova), s. Francani (l. -ni), Vcrci, St. d. Marca triv. e ver., 
I, doc. 4 (a, 954) '. 

Fraxia (= Eufr-Ï) -xiâne : nom. e dat. Fraxia, gen. 
Fraxiani, DR, num. 32 (a. 1067). 

Fusca -scâne : nepos Fuscani, CDI (a. 932). 

Gaiperga -gdne : /. Gaipergani, CDI, a. 932. 

Galla-lldne : nom. Galla, gen. Gallani, CDL, num. 11 
(a. 745)- Si tratta di due diverse donne, la zia e la nipote. 

G a u d e n t i a - 1 i d n e : Johannes Gaudcn~am, CDR, num . 
178. 

Gausa.-sane : dat. Gausani,nt\ doc. 104 ap. Meyer (o.c, 
p. 180), che lo toglie dal Troya (v, anche Fôrstemann, Alid. 
Nanienb., 2^ éd., s. Gauda). L'esempio è notevole in quanto 
provenga dal mezzogiorno délia penisola nostra. 

Gaza -zdne : gen. Ga:^ani, v. Parodi, Arch. gloit. it., XIV, 
13, Petrns Gha~ane ML, vol. V, p. m, num. 1701 (a. 995). 

Gisa -sdne : valle Gisani, CDP, num. 42 (a. 954) [cf. 
Johannes de Gisa, ib., num. 125, ecc.]. 

Georgia -gidne : Martino qui dicitur Zoriiani, CDP, num, 
72 (a. 988), due volte. 

Gisla -sldne : nom. Gisla, gen. Gisle e GisJani, CDL, 
num. 76e (a. 975), abl. Gislane, num. 768 (a. 975), Mafeus 
Gislaiii, CDR, num. 178, e spetterà qui anche da una parte 
Gixilani, CDR, num. 62. 

Grata -tdne : nom. G/vzi/rt, obi. Gradane, CDL, num. 11 
(a. 745) ^ 



1. N'è forse il diminutivo nel ni. vallis Francolani (c Flang-) CDDLod., 
num. 52. 

2. lo qui porrei anche il Boiiipnuulis et Graiii iin^dliluis di HPM, vol. I, 
num. 154 (a. 981. Asti), nel cui Grani vedrei un *Graivn *Gra[d]ani. La 
scomparsa dcl -/- si documenta ad .Vsti già un secolo prima col nome locale 



DECLIMAZIONE IMPARISlLLABA NËLLE CARTE D ITALIA 2:2 5 

Grima -m âne : gen. Grimaui, CDL, num. 215 (a. 861), 
da istam Grimaiie (= d.i. [rerra] G-)HPM, vol. I, num. 194 
(Novara). 

Gunza -zâne : nom. Giinia, gen. Gimxfim, CDL, num. 
106 (a. 824), Jobanues Giin:(aiii, CDLod., num. 150 (a. 1153). 

Higenza -zâne: terra Higeu~aiii, CDL, num. 833 (a. 987). 

Ida-dâne (cfr. Iddanue, ap. Philipon, p. 205) : gen. Yda- 
nae, MR, \'o\. I, p. 404 (a. 1296), che rappresenta forse un 
metaplastico îdaita '. 

Imiza -zdne : nom. Imi:;a, gen. e abl. L)ii~am, CDLod., 
num. 42 (a. 1068). 

Johanna -nnâne : ace. Johannaue, CDL, num. 136 
(a. 840), gêner Johannani, CDI, a. 932, e fors'anche Petrus de 
Jauane, ib,, a. 933. 

Jus ta -stdne : Joh de Justane, CDI, aa. 932, 933, 977. 

Laeta-tdne: dat. Ledani, CDL, num. 494 (a. 921). 

Laurentia -tiane: nom. Laurencia, gen. e dat. Lauren- 
ciani, DR, num. 23 (a. 1045). 

Lida -dane : forse /. Lidani, RF. num. 1124 (a. 109 1). 

Longa -gdne : Franco Longani, RF, num. 11 67 (a. 11 13). 

Lucia -cidne -./.Lnciane, HPM, vol. l, num. 457 (a. 1123. 
Asti). 

Lupa -pdne : nom. Liipa e Lupane, gen. Lupani, abl. 
Liipaiw CDL, num. 215 (a. 861), 956 (a. 999); nom., ace. e 
abl. Luba, abl. Liibane, ib., num. 98 (a. 822), casalis Lupani 
(nome loc), CDLod., num. 32 (a. 1039), 35 (a. 1044), CDBe., 
vol. II, col. 599-600, 613-4. 

Magna -gndne : /. Magnaui CDL, num. 558 (a. 941), 
Johannes de Magnane, CDI, a. 932 -. 

Maria -ridne : nom. Maria, dat. Marie, gen. Mariani, 
DR, num. 16 (a. 1034) '. 

Paerno (oggi Perno) che, allato al tradizionalo Patenio, si legge anch' esso in 
HPM, vol. I, num. 51 (a. 896). 

1. Dico forse, in quanto V-ae potrebbe rappresentare quell' -e che vediamo, 
p. es., anche nel gen. Giin:^aiie, mentre solitamente il gen. è in -ni, da giudi- 
carsi non diversamente dal -;/(' di genitivo de' masc. in -0 -onis. 

2. Vico Miignaui CDL, num. 734 (a. 972), ed è forse da ragguagliarvi il 
Vimagnani e Vicomagnano di CDLod., num. 72 (a. 11 18). 

3. Archamariane, Arca Marianc -ni è ne' docum. il nome di Canicnaiio 

Rumania, XXXV j r 



226 C. SALVIOXI 

Nîartlia -thdne : Guidoiiis Martani (= Guido di Marta?) 
IIPM, vol. I, num. 138 (a. 972. Bobbio). 

M art in a (o -th-?) -nâne : Joharvm Bonus Martinani, 
CDR, num. 178. 

Maura-rânc : camie Manraiii, CDL, num. 892 (a. 995). 

Megenza -zàne : nom. Megeii:^a, dat. Megin::^e, gen. 
Mci^cn::am, CDL, num. 690 (a. 965). 

Obiza -zdne : nom. Ohi:;ri, gen. Obi:^ani, DR, num. lé 
(a. 1034). 

*Passinga -gane : f. PassiHgaui, RF, num. 1285. 

Pau la -Idne : casale Paulaiii, CDL, num. 14 (a. 753). 

Perenza -zane : f. Pereti:(ain, DR, num. 45 (a. 1082). 

Proba -bdne : /. Proi'mii, RAL, num. 72 (a. 1030). 

Rilieza-zdne : nom. Rihe^a, gen. Riheianis, DR, num. 
52 (a. 1089). Dalla stessa base forse : da nieridie Rige^ani, Giu- 
lini, O.C., VII, p. 58 (cfr. Rigc~a, ib., p. 52), Andrcam et Bomi- 
nianniim gui diciwtiir Rigi~a}ii, CDLod., num. 147 (a. 1153). 

Rimiza -zdne : Johannis Rimi:^ani, CDLod., num. 100 
(a. II 38). 

Roza -zdne (v. Bruckner, 295 s « Roccia ») : Fermosa que 
vocatur Rocianes, MR, vol. I, num. 41 (a. 964), « Formosa ' 
ch'è chiamata di Roza ». 

Tadola-ldne : vi)iea Tadolani, CDL, num. 799 (a. 980). 

Teveta-tdne : nom. Teveta, ace. e gen. Tevetani, CDL, 
num. 692 (a. 966). Correggi poi in Tevetane il Tevecate dello 
stesso documente. 

Una -nâne : castellum Unani, CDL, num. 734 (a. 972); 
cf. il nome proprio Una in ML, vol. IV, p. I, num. 54 
(a. 761). 

Unia -nidne. E assai verosimilmente un metaplasma 
VUniana di CDR, num. 84 (cfr. Uiiia gen. -ie, ib., num. 83, 
103). 



(Novara) : V. HPM, vol. I, num. 414 (a. 1091. Novara), 426 (a. 1094. 
Novara). Mérita poi menzione anche qucsto passo di HPM, vol. I, num. 450 
(a. II 20 circa. Torino) : Villa Mariana... et ecclesiani Sancte Marie in eadem 
villa sitam. 

I. Fermoso -a occorre fréquente nellc carte italiane e certo vi s' ha da 
vedere « Formoso -a >>. Cfr. lo sp. hcrvioso. 



DECLIXAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 227 

Ursa -sdne : gen. metaphistico Orsaiiac, RF, num. 1221 
(data incerta). 

Ursula -lane : abl. Orsolaiie, CDP, num. 15 (a. 874). 

Warna -nane : nom. JVarna, gen. e dat. fVarnani, CDL, 
num. 993 (a. 1000). 

Wida-dâne : nom. Vuida, dat. ace. Vuidane, CDLod., 
num. 42 (a. 1068). 

Willa -lldne(cf. Giiillo, Bruckner, 321, c Gtiilla, RF, 
num. 1067) : hoiuincs qui dicuuiHr Gnillmii, AN, num. 18 r 
(a. 1068). 

Degli esempi posti in fila quisopra qualcuno potrà non essere 
intieramente sicuro per le ragioni che si dicono a p. 222 n 
(per la errata sostituzione di a ad 0, cfr. ancora s. Gisaiii, CDL, 
num. 372, dove Gisani è un testimonio) e per altre. Cosi per 
la possibilità che il nome in -àni, anzichè il genit. d'un fem, in 
-a, rappresenti quello d'un masc. in -anus. Per questa ragione 
anche non ho allegato esempi come fiUa Clemaiciani, CDL, 
num. 819 o Joannes Alhani CDI, a. 960 ', potendosi avère in 
essi CJeinencianus e AJhamts piutosto che Clemeiicia e Alha. 
D'altra parte è forse da emendare in Aiuiane il gen. Antione 
(nom. Alla fem.) di CDL, num. 628. Dico forse, perché 
non mancano nelle carte (v, Philipon, p. 204 n.) le traccie 
di una flessione masc. ^ e fem. in -a -âne, e ne vedevamo un 



1. Forse il dubbio era meno impellente per Joannes Baffaui CDI, a. 960, 
heredes Fibiini DR, num. 25. V. Anche Geranl us qd.Fralani, ML, vol. V, 
p. III, num. 1820 (a. 1151), Bruni Ubihane « Bruno di Ubibana ? », th., 
num. 1819 (a. 1 156). 

2. Mascolino è il fréquente Wala (cfr. la parentela piemontese Guala) che 
ha l'obliquo IValone in CDL, num. 619 (v. ancora num. 618, CDBe., II col. 
737-8, HPM, vol. I, num. 404, 399, RF, num. 310, 397, nella quai uhima 
raccolta perô, il nom. suona Gualo num. 396, e v. il Bruckner, p. 516), ma 
il cui obliquo * IVahne è forse rappresentato dal metaplastico IValanus che 
s'incontra talvolta nelle carte («05 Walano CDP, num. 270). Un Cona gen. 
Co«ok/5 compare in CDLod., rwim. 145, edè inutile rammentare che è fre- 
quentissimo il nom. Cono. Nel gen. Judoni (h\s) CDL, num. 724 (a. 970) abl. 
hidone HPM, vol. I, num. 56 (a. 799. Novara), nell' abl. Golione CDL, 
num. 884 (a. 994), nel gen. Sahbonis RF, num. 683 (a. 1025), 1296, sarà da 
vedere un genit. analogico di Juda Golia Sabha, come è dovuto alla stessa 



228 C. SALVIONl 

esempio qui indietro toccando délia dcclinazione dell' appella- 
tivo ahiia ' . 

II. _ .0 2 ONE. 

La lista potrebbequi farsi lunga ail' infinito ove non prescin- 
dessimo degli appellativi e dai nomi propri d'origine germa- 
nica (del tipo di flessione -o -^on) che, nel loro passaggio aile 
lingue romanze, s'adattarono al tipo flessionale latino -o -âne. 
Una parte di questi, aventi uno spiccato significato perso- 
nale, non saranno perô da considerare germanici che quanto al 
teqpa, chè la derivazione per -io -iôiie accenna a una formazione 
dotta del latino médiévale. Son questi i sostantivi aldio 



spinta analogica il rapporte che corre in Lomhardia tra i casati Rtisca e Riisconi. 
Curioso è il caso offerte dal doc. 212 (a. 959. Asti) di HPM, vol. I. Qui si 
parla di una terra Roioni, ma insieme, e sempre con évidente riferimento 
alla stessa persona, vi occorre terra suprascripti Ro:(aiii e iam dicte Ro:iaiii. 
Evidentemente qui c'e uno sbaglio e forse più d'uno, ma dove ? Poichè la 
quistione si coniplica appunto per la circostanza che in carte délia Liguria 
si trovi un Ro^a mascolino. 

1. II Bruckner, par. 106, allega di su quello stesso doc. del CDL, che a noi 
forniva l'es. IVarna -nane, il gen. fem. IVarnoni. Ma l'egregio germanista ha 
qui preso abbaglio, poichè questo Wanioiii è un' altra persona, che tutto 
induce a ritenere mascolina. Nel RF, num. 144, c'è Haleranam (una sol volta) 
e insieme Haleroiiam -runae (e -ro)ia -riuia pure ai num. 148, 213). Se la 
prima forma non è un errore, essa andrebbe considerata corne un metaplasma 
délia flessione -a -due e ci porterebbe di nécessita a vedere nella seconda pure 
un metaplasma, ma délia flessione -a -oiie. E quesî' ultimo (e cosi in Stiroiia, 
RF, num. 228, Alderuna e Godenina, num. 1280, pp. 254, 255, Auriina, 
CDL, num. 374, a. 897) potrebbe ammettersi, anche supposto che Halera- 
nam sia da emendare in -ouata (y. perô anche Bruckner, 301). — Tra i nomi 
locali, è notevole che Cavandone (Novara) appaja ne' doc. corne Capiit de 
Anda; v. MN, vol. Il, Indici. 

2. La quistione di sapere se si tratti di Petrus Petroiiis o di Petro Petronis 
ha una importanza in Francia, ma non ha motivo d'essere se posta in Italia, 
dove in Petro si ritrovarono ben presto e Petru(s) e Petrd. Solo i dialetti meri- 
dionali, che distinguono tra -u e -ô, potrebbero invitarci a un più attento 
esame délia quistione. E infatti i cognomi Russo, Fusco accennano piuttosto 
a Russu ecc. che non a Russo. Ma giova tener conto che il tipo di flession 
classico visse sempre accanto ail' altro e che le reciproche contaminazioni de' 
due tipi non potevano mancare. — Del resto, circa alla metafonesi nelle carte 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 229 

-dione \ gastaldio -diône, scario -riône, sculdascio -sciône, marchio 
-chkvie, mitndio mundione, che son rappresentati tutti, quali più 
quali meno, nelle carte medievali d'Italia. Qui basti l'avervi 
accennato. Onde le liste che ora seguono non conterranno che 
i pochi appellativi d'origine latina e i moki nomi propri d'ori- 
gine latina e latino-cristiana -. 

a. Appellativi. 

avo -vône e avio -vione : nom. havoni, ML, vol. V, 
p. II, num. 93 (a. 776), avoue, nella apposizione di un genitivo, 
ib., num. 202 (a. 785), e v. ancora Blanchi, 0. c, 410 n. ; avioni, 
pure nella appos. d'un gen., ML, vol. V, p. 11, num. 755 
(a. 861) avioni -ne, CDL, num. 31 (a. 76e), plur. aviones, 
HPM, vol. I, num. 19 (a. 897. Novalesa), avionibus, DA, 
num. 91 (a. 1003). 



meridionali, e poichè siam venuti per incidenza a toccarne, v' ha del vero 
in ciô che ne dice il de Bartolomaeis (/4rc/;. ^/o«. it., XV, 252 sgg.; XVI, 
1 1). Ma i fatti sono ben lungi dall' avère quelle proporzioni assolute che 
parrebbero risultare dalla esposizione dello studioso abruzzese. Poichè, 
p. es., da una parte non è infrequente -etu nel CCav. (castanietum, qtier- 
tiettim, num. 35, caitnietii et salicetu, num. 47, quertietii, num. 50, casta- 
nieto etnseletu, num. 53, 78, ecc. ecc), e dall' altra parte ci sono esempi come 
/?o/'w/a (num. II). Anche qui dunque nessuna possibilità di conchiudere. 
Cosi come nulla è da inferire dal fatto che nelle carte di tutta Italia s'alter- 
nino al nomin. -us e -0. 

1. Per aldione occorre qualche rara volta alJiauo. Deve trattarsi délia diretta 
influenza del feminile, il quale, come s'è visto, puô anche declinarsi come 
i//t//i7 -ih'otte. 

2. Per i quali si tengano sempre présente gli elenchi del Philipon, pp. 223 
(questo consacrato specialmente ail' Italia), 224-5, che forse abbondano 
neir ammettere materia romana. — Parecchi nomi naturalmente potrebbero 
venir considérât! come d'origine gernianicae cosi il Bruckner ritien tali Amico, 
Caro, Lupo, Magno, Mauro, Donnolo, Romolo, Primo, Ponio, Marco, e altri. Se 
anche si possa ammettere che qualche volta abbia ragione, o meglio, che nel 
nome possan quà e là incontrarsi le due basi, penso tuttavia che in génère il 
Bruckners'è lasciato trascinare dalla suatesi. Per compenso ciregalerebbeegli 
(pag. 198) un Benedicto -ctone, ma nelle forme ridotte di Becto -doue, Necto 
o (Ni-) -ctone, occorrente la prima una volta, la seconda numerose volte 
nel RF. Puô darsi che la prima sia da accogliere, ma quanto alla seconda o 



230 C. SALVION'I 

socro -crône. E' certamente la base socroiie ' che si scorge 
nel gen. consocrunii abl. plur. consocrnniis (= consoceri -ris) che si 
leggono in documenti napoletani (v. la citazion de' passi nel 
Gloss. che stà in fondo al vol. II, p. 2^, de! Monumenta ad Nea- 
politani Ducatiis historiain pertinentia). Circa al -iiis di questo 
consocrunius si ricordi il pugl. barbaneus di cui a p. 215 n. 

*veclo -clone (= vêtu lo - lône). « Nella nostra metro- 
politana chiamansi veggiôn e veggionn dieci vecchi e dieci vec- 
chie, vestiri quelli da chierici, e queste da monache, i quali 
air offertorio délia messa capitolare offrono il pane e il vino 
rappresentando il popolo milanese nelle offerte che antica- 
mente si solevano fare alla chiesa, e precedono il clero metro- 
politano nelle processioni, ecc. Il Du Gange fa memoria di 
questi nostri Veggion che veggonsi chiamati Vegloiii, Vegloncs, 
Vegionio Seiies, e délie nostre Veggionn che si leggono da lui 
dette Veglonae e dal Giulini (VIII, 363), Veglonessae » (Gheru- 
bini, Voc. mil., s. « veggiôn »). Girca al Giulini, v. ancora 
vol. I, 2* ediz., p. 326-7, dove compajon le forme gen. veglo- 
nuni, dat. vegJonihus. — Non dubito di ravvisare in questo plu- 
rale il resto dell' antica flessione -0 -ône ^ 



sarà germanica o, se latina, rispecchierà un Nitido -doue (cfr. Fit. netto). Il Br. 
s'appoggia al fatto che in un docum. (num. 509) la stessa persona si chiami 
Nettonem nel testo ma Betiedictus nella firma. Sennonchè Xi'tlonein dev' essere 
un soprannome corne risulta dal num. 471 (Benedictum qui pro tioniine Nitto 
sproccus vocor ; Benedicti qui et Nitto vocor), e il fatto che il soprannome 
possada solo rappresentare il nome non è senza esempi. 

1. Questo *socrone, o almeno *soceroiie, appar chiaro nel zàrso sucenvii suo- 
cero. Il Guarnerio {Arch. glott. it.,Xl'V, 191) vi vedrebbe veramente una 
voce originariamente diminutiva. Sennonchè in un tal nome la ragion del 
diminutivo non risulta chiara, a meno non si ritenga che nelF -çmi abbia una 
mano hahoni nonno. Ma e qui avremo realmente un diminutivo o non piut- 
tosto vi riconosceremo, a ciô confortati dall' a. sardo aioni, dal nap. z'uvone 
ecc, l'obliquo délia flessione -0 -ône, flessione estesa poi a mamvioni nonna? 
Certo « avone » poteva farsi valere in Corsica come s'è fatto valere nel /'<(/'- 
hone (t (\umà\. mamvione') d'altre parti d'Italia (v. Tappolet, Rovi. Venvu., 
pag. 74)- 

2. Come nel mil. vegdna, vecchiaccia, è da vedersi il metaplasma dell' obli- 
quo di *vecla -cldne (cfr, sing. vega pi. -gdh, sost., nella Mesolcina). 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 23 1 

/'. Nonii propri. 

Adamo-mône' : /. Adatiunoiiis, RF, num. 82e, 1069 
(a. 1082-3), terra Adammojiis, ib., num. 733. 

Aemilio -liône "" : iiiaiiiis Melioiie, AN, num. 17 (a. 800), 
da maiie Mclioni, HPM, vol. I, num. 145 (a. 976, Novara). 

Albino -nône :/. AUnnoni, CDL, num. 49 (a. 773), 665 
(a. 962). 

Amandulo -16 ne : nom. Aniandolo, gen. e dat. Aiiiciiido 
loni, HPM, vol. I, num. 5 (a. 886. Asti). 

Amato 5 -tône : nom. Aiiiato, gen. Ainaionis, ace. Arnaio- 
nem, RF, num. 498 (a. 1014), 593, 625 (a. 1012), 724, 747, 
751 (a. lo-jo), ecc. 

Amb rosio' -siône : nom. Aiiibrosius, dat. egen. Auihrosioni 
abl. Amhrosiom, CDL num. 13e (a. 840), 149 (a. 843), 180, 
484 (a. 919), Qcc, CDBe., vol. II, col. 647-8, CDLùd., num. 
151 (a. II 53), HPM, vol. I, num. 119 (a. 963. Vigevano), 
145 (a. 976. Novara), CDP, num. 53 (a. 969). 

Amico -cône : nom. Amico Amiens ^, gen. Aiuiconis -ni, 
dat. Amiconi, ace. Amiconem, abl, Amicone, RS, num. 193 (a. 
1013), i94,2io(a. 993), i?F, num. 373 (a. 940), 381, 388, 458 



1. Aùamo 0-1UUS in realtà non ni è occorso mai, bensi il gen. Adami-mmi. 
Il nominativo è solitamente Adam, assai più raramente Ada. Nel RF è fre 
quenteil gen. ^Jaegiànoto al latino. — Dialtri metaplasmi, v. s. « Johanno » 
e i< Victoro ». Curiosi sono qucsti : gen. Feluni (e fors' anche gen. Filoni, 
ML, vol. IV, p. I, num. 65, a. 767) CCav., num. 26 (a. 825), e/. Cresconis 
RF, num. 1030 (a. 1077) s. Criscioni, CDT, p. 11, num. 74 (a. 807). Il primo 
è dal noto nominativo Fêle ^ Félix, AscoVi A rch. glott. it., II, 435,clie 
occorrene' doc. declinato per lopiù corne Fêle -lis, e il secondo pure dal nom 
Crescens (cfr. il tosc. Crescio ; e nom. Crescio, RF, num. 956, a. 1092, gen. 
Crescii, Ciisci, CDT, p. 11, num. 81, a. 809; 89, a. 812, i?F, num. 931, a. 
1062). 

2. Potrebbe anche trattarsi àiMelio; v. Holder, All-celt. Sprachschati, s. 
« Mclius ». 

3. Amato poteva fors' anche rappresentare il nom. Auiator, se non è per 
errore che nel CDT, num. 86, al nom. Amato corrisponda s. Amatori, e che 
in RF, num. 593, ail' ^wa/o«/5 délia firma corrisponda nel testo Amatorem. 

4. Nom. Amicom, HPM, vol. I, num. 305 (a. 1039. Asti), che perô leg- 
geremo Amiconi (cf. nom. Opiioni e Liii^oni ib. num. 252, 339). 



232 C. SALVIOXI 

479, 590, 615 (a. ion), 736, 72o(a. 1037), 1050, CCav. num. 
421 (a. 990), terra Atnigoiii, CDL, num. 751, col. 13 11, 

(a. 974)'• 
Atilio -liône : /. Alchoni, -ti-, CDL, num. 933 (a. 997), 

HPM, vol. I, num. 139 (a. 973, Asti). 

Angelo -lône : campo dicitur de Angeloue, CDL, num. 845 
(a. 988), e fors' anche AgiielJoue, ib., num. ^78 (a. 918). 

*Anticio -ciône- : Leonis de Anticioue, RF, num. 646 
(a. 1028). 

Arvio -viône '' : /. Arvioni, CDBe, col. 443-4 (a. 1005). 

*Aucello -llône:/. Uccelloiiis, RF, ii94(a. 1104). 

Auso -son e : s. Ausûni -iiis, CDT, p. 11, num. 36 (a. 793), 
89 (a 812), RF, num. 1280, p. 267. 

*Ausulo-lône : gen. Ausuli, dat. AusuJoni, ML, vol. V, 
p. II, num. 102 (a. 767). 

Baroncio -ciône: nom Baroucius -cio, gen. Baronciôni, 
ML, vol. IV, p. I, num. éi (a. 765), Blanchi p. 367, RAL, 
num. 137 (a. 10-19), CDL, num. 866 (a. 992). 

Barucio -ciône : nom. Bariicio, gen. Banidoni, ML, 
vol. IV, p. I, num. 39 (a. 737), e Blanchi, p. 367. 

Beato -tône : s. Biadoni, CDL, num. 869 (a. 992), 899 

(a- 995)- 

Bello -llône : nom. Bellone, gen. Bclloni, -nis, ML, 

vol. IV, p. II, num. 91 (a. 1049), ib., App., num. 91 

(a. 1099), 106 (a. 1164), vol. V, p. m, num. 1813 (a. 1121), 

1816 (a. 1123), 1825 (a. 1177), RAL, num. 207 (a. 1068), 

270 (a. 1077), RF, num. 1098 (a. 108 1), 1280 (p. 268), 

Giulini, p. 78 (a. 1098). 

Blandino -nône : Tribnnus Blandinoni, CDP, num. 4 
(a. 673 ; apogr. saec. x). 

Bono -nône : nom. Boiio eBomvie, dat. e gen. Bononi, ace. 
Bonus e Bonone, ML, vol. IV, p. 11, num. 81 (a. 1000), CDT, 
p. II, num. 64 (a. 804; Bimonï), RAL, num. 158 (a. 1056), 
CDL, num. 291 (a. 879), 446 (a. 912), 597, tcc, HPM, 



1. Curioso Amisone -nis, CDBe., vol. II, col. 597-8, 901-2, se da esso già 
traluce il moderno amis (Roniania, XXIX, 546 sgg.). 

2. V. Flechia, Di akune forme, ecc. p. 40. 

3. V. Holder s. « Arvius ». 



DECLIXAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 233 

vol. I, num. 129 (a. 967. Novara), 401 (a. 1085. Genova), 
CDP, num. 52 (a. 969), CDR, num. 61 (a. iioi). Si emendi 
poi in Bononi il fréquente Bonoiii di CDLod., num. 141. 

Bon'io (RF, num. 1280, p. 267, ML, vol. V, p. m, num. 
1309, a. 945) -ni 6 ne : s. Boiiioiiis, RF, num. 769 (a. 1043). 

Brutio-tione : gen. Bni~oius, ace. Bni:^iucm, RF, num. 
783 e 78^- (a. 1046). 

Cahallio -lliône : s. CavaUioui., CDLod., num. 128 
(a. 1148). 

Caelio -lié ne : gen. CelUonis, RF, num. 854 (a. 1055). 

Calvo (cfr. nom. Calvm, RF, num. 1177) -vône : /. Cal- 
vonis, RF, num. 732 (a. 1030-31). 

Caesario -riôneirt capite Caesar'wnis, RF, num. 597 
(a. 1043). 

Carentio -tione : s. Carentionis -cio- -~o- CDLod., 
num. 69 (a. 11 17), 129, 130 (a. 1140) '. 

Ca.ro -ràne : s. e f. Crtnww, i?F, num. 457 (a. 10 18), 507, 
654 (a. ion), abl. Caroiie, ib., num. 11 15 (a. 1088), gen. 
Caronis e Cari, ML, vol. IV, p. 11, App., num. i ro (a. 1 179), 
113 (a. 1181). 

Caruncio -ciône : f. Caninciouis, RF, n um . 630 
(a. 1012). 

Casto -stône : nom. Casto, gen. Castonis, RF, num. 736, 
(a. 1034-5). 

Catulo -lône:/. Cadoloiiis, CDI, a. 10 17 (cfr. Cadiihis, 
ib., a. 1 102). 

Celso-sône : nom. Celso e Celsus, gen. Celso)u, dat. Ccl- 
soni, ace. Cehonem, RF, num. 119 (à. 778), CDL, num. 133 
(a. 839), 291 (a. 879), 376 (a. 898), 450 (a. 912), 674 
(a. 963), 839, (a. 997), CDBe., vol. II, col. 595-é (a. 1039), 
637-8 (a. 105 1), HPM, vol. I, num. 21 (a. 836. Asti), 242 
(a. 1017. Asti). 

Cinctio -ctiône : /. Cîntioni, CCav., num. 41 (a. 855). 

Civicio -ciône : /;/ Civicioni -nis, HPM, vol. I, num. no 
(a. 959. Asti). E un nome locale, davanti al genit. è quindi da 
sottintendere un sostantivo reggente. 



I. Anche 5. CanuiyOnis e il metaplastico nom. Caraii:^dnus, RF, num. 1047 
(a. 1080)? Per il nome stesso, cfr. poi il cognome pavese Carentio e Sca-. 



2 34 C. SALVIONI 

Clavennulo -lônc'; s. Clavenoloiii, DR, num. 44 
(a. 1081). 

Clcmentio -tiône : /. Clemencioni, CDL, num. 817 
(a. 983). 

Concesso -ssône . s. Concessoiii, CDL, num. 86 r 
(a. 992). 

Constantio -tiône: a sera Cônstancioni, CDL, num. 
433 (^- 907), -J- Cônstancioni, ib., num. 708 (a. 968). 

Corvio -viône : /. Corvionis, RF, num. 1210 (a. 1096). 

Corvo -vône : gen. Corbonis, ace. Corbonem, RF, num. 
783, 784 (a. 1046), 856, 1008 (a. 1073), (ego Corbo, ib. 928). 

Crescentio - tiôn e : nom. Grixencius, Crisentius, abl. Cn- 
seniio, gen. Gre- e Cresencioni, CDL, num. 131 (a. 837), 421 
(a. 906), DR, num. 32 (a. 1067), ^- ^ /• Crescentionis, RF, 
num. 418 (a. 1003), 906 (a. 1060). 

Crispio -spiône : s. Crispionem, CDLod., num. 41 
(a. 1065). 

Damiano-nône : /. Damianoni, CDL, num. 650 (a. 961- 

Datio -tiône : /. Dationi, AN, num. 27 (a. 826). 

Dato -tône ^ : nom. Dalo, gen. Datonis, ace. Datonem, RF, 
499 (a. 1014), 720 (a. 1037), 734, 914, 921, 1256 (a. 1093), 
ecc, gen. dat. Dadoni, HPM, vol. I, num. 418 (a. 1092), e 
fors' anclie ML, vol. V_, p. 11, num. 828 (a. 873), RAL, num. 
61 (a. 936). 

Decimo-mône : Thedaldi Decinoni (\. -nioiii}), AN, num. 
117 (a. 1089). 

Dominico -cône : nom. Domînicus, gen. Dominiconi, ace. 
Dominicone, CDL, num. 98 (a. 822), 161 (a. 847), 171 
(a. 851), 229 (a. 864), 487 (a. 919), 603 (a. 933), 707 
(a. 968), Qcc, HPM, vol. I, num. 56 (a. 899. Novara), [35 
(a. 970, ib.), 106 (a. 955. Asti), Martini Dominiconi, AN, 
num. loé (a. ion), Doniinicus Mengoni, CDP, num. 7 
(a. 829), s. Minconis, RF, num. 92 (a. 775). 



1. V. il suo corrispettivo feminile qui indietro s. « Clavennula ». Tanto 
il maschio che la femina compajono in document! chiavennaschi. E di Bella- 
gio è la signora Betlaxia di cui a suo luogo. 

2. In RF, num. 736 (a. 1034-5), il gen. Dalonis corrisponde al nom Deo 
datiis. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 233 

Domino -nône : nom. Dominus -no, gen. Doiiiiiii e Dotni- 
noui, CDL, num. 773 (a. 976), 813 (a. 983), 817 (a. 983), 
862 (a. 992), 873 (a. 993), DR, num. 20 (a. 1039), /. Don- 
nom', CDL, num. 932 (a. 997). 

Domnulo -16 ne : s. Donnoloni, CDL, num. 196 (a. 856). 

Donato -tône : gen. Donadoni, dat. Douatone, CDL, 
num. 142(3. 841), 207 (a. 859). 

Dulcio -ciône : /. Dnlcioni, CDLod., num. 54 (a. 1106). 

Fabario -rione : Martini Laharonis, RF, num. ^40 
(a. 999). 

Faustino -no ne : nom. Fanstinns, gen. Fanstinoni, ace. 
Faustinone, CDL, num. 83 (a. 807), 206 (a. 859), 423 (a. 907). 

Februario -riône -.s. Februarioni, HP M, vol. I, num. 70 
(a. 911. Asti). 

Fessucio (cfr. il nome proprio Fessus ap, Verci, Storia d. 
Marca Triv. e Veron. I, doc. 14) -cione : ace. Fessnccione, 
CDT, p. I, num. 70 (a. 768). 

Firmo -mône : nom. Fernins, gen. Fernioni, CDT, p. 11, 
num. 6 (a. 775). 

Florentio -tiône : s. Florent ioni, CDL, num. 19 (a. 741), 
per Florentione, ib., num. 53 (a. 774). 

Fusco -scône : gen. Fusconis -ni abl. Fuscone ace. Fusco- 
neni, RF, num. )i_| (a. 1018), 698, 763, 765, 853, 1018 (Fo- 
sconis ; a. 1075), 1051, 1311, ecc, CDB, vol. III, num. 71 
(a. 1148), 72, V, num. éi (a. 1114), 96, CDP, num. 79 
(a. 999), 82 (a. 100)). 

Gallo -llône: Peints Gallone, ML, vol. V, p. m, num. 
1778 (a. looi). [In assai più tarda età e in contraddizione con 
quanto è detto a p. 205, gli Statuti di Bormio offrono sanctnni 
Gallonuin, sancto Gallone. Si sente qui l'influenza dcl Gallo 
-llonis délia Rezia ; v. p. 205 n.]. 

Gaudentio -tiône : nom. Gaudentius -dus, gen. e dat. 
Gaudentioni -cio-, ace. Gaiidencione, CDL, num. 83, 146 (a. 84'») 
325 (a. 884), 613 (a. 956), 866 (a. 992), 869 (a. 992), 956 
(a. 999), Qcc, HPM, vol. I, num. 102 (a. 953. Novara), ecc, 
CDR, num. 184, s. Gaiiden:^ont e Godoi^onis, DR, num. 42 
(a. 1076), 56 (a. 1094). 

Germano -nône: nom. Germano, gen. Germanoni, abl. 
Germanone, HPM, vol. I, num. 69 (a. 910. Asti), 94 (a. 945. 
Asti). 



23 e C. SALVIONI 

Georgio -giône : gen. Geo- Gioi\^ioni -ne, CDL, num. 
60 (a. 785), 206 (a. 859), HPM, vol. I, num. 23 (a. 861. 
Asti), -j4 (a. 886. Asti). 

Giso -sône : nom. Gisus eGiso, gen. dat. Gisoui, ace. Giso- 
nem -ne, CDL, num. 207 (a. 859), RF, num. 359 (a. 953), 
573 (a. 1032), ecc, CDBe., vol. II, col. 945-6 (a. ii^o. Gesoné), 
CDP, num. 29, 

Gratio -tiône : gen. Gra:^o e Gra~onis, RF, num. 1113 
(a. 1085). 

Grato-tône : nom. Grains, obi. Gradone, CDL, num. 39 
(a. 769). 

Gregorio -riône : gen. Grigorioni CDL, num. 325 
(a. 884), 557 (a. 941). 

Honora to-tô ne : j. Onoradoni, CDL, num. 390 (a. 901). 

Helleno : (cfr. nom. Eleniis, RF, num. 1280, p. 258) 
-nône ' : nom. Helleno, dat. Hellenoni, ace. Hdlenone, CDL, 
num. 206 (a. 859). 

Infantio -tiône : nom. Fan^one, DA, num. 293 (a. iiio 
circa). 

*Infanto-t6ne-: terra Fantonis, ecc, HPM, vol. I, num. 
404 e 419 (aa. 1086, 1092. Novara), 435 (a. 1098. Biella), 
s. Fanioni, RAL, num. 263 (a. 1076). 

Jobo -bône 5 : terra Jobonis, RF, num. 403 (a. 986), 416 
(a. 998), ecc, s. Joboni, CCav., num. 421 (a. 990). 

Johanno -nnône^ : 5. Johannoni, CDL, nUm. 357 
(a. 892);/. Johannoni, CDLod., num. 143 (a. 115 1). 

Joviano -nône:j. Jobianoni, DR, 13 (a. 1017), 22 
(a. 1041). 

Julio -liône : f. Julioni, CDL, num. 692 (a. 966). 

Justo-stône : nom. Jnstus, gen. Justoni -nis, abl. Justoni, 
CDL, num. 560 (a. 941), 787 (a. 978), 813 (a. 983), 817 
(a. 983), 863 (a. 992), 873 (a. 993), HPM, vol. I, num. 210 



1. V. Bruckner, p. 267. 

2. Anche qui si postula Infanto senza che un tal nom. realmente occorra, e 
senza che in fonde ve ne sia bisogno. 

3. Cfr. nom. Jobo RF, num. 402 ; e vi si traitera d'i Job corne nel ven. Giopo. 

4. Cfr. Joawto (ter), HPM, vol. I, num. 421 (a. 1902. Asti), Juaunus, 
CDT, num. 89 (a. 812), e Zaïininii ap. Verci, 0. c, I, doc. 13. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 23^ 

(a. roo6. Novara), DR, num. 24 (a 1047), ML, vol. V, p. 11, 
num. 24 (a. 739). 



Laeto -tône : nom. Lae- Leto -tus oren. Lae- Letonis - 



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-tuui -doni, ace. Lcdo, dat. Ledoiii, abl. Laetone, CDL, num. 54 
(a. 776), 635 (a. 960), 809 (a. 982), HP M, vol. I, num. 77 e 
204 (aa. 927, 1003. Asti), MR, vol. II, num. 60 (a. 1137), 
RF, num. 398 (a. 981), 437, 458, 575, 577, 682, 715, 754, 
800, 866, 873, 1046, 1060 (a. 1081), tcc. 

Lancio -ciône (Holder) : nom. Lancius, gen. Lnncioiiis, 
ace. Lancione, HPM, vol. I, num. 45 (a. 887. Asti), /. Lan- 
:{Oui, RF, num. 1253. 

Lato -tône : f rater Latom's, RF, num. 647 (a. 1030). 

Laurentio -tiône : nom. Laiirencio -tins, gen. Laitrcn- 
cionis -ni, dat. Laiircncioni, ace. Laiircnc'w, Laiirencionem, abl. 
Laurencione, CDL, num. 186 (a. 854), 478 (a. 918), 519 
(a. 926), 540 (a. 931), 819 (a. 983), 866 (a. 992), tcc. ecc, 
gen. LoreriT^onis -ni, DR, num. 56 (a. 1094), 4^ (^- 1084), 
CDR, num. 61 (a. iroi). Qui andrà anche/. Ren:^onis -ni, 
CDBe., vol. II, col. 691-2 (a. 1073), CDLod., num. 69 
(a. 1117); cfr. /. Rencii, AN, num. 161. 

Laurio -riône :/. Laurionis, RF, num. 67 (a. 766). 

Lazaro -rône : nom. La^aro e La~ariis, gen. La:(aroni -Z;^- 
CDL, num. 196 (a. 856), 532 (a. 929), 533 (a. 929), 551 
(a. 938), 565 (a. 941). 624 (a. 957), 778 (a. 977), ecc, Giu- 
lini, p. 94 (a. 11 30), CDBe., vol. II, col. 503-4 (a. 102 1), 
591-2 (a. 1036), 619-20 (a. 1045), 945-6 (a. 1130). 

Liminio -niône' : gen. Li- Leminoni, CDL, num. 149 
(a. 843) [abl. Liminiu<;, ib.]. 

Longicio -ciône ^ : /. Long iioni s, RF, nnra. 943 (a. 1065) 
[cfr. de Longi~o, ib., num. 971]. 

Longo -gône : gen. Longoni, RF, num. 1267 (a. 1102), 
1297, de Longono in Verci, 0. c, vol. I, doc. 14 (a. 11 38). 

Lucido -dône -.s. Lucedoni, HPM, vol. I, num. i6(a.8i2. 
As,iï) [dr. Lncido -xedo,\h., num. 417 (a. 1092. Ventimiglia)]. 

Lucio -ciône : nom. Liicius, obi. Liiciuni -ne, CDL, num. 
73- 

1. V. Holder s. « Liminius ». 

2. Cfr. Clariiam, RF, num. 975. 



238 C. SALVIONI 

Lupicino -nône (cfr. Lupicinus, AN, num. 56) : s. Lupeci- 
non,HPM, vol. II, num. 9 (a. 730. Novara)'. 

Lupo -pône (v. Meyer-Lùbke, Altport. Personuenamcn, 
p. 65) : nom. Lupus Lupo Lo-, gen. Liiponis e Liiponi -puni 
Zo-,dat. Liiponi, ace. Luponem,ah\. Lupone -pune, ML, vol. V, 
p. II, num. 18 (a. 736), 534 (a. 837), 626 (a. 84s), CDT, 
p. I, num. 31 (a. 739), p. 11, num. 3 (a. 775), 36 (a. 793), 34 
(a. j^i), DA, num. 48 (a. S8i), 73 (a. 967), 80 (a. 996), 
114 (a. 1021), 147 (a. 1031), RF, num, 3 (a. 718), 18 
(a.751), 5o(a. 762),é3(a. 764), 166,167, 191, 204, 205, 217, 
221, 388, 453, 456, 674, 794, 859, 866, 1003 (a. 1072), ecc. 
ecc, CDB, vol. I, num. 61 (a. 1188), 71 (a. 1202), 78 
(a. 1210), 94 (a. 1228), vol. II, num. I4(a. 1234), vol. III, num. 
94 (a. II 64), 219 (a. 1228), vol. V, num. 28 (a. 1099), 78 
(a. 1130), 84 (a. 1135), 87 (a. 1136), CDI a. 847, CDL, 
num. 51 (a. 774), 72 (a. 800), 81 (a. 806), 83, 85 (a. 810 
circa), ecc. ecc, AN, num. 28 (a. 827), 48 (a. 885), 51 
(a. 890), gen. Lobo e Loboiii Lu- Lob uni-, CDL, num. 64 
(a. 792), 142 (a. 841), HPM, vol. I, num. 22 e 70 (a. 792, 
841. Asti), gen. Luvoni, ab\. Lovone, CDL, num. 815 (a. 983), 
HPM, vol. I, num. 22 (a. 840. Asti), Monte Lovone, nome 
locale (oggi Mondugone"^), CDLod., num. 124 (a. 1147). 

Maccio -cciône ^ : s. Maionis -ni, RF, num. 170 (a. 801), 
172 (a. 796), HPM, vol. I, num. 401 (a. 1085. Genova), 
Albert us t Guidus Madone, MR, vol. II, num. 81 (a, 1187). 

Maco -cône : s. Maconis, RF, num. 868, vico Maconi, 
CDLod., num. 2 (a. 761). 

Magno -gnône : nom. Magnus, gen. Magnoni -nis, CDL, 
num. 222 (a. 862), 396 (a. 901), 597 (a. 951), 809 (a. 982), 
RF, num. 38 (a. 757), gen. Mangnuni CCav. (v. Arch. 
glott. it., XV, 261). 

1. Il Bruckner, p. 188, fà un lungo ragionamento intorno a Liipecinon, 
basandosi appunto sulla desinenza -on. Essa è tutt' altro che infrequente al 
posto di -ôni -âne, ne credo occorra vedervi una flessione longobardica. Ana- 
logamente c'è -aw per -dne[5], e v. qui indietro, p. 219. 

2. Il Philipon, p. 224, muove per Lob- da un *Lolms -boni. 

3. Per il 0-, cfr. il nome locale ferrar. Cantalôg Cantalupo. 

4. Potrebbe trattarsi anche di Mattio -ttione, e al postutto anche di Mat- 
thaeo -tthaeone. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 239 

Maio -iône ' : nom, Maione, gen. Maiouis -ioni -71e -iuni, 
dat. -ione, ace. -ionem, CCav., num. 2 (a. 798), 6 (a. 816), 
18 (a. 837), 36 (a. 853), RF, num. 735, 1060 (a. 1081), ML, 
vol. V, p. III, num. 1708 (a. 996), 1714 (a. 997), [ego Maio, 
CCav., num. 4, a. 801]. 

Mancio -ciône (Holder s. « Mancius ») : /. Mancioni, ML, 
vol. IV, p. II, num. 117 (a. 770). 

Manso -sône : dat. Mansoni, CCav., num. 167 (a. 940), 
208 (a. 960). 

Marcio -ciône ^ : /. Marcioni, ML, vol. V, p. 11, num. 201 
(a. 785), s. Martionis, RF, num. 222 (a. 816). 

Marco -cône : nom. Marcus, gen. Marconis -ni, dat. Mar- 
coni, abl. Marconc, CDL, num. 877 (a. 993), CDLod., num. 
42 (a. 1068), HPM, vol. I, num. 69 (a. 910. Asti), CDP, 
num. 7 (a. 829), RF, num. 686 (a. 1033), 873, 13 13 
(a. 1104), CDB, vol. III, num. 148 (a. 1187). 

Marino -nône : gen. Marini e Marinoni, CDL, num. 433 
(a. 909), 793 (a. 979), 869 (a. 992). 

Mario -riône : s. Marionis, RF, num. 42 (a. 760), CDB, 
vol. III, num. 222 (a. 1229),/. Marrioni, ML, vol. IV, p. i, 
num. 54 (a. 761). 

Marti no -nône : nom. Martino e Marti none, gen. Marti- 
noni -nis -ne, ace. Martinone, abl. Martinone, CDL, num. 407 
(a. 903), 563 (a. 941), 497 (a. 922), 685 (a. 964), 874 
(a. 993), 881 (a. 994), 900 (a. 995)>956 (a. 999), CDBe., vol. II, 
col. 945-6 (a. 1118), DR, num. 20 (a. 1039), CDLod., 
num. 85 (a. 1125), HPM, vol. I, num. 271 (a. 1028. 
Novara), 99 e 188 (aa. 949, 998. Asti), A::p Martinomis, 
Giulini, pag. 93 (a. 11 30). 

Maurico (Bruckner 284 s. « Mauricus ») -cône : /. Mori- 
coni,RAL, num. 262 (a. 1076). 

Maurilio -liône : casale Maiirelioni, CDL, num. 14 

(^- 753)- 

Mauritio -tiône : nom. Mauriccius, dat. Maiiricciuni, CDT, 
p. 1, num. 24 (a. 730), p. 11, num. 3 (a. 775), s. Mauricioni, 
ML, vol. V, p. II, num. 4 (a. 713), CDL, num. 557 (a. 941). 

1. V. Holder s. « Maius ». 

2. Si puô anche pensare a Martio -tione. 



^40 C. SALVIONI 

Mauro -rône : gen.Mauroiii -uis, acc.Mauromm,ah\. Mau- 
rone,RF, num. 12 (a. 747), 44 (a. 761), ML, vol. V, p. ii,num. 
167 (a. 777), 270 (a. 798), CDT, num. 36 (a. 793), RAL, 
num. 180 e 181 (a. 1062. ego Morone), CCav. num. 167 
(a. 940), 208 (a. 960), CDI, num. 472 (a. 917), 561 (a. 941), 
578 (a. 946), Giulini, p. 72 (a. 1093), CDLolL, num. 26 
(a. 1000), 37 (a. 105 1), HPM, vol. I, num. 419 (a. 1092. 
Novara), MiV, pp. 15e, 157, AN, num. 125 (a. 1029), 5. 
Moronis HPM, vol. I, num. 364 (a. 1069. Novara). 

Maximo -mène : gen. Masimoni\HPM, vol. I, num. 430 
(a. 1095. Novara). 

MuHano -nône (v. Olivier!, Sltidi gloit. it., III, 88 s. 
« Mulius ») : uno stesso luogo è chiamato in Molianis e in 
Molianoni, HPM, vol. I, num. no (a. 959. Asti). V. s. « Ciyi- 
cio -cione ». 

Mutelio-llio (Holder) -1-, - 1 1 i 6 n e : fundo Modelioni, CDL, 
num. 855 (a. 890). 

Mutio -tiône : /. Muccioni, ML, vol. IV, p. i, num. 42 
(a. 744-5). 

Nazario -riône : nom. Natiario, gen. Natiarioni, HPM, 
vol.I, num. 28 (a. 861. Asti), e {ors'2Lnche^,'gen. Zaronis, RF, 
num. 181 (a. 806) [ego Zaro, ib., num. 125, a. 779], dove il 
Bruckner, p. 325, vedrebbe una base germanica. 

Nigro -grône : gen. Nigroni -nis Ne-, CDL, num. 639 
(a. 960), CDLod., num. 53 (a. 1104), 120 (a. . 1046) in 
nota, D^, num. 23 (a. 1045), //PM, vol. I, num. 401 (a. 1085. 
Genova), 408 (a. 1088. Asti). 

Nonno -nnône : /. Nonnonis, RF, num. 70 (a. 767), 
[nom. Nonniis, ib., num. 183, a. 806]. V. invece Bruckner, 
p. 86. 

Otilio -Ho ne : gen. Otilloni -dilioui -de-, CDL, num. 723 
(a. 970), 771 (a. 976), 965 (a. 099) (cfr. Odelio, ib., num. 
951, in funzione di abl. assoluto]. 

Paulinio -niône : gen. Paulijiioni in un doc. del CDP, 
cheora non so più precisamente indicare. 

1. Stà per Mass-, dove è da notare che lo stesso doc. ha più altri eseinpi 
per -s- r= ss. 

2. Cfr. Natiario qui Tiario vocal ur (bis), H FM, vol. I, num. 28 (a. 861. 
Asti). 



DECLINAZIONE IMPARISILLAHA NELLH CARTE D ITALIA 24 1 

Paulo -lône : nom. Paiilns e Ptiitio, i^en. Pauloni -iiis, 
dat. Pauloni, abl. Paiiloiic -iicni, CDL, num. loo (a. 833), 
120 (a. 835), 122 (a. 836), 142 (a. 841), 379 (a. 898), 
689 (a. 965), 708 (a. 968), 809 (a. 982), tcc. ccc, CDBc, 
vol. Il, col. 561-2 (a. 1030), DR, num. t2 (a. 1016), 19 
(a. 1039), HPM, vol. I, num. 16, 154e 173 (aa. 812, 981, 
994. Asti), AN, num. 43 (a. 872), 117 (a. 1021), CDP, num. 
40 (a. 950), 100 (a. 1015), 130 (a, 1040), RF, num. 903 
(a. 1059). 

Petro -trône : n.om. Pciro e Pclrns, gcn. Pcliviii -uis, dat. 
Pelroiii, ace. Pc l nvw, àhl. Pchonc, CDL, num. 78 (a. 804), 179 
(a. 852), 194 (a. 8)6), 199 (a. 856), 207 (a. 839), 203 
(a. 86r), 223 (a. 862), 234 (a. 863), 242 (a. 867), 261 
(a. 863), 327 (a. 883), 374 (a. 897), 338 (a. 93 0, 5^6 
(a. 941), 720 (a. 970), 809 (a. 982), 956 (a. 999), 994 
(a. 1000), ecc. Gcc, CDBe, vol. II, col. 473-4 (a. 1014), 
CDLod., num. 127 (a. 1148), 137, 144, HPM, vol. I, num. 
12 (a. 774. Bobbio), 41 (a. 885. Novara), 219 (a. loio. 
Biella), 241 (a. 1013. Genova), 284 (a. 103 1. Asti), 401 
(a. 1083. Genova), vol. II, num. 3 (a. 886. Asti), AN, num. 
43 (a. 872), 50 (a. 890), 54 (a. 896), 36 (a. 898), 161 
(a. 1046), CDP, num. 17 (a. 893), 37 (a. 944), ML, vol. IV, 
p. I, num. 36 (a. 721), vol. V, p. 11, num. 372 (a. 810), 
629 (a. 846), 650 (a. 847), 614 (a. 844), 382 (a. 843), 395 
(a. 844), p. m, num. 1289 (a. 942), 1773 (a. 993), 1801 
(a. 1073), 1824 (Pedronis; a. 1168), vol. IV, p. 11, App. num. 
91 (a. 1099), Qcc, RAL, num. 218 (a. 1070), 296 (1079), 
CDT, p. II, num. 2 (a. 774; ace. Petnine, dat. -uni), 68 
(a. 806), 73 (a. 807), 88 (a. 813), DA, num. 10 (a. 752), 27 
6 28 (a. 833), 72 (a. 967), 132 (a. 1028), tcc, RF, num. 92 
(a. 775)> 177 (a. 805), 179(3. 802), 274 (a. 824), 338 (a. 893), 
392 (a. 963), 303 (a. 1017), 644 (a. 1027. de Petrono), 863 
(a. 1057), 1027 (a. 1073-6), 1047 (nom. Pétrone; a. 1080), 
1133 (a. 1094), 1173 (a- II 12), 1180 (p. 271 : nom. Pefronus; 
273), ecc, CCaj. a. 1047 (de Petrune; v. Arch. glott. it. XVI, 
12), CDB, vol. I, num. 103 (a. 1255), vol. V, num. 72 
(a. r 126). V. ancora dat. Petroni, gen. dat. Petruni, a.cc. Petrune, 
ne' Doc. modenesi (aa. 8rr, 816) pubblicatl dal Bertoni, Dial. 
di Modena, pp. 61 sgg. 

Romania, XXXV l6 



242 C. SALVIONI 

Placito -tône ' : a sera Placitoni, CDL, num. 585 (n. 948). 

Pontio -tiône : gen. Pon-o e Pon-oiii -ni s -cio-, HP M, vol. I, 
num. 75, 115, 121 (a;i. 926, 961, 965. Asti), RS, num. i6r 
(a. 967), RF, num. 1280 (pag. 264, 274), 1296. 

Primo -mône : gen. Primo e Priinoni, ahl. Prirnone, HPM, 
vol. I, num. 28 e 94 (aa. 861, 945. Asti), 128 (a. 966. 
Novara), 1072 (a. 1072. Torino). Qui fors'anche nom. Prcnio, 
ace. Premoni, CDP, num. 42 (a. 954). 

Froho {dr. ego Probus, RF, num. 108) -bone :/. Proboiiis, 
RF, num. 720 (a. 1037), 734 (a. 103 1-2), Job. Proboni, num. 
1129. 

Proto -tône : s. Protonis, CDLod., num. 84 (a. 1123). 

Ravenno -nnône - : gen. Rav- e Rabennonis, ace. Ravenno- 
nem, abl. Rabenmne, RF, num. 20 (a. 748), 144 (a. 787), 159 
(a. 742), 194 (a. 809), 248 (a. 788) [Cfr. Rabenno. RF, num. 
138, Ravennus e Ravenni, MR, vol. I, num. 23, 148J. 

Romulo -lône : nom. Romuh -mo-, gen. Romoloni, ace. 
RonioJone-nem, HPM, vol. I, num. 45 e 47 (aa. 887, 892. Asti). 

Russo -ssône : gen. Russonis, dat. Rnssoni, ace Russoneiii, 
CDB, vol. III, num. 54, 55, 56, 57 (aa. 1139-41), 72 (a. 1154). 
79 (a. 1158), vol. V, framm., num. 9 (a. 1108), eec. 

Rustieo -cône : Rainuccius Rusticonis, RF, vol. V, App. 
num. 1, Jobannes Riistigonis, CDLod., num. 108 (a. 1142). 

Sabinio -niône : nionastcrinni Savinionis, CDL, num. 318 
(a. 883), terra Savinioni, HPM, vol. I, num. 97 (a. 947. Asti). 

Secundo -dône : gen. Secundoni, HPM, vol. I, num. 75 e 
150 (aa. 926, 984. Asti). 

Sicco -ceone : /. Sicconis, RF, num. iooo(a. I07i)[efr. de 
Sicco, num. 1023]. 

Silvo -vône : gen. Silvonis, RF, num. 364 (a. 957), 1280 
(p. 265) [cfr. Silvo, ib., num. 820, ece.] 

Stabilio -liône : gen. Stavelioni -lotii, ace. Slavelioni, HPM, 
vol. I, num. 158 (a. 984. Asti). 



1. Cfr. il nome proprio fem. Plaihi, ML, vol. V, p. 11, num. 94. 

2. Il Bruckncr, 291, vi veJrjbbj un norac germanico. Ma cfr. il nome 
proprio fem. Ravcuna, MR, vol. I, num. 58, 132, vol. II, num. 46, 48, e qui 
indictro Claveiiiuilo ecc. 



DECLINAZIOXH IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 243 

Stantio -tiônc : gen. Stantionis, RF, num. 807 (a. 1046) 
[ikSidiitio, ib., num. 1026, nom. Stanicio, AN, num. i6i|. 

Stephano -nônc" : nom. Stefanus Steff- e Stefano, gen. e 
dat. Stefanoni -nis -ff-, abl. Stefanone, CDL, num. 482 (a. 919), 
484 (a. 819), 557 (a. 941), 573 O^- 943), 597 (^- 9)0, 630 
(a. 959), 708 (a. 968), 866 (a. 992), tcc, AN, num. 64 
(a. 905), HPM, vol. I, num. 33 (a. 875. Asti), 156 (a. 982. 
Novara), RF, num. 1280 (pp. 264, 274), dat. Slevmioni -no, 
HPM, vol. I, num. 68 (a. 910. Asti). 

Syndico -cône : gen. Sindicoiiis, HPM, vol. I, num. 239 
(a. 10 14. Vercelli). 

Talisio -siône' : Talesits e Talesoni, HPM, vol. I, num. 
240 (a. 1014. Novara). 

Theodoro -rône"' : heredes Teoderoiii, CDL, num. 473 
(a. 917). 

Tiano-nône^ : gen. Tianoni,RF, num. 22 (a. 749). 

Tiberio -riône : îoxst terra Teveroni, HPM, vol. \, num. 
169 (a. 996. Asti). 

Tito -tône : f. Titoni, ML, vol. IV, p. i, num. 59 (a. 764). 

Upilio -liône : Opilio, dat. Opillioni, CDP, num. 4 
(a. 673 ; ma apogr. del sec. x), posiernla Ovilioni -nis, MR, 
vol. II, num. 15 (a. 971), 73 (a. 1169). 

Ursacio -ciône : nom. Ursacio, gen. Ursacioni, CDL, num. 
288 (..879). 

Urseo-seône : nom. Orseo, dat. gen. Orseoni, CDL, num. 

43) 0^- 910). 

Urso-sône : nom. Urso e Ursus, gen. Ursoni Or- -nis -ne, 
dat. Ursoni Or-, ace. Ursonem, abl. Ursone Or- -sune : ML, 
vol. \, p. II, num. 10 (a. 722), IV, p. i, num. 38 (a. 731), 
61 (a. 765), 12 (a. 777), p. Il, num. 100 (a. 1068), DA, num. 
121 (a. 1025), 150 (a. 103 1), 168 (a. 1044), CDT, p. 11, 



1. Sarà un accorciamento di Stephano lo Stepho -phouis (bis) dd RF, 
num. 1024 ? 

2. V. Holder s. « Tâlisius », alla quai forma contraddirebbc pcro l'c de 
nostro Taîesus. 

5. Con questa base potrebbe per avventura entrare in concorrenza il germ. 
TTieoderi. 
4. M'immagino si tratti dell' appellat. tiano dl cui qui addietro. 



244 C. SALVIONl 

num. 40 (a. 794; Ursiini), RF, num. 98 e 99 (a. 777), 208 
(a.802-15), num. 1282 (a. 1039-47), 1283, CD5, vol. I, num. 
îo (a. 1021), 15 (a. 1028), 23 (a. 1049), 32 (a. 1087), vol. 
II, num. I (a. 1 124), vol. III, num. 37 (a. un), 42(a. 1123), 
54 (a. 1138), vol. IV, num. 13 (a. 1015), 41, vol. V, num. 
19 (a. 1094), 53 (1108), ecc, CDP, num. 95 (a. 1013), m 
(a. [026), CDI, a. 1005, CDL, num. 28 (a. 765), 57 (a. 781), 
78 (a. 804), 87 (a. 812), 635 (a. 960), 685 (a. 964), 809 
(a. 982), ecc, CDLod., num. 31 (a. 1037), 120 (a. 1146), in 
nota, //PM, vol. II, num. 113 (a. 1049. Genova), vol. I, num. 
272, 364 e 401 (aa. 1012, 1069, 1085, Novara), 313 (a. 1041. 
Genova), ^A^, num. i, 9 (a. 758), 18 (a. 801), 48 (a. 885), 
54 (a. 896), 76 (a. 918), 108 (a. 1014; Ursono), MR, vol. I, 
num. 74 (a. looi), 90 (a. 1026), 118 (a. 1068), vol. II, num. 
38 (a. 1056). 

Valentio -tiône : gen. Falentioni, ace. Falciitioncin, ML, 
vol. V, p. II, num. 25 (a. 739), RF, num. 57(3. 764), 102 
(a. 777), 113 (a. 778), s. Varen-oiiis, Giulini, p. 72 (a. 1098). 
Vedi pag. 200. 

Victoro -rôni' : heredes Victoroni, CDL, num. 887 
(a. 992), /. Vittoroni, HPM, vol. I, num. 200 (a. looi. 
Novara). 

Vigilio -liône : Vitalis Vigilioni, CDB, vol. V, num. 68 
[è un documento del sec. xii d'origine venezianaj. 

Vincentio -tiône : nom. Vinceniius, gen. Vicen-. Vinccn- 
tioni -nis -ne -do-, CDL, num. 297 (a. 880), 421 (a. 906), 707 
(a. 968). 

Zacchajo -a;ône^ : gen. Zdccionis, ace. Zaccioncni, RF, 
num. 885 (a. 1052), 13 19. 



1. Cfr. nom. e gen. Victoro, DR, num. 27 (i. 1054). 

2. Zaccionis e.cc. potrcbbe per avventura leggersi Zakkioiiis ccc; ma anche 
Zaccio- non sarebbe fuor di luogo. 



DECLINAZIONE IMPARSILLABA NELLE CARTE d'iTALIA 24$ 

m, — -E -ÉNE, -I -ÎNE, -E ENE -ÎNE, -1 -ÎNE -ÈNE ■ 

A. — NOMI PROPRI MASCOLINI = 

Acerisi -sine(v. Bruckner, 218 s. « Ageris ») : nom. Ace- 
risiiti'^ gen. Acerisini, RF, niim. 181 (a. 806), 200 (a. 813), 
208, 234(^.816). 

