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Full text of "Romania"

Univ.of 

TOROiïïÙ 
LiBRARY 



ROMANIA 



1 

1.33 



LES ENFANCES GAUVAIN 

FRAGMENTS D'UN POÈME PERDU 



On a trouvé récemment à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 
au fond d'une armoire, un paquet de parchemins qui, pour la 
plupart, semblent tirés de vieilles reliures ou avoir servi de cou- 
vertures à d'anciens dossiers. C'est parmi ces débris que j'ai 
remarqué les deux feuillets qui seront publiés plus loin. Personne 
n'a pu me dire quand, ni dans quelles circonstances, ce lot 
de parchemins est entré à la Bibliothèque qui en a maintenant 
la propriété sans qu'on sache à quel titre '. M. Kohler, qui a été 
nommé en 1881 employé à la bibliothèque dont il est actuel- 
lement l'administrateur, n'en avait aucune connaissance lorsqu'il 
rédigeait le catalogue des manuscrits de Sainte-Geneviève, qu'il 
a publié de 1893 ^^ 1896. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le 
dépôt de ces parchemins ne peut guère remontera plus de trente 
ou quarante ans. Lorsque M. Boinet, employé à la section des 
manuscrits, me mit sous les yeux ce lot de vieux débris, j'y 
reconnus aussitôt des notes en anglais de l'écriture de Francisque 
Michel, écriture dont je possède d'assez nombreux spécimens 
qui datent de l'époque où j'étais son commissaire responsable 
pour la publication du Psautier de Cambridge dans les Docu- 
ments inédits (1875)-. Quelques-uns de ces fragments paraissent 
avoir été recueillis dans le Bordelais. On sait que Francisque 
Michel fut assez longtemps professeur à la Faculté des lettres de 
Bordeaux. 

J'aborde maintenant l'étude des deux fragments, de grandeur 
inégale, qui sont le sujet du présent mémoire. Le manuscrit 



1. Le plus probable est qu'il aura été donné ou confié à quelque ancien 
bibliothécaire, qui l'aura oublié dans cette armoire. 

2. Francisque Michel est mort en 1886. Voir Rowania, XVI, 166. 

Rotnunia, XXXJX ^ 



2 r. MFYFR 

dont ils ont tait partie était un grand livre écrit sur trois 
colonnes, à 46 vers par colonne. Le premier est très mutilé : il 
a perdu sa partie supérieure et un Ljrand morceau de sa partie 
droite, de sorte que la troisième colonne du recto et la première 
du verso manquent, comme aussi les six premiers vers de chaque 
colonne. Il ne subsiste donc plus, en tout, que quatre colonnes 
.'^complètes du haut, soit 160 vers, et encore faut-il noter que, 
à la première colonne du verso (qui est en réalité la deu- 
xième), les premières lettres de chaque vers ont été enlevées. 
Le second fragment est un feuillet double entier. Il a ses douze 
colonnes bien complètes et contient par conséquent, à 46 vers 
par colonne, 552 vers. Comme il formait le centre d'un cahier 
le texte se poursuit sans interruption. 

L'écriture peut être attribuée au milieu environ du xiii^ siècle. 
On en jugera par le spécimen ci-joint '. 

l'essaierai plus loin de justifier le titre que j'ai donné à ce 
débris d'un poème dont il n'existe, à ma connaissance, aucun 
autre fragment. Mais d'abord, je crois utile de donner le résumé 
des récits que renferment ces deux fragments. 

PREMIER FRAGMENT 

Ce fragment s'ouvre par un discours, dont nous n'avons pas le début, 
adressé par Morcadès à son frère le roi Artus. Elle lui demande la permission 
de se retirer pour quelques moisdans un château dont le nom n'est pas donné 
ici % en compagnie de sa « pucelle ^ 5 et d'un vallet, qui n'est pas nommé, 
mais qui ne peut être que Lot. Elle désire que sa maison soit composée 
d'un chapelain « chenu et blanc », qui lui chanterait la messe chaque matin, 
d'un sénéchal, d'un cuisinier, d'un portier, d'un « clerçon » (probablement 
pour ser\'ir la messe) et d'un bouteiller. Le portier prêterait serment de ne 
laisser entrer que des personnes d'une honnêteté reconnue ou accompagnées 
d'Artus lui-même. 

Artus souscrit à ces conditions : sa sœur le remercie chaleureusement et se 
met en route pour le château, qui était bien approvisionné de tout ce qui était 



1 . Ce fac-similé reproduit la partie inférieure du fol. 2 recto du second 
feuillet. Il contient les vers 305-322, 351-368, 397-414. 

2. Il est nommé dans le second feuillet, v. 254. C'est le château de Beî 
Repaire. 

y. Ce doit être une demoiselle de compagnie, comme les « pucelles » de 
Flamenca. 



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4 r. MEYJ^.R 

nécess^iirc (v. 59). Sept mois après ronf.uu vini au monde. Morcadcs l'eût 
bien volontiers nourri si elle avait cru pouvoir le faire en toute sécurité, mais 
ce n'était pas possible. Lot, le jeune homme, assista ;\ sa naissance. Mais 
personne n'en sut rien excepté lui qui était le père. Il convient maintenant 
d'agir avec prudence pour que la chose reste celée et que la demoiselle ne 
perde pas le nom de pucelle (v. 56). 

Entre la mer et le bois habitait un sage chevalier appelé G au vain le Brun. 
Il s'était fait construire un ri.:he manoir. Il n'avait ni femme, ni enfant, ni 
héritier. Il aimait la chasse et souvent envoyait de la venaison à Morcadès, 
pour l'amour de la pucelle dont il était très épris, et qu'il eût volontiers 
épousée. Il l'en avait souvent requise, mais elle n'y voulait entendre. Elle se 
comporta ainsi longtemps, et Gauvain n'obtint rien d'elle (80). 

{Lacune ik ç8 vers.) 

[Lot et Morcadès ont décidé de se défaire de l'enfant.] La pucelle l'emporte 
secrètement. Mais en route elle rencontre Gauvain qui revenait de la chasse. 
Heureux de la rencontre, celui-ci met pied à terre et l'embrasse. Il découvre 
l'enfant qu'elle tenait sous son manteau et lui demande où elle l'a trouvé et 
ce qu'elle en veut faire, car il savait bien qu'il n'était pas à elle. Il lui propose, 
si elle V consent, de s'en charger. Celle-ci se décide à lui tout conter, lui 
recommandant d'être discret (v. 120). 

(Lacune de 6 vers.) 

Ils se séparent. La pucelle promet à Gauvain de l'épouser aussitôt qu'il 
aura fait baptiser l'enfant et que Morcadès aura fait ses relevailles. Puis elle 
revient auprès de Morcadès et lui conte ce qu'elle a fait. Gauvain, selon sa 
promesse, fit baptiser l'enfant et lui donna son propre nom. Il le fit ensuite 
allaiter par une nourrice et remettre dans ses langes. Il se garda bien d'enle- 
ver le paile' magnifique qui était au chevet de l'enfant, ainsi que les besants% 
mais il fit des additions à la lettre, et, l'ayant mise dans une aumônière, il la 
replaça dans le paile. Enfin il enclôt l'enfant dans un petit tonneau qu'il 
confia à un de ses serviteurs [pour être jeté à la mer] (v. 160). 

SECOND FRAGMENT 

[L entant, abandonné en mer, a été recueilli par un pêcheur.] L'enfant 
était d'une bonne nature : il profita et embellit. Lorsqu'il eut dix ans, le 



1. Etoffe de soie. Je garde l'expression du texte. 

2. Dans les vers qui manquent par suite de la lacune indiquée plus haut, 
l'auteur devait conter comment Morcadès, ayant résolu d'abandonner son 
enfant, avait tout préparé pour que l'enfant fût un jour reconnu et ne fût pas 
à charge à celui qui le trouverait. Quelques détails à ce sujet sont donnés au 
commencement du second fragment. 



LES ENlANCtS GAU\ Al\ 5 

pcrc jadoptit) l'emmena avec lui à la pèche, mais l'enfant n'v avait pas 
de goût. Il fallait le battre pour le faire embarquer, pour lui apprendre à 
caler la voile, à ramer, à jeter les filets, à les retirer lorsqu'ils étaient chargés 
de poissons. Il avait un peu plus de dix ans lorsque son père adoptif, étant 
tombé malade, voua, sur le conseil de son confesseur, un pèlerinage à 
Monseigneur saint Pierre de Rome. Il v mènera renf.int et le baillera au pape 
(V. 50). 

Le pêcheur aimait beaucoup l'entant et l'appelait partout « beau fils ». Il 
possédait encore lesbesants, l'étoffe de soie et le fermail. Il n'en avait pas eu 
besoin, ayant vécu de son travail. Il n'avait pas encore non plus vu la lettre 
qui était restée dans l'aumonière. C'est seulement au moment de partir qu'il 
la remarqua et la (it lire par un clerc. Hlle disait que l'enfant était né d'une 
liaison secrète, que son père et sa mère étaient de haut parage ; qu'une fois en 
âge, il devrait être fait chevalier ; que les besants devaient appartenir à celui 
qui l'aurait trouvé et élevé ; que l'anneau, le fermail et l'étoffe de soie devaient 
lui être remis lorsqu'il serait armé chevalier, l'étoffe devant servir à lui faire 
une cote d'armes, tandis que par l'anneau il reconnaîtrait son père, et par le 
fermail sa mère (v. 83). 

Le pêcheur pleura de joie, et l'enfant lui devint plus cher que lorsqu'il le 
menait par force à la pèche. Arrivé à Rome, il parvint, non sans peine, jus- 
qu'au pape, et eut avec lui un entretien privé. Le pape accepta l'enfant, promit 
de lui fournir le nécessaire et d'en faire son neveu. Il donna congé au pêcheur, 
qui emporta les besants, le pape gardant l'anneau, le fermail et le paile pour 
les remettre au jeune homme lorsqu'on l'armera chevalier. Il lui fit donner 
un maître qui d'abord lui apprit l'escrime, pour lui développer la poitrine, 
puis lui enseigna la chasse en bois et en rivière et l'équitation. Le jeune 
homme était honoré et chéri de tous, et il le méritait bien. Il se comportait 
selon sa nature et non pas selon son éducation : s'il avait agi conformément 
à l'éducation qu'il avait reçue [de son père adoptif] il ne fût pas monté en 
prix comme vous verrez par la suite (v. 162). 

Laissons maintenant le pape et revenons au roi Artus ; mais tout d'abord je 
vous parlerai du pêcheur qui revint chez lui et conta à sa femme tout ce que 
je vous ai dit : je ne vais pas le répéter, car on me blâmerait. Sa femme fut 
très aise de l'aventure. Elle n'a pas perdu sa peine. Les besants lui firent plaisir, 
car elle vit bien qu'elle en avait pour toute sa vie : si elle en fait un bon 
emploi, elle n'aura pas à redouter la pauvreté. Reprenons l'histoire d'Artus 
et de Morcadès au point où nous l'avons laissée (v. 192). 

La' demoiselle Morcadès était toujours dans son château, où elle se couvrit 
de son mieux, en personne habile. Quand vint le moment des relevailles, 
personne n'en sut rien, sauf la demoiselle qui connaissait toute l'affaire '. 



I. Ki Vautre oevre avcit bien seile; peut-être faut-il supposer que la demoi- 
selle en question avait assisté à l'accouchement. 



6 p. MEYER 

Morcadcs ne se laissa pas voir du roi tant qu'elle fui enceinte. Une lois il 
vint la voir, la s;Khani sourtVante ', mais, comme femme habile, elle lui conta 
des mensonges, de sorte qu'il ne se douta de rien. Le roi, du reste, avait à ce 
moment fort à faire, car il songeait à se marier (v. 212). 

Le roi d'Irlande avait une sœur qui était belle, sage et de grand prix. Artus 
la fit demander par ses messagers Elle lui fut accordée sans difficulté. 
Guinemar (tel était le nom de la dame) y donna son consentement ; et elle 
fit aussi bien, car, bon gré, mal gré, elle eût été contrainte à ce mariage. Artus 
alla au-devant de la dame et la mena à Dinasdaron, où il célébra ses noces. 
Morcidés V vint, avant pour cette occasion quitté son château de Bel Repaire, 
où elle avait eu son plaisir et laurait eu plus encore si son ami Lot y était 
resté plus longtemps et si elle n'avait craint de devenir enceinte. Mais Lot ne 
pouvait facilement y venir. Elle avait son cœur et lui le sien (v. 272). 

Le roi Artus aimait tant sa femme, qu'elle était à la fois son amie et sa 
dame. Et celle-ci lui était si lovale qu'elle eût mieux aimé mourir que rien 
faire qui lui fût pénible. Elle aimait beaucoup Morcadès et se tenait tout le 
temps avec elle. Le vilain dit : « Qui aime son seigneur aime aussi son 
chien » (v. 504). 

La chambre fut ouverte à tous (le jour du mariage). Les chevaliers y vont 
tous pour accompagner la bonne dame sage (la reine). Lot n'en fut pas fâché. 
Il voit souvent celle qui lui plaît, et, d'autre part, il souffre de n'en avoir que 
la conversation, et de ne pouvoir l'embrasser qu'en larcin et encore rarement- 
Bien fol est celui qui remet à plus tard ce qu'il a sous la main, et attend que 
l'alouette lui vienne dans la main. Si ensuite il n'arrive pas au but de ses 
désirs, certes il ne mérite pas qu'on le plaigne (v. 326). 

Lot, comme sage, ne manqua pas de prendre ce qu'il désirait, sans deman- 
der de délai ^ J'ai vu pleurer mainte larme pour avoir remis à plus tard. Pour 
moi, j'aimerais mieux cent sous dans le moment que cent marcs dans quatre 
jours (v. 335). 

La reine Guinemar et Morcadès vont toujours de compagnie. Celle-ci 
maria la pucelle à Gauvain le Brun qui l'aimait. Il était fort riche et la servait 
doucement (v. 554). 

Laissons le roi Artus et Gauvain le Brun pour revenir au jeune homme 
qui se conduisait selon sa nature. Le pape le chérissait, le voyant si franc, 
si bon. Il n'y avait pas plus bel enfant. Q.uand il eut passé douze ans, il était 
merveilleusement grand et formé. Il servait le pape à table, mais uniquement 
pour découper, et personne ne découpait mieux. Il était courtois et doux, ne 
faisant de mal à personne, prenant tout en bonne part. Il ne savait encore qui 
il était, et croyait que le pape était vraiment son oncle. Il se distingua telle- 
ment, alors qu'il était vallet, que le pape résolut de le faire chevalier (v, 400). 



1. DdsfMiitie, v. 205, proprement malheureuse. 

2. Cela veut-il dire qu'il épouse Morcadès ? Le texte n'est pas très clair. 



LES ENFANCES G AU VA IX 7 

La cérémonie eut lieu le jour de la Saint-Jean. Le poète, à cette occasion, 
fait l'éloge du saint et remarque que les païens célèbrent sa tête aussi bien 
que les chrétiens. Il passe ensuite à l'éloge du nouveau chevalier dont il dit 
qu'il avait Largesse pour mère.'Il le loue de n'avoir jamais pris pour conmpa- 
gnon un homme « nice et lanier », ce qui l'amène à lancer une violente invec- 
tive contre l'avarice et les mauvais riches (v. 518). 

L'auteur revient au jeune chevalier et nous dit qu'il se mit à courir les 
tournois avec des compagnons qui avaient sollicité sa compagnie ■. Il remporta 
partout le prix des tournois et jamais il ne fut fait prisonnier (v. 54^). 

En ce temps mourut l'empereur qui n'avait ni fils, ni frère qui pût tenir 
l'empire après lui. Ce fut une grande douleur pour ceux qui lavaient long- 
temps ser\-i... 

LES DIVERSES RÉDACIIONS DES ENFANCES GAUVAIK 

Si G. Paris vivait encore, c'est à lui que j'aurais laissé le soin 
de publier ces précieux fragments. Il avait, comme on va le 
voir^ pressenti l'existence d'un poème perdu sur l'enfance de 
Gauvain, et, d'une façon générale, il connaissait à tond l'histoire 
du cycle Arthurien, que je n'ai jamais étudié de près. Dans le 
« compagnonage » qui s'était formé entre nous, il s'était établi 
une sorte de division du travail. Chacun de nous avait son 
domaine propre, ses daims, comme disent les Américains, qu'il 
exploitait sans trop s'aventurer sur le domaine de son compa- 
gnon. La Table ronde était dans son lot. Amené à m'occuper 
d'un sujet avec lequel je suis peu familier, je présenterai mes 
conclusions avec réserve, tout prêt à m'incliner devant l'opi- 
nion de plus compétents. 

G. Paris avait conjecturé qu'il avait dû exister un poème sur 
la naissance et la jeunesse de Gauvain. Il s'exprime comme suit 
dans une de ses notices sur les romans de la Table ronde \ 

On conser\-e dans un manuscrit du Musée britannique (Cotton, Faustina B 
vi) une singulière composition latine, intitulée De ortti Walivauii mpotis 
Arthuri. On y raconte que Gauvain était né des amours, et non du mariage, 
de Loth et d'Anne, sœur d'Arthur. On remet l'enfant nouveau-né à des mar- 



1. C'est de même qu'on sollicitait la compagnie de Guillaume le Maréchal 
voir mon édition, III, 43 ; cf. Richart le bel, vv. 4487 et suiv. 

2. Hhtoire littéraire de la France, XXX, 31, note. 



8 p. MEYER 

cliands qui l'emmènent près de Narbonne ; un pécheur recueille l'entant et 
s'empare en même temps du coffre où se trouvent, avec de grands trésors, 
les documents qui établissent sa naissance. Le pécheur se fait passer pour noble 
et riche et vient s'éuiblir à Rome, où l'empereur lui cède le palais qui avait 
été celui de Scipion l'Afriaùn. A sa mort, le pécheur révèle la vérité à l'em- 
pereur et au pape Sulpice. Gauvain est élevé par l'empereur, qui le lait che- 
valier. Le bruit de ses prouesses se répand si bien que les chrétiens de Jéru- 
salem lui demandent d'être leur champion contre les Persans; il tue Gor- 
niund, le champion adverse. Enfin, il revient en Angleterre, et est reconnu 
comme le neveu d'Arthur. Voir Madden, Syr Giiicaytie, p. xxxiii ; Ward. 
CatahyufofRcmancf.". t. I, p. 576. Ce roman parait une simple amplitica- 
lion des données de Gaufrei de Monmouth ; il repose sans doute sur un 
original français : on en retrouve les traits principaux dans le roman en prose 
de Perceval ou Perlesvaus (p. 252, 253) et dans une rédaction encore inédite 
du Merlin en prose conservée dans le manuscrit français 537. 

A la tin de ce paragraphe, G. Paris, par suite d'une confusion 
dans ses notes ou dans ses souvenirs, a commis un lapsus qui 
a été relevé par M. j. D. Bruce, dans son édition du De ortii 
IVahcanii mentionné au commencement de la citation qu'on 
vient de lire '. Le ms. B. N. fr. 337 ne contient pas le Merlin en 
prose : il est probable que G. Paris avait en vue la rédaction du 
Merlin qui se trouve dans le ms. Huth, et qu'il a publiée, en 
collaboration avec feu J. Ulrich, pour la Société des anciens 
textes français, où se lit en effet un récit en partie analogue 
à celui de notre poème, bien que ne se rapportant pas au jeune 
Gauvain ^ D'après ce récit, le roi Arthur, ayant su qu'à une 
époque déterminée un enfant naîtrait par qui son royaume serait 
mis à destruction, ordonne que tous les enfants nés à cette date 
lui soient envoyés. Il les fait enfermer dans une tour, afin d'em- 
pêcher ainsi l'accomplissement de la prophétie. Au nombre de 
ces enfants devait se trouver, non pas Gauvain, mais Mordrec,, 
fils du roi Lot et de la sœur d'Arthur. L'enfant est envoyé 
par mer, sur un navire qui fait naufrage. Tous ceux qui étaient 
à bord périssent, sauf Mordrec dont le berceau surnage, et qui 
est sauvé par un pécheur \ La suite de l'histoire de Mordrec est 



1. Publications of the viodern lauguage Association of America, XIII (1898), 
368. 

2. G. Paris a reconnu son erreur, Rornaniu, XXVIII, 166. 

3. Édition Paris et Ulrich, I, 203 et suiv. 



LES ENIANX-ES GAUVAIX 9 

sans rapport avec celle de Gauvain. Ici, c'est tortuitement que 
l'enfant se trouve flotter sur la mer, en danger de mort; dans 
notre poème, au contraire, c'est de propos délibéré que le jeune 
Gauvain, dont on veut se débarrasser, est exposé sur les eaux. 
L'analoi^iie entre les deux récits est donc assez restreinte. 

Au contraire, le Perceval en prose, auquel se réfère G. Paris 
à la fin de la note précitée, présente une allusion directe non 
pas au récit même de notre poème, mais à une variante de ce 
récit. Le roi Arthur et Gauvain vont, incognito, entendre la 
messe dans une chapelle qui était ornée de riches peintures. 
Après la messe, Arthur demande au prêtre des explications 
sur ces tableaux, et le prêtre lui dit qu'ils se rapportent à un 
prudhomme vavasseur à qui appartenait le château, et à Gau- 
vain, le neveu du roi Arthur. Voici le texte ' : 

Sire, feit li prestres, misires Gauvains fu ça dedanz nez et levez et bau- 
tissiez, einsint corne vos le pouez la veoir escrit ; et ot non Gauvain por le 
seingnor de cest chaste! qui tel non avoit. Sa mère, qui l'ot del roi Loth, ne 
vost mie qu'il fust seù : ele le mist en .j. moût bel vessel ; si pria au prodome 
de ça dedanz qu'il li portast la ou il fust periz, et, se il ce ne fesoit, ele le 
feroit fere a autrui. Icil Gauvains, qui loiax estoit et ne vost mie que cil anfes 
fust periz, fist seeler a son chevez qu'il estoit del real lignage d'une part et 
d'autre, et s'i mist or et argent, por l'anfant norir, a grant plenté, et coucha 
desour l'enfant une moût riche pane. Il l'enporta an .j. moût lointeingnc 
pais; puis vint, a un ajornant, an .j. petit pleisseïz ou il avoit .j. moût pro- 
dome manant ; il le bailla a luî et a sa moillier et lor dist qu'il le gardassent 
et norissisent bien, qu'il lor en poroit venir granz biens. Li vavasors s'en 
retorne arieres, et cil gardèrent l'anfant et le norirent tant que il fust grant; 
puis le menèrent a Rome a l'apostole ; si li mostrerent les lettres seelées. Li 
aposteles les vit et sot que il estoit fiuz le roi. Il an ot pitié ; si le fist garder 
et li fist antendre qu'il estoit de son lignage ; puis fu esleùz a estre anpe- 
rierede Rome. Il ne le voloit estre, por ce que l'an ne le reprochast sa nes- 
sance que l'an li avoit celée avant... 

Si l'on compare ce récit au poème, on constatera des diffé- 
rences importantes. Ici l'infanticide est bien caractérisé : c'est 
grâce au vavasseur Gauvain que l'enfant échappe à la mort. Dans 
le poème, la conduite des parents de l'enfant, sans être irrépro- 
chable, est cependant moins coupable. Notons que la sœur 



I. Perceval le Gallois, Première partie, le Roman en prose, éd. Potvin 
(1866), p. 252. 



10 p. MEYER 



d'Arthur nVst pas nommée et que le rôle épisodique de hi 
« pucelle -^ qu'un jour devait épouser Gauvain le Brun est 
supprimé. 

Le récit que nous offre le De oriu JVnhvauii, et dont G. Paris 
a donné une idée sommaire dans la note précitée, se rapproche 
davantage, à certains égards, de celui du poème, mais il est loin 
d'être identique. Comme il est un peu long, et qu'on peut le 
lire dans le volume indiqué ci-dessus (p. 8) de la Modeni lan- 
giiiigc Association % je me bornerai à l'analyser, passant rapide- 
ment sur la partie qui dépasse le point où s'arrêtent nos frag- 
ments. La sœur d'Arthur y est appelée Anna (et non Morcadès, 
comme dans le poème). Elle accouche secrètement : seule sa 
demoiselle de compagnie {pcdisscqiia^ la « pucelle » du poème) 
est dans la confidence. De Lot, il n'est pas question, sinon tout 
au début, pour dire qu'il avait rendu grosse la jeune fille. Tout 
a été préparé d'avance pour l'éloignement de l'entant : des mar- 
chands sont chargés de le transporter outre mer. La mère leur 
remet des sommes considérables ^. En outre ils emportaient un 
paile magnifique brodé d'or et orné de pierres précieuses (il 
n'est pas dit, comme dans le poème, que ce paile devait, lorsque 
l'enfant serait armé chevalier, être taillé en cotte d'armes), et un 
anneau qui était celui du roi Arthur. Une lettre était jointe don- 
nant l'état civil de l'enfant, et son nom Gauvain ' (mais pour- 
quoi il avait été ainsi nommé, le texte ne le dit pas). Les mar- 
chands mettent à la voile, et au bout de huit jours abordent près 
de Narbonne. Ils descendent à terre, laissant l'enfant seul dans 
le navire, et se rendent à la ville K En leur absence un pêcheur 
du pays, nommé Viamundus, étant monté à bord, trouve l'en- 



1. Cette édition, comme je l'ai dit, Romania, XXXIV, 143, est très fautive. 

2. • \atum itaque infantulum, nemine sciente, negociatores suscipiunt, 
cum quo genitrix eis auri et argenti preciosarumque vestium innumerabilem 
copiam contulit. » 

3. Cartam etiam régis sigillo signatam addidit, cujus textus eum certis 
insinuabat indiciis ex régis Norwegie nepote sororeque Arturi progenitum 
Walwaniumque a genetrice nominatum et propter régis timorem ad extra- 
neas fuisse destinatum provincias ». 

4. Ici nous ne pouvons pas comparer le récit avec le poème, qui, pour 
cette partie, nous fait défaut. 



LES ENFANCES GAUVAIN I I 

huit endormi et le prend avec la caisse qui contenait le paile, 
l'anneau et la lettre, avec autant d'or et d'argent qu'il en peut 
porter ', et remet le tout a sa femme. Les marchands reviennent 
à leur navire, voient qu'ils ont été dépouillés, se lamentent, 
font des recherches infructueuses, et finissent par se rembarquer. 
\'ianiundus cependant prend soin de l'enfant et l'élève comme 
son fils '.Il se garde bien de faire étalage de sa richesse, crai- 
gnant d'exciter les soupçons. Au bout de sept ans, il se rend à 
Rome tant pour faire pénitence de son vol que pour jouir en 
paix du fruit de sa rapine. Rome, en ce temps, venait de subir 
les incursions des barbares et avait été presque détruite. Le 
nouvel empereur s'appliquait à réparer le désastre : il recons- 
truisait la ville, il y ramenait les habitants dispersés; il rachetait 
les captifs. Viamundus vit là une occasion propice. Il s'habilla 
magnifiquement, acheta de nombreux esclaves, et, accompagné 
d'une nombreuse suite, se rendit auprès de l'empereur, qui lui 
fit un accueil honorable. Il lui conta qu'il appartenait à une 
noble famille de Rome, qu'il avait été duc en France, mais que, 
ayant, appris les désastres qui avaient fondu sur Rome, il s'était 
hâté d'y revenir pour porter secours à ses compatriotes, et il 
demandait à l'empereur la permission de s'y fixer. L'empereur 
le remercia et lui donna un palais magnifique qui passait pour 
avoir appartenu à Scipion l'Africain. Viamundus se comporta de 
telle sorte qu'il ne tarda pas à être admiré et aimé de tous et 
qu'il devint bientôt célèbre par sa largesse et sa munificence. Le 
jeune homme de son côté fréquentait familièrement le palais 
impérial, où ses rares quaUtés lui avaient concilié la faveur géné- 
rale. Il avait douze ans lorsque Viamundus fut atteint d'une 



1. A propos de ce vol est cité un proverbe qui vient de l'original; on verra 
que, dans notre-poème, sont cités d'autres proverbes. Voici la phrase latine : 
« Videns autem parvulum prestanti forma, navemque sine custode omnibus 
refertam diviciis, suamque considerans paupertatem quam ibi, fortuna favente, 
relevare poterat, ut in proverhio dicitur : oportunitas loci et temporis reddit 
Jatronem... » — Notre proverbe « l'occasion fait le larron » se trouve, dès le 
xnie siècle, sous la forme aeise fait larron (Le Roux de Lincy, II, 234 et 
492). 

2. A partir d'ici nous pouvons com4iarcr le récit avec celui du poème 
second fragment). 



12 P. MEYER 

grave maladie. Prévoyant sa Hn prochaine, le vieux pécheur 
supplia Tempereur et le pape de se rendre auprès de lui; il 
leur avoua qu'il était de basse condition, leur conta toute son 
histoire et Huit par leur recommander le jeune homme, qui 
jusque là avait été appelé « Tentant sans nom » {puer sine 
mvnific), leur remettant la lettre qui attestait son origine. 
L'empereur adopta l'enflmt, et Viamundus mourut, heureux 
de voir ses vœux accomplis. L'empereur lui fit fiiire un tom- 
beau magnifique. 

Après la mort de Viamundus, l'enfant sans nom, est con- 
duit au palais et inscrit au nombre des enfants impériaux. A 
l'âge de quinze ans, il fut armé chevalier en même temps 
que quinze autres jeunes gens. L'empereur lui offre de lui accor- 
der le don qu'il demandera. Le jeune homme demande qu'à 
la prochaine bataille il ait le privilège de porter les premiers 
coups'. L'empereur y consent. Dès le jour qu'il fut armé che- 
valier, il porta sur ses armes un bliaut de pourpre {tiinicam 
purpiiream) qu'il avait fait préparer d'avance ; et, à ceux qui lui 
en demandaient la raison, car ce n'était pas l'usage, il répondit 
qu'il l'avait, fait pour l'ornement. On s'écria par toute l'ai^mée : 
(' Le chevalier à la cotte d'armes - ! » 

Bientôt la guerre éclate entre les chrétiens qui occupaient 
Jérusalem et le roi des Perses. Le combat allait s'engager 
lorsque des personnes sages s'interposèrent des deux côtés et 
proposèrent de vider la querelle par un combat singulier. Les 
chrétiens de Jérusalem, ne croyant pas pouvoir accepter cette 
proposition sans Tautorisation du César \ demandent une trêve 



1 . C'était un honneur très recherché, qui était concédé par le chef de 
Tarmée, et parfois réclamé comme fondé sur une tradition. On a sur ce point 
de nombreux témoignages dans les romans, parfois dans des récits purement 
historiques. DsLns Giratt de RoussiUon (voir ma traduction § 671), le privi- 
lège d'engager l'action est réclamé par les Bretons. A la bataille de Lincoln 
(12 17;, d'après Y Histoire de Giiilllaumeh Maréchal (voir ma traduction, III, 
228), le comte de Chester et les Normands se le disputent. 

2. <( ... ab omni acclamatur exercitu : Miles cum tiinica armature! ac dein- 
ceps hoc illi remansit vocabulum : Miles cum tunica armature » (p. 396). La 
cotte d'armes, portée sur le haubert, ne paraît pas être entrée dans l'usage 
avant la 6n du xif siècle. Voir V'^ioUet-Le-Duc, Dict. du mobilier, section 
ARMES : Hewitt, Ancient armour and weapous, I, 126. 

3. Ou «de César », sine assensu Cesaris suh cujus degebant imperio(p. 397). 



LES ENFANCES GAUVAIN I3 

pour avoir le temps de consulter l'empereur. La trêve accordée, 
ils envoient des messagers à Rome, avec mission, au cas où la pro- 
position serait approuvée, de prier l'empereur de leur envoyer 
un champion capable de taire la bataille. L'empereur prend con- 
seil, et le chevalier à la cotte d'armes est désigné par acclama- 
tion. Il s'embarque dans un port de l'Adriatique avec une nom- 
breuse compagnie. Ici commence une série d'aventures qu'il est 
inutile d'analyser puisqu'il n'y a rien de pareil dans nos frag- 
ments. Finalement, après des accidents variés dans lesquels il 
court les plus grands risques, il arrive à Jérusalem, se bat en 
combat singulier avec l'adversaire (appelé Gormond) qui lui 
est opposé, lui coupe la tète, et revient couvert de gloire à Rome. 
Mais il ne peut rester en repos : ne rêvant que batailles et con- 
quêtes, il obtient de l'empereur la permission de se rendre en 
Grande-Bretagne, attiré par la renommée du roi Arthur. L'empe- 
reur le charge de présents pour Arthur et lui remet la précieuse 
cassette qui contenait les documents relatifs à sa naissance, lui 
défendant de l'ouvrir avant d'avoir vu le roi Arthur. Notons 
que le jeune homme ignore encore son état civil, et qu'il n'est 
connu que sous le nom de « chevalier à la cotte d'armes ». 
• Il arrive en Bretagne, et, par suite de circonstances qu'il serait 
trop long de conter, il se bat avec Arthur, sans savoir à qui il 
a à faire, et le jette à bas de son cheval. Il traite de la même 
manière le sénéchal Keu qui avait voulu venger son seigneur, et, 
ayant pris leurs chevaux, il les envoie à l'épouse d'Arthur, la 
reine, qui est ici appelée Gwendoline (Gwendoloena). Le roi et 
le sénéchal s'en retournent honteusement à pied. Puis il se 
présente lui-même à la cour du roi. Celui-ci, le reconnaissant, 
le reçoit plutôt fraîchement. Bien qu'ayant fait ouvrir la cas- 
sette remise par le chevalier, et sachant par conséquent que le 
chevaher à la cotte d'armes n'était autre que son neveu, il refuse 
de l'admettre au nombre de ses chevaliers, et se garde bien de 
lui faire connaître ce qu'il a appris par le contenu de la cas- 
sette. Le jeune chevalier insiste et obtient du roi que la 
faveur désirée lui sera accordée s'il réussit à accomplir un tait 
d'armes qui ait été au-dessus des forces de l'armée entière. L'oc- 
casion ne tarde pas à se présenter. Arthur part en expédition 
pour le Château des pucelles (Edimbourg), dont la dame était 
assiégée par un roi païen qui voulait Tépouser de torce. 



14 1". MEYF.R 

Arthur arrive trop tard : la dame est déjà prisonnière. 11 attaque 
l'armée du roi païen, mais il est battu et ses troupes sont 
mises en déroute. Le chevalier à la cotte d'armes, qui jusque-là 
s'était tenu à l'écart, se précipite sur les ennemis, parvient jus- 
qu'au roi païen, le perce de sa lance et délivre la dame. Il 
revient auprès d'Arthur, qu'il trouve se lamentant sur sa défaite, 
et lui présente la tète du roi païen. Le roi consent alors à l'ad- 
mettre au nombre de ses chevaliers. Il tait venir le roi Lot et 
Anne, et, en présence de tous, il fait lire la lettre renfermée dans 
la cassette, et reconnaît publiquement le jeune Gauvain comme 
son neveu. 

Si l'on compare ce long récit avec la partie correspondante 
du poème français, on relèvera des diflérences nombreuses et 
importantes. Ces différences ont deux causes. D'une part, il 
paraît bien certain que le clerc qui, en un latin prétentieux plu- 
tôt qu'élégant, a narré les aventures du jeune Gauvain, — 
ayant bien soin de nous fliire remarquer qu'il est plus difficile 
de rédiger une histoire en style éloquent que de la conter en 
lantjue vuli^aire — avait sous les veux une rédaction française 
sensiblement différente de la nôtre. D'autre part, il est évident 
qu'il a pris avec son original, quel qu'il fût, de grandes libertés. 
Ce serait une 'tâche épineuse que de faire le départ des diffé- 
rences qui doivent être attribuées à chacune de ces deux causes. 
D'autant plus que là même où, selon toute apparence, l'écri- 
vain latin s'attache à suivre le roman français, il métamorphose 
son original et lui donne un aspect tout nouveau. Sans m'attar- 
der à cette recherche, qui, sur divers points, ne donnerait pas de 
résultats bien assurés, je relèverai quelques divergences d'où il 
résulte évidemment que l'auteur de la rédaction latine avait 
sous les yeux ou dans la mémoire un roman, peut-être en prose, 
assez différent de nos fragments. 

D'abord quelques observations sur les noms. La sœur d'Ar- 
thur s'appelle Anna' et non xMorcadès comme dans le poème. 
D'où vient ce nom Morcadès ? Je suis trop peu versé dans la 



I. Comme dans Gaufrei de .Monmouth (VIII, xx, xxi;, et en divers 
romans français. Voir Miss Paton, 5/w</;>5 /;/ the fairy Mythology of Arthurian 
romance, p. 136. 



LES ENFANCES GAUVAIN I 5 

littérature des romans de la Table ronde pour le dire. Tout ce 
que je sais, c'est que Morcadès figure dans une des continua- 
tions du Percerai de Chrétien ', dans le Chevalier aux deux 
épées', et sans doute ailleurs encore. La femme d'Arthur, sœur 
du roi d'Irlande, porte dans le poème, le nom de Guinemar ' ; 
je ne sais par quelle erreur elle est appelée Gwendoline dans le 
latin. Le pécheur n'a pas de nom, dans le poème; il est 
nommé Viamundus dans le latin •♦. Le pape aussi est anonyme 
dans nos fragments ; le latin lui donne le nom, sans doute 
emprunté cà Gaufrei de Monmouth », de Sulpicius. 

Il n'y a pas, jusqu'ici, de preuve positive que l'écrivain latin 
ait fiiit usage d'un roman bien diflérent du nôtre : il peut avoir, 
de propos délibéré, changé certains noms, et en avoir introduit 
d'autres pour des personnages qui, dans le roman français étaient 
restés anonymes. Mais une différence bien autrement impor- 
tante se manifeste dans la façon dont Morcadès se débarrasse de 
son enfant. Au lieu que le poème nous représente l'enfant aban- 
donné en mer dans un tonneau (v. 147), avec ses pièces d'iden- 
tité, selon le latin il aurait été confié par sa mère à des mar- 
chands avec la mission vague de le transporter en des pays 
lointains, et on a vu plus haut dans quelles circonstances invrai- 
semblables il est recueilli par un pêcheur, qui juge à propos de 
s'adjuger, par la même occasion, les richesses que transportait 
le navire. Il me semble que, si le rhétoricien à qui nous devons 
le De ortu Walwanii avait trouvé dans sa source le récit plus 



1. Cf. Miss Weston, The Legend of Sir Percei'a], I, 195 ; Miss Paton, ouvr. 
cité, p. 138. 

2. Gauvains H niés-le roi Artu 

Sui, ce dist il, n'en doutés mie, 
E fils le roi Loth d'Orcanie 

Et la roïne Morgadés. 

(Vers 2942-5.) 

3. Guenhumara chez Gaufrei de Monmouth. 

4. Ce nom se trouve dans Gaufrei de Monmouth, mais attribué à une 
tout autre personne. 

5. VIII, XI. — C'est sans doute aussi à Gaufrei (XI, viii, x) que le latin 
(p. 417) a emprunté le Gormundus contre lequel se bat le jeune Gauvain. 
Ailleurs encore, par ex. dans Daiirel et Béton, Gormon est le nom d'un chel 
sarrasin. 



l6 p. MEYER 

romanesque, mais non pas plus invraisemblable, que nous 
offrent nos fragments, il l'aurait conservé. D'autant plus que 
l'idée d'exposer sur mer un enfiint dont la présence gênait ses 
parents n'était pas nouvelle : on la connaissait par d'autres 
récits, et notamment par la f;ibuleuse légende du pape Gré- 
goire'. 

Nous avons vu que le latin laissait de côté un personnage 
dont le rôle ne semble pas purement épisodique, ce Gauvain 
le Brun qui donne son nom à l'enfant : il y a simplement dans 
\t De ortu JJ^alzcuniii (p. 391) que le nom de Gauvain avait été 
donné au nouveau-né par sa mère. Y a-t-il là une simplifica- 
tion introduite par l'auteur, ou le personnage de Gauvain le 
Brun avait-il déjà disparu d une forme française du récit ? Je 
laisse la question indécise, tout en pensant que le récit, dans son 
ensemble, a un caractère plus ancien dans nos fragments que 
dans la rédaction latine. 

Cette opinion trouve sa confirmation dans une autre diver- 
gence qui s'observe d'un texte à l'autre. Dans le poème, le pape 
joue un rôle très important : il adopte le jeune Gauvain (qui 
n'est pas encore connu sous ce nom) comme son neveu; il lui 
fait donner l'éducation qui convient à un enfant de noble 
famille ; il le fait chevalier. De l'empereur, il n'est question qu'à 
l'occasion de sa mort. Le poète nous dit que l'empereur ne 
laissait aucun héritier, et c'est à ce point que notre fragment s'ar- 
rête. Ce qui devait suivre, nous pouvons le conjecturer d'après 
la citation du Perceval en prose qui a été faite plus haut (p. 9) : 
« Puis fu esleûz a estre emperere de Rome. Il ne le voloit estre, 
por ce que l'an ne le reprochast sa nessance que l'an li avoit 
celée avant. » A ce moment, le' jeune homme ne s'était encore 
distingué que dans les tournois. Tout autrement dans le De 
ortu Wakvanii : là c'est l'empereur qui joue le rôle attribué par 
le poème au pape, et c'est du vivant de l'empereur que Gau- 
vain, le chevalier à la cotte d'armes, se distingue par des exploits 
véritablement extraordinaires, et, lorsqu'il se rend à la cour 
d'Arthur, il n'a pas été question de le donner comme successeur 
à l'empereur, puisque celui-ci vit encore. Évidemment, le clerc 

I. On peut voir à ce sujet la rédaction abrégée en prose française que j'ai 
publiée dans la Romaniii, XXXIII, 42 et suiv. d'après un ms. de Florence. 
Cf. la légende de Judas, dans le chap. xlv de la Légende dorée. 



LES ENFANCES GAUVAIN I7 

qui a rédigé le De ortu Walwanii a dû suivre un roman fort 
différent du nôtre. Je ne sais si je me trompe, mais j'ai l'im- 
pression que ce roman, qu'il ait été en vers ou en prose, devait 
être postérieur à celui dont les fragments de Sainte-Geneviève 
nous ont conservé une partie. 

Il me reste à citer une allusion aux Enfances Gauvain qui a 
un certain intérêt à titre de témoignage, mais qui est trop 
brève pour qu'on puisse la rapporter à une rédaction détermi- 
née. En 1899, G. Paris, annonçant la publication du De ortii 
Walwanii, s'exprimait ainsi : « J'aurai l'occasion de montrer, 
dans l'édition que je donnerai prochainement du roman d'ider, 
qu'il existait, sans doute dès le xiir' siècle^ un récit dans lequel 
Gauvain, comme ici, était élevé et fait chevalier à Rome » 
{Roniania, XXVIII, i66). A ce propos, j'ai pris la peine de 
relire tout le roman d'Yder, dans la copie que j'en fis faire il 
y a plus de trente ans, et que j'avais donnée à G. Paris en vue 
de son article de Y Histoire littéraire (XXX, 199-215) et de son 
édition projetée. Voici le passage relatif à Gauvain. L'auteur, 
ayant parlé d'un chevalier qui était tout le contraire de Gau- 
vain, poursuit ainsi en faisant l'éloge de celui-ci : 

Li gentils huem de bone mein, 

Li frans, li pleins de corteisie, 

Qui fu^flor de chevalerie, 

Bien tint les vous qu'il fist a Rome : 

Onque honte ne fist a home ; 

Onque d'orne ne se gaba 

Ne del suen bien fait ne parla. 

(Cambridge, Bibl. de l'Univ., Ee. IV. 26, fol. 10 h). 

Les vœux que Gauvain fist à Rome sont^ ce semble, un trait 
nouveau. Il n'est question de ces vœux dans aucun de nos textes. 
Sans doute il est dit, dans le De ortu (ci-dessus, p. 12) que le 
jeune Gauvain avait demandé la fliveur de commencer l'attaque, 
dans les prochaines batailles, mais ce n'est pas là un vœu. Le 
poème d'Yder est attribué par G. Paris à la première moitié du 
xnr siècle '. Il paraît donc qu'à cette époque l'histoire delà jeu- 
nesse de Gauvain présentait déjà des variantes considérables. 

I. Hist. litt. de la Fr., XXX, 214. 

Roman ia, XXX IX 2 



l8 p. MEYHR 



LANGUE ET VERSIFICATION 

La graphie du manuscrit ne présente aucun trait remarquable. 
Çà et là apparaissent' quelques particularités picardes', qui 
viennent peut-être d'un copiste antérieur ; mais rien n'empêche 
que l'original ait été écrit dans la France centrale. Je crois qu'il 
faut exclure la Normandie : les imparfaits de la première con- 
jugaison riment avec ceux des autres conjugaisons. Je ne juge 
pas à propos de donner le dépouillement de la langue qui ne 
révélerait rien de caractéristique. Le style est simple et clair, 
sans rien de particulièrement notable. Il }' a quelques che- 
villes -, mais en proportion raisonnable. Quel est le poète du 
moven Age qui a jamais su se garder entièrement du pedas et 
du ijuais pcdas ? 

La versification n'a rien de particulier. Le couplet est brisé. 
de temps en temps, et il y a des enjambements d'un vers 
à l'autre, ce qui devient assez fréquent depuis Chrétien de 
Troves, mais il est visible que l'auteur n'y apporte aucune 
intention : ce n'est pas pour lui une élégance comme pour Raoul 
de Houdenc ou Huon de Méry. On remarque chez lui une 
tendance à la rime riche, bien qu'il ne la recherche pas jusqu'au 
point où elle deviendrait une gêne. La proportion des rimes 
féminines, dans nos fragments, est normale : par rapport aux 
rimes masculines elle est d'environ un tiers. 

En somme, il n'y a rien d'archaïque, ni dans la langue, ni 
dans la versification. Le lexique ne présente pas de mots rares. 
Je ne vois pas de raison de placer le poème à une époque plus 
ancienne que le commencement du xiii^ siècle. Et c'est la con- 
clusion qu'on eût pu, avec grande chance de tomber juste, for- 
muler a priori. Il faut qu'un héros fabuleux soit déjà parvenu à 
la célébrité pour qu'on imagine de raconter son enfance. Il a dû 
se passer pour les romans de la Table ronde ce qui s'observe 



1. Notamment le pour la (I, 94; II, 201, etc.); c conservé pur devante, 
encargier II, 259; .^ pour ;^. Remarquons encore vmidroie, I, 5, 11, 17; vau- 
dra^ II, 28; recheûe, II, 38; veir, II, 204. 

2. Si corn je croi, II, 40; C'est la somme, II, 61 ; Itant sai je bien eu lalhi^ 
II. 354; car c'est bien drois, 11,3)8 : tout par voir, 11,389, etc. 



LES ENFANCES GAUVAIN 



19 



d'une façon si évidente pour l'épopée carolingienne, où les 
poèmes qui racontent les « enfances » de Roland, d'Ogier, de 
Vivien, etc., ont été composés lorsque la renommée de ces 
héros était bien établie par d'autres poèmes. Gauvain était l'un 
des plus illustres, le plus illustre peut-être, des chevaliers 
d'Arthur. Presque tous les romans de la Table ronde lui font 
jouer un rôle brillant. Il était tentant d'ajouter un chapitre à son 
histoire en racontant les exploits de son enfance. 



PREMIER FRAGMENT 



« La iroie molt volentiers (ro a) 
« Sejorner .ij. mois tos entiers 
K U .vij. u .V. u .vi. Li .iiij. 

4 « Por mon cors déduire et esbatre. 
i< Je le vaudroie bonement 
<■( O ma pucele seulement, 
« Et le vallet o moi menroie, 

8 '< Et certes si me contenroie 
« Que ja honte n'i averiés 
« Et molt bon gré m'en saveriés. 
« Ne vaudroie c'un capelain 

12 (( Ki la messe me cantast main, 
- Tel que tous fust kenus et blans. 
" Ce m'otriiés, beaus sire frans, 
« Seuescal et keu et portier, 

16 « Et .]. clerçon et bouteillier. 
« Itant de gent avoir vaudroie. 
(' Que ja plus, certes, n'en quer- 

[roie. 
<( Et, por vous bien reconforter, 

20 « Ferlés al portier jurer 

« Que ja nus laiens n'enterroit 

<c Se il avoec vos ne venoit, 

« U molt preudommenel savoie.» 

24 Ensi la pucele desvoie 

Son frère, k'il ne set que dire, 
Fors tant que il commence a rire 



Et li otroie tout de bout 
28 Que il fera son voloir tout ; 

Et ele, por lui miels giller, 

Le commença a acoler, 

Et li a dit : « Vostre merci, 
32 « Je ne voeil plus demorer ci. » 

Ne fu pas lius de sejorner. 
On fist son afaire atorner, 
Et la s'en ala Morcadès. 

36 Pain et vin et char ot adès 
El castel ki fu garnis bien, 
Que n'i ot souffraite de rien 
Dont il fu besoins et mestiers. 

40 .VII. mois porta trestos entiers... 

(Lacune de six vers.) 

Morcadès, se ele seùst (10 b) 
K'a seùr norir le pcùst. 

Mais jii por riens ne poroi/ eslre. 
44 Loth, li Vallès, si fU al naistre 

Del enfant a la demoise/^. 

Mais n'en sot plus ne cil ne rele, 

Nus ne Tôt oï ne veù ; 
48 Si en furent tout deceù. 

Que grosse fust nus nel savoit. 

Fors Loth ki encainte Vavoit . 



19 Ici^or est en toutes lettres; ailleurs ce mot est abrégé. — 43 II y a une 
déchirure dans le parchemin. En outre la fin du vers est coupée ; de même 
pour plusieurs des vers de la même colonne. Les lettres restituées sont en 
italiques. 



20 



P. MEYER 



Or i covicnt cngie[n]i; invtr. 
)2 Et mener Tucvre par savoir. 
Si que la chose soit celée, 
K'ele ne soit despucelôe. 

Entre la mer et le bov/Ait,'»- 
>6 Avoit .). chevalier molt sn^u- : 

Gauwain le Brun l'ape/t»// oti ; 

A merveilles estoit preudtv/ 

Et s^iges et molt debonai;Y. 
60 Riche manoir avoit fait dure, 

El si n'avoit enfant ne oir. 

Ne femme, si vos di por voir. 

Molt volentiers aloit chacicr 
64 Et la venison porchacier. 

Par ancisserie clamoit 

La chace el bois, si com avoi/, 

Et s'en ot envoie sovent 
68 A Morcadès par .j. covent 

Que il amoit tant la puce/f , 

S'il pleûst a la damoise/f, 

Molt grant pieça que il Vcust 
~2 Prise a femme et o li geùst, 

Tant estoit de s'amor destro/^-. 

Requise l'avoit maintes fo/i, 

Mais ele ni voloit entendre, 
76 Car c'est foie chose d'aprenJr^ 

A amer ki talent n'en a, 

Issi la pucele mena 

Vers Gauwain son plait longe- 

80 K'il n'en ot nul aaisement 



(Manquent la colonne c du recto, la 
colonne a du verso et les six premiers 
vers de la colonne h du verso, soit çS 
l'ers). 



«' un que fties cuers veut. » 

Ht ///«jintenant sa voie acheut, 

Lti pucele et l'enfant cm por le. 
84 El n^issï mie par la porte ; 

Morcadès et Lot a laissié 

£'>/5ijmble et ist par .j. plaissié ; 

Lcfifauçouct coiement tint. 
88 .-itaiit par aventure avint 

.... res u Gauwains manoit 

. . . . s ki venoit 

D'oisehdvàdiix ; quant il Tencontre 
92 5//7/ joianspor son encontre, 

Que maintenant a pié descent, 

Et en ses bras soef le prent 

Gauvaius por çou k'il li pleiist 
96 Que seule ^//contrée l'eùst, 

Et Jt'storner pas ne s'en pot. 

Que que la pucele conjot 

Et tôt en çou k'il l'embraça, 
100 La pêne i-aire li hauça 

Del chainse et vit l'enfançonet. 

yi avo'n dont od lui vallet 

Xe chaceor fors .iiij. chiens; 
104 Si le z'olt Dieus, car ce fu biens. 

Demanda li u ele aloit, 

Que del enfant faire voloit, 

UFa trové, ki li bailla, 
108 Por coi eroit celé par la. 

Si set bien que siens n'est il mie, 

Por çou k'ele «st sa bone amie. 

Çou ke li plaist ele en fera 
112 (7 ele li commandera. 

Soi ^^^^ °'^ '"'^^ ^'^^ escondie 

.... que faire en vandrie. 
Et quant h pucele l'entent 
116 De soi m/isme conseil prent : 
Si li Jficoverra le voir. 



54 Elle l'était sûrement Corr. Ke ele soit ? — 85 La fin du vers est enlevée 
par la déchirure signalée au v. 43. — 94 le pour la. — ïoS par, corr. 
part} — 114 La lecture est certaine : je ne trQuve pas la correction. 



LES ENFANCES GAUVAIN 



21 



Et se il l'eut s'amor avoir, 
// // coi'ieni bien a celer 
I20 Ce que commence a aconter. 

(^Lacune de six vers . ) 

Arrière vint, si a retrait {v^ c) 
A Morcliadès cou qu'ele a fait ; 
Mais si se parti de Gau., 

124 II li plevi de nue main 

Que por son ami le tenroit 
Et k'a baron lues le prendroit 
Que Morcadès relèvera 

128 De gesine, et il fera 

L'enfançonet crestiiener. 
Si fisentleur oirre finer. 
Et Gau. içou li plevi. 

132 Li petis enfes dont je di 
Que Gau. tint en ses liiens 
N'ert pas encore crestiiens, 
Mais il l'a fait crestiiener 

156 Et Gau. par non apeler. 

Après, si a tant esploitié 
C'une femme l'a alaitié 



Et mis arrière en ses drapeaus, 

140 N'ainc le paile ki molt ert beau s 
Ne vaut de son caveç movoir, 
\e les besans ne l'autre avoir, 
Mais en brief met plus k'il n'i a 

144 Com cil ki rien n'i oblia. 

Puis le met en une aumosniere, 
Si le renclost el paile arrière. 
Après fist .j. tonelet querre, 

148 L'cnfançonet dedens enserre 
Ki molt avoit gente faiture, 
Car si le voloit aventure. 
Li vilains dist : Xois ne gelée 

1)2 Ne puct destorner destinée. 
Et Dieus Tenfani^onet conse[u]t 
Si côm il puet et set et veut ! 

En icel tans si ert estes 
156 Que li toneaus fu aprestés ; 
Gau. .j.sien serjant apele 
Ki rien ne set de la novele, 
Le tonelet li rueve prendre, 
160 Si li commande sans atendre 



123 Mais si — est obscur, corr. M. quant} — 124 //, corr. El; il ne peut 
s'agir, comme on le voit par les deux vers suivants, que de la « pucele •> 
qui portait l'enfant (v. 85) et que Gauvain aimait (vv. 69 et suiv.). — 
136 par, ms. pa. — 141 Voir Godefroy, Compl., chevech. — 145 eu, 
corr. eu ou el. Ce hrief, mis en une aumonière (v. 145) reparaîtra plus loin 
(II, vv. 51 et suiv.). — 15 1-2 La même idée a été souvent exprimée de 
diverses manières : Mas so qu'es a venir no pot oni pas muder (Guill. deTudela, 
V. 2481); Ce qui doit avenir on ne peut nullenunt \ Destourner qu il u ad- 
vienne, ce dit on bien souvent (Le Roux de Lincy, Livre des prov., II, 259); 
Ce qui doit avenir ja ne trespassera (Jean d'Outremeuse, La Geste de Liîge, 
II, p. 563, V. 5560). De même encore, à peu près comme dans notre 
texte : . . . vens (corr. neus) ni gelada \ \on tel frucha eudestiuada (Flamenca, 
VV. 4679-80). 



") T 



P. MHVEK 



SECOND FRAGMKNT 



O les temmcs doivent i^csir. 

Dès or covoit jou et «Jesir 

Que puisse acorcicr l'aventure. 
4 Li enfes de bone nature 

Amenda molt et embeli. 

Et la dame tant le nori 

Que il potaler et venir 
8 Ht k'il ne l'esiiut pas tenir. 

Et od le père, ki Tôt chier. 

Quant ot .x. ans, ala peschicr: 

Mais al mestier ne volt aprendre. 
1 2 N'onques nen ot cure d entendre. 

A grant paine en mer s'embatoit. 

Mais li peschieres le batoit. 

Que l'i faisoit par force aler 
i6 Et le sigle aprendre a caler, 

A uagier, a jeter les rois. 

Et a traire quant il ert drois 

Et il i ot poissons assés. 
2o Quant il ot ces ,x. ans passés 

A son père uns malages prist ; 

Et li preudom confès se fist : 

Un pèlerinage a voé 
24 Que li prestres li a loé. 

K"a mon scignor S. Pire ira 

De Romme. lues k'il garira. 

De ce se volt il molt pener, 
2X Et s'i vaudra l'enfant mener. 

Se Dieu plaist que prodom sera, 

L'apostoille le baillera. 

Lenfant molt durement amoit 
^2 Etpanout bel fil le clamoit. 
Il avoit encor les besans 
Et l'anel ki n'est pas pesans. 



Le drap de soie et le iVeniail : 

;6 \*estus se fu de son travail; 
X "avoit mie soutfraite eue 
\e grant poverte recheùe. 
Por t^'ot encore devers soi 

40 Trestout l'avoir, si com je croi. 
Encor n'ot les letres veùes, 
K'eles fuissent pieça Icùes : 
X'ot pas gardé en l'aumosniere 

44 Quant il ot mis l'anel arrière. 
Il nestoit mie plains de gille. 
Par le conseil sa femme Gille 
Cuist deniers, si s'achemina, (h) 

48 Et l'enfant avoec lui mena. 
Et si vos di trestot por voir 
K'il porta l'enfant et l'avoir, 
Et en l'aumosniere trova 

)2 Les letres que lire rova 

A .j. clerc lonc de sa contrée ; 
S'a tele aventure trovée. 
Quant li clers a le brief leù 

)6 Et de chief en chief porveïi, 
Si li a dit apertement 
Çou k'il i vit et bêlement : 
Mais li enfes mie ne[l] sot : 

60 Bien se garda al miels k'il pot . 
Et dist la letre, c'est la somme, 
Li vallés est fiel (sic) de haut 

[homme : 
Père et mère a de haut parage, 

64 Molt est gentius hom de lignage. 
Si est crestiiens, Dieu merci ! 
Mais son non ne truis mie ci. 

Ce dist li briés que il sera 



i-î Ces trois vers paraissent être la fin dune réflexion de l'auteur. — 
1 1-2 II y aurait lieu de transposer aprendre et entendre. — 54 anel, ms. aues . 
Au même vers on préférerait ert à est. — 39 ço, ms. loi. — 47 Cia'sl 
pour Quist. — )5 Clerc lonc, corr. clerçon} 



LHS ENFANCES GAUVAIN 



23 



68 Chevaliers, ki droit li fera, 

Cluant pour çoli laire iert a^és 

[grans; 
Et cil doit avoir les besans 
Tout por voir ki l'ara trové. 

72 L'anel et le fremal doré 
Et le drap li doit on baillier 
Ciuant on le fera chevalier : 
Si en fiice cote a armer ; 

76 En cest brief ne puis plus trover 
Fors tant ke il fu eni:;enrés. 
A laron conceùs et nés, 
Celéementet paramors, 

80 Si que n'en vint a cort claniors ; 
Et par l'anel reconistra 
Celui en tant ki l'engendra 
Et sa niere par le fremail, 

84 Ki de lui ot paine et travail 



100 Des clers viels, jovenes et kenus 
Trova molt devant l'apostoile 
Ki se seoiten Capitoile. 

A celé fois n'i pot parler, 
104 Car ne li loist avant aler, 

Mais il souriVi tant que liu ot 

Et qu'a privé parler i pot. 

Si li dist a confession 
108 Tiers )or devant l'Asention. 

Li apostoiles, quant l'o'i, 
Molt durement s'en esjoi. 
Quant del vallet sot Ferrement 
112 Si le reciut molt boinement, 
Et dist que mais ne se movra 
De lui, mais ce dont il avra 
Mestier, tout li donra sans faille, 



Et grant dolor quant vint al nés- j 16 Comment que li aftaires aille, 

[tre, £1 j(. lui fj^ra son neveu ; 



Car tout ne seurent pas son estre. 
Ce dist li clers : « Or leteués, 
88 « Car il est bêlement fines. » 

Li peschiere de joie pleure ; 
Si s'achemine sans demeure; 
Et si sachiés c'or a plus chier 
92 L'enfant que n'ot quant, por pes- 124 L'enfant, et debonairement. 

[chier, L'anel, le fremail et le paile 

L'en mena par force eu la mer. 

(0 

Plus le pot il de cuer amer. 



Si i puet bien avoir grant preu. 

Lors donc congié al prodomme, 
120 Et les besans, ce fu la somme, 
Por son loier li otria ; 
Et certes bien les emploia. 
Car il ot nori longement 



Et de cou k'il est crestiiens, 
96 Est molt liés ; et sains Juliiens 
Li a doné si boins osteus 
Et tant l'a mené Damesdieus 
Que il est a Romme venus. 



Ki fu de l'uevre de Tessaile, 
Trestout fist ensamble loier 

128 Et plus estroitement ploier ; 
Et bien dist que trestout rendra 
A son neveu quant lius veiira 
QjLie il pora chevaliers estre. 

132 Maintenant li a quis .j. mestre 
Ki entente grant en lui mist. 



82 cil Unit, corr. par tcns ? — 95 Sur « l'hôtel saint Julien » voir Ronniiiia, 
XI, 577, note 3; Giorn. slor. delhi lett. ital., VII, 184. — 115 Ms. don rai, 
ce qui pourrait être une forme lorraine, mais c'est plutôt une simple faute. 
— 123 Ms. // /'()/. — 126 Cf. la (' coite » apportée de « Tessaile », Eiica>. 
V. 61 17-8. 



^4 



p. MEVER 



A escrcmir primes l'aprist. 
Que il eùst mcillor alainc ; 

1 56 Puis tnist grant travail et grant 

[paine 
K'il peùst savoir la niauiere 
De chace de bos, de rivière. 
De tous déduis d'oisiaus, de 

[chiens, (t-^fl) 

140 Car ce fu drois, raisons et biens. 
Et a poindre et a chevaucier. 
Et l'apostoiles Tôt molt chier : 
Por cou que neveu l'apeloit 

144 Et que li vallès molt valoit, 

Trestout por voir le cierissoient 
Et molt grant [enor] li portoient. 
Et il le desservi si bien : 

148 Mal afaitiés ne fu de rien. 

Mais molt cortois et debonaire 
Si que nus n'en puet mal retraire. 
Bien afaitiés fu si de tout 

I )2 Que seûr soies tout de bout 
X'ot .j. vallet de savalor 
En la contrée n'en Tonor 
Ne plus franc ne de tel servisse. 

1 56 Bien retrait a sa geutelisse 
Et bien oevre selonc nature, 
Que passé a sa noreture : 



Se selonc noretur[e] ovrast 

160 En tel pris mie nemontast. 

Com vous orés en la parfin 

Ainçois que l'aventure Cm. 

Del apostoile vos lairai 

164 Et del roi Artu vos dirai 

Ki moltfu plains de grant lionor. 
Mais ains orés del pescheor 
Ki s'en revint en sa maison, 

168 Et mist lues sa femme a raison 
De çou k'il ot oï del brief. 
Tout li conta de chief en chief 
Si com ariere vous dit ai, 

172 Mais pas nel recommencerai, 
Que li pluisor m'en blasmeroient 
Et por anuieus me tenroient. 
Et cel[e] s'est molt esjoïe 

176 De l'aventure c'ot oïe. 
Sa noreture a bien assise 
Et la paine c'ot en lui mise, 
Et de cou n'est mie pesans 

180 Que doné li a ses besans, 
Car or set bien que ele avra 
Assés tant com ele vivra . 

184 Ne puet poverte recovrer. 
Se par raison en veut ovrer. 



1 56-7 « Nature passe nurture », dit un vieux proverbe (Le Roux de Lincv, 
Livre des prov., II, 479). Inversement on disait: « Nourriture passe nature » 
(ibiiL, I, 269; II, 356). Et de même Guillaume de Machaut : 

Car nourreture. 
Si com on dit, veint et passe nature. 

{Le Jugement don roy de Behaingtw, vv. 1000- 1 ; 
éd. de la Soc. des acK:. textes, I, 95.) 

Cf. A. Tobler, Li proverbe au vilain, p. 179. Parfois aussi on réunissait les 
deux proverbes en un : 

Nature passe nourriture 

Et nourriture survainc {corr. vainc; nature. 

CLe Roux de Lincy, II, 5)2.) 
171 Ms. dirai. 



i88 



192 



ig6 



200 



LES ENFANCES GAUVAIN 25 

Molt ot le cuer lié et joiant. (:•" h) 220 Si ne furent pas trop grevé ; 
Del pesceor lairai atant, Al roi ont dit çou k'il queroient, 

Fors tant dirai, tant com vesqui Que sa seror avoir voloient 

Bien se peut et bien se vesti, Avoec le seignor de Bretaigne. 

Et sa femme avoec lui sans plus. 224 Le roi ne truevent pas estraigne 
Or redirai del roi Artus A çou faire, ançois s'esjoï 

Et de Morchadès k'il ot chiere Del mandement, quant il l'oï, 

Tout con vos ai laissié arrière. Et a volentiers otroié 

228 Çou dont l'a requis et proie 
Artus ki des Bretons ert sire. 
A cest afaire n'a que dire, 
Mais molt li fu et bel et gent. 

(ro c) 
252 Sans conseil prendre de sa gent, 
Molt volentiers li a donée 
Guinemars, la preus,la senée ; 
Ensi avoit a non sa suer, 



La damoisele Morcadès 

Estut en son castel adès ; 

Si se covri al miels que pot 

Comme celé ki assés sot. 

Bien se covri, bien se cela. 

Quant vint que ele releva. 

Ne le sorent ne cil ne celé 

Fors seulement la damoisele 

Ki l'autre oevre avoit bien sei^ie. 236 Si l'amoit molt de tout son cuer. 



204 



208 



212 



216 



Aine Morchadès ne fu veûe 
Del roi tant com ses maus li tint, 
A une fois veïr le vint, 
Por çou que estoit deshaitie. 
Mais, com preus et com afaitie, 
Li fist si grant mençoigne enten- 

[dre 
C'ainc li rois ne le pot reprendre ; 
Et li rois ot dont molt a faire, 
Si com li contes le m'esclaire : 
Femme prendre li estavoit. 
Car molt grant mestier en avoit . 

Li rois avoit une seror 
D'Irlande k'iert de grant valor, 
Et bêle et sage et de grant pris. 
Artus ses messagiers a pris, 
Si le[s| tramist al roi d'Irlande. 
S'esrerent tant, que bos que lande 
Que il ont leur oirre achievé. 



Ele de rien nel contredist ; 
Et sachiés bien que sage fist. 
Car, s'ele le contredesist, 
240 U vausist u non, le fesist : 
Si en eiJst plus anemis. 
Cil se sont el repaire mis. 

Et quant le sot Artus li rois 
244 K'ele vint, si fist que cortois : 
Encontre ,ala, si le reciut 
A grant honor, si com il diut. 
Et l'amaine a Dinas Daron ; 
248 Puis fist mander tôt environ 
Et chevaliers et damoiseles. 
Et fist noces bones et bêles, 
Et durèrent quinsaine après. 
252 Si i fu sa suer Morchadès 
Ki s'en issi por son afaire 
De son castel de Bel Repaire, 
U molt a son voloir eu, 



22"^ Corr. A oes. — 247 Je suppose que ce lieu est le même que Dinaficoti 
ou Dinadcron, localité galloise mentionnée dans le Percerai de Chrétien, m 
sur laquelle on peut voir F. Lot. Ronumia, XXX, 20. 



26 

256 



P. ME VER 



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288 



Car de gesine i a gcù. 
Et encore plus eu eùst 
Se longement i esteùst. 
Et paor n'eùsi d'encargier. 
Ses amis Lot, k'eleot molt cliier, 
Fust chevaliers seiist eage. 
Et degerpi le vasselage : 
Se n'i pot aler ne venir 
N'a privé ses consaus tenir 
Si corn il seut, mais toute voie 
Ses iels a son cuer li envoie. 
Quant ni pot venir ne aler 
Si tait son cuer a li parler, 
Ki li recorde ses amors 
Et ses joies et ses dolors : 
S'il a son cuer ele a le sien 
Ki li recorde et dist son bien. 

Ensi longement s'cntramereut 
Et sovent ensamble parlèrent. 
Et li rois ama tant sa famé 
Qui s'amie fu et sa dame, 
Amie por voir, kil Tama 

( /'. 2 ;-o il) 
Et dame sovent le clama ; 
Et il la diut molt bien amer 
Et dame et amie clamer, 
Car ele ert tant vaillans et sage 
C'ainc ne consenti son damage 
Xe malvaistié ne vilonie : 
Miels vausist qu'ele tust honie 
Que fesist rien dont il eùst 
Coros, ne honte li creùst. 

Molt ot en li bone roïne, 
Et si fu tant loiaus et fine 



Miels vausist li cuers li crevast 
Que fesist rien ki li grevast, 
Et si amoit quan k'il amoit, 

292 Et por çou dame le clamoit 

Li rois Artus : si n'ert merveille : 
S'avoit tant la face vermeille 
K'en toute celé roiauté 

21^6 N'avoit dame de sa beauté. 
De tel pris ne de tel valor 
Xe ki tant amast son seignor. 
Et si amoit tant Morcadès 

500 C'avoec li estoit toutadès. 
Et li vilains dist de cest bien : 
Ki son seigneur ai n me et son chien ; 
Ja, certes, ki molt m'amera 

504 A mon chien nul mal ne fera. 

Or fu la cambre abandonée 
Por la bone dame senée. 
Or vont li chevalier laiens, 

308 Et Lot n'en fu mie dolens : 
Sovent voit celi ki li plaist. 
Et de l'autre part dolens est 
Que il n'en a fors la parole, 

312 N'il n'i baise n'il n'i acole 
Fors en larecin seulement, 
Et ce ne fait il pas sovent. 
Quant tout li falent autre liu 

316 II ne venra a pièce en liu. 

Por c'est molt fols cil ki respite 
La chose k'en sa main tient cuite 
Et tout son voloir faire en puet, 

320 Que querre aillors ne li estuet, 
Et il respite a l'endemain 
Que l'aloe viegne a sa main. 
Et il le lait partir de lui, (/o b) 



260 Ms. 5ei a. bot ki l'ot . — 280 Trou dans le ms. — 286 //, ms. ire. — 
302 Proverbe bien connu: voir Le Roux de Lincy, I, 170 ; II, 481 ; Recueil 
d'Arbois, Bibl. de l'Êc. des ch., XXXIV, 45, etc. — 515-6 Passage obscur. — 
522 Xous dirons maintenant : « attendre que les alouettes vous tombent 
toutes rôties dans la bouche » (d. Ida von Dùringsfcld, Spriclnivrier der 
germau. it. roiiniu. Spracheu, II, 239, col. 2, et Le Roux de Lincy,!. 139), 
mais je n'ai pas rencontré le même proverbe sous la forme que nous avons 
ici. — 322 il, ms. el. 



LES ENFANCES GAUVAIN 



27 



324 Et il en a puis grant anui. 

Quant prendre ne le puet n'a- 

[ta[i]ndre, 
Certes, cil ne fait pas a plaindre. 352 



Lot prist tantost,que sages tist, 
528 Que terme ne respit n'i mist. 
J'ai bien veû par doner terme 
Est puisplorée mainte lerme. 
Si soie jou de Dieu assois, 
552 J'ameroie ja miels .c. sols, 
Se les eusse a le matin, 
Itant sai je bien en latin. 
Que deci a quart jor .c. mars. 
556 Esgardés se je sui escars ! 

Et Lot amast miel[s] .iij .semaines 
C'un mois atout les diemaines. 



Ensi prendés essample tuit : 
540 J'aini miels plain poig de mon 

déduit 
Et de ma joie et de ma aise 
Por faire chose ki me plaise, 
C'une somme as autres ne faç ; 
344 Et miels me valent mi porcaç 
A double que ne fait ma rente. 
Guinemars, la roïne gente, 
Et Morchadès compaignes sunt, 
348 Et ensamble vienent et vont. 



556 



360 



364 



368 



)/ 



Et la suer le roi maria 
La pucele, qui ama ja 
Gau. le Brun ki Tôt amée. 
S'ert a son plaisir mariée, 
Car il ert riches durement 
Et celé sert doucement . 

Or lairai ci del roi Artus 
Et de Gau. le Brun, ke plus 
N'en conterai a ceste fois, 
Et del vallet, car c'est bien drois, 
Ki se contient selonc nature, 
Vos raconterai l'aventure. 
Li apostoiles Lama molt, 
Car nel vit orgeillous n'estout. 
Mais franc, et debonaire et preu. 
Ne plus bel n'avoit en nul leu. 
Quant vit k'il ot passé .xij. ans 
Si fu si parcreûs et grans 
Que ne fu se merveille non. 
Mais ne sot mie encor son non. 
L'apostoile a tos ses mangiers 

(/. 2 ro c) 
Servoit li valès volentiers, 
Mais ne servoit fors de trencier. 
Por [cou] Tavoit li sires chier 
K'il trençoit si bel et si bien 
K'a lui ne se presist por rien 
Nus vallès, ja tant ne veïst 



352-535 « Mieulx vaulx un en la main que deux demain », Le RouxdeLincy, 
11,350. C'est, au fond, le proverbe : « un moineau dans la main vaut mieux 
qu'une grue qui vole », qui se rencontre en diverses langues sous des fornîes 
variées, les deux termes de la . comparaison pouvant être remplacés par 
d'autres (cf. Ida von Dùringsfeld, Spridnvôrter, I, 100, loi). Le plus ancien 
exemple qu'on en ait est celui de Cercamon : Mais volria iina calha \ Estre^ 
tener en mon se | No Jaria un polhe | Ou estes en autrui sarralha, \ C'atcndes lit 
lor nierce (Jahrb.f. rom. u. engl. Literatur, I, 98 ; cf. ibid., 89) ; cf. l'expres- 
sion «prendre la grue au ciel» (Xotices et extraits, XXXII, 2^ partie, 329-30). 
— 557'^ J^ ne saisis pas bien la raison de cette préférence. Peut-être la 
phrase est-elle incomplète. ^ 575 ne, corr. n'en. Malgré cette correction 
la phrase se construit mal. Le sujet de veïst est-il le pape ou nus vallès .' 
Peut-être y aurait-il lieu de corriger tant en tel ? 



28 
576 



P. ME VER 



580 



584 



588 



5^^ 



396 



400 



Trenclîier c'ausi bien le t'eïsi. 
Nus ne le tesist de lui miels : 
Et si avoit partout ses iels 
Et quanque vallcs devoit faire. 
Comme cortois et debonaire. 
Xus n'estoit miels amés de lui, 
K'il ne fortaisoit a nului, 
X*a nului n'estoit outrageus. 
Et si tenoit tresiout a ijeus. 
Xis, quant aucuns Tavoit blecié, 
Ne l'en vcïst nus corecié. 
Molt lait bien cou que faire doit 
Cortois vallés. et si cuidoit 
Que l'apostoiles, tout por voir, 
Ki molt avoit sens et savoir, 
Fust ses oncles tout vraiement. 
Car il l'amoit tant durement. 
Onques por ^ou ne s'orgeilli . 
Tant com fu vallès acueilli 
Tel proece et tel vasselage 
Que l'apostoiles ot corage 
Que il le feroit chevalier. 
Sachiés k'il fist apareillier 
Tout cou qu'a chevalier est oés, 
Dras ot de soie trestous nues. 



La vigille de saint Jehan, 

Un des plus joians jors de l'an, 

Le fist chevalier bonement; 

404 Et je m'en passe assés briement 
D'aconter sa chevalerie, 
Mais puis fu de grant seignorie 
Et redoutés en mainte tere. 

408 L'apostoiles li ot fait querre 

Tout çou qu'a chevalier covient. 
Et molt en grant cierté le tient, 



Et il l'i dut molt bien tenir : 

4 1 2 S'il seùst or k'est a venir 
Encore plus chier le tenist. 
Li contes pas ci ne fenist : 
Sains Jehans si est molt boins 
(sains, (/. 2 v° a) 

416 Plus haus ne fu ne puis ne ains ; 
De nul saint ne fait on tel feste, 
Car, ce nos raconte la geste, 
Plus haus homne fu nés de mère ; 

420 Et Zacharies fu ses père. 

Uns prestres molt relcgious; 
Et sains Jehans li percheors 
Martyrs et de si grant poissance 

424 Que tout font joie a sa naisçance. 
Autres! com li crestiien 
S'en esjoïssent li paien. 
Et nostre chevaliers noveaus, 

428 K'ot molt en son tans ses aveaus, 
Ce fu li mieldres a devise. 
Si com l'estoire le devise, 
En son termine, ki portast 

432 Lances taintes et ki joustast. 
Si l'onera t[r]estous li mondes, 
K'i[l] fu de vilonie mondes. 
Et de grant cortesie plains. 

436 Pris et valor ot entremains 
Et si [fu] sa mère Largece 
Ki le mist en la grant hautece, 
N'ainc ne sevolt acompaignier 

440 A riche homme nice et lanier. 

Riches hom nices n'a pas cuer, 
• Si nel pot amer a nul fuer, 
K'il ne pot avoir pïeur visse 



579 Lt, corr. A': — 388 Ms. valki. — 419 Mait. xi, ii. — 422 per- 
àxors doit être une forme corrompue de precursors. — 423 et, corr. fu} — 
424-6 Cf. Aie d'Avignon, p. 69 : 

Ce fu a une feste saint Jehan le baron 
Que paien gardent miex asez que ne faison. 

452 Je ne connais pas cette expression, p.-ê. corrompue. — 437 Comme 
Alexandre : c(. mon Histoire de la légende d'Alexandre, p. 376, 



LES ENFANCES GAUVAIX 



29 



444 Ne pïeurtece d'avarisse. 

Miels vaut uns povres chevaliers 472 

C'uns riche a .). niui de deniers 

Ki mehaigne pris et valor, 
448 Et face a son pooir honor 

Ausi as grans com as petis 476 

Et sages en fais et en dis. 

Et parloit debouairement 
452 Quant sera entre bone gent, 

Et die et face cortesie 480 

Sans orgueil et sans vilonie, 

Que ne fait li riches malvais 
456 Ki est estranges et engrès 

Et mesdisans et plans d'anui, 

N'en son ostel n'atrait nului 484 

Ne por boire ne por mangier, 
460 Ains les het tous et fait dangier, 

Por son avoir dont a .x. muis ; 

{f. 2 v° h) 488 

Et fait sovent fremer ses huis, 

Car boines gens ne puet veoir 
464 Ne preudom plaire ne seoir. 

Cil soit de Dieu en fin honis 492 

Et de tous frans hommes fors 

[mis ! 

Car li avoirs n'est mie suens 
468 Mais al d3'able ki ses buens 

Fera de lui et de l'avoir ; 

Et Dieus le dist, ce sai de voir, 496 



Ht, puis k'il le dist, n'est pas fable : 
U lui servir u le diable. 
Ne puet nus ki avoir amasse, 
Quant assamblé en a grant masse, 
Ains se lairoit ocire u pendre, 
C'osast seul iij. d. despendre : 
U il sers al avoir sera, 
U despendre nel osera. 
Useriers issi sans redout 
Ki son voloir en fera tout. 

Li sers que fait ? Lés lui se gist 
Et plus i croit k'en Jhesucrist. 
Sa grant joie est quant le manie 
Et molt doucement l'aplanie, 
Et dist que c'est sains paradis, 
Et ensi veut vivre tous dis, 
Ne n'a cure d'autre depoift], 
Car ne se garde [de] la mort 
Ki soutainement li cheurt seure : 
Si l'ocit quant ne garde l'eure 
Et s'ame as vis deable[s] vait ; 
Si trueve en infer ço qu'a fait, 
Mais n'i trueve .j . seul point de 

[bien, 
Car en cest siècle n'en fist rien ; 
Mais des maus, voir, i a lait 

[maint . 
Li avoirs adonques remaint 



445 Cette maxime se rencontre sous diverses formes; par ex. dans 
Yder, fol. 26 d : 

Miels valt povres hom od bonté 

Que malvais od riche conté. 
11 V a, dans Yder comme ici, de violentes invectives contre l'avarice (voir 
Hht, Un., XXX, 209), mais formulées tout autrement. — 448 face a pour 
sujet le pauvre 'chevalier du v. 445, tandis que mebnigue, au v. 447, se 
rapporte au riche du v. 446. La construction est embarrassée. — 451 Je 
suppose que'^ar/o// est au subjonctif présent. — 472 Matt. vi, 24. — 473 
Le sens se suit mal. Manque-t-il une paire de vers entre ce vers et le 
précédent ? — 478 L'idée exprimée dans ce vers s'oppose mal à celle du vers 
précédent; on attendrait Et ou Que au lieu d'C7. Il manque p.-é. ensuite une 
paire de vers, car le v. 479 ne se construit pas. — 482 Ms. croisl. 



30 



p. MEYER 



Ki de lui a tait comme sire 
Et son service si li mire, 
Que l'ame en gist en grani tor- 

(ment 
)Oo U sera parmanablemcnt. 



Ensi est démenés li sers 
Del avoir ki si est pervers. 
Mais, ki en est et sire et maire 

504 Et tout son voloir en veut taire. 
Par lui le siècle et Dieu conquiert. 
Si k'en saint paradis en iert . 
Si en a honor teriiene 

508 El la joie celestiiene. 

Cil a son arc a double corde 
Ki par avoir a Dieu s'acorde ; 
Cil doit le siècle maintenir 

) 1 2 A seùr aler et venir : 

Et quant al terme vient sa mors, 
Ne s'ocit pas. nest mie mors, 
Ains commence donques a vivre. 

)i6 Ce dist Oedes en .j. sien livre. 
De ce molt longement desisse 
S'aillors entendre ne vausisse. 

Hevenir voeil al chevalier 
)20 Ki valoit, voir, plus d'un millier 
De recreans deniers faillis, 
K"il fil boins chevaliers eslis. 
Si com orés avant el conte 



S24 Q.UC cil ki tist ceste oevrc conte. 
Li apostoiles molt Tama, 
Çou que mestiers tu li dona 
Dont maintenir les armes sot, 

528 Carne trova vilain ne sot 

Qu'a compaignon ne l'aient quis 
Ki estoient de bien grant pris. 
Si s'aceminent tout ensamblc 

) 52 Et errèrent tant, ce me samble. 
Et cha et la par mainte terre, 
Por pris et por honor conquerre, 
La u seurent c'on tornia, 
(î-o (-) j 56 Que son travail si emploia 

Li nostre chevaliers noveaus, 
Ki tant ert avenans et beaus. 
Que tous li nions de lui parloit ; 

540 Car a tornoiement n'aloit 
K'il n'en eùst trestot le pris ; 
X'ainc ne fu retenus ne pris. 
S'erra bien . ij . ans et demi 

)44 Et entretant fîst maint ami. 



En cel tans morut l'emperere 
Si k'il n'avoit ne fil ne frère 
Ki l'empire eùst. après lui. 

548 Assés en eurent grant anui 
Cil ki lonc tans servi Tavoient 
Et cil ki molt grant gent avoient. 
Assés ont anui et dolor 

552 Cil ki perdent leur boin seignor. 



TABLE ANALYTIQUE DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 



Artus, roi de Bretagne: autorise IL 216; l'épouse à Dinas Daron. 

sa sœur Morcadès à s'enfermer dans II, 247; son amour pour elle. II, 

le château de Bel Repaire, I, 27 ; va 275. 

la voir, II, 204: demande en mariage Bel Repaire, nom du château deMor- 

Guinemar. sœur du roi d'Irlande, cadès, II, 232. 



521 (Utiiers s'est sans doute substitué à quelque autre mot de deux syllabes. 
— 524 conU, ms. toitlr. — 534 Vers passc-partout : d. Guill. le Mar., 
vv. 754, 3120. 



LES ENFANCES GAUVAIN 



^I 



Capiiolc (le), palais du pape, à Rome. 

II, 102. 

Dinas Daron, château où Artur épouse 

Guinemar, II, 247. 
E.MPEREUR (L'), de Rome, sa mort, 

n, 54)- 
EuDE (Ot'^^i), auteur cité. II, 516, 
Gauvain, fils de Lot et de Morcadés; 

sa naissance, I, 45 ; confié à Gau- 



née en mariage au roi Artur, II, 252 : 
ses noces, II, 230 ; son aflection 
pour Morcadés, II, 2^9 ; marie la 
« pucelle » de Morcadés à Gauvain 
le Brun, II, 551 ; sa beauté, II, 294. 
Jean-Baptiste (Saint), son panégy- 
rique II, 417; le jour de sa fête, le 
jeune Gauvain est armé chevalier, 
11,403. 



vain le Brun, qui le fait baptiser et Lot, amant de Morcadés, père de 



lui donne son propre nom, I, 133- 
6 ; mis dans un petit tonneau pour 
être exposé sur la mer, I, 147 ; élevé 
par un pécheur, II, 4 : quand il a 
dix ans le pécheur veut lui faire 



Gauvain ; assiste à la naissance de 
son fils, I, 44 ; séjourne avec Morca- 
dés, au château de Bel Repaire, I, 
83 ; vient à la cour d' Artur, lors du 
mariage de celui-ci, I, 508. 



apprendre son métier, II, 10; mené Morcadés, sœur d'Artur, amante de 



à Rome, IL 28 ; adopté par le pape, 
II, 112; son éducation, II, 132. A 
douze ans, il est écuver tranchant à 
la cour pontificale, II, 571 : se fait 
aimer de tous, II, 381 ; armé cheva- 
lier, II, 397 ; on recherche sa com- 
pagnie ',11, 528; court les tournois 
avec ses compagnons, II, 331 ; y 
remporte le prix, II, 341. 
Gauvain le Brun, chevalier qui rési- 
dait dans le voisinage du château de 
Bel Repaire, I, 37 ; amoureux de la 
« pucelle » de Morcadés, I, 69 ; se 



Lot; se retire, pendant sa grossesse, 
au château de Bel Repaire, I, 33 ; 
renonce à élever son enfant, I, 41 ; 
le confie à sa « pucelle -■, I, 82 ; ses 
relevailles, II, 198; assiste au ma- 
riage d'Artur, II, 233; se lie avec 
Guinemar, II, 299, 346 ; épouse 
Gauvain le Brun, II, 349. 
PÊCHEUR (Le), père nourricier du jeune 
Gauvain, II, 4 ; se rend à Rome en 
pèlerinage, II, 99 ; remet l'enfant 
au pape, II, 107 ; retourne chez lui, 
II, 166. 



charge de l'enfant, le fait baptiser et Pucelle (La), demoiselle de compa- 



lui donne son nom, I, 136; le fait 

mettre dans un petit tonneau, I. 

147 ; le remet à un villain pour être 

porté à la mer, I, 139. 
GiLLE, nom de la femme du pécheur 

qui recueillit le jeune Gauvain, II. 

46. 
Guine.mar, sœur du roi d'Irlande, don- 



gnie de Morcadés ; repousse les 
propositions de mariage que lui 
adresse Gauvain le Brun, I, 73 ; 
emporte l'enfant nouveau-né de 
Morcadés, 1,83 ; rencontre Gauvain, 
I, 89; lui confie l'enfant, I, 116; 
lui promet de l'épouser, I, 126; 
mariée à Gauvain le Brun, II, 349. 



T. CoiNpagnie, au sens ancien, celui d'association. 



32 p. MEYER 



APPENDICE 



Pour que le lecteur ait sous les yeux tout ce qu'on peut lire 
sur les fragments de la bibliothèque Sainte-Geneviève, je vais 
transcrire ici quelques débris de vers qui se sont imprimés 
à l'envers sur la marge intérieure du second fragment. Ils 
étaient écrits sur un autre fragment, celui-là très petit, qui, je 
ne sais dans quelle»^ circonstances, s'est trouvé pressé contre 
la partie intérieure de notre feuillet double, et ayant été 
mouillé, s'y est en partie imprimé'. L'écriture, par suite, 
apparaît à l'envers, j'ai pu lire, à l'aide d'une glace, dans la 
marge intérieure de la seconde partie du feuillet double, les 
bouts de vers qui suivent : 

. ert pas l'enfan 

Afais il le ki molt 



Gau 

Après. Vilain est né, 



pu sinne (?) 

mis ar ... Diex 



e les. ... que 

. . es serroit ja ele 



com ril k ... rien ne sel de la novele 

Puis le . ... tous et li rueve prendre 

Si le rc Si li commande sans atendre. 

li pris 

Paul Mever. 



I . Peut-être était-ce un lambeau de parchemin qu'on avait collé dans l'in- 
térieur du feuillet pour consolider le dos d'une reliure. 



FRAGMENTS 
D'UX MS. DU ROMAN DE RENART 

(Branches I v.r VII) 



Le volume qui porte le n° 5237 des Nouvelles acquisitions 
françaises de la Bibliothèque nationale est un recueil factice où 
ont été réunis, en 1890, des fragments de manuscrits en prose 
ou en vers de provenance variée '. Le quatrième groupe de ces 
fragments comprend sous les cotes 11, 12-13, 12 his-i^ bis, 
trois fragments de parchemin provenant de la reliure du ms. 
latin 8580 de la Bibliothèque et détachés d'un même manuscrit 
du Roman de Renaît ; l'écriture appartient à la seconde moitié 
du xiii^ siècle. En voici la description : 

Fragment I (feuillet coté 11). Bande de 252 mill. de haut 
sur 65 à 75 de large ; a) au recto, marge et partie gauche d'une 
colonne de 30 vers presque tous incomplets de la fin (il manque 
jusqu'à 3 svUabes); /?) au verso, partie droite d'une colonne de 
29 vers, mutilés pour la plupart des quatre premières syllabes, 
et marge. En réalité, ce fragment a été mal disposé sur la feuille 
de papier où on l'a collé dans le ms. 5237 : comme nous le 
verrons, la colonne a appartenait au verso du feuillet de par- 
chemin sur lequel a été prélevée la bande, et la col. /; au recto ; 
la maro^e subsistante est une mar2:e extérieure. 

Fragment II (feuillets cotés 12-13). F'^rtie supérieure d'un 
double feuillet ; — largeur actuelle du feuillet simple (évidem- 



I. Voir rénumération des morceaux dont se compose ce recueil dans le 
Catalogue des nouvelles acquisitions françaises, par M. Omont. Quelques-uns 
de ces morceaux ont déjà été l'objet de publications partielles ou coaiplètes 
{Bulletin de la Soc. des Ane. textes, XXII (iS^6), 59-48 : Roniania, XX, 159- 

143)- 

Rom a» ta, XXXIX' 3 



34 MARIO ROQUES 

ment rogné), 165 mill. ; le second feuillet simple beaucoup 
plus fortement rogné est réduit aux deux tiers de la largeur du 
premier; hauteur moyenne du fragment, 112 mill.; — 
2 colonnes à la page : feuillet 12 rcrto, a et h, 19 vers ; verso, c 
et li, 19 vers ; — feuillet n ircto, n, 17 vers; /', colonne très 
diminuée en largeur, premières syllabes de 17 vers; verso, c, 
colonne presque complètement rognée, dernières lettres de 
17 vers; </, 17 vers. 

Fragment III (feuillets cotés 12 /'/.s-13 lus). Partie inférieure 
d'un double feuillet; — largeur actuelle du feuillet simple, 
165 mill.; second feuillet simple réduit aux deux tiers de la lar- 
geur du premier; hauteur du fragment 153 à 158 mill. ; — 
2 colonnes à la page : feuillet 12 bis recto, a et h, 22 vers ; verso, 
c, I ^ vers écrits sur 19 lignes avec place réservée pour une grande 
initiale ; d, 20 vers ; — feuillet 13 };is recto, a, 24 vers ; h, pre- 
mières lettres ou syllabes de 24 vers ; verso, c, colonne à peu près 
complètement disparue; d, 23 vers en partie effacés et de lec- 
ture difficile. 

Les fragments I et II sont des débris d'un même feuillet 
double : l'on constate en effet que le contenu du fragment I cor- 
respond aune partie du contenu du fragment II, et précisément 
aux colonnes /' et c du second feuillet simple de ce fragment 
(feuillet 13), colonnes très fortement rognées ; un examen plus 
attentif montre que les colonnes b tl ^ du fragment I portent les 
fins ou les débuts de vers dont les colonnes /? et r du feuillet 13 
(fragment II) ont conservé les premières syllabes ou les der- 
nières lettres ; le rapprochement des deux fragments (II 
i^b ^ l b, W i^ c -\- \ a) complète ces vers sauf quelques 
lettres rognées ' . 

Le feuillet double ainsi reconstitué partiellement ne formait 
pas le milieu d'un cahier et il en est de même pour le feuillet 
double dont le fragment III nous a conservé un peu plus de la 
moitié ; de plus, ces deux feuillets ne se suivaient pas ^ et n'ap- 



1. Le fragment II n'ayant conservé que 17 vers par colonne du feuillet 13, 
l'on 'ne complète ainsi que 34 vers sur les 59 que présente le fragment I. 

2. Ils étaient, autant qu'on peut le calculer, les seconds feuillets doubles res- 
peaivement du second et du quatrième cahier. 



FRAGMENTS D UN MS. DU ROMAN DE RENART 35 

partenaicnt pas au même cahier; de là, indépendamment des 
mutilations, plusieurs solutions de continuité dans le texte que 
donnent nos fragments et qui correspond aux parties ci-dessous 
indiquées de l'édition Martin : 

Frgt II : branche I, vv. 1135-53, 1167-83, 1197-1215, 1227-45, 

1759-75; 
Frgtsietll: — vv. 1788-1846; 

Frgt II : — vv. 1847-65 ; 

Frgt m : branche I (I^), vv. 3148-73, 3184-3206; 

— branche VII, vv. 1-13,25-42, 567-92, (602-25), 673-703. 

Les mss. ne nous manquent ni pour la branche 1 ni pour la 
branche VII du Roman de Reuart et, malgré quelques leçons 
intéressantes, nos fragments n'apporteront pas grande nouveauté 
dans un texte critique, mais le manuscrit qu'ils nous font con- 
naître n'était certainement identique à aucun de ceux qui nous 
sont parvenus, et il nous offre un nouvel et curieux exemple 
des complications de la tradition manuscrite du Renart ; à ce 
titre ces fragments méritaient d'être connus. 

J'en transcris ci-dessous le texte, et j'y joins les variantes 
de nature à aider au classement du manuscrit ; je les emprunte 
pour la plupart au tome III de l'édition Martin, sauf pour les 
mss. Cet //que j'ai collationnés à nouveau ; je rappelle que a 
désigne le groupe des mss. ADEFG, ,S le groupe BKL, mais 
j'ai employé ces deux sigles même quand tous les mss. de 
chacun de ces groupes n'étaient pas d'accord pour une leçon 
attestée par au moins deux d'entre eux. 

Par la suite, et pour abréger, nous appellerons o le ms. duquel 
proviennent nos fragments ' . 



I, On trouvera signalés au tome I de l'éd. Martin divers fragments qui 
ont été désignés par les sigles a, /', c, d, e, /, g, h, i ; l'on pourrait désigner 
par k le fragment des archives de Maine-et-Loire {Ronmnia, XXXIV, 455), 
par / le fragment de Saluces (sur lequel voir Remania, XXXIV, 624), par m 
le fragment de la Bibl. Sainte-Geneviève (Roinania, XXXV, 53); le sigle fi 
désigne la seconde partie du ms. \ ; notre ms. prend place à la suite. 



MARIO ROQUES 



Fragments 1 et II 



(^Branche I, vv. 1135-1153 ; toi. 12 a) 



Que je li puisse rai.son rendre 115) 
Ou du laissier ou du dépendre : 
Me doint sain et sauf repairier. 
Qu'encore me puisse vengier 
De cliaus qui me font si grant guerre.» 
Lors se coucha as denz a terre 1 1 40 
Et .III . fois se rendi coupable/. 
Et se sengnoit pour les deablez. 
Or s'en vont li baron a court. 
Ht passèrent l'iaue qui court 11 44 
Et les desirois et les montaingnes, 
Puis passèrent parmi les plaines. 
En ce que R[enart] se démente. 
Du bos ot perdue le sente. 
Le voie et le cemin ferré. 
Et nequedent tant ont erré 1150 

Qu'il savoierent parmi plains 
Delez une grange a nonnains. 
La maison est molt bien j^arnie 

Cvv. 1 1 67-11 83 ; fol. 12 /') 



Et aviez merchi crié. » 
Fait il : « Je l'avoie oublié. 
Alonz ent, vez moi tout prest. 
— R., R., pour noient est : 
Tu parjurez ta foi mentie, 
Tous jorz durra te lecherie, 
Honniz soit ta coustumoison ! 
Je sui chi alec .1. prodon, 



1 170 



1172 



Et tu as tant foie nature 1175 

Que es de mort en aventure 

Et as pris or confession, 1 175 

Et or vius faire traïson ! 

Chertez granz péchiez te court sore. 

Vien t'en, maudite soit hui Tore 

Que tu caïs sus tere mère. 

— Bêlement le ditez, biau frère, 1 180 

Alonz nos ent eusanle ambiant. » 

N'en ose faire autre sanblant 

Pour son cousin qui le castoie. . . . 

(vv, 1 197-1216; fol. 12 (•) 

I{t tant ont le montaingnc alee 

K'il son venu en le valee 

Ki en le cort le roi avale. 

Descendu sont enmi le sale. 1200 

[S]i lost com R. vint a court, 

Il n'i a beste ne s'atourt 

Ou de prouver ou de respondre. 

Or est R . prez de confundre ; 

N'en puet torner qu'il ne s'en cuise, 

Kar Isengrins ses denz âguise, 1 206 

Et Tibers li cas li conseille, 

Et Brunz qui le teste ot vermeille. 

Mais qui hée et nuise R., 

Il ne fait mie le couart ; 12 10 

Ainz commence enmi le maison, 

Teste levée, se raison . 

" Rois, fait R., je vos salu 

Com cil qui plus vos a valu 



1 1 36 CM laissier, a BHO noier — 1 1 38 CM Que. m. p. v. a Que je me 
p. e. V., BH Que je mon cuer puisse esclairier — 11 48 CM Du bois, a O El 
bois, BH Endui — 117 1-2 a CM, très différent de BH — ii-jS % H traïson, 
B ocission, CM desraison — 11 79 f; terre mère, CM t. de m., x H Que 
tu onques na<iquis de m. — 1197 a CM tant ont, BH ont tant — 1199 a 
CM en le cort, BH vers la c. — 1207 CM li conseille, aB sec. — Après 
120J deux vers insérés dans BH. 



IRAGMENTS D UN MS. 
Et plus vos ai fait bel strv'ice .... 1215 

(vv. 1227- 1245 ; fol. 12 (/) 

A croire les mauvais larron;^, 
Kt il laisse ses bonz baron/. 
Et guerpit le chief por le keue, 
Des bons barons le cort desneue ; 
Et cil qui sont serf par nature 12^1 
Ne seivent ess;arder mesure : 
Se en court se poorent lever, 
Molt se painent d'autrui gabcr ; 
Chil enortent le mal a faire, 1255 
Ki bien en seivent leu preu taire 
Et enbourser autrui avoir. 
Iche vos di ge tout pour voir. 
Que Brunz et Tibert me demande ? 
Il est voirs, se li rois commande, 1240 
Que molt bien me puet faire lait. 
Mais encor ne Tai ge forfait ; 
Mais ne seivent dire pour coi. 
Se Brunz menga le miel, par foi, 
Et li vilains le ledenga,. . . » 1245 

(vv. 1759-1775 ; fol. 13 (0 

Bien i fust abatus li rois, 

Ja R. n'i perdist .j. pois. 1760 

Ne font repos ne soir ne jor 



DU ROMAN DE RENAKr 






Que n'asaillent forment le tor, 

Mais ne la puent enpirier 

Dont vausist mains .j. sol denier. 

.1. soir furent molt traveillié, 1765 

D'asalir furent ennuie ; 

Kasquns dormi seùrement 

En se loge molt longuement. 

Et le roïne fu iric 

Et envers le roi courechie ; 1770 

Se va concilier a une part. 

A tant es vos sire R. 

De son castel ist coiement. 

En se lo(l)ge delivrement 1774 

Dormoit kasquns desouz .j. caisne. 

(vv. 1788-1865 : fol. 15 /'et II h') 

K'a li se wnidrà acorder. 

Or poez oir grant merveille : 

Cil a fait d ele s'esveille ; 1790 

Quant vi i]ue R. l'ot traie, 

Si s"escr/a : « Aie, aïe . » 

Ja estoi/ bien /'aube aparue, 

Li jors bien granz et la veûe ; 

Pour le cri sont tout estormi 1795 

Cil qui fi/oient endormi ; 

De R. le ros s'esbahirent 



Après 1234 BH insèrent 4 vers. - 1235 a Cil enortent, BH Cil amonestent 
mal. CM Cil si loent — 1236 a BH 1. p. faire, CM a chief traire — 
1237 ^^ enbourser, x CM enborsent — 1241 CML molt bien me puet. 
7. BH bien me poent — 1245 ^ ^H ledenga, C desfia, M desvia — 1759 CM 
fust, xBH fu — 1766 CM D'a.f. e. a 5 Et d"a. molt e — 1767 BCM dormi, 
a HL se jut — 1769 a CM fu, BH estoit — 1771 a CM Se va c, BH 
Conciliée estoit — I775 ^c coiement, CMO bêlement, ,3 seùrement, H celee- 
ment — 1774 CM En sa 1., a 5// Vit les dormir — 177s CM Dormoit k., a 
BH ChQSCun gisoit — 1790 CM Cil a fait,// C. li f. y. 11 li fist — 1791 a 
CM vit, BH sol — ijqi CM aïe, aïe, a BH tote esbaliic 



I. Le commencement des 17 premiers vers (1788- 1804) est conservé par 
le feuillet 13 Z'; la fin de ces mêmes vers par le feuillet 11 /' : le milieu est 
restitué, autant que possible, d'après les autres manuscrits. 



38 MARIO 

Ki avec dame virent. 

Et pour ce que il li t'aisoit 

Tel giu (]ui pds ne li plaisoit, 1800 

Si crien/ /uil : « Levez, levez. 

Et cel lanvi pour Diu pernez ! » 

Mesirez .Voblez en piez saut. 

Mais n. . .r rien ne li vaut : 

Pjr pou la k^//e n'a ronpue'. 1805 

Grant demi più est estendue 

en grant martire 

saque et tire 

Mais dans Tlirdis li limeclion/. 

Qui soJt porter le gonfanon '810 

Oublia Rt'nâix a lier; 

Cil Us ala tous deslier : 

Tret Vespee si les desneue, 

A cascun tretiche pie ou keue : 

Del deslier 5'est si hastez 1 8 1 5 

Que il en est Je .c. amez. 

(fol. 1 5 r et II a) 

Ainz qu'il soient tout desnoue. 

En sont tuit li plus eirouez. 

Envers le roi s'alient tu'ii. 

Si corn estoient, en grant bru\i. 1820 

Et quant R. les vit venir. 

Maintenant se mist a fuir . 

A ce qu'il entre en se laisn'xerc, 

Tardis le sivi par derrière ; 

Molt tu li limaz en grant ire, 1826 



ROQUES 

Par .j. des pans a soi le tir^. 1825 

A tant i vint li rois poni^nant 

Et tout li autre espe/owant. 

A tant Tardiz, qui R. //V;/t, 

Au roi le rent qui dev»/;;/ vient. 1850 

Trestout l'ost en frcm/i7 <'/ bruit, 1832 

De toutes pars le tiren/ /uit. 185 1 

Es vos R. qui tienent pris, 
Molt en sont lié cil du pais. 1854 

A fourques l'en menèrent pendre, 
Xoblez n'en vout raenco;/ prendre. 
« Sire M, dist I. au roi, 
(» Pour amor diu baillf;^ le moi 
Et j'en ferai si grant wenjance 
C'on le sara par toute Franr^. » 1840 
Li rois ne vout faire noient, 
De ce sont tuit lié etjoianl. 
Tantost li fist les ex hender 
Li rois et prist a dema;/</^y' : 
« R., R. », dist li lyons, 1845 

« Chi voi de tex escorpio«5 
Ki vos vendront ancui l'outrage 

(fol, 1 3 d) 

Que fait avez en vostre aage, 

Et le déduit de le roïne 

Que teniez ennuit souvine. 1850 

Or vos metron el col le hart ; 1854 

Puis parlerons d'autre Bernart. »i8)3 

Dant I. en p(r)iez se dresce, 1855 



1802 CM pour Dieu, a B privé, H prové — 1806 CM est estendue, a H 
Tae. — 1812 CV/ tous deslier, a BH les autres d. — 1816 CM\ a H Asezi 
ot des escoez, B des antamez — 181 7 CM soient tuit, a H tuit s. — 1818 
CM tuit li plus, a BH li plusor — 18 19 CMO s'alient, BH s'adrecent, 
ï s'en vienent — iSiy-iô intervertis comme dans CM. — 1825 CMO pans 
a ^ piez — 1831-32 intervertis comtne dans CMO. — 1832 Après ce vers CM 
insèrent 2 vers. — 1835-36 m<inquent dans BH. — 1851-52 ne manquent 
qu'ici. — 1853-54 intervertis comme dans BCMH. 



I. A partir d'ici le fol. 13 b nous fait défaut, mais, pour ce vers et les 
1 1 suivants les fins de vers nous sont fournies par le fol. 11 /'. 



FRAGMENTS D UN MS. DU ROMAN DE RKNART 



Aert R. par le cevesce, 
Du poing li donna tel but'ct 
Du cul li fist voler .j. pet, 
Et Brun Taert par le talon, 



Les denz li mist jusc'au braon, 1860 Saisi R. au pelichon . 



39 



El Roonniaus parmi le gorge 
.III. tors li tist faire en .j. orge ; 
Tiberz li cas jeté les den/ 
Et les ongles qu'il ot pongnans, 



i86> 



Fragment III 
(Branche l^, vv. 5148-75; toi. 12 his u) 



Aine nel veastez 

— Vos i mentez, pute sorchiere, 
Taisiez vos que je ne vos fiere. 5150 

— Vos me ferrez, pute merdeuse, 
Pute puans, pute veseuse ? 

Se l'aviez pensé a chertez. 

Il i aroit paumes ouvertes 

Et piaus trenchïez et ronpues, 5155 

Se ne me falent dens agues. » 

Ameline plus n'i demore : 

Isnelement li courut sore, 

Et Hersent par molt grant aïr 

Rêva Ameline envaïr. 5 160 

Par tere se hurtent et herchent 

Si durement que les piaus perchent. 

[5162 
Si veïssiez en molt poi d'ore 5167 
L'une desoz, l'autre desore. 
Dame Hersent ot grant esfors 
Soz li la tient et bat son cors 5170 
Enct);//re .j. fust l'a e;/versee 
Jii reûsi morte et étranglée. 
Qjhint il i vint .j. pèlerin. . . . 



(vv. 5184-5206; fol. 12 bisb) 

Que il estoit sainz honz et prestre, 

Et illora donné conseil 5185 

Kascune voit a son pareil. 5 186 

Dame Hersent a fait aler 5189 

A Isengrin por acorder. 5 190 

Dame Ameline en maine arrière 

A dan R. en se taisniere ; 

Tant est sainz et relegieus 

Que les a acordez andeus, 

Et tant i a s'entente mise 5195 

Que par tout a le pais assise. 

Puis fu R. en se maison 

O sa mouiller molt grant foison ; 

Trestout li dit et tout li conte : 

Comment il dut recevoir honte, 5200 

Quant en le cuve fu salis ; 

Com il dut estre malbaillis. 

Et escarni le tainturier, 

Dist qu'il estoit de son mestier ; 

Comment il fist le couUe perdre 5205 

A Isengrin le puant merde 



1857 a CM tel bufet — BH si grand colp lui done — 1858 CM voler, a 
salir, BH Que li os del col {H les os trestous) l'en resonne (H li estonne) 
— 1859 ^^ talon, a // chaon, B giron — 5152 ,3 CMH P. puans, a P. 
vielle — 5160 CM envaïr, % BM saisir — 5162 CM Si d. q. — 5165-66 
manquent comme dans B seulement. — 5187-88 ne manquent qu'ici. — 5201-2 
ordre de a CM, interverti dans ,3 H. 



40 



MARIO 
(^Branchc \'II, w. 



ROQUES 

1 - 1 S : fol . 1 2 bis c) 



Fox est qui croit se foie pense, 

Molt remaint de ce que fol pense ; 

Fox est qui croit foie espérance. 

Quar tous li nions est en balance. 

Fortune se lieue du mont : ) 

Li .). vienent, li autre vont. 

L'un va en bien et l'autre en bricc. 

Si fait l'un bien et l'autre trice. 

Tex est le coustume Fortune 

Que li uns ainme. l'autre rancune ; lo 

Elc n'est mie amie a tous : 

L'un met desus l'autre desous. 

A celui qu'ele met plus haut. . . . 

(vv. 25-42 ; fol. 12 bis d) 

Tex a ore grant poestcz, 
Qu'enchois que li mois soit passez. 
Sera il molt povre por voir: 25 

Ice sachiez vos bien de voir. 
Far mon chief, ce n'est mie gas : 
On va molt bien de haut en bas 
Par mon chief, et de grant basseche 
Revient on bien a grant hautesche. 50 
Por ce est drois que je m'en taise. 
D'autrui avoir a on grant aise ; 
Je cuit que bien i avenrroit. 
Ki a raison i sarderoit ; 



Kar qui ouvre selonc raison 33 

Ne puet avoir se le bien non. 
Molt est fox qui maine posnée 
De cose qui li est prestée : 
C^.oustume est d'autrui garnement, 
Ki froit l'enprunte, caut le rent. 40 
Fox est qui por .son grant ciir 
Est en ccst siècle asseùr 

(vv. j67-)92; fol. 15 bis j) 

(( 

Qui soit de liois ne de coivre, 

Por qu'il eûst autel de cuivre, 

Por c'apuié son cul eùst, ♦ 

Ki tantost abatuz ne fust. 570 

Ses cons ne sera ja oiseus, 575 

Pour qu'ele puisse trouver leus. 574 

Tant n'i puet on bouter ne traire 577 

Que ja lendemain i repaire. 

Tout est perdu quant c'on i mer. 

Que le vielle seit trop d'abet. )cSc) 

Par le cuer biu, jel di a chertés : 

As tu escaces jamberetes 582 

Ou tu i montez a degrez 

Ou ele se couce de ses grez. 

Par le cuer beu c'est le fontaine 583 

Ki toz dis sort ne ja n'iert plaine : 



5 lieue, ul pour joue — 7-8 Jatis l'ordre de r HO^ ordre inverse dans [j CM 

— 7 // va, autres mss. met — 8 // triche, autres mss. riche — 9 a HO cous- 
tume. ; CM manière — 10 a // Q. Tu. a. ,3 CMC l'un porte amor — 
24 H mois, autres mss. an — 25 // por voir, autres mss. pooir — 33 H h. 
i a., 7. CM grant (CM aucun) biens en vendroit — 57 CM q. tient a donnée 

— 40 DCMHO l'emprunte,.^/: .'i le vest et — 42 x H Est, CM Guide estre 

— )7i-2 manqiunt comme dans H . — 574 leçon voisine de celle de H et tout 
autre que celle des autres mss. — ^j) -6 manquent comme dans H. — 577 CMH 
Tant n'i p. on, % L'en n'i set tant — 581 H jel di a c. a^'b quant tu aresces, 
C-Vf qas tu a certes — 582 HO As tu, a^ Fes tu, CM Veus tu — Les 2 vers 
insérés après ^82 le sont également dans CMH ; ils sont très semblables à 621-2 
de a CM HO et de notre fragment (H degrez. CM degré - H Ou ele, 
CM Ele — H sci, grez, CM son gré). 



FRAGMKNTS D UN Mb. DU ROMAX DE REXAKT 4I 

A droit a nom Hersent la louve )8) Ht bien t'entingne et déchoit 

Â'ar c'est celé qui toz maus couve, Si que toz li monde/, le voit. 590 

Et au cul t'a si pris, R., 588 Mix conchié ne sai ge nul 

Kar ele seit tout le barat, )87 Que celui qui est pris au cul. ... « 

(vv. 602-62); fol. 15 his h). — Cette colonne a disparu à peu près com- 
plètement ; il n'en reste plus que les initiales des vers 602 (?)-6o8, la pre- 
mière svUabe des vers 609-1 1, les deux ou trois premières syllabes des vers 
612-625 ; ces vestiges permettent de constatef que les vers 601-14 et 625 ne 
manquaient pas à notre fragment comme à la famille {i, que les vers 619-22 
n'étaient pas remplacés par 581-2 comme dans .3, et que la lacune 603-6 
signalée par Martin dans H ne se produisait sans doute pas ici. 

(fol. 13 bise). — Colonne entièrement rognée sauf quelques traits de 
lettres finales. 



(vv. 673-705 : fol. 15 his (i ') 

Xelairoit que ne s'envolast 
Ne li cauroit qui en pesast . 
Renart se tait et cil parole 
Qui est venu^ a maie escole 
«' Di, di avant, mal ez bailliz, 
Ja ne seras espeneiz. 
— Sire, j'ai esté molt divers, 
Mainte cose ai faite a envers. 
Que je n'oi talent de bien faire; 
Molt ai esté de mal afaire, 
Puis que li abez de Corbie 



675 



678 
681 



684 
687 



De toute l'ordre enorbie, 688 

Ne Herbez cil que il set bordes 693 

Qui se f. . . . al(?) trouvez es cordes, 

Ne sire Adan Pet de levriere 695 

Qui fait nape de sa suiere. 

Ne Montez li clers d'^?//<;i'ile 

Qui molt cuide savoir de guile, 

Ne Cointeriaiis /i forestiers 

Qui or se fait ma//rais lechiers, 700 

Et . . . qui ... de totes pars 

Qui tant s le , 

Ne Trichars li gars ne Tenptsic. . . » 



Le manuscrit o dont nous avons ici les débris faisait, on le 
voit, succéder immédiatement la branche MI à la branche I; 
cet ordre ne se retrouve que dans le ms. /, manuscrit peu 
utile, parce qu'il ne contient qu'une rédaction abrégée, et qui 
débute ainsi : branches I, MI, VIII, IV, etc. ; le ms. / est appa- 
renté de fort près au ms. H et nous avons dès lors un groupe- 
ment HIo. Or le ms. H insère entre lès branches I et MI 



587-8 intervertis comme dans H. — 589-90 leçon semblable à celle de H. — 
681 CiVf divers, H per\'ers — 685-94 manquent dans H. — 700 CM lechie- 
res, H losengiers, a borderes — 701-2 manquent dans H: le fragment 
parait différer ici de CM. et surtout de r. 

I. Cette colonne est très peu lisible ; quelques mots sont suppléés d'aprc-s 
le texte de Martin et les variantes de CMH. 



42 MARIO ROaUES 

la br. VI (donc : I, \'I, MI, VIII, IV, etc.). M. Buttner' avait 
déjà indiqué que cet ordre devait être une innovation de H 
(l'ordre primitif du groupe HI étant conservé dans /), le ms. o 
vient rendre plus probable encore cette opinion. 

La parenté du ms. o et de Hl est rendue évidente par l'exa- 
men des variantes réunies sous le fragment de la br. VII : dans 
quatre cas seulement (contre un très grand nombre de cas 
remarquables d'accord) () s^ sépare de H pour se rapprocher de 
CM, mais dans deux de ces cas (v. 687-94 et 701-2) il s'agit de 
vers supprimés par H, dans un autre (v. 700) d'une correction 
de H, et dans le dernier (v. 681) d'une hésitation sans portée 
entre divers et pervers. Nous en conclurons que appartient au 
groupe HI, sans dépendre de H dont il n'a pas les innovations, 
ni de la rédaction abrégée conservée dans 7. 

Mais l'examen des fragments de la branche I amène à d'autres 
résultats. Ici c) est en accord constant non plus avec HI, mais 
avec CM, groupe intéressant auquel se rattachent aussi les frag- 
ments les plus récemment découverts (k, /, w) ; les cas de non- 
accord ont peu de valeur, mais l'un au moins (v. 1245) nous 
montre que ne dépend pas de CM dont il n'a pas les inno- 
vations. 

Le ms. apparenté d'une part à HI (ordre des branches et 
br. VII), d'autre part à CM (br. I) est-il le résultat d'une con- 
tamination? Représente-t-il au contraire une source commune 
à CM et à HI ? L'on ne peut répondre avec certitude sur le vu 
de nos fragments. La contamination pourra paraître plus pro- 
bable, étant donné l'exemple d'autres ms. du Renart ; l'on notera 
seulement qu'il ne s'agirait pas ici, comme ailleurs, d'un mélange 
continu de traditions manuscrites diverses, mais d'une conta- 
mination par branches, pour ainsi dire : des branches diverses 
provenant de sources diverses, mais chacune d'elles représentant 
une seule source. 

Pourtant je serais porté à classer tout autrement le ms. dans 
l'ensemble des mss. du Renart : M. Bûttner a rendu très vrai- 
semblable* le fait que le remanieur auquel nous devons l'édi- 
tion représentée par les mss. CMn a eu sous les yeux un ms. 



1. StuJien m dem Roman de Renart.... I (1891), p. 25. 

2. Op. cil., p. 95. 



FRAGMENTS d'uX MS. DU ROMAX DE REXART 43 

apparenté cà //, mais antérieur à celui-ci, et d'autre part il est 
évident que H et l'archétype de CMn sont le résultat de com- 
pilations et empruntent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; 
l'accord de o tantôt avec //, tantôt avec la famille CMn, s'expli- 
querait si représentait une forme ancienne de //, copiée par 
l'archétype de CMn pour la branche I, mais non pour la br. 
VII, et reproduite plus ou moins exactement dans// pour la br. 
VIT, mais, dans ce dernier manuscrit, fortement contaminée par 
j'i pour la br. I. Cette espèce de chassé-croisé n'a rien de sur- 
prenant pour qui connaît la complexité de la tradition de //et 
de CM;/ (cf. encore sur ce dernier point l'étude de M. Bùttner, 
pp. 56 sqq. et 102). 

De toute façon, le fragment du ms. que nous avons imprimé 
est une nouvelle preuve de l'utilité qu'il y a pour les mss. du 
Reuartf à tenter un classement spécial pour chaque branche au 
lieu de procéder ci un classement d'ensemble '. 

Mario Rociues. 



I. Cf. encore Bùttner, Studien, I, 58 sqq. 



PRlliRH EX QUATRAINS A LA VIERGE 

SERMONS 

(Ms. B. N. iR. 24858). 



Le poème en riionneiir de la Vierge dont on trouvera le 
texte un peu plus loin, nous a été conservé par le manuscrit 
B. \. fr. 24838, ff. 111-114, dont la plus grande partie est 
occupée par les sermons français de Maurice de Sully. Il est 
placé entre le sermon pour la Purification et un sermon pour le 
dimanche des Rameaux qui ne paraît pas être de Maurice de 
Sully. Cette médiocre poésie n'est pas inconnue : Lecov de La 
Marche en a transcrit une partie dans son livre sur la Chaire 
française au moyen âge (2* édition, 1886, p. 284). Mais cette 
citation parait être restée inaperçue, car, en 1902, le catalogue 
imprimé de la Bibliothèque nationale mentionne le ms. fr. 24838 
comme renfermant uniquement les sermons de Maurice de 
Sully. 

Je ne connais pas d'autre copie de cette pieuse poésie. Je n'o- 
serais cependant affirmer qu'il n'en existe pas. Ces poésies sur 
la Vierge sont ordinairement désignées et signalées dans les réper- 
toires par leur premier vers. Or ici il est possible que le début 
nous manque ; du moins est-il que la pièce commence d'une 
manière bien abrupte. Par suite, l'identification est difficile. 

Les nombreuses compositions sur le même sujet qui nous 
sont parvenues sont généralement d'un faible mérite. Elles 
peuvent avoir une certaine valeur de facture, mais le fond en est 
banal et monotone. On y reconnait souvent le souvenir des 
innombrables pièces latines composées pour les diverses fêtes de 
la Vierge. Elles sont encombrées de considérations embryolo- 
giques dont la répétition sous des formes variées est singulière- 
ment déplaisante. La poésie qu'on va lire ne vaut pas mieux 
que les autres. 



PRIERE EX QUATRAIXS A LA VIERGE 43 

Ce qu'il v a de particulier ici, c'est que les paroles adressées 
à la Vierge sont placées dans la bouche de saint Jean l'évangé- 
liste, le disciple préféré du Christ, comme on le voit par les vers 
14-16 et 28. Mais il y a à la hn un épilogue dans lequel l'au- 
teur semble parler en son nom. 

Le ms. fr. 24838 présente quelques particularités phonétiques 
ou simplement graphiques qu'il est utile de relever, encore bien 
qu'elles ne fournissent pas d'indices bien précis sur le pays où 
le ms. a été exécuté. De et ne, combinés avec l'article le ou lo, 
aboutissent à lio et à m)(vv. 36, 46, 69, 75, 89). Ces formes se 
trouvent en plusieurs pavs : dans la région wallonne', en Lor- 
raine-, en Bourbonnais', dans l'Ouest (Maine, Touraine, 
Anjou, Poitou)*. On ne peut donc pas tirer de cette forme 
une indication bien utile pour l'origine du manuscrit, d'autant 
plus que l'identité de graphie en des régions diverses ne prouve 
pas l'identité de la prononciation. — Un caractère moins vague 
est la confusion d'en et d'an, dont les exemples sont trop nom- 
breux pour qu'il soit besoin de les citer. Ce phénomène 
semble indiquer l'est de la France ; ce qui est confirmé par 
des formes telles que niaul 18, inianârc 54, dcauhJe dans les 
sermons. A remarquer aussi Tmip. (ou pi. -q. -part.) du subj. 
hnilcssaint, dans le sermon sur saint Georges (ci-après p. 51) 
fol. 120. Cependant je n'attribuerais pas le ms. à une région 
très orientale, parce que les principaux caractères du lorrain 
font défaut. Je crois légitime de lui assigner une origine cham- 
penoise. 

Une particularité graphique qui ne me parait pas avoir d'in- 
térêt pour la phonétique est le redoublement de Vs en des cas 



1. Nebb, Die Fornieu d. Artiheh in d. frun-. Mumlarten, dans Zeitschr. J. 
fran:;^. Spr. u. Lit., XXIV, 216-7. 

2. Par ex, dans la charte de Morvillc-sur-Seille, Bulletin du Comité di- la 
langue, de Vhistoire et des arts de la France, 1853, pp. 122-130. 

3. G. Lavergne, Le parler bourbonnais aux XI Ih et XI T' siècles (Paris, 
1909), pièces de 1268 (p. 25), 1500 (p. 49), 1301 (p. 51), etc. La forme don 
est plus habituelle dans les documents de cette région . 

4. E. Gôrlich, Xordwestlichen Dialekte (Fran;. Stud., V, 3), p. 68; Siid- 
zcestîichen Dialekte (Fran-. Slnd.,lU,2), p. 103. Cf. Bull, de hi Soc. des anc. 
textes, 1903, p. 45. 



46 r. MEYER 

OÙ la prononciation était celle de Vs sonore. A cet éaard le 
copiste est tort inconséquent. Il écrit, avec une seule s, ce 
qui est correct, gloriosc i, espousc 4, igJisc 30, chose 49, etc., 
mais avec deux .wv corîoissemait 16, jos tisse 31, niaisfrisse^i, 
occisses 33, mescrcandisses 34, devis se s 35, ;;//.s\w 36, rosse 50 (il 
y a ;ïw au v. 73), etc. C'est là une irrégularité qui s'observe en 
des textes d'origine variée'. 

(Fol. 107) Pûstqiiaw complet i suui dics purgatiouis Marie, iuleniut {\o) Jhesuw 
puerutn pijrentes ejus in JerusaJeni ut sisteient eum Domino, ut scriptuw est in 
hgr Domiui [Luc. 11, 22] -. 

Nos lisons an la sainte évangile dui que, anprès la gesine Nostre Dame 
sainte Marie, pristrent [Xostre Seignor] cil qui furent si parant selonc la char 
qu'il avoit prisse an la gloriose virge Marie, si Tan portèrent an Jérusalem 
por lui présenter au temple, si conme la costume estoit an la viez loi que la 
tenme, quant ele avoit son premerain masle autant, que ele lou presentoit a 
N. S. et que elefaisoit por lui offerande... 

A la suite de ce sermon sur la Purification est copiée la poésie : 

1 Ha! gentis mère Deu, gloriose Marie, {fol. ni) 

Con faites hui bon saut >! come iestes hui garie ! 
L'amors donc (sic) Dex vos aimme n'est pas oncor tarie 
4 Q.uant il hui vos espouse et a vos se marie. 



1. Par ex. dans Huon de Bordeaux (ms. de Tours), oaissier, vv. 67, 385 ; 
noisséer, v. 21 (mais noise, v. 1235), traisson, vv. 928, 936, 1025, etc.; cf. 
Friedwagner, Ueber die Spr. d. H. de B. (Paderborn, 1891, p. 70); — dans 
le Livre de jostice et deplet, voir Stoll, Ueber die Spr. d. L. de], et de pL (Halle, 
1889) P- 22 ; — dans le chansonnier de Berne, qui est lorrain, voir Hans von 
Seydlitz-Kurzbach, Die Spr. d. altfr. Liederhs ur . j8<-j ^u Bern (Halle, 
1898), p. 69, — dans le ms. du Musée Condé qui renferme le Bel inconnu, 
Raguidel, etc., voir Friedwagner, La Vengeance Raguidel, p. xlv, etc. 

2. Cf. une autre copie du même sermon dans Boucherie, Le dialecte poitevin 
au XIII^ siècle, p. 45. J'ai montré ailleurs que ce sermon se retrouvait à peu 
près textuellement drns un morceau sur la Purification qui a été introduit 
dans plusieurs de nos anciens légendiers français. Voir ma Notice du ms. B. N. 
fr. 64^ j (1896;, p. 41 ; cf. msi Notice sur trois légendiers J ramais attribués à 
Jean Belet (1899), p. n. 

5. On connaît l'expression « faire faire un mauvais saut n (Godefrov, 
Complément;. 



PRIERE EN dUATRAIXS A LA VIERGE 47 

II Ha! Uex, con buer fu nez qui ces noces verra! 

Por vos reçoivre, dame, toz li ciax overa, 

Et bien doit toz ovrir quant celé i entrera 
8 En qui Diex nostre pères s'anclost et s'anserra. 

m En vos s'anclost li sires par grant humilité, 

En vos prist char et sanc et tote humanité ; 

Por quant il n'i perdi rien de sa deité 
12 N'a vos ne toli, dame, vostre virginité. 

I\' Einsi fu vostre fiz, einsi tu vostre père (v'o) 

Cil qui dist moi et vos an la croiz o il ère : 
« Femme, voiz ci ton filz ; Joham voiz ci ta mère ' ». 

16 Certes, mont m'apela cortoissement son frère. 

V Por ce qu'il nos sanast, por ce qu'il nos garist 
D'icel vilain peichié qu'Adanz el maul fruit prist, 
Por ce devint Dex hom, por ce an vos se mist, 

20 Car il ne fust pas hom s'il de femme n'isist. 

VI De femme naisqui il ; donc fu il hom sanz dote, 

Hom fu, c'est veritez : mau daait qui en dote ! 

Mes sa mère fu virge après et devant tote ; 
24 Donc fu il plus que hom, qui a droit i escote. 

VII Ne fust pas nez de virge s'il fust hom simplement, 
Mais por ce qu'il iert Dex, lo fist tôt autrement : 
De virge fist sa mère, de virge ot naissement, (/. 112) 

28 Et moi a gardé virge par son commandement. 

\'III Dame de grant honor, vos renome ^ et felisse 

Uns biaus respons q'um chante de vos an sainte iglise 5 : 
De vos nasqui, ce dit, li solaus de jostisse, 
52 Por ce avez vos des dames l'onor et la maistrisse. 

IX Rcsjoïssiez vos, dame, car vos avez occisses 

Toz les vilains peichiez et les mescreandisses. 

Buer i creïstes l'ange et les bones dévisses ; 
56 Dès lors ha Dex an vos totes ses amors misses. 



1. Jo. XIX, 26-7. 

2. Je ne suis pas très sur de ce mot. Le ms. porte réunie ou reume avec un 
signe d'abréviation sur la troisième lettre. Du reste renovier, au sens de « glo- 
rifier » irait bien a\xc felisier (à tort /£//5^;' dans Godefroy, mais cf. le glos- 
saire de Van Hamel au Reclus), mot peu commun qui a un sens analogue. 

3. Cf. le vers i de la pièce de Fulbert de Chartres imprimée plus loin, 
p. 48, note. 



48 p. MF.YKR 

X Ne trova pas li angcles vostrc cucr vain ne vole 

Quant il semma an vos la sainlismc parole, 

Ne li fiz Deu meïsmes ne vos tint pas a foie 

40 Q.uant il, sor totes femmes, vos retint a s'cscole. 

XI A soe vos retint li verais gloriox 

Et vostre humilité regarda an t07. lox. 

Dame, bien sunt Juif fol et maleùrox (vo) 

44 Qui dient que il fu de Joseph vostre espox. 

XI l Ne tu pas de Joseph, c'est bien chose provée, 
Mes do S. Esperit qui vos ot anaméc. 
Que, se vos ne fussiez fcnme Joseph clamée, 
48 Tost fussiez d'avoutire mescreûe et blasmée. 

XIII La racine Jessé hst verge, oiez grant chose, 
El la verge fist flor mont plus bêle que rosse. 
Et li sainz Esperiz sor celé flor repose. 

)2 Celé verge estes vos : c'est li sans et la glose '. 

XIV Qui a droit i esgarde. bone fu la racine, 

Mais miaudre fut la verge dont fut la flors très fine. 
La flors fu li fiz Deu, cil qui a droit termine 
56 Nasqui de vostre cors par volante devine. 

XV A la volante Deu qui de toz biens enice - 

Vos engendra Judée, genz de croire feintice, 



1. La :>ource de ce quatrain et des deux qui suivent doit être cherchée dans 
les vers 4-9 de la pièce de Fulbert de Chartres qui suit : 

Solem justitiae regem paritura supremum 
Stella maris hodie processit ad ortum. 

5 Cernere divinum lumen gaudete, hdeles. 
Stirpsjesse florem produxit virgaque florem, 
Et super hune florem requievit Spiritus almus. 

6 Virgo Dei genitrix virga est. flos filius ejus. 
Ad nutum Domini nostrum ditantis honorem, 
Sicut spina rosam, genuit Judaea Mariam, 

9 Ut vitium virtus operiret, gratia culpam. 

(Mignc, Patr. lai., CXLI, 345.) 

2. Corrompu? est n'u (riche) ne convient pas à la rime. A la rigueur, on 
pourrait aussi corriger û;;/re «' exhorte «, cf. Godefroy ,\nicier, mot qui doit 
être le même qu arusser (atiessier}^ sur lequel voir Romauia, XXXVII, 297. 
Mais anke est une forme bien douteuse et la construction est peu satisfaisante. 



PRIERE EX (lUATRAIXS A LA VIERGE 49 

Por ce que la vertuz poïst covrir lo vice 
60 Et la grâce la colpe de la gent foie et nice. 

XVI Ausi com li solauz tresperce la verrière, (/. 11^) 
Qu'ele n'am est mains sene, mains forz ne mains antiere, 

Ainsi antra an vos, dame, cil qui Diex iere, 
64 San/, blecier, san/. maumelre ; ci ot bonc manière '. 

XVII Si com li mireors reçoit la forme eu lui, 
Que il n'i covient faire ne force ne enui, 
Einsi antra en vos mes Dex, cui hom je sui, 

6tS Et einsi remainsistes sain et entier endui. 

XVIII Vos estes la verrière, ja nus no desdira, 
Et li sainz mireors eu cui Dex se mira. 
Bien lo tîst conme Dex, saigement l'atira-* 
72 Quant il vos ne maumist ne soi n'i empira. 

XIX \'os estes, dame, la rose sanz espine' 

Qui d'odor paist lou siegle, de biauté l'anlumine; 
Vos do ciel estes dame, vos des angeles raine. 
76 Vos de paradis porte, vos estoile marine. 

XX Estoile estes vos, dame, si con je proverai, 

Car, ausi con l'estoile met de fors soi lo rai, (vo) 

Si anfantastes vos celui fiz Deu verai 
80 Cui je aing, serf et croi, cui je sui et serai. 

XXI Et ausi con l'estoile par lo rai ne se mue 

N'ele mains cler ne luist ne ne pert ne fne mue, 
Ainsi issi de vos la char Deu tote nue, 
84 Ne point pire n'an fu ne vos point corrumpue. 

XXII Si com la forme an l'eve s'anbat sodenement. 
Que la forme ne l'eve n'an prant enpirement. 
Ainsi prist Jhesucriz a vos aonbrement 

88 Et ainsi i entra et issi sainement. 

XXIII Cil qui en vos antra, si que onques no sentistes, 
Cil qui de vos issi et virge remansistes, 



1 . Sur cette comparaison si fréquente dans la poésie religieuse du moyen 
âge voir une note de mon mémoire sur la Bible des sept états du monde, de 
Geufroi de Paris, p. 35 (Xotices et extr., XXXIX, 283). 

2. Vers peu clair, peut-être corrompu. 

5. Vers trop court. On pourrait gratifier diiwe d'une epithète. 

Romattta, XXXIX- 4 



jO p. MEYER 

Cil dont VOS' fustes mère, n'onques ni torleïstes, 
qz Vos veit monstrer lo père de oui vos lou preïstes. 

XXIV Dame, de nostre alée griemcnt me desiiez : 

Nos avons duel, vos joie ; nos (/. 104) plorons, vos riez. 
Or proiez Dieu por nos et merci li crie/. : 
96 Petit nos amez ci se vos nos oblïez. 

Nostre Dame qui Deu portas 
Et Deu norris et alaitas 
De ta precïose mamele, 
100 Prie por nos, geutis pucele. 

Ton fiz qu'en croiz veïs morir 
Et li veïs poine soffrir^ 
Prie ton fiz, prie ton père 
104 Qui an la croiz t'apela mère. 

Si conme il ot pitié de toi, 
Dame, qu'il ait merci de moi ; 
Par sa pitié et par sa grâce, 
108 De noz mesfaiz pardon nos face. 

Si conme il pardona Marie 
Les peichiez qu'el fist en sa vie 
Qui sornon ot de Magdelene. 
1 1 2 Amen ! Jhesu nos gart de peine ! 

A la suite de cette pièce de vers sont transcrits quelques 
textes en prose, à savoir : 

i'' Un sermon assez long pour le dimanche des Rameaux, 
que je n'ai pas rencontré parmi les sermons de Maurice de Sully. 
Il n'est pas sans mérite. Il a de l'allure. Le style en est simple 
et naturel. Aussi en citerai-je les premières phrases : 

Hoc sentite in vohis quod et in Christo Jesu [Phil. ii, 5]. Seignor, a cest jor 
d'ui que vos apelez Pasque florie, vint nostre (fol. 1 14 i-o) Seignor an Jérusa- 
lem por faire sa bataille, qu'il devoit faire vers lou deable por nos délivrer 
de sa prisson. Assez avez oï dire cornant il i vint. Il n'i vint pas sus destrier ne 
sus palefroi, que sus un asne por monstrer et por senefiance qu'il iert hunbles 
et qu'il n'avoit point d'orgueil an lui, ne de bobanz. Li anfant de la vile vin- 
drent ancontre lui qui espandoient les flors par la ou il aloit. Ainsi humble- 
ment vint nostre Sires a icest jor an Jérusalem por faire sa bataille encontre 



I . Ms . doiic vol. 



PRIERE EN QUATRAINS A LA VIERGE 5 I 

lou deauble, si conme je vos ai dit devant. Mais quant uns hom doit faire 
bataille, si s'arme des meillors armes qu'il onqucs puet trover. Nostre Sires 
Jesu Criz quex armes aporta il r Les soes armes je les vos dévisserai.' Il vint 
armez de quatre paires d'armes, car il vint armez de quatre manières {fol. 
r I j) de vertu/.. La première arme qu'il porta si fu obedïance et la seconde 
après si fu bone confessions, et la tierce arme auprès si fu miséricorde, et la 
quarte arme anprès si fu jugemenz. Avecques icestcs armes vint il cl mont et 
a ces bones armes veinqui il lou deaublc 

i"" Un sermon sur la vie de saint Georges (23 avril), qui est 
en réalité une vie populaire de ce saint très apocryphe. 

(Fol. 120) Daciensqui fu empereres de Rome enseignoit' molt nostre loi 
par mal faire an son vivant. A son tens sotfrirent mort maint saint et 
maintes saintes. Mes sires sainz Gorges, la cui festc il seia, A', dieiii, il i 
fu decolez, mes, ainçois que ce fust, soflfri il plusors tormenz, car il fu 
mis premièrement en un torment que l'en apele cheval [de] fust, et ende- 
mentres que il tu iluec, se li furent aposées lanpes ardanz qui li brulessaint 
les antrailles et tôt lo cors: et tôt ce ne li valut rien. Quant Daciens 
vit que il ainsi ne lou vaintroit, si fist aporter une grant chaudière tote 
plene de plum et si la fist bolir. Li amis Deu, mis sires sainz Gorges, 
quant il vit ce torment appareillier por soi, si se leva sus et si s'arma des 
meillors armes (v^) qu'il pot onques avoir ancontre tel torment; et queles 
furent eles ? Ce fu de la sainte veraie croiz ou Dex soffri mort por nos; et 
quant il s'an fu armez, si vint il ; si sailli tantost an la chaudière. En es lou pas 
li pions, qui si estoitchauz qu'il boloit, refrida, et li martyrs Damedeu estoit 
ausi ilueques conme s'il reposast. Daciens, quant il vit ce, si fu molt correciez. 
Adonc si conmanda que l'an li copast la teste a une espée. Et quant il fu 
menez a son martyre, il pria au sergent qu'il li laisast faire s'oroison ; cil li 
otroia, et quant il Tôt faite, il reçut lou martyre molt volantiers. Maintes 
genz crurent an Deu por - l'amor de lui et por - les vertuz qu'il i virent. Sa 
feste sera lors : nos vos la conmandons a bien garder. 

3'' Un sermon pour la fête de saint Jacques le Mineur 
(r-" mai). 

Après la mort Damedeu et enprès s'Acension, quant li apostre orent receu 
o Saint Esperit, qu'il lor anvoia {fol. 121) des sainz ciaus, si se départirent si 
conme il lor conmanda. Ite, fist il, docete omnes gentes,etc. |Matt. xxviii 19]. 
« Alez », fist il, « si enseigniez totes les genz, et si les baptiziez ou non 
do père et do fiz et do saint Esperit. » Mes sire sainz Pères s'an a la a 



1. Ce mot, qui n'a pas de sens ici, a été substitué à un autre. 

2, L'abréviation est celle d^par. 



)2 P. MEYER 

Rome; mes sire sainz Jaques, la oui teste il sera, N., remest en Jérusalem. Li 
Juif, cil que Damedex hst. cil qui nos délivra des mains Pharaon, cil ausquex 
Damedex tîst tant bien si conme il dist : Populc meus, qitiii ultra dchui (ibi 
facerc cjuod non feii [Isa. v, 4J ? Icil vindrent a une Pasque qu'il dévoient célé- 
brer a monseignor saint Jasque qui estoit lores evesques ; si lou firent 
monter sor lou pinacle d'un temple en haut ; se li distrent qu'il prees- 
chast: et il que ftst ? Il lor dist : « Avez me vos monté en haut », fist il, 
« por l'aire preoichier de Jesu Crist que vos batistes et que vos escoupistes 
(î«) et preîstes et liastes conme larron, si conme il meïsme dist : Tjnquani 
ad latrotifiii cxistii cuw ghhiiis, etc. [Matt., xxvi, 55]. Et quant vos li eïistes 
ce tait, si le crucetîastes an la croiz et lou gabïez par itex paroles : Vach^ qui 
destruis tcmpJum Dei ci in triduo illud recdificas. Si filius Dei est, descendcit de 
critct et credimtis ei [Matt. xxvii, 40, 42]. <' Toz jorz maus feïstes vos celui 
que vos deûssiez amer conme vostre seignor et conme celui qui toz vos list. 
Vos estiez sa vigne : il vos a faite et proveigniée, et vos l'an randistes tel 
guerredon conme li monz set bien. » Itex paroles lor dist mis sire sainz 
Jasques, et il qui turent corrocié, que firent? Il lou trabuicherent jus aval do 
pignon do temple. Mes li amis Damedeu por ce n'ot mie de mal, ainz com- 
mança a preoichier o non Nostre Seignor Jesu Crist, et, endementieres que il 
preoichoit iluec, li uns des Juïs vint, {foi. 122) si prist une perche a folon, 
si hauce grant cop et lou tîert en somet la teste, si qu'il li espandi tote la 
cer\'ele. Itel martyre soffri il a icelui jor. 

4*' Sermon sur le jeûne. 

En ceste semeine sunt un jeiine que tuit, petit et grant et veil et juene 
doivent jeûner. Li peicheor doivent jeûner que Dex lor face pardon de lor 
peichiez : li anfant qui oncores sunt sanz peichié doivent jeûner. Por quoi ? 
que le peicheor ne périssent ; Multnm eiiim luiiet deprecaiio justi assidua 
(Jac. V, i6j,ff car molt vaut la proiere dou just home et de la juste femme ». 
En ceste semeine devons tuit jeûner chascuns por ses peichiez... 

5° Sermon sur l'Ascension. 

Viri Galilei, quid admiraviini aspicieiites in celum, etc. [AcT. i, iij. Sei- 
gnor, nos avons célébrée la résurrection nostre seignor Jesu Crist, et Dex, se 
lui plaist, la nos dont.. . 

Le feuillet qui suit (124) est coupé dans le sens de la lon- 
gueur. Il ne reste plus que les premières lettres de chaque 
ligne au recto et que les dernières au verso. Le texte reprend 
comme suit au feuillet suivant (125) : 

il mon- (/. 72/) -ta es sainz ciaus, ausi revendra il au segont avène- 
ment, si conme David li psalmistres lou dist : Deu's]nosfer manifeste veniet et 
;;f)« j//^/»// (Ps. XLIX, 3].... 



PRlERi: i:X aUATRAIXS A LA VIERGE 53 

6" Sermon pour hi tète Je la s.iintc croix (14 septembre). 

(F, 126) Scignor, la teste de la sainte veraie croix, si conme ele fu trovée, sera 
X. Bien est droi/ et raisons que vos saichiez conmant ele fu trovée et qui la 
trova. Uns empereres fu a Rome qui ot non Adrianus, qui moût haoit nostre 
loi et, bien lou nos monstra, car il vint en Jérusalem et fist les temples a ses 
deaubles qu'il contivot la ou li temple et ii mousiier Nostre Seignordeùsseint 
estre. . . 

7° Voici le dernier sermon tout entier. Le texte est tiré de 
l évangile du samedi veille de la Pentecôte. 

(Fol. 128) Si diligitis me mandata mea servale, et ego rogabo pat rein nieiini et 
alitim Paraclitiim ilabo vobis [Jo. xiv, 15).' — Seignor et dames, por amor 
Deu or entendez ceste reson. 11 n"i a nul de vos, s'il avoit un suen ami qui 
deùst venir a son hostel por (z'o) lui veoir qui mont ne se penast de netoier 
et do bien appareillier sa meson au miauz qu'il onques porroit et panseroit, 
conmant il la poist fere bêle et nete, si que, quant ses amis venroit, qu'il n'il 
veïst riens qui li despleûst.;^Et se vos ce faites par ' un home terrien, l'amor 
do quel est trespassable, mont lou devriez ore miauz faire por l'amor celui 
qui est li verais amis et qui bien aide aus suens, la on nus autres ne li puet 
aidier. Et Dex ! qui est ores icil bons amis, icil verais amis, qui ce est? C'est 
cil qui consoille les desconseillicz, qui avoie les desavoiez. Biaus sire, et qui 
est cil ? Spiritus veritatis, spiritiis consilii, spiritus fortitudinis, spiritiis spei et 
tivioris. Ce est li esperiz de vérité, li esperiz de consoil, li esperiz de force, li 
esperiz d'espérance et de pooir, et devons donques (/. 12c)) recevoir hui et avoir 
lou Saint Esperit. — Devon? Oïl voir, se annos ne remaint; se nos avons Deu 
en noz cuers, car il meïsmes lou nos promet en l'évangile, si conme je lo 
vos ai dit an conmancement. Si diligitis me mandata mea seruate, et ego r. p. 
et a. d. vobis. Se vos m'amez, gardez mon commandemant, et je prierai mon 
père, et il vos anvoiera lou Saint Esperit. Mais vos me direz se de ^ vient, sire ? 
Ce ne dit il pas de nos, ainçois lou dit de ses deciples et de ses apostres . Bien 
saichoiz de vérité que tôt ansi conme il lou dist d'aus, si lou dist il de nos. 
ansi comme li sainz esperiz descendi au jor d'ui sor ses apostres, tôt ansi des- 
cendra il hui sor lou cors de bons homes et des bones fenmes. Oiiod nobis 
prestet Deiis. 