Aderisi -sine (Bruckner, 216 s. <* Aderis ») : gen. Aderi- 
sini, RF, num. 29 (a. 794), 158 (a. 802), 164 (a. 799), 206 
(a. 808), 201 (a. 813), 250. 



1. La confusione tra / e e nella vocale caratteristica trae origine da più 
cause, non ultima quella per cui già nel latino si confondevano temi in -/ e 
terni in consonante. Circa alla realtà dell' -/, non v' ha da dubitarne nella 
maggior parte de' nomi germanici e in parecchi nomi latini o latino-cristianl 
(v. Bianchi, Arcb. glott. it., IX, 389 sgg.), cosi in Gio-vaiini (ib. 391 n; e ego 
Johanni RF, num. 253) che s'appalesa anche cisapenninico, — e quindi di 
tradizione bon antica, — nell' ossol. Zvafi e nel bol. Zan (ven. Za/zc) zanni 
(cfr. alto-it. aii ^nvà, paù panni) e in Chinieiiti (Bianchi, /.c, 390). Ne' casi 
obliqui era poi ovvio s'inframettesse -Inu, vuoi in quanto diminutivo vuoi in 
quanto iormativo di aggettivi di discendenza, derivazione. Ne la fonetica 
mancherà d'avervi detta la sua, poichè le vicende di -In- son tutt' altro che 
chiare e assodate, e andrebbero ristudiate attraverso tutta Italia (v. intanto 
Planta, Wôlfflin's Arch. XII, 567 sgg., Schuchardt, Voh. I, 291-3, II, 70- 
71, e qualche elemento in Arch. glotl. it., XVI, 316 n., BolJ. stor. d. Svi^- 
lera it., XXIII, 79, Krit. Jahrsh., VII, p. i, 135 e nel Pianto d. Marie in aiit. 
marchig., par. 3 délie Illustraz. Ricordo ancora il fréquente floremim, fiorino, 
délie carte medevali, nelle quali s'incontra pure Ticemim Ticino ; ricordo i 
nomi locali tosc. Selvena che è Silviua nelle carte, v. Repetti s. « Selvena » ; e 
ricordo m^ne caprena caprina, e Lupeniim=zLiipinutn o Liipuinum, CCav.,Arch. 
ghtt. it., 335, 344 s. « gorga », pariteHÎs := parielinis, CCaj., th., XVI, 24. 

2. Il solo appellativo italiano che parrebbe qui spettare sarebbe spene spe- 
ranza. Ma già vedevamo come esso vada forse giudicato diversamente. 

3. Il nom. in -iiis (e la conseguentene declinazione) prova per -/ essendo 
esso fatto direttamente su di questo, come Rotharius su Rothari, ecc. E cosi 
data una base come Aceris,se ne possono avère nella declinazione médiévale : 
nomin. Aceris, Acerisi, Acerisius, e anche Acerisinus, cioè un nominative 
foggiato sui casi obliqui. Ne' nomi in -ri s'aggiunge il metaplasma del tipo 
Sifitiirns. 



2.\6 C. SALVIOXI 

Al bine -jii -ne ne -ni ne : a nianc Alhimni diaconi, CDL, 
num. 450 (a. 912), nom. Albininus^ RF, num. 199 (a. 813). 
Circa al nom., cfr. Alhine, CDL, num. 985, nom. gen. dat. 
Albeni, ib., num. 223, 367 (a. 8<^6), Albini, CDP, num. 109, 
113, e V. il Bruckner, p. 220, s. « Albeni ». 

Al boni -né ne : da meridie Alboneni eeredes Alboneni, CDL, 
num. 707 (a. 968). Nom. Alboni, CDL, num. 464 (a. 915), RF 
(^Albimi), num. 262 (a. 827), e frequentissimo nelle ML. 

Aldine Aldeni-néne : nom. Aldeni t Aïdine, gen. Aldi- 
ncni, dat. o abl. Aldincui, HPM, vol. I, num. 36 (a. 880. Asti). 

Alerisi -sine (Bruckner, p. 222, s. « Alerissi ») : abl. 
Alerisino, RF, num. 174 (a. 803). 

Allovisi -sine : gen. Allovisim, ML, vol. IV, p. 1, num. 33 
(a. 686). 

Alpari -ri ne -rêne (Bianchi, 355, 410, Bruckner, 220, s. 
« Alpari ») : abl. Alparine, CDT (aa. 785, 790 ; v. Bianchi, 
Le); nom. Alpiiriiius, gen. Alparini, ace. Alpareniim, abl. Alpa- 
reno, RF, num. 26 (a. 746), 30 (a. 747), 165 (a. 801), s. 
Halpareni, ap. Meyer, num. 181 (a. 760). 

Andemari. -rêne : casajn Andeniareni, RF, num. 143 
(a. 786) [cfr./. Audemarii, ib., num. 299, a. 857]. 

Anselmi ' -mine : s. AuseJmini, RF, num. 8 (a. 745), 56 
(à. 764), 167 (a. 801). 

Anserami- -mine : s. Auserniiiini, RF, num. 115 

(a. 778). 

Antelmi (v. qui in nota) -mine : nom. Anlehiiini, ML, 
vol. V, p. III, num. r8i6 (a. 1123). 

Aredisi (Bruckner, p. 226, s. « Aredîsius ») -sine : s. 
Ardisiuo, CDT, num. )> (a. 801), 86 (a. 811), e forse anche 
s. Ordisino([. A-}), ib., num. 52 (a. 800). 

Aricisi -sine : s. Aricisiui, RF, num. 31 (a. 751), 269 
(a. 811). 

Arihi -hêne : cnmpo Aribeni, CDL, num. 337 (a. 886). 

Auchi (ML, vol. IV, p. i, num. 5, a. 762) -tchi -chine : 



1. Per V-i, cfr. ego Antelmi, RF, num. 263 (a. 827), nom. Teiisehni, Anselmi, 
Roteîmi, ML, vol. IV, p. i, num. 21, 63, Bianchi, p. 363, 404. 

2. Per Ausemnti -me possiamo invocarc Alerame, e Beitranie di cui a p. 
247 n. 



DECLINAZIONF. IMPARISII.L ARA NF.Ll.F. CARTF D ITALIA 247 

siamo al metaplastico nom. Occ'nii -cchini secondo il Bianchi, 
pp. 399, 410, e fors' anche in s. Occini, RF, num. 198 (cfr. 
nom. Occiniiis, ace. -nium,\h. 185). 

Auderisi (Bruckner, p. 229) -sine : siamo al metaplastico 
nom. Auderisiuus, gen. Anàcris'nii, RF, num. 1222 (a. 756), 
1224 (a. 757). 

Authari -rcne : fara Aiiihareui ; iioiiiinatiir ecclesia Autareni 
ab Autari regc; abl. Antharene, CDL, num. 3 (a. 716), 322 
(a. 883), 364 (a. 895), /. e s. Autareni, RF, num. 67 (a. 766), 
193 (a. 809); [cfr. Jevaverunt sibi regeni nomine Anîarenem, nel 
Cod. goth. délia Hist. Langob., MGH, Script. Rerum Lang. et 
Ital. X, 13 e 14]. 

Autzi -tzéne ■ : gen. Aut:^eni -nii^, CDL, num. 502 
(a. 923). 

Bertari -rêne : eredes Bertarii (cfr. gen. Bertari, CDL, num. 
866) e eredes Berfareni, CDL, num. 83 (a. 807). 

Bertrame ' -mine : s. Bertraiiiini, CDLod., num. 167 
(a. II 56). 

Boni (Bianchi, p. 404, RF, num. 825) -ni ne : questo 
obliquo si ravvisa nel metaplastico Boniuiis -ni, RF, num. 
802 (a. 1043-4), 7^9 ^ 790 (^- ^046). 

Brunari {Arch. glott. it., X, 356) -rêne : s. Brnnareni, 
CDL, num. 83 (a. 807), 707 (a. 968). 

Causari {Arch. glott., X, 356) -rêne -rine : ciirte Cau- 
sareni, HPM, vol. I, num. 52 (a. 896. Asti), /. Gaiisarini, 
apud Bertoni, Dial. di Modena, p. 62 (a. 816). 

Cameri -rine+: abl. Camerino, RF, num. 25 (a. 750), 
f. Chaniariiii, ML, vol. V, p. m, num. 1358 (a. 954) -no -ni 
num. 159 4(a. 984), 1688 (a. 993) [/• Icaniarini num. 1671, 
(a. 99i)|. 

1. Autii è inferito appunto, e non illegittimamente, dal genitivo. Nel 
CDL, num. 168, c'è Aut'^o provato dal gen. JiU-oiii. 

2. Aiit^tiiii dov' essere un errore. 

5. Cfr. Bertrame, CDLod., num. 48, Beltriimme, ib., num. 165. 

4. Il Bruckner, p. 253, ha Camero (cfr. terrain Cameronis, RF, num. 254) 
e Caviara. Il nome del paese di Cameri (Novara), che cosi suona già nelle 
carte (Cawjrz -mmari, HPM, vol. I, num. 174, 212), .sarà o il nostro Cameri 
o il genit. di Camcrus. L'obiiquo di Cameri è poi forse nel ni. Kamurin 
Camerino (Bellinzona). 



2-1 8 C. SAI.VIONI 

Cclere -rine : /. Cclcritii, RF, nuin. 64 (a. 765). 
Clémente -tine : s. Claementini, RF, nu m. 3 (a. 718). 
Dagari (Bruckner, 241) -rine : nom. Dagariiis, gen. 
Dagarini, RF, num. 4j (a. 761), 95 e 97 (a. 776), 103 

G-i. 777). 

Dulce -cine. Nel CDLod., num. 48 (a. 1094), figura 
(al nom. e al gen.) un personaggio di nome Dulce. Un' antica 
chiosa al documento spiega poi chi fosse questo signor Dulce 
colle parole : Nota Dulcinum istiiiii Juisse; e vi occorre anche il 
nom. Dulcinus. Al num. 67 compajon poi, ambedue nella forma 
del genitivo, un Dulci c un Dulcini, clie son zio e nipote'. 

Forte (cfr. nom. Forti -tes, ML, vol. IV, p. i, num. 765, 
V, p. II, num. 489) -tine : s. Fortini, CDL, num. 10 (a. 741). 

Fuscari (Blanchi, p. 356, Bruckner, p. 250) -rine, -rêne : 
Stephanus Fiiscareni, nel doc. veneto ^ in CDB, vol. V, num. 
6S,fundiim qui vocatiir Fuscarini, MR, vol. I, num. 72. 

*Framari 5 -rine : s. Framarini, HPM, vol. I, num. 331 
(a. 1047. Asti). 

Ellari (Bruckner, 270 s. « lllarius »)-réne-t : gen. Ella- 
reni, CDL, num. 413 (a. 905). 



1. Da qui il ni. CainpocloJcino (Kiililnisin), per cui ritiro l'etimo proposto 
in Bail. st. d. Sri^:;^. il., XXII, 87. Lo ritiro anche perché una vecchia famiglia 
di Chiavenna è quella dei Dolciui, e risiiha cosi hen antica in quelle parti la 
tradizione del nome Dulce -due. Si ricordi ancora il nome dell' ossol. Frfl 
Dotciuo. 

2. A Venezia si continua la tradizione del noniin. nella parenlela Foscari e 
quella dell' obliquo in Foscariui. 

3. Dafram, di cui v. Bruckner 248. È forse la nostra una forma longobar- 
dica corrispondentc al got. Franiirus, Meyer-Lûbke, Atport. Persuu., 69, 26. 

4. Qui veramente si puô pensare anche al lat. Hilare (dr.siuicti Elari,ML, 
vol. IV, p. I, num. 73, ch'è rinfiancato dal nom. Haro, ib., num. 113). Enoto 
che Hilare per Hilarius si dissimula nel nome locale bolognese (fraz. di Monte 
S. Pietro) 5i(nC(Tt'/ (italianizzato mSaiichierlo, Sau Chierlo e in Sau Chiellaro, 
V. Toni, Voc. del cUal. bol., p. 478), che nelle carte si trovacome5. Ilhuius -ii 
(v. F. M., Voc. it.-hit. il. uouii délie coiuniiiiiità e appodiali delta proviucia bol. 
[Bologna, 1829], p. 13). Avremodunque il gen. *sauti Elari[s]*Sautj Flari[s] 
* saut jet- *5J«f('7-(rapprcsentata, questa fase, in Sau Cljiellaro), poi, con meta- 
tesi reciproca di /-/• in r-1, saucèrel. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA \ELLK CARTE D ITALIA 249 

Gaidene' -néne : nom. Gaidcnc, gen. Gaidencni, CDL, 
num. 336 (a. 886). 

Gaiderisi (Bruckner, p. 251) -sine : gen. Gaiderisini, abl. 
Gaiderisino, RF, num. 56 (a. 764), 153 (a. 792). 214 (a. 815). 

Gaitari (Bi-Lickner, 251) -rénc : gen. Gaitari it Gaitareni, 
RF, num. 186 (a. 808), 215 (a. 815).^ 

Gambari (Bruckner, 253) -rine : hmiincs qui dicuuiur 
Gambarini (cioc « di Gambari »), AN, num. 181 (a. 1068). 

Gauderisi Go- (cfr. Goderis, RF, num. i8é, Gauderisius, 
gen. Goderisii, ib., num. 34, 47) -sine : gen. Goderisiiii, RF, 
num. 2^ (a. 749), 49 (a. 761), 186 (a. 808), 212 (a. 812), 
nom. Goder isiniff, num. 1224 (a. 757). 

Gudifre^ -frêne : s. Giidifreni, HPM, vol. I, num. 22 
(a. 840. Asti). 

Guntari G- -rine -rêne : gen. Guuiarini, CDT, p. i, num. 
44 (a. 752; V. Blanchi, p. 35e), e ap. Bluhme, p. 29 (a. 752), 
Rohindus Contareni e Cùuiari Contarenus'', nel doc. veneto in 
CDB, vol. V, num. 68. 

Herfemarl (cfr. nom. Herfciiiarins -phc-, abl. Hcrfcmaro, 
RF, num. 107, 135) -rine : s. Herfciiiarini, RF, num. 99 e 
100 (a. 777). 

Infante -tine : forse i. Fantini, RAL, num. 240 (a. 1073). 

Insari (Blanchi, p. 356, Bruckner, 271) -rêne : acc.Insare- 
nem, RF, num. 22 (bis. a. 749). 

Johannaci -ce ÇCDI, a. 960, 977, ecc.) -cine -cène : 



1. Cfr. ancora il gen. Gaidini, RF, num. 215 (a. 815). Riterrei poi che 
Gaidene e cosi Aldeiti -diiie e Albine -béni rappresentin ciascuno doppiamente 
il tipo di flessione clie qui si studia. Poichè dati Gaidihilfus, Gaidepeitus e 
consiniili, ben ne potova venire (v. Blanchi, pp. 404 sgg.) l'abbreviato Gaidi 
(e Gaidi postula il Bruckner, p. 251), e cosi Aldi, di Ironte a Aldiprandii 
Alde/iid, ecc. e AIbi, di fronte a Alhericns, i quali si declinavano Gaidi -dinc 
ecc, risultandone poi un nom. Gaidini -ne -déni -ne, allô stesso modo che 
Albo -one s'irrigidiva nel nom. Alboni (Blanchi, p. 405), da cui poi prendova 
le messe la nuovo flessione Alboni -noie. 

2. Per il nom, cfr. Landefre, itcc. Il Bruckner, p. 259 s. « Godefrit », pos- 
tula un GHdefre[niis], il che naturalmeme non è necessario. 

5. Contareni e Contarenns sono equivalcnti. Solo che il secondo è il geni- 
tivo concepito come un aggcttivo c quindi fatto concordarc col nome cui si 
rifcrisce. 



2)0 C. SALVIONI 

gen. Johammceni, CDP, num. 7 (a. 829), CDI, a. 932, -n;/;, 
C7J)/, a. 847, e in ML, vol. IV, p. i, num. 34 (a. 718), si 
legge in présent ia... Jolmnnacini dove è forse da emendare/o/7fl«- 
nacini. 

Johanne -nnénc : s. Joanneni, HPM, vol. II, num. 12 
(a. 903. Asti), vol. I, num. 83 (a. 933. Asti) '. Qui fors'anche 
s. Joahenes (1. Johanencs o Joancues), ib., vol. I, num. 248 
(a. 1019. Genova). 

Landari -ri ne : gen. Laiidarini, CDT, p. i, num. 66 
(a. 765 ; V. Blanchi, p. 556). 

Landefre -frêne : nom. e gen. Landefre^ gen. Landefreni, 
abl. Landefrenc, HPM, vol. I, num. 29 (a. 861. Asti). 

Landemari (Bruckner, 276) -rine : gen. Landeiimrinis, 
RF, num. 154 (a. 791). 

Liuderisi (Bruckner, 279) -sine : gen. Liuderisini, abl. 
Linderisino, RF, num. 153 (a. 792), 176 (a. 804), 263 (a. 827). 

Lubechi^ -chêne : gen. Lubecheni, CDL, num. 350 
(a. 891). 

Luceri (Blanchi, 356; e Bruckner, 281, s. « Luciarius ») 
-rine : gen. Lucerini, RF, num. 296 (a. 856). 

Lupari (Bruckner, 280, s. « Lopari »)-rine -rêne : gen. 
Luparini, RF, num. 131 (a. 776), /. Lu parmi, num. 269 
(a. 81 r), Johannes Lupareni [e Luparenus] nel doc. veneziano 
del CDB, vol. V, num. 68. 

Octari (Bruckner, p. 289) -rêne : loco nhi riirte Oclareni 
dicitur, HPM, vol. I, num. 36 (a. 880. Asti). 



1 . Johannes, nulle carte retiche, è declinato sul tipo Johannes -nnentis, e gli 
si accompagna il germ. IVachari (Bruckner, 315) -rcnlis; v. Buck, Zeits. f. 
rom. Phil., XI, 1 1 1 . Del quai tipo ha ragionato da par suc lo Schuchardt, 
Vok., III, 343 n. In Italia, il Blanchi, p. 3')9, ha poi rilevato il gen. Filicenti, 
ML, (a. 769), che perô non avrà -eiitius, come ritiene il Blanchi, ma starà a 
un nom. Felice -ci come Johannentis stà a Johanne -uni. E che sarà il curioso 
gen. Mabertenti, CDL, num. 14 (a. 753)? Parrebbe di vedervi quel Bertî che 
il Bruckner, 234, non è alieno dal porre a base del gen. Bertini. Quanto alla 
prima parte, cir. Malbertus, Madelpert, Magipeil, Maniperl ap. Bruckner, 
p. 235. 

2. Sarà Luhechi una forma divariata da Lu- Lopicbi[s] Bruckner, 280; cfr. 
Marechis e Marichis, Arch. glott. it., 354-5. V. invece Meyer-Lûbke, Altport. 
Persnn., 66. 



DECLIXAZIONE IMPAKISIIJ.ABA NRLLH CARTE d'iTALIA 2)1 

Paltari (Bruckner, p. 23i)-rt'ne : /. Paltaroti, RF, num. 
268 (a. 828), 269 (a. 811). 

Pasquale -léne -line : s. Pasqitaleni, HPM, vol. I, num. 
80 (a. 929. Asti), c foiV anche vicitm... Pasqualini, CDLod., 
num. 5 (a. 883). 

Piciari (?) -rené : purtinncuJam Piciareui, RF, num. 23 
(a. 749). 

Porcari (Bruckner, 240) -rêne: vinea Porcarems, RF, 
num. 291 (a. 854). 

Radari (Bruckner, 291) -rêne : abl. Radareiio, RF, num. 
104 (a. 809). 

Rimichisi -sine : nom. Riinirhisi, gen. Rimichisini, RF, 
num. 57 (a. 764). 

Rodimari (Bruckner, 300) -ri ne -rêne : /. Rodiniavini e 
-lieinairni, RF, num. 57 (a. 764), 107 (a. 777). 

Rot h a ri -ri ne -rêne : gen. Roihareni, ace. Rolbarcne, 
Bluhme, p. 29, RF, num. 32 (a. 752), CDL, num. 179 
(a. 852), 197 (a. 8)6), ahl. Rolharino, RF, num. 71 (a. 768). 

Santari (Bruckner, 302) -rêne : gen. Santareni, RF, num. 
II) (a. 778), 164 (a. 799). 

Sintari (Bruckner, 304 s. « Sintarius ») -rêne : ace. Sin- 
iarine, ML, vol. IV, p. i. num. 26 (a. 721); v. Bianchi, p. 356. 

So- e Sunifre -fri -frêne : nom. Sunifre e Sunifri, gen. 
So- Simijreui, ace. Sunifrenee Sonifrenus, HPM, vol. I num. 22 
(a. 840. Asti), 109 (a. 956. Asti). 

Stabile -léne -line: nom. Slavele, gen. Staveleni, abl. 
Stavelenc, HPM, vol. I, num. 31 (a. 872. Asti), dat. Slaveliiii 
in Bertoni, Dial. di Modena, p. 61 (a. 811). 

Suave (cfr. nom. Suavis, RF, num. 818) -vine ' :/. e s. 
Suabini, RF, num. 190 (a. 808), 199 (a. 813). 

Teudemari (Bruckner, 310) -rêne : s. Teudemareni , RF, 
num. 37 (a. 752). 

Teuderaci (Bruckner, 310, e ML, vol. IV, p. i, num. 32, 
95> 97) o meglio Theodoraci (Meyer-Lùbke, Portug. Persnn. 
75) -ci ne : siamo al metaplastico nom. Theodoraciniis, gen. 
-ni, RF, num. 119 (a. 778). 



I. Suave puô interpretarsi corne un aggettivo hitino (cfr. Duke), ma anche 
conie cquivalcnte a « Svevo » ; v. lîruckner, p. 308. 



252 C. SALVlON'l 

Teuderisi (Bruckner, 210, 311, s. « Theoderîcus » e 
« Theoderis ») -sine : gen. Tendirisini. RF, num. 72 (a. 768), 
198 (a. 811). 

Teudici (Bianchi, 353, Bruckner, 308, s. « Theodicius ») 
-cine:/. Teiiciicifii,RF, num. =^j. 

Theoderi (Bianchi, 356 « Teudori », Bruckner, 309, 
s. « Teudarius ») -rêne : ace. Thcoderenem , CDL, num. 15 
(a. 75)),/. Teudereni, CDI,a. 932. 

Valeri ' -rine : s. Valerim, RF, num. 31 (a. 751), 33 
(a. 752), 42 (a. 760), abl. Falerino, ih., num. 1096,5. Vallerini, 
ML, vol. V, p. II, num. 108 (a, 768). 

Waltari -rine -rêne : nom. Waltari, gen. IVallarini, abl. 
JValtarem -te-, ML, vol. V, p. 11, num. 8 (a. 72o.Vedi Bianchi 
357, 410), dat. Guaharino, RF, num. 54 (a. 763). 

B. — FEMINILI 

Sono assai pochi ma tanto più preziosi. Qualche esempio 
potrebbe anche venir infirmato in quanto nel nomin. oftra -a 
anzi che -e o -i. Ma si tratterâ di una mera apparenza, poichè 
queir -a è metaplastico (cfr. Matelda e Maîilde, Geltruda -de, 
ecc, e. V. Bruckner, pp. 184, 268, Philipon, 233)- e il gen. 
in -eue depone appunto per V -e o -i anteriore ail' -a. Ed ecco 
gli esempi : 

Arelda (cioè Arelde o -di)-déne: nom. Areldn,:\h\. Arel- 
dene, CDL, num, 47 (a. 772). 

1. Suppongo che *VaJcyi sia Vakrl = Valerhi\j.']\ v.Y^'vànch'x e .Ascoli, 
Arch. ghtt. it., IX, 380 sgg. 

2. La presenza, avvenuta per tal via, nella lingua di tipi in -a eue o -a 
-jne, doveva poi promuovere qualche analogia tra i feminiH con -a etimolo- 
gico. Giudico a taie stregua VEttoIa -h'ne allegato dal Philipon, 238, il gen. 
Ferviwe (ail. a Ferme gen. e dat., Ferma nom.) di CDLoiL, num. 96 (a. 1 1 36), 
e fors' anche (de) Petrimi, CDL, num. 87 (a. 812). — Ben è vero che un 
tipo di declinazione in -a -ene, limitato perô ai mascolini, occorre in nomi délia 
etàgotica, e il Wrede, p. 185, la documenta con quattro esempi : Waccenevt, 
Ma:^enis, Pat^enis, Cessinis. Sennonchè il vero nominativo del primo non è 
]Vaca ma Waci (Wrcde 102-3), e si puô forse supporre che anche gli altri 
abbiano avuto una forma in -/ allato a quella in -a. E del resto sarà questo 
un fcnomcno morfologico diverse, o dove avrà influito qualche altra analogia. 



DKCLINAZIOXE IMPARISILLABA NELLE CARTE D ITALIA 253 

*lvochilde -di (o Rochilda?) -déne : abl. Rochildene, 
CDL, num. 47(^1- 772)- 

Taneldi -dîne : nom. r^wW/V, gen. Taucldiruv, àhX. lanel- 
dina, RF, num. 73 (a. 768), dove c notevole il metaplasma ne' 
casi obliqui. 



* 

* * 



Le carte da cui provengono gli esempi délie précèdent! pagine 
sono anteriori, nella loro maggior parte al Mille ; relativamente 
poche si pongono tra il 1000 e il iioo, e quasi solo per ecce- 
zione s'allegano carte di data posteriore a quest' an no. Il CDL 
è ricco di 1006 numeri tutti anteriori al Mille; il RF ne ha 
1330 e vanno fino circa al 1 125 ; le ML contengono circa 2300 
carte, anteriori al Mille nella loro stragrande maggioranza; i DA 
vanno hno ail' a. i i8oe contengono 390 numeri ; il CDP ha 337 
numeri di cui i piùgiovani raggiungono il 1 100 ; i DR constano di 
86 numeri, di cui una parte pernoi inutile, ponendosigli utili tra 
il 1000 e il iioo. Quaiito agli HPM ne ho spogliato il 1° vol. 
fino al num. 524 (a. 1164) e il 2° fino al num. 148 (a. iioi), 
Giova perô ricordare che ho omesso di considerare tutte le carte 
di questa raccolta che non riguardin la parte continentale e 
cisalpina dell' antico Regno di Sardegna. Per la guale limita- 
zione il numéro de' documenti esaminati, soprattutto nel 
2° vol., si ristringe di molto. — Ho premesso queste notizie, 
perché il lettore possa valutare con giustizia le proporzioni 
numeriche degli esempi. Infatti, solo dopo risaputo délie cifre 
ora esposte, si potrà riconoscere, p. es., che i dieciotto esempi di 
nomi propri fem. in -a -âne forniti dai DR valgano assai piii 
dei trenta offerti del CDL ', e che i dieci esempi di -e (-/') -eue 
(-ine), datici dalle carte astigiane degli HPM, soverchiano in 
realtà i quarantadue del RF. 

Délie tre catégorie, nelle quali abbiamo diviso gli esempi, la 
più sicura in tutti i singoli esempi che le appartengono, e la 
più ricca è quella de' nomi in -0 {-ns) -onc. E lo sarebbe ben di 
più chi v' aggiungesse leparecchie centinaja di nomi propri sicu- 



I. Di questa abbondanza e délie sue connessioni storiche è detto qui indietro 
a p. 208 n. 



254 ^- SALVIONI 

rameute o (Jubbiiimcnte gcrmanici clie noi abbiamo oniessi". 
Ad impinguar la categoria concorrono le carte d'ogni parte 
d'Italia, e v'hanno esempi, corne Pt'/ro UrsoLiipo, che occorrono 
innuinerevoli volte e che son rappresentati in quasi tutte le rac- 
colte. La più ricca messe in senso assoluto, ce la danno il RF e 
il CDL, che son rappresentati in più di cinquanta dci più di 
centoquaranta articoli onde constano gli elenchi nostri ; ma la più 
ricca in senso relativo la si miete nelle carte astigiane rappre- 
sentate in ventisei articoli. Il CDP figura in dodici articoli, il 
CDT in nove, le ML in venti, e, tra le raccolte meridionali, il 
CCav (ne primi quattro volumi) in sei, il CDB in sette. 
Alla categoria de' nomi in -a -âne spettano circa un centinajo di 



I. Ai nomi latini già citati se ne possono aggiungere altri germanici odubbi 
nei quali è pero latino il suffisse derivativo : i". Pranduloni, CDT, num. 90 
(a. 812), nom. Macciuhis gen. Macciuluvi, ib. num. 24 (a. 730), per Davin- 
loneiu et Lucciolonein, RF, num. 12 (a. 747),/. Mannoloni, CDL, num. 707 
(a. 968), s. Graiisoloiii, ib. num. 863 (a. 992), /. Guntuloni, ML, vol. IV, 
p. II. App., num. 100 (a. 1122); gen. Bocacuviis (nome reso poi célèbre dal 
et Boccaccio », ma un cui non son certo che vada il Bocassio di DK, num. 71, 
a. 1276), DA, num. 357 (a. 115 3), e p. 480 n., s. Grimacionis, RF, num. 240 
(a. 819), gen. Racttcionis, abl. Racucione, e gen. Giiarnucnviis, RF, num. 19 
(a. 816), s. Albiiccioni, CDL, num. 881 (a. 994), s. Boniiccionis, ib., num. 900 
(a. 1059. Nom. Boniicius, ib., num. 1025), gen. Siiavi\oiiis (cf. nom. Siia- 
viio, RF, num. 1280, pp 265, 266), MR, vol. I, num. 109 (a. 1057),/. Cor- 
biiotiis, DA, num., 261 (a. 1084), gen. Carlicionis, RF, num. 1240; nom. 
Bronecto gen. Bruiieclonis, RF, num. 458 ; inoltre, di origine incerta : nom. 
Maiirisso, gen. Maurissonis, ace. Maurissoueiii, RF, num. 42 (a. 760), 155 
(a. 792), casam Maiirissioni, ib., 117 (a. 770), un nome ch' io non ni atten- 
terei di senz' altro mandare, come fa il Philipon, 225, con Maiiritiits, gen, 
Lanissionis, RF, num. 305 (a. 872); nom. Melesus,gen. Melcsoni abl. Melesone. 
efors' anche/. MeJsoni, CDL, num. 249 (a. 870), 861 (a. 992), 696(3. 966), 
V. forse l'Holder s. « Melisa n; per MarLone, CDL, num. 605 (a. 954; 
e ancora, senza sufïisso e con apparenza non germanica : nom. Ferro, gen. 
Fenon is, ecc. Ferroueiii, RF, num. 790 (a. 1046). 845; gen. Pascoiiis, abl. 
Pascoiie, ib., 790, 992, iiji, f. Latulonis, ib., num. 908 (a. 1059),/. P'sc'wnis 
(*Pisius?), ib., num. 990, /. Sabbioiiis (da *Siibbiiis =z * savius savio?), ib. 
558, nom ProJo (con proJe'r Cfr. anche il gen. fem. PioJac, ib., num. 560), 
gen. Piodonis, ib., num. 550, 416, gen. Martonis, ib., num. 449, 1267, 
J. Caionis (:= Catius} V. Flechia, Di aie. forme, ecc. 29), ib., num. 1024, 
gen. Ulmotii ace. Uluione, CDT, num. 70 (a. 768); e v. ancora Philipon, 223. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA NELLli CARTE D ITALIA 255 

esenipi tra appellativi ' e nomi propri, tra mascolini e feminili. 
I nomi propri masc. son pochi -, e provengon tutti dall' Italia 
centrale, tranne uno, che perô ha il vantaggio di non rivelarcisi 
soltantoattraversoun mctaplasma. Gli appellativi feminili sono 
Otto : due di essi son comuni aile carte settentrionali e centrali, 
cinque son dati dalle carte settentrionali soltanto, e uno proviene 
da carte centrali e meridionali. Ma il nucleo importante è dato 
dai nnpp. feminili, in numéro di ottantaquattro, dei quali poco 
meno délia meta sono d'origine latina ' o latino-cristiana. Il 
focolare di essi è la Lomhardia ch'è rappresentata in sessanta 
articoli •*, e nella Lombardia, corne s'è visto, la sezione alpina 
lomharda che cade nel territorio dell' antica Rezia. Son pure 
ragguardevoli, a proporzioni fiitte_, i nove esempi del CDP, e 
più ancora i sei di CDI. Dai territori meridionaU non s'hanno 
che due esempi (v. s. « Domna » es. « Gausa )))dicui il primo 
metaplastico, e dai centrali, sei esempi di su il RF', uno di su 



1. É da aggiunger loro, fuori d"Italia, lo sp. hoiiiiciiianes Grôbers Gr., 
2"' éd., 908. 

2. Tra questi potrommo dubitare di Olivaiii, in quanto potesse rappresen- 
tare un derivato per -ami ; ma ci ha deciso ad ammetterlo nella lista la non 
trascurabile circostanza che anche Miitaonta -tatii compaja insieme a Lucca e 
nella Francia. Mi chiedo poi anche se non entri nella nostra série niascolina 
5. Boi itini, RAL, num. 79 (a. 1034), cioè « di Borea[s] » (cfr. il cognome 
Bôrea); e il Blanchi, 409-10, vi farebbe entrare Siniumu -no, CDT, num. 44 
(a. 796), e persino, s'io ben l'intendo, AJauo. 

3. Tra i nomi latini comprendo pure le formazioni romanze da nomi di 
luoghi, corne Bdlaxia, Clavennula, e cosi Ravennits, Claveiuudus ndla. seconda 
lista. 

4. Comprendendo perô tra le lombarde, come è giusto avvenga tanto nel- 
l'ordine linguistico che nel geografico, le carte provenienti da Novara. 

5 . Una objczione che potrehbe venir mossa agli esempi ch' io attribuisco 
al RF è questa : che mentre nella série de' nomi in -0 -àll^ il genitivo esce di 
solito in -oui!:, invece, nella série -a -due, esce sempre per -ani. Al che rispondo 
che -iitii rappresenta la flessione arcaica, come la rappresentano i non iscarsi 
esempi di -ont =z -ouis, e che gli esempi con -s in questa série son dovuti a 
Gregorio di Catino che nella 2» meta del sec. xi compile il regesto. Ma a 
quest' epoca, la flessione in -a -dnis non era più sentita, e cosi Gregorio non 
poteva ricostruire i genitivi in -aiii come ricostruiva quelli in -oui, tanto più 
poi che quelli si prestavan mirabilmente a esser confusi col genitivo di -anu. 
È del resto éloquente il metaplastico Orsanae e anche il de Blancano di cui s. 
« Elança » in nota, la cui forza probativa s'accresce pel fatto délia sicura pre- 
senza di Bhuca -cane nella Toscana. 



2)6 C. SALVIONl 

il CDT (s. « Bhmca »), ■ duedi su le ML, e uno di su il RAL 
(s. « Proba ») ^ Se anche qiialcuno di questi esempi centrali e 
meridionali possa prestare il fianco a delle objezioni, ne rimarra 
pur sempre abbastanza per affermare che la declinazione impa- 
risillaba de' nomi propri feminili in -a, non era sconosciuta in 
queste parti délia penisola. 

In nomi propri -/ -ine ecc. sono settantacinque "', quasi tutti 
mascolini, e, tranne una decina, d'origine germanica. Vigoreg- 
giano essi vel RF, nelle carte délia 2' meta del sec. 8° e del 
primi decenni del 9°, e nei diplomi astigiani, corne già s'è 
detto. Il CDL offre quindici esempi, e una dozzina d'esempii, 
tutti di su carte antichissime, li offrono insieme le ML e ii 
CDT. Nessun esempio dalle carte meridionali. 

Nel suo assieme, conchiuderô, lo specchio che précède 
dimostra che la declinazione imparisillaba era di tutta Italia, e 
un" altra fiera scossa è quindi data a uno degli argomenti che si 
son fin qui allegati per l'origine germanica d' essa declinazione 
imparisillaba : quello del suo apparire soltanto in que' territori 
romanzi che confinano a popolazioni germaniche. Il regesto d 



1 . L'esempio Bhmcani mi par guarentito per ciô che occorra due volte e 
per ciô che si dice in fine della précédente nota. — Nel CDT occorre anche 
/. Branculani e corie Braticulani, nuni. 39 e 64 (aa. 793, 804), e/. Fre:^ani nel 
RAL, num. 303 (a. 1081). Non so che pensarne. 

2. Qui siano ancora ricordati, perche il It^tore ne faccia quel calcolo che 
crede, /'. Fiuidani, RF, num. 774 (a. 1044), •^"^''/'^ '/'''••• Melegane e pralo Lohiani, 
CDL, num. 112 (a. 830), 884 (a 994), Pelrum Ruibain (1. -ni) = Pietro di 
Rossa?, Verci, 0. c, doc. 14. — Un nome Brica (mascolino o feminile ? Cfr. 
il masc. Briao, Bruckner 239, e nom. Bin'cho, gcn. Birkhoui, CDL, num. 1 1 1 ; 
e pure masc. Biri ica ap. Gloria. Dfl Volgarc illustre dal sec. VII fiiio a Dante, 
p. 22) in casa iihi dicitiir Brica)! i e in prénom inato loco Cahricani, AN, num. 147 
(a. 1038). 

3. Tra cui pero parecchi nominativi fatti suU' obliquo metaplastico, ma 
non per questo meno sicuri. Da aggiungere sarrà forse ii nom. Morcnitinns, 
RAL, num. 106, da paragonarsi col Mauronti[s (lerra Maiirontis) di RF, 
num. 259 (a. 825). E cosi questo curioso nome ci si pi-esenterebbe in tre 
forme : Mauronta -tani (v. p. 217 n), Matiroiiio -tone, Bruckner, 285, RF, 
num. 577, 622, e Mauronti -tine. — Qui faccio seguire un certo numéro di 
genitivi in -ini -eni,\n talun de' quali saran forse da riconoscere gliefFeti della 
nostra flessione : /". Armeni, RF, num. 193 (a. 809), 7'. Cbristoceni, ib., num. 
1 17 (a. 778), casarinum Ageleni, ib., num. 269 (a. 81 1), s. Madaliui, ib., 309 
(a. 875), 5. Gensoveni (o = Gensuini da *Gensuin ?), CDT, num. 77 (a. 808), 
s. Adajui, ib., 5. Passerini (cf. i cognomi Pdsseri e Passerini) RAL, num. 273 
fa. lo-j'jy f. Lovisino -ni (o =: Lupiciniï) AN, num. 129 e 135 (aa. 1030, 
1033), i. Frauceni (errore per -oni }), HPM, vol. I, num. 294 (a. 1054, Torino), 
ecc. 



DECLINAZIONE IMPARISILLABA \ELLE CARTK d'iTALIA 257 

Farfii e anche le raccolte toscane sono a questo riguardo ben 
éloquent!. E benpiù éloquent! sarebbero, e insieme adessi anche 
le raccolte meridionali, ove fosse loro dato di contenere dei 
document! p!ù vetust! d! quell!, in parte pur g!à tanto vene- 
rand!, che in realtà c! oftVono. S! pensi che se il RF e le rac- 
colte toscane non ci dessero délie carte rogate tra il 750 e r850 
e solo cominciasseroil primo con carte dell' 850, le seconde con 
carte dell' 800, noi non avremmo, per la regione centrale, 
nessuno esempio délia declinazione in -/ (-<') -ine Ç-éne) e tut- 
talpiù dovremmo esser contenti di rintracciarla irrigidita in 
qualche metaplasma. Il caso è istruttivo, e c'insegna, s'io mal 
non mi appongo nell' interpretarlo, che assai più esempi noi 
troveremmo, e per ciascuna délie catégorie del nostro tipo fles- 
sionale, e per ciascuna regione d'Italia, ove più indietro nei 
secoli ci portassero i documenti. Onde la quistione non è più 
di sapere se tutta Italia abbia conosciuto il tipo, bensi di ren- 
derci conto perché in certe parti, p. es. nel Mezzogiorno e a 
Roma, esso già si mostri languente quando altrove o ancora 
vigoreggiao quanto meno offre prove non dubbie délia sua vita, 
e perché, a seconda délie regioni, l'una categoria abbia ceduto 
prima délie altre. E s'io ho ragione di cosi concepire l'anda- 
mento storico, è facile la conclusione, alla quale già s'addive- 
niva, che in fondo non altro che un fortuito silenzio, — 
silenzio parziale ' e di relativamente non lunga durata, — 
sépara la dechnazione imparisillaba médiévale dai Fortunataneni, 
Vakntiûni,Suavini e Natalini délia tradizione epigrafica romana ^. 

C. Salvioni. 



1. Dico « parziale », in quanio, ne' riguardi délia série -a -aiiis, già s'è 
veduto cW io ritengo colmata la lacuna temporale dai nomi mascolini (e femi- 
nili, V. pag. 220 n) in -a -une del periodo barbarico. 

2. Avrebbero dovuto far séguito al mio studio délie considerazioni suUe 
viccnde intime délia flessione imparisillaba, sulla realtà e il modo di sua vita 
nel latino délie carte. Ma ho già troppo abusato dello spazio concessomi dalla 
Roiihinia, e riserbo le mie considerazioni per un' altra volta. Non posso tutta- 
via tralasciare di avvertire il lettore che ogni quai volta nelle nostre liste 
l'esempio délia carte è allegato nella forma : « nom. Petro (o -its), gen. Petroni 
ecc. », cio vuol dire che in almeno uno de documenti citati compajono real- 
mente il caso retto nella forma e nelia funzione del caso retto, l'obliquo iiella 
forma e nella funzione deir obliquo. E si tratta sempre, salvo qualche rara 
eccezione, délia stessa persona ch' è nominata nell' un caso e nell' altro. 

Romania, XXXV I 7 



VIVIEN ET LARCHAMP 



Depuis un demi-siècle les romanistes d'Europe et d'Amé- 
rique ont tenté de retrouver le prototype historique du Vivian 
du cycle de Guillaume d'Orange, mais sans arriver à un résul- 
tat même problématique. M. Hermann Suchier croit avoir 
trouvé la clé de l'énigme. Après avoir consacré à ce sujet un 
copieux article, véritable chef-d'œuvre d'information ', il pousse 
ce cri de triomphe : « Ich komme also zu dem Schlusse : 
Vivien ist der Vivianus der Schlacht von 851 eben so sicher 
wie Roland der Hruolandus der Schlacht des Jahres 778 ist-^. » 

Donnons bien vite la solution : Vivian ou Vivien n'est autre 
que le comte Vivianus qui joua un rôle important sous le 
règne de Charles le Chauve; la bataille où il succomba sous les 
coups des Bretons le 22 août 851 doit être placée à Larchamp 
dans le département de la Mayenne, canton d'Ernée. Cette 
localité représente le mystérieux champ de bataille de l'Archant 
(pour Larchamp) célèbre dans le cycle de Guillaume d'Orange. 

Pour quiconque est un peu lamilier avec le règne de Charles 
le Chauve, les objections surgissent aussitôt. Quel rapport entre 
le comte de Touraine, duc en Neustrie, pourvu dès 843 ' des 



1. Dans la Zeitschrijl fïir roiiiaiiische Philologie, XXIX, 641-682. 

2. Ihid., 66^,. 

5. Les deux témoignages les plus anciens sur Vivianus ont échappé à 
M. S., et on ne peut lui en faire un reproche. Ce personnage figure comme 
amhasciator dans un diplôme de Charles le Chauve donné sous Rennes le 
13 novembre 843. La mention Vivianus caméra ri us impetravit (ces deux der- 
niers mots en notes tironiennes) est dans l'édition de J. Tardif (Cartons des 
rois, no 144, p. 96), mais non dans celle des Historiens de France consultée 
par M. Suchier, Dans son édition d'un acte un peu antérieur, du 30 août 



VIVIEN ET LARCHAMP 259 

tonctions très élevées ' de chambrier, lesquelles ne sont compa- 
tibles qu'avec un âge mûr, et Tenflmt Vivian dont les prouesses 
n'offrent d'intérêt qu'à cause de son âge juvénile - ? 

Dans l'histoire, les ennem's de Vivien et du roi Charles (et 
non de Louis le Pieux) sont des Bretons, nullement des Sarrasins, 
et jamais l'épopée dans ses plus folles fantaisies n'a confondu 
les Bretons avec les païens. Il est même remarquable que, en 
dépit des désastres de 845 et 851, les Bretons ne soient jamais 
considérés comme des ennemis '. Erispoé, (le Ripeu de nos- 
épopées) et Salomon sont, au contraire, traités comme des 
personnages sympathiques, et le second figure même au nombre 
des vassaux de l'empereur +. 

M. S. le sait bien, mais, dit-il, les Normands qui, eux, ont 
été confondus avec les Sarrasins, se sont plus d'une fois alliés 
avec ceux-ci contre Charles le Chauve (p. 660, 67)). Pas en 
851 en tout cas, et les exemples cités portent sur 865 et 866 : 
et il s'agit de bandes de brigands bretons, faisant le coup de 

843 à Quierzv, Tardif (no 142) lui-même a néglige le mot Viujaniis qui se 
trouve écrit en clair dans l'original des Archives Nationales au-dessous du 
recogiiovil et stibscripsit du chancelier. 

1. Sur cette charge, vov. Hincmar, De online pdlatii, éd. M. Prou, p. 56- 
S8 (Bibliothèque de r École des Hautes Éludes, fasc. 58); G. Waitz, Deutsche 
VerfassuKjsgeschichte, III, 2^ éd., 502. 

2. La discussion sur l'âge du Vivian épique, que M. S. semble chercher à 
vieillir (p. 665-664) est fort peu probante. Si le Vivian épique avait dans les 
vingt-deux ans, son rôle n'aurait rien d'extraordinaire puisque les jeunes Francs 
étaient adoubés aux environs de la vingt et unième année. L'âge minimum 
auquel l'adoubement était permis étant quinze ans, juste l'âge du frère cadet 
de Vivian, celui-ci, qualifié « meschin », doit être envisagé comme un jeune 
homme de seize à dix-huit ans. Sur les conditions de l'adoubement, voy. 
P. Guilhermoz, Essai sur l'origine de la noblesse en France (Paris, 1902), 417- 
421. 

5. Les raisons à l'appui de cette remarque m'entraîneraient trop loin et 
sortiraient du cadre de cette revue. Je crois bon cependant de mettre en garde 
les lecteurs non historiens contre les assertions d'un pseudo-Breton, feu 
.\rthur de La Borderie, qui présente sous un jour faux les rapports des Francs 
et des Bretons dans sa grande Histoire de Bretagne, déployable à bien des 
égards. 

4. Il suffit de renvoyer à Ernest Langlois, Table des noms propres... compris 
dans les chansons de geste imprimées., Paris, 1904. 



2éo F. LOT 

main avec les barbares, et non d'armées nationales commandées 
par le duc ou roi des Bretons '. 

Que dire de la tentative de rapprochement entre Guillaume 
d'Orange, oncle du fabuleux Vivian, et Guillaume, duc de Gas- 
cogne et comte de Bordeaux qui fut fait prisonnier dans cette 
ville par les Danois en 848? M. S. commence par supposer que 
l'historique Guillaume de Toulouse (le Guillaume d'Orange 
de l'épopée) a été confondu avec son petit-fils Guillaume de 
Gothie. Puis il accueille avec complaisance (p. 661, 675) une 
hypothèse qui assimile ce dernier au duc de Gascogne homo- 
nyme. Par malheur, cette hypothèse ne tient pas debout. 
L'année même où Bordeaux et son défenseur tombaient au 
pouvoir des païens, le petit-fils de Guillaume de Toulouse était 
fort loin de là, occupé à disputer la Gothie aux marquis de 
• Charles le Chauve. Depuis l'exécution de son père, décapité en 
844 ^, il guettait une occasion favorable. Elle se trouva en 848. 
Le marquis Sunifré venait de mourir et d'être remplacé par Ale- 
ran, comte de Troves, étranger au pays. Guillaume s'empara par 
ruse d'Ampurias et de la capitale de la Marche d'Espagne, Barce- 
lone, à la fin de 848, et un instant il fit même prisonniers Aleran 
et le comte Isambard. Le triomphe du petit-fils de Guillaume de 
Gellone fut de courte durée. Au début de 850, lui-même fut pris 
par trahison et décapité dans Barcelone '. A six ans d'inter- 
valle, le fils subissait le même supplice que le père. Bernard, à la 
mort de Louis le Pieux, avait joué un rôle très louche, flottant 



I. Le troisième exemple ne signifie rien : de ce que Vivianus, donnant le 
monastère de Cunauld (le 27 décembre 845) aux moines de Saint-Philibert 
de Noirmoutier, parle des incursions fréquentes et inopinées des Normands 
et des Bretons, il n'en ressort nullement que ceux-ci soient alliés et confondus 
les uns avec les autres. Disons à ce propos, que avant d'avoir à souffrir des 
pirates bretons et Scandinaves, l'île de Noirmoutier et lîle d'Yeu avaient été 
vers le viii^ siècle visitées par des navires « sarrasins », c'est-à-dire des pirates 
musulmans d'Espagne. Voy. Ermentier, 1. II, c. 10 dans R. Poupardin, 
Monuments des abbayes de Saint-Philibert, p. 66 et xxv (Collection de textes 
Alph. Picard, 1905, fasc. 38). 

2. Voy. Calmette, De Bernardo sancti GuiUelmi filio (Tolosae, 1902), 92; 
cf. le Moyen dge, 1904, p. 149. 

3. Voy. Calmette, Les marquis de Gothie sous Charles le Chauve, p. 6 (extr. 
des Annales du Midi, 1902); cf. F. Lot, dans la Romania, XXXIII, 145-9- 



VIVIEN ET LARCHAMP 26 1 

entre Lothaire et Charles. Il méditait, si l'on en croit une insi- 
nuation de Nithard, de se tailler une principauté en Gothie où 
son père avait laissé un souvenir inoubliable'. C'est en cette 
contrée que le jeune Guillaume pouvait compter des partisans; 
c'est en Septimanie et dans la Marche d'Espagne qu'il dût se 
tenir après la fin tragique de Bernard. Croire que Charles le 
Chauve qui haïssait ce dernier eût confié à son fils, un tout 
jeune homme % un poste de confiance comme était le duché de 
Gascogne avec Bordeaux, c'est se méprendre étrangement. 
Sovons bien persuadés qu'il n'y a qu'un rapport fortuit entre 
le duc Guillaume fait prisonnier par les Normands en 848 et le 
jeune aventurier du même nom qui enleva Barcelone à la fin 
de cette année \ 

Faut-il faire remarquer que les rapprochements entre la topo- 



1. Voy. F. Lot dans le Moyen Age, 1904, 150. 

2. Il était né en 826, comme nous l'apprend le Mamiale de sa mère 
Dodana. 

3. Bien entendu je ne me fais aucune illusion. Cette identification inadmis- 
sible sera reprise. Je puis même fournir une hypothèse au naît qui recommen- 
cera à se livrer à ce sport : Bordeaux â été prise, ainsi que son défenseur 
Guillaume, duc de Gascogne en 848, mais au début de cette année, tandis que 
Barcelone a été enlevée par Guillaume, fils de Bernard, à la fin de cette même 
année, imaginons que leduc de Gascogne n'a pas été tué par les Danois(rien 
ne certifie sa mort) mais a été racheté par le roi, et rien n'empêchera d'identi- 
fier les deux Guillaume. Pendant que je suis en veine d'hypothèse je conti- 
nue : la mention de Larchamp comme situé « sur mer » est une fiction épique 
(cette thèse ne sera pas plus difficile à soutenir que la proposition inverse). En 
réalité, le poète ignorait la position de Larchamp. Les seuls traits « histo- 
riques » sont la prise de Bordeaux, le séjour du comte Guillaume à Barcelone, 
la dévastation du cours de la Garonne et de l'Aquitaine par les païens maîtres 
de Bordeaux. Mandé par Girard, à la requête des Aquitains du Berry, le 
comte arrive en toute hâte. Où va-t-il trouver l'ennemi? Non pas en Berry 
(c'est la déformation de la légende) mais sur la Garonne. Précisément, au 
tiers du chemin environ entre Bordeaux et la frontière de la Septimanie se 
trouve un Larchant (Lot-et-Garonne, com. Saint-Pierre de Lévignac, arr. 
Marmande, cant. Seyches). C'est là qu'il faut placer la première bataille de ce 
nom de la Chanson de Guillaume. Cela conviendra aussi « remarquablement » 
que la localité de la Mayenne, propo.sée par M. Suchier. Il est vrai qu'il 
faudra établir que la véritable graphie est bien Larchant et non Larchamp. 
Ce sera un jeu pour un esprit tant soit peu ingénieux. 



262 F. LOT 

graphie du Larchamp épique et la description de la commune 
de la Mayenne empruntée au Dictionnaire de Joanne sont 
d'une singulière fragilité '. L'auteur s'abuse étrangement en 
les croyant, si l'on peut dire, topiques. 

Faut-il, enfin, observer qu'aucun texte latin ne nomme le 
lieu où Charles fut battu et le duc Vivianus mis à mort et qu'il 
est d'une méthode plus qu'aventureuse de s'appuyer sur des 
poèmes du xii'' siècle dont la géographie est ultra fantaisiste pour 
identifier un champ de bataille du ix*" siècle? 

A quoi bon ? 

Ces objections de sens commun, d'autres encore, n'ébranle- 
raient pas l'imperturbable confiance de l'éminent professeur de 
Halle dans la solidité de son système. 

L'étude d'un texte qu'il n'a fait que signaler en passant aura 
peut-être un meilleur succès. J'entends parler de la Vita sancti 
Conwoionis abhatis Rotonensis, écrite vers la fin du ix^ siècle ^ par 
un moine de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon qui avait 
connu saint Conwoion. Il nous raconte une anecdote à pro- 
pos justement de la lutte qui mit aux prises Erispoé et Charles 
le Chauve en l'année 851. L'abbé de Redon avait à souffrir des 
insolentes revendications de quelques seigneurs bretons, notam- 
ment d'un certain Risweten et d'un certain Tredoc, quand 
ceux-ci durent obéir à la convocation du prince Erispoé ordon- 
nant à ses sujets de se réunir en armes « au delà de la Vilaine.» 



1. M. S. (p. 659) trouve dans la commune de Larchamp (Mayenne) une 
fontaine de Saint-Guillaume (commt si les lieux dits de Saint-Guillaume étaient 
rares en France), une Fosu' aux Sarrasins (comme si toutes les fortifications 
antiques n'avaient pas été attribuées « aux Sarrazins »). Qu'importe l'expres- 
sion « Larchamp-des-Gaules », nom « pop ilaire », selon l'abbé Angot 
(comme si le mot« Gaule » n'était pas un mot de fabrication relativement 
récente)! Une ferme s'appelle depuis 151 3 au moins : « la Viviennière ». L'au- 
teur remarque, il est vrai, prudemment que « es kann seinen Namen einem 
frùherem Besitzer namens Vivien verdanken ». Sans doute. 

Que dire du rapprochement proposé (p. 663), avec doute je le veux 
bien, mais singulièrement inquiétant, de la contrée épique Commarcis (la 
Marche d'Espagne selon G. Paris) avec Cormery, nom d'une abbaye bien 
connue de la Touraine, dont le comte Vivianus fut le bienfaiteur ! 

2. Sur la valeur et la date de ce texte, voy. L. Levillain dans le Moyen 
Age, 1902, pp. 241 et suiv. 



VIVIEN ET LARCHAMP 205 

Ces deux personnages, comptant piller et se procurer des armes, 
usèrent du droit de gite pendant trois ou quatre jours dans 
une villa (appartenant à l'abbaye ') nommée lencglina % près 
d'une église dédiée à saint Pierre. Mais, une nuit, les Francs 
arrivèrent brusquement et se mirent à tout ravager. Risweten 
et Tredoc se cachèrent dans « l'aire ' » d'un pauvre homme, 
sous la paille. Mais ils furent trahis par un des villageois qui 
dit aux Francs : « Si vous cherchez des Bretons, en voici qui se 
cachent sous la paille ». Les misérables, découverts et tirés de 
leur cachette, furent mis à mort à coups d'épée : leurs corps 
furent jetés sur la place pendant que leurs têtes coupées ser- 
vaient de trophée aux Francs ^. 

De ce texte, M. Suchier n'a retenu que ceci : qu'Erispoé 



1. On verra dans un instant que cette déduction est justifiée. 

2. Mabillon a imprimé lenegUna, et cette faute s'est répétée dans les édi- 
tions postérieures qui ne font que reproduire le texte qu'il a donné dans ses 
Acia Sanct., saec. IV, part. II, p. 199. 

3. L'éditeur des Mon. Genn., SS., XV, 456, veut corriger urea en arca. 
Cette correction est inutile. 

4. Le ms. unique, de la fin du xi^ siècle, d'après lequel Mabillon avait 
donné son édition a été récemment acquis par la Bibl. Nat., alors qu'on le 
croyait perdu depuis le xviie siècle ; c'est le ms. des nouv. acquis, lat. 662. 
Il provient de la vente du baron Jérôme Pichon. Voy. Catalogue de la biblio- 
thèque de Jeu M. le baron Jcrânie Pichon. Troisième partie (Paris, 1898, gr. in-80) 
p. 191, no 5560. Ce ms., déjà mutilé au xyii' siècle, nous est malheureuse, 
ment parvenu dans un état encore plus défectueux qu'au temps de Mabillon. 
Le chapitre qui nous intéresse ne nous y a pas été conservé en entier : le fol. 
4 (fol. 8 dans l'ancienne numérotation) ne nous offre ni le milieu ni la fin. Je 
ne juge pas inutile cependant de le reproduire en appendice. Déduction faite 
des fol. 1,3 et 5, remplis par un sermon pour nous sans intérêt, on constate 
grâce à une numérotation ancienne (xvie siècle ?) que les Gesta Sanctorum 
Rotouensiuin ont comporté 43 fol. Il ne reste plus aujourd'hui que les fol. 8 
(4 de la numérotation contemporaine), 25 à 36 et 38 à 43. L'original du 
ixe siècle, d'après lequel fut exécutée deux siècles plus tard la copie représen- 
tée par le ms. 662, devait être lui-même tronqué à la fin car la moitié infé- 
rieure du verso du fol. 43 est demeurée en blanc quoique l'ouvrage ne soit 
certainement pas terminé avec les dernières lignes reproduites. Une main de 
la fin du xvie siècle, peut-être la même à qui nous devons la première folio- 
tation, n'en a pas moins écrit au bas « hic explicit historia monasterii 
sancti Salvatoris ». 



264 F. LOT 

donnait pour lieu de rassemblement à son armée, une localité 
de la Vilaine. « Donc le champ de bataille doit être cherché 
non loin de la Vilaine », observe-t-il judicieusement. Larchamp 
à 14 kilomètres de la source et du cours supérieur de ce fleuve 
satistait remarquablement aux conditions requises (p. 653). 

Non ! Car le texte est plus explicite. Il porte qu'Erispoë 
ordonne à ses troupes de se porter au delà de la Vilaine 
(ultra Visnonie fluviiini). Comme notre informateur réside à 
Redon, qui est sur la rive droite du fleuve, le rendez-vous est 
nécessairement sur la rive gauche. Ceci posé, on voit tout de 
suite que Larchamp ne remplit pas les conditions requises d'être 
près de la Vilaine et en un point où il y a intérêt à dire qu'on ira 
sur l'une ou l'autre rive de ce cours d'eau. En eff"et, cette loca- 
lité étant à 20 kilomètres au nord de l'Étang-Neuf, source de la 
Vilaine, n'est en réalité ni près, ni sur une rive du fleuve. 

Les mots essentiels lencglina, ecclesia sancti Pétri, M. H, 
Suchier les passe sous silence, sans doute parce qu'il n'a pas 
réussi à en retrouver l'équivalent sur la carte. Moi non plus, 
l'été dernier, quand, à la requête de M. J. Bédier, je tentai de 
rendre ce léger service à notre éminent collègue, je ne réussis 
point à identifier ces deux localités que je cherchai d'instinct le 
long du cours de la Vilaine entre Redon et Rennes. Je suis 
plus heureux aujourd'hui grâce à un concours dont je parlerai 
dans un instant. 

Dans le pays intermédiaire entre les Etats d'Erispoë et la 
Neustrie carolingienne les églises dédiées à saint Pierre sont 
fort rares. Nous n'avons point l'embarras du choix. Tout 
d'abord s'offre à nous le village de Langon, à 25 kilomètres en 
amont de Redon. Il appartenait à l'abbaye, et avait pour patron 
s.iint Pierre; mais Langon est sur la rive droite et il n'y a nul 
rapport, entre ce nom et lenci^lina. Ce rapport, au contraire, 
est indéniable avec Jexgland ', hameau de la commune de 
Fougeray^, situé sur une petite éminence à i kilomètre au 



1. Le nom est ainsi écrit dés 1466 dans un aveu de la duchesse Françoise 
conservé aux Archives de la Loire-Inférieure sous la cote B 1855. 

2. Chef-lieu de canton de l'IUe-et-Vilaine, arr. de Redon. Cf. Carte du 
Sjrvice vicinal, VIII-18. On dit plus communément le Grand-Fougerav : 
cette expression se trouve déjà au IX'-' siècle dans un acte du 14 septembre 



VIVIEN ET LARCHAMP 265 

nord-ouest de l'église, laquelle est dédiée à saint Pierre. Et 
si l'on ajoute que Jengland, sur la rive gauche de la Vilaine, 
à cinq kilomètres de la rivière, est bien, par rapport à 
Redon, ultra Fisnonie jîuvium ', il apparaîtra à tout esprit non 
prévenu que nous avons là l'identification désirée. La bataille 
du 22 août 851 gagnée par Erispoé sur Charles le Chauve s'est 
donc livrée près de la rive gauche de la Vilaine, à peu près au 
tiers du chemin de Redon à Rennes. 

Ecartons une objection possible. « Si vous cherchez des Bre- 
tons, en voici qui se cachent sous la paille », dit aux Francs un 
des paysans de lencg liiia. Ni \in, m sans doute ses co-villageois, ne 
sont donc vraisemblablement sur un territoire breton- : ils sont en 
territoire roman. Cela n'exclut-il point Jengland ? Nullement. 
Et en effet, tandis que les finales en -ac de nombreuses localités 
du border, aux environs de lencglina, indiquent une population, 
bretonne au moins partiellement, dans le haut moyen-âge ', 
la commune dont fait partie Jengland était de langue romane, 
pmsque FulkeriacHS, nom de ce domaine relevant en majorité de 
l'abbaye de Redon +, s'appelle non Fougerac, mais Fougeray. 

892, par lequel Coletoc donne une dépendance de Fougeray ; « ex Felkeriaco 
majore ». Voy. Cartul. de Redon, p. 221, n" 272, et p. 376. Cf. pour la 
date A. de la Borderiedans les Annale^ de Bretagne, XIII, 443 et 606. 

1. En 888, le comte de Bro-Erec, Alain, faisant donation à l'abbaye de 
Redon d'un tiers de la villa de « Bron Concar », celle-ci est dite dans la 
charte : ultra Visiionie. Or le comte résidait à Redon même au moment où il 
faisait cette libéralité et « Bron Concar » est, comme lencglina, une des par- 
ties du grand plou de Fulkcriac = Fougeray : « Alan, cornes Warochie 
provintiae, tertiam partem villae quae nuncupatur Bron Concar, sitam in 
plèbe Felkeriac ultra Visnonie... Factum est hoc in Rotono monasterio. « 
{Cartnlaire de Redon, p. 187, n" 239). 

2. Cette remarque m'a été faite par un Armoricain, M. André Oheix. 

3. Voy. J. Loth, Uèmigration bretonne en Armorique, p. 196-198. 

4. Outre les chartes de donations déjà citées où apparaît Fougeray (p. 264, 
note 2, e; plus haut, note i ), ce nom se retrouve dans la date d'une charte 
d'époque indécise (848-868) : -< factum est hoc in plèbe Fulkeriac, in domo 
Sigiberti, coram Courantgenoepiscopo et coram Pascuueten aliisque nobiiibus 
viris a (Cartul. de Redon, p. 166, no 215); dans une donation du prince Salo- 
mon donnant à l'abbaye, le 2 mars 860, le « randremes nuncupante Agulac in 
plèbe Fulkeriac •> (ibid., p. 24, n" 30; cf. Annales de Bretagne, XII, 485) ; 
enfin, dans une donation d'Erispoë gratifiant l'abbuve de deux randremes 



266 



F. LOT 



Au surplus, pour bien saisir l'épisode de lencf^litm, il importe 
d'examiner le chapitre où il est enchâssé. Le but de l'hagiographe 
c'est de montrer le juste châtiment infligé par le ciel à qui per- 
sécute le monastère de' Redon en la personne de son saint 
abbé Conwoion. Ces persécuteurs ne sauraient habiter très loin 
de Redon. En effet on nous montre l'un d'eux, un guerrier 
breton nommé Risweten ', se rendant, la menace à la bouche, 
à un plaid que le saint homme, tenait en compagnie du prévôt 
Leuhemel % à Bains, domaine du Saint-Sauveur, à 8 kilomètres 
seulement au nord du monastère', et lui extorquant vingt 



Aguliac et Moi (Mouais à 8 kil. au sud-est de Fougères) sur le fleuve Kaer 
(le Chère) : « Ego Erispoe, princeps Britanniae provinciae et usque ad 
Medanum fluvium, donavi sancto Salvatori duas randremes Moi et Aguliac 
in plèbe quae vocatur Fulkeriac super fluvium Kaer » (Cartulaire de Redon, 
p. 367, append. n. xxx). L'intérêt de cet acte, passé en préser.ce de l'abbé 
Conwoion, àTalensac (Ille-et-Vilaine, canton de Montforl) réside dans sa 
date : mardi 25 août 852 (voy. La Borderie, dans Annales de Bretagne, XIII, 
598). Cette date est juste postérieure d'un an et d'un jour à celle de la 
bataille où Erispoé remporta une éclatante victoire. Or ce délai d'an et jour 
est celui qui confère la pleine propriété à qui est demeuré en saisine paisible 
d'un bien fonds (voy. Champeaux, Essai sur la vestiture ou saisine, thèse de 
la Faculté de droit de Paris, 1899). Ne serait-il pas tentant de croire que le 
jour même de la lutte, Erispoé, pour se rendre le ciel favorable, avait donné 
verbalement au Saint-Sauveur de Redon deux randremes du territoire de Fou- 
geray, sur lequel, ou bien près duquel, s'engagea la bataille? — Je remarque 
que, à deux kil. au nord de Fougerav, à l'est de Jengland, un hameau est 
dit La Bataillais. Serait-ce l'emplacement rêvé?? — Bien entendu je ne crois 
pas à la persistance de souvenirs « historiques ». Les endroits appelés La 
Bataille doivent leur nom aux ossements et débris d'armes qui ont fait sup- 
poser, et parfois justement, aux habitants que, à une époque indéterminée, 
un combat a été livré sur un point de leur territoire. 

1. Ce nom se rencontre parmi les listes des témoins dans une dizaine 
d'actes du Cartulaire de Redon. Vu les dates, il est certain que plusieurs per- 
sonnages, parmi lesquels il est impossible de distinguer le nôtre, ont porté 
ce nom. Signalons cependant une charte du 31 mars 846 où un Rithgen 
figure avec un Beatus (p. 43, no 53). 

2. Leuhemel apparaît à plus d'une reprise dans le Cirtulaire de Redon, voy. 
pp. 17, 19, 20, 21, 22, 24, 25, 30, 36, 53, etc. 

3. Il s'agit de Bains (lUe-et-Vilaine, arr. et cant. de Redon), domaine de 
l'abbaye où l'abbé et le prévôt apparaissaient comme présidant un plaid, et 



VIVIEN ET LARCHAMP 267 

SOUS. Convoqués par Erispoë peu de temps après, Risweten et 
un autre « perfide », Tredoc, n'ont rien de plus pressé que 
d'exiger l'hospitalité dans un autre domaine de l'abbaye, à 
lenci^lina, dans le dessein de se procurer des armes et des vête- 
ments aux dépens des moines et de leurs paysans '. Leur but 
était évidemment de s'équiper gratis pour le service de leur 
seigneur Erispoé \ 



non de Bain-de-Bretagne (lUe-et- Vilaine, arr. Redon, chef-lieu de canton), à 
40 kil. au nord-est de Redon et où cette abbaye n'avait de possession ni, par 
suite, de juridiction domaniale. 

I. L'hagiographe ne le dit pas expressément, mais cela saute aux yeux. Si 
leiicgliua n'appartenait pas à son monastère, il ne se soucierait point que Ris- 
weten et Tredoc y prennent quartier et cherchent à s'v procurer des vivres 
de l'argent et des armes. Pour prix de ses biens patrimoniaux qu'il accusait 
l'abbé de lui avoir extorqués, Risweten, à Bains, avait demandé un cheval 
de guerre, un destrier (equinji optimum mihique aptniii) et un haubert (/o//("«7;/), 
menaçant en cas de refus de nuire à l'abbé et à ses hommes. On l'avait 
apaisé momentanément avec la promesse de vingt sous de deniers qu'il alla 
touchera Redon le lendemain. Mais il n'avait pas osé avouer le marché à son 
parent Tredoc qui proférait les plus grandes violences contre les moines. La 
compensation accordée à Risweten était bien insuffisante. Il n'obtenait ni res- 
titution de terre, ni haubert, et vingt sous qu'il toucha pouvaient représenter 
le coût d'un cheval de labour, mais nullement d'un destrier, animal de prix, 
évalué, à une époque postérieure il est vrai, 100 sous, dix livres et même 
300 sous (Cartiil. Je Redoji, p. 379, 512, 292, etc.). Lui, et Tredoc à plus 
forte raison, en foulant les pavsans de Jengland pour se procurer vivres et 
armes mettaient donc simplement leurs menaces à exécution. Leurs violences 
s'expliquent et se justifient jusqu'à un certain point. Dépouillés par la piété 
inconsidérée de leurs parents ou d'eux-mêmes, du seul capital que connaisse 
l'époqfle, la terre, les petits propriétaires libres voisins d'un monastère 
célèbre, sont hors d'état de s'équiper pour le service de leur prince. Les 
armes et chevaux de guerre coûtaient horriblement cher, et pourtant il fallait 
se les procurer et n'importe comment. De là des revendications furieuses et 
sauvages contre les moines. Si l'on admet la vérité de nos remarques, une 
conséquence importante s'en dégage : il faut que la bataille ait été livrée sur 
ou près d'un domaine du monastère de Redon. Larchamp ne remplissant pas 
cette condition est à écarter. 

2. On peut objecter à ce que l'on vient de lire que l'auteur place la querelle 
de Risweten et de l'abbé Conwoion peu avant la lutte de Charles et d'Erispoé, 
mais qu'il existe un intervalle entre les deux, si fiiible soitil {bis ita gestis parvo 
interviillo facto, Karoltis etc.). En réalité, la scène entre le petit propriétaire bre- 



268 



F. LOT 



Quand le ciel se fut vengé, Conwoion en fut averti . En 
sage administrateur il envoya des messagers pour tâcher de 
rattraper ses vingt sous". Ceux-ci cherchèrent vainement. Sur 
ces entrefaites, un certain Beatus ^ alla trouver l'abbé et lui 
dit : « As-tu retrouvé les sous que tu donnas à l'impie Riswe- 
ten ?» — « Non » — « Les voici », reprit Beatus, en les tirant 
de sa poche. Or cet homme « prudent et juste » (l'Histoire 
ne nous apprend pas malheureusement par quels moyens il 
avait l'argent) venait du plou dit Poliac, lequel n'est autre que 
Peillac à 15 kil. au nord-ouest de Redon '. Risweten qui habi- 
tait près de Bains, à mi-chemin entre Peillac et Jengland, avait 
peut-être laissé la somme chez lui, ou l'avait confié à Beatus 
et n'avait pas voulu se munir d'argent de poche. Conwoion ne 
pouvait se douter de la chose. Soyons sûrs qu'il envoya enquê- 
ter au lieu où gisait le cadavre de l'écornifleur. Si le lieu de 
rassemblement de l'armée d'Erispoé avait été à Larchamp, à 
120 kil. de Redon, le digne abbé eût passé ses vingt sous au 
compte profits et pertes. 

L'identification de lencglina eût-elle été impossible que 
Larchamp n'en serait pas moins à écarter d'une manière for- 
melle. Cette localité n'est pas, n'a jamais été sur une route 



ton et l'abbé doit avoir été provoque, soit par la convocation d'Erispoë, soit 
tout au moins par des bruits de guerre, d'ailleurs faciles à expliquer puisque 
Charles est resté longtemps en vue de la Bretagne (voy. pp. 272-273); 
autrement on ne comprendrait pas que Risweten réclamât immédiatement 
un destrier et un haubert. Au surplus, la brièveté de l'intervalle entre la 
remise des vingt sous et la mort de Riwesten ressort du fait que Conwoion 
fait rechercher ses deniers (numinos): il sait donc que le« perfide » n'a pas eu 
le temps de s'acheter un cheval avec l'argent qu'il lui a remis dans ce but. 

1. Il est impossible de savoir quelle somme représenteraient de nos jours 
20 sous, ou plutôt, car le sou est alors une monnaie fictive — 240 deniers. 
Tout ce qu'on peut dire, c'est que pour cette somme on pouvait avoir un 
cheval ordinaire, laboureur ou bête de somme, mais non un animal de guerre. 
Cf. page précédente note i . 

2. Deux autres personnages de ce nom, l'un diacre, l'autre prêtre, le troi- 
sième laïque, semble-t-il, figurent comme témoins ou donateurs dans le Cartu- 
hiiie Je Redon. L'un d'eux est évidemment le nôtre. 

3. Peillac, Morbihan, arr. Vannes, cant. AUaires. 



VIVIEN ET LARCHAMP 269 

Stratégique '. Or le but du roi Charles en 85 1 était de pénétrer 
en Bretagne. Les sources contemporaines s'accordent toutes sur 
ce point'. Deux objectifs, et deux seulement, se présentaient 
au roi : Rennes, tombé depuis peu au pouvoir des Bretons % et 
Vannes, éternel objet de conflit entre ceux-ci et les Francs +. 



1 . « Oïl ne signale aucune route ancienne venant au bourg » et les habi- 
tants en réclament une encore en 1789. Voy. le Dictionnaire de la Mayenne de 
l'abbé Angot (Laval, 1909-1902), cité par M. S., p. 656-657. — Ajoutons à 
cela que Larchamp éloigné de la baie du Mont-Saint-Michel de 30 kilomètres 
n'a jamais pu être envisagé comme situé « de sor mer » ainsi que le dit 
l'épopée. Que dire des rapprochements entre les descriptions banales de 
champ de bataille de la Chanson de Giiillannie (une champeignc, le sablon, un 
tertre, etc.), et la configuration de la commune de Larchamp! 

2. Outre la Vita Conwoionis (Karolus rex... putabat quia posset totam Bri- 
tanniam armis capere, etc.). Voy. i" Annales Angonmoisines: « Karolusquarta 
vice Britanniam repetens, cum Erispoio, etc. » — 2° Audradus Modicus, Rcve- 
lationes : « scias te sequenti anno, in hoc ipso mense qui nunc est, Brittan- 
niam venturum ibique ita ab inimicis tuis deshonestandum ut vix vivus 
évadas... inhonestissime a Brittania reversus... » 5° Régi non : « Carolus cum 
magnoexercitu Brittanniam intravit. » 4° Chronicon FontanelJense : « inde in 
Brittaniam iter suum indixit. « 

Tous ces textes, M. S. les connaît et les cite. Ils prouvent, non seulement 
que Charles voulait entrer en Bretagne, mais qu'il a réellement atteint au 
moins la frontière de ce pays. Comment alors proposer Larchamp qui n'était 
pas et n'a jamais été en Bretagne ? Il ne faut pas oublier que ce nom de Bre- 
tagne ne s'est étendu que tardivement à l'ancienne marche franque contre les 
Bretons. Au milieu du xi'^ siècle les Nantais considèrent encore les Bretons 
comme des étrangers. Voy. R. Merlet, La Chronique de Nantes, Introd., 
p. XXXI. Rennes, qui fut brittonnisée de meilleure heure, ne pouvait l'être en 
851, puisqu'elle venait de tomber au pouvoir de Nominoe depuis quelques 
mois seulement (voy. p. 271, note i). L'auteur breton des Gesta sanct. Roto- 
nensium, racontant, à la fin du ix^ siècle, le voyage d'un certain Fromond et 
de ses frères de Rome en Bretagne (Fromond termine son pèlerinage à Redon 
= Rotonuin, qui est bien en Bretagne pour l'auteur), place Rennes (Redona) à 
l'entrée de la Bretagne, mais non en Bretagne : « cumque appropinquassent 
Brittanniac, ad ReJonam civitatem accesseruiit, receptisque sunt hospitio a 
venerabilii episcopo noraine Electramno... » (Bibl. Nat., Nouv. acq. lat. 662, 
fol. 20 recto). Si Rennes, bien que possédé par les princes bretons depuis 85 1 
comme vassaux du roi de France, n'est pas en Bretagne, que dire de Lar- 
champ! Cf. J. Loth, L'cniigralion hrelonnecn Armorique, p. 184-185. 

3. Voy. plus bas, p. 271, note i. 

4. A. de la Borderie, op. cit., 1, 506; II, 6, 8. 



270 F. LOT 

Les armées du haut moyen-câge se concentraient en suivant les 
anciennes routes romaines' : pour gagner la Bretagne, Jeux 
voies s'offraient aux Francs, l'une par la Beauce et le Mans, 
l'autre par la Loire et Tours; mais toutes deux aboutissaient 
au même point, Angers, car il ne semble pas avoir existé de 
route empierrée allant du Mans à Rennes^. Si on voulait 
atteindre cette dernière ville, ilfiillaitdu Mans gagner Angers 
et là rejoindre la voie romaine unissant les antiques cités de 
Juliomagus et deCondate, en passant par Coiiibaristiim ' et Sipia-^. 
C'est bien ce que fit le jeune Charles quand, à l'automne de 
843, il alla mettre le siège devant Rennes '. De même en 850, 

1. Il faudrait tout un mémoire pour appuyer cette assertion qui découle 
de l'étude du règne de Charles le Chauve auquel je me consacre depuis plu- 
sieurs années. 

2. En avril 865, on voit Charles s'avancer du Mans jusqu'au monastère 
(ïlnlcramiis où le duc des Bretons, Salomon, vient lui prêter serment de 
vassalité {Annales Bertiniajii, éd. Waitz, p. 61). Entrammes (Mavenne, cant. 
Laval), où se rencontrent les deux princes, est près de la Mayenne, juste à la 
limite de leurs états, à rai-chemin d'une ligne droite tirée du Mans à Rennes. 
Nous sommes en présence d'une véritable rencontre diplomatique et non 
d'une expédition militaire. L'hommage qu'y rend Salomon a le caractère 
d'un hommage « en marche », comme on dira beaucoup plus tard. Les deux 
princes n'avaient besoin que d'une escorte pour se rencontrer à Entrammes 
et pouvaient chevaucher à travers champs. Au reste, même si une route 
existait à l'époque carolingienne entre le Mans et Rennes, elle laissait Lar- 
champ à dix lieues au nord. 

3. Châtelais, Maine-et-Loire, arr. et cant. Segré. Vov. Longnon, Atlas 
historique, p. 27. 

4. « Le passage de la Seiche à Visseiche ;> (llle-et-\'ilaine, arr. Vitré, 
cant. La Guerche). Vov. Longnon, Atlas historique, p. 31. 

5. En effet « Lauriacum in pago Andegavensi « où Charles tint un concile 
au mois d'octobre 843 (Capitularia, éd. Krause, II, 391 et 402) quelques 
semaines avant de marcher sur Rennes, doit être identifié avec Loire (Maine- 
et-Loire, arr. Segré, cant. Candé), à 12 kil. de la voie romaine d'Angers à 
Rennes. Loire était une villa appartenant à Saint-Martin de Tours (voy. un 
diplôme de Charlemagne dans les Historiens de France, V, 737 et la rédac- 
tion contenue dans la coll. Baluze, t. 76, fol. 6), Charles se sera un peu 
détourné de son chemin pour trouver en ce lieu une installation pour la 
nombreuse suite de laïques et d'ecclésiastiques qui l'accompagnait. 

C'est pendant que Charles campait sous les murs de Rennes qu'il donna 
au comte de Touraine, Alton, des biens sis en Dessin, par un précepte du 



VIVIEN ET LARCHAMP 27 1 

quand il reprit sa campagne contre Rennes qu'il arracha un 
instant à Nominoé '. L'objectif des Francs, d'ordinaire, est 
tout autre. Au ix*" siècle, le centre de la péninsule, couverte par 
les landes de la forêt de Brécilien, est impraticable aux armées \ 
Les princes bretons insoumis résident au sud-ouest de la grande 
forêt, dans le Vannetais ou plutôt, comme ils disent, le Bro- 
Erec, qui s'étend du Blavet à la Vilaine. C'est là qu'il s'agit de 
les atteindre '. Un premier obstacle s'offre aux armées franques 
parties de l'Anjou, le cours de la Vilaine. A son embouchure 
le fleuve, pendant l'antiquité et le moyen âge, était quasi 



13 novembre 843 (Tardif, Cartons des rois, no 144). C'est dans cet acte 
obtenu par son intercession qu'apparaît, on Fa vu plus haut (p. 258 note 3), 
Vivianus comme camerarius. M. Suchier (pp. 666 et 670-671) attire l'atten- 
tion sur la Bible offerte en 845, à Charles le Chauve par ce personnage, abbé 
laïque de Saint-Martin de Tours, qui, dans les vers de la dédicace, est qualifié 
héros {\'oy. Bibl. Nat., ms. lat. i, fol. 412 verso). « La tournure aiite Brito 
stabilis fiel (ibid., 422 recto), semble faire allusion, à une guerre contre les 
Bretons, à laquelle il avait pris partie », et M. S. suppose que « cette expé- 
dition pourrait répondre à la seconde campagne que la chanson de geste 
attribue à Vivien ; car évidemment celle-ci était dirigée contre les Vikings 
et leurs alliés bretons. » Ce serait plutôt une allusion à la campagne très 
historique de Charles contre Rennes en novembre 843. Ces vers Anie Brito... 
sont à la fin de la première dédicace et visent Charles, non Vivien, lequel 
n'est nommé que dans la seconde pièce de vers. 

1. Chronicon Foiitanellense dans Hisior. de Fr., VII, 42. Après avoir tenu 
le plaid général à Verberie, puis un concile où son adversaire est condamné 
(lettre 84 de Loup de Ferrières ; cf. Levillain, Etudes sur les lettres de Loup 
de Ferrières, p. 136), Charles prend par l'Anjou pour aller assiéger Rennes. 
Les diplômes le montrent : le 3 août à Bonavalle, c'est-à-dire Bonnevaux 
près de Braisnes- sur-AUonnes, à mi-chemin entre Tours et Angers ; le 
7 août à Fedrarias, c'est-à-dire Verrières dans la com. de Morannes (Maine- 
et-Loire, arr. Baugé, cant. Durtal) ; le 25 août à Canibriliaco, c'est-à-dire 
Chambellay (Maine-et-Loire, arr. Segré, cant. Le Lion d'Angers), bien dans 
le sens de la voie romaine Angers-Rennes, par Combaristuni, c'est-à-dire 
Châtelais. 

2. Voy. La Borderie, op. cit., 1, 42 sq. 

3. Nominoë se tient souvent à Coetlou sur la rivière d'Out. Ses missi se 
montrent à Langon, à Bains, à Renac, à Sixt, à Peillac. « Là était la force, 
le séjour habituel de Nominoé et le siège de sa puissance : c'était donc là 
qu'il fallait frapper », dit très justement La Borderie (II, .170) à propos de k 



272 F. LOT 

infranchissable '. En aval de Redon, et même à quelques kilo- 
mètres encore en amont, le passage du cours d'eau était malaisé. 
Ce n'est qu'à une dizaine de kilomètres en amont qu'il com- 
mence à être praticable. En 845, quand Charles fit un raid 
d'une folle témérité sur le territoire breton, c'est à Langon, 
ou près de Langon qu'il dût passer l'eau pour aller se faire cer- 
ner à quelques kilomètres de la rive droite, à Ballon, dans la 
commune actuelle de Bains dont il vient d'être question ^. 

En 851, quel est son objectif ? Celui de 843 et 850: Rennes? 
Celui de 845 : le Vannetais ? Dans les deux cas, le point de 
départ est le même, l'Anjou '. En 851 Charles s'attarde en 
cette contrée, peut-être pour y attendre les mercenaires 
saxons qui apportent à l'ost des Francs d'Occident l'appoint 
de l'infanterie ■♦. Le 16 août, il est encore à Juvardeil \ Six 
jours après il subit une défaite écrasante en une localité à 



campagne de Charles de 845. On pourrait reprendre cette phrase et l'appli- 
quer à l'expédition de 8 5 1 : la position respective des deux adversaires est la 
même. Tout en croyant que la bataille du 22 août 851 s'est livrée en Anjou, 
La Borderie (II, 71, n. 4) a senti qu'elle avait eu lieu, plus loin, vers VOuest. 

1. A. de Courson, Cartulaire de Redon, p. 759-760; La Borderie, ci/', cit., 
II, 470. 

2. La Borderie (II, 38, 48, 471, 472) présente h ce propos de bonnes 
observations topographiques et stratégiques. Son récit de la bataille de Bal- 
lon, où il attribue à Charles une « immense armée «, alors que le roi n'avait 
même pas encore levé l'ost, est malheureusement annihilé par une grosse 
méprise : il applique à la surprise de 843 le texte de Reginon, lequel concerne 
indubitablement la bataille du 22 août 851. M. Suchier n'est pas tombé dans 
cette erreur. 

3. La levée de l'ost avait coïncidé avec \c placitum générale xcnu 'à Roucy 
(Aisne, arr. Laon, cant. Neuchâtel-sur-Aisne) sans doute vers mai (Chron. 
Fontauell. dans Histor. de Fr., VII, 42-43). Dès le 5 juillet, le roi est en 
Anjou (vov. R. Merlet, Guerres d'indépendanc,..., p. 26). 

4. Les Francs occidentaux ne combattaient plus qu'à cheval depuis long- 
temps. Voy. Ch. Oman, History 0/ the art of ivat (London, 1898), p. 73. 
Il est intéressant de lire dans Nithard le récit des expéditions de Charles 
de 840 à 843 pour s'assurer de son rovaume : ce sont, de la Meuse à la 
Garonne, de la Bretagne au Rhin, des chevauchées à bride abattue du jeune 
souverain suivi d'une poignée de cavaliers. 

5. Gaverdoliuni où le roi donne à cette date un précepte au diacre 
Anschier, moine de Saint-Aubin d'Angers, est Juvardeil (Maine-et-Loire, 



VIVIEN ET LAKCHAMP 273 

déterminer. L'objectif pouvait très bien être Rennes. Nominoé 
avait repris cette cité au roi dès la lin de 850'. En ce cas, la 
lutte se serait livrée sur un point de la ligne Juvardeil-Rennes- 
dont la longueur à vol d'oiseau est approximativement de 
90 kil. La bataille aurait eu lieu avant que Charles eût atteint 
Rennes, et en un point situé à droite de la Vilaine, soit vers La 
Guerche. Le désert de Larchamp qui est éloigné de 50 à 60 
kilomètres au nord-est et à droite ne saurait convenir. 

Il n'est pas plus admissible dans l'hypothèse où Charles se 
serait dirigé à travers champs vers un point un peu en amont de 
Redon, Langon par exemple, car, en ce cas, la bataille, livrée 
près de la rive gauche de la Vilaine, ne serait pas fort éloignée 
de cette dernière localité. Au siècle suivant, les landes qui 
s'étendent dans cette direction serviront de champ de bataille 
aux Angevins et aux Bretons. Conquereuil, où périt un duc de 
Bretagne 5, est à 15 kil. au sud-est de Langon, à 30 kil. à l'est 
de Redon. Larchamp à 100 ou 120 kilomètres au nord ne peut 
entrer en ligne de compte. 

L'identification de lencgllna avec Jengland montre que la 
dernière hypothèse est la bonne, mais, on le voit, nous 



arr. Segrc, caut. Châteauneut-sur-Sarthe). Le diplôme est dans les Historiens 
de France, VIII, 518, no cv, et dans Bertrand de Broussillon, Cart. de Saint- 
Aubin, p. 28, n° XVI. 

1. R. Merlet, Guerre d'indcpendance de la Bretagne, p. 10. Remarquer, en 
outre, que la campagne de 851 semble le calque de celle de 850. Le roi, parti 
après le plaid général (Verberie, juin 850, Roucy, mai-juin 8)i), arrive 
bientôt en Anjou. Camhriliaco où nous le montre un acte (inédit) le 25 août 
(cf. p. 271, note i) fait le pendant de Juvardeil qui n'en est éloigné que de 
10 kil. et où le roi parait le 16 août 851. 

2. Charles a pu aussi descendre la voie romaine de Juvardeil jusqu'à 
Angers et, de là, reprendre par Châtelais (cf. plus haut, p. 270, note 3) et 
Visseiche, près de la Guerche, pour aller sur Rennes. Cela ne modifierait 
point sensiblement notre hvpothèse. 

3. Conan, comte de Rennes et duc des Bretons, y fut tué le 27 juin 992 : 
« Anno DCCCCLXXXXII secundura belluni Britannorum et Andegavorum 
in Concruz, ubi occisus est Conanus Britanniae consul, V kal. julii » (voy. 
dans R. Merlet, Chronique de Nantes, p. 132, note 2). Onze ans auparavant, 
Conan avait sur le même champ triomphé des Angevins et des Nantais (ibid., 
p. 1 19, note 1). 

Remania, XXXV .o 



274 F. LOT 

n'avions même pas besoin de retrouver sur la carte cette loca- 
lité pour écarter Larchamp. 

Nous n'avions même pas besoin de connaître vers quel point 
précis de la Bretagne se dirigeait le roi des Francs. Il suffisait 
de savoir qu'il est en Anjou le r6 août, et qu'il est battu par les 
Bretons six jours après, pour repousser absolument l'identifica- 
tion de M. Suchier. Jamais un chef d'armée dans la situation 
où est Charles le lé août n'aura l'idée, voulant attaquer la 
Bretagne, de marcher, non vers l'ouest ou le nord-ouest, 
mais directement au nord dans la direction d'une lande 
perdue du Maine où ne le conduit aucune route. Chose plus 
extraordinaire encore, l'adversaire partagerait la démence du 
roi. Erispoë, qui voit son ennemi séjourner en Anjou un temps 
fort long, six semaines pour le moins', au lieu de chercher à 
protéger sa frontière, aurait l'idée folle d'envoyer ses Bretons 
se concentrer dans le Maine alors que tout indique que les 
Francs porteront leur effort sur la ligne Redon-Rennes. Certes, 
les gens du ix^ siècle étaient de piètres stratégistes, mais il y a 
à la guerre des règles tellement élémentaires qu'elles valent 
pour tous les temps et tous les pays. 

Le seul point de contact entre la poésie et la réalité, Lar- 
champ, étant écarté, la thèse de M. Suchier s'écroule tout entière. 

Je ne me sens ni le goût ni le courage de reprendre mainte- 
nant un à un les rapprochement de l'auteur et de les renverser 
en les touchant du doigt. J'aurais mauvaise grâce à ce jeu, 
n'étant pas l'auteur de la belle identification qu'on vient de 
lire — le mérite en revient à M. l'abbé Bossard- — , et ayant, 



1. Voy. plus haut p. 272, note 3. 

2. M. l'abbé Bossard prépare depuis plusieur-. années un Dictionnaire topo- 
graphique du département d'Ille-et-Vilaitie. Consulté à ma demande par mes 
élèves et amis, MM. S. Canal et A. Lesort, i! a bien voulu, par deux lettres 
des 29 décembre 1905 et 6 février 1906, leur fournir des renseignements 
dont j'ai tiré grand profit. Un peu hésitante tout d'abord (M. l'abbé B. subis- 
sait l'influence du livre de La Borderie qui place la bataille du 22 août en 
Anjou), l'opinion de notre correspondant en faveur de Jengland s'est vite 
affermie. J'espère que le présent article lèvera ses dernières hésitations dans le 
cas ou il lui en resterait. 



VIVIEN ET LARCHAMP 275 

moi aussi, péché plus d'une fois sans doute contre le bon sens 
en proposant des identifications fantaisistes entre tel figurant 
épique et tel personnage de l'époque carolingienne. Mais n'est- 
il pas inquiétant de voir avec quelle intrépidité un homme 
éminent s'est enfoncé dans l'erreur, avec quelle allégresse il a 
gâché son temps et sa peine, pour arriver — triomphant — aune 
conclusion absolument vaine ? Puisse cette méprise nous servir 
à tous de leçon. Il est temps de mettre fin à des recherches 
inspirées par les plus futiles analogies, il est temps de cesser, à 
propos de fictions, d'entasser d'autres fictions. 

Ferdinand Lot. 



APPENDICE 

VIII. — DE INTEKFECTIOXE RISWETEN ET TREDOC ' 

Vas electionis et doctor gentium Paulus apostolus cunctis tidelibus alloqui- 
tur dicens : « omnes qui pie volunt vivere in Christo persecutionem patien- 
turpropter justitiam ». Nam et ipse dominusnoster Jésus Christus in evange- 
lio suis discipulis dixit : « si me persecuti sunt et vos persequentur, tamen 
confîdite quia ego vici mundum ». Q.uadam itaque die, cum sanctus et vene- 
rabilis vir noniine Convoion abbas, pro causa monasterii una cum venerabili 
viro, nomine Lehuhemelo praeposito pergeret ad ecclesiam suam quae nun- 
cupatur Bain, ibique [essent] et discussissent causas et jurgia virorum inter 
seipsos et bene inter eos ordinassent, repente adfuit quidam tyrannus atque 
invidus, nomine Risweten. Nam et ipse ex invidis erat qui sancti loci felicita- 
tem invidebant. Cumque nimis inter se multa jurgia ille perfidus incitaret, 
sancti viri dixerunt : « non est conveniens ut hodie inter nos disceptemus 
sed consîituamus tempus, in quo tempore aut pacem habeamus aut scanda- 
lum ». Quibus ille perfidus respondit cum jurgio et superbia : « si vobis rec- 
tum videtur, reddite mihi hereditatem meam quam injuste et sine lege possi- 
detis; sin autem non vultis hereditatem meam mihi reddere, saltem vel vil- 
lam iliam quae dicitur Losin - mihi accomodate et equum optimum 



1. Gfsta sancloium Rotoiiensiuiii ou Vita sancti Coinuoionis dans Mab'ûlon, 
Acta Sanct. ord. sancti Bened., saec. IV, part. II, 198, 199; — Bibl. nat., 
Nouv. acquis. lat. 662, fol. 4. 

2. Peut-être Lisitt, donné au monastère le 8 avril 858 par un certain 
Rithgen. Voy. Cartul.de Redon, éd. A. de Courson, p. 357, n" X. 



276 F. LOT 

mihique aptum sed et loricam date. Si hacc quac dico non vultis implore 
denuntio vobis quia quantum praevaluero et vobis et vestris hominibus 
nocebo. » — Ad haec verba sanctus et venerabilis abbas Conwoion respon- 
dit : « haec verba quae tu loqueris non possumus implcre, quia terram sancti 
Salvatoris quae illi consecrata est nulli liomini debemus dare quia ad victuni 
et ad vestimentum monachorum a regibus illis est data. Nam neque equum 
optimum possumus invenire neque loricam, quia non est noster usus his 
armis indui, sed, si tibi placct, viginti solidos ab aliisinveniemus quia nos non 
habcmus. Hos ' accipe et caballum de eis enie. » Quod ita factum est. Tune 
ille perfidus ad sua propria est reversus, similiter et monachi ad mouasterium 
sunt reversi. Altéra vero die, ecce iterum ille tyrannus ad monasterium secun- 
dum suum placitum venit repente = solidos quos spo[po]nderat venerabilis 
abbas. Tune piissimus Conwoion abbas reddidit ei etiam per nummos viginti 
solidos. Ille vero perfidus cum in manu eos haberet ita prophetavit dicens : 
« quid mihi prodest si eos mecum abstulero? non erunt michi, in adjutorium 
sed in opprobrium », et statim a sancto loco discessit. Cumque iter pergeret 
ecce alius perfidus, nomine Tredoc, obviam ei advenit, cui et dixit : « unde 
venis, inveterate canis ? num hereditatem nostram illis seductoribus vendi- 
disti?aut quale praetium ab eis accepisti ? indica michi. Non ita erit, sed 
quando tempus invenero omnes seductores illos jugulabo et cadavera eorum 
in mare praecipitabo ». Ille vero respondens ait : « falsumtu loqueris, nec here- 
ditatem tuam vendidi, nec precium abeisaccepi sed tantummodo sacramen- 
tum atque juramentum Evangelii illis feci » — pro nihilo ille miserrimus 
ducebat sacramentum sancti Evangelii — , et ita ab invicem discesserunt. His 
ita gestis, parv£) intervallo facto, Karolus rex commovit universum exercitum 
suum : pulabat enim quia posset totam Brittanniam armis capere et strages 
et sectas hominum facere et totam provinciam in sua dominatione perdu- 
cere. At ubi Erispoe, qui tune Britanniam regebat, haec omnia audivit, jussit 
et ipse exercitum suum praeparari et mandavit ut omnes parati essent 
et praeirent eum ultra Visnonii^ fluvium. Statim cuncti Brittones a 
sedibus suis surrexerunt. Tune et illi duo perfidi Riswetenus et Tredoc 
una eum eis properaverunt : putabant enim quod spolia diriperent et 
arma et vestes caperent. Habueruntque hospicium in villa que vocatur lenc- 
glina, prope aecclesiam sancti Pétri apostoli. Cumque ibi mansissent per très 
aut quatuor dies, subito irruerunt Franci s per noctem et vastaverunt totam 
villam. Quod illi audientes absconderunt se in area cujusdam pauperis sub 
paleis, ibique latuerunt sicuti quondam latuerunt quinque reges in spelunca 

1. Ici commence le fragment conservé dans le ms. des Nouv. acquis, lat. 
662, fol. 4. 

2. Sic, pour repeleiis. 

3. Une main du xv^ (?) siècle a ajouté les deux lettres ci de manière à 
transformer « Franci » en « Francici », les Français. 



VIVIEN ET LARCHAMP 277 

a facie Josuc fugientcs. Cumque vero Franci villam circumdarent, unus e 
populo ait illis : « si Britones queritis, ccce latitant in palcis. » Illi vero 
concito gressu ad aream pcrgunt ibique ces latitantes reperierunt, eductisque 
gladiis statim ces trucidaverunt et corpora eorum in piateis projecerunt et 
capita seorsum posuerunt. Tune adinipletum est quod dictum est per pro- 
phetam dicentem : « qui foditfoveam proximo suo primus incidit in iilam. » 
Illi namque cogitaverunt trucidare sanctos Dei monachos sed non potuerunt 
[quia| Deus caeli defensor eoruni est. Per omnia benedictus Deus qui (perj- 
didit inipios. Post hoc factum, nuntiatum est sanctissimo ■ viro quod decol- 
lati essent illi supradicti perfidi, misitque nuntios ad perquirendos nummos 
sucs. Et erat quidam vir, nomine Beatus, vir prudens et justus, in plebe quae 
vocatur Poliac. Ut autem audivit quia venerabilis Conwoion requireret soli- 
des suos, venit ad eum et dixit ei : « quid quaeris ? utrum reperisti nummos 
tuos quos dcdisti iniquo Risweteno ? » — Ille autem respondens dixit : « non 
inveni. » — Statim ille vir retulit nummos de sinu suo et reddidit reve- 
rentissimo viro. Et impleta est prophetia superius perfidi, ubi ait quia « non 
in adjutorium mihi sed in opprobrium sunt isti solidi », sicuti quondam Cai- 
phas, pontifex Judaeorum, dixit quia expediret unum hominem mori pro 
populo ne tota gens periret. Hoc autem a seipso non dixit, sed quia cum 
pontifex esset, coepit prophetare de Christo, quia Jésus pro salvatione totius 
mundi esset moriturus. 



I. Le fragment du ms. fiait avec ce mot au bas du fol. 4 verso. 



MÉLANGES 



NOUVEAUX TEMOIGNAGES SUR PIERRE DE NESSON 

Grâce aux deux très curieux articles de M. Ant. Thomas ', la 
biographie du poète auvergnat Pierre de Nesson a fait récem- 
ment un grand pas. Qui oserait dire qu'elle est, dès à présent, 
complète ? Un document, dont on trouvera ci-dessous la tran- 
scription, d'autres que je vais indiquer serviront peut-être à 
établir que l'auteur du Lai de Guerre et des Vigiles des Morts ne 
s'est pas borné, comme on le croit, à exercer l'office d'élu sur 
le fait des aides au diocèse de Clermont, mais que l'attention 
de Charles VII s'est fixée un moment sur lui, et qu'il a dû 
faire partie d'une grande amibassade chargée par le roi de 
France d'une mission singulièrement grave. 

C'était en 1436. Il ne s'agissait de rien moins que de con- 
jurer le schisme prêt à reparaître dans l'Église et, pour cela, de 
faire entendre raison successivement aux pères du concile de Bâle 
et au pape Eugène IV : aux premiers il fallait persuader que 
quelques ménagements à l'égard du Saint-Siège étaient indispen- 
sables ; au second, il fallait représenter la nécessité des réformes. 
L'intérêt de la France n'était pas oublié dans les très longues 
mstructions dictant aux ambassadeurs le langage qu'ils devaient 
tenir à Bâle d'abord, ensuite à Bologne, où résidait le pape. 
S'ils ne parvenaient pas à se faire écouter, ils devaient insinuer 
que l'Église de France pourrait être amenée à régler sa situa- 
tion elle-même, en se conformant aux principes du droit com- 



I. Notes et documents inédits pour servir à la biographie de Pierre de Nesson 
(Romania, XXXIII, 540-555; Nouveaux documents inédits pour servir à la bio- 
graphie de Pierre de Nesson (ibid., XXXIV, 540-558). 



NOUVEAUX TEMOIGNAGES SUR PIERRE DE NESSON 279 

mun : on agitait ainsi d'avance le spectre de la Pragmatique 
Sanction qui, deux ans plus tard, à Bourges, allait devenir une 
réalité fâcheuse. 

Les personnages chargés de mener à bien cette double négo- 
ciation étaient surtout connus jusqu'ici par une pièce datée de 
Loches, le 30 mars 1436, qu'a éditée M. J. Haller', d'après deux 
manuscrits italiens. Leurs noms s'y présentent sous les formes 
suivantes : 

Svmon Karoli ; 
Alanus de Cortua ; 
Guillermus Charrecius ; 
Nicolaus de Capella ; 
Martinus Quostel ; 
Petrus de Nespono. 

Sauf le premier et le quatrième, tous ces noms sont estropiés : 
il est facile de s'en rendre compte pour le second, le troisième 
et le cinquième, qu'on retrouve par ailleurs. Alanus de Cortua 
n'est autre qu'Alain de Coëtivi, le futur cardinal; GuiUelmus 
Charrecius est Guillaume Chartier ; Martinus Quostel s'appelle, 
en réalité, Questel. Pour le sixième ambassadeur, on pouvait 
hésiter ; mais il existe, dans un registre des Archives nationales 
(K 1711% fol. 192 r° et 198 r°), deux lettres de Charles VII 
datées de Loches, le 22 et le 30 mars [1436], adressées l'une 
aux ambassadeurs du roi de Castille à Bâle, l'autre au concile 
lui-même; elles annoncent l'envoi de l'ambassade française et 
en font exactement connaître la composition. Or, le septième 
nom inscrit sur cette liste y apparaît, dans les deux textes, 
sous la forme suivante : Petrus de Nessonno. Le qualificatif 
in legibus licentiatus, qui est accolé au nom de ce Pierre de 
Nesson, convient bien au poète, qui exerçait, on le sait, les 
fonctions d'élu dans le diocèse de Clermont, et qui, ainsi que 
M. Thomas l'a justement conjecturé (XXXIII, 54e), avait dû, 
comme la plupart de ses compatriotes, fréquenter la Faculté des 
arts de Paris et prendre ses grades en la Faculté de droit 
d'Orléans. 

Pierre de Nesson dut donc être désigné par le roi pour 
accompagner, à Bâle et à Bologne, dans les circonstances que 

I. Coiicilinin Basiliensc, t. I (Bâle, 1896, in-80), p. 402. 



28o MÉLANGES 

l'on sait, Jean de Norri, archevêque de Vienne, Simon Charles, 
chevalier, Alain de Coëtivi, alors prévôt de l'église de Tours, 
Guillaume Chartier, professeur de droit, Nicolas de la Chapelle, 
doyen de Chartres, et Martin Questel, licencié en lois. Il est 
nommé en dernier lieu, à la place du secrétaire qu'on adjoi- 
gnait ordinairement aux grandes ambassades. Ses talents litté- 
raires, non moins que son expérience du droit, l'avaient peut- 
être fait choisir pour tenir la plume en cours de route. Mais 
fit-il réellement ce voyage ? Je l'ignore. 

L'ambassade, cependant, ne tarda pas à partir. On suit ses 
traces, à Lyon, où elle s'arrêta avant le 30 avril ' ; à Bâle, où 
elle séjourna au moins du 26 juin - au 30 juillet '; à Bologne, 
où elle se rendit ensuite, et de nouveau à Bâle, où elle était de 
retour le 22 octobre-*. A diverses reprises, il est question du 
rôle joué, au cours de ces pérégrinations, par Alain de Coétivi, 
par Guillaume Chartier, par Nicolas de la Chapelle, par Martin 
Questel, surtout par Simon Charles, qui, en réalité, fut le chef 
et le porte-parole de l'ambassade. Sur Pierre de Nesson, les 
documents gardent tous le silence. Il se pourrait que, comme 
l'archevêque Jean de Norri, notre poète fût demeuré en 
arrière. 

Je ferai remarquer pourtant que le silence des documents 
n'est pas ici une preuve de l'absence de Pierre de Nesson. Son 
rôle, à la suite de l'ambassade, ne pouvait être qu'effacé. D'ailleurs, 
Nesson était laïque et marié : gnâce à M. Thomas (XXXIV, 
542), nous connaissons les noms de ses huit enfants. Il n'eut 
donc pas lieu de se faire incorporer au concile de Bâle, comme 
trois de ses collègues clercs, Alain de Coëtivi, Nicolas de la 
Chapelle et Guillaume Chartier 5 ; et il ne pouvait figurer, 

1. J. Vaesen, Un projet de translation du concile de Bdie à Lyon en 14^6, 
dans la Rev. des Ouest, bistor., t. XXX (1881), p. 563. 

2. C'est à cette date, et non le i^r juin, comme on l'a dit (G. du Fresne de 
Beaucourt, Hist.de Charles VU, III, 336), que Simon Charles présenta au 
concile ses lettres de créance. 

3. Journal de Pierre Brunet (Concil. Basil, II, 228); histoire de Jean de 
Ségovie (Monumenta Concihorum generaliuni seculi XV, t. II, Vienne, 1873, 
in-40, p. 893-894). 

4. Journal de Pierre Brunet, p. 305. 

5. //'/(/., p. 212, 320 ; Jean de Ségovie, p. 894. 



NOUVEAUX TÉMOIGNAGES SUR PIERRE DE NHSSON 28 1 

comme Charrier et Qiiestel, sur la liste des ambassadeurs aux- 
quels Eugène IV conféra des prébendes de chanoines '. 

Au surplus, si le poète auvergnat se déroba, ce que je n'ose- 
rais affirmer, aux honorables et lucratives fonctions que lui 
avait assignées la confiance du roi, il faudrait peut-être en 
chercher la cause dans un des nombreux procès qui tinrent une 
si grande place parmi ses préoccupations. M. Thomas (XXXIII, 
548) a signalé un de ces procès qui était pendant au Parle- 
ment à la date du 14 mars 1439. C'est peut-être le même qui 
fut d'abord engagé en la sénéchaussée d'Auvergne, puis porté 
devant le Parlement à la suite d'un appel de Pierre de Nesson, 
et plaidé dès le 6 août 1437 : la Cour, le surlendemain, ren- 
voya l'affaire, quant au fond, au sénéchal d'Auvergne. Les 
lacunes que présentent la série des Matinées et celle des Après- 
dinées, dans les archives du Parlement, empêchent malheureu- 
sement de découvrir l'objet de ce litige ^ ; nous ne savons que 
le nom de l'adversaire de Nesson : il se nommait Huguet 
Regnault "'. On voit que, dès le commencement de 1437 et 
peut-être l'année précédente, c'est-à-dire au moment où avait 
lieu l'ambassade en Allemagne et en Italie, Pierre de Nesson 
avait déjà sur les bras une affaire qui pouvait l'obliger à 
demeurer dans son pa3's d'Auvergne. 

N. Valois. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 

I 

1436, 30 mars. Loches. — Lettre de Charles VII au concile de 
Bàle accréditant près des pères, entre autres ambassadeurs, le 
licencié en droit Pierre de Nesson. 

Sacrosancte synode (sic) Basiliensi in Spiritu Sancto legittime congregate, 
Karolus, Dei gratia Francorum rex, salutem et que cepta sunt opéra Christi 
finem inopiatos (sic) habeant et felices successus. 

1. J. Haller, I, 142, note 5. 

2. L'arrêt ne paraît pas avoir été enregistré ; du moins il ne figure pas 
dans le registre Xi» 69 où on s'attendrait à le trouver. 

3. II n'est pas douteux que l'adversaire de Pierre de Nesson doive être 
identifié avec l'époux de sa nièce Jamette de Nesson, plus connu sous le nom 



202 MELANGES 

Cum inter res humanas atque studia nil quicquam sancius agere putemus 
quam in vinea Dei Sabaotli et in christiane subsidium rcligioiiis decenter 
nostros interponere favores, eapropter, ad exaltacionem fidei orthodoxe, 
paccm et unitatem fidelium, ad vos et cetuni vcstrum sacerrinium nostros 
ex prescnti transmittimus oratores dilectos et tidelcs consiliarios nostros 
archiepiscopum Vienensem, Symonem Charles, miiitem, ac spectabiles Ala- 
num de Coztvi, prepositum Turonensem, Guiliermum Quadrigarii, juris 
professorem, Nicholaum de Capella, decanum Carnotensem, Martinum 
Questel et Petrum de Nessonno, in legibus Hcenciatos; et postmodum etiam 
profccturi (sic) ad presenciam beatissimi patris nostri Pape ; quibus, super 
hiis rébus que tantum saluti et rei publiée tocius populi Dei attinent, injun- 
ximus nostram piam vobis et devotam exponere mentem. Q.uaniobrem 
maxime vos et majorem in modum precamur quatenus ipsis nostris ambaxia- 
toribus, tum in hiis, tum in aliis omnibus que vobis nostra ex parte retule- 
rint, dignam adhibere fidem velitis, et in agendis gratam ac celebrem (sic) 
expedicionem conferre, ut denique, illis ad sanctissimum patrem nostrum 
transeuntibus votive expeditis, ad nos, prout optamus, cum gratia reddire 
possint et debeant. Magno enim hujus rei et majori quam videamur expri- 
mere tenemur desiderio. Proinde, consecrata re et ipsis nostris oratoribus 
decenter expeditis, non parvam nos sumus aut percepturi Icticiam aut gra- 
ciam vobis habituri. 

Datuni Lochiis, die .xxx*. mensis marcii. 

Devotus Ecclesie filius rex Francorum Karolus. 

Lecta in congregacione generahi (sic), .xxvj. » junii. 

(Arch. nat., K 1711^, fol. 192 r°.) 

II 

1437, 8 août. — Extrait des registres du Conseil du Parkmeiît : 
renvoi au sénéchal d'Auvergne d'un procès pendant entre 
M" Pierre de Nesson et Hiiguet Regnault. 

A conseiller sur le plaidié du .vje. jour de ce movs d'entre M^ Pierre de 
Nesson, appellant du seneschal d'Auvergne ou de son lieutenant, d'une part, 
et Huguet Regnault, d'autre. 

Il sera dit que, l'appellacion et ce dont a esté appelle mis au néant sans 
amende, la Court renvoyé les parties pardevant ledit seneschal ou son lieute- 
nant au premier jour de septembre proucham venant, pour procéder sur le 
principal, en Testât qu'elles estoient avant l'appoinctement dont fut appelle, 
et a!er avant en oultre ainsi qu'il appartiendra, tous despens reservez en défi- 
nitive. 

Dit aux parties le .ix^. de ce movs, Cambray. 

(Arct). uat., Xi» 1482, fol. 31 vo.) 

de Merlin de Cordebeuf ; vovez la notice de M. Thomas intitulée Jatiictlc de 
Nesson et Mcrtiude ConWv»/ publiée ci-dessus, spécialement p. 88. 



ESPAGNOL -.tf.VCO; FRANÇAIS -APE 283 

P. S. — Les lignes suivantes sont extraites d'une lettre 
écrite à Charles VII, de Bâle, le 30 juillet 1436, par les ambas- 
sadeurs du roi de Castille (Arch. nat., K 1711% fol. 199 r"). 
Elles prouvent que Pierre de Nesson ne s'est pas dérobé à la 
mission que lui avait confiée le roi, et qu'il a accompagné au 
moins jusqu'à Bâle, en 1436, l'ambassade composée de Simon 
Charles, d'Alain de Coëtivi, de Guillaume Chartier, de Nicolas 
de la Chapelle et de Mathurin Questel. — N. Valois. 

Binas litteras vcstre régie Serenitatis recepimus, quarum prima de .xxiij'». 
mensis marcii per egregios viros Symonem Charles, niilitem, magistrum 
Alanum de Coztvi (sic), prepositum Turonensem, Guillermum Quadrigarii, 
juris professorem, Nicholaum de Capella, decanum Carnotensem, Maturi- 
num Questel et |Petrum de Nessonno, in legibus licenciâtes, oratores vestre 
regalis Celsitudinis, secunda de .xiija. junii per venerabilem virum magis- 
trum Roberturn Magistri, decanum ecclesie Bituriensis, nobis tradita est. 
Quas gratanti corda vidimus, prefatosque oratores libente animo audivimus, 
ac, ut exposita per eos optatum sortirentur effectum, quantum in nobis fuit, 
operam dedimus. 

ESPAGNOL -ANCO- FRANÇAIS -APF 
I. Espagnol -aiico 

A côté du suffixe italien -iîigo, -cngo, prov. -eue, on ren- 
contre en espagnol le suffixe -aneo qui ne diffère du précédent 
que par la nuance vocalique : esp. barraneo, m., barranea f. 
« fondrière », d'où barranquera, même sens, ojanco « cyclope >', 
lavanco « canard sauvage », poîranca « pouliche », paJanea 
« levier «, d'où palanquero « manœuvre » et palanquin « por- 
tefaix », pollan- con « gros poulet », tabanco pour tablaneo} 
« petit étal », *ialan- qua d'où talanquera « barrière i\ tra- 
baneo « sorte d'entrave », de traba ; catal. poUanea « peuplier 
noir », favaneo « sorte de fève ». ' 

Diez signale bien ce suffixe (Gramm., trad. fr., II, 348, 
note i), mais il n'en indique pas l'origine'. Suivant moi, on 
doit voir dans -aneo, pour un plus ancien -anquo, la forme 
qu'avait prise dans la langue des Ibères l'indo-européen -uqijo- 
Ce suffixe est, en effet, très fréquemment employé dans l'ono- 
mastique des pays primitivement occupés par des populations 
de race ibérique, ainsi qu'en témoignent les exemples suivants : 



284 MÉLANGES 

Espagne et Portugal : Councancus, Pistelancus noms 
d'hommes sur des inscriptions du ressort de Braga (C/I.., II, 
2390, 2488), Turaiicus nom d'homme galicien (ibid., III, 4227), 
\cjx\'7.z'., var. Aiuav-;:!. peuple de Galice (Ptol., 2, 6, 45), Arwan- 
cus, Contiiciancus, Ebnvancus, P. .igancns, Caecanqus noms 
ethniques sur des inscriptions des ressorts de Braga, de Clunia 
ou de Carthagène (CIL., II, 2827, 3120, 2806, 2746), Cara- 
vanca nom probablement ethnique sur une inscription de la 
Tarraconaise {ibid., 6298) ; — Septimanca localité située sur 
la route de Mérida à Saragosse, auj : Simancas, prov. de Valla- 
dolid. Vieille Castille(/^. 435). 

Je relève dans des documents du moyen âge : Abiancos ace. 
plur., localité du diocèse d'Oviedo(a. 865)', Aviaiicos (j^j), 
Aveancos (1154) localité du diocèse de Lugo-, Convianca (569) 
localité située non loin d'Astorga, dans le royaume de Léon % 
Bisancos et Tresancos archiprêtrés du diocèse de Saint-Jacques- 
de-Compostelle't, Coianka territoire au diocèse d'Oviedo>, 
Duancos (i 120) auj. Santa-Maria-Duancos, prov. de Lugo "^ ; — 
Naranciis mons (Z'j'Ç), au diocèse d'Oviedo'. 

Dans la nomenclature moderne, on peut citer : Abeanca et 
Abeancos prov. de la Coruiîa, la Cabeanca, Cusanca, Bardancos, 
Breancas, Listanco, Mayanca, Tamallancos, Taraniancos, Trasan- 
cos et son diminutif TrasanqueJos en Galice ; — Cabianca, 
Luanco, El Oyanco, Naranco en Asturie ; — Matanco, Mijancas, 
Oyancas dans les provinces basques ; — Alesanco, LoranquiUo, 
Morancas, Naranco, Pera^ancas, Taranco, Trabancos, Tudanca, 
Vivanco provinces de Burgos ou de Santander, dans la Vieille- 
Castille ; — Lcdanca (Guadalajara), Loranca (ibid.), Tarancon 
(Cuenca) dans la Nouvelle-Castille; — Tarancon et les Vivancos 
(Murcie) ; — Bichanca et las Palancas (Alicante) ; — Bur- 



1. Espana Sagrada, t. XXXVII, p. 326. 

2. Ibidem, t. XL, p. 560, 399 et t. XII, p. 313. 

3. Ibidew, t. XL, p. 342. 

4. Ibidem, t. XX, p. 75, 80 et t. XL, p. 343. 

5. 'ibidem, t. XXXVII, p. 335. 

6. Ibidem, t. XLI, p. 300. 

7. Ibidem, t. XXXVII, p. 330. 



ESPAGNOL -ANCO ; FRANÇAIS -APE iSy 

r lanças (Grenade)'; — Cavanca en Portugal \ On peut 
joindre à ces noms de lieux le nom d'homme Carranco. 

La variante -ango est rare : Mijangos prov. de Burgos : Mi- 
jancas prov. d'Alava, Caranga iprow d'Oviedo : Cfl'rawrrt prov. 
d'Alava. Cette variante, ainsi qu'on l'a vu plus haut, apparaît 
déjà sur quelques mss. de Ptoléméc, mais, sous cette forme, le 
suffixe -anco est souvent difficile à distinguer du suffixe roman 
-ango (= -anico-). C'est ce dernier qu'il faut certainement 
reconnaître dans Aranga (Coruiia) et Arangas (Oviedo) en 
regard A'Aranega (Almeria). 

On a remarqué que plusieurs des noms qui viennent d'être 
cités ont des correspondants italiens en -ingo, -engo : Malanco : 
Malingo (1029) au district de Suse, Morancas : Moreiigo, Merlan- 
ga : Bcrlingo, etc. 

Languedoc, Cerdagne et Roussillon. On sait que ces con- 
trées étaient encore occupées, au iir' siècle avant notre ère, par 
des populations ibériques qui avaient survécu à la conquête 
ligure, comme elles survécurent à la conquête celtique'. Moins 
fréquentes qu'en Espagne, les formations en -anco n'y sont 
cependant pas rares : Bragaranca était au xi^ siècle le nom du 
Rieutort, ruisseau de l'arrondissement de Lodève, Hérault-^; 
Lissanca est le nom de la source qui fournit Cette d'eau potable^ ; 
Bisancas était une villa de l'ancien comté de Substantion, au 
diocèse de Montpellier*^ ; cette ville est mentionnée dans un 
acte du commencement du xi" siècle, c'est aujourd'hui 
Biranques, ham. de N.-D. de Londres, Hérault, et. Bisancos 
nom d'un archiprêtré du diocèse de Saint-Jacques-de-Compos- 
telle. Le petit affluent de l'Hérault qui se nomme aujourd'hui 
Againas (== -aùs) par suite d'un changement de suffixe, s'appe- 



1. Dicciouario geogrdfico postal de Espana publicado por la direccion gêne- 
rai decorreos y telegrafos, Madrid, 1880. 

2. Dicciouario chorognxfico de Portugal, Lisboa, 1893. 

5. Voy. D'Arbois de Jubain ville, Les premiers habitants de l'Europe, t. I, 
p. 38 sq. 

4. P. Alaus, l'abbé Cassan et E. Meynial, Cartulaire de Gellone, n» 253 : 
« usque in fluvium qui vocatur Riutort vel Bragaranca. u 

5. E. Thomas, Dictionnaire topographiqiw du département de F Hérault, p. 96. 

6. Cartulaire de Gellone, n° 70. 



286 MÉLANGES 

lait au moyen âge Againancus\ Citons encore : Bragahnca 
(i loo) probablement pour *Bracalanca, auj, Saint-Julien-de-Bra- 
galanque, Hérault-, Mellanca (xi" siècle), ancien château fort 
de la viguerie de Saint-Étienne-du-Valdonnez, Lozère', du 
thème hydronymique Mella- qui a servi à désigner une rivière 
delà Gaule Cisalpine (Catulle. 67, 33), Sinanqua (1229), auj. 
Senanque, Vaucluse^. 

Corse. Nous savons par Scnèque que les Ibères ont occupé la 
Corse > ; nous ne nous étonnerons donc pas de trouver dans cette 
île une localité du nom de Calanca ; conformément â un pro- 
cédé toponomastique extrêmement répandu chez les Ibères et les 
Ligures, ce nom de Calanca dérive du thème hydronymique Cala- 
qu'on retrouve notamment dans Calù (908), le Chalon, torrent 
de la Drôme, et dans Calona (vii^ siècle), nom d'une rivière du 
département de l'Ain. 

Le suffixe -anco- apparaît sporadiquement dans un certain 
nombre de vocables onomastiques qui jalonnent, pour ainsi 
parler, la longue route suivie par les Ibères dans leur marche 
de l'Orienta l'Occident^. Voici les noms dus à ce mode de 
formation qui sont venus jusqu'à nous : K3.p\x]oui-{/.x: (Ptol. 2, 
13, i), chaîne de montagnes d'IUyrie ' (Die Karaivanken) en 
regard de Caravanca nom ethnique de Galice, Baranca col de la 
province de Novare, Aranco, Bognaiico, Rnniianca, Schieranco 
prov. de Novare, Altanca, Pa:;^~oranco dans le Ttsûn^Almancus 



1. E. Thomas, 0/). cit., p. 86: « Molendinum de Agamanco (1515) » et 
« ri vus de Agamanco (i 528) ». 

2. Cartulaire lie Gellone, n° 300, et E. Thomas, op. cit., p. 185. 
5. Cartulaire de Gellone, n° 105. 

4. B. Guérard, Cartulaire de Saiiil- Victor de Marseille, n" 909. 

5. Sénèque, Coiisol. ad Helviatii, 8, 2 ; cf. K. Mùllenhoff, Deutsche 
Alltrtumshmde, t. III, p. 173, et D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. I, 
p. 68. 

6. Comme bien on pense, ces noms en -anco- ne sont pas les seuls témoins 
que l'on puisse invoquer en faveur de l'origine orientale des Ibères ; sans par- 
ler des auteurs anciens qui l'affirment, on peut alléguer les nombreux noms 
géographiques qui attestent le passage de populations ibériques à travers 
l'Asie Mineure, la Thrace, l'Illyrie, l'Italie et la Gaule. 

7. Ce nom ne peut pas être illyrien, les Illyriens comme les Grecs et les 
Gaulois rendant par p la vélaire sourde labialisante. 



ESPAGNOL -ASCO : FRANÇAIS -APE iSj 

ancienne ville de Ligurie qui était redevable de son nom au 
fleuve Aima ', Miisanca, nom d'homme, qui se lit dans un acte 
du XI' siècle passé dans les limites du département du Var-, 
Pernancns (1327) Parnans et Aulancns (1386) Aulan', dépar- 
tement de la Drôme, Calanca Chalanclie, Basses-Alpes, en 
regard de Calanca, Corse '. 

Les formations espagnoles en -anco, comme les formations 
provençales en -enc, nous apportent une preuve nouvelle d'un 
phénomène linguistique bien connu : la survivance des suffixes 
aux langues depuis longtemps éteintes d'où ils sont sortis. 



II. Français -ape 

Pour terminer l'étude du suffixe indo-européen -nquo- dans 
l'onomastique romane, il me reste à parler du suffixe -apo- qui 
en est le correspondant gaulois. Ce rattachement de -apo- à 
-i}quo- se fonde sur trois raisons également décisives : la pre- 
mière qui est d'ordre général, c'est que les suffixes avec un p 
primitif sont absolument inconnus des langues indo-euro- 
péennes'; la seconde, c'est que ces suffixes, existeraient-ils dans 
les autres langues indo-européennes, ils ne pourraient pas se 
rencontrer en gaulois, par la raison que les Gaulois avaient 
perdu la faculté de prononcer le/> primitif^; la troisième enfin, 
c'est que les Gaulois comme les Grecs, les Osco-Ombriens 
et les lUyriens rendaient par ^ la vélaire sourde labialisante '. 



1. lA., p. 500, et Holder, Alt-celtischer Sprachschati, t. I, p. 217. 

2. Cartiilaire de Saint-Victor, n° 542. 

3. Brun-Durand, Dictionnnaire topograpJiique du département de la Drôme, 
p. 255, 13 et 3)6. Pernanti, gén. cité d'après un acte de 1080, est évidemment 
une mauvaise lecture pour Pernaiici. 

4. Le vénète avait conservé les vélaires labialisantes : Piquentum, Liquentia, 
et il rendait Yn voyelle pai an : Voltan-is gén., aussi retrouve-t-on le suflfixe 
-anco- (^ *??'.«>) en Vénétie : Fiinancus nom d'homme de Vérone (CIL., V, 
3664), Moi^iancus nom d'homme du Frioul (ibid., 1789), Frisanco localité de 
la province d'Udine. 