Paul iMever. 



1. Par en toutes lettres, au sens de por 

2. Corr. ce dont} 



LA \"1H DE SAINTE CATHERINE 

PAR LF. PKIXTRE ESTIEXNE LANQUELIER 

(BiBL. Nat., lat. 1579). 



Hn 1907, M. G. Naetebus, rauteur d'un mémoire bien connu ', 
m'écrivait que le manuscrit laiin 1379 de la Bibliothèque 
nationale contenait un poème français composé dans la forme 
strophique dont on attribue l'invention à Héiinand, forme dont 
je m'étais occupé à plusieurs reprises. Pendant mon séjour à 
Paris, l'année suivante, je copiai le début et la tin de ce poème. 
C'était une \'ie de sainte Catherine composée en forme de 
prière et qui n'avait jamais été signalée ailleurs que dans le 
catalogue de 1744'- Il n'y aurait point lieu de parler plus lon- 
guement de cette médiocre poésie, si elle n'offrait un certain 
intérêt de curiosité : elle est l'œuvre d'un homme dont le 
métier était d'orner les manuscrits, qui s'est mis à versifier pour 
son propre compte. En relisant récemment les extraits que 
j'avais pris de cette Vie, je m'aperçus que les deux dernières 
strophes donnaient en acrostiche le nom et la qualité de l'auteur: 
Estienne Lanqelier peintre. Cet artiste paraît être entièrement 
inconnu dans l'histoire de la peinture comme dans celle de la 
poésie*. 

Le manuscrit latin 1379 provient, selon le catalogue de 1744, 



1. Die nichl-lyrischeu Strophenfortmn des Altfraniôsischen . Leipzig, 1891. 

2. Catalogus manuscriptorum Bibliothecae regiae, t. III (Codices latini), 
p. 107. — On a jusqu'ici signalé douze autres Vies en vers de sainte Cathe- 
rine. Vo\ . P. .Mever, Hisf. litt., t. XXXIII, p. 343, et J. A. Herbert, Rom., 
XXXVI,' p. 89. 

5. On ne trouve pas son nom dans Bradley, A Diciionary of miniattirists, 
illuminaiors, calHgraphers, and copyists , 3 vol., London. 1887-9. 



VIE DE SAINTE CATHERINE 55 

de la bibliothèque de Louis de Targny. On sait qu'après la 
mort, en 1737, de l'abbé de Targny, qui avait eu la garde des 
manuscrits du roi depuis 1726, cent vingt-huit manuscrits 
furent choisis parmi ses livres et acquis pour la bibliothèque 
du roi '. 

Le volume en question est un petit livre d'Heures du xv^ siècle, 
d'un type assez ordinaire. Le calendrier en tète du volume 
(f. 1-12) est en français, de même que deux prières en prose 
qui souvent se font suite dans ces livres : les quinze joies de 
Notre-Dame (f. 138) et les sept requêtes à Xotre-Seigneur 
(f. 164)-. Cette dernière composition est suivie (f. 166 v") de 
la courte prière en vers (8 vers) : Sainctc vraye croix aoiirée, qui 
a été maintes fois publiée». 

Dans l'état actuel du volume ^ les enluminures sont, sans 
compter une très petite miniature (deux figures) peinte dans un 
grand D (fol. 48), au nombre de onze : (fol 26, Matines) 
l'annonciation, (fol. 38 v", Prime) la Nativité, (fol. 64 
V", Tierce) l'annonce aux bergers, (fol. 69, Sexte) l'ado- 
ration des mages, (fol. 73, None) la purification, (fol. 77 V, 
Vêpres) la fuite en Egypte, (fol. 84, Complies) le cou- 
ronnement de la \'ierge, (fol. 90, sept psaumes pénitentiaux) 
David à genoux, implorant Dieu (fol. iiov°, Heures du Saint- 
Esprit) la Pentecôte, (fol. 138, les Quinze joies de Notre- 
Dame) la Vierge, tenant une fleur dans la main, et l'enfant sur 
ses genoux, auquel un ange otfre une corbeille de fleurs, 
(fol. 164, les sept requêtes de Notre-Seigneur) le Christ assis 
sur Tarc-en-ciel, les pieds sur le globe, enfin, (fol. 202) sainte 
Catherine avec l'épée et la roue. Nous n'avons aucune raison de 
croire que ces miniatures aient été exécutées par l'auteur du 
poème sur sainte Catherine. 



1. L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, 1, p. 412. 

2. Voir P. Mever, Bulletin de la Soc. des anc. textes, 1881, p. 47, et 1901, 
p. 78-9. 

5. Voir ibid., 1901, p. 70, note 2. 

4. Entre les fol. 105 et 106 actuels il manque un feuillet. La rubrique écrite 
au bas du feuillet 105 v" indique que les Heures de la Croix ou de la Passion 
commençaient là. A cet endroit il v a dans les livres d'Heures ordinairement 
une miniature représentant la Crucifixion (H. Martin, Les Miniaturistes, dans 
le Bulletin du Bibliophile, 1905, p. 227). 



56 A. LAXGFORS 

Quanta la légende de sainte Catherine, telle qu'elle est racon- 
tée dans le poème imprimé ci-dessus, elle est à peu près con- 
torme au récit de la Légende dorée (ch. clxxii), toutefois avec 
cette exception qu'on y trouve déjà des allusions à son « mariage 
mystique », qui ne semble pas avoir fait partie de la légende 
primitive. 

Pour la langue de l'auteur, qui présente peu d'intérêt, on 
peut se demander si la rime cmpericrc : nuiuierc : rcrc : chère 
(str. XI) ne doit pas plutôt être considérée comme due à la gau- 
cherie du poète que comme l'indice d'un dialecte quelconque. 



I E, très noble vierge entérine. 
Ma dame sainte Katherine, 
Xoble dame, fille de roy, 
O très certaine, o très fine. 
O très doulce et très bénigne, 

{Fol. 202 lo) 

6 Qui fus de si très noble arroy 
Qu'oncques en toy n'ot nul des- 

Aincoys fus, si comme je croy, 
Plaine de si très grant doctrine 
Que nul, tant fust de grant conr- 

[roy, 
De t'amour ne pot nul ottroy 
12 Avoir fors Dieu, la fus encline. 

II Tu apris si bien en t'eufance 
Des sept ars toute la science 
Que clerc ne la peut mielx savoir: 
Et puis ta mère sans doubtancc 
Avec ceulx de l'appertenance 

18 Te semond de seigneur avoir. 
Tu respondis par grant savoir : 

(Fol. 203) 
<' Ma dame, point n'en avrav voir, 
w S'il n'est de plus grant sapïence 
" Que ne sui et ait plus avoir, 
Xoblesce, beaultéet pouoir ; 



24 Amis tel seroit m'acordance. » 

III Puis vint a toy par vérité 
L'ermite plain d'umilité 

Qui t'apporta le doulx ymage 
Et te dit par grant charité : 
« Fille, le filx de deïté 
30 <( Si a inspiré ton courage. 
« Or le regardes ou visaige, 
K Car c'est cilx qui sur touz esi 

[sage 
« Et sur touz a auctorité, 
« Fav lui de très bon cuer hom- 

[mage, 
(( Puis qu'il est de si haultparage 

{Fol. 20^ v°) 
56 « Que'il est filx de Trinité. » 

IV Et lors t'a l'ymage laissiée, 
Et tov, comme bien appensée, 
La saluas dévotement 

En disant : « Vierge couronnée. 
« Se cilx m'a vérité comptée, 
42 « Je te supplie que briefment 
« Je voye ton filx proprement. » 
La vierge sans delayement 
L'apporta, mais il tost t'aveee 
Sa face pour ce seulement 



7. Qtic oncques . — 27. ta apporta — 36. Quil.— 45. —vee Supprimez iosl. 



VIE DE SAINTE CATHERINE 



)/ 



Q.UC n'estoies ou lavement 
48 De saint baptesmc netoyéc. 

V A l'ermite t'en vins arrière, 

Ou nom de Dieu lui leiz prière 

(Fol. 204) 

Qu'il lui pleust a toybaptisier. 

L'ermite, qui tant t'avoit chère. 

Te baptisa a lie chère, 
54 Car tu lui deis sans riens leissier 

Ta vision, dont esleessier 

Le feïs et Dieu mercier. 

Puis eus ta voulenté entière 

D'aler toy de bon cuer plessier 

Devant la vierge sans cessier, 
60 Qui est de grâce tresoriere. 

VI Quant en oroison te fus mise, 
La mère du rov de franchise 
Vint a toy et si t'apporta 

Son filx, qui tant te loe et prise 
Que il t'a pour espouse prise. 

{Fol. 204 l'o) 

66 Tu es s'espouse et il or t'a 
Toute sienne, si t'ennorta 
Tout bien et si se déporta 
En t'amour, qu'as en lui assise. 
En telle amour beau déport a : 
Qui s'i apuie confort a, 

72 S'aucun péché n'a qui lui nuyse. 

VII Et quant de Dieu fus espousee 
Et en la foy [fus] confermee. 
Si te gouvernas sagement 
Et feis comme bien appensee 
De tes biens aux pouvres donnée 
78 Et leur en donnas largement. 
Et puis alas hardiement 
Reprendre l'empereur comment 

{Fol. 20 )) 
Il avoit si folle pensée 
Qu'il faisoit sacrefiement 



Aux ydoUes, qui nullement 
84 N'ont force ne pouvoir denrree. 

VIII Adont fust couroucié Maxence 
De ce que [tu] le repris en ce 
Et du bien qu'il te oy retraire. 
Tantost manda par sa puissance 
Touz les clers de plus grant 

[science 

90 Que l'en post trouver ne attraire. 

A luv vindrent sans culx retraire. 

Cil leur dit : « Il nous convient 

[faire 
« Desputo\'son en audience 
« Contre ceste qui vuelt deffaire 
« Nostre loy pour aultre refaire. » 

{Fol. 20; yo) 
96 Et lors l'arguement commence. 

IX Moult dura tel arguement. 
Mais touz les conclus tellement 
Que touz .L. en la foy creùrent. 
Et lors Maxence vrayement 

Les fist mettre a destruisement ; 
102 Pour l'amour de Dieu mort re- 

[ceurent 
Dedens le feu la ou ilx furent. 
Mais oncques vestement qu'ilx 

[eurent 
Le feu n'empira nullement. 
Dont Maxe[n]ce et les tyrans 

[eurent 
Grant despit quant ilx apperceu- 

[rent 
108 Geste merveille appertement. 

X Ha vierge, cy en droit commence 
Ton martire et ta grant souffrance 

(Fol. 206) 
Qui est a oïr moult piteuse. 
Car le fel empereur Maxence 
Nue lier en sa présence 



69. quens en lui assist. — 84. ilenrrec, employé pour renforcer la néga- 
tion, « point ». — 86. On pourrait suppléer [tu] après </«<', mais ce n'est pas 
nécessaire; d. G. Paris, Accent latin, p. 120. — 94. toui, corr. tn\ 



58 



A. LAXGFORS 



1 1 4 Te fist par vouleiitc yreuse 
Et ta char tendre précieuse 
Fist tant batre a sa gent crueuse 
Qu'ilx turent touz recreùz en ce, 
Ht te tist ainsi doloreuse 
Mettre en la cliartre ténébreuse, 

I20 Et tout ce prins en pacïence. 

Xi Lors voult aler hors l'emperiere. 
Quatre roes de grant manière 
Aincoys ordonna pour toy fiiirc 
Detrenchier devant et derrière 
De rasouers tranchans pour rere. 

(Fol. 206 i-<^) 

126 Quant venuï. yert a son repaire. 
Sa femme qui scest cest affaire 
Et Porphire, a qui ne pot plaire, 
Car eulx dculx t'avoyent moult 

[chère. 
Moult bien te cuidiere[n]t attraire 
Pour toy de martire retraire, 

1 52 Mais ton espous ne mis arrière. 

XII Et quant en la chartre entrer du- 

[rent, 
Ens très grant clarté apperceurent 
Et te virent acompaignée 
D'anges, de sains, qui te repeu- 

[rent. 
Et lors leur preschas tant qu'ilx 

[creurent 
1 38 La foy que leur as enseignée 
Et puis la royne as couronne[e] 
D'une couronne qu'aportee 

(Fol. 2oy) 
Pu du ciel des sains qu'o toy fu- 

[rent. 
La royne lors s'en est tournée, 
Et Porphire, com gent senee 
144 La meilleur part pour eulx esleu- 

(rent. 



Par ta prédication voire 
Deux cens chevailliersatourna 
A la toy et en Dieu fîst croire. 
Et l'empereur en ce tempoire 
1 50 De lou tu aie retourna ; 

Pour toy tourmenter s'atourna 
Des roes ou nul bon tour n'a. 
La fus mise, mais Dieu de gloire 
Tellement si les bestourna, 
Cassa, brisa, rompi, tourna 

(Fol. 20'] Z'o) 

156 Que de l'empereur eus victoire. 

XIV Tempeste du ciel descendi 
Qui mescreans mors estandy 
Quatre mile et roes brisa. 

La royne, qui a bien tendi, 
Soy descouvrir plus n'attendi 

162 Et l'emperiere repris a 

En disant : « Cil Dieu grant pris a 
« Que Katherine tant prisa : 
« Celui croy je, tant vous en di. » 
Si l'empereur d'ire espris a 
Que ton corps en chartre mis a, 

168 Et puis a la royne entendi. 

XV Premièrement la tist hault pendre 

(Fol. 208) 
Par les cheveulx et puis fîst pren- 

[dre 
Tenailles et lui esrachier 
Les mamellez de son corps ten- 

[dre. 
Et puis, sans gueres plus attendre, 
174 Lui fist il la teste tranchier 

Et Prophire, qu'il moût ot cher, 
Decoler fist sans relachier 
Et lez chevailliers qui entendre 
Vouloient a Dieu, fist cerchier 
Et touz prendre sans nul lessier. 
180 Nul ne lez pot de mort dcftendre. 



XIII Porphire. si com dist l'istoire. XVI Touz lez fist decoler Maxence 



VIE DE SAINTE CATHERINE 



59 



Et puis te tist en sa présence 
Amener et te print a dire 
Qiie de trestoute sa puissance 
Seroies dame sans doubtance 

{Fol. 2oS i'«) 

i86 Et compaigne de son empire. 
Se tu le vouloies eslire 
A seigneur, mais de l'escondirc 
Fus tost preste par ta science ; 
Car ton espous ne vos esdire 
Pour mal avoir ne pour martire . 

192 De ce ne voulx faire accordance. 

XVII Et lors tu son ire doublée. 
Si commanda que décollée 
Fusses tost et ynellement. 
Et tu vierge beneuree 

Fus a la terre agenoullee, 
198 Si prias Dieu dévotement 

Que nul n'alast a dampnement 
Qui te servist loyaulment 

{Fol. 20CJ) 

Xe de qui seroves loee. 
Dieu le t'otroya bonnement, 
Et puis, sans nul delayement, 
204 Fust ta sage teste coppee. 

XVIII Et pour monstrer par vérité 



Signe de ta virginité, 
Ton pur lait de ta chair issw 
Je qui ay fait cestui ditté 
En ton honneur, par ta pitié 

210 Ne m'oublies ne nul aussi 
Ne nulle qui te serve ainsi. 
En la montaigne ou Moïsv 
La lov receupt de deïté, 
Angles sans paine et sans soussy 
Noblement t'emportèrent si 

{Fo\. 20^ l'o) 

216 Que n'en scet nul la quantité. 

XIX Et en paradis fu ravie 

Lame de toy, je n'en doubt mie. 
Joyeusement fus couronnée 
En l'onneur de [ta] sainte vie 
Requier Dieu pour moy, je t'en 

[prie, 

222 Pour ceulx aussi dont es loe[e] 
Et de qui es glorifiée : 
Joye, paix et santé donnée 
Nous soit par toy, je t'en supplie. 
Tu qui fus de constance née, 
Roy ne de royal lignée, 

228 Envers Dieu nous soyes amie. 

Amen. Explicit. 

Arthur LÂngfors. 



P. -S. — J'ai demandé à mon confrère de l'École des Chartes et de l'Institut 
M. le comte Durrieu, si en effet on était dépourvu de tout renseignement sur 
le peintre Etienne Lanquelier. iM. Durrieu m'a répondu en m'envoyant la 
note qu'on va lire et que M. Thomas a pu compléter sur quelques points. 

— P. M. 

■> Ce peintre n'est point inconnu, bien qu'il ne figure pas dans le répertoire 

— qui date de plus de vingt ans — de Bradley. » 



200. Vers trop court. 



6o A. LAXGFORS 

(( En se reportant aux chapitres sur la Peinture française que j'ai donnes 
dans une publication très répandue, V Histoire de VArt, dirigée par M. André 
Michel(t. III, repartie, pp. 145-146, cf. p. 157), et en consultant aussi le livre 
de Champeaux et Gaucliery sur Les Iravaux iVarl exécutes pour Jean de France, 
duc de Berry (Paris, 1894, in-40, pp. 109 et 202), il est aisé de constater 
qu'Etienne Langlier ou Lannelier (ici, Lanquelier), loin d'être « inconnu », 
est, au contraire, un artiste qui a joué un rôle important à Paris, dans la 
seconde moitié du xivc siècle. Dès 1 569, Etienne Lanquelier ou Lannelier était 
peintre en titre de l'illustre amateur d'an, Jean de France, duc de Berry. En 
1 371, on le voit décoré du titre de « valet de chambre » du même prince, 
auquel il restait encore attaché en 1 591 . Dans une liste datée du 12 août 1391, 
qui comprend Télite des peintres travaillant à Paris à cette date, Etienne 
Lanquelier a l'honneur d'être nommé le second, n'étant primé que par le 
peintre en titre du roi de France, ce qui suffit à indiquer quelle était sa situa- 
tion parmi ses confrères '. » 



I. [Je crois utile de joindre les remarques suivantes à la note si intéres- 
sante, mais un peu trop concise, de mon confrère, M. le comte Durrieu, que 
l'on vient de lire. 

10 II me paraît assez vraisembable que l'auteur de la Vie de sainte Catherine, 
qui se nomme Estienne Lanqelier, est le peintre parisien mentionné dans l'acte 
célèbre du 12 août 1391 sous le nom à' Estienne Lenglier (ou Langlier}) 

2^ L'identité de ce peintre parisien avec Estienne Lannelier, peintre eu titre 
du duc de Berry dès 1569, dont le nom est écrit plus simplement Lanelier 
dans le registre de Barthélemi de Noces {Bihl. de l'École des Chartes, t. LU, 
p. 242 et 243) me paraît très peu vraisemblable. 

3° L'attention des érudits a été pour la première fois attirée sur le peintre 
Estienne Lannelier par une note, signée de moi, parue dans les Nouv. Arch. 
de Fart français, 3e série, t. IX (1893), p. loo-ioi, sous ce titre : Jean d'Or- 
léans et Etienne Lannelier, peintres du duc de Berry (1^6^). Cette note, impri- 
mée à mon insu et sans que j'en aie corrigé les épreuves, avait été adressée à 
mon regretté maître Anatole de Montaiglon qui l'a publiée telle qu'il l'avait 
reçue de moi. Elle a dû tomber sous les yeux de MM. de Champeaux et 
P. Gaucher\' qui en ont fait état dans les Additions de leur livre indiqué 
ci-dessus, p. 202, sans citer les Nouv. Arch. de l'art français et en renvoyant 
directement au manuscrit de la Bibliothèque nationale dont j'avais pris des 
extraits pour A. de Montaiglon. 

40 C'est mon confrère M. Eugène Ledos qui a proposé le premier d'iden- 
tifier le peintre du duc de Berry et le peintre parisien de 1391 (voir A. de 
Champeaux et P. Gauchery, ouvr. cité, p. 109.)] — A. Th. 



LA FILLE SANS MAINS 



II 



YSTORIA REGIS 1 RANCHORUM ET FILIE IN QUA ADULTERIUM 

COMITERK VOLUIT. 

La nouvelle latine que je publie ici pour la première fois se 
trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (lat. 
8701 écrit eu 1370, voir Œuvres poétiques de Beaunianoir, I, 
xLi). Le scribe, Petrus, se nomme à la fin de la table (fol. 3 r"). 
Pour l'histoire de la nouvelle considérée comme genre littéraire 
elle n'est peut-être pas dénuée de tout intérêt. Le latin en est 
pourtant bizarre par l'orthographe, plus bizarre encore par l'ex- 
pression et le style. Je me suis efforcé d'expliquer au bas des 
pages la plupart des mots ou des graphies fliisant difficulté. 

Dans ces remarques, je néglige certaines habitudes du scribe 
(ou de l'auteur), dont les exemples sont nombreux. 

On trouve souvent une consonne simple au lieu d'une double, 
p. ex. comité/ e pour commit tere, et vice versa, p. ex. comitte et 
commite pour comité. 

On trouve fréquemment s au lieu de .9f, p. ex. nesia pour nescia, 
sias pour scias j susepy, xv, 2, à côté de suscepi, xv, 10 ; conseil ii, 
XI, 1 1 ; abscente, xv, 14. 

Le scribe simplifie parfois les doubles voyelles //, nu : iusidis 
pour iusidiis, x, 25 ; filis pour fil Us ) precipum pour praecipiium, 
XI, 24 ; salus pour salvus, xiv, 6 ; inversement pontificiis au 
lieu àt pontificis, \iY, filii, ix, 5 au lieu de Jili. 

Il ajoute h ou la supprime : horis, xv, 9, pour oris ; hab eo (ms. 
Ideo, XVII, 44 -=habeo\ pour ab eo ; abeatis, ix, 1 5 pour habeatis ; 
zV, il jus pour hiSj hujus. 

On trouve souvent qiiod dans le sens de /// {ajiu que ou de 
sorte que), p. ex., v, 11, 18 ; xi, 24; xv, 23. 



I. Voir, pour le premier article, Romania, t. XXX, p. 519. 



62 H. SUCHIKR 

Quelques traits du langage rappellent l'espagnol ', conime 
cogiîosNS, V, 4 ; XIV, 17 esp. aiidoso; captarc, iv, 29, dans le sens 
de voir (esp. r^z/j;) ; hibora/r, iv, 17, 19, dans le sens de broder 
(esp. liibrnr); uuquaiu,\, 9 ; viii, 25 précédant le verbe, dans 
le sens de nuuqnam (esp. janias, dans la même position) ; 
nlam, IX, 3 est pour nuUaiu : les Espagnols contbndeiu facile- 
ment ulltis ei nullus, parce que Tun et l'autre, dans leur langue, 
se traduit par nin^^nti. Dans le même chapitre la négation latine • 
est omise après nisi, comme c'est permis en ancien espagnol 
après sino (Meyer-Lùbke, Grawmairc </. /. roui., III, § 703). 

Voici un court résumé de la nouvelle. 

Le manuscrit divise le texte en 17 chapitres non numérotés. 

I. On lit qu'un roi de France avait une belle fille, dont il 
devint amoureux. Un jour, au lever du soleil, il s'approche 
d'elle et il lui fait des propositions malhonnêtes. 

II. La fille s'y refuse d'abord. 

III. Mais plus tard elle promet au père de se soumettre à sa 
volonté après un délai de quatre jours. Entre-temps, elle s'enfuit 
habillée en homme. 

IV. C'est pendant la nuit. Quand elle se croit assez loin, elle 
remet ses habits de femme. Arrivée dans la ville d'un comte 
vassal de son père, elle trouve un refuge chez une matrone qui 
brode en argent et qui la recueille, pour qu'elle l'aide à Tou- 
vra^îe. Le comte, passant devant la maison, l'aperçoit et s'éprend 
d'elle. 

V. Le comte envoie chercher la matrone, et il lui promet 
des récompenses si elle réussit à persuader la belle étrangère. 

\\. Celle-ci aime mieux quitter la ville que de se prêter aux 
désirs du comte. 

VIL Avant appris son insuccès, le comte se décide à l'épouser. 

\'IÎI-IX. Elle consent, et le mariage se fait sans retard. La 
mère du comte, qui est encore en vie et vit comme religieuse 



I. [Il est toutefois certain que le ms. a été écrit par une main italienne. 
Le copiste était de la province de Bergame. Voir la description du manu- 
scrit dans L. Auvray, Les manuscrits de Dante des bibliothèques de France. 
Paris, 1892, p. j 2 (^Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 
LVI;. —P. M.] 



LA FILLK SANS MAINS 63 

dans un couvent, accable son rils de reproches parce qu'il a 
épousé une inconnue. 

X. Voilà que le roi de France veut donner une fête, et il y 
invite les ducs, comtes, barons du royaume. Xotre comte y va 
aussi, laissant son épouse enceinte. Quelques jours seulement 
après son départ, elle met au monde deux fils, dont elle annonce 
la naissance à son mari par une lettre expédiée par des messa- 
gers. Le comte éprouve une grande joie. Cependant les lettres 
du comte à la comtesse sont interceptées par la mère du comte 
et remplacées par d'autres lettres pleines de duretés et de 
menaces. 

XI. Après une absence de neuf mois le comte songe à ren- 
trer. La comtesse craignant pour sa vie et pour celle de ses 
enfimts par suite des lettres de menaces s'enfuit avec eux, grâce 
à l'aide d'un batelier . Après un voyage de plusieurs jours, le 
bateau arrive à Rome où la comtesse loue un logement et con- 
tinue à travailler comme brodeuse. 

XIL Le comte, revenu chez lui, apprend la fuite de sa femme 
avec les enfants et accuse la cruauté du sort. 

XIIL Lorsque les deux garçons de la comtesse ont atteint 
l'âge de douze ans, un cardinal vient a passer à cheval devant 
la demeure de la comtesse. Il voit les deux garçons qui lui 
plaisent, et il prie leur mère de les lui céder. Comme il veut 
bien se charger de leur éducation, elle y consent. 

XIV. Le pape veut donner une grande fête, et il invite tous 
les rois, comtes, ducs et princes de la chrétienté. Le comte arrivé 
à Rome se loge chez le cardinal, avec qui il est depuis longtemps 
lié d amitié. Par hasard la comtesse l'y aperçoit, elle fait venir 
ses fils chez elle, et le lendemain elle se rend avec eux chez le 
cardinal, et s'agenouille devant le comte. 

XV. Elle lui dit le motif de sa fuite, et le comte se réjouit 
d'avoir retrouvé sa famille. 

XM. De retour dans son pays, le comte tait interroger les 
messagers, et il apprend que sa mère avait intercepté les lettres 
et qu'elle les avait remplacées par d'autres. 

XVII. Le comte se rend au couvent et ordonne de jeter au 
feu la coupable les mains liées. Après la mort de leur roi, les 
Andais élisent roi l'aîné des fils du comte. L'autre succède à 
son père dans le comté. 



64 H. SUCRIER 

[f. 142 /-o.] Incipit Ystoria Régis FrancLvruin et filic in qua iidulterium 

comitere vohiit. 

[Cap. I.] Rex Francie quidam legitur fuisse cujus uomen stilus presensi 
omitit. Qui. cum haberet filiam speciositate decoram, et ejus pulcritudinem 
pater inpudice metiretur, in amorem ipsius fuit totaliter acecatus-, ac in 
animo scrutatur qualiter nodum virginitatis ab ea subripere ? valeat et ad 
5 tam grave facinus cum efectu pervenire possit, non erubendo ejus nobilitatem 
in pudorem transmutare. 

Cum autem quadam die nequiter permetita^ in efectum reducere vel- 
let, quodam mane nondum crépuscule > solis terram radiente^, ad aulam" 
ubi ejus filia in thoro adhuc residebat presiluit, miserime predictam ab ea 
10 auferendo, eani oraculo* salutacionis primitus requisivit, ortando tamen ut 
ad ejus votum se confcrat voluntariam et eidem in amplexum de relaxanda? 
virginitate se exibeat placituram. Is et aliis policitacionibus filiam virginem 
suscitabat : hoc quidem tîlia audiente ingemuit vehementer et ait : 

[Cap . II . ] Responsio fiUe iiâ pat rem . 

« A! care pater, qui nobilitate, sensu, ceteris aliisque virtutibus diceris 
prevalere, et inter magnâtes mondi fama viriloqua ■ te ponat in sublimi. 
nonquid^ tôt et tanta in beluam vis comutare ? Xam et ipse scis hoc votos 
bruta animalia indiscrète poîiri. O quantam verecundiam tibi et tuis in pos- 

5 terum relaxares et tuam nobilem coronam in perpetuum ab audientibus 
defedares! Nonne Deus excelsus legem tibi stabilivit ut ab hiis et aliis que 
animam ad interros ire festinant vos liceat abstinere, non dubitans quod, si 
forte requisita sortirentur efectum, ita vobis eveniret ut Antiocho-^ régi 
legitur accedise», quod, cum ejus fîlia ipso delicto uteretur, eos Jupiter Vul- 

lo cano igné voluntate divina in judiciura dicitur peremise? Abstineas ergo, 
care pater, ab hiis que animam et corpus in perdicionem atraunt ! » Cum 
autem hiis et aliis similibus^ sepisime patrem perfîdum increparet, ad majo- 
rera amorem hiis obauditis et quietis inpaciens in filiam se exibuit cum aau 
peccandi voluntarium. Tandem voluntatem nefariam filia in pâtre ever- 

iz tente ipsum in blandimentis verborum humilime deprecatur. 



I. I Sous stilits presens il faut entendre le texte de la nouvelle même, cf. 
XII, 50 — 2 Pour ocœecatus — 3 Ms. suhripuere — 4 Four periyiensa — 5 Ms. 
crepiiscula — 6 Pour radiante — 7 Aulam pour aiiJaeum « couverture », voir 
Du Cange, s. v. Alla — 8 Pour osctilo ? — 9 Ms. relaxah. 

II. I viriloqua, virilocua xvii, 22, pour ver iloqua — 2 Pour mimquid — 

5 votopotiri, cf. Ovide, Ars am., I, 737 — 4-\llusion à VHistoria ApoUonii 
régis Tyrii, voir l'édition de Riese (1893), p. 44.2— 5 Pour acddisse — 

6 Ms. similia . 



LA FILLE SANS MAINS 6) 

[Cap. III.] De deprecatione filie ad patrem . 

« Postquam mihi non est verbis mis posibilitas resistendi, unum, care 
pater, fac, si de mea persona dilectum sequi sit gratanter, ut, cum valida 
infirmitas muliebris me circumvenit vehementer, quatuor dierum spacium 
concédas promisurum ' . Et postea tue voluntati me totam exponam cum 
gaudio vel voluntariam. » lis itaque paier auditis ab ea recessit quam pluri- 5 
mum exilaratus, et cum baronibus suis se contulit festinanter. 

Prudens quipe virgo in sua aula remanens, grave nefas a pâtre perqui- 
sito ' mestissima cum maxima lacrimarum efusione diversas machinaciones 
cogitacionum 5 sibi in animo revolvit, dicens : « O infelix virgo, quis tibi 
gaudia prestabit, si genitor.a quo originem suscepisti, tantorum gaudiorum et 10 
pure virginitatis sit privatoretindeficientis tristicise [v°] sit causa ? Quid agam ? 
Quo me vertam ? Non est tempus diferendi. Gracius mihi est in alienam 
patriam cum honestate vitam egenam deducere quam me tam detestabilibus 
adherere et tam nobilem coronam in perpetuum defedare. w Hiis ergo a dis- 
creta filia in animo revolutis in aliam regionem penitus esse^ decrevit, et sibi 1 5 
formam virilem asumpsit, ut facilius de terris potencie patris submisis rece- 
dere posset incognita . 

[Cap. IV.] De recessu filie régis a potencia ejusd^m, et qualiter pervcvii in 
civitatem unins comifis, et qiuiliter cornes inamoratus ^ est de ea. 

Quadam vero nocte inJuctis tenebris et singulis dormicionis quietem 
apetentibus, de civitate patris furtive se recesit et nesia quo vadat furtive se 
submitit. Postquam vero cognovit a potencia patris fore alongatam, mulie- 
brem formam sibi resumpsit et in quandam - civitatem. ubi cornes quidam in 
dominio vigebat, qui patriut vasalus censum omni anno exibebat, comodo se - 
recepit. Perveniens quipe ad quandam matronam artis? argiropate erudiiam 
ait: V Ave, bona domina! si de vestri+ esset bene placito voluntatis, hue 
vobiscum moram traherem et unius > artis in operando vestro mandato me 
voluntariam exiberem. » Cui raatrona ait : « Formosa puela, valde mihi hoc 
est gratura : nara si mecura manere decreveris, unius ' artis meo pose ndeliter jq 
tibi pandam documentum. ^) Istius artis studium erat quod per indumenta in 
hloruni aposicione auri et argent i cum actu aposicionis diversas figuras asi- 



III. I Pour promittendum, cf. viii, 15 — 2 Ms. p'q^sitô — 5 Ms. cogitât \ 
ciouû est ajouté au-dessus du second / — 4 esse pour ire, de même vi, 8. 

r\^. I Ms. itiaworata — 2 Ms quadam — 3 Ars argiropata est, suivant le 
contexte, l'art de broder en argent. Je ne puis expliquer ce terme, car la 
correction en argyropasta ne satisferait pas — 4 le génitif du pronom person- 
nel se trouve quelquefois dans le sens du possessif, voir mei ix, 12, tui 
XV, 12, sui XI, titre — 5 unius est écrit trois fois pour uius (= hujus). 

RoniaMÎa, XXXJX. 3 



66 H. SUCRIER 

gnabat. Ujus artis virgo liée ab infancia estiterat optimc erudita. Licct in 
verbis rtngerot se nesiam, in hac cum velocitate manuum et subtilitate ingeni 

1 5 in domo patris tam siudiosam [se] sepisime exibebat, ideoque in patria illa 
nuUus inveniebatur^ ipsa arte eidem posset coëquari. Matrona hec in opera- 
tione isiius artis comiti ac baronibus cotidie laborabat. Transeunte auteni 
commite cum maxima baronum suorum comitiva, pervenit in partem ubi 
matrona cum tilia virgine advena laborabat. In opéras décore 7 et pulcritudina? 

20 unius > tilie cornes direxit iutuitum ;quam dum vidit, invidit, et cum Veneris 
desiderio ejus speciositatem sepisime contempîatur, miratur ejus de tam^ 
nitide frontis, ubi nulla rugositas planicies sulcaverat diformitatem 9^ miratur 
eciam tam ritulenti'** fulgore flavescere crines multos, quos unicus" candoris 
protractus equaliter dividebat ; et ejus membra tanto décore respersa subtili- 

25 ter contempîatur. Placuit autem comiti forma ujus virginis eo quodnullam 
pulcriontm unquam se vidisse recordatur, in qua propter amorem ipsius 
fluctuanti animo subito] exstitit efuscatus'^ Rccedens quidem idem cornes, 
absque ula societate, amore bacatus"' in palatium ejus velociter descendit, 
cum vigili cura cogitans de intensa pulcritudine in virgine captata'^. 

[Cap. V.] Qualiter cornes mitit pro unam viatronam locuturam Jîlie régis 

et comodo ' pro matrona miitat in secreto. 

Ut stimulum amoris eidem = possit propalare, quendam suum nuncium 
secretarium ad matronam mittere decrevit, ut ipsa eidem subito veniat locu- 
tura. Ecce matrona visu tamuli ad iter suos dirigit gresus, que, postquam [/. 
14^] vidit comitem vementer cogitosum, eidem exilarat signum salutacionis : 
« Gaudium vobis sit, domine comes ! » Cui respondit comes : « Quale gau- 
dium mihi erit qui laqueo amoris sum anexus ? Nunquam mihi gaudium 
erit, nisi a corde meo vementem amorem qui undique me vexatur curiose 
duxeris estinguendum. Sias igitur hodie me in domo tua tam formosam 
juvenem arte tua eruditam viJise, quod mihi unquam pulcriorem vidise 
visum fuit. Rogo te, cara domina, si gaudium et salutem inferre volueris, 
ut primitus intullisti, talem curam cum eflfectu adhibeas studiosa quod ipsa 
virgo meevoluntati satisfaciat in amplexu. Quod si feceris, indubitanter cre- 
das te premium a me bonum suscipere cum mercede. » Igitur verbis ipsis a 
comitte prolatis et per matronam sagaciter inteleciis, promitit eidem gra- 

6 qui pourrait être suppléé devant ipsa — 7 Ms. décora — 8 de tam, 
peut-être à corriger en decorem, cp. iv, 24 — 9 diformitatem pour dejormitate, 
d. disponsavil viii, 24, diserere viii, 25 (= deserere Xll, 25) — 10 Pour 
rutihnîi — il Ms. vnicHs — 12 Pour offuscatus cp. IX, 6 — 13 hacatns 
est pour hacchalus, participe passif de bacchari, « excité, enflammé ». — 
14 captata dans le sens de visa. 

V. I Dans le ms. le chapitre commence par et comodo, quoique ces mots, 
jusqu'à secreto, appartiennent au titre — 2 Ms. idem. 



10 



LA FILLE SANS MAINS 67 

tanti anime plus quam dici potest se facturam. Ad ejus staciouem se contert 13 
indilate', ubi juvenemreliquerat operariam. Cui^ dixit in secreto : « Scias me 
hodic, bona juvenis, a comittc ujus terre domino agnovisse eum de tua 
pulcritudinis excelencia in amorem vementem 5 ^incidise, sic quod obtimum 
amorem esse in bellicis*' ab omnibus judicas, promittens tibi quod, si urentes 
flamas voluntatis ipsius duxeris exstinguendas, premium bonum suscipies 20 
indcliciens, quod non solum tibi prodessc poterit, vtrum hiis quos dccre- 
veris diligcndos. » Intelectis autem per virginem que a matrona infideliter 
sunt prolata, cidem in constant! série verborum sic respondit. 

[Cap. VI.] Responsio Jilie ad fnatronani. 

« A ! cara domina, quam mihi ut matrem fictivam esse judico! Hue veni 
pênes [tej morari ut castam deberes virginem servare et meabomni inproperio 
rederes excusatam, cum constantissimam dominam et nobillem actus 
honesti cctercque virtutes in te vigentes te mihi in omnibus esse demons- 
trant. Nam et indiscreta verba que profers in pensante exaudiendi non est 5 
voluntas. Et si forte me hue venisse te penituit, aperte mihi propala, quia 
contra tuam voluntatem manere pênes te non volo. Imo in alium locum 
curabo esse ' festinanter. « Matrona hoc audito obstupuit, eo quod ipsa virgo 
eidem utilis et obediens in omnibus se exibebat. Que respondit eidem : « Ma- 
gna est voluntas ut pênes me remaneas. Rogo, cara filia, ut verbis contra te ^^ 
sic inpie sine scrutacione consilii prolatis velis mihi parcere penitenti; nam 
mihi est magna cura cum gaudio ut simul perpetuo maneamus, promiiens 
eciam ut sorores in castitate vitam nostram honestissime conservemus. » Comes 
vero amoris ferventis inpaciens, ut amatorum est mos, totam noctem preter- 
ivit insonpnem et cum dicatur : « Uno desideranti nichil satisfestinatur «, de 15 
responsione virginis per matronam vellocissime certum effici satagebat-, per 
eundem nuncium jusit in secreto eam eidem cum accessu fore locutu- 
ram. 

[Cap. yil.\ Responsio mu trône ad coniitetn. 

Postquam eadem ■ matrona ad comitem pervenit, dixit : « Vota vestra 
ulatenus perficere non possum, eo quod virginitatem in ejus amatum- vult 
protinus amplexari. Certe alibi vestrum oportet extinguere fervorem. » 
Postquam comes (z'o) de responsione virginis a matrona factus est cer- 



5 z=z sans délai, cL xiv, 14; xvii, 25 — 4 Ms. Qui, de même xi, 6 — 
5 Ms. venientem — 6 /;/ bellicis « dans les guerriers » . 

VI. I esse, pour ire — 2 Ms. sateoehat, a est écrit au-dessus du premier t' 

VII. I Ms. idem — 2 /// ejus amatum « envers, ou pour, son bien-aimé 
^utur ». 



6S H. SUCHIER 

5 tus, inclinato capitc anxiosus nichil dicendo per magnam horam stetit. 
Tandem alloquens sic matronam ait : « Si per aliam viam ad efFectus mei 
amoris evenire non possum, siatis, cara domina, si ipsa virgo jugali matrimo- 
nio me voluerit in maritum, eam in consortem meam studebo alligare, et 
ujus contatuss ut caram sponsam, participem milii coustituam in conju- 

lo gvo. » lis ergo a comité per matronam auditis ait : ^ Gare domine, omnia 
que dixeris me l'acturam cordiaiiter faciam, et eidem omnia hodie fidelitcr 
revelabo. » Recedens quipe matrona ad virgincm lestinavit, et captata virgini 
humiliter pandit : « Non reputet tua virglnitas inhonestum, si vera, que 
tibi grato animo proferam, non placent. Nam iterato comes ujus civitatis per 

I) me tibi mandat quod, si in maritum voluntarie ipsum duxeris eligendum, 
istius contatus fiiciet dominam et te sibi in consortem copulabit. » Gui virgo 
respondit : « Regraiior tibi, cara domina, de verbis tam grato animo saga- 
citer nunciatis, eo quod amodo a zelo fidelitatis procédera videntur, 
sed non est eis amodo tempus respondendi. cum in ipsis velim paululuni 

20 meditari . ^^ 

[Gap MIL] Di' rcspotisioiu' virginis ad coniîteui cl qiialiter cotues accepil 

envi in itxorem. 

Xob[iJlis virgo diversas machinaciones in animo revolvit. In verbis ipsis 
miratur, eo quod ejus nobilitatis nesiebat origines et anxiosa cogitando cogi- 
tât : « Hic comes patri meo censum red[djit et potencie ejus est submissus. 
Numquid, si in potestate patris mei forem, huic comiti traderet [me] in conju- 
5 gem ? » Et nesia quid faciat, sepissime scrutatur. Sequentis igitur diei aurora 
et solis splandore circumquaque difuso, comes, cupiens validum fervorem 
amoris in animo ceptum ad actum reducere, festinanter equum asendit, socio 
une solo sociatus ad matronam accidit' incaute. Gui dixit : « Indica, rogo, 
qualem a virgine responsionem suscepisti, ut si mec voluntati se confert pla- 

lo citura. » Gui matrona : « Xulam nundum responsionem habui, cum in ipsis 
verbis se vêle dixerit cogitare. » Hoc audito, ut inpaciens, jusit virginem ilico 
vocari, cui verba ipsa idem comes amate virgini fideliter pandit : w Nobilis 
virgo, si me in tuum sponsum decreveris accepturuni% te in consortem meam 
amore ferventi mihi copulabo, licet nesius cujus originis sishorionda : lamen 

1 5 décor cetereque virtutes cum constancia nexe te nobilissimam virginem esse 
fatentur. Placeat ergo, nobilis virgo, meo velle asentire conyugio. » Virgo 
prudens verba hec jam a matrona exaudita in animo deliberaverat, hoc 
facere vêle, eo quod credebat, si? pater eam haberet ad nubcndum, eidem 
comiti bene traderet in coyugem,quia in nobilitate satis ipsi poterat coëquari, 

20 non credens predicta se facturam in fedationem, imo in augmentationem-» 

5 Pour œmitatus, « comté ». 

VIII. I. Four accedit — 2 Pour accipere ou accipiendum — 3 j/,ms. s'k — 
4 Ms. agnmentationew . 



LA FILLE SANS MAINS 69 

corone !iobilis et egregi régis patris sui. jam de deliberatione prcmetita > ipsi 
comiti disolute respondit se voluntatem suam fore inpleturam. Comité hoc 
audito exilaratus quam plurimum de responsione virginis, necasus penitudinis 
eveniret, vultu devoto cum anuUo eam subito dispousavit et eidem toto tem- 
pore vite sue eam umquam ula macliinatione diserere promittit, imo eam 25 
ut nobillissimam consortem perpétue cum etfectu^' tractabit. 

[Cap. IX.] \F. 144] De inproperio nnitris coiUitis propter filiani (jinuii 

spoiiSiivi'ial. 

Hic cornes matrem quandam ad hue habebat que sacerdotaiem habitum jam 
dudum asompserat. Postquam eidem innotuit de eo quod fihus sic fecerat 
inconsuhe, maximo dolore torquctur, eo quod in ipsa ulam nobihtatem pre- 
siebat, imo eam viHsimam actu et nobilitate ' censabat ' . Ad fiHum accidit>et 
in multo turoris ardore valde obrobriosa+ verba confert eidem disolute. A! 5 
care fiU mei^, comodo sensus tuus extitit . otuscatus? Nonne pater tuus in 
istas partes de nobilioribus et potencioribus ab incolis habebatur?() quam 
vilissime fecisti ut ad inconstantiam unius^ filie fueris tanto vituperio feda- 
tus! Qualem ceteri barones le reputabunt, quando audient predicta te sic 
inconsulte fecise? Certe micius voluisem certisimam mortem me de presenti u) 
incurise quam te ad talem infortunium pervenissc incalide" et tantam veloci- 
tatem ^ in scandalum vivacem comutasse. » Cui filius : « A ! caramei aenitrix 
non credatis me ad actum talem 9 scrutatione conscilii processisse, nec mihi 
animositas talis sine consilio fuiset, cum bene siam hoc esse jugale fedus, 
quod nisi per mortem potest disolvi nec diveli. Abeatis pro certo eam i j 
nobilis viri filiam, eo quod per extrinsica intrinsica denotantur et per actus 
nobiles nobilitas demostratur. Rogo quidem vos, domina et mater mea, 
ipsam ut caram tiliam tractare velitis, quia hic est spes mea, hic dilectio mea. 
Quod si feceritis, vite mee inducetis gaudium vivacem; sin autem, corpus et 
animam cum tristicia ad inferos atractis'".» Audienshec matercomitis, voleiis h) 
hngere cecam voluntatem eidem filie et hli comitis uxori in omnibus fictive 
se mostratgraciosam, eandem sermonibus blandis eludendo" et actibus ipsius 
matricem fore fingendo eam in hiis omnibus que potest consolatur. 

[Cap. X.J De festivitiUe régis Friinchonini, in qiui requisivit dictnm coniiteiii. 

Ecce rex Francie volens générale coloquium cum jocunditate celebrare, 
universos duces, comités et barones potentie sue submissos in ipso coloquio 



5 Four praeniensii — 6 Pour affecta. 

IX. I M. P. Meyer propose la correction de nobilitale en tuilivitale — 
2 Pour ceiisebiit — 3 Pour accedit — 4 Pour opprohriosa — 5 Ms. Jilii inei — 
5 Pour ujiis — 7 Pour incaute ou incallide — 8 M. P. Meyer propose la cor- 
rection de velocitateni en iiobilitatein — 9 Suppl. ici sine (?) — 10 Pour 
attrahitis — 1 1 Le ms. écrit un a au-dessus du premier e de eludendo. 



JO H. SUCHIER 

SLiscitavit et specialiter hu'njc comitem, quia de potencioribus erat. Apropin- 
quante autem tempore quo cornes recedere debebat et ad coloquium se pre- 
5 sentare. ejus uxorem gravidam existentem in secrcto sic fuitalocutus : « Ujus 
comitatus et tocius potencie mee te volo dominii gubernatione potiri: et 
eam alis umilisimis verbis consolabatur quia de recesu ipsius valde erat 
anxiosa: « Dimito autem, cara consors, nuncios spéciales, qui fideliter ad te 
vadant et veniant, terant et référant continuum statuni nostrum ». et valc- 

lo dicentes cum maxima iacrimaruni efusione itineri se confert, et in aparatu 
maxime, jusu régis, versus Franciam libenter accesit, ciipiens ejus nobilita- 
tem et potenciam in ipso coloquio et festivitate actibus manifestarc. In Fran- 
ciam post multos dies salvi pervenerunt et in desideratam civitatem féliciter 
intrant. Miratur vulgus in illis fi-o] illucescere tôt pulcros aparatus et tam 

I ) speciosas infiorescere juventutes, sic modestos incesibus eorum in aparencia tôt 
floribus propalare '. Nampost paucos dies a recesu comitis consors cummitisa 
tîlios duos uno peperit in partu et deejusnativitate incontinenti per nuncios 
alacriter rescribit. Postquam cornes de nativitate filiorum a noncis per lite- 
ras factus est certus, ipse et omnes qui cum eo erant cxcresenti gaudio facti 

20 sunt leti. Receso comité mater quidem ipsius, cupiens insidias quas uxor[i] 
comitis hli corde detulerat in efectum reducere, maliciose cum ipsis nunciis 
curam talem adibuit nefariam, quod, si per comitem quidquam scribi con- 
tingeret comitise. ispi nuncii literas eidem matri primitus referebant, et conti- 
nue, si litere erant graciose, eas subito rescribebat in contrarium et ipso 
sigillo eas subtiliter sigilabat. De insidis ipsorum comitisa non propendens 
maximo dolore mirando torquetur, eo quod de talibus causam nesciebat, cur 
ejus dilectus consors talia rescriberat minatoria, quia in is que poterat omni- 
bus inreprehensibilem se exibebat. Cum maxima Iacrimaruni efusione in 
animo scrutatur causam nec eam reperire potest. Imodolendo de quam plu- 
rimis receptis a comité, mestuosa vitam lacrimabilem traxit. 



-) 



^o 



[Cap. XI.] De recessu comitis a Frauda cl de apropinqiiatione versus 

contatus sui. 

Régis igitur festivitate et coloquio finefacto comes cupiens ad propriam 
remeare, jam novem mensium régis emerso coloquio, idem comes, querit iter 
et versus proprios lares apropinquat. Cum comitisse de accessu comitis con- 
sortis ' sui innotuit, de morte filiorum et ipsius valde timuit proliteris mina- 
tionem et mortem nonciantibus quas sepissime per nuncios ab eo susceperat. 



X. 1 Y'ouT propalari Q). Je traduis au hasard : « Le peuple s'étonne de ce 
que des personnes, si modestes dans leur conduite, se distinguent, dans leur 
apparence, par tant de fleurs (?). ^) 

XI. I Ms. consors. 



LA FILLE SANS MAINS 7I 

Et subito quendam nautani jusil- in secreto vocari cui > dixit : « Scias, bone 
et hdelis nauta, quod a comité consorte meo literas minaces quam plurimum 
suscepise, et + causam iguoro cur talia scripserit. Timeo vementer ne me et 
lilios meos amare morte faciat interire, quia literas mortem mihi et filiis 
injungeutes ab eo recepi quam plurimas. Certe noncii qui ad ipsum ibant et iq 
redibant talsi conscilii instigatione moniti eidem de me falsa predicaverunt. 
Rogo quidem te : dum coperiatur terra noctis caligine, que ad comitendum 
oculta se prebet desiderantibus umilem et a siencia hominum multos excusât, 
ad tuam zimbam > cum filis accedam in oculto, et me in aliumlocum deprecor 
studias ponere confestim, salva semper mercede tua. » Ac ipsum in lacrimis 1 5 
ortatur ut in faciendo predicta voluntarie velit asentire. Eidem se prostravit 
ad pedes ; multiplicatis luendo singlutibus umiliter suplicavit : « Nam si forte 
mihi denegas misereri, miserearis saltem parvulis natis meis, ne mater et ipsi 
inracionabiliter amare morte depereant. » Intelectis enim singulis quod*^ 
nautam a comitissa nonciatis, ad pietatem quam plurimum fuit comotus, et 20 
eam sic fuit alocutus : « Certe, cara domina, vobis valde cunpacior viseribus 
pietatis ; nam si per mundum exulire " deberem panem mendicando, vos ubi 
placebit [/. 14)] ponam libentissimc cum navi. Siatis tamen : inter alia 
necesaria, que in navi nostra potenter incumbunt, est ilud precipum, cara 
domina, ut curam solicitam habeatis, quod, cum cimba nostra erit in conflictu 25 
maris, victualibus posumus abondare ; nam sine suficienti victualium presidio 
in longas partes navigare non posemus. « Cui comitissa respondit : «Regracior, 
care nauta, verbis que tam pio animo mestissime mulieri difondis et pietate 
mihi valida comoveris promittendo, » Nauta in continent! ad cimbam festina- 
vit et necesaria pro navigando reposuit in ipsam. Aspectibus igitur hominum ,^^ 
crepusculo noctis succedcnte, stelis per celi spacium undique patefactis, comi- 
tissa miserabilis pro timoré mortis ipsius et fïliorum, cum iis victualibus, pec- 
cunia et gazis que potuit décerner et parvulis suis natis, in ulnis^ portavit ad 
cimbam, et ibi omnibus necesaris preparatis alto pelago ductu[i] naute se 
submitunt, et nesii quo vadant per plurimos dies per mare vagantur. Tamen , - 
Deo volente versus Mavorciam, Romam alionomine nomcupatam, post mul- 
tos dies a casu 9 mare sulcando suos dirigunt gresus et in optatum portum 
salvi pervenerunt. In ipsum subito intrant, et ibi cum parvuUis suis natis 
latere decrevir, credens facilius cum operacione artis in quadoctissime exstitit 
erudita, ut superius est relatum, semet ipsam pose a vita egena defendere et ^q 
pueros suos educando in etatem validam comodius reducere posse. Et sibi 
in civitatem habitationis eligit, ubi in operatione se exibeat cum castitate 
operariam. 



2 jiisit, ms. jusii — 3 cui, ms. qui — 4 suscepise, et] corr. suscepi, sed — 
5 limba = cimba xi, 2) — 6 quod est peut-être à remplacer par ad — 7 Pour 
extiîare — 8Ms. ulmis, de même xv, 29. Après tihiis, suppléer quos — 9. u 
casu « par hasard » . 



72 H. SUCHIER 

[Cap. XII.) De acciSSH a^tnilis ad civitatem suaui et quoimnio sibi iniiotiiit </< 

ffc^ssti uxon's et filionivt . 

\ cniciuc auiciu cOmitc a Fraiicia in civitatem piopriam sospes accedit, et 
ccce in coniineuti eidem oribilis fama pervenii, quod cjus consors comitissa, 
postquam de accessu suo sibi innotuit. in coutinenti cuni ejus filiis parvulis 
latuit. et quo iverit et cur. causam ignorant. Comité hoc audito obstupuit 
> valde de talium relacione sermonum et dolore pre nimio factus est dolenset 
in lacrimis coniinuis tkbilem vitam querelis, vocibus mestisimis lamenta pro- 
dit et cumulât anxiosus, continuando per triduum suos luctus, eo quod cau- 
sam uesiebat consortis absensus', quia eam pre nimio corde diligebat. 
Mater comitis, audito in monasterio existente^ de accesu filii et intensa 

lo tristicia quam de consorte sua traebat, ad eum subito accessit. « Quid est hoc, 
care tîlii, quod tam cotidiano dolore concluderis nec quiesis? Certe tibi ipsi 
magnum infers detrimentum. » At ille respondit : « Dolore quis posset absti- 
nerc, cara mater, cum amiserim consortem meam, lilios meos parvulos quos 
plus quam me diligebam. et quo iverint nesciam et causam eorum recessus 

I > ignorem. Certe hoc dolori et verecundie vivaci mihi perpetuo adibeam. «Cui 
mater :« Cessa amodo plus dolere, lacrimas tenpera et murmurées 'quere- 
larum in his. Certe habeas eam vilissimam mulicrem fore, quia pro aliquibus 
furatis vel in absencia tua perpetratis certe + inhonestis furtive se recessit, 
timens ne forte adaurestuas perveniret ; et si benejusta causa dolendi foret, 

20 non tamen est prudentis viri animi sui motumextrinseca demostracione vul- 
gare. Dolor enim patefactus extrinsecus adversus amicos ad dolendum plus 
provocat, et [1*0] ad > majora gaudia générât inimicis. Fingeergo propalare leti- 
ciam, cum dolor abundat. et fingetenon curare de hiis. Rogo, filii mi, suma 
leticia cordis mei, utexaudias umiles preces meas, et confortatus animoasume 

2j requiem : quia hoc non potest tibi putari in defectum, si te deserere voluit. 
Sibi inputetur et non tibi! Nonne décerner ut caram consortem honorabas? 
Certe siclCredas quod viventes de recesu suo ab ^ omni vituperio te redent 
cxcusatum. Cesandum est ergo ab omni dolendi tristicia! » Tamen a dolore 
tali aquievit cornes. De gestis per comitem hoc suftciat, et ad comitissam con- 

-Q sortem ipsius stilus red[ejat. 

|Cap. XIII. J De asumptione filiorum œmitis per cardirmleni. 

Ecce postquam eadem comitissa in Roma comitis filios ad etatem duode- 
cem annorum cum maximo labore educasset, eos edoceri continue faciendo, 
cardinalis quidam per civitatem equitans versus partem pervenit ubi comitissa 



XII. I Pour absentiiu — 2 Corr. existem — 3 Pour nnirmura — 4 Ms. cer 
tibus — 5 «1^ est peut-être de trop — 6 Ms. ob. 



LA FILLE SANS MAINS 7^ 

cuni Hliis crat opcraria. lu pulcritudinciu et actiis iiiodestos tîlioruni cardi- 
iialisdirexit aspectus, et iniiocencie filiorum et huic domine conpaciens, eideni ) 
SLiuni nuncium specialiterdestinavit, ut sibi placeret ipsoslilios pio elevando 
relaxari, promitens sibi ipsis lîliis multa bona facturum. (iomitissa hoc 
audito, quia non beiie habebat quibus honorabiliter eos posset educare, 
eidem de relaxatioiie (iliorum se exibuit liberariaiii '. Hic cardinalis, nemine 
sciente, comiti, horum filiorum patri, et ujus domine consorti, erat multa lo 
t'amiliaritate conjunctus. 

[Cap. XI\'.J De coloquio pontificis ' /// qiio requisivil coniitem prediclum. 

Cum autcm hec gcrerentur, piout superius sunt relata, pontifex Romanusin 
curia Romana générale coloquium celebrari decrevit, sic quod universos reges, 
comités, duces et principes, fidem cliristianam sanctam, ad ipsum coloquium 
termino ordinato venire mandavit, et eciam hune comitem in ipso coloquio 
suscitavit. Apropinquante autem tempore quo coloquium tîeri debebat, idem 
comes ad iter sua direxit vestigiaet Romani sal[v]us pervenit. Ad livriiam- ujus > 
cardinalis pro hospitando per eundem fuit receptus, quia nimia t'amiliaritate 
erantsimulad invicem uniti. In civitatc ipso intrante, per portam ubi consors 
ipsius comitissa moram trahendo laborabat, eidem comiti necessarius erat 
accessus. Cum autem traseundo comitissa consortem suum comitem agno- 
visset, gaudio pre nimio fit gaudens, ac cardinali subito nuncium destinavit, n) 
ut eidem placeret filios ad eam accedere permittere, locutura > quiamane facto 
eos sibi rederet graciose. Unde cardinalis eisdem precepit ut ad matrem accé- 
dant indilate. Mane autem facto et solis splandore terram radiante et cir- 
cumquaque difiuso horam quo cibaria apetissent commodam^ captavit, et, 
societate filiorum coram aposita, ivit ad livriam cardinalis, ubi comes maritus i) 
moram trahebat. Lentis passibus cogitosa pervenit, et per gradus scalarum 
eorum fuit asensus in palacium. Prandio finefacto cum filiis suis decenter 
ornatis et in presencia circumstantium coram comité marito flexis genibus 
cum maxima lacrimarum effusione f/. 146] se prosternit et genua comitis 
consortis humiliter astraxit S dicendo : 20 

[Cap. X\'.] De inploratione miser icordie petite per ' coin i tissu m u comité 

consorte siio . 

« Miserere mei, domine! Miserere, dilecte comes, consors mii ! Hcce ftlii 
quos in patriam propriam a tuis renibus susepv et quos nativitate peperi, 

XIII. I Ms. lib\iriam, pour liberalem . 

XIV. I Ms. pont ijiciis — 2 livriia, plus bas livria xiv, 12 « maison livrée à 
qn. ou mise à sa disposition » ; cf. Du Cange, Livrel\ — 5 Ms. accedi pro- 
mittcrelociititri. Je suppose que locutura signifie « disant ». — 4 Ms. commoda 
— 5 FouTiistriuxit ou atlraxit . 

XV. 1 petite per], peti Seul est sûr, la fin du mot et per ayant été coupés avec 
la marge. 



74 »•• SUCHIER 

cum in Franciam visu régis patris iiici pro tcstivitate et coloquio jam diu 
celehratis accesisti. Sias me cerie régis Fraucoruni fore lîliam et ab eo reces- 
^ sisse pro pessinia sorte iulortutii, quod alias, si placebit, anunciabo, et ia 
terrain tuam janidiiduni pervenisse, ubi operariani, ciim quadam matrona, me 
exibebanu cum in tuam sponsam tua benegnitate non meritismee cligisti ^ 
Non mireris, rogo. si a presentia tua latui et in hanc terram perveni cum par- 
vulis naiis luis et ab horis tuis jamduduni nie tiiga elongaverim, quia a 

i'^ te literas quam plurimas suscepi, mortem meam et liliorum tuorum conti- 
nentes: de quibus mirando vementer, causam ignorando, dolui, cum nobi- 
litaiem patris mei genitoris > et tui, karisime ^ consorsJ, semper studui con- 
ser\"are, et in omnibus que potui inreprehensibilem me exibui, nec cum 
ludentibus te abscente me mischui perpétue. Nam pro rescriptis a te fre- 

' ^ quenter receptis latui, et ibi perveni, ne tilii tui parvuli cum misera insonte 
amara morte périrent. Et si forte quidquam inhonesti fecisse suspicaris, rogo 
miserearis peuitenti. » Comité hoc audito in camaspexit et subito ejus agno- 
vit fore cousortem. Cum reverencia gaudens a pedibus suis subito eam rele- 
vavit, et eam aloquens ait : « Cara consors, vestris anxis doloribus^ com- 

20 pacior. Non credatis me unquam talia vobis rescripsisse ; quia constantissi- 
mam dominam semper credidi vos fore. Certe narata per vos, cum in patria 
mea ero, firmissime cognoscam, et facinoris tanti actores amara morte 
peribunt, sic quod in foveam cadent quam aliis paraverunt. » Et lacrimis 
gaudio profusis ait : « Curite amici, curite filii; quia hic spes mea, hic 

25 consors mea, filiorum meorum mater, quam sicut me ipsum vero corde 
dilexi,nec unquam fuit qui me fecise potuised de ea falsa meditari. 7» Et eam, 
sic dicendo, inter cardinalem et eum sesione comoda colocavit, et sunt eam 
reverencia valida venerati, quia potentis régis filia erat, et filios stantes in 
ulnis* gaudio pre nimio restrinxit, eos tenerime osculando. Cardinalis hoc 

}0 audicns de honore mntri et filis redito quam plurimum fuit letus. 

[Cap. XVI.] De reccsu coinilis, ii.xoris et filiorum et debeiiedictione eiis tradita 

per cardiimleui . 

Inducis igiturcoloqui pontitkiis finaliterevolutis,comes cupiens ad propriam 
patriam redire, dilectum cardinalem dévote sic fuit afatus: c Inclite cardinalis, 
longa salus sit vobis! Certe, de honore in uxore et fîlis meis per vos jamdu- 
dum redito, nunquam credo vobis posse redere grates débitas, eo quod filios 
5 et eam vestris meritis mihi fata redi[djerunt. » Cui cardinalis ait lacrimabilli 
voce, cum benedictione eiis tradita: « Deus Abraam, Deus Yacob, Deus Ysac, 
qui conjunxit vos, sit vobiscum et benedicat vos et parentes vestros, ut vide- 
atis filios filiorum vestrorum usque ad terciam et quartam generacionem, et 



2 Pour me elegisti — 5 W'î.^^eiiitoretn — 4 Ms. karisinii — 5 Ms. consor — 
6 Ms. dolor — 7 construire : qui pot. nied. vie fecise de ea fiilsa — 8 Ms. ulmis. 



LA IILLE SANS MAINS 75 

sit semcnvcstrmii bcncdictum a Domino qui régnât in scciila scculorum ! »[t'o] 
Et osculatiis est comitem et filios et valediccntes eos in pace ire diniisit. Cornes, lo 
idem, fili et uxor, itineri se comitunt cum societate magna, quam cornes 
secum duxerat. Nam et, Deo volente, in optatam patriam omnes salvi perve- 
nerunt, et quiète asumpta per plurimos dies, cornes volens veritatem recessus 
consortis et tiliorum aperte cognoscere nuncios destinatos iiico capi mandavit 
et eos coram ipso presentari. Quibus venientibus ab ipsis veritatem requisivit 15 
qui statim dixerunt : « Miserere nostri, domine! Cerie rei sumus mortis.Nos 
seductione faisi conscilii moniti per matrem vestram, literas graciosas quas 
nobis asignabatis, easdem ipsi genitrici primitus portabamus. Has aperiendo 
et incontrariumrescribendo, ipso sigilo sigilatas nobis restituebat, et comitisse 
ipsas lune asignabamus hefar[i]e. » 10 

(Cap. XVll.] De vindic[t\a fiicla per couiiteni iti matrem et ulios qui fiieriuit 

causa recessus uxoris coinitis et filionnn . 

Comité autem aguota' veritate, quod genetrix mater tantorum causa exsti- 
terat facinorum, in iram validam incaluit. Ad monasterium accedit cum 
multa furoris rabie, ubi mater crudelis residebat; ipsi odiosum vultum 
demostrat et eam capi subito jussit et sub fida custodia detineri, sic et 
omnes qui sue consortis et filiorum conspiraverunt in rccesum. Sequenti 5 
autem die comes mandavit matrem ligatis manibus in igné cremari, tamen 
contra voluntatem consortis comitisse, quia eidem matri comitis graciose 
parciebat ; sic et omnes alios, quos ceperat, tractatos per civitatem et furcha 
suspensos necari mandavit. Vindicta autem de omnibus facta, comes cum 
uxore et filiis etate longa gaudio intenso vixerunt, et dominium suum in 10 
maxima pace servavit usque ad extremum vite sue, et postea filios suos 
post mortem dominio reliquid . Hii autem fratres valde simul erant obe- 
dientes, virii Ibrtissimi, strenui et nimia speciositate, modesti, largii, af:i- 
billes, pii et omni- morum vetustate? chorusclii. Hos autem primates et 
nobilles ujus contatus tenere dilectionis affectu pro suarum virtutum exce- 1 5 
lencia sunt amplexi. Ht ecce eo tempore rex Anglie, qui satis provinciis* erat 
is fratribus, nimia senectute tabescens, herede non relicto^, ad ultimum per- 
venit spirameu, sic quoddiscordia valida exstitit inter cives de rege in regno 
eligendo, quia unus volebat unum, alius alium. Videntes tamen se concordare 
non posse de rege asumendo, in hanc sentenciam, Deo volente, unanimiter 20 
se concordant, videlicet de asumendo in regem unum istorum iVatrum. eo 
quod de eorum virtutibus excelentia fama virilocua per partes ^ ilias aperte divul- 
gabatur. Statim ipsorum natu majorem regem statuerunt et pro eo indilate 
nîiteredecreverunt. Qui. postquam innotuit, cum fratre suo ad iter festinat et 



X\'ll. I l^ourj^iiitii — 2 Ms. oiiniem — 5 Pour lemistate (r) — 4 Vour pro- 
pinquusQ) — 5 Ms. relicta — 6 Ms. pars. 



7é H. SUCHIER 

2) in Angliam pervenit. qucm statim regali corona diadivniatc coronaverunt, et 
idem Siicramentum tîdelitatis cum magno gaudio prestiterunt. In cujus regni 
solio sedet dignitate coronatus, et in continenti curiam in civitatem solempnem 
celebrari [/. 14J] decrevit, in qua multitudinem baroniim et militum requisivit. 
Non modica coiifluentein curia ipsa triduo perduravitet omnessecunduni sta- 

yO tum eorum muneribushonoravit. Quod ultra magna sunt gaudia que dicuntur 
incivitate ab omnibus: inplicant ("esta festis et gaudia gaudis agregant. Quarto 
autem die rex Iratrem suum in secretam vocavit, quem sic alocutus fuit, 
dicens : « Care frater. suma ieticia cordis mei, postquam mihifata, voluntate 
divina. hune regnum concedere voiuerunt, intentionis mec est te vivente non 

;5 minus me ipsius regni dominio pociaris. Rogo, kare frater, ut ad cuntatum 
tuum reddas, quem tibi libère concède, et subjectos tuos in pace, ut prede- 
cessores nostri fecerunt, studeas rescrvare. Vicini satis sumus : si quidquam 
servicii per me tibi fieri contingat, inplores, rogo, voluntarie. » Cui frater : 
« Karisime domine, favente Deo, vereri alliquatenus' non oportet quoniam 

40 a mandatis tuis, tamquam karisimi fratris et domini, nunquam inefabiliter^ 
deciinabo. •> Et hiis dictis incomitiva suorum in coutatumsuum rediit, et fac- 
tum est postea quod ipsius régis favore regnum Anglie exal[t]atum fuit 
valde. Et regnum ipsum in maxima pace servavit, usque quo diem claosit 
extremum : sic quod in odiernum diem regesin Anglia succedentes hab eo ^ 

4) originem dicuntur liabere, et regnum ipsum "a sanguine egregi régis Fran- 
corum in quodam modo legitur processisse. Deo gracias Amen. 

Explicit Ystoriii régis Fratichorum et hiis similia, etc. 



MOTS INSOLITES 

iibsensus xii, 8 pour ahsentia — ars argiropata iv, 6 » art de broder en 
argent » — aula i, 8 pour auheum — bacatus IV, 28 de bacchari, « excité, 
enflammé » — captare iv, 29 voir — cogitosus v, 4; xiv, 16 « pensif » — 
cotnitisa, coiui tissa, cummitisa x, 16, etc. « comtesse » — contatus vu, 9 ; 
XI, litre; xvii, 41 ; cuntatus xvii, 35 ; comitatus X, 6 " comté » — extriu- 
sic'us adj. IX, 16 ; xii, 20 — fimfacere c. ace. xi, i ; xiv, 17 « finir » — 
indilate v, 16 ; xiv, 14 ; xvii, 23 « sans délai » — intrinsicus adj. ix, 16 

— laborare iv, 17, 19 « broder » — liberarins xiii, 9 pour liberalis — 
livria xiv, 16 livriia xiv, 6 « maison livrée » — murmureus subst. xii, 
16 " murmure - — penitudo viii, 23 (mot archaïque) pour poenitentia — 
perttietitus i. 7 pour permensus — premetitus viil, 21 pour praetuensus. 

NOMS PROPRES 

Anglia xvii — Antiochiis 11, 8 — Fraricia i, x, xi, xii, xv — Francus, 

Franchus, X, xv, xvii, titre et explicit — Jupiter 11, 9 — Mavorcia, Ronui 

alio nomine nomcupata xi, 36, Roma xill, i ; xiv, 5 — Ronianus xiv, i, 2 

— Venus IV, 20 — Vulcanus ignis 11, 9. 

Hermann Suchier. 

7 Ms. tiliquuttniii — 8 inejabiliter zi^W moins du monde (?; — 9 Ms. h'eo, 
c'est-à-dire habee. 



MÉLANGES 



FRAGMENT D'UN ANCIEN CHANSONNIER PROVENÇAL 

rBIBLIOTHÈaUE CLASSENSE DE RAVENNE, N'o 165) 

I 

C'est un menu débris de l'ancienne poésie provençale que 
nous allons publier. Il n'était pas tout à fait inconnu, car 
xM. Mazzatintij dans ses Invenlari dei Manoscrilti délie Biblio- 
teche d'Italin, vol. IV (Ravenna, Biblioteca Classense, n'^ 165), 
l'avait déjà indiqué' ; mais, si je ne me trompe, ce fragment 
n'avait pas encore attiré l'attention des provcnçalisants. En 
outre, comme il renferme exclusivement des pièces de Folquet 
de Marseille, sa publication se fera, crovons-nous, assez à pro- 
pos, car on annonce qu'une édition critique des œuvres de 
Folquet se prépare en ce moment-. Pour cette raison, je lais- 
serai au nouvel éditeur le soin de bien établir la place que doit 
occuper notre texte parmi les autres, et je me bornerai tout sim- 
plement à en donner une reproduction aussi fidèle que possible. 

En revanche, je donnerai, au sujet du ms., quelques indi- 
cations que M. Mazzatinti a jugé bon de laisser de côté et qui 
me paraissent nécessaires. 

Le fragment de Ravenne, que nous appelons cl, est indiqué 
de la façon suivante dans les Invenlari cités : «X. 165. Fram- 
menti di poésie di Folchetto di Marsiglia ; Folqiielx^ de Marseilla. 
Ai qan gtn vens et ab qant pauc etc. ; FolquetT^ de Marseilla . 
Pois entremes me sui de far chanssos etc. » Il fliut ajouter qu'il 
contient aussi la dernière strophe de la pièce Chanlan volgra mon 



1. Je suis redevable à mon ami F, P. Luiso de cette indication. 

2. Voir Annales du Midi, XIX (1907), 128. 



"8 MÉLANGES 

fin cor desi'ohf ir. Ces pièces correspondent à Tarticle i)), n"' ^, 
17, 6, du GrufiLhiss de Rirtsch . 

Le ms., qui est en parchemin, se conipose d'un seul feuillet 
coupé autrefois en deux pour servir de garde à un autre ms. 
Les deux morceaux ont été récemment réiuiis avec du papier 
transparent qui laisse voir la coupure ; mais la partie centrale, 
avant formé le dos du volume, est naturellement un peu endom- 
magée et quelques lettres y sont illisibles. Actuellement, il est 
revêtu d'une couverture en carton^ sur la partie antérieure 
de laquelle on lit : « N. 165. Folchetto di Marsiglia. Fram- 
mento di codice sec. xiii (una pagina tagliata a meta messa 
corne guardia al codice De imitatione Christi). » Le feuillet 
ainsi reconstitué mesure 295 millimètres de hauteur sur 215 en 
largeur. 

Au verso, dans la marge du bas, en travers, une main du 
xv^ siècle a transcrit la table des chapitres du premier livre du 
De huitaîiom Christi. Au-dessous de r« Explicit Tabula », on 
lit, toujours de la même main : « Domine Johannes, factum est 
ut imperastis videlicet de tabula, sed tercius liber débet esse post 
duos primos. » Qju'il nous soit permis de remarquer ici en pas- 
sant que, si ce « dominus Johannes » était précisément celui qui 
a fait dépecer le chansonnier provençal pour procurer une cou- 
verture à son De Imitatione — et il y a lieu de le présumer — il ne 
saurait être en odeur de sainteté auprès des savants ! Dans la marge, 
en bas, à droite, on peut encore noter d'une écriture moderne 
au crayon : « 165 (i 38. 3 . D ^) » : ce qui est répété de même en 
haut, toujours à droite. A gauche, on a collé un petit papier, où 
on lit : « Biblioteca Classense | Comunale di Ravenna | 
N** 165. » Au recto, au contraire, au milieu de la marge, on 
aperçoit un .viij. en rouge qui appartient certainement à une 
ancienne numération du ms., et un peu plus à droite d'une 
main plus récente le chiffre 88. 

L'écriture, qui peut être rapportée au commencement du 
xiv^ siècle et qui est d'une élégance peu commune (cf. la repro- 
duction photographique), est sur deux colonnes : les lignes 
sont au nombre de trente par colonne. Sur la colonne de 
gauche du recto, on trouve d'abord la dernière strophe de la 
pièce Chantan volera ; puis, après un espace blanc de cinq lignes, 
la pièce A\ qan gen veus, à laquelle fait suite la pièce Pois entre- 



FRAGMENT D U\ ANCIEN CHANSONNIER PROVENÇAL 79 

nies, dans la première colonne du verso, après un espace blanc 
d'une seule ligne. Cette dernière pièce se termine avec l'avant- 
dernier vers de la dernière strophe. 

Les deux pièces sont précédées du nom du troubadour (( Fol- 
quetz de Marseilla » en rouge. Les lettres initiales des pièces 
sont Tune en or avec des tilets d'azur, et l'autre en azur avec 
des filets rouges; celles des strophes sont tour à tour en or et 
en azur ornées avec des iilets d'azur et rouges. 

D'après cette description on peut se rendre compte de l'im- 
portance du chansonnier duquel notre fragment faisait partie. 
C'est pourquoi la perte en est particulièrement regrettable. 

[FOLQ.UET/. DK MARSEILLA.j * 

Ane ren non dis don non temscs faillir. Vas licis tant les aturatz mes 
uolers. Mas dercnan no incn tenra tcmcrs. Qieu sai qel fiiocs sabrasa pcr 
cobrir. El dieus damor ma nafrat de tal lanssa. don nom ten pro soiornars ni 
iazers. Anx desampar per mi dons cui ador. tal que ma fiiich gran bon c 
gran honor. Mas ben deu hom camiar bon per meillor. 

FOLQUETZ DE MARSEILLA. 

Ay qan gen uens z ab qant pauc dafan. Aicel qeis laissa uenccr a merce 
Car enaisi uens hom autrui e se. Et a uencut doas ueti seiies ihiii. E uos amor 
non o fai gies aissi. Cane iorns merces ab uos nom poc ualer. Anz mauet/ 
tant mostrat uostre poder. Caras nous ai ni uos non auetz me. 

Per so par fols qui no sap retener. So que conquer qieu prêt/, ben atretan. 
Qui so reten com a conquist denan. Per son estortz cum fatz lo conquerer. 
Caissim pogratz tener col fols rete. Lesparuier fel qan tem que si desli. Que 
lestreing tant en son poing trol auci. Mas puois estortz uos sui uiure puosc 
be. 

Tôt so que ual pot nozer atressi. Doncs sieus tenc pro beus porria dan 
tener. Et er merces sab eis uostre saber. Que mauetz dat don anc iorn nom 
iauzi. Vos mou tesson nin die mal en chantan. Mas non er ùV\ch que chausi- 
mens men te. Mais uuoil sofrir en patz mon dan ancse. Qels uostres tortz 
adreitures claman. 

On trobaretz mais tant de bona fe. Cane negus hom si mezeis non trahi. 
Son eseien si eum eu qeus serui. Tant longamen eane nom iauzi de re. Ar 
qier meree sous faria parer. Car qui trop uai seruizi repropehan . Fai ben 
semblan qel guizerdon deman. Mas ia-de mi nous cuietz qieul nesper. 

Equil bon rei richart que uol qieu chan. Blasmet de so ear non passet 
desse. Ar len desmen si que ehaseus lo ue. Careireis trais per mieils saillir 
enan. Qel era eoms er es ries reis ses fi. Mas bon soeors fai dieus a bon uoler. 
E sien dis ben al crozar eu dis uer. 



8o MÉLANGES 

|a naziman nin totz tems non creiran. Quen ues amor aia uirat mon fre. 
Mas ben pot hom creire aisso que ue. Et er saubut oimais daissi enan. 

FOLQUEI7. DE MARSEILLA. 

Pois entremes me suis de far chanssos. Ben dei gardar que fais mot noi 
entenda. E sieu die ren que midonz in grat prenda. Be mon sera rendutz ries 
guizerdos. Et a gran tort si mos chans non er bos. Per ijiir dirW medonet lart 
elgeing. E so qieu fatz non dcu metrc en desdeing. 

E sitôt mes de semblij»/ orgo/Uos. Xon ai poder que uas autra men- 

tenda. Qel cor eil huoill mi mostron qeil mi renda. Tant sagradon de sas 
bellas faissos. E quan men cuich partir nomes nuills pros. Qel siens amors 
mes denan que mateing. Em fai tornar uas leis tant mi destreing. 

Loing mes dels huoills mas del cor mestai près. Cella per cui souen plaing 
esospire. Que on plus trai dafane de martire. Dobla lamors enais ecreis ades. 
Ecar siu sieus non cuich que menganes. Efiu me tant el sieucsseignamen. Per 
cai respieich quil naura chausimen. 

Ben fora sens si de lieis mi loignes. Auz qem laisses a la dolor aucire. Mas 
amors uol qieu sia francs sofrire. E ia per ren non aial cor engres. Cane dieus 
no fetz home que ben âmes. Que non crezes mieills amor que son sen. Per 
que mauen a far son mandamen. 

Ane nuills amans per sidonz non sofri. Tant greu dolor ni tant greu mala- 
nam-i. Per mereeil pree qem diga tal pesanssa. Si cor non a qeis meillur en 
ues mi. Per que utngues plus uialz a la fi. Car meins mais es morir al mieu 
semblan. Que uiure ancse ab pena z ab afan. 

Chanssoneta uai ten ton dreich cami. Lai a midonz en cui ai mesperanssa. 
E dictas lim caia calque membranssa. De mi car lam ses engan ab cor fi. Cane 
per ma fe des lora qieu la ui. Xo me muda nim 

A m OS Parducci. • 



II 

Le feuillet de Ravenne n'enrichim pas la littérature proven- 
çale, puisqu'il ne renferme que des textes connus. Il ne contri- 
buera même pas à l'amélioration de ces textes, puisqu'il est 
identique à deux des manuscrits qui nous les ont conservés. La 
perte n'en est donc pas aussi regrettable que le croit iM. Parducci. 
Toutefois, la publication de ce fragment n'en est pas moins fort 
intéressante, parce qu'elle nous permet de constater que le 
copiste, probablement italien, à qui nous devons deux de nos 
plus précieux chansonniers provençaux, Vat. 5232 et B. N. fr. 
1 592, en avait exécuté un troisième dont le feuillet de Ravenne 



FRAGMENT d'uN ANCIEN CHANSONNIER PROVENÇAL Si 

est le seul débris subsistant. L'ordre des pièces est le même 
dans les trois copies (saut que la pièce Puais entremes fait défaut 
dans le ms. 1592). La similitude est telle qu'il m'a été possible 
de restituer à coup sûr, en italiques, les lettres qui ne sont plus 
lisibles dans le fragment. Les trois copies omettent, dans la 
pièce Ai ijiian qen veris, le même vers, qui est le dernier de la 
cinquième strophe. Le voici, d'après les autres copies qu'on a 
de la même pièce : Et ar vci m'a per quadoncs non menti'. En 
somme, on ne peut relever, entre nos trois copies, que des 
variantes graphiques tout à fait insignifiantes 2. On jugera du 
reste de l'étroite parenté de ces copies par les fac-similés ci-joints 
où j'ai fait reproduire, à la grandeur de l'original, i" une 
strophe du fragment de Ravenne, d'après un cliché que M. Par- 
ducci a bien voulu m'envoyer ; 2" la strophe correspondante 
fr. du ms. B. N. 1592. Quant au chansonnier du Vatican, l'écri- 
ture en est bien connue, grâce aux fac-similés que M. Monaci 
en a publiés'. De ce que les trois chansonniers sont de la même 
main et présentent les mêmes leçons, il n'en résulte pas qu'ils 
soient identiques quant au contenu. J'ai dit tout à l'heure que 
le ms. B. N. fr. 1592 ne contenait pas la pièce P mis entremes \ 
et on sait bien que ce chansonnier est beaucoup moins volumi- 
neux que son frère du Vatican. Il est donc possible aussi que le 
chansonnier auquel a appartenu le feuillet de Ravenne n'ait 
pas contenu toutes les pièces que renferme le ms. du Vatican, 
mais il est peu probable qu'il s'y soit trouvé des pièces étran- 
gères à ce dernier manuscrit. 

1. C'est la leçon des mss. B. N. fr. 856, 12472, Vax. 3206, Ambr. 71. 
Ailleurs il y a £"/ ar vei hom. . ., Et ar vedou . . . , Et er sauput si d'us no m'en 
desdi. 

2. La seule variante de mot que présente le ms. du Vatican par rapport 
au fragment de Ravenne est celle-ci : dans la dernière strophe de la pièce 
CJkintan volgra, par laquelle commence le fragment, le ms. du Vatican porte : 
« El dieusd'amor m'a. fer it de tal lansa », au lieu de « m'a nafrat», leçon de 
notre fragment et de tous les autres manuscrits. — On trouvera le texte du 
ms. du Vatican dans VArchivf. d. Studiuni d. neueren Spracl}en,i. LI (1873J 
p. 269-270 (édition de M. Stengel), et dans les Studj di Fitotogia romança , 
t. III, p. 191 (édition de M. C. de Lollis). 

3. Fac simili di antichi manoscritti, per uso délie scuole di Jitologia iieolatina 
Roma, 1881, nos j et 2. 

Remania, XXKIX. 6 



kS2 



MÉLANGES 



tnriiUCJ. 

iV. viruct? mnr lr$ .mutin mes 
tit^lcrs.o^if îcîvtun ncmcti tvttrj 
mncrç.cxtcti f.iï qcl fiinrS fit^ufa 

tcfnl UiifT.i.it»îi nom trti ]:»20 fhcz 
lun^niuirr^.iinctf.nnp.ir^mi 

rxw: aai aît»i .tnl qmifTtirf^5ian Itn 









Fn^r.Vi 



Ra\ rsNi 



"Sjlttr 1V11 îtcn î^îf îiMî non tttnfcf 

mcK noiera nuf îcn?n4n nome 
Ittnm trmcr9.cxtcuf^tî qlfiiors 
Cun a f.î j> œtot n ei î>wrtif Wmo2 

ma nAirnt tttnl lanlTi.tOîi ncn?i 
trnpiO foioin*\v$ nnâ}crs.M\} 
tcfanipar^miiDnS cui act>i.hil 
qtu? xra fciicb yt^îi tt^ ^Mn Ix) 
noj.a>J^Um ttti fvmmimartor 
jg tnctUoi . 

H. N. iV. I >g2, fol. 44 </. 



Ce feuillet me donne l'occasion de dire quelques mots d'une 
autre question, celle de Fauteur de la troisième pièce, Puais 
Cette pièce n'est pas de Folquet de Marseille, bien 
qu elle soit enregistrée sous son nom par Bartsch, sur l'autorité 
de huit manuscrits. Elle est sûrement de Peirol à qui elle est 
aiir par le ms. d'Hste(n" 595 de la notice de Mussatia), par le 

ms. ^ :e l'Ambrosienne, par le ms. Douce et enhn par le 
ms. d'Urfé (n 7.49 de ma notice). Ce qui confirme l'attri- 
bution faite par ces mss. c*est d'une part, que la pièce présente 
à peu près la forme d*une autre pièce bien connue de Peirol, 
le sin'entes Pois jltim ] or dans ai visl cl monimen '. La différence 
est que ce sirventes est tout entier sur les mêmes rimes : il est 
en cohlai uniumaus^ selon l'expression des Leys d'aniors (I, 270), 
•' que la pièce Pois eut t crues est en couplets qui s'accordent 
.xpar deux, les coblas dohlas des Leys (I, 264). Peirol emploie 
s les cobîas doblas, tandis qu'il n'y en a pas d'exemple 
s les poésies de Foiquet de Marseille. Remarquons encore 



nd. Choix, IV. 101 : Mahn, iVerkr, II, 9. 



il 



Sî ELITE 8^ 

que la piccc Pois cm reines est qualifiée à Penvoi, de chansonein, 
dénomination qu'on retrouve en d'autres pièces de Peirol ', 
mais dont Folquet de Marseille ne tait pas usage. Ajoutons 
enfin que la pièce n'est pas du tout dans la manière de ce der- 
nier. 

P. Meyer. 

MEIJTH 

In a noie to \ . 462 ot my édition ot tlie poem Eructavit . 
recently printed hy the Gesellschaft fur Rcviitiuischi Liîeratur, 
I expressed doubts as to the correctness of the explanation o{ 
thisword ofiered recently by M. A. Thomas (i?t>;;/j;;/V7, XXXMI, 
p. 127) : melite =■- terra meJliîa^ this in turn being a supposed 
variant of the Biblical phrase terra melle et J acte mana?! s (^Devi., 
M, 3). I doubt in fact whether the expre.ssion terra tnellita has 
ever existed, or will ever be found. 

M. Thomas relies entirelv upon vv. 457-462 of the Eructa- 
int : 

Lors avroiz vos (;. i\ Christ) morte la mort, 

S'avroiz pris et loié le fort. 

Le deable. le Pharaon 

Qui vostre jant tint en prison, 

Que vos deliverroiz d'Eg\-pte ; 

Si les en menroiz en Melite. 

It is true that the juxtaposition in this passage ot Egypte and 
Melite is very striking, and one is tempted to conclude with 
M. Thomas : « Il n'y a pas à dire, Melite désigne positivement 
ici la Terre Promise de l'Écriture. » But the escapeofthe Israé- 
lites from Pharaoh and his army is not the only exitus de 
^gypio which figures in the annals of the Church. I aim to 
show that the auihor of the Eructavit (the Cistercian Adam de 
Perseigne, in ail probability) is using both words in a figura- 
tive sensé, and that thèse lines are a réminiscence of the poem 
of Arator, De Actihus Apostohruiu libri II \ in which JEg\ptus 

1 . Voir, par exemple, les envois des pièces Ab foi et Dels sieus torti. 

2. Références are to Arntzen's édition of ijôq, as reproduced by Migne. 
Pcitrol. tjt., LXVIII, 81 fit. 



s 4 MÉLANGES 

is repeatedlv used to signify « the world » in the theological 
sensé, and AL'/Z/f (M.ilta), the scène of St. PauTs rescue from 
shipwreck, represents « satety », and (hguratively) « salvation 
trom sin ». It is well known that Arator's hexameters, dating 
tVom the Vr^' century, wcre used in médiéval schools as a 
readinii text '. 

To Arator and to the Roman audiences vho apphiuded his 
somewhat obscure verses, it was ofinterest to treat the famous 
voyage of St. Paul and his company as an allegory representing 
the Christian people, under the leadership of the apostle, saved 
bv him tVom the stormy seas ot sin and worldliness. This 
idea, which has by no means disappeared from modem exege- 
sis, dérives from Acts XXMI, 24 : ecce donavit tibi De us omncs 
qui luivigaut tecuni {cp. also v. 31). Arator develops the narra- 
tive in varions directions. In St. PauTs address, the viri of the 
Vulgate become a JiJa jiiventus ; they are a company contided 
to St. PauTs care by the rector Olympi that they may notperish 
on the rocks (II, vv. 11 18 ff.) The sober statement (v. 26): 
in insu la m quamdani oportet nos devenire, becomes : 

concessaque nobis 
Insula portus erit... (II, vv. 11 20-1). 

This speech ended — continues the poet — the clouds break 
awav, and in the direction of Sicily,the promised island Melite, 
« hospitable to sailors », is seen. Then St. Paul, Icgens vestigia 



I. An Eton Collège nis. of the X^h century, evidently a schoolbook, 
includes Arator among other poets (SchenkI, Bibl. patnim Lit. Britannica, in 
Sit:;jmg5her. ÏVicn Akad. CXLIII, p. 48 ; G. L. Hamilton in Modem Pbiloîogy 
VII, 1909, p. 178). His work is mentioned in various lists of authors com- 
piled for the use of pupils : in the poem of Winric, master of the cathedra) 
school of Trier (Xll^h century) as noted by Sandys (History of classical 
Sclx)larship, P, p. 647); in 1280, by Hugo of Trimberg, schoolmaster of 
Bamberg, in his Registrum miiltorum auctonait, éd. Huemer, vv. 380, 417; 
about 1212 by Eberhard in his Lahyrinthus, according to Ebert (1% p. 514). 
Henri d'Andeli gives Arator a place among the forces led by Gramaire at the 
Bataille des vij Arts, along with Sedulius, Prosper, Prudentius and others 
(éd. Héron, v. 210;. I hâve not been able to consult an article by Manitius, 
in the Mitteilungen d. Gesellsch.J. Deutsche Eriiehungs- u. Schulgeschichte, X\'I, 
1906, in which some mention is made of Arator, p. 27. 



MEUTE 8 5 

Mosi (v. 1139), breaks bread and tbcy eat. Tbe poct him- 
self perceives tbat tbis repast ib quite analogous to tbe feast ot 
Moses and tbe Hebrews after tbeir escape from tbe Red Sea : 

Haec duo sunt diversa locis, sed proxima causis (v. 1 141). 

In a similar way, ail tbe incidents ot tbe stay at Malta are 
hguratively interpreted. Later on, favoring winds carry tbe 
apostle to Rome, wbere be joins St. Peter. As St. Paul was tbe 
savior of theship's company at Malta, so St. Peter and St. Paul 
are tbe leaders to wbom tbe pagans ot Rome are entrusted for 
tbeir rédemption : 

Liber et hic popului,, quem vinxerat ante Pharao, 
Exuit .Egypti totidcm ductoribus umbras, 
Perque lavacra Dei, quae tune egit maris imago, 
Vitae nactus iter, coelestem reperit escam. 

(II, vv. 1242 ff.). 

From Arator's verses was tbus easily deducible tbe idea of 
Melite ' as an island miraculously provided to prove tbe trutb 
of St. Paul's propbecy; tbe rescue signifies tbe conversion of 
the sbip's company ; tbe island typifies salvation from tbe sea, 
tben figuratively salvation from « tbe world » (^degnrgite miindi^ 
V. II 37). Tbe autbor of tbe Eriictavit merely added Melite to 
the traditional Pharao and y^gyptiis, and substituted Cbrist for 
St. Paul (or St. Peter and St. Paul). 

It is not apparent wbether or not ail tbe mcanings of melite, 
melide as found in tbe passages collected by Foerster and G. 
Paris- are deducible from tbe sensé « place of safety », « place 

1. It is noteworthy that Arator uses twice (vv. 1127, 1206; the form 
Melite and not the Melitd of the poets (Ovid, Apollonius Rhodius, etc.). In 
both cases the quantity oftlie penultimate is beyond dispute, and the editors 
hâve uot failed to include this among the other « faults » in quantity ot" 
which Arator has been found guihy. There are, ht>wever, traces of 
this accentuation elsewhere, for exam'ple in Ly cophron (Cassandra, v. 1027) 
where the reading Me/ÎTr, has the best support. The grammarian Herodian 
(éd. Lent/., I, p. 543) associâtes the word with Amphitrite, Aphrodite. Ara- 
tor's long quantitv appears to be a « learned » pronunciation, a Graecism. 
The modem form Malta is explained by Ascoli {Arch. glotl., X, p. 429, n.). 

2. Foerster, note to Erec et Etiide, v. 2358, follows De Smet (Recueil des 
chroniques de Flandre, II, p. 197, n.) in Connecting Melite with Malta. Addi- 



86 MÉLANGES 

ot salvation ». The idea of a land ot wealth ', for example, 
seeiiis to dérive from a différent source. The commonest mea- 
nin^, however, is « place of delights », and in this connection 
some référence may be made lo tiie theory of Lewy -, who, 
in adopting Bochart's dérivation of Mclitc from Phcenician 
md/z/iï/; « deliverance », « safety », idciuifies the island with the 
Homeric Scheria, the happy land of the Phaeacians, « beloved 
oi the gods ». As to this interesting hypothesis I can only 
remark that it would receive some further support if \ve could 
show that the Rigomer passages and the luelide royaume of the 
Chrcalicr au Cygne "' represent an ancient popular legend ot 
Malta which, quite independently of the Church legend based 
upon the passage in Acts XXVII-*, pictured the island as a land 
of delightful ease. plenty and security >. 

T. Atkikson [enkins. 



lional material. by Foerster in Zt'/Vic^-. /. rotn. Phil., XXII. p. 529: by 
G. Fans, Rowania,X\, p. 149. 

1. Amadas et Ydoine, v. 769 : Pour la ricoise de Melide. 

2. So, in Les Merveilles de Rigomer (éd. Foerster, 1908, vv. 4783 ff.). Lau- 
celoi reaches the lande florie of Rigomer, moui plaine de solas. « It is a véri- 
table Melite ! » exclaims his informant. The whole passage is perhaps the 
best commentary \ve hâve upon this meaning of the vvord. 

5. Die Scmitische Frenidwôrier im Griechischen, 1895. p. 209. Cp. Muss- 
.\rnolt, Transactions of the American Philological Association, XXIII, 1892, 
p. I 18, n. 

4. Ed. Reirfenberg and Borgnet. v. 26505 : En Melide Ju nés, ung nielide 
royon (cited by Foerster). 

5. (Je me laisse volontiers persuader par l'intéressante note qu'on vient de 
lire que dans VEructavit versifié dont nous devons l'édition à M. Atkinsoii 
Jenkins, et même ailleurs, le nom propre Melite, employé au sens allégorique, 
est identique au nom de l'île de Malte, considérée comme celle où l'apôtre 
Paul relâcha et séjourna quelque temps. Il est incontestable que l'île de Malte 
est appelée en ancien français Melite. Les figues de Melite, mentionnées dans 
un texte cité par M. Foerster, sont certainement des figues de Malte : on les 
retrouve dans le Tarif des péages du comté de Provence au milieu du 
xiiie siècle, qui a été publié par B. Guérard, dans l'appendice de la préface du 
Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, t.I, p. lxxvi (« très carge de ficubus 
de Melita "), p. lxxvii (« figas Melitas »), et p. lxxviii (« de ficubus de 
Malita »). Je crois qu'il faut aussi reconnaître l'île de Malte dans ce passage 
du Rotnan d'Alixamlre, p. 512. 18 : « Le pale c'ot vestu, qui fu fais a Melite, 
Pescire et desfent, que ne vaut .1. capite. » — A. T.J 



ANC. FRAXÇ. MOISSEROX 87 



• ANC. FRAXÇ. MOISShKOX 

Les vers 1095-1096 de Girart de Roussillon (manuscrit d'Ox- 
tord) sont les suivants : 

Puis Deus vos a estors de sa prison, 
Eu ne pris voslre perte un moissertm '. 

M. Paul Meyer traduit ainsi : « Dès que Dieu vous a tait 
échapper à sa prison, je ne fais pas plus de cas de votre perte 
que d'un de?iîer-. » En note, il donne la leçon du manuscrit 
de Paris (v. y2o),moissato, propose dubitativement d'interpréter 
cette leçon comme signifiant « denier de Moissac « et ajoute : 
« Moisserun, dans le manuscrit d'Oxford, m'est encore plus 
obscur ». 

Je propose de reconnaître dans ce mot le mot français actuel 
mousseron y qui désigne, comme on sait, plusieurs variétés de 
champignons du genre agaric, et qui se rattache, par Tétymo- 
logie, au subst. fém. mousse. L'auteur de Girart de Roussillon 
fliit un emploi analogue du mot bolei <i bolêtum, que M. P. 
Meyer traduit sans hésiter par « champignon » K Quelle que 
soit l'origine de \i de moisseron (qu'on ne trouve pas dans 
mousse), il est certain que cette forme appartient à l'ancien 
français +, et qu'elle seule peut rendre raison de l'angl. mushrom 
« champignon », où -sh- anglais correspond à -iss- français, 
comme dans bushel, franc, boissel. 

D. S. Blondheim. 

[L'explication proposée par M. D. S. Blondheim pour le 
mot moisserun du texte d'Oxford me parait tout à fait certaine. 
On trouve aussi moisseron dans un passage de Y Histoire de Guil- 
laume le Maréchal, édit. P. Meyer, v. 184 51 : 



1. Édit. Foerster, dans les Roman. Studien de Bôhmer, t. \, p. 22. 

2. Girart de Roussillon, p. 33- 

5 . Vers 1 163 du ms. d'Oxford : « Quar eu ne près ma plage mige un bolei ». 
4. « Cuillir des moisserons », texte de 1389 cité par Carpentier dans 
Du Cange, mussa 2, et reproduit par Littré et par Godefroy. 



88 MÉLANGES 

Ainz perdi tôt beivre et mangier... 
Fors a moisserons auscr. 
De tôt l'estut desaùser '. 

Le nomde ce champignon est déjà mentionné sous une forme 
latine dans le passage suivant de VEpistula de obscrvatione ciboruni 
du médecin Anthimus (vers 520) : « Omne genus boliti grave 
est et indigestum ; iiiiissirkmcs (var. iiinsarioiies) vero et tuferae 
meliores ab aliis bolitis sunt. » Il est probable que ce passage, 
qui manque dans la famille de manuscrits la plus ancienne, est 
une interpolation : en tout cas, elle remonte au moins au 
xi^ siècle. Le languedocien actuel nioiissairoii, comme le franc. 
nioiisscron, correspond clairement au type mùssarionem. 
Peut-être faut-il voir dans 1'/ de l'anc. franc, nioisseron un 
indice de l'existence, à une époque antérieure, d'un substantif 
*niois, qui serait le représentant régulier du lat. class. mùs- 
cum « mousse »; cf. lois <lùscum. — A. T.]. 

ANC. FRANC. ESCOMOS, ESCOYMOUS 

M. Paul Me ver a le premier relevé ce mot dans les Contes 
moralises de Bozon (page 158, Soc. des A. T. F.) : « Si il poy 
mange e bevtpoy, lors est gageousou escoyinons. » Il fait remar- 
quer que le mot paraît avoir à peu près le même sens que 
gageons. Un autre exemple de ^rto^^ow^ dans le même auteur vient 
appuyer le sens de « délicat, dégoûté » donné dans le glos- 
saire : « Et coment que [le blaireau] seit orde beste, uncore est 
gageouse en tant qe quant le gopil qe les gueyte, quant ils avè- 
rent tôt parfet [leur repaire], avéra fet sa vilenye en le entrée, 
jamès illeoques ne vendrent (page 179). » 

Je viens de trouver deux autres exemples du mot dans le 
même sens. ] 

Le premier est tiré de la vie de sainte Elisabeth de Hongrie, 
écrite fort probablement par le même Bozon. Le texte est appuyé 



1. M. P. Meyer qui, dans le Glossaire du poème, s'était borné à relever le 
sens de •• moineau » attribué exclusivement à ce mot par Godefroy, remar- 
quant qu'il s'appliquait mal au passage, a reconnu le vrai sens dans sa traduc- 
tion, t. III, p. 259. 



ANC. FRANC. ESCOMOS, ESCOYMOUS 89 

par les deux manuscrits de Welbeck (voir Roniania, XXXVIII, 
418) et du Musée britannique, Cottonien, Domitien, XI : 

Le jour del cène chescun an 
Xe s'obblia (point) la bone dame ' 
K'el(e) ne lava les povre gent 
E les regarda largement ; 
De rien ne fut escoymouse - 
Fors de pechié venymouse. 

Le second se trouve dans la vie rimée de sainte Marie l'Egyp- 
tienne, la deuxième des versions enregistrées par M. Paul 
Meyer dans V Histoire littéraire, XXXIII, 367. La partie du 
poème qui le contient est conservée dans six manuscrits, mais 
seul celui du Musée britannique, Add. 36614, fol. 274 r°, offre 
notre mot. Il est question du voyage de Marie à Jérusalem et 
de la façon dont elle paie son passage : 

Mais del dormir n'i ot noient 
Car Marie est qui lor desfent ; 
Primes les prent a tastoner 
E en après a acoler... 
Nen i ot un tant escomos, 
Fust jovenciaus u viels espos,... 
Qui ne pechast en li la nuit. 

Le ms. de la Bibliothèque nationale, franc. 19525, fol. 17 r, 
porte : 

Nen i ot un tant desdeignoiis. 

Le ms. de la Bibliothèque nationale, franc. 23 1 12, fol. 336 ^ : 

One n'i ot un tant oscurdos 3... 

Le ms. de Corpus Christi Collège, Oxford, 232, fol. 40 ^ : 

N'en i ot un tant qiierus... 

Les deux autres mss., Canonici et Arsenal, ont d'autres 
leçons qui ne modifient guère le sens. 



1. Ms. de JVeîbech, dam. 

2. Ms. Cotton, escoymusce : venymouse. 

3. Ce mot paraît être rare aussi; Godefrov n'en a relevé qu'un seul 
exemple. 



90 MELANGES 

Ce mot est resté en Angleterre jusque dans le xiv^ siècle ; on 
trouve squaxtnons d-Ans Chaucer (Millcres Taie, v. 3337) et dans 
un Credo de la même époque : (i Thou were not skoymus ofthe 
maidens wombe », texte qui correspond au latin : « non hor- 
ruisti virtjinis uterum ». 

Si on veut rattacher le mot au latin sqiiaïuosiis, on se heurte 
contre une différence de sens qui semble insurmontable; pour- 
tant il faut noter que l'anglais scaly, littéralement « couvert 
d'écaillés », a pris dans l'argot le sens de « mesquin, ladre » et 
que le français présente une série d'idées analogue pour scabreux. 
Je proposerais volontiers "^ excommotus , qui aurait donné "^esco- 
nio:;^, puis escouios (le ms. de Londres est de la région du nord- 
est, et la rime avec espos est possible), si je pouvais laisser de 
côté le provençal escavius, qui figure dans un sirventés de Guil- 
lem Rainol attribué a tort à Bertran de Born. Dans sa première 
édition de Bertran de Born (6, 41), M. Stimming propose de 
lire : Ara ni digal::^, Catalan escamiis , et il admet qu'il s'agit de 
escamos changé en escamus pour le besoin de la rime, tandis que 
Ravnouard {Lexique roman, II, 305, camus) préfère la leçon: 
Arani digual:^, Catalanes camus, fignore si la leçon de M. Stim- 
ming est la bonne, puisqu'il n'a pas reproduit ce sirventés dans 
sa deuxième édition et que M. Thomas l'a aussi laissé de côté 
dans son édition des œuvres de Bertran de Born'. 

A. -T. Baker. 

MARTIN-BATON 

« Martin-bâton » est la personnification du bâton qui châtie. 
Delboulle a cité, dans la Romania, IX, 127, un passage du Roman 
de Renart où il a cru trouver l'origine de cette expression : 

Apanrai vos a cest baston 
Comment prestre Martin a non. 

(Éd. Martin, t. II, p. 245 .) 



I. [Comme le fait remarquer M. E. Levy dans son Prov. Snppl.-Wœr- 
lerb., si la \Q(;or\ escamus paraît sûre, l'interprétation de M. Stimming est diffi- 
cilement acceptable. En tout cas, le mot anglo-français étudié ci-dessus est 
indépendant du provençal, et je ne saurais admettre, pour ma part, l'ètymolo- 



MARTIN-BATON 9I 

Cet exemple ne prouve pas que l'expression « Martin-bàton » 
fût dès lors en usage. Le Roux de Lincy l'a introduite dans 
son Livre des proverbes , 2"" éd., II, 54, noh pas qu'elle ait donné 
lieu à un proverbe, mais pour en citer une explication 
empruntée à VEtxiiiologie ou explication des proverbes fraiiçois de 
Fleury de Bellingen (1656). Selon cet auteur « on appelle 
ainsy le baston avec lequel on frappe, par une métaphore tirée 
du nom de martinet. On nomme martinet le gros marteau qui 
frappe sur l'enclume des forges de la paroisse de Saint-Martin 
de Vienne, où l'on forge l'acier dont on fait les lames que l'on 

appelle lames de Vienne D'autres disent que ce proverbe 

vient d'un nommé Martin, grand brutal, et qui frappoit à tort 
et à travers... » Tout cela est fort invraisemblable. Dans une 
note jointe à l'article de Delboulle nous avons signalé, d'après 
une communication de M. H. Picot, deux exemples de la même 
expression au xv^ siècle '. En voici un autre qui montre que 
Martin-bâton était connu des Catalans au commencement du 
même siècle. Il est tiré d'un sermon latin ^ de Vincent Ferrer. 

Alii per totam diem stant in tabernis, in ludis, garrulantes, diffamantes, et 
pauper uxor stat in domo eu m tribus aut quatuor pueris, et non habent nisi 
vinum acetosuin, vel nullum ; et, quando veniunt ad domum hora tarda, et, 
si non reperiant cenam paratam, faciunt magnum strepitum, et Martin baston 
vadit per domum, et interdum vapulant mulieres ab eis, et dimittunt domum 
improvisam, et non curant providere sue uxori et pueris. 

(Sermo .iiij., de gula. Édition de Lyon, Jean Remy, 
1521, fol. CLVii a .) 

P. M. 



gie *ex commotus proposée par M. A. -T. Baker. Il me paraît extrêmement 
probable que escomos est un mot hybride formé, à l'aide du suffixe français 
-os <^ lat. -os us, sur le substantif anglo-saxon scomu ou sceomii, variante de 
sceamu (d.\ig\2\s moderne shame) « honte », dont on peut voir de nombreux 
exemples à l'article sceamu de V Anglo-saxon Dictionary de Bosvvorth-Toller. 
— A. Th.]. 

1. Il est à remarquer que Martin-bàton n'est pas enregistré dans Godefroy. 

2. Je n'examine pas la question de savoir si Vincent Ferrer a rédigé lui- 
même ses sermons en latin, ou si la rédaction latine est une traduction de 
sermons prononcés en catalan . 



92 MELANGES 

XOTHS SUR LE MYSTÈRE DE SAIXT-Q.UENTIN ^ 

Voici quelques observations que me suggère la lecture de 
l'intéressante étude publiée par M. Châtelain en tête de son 
édition du mystère de saint Quentin '. 

r' M. Châtelain tait naître Mol i net, auteur présumé du mys- 
tère, en 1438 (ci. p. VII de son Introduction). Or la date généra- 
lement admise, par exemple dans la Biographie nationale belge 
et dans le Répertoire du chanoine Ulysse Chevalier, est 1433. 
M. Ch. aurait dû au moins donner les raisons qui Tout amené à 
s'écarter des données traditionnelles. Si l'on s'en tient à la date 
de 1433, Molinet aurait eu ; en 1451, lors de la représentation 
d'Abbeville, la première qui nous soit signalée, non pas treize 
ans, comme l'écrit M. Ch., mais dix-huit. Il aurait été bien 
jeune pour l'avoir dirigée en qualité d'auteur, mais non pas 
pour y avoir figuré comme acteur ou comme spectateur. Simple 
hypothèse d'ailleurs. 

2'' Je voudrais ensuite appeler l'attention sur une représenta- 
tion du mystère de saint Quentin, qui a échappé à M. Ch. 
et qui est signalée en ces termes par un archiviste montois assez 
connu. M. Devillers (Anakctes montois, 1871, fasc. 4, p. 27): 
« Le 6 avril 15 10, les confrères de Saint-Quentin furent auto- 
risés à jouer durant huit jours sur le marché, à commencer du 
Lundi après la procession de Mons, la passion de saint Quen- 
tin ». Le passage est d'autant plus intéressant qu'il nous révèle 
l'existence à Saint-Quentin, d'une confrérie dramatique, que 
M. Ch. ne paraît pas avoir connue. Nous voyons par là que 
ces premières troupes d'acteurs amateurs faisaient des « tour- 
nées » lointaines, ce qui explique la diffusion de certaines pièces 
sur une aire assez étendue. 

3" Le jargon du petit ouvrier brabançon Watrequin n'est pas 
aussi incompréhensible que le dit M. Ch. (Introduction, p. xx). 
J'y reconnais la forme « myn » ^ mon, qui est vraiment fla- 
mande (v. 7213). « Oche » doit être l'exclamation flamande 
et même belge " Och » avec un 7 guttural analogue à celui de 
l'allemand « Ach >^. — Je suis plus étonné de voir dans ces 

I. Voir i?o;wd«ifl, XXX VIII, 477. 



DES « SCIEURS^; D Aïs » 93 

couplets, qui ne sont pas d'ailleurs bien difficiles, des formes 
cotiime (( my, futi, Bigot », qu'on ne trouve d'ordinaire que 
dans les carictatures de l'Anglais parlant français, par exemple 
dans le Mystère de saint Louis. J'y reviendrai dans un prochain 
article sur L'aveugle et son valet. Cette confusion montre qu'il y 
avait une sorte de jargon type appliqué aux étrangers estropiant 
notre lan£:ue. 

4° Dans le glossaire, à côté de godengart : il conviendrait de 
signaler la forme originale : « goedendag » ; c'est l'arme bien 
connue des communiers flamands. 

Gustave Cohen. 

LES « SCIEURS D'Aïs. » 

Il a existé à Rouen, dans la première partie du xvi^ siècle, une 
confrérie dramatique qui s'intitulait « les Scieurs d'ais » et 
reconnaissait comme chef suprême l'abbé des Couards. Dans 
son étude sur la sottie en France (Roniania^ VII, p. 291), 
M. Emile Picot nous a dit le peu que l'on sait de cette 
confrérie : elle nous est surtout connue par la pièce qui porte 
pour titre Les Sobres Sot:( enlremellés avec les Syeurs d'ays. Cette 
« farce moralle et joyeuse », que M. Picot fait avec raison 
rentrer dans le genre sottie et qui n'est pas sans mérite, a été 
publiée en 1872 dans le recueil Fournier '. 

Après avoir noté dans l'expression « Sobres Sots » un jeu de 
mots avec « soubresauts » — calembour inaperçu de Fournier, 
lequel comprenait tout uniment « sots de bonne vie et mœurs^ 
qui boivent peu ou pas du tout », — M. Picot a été moins 
heureux dans l'interprétation de « sieur d'ais. » Il y a là, dit-il, 
« un jeu de mots dont le sens précis nous échappe. » Fournier 
avait déjà renoncé à expliquer l'énigme. Petit de Julleville, 
dans son Répertoire du Théâtre comique Ç1SS6, p. 237), déclare y 
renoncer à son tour. 

Puisqu'il y avait un jeu de mots caché dans a sobres sots », 
on pouvait songer, comme M. Picot, à un autre jeu de mots 
inclus dans « scieur d'ais ». Par exemple la dédicace de la 
Friquassée crotestillonnée, « à très et retresfamé et aft'amé Sieur des 

I. Ed. Fournier, Le Théâtre français avant la Renaissance, pp. 429-437. 



94 MELANGES 

Sieurs d'aiz », pouvait taire penser à une plaisanterie sur les 
deux mots « sieur » (senior) et «scieur» (secator). Ou bien 
encore certaines allusions contenues dans la sottie, jointes à ce 
que nous savons sur la prononciation normande de la consonne 
initiale du mot « scieur », auraient pu évoquer 1 hypothèse 
d'une grosse calembredaine scatologique '. 

Or de telles hvpothcses sont inutiles, et l'expression « scieur 
dais » ne contient aucune équivoque. C'est tout bonnement 
une métaphore, et une métaphore assez pittoresque. 

Personne, je crois, n'a pris garde que l'explication vraie avait 
été donnée dès le xvii^' siècle par le conteur normand Le Métel 
d'Ouville. Voici qu'il nous dit dans une des anecdotes de son 
recueil facétieux intitulé VÉJile des Contes du sieur d'Ouville 
(éd. G. Brunet, t. 1, p. 130) : 

Ce n'est pas chose extraordinaire de voir le mary et la femme s'entre- 
manger, et cela arrive tous les jours, et, si tous les maris qui ont des femmes 
enragées faisoient ce que vous allez oùir en celuy que je vous vay conter, il 
n'y auroit pas tant de scieurs d'ais qu'il y a pour le présent : on apelle ainsi 
ceux qui sont valets de leurs femmes, car avec les scieurs d'ais le maître est 
toujours dessous. 

Cette explication est parfaitement satisfaisante et peut être 
tenue pour définitive, — non seulement parce que d'Ouville 
mérite créance lorsqu'il nous parle des mœurs et manières de 
dire de sa province, mais encore parce que sa définition concorde 
très bien avec celle qui se dégage de la sottie des « Sobres Sots ». 
Fournier avait déjà compris que le rôle des scieurs d'ais était 
surtout « de jouer aux maris malheureux ». Plus exactement, 
les scieurs d'ais sont les maris patients et bonasses, chez qui 
la femme porte les braies et s'entend au besoin à manier Martin- 
bâton. Par exemple, le badin de la sottie décrit un lourdaud dont 
la femme 

Luy faict balier la maison ; 
Souvent el'vous prent un tison, 

I. Voir la note de Fournier (p. 432, col. i, n. 2) aux vers : 

Deçà, delà, en bas, partout, 
Tout est parfumé de sirye. 

Du reste, Fournier a eu la prudence de ne rien conclure de là quant à 
l'étymologie. 



LE PERE MENFOUTE^ET LA <■< MORT DE ROLAND » 95 

Luyjectant au travers la teste, 
En luy faisant telle tempeste 
Tellement qui fault qu'il s'enfuye '. 

Ace portrait, l'un des sots s'écrie aussitôt : 
C'est un des docteurs de sirye. 

Nous comprenons maintenant à merveille l'ironie d'un vers 
dont la signification restait obscure pour Anatole de Montaiglon, 
et qui se trouve dans le Monologue des nouveaidx sot:<^ de la joyeuse 
Bande ainsi que dans le Monologue des sol:( joxeulxde la nouvelle 

Bande : 

Sotz mariez, sotz amoureux, 
Sotz dolentz et sotz langoureux, 
Sot:( maistres comme cieurs d'aicl:^^. 

Ces pauvres « maîtres » avaient toujours le dessous dans leur 
ménage. 

Et ainsi se trouve enrichi d'une locution nouvelle le réper- 
toire déjà riche des plaisanteries inspirées à nos aïeux par les 

petites misères de la vie conjugale. 

E. Philipot. 

LE PÈRE MENFOUTÉ ET LA « MORT DE ROLAND » 

Le Père Menfouté est moins connu que le Père Duchêne^ et 
c'est vraiment dommage. Ce correspondant intermittent de la 
Croix de Limoges a été portraituré dans Lemon^i (n° 155, 
novembre 1909, p. 293), article intitulé : « Un paysan épistolier 
du Limousin », et signé : « Pierre L'Escurol ». 

Le français du Père Menfouté, dont Lemou:(i donne de longs 
échantillons, est étroitement calqué sur le patois, et peut être 
utilisé pour l'étude du lexique et surtout de la syntaxe du patois 
de Limoges, parfois même pour celle du folklore. Je fais à la 
« lettre du P. Menfouté » qu'on lit dans la Croix du 21 avril 



1. Fournier, p. 433, col. i. 

2. Montaiglon, Recueil de poésies françoises, t. III, p. 17 (Monologue des sot{ 
foyeulx). Au 1. 1 de ce recueil (p. 13), Montaiglon publiant l'autre monologue, 
n'avait pas su lire « comme sieux d'ais » et avait fait une conjecture qu'il a 
reconnue plus tard fautive. 



96 MÉLANGES 

1907 l'emprunt de la phrase suivante, où une expression que 
je souligne, mérite d'attirer l'attention des philologues : 

Maintenant, ce qu'ils boivent c'est de la saleté de goutte qui ne vaut pas 
deux liards et qui leur brûle tous leurs pauvres boyaux et qui les feront (sic) 
mourir de la wort de Riniland. 

M. le chanoine Georiies Ardant a bien voulu satisfaire ma 
curiosité, un peu indiscrète, à ce sujet, en m'écrivant les lignes 
suivantes : 

Je connais en etiet un peu le Père Mentouté, et je puis vous renseigner 
sur son compte. Il est de Limoges même, mais il a vécu longtemps dans une 
métairie près de Bevnac, à trois lieues de la ville '. L'expression « mourir de 
la mort de Ranland » signifie pour lui une mort lente et désolée. Quand on 
lui demande Torigine de ce « dire ». il répond que sa défunte mère, née à 
Limoges en 181 3, l'employait souvent. Il n'en sait pas plus long. Je me suis 
demandé quelquefois si ce ne serait pas un souvenir de Roncevaux qui se 
serait perpétué en Limousin. 

La conjecture de .VL le chanoine Ardant est une certitude. Il 
me suffira, pour l'établir, d'emprunter à Gaston Paris une de 
ces notes, d'une érudition sobre et lumineuse, comme il y en a 
tant dans Y Histoire poétique de Charletnaf^ue, et que je prends à 
la p. 273 : 

Dans la Chanson de Roland, Roland ne semble succomber qu'à la fatigue et 
à la rupture des veines des tempes, qu'il s'est brisées en soufflant trop vio- 
lemment dans son cor. Plus tard, il fut convenu qu'il était mort de soif, et 
qu'il ne pouvait perdre de sang par blessure. C'est pour cela que, dans les 
rajeunissements, Ogier conseille de punir Ganelon en l'enfermant dans une 
tour et en lui donnant à manger, mais non à boire : 

De soif morra d'une angoisse mortal, 
Com fist Rollans li ber en Ronsceval. 

TMichel, p. xxn.) 

De là était venu le proverbe mourir de la mort Roland, pour dire : avoir 
grand soif : « NonnuUi... non dubitarunt significare Rolandum... siti miser- 
rime exstinctum ; inde nostri, intolerabili siti et immiti volentes significare 
se torqueri, facete aiunt Rolandi morte se perire (Chanipier, De re cibaria, 
XVI, 5); voy. aussi Rabelais, liv, II, ch. vi. 



I . Beynac est au sud-ouest de Limoges, canton d'Aixe-sur-Vienne, 



LE PÈRE MENFOUTÉ ET LA « MORT DE ROLAND » 97 

Voici quelques observations complémentaires. 

On remarquera que le passage de Rabelais où se trouve 
notre expression vise le pauvre Escolier Limosin, ce qui, dans 
l'espèce, constitue au moins une curieuse coïncidence : « Puis 
ce luy fut un tel remord toute sa vie, et tant tut altéré, qu'il 
disoit souvent que Pantagruel le tenoit à la gorge. Et après 
quelques années mourut de la mort Roland, ce faisant la ven- 
geance divine. » Ce passage de Rabelais est antérieur au témoi- 
gnage de Champier (Jehan la Bruyère), dont le De re cibaria 
n'a éré imprimé qu'en 1560. 

Le Livre des proverbes français de Leroux de Lincy (2^" édition, 
1859), où l'on s'attendrait à trouver quelques références inté- 
ressantes, se borne (t. II, p. 63)11 donner un extrait du com- 
mentaire de Fleury de Bellingen, Étyin. des proverbes frauçois 
(i 6 56, la Haye), p. 47. 

Cotgrave, sous mort et sous roland, a recueilli la locution, 
d'après Rabelais (qu'il invoque expressément) : il la traduit 
par « Thirst, or a dying of thirst ». Antoine Oudin la donne 
encore dans ses Recherches italiennes et françoises, 2^ partie 
(1642), sous MORT et sous ROLAND : « la mort Roland, id est la 
sete ; mort Roland, id est setQ grande 



» 



Depuis lors elle a disparu des dictionnaires, même de celui 
de Trévoux qui a pourtant conservé le juron archaïque mort 
Mahonl Le Trésor de Mistral, dont l'article rouland est une si 
riche contribution à la légende topographique du neveu de 
Charlemagne, ne connaît pas non plus la mort (de) Roland 
comme expression proverbiale. Sans le brave Père xMenfouté on 
aurait hardiment affirmé qu'elle avait complètement disparu de 
la tradition orale. Il n'en est rien, comme on voit, et l'altéra- 
tion même qu'a subi le nom du héros de Roncevaux dans la 
bouche des compatriotes de l'Escolier Limosin est une preuve 
incontestable du caractère profondément populaire de la tradi- 
tion. Dans Ranland il y a manifestement eu assimilation de la 
première voyelle à la seconde. Mais peut-être faut-il admettre 
comme forme antérieure, non pas "^Rouland, mais *Ronnland, 
pour un plus ancien *Ronland. Si l'on se rappelle qu'en limou- 
sin les formes médiévales espatla, matdi, rotlar, « épaule, 
matin, rouler » sont devenues aujourd'hui eipanlo, mandi, 
rounhi, on admettra comme possible que Rotland ait évolué en 

Kontatiia, XXXIX 7 



98 MÉLANGES 

*Ronlanii. Admettre cela, c'est admettre que la tradition limou- 
sine de la mort de Roland plonge directement dans la littéra- 
ture provençale épique la plus reculée sans avoir été contami- 
née par la littérature proprement française, laquelle ne connaît, 
dès les plus anciens textes, que la forme avec / double, Rolland. 
\>aiment, le Père Menfouté a droit à toute la reconnaissance 
des philologues, et les lecteurs ne me sauront pas mauvais gré, 
je crois, de lui avoir tait les honneurs de la Ronia/iia. 

A. Thomas. 



COMPTES RENDUS 



Jessie L. Westox. The Legend of Sir Perce val. Studies upon 
ils origin, dcvelopnicnt and position in the Arthurian Cycle. Vol. il. 
The Prose Pcrceval, according to the Modena nis. London, Nutt, 1909. 
In-8o,xvi-55 5 pages. 

La Romania a rendu compte en son temps (XXXVI, 311) du premier 
volume de rimportant ouvrage de Miss Weston. Le second n'est pas moins 
intéressant que le premier. Il est tout entier consacré au roman en prose connu 
principalement d'après un ms. de la Bibliothèque Didot et que Miss Weston 
appelle le « Percerai en prose ». Il contient d'abord le texte du manuscrit de 
ce roman conservé à la bibliothèque de Modène. G. Paris avait songé à publier 
ce manuscrit — y joignant une nouvelle édition améliorée du manuscrit Didot 
— pour la Société des Anciens Textes ; ce projet ne s'étant pas réalisé et la 
copie faite dans le temps à Modène pour G. Paris n'ayant pas été retrouvée, 
Miss Weston imprime ici le texte de Modène d'après une copie faite par elle- 
même. Le texte Didot différant trop pour qu'il fût possible de donner régu- 
lièrement les variantes de celui-ci, elle s'est bornée à en donner la leçon pour 
les passages importants. Elle a ajouté en outre comme spécimen quelques pages 
du début de ce manuscrit, afin que le lecteur pût se rendre compte de l'in- 
contestable supériorité du manuscrit de Modène. 

Le reste de son volume se compose d'un commentaire analytique de 
ce Perccval en prose : Miss W., reprenant les épisodes l'un après l'autre, 
s'efforce de montrer, d'abord que ce roman est la mise en prose d'un écrit en 
vers ; ensuite que ce roman en vers était bien, ainsi que l'avaient admis 
Birch-Hirschfeld et G. Paris, l'œuvre de Robert faisant suite aux deux autres 
parties, Graal et Merlin. 

Miss W. admet la justesse de l'objection qu'on a faite depuis longtemps à 
cette hypothèse : la troisième partie de la trilogie ne correspond pas à ce qu'on 
pouvait attendre d'après ce que dit Robert de Borron lui-même à la fin de la 
première partie ; il ne raconte pas dans le Perceval ce que, d'après ses pro- 
messes, il devrait raconter. Miss W. résout cette difficulté en supposant que 
Robert aurait changé de plan : au lieu de raconter simplement l'histoire du 
Graal, il aurait combiné un roman sur le Graal déjà existant, avec un cycle 



100 COMPTES RENDUS 

historique relatif à Arthur (p. 129). Il est naturellement possible qu'il ait eu 
primitivement d'autres intentions, qu'il se soit proposé réellement de conter 
en détail l'histoire du Graal et de ses gardiens ; en fait, il arriva que le Graal se 
subordonna (dans son esprit) à la tradition arthurienne, que Perceval fut rejeté 
dans l'ombre par Arthur et que les mystères du Roi Pécheur cédèrent en 
importance aux mvstères de Merlin et à la gloire de la vie triomphante et du 
départ mvstérieux d'Arthur. Ceci est très vraisemblable ; ceux qui, comme 
l'auteur de ces lignes, ne croient pas à l'existence d'une histoire détaillée du 
Graal et de ses premiers gardiens, antérieure à celle de Robert, peuvent ajou- 
ter à la supposition de Miss W. cette autre hypothèse, que Robert de Borron, 
esprit plus ingénieux que fécond, plus capable de combiner des données 
connues que d'en inventer de nouvelles, s'était proposé un plan trop vaste : 
ne se trouvant pas en état de raconter les merveilleux détails sur les premiers 
gardiens du Graal, qu'il avait promis, il se serait rejeté sur Merlin et Arthur. 
En tout cas, il est clair que, quel qu'en soit l'auteur, le récit primitivement 
versifié, qui est à la base du Perceval-Didoi et du Perceval de Modène, est 
ancien, vu que la trilogie Graal-Merlin-Perceval suivie de la Mort d'Arthur a 
évidemment servi de modèle aux romans développés de l'époque postérieure, 
le Grand Saiiit-GraaJ, le Merlin et la Mort d'Arthur, qui forment le prologue 
et la suite de ÎMncclot. Sur ce point de l'importance capitale de la trilogie pour 
le développement postérieur des grands romans en prose, Miss W. est d'ac- 
cord (p. 4) avec M. Brugger, que, du reste, elle combat souvent, notam- 
ment en ce qui concerne les rapports entre le Perceval en prose (Modène 
et Didot) et Wauchier de Denain. Elle maintient que le /'^yrcz'a/ en prose n'a 
pas puisé dans Wauchier les épisodes qu'il a en commun avec celui-ci, 
particuliérem.ent celui de la Demoiselle aux échecs (Percez'al de Modène, p. 31 et 
suiv.). 

L'argumentation de Miss W., fondée à la fois sur des considérations chro- 
nologiques et sur l'examen des détails des deux récits, mérite toute l'attention ; 
et elle est certainement plus logique que celle de M. Brugger, qui admet l'an- 
tériorité de la trilogie sur les autres romans en prose et la déclare en même 
temps inspirée par Wauchier de Denain dont l'œuvre, d'après les données 
établies par M, P. Meyer, ne remonte pas très haut. 

Également intéressante est l'hypothèse de Miss W . d'après laquelle Robert 
de Borron, pour les parties de sa trilogie qui concernent Arthur, et particu- 
lièrement pour l'histoire de ses dernières guerres et de sa fin, se serait servi, 
non de Wace, mais d'un poème perdu, où l'histoire d'Arthur était racontée 
dans le style et l'esprit des chansons de geste. Elle, se demande si l'auteur de 
poème mvstérieux n'était pas ce Martin de Rochester cité dans le Merlin en 
prose. 

En revanche, je ne puis la suivre dans ce qu'elle dit sur l'épisode de 
Méliandehs dans le Perceval en prose. Miss W. arrive à la conclusion que 
Robert de Borron n'a emprunté cet épisode ni à Chrétien, ni à la source immé- 



L. WESTON, The kgcnd of Sir Perceval loi 

diate de Chrétien, le poème Chaslel nierveilleus, mais à une version du grand 
tournoi du Chastel Orguellons combinée avec des éléments qui donnèrent plus 
tard la forme du récit dans Chastel merveillcus (p. 241). Voilà bien des com- 
plications. A mon avis, le récit du Perceval en prose est pris dans Chrétien, 
avec substitution de Perceval àOauvain, comme héros de l'aventure, et l'épi- 
sode, dans le poème de Chrétien, est un de ceux qui portent le plus nettement 
le cachet de l'invention de celui-ci. Le récit de Wauchier (Chastel orguellous) 
que cite Miss W., me paraît également une imitation du même épisode du 
Chrétien, avec adjonction d'éléments pris d'ailleurs'. L'auteur du Perceval 
connaît d'ailleurs Chrétien ; il le nomme expressément (II, 68). 

En général, Miss W. me semble avoir une tendance à déprécier Chrétien, 
comparé au Perceval en prose. Elle dit (p. 2) que, dans le Perceval en prose, 
« \ve are touching the very heart of the Grail problem, whereas Chrétien's 
poem, far more important from a literary point of view, lies only on the 
outer edge. » — La question dos rapports entre le récit du Perceval, en ce 
qui concerne le Graal, et celui de Chrétien, est complexe et difficile et je ne 
me charge pas de la tirer au clair ; je citerai cependant un point qui a son 
importance et où le Perceval est certainement inférieur à Chrétien. Chez 
celui-ci, la visite du héros au château mystérieux du Roi Pécheur est entière- 
ment imprévue, non préparée ; on comprend donc que le jeune homme, qui 
ne saisit pas l'importance de ce qu'il voit et se souvient de la recommanda- 
tion qui lui a été faite de ne pas faire de questions indiscrètes, néglige de 
poser les demandés essentielles sur la Lance et le Graal. Dans le Perceval, au 
contraire, au moment solennel où le héros vient de s'asseoir à la place vide 
(// lias vins) de la Table Ronde % on entend (Miss W., II, 21, 22) une voix 
qui parle du Graal et du Roi Pécheur et qui annonce que le Roi ne sera guéri 
de sa maladie que lorsque le meilleur chevalier du siècle aura été conduit 
par Dieu à sa demeure et aura fait la question relative au Graal. — Or, plus 
tard, Perceval, averti si expressément, une fois arrivé chez le Roi Pécheur, 
n'en néglige pas moins de faire la question (p. 59^. Il est évident que, dans 
cette forme du récit, le héros se conduit en parfait idiot et que la version de 
Chrétien est bien supérieure. 

A propos des parties du Perceval en prose qui traitent du Graal, Miss W. 
revient sur la question du Graal en général. Reprenant des idées qu'elle avait 
indiquées dans son premier volume (p. 330-331) et développées dans un 
article de la revue anglaise Folk-Lore, t. XVIII (année 1907), elle arrive à la 



1 . Il est toujours possible que le nom de Melian de Lis soit ancien et cel- 
tique ; voir Miss W,, I, 306. Toutefois ce n'est pas du nom qu'il s'agit ici, 
mais des détails de l'aventure. 

2. L'explication que donne Miss W. de l'origine de cet épisode à l'aide de 
la continuation de Chrétien par Gerbert (II, 140, 141) est extrêmement ingé- 
nieuse. 



102 COMPTES RENDUS 

conclusion que le Graal n'est pas primitivement d'origine chrétienne et se 
rattache aux rites de la végétation, rites étudiés par M. Frazer dans son 
Golden Boui^b. Pour elle, le récit qui contient le plus d'éléments primitifs est 
celui de Wauchier, où c'est Gauvain qui arrive au château du Graal (édit. 
Potvin, V. 19.655 et suiv. ; comp. Miss W., II, 260, note). Le détail de ce 
récit — un corps mort sur une hiére, des femmes qui pleurent, la disparition 
de la végétation par suite de la mort de celui qui est dans la bière et la restau- 
ration de la V. gétation, par suite la question faite, relative au Graal — , tout cela 
suggère les céré nonies d'un culte de la végétation, analogue à celui d'Adonis» 
de Tammuz, d'0>iris, etc. Pour Miss VV., ce culte aurait reçu un développe- 
ment dans un double sens : d'un côté, il aurait revêtu, comme ce fut souvent 
le cas pour ces cultes de la végét ition, un caractère phallique, la Lance deve- 
nant le svmbole de l'élément mâle, le Graal (coupe), celui de l'élément 
femelle ; de l'autre côté, il aurait pris un sens élevé, la Queste du Graal étant 
devenue la recherche des sources de la Vie. Il serait ainsi devenu un élément 
d'occultisme, de théosophie ; et ce caractère se serait développé d'autant plus 
que, les Celtes s'étant faits chrétiens, un pareil culte ne pouvait se célébrer 
que dans le mystère. La première visite de Perceval au château du Graal 
serait ainsi, comme l'a déjà vu Heinzel, le récit d'une initiation manquée. 
Miss W. donne ici une explication occultiste du « Roi Pêcheur » : je ne la 
suivrai pas sur ce terrain, où les non-initiés risquent fort de s'égarer. 

Il s'agit de savoir ce que vaut cette interprétation dans son ensemble, en 
dehors de la valeur de tel détail douteux. Je dois dire d'abord que je suis abso- 
lument convaincu, comme Miss W., que le Graal et ce qui s'y rapporte ne 
sauraient s'expliquer uniquement par des éléments chrétiens : l'échec d'un 
homme aussi savant et ingénieux que Heinzel le prouve suffisamment. Je n'ai 
donc contre l'hypothèse de Miss W. aucune objection de principe ; voici cepen- 
dant quelques obser\'ations. 

D'abord, le corps mort et les femmes qui pleurent ne sont directement mis 
en rapport avec l'apparition du Graal que dans le seul récit de Wauchier. 
Chez Chrétien et Wolfram, on trouve aussi une jeune femme (la Sigune 
de Wolfram) pleurant sur un corps mort ; cependant, si cet épisode suit de 
près celui de la première apparition du Graal, il n'en fait pas réellement partie. 
Il reste toujours possible que Wauchier ait réuni dans un seul tableau deux 
conceptions originairement distinctes. En outre, a-t-on la preuve que les 
Celtes se soient jamais représenté le génie de la végétation sous forme 
humaine ? 

Des cultes analogues à ceux qu'étudie Miss W. se trouvent chez bien des 
peuples ; mais le plus souvent le Dieu tué et pleuré est thériomorphe. Un culte 
comme celui d'Adonis est une exception, dénotant un stage élevé de la reli- 
gion agricole ; est-il certain que les Celtes y aient atteint? Plus rare encore 
est le développement philosophique et moral donné à ce culte. Des rites 
agraires, comme ceux que Miss W. a en vue, se trouvent, Mannhardt et 



j. AXGLADE, Le hoiihiidouy Rignnf de Barbeiieux 103 

M. Frazer l'ont montré, chez presque tous les peuples agricoles ; mais ce n'est 
que chez quelques races du bassin oriental de la Méditerranée qu'on observe 
le côté moral du culte qu'exige l'hypothèse de Miss Weston. 

Voilcà bien des objections. D'un autre côté, il faut admettre que l'hypothèse 
de Miss W. expliquerait naturellement pourquoi le Graal et la Lance sont si 
souvent associés, ce que ne fait pas la supposition qui voit dans le Graal sim- 
plement un vase merveilleux, faisant partie du monde surnaturel de la mytho- 
logie celtique '. 

11 nous semble que, comme d'autres qui ont écrit avant elle sur le Graal, 
Miss W. y ait cherché trop de profondeurs et de mystères. Son travail, indé- 
pendamment de la lumière qu'il répand sur le Percerai en prose, n'en est pas 
moins très utile et très suggestif. Le détail avec lequel nous le discutons 
prouvera, nous l'espérons, à Miss Weston la valeur que nous v attachons. 

G. HUET. 



Le troubadour Rigaut de Barbezieux, par J. Anglade. 
La Rochelle, impr. nouvelle, 1908. In-80, 20 pages (publication de la 
Société des Archives historiques de ht Saintonge et de VAunis). 

Rigaut de Barbezieux est un troubadour non dépourvu de mérite, sur lequel 
l'attention s'est mainte fois portée, depuis qu'on eut remarqué qu'il était le 
héros d'une des Cento novelle antiche (n° LXIVde l'édition Gualteruzzi, 1525). 
M. Ant. Thomas a publié en 1880 (Giornale di Filologia romança, 0° 7, p. 15), 
d'après le chansonnier florentin xli 42, une ra^o provençale qui est la source 
de la nouvelle italienne. M. Anglade a résumé, dans sa monographie, ce que 
l'on sait de ce troubadour, non pas complètement, cependant. Je ne sais s'il 
a connu le travail de M. Thomas, mais sûrement il n'a pas mis à profit les 
observations que G. Paris a présentées sur Rigaut de Barbezieux à propos 
de Guillauiiie de Dole (p. cxx de l'édition de la Société des anciens textes). 
Il n'a pas pensé non plus que, dans un travail de vulgarisation, il y eût 
place pour des recherches nouvelles. Cependant, puisque le mémoire de 
M. A. a été publié par la Société des Archives de la Saintonge, notons en 
passant que, dans un volume déjà ancien de cette Société, est mentionné un 
« Rigaudus de Bcrbezil », témoin en 1 1 16 à un acte en faveur de Fontevraud 
{Arch. de la Saint., VU, 27); qu'un « Willelmus Testaudi, filius Rigaudi de 
Berbezillo », confirme en 1 163 une donation à l'abbaye de la Couronne (z7?/^., 
257). Il s'agit probablement du père du troubadour plutôt que du troubadour 



I. Il est cependant remarquable que, dans la tradition irlandaise, la race 
mythique des Tuatha de Danann possède quatre objets merveilleux, dont la 
lance de Log et un chaudron magique. Ici encore, le vase (ou chaudron) et 
I4 lance sont associés, sans qu'il v ait signification nettement agricole fMiss 
W., t. II, p. 514, 315 ; note communiquée par M. Nutt.). 



104 COMPTES RENDUS 

lui-même ; en tout cas il y aurait lieu de faire quelques recherches sur le per- 
sonnage : de même aussi sur Jofroi de Taunai, mentionné dans la Biographie, 
et sur lequel Chabaneau (Biographies de trouhidours, p. 45, n. 3) a déjà signalé 



un témoignage. 



M. Anglade a traduit, avec assez d'exactitude, quelques-unes des pièces de 
R. de Barbezieux, et nous devons lui en savoir gré; çà et là toutefois les tra- 
ductions manquent un peu de précision ou d'élégance. « Indiscrétion »pour 
trop parJiir et fais JiV^, est h'iblt (A tressi corn ïolifaus'). Ces mots : Si d'amor 
nous soie ne veulent pas dire : « Si vous ne vous souvenez pas de notre 
amour ». mais c si vous ne vous laissez pas conduire par l'amour », ce qui 
équivaut à (» si vous ne me témoignez pas quelque amour ». 

Il v aurait aussi place pour quelques remarques d'histoire littéraire. Les 
poésies de R. de Barbebieux furent connues en Italie, puisque l'une d'elles, on 
Ta vu, figure dans le Noi-ellino, puisque, d'autre part, plusieurs sont insérées 
dans des chansonniers écrits par des copistes italiens : M. A. le dit avec rai- 
son. Mais il n'était pas inutile d'ajouter qu'un poète italien, Chiaro Davanzati, 

a imité de très prés Riçaut de Barbezieux ^ 

P. M. 



Jean d'Abondance, A study of his life and three of his AVorks, 

by D. H. Carnahan. Universitv press, Urbana-Champaign (Univer- 
sity of Illinois Bulletin, September 1909). 