5. Brugmann, Gruudriss, t. II. 

6. D'Arbois de Jubainville, Etudes grammaticales sur les langues celtiques, 
p. 83* et suiv. ; Brugmann, Grundriss, V, 517. 

7. D"Arbois de Jubainville, loc. cit., p. 83* et suiv. ; Brugmann, P, 605. 



288 MÉLANGES 

Notons que sur les inscriptions le redoublement du p de -apo- 
n'est pas rare et que c'est là précisément ce qui explique le 
maintien de cette consonne en roman avec sa valeur primitive. 
Pour ce qui est de la disparition de la nasale vélaire dans -apo- 
ou si Ton veut, de la représentation de ;/ par a, elle n'est pas 
spéciale au gaulois ; on la constate également en sanscrit, en 
grec et en illyrien '. Ceci dit, voici quelques exemples de 
l'emploi du suffixe -apo-, var, -appo-, dans l'onomastique gallo- 
romaine. 

Noms de personnes : Acapa nom d'homme sur une poterie 
trouvée en Grande-Bretagne (CIL-, VII, 1336, 7), en regard du 
nom d'homme aquitain Acinco-vtpiis (Holder, s. v.), Ganap-ôn 
(Holder, s. v.), Giappa {CIL., XIII, 5774), Sacrapus et son 
dérivé Sacrap-ôn (Holder, s. v.), Sacirap-ôn (Holder, s. v.), 
Lucap-etus sur une inscription de Milan (CIL., V, 5830), 
Eniapas dans un texte du moyen âge ^. 

Noms de lieux : Arelapa (Ptol. 2, 13, 3), var. Arlapa 
(lA., 234), ville du Norique', en regard à' AreJincus ^u). Pes- 
chiera ; Cornappo, prov. d'Udine, si toutefois ce nom n'est pas 
d'origine illyrienne; Andrapa ville de Galatie (I. Hieros. 576); 
* Canappiis d'où Kanapi villa auj. Canappeville, Eure ^; Canap- 
ville Orne et Calvados»; Canaples *Canapulas (?) Somme, 
cf. Canens (= Caninciis), Haute-Garonne et Chaneins, Ain; 
Gammappus, Jemmapes, Belgique, du nom d'homme gaulois 
Gammus, Ganappus; Genappe même pays; * Lnlappits Lou- 
lappes Eure-et-Loire ^ en regard de Loulans (= Lnlincus); 
Haute-Saône ; Nuapa ancienne villa du Limousin '. 



1. F. de Saussure, Mémoire sur Je sxslàiie primitif des voyelles dans les 
langues indo-européennes, p. 19 et suiv. ; Brugmann, I - 392 et suiv. Ce dernier 
auteur explique par n les génitifs gaulois en -«jr des thèmes consonnantiques, 
tels que Segonion-as, Suession-as (t. II, § 234). Il faut noter d'ailleurs que 
dans -apo- Vu était bref : Mevoc-'.ci-. (Strab.), Ménàpl (Mart.). 

2. Vâhbé ChsvâViQr, Cartulaire de Saint-Bernard, n° 45. 

3. Arelapa paraît avoir été située sur VArelapus, auj. l'Erlat ; cf. Oesterley, 
loc. cit., p. 167. 

4. De Blosseville, Dict.du dép. de Y Eure, p. 45. 

5. C. Hippeau, D/c/. du dép. du Cahhtdos, p. 57. 

6. L. Merlet, Dict. du dép. d'Eure-et-Loir, p. 105. 

7. Pardessus, Diplont.,x. I, n° 177 (an. 570). 



ESPAGNOL .ANCO; FRANÇAIS .APE 289 

Comme exemple de l'emploi de notre suffixe dans le lexique 
gaulois, on doit peut-être citer *can-npo-s « coupe » qui 
expliquerait le v. h. a. hnapf' pour un plus ancien *hanapf, 
lequel se retrouve dans l'ital. anappo, le prov. ciiap et le franc. 
haiiap-. Cette forme hnapf se dénonce d'elle-même, en germa- 
nique, comme un mot d'emprunt, et de foit les étymolo- 
gistes allemands se déclarent impuissants à l'expliquer par le 
germanique. On ne peut pas songer, en effet, à y voir le v. h. a. 
kanna « pot, pinte^ », puisque le k initial qui tient lieu d'un 
g palatal indo-européen', n'aurait eu aucune raison pour se 
changer en h et que d'un autre côté, le pf final représente bien 
évidemment un/) d'origine étrangère, cf. pflan~e= lat. planta; 
on peut rappeler aussi qu'il n'y avait pas de suffixe indo-euro- 
péen avec p et que s'il y en avait eu, ce p primitif aurait été 
rendu en germanique par /". Ainsi, aucun doute n'est possible : 
hanapfesl en germanique un mot d'emprunt. La question qui 
se pose est donc celle de savoir à quelle langue ce mot a été em- 
prunté. Ce ne peut pas être au latin canna « roseau », d'abord 
parce que le sens ne convient pas, ensuite parce qu'à l'époque 
des emprunts du germanique au latin, les Germains avaient 
recouvré la faculté de prononcer la palatale sourde initiale : 
V. h. a. d'emprunt kirsa (= *kirissa) du lat. *ccresea, var. de 
cerasea, en regard du got. hnnds : gr. y.J(ov, et enfin parce qu'il 
n'existait pas en latin de suffixe avec p. 

Que si nous voyons, au contraire, dans baiulpf un mot em- 
prunté au gaulois, toutes ces difficultés disparaissent : en premier 
lieu, le suffixe gaulois -apo- explique à merveille le suffixe -apf- 
qui est dans hanapf ; en second lieu, rien ne nous empêche de 
faire remonter l'emprunt germanique à une date éloignée, les 
Germains ayant vécu pendant plusieurs siècles mêlés aux 



1. Il n'est pas besoin de dire que la forme h)iapp que donne Kôrting 
n'existe pas en germanique. Le germanique ne connaît que hnapf, plur. 
napphii, napjd, uaphd;c(. O. Schade, Altdeutsches Wôrterbuch, t. I, p. 409. Le 
ph germanique a naturellement été rendu par p en bas-latin. 

2. Si toutefois, ainsi que le pense Kluge, ce mot est bien d'origine germa- 
nique, ce qui ne nous parait pas absolument certain. 

5. Sur l'étymologie de rallem. Kdiine, voy. F. Kluge, Elyiiiol. JVorterh. 
âer tieiitschen Sprache, s. v. 

Romania, XXXV IQ 



290 MÉLANGES 

Gaulois, à l'orient du Rhin' ; en troisième lieu, nous trouvons 
dans le latin vulgaire de la Gaule Celtique un mot canna qui 
avait le sens de vase et qu'on a rapproché du grec y.xv-Oapo-ç 
« coupe » -. Si cette explication est exacte, hanapf serait l'adap- 
tation germanique du v. gaul. *canapos qui nous aurait été rendu 
sous son accoutrement germanique, comme tant d'autres noms 
d'origine latine qui nous sont revenus après avoir fait l'école 
buissonnière de l'autre côté du Rhin. 

Le suffixe gaulois, -apo-, a été souvent développé au moyen du 
suffixe -io-, d'où le suffixe -apio-, var. -appio- : Mcnapii, peuple 
de la Gaule Belgique, pays où les formations toponomastiques 
en -apù- sont relativement fréquentes, Serapias nom d'homme, 
d'où le nom de lieu Serapi-aco-s Strépy dans le Hainaut Belge, 
et Strivy, prov. de Liège, Miunapins nom d'homme {CIL., III, 
5997)5 Galapiiis nom d'homme dans un texte du moyen 
âge'. 

En roman, ce suftîxe -apio- a été traité de deux façons diffé- 
rentes : 1'/ s'est maintenu à la posttonique : Gamapius Gamaches 
Eure+, Gamapius, la Garnache, Vendée (Hold. s. v.), ou 
bien il a été attiré dans la syllabe accentuée : Varappius, 
Varêpe pour*Varaipe, c"^ de Grosiée, Ain, Forapiiis, var. Vorap- 
pius Voreppe, Isère 5, cf. Voreppe, Drôme qu'en l'absence 
de formes anciennes, on pourrait aussi, il est vrai, rattacher à 
-eppo-, forme normale du suffixe avec qij. Le gaulois nous pré- 
sente, en effet, pour ce suffixe, toute la gamme des couleurs 
vocaliques : .-epo- (= *-eqijo-) : Dorepiis nom d'homme (CIL., 
XIII, 5761), Eugepius nom d'homme, Caleppio localité de la 
province de Milan ; upo- var. d'-opo- (= -ôqijo-), cf. Tibère 



1. Sur les relations entre les Celtes et les Germains antérieurement au 
ni<= siècle avant notre ère, ainsi que sur l'hégémonie celtique et le vocabulaire 
celto-germain, voy. la remarquable étude publiée par M. D'Arbois de Jubain- 
ville au t. II, p. 323 sq. des Premiers habilants de l'Europe. 

2. Vilu Radegundis i, 19, 44, citée par Holder, hc. cit., s. v. canna. C'est de 
ce canna que dérive le franc, cannelle « pot à bière ». 

3. Pardessus, Diplom., 1. 1, n"254 (^n- 631). 

4. DeBlosseville, loc. cil., p. 94 ; D'Achéry, Spicileginm, t. II, p. 86 ; Pertz, 
Diplom., p. 109 (an. 751). 

5. J. Marion, Carlulaires de V Église de Grenoble, p. 288, 298. 



LES NOMS SARDES DU MOUFLON 29 1 

Turoqiia (JA., ^T,o): Calupa, Tfl!////^/)^, noms d'hommes", Mar- 
supia (jo^f), ruisseau de la Meuse, auj. Marsoupe ^, Anipium nom 
d'une ville de Lihurnie qui est peut-être d'origine illyrienne, 
mais qui est intéressant à citer à cause de son adaptation latine 
Arnicia. var. Anicia % adaptation qui prouve jusqu'à l'évidence 
que c'est bien à des primitifs avec qu qu'on doit rattacher les 
suffixes gaulois avec p. 

En résumé, il y avait en indo-européen un suffixe -nquo- 
qui a été rendu en ligure par -enqiio-, en ibère par -anqiio- et en 
gaulois par -npo-, var. -appo- ; ces différents suffixes ont été 
latinisés respectivement en -inco-, ingo- ; -anco-, -ango- ; -apo-, 
-appo-, et ce sont ces formes latinisées qui expliquent l'italien -/«fo, 
-ingo, -cngo, le provençal -enc, l'espagnol -anco, -ango et le fran- 
çais -apc, -appc. Quant au suffixe germanique -inga- var. à'-unga- 
qui représente le même type indo-européen, la dérivation 
romane n'en a pas fait usage, mais il apparaît dans un certain 
nombre de noms" empruntés par le roman au germanique, et 
notamment dans les noms de lieux en -ange du nord-est de la 
France. 

E. Philipon. 

LES NOMS SARDES DU MOUFLON 

Le Dictionnaire général de la langue française (Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas) fait la remarque suivante à l'art, mou- 
flon : « Paraît emprunté du dialecte de la Sardaigne : cf. l'ital. 
inofola dans Oudin et i'anc. franc, muifle, nmifleron dans Cot- 
grave ». Cette remarque m'a engagé à étudier de près les noms 
que porte actuellement le mouflon en Sardaigne, où Strabon 
signale déjà la présence de cet animal qu'il appelle ;j.;jc7;;.(i)v et 
que Pline appelle comme luimusmo ou musimo. 

Spano et Porru donnent comme nom du mouflon temelle : 
niitrva; comme nom du mouflon mâle : niurvoni, tnurone. 
Nous avons donc d'une part le campidanien niurvoni, de 



1. CIL. XIII, 752, 6028, 6116, looio. 1871 ; V, 5555 ; — III, 5061 
Grégoire de Tours, Hist. Fr., 5, 9, et Vitx patnim, en. 

2. F. Liénard, Dict. dtidép. de la Meuse, p. 142.] 
5. Ptolémée, édition Mùller, t. I, p. 213, n. i. 



292 MELANGES 

l'autre le logudorien muronc : ces deux formes remontent à un 
type commun, à savoir *mufrone, dans lequel il est difficile 
de ne .pas voir le mufron signalé par M. Thomas dans le 
Laterciihis de Polemius Silvius'. 

I. En campidanien .*mu tronc a passé régulièrement à 
niiivroni, car dans ce dialecte / + '' et /^ -\- >' sont traités 
comme /et b en position initiale après une voyelle finale du 
mot précédent : fraxi < lat. falcem se prononce vragi dans 
sa vragi (écrit sa fraxi); ci. su yragu, où yragu, est le subst. 
verbal du lat. fragrare. Ce son y est intermédiaire entre / et 
V, de même qu'il existe un son b intermédiaire entre b et v, 
par exemple dans sa bracca, en italien la barca, ou dans sa 
braba, en italien Ja barba. Les sons ^ et ^ sont fort difficiles 
à distinguer l'un de l'autre, et quand une métathèse se 
produit, ils passent à v : c'est ainsi que plusieurs dialectes 
méridionaux disent layra « lèvre », tandis qu'à Cagliari 
même on prononce larva. La substitution de murvoni à *muyroni 
est donc parfaitement acceptable, d'autant plus que la méta- 
thèse est pour ainsi dire de règle en campidanien : cf. arbili 
<C lat. aprilem et manorva < lat. *manopera auxquels 
on peut ajouter de nombreux exemples analogues donnés par 
M. Hofmann, Die logudor. und campid. Mundart, p. 116. 

2. Pour expliquer la forme logudorienne murone, il est éga- 
lement légitime de supposer une étape muyrone. En effet dans 
la combinaison yr intervocalique le v tombe régulièrement en 
logudorien : on a lara (pour *layra) •< lat. labra; colora, 
coloru (pour *-yra^ *yrii) <C lat. vulg. *colobra, *colobrum. 
A ces deux exemples donnés par MM. Hofmann^ et Campus', 
on peut ajouter : logud. calarighe « aubépine » <C lat. calabri- 
cem,àcôté du campid. calarvigtt^ ; logud. chiliru «crible » 
«< lat. *cilibrum pour cribrum, à côté de cilivru (Lanusei, 
Seui) et de ciuliru (Cagliari) K Le même phénomène se mani- 
feste dans la prononciation vulgaire des villages pour le groupe 



1. Voy. ci-dessus, p. 183. 

2. Op. laud., p. 1 14. 

3. Fonetica del (liai. Logudorese (Turin, 1901), p. 56. 

4. Cf. ma note à ce sujet dans VArch. storico sardo, I, 145, 

5. Cf. Candrea-Hecht dans Romania, XXXI, 305. 



LE PLUS AN'CIEN EXEMPLE DU ERANÇ. ARRIER 293 

initial br- précédé d'un mot qui se termine par une voyelle; 
ainsi on dit sa rnha pour sa braha, en italien la barba. 

Si l'italien usuel dit iiiufione, Petrôcchi enregistre cependant 
les formes concurrentes mnjfolo et iiiiifrone, et il signale mufo 
au xv<^ siècle chez Luca Pulci (Cirijfo Calvaneo, II, 44) et chez 
son frère Luigi (Morgante, XIV, 80). 

J'ajouterai, à titre de curiosité, que dans la description de la 
Sardaigne de Sigismond Arquer, qui ligure, traduite en alle- 
mand, dans la Cosmographie de Sébastien Munster, le mouflon 
est appelé iniiefltier : ce nom est vraisemblablement contaminé 
par wnfel « museau » ou par jiniffeln « puer ». 

Max Léopold Wagner 

LE PLUS ANCIEN EXEMPLE DU FRANC. ABRIER 

Dans son article intitulé : Glosscs et glossaires hébreux-français 
du moyen àgc ', A. Darmesteter constate d'une façon générale le 
peu d'attention donné par les savants de la Renaissance aux lea- 
zim ^ de Raschi. Il est donc intéressant de signaler ceux dont 
on a fait mention à cette époque '. 

A l'article abri de ses Origim's de la langue françoise (1650), 
Ménage, citant Pierre Pithou, écrit ceci : « Et Pierre Pithou 
en son traitté des Comtes de Champagne où après auoir dit 
que la Brie a esté ainsi appellée du mot abri, qui signifie couuert, 
il adjouste ^ : (ce) qui me fait émerueiller de ceux qui faisant 
profession de la pureté de nostre langue, interprètent abri. 



1. Roinania, I, 155; réimprimé dans Reliques scientifiques, l, 172. 

2. Si l'on emploie ce mot si commode pour désigner les glosses en ques- 
tion, il vaut mieux lui faire suivre les règles de la déclinaison hébraïque, 
c'est-à-dire employer loai au singulier et leaiiin au pluriel ;"îy'l,D'~îr'?|. 

3. [Biaise de Vigenere, dans les annotations jointes à sa traduction des 
Tableaux de Philostrate, a eu aussi occasion de citer « Rabbi Salomoch » ; 
voy. l'article es.viail du Dict. étyniol. de Ménage. — Réd.'] 

4. Ménage ne cite pas très exactement, comme je m'en suis rendu compte en 
conférant l'édition originale : Le /er livre des mémoires des comtes héréditaires 
de Champagne et de Brie par M. Pithou, Advocat en la cour de Parlement, 
A Paris, de l'imprimerie de Robert Estienne, 1572. Je mets entre parenthèse 
ce qu'il a ajouté et je place entre crochets ce qu'il a omis. 



294 MELANGES 

car ainsi rescriucnt-ils, lien décounert ci expose au soleil, dédui- 
sans ce mot du latin aprictini : vcu mesmc que Solomocii, ancien 
Rabi, et comme aucuns pensent Champenois, qui s'ayde bien 
souuent des mots de ceux [des François] entre lesquels il a 
vescu, vse de cettuy-cy en la première signification que nous 
auons dite, exprimant au IIP chapitre de loël ce que les autres 
ont tourné operimentum par le mot d'abri, qu'encor en tout 
euenement ie dcduirois plustost de arbre[ou abre] selon nostre 
pronontiation. » 

Ménage a ajouté plus tard, dans son Dict. étymologique : « Je 
remarquerai icv en passant qu'il y a dans Solomoch abriel 

Or dans l'édition princeps du Commentaire de Raschi, Venise, 
1525, nous trouvons "'"'\xn2X, qu'on pourrait lire abrieil ou 
abriail. Mais ni la forme donnée par Pithou, ni celle rectifiée 
par Ménage, ni celle de l'édition princeps ne correspondent à 
la leçon du plus ancien manuscrit de Raschi que renferme le 
British Muséum. Le ms. Harleyen 150 (daté de 1257)^ donne 
abriér "i\s"'l-x. C'est cette leçon qui doit être la bonne, abri ne 
se trouvant pas dans Raschi qui donne comme substantif la 
seule forme abriement pour traduire le mot ""''.ï « mon rocher » 
(II Samuel, XXII, 3). 

Outre l'intérêt présenté par la place où se trouve la mention 
de ce loaz, il est encore curieux à deux points de vue. D'abord 
il tendrait à faire rejeter l'opinion de M. Bugge qui admet 
comme sens primitif du mot a/r/Vr celui de « réchauffer, garantir 
du froid » (Romania, IV, 348), les mots hébreux que Raschi 
traduit par abriér et abriement n'ayant aucunement ce sens 
ou un sens analogue. En second lieu il fournit contre l'hypo- 
thèse de Gaston Paris (^Romania, XXVIII, 434) qui y voit un 

1. C'est ce qu'on lit dans l'édition de 1694; dans celle de 1750 il v a 
ahrial. Comme dans les éditions imprimées du commentaire de Raschi, dont 
Ménage a pu se servir, il n'y a pas de points-N'Oj'elles, les deux lectures sont 
possibles. Mais il est probable qu'il y a, comme c'est souvent le cas, une 
confusion de 1 et de 1 dans l'édition princeps et que abriér est la leçon à 
adopter. 

2. Sur ce ms. vov. Darmesteter, Rapport sur une mission en Am^teterre 
(Archives des missions scientifiques et littéraires, 1871), réimprimé dans les 
Retiques scientifiques, I, 115. 



FRANC. DIALECTAL TP.CUER. TI-QUER 295 

mot méridional ayant passe dans la France occidentale une 
objection sérieuse. Cette objection devient encore plus forte si 
l'on ajoute que le Glossaire hébreu-français publié par Ma3'er 
Lambert et par moi, et qui est certainement dû à un auteur 
de la France orientale, donne plusieurs exemples de ces 
mots : quelques formes du verbe abrier, et le substantif abrià- 
tnoiit '. Cependant je n'insisterai pas trop sur ce dernier point; 
le compilateur a en effet pu tirer ces mots de Raschi^, et ses 
leazim proviennent de plusieurs sources appartenant à des 
dialectes différents. 

Je remarquerai en dernier lieu que les mots / ahriamont du 
Gloss.iire hébreu-français, 104, 86 traduisent l'hébreu noncSl 
« et rt reluge ». Les mots suivants / a rekutemont ' traduisent 
■nnozSi « et à protection ». Dans les deux cas S est traduit 
par à. Il semble donc qu'on devrait couper le mot abriâvuviî 
ainsi : a briàmont. Ce serait un autre exemple à invoquer en 
faveur d'un thème bri- dont le mot dcsbrier postule l'existence». 
Toutefois on peut et on doit remarquer que le scribe peut 
avoir oublié un a et que la leçon originale a pu être : a 
abriàmout \ 

Louis Brandin. 

FRANC. DIALECTAL TÉGUER, TÈOUER 

Dans VHistoire de GuiUauine le Maréchal le verbe tess'ier se 
présente deux fois. A sa compagnie, qu'il a menée en recon- 
naissance, et qui lui propose de fondre sur les coureurs enne- 
mis, Guillaume le Maréchal répond : 

Bien tost tcsgereieiit les flans 

A nos chevals, se issi ert fait, 

Einz que venisson a recet (v. 8472-4). 



1. L'J indique probablement le son e. 

2. Abriàiiiont correspond à la forme ahriewent citée plus haut : sur -mont 
au lieu de -ment, voir Glossaire, Introduction, p. xi. 

3. Mot que je n'ai trouvé que dans notre glossaire. 

4. Cf. G. Paris, Roniania, XXVIII, 435. 

5. D'après M. Israël Lévy, qui possède les notes manuscrites de Darmes- 
teter sur les leazim de Rasclii, on trouve dans les Psaumes, 102, 18 la forme 
ahrèment ; cette forme appelle évidemment une correction. 



2^6 MÉLANGES 

Dans l'autre passage, notre verbe a aussi pour sujet le sub- 
stantif _//rt«^ : 

Mais molt li tesi^assent ses flans (v. 3978). 

Le vocabulaire qui est dans l'édition de M. Paul Meyer dit 
que ce mot « n'est signalé nulle part ». Il est vrai qu'il manque 
à Godefroy, mais il est relevé dans les glossaires du Roman de 
la Rose. Méon, se fondant sur l'habitude de nos vieux auteurs 
d'accumuler les synonymes, a interprété « abattu, fatigué », 
parce qu'il trouvait, dans les deux exemples, tagans ou tesgans 
associé avec las. Le glossaire de l'édition Jannet traduit : 
« haletant, oppressé, toussant », se rapprochant ainsi de ce 
que nous croyons être la vérité beaucoup plus que le vocabu- 
laire de Guillaume le Maréchal, où on lit que le verbe « paraît 
signifier être endolori comme les flancs d'un cheval qui a trop 
couru ». 

Voici, en effet, quelle est, sur le sens de ce mot, la déposi- 
tion des patois actuels. En Normandie, on a téquer « tousser » 
(voy. A. Romdahl, Patois du Val de Saire, où le mot est figuré 
phonétiquement : Icqiiic). En Picardie, et particulièrement dans 
le Boulonnais, téguer signifie « geindre, faire effort, avec des 
hoquets dans la respiration », d'après le chanoine Haigneré 
{Le Patois boulonnais, vocabulaire^ qui, assez inexplicablement, 
écrit taiguer et commet l'omission regrettable de ne pas men- 
tionner l'expression courante « téguer comme un vieux baudet ». 
Il est donc naturel de mettre à côté des chevaux aux « flans tes- 
gans » de V Histoire de Guillaume le Maréchal les chiens du Roman 
de la Rose 

qui las de corre furent 
Tesgans ou ru du vivier burent (15890, Méon). 

Au dernier moment, je relève le participe tesgant dans VArt 
de chevalerie de Végèce traduit par ]Q\n de Meun, édit. 
U. Robert, p. 105 : « Cis qui vient las et tesgans a la bataille, 
que puet il faire ? » 

La présence de tesguer dans des textes du xiii^ siècle détruit 
la conjecture de l'éd. Jannet qui tire tesguer de tac , maladie 
qui sévit à Paris en 14 14. 

J. DEROCaUIGNY. 



FRANC. DIALECTAL TÉGUER, TÊQUFR 2^J 



NOTE COMPLÉMENTAIRE 

Le verbe sur lequel M. Derocquigny vient d'attirer l'atten- 
tion est plus répandu dans les patois français que sa notice pour- 
rait porter à le croire. On le trouve en effet, soit sous la 
forme simple, soit sous des formes fréquentatives, en -asser, 
-eler, oter, en dehors de la Normandie et de la Picardie, dans 
les départements suivants : Pas-de- Calais, Nord, Loir-et-Cher, 
Mayenne, Sarthe, Ille-et-Vilaine. Voici quelques extraits desti- 
nés à le fliire voir et aussi à montrer le développement séman- 
tique dont ce verbe est susceptible : 

Robin, Le Prévost, Passyet de Blosseville, Dict. du patois normainl de V Etire, 
p. 578 : « TEiGLER, TEiCLER, pour TOUSSER. Nc se dit quc des animaux et 
s'applique surtout à la toux du cheval ». 

Corblet, Gloss.ctyiiiol. du patois picard, p. 570 : « Teguer. Faire des efforts. 
— Ne pas trouver aisément ce qu'on veut dire. — S'arrêter en parlant, 
bégayer. — Balancer sur le parti qu'on doit prendre ». 

Edmont, Lexique Saiut-Folois, p. 525-6 : « TÉGUER (noté tége). Laisser 
échapper involontairement une sorte de gémissement, en maniant des choses 
lourdes, en se baissant pour ramasser quelque chose, en faisant des efforts 
pour pousser une selle lorsqu'on est constipé, etc. — Manifester sa mauvaise 
hume-jr par un gémissement de regret, d'impatience, etc. — Par extension, 
parler avec difficulté, trouver malaisément ce qu'on veut dire ». 

Hécart, Dict. rouchi-frauçais, p. 448 et 458 : « téguer, téq,uer. Onoma- 
topée qui exprime les efforts qu'on fait pour pousser une selle lorsqu'on est 
constipé [et les] efforts qu'on fait en se baissant pour ramasser quelque chose, 
ce qui oblige à rendre un son qui sort péniblement de la poitrine. — Parler 
difficilement, avec hésitation. — Se dit aussi des animaux qui sont essoufflés 
et qui respirent d'une manière pénible». 

Vermesse, Dict. du patois de la Flandre française ou u'alloiinc, p. 479 : 
« Téguer. Laisser échapper de l'air du gosier par de petites explosions fré- 
quentes. — Parler difficilement, avec hésitation. — Se dit aussi en parlant 
des animaux dont la respiration éprouve de l'embarras ». 

Marteilliére, Glossaire du Vendôinois, p. 303 : « Teigler. Tousser fort et 
souvent ». 

Dottin, Glossaire du patois du Bas-Maine, p. 493 : « Teugasser (noté 
tœgase), tousser, à Château-Gontier. — Teuguer (noté tœge), tousser, à 
Montflours. — Teugoter (noté tœgote), tousser souvent. — TeuVer (noté 
tœye), tousser. — Teungukr (noté tàge), tousser ». 



298 MÉLANGES 

Qe de Montesson, l'odibnl. du Wi/»/-.V/(7/;/(', 5'-c'dit.,p. 506 : « Teuili.f.u', 
tousser avec force et sans cesse » . 

Dottin et Langouct, Glossaire du parler de Plechdlel, p. 169 : v< TiiGUER 
(noté tè^e), tousser à plusieurs reprises ». 

C'est à La Curne de Saintc-Palaye que revient en définitive 
le mérite d'avoir rapproché le participe présent du Roman de la 
Rose, qu'il traduit justement par « qui respire avec difficulté », 
du verbe « teguer en Picard ». Il semble d'ailleurs ne l'avoir 
pas pris directement dans le poème de Jean de Meun, mais dans 
le Trésor de Pierre Borel, où le vers 14895 est cité de la même 
façon inexacte : 

Vers lui s'en vint lasse et iaygans ^ 

Quelle est l'étymologie de léguer, téquer? L'idée qu'a eue 
Hécart de voir là une onomatopée n'est pas soutenable, bien 
qu'elle ait souri aux auteurs du Dicl. du patois normand de 
l'Eure. M. Joret, qui a signalé dans le Bessin téquier et la forme 
fréquentative tégler (avec / mouillée), voit dans notre mot un 
type latin *tussicare; son opinion est reproduite par 
Jean Fleury, Essai sur le patois normand de la Hague, p. 304 
Qêguiei). Il est certain que l'hésitation du normand et du picard 
entre la désinence -quer et la désinence -guer parle en faveur 
du suffixe latin- i car e; mais tûssis ne convient pas au thème. 
La véritable étymologie me semble avoir son point de départ 
dans le latin phthïsicus, transcription du grec sO-.aty.ôç : léguer 
ou téquer, c'est proprement « haleter, tousser comme un phti- 
sique^ ». De phthisis Apollinaris Sidonius a tiré le participe 

1. Le Oe de Montesson emprunte teuiller aux notes manuscrites de feu 
l'abbé Esnault, érudit nianceau décédé en 1894 : il va de soi que /// est une 
notation du son y. 

2. La bonne leçon est, d'après Méon : 

Vint s'en a moi lasse et tagans. 

3. L'idée de « toux » et celle de « phtisie » se tiennent de si prés qu'il a dû 
se produire facilement des contaminations : le mot latin tussicus est imité 
de phthisicus et les deux mots peuvent se confondre. Comparez, par 
exemple, ces deux passages de Chiron et de Végèce qui dérivent l'un de 
l'autre : « Ex frigore fiunt opislotoni, podagrici, tiissici » {Muloiiiedicina 
Chtronis, édit. Oder, p. 47). — « Ex perfrictione fiunt opisthotonici, poda- 
grici, /'/;//;;.'>/V/ (P. Vegetius Renatus, Muloiiiedia'iia, édit. Lommaizsch, p. 61). 



FRANC. DIALECTAL TlUrUFR, TI-.QUHR 299 

pluh isiscens ; de phthisicus on peut avoir fait le verbe 
*p h thisicare. Nous savons que le peuple ne prononçait pas 
le pb initial dans les mots de ce genre. 

Les plus anciens manuscrits de VEpistiila de observatione 
ciboruiii, adressée par le médecin Anthimus, vers 520, à un roi 
des Francs, écrivent : tisicus, tisecus, tissicus, tyssecus\ 

Je ne vois pas que *tésicare puisse donner un autre résul- 
tat en normanno-picard médiéval que *iesqiuer ou tesguier, ni 
en français que * tescbier ou tesgier^. 

Il est surprenant que la forme française propre tesgier, qui se 
fait clairement jour dans le conditionnel tesgereient de Y Histoire de 
Giiillaiiiiie le Maréchal , ait disparu des patois actuels. Comment 
se fait-il que dans le Loir-et Cher, dans la Mayenne, dans la 
Sarthe et dans Tllle-et-Vilaine nous n'ayons que le g explosif 
ou ses succédanés > ? 

L'hypothèse d'un emprunt au patois normand n'est pas très 
vraisemblable. Peut-être faut-il admettre dans l'ancienne 
langue l'existence d'un substantif *tesgiic •< phthisicus, qui 
aurait donné naissance dans le domaine français à un verbe 
tesguer, distinct de /(^iO'/Vr *phthisicare. 

L'ancien provençal possède le substantif tesga, qui est 
employé par Daudè de Pradas ^ pour désigner une maladie de 



1. Hdit. Valentin Rose (1877), variantes, p. 42 et 45. 

2. I.'anc. prov. tesic et le bas-latin thesictis (dans Du Cange), qui en est le 
décalque, ne prouvent pas que phthisicus se soit prononcé *tesecus en 
latin vulgaire, car ils sont d'origine savante; mais on ne peut supposer que 
phthisicus a été populaire sans admettre qu'il a été prononcé *tesecus : 
cf. tesaiia pour pthaiia dans des manuscrits d'Anthimus, édit. V. Rose 
p. 28. 

3. Teuyer, dans la Mayenne et dans la Sarthe, est une prononciation relâ- 
chée de teugiiier, teuguer, mais n'a pas de rapport direct avec la forme fran- 
çaise normale en -gier, -ger. 

4. Aii-elscassadors, vers 53i5etsuiv. de l'édition Monaci (5///(// di jilol. 
lom., V, 174-5) : 

Tesga es tais mais que fai tal guerra 
Quel cap el fel el ventre serra... 
Sil tesga es per aventura 
Kl ventre... 



300 MÉLANGES 

l'oiseau que Raynouard traduit à vue de nez par « tac ' » : 
une hypothèse meilleure consisterait (bien que le texte même 
de Daudè de Pradas n'offre pas une base pathologique suffisante) 
à rattacher iesga au latin phthisica, qui a été, à la basse 
époque, employé comme synonyme de phthisis. 

A. Th. 

ANC. NORMAND ANOIL 

J'ai déjà eu l'occasion de dire que le latin vulgaire annucu- 
lus « âgé d'un an » était représenté sur le sol de la Gaule par 
le gascon anoulh, fém. anoulhe « jeune bœuf, jeune vache », 
qui est donné et défini dans le Dict. béarnais de Lespy et Ray- 
mond -. Voici que je crois maintenant en découvrir un nouveau 
représentant à l'autre extrémité de la France, en Normandie. 
On lit dans l'inventaire d'un ménage fait à Saint-Pierre d'Ar- 
thenay (Manche) le 17 juin 1333 : 

Un greil ; une lanterne ; deux fauchilles ; un quaeril de liet ; deuz pouleinz ; 
troiz geniches ; un anoil ; neuf pieches de fil de bruisserons '. 

Sauf meilleur avis, je suis porté à expUquer anoil comme fai- 
sant pendant à geniche et à poulein, c'est-à-dire comme ayant le 
sens de « taureau ». Le patois normand actuel n'a pas conservé 
le mot; mais il connaît encore anouillère < *annucularia 
« vache qui n'a pas eu de veau dans l'année ». 

A. Th. 

BRETZEL 

Je n'ose dire que le mot bret:{el soit français, mais il est cer- 
tain qu'il est familier à tous les buveurs de bière de Paris et 
des ijrandes villes de France. Aussi le Nouveau Larousse illustré 



1. Lexique 7-oman, V, 355. 

2. Essais de philol. fnwç. p. 258. —Sur le dérivé *an nu eu la ri a, voy. 
mes Mêlaiif^es, p. 122, et un article plus récent de M. Behrens dans les Bati- 
steine en l'honneur de Mussafia, p. 83-84. 

5. L. Delisle, Actes noniiands de la Chambre des Comptes, p. 60. — Le der- 
nier article, relatif au fil de bruisserotis, a été cité ici par A. Delboulle (Romania, 
XXXI, 366). 



BRETZEL 301 

a-t-il bien tait de le recueillir. Il le définit ainsi : « bretzel ou 
BREZEL (mot allemand) n. f. Pâtisserie allemande nouée en 
forme de 8, dure, saupoudrée de sel, de graine de cumin, et 
que l'on sert avec la bière dans les brasseries ». Ce n'est pas 
tout à fiiit un 8, mais passons'. 

M. Klugc, dans son £"/v/m)/. Wœrlcrb. dcr deutscbcii Spr., ap\:ès 
avoir énuméré les principales formes qu'affecte ce mot soit dans 
les anciens textes (anc. haut-allem. bn\itella, etc.) 'soit dans 
les dialectes allemands actuels, hésite entre deux étymologies, le 
lat. brachium, d'une part, l'anglo-saxon byrgan « manger », 
de l'autre. Ce qui semblerait défavorable à brachium, dit-il, 
c'est l'absence déformes romanes correspondantes; et pourtant 
il remarque que l'italien a bracciatcUo -. La présente note a pour 
but d'attirer l'attention sur des formes de la Gaule qui 
ont échappé à M. Kluge et qui me paraissent établir l'origine 
romane du mot allemand. 

L'anc. prov. a hrassadel \ traduit par colobia {= lat. 
colyphia, grec y.wA'Jî/'.a) dans le Floretiis, et Mistral enregistre 
hrassadêii, etc. « échaudé aux œufs, pâtisserie en forme de 
ganse », en invoquant avec raison le latin du moyen âge 
brassadellus, qu'on peut voir dans Du Cange, appuyé sur un 
texte limousin (coutumes de l'abbaye de Solignac), où, à côté 
de la forme latine, se trouve la forme vulgaire brastaden (lire 
brassadciî). A brassadellus il faut joindre trois autres articles 
de Du Cange sur lesquels je n'insiste pas : bracellus 2,brachio- 
LUM I etBRACiATUS. Unefomie romane plus ancienne que toutes 
celles qui sont dans Du Cange se trouve dans le glossaire compilé 
en 969 par Ainard pour les élèves de l'école de Toul. On lit en 
effet dansles extraits de ce glossaire qui ont été publiés par M. Gœtz 
dans le Corpus glossar. latin., Y, 618, 18 : « Colliride bracidelli ». 
Godefroy a recueilli dans un texte du xvi'^ siècle la forme 
bresseaii,(\\.\\\à, à tort ou à raison, rapprochée du mot bricelet 



1 . Voir les deux dessins qui sont dans Gay, Gloss. archéol., sous craouelin. 

2. On trouve aussi bracciello, qu'Antoine Oudin traduit par « craquelin », 
et, à Bologne, on a la forme fém. bra^idela, déjà employée dans les statuts 
de 1250-1267 (Du Cange, édit. Favre, art. braçadella). 

3. Manque dans Raynouard, bien que Carpentier Fait recueilli et inséré dans 
Du Cange (sous Brassadellus); mais il n'a pas échappé à M. Emile Levy, 
proi: Suppl.-JV., I, 162. 



302 MÉLANGES 

« usité dans la Suisse romande pour désigner une sorte de 
petit gâteau ». En outre, il a relevé dans un texte poitevin du 
xV^ siècle le mot hraieau, qu'il ne s'est pas hasardé à traduire, 
mais qui, se trouvant associé à oublie, ne peut être qu'un 
gâteau : il faut probablement corriger braieau en hraceau. 

En résumé, l'italien et le provençal sont d'accord pour établir 
l'existence en latin vulgaire d'un type *brachiatellus, a : 
ce type, au masculin, aurait donné en anc. franc. *braceel, d'où 
les formes plus récentes braceauÇ?) et bresseau. Le bracidelliis 
du glossaire d'Ainard ne remonte pas à *brachiatellus, mais 
à *brachitellus, diminutif de *brachîtus, a : l'anc. haut- 
allemand brCyita représente clairement *brachîta (avec c 
métaphonique pour a, sous l'influence de 1'/ suivant), comme 
brczjtella représen te * b r a c h ï t e 1 1 a . 

Il faut noter cette extension du suffixe latin -îtus, si peu 
répandu en Gaule. Il semble que *brachitus ait été fait par 
analogie d'après auritus, crinîtus, etc., et signifie « qui a la 
forme du bras ». Toutefois on peut penser aussi à la valeur 
diminutive du suffixe dans * cap rit us, dérivé de capra, d"où 
l'ital. caprito, le prov. cabrit « chevreau », etc. Pour la forme dimi- 
nutive redoublée, comparez le prov. cabridcl\ qui représente 
*capritellus ; quanta l'emploi de noms de parties du corps 
sous forme diminutive pour désigner des pâtisseries, il y en a 
d'autres exemples, notamment le prov. aurelJjeta^ et le franc. 

vitelot '' . 

A. Th. 



1. Bien que le mot ne soit ni dans Ravnouard ni dans Lcvy, son existence 
est certaine en ancien provençal puisque le vicomte d'Aubusson Ramnolf II 
(fin du xe siècle) reçut le surnom de Cahridd (Père Anselme, V, 320). 

2. Sorte de crêpe; cf. Levy, Frov. SuppL-W., aurelheta, et Mistral, 
Trésor, auriheto. 

3. Le mot n'est ni dans l'Académie ni dans le Did. gênerai (par pudeur) : 
Littré le donne et remarque justement que c'est « une pâtisserie longue et 
menue, ainsi dite par une assimilation obscène » ; mais comme il a reculé 
devant l'insertion du simple î'//, il faut pour le comprendre en savoir plus 
qu'il n'en dit. 



ANC. FRANC. MACHET 303 

FRANC. DIALECTAL GUITEAU 

Dans le Dirlioiiiunrc des pcchcs de Baudrillart, public en 1837, 
on trouve enregistré, à son ordre alphabétique, le mot guifeaii 
comme « l'un des noms du tacaud ». Le mot de tacaud 
s'applique, sur nos côtes de l'Atlantique, à différentes variétés 
de gades, Gadusharbatiis,hiscus, inimitiis^ M. Rolland, dans sa 
FaiDic populaire, n'a pas recueilli ce nom degnileaii, qui manque 
aussi à la plupart de nos dictionnaires. Si l'on se rappelle que 
le gade le plus connu, à savoir le merlan (Gadiis iiierJangus), 
s'appelle en anglais whitiiig, en néerlandais zvitiiig, noms déri- 
vés de u'hite, ivit « blanc » ^, et qu'une variété de pont, mot 
anglais que les dictionnaires traduisent précisément par 
« tacaud », porte le nom de lubiliHg-poiit, on pensera avec 
nous que gniteau se rattache sinon directement à l'anglais 
luhiling ou au néerlandais wUing, du moins au thème de ces 
deux mots sous la forme qu'il présente dans le bas-allemand : 
norois hvitr, anglo-saxon hvît, etc. 

A. Th. 

ANC. FRANC. MACHET 

Godefroy a relevé deux exemples du subst. niachet qu'il tra- 
duit par « sorte de petit oiseau » : l'un est dans Cligès 6^^2; 
l'autre dans les Déduis de la chace de Gace de la Bigne. Je n'en 
connais pas d'autre. M. W. Fœrster, dans son édition de Cligès, 
a une longue note sur le mot nmchet : il incline à voir dans cet 
oiseau une sorte de chouette, ce qui est peu vraisemblable. Le 
niachel est rapproché de l'alouette dans les deux passages où il 
est mentionné et ce ne peut être qu'un petit oiseau. Or le 
Pratincola rubetra, dit communément en français tarier ou 
traquet, est appelé à Brescia et à Bergame maht, tandis que 
le Pratincola rubicola, variété plus petite, porte le nom ana- 
logue, à forme diminutive, de mahti K Le machet des textes 
français du moyen âge ne serait-il pas le traquet ? 

A. Th. 



1. Voy. Rolland, Fini ne pop., III, 113 ; cf. Litirc, Siipplcnient, t.^caud. 

2. Cf. hreion giveiiiieJc « merlan», de g-weiin « blanc ». 

3. Bonelli, Noini degli uccelti nei dialetti tomhardi, dans Slitdj di filot. 
romania, IX, 40. 



304 MELANGES 



ANC. FRANC. OISDIF 



A côté de oisos (aujourd'hui encore bien vivant sous la forme 
oiseux), qui correspond exactement au latin otiosus, l'ancien 
français emploie dans le même sens le mot oisdif', dont l'ét}'- 
mologie n'est pas claire, et qui semble avoir disparu de l'usage 
au commencement du xiv^ siècle, en laissant comme témoi- 
gnage durable de son existence notre adjectif actuel oisif, sorti 
d'un croisement entre oisos et oisciif-. 

Le Dictionnaire général suppose que oisdif correspond à un 
type *otiotivus; il n'y arien à objecter à cela du côté de la 
phonétique, mais comment expliquer la formation de ce type 
insolite *otiotivus? J'avoue que je m'en sens incapable et 
que je regrette d'avoir admis à la légère une hypothèse qui n'a 
pour elle que la caution d'une phonétique purement matérielle. 

Je viens proposer aujourd'hui un type légèrement différent^ 
à savoir *otietivu s, dont je vais m'efforcer d'expliquer la 
genèse. 



1. Le fém. oisdive est souvent employé substantivement, et il a donné 
naissance au verbe oisiliver « vivre dans l'oisiveté ». 

2. C'est du moins ainsi que je me représente la naissance de l'adj. oisif 
qui figure déjà dans le Roiiiau de Troie, v. 14855 de l'édit. Constans. M. Cohn 
ne parle pas deo/^i/dans son livre intitulé : Die Siiffîxi'aiidltDigeii, etc. (1891). 
M. Meyer-Lûbke se borne à dire que oisif esi sorti de oisos par changement 
de suffixe {Grainm., II, § 497). M. Tobler pense que le changement de 
suffixe a dû se produire dans la région où -i vu s et -os us aboutissaient à 
une même forme française -eus (Etyniologisclks, p. g, extr. des SUiuiigsb. 
de l'Académie de Berlin, 27 octobre 1904; cf. Romania, XXXIV, 132). 
Diez, Scheler et Brachet partent d'un représentant hypothétique deotium, 
qui serait régulièrement 0/5 ou oise, selon que l'on prendrait pour base 
otiumou otia : on peut admettre que le français prélittéraire a possédé 
*ois, puisque le provençal archaïque ào~ (Sancla Fides, 59), mais l'étude des 
textes montre qu'il y a solution de continuité entre cet ois hypothétique et 
oisif. On ne peut accepter le type *otiivus (Kôrting, 6759), qui n'est pas 
conforme à la dérivation latine (remarquons en passant que Littré se figure 
à tort que *otiivus aurait pu donner oiuiif). Enfin mentionnons l'hypothèse 
de G. Paris, qui admet l'existence en anc. franc, de viiisif < vocivus, 
auquel il impute d'avoir contribué, conjointement avec oisos, à la transfor- 
mation de oisdif en oisif (Koniania, XXVII, 162, note 2). 



ANC. FRANC. OISDII- 30$ 

Les notes Tironiennes nous ont conservé un mot singulier : 
odietas", dans lequel on ne peut guère voir autre chose qu'un 
renforcement deodium-. C'est un cas déformation impropre, 
les mots en -tas devant toujours avoir à leur base un adjectif 
et non un substantif. L'emploi de neutres substantivés comme 
dubium, ni niium, propri u m , etc. dans un sens analogue 
à celui de d u b i e t a s , n i m i e t a s , p r o p r i e t a s est sans doute 
le point de départ de cette création. Il est permis de supposer 
dans les mêmes conditions la naissance d'un substantif *otie- 
tas à côté de otium. Or les substantifs en -tas forment par- 
fois des adjectifs où les suffixes -arius, -ivus, -osus, 
au lieu de s'ajouter au / des cas obliques, se soudent directe- 
ment au thème du nominatif; exemples : aestas, aestivus ; 
amaritas, amaritosus; *cupidietas, *cupidietosus 
(prov. cobciios, franc, convoi Icux) ; egestas, egest(u)osus; 
pietas, pietosus; plenitas, *plenitivus (anc. franc. 
p}e)itif, à côté de plenteïf, <C *plenitativus); proprietas, 
proprietar ius; solitas, solitarius, *solitivus (anc. 
(ranç. soltif a solitaire »); tempe st as, tempestivus, tem- 
pest uotus; volu ntas, volun tarius; voluptas, volup- 
t arius, voluptuosus. Donc, de *oti etas le latin vulgaire 
aurait pu tirer un adjectif *otietivus auquel l'ancien français 
t»/5</// devrait son existence'. 

A. Th. 



1. Schniitz, Coniiiieiitarii nolarntu Tiion., tabula 46, 88*. 

2. Forcellini propose de corriger odietas en od iatus; mais la note Tiro- 
nienne étant en harmonie avec la forme transcrite par le scribe en toutes 
lettres, cette correction n'est guère vraisemblable. 

3. M. Tobler pense que oisdif est sorti de oisif sous l'influence des 
familles de mots où le thème hésitait ou avait l'air d'hésiter entre -ois- et 
-oisd-, spécialement : boisier, hoisie, hoisdie, boisdif, d'une part veisié, veisos, 
veisdie, vetsdos de l'autre. Peut-être veisdos représente-t-il *vitietosus 
sorti d'un hypothétique *vitietas, formé comme odietas et *otietas : 
la coexistence de veisos et veisdos serait alors le pendant de celle de pieux et 
piteux. 



RomuHiu XKKl 



306 M ÉLAN G KS 



ANC. FRAXÇ. KOJUEL 



Tout adjectif latin en -ius -eus peut avoir un diminutif en 
-iolus, -eolus; l'étude des textes seuls permet de déterminer 
quels sont ceux de ces diminutifs qui ont été réellement en 
usage et dans quelle mesure ils l'ont été. 

Nous n'avons pas de témoignage direct de l'existence en latiii 
vulgaire de *ru biolus, diminutif normal de rubeus « rouge » ; 
ne peut-on pas suppléer au silence des textes antiques par le 
témoignage des Lingues romanes? Contrairement à l'opinion 
acceptée jusqu'ici, \e DictioiinairL' général considère le substantif 
français rougeole non comme un dérivé de rouge, mais comme le 
représentant du latin vulgaire *rubiola' ; j'ai avancé, d'autre 
part, que le terme dialectal rouvieii, qui désigne différentes 
maladies de l'homme et des animaux, correspondait au mas- 
culin *rubiolus^. 

On peut invoquer à l'appui de ma manière de voir le fait que 
l'italien dialectal connaît roggiola comme nom de la maladie 
éruptive, et que le provençal moderne aplique roujolo non seu- 
lement à cette maladie, mais à une plante' et à un poisson, et 
roujôuÀ un poisson^. Ce qui est fait pour surprendre, c'est que 
les textes français du moyen âge ne nous aient pas encore livré 
d'exemple antérieur au xv" siècle soit de la forme masculine, 
soit de la forme féminine». Voici un témoignage beaucoup plus 
ancien, qui n'a pas été remarqué jusqu'ici et qui mérite d'être 
pris en considération, sur l'existence en français de la forme 
masculine correspondant à notre féminin rougeole. 



1. M. Meyer-Lûbke place ioii<^eole parmi les mots où -oie a été adapté à 
un radical français (Grautiii., II, ^ 452), et il croit qu'il a été modelé sur 
vérole (ibid., § 360). 

2. Mélanges d'étym. fiiiiiç., p. 134 et 179; cf. Roniaiiiii, XXXIV, 110, n. 4. 

3. Le Mi'laiiipvntm arvense, qui porte aussi le nom de rougeole en français : 
cf. Romai!ia,X\XlV, 615, note 5. 

4. Voy. le Trésor de Mistral, roujolo et roujau. 

5. fin provençal, roiols figure dans les rimes en ois « larg « données par le 
Donut et y est traduit par « genus piscis » (Stengel, Die beide xU. prov. 

Graviiii., p. 54). 



ANC. l-KAXÇ. KOJUEL 307 

Une des branches les plus connues du Roman de Rcnart la 
branche IX de l'édition Martin, mentionne souvent un bœuf du 
vilain Liétard qui, par l'imprudence de son maître, fiiillit deve- 
nir la proie de Brun l'ours. M. L. Sudre, analysant cet épisode, 
appelle le bœuf Rogcl, adoptant ainsi la seule forme que l'édi- 
teur ait recueillie pour la faire fii^urer dans sa Table alphabé- 
tique des noms propres. Mais si la forme Roo;cl est la plus fré- 
quente dans la branche IX, elle n'y est pas constante : on y 
trouve aussi au cas sujet Rogeus (y. 41 et 188), au cas régime 
Rogol (y. 204, 240, 862) et Roguel (v. 63 i). Pour choisir entre 
ces différentes formes celle qui appartient à l'auteur du poème 
(un prêtre de La Croix-en-Brie, comme nous l'apprend le pro- 
logue), il faut consulter les rimes. Le nom du bœut n'y figure 
que deux fois, dans les passages suivants : 

Mais sor toz en i ot un buen 

Qui estoit apelés Rogeus ' ; 

Mais tant l'avoit par les fors leiis 

A son fiens trere démené 

E totes les saisons pené 

Que lentement aloit le pas (v. 40-4), t. I, p. 280). 

Tôt c'a ge fet, amis Rogel, 

Certes si en ai molt grant ihiel (v. 383-4). 

Ces deux derniers vers ne sont pas dans tous les manuscrits 
et l'éditeur les considère comme interpolés. Il se peut, mais 
l'interpolateur (si interpolateur y a) était d'accord avec l'au- 
teur sur la v:aie forme du nom du bœuf de Liétard, celle qui 
est attestée par la rime Rogeus : leiis des vers 41-42. Ce nom 
avait pour désinence non le suffixe -el < lat. -ellum, mais 
le suffixe -uel <C lat. -iolum : au cas sujet l'auteur employait 
vraisemblablement la forme Rogieiis, qui est dans deux manu- 
scrits et qui rime fort bien avec liens, cas sujet de lieu. Si donc 
nous voulions moderniser le récit du vieux conteur, il convien- 
drait d'appeler Rougeol (cf. rossignol) le bœuf de Liétard, à 
moins qu'on n'aime mieux l'appeler Rougeul (cf. filleul^. 

A. Th. 



I. Variantes (indiquées au t. III, p. 285) : Koigox, Roigiifu{, Rogiens. 



308 MÉLANGES 

ANC. FRANC. TENOIL 

On chercherait en vain le mot tenoil dans le Dictionnaire de 
Godetroy. Il figure partout dans la branche IX du Roman de 
Reuart, vers 105 1 de Tédition Martin; mais comme pour ce 
passage Méon avait la leçon sans autorité estoial, Godefroy a 
enregistré esioial (art. estuials) et ne s'est pas soucié de 
consulter l'édition Martin. Voici le passage : 

Le teiioil ou les piecez sont 
En une huce le repont. 

Il s'agit manifestement du vaisseau que l'auteur appelle un 
lardier aux v. 709 et 934, et que nous appelons aujourdhui 
communément un « saloir », c'est-à-dire un vaisseau de bois 
ou de grès où l'on met les viandes à saler. 

L'anc. franc, ienoil est encore très vivant en Berry (Jaubert) 
et dans le Blaisois (Thibault) sous la forme régulièrement trans- 
formée de tenon, mais il ne sert plus à désigner que la cuve à 
lessive : cf. pour la forme le berrichon artou « orteil », anc. 
franc. arteiJ, arioil, du lat. artïculus. 

Il est bien tentant de rattacher Ienoil au lat. tina, d'autant 
plus tentant que le normand tinette désigne « un grand pot en 
grès dans lequel on conserve le lard salé » (Moisy). Mais tina 
a un Hong, et le dérivé *tînïculus devrait aboutir à tineil, 
linoil : je signale la difficulté sans prétendre la résoudre, car il 
ne me paraît pas légitime de postuler un lat. vulgaire *tïna'. 

A. Th. 



I. Godcfrov a un exemple picard de toiinoile, subst. féminin, qui a le 
même sens que tenoil, mais qui semble se rattacher à tunna « tonne » et 
non à tina. 



COMPTES RENDUS 



Aliscans, kritischer Text, von E. Wienbeck, W. Hartnacke, P. Rasch. 
Halle, Xicmeyer, 1903. In-80, XLvn-544 pages. 

Cette tentative à l'effet d'établir un texte critique de la chanson d'Aliscans 
est due à trois élèves de M. H. Suchier : chacun d'eux a fourni environ un 
tiers du travail. Les éditeurs donnent les variantes de douze mss., disent-ils, 
en se basant, pour une bonne partie, sur les variantes offertes par l'édition 
Rolin. Ils ont eu aussi entre les mains des copies de certains mss. Ils semblent 
avoir copié eux-mêmes le ms. fr. 1449 '^'^ ^'^ Bibliothèque Nationale. La nou- 
velle édition offre aussi des variantes, nouvellement recueillies, du ms. tr. 
1448. de la Bibl. Nat., à partir du vers 2894. 

Les éditeurs n'admettent pas le petit vers dans leur texte, le considérant 
comme une altération. Ils ont eu la regrettable idée d'adopter pour le lîis. 
de Boulogne la lettre m plutôt que J (désignation adoptée par Guessard). 
Pour ce qui est de la numérotation des vers, ils ont eu raison de conserver 
celle de Guessard et Moutaiglon, en attendant mieux. Car, comme on le 
verra par la suite, nous sommes tellement éloignés de posséder avec exacti- 
tude les leçons des mss. que ce ne serait pas la peine d'établir une nouvelle 
numérotation pour une édition qui ne saurait être définitive. 

Avant d'aborder la question de la valeur des variantes, passons rapidement 
en revue quelques points de l'introduction. M. Suchier annonce (p. m) que 
ses élèves publieront plus tard, entre autres choses, une table des noms propres 
et un travail qui montrera que le petit vers de la chanson n'est pas « primitif». 
Les éditeurs se plaisent à considérer cette question du petit vers comme 
résolue. M. Wienbeck dit qu'il est arrivé au même résultat que Nordfelt, 
Riese et Schultz-Gora, c'est-à-dire que le petit vers est dû à un rema- 
nieur (p. xvi). M. Hartnacke aussi s'élève contre l'opinion de Jonckbloet, 
Guessard, G. Paris, Gautier, Ph. A. Becker et d'autres ', qui ont vu dans le 



I. Voir, pour des opinions récentes : E. Stengel, Kritischer Jahresbericht 
der Romaiiischen Philologie, vol. VI (II, p. 65), 1905-05 ; J. Runeberg, Etudes 
sur lu geste Raivoitart. Helsingfors, 1905, pp. 21 ss. Ces messieurs ne croient 
pas que le petit vers soit dû aux remanieurs. 



310 COMPTES RENDUS 

petit vers une indication de haute antiquité, car il dit : « Si le vers orphelin 
n'est pas originel, ce qui reste dorénavant établi... » (p. xix). M.Rasch est du 
même avis, comme on peut le voir en lisant sa thèse sous sa forme pre- 
mière '. Il est à croire que le travail promis, où Ton cherchera à démontrer 
que le vers orphelin d^Aliscans n'est pas primitif ne paraîtra jamais. Le sort 
s'est joué cruellement des trois éditeurs en révélant, au mois de juin 1905, 
la Chanson de Guilhuiitte, où l'on voit que le petit vers est le débris d'un refrain 
qu'on peut appeler en toute raison primitif. 

Selon M. W., la théorie de M. Rolin, qui pense que l'original de notre 
poème était en assonances, ne manque pas de probabilité. C'est déjà une 
concession. M. R. croit que la Chanson d'AUscans est le travail d'un seul 
poète, dont il loue le génie hors ligne ! Ce langage étonne à l'heure présente, 
et trahit une vue erronée sur l'origine des chansons de geste populaires -. 
Plusieurs des critiques qu'on adresse à M. Rolin paraissent mal fondées, si on 
tient compte de la Chanson de Guillaume. Ajoutons que M. R., en critiquant 
M. Rolin pour avoir dit que le poème fait ressusciter Baudus (pp. xlvi, xl) 
ne semble même pas comprendre la portée de la remarque de M. Rolin, qui 
connaît parfaitement le passage cité, à savoir les vers 3106 et suiv. 

Constatons avec plaisir que M. H. reconnaît la grande valeur du ms. d 
(B. N. fr. 2494), trop méconnu jusqu'ici (voir p. xxi). 

Les procédés des trois collaborateurs n'ont évidemment pas été identiques ; 
aussi le travail manque-t-il un peu d'unité. La divergence se montre surtout 
dans la préface. « L'arbre des mss. » de M. W., car à tout poème publié en 
Allemagne il faut un « arbre », ne concorde pas entièrement avec celui de 
M. H., ce qui, atout prendre, n'est qu'une indication de la bonne foi et de 
la sincérité des deux éditeurs. M. W. se rend compte mieux que ses deux 
collaborateurs que beaucoup des leçons données en variante sont douteuses : 
on n'a qu'à regarder le bas des pages du texte qu'il a constitué, où l'on trouve 
à chaque instant des points d'interrogation 5. Ces honnêtes points d'interro- 
gation deviennent rares à partir du v. 2894, où commence le travail de M. 
H. M. H., lui, affectionne les points d'exclamation, qu'il prodigue à la suite 
des variantes, procédé assurément de mauvais goût. Voici maintenant une 
série de remarques de détail. 



1. Aliscans III, Halle, 1902, pp. 27-36. 

2. Voir à la p. xxxvii. M. R. parle encore plus clairement dans la première 
forme de sa thèse : il y appelle le poème : « Ein inhaltlich und sprachlich in 
sich geschlossenes Ganze, das wirdurchaus berechtigt sind, zusammen mit); 
dem ùbrigen Epos als das Werk eines Dichters aufzufassen » (p. 22, Cf. Ph. 
A. Becker, Die Alifraniosische IVilhehnsage, 1896, p. 48, où l'on trouvera 
exprimée la même opinion. 

3. A la p. 20 de sa thèse sous sa première forme (Halle, 1901), M. W. dit 
qu'on ne pourra établir un texte vraiment critique ni une filiation satisfai- 
sante des mss. qu'après une nouvelle et exacte collation de tous les mss. Il ne 
croyait peut-être pas si bien dire. 



Ali sentis 311 

V. VIII de rintroducticn, au premier paragraphe, il faut lire apparemnien 
1776 et 1777 au lieu de 1775 et 1776. — P. 17, M. W. a raison de dire 
que le nom éCAerofle avait, à l'origine, quatre syllabes. — A cette même page, 
à la troisième ligne d'en bas, changer 17 en xvii. — P. 30, au sujet des 
vv. 447, 448 : Droit vers Orem^e ont leur voie aqueiUie, Quant devers cJestre 
leur sort la gens haie, l'éditeur dit qu'il préfère destre à senesire, parce qu'il ne 
serait possible qu'à un ennemi venant de l'est d'empêcher sérieusement la 
fuite vers Orange. Il est clair, d'après ce commentaire, que M. W. place la 
scène de la bataille sur la rive gauche du Rhône, sans doute près d'Arles '. 
Outre qu'il est impossible de décider ainsi la question, l'emploi des deux 
mots étant devenu un simple lieu commun, ajoutons que la comparaison des 
mss. favorise certainement la leçon : a senesire. — Au v. 452», l'éditeur 
imprime : Dame Guihorc, dons cuer et douce amie, plutôt que D. G., douce 
suer, douce amie, et explique son choix en disant que le mot suer appliqué à 
Guiborc ne donne aucun sens. satisfaisant. La bonne leçon, à n'en pas douter, 
est suer, mot qui n'indique, dans uii grand nombre de passages, rien de 
plus qu'un terme d'affection ou de politesse ; cf. lesvv. 1936 de notre poème, et 
1014, 1331, 1356, etc., de la Chanson de Guillaume; cf. aussi le v. 2931, 
variantes. L'ordre préférable des trois vv. 695, 695a, 696, se trouve dans les 
w. correspondant de la Chanson de Guillaume : 1987, 1988, 1989. — Au 
v. 759, vostre est préférable à nosire. — La leçon pers du v. 775 n'est pas la 
bonne comme on verra plus loin par les variantes que nous donnons. 
Ajoutons que le mot Aliscans est mal cité daijs le titre du livre de M. Gade 
mentionné au bas de la page. — Au v. 781, la leçon de niLda nous semble 
la bonne. — Au v. 904, lire rest au lieu de ret. — P. 62, à la dernière ligne, 
la variarte 1004 est tirée du ms. d. — Au v. loso, 1. parastre au lieu de 
paralre. — L'argument par lequel l'éditeur justifie la ponctuation des vv. 1 1 10- 
II 13 n'est pas tout à fait convaincant. — V. 1705, lire : Qui vient O. — V. 
1851a, lire d'après les variantes : Sarra^oçans (voir Rolin et les variantes que 
nous donnerons bientôt). — On ne voit pas pourquoi M. W. dit, dans son 
commentaire sur le v. 2231, que la mort de Vivien n'est plus mentionnée : 
voir les vv. 2427, 2672. Ou M. W. veut-il dire que cette mort ne se 
trouve pas mentionnée ailleurs dans la conversation avec Ernaut ? — V. 4655, 
1. Guibers. — Au v. 5233, il vaudrait mieux lire Rnistes que Jo7ies, si ces mots, 
comme dans le texte, se rapportent à Guillaume. 