Nous avons rendu compte en son temps d'un long mémoire de M. Car- 
nahan sur le prologue dans les mystères français et provençaux {Rom., 
XXXV, 135). Ce mémoire était mal composé et apportait peu de résultats 
nouveaux. La nouvelle publication du même auteur n'est pas en progrès 
sur la précédente. Après un résumé de ce que l'on sait sur Jean d'Abon- 
dance et quelques remarques sur sa versification et sur sa langue, M. C 
nous donne le texte de trois de ses pièces : le Mysfcre des trois rois, la Mora- 
lité de la Passion, c nommée sccuudum legem dehet morin, et le Testament de 
Carmen traiit. Cette publication, si elle était bien faite, serait fort utile, parce que 
les manuscrits ou éditions anciennes qui en ont fourni la matière sont 
rares et ne sont guère accessibles qu'à Paris. Malheureusement M. C. s'est 
borné à imprimer, avec peu de soin, des copies qui ne sont pas toujours 
exactes : il n'a fait aucun effort pour éclaircir ou restituer des textes 
souvent obscurs, parfois corrompus. Il n'a même pas pris la peine de pré- 
parer ses textes en vue de l'impression. Les accents sont mis au hasard. 
Aux vers 22, 23, 25, 28, 35 du Mystère des trois rois (p. 28), les mots 



I. Voir C. de Lollis, dins le Giornale Stor. delïa Letter. ital., SuppL I 
(1898), pp. 87, 91-3,97. 



CARNAHAN, Jean d' Alwidance 105 

doré, modéré, tempéré, vérité reçoivent l'accent aigu, mais aux vers 29, 30, 32, 
etc., les mots noiivelleté, ar reste, esté, qui riment avec les précédents, ne l'ont 
pas. Il en est de même de l'apostrophe, dont l'emploi est tout à fait capri- 
cieux. Dans la même pièce il y a un rôle comique, celui du vilain, qui est écrit 
en un patois du Midi ; on sait que Jean d'Abondance était du Pont-Saint- 
Esprit (Gard). Ce rôle est extrêmement corrompu dans l'unique manuscrit 
que l'on connaisse du mystère, et il ne semble pas que M. C. s'en soit 
aperçu, car il imprime, sans aucune remarque, des phrases entièrement 
dénuées de sens. Ce manuscrit (Bibl. nat. Nouv. acq. fr. 4222) est une copie 
en belle italique du xviiie siècle, dont on ne connaît pas l'original. 
Le calligraphe qui a exécuté cette copie ne comprenait pas toujours 
bien le texte français, et, assurément, ne comprenait pas du tout les vers 
patois. Cependant il n'est pas responsable de toutes les fautes de l'édition. 
Ainsi, au v. 81 : quand io vous vey tant jevragos ; il faut lut ferragos, qui 
paraît être un dérivé de férus, « farouche ». L'erreur est venue de ce que 
l'écrivain a deux façons de figurer l'r, et l'une de ces façons, si l'on n'y 
regarde pas de près, ressemble à un v. De même au vers 85, Vous uoi 
favia de pour movi, il faut lire faiia (feriez), mon'. Mais là même où le 
copiste du xviiie siècle est en faute, il était souvent facile de retrouver la 
bonne leçon. Ainsi, v. 89, /a cometan, Vire Jaconictan, nom de femme avec la 
forme d'accusatif en an. V. 90, en mal au Dieu ta mette, lire an, te. V. 97, 
Cil qui tout fit nous conduire. Outre que l'infinitif conduire ne se comprend 
pas, il faut observer que la rime correspondante est a, donc conduira. V. 105, 
Tout vostre bernage est japint. Qu'est-ce que japint ? Comme la rime cor- 
respondante est plaist, il faut cornger ja près t. Inutile de poursuivre cet errata: 
il est visible que l'éditeur n'était pas suffisamment préparé à sa tâche. 
L'introduction est assez pauvre et peu originale : il n'y a rien sur les sources 
des pièces publiées, ni sur les mystères ou moralités qui ont été composés sur 
les mêmes sujets. Ce qui est dit de la versification est bien issuffisant. Ainsi 
M. C. n'a pas remarqué que les vers 2034-2061 forment une ballade, avec 
l'envoi {Prince régnant en ta haute maison...). Çàetlà quelques erreurs. Après 
avoir dit qu'il n'existe qu'une seule copie du mystère des Trois rois, le ms.B.N. 
nouv. acq. fr. 4222, qui afiguré à la vente Baudeloque (Baudelogue, p. 15, est 
une faute d'impression), M. C. ajoute, sans voir la contradiction, qu'il existe 
un autre ms. « sous le no 3387 avec la date 1541 », et attribue cette assertion 
à Ed. Fournier. Mais ni Fournier ni Petit de Julleville, que M. C. cite encore 
à ce propos, n'ont rien dit de pareil. Le n» 3387 est celui sous lequel le 
catalogue La Vallière (1783) enregistre un exemplaire des Trois rois, qui est 
peut-être identique à celui de la Bibliothèque nationale. Le catalogue La 
Vallière ne donne pas la date 1541, qui doit avoir été tirée d'un exemplaire 
aujourd'hui perdu. P. 26 ^L C, après avoir mentionné l'exemplaire du 
Testament de Carmentrant qui appartient à la Bibliothèque nationale, ajoute : 
« The original copv came from the library of the late Baron de Rothschild 



I06 COMPTES RENDUS 

(no 1086) ». Qu'est-ce que cela veut dire? L'exemplaire de la Bibliothèque 

Rothschild et celui de la Bibliothèque Nationale sont indépendants Tun de 

l'autre. 

En somme, l'édition est entièrement à refaire. 

P. M. 



Géraud Lavergne, archiviste paléographe. Le parler bourbonnais 
aux XIV'^ et XV'^ siècles. Étude philologique de textes inédits. Paris, 
Champion; Moulins, Grégoire, 1909. Petit in-40, 176 pages. 

Il arrive trop rarement que les élèves sortant de l'Ecole des chartes con- 
sacrent leur thèse à la philologie du moyen âge pour qu'on ne félicite pas 
M. G. Lavergne de l'avoir fait, mais il faut reconnaître que cet ordre d'études 
offre des difficultés qu'ils sont bien rarement en état de surmonter. L'auteur 
s'est trop hâté de publier la thèse qu'il avait présentée récemment pour obte- 
nir le diplôme d'archiviste-paléographe et qui lui avait valu quelques éloges 
tempérés par beaucoup de critiques ; elle demandait une sévère révision qu'il 
ne paraît pas avoir eu le courage de lui faire subir, et, dans l'état où il la 
livre au public, elle ne rendra pas à la science tous les services qu'on était en 
droit d'en attendre. Il faut le déclarer franchement, les considérations géné- 
rales dont l'auteur fait suivre son travail, sous le titre ambitieux de « les résul- 
tats et la question des patois », n'ont aucune portée, parce qu'elles ne s'ins- 
pirent que d'idées vagues et superficielles. La seule partie solide de cet 
élégant volume est celle qui est consacrée à l'édition d'une centaine de chartes 
ou comptes, allant de 1245 à 1325, d'après les originaux conservés aux 
Archives nationales dans les Titres de la maison de Bourbon '. Cette édition 
est généralement faite avec soin, bien qu'une collation attentive des origi- 
naux révèle par-ci par-là un certain nombre d'inadvertances vénielles^. 

M. L. a fai^ suivre ses textes d'une Phonétique assez ample et d'une Mor- 
pJx)logie réduite à la plus simple expression. 

Les vovelles sont réparties en toniques, toniques secondaires (terme qui n'est 
pas très clair, et dont il fait une application parfois maladroite) et atones. Quand 



1 . Il est regrettable que l'éditeur n'ait pas pris le soin de numéroter ses 
documents : les renvois y gagneraient en précision. 

2. Dans l'acte de mai 1268 qui est publié p. 23-24, la préposition issue du 
lat. in est écrite dix fois ^;7 au lieu de an, leçon de l'original ; les mots de ma 
dite dame ont été passés (dern. ligne de la p. 23) ; on a imprimé plusieurs fois 
par au lieu de por ; le mot covenances a été transformé en contenances ; on a lu 
seigneur une forme abrégée qui doit être lue seignor. — Dans l'acte suivant, 
de même date, on a lu plusieurs fois on au lieu dtou ; une fois davam, au lieu 
de devam ; ni'unt au lieu de n'unt, ce qui altère gravement le sens. — Dans 
l'aae de 1301 publié p. 72, il faut lire Kahos et non Rahoi\ fyé, et non fié \ 
an tesmoyng et non au tesmoyng. — Dans l'acte de 1301 publié p. 83, ha, du 
verbe haioir, a été passé à la ligne 1 1, et sau paraît être un nom propre. 



G. LAVERGNE, Lc parler bourbonnais 107 

il dit « voyelle entravée », il le dit parfois à contresens, comme lorsqu'il 
s'agit de Va antétonique des mots latins Caprasius et capreolus (p. 1 17). 
La distinction entre les trois classes laisse parfois à désirer, comme, par 
exemple, quand il cite le participe estaiihli (p. 109) à propos de 1'^/ tonique, 
et qu'il confond (p. m) le suffixe -irie (où l'accent tonique porte sur Vi qui 
suit l'r) avec le suffixe -cre ou -iere qui correspond au latin -aria (accentué 
sur Va qui précède 1'/). Au lieu de partir toujours du type latin, il lui arrive 
de partir du français ordinaire, et il écrit, par exemple (p. m), cette phrase 
bizarre : « Dans doyen, le son en est passé à an à Verneuil : deans, etc. », 
De même, au lieu de dire que Ve latin ne se diphtongue pas dans les repré- 
sentants de Pëtrus et de rétro, qui sont Père et rere, il dira que « la diph- 
tongue ic se réduit à ë » (ibid.). Il se trompe parfois sur la qualité des voyelles 
en latin : le premier élément du mot preiidonies est cité sous ouvert, bien 
qu'il remonte au type prôd- (p. 115), tandis que les formes qui corres- 
pondent au français normal bois sont énumérées sous fermé, bien que le type 
soit certainement *bôscum et non *bôscum (p. 116). Il n'a pas reconnu 
que la forme senher, qui figure dans une liste de vassaux de 1300 à 1301 
(p. 70), est un nominatif correspondant au latin senior, et il l'enregistre, sans 
commentaire, sous fermé tonique (p. 116). La forme /^y/o, qui figure deux 
fois dans une charte de 1301 (p. S4), est mentionnée (p. 120) comme témoi- 
gnant de la conservation d'un atone final : en réalité teyllo ne représente pas 
le mot primitif *tilium u tilleul », mais le diminutif * tiliolum, où 1'/ du 
suffixe a disparu. Parmi les mots où a final latin est conservé on voit avec 
étonnement figurer arcepretra(p. 119). 

Mêmes confusions dans la phonétique des consonnes. Qiie peut bien être le 
rétablissement dans la graphie d'une consonne qui manque étymologique- 
ment, comme dans compte <comitem et septers <;sextarios (p. 121)? A 
l'article de Vf, l'auteur cite parroefes, dont le type classique est paroecias 
(p. i2i).Le: mot coud hues (p. 54), qui représente condecimas, est confondu 
avec cosdumes (p. 75) et codumes (p. 99), qui viennent de consuetudines 
(p. 122). Le d de vende, perde, etc., est présenté au lecteur comme un J inter- 
vocalique (p. 123). Les iormts wexhsXts conoeschons et puiche, où le (;/; correspond 
à un c latin d'origine morphologique, reçoivent cette explication superficielle 
et inexacte : (f au milieu d'un mot, s sourde passe quelquefois à ch» (p. 124). 

Comme je l'ai déjà dit, la morphologie, qui tient en 4 pages, est tout à 
fait insuffisante. La déclinaison des substantifs et des adjectifs y est expédiée 
en six lignes (p. 1 3 1). La préposition atnhes, enhes y est classée comme nom de 
nombre (p. 132). La conjugaison, particulièrement intéressante, tient tout 
juste une page, qui n'est pas exempte d'erreurs : la plus criante est celle qui 
fait prendre à l'auteur les participes passés /^oi» et vosii pour des parfaits (i 33). 
Il n'a pas reconnu dans le rendoient <\e la p. 36, le subj. présent si caractéris- 
tique des textes français et franco-provençaux de l'est et du sud-est (voir 
Meyer-Lùbke, Gramm. des lang. row.,II, § 146). lia classé à tort les premières 



loS COMPTKS RKNDUS 

pers. sing. de l'indicatif présent ohlio et usa, dont il a cependant reconnu la 
dépendance vis-à-vis du « moyen-rhodanien »(p. 120), dans la phonétique 
au lieu de les étudier dans la morphologie et de les mettre en rapport avec 
un îlot franco-provençal que nous révèlent certaines cartes de V Atlas liuguis- 
tiquf «/<• Aj France àc MM. Gilliéron et Hdmont sur les confins de l'Auvergne et 
du Bourbonnais, aux points 801 (Saint-Kloi-les-Mines) et 802 (Chantelle). 

D'une la^on générale, on regrettera que M. L. ne soit pas plus familier 
avec l'état linguistique actuel de la région qu'il a étudiée '. A quoi bon énu- 
mérer, comme il le fait (p. 140- 141), avec un dédain prétentieux, les publica- 
tions dont le patois bourbonnais a été l'objet jusqu'ici, s'il n'a pas eu d'abord 
le souci de s'en pénétrer ? Personne n'apprécie plus que moi les services 
incomparables que peut nous rendre V Atlas linfiuistiqtte de MM. Gilliéron et 
Edmont. mais je n'irai pas jusqu'à dire, avec l'auteur (p. 140) : « on n'en 
saura peut-être jamais plus que ce que nous en apprend V Atlas linguistique ». 
Je ne sais pas ce qu'on pourra savoir un jour, mais je sais que dès maintenant, 
même sans aller sur le terrain, on en peut savoir plus. 

Le volume de M. L. se termine par une « Table des noms de personnes 
et des noms de lieux » dressée avec soin et contenant toutes les identifications 
désirables ^ Il est fâcheux qu'il n'y ait pas joint un index lexicographique et 
une carte. 

A. Thomas. 

Arsène Darmesteter, Les gloses françaises de Raschi dans la 

Bible, accompagnées de notes par Louis BrandiiN' et précédées d'une 
introduction par Julien Weill. — Paris, Durlacher, 1909. ln-8^, 148 pages 
^Extrait de la Rei'ue des études juives, 1907- 1908). 

Arsène Darmesteter se proposait, au début de sa carrière scientifique, de 
publier ce qu'il appelait les « glosses », c'est-à-dire les mots français transcrits en 
caractères hébreux qui figurent dans les commentaires des rabbins du moyen 
âge sur la Bible et le Talmud. Parmi ces rabbins, le plus célèbre est Rabbi 
Schelomô Içaki, dit Raschi, né à Troyes en 1040, mort en 1 105, et c'est à son 
oeuvre que s'était d'abord attaqué Darmesteter. Il écrivait dès 1872 : « Nous 
avons commencé par l'étude des glosses de Raschi, étude bientôt achevée '... » 



1. Une fois cependant, par une heureuse exception, il a rapproché les fémi- 
nins pluriel en -eis, d'une charte de Verneuil, des pluriels en -ais qui figurent 
dans la traduction de la fable de l'Enfant prodigue en patois d'Ébreuil faite 
en 1808. U Atlas liuguiitique fournit des rapprochements plus étendus pour 
ce curieux phénomène. 

2. Il manque cependant le nom de rivière Berbe (p. 54), aujourd'hui la 
Bêbre. Le Chaleaunuf dont était seigneur Pierre de Pierre-Buffière Tp. 87) 
n'est pas Châteauneuf-sur-Cher CAllier), mais Châteauneuf (Haute-Vienne). 

3. Romauia, I, 147. 



A. DAKMKSTHTHR, Lcs gloscs Jrançiiist's de Raschi 109 

Mais il mourut en 1888 sans avoir pu mettre la dernière main à cette étude. 
On a trouvé, dans ses papiers un recueil de cahiers contenant les « glosses » 
ou « loazim » de Raschi sur la Bible avec toutes les leçons des manuscrits '. 
C'est ce travail qui est donné aujourd'hui au public par les soins de M. J. ^^'cill, 
avec un connnentaire très sobre, mais ordinairement très bien compris de 
M, L. Brandin, que ses travaux antérieurs préparaient tout particulièrement à 
l'accomplissement do cette tâche délicate. Après une description des manu- 
scrits, due à Darmesteter, les loa^ini se suivent dans l'ordre même des livres 
de la Bible ; une table alphabétique termine le volume ; elle comprend environ 
980 mots ou formes. 

On regrettera que M. Brandin n'ait pas eu le loisir de faire une étude pho- 
nétique portant sur l'ensemble de ce riche vocabulaire, que son caractère 
archaïque sutîit à recommander à l'attention des philologues. Le / latin inter- 
vocalique y est toujours représenté par un J : afkhiedc 39, aladoir 57, aiicol- 
p^J^ 99, auforcede 42, etc. (la lecture scmonçèe 58 doit être considérée comme 
fautive). Le d dans la même position reste d : adesmai 126, udesmerinl 48, 
desadarsismes 80, pedoljjere 16, etc. Malheureusement, pour mainte particula- 
rité phonétique, l'incohérence des leçons et le manque de correspondance 
fixe entre les caractères hébreux et les caractères français empêchent d'arriver 
à des résultats très précis. 

Raschi cite parfois expressément des termes allemands ; il aurait été bon de 
les grouper ou du moins de les marquer comme tels dans l'index. Je relève 
les suivants : ustlx)k (ail. stock ?), domiUine ou dojjlatnc, sorte de mesure (ail. ?) 
hévtle, plafond (ail. himtnel, proprement « ciel »), sapreitd, armoire (moy., 
ail. schdj[rt'ite), sigla, voile (ail. segel), vclos, radeau (ail. Jhss), vindaJstein, 
escalier tournant (ail. ivendelstein, pour n'indelstige }) 

Voici quelques remarques touchant les mots proprement français, soit sur 
le texte, soit sur les notes de M. B. Elles donneront une idée de l'intérêt que 
présente ce recueil et du profit qu'en peut tirer la lexicographie française. 
P. y, acûveler. L'étymologie par accu bitare, indiquée en note, n'est pas 
admissible pour des raisons phonétiques évidentes. — -P. 10, Jîoke'ydc » manteau 
de poil » ne paraît pas se trouver ailleurs (le prov. mod. floucado signifie sim- 
plement « touffe ») ; le mot est bien expliqué en note par le type floccata , 
mais il fallait imprimer * floccata), — P. 11, koldrcld note a le tort de faire 
croire que coudre n'est plus usité en français à côté de coudrier. — P. ii.des- 
toled, qui correspond à « il s'écarta », fait l'objet de cette étrange note : 
9 parfait en edit de *distillare, qui est resté en français sous la forme de 



I. Les éditeurs auraient rendu un service signalé aux romanistes en trans- 
crivant toutes ces leçons en caractères français, au lieu de se borner à trans- 
crire la première, qui n'est pas toujours la bonne. Darmesteter avait tout 
transcrit, mais la Revue des étiuies juives a imposé, paraît-il, cette amputation. 



IIO COMPTKS RFXDrS 

détaler ». Il est clair que *distillare est une faute d'impression pour *dis- 
tollare, puisque plus loin. p. m. on explique l'infinitif (/«'.Wo/rr, par *dis- 
-}- toUare ; mais dcitoler ne peut remonter au latin vulgaire, c'est une 
déformation (relativement récente et particulière à Raschi, à ce qu'il semble) 
du tvpe primitif *distollere. Dcstokd ne peut être que le participe passé 
correspondant à cet infinitif refait (le parfait en -cdit, s'il existait, serait des- 
tolied) ; rinfinitit usuel destolir n'est pas primitif non plus, mais il remonte 
plus haut assurément que *dcstolfr. Quant au verbe actuel détaler, la ne m'ex- 
plique pas ce qu'il vient faire ici. — P. 15, assoniaU « la limite [des mon- 
tagnes] », ne correspond pas au type latin *summ -\- i eu lu m, mais à 
•assummaculum, comme afublail îi + * affibulaculum ; cf. plus loin 
(p. 24, iiX.c.),assoinajjl, eta<omayl « limite », asenayl « but », dans le Gl. hc'br.- 
fratiç,, édit. Brandin et Lambert. — P. 17, olbcs « de la cendre de charhous de 
four ». M. B. rapproche justement cette forme de olve, qui se trouve dans le 
Gl. Ih'br.-frauç. {d. Remania, XXXV, 447 et XXXVIII, 364) et il ajoute : 
« je ne sais quelle est l'étvmologie. » J'ai fait récemment la même déclara- 
tion, mais M. Mever-Lùbke vient de présenter au sujet de la f^miille à laquelle 
on peut le rattacher d'importantes observations : ce serait le lat. vol va 
contaminé par le tvpe gaulois correspondant au kymrique ulw\« cendre » 
(cf. Arch. fur das Studium dcr 11. Spr., CXXII, 405). — P. 19, aljjndre 
« coriandre >^ La note est à supprimer et à remplacer par celle qui se trouve 
p. 54, où la réalité de cette fornic, quelle qu'en doive être l'explication, est 
justement reconnue ; le renvoi au Gl. hc'br. -franc, manque de précision ; il 
fallait indiquer la forme exacte aylondra pour permettre de la retrouver dans 
l'index. — P. 23, vadil « pelle ». Le renvoi à l'art, vedille (et non vedile, 
qui n'existe pas) de Godefroy est erroné, et il n'y a pas lieu de déclarer que 
«ce loaz doit être corrompu ». Il s'agit du lat. vulg. batïle, class. batillus, 
mot bien connu, avec le sens de « pelle » : cf. ital. badile, esp. badil, etc. 
Plus loin, p. 34, on trouve vedile, et p. 56, vdel. — P. 36, le sens de 
amroistre, correspondant à celui de l'ital. increscere, est particulière- 
ment intéressant, parce qu'aucun dictionnaire ne semble en donner 
d'exemples'. A propos du v. 2782 lïYvain, M. \V. Foerster a justement 
remarqué que Diez l'avait signalé ; j'ajoute qu'il est conservé de nos jours par 
différents patois, notamment dans les Vosges. M. H. croit que la variante 
enkreser correspond à l'anc. franc, engrossier : il n'en est rien, car il s'agit là 
d'un passage de la 3^ conjugaison à la première, comme dans le cas de 
destoUr cité plus haut. — P. 40, malvai « fièvre des malades » est certaine- 
ment sans rapport direct avec vialvais et avec malan : il rappelle singulière- 
ment, comme sens et comme forme, le prov. malavei (cf. Komania, XXXVII, 
306) : il fallait noter que le mot se trouve aussi dans le Gloss. hébr. -franc., 52, 



I . Le participe passé ankrul figure dans le Gloss. hébr. -franc. 



w. roERSTER, Krislian von Troyes 1 1 1 

II. — P. 54, reç « des radeaux ". L'intérêt de cette glose aurait pu être 
souligné; jusqu'ici, il me semble, on n'avait pas d'exemple de l'anc. franc. 
rè dans le sens correspondant au lat. ratis; d. pourtant /rv:^ dans le 
Gloss. béhr.-fran( , l'art. k.\y 2 de Godefroy et une note de M. iMosemiller 
dans la Rev. Je dial. loin., 1, 420. — P. 58, boljjç». « plante vénéneuse ». 
Dans le Gloss. hèbr. -franc., il y a bnlai^, que les éditeurs traduisent par 
« poison, d'après Raschi ». L'étymologie doit être demandée au lat. 
boletus « champignon » (conservé en Franche-Comté) ; l'évolution du 
sens ne me paraît pas faire difficulté. — P. 75, le mot joskle aurait dû être 
relevé dans l'index alphabétique. — P. 81, frunk u cage ou poulailler ». Le 
rapprochement avec l'art, fr.wc 2 de Godefroy est excellent : ce franc n'est 
connu que par un exemple, emprunté par Godefroy à Carpenticr (dans Du 
Gange, i-rancum) : franc a pourceaux. La forme ordinaire est ran (cf. Gode- 
frov, R.\x 2), et le mot est encore vivant en Champagne. C'est le chranine ou 
hranne de la Loi Salique (cf. une note de d'Arbois de Jubainville sur ce mot 
dans les Mèm. de la Soc. de Jin^., t. II, p. 59 et s.), avec le inême passage de 
/;/■- germanique à//- que dans /roc <. germ. hrok. — P. 92, adorser « lais- 
ser brûler ». Je reviendrai prochainement sur ce mot, conservé jusqu'au 
xvie siècle, et dont M. B. n'a pas vu exactement l'étymologie. 

A. Thom.vs. 

Kristian von Troyes Erec und Enide. Textausgabe mit Variantenaus- 
wahl, Einleitung, erklàrenden Anmerkungen und vollstandigem Glossar, 
hgg. von Wendelin Foerstkr. Zweite giinzlich umgearbeitete und ver- 
mehrte Auflage. Halle a. S., >^iemeyer, 1909. In-12, XLViii-274 pages 
(no 1 5 de la Romanische Bibliothek). 

La première édition en format in-12 de ÏErec a paru en 1896 et a été 
annoncée ici par G. Paris {Remania, XXV, 655). La seconde contient près 
de 40 pages de plus ; c'est dire que la première a été sérieusement remaniée 
et augmentée. Nous avons en eftet ici, pour la première fois, un choix de 
variantes et de remarques, et le glossaire est absolument complet ; quant à 
l'introduction, elle n'a reçu que de très légères additions. Dans l'ensemble, 
cette édition rendra les plus grands services aux étudiants, malgré d'assez 
nombreuses fautes d'impression dont la plus grande partie a été corrigée dans 
un copieux errata. Je me bornerai à présenter quelques observations sur les 
Remarques, sur l'Index des noms propres et sur le Glossaire. 

P. 198, chanole. M. F. avait dit de ce mot dans sa première édition : « On 
traduisait jadis par trachée-artère, c'est plutôt clavicule. » Il a maintenant 
changé d'avis et il écrit ce qui suit : « chanole CB, canok H, kenole P ; j'ai 
adopté la forme populaire française, bien que canole se trouve aussi souvent 
comme un mot des médecins dans les textes français, = cannûlla ; il ne peut 
désigner que la trachée et sa principale veine. » Canole n'est pas un mot de 



112 COMPTES RENDUS 

médecin ; si Henri de Mondeville emploie cette forme, ce n'est pas comme 
médecin, mais comme Normand. M. le D^ Bos. dans son glossaire de la 
Chirni^ic, a parlaitement détini le sens du mot (sous chenole) : « fourche 
représentée par les deux clavicules articulées avec le sternum. » Il n'y a pas 
à revenir là-dessus. L'étymologie reste à trouver et n'a rien à faire avec 
cannula ou le prétendu *cannulla. J'ai tout un dossier s'ur ee mot auquel 
j'ai consacré, il v a deux ans, une de mes conférences à l'Ecole des Hautes 
Études ; je le publierai probablement quelque jour, surtout si j'arrive à trou- 
ver une étymologie satisfaisante. 

P. 198, fromages de gain. M. F me reproche très courtoisement d'avoir 
perdu de vue ce qu'il avait dit, et dans le Chevalier as deus Espees et dans la 
grande édition d'frtv, au sujet de gaïu, lorsque je me suis occupé de ce mot 
(Rotnatiia, XXV, 86) : j'en bats humblement ma coulpe. 

P. 200, saune. Le mot français représente certainement le latin synodus; 
mais s'il v avait eu, comme le dit M. P., syncope de synodus en *sïnnus, 
le mot français serait seu, san, et non senne, saune. Je m'en tiens à ce que 
j'ai dit à ce sujet, Romania, XXX, 423 : synodus est devenu, par métathèse, 
*svdonus, d'où régulièrement senne. 

Ibid.. ayi'ertor. Je ne crois pas au flottement morphologique entre -tôrem 
et -t^rium; j'admets plutôt la réduction phonétique du primitif -oir 
(=r= peut-être or avec /• mouillée) à -or. 

P. 201, sevil. Sur la formation de ce mot, voir mes Mélanges, p. 142 et 

179- 
P. 202, ne fanu\\ Note fort instructive sur l'extension du type latin 

timëre dans l'est et le sud-est de la France. 

Index des noms propres. — Fernagu. C'est par erreur que la forme latine 
Fernacutus est attribuée au Pseudo-Turpin : cet auteur ne connaît que Ferra- 
culus. 

Posterne {fine). Il n'était pas inutile d'apprendre aux étudiants que cette 
expression bizarre est une déformation du latin Finihus Terrae. 

Glossaire. — Aheîssier : ajouter 2784. — Antreleissier : il est contraire au 
svstème suivi par M. F. de marquer Ye de la diphtongue ei du signe de Ve 
ouvert. — Deresne : mettre le signe de Ve ouvert sous Ve de la syllabe 
médiane. — El (= en le), es (= en les) : je ne m'explique pas pourquoi 
M. F. marque 1'^ du signe de Ve ouvert : étymologiquement, c'est un e fermé, 
et comme l'accent tonique ne le frappe jamais, cet e ne peut pas avoir évolué 
en e ouvert. — Esche : je ne comprends pas que M. F. hésite entre e 
ouvert et e fermé; c'est certainement un e fermé, au moins originairement. — 
Esseu et rve doivent avoir un e ouvert comme issus d'une diphtongue ai pri- 
mitive : je ne crois pas qu'on puisse assimiler Ve de eve à Ve ouvert long, son 
que M. F. attribue, à tort ou à raison, à Ve français issu de a latin libre. 

A. Thom.\s. 



DENIS ROCHE, CofltCS UlIlOllsillS II3 

Denis Rochi;. Contes limousins recueillis dans l'arrondisse- 
ment de Rochechouart. Texte patois et texte français. Paris, librairie 
nationale, [1909J. — In- 12, 180 pages. (Dans la série : Les pays de France). 

Cet élégant petit volume contient exactement quinze contes, et il s'adresse 
avant tout aux folkloristes. M. R. aécrit pour cette classe de lecteurs une intro- 
duction sans prétention, mais où il montre qu'il connaît les travaux de MM. Cos- 
quin et Sebillotet qu'il se rend bien compte des conditions dans lesquelles on 
doit recueillir les récits de ce genre, conditions qu'il s'est heureusement eflforcé 
de réaliser. Mais ce n'est qu'au point de vue linguistique que son recueil 
doit être signalé ici. Il nffre un très sérieux intérêt, car de toutes les variétés 
du patois dit « limousin », celle qui se parle dans l'arrondissement de Roche- 
chouart est certainement la moins bien connue. L'auteur s'excuse presque 
de « dresser patois contre patois » en faisant « les honneurs du livre » 
à une variété qui a été opprimée jusqu'ici par la vogue relative acquise, 
grâce à Foucaud, à l'abbé Richard et à tant d'autres patoisants plus 
modernes, au patois de Limoges, « le patois haut-limousin proprement dit et, 
jusqu'à ce jour, exclusivement dit ». Nous ne pouvons que le féliciter haute- 
ment d'être, ou de paraître à quelques félibres de l'école intransigeante, un 
patoisant schismatique, si tant est qu'il y ait en pareille matière une orthodoxie. 

Donc, c'est le patois du canton d'Oradour-sur-Vayres, et plus spéciale- 
ment de la commune de Cussac, qui se révèle à nous grâce à M. R. dans les 
Contes limousins. Le trait phonétique le plus saillant de ce patois est celui qui a 
été signalé par Chabaneau % à savoir le changement en t- de tout a long tonique 
ou atone. A Limoges, et dans le Limousin en général, on prononce : hasso 
(basse), hdlou (bâton), Imive (brave, au sens de « beau »), cldro ou clidro 
(claire), Id corda (les cordes), didhk (diable), dird (diras), ^dgnd (gagner), moun- 
tdgno (montagne), nioùtchd (mouches;, ;?jV//o (paille), vdtcho (vache), etc., etc.; 
à Cussac : hètou, bèsso, brève, clièro, lès cordés, dièble, dires, guègnè, mountègno, 
nioutsès, pèilîo, vètso. Sous l'action de Vd atone final, l'a accentué, quand il n'est 
pas le produit d'une contraction, passe à : le pluriel de mountagnoex. de vat- 
c/;o à Limoges est mountognd, votchd. Au contraire, à Cussac, quand on a -es 
atone à la finale, on a a sous l'accent : les pluriels de mountègno et de vètso 
sont mountagnès, vatsès. 

M. R. nous dit que son patois, qui confine au sud au périgourdin, n'atteint 
pas tout à fait au nord la ville même de Rochechouart : en fait, d'après l'^/Zai' 
linguistique de MM. Gilliéronet Edmont, ce changement de l'a en é n'existe ni 
à Saint-Junien (point 606), ni à Coussac-Bonneval (point 608), mais on le 
trouve àChâlus (point 607), arrondissement de Saint-Yrieix (Haute-'Vienne), 
et à Saint-Pardoux-la-Rivière (point 612), arrondissement de Nontron (Dor- 
dogne). 



I. Grammaire limousine, p. 23. 

Roman ta, XXXJX 8 



ir^ COMPTES RENDUS 

Un autre fait curieux que nous révèlent les contes recueillis par M. R., c'est 
que rimpar'ait de la première conjugaison, qui est normalement, à Cussac, en 
-t'-îv, est battu en brèche par la désinence -aides trois autres : c'est ainsi qu'on 
V relève quelques imparfaits comme coupio (p. 41), pour coupîvo, ii~uguio 
(p. 88 et 101), pour ii:^Ui^tih'Oy pouiiio (p. 67), pour poiirthv, etc. 

Ces quelques notes suffiront à signaler les Coules liniousiiis à l'attention des 

linguistes. X'avant pas affaire à un homme du métier, ils sauront se montrer 

indulgents pour les nombreuses inconséquences qu'ils remarqueront dans la 

graphie de l'auteur. 

A. Thomas. 

Dante. Quaestio de Aqua et Terra. Edited and translated by 
Charles Lancelot Sh.\d\\ell, D. C. L., Provost of Oriel. Oxford, Claren- 
don Press. 1909. In-8'', pp. iv-74. 

tt The claim of the Quaatio de Aqua et Terra to be reckoned a genuine 
work of Dante hasduring the last ten years been actively debated, and may 
uow be considered established. » Such is the opening sentence of Dr Shad- 
well's préface, which \ve believe will be endorsed by the majority of pro- 
fessed Dantists at the présent moment. In a review of D"" Moore's article 
on ihe Quaestio (in the second séries of his « Studies in Dante ») in Rouan ia 
ten vears ago (XXVIII, 629-635) the présent writer ventured to predict that 
« sooner or later the treatise would corne to be generally acccpted as one of 
the authentic works of Dante ». If the prédiction has corne true, it is to the 
labours of D"" Shadwell and Dr Moore that the resuit is due. D"" Moore's 
article, which re-opened the whole question after it was supposed to hâve 
been laid to rest bv the vigorous attacks on the treatise by Bartoli in the fifth 
volume of his Storia délia Letteratura Italiana, and by professors Luzio and 
Renier in the Giornale storico délia Letteratura Italiana (XX, 125-50), was 
inspired bv a paper on the Quaestio read by D"" Shadwell before the Oxford 
Dante Societv in 1895. D"" Moore's arguments in favourofthe authenticity 
of the treatise, which were summarised in Roniania in the review referred to 
above, hâve since the publication of his article been strongly re-inforced by 
Dr Shadwell's démonstration (in a second paper) of the significant fact that 
the editio pr inceps was undoubtediy printed from an early manuscript. 

He pointed out that such errors as sed for secundum, which occurs several 
times(5 17. J- 10; S ï8» ^1- ^5' ^^ ' j ^9' ^- 4) S fceutrica for concentrica 
(j 10,1. 19), verum for utrum (5 19, 1. 13), and so on, were obviously dueto 
wrong expansions on the part of the printers of contractions in the manu- 
script which furnished their i< copy ». Other mistakes of a like nature, due 



I. The références to section and line are toihe tcxt as printed in the third 
édition of the Oxford Dante (1904;. 



DANTE, Onncslio de Aqua cl Icrra i i 5 

to a misrcading of the manuscript, havc been uotcd bv D^ Shadwcll liiniself, 
Dr Vincenzo Biagi, and others. The niost Important of thèse are the follow- 
ing : dihitrata for dilactata (i. e. diJalata, 1 i,\- 4), et (printed &) for c (§ i, 
1.6), confugere (or coiijîtigt'rc (^ i, I. 14), cenlricavi for ecceutricaw (§ 14, 1. i), 
shniliter (or simplici ter (§ 17, 1, 4), qtioJ {or quainlo (§ 17, 1. 16), impotent ia 
for /;/ poteutia (5 18, 11. 30, 37), iude for ;';/ de (^ 18, 1. 39), incertiora for in 
certioni (§ 20, 1 22), c't Cprintcd &) for ?/w5 (in ms. ei9 = é'///5 abbreviatcd) 
(§ 19, 1. 56), î'o/'/5 for nohis (§ 20, 1. 20), tautuin for /a;«^;/ ([^ 20, 1. 34), 
;7f)7/ for /;/ (5 21, 1. 10), circa for citra (§ 21, 1. 28), qnanto for quinto (§ 23, 
1. 4), contrahit for contradicit (j 23, 1. 25), and fl/7;M5 for a///;/5 (§ 23, 1. 30). 
That a forger should hâve delibcrately introduced ail thèse blunders for the 
purposes of deceptiqn, or that having introduced them he should hâve failed 
to take crédit for pointing them out and correcting them, is inconceivablc. 

Professors Luzio and Renier, in the article in the Giornale storico mention- 
ed above, endeavoured to show that the probable forger of the treatise 
was Moncetti himself, the original editor and pubiisher of the work. 
Dr Moore had little difficulty in disposing of this theory, which he dcmo- 
lished largely by the aid of arguments adduced by the professors themselves 
in support of their view. For example, great stress was laid by them on the 
fact that Moncetti also edited for the first time a treatise of Egidio Colonna 
(a contemporary of Dante), the Tractatus de forniatione humatii corporis in 
utero, which he dedicated to Henry VIII of England. In the publication of 
this, they argued, Moncetti displayed the same ridiculous vanity and bad 
taste, and was actuated by the same motives of self-advertisement, etc., as 
in the case of the Oiiaestio. But this treatise of Egidio Colonna is admitted 
by the professors themselves to be genuine : consequentlv, as Dr Moore 
observes, the argument recoils upon its authors. Dr Vincenzo Biagi, in 
his work « La Quaestio de Aqua et Terra di Dante », published at Modena 
in 1907, shows on other grounds that Moncetti could not hâve been the for- 
ger of the treatise, if forgery it be. He points out that whoever composed it 
had an intimate acquaintance with Dante's writings, especially with his two 
chief prose works, the Convivio and the De Monarchia, and this he conclusi- 
vely proves that Moncetti had not. He also draws attention to the highly 
significant circumstance that in the portions of the book which are avowedly 
from the pen of Moncetti, such as the dedicatorv epistle, the abbreviations 
are of quite a différent character from those in the text of the treatise itself. 
Dr Shadwell lias not troubled himself to discuss in the présent volume the 
questions of the authenticity of the treatise, or of Moncetti's allegcd 
torgery of it. He contents himself with a référence in his préface 
to the more important of the works on the subject which hâve appeared 
during the last ten years, but it is évident that he lias closely stu- 
died them. His text is practically a reprint of the critical text (for which 
lie was responsible) printed in the third édition of the Oxford Dante 



Il6 COMPTES RKNDUS 

(1904). He lias udded a bn*i( apparat us criticus in which hîs departures from 
thc lext of thc cilitio prinu'ps.xrfi rcgistered.The emcndations, which are not 
so numerous as might hâve becn cxpected, are in nearly every case justifiable 
ou pahieographical grounds, as a référence to the Hst given ahove will tes- 
tifv. D"" Shadwell mentions a proposed emendation in § 20, 1. 50, which wc 
should be inclined to adopt, tliough sensé can be made of the passage as it 
stands, viz. virtnahim for virtutcni in the sentence « in quaHbet sui parte... 
uniformiter oportet esse virtutem ». This emendation, which is certainly a 
phiusible one, was suggested by the occurrence of the phrase « uniformiter 
per totum virtuatum » at the beginning of thc next section (§21, 11. 5-6). 
In 5 19, 1- 5^> where the editio priuceps reads & climata, D"" Shadwell omits 
cr, presumablvas not making sensé. D' Biagi, however, points outthat the 6^ 
(=et) was : perhaps due to a misreadingby theprinters of ci9 (= ^n/5)in thc 
manuscript ; he consequenth- proposes to read dus climata, which seems the 
better emendation of the two, as adhering more closely to the original 
text . 

To discuss at length the merits of D»" Shadwell's English version would 
hardlv be appropriate in thèse pages. Suffice it to say that it is the work of a 
scholar of varied attainments, who has made himself master of his subject, 
and is emineutlv qualified for his task, both as an accomplished translator 
and as a close student of Dante. As a proof of the interest aroused in the 
Oiuiistio of late years, it may be mentioned that there hâve been no less 
than four other English translations of the treatise, one of which (by A. C. 
White) was noticed in Romania six years ago (XXXIII, 103-4). None of 
thèse, however, can be accounted a wholly satisfactory performance, chiefly 
owing to the fact that the translators were lacking in the requisite technical 
equipment. D"" Shadwell's version we hâve little doubt is destined « tener lo 
campo » against ail corners as the standard English translation of this 
« duaestio aurea ac perutilis » (as Moncetti styled it), which has been 
« tanto posta in croce Pur da color che le dovrien dar Iode » during the last 
tive and twenty years. 

Paget TOYNBEE. 



PÉRIODIQUES 



Revue des langues romanes, t. LU (6^ série, t. II). Mai-décembre, 1909. 
— P. 195, F. Castets, Les Oiidtie Fils Aynwii (suite et fin). Cette partie con- 
tient les vers 1 5208-18489. Vient ensuite une série d'appendices dont les 
premiers contiennent des notices, de seconde main et bien insuffisantes, sur 
les mss. d'Oxlbrd. — P. 424, Mystère de saint Martin, publié par l'abbé 
P. Guillaume. Le ms. maintenant déposé aux Archives des Hautes-Alpes, à 
Gap, a été trouvé par M. l'abbé Guillaume dans les archives de Saint-Martin- 
des-Quevrières (cant. de L'Argentiére, arr. de Briançon). L'éditeur conjec- 
ture, non sans vraisemblance, que ce mystère pourrait être l'œuvre du prêtre 
Marcellin Richard, l'auteur, ou, à tout le moins, le remanieur du Mystère de 
saint André, publié en 1883 P^^ l'abbé Fazy (compte rendu dans la Roman ia, 
XIII, 154). Cette édition est faite avec soin. Toutefois on aurait désiré que 
l'éditeur eût présenté quelques observations sur les rapports du mystère avec 
sa source. C'eût été le moyen d'apprécier ce que cette composition peut offrir 
d'originalité ; car on y trouve des épisodes qui ne semblent pas venir de l'his- 
toire de saint Martin, par exemple celui du paralytique et de l'aveugle (vv. 
699-753,1395-1416; 1763-1854)1. De plus, on aurait pu, par le recours aux 
sources, rectifier certaines mbriques latines qui sont visiblement corrompues. 
Ainsi, aux vers 486 et suivants, on voit paraître un certain nombre de cha- 
noines dont chacun est qualifié de pitanensis. Cela n'a pas de sens. Parla 
légende latine on voit qu'il s'agit de Poitevins; il faut donc corriger PicUi- 
vensis. On pourrait signaler maintes autres rubriques non moins corrompues 
au sujet desquelles l'éditeur ne fait aucune remarque. D'autre part, un court 
glossaire n'aurait pas été inutile, ne fût-ce que pour faciliter la comparaison 
des mystères alpins au point de vue du vocabulaire. On arriverait ainsi à 
grouper ensemble ceux de ces mystères qui sont du même auteur. 

P. M. 



I . Cet épisode présente des traits comiques : il commence par un proverbe 
connu d'ailleurs : La non y a vito que de coquins {w 699); d. Le Roux de 
Lincy, Livre des proverbes, II, 317 : « Il n'est vie que de coquins. » 



Il8 PÉRIODiaUES 

Zeitschrift fur romakische Philologie, XXXIII (1909), i. — P. i, C. 
\'oretzsch, Die ncuereu Forschungen ïiber die deutschen Rolandhilder. L'explica- 
tion à laquelle se rallie M. V. pour ces « Rolandssaule » aboutit à diminuer 
beaucoup l'intérêt qu'elles pouvaient inspirer aux historiens de notre littéra- 
ture médiévale : l'attribution du nom de Roland à ces statues ne serait pas 
primitive et elle ne peut par conséquent servir à expliquer le rôle et le sens 
de représentations dont la valeur symbolique primitive était sans doute 
juridique ou politique. — P. 20, F. Settegast, Zii den geschichtlichen Ouellen 
des Aid^eri le Bourguignon. Il est impossible de résumer en quelques lignes 
ce nouvel essai d'identification historique qui dépasse infiniment en compli- 
cation les h vpothèses proposées autrefois par M; Gabotto (cf. Romania, XXIX, 
505) : il en résulterait que la plupart des personnages importants de l'épopée 
correspondraient chacun à deux ou même trois personnages historiques. — 
P. 41, H. Suchier, Nochnials die Vivienschlacht (à suivre). Cf. Romania, 
XXXVIII, 699 (art. de Ferdinand Lot) ; l'art, de M. S. ne répond pas seule- 
ment aux objections de F. Lot, mais engage aussi sur divers points des 
discussions avec MM. Weeks et Rechnitz à propos de leurs interprétations 
d'Aliscans et de la Chanson de Guillaume. — P. 58, L. Sainéan, Notes d'éty- 
mologie romane ; ma réponse à M. Baist, et p. 62, G. Baist, Enviderung. 
Suite de la discussion commencée dans le volume précédent ; cf. Romania, 
XXXV, 621, et XXXVIII, 159. — P. 66, A. Stimming, Zu den Bamberger 
Moteiteu. Encore une contre-critique: M. St. défend son édition des Motets 
français du ms. de Bamberg (cf. Romania, XXXVI, 456) contre les critiques 
de G. SiefÏQns (Zeitschrift, XXXII, 483) dont la mort prématurée a malheu- 
reusement mis fin à la discussion. — P. 71, E. Levy, Camille Chahaneau. 
Courte notice et adieu ému au maître et à l'ami disparu. 

MÉLANGES. — P. 74, G. Bertoni, Xota su Peire Milon. Identification pro- 
posée avec un Milo cantor Taurinensis cité dans un document de Saluces de 
12 19 (cf. l'indication donnée par M. P. Meyer, Romania, XXVI, 473, sur 
l'origine italienne de ce troubadour) ; M. B. serait porté à reconnaître en 
Peire Milon l'auteur des poésies religieuses du ms. de Wolfenbùttel (cf. 
Romania, XVII, 316). — P. 76. E. Lommaizsch, Ntuhtrag luni Saint Vou de 
Luques : allusion au saint Vou dans Raoul de Cambrai, en particulier 
V, 4391. — P. 77, H. Suchier, Orlalientum. Cette formule singulière est 
une fin de vers française ajoutée, suivant une anecdote, par Primai d'Orléans 
à un vers latin incomplet : Istud jiimentum cauda caret... Orlalientum ; ni 
M. Delisle, ni Hauréau ne l'ont expliquée d'une façon satisfaisante et, à mon 
avis, M. Suchier n'y a pas beaucoup mieux réussi (Or la lia-t-on, Delisle ; 
Or II Uen-l-un, Hauréau; Or Valiènt uni, Suchier). M. Muret a indiqué la 
solution de cette petite énigme dans un numéro suivant de la Zeitschrijt, 
XXXIII, 347 : Or la li eut' um (Q.ij'on lui en greflie une).— P. 79. H. Schu- 
chardt, I. Ram. nastur « KnopJ », ital. nastro « Schleije ». Nouvelles observa • 
tions sur ce difficile problème étymologique; cf. Romania, XXXVIII, 615. — 



PERIODIQUES 119 

2. Gîtrna ; pistenia. — 3. Caffo. — P. 85, Cl. Merlo, Ancora di L palatilii- 
:^ata nei diaîetti délia cavipas^na roniana. Observations sur des remarques de 
MM. Crocioni et Lindssirom relatives à ce phonème insérées au t. V. des 
Stiidi Roman:(i. 

Comptes rendus. — P. 89, Menéndez y Pelayo, Novelas de los siglos XV 
y XVI (A\\ von Wurzbach). — P- 93, R- Peters, Ueher die Géographie in/ 
Gueritio Meschino des Andréa de' Magnabolti (Ph. A. Becker). — P. 94, 
^^^ O. Streng, Hans und Hof ini Franiôsiscben (A. Zauner). — P. 96, 
La Vita Nova; I Trionfi (Bibliotheca ronianica) (E. Sicardi). — P. 100, Stndi 
glottologici italiani, IV (H. Schneegans). — P. 106, Giornale Sforico délia 
Letteratura Italiana, II, 1-3 (B. Wiese). — Corrections (dont on a omis de 
dire qu'elles s'appliquaient au volume précédent de \à Zeitscbrtft). 

Mario Roques. 

RoMANiscHE FoRSCHUNGEN,XIX, lère livraison (1905). — P. I, G. Wende- 
roth, Es tienne Pasquiers poetische Tbeorien und seine Tâtigkeit als Literai-histo- 
riker. De ce travail quelques pages seulement de la deuxième partie rentrent 
dans le cadre de la Roniania : M. W. y expose, d'après le 7= livre des Recherches 
de la France, les opinions de Pasquier sur l'ancienne poésie française et pro- 
vençale et essave de déterminer les connaissances et les sources d'informa- 
tion de l'auteur ; en particulier (pp. 39 et suiv.) il s'efforce de montrer que 
le chansonnier dont Pasquier a eu communication et d'après lequel il parle 
de Thibaut de Champagne n'est autre que le chansonnier B. Nat. fr. 765 
(Pb' ou L), aujourd'hui très incomplet, mais encore intact àPépoque de Pas- 
quier'. — P. 76, R. Reis, Die Sprache ini aLibvredu bon Jehan, Duc de Bre- 
tagne » des Guillaume de Saiut-Aiidre. Cette étude se fonde sur l'édition du 
poème de Guillaume de Saint-André donnée par Charrière en appendice au 
tome II de la. Chronique de Du Guesclimpâv Cuvelier (Documents inédits, iS^<^). 
M. R. ne paraît pas s'être préoccupé du fait que ce poème nous a été conservé 
par trois manuscrits, que l'édition de Charrière n'a été faite que d'après un 
seul, qui est à la vérité le plus ancien, mais qui est aussi le plus court (de 
i.2'oo vers environ), et qu'il aurait fallu établir les rapports de ces manuscrits 
(et de la version représentée par l'édition de Lobineau) avant de se livrer à 
une étude linguistique ; Charrière, il est vrai, a tranché la question pour lui- 
même, mais il se plaçait à un point de vue d'historien qui ne pouvait conve- 
nir à M. Reis. L'étude de M. R. est certainement très consciencieuse, mais 
elle n'est pas exempte d'erreurs surtout elle est assez peu instructive, mal- 
gré les efforts de l'auteur pour rapprocher les faits phonétiques et morpholo- 
giques qu'il inventorie des formes attestées par d'autres documents ou par 



I. [Cette identification est contestable. Il est plus probable que Pasquier a 
fait usage d'un autre ms.^ aujourd'hui perdu, sur lequel nous avons d'autres 
témoignages. — P. M.]. 



1 20 PERIODIQUES 

les parlers modernes ; eniin les fliits sont rcv:ueillis d'une façon un peu trop 
méc.m que. Ainsi, M. R. s'est préoccupé de la manière dont G. de S. -A. 
traite IV muet final ou en svllabe finale, et il constate que G.,endehors même 
des cas d'élision possible mais non nécessaire, compte ou ne compte pas à 
volonté la svllabe muette dans le vers, et il donne des exemples du t'ait pour 
IV muet après voyelle tonique, après consonne simple, double, mouillée, etc., 
ce qui n'était pas indispensable ici: mais il ne s'avise pas de rechercher si ces 
variations dans la numération des syllabes ne sont pas en rapport avec la 
structure générale du vers : la lecture rapide de quelques centaines de vers 
pris au hasard dans le poème montre que, presque toujours, la syllabe non 
comptée est placée après la quatrième (rarement après la cinquième ou la 
troisième) et constitue ainsi, d'accord avec le sens, une césure féminine (non 
obligatoire) assez curieuse : comp. 74 Rcgna Charles entre les Francs et 122 
R-C€ut l'en Charles par grant oultrage ou bien 2440 Breta igné fut lors divisée 
ou 2420 .-iins en Bretaigne fist dépendre et 2449 ^' ^" Bretaigne duc voloit 
estre. etc. L'amuïssement de 1'^ en syllabe finale n'aurait d'ailleurs rien de 
bien nouveau dans le français provincial de G. de S. -A. : au xiir siècle, le 
Privilège atis Bretons raille déjà cette prononciation ; encore faudrait-il pour 
G. délimiter plus exactement le phénomène. — P. 130, P. C. Juret, Étude 
grammaticale sur le latin de S. Filastrius. Nous n'avons de cet auteur qu'un 
Liber diversarum Imereseon publié vers 585 et dont M. Fr. Marx a imprimé en 
1898 dans le Corpus scriptoruni ecclesiasticoruw latinorum de Vienne (vol- 
XXXVIII) une édition avec index et lexique complet. L'étude deM.J. 
porte surtout sur les faits de svntaxe, elle est très minutieuse, très méthodique 
et paraît très sûre, mais les romanistes v trouveront peu de nouveau à glaner ; 
les chapitres consacrés à la morphologie et à la phonétique sont assez brefs 
et M. J. v est peut-être trop enclin à attribuer à des fautes de copistes des 
faits phonétiques ou graphiques de portée plus générale : p. 1 38, finale des 
adverbes en -a^ ; p. 141, pu dore pour putore (même forme dans Impor- 
tunus). 

2* livraison (1905). — P. 321. A. Sechehaye, L'imparfait du subjonctif et ses 
concurrents dans les hypothétiques normales en français. L'auteur s'est fait depuis 
avantageusement connaître par un intéressant ouvrage de méthodologie lin- 
guistique, Programme et méthod esde la linguistique théorique \ psychologie du lan 
gage(P3ins, 1908;: le présent travail est un soigneux et utile essai de synthèse 
partielle : les hypothétiques normales sont les phrases hypothétiques com- 
plètes avec si, dont la principale n'est pas elle-même subordonnée à une autre 
proposition ; peut-être M. S. est-il trop tenté d'innover pour ce qui est de la 
terminologie linguistique : dans un autre ordre d'idées, je me permettrai de 
lui signaler que tabelle, dont il se sert pour désigner des tableaux statistiques» 
n'est pas un mot du français, au moins de France. — P. 407, Fr. Fiset, Das 
altfran^osische Jeu-Parti. Travail considérable et qui rendra certainement des 
ser\'ices, bien que les dispositions matérielles n'en soient guère commodes. 



PERIODiaUES 121 

C'est à vrai dire une collection de tables méthodiques où sont classés tous les 
jeux-partis suivant les différents aspects de leur forme et de leur fond : position 
du débat ; question posée, problèmes amoureux ; la discussion et ses ornements, 
maximes, souvenirs littéraires, images, proverbes, jeux de mots ; fin du 
débat et sentence ; métrique des jeux-partis; auteurs, avec table alphabétique 
des noms des auteurs et des juges. Il ne saurait résulter de conclusions un peu 
générales d'un travail ainsi conçu ; par contre M. F. a rendu son mémoire 
plus utile encore en le terminant par l'impression, d'après les mss. 1490 et 
1522 du Vatican de six jeux-partis encore inédits (Raynaud, 403, 871, 11 12, 
1290, 1744, 1825). — P. 545, E. Fehse, SpricJnvort itnd Setiteti- bei Eustache 
Deschamps unJ Dichtern seiner Zeit. Des travaux analogues sur les proverbes 
cités dans les chansons de geste, les romans arthuriens, les romans d'aven- 
ture, les pièces dramatiques ont été jadis insérés dans la collection des Aus- 
^dhen tifui Ahhiwdl litige n publiée par M. Stengel àMarbourg; les proverbes 
recueillis par M. F. sont classés méthodiquement d'après leur contenu et 
accompagnés de renvois à diverses collections de proverbes français ; quelques 
remarques sur la façon d'introduire ces proverbes et leur rôle dans la poésie 
terminent cette dissertation que complète un index des mots typiques. — 
P. 595, J. Ulrich, Drci romanischc Fassungen der beiden Jakobsbnider. Réim- 
pression de deux versions italiennes de ce conte des deux amis fidèles d'après 
une plaquette du xvie siècle et une autre du xviir ; la troisième version est 
le Dit des trois pommes jadis édité par Trébutien et que Ulrich s'est contenté 
de réimprimer d'après cette édition. — P. 655, G. Baist, série de notes 
étymologiques pour la plupart peu développées : fr. baiise; bouleau, de betvuUu 
(ceh. betv-) et non de betulla; bride, du m. ang. bridel ; buiron, d. lat. 
médiéval buria; cagot = le bret. ^J^o/q s'appliquant à des lépreux considérés 
comme descendants des Juifs dispersés après la destruction de Jérusalem, le 
passage français du sens de « lépreux » à celui de « dévot- exagéré » 
s'expliquerait par là(?) : it. carafa, de l'ar. karda influencé par le nom 
propre Carafia ; fr, conjogle : on sait que ce mot ne nous est pas attesté 
sûrement sous cette forme, M. B. propose de lire plutôt coujougie dans 
le Pèlerinage (284) et dans la charte de \amur qui donne congles, — déjà 
indiqué par G. Paris, voir Mélanges linguistiques, p. 326 (où il faut corriger 
le no du vers du Pèlerinage comme ci-dessus) et les notes 4 et 5 ; esp. conna 
« entraves », de l'ar. vulg. d Espagne korma-, fr. guige, du germ. ïcid ou 
peut-être ail. IVeide ; fr. nord hot, hocq, ho, du néerl. lx>op ; h. piéton, de pister 
qui représenterait bien peditare et ne serait pas simplement un dérivé de 
pied: fr. roxaume, a. fr. reame, dt regimen; a. fr. /offwn/, note la forme 
tiidenarda dans des gloses anglaises ; a. fr. triege, rattaché au germ. trediau 
(ail. mod. treten). 

3e livraison (1906). — P. 641, J. von den Driesch, Die Stellung des attribu- 
tiven Adjektivs im Altfran:^ôsischen. Après un résumé des travaux antérieurs, ce 
mémoire de 268 pages se divise en deux parties rigoureusement parallèles où 



122 PERIODIQUES 

soiu ctudiéî d'abord les prosateurs historiens du xiu^' siècle (Villehardouin, 
Henri de Valenciennes, Robert de Clari, le Mé-nestrel de Reims et Joinville), 
puis les traductions en prose du xii*-' siècle (Psautiers, Kois, Dialoge Grégoire, 
Sermons de saint Bernard); un index des adjectifs ou mots à valeur adjectivale 
cités complète le travail. La première partie doit, suivant l'auteur, nous faire 
connaître l'usage réel; la deuxième partie n'est qu'un appendice destiné à 
nous montrer les modifications de cet usage dans les traductions sous l'in- 
fluence de la stylistique latine ; Ton s'étonne alors que M, v. d. D. ait grossi 
cette deuxième partie d'une masse d'exemples qui ne sauraient prouver que 
la servilité de la traduction et non pas une véritable influence stylistique. Les 
résultats de l'étude sont résumés pp. 893-4 : ils ne modifient pas sensiblement 
la règle générale posée par M. Grôber et rappelée entête du travail de M. v. 
d. D., d'après laquelle les adjectifs affectifs sont préposés et les intellectifs 
postposés, mais l'étendue de ses recherches a permis à l'auteur de préciser 
beaucoup les modalités d'application de cette règle. 

Mario Roques. 



Revue de philologie française et provençale, p.p L. Clédat,!. XXII 
(1908). — P. i, L. Vignon, Les patois de la région lyonnaise (suit>^). Le régime 
indirect de la ^^ personne. Les formes "du singulier. Ces formes sont, avec 
variantes de prononciation, //, ////, se réduisant par places à v/, i. La forme 
tonique (lui) paraît s'être substituée assez récemment à la forme atone là où 
cette substitution a eu lieu. Étude très détaillée des formes locales. — P. 25-40, 
J, Désormaux, Mélanges savoisiens ; VI, Les alternances dans le parler de Tînmes. 
Alternances entre d (a long ou fermé) et à (a ouvert) : gdrdd (garde) et 
garda (garder) ; entre é et a : jhérhà (gerbe) Gtj'lhirbi (gerbier),etc. — P. 53- 
6), L. Sainéan, Etymologies lyonnaises (ablajer-carcan). Remarques ingé- 
nieuses faites à propos de mots enregistrés et expliqués dans le Dictionnaire 
du patois lyonnais de Puitspelu. Ce sont, pour une part, des explications sup- 
plémentaires plutôt que des etymologies. — P. 68, A. Jeanroy, corrections 
aux pièces joyeuses du xv^ siècle, p. p. M. P. Champion. — P- 71, Comptes 
rendus et annonces de livres. — P. 81, C. Juret, Étude phonétique et géogra- 
phique sur le patois de Pierrecourt {Haute-Saône^. La description des sons est 
faite minutieusement à l'aide du palais artificiel. Quelques observations sur 
l'accent et ses effets. — P. 117, L. Sainéan, Etymologies lyonnaises (suite).— 
P. 140, F. Baldensberger, Notes lexicologiques (suite). — P. 147, Comptes 
rendus : G.Cohen, Geschichte d. Ins:^enirung in Geistlichen Schauspiele d. Mit- 
telaliers (cf. Rotnania,X\XVU, 190). L'auteur du compte rendu dit en passant, 
que. pour les travaux publiés dans des périodiques, il vaut mieux citer les 
tirages à part que les recueils originaux. C'est une hérésie. Les tirages à part 
ne sont généralement pas dans le commerce, et, au bout de quelques années 
deviennent introuvables. H. Châtelain, Recherches sur le vers français au 



PERIODIQUES 12^ 

XV<i ihcie^cî. Komuniu,XXX\U, 328). — P. 189, D^ Fay, Les Gaviwhes. On 
a beaucoup écrit sur Torigine de ce nom par lequel, comme ont sait, les 
Gascons désignent en général, des populations immigrées, venues d'une région 
située au nord de la Gascogne. On n'est pas arrivé à une solution satisfai- 
sante. Celle que propose M. Fay, qui consiste à rdiiid^chtr g avache à cao^ol, 
capot, etc., mots qui désignent les lépreux dans le sud-ouest de la France, ne 
sera probablement pas acceptée. Le relevé des formes variées, rassemblées 
par l'auteur aurait, à titre de document, une plus grande utilité si le lieu où a 
été écrit chacune d'elles était exactement indiqué. — P. 202, Paul Barbier 
fils. Les dérivés romans du latin sargus, — P. 216, G. A. Parry, «Les 
énigmes de l'amour », de Pierre Sala. Ces quatrains, conservés par un ms. 
du Musée britannique (dont la cote n'est pas donnée) ont été composés à la fin 
du xve siècle ou au commencement du xvie, l'auteur étant mort vers 1529. 
P. 218, un quatrain dont le dernier vers est Robin a trové Marion. Le texte 
n'est pas toujours correct ; au fol. 15 è lire Dont g'irey a vau (et non avan) Veau 
le cours. — P. 223, A. Guérinot, Une interprétation erronée du Grand Testa- 
ment de Villon, st. 6. Il s'agit de ces vers : Le verselet escript septiesme Du 
Pseaulme de Deus hiudcm. Le septième verset du psaume Deiis laudem (cviii) 
est ainsi conçu : « Cum judicatur, exeat condemnatus et oratio ejus fiai in 
peccatum. » Il peut en effet convenir au passage ; mais on avait supposé 
jusqu'ici que Villon, se trompant sur le numéro du verset, avait eu en vue 
le verset 8 du même psaume « Fiant dies ejus pauci, et episcopatum ejus 
accipiat alter », qui paraît convenir mieux encore. La question reste douteuse. 
— P. 225, J. Bastin, Le verhe è\r^ conjugué aveclui-mème. — P. 229, Comptes 
rendus; livres nouveaux. — P. 241, L. Roudet, Remarques sur h phonétique 
de mots français d'emprunt. La phonétique de ces mots est naturellement assez 
capricieuse, les mots d'emprunt étant entrés dans la langue à des époques 
bien diverses et en des circonstances fort variables. Les lois générales sont 
par suite difficiles à préciser. M. R. établit des distinctions qui paraissent, en 
général, fondées et qui certainement apportent de la clarté dans un sujet 
compliqué, bien que, sur certains points on puisse ne pas être de son avis. Il 
traite, 10 des mots empruntés au latin littéraire et au grec ancien ; 2° des 
mots empruntés à un idiome roman ; 30 des mots empruntés à des idiomes 
non romans. Le reproche général que l'on peut adresser à ce travail, qui est 
un peu sommaire, c'est qu'il n'est pas assez historique. Iln'v a pas assez d'in- 
dications sur l'époque où apparaissent les emprunts des diverses classes. L'au- 
teur se maintient trop dans les généralités. — P. 268, J. Gilliéron et 
M. Roques, Etudes de géographie historique. Les noms gallo-romans des jours de 
la semaine. Etude des trois types que présentent les noms des jours de la 
semaine dans la composition desquels entre dies : mardi, dimars et mars. 
On peut dire d'une façon générale que le type lundi, mardi, occupe le nord 
et le centre de la France, tandis que dilun, dimars, occupe le sud ; di 
manque dans certaines parties du sud. A propos du type mars, se réduisant à 



124 PERIODICIUES 

inar, les auteurs étudient la chute de Vs tînale. L'exposé manque souvent de 
clarté, malgré la carte qui accompagne le mémoire. L'objet de ce travail est 
de constater, d'après VAtlas lini^iiistiijnr, l'état actuel des noms étudiés : il est 
bien certain que cet état a changé au cours des âges, surtout par l'inHuence 
du français qui tend à faire dominer le tvpe tnarJi . Il resterait à étudier les 
mêmes tvpes. à l'aide des documents écrits, pour la période ancienne. — 
P. 291, A. Schin/., Autour d'un acceut. L'auteur recherche s'il faut prononcer 
Gi'unvis ou Geiin.xy's, — P. 302, Les lihertcs orlhographiqiu's. Cet article con- 
tient un vœu formulé par M. Clédat, et approuvé par un certain nombre de 
membres du Conseil supérieur de l'instruction publique, en faveur de la 
réforme de l'orthographe. Il est dit dans ce vœu — qui, jusqu'à présent n'a 
pas été pris en considération — que - l'orthographe ne saurait être soustraite 
plus longtemps, par un dogmastime intransigeant, aux lois de l'évolution », 
et qu'il v a lieu de laisser aux élèves, dans des cas bien déterminés « la liberté 
de choisir entre deux formes ». Je dois dire que, bien que ce vœ-u porte ma 
signature, je ne lapprouve pas entièrement. Je pense qu'il y a inconvénient 
à permettre aux élèves, même en des cas déterminés, de se faire leur ortho- 
graphe à eux. L'orthographe doit être fixe et la même pour tous. Le jour où 
on aura décidé de retrancher le d de poids ou le p de corps, il faudra compter 
une faute à tous ceux qui écriront /jp/Wj ou corps. — P. 306, Comptes rendus. 

P. M. 



Annales du Midi, XXI (1909). Janvier. — P. 5-25, C. Fabre, Eludes sur 
Peire Cardinal. E stère de Belmont. Efforts méritoires pour identifier ce person- 
nage, souvent pris à partie par le troubadour, ce qui est devenu possible grâce 
aa volumineux recueil des Preuves de la maison de Polignac, publié récemment 
par M. Jacotin. Estève de Belmont, clerc de l'église du Puy, figure dans trois 
documents de 1226, 1238 et 1249. Malheureusement, la préparation philolo- 
gique de M. F. est très insuffisante, et plusieurs de ses remarques sur le texte 
de Peire Cardinal sont sans valeur. P. 9, note, malgré l'autorité de M. Jeanroy, 
invoquée par M. F., il n'est pas possible de rattacher keruf^e « sangsue », pas 
plus qu'à eruga « chenille », le verbe dont Peire Cardinal fait rimer la 3e p. 
sg. prés. ind. errueia âvQC pueia (de poiar). — P. 11, la bonne leçon est 
S^rueyssers, comparatif nominatif de gros : c'est ce qu'a bien vu M. Lavaud, 
dont l'opinion e.st rapportée par M. F. en note, mais ce que M. F. se refuse 
à admettre pour battre la campagne. — P. 59-60, G. Bertoni, Sur une pièce 
française copiée dans un manuscrit provençal. Il s'agit de la pièce n» 534 de la 
Bibliographie de M. G. Raynaud, copiée sur la dernière feuille de garde du 
chansonnier provençal de l'Ambrosienne de Milan. — P. 86-89, compte 
rendu, par M. Jeanroy, de Les Troubadours, etc., de M. J. Anglade. 

Avril. — P. 15 5.- 168, H.-J. Chaytor, Poésies du troubadour Perdigon. Fin 
dans le n" de juillet, p. 512-3)8. Sur les quatorze pièces qui paraissent pouvoir 



PERIODIQUES 123 

être attribuées sûrement à Perdigon, M. Ch. en laisse deux de côté, parce 
qu'elles ont déjà été publiées d'une façon satisfaisante, et il donne les douze 
autres, en s'appuyant sur tous les manuscrits connus et en joignant à chacune 
d'elles une traduction française. Rien sur la biographie du personnage. Pour 
la critique de cette édition, voir un article de M. Kurt Lewent dans VdZeitschr. 
f. roin.Phil., XXXIII, 670. — P. 201-212, J.-B. Pesta, Le n/a miser it prmviiçal 
(le la Bibliothcijui' Barherini, XLV, 29. Fin dans le n^' de juillet, p. 350-358. 
Reproduction diplomatique. — P. 225-252, compte rendu, par M. Bourciez, 
de Disciplines de dergic, etc., de M. Ducamin. — P. 240-242, compte rendu, 
par M. Jeanroy, de V Anthologie catalane de M. Amadc. 

Juillet. — Suite et fin des articles mentionnés ci-dessus de MM. Chavtor et 
Pesta. — P. 359-562, compte rendu, par M. S. de Grave, de Trouvères et 
troubadours de M. Aubry. — P. 363-368, compte rendu, par M. }e:mro\'. de 
Saeiiitliche Lieder des Trobadors Giraut de Boruelh, livr. 2-3, de M. Kolsen. — 
P. 568-372, compte rendu, par M. Jeanroy, de l'édition de Rambertino 
Buvalelli de M. Bertoni. 

Octobre. — P. 517-519, compte rendu, par M. Jeanroy, de Ovid und die 
Troubadours de M. W. Schrœtter (sans valeur: cf. Romania, XXXVIII, i68j. 

A. Th. 



Revista Lusitana. Archivo de estudos philologicos e ethnologicos 
relativos a Portugal, dirigido por J. Leite de Vasconcellos, Vol. IX. 
Lisboa, imprensa national, 1906. — Nos 1 et 2. Advertencia . L'éditeur 
annonce que sa revue, désormais imprimée à l'imprimerie nationale de Lis- 
bonne, paraîtra régulièrement. — P. 5, Fabulario Portuguès. Vocabulario. 
Nous avons rendu compte de cette publication, Rom., XXXVI, 155. — 
P. no, A. Th. Pires, Investigaçôes ethnographicas. Extraits de vieux jour- 
naux. — P. 119, J. Moreira, Notas philologicas. — P. 129, P. A. de Azevedo, 
Duas poesias populares ein processus da inquisiçào. Poursuites judiciaires à l'occa- 
sion de deux chansons. — P. 1 3 5, J- J. Nunes. Textes antigosportugiieses. L'édi- 
teur cherche à reproduire les abréviations des originaux, mais il n'y réussit pas 
toujours, faute de signes typographiques appropriés. — P. \t,^, Poesias 
populares portugueses. — P. 142, S. Dalgado, Dialecto indo-portugués do 
Xorte. — P. 167, A. Th. Pires. Vocabulario Alemtejano (Suite, lettre C). — 
P. 177, Miscellanea. — P. 182, Bibliographia, — P. 192, Courte notice sur 

Mussafia. 

Nos 3 et 4 (1907). — P. 195, S. Dalgado, Dialecto indo-portuguès del 
Norte. Suite et fin. — P. 229, A. G. Pereira, Tradiçôes populares e linguagem 
de Villa Real. — P. 259, P. A. de Azevedo, Documentos portugueses de mosteiro 
de Chellas. Chartes du xiii« siècle. — P. 277, J. Aug. Tavares, Romanceiro 
Transmontano. Suite d'un recueil commencé dans le t. VIII. — P. 524, 
J. Moreira. Notas philologicas. Sur divers points de la syntaxe du portugais 



126 PhR10DlQ.UES 

populaire. — P. 584, Misct'lhituui. Notes sur le FubuLirio portugu£^y etc. — 
P. 593, Biblù^rjphia. Compte rendu, par l'éditeur de la revue, du mémoire 
de M. Mever-Lûbke intitulé Die ^iltfKirtuc^esiSibén Persotiitinamen gcrmauisches 
Ursprutu^i (cf. Rom., XXXIV, 170) et de la critique qui eu a été faite par 
M. von Grienberger dans la Zeitschr. f. deutscJye Philologie. — 

Vol. X, Xo* I et 2 (1Q07). — P- I, Leitc de Vasconcellos, Camôcs do 
B^rço. Cf. Rom., XXX\*III, y^o. — P. 87, A. Th. Pires, Vocdhitlario Ahm- 
Ujatio. Lettres E-P. — P. 102. Tavares de Mello, /-o/^'-/o/v Ceilouensc. Devi- 
nettes, cantiques, proverbes, etc., recueillis dans l'ile de Ceylan. — P. 128, 
A. G. Pereira, Tradiçôis popularcs e linguagem de Ville Real. Suite. — P. 161, 
P. A. de Azevedo, Cituo adagios portugueses comparados entre si. L'auteur n'a 
pas remarqué que plusieurs de as proverbes existent très anciennement en 
français. — P. 165, L. de Vasconcellos, Balisas de propriedades territoriaes.Rcc- 
tifications à un article de M. Baist (d. Rom.. XXXV, 121-2). — Représen- 
tantes do latini Johannes. — P. 166, P. A. de Azevedo, Corrections à des 
textes portugais édités dans le tome précédent de la RevistaparM. J. J.Nunes. 

— P. 168, Bihliog raphia. — P. 169, Varia quxdam. — P. 170, Xeaolo- 
^ia. 

Xos 5 et 4, (1907). — P. 177,]. J.Nunes, Textos antigos portugueses. Le 
premier de ces textes est une vie de sainte Pélagie (en anc. fr. Pelage), 
d'après lems. (fin du xn'c ou commencement du xv^ siècle) qui a servi au 
même éditeur pour la publication, dans le tome VIII de la Revista, 
de la Vision de Tundal. — P. 181, A. G. Pereira, Tradiçdes popiilares 
e linguagetn de Villa Real. Suite. — P. 258, A. Th. Pires, Vocalmla- 
rio Alemtejano. Fin et supplément. — P. 255, P. Cunha Brito, Migalhas 
de ethnographia minkota. — P. 262. A. Braamcamp Freire, A génie do Can 
cioneiro. Recherches sur les personnages qui figurent dans le Camioneiro de 
Garcia de Resende. — P. 298, A. Th. Pires, Investigaedcs ethno^raphicas. — 
P. 506, M. Marques de Barros, O Guitièense. Textes en portugais de Guinée. 

— P. 311, Tavares de Mello, Folklore Ceilonense. Suite. — P. 521, Miscel- 
lanea. Sur les expressions dont on se sert, en portugais, pour désigner les 
proverbes. Prières populaires. Coutumes locales, etc. — P. 536, Bihlio- 
graphia. Gassner, Die Sprache des Kônigs Denis von Portugal, compte rendu par 
J. J. Nunes : nombreuses obsers-ations de détail. Obras de Gil Vicente, 
édition publiée à Coimbre, 1907, compte rendu peu favorable par le 
même. 

Vol. XI. Nos I et 2 (1908). — P. I. C. Michaelis de Vasconcellos. Conlri- 
buçôes para future dtcciotiario etimologico das linguas hispanicas. Recherches 
conduites avec autant de critique que d'érudition. Qu'il nous soit permis de 
remarquer, à propos de l'article est-\d.\l, que M^ie de Vasconcellos paraît 
avoir ignoré l'anicle de M.Thomas sur ce mot (Rom., XXXIV, 202). — P. 63, 
A. Th. Pires, Investigaçôes etimographicas. — P. 79, P. A. de Azevedo, 
Documentos portugueses dt PendoraJa, do seiulo XIII. — P. 96 C. A. Mon- 



PERlODiaUES 127 

teiro do Amaral, Tradiçôcs popuhres e Unguaç;em de Atalaia. Poésies tradi- 
tionnelles, pièces, etc., dont quelques-unes ont le caractère populaire, suivies 
d'observations grammaticales et d'un glossaire. — P. 164, Folklore Ceilo- 
mnse. Suite. — P. 176, Miscellama. — P. 179, Bibliographia. 

Nos 3 et 4(1908). — P. i<S2, A. de Azevedo, Aponlamcntùs sobre a liii- 
giuigem popular de Bdiùo. Glossaire. — P. 210, J. J. Nunes, Textes avtigos 
porlugueses.Cc sont des légendes pieuses, traduites du latin, dont il eût été à 
propos d'indiquer les originaux, ce qui n'était pas très difficile. La << Vida de 
Tarssis, molherque foy muyto peccatrix » (p. 211), est la vie de Thaïs, dont 
le texte latin a été maintes fois publié (Rosweyde, Vitœ Patrum, 2^ éd., 
p. 374 ; Migne, Putr. lat., LXXIII, 661). La « Vida de hùa muy sancta 
monja >; (p. 212) est aussi traduite des Vita; Pairiim (Rosweyde, p. 646), etc.. 
Le « Livro de Josep ab Arimatia » (p. 223 er suiv.), dont M. Nunes donne 
un extrait, d'après un ms. du xvie siècle, est probablement traduit du fran- 
çais, mais la vérification serait plus facile si l'éditeur avait cité le commence- 
ment du texte portugais. — P. 238, A. R. Gonçâlvez Viana, Le^sicc poriuguès. 
Remarques critiques de grande valeur sur les « Contributions « de M^e 
Michaelis de Vasconcellos insérées dans le précédent fascicule de la Revisia. — 
P. 248, A. Th. Pires, luvestigaçôes ethiiographicas. — P. 268, A. G. Pereira, 
Tradiçôes popiilares e lingudgein de Villa Real. Suite. — P. 501, A. Braamcamp 
Freire, .-i génie Jo din^ioneiro. Suite. — P. 555, Miscellatua. — P. 555, 

Biblio^ raphia. 

P. M. 



Reale Istituto Lo.mbardo di scienze e lettere. Rendicouti, série II, 
t. XLII, Milano, 1908. — P. 527-65, M. Scherillo, // " Flegias » di Dautc 
e il « Phlegv'as » di Virgilio. — P. 467-75. P. Sensi, Aucora di L. B.Alberii 
griivitnatico. — P. 641-52, G. Canna, Sopra una ter-iua di Dante, Paradiso, 
XII, 124-6. — P. 666-97 ^^ 815-69, Salvioni, Xote di lingua sarda. Exact.e- 
ment 200 articles étymologiques, d'à à :^, suivis d'un index alphabétique. 

FûXFZEHNTER JaHRESBERICHT DES IxSTITUTS FUR RUMANISCHE SpR.\CHE 

zu Leipzig, hgg. von... G. Weigaxd; Leipzig, Barth, 1909; v-i68pp. in-8. 
— Pi, Th. (I3ip\à2in, Die nominale r Suffixe im Aroniunisclxn . Sur ce point, 
comme sur d'autres, le macédo -roumain s'est montré très conser\ateur : plus 
de la moitié de ses suffixes nominaux sont latins, et ce sont souvent les plus 
produaifs ; les suffixes d'origine slave occupent le second rang, ce sont en 
particulier des suffixes diminutifs; le nombre et l'importance des suffixes 
fournis par les autres langues balkaniques sont médiocres. Il ne me paraît pas 
juste de considérer comme des formes à suffixe des créations analogiques 
telles que pâpdni de papa, fait sur le patron de tàiditi de tatâ, et d'isoler 
ainsi un prétendu suffixe -dni : ces formations ne se rencontrent que 



128 PÉRIODIQUES 

pour des désignations do parenté d'un type unique (mania, tatd,papd, dada, 
laliï) et seulement au pluriel (en dàco-roum. aussi à Tobl. sing.); elles con- 
stituent donc un svstème spécial de flexion limité à une catégorie séman- 
tique et non un svstème de dérivation par suffixe. — P. 89, St. Romansky, 
Lehinvôrtcr lateinischcii Urspniiiirs ini Bulgarischcii. Il est à peine besoin de 
dire que la plupart de ces emprunts n'ont pas été faits directement au latin et 
que le plus souvent le grec a ser\i au moins de principal intermédiaire ; il 
n'en est pas moins intéressant de suivre l'extension vers l'Orient de mots 
latins d'ordre assez divers. D'ailleurs, M. R. admet pour quelques-uns des 
mots qu'il étudie un emprunt direct par l'ancien bulgare au latin, ce qui n'a 
rien de nouveau pour des mots comme hviika de communicare, oltar de 
altar. po^anin de paganum, koleda de calendae, etc.; mais M. R. croit 
pouvoir préciser et affirmer que l'emprunt a été fait par le bulgare au latin 
parlé dans la péninsule balkanique ; malheureusement ici les preuves décisives 
manquent. — P. 135, G. Weigand, IVelchen Ziuecken dient der linguistische 
Atlas des dacûruwànischen Sprachgehietes. M. W. réimprime ici le chapitre v de 
\' Introduction à son Atlas linguistique daco-rouinain ; en rendant compte de 
cette œuvre importante, aujourd'hui heureusement achevée, nous reviendrons 
sur ce chapitre d'intérêt linguistique général. — P. 155, G. Weigand, Bei- 
trag yur Kentniss der hulgarischen Dialekte. — P. 167, G. Weigand, Ety- 
tnologieti : creangà, « branche» < bulg. granka, m. sign. ; hrohoanà, 
« graine >s <^ bulg. *hrzbona, cf. le dimin. hrzhonka ; hrohoadà, « fichu », 
déverbal de hrohodesc <l hiûg. podhrajdani. 

M. R0Q.UES. 



Le Gérant, H. CHAMPION 



MACOS, PBOïAT FRÈRES, IMPRI.MEURS 



CONTRIBUTION 



A LA 



LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 

D'APRÈS DES SOURCES RABBINIQUES 



Les notes suivantes présentent une partie des résultats aux- 
quels m'ont conduit des recherches prolongées sur le fran- 
çais en usage chez les Juifs du moyen âge. On a reconnu 
depuis longtemps que les textes rabbiniques sont importants 
pour l'étude de l'ancien français. Le désir de les apprécier sous 
ce rapport m'a amené à examiner les gloses françaises qui se 
trouvent dans les écrits non-bibliques postérieurs à Raschi 
(1040-1105) '. Je me suis occupé surtout du Mah^or Fitry, 
ouvrage rituel datant, au moins en partie, du xir siècle, dont 
il existe des manuscrits inédits à New- York et à Oxford. 

J'ai continué ces études pendant un certain temps. Puis, 
M. Louis Brandin, professeur de philologie romane à l'Univer- 
sité de Londres, et auteur d'ouvrages importants sur ce sujet, a 
renoncé en ma faveur à son intention de faire une étude lexi- 
cologique des glossaires bibliques judéo-français, et surtout du 
Glossaire hébreu-fninçais du Xllh siècle récemment publié ^ 



1. Sur Raschi, et sur l'ensemble de la littérature qui nous occupe, on peut 
consulter l'article remarquable d'Arsène Darmesteter, Reliques scientifiques 
(Paris, 1890), I, 165-195, réimpr. de Roniania, I, 146-176. 

2. Ce glossaire a été publié (Paris, 1905) par MM. Mayer Lambert et 
Louis Brandin sous les auspices de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
lettres. A la liste de comptes rendus donnée dans la Bibliographie pour l'an 

Remania, XXXJX 9 



I ^o D. S. BLOXDHEIM 

MM. les bibliothécaires de Bàle (Bibliothèque publique), de 
Parme et de Leipzig {Ujiivcrsiuits-Bibliothck) ont bien voulu 
envoyer pour mon usage à la Bibliothèque nationale de Paris 
les trlossaires manuscrits dont ils ont la garde. La comparaison 
de tous ces textes, et des manuscrits encore inédits de Paris, 
avec le glossaire imprimé, a jeté beaucoup de lumière sur celui- 
ci. On trouve aussi des renseignements utiles dans les parties 
du manuscrit 302, fonds hébreu, que MM. Lambert et Brandin 
n'ont pas imprimées. Une grande partie des articles suivants 
reposent sur l'étude des glossaires '. 

J'avais presque fini l'étude des glossaires, lorsque M"'^ Arsène 
Darmesteter m'a confié, en vue d'une publication éventuelle, les 
notes encore inédites de son regretté mari qui portent sur les 
sloses françaises contenues dans les commentaires talmudiques 
de Raschi. Malheureusement, ces notes sont encore à l'état de 
matériaux, et il faudra une longue élaboration avant que l'on 
puisse donner une édition satisfliisante de ces précieux docu- 
ments du français du xi^ siècle. J'ai pu cependant utiliser ici à 
plusieurs reprises les notes qui m'ont été confiées-. Comme il 



1905 de la Z.f. roiu. Pbil., on peut ajouter les articles suivants : Koniania, 
XXXVI, 445 (A. Thomas) ; Jewish Ouarterly Revieu',X\ll, 800 (\V. Bâcher); 
Monafsschrift fur die Geschichte des Jndenthiims, L, 376(8. Poznanski). 

1 . En renvoyant aux manuscrits des glossaires bibliques je me sers des sigles 
de Darmesteter (Reliques scientifiques, I, 182-190) : A, Paris, 302, f. héb. ; B, 
Paris, 301, f. héb. ; C, ms. de Bàle; D, Parme, 60; E, Parme, 637 ; F, ms. 
de Leipzig. J'indique par Br le Glossaire hèbreu-français de MM. Lambert et 
Brandin, et par G le ms. 1243, f. héb., de la Bibliothèque nationale de 
Paris. Ce dernier, qui renferme un dictionnaire hébreu-français, est proba- 
blement du xive siècle ; Darmesteter ne s'en est pas servi. L'inctndie de la 
bibliothèque de Turin a détruit les deux ouvrages bibliques qui s'y trouvaient 
(cf. A. DarmQS\.t\i:r, Reliques scientifiques, I, 133-164;. 

Il faut noter que M. Oesterreicher, en affirmant (Beitrâge ^ur Geschichte der 
jïidisclj-franiôsischen Sprache, Czernowitz, 1896, p. 16) que le ms. C porte la 
date 1359, a commis une erreur grave. Il paraît avoir lu (? -]-)r;U,' « dans 
l'an 1359 », au lieu de "':"N"" niC, « Dieu soit loué », qu'on lit clairement 
dans le manuscrit, comme dans la copie soignée de Darmesteter. Voici le 
passage en entier, f. 25 a : U^Z'^^^ZD h'^nVH \xb nZC ""^N'CC D'^'C: ; 
« [Le livre de] Samuel est fini, Dieu soit loué ; je commencerai le livre des 
Rois. » Le manuscrit n'est guère postérieur au xiii^ siècle. 

2. Cn trouvera dans les articles de Darmesteter (voir ci-dessus), des ren- 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I31 

y a le rapport le plus intime entre les trois genres de textes 
que j'étudie, l'apparente dispersion de mes efforts n'a eu en réa- 
lité que des avantages. 

En dehors des sources manuscrites, la littérature imprimée se 
rapportant au sujet a été naturellement mise à contribution. Il 
faut signaler particulièrement le travail d'Arsène Darmesteter, 
Gloses françaises de Raschi dans la Bible (Paris, T909). Ce 
livre, qui se compose d'extraits de la Revue des éludes juives 
(années 1907-1908), a été publié par les soins de MM. Brandin 
et Julien Weill. Les notes explicatives de M. Brandin m'ont 
souvent été d'un grand secours. La dissertation de M. Gustav 
Schlessinger, Die altfran:{ûsischen Worter im Machsor Vilry\ 
malgré des défauts,, renferme une collection de matériaux très 
utile. 

Chacun des articles suivants a pour point de départ un mot 
qui se lit dans les documents rabbiniques. En cherchant à éclair- 
cir ce mot autant que possible, je tâche de corriger ou de com- 
pléter ce qu'en disent les savants qui s'en sont occupés. Par 
conséquent, un même article traite quelquefois de plusieurs 
mots. Cette circonstance n'a pas d'inconvénient sérieux, puis- 
qu'un index complet permet de retrouver tous les mots discutés. 

MM. Meyer-Lùbke - et Herzog^ ont posé plusieurs questions 
d'un caractère général au sujet de la langue des textes qui nous 
occupent. Il ne paraît pas encore possible de résoudre défini- 
tivement les problèmes si attrayants sur lesquels ces savants 
ont appelé l'attention des romanistes +. Il faut attendre qu'on 
ait étudié en détail la langue de tous les textes qui nous sont 



scignements sur les manuscrits cités ; des catalogues facilement accessibles 
permettent à Tordinaire de se renseigner sur quelques mss. qu'il n'a pas 
connus. 

1. Mayence, 1899 ; cf. le compte rendu de M. Brandin, Roniania, XXX, 
130. 

2. LiteraturhI. fiïr gerni. und rotn. Pbil., XXVI, 405. 

3. Z.f. rom. Pbil., XXXIII, 636. 

4. On trouvera des indications intéressantes à ce point de vue dans les 

art. AREY, EMPRESSER, PLENIME. 



132 D. s. BLOXDHEIM 



parvenus, et mis en lumière les rapports de cette langue avec le 
français ordinaire. Il est certain qu'en traduisant l'hébreu, les 
Juifs se servaient d'un vocabulaire et d'un style assez particu- 
liers; il est encore plus certain que les matériaux publiés jus- 
qu'ici ne permettent pas de se faire une idée exacte de la langue 
parlée par Raschi et par l'auteur de l'élégie de Troyes. 

En suivant des indications de MM. les professeurs A. Mar- 
shall Elliott et C. Carroll Marden, de l'Université Johns Hop- 
kins, j'ai constaté une connexion étroite entre les glossaires 
bibliques des Juifs français et les traductions de la Bible ducs 
aux Juifs espagnols; mais ce sujet demande à être traité à part. 
Je me borne ici à noter que des accords entre les traditions de 
la France et de l'Espagne se rembarquent aux articles aoire, 
AVijER, BATEDiz, BOUzÉKLE, PLENiME, TONjE. Sur les textes espa- 
gnols cités dans ces notes on peut voir l'article important 
de Samuel Berger, Romania, XXVIII, 360-408 et 508-567. 

Je dois les remerciements les plus sincères à M"'^ Arsène 
Darmesteter et à son frère M. Philip Hartog, de l'Université de 
Londres, qui m'ont permis, avec une générosité rare, de me 
servir des manuscrits d'Arsène Darmesteter dans les conditions 
les plus favorables. J'ai déjà indiqué une partie de ce que 
M. Louis Brandin a fait pour faciliter mes études ; il serait dif- 
ficile d'énumérer tous ses bons offices à mon égard ' . 

Les notes suivantes témoignent souvent de ce que je dois à 
M. Antoine Thomas ; qu'il me soit permis de le remercier de 
l'amabilité dont j'ai tant profité. J'ai aussi bien des obligations 
envers M. Paul Meyer. La publication de ces recherches dans la 
Romania est un hommage à la mémoire d'Arsène Darmesteter; 
si cette étude a quelque valeur, c'est à ce regretté maître que la 
science en sera redevable. 



I. Mes maîtres, MM. A. Marshall Elliott et Edward C. Armstrong, m'ont 
encouragé à entreprendre ce travail, dans l'exécution duquel ils m'ont guidé 
avec autant de savoir que de jugement. Un grand nombre de bibliothécaires, 
surtout ceux de la Bibliothèque nationale de Paris, m'ont montré la plus 
grande bienveillance. Parmi beaucoup d'autres personnes qui m'ont aidé, je 
tiens à signaler particulièrement M. Israël Lévi, directeur de la Revue des 
études juives, M. Alexander Marx, professeur au Jevvish Theological Scminary 
à Xevv-York, et M. Gustav Grùnbaum, de l'Université Johns Hopkins. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I33 

AIN 

Ain, ad)., (c de condition servile », se trouve dans VAnik de 
Ratisbonne (dictionnaire du Talmud; ms. du xiv^ siècle'?). 
Voici le passage : ^-zvc**2 "îh^zk n-j-i^c n'nsc ]i^zi2 iTj l'.uS 
]'\Z yÀ^^i< "î:r^*N* y^'chi rjhi •j^\s; « ]~2, comme dans les expres- 
sions « servant de condition servile ))^ « servantes de condi- 
tion servile », a le même sens que ain en français et eigen 
en allemand ». Le mot français est écrit V^ dans V Ariik de 
Berne (dictionnaire du Talmud; ms. daté de 1290^). Perles 
(/. /.) explique correctement la glose allemande, mais il ne dit 
rien qui vaille de la glose française . 

Il saute aux yeux que ain vient de l'allemand eigen, qui se 
disait, selon Grimm \ « von knechten und hôrigen, mhd. » 
On a déjà signalé l'existence de ce mot germanique en ancien 
français au sens de « propre ». M. Paul iMeyer a noté -^ que la 
formule de mon ein^ degré, « de mon propre gré », et des locu- 
tions semblables sont employées dans des textes anglo-nor- 
mands, et Gaston Paris a cité ^ d'autres exemples, parmi lesquels 
figure l'expression de son eine talent. 

D'autre part, eigen est sans doute à la base du substantif enre- 
gistré par Godefroy à l'art, aine, avec les variantes ain, ayn, ein, 
en, et expliqué comme « désignant un mode de tenure ou 
jouissance de la propriété [; il] est comme une sorte d'antithèse du 
mot trefond, et y est joint, ce semble, pour exprimer l'idée de 
la propriété parfaite, dans la locution dont le type est : En 
aine el en fond, ou trefond ». Un grand nombre d'exemples, 
tirés de textes lorrains qui datent d'entre 1220 et 1385, n'a- 
joutent rien à cette explication. D'après ce que dit Grimm ^, 
« im rechtlichen sinne wird eigen als grund und boden der 



1. Perles, Beitràoe zur Gescb. der hchràischen... Studien, Munich, 1884, 
p. lOI. 

2. Monatsschr. fur die Gescb. desjîidenthums, XXXIV, 227. 

3. Deutsches Wœrterh., \° eigen, « proprius », 3. 

4. Roniania, XV, 280, n. 2. 

5. Romania, XXV, 518, n. i. 

6. A l'art, eigen, (( praedium, bona, lacultas ». 



1^4 D. s. BLO^NDHEIM 

fahrenden habe entgegengestellt », on devrait voir dans aine 
plutôt le svnonyme que l'antithèse de fond ou de trejond. 

Le fait qu'on trouve ain(/) aux sens de « condition servile » 
et de « propriété » dans des textes de TEst, rend moins vraisem- 
blable l'opinion de MM. Me ver et Paris (/. /.) que ain{e) 
« propre » soit venu de Tanglais, plutôt que d'une langue ger- 
manique du continent. 

ALOEN 

Aloex, « aloès », forme qu'on ne trouve pas dans Godefroy, 
est cité par M. Berger^ seulement d'après la Passion (v. 347). H 
dit que probablement le mot n'était usité que dans la langue de 
l'église, et que la forme ordinaire de l'ancien français était aloe, 
en s'appuyant sur l'article aloes du Couiplcment de Godefroy. 
En tait, aloen était une forme très répandue. Raschi s'en sert à 
trois reprises (^Sah. iio b, Git. 69 b, B. K. 85 a). M. Schlessin- 
ger^ confond les deux premières gloses avec ahiinc, et explique la 
dernière par aJoes. Les notes de Darmesteter portent la vraie 
forme aloen, d'après les leçons des manuscrits. Br emploie les 
formes aloéynSy aliiéyn, aluéyns. M. Brandin relève ', à propos 
d'un autre mot, un texte dans Godefroy, art. croc, où l'on lit 
aloains. 

M. Berger ne parait pas s'apercevoir que, sur six exemples 
réunis dans l'article de Godefroy qu'il cite, deux ont la forme 
étrange aloen ou alloeii. Ici encore nous avons affaire à notre 
mot en -en. Godefroy a sans doute tiré son exemple d' aloen d'un 
des mauvais textes imprimés du Grant Herbier; l'édition de 
M. J. Camus -^, de même que le manuscrit Bodley 761 ^', et les 
manuscrits 1307 et 9136, fonds français, delà Bibliothèque 
nationale de Paris, ont aloen. L'autre exemple en -en vient des 
Comptes de F argenterie, dont le manuscrit ^ paraît en effet porter 

1. LeJmuvrter in der fraii:^. Sprache attester Zeit (Leipzig, 1899), P- )-• 

2. Fesischrift ^um joten Gehurtstage A. Bertiners (Francfort, 1903), p. 235. 

3. Revue des études juives, XLII, 251, 1 31, passage auquel renvoie 
M. Loew dans la Festsctn-ift pour M. Berliner, p. 235. 

4. Modène; 1886,^ 18. 

5. Cité par M. Paul Meyer, Romania, XXXVII, 520. 

6. Bibl. nat., franc. 11 205, fo 29 ;-«. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I35 

aUoeii plutôt que aJloen ; mais, comme le scribe ne fliit guère de 
distinction entre //et //, l'on ne doit pas hésiter de Wrt allooi. 
On trouve aussi alom en provençal (cf. Raynouard, v° aloa). 

Le texte rapporté par M. Meyer (/. /.) paraît distinguer ^/o^;/ 
d'avec ^z/o^. Il dit : « Aloe si est li jus de une herbe q'est apelé 
aloen. . . En tiele manière est aloe fliite : l'en prent le jus de 
aloen. . . » Cette distinction, bien qu'elle se retrouve dans un 
manuscrit cité par Raynouard (« Aloe es suc de la herba dita 
aloen )>), est artificielle; les autres textes du Grant Herbier 
déjà cités ne l'observent pas. 

Bartsch a remarqué (voir Berger, /. /.) que aloen est la tran- 
scription de l'accusatif latin. On a d'autres exemples d 
même procédé dans palasin \ siucopin (voir Godefroy ; -/// vien 
de la désinence de (TJY/.or-/^v d'après la prononciation grecque du 
moyen âge), Mathiisaleui-, etc. Le fait que tous ces mots 
viennent du grec ou de l'hébreu a sans doute facilité l'em- 
ploi de l'accusatif comme nominatif. 



u 
t 



AOIRE 



AoiRE, « augmenter ». Ao\t et aoysé:^ dans Br se rattachent 
au verbe aoire ■<*adaugére (forme refaite d'après ad au xi, 
adauctum; cf. Kôrting, i6é); les autres exemples cités sous 
aoysé^ et aiiytra (sic, pour auyterd) viennent de aoiter. 

Pour ce mot, comme pour adulter, nous trouvons des formes 
en avo-. Godefroy cite, à l'art, aoite, un exemple de avoite ; il 
y en a un autre, de l'an 1304, dans l'article AVOYTEMENT,tiré des 
Year-books of tbe Reign of Edward the First, years XXXII-XXXIII 
(Londres, 1864), p. 31 : 

« N'est pas semblable entre prier d'estre receuq'est donépur 
statut pur abreggement de delays, e prier eyde q'est a la comune 
ley, e chiet en avoytement de delays. » 

Le contexte indique l'incorrection de la définition de Gode- 
frov, « action d'annuler, action de décliner », comme l'inexac- 



1. \o\^ Thon\2i?,, Mélanges cl' ctym. franc. (V^iùs, 1902), art. balzix. 

2, Noter que les deux premiers exemples du nom qui se présentent dans 
la Vulgate, Gen., v, 21 et 22, sont à l'accusatif; la forme populaire Mathieu 
Salé, qui remonte au xive siècle (cf. Gaston Paris, Remania, XXIX, 422, 
n. 2), vient du nominatif. 



13e D. s. BLOXDKEIM 

titude de la traduction anglaise publiée en regard du texte, qui 
porte (p. 30), « goes to avoid delays ». D'ailleurs, on lit dans le 
New Laiv Dictionary andGlossary de Burrell (Ne\v-York, 1850), 
v° AiD-PRAYER : « ... Aid-praver was a dilatory plea... » 

Ces exemples vont à l'encontre de la thèse de Gaston Paris * 
que « aoire^ aombrer, aourer n'intercalent pas de i', » et par 
conséquent portent à croire que le v de avoltre est intercalé. 
Cf. aussi la forme avouiJlage, citée par Godefroy, aouillage, 
DevivoJer, « profaner », dans Bt\ dérivé, comme le note Oester- 
reicher% de de + violare % présente encore un cas de sup- 
pression d'hiatus; il est intéressant de remarquer que M. Paul 
Meyer a relevé ^ une forme deviholavet dans les Joca mona- 
cJjoruui du viii^ siècle. 



ARE 



Are, enregistré par Godefroy, au sens général de « aride, 
sec, desséché », a un sens particulier dans le passage suivant 
d'un commentaire biblique dû à un Juif français du xiii- 
siècle 5 : 

«... Du vin qui coule de la bouche par le gosier jusqu'aux 
intestins, parce qu'il est doux et agréable et ne s'arrête pas 
(zr>n'2 M^xi) dans le gosier comme l'espèce de vin inférieur 
qu'on appelle are, qui s'arrête dans le gosier. » 

La signification indiquée rappelle celle du poitevin are, qui 
veut dire, d'après Godefroy, « sec, cassant, rude au toucher, cou- 
vert de petites aspérités ; » Beauchet-Filleau note qu'on « le dit 
aussi en parlant d'un fruit qui a un goût rt/T,en parlant, par exemple, 



1. Romania, X, 61, n. 8. 

2. Beitràge, p. 20. 

3. En judéo-espagnol on 2i eshivlar, < ex -|- ^'iol are , dans le môme 
sens, voy. Z.f. rotn. Pbil., XXX, 156. 

4. Romania, I, 48^. 

5. M. H. J. Mathews a publié le texte hébreu de ce commentaire dans 
la Festichrift ^11111 8oten Gehirtstage Moriti Steinschneider' s (Leipzig, 1896), aux 
pages 164-185 de la partie hébraïque. Le passage que je traduis se rapporte à 
CanL, I, 4 et se trouve à la page 163. La glose se rencontre encore à la page 
182. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I37 

de fruits sauvages, etc. . . » L'étymologie par acer, proposée 
par Beauchet-Filleau pour le mot dans ce dernier sens, n'est 
pas admissible, mais elle nous aide ci comprendre son explica- 
tion un peu vague. 

A RE Y 

Aréy, ayrey, eyrey, « bélier )),dans Br, représentent, comme 
l'a déjà remarqué M. Thomas \ le latin arietem. Le poète 
Eustache Deschamps, qui est né en Champagne, comme on 
sait, emploie la forme aray ^ ; et aroi est encore vivant dans la 
région. Tarbé donne ^ : « Aroi,.. Bélier, aries », et « Aroy, 
arroy, m[arne] : Bélier, bouc ». Par conséquent, M. Meyer- 
Lûbke est dans l'erreur quand il cite^ notre mot comme un 
exemple des emprunts faits aux dialectes méridionaux par les 
Juifs du Nord. La diphtongue ey dans aréy est simplement un 
archaïsme; cf. réyalme, réyon, réyz^ et tant d'autres cas dans 
BrK 

Ran, cité par Tarbé (o/). /., II, 224) comme une variante de 
aroi, vient en réalité du germanique rani (Kôrting, 7734). 
On prononce raiii dans l'île de Guernesey^, et Moisy" cite 
un exemple de ram dans un texte dn xvi^ siècle, et dit que 
ram est encore vivant dans le département de la Manche. La 



1. Romania, XXXV, 140 et XXXVI, 446. 

2. De toriaux, di'arays et de bestes (Miroir de mariage, 1861, dans Œuvres 
complètes, IX, 64). Il n'y a pas d'article correspondant dans Godefrow 

3. Rech. sur Vhistoire du langage et des patois de Champagne (Reims, 185]), 
11,224 et 177- 

4. Worter und Sachen,!, ^2. 

5. On peut noter que bdtir, « coudre à grands points », est, comme 
M. Meyer-Lûbke le conjecture dans l'article cité (JVôrter und Sachen, I, 29), 
beaucoup plus ancien que le xvii^ siècle (c'est seulement de cette époque 
et non du xvie siècle, comme M. Meyer-Lùbke le dit par distraction, que le 
Dict. général le date). Raschi (Menahot, 41 a) a la glose hastir, et se sert aussi 
{Be^ah, 7 a) du substantif haste. Bastir se retrouve dans le pseudo-Raschi 
(xiie siècle ?) sur M. K. 22 b. Adolf Tobler a relevé le mot dans le glossaire 
d'Auberile Bourguignon (milieu du xiii^ siècle). 

6. Atlas linguistique de la France, carte bélier, point 399. 

7. Dict. de patois normand (Ca.en, 1887). 



138 D. s. BLOXDHEIM 

forme arau, donnée par Tarbé (/. /), si elle existe réellement,, 
peut être le résultat d'une confusion entre aroi et ran \ 

ARMOXT 

Armoxt {sic, pour arenioul), expliqué dans Br par « désir? », 
• est l'ancien français arrenienl <C atramentum. La glose se 
répète dans A,D,E, F; Fporte, p. ex. 'nn ^^nc'zn i2i'^-:::n-^N- 
((Je are)}iaiit,chosQ qui sert à noircir l'encre. » Godefroy,à l'art. 
ARREMENT, donue le sens de « matières qui servent à composer 
l'encre ». 

ATRAMPROR 

Atrampror, « canif », se trouve dans VAnih de Berne 
(1290)- dans la glose ■^■■^E'2-;-cni Di^'^pn -: ■;vj;r.pu' yz2 ^in 

« ^■'N veut dire un canif avec lequel on taille les plumes, un 
atrdnipior ». Perles a justement mis le mot en rapport avec l'ex- 
pression latine du moyen âge calamum temperare et les termes 
italiens lemperino et lemperalojo, qu'il cite d'après Wattenbach ', 
mais il ne transcrit pas la glose, qui représente une forme 
atempror, modifiée sous l'influence de tremper. Cf. la forme 
atrempierres, donnée par Godefroy, art. atempreor « modéra- 
teur, celui qui modère ». M. Thomas, en s'appuyant sur l'ita- 



1. [Ran, au sens de « bélier », est encore vivant, d'après la carte Bélier de 
V Atlas linguistique, dans différentes parties des départements suivants : Aisne, 
Manche, Nord, Pas-de-Calais, Seine-Inférieure, Somme. Cf. rax 3 dans 
Godefroy, où les exemples ne remontent pas plus haut que le xvie siècle, 
et une note de M. xMeyer-Lùbke dans Z. /. rom. PbiL, XXIX, 404. A 
Domecy-sur-le-Vault, près d'Avallon (Yonne), d'après Jossier (Dict. des 
patois de F Yonne, dans Bull, de la Soc. des se. hist et nat., XXXVI, 145), on dit 
ropaire, e.xpression qui manque dans V Atlas et dans la Faune pop. d'Eugène 
Rolland. Faut-il y voir une altération de *ran-pére ou de *aroi-père}^iV un ni 
l'autre probablement, mais il me paraît bon de signaler le mot ropaire et de 
poser la question.— A. Th.] 

2 . Perles, Juhelschrift ^um /oten Gehurtstage des Prof. H. Graeti (Bres- 
lau, 1887), P- II- 

3. Schriftwesen im Mittelalter, p. 190 (p. 229 de la troisième édition, Leipzig, 
1896;. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I39 

lien temperatojo (cf. aussi La Curne de Sainte-Palaye atem- 
PROIRE, « pièce d'un moulin », mot apparenté à celui qu'en- 
registrent Godefroy, tempreure 2, et Littré, trempure, comme 
M. Thomas me le fait remarquer), tire la terminaison de 
notre mot de -atorium. 

AVIJER 

AvijER, « rendre la vie, donner la vie, » etc. {Br, Index), 
du lat. * adviviticare, est à remarquer comme un nouvel 
exemple des verbes en -ificare, sur lesquels on peut consulter 
les articles de M. Thomas ' et de M. Schuchardt-. 

La chute du premier -vi- est due à une « superposition 
syllabique ». D'autre part, en espagnol, une dissimilation a 
produit la forme abcviguar, qu'on lit dans le manuscrit L j. 7 
de l'Escurial, p. ex. Exode, xxii, 17, abevigiies, de même que 
dans l'édition du Pentateuque publiée à Constnntinople en 
1547, p. ex. Gen. xlv, 5 : nr:x^:i2^2x ahevigtiansa (sic), 
Exode, i, 18 : C^T3Ç\xïi;i2''2n abeviguasles K 

L'espagnol connaît aussi la forme régulière ahivigiiar ; la 
Bible de Ferrare s'en sert dans tous les passages où B porte 
avijer. 

On trouve en catalan des formes intéressantes par leur 
rapport avec -ificare. Dans un fragment se composant de deux 
feuillets d'un glossaire hébreu-catalan du moyen âge +, on lit : 
e multigara (Exode, xxiii, 29, k7:^i2Sîi?2\x r\ir.) « et multi- 
pliera », et/n/^/V^m^ (Exode, xxiii, ^o, da^'crs : n^£n) « fruc- 
tifieras ». Ces verbes correspondent aux formes espagnoles 
miichigiiar et frucbiguar, si fréquentes dans les traductions 
juives de la Bible, et ont vraisemblablement la même ori- 
gine. 



1. Romania, XXXVII, 603, etc. 

2. Z. f. rom. Phil., XXX, 322. 

3. Cette forme est encore usitée en judéo-espagnol. C'est sans doute par 
erreur que M. Subak, Z. /. roni. PbïL, XXX, 170, V écrit ahediguar. 

4. Cambridge, collection Taylor-Schechter, boîte K, 24. Cette collection, 
qui provient de làgeiiiiâh ou « lieu de débarras », « ciiambre aux rebuts », 
d'une synagogue du Caire, a déjà fourni des fragments d'Aliscans à la philo- 
logie romane ; voir Z.f. rom. Fhihy XXII, 91 et 250. 



140 D. S. BLONDHEIM 



AVONDER 



AvoNDÉ et les formes apparentées réunies dans l'index de 5/ 
sont à retenir comme des dérivés populaires de abundare. 
L'explication de avondc par « rencontré » n'est pas exacte. 
La locution sera avondé, dans les deux passages en question, a 
le sens de'a sera assez » ; avondért {sic, lisez avondéret) veut dire 
« furent assez ». La traduction « rencontrera » pour avoudra 
n'est pas assez claire^ l'hébreu signifie « se présentera, arrivera ». 
Avondras parait bien avoir le sens de » rencontreras »'. L'index 
ornez avondroîit (lisez avouderont). « seront assez », 133, 89. 

Moisy% à l'art, avonder, « gorger de nourriture [plutôt 
« satisfaire »], engraisser », rapporte un passage de Wace, « Chron. 
ascend. des ducs de Nonn., p. 4 » ', et « ... Orge, pour avonder 
les porcs, 4 s. Compte de 1466, cité par M. Pluquet dans 
son Ess. hist. sur Bayeux, p. 200. » Il tire le mot avec raison 
de abundare. 

On peut ajouter à l'article 62 de M. Kôrting les formes 
engadinoises avuojid, avuonda, « assez », rattachées par J. 
Ulrich^ à abundare; on trouve avonda, avunda dans le glos- 
saire de son Oberlàndische Chrestomathie (Halle, 1883). 

BATEDIZ 

Batediz, qu'on lit à trois reprises dans Raschi >, correspond 
aux formes espagnoles hatedi^^ et batedi:(o "■ . Batedi^, en espa- 

1 . [Comme me le fait remarquer M. Mayer Lambert, avondra, -dras, ne se 
rattachent pas à avonder, mais équivalent à avendra, -dras, futur du verbe 
avenir. — A. Th.] 

2. Dict. de patois normand, Caen, 1887. 

3. M. Andresen, Roman de Rou (Heilbronn, 1877), écrit, I, 209, 1. 52 : 
'< D'aueir sunt cuueitus, n'en nés puet auunder. )> 

4. Romania, VIII, 389. 

5. Gloses françaises, index; on peut ajouter à ces exemples celui du Ma^hor 
Vitry, que M, Schlessinger(5 71) ne transcrit pas, et ceux que Darmesteter, 
Romania, I, 159, transcrit /?a/i/V et explique par distraction comme ■=zhattn:^. 
L'index de Br. porte la forme postérieure hati\. 

6. P<'u/i;/<'//^w^ de Constantinople (1547), Exode, xxxvii, 7, 22, etc. 

7. Bible de Ferrare, Exode, xxxvii, 22, etc. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I4I 

gnol, a Tair d'être un emprunt au provençal (Mistral enregistre 
batedis, forme qui correspond au type *batteticius proposé 
par M. Thomas', en même temps qu'une forme languedo- 
cienne baladis, qui pourrait être le résultat d'une assimilaiion 
ou d'une analogie); batedi^o en serait une forme refaite. A côté 
de batediip on rencontre bafidi:(o, qui a subi l'influence de 
batido ^ . 

Dans les textes rabbiniques le mot a partout le sens de 
« battre, en parlant d'un métal » dont on trouve des exemples 
du xv^ siècle dans Godefroy, à l'art, bateis i. 

Dans les exemples réunis à l'art, bateis 4, sous la définition 
« première assise de fondations dans une rivière », bateis 
paraît avoir le sens de « quai » ; cf. l'article batte et la définition 
donnée par Ménière,v°« bâti, s. m. » ; pour l'angevin moderne, 
« faire un bâti, c'est battre des pieux dans la Loire, pour 
retenir un entourage de paille, qui doit retenir l'eau et le chanvre 
destiné à rouir ». 

Le sens de « battu, frayé », que l'on voit dans les exemples 
de « rese baptise, bâtisse », sous bateis i, a inspiré cà quelque 
scribe l'idée d'écrire batedi^ la keiiiin dans lems. Fde Raschi', 
où la vraie leçon est batcx h chemin, qu'on trouve dans la plupart 
des autres manuscrits. Ce sens est encore vivant en Normandie 
(Métivier : « Battin, s. m., ce qui est foulé aux pieds»), en Poi- 
tou (Rousseau, « Batti, s. m., l'endroit le plus battu d'un che- 
min »), et au Midi (Mistral, batedis adj., « qui est souvent 
battu, fréquenté. .. Cauiin batedis, chemin passant »). Lalanne 
a aussi le poitevin « Batti, s. m., tranchant d'une flmx frai-, 
chement battue » (cf. le vosgien bztiÇ^* battef, dim. de batte ?) 
« pierre à aiguiser la faux » ■+). 

Les Juifs paraissent avoir été enclins aux formations en -ati- 
cium . Notez dans Br, entre autres mots, doJi^ (F. Ex. xx, 4, a 
yiN'ii" doIej:0, « idole taillée » (le glossaire porte la traduction 
erronée « idoles taillées ») qui correspond à l'espagnol doladi^o 



1. Essais de philotogie française (V ans, 1898), p. 18, n. 2. 

2. Bihte de Ferrare, Exode, xxxvii, 7. 

3. Gtoses françaises,^. 77, sur Isaïe, lxii, 10. 

4. ArçJnvfiir das Studium der neiieren Sprachen, CXXII, 374. 



142 D. s. BLONDHEIM 

ÇBible de Ferrare, Jérémie, x, 14) '. Je n'ai rencontré ces mots 
que dans les textes rabbiniques. 



BOCEL 

BocRL, (( outre », est un mot fréquent dans les glossaires 
{Br bo^el, bu~el, etc.) ; l'index de Br lui attribue à tort le sens de 
« boisseau », l'hébreu n'indiquant que celui de « outre », 
donné en premier lieu par M. Brandin. Godefroy traduit le mot 
par « petit tonneau, petit baril », bien qu'il cite non seulement 
des passages bibliques dans lesquels la Vulgate porte iilei'y mais 
aussi un document de i-|5r qui parle de « Ung bousseaux ou 
flacons de cuir à porter vin », et enfin, sous la définition 
«... vaisseau, vase ci mettre diverses choses, panier, caque, 
etc. », la phrase de Marco Polo, « Deux bouchiaus de cuir en 
quoi il mettent leur lait ». Dans le glossaire d'AioI, M-Foerster 
explique ^cr/;^^/ prudemment par « Trinkgefàss », apparemment 
sans s'apercevoir que c'est le même mot que houcel, qu'il tra- 
duit justement par « Schlauch ». Gaston Paris- traduit par 
distraction « broc »; auparavant^, il avait donné la vraie 
explication par « outre ». M. Emil Levy {Pnrcen:^. Suppktncnt- 
JVdrterbiich, v° bosel) définit simplement « Gefâss fur Flûssig- 
keiten »; dans son Petit Dictionnaire, il traduit par « flacon, 
récipient probablement en bois où l'on mettait du vin ». Il est 
clair que le sens normal de bocel est celui de « outre » ; cepen- 
dant il paraît avoir pris la signification de « tonneau » à une 
époque basse, d'après un texte lillois de 1403 rapporté par 
Godefroy, qui parle de « Un bouchiel a temprer herens ». La 
valeur de l'article vague deTarbé^, « Boucel, bouchel — Bouteille, 
tonneau », est douteuse. Tarbé indique l'existence du mot 
(quand ?) dans la Marne, les Ardennes et l'Aube. La définition 
de Borel (1650), « Bouche!, baril à vin », ne prouve pas grand' 



1. Le dernier mot n'a rien à voir avec idolum, comme le veut M.Subak, 
Z.f. rom.Pljiî.,XXX, 143. Ce n'est qu'une traduction littérale de l'hébreu '^CZ 

2. Pofnania, XVIII, 146. 

3. Roniaiiia, X, 59, n. 6. 

4. Recherclies, II, 193. 



COXTRIBUTIOX A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I _| 3 

chose, et l'article bouchiaux de Corblet, d'après lequel ce mot, 
marqué comme hors d'usage, aurait signifié « petits tonneaux )>, 
ne vaut rien du tout, puisqu'il repose en dernier lieu sur un 
texte de 1301 cité par Du Cange, v° hoiiceUiis, sous butta 3, et 
v^ SAGIMEN, où il s'agit évidemment d'outrés. 

Gaston Paris ' dérive bocel de bouc, qui, d'après lui, aurait eu 
en ancien français le sens de « outre ». Cette étj^mologie est 
erronée. Le h germanique avant e ou / donne ch, Picard h (cf. 
hochet, hoquet, « petit bouc » dans Godefroy). D'ailleurs, houe au 
sens de « outre » date seulement d'une époque récente ; d'après 
Godefroy, c'est une altération du vieux français hol, hou' <C but- 
tem (cf. le français moderne houte, en dernier lieu<C*but- 
tam), altération qui paraîtrait seulement dès lexvi^ siècle. Cette 
altération s'explique par le fait qu'on se servait de peaux de 
bouc pour faire des outres. Gaston Paris, en s'appuyant sur la 
leçon holc d'un manuscrit à'Ogier le Danois, dans un passage 
où l'autre manuscrit consulté par Barrois porte hout, alln-me 
que la forme originale était houe. Par conséquent, il est contraint 
de corriger en hue le but du Psautier d'Oxford (XXXII, 7) . 
Comme la leçon hou:^ qu'il cite du Psautier de Cambridge ne 
prouve nullement sa thèse, il faut s'en tenir à la tradition des 
manuscrits. Le Dîct . général, tout en reconnaissant (bout 2) 
l'existence de hout « outre » en ancien français, tire houe « outre » 
de houe « animal » . 

L'exemple de /w/f^///^, expliqué par (< outre de peau de bouc», 
qu'on trouve dans Godefroy, ne témoigne point en faveur 
de l'opinion de Gaston Paris. Le passage « Item, une petite 
houeaillede fer-blnnc et une de verre en ung escring, II s. _VI 
d. », qui suit immédiatement ^ la phrase citée par Godefroy, 
prouve qu'il ne s'agit pas d'outrés. M. Thomas me suggère la 
correction lumineuse houtaille = houleilJe; on trouve d'abon- 
dants exemples de cette forme dans Godefroy, Complément, 
BOTEiLLE. Il compare ouaille < oueille. 

Godefroy traduit hocel par « petit tonneau, petit baril », 

5r.nsdci]te puce qu'il l'identife avec le hucaui du français 

moderne. Cette identification remonte jusqu'à Thcmas Corneille 



1. Roniaiiia, X, 59, n. 6. 

2. Bulletin iNonufnental,XXlli, 453. 



144 D. s. BLONDHEIM 

(i6"94), qui, ayant trouvé dans Borel (1650) le mot houchel 
« baril à vin » (voyez ci-dessus) mis immédiatement après 
houcaiit, aura jugé que les deux mots étaient apparentés. Quand 
on lit l'article houcaut du Dict. général, qui donne les sens 
« 1° Anciennt. Outre de peau de bouc. || P.ext. Contenance de 
l'outre. Il 2° P. exf. Tonneau... ; «et qui dérive boncaiit de bouc, 
on est porté à croire que le Dict . général a raison, et à révo- 
quer en doute l'étymologie de boceJ par *butticellum, dimi- 
nutif de buttem, qui est pourtant la seule bonne (cf. l'ita- 
lien botticeUo etbutticella' dans le Thésaurus linguae latinaé)^. 
Il faut donc nous occuper de boucaut. 

Le Complément de Godefroy rapporte, sous la définition 
« Outre de peau de bouc, tonneau grossièrement fait... », deux 
textes qui contiennent le mot /?c>//r^///; mais, comme le premier 
exemple {bouquau:^) est une faute pour bouquan:^^, et que le 



I. L'article boutisele, « petit tonneau, petit baril », de Godefroy, avec 
les formes boutisele, boutesele, citées d'un traité de 1 246 avec les Génois, nous 
indique qu'une forme de hotticella, empruntée à un dialecte italien du Nord 
(cf. vénitien hotescla, bergamasque hotisHa), a joui d'une existence plus ou 
moins précaire en français. Le même mot paraît se retrouver dans VEstoire de 
la guerre sainte d'Ambroise (vv. 3863-66) : 

Si jetèrent en butheisseilles, 
En peitailles e en oceilles, 
Soffre e catran e siu e peiz, 
E puis grans fuz après tôt dreiz . . . 

Gaston Paris lit en hui, en seiltes pour en hutheisseilles, leçon du manuscrit ; 
la rime exclut la leçon seiltes, parce qu'oceiîles = ouceles : piiceles (vv. 387-88), 
comme un renvoi du regretté maître dans le glossaire le suggère. L'identité 
de oceilles et ouceles est obscurcie par le fait qu'on a changé ouceles en orcetes sans 
nécessité. Cf. les formes en oc-, ouc- dans Godefroy, orcel, orcele, 
ORÇUEL ; Du Gange, ulceus, ultella ; et les gloses « Hic ulceus, pot de 
terre » (xiiie siècle; Romania, XXIV, 171, n» 12) et « Hic ulceolus, eschajiour » 
(xiv*-* siècle ; Bihl. de VEc. des chartes, XXXIV, 38). L'/ provient sans doute 
d'une assimilation avec la désinence des formes diminutives. 

2. L'explication par hoi-\-èllum, donnée par M. Foerster (Glossaire d\4iol, 
bochel), est inexacte ; M. le Dr Bos a déjà trouvé la vraie étymologie (Glos- 
saire de la langue d'oïl, Paris, 1891, bocel 3). 

3. Voir Thomas, Mélanges, p. 34. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I45 

seconda clairement le sens de « tonneau, caque », son témoi- 
gnage pour la signification « outre » n'a pas grande valeur. 

M. Thomas a appelé mon attention sur \q Dictionnaire de Tecb- 
7W%/>deDeChesnelS où l'on lit, à l'art, boucaut : « Ancienne- 
ment, on donnait ce nom à des sacs de peau de bouc, nter et àcr/iç, 
dont on a tiré aussi le mot outre, et qui servaient à contenir des 
liqueurs, particulièrement des vins d'Espagne». Nous avons 
encore là affaire à une erreur. De Chesnel a mal compris l'article 
houcaiit du Dictionnaire technologique... par une société de savàns 
et d'artistes, qu'il cite parmi ses sources. Le Dict. technologique 
dit ^ : «... Ce mot s'emploie aussi pour désigner la chose con- 
tenue, sans tenir compte de l'enveloppe. . . Boucaut paraît être 
dérivé du mot bouc; l'on sait, en effet, que la peau de cet ani- 
mal... s'employait, de temps immémorial, à former des sacs, 
auxquels on avait donné les noms nter et oltaoz (peau de bouc), 
qui désignaient leur origine, et desquels nous avons tiré aussi 
le mon outre : ce dernier exprime tout à fait la même chose. Les 
liqueurs, et surtout les vins d'Espagne, nous viennent dans des 
outres... » Les auteurs du Dictionnaire général ont sans doute 
tiré le sens de « outre » de l'art, boucaut 2 de Littré, qui cite 
un exemple deboucel, expliqué correctement par « outre ». 

Le deuxième sens donné par le Dict. général, celui de « con- 
tenance de l'outre », n'apparaît pas, à ma connaissance, avant 
1845, date où Bescherelle donne, v° boucaut : « — Comm. 
Contenance d'une peau de bouc. — Marchandise contenue dans 
un vaisseau appelé boucaut. )^ Larousse (1867) ^i^ • ^^ Conte- 
nance d'une outre en peau de bouc. Vieux en ce sens. » N'est- 
il pas possible que cette signification aussi doive son existence 
à une simple erreur, occasionnée par le passage cité du Dict. 
technologique} Ce qui porte à le croire, c'est que l'excellent Dic- 
tionnaire universel de Commerce de Savary des Bruslons^ ne 
donne pas ce sens dit archaïque. Par conséquent, la parenté de 
houcaul avec bouc paraît très douteuse. Est-ce que le mot serait 



1. DansMigne, Troisième ... encvdopédie tJjèotogiqite, tome XXVIII (Paris, 
1857). 

2. Tome III (Paris, 1823). 

3. Je me sers de l'édition de Copenhague, 1759. 

Komania, XXXIX lO 



146 D. S. BLONDHEIM 

un emprunt au provençal /w/r^// (Mistral), qui signifie la même 
chose'? 

' Godefroy a eu raison d'incorporer dans son article bocel la 
phrase uiig houchiel d'osicres, traduisant le ^^r^//^/;^ scirpeam delà 
Vulgate-, sous la définition « panier » (parmi beaucoup d'autres). 
Il aurait dû y mettre aussi l'exemple de hoiichiaiix d'osier 
(Béthune, 1406) cité sous « petit tonneau, petit baril ». Le 
simple bout "à. acquis de même la signification de « pani-er »', 
comme ses dérivés boiitaille'^, boiiteillon (Godefroy), et boteron, 
boiitcron\ Biiftariiis^ veut dire « hotteur » ; les exemples de bou- 
lier relevés par Godefroy^ d'après une ordonnance de 1285, ont 
vraisemblablement le même sens que le liégeois botî « hotteur » 
(Forir). Le dernier mot signifie aussi « commissionnaire » ; il 
en existe une forme féminine botress. 

Le changement de sens — passage de « outre » ou « ton- 
neau )) à (( panier» — doit s'expliquer par la forme des paniers. 
On peut appuyer cette idée par le fait que le provençal boiisso 
(Mistral), qui appartient à la même famille que les mots que 
nous venons d'examiner, est un « panier en forme de tonneau ». 

1 . On ne peut pas appuyer cette hypothèse sur le fait que Sainte-Palaye 
cite, d'après le « Glossaire de VHistoire de Paris », une forme houcati, expH- 
quée par « caque ». Ce glossaire (III, xciii) porte boiicaitt, et renvoie au pas- 
sage de 1594 rapporté par Godefroy. Cet exemple offre le plus ancien témoi- 
gnage de l'existence de houcaiit qui me soit connu. 

2. Exode, II, 3. 

3. On trouve des exemples dans Du Gange, sous huttis à l'art, butta 3, et 
à l'art. BOTERONUS. Dans ce dernier cas, le contexte explique bout par « hotte », 
sens qui convient aussi au premier exemple (« portoient tiere en paniers et 
en bous »), et se retrouve dans le breton hoiitec (Lagadeuc [1464] : « hotte, 
panier », cité dans Ro})iania,lV, 3 52 ; Du Gange, butica), qui est sans doute un 
emprunt au latin ou au français. On doit probablement ajouter aux cas de 
bout « hotte » dans Du Gange les trois citations rapportées par Godefroy, 
art. bout, « outre, grosse bouteille, vase pour les liquides... », d'après une 
ordonnancé de 1285. Cf. Godefroy, bottée. 

4. Du Gange, boutaillia et alletes. 

5 . Du Gange, boteronus. 

6. Du Gange, buttarius, à l'ait, butta, 3, où il faut corriger hoccis en 
hottis. 

7. Art. bout et art. bouiier « bouteiller ». 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I47 

Le rapport de boiisso avec buttis est indiqué non seulement 
par le français bosse « tonneau » % relevé dans Du Cange, v° 
DOLiUM, dans un texte dauphinois de 1338^, mais aussi par le 
fait que le mot est vivant au sens de « tonneau » en Auvergne 
(Mistral), en Lyonnais % en Franche-Comté (Grammont, bus), 
et en Suisse (Bridel, bossa), de même qu'en Rhétie (/70-;^, bocha, 
« bouteille », Alton; cf. bo:(, Schneller, p. 122), et en Italie^. 
Ces mots remontent à *buttia, qu'il faut probablement recon- 
naître dans le butia> deVAppendix Probi, énuméré^ parmi les 
« nomina generis neutri semper pluralis numeri » ; l'existence 
du diminutif grec (Ssutt^v^ appuie cette hypothèse ^ Cf. aussi 
l'allemand bnl^e, biitsche (Lexer). 

De boce, bosse, dérivent bosset^ et bossette'^, le franc-comtois 
busû (Grammont), l'angevin bonssetaiid (Verrier), le romand 
bossaton (Bridel), etc. 



1. Le Dict. général, sous bosse 3, rattache hosse à holte 2 «chaussure )),mais 
c'est une faute d'impression pour hotte 3 « outre » . 

2. M. l'abbé Devaux relève la vraie forme dauphinoise hoci dans un texte de 
Grenoble de 1338-9 (Langue vulgaire du Dauphiné, Paris, 1892, p. 51); ce 
qui a échappé à M. Emil Levy. Le mot, venu probablement du Midi, a 
passé en anglais ; le "Ne-iv Engl. Dict. cite, sous boss sb >, « A cask... ; a leathern 
butt or bottle », des exemples de hose, boce, hosse, tirés de textes écossais qui 
remontent jusqu'à vers 1375, en rattachant le mot inexactement ou à l'ancien 
français hussi « tonneau », ou au hollandais hns « boîte ». 

3. M. Philipon suggère (Roniania, XX, 314; XXI, 133), comme étymo- 
logie pour le lyonnais hossi, un bustea, « boîte» (Du Cange), de date dou- 
teuse, qui ne convient pas pour le sens. 

4. Toscan hoccia, « bouteille », pour *hfl:(^a, par une influence analogique 
un peu difficile à préciser; vénitien ho7^ia, etc. Feu Gustav Meyer (Neugrie- 
chische Stndien, II, 85 ; Sit^iingsher. de l'Académie de Vienne, t. CXXX)adéjà 
mis ces mots italiens en rapport avec la famille qui nous occupe. 

5. Pour le t simple, cf. buticula (forme rapportée par le Thésaurus). 

6. Keil, Grammatici latini, IV, 196, 11 ; le mot est relevé par le Thésaurus. 

7. Cf. le Thésaurus linguae latinae, à l'art, buttis. 

8. Les formes du moven grec [SouT^tov, Poux^t, (jout^ov, citées par Du 
Cange, sous huttis dans l'art, butta 3, ont subi l'influence du latin vulgaire, 
ou d'une langue romane; cf. G. Meyer, Neiigriechische Stndien, III, 17 (Sit- 
lungsher. de l'Académie de Vienne, CXXXII). 

9. Godefroy, bosset 2 ; Mège, bousset ; Gilliéron, bosé. 

10. Godefroy, à l'art, boussete, explique sans raison apparente « petite 
boîte », le sens étant sans doute « tonneau », comme dans le dauphinois 



I4S t). s. BLOXDHEIM 

Le sens de « panier » a été le point de départ d'une grande 
famille de mots se rapportant à la pêche. Ces termes se divisent 
en deux classes, dont les membres sont un peu difficiles à dis- 
tinguer d'après les maigres données des textes accessibles. Le 
premier groupe a le sens de « nasse, panier en osier ». On peut 
rattacher à cette branche bons ^= bout (Sainte-Palaye, bous)^ aussi 
bien que /vm<' (Sainte-Palaye ; << *buttia; cf. l'art, bouche 
de ^^errier), boual (Sainte-Palaye ; Du Cange, bocella 2), 
boisscl (Sainte-Palaye), bocelle (Du Cange, bocella 2; \'errier, 
bosselle), boissellc (\'errier), boiicheUc (Sainte-Palaye, Godefroy) 
et le languedocien boiissolo (Mistral). 

D'autre part, on a un groupe de mots présentant le sens de 
« boutique, boîte où le poisson se conserve vivant » ; il com- 
prend l'angevin botte et hottereau (Verrier), le poitevin ancien et 
moderne boutereUe (Godefroy) et l'ancien français boteron (Du 
Cange, BOTERONUs),àcôté de l'angevin bosse (Verrier), de l'ancien 
français boiiccJ (Du Cange, exemple de boiisseau de 1420 à l'art. 
BOCELLA 2), et de l'angevin bossereau (\^errier). Le français boutique 
dans ce sens peut remontera la même racine, qui aurait subi l'in- 
fluence analogique de boutique « magasin », peut-être à une 
époque ancienne; d. les exemples de butica, butticus, « cista, 
lagena », rapportés dans Du Cange-, l'allemand Boltich (écrit 
potega dans les Gloses de Cassel, 124), et le breton boutée, dont 
il a déjà été question. 

On pourrait être tenté de suivre Carpentier^ en rattachant à 
la famille prolifique de buttis l'ancien français busse, « ton- 
neau», sur lequel on trouve d'abondants renseignements dans 
Godefroy, à l'art, busse. Le mot persiste encore, pour la plu- 



boceta, signalé par M. Emil Levy dans un texte de 1338-39, et le suisse /w5e//a, 
cité par Bridel, Gilliéron (vo bosèta), et en dernier lieu par Gignoux, Z. 
/. rom. Phil., XXVI, 132. Cf. le toscan hoccetta, vénitien Z>o:^:^^//rt. 

1 . Ce mot a peut-être survécu en anglais, car c'est à un * bot ou * botte (ou 
but, -te} Voir ci-dessous) que doit remonter butte, but, « ? A kind of basket- 
net for catching fish >>, signalé par le NeivEngt. Dict. (bvtt, sh. 12) dans 
des textes du xvie siècle ; buck, cité dans ce sens d'après des textes du xixe 
siècle, est sans doute une altération moderne de butte. 

2. Aux art. butica i et butta 3. 

3. Du Cange, vo bu:;^a, dans l'art, butta 3. 



COXTRIBUTIOX A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I49 

part dans des dialectes de l'Ouest et du Sud. Comme on trouve 
buîet « bouteille » (? Godefroy, d'après un texte de Caen), biit- 
tet, « hotte » ' dans certaines parties de ce même territoire, de 
même que hiitage « boutage, impôt », à Blois (La Curne de 
Sainte-Palaye ; Du Gange, butagium, sous butta 3), et butillon, 
« panier haut et étroit, qui a la forme d'une bouteille », en 
Normandie-, l'hypothèse que bûttis ait existé à côté de bùt- 
tis ou buta côté de bot ne serait pas trop hasardée, peut-être. 
Cf. buter vis-à-vis de bouter en français moderne (JDict. gén., 
buter). 

La définition « petit tonneau, petit baril » s'applique plutôt 
mal que bien kbocials dans le passage suivant, relevé par Gode- 
froy, à l'article hospitalier bocel : 

Ains en aurons .n. bociuîs mesurés 
Entre besans et deniers menées. 

(Girard de Viane [éd. Tarbé, Reims, 1850], p. 48.) 

11 s'agit Là de « boisseaux », comme Tarbé l'indique dans son 
glossaire. Godefroy rapproche de bocel le nom de famille 
Boiceau ; ce nom n'est qu'une variante orthographique de Bois- 
seau (cf. Mistral, BouissÈu). On peut noter aussi que le nom 
Geoffroy Bocel figure à la Table alphabétique du 5*" tome de 
y Histoire de Paris de Dom Félibien et Dom Lobineau. 

Nous n'en avons pas encore fini avec le malheureux article 
BOCEL. On y lit : « Un hanap d'argent doré a hors aiant un bou- 
chiel au fons en un escuchon. Autre a .111. petis bouchiaux 
(1466, Valenciennes, ap. La Fons). » Dans ce texte, comme 
dans le passage du Cartulairede Flines, daté de 1301 : « .1. hanap 
d'argent sans piet u il a .1. honciel ou fons », relevé par Gode- 
froy, v° KOXCiEL^^où la correction boucielmt paraît s'imposer^, 

1. Cotgrave (éd. 165 2), à l'art. Buttet: « as Hotte; Sauing that it is made 
of a courser Ozier, called du Plomb, or Ption, and û\ Hotte of a finer wicker 
close wrought » ; cf. aussi Jaubert. 

2. Du Méril, Du Bois, Moisy ; le dernier le cite d'après un texte du xvie 
siècle. On retrouve ce mot, ou des mots apparentés, dans la Vienne, les 
Deux-Sèvres, la Charente, la Charente-Inférieure et la Gironde; voir la 
carte panier de V Atlas linguistique de la France. 

3. Cî. Roman ia,XW\, 373 et XXXVI, 262. 

4. [La correction en k&verciel, que j'avais proposée, ne vaut rien. — A. Th.] 



IjO D. s. BLONDHEIM 

nous avons affaire à un diminutifde/^tvt', « bosse » ; d. la phrase 
« le suppliant vendi le hannap de madré a bosse d'argent a un 
hennapier », citée par Godetroy, CouipUment, boce. Ces mots 
ont passé en anglais, fait qui nous aidera à les éclaircir. L'on 
trouve de nombreux exemples, tirés de textes des xv% xvi^ et 
xvii^ siècles, dans le Neiu Engl. Dict., boss sb. 1,3 d,BOssELL 
et BUSSELL. La définition donnée sous bossell : « The « print » 
or ornamental médaillon iixed in the bottom of a « mazer » or 
drinking bowl », bien qu'assez exacte, est peu claire. On com- 
prend mieux la description suivante d'un « madré » anglais de 
1578' : « Mazer Bowl : wood, with silver-gilt mounting. Inside 
is a raised boss containing a médaillon engraved with the Holy 
Rood, once enamelled ^ . . . » 

On doit ajouter d'ailleurs à l'article bossel du Complciuent de 
Godefrov l'exemple d'un « bouciau d'argent » allégué à l'art. 
BOUCHEE, « embouchure », et celui de « bouchiauxsur la croi- 
sure », rapporté au même endroit avec un point d'interroga- 
tion, de même que les textes cités par Gay \ aux art. bouchel 
et bousseau . 

BOUZÉKLE 

BouzÉCLE, housach, sont, comme l'on sait, des dérivés modi- 
fiés de l'arabe houteihha ^ ; nous trouvons dans Raschi les formes 
plus anciennes bodekes et hodecles >'. Les glossaires bibliques iné- 
dits ont (Nomb. xi, 3) les formes suivantes : D : c^^j:^"'- 
hodaicks ; E : wnp^-îiz husaicres et F : '^".^Fi"- hosacJcs. Bateha, 



1. Pollen, Gold and Silver Siiiiths' Work in the Sonth Kensington Muséum 
(Londres, 1878), p. 171. 

2. A la suite d'un article intéressant de M. Hope sur les « madrés « 
anglais, Archaeohgia, L, pt. i, auquel M. Camille Enlart a eu la bonté de me 
renvoyer, on trouve, p. 187, dai>s un texte latin daté de Rochester, 1447, '^ 
forme horcelliis ; dans cette forme, comme dans celles que rapporte Godefro}- 
à l'article borsel au sens de « enflure », on peut voir l'influence de bourse. 

3. Glossaire archéologique, Vdiùs^ 1887. 

4. Cf. l'articlede M. Thomas, Roniania,XXXV, 459. 

5. Nombr., xi, 5 (Gloses françaises, p. 34) et Kid. 46 b. M. Brandin suit la 
leçon du ms. A en transcrivant la première ^\osq budekes ; j'ai écrit -0- d'après 
le témoignage de la plupart des glossaires postérieurs, dont les manuscrits 
sont aussi anciens que ceux que nous possédons de Raschi. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 15I 

dérivé d'une autre forme du même mot arabe, se trouve au 
même passage dans la traduction espagnole de Ferrare ; cette 
forme se rapproche plus de l'arabe que la forme ordinaire de 
l'espagnol, badea ou badeba\ 

BUFET 

BuFET, buffet, au sens de « piquette )>, a été relevé par 
M.Brandin% dans un commentaire attribué à Gerschom de 
Metz. M. Brandin ne justifie cette façon de transcrire les leçons 
en partie corrompues des manuscrits cités que par un renvoi 
aux articles buffetier, « marchand de vin, vinaigrier ^), et buf- 
FETERIE, « vinaigrerie », de Godefroy. 

De son côté, M. Subak a proposé' de lire pipette, idée tout 
aussi absurde que son assertion, peut-être suggérée par une 
remarque de M. Herzog (Zeit. f. roni. Pbil., XXII, 132), que 
les Juifs français d'aujourd'hui — il ne borne pas la portée de 
ce qu'il dit ci ceux d'origine alsacienne ou allemande — ont 
l'habitude de prononcer b pour p. 

On trouve dans La Curne de Sainte-Palaye, aux articles 
buffet et buffeteur, des preuves abondantes de l'existence de 
buffet au sens de « piquette )> dès 1364. Le mot avait cette 
signification au moins dès le xi^ siècle; Raschi s'en sert+. 

Il nous apprend (/. L), d'après le Talnmd, que l'on flibriquait 
le -'271, traduit par buffet, en versant de l'eau ou sur le raisin 
déjà pressé ou sur la lie de vin ; on sait qu'au xv^ et au xvi^ 
siècle 5 le buffet se faisait, d'après nos textes, seulement avec la 
lie de vin. 

La formule vin de (ou du) buffet se rencontre plus tard que le 
simple buffet. Le plus ancien exemple est probablement celui 



1. La dernière forme est relevée dans Dozy-Engelmann, vo albudega. 

2. Revue des éttules juives, XLII, 247, § 18. 

3. Z.f. rom. Phil., XXIX, 471. 

4. Pes. 4.2b; ms. Munich 216 héb. : tZ^EIZ. 

5. Cf. le texte de 141 1 cité en note dans La Curne de Sainte-Palaye, à 
l'art. BUFFETEUR ; les Statuts des buvetiers, vinaigriers et moutardiers d'Amiens, 
de 1533, dans Thierry, Monuments inédits de V histoire du Tiers Etat, 
tome II, Paris, 1853, PP- 59^-5 j ^^ ^'^ outre la définition de Labbe, rappor- 
tée par La Curne de Sainte-Palaye, vo buffet. 



152 D. s. BLOXDHEIM 

que rapporte Carpentier, sans le dater, à l'art, vinum (\°viniim 
hnffeti) dans Du Gange; on trouve un deuxième texte, tiré de 
Villon (1431-64 +), dans Littré, buffet; La Curne de Sainte- 
Palaye et Godefroy, v° espondille, relèvent un troisième 
exemple dans J. Marot (vers I4é3-vers 1523) ; on en trouve un 
quatrième de 1533, dans les Statuts d'Amiens qu'on vient de 
citer' : 

Item, uQg chacun pour son usaige et non autrement poîra faire 
vinaigre ou vin de buffet, pourveu que le vin ou estoflfe de quoi il le fera 
soit bon et souffisant et de son creu, sur paine de amende de quarante solz 
parisis... 

Il est curieux de constater que, d'après Littré, l'expression 
vi)i du buffet a en français moderne un sens presque directement 
contraire à celui qu'on vient de voir ; on lit, à l'art, buffet, 
2° « Fins du buffet, vins d'une qualité supérieure à ceux qu'on 
sert d'ordinaire sur la table ». 

On ne s'étonnera pas d'apprendre que la définition « vinai- 
grier, marchand de vin », donnée par Godefroy pour buffet îer, 
est inexacte. Gomme Garpentier l'a très bien reconnu-, le mot 
veut dire « fabricant, marchand de buffet, ou vin de buffet ». Les 
Statuts des buvetiers (substitution de l'éditeur au lieu de bufetiers 
qui se lit dans le texte lui-même), vinaigriers et moutardiers 
d'Amiens déjà cités en font pleinement foi. L'erreur de Godefroy 
en disant « vinaigriers » est d'autant plus excusable, que, 
d'après ces Statuts, et pour des raisons assez évidentes, un 
même homme jouissait cà l'ordinaire des dignités réunies de 
bufelier, vinaigrier et moutardier. On doit noter aussi que buffe- 
terie, traduit par (( vinaigrerie », désigne proprement la « bou- 
tique d'un bufetier ». 

Le Dict. général note, d'après un texte reproduit dans La 
Gurne de Sainte-Palaye, à l'art, buffeter, que buffeter, « boire 
du vin au tonneau ^ », a été changé en buveter sous Louis XIV, 
changement dû à l'influence des mots en buv-. On trouve de 



1. Thierry, op. cit., II, 594, 

2. Du Gange, bufetarius. 

3. On ne cite pas de preuves de l'existence de la signification « altérer le 
vin destiné à être vendu au détail », apparemment créée par le Dict. général 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I53 

même dans Robert Estienne (Godefroy, Couipk'ment, v. 
buvette), dans Nicot et dans Cotgrave une forme buvette, au 
sens de « piquette », qui est une altération de buffet, sous l'in- 
fluence de buvette, « Sippings, tiplings; and particularly the 
Judges drinkings or Collation » (Cotgrave). 

L'histoire de buffet dans tous ses sens est encore obscure. En 
tout cas, on peut noter que dans les deux textes recueillis par 
Godefroy, buffet 2, sous la définition très logique, « espèce 
de table distincte du banc », le mot a effectivement le sens de 



« siesje )) 



Ung huffet ont illoekes mis, 
Polinices si [lire s'i] est assis 
Et sor un banc sist Adrastus. 

(Eteocle et Polin., Richel. 375, fo 38 îi ^) 

Le roi seoit sur un hifet d'argent. 

(Anseis, RicheL 793, fo 31^-.) 