Il serait oiseux de discuter avec plus de détail le texte publié. Quoiqu'il 
y ait un grand nombre de passages où on serait porté à suggérer une autre 
leçon que celle adoptée par les éditeurs, le texte est en général correct et 
satisfaisant. On ne peut pas en dire autant des variantes. 



I. Ce commentaire de l'éditeur est à comparer avec un passage de VAlt- 
franiôsische Wilhelmsage de M. Ph. A. Becker, à la p. 44, septième ligue et 
suiv. 



312 COMPTES RHNDUS 

Si l'on examine soigneusement les variantes, en les comparant avec les 
mss., on constate qu'elles sont loin d'être au complet, et qu'elles renferment 
bien des erreurs. C'est ce que nous allons montrer en vérifiant, pour une 
partie du poème, les variantes de plusieurs des manuscrits utilisés dans cette 
édition. 

d, Bibl. nat. fr. 2494. 

Le V. 47 manque. Au v. 62, le ms. porte chcicnl ; au v. 90, close; looa, 
Et desor li aiime ; 102, Jt'/V ; 165, viel; 178, font; 198, Fevian^ ; 222, lampa- 
tris; 239, Orainges; 303, ces; p. 27, v. 33, ior, pas /or; à la même p., v. 36, 
ancloi; 412, cos; 414, to tan:^; 418, Alarchani ; 426, moigne ; 427, vivron:^; 
448, Ior sort la gent aie; 450, chasdelle ; 467, Daniie et de cors fist sevranche et 
/^a/V/i.' (pourquoi dit-on que le second hémistiche manque ?); 489, /o/i; 493=", 
le mot hou, écrit d'une main postérieure, précède chevaux; 498, voi:^; 572, 
voiêt (sic); -582, ia nier (j=ja nierl)q. me mi b. ; 598, peut-être faut-il lire : 
ainnoiit; 605, ^er (== Jiert) ; 605, bannière; 699, lauvje ; 702, Dores en antres 
vait sa corpe bâtant ; ^44, fusse:-_; 745, fnse^; 760, la variante mentionnée se 
trouve au v. 774; 765, larme santi; 775, le mot à la rime est f/;£c//t; ; 827, tes 
honcles tu nés nul plus prochain (tu iies est écrit au-dessus, d'une écriture posté- 
rieure); 835, O. V. viete^m. chief androit v. s. ; 858', douer; 859, Au le non 
deu a le col avaler; 904, laubre, rest ; 928, A V. e. r. aries; 1004, la dernière 
variante de la p. est tirée du ms. d ; 1107, les deux vers mentionnés ne sont 
pas dans (/ ; \\\^, de viaiu nu a nu ; 1 126, Lor p. e. b. s. a. c. ; 1 150, les trois 
vv. mentionnés ne sont pas dans le ms. d. ; 11 56, Desor le autne ; après 1 1 5 5 : 
Et de sa terre et chasier et foir ; 1165, celle tere ; \2^4,niolt angoisosemeut. 
Après ce V., on trouve : Le^ les coste^ sont li fer aprisant Pou le gardirent 
navre sont durement. A .ii. se hurlent isi très fièrement Que a la tere li uns laulre 
atant Aiu~ des abert norent desfaudemant Le:^ le coste sont li fer aprocbaut Pois 
se gardirent navre sont dureniant Ni a celui qui nuit laubert sainglaut De rendre- 
cier ne furent mie huit; 1245, De g. vertu, urta; 125 1, O. p. 1. boiche li des 
san:^ lor rea; 1253, ^u v. 2, piec (pour pièce a) ; 1265, q. e. cia ; 1266 et 1279, 
Dirondar ; 1286, lanferit; 1330, tôt q. an r. ; 1336, v. me ratandre~ Tant q. 
j.soie; 1343*, manque; 1388, Alachans; 1414, paladin; 1427, le vers com- 
mence bien avec le mot 5in/, cL var. i645>-"; 1434, le vers ajouté est le même 
que celui d'à; 1447, même leçon que celle du texte ; 1520, après ce vers se 
trouve un vers intercalé, comme dans Bbe; i)45,/cî ne rant ./. an sois u. m . 
p. (.i. an sont écrits sur grattage); 1643^, Rome fist G. Isore^ ; 1643s loil sou 
saiclne:((= Voeil, ce sache^), 1643'!, O. an 1. b. 1. f. T. la cle^; 166"], Cordus, 
daverse; 1707, Arlarchant ; 1778 : après ce vers le ms. porte Aiquius et lam- 
patrei; 181 2, Seut G. sa c; 181 5, Gautier de P.; 1827, Eslarchans ; 1846 : 
après ce vers se trouve : Que ie nore moi plus de .vit. au~; 1849, Alachan^; 
1863, aida Vivien^; 1908, cuit, an resera; 1964 : même leçon que celle 
du. texte. Après 197 1 se trouve un vers intercalé : Dedan- Oreinges anclose et 
ansarree ; 2029, a la crope e.: 2245, lee \ 2518, M. ni t. escucr n. g. ; 2330, 
Cuinte a lapée don a or est li pou ; 2542. Le ms. porte boce ; 2364 : même 



Alise an s 313 

leçon que celle du texte: 2564», Y. c. m. nntis test fii snliie:;;^; 2389, Il santonta 
on p. est iiiotitei ; 2399, h\; 2400, Cui ci bel est ; 2410, desranH':( ; 2457, Cist 
meuoresseut et teuesseut plus c. ; 2487, L. cuit ie fere la t. reoigitier ; 2488, cors 
h. ; 2551, (/o» ». puise; 2602, Mac de Venis; 2668, Esleschaiis ; 2675, 50m/ ; 
2681, ..VT., .v///7. 2685. Dans le vers intercalé il faut lire iiiatier (comme au 
V. 3205), c'est-à-dire, viestier. Le scribe omet souvent s suivi de / au corps 
d'un mot. 2764, même leçon que celle du texte; 2840 : il est probable 
que le mot eure manque à cause d'un trou dans le parchemin. 2858, Jil dor ; 
2975" : le mot n'est pas teste ^ mais une abréviation pour trestote. 

e, Bibl. nat. ïr. 1448 . 

V. 5, Giiichardin laufent \ 6, Forq de Mellant; 50», Efforaou ; 3_| : même 
leçon que dans le texte; 47, tos les Archans. Après le v. 92 : Par inei hvchanl 
son vait esperouiUit De.x pdiit do conte sa fin va aprochant \ 129, nies \ 144, B. lo 
fier; 160, manque; 199, e)i larchant ; 221^, Qui par p. cune fois nefoit; 239, 
Cant il Orable par force l. t. Et Glor. l. palais seignori Et de sa tere lai del tôt 
desaisit; 241, eiisiii ; 278, a. ii. mains aceree ; 331, Nen nieront mie ansin del 
palasin; v. 25, p. 26, qtii ierent en larchant; 418 Eslachans; 775, le mot à 
la rime est chaeUes; 843I', 1; apeleir ; 844, porpanser; 856, le crient tiion ven quil 
ne soit trépasses. Ce vers est suivi d'un passage intéressant, où l'on ne man- 
quera pas de noter les assonances : 

Et dist G. : « Ne vos covient douter; 
Mais une chose vos voil ge demandeir. 
Se de Bertran saves nulle vertes. 
Et de Guichart et de Gerart lo ber, 
Gaudin lo brun, Guielin lo membres ? » 
Dist V. : « Nenil, oncle, o non Des ; 
Mais ge sai bien que paien defaes 
Les en menèrent a lor neis sor la mer. 
Je n'en sai plus, si m'eïst Damedes, 
Mais de ce pain benoiet me doneis ! 

Au V. 1109, «c»; II 10, Sancontre; iiii, Eiului ansaidylcs mais chascuns 
soit par lu (lui); 1^-^^, porpattseis; 1520, dont li fer sont ijuarre-. Suit le v. 
intercalé qui se trouve dans Bbd; 1 560, ving ; 1705, Q. v. O. ; 181 2, Seust G. 
sa conpaigne a.; 1847a : même leçon que dans le texte (cant); 1910, vis que 
tu me dis; 2245, loee. Le ms. porte après 2273'» : Ans Bernait vigne a Saint 
Cruis en Brie Ancoutra il Hernieniart de Pavie ; 2285, Ca Paris vint a ore de 
m. ; 2342, boce; 2510, gros p. de glose; 2548, B. marier ; 2549,. V. nesien q. 
tant v. d. a. ; 2585, ce ms., aussi bien qu'(î, offre ce v. 2602, a S. Mars de 
Venis; 2605, contre les Arrabis. 

C, ms. de Berne. 

Au v. 7, Fouc's de Melaiis ; 9^, Ju (erreur pour fret); 13, ne lui aiit (pour 
l'aut); 26, a; 54, même leçon que dans le texte; 45, Ouatit ne le t., del 



314 COMPTES RENDUS 

sens, iscir ; 46, Adont ; 47, Tout A. ; 62, wa»/ , 65, les mit ; 64, sensegue ; 65, 
restragihuit ; 69, la leçon de </; 73, Tout sont i., etc. ; 76, De /('«5 /'. ; 99, i:/ 
r//i/. »w. /<"/. p. il ; loo», biaunw: loi, peust-, 105, srpolir; 109, e.</; 117, 
aproisniier; 129, /(Jc; 1^2, enhiacier; 135, aproisier, 158, vaiisist; 144, //h/o- 
«/>/■; 155, </f 5. ; 20^, ereni ; 220, fait ; 233, «70/ ; 239, Q. i. O.; 331, p«5; , 
352a, îr_ /;ijy. ; à la p. 25, V. 9, z'o/5/ ; v. 11, 5(' ;> muir puis ; v. 40, Li qôs G. 
(= quons. Le copiste aura mal compris le vers); 496, même leçon que celle du 
texte (mais Quels) , 5 59, £/ 7W ensegne de pale de c. ; 5 52, T?/// 5. ^. o^/on- f» ?«/ 
païadisiil ; 592, .xv. y^o/ / ot net l>. ; 620, et; 677, ne manque pas : Tous est ses 
hrans et ses pnins sanglentes ; 702, vait s. souglotant ; 716, El s. .ii. puins va 
forment regi étant (erreur pour retorgaiit ?) ; 739, tw/;y;775, caieles; 797, mal 
Sarr. 0. ; 798, guerre; 854, »?. /;. fet reculer; 862, prendent a vi. ; 887»:, Martin 
le co^'enra p. ; 904, Dedesus 1. l. rest aies couder; 922, Li solaus baise (pas de 
couche); loiy, frère; ii07,pour les vv intercalés de /'^,lems. porte : Ne le lai- 
roiep.p. V. d. molu J. c. e. le cief auras p. 1 1 26, la même leçon que celle du texte 
(destrier); 11 30, le hranc m. Le passage cité dans les variantes se trouve ici : 
D. 1. g. q. car n. 1. f. Que s. mius de plaiu asentu P. ni. l. c. li fust lespius 
cousu; II 36, En son leliiaume; 1151, au lieu de Tiebaut, le ms. porte par 
erreur W. = Vivien ; 1152, iscir ; les deux vers cités de bA après 11 53 se 
trouvent dans le ms. C. A la p. 76, au v. 14, penne. 1 198, tenras; 1 199, Et t. 
m. auraT. lescle; 121 1, G. or entent ; 1245, Par felair si liais 1. hurla ; 125 1, 
la boiice li sans vermaus r.; 1255, Uni. Après 1280, le ms. porte : Nen aura 
ciere nul ior que il vivra ; 1 2S6, ferist, recouvra ; 1332,6. cuide qui! die vérités ; 
i}^3, porpenses. Après 1336, lems. intercale cinq vers (le v. 2 de fî/» manque) ; 
1404 manque ; 1412, cel t. Après 141 3 : Li millors rois qui aine huist de vin 
En tout le mont na millor sarr. ; 1414, est li contes p. ; 141 5 manque. Après 1414. 
Li sors b. 1. s. t. esfrain Vers A. e. celceniin; 1425, ai L; 1442, voisdie. 
Après 1504, le ms. intercale le v. La h. d. 1. confaiion Jreine; 1508, R. a m. 
sans plus caions joiiste; 1608, El tout 1. voi son b. e.; 1636, Levé, ceurt, sor : 
1643a, Q. d. Rounie f. Guill. Ysoi-es. Le vers 1643": manque, et à sa place le 
ms. offre : Ains le verai si vie garise dex Que vous soit p. n. guiccl desf renies. 
iS5"/, Tant, cors; 1658, botice (Vu exponctué), ases mirer. 1667, Corsus 
ddic u; 1839a, manque. Après le v. 1846, le ms. intercale : Que ie nori 
mot plus de .vii. ans; 1851», Mediens, Sarrisineans ; 1894, tous maris: 
1944, guerpie; 1964, même leçon que dans le texte. Pour le v. 1977, le 
ms. porte : Ariere dos serai mise et boutée ; 2 141, Cil d. Gieronde; 2143, le p. ; 
2245, liuee ; 2342, broce; 2364», se trouve dans C (mes au lieu de si); 2365. 
P. 1. demande amis; 2366, d. q. demandes; 2^47, violt ciet en grant; 2466, Est 
cou G. ; 2487, L. cuic ion faire 1. t. rouegnier; 2488, /. cors b. 2510, G. p. se 
fist lors li qiiens aporter; 2548, variante 2 -.Et la r.;26o4, Ainiers (par erreur); 
2626, Courecies est et ires et maris ; 265 ^, Paris. Après 2689, fet .j. si diviers s.; 
2764, même leçon que celle du texte; 2901, fendroie ; 2909», en A.; 2911, 
Del plus V.; 3010, .vii; 3021^, de coitier ; 3028, /hw/; 3031-35 manquent; 
3050, comme carbon; 3053, Est cou or f. do Ior e. del mouton ; 3066, ce v. se 



AU seau s ^15 

irouve dans le ms. C; 3094, G.esgarde qui molt fist a douter- 3095, Les ions, 
allumer- 3096, uen lait mie a hlaswer; 5098, If cief tint clin sic. ; 3108, ne te 
pettc m. ; 3 , 19, maseoient ; 3 129, Oue m. ai ■ 3 149, Et en apries ens ou baies e. 

M, ms. de Venise : 

Au V. 3, .S-. w. ayant lianç- 4, Bretans; 11, elenians : 33, Lo ioin; 39, w" ; 
100, saplir; 103, T^/// ; 105, Bretram ; no, a>-.w; r. ; 119, Car.; 124, ^«r- 
/n/M/; 125, r/Zw-^^; 128, iustier ; i^y8,cbasclmns; i^, timonei^ 1^2, Auceher ■ 
157, -S' /ov; 163, /o/-«^, w/V ; 169, Paians en voyt qi les ont envairir; 175, 
••nsir; 184, penseç de vos cair; 187, Las corne v. ; 188, E saracin ne ponmt enqe- 
rir; l^s, Bertrans; 197, 0„te nanrai; 201, Por dru H mand- 222, oncis /.; 232, 
/" toa ;;/.; 235, ;raW/ ; 24 1 , .//, i w; 247, ro5 non a. w.; 248, L.// n-^nv»'/ cum 
iimtiel enimi; 253, </.a. knaues; 258, Icelc;268, Lauberg, cani enramee -,276, 
snite; 282, D«/m ^^^ tere est la haça chinée ; 286, voit ; 289, Renoani, lançnee ; 
290, .:/«n./v,-; 293, Molt e. ; 295, San ; 299, 2, ^ro/ G. ont vos; 3, T^-/.- (de 
''|"-0; 5,y'«/" ; 302, enfoyrent; 307, O/zr/.- ; 314, M. ;/.' qcit m. q. n. paist a 
).; 3iS,'7''''ï'-; 318, Alischant; 122, sein; 323, F/î'/a;/ ; 324,*';/ /wym-; 328, r. 
plages ; 330, y,<./,^cr,-/;, ; 33^^ ,,,;.j^ .. ,,„ , . ,,5^ deschase;iAO,puit lin; 348, rf^ 51 
qeal m. ; 355b, /o;», /i/mo» : il n'y a pas de mention de Paierne dans tout ce 
passage; 366, carhon; 583, Lor enimi Tiher (sm\m, mais Teulmt,au v. 238); 
390, r,V/// /a;-,-/,./»/ ; 391, Sor une stanc on deve Joison ; 392, La (non pas Ja); 
39«> '".?'-; 400, demeuedeo, son gaie t. : 401, E dolccnwnt de ver r. (sic). A la 
P- 25, au V. 2, hiaus s. /. senhlant ; 5, halcciste, lordans ; 11, cantant; 39a, rot 
lorel cors tôt s. ; 413», 414^ wauqnent ; 429, ms c. w. ; 434, San Sevaor ; 444 
im',««/;447, (^colee; 448s O/; 450, r/«/o/ . a. ; 450e Cornehusines mènent t. t 
(le V. ne manque pa.s); 450^, lègue; 452a, D. Gihorge dnlce suer dulcea. ; 452? 
Qeaie enstor (sic) coardie a. m. s. traiçon v.e bosdie; 453a, /,;-/. 458b, ^ow/; 463' 
enaudte ; 480, paganie ; 482, eschie ; 484, aidie; 485, rom" ; 490, Avoc; 524,' 
in-o/*-; 593, a>»055rt«ra, cropere; 623, /o;v//£;-; 629, Cfl»c n. pot, feis ■ 640b, /^ 
pwst b. ; 640c, £„ s. g. la soe arme aseir; 640s Z.î suens b., rasir;64oi', Aine le 
doit len molt v. 0. ; 640g, En totes cort esaucer e ioir ; 640^, Maint buen esemble i 
p. hom r. Les trois vv. qui suivent sont : Qi de Giell. set canter e. s. B endre- 

Trr' " ''^^'"'"' ^"■'"" ' """'" ' ^''""*' ^ ''■ ^^4, ces (et non pas ses). 650, 
Mal. Apres 650 (65 i manque) : i , gariroit, ors qi fu /. 2. Oe, suens cors n s. 
dtmembreç ; 65 3a, nos ; 684, V. lasoleç ; 685 , adonc sest d. ; 696, riç. s. c ; 697 
Sets m. croyses, piç. ; 698, son. ; 700, sa c. ; 702, Dores, sanglotant ; 7 1 8, mai ] 724' 
Jraue, mire n. tuçans ; 727, elemans; 739, vostre;'j44, convenians;^^^, cheeles. 
783S i"on. Dans le vers qu'ajoute le ms., la leçon est mon petit ae ; 784 O ie 
antre mes (erreur intéressante) ; 819k, après ce vers: lel demandai por denZ un 
at'eit men doua por deu de maieste; 819P, vosav.;d,6i, Fors tant G. ■ 872 
U a.escu^ lo vo.t escoveter; 887c, marlir; 904, Desoç labre li est aleç colcber 
993, la laisse finit avec ce vers 1 107, i et 2 .• .V. t. lairemes por un moy dor fondu 
uisque a cel bore qaurastocef perdu: iiix,parseu. Après 1113, Onqes nenblai 
vathsant un escu; 1130,1,2, 3 : ces vers se trouvent dans M. ; 1 153 i ce 
vers se trouve dans le ms. M. ; 1251, E. p. l. b. li s. v. raya ; 1258. /. e flam- 



3 lé COMPTES RENDUS 

hoia ; 1 265 , cek spee cia ; 1 286, lo fenist, lo hasta ; 1330, en aureç ; 1 3 5 1 , C. qen 
p. 1356, pas de ci; 1356, i, T.q. i. rai; 1414, pihttin. Après 1435, P. lateti- 
drai Tiber rostre c. ; 1539, ^^'^'' 'S^o, laltrier ; 1643», Isoreç ; 1667, Corsus 
daverse; 1705, Oi vient a 0. asiulir e preer; 181 2, Seust Giell. ma compagne 
menée; 1816, desivree; 1821, Meis per G. tnolt en fn esfracce; 1863, Sor toç les 
autres si sayda Vivian^; i85i«, sarragoçans ; 1909, di cel iuis ; 2029» : ce v. 
existe; 2218, son escu; 2566, ce vers est comme dans le texte, seulement : 
re:^; 2389, E il sentorne el palais se n fnonte:^^; 2593, î'. 1ère sest encline^; 
2447, Q^ ^0 ^on perd cheu^ est in vilte~; 2487, ce v. se trouve dans le ms. 
(roogner). 2488, lo cors h. 2510, 5^0-/^. 2739, De canes. 2772, Taiste 
l'impératif) /JM/é-zw dist lise prcn'ee. 3053. Est ce la fable de tor et de nuiton. 
(Ajoutons, enfin, que le nom de Tibaut s'écrit aux vv. 4141,4170, et aussi au 
q. 2773, Tibaui de Rabie vos a soiornee; et que celui d'Aimer s'écrit Kay merise 
lo caytis (v. 4178), Aymeris li caitis (v. 2601), et Kaymer (vv. 4233, 4253, 
4264, etc.). 

En voilà assez gour faire connaître l'état du texte et des variantes publiées 
d'Aliscans. Les jeunes éditeurs ont abordé, un peu à la légère peut-être, une 
des plus lourdes tâches qui s'imposent à un éditeur de poèmes en ancien 
français. Si leur attente reste un peu déçue, la faute en est, pour une part, à 
autrui, car ils ont péché par un excès de confiance dans des collations qu'ils 
n'avaient pas faites eux-mêmes. En somme, le travail des trois éditeurs, 
malgré les imperfections que nous avons dû v relever, témoigne en faveur 
de leur zèle, de leur diligence et de leur bonne loi. 

Ravmond Weeks. 



Manuel pour servir à, l'étude de l'antiquité celtique, 

par Georges Dottin. Paris, Champion, 1906. In-12, 408 pages. 

Excellent manuel, dont on ne saurait trop recommander la lecture aux 
Celtomanes attardés. L'auteur montre, avec une critique aussi éclairée 
qu'impitoyable, combien sont peu solides les bases où s'appuie notre con- 
naissance du monde celtique dès que nous voulons remonter par delà les 
monuments des Celtes insulaires, c'est-à-dire antérieurement au viiie siècle 
de notre ère. Le chap. 11, consacré à la langue, sera particulièrement utile 
aux Romanistes, non qu'il s'y trouve des faits nouveaux, mais parce que 
l'auteur a fait un effort méritoire pour répartir en sections nettes les maté- 
riaux linguistiques que l'antiquité nous a transmis et les conjectures par 
lesquelles on a cherché à augmenter la somme de ces matériaux. Il semble 
cependant que M. D. soit trop porté à rabaisser le degré de certitude de nos 
connaissances en cette matière délicate. Il dit fort sagement (p. 96) : 
« Les seuls mots celtiques dont l'existence sur le continent puisse être 
démontrée sont ceux qui ont persisté à la fois dans les langues celtiques et 
dans celles des langues romanes qui sont parlées dans les pays jadis occupés 



DOTTiN, Manuel 317 

par les Celtes». Comment se fait-il qu'il ait omis le mot vidiibium, dont le 
caractère intrinsèque accuse lumineusement l'origine celtique, et qui est 
devenu le franc, vottge, le prov. vei^og, le gasc. hedoi, etc. ? Cette étymologie, 
amorcée par M. Mever-Lûbke. parachevée par MM. Thurneysen et d'Arbois 
de Jubainville, me paraît une des plus belles victoires de la philologie à la fin 
du siècle dernier; lesilencede M. D. est-il une inscription en faux là contre, 
ou un simple oubli? D'autres omissions m'ont aussi frappé, quoique moins 
déconcertantes ; mais ce livre se donnant surtout comme un livre de vulga- 
risation, il n'y a pas lieu d'insister sur ce point. Je me borne à indiquer 
quelques retouches que j'aimerais à voir introduire dans la prochaine édition 
que M. D. donnera au public. 

P. 25, Cenomani; non, mais Cenoiiiaiiiii, car M. D. sait aussi bien que per- 
sonne que la capitale de cette peuplade gauloise s'appelle aujourdui Le Mans, 
et non Le Mains. — P. 28-29, les noms de peuples mentionnés parce qu'ils ont 
survécu « soit comme noms de pays, soit comme noms de villes » sont divi- 
sés en deux séries, mais il aurait fallu, pour être logique, ne mettre dans 
la première que ceux qui n'ont pas de représentants dans un nom de ville 
correspondant au nom de pays, tels que les Caîeti du paysde Ca?/.v, les Medidi 
du Mèdoc, les Arvcnii de V Auvergne (je rappelle, en passant, que Auvergne 
vient de Arveruicus et non de Arvernin ; cLJourn. des Sav., 1901, p. 568, et 
Rcv. critiq., 1905, 2'-' sem., p. 57) etc., et renvoyer à la seconde les Andecavi 
(Angers), Pictavi (Poitiers), Peirucorii (Périgueux) et Viromandui (Vermand). 
— P. 55, marga : il n'y a aucun doute que luarga, par un diminutif * margula, 
soit la base du franc, marne, mais pour prévenir le doute que M. D. croit 
devoir exprimer, il fallait dire que marne est une déformation récente de 
marie. — P. 60, caio : le mot quai est aussi à mentionner, à côté de chai, 
comme forme dialectale ayant fait brèche dans le vocabulaire général. — P. 62, 
niarcus ou emarcus : le franc, marc est sans rapport avec le mot de Columelle : 
il vient de marcher, au sens propre de « fouler ». — P. 64, opulus et p. 65, 
viriola : ces mots figurent à tort parmi ceux qui ne sont pas conservés par 
les langues romanes : cf. ital. oppio, franc, virole, etc. — P. 65, [iiÀ'.vo'jvTia : 
cf. esp. beleùo et mon mémoire intitulé : Roger Bacon et les étudiants espagnols 
dans le Bull. hisp. de 1904, p. 26. — P. 67, Ôoj/.'ove et odocos : cf. ma note 
sur certains noms de l'ièble dans le sud-est de la France, Mélanges d\'tym., 
p. 149. — P- 7S, taringa : la seule forme à prendre en considération est 
tarinca, d'où le franc, dial. taranche, cf. mes Mélanges d'étym., p. 149. — 
Ibid., mercasius : le mot est bien de « ceux qui n'existent pas en celtique » 
mais il ne fiiudrait pas le mettre avec « ceux qui n'ont pas subsisté dans 
les langues romanes » : c'est le franc, dialectal marchais tout craché (cf. 
Godefrov, M.\RCHOis I). 

A. Th. 



3l8 COMPTES RENDUS 

Cartulaire du prieuré de Saint-Mont (ordre de Cluny), 

publié pour la Socictc historique de Gascogne, par Jean de Jaurgain, 
avec introduction et sommaire par Justin Maumus. Paris. Champion ; 
Auch, L. Cocharaux, 1904. ln-&°, xiv-152 pages. 

Cartulaire de l'abbaye de Gimont, publié pour la Société histo- 
rique de Gascogne, par Tabbé Clergkac. Paris, Champion ; Auch, L. Cocha- 
raux, 1905. In-80, xvii-)03 pages. 

La Société historique de Gascogne, qui édite les Archives historiques de lu 
Gascogne, mérite la sympathie et les encouragements de toutes les personnes 
qui s'intéressent à l'histoire, entendue dans le sens le plus large, du sud-ouest 
de la France. Elle a mis au jour des documents d'une grande importance, 
dont peuvent tirer profit non seulement les historiens, mais aussi les philo- 
logues. Il suffit de rappeler que c'est à cette Société qu'est due la publication 
des Comptes des frères Bonis, dont il a été rendu compte ici-même (XX, 170, 
XXV, 473), et dont l'importance, pour la philologie provençale est si grande. 

A ce point de vue, les deux volumes que nous annonçons présentement 
sont assurément d'un moindre intérêt. Ils méritent cependant d'être signalés 
à nos lecteurs. Le cartulaire du prieuré de Saint-Mont (Gers, canton de 
Riscle) est pubUé d'après un manuscrit jusqu'ici inconnu, crovons-nous, qui 
appartient à un particulier. Il en existe à la Bibliothèque nationale (lat. 
5460 a) une copie du xvie siècle, dont M. Luchaire a extrait quelques morceaux 
pour son Recueil de textes gascons (n° 39). C'est un recueil de chartes, et sur- 
tout de notices, rédigées au xie siècle, en latin, naturellement, mais où appa- 
raissent de temps en temps des mots gascons, tantôt sous la forme vulgaire, 
tantôt légèrement latinisés. On y relèvera notamment beaucoup d'exemples 
de l'art, féminin ~a, plur. las, ce qui n'exclut pas l'emploi de la, las : ^fl 
Costa 71 ', -afaiirga 123, :^fl Jita 127 (la fita 95), -« lana 50 (la lana, 130), 
la montaia 71, 116, -a Ossera 152, -J poiole 134 (la poiola 70), ^as cornes 71. 
Les éditeurs impriment en un mot Zacosta, Zafaurga Zafita, Zalana, etc., 
ce qui peut se défendre, mais, à la table, ces noms sont relevés sous la forme 
actuelle : hicoste, Lafitte, Laforgue, Lalanne, etc. Il eût fallu du moins relever 
aussi les formes des textes avec renvoi à la forme moderne. P. 74, figure un 
paysan w cognomento Desafontana «, ce qu'il eût fallu écrire en trois mots, 
ou au moins en deux. Or à la table ce nom figure uniquement zLafontaine. 
On voit, par ces détails, que l'édition n'a pas été faite avec beaucoup de 
compétence. 

Et en eflfet, sans rien retirer des éloges décernés plus haut à la Société 
historique de Gascogne, il faut avouer que le travail des éditeurs n'a pas été 
bien conduit. L'annotation, qui porte principalement sur les noms de per- 



I. Je cite par pages. 



Cariulaires de Saint-Mont et de Giniont 319 

sonnes, est suffisante ; on aurait désiré davantage en ce qui concerne l'identifica- 
tion des noms de lieux. La table est médiocre. Mais ce qui laisse le plus à dési- 
rer, c'est d'une part la critique diplomatique, et d'autre part l'établissement du 
texte. La critique des documents n'est pas faite. A cet égard l'introduction est 
nulle, et l'annotation ne comble pas les lacunes de l'introduction. Voir d'ailleurs 
sur ce point les observations de M. Labandc dans la Revue critique du 17 octobre 
1904 et celles de M. Samaran dans Le Moyen Age, 1905, p. 87-91. Q.uant au 
texte, il est visible que les éditeurs n'ont pas l'habitude d'imprimer du latin. 
Les fiiutes tvpographiques abondent, et il s'en faut que toutes soient relevées 
à l'errata. Les mots sont souvent mal coupés; ainsi la conjonction qM est 
toujours séparée du mot auquel elle devrait être jointe : veiiianl que, testibus 
que, etc. Citons encore soluin modo, atite dictoruni,vice couus, et, inversement 
exquinque. On peut même se demander si les auteurs ont toujours su bien lire 
le manuscrit qu'ils ont édité. J'en doute. P. 105 : « ut redimat quuin volue- 
rit ». 11 n'v a sûrement pas quuiu dans le ms. ; je suppose qu'il y a l'abrévia- 
tion bien connue de qiuindo. N'avant pas la possibilité de consulter le ms. 
original, j'ai eu l'idée de comparer quelques pages de l'édition avec la copie 
de ce ms. que possède la Bibliothèque nationale (lat. 5460 a), et j'y ai relevé 
des leçons meilleures que celles du texte imprimé et qui, sans doute, se 
trouvent aussi dans l'original. Ainsi, p. 6 « cum uxore mea... ac filiis vieis », 
ms. nostn's. Même page, « Juraverunt vero », ms. ergo. P. 7, « in circuitu et 
iiique », ms. ubique. Même page, « et insuper bannum comitis Guasconie 
quart dampnum quod fecit quadruplicatum reddat », au lieu de quare le ms. 
a el. Ibid. « meuse martis », ms. martio. 

L'édition du Cartulaire de l'abbaye de Gimout ' est meilleure, bien qu'elle 
ne me donne pas encore toute satisfaction. L' introduction — qui d'ailleurs se 
lit avec intérêt — est un peu maigre. L'identification des noms de lieux^ 
donnée en note et non répétée à la table, n'est pas poussée assez loin. A mon 
avis, et pour éviter de constantes répétitions, ces identifications doivent être 
données non en note, mais à la table. Les noms que l'on ne peut arriver à 
déterminer, doivent être signalés (toujours à la table) par une note telle que 
celle-ci « non identifié » : mais, en général, dans un cartulaire, il doit être 
possible d'indiquer, au moins approximativement, la situation de chaque 
nom de lieu. De plus, je suis d'avis qu'il faut identifier non pas seulement les 
noms de lieux qui figurent comme tels dans les chartes, mais aussi les noms 
de lieux employés comme surnoms. La table ne contient que les noms de per- 
sonnes et de lieux : les matières n'y sont pas représentées. De plus elle présente 
le même défaut que celle du Cartulaire de Saint-Mont : elle donne les noms qui 
ont pu être identifiés sous la forme moderne, négligeant la forme ancienne. 
Il y a même. des contradictions quant à l'emploi des formes modernes : ainsi 
un Geraldus des (ou de;) Broil figure, avec son épouse Gazen, dans les 

I. Ch.-l. de cant. de l'arr. d'.\uch. 



320 COMPTES RENDUS 

pièces I et 2 du Cartulairc (pp. i et 3). A la table (sous Hrouilh) ce person- 
nage est appelé une fois « Geraud du Brouilh » et une autre fois « Guiraud 
du Brouilh ». Les formes anciennes que l'éditeur n'a pu traduire en formes 
modernes sont insérées à la table, mais sans aucun effort pour rapprocher 
les variantes. Ainsi je trouve à la table CotiUiiagas et Goliaiiicigas. Je suppose 
que c'est le même nom. Mais on ne nous le dit pas. Il aurait au moins fallu 
un renvoi de l'un à l'autre. 

Si j'insiste sur ces détails, c'est parce que les défauts de méthode que je 
relève ici sont trop fréquents dans les éditions de cartulaires et qu'il est grand 
temps que les auteurs de ces éditions se persuadent qu'il ne suffit pas pour 
bien publier un cartulaire, de posséder une bonne connaissance de l'histoire 
et de la géographie locales : il y faut encore une préparation spéciale qui, 
malgré les progrès de la science diplomatique, n'est pas encore assez répandue. 

Maintenant quelques mots sur l'intérêt que présente le cartulaire de 
Gimont au point de vue linguistique. Ce recueil contient plusieurs centaines 
de chartes réparties, selon qu'elles se rapportent à l'abbaye ou à ses dépen- 
dances, en six séries. Ces chartes se placent entre les années 1 142 et 1233. Elles 
sont en latin, sauf une (p. 445) qui est en gascon et est datée de 1188. Mais, 
un grand nombre de ces documents latins contiennent des mots gascons que, 
généralement, l'éditeur a imprimés en italiques. Beaucoup de mots, affublés 
d'une terminaison latine, sont aussi de purs mots gascons, comme par 
eii.esdegatutti, pp. 11, 121, etc., signifiant « limité » ; cf. Lespy et Raymond, 
Dict. béarnais, sous ESDEGAMENT. Je signale au hasard quelques faits intéres- 
sants. Il parait v avoir des exemples du passage de ;ç à r (ou inversement), si 
du moins Bernart d'Airraii, 59, est le même que le Bernart d'Avezan qui figure 
ailleurs (voir la table, mais la table enregistre Averan et Ave~aii sans identi- 
fication ') . Je trouve CasariJs 339, et Carerih 432; je suppose que c'est l'un 
des Ca:^aril, Caiarilh qu'indique le Dictionnaire des Postes, mais ' l'éditeur du 
cartulaire nous laisse dans l'incertitude. — Dans les pièces de ce cartulaire, 
l'art, féminin est, non pas :(a ou sa, comme dans le cartulaire de Saint-Mont, 
mais cba : ad clfartigain 4, a cliartiga 8, de cUartiga 4, 5, 9 {de Vartiga 5, 
l'Ç) de cba Br liguera 3, 17, de cha Jorga 135, 411 ; Je cha garda 4, "j ; de cha 
hna 2, 25 (la lana 54); a cha nia{era 57, de cba niaiera 8, 13, 16; au plur. 
de chas laceras 42. Ces formes ne sont pas relevées à la table ; pour parler 
plus exactement, l'éditeur les a insérées sous une forme francisée : Artigue, 
iMrtigiie, Bni^iùre (de la), Forgiie (de la), etc. L'art, masc. est e^ ou es (ou 
peut-être simplement i, s) : de:( Broil, 1,4, 15; de^ Brolio 8 (aussi del Brol) ; 
des Biisqiiet 22 ; dei;^ Casai 53 ; J^i Porcelencs 2 ; de:^ Prad 14, etc. 

Il v aurait à faire d'autres observations linguistiques, mais je ne veux pas 
allonger outre mesure ce compte rendu. 



I. C'est Avezan, Gers, cant. de Saint-Clar. Il y a un Averan dans les 
H.-Pyr., cant. d'Ossun. 



Comptes consulaires d'Albi 321 

Les cartLiLiircs, ceux du Midi surtout, peuvent fournir beaucoup d'informa- 
tions utiles aux études linguistiques. Les philologues se joignent aux diplo- 
matistes pour demander qu'on les publie, non seulement avec soin, mais avec 
la méthode que ce genre de publications comporte. 

P. M. 



Douze comptes consulaires d'Albi du XIV*^ siècle, par 

Auguste ViD.\L, t. h'\ Paris, Picard; Toulouse, Privât. 1906. In-8'-', viii- 
576 pages {Archives historiques de V Albigeois, fasc. VIII). 

La ville d'Albi possède une fort belle série de comptes qui commence en 
1 5)9 et qui se poursuit jusqu'à notre époque, non sans de nombreuses lacunes. 
Plusieurs des comptes qui subsistent sont plus ou moins endommagés, mais, 
tel qu'il est, ce fonds n'en forme pas moins un ensemble précieux pour l'his- 
toire politique et économique, et aussi pour l'histoire de la langue. 
M. A. Vidal a entrepris courageusement la publication des plus anciens registres 
(jusqu'à la fin du xiv^ siècle) sans se dissimuler les difficultés de tout genre 
d'une aussi longue tâche. Il eût été certainement désirable que ces documents 
formassent une série unique, mais les circonstances ne l'ont pas permis. 
iM. Vidal a d'abord publié, comme tome V de la Tiihliothcque niàidioiiale, le 
compte le plus ancien, celui de l'exercice 1359-151^0 ■; il annonce aujour- 
d'hui la publication en deux volumes des douze comptes suivants-. Ceux que 
renferme le présent volume se rapportent aux exercices 1 360-1, 1568-9» 
1569-70, 1370-1, 1374-5, 1377-8, 1380-1. Suit une bonne table des matières 
et des noms propres 5. Un glossaire sera joint au deuxième tome. Le texte 
est en général correct ; la plupart des fautes ont été corrigées dans le long 
errata q'ii termine le volume. Voici cependant de nouvelles corrections pour 
les cent premières pages. P. i, art. 8, « e acné, escrig », suppr. la virgule. 
P. 6, art. 68 botuola (bouteille), mais, p. 45, art. 415, botiohi, et, p. 55, art. 
669, botola. P. 16, art. 171, « que so frangia », lire sofraiigia (z=. sofranhia), 



1. Voir Roviaiiia, XXIX, 447. 

2. La publication n'est pas complète. Ici comme pour le compte de 1359- 
60, M. V. a omis les articles sans intérêt ou qui font double emploi avec 
d'autres. 

5. Cette table laisse cependant à désirer sur certains points. Il n'y a pour 
chaque nom ou objet qu'un seul renvoi, et souvent il en faudrait "deux ou 
trois. Ainsi : « Ipre (draps d') », mais il manque un article Ypres et un 
article dr^ips où on aurait mentionné non seulement les draps d'Ypres, mais 
aussi ceux de France (p. 46 et 246) et de Fanjeaux (p. 52), de Toulouse 
(p. 280). M. V. classe les noms propres aux surnoms : « Cop (Peire del) » ; 
soit! mais il fallait faire un article à « Peire del Cop ». Puis il y a, dans les 
renvois, quelques erreurs; ainsi, « lo Bore de Bertal », est nommé p. 96, et 
non 95 (outre qu'il faut, je crois, lire Bort, « bâtard » ; « Pancaroca, 201 » ; 
lire : « Pancaroca (Bernât), 204 ». 

Romania, XXXV 21 



322 COMPTES RENDUS 

« manquait ». P. 26, art. 222, « prep », Vireprop'} P. 54, art. 640, lire 
aurpinieiit, en un mot. P. 59, art. 782, la correction proposée n'est pas accep- 
table, il faut lire sol eslar, en deux mots. P. 65, art. 889, loguier, 1. hi^uier. 
P. 67, art. 920, que faut-il entendre par « draps de vcrvi} Dans le compte 
de 1359-60 Cp- 81, art. 629) M. V. lisait « drap de vcnii », et disait en note 
qu'on pouvait lire verm. P. 88, art. 641, ciicro, 1. anero. P. 95, art. 1678, 
tracsiicio, lire tacsacio. P. 98, art. 1^41, piinisi, \. parisi. P. 99, art. 1766, « a 
las processios de Koit:;;^os », I. Roa:^os. 

P. 137, la citation du poème de la croisade albigeoise (vv. 1074-5) est 
incorrecte. — P. 144, la note sur le maréchal Arnoul d'.\udrehem est insuf- 
fisante. Il fallait renvoyer au mémoire d'Emile Molinier (Acad. des inscr. 
et belles-lettres, Mémoires présentes par divers savajits, 2= série, t. VI, première 
partie). Ce personnage figure plusieurs fois dans les comptes (voir la table, 
sous AuDEN.w, et Yerrata). Plusieurs de ces mentions peuvent servir'à fixer 
divers points de l'itinéraire du maréchal. — P. 297, la note donne à croire 
que l'éditeur n'a pas compris le mot aquereguda, part. p. d'iUjiierre, se 
rapportant à viiiba qui précède. 

Malgré quelques imperfections, cette publication est très utile et on ne 
peut qu'en souhaiter le prompt achèvement. 

P. M. 



I. Toutefois il v a ailleurs aprep pour apiop. 



PÉRIODIQUES 



Zkitschrift rùR romanischk Philologie, XXIX (1905), 5. — P. 5 i 5, 
A. Homing, Lit. ambitus im Romainscbeii. M. Horning étudie successive- 
ment, jo le français andain et les formes apparentées, aude, aiidon, aiidèe, etc. ; 
2° le provençal amie, andi, antc; 3° les représentants de a m bit us en Italie 
et dans la péninsule ibérique; 40 le type *andaginem ; 5° les rapports 
de l'histoire de ambitus avec le problème andare ^= aller. 10 Andahinest 
pas, comme Fa pensé G. Paris, indaginem. Cette étymologie est impos- 
sible pour des raisons phonétiques (an- au lieu de en-, la dentale sourde des 
formes telles que le milanais antelt), morphologiques (les formes simples 
aude, ont ou dérivées ande'r, andd ; les formations telles que andel, andée, 
andaiue ; les dérivés desandener, etc., et non * desandaignier), sémantiques (le 
sens d' « enjambée » et l'emploi comme mesure d'espace ou de durée peu 
considérable). Au contraire ambitus se présente avec le sens de « bande de 
terrain étroite, de 2 pieds et demi de large » (Festus), c'est-à-dire à peu prés 
large d'une enjambée, de là ande, puis andain et autres dérivés, avec la valeur 
primitive d' « enjambée », appliqués ensuite à la bande de pré fauchée par 
chaque travailleur et dont la largeur est égale à l'écartement des jambes du 
faucheur. Sans prétendre conserver l'étymologie indagine >> andain, 
nous remarquerons qu'au point de vue du sens, les objections de M. H. ne 
sont pas toutes convaincantes : G. Paris voyait surtout dans Vandain 
sa longueur, frappante par rapport à son étroitesse, le sens d' « enjam- 
bée » pouvant être dû à un développement secondaire; pour M. H. c'est 
l'inverse qui est la vérité : Vandain -doit son nom à sa largeur d'un pas, la 
longueur n'y est pour rien ; cependant si nous remontons au type latin qu'é- 
tudie M. H., nous y retrouvons précisément la même succession de sens 
que M. H. rejette pour le français : si ambitus a pu prendre le sens 
« d'espace de terrain de deux pieds et demi », ce n'est qu'après avoir dési- 
gné une bande de terrain beaucoup plus longue que large et cela me paraît 
fort clair encore dans Festus, « ambitus... circuitus ivdificiorum patens in 
latitudinem pedes duos et semissem, in longitiidinem idem quod xdijicium ». 
Pourquoi n'en serait-il pas de même en français ? L'on a, il est vrai, en Picar- 
die ander, « mesurer par pas », mais, les bandes parallèles des andains 



324 PERIODIQ.UES 

étant de largeur sensiblement pareille et égale à un pas, leur nombre peut 
servir à mesurer un pré et c'est ainsi qu'on peut mesurer la largeur d'un 
vignoble au nombre de ses ratig^s de vigne. Des expressions comme // y a 
belle oiuiaine = « il y a longtemps à attendre » s'expliquent par la longueur 
de Vanddin mieux que par le sens d' « enjambée » (cf. un beau ruban de 
route, un ruban de queue). Andée atandain, au sens de « court espace ou courte 
durée », peuvent s'expliquer comme le verbe ander ; quant à ondée, dans l'a. 
fr. (/ une ondée =: ;< d'un seul trait, d'un même coup », il s'accommoderait 
aussi bien du sens de « andain » que de celui d' « espace étroit » (cf. tout 
d'une raudoiià\ d'une seule course, d'une traite). Je me garde de conclure pour 
un des deux développements possibles, n'ayant voulu que montrer l'incerti- 
tude où me laissent certaines propositions de M. Horning. Il faut consta- 
ter encore que nous n'avons pas la certitude que ambitus ait perdu le sens 
de « pourtour, enceinte, passage réservé », pour se limiter au sens de 
« mesure d'un pas ». C'est cependant sur cette dernière valeur précise que 
M. H. se fonde pour rattacher à ambitus andan « palonnier », landon, 
« bâton suspendu au cou des animaux pour les empêcher de courir », lande 
« traverse de clôture », andier, landier, la dimension de ces divers objets 
étant à peu près celle d'un pas. — 2° Au sens déjà indiqué de ambitus 
« espace réservé autour d'un édifice », M. Settegast avait déjà rattaché le 
prov. andc « place ». M. H. précise cette idée et ramène par là à ambitus 
les mots tels que alandd, alandri, etc. « donner du large », landiè «. cou- 
reur » et aussi l'a. fr. luiidore « fainéant » et les nombreux mots apparentés'. 
II est impossible de citer ici tous les mots romans dont M. H. traite 
dans la suite de son étude. Dans la dernière partie, M. H. montre les con- 
clusions qu'on pourrait tirer, pour la solution du problème aiidare=i: aller, delà 
vérification de son hypothèse sur la vie florissante de ambitus en roman, et . 
des points de contact entre ses représentants romans et des mots de la 
famille andare, p. ex. prov. alandd et it. dar Vandare : l'étymologie andare 
<; *ambitare y trouverait à la fois un fort appui pour l'existence de 
*ambitare et de sérieuses probabilités pour la grande extension de ce type. 
— P. 552, H. Schuchardt, Ibero-romanisches und Roniano-baskisches. Ces notes 
sont le complément du remarquable article publié par M. Sch. dans la Zeii- 
schrift, XXIII, 182, Zunt Iberischen, Roniano-baskiscben , Ibero-romanischen (sur 
cet article, cf. Romania, XXVIII, 457) et répondent aus observations présen- 
tées par M. Baist dans le Kritischer Jahresbericht , VI, i, 383 ; elles concernent 
les mots espagnols bicerra, vega (et la double série espagnole vega, manteca, 
talega et portugaise veiga, manteiga, taleiga), nava, artiga, cor:(^o, garuUa, 
guija, légamo, tapia. M. Sch. termine p?r la critique de rapprochements pro- 
posés par R. Gutmann entre les mots basques sar)ia « gale », sarats « saule » 
et des formes analogues mag}'are et finnoise : sarna qui n'est pas connu des 

I. Cf. sur ce point, H. Schuchardt, Zeitschrift fur roman. Philologie,XXX, 83. 



PERIODiaUES 325 

basques français, appartient par contre au catalan, au portugais et à l'espa- 
gnol, d'où il est sans doute passé en basque, saiiits car. le latin sa lice. — 
P. 566, G. de Gregorio, Il codice De CruyUis-Spatafora in antico siciliano del 
sec. XIV couteneute « La Mascalcia di Giordano Rii/o ». M. de Gr. publie, 
sans les figures, le ms. qu'il avait fait connaître dans la Rovmnia, XXXIII, 
368. — P. 607, C. Michaëlis de Vasconcellos, Enger, inçar. Les explications 
diverses se succèdent pour l'a. fr. aeugier, mod. enger : après ingi guère, 
enecare, *amputa + icare, etc., M. Ulrich avait récemment proposé 
{Zeilschrift , XXVIII, 564) *adamplicare, il considérait donc comme primi- 
tif le sens d' « accroître »; M. Jeanroy (Komaiiia, XXXIII, 602) a suggéré 
*ad-undicare, le sens primitif étant selon lui « remplir » ; M™«M. de V., 
qui n'a sans doute pas connu rhvpothcse de M. Jeanrov, et en tout cas ne la 
discute pas (la Zeitschrijt date cette note du 24,1,1905 et celle de M. Jeanrov 
a paru dans le dernier numéro de 1904 de la i?owi/«/fl), repousse l'étymologie 
de M. Ulrich : étudiant parallèlement le fr. enger et le port, inçar, elle pense 
que le sens primitif de ces deux verbes est « faire des petits, se reproduire, 
pulluler » et elle les rattache tous deux par l'intermédiaire des formes diverses 
*ad -f-iudicare > aengier et *indiciare > sarde an-^are, port, inçar, 
etc., au lat. index, dont elle avait déjà étudié {Zeilschrift, VII, 113) les 
représentants portugais et italiens, au sens de « nichet, œuf placé dans le nid 
des poules pour les exciter à y pondre », cet o vu m index étant considéré 
comme le point de départ de la couvée dont il a été l'occasion. Pour le 
sens, l'on peut comprendre que ind icare ait fini par signifier « avoir des 
petits », par des intermédiaires tels que « pondre, couver, auprès de V index », 
mais l'on se demande pourquoi un sens défavorable s'est attaché à ce mot à 
la fois er. France ou en Portugal. Noter p. 614-16 de nouveaux renseigne- 
ments sur les représentants portugais de index. 

MÉLANGES. — P. 618, Ed. Lidforss, Zitm « Poema del Cid », v. 1235-57 : 
modification delà ponctuation du v. 1235, Las niievas del caiiallero , ya nedes, 
do legaiian, Grand alegria, etc., et correction au vers 1557, Los sos despendie el 
nioro, que de lo so non toniavan nada. — P. 619, V. Crescini, Postilla morfolo- 
gica al Ritino Cassinese. — P. 620, H. Schuchardt, Sachen und Wôrter. 
M. Sch. présente quelques réflexions sur l'étude des objets, inséparable de 
l'étude des mots, à propos de la belle publication qu'il a dédiée à A. Mussa- 
fia, des travaux de R. Meringer dans les Indo-gernianiscbe Forschungen, XVII 
et XVIII, Wôrter und Sachen et de l'étude de Gilliéron et Mongin, « Scier » 
dans la Gaule romane du Sud et de VEst. Il fait un éloge mérité de ce dernier 
ouvrage où il reconnaît une des plus importantes publications parues depuis 
longtemps dans le domaine de la linguistique romane, parce qu'elle apporte 
une nouvelle méthode de découverte et de solution des problèmes. — P. 622, 
H. Schuchardt, Gn'/Zow. Courte remarque sur l'art. d'Ant. Thomas, Romania, 
XXXIV, 287 ss ; — Entre chien et loup : exemple hébraïque de l'expression, 
nouvelle preuve de son origine orientale ; — Roum. « scâlànih » ; observa- 
tions sur l'étymologie scàldmb < *scalambus = cjy.aXr|Vo; -j- strambus 



326 PÉRIODIQUES 

proposée par S. Pir.cariu. — P. 624, J. Ulrich, Fi\ viod. « baliveau « = 
a. l'r. heslif =z bis-x'quum avec iigglutination de l'article, le baliveau étant 
réservé parce qu'il est mieux venu et se distinguant ainsi des autres arbres 
(fort douteux). — ËngaJ. « tuaschdina»,iiiédicante7it : croisement de medicina 
et misci tare. 

Comptes rendus. — P. 624, J. Trénel, Uancien Testament et la hnicrue 
française du moyen di^e (Ph. A. Becker). — P. 626, J. Fitzmaurice-Kelly, 
Lx>pe de Vega and the spanish drania ; G. W. Bacon, An essay upon the lije and 
draniatic worhs of D' Juan Peie^de Montalvan; D. E. Martell, The dramas of 
Don Antonio de Solis y Rivadeneyra (W. v. Wurzbach). — P. 629, L. Abeille, 
Idionia nacional de las Argentines (P. de Mugica). — P. 631, G. Weigand, 
Zehnter Jahreshericht des Instituts fur ruinânische Spracbe (S. Puçcariu). — 
P. 635, Le Moyen-Age, XVII (F. E. Schneegans). — P. 658, Giotuak storico 
délia Litteratura Italiana, XLV, 2-3 (B. Wiese). — P. 640, Livres nouveaux 
(G. G., H. R. Lang, P. Savj-Lopez). 

XXIX, 6. — P. 641, H. Suchier, Vivien. [On a vu plus haut, p. 258, 
par l'article de M. F. Lot, combien sont fragiles les bases sur lesquelles 
M. Suchier fonde ses conjectures. Je dois dire que, avant tout examen des 
éléments historiques de la question, les hypothèses de M. Suchier, malgré 
l'assurance avec laquelle elles sont présentées, m'avaient paru au plus haut 
degré invraisemblables. A tout le moins aurait-il fallu commencer par prou- 
ver qu'on s'était trompé jusqu'ici en localisant la lutte de Vivien contre les 
Sarrasins soit dans le sud de France soit dans l'Espagne du Nord. — P. M.] 
— P. 682, G. Michaëlis de Vasconcellos, Randglossen :{}nn altportugiesischen 
Liederhuch (suite). XV, Vasco Martin/, et D. Afonso Sanchez. — P. 712, 
J. Hadwiger, Sprachgren:^en und Gren:imundarten des Valencianischen. L'au- 
teur cherche à déterminer avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusqu'ici 
les limites du dialecte valencien. Le travail a été exécuté sur place et, à ce 
qu'il semble, dans de bonnes conditions, mais il a besoin d'être encore con- 
trôlé. Il est fâcheux que M. Hadwiger n'ait pas joint à son mémoire une 
carte, car il mentionne beaucoup de localités qui ne se trouvent pas dans les 
atlas les plus accessibles. 

Comptes rendus. — P. 752, B. Dimand, Zur rumànischen Moduslehre 

(K. Sandfeld Jensen). — P. 744, W. Cloetta, Grandor ivn Brie und Gitillaunie 

von Bapaume(P. A. Becker). — P. 750, H. A. Rennert, The life of U>pe de^ 

Vega (W. V. Wurzbach). — P. 753, Livres nouveaux (P. S.-L., G. G.). — 

Index et Tables. 

Mario RociUES. 

Revue de philologie française et de LrrTÉR.\TURE, p. p. L. Clédat, 
t. XIX (1905), no I. — P. I, P. Meyer, La simplification orthographique. 
Réimpression du rapport que j'ai publié en 1904 au nom de la commission 
ministérielle constituée pour préparer un projet de simplification de notre 



PRRlODICiUES 327 

Orthographe. — P. 27, H. Yvon, Viih'f de l'usage en matière dz langue et d'or- 
thographe. L'auteur définit avec précision ce qu'on doit entendre par le mot 
« usage » appliqué à la langue, et il n'a pas de peine à montrer que les idées 
qui régnent à ce sujet sont fort vagues et que notamment, ce qu'on appelle 
« le bon usage » est le résultat d'une conception assez arbitraire et qui varie 
selon les époques. Il v a cependant, en ce qui concerne l'emploi des mots, 
la construction des phrases, un usage moyen qui doit être respecté, mais, 
pour l'orthographe, M. Y. établit sans peine que ce qu'on appelle l'usage 
n'est qu'un tissu de contradictions qui appelle une prompte réforme. — 
P. 48, Emm. Casse et Eug. Chaminade, Vieilles chansons patoises du Perigord 
(suite). — P. 63, F. Baldensperger, Notes lexicologiques. Exemples pour servir 
à l'histoire de certaines locutions de l'usage actuel. — Mélanges. P. 69, 
P. Horluc, Faire la fête; épaille r= spatula. — Chronique. P. 75, La péti- 
tion contre la réforme de Vorthographe. Cette pétition, d'une rédaction bizarre 
est de la part de M. Clédat l'objet de sages critiques que malheureusement 
ceux qui l'ont signée ne liront pas. — P. 80, La réforme de M. Michel Bréal. 
M. Bréal, avant publié contre la réforme orthographique, un article singuliè- 
rement rétrograde et d'une logique douteuse (Revue bleue, 18 février 1905), 
M. Clédat se plait à lui remettre sous les veux d'anciens écrits où il approu- 
vait ce qu'il blâme aujourd'hui. L'article de M. Bréal a d'ailleurs été 
complètement réfuté par M. L. Havet dans un numéro suivant de la Rei'ue 
bleue. 

T. XIX, nos 2 et j. — p. 89, L. Vignon, Les patois de la région lyonnaise : 
le pronom régime de la j^ personne, le régime direct neutre. Les formes sont 
établies avec beaucoup de précision, et leur emploi est clairement défini, 
mais l'oiigine et l'histoire de ces formes n'est pas toujours claire. En général, 
c'est hoc et illum. — P. 140, P. Meyer, La simplification orthographique, 
fin du rapport. • — P. 155, J.-H. Reinhold, Quelques remarques sur les sources 
de « Floire et Blancefior ». Contredit sur certains points, l'opinion de M. G. 
Huet, qui a maintenu son point de vue dans notre précédent fascicule, p. 93 
et suiv. Cf plus loin, à la fin de notre Chronique, de nouvelles observations 
de M. Reinhold. — P. 176, Emm. Casse et Eug. Chaminade, Vieilles chansons 
du Perigord (suite). — Mélanges. P. 191, L. Clédat, L usage orthographique au 
XVIIh siècle. — P. 194, P. Fabia, « Malgoirés », une étymologie toponymique. 
Le Malgoirés dont s'occupe M. Fabia est un pays de la Gardonnenque, com- 
pris par conséquent dans le dép. du Gard. M. F. croit en avoir retrouvé l'é- 
tymologie dans le nom ancien de Mauguio, ch. 1. de c. de l'Hérault, à peu de 
distance de Montpellier. Ici il faut s'entendre. Tous ceux qui connaissent 
quelque peu la géographie ancienne du Languedoc savent que Mauguio (autre- 
lois Melgueil) était le chef-lieu d'un comté, qui s'appelait « comitatus melgo- 
riensis ». Mais pourquoi ce nom de Melgoriensis a-t-il été appliqué, au 
xvie siècle, sinon plutôt, à un pays situé à quelque distance vers l'est, et qui, 
dans les documents anciens, est appelé vicaria Mediogotensis, Mediogotvfn, 
Mediogo^es, etc. ? Voilà ce qui est à expliquer, et, sur ce point, M. F. ne nous 



328 ' PÉRIODIQUES 

apprend rien ; il ne semble même pas voir comment se pose la question. Quant 
à l'assertion, exprimée à la tin de l'article, que inediuiii serait devenu le syno- 
nyme de podium ou de nions, je ne la crois pas fondée. — P. 199, L. Clédat, 
Leveibe v falloir-faiUir ». — P. 205, J. Bastin, « Fiiillirai net « défaille ». — 
Comptes rendus '. P. 205, G. Rydberg, Monosylhiba im Franiôslschen (G. S.). 
— P. 210, Etudes de philolojrie moderne, p. p. la Société néophiiologique de 
Stockholm, t. III (H. Yvon et L. Cl.). — P. 220, J. Bastin, Précis de phoné- 
tique et rôle de raccent latin dans les verbes français, 2^ éd. (L. Vignon). — 
P. 223, J. von den Driesch, La place de Vadj. épithète en ancien français 
(H. Yvon). — P. 228, Chronique. Le rappoit de V Académie française sur la 
réforme de l'orlhoi^nuiphe. Critique détaillée de cet étonnant rapport dont les 
conclusions n'ont inspiré à personne plus de défiance qu'au spirituel académi- 
cien qui les a rédigées. — P. 249, Ed. Philipon, Compte en dialecte lyonnais 
du XI F^ siècle. Curieux document déjà publié en 1879, par un érudit lyon- 
nais, mais dont M. Ph. nous offre une édition infiniment meilleure que la 
précédente et accompagnée d'un glossaire. — • P. 266, Emm. Casse et Eug. 
Chaminade, Vieilles chansons patoises du Périgord (suite). — P. 284, H. Yvon, 
La grammaire française au XX^ siècle. — Comptes rendus. P. 300, A. Seche- 
haye, L'imparfait du snbj. et ses concurrents dans les hypothétiques normales (sic) 
en français (H. Yvon). — M. Niedermann, Contributions à V explication des 
gloses latines (L. Vignon; cf. ci-dessus, p. 160). — P. 308, Gilliéron et Mon- 
gin, Étude de géographie linguistique « Scier » (L. Vignon) ; cf. Romania, 
XXXIV, 621. 

P. M. 



I . Nous ne mentionnons que les comptes rendus d'ouvrages qui peuvent 
entrer dans le cadre de la Roman ia. 