Ce sens est encore vivant en andais. Le Nezu EiwL Dict., à 
l'art. BUFFET, sb. 2 « A low stool, a footstool », dit, « In the 
fifteenth centurv described as a three-leo:2:ed stool, but now 
denoting in the North of Endand a low stool of anv kind, and 
in Scotland a four-footed stool, « with sides, in the form of a 
square table with leaves, when thèse are folded down (Jamie- 
son). )) On peut maintenant bifl^er les mots « Of unknown ori- 
gin )), en tète de l'article qu'on vient de citer. 



sur la foi d'une citation un peu vague de Des Periers. Cf. la définition, en 
partie suspecte aussi, dans Cotgrave, sous buffeteurs de vin, « Such Car- 
men, or Boatmen, etc., as steil wine out of the vessels they hâve in charge, 
and afterwards fill them up with water ». 

1. Le texte critique établi par M. L. Constans, Roman de Thèhes, v. 911, est 
le suivant : 

Un faude-.tou ot iluec mis, 
Polinices s'i est assis ; 
De l'autre part sist Tydeus 
Desor un hitfet de benus. 

2. Vers 4975 de l'édition Alton (Tubingue, 1892), dont le glossaire répète 
religieusement la traduction de Godefrov. 



154 ^' ^- BLONDHEIM 

BULAI 

BuLAiz est traduit par « poison (d'après Raschi) «, dans l'in- 
dex de Br; cette explication est trompeuse, bien que littérale- 
ment vraie. Le mot bulai^ représente le latin bolêtus, dont 
M. Kôrting, 1494, note la survivance en ancien français sous la 
forme boiiloi (Glossaire de Tours, éd. Foerster, 1. 144 : Boletum 
ro. boIoe:0. Le mot s'applique dans le passage en question à des 
champignons vénéneux. B traduit le même mot hébreu y'lSl2 
boloi-, D V^n"l2 bolci:(, et F *C^'c^'^^2boletes(sic, pour bolets ou boleits). 
Raschi se sert souvent de ce mot sous la forme bolei^ dans ses 
commentaires talmudiques '. On trouve aussi le mot dans 
VAruh de Ratisbonne-. 

Chonpéys, qui pourrait correspondre à un type purement 
français chanipels, se trouve dans Br comme traduction alterna- 
tive du mot traduit aussi par bulai^; l'index l'explique vague- 
ment par « plante des champs », d'après la remarque du glos- 
sateur, n'irz "jt'n "j^Nï'^zr, « on les trouve dans les champs ». 
Le mot a le sens de « champignons », et nous offre un 
exemple de la connection avec campus que Ton voit dans 
champignon, champenoble, champignel et champigucul (Godefroy). 
F, au même endroit, a la forme "û^i^'Ii^p conpainos = champai- 
gnons, dont Godefroy rapporte un exemple dans son Complé- 
ment, CHAMPIGNON. Ces formes rappellent le provençal campa- 
gnol ' . 

Comme choupéys (w^^sr.p) « champignon », autant que je 
sache, est un exemple tout à flùt isolé, on pourrait aussi le 
regarder comme une faute pour chonpainos (cf. F), due à l'omis- 
sion des lettres ":. 

CELÉ 

Celé, s. m., se rencontre d'abord dans Raschi-^, qui cite de 

1. On trouve l'énumération détaillée des passages dans la Festchn'ft pour 
M. Berliner, p. 238. 

2. Perles, Beitràge, p. 51. Perles, comme M. Schlessinger dans la 
Festschrift pour M. Berliner, /. /., voit à tort dans la glose la forme savante 
bolet. 

3. Cf. Schuchardt dans Z. /. rom. Phil., XXVIII, 156. 

4. I, Rois, VI, 9; Gloses françaises, p. 54. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 155 

Menahem ben Helbo, un contemporain plus âgé, l'explication 
d'un mot hébreu par « plafond construit de planches sculptées, 
en français celed ». Il ajoute une glose allemande dont la forme 
est incertaine; deux manuscrits portent /;/;;/// ou himel, trois 
himehXcy et six, à ce qu'il semble, bcmeJe ou benieli. En tout cas, 
il est sûr que nous avons affaire au sens du mot Himmel dont 
parle M. Kluge% « Zur Bedeutung « Zimmerdecke » (besonders 
in der Ableitung ahd. hitniliiTii mhd. bimelie) vgl. angls. hûsheo- 
fon resp. heofonhi'is\ ndl. hemel, mndd. hemeltc « Dach ». Ensuite 
Raschi remarque que les racines de ces deux mots veulent dire 
« ciel », et il fait une comparaison avec l'expression talmudique 
nnp V2U, littéralement « ciel du poutrage », c'est-à-dire, 
« poutrage d'en haut, plafond ». 

De Raschi le terme a passé dans les glossaires postérieurs, 
qui nous l'offrent ensemble avec des mots apparentés. Le sens 
d'une partie des membres de ce groupe a échappé aux éditeurs 
de Br parce qu'ils n'ont pas pu se servir de tous les manuscrits; 
les exemples réunis à l'index, sous ^elé, expliqués par « cacher » 
ou « recouvrir », ont tous la signification de « plafonner », 
comme le prouvent les extraits suivants des manuscrits inédits. 
Sur Jér., xxii, 14 E explique la traduction V'^^^^^* ^ cek:^ par 
DmN2 :;.! -3'D^2, « le toit est couvert de planches de cèdre » ; 
de même E sur I. Rois, vi, 9, note à propos de la traduction 
N'•?i*^s* e cela : V'^'^.^f '^"^ip n^pn'cS, « ce mot s'applique au pou- 
trage, qu'on appelle ceki; » B traduit a^2a au même vers par yV-^i* 
ceJei, = Raschi. Sur Aggée, I, 4, A a Texplication 71n2 ]1ED 
« couvert de planches de cèdre ». 

M. Brandin explique ^ la glose la ^éure de Br comme pré- 
sentant un cas de la chute de l'/ de celatiira (sans doute une 
faute pour caeJatura'), et suggère plus loin4 de la corriger en 
[/rt] la^eiire. Nous _ avons affaire là à une simple faute pour 
celeilre;d. D : N^^i^ïS la celure; E : mpn 'S ...NnNïiTA*! la celuere 
(^/V, faute pour f^/^//ré?), «poutrage »; F: NnîiN'iN"]î2 n"S ...n"|^\S"'2:S 



1. Etymologisches Wôrterhuch der deutschen Sprache, 7e éd., vo himmel. 

2. Faute pour heofonhrôf, comme me le fait remarquer M. le professeur 
J. W. Bright. 

3. Bi ., p. XIII, n. 5. 

4. P. 218. 



156 D. s. BLONDHEIM 

« laceJeûre, ou latravei'irc ». F traduit aussi n^^-^cr* au même vers 
par r-iïix-;^ï\s» e celeiïres. 

Les textes français ordinaires nous fournissent les exemples 
suivants qui se rattachent à notre mot : 

Remest dedanz la sale anclos 

Qui tote estoit celée a clos 

Dorez, et paintes les meisieres 

De buene oevre et de colors chieres ^ . 

Un manuscrit a cieke\ un autre porte couverte. 

Cielee iert la chambre par art d'entailleor 
De un umbrelenc[?] bien fait, bon fu l'enginneor ; 
Le pavement de suz bien est jonchié aflur, 
Jaunnes, indes, vermeilles, qui rendent grant flaor*. 

Dou celé de la chambre issoit 

Une main d'or a e^uoi pendoit 

Cil espreviers moult gentement 3 . . . 

Dans ce dernier exemple nous retrouvons le mot qui figure 
dans Raschi. 

This roufe is costly, for it is coloured with azuré. Ce ciellenient est fort 
coustagieiix, car il est fort a^itré^^. 

Dans ces passages, il est évident que celé, celer ont le même 
sens que dans les textes rabbiniques ^, plutôt que celui de « ges- 
tirnt, mit Sternen verziert », qu'indique M. Foerster (1902), 

1. Chrétien de Troyes, Yvaiu, éd. Foerster, v. 963 et s. 

2. Horn, ms. C, vv. 2709-11, éd. Stengel et BrQde^Atisgaben und Ahband- 
lungen, VIII ; cité par Godefroy, cieler. Le deuxième vers manque dans le 
ms. H. 

3. CléowadèSy 3085-7 ; cité par M. Sôhring, Romanische Forschungen, XII, 
550, où le regretté A. Tobler indique qu'il faut écrire celé au lieu du celé du 
texte imprimé. 

4. Palsgrave, Éclaircissement, éd. Génin, p. 489; cité par Godefrov, 
ciELLEMEXT, « décoration d'un plafond ». 

5. Il faut cependant noter que dans le passage obscur et peut-être fautif de 
Horn, on pourrait attribuer à cielee le sens de « lambrissée » (en parlant du 
plafond et des murs ensemble), qu'on retrouve en anglais (A^^îc Engl. Dict., 

C£IL V.), 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE Î57 

OU simplement celui de « ciseler », que donne Godefroy, v° 

CIELER '. 

On peut ajouter que M. Paul Meyer a rapporté ^ deux 
exemples anglo-français de siJeiire (^i }^6\ syllour (^i 41 ^), au sens 
de « ciel délit». Il indique aussi deux exemples de celura^seliira, 
au même sens, dans des textes latins écrits en Angleterre ^ 

Pour ce qui est de l'histoire de notre mot, M. Brandin-^ l'a 
rapproché avec raison de l'anglais ceiling, sur lequel le Neiu 
Engl. Dict., CIEL V., a un article très nourri. Les uns, comme 
Raschi et M. Foerster (1902), le rattachent à caelum; 
d'autres, comme Minsheu (Guide into the Tangues, Londres, 
1617) et M. Brandin {Br, L /.), le tirent de caelare. Ce qui 
est en faveur de la dernière supposition, c'est le fliit mentionné 
par Raschi, que les plafonds en question étaient sculptés. Cette 
circonstance n'a rien de surprenant. On sait, en effet, que le 
plafond au moyen âge « n'était que l'apparence de la construc- 
tion vraie du plancher, lequel se composait de poutres et de 
solives apparentes, plus ou moins richement moulurées et 
même sculptées > ». Cf. l'intéressant passage, cité par M. Alwin 
Schultz^, du chapitre clxxii {De aeâificiis) de l'ouvrage De natu- 
ris rerum'^ d'Alexandre Neckam (1157-1217) : 

Superponitur îectum, tignis et laquearibus obnoxium. Quid de caelaturis 
et picturis dicam, nisi quia stultitiampatiunturopes? Sufficerent tecta hiemem 
summoventia... Scilicet opus erat ut caelatiirae epistyliorum aranearum casses 
sustinerent ^. 



1. Cf. Schulze, Glossdr lum Rouians don Chevalier an lyon (Berlin, 1902) : 
cieler, a schnitzen ». 

2. Revue critique, 1870, 2^ semestre, 384,11. 2, et Romania, XXXII, 53, n. 3. 

3. Du Gange, art, celura. et testura. — [A ces exemples il faut ajouter 
l'article suivant du Livre des noms translatés de latin en franchois, recueil du 
xve s. conservé dans un manuscrit de Turin : « Lacuna, celure » (J. Camus, 
dans Bnll. de la Soc. des anc . textes franc . , 1902, p. 103.) — A. Th.]. 

4. Br., p. XIII, n. 5 ; Gloses françaises, p. 54, n. 7. 

5. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française (Paris, 
1869), sous PLAFOND. M. Camille Enlart dans son Manuel d'archéologie fran- 
çaise, I (Paris, 1902), dit, p. 5 1 : « les panneaux du plafond... [au moyen 
âge] sont décorés de peinture ou de sculpture. » 

6. Das hoefische Leben, i^éà., I, 62. 

7. Éd. Wright, Londres, 1863. 

8. L'auteur anglais a cru utile d'écrire en marge à côté de la dernière 
phrase le mot « Ironia « . 



IjS D. s. BLONDHEIM 

Les plafonds se construisaient en général de la même façon 
dans l'antiquité romaine'. Nous avons des textes qui le 
prouvent, et qui jettent en même temps quelque lumière 
sur celé. Le Thésaurus linguac latiuae, art. caelo, cite 
la phrase teclis caehilis laqiieatis d'Ennius et l'expression 
cachUa laqiiearia de Sénèque. Les académiciens allemands 
nous apprennent en outre que les épitres de saint Ambroise 
(30, i) reproduisent un vers d'Aggée (I, 4), d'après VltaJa, 
dans lequel apparaissent les mots /;/ domihus caelatis. Ils 
notent aussi que les Septante traduisent v^ zh.ziz 'Azù.zi-.ih'^j.z^.z- , 
et que saint Jérôme dit /// domibus laqueatis. Caelare a donc 
ici, si je ne me trompe, le même sens que le français celer. On 
peut appuyer cette interprétation sur la glose « laquear<ia> : 
caelatiira », du précieux glossaire de Reichenau% dont le manu- 
scrit remonte au moins au commencement du ix^ siècle, comme 
sur la glose « laquearia : caelum in domo » du Glossarîum 
Aiiipkmianiini seciiiidiii}0 . conservé dans un manuscrit, peut- 
être allemand, du ix"^ siècle. 

La dernière glose rappelle l'emploi de caelum au sens de 
« intérieur d'une voûte, plafond d'une chambre voûtée », 
constaté chez Vitruve, et tait songer à la phrase de Manilius 
signalée par le Thésaurus: « sculpentem . . . laquearia templis 
Condentemque novum caelum per tecta Tonantis », et à 
laquelle s'ajoute uu exemple tiré d'une inscription païenne de 
Rome de l'époque impériale. On pourrait voir dans ces mots 
les traces d'une influence postérieure de caelum, le passage où 
Ennius parle de ieclis caelatis laqueatis étant beaucoup plus 



1. Cf. Durm, Baiihinst der Rdmer, dans son Hdiulbuch der Architehur 
(Stuttgart, 1905), p. 244. 

2. Thésaurus linguae graecae, v» xo'.XoaTaOao; : « Laqueatus, Concameratus, 
Tabulis excavatis tectus. » Il est curieux que les érudits éditeurs du Thésaurus 
(et les hellénistes en général, autant qu'il me semble) n'aient pas noté que 
l'explication erronée de Cvrille d'Alexandrie, qui dit que ■/.o'.Ao'j7a6;j.o: s'ap- 
plique aux portes, se fonde sur la phrase 7TaO;j.à xoiXa Ojoawv de Théocrite, 
XXIV, 15. 

3. Éd. Stalzer, n° 902 a. 

4. Corpus glossariorum Jalinorum, V, 306, 50. M. Goetz, et, par suite, 
le Thésaurus liuguae latiuae, qui dépend de lui, ont oublié de relever cette 
glose au mot caelum. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 159 

ancien que le témoignage de Vitruve pour caelnm. En tout 
cas, il est certain que les deux mots se sont croisés, ce qui était 
presque inévitable. 

Cette association de caelum avec caelare a persisté. Nous 
avons noté l'explication de Raschi ; les textes allégués par Du 
Cange ' et Carpentier à l'art, coelum i en font foi, comme 
ceux rapportés par le nouvel éditeur de La Curne de Sainte- 
Palaye (d'après Littré), sous chiel, et par Godefroy, sous 
BOUCHEL. On peut ajouter à ces citations les exemples qui se 
trouvent dans les Quatre livres des Rois -, ainsi que le pas- 
sa2:e suivant : 

Li cieus dessus, qui ferme au mur, 

Est pains a or et a azur. 

Ces vers sont cités par M. Sôhring d'après un texte de Flaire 
et BlanchefleKrK 

En ancien provençal on trouve de même cel au sens de pla- 
fond (Levy). L'espagnol cielo « plafond » et l'italien cieJo di 
caméra sont bien connus, et l'on peut noter, en dehors des 
comparaisons sémantiques de Raschi et de M. Kluge "^j qu'en 
grec sùpavbç et cjpavbxcç ont le sens de « plafond voûté », et 
que le syriaque scheinayyâ et l'arabe savià ' réunissent les sens 
de « ciel » et de « pi a tond ». 

La forme de caelatura, celiire (cf. aussi celé) indique une 
dérivation de caelare plutôt que de caelum, de même que le 

1 . Le texte cité de Thomas Stubbs est intéressant pour le sens du mot. Il 
provient d'une chronique du xii<^ siècle, s'arrêtant à l'an 1147. Le passage 
parle des bienfaits de l'archevêque d'York Aldred (1061-69), et revêtit la 
forme suivante dans le texte critique du chanoine Raine {Historiatis of Ihe 
Gmrch of York, Londres, 1886, II, 355) : « ... totamque ecclesiam. . . supe- 
rius opère pictoris, quod caelum vocant, auro multiformiter intermixto mira- 
bile arte constravit. « 

2. Éd. Le Roux de Lincy (Paris, 1841), p. 248. 

3. Roman ische For schuigen, XII, 600. 

4. Les mots germaniques, qui servent en général à l'époque ancienne à tra- 
duire laquearia ou lactmar, pourraient-ils être des traductions du nom latin 
d'une chose qui n'a pas dû figurer dans la maison germanique primitive que 
M. Meringer nous a fait connaître ? 

5. Qui figure dans la désinence de l'espagnol laquiiavii : voy. Dozy-Engel- 
mann. 



l60 D. s. BLOXDHEIM 

mot ceJaincH, qu'on trouve expliqué ou par laqiicar, solarium ou 
par des mots allemands équivalents dans des glossaires du xv^ 
siècle étudiés par Diefenbach'. La forme cclamentuni, qu'on 
trouve aussi dans ces derniers textes, correspond au cielkment 
cité de Palsgrave. Cf. en outre Du Gange, celatum et caelatura. 
L'analogie de laqiiear et lacunar (cf. aussi le grec saTvw;j.aT5:) 
appuie l'explication de celer par caelare, « sculpter ». On 
pourrait citer aussi le cas de lambris, si ce mot dérivait vraiment 
de labrusca. Malheureusement cette idée ingénieuse de Gaston 
Paris- n'explique pas la forme lamhre. Ge dernier mot n'a pas 
le sens de « dallage en pièces de marbre » qu'il lui prête ; les 
exemples qui paraissent appuyer cette manière de voir sont sans 
doute des cas de lamhre « ambre jaune > ». Godefroy relève un 
exemple de lamhre da.ns son Complément, à l'art, ambre, et Die- 
fenbach cite de Konrad von Megenberg un exemple de lam- 
bar, qui remonte probablement à la source de ce dernier, l'ou- 
vrage De nalnris rerum (écrit entre 1233 et 1248) de Thomas 
de Gantimpré-^. Voici les passages cités par Godefroy où il me 
semble, comme aux éditeurs qui ont écrit F ambre dans des pas- 
sages semblables, qu'il faut entendre « ambre » : 

D'iloec entrèrent en la cambre 
Dont les fenestres sont de lamhre 
Et li pilier de blanc cristal. 

{A tins, Richel. 375, f° 35^-) 
Li pavemens en fu de lavihre. 
(Eteocle et Polin... [Roman de Thèhes, éd. Constans, 888].) 

Ylles est issus de la cambre, 
Entre el palais pavé de lamhre. 

(Gautier, Ysle et Galerou... [éd. Foerster, 966-7])?. 



1 . Ghssarium latino-germanicnm et Ncn'um glossarium. 

2. Ro)nania,XYlU, 14'). 

3 . Cf. l'anglais laniber, qui vient du français (le Keic Eiigl. Dict. le tire de 
Vambre); le provençal lamhre (Levy, Mistral), le portugais alamhre, alamhar, 
et l'espagnol alamhar. Ces formes portent à croire que lamhre est pour 
* alamhre; pour l'aphérèse de Va, cf. ital. limhecco et port, limheque. 

4. Koviim glossarium. L'édition du Buch der Katur de Konrad par Pfeiffer 
(Stuttgart, 1861) donne lamhra (p, 463, p. 6). 

5. Dans le glossaire des Œuvres poétiques de Beau manoir (Paris, 1885) 
M. Suchier traduit lamhre par « revêtement de plaques sur le plancher ou sur les 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE lél 

Dans les autres textes rapportés par le lexicographe on a sim- 
plement le sens de « lambris ». 



CENPEIL 

CENPEiLyCenpoil, « feuillet, troisième estomac des ruminants », 
mot qu'on ne trouve pas dans les dictionnaires, se présente 
quatre fois dans Raschi. Les manuscrits offrent les leçons sui- 
vantes : Sah. 36 a : mss. de Paris, 324 héb., S^£:^];; 769 héb., 
]xî:'i"Drkr; ms. du Vatican 129, S^^î::ï; Londres, B. M. Or. 5975, 
S^Eiï; Sab. 152 a : Paris, 324 héb.,S2:ï; Munich 216, h^^zz'J; 
Suk. 34 a : mss. de Turin, A, 11, 9, h^'^z^-j; Bek. 57 /? : mss. de 
Turin A, v, 29, i^s:::; A, vi, 47, ^'^^^sr^:; Hul. 42 a : Oxford, 
Mich. 237, Si^Si^ï; mss. de Parme, Rossi 1304, S'iS^NuT; Rossi 
1309, Snï::D. A côté de formes plus ou moins altérées, ces 
leçons offrent et l'ancienne forme cenpeil et la forme plus 
récente cenpoil, celle-ci ayant été introduite par les copistes. 

Moïse Landau (fl'û^ Sab. 36 a; cf. sur son œuvre Darmeste- 
ter. Reliques, I, 173) met justement le mot en rapport avec le 
latin centipèllio, qui a le même sens. Kaufmann % en parlant 
de la leçon S^^iD:jr çanpoil de VAriich de Berne (1290) compare 
encore l'italien centopelle, et une forme latine centipellis citée 
d'après Nemnich parGrûnbaum, Jiidisch-Deutsche Chrestomalhie, 
Leipzig, 1882, p. 542. M. Thomas m'apprend qu'il a constaté 
l'existence de sempelh en ancien provençal, et l'on emploie encore 
en Languedoc et en Dauphiné. d'après Mistral % cent-peio et 
cent-pelhos. Honnorat écrit le dernier mot cenpelhas (Azaïs : cen- 
pelhos)^ en l'expliquant correctement par « cent peaux », pen- 
dant que Mistral traduit « cent loques », ce qui ne s'applique 
proprement qu'au sens « habit en loques, personne déguenil- 
lée » (à7!iU^\)ino\s escentpeia)^^ 



murailles » ; M . Constans, dans le vocabulaire du Roman de Thèbes (Paris, 
1890), l'explique par « parquet ». 

1. Monatsschrijtjur die Geschichte und Wissenschaft des Jiidenthums , XXXIV, 
189. 

2. Art. CEXT-PEio, placé sous cent. 

3 . Cf. h'onnais sampiîli, dauphinois sampiha (Mistral), et messin chèpoiUë, 
dans Roiiiantaj 11,441. 

Remania, XXXIX 1 1 



lé2 D. S. BLOXDHEIM 

On trouve en Sicile centupeddi, que Traina et Mortillaro, 
sans doute à tort, définissent par « deuxième estomac des rumi- 
nants » ; cette erreur se retrouve dans les dictionnaires latins 
courants (Benoist-Goelzer, Georges, Lewis et Short), v° centi- 

PELLIO. 

Les mots romans cités remontent tous, plus ou moins direc- 
tement, au latin centipellis, cité par le Thésaurus linguae 
latinae d'après une scolie sur Lucain \ 

Le Thésaurus identifie le mot avec centipellio sans plus, 
tout en citant, d'après deux manuscrits, le passage « omenta 
vocat centipellem ». Quatre ou cinq manuscrits — Weber dit 
vaguement que le cinquième manuscrit a « similia » — portent, 
d'après le texte de Weber, « Omentum dicitur mappa ventris, 
quod vulgus centipellem vocat ». On lit de même dans un 
glossaire anglo-saxon du x^ siècle ^ : « Centipillium [sic\i. omen- 
tum, ///;/f/z (= « membrane »). » Il faut donc admettre que des 
scribes du haut moyen âge cro3'aient que notre mot avait le sens 
de « épiploon ». Cette signification paraît devoir son existence 
assez douteuse à une confusion qui s'est produite entre omentum 
« épiploon », et omasum « tripe », et aussi, du moins au moyen 
âge, « feuillet » (cf. Goetz, Thésaurus gloss. emendat., v° oma- 
sum). On trouve des traces de cette confusion dans les articles 
OMENTUM et OMASUM du Glossarium de Diefenbach, comme 
dans une glose de basse époque « omasum vel omentum », 
rapportée dans le Novum glossarium, \° omasum. Nous en avons 
un témoignage plus solide dans la glose suivante, relevée par 
Thurot' dans un commentaire manuscrit du xiii^ siècle sur le 
Doctrinale d'Alexandre de Villedieu : « omentum est quoddam 
intestinum, anglice felefold +. » 

Nous possédons en tout cas des gloses du x"^ siècle qui éta- 



1. Éd. Weber, Leipzig, 1831, I, 625. M. Johann Endt, dans son édition 
des Adnotationes super Liicamun, Leipzig, 1909, n'imprime pas cette scolie, 
sans doute parce qu'il la croit postérieure à l'époque classique. 

2. Wright-Wùlcker, ^ Volume of Vocahida ries, Londres, 1884, I, 203, 13. 

3. Notices et extraits des manuscrits, XXII, 529. 

4. Felefold ^i manifold, « feuillet » ; le New Engl. Dict. ne connaît pas le 
mot anglais dans ce sens, bien qu'on ait une glose du xve siècle, « Scruta, 
exta i. tripe, anglice thefelvelde » (Wright-Wùlcker, op. cit., I, 610, 38). 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 163 

blissent l'existence continue de notre mot au sens propre. On 
lit dans Wright- Wùlcker ', « Centumcilio ^ /. pellis ^ feleferd-^, 
uel centumpellis ». Le vocabulaire de l'abbé Aelfric contient la 
glose suivante > : « Centumpellio, /<?/^/tT^ ». Un glossaire du 
xi'^ siècle^ a « Centumpellis, felefercf », et M. Goetz" cite de 
Papias'(v. 1053), « |Omasum], stomachus uel uenter centipel- 
lis (= tenlipeirw\l. centipeUio\) uel uentriculus ». 

D'après ces témoignages on peut supposer sans témérité 
l'existence en latin de centipellis au sens de « feuillet ». 
Ce mot occupe vis-à-vis de centipellio la même position que 
versipellis, « loup-garou », prend à côté de versipellio 
(dans le Corpus gloss. lût.). Dans une partie du territoire roman 
la voyelle tonique du mot s'est modifiée, apparemment sous l'in- 
fluence de pilus, comme l'indique la graphiQ centipilîuni por- 
tée par quatre des sept manuscrits de la scolie sur Lucain, dont 
deux (Voss. I et II) du x"' siècle ^, à côté de la forme « centipil- 
Vmm... Jihiien » de la glose anglo-saxonne. C'est à un *centi- 
pïlum que semble remonter le français ct^w^^//. 

Le messin sàfoya, « gras-double » '', que Lorrain écrit cenl- 
feuiUat, en l'expliquant comme une « sorte de gras-double ; 
F[orésien] virafouillat, sans doute ainsi nommé parce qu'il est 
fait avec le second [sic\ estomac des ruminants, dit \q feuilleV° », 
occupe une position intermédiaire entre cenpoil et feuillet. On 
peut conjecturer que c'est feuillet qui a modifié cenpoil, mais 



1. I, 203, 11-12. 

2. Faute pour * centiimpilio} 

3. Cf. la glose du xv^ siècle, citée par Diefenbach. Glossariiim, art. oma- 
SIUM : « omasium i. ^qWxs paens ». 

4. Sur ce mot, qui signifie « feuillet », on peut consulter les articles de 
M. Schlutter, Modem Languao^e Notes, XV, 421, et Aiiglia, XXVI, 287; les 
germanistes pourront tirer quelque profit de la glose « Centuplex uel -us, 
hiindert vart » dans le Novum gloss. de Diefenbach. 

5. Wright- Wûlcker, I, 117, 33. 

6. Ibideîii, I, 380, 7. 

7. Thésaurus glossariun euiendatarum, w° omasum. 

8. Cf. Weber et l'édition de Lucain de M. Hosius (Leipzig, 1905), p. lx. 

9. Romania, V, 219. 

10. Cf. Adam : « Cent-foillot, panse de bœuf, de vache, Dompaire. » 



164 D. S. BLONDHEIM 

il nous manque des textes pour déterminer la succession chro- 
nologique des trois formes ^ 

Le provençal ^f/;//)6'//; se rattache peut-être à un *centipi- 
lium; si la forme française avait une / mouillée — ce qui ne 
paraît pas très probable — elle aurait la même origine que 
sempelh. Les formes méridionales modernes trahissent l'influence 
de peio, piho, « peau, loque » (Mistral). 

L'influence de centum, reflétée dans les gloses anglo- 
saxonnes, a produit les formes *centupellionem et *centu- 
pellem ;il se peut que des formes en centu- aient été à la base 
des formes de la Gaule que nous avons étudiées ; il est sûr que 
* centupellionem survit dans le sarde kentupiiyone, cité par 
M. Meyer-Lûbke dans le Thésaurus linguae latinae, et que 
*centupellem a donné le toscan centopelle et le sicilien centu- 
peddi. L'association avec folium dont nous avons déjà vu des 
traces en France, aidée peut-être par l'existence decentifo- 
lium, centofoglie (Tommaseo), a produit le bolognais tsintfoi 
(j^rnt Coronedi-Berti, qui explique par distraction « premier 
estomac des ruminants », écrit :;^éinîfoi) et l'engadinois canfolya, 
M. Meyer-Liibke relève ces deux derniers dans le Thésaurus, 
en les rattachant à centipellionem . On peut ajouter à ce 
groupe le portugais centafolho. La forme du vénitien centope^^^^i, 
« feuillet )), qui a aussi le sens de « ventre, panse », montre 
que pei:{o a modifié * centupellem. 



CIMOLS 



CiMOLs, (( bord d'un vêtement », forme qui n'est pas enre- 
gistrée dans les dictionnaires de l'ancien français, se trouve 
dansRaschi, Erub. 96 b, où les trois manuscrits (Paris, 324; 
Oxford, Bodléienne, Opp. add. 23; Munich, 216) portent 
"kinTc^jf cimols, et dans le manuscrit du Mah~or Vitry de la 
Bodléienne, Opp. 59, f. 233 a, qui a la même leçon. Le mot 
est apparenté avec chnois, forme qu'on trouve dans le Mah:(or 
VZ/rj- imprimé ; Schlessinger (§ 152) l'identifie correctement, 



I . Cf. les formes limousines cent-carto ou cent-cartos et entre-fuei (Mis- 
tral), le marseillais mau-fueio (Mistral), l'alpin marfuelho (Mistral), l'alle- 
mand hlàttermaven. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 165 

tout en traduisant à tort, d'après Godefroy, « Schnur, Band, 
Kordon )). Raschi dit formellement que le mot glosé veut dire 
(( bord d'un vêtement. »_, sens semblable à celui du provençal 
dînons, (.(. lisière, bord d'une étoffe», aussi <( ardoise du bord laté- 
ral d'un toit » (Mistral)'. M. Thomas ^ a expliqué cimois comme 
un dérivé de *cimussium << cimussa « corde » ; dans le 
Thésaurus linguae lalinae, art. cimussa, M. Meyer-Lùbke tire 
l'italien cimossa de cimussa, sans rien dire de la forme ordi- 
naire ciuiosa ^ 

La forme ciiuols, comme le catalan simolsa, le carcassonnais 
cimoul (Mistral, cimous), les formes cimourso dans les Alpes 
et cimounso sur les bords du Rhône (Mistral, cimousso), sug- 
gèrent qu'une partie au moins de la famille nombreuse de 
mots au sens de « lisière » répandue en France et en Suisse + 
remonte à un primitif en-ls-; on peut trouver un parallèle 
dans le développement de /wow^i"^, dont les plus anciens exemples 
en français et en provençal ^ ont un /. Cf. aussi le développe- 
ment du latin dolsa^. 

Le poitevin et angevin cimoin ', dont on a tiré en Anjou le 
verbe cimoiner, « mettre ou porter un cimoin » (Verrier), n'est 
probablement qu'une forme nasalisée de ciuiois ; de même le 
morvandeau cimot (Chambure) doit être une altération 
d'une forme en -os. 

COILLIR 

CoiLLiR, « cueillir », a dans Raschi ^ le sens de « plier, 
emballer ». Une remarque dans A, plus claire que l'explication 

1 . D'après Lalanne, simois veut dire en Poitou « le haut d'un bas ». 

2. Rotnania, XXV, 384; voir aussi Romatiia, XXXIII, 217. 

3. Cf. aussi Bugge, Romania, III, 158. 

4. Liitré, ciMOSSE ; Godefroy, Complément, cimosse ; Bridel, semossa, 
etc. 

5. Voir les articles de M. Brandin, Revue des études juives, XLIII, 83, et de 
M. Thomas, Romania, XXXIV, 198, On prononce moulsous pour « mous- 
seux )) en Gascogne, d'après Mistral, moussous. 

6. Ihom^s, Nouv. Essais,^. 244. 

7. Favre : « Galon qui sert aux femmes de la campagne pour entourer 
leurs cheveux et les mettre en queue » ; cf. Verrier. 

8. II Rois, II, 8; Gloses françaises, p. 58. 



ï66 D. s. BLONDHEIM 

du commentaire imprimé, nous dit : u'Z^z h^ijId nSt hzi^D 'S 
.12 n':3nS nr]',: NMn;r ^d ms^pS nSn « le sens est celui « d'en- 
rouler le manteau, ou plutôt de le « cueillir^ », de sorte qu'il 
soit facile de frapper avec lui ». Les manuscrits U et V de 
Raschi offrent des formes en conco- ou coco- (cf. Godefroy, 
concuellir). Le texte imprimé de Raschi a la glose italienne 
piegare au lieu de la leçon originale ; de même E donne les 
traductions : nx^^lSpN n S NEliniN^N « e envehpa... ou e ploia ». 
Le sens de « ramasser » que donne l'index de Br est inexact. 
Cette signification « plier, emballer », se retrouve dans 
d'autres textes. La Curne de Sainte-Palaye, à l'art, cueillir, a 
extrait d'une version de LanceJot âii Lac le passage suivant, en 
traduisant justement cueillir par « plier ». 

Et le chevalier qui tant avoit aydé à monseigneur Yvair [sic\ dit qu'il 
ne laissera devant qu'il soit guary : et si fait cueillir le pavillon à son neveu, 
et une coutte pointe bien riche : car il pense bien que mestier il aura du pavil- 
lon, se gésir le convient hors de la ville. 

Godefroy, art. cueillir, donne en bloc comme définition 
« recueillir, rassembler, réunir, ramasser, prendre, enlever » ; 
mais le sens de « plier, emballer » est manifeste dans plusieurs 
des exemples qu'il cite, notamment dans les deux suivants : 

Faites le fu esprendre, ces loges alumer, 
Vos trefs et vos acubes [e] ciiillir e pleier, 

(JoRD. Fantosme, Chron. 1277, Michel.) 

L'avoir et la vitaille ont troussé et cueillis. 

(Gaufrey, 1338, A. P.) 

Je mentionnerai, en outre, les vers 5305-7 de Durmart le 
Galois (éd. Stengel, dont je rectifie la ponctuation) : 

Je ne sai qu'ele est devenue. 
Car la tente fu destendue, 
Cel jour meismes fu cuellie. 

L'emploi du représentant roman de colligere au sens de 
« plier » quand il s'agit de tentes, pavillons, etc., n'est pas 



I. Sic; B (n'cbp) et le texte imprimé de Raschi (^Slp) ont « ramas- 



ser ». 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE léy 

particulier au français : on le constate aussi en provençal, en 
espagnol, etc. 

On lit dans Girart de Roussi! Ion (ms. d'Oxford, éd. Foerster, 
V. 305): 

Pois funt coillir lostraus e lor braanz i. 

Et dans le Fierahras provençal (vv. 3883-4, cités par Ray- 
nouard, Lex. rom., II, 433) : 

Per totas las alberguasson li grayle sonat ; 
Doncx cuUron los traps et an l'arnes trosat. 

De même, dans le C/W(éd. Pidal) : 

Mandad coger la tienda z vayamos priuado (v. 208). 
Estas palabras dichas, la tienda es cogiâa (v. 213). 
Cogida han la tienda do albergaron de noch(v. 2706). 

On trouve déjà en latin classique i^asa colHgere comme terme 
technique militaire pour « plier bagages », et il est à noter que 
Plante emploie ^ l'expression vasa colligare dans le même 
sens. 

Cueillir a encore comme terme de marine le sens de « plier 
une manœuvre en rond et en ellipse » (Littré). L'espagnol dit 
coger la ropa pour « plier » (Cobarruvias), et le portugais dit 
colher os cahos, as vêlas ^ as redes dans le sens de « envolver o que 
esta estendido » (Moraes, 1844). 

L'exemple de « cueillirent leurs voiles » que Littté cite de 
Villehardouin, où le contexte indique que cueillirent équivaut à 
« levèrent », ne prouve aucunement que le mot français ait 
développé un sens tout à fait contraire à celui du portugais 
colher [as vêlas]. N. de Wailly, dans son édition de Villehar- 
douin (Paris, 1872 ; § 379), ici comme au paragraphe 377, a 
bien fait de suivre le ms. A en lisant collèrent. Il paraît cepen- 
dant s'être laissé guider par de sages principes de critique de 
texte plutôt que par les conseils éclairés de la linguistique, 
puisque dans son glossaire il range les exemples cités parmi 



1. Pour le mot hraani, voir l'art, brehant «tente, pavillon » de Gode- 
froy. 

2. Pseuâohis, IV, 3, i6. 



l68 D. s. BLONDHEIM 

d'autres qui représentent l'ancien français cotiler, pris dans un 
sens tout à fait éloigné de celui dont il s'agit ici. 

Jal ' s'est fourvoyé aussi. Égaré par une erreur d'âge véné- 
rable, commise en 1729 par l'Académie espagnole, d'après 
laquelle cola ou colla, expression italienne et espagnole au sens 
de « continuation d'un vent- », aurait signifié « coup de vent 
maniable et favorable au départ des navires ^ », il traduit: 
« Faire voile. Donner les voiles à la colle ou brise. » Il est 
clair que Villehardouin se sert d'un mot très connu en ancien 
provençal (collar, colar ; Levy, colar) et en italien {coUare). 
Jal cite une définition intéressante de ce dernier mot, d'après 
Et. Cleirac ^ : « CoJlarc, cioè inalzare o tirar suso e vella [sic] 



1. Glossaire nautique, coller. 

2. Jal, vo COLLA, emprunte à Duez (1674) la définition : <( Cola divento, une 
continuation de vent par plusieurs jours. » Boerio dit de même : « Cola de 
venta, T. mar. dicesi fig. La continuazione di un vento che dura senza alte- 
razione per più giorni. » Ce sens est clairement indiqué dans un texte italien 
de 143 1 cité par Jal, où le mot revêtit la forme colla. D'après Donadlu y 
Puignau, Diccionario de la lengua castellana, dans les îles Philippines, cola a 
le sens de « viento extraordinario del SO. que suele reinar en las costas de 
las islas Filipinas y se considéra como propio para restablecerse el equilibrio 
atmosférico. » L'Académie espagnole donne aujourd'hui le mot colla (sans 
doute une graphie fautive de cola), défini : « Temporal de continues chu- 
bascos, que précède â los monzones, y d veces produce el baguio. » Rabelais 
(cité par Jal, col [1. cole] etcoLE; cf. Godefroy, art. cole 4) se sert de cole 
au sens de « coup de vent, bourrasque, » ce qui paraît prouver que Rabelais 
ne savait pas les langues étrangères aussi bien que le français. 

3. Les académiciens espagnols, dans le célèbre Diccionario de autoridades 
de 1729, s'appuient sur un passage de Ribadeneyra, reproduit par Jal, 
p. 660, où il s'agit de l'expression estar d la colla, rencontrée encore sous une 
forme catalane par Jal dans Ramon Muntaner (ch. xcv, éd. Lanz). Cette 
expression, qui se retrouve sous une iorme française dans un texte cité par 
La Curne de Sainte-Palaye, cole i, et par M. Thomas dans la Romania, 
XXVIII, 178, est éclaircie par le passage suivant, relevé par Carpentier 
(Du Cange, cola 7) dans les statuts de Gênes : « Non possit tamen fieri 
interdictum, neque incatenatio vasis, postquam positum fuerit ad colam causa 
recedendi et navigandi, et intelligitur positum ad colam, quando amoverit 
egumenas a mole seu terra, et recesserit e loco. » 

4. Explication des termes de marine, Rouen, 1674, p. 542; ce texte m'est 
inaccessible. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 169 

a collo, G in colle, quando quella è tirata in cima aU'albero. » 
Jal nie l'existence de cette signification en italien ! 

Cette note sur coillir a été suggérée par le bref renvoi de 
M. Brandin ' à l'anglais coil, « replier, rouler ». Ce mot, 
d'après le New Engl. Dict., ne se rétrouve pas avant léii ; son 
histoire est maintenant éclaircie. Il n'y a plus de raison d'hé- 
siter à tirer coil de l'ancien français coillir. 

Le Neiu Engl. Dict. tire aussi le subst. quill « coil », aussi 
usité dans la phrase /;/ the (ou a) quill « In a body », de 
cueillir, mais il tire le verbe quill, verbe, au sens de « plisser 
une fraise », de q,uill sb.% en lui attribuant le sens « to form 
into small cylindrical plaits or folds resembling a quill ». Cette 
explication paraît artificielle. M. Skeat (1901) a probablement 
raison de tirer le mot de cueillir, en s'appuyant sur le normand 
enquiller « froncer, plisser », donné par Métivier. Il note aussi 
que dans la traduction du Roman de la Rose, Chaucer rend 
(1. 1235) la phrase coillie et jointe (éd. Michel, v. 1219) en 
parlant d'une robe par rideled, « plissée ». Cette traduction étant 
assez libre, ce témoignage n'a pas grande valeur. D'autre part, 
le fait que le prov. cnli (Mistral) a le sens de « froncer, plisser », 
favorise l'idée de M. Skeat. Je crois qu'il a raison, mais il faut 
avouer que son hypothèse attribue à cueillir en ancien français 
un sens pour lequel on n'a pas cité de témoignage absolument 
décisif. 

EMPRESSER 

Empresser a dans Br, comme l'index le note à deux reprises à 
l'art, onprésa, le sens de « s'attacher », ou « attacher » ; le mot 
a le même sens sous la forme anpréseront, notée à l'art, anprés, 
et expliquée par « atteindront », et sous celle de onprésé, à l'art. 
a«/)m^, expliquée par « pressé ». Pour anprésa « atteignit », et 
onprésa « pressa », on peut hésiter; l'hébreu a le sens de 
« atteindre », « rattraper », mais l'habitude curieuse des Juifs 
de traduire un mot toujours de même, sans se soucier du con- 
texte^, permet de supposer qu'on a affaire ici au même sens que 



1. Gloses françaises, \). 58. 

2. Cette coutume explique pourquoi M. Thomas (Essais, p 225, n.) 



lyO D. s. BLOXDHEIM 

dans les autres passages. Dans les Reliques scientifiques de Dar- 
mesteter(I, 151, 11. 12-13) le ^^^^ hébreu glosé pav seré anpresé 
et traduit par « serai pressé », a le sens de « m'attacherai », 
tandis que celui qui est glosé par anpresera moi et traduit à tort 
par « tu me presseras », a le sens de « s'attachera à moi, 
m'atteindra » (Gen., xix, 19). Godefroy, art. empresser, cite 
à tort ce dernier exemple sous la définition : « act., presser, ser- 
rer de près, fouler, harceler ». D'après Godefroy (ibid.), 
Hagins li Juif traduit un passage d'Abraham Ibn Hzra : « Les 
sourcis de ses ieus seront empresses » ; le sens du participe est 
clairement celui de « collés ensemble ». Le texte hébreu doit 
donner une forme du verbe pn. 

ÉPLENER 

Éflénée, expliqué par « effrénée » dans l'index de Br, n'est 
pas un exemple d'un changement de -//'- en -fl-, mais une 
simple faute de scribe pour éplénée, « expliquée ». C, qui porte : 

Px:T.^r2 'C'S \n^2 hzn t: {devisée, n ajouté) nx^n^zi dïiqj 
nN*''i:'^£\\* (Jplenée, n ajouté), nous dit formellement que le mot 
hébreu a ce sens. Comme A porte ri"^',£^, qui n'a pas de sens, 
au lieu de n*ki'^*i£r, « expliquée », l'erreur des éditeurs est assez 
naturelle. B porte : (eplenée^ n^:Sî:\x ; E a nN^:'^£\s* Çéprenée) ; F 
nN-rSï:\s{ (épJéuée). 

eschavissement 

Esc[h]avissement, asc\h]avis sèment, se trouve dans le Mah^pr 
Vitry ^ comme glose sur le mot zr:, expliqué comme ^pTi 
nnzn, « la formation [ou « forme »] des caractères [des tables 
de la loi]». Le mot est un dérivé du verbe enregistré par Gode- 
froy, à l'art. ESCHEViR 2, « v. a. syn. de parer ? » avec la citation : 

Le hanepier orna et eschavi, 

Puis l'a ouvré moult biel a flours de lis. 

(Girhert de Met^, ms. Ars. B. L. 180, fo 152.) 



trouve le témoignage de Raschi sur le sens du mot oise moins formel que 
l'avait dit Arsène Darmesteter. 
I. Cf. Schlessinger, ^ 135. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE [yi 

Le verbe, d'après l'étymologie du participe eschevi, escavi 
donnée par Diez (Kôrting, 8761), vient du germanique skafjan, 
« former, arranger ». Les leçons des manuscrits suivants,, don- 
nées en partie d'après les notes de Darmesteter, indiquent 
clairement la forme du mot : manuscrit du Jewish Theolo- 
gical Seminary de New-York : is^acrupUN ; mss. du British 
Muséum: Ad. 19944, 'cz^D^i^^np-^^x ; Ad. 27125, ^J'i'^'ù'^zpuN 
(ainsi le ms. d'Oxford Michael 507); Or. 2735^ i2ja2''p''^*:N 
(avec un n au-dessus du second "*); ms. de Parme, Rossi 1309 : 
T2:",?2rup*tN ; ms. d'Oxford, Michael 311 : ^JorsipCN '. L'in- 
terprétation par^escrivement, proposée par M. Schlessinger(/. /.), 
est erronée. » 

ESPIE 

EspiE, « nard indien », dérivé populaire de spicam, non 
encore signalé dans les dictionnaires, se trouve dans deux manu- 
scrits du Mah:^or Fitry; le ms. 0pp. 59 de la Bodléienne 
explique ainsi l'hébreu ""i: nSiic, « épi de nard », spica fiardi, 
nN''î:c\N yvj*h un •T^:p^ï:'^\s% « c'est Yespiquenard; d'aucuns le 
traduisent par espie »; le ms. de New-York a N*Ti:p''2C\s* espique- 
narde et nN''£w'\s espie. Une interpolation maladroite du mot 
hébreu pour « épi » entre espie et 7iard dans le texte imprimé du 
Mahxpr Fitry, a empêché M. Schlessinger (§ 19) d'y reconnaître 
le mot espiqtienard ; il transcrit dubitativement espie ou aspic. 
Les manuscrits et éditions de Raschi sur Ber. 43 ^ et Ker. 6 a, 
traités desquels nous avons très peu de manuscrits, nous donnent 
des formes ou savantes, ou provençales ou italiennes, dérivées 
de spica ou spicum ; il est bien possible que le manuscrit de l'au- 
teur portait la forme proprement française espie. 

FLADON 

Fladon, « flan, pièce de métal qu'on a taillée et préparée 
pour en faire une pièce de monnaie », se trouve dans Raschi 
à plusieurs reprises (Ber. 47 h, Er. ^i h, Pes. 35 /?, B. M. 44 a, 
47 U). La forme est intéressante comme la plus ancienne qu'on 

I. Plusieurs de ces mss. portent des formes en -mont. 



172 D. S. BLONDHEIM 

possède du mot français ; on trouve fladon au sens de « tarte » 
dans le Mah:^or Vitry et dans les TosafoV . 

On trouve l'interprétation erronée de fladon « pièce de 
métal » par pladon < plat dans Oesterreicher-, qui y joint des 
réflexions plus ou moins judicieuses sur les règles particulières 
qui régissent le développement du « judéo-français ». Le texte 
imprimé de Raschi sur Ber. 47 b porte fla:(ori, qui représente 
peut-être la forme régulière provençale de notre mot; en dehors 
de formes empruntées au français, Raynouard et Levy n'offrent 
que flau:^on. 

Carpentier (dans Du Cange, art. flans) a peut-être raison de 
penser que dans la citation :^(( Icelui suppliant presta a Jehan 
Morel un franc en deniers blancs, -Appeliez flaons », notre mot 
veut dire « espèce de monnaie », plutôt que « flan ». Cepen- 
dant, il n'est pas sans intérêt de noter que les flans d'argent se 
« blanchissaient » avant d'être monnayés ', et qu'en anglais, au 
moins depuis 1695, ^^ ^^^^^ hJank^ a eu le sens de « flan ». 

En ancien catalan (Majorque), par une extension de sens 
assez semblable à celle que le mot a prise dans le français et dans 
la plupart des autres langues romanes, flahô est venu à signifier 
(( espèce de sceau y>K En catalan moderne, en dehors du sens 
propre de « tarte » le mot a pris le sens de « personne forte et 
grasse » ; il a aussi une forme féminine flahona. 

HADIE 

Hadie^ « cadeau ;>, traduit dans Br le nom d'un des sacri- 
fices ; c'est le mot arabe hadiyya, représenté par l'espagnol 
alfadia et le portugais odia, adia (cf. Dozy-Engelmann, art. 
ALFADiA et odia). Le même mot hébreu est traduit par hadîya 
dans le vocabulaire arabe contenu dans le Maqre dardeqe, dic- 



1. Voir Schlessinger, ^ 29. 

2. Beîtrâge, p. 13; Oesterreicher suit une suggestion de Moïse Landau, 
mais sans le citer. 

3. Engel et Serrure, Traité de numismatique au 7uoyen âge, 1, Paris, 1891, 
p. LI. 

4. Keu' Engl. Dictionary, sous blank, sb. 9. 

5. Voir l'article flaho des Bénédictins dans Du Cange. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I73 

tionnaire hébreu-italien-arabe écrit en 1395 et publié à Naples 
en 1488. 

Les Juifs français se servaient assez souvent de mots arabes ; 
ainsi on a ^afarân « safran )> dans Mah^or Vitry\ et le 
même texte a une glose corrompue, dont le deuxième mot 
doit sûrement se lire '^d:;! « en miel » (« en » est en hébreu) 
d'après les manuscrits de la Bodléienne (Opp. 59 et Opp. 
add. fol. 14). La forme de la première partie de cette glose 
est incertaine; le manuscrit Opp. add. fol. 14 n'a que le mot 
Sos/n. M. Schlessinger (§ 9) a sagement laissé toute la glose 
inexpliquée^. 

JONTRE 

JoNTRE, « bleu de ciel », dans Br, est un dérivé du latin 
ianthïnus, forme empruntée du grec -avOivor, « couleur de 
violette, violet ». Voici les leçons des manuscrits inédits : 
F, Exode XXV, 4 p^i^ iviïi "(it^n uii "iiy iclt n"ii2J^uk ThzT\^ 
« e jaintre [avec ai- pour a-, phénomène fréquent dans ce 
texte], de la laine teinte avec le sang du murex, de couleur 
NTûja verte »,Nomb. xv, 38 : n"S 5p^^ ]a pir VTi ^^hi t\1j7\^ 
Nnipja « hlef [= « bleu »], couleur verte obtenue du murex^ 
d'après une autre traduction, gantre[sic, pour jantre] »; Esther 
i^ 6 n^Dn S^nsn ')2d nit2j;>n nSoni « c jantre ». G. a, s. v. Sdd, 
la traduction n'l23nu jante. La traduction » bleu de ciel », 
comme l'explication par « vert » donnée dans F, ne doivent pas 
être prises au pied de la lettre; A n'offre pas de preuve qu'il ne 
s'agit pas de « violet, étoffe violette », et l'hébreu est très 
pauvre en noms de couleurs. Martial se sert déjà du pluriel 
ianthina au sens « vêtements violets ». lanthin jouit d'une exis- 
tence plus ou moins réelle comme mot savant en français 
moderne ; cf. Littré, s. v° . 



1. Schlessinger, § 18, y voit le français 5<;//ran ! 

2. Il vaut peut-être la peine de noter que le mot du Mahior FZ/ry changé 
dubitativement par M. Schlessinger (§ 137) en hiiton, « lutin », est l'araméen 
"I^J^TC, « esprits d'ombre ; » la bonne leçon se trouve dans le ms. de New- 
York, comme dans le ms. Ad. 27,125 du British Muséum. 

3. Sic, pour "iM^n. 



174 ^' ^' BLOXDHEIM 



MORTODE 



MoRTODÉ, « mortalité, peste », dans 5r, est à retenir comme 
représentant le latin mort alita te m. La forme du mot n'a 
rien de savant. On trouve mortâdé dans les Reliques scientifiques 
de Darmesteier ' ; Godefroy n'a que le verbe dérivé amortàdir, 
d'après la même source. F (sur Genèse, xlii, 4) nous donne la 
forme ''T'?*2";"2 niorteldé, dans laquelle, si elle a vraiment existé, 
on verrait l'influence de mortel, pendant que l'ancien provençal 
morteudat (Levv, art. mortaldat) parait trahir Tinlluence ana- 
logique des mots en - elitas. 

Mortalitas a été assez vivace en latin vulgaire; aux formes 
plus ou moins populaires réunies par Raynouard (IV, 268) on 
peut ajouter le portugais luortaudade {Remania, II, 283), qui, 
comme l'espagnol moderne mortandad, a subi l'influence de la 
désinence -anitas; l'ancien portugais morteydade, morteidade 
(Viterbo) présente un développement normal, de même que 
l'ancien espagnol mortaldad, cité par Raynouard. En sicilien 
on trouve miirtulitati, murtiilitutini, et niurtalitutini (Traina). 
Mortillaro enregistre aussi l'italianisme murtalità. Dans les 
formes en -tul- on peut voir une assimilation, ou bien l'in- 
fluence de *mortus. Les mots en -tiitini ont pris la désinence 
tirée par assimilation de -tudinem. 



PLEXIME 



Plexime, « intègre, parfait », qui se trouve dans F sur 
Psaumes, XIX, i^^, correspond au tvpe latin plenissimus ; 
c'est le représentant le plus pur d'une famille de mots très nom- 
breuse danser. Le mot doit son sens au fait que le mot hébreu 
pour « parfait» s'applique, comme le htm perfect 11 m, à la perfec- 
tion ou complétion morale aussi bien que matérielle. On trouve 
plenismo dans le même sens dans la Bible de Ferrare ^ et les 



1. I, 152,1. 26. 

2. N*2':"'"?£; plétiétiie, leçon de M. Aron, Romanische Forschungen, XXII, 
880, n. 416, est fautif. 

3. Par exemple, Gen., vi, 9. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE IJ) 

Juifs espagnols en Orient disent encore plenismo, mot expliqué 
de travers par M. Subak (Z. f. roui. PhiL, XXX, 14e), comme 
tiré de plenissimus au sens de « ganz satt » ! Br a plenimeté^ 
et apJenimt\, qui représentent fidèlement la forme originale du 
mot français % mais la plupart des formes dans le texte de MM. 
Lambert et Brandin ont subi des modifications. Une méta- 
thèse donne pcnimJe, représenté par penimleté et apenimJera ; 
l'insertion d'un b épenthétique donne peuiuihJe. La lourde masse 
de consonnes -uihJ- se réduit, avec l'aide des mots en -ible, 
comme pénible, et nous avons pénible, apeniblera. Plenible est 
peut-être une fusion de pleninie et pénible ; il faut cependant 
remarquer que ce mot' est fautif. La leçon de C, "'l:i2*:£"""i\Xj 

a hir penibletéy et le sens de l'hébreu prouve qu'il faut au moins 
écrire *plenibleté; et il se peut que plenible, que je ne connais que 
dans ce passage, soit une simple faute de scribe. Penimté doit 
sûrement se transcrire "^peninielc; si cette forme isolée a réelle- 
ment existé, elle indique que penimleté et plenimeté se sont 
croisés. 

On trouve dans D et E des formes en pr-\ qui peuvent se 
comparer avec le prenismo des Juifs espagnols modernes > . 
Sur ce changement cf. M. Meyer-Lûbke dans le Literatiirbl.f. 
gerni.und nvii. Pbil.'' Le seul cas de ce changement que j'ai 
noté dans Br est celui de afrire <C affligere, qui, comme l'an- 
cien italien (ijfriggere, correspond avec les formes savantes afrigir 
et afrigion ' de la Bible de la maison d'Albe ^ et la forme africiôn 
encore usitée parmi les Juifs d'Orient ^^, de même qu'avec la 
forme populaire afreir (cf. freir <; frigere) qu'on trouve dans le 

1. Cf. Bible de Ferrare, Genèse xx, 6 : pJenismiâad. 

2. D sur Job XXII, 3 a w'"^*':*2*I^"'£ plenimoirds, et le même texte porte 

Ps. XVIII, 26, Yi?2*:Se UT'^'C seras pleninie^. 
5. Br,p. 74, 1.41. 

4. Par exemple, D et E Prov. xiii, 6, l'C'Z^Z'^'^ prenûncté. 

5. Subak,/. /. 

6. Tome V (1884), col. 472. Tous les manuscrits de Raschisur Isaïe xliv, 
14, ont plançofi ou plonçon; la forme imprimée /raz/row, correctement inter- 
prétée par M. Meyer-Lùbke, Z. /., est interpolée. 

7. Faute pour africiôn ? 

8. Genèse xxxiv, 2 ; Homeuaje d Menéiide:^ y Pelayo, II, 66. 

9. Z.J. rom.Phi].,WX, 164. 



lyé D. s. BLONDHEIM 

Pentateuque de Constantinople de 1547' et dans la Bible de 
1630 -. 

SOLZ 

Une délicate attention de M. Antoine Thomas me permet 
de publier ici quelques notes que je lui avais communiquées et 
qu'il aurait pu faire figurer dans sa belle étude sur sou::^, soucié \ 
L'existence au xi^ siècle du mot solder au sens de « confire de 
la viande dans du vinaigre et des épices » est démontrée par la 
glose solder de Raschi + où les manuscrits portent les leçons 
suivantes : Oxford, Mich. 237 : i^ii'-'Vw ; Parme, Rossi 1304 et 
1309 : "i^ïSvw ; Francfort, Merzb. 133 ^ : ^''^kT^rc; (le dernier ms. 
a la forme rajeunie solser). Le commentaire de pseudo-Raschi 
(xii^ siècle ?) sur Ta'an. 24 h se sert du mot ^0/:^ en parlant d'une 
confiture de végétaux. Moïse Landau a justement mis cette 
glose en rapport avec l'allemand su1:(e; malheureusement, il 
croit que l'allemand vient du français. Le Mah:^or Vitry, en 
parlant d'un citron (;*'^nN) « confit dans du vinaigre ou de la 
moutarde », se sert de la glose solde:^, corrigé à tort en "^salde'^ 
par M. Schlessinger (§ 113). Le Semag (environ 1250) de 
Moïse de Coucy ^, nous dit qu'on appelle socé « de la viande et 
des poissons et d'autres choses confites dans du vinaigre et du 
sel ». 

Godefroy a un article soult 2, « graisse fondue ? » où l'on 
trouve réunis un exemple de sou^^ cité par M. Thomas et un de 



1. Lévitique, xxiii, 27 unnWT^r^N afreiredes. 

2. Juges XIX, 24; cf. Modem Language Notes, XI, col. 33, où M. Wiener 
le tire à tort de o -j- freir, combinaison qui paraît se présenter réellement 
dans l'ancien français û/r/V^ (Godefroy) et le provençal a/nV;, a/;-// (Raynouard, 
Levy; Mistral, vo afri). 

{. Rowanïa, XXXYin, 579. 

4. Hul. 97 b. 

5. Sur ce manuscrit de la Stadthihliothek de Francfort on peut voir le cata- 
logue de la collection de Merzbacher, publié par R. X. Rabbinovicz sous le 
titre Ohel Abraham, Munich, 1886. 

6. Texte qui m'est inaccessible, cité par M. le rabbin M. Gûdemann, Ges- 
chichte des E)-{iehungsivesens... der Jiiden in Frankreich und Deittschland.Y'iQnne, 
1880, p. 73, n. 3. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE I77 

SOUS tiré du Roman de Ja Rose\ Littré avait déjà cité ces deux 
exemples à l'historique de l'article sauce. Godefroy relève en 
outre l'exemple suivant de sonlt : 

Sçavez vous la cause pour quoy, 

Quant aucun tue son pourcel, 

A ses voisins en fait envoy, 

Et leur en donne maint morsel 

De l'eschine, du haterel, 

Des boudins, d'autres laridiaux, 

D'andouilles, jambons, des nombliaux, 

Du sonlt, que l'en pragne en gré prie ? 

(E. Deschamps, Ptv5., VI, 241-2.) 

La traduction « graisse fondue? » [comme si le mot venait de 
*solitus?], est empruntée àfeu le marquis de Queux de Saint- 
Hilaire. M. Gaston Raynaud, dans le glossaire des œuvres du 
poète champenois^ explique à tort le mot par « graisse de porc ». 
On trouve de même la traduction « o;raisse » en maro:e dans 
le Roman de la Rose, éd. Michel, /. /. Sonlt doit être une for- 
mation analogique (cf. soJ:^, soit, « solde »). Il est évident que 
dans tous ces cas nous avons affaire au mot qui nous occupe, 
et dont la forme primitive est sol::^. 

On trouve deux autres exemples dans un Nominale anglo- 
normand de la fin du xiii^ siècle, publié par M. Priebsch ^, sous 
les n°' 1 13-4 : « hoc succidaneum vel sulcium, sn:^ ; hec mucida 
in succiduo, groin de porh en su:^ ». M. Priebsch met stilcium en 
rapport avec sulza, mais ne dit rien de sn:^. 

Sol:^ persiste encore en anglais. On a généralement tiré sonse, 
« saumure », et sonse, v., « saler, mariner », de sauce. Cette 
étymologie pèche également contre la phonétique et contre la 
sémantique. Un témoignage, apparemment tout cà fait isolé, 
allégué par M. Skeat pour établir l'existence d'une forme 
soivser =i saucer, ne prouve pas grand'chose ; et une sauce n'est 
pas un sou:^. Les plus anciens exemples que je puis citer des 



1. L'éd. Michel [v. 22,565] comme l'éd. Méon, porte à tort : sotist. 

2. Bausteine lur romanischen Philologie, Festgabe fur Adolfo Mussafia, Halle, 
1905, PP- 534-556. 

Rotnania, XXXJX. 12 



i;S D. S. BLONDHEIM 

mots anglais ' sont ceux du Prouiplorium parvuloriiin^ de 14^0^ 
qui dit : « SowcE, mete Siiccidiiim. Sowcyn [= « soucier »] 
Siiccido. » Le Calholiavi an^Ucum de 1483 ' porte : « to Sowse : 
siiccidiare. Sowse : siiccidium vel siiccidiiiiiii. » 

Les mots d'allure latine dont se sert l'auteur du Prouiploriiim 
parviilonim se trouvent d'après lui dans les œuvres de Robert 
Kilwardbv, archevêque de Cantorbcry qui mourut en 1279 ; le 
Nominale de M. Priebsch prouve qu'on se servait d'expressions 
semblables vers ce temps-là. On peut noter d'ailleurs que des 
glossaires allemands de basse époque -^ traduisent de même 
succidia par pehJ et succidiiiui par sHk:;e. Nous avons là affaire à 
du vrai latin de cuisine. On a dû croire que le succidia, 
« quartier de porc, de lard » du latin classique avait quelque 
rapport avec sou;^ et soucier. C'est une étymologie doublement 
savante qui a rattaché au même groupe succedaneus, « sub- 
stitué, suppléant » ^' . 

TON JE 

ToNjE, « tunique », dans Br, est intéressant comme dérivé 
populaire de iùnica. La traduction espagnole de Ferrare se sert 
de tonga pour traduire le même mot hébreu ^. Ce sens est à 
retenir parce qu'il démontre l'exactitude de l'étymologie de 
l'espagnol moderne tonga, « enduit, couverture », et « couche, 
assise » s par funica, donnée par l'Académie espagnole. Feu 



1. L'exemple de siiJsus relevé par Du Cange dans Michel Scot (v. 1190- 
V. 1291) n'entre pas en compte pour la Grande-Bretagne, le philosophe 
écossais ayant trop voyagé. 

2. Ed. Way, Londres, 1865. 

3. Ed. Herrtage, Londres, 1881. 

4. \o\r 'D'xtitnhzch^Gl oss. lut .-germ. 

5. [Les précieuses observations de M. Blonuhcim sur Tangl. souw sont à 
rapprocher de l'article tout récent de M. Weekley, paru dans le recueil de la 

Philolcgical 5pf/V/v, séance du 4 février 1910. — A. Th.] 

6. Par exemple, II Sam., xiii, iS, iongas de colores; d'après l'indication 
de M. Suhâk (Zeil. f. rem. Phil., XXX, 131), le mot persiste encore en 
judéo-espagnol. 

7. Cf. l'italien inloiicare et l'allemand tûncheii. 



CONTRIBUTION' A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 



179 



M. Hetzer {Die Rdchcnaucr Glosseii, p. 51) ne cite que l'italien 
toNûca comme représentant le lat. tûnïca ; M. Pu.scariu (§ 895) 
tire de * intunicare le roumain întiluec « assombrir, s'as- 
sombrir ». 

D. S. Blondheim. 



+ abediguar esp. 1 39, n. 
abeviguar esp. 139 
abiviguar esp. 159 
abundare lat. 140 
acer Jat. 137 

* adaugére Jat. 135 
adia^o/7. 172 
adulter lat. 1 3 5 

* advivificare lat. 1 39 
affligere lat. 175 
affriggere ital. 175 
afreïr esp. 175. 
■àïnch prov . 176, n. 
africiôn esp. 175 

+ afngion«/i. 175 
afrigirM/). 175 
afrire 175 ; 176, n. 
AÎnlprov. i'j6, n. 
ain 133 
aine 133 

alâmbar esp. 160, n. 
alambar /'or/. 160, n. 
alambre /jor/. 160, n. 
alfadia esp. 172 
+ alloeu 134 
aloains 134 
aloc 134 
aloen 134 
aloen prov. 1 3 5 



INDEX^ 

aloes 1 34 
+ aloeu 134 
aloéyn, aluéyn 134 
aluine 134 
ambre 160 
amortâdir 174 
anpréser 169 
aoire 135 
aoiter 1 3 5 
aombrer 136 
aourer 136 
apeniblera 175 
apenimlera 175 
apleniméz 175 
araii 1 38 
aray 137 
are 136 

aremont 138 

aréy 137 

aries lat. 137 

+ armont 138 

aroi 137 

*aroi-père 138, n. 

aroy 137 

arrement 138 

arroy 137 

*asal arabe 1 7 3 

asc[h]avissemer)t 170 

aspic 171 



atcmproire 1 39 

atcmpror 138 

atramentum /fl/. 138 

atrampror 138 

atrempierres 138 

auunder 140, n. 

avijer 1 39 

avoite 135 

avoltre 136 

avonda rhét . 1 40 

avonder 140 

avouillage 1 36 

avoytement 1 3 5 

avunda rJk't. 140 
avuond rhét. 140 

avuonda rhét. 140 

ayn 133 

ayréy 1 3 7 

badea, badeha esp. 151 

baptise 141 

baste 137, n. 

bastir 137, n. 

batadis prav. 141 

+ batdiç 140, n. 

batedis^roi'. 141 

batediz 140 

batediz, -zo esp. 140 

bateha esp. 150 

bateïs 141 



I. Les mots non qualifiés appartiennent au français ; les formes fiiutives 
sont précédées d'une croix, les formes reconstituées, d'un astérisque. 



iSo 



D. S. BLOXDHËLVl 



batcz 141 

bâti 141 

batidizo esp. 141 

batido esp. 141 

bâtir 1 37, n- 

bâtisse 141 

baliz 140,11. 

batte 1 4 1 

batti 141 

battiu 141 

*battet 141 

battuz 140, n. 

hiu 141 

blanc 172 

blank angl. 172 

blàttermagen ail. 164, n 

boccetta //fl/. 148, n. 

boccia ital. 147, n. 

boce 147, 150 

boce augl. 147, n. 

bocel 142 

Bocel 149 

bocelle 148 

boceta/r.-^;w. 148, n. 

bocha rhét. 147 

bochel 142 

bochet 143 

hocifr .-proi'. 147, n. 

bocials 149 

bodaicles 150 

bodècles 150 

bodekes 150 

Boiceau 149 

boisse 148 

Boisseau 149 

boissel 148 

boisselle 148 

bolc 145 

*boleits 1)4 

boleiz 154 

bolet 154 

♦boletes 154 

* bolets 154 



boletus ht. 154 

boloez 154 

boloiz 154 

boquet 143 

borcellus /'. ht. 150, n. 

borsel 150, n. 

bosacles 1 50 

bose angl. 147, n. 

bosé fr.-prav. 147, n. 

boscl prav. 142 

hosèiâ fr-prav. 148, n. 

hoss angl. 150 

bossa fr.-prov. 147 

bossaton 147 

bosse 147-8 ; 150 
, bosse angl. 147, n. 

bossel 150 

bossell angl. 150 

bosselle 148 

bossereau 148 

bosset 147 

bossetta//-.-^/-(>r. 148, n. 

bossette 147 

boss'i fr.-p7-oz'. 147, n. 

bot 143-9 

*bot 148, n. 

boteron 146-8 

botesèla itaJ. 144, n. 

botî 146. 

botisèla itaî. 144, n. 

botress 146 

botte 147, n. ; 148 

*botte 14», n. 

botte 146, n. 

botiereau 148 

botticella ital. 144, n. 

botticello ital. 144 

bottich ail. 148 

bouc 145 

+ boucaille 143 

+ boucau 146, n. 

boucau prov. 146 

boucaut 143 



boucel 142, -4,-8 
bouche 148 
bouchel 142-4, 150 
bouchcUe i_i8 
bouchiaus 14 2, -aux 143,-6 
bouchicl 142, -6, -9 
bouciel 149 
Bouissèu 149 
bouloi 154 
bouquanz 144 
+bouquauz 144 
bourse 150, n. 
bous 148 
bousacle 150 
bousseau 142-8, 150 
bousset prov. 147, n. 
boussetaud 147 
boussete 147, n. 
bousso /)roî'. 146-7 
boussolo^/ot'. 148 
bout 143,-6, -8 
boutaille 143-6 
boute 143 
boutée /vr/. 146, n. ; 148 

bouteikha arabe 1 50 

bouteille 143 

bouteillon 146 

bouter 149 

bouterelle 148 

bouteron 146 

boutesele 144, n. 

boutier 146 

boutique 148 

boutisele 144, n. 

bouz 143 

bouzékle 1 50 

boz 144, n. 

boz rhét. 147 

boza rhét. 147 

bozel 142 

bozza ital. 147, n. 

bozzttta //.//. 148, n. 

hrxàny. prov . 167, n. 



CONTRIBUTION A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 



â 



181 



brehant 167, n. 
bue 143 

buck aiigl. 148, n. 
budekes 1 50, n. 
bufet, bufîet 151, -5 
buffet angJ. 1 5 3 
buffeter 152 
buffeterie 15 1-2 
buffeteur 153, n. 
buffetier 15 1-2 
bulai 154' 
bulaiz 154 
husfr.-prov. 147 
bus holl. 147, n. 
busaicres 150 
busse 147, n., -8. 
bussell àtigl. 1 50 
bustea /'. hit. 147, n. 
husù f y. -prav. 147 

but 143,-9; 148? n- 
but angl. 148, n. 
butage 149 
buter 149 
butet 149 

butheisseilles 144, n. 
butia lût. 147 
butica h. lat. 148 
buticula lat. 147, n. 
butillon 149 
butsche ail. 147 
*butta lut. 143 
buttarius /'. lat. 146 
*butte 148, n. 
butte augJ. 148, n. 
buttet 149 
*buttia 147-8 
butticella lat . 144 
*butticellLim/r7/. 144 
butticus/'. lat. 148 
buttis lat. 143-4, -8, 
butzefl//. 147 
buveter 1 5 2 
buvetiers 152 



buvette 1 5 3 

buzel 142 

caelare lat. 157, -60 

caclatura/t//. 155,-9 

caelum Lit. 157-9 

campagnol /'mr. 154 

campus lat. 154 

canfolya rhét. 164 

çanpoil 161 

ceiling angl. 157 

cel prov. 159 

cekmen h. lat. 159 

celamentum /'. lat. 159 

+celatura lat. 1 5 5 

+ celé 1 5 6 n . 

celé, -led, -lez 1 54-6 

celer 155-6 

celeùre, cel ure 155-6; 

157: "•> -9 
+ celuére 1 55 

celura /'. lat. 157 

cenpeil 161 

cenpelhas, -os prov. 161 

cenpoil 161 

centafolho/?o;-/. 164 

cent-carto/J/'or. 164, n. 

centfeuillat 163 

cent-foillot 163, n. 

centifolium lat. 164 

centipellio lat. 161 

centipellis lat. 161-2 

*centipilium lat. 164 

centipillium h. lat. 162 

centipillum b. lat. 163 

*centipilum /(?/. 163 

centofoglie ital. 164 

centopelle ital. 161 

cemopezzi ital. 164 

cent-peio ^rot'. 161 

cent-pelhos ^rof. 161 



centupeddi ital. 162 
*centupellem lat. 464 
*centupellionem lat. 164 
champaignon 154 
*champels 154 
champenoble 1 54 
champignel, -neul, -non 

154 

chèpoillë 161, n. 

chiel 159 

*chonpaiuos 154 

chonpéys 154 

ciel 159 

ciellement 156-60 

cielo esp. 159 

cielo ital. 159 

cieler 156 

cieus 159 

cimoin 165 

cimoiner 165 

cimois 164 

cimols 164 

cimosa ital. 165 

cimossa ital. 165 

cimosse 165, n. 

cimot 165 

cimoul prov. 165 

cimounso, -rso /'-roi'. 165 

cimous prov. 165 

cimussa lat. 165 

*cimussium lat. 165 

coger esp. 167 

coil angl. 169 

coillir 165 

cola h. lat. 168, n. 

cola esp. 168 

cola, colla ital. 168 

colar^rox'. 168 

cole 168, nn. 

colhcr p07-t. 167 



+ centumcilio b. lat. 163 colhir /jror. 167 
centumpellio /'. lat. 163 colla cat., esp. 168, n. 
centumpellis b. lat. 163 +colla esp. 168, n. 



l82 

coWarpnyv. i68 
collare ital. it8 
coller 167 
colligare lat. 167 
colligere hit. 166-7 
concueillir 166 
conpainos 154 
couler 168 
cueillir 166 
cuVi prov. 169 
deviholavet /'. lat. 136 
Meviolare lat. 1 56 

devivoler 136 

doladizo t'5/>. 142 

doleïz, doliz 14 1-2 

dolsa lat. 165 

+éflénée 170 

eigen ail. 133 

ein, eine 133 

einz 133 

empresser 169 

en 153 

entre-fuei prov. 164, 

envelopa 166 

éplénée 170 

éplener 170 

éprenée 170 

esbivlar esp. 136, n. 

escavi 171 

escentpeia/;'.-/'mr. 16 

eschafiour 1 4.4, n. 

eschavir 170 

esc[h]avissement 170 

eschevi 171 

♦ escrivement 171 

espic 171 

espie 171 

espiquenard, -de 171 

*exviolare lat. 136, n 

eyréy, 137 

feleferd, -rp rtA/o^/. 163 

felefold angl. 162 

felvelde angl. 162, n. 



D. S. BLONDHETM 

feuillet 163 

fladon 171 

flahô cat. 172 

flahona cat. 172 

flaon 172 

ÛAUzon prov. 172 

i\azon prov. 172 

freir esp. 175 

frigere lat. 175 

fruchiguar esp. 139 

frutigar cat..i^(^ 

+ gantre 175 

hadie 172 

hadiya arabe 172 

hemel, etc. /'. ^7//. 1 3 5 

heofonhrôf afigî. 1 5 5 

+ heofonhus angl. 1 5 5 

himel, -mmel, etc. ail 

155 
hùsheofon angl. 1 5 5 

ianthin 173 

ianthina, -nus /a/. 173 
n. idolum ht. 142, n. 

intonicare ital. 178, n. 

întûnec roum. 177 

*intunicare /(//. 179 

jaintre 173 

jante, -tre 173 

jontre 173 
I kentupuyone ital. 164 

+ konciel 149 

labrusca lat. 160 

lacunar lat. 159 n., 160 

lambar h. lat. 160 

lamber angl. 160, n. 

lambre 160 

lambre j>mi'. 160, n. 

lambris 160 

laquear lat. 160 

+ lazéure 155 

limbecco ital. 160, n. 

limbeque port. 160, n. 

■^luiton 173, n. 



manifold angl. 162, n. 
marfuelho prov. 164 n. 
Mathieu Salé 135, n. 
Mathusalem 135 
mau-fueio^;-ai'. 164, n. 
+ mortâdé 174 
mortaldad esp. 174 
mortalitas hit. 174 
mortandad esp. 174 
mortandade/?or/. 174 
morteidade />or^ 174 
mortel 174 
morteldé 174 
morteudat /?roî'. 174 
mortevdade^or/. 174 
mortodé 174 
*mortus lat. 174 
. moulsous/^mi'. 165 
mousse 165 
muchiguar esp. 139 
multigar cat. 139 
murtalità ital. 174 
murtalitutini ital. 174 
murtulitati ital. 174 
murtulitutini //t//, 174 
+oceilles 144, n. 
od'ia. port. 172 
omasum lat. 162 
omentum lat. 162 
onpréser 169 
01 celé 144, n. 
ouaille 143 
oucele 144, n. 
oueille 143 
outre 14) 
palasin 135 
pellis lat. 163 
pénible 175 
pénible -été 175 
penimble 175 
*penimeté 175 
penimle, -été 175 
+ penimté 175 



CONTRIBUTIOM A LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE 183 



perfectutn hit. 174 
pezzo itciL 164 
piegare ital. 166 
pilus îaf. 163 
+pipette 1 5 1 
+ pladon 172 
plançon, 173, n. 
plat 172 
+ plenible 175 
*plenibleté 175 
plenime -été 174-5 
plenimez 175, n. 
plenimoiras 175, n. 



sampilli/r. -^ror. 161, n. succido /'. hit. 178 



sauce 177 
saucer a«o-/. 177 
schemayyâ 5vr. 159 
scheme qorah hèb. 1 5 5 
+ seilles 144,11. 
selura h. hit. 157 



succiduumt. lat. 178 
sulsus b. lat. 178, n. 
sulza -zeaîleiii. 176-7 
suz 177 
syllour 1 5 7 
temperare h. hit. 138 



semossa/r.-^/oz,'. 165 n. teniperatojo ital. 138 
sempelh ^/-or. 16 1-4 temperino ital. 138 



sileure 1 57 
simois 165, n . 
simolsa cat. 165 
sincopin 135 



plenismidad esp. 175, n. skafjan trt'rw. 



171 



plenismo esp. 174 
plenissimus Jat. 174 
plonçon 175, n. 
potega aîl. 148 
prançon 175, n . 
prenimeté 175 
Tprenhmo esp. 175 
quill ciiiol. 169 
ram 1 3 7 
ran 137 

*ran-père 138, n. 
réyalme 137 
réyon 137 
révz 137 
ropaire 138, n. 
sàfoya 163 
+ safran 173, n . 
*salciez 176 
samâ arabe 159 
sampiha /i'.-^A>c'. 161, n. 



socé 176 
solcier 176 
*solitus hit. 177 
soit 177 
solz 176-7 
soucié 176 
soult 177 
sous 177 
souse angl. 177 
+ soust 177 n. 
souz 176 



tempreure 1 39 
+ tentipellio lat. 163 
tonaca ital. 179 
tonga esp. 178 
tonje 178 
tremper 138 
trempure 139 
tsintfoi ital. 164 
tulnin arain. 173, n. 
tûnchen ail. 178, n. 
tLinica /(//. 178 
ulceolus /'. lat. 144, n. 
ulceus b. hit. 144, n. 
+ ultella /'. lat . 144, 11. 
uter lot. 142, -5 
versipellio hit. 163 



sowce, -cyn, -se angl. versipellis lat. 163 



178 
sowser angl. 177 
spica, -cum lat. 171 
succedaneus lat. 178 
succidia lat. 178 
succidiare /'. lat. 178 
succidium /'. lat. 178 



vin de [on du] buffet 1 5 1-2 
virafouillat//'.-/5;-az'. 163 
za'farân arabe 173 
zaquizamî ('5/). 159, n. 
zêintfoi ital. 164 
zélé 1 55 
zéure 1 5 5 



INDEX GREC 



aî/co; 145 

,3o-JtÇ'', -tov I47,n. 

[so'jTrov 147, n. 



^o-j-'îa/ 147 
îàvO'.vo; 173 
■/.0'.Xo7Ta6|JLO; 158 



o'jpav'T/.o: 159 
o-jpavd; 159 
çaTvtoaaTa 160 



NOTES 

ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 

NOUVELLE SÉRIE' 



FRANC. ADOUX 



Adoiix est un terme de teinturier recueilli par Savary des 
Bruslons dans son Dict. de Commerce (1723), d'après un règle- 
ment de 1669, où on lit: « Que la teinture des draps en noir 
se fasse avec de fort guesde en y mêlant six livres d'indigo tout 
apprêté avec chaque balle de pastel lorsque la cuve sera en 



I . Cf. Romania, XXXVIII, 3 5 3-405 , 5 5 3-586, 633. De nouvelles recherches, 
de justes critiques et d'obligeantes communications me permettent de com- 
pléter et de rectifier quelques-unes des notes antérieurement publiées. Je 
range ces addenda dans l'ordre alphabétique. 

Argiboise. Bien que l'on trouve en ancien français arhaleste et en français 
moderne arbalète au sens de « piège à rat, à loir » (voir Crestien de Troyes, 
Yvain, 914, et la note afférante de l'édition in-80 de M. W. Foerster), je 
crois que j'ai eu tort de voir le mot arc dans la première syllabe de argiboise. 
Mon confrère M. E. Langlois me signale dans le patois de la Meuse le mot 
argibau « reginglette », que Labourasse écrit rugibaud (s. vo) et rj'ibau(an. 
rjaud) et qui se rattache manifestement au verbe regiber. Je crois donc que 
ar- n'est autre chose que le préfixe re- : cf. argiglette « reginglette » dans le 
patois de Bulson, près de Sedan (communie, de M. Ch. Bruneau). Par suite, 
le rouchi argiboise doit être un ancien *re('ibeoire. Godefrov donne res^etoere 
dans le même sens, et l'on peut ajouter à ses deux exemples Eneas 7709 et 
7713, en corrigeant la leçon regoteore, suWxq à tort par M. Salverda de Grave, 
en regeteore. Le rapprochement avec arquebuse^ proposé dubitativement par 
M. Meyer-Lùbke (Z.f. roin. PhiL, XXXIV, 125), est absolument inacceptable. 

AssiAR. Pour l'étymologie du lyonn. s\issado, je crois en fin de compte, 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHiaUES 185 

adoux ». A l'article TEINTURE (t. II, col. 1690), Savary, parlant 
en son propre nom, dit : « lorsque la cuve sera à doux, c'est-à- 
dire quand le pastel commence à jetter une fleur bleiie ». La 
locution technique doit être « cuve en adoiix ». Mais je ne puis 
voir aujourd'hui dans adoiix un substantif verbal de adoucir. 



d'accord avec M. Meyer-Lùblce Qoc. îaud.), qu'on doit partir du type latin 
*assapidare. 

AuvÊCHE. Il faut prendre en sérieuse considération, comme base étymo- 
logique, le kynirique ulw « cendre )>, qui a dû exister en gaulois sous une 
forme analogue et qui est apparenté au lat. pulvis ; voir Meyer-Lùbke, loc. 
Imul. et Arch. f. das Stud. der n. Spr., CXXII, 405. 

Enchatre. Voir les observations de M. Meyer-Lùbke sur le départ à 
faire entre les éléments latin et germanique (Z. / roni. Phi]., XXXIV, 126). 

EscALBERGE. M. Mever-Lùbke a indiqué l'étymologie : c'est le german. 
*skarberga, proprement « protection du trenchant » (loc. Iaud.). 

Etzerpi (écherpir). Bien que Raillant ne donne pas de verbe correspon- 
dant à écherpir i< démanger», le lat. scalpere a laissé des traces dans les 
patois des Vosges, notamment dans les noms du gratte-cul (fruit de l'églan- 
tier), tels que chopé-cn (voir Rolland, Flore pop., V, 234). J'ai omis de noter 
que Grandgagnage (et après lui Sigart) a voulu rattacher les mots wallons 
de cette famille au néerl. schobbe « gale » (cf. Urix, De genn . Elenienten, 
no 1848); l'idée ne vaut rien, bien que M. Urix l'accueille docilement. 

Greuille. Je relève dans Rolland, Faune pop., XI, 242, la mention sui- 
vante : « Encreuillcr les harengs, les suspendre pour les sécher (Pays de Caux, 
BOULEN, Voy., p. 91) ». D'autre part, dans V Étude sur la langue de la banlieue 
du Havre de G. Maze (1903), il y a un article creuillie « groupe d'ob- 
jets enfilés comme des harengs « et un article encreuiller (s") « s'en- 
detter ». 

Lanfès. Comme veut bien me l'apprendre M. E. Levy, larjes est attesté en 
ancien provençal et figure dans les Dou~e comptes d'Alhi, p. p. A. Vidal, II, 
62, 1414, et II, 63, 1584. 

Maimon. Le romancier byzantin que j'ai appelé Eumathès (p. 561, n. 4, 
= 3) s'appelle en réalité Eustathios, et loin d'être antérieur à Suidas, il vivait 
au xiie siècle, d'après Krumbacher, Gesch. d. by^. lit., 2^ éd., p. 765 (com- 
munie, de mon collègue M. J. Psichari). 

Menion. Benison est fréquent, au sens de « semailles d'automne », dans 
les Inventaires des ducs de Bourgogne publiés par B. Prost (notamment, ann, 
1 371, art. 1329, 1331, 1332, 1333). Le mot est aussi usité dans l'Yonne ; cf. 
S. Jossier, Dict. des patois de V Yonne, art. bexijon. 



l86 AXTOIN'E THOMAS 

comme le fait le Dicl. général \ car un verbe inchoatif tel que 
adoucir se prête assez mal à une dérivation de ce genre, que d'ail- 
leurs la sémantique ne recommande guère. Le pastel ayant été 
très anciennement cultivé, préparé et employé en Languedoc , 
il est naturel de demander au provençal Texplication de ce terme. 
Or le provençal possède un substantif verbal tiré de adohar, 
écrit anciennement adoh ou adop, aujourd'hui adoiih^, qui me 
paraît convenir beaucoup mieux au sens réclamé par la locution 
technique « cuve en adoiix ». Mistral définit adoiih en ces termes : 
« arrangement, accommodage, apprêt des viandes, lessive de 
tanneur; radoub, lieu où l'on radoube les navires; harnois de 
chevalier. » Raynoaard a trois exemples de adob ou adop, qu'il 
traduit en bloc par « arrangement, harnois, équipage' ». Le 
sens technique de « lessive de tanneur, corroveur, etc. », qui 
ne figure pas dans llaynouard, est attesté par l'article suivant 
d'un règlement des consuls de Toulouse sur le métier des 
pclegantiers ou corroyeurs (6 mars 1281) : 

Item statuerunt et ordinaverunt dicti consules ^uoJ nuUus peleganterius 
Tholose, per se nec per suam fiirailiam vel alium seu alios, ausus sit parare 

Rechiver. Chabaneau a relevé le limousin recheivd, mais en le rattachan 
à tort à l'anc. torme rechalivar par chute del'/ médiale (Gramm. Uni., p. 109). 

Sanfloura. Pour la substitution de su m- à sub- en latin vulgaire, j'au- 
rais dû renvoyer à Schuchardt, Vokal. des Vidgârlat., III, 92, et écarter l'in- 
fluence de summum, au moins à l'origine. 

Souz, Mon confrère M. E. Langlois mi fait justement remarquer qu'il v 
a dans Godefroy un art. soult, où se trouve notamment un important 
exemple du Roman de la Rose; mais Godefroy s'est mépris sur le sens et a 
traduit dubitativement par « graisse fondue ». — La note annoncée de 
M. Blondheim a paru dans Roni.inia, XXXIX, 176; il y est tenu compte de 
l'angl. sauce, qm m'avait échappé, et que M. Weekley, comme M. Blondheim, 
rattache avec raison à l'ancien français. Voir en outre ci-Jessous, p. 219, n. 4. 

VoRM. M. E. Levy me signale vomi dans le Donat prov., 57b, 10, où la 
traduction latine manque, mais où Chabaneau a justem.'nt reconnu la forme 
masculine de vorma. 

1. Littré n'en donne pas l'étymologie. 

2. L'ancien français connaît aussi ce substantif (cf. franc, mod. radouH); 
voir l'art, adoub de Godefroy, où se trouvent mêlés quelques exemples de 
ados, substantif verbal de adosser. 

5. Lex. roni., II, 27; cf. E. Levy, Prov. Suppl.-Wôrterh., I, 22, où une 
rectification est faite en ce qui concerne le sens du mot dans Daudé dePradas, 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHiaUES iSj 

nec preparare aludas en adop pellium paratarum, quia dictus adops non est 
levis nec legalis nec etiam sine fraude, et si aliquis contra fecerit seu ausus 
fuerit in predicto adop preparare (jus. preparavit) aludas, statuerunt... quod 
ille talis... puniatur... '. 

POITEVIN AFOUGER 
Lalanne a deux articles ainsi conçus : 

Affougé, e, adj., se dit du feu qui ne peut s'allumer parce qu'il manque 
d'air : « quond T feu é affougé, le bois brûle à l'étouffade » ; quand le feu 
manque d'air, le bois brûle en étouffant. V[ienne], arr. de Poitiers et de 
Civray. — Basse latinité : affocare, faire du feu (Duc[ange]). 

Daffougeai (r[acine] de affougeai), v. a., donner de l'air au feu afin qu'il 
s'enflamme. V[ienne], arr. de Civ[ray]. 

L'anc. franc, afocr signifie « faire du feu » et, transitivement, 
« allumer (le feu), embraser, chauffer (au moyen du feu)' ». Du 
Cange ne donne ajfocare que dans ce sens; mais le prov. afogar 
a concurremment le sens « étouffer », qui convient seul au poi- 
tevin afoiiger et à son contraire dafouger. Ici, nous sommes en 
présence, non d'un dérivé de fôcus « feu », comme dans l'anc. 
franc, afoer, le bas lat. ajfocare, etc., mais d'un dérivé de fôx 
« gorge », variante populaire de faux 5. 

Il faut donc distinguer en provençal ancien deux verbes afo- 
gar, ce que ne font ni Raynouard ni M. E. Levy : afôgar (avec 
fermé), signifiant « étouffer » <*affôcare, Qt afôgar (^a.vec 
ouvert), signifiant « embraser» <*affôcare. Le dernier seul 
aurait survécu dans les patois modernes, à en juger par l'art. 
AFOUGA de Mistral ; mais l'èminent auteur du Trésor dôii Feli- 
hrige n'a pas reconnu la véritable étymologie d'un mot du patois 



1. Ce texte, tiré d'un cartulaire municipal (HH i, n© 5, fol. 11-12), m'est 
fourni par la thèse manuscrite de M. Loirette sur la juridiction municipale à 
Toulouse au xii^ et au xnie siècle, thèse présentée à l'École des Chartes en 
janvier i9iopour obtenir le diplôme d'archiviste-paléographe, pièce justif. 
no 54, — A noter que l'espagn. adolo a le même sens technique que le tou- 
lousain adop. 

2. Cf. l'art. AFOUER de Goiefroy, où le poitevin afinger est invoqué à 
l'étourdie. 

3. Sur la survivance en provençal ancien et moderne de fôx fôcis, voir 
mes Essais, p. 205, art. afous, et Roiiiania, XXXVI, 100, art. fos. 



l88 ANTOINE THOMAS 

du Bas Limousin, afoiija, qu'il a rattaché au provençal propre 
afoiinsa « enfoncer ». Béronie a les deux articles suivants : 

Offoudza, do, adj. Trop applati, trop bas : écrasé, écrasée. — Lo cournado 
iToqudo esciiro es Ira offoiid:(ado ; la couverture de cette grange est trop applatie- 

S'oFFOUDZA, V. Tomber en s'affaissant . [Il paroit que ce mot a été d'abord 
appliqué à l'affaissement d'un bâtiment consumé par le feu, et qu'on 1'^ 
étendu à l'affaissement des bâtiments, quelle qu'en soit la causer] 

La remarque entre crochet, faite par Vialle, porte à faux : ce 
n'est pas au prov. afogar <C *affôcare, mais au prov. afogar 
<i *affôcare, qu'il faut rattacher le verbe bas-limousin offond:^a, 
qui par la forme et par le sens concorde remarquablement avec 
le poitev'n afoiiger. 

Par suite, il est indiqué de ramener à la même étymologie 
un mot du patois morvandiau, au sujet duquel Chambure, 
généralement loquace, ne présente aucune remarque : 

AiFOUGER, V. a. Ecraser sous un poids. Le bois mort « aifouge » une baie 
vive sur laquelle on le jette en masse -. 

Je crois aussi qu'elle convient au berrichon affoiier, que le 
comte Jaubert définit ainsi : « Tirailler, étourdir, et comme 
rendre /(?// par plusieurs occupations à la fois ^ ». 

En revanche, il faut reconnaître affôcare dans le patois de 
la Basse Normandie (Valognes) ajfoiier « exciter » (Duméril), 
dans le patois du Bas Maine afivé « afouer, faire du feu, souffler 
le feu ; — exciter » (Dottin). 

Le blaisois affoiié, ce « extrêmement agité, qui ne sait plus à 
qui, ni à quoi entendre », que M. Thibault rattache à/t)//, tient 
plutôt à *affôcare qu'à *affôcare. 

Ce n'est pas seulement en Gaule, mais en Italie et en Espagne 
que le lat. vulg. *affôcare a des représentants : cf. ital. affo- 
gare (à côté de affôcare << affôcare « enflammer », refait d'après 
fuoco), espagn. ahogar « étouffer » et « noyer », etc.'^. 



1. Cf. Laborde : « Afoujar (s'), s'affaisser ; ajoujat, afoujada, affaissé. » 

2. Pour le traitement du c latin intervocalique, cf. morvand. ^ouger 
<i fôcarium. 

3. A cet affoiier SQ rattachent le subst. affouement, le verbe composé raffouer 
et son dérivé raffouée. 

4. L'espagnol a en outre rebogar « cuire à l'étouffée ou étuvée ». 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPH1Q.UES 189 

Les seuls verbes composés avec fôx, fôcis et un préfixe 
qu'on ait relevés dans le textes latins sont effôcare, offôcare, 
pra^fôcare et suffôcare, lesquels sont à peu près synonymes. 
La naissance d'un nouveau verbe *affôcare dans le latin vul- 
o^aire à côté et au dam de effôcare et de offôcare, est toute 
naturelle : cf. franc, amender, etc., en face du lat. emendare, 
et prov. abdiirat, en tace du lat. obduratus. Je crois d'ailleurs 
que offôcare n'a pas disparu sans laisser de trace dans la langue 
vulgaire. Il a collaboré avec offïcere pour donner naissance à 
un nouveau verbe *offïcare, qui survit manifestement dans le 
prov. o/é'o-^;' (voir Mistral, oufega '). A son tour, cet *offï- 
care s'est combiné avec le radical (d'origine obscure) qui se 
trouve dans le franc, étouffer et ses congénères, et c'est ainsi que 
s'explique la naissance de l'italien dialectal stofegar^, du prov. 
mod. estoufega, de l'anc. poitevin estofeger et de ses représen- 
tants actuels \ 

ANC. FRANC. AOURSER 

L'article de Godefroy consacré au verbe saoïirser « s'attacher 
au fond du pot, brûler », appelle un complément lexicogra- 
phique et une recherche étymologique. 

Le premier texte cité est celui du Ménagier de Paris (seconde 
moitié du xiv^ siècle). On peut remonter plus haut. On lit en 
effet dans le Traité de cuisine, du commencement du xiV^ siècle, 
publié par Douët d'Arcq dans la Bibl. de TÈcole des Chartes, 



1. M. Meyer-Lûbke mentionne le majorquin aufegd sans.proposer d'expli- 
cation pour Ve (Gramm. des I. roni., II, § 595). 

2. Mussafia, Beitrag iiir Kunde der nordital. Mundarten, dans les DenJi- 
scbriften de l'Académie de Vienne, t. XXII, p. 211, explique autrement l'ori- 
gine de l'ital. dial. stofegarÇd. Romanîa, III, 113). 

3. Cf. Romania, III, 117. Le verbe poitevin n'est connu au moyen âge que 
par un seul exemple, que Godefroy n'a pas relevé. Use trouve dans h version 
poitevine des Sermons de Maurice de Sully : « li autre negé, li autre estran- 
glé, li autre pendu, li autre eslofegé » (Boucherie, Le dialecte poitevin, p. 107). 
Boucherie, qui propose une étymologie inadmissible (*stupificare), s'est 
borné à rapprocher estofeger du provençal moderne (Rev. des t. rom., IV, 
547); je crois qu'il faut reconnaître ce mot dans le verbe actud étrefoiigcr 
« tuer un être vivant », donné par Lalanne, sans indication étymologique. 



190 ANTOINE THOMAS 

t. XXI, pp. 216 et s., et réimprimé dans le Viaiidicr de Taille- 
vent de Pichon et Vicaire, en 1892, pp. 115 et s., le passage 
suivant, qui nous offre le verbe au sens intransitif : « Mouvez 
tousjours, que il naursc ' ». 

Mais notre verbe est beaucoup plus ancien. Il se présente, 
avec le sens transitif, dans les gloses de Raschi qui datent, 
comme on sait, du xi^ siècle : les manuscrits transcrits par 
A. Darmesteter flottent entre les formes adorser, adiirser, aror- 
ser, aorser, ardoser, adoser et le texte hébreu correspondant 
signifie, d'après l'édition, « laisser brûler »-. 

D'autre part, Godefroy n'a suivi les traces de ce verbe que 
jusque dans Palsgrave. Or on le trouve aussi dans Cotgrave : 

Aourser. To burn at, or to, the bottome, as a pot, or stuffe in a pot, where 
in there wants liquor. 

Enfin, l'ancien français a tiré du verbe un substantif verbal 
que ne connaît pas Godefroy et qui se lit, comme synonyme de 
arsure, dans le Viandier de Taillevent, texte du manuscrit du 
^^^tican : « Pour oster l'arsure d'un pot, que l'on ôiitaours^K » 

Dans son annotation sur les gloses de Raschi, M. Brandin a 
renvoyé à un intéressant passage du Glossaire héhreti-frauçais du 
xiii^ siècle qu'il a publié naguère en collaboration avecM.Mayer 
Lambert. Ce passage contient l'impératif flfc»r;(t' et le substantif 
dérivé aoiXemout, que les éditeurs traduisent respectivement par 
« fais bouillir la viande » et par « action de faire bouillir la 
viande^ ». En réalité, le sens est le même que dans Raschi ^. 

M. Brandin dit brièvement, à propos de Y adorser de Raschi : 
« Parasynthétique formé sur o;t^ (vase), de orca. » Il est évi- 
dent qu'il emprunte orce « vase » à l'article orge 2 de Gode- 
froy. Mais cet article ne repose que sur deux exemples sans 



1. BihJ. de V École des Chartes^ XXI, 222. 

2. A. Darmesteter, Les gloses françaises de Raschi (Paris, 1909), p. 92. 

3. Édition Pichon et Vicaire, p. 219. 

4. G/055, hébr. -franc., p. 96 et 233. 

5. Communication de M. D. S. Blondheini : « Le sens du mot dans 
Raschi est celui que donne Cotgrave. On s'est trompé en ajoutant au manu- 
scrit de Darmesteter le mot hébreu Th^rs comme étant celui qu'avait en vue 
Raschi; il s'agit des mots nnpinn np"^n\ qui sont traduits par / aor^e le 
aor^emont dans le Glossaire hébreu-français. » 



NOTES ETYMOLOGiaUES ET LEXiLOGRAPHiaUES I9I 

valeur : le premier est une faute de lecture pour arce, forme 
picarde de arche <; arca '; le second est une graphie erronée 
pour or se <C ursa. 

Sous URCEUS, le Laf. -roman. IFôrterbitcbde Kôrting n'indique 
comme formes romanes que Tital. orcio et l'espagn. or:^a. Mais 
le orascon a connu et connaît encore une forme féminine iden- 
tique à celle de l'espagnol, laquelle a probablement son point 
de départ dans la forme neutre urceum, attestée anciennement 
en latin à côté du masculin urceus'. M. E. Levy a relevé or sa 
dans le t. XXXI, p. 141, des Arch. hist. de la Gironde K La 
carte B 1526 (cruche) de V Atlas linguistique de MM. Gilliéron 
et Edmont donne htrso (concurremment avec téras) au point 
687 (Aureilhan, Hautes-Pyrénées), et le même mot, sans aspi- 
ration, est à la base du substantif masculin nrsè « évier », 
employé un peu plus au sud, à Gerde (carte B 1562, point 696). 
D'il près les renseignements que me fournit mon parent M. Phi- 
lippe Cazalas, dans la commune de Trouley-Labarthe, canton de 
Rabastens, même département des Hautes-Pyrénées, sur les 
contins du Gers, on dit, snns aspiration, urso, « cruche » etîirsè 
« évier » ; on emploie aussi téras, mais pour désigner un vase de 
terre plus allongé que Vîirso et dont l'anse est au-dessus de 
l'orifice supérieur, tandis que l'anse de Yurso est latérale. En 
français, urceus n'est pas représenté directement, mais on 
sait que son diminutif urceolus l'est abondamment, comme 
dans les autres langues romanes, et qu'il a même survécu dans 
quelques patois modernes 4. 



1. Voir Montaiglon et Raynaud, Rec. gén. desfahliinix, V, 119. 

2. On trouve déjà en latin le diminutif urceola : de là l'espagn. oriiwta . 

3. Prov. Siippl.-Wôrterh., V, 529. 

4. Voir l'art, orçuel de Godefroy ; ajoutez-y l'art, orchil, où Godefroy 

n'a pas reconnu la vraie forme à laquelle il faut ramener l'ace, plur, orchiiis 

qui figure dans un texte des archives de Valenciennes. A côté de la forme 

primitive orçud s'est développée, par substitution de suffixe, une forme ora7, 

à laquelle on a donné un féminin orccte : le fait a échappé à M. G. Cohn, qui 

ne parle pas d'urceolus dans son excellent livre intiiulé : Die Suffixivaud- 

/// //an/ (Halle, 1891). SousLRCEOLUS, le Lat.-rcman. Wôrtcrh. de Kortirg ne 

mentionne que l'ital. orciuolo, le rcum. ulcior et l'espagn. iirccolo (qui est un 

mot savant, bien entendu) ; mais le prov. oriol (conseivé par les patois de 

FHérault, etc.) n'est pas moins connu que Fane, franc, orçuel. Je rappelle 

enfin que Kaynouard avait rattaché à urceus les mots prov. orjier, orjaria, 

qui remontent à horreum (voir mes Essais de phil. franc., p. 340). 



192 ANTOINE THOMAS 

Faut-il supposer que le latin vulgaire a tiré soit de orca 
soit de urceus un verbe *adorciare, et expliquer par là 
le français aourscr} C'est l'idée que j'ai d'abord embrassée, 
considérant le témoignage du Glossaire Jk'brcn-fraNçais, qui donne 
aor^c, comme préférable à celui de Raschi, qui donne ador- 
scr, forme dont 1'^ ne se prête pas à une pareille étymologie. 
M. D. S. Blondheim me fait remarquer au dernier moment 
que l'emploi abusif de ~ pour s n'est pas sans exemple dans le 
Glossaire, et que, en outre, quatre glossaires analogues à celui 
qu'ont publié MM. Lambert et Brandin, et à peu près contem- 
porains, sont d'accord pour donner s et non ~ dans ce pas- 
sage. Cette remarque m'ouvre les yeux. Il faut absolument 
abjurer cette étymologie et briser les idoles orca et urceus. 
M. Blondheim pense à un verbe *adursare, tiré de *adursus 
(pour adustus), participe passé de adurere « brûler »; il a 
probablement raison. Un participe *adursus peutavoirété créé 
par analogie à arsus. De bonne heure le latin a marqué une 
certaine prédilection pour les participes néologiques en -sus. 
J'ai cité ailleurs fer su s {Mélanges Louis Havet, 508); je rap- 
pelle ici adersus qui est dans les gloses de Reichenau et qui 
explique l'anc. franc, aers. 

ANC. FRANC. ARCAMIE 

Godetroy n'a qu'un exemple de ce mot, qu'il n'a su com- 
ment traduire. Il Ta tiré d'un registre de notaire bordelais, et le 
donne en ces termes: « 31 îer d'arcaniye dauree (1527, Invent, 
demerc, Arch . Gir.^ Not., Brunet, 67, 5) ». C'est du gascon 
francisé, et arcamye est identique au mot français alchimie, qui se 
présente souvent au moyen âge sous la forme arquemie. Gode- 
froy a reconnu lui-même que le mot alchimie avait parfois passé 
du sens abstrait « art de l'alchimiste », au sens concret « métal 
ou substance de composition alchimique ' ». Un exemple inté- 
ressant, que Carpentier a extrait des registres du Trésor des 
chartes et que Godefroy a oublié de lui emprunter, est le sui- 
vant, où le sens flotte de l'abstrait au concret : « Ung des 
habilles hommes du monde nommé Baratier, qui estoit le mcil- 

1. DicL, SUppl., ALCHIMIE. 



KOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXIC0GRAPH1Q.UES 193 

leur nrquemien que on peust trouver, et faisoit escuz (ïarquemie 
les plus beaulx que on pourroit dire' ». Le sens concret s'est 
conservé en provençal moderne : Mistral, ARauÈMi, traduit par 
« bronze ». C'est probablement la traduction qu'il faut adopter 
pour le texte bordelais qui a embarrassé Godefroy-. 

ANC. GASC. ARRENDOE 

Le glossaire qui termine le Recueil de textes de l'ancien dialecte 
gascon d'Achille Luchaire offre plus d'une lacune, comme on l'a 
fait remarquer ici-même \ Je n'y trouve pas le mot arreudoe 
qui figure dans le début des privilèges de Bagnères-de-Bigorre 
(1171), p. 21 : « que tenguen et possedesquen lors masons 
dedentz los murs et defore murs, tant cum son las foraus 
arrendoes dels ambaradz, els ambaradz, els costoos, els baraz, e 
d'aqui en entz ». Sa;is parler des murs, nous avons là des fos- 
sés Çbara^, en prov. valat:^, des avant-fossés {auiharad:^^, en 
prov. anvalat^), des escarpes {costoos 5) et une quatrième chose, 

1. Arch. nat., JJ 178, n° 168, année 1447, dans Du Cauge, arq.uemia. 
L'histoire de l'alchimiste Baratier a été exposée, d'après ce document même, 
par M. Marcellin Boudet, Samt-FJour et sa prévôté au XV^ siècle (Paris, Cham- 
pion, 1908-1909), p. 171 et s, 

2. Voir aussi i'art. alchimie du Gtoss. archèol. de V. Gav, où Godefrov a 
puisé sans le dire ; on n'y trouve pas, d'ailleurs, l'exemple de 1447 cité ci- 
dessus, mais on y voit qu'Agrippa d'Aubigné emploie encore arqueniie dans 
le sens concret : « Deux cuillères jaunes et une d'arqiieiiiie (Fœueste, p. 137). 

5. Rûmauia, XI, 136. 

4. Luchaire traduit ambaraJ:^ par « fossés circulaires » ; évidemment, il 
pense au grec àaçt au lieu de reconnaître là le latin ante, 

5. Luchaire traduit costoo par « contour, ouvrage extérieur >> ; le vrai sens 
est donné par le Dict. béarnais de Lespv et Raymond. L'escarpe des anciens 
remparts de Bagnères-de-Bigorre est devenue la promenade dite des Coustous, 
mot où M. W. Foerster a cru voir le lat. vulg. *custorem (pour custo- 
de m), mais qui représente costônem (tiré de costa) comme l'a lumineuse- 
ment montré M. J. Ducamin {Ami. du Midi, XI, 235-240). Carpentier a 
inséré un exemple de costo dans Du Cange avec ce sens, qu'il rend inexacte- 
ment par « clivus, latus montis ». Cet exemple est de 13 14 et concerne 
Airoux, canton nord de Castelnaudary (Aude), comme me l'apprend mon 
confrère M. Samaran. Dans un acte plus ancien, passé à Toulouse le 29 jan- 
vier 1264, le mot est décliné d'après dominus ou teiupluni et revient deux fois : 
« quoddam locale in clausura suburbii, videlicet in costono et cavo vallati..., 
costoiiuni et cavum vallati usque ad médium cavum vallati ». (Communi- 
cation de M. G. Loirette, auteur d'une thèse manuscrite sur la juridiction 
municipale de Toulouse présentée à l'École des Chartes en janvier 1910). 

Rontattia, XXX JX. 13 



194 ANTOINE THOMAS 

que je propose de traduire pnr des avant-glacis (j'oraus arrendocs 
licls anihaniii^). 11 me paraît en etîet certain que arrcndoe est une 
faute de scribe pour arrcdoc, variante de arredogiie « revers de la 
douve » ' . 

FRANC. DIAL. AUBUH 

Godefroy a relevé dans un acte des archives municipales 
d'Autun du 24 juin 1294 l'expression « les auhues de Vouvre », 
et il a inscrit le subst. fém. a iduic àixns son Dictionnaire, sans 
définition. Il s'agit d'un terme agricole connu et encore aujour- 
d'hui vivant, non seulement en Bourgogne et dans la région 
limitrophe, mais en Saintonge et en Rouergue. Voici d'abord 
le dossier des patois de langue d'oïl : Saintonge, Poitou, Anjou, 
Morvan, Bourgogne. 

AuBUGHE, fém. Terre blanche (iilbiigo), par l'argile effritée ou la marne 
qui en fait partie (Jônain). 

AuBUV, s. m., et aubu. Tuf décomposé placé entre la terre et le tuf (Sau- 
mur, Thouars). Peut-être d'alba (sic), blanc (Ménière, Gloss. angevin ètymoL). 

AuBU, s. m. Terre argileuse, humide ou fraîche. Une terre d\iiihn est 
ordinairement un sol gras et fertile. Ce mot est également usité en Bourgogne, 
et en Nivernais un certain nombre de localités portent le nom de Aubn que 
les géographes écrivent diversement et un peu au hasard : Auhiis, Auhues, 
Eaux-bues et même Obus. Dans la commune de Chaulgnes, il y a les Grandes 
et les Petites Auhues qui forment deux hameaux différents. Les plus anciennes 
formes sont albues et avibues (voy. le Dict. top. de la Nièvre). Le Morvan pro- 
prement dit n'a pas de terre à\iuhu. Aussi le terme n'existe-t-il que sur ses 
frontières : nous croyons que la forme du xiv^ siècle albues conduit à l'éty- 
mologie albus, parce que les terres ainsi nommées ont très souvent un 
aspect blanchâtre, — Saintonge : aubughe, terre blanche, argileuse ou mar- 
neuse (Chambure). 

Eaubue, s. f. Terre forte et glaiseuse. C'est à tort que certaines personnes 
écrivent ce mot obue et aubtie (S. Jossier, Dict. des patois de V Yonne, dans le Bull, 
de la Soc. des se. hist. et uat. de V Yonne, XXXVI, 81). 

Obue, s. f. Nom, dans l'Yonne, des terrains des plateaux, les Primes d'hon- 
neur. Taris, 1873, p. 516 (Littré, Supplément). 

Pour la langue d'oc, le mot n'a été signalé, à ma connaissance, 
que dans le Rouergue, par Tabbé Vayssier, dont Mistral a uti- 
lisé l'article : 



1. Sur arredogue, voir mes Kouv. Essais, p. 169. 



NOTES ETYMOLOGIQUES HT LEXICOGRAPHIQUES I95 

OÛBUGO, S. f. Tèrro-fouôrt, ni. Terre forte, grasse, argileuse : ce sont 
les marnes du lias, la terre à briques, à poterie... Ce mot signifie qui a bu 
Veau, de hcgut, part, de /'/V/7r<? (Vavssier). 

AuBUGO (lat. albugo, terre blanche), s. f. Terre forte, grasse, argileuse, 
terre à brique, marne, en Rouergue (Mistral). 

Pétrifié dans la toponymie, notre mot n'existe pas seulement 
dans la Nièvre, comme Ta remarqué Chambure, mais dans 
l'Indre (voir l'art, aubuées, aubuez, aubus de Jaubert), dans 
les Deux-Sèvres (il n'y a qu'un cas : les Grandes et les Petites 
Ânbuges, com. de Sainte-Soline), de la Vienne (il va huit loca- 
lités dites r Aiihiie, FAithiic^e, les Aiihiigeb, rjnbiiie, les Aiihus, les 
Aiihiiyes), dans l'Yonne (il n'y a que deux noms : les Aiibiies, 
com. de Chastenay, et les Eatix-hiies, com. de Mézilles), en ce 
qui concerne la langue d'oïl ; l'Aveyron (un seul nom : 
Aiibiigues, com. de Sanvensa), le Cantal (un seul nom : 
Aiibngues, com. de Prunet), la Dordogne (deux noms: FAiibiige, 
com. de Payzac, et Le Biigiie, ch.-l. de canton, originairement 
dans les textes latins Albiica) et le Lot (un .seul nom : les 
Aiibiigiies, com. de Souillac), en ce qui concerne la langue d'oc. 
On le trouvera sans doute d'ailleurs, spécialement dans Saône- 
et-Loire, avec un outillage de recherches plus complet. 

Il ne semble pas possible de douter qu'il ait existé très 
anciennement dans le latin de la Gaule un subst. fém. *albLica 
pour désigner une terre argileuse : c'est le seul type possible, 
car albugo ne convient pas phonétiquement. Il y a là un 
emploi intéressant du suffixe -ûca, que le gaulois a peut-être 
possédé concurremment avec le latin (si carriica '^charme est 
bien, comme on le pense généralement, d'origine celtique) et 
qui a été soudé au thème alb- « blanc », également latin et 
gaulois, par le même procédé et avec le même but sémantique 
que l'on constate dans la langue grecque, où l'argile (apY'//.:;) 
est dénommée d'après sa blancheur (àpy:;). Malgré son carac- 
tère dialectal, le français aiibiie mérite une place à côté de mas- 
sue et de tortue dans les manuels courants de grammaire histo- 
rique, chapitre de la dérivation'. 



I. L'asphodèle a été aussi appelé en latin albûcus et albûcium, d'après 
la couleur des fleurs de la variété la plus commune, l'asphodèle blanc ; mais 
ce nom n'a laissé aucune trace dans le fonds populaire des parlers romans. 



196 ANTOINE THOMAS 

FRANC. AVANT-FIED 

Les dictionnaires courants (sauf celui de l'Académie fran- 
çaise) enregistrent le subst. composé avant-pied. Formé comme 
avant-hras, il a un sens anatomique analogue (celui de « méta- 
tarse »), qui tend à disparaître, et en outre, dans la langue des 
cordonniers, le sens bien vivant de « empeigne » d'une chaus- 
sure. Le sens anatomique n'est pas attesté en ancien français : 
on le trouve pour la première fois chez Ambroise Paré, et je 
ne m'en occuperai pas. En combinant le Dictionnaire de 
Godefroy et son Complément, on a une série d'exemples qui 
commence au xii^ siècle avec le Roman de la Charrette de Cres- 
tien de Troyes. Voici quelques nouveaux textes : 

Hoc antepcdale, avantpee (J. Priebsch, dans les Batisleine dédiés à Mus- 
safia, p. 539, n^^ 144; d'après le ms. d'Oxford, 21662). 

Hoc ancipitale (corr. antipedale), avantpié (Petit Vocah. lat.-fr. duXIII^ s., 
extr. d'un ms. de la Bibl. d'Evreux, par L.-A. Chassant, p. 57). 

Antipedale, avantpié (Bih\. nat., lat. 7684, cité par Carpentier dans Du 
Cange, antipedale). 

Hoc antipodium (corr. antipedium), avanpié (V . Meycr, Ane. gloses franc. ^ 
ms. B. N. lat. 8246, dans Romania, XXIV, 171, no 22). 

Pedules, avaupiés de cauches (Catholicon de Lille, éd. Scheler, p. 106). 

Pedulus (corr. pedules), avantpiés (Bibl. nat., lat. 4120, de l'an 1352, cité 
par Carpentier dans Du Cange, antepedes 2 et pedules). 

Comme l'a remarqué Carpentier, le mot français a passé en 
espagnol sous la forme avampiès. Il a aussi passé en anglais, et 
il y est encore très vivant, mais si rabougri qu'il faut l'œil exercé 
des philologues pour le reconnaître dans vamp. M. Skeat a par- 
faitement retracé l'évolution de avant-pied, écrit anciennement 
avaînpîé.k vamp, au moyen âge vampe, vampay. Par suite, l'art. 
WAMPE de Godefroy, où le mot est considéré comme subst. fém., 
doit être modifié ainsi: « Wampè,vampè,s. m. ». Cet article m'a 
joué autrefois un mauvais tour : j'ai cru que wampe « empeigne » 
se rattachait augerm. wampa ou wamba, d'où l'allem. mod. 
wamme « fanon du bœuf, hampe du cerf, etc. ' ». C'est une 
méprise dont il n'y a pas à tenir compte. 



I. Voir xnizsEssais, p. 319, art. hampe. 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXlCOGRAPHiaUES I97 

FRANC. BARBICHE, BARBICHET, BARBUTE 

On lit dans Godefroy l'article suivant : 

Barbiche, s. f. ? 

Pour le payement de .v. barbiches de semblables toiles de crespe de lin pour 
servir comme dessus, au priz de .xl .s. chascune barbiche (1483. Dépens, 
de la R. Charlotte, Pièc. rel. à l'Hist. de Fr., XIX, 254). 

Le recueil visé est celui de Leber ; le renvoi est exact, mais 
Godefroy a confondu deux documents distincts. Celui auquel 
il emprunte ses citations fait suite à celui de 1483, relatif à la 
veuve de Louis XI (Charlotte de Savoie), et concerne la veuve 
de Charles VIII (Anne de Bretagne) : il faut donc corriger la 
date 148'^ en 1498. Victor Gay, qui n'a pas d'article barbiche, 
a cité exactement le document relatif à Anne de Bretagne à la 
p. 445, art. COSTUME, de son GJoss. arch. du Moyen âge et de la 
Renaissance (Paris, 1887); en revanche, à la p. 119, art. bar- 
BUTE, il lit barbntte, et non barbiche, et renvoie, sans indication 
de provenance, aux Comptes du deuil de Charles VIII. Bien que 
Leber ne donne pas de référence, j'ai réussi à retrouverle docu- 
ment original, Bibl. nat. franc., 10376. C'est un registre décent 
cinquante feuillets qui contient le Compte de Victor Gandin, 
relatif au « Dueil et béguin ' de la Royne pour les mois d'avril 
commençant mil cccc quatre vingtz dix sept avant Pasques )^, 
et énumérant dans le plus minutieux détail les « choses néces- 
saires pour le fait dud. dueil et béguinage- ». J'extrais du 
Compte de Victor Gandin les articles suivants : 

A lui [Maurice Briant, marchant suivant la cour] la somme de dix livres 
tournois . . .pour le paiement de cinq barbuctes de semblable toille de crespe 
de lin . . .au prix de xl s. t. chascune barbutte (fol. 21 ro). 

A lui la somme de six livres tournois. . . pour le paiement de trois aulnes 
fine toille de Hollande par lui livrée a Perrine -de Chaulx lingiere de lad. 
dame pour doubler lesd, barbutes (fol. 21 vo). 

Aud. Maurice Briant la somme de trente huit livres cinq solz tournois 
. . . pour le paiement de cinq grans couvrechiefs de toille de crespe de lin et 



1 . Godefroy n'a qu'un exemple de béguin au sens de « deuil » ; il est de 
1466. 

2. Godefroy ne cite pas d'exemple de béguinage dans ce sens. 



198 ANTOINE THOxMAS 

six hiirhuctes de semblable crespe de lin . . .et xl s. t. chascune harhucte (fol. 
30 vo). 

Aud. Maurice Briant. . . pour le paiement de deux petits couvrechiefs carrez 
de crespe de sove. . . livrez a lad. damoiselle de Villccler pour lui servir à 
faire harhules et fronteaulx de dueil (fol. 44 ''o) ... ; pour faire fronteaulx et 
hdrhiites de dueil. . .; pour alonger plusieurs harhutes qui avoient esté mal 
taillées (fol 53 ro). 

La harhiitc est bien connue ; il suffit de renvoyer à l'article 
que lui a consacré Victor Gay, mais en notant (ce que Gay a 
omis) que l'on trouve aussi harhete dans le même sens : cf. Gay, 

art. BARBETTE et DEUIL. 

Le mot barbiche doit donc être rayé du vocabulaire de l'ancien 
français, quel que soit le sens qu'il soit susceptible d'avoir. Il 
manque dans Nicot et dans Cotgrave. Antoine Oudin connaît 
babiche, babichou, comme nom du chien barbet (« spetie di cagno- 
lino co' peli lunghi ' »), mais il ne donne pas les formes pleines 
barbiche, barbichon qui figurent pour la première fois, cà ma con- 
naissance, dans le Dict. de l'Académie françoise (1694) lequel,, 
sous BARBE a uu article ainsi libellé : 

Barbiche ou babiche. s. f. barbichox ou babichox s. m. et par contrac- 
tion BICHE et BICHON. Sorte de petit barbet. 

Les éditions postérieures n'ont gardé de cette riche synony- 
mie que barbichon et bichon (avec le fém. bichonne^ mentionné 
dès 1718). Quant à barbiche au sens actuel de « bouquet de 
barbe », il est admis pour la première fois dans l'édition de 1878. 
Littré le fait justement précéder d'une croix, puisqu'il manque 
dans l'édition de 1835, mais il se trompe tout à fait en écrivant : 
« Ce mot familier, mais encore usité, est dans le Dictionnaire 
de l'Académie, i""^ édition; il est inconcevable que l'Académie 
l'ait supprimé dans la dernière édition. » L'erreur de Littré a 
malheureusement passé dans le Dict. général. 

Barbichet est employé par le duc de Saint-Simon dans ses 
Mémoires au moins deux fois^ ; Littré a cité les deux exemples, 
avec cette définition : « terme de dénigrement pour désigner 



1. Seconde partie des Recherches ital. et franc. (V ans, 1642), p. 41. Comme 
l'indique le Dict. général, Voiture emploie bahiche. 

2. Edition de Boislisle, t. XII, p. 88 (1896), et t. XXII, p. 276 (1910). 



NOTES ETYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHiaUES 199 

uiî ecclésiastique plongé dans une dévotion ignorante». En 
réalité, Saint-Simon applique plaisamment ce mot (qu'on ne 
trouve que chez lui, au moins avant le xix^ siècle) aux mis- 
sionnaires de la congrégation de Saint-Lnzare parce que, comme 
saint Vincent de Paul, leur fondateur, ils portaient un bouquet 
de poil au menton ; de là aussi le nom de barbets de Saint-La:^are 
que leur décoche Madame Dunoyer dans sa lettre 34 '. 

Il me reste enfin à faire connaître un sens du mot barbichct 
qui, pour être plus moderne et pour avoir (autant qu'il me 
semble) échappé aux lexicographes, n'est pas moins digne d'être 
recueilli pour l'édification des philologues et des historiens du 
costume. Ayant montré l'erreur des compilateurs qui faisaient 
de la barbiche une partie de la toilette de deuil des grandes 
dames de la fin du xv" siècle, je ne suis pas peu surpris d'avoir 
à constater que la coiffe des bourgeoises et paysannes de Limoges 
et des environs porte actuellement le nom de barbichet, et que 
ce nom jouit d'une véritable vogue régionaliste, puisqu'il existe 
à Paris une société limousine qui s'intitule « Société du Barbi- 
chet ». Camille Leymarie a écrit dans la revue Leiiioii:{i (oct. 
1904, p. 141- 144) un article intitulé : « Archéologie et esthé- 
tique du barbichet limousin », d'où j'extrais les affirmations 
suivantes, à détaut de textes positifs : « Le barbichet, tel que 
nous le connaissons aujourd'hui, nous est venu directement des 
pays du Nord, et très probablement de la Flandre où il se porte 
encore. . . Le mot barbichet n'est nullement patois, il appartient 
exclusivement a à la langue d'oïl ; nos pères n'ont pas même 
essayé de l'adapter, ils l'ont introduit dans leur patois méridio- 
nal tel qu'il leur a été transmis de quelques dialectes du Nord; 
il y a là un fait certainement intéressant et qui me paraît étayer 
fortement l'hypothèse que je présente. . . Le barbichet ne com- 
mença à se répandre à Limoges et dans sa banlieue qu'à partir 
du commencemena du xix^ siècle. . . Une gravure coloriée, 
assez connue et qui tut éditée à Paris en 1805, nous repré- 
sente un paysan et une paysanne des environs de Limoges ; 
cette dernière porte une coquette coiffe de barbes relevées sur 
les côtés; ce n'est pas là une forme intermédiaire conduis un 



I. Voir la note 2 de la p. 88 du t. XII de l'édition de Saint-Simon par 
A. de Boislisle. 



200 ANTOINE THOMAS 

au harhichci moderne, c'est une coiffure que le barhichcl a rem- 
placée ' )). 

Je ne suis pas compétent pour apprécier l'opinion exprimée 
par C. Leymarie sur les rapports (ou l'absence de rapports) de 
filiation archéologique entre ce qu'il appelle la coiffe de barbes et 
le barbichet ; en matière de costume surtout, il ne faut pas 
oublier l'adage : ne siitor ultra crepidaui. Mais, comme linguiste, 
je ne puis douter que barbichet (diminutif de barbiche dans un 
sens non attesté, mais présumable) soit issu de barbe au deuxième 
dc2:ré. 

LYOXN. BARDANA 

Le Dictionaire francoisJatin de Robert Estienne, dès la 
deuxième éditions parue en 1549, contient l'article suivant, 
reproduit par Nicot et autres lexicographes : 

Bardane Allohrogibus, Punaise, Cimex. 

Eugène Rolland note que la punaise est appellée bardane à 
Lyon (d'où bardaniêre, claie d'osier dont on garnit les lits pour 
prendre les punaises) et bardana en Dauphiné'. La carte 1105 
{punaise) de V Atlas linguistique de MM. Gilliéron et Edmont 
permet de préciser le domaine de ce vocable : on le trouve dans 
le sud de l'Ain (points 913, 924, 935), dans le sud du Rhône 
(point 818), dans le nord et l'est de l'Isère (points 912, 924^ 
942); en outre, la variante bardouna est connue au point 829 
(Clouas, près de Roussillon, Isère), c'est-à-dire sur les confins 
de l'Isère, du Rhône, de la Loire, de l'Ardèche et de la Drôme. 

N. du Puitspelu a identifié ce nom de la punaise avec l'espagn. 
badana « basane », à cause de la couleur. C'est là une idée sau- 
grenue. Il ne faut pas perdre de vue que le domaine àt bardana 
confine, à l'est, au domaine de pariana (points 943, 945, 946 
et 957 de V Atlas linguistique; cf. Bridel et le Dict. savoyard de 
Constantin et Désormaux, parianna). Or pariana, comme l'a 
bien vu le doyen Bridel, vient clairement du lat. paries 



1. L'article de C. Leymarie est accompagné de deux dessins. 

2. La première (1539) "^ donne Bardane que comme nom de plante. 

3. Faune pop., Ul, 299. 



NOTES ETYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 201 

« paroi », dont la forme franco-provençale est para. La diph- 
tongaison de IV" latin ne se produisant pas en syllabe atone, un 
dérivé de parei avec le suffixe fém. aiia a dû prendre d'abord la 
forme *pareanû, d'où le pariaiia actuel '. N'est-il pas permis de 
supposer que la même dérivation s'est faite dès le latin vulgaire 
sous la forme *paretana? Cette forme a pu donner ""pardaiia, 
d'où le bardana actuel, dû soit à Finfluence du nom de plante 
hardane, soit à une sorte d'assimilation de la sourde initiale (/)) 
à la sonore médiale (^). Pour le traitement du / latin, on peut 
comparer les formes lyonnaises saiida <; sanitatem -, cres- 
tianda < christianitatem ^^ etc. Il est vrai que l'on ne trouve 
quQ cJarta <<claritatem dans les légendes Ivonnaises publiées 
par Mussafia et Gartner +, mais ce peut être un gallicisme, fait 
d'autant plus probable que le scribe emploie aussi concurrem- 
ment clarté, qui est du français tout craché >. La phonétique 
lyonnaise étant d'accord avec la provençale pour le traitement 
du / dans sanitatem (prov. sandat et sautai), on a le droit de 
supposer en lyonnais *clarda à côté de clarta (prov. dardât et 
clartat), et l'existence de *pardana <C*paretana s'harmonise, 
non seulement avec celle àt J aval dan [Gévaudan] <C G a bal i- 
t a n u m et de Graisivoldan [ Grésivaudan] << * G r a t i a p o 1 i t a - 
num, mais avec celle de Cahardcs <*Caparetensis, nom du 
territoire de Cabaret, dans l'Aude^, et de Gabardan < Gaba- 
retanum, nom du territoire de Cabaret, dans les Landes. 



1. Pour le passage de -ea- à -in-, cf. ci-dessous l'art, moutia. Quant à la 
sémantique, on sait que la punaise se dit en allemand îcû»-^, u'andlaus, 
luandwurm, ■iventel, etc., de waud « mur », et que les mots allemands 
débordent parfois sur le territoire roman : wallon waiidion, valaisan luandilîe, 
Ban de la Roche wendel, roumanche antlus. 

2. Cité par M. Philipon, Romania, XIII, 564; fréquent dans le ms. Bibl, 
nat. franc. 818 (Altfr. Prosalegenden, p.p. Mussafia et Gartner, Vienne 1895, 
p. 66, 1. 19; p. 197, 1. 4 du § 18 ; p. 208, 1. 21 ; p. 215, 1. 5, etc.). 

3. Altfr. Prosaîeg., p. 221, 1. 5 du § 52 et 1. 16 du § 53. 

4. Altfr. Prosaîeg., p. 161, 1. 32 et 33 ; p. 164, 1. 6 du § 67, etc. 

5 . Altfr. Prosaîeg., p. 29, 1. 10 du § 19 ; p. 70, 1. 8 du § 28, etc. 

6. Cf. Annales du Midi, III, 120. Cabaret se décompose en cab ou cap (lèto) 
et aret (mouton) : c'est le Caput arietis de Grégoire de Tours (Longnon, 
Géogr. de la Gaule au Vl^ siècle, p. 615). 



202 ANTOINE THOMAS 

ANC. BRESSAN BATIOR 

Le substantif masculin batior revient à plusieurs reprises dans 
un fragment de terrier de la seigneurie de Montluel (Ain), 
rédigé au commencement du xiv^ siècle et publié par M. Phili- 
pon'. Il est toujours, expressément ou par sous-entendu, asso- 
cié au mot chcuevj « chanvre ». L'éditeur dit à ce propos : 
« Pour le chanvre, on comptait par « batiors » ; le « batior » 
était probablement la charge d'une bête de somme ». Evidem- 
ment, en adoptant ce sens hypothétique, M. Philipon s'est 
laissé guider par l'idée que halior a dû être phonétiquement 
^bastior Qi qu'il se rattache au mot bât, primitivement /'ûî^/-. 
En réalité, baîior se rattache au verbe battre, et il correspond, 
comme forme, au français battoir, à l'anc. franc-comtois et à 
l'anc. dauphinois bateor. Godefroy a quelques exemples franc- 
comtois : il traduit par « moulin à draps, à tan ». Un texte 
dauphinois nous apprend qu'il y avait aussi des bateor s pour le 
chanvre et il définit la chose en ces termes : a Domus in qua 
channabe perchutitur^ ». Ce battage ou foulage du chanvre est 
distinct de l'opération par laquelle, au moyen d'instruments 
appropriés et dont la forme et le nom varient selon les régions, 
on sépare la filasse de la tige de la plante : c'est la filasse 
seule qui va au moulin, où elle est écrasée dans une sorte 
d'auge par une meule h3^draulique. A Saint-Yrieix-la-Mon- 
tagne (Creuse), on emploie indifféremment les verbes bredja 
(broyer) ou moilla (lat. malleare) pour exprimer cette opé- 
ration, et le subst. bredjodoâ (proprement « ce qui est destiné ci 
être broyé ») désigne la tresse de filasse de chanvre qui va 
subir ou qui a subi l'opération +. L'ancien bressan batior de 



1. Doc. ling. du midi de la Fran:e, par Paul Meyer, t. I, p. 89 et s. 

2. M. Philipon renvoie à l'art, bastitorium de Du Gange; mais hastito- 
riiim et hatistorium sont des graphies erronées pour hatitcrium ; d. l'art, bata- 

TORIUM. 

3. Cart. de Saint -Andrè-le-Bas, p. p. U. Chevalier, cité par A. Devaux, 
Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional^ p. 241, n. 3. 

4. A Chavanat, à quelques kilomètres au nord de Saint-Yrieix-la-Mon- 
tagne, on prononce hredjodour (communication de mon ami M. le docteur 
L. Queyrat). Dans le patois du Gers et des Hautes-Pyrénées, on appelle de 



NOTES ÉTYiMOLOGIQ.UES ET LEXICOGRAPHiaUES 203 

chenevo me fait l'effet d'avoir le même sens que bredjodou de chirbe 
dans le patois de la Creuse. 

Mais il y a un autre rapprochement qui s'impose, et comme 
forme et comme sens, entre. l'ancien bressan /;(7//c'r et un mot 
actuellement vivant dans un patois plus voisin du bressan que 
le patois de la Creuse. On lit, en effet, dans le Dict. du patois 
foré::;je7i de L. -Pierre Gras, à l'article chinève (p. 47) : 

La filasse est réunie en coumha ou ballot, pour être écrasée sous la meule. 
On en fait ensuite des tresses ou hattaos. Dix ou quinze hatUios forment une 
messie '. 

Le forézien hattao correspond au type *battatorium, refait 
sur le type -atorium de la première déclinaison % tandis que 
le bressan archaïque hatior représente le type primitif *batti- 
torium, *battêtorium. 

A la même étymologie se rattache encore le diminutif bate- 
ron, usité entre Verdun-su r-le-Doubs et Chalon-sur-Saône, que 
je relève dans Fertiault, avec cette définition : « Espèce de 
tresse formée avec le chanvre qu'on neferrote pas. » Bateron est 
fréquent et a certainement le même sens dans les Inventaires des 
ducs de Bourgogne publiés par B. Prost, t. I, p. 4, n° 26; p. 38, 
n° 342; p. 141, n° 818 (cf. Romania, XXVIII, 450). Je relève 
même bafur de chanvre, à la date de 1378, dans le t. II, p. 47, 
n" 305, qui est le pendant exact du batior bressan signalé au 
commencement de cet article. 

ANC. PROV. BELSA 

En 1867, L. Jacquemin, correspondant du Comité des tra- 
vaux historiques à Arles, adressa audit Comité la copie d'une 
délibération en latin du conseil de la ville d'Arles, datée du 
7 février 1433, par laquelle un certain Nicolas Trichaud, arba- 



mèmQ Jmrcradé, une tresse de filasse de lin (renseignement personnel). 5i?ro^i7(^/^' 
vient de barga, broyer; cf. les sens techniques du franc, peiguon. 

1. Voir TïïQS Mélanges, p. 107-108, art. meaisse. Je note que l'anc. lyon- 
nais connaît meta x a sous la forme maysi (Romania, XIII, 568), que M. Phi- 
lipon a omis de relever dans son glossaire. 

2. Cf. forézien versao « versoir » <^ versatoriu m. Du Cange a un 
exemple de hatatorium. 



204 ANTOINE THOMAS 

létrier, est autorisé à se servir « herba toxicata sive behsa adver- 
sus apros et cervos aliasque bestias feras » et à prendre par cela 
même le titre de « belsserius » dont son frère Pierre était déjà 
en possession ' . Je crois pouvoir en conclure que la langue pro- 
vençale employait alors les deux substantifs helsa et behier avec 
les sens correspondants aux deux termes latinisés que nous 
offre le texte. 

L. Jacquemin déclarait modestement qu'il n'avait pas réussi 
à « savoir à quelle plante vénéneuse devait se rapporter l'herbe 
nuisible à laquelle, en 1432 [anc. style], on donnait le nom de 
hclssa, ou d'herbe empoisonnante, dont on usait pour la des- 
truction des sangliers, des cerfs, des loups et des renards ^ w.Le 
Comité chargea un de ses membres, Jules Desnoyers, de faire 
un rapport sur la communication de L. Jacquemin. Il aurait été 
plus sage de se contenter d'imprimer le texte envoyé par le cor- 
respondant avec les notes dont il l'avait accompagné. Contre 
toute évidence, J. Desnoyers cherche à établir que behsa veut 
purement et simplement dire « flèche )),et que le nom précis de 
Yherba toxicata n'est pas donné dans le document'. Cette opi- 
nion ne mérite pas d'être discutée. BeJsa est certainement le 
nom d'une plante vénéneuse, qu'il me paraît facile de détermi- 
ner, et que je crois être la jusquiame noire, appelée en moyen 
haut-allemand bilse, en ancien haut-allemand bilisa, en allemand 
moderne bihenkrant'^. Les patois provençaux actuels ne con- 
naissent plus ce mot; mais l'espagn. bdeno et le portugais 

1. Texte publié dans la Rei'. des Soc. savantes, 4e série, t. VI, année 1867, 
2e sem., p. 191-194. 

2. Rev. des Soc. sav., loc. laud., p. 188. 

3. Loc. laud., p. 185-191. Il y a effectivement un exemple de helsa, au sens 
de « flèche » , dans la Chanson de la Croisade contre les Albigeois, v. 4894, et 
on trouve l'expression ^( sagitta sive lelsa » dans une lettre de rémission de 
1395, d'où Carpentier l'a extraite pour l'insérer dans Du Cange. Cette lettre 
est relative à Besplas, c"e de Villasavary (Aude), comme me l'apprend mon 
confrère M, Samaran. Je crois que ce mot helsa est tiré du verbe français her- 
ser « tirer de l'arc », dont le correspondant est très rare en provençal (cf. 
pourtant un exemple de hersar àdiXis Girart de Ronssillon,'/4y2, ms. d'Oxford), 
et qu'il est sans rapport avec celui qui figure dans le document d'Arles. 

4. Voir l'art, bilsenkraut de VEtyni. Worterh. d. denlschen Sprache de 
Kluge, dont la 7e édition vient de paraître. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHiaUES 10) 

velenho paraissent contenir le même radical que l'anc. haut-alle- 
mand hilisa et sa variante beliina ' . 



ANC. PROV. BERBEGAL 

On lit dans la version la plus ancienne de Girart de Roiissil- 

lon : 

E no le preizerie en berhegal 

Se el ne vos assail entrues qu'ai pal 2. 

Il faut manifestement corriger : un berbegal. Mais quel est le 
sens du substantif berbegal ? M. Paul Meyer traduit : « je ne le 
priserais pas //;/ berger y), et il fliit cette remarque en note : « Au 
moyen âge_, les bergers sont le type de la simplicité ^ ». Je crois 
que berbegal correspond au prov. mod. berbial (patois de la 
Creuse et du Berry barjaii), nom de l'insecte parasite de la race 
ovine dit vulgairement « pou de mouton ». J'ai déjà eu l'occa- 
sion de parler de cet insecte, et d'indiquer le type latin vulgaire 
*berbicalem comme faisant concurrence aux types plus 
répandus *berbicînum et *berbicinam^. 

ANC. FRANC. BONNEKC 

Dans le Livre des . noms translatés de latin en franchois qui 
occupait les folios 20-70 du ms. de Turin coté L. IV, 
17, et qui a été détruit par l'incendie de 1904, M. J. Camus 
a relevé l'article suivant : « Stomachus, bosuens ». Il rattache 
le mot français au flam. luxent « sein » >. Il faut certaine- 
ment corriger la leçon bosuens en bosuens- et incorporer cet 
exemple dans l'art, bonnenc de Godefroy. Le mot figure dans le 
manuscrit principal du Régime du corps d'Aldebrandin de Sienne, 
fait qui a échappé à Godefroy (éd. Landouzyet Pépin, p. 42): 
« Li siste si est por les doleurs de flans et du bonnent et du ven- 



1. Voir mon article intitulé : Roger Bacon et tes étudiants espagnols, dans le 
Bull, hispanique de 1904, p. 18 et s. 

2. Ms. d'Oxford, vers 4498-9 de l'éd. Foerster, Roman. Studien, V, p. 87. 

3. Girart de Roussillon, p. 144. 

4. Voir mes Mélanges, p. 29, art. bardin. 

5. Bull, de la Soc. des une. textes franc., 1902, p. 104. 



2o6 ANTOINE THOMAS 

trail et de la matris ki vien[en]t par ventosité oster ». Toute- 
fois, j'incline à croire que l'auteur a plutôt écrit boteril « nom- 
bril » parce que bonnenc paraît être spécial à la région wallonne, 
à en juger par les exemples signalés jusqu'ici '. 

L'étymologie proposée par M. Camus se heurte à des diffi- 
cultés phonétiques insurmontables, et -elle est médiocre au point 
de vue sémantique. Peut-être convient-il de rattacher honncnc à 
Tallem. hoden « fond », dont la forme primitive paraît avoir 
flotté entre *bu^ m a et *budna-; mais si la phonétique est 
satisf-iite, la sémantique ne me fournit pas de « fondement » 
positif pour appuyer cette hypothèse '. 

ANC. FRANC- BOUTERIL 

Parmi les noms dialectaux du nombril, M. Zaunera enregistré 
bot:;^is, usité dans l'Yonne 4. Il le met au nombre des noms d'ori- 
gine inconnue, mais il se demande si l'on ne pourrait pas le rat- 
tacher au radical bot- dont les dérivés ont été étudiés dans une 
section précédente. Bot:(is, où 1'^ est purement graphique, doit 
être sorti de boiri, boteri par un changement de l'r intervocalique 
en ~ très fréquent dans les patois de l'Yonne. Si nous consul- 
tons la carte 921 {nombril) de V Atlas linguistique de MM. Gillié- 
ron et Edmont, nous n'y trouverons pas de forme correspon- 
dante dans l'Yonne même, mais les départements voisins nous 
en offrent en abondance : bontri (230, sud de l'Aisne), boiidril 
(128, sud de la Marne), bontri (210, sud de Seine-et-Marne), 



1. Bosnenc se trouve pourtant deux fois (vers 391 et 815) dans le Lapidaire 
de Modène que M. Bertoni attribue àun a uteur picard (Z./. rom. Phil., XXXll, 
687). Le mot ne semble pas avoir survécu. M. Zauner, dans son mémoire sur 
les noms des parties du corps (Rom. Forsch., XIV, fe partie, p. 338 ets.), ne 
se doute même pas de son existence. 

2. Voir l'art, boden de Kluge, Etyni. JVôrterh. der deutschen Sprache, j^ éd., 

1910. 

3. Le rapprochement de l'allem. iiiagen « estomac » avec le verbe môgen 
« pouvoir », auquel on pourrait songer, n'est rien moins que certain, d'après 
Kluge, op. laud . 

4. Die rom. Wimen der Kôrperteile, p. 165. La source est le Dict. des patois 
de r Yonne de Jossier, où l'on voit que bot^is est employé dans la commune 
de Plessis-Saint-Jean, cant. de Sergines, arr. de Sens. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQUES 207 

botri (114, sud-ouest de l'Aube), heiidri (113, sud de TAube ; 
120, sud-ouest de la Haute-Marne ; 1 10, nord de la Côte-d'Or). 
Nous avons là des survivances manifestes de l'anc. franc. boteriL 
boiiter'd, dont Godefroy a recueilli deux exemples ; il rapproche 
le mot du wallon boiitronye et boiifroiil, mais la désinence accuse 
des mots distincts. Aux textes cités par Godefroy pour attester 
boteril au moyen âge, on peut ajouter le Régime du corps d'Alde- 
brandiz de Sienne \ 

PROV.CAPIL 

Raynouard rattache à cap <C caput le substantif capil 
(.(. pignon )), que les patois modernes ont conservé -. Mistral fait 
appel au lat. capil lu s et invoque aussi l'espagn. capil lo, qui 
correspond au lat. vulg. *cappellus ^ La présence d'un p dans 
toutes les formes romanes oblige absolument à écarter caput et 
ses dérivés, pour faire appel à cappa. Capil remonte manifeste- 
ment à un dérivé formé, en latin vulgaire, avec le suffixe -île, 
soit *cappîle. Le haut du pignon est destiné à supporter le 
faite du toit; certains emplois techniques des mots français Jm/^l' 
et chaperon montrent clairement que l'imagination populaire a 
comparé la couverture d'un édifice au vêtement dit « chape » 
et expliquent tout naturellement la formation du mot dérivé 
*cappîle+. 



1 . Voir ci-dessus l'article bonnenc. En dehors de ce passage, où le désac- 
cord des manuscrits peut inspirer des doutes, je puis citer la p. 72 de l'éd. 
Landouzy et Pépin, où il n'y a pas de variantes : « Et puent demeurer en 
ewe tieve juskes au houteril ». Un peu plus loin, p. 74, les manuscrits se par- 
taient entre houtine, houteril et nomUil. 

2. Lex. roman, II, 324. 

3. Trésor, art. capiéu. 

4. Il faut aussi reconnaître cappa comme radical dans capit, chapit « han- 
gar » ; cf. l'art, chapit de N. du Puitspelu. Le suffixe n'est pas clair. N. du 
Puitspelu y voit le type lat. -ïtus; il s'agit plutôt d'une substitution récente 
de -it à -//. En tout cas, dans le sud-est de la Creuse (notamment à Chard et 
à Flayat, arr. d'Aubusson), chapiau, forme moderne correspondant à une 
forme médiévale chapil, chapiaî, et qui est du genre féminin, signifie « hangar » 
et ne signifie que cela. 



208 ANTOINE THOMAS 

NORxM. CAPINE CAUCHE 

Duméril enregistre la locution marcher à capine caiichc comme 
usité dans l'arr. de Caen. Il la définit et la commente en ces 
termes : « marcher sans faire de bruit, sur des souliers de peau 
de chèvre (Capina) dont on faisait les plus légères chaussures ; 
de là la signification de chapin dans ce vers de Villon : 

Aller sans chausse et sans chapin 

où Borel a cru qu'il était question d'un chapeau. » 

Je considère que à capine caiiche est une altération, résultant 
d'une assimilation régressive, d'une expression antérieure à 
tapine cauche, proprement « en se chaussant ett tapinois ». Cauche 
est, dans cette locution, une sorte de subst. verbal de caiicher, 
correspondant normand du verbe français chausser. L'adjectif 
tapin Qst bien connu dans le sens requis et que conserve la locu- 
tion courante en tapinois. Moisy atteste, d'autre part, que l'an- 
cienne locution à tapin est encore vivante en Normandie. 

NORM. CATÉFUT, CATAFICHE 

Moisy donne catéfut, s. m., et calafiche, s. f., comme syno- 
nvmes au sens de «souricière », sans indication étymologique. 
Duméril ne connait que le premier de ces termes, auquel il 
consacre l'article suivant : « Catéfust, s. m. (arr. de Vire. Sou- 
ricière, probablement chat en bois ». Malgré les apparences, 
l'étymologie est sûrement fausse. Caiafiche est une métathèse 
pour catachife et répond au rouchi quatefiche, au wallon quaf in 
chife, c'est-à-dire en bon français quatre en chiffre ou quatre de 
chiffre (cf. Littré, quatre, n° 15; Dict. général, qjjatre, sect. 
II, etc.), piège en forme de 4. Donc, il faut interpréter le nor- 
mand catéfut comme équivalent à quatre en bois. 

ANC. FRANC. CHAMBERT 

Ce mot a été signalé par Carpentier (voir l'article cervix de 
Du Gange) qui l'a tiré d'une lettre de rémission de 1478 con- 
tenue dans le registre JJ 205 du Trésor des Chartes, n° 105 : 
« Les suppHans frappèrent icellui Guillaume Lienart de la hante 



NOTES ETYMOLOGIQ.UES ET LEXICOGRAPHiaUES 209 

de leurs espieulx, tant sur les espaules, comme sur le chainhert 
du col. » Le mot correspond manifestement, comme sens, au 
mot actuel « nuque >•>. Je me suis reporté au registre JJ 205 
pour voir quelle est la provenance géographique du document : 
le bénéficiaire de la rémission (Selonnes, septembre 1478) est 
un pauvre laboureur nommé Jehan Andry, demeurant à « Tour- 
voye lez Troyes », hameau de la commune de Troyes qu'on 
appelle aujourd'hui « les Trévois ' ». On peut donc tenir 
chainhert pour un mot champenois. Il est encore vivant aujour- 
d'hui dans les patois de l'Yonne sous la forme chaiihard % qui 
est enregistrée par M. Zauner parmi les noms de la nuque d'ori- 
gine inconnues Je ne suis pas en mesure d'en donner l'éty- 
mologîe : mais il m'a paru utile de mettre en rapport le <:/;^//- 
Z'^rJ actuel avec le chamhert du xv^ siècle. 

PÉRIG. CHARAMA 

Le substantif masculin charama est employé par Jean Lalet 
dans ses Coiinteis de la queirio, p. 31 : << Un jai... qu'èro vengut 
crebà dins lou charauia^ ». L'auteur traduit par « grenier à 
foin ». Nous sommes en présence d'une métathèse : charama 
est pour chaïuara et se rattache à cet article de Mistral : « Cama- 
RAT, CAxMERAT, S. m. Espace qui se trouve entre le toit et le 
plancher d'un galetas ; lambris ou plafond cintré en menuiserie, 
lattis; cloison, mur de refend. » Comme l'indique Mistral, 
c'est un substantif participial de camara « latter, faire un plan- 
cher » du lat.*camarare, pour came rare, proprement « voû- 
ter ». Le patois du Bourbonnais connaît chainbdra, subst. masc, 
au sens de « fenil > ». Dans le patois de Saint- Yrieix-la-Mon- 
tagne (Creuse), on appelle chambra (sb. m.) le plancher supé- 
rieur d'une grange sur lequel on place soit le foin, soit la paille ; 



1 . En latin Toiia Via, d'après le Dict. topogr. de VAiihe. 

2. S.Jossier, Dict. des patois de V Yonne, dans Bull, de la Soc. des sciences 
hist. et nat. de V Yonne, XXXVI, 63. 

3. Die roman. Nanien der Kôrperteile, p. 90. 

4. Ces contes sont écrits dans le patois d'Excideuil (Dordogne); cf. Ronia- 
nia, XXIV, 628. 

5. Chousy, p. 74. 

Romania, XXXJX. ^4 



2IO ANTOINE THOMAS 

chamhro représente fidèlement le lat. class. came rat us. Le 
berrichon chambrât signifie, d'après Jaubert, « petite chambre, 
grenier au-dessus d'une écurie, d'une étable à bœufs » ; il est 
difficile de dire, dans l'incertitude où nous sommes sur la pro- 
venance géographique exacte de cette forme, si elle représente, 
elle aussi, le type cameratus, ou si c'est une formation posté- 
rieure tirée de chambre avec le suff. franc, -at <C lat'. vulg. 
*-attus. 

Godefrov a plusieurs exemples de chanibril w lambrissage » 
et de ses dérivés, dans l'Orléanais, la Touraine et le Poitou. 
Voici un exemple de la variante chauibrail en Berry : « Des- 

groux [avocat] dit que les habitants de Thoizellay ont 

fait réfère ' les cloches et chambrail de leur église- ». 

ANC. VRA^Ç.- CHARCLOIE 

Godefrov a deux articles indépendants l'un de l'autre : cer- 
CLOiE « cercle; sorte de tortue dont se couvraient les combat- 
tants », et CHARCLOIE (c sorte de machine de guerre, claie posée 
en demi-cercle et montée sur trois roues ». Il s'a2:it manifeste- 
nient d'un seul et même engin. Sous Tune et l'autre formes, 
ce terme est beaucoup plus fréquent en ancien français que ne 
porterait à le croire le petit nombre des exemples qu'il en a réu- 
nis (en tout quatre^ provenant du Roman de Thcbes, cité deux 
fois pour le même passage, de la Chanson des Saisnes, de Blan- 
candin et de VEstoire de Juliiis César de Jehan de Tuim). Il 
revient jusqu'à sept fois (trois fois cerckie et quatre fois cercloie) 
dans VEstoire de la guerre sainte d'Ambroise '. Jacot de Forest l'a 
emprunté à Jean de Tuim sous la forme charcloe^. Enfin les 

1 . Le ms. porte par erreur : out fere réfère. 

2. Arch. nat., Reg. de la Cour des Aides, Z'A 45, fol. 81, ann. 15 19. Il 
s'agit de Toi:ielay, ancienne paroisse qui fait aujourd'hui partie de la commune 
de Châtillon-sur-Indre, arr. de Châteauroux (Indre). Le scribe a plutôt 
écrit Thri\ellay que Thoiieîlay. 

3. Voir le glossaire de l'édition de Gaston Paris, où le mot est traduit par 
« abri fiût avec des claies pour protéger les machines de jet >•>. Delà la forme 
latine cercleia, emplovée par le traducteur, la seule que connaisse Ahvin 
Schultz, Dus hôfische Leben, 2^ édit., t. II, p. 408, n. 9. 

4. Voir les citations faites par M. Settegast dans son édition de Jehan de 
Tuim, p. 51. 



NOTES ETYMOKOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQUES 211 

Glose siib silcucio Icpnide (^wi" siècle), dont j'ai déjà eu l'occasion 
de parler ici ', nous fournissent sur ce mot un très intéressant 
témoignage : « Aries et ninea {lire : vinea), id est carcloia qui- 
bus oppida capiuntur-. » 

Il me paraît certain que la forme cereleie, cercloie est due cà 
une étymologie populaire et que ce terme militaire n'a rien cà 
voir, à l'origine, avec le mot cercle. L'emploi de claies pour pro- 
téger les assiégeants d'une ville est un fait bien connu, et Ton 
sait que r/^/c représente l'ancien gaulois clêta, latinisé proba- 
blement dès l'époque gallo-romaine'. Grégoire de Tours parle 
précisément, à propos du siège de la capitale des Convènes 
(aujourd'hui Saint-Bertrand-de-Comminges, Haute-Garonne), 
d'enojins tout à tait analoijues aux charcloies du moyen â^re : 
« plaustra cum arietibus, clelellis et axebus tecta, sub quae 
exercitum proper^ret ad destruendos muros^ )). S'il emploie 
cleteUa au lieu de cletciy c'est probablement par suite d'un rap- 
prochement instinctif avec le latin classique clitcUae, qui a 
pourtant, comme on sait, un sens très différente II me paraît 
très probable que le latin de la décadence a dû fabriquer un mot 
*carrocleta, sur le modèle de carrohallista « baliste montée sur 
des roues », que nous connaissons par Végèce ; car j'ai plus de 
peine à admettre que le français ait pu de lui-même faire le mot 
composé charcleie, avec char et ckie. 

FRANC-COMTOIS CHAREVOSTE 

Godefroy n'a qu'un exemple du mot charevoste « cadavre », 
qu'il considère comme un substantif masculin ; c'est celui qui 
figure dans la traduction bourguignonne de la Vie de Girart de 
Roussillon publiée ici-même et que M. P. Meyer a lui-même 



1. Voir /?t)/mz«/a, XXXVI, 308. 

2. Eliionensia..., p. p. J. F. Willenis (Gand, 1845), p. 27. 

3. X^os premiers étymologistes tiraient le franc, claie du grec yj.iUrj a fer- 
mer » (notamment Du Cange) ; Ménage s'efforce de ramener le bas latin 
cleta au latin classique crates; c'est Zeuss qui a indiqué le premier la 
bonne voie. Cf. Holder, Alt-celt. Spracbscbati, art. *clë-tâ. 

4. Hist. Franc, VII, 37. 

5. Cf. Max Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, p. 747, n. 4. 



212 ANTOINE THOMAS 

relevé et commenté dans le vocabulaire dont il a iait suivre le 
texte {Rofiiaiiia, VII, 225), sans se préoccuper du genre, lequel 
ne ressort pas du contexte. Je ne sais si le rapprochement indi- 
qué avec réserve par M. P. Mej^er entre charevostc Qtcharevasfre, 
subst. masc, que donne Cotgrave et qu'il traduit par ash 
cloaibyCQSt-\-d\TC «charrier de lessive » est fondé ou non; mais 
je considère comme certain que nous avons une variante pho- 
nétique de notre charevoste à Farticle charenates de Godefroy, 
où la définition « s. m. pL, fragments de chair » n'est appuyée 
que sur l'exemple que voici : 

Mas ainssois furent plaines de malvaises denrées, 
D"os et de charenates corrumpus et puans. 

(Gir. de Ross., 2876, Mignard.) 

La correction de chareiiate en charevale (pour charevastc) va de 
soi. Une forme accourcie ne peut non plus être méconnue dans 
charcvais « charogne », que Godefroy a tiré du roman de Bla- 
qiieruc (Bibl. nat., franc. 763, fol. 197 v*^'). 

Or il importe de noter que le patois du Doubs a conservé le 
\\\ot charcioste, et que c'est un substantif féminin. Je mécon- 
tente de citer les dictionnaires patois de Tissot et de Contejean, 
n'ayant rien trouvé ailleurs. J'ignore l'étymologie. 

TsERVÔTOT, S. f., injure d'une signification peu' déterminée. Au propre, 
même sens à peu près que tsaroii^ne, charogne (Tissot). 

TcHAiRVÔTE (ai bref), s. f. Charogne. — Peut-être du v. fr. chair voueile, 
chair bleue. Je ne cite cette étymologie que sous toutes réserves, les lois de 
permutation donnant ichaî et non Ichair pour le mot chair (Contejean). 

ANC. BRESS.\N CHEXJVA 

On lit dans le terrier de Maillisole% dressé dans le courant 
de l'année 1341 : « Et pot contenir li diz curtiz a sennar una 
bicheta dt chenava K » M. Philipon, à qui on doit la publication 
partielle, avec commentaire, de cet important document lin- 



1. Je corrige en peu le plus du texte imprimé, qui est manifestement dû à 
une faute d'impression. 

2. C"« de Druillat, c»" de Pont-d'Ain, arr. de Bourg (Ain). 

3. Doc. litig. du midi de la France, par Paul Meyer, t. I, p. 64, 1. i. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 21 3 

guistique, ne me paraît pas avoir expliqué comme il convient 
ce mot chenava. Il le traduit par « chanvre » % tout comme 
chenevo, qui figure dans d'autres -documents de la même région, 
sans se laisser arrêter par la différence phonétique qui existe 
entre chenevo et chenava : « Notons % dit-il, que dans les propa- 
roxytons. Va pénultième s'est parfois atiaibli en e : chenevo cana- 
bum3j en regard de chenava y Estieven, mais à la protonique 
chanaveri ». Mais il saute aux yeux que la hicheta, que M. Phi- 
lipon qualifie lui-même de « mesure de céréales » et qu'il fau- 
drait définir « mesure pour les grains et les fruits », ne convient 
pas pour le chanvre : una hicheta de chenava, c'est manifestement 
« uv\Q mesure de chènevis ». Phonétiquement, r/;é'//flfZ'^ représente 
le type latin *canapatum et ne peut pas représenter autre 
chose-*. L'emploi du suffixe -atus joint à un nom déplante, 
pour former le nom de la graine que donne cette plante, n'est 
pas un procédé très fréquent; il n'en est donc que plus impor- 
tant de le mettre en lumière. On retrouve ce procédé dans le 
français commun sénevé <C *sinapatum, d'après l'étymologie 
mise en avant par le Dicf. général. Littré et Scheler enseignent 
que ^('mT^' est pour senevel et remonte à *sinapillum ; M. Cohn 
propose concurremment *sinapïculum et *sinapalem5; 
M. Meyer-Lûbke se prononce implicitement pour cette dernière 
forme et rapproche sénevé de dé (pour deel <Z digitalem^). 
Il est certain que plusieurs suffixes ont été mis en œuvre pour 



1. Op. kiud., p. 162. 

2. Op. laud., p. 116, art. 52. 

3. Le type latin vulgaire est plutôt *canapum; cf. Riviiaiiid, XXXIII, 
216. 

4. A ce même type répondent de nombreuses formes actuellement vivantes 
dans la Suisse et dans une douzaine de départements français de l'Est et du 
Sud-Est : Côte-d'Or, Doubs, Jura, Marne (Haute-), Meurthe-et-Moselle, 
Nièvre, Saône (Haute-) et arr. de Belfort, Saône-et-Loire, Savoie, Savoie 
(Haute-), Vosges, Yonne. On passe de chenava à chenevé, chèn've, chènnié, etc., 
etc. Voir la carte 266 (chènevis) de V Atlas linguistique de MM. -Gilliéron et 
Edmont. Il est curieux de constater que dans l'Ain et le Rhône l'ancien mot 
paraît avoir disparu devant la concurrence de la périphrase « graine de 
chanvre ». 

5 . Die Suffixwandhing, p . 51. 

6. Gramm. des l. rom., II, § 25. 



214 ANTOINE THOMAS 

désiîiner la crraine de la sanve ; le wallon ancien seucvîcl (voir 
Godefrov, senevel) pourrait même remonter directement ou 
indirectement à un type *sinapellum. Mais en présence de 
la forme senevei du Glossaire de Glasgow, on ne peut révoquer 
en doute l'existence du type * s i n a p a t u m ' . 

BERRICHON CHETIVIER 

faubert enregistre le mot dans son Siipplémeni : « chetivier, 
s. m. Faiblesse. Avoir le chetivier, être souffrant, en langueur. » 
Il est manifeste que nous avons affaire à l'anc. franc, cbaitivier, 
dont Godefrov ne donne qu'un nombre assez restreint d'exemples 
(exactement, six^ qui proviennent exclusivement de textes de la 
réiiion occidentale de la France. En énumérant les mots abstraits 
en -ier que possède l'ancien français, j'ai fait celte remarque : 
« De ces mots, un seul semble avoir survécu : c'est destorbier, 
encore usité à Guernesey et dans une partie de la Normandie 
(Eure). )) L'existence du berrichon chetivier m'avait échappé : je 
crois qu'on me saura gré de la signaler ici. Le limousin chaiti- 
vier, voisin, comme forme, du berrichon, a pris, à côté du sens 
abstrait de a misère », le sens concret de « vermine ». 

ANC. FRANC. CHIEVREBROUST 

Eugène Rolland a groupé comme suit les variantes d'un 
curieux nom du chèvrefeuille- : 

quiehroch, ms. anc. franc, du Nord-Est, Bull, du bouquiniste, 1864, p. 24. 

kiniehroust,m. anc. fr., J. Camus, La 2^ trad. de la chirurg. de Moudeville, 
1902, p. ) [= Bull, de la Soc. des Anc. textes franc., 1902, p. 104]. 

chieirehroust, chiehrouch, m., anc. fr.. J. Ca.mus, Un nnin. [^= Rev. des l. 
rom., XXXVIII, 1585]. 



1. Dans leprov. mod. avenat «avoine mondée, gruau d'avoine », le sut- 
fixe a une valeur sensiblement diflférente. On y voit déjà poindre l'idée 
sémantique à laquelle se rattachent tant de noms de confections pharmaceu- 
tiques ou culinaires, boissons, sirops, etc., telles que citronnât, nougat, oran- 
geat, orgeat, poiré, pommé, etc. 

2. Flore pop., VI, 218. 

5. M. Camus a justement renvoyé à l'art, ciuiebroch de Godefrov, où se 
trouve, sans définition, un exemple provenant de Valenciennes. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUHS ET LEXICOGRAPHIQ.UES 21) 

ciebrou, m. anc. fr., Du Guez [= Palsgrave, éd. Génin, p. 914, où on lit, 
par suite d'une faute t\pographiquc eiebnvi, fornie enregistrée par Godefroy]. 

Toutes ces formes appartiennent au domaine wallon, et la 
carte 274 (^chêvrefeuiile) de V Atlas lingiiisliijne de MM. Gillié- 
ron et Edmont, malgré ses lacunes, nous offre la survivance 
tchibroii au point 293 (Lessines, en Hainaut). 

0\\ ne trouve ni dans Godefroy ni dans Rolland cet intéres- 
sant passage du Catholicon de Lille qui a donné du fil à retordre 
à Scheler ' : « Caprificus, une herbe, gallice kiesbnich. » 

Scheler a interprété Àm^r/zr/j, malgré le témoignage formel de 
son auteur, comme un mot allemand, parce glareae ruptio ». Il 
fimt probablement lire kiefhnich, forme intermédiaire entre le 
primitif kievrebroiist ou chievrebroiist et les formes plus récentes 
qiiiebroch, ciebrou, tchibroii. La composition du mot est claire, et 
le chievrebroiist wallon correspond au brou de chèvre, brou de 
bique, etc., des autres régions du domaine français. 

ANC. BOURG. COXSEEL 

Les Bénédictins ont enrichi Du Gansée d'un article coxseel 
que Godefroy a eu le tort de négliger. On y trouve, d'après 
Brussel, un extrait d'un registre des Grands Jours de Champagne 
où figure, dans un texte latin, le mot conseel, qui se dénonce de 
lui-même comme français : « unum modium de conseel ». Les 
Bénédictins définissent ainsi : « gall. segle, aut potius frumen- 
tum cum secali mixtum ». Nous dirons : « méteil ». Le mot 
revient plusieurs fois dans les Inventaires mobiliers. . . des ducs 
de Bourgogne publiés par B. Prost (Paris, 1902 et s.). 

No 339. Conseel en gerbes, qui- est estimez à la part Mgr 15 hoisseaulx à la 
mesure de Nuiz (ann. 1364). 

No 795. Environ 4 aminés de blé conseal . . . à la mesure de Nuiz (ann. 
1368). 

N° 1323. Un moiton froment gasté. vendu 2 gros ; 3 mesures de conceel, 
vendues 2 gros demi (ann. 1371). 

Le seigle est ordinairement appelé dans les textes publiés par 
B. Prost soigle (n°' 4, 7, 15, 3:2, etc.) ou exceptionnellement 



I. Le Catholicon de Lille, p. 32. 



2l6 ANTOINE THOMAS 

soillc {lY^ 252), d'après sa forme latine proparoxytonique sécale. 
Il est curieux qu'en composition avec eu m le latin vulgaire ait 
mis en œuvre la forme paroxytonique secale : du moins, je 
ne crois pas que coiscel o\i avi seaî pmssQ s'expliquer par un autre 
tvpe étvmologique que *consecdle. Môme type dans le pro- 
vençal moderne coiinsegau, tandis que le languedocien coussegal 
remonte au méàiévâl cou segal h <*consecdlium. comme je l'ai 
remarqué il y a longtemps ' . 

Cet ancien nom du méteil n'a pas complètement disparu des 
patois actuels. J'emprunte au Dictionnaire des patois de F Yonne 
de S. lossier ' les deux articles suivants, dont le second, en sa 
partie étymologique, n'est pas pour affaiblir les observations 
que je viens de présenter : 

Congés, s. ms. Seigle (Vassy-sous-Pisy). 

CoN'CiAU, s. m. Méteil, seigle et blé mélangés. — Dans un sens plus général > 
mélange d'une chose médiocre avec une meilleure. Du vieux français conchier, 
concier, et du latin coinquinare, corrompre, altérer, gâter, souillé (sic) (tx\- 
vey). 

FORÉZIEN DÉSAIMA 

L. -Pierre Gras enregistre le verbe transitif désaima « taire 
perdre courage ». Il y voit la particule privative des- et le sub- 
stantif ânu . De là, l'article suivant de Mistral : 

Deseima, desaima (for.),(cat. itesanimar, lat. exaniniare), v. a. Faire perdre 
courage, en Forez. 

L'étvmolo2:ieest certainement mauvaise. Le mot forézien doit 
être rapproché du lorrain désaïuua, dont je me suis occupé \ 
bien que le sens ne soit pas identique, le mot lorrain signifiant 



1. Romaiiia, XXV, 390; cf. mes Essais, p. 87. Le Petit Dict.prov. -franc, de 
M. Levv ne donne que consegal, et on ne trouve rien dans Raynouard ; mais 
l'existence de 17 mouillée au moven âge ressort directement de consemil 
(Ménard, Histoire de Nitiies, pr. t. II, p. 50, dans Du Cange, conseel), de 
cossegalb(P. Meyer, dans Not. et extr., XXXVI, re part., p. 159, no 151) et de 
la forme latinisée œssegalhum (Du Cange, s. l'o), indirectement de formes 
actuelles où la désinence -<// remonte nécessairement à -alh. 

2. Bull delà Soc. des Se. hist. et nal. de V Yonne, XXXVI, 67. 

3. i?o;;/j«/a, XXXVm, 381. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXIC0GRAPH1Q.UES 21 J 

« se tromper dans une évaluation ». Dcsa'uiia représente un 
plus ancien *dcsesmar, composé parasynthétiquemcnt avec le 
préfixe des et le substantifbien connu t'^///é', tiré du verbe esmar. 
Deses ma r quelqu'un, c'est lui faire perdre Vesnie, le jugement, 
l'esprit et par suite la faculté d'agir. Le lyonnais moderne, qui 
ne paraît pas posséder de verbe correspondant, emploie toujours 
l'ancien substantif sous la forme éiiio (voir N. du Puitspelu). 
Par suite, Mistral aurait dû fondre le forézien avec le participe 
provençal deseitiiat « inconscient, égaré » qu'il a bien expliqué 
par le préfixe ^é'^ et le substantif t'/wf, jadis esDic. 

ANC. PROV. DOLOIROS 

Le latin fait un grand usage du suffixe -ôsus, qu'il ajoute 
presque toujours au thème d'un substantif pour en tirer un 
adjectif : annos us (de ann us )^ aquosus (de aqua), dolo- 
sus (de dolus), etc. Si le substantif se termine en -ia, -ies, 
-io ou -ium, il y a naturellement un / devant le suffixe, et 
la désinence de l'adjectif est en -iôsus. Exemples : g ratios us 
(de gratia), cariosus (de caries)^, suspiciosus (de suspi- 
cio), odiosus (deodium). Le latin offi'e pourtant deux ano- 
malies : il ne connaît que curiosus, malgré cura, et de labor 
il tire laboriosus et non *laborosus, quoique, dans des cas 
analogues, il dise régulièrement clamorosus (de clam or), 
nidorosus (de nidor), vaporosus (de vapor), etc. Les 
textes de la basse époque n'attestent guère cette extension ana- 
logique de 1'/ que dans somniosus, ventriosus et viriosus. 
De dolor nous ne trouvons que dolorosus, qui est employé 
(au sens physique) par \égèce et par le médecin Caelius Aurelia- 
nus. Mais l'existence de l'anc. prov, doloiros ' , forme à peu près 
constante, nous oblige à admettre que le latin vulgaire a connu 
un type *doloriosus, non attesté, mais qui, en définitive, 
n'est pas plus extraordinaire que le classique laboriosus. C'est 
là une remarque bien simple, qui a peut-être déjcà été faite, à 
mon insu, mais qui n'est pas reproduite dans les manuels cou- 



T. Au provençal se rattache l'ancien poitevin : cf. doleirous dans la version 
poitevine des sermons de Maurice de Sullv (A. Boucherie, Le dial. poitevin 
au Xllb siècle, p. 67). 



2l8 ANTOINE THOMAS 

rants : c'est pourquoi je crois bon de la consigner ici. Les formes 
dauphinoises, lyonnaises et romandes telles que amoirons, etc., 
me paraissent s'expliquer très facilement par une hypothèse ana- 
logue, soit que *amoriosus ait réellement existé, soit que 
l'analogie ne se soit exercée que dans la période romane,^ bien 
que ni le regretté abbé Devaux ni son critique M. H. Urtel 
(Z./. rof}L Phil.j XXT, 421) n'aient songé à cette explication. 

BOURG. DRUBLE 

Je remarque dans le Dict. des patois de F Yonne de Jossier, cet 
article très court : « druble. s. m. Torrent. (Soucy) ' ». On 
pense tout de suite à l'ancien français desrnbe, dernble, dont le 
dérivé desrubant, voire desrnhlant, est si fréquent dans les chan- 
sons de geste. Godefroy^ sous desrube, qu'il traduit par « pré- 
cipice, ravin, pente abrupte », ne signale comme survivances 
que le guernesiais dernble « cavité d'un rocher formée par un 
éboulement de terre attenant à un précipice » et le patois de la 
Suisse romande dériipe « pente rapide ». Sous desrubé, il invoque 
le verbe dcrubler « qui se dit en Bretagne, Côtes-du-Nord, pour 
signifier glisser de haut en bas ». 

Le sens de « torrent », que possède exclusivement le patois 
de Soucy \ ne date pas d'aujourd'hui. Si l'on prend la peine de 
rapprocher les deux premiers exemples cités par Godefroy (et 
qui appartiennent au Psautier dit de Cambridge) des textes 
latins qu'ils traduisent respectivement, on s'en convaincra h peu 
de frais : 

TEXTE FRANÇAIS TEXTE LATIN 

Tu derumpies la fonteine et le des- Tu dirupisti fontem et toireuhiu. 
riibe (LW. des ps., Cambridge, LXXIIL 
15, Michel). 

Enl desntb de Cisson (//'.LXXXII,9). In tor rente Cison. 

Francisque-Michel, dans son glossaire, avait naturellement 
mis le mot latin en face de desrub, desrube. Dans les quelques 
autres passages où le Livre des Psaumes offre torrens, le traduc- 



1. Butl. de la Soc. des se. hist. et nat. de V Yonne, XXXM, 80. 

2. Arr. et cant. nord de Sens. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 219 

teurn'apas employé desruhe. U 2i<X]tc\AÎ desruhé tst manifestement 
employé au sens de « torrentueux » dans levers 305 de la Pm<r 
d'Orenge, cité par Godefroy : 

Ci cort le Rosne, une eve desruhee. 

De même (et Godefroy s'en est rendu compte) dcsnibain dans 
le vers 2045 à' Amis et Amiles : 

Vinrent à Dunne, une eve desnihaiue. 

LORR. DUMEAU 

Le Glossaire du patois messin de D. Lorrain a un substantit 
dumeau, qu'il définit par « glande de cochon » '. M. Lucien 
Adam a recueilli le même mot dans les notes envoyées par 
M. Olry (instituteur d'AUain-aux-Bœufs, canton de Colombey, 
Meurthe-et-Moselle) avec le sens suivant : « fricassée dans 
laquelle entrent les ganglions de l'intestin du porc- ». lime 
paraît évident que diimeau est sorti par une sorte d'étymologie 
populaire, de l'anc. franc, chaiidiimeaii, chaiidiimel. 

Godefroy ne connaît que deux exemples de chandiimel. Il 
traduit le premier, emprunté au Champion des Dames ' de 
Martin le Franc, par «sauce»; pour le second, qui vient de 
voila patella, il propose dubitativement « flèche de lard », 
parce que le texte latin correspondant donne siiccida. Scheler, 
dans son commentaire sur VOlla patella, avait dit : « Le franc. 
caiidnmel m'est inconnu, et je ne sais comment le rattacher à 
l'acception prêtée à siiccida ' ». Je crois que siiccida est le résul- 
tat d'une confusion entre le latin siiccidia « quartier de porc, de 
lard » et le germanique stil::^ d'où a été tiré un bas latin sulcitum 
« galantine » dont j'ai cité des exemples ^. La correspondance 
de sens entre « galantine » et l'anc. franc, chaudmnel n'est pas 
parfaite, mais si l'on se rappelle que la galantine dite sou^ était 



1. Cité par L. Adam, Les patois lorrains, p. 246. 

2. L. Adam, Les patois lorrains, p. 246. 

3. Olla patella (Gand, .1879), p. 49. 

4. Voir mon article 50w:^ dans la Roniania, XXXVIII, 581. Il faut expliquer 
d'une façon analogue le bas latin succidiius qui est employé par Alexandre 
Neckam dans la locution « carne in succiduo posita », glosée par « mis en sus » 



220 ANTOINE THOMAS 

le plus souvent faite de chair de porc (pieds, oreilles, groing) et 
si l'on porte au compte de chaudiiuiel ce que nous savons du 
duineaii lorrain (fricassée dans laquelle entrent les ganglions de 
l'intestin du porc), on la tiendra pour suffisante. Quant à l'éty- 
mologie de chaud unie/, elle n'a rien de mystérieux : c'est un 
dérivé de chaudiDi, primitivement caJdiini, d'un type lat. vulg. 
* cal dû m en, comme je Tai dit il y a longtemps, mais non le 
premier ' . 

Godefroy traduit chaudiiii par « extrémités des animaux, aba- 
tis, tripes, boyaux » : en tait, le mot chaiidtin, dans les textes 
cités, s'applique le plus souvent au porc dont il désigne collec- 
tivement les viscères en tant qu'ils sont utilisés pour la cuisine- 
Malcjréle silence de Godefrov, chaiidiiu a survécu dans différents 
patois avec des sens plus ou moins étendus. Dans la Charente- 
Inférieure, le chaiidin est la panse du porc et d'autres animaux 
(Jônain) ; dans les Deux-Sèvres, c'est le rectum des animaux et, 
par plaisanterie, des hommes mêmes (Lalanne) ; dans l'Orne, 
chaiidin ne s'applique qu'au porc dont il désigne « les entrailles », 
comme disent les frères Duméril; dans une autre partie de la 
Normandie, à Lisieux, il désigne la fraise du veau et du porc 
(Dubois, Moisy); enfin, à Maubeuge, on appelle caiidin le potage 
fliit avec le bouillon dans lequel on a cuit les boudins (Hécart). 

NORM. ÉCAXCHON 

Duméril enregistre écanchon comme un adjectir qu'il traduit 
par « rachitique, tremblant sur ses jambes ». Il le met en rapport 
avec un prétendu verbe anc. franc, escancher « s'agiter » - et avec 
l'islandais skaka, congénère de l'anglais to shake « secouer ». 

(Scheler, Lexicographie latine du XII^ et du XHI^ s., Leipzig, 1867, p. 85). 
Succiduus, en latin classique, est tout à fait distinct de succidia ; mais les lexico- 
graphes et les scribes ont tout brouillé. Ce passage aurait dû être cité par moi 
dans mon article sou:^, Romatiia, XXXVIII, 579. Cf. la note de M. Blon- 
dheim sur 50/;^, Roniania, WXIX, 176. 

1. Romanta, XXV , 448. Cf. Meyer-Lûbke, Gr. des l. /ow., II, § 446 ; 
Kluge, Etym. Worterh. der deutsch. Spr., kaldaunen ; Murray, New Engl. 
Dict., CHAWDROX ; etc. 

2. Lire escauchirer <C*excalcitrare « regimber » et voir Godefroy, 

ESCHAUCIRER. 



KOTES ETYMOLOGIQ.UES ET LEXICOGKAPHIQ.ÙES 22 î 

En réalité, nous avons affaire à une curieuse variante phoné- 
tique (c/; pour; par contamination i\\<^ccanchon «chanson », et 
peut-être avec un ancien escanchon « échanson ») et morphologique 
(d'après un ancien escau^^cr, ccaiiger (échanger ») du substantif 
canjon (français propre chanjtvi), dont il a été question à deux 
reprises ici même '. Duméril a lui même un article camjous (j/r) 
« s. m., enfant qui ne croit pas », où il cite un curieux extrait 
de VHisioire des imaginations de M. Oiifle ~. Le mot paraît aujour- 
d'hui limité à la Normandie^ : on en a tiré l'adj. encangeonnè 
(Moisy), dont le sens est analogue à celui de l'ancien verbe 
achangonnir employé par Raoul de Presles. 

NORM. ÉCÔMAX7 

Je ne trouve ce mot que dans Duméril, où on lit l'article 
suivant : 

ÉcôMANT, adj. affadissant, dégoûtant ; peut-être de l'angl. To corne et le 
contraire d'Avenant : on dit dans le même sens : il ne me revient pas. 

L'étymologie proposée est évidemment mauvaise. J'ignorais 
l'existence de écornant au moment où j'ai lu et annoté l'article 
consacré à l'anc. franc. esconio<; par M. A. T. Baker +. Il est bien 
tentant de rattacher ce participe présent, qui suppose un verbe 
écônier, au radical scomu que j'ai proposé de reconnaître dans 
esconios. On passe facilement, à ce qu'il semble, de l'idée de 
« honte » à l'idée de « dégoût ». Comme l'islandais possède le 
substantif skômm « blessure, honte », on peut supposer que 
ce sont les Normands qui ont apporté le mot en Neustrie. 



1. Note de G. Paris à propos du verbe iicliangonnir relevé par Delboulle, 
dans Raoul de Presles (XXXI, 351), et Mélange de M. P. Meyer (XXXII, 
4)2). 

2. Ouvrage publié en 17 10, sous le voile de l'anonyme, par l'abbé Lau- 
rent Bordelon. 

3. Aux exemples déjà indiqués on peut joindre cet article inséré par l'abbé 
Letendre dans le glossaire qui termine V Etude sur te tangage de la banlieue du 
Havre de l'abbé E. Maze (Paris, 1903), p. 126 : « canjon, enfant douillet, 
délicat, frileux. » 

4. Romania, XXXIX, 88. 



222 ANTOINE THOMAS 



CAXAD. ECORCHER 



Le Bulletin du parler français au Canada, dans son numéro de 
février 1910, contient un intéressant spécimen de terminologie 
relatif au broyage du lin. J'y remarque le passage suivant, p. 221 : 
« Ce procédé [il s'agit de Vémouchage, ou action de débarrasser la 
filasse des parcelles de tiges qui y restent adhérentes après le 
brovage] est suivi de Yccorchage, qui parfait l'épuration. Avec 
un long couteau en bois, appelé ccorchoir, il bat la poignée de 
filasse et achève ainsi de briser les parties ligneuses qui pour- 
raient encore adhérer aux fibres. » 

Ecorchcr est une altération populaire du terme propre ccocher, 
lequel figure seul dans Le parler populaire des Canadiens français, 
récemment publié par M. N.-E. Dionne, p. 265-266 : « Eco- 
cher, V. a., détacher les débris de la partie ligneuse du chanvre 
ou du lin. — Ecochûir, n. m., instrument dont on se sert pour 
brover le lin, le chanvre. — Ecochoué, n. m., instrument qui 
sert à écocher. » M. Dionne fait cette remarque : « Le vieux 
mot trof/;^/' signifiait écraser. » Il a probablement en vue l'anc. 
franc, escacher, au]ouYd'hui ccacher -^^^^coa.ctica.re, que le 
patois normand a altéré en écocher \ En réalité, le canadien cor- 
respond au terme agricole français écoucher, parfois écocher (Nor- 
mandie, Bas-ALaine et Picardie), que j'ai ramené au type éty- 
mologique *excù tic are, de cutis « peau ^ ». 

BOURG. ÉGREGER 

J'emprunte au Dict. des patois de f Yonne de Jossier l'article 
suivant (5////. Soc. se. hist. et nat. de F Yonne. XXXVI, 85): 

Égréger, V a. Témoigner par des caresses, par des gâteries, la préférence 
qu'on a pour tel ou tel enfant . Du latin egregare (Sommecaise). 



1. Duméril écrit écaucher, sous l'influence du lat. calcare. Joret, qui 
donne écochiè « écraser, écaler » et ècochéte « casse-noisettes », propose dubi- 
tativement, coni;ne base étymologique, le flam. schosse , qui ne convient 
pas. 

2. Voir mes Mélanges, p. 64. Peut-être vaut-il mieux considérer 
*excùticare comme un dérivé de excùtere. L'angl. to scotcJ) ou sciiich, 
qui a un sens analogue, est probablement emprunté au français. 



NOTES ETYMOLOGiaUtS ET LEXICOGRAPHIQUES 223 

Egregarc n'est pas un mot latin reconnu, et il n'y a pas lieu 
de supposer qu'il ait pu prendre la place de segregare. Si l'on 
remarque que Jossier donne cgrappe, égrapper, etc., formes où c 
correspond à Y a des formes originaires agrappe, agrapper, etc., 
on pensera que cgrégcr représente l'anc. franc, agregier 
<C*aggreviare. Ayant pour sujet et pour complément direct 
un nom de personne, agregier signifie « grever, maltraiter », 
c'est-à-dire le contraire du bourguignon actuel l'gréger. Mais il 
ne faut pas oublier que nous avons affaire au phénomène séman- 
tique dont témoigne l'emploi même du franc, gdier, du prov. 
vey_iat <<vitiatus, etc., et qui atteint son plus haut degré d'in- 
tensité dans l'expression flmiilière couper le cou à un enfant. 

PROV. ESCANDIR 

Je n'ai pas grande confiance dans la (orme escandir pour escan- 
tir « éteindre » qui se trouve dans les Leys d'Aniors, III, 196, 
et qui ne se trouve que là. En revanche, je crois qu'il fimt 
inscrire dans le vocabulaire de l'ancien provençal un verbe 
escandir, de sens tout différent, auquel correspond l'article sui- 
vant de Mistral : 

EscANDi, ESCHANDi (auv.), ESCHANDRE (tor.), V. a. ChauffcT à Ja flamme 
d'un feu clair, réchauffer, v. caiifii ; clarifier, v. eschirgi. . . R[acine] es, cande. 

Voici en effet ce qu'on lit dans Girart de Roussillon, ms. 
d'Oxford, édit. W. Foerster, 7379 : 

Que (corr. quam) la nuiz est passade el jornz escaiis. 

La même idée est répétée au v. 7389 en ces termes : 

Quant la nuit es passede el jorz esclaire^. 

Or, comme il n'est pas possible de trouver un verbe qui fasse 
escdns à la 3^ p. sg. du présent de l'indicatif, la correction de 
escans en escant va de soi (notez que plus loin, aux vers 7382 et 
7385, il faut également corriger fa///^//5 et tans en conuint et tant). 
Théoriquement, l'infinitif correspondant \ escant peut èireescan- 
dir, escander ou escandre, car il est manifeste que nous avens à 

I . Le ms. porte : e li ior:^ etcraire : la vraie leçon ne fait pas question. 



224 ANTOINE THOMAS 

faire au Lit. excandcre, lequel comporte à la rigueur des 
formes secondaires *excandére (ci. ardre, en fàcc du lat. 
class. ardêre) et *excandîre Çd. florir en face du lat. class. 
liorêre). Mais je crois que la forme d'infinitif provençal la plus 
probable est escaiidir ' . Le forézien cchaudrc, auquel correspond 
le beaujolais cîsiiidrc (Déresse, art. échandre) avec la variante 
lyonnaise chaudre (N. du Puitspelu), est refait à une époque 
relativement récente ; il a d'ailleurs, à côté de lui, échaudi (Gras). 
En Bourbonnais, on dit aussi cchandir, concurremment avec 
rechaiidir <C * recandîre qui paraît seul usité en Berry où il est 
souvent prononcé archaiidir (Choussv ; Jaubert). 

N. du Puitspelu avait d'abord proposé l'étymologie incan- 
descere (p. Si, art. chandre). Plus tard, il s'est ravisé (suppL, 
p. 448) et a institué *candire comme base. Je suis d'accord 
avec lui quand il considère que chandre n'est pas primitif au 
même titre que chandir, échandir, mais je lui reprocherai de 
n'avoir pas vu que chandir est lui-même une forme récente par 
rapport à échandir. Le seul type latin qu'il faille instituer est 
*excandire; cf. cossoii et écossou « fléau » << excussorium^ 
Une forme embarrassante est cchandèï, usité à Riverie. Le rap- 
prochement établi par Chabaneau (p. 448) avec un infinitit 
provençal hypothétique *^//r<7;2^£':^//' <C incandescere ne me 
paraît pas destiné à faire fortune ; mais je ne suis pas au clair 
sur les formes qu'afîecte la conjugaison de ce verbe dans le 
patois de Riverie, et je dois m'abstenir d'en proposer une 
explication. 

Pour revenir à Girarl de Roiissillon, il est manifeste qu'il faut 
traduire el jor~ escanl par (.< et le jour blanchit ». C'est une jolie 
expression, où l'on trouve pour ainsi dire analysé le sentiment 
qui a fait créer le substantif alba en latin vulgaire pour dési- 
gner l'aurore. En somme, el jor:^ escant est la même chose que 



1. On trouve aussi eschandir «échauffer, allumer », en ancien français 
(Godefroy, s. z'°'). 

2. Par suite, c'est * excandiculare, et non *can dicular e , proposé 
par M. Horning (Z. /, roiii. Phil., XIV, 219), qu'il faut mettre à la base de 
chandillî « briller par intervalles, en parlant du soleil )),et*excandiculata 
à la base de chandilla « coup de soleil entre deux nuages » (forézien échaiidilla). 
et. les art. escaxdiha etEscAXDiHADO de Mistral. 



NOTES ETYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIClUES 225 

le français e Valbe pert ou le provençal e Valba par, mais c'est 
d'une autre écriture. On dirait du Racine en raccourci : 

Et du temple déjà l'aube blanchit le faîte. 

Ou mieux (car il y a un soupçon de tautologie dans cette 
aube qui blanchit), cela rappelle Tibulle : 

. . . candente dies apparuit ortu. 

Qu'on a donc loué justement, chez l'anonyme auteur de Gi- 
rart, « le talent défaire sentir beaucoup en disant peu ! ^ ». 

ANC. FRANC. ESCHANTIR 

Godefroy n'a qu'un exemple de ce verbe, employé au sens 
transitif, et qu'il traduit par « mettre de côté, mettre dans un 
coin », supposant bénévolement qu'il se rattache au substantif 
chant « côté ». Cet exemple provient de lettres de rémission 
publiées partiellement dans Douët d'Arcq (Pièces rel. au règne de 
Charles VI, t. II, p. 338), et datées du mois d'avril 1385. Il est 
ainsi conçu : « Pour ce faire, les dix compaignons estaindirent 
les chandeilles et les gecterent derrière l'autel et eschantirent les 
lampes ». Loin de justifier la traduction de Godefroy, le con- 
texte invite à identifier eschantir avec le prov. escantir, en limou- 
sin ^5^/;^^^^/;* « éteindre », verbe bien connu, mais dont la véri- 
table étymologie reste encore à trouver ^. Faut-il admettre que 
l'ancien français a réellement connu ce verbe et qu'il ne s'en est 
conservé que l'unique exemple de 1385 ? Le document publié 
par Douët d'Arcq ne me paraît pas autoriser cette conclusion . 
Comme l'indique l'éditeur, plusieurs lettres de rémission ra- 
content les faits qui se passèrent, la nuit du 24 au 25 mars 1385, 
dans la chapelle de Notre-Dame des Barres, près de Chécy (Loi- 
ret), au cours d'une vigile de l'Annonciation transformée par 

1. P. Meyer, Girart de Roussillon, p. xlix. 

2. Il n'est pas possible de le rattacher au latin *candêr e , comme le font 
Diez et Mistral; la forme escandir des Leys d'amors (III, 196) doit être fautive. 
D'autre part, il n'y a pas de fond à faire sur le rapprochement, indiqué dubi- 
tativement par Diez, avec le haut-allem. kenten,QxV2iXic. norois kinda « enflam- 
mer », kyiidir « feu », probablement empruntés au lat. candére. 

Komania, XXXIX 15 



226 ANTOINE THOMAS 

quelques jeunes pavsans des environs en partie de danse et de 
débauche, comme il arrivait si souvent : Arch. Nat., reg. JJ. 
126, pièces n°* 189, 209, 215, 217; JJ 127, pièces n°' 48, 68 et 
95. C'est seulement dans les n°' 189 et 215, qui se répètent 
mot à mot, que ligure le membre de phrase « et eschantirent les 
lampes », Or ces deux lettres sont accordées, la première à la 
requête de « Perrin de Fresnes, du pais de Guienne» et la 
seconde à la requête de « Bertier Compaing, du pays de Guienne». 
Le rédacteur de la supplique reproduite dans les deux documents 
officiels devait être, lui aussi, un « Guiennois », et je suis per- 
suadé que l'expression « eschantir les lampes » est un méridio- 
nalisme qui ne tire pas à conséquence pour le français proprement 
dit. Dans l'utilisation linguistique des lettres de rémission expé- 
diées par la chancellerie des rois de France, il ne faut jamais 
perdre de vue la provenance des documents : c'est un principe 
de critique sur lequel on ne saurait trop attirer l'attention. 

ANC. PROV. FEMORAIRIL 

J'ai eu souvent l'occasion de prendre à partie Carpentier, 
continuateur de Du Gange, et de faire justice des fantaisies éty- 
mologiques et autres dont il a surchargé certains articles du 
célèbre Glossaniim uiedice et infimxlatinitatis. Ce m'est une vraie 
joie de pouvoir aujourd'hui le féliciter de sa conscience et de sa 
perspicacité au sujet d'un article des coutumes de Laguiole 
(Aveyron), rédigées en janvier 135 1, qui a attiré son attention. 
Ces coutumes sont publiées dans le tome II des Ordonnances 
(paru en 1729, après la mort de l'éditeur responsable, E.-J. de 
Lauriere), d'après le registre 81 du Trésor des Chartes, où a 
été copiée la confirmation royale, Paris, janvier 1352. L'article 
17 se présente ainsi dans l'édition, p. 480 : 

Item. Ouod dicti Consules, cum j«i5 Consiliariis, haheant potestalem cognos- 
ccndi de viis publicis & itineribus reparandis, (/;) de Clertis, Doblis, Acaralhis 
senioralibus,edificiis Ôctabulariis Bescalinis, in dicto Castro, & ejiis perttnentiis, 
Jadis, œnstructis, facieudis, seu coustriiendis poutihus, & de malis passihus causer- 
vatidis, & reparandis... '. 

I. La fin de l'article est sans intérêt pour la lexicographie. Je note, en pas- 
sant, que le registre du Trésor des Chartes porte conslruendis (après passil?us) 
et non, comme le texte imprimé, conservandis. 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHiaUES 227 

(/;) De Clerlis, Dohlis, Acaralhis senioralibus.] Ce sont des mots du pays 
latinisez, dont on ne trouve pas l'application . 

Les Bénédictins ont enregistré passivement, sans pouvoir les 
définir, les termes acaralha et clcrta ; ils ont omis dobla et senio- 
ralis; enfin ils ont battu la campagne au sujet de bescaliniis en 
proposant de le corriger en bestaliuiis et de lui attribuer le sens 
de « iter tortuosum » ou celui de « stabulum ». Carpentier a 
pris la peine de voir le registre lui-même. Il a -constaté qu'il y 
avait cleotis^ (non clerlis), faute manifeste ^our cloaci s « égout », 
et femorairials (non senior alibiis), mot provençal non latinisé 
employé au sens tout naturel de « tas de fumier » et qu'il 
n'y a pas lieu de corriger, comme l'avait fait, sans le dire, le 
bon Monsieur de Lauriere. Il a proposé sagement de corriger 
doblis en devis « fossé » et bescalinis en bescalmis « portique en 
saillie ». Finalement, il a vu dans acaralhis un « emissarium 
aquarium», ce qui me paraît sûr, tout en le rattachant à tort à 
l'espagn. acarrear ; le registre porte acaralhus, pour acaralhiis, et 
je crois qu'il y faut voir une altération par métathèse de *acala- 
riis pouT*aqualariis,(ïunnominiit]ï*aqualariiini auquel remonte 
sûrement le provençal moderne aigalié, lequel a, entre autres 
sens, ceux de « rigole d'écoulement » et « d'évier ». 

Revenons à femorairials , dont je garantis la lecture, après 
Carpentier. Une charte de l'abbaye de Pébrac (Haute-Loire) 
renferme, d'après les Bénédictins, le passage suivant : « quam- 
dam domum cum suo curtili Qtfenioraili ». Je n'hésite pas à 
corriger en feniorai\ri\li, c'est-à-dire, en auvergnat, *feiiiorairil, 
forme pnmiùvQ du feniorairial de Laguiole. Le mot n'est relevé 
ni dans Raynouard ni dans Emil Levy : il signifie proprement 
« emplacement du tas de fumier », le « tas de fumier >; se 
disant en auvergnat femoreir <C *femorariu'm. Par suite, il 
vient prendre place à côté de frornentairiU porcairil et vacairil, 
dont j'ai expliqué naguère la formation ^ Je saisis l'occasion de 
rendre hommage aux recherches très pénétrantes de M. Mario 
Roques sur les mots français du type avenerilK II a raison de 
ne pas admettre, dès l'époque du latin vulgaire, la création d'un 

1 . Le registre porte plutôt clootis. 

2. Romania, XXXVII, 113-114. 

3. Romania, XXXVII, 439 et s. 



228 ANTOINE THOMAS 

suffixe -arilis, analogue à -aricius; -m/ s'est émancipé à 
une époque beaucoup plus récente de son support -ier, -iere 
<C -arium, -aria, à peu près comme l'a fait, mais beaucoup 
plus tôt, le suffixe -erie. Mais il est certain qu'il s'est émancipé, 
bien qu'il n'ait pas fait parler beaucoup de lui. Voici trois nou- 
veaux exemples qui le prouvent : bercheril, au sens de « ber- 
cail », dans Jehan de Courci (voir Godefroy, s. v°) ; fuilleri 
« feuillage des plantes comme la carotte, etc. », à Montbéliard 
(voir Contejean), et graiteri « jardin ou verger pierreux en 
pente » (même source), qui se rattache sûrement à crête, ou à 
la forme masculine crét, spéciale à la région du Jura. Bouteril 
« nombril », étudié ci-dessus, me fait aussi l'effet d'appartenir à 
la même catégorie. 

ANC. PROV. FERRADA 

Le subst. fém. ferrada manque dans le Lexique roman de 
Raynouard et dans le Petit Dictionnaire provençal-français récem- 
ment publié par M. E. Levy. Ce n'est pas que M. Levy ait 
ignoré son existence, puisqu'il lui a consacré un article dans 
son Prov. Siippl .-Wôrterbnch -, mais n'ayant pu en déterminer 
sûrement le sens, il l'a sagement omis dans son Petit Diction- 
naire. Je ne connais que les exemples cités par M. Levy; il y 
en a trois en tout, dont deux viennent de Cahors et un de 
Castres. Ils sont extraits des règlements municipaux sur la bou- 
cherie ; en voici la teneur, d'après M. Levy lui-même : 

Los bonas carns... devo far portar el mazel e aqui vendre ; e las avols 
carns, los caps e las lenguas e hs feiradas els ventres... devo vendre al port 
Butler (r^ igitur[àe CahorsJ, p. 175, 1. 12). 

El ventre del porc e las ferradas devo portar al port Butlier dintz las maios 
ab los autres budels vendre (Te igitur, p. 176, 1. 7.) 

Que negun mazelier... non ause sancnar... porx.., ni tener sanc, ventres, 
ferradas ni degus caps en degun loc foras. . . (Règl. police Castres, p. 287a, 

1-3). 

Les éditeurs du Te igitur (P. Lacombe et L. Combarieu) ont 
traduit ferradas par « tripes » ; mais la présence du mot ventre 
dans les mêmes textes ne permet guère d'accepter cette traduc- 
tion, que M. Levy n'a pas voulu prendre à son compte. L'étude 
des patois actuels permet d'arriver à un résultat presque cer- 



NOTES ETYMOLOGIQ.UES ET LEX1C0GRAPHIQ.UES 229 

tain. L'ancien mot ferrada est encore vivant dans les départe- 
ments de la Creuse, de la Savoie, de la Haute-Savoie et de 
l'Isère. 

La carte /o/> (n° 585) de V Atlas linguistique de MM. Gillié- 
ron et Edmont nous offre au point 704 (Saint-Quentin, can- 
ton de Felletin, Creuse) la mention suivante : « forodo f. » Ce 
substantif féminin, à forme bizarre, est inconnu dans la com- 
mune de Saint-Yrieix-la-Montagne, qui appartient au même 
canton, et où « foie » se dit fedge. Je me suis renseigné auprès 
de M. A. Védrine, instituteur à Saint-Quentin, originaire de 
Saint-Georges-Nigremont. Il m'a appris qu'on désignait par le 
subst. fém . plur. forodâ ou fârâdâ le foie et le poumon des 
animaux abattus, spécialement des porcs et des veaux, à Saint- 
Georges-Nigremont et à Saint-Quentin. La même carte de 
ÏAtlas iifiguistique donne au point 963 (Saint-Martin de la 
Porte, canton de Saint-Michel, Savoie) le mot : fera. Malgré le 
silence de ÏAtlas, c'est un mot féminin, que nous retrouvons 
dans le Dictionnaire savoyard de Constantin et Désormaux sous 
les formes /7;'^ Ql fera et qui est traduit par «fressure, le cœur, 
la rate, le foie et les poumons pris ensemble ». Dans l'Isère, 
d'après Mistral, le subst. fém. ferra désigne le fiel. D'après 
M. Zauner', ferra désignerait le foie à Saint-Michel et la rate 
à Albertville. 

Il est évident que dans les textes de Cahors et de Castres 
cités plus haut ferrada est employé au sens collectif : la meil- 
leure traduction française qu'on en puisse donner paraît être 
celle de « fressure », bien que le Te igittir se serve aussi defre- 
jam dans le même sens. 

ANC. PROV. FLAOR 

Substantif féminin relevé par M. E. Levy (Prov. SuppL- 
Wôrterb., III, 501) d'après un texte unique ainsi conçu : 

L'emperaire... fez aportar ima sartaja e mètre pez e ceu e cera,e fondre tôt 
ensemps, et eissia en tan granzflaors que nuillz hom soffrir non o podia ^. 



1. Die roman. Namen der Kôrperteile, p. 171. 

2. Cette citation est empruntée à la légende des saintes Foi, Espérance et 
Charité, texte du xiiie siècle (Rev. des lang. rom., XXXIV, p. 260, 1. 154- 

1)7.) 



230 ANTOINE THOMAS 

M. Levv traduit dubitativement par l'allem. GJuih « ardeur 
de la flamme. » Je crois que la traduction est bonne et que le 
sens « odeur », que possède en ancien français lesubst. flaor, 
n'est pas de mise ici. D'autre part, on ne saurait assimiler le 
prov. fJaor \ViX:\\.Jjatorc « puanteur », qui représente un type 
*flatorem né de la contamination du lat. foetor par le lat. 
flatus, car, s'il en était ainsi, on aurait *flador et non ftaor. Il 
me paraît donc nécessaire de supposer en latin vulgaire l'existence 
d'un subst. *flagror, tiré de flagrare et devenu de bonne 
heure *flagor, peut-être par contamination de fragor. Letype 
postulé *flagorem sera naturellement devenu /^or. Peut-être 
faut-il expliquer de la même façon la naissance de l'anc. franc. 
fiaor, en dépit de son sens : il est bien difficile, en effet, de, le 
tirer de flairor, forme normale prise par le lat. vulg. *fragro- 
rem, de fragrare, dont l'existence ne fait pas question'. 
Toutefois le type *flatorem, appuyé par l'ital. fiadore, me 
paraît plus satisfaisant ^ Quant à *flavorem, indiqué par 
M. Meyer-Liibke ^, je n'en comprends pas la raison d'être. 

FORÉZIEN FŒTAU 

L. -Pierre Gras a l'article suivant : « Fœtau, s. m. Crible 
pour le grain. » Il ne donne pas de verbe correspondant à ce 
substantif d'aspect énigmatique. Si l'on consulte la carte crible 
de V Atlas Jmgmsiique de MM. Gilliéron et Edmont (n° 354) 
dans l'espoir d'en tirer quelque lumière, on sera déçu : ni dans 
le département de la Loire, ni dans les départements voisins, ni 
nulle part, M. Edmont n'a rien entendu d'analogue '^. Le mot 
forézien est manifestement apparenté au mot lyonnais affetu, qui 
a le même sens et qui est en rapport avec un verbe signifiant 
« cribler » et prononcé (selon les lieux) affeitl, afféti, ajféta. 
N. du Puitspelu a fort bien vu que l'on a affaire à une spécia- 
lisation sémantique du verbe qui est en ancien français afailier. 



1. Cf. Cornu, dans Remania, XI, 413, et Grôber, dans Z. /. rom. Phih, 
VIII, 158. 

2. Cf. Suchier, dans Z. /. rom. Phiî., I, 431. 

3. Gramvi. des 1. rom., II, § 465. 

4. Il n'y a rien non plus dans la carte van (no 1353). 



NOTES ÉTYMOLOGIQ.UES ET LEXICOGRAPHIQUES 2j I 

en ancien provençal afaitar ou afacbar, etc., et qui remonte à 
un type lat. vulg. *affactare. 

Mistral a eu tort de faire un article pour afacha « vanner, 
cribler, nettoyer, en Dauphiné et Limousin » et un article pour 
afacha « accommoder — tanner — égorger ». Dans le premier 
article, il donne concurremment fâcha, forme qu'il reproduit à 
l'ordre alphabétique, accompagné de son type étymologique 
factare, avec cette définition : « vanner, nettover le srain, 
dans les Alpes ». Il a aussi fach « van, dans les Alpes ». Le 
Patois du Qneyras de MM. Chabrand et de Rochas d'Aiglun 
n'a que afatchar a nettoyer le grain avec le van » et affatchiim 
« mauvais grain qui reste après qu'on a vanné ». 

Il ne semble pas que le forézien laisse tomber Va initial, 
comme beaucoup de parlers méridionaux : il est donc légitime 
de ramener /(3?/^// au type lat. vulg. *factatorium. 

MANCEAU FOUNIQUE 

Montesson a l'article suivant : 

FouNiciUE, adj. Sujet à s'effrayer, qui fouine facilement. — Quinteux, 
capricieux, impressionnable. 

A l'ordre alphabétique, il donne la YnrhntQ feiinique, avec 
renvoi à l'article founiqije. 

Le patois du Bas Maine connaît funik « ombrageux )) et 
fuiiik (( sauvage » (Dottin). 

Le rapport établi par Montesson entre foimiqiie et fouiner 
n'est pas fondé. Les formes poitevines vont nous mettre sur la 
bonne voie. Lalanne donne frenich « chatouilleux; par exten- 
sion, gai, vif » : de là le verbe fremclae « chatouiller » et l'ad- 
jectif dérivé /rt^^zV/Zi?//, se « chatouilleux ». Dans la Basse Gâtine, 
on prononce fornicle (Revue de philologie française, VI, § i). 
Il s'agit certainement d'une survivance de l'anc. hznç. fernicle, 
fornicle, fiinicle, fenicle, dont Godefroy réunit quelques exemples, 
sans indiquer aucun rapprochement avec les patois actuels. Les 
noms de famille Fernicle et Fernique existent à Paris, bien que 
Lorédan Larchey ne les ait pas enregistrés'. 

D'où vient l'anc. franc, fernicle ? Je ne me sens aucune ten- 



I. Voir le Didot-Bottin de Paris. 



232 ANTOINE THOMAS 

dresse pour *infernicola, qui a été mis en avant et que Kôr- 
ting a bénévolement accueilli (n" 4923). Il est plus naturel de 
penser au grec latinisé phreniticus ou phreneticus, qui a 
pu être remplacé barbarement par *frenicus ', dérivé reposant 
à la fois sur çpr,v et sur frenum. On sait que dans les mots 
empruntés par le français, la désinence normale -ique, -iaqiie est 
parfois altérée en -icJe, -iacle : cf. hoiitick, onicle, soncicJe, tur- 
nicle; demoniacle, triade. 

ANC. FRANC. FRAROR 

Godefrov a relevé dans la Fie de saint TJkviias l'expression 
frère fra ru r (v. 1 1 1 de l'édition Hippeau), et dans beaucoup de 
textes normands l'expression consifi frereiir, plus récemment 
cousin frereux, encore vivante aujourd'hui en Normandie et en 
Berrvau sens de « cousin germain ». Il considère /râfror comme 
un adjectif qu'il traduit par « fraternel » ; mais je ne vois pas 
le moven d'expliquer une formation primitive en -or en fonc- 
tion d'adjectif. Je crois que frère frarur, quoique plus ancienne- 
ment attesté que *cousiti fraror, est une extension analogique 
et qu'il faut chercher le point de départ dans le génitif vulgaire 
,*fratrorum, au lieu de fratrum. On a dû commencer par 
dire au pluriel, en parlant de cousins germains, qu'ils étaient 
*cosini filii *fratrorum, puis, par abréviation, *cosini 
*fratrorum, cousin fraror. Le mot fraror {ci. jovenor <C *)uve- 
norum, niartror <*martyrorum , parentor *parentorum, 
etc.) doit donc être ajouté à la liste des survivances du génitif 
pluriel primitif et secondaire qui a été souvent dressée, notam- 
ment par M. Meyer-Lûbke, Gramni. des l. roni., II, § 7. 

ANC. PROV. GARNIL 

M. E. Levy a relevé dans les Coutumes de la Réole le subst. 
masc. ^flr;z// « filet », qui paraît avoir disparu des patois actuels, 
à en juger par le silence de Mistral. Il faut évidemment y 
reconnaître l'ancien français garni ou garnis, enregistré par 



I. Je note l'emploi concurrent, en latin, de aulicus et de auleticus, 
bien que le grec ne paraisse posséder que a-jÀr,-:ty.o; (dérivé de ajXo; « flûte » 
par ajÀT.Trî;), car ajÀ'./.o; ne s'emploie en grec que comme dérivé de aùXrJ 
'f cour ». 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 233 

Godefroy et défini par « engin de pêche ». Godefroy cite trois 
ordonnances sur la pêche, qui ne font que se répéter, de 1326, 
1388 et 1402. Le Dïcl. des pèches de Baudrillart (Paris, 1827) a 
l'article suivant, qui mérite d'être cité : « Garni ou poche. 
Instrument de pêche dont on se servait en Angoumois et dans 
la rivière de la Loire, et qui est prohibé par les ordonnances de 
1326, 1388, 1402, 15 15 et 1550, citées dans Saint-Yon, p. 224, 
et auxquelles se réfère l'ordonnance de 1669, tit. XXXI, art. 
20. » 

On pense tout naturellement, comme étymologie, à l'allem. 
garn « fil » et « iilet ». J'ignore d'après quelle source M. E. 
Ulrix cite un mot franc, garuette, qu'il rattache à l'allem. garn- 
netz '. Je me demande s'il ne s'agit pas du mot normand ivar- 
iiette (Littré), écrit aussi ivanièle (Littré, Suppl.). D'après Bau- 
drillart, le nom de waniette, en Normandie, « signifie des filets 
en seine, qui sont faits avec du fil très fin et très délié. » Le tu 
de îuaniette miQvdk tout rapprochement avec l'allem. garn. 

BOURG. GAUGUEXILLER 

On lit l'article suivant dans le Dict. des patois de /' Yoîine de 
Jossier (5w//. Soc. se. hist. et nat. de FYotine, XXXVI, loé) : 

Gaugueniller, V. n., se dit d'une pièce de linge, d'un mauvais vêtement, 
d'une guenille ou loque quelconque suspendue et que le vent agite. 

Il faut évidemment rattacher à ce verbe le participe ^^w^wm/Z/V 
(lire probablement : gaugnerillié, sinon gaugiieniJUê) qui figure 
dans les Inventaires des ducs de Bourgogne publiés par B. Prost, et 
sur lequel DelbouUe- et M. P. Meyer 5 ont déjà attiré l'atten- 
tion sans en proposer aucune explication : « ung chapoiron 
ganguerilUé ». Je ne suis pas en état d'en indiquer l'étymologie, 
mais il semble bien que nous ayons à la base de ce participe le 
subst. actuel guenille, pour lequel on n'a pas encore cité 
d'exemple antérieur au Dictionnaire de Cotgrave. 



1. De Germaansche Elenienten in de Roniaaiische Talen (Gand, 1907). Cf. 
Behrens dans Z. /. fran:^. Spr. u. Lit., XXXIII, i^e p., p, 142. 

2. Romania,WW\l, 561. 

3. Roniania, XXXVIII, 451. 



2 34 ANTOINE THOMAS 

FORÉZIEN ET LYONNAIS GORGOSSON 

L. -Pierre Gras, dans son Dict. du patois foré:^icn, enregistre le 
subst. masc. gorgosson, qu'il définit par « aigreurs d'estomac, 
vapeurs » et qu'il rapproche de l'ital. gorgo::^^^ « œsophage ». 
N. du Puitspelu a aussi un article gorgosson, sous lequel il dis- 
tingue deux sens : i. Râle. 2. Renvoi, mauvais goût à la 
bouche, aigreur par suite de mauvaise digestion. Wth'Q gorgosson 
« du radical de gurgitem, avec suffixe -on etépenthèse d'une 
syllabe pour marquer le caractère péjoratif ». Je crois qu'il faut 
rapprocher le mot du prov. mod. corcouissoii et du meusien 
cœnrciieiJson qi gargiienilson, dont j'ai eu récemment l'occasion 
de parler'. Le sens propre est « cuisson du cœur », le mot 
« cœur » étant pris au sens de « estomac ». Mais il faut 
admettre que le thème garg- des mots variés qui désignent le 
gosier est intervenu et a amené le changement en o- du ^ redou- 
blé que comportait la phonétique primitive de cette expression ^ 

NORM. HOULLEBICHE 

Delboulle a recueilli ce mot dans le Journal du sire de Gouber- 
vilJe et a fait cette remarque : « Désigne je ne sais quel poisson 
ou coquillage » ^ Je me suis demandé s'il n'y aurait pas quelque 
rapport entre ce mot mystérieux et le nom normand actuel du 
bernard l'hermite, cornebichet^. Fâcheuse idée. Voici que l'appa- 



1. /?0/;ww/a, XXXVIII, 375. 

2. M. Paul Meyer me signale dans VHi<;t. de Guillaume h Maréchal, 

V. 5241, le subst. fém. gorgoçon, qui paraît ne figurer dans aucun autre ancien 

texte : 

De ce n'est pas la gorgoçons 

De quel nos plus nos coroçons. 

Au lieu d'interpréter le mot, comme le fait M. P. Meyer dans son glos- 
saire, par V rumeur défavorable, mauvais bruit », il vaut peut-être mieux le 
rattacher à l'étymologie proposée et le traduire par « douleur cuisante », en 
y voyant un emploi figuré de l'expression physiologique conservée par les 
patois dont il a été question. 

3. Romania,XXXlU, 7,66. 

4. Ilyid., XXXVI, 273. 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 2}$ 

rition du t. XI de la Faune populaire d'Eugène Rolland fait la 
lumière'. Il s'agit d'une variété de squale ou chien de mer, la 
grande roussette {ScyUiuni canicula, Cuvier), qui porte encore 
ce nom à Saint-Vaast (Manche). A côté de houUebiche^ Rolland 
donne, d'après Duhamel, le français dialectal haucbe-bucbe, dont 
la provenance n'est pas indiquée : si le dernier élément rappelle 
beaucoup celui de boiiUebichc, le premier est sensiblement diffé- 
rent, mais il est phonétiquement identique à hanche, nom que 
porte la raie pastenague à Arcachon (Rolland, op. /., XI, 170). 
De houUebiche, je rapprocherais plutôt orbiche, nom du chien de 
mer commun dans les Côtes-du-Nord (Rolland, cip. /., XI, 154). 
Je n'ose proposer d'étymologie ferme. L'anglais dialectal pos- 
sède, pour différentes variétés de squales, des noms comme huJl- 
cock (Rolland, XI, 154), et hoiiud-fish (id., XI, 157); mais je 
crains que ce cliquetis de phonèmes approximativement conso- 
nants ne soit qu'un attrape-nigaud, et je n'en conclus rien ^. 

ANC. FRANC. JOAL, JOALEE 

Godefroy a incorporé dans son article jalaie « mesure pour 
les liquides, les grains et la terre » les deux extraits suivants : 

Trois jalees de vigne... Cinq j'ouaîîees de vigne (1340, Reg . des lettres de 
jranch., Arch. K 1511, fo 17 vo). 

Quatre Joiialees de vigne (/^., fo 20 ro). 

C'est' une fâcheuse méprise. La jalaie ou jaloie est effective- 
ment une mesure pour les liquides et les grains, mais non pour 
la terre; la joalee est tout autre chose et comme signification et 

1. Page 157. 

2. Les termes français où entre le germanique fisch « poisson » se pré- 
sentent aujourd'hui avec les désinences -Jî, -fin et -fiche ; cf. aigrefin (ancien- 
nement esdefin) <néerl. schelvisch, oifi (écrit grotesquement orphie ; cf. 
Joret dans Koniania, IX, 125), et or^;/ <Cnéerl. hornvisch, stokfiche (autre- 
fois stocfis, stofix, etc.) <^néerl. stokvisch, etc. La désinence -fiche est 
récente et paraît due à Vânghis fish, dont elle reproduit la pronociation ; j'hésite 
à la reconnaître et pour cause, dans le norm. cofîche « patelle », et gofiche « pec- 
ten maximus ». Exceptionnellement, et seulement en wallon, on a -vis, -ves, 
par ex. rimes (en 13 17 dans Rec. des ord. de la princ. de Liège, p. 163), qui 
paraît correspondre à l'allem. rhein fisch (Behrens, dans Bausteine Mussafia, 
p. 86; cf. Romania, XXXV, 115, et Z. f. fran:^. Spr. u. Lit., XXXV, 115). 



236 ANTOINE THOMAS 

comme étymologie. L'anc. franc. jaJoie correspond au latin vul- 
gaire gallêta, mot d'origine incertaine qui est représenté 
dans les langues modernes les plus diverses'* L^ joalee est une 
rangée de ceps de vigne disposés en joaJ. Une charte blaisoise, 
de décembre 1276, récemment publiée, fournit les exemples 
suivants de ce mot intéressant, que l'éditeur, M. Jacques Soyer, 
entraîné par Godefroy, a, lui aussi, assimilé à jalaie : 

II ont vendu... dis e oyx joualees de vigne... et de tôt le droit que ceus 
vendeurs desus diz avoient et pouoient avoir par quelque reson que ce fust 
es dis e o\\. joalces desus dites il s'en sont dessesiz... et celles dis e oyl joalees 
de vigne desus dites ceus davant diz vendeurs leur prometent a garentir *. 

J'ai dit que /aa/^^ dérivait dejoal. Si Godefroy ne connaît ce 
dernier mot (art. jouai) qu*au sens de « partie de la chemi- 
née ^ », il est cependant courant au sens requis dans la région 
blaisoise jusqu'au xvi^ siècle. Thibaut a un excellent et substan- 
tiel article jouau. Il définit très clairement notre mot en ces 
termes : « Brin de bois placé en travers sur deux autres 
branches fourchues; cet appareil formait à la vigne une espèce 
de berceau. » Il cite un exemple de 1301 ainsi conçu : 

Et sera tenu ledit pr[eneu]r de mètre es dites vignes chescun an tant comme 
il vivra demi millier de fourches et deux cenz et cinquante de jouaiis. 

Et il le fait suivre de ce passage de Cottereau, traducteur de 
Columelle (1551), originaire de Tours, que Godefroy a aussi 
recueilli à l'art, jouelle : 

Aussi est elle bonne (cette vigne) a mettre en appuy ou jouelle que les 
Latins appellent juguni : c'est quand après avoir fiché en terre des perches de 
bout on en met d'autres de travers ausquelles on lie la vigne 4. 

1. M. Candréa-Hecht s'est occupé de ce mot (Romania, XXXI, 311), à 
propos du roumain gàleatà « seau » ; mais, comme l'a justement fait remar- 
quer M. Meyer-Lùbke (Z. /. rom. Phil., XXVII, 253), il n'a rien apporté de 
nouveau pour l'étymologie définitive. 

2. Soc. arch. et hist. de VOrléanais. Bulletin, t. XV, no 195 (3e et 4e trim. 
1909), p. 324-5. 

3. Plus précisément» manteau de la cheminée » ; cf. un exemple de jeu 
dans le même sens, Romania, XXXIII, 560, n. 2. 

4. Cf. Cotgrave : « louëlle, f. A yoake. — louëlles. Arched, or yoaked 
vines ; vines so underpropped, or fashioned that one may goe vnder the 
middle of them. « Dans le sud-ouest de la France, on emploie joitalo dans le 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 237 

Thibaut remarque en outre que joiiati désigne aussi quelque- 
fois « la planclie de vigne elle-même sur laquelle s'étendait ce 
berceau » (c'est précisément avec ce sens que Ton trouve 
dans les textes cités le dérivé joaleé) et qu'il a été remplacé, à 
partir du xvi'^ siècle, par orne., puis par planche. 

L'étymologie est claire, et Cottereau s'en est douté. Joal 
représente le lat. j ugalis employé substantivement, et qui a dû 
donner une forme parallèle * joel, d'où est sorti, au xvi*-' siècle, 
jouelle (comme voyelle de voiel <C vocalis), preuve que. le mot 
était féminin (par suite du genre du mot sous-entendu, lat. 
vilis ou vinea, franc, vigne). Quant à joalee, il repose sur le 
dérivé *jugalata. Il suffit de rappeler que l'expression du 
latin classique, pour ce genre de culture, est vitis ou vinea 
jugata. 

ANC. FRAXÇ. JOSCLE 

Dans un passage du commentaire de Raschi (Isaïe, LU, 2), 
le mot hébreu que la Vulgate traduit par le latin vinculà^ est 
rendu dans le ms. A (Bibl. Nat., hébr. 37) par joskles, les 
autres manuscrits donnant uniformément cojongles\ L'annota- 
teur, M. Brandin, ne s'est pas préoccupé de ce mot joskle, qui 
est pourtant très intéressant. C'est le pendant du lyonn. jouclia 
et du prov. jousclo, que j'ai étudiés jadis et que j'ai ramenés au 
type étymologique *juxtula^. Je note, ci ce propos, la survi- 
vance du mot dans le patois de Pontarlier sous la forme fém. 
plur. :(eûclè ou d^eûclU, que le chanoine Dartois a recueillie 
(p. 213). Naturellement, l'étymologie par le grec ^iu-f/.r,, que 
met en avant le savant chanoine, ne peut être prise en considé- 
ration. *Juxtulas, devenu *)usclas, a donné régulièrement 
d:(eilcllêy à Pontarlier comme *musculare, devenu *mus- 
clare, y a donné inencllaîK 



même sens, et Mistral, qui ne donne aucun rapprochement étymologique (fait 
bien rare), remarque qu'en Périgord « on francise ce mot par la forme Joëlle. » 

1. A. Darmesteter, Les gloses franc, de Raschi, p. 75. M. Blondheim me 
signale la forme joclle dans le ms. hébr. 1243 de la Bibl. nat, 

2. Voir mes Mélanges, p. 97, art. jouclia. 

3. Voir mon article meuglai (Roniania, XXXVIII, 565). 



238 ANTOINE THOMAS 

Dans le Jura bernois, Bridel a recueilli le verbe djoiihlla 
« promettre en mariage son fils ou sa fille tout jeunes », à côté 
duquel il ne donne pas de substantif correspondant ï l'anc. 
franc, josck. Il n'y a pas à douter de l'étymologie; on voit 
facilement l'image qu'ont voulu évoquer ceux qui ont mis en 
usage cette expression figurée. En lyonnais, joiiclio signifie sim- 
plement « attacher les bœufs au joug avec la joiiclia », mais en 
provençal, le verbe a pris le sens figuré de « contraindre, forcer 
à faire. » (Mistral, counjoungla). 

BRIANÇON. LÉAM 

On lit l'article suivant dans le Patois des Alpes Cottîennes 
(Briançonnais et Vallées Vaudoises) de Chabrand et Rochas 
d'Aiglun (1877), p. 84 : « leam. s. m. Fumier. Lat. l'wiiis. » 
C'est de là que Mistral a tiré l'indication que « fumier » se dit 
dans les Alpes leam, et il a fondu leam avec son article lim, en 
adoptant l'étymologie mise en avant par ses auteurs. La carte 
6 18 (fumier) de V Atlas linguistique àt MM. Gilliéron et Edmont 
donne effectivement léam au point 981 (Aiguilles, Hautes- 
Alpes) et 990 (Fontan, Alpes-Maritimes), plus lyam au point 
992 (Bobi, près dePignerol, province de Turin). Le latin limus 
n'a rien à voir là-dedans ; nous avons là les derniers représen- 
tants occidentaux du type latin laetamen, ital. Ictame. génois 
liamme, patois du Montterrat aliam, etc. Cf. Kôrting, 5382. 

ANC. LYONNAIS MOUTIA 

Le substantif féminin moutia « multitude » est fréquent dans 
les légendes en prose du ms. Bibl. nat. franc. 818 publiées par- 
tiellement par MM. Mussafia et Gartner (Vienne et Leipzig, 
1895); on ne l'a pas signalé ailleurs. Voici quelques exemples: 

Granz multia de Jueus veniont a lui (édit. citée, p. 129, 1. 3); 
Granz moutia de poble (p. 135, 1. 10 du § 10) ; 
Grant moutia de sers donet a saint Marcial (p. 140, 1. 9) ; 
Tramet a m'aiua grant moutia de tos angelos (p. 142, 1. 3). 

Il me parait évident que uiultia, moutia repose sur un type de 
lat. vulg. *multitatem, qui n'a pas laissé d'autre trace dans 
les langues romanes et qui mérite par cela même d'être signalé. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQUES 239 

Moiitia est à *multitatem comme castia (éd. cit., p. 163, 
1.26) est àcastitatem, o-;Y7;/^/rt (p. 171, 1. 16) à grandita- 
tem, saiutia (p. 135, l. 14 du § 11) à sanctitatem et îristia 
(p. 113, 1. I5du§ 12) à tristitatem. Concurremment àmoiitia, 
mais plus rarement (p. 19, 1. 33 et p. 179, 1. 8 du § 19), les 
légendes donnent moutea (cf. castea, p. 33, 1. 6 du § 4). C'est 
une forme plus ancienne, car il est clair que le suffixe -ïta- 
temest devenu successivement -edad, -ea, -ia. Cette simple 
remarque montre que Mussatia a eu tort (^Ziir Christophkgende, 
p. 17) de mettre grandia et imutia parmi les représentants du 
suffixe latin vulg. -îa (lequel aboutit, en lyonnais, à -/, non à 
-/^)et d'élever des doutes sur la recevabilité delà forme moutea^. 

ANC. PROV. NALA 

Le subst. fém. nala n'a été signalé jusqu'ici en provençal 
que dans le fragment de la Chanson d'Anlioche publié par 
M. P. Meyer, en 1884, dans les Archives de T Orient latin. Dans 
la description d'un graile ou cor, le poète mentionne (v. 291) : 

E de seda las ualas on la fuvela pen . 

M. P. Meyer a traduit : « De soie étaient les attaches munies 
d'une boucle. » M. E. Levy relève nala dans son Prov. SnppL- 
Wôrterb. (V, 358), mais il n'accepte pas la traduction de 
P. Meyer, tout en se gardant de rien proposer pour la rempla- 
cer. Cette traduction est pourtant excellente. Il suffit de remar- 
quer, pour s'en convaincre, que nala correspond au wallon 
nâle « lien, cordon », d'un type german. *nastila,qui a donné 
l'allemand actuel nestel -. 

ANC. FRANC. NALIERE 

Godefroy n'a qu'un exemple de ce substantif féminin, qu'il 
traduit exactement par « cordon, aiguillette » : 

Les braies son ami a prises 
Et si les ruie sur sa teste ; 



1. Je m'aperçois au dernier moment que M. Philipon a justement affronté 
nioiitia et *multitatem (voir Roniania, XXX, 221). 

2. Cf. Remania, XXXVIII, 615, XXXIX, 118, et ci-dessous l'art, naliere. 



240 ANTOINE THOMAS 

Les nalieres qui li estoient 

Tout autour des ieus li pendoient. 

{Renart le Nouvel, K\c\\q\. 1630, fol. 521°). 

Naliere est un dérivé de nâle, encore usité en wallon dans un 
sens analogue ; cf. ci-dessus l'art, nala. 

Je crois qu'il faut lire naliere et non vaJiere dans le fabliau 
De la dame qui fist hatre son mari (Montaiglon et Raynaud, IV, 

137) : 

Celé s'an part moût lieemant, 

Qui avoit ointes ses nalieres. 

Les éditeurs, dans leur Glossaire, et Godefroy après eux, voient 
dans le prétendu valiere un dérivé de val et traduisent par 
« petite vallée, creux, pris au figuré [pour désigner les parties 
naturelles de la dame] ». Il est plus naturel, il me semble, de 
voir là l'expression figurée « graisser ses cordons ». 

ANC. FRANC. PORCILLE 

Godefroy n'a pas relevé d'exemple de ce mot antérieurement 
à Rabelais, iv, éo. Il traduit par « sorte de poisson, le grenaut ». 
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer % il ne 
s'agit pas d'un vrai poisson, le grenaut ou grondin, mais d'un 
cétacé, h marsouin. Le glossaire de l'édition de Rabelais, par 
Marty-Laveaux traduit encore porcille par « poisson » ; pourtant 
Cotgrave, cité par Godefroy lui-même, dit correctement « sea- 
hog », c'est-à-dire « marsouin » ^ Eugène Rolland, malgré son 
érudition ordinaire, a oublié Rabelais; dans le 1. 1, p. 173, de sa 
Faune populaire (1877), il donne pourcille comme nom du mar- 
souin d'après V Encyclopédie méthodique de l'an IV, et dans son 
supplément, t. VIII, p. 159, porcille, d'après Duez. Dans ces 
conditions, il me paraît intéressant de relever un exemple médié- 
val du mot porcilky d'autant plus que cet exemple permet de 

1. Remania, XXXVII, 126, n. i. 

2. Ant. Oudin, que ne cite pas Godefroy, traduit porcille par « specie di 
dentale, pesce. » Duez, qui copie ordinairement Oudin, et que cite Godefroy, 
dit « dentone » au lieu de « dentale ». D'autre part, Ant. Oudin traduit den- 
tale par « poisson appelé grenaud » et dentone par « grenaud». C'est là la 
source de l'erreur de Le Duchat et de ceux qui l'ont suivi. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQLES 24 1 

localiser le mot dans la région occidentale de la France, à pro- 
ximité de l'Océan. Je l'emprunte à la pancarte du minage de 
Loudun (25 mars 1315) que M. Roger Drouault a publiée en 
1906 dans le Bull, des se. économ. et sociales du Comité, d'après 
une copie médiocre de 1695, texte où on lit la mention sui- 
vante : « pour somme de balaine ou de porcille, une livre'. » 

ANC. FRANC- POKFERIR 

Godefroy a un article porferir où sont confondus deux mots 
distincts. Dans la Prise de Panipelune, l'expression se proferir de 
signifie « s'offrir pour », et le verbe proferir est un italianisme 
de Nicolas de Vérone (ital. proferire, lat. proferre). Les trois 
exemples où figure porferir, pourjerir appartiennent au fran- 
çais propre. Godefroy traduit par « garnir, munir » ; mais le 
vrai sens est « enduire », comme le contexte le prouve claire- 
ment. D'ailleurs, le mot s'est conservé dans le patois du Haut 
et du Bas Maine. Montesson enregistre /?o////nV^ « enduire, badi- 
geonner », et cite deux exemples, l'un sans date, où pourpris 
doit être fautif pour ^o//;//-/, et l'autre de 1513-1516^ où on lit 
correctement pourferir; il a en outre le substantif poiirfris 
« enduit fin, badigeon », qu'il rapproche, bien à tort, de l'article 
poRPRis du Glossaire de la langue d'oïl de M. le D' Bos. Dottin 
donne les trois articles suivants : p'nfiÇr) « enduire de mor- 
tier » ^ ; pufisur « enduit en mortier » ; pufriQ'^ « faire un 
mélange de foin et de terre pour enduire les murs ». 

Porferir est formé comxnQ por jeter, qui a le même sens 5. 
Pour « enduire » ou « crépir » un mur, on «projette » d'abord, 
à l'aide de la truelle, le mortier sur le mur; par suite, le mor- 
tier « frappe » le mur sur lequel il est projeté. Porferir est donc 
manifestement un composé deferir <ferîre. La dissimilation 

1. Bidl. de 1906, p. 96 . 

2. J'écarte le sens « enfler », qui a une autre étymologie : cf. îrinc. poiij- 
Jer et bouffir. 

3. Cf. l'art. PORGETER de Godefroy. De l'anç. français, usité encore aujour- 
d'hui en Normandie (et en pays wallon), vient le verbe angl. to parget, qui a 
le même sens. Le New Engl. Dict. aurait dû renvoyer à l'art, porgeter de 
Godefroy, au lieu de renvoyer à l'art, pargeter ; la substitution du préfixe 
par au préfixe por ne. tire pas à conséquence. 

Romania, XXXIX l6 



242 ANTOINE THOMAS 

de poiirferir, prononcé rapidement ponrfrîr, en poufrir est très 
normale : mais la réduction ultérieure de poufrir à poiifir est 
due cà une altération plus difficile à expliquer. 



ANC. PROV. POSTAIROL 

Ce mot n'a été signalé que dans les recettes médicales publiées 
ici même par M. P. Meyer, où il est précédé de l'article lo et 
émerge au milieu d'une recette latine \ sans craindre de braver 
l'honnêteté, comme Boileau reproche au latin de le faire. D'ail- 
leurs, postairoJ n'est pas moins décent que postérieur, et il est 
plus intéressant, philologiquement parlant, car il rappelle le 
ïmnç. poltron Q^-^àis poistr 011) <Cposterionem et appartient à 
la langue populaire-. M:i\s poitron et postai roi n ont en commun 
quel'adverbe post. En effet po^-Z^f/ro/ représente *postariolum, 
diminutif de *postaritim, tiré de posta l'aide du suffixe 
-arius. L'adj. *postarius ne paraît pas avoir survécu dans les 
parlers romans % mais son synonyme *retrarius (tiré de 
rétro), réduit par dissimilation à retarius, s'est perpétué dans 
le prov. redier « dernier » •^. 

Postairol a-t-il complètement disparu de nos parlers méridio- 
naux ? Le silence de Mistral porterait à le croire. Il n'en est rien 
cependant. Je relève dans la Faune populaire de Rolland, III, 
224, comme nom de l'anémone ou ortie de mer ÇActinia 
Brown), posterol. Si j'ajoute que ce zoophyte s'appelle dans l'île 
de Ré cul de niïilet et en Normandie cul d'âne, le lecteur sera 
édifié sur le sens propre de posterol. 



1. « Ad refrigerandum lo postairol, âCc'ipQ. . . » (Romania, XXXII, 297, 
no 43). 

2. Cf. Romania, XXVI, ^45 (art. réimprimé dans mes Essais, p. 356) et 
XXXVII, 130. Je suis confus de m'être aperçu seulement ces jours-ci que 
Scheler avait nettement reconnu quQ poistron doit remonter au type lat. poste- 
rionem (Olla patella, p. 43, art. podex). Je profite de l'occasion pour faire 
remarquer que différents patois (Vermandois, Champagne, Bourgogne) ont 
conserv'é poitron comme nom du fruit de l'églantier, et que l'églantier en a 
pris dans l'Aube le nom de pouitrofiier (voir Rolland, Flore pop., V, 230 et 

237). 

3. L'espagn . /'oj/rgro repose sur p osteru s et représente *poster arius. 

4. Raynouard, Lex . rom., V, 78; cf. Mistral, radié. 



NOTES ETYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 243 

FORÉZIEN FOUMEm 

Dans la notice que j'ai publiée récemment sur le poitevin 
permentage et sa famille, j'aurais dû mentionner (et l'on pense 
bien que je n'y aurais pas manqué si je m'en étais avisé à temps) 
l'existence d'un verbe forézien qui concorde absolument avec 
le verbe poitevin permenter, etc., pour le sens, et dont la forme 
ne laisse aucun doute sur l'étymologie que j'ai proposée, à savoir 
*pul ment are, tandis que les variantes poitevines telles que 
quementer, come}ifer,Qtc., peuvent effaroucher certains lecteurs. Je 
me borne à affronter les articles de L. -Pierre Gras et de Lalanne, 
sans commentaire : 

Forézien. Poitevin. 

PouMENTA, V. a. Épargner, mena- Permenté (peurmenté), v. a. 
ger, diminuer. Ce mot est l'opposé de épargner, manger avec frugalité le 
aug-menter. « peurmentage ». 

ANC. FRANC. PRICQUE 

Godefroy a l'article suivant : 

Pricclue, s. f., espèce de mets : 

Le cinquième mets d'assise fut de pricqiies en galantine. {Réc. d'un bourg . 
de Valenc, p. 58, Kerv.). 

B. Prost a trouvé le même mot dans les comptes de la mai- 
son de Bourgogne, aux années 1377 et 1378 : «A Clais, pou- 
laillier du conte de Flandres, qui avoitaporté, de par led. conte 
a Madame [à Dijon] de la balaine et des priqiies. — A un mes- 
saigier de nions, de Flandres, pour ce qu'il avoit amenez à 
Madame. . . de la balaigne, des prihs et de (^sic) grenache' ». 
Sur quoi il a rédigé une note ainsi conçue : « Je n'ai trouvé 
nulle part l'explication de ce mot. Godefroy se borne à citer un 
texte où il est question de « pricques en galantine » ; son com- 
mentaire : « Espèce de mets », ne nous apprend pas grand' 
chose. Il s'agit, semble-t-il, de quelque poisson de mer, peut- 
être la scie de mer, appelée en latin pristis, prestis. » 



I. Invent, des ducs de Bourgogne, t. I, p. 575, no 307061 note. 



244 ANTOINE THOMAS 

Il s'agit effectivement d'un poisson. Comme ce poisson vient 
de Flandre, il était indiqué d'ouvrir un dictionnaire néerlandais, 
ce à quoi Prost n'a pas songé. Priqiie est un emprunt fait par le 
français de la frontière au néerland. prik « lamproie » '. Le mot 
néerlandais a passé aussi en allemand et il y a pris deux formes 
distinctes qui se sont curieusement dissociées au point de vue 
sémantique : quand on considère la lamproie à l'état naturel, on 
l'appelle pricke; quand on la considère à l'état culinaire et qu'elle 
est rôtie ou, comme dit le bourgeois de Valenciennes,, en galan- 
tine, on l'appelle bricke. Ce dualisme des noms d'animaux desti- 
nés à l'alimentation de l'homme est bien connu. D'autre part, 
je rappelle que j'ai déjà indiqué ici Mes efforts faits par Valentin 
Rose pour rattacher au celtique à la fois le bas ail. prik et le 
latin tardif naupreda ^. 

ANC. PROV. PUDENC 

Je ne connais qu'un exemple de ce mot ; il est dans Girarl de 
RoussiUon, manuscrit d'Oxford, éd. W. Foerster, v. 1752 : 

Seu veltre tôt primers + e seu piidenc, 
Seu ors e seu broon. 

M. Paul Meyer s'est abstenu de traduire piidenc. En note, il 
remarque que le texte de Paris donne pradenc, et se demande 
s'il ne faut pas voIt là un dérivé de prat « pré » et' entendre 
« chien pour la chasse en plaine ». La leçon d'Oxford est la 
bonne. On a manifestement affaire au chien de chasse appelé en 
espagnol podenco et en portugais podengo. Diez a enregistré ces 
deux mots, avec la mention : « unbekannter herkunft > ». Depuis 

1. Romania, XXXV, 185, n. 6. 

2. D. Behrens, Beîtni^e -{iir fr. Wortg. u. Gramm., 211. 

3. Par une curieuse coïncidence, l'art, pridnet, qui suit immédiatement 
l'art. PRICQ.UE dans Godefroy, est traduit par « lamproie », mais à contre- 
sens, car ce mot désigne un filet à lamproies (D. Behrens, op. cit., 223). 
C'est bien à tort que Rolland (Faune pop., XI, 171), prenant reie « rets » 
pour raie « sorte de poisson », donne pridnet comme un nom anglo-normand 
de la raie. 

4. Le scribe n'a pas reconnu le mot veltre et il a écrit : seu uele t restât pri- 
mers. La correction ne fait pas question. 

5. Etxm. Wôrterh., IV°, podenco. 




NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIOUES 245 

lors, M. Baist a proposé de rattacher le mot au verbe podar 
< pu tare, par allusion aux pattes courtes de l'animal qui font 
l'effet d'avoir été « coupées » ; c'est une idée bien peu satisfai- 
sante \ M. Meycr-Lûbke croit que podenco est un mot d'origine 
ibérique \ M. Schuchardt, à cause de la désinence, admetrait 
plutôt une origine germaniques 

Le fait que le mot est maintenant signalé dans Girart de Rous- 
siUon, doit-il nous incliner vers cette dernière opinion ? Peut- 
être ; mais encore nous faudrait-il un radical germanique appro- 
prié au sens+. 

ANC. FRANC. PUT-FUST 

Ce mot composé ne figure pas dans Godefroy, où il aurait dû 
être l'objet, soit d'un article distinct, soit d'une mention aux 
articles put et fust. Les Bénédictins l'ont pourtant introduit 
dans le Glossarimn de Du Gange, sans paraître remarquer qu'il 
ne s'agissait pas d'un mot latin, mais Godefroy n'a pas songé à 
profiter de cette aubaine. Voici textuellement ce qu'on lit dans 
Du Gange : 

PuT-FUST, Lignum putridum, idem quod Boscus mortims. Wào. Boscus- 
Charta ann. 1221. in Tabular. S. Germ. Paris. : Composihim est quod dicti 
homines in prœdicto neviore captent genestam, spinam.nigram et alhavi, salices 
et marsalices, Put-ftist et galliquercum , etc. 

Mon confrère M. R. Poupardin m'apprend que la charte visée 



1. Z. /. rom. Phil., VII, 122. La note de M. Baist n'a que deux lignes, et 
pourtant M. Kôrting Ta travestie en attribuant à l'auteur l'idée absurde que 
le thème serait *pod-, pour ped- (Ia/.-ro?«. Wôrterb., 7275). 

2. Gramni. der rom. Spr., t. I, § 21. Dans la traduction française de l'abbé 
R^hxQl, Iq podenco (en allemand kaninchenhiind) est devenu un «caniche». 
Bien que « caniche » se dise en allemand ptidel, il n'y a aucun fond à faire 

sur ce rapport phonétique purement fortuit pour déterminer l'étymologie de 

podenco. 

3. Z.f. rom. PhiL, XXIII, 197. Dans l'analyse de la note de M. Schu- 
chardt donnée par la Roman ia, XXVIII, 458, le podenco est devenu un 
« lapin » (toujours à cause de l'allemand kaninchenJmnd). 

4. Je ne crois pas qu'on puisse prendre en considération le radical paut, 
(en admettant qu'il soit germanique), base du prov. pauta et de l'anc. franc. 
poe « patte » . 



246 ANTOINE THOxMAS 

est un accord de novembre 1221 passé par l'abbaye de Saint- 
Germain-des-Prés avec ses hommes de Dammartin (cant. de 
Houdan, arr. de Mantes, Seine-et-Oise). L'original, scellé du 
bailli royal de Gisors, Guillaume de Ville-Thierri, est conservé 
aux Archives Nationales sous la cote L 777, n° 6; deux 
copies figurent dans les cartulaires de Saint-Germain-des-Prés, 
Arch. Nat,, LL 1025, f. 59 et LL 1026, f. 80 v°. Après galli- 
querciim, l'original porte : « troinum, retortam ad iisns ara- 
troriim ». Les Bénédictins ont utilisé ce dernier membre de 
phrases aux articles tronus et retorta, mais ils ont reproduit 
le cartulaire LL 1025 et non l'original; aussi la leçon 1ro7itwi, 
qu'ils donnent, est-elle à rejeter : il faut lire : troiniim.En dehors 
du put-fiist, les espèces d'arbres mentionnées dans cette charte 
sont les suivantes : genêt, aubépine, épine noire (prunellier), 
saule, marsaus (marceau), érable ou sorbier des oiseleurs \ 
troène-. Je crois que par put-fust, qui signifie littéralement 
« bois puant ))^ il faut entendre soit la bourdaine, soit le cor- 
nouiller sanguin. Actuellement (d'après Rolland, Flore pop., IV, 
17) la bourdaine, dite dansl'Est « aune puant » (peteverne, etc.), 
dans l'Aube et le Loiret bois punais, en Normandie puin et 
piiine, etc., porte le nom de pèfii en wallon. D'autre part, le 



1 . L'érable s'appelle coquéne dans la Manche et la Seine-Inférieure (Rol- 
land, FI. pop., III, 146) ; le sorbier des oiseleurs, cochéne dans TEure, la 
Sarthe, l'Aisne et l'Oise (ibid , V, 115). Godefroy a un article coq.uesne, 
avec cette définition : « frêne sauvage, si l'on s'en rapporte au sens d'ornus, 
qu'il traduit, dans le latin classique : selon quelques-uns érable. » A la fin de 
l'article, il déclare que « ce mot ne paraît pas avoir de rapport avec le 
modQruQ cochéne, sorbier des oiseleurs ». Cette déclaration est empruntée à 
Scheler qui ne la fait que sous réservée dans son commentaire de VOJla pateîla, 
p. 40, art. ORXUS : « L'identité de coqiiène avec cochéne (sic) devient dou- 
teuse si ce dernier, comme il se pourrait, représente coccineus ». Mais cette 
étymologie ne vaut rien et il ne faut pas douter de l'identité de coquéne et 
cxhéne : reste à trouver l'explication de coq, qui reparaît aussi dans cofréne, 
autre nom du sorbier (et non de l'érable, comme le suppose Godefroy). 

2. J'écris troètie (et non troène, comme Littré, Godefroy, etc.), trop heureux 
de rendre hommage à une excellente réforme faite par l'Académie française 
dans la dernière édition (1877) de son Dictionnaire, où poème, poète, troène, oui 
pris la place de poënie, poète, troène, et où l'on s'étonne seulement de ne pas 
trouver aussi Noël, au lieu de Noël. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 247 

cornouiller sanguin, dit bois puant dans les Vosges, bois pitine 
dans le Centre, piiin blanc et puine blanche en Haute Normandie, 
etc., porte les noms de pif us ou piéfiis dans la Basse Normandie 
(Calvados, Manche) ', de pied-fût à Montjean (Maine-et-Loire) % 
de piafus dans la Sarthe ', de picfn et de po a rfu dans laMayenne^. 
Si je ne me trompe, les mots actuels pèfn, pifus, etc., remontent 
au put-fust de 1221. 

Carpentier a relevé dans une lettre de rémission de 146 1 le 
passage suivant, où il glose le mot pieffuf par « arboris species » : 
« Le suppliant print une poignée de verges de bois qu'on 
« appelle pieffuf \ Je me suis reporté au registre du Trésor des 
Chartes visé par Carpentier (Arch. Nat., JJ 192, n° 14) et j'ai 
constaté que l'acte concerne Vieux-Bellême (Orne) : selon 
toute vraisemblance, il s'agit du cornouiller sanguin. 

Il va de soi que piéfu etc., nom de la bourdaine et des plantes 
analogues, n'a rien à voir avec le nom vulgaire d'un champignon 
que je trouve dans le Noiiv. Larousse illustré sous la forme 
pied-fu^\ Ce champignon, le collj^bie à pied en fuseau, tire son 
nom de pied et de fus « fuseau w : il faut donc l'écrire pied-fus 
ou piéfus. 

ANC. PROV. RAMISSA 

Godefroy a emprunté à Carpentier^ les deux seuls exemples 
qu'il connaisse du subst. fém. ramisse « clôture faite de petites 
branches d'arbre ». Il a fort judicieusement rapproché ce mot 
ancien du patois des environs de Montmorillon (Vienne) où 
ramisse, d'après l'abbé Lalanne, désigne une haie vive. Mais il 

1 . Joret, Flore pop. de Normandie, p. 93. 

2. Verrier et Onillon, Gloss. des patois de V Anjou, II, 113. 

3. Montesson écrit abusivement />/(7/i/5 d'après la correspondance fréquente 
du patois py- et du français pi-. 

4. Dottin, sous pu^'fti, f^it un renvoi k piéfu, article qui manque ; mais sous 
pyé, par suite d'une fausse étymologie, il mscni pyé fu comme nom du cor- 
nouiller sanguin. 

5. Dans Du Cange, *pafustum ; reproduit par Godefroy, s. v°, avec la 
traduction « troène ou cornouiller sanguin », 

6. Le nom de la bourdaine et celui du champignon sont également absents 
du Traité de la formation des mots composés d'Arsène Darmesteter. 

7. Dans Du Cange, ramili^. 



248 ANTOINE THOMAS 

est intéressant de faire remarquer que ces deux exemples pro- 
viennent de l'ancienne province du Haut-Limousin et appar- 
tiennent par conséquent au provençal. Le plus ancien est extrait 
de lettres de rémission transcrites dans le registre JJ 17e, 
.11° 221 du Trésor des Chartes (Tours, mai 1444) : ces lettres 
visent des fiiits qui se sont passés dans la paroisse de « Cozeys 
près Limoges », aujourd'hui Ct)w;(<'/A-, canton ouest de Limoges'. 
Le second provient de lettres de rémission transcrites dans le 
registre JJ 186 n° 125 (Chinon, juillet 1459), qui visent des 
faits qui se sont passés dans la paroisse de « Chasteauchervis », 
aujourd'hui Château- Chervix, cant. de Saint-Germain-les-Belles, 
arr. de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) ^ A ces deux exemples, 
anciennement connus, mes dépouillements me permettent d'en 
ajouter un troisième. Il provient de lettres de rémission trans- 
crites dans le registre JJ 187, n° 183 (Gannat, août 1456) qui 
visent des faits qui se sont passés près de Villepradeau, hameau 
de la commune de Montaigut-le-Blanc, cant. de Saint- Vaury, 
arr. de Guéret (Creuse). Le mot y revient deux fois : « Il . . . 
entrevy, à la lueur qui rayoit. . . ung homme derrière une 
ramisse. . . Et adonc icellui Estienne sailly par-dessus lad. 
va mi s se ». * 

L'étymologie est claire; c'est le lat. ramus combiné avec le 
suffixe -icia, comme dans palissa, randissa et sebissa, qui ont 
des significations analogues. Le mot semble avoir disparu du 
patois limousin actuel. Du moins on n'en trouve aucune trace 
dans les cartes B 1592 (haie) de F Atlas linguistique de MM. 
Gilliéron et Edmont. Mais on peut en toute sécurité inscrire 
ramissa dans un dictionnaire complet de l'ancien provençal. 

ANC. FRANC. REECHIER 

Godefroy donne sans définition les trois mots suivants relatifs 
à la fabrication ou au commerce des vins : 

Reec, adj. ? 

1 . On trouve dans ces lettres la phrase suivante : « une branche d'arbre 
appelé saley!^ ». C'est l'anc. limousin salet:^^ <<*salicium « saule )),dont je 
me suis autrefois occupé (Essais de phil. franc., p. 76). 

2 . Quelques mots du patois limousin sont transcrits textuellement, 
notamment cette phrase: « Per quegitas tu mon hestail d'eyci ? » 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHiaUES 249 

De chascun tonnel reec après la mi-mars. . . . (xiii^ s., Vie. de Veau, XV, 
Beaurepaire). 

Reechié ? 

Si li muevent noise et contens, 

Ne là le iessem sejorner; 

Mais de prison le font torner 

En autre por plus errager ; 

Et ce apele on reechié. 

{Le Martyr de saint Bacciis, ap. Jub., Nouv. Rec, I, 262). 

REEQ.UIÉ? 

De la tonne reequie ... De la tonne et du tonneau qui ne sont reequie^ 
(xiii s., Vie. de î'eau, XV, Beaurepaire). 

Il est certain que nous sommes là en présence d'un verbe 
reechier « tirer nu clair, soutirer », dont reec fait l'effet d'être 
l'adjectif verbal. Dans le Gloss. héhreii-franç . du XIII'' siècle, 
le participe réché est traduit dubitativement « transvasé » par 
les éditeurs, MM. Brandin et Lambert ^ Dans la seconde par- 
tie du Livre des mestiers, le vin reech est opposé au vin setir mère'. 
Un exemple extérieur de cet adjectif figure dans une charte 
latine de 1190 du cartulaire de Saint-Médard de Soissons, 
relative au vin : « Prior habebit venditionem si voluerit ad non 
reletum sive ad reletum, id est reech' ». L'action de reechier le 
vin porte le nom dérivé de ^reechaison, écrit reschaison dans un texte 
Orléanais que Godefroy a emprunté à Carpentier. Le verbe 
apparaît sous la forme resquier dans trois textes de Tournay 
recueillis par Godefroy, lequel donne cette traduction erronée : 
« abandonner, laisser en souffrance, consigner ». Je suppose 
qu'il flmt encore le reconnaître dans reschier^ que Godefroy ne 
traduit pas, et qui figure tel quel dans Cotgrave avec cette 
définition : « To shift, or take out of one thing to put into 
another. » Enfin je relève dans les Comptes des consuls de 



1. Page 56, ligne 37 ; index, p. 277. 

2. Édit. Lespinasse et Bonnardot, p. 243, titre III, art. i et 2. Dans le 
glossaire-index, les éditeurs traduisent à tort reech par « rèche », et ils se 
figurent que mère se rattache au lat. merum. En réalité la mère est la lie, 
et se rattache à matrem. 

3. Exemple recueilli par les Bénédictins et inséré dans Du Gange sous 
Reletum. Je ne suis pas en état de rendre compte de ce mot bas latin. 



250 ANTOINE THOMAS 

MontréaJ-dti-Gers, publiés en 1895 par feu l'abbé Breuils, le 
passage suivant, daté d'août 14 12, où se trouve un verbe arecar 
dont il est difficile de méconnaître la parenté avec la famille 
dont il vient d'être question : <( Quan fen areqita los bis de 
mossenhor d'Armanhac e fen adoba la baychera'. )) 

Il ne reste plus qu'à trouver l'étymologie. Au dernier moment, 
je m'avise de l'existence du verbe anglais to rack, qui a exacte- 
ment le même sens que les mots que je viens de passer en revue, 
c'est-à-dire celui de « soutirer ». Le New Engl.Dict. le rapproche 
justement du g-àsconarraca (mais à tort de l'art, raqué de Cot- 
grave) qu'il ramène, comme Mistral, au subst. raco « rafle de 
raisin, marc » : c'est une étymologie contre laquelle proteste 
tout ce que je viens de soumettre au lecteur; il n'y a donc pas 
lieu de la discuter. 

ANC. PROV. SAUMESTIL 

On lit dans le manuscrit d'Oxford de Girart de RoussiUon^ v. 
2705 de l'édition W. Foerster : 

S'en podie provar un a volpil, 
En en ferie munge usau mestil. 

M. P. Mever traduit en ces termes : « S'il trouvait un lâche 
parmi eux, il le ferait moine en un moûtier^ ». Cette traduction 
reproduit non la version primitive, mais la forme provençalisée 
(ms. de Paris), où on lit efî'ectivement : 

S'en podia proar un a volpil 

leu enfaria morgue en un moslil 3. 

Mais l'altération de mostier en mostil pour les besoins de la 
rime est vraiment trop barbare. Je crois préférable de s'en tenir 
au texte d'Oxford et je lis : 

Eu en ferie munge ti sauvustil. 

C'est-à-dire : « moine ou psalmodiateur ». 

1. Arch. hist. de la Gironde, XXIX, 320, art. 33. Je dois à mon ami 
M. E. Levy l'indication d'un second passage dans les comptes de Montréal 
de la même année (ibid., p. 325, art. 6) et, ce qui est plus précieux, de la 
survivance du verbe gascon sous la forme arraca (Mistral). 

2. Girart de Roussillon, p. 90, § 157. 

3. Édit. F. Michel, p. 65. 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHiaUES 25 1 

Je vois dans satimestil le latin ecclésiastique p s al mis ta orné 
d'un suffixe explétif destiné à satisfaire à la rime selon une ten- 
dance connue de l'auteur de Girart de Roussillon\ Le mot 
satimestil n'est pas plus barbare, en sa forme pléonastique, que 
evangelistier ~, pour evangelisla, ou le bas latin psalmista- 
nus, pour psalmista, sacristanus ou sacristarius, pour 
sacrista, qui sont dûment attestés ^ 

Les suffixes d'origine grecque -ista et -ismus ont un / bref 
qui dans les mots les plus anciennement passés en latin vulgaire 
est rendu par ^ : cf. arbaksia < arcuballïsta et batesme 
<C baptïsmum. Mais le provençal a bafisme en concurrence 
avec batesme, tandis que le français ne fait usage que de la forme 
en e. Au type sacristanus, la plupart des langues romanes 
répondent par des formes avec e : ital. sagrestano, prov. 
sagrestan, a fr. segrestain. Il n'est donc pas extraordinaire de 
trouver saiimestil, où le changement de Yi en e est. en outre 
favorisé par la tendance à la dissimilation vis-à-vis de la dési- 
nence -//. Ct. l'ancien prov. Batestina (cité par Mistral) et les 
familières modernes Tetin, Teiino pour les prénoms Batistirty 
Batistino. 

ANC. BRESSAN SEI 

Le terrier de Bâgé-le-Châtel (Ain), dont M. E. Philipon a 
publié d'abondants extraits ^, contient un mot intéressant qui a 
attiré l'attention de l'éditeur, mais au sujet duquel il ne semble 
pas avoir réussi à asseoir un jugement solide. Je veux parler 
du mot sei ou seis, dont M. Philipon parle successivement en ces 
termes : 

1. Cf. le ms. d'Oxford, v. 6726-6729 : 

Melz vos fure el moster la messe dir 
E vostres saumes dire a Deu servir. 

Je remarque en outre que l'ancien français connaît psalmister au sens de 
« psalmodier » (voir Godefroy, s. v°). 

2. Raynouard, Lex. rom., II, 87, et Levy, Prov. SuppL-ÎVôrterb., III, 
361. 

3. Du Cange, Sacrista. 

4. Documents linguistiques du midi de la France, rec. et publ. par Paul 
Meyer (Paris, 1909), p. 26 et s. 



252 ANTOINE THOMAS 

10 « Sets a peschier paraît signifier lot de pêche ; cf. Du Cange, sedes. 
Quant à la forme, on en peut rapprocher l'anc. prov. ses, se^ (Raynouard, 
Lexique romau, V, 218), mais 1'/ du bressan est embarrassante 

Wieiro:;^ postule un é; la forme Neyvro est donc à rapprocher de seis, si 
tant est que ce dernier nom remonte bien à sèdes^. 

Seis * sëdios '. 

Dans ce dernier rapprochement, M. Philipon s'est mani- 
festement rendu compte de la faute de quantité qu'il avait 
d'abord commise en attribuant un ^" au substantif latin sedes, 
qui a réellement un ê auquel correspond régulièrement la 
diphtongue bressane el. Mais, en même temps, il donne à croire 
qu'il considère le mot sei ou seis comme un mot masculin. 
C'est une erreur. Le mot revient souvent dans le terrier de Bàgé, 
et si, dans beaucoup d'exemples, le contexte ne fournit pas le 
moyen de déterminer le genre qu'il convient de lui attribuer, 
il en existe plusieurs où le genre féminin est manifeste. Qu'on 
en juge par les citations suivantes : 

Item, la syseyma partie d'une seis.. . a peschier (p. 26, 1. 5). 
Item, la syseyme partie ^'zm^ 5m. . . a peschier (p. 27, 1. 11). 
Una sey a peschier... et lo (\ud.r\. (V une sey (p. 37. 1. 14). 
Les treis pars d'une sey s 2t. peschier (p. 38, 1. 13 d'en bas). 
Lo quart d'une sey s a peschier (p. 39, 1. 14). 
La quarte partie dune sey (ibid., n*' 64, 1. 5). 

Les choses étant ainsi, on peut affirmer que le substantif 
féminin sei, du parler ancien de la Bresse, vient du latin 
se de m, et signifie simplement k emplacement », comme le 
comporte son étymologie. Il est surprenant que le terrier 
de Bâgé emploie fréquemment au cas régime du singulier la 
forme seis, au lieu de sei. Il semble y avoir là un trouble 
morphologique analogue à celui par suite duquel l'ancien fran- 
çais dit parfois la rei^, la roi^, en face du latin vulgaire illam 
rête m. 

ANC. PROV. SFMPELH 

On lit dans une ordonnance sur la boucherie, qui figure dans 
le Te igitiir de Cahors, que les bouchers, après avoir tué les 

1 . Loc. cit., p. 26, no 4. 

2. Loc. cit., p. 27, no 5. 

3. Loc. cit., p. 110, no 17. 



NOTES ÉTYMOLOGiaUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 2)3 

bœufs, les vaches, les moutons et les brebis, doivent porter et 
vendre ailleurs qu'au marché « las avols carns, los caps e las 
lenguas et las ferradas ' els ventres els senipelbs eh budels^... » 
Les éditeurs, MM. P. Lacombe et L. Combarieu, ont traduit 
sempelhs par « peaux ». En réalité, il s'agit du troisième estomac 
des ruminants appelé vulgairement feuillet ou livre parce que sa 
cavité intérieure est tapissée de follicules ; cf. Pline, 28, 42, 2 : 
« venter quem centipellioneni vocant. » Senipelh devrait être écrit 
cenpelh : il correspond régulièrement à un type du latin vul- 
gaire *centipellium, qu'il est permis de supposer. Mistral 
donne dans le même sens la forme féminine ceiit-pèio, en Lan- 
guedoc ceni-pelhos, qu'il explique (sans renvoyer au latin) par 
« cent-loques » : l'étymologie populaire a manifestement 
retravaillé le type phonétique primitif pour le mettre en har- 
monie avec la langue courante 5. 

ANC. BOURG. SERGEON 

L'article 1274 des Inventaires des ducs de Bourgogne publiés 
par B. Prost-^, contient cette mention, laquelle provient d'un 
inventaire des épaves et biens vacants advenus au duc, en 1371, 
dans le bailliage d'Auxois : « 2 sergeons de chenove » 5. Le mot 
me paraît n'avoir aucun rapport avec sergeon « petite serge », 
que Carpentier a recueilli et que Godefroy lui a emprunté^. 
Il est d'ailleurs encore vivant aujourd'hui dans les patoib de 
l'Yonne, comme en témoignent ces deux articles du Diction- 
naire de S. Jossier" : 



1. Sur le sens de ferrada, voir l'article consacré ci-dessus à ce mot. 

2. Manuscrits de tavittede Caliors. Le Te Igitiir (C^hors, 1874), p. 175. 

3. M. BlonJheim a signalé l'existence de l'anc. franc. cenpeil, employé dans 
le même sens par le rabbin Raschi de Troyes, et il a rattaché à la même 
famille, avec beaucoup de sagacité, les mots qui, dans la région lyonnaise, 
signifient « déchirer » (Romatiia, XXXIX, 161). Dans la Suisse romande, à 
Chamoson (Valais), on emploie satiipè au sens général de « estomac » ; 
M. Zauner, qui signale le fait {Die roman. Xanien, p. 180), place sampc parmi 
les mots d'origine inconnue. Il est clair qu'il s'agit d'un autre représentant 
de notre *centipellium. 

4. Cf. i?omt7;//a, XXXVIII, 448. 

5. Tome I, p. 228. 

6. Voir Du Cange, Serga ; Godefroy, Sargeox. 

7. Bull, de ta Soc. des se. Jn'st. et nat. de l'Yonne, XXXVI, 62 et 147. 



2 54 ANTOINE THOMAS 

Chargeon, s. m. Poignée de tiges de chanvre. — Se dit plus particulière- 
ment de l'un des douze paquets de chanvre qui forment la masse ou bargee 
qu'on met baigner dans l'eau pour le rouissage. 

SoRGEON, S. m. Poignée de chanvre (Etais, Festigny). 

ScfociVi correspond phonétiquement au picard chcrion « poi- 
gnée de lin ou de chanvre préparé » ; il remonte au même type 
ét}'mologique *cirrionem,, dérivé de cirrus'. 

FRANC. DIAL. SEVERONDE 

Il V a longtemps qu'on a constaté le rapport du franc, seve- 
rondc, plus anciennement sùvroude avec le lat. subgrunda, 
suggrunda, dont il reproduit fidèlement le sens ^. Nicot, 
dans son Trésor, s'exprime en ces termes à ce sujet. 

Severonde, f. penac. Est le rang des cheuvrons issants de la cotmerture d^vn 
édifice, & faisans sourcil au mur, couuerts de tuile, iettans les gouttières loing du 
mur, pour le sauuer de Veau céleste, & vient du Latin Suggrunda suggrunda;. 
Var.Suggrundia suggrundiorum. Vitruuius3. 

Ménage et Diez ont emboîté le pas à Nicot, et Diez a fait cette 
remarque : « En français le o^ a été élidé -^ », C'est là précisé- 
ment que gît la difficulté. Qu'on parte de subgrunda ou de 
la forme assimilée suggrunda, la disparition du g latin de 
grunda> est inexplicable au point de vue phonétique, puisqu'il 
est appuyé par la consonne précédente, et la raison d'être du v 
français n'apparaît pas clairement. Ce v n d'ailleurs pour corres- 
pondant un b sinon dans le provençal propre, qui ne paraît pas 

1. Voir mes Xouv. Essais, p. 200-201, art. cer. Je note, à cette occasion, 
que ser figure, appliqué au lin, dans le Leudaire de Montréal (Bull. hist. et 
pl}ilol. du Comité, 1896, p. 484), et qu'il faut lire « unum cerrum de lino », 
au lieu de certum, dans les coutumes de Lézat (Ariège), p. p. Le Palenc et 
Dognon, p. 16, art. V. 

2. Voir l'art, Sevrokde de Godefroy, où sont données, à la suite des 
exemples anciens, beaucoup de formes des patois modernes du Nord de la 
France et de la Belgique. 

3. En 1549, R. Estienne se contente d'enregistrer le franc. seuerondeQt de 
le traduire par le mot latin suggrunda. 

4. Etym. IVôrterb. ,1,Gri:}<da. 

5. L'italien et le roumanche remontent au mot simple grunda. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIOUES 255 

avoir conservé le mot latin, du moins dans la région sud- 
ouest de la langue d'oïl dont la phonétique se rapproche du 
provençal . On trouve en effet le dérivé ôebrondail, qui manque 
à Godefroy, dans les coutumes d'Oléron '. 

La solution de cette double difficulté nous est fournie par 
l'article suivant du Liber ^lossartun : 

Subgrunda. Intcr tectum et parietes subgrunda dicitur, vulgo vero subiin- 
dra *.' 

Il faut d'autant moins hésiter à corriger siibiindra en siibninda 
que cette dernière forme figure dans le recueil publié en 1573 
par Henri Estienne et connu sous le nom de Heriucneiimata 
Stcphani : (« subrunda 'jtJzixz-^zv ») 5, et dans une autre glose 
citée par les Bénédictins et dont j'ignore la provenance exacte : 
« l'7:ô(7T£Y5v, grunda, suggrunda, subrunda^ ». ht Liber glossa- 
rum ^ été compilé en Espagne vers la fin du vir siècle. Il est 
donc permis de penser que, sous la plume du compilateur, le 
mot subrunda représente la prononciation vulgaire de ce qui 
serait en latin plus ancien ou plus correct *superunda. Par 
suite, il faut admettre que le latin classique subgrunda, 
suggrunda a été refait par étymologie populaire sous la 
poussée sémantique du verbe superundare « déborder » dont 
il est devenu en quelque sorte le substantif verbal. Le français 
sevronde (adouci plus tard en sa'eronde) et le saintongeais sebron- 
dail représentent les formes refaites * superundaculum et 



1 . « Si hom fait sa maison de une part et sebrondails posset Çcorr. passet) 
ostre la meité dau chemin, et autres de l'autre part dau chemin facet après 
maison et voilget faire amander son sebroiidail decique la meité dou chemin, 
il convendra au premer que il demermet son sebrondail en tant que il passet 
ostre la meité dau chemin, que li duy degotail cheent ou meilluec dou 
chemin. » {The Black Book ofthe Adniiralty, éd. by Sir Travers Twiss, vol. 
II, London, 1873, p. 388). Je dois la connaissance de ce curieux texte à mon 
confrère et ami M. Ch. Bémont. Le commentaire linguistique de Sir Travers 
Twiss, sur le mot sebrondail, est d'une aimable phantaisie (chevron -\- daîe). 

2. Corp. gloss. lat., V. 246, 17. C'est l'exemple qui figure dans Du Cange, 

SUBUNDRA. 

3. Reproduit dans le Corp.' gloss. lat., III, 365, 14 ; cité dans Du Cange 
Subrunda (addition des Bénédictins). 

4. Addition à Du Cange, Subrunda. 



2)6 ANTOINE THOMAS 

* supcrunda et ne se rattachent qu'indirectement au latin clas- 
sique su bgru nda, ou suggrunda'. 

SOU PI: S EN nx 

Les célèbres heures d'Anne de Bretagne, conservées à la 
Bibliothèque Nationale (lat. 9474) et dont les enluminures sont 
attribuées au peintre Jehan Bourdichon, sont riches en figures 
de plantes ; chaque plante y est généralement accompagnée de 
son nom latin et de son nom français écrits en belle gothique. 
Il y a quinze ans, M. J. Camus a donné de cet herbier en 
peinture un excellent commentaire linguistique qui dispense 
de lire ce qu ont écrit à ce sujet Antoine de Jussieu et J. 
Decaisne ^ Mais il reste cependant quelques mots à tirer au 
clair, notamment le nom français du trèfle rouge {Trifoliiiin 
luhcus L.) qui est écrit dans le manuscrit soiispeyantviu. « Qu'est- 
ce que souspcraulvin ? dit M. Camus. Je serais porté à l'inter- 
préter par jri)//j>/>/Vd c« i'û/« ^ », Et voici que feu E. Rolland, qui 
n'a rien trouvé d'analogue parmi les noms actuellement en 
usage en France pour le trèHe, reprend le texte du livre d'heures 
et la pensée de son commentateur, M. Camus. « Il est probable, 
dit-il, que dans le langage emblématique des fleurs de l'époque 
la plante signifiait : je soupire eu valu ^ ». 

Or M. Léopold Delisle vient de présenter à l'Académie des 
Inscriptions» un livre d'heures appartenant à M. le colonel 
Holford, de Londres, qui offre les plus grandes ressemblances 
avec le livre d'heures dit d'Anne de Bretagne. Au fol. 19 est 
figurée une plante appelée en latin îrifoliuui uiaculaluui et en 
français treffles ou souppes en viu. On ne saurait douter que 

1. Au dernier moment, je remarque dans \e Dicl. des patois de V Yonne de 
S. Jossier un dérivé de sevronde (par la variante 5^'row;z^, dont Godefroy a des 
exemples) qui mérite d'être signalé, car sa formation ne saute pas aux yeux de 
prime abord : ■• Soli-eurneaux, Soufferneaux, s. m. pi. Bas de la toiture 
à l'intérieur d'un grenier. — Mailly-la-Ville. » 

2. Dans \e Journal de bolunicjue, S^ znnùc, nos 19-23. Tirage à part sous ce 
titre : Les noms des plantes du livre dlxures d'Anne de Bretagne. Paris, Mersch, 
1894, 32 p. in-80. 

3. Tirage à part cité, p. 29. 

4. Flore pop., IV, 135. 

5. Séance du 14 janvier 19 10. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHiaUES 257 

rénigmatique Soiispcranlvin des heures d'Anne de Bretagne ne 
soit une mauvaise lecture de Souppcs an vin. Ce nom vulgaire du 
trèfle rouge se comprend de lui-même, si l'on tient compte de 
la signification primitive du mot français sotipe^ à savoir 
« tranche de pain destinée à être trempée dans un liquide ». 
La locution soupe en vin a été conservée dans le langage des 
manufacturiers et des naturalistes pour désigner une variété de 
couleur rouge. Littré en donne les deux exemples suivants : 
« Les draps et autres étofles qu'elles teindront et feront teindre 
en grandes et hautes couleurs, comme écarlate, cramoisi, soupe 
en vin et autres couleurs parfaites, Règl. des manu)., 22 oct. 
1697. — On y compte quatre variétés, qui sont les gris de fer, 
les chamois, \ts soupes en vin et les gris doux, Buffon, Oiseaux, 
t. IV, p. 338. » Mais il y a mieux. Cotgrave, dans son célèbre 
Dictionnaire (161 1), enregistre à l'article soupe, la mention 
suivante : '< Soupe en vin. Medicke fodder, Snayle Claver ». 
C'est la luzerne, qui porte aussi le nom vulgaire de Grand 
Treffle'. 

Revenons à nos livres d'heures. La forme plurielle, souppes 
en vin, est évidemment celle sous laquelle l'expression a été le 
plus ordinairement usitée et c'est celle que le copistedes heures 
d'Anne de Bretagne a dû avoir sous les yeux. Il a lu sousp-, 
au lieu de soupp -, et cette bévue l'a entraîné à remplacer la 
préposition en par une désinence de participe présent en - ant 
qui a rendu l'expression méconnaissable. Mais je crois qu'il y a 
un fait phonétique curieux à dégager de sa méprise, à savoir un 
rhotacisme syntaxique. Prononcée comme un seul mot, la 
locution souppesenvin a dû évoluer phonétiquement en souppe- 

I. Cf. Rolland, Flore pop. IV, 125. Le nom de soiippe en vin est donne par 
Rolland d'après Duez, qui l'a certainement pris dans Cotgrave. Il reste à 
à trouver la source de Cotgrave, tâche dans laquelle j'ai échoué jusqu'ici, aussi 
bien que mon ami M. le D^ P. Dorveaux. Mon confrère M. Max Prinet me 
signale, d'autre part, le fait que la cardamine (variété à fleurs roses) porte le 
nom de soupe au vin dans le patois de Rimaucourt (Haute-Saône), ce qui 
m'amène à constater que la Flore pop. d'E. Rolland, I, 238, enregistre le même 
nom dans la Côte-d'Or et la variante soupe en vin dans l'Aube et la Haute- 
Marne. Par une figure de même nature, le nom de soupe au lait ou soupe de 
lait s'applique à la robe des chevaux, au plumage des pigeons et à une 
variété d'hyacinthe (pierre précieuse). 

Rotna n la , XX XI X I 7 



238 ANTOINE THOMAS 

rnivin. Des rhotacismes Hagrants se font jour sous la plume du 
même copiste ; il écrit en effet : ftrres, pour frcses « fraises « 
(p. 109), tiorilh'S et mmrillcs, pour tiosillcs et }iOHsiIles (( noi- 
settes » (p. 69 et 18)), sarraiinc pour sanasine {\^. ii}), scrites 
pour setiscs « cerises » (p. 171), etc. Inversement, il écrit primc- 
i'ci:^e pour primcirirc « primevère » (p. 4)). Bien que rare, le 
rhotacisme syntaxique est un phénomène incontestable. J'ai eu 
occasion de le signaler dans le patois du Morvan qui dit notam- 
ment roifuy « jointure du doigt » d'après la forme syntaxique 
les oimrs prononcée « le:^oificcs » ". 

FRANC. TOUILLE-BŒUF 

Littré n'a donné aucune étymologie, dans le corps de son 
dictionnaire, pour les deux mots touille « un des noms du 
requin » et îouiUc-hœitf « espèce de chien de mer ». Dans son 
Complément, il s'est rallié à l'explication de touille-bœuf proposée 
par F. Meunier, Composés qui conlienucnt un verbe à un mode 
personnel, p. 145 : « Il louille (agite, salit l'eau), le bœuf (de 
mer) ». Arsène Darmesteter, sans y penser autrement, a com- 
pris que le touille-bœuf éi2Î\t un animal qui ('touillait » le bœuf : 
du moins, c'est ce qui résulte de son classement du mot dans la 
série »< ce à quoi on dit, où le verbe régit l'accusatif )■ \ 

En réalité, il n'v a aucun rapport entre le verbe touiller et le 
nom du chien de mer ou requin (ce qui est tout un, comme on 
sait). Le verbe touiller se présente en ancien français sous la 
forme tooillier et vient de tudiculare^; le nom du requin est 
dès l'origine /o//, monosyllabique. Godefroy ne donne que 
deux exemples de toil, qu'il traduit prudemment par a sorte de 
poisson » : un de 1285, qu'il a emprunté sans le dire au dic- 
tionnaire poitevin de l'abbé Lalanne'^, et un de J494, tiré d'un 
arrêt relatif aux marchands fréquentant la Loire qu'a publié 
Mantellier. On en trouve d'autres, et d'abord dans Godefroy 



1. Voir mes Mélanges d'ètym. fratiç. p. 133. 

2. Traité ài la form. des mots composés y édit. primit., p. 196 ; 2^ cd., 

p. 224. 

3. \d\xm*ts Essais, p. 391. 

4. Lalanne a un second exemple, de 1 532, lequel vient comme le premier, 
d'extraits pris par Rcdet dans les archives de la Vienne dont il avait la garde. 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHiaUES 259 

lui-même, art. parerie ' : « Haren, ioucil, adot et autre parrerie de 
poisson )) (ijjanv. 1474, Compl. du R. Reiic, p. 185, Lecoy). 
L'éditeur Lecoy de la Marche a imprimé (art. 533): (^ haren 
toneil » et a tait une note. . . sur adot. La correction réalisée par 
Godefroy est excellente : par toneil il f:iut certainement entendre 
le chien de mer salé, marchandise qui f:iisait concurrence à 
l'églefin et à la morue proprement dite. Je trouve une mention 
très intéressante de toi! apporté de Paris à Audenarde dans un 
extrait des comptes des ducs de Bourgogne pour l'année 1377 : 
« pour porter lettres closes de Mgr d'Arras à Paris devers le roy 
et pour en aporter sur un cheval du poisson appelé loi! par 
devers Mo:r à Audenarde^ ». 

Les parlers actuellement vivants connaissent encore ce nom du 
chien de mer sur toute la côte française de l'Océan : en Bretagne 
/0///7 5 ; en Poitou loiiil et teiiil; en Saintonge lonil; en Gascogne, 
jusqu'à la frontière d'Espagne, toiiil (écrit au moyen cage lolli). 
L'espagnol dit dans le même sens tollo : c'est une forme galicienne 
identique au portug. toi ho. Le type étymologique paraît être 
* tôlium ou * tôculum; mais l'origine primitive m'échappe. 
En tout cas, la graphie moderne touille est certainement fautive. 

Pour en revenir à touille-bœuf, ou mieux louil bœuf, je crois qu'il 
faut y voir un composé par apposition. La variante touille-à-bœuf, 
recueillie par Duhamel, me paraît sans valeur et influencée par 
touil-à-Pépée, nom de la variété dite scientifiquement Squalus 
vulpes. On remarque en effet que la grande roussette, autre 
variété de chien de mer, s'appelle en Normandie vake de nié 
(vache de mer), et le chiende mer proprement dit, taurille dans 
l'île de Ré 4. 

Antoine Thomas. 

1. A la définition : « denrées mises en vente, lot de denrées mises en 
vente », substituer : « préparation pour conserver le poisson, conserve ». 

2. B. Prost, Invent, des ducs de Bourgogne, t. I, p. 578, no 3080. 
L'éditeur s'est contenté de cette note : « Sorte de poisson mentionné dans le 
Dictionnaire de Fréd. Godefroy ». 

3. Rattaché à tort par V. Henry, dans son Lexique etyni. du breton viod., 
p. 268, au verbe français touiller. 

4. Voir Rolland, F./««^/)q/J., III, 82-87, et XI, i)0-i6i. Je ne cite pas la 
mention de heujdenier à côté de kien de ///<?/■ dans Crapelet, Remarques. . . sur 
qqs locutions... (Paris, 1851), p. 116, parce que j'ai retrouvé la source où a 
puisé Crapelet (Bibl. Nat., franc. 23,545, fol. 19 r») et que cette source, qui 
est du xiiie siècle, porte réellement louf de nier (loup de mer): c'est d'ail- 
leurs ainsi qu'a lu Legrand d'Aussv, Vie privée des Français, 2^ éd. (Paris 

1815), t. II,p. 81. 



2éo 



ANTOINE THOMAS 



INDEX GENERAL' 



achangonnir 221 

ddorser 190 

ados, -osscr 186, //. 

adot 2^S> 

adoub 186, n. 

adoucir 185 

adoux 184 

aers 192 

afaitier 250 

afoer, afouer, afouger 187 

agrape, -per 223 

agrcgier 223 

aigrefin 255, ;/. 

alchimie 192, ;/. 

amender 189 

aorze, -emont 190 

aours, aourser 189, 190 

arbalète 184 n. 

arcamie 192 

archandir 224 

argibau 184, ;/. 

argi boise 184, ;;. 

argigleite 184, ;;. 

arquebuse 184, ;/. 

arquemie 192, ;/., 195 ?/. 

aube 225 

aubu, -jje, -ughe, -uy 194 

aurser 190 

auvéchc 185, n. 

avant-bras 196 

avant-pied 196 

avenant 221 

aveneril 227 



I. — Français 

• 

babiche, -chon 198 
barbes (coiffe de) 199 
barbete 198 

barbets de S^-Lazare 199 
barbiche, -et, on 197 
barbute 197 
bargée 253 
bast, bât 202 
bateron 203 
batoir 202 
batur 203 

béguin, -inage 197, ;/. 
benijon, -ison 185, ;/. 
bercheril 228 
berser 204, ;/. 
beudri 206 

+ beuf de mer 259, fi. 
biche, -on 198 
bonnenc, -ent 205 
bosnenc 206, n. 
♦ bosuens 205 
boteri 206 
boteril, -tri 206, 207 
botzis 206 
boudril 206 
bouffir 241, 11. 
bouteril 206, 228 
bouticle 232 
boutine 207, 11. 
boutri 206 
boutroul, -ouve 207 
brou de bique, de chèvre 
215 



calduni 220 
canijous 221 
canchon 221 
caniche 242, ;/. 
canjon 221 
capine cauche 208 
carcloic 21 1 
catachife 208 
catafiche 208 
catefust, catefut 208 
cauche, -?r 208 
caudin 220 
cenpeil 253, ». 
cercleie, -oie 210 
chaitivier 214 
chanibert 208 
chambrail 210 
chambrât 210 
chambril 210 
chanjon 221 
chant (côté) 225 
chape, -eron 207 
char 2 1 1 
charcloie 210 
♦ charenate 2 1 2 
charevais 212 
charevaste, -tre 212 
charevate, -voste 211,212 
chargeon 254 
chaubard 208 
chaudin 220 
chaudumeau, -mel 219 
chaudun 220 



1. Les formes reconstituées sont précédées d'un astérisque : les formes fau- 
tives d'une croix. 



NOTES ETYMOLCXilClUES HT LEXICOGKAPHICIUES 



261 



chcm'né 213, n. 
chenevé 210, n. 
cherion 254 
cheiivier 214 
chevron 255, n. 
chicbrouch 214 
chievrebroust 214 
chôpe-cu 185, n. 
ciebrou 2 1 5 
citronnât 214, n. 
claie, cleie 21 1 
cocliène 246, //. 
cœurcueilson 254 
cofiche 235, ;/. 
co frêne 246, ;/. 
cojongles 255 
comenter 243 
conceel 2 1 5 
concès 216 
concilier, -cier 216 
conciau 216 
conseel, -al 215 
coquêne, -esne 246, ;/. 
cornebichet 234 
couper le cou (Jîg.) 223 
crête 228 
creuillie 185, ti. 
cul d'âne, de mulet 241 
dafouger 187 
dale 255, //. 
dé, deel 213 
demoniacle 232 
derrible 218 
déruble, -bler 218 
désauma 216 
desrub, -ube 218 
desrubé 218 
desrubain, -bant 219 
destorbier 214 
doleirous 217, ;/. 
doux (à) 184 
druble 218 
dumeau 219 
dzeùcllê 237 



eaubue 194 
écacher 222 
écanchon 220 
écanger 221 
êcaucher 222, 11. 
échandir 224 
écocher 222 
écochéte 222, ;/. 
écochié 222, u. 
écochoué 222 



founikc 231 
fraror, -ur 23 1 
frenicle, er 231 
frenicliou 231 
frères (fraises) 258 
frereur, -reux 232 
funicle, -ik 231 
fus 246 
fust 244 
+ ganguerillié 234 



écornant, * écorner 218 gargueuilson 234 
écorchage, -er, -oir (Ca- garnette 233 

nada) 222 garni, -nis 232 

écoucher 222 gâter 223 

égrappe, -per 223 gaugueniller 233 

égréger 222 gauguenillié, -erillié 233 

+ eiebrou 215 gofiche 235,;/. 

émouchage (Canada) 222 gorgoçon 234 



encangeonné 221 
enchâtre 285, n. 
encreuiller 185, n. 
escacher 222 
escal berge 185, «. 
♦escancher 222 
escanchon 222 
escanger 222 
eschandir 224, n. 
escaucirer 220, n. 
eschantir 225 
esclefin 235, ;/. 
escomos 221 
estofeger 189 
étouffer 189 
étrefouger 189, ;/. 
fenicle 231 
ferir 240 

fernicle, -ique 231 
feunique 231 
tiairor 230 
flaor 230 
florir 223 
fornicle 231 
fouger 188, //. 
fouiner 231 



greuille 185, n. 
guenille 223 
hauche 235 
hauche-buche 235 
houllebicho 234 
jalaie, jaloie 235 
jalee 235 

jeu (joug) 236, u. 
joal, joalee 235 
joclle, 237, n. 
*joel, Joëlle 237, 
joscle 237 
jouai, joualée 235 
jouau 236 
jouelle 256 
jovenor 232 
kiefbruch 215 
kien de mer 259, ;/. 
+ kiesbruch 215 
kievrebroust 214 
lanfès 185, n. 
louf de mer 259, ;/. 
maimon 185, ;/. 
martror 232 
massue 195 
menion 185, n. 



262 



ANTOINE THOMAS 



mère [du vin] 249, ». 
meucUai 257 
nâle. -liere 259 
noel, noèl 246, n. 
nomblil 207, ti. 
norille (nosille) 258 
nougat 214. '/. 
nourille (nousille) 258 
obuc 194 
oinccs 257 
onicle 232 
orangeat 214, /;. 
orbiche 235 
orce (ourse) 191 
+ orce (=: arce) 191 
orcel, -ele 191, '/. 
orchil, -ius 191, >i. 
orçuel 191, n. 
orfi.-fin 235, n. 
orgeat 214, ;». 
orne 257 
orphie 235, ji. 
orse (ourse) 191 
parentor 232 
parerie 258 
pargeter 241, u. 
pèfu 246 
peignon 203, n. 
permentage, -ter 243 
pete-verne 246 
piafus 247 
pied-fu 247 
pied-fus 247 
pied-fùt 247 
pieffuf 247 
piéfu, -fus 246, 247 
pi fus 247 
♦piafus 247,' u. 
planche 237 
poe 245, n. 



pommé 214, n. 
porcille 240 
porferir 24 1 
porjeter 241 
porpris 241 
postérieur 242 
pourt'er 241, ti. 
poufir, -frir 241 
poufissure 241 
pouitronicr 242. ;/. 
pourcillc 240 
pourferir 241 
pourfri, -frir, -frire 241 
pourfris 24 i 
pourfu 247 
pourpris 241 
pricque 243 
pridnet 244, n. 
prike 243 

primeveire, -eize 258 
prique 243 
proferir 241 
psalmister 251, n. 
puin, puine 246, 247 
put, put-fust 245 
pyé fu 247, n. 
quat in chife 208 
quatefiche 208 



rcgetoerc 184, u. 
*regibeoire 184, //. 
regiber 184, w. 
♦regoteorc 184, n. 
reie 244, n. 
rciz 2 5 1 
reschaison 249 
reschicr 249 
resquicr 249 
rinves 235, ;/. 
rjibau 184, ;/. 
roinces 257 
roiz 2 5 1 

rugibaud 184, 11. 
sarrarine, -asine 258 
sebrondail 255 
segrestain 251 
sénevé, -vel 213 
senevei 214 
seneviel 214 
sergeon 253 
serires (cerises) 258 
severonde,-vronde, -vron- 

ne 254 
soigle, soille 215, 216 
sorgeon 254 
soucicle 231 
soufeurneau 256, «. 



quatre de, en chiffre 208 soupe au lait 257, n. 



quementer 241 
quiebroch 214 
rafouer 188, n. 
raie (poisson) 244, n. 
ramisse 247 
raqué 250 
rechandir 224 
réché 249 
rêche 249, u. 
rechiver 186, n. 
reec, reech 248, 249. 



poème, poète (poème, *reechaison 249 

poète; 246, n. reechier 248 

poiré 214, ;/. reequié 249 

poistron, -oît- 242 regeteore 184, ;/. 



soupe au vm 257, 11. 
soupe en vin 256 
soupes en vin 256 

♦ sousperantvin 255 
souz 186 n., 219 
sovronde 254 

stocfis, stofix, stokfiche 

135, «. 
soult 186, n. 
tapin (à) 208 

* tapine cauche (à) 208 
tapinois (en) 208 
taurille 259 
tchibrou 215 

teuil 259 



NOTES ETVMOLC)(iIQ.UES ET LEXICOGKAPH1Q.UES 



263 



toil 258 
♦ loncil 2)9 
tooillier 259 
tortue 195 
toueil 259 



touiller 258, 259 
triaclc 232 
troène (trocne) 246 
turniclc 232 
vake de mé 259 



touil, touille, touille-bœuf val 238 
258, 259 + valiere 240 



♦vampe, ♦ wampe 196 
vampè, wampè 196 
voiel, voyelle 237 
wandion 198, n. 
warnète, -nette 230 
wendel 201, ti. 
zeûclè 237 



II. — Provençal (catalan, gascon, franco-provençal) 



abdurat 189 

adob, adobar, adop 186 

adoub 186 

afachar, afaitar 231 

afeiti, aleti (fr.-pr.) 250 

afogar, afougar, afoujar 

187, 188, //. 
afounsa 188 
afous 187, ;/. 
aigalié 227 
alba 225 

ambaradz (g.) 193 
amoirous (fr.-pr.) 218 
anvalatz 193 
arbalesta 251 
arecar (g.) 250 
aret 201, ti. 
arquémi 193 
arraca (g.) 250 
arredoe, arredogue (g.) 