CHRONIQUE 



Le 5 février dernier est décédé à l'âge de 79 ans M. Ed. Boehmkr qui, il y a 
trente ou quarante ans, prit une part active au développement des études 
romanes. 11 possédait, en des branches très diverses de l'érudition, des 
connaissances spéciales. Ses idées étaient originales, souvent ingénieuses, 
parfois téméraires. Une grande partie de son activité scientifique échappe à 
notre appréciation. Théologien et orientaliste, il s'occupa d'abord de la 
critique de l'Ancien Testament. Puis, vers 1865, il dirigea ses études vers 
l'ancienne littérature italienne, et s'occupa principalement de Dante. En 
1866, il écrivit un mémoire, imprimé à part, sur le De Mouarchia. Peu après, 
il publia sur le De vitlgari eloqueiitia une brochure intéressante (1868) dont 
G. Paris rendit un compte très favorable dans la "Revue critique (1869, II, 
350). Les premiers volumes du Jabrhuch der Deutschen Dante Geselhchaft 
contiennent plusieurs articles de lui. En 1871 il fonda les Ronianische Studieu 
dont le premier fascicule, où il inséra deux articles, est entièrement consacré 
à l'ancienne littérature italienne. Ce recueil se continua, paraissant à des 
intervales irréguliers, jusqu'en 1885. Il forme six volumes ou 22 fascicules 
que nous avons analysés régulièrement dans nos tomes I à XV. Nous avons 
aussi rendu compte (II, 105) de son édition de la Chanson de Roland 
{Rencesir.h) qui n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Du reste, ses travaux sur 
la philologie française ne lui ayant probablement pas donné beaucoup de 
satisfaction, il se tourna vers une autre branche de la philologie romane et fit 
d'utiles publications sur la littérature roumanche, ou, comme il disait, rhéto- 
roraane, notamment une importante bibliographie qui parut dans le tome M 
des Roiihuiische Studieu. En même temps il poursuivait des études, où ses 
connaissances théologiennes pouvaient Touver leur emploi, sur l'histoire de 
la Réforme en Espagne. Son œuvre la plus durable est probablement son 
livre publié en anglais sur les Spanish Rejormers (1874). Il y peu d'années 
il faisait, en collaboration avec M. Morel-Fatio, un mémoire sur l'humaniste 
catalan Pedro Valdès, mort dans les prisons de l'Inquisition en 1595, qui fut 
publié dans le Journal des savants (1902). Ce fut probablement son dernier 
travail. Boehmer avait été professeur à Halle de 1866 à 1872. A cette 
dernière date, il fut appelé à Strasbourg pour v occuper la chaire de philo- 



330 CHRONIQUE 

logic romane. Il donna sa démission en 1879 après avoir eu, avec certains 
de ses collègues, des querelles qu'il s'est plu à conter dans sa Revue (III, 
626). Boehmer fut un homme très personnel, ayant plus d'intuition que de 
méthode. Il supportait mal la critique et ne savait pas réfréner son tempéra- 
ment combatif. Il perdait volontiers son temps en polémiques inutiles. Mais 
ce n'était pas le premier venu. — P. M. 

— L. Maximilien K.wvczy.nski, professeur de philologie romane à l'université 
de Cracovie, est décédé le 12 avril dernier, à l'âge de cinquante-six ans. Il avait 
étudié à Leipzig, à Zurich et à Munich et s'était d'abord occupé de littérature 
moderne; mais un séjour à Paris, où il fut l'auditeur de G. Paris, en 1887, 
le tourna vers le moyen âge. Il a été rendu compte ici même (Roiinviia, XX, 
145-7) ^^ son remarquable mémoire intitulé : Essai comparatif sur l'origine 
et Vhistoire des rythmes. Dans ses dernières années il s'était particulièrement 
appliqué à étudier l'influence d'Apulée sur la littérature française du moyen 
âge, et une série de publications se rapporte à cet ordre d'idées : Les métamor- 
phoses d'Apidée (1900) ; LAmotir et Psyché (1901); Parteiiopeiis de Blois (1902) ; 
Le Chevalier au Cygne (1903); Huon de Bordeaux (1905) ; Apulée a-t-il été 
connu au moyen âge? (1905, dans les Bausteine Mussafia). Sauf ce dernier 
travail, qui a été publié en allemand, ces mémoires sont écrits en polonais 
et ont été résumés en français dans le Bulletin de l'Académie des sciences de 
Cracovie, dont l'auteur faisait partie depuis 1902. — A. Th. 

— Le 10 avril dernier M.Jules Protat, l'un des chefs de l'établissement où 
s'imprime la Romania, est décédé à l'âge de 54 ans. Nous devons un souvenir 
à cet homme modeste autant qu'instruit qui surveillait personnellement la par- 
tie matérielle de notre publication et en assurait la correction. M. J. Protat 
était fort érudit. Il avait le goût de l'archéologie et possédait notam- 
m.ent des connaissances étendues en numismatique. Il laisse un riche médail- 
lier qu'il avait constitué peu à peu. En constants rapports avec lui, depuis 
vingt ans, nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de l'intelligence et de la 
conscience qu'il apportait à son travail, et plus d'une fois, ses avis nous ont 
été utiles. Nous sommes assurés de trouver le même concours dans celui des 
deux frères qui est resté seul à la tète de l'imprimerie. 

— Le prix La Grange (1906) a été décerné par l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres à M. J. Bédier pour son édition du Tri<:ta?i de Thomas (Société 
des anciens textes français). 

— La Société des anciens textes français a mis en distribution, au mois de 
novembre dernier deux des volumes de l'exercice de 1905, à savoir le 
t. II du Tristan de Thomas, p. p. M. J. Bédier et l'édition des Vers delà 
mort due à MM. Fr. Wulff et Em. Walberg, L'exercice vient d'être complété 
par les Cent Ballades, œuvre du xix^ siècle, publiée, avec deux reproduc- 
tions phototypiques, par M. G. Raynaud. L'édition du marquis de Queux 
de Saint-Hilaire (1868, avec complément publié en 1874) était épuisée, et 
d'ailleurs laissait à désirer pour le texte comme pour l'annotation. M. Raynaud 



CHRONIQ.UE 331 

a établi un texte critique et présenté tout un ensemble de recherches nouvelles 
sur lesG'/;/ BalLuies. — Le premier volume de l'exercice 1906 sera le tome II 
du Roniiiii lie Troie, qui sera distribué en novembre. 

— La Société Gaston Paris vient de publier le premier fascicule des Mélanges 
liugiiistiques de Gaston Paris (Paris, Champion). Ce fascicule renferme les 
mémoires. ou articles de G. Paris relatifs au latin vulgaire et aux langues 
romanes en général. 11 commence, par le mémoire — dont malheureusement 
la suite n'a pas été rédigée — intitulé Romani, Roniania, lingua romana, roman- 
ciiim, par lequel s'ouvre notre tecueil, et où ont été introduites quelques 
menues rectifications que l'auteur avait inscrites sur les marges de son exem- 
plaire. Viennent ensuite les notices sur VAppendix Probi, le compte rendu de 
l'Heptateuque latin publié par L'I. Robert, le mémoire sur l'altération romane 
du c latin, et enfin le compte rendu de la Dissimilation consonantiqiie dans 
les langues romanes de M. Grammont. — Ce recueil a été préparé par les 
soins de M. Mario Roques. 

— Le 4 mars dernier, à Montpellier, un banquet a été offert à M. Camille 
Chabaneau, professeur honoraire de l'Université de cette ville, qui voyait ce 
jour même revenir pour la 75'^ fois l'anniversaire de sa naissance. On 
annonce à cette occasion la publication à la librairie Junge, à Erlangen, d'un 
volume commémoratif qui doit porter le titre de Mélanges Chabaneau, et 
dont quelques tirages à part nous sont déjà parvenus, bien que le volume 
n'ait pas encore paru. Nous en donnerons un compte rendu dès qu'il sera 
entre nos mains. Qu'il nous soit permis d'exprimer le vœu que M. Chaba- 
neau, libre maintenant des soucis de l'enseignement public, donne enfin au 
public l'introduction grammaticale au Mémorial du consulat de Limoges, qu'on 
attend ucpuis dix ans, et la réédition des Fies des poètes provençaux de Nostre- 
damc, à la préparation de laquelle il travaille, dit-on, depuis vingt ans. 

— M. C. Salvioni a étudié, dans un récent fascicule des /^('«(f/co;/// de l'Institut 
Lombard (2<-" série, t. XXXIX, pp. 477-494) le dialecte de Poschiavo, au 
sud du canton des Grisons, dans une vallée qui débouche dans celle de 
l'Adda, en face de Tirano. L'occasion lui en a été fournie par une disserta- 
tion de Zurich (1905) du reste fort défectueuse. 

— Le P. Paul Peeters, boUandiste, a publié dans le t. XXV (pp. 137-157) des 
Analecta Bollandiana un mémoire intitulé La légende de Saidnaya où est étu- 
dié à nouveau le pieux récit connu sous le nom de Miracle de SarJenai, dont 
M. G. Raynaud a édité ici-même (XI, 519, cf. XIV, 82) une rédaction en 
vers français. L'occasion de ce travail a été fournie au savant bollandiste par 
laTécente publication d'une homélie arabe sur le même miracle. Il ne semble 
pas que ce nouveau texte, dont !a date est incertaine, ait en soi beaucoup de 
valeur ; il confirme, du moins sur un point, l'opinion exprimée par M. Raynaud, 
que le récit, connu jusqu'ici par des rédactions latines ou françaises, devait 
avoir une source grecque. Sur d'autres points le P. Peeters s'écarte de 
M. Raynaud en proposant un autre classement des textes latins. 



332 CHRONIQUE 

— Vient de paraître le Septième rapport onniifl de la rédaction du crJossaire 
des patois de la Suisse romande, année 1905 (Xeucliâtel, 1906). Ce rapport 
nous renseigne sur le progrès des diverses enquêtes annoncées dans le rapport 
précédent (voir Rotnania, XXXIV, 548), et sur les nouveaux matériaux mis à 
la disposition de la commission chargée de rédiger le glossaire. Beaucoup de 
personnes, en effet, avaient, soit en vue d'une publication, soit par simple 
curiosité, commencé à recueillir des mots ou des textes patois. Ces recueils 
offrent souvent un réel intérêt. En diverses parties de la Suisse (comme en 
France, du reste), les patois sont en voie de disparaître, et on a pu, il y a 
quelques années, recueillir des mots qu'on ne retrouverait plus maintenant. — 
Le Bulletin du glossaii-e des patois de la Suisse romande continue à paraître régu- 
lièrement et est toujours intéressant. Dans la quatrième année (1905) dont les 
numéros i et 2 viennent de paraître en un seul cahier, nous remarquons un savant 
article de M. Gauchat sur « l'origine du nom de la Chaux-de-Fmds », M. Gau- 
chat, écartant les étymologies proposées jusqu'à ce jour, rattache chaux au 
cahiiis dont M. Thomas a déjà parlé dans la Roniania (XXI, 9, note) et qui 
se retrouve sous des formes bien diverses en diverses parties de la France, 
surtout dans le Midi (La Chau, La Chalm, La Calm, etc.). Mais l'addition 
de fonds reste obscure. A signaler dans le même fascicule, un recueil de 
« Pronostics et dictons agricoles « en patois du Clos du Doubs (Jura bernois). 

— Les Annales des Alpes, recueil périodique des Archives des Hautes- Alpes sont 
une revue historique, contenant des documents, des travaux de recherche, 
des notices bibliographiques concernant le département des Hautes-Alpes et, 
dans une mesure limitée, les départements voisins. Fondé en 1897 par M. le 
chanoine Paul Guillaume, archiviste des Hautes-Alpes, le recueil en est 
actuellement à sa neuvième année '. Nous ne pouvons, on le comprend, donner 
l'analyse d'un périodique dont le caractère est spécialement historique, mais 
les documents de l'histoire locale intéressent parfois la linguistique, et l'on 
ne s'étonnera pas que M. P. Guillaume, à qui est due la publication de la 
plupart des mystères briançonnais, ait recueilli avec un soin particulier les 
textes de langue que ses travaux d'inventaire lui ont fait rencontrer. Le dépar- 
tement des Hautes-.\lpes, malheureusement, est comme le département voi- 
sin de l'Isère, l'une des parties de la France où l'usage du latin s'est continué 
le plus longtemps. Le plus ordinairement, dans l'usage administratif, l'emploi 
du français a succédé immédiatement à celui du latin, de sorte que les docu- 
ments de l'idiome local sont très clairsemés et n'apparaissent guère qu'au xv^ 
ou même au xvi« siècle. Nous signalerons cependant un petit registre des 
reconnaissances de la seigneurie de Savines(arr. d'Embrun) des années 1591- 

1594 (t. VI, p. 59-66) et le Livre de raison de Martin de La Vallette, seigneur 
des Crottes, coseigneur du mandement de Savines (t. IX, p. 119, etc.), qui 



I. Gap, aux archives départementales. Six fascicules (environ 18 feuilles) 
par an. 



CHRONIQ.UE 333 

s'étend de 1500 à 1525. Les Annales des Alpes contiennent aussi divers 
spécimens (en général des poésies) du patois du xviiie siècle et du 
XIX'. Signalons aussi, dans le t. V (1901-2), un intéressant mémoire de 
M. Guillaume sur « l'industrie laitière dans les Hautes-Alpes d'après les 
anciens documents ». L'auteur étudie toutes les questions qui concernent 
l'élève des animaux, le régime auquel ils étaient soumis, les produits de l'indus- 
trie laitière, les salaires, le matériel employé, etc. ; notamment il a relevé 
dans les documents des derniers siècles un grand nombre de termes spéciaux 
à ibrme latine le plus souvent, mais où transparaît la forme vulgaire, qui 
manquent dans les dictionnaires ou qui y sont expliqués d'une façon insuffi- 
sante. — P. M. 

— Nous n'avons pas encore entretenu nos lecteurs de l'édition du texte 
original catalan des œuvres en prose de Raimond Lull qui se publie à Majorque. 
Cette édition avait été commencée par D. Jerônimo Rossellô, qui publia 
simultanément, par livraisons, quelques ouvrages, mais n'en termina aucun. 
Plusieurs lullistes majorquins, au nombre desquels il faut surtout nommer 
l'archiviste provincial D. Mateo Obrador Bennassar, ont décidé de poursuivre 
l'entreprise de Rossellô et de la mener à bonne fin. Les Ohres de Ranion Lull, 
edicio original fréta directament dels mes antichs y millors manuscrits luUans qui 
romanen a Mallorca, Barcelona, Paris, Roma, Londres, Munich, etc. per un 
estol de lulistes niallorquins, paraissent maintenant en volumes in-8° à Palma 
de Majorque. Les trois volumes publiés de 1901 à 1903 contiennent les 
ouvrages suivants : Libre det Gentil e los très Savis ; Libre de la primera e segona 
intenciô; Libre de mil proverhis ; Arbre de filosofia d'amor; Libres de oraciô, 
de Deu, de conaxensa de Deii, del es de Deu, et enfin le Félix de les inaravelles 
del mon. II fiiudra encore une vingtaine de volumes pour épuiser le stock 
qui reste à publier. Puis les éditeurs comptent réimprimer les œuvres en 
vers, mais sans les morceaux apocryphes qui figurent dans l'édition de Rossel- 
lô (Palma, i8)7) et les écrits qui traitent de la vie de l'auteur. L'entreprise, 
comme on le voit, est considérable, et si les zélés éditeurs la conduisent à 
bonne fin, ils pourront se flatter d'avoir élevé au plus illustre des Majorquins 
un véritable monument. — A. M. -F. 

En rendant compte du n" 6 de la Revista de bibliografia catalana (ci-dessus, 
p. 143), et à propos d'une version des Psaumes de la bibliothèque métropo- 
litaine de Valence différente de celle qui fut imprimée à Venise en 1490, j'ai 
dit à tort : « Pour prouver que ces deux versions différent, M. Massô imprime 
le premier psaume d'après l'une et le dernier psaume d'après l'autre : cela ne 
facilite pas la comparaison. « En fait, M. Massô a bien imprimé le premier 
et le dernier psaume d'après les deux versions. — A. M. -F. 

M. Philipon nous adresse la note suivante : 

<< On me permettra de répondre en quelques mots aux savantes observa- 
tions dont M. A. Thomas a fait suivre mon article sur le Provençal -enc; 
Italien -ingo, -engo (ci-dessus p. 19). Je ne tiens pas essentiellement à la 
qualification de ligure que j'ai donnée à ce suffixe, mais je ne puis cependant 



334 CHRONIQUE 

pas oublier que les anciens, à commencer par Aristote, nous apprennent 
qu'au ivc siècle avant notre ère le bassin du Rhône faisait partie de la 
Ligurie, que c'est en Ligurie que les Phocéens ont établi leur colonie de 
Marseille, que toute l'Italie du nord-ouest est qualifiée de Ligurie par Tite- 
Live et par Pline, que Pavie notamment a été fondée par les Ligures et 
qu'enfin, avant l'arrivée des Gaulois en Languedoc, ce pays était occupé par 
des Ligures mêlés aux Ibères. Comme le suffixe toponymique -inquo- ne 
peut pas être gaulois, puisque les Gaulois changeaient en^ la vélaire lahiali- 
sante, comme il n'est certainement pas latin non plus, on m'accordera bien 
que j'avais quelques raisons pour l'attribuer aux Ligures, dans l'ancien 
domaine desquels il a eu la fécondité que l'on sait. Maintenant, que ce 
même suffixe se rencontre sporadiquement au nord de la Loire, c'est fort 
possible et le contraire serait pour nous surprendre. Grâce aux beaux 
travaux de M. d'Arbois de Jubainville,on sait aujourd'hui qu'il y a en France, 
« bien au nord de la Garonne et des côtes de la Méditerranée », beaucoup 
de noms de lieux auxquels les Celtes n'ont rien à prétendre'. Jai cité 
Ageiliuciim, j'aurais pu citer aussi Ahrhicas ou ObriuMs, rivière de la Gaule 
Belgique (Ptol. 2, 9, 2). Quant à arinca (Pline 18. 6i-8i)et à l'hypothétique 
tar'nicd, je ne sais pas s'il faut y voir le suffixe -inquo- plutôt que la forme du 
suffixe -in-ko- (cf. le lat. juv-eti-cu-s), mais ce que je sais, c'est que si nous 
avons affaire à -inquo-, ces mots ne peuvent pas être d'origine gauloise. 

Je ne puis pas, dans cette courte note, passer au crible toutes les formations 
françaises avec -ng- qu'énumère M. Thomas, mais est-il bien certain qu'elles 
remontent à -ing-} cf. Marccllanges :=^ Marcellanicas. Quant au vieux 
dauphinois r/;i;wa/7(^;;c/;/, j'vvoislefém. chamarlenca tiré du masc. roman cha- 
niarlcnc tout comme le nom de femme Bertinga a été tiré du nom d'homme 
Berting-. Que si l'on n'a pas eu chamarlengi, c'est tout uniquement parce que 
l'idée de donner un féminin à * chamarleng n'est venu aux Dauphinois que 
lorsque le gcrm. cbaniarling en était arrivé en roman à l'étape chainarlcnc. 
Si cette idée leur était venue plus tôt , on peut tenir pour assuré que c'est 
chamarlengi et non pas chamarlcnchi qu'aurait écrit le Mistral de Vienne. 

Je dois protester, en terminant, contre l'erreur monumentale que me 
prête M. Thomas, lorsqu'il me fait dire qu'en germanique « le suffixe -ing- a 
eu pour unique fonction de former des patronymiques ou des ethniques qui 
sont en réalité d'anciens patronymiques ». J'ii écrit — ce qui est bien 
différent — que, dans Vonomastique gernitinique, le suffixe -ing- n'avait été 
employé qu'à la formation de patronymiques ou d'ethniques, mais M. Thomas 
me croira si je dis que je n'ignorais pas le rôle important qu'a joué notre 
suffixe dans le Icxicon germanique, à preuve les nombreuses formations en 



1. D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de V Europe, t. II, 
p. XV et suiv. 

2. Cf. Fôrstemann, Persouneiinamen, 2= éd., c. 283. 



CHRONIQUE 335 

-iit(^ que j'ai citées comme ayant passé du vieux-haut-allemand en 
français. » — Ed. Philipon. 

— M. J. Reinhold soutiendra très prochainement à la Sorbonne, en vue 
du doctorat d'université, une thèse sur Floire et Blancbeflof, dès maintenant 
imprimée et dont nous nous proposons de rendre compte sous peu 
En nous adressant cet ouvrage, M. Reinhold nous fait part des observations 
suivantes, que lui a suggérées la lecture de l'article de M. Huet sur Floire et 
Blaucheflor inséré dans notre précédent fascicule (p. 95) : 

M M. Huet, contestant certaines opinions que j'ai exprimées dans la Rei'ue 
</<- phîloloi^ie française, t. XIX, sur les sources de Floire el Blaucheflor, 
m'attribue des idées dont je ne puis accepter la responsabilité. Ainsi il 
« se déclare incapable de comprendre comment un homme prenant pour 
point de départ le thème purement fantastique de la Tor as pucels, et y mêlant 
une foule de traits hétérogènes pris à droite et à gauche, aurait pu cons- 
truire un récit aussi réel, aussi net et précis que cette seconde partie du roman » 
(p. 96 ). M . Huet a donné à ma pensée une extension tout à fait excessive, 
car j'avais dit simplement que « l'auteur du poème français n'avait pas 
besoin des contes arabes pour obtenir quelques détails relatifs au harem »(Revue, 
p. 167). Il s'agit de « quelques détails n et non d'un « point de départ ». 
Un peu plus loin, M. Huet cite ainsi quelques lignes de mon article : « On place 
les origines des Mille et une nuits au temps de Haroun-al-Raschid, mais ce 
ne sont que pures hypothèses- Ce qui est certain c'est que leur forme 
actuelle remonte au xv^ siècle et qu'elles se répandent en Europe pour la 
première fois au xviiie siècle » (p. 97). Ici, sans doute par inadvertance, un 
mot a été mis à la place d'un autre. J'ai écrit {Revue, p. 167) ils et non pas 
elles. Or ils se rapporte aux « contes » dont j'ai fait mention dans une phrase 
précédente, un peu trop éloignée peut-être. Il s'agit des contes dont se sert 
M. Huet et non du recueil connu sous le nom de Mille et nue nuits. Le sens 
est bien différent. — M. Huet dit aussi que, selon moi, « le panier à fleurs 
serait une imitation du cheval de Troie » (p. 96). Ce n'est pas là une juste 
interprétation de ma pensée. Je me suis élevé dans mon article, contre l'idée 
de M. Huet qui considère l'épisode où on voit Floire s'introduire auprès de 
Blancheflor dans une corbeille de fleurs, comme imité d'un conte arabe 
où le même rôle est joué par une caisse contenant des étoffes (Rom., XXVIII, 
354 et suiv.). J'ai dit à ce propos que des stratagèmes analogues se ren- 
contraient dans la littérature française antérieurement à la composition de 
Floire et Blaucheflor, et j'ai cité le cheval de Troie comme l'un de ces strata- 
gèmes. Je demande la permission de 'reproduire mes paroles : « Je crois 
que la ressemblance entre ces deux motifs (corbeille de fleurs et caisse de 
marchandises) n'est pas plus grande que celle qui existe entre cette corbeille 
et les tonneaux dan; lesquels se cachent les compagnons de Guillaume 
(dans le Charroi de Nîmes). Ce qui est surtout très probable, c'est que le pro- 
totype de tous ces trois motifs se trouve être le cheval de Troie. . . Que le poète 



336 CHRONIQUE 

ait puise Cl motif dans ÏHneas ou dans le Charroi de Kimes, peu importe » 
(Reine, p. 169-170). — J. Rhinhold. 

Livres annoncés sommairement. 

The story of kiiig Lear, front Geoffrey oj Moiimoulh to Shakespeare, by 
W. Perrett. Berlin, Mayer & Millier, 1914, x-308 pages (fascicule XXXV 
du recueil intitulé Palaeslra, publié sous la direction de MM. A. Brandi, 
G. Roethe, E. Schmidt). — Ce mémoire, publié dans une collection de 
dissertations relatives à la philologie germanique, ne peut être annoncé 
ici que très sommairement, le sujet traité n'ayant avec les littératures 
romanes que peu de points de contact. Disons que ce sujet souvent abordé 
par les Shakespeare scholars n'avait jamais été étudié aussi à fond que dans le 
présent ouvrage. On savait bien que le point de départ de la recherche 
était VHistoria regiwi Britaniiix; mais entre Gaufrey de Monmouth et 
Shakespeare il v a de bien nombreux intermédiaires, et la légende du roi 
Lear a pu parvenir à Shakespeare par des routes différentes. M. Perrett pense 
établir que le poète anglais a combiné plusieurs sources et il rend son système 
clair aux yeux par un tableau qui ne laisse pas d'être fort compliqué. Ce 
qui dans ce mémoire intéresse les études relatives aux littératures du 
moveu âge, ce sont les recherches sur les nombreux écrits où apparaît la 
légende en question ; recherches un peu longues peut-être, en tant que 
l'auteur y résume les travaux antérieurs, mais qui paraissent bien 
conduites. — P. M. 

Alphonse Précigou. Oniilhologie de la Haute-Vienne. Limoges, Ducourtieux, 
1904. In-80, 72 pages et grav. — Nous signalons ici cette brochure parce 
que les noms que portent les oiseaux en patois limousin v sont soigneu- 
sement indiqués et figurent en outre à la table alphabétique qui la termine; 
beaucoup manquent dans la Faune populaire de M. Rolland, L'auteur n'a 
d'ailleurs aucune compétence linguistique ; il reconnaît que c'est son éditeur, 
M. Paul Ducourtieux, qui lui a fourni les noms patois, et il aurait bien 
fait de laisser de côté certaines étymologies de mots français qu'il emprunte 
à Cuvier et à Salerne et qui sont dépourvues de valeur (par exemple l'ex- 
plication de loriot par le grec yhoolwj, p. 51). J'ai de la peine à croire que 
le coq limoge des anciens textes français (que M. P. assimile au petit 
coq de bruyère, p. 51) doive son nom au fait qu'il était particulièrement 
fréquent en Limousin; supposant que le coq limoge était le faisan, j'ai 
émis l'idée qu'il devait son nom à une comparaison de son plumage avec les 
émaux de Limoges {Journal des Débats, 3 mai 1905). La question est 
:i reprendre. — A. Th. 



Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION. 



.MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



L'ÉVANGILE DE L'ENFANCE 
EN PROVENÇAL 

(manuscrit du MARdUIS DE CAMBIS-VELLERON ET DE RAYNOUARd) 



Il existe en provençal trois versions rimées de l'Évangile 
de l'Enfance (^EvangcUum Infaniix ou Pseiido-MaUhxi evange- 
liuin). De celle qui paraît être la plus ancienne on connaît : i° un 
manuscrit supposé perdu_, aj'ant appartenu à Raynouard et 
cité fréquemment dans le Lexique roman ; 2° un manuscrit 
de Turin, dont la langue est très francisée ' ; y un frag- 
ment trouvé à Conegliano, et consistant en un feuillet qui 
a été publié par MM. Crescini et Rios-. M. H. Suchier est le 
premier qui ait reconnu l'identité du poème contenu dans le 
ms. de Turin avec celui que cite Raynouard'. A son tour 
M. Edmond Suchier, étudiant les diverses traductions en vers 
provençaux de TEvangile de l'Enfance, a pris la peine de relever 
toutes les citations faites par Raynouard dans son Lexique 
roman (en tout 286 vers)^. Cette version peut être attribuée à 
la fin du xiii^ siècle. — Une autre version, du xiv^ siècle, a été 
publiée d'abord par Bartsch, dans ses Denhmikr, et plus tard 



1 . Ce manuscrit a complètement disparu dans l'incendie de la Bibliothèque 
de Turin (janvier 1904). M. E. Suchier en possède une copie. 

2. D'abord dans la Zeitschrift f. roman. Philologie, XIX (1895), p. 41-50, 
cf. Romania,WW , 309 ; puis à part, à Padoue, 1896, avec fac-similé pho- 
tographique (cf. Remania, XXV, 629). 

3. Zeitschrift . f. rom. Phil. VIII (1884), 429. 

4. Ibid., 534 et suiv. M. E. Suchier a remis, autant que possible, les cita- 
tions dans l'ordre du récit, en s'aidant, 1° de la comparaison avec le ms. de 
Turin, 2° de la comparaison avec l'original latin. Mais ces deux moyens de 
contrôle ne donnent pas des résultats équivalents : le premier seul est sûr, 

Romania. XXXV ^~ 



33^ P- MEYER 

par M. G. Rossi (1899)'. — Enfin un long fragment d'une 
troisième version, du même temps, nous a été conservé dans 
le ms. B. N. fr. 2)_| 15. J'en ai publié des extraits dans le Bulle- 
tin de la Sociélé des anciens textes français, année 1875, pp. 77-82. 
C'est à la première de ces trois versions, la plus ancienne à 
mon avis, qu'appartient le nouveau texte dont je rapporterai plus 
loin d'assez longs extraits. Il a été acquis tout récemment par 
la Bibliothèque nationale, où il porte le n° 10453 des Nouvelles 
acquisitions françaises. C'est un manuscrit qui renferme 1° la 
Vie de saint Honorât, par Raimon Féraut, 2° un texte de 
l'Evangile de l'Enfance en provençal fort semblable à celui de 
Raynouard. Est-ce le manuscrit même de Ra3mouard ? Je le 
crois, et j'essaierai de le prouver à la fin du présent mémoire. 
Mais je puis dès maintenant l'identifier avec un manuscrit sur 
lequel nous avons^ au xviii^ siècle, un témoignage précis. 
Rendant compte, il y a une vingtaine d'années, de la publi- 
cation de M. Edmond Suchier^ mentionnée ci-dessus, je 
signalai, dans le Catalogue des mss. du marquis de Cambis- 
Velleron (Avignon 1770, in 4°), un manuscrit, n° 59 du Cata- 
logue, renfermant, outre la Vie de saint Honorât par Raimon 
Féraut, une version provençale de l'Evangile de l'Enfance, attri- 
buée par le Catalogue au même Raimon Féraut ^, et je conjectu- 
rai que ce manuscrit devait se trouver à la Bibliothèque royale 
de Madrid, où j'avais, quelques années auparavant, découvert 
deux manuscrits provenant certainement du marquis de Cambis '. 
Cette conjecture n'était pas fondée, puisque le ms. de M. de 
Cambis est celui-là même que vient d'acquérir la Bibliothèque 

car en certains cas, là où le rimeur provençal a développé sa matière, le latin 
est d'un très faible secours. Or la leçon du ms. de Turin et celle du ms. de 
Ravnouard diffèrent notablement. Beaucoup de vers du second manquent 
dans le premier, et, en ce cas, l'ordre adopté par M. E. Suchier est souvent 
erroné. 

1. Voir Romaiiia, XXIX, 15 1-2, et Stiuli di filoJogia Roiiian~a, VJII, 395 
(compte rendu par M. L. Biadene). M. Biadene a publié dans le même 
volume des Sttidi (p. 174 et suiv.), d'après le ms. Libri-Ashburnham 103 
(maintenant à Florence), trois miracles tirés de la version de l'Évangile de 
l'Enfance qui manquent dans le ms. reproduit par Bartsch et par M. Rossi. 

2. Romaiiia, XIV, 308. 

3. BuUt'Iin delà Socic'lè des iindeiis textes fnviçais, 1878, p. 39. 



l'évaxgilh di£ l'enfance en provençal 339 

nationale. Quel a été son sort depuis la vente Cambis, en 
1773, jusqu'au moment où il entra dans le cabinet de Ray- 
nouard, je ne saurais le dire", et je ne sais pas davantage 
par quelles mains il a passé depuis la dispersion des livres de 
Ravnouard jusqu'à son arrivée à la Bibliothèque nationale \ 

C'est un livre en parchemin, ayant le format d'un ancien in-^'' 
(213 mill. sur 1 52), contenant dans son état actuel 121 feuillets 



1 . La bibliothcquc du marquis de Cambis- Velleron fut mise en vente à 
Avignon, en 1775 (voir le Bulletin précité, p. 39, et cf. le Catalogue des mss. 
d'Avignon par M. Labande, no* 2017-8). On est mal informé du sort des 
mss. qu'elle contenait. La Bibliothèque d'Avignon en a recueilli quelques-uns, 
à diverses époques (voir le catalogue de M. Labande, p. cxii), mais ce sont 
pour la plupart des compilations modernes, parfois des écrits de M. de Cam- 
bis lui-même, qui ont peu de valeur. 

2. Je me suis plus d'une fois préoccupé de savoir ce qu'étaient devenus les 
papiers et la bibliothèque de Ravnouard après son décès (28 oct. 1836), mais 
les renseignements que j'ai pu obtenir, à une époque où quelques-uns de ceux 
qui l'avaient connu et avaient travaillé sous sa direction vivaient encore, sont 
bien insuffisants. Il n'y eut pas de vente après décès, et par conséquent il 
n'existe pas de catalogue de la bibliothèque de Raynouard. Livres et papiers 
furent légués à M. Just Paquet, qui lui tenait de très près et fut son exécu- 
teur testamentaire (voir l'avertissement placé en tête du t. I du Lexique loinan, 
et BuUcl'.n du Bibliophile, 1858-40, p. 500). M. Paquet mourut à Passy en jan- 
vier 1876. Je ne sais si sa bibliothèque fut vendue : en tout cas il n'en existe 
pas de catalogue imprimé. Raynouard possédait, outre le ms. qui est l'objet 
du présent mémoire, un ms. de la Vie de saint Honorât par Raymon 
Héraut, qu'il cite souvent dans le Lexique roman, et dont il publia quelques 
extraits dans le t. II de cet ouvrage, p. 575-574 ; un fragmente d'une écriture 
assez moderne », de la chanson de la croisade albigeoise (Lc.v. ro))i., I, 
226); diverses copies qu'il s'était fait faire de plusieurs des chansonniers pro- 
vençaux conservés dans les bibliothèques italiennes; un manuscrit de la tra- 
duction catalane dts Au:(els cassadors (Lex. roin., V,6io, ligne i). Les copies 
des chansonniers provençaux et le ms. de la Vie de saint Honorât passèrent 
aux mains de Fr. Guessard, donnés, selon toute apparence, par Paquet. Gues- 
sard (ff 1882) légua sa maison de campagne et sa bibliothèque à feu Marty- 
Laveaux (ou plus exactement au fils de celui-ci). La bibliothèque fut vendue 
en bloc à un libraire et dispersée; toutefois, avant cette dispersion, le ms. de 
la Vie de saint Honorât fut cédé à la Bibliothèque nationale (Nouv. acq. fr. 
4597)- J 'li fait. ^^ vivant de Paquet, une tentative restée vaine pour 
retrouver le fragment de la chanson de la croisade : M. Paquet n'en avait pas 



340 P. MEYER 

et ayant conservé son ancienne reliure en soie verte '. L'écriture 
est du milieu environ du xiV siècle. 

Les ff. I à 105 sont occupés par la Vie de saint Honorât. 
En voici les premiers et les derniers vers : 

Cell que vole romanzar la vida sant Alban, 
Els termes del compot vole tornar en vers plan, 
E del rey Karle pia3'S sa mort en la canzon, 
E los verses del lays fes de la Passion, 
De novell fay sermon d'un glorios cors sant 
Que fom neps de Marsili e del rev Aygolant. 
Li vida si trobet en un temple jadis; 
De Roma l'aportet uns moynes de Leris ; 
De lay si trays li gesta d'un'antiga scriptura, 
Ren non i trobares mas de veritat pura. 

Fin (fol. 105 v°) : 

Mas qui lo nom vol entervar Zo sabien ben tut siev vesin. 

De cell que la vole romanzar, Frayres fom humils et enclins 

Els miracles compli, Dieu laut, Del sant monestier de Lerins. 

Hom l'apellet Raymon Faraut, Fer que prec per l'Omnipotent 

Prior en la vall d'Esteron, Que per enveja nu5'lla gent 

C'a la Roca tenc sa mayson, Non mi corrompa mos belz diz 

Etz a l'Oliva près d'aqui ; C'am tan gran trebayll ay escritz. 



souvenir. Quant au ms. des A un'l s cassadors, on ne sait ce qu'il est devenu. 
Il n'avait certainement rien de commun avec lems.Libri 108 (volé à Tours), 
qui est maintenant à la Bibliothèque nationale (Nouv. acq. fr. 4506). 

I. Cette reliure est mentionnée dans le Catalogue des mss. Cambis(p. 543). 
M. de Cambis ajoute: « Il contient 125 feuillets, faisant 250 pages. » Ce 
chiffre n'a pas grande valeur car nous ne savons pas si on a tenu compte des 
feuillets de garde non compris dans l'ancienne pagination. Actuellement l'état 
du volume est celui-ci : i" cinq feuillets cotés A-E, le premier blanc, le 
second contenant des armoiries grossièrement peintes au xv!!!*" siècle, avec ce 
titre : La vida de sant Honorât et deh los (sic) sauts de Visla de Lerins ; ces deux 
feuillets ont été ajoutés au xvine siècle ; les trois suivants, qui sont le véri- 
table commencement, contiennent la table en latin des chapitres de la vie de 
saint Honorât ; 2° la Vie de saint Honorât, foliotée anciennement; à cv, mais 
où manquent quatre feuillets (c'est-à-dire deux feuillets doubles) entre les 
ff. 98 et 105, cette lacune correspondant aux pages 195 à 202 de l'édition 
Sardou ; 3° l'Évangile de l'enfance, seize ff. jadis non foliotés, qui, depuis 
'entrée du manuscrit à la Bibliothèque, ont été numérotés 106 à 121. 



l'évangile de l'enfance en provençal 



341 



Si neguns o vay assajant, 
Mon romanz c l'obra cornant 
A la benastruga reyna 
Donna Maria c'a beutat fina 
(De Jherusalem a corona 
E de Secilia la bona), 
Que mi defenda nions sermons. 
Far o deu per totas rasons, 
Car es de l'auta manenlia, 
Fylla del noble rey d'Ongria, 
Etz ama sancta Gleysa ', 
Parenta de nostre cors sant, 
Del lygnage de Costanti 
Don le veravscors sanz eysi. 



E d'aquella gesta valent. 
De la vida li faz présent, 
C'ay complit per lo sieu plaser, 
E la cornant en son poder, 
Sil plaz, am gran humilitat. 
E prec Dieu per sa gran bontat 
E sant Honorât de Leris 
Quel don los gauz de paradis, 

Totz temps ^ 
Mas ben vueyll que sapchan las genz 
Qu'en l'an de Dieu mil e tresenz 
Compli le prior son romanz 
Al honor de Dieu e dels sanz. 
Amen. 



L'Évangile de l'Enflince, qui commence au fol. 106, est écrit 
à deux colonnes, chaque colonne contenant 36 ou 37 vers. 
Dans son état actuel le poème compte environ 2300 vers, mais un 
feuillet double (288 à 296 vers) a été enlevé entre les ft'. 115 et 
116. 

La version de l'Évangile de l'Enfonce qui fait suite à la Vie 
de saint Honorât est attribuée par le Catalogue Cambis à Rai- 
mon Féraut. Cette attribution n'a pas d'autre fondement que 
la présence dans le même volume de la Vie de saint Honorât, 
ce qui revient à dire qu'elle n'est pas fondée. 

Je transcrirai les 300 premiers vers environ, puis quelques 
courts morceaux pris en divers endroits. Dans ces extraits se 
trouvent beaucoup de vers cités par Raynouard dans le Lexique 
roman. Ils seront indiqués par les n°' placés entre parenthèses à la 
droite du texte, ces n"' étant ceux que M. E. Suchier a assi- 
gnés aux vers du ms. Raynouard dans le mémoire rappelé plus 
haut. 



Uns ries homsac nom Joachim, 
(foioô) 
Fom mot leal e sens tôt crim 
En Israhel en aquell temps, 
4 Etz ac motas fedas ensemps ; 



Pastres era e las gardava 
Am motz autres c'am si menava^ 
Mercenaris e logatiers, (32) 
8 Et aquo fom totz sons mesiiers 

(0 



1. Suppl. '((>;/. 

2. Ms. toti tp.Dans le ms. suivi par Sardou, les mots tol!^ temps sont écrits 
après le dernier vers du poème, avant amen. 



3-12 



p. MEYER 



De sas fedas a pastorgar (2) 
E de Dieu servir e iionrar ; 
Et era de la trip de Juda (3) 

12 E fetz li Dieu mot gran ajuda, 
Que de tôt zo c'aver podia, 
De tôt l'aver de sa bayllia, (4) 
De la gausida e del fruch (5) 

16 Fasia très pnrz, e, per conduch, 

(6) 
Dava l'una a orfes enfanz, 
A vedoas, qu'era obs granz, 
L'autra als paures d'esperit 
20 due avian lo segle giquit ; 
L'autra retenia a sons ops ; 
Etz ades crevssia plus sons trops 

(7) 
Plus c'a deguns de sons vesins, 

(8) 
24 Car fom aixi ves Dieu enclins. 
Et aizo comenzet de grat 
Lo quinzen an de sa état. (9) 
E cant fom d'état de vint anz, 
28 Près moyiler, o petit enanz, 
Anna la fylla d'Isacar 
Que amet Dieu ell tengue car, 
Que fom de la trip de David (11) 
32 E del lignage, zo m'es vis. 

Et esteron trenta anz complitz ( i o) 
Ensems Anna e sons maritz 



Que non agron fylla ni fyll, 

36 E tengron so a gran peryll 

Car Dieus non lur donet enfant (/') 
De que avian desirier grant. 
Peropregavan, sens mejan, 

40 La nuech el jorn e l'endenian, 
Dieu de bon cor a meravylla 
Que lur dones o fyll o fylla 
Que fos obedicnz a Dieu 

44 E après elz agues lur fieu. 
Etz era adonx acostumat 
En las granz festas per vertat 
Que li escrivan fasian l'uffici 

48 E li preyre lo sacrifici ; 

E venc festa c'an gauch pleniei" 
Vol cascun ausir lo mestier ; 
E car lo fom de bon eysemple, 

52 E Joachim annet al temple 
E près de son just e del sieu 
Un'ufïerta qu'el des a Dieu, 
E venc estar antrels doctors (12) 

56 E antrels escri vans majors, (15) 
De fin cor, plen d'umilitat ; 
E tenc son don appareyllat 
Per ufrir, cant uns escrivans, 

60 Ruben, del Temple mot certans, 
Dix : K Joachim., vos non deves 
« Dels preyres estar tant de près î 
« Car non vos a besenit Dieus 



II Raynouard, Lex. rom., V, 426, del trip, et telle est aussi la première 
leçon du ms., mais il y a un petit a ajouté au-dessus de la ligne, après del ; 
plus loin (v. 31) nous avons de la trip. — 19-20 Le traducteur a introduit 
ici, par un singulier anachronisme, les pauperes spiritu ; le texte ne donnait 
aucun prétexte à cette interprétation : « unam partem dabat orphanis, viduis 
et peregrinisatque pauperibus, alteram vero partem dabat colentibus Deum.» 
- - 30 Corr. tenguet, ou e lo tenc ? — 44 Ceci est une idée du moyen âge. 
Il y a tout autre chose dans le latin : « Voverant tantum (/.tamen), si Deus 
daret eis sobolem, eam se Templi servitio mancipaturos » (éd. Tischendorf, 
var.). Toutefois l'idéeexprimée dans le latin reparaît plus loin. — 45 Ici com- 
mence le ch. II du latin. Les vers 45-50 contiennent un petit développement 
propre au traducteur. — 55 Je ne puis lire autre chose que inst ou vist (la 
dernière lettre est en partie effacée). Le latin {vmnera parans ou portans) 
n'est d'aucun secours. 



L EVANGILE DE L EX 

64 H Dcvcs plus lueyngn estar dels 
(siens- 
« Non aguest fruc de vostre cors, 
<i Pcrquc dcves estar del'ors. » 
E cant Joachim entendct 

68 De Ruben c'ayssi lo blasmet, 
Foni de vergovnna esbaït 
Etz eyssi del temple marnt 
E tôt plen de confusion; (14) 

72 E non tenc pas ves sa mayson, 

Anz tenc a lasfedastot drech, (r) 

Et aqui estet mot estrcch, 

Luavngn en un puev, complitz 

[cinc mes, 

76 Que anc message non trames 
Ad Anna sa moyller gentil, 
Fina e casta e humil, 
Qu'estava en gran consirier 

80 Car non en avia mcssagier 
Ni novellas de son baron; 
E joyn las mans sus ves lo tron, 
E diz a Dieu : « Sevgner leals 

84 « Que sostenes los bons els mais, 

« Pos non volguist qu'ieu agues 

[fruch, 

« Per que m'as tout mon refuclr 

(15) 
<' Mon marit qu'era mon conort, 

(16) 
88 « Que non say si es viu o mort ? 
« Que m'es trop gran desaven- 
[tura • 
« Que s'ieu li agues fach sepul- 
[tura 
« O l'agues honrat e servit, 
92 « Non n'auria tant mon cor 
[marrit, 
« Lassa! ni tant gran de^conort. » 
Et adonx ill ploret mot fort 
Etz estet en oracion 



FAXCR E\ PROVENÇAL 343 

96 Inz el vergier de sa mayson ; 
Et esgardet sus un laurier 
E vi un trop gran e sobrier 
De passeras ab aucellons, 
100 E dix : « Dieus, payre poderos, 
« C'a totas creaturas diest 
« Filz o fillas, e mi layssiest (17) 
« Tota soleta d'aquell don, (18) 
104 « E ay dolcant suy a mayson, 
« E vey quels peys els aucellons 
« E las serpentz e los dragons 
(( E las bestias pauc[a]s e granz 
108 « S'alegran sobre lurs enfanz, 
<< Etz hieu, lassa, mesquina, 

[non. (cl) 
« E tu sabes que vertat fon 
« Qu'en aquell temps qu'ieu 
[marit pris 
[12 « Vodiey a tu e ti promis 
« Que, s'ieu avia fylla o fvll, 
« Que,can tost poyria sens peryll, 
« L'annes ufrir al temple tieu. » 
116 Am tant et un angell de Dieu 
Li apparec cuv Dieu trames, 
E dix li : « Anna, non doptes, 
« Qu'enfant aures merav\ llos 
1 20 « Qu'er dat al pobol et a vos 
« En totz segles tro a la fî. » 
Cant ac zo dich, Anna nol vi 
Ni saup on l'angell s'es tengutz ; 
1 24 E, car a vistas las vertutz 
E la sancta paraula ausida, 
Estet de paor esbayda , 
E intret s'en e met s'el liech 
128 On non ac ga\re de deliecli, 
Anz fom cays morta e lassada 
Car era aguda trebayllada; 
Et est [et] hy tro lo matin 
1 52 Que sonet sa serventa assi, 
E dix li : (c Pauc m'as visitada 



86 Ce vers est trop court On pourrait corriger lout en loli^iit. 



344 



p. MEYER 



« En mon trebavll ni conortada. 
« Sensmarit, sens fylla e sens fyl» 

136 « Auray estât en gran pcrvll 

« Que non m'as vista ni ausida, 
n Que sabiasqu'era tant marrida. » 
La serventa li rcspont lieu : (19) 

1 40 « Si as trebayll en que en suy hieu ? 
« Si Dieu ti vole claure ton ventre 
« Iray t'ieu ades deseguentre ? 
« Si ton marit vole Dieus luyngnar 

144 « leu non t'en puesc pas aire far, 

« Ni si non pos aver enfant ; 

(f. 107) 

« leu non n'ay tort petit ni grant. » 

Cant Anna auz aixi parllar 

148 La serventa, près a plorar 

Tant greument c'a pauc non 
[esteys. 
Adoncs, en aquell temps meteys 
Et en l'oraque aquo fon, 

1 5 2 Fom Joachim e siey garzon 

Am sas fedas que pastorgava (icj 
En la montaygna on estava, (2 1 ) 
Et entre dos pueys autz e belz 

1 56 Li apparec uns jovencelz, 

E dix : « Joachim, com non vas 

« A ta moyller a ton hostals 

« Estar am luy si com far deus ? » 

160 E Joachim aqui meteus 

Respondet : « Com la tornaray ? 
« Vint anz e plus aguda l'av 
« Que fylla ni fyll non en ac. 

164 « Posc'ayssi fom ni a Dieus plac 
« Iray la mi far escarnir ? 
« Pris donc moyller per luv servir 
« Ni pur per deHchar mon cors ? 



16S « Non, per vertat, anz fom mos 

[vols 
« Totas vez qu'ieu la connegues 
(f Per zo que enfant en agues 
« Que servis Dieu totas sasons. 

172 « Aytal fom ma cntencions. 
« E car non l'ac fuy reproat 
« E vilmens del temple gitat. 
« Per que la mi mandas tornar 

176 « Per far m'en autra vez gitar ? 
« Aici volray mon temps complir 
« Aytant con Dieus voira sufrir, 
« Qu'ieu va mon aver menant (22) 

180 « Per las montaygnas pastorgant, 

(23) 
(' E trametray per mons servenz (b) 
« Las doas parz a las pauras gens 
« Tôt en ayxi con lur donava 

184 « En mon hostal cant la estava. » 
E cant Joachim ac parlât, 
Le jovencelz a comenzat : 
« Joachim, angel de Dieu suy 

188 « Que ades apparie e fuy 
« Ad Anna ta levai moyller 
« Que menava gran dol e fer. 
« Conortiey la e tu conort 

192 « Que ajas gran gaueh e confort, 
« Car ill concebra una f\-lla 
« De tu, que er gran meravylla. 
« Aquill sera Temples de Dieu, 

196 « Et ell sant cors besenet sieu 
« S'aombrara sant Esperit 
« Que es del mont eapdell e guit, 
« Et er per aquesta rason 

200 ' Mayre de bénédiction, (24) 
« E sera plus benaûrada 



151 Ici commence le ch. m du latin. — 166-172 Ces vers développent 
une idée qui n'est pas exprimée dans le latin ; per luy servir, au v. 166, est 
obscur. — 179 Vers trop court ; on serait tenté de corriger va[gii], au subj. 
en fitisant dépendre ce vers du précédent. 



l'évangile de l'enfance en provençal 



!45 



« Qiie fenicna que Ininc l'os nada 
n Enant clla ni sia jamays. 

204 « E pos t'en deyssendre huey mays 
« D'esta montaygna ani tas genz, 
« E trobaras ta moyller prenz. » 
E cant Joachim entcndct 

208 Qu'enaangcls, el l'asoret 

E dix : « Besenvs io sers tieu 
« E vav al tabernacle micii, 
« E plasa ti ab mi manjar 

212 « De zo cjiie Dieusnos voira dar. » 
E Tangcl dix : « Ben as fayllit 



« Si non saupcs la voluntat 
232 « De Dieu que za m'a enviât. 
Etz am tant fez son sacrifici 
Joachim ben e sens tôt vici. 
Del fum dcl sacrifici eyssi 
236 Tant bon odor c'om non senti 
Aytal de rosa ni de lis, 
Anz semblet Hors de paradis, 
E am l'odor plus douz de mell 
240 L'angel s'en es pujat en cel. 
E cant Joachim esgardet 
Que l'angel el fum s'en puget, 
Casec e fom totz esbaïtz, (29) 



« Car mon sers t'apellas aicit, 

« Car de Dieu em conserf amduy 244 E jac si tôt estaborditz (30) 

216 « E non deus adorar mas luy; D'ora nona entro al ser, 

« E ma vianda es aytals (c) Que non si moc nin'ac poder, (31) 

« Non la pot veser homs mortals, Tant fom confus de gran paor, 

(25) 248 Entro quevengron siey pastor 
« E per ayzo non deus pregar Que lo leveron mantenent ; 

220 « Qu'ieu déjà el tabernacle intrar. Etz ell lur conta gentament 

(26) Zo que l'angel li a retrach. 
« Zo que volias que manges hyeu 252 E cant agron ausit lo fach, 

« Uffreras holocausta Dieu. » Dixeron li fezes breument (d) 

E Joachim près un aynnell (27) Del angel son comandament, 

224 Sens taca, que ac blanca pell, (28) E que ves sa moyller tangues 

l:dix al angel : « Hieu non aus 256 Enanz que pieys l'en devengues. 

« Uffrir a Dieu nuyll holocaustz, E cant Joachim si penset 



« Si tu no m'en davas poder, 
228 « Qu'ieu cre que l'as de Dieu per 

[ver. )) 
E H'angell li respont en pas : 
(' Non t'en amonestera pas 



Etz inz en son cor disputet (34) 
Si fara zo que l'angel diz, (35) 
260 De mantenent fom adormiz, 
E a}tan tost con s'adorrrù 
L'angel meteys venc c dix li : 



210 « Sede modicum in tabernaculo meo. » — 222 On attendrait plutôt 
uffrirns. — 244 C'est d'après ce seul exemple que Raynouard (III, 198, 
sous est.\boïk) cite ce mot. L'abbé de Sauvages dans son Dictionnaire 
htui^ueilocien français, qui représente le langage d'Alais, enregistre esta- 
BOUKDI, « étonné, pétrifié. » Il indique comme variante estahoiirni, qui 
existe aussi dans le Var (voir le Dict, prov. de Garcin, sous estabournit), 
et qui se rencontre aussi dans le fragment de Y Enfance que j'ai publié dans le 
Bull, de la Soc. des anc. textes, 1875, p. 79. — ^259 Ms. Rayn. Jeira. — 
265-6 Rime bien imparfaite. 



34^ P- MEYER 

« Joachim. hj-cu ti suy trames Et aitant tost ell apellet 

264 « Que ti gart de mal tota vez ; Totzsonsservenzesonsgarzons, 

« E vay segur a ta moyller, 280 Sons mercenaris e pastors, 
« Car lo t'o manda Dieu del cel, E contet lur en veritat 

« Car totas las oracions Zo que l'angel li a révélât. 

268 « E las almornas per sasons (36) Els pastors en lauseron Dieu, 

« Que tu e ta moyller fesist, (57) 284 E dison : « Hanc plus fer Jusieu 

« Depueys que per movllcr « Non vim de tu,carmenspresiest 

[Faguist, (38) « L'angel de Dieu e nol cresiest. 

« E que diest del sieu e del tieu, « Leva sus etz annem nos en (40) 

272 « Tôt es récitât davant Dieu; 288 « Tôt suau, nostreaver payssen.» 
« Per que t'a donat enfant tal (41) 

« Cane non donet a hom carnal, Amtantjoachim leva sus (/. 108) 

« Ni a propheta ni a sant E venc per las montaynas jus 

276 « Non donet anc aytal enfant. » Trenta jornadas, tro qu'el fon 

Ab tant Joachim s'esveyllet, (39) 292 Aprobencat de sa mayson. (42) 

Je vais maintenant transcrire le passage qui correspond au 
fragment trouvé à Conegliano et publié par MM. Crescini et 
A. Rios '. Je continue à placer à droite les numéros des vers 
cités par Raynouard et mis en ordre par M. E. Suchier, mais 
j'ajoute à gauche, entre [], la numérotation du fragment de Cone- 
gliano. Je marque d'un astérisque les vers qui manquent dans 
le fragment. MM. Crescini et Rios ayant eu soin d'imprimer 
le texte de Turin en regard du fragment, nous avons ici la 
possibilité de comparer trois copies : Conegliano, Turin, Paris. 
Il apparaîtra avec évidence que les deux premières de ces copies 
forment une famille bien distincte de celle que représente le ms. 
de Paris. Je ne cite le ms. de Turin (T) que lorsqu'il diffère 
de ms. de Conegliano (C). 

Le morceau qui suit commence (fol. 112 ^) avec le discours 
que la Vierge, soupçonnée d'avoir enfreint le vœu de chasteté, 
adresse au peuple pour sa défense {Psendo-Matthœi cvangelium, 
chap. XII, in fine). 



279 c, ms. en. — 284-6. Il y a simplement dans le texte : « Vide ne ultra 
angeli dicta contemnas. » 

I. Cf. ci-dessus, p. 357, note 2. 



l'évangile de l'enfance 

« Cant vinc al temple, et enaniz 

M Que non avia coniplitz très 

[anz, 

« H av la li mot ben gardada 
[4| M AniTajuda qu'ell m'a donada, 
Si con a ell e a mi tays, 
« E la gardaray totz temps 
[mays. 

« Ane peccat non dix nil suffri, 
[8] « Ni lo fiz ni lo consenti. 

« Vos autres pensas c'aja fach 
« Adultcri, qu'es gran forfach, 

(112) 

« E nuirniuyras car suy prenz 
(hieu ; 

[12] « E favz mal, car loesde Dieu. 
« Ar parlaray en descubert : 
« L'angel de Dieu mi dix per 
fcert 
« Que son esperit trametria 

[16) « Dieu en mi e pueys concebria. 
« E fez o e ay conceuput, 
« E zo qu'ell mi dix ay agut. L"°J 
<< E qui en avzo non crevra I3m 

("20] « Ja per fe non si salvara; 

« Qui noncreyrazoque Dieusfa [33) 
« Per nuyll temps salvat non [34J 
[sera. 



[24] 

[28] 

[30J 

[75] 



EN PROVENÇAL 34/ 

« Qui non crczo que Dieus far 

[vol 

« De gran gauch pot venir a dol, 

(/"• 115) 
« E car cric l'angel Gabriel, 
« Auray un fyll del rey del cel. 
« Cel que fez cel, terra e mar 
« De nient pot ben ayço far. 
« Cel que fez los catre elemenz 
« Non pot ben far de verge 

[prenz ? 
« E hieu am luv matin e ser 
« Vueyll totz temps verge rema- 
[ner. » 

Adonx parec un jovencell, 
Que fom mot avinent e bell, 
Denant elz, tôt vestit de blanc, 

(12s) 
E a dich : « Joseph, non fom 

[hanc 

(' Que Maria dixes bausia, 
« Anz a dich vertat tota via. » 
Tôt le pobol que aqui es 
A Maria bayssan los pes, 
E pregan li que lur perdon 
La lur falsa sospicion. 
Totas las genz la adoreron, 



2 C a. pas très — 7 C non fis — 8 C Ni non lo dieys nil — 9 C Doncx con 
crezes qu'ieu a. Cette fon>ic inlerrogative est aussi celle de T. — 13 C Mays p. 
— 15 C Que Sant Esperit ; TQue son esprit me t. — 16 C de que c. ; T et 
en moy s'enombreroit, ce qui représente en provençal et en mi s' enombraria 
(cil s'azombraria). — 18 C Tôt so qu'eu (quem ?) dis es avengut (T Ce que 
me). — 19-20 C E qui non cre qu'en ayci sia | Ja per fe non si salvaria (Je 
inéine T) Les Jeux vers suivants manquent dans C T. — 24 C Auray enfant lo 
rey de c. (de même T). — 29 C Ab luy ensemps, TO lui tos jors. — 30 Les 
six vers qui suivent sont déplacés, comme on le voit par la comparaison avec C et 
avec le latin — 78 C E diys a j. — 51 C E le pobol levet en pes ; T Et li 
pueples se lieve en pies. — 32 C E baysan li ginoylls ensemps; T Baisant H 
et genos et pies. — 33 C E pregueron li que p. — 34 C A Uur mala — 35-9 : 

C Et adueys la le pobols totz T Et oy la le pueple tous 

Dieu lauzant ab son et ab motz Dieu loant a mos et a sons 

Ab mot gran gaug dintz sa mayson A molt grant joie en sa maison 
E diyseron ayso ab son. Et dirent tout une chanson. 



348 



p. MEYER 

[56] 



Al niielz que saupron Dieu lau- 

[sL-ron, 

Am mot gran gauch que an 

[agut; 

H dison ben aperceuput : 

« Beneset sia lo nom de Dieu [60] 

[40] « C'ayssi son dcniostrat li sieu, 

« Car tan ben a manifestât 

("5) 
'< De Maria sa sanctetat (114) [64] 
« A tôt lo pobol d'Israhel. » 
[44] Elauscron lo Dieu decel. 

Cant ac passât un pauc de temps 

[XIII] 

Maria e Joseph ensemps 

Eyssiron de Jherusalem [68] 

[48] E anneron en Bethléem 

E feron lur profession, 

Carcascuns homs en samavson 
(iiS-6) 

E en sa terra professava (117) [72] 
I52] Lo trebut que César donava; 
(118) (/O 

Per que, car Joseph e Maria [74] 

Qu'eran délia daves la via 

E foron de la trip dejuda, 



Qu'es plus auta e plus manten- 
(guda, 
E del alberc e del pavs (120) 
E del lignage de David, (121) 
E David fez aqui son fuec, 
Profes eran en aquel luec ; (119) 
Et aquest premiera fez si 
Desotz préside de Ciri. 
Pero, cant Joseph e Maria 
Annavan per aquela via (122) 
Per on hom vay en Beth- 
(leem (123) 
Per prophessar com dich avem 

(124) 
Maria dix a Joseph : « Ves 
« Zo qu'ieu vey ? non m'o celés 

[ges: 
« Hieu ve\ dos pobols davant mi 
« Que l'un plora e l'autre ri. » 
E Joseph diz de mantenent ; 
« Cavalca e vay sens bestent. 
« Non me vueyllas dire parau- 
[las 
« Que semblon mcnçonjas ni 
[faulas. 
Qui cre en Dieu sera jausentz, 



39 C Bezennet sial n. — 41 C E car el a. — 42 C sa s. — 44 C E tut 1. 
Dieu, T E loerent le roy del. — 45 C Fag aysso passet p. — 46 T Que 
M. e J. — 50 Raynouard (VI, 24) a, par erreur, hiiprimc ce vers comme si 
c'élail le commencement d'un vers et la fin d'un autre ; par suite M. E. Suchier 
lui a donné deux numéros. — 52 C Lo t. c'a. — 54 C Qu'eran de la ves 
Debia, T Estoient de la part Dabie. Je ne vois rien dans le latin qui corres- 
ponde à ce vers. — 60 C Professavan, T s'jn alerent. — 62 C D. lo presidi 
C. ; latin : Hase professio facta est a praeside Syria; Cyrino. — 72 C e ten 
ton jument. — js Les vers 7; à 80 sont plus haut, à la suite du v. jo. Après le 
v. So ou lit dans C (et dans T sauf légères variantes) les quatre vers suivants : 
Un dels pobols qu'era marritz 
Es dels Juzieus car s'es (T qui sont) partitz 
De Dieu e l'autr'es de las gentz 
Qu'es ab Dieu per qu'era gauzentz. 
Les deux derniers de ces vers sont la traduction libre de ces mots du latin 



L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL 



349 



[104] 



Qu'el salvara totas las gcnz 
[8 5] Scgons zo que ell promes ac 

Ad Abraham et a Ysaac. 

El temps es que esperavam, 
[88] Que a la semenza d'Abram 

Sia bénédiction donada 

A tota gent e autrejada. 

Am tant foron apropinquat 
(126) 
[92] De Bethléem a la citât ; (127) 

E Joseph dix que deyssendes [ 108I 
(128) 

Del jument e que l'estaques '■> 

Mas non agron on deyssendes 
[96) Maria ni si repauses, (c) 

May solamenz una balmeta 

On a cor que Maria meta. 

La balma era tant escura (150) 
[100] Totas vez, e am tal sornura, 

(13O 



[112] 



Que lum de jorn non hv avia 

(132) 
Si non un pauc entorn mievdia; 

(133) 
E cant la verge coronada 
Es en la sornura intrada, (134) 
Tant clar fom inz e tôt entorn 

(135) 
Con es lo soleyll a miev jorn. 
" (136) 
Aquella clardat fom de Dieu 
Que allumena lo fyll sieu. 
Aquell lume non hy faylli 
Tant com Maria fom aqui. 
Maria remas e fom près 
Del temps que illi enfantes, 
Et enfantet laïnz son fyll (137) 
Sens dolor e sens tôt pervll. 

(i"38) 

E cant nasquet non fom pas 

[sorn ', (139) 



(ch. xiii) : « Populum enim Jud;eorum flentem vidit, qui recessit a Deo suo, 
et populum gentium gaudentem, quia accessit et prope factus est ad Domi- 
num (t'o//- la variante). Otiant à la leçon de noire vis. Qui cre en Dieu... 
elle est en soi correcte mais elle est visiblement remaniée car elle exprime une tout 
autre idée que le texte latin. — 85 C S. so q. D. p. — 86 C Habraam Jacob 
et Lsac. — 87 C El t. es ja qu'. — 88 C Qu'en la s. d'Abraam. — 89 C Er 
b. — 92 de B. la lur C. — 93-4 C E diys a J. qu'estanques | Son j. e que 
deysendes.— 95 CE n., TE non trova ont se mesist.— 99 C El b.— 101-3 
C n. illuzia | Nuyila vetz neys entorn, T Soleils ne donoit resplendor | Matin 
ne soir ne au mi jor. — 103-4 C E cant li verges .sancta toza (T sainte 
espose) I Intret la balma tenebrosa. — 105 C Tal clardat f. — 106 C Col s. 
lay entorn m. — 107 C Et aquiU c. — 108 C C'alumenava lo f. s. — 109 
C Aquell lums laïntz n. f. — 112 C Del termini que e. — 115 C Cant 
naysia non fom jes sorn, T ne fu pas sort. 

I. 5o;-», obscur, et plus haut, v\^ 100, 104, so/;/Hn7, obscurité. Ravnouard 
(V, 270) ne cite, pour sornura, que les deux ex. de V Évangile de V Enfance ; 
pour sorn il cite, outre VÉv. de VEnf., un ex. de la Vie de saint Honorât et un 
autre tiré d'une cohla de Guillaume de l'Olivier, d'Arles (Bartsch, Denkni., 
p. 48). Au commencement du xvic siècle nous trouvons la locution à la 
sornuro dans le Mystère de saint André (v. 1077), composé et joué dans le 
Briançonnais, avec le sens de « à l'ombre, dans l'obscurité ». L'usage de ces 



350 

[ii6] 



[120] 



[124] 



128I 



P. MEYER 

Quels angels i son tôt cntorn, « Non ausaintrardepaor.(i42) 

(140) « Tant es[sobritra la clardat 
Que, cant fom nat, li sopliquc- [152] « Que son veser es encegat. » 

(ron 00 

E cant Maria l'entendet, 
134] Cays somris e non respondct. 

E Joseph dix : « Non ay ben fach 
( Si t'aduc qui pens de ton fach, 
« Als homsdebonavoluntatz.» « Que t'ajude e ti regart 
E Joseph atrobet Maria « Con fay femna cant ven en partz ? 

Am son enfant que fach avia, « Que non t'agues ops tal meçina 
E dix li : « Hieu t'aduc Zabel, « Que pueys t'en clamessas mesqui- 
« Bona maïstra e fisel, [na, 

« Qu'es defora la balma ancara. « E tu en fas esquerz e ris. 
« Perla c[l)ardat que ça vistara, « Non fas pas ben, zo m'es devis. » 
« Per kl sobricra resplandor Etz ill diz : « Pos que plaç a tu, 

(141) « Venga, mas non m'es ops negun. » 



E con scynor lo adoreron 
E canteron : « Gloria sya 
« En las autesas tota via 
« A Dieu etz en terra la paz 



Il y a une lacune d'un feuillet entre les ff. 115 et 1 16. Le fol. 
115 se termine ainsi (ch. xvi du latin) : 

Aur li ufri le premier reys, (f. 115 </) Aur li ufron com a rey grant, 

L'autre encens aqui meteys, Encens a Dieu sacrificant, 

E le terç mirra preciosa Don ell sacrifiquet en croz 

De gran bontat niera vyllosa : Pueys son cors per resemer nos '. 



116 C E li angel esteron entorn. — 117 C Can (lis. Tan ?) tost f. n. li 
soplegueron.— 118 C Con a lurDieu e l'a., T E con lor seignor le aorerent. 
— 119C E diyseron. — 122 C A cels. — 124 C Ab l'e. qu'enfantât avia. 
_ 127 C — Qu'es fora de la b. — 128. C P. la gran clardat que es ara. — 
1 32 C n'es. — 134. Ici s'arrête le fragment de ConegUano. 

deux mots paraît avoir été limité à la Provence et à la région alpine, d'autant 
plus qu'actuellement soiirn,sour n'est usité que dans la même région ; voir les 
Dictionnaires de Garcin(Draguignan), Honorât, Mistral. C'est sans doute du 
provençal que vient le subst. français sounie, le soir, la brune, dont on a des 
exemples du xvie siècle (Cotgrave, Godefroy). L'étymologie Satunius 
(Remania, V, 184, d. Kôrting, à ce mot) n'a aucune vraisemblance. 

I. L'explication allégorique que renferment les quatre derniers vers, et qui 
est courante depuis saint Irénée (voir la note 213 de Schade, dans son édi- 
tion du Liber de infatitia Maria; et Christi), ne se trouve pas dans le latin. 



L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL , 3 5 I 

Le fol. ii6 commence avec un discours de Jésus qui se lit 
au ch. XXII du latin : 

« E liieu abreujaray ades (/'. ii6) En lo temple s'en van intrar, 

« Las jornadas que seran près, Allonz » non pogron albcrgar, 

« Et en tôt ço que povnaram ' C'apellavan li Egipciayc 

« Trentarz - aixi con annani, Capitoli, li clergue el laie, 

« Compliray hieu sol en un jorn ; On avia tresentz seyxanta s 

« E pueys estarem en sojorn. » E cinq '', a despiech etz [az] amta, 

E non ac pas de tôt complit Idolas, de Dieu e de sanz, 

Zo qu'el disia ni fenit Que foron coûtas per motz anz 

Qu'elz viron d'Egipte los portz, E servidas per los pagans 

Los pratz, las ribieras els ortz ; Qu'en fasian lurs Dieus certans. 

E son s'en meravyllat tut E tantost con Maria intret ^ 

Cant ill viron la gran vertut Am l'enfant ni las esgardet, 

El miracle qu'a demostrat Totas ensemps si soplegueron 

Del viage c'a abreujat. Ves terra e si degoUeron, 

Am tant foron en la contrada (205) Qne hanc nembre ^ non lur remas, 

Près dels molins > qu'es a l'intrada Pes ni testa, camba ni braç, 

D'Egipte, a una ciutat, Cays que dissessan a la gent : 

E son s'en de laïnz intrat; « L'enfant es Dieu e nos nient. » (/') 

E, car non hy son connegu, E adonx fom manifestada 

Non los vole albergar negu, La prophecia e proada 

1 . Poyihiram est le conditionnel formé du pi. q. p. latin. 

2. Corr. Trenta jonii ; latin : « ego viam vobis breviabo, ut quod spatio 
triginta dierum ituri eratis, in hac una die perficiatis » (ch. xxii). 

3. Faute singulière. Doit-on corriger ^rw^i'frwo/w? Latin : « Et gaudentes 
et exultantes devenerunt in finibus Hermopolis, et in quandam civitatem Egypti 
qua; Sotinen dicitur ingressi sunt. » 

4. Je n'ai rencontré jusqu'ici ce mot que dans des textes de la Provence, 
par ex. dans le Livre des privilèges de Manosqtie, p. 49, dans le Roman en vers 
d'Esther (Roinania, XXI, 204, vers 26) où il est en rime. Pour d'autres 
exemples, également fournis par des textes de Provence, voir Chabaneau, 
Revue des langues romanes, VU, 81. Il y a lieu de le rattacher à alhondres 
(Raynouard, II, 66). 

5. Vers trop court. 

6. « Trecenta quinquaginta quinque » dans l'édition de Tischendorf, 
mais le chiffre de 365 est donné par l'édition de Schade. 

7. Ici commence le ch. xxiii du Pseudo-Matthxi evangeliiim . 

8. On a fréquemment, en Provence, nembrar, pour niembrar, mais 
nendne pour mendve n'est pas commun. On trouve cette forme dans la Fie 
de Douceline (164, 2). 



352 p. MEYER 

Que disia de Dieu l'amie Que li vengron denunciar 

De zo que dix el temps antic. Con li dieu an tôt soplegat 
« Dieus qu'es sobre la nivol leu (206) A l'enfant e son degollat. 

« Venra en Egipte en breu, E Frondi[si] feç mot gran est 

« E seran li dieu ds man fach E venc al Capitoli test 

« D'Egipte tut brisât e frach '. E vi sons Dieus totz degollatz, 

E cant aizo fom avengut -% Etz es s'en mot meravillatz 

Li message son tost agut E met se als pcs del enfant 

A Frondisi, prince c bar, E adoret lo soplegant... 

Le morceau qui suit correspond au chap. xxxii du Pseudo- 
Matthiœ evanf^elium. Je le transcris afin qu'on puisse le compa- 
rer avec le second des extraits de la version fragmentaire de 
l'Evangile de l'Enfance que j'ai publiés jadis d'après le ms. 
B.N. fr, 25415 (Bulletin de la Soc. des anc. textes français, 1875 
p. 81) '. On verra que les deux versions ne se ressemblent 
nullement. 

Apres aizo jornz non say cantz E un dels enfanz que era sus 

(f. 119 c\ Casec avall per lo mur jus, 

Jésus jugava am d'enfanz +, Si qu'ell fom mortz de mantenent 

E pujet sus una mayson, L'enfant, vesent de tota gent. 

E li enfant que am luy son ; Li autre enfant fugiron tut 

1 . « Tune adimpletum est quod dictum est per prophetam Isaiam : « Ecce 
Dominus veniet super nubem levem et ingredietur Egyptum, et movebun- 
tur a facie ejus omnia manufacta Egyptiorum [Is. xix, i] ». 

2. Ici commence lech. .kxiv : « Tune, cum Affrodosio duci civitatis illius 
nuntiatuni fuisset, cum universo exercitu suo venit ad templum. Pontifices 
vero templi, ut viderunt quod Affrodosio (/. Affrodisius) cum universo exer- 
citu suo venit ad templum, properare putabant se tantum vindictam videre 
in eis quorum causa dii corruerent {sur cette phrase obscure voir la note de 
Sctmde dans son édition). lUe autem ingressus templum, ut vidit omnia idola 
in faciès suas prostrata jacere, accessit ad beatam Mardam, quœ in sinu suo 
Dominum portabat, et adorans eum ad universum exercitum suum et ad omnes 

.amicos suos dixit : « Nisi hic deus esset deorum nostrorum, dii nostri coram 
eo in faciès suas minime cecidissent neque in ejus conspectu prostrati 
jacerent. » 

3. Il n'est pas possible d'établir la comparaison avec le premier des extraits 
publiés de ce manuscrit, parce que ce premier extrait se rapporte à la fuite en 
Egypte, qui manque dans le ms. de Paris par suite de la perte, signalée plus 
haut, d'un feuillet entre les ff. 115 et 1 16. 

4 Cet emploi de de (a ni d'en/an-) est bien provençal. C'est l'usage actuel. 



l'évangile de l'enfance en provençal 

Al mort 



Pcr la paor que an agut ; 
Jcsu remas soletz aqui 
Tro quels parentz e li vesin 
Vengron, que ausiron [lo] fach, 
E pensan qu'ell o agues fach. 
E foron li moût enemic 
Am fer cor irat etz enic, 
E dixeron : « Aquest l'empeys. '> 
E Jesu dix aqui meteys 



353 

« Av t'icu enpench, 
[Symon » ' ? 
El mort respondet : « Seyner, non; 
« Zorobabell m'a derrocat 
« E vos, seyner, resuscitat ^. » 
E cant viron tut li parent 
Lo miracle si pareixent 
An fort Dieu tut glorificat 
E l'enfant Jhesu adorât. 



Les vers du ms. Raynouard que M. E. Suchier cite sous les 
n°' 255 à 258 se rapportent au chap. xxxviii et xxxix du Pseudo- 
Matthivi cvangcUiim, ou plus exactement, comme M. E. Suchier 
en fait la remarque, aux chap. xii et xiii de VEvangelimn Tho- 
inœ latinum, où les mêmes miracles sont traités en termes diffé- 
rents. 

Je vais donner la tin du ms. de Paris, où on pourra consta- 
ter des rapports avec VEvangcliuiiL TJkniuv. Il est bien probable 
que l'écrivain provençal avait sous les yeux un texte latin com- 
posite, où le Pseudo-Matihœi evangelium avait été complété 
par des emprunts faits aux derniers chapitres de V Evangelium 
Thomx. 



Apres aiço non tarzet gayre 
(/• 121 /.) 
Que una femnadel repavre, 
Ben près d'aqui, avia un fyll 
Que ac estât en greu peryll 
De malautia e fom mortz ; 
E fom mot gran lo desconortz 
E la dolor qu'ill en sentia ; 
E car autre enfant non avia 
Era plus mortal li dolors. 
Et aixi, am planz et am plors, 
La mayre esta sobre l'enfant ; 
E Jhesus es vengut enant, 



E toquet sus lo pietz lo mort, 
(268) 
E dix ; « Femna, ajas conort, 
(269) 
« Que ve ti ton f\'ll revisdat. » 
(270) 
E le mortz s'es en pes levât 
E pueys si gitet a sons pes ; 
E Jesu dix que li nembres 
De luy, e rendet l'a sa mayre. 
Els Jusieus, que lo volian trayre 
De la mayson per sebelir, 
Esteron mot en gran consir 



1. Zeno&sx. le nom de cet enfant dans le latin. 

2. Pour ce vers et les deux précédents il y a simplement, dans le latin : 
« at ille dixit : Non, domine. » 

Romam.,, \XXV 



354 



p. MEYER 



Per lo miracle qu'ill an vist, 
E vengron tut a Jesucrist 
A merce, e que lur perdoii 
Per la inala suspicion 
Qu'elz agron, mas pentitz s en 
[son. 
E Jésus lur a fach perdon, 
E pueys dison : « Celestials (c) 
« Es e fyll de Dieu eternais. 
<■ Sas obras son mot aproadas 
« Car motas armas a salvadas 
« E tornadas de mort a vida, 
« E, cant negus merce li crida, 
<i A li merce el salva lieu. 
« E s'ell non fossa fyil de Dieu 
« Non agra ja tant de vertut. » 
Am tant, e ill son tut vengut 
A Maria e an li dich : 
« Maria, nos trobani escrich (272) 
« C'oms pecavres non fay tais 
[signes (275) 
« Ni miracles ni non n'es dignes 

(274) 
« Com Jesu fav; es ell ton 
[fyll? » 
Et ella respont sens peryll : 
« En mon ventre fom engenrat. » 
Adonx dison : « Benaûrat 
« Es lo ventre don ell eissi 
" E la mayre que l'a noyri, 
« Que tant glorios f[rjuc portet. » 
E am tant Jésus s'en annet 
Am sa mayre en son hostal, 
E, car hanc non fez degun mal, 
Maria gardet en son cors 
Zo qu'ell fez dedinz e defors 
E sons ditz els miracles granz 
Qu'cll fasia entrels enfanz ; 
Qu'ell fay pariar ios mutz per 
[ver 



E als cex rendia lo veser, (275) 
E endreça contratz e tortz (276) 
E soven suscita !os mortz (277) 
Els sana de lur malautia. 
Et aixi con de cors creyssia 
Aixi crexia de bon saber 
E d'onestat e de poder 
E de gracia e d'onor 
E de fama e de lausor, (J) 
Con ver Dieus de tôt poderos, 
Homs e Dieu e rey glorios 
Que viu e régna per totz temps, 
Payre e fyll qu'es tôt ensemps, 
Sant Esperit qu'es tôt un dieus 
De Sarrasins e de Jusieus 
Salvayres e govern espres. 

E nos preguem li tut ades 
Qu'ell nos meta la sus am si 
En sa gloria qu'es sens fi, 
On siam totz temps sens destor- 

[bier 
El gauch de paradis plenier. 
Pero del pobol d'Israël 
Fom un que vi lo rev del cel 
(283) 
En s'enfantesa e i uset ; (284) 
Soven hv bec e hv manget, 
E cant Ios miracles fasia 
Jesu, Thomas Ios escrivia 
Els mes en latin per escrich 
Seo;ons que ay desobre dich ; 
E hieu aquest roman n'ay fach 
E del latin en aysi trach. 
Prec vos totz que Paves ausi, 
Sos plaç, que pregues Dieu per 

[mi, 
L'emperayriç verges Maria 
Qu'es de peccadors capse guia. 
Qu'il ' pregue per nos son car fyl 



I . Ms. Ou'el. 



L EVANGILE DE LENIAXCE EN PROVENÇAL 355 

Que nos garde de tôt peryl Per ço que ncmbiada en sia 

E nos acueylla el sieu règne (271 =) 

Lo quai es precios e digne '. Dizes en tut : Ave Maria ». 

Fiiiito libro sit laits cl gloriii Chrislo. Amen. 

Pour hiciliter la comparaison de cette fin de notre manuscrit 
avec le texte latin que l'écrivain provençal a eu sous les yeux, 
je crois utile de transcrire ici le dernier chapitre de ÏEvange- 
liiiiii Thoiiiiv. On verra que la version est très libre : 

l'est paucos dies infans vicinus ejus defunctusest, et deplorabat eum mater 
ejus valde. Audiens hoc Jésus abiit et stetit super pueruni et pulsavit in pec- 
tore ejus et dixit : «Tibi dico, infans, noli mori sed vive. » Et statim surrexit 
infans. Dixit auieni Jésus ad matrem pueri : « Toile filium tuumet daeis ube- 
ra et recordare mei. » Videntes autem turba; lioc miraculum dixerunt : « In 
veritate infans iste cœlestis est ; jam enim plures animas liberavit a morte et 
salvos fecit omnes sperantes in se. » 

Scr'ihx et Pharisiti dixerunt ad Mariam : i< Tu es mater istius infantis ? » 
Maria autem dixit : « Vere ego sum ? » Et dixerunt ad eam : « Beata es inter 
niulieres, quoniam benedixit Dcus fructum ventris tui, quod talem gloriosum 
infantem et taie donum sapientia; dédit tibi quale nunquam vidimus nec audi- 
vimus. » Surrexit Jésus et secutus est matrem suam. Maria autem servabat 
omnia in corde suo quanta fecit Jésus signa magna in populo, sanando infir- 
mes multos. Jésus antem crescebat statura et sapientia, et omnes qui videbant 
eum glorificabant Deum patrem omnipotentem, qui est benedictus in secula 
seculorum, amen. 

Post hx'c omnia Thomas Israelita scripsi quœ vidi et recordatus sum genti- 
bus et fratribus nostris, et multa alia qu:E fecit Jésus, qui natus est in terris 
Judx. Ecce omnia vidit domus Israël a primo usque ad novissimum, quanta 
signa et mirabilia fecit Jésus in ipsis valde bona et invisibiiia patri suo, quo- 
modo enarrat Scriptura sancta et prophetiv testificati sunt opéra ejus in 
omnibus populis Israël. Et ipse est qui débet judicare mundum secundum 



1 . Corr. (li'i^ne ? ou plutôt renb-denh ? 

2. On voit que, d'après M. Suchier, ce vers devait prendre place dans le ms. 
Raynouard, avant les citations numérotées 272 à 277. Cela paraît assez 
étrange ; cependant, comme M. E. Suchier s'est réglé sur le ms. de Turin, 
comme il affirme que, d'après ce ms., le vers marqué ici 271 est 162592"":, et 
que le vers marqué ici 272 est le 26i4"^e, \\ faut bien croire que, dans le ms. 
de Turin, l'ordre est celui qu'il indique. Mais on aurait besoin de connaître 
la fin du ms. deTurin pour savoir comment ce vers 271 est amené. Malheu- 
reusement il est brûlé. Espérons que M. E. Suchier ne tardera pas à publier 
la copie qu'il en possède. 



356 p. MEYER 

voluntatem immortalitaiis ; quoniam ipse est filius Dei in universo orbe 
terrœ. Ipsum decet omnis gloria et honor in sempiternum, qui vivit et régnât 
Deus per omnia secula seculorum. Amen. 

J'ai quelques observations à prcsentcr sur la versification 
et la langue de ce poème. Il ne s'agit ici que d'un travail pro- 
visoire, qui devra être repris et poussé plus à fond lorsqu'on 
publiera le texte tout entier avec l'aide du ms. de Turin. 

L'auteur se conforme à peu près à l'usage ancien d'après lequel 
la phrase se termine avec le second vers du couplet. Il y a 
quelques exceptions, mais elles sont rares. Notre version de 
VEnfance peut donc être classée, à ce point de vue, avec les 
poèmes faits pour le peuple où le même fait a été observé \ 
C'est surtout dans des compositions plus littéraires que l'on 
rencontre le couplet brisé -. 

Parfois, mais rarement, par ex. fol. 109 r et 115 r^, on trouve 
quatre vers sur la même rime. 

Les rimes sont très simples, sans aucune recherche. Çà et là 
quelques irrégularités : David-vis 3 r-2 ;vas-boslal ' 157-8 ; eors- 
vols 167-8 ; gar:^ons-pastors 279-80 ; tordol as-col omba s fol. 11^ a. 
En Provence, où le poème a été sûrement composé, il n'est 
peut-être pas très correct de faire rimer -cvis -in avec -os -i 
(aucellons-poderos 99-100, inatin-si 13 1-2), mais ces rimes 
seraient correctes partout ailleurs (on prononçait mali) et ne 
doivent pas être considérées, même ici, comme irrégulières. Au 
v. 163 ac, rimant avec plac, est la première personne : la 
forme correcte serait aie ou agiii K 

L'auteur pratique peu l'élision de la finale atone avant un mot 
commençant par une voyelle. On se rendra compte de la propor- 
tion des cas de non élision et d'èlision par le rapprochement 
des deux listes qui suivent. On observera que 1'^ final s'éHde 



1. Voir mon mémoire sur le couplet de deux vers, Romania, XXIII, 50. 

2. Le couplet brisé est un peu plus fréquent dans les parties en vers 
octosyllabiques de la Vie de saint Honorât que dans notre poème. De plus 
R. Feraud commence parfois une phrase au milieu d'un vers, ce que je n'ai 
pas observé dans celui-ci. 

3. Le copiste a écrit hostals. 

4. Il y a encore ac, fe pers., au v. 175, mais là rien n'empêcherait de res- 
tituer «[îjf. 



l'évan'Gile de l'enfance en provençal 357 

surtout quand le mot suivant commence par la même lettre ', 

NON KLisiON 208 OiiYt./ .ingels cl l'asoret. 

S Pastres en/ e las gardava. 217 E ma viandrt es aytals. 

15 de la gausid.ï e del fruch. 245 D'ora noiw entro al ser. 

18 A vcdoas, qu'en? obs granz. 

, ,, . ELISION 

19 L autrrt als paures d espent. 

54 Ensems Annd e sons maritz. 17 Dava l'urw as orfes enfanz. 

69 Fom de vergovniK/ esbaït. 45 Etz era adoncx acostumat. 

78 Fin*» e castfl e huniil. 125 E la sancta paraula ausida. 

79 Qu'estavû en gran cossirier. 130 Car en; aguda trebayllada. 
113 Que s'ieu avia fylla o fyll. 132 Que sonet sa serventa assi. 

129 Anz fom cays mort./ e lassada. 155 Sens marit, sens fylL/ e sens fyll. 

147 Quant Ann./ auz aixi parllar. 220 Qu'ieu déjà el tabernacle intrar. 

204 E pos t'en deyssendrf huey mays. 235 Del fum del sacrifie/ eyssi. 

205 D'esta montaygni/ am tas genz. 236 Tan bon'odor- c'om non senti. 

En général que ne s'élide pas; cependant il est élidé au v. 140: 
Si as îrehayll en que en sny hieu. 

Les rimes donnent aux mauvais écrivains (et ils sont nom- 
breux dans la poésie provençale des bas temps), l'occasion 
d'introduire dans leurs vers une quantité de chevilles. A cet 
égard on ne peut pas dire que notre auteur soit à l'abri de tout 
reproche : ~o m'es vis 32, per vertat 40, mot certaiis 60, sont 
d'incontestables chevilles. Toutefois les pedas et les quays pedas, 
pour emprunter le langage des Leys d'amors, ne sont pas aussi 
habituels chez lui que dans les deux autres versions proven- 
çales de V Enfance et que chez Matfré Ermengau. 

La langue de l'auteur et celle du copiste ne devaient guère 
différer. Cependant il est plus prudent de mettre au compte du 
second tout ce qui est de pure phonétique. Par suite il reste peu à 
dire quant au premier. 

L'auteur opère régulièrement la synérèse de la finale -/a dans 
les imparfaits et les conditionnels. On en trouvera des exemples 



1. Un fait analogue s'observe en ancien français. Dans le Psautier d'Oxford 
nie te s'clident devant un e, mais non devant les autres vovelles : « je w'eslui- 
gnai, tu /'enfuis », mais « m^ oit, te apelerums, te iraistras » (Meister, Die 
Flexion iiii Oxfonler Psalter, Halle, 1877, p. 106). 

2. Peut-être l'écrivain faisait-il odor du masculin. 



3)8 1'. MI-YER 

aux vers lé, 20, 22, 38, 47, 80, 92, 113, 138, etc. Le même 
fait s observe depuis la fin du xiii' siècle dans tous les poèmes 
d'un caractère populaire '. Doas, v. 182, dans le corps du vers, 
ne forme qu'une syllabe, ce qui est contraire à l'usage ancien 
mais d'accord avec l'usage plus récent -. 

Comme la plupart des écrivains du Midi, l'auteur ne se fait 
pas faute d'employer, en vue de la rime, des formes différentes : 
meteys 150, et meteus léo, en rime; ailleurs, également en rime, 
remaner et remanir. — Il réduit au besoin à -es la finale -<?/:( des 
secondes personnes du pluriel : deves-pres, 6 1-2; trames-doptes, 
117-8. 

La forme aicit (ici), v. 214, est attestée par la rime. Elle n'est 
pas relevée dans les dictionnaires ; cependant on en trouve des 
exemples : « iXaysît a sent Johan prochan », dans une lettre 
écrite à Seyne en 15 12 {Annales des Alpes, III, 90). Mistral 
enregistre <'/r//o, eicite. 

On remarque l'extinction du d entre voyelles dans les parti- 
cipes féminins pentia (fol. 114 h), compila (fol. 114 J) en rime 
avec cresla, prophecia. 

L'examen des rimes prouve que les règles de la déclinaison 
étaient encore assez généralement observées. Les infractions 
sont, le plus ordinairement, dues au copiste; voir vv. 173-4, 
197-9, etc., où la forme du cas régime doit être remplacée 
dans les deux vers, par celle du cas sujet. 

Dans la conjugaison on peut remarquer la forme périphras- 



1. Par ex. dans la Vie de saint Honorât, dans Blandiu de ConiouaiUes, 
dans les deux autres versions de l'Évangile de l'Enfance (plus ou moins régu- 
lièrement), etc. Il y en a des exemples bien plus anciennement, par exemple 
dans la Croisade albigeoise (2.'^ partie), mais ils n'apparaissent que dans les 
imparfaits et non d'une façon constante {avia, aviam, 5237, 3456, de deux 
syllabes, et aviau, de trois, 3192) : jamais danb le subj. sia ni dans les condi- 
tionnels. A la fin du xiiF siècle encore, chez Matfré Ermengaut, l'usage est 
assez flottant (voir Zeitschr. f. rom. Phil., VII, 396). Les auteurs des Leys 
d'amors ont tenté de réagir contre la prononciation vulgaire qui opérait la 
synérèse (I, 46, 48 ; III, 146). Arnaut Vidal de Castelnaudari, qui est de leur 
école, est hésitant en ce qui concerne les imparfaits, mais dans les condition- 
nels, il fait toujours ia de deux syllabes ; voir mon édition de Guillaume de la 
Barre, p. lix. 

2. De même dans Guillaume de la Barre ; voir l'édition, p. Ixj. 



L EVANGILE DE L ENFANCE EN PROVENÇAL 3)9 

tique era nguda (v. 130) dans le sens du plus-que-parfait d'esser, 
cf. son agiit, p. 352. On sait qu'elle est fréquente en provençal 
dans les textes du xir' au xvi^ siècle, et surtout en Provence '. 
Actuellement cette locution n'est plus guère en usage -. 

Par contre l'usage de l'auxiliaire anar joint à un infinitif, si 
fréquent dans tout le Midi chez les écrivains médiocres ', ne 
s'observe pas dans notre poème. 

Voici maintenant quelques observations sur la graphie du 
copiste. La terminaison -a nt des troisièmes personnes du pluriel 
est conservée régulièrement, conformément aux lois de la pho- 
nétique : alegran 108, pregavtin 39, avian, 20, fasian 47, etc. On 
ne rencontre pas d'exemple de la finale on substituée à an. 
C'est, comme je l'ai montré autrefois ^, un trait du langage de 

1. Le plus ancien exemple connu paraît être le premier vers de la pièce de 
Raimon d'Avignon, Sirreiis siti «i'm/^ et arlot:;^, publiée par Bartsch dans sa 
Chrcstoniathie provençale ; l'exemple de Gavaudan, Cilli queron ja de pret:^ 
avuti iyoxx Romania, XXXIV, 505), cité par Raynouard, Lex. roni., II, 137, 
présente un sens fort différent. La même forme s'observe chez Bertran 
Carbonel de Marseille (son ui'iit~ bon e cartes, Bartsch, Denkm., 14, 19), dans 
la Vie de saint Honorât, dans Sainte Agnes (voir la note de Bartsch sur le v. 
815), dans le poème sur la mort (1543) de Robert, roi de Naples (Bartsch, 
Denkm., 55, 27), dans un sermon du xv^ siècle qui paraît bien avoir été com- 
posé en Provence (Bulletin de la Soc. des anc. textes fr., 1883, p. 63). On la 
trouve aussi dans des documents qui n'ont rien de littéraire : à Manosque, dès 
la fin du xui": siècle, voir Chabaneau, dans le Livre des privilèges de 
Manosque, p. Ixxxiij ; à Seyne dans un compte de 141 1 (art. 234, Romania, 
XXVII, 381); à Digne, en 1442 (ihid., 405) ; à Forcalquier en 1478 (ibid., 
427). On sait que cette forme a été relevée dans le nord de Tltalie; voir 
A. Mussafia, Beitràge :^ur Geschichte der rouianischen Sprachen, dans les comptes 
rendus de l'.^cadémie de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, 1862, 
t. XXXV, p. 546 et suiv. On la trouve aussi en catalan et en français de l'Est 
TMussafia, da.ns Jahrh. /. roni. u. engl. Lit., V, 248), mais c'est en Provence 
qu'elle a été le plus répandue. 

2. Elle existe encore à Fours, canton de Barcelonnette et au sud de cette 
ville. Voir F. Arnaud et G. Morin, Le langage de la vallée de Barcelonnette, 
p. 292. Les cartes 521 et 522 de VAtlas linguistique de MM. Gilliéron et 
Edmont l'indiquent en deux endroits des Alpes-Maritimes. 

5. Voir mon édition de Guillaume de la Barre, p. Ixvj, et Romania, XVIII, 
427. 

4. Romania, IX, 201-2, où l'on trouve des exemples empruntés à des docu- 
ments des Bouches-du-Rhône. 



360 p. MEYER 

la Provence, spécialement des Bouches-du- Rhône, du Var, des 
Basses-Alpes; toutefois, il taut distinguer non seulement les 
régions mais aussi les époques '. Il est bien à croire qu'ici 
l'usage du copiste était aussi celui de l'auteur. 

/ double se rencontre fréquemment, 1° entre deux voyelles, 
surtout après f : navellas, 81, aucellons 105, ella 203, appellat 
278; 2° à la fin des mots : aquell 3, 103, angell 116, 123, ell, 
i^6,aynnell 123, pell 222, mell 239, capdell i^S,avall,p. 352; 
3° après ;■ : parllar 147 ". 

/ mouillée est presque toujours notée par yll et aussi par ill, ce 
qui n'est pas sans inconvénient là où l'y oui'/' compte aussi comme 
voyelle ' , dans fylla, fyll 35,113, 135, peryll 36, 114, meravyllos 
119, meravylla 194. Je suppose que dans ///, aqiiill, pronoms 
féminins, 94, 193, il y a aussi / mouillée +. Autres exemples : 
bayJlia 14, irebayllada 130, trebayU 134, 140, appareyllat 58, 
nioylkr 28, 77, -158, 166, esveyllet i-j-j. La graphie nuyll, 226, 
indique sûrement la mouillure. 

De même n mouillée est représentée par yn : ioyn 82, ttwn- 
tayuas 290 ; par ynn : vergoxnna 69, aynncl 223 ; par yngn, ygn : 
luayngn 75, luYm^nar 143, montayojias 180, vwntaygna 205. 
Comme on voit, le copiste ne fait aucun usage des combinaisons 
//;, nh, qui cependant se rencontrent très fréquemment en Pro- 
vence. 

Vu instable se maintient régulièrement, comme du reste par- 
tout en Provence K 

Le ç est un signe assez rarement employé dans le Midi de la 
France, tandis qu'il est très fréquent, dès le moyen âge, dans 
les mss. du nord de l'Italie. Ici nous le trouvons comme cor- 



1 . A Seyne, dans le nord des B. -Alpes, on a -an, -on, et, là ou un / précède, 
-en (avien) ; voir Romania, XXVII, 560. A Digne -an paraît se conserver 
assez régulièrement (//'/(/., 390 et suiv.). De même à Forcalquier (ih'uL, 426 
et suiv.) et à Castellane (//'/(/. 435 et suiv.). 

2. On trouve de même, dans le ms. d'après lequel a été publiée la Vie de 
saint Honorât, Arlle, gerJlet, etc. 

5. Nous avons le même inconvénient en français, dans bille, fille, x'iiJle, 
qui s'écrivent comme l'ille. D'où l'erreur qui a produit la prononciation 
d^aiigiiille, camoniille (/ mouillée), au lieu d'ans^tiile, cauiomile. 

4. Cf. fi}~,fillas, 102. 

5. Voir Romania. XVIII, 437. 



l'évangile de l'enfance en provençal 361 

respondant de r latin suivi d'e ou d'/, dans aiço, p. 347 (v. 26), 
ço, p. 351, ça, p. 35o(v. 128), brar, p. y)i,feç (fecit), p. 352, 
dans /)/af (placet). p. 350, dans<'m/)^m/nV, p. 354, dans ;mv/'W, 
p. 350.11 répond à -ti- entre une consonne et une voyelle dans 
endreça, p. 354, metiçonjas, p. 348 (v. 74), inençonega (fol. 118 
c), terç, p. 350. Je l'ai rencontre aussi à la place d's initiale, 
dans cas (fol. 117 r). 

Comme exemple de métathèse on peut citer bcsenit, pour 
hencsit, 63, 209. C'est la forme habituelle dans la Vie de sainte 
Douceline '. On trouve aussi besenet (fol. 114 c?) en rime. La 
métathèse est fréquente en Provence. On pourrait, avec les 
textes de cette région, faire un long supplément au mémoire 
de M. Behrens sur la métathèse dans les langues romanes -. 

Il v a quelques anciens paroxytons devenus paroxytons : 
ainsi dans le vers ^«c sia tnençonega ni fauln (fol. 118 r), men- 
çonega compte pour quatre syllabes; on trouve aussi metiçonjas 
(p. 348) '. Citons encore cannebe : O cannebe Un Jan (fol. 
1 10 d), où les trois syllabes de cannebe con\^\.QV\t. 

De tous ces faits il résulte que le copiste appartenait à la 
Provence méridionale, et probablement aussi l'auteur, sans qu'il 
soit possible de préciser davantage. 

Ce poème renferme un assez bon nombre de mots rares ou 
même uniques, que le Lexique roman n'a pas tous enregistrés, 
je citerai : 

Capus : E Joseph Jct;, qiiera capus (fol. 120/'), l'anc fr. cbapuis.M. E. Levy 
en cite deux exemples moins anciens et empruntés à un texte dauphinois où 
on s'attendrait à trouver chapiis. 

Coca : £ cant en vole trar la man drecha \ E ilU Vague tota sécha ; | No la 
senti plus c'una coca j Ni la poc portai- a la hoca (fol. 114 a). Est-ce le ir. 
coque, coquille? L'o est fermé. 

Gest -.e tut siey dich etiil siey gesl \ Foroii tan jnst e tant honest (fol. 108 r). 
Les deux exemples recueillis par M. Levy sont moins anciens. 

.Malencavs. Ce mot est enregistré dans le Lex. roui., IV, 180, avec le sens 

1. Voir l'édition de l'abbé Albanès, p. Ixxxix. 

2. M. Behrens (p. 66 et suiv.) a surtout recueilli ses exemples dans l'état 
moderne de la langue. 

V Mensonega se rencontre fréquemment dans les textes proprement pro- 
vençaux. On peut en rapprocher monegue, moine qui est peut-être encore 
proparoxyton dans la vie de saint Honorât (pp. 153, 140), mais cependant y 
compte pour trois syllabes. 



362 p. MEYER 

de « liaine ». M. E. Levy (Siippl. IVorl., V, 59) le considère comme sus- 
pect et propose une correction qui doit être rejetée, parce qu'il y a dans le 
poème un second exemple que le Lex. rom. n'a pas relevé : E iiit\ : Kon los 
blitstews huevtnays \ Quati Jusien aniuul encays (fol. 1 18 a). La traduction n'est 
pas très exacte (voir le ch. xxix du Pseudo-Matlb. evaugeli 11 m), miùs le sens 
est visiblement le même que dans l'autre exemple. 

MoR.\ : E/omjtistalafout, qu'empli \ Sa ii!ora,e range! dix /i(fol. iioJ). 
Latin (ch. ix) : « Dum Maria juxta fontcm staret ut urccolum impleret. » 
Probablement le même que moia, récipient (Du Cange, mola 6 ; A. Vidal, 
Comptes consulaires d'Albi, au glossaire, et Mistral, moulo). On pourrait lire 
aussi s'amora, cf. E. Levy sous ce mot, et pour l'origine, Thomas, dans 
Remania, XXIX, 165. 

L'intérêt que présente ce texte est surtout linguistique. Envi- 
sagé au point de vue littéraire, sa valeur est minime. C'est 
une œuvre médiocre dans un 2:enre secondaire. 



Actuellement, je vais m'attacher à résoudre la question que 
j'ai jusqu'ici supposée résolue, celle de savoir si notre manu- 
scrit est bien celui qui a été utilisé dans le Lexique roman de 
Raynouard. A première vue, l'identité n'est pas évidente. 
D'abord aucun signe extérieur n'indique que ce livre ait été 
entre les mains de l'auteur du Lexique, et on sait que Ray- 
nouard avait assez l'habitude de laisser des notes de sa main 
dans les manuscrits qui lui appartenaient ou même qui lui 
étaient prêtés'. On pourrait aussi objecter qu'un certain 
nombre des vers cités dans le Lexique ne se retrouvent pas dans 
notre manuscrit, mais on verra tout à l'heure qu'il n'y a là 
qu'une apparence, et que cet argument n'a aucune valeur. 
Enfin, il est vrai qu'il y a des différences entre le texte des cita- 
tions et le texte du manuscrit. Examinons d'abord ce dernier 
argument, le seul qui ait quelque valeur. Un examen attentif 
m'a porié à croire que toutes ces variantes apparentes pouvaient 
s'expliquer par la négligence des personnes qui ont fait le 
dépouillement du poème en vue du Lexique roman ^. 



1. Par ex. dans le ms. de Flamenca it\. dans le nis. de la Violette que j'ai 
retrouvé dans une bibliothèque des États-Unis (Remania, XXXIV, 90). 

2. Je dois noter ici en passant qu'il serait injuste de rendre Raynouard 
responsable de toutes les citations faites dans le Lexique reman. Le seul 



l/ÉV.WGILE DE l'hXFANCE EN PROVENÇAL 



363 



Voici les différences qu'on observe dans les dix-huit premiers 
des vers cités par Raynouard : 



M s. DE PARIS. 

8 Et aquo fom totz sons mestiers 

1 1 Et era de la trip de Juda. 

14 De tôt l'aver de sa bayllia 

15 De la gausida e del fruch. 

16 Fasia très parz. . . 

22 Etz adescreyssia plus sons trops. 

25 Plus c'a deguns de sons vesins. 

26 Lo quinzen an de sa elat 
îiQ.ue fom de la trip de David. 

3 5 Et esteroii trenta anz complitz. 

55 E venc estar antrels doctors 

56 E antrels escrivans majors 
71 E tôt plen de confusion. 

86 Per que m'as tout mon refuch 

87 Mon marit qu'era mon conort. 
102 Filz o fillas e mi layssiest 

107 Tota solcta d'aquell don. 



CITATIONS DE RAYNOUARD. 

. . . fon . . . mestriers 
. . .del ' trip. . . 

Pas de différence, 

. . .parts. 

. . . creissia sos. . . 
. . .qu'a. . . sos vezins 
Pas de différence. 
. . . fon . . . 

ans. . . 

entrels. . . 

entrels escrivains. . . 
Pas de différence. 

Pas de différence. 

) Pas de différence, mais Ravnouard ne 
i cite que mi layssiest tota soleta. 



Le lecteur peut poursuivre la comparaison : il ne rencontrera 
que des variantes absolument insignifiantes, dues à des erreurs 
de copie ou d'impression. Maintenant, venons-en aux vers cités 
dans le Lexique roman comme tirés du manuscrit Raynouard, et 
qui ne se retrouvent plusdans notre manuscrit. Ces vers portent, 
dans le classement de M. E. Suchier, les numéros suivants : 66, 



volume de cet ouvrage qui ait été imprimé du vivant de Raynouard est le 
tome II, qui devait être en réalité le premier, car la signature de chacune des 
feuilles dont il se compose est I (les volumes III à VI sont respectivement 
signés II, III, IV, V). Les secrétaires de Raynouard, Pellissier et Dessalles, 
qui étaient de bien médiocres philologues, ont pris une grande part à la 
rédaction des tomes publiés après la mort de Raynouard, et ils ont commis 
bien des erreurs dont le maître ne saurait équitablement encourir la respon- 
sabilité. Il faut aussi tenir compte des coquilles : ainsi, t. IV, 656 a, un vers 
transcrit ci-dessus (le n" 126 des citations relevées par M. E. Suchier) est 
imprimé ainsi : An tan pron apropinquat, où il faut évidemment /o/o;/. 

f . On s'explique très bien la lecture del pour de la ; voir ci-dessus, p. 342, 
note du vers 1 1. 



364 p. MEYER 

180 à 204, 278, 279. — Pour les vers 180 à 204 l'explication 
est très simple : ils appartiennent au récit de la fuite en Egypte ; 
or, cette partie de l'apocryphe manque actuellement dans le ms. 
comme on l'a vu plus haut, par la perte de deux feuillets entre 
les ff. 115 et 116. Au temps de Raynouard cette lacune 
n'existait pas. — Quant au v. 66 ÇIU venian ensemps par e 
par), M. E. Suchier l'a classé au petit bonheur, car il manque 
dans le ms. de Turin. Je l'ai cherché dans tout le ms. ; peut- 
être m'a-t-il échappé, peut-être aussi se trouvait-il sur l'un des 
feuillets absents. Mais j'ai une tout autre observation à faire 
sur les vers 278 et 279. Les voici : 

Coma, filh Joan, to nebotz 
Que te solassara per totz. 

Il est évident que ces deux vers reproduisent les paroles que 
dit Jésus en croix à sa mère. De ces deux vers ' M. E. Suchier 
a conclu que le poème de Raynouard devait contenir non seule- 
ment l'enfance de Jésus, mais le récit de sa mort. Conclusion 
légitime en apparence, mais en fait erronée, car les deux vers 
en question n'ont jamais fait partie du poème de TEnfance : 
l'indication donnée dans le Lexique roman est fausse - ; ces deux 
vers appartiennent à la version provençale du Planctns beatœ 
Marier, publié par M. E. L. Edstrôm (Gothembourg, 1877), 
sous ce titre : La passion du Christ, poème provençal , vv 468-9 '. 

Assurément, il n'est pas absolument impossible qu'il ait 
existé un manuscrit distinct du nôtre, et offrant cependant le 
même texte, mais c'est là une supposition, toute gratuite et 
bien peu probable. 

Paul Meyer. 



1 . Et d'un troisième : Mas pren la garda Je Maria, qui se trouve au fol. 
HOC du manuscrit, mais dont M. E. Suchier n'avait pas trouvé la vraie 
place. 

2. M. E. Suchier a relevé une autre erreur du même genre à la p. 568 de 
son mémoire. 

3. L'édition de M. Edstrôm, faite d'après un ms. de Tours dont Ravnouard 
n'a pas fait usage, présente une variante. Raynouard s'est servi du ms. B. N. 
fr. 174s où le poème occupe les ff. 137 v" et suiv. La citation de Raynouard 
s'y trouve au fol. 141, col. i. 



SUR dUELQUES SOURCES 



DES 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 



Dans le beau livre qu'il vient de consacrer aux Mystères de la 
Passion ', livre d'une érudition solide, mais touffue et d'une com- 
position un peu lâche, M. Emile Roy s'est posé deux questions 
principales, qu'il a traitées concurremment et qui eussent gagné, 
selon moi, à être examinées séparément : quelles sont les 
sources des Mystères de la Passion ? Quelles influences ces Mys- 
tères ont-ils exercées les uns sur les autres ? C'est la première 
seule de ces deux questions que je voudrais reprendre ici % avec 
l'intention, non point de la traiter à fond, mais simplement 
d'examiner les solutions proposées par le savant auteur. Je suis 
nature' lement l'ordre qu'il a lui-même adopté. 

Il est probable que si nous avions les premières Passions 
écrites en langue vulgaire, les sources s'en retrouveraient tout 
entières dans les Évangiles canoniques, et les plus anciens des 
apocryphes K II n'en est malheureusement pas ainsi, et la 
Passion qui, avant les recherches de M. Roy, était considérée 
comme la plus ancienne, est déjà mélangée d'éléments de pro- 
venances très diverses. Je veux parler de celle qui est conservée 



1. Le Mystère de la Passion en Fiance du XIV^ au XVI^ siècle, etc. Voy. 
Romania, XXXIV, 467, le compte rendu de ce livre, par M. Sepet. 

2. J'ai étudié l'autre dans un article que publiera prochainement le Journal 
des Savants. 

5. Il en est ainsi pour le mystère (dit anglo-normand) de la Résurrection. 
Comme le rappelle Magnin (Journal des Savants, 1846, p. 456) le scribe a 
reproduit en face du texte en langue vulgaire les versets de l'Écriture dont 
le drame >< offre la glose en action ». 



366 A. JEANROY 

dans le célèbre manuscrit de Sainte-Geneviève, et qui a été 
publiée par Jubinal en 1837. Elle est précédée des deux courts 
Mystères de la Nativité et des Trois Rois. Il eût été naturel que 
M. Roy ne s'occupât point de ceux-ci. Il l'a fait néanmoins, 
dans une de ces digressions dont il est coutumier; il s'y est 
même arrêté avec complaisance, parce qu'il a cru pouvoir en 
signaler une des sources essentielles. Cette source ne serait 
autre, comme l'avait déjà pensé M. Chabaneau ', qu'une his- 
toire de la Vierge et de Jésus, rédigée au xiii' siècle en vers 
français, probablement d'après des sources latines '. M. Roy se 
fonde surtout sur la présence, dans les deux Mystères et le 
roman en vers, d'épisodes caractéristiques et notamment de 
miracles dont il n'y a pas trace dans les Evangiles. Mais ces 
épisodes pouvaient être racontés dans des œuvres très répandues 
et il est permis de supposer que les deux auteurs ont puisé 
indépendamment à des sources communes. Pour que l'hypo- 
thèse de M. Roy fût démontrée il faudrait, soit qu'il y eût dans 
les termes des coïncidences frappantes '^,soit du moins que les 
versions de ces épisodes fussent parfaitement semblables. La 
légende d'Honestasse, la fille sans mains qui assiste Marie lors 
de la naissance du Christ et dont les mains repoussent, se 
trouve bien de part et d'autre, mais elle était populaire dès le 
XII' siècle, comme le montrent les allusions qui y sont faites 
dans diverses chansons de geste ">. Au reste elle se présente 



1. Revue des langues romaues, XXXII, p. 362-3. 

2. Celte compilation a été étudiée et publiée en partie par M. Chabaneau 
Qoc. cit., XXVIII, 118 et 157, XXXII, 360); M. P. Meyer a consacré aux 
manuscrits qui la contiennent plusieurs notices (Remania, XV, 469; XVI, 
44 et 214; XXV, 546). M. Roy la désigne sous le nom de « compilation des 
jongleurs » ou « des bateleurs », parce qu'elle a été faite, si on s'en rapporte 
au prologue, pour être récitée en public. Il ser::it plus commode de donner à 
chacune des parties qui la composent, et qui ont été souvent copiées à part, 
un titre spécial, tel que Roman de Saint Fauuel (c'est celui que M. Chabaneau 
a donné à la première partie), de la Nativité de la Vierge, de la Passion, etc. 

3. Telles sont par exemple celles qu'a relevées M. V. Meyer entre cette 
même compilation, et VEsposali^i Je Nostra Doua {Roinania, XVI, 71). 

4. Dans le Couronnement Louis, Huon de Bordeaux (voy. Langlois, Table 
des noms propres contenus dans les chansons de geste, s. v, anestase) çtRainouarl 
(Histoire littéraire, XXII, 532). J'en relève une autre dans un petit poème 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 367 

dans le roman en vers avec des embellissements dont il n'y a 
pas trace dans le mystère (on voit le père d'Honestasse lui cou- 
per les mains, ce qui donne lieu à un nouveau miracle). Le 
dramaturge n'a pas « copié » non plus dans le roman « le 
tableau des anges apportant des cierges pour illuminer la 
crèche », puisque le roman ne fait pas intervenir les anges et 
que les candélabres viennent se placer tout seuls devant la 
Vierge '. Le miracle des charbons ardents transformés en roses 
dans le manteau de Joseph présente aussi des différences 
notables : dans le drame,, le maréchal qui a refusé les charbons 
à Joseph est converti par miracle, tandis que, dans le roman, 
il continue à l'injurier ^; l'intervention bienveillante de 
sa femme manque aussi dans le drame, bien qu'elle eût fourni 
une jolie scène toute faite >. 

Pour assigner la même source au petit Jeu des Rois, M. Roy se 
fonde surtout sur la présence dans les deux textes de la légende 
sur la mort affreuse d'Hérode. Mais les deux passages ne pré- 
sentent aucune analogie d'expressions et la légende y est racon- 
tée très "différemment : dans le roman, qui représente certaine- 
ment la version primitive, Hérode est tué par Archélaùs, le troi- 



dcvot de la fin du xiii^ siècle récemment publié par M. W. Foerster (Le 
Saint Voti Je Luqiies, dans les Mélanges Chahaneau, p. 54, v. 65 ss.). L'histoire 
d'Honestasse (Aiiastaise) est aussi racontée dans une version interpolée de la 
Conception de Wace (Rom., XVI, 239) qui semble être du xine siècle. Il y a 
sur cette légende une longue note de Francisque Michel (dans son édition 
du Roman de la Violette, p. 244), que M. Roy ne paraît pas avoir connue ; 
voy. aussi Heinzel dans les Mémoires de F Académie de Vienne, t. CXXVI, 
1892, p. 64. 

1. Texte du roman dans Rei'ue des langues romanes, XXVIII, p. 194-S, 
V. 1499 ss. ; texte du mystère dans Jubinal, Mystères inédits du XV^ siècle, 
p. 62. 

2. Jubinal, p. 65; Rov, p. 19*. 

5. Je n'altaclie naturellement ancune importance à la comparaison entre 
la Vierge et la verrière que le rayon du soleil traverse sans la briser (Roy, 
p. 17*), parce que cette comparaison, à partir du xiiie siècle, est partout; elle 
est très fréquente notamment dans les chansons pieuses. — Je n'en attache. 
pas davantage au miracle du Semeur ; celui-ci ne figure que dans quelques 
manuscrits du roman et M. Roy nous dit lui-même « qu'il n'est pas une 
rareté ». 



368 A. JEANROY 

sième de ses lils, qui, pour échapper à la mort dont son père 
le menaçait^ le jette dans une cuve de plomb fondu ; dans le 
drame au contraire c'est à son propre père qu'Hérode fiiit subir 
ce supplice : cette interprétation provient évidemment d'un 
contresens commis dans la traduction d'un texte latin '. En 
somme, les analogies ne me paraissent pas assez frappantes 
pour que Ton soit autorisé à supposer une imitation directe 
du roman par les deux Mystères. 

Ce roman, qui comprend aussi un récit de la vie et la 
mort du Christ, aurait-il inspiré la Passion qui fait suite à ces 
deux petits drames ? « Les textes, dit M. Roy (p. 55), ne le 
montrent pas » ; les analogies résultent, ajoute-t-il, « de l'iden- 
tité des sujets, ou sont purement fortuites ». 

En revanche, la Passion de Sainte-Geneviève contient divers 
épisodes légendaires « qui ne figurent, à notre connaisance, 
dans aucun des manuscrits du poème des jongleurs » (p. 57*). 
Les sources de ce mystère, rappelées ou retrouvées par M. Roy, 
sont en effet toutes différentes : ce sont en général des écrits 
théologiques, qui ont pu, au reste, n'être pas consultés direc- 
tement : la description faite par Lazare des peines de l'enfer 
remonte à un sermon apocryphe de saint Augustin ; la légende 
de Malchus qui, guéri par Jésus, serait devenu néanmoins le 
plus acharné de ses persécuteurs, était déjà mentionnée dans 
l'Evangile de Xicodème ; le débat de Sainte Eglise et de Syna- 
gogue remonte à deux traités de saint Augustin. II n'est guère 
vraisemblable qu'un auteur capable d'utiliser des sources de 
cette nature ait daigné recourir à un poème en langue vulgaire. 

M. Roy a eu le mérite d'attirer l'attention sur deux autres 
Passions, l'une antérieure, l'autre postérieure à celle dont je 
viens de parler : je veux dire la Passion d'Autun, tout à fait 
inconnue jusqu'ici ^, et la Passion de Semur, dont on n'avait 
pas compris l'importance '. 



1. Texte dans Roy, p. 26*-27*. D'après M. Roy, cette légende serait 
empruntée à Pierre le Mangeur; mais celui-ci (Migne, Pair, ht., CXCVIII, 
1547 [et non 1597]) donne de la mort d'Hérode une version toute différente. 
La source de nos deux textes (qui n'est pas non plus la Légende dorée) reste à 
trouver. 

2. Elle n'est même pas mentionnée dans le répertoire de Petit de Julleville ; 
elle était simplement signalée (Roy, p. 40*) « dans les catalogues les plus 
récents de la Bibliothèque nationale ». 

3. Sur les travaux dont ce texte avait déjà été l'objet, voy. Roy, p. 68*. 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 3^9 

La première posait un si grand nombre de questions intéres- 
santes que M. Rov s'est laissé captiver par elles et n'a abordé 
que très incidemment celle des sources. Il se demande (p. 46*), 
comme au sujet des textes précédemment étudiés, si celui-ci a 
utilisé la partie de la « compilation des jongleurs » qui contient 
le récit de la Passion, et il répond, d'une façon assez vague, 
« que l'auteur paraît bien avoir connu » ce texte ; il avoue au 
reste que « les ditîerences sont assez nombreuses » ; en somme 
il se borne à une affirmation peu catégorique, sans esquisser 
même une démonstration. La Passion d'Autun étant encore 
inédite, je ne crois pas devoir entreprendre ici une discussion 
que le lecteur suivrait difficilement. Je me bornerai aune seule 
remarque qui n'est pas à l'avantage de la thèse de M. Roy : 
cette Passion contient — et c'est sa plus intéressante particula- 
rité — un grand nombre de morceaux narratifs ' ; si l'auteur 
avait eu sous les yeux le récit en question, n'était-il pas naturel 
qu'il lui empruntât ces passages? Or il n'en est pas ainsi, et 
M. Roy n'a pu relever entre les deux ouvrages aucun vers 
commun. 

La question des sources, un peu sacrifiée dans les pages que 
je viens de résumer, est au contraire traitée avec tous les déve- 
loppements nécessaires (et peut-être même un peu davantage) 
dans celles qui sont consacrées à la Passion de Semur. Ici encore 
M. Ro} veut retrouver l'influence delà « Passion des jongleurs ». 
C'est de ce poème que viendrait « directement ou indirecte- 
ment » (p. 85*) un certain nombre de légendes de caractère 
populaire (Judas et le chapon, le forgeron qui refuse de forger 
les clous de la croix, etc.). Ici encore M. Roy me paraît trop 
affirmatif : rien ne prouve que ces légendes aient passé d'un 
texte dans l'autre : il faudrait pour le démontrer des ressem- 
blances précises de tond ou de forme, que nous ne trouvons 
point. 

M. Roy a, en revanche, établi d'une façon décisive que la 
Passion de Semur avait connu et utilisé la Passion de Sainte- 
Geneviève : certains passages offrent en effet des ressemblances 



I. Je montrerai ailleurs que ces morceaux, qui ne se trouvent que dans 
un manuscrit, appartiennent bien à la rédaction originale. 

Komania, XXXV 24 



^70 A. JEANROY 

trop étroites ou trop prolongées pour qu'elles puissent être for- 
tuites '. Un fait non moins caractéristique, que M. Roy a 
oublié de signaler, est la présence dans les deux textes du 
même nom, extrêmement rare, de Vivant, donné à deux per- 
sonnages jouant un rôle très analogue -. 

Voici encore un autre rapprochement qui paraît pro- 



I. Les plus frappantes se trouvent dans le dialogue entre Jésus et Véro- 
nique (Roy, p. 90*) et dans le boniment du marchand de parfums (p. 87*); la 
plupart des vers qui forment ce dernier passage se trouvent déjà sous une 
forme presque identique dans un petit poème de Robert de Blois(éd. Ulrich, 
t. III, p. 31-2, V. 104 1-6)*; néanmoins l'imitation me parait assurée. — De 
cette constatation, M. Roy tire, au sujet de la Passion Sainte-Geneviève, une 
conclusion que je ne saurais admettre : le fait que celle-ci a été imitée par les 
Confrères de Semur prouverait qu'elle est parisienne, les dits Confrères ayant 
dû choisir pour l'imiter la Passion d'une confrérie bien en vue, comme l'était 
celle de Paris. La faiblesse de ce raisonnement saute aux yeux. Je montrerai 
bientôt, au surplus (dans l'article du Joujual des Savants annoncé plus haut), 
que dans la Passion de Semur ont été insérés aussi de longs fragments d'une 
composition provinciale. L'origine parisienne de la compilation de Sainte- 
Geneviève est au reste rendue vraisemblable par des arguments autrement 
probants que celui-là et que M. Roy a fort doctement rassemblés (p. 64*). 
De ces arguments il faut rayer, bien entendu, celui qui s'appuie sur 
la correction, tout à fait impossible, de Gartieiiiu:^ en Game niiq, la phrase 
ainsi obtenue ne donnant pas de sens. Il faut nous résigner à voir là un nom 
géographique plus ou moins fantaisiste (cî.Gannalie dans Langlois, Table des 
noms, etc.), et non celui du village de Game**. 

2. Ce Vivant est, dans la Passion de Sainte-Geneviève, un des principaux 
chefs des Juifs ; dans celle de Setnur il est simplement l'un d'entre eux. Dans 
lu Jour du Jugement (éd. Roy, v. 1044, 1518) c'est aussi un Juif qui porte ce 
nom ; mais M. Roy a montré que ce texte a utilisé lui aussi la Passion de Sainte- 
Geneviève. 

* Voici ces deux passages, dont la similitude est vraiment curieuse : 

Passion de Sainte-Geneviève. Robert de Blois. 

J'ay poivre, gingembre et canelle, La vendoit on poivre et cumin, 

Poudre de saffran bien nouvejle, Cannelé, encens alixandrin, 

Mois muguettres.pomes garnates, Gingibre fort et cintoual, 

Giroffle, citoual et dattes, Noiz mugates et ganigal {sic), 

Garingal, lolion, penites... Enis. espices, pomes grenates, 

Amandres et figues et dates. 

**[Garnemti:^ est probablement le même nom qui est écrit Gernemiis dans le Viandier 
de Taillevent, plus ordinairement Gcincviur, c'est-à-dire Yarmouth ; voir Remania, 
XXVIII, 187, où aux passages indiqués on peut ajouter le v. i486 du Guillaume 
d'Angleterre de Crestien. — P. M.] 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 37I 

bant. Dans la Passion de Sainte-Geneviève, c'est chez Simon 
qu'a lieu la dernière Cène; dans les Evangiles elle a lieu 
chez un anonyme ; et Jésus, pour faire reconnaître à ses dis- 
ciples la maison de celui-ci, leur ordonne de suivre un homme 
portant une amphore d'eau. Dans la Passion de Sainte-Gene- 
viève, Simon le lépreux envoie son serviteur Malquin chercher 
de l'eau, afin de préparer la rencontre. L'auteur de la Passion de 
Semur adopte cette version, déjà absurde (puisque Simon est bien 
connu de Jésus et des disciples), et la rend plus absurde encore 
en nommant Simon lui-même : vous trouverez, dit Jésus à 
Pierre et à Jean, « Simon quil l'eaul porte « (v. 5923). 

C'est du reste aller beaucoup trop loin que de donner la 
Passion de Semur comme une « imitation libre et amplifiée de 
la Passion de Sainte-Geneviève » (p. 90). Les ressemblances en 
effet se bornent à des passages isolés, et les différences sont 
essentielles. Ce qui fait surtout l'intérêt de cette Passion, c'est 
qu'elle est l'une des premières à avoir utilisé les traités mys- 
tiques des XIII' et xiv^ siècles qui ont complètement renouvelé 
le drame chrétien, le Dialogiis beatae Mariae et Anselmi ' et les 
Meditationes Vitae Christi % attribuées à saint Bonaventure. 
C'est d'eux que proviennent les deux traits les plus caractéris- 
tiques des grandes Fassions du xv^ siècle, d'une part l'étalage 
complaisant des supplices du Christ, avec une fatigante multi- 
plication de détails atroces, et la place prépondérante faite à la 
scène centrale de la Crucifixion (si vaguement indiquée dans 
les Passions antérieures que l'on se demande comment au juste 
elle était représentée), d'autre part, l'extension considérable don- 
née au rôle de Marie, le plus humain et le seul vraiment touchant 
de tout le drame chrétien au moyen âge. Ces modifications ne 
pouvaient se produire qu'après l'immense extension prise par 
le culte de la Vierge au xiir et xiV^ siècles, et à une époque 
affamée de réalisme et de pathétique violent, comme le fut le 
xv^ Cette Passion de Semur est, à mon avis, beaucoup moins 
« l'aboutissant », le « confluent » des Passions de la première 
manière, comme le disait M. Lintilhac ', que le premier essai 



1. Migne, Patr. ht. CLIX, 271 ss. 

2. Saiicti Bonaveiiturz opéra, éd. de Lyon, 1668, t. VI, p. 334-401. 

3. Le Tlmtre sérieux au moyen dge, p. 125 et 158. 



^7^ A. JEAN ROY 

d'un art nouveau, plus compliqué et plus riche. Il faut donc 
savoirgré à M. Roy de lui avoir consacré une étude approfon- 
die, et surtout d'en avoir publié le texte complet '. 