193, 194 

assado (s') (fr.) 184, ti. 

assiar (fr.-pr.) 184, n. 

^ubugo 195 

avenat 213, ;/. 

baraz (g.) 193 

bardana, -ne, -nière (fr.- 
pr.) 200 

bardouna (fr.-pr.) 200 

barga, -gadé (g.) 203, ;/. 

barjau 205 



bateor (fr.-pr.) 202 
batesme, -tisme 251 
batior (fr.-pr.) 202 
battao (fr.-pr.) 203 
belsa, belsier 203, 204 
berbegal 205 
berbial 205 
bersar 203, ;/. 
bicheta (fr.-pr.) 213 
bredja 202 
brcdjodoù, -our 202 
cab, cap 201, //. 
camara 209 
camarat, -erat 209 
capil 207 
capit 207, ;/ 
castia (fr.-pr.) 239 
*cenpelh 25 1 
cent-pèio, -pelhos 251 
cer, 254, n. 
chaitivier 214 
chamara 209 
chambara, -bro 209 
chanaveri 21 3 
chandilla, -dillî (fr.-pr.) 

224, «. 
chandir, chandre (fr.-pr.) 

224 
chapial, -iau, -il 207, 11. 
chapit (fr.-pr.) 207, n. 
chenava (fr.-pr.) 212 



chenevo (fr.-pr.) 21 5 

clardat, -tat 201 

consegail, al, -alh 216, n. 

corcouissou 234 

cossou (fr.-pr.) 224 

costoo (g.) 193 

coumba (fr.-pr.) 203 

couns-, coussegal, -gau 
216 

crestianda (fr.-pr.) 201 

crêt (fr.-pr.) 228 

dérupe (fr.-pr.) 218 

desaima, deseima (fr.-pr.) 
216 

deseimat 217 " 

*desesmar 217 

djouklla (fr.-pr.) 238 

doloiros 217 

échandéïr (fr.-pr.) 224 

échandilla(fr.-pr.)224,;/. 

échandir, échandre (fr.- 
pr.) 224 

écherpir (fr.-pr.) 185, ;/. 

écossou (fr.-pr.) 224 

eime 277 

émo (fr.-pr.) 217 

*encandezir 224 

escandiha, -ado 224, n. 

■•■escandir 223, 225, ;/. 

escantir 223-5 

eschandi 223 



2é4 

escliandrc (fr.-pr.) 224 
eschantir 225 
esmar, -me 2 1 7 
cstoufega 189 
ctsindre (fr.-pr.) 224 
ctzerpir (fr.-pr.) 185, ti. 
cvangelista, -tier 251 
fach, -cha 251 
flirâ (fr.-pr.) 229 
fedge 229 
fcmorairil, -ial 227 
fcmoreir 227 
fera, ferra (fr.-pr.) 229 
ferrada 229 
*flador, flaor 229, 230 
fœtau (fr.-pr.) 250 
forodâ, forodo 229 
fos, 187, n. 
frejam 229 
fromentairil 227 
fuilleri (fr.-pr.) 228 
garnil 231 

gorgosson (fr.-pr.) 234 
graiteri 228 
grandia (fr.-pr.) 239 
hourso (g.) 191 
joualo 236, ti. 
jouclia, jouclio (fr.-pr 

237 
jousclo 237 



ANR)1M£ THOM.VS 

larfcs 185, ;/. 

Icani 238 

lini 238 

lyani 238 

maysi (fr.-pr.) 203, u. 

messie (fr.-pr.) 203 

moilla 202 

mosticr 250 

♦ mostil 250 

moutea, -tia (fr.-pr.) 201, 

;/.,238 
multia (fr.-pr.) 238 
nala 239 
ofegar 189 
orjaria, -jier 191, n. 
orsa (g.) 191 
orzol 191, n. 
oùbûgo 195 
ourse, ourso 191 
palissa 248 

* pardana (fr.-pr.) 201 
*pareana (fr.-pr.) 201 
parei (fr.-pr.) 201 
pariana (fr.-pr.) 200 
pauta 245, n. 
porcairil 227 
postairol, -terol 242 

) poumentar (fr.-pr.) 243 
+ pradenc 244 
pudenc , 244 



raco 250 

ramissa 247 

raudissa 248 

reclialivar 186, w. 

recheivâ 186, 71. 

redier 242 

sagrestan 251 

saintia (fr.-pr.) 239 

saletz, saleys 248, n. 

sampè (fr.-pr.) 253, w. 

sanda (fr.-pr.) 201 

sandat, -tat 201 

sanfloura, 186, ;/. 

saumestil 250 

sebissa 248 

sei, seis (fr.-pr.) 251 

sempelh 252, 253 

ser 254, 11. 

ses, -z 252 

tcliairvôte 212 

téras (g.) 191 

tolh, touil (g.) 259 

tristia (fr.-pr.) 239 

tservôtot 212 

vacairil 227 

valatz 193 

versao (fr.-pr.) 203, n. 

veziat 223 

vorm, vorma 186, n. 

wandille (fr.-pr.) 201, n. 



III. 



Autres langues romanes 



accarrcar esp. 227 
adobo«/>. 187, ;/. 
affocare ital. 188 
afTogare ital. 188 
ahogar esp. 188 
ajiam piémont. 238 
antlus roumanche 20 1, ;/. 
aufegâ major q. 189, ;/, 
avampiés esp. 196 



badana esp . 197. 
belefio esp. 204 
capillo esp. 207 
desanimar cat. 216 
fiadore ital. 230 
fuoco ital. 188 
gâleatâ roumain 236, n 
gorgozza ital . 234 
letame ital. 238 



liamme génois 238 
orcio ital. 191 
orciuolo Hal . 191 ;;. 
orza esp. 191 
orzuela esp. 191, n. 
podar esp., port. 245 
podt-nco esp. 244 
podengo port. 244 
postrero esp. 242, n. 



NcriES LTYMOLOGiaUHS ET LtXICOGRAPIUQUES 



265 



proferire ital. 241. 
rchogar esp. 188, n. 
sagrestano ilal. 25 1 



stofegar ittil. 189 
io\ho port. 259 
tollo l'sp. 259 



ulcior roumain 194, ;/. 
urceolo esp. 191, ;/. 
vclcnho poi t. 20) 



IV. — Latin 



*acalarium (b. lat.) 227 
adersus 192 

* adorciare 192 
adurere, * adursare 192 

* affactare 2 5 1 
*affôcarc 187 

* affôcare 187 

* aggreviare 225 
alba 194, 224 

* albuca 195 

albucium, -ucus 195, ;/. 
albugo 194 

ante 193, /;. 

* amoriosus 218 
annosus 217 

* aqualariuni 227 
aquosus 217 
arcuballista 251 

* assapidare 182, ;/. 
auleticus 232, 11. 
aulicus 252, u. 
baptismum 25 1 

* bastitorium (b. lat.) 

202, n. 
batatorium (b. lat.) 

203, n. 
+ batistorium (b. lat.) 

202, //. 
batitorium (b. lat.) 202, 

n. 

* battatorium 203 

* battetorium 203 
*battitorium 203 
belssa, -sserius (b. lat.) 

204 
*berbicalis 205 
+ berbicinus -a 205 



♦bescalinus (b. lat.) 227 
bescalmis(b. lat.) 227 
+ bestalinus (b. lat. 227) 
calcarc 222, //. 

* caldumen 220 
*caniarare 209 
camcrare 209 
cameratus 210 
*canapatuni 213 
*canapum 215, ;/. 
candcrc 225, ». 

* candiculare 224, ;/. 

* candire 224 
capillus 207 
cappa 207 
*cappellus 207 

* cappile 207 
cariosus 217 
carroballista 21 1 
*carrocleta 21 1 
carruca 195 
castitas 239 
centipeilio 255 
*centipellium 253 
cercleia, -oia (b. lat.) 

210 u., 211 
cerrum (b.lat.) 254,». 
+ certum (b. lat.) 254, ;/. 
christianitas 201 

* cirrio 254 
cirrus 254 
clamorosus 217 
ciaritas 201 

* cleota (b. lat.) 

+ clerta (b. lat.) 227 
cleta (b. lat.) 211 
cletella (b. lat.) 211 



clitclla 21 1 
cloaca 227 
+ cloata (b. lat.) 227 
coccineus 245 n. 
coinquinare 216 

* consecâle, -liuni 216 
cossegalhum (b. lat.) 

216 ;/. 
costo, costonus (b. lat.) 

193 u. 
crates 211 n. 
*custor 193 n. 
cutis 222 
digitalis 213 
+ dobla (b. lat.) 227 
*doloriosus 217 
dova (b. lat.) 227 
effocare 189 
+ egregare 223 
emendare 189 
exanimarc 216 
*excalcitrare 20, n. 
excandêre, -dëre 224 

* excandiculare, -lata 

224, «. 

* excandirc 224 

* excoacticare 222 
excussorium 224 
excutere 222 

* excuticarc 222 
factare 231 

* factatorium 231 
faux 187 

* feniorarium 227 
ferire 240 
t'ersus, 192 
*flagor 250 



266 

flagrare 230 

* flagror 230 

* flator 230 
flatus 230 

* flavor 250 
florere 224 
focarium 188 n. 
focus 187 
t'oetor 230 

fôx 187, 189 
tVagor 230 

* fragror 230 
'fratrorum (=: fratrum) 

252 
*frenicus (=phreneticus) 

232 
frenum 232 
gallcta (b. lat.) 236 
grandiras 239 
gratiosus 217 
grunda 254 
gurges 234 
horreum 192 ;/. 
incandescere 224 

infernicola 232 

jugalata237 
jugalis, jugatus 237 

jugum 236 

juscla 237 

juvenorum (= juve- 

num) 232 
'juxtula 237 
laboriosus 217 
laetamen 258 
limus 238 

*martyrorum (=: marty- 
rum) 232 
mater 248 ;/. 
merum 248 n. 
metaxa 203 ;/. 



ANTOINK THOMAS 

*multitas 239 

* muscfujlare 237 
uaupreda 244 
nidorosus 217 
obduratus 186 
odiosLis 217 
*officare 189 
office rc 189 
offocare 189 
orca 190, 192 
ornus 246, ;/. 
parentorum [= paren- 

tum] 232 

* paretana 201 
paries 200 

phreneticus, -iticus 232 
post 242 

* postariolum 242 

* postarius 242 

* posterarius 242, ;/. 
posterio 242 
posterus 242, ;/. 
praefocare 189 
prestis, pristis 243 
proferre 241 
psalmista 25 1 
psalmistanus (b. lat.) 251 
*pulmentare 243 
pulvis 185, ;/. 

putare 245 
ramus 248 

* recandire 224 
reletum (b. lat.) 249, n. 

* retarius 242 
retorta (b. lat.) 246 

* retrarius 242 
rétro 242 

sacrista, -anus, -arius 

(b. lat.) 251 
*salicium 248,;/. 



sa n et i tas 239 

sanitas 239 

scalpere 185, «. 

sécale, secâle 216 

sedes 252 

segregare 223 

+ senioralis (b. lat.) 227 

*sinapale 214 

*sinapatum 214 

* sinapellum 214 

* sinapiculum, -pillum 

213 
somniosus 217 
*stupificare 189 ;/. 
SLibgrunda 254, 255 
subrunda (b. lat.) 255 

* subundra (b. lat.) 255 
succidia 219 
succiduus 219 ;/. 
suffocare 186 
suggrunda 254, 255 
sulcitum (b. lat.) 219 
summum 186 n. 
*superunda, -aculum 255 
superundare 255 
suspiciosus 217 

* tôculum 259 
*ôlium 259 
tristitas 239 
troinum (b. lat.) 246 
+ tronum (b. lat.) 246 
tudiculare 258 
urceola, 191, «. 
urceolus, urceus 191, 192 
versatorium 203, n. 
vaporosus 217 
ventriosus 217 
viriosus 217 

vitiatus 223 



NOTES ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQ.UES 



267 



V. — Langues germaniques 



beluna (///. 204 
bilisa, -Ise ail. 204 
bilsenkraut dll. 204 
boden ail. 206 
boezcm^(//;/. 205 
bricke ail. 244 
*budna 206 
* bupma 206 
chaudron atigl. 220, ;/. 
corne atiijl. 221 
lîsch 235 n. 
fish atti^l. 255, ti. 
garn ail. 233 
garnnetz ail. 235 
hornvish m'Vr/. 235 ;/. 
hoLind-fish aiigî. 235 
hull-cock angl. 235 
kaldauncn (///. 220, ti. 



kaninchcnlîundf///. 245, w. 
kentcn ail. 225, ;;. 
kinda norois 225, u. 
kyndir norois 225, «. 
magen ail. 206, n. 
môgen ail. 206, ;/. 
* nastila 239 
nestel ail. 239 
parget augl. 241, ;/. 
paut- 245 
prick /'. ail. 244 
pricke ail. 244 
prik néerl. 244 
pudel ail. 245 
rock <?'/f /. 248 
rheinfisch ail. 235 
schelvisch «^V/7. 235 
schobbe néerl. 185, «. 



schosse/(/m. 222, ;/. 
scomu 221 
shake angl. 220 
skaka isl. 220 
* skarberga 185, n. 
skômm isl. 220 
soucQangl. 186, n. 
stokvisch wt'Vr/. 235, ;/. 
sulz 219 

vamp, -pav, -pe aiigl. 196 
wamba ail. 196 
wamme ail. 196 
wampa <///. 196 
wand ail. 201, «. 
wanze ail. 201, ». 
wand-laus, -wurm ail. 

201, «. 
wentel ^///. 201, n. 



VI. — Langues celtiques 



alb- gaul. 195 
carruca ^n;//. 195 



cleta gaul. 211 



ulw- h\nir. 185, », 



VIL 



Grec 



auç'. 193, ». 

àp^oç 195 
aùXrJ 232, ». 



aùXrjrîç 232, ». 
a'jXT,T'.y.o; 232, ». 
avÀ'.xo; 232, ». 



aùXd; 232, n. 
ÇeuYAr, 257 
xXstetv 211, ». 



LE SALUT NOTRE DAME 

LA LETTRE DE PRÊTRE JEAN 
(fragment appartenant a la bibliothèque Sainte-geneviève) 



Dans le lot de parchemins appartenant à la Bibliothèque 
Sainte-Geneviève d'où j'ai tiré le fragment des Enfances Gan- 
vain publié ci-dessus', se trouve un cahier composé de deux 
feuillets doubles ayant jadis formé le centre d'un cahier, dont il 
me paraît utile de donner une courte notice. Ces deux feuillets, 
en parchemin, ont 192 millimètres de hauteur sur 138 de lar- 
geur. Ils contiennent : 1° une copie très abrégée du Salut Notre 
Dame de Gautier de Coinci ; 2° la célèbre lettre de Prêtre Jean, 
en français, incomplète de la fin. L'écriture peut être attribuée 
au troisième quart du xiir siècle. Les textes sont écrits cà deux 
colonnes; il y a de 37 à 42 lignes à la colonne. 

Le ms., à en juger par les caractères de la langue, semble 
avoir été écrit dans la région située entre Paris et la Picardie, 
en appuyant un peu vers l'Ouest. Le c suivi d'^ ne reste pas 
vélaire, ce qui exclut la Picardie et les pays situés à la même 
latitude ou au deLà ; d'autre part, c assibilé devient ch : douchor 
est fréquent dans le salut à la Vierge; citons encore rachwe, 
fâche, dans le même poème. Ce dernier caractère s'observe 
dans l'Oise et dans la partie adjacente de la Seine-Inférieure, 
région où c suivi à'a ne se conserve pas avec la prononciation 
vélaire. Il y a quelques exemples à'ei (il y a aussi oi^ pour è, /; 
ainsi tei dans la seconde strophe, rei ailleurs. C'est un trait nor- 
mand, de même que cen pourr^'^ qui se rencontre à diverses 
reprises. Je note encore, non comme fait dialectal, mais comme 
une habitude du copiste, l'omission fréquente de 1';/ des troi- 

1. Voir Remania, XXXIX, i et s. 

2. Voir Rotnatiia, XXXVII, 361. 



SALUT NOTRE DAME 269 

sièmes personnes du pluriel. C'estun fait qui s'observe ailleurs '. 
J'ai rétabli cette lettre entre crochets. 

I 

Le Saint Notre Dame se compose, dans l'édition de Gautier 
de Coinci donnée par Tabbé Poquet (1857), de 157 quatrains. 
Cette édition, comme on le sait, est faite d'après un manuscrit 
exécuté avec beaucoup de luxe, qui fit partie de la bibliothèque 
de Charles V^, et qui, naguère était le joyau de la bibliothèque 
du séminaire de Soissons K On possède du Saint d'autres copies 
que l'abbé Poquet n'a pas pris la peine de consulter^. Je ne 

1. Voir, par exemple, Raoul de Cavibrai, éd. de la Soc. des anc. textes, 
p. Lx'xxi. 

2. No 948 de l'inventaire des livres de Charles V et de Charles VI, dans 
\cs Recherches sur ta tibrairie de Charles V, par M. L. Delisle, II, 155-6. Pour 
la description et l'histoire du ms. voir ibid.y I, 285-305. 

3. Depuis la loi sur la séparation des églises et de l'Etat (1905) ce ms. a 
disparu. 

4. Je note ici celles de ces copies que possèdent les bibliothèques publiques 
de Paris. Ce renseignement est d'autant plus utile que le Salut Notre Dame 
ne se trouve pas dans tous lesmss. de Gautier de Coinci, et que, lorsqu'il s'y 
trouve (soit avant soit après les miracles), les catalogues le passent le plus 
souvent sous silence, le considérant comme faisant partie d'un autre salut de 
Gautier de Coinci, qui le précède ordinairement, et qui commence par ce 
vers : De par la mère Dieu cent mile foi:^ salu. 

Arsenal, 3518, fol. 68. 

BiBL. NAT., fr. 986, fol. 205 r/, à la suite de l'épilogue : A la fin de cest 
livre ou fai pené maint jor. 

— 817, fol. 167. 

— fr. 1533, fol- 2)5 c. 

— fr. 1536, fol. 240 d. 

— fr. 2163, fol. 216 yo. Ce ms. est suivi de cet explicit, dontle catalogue 
imprimé n'a pas tenu compte : Explicit liber domini Galteri, prioris de F/, 
scriptus per manus Guillelmi monachi Maurigniacenu's (Morigny, dioc. de 
Sens) anno Domini MCCLXo sexto. 

— fr. 2193, fol. I d. La pièce est précédée d'un quatrain noté : Entendes 
tuit ensemble et H clerc et li lai . 

— fr. 22928, fol. 281. 

— fr. 23111, fol. 321 Vf. 

— fr. 23532, fol. 221. 



270 p. MEYER 

crois pas que la leçon très abrégée que renferme notre fragment 
soit d'une bien grande utilité pour une édition critique de cette 
médiocre poésie. Elle ne contient en etiet que 58 quatrains. 
Voici les quatre premiers et les deux derniers : 

I Ave dame des angres', ave dame de gloire, 
Qui de la graut coronne euportés la victoire ; 
Ave, dame, ton fiz t'a asise a sa destre ; 
Ave. sor totc chose douche et sade doisestre '. 

II Ave dame as .v. letres, qui nommée es Marie; 
Bon (u né de sa mère qui a tei se marie 
Quer 11 Seint Esperit a tei se maria 
Le jor que li seint angre dist Ave Maria >. 

III Ave dame as .v. letres qui le deablc enchante[n]t ; 
Toz ceus qui volentiers de vos lisefnjt et chante[n]t 
En paradis seront mené tout en chantant ; 

Touz ceus qui de vos chante[n]t vont deable enchantant -». 

IV Ave dame as .v. letres qui le monde conduient; 
Cil qui en loer vos s'eshate[n]t et deduient 

Par toi seront en gloire o grant joie conduit : 
L'arme iert beneùré[e] qui avra ton conduit î. 

Fin (éd. Poquet, p. 755) : 

Ave pucele verge, ave piteuse dame ; 

Ge te pri as meins jointes, de cuer, de cors et d'ame, 

Tous cels et totes celés délivrés de malfé, 

Qui prieront por moi quant diront cest ave. 

Ave verge Marie; je te pri de cuer fin 

Qu'avec celui nos fâches vivre et durer sanz fin, 



1 . Ms. angles. 

2. La leçon ordinaire (éd. Poquet, p. 758) est : 

Ave, dame de gloire, ave dame des angres, 
Ave qui couronnée siés desus les archangres, 
Ave, ja t'a assise tes douz fiex a sa destre, 
Ave, sus toute chose doiz tu douce et sade estre. 

3. C'est le septième quatrain de l'édition. 

4. Ce quatrain manque dans l'édition. 

5. Neuvième quatrain de l'édition. Au troisième vers joleusemi' ni ^ au lieu 
d'à grant joie. 



LA LETTRE DE PRETRE JEAN 27 1 

Qui por nos doner vie en la croiz dévia. 
Ci finet tes salus desprians dévia'. 

Explicit . 

II 

Pour la lettre de Prêtre Jean, je transcrirai également le 
début et la Hn ; mais la fin est celle du fragment, et non celle 
de la lettre à laquelle il manque à peu près le contenu d'un 
feuillet. On pourra comparer ce texte avec celui de l édition 
de Jubinal, Œuvres de Ru tcbciif, 2^ éd., III, 356-375, qui est 
faite d'après le ms. B. N. fr. 4963 (ancien 96 3 ^ de l'ancien 
fonds). Les variantes sont très nombreuses, bien que les deux 
textes se rattachent évidemment à la même version. 

Prestre Joen, par la grâce de Deu et de Jesu Crist rois entre les rois cres- 
tiens, mande salu et amor a Frédéric l'enpereor * de Romme. Nos feson a 
savoir a la vostre amor et, il nos a esté plusors foiz raconté que vos désirés 
moût a savoir par vroies enseignes de nos et de nos conviegnes et de nos 
terres et de nos choses ; et por cen premièrement sachiez que nos aoron le 
Père et le Fiz et le Seint Esperit en terre, et creon bien certeinement que il 
sunt treis persones en Deu solement. por laquel chose nos vos mandon que 
vos la craance et la manière de vostre gent et de vostre terre nos fâchiez a 
savoir par vos letres, et nos mandez se vos volez nule chose que nos puissôn 
trover en nostre terre, quer vos l'avrciz moût volentiers. H se il vos plesoit a 
venir en nostre terre, vos 3 rois et sires enprès nostre décès. E por voir sachiez 
qe nos avon la plus haute coronne qui soit en tôt le monde et la plus riche, 
si conme d'or et d'argent et de pierres precioses et de bones fermetez, si 
coume de chitez et de chasteaus. E sachiez bien de vérité que .Ix. et .ii. rois 
sont desoz nostre [poesté], qui sont tuit bon crestïen. Et si avon autres rois 
qui ne sont pas crestïen, mes il sont bien en nostre conmandement. Et tres- 
toz les povres qui sont en nostre [terre], soie[n]t privé ou estrange, nos les 
sostenon de nos aumosnes por l'amor de Deu. Et sachiez que en nostre terre 
a treis Yndes, donc {sic) la mendre est greignor que Lonbardie et Normendie 

1. Le second hémistiche est corrompu ; éd. Poquet, Ci fitic ton salu, le 
prieur de Via. Lire : Ci fine ton saJu Je prieur de Via. 

2. Ms. enperoor. 

3. Il fiiut suppléer ici seroi^. Il y a dans le ms. B. N. nouv. acq. lat. 2335 
Romania, XV, 177) : Et se vos vouleis venir en nostre terre, bien (il) soie^ 
vous venus, car vous sereis sire de toute nostre terre après nous... La leçon du 
ms. suivi par Jubinal est toute différente. 



272 p. MEYER 

et Franche et Bretaigne et Navare et Espaigne et Escoce et Engleterre n'est. 
En la grant Yude gist le cors seint Thomas Tapostre, et ceste Ynde est 
envers Orient. . . 

Avant de transcrire la fin de notre fragment, qui présente 
des difficultés d'interprétation, je crois utile de donner ici le pas- 
sage correspondant de l'original latin. Je le donnerai en double 
texte. Le texte de la première colonne est tiré de l'édition cri- 
tique que Zarncke a constituée à l'aide de plusieurs manuscrits '. 
C'est le texte primitif. Dans la seconde colonne je donne la 
leçon d'un ms. de Cambridge (Bibl. de l'Université, Oo. 7.48) 
que Zarncke a aussi publiée, faisant justement remarquer 
qu'elle est l'original de la version française éditée par JubinaP. 
C'est une sorte de paraphrase en latin de cuisine qui, en cer- 
tains endroits, se rapproche tellement du français qu'on la croi- 
rait faite sur la traduction. Zarncke a envisagé cette hypothèse 
et l'écarté avec raison. Le ms. de Cambridge, en effet, reproduit 
souvent les termes mêmes du texte primitif, ce qui prouve qu'il 
en est dérivé. 

A B 

Palatium vero quod inhabitat suhli- Et nos facimus vobis notum [quod] 

mitas nostra ad instar et similitudiuem palacium nostrum sit ad similitudi- 

palacii quod apostolus Thomas ordina- nem palacii Gundofori, régis deindea, 

vit Gundot'oro régi Indorum >, in offi- quod beatus Thomas ordinavit. Trabes 

cinis et reliqua structura per omnia et cavroni sunt de quodam ligno quod 

simile est illi. Laquearia, tigna quoque appellatur cetim, et tegmen de libano, 

et epistilia sunt de ligniscethim. Coo- ideo quod libanus non potest ardere. 

pertura ejusdem palacii est de ebeno, Supra palacium istud sunt pomelli 

nealiquo casu possit comburi. In ex- aurei et in quolibet pomello sunt duo 

tremitatibus vero, super culmen pala- carbunculi quod aurum resplendeat de 

cii, sunt duo poma aurea et in uno- die et carbunculi denocte. Et majores 



1. Der PriesterJohdHties, erste Abhandlung enthaltend capitel I, II und III ; 
no 8 du tome VII des Mémoires de la classe philologique-historique de TAca- 
démie de Saxe. Leipzig, 1879, p. 977. 

2. Zîiri lateinische ReJactiouen d. Brie/es d. Presbyler Johannes und ihre 
Verhàltniss iiitn franiôsischen Texte. Comptes rendus de la même Académie, 
1877, pp. 1 14 et suiv. Le passage cité est à la p. 149, 

3. Ceci est pris de la vie de saint Thomas l'apôtre ; voir Bull, de la Soc. des 
atu. textes, 1888, p. 82. 



LA LETTRE DE PRETRE JEAX 273 

quoquc sunt duo carbunculi, ut au- janue palacii sunt de sardonis mixtis 

rum splcndeat in die et carbunculi cum céraste propter hoc quod nullus 

luceant in nocte. Majores palacii porte homo possit ponere malos vermes 

sunt de sardonicoinmixto cornu ceras- intus. Alie janue sunt de libano et fc- 

tis, ne aliquis latenter possit intrare nestre de cristallo. Et mense supra 

cum veneno ', cetereque ex ebeno, quas comedimus sunt quedam de ce- 

fenestre de cristallo. Mense ubi curia tim, cooperte ex auro, et nlie de ama- 

nostra comedit, alie ex auro, alie ex tistis et pilarii ex ebore. Et coram pa- 

ametisto, columpne que sustinent lacio nostro est quedam planicies in 

mensas ex ebore. Ante palacium nos- qua nos sumus, quando volumus vi- 

trum est platea quedam in qua solet dere pugiles bellare. Et fit palacium 

justicia nostra spectare triumphos in ex uno lapide qui appellaturonichinus, 

duello. Pavimentum est de onichino et ex hujusmodi lapidibus laborantur 

et parietes intexti onichino, ut ex vir- omnia palacia que sunt circaplaniciem, 

tute lapidis animus crescat pugnanti- ideo quod pugiles corda habeant me- 

bus*. In predicto palacio nostro non liora. Et thalamus in quo jacemus 

accenditur lumen in nocte, nisi quod tegitur ex auro et ornatur lapidibus 

nutritur balsamo. Caméra in qua re- preciosis. Et quedam lampas plena 

quiescit sublimitas nostra mirabili balsamo ardet de nocte in thalamo nos- 

opere, auro et omni génère lapidum tro, in quo tenemus curiam nostram, 

est ornata. Si vero alicubi propter ardet quedam lampas ejusdemliquoris 

ornatum sit onichinus, circa ipsum propter hoc quod bonum liquorem (/. 

ejusdem quantitatis quatuor sunt cor- odorem) reddant. Et lecti in quibus 

neole ut ex virtute earum iniquitas dormimus sunt de saphiris, ut habea- 

onichini temperetur 3. mus virtutem castitatis. Et formosas 

Balsamum semper in eadem caméra habemus mulieres, sed nos non jace- 

ardet. Lectus noster est de saphiro mus cum eis nisi per quatuor menses 

1. On sait que la peau du céraste (vipère cornue) passait pour être un anti- 
dote contre les poisons, ou du moins pour en déceler la présence. On avait 
à cet effet des couteaux à manches en peau de céraste : voir l'abbé Guérard, 
Documents pontificaux sur la Gascogne, t. I (1896), pièces 3 et 4, et Mélanges de 
r École (le Rome, 1894, p. 613 ; cf. Hist. litt. de la Fr., XXX, 205 \ Journ. des 
Sav., 1904, p. 283; Flamenca, 7184-7, etc. 

2. A propos de Vonichinus il y a dans le lapidaire de Jésus Coll. (Rom., 
XXXVIII, 519) que celui qui portera cette pierre tençonus tu^ tens serra. La 
même propriété ou une propriété analogue est attribuée à Tonyx dans les 
divers bestiaires publiés par Pannier {Lapidaires français, pp. 44, 90, 120, 

153). 

3. Le cornil (carneolus dans Marbode) a, selon le lapidaire de Jésus Coll. 

(§24, Romania, XXXVIII, 505), la vertu de calmer la colère et de mettre fin 
aux disputes ; cf. Pannier, pp. 52, 94, 133, 163. 

Romania, XXXI X lo 



274 P- MEYER 

propter virtutcm castitatis*. Mulieres inanno, causa prolis concipicndo. Hoc 

speciosissimashabemus, sed non acce- est in curia nostra, quiaalie gcntes fa- 

dunt ad nos nisi causa procreando- ciunt voluntatcm suam de uxoribus 

rum filiorum quatuor in anno, et sic suis. Et sciatis quod*.xxx. milia co- 

a nobis sanctificate ut Bersabee a niedunt cotidie in curia nostra, sine 

Dayid, redit uuaqueque ad locum transeuntibus, et onines accipiunt ex- 

suum. Semel in die comedit curia pensas singulis diebus de caméra nos- 

nostra. In mensa nostra comedunt tratam in equisquam in aliis expensis. 

omni die .xxx. milia hominum prêter Et mensa supra quam comedimus est 

ingredientes etexeuntes;et, hi omnes de smaragdo et sedet supra quatuor 

accipiunt expensas singulis diebus de pilarios de amastito, et virtus iilius 

caméra nostra, tam in equis quam in lapidis est quod non dimittit aliquem 

aliis expensis. Hec mensa est de pre- hominem inebriari comcdentem ad 

tioso smaragdo, quam sustinent due mensam, 
columpne de ametisto. Hujus lapidis 
virtus neminem sedentem ad mensam 
permittit inebriari K 

Voici maintenant la fin de notre fragment. Le texte en est 
altéré et ne pourrait être rétabli sans la comparaison des nom- 
breux manuscrits que nous possédons de la Lettre de Prêtre Jean 
en français. 

Nos vos feson a savoir que nostre paleis est fet a la manière le rei Gode- 
frei d'Inde, leqel mon seignor Seint Thomas l'apostre ordena, et le bois dont 
il est fet est apelé occinon 5, qui plus dure que nul autre fust, et la coverture 
est de liben ■*, qui ne puet ardoir. Et sus le paleis a .ii. pomeax d'or, et sus 
chascun pomel a .ii. escharbougles, por cen qe l'or resplendist par joret Tes- 
charbougle par nuit, et les plus granz portes de nostre paleis sont de sardines 
meslées oveccenistre >, et les portes sent de tel vertu que nul larron ne puet 



I. Il est dit seulement dans les lapidaires que cette pierre doit être portée 
chastement, sinon elle n'a aucune vertu : lapid. de Jésus Coll., § 76, p. 520; 
Pannier, pp. 41, 85, 115, 150. 

2. Cf. Pannier, pp. 47, 98, 127, 157. 

3. Il est assez singulier que le cclhim du latin, soit devenu occinon. De 
même dans la version de Jubinal, où toutefois la phrase est fort différente. 
Occinofi, mot que je ne saurais expliquer, doit s'être trouvé dans quelque 
manuscrit latin que Zarncke n'a pas connu. 

4. Liban, dans Jubinal, libcino dans le texte B. 

5. Jubinal : de cenistres meslées avoecques sardines. Il est singulier que cornu 
cerastis ou céraste {B) ait été rendu par cenistre. 



LA LETTRE DE PRETRE JEAN 275 

mctrc le pic dcdanz ', et les fcncstres soin de cristal. lit les tables sor quel 
nos menjoii les unes sont de renon ^ ovrées a or et les autres d'amastites et 
les trestres sont d'iviere ; et devant nostre paleis est un planistre ou nos 
sonnies quant nosvolon voer les jovenceaus esbanoier et joster 5. Et la chambre 
ou nos jeson est toute d'or et aornée de pierres précieuses, et une lanpe pleine 
de basme art devant nos la nuit et rent mervelleuse oudor; et h let ou nos 
dornion est de safirs por tenir vertu de chasteé, car nos avon niout bêles 
femes, mes nos negeson ovec elles fors de mois en mois por ochcson d'en- 
gendrer. Et .c. mile homes menjuefnjt chascun jor en nostre cort ; et la table 
sor coi nos menjon est d'esmeraudes et siet sur quatre piliers d'amaitiste, 
et la vertu de icele pierre garde d'enivrer. 

Li' reste manque. 

J'ai exprimé jadis ^ l'opinion qu'il y avait au moins deux ver- 
sions françaises de la Lettre de Prêtre Jean. C'est une opinion 
qui demande vérification. Quoi qu'il en soit, voici la liste des 
manuscrits de cette version qui sont parvenus à ma connais- 
sance. Il va sans dire que cette liste est sûrement incomplète. 

Berne, i 13, fol. 166 >. 

Bruxelles, Bibl. royale, 9310 (n^^de l'Inventaire de Marchai). 

Cambridge, Musée Fitzwilliam, fol. 153 ^. 

Carpentras, 472 (anc. 464), fol. 176. 

Genève, 179 his, f. 1-37. 

Londres, Musée brit., Reg. 20. A. XI. 

— — Cotton. Cleop. B. 11, fol. i. 

— — Harl. 4404, fol. 93. 
Oxi-ORD, Bodleienne, Bodley 652, fol. 46. 

— — Digby 86, fol. 21 «. 

1. Rien de tel dans le latin, mais le texte de Jubinal porte : que nus ne puet 
nietre dedens mauvais vices, ce qui correspond bien à B. 

2. Jubinal : ramon, que Godefroy traduit par sorte de bois précieux ». 
Ici encore le traducteur doit avoir eu sous les yeux une leçon différente de 
nos deux textes latins. 

3. Cette leçon se rapproche plus de B que d'A. 

4. En 1877, dans l'introduction à mou mémoire sur la relation provençale 
de la prise de Damiette, Bibl. de VEc. des Chartes, XXXVIII, p. 502. 

5. Voir E. Stengel, Durmart, p. 452. 

6. J'en ai transcrit le début, Komania, XXV, 559. 

7. Ces fragments ont été signalés par M. Ritter dans sa notice de ce ms., 
Bull, de la Soc. des anc. textes, 1877, p. 85. 

8. Voir la notice de M. E. Stengel sur ce ms. (1871), p. 5. 



Il G p. MEYER 

Paris, Bibl. de l'Arsenal, 5476, fol. 119. 

— — 5566, toi. 195 . 

— Bibl. nationale, t'r, 854, fol. 128. 

— — 1553. toi- 45 5- 

— — 4965, fol. 207 '. 

— — 5084, fol. I. 

— — 12445, fol. 86. 

— — 24431, fol. 167. 

— — Nouv. acq. lat. 2555, fol. 45-56 ^ 

Pour les éditions de la Lettre de Prêtre Jean, voir Brunet, 
art. Nouvelles de la terre de Prestre Jehan {]" éd. IV, 119; cf. col. 

645). 

P. Meyer. 



1. C'est le ms. (jadis 9634 de l'ancien fonds) d'après lequel la Lettre de 
Prêtre Jean a été publiée par Jubinal. 

2. Ces feuillets, qui ont été achetés de Lord Ashburnham (Libri 96), avaient 
été volés par Libri à Montpellier. Ils faisaient partie du ms. 164 de la Biblio- 
thèque de la Faculté de médecine. Voir Romauia, XV, 177 et Delisle, Calai, 
des Jonds Libri et Bar rois ^ p. 107. 






THE LOVE-POTION 
IN TRISTAN AND ISOLT 



The period of the efficacy of the love-potion is variously 
defined in the varions versions of Tristan ami Isolt. In Béroul ' 
\ve hâve the statement that it was confined to three years. In 
Eilhart von Oberg^ this period is extended to four years, and 
the qualification is made that at the end of this time its 
influence still continues, although no longer so exacting in 
its passionate demand. Thomas 5 and the succeeding redactors 
déclare that the influence of the potion was for life. Our effort 
in the foUov/ing study will be to trace the development of the 
conception in thèse texts ^. 



1. Éd. E. Muret, Société des anciens textes français (B), 21 3 3-2140. 

2. The original(0)is not extant. Short fragments of two 12^11 century manu- 
scripts exist. It is represented by a prose version (P) of the 15^1^ century ; a 
Bohemian version (C) of the i y^\ with a continuation (C*) of the 14^^ century ; 
a rédaction (X), extant in two ly^ century manuscripts (Dand H), based on 
a late I3th century rédaction of the source of P; and, incompletely, in a 15*11 
century manuscript as a continuation of Gottfried (B). For the relation of 
thèse versions see Erich Gierach, Zur Sprachevon Eitharts Tristant, mPrager 
Deutsche Studicn (1908), § i, 2, 3. The passage in question is found in OP, 
éd. Friedrich Pfaflf, Litterarischer Verein in Stuttgart, CLII, p. 43-44; in OX, éd. 
F. Lichtenstein, Ouellen u. Forschungen, XIX, 2279-2500; in OC', trans. 
Knieschek, Z.f.d.Alt.,XXYm, 86,3-87,,. 

3. Tristrams SagaÇS), éd. Kôlbing (Heiibronn, 1878), 56,8-11 ■,SirTris- 
trem (E), éd. Kôlbing (Heiibronn, 1882), CL; Gottfried von Strassburg (G), 
éd. Marold, 7>///o;/ /a (Leipzig, 1906) 11433-11449; Thomas (T), éd. Bédier, 
Roman de Tristan, I, 142 ; Frevch Prose Romance, éd. Bédier, op. cit., II, 340, 
341. 

4. M. Bédier (pp. cit., II, 238) considers that : 1° In the poème primitij 
the potion's efficacy was not limited, 2° The common source of B and O 



278 GERTRUDK SCHOEPPERLE 



THE EXPIRATION OV THE POTION I\ 
B.iROUL AND EILHART : THE RETURN FROM THE lOREST 

Disreijardinfi for thc moment thc distinction bctween the 
Béroul and the Eilhart versions in their définition ofthe potion, 
let us t^rst examine tliem to^etheras differinij tVom theTliomas 
version in representing a sufficient relaxation of its influence, 
at the end ot a certain period, to permit the voluntary abandon- 
ment by the lovers of their life together in the forest. 

The fact that Béroul and Eilhart reiiard the lovers as the 
victims of magie has been recognized by previous critics ' 



(\), observing that in the second part ofthe romance the lovers seeeachother 
less frequentlv, invented the définition which wefmd in Eilhart. Hère we are 
told that for the first four years the force of the potion was so strong that 
the lovers could not be separated for a dav without illness, or for a week 
without death and that after thèse four years it was so far attenuated that 
thev could beat séparation. This distinction was invented, M. Bédier thinks, 
in order to make the lovers'passion appear « plus spontané, plus libre, plus 
humain h. 30 Béroul eitherneglects to mention the second part of this défini- 
tion or deliberately misinterprets it. M. Bédier notes (II, 314-315) that Gas- 
ton Paris who read this discussion in manuscript did not find it convincing. 

Golther (Tristan und Isolde, Leipzig, 1907, p. 98-100) considers that 2", 
the idea which M. Bédier attributes to (v), is the original idea. He does not 
account for the différence in the définition of Béroul. He does not suggest to 
what motives the varions représentations may be due. 

Neither critic gives évidence for his opinions. 

I. Cf. eg. Golther, 149 : « Thomas Hess die Liebe zwar auch aus dem 
Tranke hervorgehen, in seinen Minneschilderungen tritt aber der Zauber 
ganz zurùck, wie ja auch sonst ailes màrchenhalte bei ihm verschwindet. 
Thomas legt ailes Gewicht auf Seelenmalerei, auf ausfùhrliche Darstellung 
von Quai und Gluck der Liebe, die abernur als allgemein menschlichc, unwi- 
derstehliche Leidenschaft, nicht als bôser Zauber erscheint )>. M. Bédier, II, pas- 
sim, and conclusion p. 318 : « Ces discussions ont montré quel est le double 
principe des remaniements de Thomas : une naïve tendance rationaliste, qui 
le porte à atténuer le merveilleux, et surtout son désir de tout enjoliver et de 
tout adoucir, pour transposer la légende au mode courtois». Muret, Romauia, 
XVI, 335 : « Mais le caractère général de leurs (B O) récits et de leurs des- 



THE LOVE-POTIO\ IN TRISTAX AXD ISOLT 279 

and the moreclosely we examine the attitude of thèse redactors 
the more forcibly we are struck with tlieir anxiety to empha- 
size that the lovers are not responsible for their conduct. 
We are told that Tristan's déception of Mark in lying with 
Isole on her wedding night, while the unsuspecting king 
enjo3'ed the servant Brangien, was ^nichein untrûwe' ' but, Hkc 
his *grôzen unmâze' ^ in leaping across the meal-strewn tloor, 
was 'âne sînen danij' ' and ail due to 'der vil unsêliiie trani:''. 
Mark himself acknowledges this when he is told of the potion 
after the lovers' death», 

This idea is most strongly emphasized toward the close of 
the life in the forest, the section of the narrative in which the 
overwhelming influence of the potion is represented ascxpiring ^. 

criptions, les oppose nettement à la version de Thomas, moins antique, moins 
naïve, plus empreinte du mysticisme amoureux de l'époque ». Novati, Stiulj 
di filologia romança, 1887, p. 590 «... Tamore di Tristran e d'Isolt (in the 

Beroul version) è il prodotto d'una malia ; una vera malattia morale, un 

tascino, un'aberrazione dei sensi, délia quale coloro stessi che ne sono le 
vittime riconoscono la colpevolezza, contro cui insorgono con impeti violenti 
di ribellione, che detestano c vituperano come cagione e sorgente d'ogni loro 
sventura ». 

It is notevvorthv too that it is onlv in BérouI and Eilhart that we find 
the appeals for a judicial combat and the « miracles » (the leap from the 
chapel and the rescue of Isolt from the lepers), which express, as M. Bédier 
hasobserved, a conception « naïvement subtile de la justice », and « cette 
idée que les amants sont innocents ou qu'ils peuvent juridiquement le 
paraître ». Cf. Bédier, II, 183-6. 

1. O X 2838-48. 

2. O X 5909. 

3. O X 2845, 3909. Also 2366 z{. OP 57, 10. « Doch mag es rechtlich nit 
bctrieglichkeit sein, weil er solichs nit aus eignem mutwillen und frefel 
geton hat, sunder aus Schikung und wùrkunge materlicher kunst, vor ofl't 
gênant. » 201, 1-3, OC, 186, 7-17, OC' 89, 18. 

4. OX 2846, 3915. Also 2368, OP 57, 12, « nit aus schickung und ord- 
nung der natur, sunder aus krafft und wùrckung des getrancks, das sy 
getruncken hetten ». 82, 15, OC ' 186, 8, 13 ; 89, 9. 

5. OX 9490, OP 201, 3. 

6. It is unnecessary to remind the reader that the épisodes which compose 
the Tristan story, taken from varions sources, are more or less completelv 
dominated by the latest redactor. Whether the account of the expiration oi 
the influence of the potion and the return from the forest which we find in 



280 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

Completely doniinatcd by the potion the lovers arc unconscious 
oî their suti'erings and privations. They, as well as the poet, 
recoi^nize tliat their love is sintul, but thev recosrnizc too that 
thev are powerless against it. They know that it is due to 
a supernatural influence of which they are the innocent 
victims. This apTpears clearly in their visit to the hcrmit Ogrin 
who is the embodiment of mcdiacval piety '. The good man 
urges them to repcntance and Tristan rcphes : 

Sire, par loi, 
Se ele m'aime (en bone foi, 
Vos n'entendez pas la raison), 
S'el m'aime, c'est par la poison ^ 

Isolt Hkewise déclares : 

Sire, por Deu omnipotent, 
Il ne m'aime pas, ne je lui 
Fors par . i . herbe dont je bui 
Et il en but : ce fu péchiez 5. 



Béroul and Eilhart, belonged to an indepcndent episodic treatment, which 
was appropriated as it was into the biographical romance, or whether it is 
the work of the same imagination as that to which we owe the introduction 
of the potion into the tradition, is a problem which is of no conséquence for 
the présent investigation. 

1. The hermit confessor is popular in mediaeval French romances : et. 
Chrestien de Troyes Percerai, éd. Potvin, 7675-7893, Wolfram von Eschen- 
bach, éd. A. Leitzmann, Altdeutscbe Texthibliothek, £ 452-502 ; Girart de 
Roussillofi,ir2id. Paul Me ver, p. 235-239; Désire, Lais inédits des XI I^ et 
XI 11^ siècles, éd. Michel TParis, 1836J, p. 10, 17, 20-21; Robert le Diable, éd. 
E. Lôseth (Paris, 1903), v. 638-915 ; /?o/;/a;//fl, XXXIII , 163 ff.,etc.The hero 
finds the hermit in the forest. Emphasis is laid on his piety and learning 
and on the siubbornness of the sinners in their sin. The hospitable man 
invites the visitors to lodge with him, and cares for their temporal as well 
as their spiritual needs. His effort for the latter are finally succcssful. 
Confession, absolution, and penance aredescribed more or less technically 
according to the usages of the Roman Catholic church, and the sinners 
départ with good resolutions to perform their penance and amend their 
lives. 

2. B. 1381-4. 

3. B I4I3-I7- 



THE LOVE-POTIO\ I\ TRISTAN .-IXD ISOL'I 28 1 

Or, as the Bohemian version of Eilhart expresses it : 

It is laid on us by God : \vc arc both of us powcrlcss to resist it '. 

They départ from thc hennit without absolution. 

The term of the efficacy of the potion at length expires. On 
the instant the compulsion which hiy upon them is hfted. For 
the first time il i } ealize the privations of their life in the 
torcst, the miserv of exile, the sufleriniz thev hâve caused 
each other. Isolt ^ in the leafy but and Tristan ' hunting in 
the torest simulianeously lament the fatal drink. In two mono- 
logues and a dialogue ' their révulsion of feeling is developed 
at length. Their relief at being frced from the curse of the 
potion, their remorse for their sin, their regret for the injury 
they hâve done Mark, and their aspirations toward a better life, 
are couched in ail the pious formulae of niediaeval orthodoxy. 
Moved by the désire to obtain absolution for their sin, and 

counsel : 

Por qoi la joie pardurable 
Porron ancore bien merirJ, 

they again seek the hermit Ogrin-. To the hermit's greeting : 

Gent dechacie, a con grant paine 
Aniors par force vos demeine ! 
Conbien durra vostre folie ? 
Trop avez mené ceste vie^. 

Tristan replies : 

Si longuement l'avon menée, 
Itel fu nostre destinée 
. III. an a bien si que n'i falle, 
Onques ne nos falli travalle 7. 

Released from the influence of the potion the lovers at 
once abandon their evil life. Throuo^h the ^ood offices of the 



I. 


OC' 224, 6-8. 


Simil 


arlv 


OX 


47 


20 


-9: 


;OP 


lOI, 


25- 


-102, 


5- 


2. 


B 2200-20. 
























3- 


B 2160-2201. 
























4- 


B 2201-89, 
























5- 


B 2276-8. 
























6. 


B 2295-9. 
























7- 


B 2301-5. 

























282 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

hermit Ogrin, Mark is prevailed upon to receive Isolt. Tris- 
tan brings her back to him and submits to exile. The expi- 
ration of the influence of the potion, the repentance of the 
lovers, and their reconciliation with Mark at the counsel of 
the hennit are entirelv lackini^ in the Thomas versions. We 
may therefore regard as characteristic ot the Béroul-Eilhart ver- 
sion the effort to extenuate theguilt ofthe lovers, whileempha- 
sizing their conduct as criminal, by attributing it toa supernat- 
ural influence and by limiting this influence toa dehnite period. 
The redactor thus brings their storv within the ranç^e of svm- 
pathv ofa popular audience whose faith in the elficacy of love- 
potions and in the sacredness of the marriage bond was equallv 
sincère and equally uncritical. 



n 



THE CONTINUATION OF THE NARRATIVE IN 
BÉROCL AND EILHART 

This edifying solution does not represent however, in any ot 
the extant texts, the conclusion of the romance ' . Xor does the 
continuation which we find in connection with it bear out its 
edifying promise. On the contrary the adventures which we hnd 
foUowing it are quite without the savour of piety which we 
hâve found in the passages lately under discussion. The contin- 
uations both of the Beroul and the Eilhart versions represent 
the passion ofthe lovers as unabated. 



I . Suchier, Paris, and Muret are agreed that the expiration ofthe influence 
of the potion and the repentance of the lovers represents an intended conclu- 
sion. Suchier, Geschichte Jer franipsiicJxn Literatur (Leipzig, Wien, 1900) 
p. 112, sug^ested that it was the conclusion ofthe âlUstcn Tristan. G. Pa- 
ris, Journal des Savants, 1901, p. 702, thinks that it represents the conclusion 
of themodel common to Béroul nnd Eilhart. M. Muret, Romania, XVI, 341, 
points out inieresting indications that it belongs to an episodic treatment 
which was appropriated , substantially unchanged, into the biographical 
romance. It is iramaterial for the présent discussion, to which of thèse hvpo- 
theses the reader may incline. The question will be considered at length in a 
siudy shortly to appear on the Sources 0/ the Tristan Romance. 



THE LOVE-POTIOK IX TRIST.IS' .4. WD ISOLT 283 

The Béroul continuator seems as unconscious of the contra- 
diction to his définition of the potion which his continuation 
involves as he is of the other contradictions in his narrative 
which show clearly that the ponion following does not belong 
to the same design as the portion preceding the rerurn from the 
forcst '. 

In the Eilhan version the continuation is prepared for b\' a 
qualification of the Béroul définition. \Ve are told that afier 
the first four years, the love inspired by the potion 
continued, but with less overwhelming power-. The prose 
redactor adds his personal opinion that this passion would 
hâve kindled by the end of those four years, an equally irrésist- 
ible « natùrlich feùr der liebe »'. The qualification is clearly, 
it seems to me, a modification of BérouFs définition made by a 
poet who wished to reconcile his continuation with his account 
of the retum from the forest. Such a supposition is entirely in 
accord with the habits of the Eilhan redactor, who, at evcr}- 
point in the narrative, appropriâtes the available material with 
as little modification as considérations of séquence will permit ^. 

1. For a discussion of the continuation in Béroul, cf. Mur ti. Béroul, -p. xv- 
XXV. He concludes : « Ainsi nous sommes amenés à reconnaître dans le 
manuscrit 21 71 deux, et même trois groupes de récits, nenement distinas et 
parfois contradiaoires. . . On sait déjà que les récits de la première partie dérivent 
de la même source perdue que le poème allemand d"Eilhan d"Oberg. Dans 
le morceau de raccord, un récit de même provenance a sans doute été rema- 
nié pour accueillir les données de la dernière partie ». 

2. OX 2279-90, O C 86, 15-87, 15. 
5. OP 45-44. 

4. Cf. below, p. 287. At an earlier point in the narrative we hâve a simi- 
lar instance of the conser\-atism of this version. The poet is adopting into 
the biographical romance vxo independent épisodes, the Tantris épisode 
(the quest of healing) and the quest of Isolt (the quest of an unkno-wTi 
princess), OX 1012 fF., OC 55, 18 ff.,OP 17, 5 ff. He might, as Thoniasdid 
later, S XXXII ff.. ECXXI îf., G 8250 tf., hâve identihed from the outsetthe 
princess of the second quest v^ith the princess who had hcaled Tristan in the 
first. Or. retaining the second quest as the quest of an. unkno\ik-n princess, he 
might hâve fumished the moments of récognition necessitated by the appro- 
priation of the personages as the hero and heroine of the same narrative. 
But he shrînks firora so much invention and even provides against the neces- 
sity of a scène of récognition between Tristan and Isolt, by making her heal 



284 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

III 

THE CONTINUATION OF THE NARRATIVE IN THOMAS 

The tact thatthe Thomas version, in its treatment of theforest 
life as a whole, is a revision, in accordance with more courtly 
taste, of a model which the Béroul-Eiihart version préserves 
substantially unchanged \ establishes a strong antécédent prob- 
abihty that it is such a revision at this point also. Further, the 
conception of the potion which we hâve recognized in the 
Béroul-Eiihart version — a conception which condemned the 
relation of the lovers as criminal — is one with which Thomas 
would certainly not hâve been in sympathy. It would hâve 
been natural for him, if he had had such a version before him, 
to hâve effaced the limitation of the potion and to hâve altered 
the narrative in accordance with a conception of love less naive, 
less ascetic, more impregnated with the courtly ideals of his 
time^ 

As we hâve seen, the expiration of the influence of the 
potion, in the Béroul-Eiihart version, constitutes a turning 
point in the story. The lovers who had before recognized no 
possibility ofquitting each other orof escaping the hardships of 

him in the first visit by meansof a plaster sent him at her father's command, 
M. Bcdier, II, 212, points out that this characteristic of the Eilhart version is 
a modification of the source. Thedevelopment of the extant texts in this sec- 
tion will be considered more fuUy in a study shortly to appear on the Sources 
oj the Tristan Romance. 

1. This has been established by Bédier, II, 259-263; Gohher accepts his 
conclusion, p. 152-3. 

2. Cf. eg. Brakelmann, Us plus anciens chansonniers français (Paris, 1870- 
71), Chrestien de Troyes, II, 28-34 : 

Onques del bevrage ne bui 
Dont Tristans fuz enpoisonez, 
Mais plus ne fait amer que lui 
Fins cuers et bone volontez. 
Si ne m'en doit savoir mal gré 
Quant de rien efforciez n'en fui 
Fors de tant, que mes eus en crui. 

To efface the love-potion entirely was however too bold a move for 
Thomas. 



THE LOVE-POTION IN TRISTAN AXD ISOLT 285 

the life in the forest, arc suddcnly, at ihc moment of thc fullîl- 
mcnt of thc tcrm ot thc potion'seiricacy, siczcd with thc désire 
to break off their sinful relation and to return to the court. 
Accordingly they seck the hermit Ogrin and with his assistance 
effect a reconcihation with the king'. 

Let us compare with this the version of Thomas, notinghow 
he secures this turn in the narrative. Hère there is no interrup- 
tion of the influence of the potion, no repentance, no negotia- 
tions for return. On the contrary the lovers are forced to give 
up the hfe in the forest because Mark, having chanced to come 
upon them sleeping and seen a sword between them, is convinc- 
ed of their innocence and commands them to return -. 

Certain ly this termination ot the life in the forest is 
more htting in a poem dedicated to the glorification of love, 
than that in which the lovers take the initiative, moved by 
regret for their sin and discomfort. The différence between the 
Béroul-Eilhart and the Thomas versions at this point is there- 
fore entirelv in the direction of the latter's tendencies. In Béroul 
and Eilhart the return is voluntary ; in Thomas it is not the 
lovers who beg, but Mark who commands, the return from their 
idyllic soUtude. 

The question is : Did Thomas actually hâve before him a 
version similar to that of Béroul and Eilhart at this point ? 

If we find that contradictions, ambiguities, and détails incom- 
pletely utilized for the narrative in the Béroul-Eilhart version, 
reappear in Thomas in the same unsatisfactory form or with 
modifications which betray the effort to obviate them, we may 
suspect that the model which Thomas had before him was 
substantially identical, in this section of the narrative as in 
others, with the Béroul-Eilhart version. Further, if we find 
in Thomas the survival of significant traits of the edifying con- 
ception which we hâve foundto be characteristic of the Béroul- 
Eilhart version, we may consider them an important confirma- 
tion of our suspicion. Let us therefore compare with the Thomas 
version, the incident of the discovery by Mark of the sleep- 
ing lovers in the torest, which occurs, in the Béroul-Eilhart 



1. B 2147-2950, OX 4724-4998, OC' 224, 9-238, 8, OP 102, 2-109, M- 

2. S LXVII, E CCXXXV ff., G 181 19-18605. 



286 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

version, just previous to the account of the expiration of the 
potion. 

Béroul does not account for Tristan's placing his sword be- 
tween himseltand Isolt ". Eilhart déclares that it was a habit of 
Tristan's and expresses his personal opinion that is was a strange 
one-. Gottfried explains that Tristan, having been advised by 
the barking of the hounds on the preceding day, that Mark 
and his partv were in the forest, had phiced the sword in this 
position as a ruse to deceive whoever might chance to discover 
them\ M. Bédier has shown that the version of Gottfried is 
posterior at this point +. 

The glove, which in Eilhart > Mark unaccountably placed 
on the face ot Isolt, is laid there in Béroul ^^ to protect her from 
the Sun. The Sa^a'^ préserves this incident as it is in Béroul. 
In Sir Tristrem ^ Mark more gracefuUy puts the glove in the 
opening through which the sun shines. Gottfried '^ stops the 
chink of the grotto with grasses. M. Bédier has shown that the 
Béroul-Eilhart version is the model of the Thomas versions at 
this point also'°. 

In Béroul and Eilhart the king takes Tristan's sword and 
leaves his own in its place". In Béroul he likewise exchanges 

1. Cf. B 1805-6. It is possible that the lacuna at 1. 1796 has lost us the 
explanation. 

2. OX 4581-8, SimilaryOC'2i8, 1-7, OP 99, 18-26. 

3. G 17398-421. 

4. Bédier, I, 244-3. 

5. OX 4638-40, 4650-2, OC" (on Isoh's breast) 220, 6, 21 ff., OP 100, 
1 5-16, 20-23. 

6. B (glove or gloves) 2032-6, 2039-43, 2073-8 (the glove falls to Isolt's 
breast). 

7. S LXVI, p. 81, 9-10. 

8. ECCXXXI, 2)37-44• 
9. G 17580-622. 

to. Bédier, I, 241-242 and note, II, 262. It seems to me possible that the 
glove originallv had a symbolic signifiance which the rcdactors of the extant 
versions did not undcrstand, and underv.'ent a process of rationalization whiizh 
appears complète in Gottfried. For suggestions as to the symbolic signifiance 
of the glove, cf. J. Grimm, Deutsche Rechlsalteilïuner {L€\^7.V^, 1899), I, 209. 

II. B 2037-9, 2049-51, 2080-4, 2092, 2107, OX 4630-6, 4657-60, OC • 
220, 3-16, OP 100, 14-15, 22-5. 



THE LOVE-POTION IN TRISTAN AND ISOLT 287 

Isolt's ring for his own \ Thèse traits do not appear in Thomas. 
In Beroul the king's intention in leaving the tokens is repre- 
sented ns friendly. He reflects that when the lovers awaken nnd 
find them, they will know that he has discovered them and 
has had pity on them-. But he seems to forget the incident im- 
mediately and completely. The redactor iails signally to util- 
ize it for the subséquent narrative ; it appears in his version in 
grotesque inconséquence. Eilhart does not explain Mark's 
motives, but he later represents him as influenced by the 
memory of the incident to receive graciously the overtures of 
the lovers when, after the expiration of the potion's influence, 
they seek a reconciliation. We seem hère to hâve another 
timid effort of Eilhart to improve iipon the Beroul version \ 
In both Beroul and Eilhart the lovers, far from interpreting 
the tokens as Beroul déclares they were intended, are terrified, 
being convinced that the king will reiurn with his men and 
dcstroy them. They flee at once from the place, and, until the 
expiration of the potion's influence, lead a life of perpétuai 
fear ^, In the Thomas versions this unaccountable terror of the 
lovers is replaced by satisfaction in the reflection on the chas- 
tity ofthcir attitude >, and Mark, convinced of their innocence^, 
recalls them at once to the court". 

The substitution of the king's sword for Tristan's and the 
lovers' terror on finding the token, has close parallels in mediae- 
val romance. In thèse however there is no sword found between 
the lovers. On the contrary the discovery is a discovery of 
guilt. A man comes upon his wife or daughter sieeping with 
one of his vassals, and withdraws without awakening them. 
He leaves however a token of his présence. In one case he takes 



1. B 2027-50, 2045, 2084-7,2109-11. 

2. B 2001-9. 

5. Cf. above, note 4, p. 272. 

4. B 2063-133; 0X4647-4701, OP 100, 18-101, 15, OC' 221, 11-18. 

5. S LXVI, p. 81, 14-20, E CCXXXIII, 2559-62, G 17658-63. 

6. For the sword placed between a sieeping couple ci. Bernard Heller, 
Lépée symbole et gardienne de chasteté, in Roniania, XXXVI, 36-49 and 
XXXVII, 162-3. 

7. S LXVI, p. 81, 21-9, E CCXXXIII, 2562-4,0 17663-96. 



2S8 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

liis sword and pinces it bctwecn the guilty pair'. In another 
hc takes the lovcr's sword from its shcath and départs with 
it-. In a second rédaction of the latter he substitutes a sword 



1. In ilîc Spanish Portugcsc romancero Gcrineldo thcrc is a liaison be- 
twcen the king's daughter and liis Chamberlain. The king awakens terrificd 
bv a dream and hnds Gerineldo absent. He suspects his wlicrcabouts. 

Tomô la espada en la mano, 
En gran sanava cncendido : 
Fuérase para la cama 
Donde d Gerineldo vido. 
El quisiéralo matar ; 
Mas criôle de chiquito. 
Sacara luego la espada. 
Entre entrambos la ha metido. 
Porquc desquc recordase 
Viese cômo era sentido. 
Recordado habia la infanta, 
E la espada ha conocido. 
— Recordados, Gerineldo, 
Que va érades sentido, 
Que la espada de mi padre 
Vo me la he bien conocido 

The lover attempts to escape but is met by the king in the garden An acci- 
dent inters-enes however which permits the lovers to flee and they live hap- 
pily in another land. J. Wolf and Hofman, Primavera \ jlor de Romances 
(Berlin, 1886), II, p. 166. Cited in W. Hertz, Tristan und /solde von Gott- 
fried von Strasshurg 5^ p. 551. 

2. In the Old Irish epic Tdin hô Ciiahige there is a liaison between Medb, 
the wife of king Aillil, and Fergus, one of his warriors : 

It is ihere then that Aillil said to his charioteer Cuillius, 'Find out for me today 
Medb and Fergus, I know not vhat has brought thcm to this union. I shall be 
pleascd a token should conie to me by vou. 

Cuillius came when thev uere in Cluichre. The pair remained behind and the 
warriors went on. Cuillius came to thtni, and they heard not the spy. Fergus' sword 
happened to be besidehim. Cuillius drew it out of itssheothand left tlic sheath emptv. 

Fergus is taunted by Aihll and deprived of his sword. Later, when he can 
do so more conveniently,Ailill avenges himself by killing Fergus : see W. Far- 
aday, neCatlle Raid of Cnahige (London, 1904 J, p. 44, 51, 134, translation 
from the Leahhar na hUidhre \GTs\on ; cf. d'Arbois de Jubainville translation, 
Rev. CW/., XXIX, p. 163, XXX, i62;Kuno Meyer, The Dealh Taies of the 
Ulster Heroes, R. I, A. Todd Lecture Séries, XIV, 32-5. 



I 



THe LOVE-POTiOX IN TRISTAN AND ISOLT 289 

of wood'. In a third instance he covers the sleepers with bis 
own mande and takes away that ofthe lover ^ His disposition, 
in the instances cited, varies from the détermination to punish 
to the inclination to pardon '. The original form of the Tristan 
scène may also hâve becn a discovery of guilt. What was its 
bearing upon the narrative, it is impossible to say. It may be 
that it led originally to the tragic ending *^. It may be that it 
was the device by which some earlier poet motivated the return 
from the forest and broughtthe lovers into position for the sto- 
len visits ofthe exiled Tristan, which constitute the chief mat- 
ter of the subséquent narrative and ot the episodic poems. 



1 . « Ein Jahr vor dieser Geschichte hatte Ailill den Fergus ùbcrrascht, 
als cr zu einer Vereinigung mit Medb (Ailill's wife) gegangen war auf dem 
Abhang in Cruachan, sein Schwert auf dem Abhang nebcn ihm. Und Ailill 
batte das Schwert aus seiner Scheide gerissen und ein Schwert von Holz an 
seine Stelle gesteckt und sein Wort gegeben, dass er es ihm nicht (zurûck) 
geben wùrde bis dass der Tag der grossen Schlacht gegeben wàre ». 

Tiiiii bô Cûahige, éd. E. Windisch (Leipzig, 1905), p. 414, cf. 858, from, 
the Book of Leinster version. 

2. In the provençal biography of the troubadour Raimbaut de Vaquciras 
a father discovers his favorite troubadour sleeping with his daughter. Hcre 
the article substituced is a cloak : « Esdevenc si que la dona se colquet dormir 
ab el, el marques que tan l'amava atrobet los dormen e fo iratz ; e com savis 
homs nols vole tocar. E près son mantel e cobri los ne ; e près cel d'En 
Raimbaut et anet s'en. Equant En Raimbaut se levet, conoc tôt com era; e 
près lo mantel al col et anet al marques dreg cami, et aginolhet se denan 
el e clamet merce. El marques vi que sabia com s'er' avengut; e mcm- 
bret li los plazers que li avia faitz en mans locs ; e car li dis cubertamens, 
per que no fos entendut al querre del perde, quel perdonec (ton. perdones) 
car s'era tornatz en sa rauba, selh que o auziron se cujeron 411e o disses per 
lo mantel, car l'avia près. El marques perdonet li e dis li que mais no tornes a 
sa rauba. E no fo sauput mas per abdos. » (Chabaneau, Les biographies des 
troubadours, Toulouse, 1885, p. 87). 

3. The belief that it is unsafe to waken a sleeping man is universal among 
primitive peoples, cf. G. L. Gomme, The Handbook of Folklore (London, 
1890), p. 61. The superstition persists in mediaeval literature as a scruple of 
honor or courtesy, cf. OX 7475-7498. 

4. Cf. the similar Old Irish romance, the Exile ofthe Sons of Usnech, and the 
Scotch-Gaelic versions of the Pursuit of Diarinaid and Grainne, v. below 
note 5, p. 294. 

Romania, XXXJX. • I9 



290 GHRTRUDE SCHOEPPERLE 

W'hatever inay hâve been its original bearing upon the Tristan 
story, the substitution ot the sword certainly does not seem to 
be due to the peculiar moraHzing tendency of the Béroul- 
Eilhart redactor. It is unaccountable there except as the surviv- 
al of some earlier conception. On the contrary the position of 
the sword as hctivecu Tristan and Isolt mav oe a trait that was 
introduced by him as an attempt to turn the épisode toaccount 
as préparation (timidly expressed in Eilhart, tacit perhaps in 
Béroul) for the subséquent reconcihation '. The substituted 
sword, which thus seemsto be a survival, in Béroul and Eilhart, 
ot an earlier version, is omitted in Thomas, whereas the separ- 
ating sword, which might belong to the edifying conception 
emphasized by them, is retained. 

\Ve hâve noted Thomas' use of the incident to account for 
the return from the forest. The logical conclusion of the discov- 
ery of the lovers with the sword between them, is, as Thomas 
recognized, Mark's conviction of their innocence and his recall of 
them to the court. But this logical conclusion unfortunately does 
not bring the lovers into the position which is the necessary 
point ot departure for the remainder of the story, namely Tristan 
in exile and Isolt at the court of Mark. Thomas is therefore 
torced to invent an incident that will serve this purpose : 
Mark again iinds the lovers sleeping together, this time in 
a garden, no sword between them. He again withdraws, this 
time on the improbable pretext of seeking witnesses ; the 
lovers awaken terrified as he départs, and Tristan fiées ^. 

1. This development seems to be in line with the tendencies which we 
havepointedout inourstudy oi Chievrefo'd (Romauia ,WW\ll, 196-206). The 
rédaction (cf. group B Chitvrefoil, p. 200, 206) which first introduces a new trait 
(b), retains beside it as a fossil, the more archaic one {a) which wassignifi- 
cant in its source (cf. group A Chinrefoil, p. 200, 206). The incident therefore 
appears in this rédaction withiv -f- ^'- Thenext rédaction (cf. group C Chievre- 
foil, p. 201, 206) supresses the archaic trait (a) ahogether and emphasizes the 
secondar^' trait (h). In this case the rédaction A is not represented in tiie 
extant texts. The rédaction B is represented bv BO, 1/ (substituted sword, 
terror of the lovers, etc) 4- h (separating sword). The rédaction C is repre- 
sented bv T, b only (separating sword as ruse, reassurance of lovers, recall 
by Mark, etc.). 

2. S LXVII, E CCXXXV ff, G 181 19-18605. For the similarities of this 
scène to that of the discovery of the lovers in the forest, and the subséquent 



THE LOVE-POTIO\ I\ 'I RISTAX .-ÎXD ISOLT 29 I 

M. Bédier' lias already callcd attention to thc improbabilities 
of this épisode and Professor Golther^ agrces with him that 
it seems to be an invention on the part of Thomas. 

It seems hardly justifiable to suppose that the source of Thom- 
as should hâve been substantially différent from that of the 
Béroul-Eilhart version, sinceit seems to hâve presented to him 
the same inconséquences, ambiguities and contradictions which 
we find in that version, and the vital features of the same edi- 
fying conception. It seems probable on thecontrary that Thom- 
as, receiving the scène in a form very similar to that in which 
we hâve it in Béroul and Eilhart, found it as inexplicable and 
at the same time as charming, as we do today. He did his best 
to remove its ambiguities and, by deducing from it its logical 
conclusion, contrived to bring about by means of it thc rcturn 
from the forest. Effacingthe expiration of the potion, suppress- 
ing the repentance of the lovers, and explaining their return as 
due to the command of Mark, he byonemove secured a justilî- 
cation for a charming épisode which had before only impcded 
the narrative, and avoided the necessitv of attributmi^ the aban- 
donment of the forest life to the initiative of the lovers them- 
selves. 

It appears therefore that what M. Bédier established for thc 
period of the forest life in gênerai is true also for the incidents in 
connection with its conclusion ^ namelv that the Béroul-Eilhart 



parting of thc lovers in the Béroul-Eilhart version, sec Bédier II, 262, Gol- 
ther, p. 153. The terror of the lovers on awakening, after the discovery in 
ihe forest in Béroul and after the discovery in the garden in Thomas, is 
expressed in similar ternis, cf. B 21 1 1 flf and T 17-29, cf. also the mention of 
the ring at the parting at the Gué Aventureux, B 2794-2805 with the ring 
given by Isolt to Tristan at their parting in the garden in Thomas, T 51-3. 

1. Bédier, II, 261-2. 

2. Golther, 51, 63, 155. 

3. In the account of the return from the forest, M. Bédier considers tha^ 
Thomas, who motivâtes it by the discovery scène, préserves an earlier con- 
ception which Béroul and Eilhart hâve lost. He rejects the BO version at ihis 
point in the narrative because he is unwilling to admit its définition of the 
potion into his poème primitif. He rcpresents the narrative in this section as 
follows, II, 257-8 : 

« Au réveil, les amants reconnaissent que le roi est venu et qu'il les a épar- 



29- GERTRUDE SCHOEPPERLE 

version represents thc point of departurc in cach case for thc 
rédaction oi' Thomas. It seems then that the conception which 
Thomas tbund in his source was that which we find in Béroul 



gncs (O B T Poire). Ils s'efFraycnt d'abord, craignant que le roi ne soit allé 
chercher du renfort ; mais bientôt ils comprennent sa clémence, et qu'il sera 
possible de trouver un accommodement avec lui (O B T). Négociations 

(O B T) Marc reprend Iseut, tandis que Tristan reste e.\ilé de la cour 

(O B R) aux termes d'un accord avec le roi (O B) ». 

In the first place Eilhart and Béroul do not, as \ve hâve secn, in anv way 
conuect the lover's negotiations for reconciliation with the discovery scène in 
question. Xor do the lovers interpret the tokens which the king leaves as 
indications of his clemency. The version which M. Bédier proposes has there- 
fore no authoritv in the texts. It is a compromise which contrives to avoid 
both the garden-scene, which he recognizes as a remanicvieut on the part of 
Thomas (o/). cit., II, 262), and the expiration of the potion, which he con- 
siders a. rettianiitneut on the part of the Béroul-Eilhart version. It is however 
a compromise which leaves the motives of the lovers in seeking a séparation 
from each other entirely unaccounted for. The only motive conceivable, that 
of repentance, would identify the version with that of Béroul and Eilhart . 
The one différence would be that M. Bédier would motivate the repentance 
by the reflection on the clemency of the king, whereas in the Béroul-Eilhart 
version it is due to the expiration of the potion. The difficultv with M. Bé- 
dier's version is that there is no évidence of its ever having existed. A table 
of concordances cannot justifiablv contain anything prior to the versions of 
which it is composed. When therefore, as hère, M. Bédier présents a version 
which is represented by no extant text, he is leading us outside the province 
which his method claims to command. In other cases in which he does thii 
he justifies his departure bv a discussion which establishes the version which 
he proposes; cf. II, 312, 140, n. i, 304. But in thiscase he fails to doso. 

It is désirable perhaps to guard against misunderstandings by maktng clear 
to the reader in what sensé we inderstand M. Bédiérs u pohne primitif». 
M. Bédier hasdetermined thishypothetical version by the following method. He 
considers Thomas, the French Prose Rotnatice, the Bcroid-Eilhart version and 
the Folif Berne to represent four independent derivatives from a common 
source. Bv drawing up a table of concordances of the traits represented by 
two at least of thèse versions, he establishes the gênerai outlines of a narra- 
tive which he regards as their common source. Any trait represented by one 
version only he considers posterior (op. cit.,\\, 191-193). 

Since it has not been proved that the versions which he utilizes are 
i ndependent derivatives of a common source, and since they are obviously of 
ver\- unequal value, it seems to me entirely unjustifiable to regard the traits 



THE LOVE-POTIOX IX TRISTJX ASD ISOLT 293 

and Eilhart. In other words the earliest conception ofthe potion 
in the extant texts is that in which its efficacy is limited to a 
dehnitc period. 

IV 

CONXLUSION 

The origin of the potion in Tristan tradition will form the 
subject of a further study. It may be permissible however to 
remark hère that we hâve found no évidence in the extant 
texts that points to a conception of the potion more primitive 
than the naivelv moral one which we hnd in the Béroul-Eilhan 
version. The immédiate context ot its introduction (the quest ot 
Isolt bv Tristan for Mark) gives no due to an eadier origin. It 
is an épisode that may be found anywhere in popular tradi- 
tion or in mediaeval narrative. The account of the brewing 
and drinking of the potion ' and of the marriage custom - with 
which il is associated, is without primitive features. Onthecon 



attested by tu-o or more of them as the more primitive. On the contran- the 
Prcsf Rom<jnu and Thomas, with their courtly tendencies, would naturally 
tKsiC^ and the FolU from its nature might omit, traits which the Beroul- 
Eilhan version alone might retain. 

But as a matter of fact M. Bédiers reconstruction is not determined by 
his method. In practice he never, except in rare cases, uses F, R, or evenT, 
without the support of BO, to establish a trait of his poème primitif. He 
disregards entirely the second pan of Beroul, utilizing only the first part, 
which is practicallv identical with Eilhart. His poème primitif is therefore, 
with ver}- slight modifications, an outline of the poem of Eilhart. The modi- 
fications represent his idea ofthe points in which Eilhart modified his source. 
The only important ones we hâve noted are thosenow under discussion. We 
consider his reconstruaion therefore a convenient means of representing his 
idea of the French poem which Eilhart followed closely and Thomas revis- 
ed. 

1. Cf. Golther, D/V 543^j îi>f; Tristan utul Isolde (Siùnchen, i887),i5-i6; id., 
Studieii :;iir Literatiirgeschichte, M. Bfrruys grwidmet (Hamburg, Leipzig, 1893), 
p. 167 tf. ;id., op. cit. (1907), p. 19-20; Bédier, II, 1 79-181. 

2. Cf. Hertz, op. cit., p. 555. In the elaborate description in Heinrich 
von Freiberg, of Tristan's wedding with Isolt of the White Hands, the rela- 



294 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

trars' its oriiîin seems traceable to the moral considérations 
apparent in Béroul and Eilhart. There appears no reason to 
alVirm anv more than to deny that there may hâve been a love- 
potion in the Celtic sto.ries of Tristan'. Love potions are uni- 
versal in primitive literature^ and occur frequently in Celtic 
tradition \ Butalready in the earliest extant versions of Tristan, 
the redactors hâve worked it over so thoroughly with moral 

tives bring tlie bridai couple a imnschiiire (= Fr. lueugier) early the next 
moraing. HeitiricFs von Freihcrg Tristan, éd. Bechstein (Leipzig, 1877), 509- 
980. 

1. J. Lotb, Rn'. Ct'lt., XXX, 282, expresses the opinion that the hvendrinc 
(B. 2138), was of Anglo-Saxon, or rather of Anglo-Celtic invention. Bcdier, 
II, 141, 161, and Golther, 34, recognize that there is no évidence that the 
potion was of Celtic origin. 

2. Examples in the classics are fréquent, cf. lexicons under philtrum, 
vhigia, veneficium. See also handbooks of gênerai folk-lore. There are numer- 
ous instances in the Germanie epic. 

5. D'Arbois de Jubainville, Rev. Celt., XV,4o6(cited by Bédier, II, 162), is 
mistaken in saving that the love potion is 'une thèse qui est étrangère au 
cercle d'idées des vieux conteurs irlandais'. 

In the Scnchits Mor, Ancient Laws oflrelamJ, (Rolls Séries), there are numerous 
provisions and indemnities connected with love potions. In the Heptads, 
which represent the oldest strata of légal tradition, it is considered a suffi- 
cient ground for divorce if it can be proved that a love-potion was adminis- 
tered previous to marriage. op. cit., V, 292, 293, I, 176, 181. cf. O' Curry's 
translation, Manners and Customs of the Ancient Irisb (London, 1873), I, 
CLXXV ff. 

In the lives of the saints we fînd the thème under ecclesiastical treatment. 
St. Brynach refuses to drink a love-potion prepared for him by a woman 
endeavoring to ensnare him. Camhro-British Saints, éd. W. G. Rees (Lan- 
dovery, 1853), p. 291-292. St. Brigit prépares holy water as a love-potion 
for a man who thus regains his wife's love. Lives oj the Saints froni the Book 
of Lismore, éd. Whitley Stokes, Anecdota Oxoniensia (1890), 1490. Instances 
in Irish folk-lore are numerous. 

In Irish romantic liierature cf. Rennes Dindsenchas, Rev. Cet t. XV, p. 334; 
Meyer and Xutt, Voyage of Bran (London, 1897), I, p. 69-82 (The Conception 
of Mongan). 

In the Exile of the Sons of Usnech and The Pur suit of Diarmaid and Grainne, 
both similar, in tragic character and in their glorification of romantic love, to 
the story of Tristan atul Isolt, the beginning of love and the appropriation of 
the wife of the king by his vassal is attributed to supernatural compulsion. In 



THE LOVE-POTION IN TRISTAX AXD ISOLT 295 

iiiteiit that i: lias bccomc of a pièce with themselves, — twclfth 
century, French, and Christian through and through '. 

both, thc hcroinc forces the hcro, b)' laying^via upon him, to take lier away 
tVoni lier husband aiid flee with lier to the forest, where tliev lead a lifc 
which has the idyllic character aud at the sanie tinie the périls and hard- 
sliips of that in Tristan. In some versions of Diarnniid anJ Gniintie 
the heroine's love is due to the fact that slie has chanced to sec the love 
mark on the liero, a mark which makes it impossible for anv wonian to 
look on his face without being overcome by love for him. Hère, it seems to 
me, the poet's concern in representing the hero as being put under superna- 
tural conipulsion, is to account for the rashness of a vassal who appropriâtes 
thc wife of his lord. In the Exile of the sons of Usnech, and in the literary ver- 
sion oi Diarmaid and Grainne the flight of the lovers is previous to the con- 
summation of the marriage with the king. Even if it were not, theirish epic 
in the twelfth century would not hâve any conscio^sness of moral obloquv as 
attaching to the relation of the lovers. The Exile of the Sons of Usnech is 
contained in the Book oj Leinster, a manuscript written before 11 50. 
Ed. Windisch, Iriscbe Texte I, p. 67-82, trans. d'Arbois de Jubainvillc, 
L'Epopée Celtique en Irlande (Paris^ 1892); another version éd. Windisch, 
Irische Texte, II, 109-184 with translation by Stokes and bibliography. 
The Pursuit of Diannaid and Grainne is alluded to in a gloss in an eleventh 
century manuscript. It is mentioned in a list of taies in the Book of Leinster. 
Several incidents of the story are contained in 14 th an 1 3th century manu- 
scripts (éd. Kuno Meyer, Rev. Celt., XI, p. 125 and Zts.f. Celt. PhiloL, I, 
458). Two lays arefound in the Dean of Lismore's Book (i6th century), éd. 
M'Lauchlan and Skene (Edinburg, 1862), Gaelicpp. 64, 21 ; English (trans- 
lation incorrect), pp. 87, 30, and two in the Diianaire finn, Irish Texts 
5ot-zV/^ (London, 1908), Gaelic, pp. 45-47, 84. English, pp. 149-151, 198, 
Thirteen ballads, collected in the past three centuries in Scotland are includ- 
ed in J. F. Campbell, Leabhar nu Feinne (London, 1872), and others in 
other collections. For the trait of the love mark see Campbell, p. 152. This 
hall sein is also mentioned in the oral and written tradition regarding Diar- 
maid in Ireland. cf. Douglas Hyde, An Sgeiiluidhe Gaodhalach, Annales de 
Bretagne, XII, p. 258-45 ; Trans. only : George Dottin, Contes Irlandais 
(Rennes, Paris, 1901), p. 115-118. An i8th literary version of the complète 
stDry is found in the Publications of the Ossianic Society, III (Dublin, 1855). 
A literary historical study of the story, containing some hitherto unpub- 
lished material and a re-edition of certain of the texts, will appear in 191 1. 
For an account of the characteristicallv Irish superstition called the geis see 
note to article on Chievrefoil, Romania, XXXVIII, p. 211. 

I. The same answer may be made to M. Loth'sL^ drame moral de Tris- 
tan et d' Iseut , est-il d'origine celtique ? Rev. c-elt,, XXX, 282. The laws which 



2^6 GERTRUDE SCHOEPPERLE 

The forecroins studv bas Icd us to two conclusions. First, the 
section rekuing to the return from the forest in the Béroul- 
Eilhart version, is dominated by moral considérations to which 
the définition of the potion as hniited in its efficacy belongs. 
Second, the motivation of the return from the forest in the 
Thomas version bears indications of being based upon a model 
substantiallv identical with the Béroul-Eilhart version. Thèse 
two rédactions represent two distinct stages in the conception of 
the potion. In the first, the lovers' relation is condemned as crim- 
inal and the lovers are represented as the innocent victims of 
the potion, which is regarded as a supernatural instrument. In 
the second the lovers' relation is glorified and the I2th century 
court poet bas appropriated the potion as the symbol of the 
divine right of passion. 

Gertrude Schoepperle. 



M. Loih cites to show that adultery was severely punished among the Cehs 
do not invalidaie M. Bédier's observation -that k mode tragiqtie de la légende 
(II, i66) as we hâve it in Béroul and Eilhart with their constant emphasis 
on the moral obloquy attaching to the relation of the lovers, is foreign to Celt- 
ic romance (cf. the relation of Medb and Fergus and Ailill's attitude toward 
it. Références given in note 2, p. 288, and note i, p. 289above). M. Bédier's 
observation does not of course refer to the separate incidents of the Tristan 
story, most of them being folk taies found among people of a civilization 
even more primitive than that of the i2th century Celts. cf. the quest ofisolt, 
the fight with the dragon, the substituted bride, Brangien given to the serfs, 
the ambiguous oath and the ordeal, etc. Thèse will be considered in a study 
on the Sources of the Tristan Romance, of which the présent article wilHorm 
a chapter. 



RANDON 
PROTECTEUR DES TROUBADOURS 



f 



Parmi les douze preux cités dans le « cavalier soisseuhiit » 
d'Elias de Barjols figure un seigneur désigné sous le nom à'En 
Raudos, lequel se recommande par su se } i ho ria\ M. St. Stronskilui 
a consacré un article de ses Recherches historiques sur quelques protec- 
teurs des troubadours -. Il a identifié ce personnage avec un membre 
de la famille de Randon en Gévaudan qui vivait dans la seconde 
moitié du xii*^ siècle et qui est nommé par d'autres troubadours : le 
Moine de Montaudon ^ et Garin d'Apcher '. L'identification 
paraît sûre. M. Stronski a fait porter ses recherches généalogiques 
sur toute la famille de Randon jusqu'à la fin du xiii^ siècle, et 
accessoirement sur la flmiille des barons du Tournel qui lui est 
apparentée de très près. L'étude de cette famille est également 
intéressante pour l'histoire littéraire puisque l'évêque de Mende 
Aldebert III, auteur d'opuscules latins sur l'invention, la trans- 

1. St. Stronski, Le troubadour Etias de Barjols, Toulouse, 1906, in-8 
(Bibliothèqiw mcridionate, i^e série, t. X), p. 2. 

2. Annales du Midi, t. XIX (1907), p. 40. 

3. Bartsch, Grundriss, 305, 12. Ed. Otto Klein, Die Dichtungen des Mônchs 
von Montaudon, Marburg, 1885, in-8, lied II, v. 14 : « En Randos cui es 
Paris... » 

M. Stronski a tenté d'expliquer Tallusion cui es Paris (Sur deux passages du 
Moine de Montaudon et de Torcafol, dans Annales du Midi, t. XIX, 1907, p. 232). 
Son hypothèse ingénieuse repose sur l'identité des familles de Randon et de 
Garin d'Apcher qu'il croit avoir démontrée mais qui est loin d'être prouvée. 

4. Bartsch, Grundriss, 162, 5, v. 40, per qu'el no l niante tifN Randos. Les poé- 
sies de Garin d'Apcher sont comprises dans les recueils généraux de Ray- 
nouard et de Mahn. L'édition de Ravnouard a été reproduite par Henry Vas- 
chalde, Histoire des troubadours du Vivarais, du Gévaudan et du Dauphiné, Paris, 
1889, in-i6, et par J. Barhoi, Jongleurs et troubadours gévaudanais, dans Bulle- 
tin de la Société... de la Lozère, 1899. On en a deux éditions critiques. Cari 
Appel, Poésies provençales inédites tirées des manuscrits d'Italie, dans Revue 
des langues romanes, l. XXXIV (1890), p. 12, et F. \\i\n\\OQ{\.,Sirventes jogla- 
resc, Marburg, 1891, in-8. 



298 C. BRUNEL 

lation et les miracles de saint Privât ' , en tait partie. M. Stronski ne 
parvint pas d'abord à découvrir le nom personnel du protecteur des 
troubadours mais, peu après, dans un compte rendu de l'ouvrage 
de M. A. Philippe sur la baronnie du Tournel \ il crut pouvoir 
l'identifier, à l'aide de textes nouvellement publiés, avec un sei- 
gneur appelé Guigne Meschin. En tenant compte de ses propres 
rectifications, voici le tableau qu'il a établi. 

TABLEAU GÉNÉALOGiaUE 

de la famille de randox de chateauxeuf 
d'après m. stronski 



Garin 
1126-1148 



Odilon 
II 26 



Guillaume de Randon 
1148-7 1176-86 



Garin 
-h avant 1 1 62 



Gui2;ue Meschin 
protecteur des troubadours 
II 76-86- ver s 1205 



Garin de Randon 
1198 



Odilon Garin 

seigneur du Tournel 

120>-f 12;7 



')-» 



)/ 



Guigue Meschin 
1237-1278 



Odilon Garin 

(1243) 
1259-78-7 1292 



Guigue Meschin 
seigneur du Randonnat 



"!-)' 



I2I2-7 1242-3 



Randon de Châteauneut 
1243-t 1275-7 

_ I 

Guillaume de Randon 
(1266-1277...) 



II 52-9 



Raimond de Barjac 
1186-1191 

. I 
Guillaume 

1191 



Guillaume de Randon 
1243-1268 



1. Éd. par l'abbé Fourcher, Manuscrit ou livre de saint Privât pjr AUe- 
bert le Vénérahle, Saint-Martin-de-Boubaux, 1898, in-32. Le manuscrit 
de ces traités d'Aldebert (Archives de la Lozère, G 1446) vient d'être 
retrouvé. Cf. L. Delisle, Un manuscrit de la cathédrale de Mende perdu et 
retrouvé, dans Journal des Savants, 1908, p. 505. Nous en préparons une 
nouvelle édition. 

2. Labaronnie du Tournel et ses seigneurs, Mende, 1906, in-8 (Extrait du 
Bulletin de la Société d'agriculture, industrie, sciences et arts''delaLo:^ère, 1903 à 
1906). Compte rendu paru dans \qs Annales du Midi, t. XX (1908), p. 98, et 
reproduit dans les publications de ladite Société, Chroniques et mélanges, t. I 
(1903-1908;, p. 153. 



RANDON, PROTECTEUR DES TROUBADOURS 299 

La généalogie de la fomille de Randoii avait déjà été étudiée, et 
depuis longtemps, notamment par le P. Anselme \ par Gastelier 
de La Tour- et par G. de Burdin \ Les données de ces auteurs 
sont souvent tausses, parce qu'elles confondent les deux fiimilles 
de Randon et de Chàteauneuf +, et négligeables, parce qu'elles 
ne reposent sur aucune preuve. D'après elles, notamment, un 
membre de la famille de Randon, Odilon Guérin, serait devenu 
la souche des barons du Tournel par son mariage avec Margue- 
rite du Tournel, le 20 octobre i2io:or, comme nous allons le 
voir, c'est le contre-pied de la vérité, un membre de la famille 
du Tournel ayant au contraire épousé l'héritière de la baronnie 
de Randon K La critique de M. Stronski n'est jamais en 
défaut^, sa méthode est irréprochable; l'unique cause de ses 
erreurs est l'insuffisance de ses sources, réduites aux seuls textes 
publiés. Nous ne nous attacherons pas à infirmer directement la 
généalogie donnée par M. Stronski, la justification de celle que 
nous publions constituera une réfutation de la sienne. 



1. Histoire généalogique, t. III, p. 811. 

2. Généalogie de la maison de Chdteauneuf de Randon, Paris, 1783, in-4. 

3. Documents historiques sur la province de Gévaudan , Toulouse, 1846, 
2 vol. in-8, t. II, p. 310. ^ 

4. Cette confusion se rencontre même dans M. Stronski qui fait de Guil- 
laume de Châteauneuf, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, 
un membre de la famille de Randon (p. 41). Elle avait été pourtant évitée, 
dés 1860, par l'abbé Baldit dans un article sur les baronnies de Châteauneuf- 
Randon (^Bulletin de la Société d'agriculture... de la Lo:^ère, t. XI, 1860, p. 64). 

5. Ces généalogies sont séduisantes parce qu'elles sont pleines d'assertions 
précises, sinon exactes. Elles ont abusé complètement M. Philippe, qui, pour 
le xiie siècle, n'est pas arrivé à établir la généalogie des Tournel. Elles subju- 
guent encore M. Pages (L^5 co-seigneurs de Serve ret te, dans Société... de la Lozère, 
Archives gévaudanaises, t. I, 1903-1908, p. 169) qui était tout proche de la 
vérité. On jugera de leur valeur par le personnage à'Eugaris qu'elles 
empruntent au P. Anselme sans s'apercevoir que ce nom vient de la suscrip- 
tion mal comprise d'un acte en langue vulgaire : Eu Garis. 

6. Il a pourtant tort d accorder trop grand crédit au P. Anselme et de le 
suivre sans autre autorité dans les mentions « pour lesquelles il donne des 
dates précises ». Il est de toute rigueur pour débrouiller des questions de ce 
genre de faire table rase des renseignements de seconde main et de s'en tenir 
aux seuls documents contemporains. 



500 C. BRUXEL 

La baronnie de Randon comprenait les château^ de Ran- 
don, de Chàteauneuf et de La Garde en partie, de Belvezet, 
du Chaylar, d'Altier, de Puy-Laurent, de Planchamp et des 
Baumes ', tenus en fief de l'évêque de Mende. Ses possesseurs 
jouèrent dans l'histoire locale un rôle important. Nous don- 
nons ci-dessous leur généalogie telle que nous la concevons ^ . 

On verra que le protecteur des troubadours s'appelait Guil- 
laume de Randon et non Guigue Meschin, qui est un baron du 
Tournel, puisque les dates extrêmes où on rencontre Guillaume 
concordent avec celles établies par M. Stronski où vivent les 
autres preux cités par Elias de Barjols. 

M- Stronski a fait suivre son étude sur En Bandos de longues 
notes sur la famille de Châteauneuf-Apcher, où il a essayé de 
placer en son temps et en son lieu le troubadour gévaudanais 
Garin d'Apcher. D'après lui, il faudrait l'identifier avec Garin de 
Chàteauneuf qui, dit le père Anselme, céda ses biens à son fils, le 
4 mars 1 1 80. On voit la faiblesse de l'autorité sur laquelle s'appuie 
M. Stronski. Toute sa généalogie des Apcher serait à reprendre 
sur des bases plus sûres. Quant à l'interlocuteur de Garin, Tor- 
cafol, qui posséda le Tournel à la fin du xii^ siècle ^ nous ne 



1. D'après l'enquête faite en 1307 sur les domaines respectifs du roi et de 
l'évêque de Mende, connue sous le nom de Feuda GahaJorum (Archives de la 
Lozère, G 757, p. ccvii). Toutes ces localités sont de l'arr. de Mende : Le 
Chaylar (officiellement C/;é'v/an/-/'£î't'^//^), du canton de Châteauneuf-de-Ran- 
don; Belvezet, du canton du Bleymard ; La Garde-Guérin, comm. de Pré- 
venchères. Les Baumes, comm. de Saint-Jean-Chazorne, Altier, Planchamp, 
Puylaurent, du canton de Villefort. Le château de Randon, aujourd'hui 
détruit, s'élevait sur le « truc » de Randon dans la Margeride, il était possédé 
par les seigneurs de Randon, les seigneurs de Chàteauneuf et l'évêque de 
Mende. Cf. Feuda Gabalorum, p. xlii :.. dominus episcopus hahet castrum de 
Randoue... quatenus tanun tangit partem dimidiani, et Archives de la Lozère, 
G 117, an 1207 '■ ^S^ Guigo de Castro Novo... stippono... pignori... quecumque 
ego aut Garinus de Castro Kovo hahemus in Castro de Randone. 

2. Nous ne tenons aucun compte des renseignements fournis par des his- 
toriens, si précis soient-ils, lorsqu'ils sont dénués de preuves. Les dates 
jointes aux noms des personnages sont les dates extrêmes des documents où 
nous les avons rencontrés. 

3. Garin d'Apcher (Bartsch, Grundriss, 162, 2), dans Appe\, op. cit., p. 21 : 

Ane sagramen non tengues 
Del Tomel quant l'avias. 

M. Stronski ne connaît pas cette édition, il reproche à M. Appel, à pro- 
pos du temps où a vécu Garin d'Apcher, une opinion que celui-ci a aban- 
donnée. 



RANDON, PROTECTEUR DES TROUBADOURS 30Ï 

l'avons pas rencontré dans notre généalogie de cette famille et il 
ne porte pas un nom qu'on retrouve dans la suite de ses descen- 
dants, malgré la tendance qui apparaît dans notre tableau à don- 
ner aux enfants le nom de leur aïeul. Torcafol n'a d'ailleurs 
pas l'allure d'un prénom, et comme il y a encore aujourd'hui 
un lieu dit de la commune de Saint-Julien-du-Tournel, non 
loin du château ruiné du Tournel, qui s'appelle Torchcfouol, il 
se pourrait que Tennemi de Garin eût été désigné par lui du nom 
de sa terre ; il faudrait, en ce cas, chercher à l'identifier soit avec 
le seigneur du Tournel vivant vers 1190, c'est-à-dire Guigue 
Meschin,soit avec tel seigneur qui aurait pris surce dernier, puis 
perdu, le chcâteau du Tournel. La question serait à reprendre 
avec une plus profonde connaissance des sources locales. 

G. Brunel. 



APPENDICE 



TABLEAU GENEALOGIQUE DES BARONS DE RANDON 



Odilon Garin* 

seigneur du Tournel 

1166 



Odilon (?)' 

seigneur de Randon 

1126 



Guigue Meschin 7 

épouse 

Guillemette 

de Saissac 

1175-1200 



Aldebert* Guillaume de Randon ^ Garin Le Brun > 

évcque épouse i) Marie, 2) Ermcnjart j avant 1 162 
de Mende 11 48-1 186 

1151-1187 



Odilon 

Garin' 

1195-1237 



Guigue 
Meschin *° 
1237-1278 

I 
seigneurs du 

Tournel 



Guigue Meschin "épouse Valborge 5 
1195-1242 1217-1219 



Randon de Châteauneuf '■' 
1238-1275 

I 

! 

Guillaume de Randon "4 
1266-1277 



Ra\mond 

de Barjac» 

1186 



Guillaume de Randon •? 
1243-1268 



seigneurs de Randon 



302 C. BRL'NEL 

XOTHS DE L'APPENDICE 

1. En 1 126, Raymond, comte de Barcelone et marquis de Provence, donne 
le château de Randon à ses fidèles Odilon et Garin (Hist . de Long., éd. Privât, 
t. V, col. 886). Comme le château de Randon était possédé, ainsi que nous 
venons de le voir, par les familles de Randon et de Chàieauneuf, il est 
naturel de voir dans ces deux personnages des représentants de chacune 
d'elles. Lequel est Randon ? Garin, d'après M. Stronski ; Odilon, à ce que nous 
croyons. Comme, en 1 1 54 (Archives de la Lozère, G 1 17), un Garin prête ser- 
ment à l'évêque Guillaume pour le château de Randon et qu'il est vraisem- 
blable que c'est le même qui renouvela ce serment en 1151 (ihid.) à l'évêque 
Aldebert, alors que l'autre possesseur du château de Randon était Guillaume 
de Randon (v. n» 2), il en résulte que le Châteauneuf qui tint le château de 
Randon de 11 34 à 1151 se nommait Garin. Cela est confirmé par ce fait 
qu'un Giin'tius de Castro Kci'o est témoin du serment prêté en 1148 par Guil- 
laume de Randon (ihid.). On peut avec vraisemblance identifier le Garin de 
1 126 avec le Garin de Châteauneuf de 1134. Son parier Odilon doit don<;êtrc 
de Randon. Nous avons une mention à peu près contemporaine d'un membre 
de la famille de Randon, malheureusement désigné uniquement sous le nom 
de Rdfidos. C'est un serment prêté à l'évêque Guillaume et non daté (Archives 
de la Lozère, G 146, registre Ci/5/é'/;wj/, fol. i). Ce serment a été prêté en même 
temps qu'un autre au même par Guigo del Castelnou (Archives de la Lozère, G 
1 17) car les témoins sont les mêmes. L'écriture du serment conservé en original 
est du milieu de xii^ siècle, il s'agit par conséquent de l'évêque Guillaume III 
qui apparaît en 1 125 (JaflTé-Loeweufeld, no 7025) ; il est remplacé en 1 1 5 1 (ser- 
ment à l'évêque Aldebert, Stronski, op. cit., p. 43 ; supprimer les points d'in- 
terrogation du texte). Nous mettons néanmoins un point d'interrogation après 
Odilon, car il se pourrait ou qu'il fût un parier de Garin pour la partie du 
château de Randon appartenant aux Châteauneuf, comme Garin de Château- 
neuf l'était deGuigue de Châteauneuf en 1207 (Archives de la Lozère, G 117) 
ou qu'il fût un intrus, carie château de Randon dépendait en 11 34 de 
l'évêque de Mende, et il est étrange que le comte de Barcelone en dispose 
en I 126. 

2. Serment à l'évêque Guillaume par Guillaume de Randon en 1148 
(Archives delà Lozère, G 117). L'inventaire porte Guillaume, fils de Garin, 
ce qui est cause de l'erreur de M. Stronski. L'original ne porte que Guillaume, 
l'addition v fils de Garin » a été fait<; par André qui s'est servi, sans avertir, 
d'une mauvaise généalogie — ii)i. Rend hommage à l'évêque Aldebert 
(Archives delà Lozère, G 1 17). — 1 1 52. IVillelmus de Randon ,témo'm d'un acte 
de Pagatia (Teulet, Layettes, t. I,p. 70*5). — 1160. Jigo Guilhernuis Randon et 
uxornua, nomine Maria.. .Don aux Templiers de Jalès (Archives de la Lozère, 
G 404, fol. 15). — 1 162. Ego Guilhermus de Randone ainore Dei et pro anima 
Jratrii tnei Garini Bruni et in redeniptione suoruni peccatorum... Don aux Tem- 



RANDON, PROTECTHUR DES TROUBADOURS ^0} 

pliers de Jalès (Ibid., fol. 9 v°). — 1 176. li^illehnus de Ra\ti](hne, tcmoin de la 
publication du testament de la comtesse de Melgueil (Teulet, Liiyettes, t. I, 
p. m--'). Rien ne prouve qu'il fùi mort en 1186. La donation de Raymond 
de Barjac, son fils, aux Templiers de Jalès en 11 86 n'implique pas sa mort 
puisque, comme nous allons le voir, Raymond ne fut pas l'héritier de la 
baronnie de Randon. Les termes mêmes dans lesquels Raymond parle de son 
père prouvent au contraire que celui-ci vivait encore. Guillaume eut deux 
épouses, comme il appert de n. 5, on ne peut savoir quelle est la première. 

3. Ct". n. 2. 

4. 1186. Z:Vo Riiymuudus de Barjaco qui filins sum Gnillcrmi de Ramlo... 
Don aux Templiers de Jalès (Archives de la Lozère, G 404, fol. 10). 

5. 1217. Ei^o Na Valhorges de Ramio confiteor viehabuisse ct récépissé a domino 
G., Mitmilensi episcopo suprascripto .M. et de. sol. pog. et domino Gtiigoni vira 
meo... numeratos esse {Arch'wcs de la Lozère, G 575). — 1219. EtiG. lo Mesch., 
fils de Na IV^ de Saisac, procuraire ab especial mandamen en aquest fag de Na 
Valborges ma mollcr, filla sai en reire d^En Rando e de N'Esmenjarts... (ibid., 
G 1 18). Cet En Randos est Guillaume, comme il appert ci-dessous, n. 12. 

6. 1 166. Ego Odilo Guarini... hommage à Gisbert Assalit (Philippe, o/'.n"/., 

P- 195)- 

7. 1 175... ego Guigo Meschin... Et ego 0. Garinus filins predicti domini Gni- 

gonis... cnm voluntate et consensn jratris met Guigonis Meschini... anno... 
M'^C°LXXXXV° y donation à l'abbave de Franquevaux de Malmontet 
(Archives du Gard, H 65). Il s'agit d'un membre de la famille du Tourncl 
puisqu'il donne une terre de cette barounie et qu'il s'intitule à la fin de l'acte 
Guigo Meschinus de Villa Forti. Villefort faisait aussi partie de la baronnie du 
Tournel. Sa descendance le prouve d'ailleurs très bien. — 1188... Contiover- 
siavertebalur inter abbatem et fratres Francarmn Vallium, ex una parte, et inter 
priorem et fratres de Gordosa, ex altéra,... dicebat siquidem abbas quod Guigo 
Meschini... e contra pars altéra dicebat quod Odilo Garinus, pater videlicet predicti 
Guigonis... (Archives du Gard, H 63). — 1198. Ego Guigo Meschinus et ego 
Odilo Garinus ejus filins.. . donne à Franquevaux le domaine de Birchadura, 
de Comba Plena et de Trabuco (Philippe, La baronnie du Tournel, p. 200). — 
1198. Ego Guigo Meschinus... donne à Franquevaux le mas deLozeret... ei^o 
G. Meschinus et O. Garinus, filins meus, voluimus.. . (ibid.). — ii(^^. Ego Guigo 
Meschinus,... donne à Franquevaux le mas de Cubières... et ego Odilo Garinus 
et ego Guigo, filii dicti Guigonis Meschini... laudamus (Ibid.). — 1200. Ego Mes- 
chinus... confirme sa donation à Franquevaux de Berchadura, Comba Plena et 
Trabucum... et ego Odilo Garinus et ego Guigo, filii dicti Guigonis. ..laudamus., 
(ibid.). Pour son mariage avec Guillemelte de Saissac, voir n. 11. Cette der- 
nière était de la maison de Polignac (Hist. de Languedoc, t. \'I, p. 799)- 

8. 1151. Serment à l'évéque Aldebert par Garin (Stronski, op. cit., p. 45). 
— 1 187. Don à l'hôpital de Gap-Français (Dclaville le Rouh., Car tulaire géné- 
ral de Vordre des hospitaliers, t. 1, p. 515, n'' 828). — Aldtlcit pasfe liaditicn 



304 C. BRUN EL 

nellement pour être de la maison du Toumel et justement, puisqu'il parle dans 
ses ouvrages (Fourcher, op. cit., p. 95 et 257) de ses châteaux paternels de 
Montialoux et de Villefortqui sont delabaronnie duTournel. M. Stronski l'a 
contesté, mais uniquement parce qu'il ne trouvait pas trace de la famille du 
Toumel au xiie siècle, nous avons vu que les archives de l'abbaye de Fran- 
quevauN nous la découvrait. Quant à sa parenté avec Guigue Meschin, elle 
est indiquée par un inventaire du xviiie siècle des archives du prieuré de 
Sainte-Enimie (Archives de la Lozère, H 505) : « Bref du pape Alexandre III 
contenant la confirmation de la vente faite par ledit messire Aldebcrt évesque 
de Mende et messire Guigon du Tournel, son frère, dudit terroir de La Fage... 
en la liasse de Sainte-Enimie qui est la 4e, sous la cote H ». Sans doute l'ar- 
chiviste peut avoir, dans son analyse, introduit des renseignements que ne 
donnait pas la charte mais le texte est confirmé par le fait qu'en 11 76 Alde- 
bert donne Malmontet à Franquevaux dans les mêmes termes que Guigue 
Meschin en 1175 (Archives du Gard, H 63), ce qui implique que chacun d'eux 
avait des droits égaux. Nous savons par ailleurs qu'Aldebert avait un frère 
avec lequel il était en guerre et dont il se plaint dans une lettre à Louis VII 
(Historiens de France, t. XVI, p. 160). 

9. Voir Stronski et Philippe, op. cit. 

10. Ibid. 

11. Voir notes 5 et 7. 121^. Eu G. Mesch. fils de Na W^ de Saisac... hom- 
mage à l'évêque de Mende (Archives de la Lozère, G 118). Cf. Stronski, 
op. cit. 

12. 1249. EuRandos de Castehwu filh say en reyre de Giiigo Meschi filh de ma 
dona G. de Saissac say en teire hommage à l'évêque de Mende (Arclîives de la 
Lozère, G 146, fol. 400). - 12 18. Confirmation au précepteur de Jalès par Ray- 
mond de Montauban et Randone, sa femme, des possessions de son ordre sur 
leurs terres (Archives de la Lozère, G 404, Instrument de procédure produit par 
Guillaume de Châteauneuf, précepteur de Jalès, contre Guillaume de Randon, 
1326) : Item ad faciendam fidem de conjirmalione facta per Randonem de Cas- 
tro Noi'ofilitnn G. lo Meschi et per predecessores suos et specialiter per Guilher- 
mum de Randoiie avum suum produxit quoddam instrunientum... ciijiis clausiile 
ténor taîis est : Item per me... cedo... que condam dédit cessit et concessit Gui- 
Ihermus de Randone avus meus... 

13 et 14. Voir Stronski, op. cit. 



XOTE E CORRHZIONI 

ALL' ANTICO TESTO PIEMONTESE 

DEI (( PARLAMENTI ED EPISTOLE » 



È ben noto agli studiosi il prezioso frammento strozz. VIII. 
1442, c. 143' délia Bibl. Nazionale di Firenze, contenente quattro 
modelli di lettere in volgare (parlûfiienti) con le rispettive reda- 
zioni latine {epistolé)\ Attribuito da A. Gaudenzi, che lo 
scoperse e pubblicô % alla fine del sec. xiii % ci conserva un 
saggio di volgare piemontese (forse canavesano) + degno d'ogni 
attenzione e d'ogni studio. Purtroppo, la stampa del Gaudenzi è 
alquanto imperfetta nella parte in volgare >, sicchè non sarà di- 



1. Ognun sa che la formula « parlamenti ed epistole » si applica allô 
scritto di Guido da Siena o forse di Guido Faba (A. Gaudenzi, I siioni, le forme 
e le parole delV odierno dialetto délia Città di Bologna, Torino, 1899, p. 127 sgg. 
e F. Torraca, Per la storia lett. del sec. X///, Napoli, 1905, p. 8), nella quale 
il « parlamento » è generalmente seguito da tre traduzioni latine (maior, 
miner, minima). Cfr. Gaudenzi, Siilla cronoloo-ia délie opère dei dettatori bolo- 
gtiesi da Buoncompagno a Bene da Liicca, in Bull. delV ht il star, ital., n" 14 
(1895), p. 146. 

2. I suoni e le forme cit., pp. 168-172. 

3. Il frammento è cartaceo. Oltre a cio, la scrittura mi fa pensare piuttosto 
al secolo seguente, sicchè ritengo ardita l'attribuzione del G. (p. xl). 

4. Il Gaudenzi afferma (p. xl) che il testo è « scritto certamente da 
un Lombardo », ma ha torto senza alcun dubbio. Già il Salvioni, Giorii. 
stor. d. lett. ital., XVI (1890), p. 382, n. i lo dichiarô piemontese e giunse poi a 
ritenerlo canavesano, dopo un esame sommario, in Reiidic. delVIst. stor. lomh., 
S. II, vol. XXX (1897), p. 1505, )i. Si veda anche Arch. glott. ital., XII, 
419 ; XVI, 270 n. Il Salvioni è tratto a pensare che il Gaudenzi abbia pubbli- 
cato una sola parte del testo. Egli invecelo la communicato per intero, quale 
si leggenel frammento Strozzi. 

5. Quanto al testo latino, ecco ciô che ho da notare : p. 168. Il - flagrant ia 
(non fragr.), erga (non ergo), spectabilitatem ; impedieiitc (non impcndiente) ; 

Roiuania, XXXIX 20 



^o6 G. BERTONI 

scaro che alcuno intcrvenga con una niiova rîprociuzione stret- 
tamentc Jiplomatica c con parecchie ossen-azioni dircttc a 
raddrizzare qualche forma e qualchc passo. L'iniportanza dcl 
testo, sopra tutto nei riguardi linguistici, richicdeclic la critica 
vi si adoperi intorno con ogni accuratezza. 

Chi sarà Tautore del prezioso teste ? Non è moho probabilc, 
a parer mio, ch'essoci sia svelato dauna nota di niano sincrona, 
G quasi, che si legge in alto nella c. 143'' e che suona : Iste liber 
est Ferrini (?) de F... (jui est bonus puer et uadit ad scolas magistri 
lacohi de bocoftis qui est bonus \ Non ho nessuna notizia di 
questo Giacomo Bocconi, che dovremo aggiungere alla schiera, 
più o meno umile, dei maestri in Italia nel sec. xiv * ; ma ad 
escludere ch' esso sia l'autore dei nostri parlamenti piemontesi, 
parmi venga in aiuto lo stesso documento, che esaminiamo, 
poichè vi ricorre un nome, che, second o le usanze d'allora ' 



p. 169, IV : serfjre. Il ras. ha serare ; p. 171, VI : mernorahiïius ; p. 171 , VIII : 
JcbanneSy p. 171 honorum. 

1 . Il Gaudenzi lesse Ferrini Je FaHs, senz' altro aggiungerc, ma la seconda 
parte è più indovinata che letta e già la prima lascia molti dubbi. Il nome è 
rescritto e ricalcatoin parte sopra altre diverse lettere. Ferrini ètutt' altro che 
sicuro ; è assai probabile che si debba leggcre Pétrin! . Un problema c presentato 
dair abbreviazione di bonus. Mi sono deciso per questa lettura, dopo alcune 
esitanze, sopra tutto perché il ms. ha ban con un riccio in forma di ('). Ciô 
esclude, parmi, la decifrazione dell' abbreviazione per lK>noniensis, che più 
piacque al G. e che subito si présenta al pensiero. Nelle carte da me vedute 
a Bologna e altrove (v. anche Cappelli, Di:^ion. diabbreT.'iature, Milano, 1899, 
p. 51) botiûtiiensis è dato da uno svolazzo sul bon che tutto lo ricopre e taglia 
spesso il b. Oltre a ciô, la frase qui est bononiensis puer (invece di puer 
bononiensis) non pare affatto regolare, mentre bonus puer è un' espressionc 
esattissima e convencvole a uno scolaretto, quale dovè essere l'allievo del 
Bocconi e possessore del nostro frammento. L'esame linguisiico mostra poi 
che qui Bologna non c'entra per nuUa. 

2. In capo alla série dei maestri e dettatori, che scrissero in volgare, sta, 
come é noto, Guido Faba, il cui nome trovasi anclie nella série di documcnti 
editi recentemenle in Chartularium studii bononiensis, Bologna, 1909, vol. I, 
iin» XXX, 27 e XXXI, 29. H dubbio, perô, che si tratti del dettatore nostro, 
sul quale è da tenersi présente anche una nota di F. Torraca, Per la storia 
Uîttr. del sec. XIII, estr. cit. dalla Rass. critica d. letterat ital., X (1905), p. 8. 

5. Inutile ch'io osser\i (cosa, che è stata già notata più volte) che i maestri 
in ane dettatoria avevano l'uso di citare talora se medesimi e servirsi dei nomi 



NOTE K CORRKZfONf AI '< PARI A\fK\Tf VU KPfSTOI F .» ^OJ 

deve appunto essere quelle del maestro c grammatico, che 
ricerchiamo : " Joanin magistre de gramaia » (n* I\'). 

Secondo me, si puo fare anche un passo innanzi e rintrac- 
ciare il cognomedel nostro Giovanni. 11 n'' I\' risponde eviden- 
temente al n" III, ove leggiamo la seguente intestazione : Al 
savio e parlante lx>nio meser pero magislro digmssittw Ziiam de 
kecaria alegrœ:^a e spéciale dileclo con salù. A tutta prima, questo 
indirizzo si présenta confuso e la confusione si accresce, se por- 
tiam gli occhi sulla corrispondente traduzione latina (Gaud., 
p. 170) : Eminenciâ sapientie ac tloqtuniit viro corusco domitio 
Petro arlis gramaîice exymio professori lohannes de stipite Bonipar- 
lortim exortus salutem. Questa versione latina contiene un gros- 
solano errore : scambia cioè Pietro con il maestro Giovanni. 
Non è già « lohannes » che puo dirsi a de stipite Bonipartum 
exortus », ma bensi Pietro, il cui figlio Nîartino è alla scuoladi 
Giovanni. Ciô è mostrato ad evidenza dalle soprascritte degli 
altri tre modelli, f)er es. n° I : Da Jîr abiu in reuerencia lo so pare 
karissitno vuser Pero degli honipartc Martim obimento de figlol (tra- 
duzione latina : domino Petro de Bonipartorum exorto propagine 
Martinus nativam obedientiavi) . Xe viene che il nostro ms. de\*e 
essere molto probabilmente una cattiva copia, nella quaie la 
rispondenza tra il parlamento e l'epistola non è stata sempre 
rigorosamente osservata, come doveva avvenire, quasi con cer- 
tezza, neir originale jjerduto. Riconosciuto cosi che il « maestro 
dignissimo » non è già Pietro, ma Giovanni, esaminiamo con 
attenzione la soprascritta del n'^ III e ci accorgeremo che « messcr 
Pero » non è il « parlante homo » ma è unicamente il mittente. 
Si tratta evidentemente di un' usanza, tutt' altro che }>erspicua, 
di intercalare neir indirizzo il nome del mittente subito innanzi 
aquellodel destinatario, e ciô doveva produrre, in veritâ, qualche 
grave confusione. L indirizzo del n° II è cosi concepito : Al so 
dilecto figlol Pero di Boniparte Martim benison de pare e veraso anior 
con salù ed è ceno che le parole dilecto figlol si riferiscono a 
Martin, figlio di Pietro, cosi come nella intestazione del n° III 



dei conoscenti o dei conremporanci pcr 1 ioro esempi. Diro piuirosio, r": ■-■ 
non è stato osservato sin qui, che altrettanto face\'a nel sec. xv certo jacoco 
Falconi inalcuni suoî modelli conservaii oel cod. ambr. H. 192 Inf. 



^OS G. BERIONI 

bisogna intcndcrc che nicscr Pero scrive al savio c pdihinlc hoino 
nuisis tro liii'nissimo Ziiamdc hcccaria. 

Giovanni Bcccaria cia dunqiic il nome del nostro autore ' ; 
il quale, rivolgendosi al padic dcl suo disccpolo (n° IV), gli 
prometteva di tar si, « con Faytorio di dco »> che suo tiglio 
Martino divenisse « homo intergl' altre >>. Tutto porta a crcdere 
che in servigio di Martino siano stati composti i seguenti 
« parlamenti cd epistole », che vennero poscia nelle mani di 
uno scolaro d'un altro maestro di poco posteriore, il Bocconi. 
Prima di passare a correggere alcuni passi e a interpretarne 
alcuni altri, gioverà certamente, come sopra ho detto, riprodurre, 
in lezione diplomatica, la parte volgare del testo, la sola che 
abbia per noi una rcale importanza. 

(Cod. stro/.z. cl. VIII. 1442, ce. I43v-i45r.j 

I 

Da-firabiu in reue/cmcia lo-so pare karissimo meser. Pero. degli bonipa/ te. 
Martin obimentode figlol in tuti li soy cowmandamente. Tamto c-lo gramde 
bem e-lo gra;/de amor che uuy beneg'/o pare aui inu^rso de color che bew 
fam. No cha de inurrso di figloy uostri ch-al no rege gram parole a-deueuer' 
comouer de p/vcazar gramdeza e-honor e-staio ay figloy uostri. Ver la quai 
cossa abiente stuia tanto tempo che cuw I-aytorio de coluy che moue luto. 
E-sum ariua a tal porto che e poso rezeuer grandeza e-honor de magisterio a 
la mea uolu/ita. se manchamento de pecunia no e-fose. Vnde humelme;/te la 
uostra patr/nita e p;vo che lo uostro a«i;;/o compy e pt-rfeto degne de fer si 
che costo honor e-posa reçeuer. Sapiente pc/lo certo che uuy e-mi e-zaschaun 
nostro successor e areo n-ara sempt'/ may gram loso e-honor. 

II 

Also dilecto hglol Pero di boniparte. Martini benison de pare e-ueraso amor 
con salu. se e ne uolese satisfar a-Ia-toa uerasa e-driga uolu//ta. Al no paroue 

1. A nulla hanno portaio le diverse ricerche, che ho fatte, per scoprire in 
antichi documenti questonuovo maestro di grammatica, Voglio avvertire che 
non bisogna fare troppo affidamento sui nomi Pietro e Martino. Sono nomi 
tipici, che ho trovato in altre raccolte diverse di formule, sia giuridiche, sia 
letterarie. Non ho invece nessun dubbio circa l'esistcnza di Giovanni Beccaria. 

2. Cosi veramente nel ms. Gaud. ha mal letto adeuener. Che sia da riget- 
tarsi Tipotesi che qui si abbia un v divenire (ci. padov. véner) mi par mo- 
strato dalla frase seg. nel n° III : se conmotie li hovien a deuerse lornar. 



NOTE E CORREZIOXI AI « PARLAMENTI ED EPISTOLE » 309 

che amase a-la pieta. Per la-qual lo pare naturalm^nre se commoue inu^rso 
di soe uerase e-drige figlol. Ma conturbonie amaramc;/te che la posamza no 
choresponda ■ a-lo uoler a-deucuer' heure covip'ir li tov desederie como de 
no poer satisfar a-la-toa uerasa e-driga uolunta, donia;/dason. Cum zo-sya 
cosa che tuge li citayn de la tera nostra fizani si agraue de le spexe del comun 
como e de fore de taie e-de-dazite ch-a pena y possam aua;/zar un de//ner 
ma nota men taro la mea posauza requirente tuti li uesin e-pare;/te e amise 
de-satisfar in-pi/zte ay tov desiderie ben che tuge rompir ne se possam. 

III 

Al sauio e parlante homo meser pero magistro dignissimo. Zuam de 
becaria alegrceza e-speciale dilecto con salu. la gra//de nomena//za de la uostra 
iotnp'\A e-p^;feta siencia che e-sparsa per diutrse pi/rte del mo/;do se rommoue 
li homen a-deuerse tornar a-uuy li-quay uniut'/salniente serouum senza luxe 
s-al ne fose lo-splendor de la uostra gra;/de siencia ptrfecta. Ptr la quai cosa 
cognose;/te che sanza vuv ne ungun po auer ro;//pimt'//to de sienziap^rfetame/zte. 
E si-o p;vponuo de-meter lo figlol me sota la uostra unbra preamdo uc che 
de luy uuy t'aze co.mo de uostra cosa. Co«zo sia cosa che mier li gra;/de 
s<'/uixie che uuv pose tar a-mi e cuy de mea cha costo sera lo maior. 

IV 

Al sauio e-discreto homo meser. Pero. dij. bonip«rte. Joani;/ magistre de 
gramaia q//fl;;/uisde;;/ che indegno salu e-si mesmo eu;;/ moka anpieza de 
gracia. E-uego che dolcem^;/te uuv se ame e-desere lo-me honor e-la mia 
utilita q//<7wdo cusi da-lunze uuy se m-ay alezu inttv gl-altre magistre e 
como pare del uostro grazioso figlol. Vnde le uostre dolce parole se 
m-esforzan 5 che faza piu che de te ^ natura ne de arte no me da de poer far 
q;/fl?;/do uuy se me de tante loxe e-ta;ae grazie quavne arepnsenia la uostra 
scriptura. Acognoscente mi che uuv me desere 5 tropo maior gratie e uertue 
che cum lo-uostro co/tese pa;ler uuv no aui possu ne dir ne quintar a-zo che 
no para ingra de tanto loxo e se m-aparego e se p/ometo de far si del uostro 
figlol che con l-avto; io de deo inanze in-breue tempo al-sera homo intt;' gl- 
altre. 

[Al n° I, il Gaudenzi ha stampato pria, mentre abbiamo nel 
ms. pveo ; al n° II ha Ictto cilayni laddove il cod. ha citayn e ha 

1 . Ms. chorespnda. 

2. Cosi realmente nel ms. 
5. Anche : ifie-sfor~an. 

4. Cosi nel ms. 

5. Segue ninior cancellato. 



310 G. BERTOXl 

proposto di correggere in ma ?jo t amen fard le parole ma nota men 
f. Non v' ha dubbio per me, che nota men si debba conservare, 
amettendo chesignifichi « nulla meno •>. NellaP^5.wm'lombarda 
abbiamo nnta, nulla, che vive ancora, sotto la forma nota, in 
variera dialettali (Leventina, \\ilsesia) e divien nonta, con n 
inserto, nella Lomellina. Si tratterà forse di îtegulta, il cui u si 
sarà conservato nell' ant. lomb. luita c nell' odierno fiufa délia 
Valle Anzasca (Ascoli, Arch. i^'loli., I, 254) per effetto dell' 
influsso di « nulla )) (Meyer-Lûbke, Zeitscbr. f. roman. PhiL, 
XMI, 21 1). Nel n^III, il Gauden/j si:imp:\ palaiite, mentre ilcod. 
ha chiaramente parlante e cosi stampa niagistre, in luogo di 
magistro, e pensando che de hiy in luogo di preamdove che de luy 
(pregandovi, ecc), oltre a qualche minore inesattezza, che qui 
non registro. Al n° IX, si legga dij honipartc, e non già dei h., 
e cosi quamvisdem, e sopra tutto si badi che il ms. ha e deseré Jo 
vie honor (non già d' eser lo me h.) e più sotto tante loxe e tante 
gra:;jey mentre il Gaudenzi salta tante Joxe.] 

Cosi riprodotto, il testo puô essere più sicuramente indagato 
in quei fenomeni, che ne costituiscono il maggior valore'. 
NelTordine délie vocali, il principale tratto da mettere in cvi- 
denza è la risposta per -^rall' -are di I inf. Questo fenomeno ci 
porta già da solo nella regione piemontese. Lo troviamo nelle 
interessantissime prediche gallo-italiche, édite dal Fôrster -, nella 
laude di Chieri ^ Çpiorer i, crucifier 57, crier 58 ecc.) e in altri 
testi pedemontani ^ I nostri parlamenti presentano i due 
seguenti casi : fer I, parler IV, ma essi bastano a mostrare che 
tutta la série in -are doveva avère avuto già il suo sviluppo in 
'er'>, a malgrado dei più numerosi -ar {preca:(ar l; avan:(ar, 

1. Per quanto spetta alla grafia, registro un caso di k per c in karissivio e 
talora m, per ;/, dinanzi a dentale : gramde,gramdeia. L7 palatale è dato da 
gl senza 1'/. — Nella illustrazione succinta, che segue, tocco unicamente di 
quelli che a me paiono i tratti caratteristici de! testo. 

2. Rormitiische Studien,lW, 1-92. 

5. Edita da) Salvioni, dal Monaci e uhimamente nella Atlitalienische 0)rest. 
di P. Savj-Lopez e M. Bartoli, n© 11. 

4. Per es. negli AnUchi testi dialettali chieresi editi dal Salvioni nella Mise. 
Caix-Cauelîo, p. 35, n. i -.porter, tcc. 

5. È veramente curioso che questo -er compaia nei soli testi piemontesi e 
non mai s'incontri negli antichi testi dell' Emilia, ove il fenomeno di d lib. 



NOTE E CORREZIOXl AI « l'AKLA.MENTI ED EPISTOLE » 31I 

satisfar II ; qitintar R') che saranno, senza fallo, altrettante spie 
di volgare illustre. 

La terminazionc -ati{s) divicnet' : agrave II ; fa::^c III ; aine IV, 
-desere bis IV, de IV, sia che si tratti del part. pass. masch. pi. 
o délia 2' plur. di présente. Metto qui anche pose III, che sarà 
una forma di congiuntivo, cfr. indic. pr. avi I ; ay (iii'ay) IV. 
Per -àrio è da rej^istrare dentier II. 

Nulla di singolare présenta IV, che resta tal quale in ogni caso, 
senza ridursi ad ei, il che ci allontana da Chieri e anche, a giu- 
dicarc dalle condizioni odierne, dalla regione alessandrino- 
monlerrina (in alcune varietà ei ha dato ai) e in génère dall' 
estremità méridionale e orientale pedemontana '. È noto che 
già gli antichi testi aGenova e a Piacenza hanno ei -. Un piccolo 
problema parrebbe essere presentato da ciiy IV (quelli), se si 
volesse leggerlo, come fosse un ciiy emiliano-lombardo, con 
metafonesi (il nostro testo ha anche vuy IV); ma è molto pro- 
babile che la lettura da preferirsi sia ciiy, sopra tutto se osserviamo 
che due volte abbiamo costo, questo, I e III con o risultante da 
ue come in piemontese odierno. È supponibile perciô che 
accanto a costo, si debba ammettere un col, quello, col plur. cây 
o cûy (cfr. vuy), benchè nulla possa essere con piena sicurezza 
affermato '. 

Sic è reso da .Jé'III (se commove), IV (se anie), a lato a si III e 
IV. Abbiamo Ve per Tital. / in benegno I e 1'// come nelF ital., in 
lu)i^e IV. È dubbio se si abbia chorespunda o choresponda IL Per 
il vocalismo atono, -e e -o cadono (splendor \\l,figlol I e III, tcc), 
a malgrado di qualche caso con vocale conservata per influsso 
letterario^; ma se 1'-^' risale ad ae, pare rimanere : spexe IL 



in è ha, come è noto, maggiore estensione e fu certo antichissimo. Per il 
fenomeno nelT Emilia e per i più antichi esempi di esso, rimando a un mio 
récente articoletto nella Zeitschrift f. roman. Phil., XXXIII, 1909 (Per è da 
d neir Eviilia). 

1. Per l'estensione di ei (ai) è da vedersi, in génère, il Meyer-Lùbke, Ital. 
Gram., § 25. 

2. Vedi ora Salvioni, Jahresh. VIII, I 139. 

3. La forma col, colla trovasi nei cit. testi di Chieri. 

4. Abbiamo hoino, a ragion d'escmpio, nel n" IV, ma^istro al n" III e 
viacristre IV. Sono finali rifatte. 



312 G. BKRTONI 

Notinsi sotn III, conio III. AIT c- atono si sostituisce volentieri 
^7- : (irco I, iili\n (eletto) W. 

Xotevole è poi, corne nci testi di Chicri, /r, per ro, in preca- 
:^ar I, prcpivmo III. 

Per gli incontri di vociile, abbiamo : c -\- i ^= i : oh'uncuto I, 
bciiison cioè /'^;/('| (/]/.so// \l-^ a -\- i = e : agravc (-ati) II, ^7/;/c IV 
(amatis), ecc ; <^ -|- <' = <' : iiicsnio da ///^^Jt'.svm), ma corne ci 
si aspetterebbe piuttosto un ci, è più probabile che questo voca- 
bolo sia un francesismo (fr. -siii-), cosi nel nostro documento, 
corne in altri testi dell' alta Italia. Salvioni, Dinl. par., 21. 

Per le consonanti, registre la caduta d'i t ed, e c,g intervocalici, 
corne in /xv/' W, prcpouuo {V-o sarà perô letterario, vcrtue IV, saJu 
II), arcol, ohimoito, hcnison cit., cilaxu II ; preo I, prcanidove III. 
In staio I, 1'/ rimedierà allô iato. 

//• e dr divengono r : Peio I, pare pass., û^^^î^/t cioè descdrè, 
desiderate, IV. 

Il fenomeno più importante è senza dubbio lo sviluppo di 
et in c (piem. //, lomb. c) scritto per g : driga, drige II, con cui 
potremo mettere anche tiige II (cfr. canav. lucé). In una parte de! 
Canavese per lo meno, com' è noto, corre questa risoluzione 
lombarda di et. A Palazzo canavese, a ragion d'esempio, si ha 
stacc [a Piverone (Papanti, p. 499) 'nndaeia\cQxio per influsso 
di face. 

dj. C'è uno sfujà {stuia I) e un aytorio I e IV. 

Um di hem potrebbe dipendere dal h iniziale ; ma non dimen-. 
tichiamo che, sempre alla finale, abbiamo : gram I, sewviim III, 
passa ni II. tcc. 

Proxome. V pers. c. Abbiamo al {no rege) I, s' al {no fosse) Wl, 
al {sera) IV, tcc. In no efose I avremo semplicemente me fosse, 
cioè no con epitesi di -e. Nell' obi. di I : ;;// I. Agg. poss. me 
IV, mea II, so I, ecc. 

Nome. Da notarsi i plur. in -e : commandamente I, parente e 
amise (v. Romania. XXIX, 54), servixie III, loxc IV e qualche 
altro. Anche per gli agg.lo stessoplur. masch. werase e drige II. 
Xotevole un fem. sing. nerasa II. Per il verbo, le due forme 
più preziose sono quelle di condizionale in : y sing. paroiié II 
e 6^ sèrouum III. È questo il testo più antico in cui la forma in 
-<7î'^ compaia (Salvioni, Arch. glott., XVI, 269, ;/. 2). Questo 
condizionale si trova nel Cavassico, nelleegloghe trivigiane e vive 



NOTE E CORRE/.IONl Al « PARLAMENTI ED EPISTOLE » 3 13 

ancora, ad es., a Poschiavo e Livigno. Nella versione del Papanti 
di Vico canavese abbiamo, p. 506 : che la sona paina andrdu pessa. 
Dopo cio, noto le forme ahicntc 1, sapicntc I, rcqnirente II, coguos- 
ccnle Ça-) III, IV per il gerondivo '. Il part, abiiii è foggiato su! 
tema di sogg. e di ger. {ahiando). Kxcoràodchiii in testi piemon- 
tesi - ; ma è certo che queste forme trovansi in altrî documenti 
deir Italia del Nord K « Potere » dà possïi IV. Sulle forme in -è 
per atis e ati (agravé, amè^ deserè, desiderate) ho già toccato par- 
lando deir^. -ctis = / : av), I. Ficri è rappresentato dall' inf. 
ûr I c dal sogg. près, fi^am II. 

Qualchc vocabolo mérita un cenno spéciale, come nocha de I, 
che sarà jimiquani Inde (Bonvesin ha iiora con quell' esiinzione 
di // che abbiamo, ad esempio, in doccûf duca, doca, dunque, 
deir Ossola e del Biellese (e se ne veda Arch. gJott. XIV, 211). 
Si aggiunga a Piverone duc e a Palazzo canavese diicra (Papanti, 
pp. 498 e 499). Il verbo « studiare » I, nel senso di « darsi cura, 
occuparsi », è piemontese -^ ; ma trovasi anche nel Laudario dei 
Battuti di S. Defendente di Lodi (Gioni. sior. d. îell. ital., XLIV, 
431) e vive tuttora nel ferrarese5. Anche qiiintar^ trovo a 
Palazzo canavese : clf as quinta 'ncoeiir adcss (Papanti, 497). Loxo 
(pi. loxc) W è ben noto agli antichi testi, ^ fore (de fore, de taie, 
taglie, II) sarcà \\ fodro di Bonvesin (Seifert, Gloss. ^. d, Gedichten 
B. d. Riva, p. 30) spiegato dal Mussafia, Rovi., Il, 123 per 
« imposta che serviva al nutrimento di soldati e cavalli ». Cito 
inhne graniaia IV, grammatica. 

Esaminati, cosî, un po' davvicino i nostri testi, non voglio 
abbandonarli, senza avvertire la somiglianza che il primo fra essi 



1. Bollati e Manno, Documenti inediti in antico dialetto piemoniese, in 
Archivio stor. italiano, s. IV, t. II, p. 380. Quivi altri esempi. 

2. -ent = -endo nel Canavese, come a Locana, Sparone, Caruso, ecc. 
Cfr. Biondelli, Saggio siii diaJetti gaUo-italici, Milano, 1853, p. 53i(Para- 
bola del figliuol prodigo). 

3. Trovo ahiùm un docum. emiliano del 1349 da me pubblicato, Dialetto 
di Modena, Torino, 1905, p. 69 (sonto e coutento e conjesso avère ahiù). 

4. Nel canavese abbiamo 5//7;V, su cui Salvioni, Poslille ital. al. vocah. hit. 
romanio, in Mem. del R. ht. Lomh., s. III, t. XX, p. 275. 

5. Cfr. Nannini. Vocah. portât ile ferrarese -italiano (Ferara, 1805), p. 286. 

6. Salvioni, Arch. flott., XII, 425 e Postille cit., p. 258 (s. *accognitare). 



^I^ G. BERTOXl 

mostra con un altro modcllo di lettera scritto, pare, a Bobbio ' . 
Se ne inferisce chc invaleva nella scuola Tusanza di proporre, 
com' è naturale^ argomenti affini sotto forma di « parlamento », 
per volgerli poi in « epistole » latine. 

Giulio Bertoni. 



I . Kdito da C . CipoUa in Atti dclla R. Accad. délie Sciciiie di Toriuo, XXXIX 
(1904), pp. 6j5-656 : « Padrc da fir abiù in reverencia da mi sovre a tute 
cose », etc. La richiesta del figlio è la mcdesima. Si vedano altri documen- 
tini piemontesi, editi dallo stesso CipoUa, in Mem. délia R. Accad. di Torini, 
s. II, t. 50(1901), p. 128 (Classe di scienze mor. stor. e filologiche). 



ANTONIO PUCCrS POEMS 

IN THE CODICE KIRKUPIANO OF WELLESLEY COLLEGE. 



Thosc readers of the Roniania who are intercstcd in the 
popular Italian poetry of the trecento may be glad to learn some- 
thing further concerning that manuscript collection of Antonio 
Pucci's poems called by the learned Italian scholar, Prof. 
Alessandro D'Ancona', « il codice Kirkupiano ». 

It derived its name from a former owner, Cav. Seymour 
Kirkup % an English artist and antiquary, established in Florence 
about the middle of the last century. From his library it passed 
to that of an American scholar, William Cummings Wild, 
professor of Ancient Languages in the University of Louisiana. 
Mr. Wild, bought the ms. of Mr. Kirkup before the collection 
was scattered, and by 1872 it was already beyond the seas. 
On the death of Mr. Wild, his library, rich in works of the best 
periodof Italian literature, but especially in romajiii di cavalier ia ^ 
was likewise sold. A portion of it, including the « codice 
Kirkupiano », was bought by a New York bibliophile, 
M. George Arthur Plimpton, and was presented by him to 
Wellesley Collège, as the nucleus of a growing collection of 
works of the Italian Renaissance. 

So much for the history of the manuscript during the last 



1. La Poesia popolare in Italia, Vigo, Livorno, 1878, p. 46; 2^ ediz., 1906, 
p. 52. — La Vita Nmyva, illustrata da note di A. D'Ancona, Pisa, Nistri, 1872, 
p. 46. — Una poesia ed unaprosa di A . Piicci, ïn Propngnatore, znno II, p. 597, 
Fava e Garagnani, Bologna, 1870, p. 6. 

2, He collected a valuable library of which a catalogue was pubiished in 
1872. — Dict. of NaL Biog., vol. XXXI, p. 225; aiso see Wm. Rosette's 
notice of Mr. Kirkup in The Athenaeiun for May 29^11 1880. 



3 i 6 M A R ( ". A K HT H . ] A C K SON 

fortv or hfty years. Prof. D'Ancona, who read and transcribed 
portions of it in 1870 ', speaks ot itthus in his Poesia Popohirc' : 

Tutte queste rime furoiio da me copiate di sur un codice siucrono appar- 
teneme gia al Sig. Cav. Sevmour Kirkup, adesso passato in Inghilterra. 

He describes it appcnrance in a letter which Prof. Cesare 
Paoli quotes in connection with the publishing of the two 
pocms on the Duke of Athensî: 

L.1 ser\cntese e la canzone con la quale si chiude la série di questi nuovi 
docu menti intorno ai fatti del Duca D'Atene mi sono state comunicate, con 
somma cortesia, dalT egregio Prof. Alessandro d'Ancona, il quale le trasse 
da un codice, già posseduto dal Cav. Sevmour Kirkup e che presentemente 
[1872] non si trova più in Italia. Il detto codice è bambagino, apografo*, 
del più sicuro e cbiaro trecento, miscellaneo, qiia e là tiiaiicatite, logoro in piii 
parti, logorissiiNO in fine, Jave restano nn^'^e pagine, quarti di pagine, fravinienii 
di pagine, e contiene moite ignote rivie dclPucci che sono per h più parte serventesi 
intorno ai principali fatti del œmune nel secolo XIV 5. 

Sig. Paoli adds in a foot note : 

Riferisco queste notizie da una leltera particolare del Prof. D'Ancona e 
dai seguenti opuscoli : i» In Lode di Dante, Capitolo e souetto di A. P. 
(éd. D'Ancona), Pisa, Nistri, 1868; 2° Canzone di A. P. ai Lucchesi(ed. Ri- 
dolfi ), Lucca, Canovetti, 1868, la quale canzone è tratta dallo stesso codice 
kirkupiano. 

This description is of the utmost importance in that it states 
so clearlv the opinion ofone of the foremost Italian schoLirs, 
that the manuscript is contemporary with its author, an opinion 
to be borne in mind not only in the study of the poems ot 
Antonio Pucci but also of that portion of the manuscript which 
contains the FUostrato of Boccaccio. 

Prof. D'Ancona, in the works quoted above, is deaHng 
primarily with Antonio Pucci and his poems and only secon- 
darilv with our manuscript; he, therefore does not mention 
the tact that about iwo fifths of it is devoted to Boccaccio's 
FUostrato. 



1. Una poesia ed una prosa di A. Pucci, p. i. 

2. Note to p. 46. 

3. Xuot'i docunienti intorno a Gualtieri di Brienne, in Archivio storicoita- 
liano, ser. III, vol. XVI. 

4. « Apografo kirkupiano ». Una poesia e una prosa, p. 7. 

5. The italics are mine. 



ANTONIO PUCCl S POliMS 317 

The following description will therefore be in two parts : 

Part I, Boccaccio. 

Part II, Pucci. 

The nis. is bound in parchnient which has sufFered nuich 
from the action of time. As has been said above, it is of paper ; 
the quaUty is strong and thick with a close grain throughout. 
The dimensions of the sheets are 29. 5 ctm. by 48. 14. Part I 
consists of 48 folios, one being lacking ; in Part II at least 33 
folios are lacking, the last two are badly torn, as is another in 
the body of the ms. Three water-marks are to be found ; two 
in Part I, a large Gothic P, surmountcd by a cross from f. 1 to 
24 inc. ; a circle surrounding a trimount and surmounted by a 
double cross from f. 25 to 38 inc. In Part II the water-mark is, 
throughout, the head and fore feet of a unicorn '. 

While confining myself to describing that part of the ms. 
which contains Antonio Pucci's poems, I cannot refrain from 
noting the externals of Part I, namely, the Filoslrato. It consists, 
as I hâve already said, of 38 ff., one (f. 13J being lacking; it 
is written in two columns, in current hand by two différent 
scribes ; the second begins at f. 25 where the water-mark changes. 
The first 2.) ff. average 37 to 40 Unes to the page; the follow- 
ing thirteen are in a much finer hand and contain from 48 to 50 
lines ; the ink is also blacker. The folios were numbered up 
to 24 by the scribe ; a modem hand has numbered the remainder 
of Part I. The stanzas are numbered to 397; it is in the 
middle of this stanza that the hand changes ; the numbering 
continues in a différent hand, but not modem, to stanza 431 
and then ceases. The hrst scribe marks the divisions of the 
poem by drawing an index tinger in the margin, the second 
by a red initial. The hrst scribe shows certain peculiarities 
of spelling such as are found in Antonio Pucci's poems, as for 
example Itantto for tanto, donc for donne; the second spells in a 
more usual manner. 

The poems of Antonio Pucci (Part II) may hâve been written 
by the same hand which wrote the hrst 397 stanzas of the 
Filoslrato. The arrangement is the same : two columns to the 



I. Briquet, Les filigraues, vol. III. n"s 8459, 1^854, 9927. 



3l8 MARGARET H. JACKSON 

page with an avemge of 38 lines to the full page. There are no 
catch-words. The folios were numbered by the writer. The first 
sixteen toHos are lacking : therefore the tirst poem of Part II, 
Lii renia d^ Oriente \ begins on f. 17 with the ninth stanza of 
the second Cantare-. As the Hfty ninestanzas which are hicking 
would only account tor three, or at most, four foHos, it will 
be seen that there are poems unaccounted for. Strangely enough, 
the sanie hand which wrote the interrupted text, or one very 
Hke it, has inserted in the upper margin of the page just above 
the hrst column which bei^ins with the words 

e chonfortô sua gientc e fe le schicre 

a title : Chomincia i chantari délia reina doriente. At the end of 
each Cantare Antonio Pucci appears as the author. 
Cantare second, 

Al vostro onore Antonio je l chanlare. 
Cantare third, 

Antonio al vostro onor finito al terxp. 
Cantare fourth and last, 

Antonio Pucci il fiece al vostro otiore. 

A table of contents may give a better idea of the importance 
ofthe manuscript. 

TABLE OF CONTENTS 

1 . La reina d'Orienté (fragment) f. 17 r. 

2 . Bruto di Brettagna 5 f . 25 r. 

> . Apollonio di Tiro (Tragment) + f . 27 V. 



1 . Mr. Wild puts the following note in his copy of the Reimi dOriente, 
A. Bonucci, Bologna, 1862, p. 11 : » A ms. copy of this poem, now in my 
collection, which was once in the Kirkup Collection, begins in the middle ot 
the 9*^1 stanza of the 2^ canto. » 

2. Cantare 2, stanza 9, line 4. 

3. A. D'Ancona : " quel Bruto di Brettagna che rinvenimmo nelcodiceK. 
neppuravoi (Prof. Wesselofsky), che siete tanto più saputo di me in queste 
faccende, è riuscito a ritrovare l'esemplarestraniero ». Una poesia e uua prosa, 
p. 15. 

4. The fragment of Apolonio consists of f. 27, ff. 32 r., 33 and f. 9. On 
ihe verso of 3 3 the first cantare ends : 

Al vostro onore antonio in rima 'Ivolse. 



ANTONIO PUCCl S POEMS 319 

4 . Madomia Leonessa ' f . 49 r . 

) . Il Mcrcato Vecchio ^ f. 49 r . 

6. Le Xoje 5 f. 51 r. 

* 7 . Canzone confortando Lucca < f . 55 v . 

* 8 . Contrasto délie donne 5 f. 55 r . 

* 9. La guerra tra Pisa c Fircnze ^ f. to v. 

1. Of Madonna Leonessa we havc but the last four ol" thc forty nine 
stan/.as as given by C. Gargiolli, Mad. Leonessa, Bologna, Romagnoli, 1866. 

Thc Kirkup ms. ends : 

Antonio puci il i'ece al vostro onorc. 
The Riccardi ms. no 2873, edited by Gargiolli, ends : 
Questo cantare è detto al vostro onore. 

2. Ends at f. 50 : 

di questo anttonio puci fu poctta. 
Christo vi ghuardi senpre in vita clicta, 

5. Le noyc ends f, 53 r. : 

Antonio puci ne fu dicitore 
guardivi senpre Xpo. salvatore. 

4. This ends in the middle of the column f. 55 : 

Amen. Finita una chanzone délia guerra de pisani e di lucha. 
(The starred titles hâve been published, see p. 321.) 

5. After stanza 62, in the middle of column i, f. 59 r., are the words : 
(' volgi all'altra faccia di sotto » leaving the second half of the first column 
(f. 59 r.) and ail of the second column blank and ail of column i (f. 59 w), 
except six Unes of the Divina Commcdia in faiuter ink : 

Ornai chosi chon vien che ttutti ispoltri 
disse [il] maestro chessegiendo inpuma 
infama nonsi vien nesotto cholire. 
Sanza laq[u]ale chisuo uita chonsuma 
taluestige intera diro lascia 
quale fumo î naria oin aqua laschuma. 

[/;//. 24 11. 46-51]. 

The canzone continues on col. 2 of f. 59 v. The author is uot named. 

6. The title : « Antonio puci perla ghuera che si'chomincio tra i pisani 
e firenze per piettrabuona la quale per li pisani fu molto rea nel modo che 
udirette e a paso a paso eco che adiviene che notabile fose dise chosi chôme 
udirette nela parte di qua. » 



3^0 MARr.ARHl' H. jACKSOX 

10. Il diluvio dcll 8 nov. 153s ' f. 78 r. 

* 1 1 . Le belle donne di Firenze uel 1335^ 1 . 82 r . 

12 . Délia carestid in Firenze nel 1 546 ' 1 . 85 r. 

'15. Delhi mortalità in Firenze nel 1 548 f. 85 r. 

* 14. Lamento dcl Duca d'Atene ^ 1". 86 r . 

* I > . Per la cacciata del Duca d'Atene > f. 87 v. 

* 16. Per la perdita di Lucca ^ f. 89 r. 

17. Per la compra di Lucca " f. 89 v. 

18. Cousiglio di A. P. al Comune di Firen/.e ^ f. 92 v. 

1. Fol. 78 is toru, eighteen lines on the recto and the same on the verso 
are lost. The poem euds : 

finitto el sernientese ed io rispondo 
al vostro onore. 

2. This sirventesebegins onthe second column and is preceded by ihe title 
in the middle of the second column : « Antonio puci per ricordo délie bêle 
donech'erano in firenze nel m. ccc xxxv ne fe il seghuentie sermintese che è 
scritto di qua. » 

5. This ends on the second column of f. 84 recto and is simply signed 
Antonio puci, then follows the title of the next poem : « Seghue delà morttalitta 
che fu in firenze nel m ccc Iviii e pero Anttonio puci ne fe'l seghuentte ser 
mintese e dise chosi. » It ends at the bottom of column i, f. 86 recto : 

Antonio puci vi si rachomanda 

al vostro onore. 

4. It ends : 

per questa volta più dir non intcndo 
al vostro onore. 

Antonio puci. 

5 . The title : « Anttonio pucci per la detta chagione quando fu cacciato il 
duchanefe la seghuente chanzone e dise chosi » is on column i, f. 87 recto. 
The Canzone begins vc-ith the second. 

6. The title : «' Chôme luca si perde ramarichandosi firenze anttonio 
puci dise chosi '• is at the bottom of the second column of88 verso. It ends : 

Al vostro onore 

Anttonio puci. 

7. The title : « Anttonio quando i fiorentini conprarono lucha da messer 
mastino ne fe il seghuente serminttese e dise chosi '> Itends : 

Antonio puci ne fu dicitore. 

8. The title : — Volendo antonio puci chonsigliare il chomune suo per 
ciertte chose che apariano per prestanza esegli [sic] e per aparacchiamento 
d'oste ne fe il présente serminttese ch' è segnato di qua, e dise chosi mcccxli 
a di po novembre. » The poem begins on the next column. 



ANTONIO PUCCI S POEMS 32I 

19. Considerazioni di A. P. sulla giierra con Pisa ' f- 93 v. 

* 20. Délia vittoria di M. Piero Rosso a Padova * f. 94 v. 

21 . Gli stati di Firenze ai tcmpi di A. P. (fragment) ? f. 95 v. 

22 . I podestà di Firenze (fragment) ^ f. 97 ? 

N°' 21 and 22 are in a sadly mutilaied condition. On the 
first column of h 95 r. there are thirteen lines and the same 
on the second column of the v. ; the next foho seems to hâve 
been eut out. FoHo 97 (?) has eight stanzas on the hrst column 
r.; the second column is so torn as to give only the beginnings 
of lines, on the verso only the terminations remain. Folio 98 
is more fragmentary still, as only two stanzas on the recto are 
perfect. This seems, however, to hâve been the last folio of the 
ms. as the verso is blank but for four mutilated lines in the 
middle of the page and one at the top. 

Of the above poems eight (marked *) hâve been published 
bv Prof. D'Ancona and his students 5, but he has courteouslv 



1. The title : « mcccxlii adi xxvii di magio anttonio puci chonsiderando 
che messer malattestta chapittano di guaera lucha pe' fiorenttini era statto 
quarantta di a ostte e non aveva fatto nu la e ragionandosi di far pascie co 
pisa ea chui piaciava ea chui no, e specialmente parendone maie a lui, ne fe 
il présente sermentese e dise chosi. >) It ends : « Antonio puci il fe. » 

2. The title : « Anttonio puci avendo senttitto si chôme Messer piero roso 
ebe vittoria a padova ne fe il seghuente sermintese e dise chosi. » 

5 . The title : « Volendo anttonio puci brievemente rachonttare tutti gli statti 
che Firenze avea mutatti a suodi ne fe la seghuente chanzonee disse chosi. » 

4. A. D'Aocona, Una poesia e una prosa di A. Pticci, p. 12. 

5. No 7." Caniove di A. Piicci ai Lucchesi. Lucca, Canovetti, 1868 (éd. 
E. Ridolfi). I. — Le croniche di Giovanni Sercambi a cura di S. Bongi, Rome, 
1892, I, 190-202 ; 449-51. 

No 8. Contrasta délie donne. Una poesia e una prosa di A. Piicci. Bolo- 
gna, Fava e Garagnani, 1870 (éd. A. D'Ancona). 

No 9. Sermintese storico di Antonio Pucci per la guerra di Firenze con Pisa, 
1342. Livorno, Vigo, 1876 (éd. A. D'Ancona). 

No II. Sermintese per ricordo de le belle donne ch'erano in Firen:(e nel ISSS- 
Dante, Vita Niioz^a. Nistri, 1872 (éd. A. D'Ancona, p. 72). 

No 13. La pestilen^a del 1^48. Rime antiche. Firenze, Carncsecchi, 1884, 
published by Salomone Morpurgo. 

Nos 14-15, Lamento del Duca d'Atene ; Cacciata del Duca d^ Alêne, published 
by Cesare Paoli in an article entitled Nnovi documenti intorno a Giialtieri 
di Brienne, in the Archivio Storico Italiano, série III, vol. XVI, 1872, 

Romania, XXXI X 21 



322 MARGAKHT H. JACKSON 

informed thcwritcr througli tlickindnessoftheircommonfriend, 
Prof. Rajna, that she is at liberty to transcribe and publish the 
others. 

In closing I will give, as a sample, thc four remaining stanzas 

of that fragment which lias been cntitlcd Madouna Lamessa ' 

(n° 4) which of itself isof so much interest to the Shakespeare 

student. I hâve striven to retain with the utmost exactness the 

spelling of the scribe even where he is inconsistent, as in the 

spelHng of Antonio Pucci's name, sometimes with two /'s and 

usually with one c. I hâve, however, separated the words 

which werc run togetherand written out the contraction îor pcr 

and pro, inserted the ;/ where the scribe had placed a « tilde » 

(althoLigh he often does so when he bas already written in the 

7/), punctuatcd and apostrophised. This was done for the 

smoother reading of the text. but the spelling seemed toc 

signiticant to be tampered with. 

APEX DIX 

A FRAGMENT OF « MADONNA LEONESSA » 

Dise l'baron : a mentte no[n] mi recho 
se non che siette dele santte rede. 
che corpo uma[n] non pottrebe aver secho 
tantta bilttà quanto Idio vi chonciede. 

pp. 52 ; Medin aud Frati, iMiueuti sion'ci, Boiogna, Romagnoli, 1887, 

I, 29. 

No 16. Laniento di Firen:^e per la perdita di Lucca scritto ml sec. XIV da 

Antonio Puai. Lucca, Canovetti, 1878 (publ. by G. B. Carrara) ; Medin and 

Frati, Lamenti storici, I, 7. 

N<> 20. Sirventese di Antonio Piicci rimatore fioreutiuo del sec. XIX, 

Padova, Prosperini, 1874 (éd. P. Ferrato). 

I. « Vi ricorderete corne nel cod. K, noi trovammo le tre ultime ottave 
di un componimento che a prima vista non sapevamo che fosse e ove poi rico- 
noscemmo la fine di quel poemetto di Madonna Leonessa contenente la 
materia del Mercante di Venezia di Shakspeare che poco innanzi l'amico 
Carlo Gargiolli [Boiogna, Romagnoli, i866]aveva pubblicato anonimo. Nel 
codice nostro il poemetto finiva colla solita formula : A. P. il fieu al vostro 
onore, laddove quello onde lo trasse il G. diceva invece : Questo cantare è 
detto a vostro onore. » A. D'Ancona, Una poesia e una prosa di A. Piuci. 



ANTONIO PUCCl's POEMS 32^ 

Dicieva Salomone : or chôme ciecho 
chi no[n] conoscie il suc qu[and]o cgli cl vcdc 
che son tua dona e ttu se mio maritto. 
ed el p[er] gioia chade ttramorttitto. 
Chôme fu resenttitto di présente 
subittamentte s'andaro ne' letto 
ed abraciar l'un l'altro sttreltame[n]tte 
e ttutta noite stettoro i [n] dilctto. 
El giorno Salomofn] luta sua gie[njte 
achomiattô diciendo : i son chostretto 
d'andare al Paradiso luziano 
dove non puo venir niun corp' umano. 
. Chouttento di bonar ciaschun si parttc, 
e Salomo[nJ ch'avea mutato ghona, 
sechondomcntte che dechou le charttc 
torno a Mclan vestito comc dona. 
chôme fu giunto, scrise i[n] ogni parte 
i[n] sino al papa, del mondo colona : 
Nel Paradiso luzian mi ritruovo 
si chôme piacie a Dio pfer] cui mi muovo. 
Ad ogni chiesa suo libri rendetle, 
e chonobe da Dio grazia i[njfinitta 
en sin ch'al mo[n]do col maritto stette 
si fero i[njsieme santa e buona vita 
e chiese e monestier si fer far sette ; 
ed ebon Paradiso a la parttita, 
alo quai ci chonducha il Saluatore. 
Antonio Puci il fiece al vostro onore. 

Wellesley Collège (Mass.). 

Margaret H. Jackson. 



BALLADES DE GUILLEBERT DE LANNOY 

ET DE lEAN DE WERCHIN 



Le ms. 686 du Musée Condé, à Chantilly, qui nous a con- 
servé le Stmgc de la barge de Jean de Werchin, sénéchal de 
Hainaut, renferme une collection de 46 ballades lesquelles, au 
premier abord, paraissent assez insignifiantes. Ce sont des poésies 
comme il v en a tant au xiv^ siècle et au commencement 
du xv^ : composées par un amant malheureux, elles sont 
remplies de lamentations, de protestations et de plaintes, en une 
langue négligée et parfois incorrecte. En y regardant de plus 
près, on s'aperçoit cependant qu'elles ne manquent pas d'inté- 
rêt. Et cela pour deux raisons : on en connaît les auteurs, elles 
sont exactement datées. 

Dans ce recueil qui, comme nous allons voir, a quelque rap- 
port avec le Songe de la barge, quatre personnages sont nommés. 
Dans la ballade III, l'auteur s'adresse à deux compagnons, qu'il 
appelle ses deux frères, Lordin de Saligny et Garenciès (sic). 

Le Catalogne des manuscrits du Musée Condé identifie Lordin 
de Saligny avec Jacques Lourdin de Coligny dit de Saligny, 
qui mourut en 15 10 dans un âge très avancé. Mais cette identi- 
fication ne peut être acceptée, puisque ces ballades datent de 
l'année 1404, comme le Songe de la barge lui-même. 

Il s'agit ici de messire Lourdin de Saligny, qui fut chevalier- 
trésorier de la Cour amoureuse de Charles VI', et qui était 
lui-même poète à ses heures. Dans VInventaire des bijoux, vête- 
ments, manuscrits et objets précieux appartenant à la comtesse de 
Montpensier^, figure un volume intitulé : « Les balades messire 



1. Bibl. nat., ms. fr. 5233, fol. 72. 

2. Bulletin de la Soc. de Vhistoire de France, t . XVII, p. 305. 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 32) 

LourJin de Saleigny )>. Compagnon d'armes du bon duc Louis 
de Bourbon, « appert et vaillant chevalier », il fut chambellan 
du roi, conseiller et chambellan de Jean sans Peur et de Phi- 
lippe le Bon \ 

Quant à « Garenciès », il fliut l'identifier avec Jean de 
Garencières dont j'ai publié quelques poésies dans la Roinania^ . 
On l'appelait Jeannet de Garencières ou Jean de Garencières le 
Jeune pour le distinguer de son père Jean de Garencières l'Aîné, 
seigneur de Croisy. Il était en 1403 chambellan du duc d'Or- 
léans. C'était un ami de Jean de Fayel, de Jacques du Peschin, 
de Guillaume de la Champagne, d'Yves de Vieuxpont, de Jean 
de Bucy, de Raoul de Gaucourtet de Lourdin de Saligny, tous 
rimailleurs. En 1407, il fut fait prisonnier par les Anglais au 
siège de Bourg, et il occupa les loisirs torcés de sa prison à 
composer des ballades et des complaintes. Il y posait entre 
autres la question de savoir lequel valait le mieux « pour vivre 
joyeusement » : être homme d'armes ou être amoureux. Il 
s'adressa pour avoir une solution de la question à Lourdin de 
Saligny : 

Par Dieu, Lourdin, se ma dame vouloit, 
Je ne croy pas qu'il fust nul si joyeulx 
Que je seroye 

Dans la ballade VIII, un poète, qui ne se nomme pas, donne 
quelques conseils à l'auteur du recueil, Guillebin de Lannoy. 
Enfin, dans la ballade IX, Guillebin de Lannoy appelle son 
interlocuteur anonyme, pour lequel il semble avoir beaucoup 
de déférence, « seneschal monseigneur »^ et, 'dans la bal- 
lade XVII, « monseigneur » et « mon chier seigneur ». 

Guillebin de Lannoy n'est autre que Guillebert de Lannoy, 
voyageur et diplomate ^ A vrai dire, quand il écrivait ces bal- 
lades, il n'avait encore fait en Europe, en Asie ou en Afrique, 



1. Il figure en 1400 parmi les seigneurs de la cour qui reçurent des houp- 
pelandes (Douët d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, 
t. I, p. 164). Douët d'Arcq a lu par erreur « Messire Bourdin de Salligny ^). 

2. T. XXII, p. 422-481. 

3. Guillebert de Lannoy a été désigné dans sa jeunesse, jusqu'en 1414 
environ, par le diminutif de Guillebin. Voir Potvin., Œuvres de Ghillehert de 
Lannoy, voyageur, diplomate et moraliste. Louvain, 1878, p. 187. 



326 A. PIAGET 

aucun de ces longs et périlleux voyages qui devaient Tillustrer ; il 
n'avait pas encore la connaissance des hommes et l'expérience 
de la vie qu'il acquit depuis. Il débutait dans la carrière des 
armes et dans celle de l'amour sous la bienveillante direction 
du « seneschal monseigneur », c'est-à-dire de Jean de Werchin, 
sénéchal de Hainaut. 

Il avait à peine dix-huit ans lorsqu'il prit part, en compagnie 
du fameux sénéchal, i\ l'expédition, qui échoua si lamentable- 
ment, destinée à secourir les Gallois révoltés contre Henry de 
L;mcastre, a soy disant roy d'Angleterre ». En automne 1404, 
le jeune Guillebert se trouvait à Brest, avec toute la troupe des 
archers, des écuvers et des chevaliers, attendant impatiemment 
le grand chef Jacques II de Bourbon, comte de la Marche, que 
l'amour et le jeu retenaient à Paris. Jean de Werchin a raconté 
au début du Songe de la barge combien l'attente fut longue dans 
le port de Brest : les écuyers, pour passer le temps, couraient 
la campagne, d'autres, en proie à la mélancolie ou au mal de 
mer, restaient couchés sur leurs lits ; d'autres enfin composaient 
des ballades. Il y avait là, en effet, tout un groupe de membres 
de la Cour amoureuse qui était alors dans tout son lustre, et 
les instructions du Prince d'Amour, Pierre de Hauteville, rem- 
plissaient sinon les cœurs, du moins les cervelles. Le sénéchal 
de Hainaut était l'un des conseillers de la Cour amoureuse, 
Lourdin de Saligny était chevalier-trésorier, Guillebin de Lan- 
noy était écuyer d'amour \ Jacques de Bourbon lui-même était 
l'un des grands conservateurs. 

Bien qu'il n'ait jamais trouvé au service d'amour que des 
peines et des douleurs, Guillebin de Lannoy se déclare le serf 
loyal de la plus belle qui soit au monde. Qu'en adviendra-t-il ? 
Ili'ignore, mais il est bien décidé à n'aimer jamais ailleurs (I). 
Il semble que cette dame si parfaite l'ait parfois encouragé. Il 
avait pris part à une « ducasse », et, vainqueur, il avait triom- 
phalement abattu « le geai du nid ». Son « amiotte » fut très 
fière de cet exploit. Elle lui accorda que toujours il serait « son 
amiot sans escondit » (V). Mais, peu après (VII), Guillebin se 
lamente, parce que son amie l'a repoussé. 

Et c'est ici que Jean de Werchin entre en scène et vient don- 



I. Bibl. nat., ms. fr. 5233, fol. 85 vo. 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 327 

neràson jeune disciple des conseils remplis de bon sens. Vous 
aviez, lui dit le sénéchal, choisi une belle dame pour la servir 
« de leale amour » ; mais vous aviez compté sans la dame elle- 
même qui refuse de vous clamer « son doux ami ». Pleurer, 
gémir et se plaindre ne mènent à rien. Le seul remède est de 
tout oublier (MI). 

Lannoy ne goûte guère le conseil du sénéchal de Hainaut, 
qui cependant passait pour une autorité dans toutes les ques- 
tions d'amour ; il s'étonne même qu'on ose lui en donner un 
semblable. Jamais il ne sera déloyal. Il servira quand même celle 
qui le repousse (IX). 

Jean de Werchin répond ■ Qui parle de fliusseté ? Puisqu'il 
vous plaît de languir « en douloureux tourment », languissez. 
Mais en persistant à servir votre dame malgré elle, vous l'ennuie- 
rez. Vous ne pourriez lui faire de plus grand plaisir que de 
l'oublier. Demandez-le lui donc pour voir (X). L'autre persiste 
à aimer et à servir la cruelle, parce qu'il espère malgré tout (XI). 
Werchin répond à son jeune ami qu'espérance le fourvoie et 
qu'une telle résolution lui procurera « pis que la mort ». 
Quant à lui, il aimerait mieux mourir que languir ainsi 
(XII). Guillebin, héroïque, est prêt à recevoir « pis que la 
mort ». Il refuse de suivre « de faulseté la voie » (XIII). 

Werchin le sermonne paternellement : La résolution qu'il 
prend est une pure folie. La dame, qu'il assomme de son amour, 
n'a ni la volonté ni le désir d'aimer. Est-ce donc être faux qu'en 
choisir une autre qui fera « ou lieu de plourer rire » (XIV). 

Mais Guillebin n'a nulle envie de rire. Il n'est pas de ces 
soi-disant amoureux qui courent cinq ou six lièvres à la fois. Il 
n'aimera, en dépit de tous les conseils, que « celle ou il a son 
vouloir mis ». Inutile de discuter plus longtemps. « La chose, 
dit-il, en est jugie » (XV). 

C'est parfait, répond le sénéchal. Mais vous pourrez voir pro- 
chainement que mon conseil n'était pas si mauvais. En atten- 
dant, vous ferez bien d'éloigner le « beau repaire », de votre 
dame, « car qui est près du feu, plus tost s'art » (XVI). 

Guillebin tient décidément à être martyr d'amour. Désormais 
il laissera dire « le meilleur ou le pire » sans daigner répondre. 
Il ne sera jamais parjure. Il a d'ailleurs le ferme espoir d'obtenir 
« alegance prouchaine » (XVII). 



328 A. PIAGET 

Le sénéchal est désolé de voir son petit ami passer son temps 
dans la tristesse, leurré par fol espoir. Il demande au moins une 
chose : Que tout ce débat soit soumis à la jeune et belle dame 
qui en sera « jugeresse ». Et puis advienne que pourra ! 
(XVIII). 

Là s'arrête le premier échange de ballades entre le sénéchal 
de Hainaut et son écuyer. Mais le dialogue reprend quelque 
temps après. Seulement le jeune Guillebin est dans une tout 
autre disposition. Instruit par l'expérience, il ne semble plus 
désireux du mart^-re. Les sages conseils de Jean de Werchin 
ont exercé leur influence. 

Dans la ballade XXIV, le Sénéchal donne à Guillebin le con- 
seil de ser\-ir sa dame de tout son cœur et de toute sa pensée, 
et d'être toujours joveux, loyal et secret. Guillebin répond que 
c'est bien là sa ferme volonté et qu'il espère obtenir un jour sa 
récompense. Mais il n'en est pas assuré du tout. Et il pose lui- 
même la question à laquelle il se refusait de répondre précédem- 
ment : Que faire si ma dame me repousse, et si je trouve en 
amour tout le contraire de ce que je cherche ? (XXV) Si votre 
dame, répond Werchin, vous retient pour son « servant », 
servez-la loyalement ; sinon, choisissez une autre « amie » 
(XXM). Guillebin réplique que sa « déesse » le tient « en 
espoir » et qu'en elle est toute sa pensée (XXVII), mais, dans la 
ballade suivante, on voit que ce qu'avait prédit jadis le 
Sénéchal est arrivé. La dame, dont le jeune écuyer s'était amou- 
raché, l'a laissé « villainement ». Aussi Guillebin n'est-il plus 
héroïque du tout, et s'estime-t-il le plus « meschans » des 
amants. Bien plus, il renie Amour, qui l'a trompé « mauvaise- 
ment » (XXVIII). Jean de Werchin le rappelle à la réalité 
des choses et lui montre qu'il a tort de s'en prendre à Amour 
(XXIX). Guillebin, docilement, regrette d'avoir mal parlé 
d'Amour et soumet son cas au jugement de ses compagnons 
(XXX). Enfin, le Sénéchal le loue d'avoir « mis a non cha- 
loir » une dame qui l'a abandonné « sans desserte » (XXXI). 

Morale de tout ce débat : Il ne faut pas persister à aimer une 
dame malgré elle. C'était aussi la conclusion du Songe de la 
barge. 

Il ne faudrait pas lire les vers de Guillebert de Lannoy avec 
des yeux trop sévères. C'est de la poésie de jeune homme de 



BALLADES DE G. DE LAXNOY ET DE J. DE WERCHIX 329 

dix-huit ans, qui avait le culte de l'amour, mais non pas tou- 
jours de la syntaxe. Il avait 1 ame ingénue, il était fier d'aimer 
et de le proclamer, et il croyait facilement que cela serait éternel. 
Il semble avoir pris au grand sérieux les calembredaines du 
Prince d'Amour. Mais cette crise n'a pas duré longtemps. Guil- 
lebin est vite devenu un homme avisé, positif et froidement 
observateur. Il est intéressant de voir d'où il est parti et où il est 
arrivé. 

Guillebin fait une seule allusion à sa longue attente dans le 
port de Brest : il est, dit-il « sur un vaissel sur la mer », immo- 
bilisé par «bonnache ou vent contraire ». Il est pressé de retour- 
ner vers sa dame, et il fait « moult dolente chère » (XXXIX). 

La devise de Guillebert de Lannoy : f^ostre plaisir', se 
retrouve dans le refrain de la ballade VIL 

Les ballades Mil, X, XII, XIV, XVI, XVIII, XXIV, XXM, 
XXIX, XXXI, sont de Jean de Werchin, sénéchal de Hainaut. 
La ballade XXXVI peut être attribuée à la dame elle-même ou 
à un compagnon de Guillebert de Lannoy. 

Arthur Piaget. 



I 

Il a long temps que je n'euz voullenté (Fol. ^6 n) 

De moy remectre ou service d'Amours, 
Pour les doulours que tant y ay trouvé 
Et pour le peu qu'ay receu de doulçours. 
5 Mais a présent me vient tout le rebours ; 
Retournée est ma voulenté, pour voir ; 
Mon cueur se ferme a dame pourveoir ; 
Je ne say pas comment m'en avendra. 
Et quant a moy ne le veul desvouloir, 
lo Quar cilz qui riens n'aventure rien n'a. 

Quoy que say bien que digne d'estre amé 
Je ne suis pas, ne pour avoir séjours, 
Non pour cela ne seray destourné 



I. I Je neu 

I. Voir Potvin, p. 203. 



330 A. PIAGET 

Serf ne soye de cueur loyal toiisjours 
1 5 De la plus belle et meilleur des meillours. 
D'autre servir je n'ay pas le voulloir, 
A celle la vueil tousjours remanoir. 
Face de moy tout ce qui luy plaira, 
Ou soit joyeulx ou me face douloir, 
20 Quar cilz qui riens n'aventure rien n'a. 

Et si je suis en tel estât mené 
Que ne luv plaise alegier mes doulours, 
Pour ce mon cueur si n'en sera osté, 
Car jamais jour je n'ameray aillours. 

25 Tropt plus me peut envoyer grans honneurs 
Son ser\'ice, sans son octroy avoir, 
Que d'une autre tous les biens recevoir. 
Pour ce mon cueur leaulment l'amera, 
Viengne qui peut, bien l'oseray veoir, 

30 Car cilz qui riens n'aventure rien n'a. 



II 



Mes frères et mes amis, 
Vous estes en descordance, 
Selon ce qu'il m'est advis, 
Sur le fait de l'ordonnance 
5 Des amours qui sont en France 

A celles de Lombardie. 
Pour savoir la meilleur vie, 
Les ungs de vous vont disant 
Devant vous cinq compaignon. 
10 Que ja ne seront suivant 

Les amoureux du barcon. 

Disant qu'ilz sont trop subgis, 
Sans avoir gaire plaisance, 
Ceulx qui leur voulloir ont mis 
1 5 De tous les jours sans faillance, 

Sans avoir autre cointance, 
Muser bien heure ou demye 
Au barcon ou est s'amie, 
Pour avoir ung doulz semblant. 



I. 13 La plus belle la meilleur — 21 si manque — 27 dun autre 
IL 9 cinq bon compaignon — 18 Au baron 



I 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DK J. DE WERCHIN 33 1 

20 C'est le meilleur guerredon 

Qu'elles voisent octroyant 
Aux amoureux du barcon. 

Et les autres, par leurs diz, (Fol. j6 h) 

Par regars, ont espérance 
25 D'avoir les joyeux deliz 

Dont Amours a desirance. 

Pour cela chascuns s'avance 

De ceulx de celle partie 

Ensuïr, n'en doubtez mie, 
30 Les barcons ou regardant 

Sont les dames de renom. 

Et cest mestier est plaisant 

Aux amoureux du barcon. 

Quant ne pourray plus avant 
35 Aler dedens la maison, 

Alors yray complaingnant 
Les amoureux du barcon. 



III 



Lourdin, Lourdin de Saligny, 
Et vous, Garencieres, compains, 
J'ay fait ceste ballade cy 
Pour vous de moy faire certains. 
5 Si sarés se je suis atains 

Du mal qui les amans guerroyé, 
Ou se mon cueur se tient en jove 
Par les plaisirs venans d'Amours. 
Sy vous promez,, ou que je sove, 
10 Je n'en ay joye ne doulours. 

Je ne suis de rien esjouy. 
Je ne suis amez, ne je n'aims, 
A nulle ne requier mercy. 
Ne de nulle ne me complains. 
15 Regardez dont comme suis plains 

D'oiseuse qu'avoir ne vouldroye 
Ou fait d'Amours, se je pouoye. 



II. 20 Sest — 22 Les amoureux — 29 Densuïr — 30 barcon — 33 Les 
amoureux 

III. 2 Garencies — 9 soy — 10 nen nay 



->-i5 A. PIAGET 

Passé je bien ainsy mes jours ? 
Ainsy dire je ne souloyc : 
20 Je n'en ay joye ne doulours. 

Quar long temps n"a qu'estoie emply 

De toutes doulours et astrains, 

Mais venu m'est bien puis ce di, 

Car oublié ay mes reclains. 
25 Avant qu'il soit ung mois ou mains, 

Sera>- ainsy que se n'avoye 

Oncques amé. Que vous diroye ? 

Le temps ne m'est pas trop rebours ; 

De nulle chose que je voye, 
30 Je n'en ay joye ne doulours. 

Mes deux frères, se Dieu m'avoye, 
Bonne espérance me convoyé 
Qui dit, quant sera mes retours, 
Qu'en brief temps dire ne pourroye : 
35 Je n'en ay joye ne doulours. 

IV 

Le grant désir que j'ay de brief revoir ^Fol. ;6 l'o a) 

Ma tresbelle gracieuse mestresse 
Me fait souvent mainte douleur avoir. 
Et aprouchier du pouoir de tristresse. 
5 Je n'ay en moy ne plaisir ne leesse, 
Quant je me truis longtain de sa beâulté, 
Tout tant que voy ne me fait qu'enuier. 
Ainsy souvent je me truis tourmenté 
Pour sa doulçour et pour mon desirier. 

10 Sa grant doulçour me donne le voulloir 

De retourner vers sa belle jeunesse ; 

A toute heure me vient ramentevoir 

Son bel atour souvenir qui ne cesse, 

Et mon désir sans m'arester m'apresse 
1 5 D'aller veoir celle qui a passé 

Toutes dames de gracieuseté, 

Et tous biens que l'en pourroit souhaitier. 



III. 20, 30, 35 nen nay — 24 oubliay — 26 nauoy 

IV. 1 hrid manque, reuoier — 9 Par sa — 17 qui en pourroit 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHlX 3^^ 

En tel estât me fault estre mené 

Pour sa doulçour et pour mon desirier. 

20 Si vous promés que de tout mon pouoir 

Je prendra)' brief de retourner l'adresse 

Pour allegier ce qui me fait douloir 

Et pour veoir de beaulté la déesse. 

Ainsy languir ne seroitque simplesse, 
25 Puis que par moy peut donc estre amendé. 

En tel propos me suis tout accordé, 

Par ce long temps doulour avoir ne quier. 

Trop longuement je m'y suis arresté 

Pour sa doulçour et pour mon desirier. 

50 Or pry Amours, a qui me suis donné, 
Que le voulloir ma dame soit tourné 
A tout mon dueil a leesse changer. 
A mon retour, si feray a mon gré 
Pour sa doulçour et pour mon desirier. 



V 



Joyeusement me doy tenir 
Et tout dueil de moy hors oster, 
Car il ne peut mieulx avenir 
A nul amoureux, sans doubter, 
5 Qu'il m'avint hier, après disner, 

A nostre ducasse ou j'estoie 
Devant la belle que servoye. 
Dont plusieurs orent grant despit. 
Pour dire vray, se Dieu m'envoye, 
10 J'abaty la le gay du nit. 

M'amiotte en ot grant plaisir, 
Bien l'aperceuz a son viz cler. 
Quar, quant elle le vit cheïr, 
Coulour print tantost a muer. 

15 Lors commençasmes a dancier 

Tous ensemble, menans grant joye. 
Ma belle tout devant m'envove, 
Dont tel y ot plaisir petit. 
Pour ce que dire je pouoye 

20 J'abaty la le gay du nit. 



V. 9 dire le vray — 20 le baty 



334 



25 



A. PIAGET 

Et quant ce vint iiu départir 
Et que la feste deust cesser, 
Elle me dist : « As tu loisir 
Ne voulloir de moy remener ? » 

Adont luy dis sans arrester (Fol. ;6 voh) 

Qu'autre chose ne desiroie, 
Pour ce que loisir bien aroie 
De dire mon vueil sans respit, 
Et comment, pour ce que l'amoye, 
30 J'abaty la le gay du nii. 

Princes, saches qu'en celle voye 
M'acorda que tousjours seroie 
Son amiot sans escondit. 
A bonne heure que vous diroye ? 
35 J'abaty laie gay du nit. 

VI 

Helas ! ay my, aray je ja 
Vostre grâce que tant désire, 
Ma belle amour, et qu'en sera? 
Serai je tousjours en martire? 
5 Me voullés vous doncques ocire, 

Qui ne vouliez avoir mercy 
De la doulour dont suis garny ? 
C'est dur eOr qu'Amours m'envoye. 
Se vostre vueil se tient ainsy, 
10 Je suis banni de toute joye. 

Je suis celluy qui ja n'ara 

Dedens le cueur fors que toute yre, 

Jusques a tant qu'il avendra 

Que vostre voullenté s'atire 
1 5 A estre de mon mal le mire. 

Je n'y voy nul autre party, 

Car je ne puis estre gary 

De la doulour qui me guerroyé, 

Se par vous n'est. Pour ce vous dy : 
20 Je suis banni de toute joye. 

Or faictescequi vous plaira, 
Je ne vous say belle que dire, 



VI. 5 vous manque — 9 ce tient 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 335 

Car mon vouUoir ne changera, 

Autre chemin ne vueil eslire. 
25 J'dvme trop mieulx que je soupire 

Pour vous amer qu'avoir l'octry 

De nul autre. Je suis celluy 

Qui vostre suy ou que je soye. 

Mais tant comme soie escondi, 
30 Je suis banni de toute joye. 



VII 



Je me doy bien complaindre.et doulourer 
Sur trestous ceulx ores qui sont en vie, 
Jove laissier et tristesse mener, 
Sans jamais jour démener chère lie, 
5 Quant vous m'avez, sans cause ne demye, 
De vostre amour, belle, ainsy débouté, 
Voire et veù que je vous ay esté 
Tousjours leal, et oncques n'os vouUoir 
Fors d'accomplir de bonne voulenté 
10 Vostre plaisir a mon leal pouoir. 

C'est ce qui brief fera désespérer 

Mon povre cueur en tristresse marie, 

Et puis après, sans gaires demourer. 

Me livrer a mort a tout ennemye, 
1 5 Qui m'ocira. Je ne say que j'en die. 

J'ay sans raison tant tenu loyaulté, (Fol. ^7 a) 

Et bons amours aussy trop honoré. 

Qui me vouliez en dangier concevoir, 

Comment de faire -ay tousjours désiré 
20 Vostre plaisir a mon leal pouoir. 

Si m'est aviz que je suis le nomper 
De trestous ceulx qui ont merencolie. 
Et qui mieulx doit la bannière porter 
De tristresse qui me tient compaignie. 
25 Helas ! Amours, je ne pensoie mie 
Que m'eussiez tel eùr ordonné, 
Quant vous estiés en vostre majesté. 
Et me disiez : « Se vous faictes devoir, 



VIL 7 ie vous ainsy a 



33é 



A. PIAGET 

« Mon serviteur, je feray de bon gré 
50 « Vostre plaisir a mon leal pouoir. » 

vm 

Je vov trop bien qu'en dolente doulour 
Est vostre cueur et forment tourmentez, 
Et sur le point de vous bouter ou tour 
De ceulx qui sont d'amours désespérez, 
5 Se par aucun n'estes reconfortez, 

Dont suis dolent, courrouciez et plain d'ire 
Plus mille fois que ne saroye dire. 
Sachiez de vray, Guillebin de Lannoy, 
Que de tous maulx vous avez prins le pire 
10 Pour eslongier de tristresse et d'annoy. 

Vo ballade si me monstre l'ardour 
Des griefs annuys dont vous estes comblez. 
Par elle voy que de lealle amour 
S'estoit vo cueur tout liement donnez 

1 5 Ou service de plusieurs gens louez. 
Et belle dame aviez voullu eslire 
Que de voit bien a vostre cueur souffire, 
Et vous avoit de s'amour fait octroy. 
C'est le trésor qu'ung amoureux désire 

20 Pour eslongier de tristresse et d'annoy. 

Or pour l'eure ne plaist a sa doulçour 
Que soies plus son doulx amis clamez, 
Dont vostre cueur, sans terme et sans séjour, 
D'amour se plaint pour le mal qu'endurez, 

25 Disant qu'il s'est contre vous parjurez. 
Par faire ainsy, ne pouez desconfire 
Vostre doulour ne vostre grief martire. 
Mais, puis qu'elle est contre la leal loy, 
Oubliez tout, sans vous ainsy occire, 

30 Pour eslongier de tristresse et d'annoy. 



DC 



Puisqu'il vous plaist me faire tant d'onnour 
Que de voulloir de mon fait empescher, 



VIII. 25 cest 



BALLADES DE G. DE LAXXOY ET DE J. DE WERCHIX 337 

De tout mon cueur, seneschal monscignour, 
Vous en doy bien grandement mercyer, 
5 Quar je say bien que de moy avancier 
En tout honneur, en plaisir et en joye, 
Avés désir, et que je ne pourroie 
D'autre qui soit meilleur confort trouver. 
Pour moy monstrer le chemin et la voye 
10 De tous les biens que nulz pourroit nombrer. 

Mais touteffois trop merveilleuse errour (Fol. ^j h) 

Vous voy tenir et a moy auoncier, 

Qui m'avez dit que je, pour le meillour, 

Doy mon anoy et mon dueil oublier, 
1 5 Puis que celle qui tant fait a prisier 

Son doulz voulloir a leaulté n'aloye, 

Et que pour plaindre et plourer je n'aroye 

Jamais secours qui me puist conforter. 

Mais avec ce l'espérance laroye 
20 De tous les biens que nulz pourroit nombrer. 

Ou est celluy qui pourroit tel doulour 

En son vivant de son cueur eslongier ? 

Homme n'est nul qui eùst tel vigour. 

Se faulchecté ne voulloit atoucher. 
25 Et j'ayme mieulx a moy solacier 

En la doulour qui en plourer m'esnoie 

Que leaulté nullement je renoye. 

Je ne doy pas le voulloir reffuser 

De celle qui a toute la montjoye 
30 De tous les biens que nulz pourroit nombrer. 



Puis qu'il vous plaist ceste vie suivir 

Et vostre cueur a vo dit se consent. 

Vous ne pouez a tristresse faillir, 

Languir vous fault en douloureux tourment, 

Dont j'ay pitié de vous certainement 

Pour les doulours que vo cueur portera, 

Et vo dame tousjours s'ennuyera 

De vous veoir, puis que ne vous tient scien 



IX. 29 la manque. 

X. 2 ce — 7 Et vous dame tousiours sennuyuera 

Roman ta, XXXJX. 22 



y^S A. PIAGET 



10 Pour sa plaisance, aussy pour vostre bien. 

D'ainsi faire j'ose bien soustenir 

Qiie ne ferés faulsetté nullement, 

Encore plus que vous ferez plaisir 

A vo dame plus qu'a faire autrement. 
1 5 Demandés luy, je vous pry humblement, 

Se je dy voir pour savoir qu'en dira, 

Et vous verres qu'elle s'acordera 

Que de tous poins faciès le conseil mien. 

Ou peut estre le vous a dit pieça 
20 Pour sa plaisance, aussy pour vostre bien. 

S'en pensoie qu'il vous en deust venir 

Nul grant plaisir ne nul avancement 

Pour vostre vueil a tousjours maintenir, 

Ne vous eusse conseillé tellement, 
2) Mais, pour ce que je désire forment 

Vostre grant bien, mon cueur le vous loua. 

S'ainsy faictes, saichez ne fauldrés ja 

Que ne trouvez d'estre amé le moven 

D'autre belle que pour scien vous tendra, 
30 Pour sa plaisance, aussy pour vostre bien. 

XI 

Plus vous entens et plus fort m'esbahy 
Du grant abuz que devant me metez. 
Vous me dictes, par vo balade cy. 
Que se mou vueil a mon dit est fermez 
5 Qu'en moy veoir s'ennuyera assez (Fol. ^7 vo a) 

Celle par qui me vient ceste tristresse, 
Et que mieulx vauli, pour me donner leesse, 
Que de mov soit eranment eslongie, 
En vou lente de requérir mestresse 
10 En autre lieu, jeune, lealle et lie. 

Mais, par ma foy, je croy que pas ainsy 
Vous ne ferez que devant me metez, 
Mais, comme sain et de joye remply, 



X. 9 mattque. 

XL 3 vos — 5 sensuiura — 6 ceste manque. 



BALLADES DE G. DE LANNOY HT DE J. DE WERCHIX 339 

J'entens trop bien que vous vous devisez, 
15 Et si voy bien que pas vous ne sentez 

La grant doulour qui nuyt et jour me presse, 

Ne de mon cueur ne congnoissiez l'adresse, 

Qui a juré que trestoute sa vie 

Seroit en plours avant d'avoir déesse 
20 En autre lieu, jeune, lealle et lie. 

Quar, s' Amour a maintenant consenti 

Que je son serf soie ainsy démenez, 

Espoir que brief il me rendra l'octroy 

D'avoir les biens que tant ay desirez. 
25 Et lors seray tout ly plus honorez 

De trestous ceulx qui d'amours ont largesse. 

Si vous supply que vostre cueur se sesse 

De dire ainsy, que je ne feray mie, 

A brief parler, sur moy commanderresse 
30 En autre lieu, jeune, lealle et lie. 



XII 



Certainement, amis, je ne vouldroye 
Aultre conseil a vous jamais donner 
Fors qu'ainsy que pour moy le feroye, 
Ainsy me vueille Amours guerredonner. 
5 Mais folle *iiour si vous veult gouverner 
Qui n'avez pas en vous la congnoissance 
Que bon seroit de mectre en oubliance 
Celle qui vous a mis en nonchaloir. 
Se vous tenez longuement ceste usance, 
10 Pis que la mort vous fauldra recevoir. 

Car saichez bien que trop mieulx ameroye 
Tôt a ung cop ma vie definer 
Qu'ainsi languir et avoir la montjove 
De griefs doulours qu'il vous fauldra porter, 
15 Se ne vouliez vostre vouUoir muer. 

Car jamais jour n'arez que desplaisance, 
Et si n'ora de vostre grief grevance 
Vostre dame nulle pitié pour voir. 



XI. 18 Qui a iure quauoit toute sa vie — 19 Seroit en plours quen 
amours aroit déesse — 27 ce 



■^ 



40 A. PIAGET 

Puis qu'elle a mis autre part sa plaisance, 
20 Pis que la mort vous t'auldra recevoir. 

Espérance vostre doulx cucur forvoye, 

S'elle vous dit que son vueil retourner 

Vouldra briefment, de ce ne la croiroie, 

Pour seremcnt qu'elle ne peust jurer, . 
2 5 Qir maintesfois l'a on veu parjurer 

De sa promesse et de sa convenance. 

En son conseil sur ce n'aiez fiance, 

Mais pourchassiez autre joyeulx vouUoir, 

Ou se ce non, de ce je fais doubtance, 
50 Pis que la mort vous fauldra recevoir. 

XIII 

Se pis me fault que la mort recevoir 
Pour leaulté et pour mon devoir faire, 
Il ne m'enchault, puis que c'est le voulloir 
De la tresdoulce et belle débonnaire. 
5 Car j'ayme mieulx a recevoir contraire {Fol. ^y l'o h) 

Par son plaisir et par sa voulenté 
Que de nulle autre eusse biens a planté. 
En poursuivant de faulseté la voie. 
Si vous promet que pour nul homme né 
10 Vostre conseil jamais je ne feroye. 

Que me pourroit ne aidier ne valloir 

D'ore autre part l'amoureux contrefaire. 

Quant pour mon vueil la plainement avoir 

Plaisir joyeulx je n'y pourroye atraire ? 
15 Ce me seroit encores paine et haire 

Que ja seuffre loial ami clamé, 

Car je me sens si tresbien assené 

Que pour quérir nule si faulse joye. 

Ne pour laissier ce que j'ay tant amé, 
20 Vostre conseil jamais je ne feroye. 

Vous m'avez cy vouliu ramentevoir 
Aussy comment folle amour mon affaire 
Veult gouverner qui ne scet concevoir 



XII. 19 Pis quil — 20 manque — 25 veue — 29 Ou ce se non 

XIII. I Le pis — 15 Que manque — 18 nul 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 34I 

Que bon seroit de moy briefment retraire 
25 De plus amer ou je ne puis plus plaire, 

Mais quant Amours ara bien regardé 

Son serviteur en ma grant leaulté, 

Pas n'a paour qu'alors dire ne doie 

A vous par droit, du fait qui est passé, 
30 Vostrc conseil jamais je ne feroye. 



XIV 

Helas ! amis, j'ay trop grant desplaisir 
De ce qu'ainsy vous estes abusez, 
Qui vous semble qu'a mon conseil tenir 
A faulceté vous t'eussiez arivé, 
5 Mais a raison mallement entendez 
Qui cy dictes que faulceté seroit 
Se vostre cueur autre dame prenoit, 
Et que son vueil si vous doit bien souffire, 
Mais saches bien que follie seroit 
10 Vostre conseil devant le mien eslire. 

Puis qu'elle n'a voullenté ne désir 
De vous amer, mieulx faire ne pouez 
Que de briefment autre dame quérir, 
1 5 Mais je croy bien qu'un peu dur vous trouvez 

A ce vo cueur, pour ce que fort l'amoit. 
C'est ce qui tout vostre las cueur déçoit. 
Je le say bien mieulx que par oy dire, 
Mais pour le mieulx jamais nul ne vouldroit 
20 Vostre conseil devant le mien eslire. 

Advis vous est qu'il ne vous peut venir. 
Tant feussiez bien d'une autre ami clamez, 
Nulle joye ne nul parfait plaisir, 
Se par elle ne vousestoit donnez. 

25 C'est mal pensé, car il en est assez. 

Se vostre cueur a mon vueil s'accordoit. 
Dont l'une tost vosdoulours fineroit. 
Et vous feroit ou lieu de plourer rire. 
Alors vo cueur plus ne conseilleroit 

30 Vostre conseil devant le mien eslire. 



XIV. 15 manque — 22 dun — 29 ne se 



342 .A. PIAGET 



XV 



En vo conseil fere, par mon serement, (Fol. ^S a) 

N'a, ce m'est vis, ne raison ne demye, 
Quant vous savez, trestout premièrement, 
Que j'ay voué que ja jour de ma vie 
5 Je u'aimeray, pour homme qui m'en prie. 
Autre que celle ou j'ay mon voulloir mis, 
Et que mon cueur ne peut estre pensis 
Ne n'a pouoir qu'a ce faire s'atente, 
Et puis vouliez que je soie ententis 
lo D'avoir ailleurs autre amoureuse attente. 

Ou est celluy qui pourroit tellement 

Soy gouverner veû ma maladie ? 

Homme n'a nul dessoubz le fiermament. 

Ce sçay je bien, qui fist telle folie, 
1 5 S'il ne voulloit faire s'amour onnye 

Pour faulcetté dont ou cueur feust esprins 

D'en prier huy cy quatre, demain six, 

Et puis jurer, combien que partout mente. 

Qu'il n'a voulloir, par Dieu de paradis, 
20 D'avoir ailleurs autre amoureuse atente. 

Se ung tel estoit qui deist faintement 

Qu'en mon party feust de merencolie, 

Vostre conseil luy pourroit moult briefment 

Donner confort, je ne estrive mye. 
25 Mais a moy non, la chose en est jugie, 

De ce soies certainement tous fiz. 

Car mon voulloir ad ce s'est consentiz, 

Et d'autre part bien ne voulsist tel sente. 

Pouoir je n'ay, ne en faiz ne en diz, 
30 D'avoir ailleurs autre amoureuse atente. 

XVI 

Se vous n'avez de moy croire voulloir. 
Mon conseil riens ne vous peut prouffiter. 
Mais vous pourrés prochainement veoir 
Mieulx eust esté de mon voulloir gréer. 



XV. 5 nemmeray — 14 fust — 22 feust soit — 25 jugiee — 26 filz 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIX 343 

5 On ne se peut, mon ami, parjurer 
A faire bien pour laisser a moy faire. 
Nulz ne diroit, ce cuide, le contraire. 
Pour ce vous loe eslongier le regart 
De vostre dame et tout son beau repaire, 
10 Quar qui plus est près du feu plus tost s'art. 

Trop forte errour voussoustenez, pour voir, 

Qui vous semble qu'on vous deust appeller 

De faulccté, pour mettre a non chaloir 

Celle qui vous a voullu hors bouter 
1 5 De son amour, sans déserte v trouver, 

Ainsy que sy vous ay ouy retraire. 

En ce de riens vous ne pouez meffaire, 

Pour pourchasser leesse en autre part. 

Querez par tout, que vivre vous puist plaire, 
20 Quar qui plus est près du feu plus tost s'art. 

Advis vous est que nulz n'aroit pouoir 
De son voulloir tellement gouverner, 
Se ne sont ceulx qui, au main et au soir. 
Par faulceté veullent dames ruser. 
25 Si est, par Dieu, on en peut maint trouver. 
Qui sont ainsy pour de voulloir retraire 



Et se tiennent friques, joyeulx, galiart. 
Tant qu'en p'jisscut une pour eulx atraire, 
30 Quar qui plus est près du feu plus tost s'art. 



XVII 

Il me desplaist, monseigneur, par ma foy, (FoL ^Sh) 

Plus mille fois que je ne vous say dire. 

Du grant traveil douloureux que je voy 

Qu'ainsy prenez orendroit, tire a tire. 

Pour moy cuider eslongier de martire 

Par le conseil que vous m'avés donné, 

Car, comme ainsy que je vous ay juré 

Par maintes fois en parole certaine. 

S'il n'est par vous plus doresmais monstre, 



XVI. 7 se cuide — 17 ne vous ne — 19 tant que — 23 Ce ne sont 
29 ceulx 



344 -^- PIAGET 

10 Je vous diz bien que perdez vostre painc. 

Car amour si m'a fermé en sa loy 
Que, pour le vueil de ma dame a soufFire, 
Je prens en gré le douloureux annoy 
Qui mon las cueur de plus en plus empire. 

15 Et se je n'av ce que je tant désire, 
Je sais trop bien qui ne tient qu'a pité, 
Laquelle m'a par espoir destiné 
Que d'elle aray alegance prouchaine. 
C'est ce pour quoy, a dire vérité, 

20 Je vous diz bien que perdez vostre paine. 

Mais, puisque je si plainement perçoy 

Que de porter un tel conseil eslire, 

Il ne vous plaist, mon chier seigneur, pour moy, 

A vo parler plus n'en quier contredire. 

2 5 Dictes, au fort, le meilleur ou le pire, 

Tel qui vous plaist, tous me viennent en gré, 
Mais, quant a moy, que je soie trouvé 
Devers ma dame en mençonge si pleinne 
Par vo conseil que d'estre parjuré, 

30 Je vous diz bien que perdez vostre paine. 

XVIII 

Vous estes cilz qui perdrez vostre paine, 
Et jamais jour nulle joye n'arez, 
Dont me desplait de la doulour mondaine 
Qu'a tousjours mais en vo cueur porterez, 
5 Puis que croire mon conseil ne vouliez . 
Vous le verres, mais trop a tart sera, 
Car qui pert temps nul bien ne l'en vendra, 
Encore mains qui le passe en tristresse, 
Mais puisqu'ainsy vostre voulenté va, 
10 Je ne vous quier plus blasmer vo simplesse. 

Je say trop bien qui ainsy vous pourmaine, 
C'est fol espoir, qui maint en a trompez. 
Oncques aucuns qui feust en son demaine 



XVII. 10, 20, 30 vous perdriez — 21 puisque iay — 22 un manque. 

XVIII. I perdra sa 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 345 

N'envoya bien, pas mieulx n'y trouverez. 
15 Mais, puis qu'ainsy bien content vous tenez 

De la douleur que vostre las cueur a, 

Grant folie, ce m'est avis, fera, 

Qui de joye vous monstrera l'adresse. 

Quant est a moy, aviengne qui pourra, 
20 Je ne vous quier plus blasmer vo simplesse. 

Mais je vous pry, de voulenté certaine. 

Puis qu'en tel vueil vous estes si fermez, 

Qu'a vo dame que tenez souveraine 

Nostre débat a loisir remonstrez, 
25 Et qui tort a d'elle soit condempnez. 

Puis me faictes savoir ce qu'en dira. 

Ainsy sarons que le droit soustendra, 

De nostre estrif n'a meilleur jugeresse. 

Non obstant ce, die ce qu'el vouldra, 
30 Je ne vous quier plus blasmer vo simplesse. 

XIX 

Helas, Amours, je n'ay pas desservy (Fol. ^S v° à) 

Les griefs douloursque ma dame m'envoye. 
Qu'ay je meffait, ne vers toy ne vers ly, 
Qui ne vouliez que j'aye nulle joye ? 
) C'est grant durté se dire je l'osoie, 
De moy faire tant de mal recevoir. 
Quant congnoissez tout mon leal voulloir, 
Et que je n'ay nul autre désirer 
Fors vous servir tous deux a mon pouoir, 
10 Et ne vouliez mes doulours allegier. 

Par sa doulçour fut ce qui m'asservi 
A mon cueur mectre en l'amoureuse voie, 
Et par ton vueil a elle je m'offry 
A la servir tant comme je vivroye. 
1 5 Tu me dis : Lorsque je la serviroie 
De cueur leal, de plaisirs pourveoir 
Me vouldriez, mais je puis bien veoir 
Le contraire, que j'ay voullu laisser 



XVIIL 29 quelle 

XIX. 3 luy — 5 C'est grant dire ce dire 



346 A. PIAGET 

Tout autre vueil et mectre en nonchaloir, 
Et ne vouliez mes douleurs allegier. 



XX 



Je ne sav pas lequel faire je doy 
De moy, d'Amours, ou me plaindre ou louer. 
Vous orez cy la vérité pourquoy, 
Se vous avés plaisir a l'escouter : 
5 II est bien vray que, quant je vos entrer 
En son service, a mon cueur ordonna 
Que servant feust celle que servy a, 
Laquelle dame a toutes surmonté 
Celles qui sont de doulçour, de beaulté, 
10 Et de tous biens que dame peut avoir, 

Mais tousjours av son joyeulx cueur trouvé 
Plain de reflfus, sans y pitié veoir. 

Combien que j'ay tous jours eu en moy, 
Ay et aray voulenté de l'amer, 

1 5 En requérant que me feïst octroy 
De son servant me voulloir appeller, 
Mais oncques jour je ne la pos trouver 
En tel voulloir, je ne say qu'en sera. 
Amours me dit que le temps si viendra 

20 Que je seray son doulx ami clamé. 
Mais je ne say si me dit vérité, 
Ne s'elle aura jamais ung tel voulloir. 
Quant son cueur a si longuement esté 
Plain de reffus, sans y pitié veoir. 

25 S'ainsy me fault demourer com je voy, 

Et en tel point ma jeunesse finer. 

Je me verray garny de tout anoy. 

Ung temps vendra sans pouoir l'amender. 

Pour ce ne say pour ce me gouverner. 
30 S'ainsy se tient, Amours me destruira, 

Quant en tel lieu mon voulloir assena 

Ou je ne puis recouvrer de pitié. 

Aussy si fait que d'elle soye amé, 



XIX. 21-30 manquent. 

XX. 2) comme — 28 pouer 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIX 34; 

J'aray tout ce que je désire avoir, 
3 5 S'elle me dit : « Plus ne verras mon gré 
« Plain de reffus, sans y pitié veoir. » 



XXI 

N. 1. n. est de toutes la plus belle (Fol. ^Si^h) 

De moy faire sur tous amans joyeulx, 
N. 1. n. est qu'en mon penser m'appelle 
Celluv qui est en Amours plus eureux. 
3 N. 1. n. est que je soye de ceulx 
Qui sont garnis de toute souffisance. 
N. 1. n. est que brief aye alegance 
Du grief torment ou j'ay long temps esté. 
N. 1. n. est qu'en joye soit tourné, 
10 Autre qu'elle ne me peut resjouir. 
N. 1, n. est, ainsy est ordonné, 
Or vueille amours que ce soit son plaisir. 

N. 1. n. est, quar je n'ayme autre qu'elle. 

Ne vouUoir n'ay d'estre d'autre amoureux. 
15 N. 1. n. est pour ce que brief nouvelle 

Aye de ce dont je suis désireux. 

N. 1. n. est et mes ris et mes yeulx, 

Tout mon confort et toute m'esperance, 

N. 1. n. est que je vive en plaisance, 
20 Je ne puis riens, se n'est sa voulenté. 

N. 1. n. est ma doulour, ma santé, 

Tous deux me peut et donner et toUir. 

N. 1. n. est que soie recouvré. 

Or veulle Amours que ce soit son plaisir. 

25 N. 1. n. est de toute ma querelle. 

Se c'est son vueil, je seray douloureux. 

N. 1. n, est de dangier le rebelle 

Desconfire qui tant est orguilleux. 

N. 1. n. est qui me soit gracieulx, 
30 Or regardez s'elle a sur moy puissance. 

N. 1. n. est,nulz n'en face doubtance, 

Par le pouoir qu'Amours luy a donné. 



XXI. I Que signifient ces ^ lettres : X. 1. n. ? — 5 je manque — i2lamours 
- 24, 36, 41 lamours — 25 trestoute — 28 dorgueilleux 



34^ A. PIAGET 

N. 1. n. est a passé maint esté, 
Pour ce je puis escripre sans mentir : 
35 N. I. n. est que j'ay long temps porté, 
Or vueille Amours que ce soit son plaisir. 

Princes d'Amours, saichez que de mon gré 
N. 1. n. est, quar je l'ay tant amé, 
Que je ne quiers autre servir, 
40 N. 1. n. est que mon dueil soit fine. 

Or vueille Amours que ce soit son plaisir. 



XXII 

La grant beaulté de ma belle mestresse, 
Sa grant doulcour et son bel maintenir, 
Ont mon cuer mis ardanment en l'adresse 
D'elle voulloir de mon pouoir servir, 
5 Tant que je n'ay en moy autre désir. 

Or vueille Amours pour moy voulloir tant faire 
Que je puisse sa bonne grâce atraire, 
Autre chose je ne vueil demander. 
Se de ce don je pouoye finer, 
10 Je seroie sur tous amans joyeulx, 
Quant pouroye sur moy veoir tourner 
Son bel acueil qui tant est gracieulx. 

« 

Tant suis feruz de sa lie jeunesse, (Fol. ^9 a) 

Tant l'ayme fort, tant me vient a plaisir, 
1 5 Que je ne puis avoir nulle tristresse, 

Quant seuUement j'ay en moy souvenir 

Que mon cueur est fermé sans départir 

A la servir tant que luy puisse plaire. 

Et quant me truis en son plaisant repaire 
20 A tout loisir de la bien regarder, 

Mon cueur convient tout de joye combler, 

Tant sont plaisans sa manière et ses yeux, 

Que ne fais riens oncques que désirer 

Son bel acueil qui tant est gracieulx. 

35 Puis que je serfs de beaulté la déesse, 
Ne doi je pas mon cueur joyeulx tenir. 



XXII. 22 Tant soa 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 349 

En espérant que, par sa grant haultesse, 

Je pourray brief a grant honneur venir. 

Puis que j'ay vueii de sa grâce acquérir. 
30 Je ne doy riens tenir a mon contraire ; 

Pour ce ne vueil ma voulenté retrairc, 

Car quant vouidra son voulloir acorder 

A moy son serf par sa grâce appeller, 

J'aray tout ce dont je suis désireux. 
35 Tantost m'ara ma joye fait doubler 

Son bel acueil qui tant est gracieulx. 

XXIII 

Plus belle que Iseult n'Helaine, 
Amours m'a fait commandement 
Qiie je soye en vostre demaine 
Et que serve loyaulment, 
S Requérant de cueur humblement 

Que ce soit vostre voullenté 
Par vostre gracieuseté 
D'avoir le nom que tant vouldroye. 
C'est le serf de vostre beaulté, 
10 Autre bien ne demanderove. 

Sy vueil mectre toute ma paine 

A vous servir joyeusement, 

Ma belle dame souveraine. 

Espérant tel avancement, 
15 Et se vo voullenté s'assent 

Que tant de bien me soit donné. 

Je seray de bonne heure né, 

Car se souhaitier je vouloie. 

Je vous jure ma leaulté, 
20 Autre bien ne demanderove. 

Vostre lie doulçour mondaine, 
Vostre plaisant contenement, 
Et vostre beaulté si m'amaine 
A estre vostre liegement. 
25 Faictes de moy vostre tallent, 

Le pouoir vous est ordonné, 



XXIII. 15 Vostre voullenté ce assent 



350 A. PIAGET 

Par amours qui le m'a mandé, 
Et jamais ne l'en desdiroie, 
Mais que je sache vostre gré, 
30 Autre bien ne demanderoye. 

Princesse, se Dieu me doint jove, 
Et que de vous me voie amé, 
Autre bien ne demanderove. 

XXIV 

Servez bien vostre bien amee, (Fol. ^ijh) 

Tenez luy tousjours loyaulté, 
Aiez cueur, corps, voulloir, pensée, 
A faire sou gracieulx gré, 
$■ Par vous ne soit rien reffusé 

Qui soit a son tresdoulx plaisir. 
Ne doubtez nul travail souffrir 
Pour faire ce qui luy plaira, 
Puis que vous la vouliez servir, 
10 Tout honneur si vous en vendra. 

Gardez qu'autre amour désirée 

Ne soit de vous par faulcetté. 

Et que vostre amour bien celée 

Soit tousjours de vostre costé, 
15 Soiez joyeulx, loyal, secré, 

Aiez tousjours vostre désir 

A sa douice grâce acquérir 

Dont vostre cueur tel voulloir a ; 

S'en ce vueil vous vouliez tenir, 
20 Tout honneur si vous en vendra. 

Regardez a sa renommée, 
Se sa belle plaisant beaulté 
Est plusieurs fois de mains louée, 
Son bien, sa gracieuseté. 
25 Quant vous arez tout regardé, 

Alors vous pourez bien veïr 
Se la devez de cueur chérir. 
Mais bien sav se vo voulloir va 



XXIII. 32 Que maiique. 

XXIV. I belle bien amee 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE j. DE WERCHIN 351 

A son amour bien poursuïr, 
30 Tout honneur si vous en vendra. 



XXV 

Certes, j'ay sy mon vueil fermé 
A la servir toute ma vie, 
Que jamais en ma loyaulté 
Je n'en quier faire départie. 
S Ains l'ameray, quoy que nulz die, 

Car c'est de toutes la meilliour 
Qui soit et de beaulté la flour. 
Si me semble que meflferoye 
D'estre a nulle autre serviteur, 
10 Puis qu'Amours veult que tout scien soye. 

Et s'il m'avient que bien amé 

Soie de ly, je vous affie, 

Plus joyeulx en ce monde né 

De moy ne trouveroit on mie. 
1 5 Ains de bon cueur a chère lie 

Serviroie ma doulce amour, 

Sans penser ver luy nul faulx tour, 

Car bien say s'autrement faisoie, 

Je seroie faulx traïtour, 
20 Puis qu'Amours veult que tout scien soye. 

Dicté vous ay ma voulenté 

Et de tout mon cueur vous mercye 

Du conseil que m'avez donné, 

Mais encore je vous supplie 
25 De bon voulloir et sy vous prie 

Que me conseillez sans demour, 

Se tout le contraire en amour 

Que je vous ay dit je trouvoye, 

Pour allegier ma griefe doulour, 
50 Puis qu'Amours veult que tout scien soye. 

XXVI 

Puis qu'Amours veult que vous serves (Fol. ;p t/o a) 

Vostre belle doulce mestresse, 



XXV. 6 le — a nul autre 



5)2 



A. PIAGET 

Par mov le conseil vous n'arez 
Que vostre cueur jamais la laisse, 
5. Mais que la trouvez en l'adresse 

De vous retenir son servant. 
Tousjours soiez obéissant 
A son vucil faire, je vous pry, 
Si ferés que Ical amant. 
10 Je le feroye tout ainsy. 

Mais de ce que me demandez, 
Se tant vous venoit de tristresse 
Que son voulloir feust tant fermez 
Sans vous voulloir donner leesse, 

15 Et qu'en Tardour qui tant vous blesse 

Vous laissast estre demeurant, 
Se lors vous la laissiez a tant, 
Vostre cueur ne say mon ami, 
Mais s'aultre dame allez querant, 

20 Je le feroye tout ainsy. 

Puis que vo dame trouverez 
Sans que dangier en elle cesse, 
Et que clerement vous verrez 
Que sa belle plaisant jeunesse 

25 Ne vous veult pas, dont par luy est ce, 

Se vostre amour estes cessant. 
Nulz ne vous en sera blasmant, 
S'ainsy faictes, je vous affy. 
Quant au voulloir qu'ay maintenant, 

30 Je le feroye tout ainsy. 

XXVII 

Ainsy que je le vous diray, 
En espoir me tient ma mestresse 
Et je de cueur leal et vray 
Serfs ma dame et ma déesse, 
5 En atendant que grant leesse 

Me puisse de s'amour venir. 
Sy vueil servir, jusque au fenir. 



XXVI. 4 De vostre cueur — 17 Se vous laissiez — 21 vous dame 

XXVII. I le matique — 5 Et iay — 7 jusques —11 Car iay 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 353 

Celle qui est d'onneur parce, 
Car en luy sont tout my désir : 
10 En celle est toute ma pensée. 

Car je tout de certain bien say 

Qu'en ma dame a tant de noblesse, 

De bien, d'onneur, que point n'ara\- 

Pour la servir d'autre tristresse. 
15 Si vueil du tout tenir l'adresse 

De vray servant, et maintenir 

Que point ne me doy départir 

De ma belle dame honnoree. 

Celle que serfs et vueil servir : 
20 En celle est toute ma pensée. 

En espérance me tendray, 

Luy priant que point ne me lesse, 

Car servir vueil tant que pourray 

La belle beaulté et jeunesse, 
25 Celle qui point mon cueur ne cesse 

A penser comment puist chérir, {Fol. ^y 1'° b) 

Car c'est mon joyeulx souvenir. 

Si l'aymeray d'amours fermée. 

Car elle peut mes maulx garir : 
30 En elle est toute ma pensée. 

XXVIII 

De trestous les leaulx amans 
Suy li plus meschans vraiement, 
Et s'ay mis paine tout mon temps 
De servir amour loyaulment, 
5 Comme vrais serfs, mais fauisement 

Le m'a au derrenier mery, 
Car trompé m'a mauvaisement, 
Pour quoy a tousjours le ren3^ 

Las ! or avoye je longtemps 
10 Vescu si tresjoyeusement. 

Car ma belle dame plaisant 
M'avoit promis que bien briefment 



.XX VIII. 2 Si luy plus — 6 mercy — 9 or avoy 

Vomania, XXXJX 2 3 



3 54 •^- PIAGET 

De mes griefs maulx allégement 
Me venroil, mais point n'est ainsy ; 
I ) Car laissé m'a villainement, 

Pour quoy a tousjours le reny. 

Entre vous qui estes servans 
Amours de cueur entièrement, 
Xe me veulliez estre blasmans 
20 S'ostez me suis de ce tourment. 

Car ainsv duré longuement 
N'eusse peu, je vous affy. 
Je vous av dit certainement 
Pour quoy a tousjours le reny. 



XXIX 

Vous vous plaingnez trop durement 
Des maulx que vostre corps reçoit, 
Et vous semble certainement 

Que nulz aussy tristres ne soit. 
5 Si est, par Dieu, qui le vouldroit 

Dire par tout a la volée, 

De liger on en trouveroit, 

Dont a mon cueur soit de sa grée. 

Mais je me merveille forment 
10 Que d'Amours dictes orendroit 

Qu'il vous a trahy faulsement. 
Le blasme pour ce avoir ne doit. 
Se vostre dame ne voulloit 
Vous plus amer en sa pensée. 
1 3 Amour blasmés sans avoir droit, 

Dont a mon cueur soit de sa grée. 

Pour ce que je l'ay loyaulment 
Servy, tant com mon cueur pouoit. 
Me desplairoit trop grandement 
20 Se nulz traïstes le tenoit. 

Sur vostre dame avant seroit 
Celle mauvaise renommée, 
Tropt en dictes, qui vous croiroit, 
Dont a mon cueur soit de sa grée. 

XXIX. 18 comme 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 355 

XXX 

Se je me plains, j'ay bien raison, (Fol. 40 a) 

Je le vous jure loyaulment, 
Car amours m'a fait grant parchon 
D'ennuy, de paine et de tourment, 
5 Mais j'ay mis peine vrayement 

Que de ses las je peusse yssir. 
Mais dolent suis par mon serment, 
Se dit luv ay nul desplaisir. 

Veuillez en vostre oppinion 
10 Dire devant tous plainement, 

Se j'ay droit en mon fait ou nom, 

Dictes en loyal jugement. 

Car le fait vous aydit briefment, 

Sans en vouUoir de riens mentir. 
15 Amours cry mercy humblement, 

Se dit luy av nul desplaisir. 

XXXI 

Puis que c'est vostre voulenté 
Que je vous die, a mon savoir. 
Se de nuUuy serez blasmez 
Pour avoir mis a non chaloir 
5 Celle ou estoit tout vostre espoir, 

Qui des faulses a prins la voie. 
Si vous diray sur ce le voir : 
Comme avés fait, je le feroie. 

S'elle vous a abandonné 
10 Sans déserte, ne puis veoir 

Que de nulluy bien advisé 

En puissiez blasme recevoir, 

Puis que ce n'est plus son voulloir 

A vous donner plaisir ne jove. 
1 5 Sans me bouter en desespoir, 

Comme avés fait, je le feroie. 



XXX. 7 serement — 17 à 24 tiuviqueiit. 

XXXI. 9 bandone — 14 Et vous 



356 A. PIAGET 

Mais comme autreffois remonstré 
Vous av, a mon leal pouoir, 
Que vous avés par tropt erré, 
20 Pour ce si vous falloit douloir 

D'amour blasmeret main et soir, 
Mais cil qui le pardon envoyé 
Vous roquerez d'amour avoir. 
Comme avés fait, je le feroie. 

XXXII 

Je ne fais rien que merencolier, 
A toute heure, quelque part que je soie. 
Pour le parfait et loyal desirier 
Que mon cueur a que briefment vous revoie. 
5 Tout tant que voy me desplaist et anaye, 

Je ne truis riens qui me face plaisir, 
Je suis garny de dolent desplaisir. 
En tel estât me fauldra demourer, 
Jusques a tant que je pourray veïr 
10 Vostre beaulté, souveraine sans per. 

Nulz ne se doit de ce trop merveiller, (Fol. 40 b) 

S'ainsy souvent tristresse me guerroyé 

Et si me fait tous plaisirs délaisser, 

Quant suis longtain de vous, ma belle joye. 
15 Car tous les biens que plus avoir vouldroye 

Vous les avés en vous a départir. 

Autre que vous ne me puet esjouir. 

Si ne me say en quoy reconforter, 

Quant tant me fault de veoir abstenir 
20 Vostre beaulté, souveraine sans per. 

Mais, en mon dueil, ne fois que supplier 
Au Dieu, qui tous les amoureux mestroie, 
Qu'il vous face congnoistre le dangier 
Qui en griefs plours mon dolent cuer tout noie, 
25 Et comment n'ay nul vouloir qui m'avoie 

A autre rien qu'a moy vo serf tenir. 
Craindre, doubter, honorer et chérir, 
Sans vo voulloir a nul jour retarder, 



XXXII. 2 je iiunique — 6 Je ne ne — 18 vostre 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 3)7 

Si que je puisse a vosire gré servir 
30 Vostre beaulté, souveraine sans per. 



XXXIII 

L'autrier, une dame entendy 
Qiii a un compaignon parloit, 
Et luv disoit : « Tu m'as trah)', 
« Dont i'ay le cueur forment destroit ; 
5 (( Faulceté trop fort te déçoit, 

« }e le voy bien a ta manière ; 
« Ton amour n'est vraye n'entiere, 
« Pour ce fault il que m'en retarde 
« Et que je quiere autre moyen. 
10 u Tu prens en tant de lieux moustarde, 

« Que ne t'en chault si ne vault rien. » 

« Mon cueur en est tout esbahy, 

« Car qui ton parler escoutoit, 

« N'a pas encore an et demi, 

1 5 « Certainement alors sembloit 

« Que ton cueur rien tant ne haioit 

« Que faulceté la losengere, 

« Mais bien croy ne suis la première 

« Qui du contraire s'est prins garde, 

20 « Et te tenoies pour le scien. 

« Tu prens en tant de lieux moustarde 

« Que ne t'en chault si ne vault rien. » 

« Sy pry Amours, que j'ay servy, 
« Qu'a moy amande ainsy soit 

25 « Que ton cueur si soit asservy 

« A celle amer qui ne vouldroit 
« Estre lealle a nul endroit, 
« Et qui ne veulle ta pryere 
« Escouter, mais se tiengne fiere, 

30 « Et que ton faulx renom s'esparde 

« Tant que toutes te dient bien : 
« Tu prens en tant de lieux moustarde, 
« Que ne t'en chault si ne vault rien. » 



XXXIII. II, 22, 33 Que ton chault 



35S 



A. PIAGET 



XXXIV 



Qui me pourroit envoyer joye (Fo/. 40 î-o a) 

Ne donner nul parfait plaisir, 
Qui pouroit le dueil qui me noie 
Oster ne le fiiire tarir, 
S Quant je ne puis celle veïr 

A qui j'ay tout mon cueur donné, 
Qui sur toutes se foit tenir 
La déesse de leaulté ? 

Certainement, je ne pourroye 
10 A nulle plaisance avenir. 

Tant que si treslointain je soie 

De mon doulx amoureux désir. 

De nulle part ne peut venir 

A moy nulle joyeusecté, 
1 5 Se n'est que s'i veulle assentir 

La deese de leaulté. 

Ce que désir si me guerroyé 

Me convendra ainsy souffrir, 
Tant que sa belle beaulté voie, 
20 Sa doulçour, son bel maintenir, 

Puis que j'ystray du desplaisir, 
Ou j'ay moult longuement esté, 
S'elle veult que doye servir 
La déesse de leaulté. 



XXXV 

Ma joye commence a venir 

Et ma tristresse a décliner, 

Pour l'espoir que j'av de veïr 

Celle qui n'a de beaulté per, 

Que je sers de cuer sans faulser 

Et serviray toute ma vie. 

Dont de bon vueil Amours mercve. 

Sans joye m'a voullu tenir 

Ung moult long temps et demourer, 



XXXIV. 19 veoie 

XXXV. T, de vous veir 



BALLADES DE G. DE LANNOV ET DE J. DE WERCHIN 359 

10 l:t en dure doulour languir 

Longtain de la belle au viz cler, 
Mais puis que vient au retourner 
Tost sera ma pensée lie, 
Dont de bon vueil Amours mercye. 

I ) Mon tout seul souverain désir 

Est que je puisse regarder 

Sa grant beaulté a grant loisir, 

Pour tout mon dueil faire finer. 

En moy n'a nul autre penser 
20 Par leauté qui mon cueur lie, 

Dont de bon vueil Amours mercve. 



XXXVI 

Vous qui me venez requérir 
Et ne me finez de prier 
Que je vous veulle retenir 
Mon serviteur, mon ami chier, 
5 Veullez vous en briefment laissier, 

Car je ne vous retendray ja : 
Faictes vo compte sur cela, 

Q,uant je vouldray Amours servir (Foi. 40 v° h) 

Et me mectre en son doulx dangier, 
10 Pour seùr vous pouez tenir, 

Sans de nulle riens varier, 
Ung autre v vouldrav avancier 
Qui trop mieulx de vous me plaira : 
Faites vo compte sur cela. 

1 5 Se vous me vouliez poursieuvir 

Sans autre jo\e pourchassier, 

Jamais n'arez nesun plaisir. 

Pour ce vous veul je conseillier 

Que changiez vostre desirier, 
20 Ou vostre folie apperra : 

Faictes vo compte sur cela. 



XXXV. 15 ma manque. 

XXXVI. 15 poursieuuier — lyplaisier 



■> 



6o A. PIAGET 



XXXVII 



]'a\- tart mon compte sur cela 
Que vous me deùssiez amer 
Ung grant temps, mais puisqu'ainsy va 
due j'av failly a mon penser, 
5 Ne cuidez pas que demourer 

Veulle vo serf toute ma vie 
Pour languir en merencolie. 

Encores tant folie n'a 
En mon cueur, sachez sans doubter. 
lo Une autre mestresse querra 

Pour sa doulour plus tost oster. 
Vostre conseil veult accorder, 
Plus ne serés de luy servye 
Pour languir en merencolie. 

1 5 Mais je vous pry, quant avenra 

Que vostre amour vouldrez donner, 
Vostre voulloir ne veulle ja 
Autre prendre sans amender, 
Car qui change pour s'empirer, 

20 Chetiveté son cueur alie 

Pour languir en merencolie. 

XXXVIII 

Qui se pourroit tenir d'estre amoureulx 
Qui regardast vo parfaicte beaulté, 
Vo grant doulçour, vo manière et vo jeux, 
Vo rvans yeulx, vo gracieuseté, 

5 Les hautains biens que Dieu vous a donné ? 
Qui s'en pourroit longuement abstenir ? 
Il n'en est nul, s'il avoit le désir. 
En son vivant, d'acquérir bon renom, 
Car qui pourra vostre grâce acquérir 

lo Des biens ara largement sa perchon. 

Quant il verra vo gent corps gracieulx 
Qui de son mal vouldra avoir pitié, 
Alors sera a son pouoir songneux 



XXXVII. 2oChemete 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WKRCHIN 36 1 

D'ensieuvir ceux qui sont plus renomme. 
1 5 Par vous ara cestc grant volcntc. 

Par vous pourra a tel eùr venir 

De moult en prendre et de tout bien furnir 

Par les grands biens dont vous avés foison. 

En ce faisant seùr se peut tenir, 
20 Des biens ara largement sa perchon. 

Pour ce ne suis de riens si désireux (Fol. .fia) 

Que d'acomplir tousjours vostre bon gré, 
En espérant d'estre celluv eureux 
Qu'Amours ara tant de biens ordonné. 
25 Mon cueur le m'a si tresfort commandé, 

Tousjours vous veuil craindre, doubter, servir 



Tout autre vueil ay mis en abandon. 
Quant vous plaira son espoir acomplir, 
30 Des biens ara largement sa perchon. 

XXXIX 

Helaz, helaz, tant de dueil ay, 
Homme n'est qui le sceust nombrer. 
Quant je voy que bon tour ne say 
De brief vers ma dame tourner. 
5 Sur un vaissel suy sur la mer, 

Ou je trois, pour mon dueil parfaire, 
Tousjours bonnache ou vent contraire. 

Une heure pense a mon esma\-, 
L'autre ne fais que demander 
10 Au premier que trouver pourra v, 

Si tost que j'oy ung peu venter. 
Se le vent s'est vouUu muer. 
Autres nouvelles n'en puis traire : 
Tousjours bonnache ou vent contraire. 

I S Ainsy chacun me fait, pour vrav. 

Souvent mon dueil renouveller. 
Dont moult dolente chère fav, 
Car ne me puis reconforter ; 



XXXVIII. 14 Densieuuier — 25 si fort tresfort — 27 mangue. 

XXXIX. 5 Un vaissel suv sur mer 



362 A. IMAGHT 



Xc pourroyc joyo mener, 
20 Quant vov ce qui me doit desplaire : 

Tousjours bonnache ou vent contraire. 

XL 

Vous qui m'appelkv. bien amcc 
Pour ce que s'ay vo vouienté, 
A tousjours tant qu'aray durée 
De mon cueur serez appelle 
5 Mon tresdoulz ami bien amé, 

Et n'arez en vous nul cuider 
Que jamais vous doie changier 
Pour nul autre, car bien parçoy 
Que ne finez de traveiller 
10 Pour acquérir l'amour de moy. 

Et puis que ad ce s'est accordée 

Vo gracieuse volenté, 

Je suis contente en ma pensée. 

Mon cueur tiens pour bien assené. 
X) Vo grant doulçour, vostre beaulté, 

Vostre renom me fait lier 

A vous amer et tenir cher, 

Et eslongier de tout anoy, 

Quant je voy vostre desirier 
20 Pour acquérir l'amour de moy. 

• Si vous pry donc que bien celée (Fol. 41 h) 

Soit nostre amour de vo costé, 
Et loyaulté tousjours gardée 
Sans regarder a faulseté. 
25 Tout dueil soit hors de vous osté. 

Prenez joye sans atargier, 
Car oncques ne fu chevalier 
Si bien amé, comme je croy ; 
Or me veuillez vo vueil laissier 
30 Pour acquérir l'amour de moy. 

XLI 

Je doy de bon cueur servir 
Et chérir 

XL. 4 appelle — 21 doncques 



BALLADES DE G. DE LAMNOY ET DE J. DE WERCHIN 363 

Amours quelque part que soye, 
Qiiant je voy qu'il a désir 
5 D'acomplir 

Que mon cuer se mette eu voye 
Pour acquérir grant montjoye 

De sa joye, 
Et que serve sans partir 
10 Celle de qui ne pourroye, 

Ne saroye 
Plus belle d'elle choisir. 

Si vueil a celle obéir 

Pour venir 
15 Ad ce que plus desiroie, 

C'est de sa grâce acquérir 

Qui tarir 
Peut l'ardeur qui me guerroyé. 
Et s'un seul souhait avove, 
20 Ne vouldrove 

D'amours autre requérir, 
Car se le monde sarchoie 

Bien fauldroye 
Plus belle d'elle choisir. 

25 Quant en moy le souvenir 

Du plaisir 
Qu'en mon dolent cueur avoye, 
Se me voulloit retenir 
Et tenir 
30 Pour son serf, lors tout m'esjoie. 

Or regardez que feroie, 

Se veoie 
Que se voulsist consentir : 
Toutes doulours laisseroie, 
35 Ne querroie 

Plus belle d'elle choisir. 

XLII 

Je prens congié de toutes gens joyeulx, (Fol. 41 z>o a) 

Je ne puis plus leur tenir compaignie, 
Partir me fault tristres et douloureux, 



XLI. 5 que ie soye — 7 moult ioye — 25 le manque. 



3^4 



A. PIAGET 

Remplv de dueil et de merencolie, 
5 Qiunt ma dame, sans cause ne demye. 

M'a de s'amour pour autre débouté, 

El si scet bien qu'onques desleauté 

Je n'euz en mov, ne voulenté, par m'ame, 

Fors d'acomplir a mon pouoir son gré, 
10 Comme doit faire ung servant a sa dame. 

Je prens congié de tous les amoureux. 
Je prens congié a l'amoureuse vie. 
En suppliant de tout mon cueur a eulx. 
Pour ce que faiz d'entre eulx la départie, 

1 5 Que de leurs cueurs ne vueillent croire mie 
Que par ma fov soit, si croiront verte. 
Car vers elle j'ay tout mes jours esté 
Leal, secré, sans penser a nulblasme, 
Ainsy me suis tout mou temps gouverné, 

20 Comme doit faire ung servant a sa dame. 

Mais pour cela se son corps gracieulx 
Est retourné, encores leur supplye 
De l'excuser veullent estre soingneux, 
S'aucuns disoit qu'elle a fait villenie 

2 s De mov laisser, quant je l'ay tant servie. 
Car je sçay bien que n'ay tant débouté 
D'estre son serf, se grâce n'eust ouvré 
En son doulx cueur, pour quoy souvent me pasme, 
Quant riens ne puis faire a sa volenté, 

30 Comme doit faire ung servant a sa dame. 

Prince d'Amours, plain de joyeuseté. 
Se pour cest mal suis a la mort livré, 
Faictes escripre au dessus de ma lame 
Comme vers elle ay tenu loyaulté, 
Comme doit faire un servant a sa dame. 



)) 



XLIII 



Ma seulle amour, ma mestresse joyeuse. 
Reconfortez vostre leal servant 
Qui si languist en vie douloureuse, 
Vostre grâce doulenment requérant. 



XLII. 16 vérité 



BALLADES DK G. DE LANNOY ET DE J. DK WERCHIN 363 

# 

5 Plus de dueil ay qu'onques n'ot autre amant, 
Et si ne peus ja nus jour definer, 
Se vo doulçour ne s'i veult accorder. 
Autre de vous n'en a la seigneurie. 
Pour ce me fault, belle, a vous demander 
10 Alegement de ma dolente vie. 

Ne veullez pas estre tant dangereuse 

Vers moy, qui suv mercy si désirant. 

Que tristresse qui tant est ennuyeuse 

Me soit la mort trempement amenant. 
I ) Savoir vous fais qu'a estre languisant 

Ainsv long temps ne pourroie durer ; 

Il me fauldroit pour leaulment amer 

Finer mes jours plains de merencolie ; 

Pour ce vous pry que me vueillez donner 
20 Allégement de ma dolente vie. 

Alas, ma dame, tresbelle et gracieuse, (Fol. 41 v^ h) 

Souviengne vous que ne désire tant 

Nulle autre riens fors que soies piteuse 

Des griefz annuys que mon cueur va souflfrant, 
25 Et vous amer plus que nulle vivant, 

C'est mou désir, c'est tout mon seul penser, 

Je ne saroie autre riens désirer. 

En ce monde n'ay d'autre chose envie. 

Sans ce ne puis nullement recouvrer 
^o Allégement de ma dolente vie. 



XLIV 

Tant me suis plains de mes dures doulours, 
Sans nul confort nullement y trouver, 
Q.ue je n'atens jamais avoir secours. 
Je suis tout prest de me désespérer. 
5 Quant j'ay voullu par maintefois compter 
Au dieu d'Amours les doulours que portoie, 
Tousjours m'a dit que bien briefment aroie 
Bon reconfort, pour ce que congnoissoit 
Que mon cueur bien et loyalment amoit. 
10 Mais je voy tout advenir le contraire. 



XLllI. 27 dosirier 



366 



2) 



A. PIAGET 

Pour ce m'est viz que folie seroit 
De celle amer a qui je ne puis plaire. 

Puis que je vov tout plainemcnt qu'Amours 
N'a voulleuté fors qu'a moy abuser, 

15 Et la belle que j'ay servy tousjours 
Ne veult son veul a m'alegier tourner, 
Je me puis bien a par moy larmenter, 
Car a nulluy plaindre ne m'en saroye 
Qui me puist faire en avoir nulle joye. 

20 Ainsy languir par Dieu me convendroit 
Tout mon vivant, se mon cueur se tenoit 
En voullenté que de sa grâce atraire. 
Jamais nul bien, certes, ne luy venroit 
De celle amer a qui je ne puis plaire. 

Et pour cela que bien voy qu'en telz plours 
Fauldroit mon temps et ma vie passer. 
Sans recevoir nulle de ses doulçours 
Si prv la mort que se vueille haster 
De me voulloir de ma doulour oster, 
50 Car a vivre plaisir je ne preudroie, 

Tousjours mou duéil renouveller verroye. 
Mon cueur trop mieulx a son vueil ameroit 
Brief definer qu'ainsy languir destroit, 
Je truis tousjours ce qui lui doit desplaire, 
Et si luy vient la doulour qu'il reçoit 
De celle amer a qui je ne puis plaire. 

XLV 

J'ayme de toutes la plus belle, 
J'ayme des bonnes la meillour, 
J'avme celle qu'Amours appelle 
La souveraine de doulçour, 
5 J'ayme de leaulté la flour. 

Or me veulle donner pouoir 
Amours d'acomplir son voulloir, 
Ainsy que j'en ay le désir : 
Sy pourra la belle veoir 
10 Le vueil que j'ay d'elle servir. 



35 



r 



XLIV. 13 plainement Amours— 16 Me veult — 19 en manque — 25 en 



manque. 

XLV. 23 de manque. 



BALLADES DE G. DE LANNOY ET DE J. DE WERCHIN 367 

Je n'ay autre désir que celle (Fol. 42 a) 

Amer de treslealle amour, 

Je n'ay autre penser qu'en elle 

Tousjours remire sa valour, 
15 Son bel acueil, son bel atour, 

Qui me tiennent en bon espoir 

De sa tresdoulce grâce avoir, 

Laquelle ne puis deservir, 

S'amours ne luy fait apparoir 
20 Le vueil que j'ay d'elle servir. 

Sy pry Amours que ma querelle 

Luy veulle monstrer sans séjour, 

Et que de tout mon fait se mesle 

Tant que la belle que j'aou 
25 Me veulle sans faire retour 

Pour son serviteur recevoir, 

Et je feray tout mon devoir 

D'elle doubter, craindre et chérir, 

Tant que pourra bien parcevoir 
30 Le vueil que j'ay d'elle servir. 

Amours, que je sers main et soir, 
Se par mon petit de savoir 
Ay vouUu par trop requérir. 
Excusez moy ce fait pour voir 
35 Le vueil que j'ay d'elle servir. 



XL VI 

Ma belle mestresse, 
Doulcement vous pry, 
Ostez la tristresse 
Dont je suis party, 
5 Ou je suis banni 

De trestoute joye, 
Car je ne pourroye 
Nul bien recevoir. 
Se je ne l'avoie 
10 Par voslre voulloir. 

Se dangier ne cesse 
Son dur escondy, 
Jamais de leesse 



368 A. PIAGET 

Ne sera\" i];arnv. 

15 Se c'estoit ainss\', 

Alors je soroie 
En la droicte voyc 
De tous biens avoir, 
Tout dueil laisseroic 

20 Par vostre voulloir. 

Comme ma déesse 
Je vous ay servy, 
Sans nulle peresse 
Du pouoir de my, 

25 Requérant mercy 

Que plus desiroye 
Que je ne vouldroye 
Tout le monde avoir, 
Puis que je l'avoye 

;o Par vostre voulloir. 



Belle, se pouoie, (Fol. 42 b) 

Volentiers verroye 



Que puissiés savoir 
Ce que je feroye 
35 Par vostre voulloir. 



XLVl. 15 aussy 



MÉLANGES 



SUR LU VIÎRS 213 DE LA riE DU SAIXT ALIiXtS' 

Quand Alexis rentre à Rome, il exprime la crainte que ses 
parents ne le reconnaissent et ne « l'encombrent de l'honneur 
du siècle » (v. 196-205); puis ilajoute (v. 206-210) : 

E neporuec mes pedre me desidret, 

Si fait ma medre plus que feme qui vivet, 

Avuec ma spouse que jo lour ai guerpide. 

Or ne lairai nem mete en lour baillie : 

Nem conoistront : tanz jorz at que nem vidrent. 

La laisse suivante a la teneur que voici dans l'édition de 
G. Paris (v, 211-215) • 

Ist de la nef e vait edrant a Rome : 
Vait par les rues dont il ja bien fut cointes, 
Altre puis altre, mais son pedre i encontret, 
Ensemble o lui grant masse de ses omes ; 
Sil reconout, par son dreit nom le nomet. 

Le vers 213, dans cette restitution, n'est pas très satisfaisant. 
C'est la leçon de S, ms. qui contient un remaniement libre de 
la chanson ; l'éditeur a dû l'adopter, parce qu'elle lui paraissait 
la seule intelligible - . Encore ne voit-on pas à quoi se rapporte 
le mais qui semble demander une négation dans la première 
partie du vers. Je propose donc de reconstruire ce passage à 
l'aide de P (partiellement appuyé par L), qui porte : A^^ un ne 
altre nies siin père enaintre, et de lire (v. 21 1-2 13) : 



1. G. Fiwis, La vie de saint /^/é'.v/^, nouvelle édition, 1909 ; cf. \V. Foerster, 

Altfraniôsisches ÙImngsbuch, 3e éd., 1907. 

2. Voyez la note de la grande édition (G. Paris et L. Pannier, 1872). 
L'éditeur y écarte avec raison les conjectures et leçons proposées par 
Th. Mùller (X'estat paraître), Bartsch (Allra pur altre) et Hofmann (X'aJtra 
pur altre, leçon donnée par L). 

Roman ta, XXXIX « 24 



370 MELANGES 

Ist de la nefcvait edrant a Rome; 
Vailpar les rues dont il ja bien fut cointes. 
X^utw ne iilltt-, mais son pedre i encontre, etc. 

Le poète raconte ici rentrée d'Alexis à Rome et sa rencontre 
avec son père. Avant représenté son héros, dans la laisse XLII, 
comme craignant d'être reconnu par son pthr, par sa mère et par 
son él\visc(\-. 206-208), le poète est naturellement amené à dire, 
au vers 213, qu'Alexis n'a rencontré ni l'une ni l'autre des deux 
femmes, mais seulement son père. N' nue ne a 1 1 re venant immédia- 
tement après le vers où il est parlé des rues, alors- qu'il est séparé 
par quatre vers de celui où il est question des deux femmes, on 
s'explique facilement qu'un copiste ait pu méconnaître la vraie 
signihcation de ce passage. Cette méprise nous est attestée par 
L (naîtra pur altre} et par S, qui l'accentue sensiblement en 
écrivant : Antre puis autre et etc. Quanta^, il devait aussi avoir 
pour modèle une leçon corrompue; il refait entièrement le pas- 
sage et il écrit: One uusdirrai el sun père i encu}itr\e\ 

F. Rechnitz. 
WACE ET LA BATAILLE DE HASTIXGS 

CORRECTION AU VERS 7816 DU Romail ih' Roil. 

Dans sa récente Histoire de l'Angleterre avant la conquête nor- 
mande ', M. Charles Oman a été amené à s'occuper à nouveau 
de la bataille de Hastings, de la formation de l'armée anglaise et 
de ses retranchements. « Il y a eu », écrit-il % « une immense 
controverse sur la question des palissades ; au silence de Guil- 
laume de Poitiers, de Gui d'Amiens, de Baudri de Bourgucil, 
de Henri de Huntingdon et autres, nous ne pouvons opposer 
que la description détaillée donnée par Wace, qui écri- 
vait environ quatre-vingt-dix ans après la bataille ». Il repro- 
duit alors le passage du rimeur jersiais que je donne à mon 
tour, d'après l'édition Andresen, en ajoutant seulement trois 
vers : 



1. England hefore ihe iionnan couqucsl, 1910 (forme le tome I dune Mistoire 
d'Angleterre en sept volumes). 

2. Page 645. 



WACK ET LA BATAILLE DE HASTINGS 37 1 

7813 Fait orent deuant els escuz 

De fenestres c d'altres fuz, 

Deuant els les orent leuez, 

Comme cleies ioinz e serrez ; 

Fait en orent deuant closture, 
7820 N'i laissierent nule iointure, 

Par onc Normant entr'els uenist 

Qui desconfire les uolsist. 

D'escuz e d'ais s'auironoent. 

Apres fcîH'S 1res Çvevs 7816), M. Oman met entre crochets le 
mot fresnettcs, et il ajoute en note qu'il doit l'idée de cette cor- 
rection à son collègue d'Ail Soûls Collège, M. Young. Celui-ci 
suppose en eflet que Wace a dû penser à un bois de frênes, 
voisin du lieu de la bataille, où les Anglais auraient été chercher 
les abatis derrière lesquels ils attendirent l'attaque normande. 

Paléographiquement, cette correction n'est guère admissible. 
Je crois qu'il faut lire sevestres, mot qui, avec ïs initiale longue 
est, pour l'œil, presque identique à fenestres. Au point de vue 
du sens, j'avais pensé d'abord à y voir une forme dialectale du 
mot chevestres et j'avais compris qu'il s'agissait de morceaux de 
bois (« altres fuz » vers 7816; « escuz et ais », vers 7823) 
enchevêtrés. Mon collègue et ami, M. Antoine Thomas, à qui 
je soumis mon idée, repoussa comme il convenait mon identifi- 
cation de sevestre avec chevestre, mais il fut frappé de l'équivalence 
paléographique qui m'avait servi de point de départ et il m'en- 
voya, peu de jours après, la solution de ce .petit problème. 
Sevestres est certainement la bonne leçon, mais il faut y voir le 
latin silvestres'. Autrement dit, les Anglais s'abritèrent derrière 
« des [bois] coupés dans la forêt et d'autres bois », lesquels « joints 



I . [Selve <; s i 1 V a est fréquent en ancien français, et je crois qu'on doit admettre 
aussi l'existence de l'adj. selvestre <^sïlvestris, bien que Godefroy n'enre- 
gistre que la forme savante silveslre et une forme altérée peu ancienne, sevest, 
qui n'est peut-être qu'une faute de copiste pour sevestre. L'auteur d'une vie de 
saint Silvestre, en vers français, appelle son héros Selvestre (voir Romaiiiu, 
XXVIII, 284, vers 5 1,78, etc.). Dans plusieurs calendriers français du moyen 
âge, saint SiJvestre est appelé saint Sevestre (Bibl. Sainte-Geneviève, mss. 
2698, 2712 et 2713); même forme dans les Miracles de Notre-Dame par 
persouna^^es, non seulement pour le saint lui-même (mir. XX, t. III, p. 189), 
mais pour un personnage du mir. XXVI, t. IV, p. 176; cf. la rime demetre : 
Sevetre dans les Méla)i^es JFahhind, p. 218. Aujourd'hui encore Sevestre est 
fréquent comme nom de famille. — A. Th.] 



372 MÉLANGES 

et serrés >» formaient, pour emprunter Timage du vers 7818, 
« comme des claies ». Ils s'entourèrent « d'écus et d'ais » (vers 

Reste à déterminer le sens du mot cscn:;;^ qui figure deux fois 
dans ce passage. Au vers 7815, il paraît signifier plutôt « abri » 
que « bouclier » ; dans le second endroit, surtout si on le con- 
sidère isolément, on pourrait prendre le mot aussi bien au sens 
figuré qu'au propre. Peut-être Wace a-t-il ici confondu et 
embrouillé deux sources différentes. M. Round a montré qu'il 
s'était inspiré de la chronique de Guillaume de Malmesbury 
intitulée Gcstû rcgmii, et en face des vers de Wace il reproduit ' 
le passage suivant du chroniqueur : « Pedites omnescum bipen- 
nibus, conserta ante se scutorum testudine, impenetrabilem 
cuneum faciunt - ». Cette formation en « tortue », qui remon- 
tait à l'antiquité romaine, paraît avoir été flnnilière aux Anglo- 
Saxons et aux Danois '. Elle était oubliée depuis longtemps, 
semble-t-il, alors que Wace rimait l'histoire des ducs de Nor- 
mandie, et il est assez naturel qu'il ait mal compris son texte. 
D'autre part, ce n'est pas dans Guillaume de Malmesbury qu'il 
a puisé ce qu'il dit de ce clayonnage de branches (coupées sans 
doute dans un bois voisin •^), derrière lequel se tenaient mas- 
sés Harold et ses gens >. L'a-t-il emprunté à une source écrite 
ou à une tradition orale? L'a-t-il simplement imaginé? La 
réponse à ces questions permettrait de déterminer la valeur 
exacte, au point de vue historique, du témoignage de Wace ; 
mais il est plus facile de les poser que de les résoudre. 

L'objet de la présente note est d'ailleurs plus modeste. L'ex- 



1. Fcuddl England (1895), p. 414. 

2. Édit. \V. Stubbs (Rolls séries), t. Il, p. 302. La première rédaction des 
Gesta regiim a été terminée en 1125. 

5. Voir les faits rapportés par M. Round à propos du « shield wall », dans 
The Cowmiiue of London Ci 899), p. 40, 41. 

4. L'existence d'un bois est attestée par divers témoignages. Cf. Frecman, 
Sortnan Conquest, t. III, 3^ édit., p. 445. Je note seulement Gui d'Amiens : 
« Mons silve vicinuserat » ("vers 365), et la chronique anglo-saxonne qui parle 
de pommiers « apuldran » (Two of ihe saxon chronicles paraîlel, publ. p. 
Ch. Plummer, p. 199). 

5. Henri de Huntingdon compare la masse des Anglais à un donjon : 
i' Quum ergo HaroMus totam gentem suam in una acie strictissime locasset 
et quasi castelliim inde construxisset, impenetrabiles erant Normannis » (cité 
par Round, Feudal Etigland, p. 34 3 j. 



LE DAUPHIN LOUIS, AMATEUR DU THÉÂTRE 373 

plication donnée par M. Thomas résout la principale difficulté 
que présente le passage de Wace au point de vue philologique. 
Et cela suffit pour le moment. 

Ch. Bémont.' 

LE DAUPHIN LOUIS, FILS DE CHARLES VI, 
AMATEUR DU THEATRE 

Né le 22 janvier 1397, mort le 17 décembre 1415, le dau- 
phin Louis, duc de Guvenne, huitième enfant de Charles VI 
et d'Isabeau de Bavière, ne fait pas grande figure dans l'histoire; 
il n'a pas laissé une bonne réputation. Le greffier du parlement, 
Nicolas de Bave, lui a consacré une oraison funèbre sans indul- 
gence, où on lit cette phrase qui peut servir d'échantillon : 
« Et si avoit bon entendement tant en latin que en françoiz, 
mais il [l'Jemploioit po, car sa condicion estoit a présent d'em- 
plover la nuit a veiller et po fiiire, et le jour a dormir'. » Ce 
que l'on connaît surtout du fils de Charles VI, c'est son amour 
immodéré pour la « magnificence d'abiz et joyaux » et pour la 
musique ^ Je n'ai pas l'intention de le réhabiliter, loin de là, 
car je lui en veux de n'avoir prêté qu'une oreille distraite aux 
conseils que lui prodiguèrent des gens de lettres de l'un et l'autre 
sexe, qui furent aussi de grands patriotes, Nicolas de Clamanges, 
Jehan de Monstereul, Christine de Pisan, le grand Gerson lui- 
même. Je me propose seulement d'attirer l'attention des histo- 
riens du théâtre français sur un épisode de la « vie privée » du 
dauphin Louis qui a tout à fait échappé à Léopold Pannier, 
bien que le regretté savant eût cà sa portée, à la Bibliothèque 
Nationale, une précieuse source d'information, celle même que 
je vais faire connaître. 

Le manuscrit 325 11 du fonds français (jadis 683 du Cabinet 
des titres) est rempli d'extraits de comptes royaux et autres, pris 
sur les originaux de la Chambre des Comptes (pour la plupart 
anéantis) par Honoré Caille du Fourny ("j" 1713)- Parmi les 
comptes dont Du Fourny nous a conservé d'importants extraits. 



1. Journal de Nicolas de Baye, p. p. A. Tuetev, t. II, p. 232. 

2. Voir l'étude de Léopold Pannier intitulée : Les joyaux du duc de Guyenne, 
recherches sur les oroûts artistiques et la vie privée du dauphin Louis (Paris, Didier, 
1873; extr. de la Revue archéologique). 



5-_| MELANGES 

figurent ceux du trésorier et receveur général, François de 
Xerly, que Charles VI attacha à la personne de son fils Louis, 
dès le 26 mars 1409 (nouv. style), et qui conserva ses fonctions 
jusqu'à la mort du dauphin, sauf un court intérim rempli par 
Jehan de Xoident ', du 20 juin au 4 août 141 3. Dans le sixième 
de ces comptes, lequel va du commencement d'octobre 1414 h 
fin septembre 141 5, on lit ce qui suit (fol. 20 v° et 21 r" et v") : 

Bertin d'Aix m[archand] a Paris pour 2 pièces de recamas^ de xv It. pièce 
et 5 pièces de baudequins a champ vermeil broché d'or, dont Mons'' a fait 
taire paremens et vestemens aux jeux de la feste de la Natiuité Mons"- S^ Jehan 
Baptiste, ix^^x h. 

Plus c 1. 1. pour certaine despense faite a cause des jeux de la nativité 
S» Jehan Baptiste que Monsr avait fait faire devant luy au chastel du Louvre 
au mois de juin 141 5. 

M. Jehan Bonne estudiant de l'université, en recompensacion des peinnes 
qu'il a soustenues a cause des jeux de la nativité S^ Jehan Baptiste lesquels 
Mons»^ a fait jouer au Louvre devant luy, xl 1. t. 

Grâce à ces extraits, la représentation au Louvre, en juin 
14 15, d'un mystère de saint Jean-Baptiste est nettement établie. 
Que le dauphin Louis ait porté de l'intérêt à l'art dramatique 
reli2:ieux, c'est fort naturel, étant donné ce que nous savons de 
son entourage et de son caractère : le théâtre, même religieux, 
est une manière de débauche qui se concilie à merveille avec la 
«magnificence d'abiz et joyaux» et avec la musique 5. Nous 
savons que la vie de saint Jean-Baptiste a été mise à la scène 
au moins deux autres fois au xv^ siècle (en 1462, à Saumur, 
et vers 1500, à Chaumont^), mais le mystère imprimé à Lyon 
pour Olivier ArnouUet au commencement du xvi'^ siècle, que 
Du Verdier a cité, ne paraît pas être parvenu jusqu'à nous \ 

Sur Jehan Bonne, auteur ou metteur en oeuvre du mystère 



1. Et non Jehan de Wordent, comme a lu L. Pannier dans loriainal des 
lettres qui l'instituent trésorier (op. cit., p. 27): Noident est probablement le 
nom actuel Xoidau (arr. de Semur, Côte-d'Or). 

2. Drap brodé, de l'ital. ricamato. Godefroy n'a que les formes racamas, 
racqiiemas et ras[mas (lire probablement raqiiema'i). 

3. Charles VI, à peine monté sur le trône, avait fait représenter la Passion 
devant lui à l'hôtel Saint-Pol, le 16 avril 1381 (Douët d'Arcq, Comptes de 
l'hôtel, p. 113). 

4. Petit de JuUeville, Les Mystères, II, 30 et 8o- 
<^. Petit de JuUeville, op. laud., II, 630. 



LE POÈTE JEHAN DROUYN 375 

représenté au Louvre, en 141 5, le CbartulariuHi univcrsiîalis 
ParisinisiSy publié par MM. Denifle et Châtelain, nous fournit 
un détail biographique important, le seul que nous possédions. 
Oriiiinaire du diocèse d'Autun et déjà maître es arts, il fitrure 
comme étudiant dans le rôle de la taculté de théologie présenté 
au pape Benoît XIII, le 9 novembre 1403, dans les termes sui- 
vants : « Johanni Bonne, presb. Eduens. dioc, mag. in art. 
actuque stud. Parisius in tac. theol. '. » 

A. Thomas. 

LE POÈTE JEHAN DROUYN 

Nous avons parlé, M. Arthur Piaget et moi, dans le tome I 
des Œuvres poétiques de Guillaume Alexis (p. 249), de Jehan 
Drouyn, qui nous a laissé les ouvrages suivants : 

1° La mise en prose de la traduction en vers français (d'après 
le latin) du Narreiiscbiff de Sébastian Brant (1497); 

2*^ La traduction française, en prose et en vers, des Stidtiferae 
Naves de Josse Bade (v. 1500) ; 

3° La mise en prose de la Fie des troys Maries de frère Jehan 
de Venette (1505) ; 

4° La traduction française du Re^^i Die d'honneur (1507); 
■ 5° Des additions au Blason de f au! ses amours de frère Guil- 
laume Alexis, dont la plus ancienne édition connue est de 1502. 

Le seul renseignement qu'il nous ait été possible de donner 
sur Jehan Drouyn, c'est qu'il était né en Picardie, dans la ville 
d'Amiens, et qu'il avait conquis les grades de bachelier es lois 
et en décret. Nous pouvons ajouter à ce renseignement 
quelques détails tirés du grand pouillé du diocèse d'Evreux. 

Le I" mai 1-^95, Jehan Drouyn, titulaire de la chapelle de 
Saint-Nicolas en Fofficialité d'Evreux, permute avec Jehan 
Foucault, clerc, curé de Sébécourt, près de Conches. La cure 
lui est régulièrement conférée le même jour^. 

Le 22 octobre de la même année, lehan Drouvn redevient 
chapelain de la chapelle de Saint-Nicolas par permutation 



1. Chartidarium, t. IV, p. 82. 

2. Arch. de l'Eure, G. 31, p. 49. 



376 MÉLANGES 

avec lehan de Puyherlxuilt. Collation lui est fliite le 24 
octobre '. 

A une époque que nous ne pouvons préciser, notre person- 
nage échange la chapellenie de Saint-Nicolas pour la vicairie de 
Bran ville dans l'église cathédrale d'Évreux. En cette qualité, 
il présente, le 3 août 1301, Jehan de Puyherbault, chanoine, à 
la cure dudit Branville, vacante par la mort de Jehan Sureau ^ 
Le 30 décembre de la même année, Jehan de Puyherbault le 
jeune, avant droit pour cette fois seulement, présente Jehan 
Drouyn à la même cure de Branville \ Jehan étant porteur d'une 
dispense mi J/zo, obtient, le i'^'' janvier 1502 (n. s.), une colla- 
tion réf^ulière ^. 

Le 20 février suivant, Jehan Drouyn, qualifié vicaire de la 
vicairie de Branville et curé de ladite paroisse de Branville, 
résigne sa cure, et constitue pour son procureur Jehan de 
Puvherbault le jeune, chanoine d'Évreux. Il avait dû rentrer 
en possession de la cure de Sébécourt, car le même jour, il 
la permute avec Robert Le Fourbeur, chanoine d'Évreux, 
pour la cure du Fidelaire, entre Couches et Lyre ^ Deux 
jours après, l'abbé et le couvent de Couches le présentent régu- 
lièrement, et il est pour\'u au commencement de mars. 

Le 14 mars, il céda son bénéfice à Guillaume Crétin, qui, 
par contre, lui abandonne un canonicat à la cathédrale 
d'Évreux^. Nous ignorons l'époque de sa mort; quant à Cré- 
tin, il conserva la cure du Fidelaire jusqu'à la fin de sa vie. Le 
30 novembre 1525, la cure est dite vacante par suite du décès 
de Guillaume Crétin, prêtre, dernier curé " . Cette dernière date 
est à retenir pour l'histoire littéraire. 

É. Picot. 



1. Arch. de l'Eure, G 31, p. 53 vo. 

2. Arch. de l'Eure, G 24, p. 871. 

3. Arch. de l'Eure, G 24, p. 871, il s'agit de la cure qu'occupa plus 
tard le poète Jehan le Blond. 

4. Ibid., p. 872. 

5. Arch. de l'Eure, G 26, p. 515. 

6. Archives de l'Eure, G 22. — Cf. Ch. Guéry, Chapitre épi scopal, cVaprès 
le grand pouillc du diocèse d'Évreux, 1909, p. 44. 

7. Archives de l'Eure, G 26. 



COMPTES RENDUS 



La femme et l'amour au XIP siècle d'après les poèmes 
de Chrétien deTroyes.pvir MyrrhaBouoDiXE. Paris, Picard , 1909. 
In -8, VI -28 5 pages. 

Depuis que les précieuses éditions de M. W. Foerster ont rendu plus acces- 
sibles les romans de Chrétien de Troyes, il semble que l'aimable poète 
doive retrouver une gloire plus restreinte, mais aussi haute que celle dont il 
jouissait il y a six siècles ; <» maître » et même « grand maître» deviennent, appli- 
quées à lui, des épithétes banales, et l'admiration, loin de s'arrêter à la 
surface de son œuvre, la fouille, la pénètre, en dégage des subtilités psycho- 
logiques, des délicatesses morales, une vigueur de pensée et une fermeté 
d'intentions qui touchent au génie. Par malheur la lumière dont on inonde 
les profondeurs de la pensée de Chrétien ne suffit pas toujours à faire aper- 
cevoir celle-ci avec toute la précision et toute la sûreté désirables. Je crains 
que l'étude consacrée par M^^c B. (aujourd'hui M^ie Lot-Borodine) aux idées 
de Chrétien sur la femme et l'amour n'v réussisse pas encore, mais l'essai 
d'interprétation de l'œuvre de Chrétien qu'elle nous présente est plein 
d'idées, d'observations délicates, et mérite de toute manière l'attention '. 



I . J'ai des réserves à présenter sur la forme même de l'ouvrage : il est 
fait d'une suite d'analyses des œuvres de Chrétien, d'Erec au GraaJ, enca- 
drée d'un avant-propos et d'une conclusion qui dépassent de beaucoup la 
portée des analyses; celles-ci, d'ailleurs agréables et bien orientées, malgré 
des détails inutiles et quelques imprécisions en particulier pour Lauceht et le 
caractère de la reine Guenièvre, tendent surtout, semble-t-il, à mettre en 
lumière les conflits amoureux et les caractères de femmes; l'avant-propos et 
la conclusion portent sur toute la conception du sens de la vie humaine, que 
Mlle B. veut reconnaître chez Chrétien. L'on comprend que, partant de 
l'amour, donnée nécessaire du problème, l'on puisse arriver à restituer tout 
un système de morale, mais les étapes de cette restitution ne sont pas 
toujours sensibles chez M"e B. ; son livre laisse une impression d'incertitude 
dans le dessein déconcertante en une étude de ce genre : il nous est 
présenté tantôt comme une étude de « caractères de femmes » (p. v.) et, 
quand Mi'e B. la soumis à la Faculté des Lettres de Paris pour le doctorat 
d'L'niversité, il avait pour titre : La femme ihuisVa'uvre de Cbr., tantôt comme 
l'étude d'une « évolution sentimentale » chez Chrétien (p. 277), et l'exprès- 



378 COMPTES R EX DUS 

J'emprunte à l'avant-propos et à hi conclusion de M"e B. quelques phrases 
qui me permettront de résumer son système. Pour elle, Chrétien n'a pas 
seulement « droit à l'immortalité » pour avoir été l'un des premiers — sinon 
le premier — créateur du roman psychologique de l'Europe moderne » 
(p. 21) ; il a « été le foyer qui concentre les rayons épars, le microcosme de 
la poésie contemporaine dont il partage les plus belles aspirations, en les 
interprétant selon les tendances personnelles de son tempérament artistique. 
Moraliste d'instinct et ne cessant jamais d'être poète, il a toujours ardem- 
ment désiré l'harmonie dans la vie humaine, et sans relâche il en a cherché 
le sens idéal » (p. 279). Sa conception de l'idéal humain a évolué, est 
devenue de plus en plus haute, et les moments de cette évolution continue 
vers une forme supérieure sont marqués pour nous par ses poèmes successifs. 
Chrétien s'est en etïet efforcé d'exprimer en une œuvre chacun des résultats 
où aboutissait sa réflexion morale, car « l'opinion si largement répandue sur 
la frivolité, sur la légèreté ou sur l'indifférence morale de Chrétien n'a aucun 
fondement, aucune raison d'être. Bien au contraire, le désir du poète d'en- 
seigner et d'édifier se fait sentir dès que Ion aborde sans idée préconçue 
Tétude de son œuvre ». M'ie B. ne donne pas, à la vérité, les preuves que 
comporterait cette allégation, et continue : « Chaque roman de Chrétien est 
écrit pour la défense d'une thèse qui lui est chère au moment où il la déve- 
loppe, chaque roman marque une étape nouvelle dans sa recherche du beau 
et du vrai, etc. » (p. 19). Ces thèses successives s'expriment chez M^e B. en 
des formules où l'amour tient toujours une place, éminente ou inférieure, et 
dont la suite logique a le mérite de s'adapter exactement à la chronolo- 
gie relative admise pour les œuvres de Chrétien : 1°, Érec : « V idéal cheva- 
leresque plus jort que V amour » ; « l'homme ne doit jamais sacrifier sa prouesse 
à son amour pour une femme ». — 2°, groupe Cligès, Lancelot, Yvain : 
« Tamour considéré coîtime la puissance souveraine » ; « le chevalier sans peur 
plie comme un roseau devant sa dame». — Enfin, 3° « dépris de ce culte conven- 



sion n'est peut-être pas parfaitement juste, mais surtout ni le premier titre ni 
le titre actuel — assez peu heureux — ne sauraient convenir à cet aspect, 
le plus intéressant et le plus neuf de l'ouvrage. 

Mlle B. écrit en général fort habilement le français, mais elle se laisse 
volontiers aller à des phrases dont le sens se préciserait avec quelque diffi- 
culté : je ne sais à quoi fait allusion la « 5ow/'y^ beauté » de la Blancheflor du 
Conte du Giaal (p. 254), ni « le parfum doux et pur qui émane de la 
tendresse féminine » de Blancheflor et qui « embaume toute la vie de Perce- 
val, l'enveloppe, invisible, à l'heure de ses épreuves » (p. 261); et je dis- 
tingue mal « ces sommets de l'idéal supra-sensible » que MH^ B. veut nous 
faire entrevoir à la dernière page de son livre. 

Il y aurait aussi beaucoup de menues observations à faire sur les citations 
d'ancien français, parfois assez gravement fautives, et même sur les citations 
en français moderne, par exemple, p. 189, une citation de G. Paris inexacte- 
ment rapportée et interprétée. 



BORODIN'E, La feniHie et F amour au XI I" siècle 379 

tionnel,.. en même temps., déçu dans son espoir (?) de régénérer l'ancien 
idéal chevaleresque,... le poète se tourne vers l'idéal spirituel, celui delà 
perfeaion chrétienne », Percn>al : u ridàil religieux plus fort que Vaniour » ; 
« la femme sacrifiée au devoir abstrait : la Quête du Graal ». « Ainsi tout se 
résume en ces trois mots qui ont hanté le rêve du moyen âge ; la Gloire, 
l'Amour, Dieu. » (P. 278-9.) 

Il ne servirait de rien de reprocher à M'i^ B. des anachronismcs dont elle 
ne conviendrait sans doute pas volontiers et des affirmations sans preuves 
qu'il lui serait toujours loisible de fonder sur son impression personnelle. Il 
est d'ailleurs incontestable que la peinture de l'amour et la place accordée à 
ce sentiment varient dans l'œuvre de Chrétien, d'Erec au Conte du Graal ; 
reste à savoir si ces variations peuvent se traduire en cette « courbe harmo- 
nieuse » du triomphe initial de la Gloire humaine au triomphe final de Dieu, 
et s'il faut, pour les expliquer, supposer chez Chrétien une évolution philoso- 
phique à coup sûr trl-s remarquable. 

Il me paraît tout d'abord que l'on ne saurait admettre l'interprétation 

proposée ni pour Erec ni pour Perceval. 

L'on veut voir dans Érec la mise en œuvre de cette idée que « l'homme 
ne doit jamais sacrifier sa prouesse (ou les devoirs de sa vocation, quelle 
qu'elle soit) à son amour pour une femme », ou, selon la formule de 
G. Paris, « que la femme ne doit pas laisser son mari, par amour pour 
elle, négliger les devoirs, etc. » (Romania, XX, 165). Ce conflit admis entre 
la vocation de l'homme et son amour pour une femme, l'on se heurte à 
deux difficultés : 1° pourquoi Érec est-il gravement irrité contre Enide qui 
l'engage à suivre sa vocation glorieuse ? 2° pourquoi Chrétien a-t-il ajouté 
à l'histoire d'Érec et d'Énide celle de Mabonagrain et de son amie, la tyran- 
nique et malheureuse cousine d'Énide ? Il se trouverait en eff'et que Chré- 
tien réserve le plus malheureux sort au couple qui a su concilier l'amour 
exclusif et la prouesse obligatoire. L'on se débarrasse de l'épisode de Mabo- 
nagrain en y voyant un hors-d'œuvre, ce qui n'est guère satisfaisant ; et 
l'on explique la colère d'Érec par une blessure d'amour-propre, qui ne saurait 
justifier les dangereuses épreuves auxquelles il soumet sa femme. G. Paris 
a indiqué depuis longtemps le principe de la seule explication possible : 
il faut qu'Érec ait douté de l'amour d'Énide ' puisqu'il déclarera lui-même 
avoir voulu 1' « essaver ». Mais d'où provient ce doute ? És'idemment de ce 
qu'Érec, tout entier à son amour pour Énide, ne peut à ce moment conce- 
voir d'amour sincère qui ne soit pas égoïste et exclusif, et ne peut admettre 
qu' Énide renonce à l'avoir toujours auprès d'elle. De là sa douleur et sa 



I. G. Paris, sous l'influence du Geraint gallois, parle, il est vrai, de 
« jalousie », et le mot ne convient pas absolument, mais sa pensée est expri- 
mée plus clairement ailleurs (/. c, p. 163). 



/ 



jSo COMPTES RENDUS 

colère et sa rcsoliition de soumettre Knide à des épreuves, mais sans se 
séparer d'elle. Quand il aura reconnu que Tamour le plus tendre peut se 
concilier avec le renoncement, la confiance lui reviendra, et avec elle le bon- 
heur pour les deux époux. La chevalerie tient bien peu de place dans ce 
« drame psvchologique » dont l'âme d'Erec est le théâtre : elle en est une 
circonstance, elle n'en est pas un élément '. La leçon, s'il faut en tirer une, 
serait que l'amour le plus profond, le plus fécond en joies, n'est pas l'amour 
exclusif qui se subordonne toute la vie, mais celui qui tient compte de la 
vie et se tient satisfait d'en avoir embelli tous les instants ^ 

L'épisode de Mabonagrain s'accommode-t-il de cette interprétation ? Sans 
aucun doute : ce n'est pas à l'idéal chevaleresque que doit céder l'amie de 
^Llbonagrain, cet idéal devait s'accommoder parfaitement de la « prison » 
glorieuse où elle tenait le chevalier, toujours combattant, toujours triom- 
phant ; elle ne doit pas non plus renoncer à l'amour de Mabonagrain, 
celui-ci la tient toujours pour « la rien que il a plus chiere » (6083); 
mais elle doit renoncer à cette forme d'amour exclusif qui isolait le couple 
de la vie réelle. Il ne me semble pas que l'on ait toujours assez exactement 
marqué l'opposition, cependant bien indiquée par Chrétien, entre lasage Enide et 
sa romanesque cousine : celle-ci est liée à Mabonagrain par une affection de toute 
jeune fille(--/«a);' estoie anfes asse:^, leur amour déclaré est resté secret (6276-7), 
Mabonagrain a enlevé son amie, tousdeux se sont enfuis, dit la jeune femme 
à Énide, « que nus ne le sot fors que nous » (6287). J'en demande pardon à 
M^'e B. qui n'aime pas que l'on compare Chrétien à Molière, mais il me 
semble que nous ne sommes pas trop loin ici de l'idéal amoureux de Mag- 
delon-Polvxéne. Que répond Énide ? Son époux l'a choisie dans la maison de 
ses parents, au su et du gré de tous, bourgeoisement pourrais-je dire, sans 
« covenant » secret et sans « don » mystérieux ; il l'aime et elle aime 
davantage encore ce « fils de roi » qui vint la prendre « povre et nue ». Il 
est difficile d'opposer plus clairement le tendre et sage amour d'Enide, mêlé 
d'admiration et de reconnaissance et soucieux des réalités de la vie, à l'exal- 
tation romanesque, égoïste et exclusive, qui n'est pas l'amour parfait ; et il 



1. L'on notera aussi que la plupart des prouesses d'Erec pendant le temps 
des épreuves d'Énide ne sont pas précisément des faits de chevalerie, 
mais le plus souvent de légitimes défenses de sa vie ou de l'honneur de sa 
femme. 

2. Si, dans Èrec, Chrétien avait voulu nous montrer la femme remettant 
son époux dans la voie de la « valeur », ne serait-il pas étonnant que le 
conflit entre Érec et Énide ne soit pas provoqué par un acte volontaire 
d'Énide ? Si, au contraire, Chrétien s'est surtout intéressé à la défiance d'Erec 
devant un sentiment que son amour exclusif ne lui permet pas de comprendre, 
il est très naturel qu'il lui ait fait surprendre par hasard la pensée d'Énide : 
sa défiance ne peut qu'en être accrue. Mlle B. a bien vu la difficulté et en pro- 
pose Tp. 42) une solution assez délicate. 



BORODINE, La femuw et Fainoitr au XII" siècle 381 

me paraît bien que cela précise et confirme la leçon du roman ' ; dès lors 
l'épisode de « la Joie de la Cour » cesse de nous apparaître comme un liors- 
d'œuvre inutile. 

Le Conte du Graal laisse entrevoir les préoccupations mystiques que les 
continuateurs de Chrétien développeront ; il semble pourtant que M"'' B., 
interprétant Chrétien à l'aide de ses continuateurs et de Wolfram d'Eschen- 
bach, attribue à cet élément une importance excessive. En particulier il n'est 
pas possible de supposer ici un conflit, même indirect, entre l'amour et 
l'idéal religieux : Perceval n'abandonne Blanchefleur que momentanément, 
au moins il le veut ainsi, et nous ne savons pas si Chrétien ne l'aurait pas 
ramené auprès de son amie dans la suite du roman ; il ne la quitte pas pour 
poursuivre sa chevalerie et s'acheminer vers une fin mystique : il obéit en 
partant à un sentiment tardif de piété filiale qui n'a aucun caractère religieux, 
et le conflit entre ce sentiment et l'amour de Blanchefleur est indiqué aussi 
faiblement que possible. 

Ainsi nous ne retrouvons plus les points extrêmes par où M"^ B. voulait 
faire passer sa courbe imaginaire et, si la pensée morale de Chrétien a évolué, 
ce n'est pas par les étapes qu'elle nous indique. Son opinion sur l'existence 
chez Chrétien d'une évolution consciente et d'une volonté de prédication 
morale ne pouvait guère avoir d'autre fondement que cette élévation 
toujours plus grande des sujets traités, tout ne s'écroule-t-il pas avec ce fon- 
dement ruineux ? 

Je ne prétends point substituer un système d'interprétation des œuvres de 
Chrétien à celui de M'ie B,, la nécessité d'une interprétation systématique ne 
me paraissant pas démontrée ; j'indiquerai seulement qu'il est un élément 
dont, à mon sens, l'on ne tient pas assez de compte pour expliquer la variété 
des peintures de l'amour chez Chrétien ; c'est la diversité des personnages 
qu'il met en scène et des situations respectives des amants. Sans doute Gue- 
nièvre et Laudine sont des amantes autrement exigeantes, tyranniques, 
cruelles même, qu'Énide, Blancheflor ou Soredamors, mais est-ce, comme le 
pense M^'e B., parce que, à l'époque de Lancelot et d'Fi'a///, Chrétien adore la 



I. Je ne prétends point naturellement que Chrétien n'ait jamais pensé à 
blâmer ceux « ki pour empirier se marient », mais cette intention n'est pas 
l'essentiel de son roman ; de plus, ce qui va directement à l'encontre du 
svstème de M"e B., la présence de Mabonagrain et de son amie prouve que 
ce n'est pas l'idéal chevaleresque qui est ici en jeu. J'ajoute que le passage 
d'Yvain auquel est emprunté le vers cité au début de cette note, passage 
que M. Foerster a mis en épigraphe à V Introduction de son édition à'Erec, 
ne représente pas nécessairement la pensée de Chrétien : il est placé dans la 
bouche, de Gauvain, qui joue ici le rôle de tentateur ; c'est le point de 
départ de la faute d'Yvain, comme les plaintes des hommes d'Enec sont le 
point de départ du désaccord des deux époux ; dans les deux cas nous n'avons 
à faire qu'à une circonstance et non au principe du drame psychologique. 



^82 COMF1 ES RKNDUS 

toute-pHissance de l'amour ? Et les situations sont-elles les mêmes ? Énide et 
Blanchetior doivent tout à Érec et à Perceval, Soredamors n'a rien sacrifié à 
Alexandre ; mais Liiudine. requise d'amour par Yvain, a renoncé pour lui à 
S.I vengeance et presque à sa dignité de veuve ; Guenièvre, femme du roi 
Artur, en aimant Lancelot, court tous les jours pour lui les mêmes risques 
d'honneur et de situation qu'Iseut, sans l'excuse du « boivre » ; l'amour pour 
l'une et l'autre s'accompagne de sacrifices qui leur donnent des droits spé- 
ciaux. Pourquoi ne pas supposer qu'entre de fraîches amours idylliques, 
sentiments spontanés et réciproques de tout jeunes couples libres d'aimer, 
Chrétien s'est proposé de peindre des passions plus graves, plus chargées de 
luttes, de tristesses et de devoirs ? On ne l'interpréterait plus sans doute 
comme un poète philosophe, mais son renom de romancier et de psychologue 
aurait-il à y perdre? 

Mlle B. a fort durement traité Gueniévre et Laudine ; je crois comprendre 
mieux leur attitude en les jugeant du point de vue que je viens d'indiquer. 
Laudine. qui a cédé à la passion d'Yvain, n'est-elle pas en droit de s'irriter 
violemment contre ce même Yvain, traître à sa parole, oublieux du retour, 
et dont la négligence doit vraiment paraître un dédain criminel? Pour Gue- 
niévre qu'on accuse de caprice, de cruauté, au moins d'indifférence, l'on 
oublie que, toujours prisonnière de sa royauté, elle ne peut jamais, qu'une 
nuit, laisser paraître ses véritables sentiments, ni à la cour de Rademagu, ni 
à celle d'Artur. Ne faut-il pas tenir compte de cela pour expliquer son refus 
de reconnaître devant Bademagu les services de Lancelot ? Ce refus, elle le 
regrette d'ailleurs, elle pensait (4225 ) le « faire a gas », c'eût été une rigueur 
de courte durée^ si Lancelot ne l'avait prise au sérieux '. Pour avoir 
oublié cette situation particulière de Gueniévre, MUe B.a interprété, je crois, 
inexactement (pp. 185-7) la scène du tournoi : Gueniévre y fait commander 
par deux fois au chevalier mystérieux en qui elle croit reconnaître Lancelot 
de faire' « au noauz », c';;st-à-dire de se conduire le plus lâchement qu'il 
pourra ; MUe B. parle du « caprice •> de Gueniévre, de son « triomphe » sur 
les sentiments chevaleresques de Lancelot. Je ne puis voir là qu'un moyen, 
peut-être un peu romanesque, emplové par Gueniévre pour reconnaître 
Lancelot; le second commandement « au noauz », n'est qu'une vérification 
de la première épreuve dont le succès pouvait être dû à un hasard, et du 
reste Gueniévre ne laisse pas accomplir ce second commandement : dès qu'il 
a été accepté par Lancelot, elle lui substitue la permission de faire « au 



I. Je ne crois pas que Chrétien ait voulu nous montrer Gueniévre très 
profondément irritée de la brève hésitation de Lancelot à monter sur la 
charrette infamante: il me semble que les vers 4502-7 s'accompagnent d'un 
sourire. Je crois deviner entre Gueniévre et Lancelot de discrètes scènes de 
dépit amoureux — je demande encore grâce pour ce souvenirmoliéresque — que 
la situation particulière des amants peut facilement faire tourner au tragique. 



WILLIAMS, f^-s-^/ sur la c'onipiKsilion du roman irallois 38^ 

mieux » : ce n'est donc pas par cruauté qu'elle agit, mais par prudence 
de femme obligée à d'infmies précautions (cf. v. 5722 et 5892-94). 

J'arrête ici une discussion qui pourrait être beaucoup prolongée, mais je 
tiens en finissant à rendre encore hommage à l'originalité et à la finesse d'une 
étude dont je ne crois pas pouvoir accepter les conclusions. 

Mario Roques. 



Essai sur la composition du roman gallois de Peredur... 

par Marv Rh. W'illia.ms, fellow of the University of W'ales. Paris, 
Champion, 1909, In-80, vi-123 pages. (Thèse pour le doctorat de l'Univer- 
sité de Paris). 

Les deux parties de cet essai sont consacrées à examiner : i» les manu- 
scrits et la constitution du texte de Peredur^ 2° les rapports de Peredur avec 
les versions françaises et allemande de l'histoire de Pcrceval et l'origine des 
diverses parties du roman gallois. 

La première partie, plus spécialement galloise, contient un « résumé du 
rom.an de Peredur », divisé en 26 paragraphes numérotés, qui serait vrai- 
ment utile s'il ne manquait parfois de netteté, et justement là où l'on en 
souhaiterait le plus : parex.,^^6et 7 (Château du Roi pécheur et Château des 
Merveilles), on ne sait lequel des deux oncles de Peredur est blessé et 
de quelle blessure, malgré l'intérêt tout particulier de ce trait dans 
Peredur. 

Des onze mss. aujourd'hui connus du roman gallois, sept ne sont que des 
copies d'autres mss. conservés ; les quatre autres (Livre rouge d'Hergest et 
mss. 4, 7 et 14 de la collection Peniarth, aujourd'hui à la Welsh National 
Lrbrary à Aberystwyth) sont répartis par M'ie W. en deux groupes dont l'un 
(Peniarth 7 et 14) représenterait une version primitive plus brève (55 1-20 du 
résumé) et l'autre (Livre rouge et Pen. 4) une version augmentée de 
nouvelles aventures. Ce classement ne me parait pas indiscutable : pour 
l'établir, Mi'e \V. se fonde à peu près uniquement sur la présence ou 
l'absence dans les divers mss., de formes archaïques ou archaisantes ; je 
laisse aux celtisants le soin de préciser la valeur de ces formes, mais je ne 
crois pas que la méthode de M^'^ W. puisse donner des résultats bien assurés 
en matière déclassement de mss. Je constate d'ailleurs que le ms. Pen. 7 (Pen. 
14 n'est qu'un fragment) est vraisemblablement, d'après Mi'e \V,, l'œuvre 
d'un rédacteur « qui possédait seulement des notes... qu'il a complétées lui- 
même » ; s'il en est bien ainsi, l'on admettrait volontiers que ce rédacteur a 
écourté son récit — faute de notes (?) suffisantes, par ex., — et nous a transmis 
une version tronquée et non une forme primitive du roman. Il est vrai qu'il 
s'arrête à un point qui peut bien être une fin de roman : Peredur arrive 
chez une dame qui lui a prêté assistance lors d'une précédente aventure et 
qui se fait reconnaître, le héros reste auprès d'elle quatorze ans ; mais cet 



384 COMPTES RENDUS 

épisode se retrouve exactement dans la version la plus étendue et il est 
naturel qu'un rédacteur désireux de couper court s'y soit arrêté. Le fait est 
d'importance pour la thèse de M"«-' W. et il est regrettable qu'une argumen- 
tation trop peu méthodique nous laisse dans le doute. Selon Mi>«^ W., dans 
la version la plus développée, on aurait ajouté les aventures des §§ 21-26 
(recherche du Château des Merveilles, victoire sur les sorcières de Kaerloyw 
et guérison du Roi boiteux) « parce qu'on les crut nécessaires à la compré- 
hension de la première partie » ; mais n'est-il pas vrai que sans eux le défilé 
des merveilles du § 7 (la lance sanglante et la tète coupée) reste non seule- 
ment sans explication, mais même sans conséquence d'aucune sorte, et de 
même l'épisode des sorcières de Kaerloyw au § 1 1 , et n'y a-t-il pas là une 
présomption d'originalité ? 

De la deuxième partie de la thèse nous dégagerons trois propositions 
que l'auteur n'a pas toujours formulées avec une netteté suffisante : 

rt. _ Pcredur ne provient pas du Conte du GraaJ français tel qu'il nous est 
conser\'é, mais des poèmes plus anciens qui ont servi aux différents rédac- 
teurs de la version française conservée ; en effet : i» les mss. du roman 
aallois dont aucun n'est antérieur au xiiie siècle, présentent des formes qui 
ne peuvent provenir que d'un original du xiF, antérieur par suite à la plus 
t^rande partie de la rédaction française conservée (il faut faire sur la valeur 
de ces formes archaïsantes les mêmes réserves que plus haut) ; 2» Peredur est 
d'accord tantôt avec le poème français, tantôt avec la mise en prose du 
Percei'al de Robert de Boron, tantôt avec le Pariival, et doit donc procéder 
d'une version antérieure utilisée par ces diverses œuvres (il y a là, pp. 41-9), 
des indications très intéressantes, mais l'on pouvait désirer des comparaisons 
plus suivies et plus minutieuses entre les différentes versions : telles que 
Mlle B. nous les présente, nous n'avons pas la certitude qu'il n'y ait pas lieu 
de les reprendre une fois de plus). 

/,. Le> concordances de Peredur avec les autres versions ne sont pas cons- 
tantes; elles s'interrompent avec le § 12 du résumé pour reprendre avec le 
§ 21 ; le roman gallois se trouve ainsi divisé en trois parties : A = §§ 1-12, 
B z= 5^ 13-20, C 3=:5§ 21-26, cette dernière partie étant précisément celle que 
Mlle W. tient pour une addition postérieure. B se distingue de A et de 
C non seulement en ce que les concordances avec les autres versions y 
font complètement défaut, mais en ce que le roi Artur, qui dans A et C est 
un personnage de premier plan, n'y joue qu'un rôle accessoire (ici encore 
les indications données par MUe W. ne sont pas assez précises : Artur joue 
encore un rôle important, mais seulement dans le premier tiers de B); de 
plus B présenterait des traits caractéristiques de folk-lore celtique ; — entre 
A et C il convient de noter quelques divergences dans les détails du récit. 

c, La corn position de Peredur garde donc les traces de trois états au moins 

du récit : une histoire galloise de Peredur,conservée essentiellement dans la partie 
B du roman, s'est trouvée mêlée à une légende de vengeance, très celtique 



WILLIAMS, Essai sur la coinposiliou du roman dePeredur 385 

de caractère, qui transparaît dans la partie A (blessure du Roi boiteux guéris- 
sable seulement par la mort de celui qui l'a causée) ; en cet état l'histoire 
est influencée par une version primitive du conte français du Graal (défilé du 
Château des Merveilles, etc.), la ressemblance fortuite des noms de Peredur 
et de Perceval a pu aider à celte contamination dont le résultat, c'est-à-dire 
les parties A et B de Peredur, nous est conservé par le ms. Peniarth 7 ; une 
nouvelle inlluencc, très directe, d'œuvres françaises apparentées aux continua- 
tions de Wauchier et de Gerbert donne naissance à la partie C imparfaitement 
raccordée aux parties antérieures. 

Le système très cohérent présenté par M"e W. soulève quelques difficultés. 
Si nous supposons le roman réduit aux parties A et B, la légende de 
vengeance qui, d'après elle, ferait le fond de la partie A reste sans conclu- 
sion : ce n'est en eff"et que dans C, comme nous l'avons indiqué, que la 
mort des sorcières de Kaerloyw amène la guérison du Roi boiteux ; C est 
donc nécessaire pour conclure le thème de la vengeance, comme pour 
conclure le thème du défilé merveilleux. Si d'autre part nous admettons que 
le roman primitif n'était pas un roman arthurien et que le roi et sa cour 
n'ont été introduits qu'à une étape ultérieure sous l'influence d'oeuvres 
françaises, comment nous expliquer que cette teinte arthurienne n'ait pas été 
donnée à tout le roman, mais seulement à la partie A et au début de B, 
tandis que les deux derniers tiers de B y échapperaient absolument ? 

Il me paraît possible de songer à une autre explication des particularités de 
composition de Peredur et je la soumets à la critique de M'ie W. La partie 
A s'achève, avec le§ 12, sur l'arrivée de Peredur à la courd'Artur à Kaerllion, 
et au début de C (§ 21) nous nous retrouvons à Kaerllion, à la cour d'Artur, 
et il est fait immédiatement allusion aux épisodes de la partie A ; — du § 13 au 
§ 20 (partie B), série d'aventures sans rapport avec A et auxquelles C ne 
fait pas la moindre allusion ; Artur n'y apparaît qu'au début, par contre l'on 
y voit de nouveaux personnages qui ne reparaissent pas par la suite. — Ainsi, 
A et C forment un récit complet et suivi, sauf quelques incohérences dans le 
détail, imité directement de romans français arthuriens ; et B apparaît comme 
une addition d'origine galloise, suite d'exploits merveilleux ayant leur 
conclusion dans le long séjour du héros auprès de sa dame (§ 20), que l'on 
aurait insérée au milieu du roman d'origine française en la raccordant au 
reste par la mention, tout au début, d'Artur et de sa cour. La fin de cette 
histoire adventice faisait dans le roman une coupure où s'est arrêté le rédac- 
teur de Pen. 7. 

Il y a, dans le détail du travail de M"e W., quelques menues contradictions 
et quelques erreurs, et la façon dont elle reproduit et interprète les textes 
français anciens qu'elle cite n'est pas toujours irréprochable. Nous n'en 
devons pas moins nous féliciter de voir les philologues gallois aborder avec 
méthode des sujets comme celui-ci et nous souhaitons vivement que M'ie W. 
nous donne, avec plus de rigueur et de netteté, une suite à cet intéressant 
début. Mario RociUES. 

Roman ta, XXXJX 2) 



386 COMPTES RENDUS 

Wechssler (Eduard). Das Kulturproblem des Minnesangs, 

Studien zur Vorgcschichtc dcr Renaissance. I. Minnesang und Christeu- 
tum. Halle a. S., Niemeyer, 1909. In-8, xii-503 pages. 