C'est à propos de la Passion de Semur que M. Roy étudie 
l'influence sur les Passions du xV siècle des traités mystiques 
dont je viens de parler et en particulier des Méditai iones, où 
M. E. Wechssler avait voulu voir la source à peu près unique 
de la Passion de Greban ^, M. E. Mâle la source principale de 
toutes les Passions françaises à partir du début du xv-' siècle ^ 
« Les souvenirs [de ce texte] se précisent dans la Passion d'Ar- 
ras, où les emprunts sont plus nombreux et plus certains », 
sauf toutefois en ce qui concerne la vie publique de Jésus '^. 
Quant à Greban, il a encore multiplié ses emprunts : « Il a 
recueilli dans les Meditationes nombre de scènes ou de détails 
que son devancier avait négligés. Ces scènes elles-mêmes, 
ou bien il se borne à les reprendre et à les résumer, ou 
bien au contraire il en modifie tellement les circonstances 
qu'elles sont transformées et qu'on ne saurait dire s'il a 
encore le texte sous les yeux ». Parfois enfin c'est à travers 
des adaptations, des imitations en langue vulgaire que les 
Meditationes influent sur les dramaturges ', Les Meditationes ne 
sont donc pas, comme l'avait dit M. Wechssler, la « source 
propre » de Greban, par lui utilisée « du commencement cà la 
fin de son œuvre » '', pas plus que celle d'aucune autre Passion ; 



1. Ce texte n'a pas toujours été imprimé d'une façon satisfaisante. J'y ai 
proposé ailleurs un assez grand nombre de corrections (Revue des hingues 
romanes, XLIX, 1906, p. 220). D'autres corrections avaient été proposées 
antérieurement par MM. E. Langlois (Bihl. de l'École des Chartes, 1905, 313) 
et E. StQiigd (Zeitschr. fiîr frati:^. Sprache und Litteratiir, XXXIX, 11, 165). 

2. Die rotiiaiiiscJjen Marienklagen, Halle, 1893. 

3. Gaietle des Beaux-Arts, fév. 1904, p. 90-106. M. E. Mâle ne paraît pas 
avoir connu le travail de M. Wechssler. 

4. Roy, p. 96*-7*. 

5. Ainsi la plus belle scène de Greban, le dernier entretien entre Jésus et 
sa mère, que l'admirable sens littéraire de Sainie-lkuve avait déjà distinguée 
entre toutes (Nouveaux Lundis, III, 414), est une imitation libre d'une traduction 
amplifiée des Mf^//fl//(i»c5, la Passion composée (en 1398) pour Isabeau de 
Bavière (Roy, p. 257-62). 

6. Wechssler, 0/. cit., p. 66. 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 373 

« elles sont une de ces sources, auxquelles l'analyse en ajoute 
beaucoup d'autres ». Ainsi se trouve tranchée d'une manière 
très précise l'intéressante question posée en 1893 par 
M. Wechssler. 

Ce sont ces propositions qui sont longuecnent confirmées 
dans la seconde partie du livre, qui, bien que se rattachant 
étroitement à ce qui précède, en est séparée par le texte de la 
Passion de Semur. Cette partie est essentiellement formée d'un 
long chapitre (p. 265-316), lui-même précédé d'une série de 
notes et documents divers (p. 207-62). M. Roy y montre que 
ce qui domine dans les grandes Fassions du xV^ siècle, c'est la 
théologie et l'érudition. Les anciennes légendes populaires n'en 
sont pas écartées, du moins en principe, mais à côté d'elles 
s'introduisent de longs développements théologiques ou des 
explications mvstiques; les événements ne sont pas seulement 
mis en scène, mais interprétés en vue de l'édification ; les rôles 
des personnages de premier plan, la Vierge, saint Jean, la Made- 
leine, s'amplifient, ceux des personnages secondaires se pré- 
cisent et se déterminent (je ne parle pas des intermèdes gra- 
cieux ou grotesques, comme les bergeries ou «diableries », qui 
n'ont rien à voir avec la question des sources). A quels écrits les 
divers poètes ont-ils emprunté tous ces éléments nouveaux? Dans 
quelle mesure les ont-ils modifiés? Quelle part d'originalité 
reste à chacun? Voilà autant de questions auxquelles M. Roy 
répond avec une précision qu'on ne saurait trop louer. 

Nous savons maintenant que l'auteur de la Passion d'Arras', 
outre les sources utilisées par ses prédécesseurs, a consulté le 
Commentaire de Bède, V Eliicidariiim d'Honorius d'Autun (ou 
d'Augsbourg), le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais, 
la Légende dorée -. Greban, tout en mettant à profit l'œuvre de 

1. Cet auteur est probablement Eustache Marcadé ; voyez sur ce point l'ar- 
gumentation convaincante de M. Roy, p. 275. 

2. Sur la question de savoir si Marcadé a connu le Diahgus Anselmi, 
M. Roy ne s'e.xprime pas avec une parfaite précision. Il lui semble seulement 
probable (p. 270) que ce texte a été utilisé directement. Ce n'est pas « pro- 
bable » qu'il fallait dire, mais « certain » : outre des scènes nombreuses et 
fort importantes, Marcadé lui emprunte des détails précis, tels que la mention 
de la fontaine Siloé, qu'il qualifie de nofatoire Sihé (éd. si loc, v. 8488, 8551; 
cf. nataloriam (ou notalorium) Siloe, dans Migne, p. 272). 



374 A. JF.ANROY 

son prédécesseur immédiat et ses sources ordinaires, y a ajouté 
encore V Histoire scolastiquc de Pierre le Mangeur, la Sonitne de 
saint Thomas, et les Meâitationes, mais surtout — et c'est là 
une des principales découvertes de M. Roy — le Commentaire 
de Nicolas de Lire, « dont les réminiscences ou les traductions 
littérales se retrouvent chez lui à chaque page, si bien que les 
célèbres Po^//7/<?j' sont toutes, ou presque toutes, l'explication de 
la nouvelle Passion » (p. 277) '. A Jean Michel cette riche 
bibliothèque ne suffit pas encore : il y ajoute l'Abrégé de 
Josèphe, attribué à Hégésippe, et des œuvres alors toutes 
récentes, une légende de Lazare compilée (en français), d'après 
la Légende dorée et le sermon, très rapidement populaire, de 
Gerson sur la Passion : Jean Michel, en effet, n'a pas les 
scrupules de Greban, qui se vantait « de poursuivre l'Evangile 
— sans apocryphe recevoir » ; il vise surtout « à esmouvoir les 
simples gens — les ignorans, les negligens », et pour cela tous 
moyens lui sont bons. Il a aussi, plus que son prédécesseur, le 
souci de l'effet dramatique. Aussi n'hésite-t-il pas à développer 
longuement la sombre légende de Judas, ce nouvel Œdipe, et 
le gracieux, non moins que profane intermède de la « monda- 
nité » de Madeleine ; il ramène volontiers, en variant leur 
rôle, des personnages déjà vus; il complète la biographie trop 
sommaire des personnages inconnus ; il prépare et prolonge les 
scènes pathétiques; il a, en somme, plus qu'aucun de ses pré- 
décesseurs, le sens du théâtre. Voilà des résultats vraiment 
nouveaux, qui font faire à notre connaissance du drame au 
xV^ siècle un très notable progrès; ces pages excellentes, où la 
richesse de la documentation va de pair avec la finesse de l'ana- 
lyse, me paraissent définitives. 

I. Ce commentaire dut être écrit dans les premières années du xive siècle. 
Nicolas de Lire ne mourut qu'après le 6 juillet 1349, puisqu'à cette date la 
reine Blanche lui fit cadeau d'un tonneau de vin (J. Viard, dans Bibliothèque 
lie FÉcole des Chartes, LVI, 1895, p. 142). Nicolas de Lire devait être à 
cette époque fort âgé, car il était né assez tôt pour recevoir les confidences 
d'un des compagnons de Saint Louis à la Croisade de 1248 : Et ego qui 
haec scripsi, nous dit-il en parlant de la couronne d'épines, qui aurait été 
faite de joncs marins, audivi a quodam qui fuerat ultra mare cum sancto Ludo- 
vico, rege Franciae, quod in littore maris senserat puncturas juncoruui per sotiila- 
res inlermedios » (In Mattbxum, XXVII, 29). Ce curieux texte m'a été signalé 
par M. Roy. 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 375 

Cette simple constatation de faits suffit (du moins M. Roy le 
pense et je sais de son avis) à rendre caduque la tentative, au 
reste fort intéressante, récemment faite pour retrouver les 
grandes lignes des plus anciennes Passions françaises, de celles 
qui auraient servi de modèles aux Passions d'Arras et de Gre- 
ban. M. M. Wilmotte ', après avoir ramené les Passions alle- 
mandes du Rhin à un prototype qui aurait subi l'influence 
française, croyait pouvoir reconstituer, d'après ce prototype, 
celui des Passions françaises connues. Mais les analogies ou 
les concordances sur lesquelles il s'appuie résultent le plus 
souvent, selon M. Roy, du sujet lui-même, ou s'expliquent 
par l'emploi des mêmes sources légendaires ou théologiques. 
Les sources directes de Marcadé et de Greban étant aujourd'hui 
retrouvées avec certitude, il faut bien avouer que l'hypothèse 
de M. Wilmotte devient sans objet. 

Ces procédés d'investigation méthodique, M. Roy n'a pas 
dédaigné de les appliquer aux lamentables débris du théâtre 
méridional ; et ici encore, ils l'ont conduit à des résultats d'une 
précision surprenante. La source essentielle des Passions du 
iMidi, ou des pièces qui les encadrent — et ceci encore consti- 
tue une importante découverte de M. Roy, — est un roman 
en prose française du xiv^ siècle, issu peut-être d'un roman en 
vers, la Passion selon Ganialiel, dont M. Roy a curieusement 
étudié h formation et l'étonnante fortune ^ 

A cette source, la Passion d'Auvergne (dont le manuscrit 
est daté de 1477) n'ajoute pas grand'chose >, et les Mystères 



1. Les Piissiûiis aUeiiiaïules du Rbiii dans leur rapport avec Faiicien théâtre 
français, Paris, 1898. 

2. Cette Passion a été incorporée à la Vie de Jesn-Crist imprimée en 1485 
par Robin Foucquet, laquelle « n'a cessé d'être remaniée, corrigée, diminuée, 
augmentée, traduite, résumée et réimprimée sous des formes si variées, 
qu'elles ont souvent dérouté les bibliographes », (p. 342) et qui, réimprimée 
plusieurs fois au xviiis siècle dans la « Bibliothèque Bleue » de Troyes, a 
fourni encore au xix"; de longs extraits à plusieurs dictionnaires de l'Encyclo- 
pédie Migne. 

3. M. Roy expédie en une seule page (577) la question des sources de 
cette Passion encore inédite, dont il s'est borné a donner une longue analyse ; 
on se demande pourquoi cette démonstration est si écourtée, tandis que 
celle qui concerne les Mystères rouergats sera si largement développée. 



376 A. JEANROY 

rouergats, malgré la multiplicité des événements qu'ils mettent 
en scène, pas beaucoup davantage. Ni l'un ni l'autre des deux 
auteurs ne connaît les doctes commentaires de la Bible utilisés 
par leurs confrères du Nord, et l'on ne saurait s'étonner que la 
bibliothèque de ces humbles « facteurs », qui étaient probable- 
ment de simples notaires ou curés de village, ait été moins 
abondamment pourvue que celle des « très éloquents et scien- 
tifiques docteurs » qu'étaient Grehan et Jean Michel. Le com- 
pilateur rouergat n'avait guère sous les yeux que trois ou quatre 
autres ouvrages, à savoir, une version provençale de l'Évangile 
de Nicodème, le texte latin de cet Evangile et la vieille Passion 
gasconne (du catalane) du xiv^ siècle, dont on se demande par 
quel accidentelle était venue entre ses mains. Nous le voyons pas- 
ser de l'un à l'autre de ces livres selon que les épisodes qu'il vou- 
lait mettre en scène étaient ici ou là plus ou moins dévelop- 
pés, parfois même se raviser et, après avoir commencé à pui- 
ser dans l'un, raturer ce qu'il avait écrit, et emprunter à un 
autre une rédaction plus riche en détails : nous suivons, pour 
ainsi dire, par-dessus son épaule, le facile travail de marquete- 
rie auquel il limite son effort littéraire '. 

Cette exacte détermination des sources des Mystères rouer- 
gats résout de la façon la plus simple une question que n'a- 
vaient pas réussi à élucider les plus ingénieuses hypothèses, 
celle que posait la forme hybride de cette méchante rapsodie, 
écrite tantôt en vers à peu près réguliers, tantôt en une sorte 
de prose vaguement assonancée. Quand le compilateur copie la 
Passion Didot ou la traduction en vers de l'Evangile de Nico- 
dème, il aligne naturellement de longues séries de vers corrects, 
à peine estropiés çà et là par l'introduction de quelques épi- 
thètes oiseuses ou de malencontreux synonymes ; quand il 
s'inspire de la Passion selon Gaïualiel, qui était en prose, il 
réussit à peine, à force de grossières chevilles, à donner l'im- 
pression d'une versification outrageusement libre. Tout s'ex- 
plique en somme par la paresse et la maladresse de ce vulgaire 
manœuvre. 



I. La Passion proprement dite, qui formait la partie centrale de la compila- 
tion, s'est perdue avec le volume où elle était transcrite et auquel renvoie 
souvent celui qui s'est conservé; mais la liste des personnages, heureusement 
copiée dans celui-ci, nous fait suffisamment connaître son contenu et prouve 
qu'elle suivait pas à pas la Passion selon Gamaliel. 



MYSTÈRES FRANÇAIS DE LA PASSION 377 

Ces pages lumineuses permettent enfin d'écarter une autre 
hypothèse, analogue à celle dont il a été question plus haut : 
M. Stengcl, notant les rapports étroits qui relient la Passion 
Didot, celle d'Arras et les Mystères rouergats, avait supposé 
que ces trois textes provenaient d'un modèle commun, lequel 
ne pouvait être, selon lui, qu'une Passion française perdue, que 
leur accord permettait de reconstituer '. M. Roy n'a nul besoin 
de discuter longuement cette théorie (p. 390); elle s'évanouit 
d'elle-même devant l'évidence des faits. 

Il y a dans la compilation rouergate trois petits mystères 
sur des sujets épisodiques et rarement traites, le Jugemeni de 
Jésus, ï Ascension et le Jugement général, dont M. Roy a encore 
retrouvé les sources dans des ouvrages latins ou français, dont 
quelques-uns sont des vingt dernières années du xV^ siècle. Cette 
découverte a pour résultat de rejeter la composition de l'ouvrage, 
que j'avais cru jadis un peu plus ancien-, à l'extrême fin de ce 
siècle. Ce résultat a son importance, mais je ne saurais m'em- 
pêcher de remarquer que la démonstration qui y conduit, au 
reste fort toufi^ue et assez difficile à suivre, est étrangère au 
véritable sujet du livre : il est manifeste que la place de ce cha- 
pitre (p. 41 1-54) était ailleurs. 

Qu'on me permette, avant d'en finir avec cette question des 
sources, d'engager avec M. Roy une dernière discussion à pro- 
pos de cette Passion selon Gamaliel, qui a été si largement mise 
à profit par les compilateurs méridionaux. Ce récit est princi- 
palement fondé, il n'y a aucun doute à ce sujet, sur l'Evangile 
de Nicodème; mais en provient-il directement ou non, et dans 
ce cas, à travers quels intermédiaires? M. Roy, sur ce point, ne 
s'explique pas clairement, ou même se contredit : « Ce récit, 
nous dit-il (p. 330) n'est pas autre chose que la version en 
prose de l'ancien poème français inspiré par l'Evangile de Nico- 
dème 5 ». Ailleurs (p. 32e) il incline à penser que l'arrangeur 

1. Zeitschrijt fïir franioesische Sprache uud Literatur, XVII (1895), p. 209 
ss. 

2. Mysli-res provençaux du XV<^ siaie, publiés par A. Jeanrov et H. Teulié, 
Inlrod.'^p. XXX. 

3. Il s'agit ici non de la version en vers contenue dans un manuscrit de 
Turin (voy. Zeitschrift fïir rom. Philologie, VIII, 429), mais d'une version en 
vers dont M. Roy suppose l'existence en se fondant uniquement sur l'allure 
poétique du récit en prose. 



378 A. JEANROY 

a dû travailler non sur une version française en vers, mais sur 
r« Évangile de Nicodème en vers provençaux » ; et c'est cette 
dernière hypothèse qu'il ramène à plusieurs reprises '. Il ne me 
paraît, je l'avoue, aucunement vraisemblable que le compilateur 
français ait mis la main sur un texte provençal déjà ancien et 
qui doit avoir été fort peu connu en dehors de son pays d'ori- 
gine, alors qu'il y avait une foule de traductions françaises, en 
vers et en prose, de l'ouvrage qui l'intéressait. M. Roy lui-même 
reconnaît (p. 350, n. 2) que la correspondance entre les deux 
textes n'est frappante que pour le passage qui contient la lettre 
de Cariot et Elion, les deux fils de Siméon ressuscites par 
Jésus, que souvent, même dans ce passage, l'auteur français 
développe son modèle « en intervertissant de ci de là l'ordre 
des chapitres, en changeant les interlocuteurs ». La comparai- 
son minutieuse à laquelle je me suis livré m'a fait apercevoir 
d'autres différences moins notables : le compilateur français 
développe davantage et nous trouvons chez lui non-seulement 
des phrases de remplissage, mais des détails inconnus au texte 
provençal. Parfois au contraire sa version est plus brève, moins 
dramatique, et les discours y sont traduits en style indirect \ Ce 
qui est plus probant encore, c'est qu'il nous donne sous une 
forme différente, les noms des deux personnages principaux de 
l'épisode : ceux-ci, qui chez lui s'appellent Cariot et Elion, se 
nomment dans la version provençale Carius (ou Caris, Garis) 
et Leucias (on Leucioiï) '. Il me paraît donc plus probable que le 
poème provençal et le roman français proviennent de la même 
source, c'est-à-dire vraisemblablement d'un poème français qui 
était lui-même une traduction très libre du texte latin ^. 

A. Jeanroy. 

1. Voyez notamment p. 351-5 et 396-401. 

2. Le texte français par exemple (Roy, p- 355) n'a pas les discours d'Eve et 
des Pères à Jésus, lors de l'irruption de celui-ci dans les Limbes (v. 2058-60 ; 
2072-6; 2083-8). 

5. "Voyez vers 1556, 1685, 2109, 2125 et les variantes. Le texte provençal 
est ici plus rapproché du latin, qui a Carinus et Leucius. 

4. En revanche les Mystères rouergats ont Chariot (ou Char ion) et Eliot 
(ou Elion) (v. 4657, 4668, rub. 4703), ce qui prouve, comme M. Roy l'a 
reconnu à d'autres indices, que leur auteur a utilisé directement la version 
provençale. 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 



Maugrc tons sain:^^ et iitaugrc Dieu atisi 

Cette pièce est célèbre. Bien qu'on en ait des éditions nom- 
breuses (Raynaud, 1030), il est utile, pour la clarté de ce qui 
va suivre, de la transcrire ici ' : 

I Maugré tous sainz et maiigré Dieu ausi 

Revient Quenes et mal soit il vegnans! 



Honiz soit il et ses preechemans 
Et houniz soit ki de lui ne dit : « Fi ! » 
Quant Dex verra que ses besoinz ert grans, 
8 II li faudra, car il li a failli. 

II Ne chantez mais, Quenes, je vouz en pri, 

Car voz chançons ne sont mes avenanz. 
Or menrez vous honteuse vie ci ; 
12 Ne vousistez por Diu morir joianz. 
Or vous conte on avoec les recreanz, 
Si remaindroiz avoec vo roi failli. 
Ja Damediex, qui seur touz est puissanz, 
16 Du roi avant et de vous n'ait merci! 

III Moût fu Quenes preus, quant il s'en ala, 

De sermouner et de gent preechier. 



5 T preemans — 6 M ke de lui ne d. si ; T dist — 8 2" quant il — 9 M 
De — 22 M Et est. 

I. D'après les manuscrits M (B. N. fr. 844, f" 50 r") et T (B.N. tr. 
12615, fo 53 ro). Nous reproduisons la graphie de M. 



380 J. BÉDIER 

Et, quant uns seuz en remanoit deçà, 
20 II li disoit et honte et reprouvier. 

Or est venuz son lieu réconcilier 

Et s'est plus orz que quant il s'en ala ; 

Bien pu et sa croiz garder et estoier, 
24 K'encor l'a il tcle k'il l'en porta. 



Les deux manuscrits (M et 7) portent en tête de la pièce, 
pour désigner l'auteur, ce nom : Mesire Hncs d'Oisi. Des ren- 
seignements que nous possédons sur Huon d'Oisi, châtelain 
de Cambrai, il suffit d'en rappeler quelques-uns. Il prit en 
1181-2 le parti de Philippe de Flandre dans sa guerre contre 
Philippe-Auguste', ce qui explique, si la pièce est de lui, qu'il 
dise à Conon de Béthune Fos remai)uiroi\ avoec \o roi failli, ne 
considérant pas lui-même Philippe Auguste comme son roi. En 
outre, il était l'oncle à la mode de Bretagne de Conon de 
Béthune % et a entretenu avec lui des relations poétiques, 
comme il résulte des vers souvent cités de Conon (Raynaud, 
1314) : 

Or vos ai dit des barons la semblance. 
Se lor poise de ceu que vos ai dit, 
Si s'en preignent a mon maistre d'Oisi, 
Qui m'a apris a chanter dès m'enfance. 

Enfin nous avons conservé de Huon d'Oisi un curieux petit 
poème, le Tornoiement des dames'. 

Ces diverses circonstances rendent à première vue vraisem- 
blable l'attribution à Huon d'Oisi de la chanson Matigrc tous 
sain:{. Pourtant M. A. Wallenskôld^ a élevé contre elle deux 
objections, qui ont frappé G. Paris 5. 



1. Voy. Al. Cartellieri, Philipp II. August, hônig von Fraiikreich, I (Leip- 
zig, 1899- 1900), 107. 

2. Voyez Duchesne, Histoire généalogique de la maison de Bcthiine, p. 106 
ss. et Léon Vanderkindere, La formation territoriale des principautés belges au 
moyen âge, Bruxelles, 1902, II, 56-9. 

3. La plus récente édition en est celle que M. A. Jeanroy a publiée dans 
la Romania, XXVIII, 232. 

4. Dans son édition des Chansons de Conon de Béthune, 1891, p. loi. 

5. G. Paris dit (Romania, XXI, 325) que les doutes de M. Wallenskôld 
sont « très fondés ». 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 38 1 

M. Wallenskôld tire la première de la x'nnt preechemens : gran^ 
(v. 5) : (( La confusion de -01 + consonne avec -an + 
consonne est, sauf pour les mots connus, chose extrêmement 
étonnante chez un poète picard et l'on n'a aucun droit de sup- 
poser que Huon n'ait pas employé la langue de son pays. On 
est donc tenté de croire que la source commune de nos deux 
manuscrits a introduit le nom de Huon d'Oisi sous l'influence 
du vers de la chanson 13 14 (de Conon de Béthune) : Si s'en 
preipicnt a mon maistrc d Oisi. » — Cette difficulté ne nous 
semble pas réelle. Huon d'Oisi, qui était un grand seigneur, 
qui avait pu fréquenter en diverses cours des personnages d'ori- 
gine et de parlers divers et qui avait épousé une fille du comte 
Thibaut de Blois, ne devait pas nécessairement parler et écrire 
tout à tait le même dialecte que les bourgeois et les vilains 
d'Oisi ou de Cambrai. En fait, nous pouvons vérifier s'il s'in- 
terdisait tout mélange de -an et de -en devant une consonne. Il 
n'y a qu'à regarder aux rimes de la pièce qui est assurément de 
lui, le Tornoieiiient des dames : si l'on écarte les vers 76-81 \ on 
constate que Yohiit y rime tantôt avec des mots comme repent 
(v. 194), tantôt avec des mots comme erra)it (v. 60); que 
criant rime tantôt avec des mots comme devant (v. 58), tantôt 
avec des mots comme prent (v. 95) ^ Donc Huon d'Oisi se 
permettait, du moins à l'occasion, de confondre les deux sons, 
et il a pu, dans notre pièce, faire nmer preeche mens avec s^ran:^. 

L'autre objection de M. Wallenskôld est autrement forte. 
Dans la chanson Maugré tous sain::^ le poète blâme Conon et le 
roi Philippe-Auguste de leur retour prématuré de la croisade. 
Philippe-Auguste étant revenu de Terre sainte à la fin de 119 1 5, 



1. Aux vv. 7681 (édit. Jcanroy), Huon d'Oisi semble construire sa 
strophe sur Talternance des rimes -iiiit -eut, ce qui trancherait la question. 
Mais, comme le remarque M. Jeanroy, cette stroplie est altérée : à la place 
des vers en -anl (76, 78, 80), la construction métrique de la pièce exige et le 
poète avait dû écrire trois vers rimant en a oral. 

2. M. Jeanroy, aux notes du v. 60 et du v. 95, dit que Yolent devrait être 
remplacé par une rime en -ant, criant par une rime en -enl. Mais sa seule rai- 
son de le dire est tirée précisément de ce postulat que Huon d'Oisi, étant 
picard, écrivait le plus pur picard. 

3. Parti d'Acre le 51 juillet, il dut arriver en Italie vers le milieu de sep- 
tembre. On ne le retrouve en France qu'à la fin de décembre. 



382 J. BÉDIER 

la pièce est postérieure à cette date. Comment, demande 
M. Wallenskôld, Huon d'Oisi l'aurait-il composée, s'il était 
mort? Paulin Paris a le premier reconnu cette difficulté : « un 
historien contemporain, dit-il, fixe la mort de Huon d'Oisi i\ la 
fin de l'année 1 189 '. » En efiet, on lit dans la Chronique lT Anchin, 
à la fin de 1 1 89-1 190 : « Obiit Hugo, castellaniis Cameracensis ^. » 
Aucun texte, que je sache, n'indique (comme le voudrait 
Paulin Paris) que le chroniqueur se soit trompé. Si même on 
annulait arbitrairement son témoignage, on n'y gagnerait guère : 
la veuve de Huon d'Oisi s'est remariée en 1192; il est donc 
invraisemblable que Huon fût encore en vie dans les derniers 
mois de 1191 K 

Nous devons croire qu'il était mort dès 11 89-1 190 •*. Et pour- 
tant l'attribution que les deux manuscrits lui font de la chanson 
contre Maugré tous sain:^ se présente dans des conditions qui 
semblent en garantir la justesse. 

En effet, si cette chanson est d'un autre, si, venue sans nom 
d'auteur entre les mains d'un copiste, ce copiste a cherché dans 
sa fantaisie un poète à qui l'attribuer, comment a-t-il pu y 
trouver ce nom littérairement obscur 5 : Mesire Huon d'Oisi? 



1. Histoire littéraire, XXIII, 625. 

2. D. Bouquet, Recueil, XVIII, 53 et Pertz, SS., XVI, 501. Huon était en 
tout cas bien vivant en 1 188, date où on le voit figurer parmi les arbitres d'un 
différend (Ex Gisleherii Monteiisis praepositi chronico, dans D. Bouquet, 
XVIII, 391). 

3. Gislebert, dans le i?(r»('27 de D. Bouquet, XVIII, 412 et Pertz, 55., XXI, 
580. C'est bien la veuve de Huon d'Oisi, Marguerite, fille du comte Thibaut 
de Blois, qui se remarie en 1192 à Oton, comte palatin de Bourgogne, 
frère de l'empereur Henri VI ; ce n'est pas sa fille, comme l'ont dit P. Paris 
et plusieurs historiens : le contresens vient de ce que la phrase du chroni- 
queur est mal faite. Comparez, pour en déterminer le vrai sens, D. Bouquet, 
XVIII, 707 A et 750 E, et voy. Vanderkindere, ouvr. cité. 

4. O. Schultz (Archiv de Herrig, t. 89, 1892, p. 448) a mis en lumière 
un témoignage qui confirme celui de la Chronique d' Anchin : c'est une charte 
de 1190 où la femme de Huon, Marguerite, intervient personnellement dans 
une affaire relative aux biens d'une église, tandis que, l'année précédente, en 
1189, c'était Huon qui intervenait dans un autre document concernant la 
même église : Huon doit être mort dans l'intervalle. 

5. Puisque nos manuscrits ne renferment pas d'autre pièce de Huon que 
le Tornoiement. 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 383 

et, le prenant au hasard, tomber presque juste, sur un person- 
nage qui fut réellement en relations avec Conon de Béthune? 
C'est, répond M. Wallenskôld, que ce copiste était « sous l'in- 
fluence » du vers de Conon : Si s'en preigneut a mon maislre 
d'Oisi. Mais M. Wallenskôld n'a pas pris garde que ce vers 
n'aurait pu apprendre au copiste ni le nom de Huon ni sa 
condition sociale {Mesirc). Il nous faut donc supposer que 
Conon et Huon ont échangé beaucoup d'autres chansons, qui 
ne nous sont point parvenues, mais que le copiste connaissait. 
Il se peut, mais rien ne le prouve. 

Il y a mieux. Huon d'Oisi est, sans conteste, l'auteur du Tor- 
noiement des dames '. Le Tornoiemeul nous a été conservé par deux 
manuscrits seulement qui sont les mêmes où nous trouvons la 
chanson Mniigre tous sain:^, M. et 7; et, dans ces deux manu- 
scrits, la chanson et le Tornoiement sont copiés bout à 
bout, tous deux au f° 50 r° en M, tous deux au f° 53 r° et 
v° en T. Dirons-nous que c'est le voisinage des deux pièces dans 
la source commune des deux manuscrits qui a fait attribuer la 
chanson anonyme Mangré tous sai7i~ à ce Huon d'Oisi dont 
le nom se lisait en tète du Tornoiement? Les accidents de ce 
genre sont fréquents; mais ici, cette erreur toute matérielle, 
commise mécaniquement par un rubricateur qui ne savait rien 
de la généalogie ni des relations de Huon et de Conon, aurait 
eu cet eftet singulier de donner cette pièce anonyme à un 
auteur qui se trouve avoir été en effet le contemporain, le voi- 
sin, le cousin et le maistreàn Conon qui y est nommé. — Ce 
rubricateur pouvait être bon généalogiste et bon critique litté- 
raire? — Soit; m.aisce qui reste surprenant, en cette hypothèse, 
c'est la rencontre de ces deux circonstances : que le rubrica- 
teur ait été solUcité à attribuer à Huon d'Oisi la pièce ano- 
nyme à la fois par sa connaissance de la biographie de Huon et 
par le hasard merveilleusement propice qui lui mettait sous les 
yeux, réunis sur un môme feuillet de parchemin, cette chan- 
son anonyme et le Tornoiement des dames. Ces difficultés nous 
inclinent à admettre que le Tornoiement et la pièce Maugré tous 
saini furent de tout temps attribués à Huon d'Oisi; et, puisque 



I. Non seulement les manuscrits le lui attribuent; mais sa femme Margue- 
rite y est deux fois mentionnée (vv. 24 et 28). 



384 j. BÉDIER 

l'uue de ces attributions est juste, il est probable que l'autre 
l'est aussi. 

Ainsi, nous arrivons a deux résultats contradictoires : Huon 
d'Oisi, en 1191, était mort; et pourtant la chanson doit être 
de lui. Recherchons s'il est impossible d'interpréter la pièce 
autrement qu'on l'a fait jusqu'ici, en sorte qu'elle ait pu être 
composée par Huon en 1189-1190. 

Elle est certainement postérieure au mois de mars 1188, 
puisqu'elle parodie une pièce de Conon où il est fait allusion à 
l'établissement de la dîme saladine. Mais il se peut qu'elle ne 
soit postérieure à cette date que d'un an environ. Lorsque 
Philippe-Auguste, précédant Richard Cœur de Lion, arriva 
devant Acre, le 20 avril 1191, une armée de croisés campait 
depuis deux ans déjà devant la forteresse, et les deux rois, 
comme le dit le jongleur Ambroise S vinrent les derniers 
prendre part au siège : 

Car li rei vindrent dererain 
Al siège, nun pas premerain. 

Bien d'autres croisés avant eux avaient débarqué à Tyr ou à 
Saint-Jean-d'Acre, dès l'automne de 1188 % et, pour ne rappe- 
ler que ceux-là, c'est le 30 août 1189, qu'abordèrent devant 
Acre Jacques d'Avesnes et quatorze mille pèlerins frisons et fla- 
mands '. Je suppose que Conon de Béthune aura fait partie de 
l'un de ces premiers convois de pèlerins. Après avoir injurié 
dans ses chansons ceux qui restaient, il se sera mis en route, 
disons dans les premiers mois de 1189. Un cas fortuit quel- 
conque, maladie, accident, embarras d'affaires, retard de tel de 
ses compagnons, etc., l'aura peu après ramené en Artois, soit 
de Saint-Jean-d'Acre, soit simplement de Lombardie ou de Pro- 
vence, ou de moins loin encore, de Bourgogne ou de Cham- 
pagne. Sans doute, il n'entend pas fmsser son vœu; il repartira 
à la prochaine occasion. Mais le satirique croit ou feint de 
croire qu'il est revenu pour rester et il raille ce faux départ : 



1. Estoire de la guerre sainte, éd. G. Paris, v. 2399. 

2. Vov. R. Rôhricht, Die Belagerung von \4Â'Â'(/ (i 189-1 191), au t. XVI 
(1876), p. 485 ss., des Forschungen \ur deutscben Gcschichte. 

3. Estoire delà g.uerre sainte, v. 2850 ss. 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 3^5 

Maugré tous sainz et maugré Dieu ausi 
Revient Q.uenes... 

Nul témoignage historique, je l'avoue, ne nous renseigne sur 
les allées et venues de Conon de Béthune; mais, s'il s'est agi 
d'une simple chevauchée de Conon à quelques journées de 
marche de son château, on comprend que l'histoire ne nous en 
ait pas transmis le souvenir. 

Cette explication est simple, dira-t-on; mais elle ne sert de 
rien. Il fliut que la chanson soit postérieure au retour du roi, 
qui, lui aussi, est traité de recréant et de failli. 

Je ne vois dans la chanson nulle allusion au retour du roi. 
On dit que Conon revient, non pas que le roi revient. On dit, 
au contraire, il me semble, que le roi est resté : 

Or vos conte on avec les recreanz, 
Si remaindroiz avoec vo roi failli. 

Ce reniaindnv\ du v. 14 ne saurait guère avoir un autre sens 
que le rejiianoit du v. 19, c'est-à-dire que tous deux s'appliquent 
à ceux qui ne sont point partis pour la Terre sainte. Si le poète 
en veut au roi, s'il le traite de roi failli, c'est précisément parce 
qu'il remainl. Reproche qui convient aux circonstances, si l'on 
place la chanson en 1189. Après la seconde conférence de 
Gisors (16 août 1 188), on se rappelle que la reprise de la guerre 
entre Philippe-Auguste et Henri II fut un scandale pour tous 
ceux qui désiraient la croisade et que de nombreux barons, 
Philippe de Flandre par exemple et Thibaut de Blois, refusèrent 
de prendre part aux hostilités entre le roi de France et le roi 
d'Angleterre, et firent serment de ne combattre contre des chré- 
tiens qu'après qu'ils auraient accompli leur vœu de croisés. 
Longtemps on put croire que Philippe remaindroit, si bien qu'en 
avril 1189 le cardinal-légat Jean d'Anagni, lassé de ses retards, 
le menaça de l'excommunication'. Cette persuasion que le roi 
avait « mis la croiserie en oubli » alla se propageant même 
après la mort du roi Henri II (6 juillet 1 189), puisque le sirven- 
tés de Bcrtran de Born est postérieur à cette mort : 

Senher Conratz, eu sai dos reis qu'estan 
D'ajudar vos ; aras entendatz qui : 

I. Voyez Al. Candlien, Fhilipp IL Aiigust,!, 300. 

Romania, KXXV 2$ 



386 J. BÊDIER 

Lo reis Fclips es l'us, quarvai doptan 
Lo rei Richart, e cel lui dopta aissi '... 

Outre Bertran de Born et l'auteur de la chanson Maugre 
tous sain:^, des milliers de partisans de la croisade ont pu et dû, 
en cette année 1189, croire que Philippe-Auguste |ne partirait 
jamais et le traiter de recréant et àt failli. 

Il nous semble donc très probable que la pièce est de Huon 
d'Oisi. Elle a été écrite par lui en 1189; elle est contemporaine 
exactement de cette autre chanson (Raynaud, 886), que Maistre 
Rendus fist de nostre seignor : 

Ke pensent li roi ? Grant mal font 
Cil de France et cil des Anglois, 
Ke Damedeu vengier ne vont 
Et délivrer la sainte crois. 
Quant il a jugement vanront, 
Dontlor parra lor bone foi^. 
Se Deu faillent, a lui fauront. 
Il dira : « Je ne vos conois. » 

Cette interprétation a enfin l'avantage de supprimer une singu- 
larité que présentait la chanson, lorsqu'on la considérait comme 
écrite en 1191 ou 1 192. Si elle s'adresse à Conon revenant 
avec le roi de Saint-Jean- d'Acre, c'est-à-dire d'un siège 
rude et qui n'alla point sans quelques souffrances pour ceux 
qui y prirent part, comment le poète peut-il dire de Conon : 

Bien puet sa croiz garder et estoier, 
K'encor l'a il tele qu'il l'en porta ? 

Il ne servirait de rien de répondre que c'est un satirique qui 
parle, de qui il ne faut attendre ni justice ni mesure. Ce serait, 
en effet, oubUer cette circonstance que le père de Conon, 
Robert V le Fort, était mort en 1191 devant Saint-Jean d'Acre. 
Si le satirique parle à Conon qui porte le deuil récent de son 
père et qui vient de courir les mêmes dangers que lui, lui dire 
qu'il revient avec sa croix vierge et neuve, ce n'est pas seule- 
ment une injustice, c'est une absurdité. 



1. Ed. Ant. Thomas, i88i 

2. Corrigez : lor estrehis ? 



SUR DEUX CHAXSONS DE CROISADE 387 

II 

Bernat\, di moi Fonqiiet, qu'on iienl a sage 

Cette pièce a été étudiée par G. Paris dans son bel article 
sur Hugues deBerzc {Roniania, XXVIII, 533). Il a montré que 
les deux copies que nous en avons, exécutées l'une et l'autre 
par des scribes probablement italiens et habitués à écrire du 
provençal, sont des transcriptions corrompues d' « une pièce 
écrite en très bon français », et il a fondé sur la comparaison 
des deux manuscrits (// et D) la restitution que voici du texte 
original : 

Nugo de Bersie maudct aqestas cohhs a Falquet de Rotiiians per un joglar 
qavia )iom Benitvt d' Argentan per predicar lui que vendues coni lui outra >uar. 

I Bernarz, di moi Fouquet qu'on tient a sage 

due n'emploit pas tôt son sen en folie, 

Que nos avons grant part de nostre eage 
4 Entre nos deus usei en lecherie ; 

Et avons bien dou siegle tant apris 

Que bien savons que chascun jor vaut pis; 

Por quoi feroit bon esmendeir sa vie, 
8 Car a la fin est fors de juglerie(?). 

II Dicus ! quel dolor, quel perte et quel damage 

D'omequi vaut quant il ne se chastie ! 

Mais tel i a, quant voit son bel estage 
12 Et sa maison bien pleine et bien garnie, 

Qui ne cuide soit autre paradis. 

Ne le penseiz, Fouquez, beaus douz amis, 

Mais faites nos outre meir compaignie, 
16 Que tôt ce faut, mais Dieus ne faudra mie. 

III Bernarz, encor me feras un message 

Au bon marquis • cui aim sanz tricherie. 
Que je li pri qu'il aut en cest voiage, 
20 Que Monferraz le doit d'anceiserie, 



I. Peut-être vaudrait-il mieux écrire niarcbis, ici et au v. 29, puisque l'on 
a pris le parti d'écarter du texte les italianismes. 



388 J. BÉDIER 

Que autre foiz fust perduz li pais, 
Ne fust Conraz, qui tant en ot de pris 
Qu'il n'icrt ja mais nul tens que l'on ne die 
24 Que par lui fu rccovrce Surie. 

Ne ja d'ai'er porter ne seit pensis. 
Que SOS cosis Vemperere Freris 
N'aura asse^, qui ne li faudra mie, 
28 Qu'Sl VacuilU tiiolt bel eu Lombard ie. 

Bernarz, di moi mon seignor au marquis 
Que de part moi te dont ce que m'as quis, 
Que j'ai la crois qui me defent et prie' 
52 Que ne mete mon avoir en folie. 

Pour rendre compte de la composition de cette pièce, 
G. Paris s'est arrêté à un système qui a été adopté, je crois, 
par tous les critiques plus récents ^ Voici en résumé cette 
interprétation. 

Considérant les vers 25-8 Ne ja d'aver porter ne seit pensis... 
que nous avons imprimés ci-dessus en italiques et qui ne se 
trouvent que dans le manuscrit D (Modène), G. Paris écrit : 
« Pas d'erreur possible. Il s'agit de 1223. Frédéric II, empe- 
reur depuis 1220 (ou au plus tôt depuis 1215), aida en effet 
par son aver Guillaume de Montferrat quand il entreprit son 
expédition en Romanie en vue de reprendre Salonique. [Le 
frère de Guillaume, le jeune Démètre, venait d'en être chassé 
par Théodore Ange Comnène, et il s'agissait de le rétablir sur 
le trône.] Guillaume s'embarqua en janvier 1224, ayant reçu 
9.000 marcs de l'empereur son cousin, auquel il avait préparé, 

1. C'est le texte de D H ; donne : Que iai la cros qem reprevi em castia. 
« Castia, écrit G. Paris, serait peut-être meilleur pour le sens ; mais em z= et 
me n'est pas possible en français ; en lisant quim defent et chastie on risquerait 
d'être trop archaïque. » Je doute qu'on ait pu dire : « J'ai la croix » pour 
« j'ai pris la croix. » Peut-être l'original portait-il la forme bourguignonne 
jai pour /a (cf. ^tsiei au v. 4), que les scribes ont interprétée à tort f ai. Castia 
d'autre part est sûrement meilleur que prie. On pourrait lire : Que ja lacroii 
me defent et chastie Que... 

2. Il a été accepté notamment par M. G. Schultz dans un article de la 
Zeitschrift fïir romanische Philologie, XVI, 506, et par M. Rudolf Zenkcr, 
Cedichte des Folquet ivii Romans {Romanische Bibliothelc, XII. 1896, p. 11). 



SUR DF.UX CHANSONS DE CROISADE 389 

en [220, le très bel accueil qu'on lui fit en Lombardie quand il 
allait se faire couronner à Rome. » — Par malheur, comme le 
remarque aussitôt et très justement G. Paris, si cet envoi fait 
allusion aux événements de 1223, il n'y a pas moyen de le 
« concilier avec le reste de la chanson ». L'envoi se réfère à 
une guerre projetée par des chrétiens contre d'autres chrétiens; 
le reste de la chanson à une croisade contre les Musulmans de 
Syrie. « Il est inadmissible qu'un poète, pour engager Guil- 
laume de Montferrat à aller en Romanie reconquérir le 
royaume de son père, ne lui parle que delà Syrie et des exploits 
de son oncle Conrad. » 

L'incohérence est évidente. Pour l'expliquer, G. Paris admet 
que la chanson, sous sa forme primitive, ne comprenait pas les 
vers 25-8. Nous savons que Hugues de Berzé se croisa en 
1201 : c'est à cette date qu'il aurait rimé cette pièce. Il y 
exhorte à prendre la croix un marquis de Montferrat qui n'est 
pas Guillaume, mais son père, Boniface II, lequel devait en 
effet, peu après, accepter le commandement de la quatrième 
croisade. « La chanson de Hugues de Berzé a peut-être contri- 
bué, surtout par le rappel des exploits de Conrad, à décider 
Bonitace à cette grande aventure, qu'il croyait devoir le 
conduire en Syrie, et qui devait le mener à Constantinople, lui 
donner la couronne de Salonique et le faire enfin périr sous le 
fer des Bulgares. » 

Vingt-deux ans plus tard, selon G. Paris, l'envoi propre au 
manuscrit de Modène a été ajouté, sans doute en marge de 
l'original de ce manuscrit, par quelqu'un qui a voulu rajeunir 
la pièce de 1201 et l'approprier tant bien que mal aux circons- 
tances de 1223 '. 

Ce système offre des difficultés. Ni les vers que G. Paris 
croit avoir été écrits en 1201 ne peuvent, me semble-t-il, avoir 
été écrits à cette date, ni les vers censément composés en 1223 
ne peuvent avoir été composés à cette date. 

D'abord la pièce ne peut avoir été adressée en 1201 au mar- 



I. G. Paris ajoute cet argument à l'appui de sa thèse : « On peut voir 
une trace de l'immixtion d'une main peu habituée à écrire le français dans le 
troisième vers : N'aura est du bon provençal, mais en français il faudrait En 
avra, ce qui donnerait une syllabe de trop. Il est vrai que l'on peut corriger 
Eu a, mais c'est là une correction plus forte qu'aucune de celles auxquelles 
donne lieu le reste de la pièce. » 



390 J. BEDIER 

quis Boniflice II. II convient, en effet, de se rappeler que, dix 
ans auparavant, Boniface avait pris une part importante à la 
troisième croisade, qu'il avait été fait prisonnier à la bataille de 
Tibériade, qu'il avait combattu aux côtés de son frère Conrad. 
Un poète qui, dix ans après ces événements, voudrait l'engager 
à retourner en Syrie, ne lui dirait pas (v. 20) : « Prenez la 
croix, parce que vos ancêtres l'ont fait », sans être tenu d'ajou- 
ter : « Prenez la croix, comme vous-même l'avez fait naguère. » 
Il ne lui dirait pas (v. 29) : « Rappelez-vous les exploits de 
votre frère Conrad », sans être obligé d'ajouter : « et vos 
propres exploits. » Il est visible que la pièce s'adresse à un 
marquis de Montferrat qui n'a encore pris part à aucune croi- 
sade. De plus, au V. 21, autre faii surprend un peu au sens de 
naguère. Si le poète entendait désigner la précédente croisade, 
peut-être aurait-il mis plutôt a l'autre foi :(. 

Autre difficulté : la chanson est adressée par Huon de Berzé 
déjà croisé à un marquis de Montferrat qui n'est pas encore 
croisé. C'est la donnée même de la pièce (voy. surtout les 
vers 28-32). Or Villehardouin (§ 44 et 45) nous apprend que 
c'est l'inverse qui s'est passé en 1201 : le marquis Boniface a 
pris la croix à Soissons un peu avant le concile de Cîteaux, 
tandis que Hugues de Berzé ne s'est croisé qu'à ce concile. 
G. Paris est obligé de former cette hypothèse (p. 562) que 
Villehardouin a a commis une erreur de mémoire » et que 
Hugues de Berzé « a dû, par quelque hasard, prendre la croix 
antérieurement ». 

Si la pièce ne peut avoir été écrite en 1 201, il est visible 
d'autre part qu'elle n'a pu être interpolée en 1223 par l'addi- 
tion des vers 25-8. On ne comprendrait pas, en effet, le travail 
de l'interpolateur. Il aurait voulu « rajeunir la pièce et l'appro- 
prier tant bien que mal aux circonstances de 1223 », Mais s'il 
apparaît au premier regard, et à tout lecteur moderne, qu'il 
est « inadmissible » que la pièce s'applique aux circonstances 
de 1223, cette disconvenance devait être encore bien plus cho- 
quante pour les contemporains, et l'on ne se représente pas 
comment l'interpolateur de 1223 aurait pu même concevoir 
l'idée d'une telle appropriation. Enfin, ces vers 

Ne ja d'avoir porter ne soit pensis, 
Q.ue ses cosins l'emperere Freris 
En a assez... 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 39 1 

ne sauraient s'appliquer au prêt de 9.000 marcs consenti en 
1223 par l'empereur au marquis Guillaume. Pour obtenir ce prêt, 
le marquis engagea ses terres à l'empereur. Ce qui a dû le 
préoccuper à cette époque, ce n'est point le souci d'emporter cet 
argent, mais celui de se le procurer. Il faudrait dans le texte 
trouer, ou quelque chose d'analogue, et non porter, à moins 
d'admettre que le poète écrivait fort mal. Tel qu'il est, le texte 
dit que l'empereur est assez riche pour emporter l'argent néces- 
saire à la croisade. Le poète foit donc allusion à une expédition 
à laquelle il estime que l'empereur prendra part aux côtés du 
marquis de Montferrat. Par suite, l'envoi ne s'applique pas au 
projet d'expédition contre Théodore Ange Comnène, car il n'a 
jamais pu venir à l'esprit de personne que l'empereur Frédéric 
dût y participer. 

Toutes ces difficultés proviennent de la persuasion où est 
G. Paris que les quatre vers de l'envoi s'appliquent à cette expé- 
dition. Il n'y a qu'à admettre, comme rien ne s'y oppose, que 
Théodore Ange Comnène, Démètre et Salonique ne sont pour 
rien dans la chanson ; les difficultés se dissiperont du même 
coup. 

A mon sens, la pièce a été composée d'une seule venue, par 
le seul Hugues de Berzé, sans le concours d'aucun interpolateur. 
Il faut se rappeler que le marquis Guillaume fut, de notoriété 
publique, en maintes occasions, l'agent de Frédéric, et d'autre 
part que, pendant seize ans, de 121 2 à 1228, Frédéric a pério- 
diquement fait croire à la chrétienté et a cru lui-même par 
instants qu'il entreprendrait une croisade. Mais notre recherche 
ne doit point porter sur ces seize ans. Le champ en est circon- 
scrit parle fait que la chanson qualifie Frédéric du titre d'empe- 
reur. Il l'était en fait depuis 121 5, et il n'est peut-être pas 
impossible que dès cette date les poètes l'aient appelé de ce 
titre, tandis que les actes officiels émanés de sa chancellerie ne 
le lui donnent qu'à partir de son couronnement à Rome, le 
22 novembre 1220'. Mais il me semble certain que notre 
chansonnier s'adresse ici à Frédéric déjà couronné, puisqu'il 
fliit allusion (v. 27) au bel accueil que le marquis lui fit en 

I. Voy. Huillard-Bréholles, Historia Jiplonialica Frideiki secumii, Intro- 
duction (1859), P- XLVin. 



392 J- BEDIER 

Lombardie. C'est en septembre 1220 que le marquis Guillaume 
ménagea une belle réception en Lombardie à Frédéric qui se diri- 
geait vers Rome pour y recevoir la couronne impériale'. Or, à 
cetteépoque même, les ducs d'Autriche et de Bavière, les comtes 
de Bar, de Nevers et une foule d'autres seigneurs de France et 
d'Allemagne étaient en Egypte aux prises avec les Musulmans. 
Ils attendaient la venue de Frédéric II, qui avait tant de fois 
promis de porter son aide à la Terre sainte. En 1219, comme 
le pape Honoré III l'avait supplié d'exécuter son vœu, il avait 
feint de lui donner satisfaction en désignant un vicaire, l'arche- 
vêque de Cologne, qui devrait le remplacer pendant son 
absence'. Puis, il avait obtenu des délais. Mais, aussitôt cou- 
ronné, il prit de nouveau à Rome la croix, solennellement, et 
la reçut des mains de ce cardinal Hugo d'Ostie, qui, plus tard, 
devenu le pape Grégoire IX, devait lancer contre lui l'excom- 
munication pour avoir failli à ce vœu. Il jura d'envoyer dès le 
mois de mars des renforts à l'armée des croisés et de partir lui- 
même en août 1221 '. 

C'est en ces circonstances que fut écrite notre chanson. Elle 
est postérieure au couronnement de Frédéric (22 novembre 
1220), pour les raisons que nous venons de dire; elle doit être 
antérieure à la ruine de l'expédition du comte de Bar en Egypte 
et à l'évacuation de Damiette (7 septembre 122 1). Pendant cette 
période, tandis que la chrétienté croyait imminent le départ de 
Frédéric II pour l'Orient, Hugues de Berzé dut prendre la croix 
et écrivit à Guillaume de faire comme lui. Nous savons que 
Folquet de Romans était alors en Italie et qu'il y assista peut- 
être au couronnement de Frédéric II (voy. Zenker, Die Gedichte 
des Folquet de Ro)>ians, p. 21, et chanson VI). 

Cette interprétation a pour effet de supprimer toutes les diffi- 
cultés rencontrées ci-dessus. En outre, elle explique que Hugues 
de Berzé dise à Folquet de Romans (v. 3-4) qu'ils ont « usé en 



1. Voyez Eduard Winkelmann, Kaiser Friedrich II, I (Leipzig, 1889), 53. 
Déjà en 121 1 Guillaume avait reçu à Gênes Frédéric, pauvre et menacé (voy. 
Schirrmachcr, Kaiser Friedrich der Zu'eite, I, 72, II, 16); mais il résulte des 
autres données de la chanson que ce fait ancien n'est pas en cause ici. 

2. Huillard-BréhoUes, Introd., p. ccxiii ; Schirrmacher, I, 115. 

3. Schirrmacher, I, 112. 



SUR DEUX CHANSONS DE CROISADE 393 

lecherie » tous deux « grant part de lor eage ». S'il a écrit ces 
vers, comme on l'admettait jusqu'ici, en 1201, il faut qu'à 
cette date Folquet et lui, sans être nécessairement des vieil- 
lards, fussent déjà pour le moins des hommes de trente ans; 
par malheur deux des chansons d'amour de Folquet (IV et V) 
sont postérieures à 1220 (voy. Zenker, p. 13); il les aurait 
donc rimées entre sa cinquantième et sa soixantième année : 
c'est un peu tard. Je laisse aux historiens de la littérature pro- 
vençale le soin de reconnaître en quelle mesure cette détermi- 
nation nouvelle de la date de la chanson de Hugues de Berzé 
doit modifier les dates et les circonstances de la biographie 
de Folquet de Romans'. 

Joseph BÉDiER. 



I. J'offre ici mes vifs remerciements au savant liistorien de l'Orient latin, 
M. Charles Kohier, qui a bien voulu lire ce petit travail en manuscrit et me 
donner d'utiles indications. 



MOTS OBSCURS ET RARES 

DE L'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE 
(suite ') 



Sabourot, terme de cuisine. — xve s. Pour faire sahoiirot de poussins, 
prenés poussins ou poulaille, et despecés par menus morceaulx, et les soufFri- 
sés en une paelle en sain de lart (J^iaitdier Je Taillevent, p. p. Pichon et 
Vicaire, 62). 

Sabras -. — xiiie s. 

Au darain mes orent limas 
Qui furent mengiez au sabra^. 

Renart, p.p. Chabaille, 179. 

Saccard 5. — xvie S. Combien il fault d'argent et de lièvres pour contenter 
ung lieutenant de courte robbe et six saccars qu'il appelle ses archers (Cl. 
Haton, Mémoires, p. p. Bourquelot, I, 94). 

Saffryn4. — 1382. .1. gouvernail sans ferreure qui fu fait pour la barge 
que fist Colin, dont le saffryn est pourry (Bréard, Coviptes du Clos des galéesde 
Rouen, 130). 

S.\GOULLE >. — 1369. Huit pièces de menue corde pour sacroiûles et fresnelles. 



1. Voir, pour le précédent article, Romania, XXXIV, 603. 

2. [Cf. l'édition de M. E. Martin, t. III, p. 253, où on trouve sahrax, ce 
qui n'est pas plus clair. Paraît sans rapport avec le prov. sahrier « sorte de 
sauce », Raynouard, Lex. rovi., V, 128. — A. Th.] 

3. [Probablement « digne d'être mis dans un sac » : cf. la loc. courante 
homme de sac et de corde. — A. Th.] 

4. [C'est la partie extérieure du gouvernail, dite aujourd'hui safran. — 
Communie, de M. Ch. de La Roncière.] 

5. Godefroy donne un exemple du xviie s. 'çovlx sagide, qu'il explique par 
petite corde », ce qui est vague. 



MOTS OBSCURS ET RARES 395 

chacune pièce pesant trois livres (Mt'ni. lit-s antiquaires de Koniiaiidie, 3e série, 
V, 40S). 

Sainee, partie du corps. — xin^ s. 

Adonc a la cuignie par grant ire levée, 
Malabron lest aler de la corne quarree, 
Et Robastre l'ataint par dessous la sainee. 

GiUifrey, 5719, Ane. Poètes. 

San'ine. — 1556. Fere cueullyr des poires de sanine, deux ou trois bois- 
scauls(/oHrHa/ du sire de Gouherville, p. p. Tollemer, 326). 

Sanivert, sorte d'arbre '. — xvie s. Cornouillers, rosiers, sanivers... en 
estoient si chargez (de hannetons) qu'ils en rompoient (Nouvelle Fabrique, 
105, Bibl. elz.) 

Saonier -'. — 13 13. Loys l'Aillon, saonier. — Jehan Cochin, woHjVr 
(Taille de Paris, p. p. Buchon, 26 et 27). 

Sarau, sorte d'oiseau '. — i SS^- L'oiseau nommé sarau est un des excellens 
de ceus qui chantent, proche au papegaus dit perroquet (Rich. Le Blanc, 
De la Subtilité, 223 v). 

Sarcerie. — 1 349. Sachent tout que je, Jaqucniars de l'Abie, cognoys que 
jou ay vendu sept boistelees de terre ou environ seans ou terroir de Heude- 
court..., et sont tenues en sarcerie du seigneur de Longastre a nient de rente» 
fors tant seulement que quant on va de vie a mort on paie .xii. deniers de relief 
de le mencaudce (J. M. Richard, Cart. de Vhôpital Saint-] ean-en-V Estrée 
d'Arras, 70). 

Sarcier. — 1343. Jacquemars Li Collebaus... werpi et clama quitte par 
devant ledit lieutenant et les dis hommes sarciers .iiii. mencaudees de terre 
en une pièce seans ou Val de Neuville. — Li homme sarcier de mons. 
Wistasse de Berlle (J. M. Richard, Cart. de V hôpital Saint-Jean-en-T Estrée 
d'Arras, 67 et 68). 

Sargout, sorte de plante ♦. — xiv^ s. Les cinq choses de quoy cest 
electuaire est composé, ce sont 5a?o^o!</, gencianne, morelle... (5Wraf, édit. 
1528, rép. S90C). 

1. [Cf. iflH^-r^r/ « chèvrefeuille » dans Joret, Flore po(). de la Normandie, 
p. 96. — P. M.] 

2. [Simple variante de saunier « marchand de sel ». — A. Th.] 

3. [Le texte de Cardano traduit par R. Le Blanc porte : « Sarau nobilis- 
sima canentium » (Bâle, 1560, p. 740). Cf. Godefroy, sarre i. — A. Th.] 

4. [Le ms. B. N. fr. 24395, fol. 84^, porte sargont. — A. Th.] 



39^ A. DELBOULLE 

Sarte, sorte de poisson. — 1596. Rayes, plis, sarte:^, bresnez, solles et 
autres 'poissons {Coustuviier de Dieppe, p. p. Coppinger, 22). 

Sauchiè". — xv-xvie s. Jehan de Toloy, amant et sauchiei de Mets 
(Jacomin Husson, Chrou. tic Met^, p.p. Michelant, 57). 

Sauchui. — 1344. Pour ostcr pluseurs 5flîa7;7//5 de la queminee de la 
chambre au vicomte et d'entour le chastel (Dalisle, Actes normands de la 
Chambre des comptes, 299). 

Saudis -. — 1291. Le onche d'or filé saudis ou en masse (J. Finot, Rela- 
tions commerciales entre la France et la Flandre, 237). 

Sauer, sureau 3. — L'en pcndoit les chiens a ung sauer pour se y venge, 
de ce qu'ilz n'avoient point aboyé (Raoul de Presles, Cité de Dieu,éd\x. 1531 
expos, sur II, 22). 

Sauguernon, sorte de mets +. — xv^ s. 

Puis gelées et saugnernons, 
Verdes sauces et fromentees, 
Aprez les gohieres sucrées. 
Jean de Courcy, Chemin de Vaillance, dans Romania, XXVII, 588. 

Saulable. — 1407. Toutes manières de bestes estre prinses en saulables, 
en nouvelles esteubles, ne doivent toutes que .lx. s. (De Beauvillé, Doc. 
inédits sur la Picardie, II, 120). 

Saulman, Saumant. — xvie s. Les maistres boulangers, meuniers et 
saumants d'icelle ville. — Satdman (G. de Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux, 
182 et 183, édit. 1612). 

Saume5. — xiye g. Celluy maling esperit se mist dessus l'œil d'icelle 



1. [A joindre aux articles sochier 2 et socherie de Godefroy, où l'on 
trouve un point d'interrogation pour toute définition ; le sochier était peut- 
être le receveur d'un droit analogue à celui qui est appelé ailleurs droit de 
de socage. — Communie, de M. Bonnardot.] 

2. Cf. Godefroy, soldeis et soudis 2. 

3. [Le ms. B. N. fr. 20105, f° 73 r°, porte irî<r, forme ordinaire ; cf. Gode- 
froy, SEUR I. — A. Th.] 

4. [Cf. le faulx grenon, qui figure contre un entremets dans le Viandier de 
Taillcvent, p. p. Pichon et Vicaire, p. 251 et 231. — P. M.] 

5 . [Faute pour saignie, c'est-à-dire saignée : le texte latin traduit porte : 
(on phlebotomi similitudinem ». Le traducteur a conhnàu phlebotomus et 
phlebotomia. — A, Th.] 



MOTS OBSCURS ET RARES 39']^ 

(femme) en manière d'une vessie. Et donc l'evesque blasma le mauvais... Et 
tantost le sang vssit de la vessie hors aussi comme une petite saume 
(J. de Vignai, Mir. hist., XXIV, 145, édit. 1531). 

Sauve. — xvi^ s. Prendre... le petit poisson à la sauve, et [àj la treulle, et 
à la ligne (Liebaud, Maison rustique, IV, 13). 

S.'^v.^TTE. — 1617. Faire mettre en bon estât les banquarts, savattes et cor- 
dages servants au dit poids (De Beaurepaire, la Vicomte de l'eau de Rouen, 380). 

Savie. — xiiie s. 

Li reis se live, si a ses baruns mandez, 
Sur une table de savie est muntez. 

Otinel, dans Remania, XII, 439, v. 32 '. 

ScALERiNE, SauALDRiNE, EsGALDRiNE. — xvi^ S. Il se mit à dire mille 
maux, tant de la femme, l'appelant putain, scalerine et coureuse, que du dit 
huissier mary (Chron. Bordelaise, p. p. Delpit, I, 108). 

Une ville et vieille Ji/HflW/n/t; (Jean de Lavardin, Epist. de S. Hierosme, 
390 vo, éd. 1602). 

Jà a Dieu ne plaise qu'une putain, qu'une esgaldrine lasche, vile et abjecte 
comme l'heresie, marche en rang d'une pucelle chaste et sainte comme 
l'Eglise (P. Le Loyer, Hist. des spectres, 923, édit. 1605). 

Sc.^TOLLE, Ch.\stulle, Chatulle, boîte -. — ■ 1574. Une quenouille dans 
une petite scatolle. — Huictz vieillies popees fort gas