« Au début du xiie siècle les cours du midi de la France, favorables à la 
culture, virent fructifier les germes de la civilisation nouvelle qu'on a cou- 
tume d'opposer à celle du moven âge. La chanson courtoise (Miintesang), 
composée par les troubadours provençaux, puis, sur leur modèle, en leurs 
langues nationales, par les Français du Nord, les Allemands, les Italiens, les 
Portugais, était au plus haut degré le produit et en même temps le facteur 
d'une civilisation nouvelle. Ces artistes de cour ouvrirent la voie qui condui- 
sit de la geôle (GebiouJeiiheit) médiévale à l'affranchissement individuel de 
l'homme moderne, affranchissement qui s'accomplit d'abord en ItaUe et fut 
décoré du nom de Renaissance, r Ces poètes lyriques avaient et ensei- 
gnaient une philosophie (JVeltauschaiiitug) basée sur la vie d'ici-bas, eudé- 
monique et par-dessus tout esthétique (p. i)... Ce qui rend vivant et fécond 
toute culture nouvelle, tout art nouveau, ce qui donne à ses représentants 
le courage, la force et la conviction sans lesquels le plus haut chef-d'œuvre 
n'est que pure technique, ce principe vital c'est partout et toujours une 
nouvelle interprétation du monde. A l'époque à laquelle surgit la culture de 
la corte:;^ia, deux philosophies, plus anciennes, existaient et dominaient : la 
conception spirituelle et ascétique de l'Église, la conception laïque et guer- 
rière de la Chevalerie. Exposer à l'aide des documents le conflit de la philo- 
sophie nouvelle, courtoise et féminine, et des deux anciennes, tel est Tobjet 
de nos études. Antinomie des principes, leur choc, leur accord, grâce à 
de nouvelles svnthèses spécifiques, conditionnent plan et méthode. « Il faut 
constamment envisager la chanson courtoise sous deux aspects : comme 
produit en tant que confluent des courants de la culture de l'époque, comme 
facteur en tant que source première de la nouvelle philosophie de l'hu- 
manité. Et c'est pourquoi ce travail se composera de deux parties. Chan- 
son courtoise et Christianisme d'un côté, Chanson courtoise et Chevalerie de 
l'autre. Voici le premier volume : je le soumets au jugement des spécialistes. 
J'espère y avoir administré la preuve que les troubadours provençaux et les 
Minmsinger allemands relèvent avant tout comme poètes chrétiens de l'esprit 
catholique et de l'éducation scolastique de leur temps... (p. vi). Il convenait 
d'examiner préalablement les conditions réelles de la chanson de service 
courtois (Frauendienstlied). Avec plus de précision qu'il n'a été fait jusqu'ici, 
je cherche à déterminer les caractéristiques du genre nouveau. . . » (p. vi- 

VII). 

M. W. nous semble s'être acquitté d'une manière inégale de la double 
tâche qu'il se proposait dans ce premier volume. La première partie est le 
développement du remarquable mémoire qu'il a publié en 1902 dans la 
Zeitscïjrift fur fran:(ôsische Sprache sous le titre de Frauendienst und Vassalitàt. 
Il démontre (chap. viii à x) qu'on s'est mépris sur le sens et le but de la 



E. WECHSSLKR, Diis Kulliirproblciii des Minncsangs 387 

chanson courtoise (Miiinelied). Elle est essentiellement un panégyrique poli- 
tique qui s'exprime dans la langue de la société féodale : le poète se présente 
en posture de vassal de la dame (voy. p. 113 et 212). L'éloge des qualités 
morales et physiques de la suzeraine n'implique en rien que le chanteur ait le 
moindre espoir de faire agréer un amour humble et passionnément dévoué, 
ni même qu'il éprouve réellement ce sentiment (p. 183, 417). Des objections 
basées sur des indices tels que le baiser réclamé, le nom conventionnel donné 
à la dame, etc., n'ont aucune portée : le baiser du suzerain au vassal fidèle 
fait rigoureusement partie de l'étiquette féodale (p. 165); le nom fictif, qui 
d'ailleurs n'eût pu tromper personne, n'est qu'un artifice littéraire, un procédé 
poétique (p. 206). Il faut résolument écarter toute idée d'intrigue galante 
entre la dame et le chanteur sous peine de ne rien comprendre à l'esprit de 
cette poésie (p. 210). Cette v féodalisation » de l'amour (p. 177) serait inex- 
plicable si l'on ne savait la haute situation sociale où les circonstances histo- 
riques et les institutions avaient porté la femme noble dans le midi de la 
France (chap. m et iv). Elle n'eût point été possible non plus si le chanteur 
n'était sorti d'un milieu instruit — il est souvent clerc d'origine — et si l'in- 
dividualisme n'avait fait son apparition après la première croisade (chap. vi, 
vu). Cette première partie est vraiment neuve et suggestive. 

La seconde (die Miuue) peut à son tour se subdiviser. Dans une première 
section (chap. xi-xvi), l'auteur expose successivement les rapports de l'amour 
courtois avec le spiritualisme chrétien, la mystique chrétienne, le culte des 
saints, la «charité », l'amour antique (Eros),\2i scolastique. Dans une seconde 
(chap. XVII et xviii), il retrace le conflit de l'amour profiine et de l'amour 
divin, puis leur conciliation dans le cuhe courtois de Marie {Marienmifiné) et 
// dolce stil miovo. Quoi qu'il s'y trouve de bonnes pages, comme celles où il 
est montré que ce n'est pas le culte de la Vierge qui a influencé la poésie 
courtoise mais bien l'inverse, cette seconde partie nous laisse hésitants, décon- 
certés. C'est, au fond, un fragment d'une histoire de l'amour, d'une histoire 
faite de seconde main, fruit de lectures étendues mais hâtives et de valeur 
inégale. Leur utilisation est trop souvent faite sans mesure et sans tact. On 
demeure stupide de voir entassés pêle-mêle en une ou deux pages des mor- 
ceaux empruntés à saint Paul, à la Psychopathia sexualis de Krafit-Ebing, à 
M. Boutroux, aux poètes provençaux, allemands, italiens, à l'ex-abbé Char- 
bonnel, etc. M. W. vient-il à parler du Jiirt, sa conscience ne lui permet pas 
de ne pas invoquer la haute autorité de M. Forel en cette matière. Inutile de 
dire que l'ouvrage est saupoudré de citations du dieu Goethe dont il con- 
viendrait qu'un nouveau Décalogue interdit aux savants allemands d'invoquer 
le nom à tout propos. 

On pourrait passer condamnation sur ces fautes de goût si l'auteur donnait 
une solution satisfaisante du « problème ». Au fait, y a-t-il vraiment un 
ft problème » ? Est-il assuré que la chanson courtoise provençale soit un élé- 
ment d'aff"ranchissement de l'esprit moderne ? M. W. écrit tranquillement 



3 88 COMPTES RENDUS 

(p. 512) : « Ce n'est pas la Renaissance, ce n'est pas la Réforme qui 
ont posé en premier lieu les fondements de la culture moderne, pas 
davantage François d'Assise et les ordres mendiants, ainsi que certains 
l'imaginent ; ils ont été posés au temps de la mystique chrétienne et de la 
chanson courtoise du xiie siècle. » Je sursaute et me demande à quelle 
catégorie d'esprit j'ai aflfaire. La page x de l'introduction me fournit une 
réponse : « U Histoire des dognns d'Adolf Harnack, plus que tout autre œuvre, 
m'a introduit dans mon problème. » Je suis en présence d'un faiseur de sys- 
tème, ambitieux d'appliquer à l'histoire littéraire des procédés efficaces en 
d'autres domaines. Je sens que je ne puis être équitable envers ce genre d'es- 
prit : j'ai horreur de ces transpositions de la réalité, riche et compliquée, en 
formules abstraites avec lesquelles on se livre à un jeu que j'estime puéril et 
décevant. Volontiers, je répéterais les paroles du poète dont abuse tant notre 
auteur : 

Grau, theurer Freund, ist aile Théorie 

Und grùn des Lebens goldner Baum. 

Et puis Ton souffre qu'un ouvrage où il n'est question que de Weltan- 
schauungy de KuJtur, offense si constamment les Muses par l'emploi soutenu 
du style macaronique. Il serait injuste néanmoins de ne pas dire que si la 
thèse de M. W. n'est pas prouvée, que si son ouvrage est presque continuelle- 
ment irritant, il n'est jamais indifférent. C'est avec curiosité que nous atten- 
dons le deuxième volume qui doit exposer les rapports de la chanson cour- 
toise avec la chanson d'amour {Lieheslied) chevaleresque et les chansons de 
mai {Maitatiilied). 

Ferdinand Lot. 



Le Roman d Athis et Prophilias. Étude littéraire sur ses deux 
versions par L.\ge F. W. Staël vox Holstein. Upsal, imp. Almqvist et 
Wiksell, 1909. In-80, VII- 126 pages (thèse de doctorat). 

Le roman à' Athis et Prophilias^ dont M. Borg donna jadis une édition par- 
tielle et dont M. Hilka, de Breslau, prépare une édition complète et critique, 
nous est pan-enu en deux rédactions, l'une conservée en sept manuscrits, 
l'autre dans le seul ms. de Tours. Les deux versions ont en commun la pre- 
mière partie du roman et le début de la seconde; mais pour le reste de la 
seconde partie et toute la troisième partie, elles donnent un texte divergent. 
M. Staël von Holstein analyse et compare les deux versions et arrive au 
résultat que la version de Tours, qui représente la forme la plus simple du 
récit, est aussi la plus ancienne ; la version des autres manuscrits, la « vul- 
gate », est un remaniement, un délayage d'un rédacteur postérieur. 

Quant à la question de la source de la rédaction primitive, l'auteur écarte 
avec raison l'hypothèse, émise par Wilhelm Grimm, d'un original byzantin ; 
la localisation des événements à Rome et en Grèce s'explique suffisamment 



STAËL ^■o^' HOLSTEiN, Athis et Prophilias 389 

par l'influence des romans antiques, notamment de Thèhes, dont l'auteur 
à.' Athis, comme le remarque M. S. von H., a imité le début (on ne voit pas 
bien pourquoi il rejette plus loin, p. 93, l'hypothèse de M. Constans, d'après 
laquelle « Athis » serait une déformation d' " Athes », le personnage bien 
connu du Rouum ilc Thèhes) '. Le fond du récit est tout simplement, comme 
l'auteur l'établit très bien, une nouvelle arabe, à laquelle Pierre Alphonse 
avait donné une forme latine dans sa Disciplina dericalis et qui est apparen- 
tée à son tour à des récits des Mille et une Nuits et des Mille et un Jours-^. 
Toute cette démonstration est fort juste ; on la voudrait seulement moins 
encombrée de digressions sur des thèmes qui n'ont avec le sujet d'.4//;/5 que des 
rapports purement fortuits, comme -<4m/>/ ^w//e, et munie de renseignements 
bibliographiques plus précis. En outre, M. S. v. H. a placé à tort le récit des 
Œuvres badines de Caylus sur le même rang que les deux contes vraiment 
orientaux : je n'y vois qu'une variante purement littéraire du contedes Mille et 
un Jours (celui des Mille et une Nuits, qui n'est pas dans la rédaction traduite 
par Galland, était certainement inconnu en France au xviif siècle). L'auteur de 
la rédaction primitive a développé le conte de Pierre Alphonse (comme plus 
tard Beaumanoir développa de courts récits dans ses romans quelque peu 
prolixes de la Manehine et de Jehati et Blonde); il le fit sous l'influence des 
romans antiques qui étaient alors à la mode. L'idée d'opposer Athènes, ville 
de « clergie )>, à Rome, ville de <* chevalerie », idée qui joue un rôle impor- 
tant dans le roman, est bien conforme à la conception à la fois enfantine et 
artificielle que le moyen âge se faisait de l'histoire. 

L'influence des romans antiques est bien plus visible encore dans la version 
remaniée, dans la « vulgate », comme l'auteur le montre p. 51 et suiv. — Il 
repousse (p.93) l'idée que l'Alexandre nommé comme auteur, dans le ms. de 
Tours, serait identique à Alexandre de Bernay, auteur du Roman d'Alexandre : 
en effet, dès qu'on admet que la rédaction de Tours est la rédaction primitive, 
il est difiîcile d'attribuer à un même homme des oeuvres aussi dissemblables. 

La rédaction primitive ne serait pas antérieure aux premières années du 

xiiie siècle, à cause d'un emprunt fait à Boeve de Haumtone (p. 112). Parmi 

les oeuvres qui attestent l'influence littéraire du roman, il faut nommer en 

premier lieu la célèbre nouvelle de Boccace (D^c. X, 8). M. S. v. H. se range 

dans le débat auquel la nouvelle a donné lieu, du côté de M. L. di Francia, 

qui voit dans la nouvelle une contamination, faite par un esprit supérieur, du 

roman et du récit primitif de Pierre Alphonse. 

G. HUET. 

1 . Dans le ms. de Tours, qui contient la version primitive, le nom de 
l'autre ami est régulièrement non pas Prophilias, mais Procelias (p. 11). 
Serait-ce une déformation de Protesilaus, qui figure dans le Roman de Troie} 

2. On n'a pas assez mis en lumière l'importance de ce fait pour la nouvd- 
listique internationale : il prouve que, dès la seconde moitié du xi^ siècle 
(Pierre Alphonse était un juif espagnol qui se fit chrétien en 1 106), des nou- 
velles, qui plus tard trouvèrent place dans le cadre des Mille et une Nuits, 
étaient connues des Arabes d'Espagne. 



390 COMPTES RENDUS 

Historische Grammatik der franzosischen Sprache, 

von W. Mhver-LObkk. 1. Laut-uiid Flcxionslclirc. Hcidclbcrg, C. W'intcr, 
1909. In- 12, xvi-278 pages (Siinnnhifi^ ronhui. Elcmcntar- uml Haml- 
bûdwr, ire série, no 2). 

On doit savoir beaucoup de gré à M. Meyer-Lùbke de mener de front la 
recherche scientifique proprement dite et la haute vulgarisation. Mais peut-être 
ne se rend-il pas un compte assez exact des conditions pédagogiques dans les- 
quelles la vulgarisation doit être faite. Supérieure par bien des côtés atout ce 
qui a été publié jusqu'ici, sa grammaire historique du français, qui condense 
en un volume relativement mince la multitude, bien répartie, des faits phoné- 
tiques et morphologiques, a le tort de ne pas jeter par-dessus bord tout ce 
qui est encore sujet à contestation. Avant la liberté et l'obligation de faire un 
choix, l'auteur ne devrait rien présenter qui fût de nature à dérouter son lecteur. 
Mais des retouches discrètes, faciles à faire d'une édition à l'autre, remédieront 
à ce léger défaut. Car il n'est pas douteux que la belle ordonnance de l'œuvre 
dans son ensemble, fond et forme, ne lui assure auprès des étudiants un fruc- 
tueux succès. C'est en vue d'une prochaine édition ' que je consigne ici un 
certain nombre de remarques de détail. 

I. Phonéticlue. — P. 5, dans le tableau sommaire destiné à mettre en 
relief l'opposition phonétique du français et du provençal, il faudrait éviter de 
citer des mots latins avec le groupe ca-, comme capillum et cantat, 
puisque le domaine nord du provençal change le c latin en ch comme le fran- 
çais : il est facile de mettre portât au lieu de cantat. L'opposition du fr. 
chei'eu au prov. cahel est aussi boiteuse par la désinence, puisque certains dia- 
lectes provençaux vocalisent 1'/ comme le français. — P. 6, pour le commen- 
taire de saint Jérôme sur l'épître aux Galates, il faut dire « fin du ive siècle » 
(vers 590), plutôt que « ive siècle », qui est trop élastique. — P. 7, richaud 
misa côté de badaud, comme offrant le suffixe germanique -aud, m'est incon- 
nu ; quant à chavihellau, il n'est pas à sa place à côté de cormoran, puisque 
c'est un simple emprunt à l'allemand camerlinc, et non un mot formé en fran- 
çais avec le suffixe -<'«c. — P. 12, le chirurgien Henri de Mondéville n'a 
pas écrit en français, mais en latin ; il ne faut pas confondre l'auteur avec le 
traducteur, et comme nous ne savons rien de la personnalité de ce dernier, 
tout ce qui cst dit par M. M.-L. de cette œuvre doit disparaître des éditions à 
venir. — P. 1 5, cequiest dit derinfluencedel'ital. f07//ar<?surw l'ancien nconjler 
portera le lecteur à considùn:r confler comme un mot d'ancien français et d'ori- 
gine populaire ; or conflercstun latinisme relativement récent qui n'a pas été 
relevé avant le xvie siècle. — P. 28, sèche dans le fragment sur Jonas représente 



I. Pour cette prochaine édition, il y aura lieu aussi de surveiller atten- 
tivement la correction matérielle : le nombre des fautes typographiques de 
l'édition actuelle dépasse vraiment trop la moyenne permise. 



MEYKR-i-LiBKH, H'ist. Graniuialik il. fian:;psischcn Sprache 391 

sicca et non siccum. — P. 2S, ce nVst pas seulemeut le souvenir du 
latin qui fait que l'ancien français écrit /.'//f/// (de hovio), puisqu'il écrit toujours 
hietn (et non Ihuem), mais le désir de distinguer u vovelle de u consonne (î-). 
— P. 56, il n'y a pas de rapport direct entre hastiUe <i\ l'ital. dialectal bastia, 
et il ne s'agit pas là comme dans soiiqucnille, d'une confusion entre -ie et -ille • 
la célèbre Bastille Saint- Antoine, à Paris, construite au xivc siècle, s'est appe- 
lée d'abord bastide, d'après le prov. bastida, puis bastile, bastille, par substitu- 
tion d'une désinence usuelle à une désinence insolite. — P. 41, il n'est pas 
probable que seiulra dans les Serments soit pour *sietulre, la diphtongaison de 
IV en syllabe fermée n'étant pas normale : cf. tendre (et non * tietidre), de 
tënerum . — P. 42, il était intéressant de noter la survivance de mt7<^male 
dans le subst. picard mclaleresse, tneraleresse « sage-femme », usité jusqu'au 
xixe siècle à Abbeville et à Saint-Omer, — P. 48, prevoire (auj. prouvaire, 
dans la rue des Prouvaires, à Paris) représente l'accusatif latin et non le nomi- 
natif. — P. 52, je ne crois pas que riche puisse s'expliquer par le type germ. 
rikia, mais j'y vois la substitution du féminin au masculin, comme dans 
Zflr^^, le type étant nécessairement * rikk us, *rikka, comme le montre 
le provençal. — P. 33, le type lat. * affubilat pour * affibulat devrait 
être e.\pliqué. — P. 55, il est bien invraisemblable que ivre doive son i an 
pluriel ebrii ; j'y verrais plutôt un mot demi-savant * eirie (pour b latin — 
1', cf. livre) et une réaction de 1'/ semi-voyelle sur Ve accentué analogue à 
celle qui produit reniide et remire, deremedium, empire, de impèrium, 
etc.; la qualité primitive de Ve latin est sans importance. — P. 57, Rosières 
dans un texte de 890 (Meuse) est sujet à caution, et il ne faut pas, en tout cas, 
mettre Rosarias parmi les mots où la diphtongue ie remonte à a^ ou <• 
latin. — P. 60, je ne connais pas fties, mais seulement ««Vcf (5) comme repré- 
sentant du mot lat. nescius, et je crois que c'est un mot demi-savant qu'il 
ne faut pas mettre à côté di' nièce <C neptia, etc. ; d. le prov. nesci. Immédiate- 
ment après ce nies suspect, M. M.-L. inscrit : k pièce < gall. *pettvia. » Je 
ne discute pas le bien fondé de l'étymologie ; je dis seulement qu'il ne faut 
pas mettre la candeur des étudiants à l'épreuve d'un « monstre » comme 
* pettvia, et qu'il suffit de poser * pettia, si tant est qu'il ne vaille pas 
mieux laisser pièce de côté. — P. 66, le lat. vulg. dit pauperus, a, et non 
pauper, is. — P. 67, l'anc. franc, gort (primitivement^orc?) a un fermé, 
et n'a pas de rapport avec le franc, moderne gord, qui a un ouvert et un 
sens tout différent; d'autre part, le rapport de gorgediV^c le lat. gurges est 
très douteux. — P. 6<^, l'idée émise par M. Herzog, que dans noms de lieu 
QomniQ FoiigeroUe, Buisserolles, il faudrait voir le celtique -ôgila, ne devrait 
pas, tant elle est absurde, être admise dans un manuel. — P. 72, en face du 
franc. ^;/JnV//, c'est *Andreus et non Andréas qu'il faut placer comme 
type latin. — P. 94, l'anc. franc, seel (sceau) correspond au lat. vulg. 
*sigellum, et non au lat. class. sigillum . — P. 95, fiment, du lat. 
figmentum est un latinisme isolé qui ne doit pas être pris en considération. 



392 COMPTES RENDUS 

— P. 95, reîucier ne peut pas remonter à *retenciare pour * recentiare; 
il faut absolument un 7 dans le type étymologique. — P. 96, il est sur qu'il 
ùut partir du lat. vulg. *canapum, et non du Lit. class. cannabis, pour 
expliquer chanvre et ses dérivés (cf. le prov. canehc, ciirhé) et du lat. vulg. 
*jectare (d'après les composés comme dejectare, etc.) pour expliquer 
jeter, qui reste d'ailleurs en partie mvstérieux puisque l'ancien français 
n'a pas la désinence normale en -ier qu'on s'attendrait à trouver. — 
P. 100, de it <^ digitum. placé à côté de phn't <C placitum, induit le 
lecteur en erreur et le porte à croire que le g appartient au latin vulgaire ' 
en réalité lieit est une forme très archaïque, comme det de datum, et doit 
disparaître de ce paragraphe ; le latin vulgaire prononçait *dïtum ; cf. deeJ 
<;ditale. — P. 102 et 171, pour expliquer Chartres, il faut partir de * Car- 
t un as, sorti par métathèse de Carnutas. — P. 105, à cause de son /' 

méd\a\, al eba s tre ne peut pas prendre place parmi les mots populaires. — 
P. 105, larreciu (à cause de son c médial) et norreture (à cause de son / 
médial) ne peuvent être affrontés, comme formes populaires, aux t\-pes 
latins latrocinium et nu tritura. — P. 105, l'étymologie de antenosi 
par * annotinense, proposée par G. Paris et acceptée p . M. M,-L., sans 
restriction, me paraît tout à fait insoutenable, malgré le respect dû au maître. 

— P. 106, ameçon me fait l'effet d'un dérivé français de aivi, à l'aide du suf- 
fixe -eçon (cf. cheçon de chu, etc.), et non d'un mot héréditaire. — P. 107, 
cuidier repose sur le lat. vulg. *cûgitare (quelle qu'en doit être l'explica- 
tion), et non sur le lat. class. côgitare. — P. 119, pour reïiser, la com- 
paraison avec le prov. reïisar oblige absolument à partir du type refusare 
et non de retusare. — Ibid., brebis (pour berbis) xQ^ose sur berbîce 
et non sur berbëce. — P. 120, radere a donné régulièrement rere et 
non raire. — P. 127, sur le rapport de severoude zu lat. suggrunda j'ai eu 
l'occasion de m'expliquer ci-dessus, p. 253 : M. M.-L. se borne à dire d'une 
manière sibvlline : « fur velare Vokale Vommi séveronde <^ su(g)grunda in 
Betracht. « — P. 151, l'explication de miche par le latin mîca qui aurait été 
emprunté au latin à une époque tardive (comme pi-eechier à pra-dicare) ne 
résiste pas à cette simple observation que le franc, tniche signifie toute autre 
chose que le latin mîca. — P. 153, wti/55^/^ correspond au lat. pop. *ma- 
xella, et non au lat. class. maxilla. — P. 141, je ne crois pas qu'il soit 
possible de tirer phonétiquement remaindre de *remanëre; la forme tra- 
ditionnelle de l'infinitif est remanoir <C remanëre, et remaindre est un 
infinitif refait d'après /v/z/ij/»/ <C remânet. — P. 145 et 150, je ne saurais 
assez m'étonner de voir M. M.-L. accepter l'étymologie de aveugle tp^nr * albo- 
culus ; j'espère que de lui-même il vrenoncera dans une prochaine édition; 
mais je puis me tromper. — P. 146, la forme fém. /on;/ ;>, attestée seulement 
par un glossaire sujet à caution, ne devrait pas trouver place ici, quand il y a 
tant d'exemples indiscutables à citer pour l'équivalence -ïc a >• -ie. — P. 168, 
l'explication de iTfl^d par une sorte de dissimilation à l'étape kyavya ne me 



MEYKR-LiiBKE, Hi'st. Graiiiniatik d. fran::ihischc)i Sprachc 393 

paraît pas admissible : cha^e est parfaitement établi dans la toponymie, et il 
faut considérer cage comme une forme normanno-picarde, au même titre que 
gaiige <C gallica ; à vrai dire, le picard propre dit gangue, mais ne disons- 
nous pas caucheiintr} — P, l'jo, fromage et treuil ne doivent pas être placés 
sur le même rang : c'est en français que formage est devenu fromage, tandis 
que c'est en latin vulgaire que torclum est devenu *troclum. 

IL Morphologie. — P. 174, je ne crois pas que l'anc. franc, lempre so'n 
l'ablatif lat. tempore ; il fiuit plutôt v reconnaître l'adverbe temperî ou 
temporî. — P. 176, il serait bonde noter que l'anc. franc, sauce (saule) 
appartient aussi bien au genre masculin que w//;^ au genre féminin. — P. 178, 
coudre est primitivement féminin en ancien français, conformément au latin. 
— P. 181, arpent n'est pas sorti de arpen:^^ comme Normant de Kormau:;^^, car 
on trouve déjà la forme arpent um dans la Li'x Baiuvariornm, 1, 14,2. — 
P, 183, se nei'é correspond à un type de latin .ulgaire *sinapatum, et non 
à *sinapalem; c(. ci-dessus, p. 215. — P. 185, je ne connais pas d'exemple 
defortre <^ fortior. — P. 186, l'explication du fém. douce par la locution 
familière douce suer me paraît bien peu vraisemblable : je préfère poser en 
lat. vulg. un type *dulcius, *dulcia. Je crois aussi que le type inva- 
riable -êsis (écrit -ensis) s'est modelé dés le latin vulgaire sur -osus, 
-osa (au moins en Gaule). — P. 202, je ne connais pas l'anc. franc, eschau- 
aVr, que M. M.-L. tire du german. skankian (allem. mod. schenken) ; en 
tout cas, à côté de gagner, il valait mieux citer épargner pour attester le pas- 
sage exceptionnel de verbes german. en -ian à la première conjugaison. — 
P. 203, mouver, forme patoise pour mouvoir, pouvait être sans inconvénient 
laissé de côté. — P. 204, je ne connais pas hoisir « tromper », mais seulement 
hoisier, en ancien français. — P. 221, je ne crois pas que menuise soit le même 
mot que mincier, ni pertuise le même mot que percier; pour miticier (comme 
pour reïncier), il faut absolument un tvpe étvmologique avec un î, et c'est 
rompre en visière aux principes mêmes de la science que de s'adresser à un ï 
aussi incontesté que celui de la famille minus : il est clair que * mïnu- 
tiare aurait donné *w^;/nV;-, comme * cumïnitiare adonné comencier. 
Quant à percier, comment peut-on faire sortir un ç (en picard ch) de la com- 
binaison -t's- du tvpe *pertusiare? Cela me passe; et je me persuade 
que * cumin ïtiare >■ t'o;//<'//t"/Vr permet d'admettre comme très satisfaisant le 
type étvmologique * perïtiare, formé à l'imitation de initiare. — P. 234- 
235, l'explication delà v^ p. sg. ind. prés, du xerhe pouvoir est noyée dans 
une polémique bien inutile contre une vieille idée de G. Paris (*pot-sum, 
d'après potes), et manque de décision. L'auteur dit : « Si l'on ne veut pas 
séparer le français du provençal pose, posca, le mieux est de dire que d'après 
conui, conois le français a formé un pois (avec ouvert) au lieu de la forme 
normale * ^05 («< possum) qui était isolée. » Cette idée repose sur une 
erreur de fait qui me dispense d'en critiquer l'ordonnance logique : pui 
n'existe pas : comme première personne sg. parf. de pooir, l'anc. franc, ne 
connaît que poi : donc conui, conois n'a rien à voir dans l'affaire. Au fond, je 



394 COMPTES RENDUS 

ne comprends pas pourquoi Ton raffine tant cette question : puis est claire- 
ment sorti de * pôssio (cf. * vôlio) comme le subj. prés, puisse est sorti 
de *pôssiam (^cf. * vol iam) au lieu du subj.class. possim (cf. vclim). 
— P. 257, l'explication de l'imparûiit rr^ (au lieu de iere <^ èram) comme 
étant une forme atone ne vaut rien, puisque le futur èro donne toujours ier 
et qu'on ne conçoit pas que la prétendue atonie (en elle-même, d'ailleurs» 
fort invraisemblable) ait sévi à l'imparfait en épargnant le futur ; la vérité doit 
être dans l'idée de M. Thurneysen (influence du plus-que-parfait cantaram 
sur l'imparfait erat). — P. 244, je ne connais pas la forme quit*rre en ancien 
français comme correspondant à l'infin. lat. quaerere, mais seulement guerre, 
qui est très régulier. — P. 247, il est oiseux de se demander si * dorbrai, 
représentant strictement phonétique du type du futur roman * dormiraio, 
a existé ou non ; eu tout cas la disposition phonétique de 1'/// thématique et 
son remplacement par un h ne seraient pas aussi insolites que le dit l'auteur, 
puisque l'alternance dormir, * dorhrai rappelle gésir, gerrai, et que le souci de 
conserver la consonne finale du thème n'empêche pas l'ancien français de 
dire parfois dorra (de donner), merra (de mener) et verra (de venir). — P. 248, 
il est dit que le fut. lairai se rattache à l'inf. laier dont il a été question au 
§ 284 (il faut corriger 284 en 297, d'ailleurs), mais la chute de 1'^ (on devrait 
avoir laierai comme paiera C) n'est pas expliquée; cf. ce que j'ai dit à ce sujet, 
Romania,X\yi, 431 et Essais de phil . franc., p. 322. — P. 250, les formes 
interrogatives et exclamatives du tvpe chanté-je sont bien expliquées ; on aurait 
pu noter qu'elles apparaissent sournoisement dès le xve siècle (d'autant plus 
que M. Brunot, Hist. de la langue fr., III, 306, n'en parle que pour le xviie 
siècle) ; voir G. Rydberg, Gesch. des fran:^ôsischen s, I, 654. — P. 252, je croi- 
rais volontiers que soivreià^où par analogie c^wio/w^) remonte directement au 
lat. sepàrem, dûment attesté, et que, sans être un adjectif verbal français, 
il a favorisé, par son rapport bien sensible avec les formes des verbes sevrer 
accentués sur le thème, la création d'adjectifs verbaux dans notre langue ; de 
même cas remonte à quassus et n'aurait pas dû être placé ici. — P. 252, 
il y a de l'obscurité ou de l'inexactitude dans ce qui est dit des participes pas- 
sés en -j: '< du latin ont passé en ancien français res rasu, mes mansu, 
. . . sttnons, esœns, absconsu. .. » J'admets que l'étudiant peut savoir que 
le latin a, à côté de absconditus, un participe absconsus dûment 
attesté; mais où prendra-t-il *submonsus au lieu de submonitus? Et 
surtout comment ne sera-t-il pas troublé en voyant que m an su s fait w^j 
tandis que absconsus et *submonsus conservent (ou ont l'air de con- 
server) Vn du latin ? C'est d'une mauvaise pédagogie que de demander trop 
d'effort à l'élève. Il fallait rédiger autrement cette liste et en exclure escons et 
semons, qui ne sont pas des représentants des types latins *absconsus et 
* submonsus, mais des participes refaits en français sur les ihfinitifs ^jf:oWr^ 
et semondre d'après l'analogie des cas ou un participe en -s correspondait à 
un infinitif en -dre : espars, espardre ; mors, mordre ; ters, terdre. 

A. Tho.mas. 



MiLLARDET, i^t'^z/t'/V ilc U'xtcs ili's aucîcus d'iakctcs landais 395 

Recueil de textes des anciens dialectes landais, avec une 
introducùûii-gi'iimmuticale, des traductions en dialectes modernes, un glos- 
saire et une table des noms de lieux et de personnes, par G. Millardet. 
Thèse complémentaire pour le doctorat es lettres présentée à l'Université 
de Paris. Paris, Champion, 1910. Iu-40, LXViii-340 pages. 

La thèse complémentaire que M. Millardet a présentée en mai dernier à la 
Sorbonne', pour renforcer la thèse principale, intitulée : Etude de diahctoJooie 
landaise, (i\. qui sera l'objet d'un compte rendu distinct, comble une lacune sen- 
sible dans nos informations sur l'ancien gascon, car le Recueil de Luchaire est 
assez pauvre pour la région landaise proprement dite, et elle fraie la voie aux 
Dociimenls linguistiques du midi de la France, dont M. P. Meyer a publié le 
premier volume, mais où l'ordre alphabétique n'appellera pas de longtemps le 
département des Landes à prendre place , 

L'auteur a partagé ses documents en six sections géographiques et les a 
rangés chronologiquement dans chacune d'elles : Mont-de-Marsan, Roque- 
fort-de-Marsan, Villeneuve-de-Marsan, Saint-Sever, Tartas, Albretet régions 
voisines. En tête de chaque section on trouve une notice bibliographique sur 
les sources manuscrites et imprimées. M. M. n'a pas publié tous les documents 
connus ni donné toujours in extenso le texte des documents qu'il publie : on ne 
peut que l'approuverd'avoiragiainsi, car le fatras des formules de notaire éla- 
guées n'a été laissé de côté qu'à bon escient. Les limites chronologiques sont 
125 1 (Saint-Sever) et 1588 (Tartas). Le système de transcription est assez 
particulier. M. M. s'est contenté de ponctuer et de décomposer quelques 
agglutinations, soit à l'aide d'un point en haut, soit à l'aide d'un tiret (il ne se 
sert pas de l'apostrophe); pour les lettres /,/, v, u, il s'en tient aux manuscrits 
eux-mêmes. Il imprime donc : qu-ei (lat. quod haheo), e-l (lat. et illiun), n-ei 
(lat. inde haheo), P.-d-Aroqefort, a-d-aisso, uolontad (p. 3, etc.) et voluutat 
(p. 8, etc.), iudges et judges,iuradi et juradi (p. 16, l. 5-9), vna (p. 19), vsar 
(p. 21), (fz;7 (lat. dictuni, p. 22), aquj, nj,audiencj (p. 29), etc. On s'y fait; 
mais il n'est pas bien sûr quequelquesdistractions de l'éditeur ne soient pas 
venues compliquer l'incohérence de la graphie des notaires gascons. 

L'introduction traite avec une certaine ampleur de la morphologie et de la 
syntaxe; M. M. ne nous explique pas pourquoi il n'a rien dit delà phonétique, 
et c'est vraiment regrettable. Voici quelques menues critiques sur cette intro- 
duction. 

P. XIII, les adjectifs en -ihle et -able, qui, dès l'origine, se présentent en 
provençal avec un a au féminin, ne peuvent être rangés avec ceux en -al, etc. 
qui n'ont qu'une forme pour les deux genres. — P. xiv, la formation du 
curieux adverbe Senct-Martialmens (que j'écrirais, pour ma part, en un seul 



I. M. Millardet m'a dédié cette thèse, dont je lui avais donné l'idée; je ne 
puis que m'en sentir très honoré et je lui en exprime ici mes remerciements. 



396 COMPTES RENDUS 

mot et sans majuscule) n'est pas bien analysée : le suffixe adverbial s'ajoute 
ici comme ailleurs à un adjectif, à savoir * seuLlniartiaJ « de saint Martin », 
bien que cet adjectif ne soit pas employé isolément, à ce qu'il semble. — 
P. XXX, je ne saurais admettre un participe fort heud «vendu » en 1535 : la fin 
du mot doit manquer. — P. XLiii, XLVii, lix, je ne crois pas à l'existence du 
verbe cstangar dans ce passage d'une charte de Mont-de-Marsan de 1266, que 
l'éditeur imprime ainsi, non sans remarquer qu'il faut peut-être lire eston et 
non estan (p. 5-6) : « or qe ssie, ne hon qe s-hannes estan. » M. M. repousse 
aussi cette idée (suggérée par M. Ducamin), et il croit voir dans estan le 
gérondif du verbe estar, sans réfléchir à l'invraisemblance de la combinaison de 
« aller » avec son contraire « rester » dans cette construction. Je propose de 
lire : « or qe ssie, ne hon qe s-han ne s-estoii », c'est-à-dire : v ni où qu'il 
aille ni demeure »; le verbe estar comporte, en provençal propre, un sbj. 
prés. estoÇti), d'origine analogique, qui est employé notamment par Bertran de 
Born. et je crois que c'est ce sbj. prés, que nous avons ici. — P. xlviii, dans 
l'expression « caminxs degutz et Jegiit:;^ », le participe legiit n'a rien à voir avec 
le verbe legir, auquel M. M. le rattache en faisant des prodiges d'ingéniosité 
pour satisfaire la sémantique : il se rattache à h'ier < licere et signifie 
« permis, licite ». 

Le Glossaire est assez riche, bien que l'on n'y ait admis (et avec raison) que 
les mots ou formes qui manquent dans le Dict. béarnais deLespy et Raymond. 
Il y a des mots tout à fait obscurs, sur lesquels je ne sais rien de plus que 
M. M. : iihanhas « espèce de gâteau >>, arlotor « possesseur ? », aiisso « espèce 
de bête de somme ? », etc. Je regrette de ne pas trouver toujours de renvois 
précis, notamment pour hareyt employé adjectivement, pour cerey « étable » 
et pour eviproauant « dorénavant ». — L'art. b.\rroylh « verrou » verse dans 
le genre encyclopédique qui n'est pas ici à sa place; mais c'est la faute à M. 
Ducamin, paraît-il. — A l'art. c.\lhibe, on suspecte, probablement à tort, la 
i om\Q calhehe : cf. la forme moderne ffl//;/V7/o, que Mistral donne comme gas- 
conne, bien qu'on ne la trouve pas dans la carte 271 (cheville) de V Atlas lin- 
guistique àc MM. Gilliéron et Edmont. — A l'art. d.\nzet, M. M. s'élève 
contre la lecture Jaw.-^J de certains éditeurs; mais il oublie domna> dauna, 
qui justifie une forme primitive * daun^ed «< *domniccl lu m, laquelle peut 
se réduire à t/û//;^^/ aussi bien qu'à dan^et. — Sous espiaug« aubépine», il fallait 
relever le nom propre Espiaup,p. 227. — Sous estadgil « manse », le rap- 
prochement avec estadil « domicilié » n'est pas à sa place. — Sous niuau 
« noël », un'mot d'explication aurait été le bienvenu; si c'est nivalis qui 
a détrôné le traditionnel natalis, pourquoi Vi est-il traité ccmnie long? — 
Sous TIEBLE (•- tuile », il fallait indiquer la forme saintongeaise et poitevine 
trithle, dont l'analogie avec le gascon est frappante. 

A. Thomas. 



FRIEDWAGNER, La Vengeance Raguidel 397 

La Vengeance Raguidel, altfranzôsischer Abenteuerromanjigg. von 
Malhias Fuiedwagneu {Raoul von Hoiulcnc sàmtliche IVerke. ZwdtQr Band). 
Halle, Niemeycr, 1909. In-80, ccvii-368 p. 

M. Friedwagncr poursuit la publication des œuvres complètes de Raoul de 
Houdan, dont le tome I, Mcraiigis de Poiilesguei, paru en 1898, a été l'objet 
ici même (/^o;;w///(f,XXVlI, 307-18) d'un compte rendu magistral où Gaston 
Paris, remettant à plus tard l'étude des questions littéraires soulevées par 
l'ensemble de l'œuvre de Raoul de Houdan, n'a pas ménagé les éloges à cette 
édition soigneusement établie d'après quatre manuscrits dont la classification 
ne.laissait pas d'être malaisée. 

Le texte du nouveau poème publié par M. Fr., la Vengeance Raguidel, n'offre 
pas les mêmes difficultés, puisqu'il n'existe que dans un manuscrit, d'ailleurs 
assez fautif, appartenant au Musée Condé de Chantilly, auquel il faut joindre 
le fragment de 150 vers mis au jour en 1892 par M. P. M^ycr (Rom a nia, XXI, 
414-18). En revanche, la question se pose ici de savoir si le Raoul nommé 
dans la Vengeance comme l'auteur de l'ouvrage, est le même que maistre 
Raoul de Houdan cité dans Meraugis et, dans ce cas, s'il a composé tout ou 
partie seulement du poème. Ce problème divise aujourd'hui les érudits. En 
1862, Hippeau publiait la première édition de la Vengeance, en lui donnant le 
titre de Messire Gauvain, par suite d'une mauvaise lecture ou par allusion à 
une compilation beaucoup plus récente consacrée aux exploits de Gauvain, 
mais il ne s'occupait pas d'identifier l'auteur, le trouvère Raoul. Ce fut 
Mussafia qui dans un compte rendu de l'édition Hippeau (Gerviania VIII, 
122) proposa le premier d'attribuer à Raoul de Houdan la paternité de la 
Vengeance, en se basant sur la ressemblance du prénom de l'auteur de la Ven- 
geance, Raoul, et de celui de l'auteur connu de Meraugis, Raoul de Houdan, 
en signalant aussi la mention du personnage Meraugis de Portlesguez dans la 
première partie de la Vengeance (éd. Friedw., v. 1273). Cette opinion, que ne 
combattit pas Ferd. Wolf et qu'adoptèrent Bartsch et Michelant, premier 
éditeur de Meraugis, fut soutenue aussi par M. P. Meyer, qui dans la Revue 
critique de 1869 (I, 315) mit en relief le soin tout particulier que les deux 
Raoul apportaient à leur versification, et qui en 1892 d'abord {Remania, XXI, 
415), à propos du fragment précité de la Vengeance, puis en 1894 {ibid., XXIII, 
20), dans son étude sur le couplet de deux vers, appuya par de nouveaux 
arguments l'attribution des deux ouvrages au même poète. 

Entre temps, deux dissertations allemandes parues l'une, en 1880, de 
M. Wolfram Zingerle sur les œuvres de Raoul de Houdan, et l'autre, en 1885, 
de M. Otto Bœrner sur le style du même écrivain, vinrent remettre tout en 
question, et l'argumentation de M. Zingerle, surtout celle de M. Bœrner, 
prêtant à Raoul de Houdan une subtilité de pensée, une recherche de rimes 
riches, un emploi excessif de l'interrogation et surtout un respect pour la 
femme qu'on ne retrouve pas sous la plume de l'auteur de la Vengeance, déci- 



398 COMPTES RENDUS 

lièrent G. Paris à partager cette manière de voir et à distinguer les deux 
Raoul, se trompant d'ailleurs en avançant que Raoul de Houdau ne se désigne 
jamais par son prénom seul dans les ouvrages qu'il a incontestablement écrits 
(Hist. litt. de la Fr., XXX, 46). 

L'article de M. Max Kaluza sur la part qui revient à Raoul de Houdan dans 
la paternité de la J\'fh^i'inice Raguiikl, paru en 1899 dans les Mchingcs Grœber 
et venant après les dissertations analogues de MM. Zenker et Freymond, 
modifia une fois de plus l'opinion de G. Paris (Roiiiania, XXIX, 117), qui 
tout en continuant avec M. Foerster à penser qu'il existe entre Meraugis et 
la Vengeance des différences essentielles « d'esprit et de ton », admit cependant 
qu'à partir du v. 2700 environ, le poème de la Vengeance est bien l'œuvre. de 
Raoul de Houdan qui se nomme au v. 5356 et, à la fin, au v. 6177, tandis 
que « la première partie, <* sauf quelques morceaux, notamment au début, 
est le remaniement d'un poème plus ancien '. 

Tel est le débat demandant une solution définitive auquel M. Fr. a dû 
prendre part dans son Introduction. Disons tout de suite que, sans oser affirmer 
que Raoul de Houdan est l'auteur unique de Meraugis et de la Vengeance, 
M. Fr. se rapproche cependant de cette opinion qu'il considère comme la plus 
probable. 

M. Fr. arrive à cette conclusion en examinant successivement la langue, la 
versification et le style du poème. Pour la langue d'abord, M. Fr. montre 
facilement que sous une légère couche de picardisme qui n'affecte en rien les 
rimes et est due à un copiste appartenant au nord de la Flandre française ou 
à la partie occidentale du Hainau, le texte de la Vengeance est écrit en pur 
dialecte de l'Ile-de-France, probablement au S. O. Cette langue est celle que 
Raoul de Houdan a employée dans Meraugis ; d'autre part elle n'offre rien qui 
puisse faire supposer deux auteurs pour la Vengeance. 

La façon d'employer la rime est aussi identique dans les deux poèmes qui 
tous deux, fait caractéristique, présentent des exemples d'une voyelle rimant 
avec la deuxième voyelle entrant dans la composition d'une diphtongue : i 
rimant avec ui, et rimant avec net. Dans les deux poèmes nous retrouvons de 
même les différentes sortes de rimes, identique, homonyme, riche, la double 
rime, la rime équivoquée, Vallitération aussi et la brisure du couplet que 
M. P. Meyer a signalée comme la marque de Raoul de Houdan. M. Freymond 
qui veut reconnaître deux parties dans la Vengeance, constate que dans la pre- 
mière partie les rimes riches sont peu nombreuses et qu'elles abondent au 
contraire dans la seconde ; il en tire un argument en faveur de sa thèse. Est-il 
bien concluant et les statistiques suffisent-elles comme preuves? Un écrivain 
peut parfois n'être pas semblable à lui-même et, comme le dit l'éditeur, si 



I. Une correction en ce sens a été faite d'après les notes de G. Paris à la 
3c édition de son manuel, La littérature française au moyen âge, parue en 1905 
après sa mort fp. 295). 



FRiEDWAGNER, Lit Vcu^caucc Ragiiîdcl 399 

la r^-ssembbncc entre deux passages dénonce l'identité de leur auteur, la 
différence entre deux autres ne prouve rien. D'ailleurs, en appliquant la 
méthode de M. Freymond à Meraugis qui indubitablement dans son entier a 
été écrit par Raoul de Houdan, on remarque que ce poème présente au 
commencement et à la lin un nombre de rimes riches fort différent, et 
que par conséquent, d'après le raisonnement de M. Freymond, il devrait 
être considéré comme l'œuvre de deux auteurs ! 

Les partisans de la division du poème n'ont en réalité d'autre base à leur 
assertion que le fait qu'au v. 3356 l'auteur, le trouvère Raoul, se nomme en 
disant : 

Si commanche Raols son conte, 

et semble ainsi indiquer une coupure dans le texte. Outre qu'il est facile de 
corriger commanche en romanche, qui se lit dans un passage analogue de 
Meraugis, on rencontre souvent au milieu même des chansons de geste (M. Fr. 
en donne des exemples) des vers semblables où l'auteur annonce à ses audi- 
teurs qu'il commence une chanson. Ce n'est là qu'une formule correspondant 
peut-être primitivement à une pause après laquelle le jongleur recommençait 
à réciter son poème. On ne saurait donc regarder cette locution, non plus 
que la disproportion des rimes riches dans les deux parties de la Vengeance, 
comme une preuve contre l'unité de l'œuvre du trouvère Raoul. 

Ce Raoul est-il Raoul de Houdan ? Après les ressemblances de langue et de 
versification remarquées entre les deux poèmes et la preuve faite de Thomo- 
généité de la Vengeance, il semblerait qu'une réponse affirmative dût s'imposer. 
M. Fr., plus prudent, continue son enquête et compare le style de Meraugis et 
de la Vengeance. Ce sont de part et d'autre les mêmes procédés, les mêmes 
expressions figurées usitées dans les deux poèmes, le même emploi de la 
répétition, du monologue et de l'interrogation. G. Paris avait déploré 
que l'auteur de la Vengeance ne traitât pas les femmes avec le même respect 
que celui de Meraugis ; M. Fr. à son tour s'efforce de montrer, tout en 
admettant qu'un auteur peut bien, selon les circonstances de sa narration 
et pour le besoin de son intrigue, ne pas toujours mettre en scène les mêmes 
personnages pourvus des mêmes qualités, que Raoul reste malgré tout 
fidèle à son admiration pour la loyauté en amour. 

Toutes ces probabilités n'entraînent cependant pas la certitude de M. Fr., 
dont la conclusion marque quelque hésitation. Tant, dit-il, qu'on n'aura pas 
prouvé d'une façon indiscutable quel est l'auteur de la Vengeance, c'est Raoul 
de Houdan qui doit être considéré comme ayant écrit ce poème, à une date 
antérieure à Meraugis, vers la fin du xiie ou au commencement du xiii^ siècle. 

Après avoir consacré la plus grande partie de son introduction à l'auteur 
de la Vengeance et fait montre en ce travail de la méthode la plus sûre, de 
l'exposition la plus précise et la plus circonspecte, M. Fr. aborde l'étude du 
poème lui-même et de ses'sources. Il admet avec G. Paris que la Vengeance, 
roman breton de la seconJe période, dont le héros est (jauvain et dont la 



400 COMPTES RENDUS 

teneur est le récit de la vengeance du meurtre de Raguidel, a été inspirée à 
son auteur par des modèles antérieurs, lais, contes, etc., venant se grouper 
sur un fond celtique ancien. Parmi les ouvrages qui ont précédé son œuvre, 
Raoul ne semble pas avoir utilisé la première suite de Percerai. A-t-il connu 
les romans en prose ? Question délicate, dont la solution dépend de la date que 
Ton assigne à l'activité de Raoul de Houdan. En rendant compte en 1898 du 
t. I de ses œuvres, G. Paris la fixait à la fin du xii^ siècle. Il avait vraisem- 
blablement changé d'avis depuis, car dans la 3e édition posthume de la Litté- 
ruture française au moyen âge, parue en 1905, Raoul de Houdan figure aux 
années 12 10-1220. M. Fr. estime que cette date est trop reculée pour que 
Raoul ait pu se servir de la composition de Robert de Boron ; il faudrait. pour 
que la chose ait eu lieu, déplacer de dix' ou de vingt ans encore l'époque où il 
riorissait. En tout cas, on retrouve dans la Vengeance le motif du vaisseau sans 
maître, guidé par un pilote invisible, motif qui figure dans le lai de Gui- 
gemar de Marie de France et qui apparaît aussi dans Partenopeiis de Rlois et 
dans FJoriant et Floriete, d'après lesquels Raoul a pu en avoir connaissance. 

La source la plus certaine oij ait puisé Raoul est celle des poésies de 
Chrétien de Troyes. Certes on peut bien le dire avec G. Paris, « les épisodes 
« que Chrétien a traités... flottaient dans la tradition orale et écrite, et quand 
« on les retrouve ailleurs, on n'est pas du tout autorisé à conclure qu'ils lui 
« sont empruntés. » Il n'en est pas moins vrai que dans la Vengeance, comme 
dans l'ensemble des œuvres de Raoul de Houdan, qui s'était proposé Chrétien 
pour modèle, on remarque avec M. Rohde des épisodes, sans compter des 
tours de phrase, qui existent déjà dans Chrétien. Citons par exemple le trait 
des têtes fichées sur des pieux, qui se voit aussi dans Erec; les réclamations 
de Keu demandant à poursuivre de périlleuses entreprises, se terminant régu- 
lièrement par un honteux insuccès, comme dans la Charrette ; le départ cache 
de Keu, allant venger Raguidel, comme dans Yvain, etc. On peut conclure de 
ces rapprochements que si l'auteur de la Vengeance n'a pas trouvé le fond de 
son roman dans Chrétien de Troyes, il lui a très vraisemblablement emprunté, 
outre quelques aventures, beaucoup de situations et de personnages. 

En dehors de l'influence de Chrétien, trois épisodes principaux que l'auteur 
a plaqués sur son récit, à la trame duquel ils n'appartiennent pas, n'ont pas 
échappé aux consciencieuses recherches de M. Fr. C'est d'abord l'aventure de 
Maduc et la demoiselle de Gautdestroit qui, d'après M. Kaluza, existait antérieu- 
rement sous la forme d'un poème isolé, et qui réapparaît dans les romans 
arthuriens postérieurs, pour être adoptée aussi par la version néerlandaise de 
la Vengeance. C'est ensuite le Mantel muiitaillé, thème bien connu, reproduit 
de même par la version néerlandaise et parvenu à Raoul par l'entremise d'une 
tradition écrite ou orale. C'est enfin Ide et ses chiens, rédaction ici défigurée 
du poème du Chevalier à Vespée, dont G. Paris a tenté une restitution. 

Quelques mots sur la topographie de la Vengeance et de ses personnages 
complètent cette copieuse introduction, remplie d'aperçus ingénieux et révé- 
lant une connaissance approfondie du sujet. 



FRiEDWAGNER, Lii Veugeaucc Ragiiidcl 401 

Le texte laisse peu à désirer ; M. Fr. avertit d'ailleurs qu'il a été revu par 
Ad. Mussafia. — Vers 619, rosoniioi, rattaché à roseaux par l'éditeur, semble 
devoir mieux se corriger en ronceroi. — V. 1460, fust Gauvaiiis (addition 
de l'éditeur), on lirait mieux : si fui ains. — V. 1609, sil, correction inu- 
tile en place de si. — V. 1799, a tourrels, le ms. \)or\Q. a touur es, qu'il faut lire 
lis ouvres (d. v. 1817). — V. 3557, escapa, corr. escapai, comme ailleurs. 

— V. 3667, as senescaus, adoptez la leçon de B : au senechal (cette charge étant 
généralement unique). — Introd. p. c, 1. 12, Gra'/w, lisez Foerster. 

Les remarques qui suivent le texte et qui servent à expliquer et à justifier 
certaines définitions du Glossaire sont peut-être parfois un peu longues et 
superflues. Est- il par exemple bien utile de citer Diez pour interpréter l'ex- 
pression riens née ? Est-il besoin aussi d'apprendre aux lecteurs familiers avec 
les textes de vieux français qu'au moyen âge on servait sur la table des 
cygnes et même des grues ? Toutefois ce n'est là que pécher par excès 
d'information, et la plupart des observations de M. Fr., intéressantes et 
approfondies, rachètent amplement ce léger défaut. J'ai noté quelques mots 
du Glossaire : Alasquiè (y . 757, p. 207) ; ce mot désignant un paon dont on 
a mangé une partie, doit être pris au sens de diminué. — Cartre (v. 523, 
p. 195); M. Fr. s'étonne que les exécuteurs des ordres du roi traitent cava- 
lièrement le redoutable sénéchal Keu, en le menant en cartre : il oublie que 
dans les poèmes arthuriens de la seconde période, Keu est devenu un héros 
fanfaron et grotesque dont les déconvenues sont destinées à amuser l'audi- 
toire. — Cors (v. 3939, p. 273) ; cette forme que ne s'explique pas M. Fr. est le 
cas sujet de corn r= corne, coin, dont Godefro}' offre de nombreux exemples. 

— Fust (v. 4590, p. 288) ; il semble naturel de laisser à ce subjonctif du verbe 

fuster le sens propre de battre de verges : Gauyain se traite de fou méritant le 

fouet. — Kaline (v. 320) signifie non pas vapeur, mais chaleur. — Ivoire 

(Fines (/') (v, 1844, p. 228) ; M. Fr. déclare cette expression peu claire et 

la traduit par épingles d'ivoire : il s'agit de peignes d'ivoire, dont plusieurs 

mentions sont relevées dans le Complément de Godefroy que n'a pas vu 

M. Fr. — Ouàreme (v. 3), non plus que dans le vers cité à'Aiol, ne signifie 

Charwoche « semaine sainte » ; il doit se traduire par Fasten^eit. — Trifoire 

(v. 5842) ; dans un passage où il fait allusion aux lorains et aux arçons 

d'ivoire d'un palefroi, a or /a ////V^/ a trifoire, M. Fr. traduit l'expression a 

trifoire par le terme architectural arkadenartig : il faut comprendre ici ciselé ou 

incrusté ■ . 

Gaston Raynaud. 



I. [Qu'il me soit permis de relever une singulière inadvertance dans la note 
(p. 281) du vers 4484. Il faut lire, non pàs en Er mie, où M. Fr. a cru voir 
un nom de lieu, mais enermic (Godefroy, enhermi). — P. M.]. 



Rotnanta, XXXIX '26 



PÉRIODIQUES 



Zeitschrift fur romanische philologie, XXXIII (1909), 2. — p. 129, 
Ernst Gamillscheg, Ziim Verwendiino des oi-ganischeti Plusqnaniperfehiuns ini 
âltesten Fnin\ôsischcn. Intéressantes et délicates remarques qui précisent la 
valeur du pl.-q.-pft synthétique dans quelques passages des poèmes de Cler- 
mont et à'EuJalie, où nous emploierions sans doute en fr. mod. un parfait 
ou un imparfait, mais où le pl.-q.-pft sert encore à exprimer, comme en latin, 
l'antériorité logique ou du moins une subordination logique. Certains 
exemples auraient besoin d'un commentaire plus précis, ainsi la str. 21 du 
Saint Léger. — P. 135, E. Richter, Zur EntivicMung des reflexiven Ausdrucks 
in Romanischen . L'emploi latin du déponent et du passif et l'alternance avec 
la tournure réfléchie sont la source de l'emploi roman du réfléchi. — P. 143, 

E. Richter, Omnis-Totus. Observations sur le conflit de ces deux mots, 
sur le croisement possible (?) de tôt us et de tutus qui expliquerait les 
particularités du vocalisme roman de tôt us, sur l'extension de la forme 
ogni. — P. 148, A. FurtmùUer, Zur Syntax der italienischen Personalpronomina. 
Valeur et usage relatif de egli et esso ; emploi nominatif de lui. — P. 187, 

F. Dosdat, Die Mtindart des Kantons Pange (arr. de Metz). Première partie 
(phonétique) d'une étude descriptive minutieuse. 

MÉLANGES. — P. 226, A. Schultze, Ein Bruchstiick des altfraniôsischen 
ApoUoniusrovianes . Fragment conservé à la Bibliothèque de Dantzig et prove- 
nant d'un dos -de reliure ; il contient un peu plus de 40 vers assez mutilés, 
mais qui appartiennent à un épisode intéressant de ce poème dont nous 
n'avons pas d'autre reste. — P. 230, G. Bertoni, // juotto « sbegna, she- 
gnoino » in Fra Salimhene ■ Ces mots servent à désigner plaisamment des 
machines de guerre dans une anecdote rapportée par Fra Salimbene ; M. B. 
les explique par le lomb. shignià « prendre la fuite ».— P. 231, O. Schultz- 
Gora, Zu prov . « ni ». Exemples de prov. ni = nH =: ni i, comme com- 
plément à un art.de M. Kalcpky (cf. Romania, XXXVIII, 616). — P. 232, 
S. Pu^cariu, i. Roum. de Transylvanie hàunà « hurler », rapproché de cam- 
pid. baillai « aboyer » et rattaché à *baubulare de baubari; mais l'on 
attendrait *bàura et il faut supposer une dissimilation par 1';- de l'infinitif, 
* bàurare-bàiinare, de plus la reconstitution de prototypes latins paraît un peu 
vaine pour des mots dont le caractère onomatopéique est si apparent. — 2. 
Roum. soage « mettre la pâte en pains » (Trans.) de subigere , cf. logud. 



PERIODiaUES 403 

suighere « pétrir ». — 3. Roum. fnhndntci « pétrir », de fragmentare 
«écraser les grumeaux de farine » et non de fer men tare (Pu^c.,i:/. IVb., 641). 

Comptes ren'dus. — P. 235, P. Juan Mir y Noguera, Prontuario de His- 
panismoy Barbarisino, I (P. de Mugica). — P. 237, J. Cejador, Tesore de la 
Leugua Castellaiia (P. de Mugica), — P. 239, Pierre Alphonse, Disciplines 
de clergieet de moralités . . . en gascon-girondin. . ., éd. J. Ducamin (A. Zauner, 
cf. Roniania, XXXVII, 616). — P. 241, Ronianische Forschungen, XX (E. Her- 
zog). — P. 250, Revue de philologie française et de littérature, XXI (E. Her- 
zog). — P, 256, A. Bayot, Fragments de mss. trouvés aux Archives générales 
du royaume (G. G., cf. Roniania, XXXVI, 121). 

XXXIII (1909), 3. — P. 257, F. Dosdat, Die Mundart des Kantons Pange. 
Fin : morphologie sommaire ; quelques textes peu étendus, proverbes, dic- 
tons et rondeaux, avec bref glossaire. — P. 277, A. Speich, Das Verhal- 
adjehiv ini Fran:(ôsischen. M. Sp. reprend minutieusement, et bien longue- 
ment par endroits, la question souvent posée des adjectifs français du type 
gonfle, trempe, et de leur origine. Il se refuse à y voir des formations déver- 
bales, parce qu'ils n'ont pas un sens verbal et parce que le procédé de 
dérivation qu'ils supposent n'a pas la généralité que l'on attendrait d'une 
dérivation déverbale ; il étudie ensuite tous les exemples de prétendus adjec- 
tifs verbaux signalés, à sa connaissance, dans la langue littéraire et dans les 
patois. Il résulterait de ses observations que ce ne sont pas des adjectifs ver- 
baux : si l'on néglige un résidu de mots d'origine diverse, tous ces adjectifs 
ne seraient que des substantifs employés adjectivement. Cette explication 
générale ne résiste pas à l'examen : dans bien des cas, à côté de l'emploi 
adjectif, il n'y a pas de substantif ou il y a seulement un substantif d'existence 
précaire ; le plus souvent le passage d'un emploi à l'autre reste sans expli- 
cation ou sans analogue, etc. ; il est au moins singulier de prétendre 
expliquer une expression comme « ça sent le brûlé » par le substantif (?) 
contenu dans brûle-gueule, brùle-tout, etc. Dans son analvse de la valeur de 
ces adjectifs, M. Sp. ne tient pas un compte suffisant de leur rapport séman- 
tique avec les part, passés correspondants, et sans doute il n'y a pas pour 
nous de rapport entre/»; et /;a, en admettant quey?« soit un déverbal ào. finir, 
mais il y en a un très sensible entre gonfle et gonflé, trempe et trempé ou 
d'autres encore, que M. Sp. ne paraît pas connaître, comme mouille tl mouillé', 
c'est le rapport sémantique qu'il y a entre se£ et séché, libre et libéré, mort et 
tué, entre un état et une action subie, entre un moven et un passif (qui 
lui-même peut à l'occasion, être employé comme moyen); si M. Sp. en 
avait tenu compte davantage, il aurait compris pourquoi l'on n'a pas éprouvé 
le besoin de dire « il est aime » à côté de « il est aimé » et pourquoi 
l'on peut distinguer « la pomme est gâte » et a la pièce de soie est gâtée (par 
le canut) », sans être pour cela autorisé à détacher d'office gâte de gâter plus 
que mort de mourir. Il serait sans intérêt de relever les erreurs de détail 
de ce travail médiocrement exécuté, il y en a cependant d'étranges : 



404 PERIODIdUES 

p. 294, le roum. (moderne) /i//;; (c'est l'ail, fc'ui) est donné comme preuve 
de l'emploi adjectit du Lit. tînis; p. 501, petite dissertation étymologique 
snxaise où il n'est même pas tenu comptede l'article de M. Thomas, pas plus 
que des indications de G. Paris sur les réductions a aise — aise, a enle — 
ente {Me'l. Jing.. 560) ; il est fâcheux de trouver des vers de Béroul cités avec 
cette simple référence « Tristan, Rich. 2 171 » empruntée à Godefroy, 
tronquée et peu claire, ou do voir (p. 290), dans une citation du Roman de 
Thèhes, confondre estanche verbe et adjectif. — P. 32^, C. Salvioni, J. Subak, 
H. Schneegans, Zu : Si::iilianische Gehete, BescJncôniiigeii iiud Re^epte in ^^rie- 
chischer Umschrift. Sur ces textes cf. Remania, XXXVIII, 616. Nombreuses 
corrections de transcription et d'interprétation proposées surtout par M. Sal- 
vioni: quelques additions de M. Schneegans à son précédent commentaire. — 
P. 358, H. Schuchardt, Romanisch hast-. Observations suggérées par un art. 
de M. Meyer-Lùbke sur bast- (JVôrter und Sachen, I), article sur lequel 
nous reviendrons en faisant une place aux observations de M . Sch . 

MÉLANGES. — P. 34.7. E. Muret, OrJalientum,cï. Roniaiiia,X\XlX, 118. — 
P. 547, H. Schuchardt, i. Lat . huda\ tamarix; mJat. tagantes. Trois 
noms de plantes (le dernier désigne le pyrèthre) que M. Sch. rapporte au 
Ivbien (l'élément ta- n'est que le préfixe féminin). — 2. Gr. poua « Strasse n? 
Signalé dans une iuscr. d'Asie mineure du me ou iv^ s. av. J.-C. (CIG, 
3776). — P. 553, J. Subak, Sardisch SI â â «■ Ziceig y). Rapproché de l'ital. 
/«if'/o, de (in) -situm. — P. 354, E. Herzog, Fri. hèche. De *bi- 
seca. 

Comptes rexdus. — P. 356, Cent Motets du XII [<^ siècle publiés par 
P. Aubrv (A. Stimming). — P. 363, Chrestomathia archaica. Excerptos da 
Litteratura portuguesa . . . até ao seculo XVI . . . por José Joaquim Nunes (H. 
R. Lang). — P. 365, Revista lusiiana, VIII (H. R. Lang). — P. 368, Revue 
des langues romanes, L (O. Schultz-Gora). — P. 370, Giornale Storico délia 
Letteratura Italiana, vol. III, fasc. 1-3 (B. Wiese). — • P. 374, Romania, 
juillet 1908 (W. Meyer-Lûbke, G. Grôber, F. Settegast). — P. 376, The 
Modem Language Review, II-III (E. Stengel). — P. 381, Publications of the 
Modem Language Association of America, XXI, 3-XXni, 3 (D. Beh- 
rens). 

XXXIII(i909J, 4. — P. 38), A. Horning, Glossar der Mundart von Belmont. 
Ce ne sont là, dit l'auteur, que des « matériaux pour un Idiotikon des parlers 
vosgiens » et le glossaire ne vise pas à être complet; il ne fournit que de très 
rares indications étymologiques ou comparatives, mais M. H. a publié dans 
les Mélanges Wilmotte quelques notes lexicographiques sur divers mots du 
parler de Belmont (Bfmô). — P. 430, W. Meyer-Lùbke, Fran:{Osische Etymo - 
logien : i. Fran^. aune « Erle ». M. J. Jud s'est eflforcé de montrer {Archiv 
de Herrig, CXXI) que le h. aune (arbre) ne continuait pas le lat. alnus, mais 
devait, d'après sa répartition géographique, reproduire une forme francique 
*t////-c/, altérée par croisement avec d'autres formes connexes; tout en rendant 



PER10D1Q.UES 4^5 

justice aux mérites de cet essai, M. M.-L. présente des objections qui lui 
semblent graves tant contre l'hypothèse d'une origine germanique que contre 
la façon dont M. J. interprète la répartition géographique de aune et de son 
équivalent d'origine cehique vente. — 2. Fri. cresson. Examen critique des 
types fr. cresson, prov. creiso, ital. crescione : il en résulte que la forme ital. 
provient du prov. et celui-ci du fr. septentrional qui possédait un type 
cresson ou creissôn identique à l'anc. ht ail. ou à l'anc. francique hresso, sans 
qu'il soit possible d'aller plus loin dans la détermination des rapports de ces 
deux types. — P. 441, H. Schuchardt, Die Lingiiafranca. L'article de M. Sch. 
n'est pas intéressant seulement par l'esquisse qu'il trace d'une histoire de la 
langue franque et par l'étendue et la variété des renseignements qu'il réunit; 
il mérite l'attention surtout par les délicates et pénétrantes remarques qu'il 
présente sur la formation de cette langue mixte des échanges méditerranéens, 
sur la part respective qu'y ont prise les Européens et les étrangers, sur la 
fusion qui s'est produite dans la région algérienne entre des langues franques 
diverses à base italienne et à base espagnole. L'expansion du français en 
Algérie et en Tunisie a naturellement modifié, limité, enfin ruiné la langue 
franque, mais il continue à se faire constamment dans l'Afrique du Nord des 
combinaisons linguistiques plus ou moins stables qu'il serait utile d'étudier; 
M. Sch. n'avait pas à s'en occuper et il ne signale qu'accessoirement le sabir 
des Juifs algériens; j'ai réuni un certain nombre de renseignements sur 
différents états linguistiques d'Alger et de Constantine, mais je ne les ai 
recueillis que sous forme écrite et une vérification sur place de leur valeur 
réelle serait indispensable, d'autant que les Européens s'amusent de ces 
parlers, les utilisent plaisamment et les déforment en les systématisant. — 
P. 462, H. Schuchardt, Span. vega; nava. Observations sur un travail 
de M. Baist consacré à ces deux mots (Mélanges VoîhnôUer, 251). 

MÉLANGES. — P. 469. Aux multiples rubriques sous lesquelles sont rangés 
les Mélanges dans la Zeitschrifl, la rédaction de cette revue en ajoute ici une 
nouvelle, fort à la mode et d'ailleurs très acceptable : Sachen und Wôrter ; 
l'honneur de l'inaugurer revenait de droit à M. H. Schuchardt qui nous donne 
une note sur Fnrca ; hifurcus. A propos de l'esp. horcajo « confluent de deux 
cours d'eau », il souligne l'étrangeté de l'appellation de « fourche » attribuée 
à la réunion de deux lignes eti une seule, alors qu'ailleurs, et beaucoup plus 
naturellement, elle s'applique à la division d'une ligne en deux. Cette étran- 
geté peut ne pas nous frapper, mais M. Sch. montre très finement que nous 
sommes de mauvais témoins, parce que notre éducation finit par nous donner 
des aspects de la nature une représentation cartographique : sur une carte, la 
direction des courants n'étant pas nettement apparente, la réunion de deux 
cours d'eau en un ou la division d'un seul en deux bras nous donnent la 
même impression visuelle ; cela ne vaut naturellement pas pour expli- 
quer une dénomination populaire M. Sch. donne quelques exemples de 
l'influence des représentations cartographiques sur l'expression des faits 
géographiques en allemand ; le français en fournirait d'analogues : ainsi, l'on 



406 PÉRIODIQUES 

descend 3U sud ou l'on remonte vers le nord, etc. Pour expliquer la genèse de 
l'emploi populaire de « fourche » pour un confluent, M. Sch. se demande 
s'il ne f;mdrait pas faire appel à cette représentation et à ces expressions parti- 
culières que divers vovageurs signalent chez les indigènes africains : un 
fleuve est considéré comme allant de son embouchure à sa source (il ne 
s'agit pas évidemment du courant proprement dit, mais de l'espèce de che- 
min qu'est le fleuve), si bien que les affluents apparaissent comme des divi- 
sions du cours d'eau principal, des pointes de fourche. — Il est fort 
possible en effet que cette façon de voir les choses se soit rencontrée jadis 
en Europe, mais est-il bien nécessaire de le supposer? Qui a donné le nom de 
« fourche » au point où deux chemins convergents viennent se joindre pour 
se continuer, en une seule voie? C'est, me semble-t-il, tout d'abord le voya- 
geur venant par la voie unique, c'est-à-dire celui que cette « tourche » inté- 
resse au plus haut point, puisqu'il doit y faire un choix entre les deux 
chemins convergents (ou plutôt, pour lui, divergents) pour ne pas s'égarer. 
Il en est des cours d'eau comme des chemins, car s'ils ne sont pas toujours 
eux-mêmes des chemins, ils sont le plus souvent suivis par des chemins ; 
qui donc a nommé « fourche » un confluent? Si c'est l'habitant du haut 
pays descendant sa vallée pour rejoindre le fleuve, M. Sch. s'étonne à bon 
droit, celui-là ne doit même pas avoir la représentation de la fourche ; mais 
si c'est le vo\'ageur venu du bas pavs et qui doit choisir en quittant la 
vallée principale entre les deux vallées secondaires, c'est justement qu'il 
parle de « fourche », sans se préoccuper du sens du courant. — P. 474, 
H. Schuchardt, Zur Dlssimilation. A propos des formes de R\Qti pannetta et 
u ppuvienin pour marmitta et nu momento, M. Sch. indique que la dlssimi- 
lation n'a dû se produire que sous l'influence d'un croisement de mots. — 
P. 475, E. Herzog, Fr:(^. barbote, barboter. Le nom de poisson barbote n'a 
rien à voir originairement avec barboter (dans la vase), c'est un dérivé de 
barbe ; barboter, au sens (seul ancien) de parler confusément, est également un 
dérivé de barbe; le sens de barboter (dans la vase) est moderne et dû sans 
doute à des croisements sémantiques. — P. 477,0. Salvioni, Emil. saldèin 
« sodaglia ». 

Comptes RENDUS. — P. 479. G. Kovt'mg, Lateinisch-Romanisches Wôrterbiich 
(J. Subak). — P. 486, W. Keller, Das Sirventes « Fadet joghr » des Giiiraut 
von Calanso (R. Zenker), — P. 491, Primera Crônica gênerai . . . pidAicada 
por Ramon Menéndez Pidal; Libros de Caballerias . . . por A. Bonilla y San 
Martin (B. Schàdel). — P. 492, A. Dauzat, La langue française d'aujourd'hui 
(A. Zauner). — P. 493, Dante Alighieri, Vita Nova. . . trad. par H. Cochin 
(Fr. Beck). — P. 495, Dantes Liebesfrûhling . . . von R. Zoozmann (Fr. Beck). 
— P. 496, Dante Alighieri, Das Neue Leben. . . von G. Hauser (Fr. Beck). — 
P. 4^j , Jahresbericht des Instituts ffir rumànische Sprache ^u Leip:(ig, XII-XIV 
(Kr. Sandfeld Jensen). — P. 502, Giornale Storico délia Letteratura Italiana 
Vol. LUI, I (B.Wiese). — P. 510, Archiv fi'ir lateinische Lexicographie und 
Grammatik,XY, 3-4 (E. Herzog). 



PERIODIQUES 407 

XXXIII (1909)) 5. — P. 514, Léo Wicucr, Pseudo-Karaibischcs. Montre 
que beaucoup de mots considérés comme américains d'origine ne sont que 
des mots européens (en particulier espagnols) empruntés par les indigènes 
dès les premiers temps de la conquête, et quelquefois assez fortement modi- 
fiés : c'est ainsi que pccari remonterait en dernière analyse à l'hispano-port. 
hdcora u porcelet « à travers les déformations américaines ^i/^i^/;'fl, baqiiira ; il 
n'en aurait pas moins été un mot américain avant de revenir en Europe. 
D'autre part, certains mots qui ont pénétré dans les vocabulaires européens 
ne sont que des coquilles lexicographiques élevées à la dignité de vocables 
vivants (et utiles) grâce au pavillon exotique qui les couvrait : ainsi maguey 
ne serait qu'une mauvaise lecture de allagiiey, c'est-à-dire aîoë, nom sous 
lequel l'on a d'abord désigné l'agave du Mexique; l'esp. caiioa « canot », qui 
a fait en Europe une si belle fortune, ne serait qu'une mauvaise lecture du 
lat. scaphd employé dans une relation latine d'un voyage de Colomb pour 
désigner les embarcations indigènes. Nous ne pouvons rapporter tous les 
exemples sur lesquels M. W. fonde sa thèse, et dont certains peuvent être 
contestés ; dans l'ensemble, il paraît avoir vu juste et ses conclusions ne 
nous surprennent pas trop, étant donné la façon dont se fait de peuple à 
peuple et surtout de monde à monde l'échange des termes de relation. — 
P. 536, J. Subak, Die franko-itaUenische Version der « Enfances Ogier » nacb 
dem Codex Marcianiis XIII. Impression de 141 1 vers sans commentaire ni 
glossaire ; le texte vient s'insérer entre Berta e Milone et Odandino publiés 
par Mussafia dans h Roniania, XIV, 177 sq., et précisément à la p. 192 et 
non pas 92, comme dit par deux fois M. S. — P. 571, H. Urtel, Eine alt- 
fran^dsische Beichte. Confession rédigée par Robert Grosseteste, évêque de 
Lincoln, publiée d'après un ms. de Hambourg. M. U. paraît considérer cette 
pièce comme une confession réelle et personnelle; n'est-ce pas plutôt un type 
de confession générale ? — P. 576, W. Cloetta, IVilhehn von Bapanme oder 
si^ilische Kônig WiJhdni 11} Défend contre M. Ph. Aug. Becker (cf. Z. f. 
roni. Phi]., XXIX, 744) l'opinion que « li rois Guillaumes » cité dans la 
Bataille Lokifier par Guillaume de Bapaume comme ayant pu se procurer une 
copie de l'œuvre de Graindor de Brie, n'est pas Guillaume de Bapaume lui- 
même, mais bien le roi de Sicile Guillaume II. — P. 581, G. Bertoni, Per la 
cronologia di « à » da « d » nelV Eniilia. Exemples, très peu nombreux et 
non définitifs, de cette transformation pour le xive siècle, auxquels M. B, 
joint un exemple de 1192, emprunté à la toponomastique et plus incertain 
encore. 

MÉLANGES. — P. 586, G. Bertoni, Nota al (' Cato ». Nouveaux exemples 
de la répétition de pronoms le quai che, interprétés non comme des erreurs, 
mais comme de réels pléonasmes syntactiques. — P. 587, J. Acher, Du pré- 
tendu emploi pléonastique de la particule v. en » dans « Philoniena ». Corrections 
au texte ou à l'interprétation des v. 198, 968 et 1175 de Philoniena, édition 
De Boer. — P. 589, M. L. Wagner, Zu sard. sida, « Zweig ». Compléments 



408 PÙR10D1Q.UES 

à la note de M. Subak sur le même mot, Z./. rom. P/.'//., XXXIII, 353. — 
P. 590, H. Schuchardt, Lit. dactylus ; frani. « pcrce-oreilîe » usu'. Obser- 
vations sur des notes de M. P. Barbier fils relatives à ces mots, Rn\ de dia- 
Ject. rotii., 1,263, et Bull, de dinJcct. rotn., 1909, 63. 

Comptes RENDUS. — P. 592, Rertoni et Foligno, La « Gucrra d'Attiîla»; 
Bertoni, « Altihi » <// Kkola dj disolii (E. Stengel). — P. 596, C. Battisti, 
Dii- XofishetjiscJye Muudart, Lautlchrc (K. v. Ettmayer). — P. 604, A. Frie- 
mel, haut- und Formculehre :^u Lougnon's Documents relatifs au comté de Cham- 
pagne et de Brie (D. Behrens). — P. 606, J. Angiade, Les Troubadours 
(C. Appel). — P. 609, M. de Toro-Gisbert, Enmiendas al Diccionario de la 
Academia (P. de Mugica). — P. 612, E. Sannia, // comico, Vumorismo e la 
satira uella Div. Comwedia (K. Vossler ; cï. ci-dessous, p. 43 0- — P- ^H^ P- 
Aubrv, Recherches sur les « ténors n français dans les motets du XIII^s. ; P. Aubry 
et A. Gastoué, Recherches sur les « ténors » latins dans les motets du Xllh s. 
(H. Springer). — P. 614, Crônicas delGran Capitan por A. Rodrigue/. Villa 
(W. V. Wurzbach). — P. 615, E. Rodocanachi, Boccace (W. v. Wurzbach). — 
P. 620. Ph.Lebesgue, Raoul de HoudencQA. Friedwagner accorde à cette sin- 
gulière production plus d'attention qu'elle n'en mérite; cf. /?o;;/a«/<7, XXXVIII, 
168). — P. 626, Arch. f. das Studium der neueren Sprachen und Liter., Cil, 
3-4, cm (W. Cloetta). — P. 628, Roman. Forschungen, XXI-XXII (E. Her- 
zog). — P. 637, Bull, du Glossaire des patois de la Suisse romande, IV-VI 
(E. Herzog). — P. 640, H. Suchier, rectification à la préface à' Aucassin 
et Xicolette, ye édition. — Mario Roques. 

XXXIII (1909), 6. — P. 641, H. Schuchardt, Bret. eskop < /n7«;(. escope 
< niederd. *skop(p)a < lat. scyphus + cup(p)a = « Wasserschaufel ». 
Ce titre résume la moindre partie d'un article fort toufiu qui touche à trop 
de notions et de noms divers pour qu'il me soit possible d'en donner briève- 
ment un aperçu même sommaire. — P. 659, Jul. Subak, Zum sardischen 
Verhalfiexion und Wortcreschichte . I, Zum Verhum : influence de diverses 
formes de fio, du parfait de dare, etc. — II, Siidsardische Wôrter. — P. 670, 
K. Lewent, Zu den Liedern des Perdigon. Corrections à l'édition de Chaytor 
{Annales du Midi, XXI) et nombreuses remarques, en particulier pour la 
pièce V de cette édition (Bartsch, 370, 5) qui est ici éditée à nouveau, tra- 
duite et commentée. — P. 688, P. Skok, Fabrica. M. Sk. poursuit ses 
intéressantes recherches sur la toponomasiique gallo-romane et s'efl"orce de 
réunir et grouper les représentants divers de fabrica ou des formations 
secondaires qui s'y rattachent. Il ne me semble pas qu'ici encore la critique 
de l'auteur soit à l'abri de tout reproche ; je ne crois pas en particulier que les 
formes du tvpe Pt/îTi7 doivent être sans plus expliquées par faber -|- ile et 
je me permets de renvoyer sur ce point aux diverses notes que M. Thomas 
et moi-même avons consacrées, dans la Romania,giU\ formations en -(e)ril. — 
P. 695, E. Hoepffner, Frage- und Antivortspiele in der franiôsischen Literatur 
des 14. Jahrhunderts. M. H. signale dans le ms. fr. 11 30 de la Bibliothèque 



PERIODIQUES 409 

nationale une version du texte publié par M. Wechssler sous le titre 1^5 Vou- 
leurs d'amour et fournit sur ces jeux de société des indications précieuses; il 
publie ensuite d'après deux mss. de Berne et de Paris avec des remarques 
critiques le texte du Chastel iranioiirs (alias Demandes ou Éuicrmes amoureuses). 
— P. 711, Th. Kalepky, Zur frau:^ôsischen Syntax, XIV. ///;■ Vervollstàndi- 
gung von « aussitôt, sitôt, une fois ». Il s'agit de la construction sitôt levé, aussi- 
tôt îe jour, etc., pour laquelle M. K. s'efforce de préciser l'explication de 
Tobler (V. B., III, 60 sq.). — P. 720, J. Acher, Corrections au « Roman de 
Tristan par Béroul et anonyme » publié par M. E. Muret. La plupart des 
observations de M. A., qui tend à être plus conservateur des leçons du ms. 
que ne Ta été l'éditeur, paraissent fondées, et certaines des corrections 
légères qu'il propose amélioreraient vraiment le texte, mais je ne crois pas 
qu'il ait rencontré juste pour le passage suivant : Li rois a fait sa seîe mètre, 
Uespee çaint ; soirnt regrete A lui tôt sol la cortoifise (sic ms.) Que Tristan fist 
quant il ol prisse Y seul la bêle le cler vis O qui s'en est aies fuit is. M. Muret 
avait corrigé au troisième vers (v. 1943) cortoisise en grant franchise, sans être 
très satisfait de sa correction; M. A. remarque qu'il faut ici un mot péjoratif 
qui explique le « mautalent « de Marc, mot modifié par un copiste favorable 
aux amants, et il propose grant feintise, sans qu'on voie bien pourquoi il 
conserve en quelque sorte la forme de la correction de M. Muret en en reje- 
tant complètement l'esprit ; il me semble qu'on pourrait lire, en se tenant, 
comme le f;iit d'ordinaire M. A., aussi près que possible du ms. : sovent 
regrete A lui tôt sol la covoitise. 

MÉL.WGES. — P. 726, E. Lommatzsch, Kochmals das « Saint Vou de 
Luquesn. — P. 729, S. Singer, Thomas' Tristan und Benoit de 5»^ Maure. 
Thomas se serait inspiré, pour peindre les débuts de l'amour de Riwalen et 
de Blancheflur, du monologue d'Achille après sa première rencontre avec 
Polvxena dans le Roman de Troie (17554 sqq.). — P. 735,6. Bertoni, Note 
etimologiche emiliane, i . çndes « œuf gâté » : ce serait le même mot que le 
toscan éndice « nichet » <C indice avec une modification de sens facile à 
comprendre et une modification de forme due à l'influence (purement exté- 
rieure, s'entend) de Qndes <C undecim. — 2. Intorno a ni. Camporelle e 
Roncore : ces noms de lieu sont rattachés au plur. en -ora, le premier remon- 
tant à cdmpora, le second étant directement roncora de ronco. — P. 735, 
C. Salvioni, Spagn. ladilla « piattone ». M. S. met en doute le rapprochement 
de ce mot avec blatta et le rattache à 1 a t u s (« large » et « plat » étant des 
notions souvent connexes) en s'appuvant sur le correspondant sarde logud. 
piogu ladu. 

Comptes rendus. — P. 737, Comedias de Tirso de Molina... por E, Cota- 
relo y Mori, I-II (A. L. Stiefel). — P. 747, V. Grazzani, Spiega^ione delV 
allegoria délia « Vita Xuova » di Dante Aliglmri fatta col confronto del « Con- 
vito » (Fr. Beck). — P. 748, Fr. Xovati, Attraverso il Medioevo (P. Savj- 
Lopez). — P. 749, P. Champion, Le Prisonnier desconforté du château de 
Loches (F. Ed. Schneegans : corrections assez nombreuses).— Mario Roques. 



410 PERIODIQUES 

BuLETiKUL sociETATEi FiiOLOGiCE, an. II, Bucure^ti, 1906. — p. 19, V. 
Vîrcol, Xcohgistnrle iti limha poponihii : résultats d'une enquête dans le dis- 
trict de Mehedinp, classés d'après la provenance des néologismes (termes 
judiciaires, administratifs, militaires, etc.) avec une table des transformations 
qu'ils subissent dans la langue populaire : d'une façon générale les consonnes 
sont plus altérées que les voyelles, la métathèse, la dissimilation et l'étymo- 
logie populaire jouent un rôle important dans ces transformations. — P. 35- 
85, I.-A. Candrea, Graiul lUn Tara Ol^hIuï. La Tara Oa^ului (hong. Avas) 
est située au nord-est du comitat hongrois de Szatmar, par conséquent à 
l'extrême nord du domaine de langue roumaine ; elle est constituée par un 
plateau complètement entouré de montagnes et presque sans relations avec 
les territoires avoisinants ; la population assez nombreuse (20.000 h. répartis 
entre 14 communes) est surtout agricole et elle a conservé un langage où les 
traits archaïques sont nombreux. M. Weigand n'avait pu que signaler rapide- 
ment dans ses Samosch- inid Thcissdiakhte (6^ Jahreshericht de l'Institut rou- 
main de Leipzig) l'intérêt de ce groupe. M. Candrea a étudié dix des com- 
munes delà région et en rapporte des matériaux assez abondants pour tracer 
une esquisse sommaire du langage particulier des Osani ; il y joint 46 textes 
et un glossaire avec une carte de la région. Parmi les traits phonétiques 
qu'il signale, les plus notables sont : la palatalisation des labiales, l'alternance 
de ;/ et r intervocaux, la nasalisation des voyelles devant l provenant de n 
mouillé primitif, le passage de / devant consonne à / vélaire et même à ti 
dans le langage des jeunes gens. Les textes de la Tara Oasului publiés au t. II 
de la collection Grahil nostrii sont empruntés à l'intéressante étude de 
M. Candrea, dont ils ne reproduisent malheureusement pas la graphie précise. 

Mario Roques. 



CHRONIQUE 



Mgr André Devacx, nommé professeur de littérature latine à la Faculté 
catholique des lettres de Lyon en 1877, doyen de cette Faculté en 1892, et, 
depuis 1906, recteur des Facultés catholiques de la même ville, est décédé à 
Rome, le 31 janvier dernier, dans sa 65e année. Né à Saint-Didier-la-Tour 
(Isère), le 20 juin 1845, il avait consacré à l'étude de la langue du Dauphiné 
et de la région environnante des travaux de valeur, dont le plus important 
est son Essai sur la hngiw du Dauphiné septentrional au moyen «(,''^(1892) dont 
nous avons rendu compte en son temps (Roniania, XXII, 594 ■), comme 
depuis, de la plupart de ses autres publications (Romania, XIX, 159; XX, 
625 ; XXVIII, 316; XXIX, 631). Il rassemblait depuis longtemps les élé- 
ments d'un dictionnaire patois du Dauphiné. Nous souhaitons, sans l'espé- 
-, rer beaucoup, qu'il se trouve, parmi ses compatriotes, un homme capable de 
terminer et de publier cet ouvrage. — P. M. 

— M. Henry d'ARBOis de Jubainville, membre de l'Institut, professeur 
de langues et littératures celtiques au Collège de France, est décédé à Paris, le 
26 février dernier, dans sa 83e année. Ce n'est pas ici qu'il convient de retra- 
cer dans son ensemble la longue et ample carrière de ce savant de premier ordre 
qui fut à la fois historien, philologue et linguiste. Une vive amitié l'at- 
tacha de bonne heure aux deux fondateurs de h Romania, qu'il avait précédés 
de plus de dix ans sur les bancs de l'École des Chartes, et dans son œuvre 
considérable la philologie romane revendique une part qui n'est pas sans impor- 
tance, La Romania a publié de lui les articles suivants : La langue franque, le 
vieux baut-aUemand et la langue française (l, 129-145); La phonétique latine de 



I . Comme on l'a rappelé ici môme, Mgr Devaux n'avait pu retrouver les 
comptes consulaires de Grenoble des années 1338-40, dont Pilot avait publié 
des extraits, et il avait dû republier ces extraits en s'efforçant d'en corriger 
les défectuosités manifestes. Or, il a eu la grande joie de voir enfin repa- 
raître au jour les originaux de ces comptes et il a usé ses dernières forces, 
pendant les vacances de 1909, à en faire la copie intégrale. Nous espérons 
que cette copie pourra être imprimée prochainement 



412 CHRONIQUE 

Vèpoqiu mèravingietnie et la phonétique Jrauçaisc du A'/f siècle dans le « Saint- 
Alexis » (I, 3 18-527) ; Des rapports de la versification du vieil-irlandais avec la 
versification romane (VUl, 145-154); Lai (VIII, 422-425); La versification 
irlandaise et la versification romane (l\, 177-184). Parmi ses ouvrages, nous 
rappellerons les suivants qui se rapportent directement ou touchent de près 
à nos études : La déclinaison latine en Gaule à Vépoque mérovingienne, étude sur 
les origines de la langue française (1872); Recherches sur Vorigine de la propriété 
foncière et des noms de lieux habités en France (1890; cf. le long compte 
rendu de G. Paris, Romania, XIX, 464-477) ; Études sur la langue des Francs 
éi Vépoque méroi'ingienne (1900). — A. Th. 

— M. Jean MoxGix, agrégé de grammaire, professeur au collège Rollin, est 
décédé à Paris, le 27 février dernier, dans sa 46e année. Il était né le 16 juil- 
let 1864 à Attignv (Ardennes). Sa préparation première, sa profession ne lui 
permirent de venir qu'assez tard aux études de linguistique romane ; mais 
c'était un esprit curieux et, malgré les soucis d'une santé depuis longtemps 
précaire, il avait pu acquérir des principales langues romanes une connaissance 
assez étendue. Après avoir, dans ces dernières années, suivi les cours de Gas- 
ton Paris et l'enseignement de l'École des Hautes Études, il s'était particuliè- 
rement attaché aux études de géographie linguistique à la suite de M. J. Gil- 
liéron dont il était devenu le collaborateur régulier (cf. Romania, XXXIV» 
621 ; XXXVIII. 466 et 468). Il avait en outre entrepris sur l'évolution du 
langage un travail dont les premiers chapitres seuls ont été rédigés. — 
M. Roques. 

— M. Adolf ToBLER, qui fut notre collaborateur dans les premiers temps de 
la Romania, avant la fondation de la Zeitschrift fi'ir romanische Philologie, est 
décédé le 18 mars dernier, à Berlin, dans sa 75e année. Il occupait à l'Uni- 
versité de cette ville la chaire de philologie romane, créée pour lui, en qua- 
lité de professeur ordinaire depuis 1870 (il avait été appelé à Berlin comme 
extraordinaire en 1867). Tobler était né à Hirzel (Suisse), le 25 mai 1835. 
Après quatre semestres d'études à l'Université de Zurich, où il s'était tourné 
vers la philologie classique et la philologie germanique, il se rendit à Bonn, 
où il suivit pendant deux semestres les cours de Diez et de Delius, et où il se 
lia avec Gaston Paris d'une inaltérable amitié. Il était l'un des derniers sur- 
vivants de la génération de romanistes qui s'était formée sous l'influence 
directe ou indirecte de Diez et à laquelle appartenaient Ascoli, Mussafia et 
Gaston Paris. Il ne s'était point spécialisé, comme le firent la plupart de ceux 
qui vinrent plus tard • : ses connaissances étaient très variées et cependant- 
très précises. Il pouvait apprécier avec une égale compétence les éditions de 
textes provençaux, italiens et français. Les comptes rendus qu'il a insérés pen- 



I. Sa thèse de doctorat (Zurich, 1856) est intitulée : Darstellwig der latei- 
nischen Conjugation und ihrer romanischen Gestaltung, nehst einigen Bemerhun- 
een :^um prai'efi:^alischeu Alexanderliede. 



CHRO\IQ.UE 413 

dant quelque cinquante ans, soit dans les Goettitii^ische Gelehrte AnyCi^en, soit 
dans la Zeitschrift Jïir roui. Phil., soit dans VArchiv de Herrig (il avait pris 
bientôt une grande part à la direction et à la rédaction de ce dernier recueil), 
peuvent encore, même après de longues années, être lus avec profit. Mais 
c'est surtout les langues et les littératures de l'Italie et de la France qui 
avaient sa prédilection ; il les a étudiées avec un soin minutieux jusque dans 
leurs phases les plus récentes, et il parlait et écrivait l'italien et le français 
avec une parfaite correction. Lorsque le gouvernement de Prusse eut acquis 
une partie importante de la collection Hamilton, Tobler eut sous la main la 
matière d'importantes publications qui prirent place dans les mémoires de 
l'Académie de Berlin {Die alteveiiei. Ueherset:{intg der Spriïcbe des Dionysius Cato, 
1883 ; Das Riich des Uguçon da Laodbe, 1884, etc.). La littérature française lui 
doit aussi quelques éditions intéressantes : la chanson de geste d'Aiiberi, 
d'après un ms. du Vatican (1870) ; le Dit du vrai Aiiiel, joli poème accom- 
pagné d'un très riche commentaire (paru en 187 1 ; 2^ éd. en 1884) ; Li Pro- 
verbe au vilain, édition dédiée à G. Paris (1895), etc. Mais c'est surtout par 
ses études sur la langue et la versification françaises qu'il s'est acquis une 
incomparable réputation. Il suffit de rappeler ici, outre son manuel intitulé : 
Foin franiôsiscben Vershau aller iind iieiier Zeit, qui a été traduit en français 
par MM. Breul et Sudre, en 1885, sur la 2^ édition, avec une préface de Gas- 
ton Paris, et qui a eu, dans le texte original, une 4e édition en 1903, les 
quatre séries de ses Vermischle Beilràge :(iir franiôsichen Grannnatik, dont la 
première a été traduite en français par MM. Kuttner et Sudre, en 1905. Il 
était associé étranger de l'Académie des inscriptions . 

Depuis longtemps Tobler travaillait à un Dictionnaire de l'ancien français, 
sans avoir l'illusion qu'il en pourrait lui-même diriger la publication lorsqu'il 
le jugerait en état de voir le jour. Nous apprenons que ses héritiers ont fait 
don de sa riche bibliothèque au Séminaire de philologie romane de l'Univer- 
sité de HerHn ; mais nous ne savons pas encore ce qu'ils ont décidé au 
sujet du manuscrit du Dictionnaire. Comme un des fils du regretté savant, 
M. Rudolf Tobler, s'est tourna vers la philologie romane (voir le compte 
rendu de sa thèse dans Roinania, XXIX, 445), nous ne doutons pas qu'on 
prenne les mesures nécessaires pour assurer la publication prochaine de cette 
œuvre monumentale qui, à quelque degré d'élaboration qu'elle ait été pous- 
sée, ne peut que contribuer au progrès de la science et mettre le sceau à la 
réputation d'Adolf Tobler. — P. M. 

— M. Edvard Lidforss, décédé le 19 avril dernier, à Stockolm, s'était 
tait connaître de bonne heure par divers travaux sur les littératures romanes, 
spécialement sur l'ancien français, l'italien et l'espagnol. Né en 1833, en 
Dalécarlie, il entra à l'Université d'Upsalen 185 1 . Il fut nommé en 1866 profes- 
seur adjoint à l'Université de Lund pour l'étude des langues romanes et ger- 
maniques. Professeur titulaire en 1878, il se limita, en 1883, aux études ger- 
maniques, M. Fr. Wulff ayant été chargé des études romanes. M. Lidforss 



414 CHROXiaUE 

prit sa retraite en 1901, et entra à l'Institut Nobel. Parmi ses principales 
publications sur les langues romanes, on peut citer : un petit recueil scolaire 
intitulé : T// Anciens textes français (Lund, 1866), contenant les Serments de 
842, sainte Eulalie, le fragment de Valenciennes, saint Alexis, les Lois de 
Guillaume le Conquérant, un morceau des Livres des Rois, un morceau de 
l'Image du Mondey d'après le ms. de Stockolm, // Tractato dci vwsi dï Bonve- 
sin da Riva, 1872 (voir Remania, II, 113, art. de Mussafia), l'édition des Can- 
tares de M\o Cid, 1895. Il est aussi l'auteur d'une traduction suédoise de la 
Comédie de Dante. — P. M. 

— M. Parducci a publié dans le dernier numéro de la Remania (p. 77) le 
texte d'un feuillet de chansonnier provençal conservé dans la bibliothèque 
Classense de Ravenne. Il a perdu de vue, comme moi, que ce fragment avait 
déjà été étudié par M, Renier, dans le Giornale Storico délia lett. ital., t. XXVI, 
p. 286(1895)'. De plus, M. Renier, à la suite d'une vérification faite par 
NL C. Couderc de la Bibliothèque Nationale, a constaté que le fragment d'Al- 
bert de Gapencés (ou de Sisteron) qui fait partie du ms. Bibl. nat. fr. 12474 
est aussi de la même main que le feuillet de Ravenne. Il a même supposé 
que les deux feuillets faisaient partie, à l'origine, du même chansonnier. Ce 
morceau d'Albertet ne m'est pas revenu à l'esprit, bien que je le connaisse 
depuis longtemps. Il était dépourvu de classement lorsque, l'avant trouvé à 
la Bibl. Nai., vers 1864, au temps où j'étais employé au Catalogue des 
manuscrits, j'eus l'idée de l'annexer à un de nos chansonniers provençaux, au 
no actuel fr. 12474, à cette époque Suppl. fr. 2023 ^ A ce propos, il ne sera 
pas inutile d'indiquer l'origine de ce feuillet. Il vient de la collection Gianfi- 
lippi, vendue à Paris en 1843. La Bibliothèque Nationale (alors Royale) acheta 
un ms. contenant une version italienne de Giiiron le Courtois, auquel était 
joint le feuillet en question. Ce feuillet resta à la Bibliothèque, mais, par 
suite d'une circonstance inconnue, le Gî//Vo;/ italien disparut presque aussitôt. 
Voir le mémoire de M. L. Delisle sur les Manuscrits du fonds Lihri conserves 
à la Laurent ienne, dans les Notices et extraits des Manuscrits, t. XXXII, fe p., 
p. 120, — P. M. 

— Par décret en date du 19 décembre, M. Mario Roques a été nommé pro- 
fesseur de langue roumaine à l'École des langues orientales vivantes en rem- 
placement de M. Emile Picot, admis à faire valoir ses droits à la retraite. 

— M. Léo Wiese a été nommé professeur de philologie romane à l'Uni- 
versité de Jenaen remplacement de M. Cloetta, appelé à Strasbourg, comme 



1. C'est notre collaborateur M. Bertoni qui nous a aimablement avertis de 
cette distraaion. L'article de M. Renier a d'ailleurs été signalé ici en son 
lemps( Remania, XXVI, 603). 

2. Ajoutez que, par suite d'une erreur d'imprimerie, dans les facsimilés 
reproduits dans notre article de la Remania, ci-dessus p. 82, on a interverti 
le no du fragment de Ravenne et celui du ms. fr. 1 592 de la Bibliothèque 
Nationale. 



CHROXiaUE 415 

nous l'avons dit {Roman id, XXXVIII, 623). La nouvelle de la nomination de 
M. Wiese, restée par distraction sur le marbre de l'imprimerie, figure cepen 
dant dans notre Table des matières de Tannée 1909 (p. 639), qui se trouve 
ainsi plus complète que la chronique. La simple explication de cette anoma- 
lie nous tiendra lieu d'excuses vis-à-vis de nos lecteurs. 

— M. Heinrich Morf a été nommé professeur de philologie romane à 
l'Université de Berlin le 10 janvier dernier pour entrer en fonction le i^r avril 
suivant, après la mise à la retraite d'Adolf Tobler. Cette retraite avait été déci- 
dée dès le mois d'octobre précédent ; on sait que la mort, qui a frappé Tobler 
le 18 mars, ne lui a pas permis d'en jouir. 

— M. Fr. Wulff ayant pris sa retraite comme professeur ordinaire de phi- 
lologie romane à l'L'niversité de Lund a été remplacé par M. Emmanuel 
Walberg. 

— M . Gaston Raynaud vient de mettre sous presse une édition du poème 
de Remirt le Contrefait. Cette publication qui comprendra, outre le texte 
de la rédaction remaniée, une introduction, des notes, les variantes diffé- 
rentielles de la rédaction primitive, un glossaire et des index, paraîtra en 
deux volumes à la librairie Champion vers la fin de l'année 191 1 ou au com- 
mencement de 191 2. 

— Nous signalons avec plaisir à nos lecteurs, l'apparition de la 2e édition 
du t. I de V Histoire de la marine française, de M. Ch. de La Roncière 
(Paris, Plon-Nourrit, 1909), qui va des origines jusqu'au traité de Brétigny 
(1360). Sans être philologue, l'auteur accorde une attention méritoire au 
vocabulaire maritime de la France : p. 91, mots d'origine byzantine; p. m, 
les origines de la langue maritime du Ponant (mots d'origine Scandi- 
nave), etc. Ce n'est pas à dire que toutes les a.ssertions de l'auteur puissent 
être acceptées sans discussion, par exemple l'identification de l'ital. pedotto 
avec le lat. perdoctus (p. 266), et du franc, gargote avec le bas lat. cargator 
(p. 285). On a assez souvent l'impression que les nombreux emprunts faits de 
confiance à V Archéologie navale de Jal, qui remonte à 1839, auraient dû être 
soumis à un examen critique approfondi. Il est fâcheux aussi que M. de La 
Roncière n'ait pas utilisé le mémoire siconsiencieux de M. Kemna, paru en 1901 , 
et dont nous avons publié ici même un compte rendu (Roniania, XXXI, 429). 
Mais dans une oeuvre d'aussi grande envergure que celle de M. de La Ron- 
cière, il était presque fatal que quelques petits détails laissassent à désirer. 
Puisse l'apparition de sa deuxième édition susciter des critiques fructueuses 
dans ce vaste domaine où la philologie, l'archéologie et l'histoire doivent se 
prêter un mutuel appui pour arriver à la vérité ! — A. Th. 

— L'article esterlet, qui fait partie de la série des Notes étymologiques et 
lexicographiqucs publiées ici par M. Antoine Thomas (Romania, XXXVIII, 
396-8), vient d'être réimprimé par les soins de M. Adjutor Rivard, qui y a 
fait d'intéressantes additions relatives au domaine canadien de ce mot, dans le 
BuUctiti du parler français au Canada, no 6, février 19 10, p. 212-215. 



4l6 CHROXiaUE 

— Le 26 fascicule du tome second des Inventaires mobiliers et extraits des 
comptes des ducs de Bourgogne ', publié récemment par M. Henri Prost (Paris, 
Leroux, 1909. p. 161-320), s'étend sur les années 1384-1387. Comme il est 
assez naturel, l'intérêt linguistique diminue à mesure qu'on descend le cours 
des années, mais, en revanche, il y a plus à prendre pour l'histoire littéraire 
dans ce fascicule que dans ceux qui l'ont précédé. A signaler particulièrement 
l'exécution de nombreuses tapisseries en rapport avec les goûts littéraires du 
temps. Assurément, beaucoup de ces mentions n'ont pas le mérite de la nou- 
veauté, car le sujet a été plus d'une fois traité - ; mais il reste encore à glaner. 

— L'Académie de la Crusca, dont les Atti ne contenaient jusqu'à ces der- 
niers temps, que des rapports sur ses travaux ou les éloges des membres 
défunts, a décidé de publier aussi des travaux relatifs à la philologie italienne 
et des textes inédits ou imparfaitement édités. Le volume des Atti qui vient 
de paraître (année académique 1907-8, Florence, tip. Galileiana, 1909, 
in-80, 259 pages) renferme une publication, due au doyen de l'Académie, 
NL Giovanni Tortoli (élu en 1858), intitulée « Conten:^ione d'un' anima e d'un 
corpo, testo de! sec. xiv, in prosa ed in rima ; aggiuutovi l'originale latino ». 
L'original latin est le poème bien connu Noclis suh silentio, tempore brumali, 
mainte fois publié; M. Tortoli l'imprime (pp. 108 et suiv.) d'après un ms. 
de Venise, plaçant en regard une ancienne version italienne en prose, qui 
avait déjà été éditée en 1844, mais d'une façon incorrecte. Dans une 
seconde partie (pp. 157 et suiv.), M. T. publie une autre version italienne, 
également en prose, d'après un ms. de la Bibliothèque nationale de Florence. 
Un poème en oltava rima sur le même sujet occupe une troisième partie 
(pp. 176 et suiv.), et enfin dans l'appendice, sont réimprimés des extraits du 
poème français bien connu : Une grant vision, laquelle est ci escripte. M. T. 
n'a pas trouvé à Florence tous les livres qui auraient pu lui fournir des don- 
nées sur le sujet qu'il entreprenait de traiter après bien d'autres. Mais il 
aurait pu du moins consulter à Florence la Romania, où a paru (tome XX), 
en deux articles, le mémoire de M. Batiouchkov sur le Débat de l'âme et du 
corps. Il y aurait trouvé de précieuses informations, qui peut-être l'auraient 
amené à abréger certaines parties de sa publication. 

— Dans une constitution de tutelle concernant Riquairet Laugier, mineur, 
seigneur en partie de la Turbie (1501) est compris un inventaire des biens 
dudit Riquairet Laugier où se lisent les deux articles suivants : 

K Item, unum libretum Vite sancte Margarite, 

« Item, unum romancium Mortis de Tristan, in quo sunt quindecim carte 
scripte ; et finit in primo columpnello Chivallcr, et finit ad ultimum dicti 
romancii si Ion chamant (pour longement}) ». 



1. Voir Romania, XXXVIII, 448. 

2. En dernier lieu par M. G. Doutrepont, La litt. franc, à la cour desducs de 
Bourgogne, "Çi. 117 et 329. 



CHRONiaUE 417 

(Documents historùjties relatifs aux seigneuries de Menton, Roquebrune et lu Turbie, du 
XI' au XVI* siècle, recueillis par G. Saige et L.-H. Labande. Imprimerie de Monaco, 
MCMIX, in-4°. P. 107). 

— En rendant compte, dans notre dernier numéro, du Petit Dictionnaire 
pro-vençal-Jrançais de M. E. Levy, nous avons informé nos lecteurs que le 
dernier fascicule paru du Prav. Suppl.-ÎVôrterh. était le 24e. Nous avons reçu 
le 25e, de perlegir à pletar, et le 26^, dQpletoneda à prendre. Plus on va, plus 
on admire et l'étendue de l'information de l'auteur et la richesse lexicogra- 
phique du provençal. Il faut avouer aussi que nombre de mots recueillis par 
M. Levy échappent encore à notre intelligence; je cite au hasard : perlom 
(Coutumes de Gontaud), permud (Poème de Sancta Fides),- perralha (Tarit 
de péage de Carcassonne) ', etc. M. Levy est d'une grande circonspection et 
il n'assume pas volontiers les traductions risquées par certains éditeurs quand 
la certitude ne lui paraît pas complète : de cela il n'y a qu'à le louer d'une 
manière générale. — Art. per régir (se), on peut noter que le verbe est 
employé transitivement dans les registres de délibérations de Castres, année 
1382, d'après L. Barbaza, qui écrit {Annales de la ville de Castres, p. 143) : 
« A cause de la difficulté qu'il y aurait à soigner (perrigir) le bétail ainsi 
renfermé. » — A. Th. 

— La Gesellschaft fiir romanische Literatur vient de distribuer en une fois 
les trois volumes suivants, qui constituent l'exercice 1908 : 20. Ertictavit, an 
old french metrical paraphrase .of psahn XLIV , by T. Atkinson Jenkins. — 
21. Folque de Candie, von Herbert le Duc de Danmartin, hgg. vonO. Schultz- 
GoRA, tome L — 22. La Pri^e amoureuse von Jehan Aicart de Hesdin, hgg. 
von Ernest Hoepffner. Des trois volumes actuellement sous presse pour 
l'exercice 1909, un seul, l'édition d'FJ^r. par M. H. Gelzer, est relatif à la 
littérature du moyen âge ; les deux autres sont consacrés à VOrlando furioso 
de L. Ariosto et à L'Autre Monde de Cyrano de Bergerac. 

Livres annoncés sommairement. 

No-va Bihlioleca Catalana, publicada per R. Micluel Y Planas. Novelari cata- 
lan de les segles xiv a xviii.Barcelona. In-80. — Nous avons reçu de cette 
publication, qui est élégamment imprimée sur papier à la cuve, les volumes 
suivants : 

Jacob Xalahin, 64 pages; achevé d'imprimer le 30 juin 1909. 
La Jilla de Vemperador Contasti, 36 pages ; achevé d'imprimer le 
6 août 1909. 

Frondino y Brisona, 32 pages; achevé d'imprimer le 21 septembre 
1909. 



I. [Sans doute le français « pierraille », Mistral peiriho, peirilho. L'explica- 
tion proposée par Carpentier, k a gallico p:rrellc, terrœ medicamentariae 
genus » n'a aucune vraisemblance. — P. M.] 

Romania, XXXIX 2'J 



4l8 CHRONIQUE 

Lafilla de] rcy d'Hiins;ria, 64 pages ; achève d'imprimer le 28 octobre 
1909. 

Chacun de ces fascicules contient 1° le texte, 2° une courte note bibliogra- 
phique, y^ un « achevé d'imprimer » qui ne diffère, d'un fascicule à l'autre, 
que par la date, et qui est ainsi conçu : Acabat d'estampar cl dia ^0 de jiiny 
de J^op (c'est la date du premier fascicule) ^tv Bonus y Mcstres, impressors 
de Barcelona, el présent fascicle forma part de] Novelari Catalâ que puhtica 
en R. Miqiiel v Planas. Constituhirà aquest Xavelari un volum de la « Bihlio- 
tt'caCatalana ))y ques conipletarà ah un estudi preliminar qui veurà la lluni 
oportuninent -ah la portada y les taules pera la ordenaciô dels fascicles y llur 
enquadernacio. Nous espérons que l'éditeur de cette nouvelle bibliothèque 
catalane ne tardera pas à remplir sa promesse. Jusqu'ici il ne nous apporte 
à peu près rien de neuf. VHisloria de Jacob Xalabin,iir éti d'un ms. de notre 
Bibliothèque nationale ayant appartenu jadis à la Colombine de Séville, 
avait déjà été publiée par la Société catalane des Bibliophiles de Barcelone. 
La Filla del rev d'Hungria est publiée en double texte : 1° d'après un ms. 
de Palma, 2° d'après un ms. des Archives de la Couronne d'Aragon. Ce 
dernier texte avait été mis au jour par Pr. Bofarull, Docunientos literarios 
en antigua lengua catalana (Barcelone, 1857J. Quant à la Filla de feniperador 
Contasti (Constantin) et à Brondino, ces deux nouvelles, dont on ne connaît 
qu'un manuscrit, avaient déjà paru dans la Roniania, XX, 599 ss., et XXX, 
519 ss. 
Xotes biografiques d'en Père Salvatge y Fr. Ronieu Sa Bruguera ab mostres de 
la Biblia catalana rimada de la xiii* centuria, per Joaquim Miret y Sans. 
Barcelona, 1909. In-80, pp. 147-171. (Estret del volum de treballs del 
Congres d'historia de la corona d'Arago, dedicat al rey En Jaume I, célé- 
brât en la Ciutat de Barcelona en lo mes de juny de 1909.) — Les pre- 
mières pages de ce mémoire contiennent des documents intéressants, tirés 
des riches archives d'Aragon, concernant Peire Salvatge, à la fois chevalier 
et troubadour, qui fut l'un des familiers du roi d'Aragon Pierre III, fils de 
Jacques le Conquérant (voir Milà y Fontanals, Trovadores en Espafia, 
p. 396). Ces documents sont compris entre 1283 et 1287. A partir de cette 
dernière date on perd de vue Peire Salvatge. De la page 152 à la page 171 
M. Miret v Sans nous donne la notice d'une version catalane de la Bible 
dont le ms. est conser\'é à Séville, dans la Bibliothèque Colombine et a déjà 
été signalé. Cette version est en vers octosyllabiques. M. Miret en transcrit 
le prologue, d'où il résulte qu'elle est postérieure de très peu à 1282. Il 
cite le début de la Genèse et donne le texte entier du Livre de Tobie. A 
la suite du Nouveau Testament, le ms. de la Colombine contient une ver- 
sion en prose du Psautier, M. Miret en a extrait, comme spécimen, les 
psaumes 1,2, 27 et 39. En tête de cette version se lit cette rubrique : 
(( En nom de Nostre Senyor Jhesu Crist et de la verge madona Santa 
Maria mare sua,assi comensa lo Saltiri,lo quai trasladatfo de lati en romans 



CHRONIQ.UE 4^9 

per fraro Romeu Saburgera, maestro en theologia en Torde de Sent 
Domingo. » On ne saurait affirmer que ce Romeu Saburgera (ou, plus 
correctement, Sa Bniguerà) traducteur en prose du Psautier soit aussi le 
traducteur en vers du reste de la Bible, bien qu'il ait vécu à la fin du 
xiiie siècle et au commencement du xive siècle, c'est-à-dire à l'époque où 
fut faite la version rimée qUi occupe la plus grande partie du ms. Je crois, 
pour ma part, que le traducteur en vers et Sa Bruguera ne doivent pas être 
identifiés. Ces textes ont leur intérêt, mais on se demande pourquoi l'édi- 
teur n'a pas pris la peine de les ponctuer. Il est regrettable que M. Miret 
n'ait pas connu l'étude de Samuel Berger sur les psautiers catalans. Il y 
aurait vu que la version de Sa Bruguera ne se trouve pas seulement dans 
le ms. de Séville : Berger {Remania, XIX, 531) en a signalé une copie 
anonyme dans le ms. B. N. fr. 2433. Disons en passant que ce ms. 
catalan devrait être classé dans le fonds espagnol. — P. M. 
Le livre du Chastel de Labour, par Jean Bruyant. A description of an illumi- 
nated manuscript of the fifteenth century,belongingto George C. Thomas, 
Philadelphia, with a short account and synopsis of the Poem. Printed for 
private circulation only. 1909. In-S», 55 pages, 24 planches en phototypie 
et une planche en couleur au commencement du volume. — Le livre du 
Chastel de labour, ou plutôt, selon le titre que portent la plupart des mss., 
le Chemin (ou la Voie) de Povretéet de Richesse, est une moralité en forme de 
poème narratif. L'auteur y donne à un jeune marié de très sages conseils, 
mais c'est en somme une poésie médiocre. Elle paraît toutefois avoir eu un 
certain succès : on l'a intercalée entre deux des parties dont se compose le 
Mesnagier de Paris (t. II de l'édition Pichon). Notre Bibliothèque nationale 
en possède deux copies : fr. 808 et N. acq. fr. 6222. Ce dernier ms. autre- 
fois Saint-Victor 275, fut volé à la Bibliothèque vers 1845. Vendu à Bar- 
rois, dont la collection passa, comme on sait, à Lord Ashburnham, il fut 
racheté de ce dernier en 1888 avec d'autres mss. également soustraits à nos 
bibliothèques. La bibliothèque des ducs de Bourgogne possédait, du temps 
de Philippe le Bon, deux exemplaires du même livre (Barrois, Bibliothèque 
protypographique, nos 1^60 et 966 de l'inventaire de 1467). L'opuscule que 
nous annonçons, tiré à petit nombre et non mis dans le commerce, fait 
connaître un ms. fort richement orné du même poème, qui, il y a 
quelques années, se trouvait chez un libraire de Paris. Les miniatures sont 
d'une bonne facture et les vignettes qui entourent les pages sont fort élé- 
gantes. Dans ces vignettes se trouvent, sur plusieurs des pages ici repro- 
duites, les armes de la famille normande de BoutiUier, avec la devise Nulle 
que vous. La notice, qui est un travail modeste, dépourvu de renseigne- 
ments littéraires ou bibliographiques, contient : 1° la description du ms. et 
des miniatures, au nombre de 46 (dont 24 sont reproduites en phototypie), 
avec le texte des rubriques ; 2° l'analyse du poème ; 30 la reproduction de 
quatre des gravures qui ornent le « Chasteau de labour ^>, de Pierre Crin- 



420 CHRONiaUE 

gore, imitation imprimée en 1499 du poème de Jean Bruyant. Enfin, en 
appendice, une liste des nombreux personnages moraux qui figurent dans 
le livre de Bruyant. 

Ètuih' sur la langue du niistere de saint Adrien. Thèse pour le doctorat par 
Herman Vingclvist. Lund, Môller, 1909. In-80, viii-84 pages. — Cette 
dissertation est convenablement rédigée : elle prouve chez son auteur une 
bonne connaissance du français. Toutefois elle ne nous apprend pas grand' 
chose de neuf. La supposition que l'auteur aurait été bourguignon, encore 
bien que l'ouvrage ait été bien certainement représenté dans les Pays-Bas 
(cf. Ronhiniii, XXV, 158) est fort hasardée, et les vers cités p. 79 ne la 
justifient pas du tout. 

An introduction toold french Phonology and Morphology by Fr. Bliss Luciuiens. 
New Haven, Conn., Yale Universiiy Press, 1909. In-80, 147 pages. — 
Cet ouvrage n'a aucune prétention à l'originalité. L'auteur nous fait savoir 
dans sa préface qu'il n'a pas eu d'autre but que de faire un abrégé de la 
grammaire de Schwan remaniée par M. Behrens, celle-ci étant, paraît- 
il, trop difficile pour les commençants ! L'ordre et la numérotation des 
paragraphes de la grammaire de Schwan-Behrens sont conservés : là où 
cette grammaire donne plusieurs exemples, M. Luquiens en donne un seul. 
Je ne sais si l'abrégé sera plus clair pour les étudiants que Toriginal ; mais 
ce qui est bien certain, c'est que M. L. n'a qu'une connaissance très super- 
ficielle de l'ancien français ; ce qui le prouve surabondamment, c'est l'ap- 
pendice, dont il est l'unique auteur, où sont cités divers morceaux d'ancien 
français avec transcription phonétique. Cette transcription contient des 
énormités. Ainsi M. L. affirme que dans la Chanson de Roland, Vs finale de 
Charles était muet, que dans conquist on ne prononçait pas les deux der- 
nières consonnes, quApollin se prononçait Apolind, etc. 

Paul SiCRE, Éléments de grammaire du dialecte de Foix, précédés d'une lettre 
de M. Jeanroy et d'observations de M. F. Pasquier. Foix, Cadrât, 1909. 
In-80, xvi-90 pages. (Extrait du Bulletin périodique de la Société Ariégeoise 
des sciences, lettres et arts et de la Société des études du Coiiserans, t. XI 
(1907-1908). — Cette dissertation n'est pas l'œuvre d'un linguiste. L'auteur 
ne se rend pas bien compte de ce que l'on attend de celui qui entreprend la 
description d'un parler local. Il y a trop de discussions sur l'orthographe, 
et trop peu d'indications précises sur la prononciation. La notation des 
sons, à demi phonétique, à demi étymologique, ne satisfera personne. Il est 
impossible de représenter à la fois, par l'écriture, la prononciation actuelle 
et l'étvmologie. M. Jeanroy, dans la lettre judicieuse imprimée en tête de 
cet essai, a discrètement indiqué les défauts du système bâtard adopté par 
l'auteur. M. Sicre, du reste, fournit ingénuement des arguments à la cri- 
tique, quand, par exemple, il nous dit (p. 9) que las terros negros doit se 
lire lass terrôy négross, ou les pelses blancs =: léss pelsy blants. Evidemment 
M. Sicre n'est pas dans la bonne voie. N'insistons pas. Disons encore que 



CHRONIQUE 421 

la plupart du temps les comparaisons avec le français interviennent hors de 
propos. L'auteur aurait dû savoir que, pour procéder historiquement, il con- 
venait de prendre pour point de départ les formes latines, passer ensuite aux 
formes vulgaires anciennes, telles que nous les connaissons par les textes, 
pour arriver enfin aux formes actuelles qu'il fallait noter aussi exactement 
que le permettaient les ressources d'une imprimerie dépourvue de carac- 
tères spéciaux. Cela dit, reconnaissons que, en attendant mieux, on peut 
tirer quelque profit du travail de M. Sicre, et que notamment ses 
tableaux des conjugaisons sont fort utiles. — P. M. 
Boccaccio and his iviitators, in gennan, english, french, spanish and italian lite- 
rature. « The Decameron » [by] Florence Nightingale Jones. Chicago, 
The University of Chicago Press, 19 10. In-80, 46 pages. — L'objet de cet 
opuscule a été de donner, dans le moindre espace possible, l'indication des 
imitations des contes de Boccace dans les littératures de l'Europe. Pour 
chaque conte, les imitateurs sont mentionnés dans un ordre toujours le 
même (Allemagne, Angleterre, France, Espagne, Italie). Ce travail n'est 
pas entièrement de première main. L'auteur n'a pas pu vérifier toutes ses 
références, et ne peut pas assurer que toutes les imitations signalées ont 
été faites directement sur Boccace. Néanmoins cette table des imitations 
du Decameron constitue un utile instrument de recherches. 
V. Crescini, Canione fnmcese d'un trovatore proveniale. Padova, 1910. In- 
80, pp. 63-103 (Extrait des Atti de l'Académie des Sciences, lettres et arts 
de Padoue, t. XXVI). — Cette dissertation, qui atteste beaucoup d'érudi- 
tion et d'ingéniosité, appelle utilement l'attention sur diverses questions 
d'ordre historique que soulèvent les poésies de Gaucelm Faidit, mais on 
peut douter que le but principal visé par l'auteur soit atteint. M. Cr. 
veut montrer que la pièce de Gaucelm Faidit (ou du moins attribuée à ce 
troubadour) 0//a« vei rei'erdir los jardis contient une allusion à la quatrième 
croisade. Et cette opinion se fonde sur le troisième vers de la première 
strophe, que M. Cr. restitue ainsi :E nos atant dont li marches, qu'il traduit 
par « e ci attende dunque il marchese». Seulement il faut reconnaître que 
cette intervention du marquis (de Montferrat) au milieu d'un couplet 
d'amour est bien peu naturelle, outre que la restitution proposée est extrê- 
mement risquée, car, d'abord, elle s'éloigne beaucoup delà leçon fournie à 
peu près unanimement par les trois mss. que nous avons de cette pièce, et 
ensuite, elle est d'un provençal bien contestable. Il faut probablement lire, 
avec le ms. de Venise : E nos atendon (ou, avec les deux autres mss., 
puisque la pièce est française, E nos atendent) li niarchis. Ce dernier mot 
semble apparenté au fr. marcesche (God. marsesche) qui désigne la 
fête de la Vierge de mars (rx\nnonciation). Le sens des trois premiers vers 
serait donc : « Quand je vois reverdir les jardins, que j'entends chanter les 
oiseaux, et que la fête de Mars nous attend... » — P. M. 
Rafliaele Magnanelli, Canii narrativi religiosi del popolo italiano, novamente 
raccolii e comparât!. Parte prima : T, S. Alessio. Il, S. Barbara. III, S. Cate- 



422 CHROXiaUE 

rina martirc. IV, S. Catcrina peccatrice. V, S. Giuliano. VI, S. Lucia. 
Roma, Locschcr, 1909. In-80, 207 p. — Poésies populaires, ou, plus pro- 
prement, à l'usage du peuple, appartenant pour la plupart à l'Italie cen- 
trale. La plupart de ces pièces, dont la rédaction ne semble pas antérieure 
au xviiF ou même au xix^ siècle, avaient déjà été publiées dans des recueils 
variés : il est commode de les trouver ici réunies. L'auteur s'est efforcé de 
donner, pour chaque saint, une histoire de la légende, depuis les plus 
anciens documents. Ce travail, qui a le caractère d'une compilation faite 
avec des éléments insuffisants, n'était pas bien nécessaire. Il eût été plus à 
propos de déterminer, sans entrer dans l'examen des formes les plus 
anciennes, la rédaction d'après laquelle chaque poème a été composé . 

N. I. Apostolescu, Viincienue versification roumaine (XVII^ et XVIII^ 
siècles). Paris, Champion, 1909. In-8, 91 pages. — La versification rou- 
maine moderne, essentiellement fondée sur le rythme tonique binaire, 
est d'origine encore fort obscure; elle ne s'établit définitivement, au moins 
dans les œuvres écrites que dans la seconde moitié du xviiie siècle, mais 
elle avait été précédée d'essais fondés sur des systèmes très différents. 
C'est de ces essais que M. Apostolescu, à qui nous devons de bonnes 
études de littérature comparée franco-roumaine, a tenté d'écrire pour la 
première fois l'histoire. Il étudie ainsi en particulier les imitations de la 
versification polonaise (vers rimes et rythme arithmétique) par Miron Cos- 
tin et le métropolite Dosithée, en notant pour celui-ci, avec grande vraisem- 
blance, une curieuse influence de la poésie populaire rythmée ; le pastiche 
que tenta plus récemment Hasdeu de cette versification archaïque; les 
essais de vers mesurés ou de prose rvthmée quantitative de Michel Haliciu 
et de Démètre Cantemir ; enfin les traités de versification de la fin du 
xviiie siècle et de la première moitié du xix^, qui s'obstinent à chercher 
en roumain des éléments prosodiques absents, tout en prenant au besoin 
comme exemples des vers purement rythmiques selon la formule 
moderne. Il y a dans la méritoire dissertation de M. Apostolescu beau- 
coup de recherches nouvelles et précises, et il faut souhaiter que l'auteur 
continue ses investigations dans la littérature de la Roumanie avant le 
xixe siècle en même temps que ses études plus modernes. Je ne veux 
pas abandonner ce livre sans y signaler un premier chapitre qui est un très 
bon exposé sommaire, méthodique et pénétrant, des principes de la versi- 
fication roumaine moderne. — Mario Roques. 

Die Mutidart von Hattigny iind die Mundart von Ommeray nehst lautgeogra- 
plnscher Darstellung der Dialektgrenie :^iuischen Vosgien und Saunois (Loth- 
rîngen), von Dr. phil. Call.\is (Sonderabzug aus dem Jahrhuche der 
Gesellschaft fur hthringische Geschichte und Altertumshinde, t. XX, 1908, 
pp. 302-422 et 2 cartes). Metz, 1909, gr. in-8. — Ce travail comprend une 
phonétique (voyelles et consonnes), une morphologie (un peu rapide), des 
textes en transcription phonétique et avec traduction littérale (quatre récits 



CHROXIQ.UE 4-3 

en prose, une chanson patoise et deux en français patoisé d'Hattigny ; six 
récits en patois d'Ommeray, et un en patois de Fraimbois, déjà publié 
dans Adam, Putois lorrains, p. 447), et un index des mots cités. M. Cal- 
lais, qui a présenté comme thèse de Bonn la phonétique des voyelles et les 
2 cartes, se propose de donner, dans les diverses publications relatives aux 
patois lorrains que dirige M. L. Zéliqzon, une collection de textes plus 
riche et un glossaire beaucoup plus complet. — Telle qu'elle est, cette étude 
très soignée et méthodique précise utilement celles de MM. Horning 
{d. Ronnniia, XVI, 609) et Zéliqzon (cf. Romania, XIX, 493); l'intérêt 
en réside surtout dans les deux cartes (Verkehrskarte et Laiilkarte) et dans 
l'interprétation de la limite dialectale. M. C, qui parle les deux patois-types 
qu'il étudie, n'a pas relevé moins de 15 limites phonétiques qui coïncident 
sur plus de 55 kilomètres et séparent le Vosgien du Saunois ; il trouve 
l'explication de ce fitit dans la zone d'épaisses forêts qui empêchent tout 
rapport entre les deux régions (cf. p. 306 et le réseau routier de la 
Verkehrskarte). Après l'article et la carte de M. Gauchat (ArcJnv f. d. Stu- 
âinui d. neueren Sprachen u. Literat., t. CXI (1903), p. 365 sqq.), après 
l'étude de M. Vouga (Essai sur Vorigine des habitants du Val-de-Travers, 
Neuchatel, 1906), le travail de M. C. apporte d'intéressantes données pour 
la solution de la question si discutée des limites dialectales'. — A. Ter- 

RACHER. 

A. Medin', Ildctto delta Vergine e la lauda di S. Giovanni Battista, poésie venete 
del secolo xiv, con una notizia dei codici trascritti da Nicolô Andréa e 
Antonio Vitturi. Perugia, 1909. In-80, 45 pages (extrait du BuUetino critico 
di cosefrancescane,t. IIî). — La vie de la Vierge contient 1976 vers. Elle est 
rédigée d'après jes évangiles, non sans quelques emprunts à des récits apo- 
cryphes. La lauda sur Jean-Baptiste a 192 vers. Ces deux poèmes sont 
intéressants au point de vue de la langue, mais on ne saurait leur recon- 
naître aucune valeur littéraire. Ils sont tirés du ms. de Padoue dont 
MM. Goldstaub et Wendrincr ont tiré leur « Bestiaire Tosco- Vénitien » 
(voir Romania, XXI, 477 ; XXII, 300). Dans la préface, M. Medin adonné 
une description détaillée du ms., avec table de toutes les pièces qui s'y 
trouvent. Il y a joint quel(^pes recherches sur Andréa Vitturi qui l'a écrit 
de sa main en 1468. La publication se termine par un utile glossaire où il 
eût été à désirer que l'ordre alphabétique fût plus rigoureusement suivi. 

V. Crescixi, Nuoz'e postule al trattato amoroso d' Andréa Capellano (§ ,^ 1-3 12. 
Venezia, 1909. In-80, 99 pages (Extrait des Atti del R. Istituto Veneto di 
science, lettere ed arti, t. LXIX, parte seconda). — Dans ce mémoire, très 

I. [On n'a jamais contesté l'existence, en des cas déterminés, de limites 
dialectales, formées par la coïncidence de plusieurs caractères linguistiques ; 
voir ce que j'ai écrit à ce sujet, il y a plus de trente ans, Romania, VI, 633. 
Mais ce sont des cas exceptionnels, dus à des circonstances spéciales qu'il est, 
en général, possible de déterminer. — P. M.] 



424 CHRONIQUE 

étudié et qui doit être suivi d'une seconde partie, M. Cr. reprend, et 
cherche à appuyer par de nouveaux arguments, une thcse qu'il avait soute- 
nue, il V a près de vingt ans, dans son écrit Pcr la qmstione lielle corti 
d'iJtnorf. M. Cr. croit, au moins en une certaine mesure, à la réalité des 
jugements dont le livre d'André le Chapelain atteste l'existence. G. Paris, 
d'accord avec plusieurs de ses devanciers (Diez, Vallet de Viriville, Louis 
Passy, etc.), n'v vovait guère que des jeux d'esprit, des amtisements de 
société, et il ne s'était pas rallié à l'opinion de M. Cr. (voir Rotiiafiia, XX, 
655 ; XXI. 1 28), Les arguments nouveaux qu'apporte le présent mémoire, 
dont nous n'avons encore que la première partie, l'auraient certainement 
intéressé. Il serait téméraire de dire qu'ils l'eussent persuadé. 

Eugène RoLL.WD, Faune populaire delà France, t. XI, He partie (Paris, en 
vente chez les librairies-conmiissionnaires, avril 1910; in-80, 206 pages) 
et t. XII (Paris, chez l'auteur, 5, rue des Chantiers (1908]; in-8, 206 
pages). — J'ai rendu compte ici même des t. VII et VIII de la Faune popu- 
laire \ Les tomes IX et X, ainsi que la seconde partie du t. XI, paraîtront 
ultérieurement par les soins de M. Henri Gaidoz, à qui l'on doit l'achèvement 
du t. XI, première partie, et qui nous fait espérer qu'il mènera à bonne fin, 
conformément au plan de l'auteur, à la fois la Faune et la Flore populaire. 
S'il peut tenir sa promesse, M. H. Gaidoz aura rendu un service signalé à la 
science. Plus l'œuvre avance, plus on admire l'érudition et l'information 
incomparables d'Eugène Rolland. Quant aux défaillances de sa critique, 
maintenant que l'infatigable travailleur qu'il a été est couché pour l'éternel 
repos, il serait inhumain de les souligner. Rolland était un homme de 
bonne foi autant que de bonne volonté, mais je croirais manquer à sa 
mémoire en continuant à présenter aux lecteurs de la Rjoniania les observa- 
tions critiques que peut suggérer la lecture si instructive des volumes qui 
paraîtront sous son nom. Je me bornerai désormais à les signaler au fur et 
à mesure de leur apparition. Le tome XI porte en sous-titre : Reptiles 
ft poissons; la seconde partie contiendra la fin des poissons. Le tome XI 
est consacré aux mollusques, crustacés, arachnides et annélides. En somme, 
il y aura trois volumes, en deux tomes, comme supplément au tome III, 
paru en 1881. — A. Th. , 

G. Bertoni, Un trattatello di medicina in volgare holognese. Modena, 1909. 
In-80, 1 3 pages (extrait des Atli e memorie délia R. deputa^ione di Storia 
patria per le provincie Modenesi, série V, vol. VI). — Ce court traité 
de médecine, ou plutôt d'hygiène, avait déjà été publié une première fois 
par M. Bertoni, mais sans le commentaire linguistique qui est nécessaire 
pour en faire apprécier la valeur. De plus, il y avait dans la première édi- 
tion des erreurs typographiques. La présente édition sera donc la bienve- 



I. Romania, XXXVI, 122 ; XXXVII, 630, 



CHRONIQUE 425 

nue. Toutefois, M. B. aurait augmenté la valeur de sa dissertation s'il avait 
recherché la source de son trattatello. Il l'eût trouvée dans un écrit du méde- 
cin Taddée de Florence, qui a été publié par Puccinotti, Storia délia tneJi- 
cÎHii, t. II, F"-' partie (1870), p. vi et suiv. Il n'eût pas été sans intérêt de 
comparer la traduction avec l'original. P. M. 

Giulio Bertoni, Uu mtovo dociimento volgare modeuese del sec. XIV (i3 5)). 
Modena, 1909. In-8«, 50 pages (extrait des Atti e Memorie délia R. Deputn- 
^/owt' di Storia patria per le proi'iucie Modetiesi, série V, vol. VI. — M. Ber- 
toni est l'auteur d'un mémoire sur le dialecte de Modène dont nous avons 
rendu compte (XXXIV, 651), et dans lequel il a publié, en appendice, d'an- 
ciens documents du même dialecte. Dans ce nouveau travail il met au jour un 
acte assez long, tiré des archives notariales de Modène (un partage de biens), 
et écrit en 1 3 54. Il v a joint, outre le déiouillement des formes linguistiques, 
une introduction dans laquelle on notera des recherches intéressantes sur 
les noms et surnoms usités dans la région, notamment sur les noms latins 
en us -one et 4; -ane dont la Remania s'est déjà occupée à plusieurs reprises 
(XXXI, 201 ; XXX, 198). — P. M. 

A. Wallexskôld, La construction du complément des comparatifs et des expres- 
sions comparatives dans les lans^ues romane (extrait des Mémoires de la 
Société néo-philologique d'Helsingfors, V, 377-478). — Travail méthodique 
et clair, où l'auteur semble surtout s'être proposé de grouper et d'illustrer, 
par de nombreux exemples, les remarques sur le même sujet éparses dans 
les ouvrages de Tobler, Meyer-Lùbke, Rydberg, Ebeling, Jeanjaquet, Rit- 
chie, etc. Son respect des opinions reçues l'amène à se contredire : p. 457, 
M. VV. rejette en note l'interprétation de quam < quantum qu'il donne 
dans le texte. Il exprime pourtant quelques opinions personnelles : p. 465, il 
rattache la locution non ... que , commune à la plupart des langues romanes, à 
un type non... quam sans terme comparatif, mais il ne donne pas 
d'exemple décisif de cette construction en latin. M. W.a classé ses exemples 
en quatre catégories, selon que le com£léni£nt est : Aj un teniie de mesure; 



B,jmJloîp_ou_unxTO nom; Cj,u a adjectif, un adverbe, un infinitif ou une_ 
proposition ; Dj une proposition temporelle. Dans le dernier chapitre, il 
ét udie les cas de contamination avec les expressions analogues. Les exemples 
sont en général bien interprétés; il est fâcheux qu'ils ne soient pas toujours 
classés dans l'ordre chronologique (p. 397-8, 423-4-5). Le premier exemple 
de Commvnes (p. 480, note) est mal compris : de ceux qui avoient autorité 
se rapporte au commencement de la phrase, non à au moins; p. 401-405, il 
est excessif d'affirmer que ne mais que et les locutions analogues avaient 
anciennement le sens de « seulement » que les langues modernes donnent 
à ne... que. La valeur du comparatif v pouvait être encore sensible, ce que 
confirme l'espagnol no... menos que (404) et l'italien non... meno che. M. \V, 
veut à tort supprimer une virgule dans le vers de Marot cité p. 410 ; tant et 
plus fortement est une locution dont les exemples sont nombreux. Que ce que 



426 CHRONIQUE 

(p. 424, note 5, c) est courant dans le français parlé à Marseille. Dans // //'/ 
a W, tnnis tiiit pcrissent (p. 465, 54 a), ttiiiis a la valeur de conjonction 
adversative. — H. Yvon. 

OriY/J// /<'.v/û^''n;/îtv. Eleiucnte latiiif in htiiha romîtiiï de George Giuglea, I; 
Bucuresti, Gôbl, 1909. In-8, 27 pages. — Cette brochure, due à un élève 
de M. Ovid Densusianu, comprend 12 notices sur des mots de caractère 
assez différent dont une bonne part manque à tous ou presque tous les 
dictionnaires ; un certain nombre appartiennent au vocabulaire pastoral, 
d'autres au langage de Sâcele (Transylvanie) dont M. G. a fait une étude 
spéciale (cf. Buletiuu] Sixielàt/i filoïogke, 1907, p. 15). Voici la liste des 
mots étudiés avec l'indication sommaire de leur habitat et du type latin 
auqbel les rattache l'auteur ; hn^ (Sâcele) « bas de tricot grossier », de 
* bysseus ; a se cofle^i (Munténie et Transylvanie) « s'amollir (en parlant 
des choux et des melons trop mûrs)», de *conflexire ; corunâ « piliers 
du métier à tisser » (distr. de Dolj et Romanap), de columna ; a se 
dà:^L'u]ba (d. de lalomi^a), employé au part. p. comme contraire de învulba 
(cf. Pu^cariu, 904) au sens de « troublé b et de « sorti du trouble » ; hiestru 
(Sâcele) « brave, faraud », de festus; a se ïntuneca « faire nuit » (cf. 
Pu^cariu, 895), de *innocticare ; a încurca « embrouiller » (cf. Pu^c, 
5 14), de *incolucare «embrouiller comme les brins de la quenouillée »; 
/"/ « lice du métier à tisser », emploi au singulier (d. lalomi^a) de ce mot 
signalé en général comme plur. tant. (cf. cependant Damé, Tcnuinohgie 
poporjiid, 135); Jiittiurà, non de lamina (Tiktin, /f'/'.), mais de * la mu la ; 
ffiàtàr « tripier », de tnate (Pusc, 1048) ou du lat. matiarius (Gloss. lat., 
V, 85); merc^d (Sâcele) <f paresseux » : marcid us devait donner *marced^ 
la forme commune tndrced doit être d'origine dialectale, vierced a été 
entraîné par merceii, forme à assimilation régressive pour màrceii ; tnoJeatâ 
« herbe molle », mollitia; moldnd « lambin », dérivé de mollis d'a- 
près \q type JJâmdnd de flammabundus ; muccosus, attesté Gloss. lat., 
II, 587; WM^fî/r (Transylv., Val., Dobrogea, Macéd.) « tacheté de noir (se 
dit des brebis) », de *musculus, cf. f unnir (Pu^c, 6'ji);paiu, a se 
impâia « laine nouvelle qui pousse sous la vieille, — se couvrir de cette 
laine (se dit des brebis) », de pallium ; a se prevesji (Trans.) « se faner », 
de *pervescire ; siurecn, apax du Psautier Hurmuiaki, le sens est « vieil- 
lesse », de*senicus ; soartâ, a se sorti « placenta, etc. », de ex or ta (cf. 
Rom., XXXVIII, 384-5); a strecura « filtrer» ; le vocalisme de la pre- 
mière syllabe écarte le type *extra-colare (Pu^c, 1850), M. G. propose 
*stercorare; a curma, anc. scurrima (f trancher, creuser », de (ex-) 
con-rimare; toanà « tonneau » (Sâcele), de tonna. — Mario Roques. 

Forficula aiiricidaria t hriuiche romauie. Nota di Clémente Merlo. Torino, 
Clausen, 1908, In-80, 16 pages (extrait des Atti de l'Académie de Turin 
séance du \^^ mars 1908). — La monographie de l'insecte que les natura- 
listes âppeWQni forjicuîa auricuîaria, et qui est généralement connu en France 



CHRONIQUE 427 

SOUS le Dom de perce-oreille, témoigne des mêmes qualités que nous avons 
déjà signalées en parlant des travaux antérieurs de M. Merlo (Rotrmttia, 
XXXIII, 289 et XXXVIII, 146). La documentation pourrait être plus com- 
plète, surtout pour la France, comme l'a montré, dans un important 
compte rendu, M. Barbier fils (Bull, de dialectol. romane, I, 63). Voici, 
pour le moyeu Age, un témoignage inédit et fort important au point de 
vue sémantique. Dans le ms. Bibl. nat. lat. 7624, qui contient les Deriva- 
tiones d'Ugucio de Pise, une addition marginale, du xiiF siècle, se lit au 
fol. !'•■:<« Hic aurealis, quidam vermis, scilicet orillie, quia libemer intrat 
in aurem '. » Le lat. aur'uilis manque dans Du Cange en ce sens, il est 
altéré en ciureolus dans un glossaire du xve siècle, cité par M. P. Barbier fils, 
qui se demande, bien à tort, si tiurioliis n'est pas une allusion à la couleur 
du perce-oreille (du lat. aurum). Avec ce texte tombent les idées déve- 
loppées par M. P. Barbier fils sur la composition de perce-oreille, et que 
M. H. Schuchardt a déjà justement condamnées (Z. /". rom.Phil., XXXIII, 
591). — Le nom gascon cai^no-berbero, que M. M. emprunte à Mistral, est 
employé dans les Hautes-Pyrénées, d'après un renseignement qui m'est 
fourni par M. Philippe Caz.alas, sous la forme cagno-barbero : le second élé- 
ment parait bien identique au fém. de barbier : n'est-ce pas une allusion aux 
« ciseaux o ou « pinces » du perce-oreille ? — Les bricciche roman:^e, qui 
terminent la brochure, sont toutes intéressantes, mais, faute de place, je 
dois me borner à en indiquer les titres : a. it. aJotwre: lat. axio ; vegl. 
caklo; bar. gbi^i^e, etc.; valtourn. krôblo : il. iiuiatiii ; sor. iuere; it. mer. 
latigella; lat. mormyr ; vegl. vet. — A. Th. 
Aulica, fr. ouche, par A. Terracher. Upsala, Almquist, 1908 (extrait de Siu- 
dier i inoderu Sprâkvetenskap, IV, 9, pages 257-259). — L'idée de l'auteur, 
à laquelle il n'y a rien à objecter du côté sémantique, se heurte à des diffi- 
cultés phonétiques qui doivent la faire rejeter. Il est incontestable que ouche 
représente olca, attesté par Grégoire de Tours (Glor. confcssoruvi, 78) 
comme usité daus le diocèse de Reims. L'hypothèse gratuite que au la 
« cour» a pu être prononcé ôla (comme cauda a été prononcé coda) 
conduit M. T. à admettre que Vo de olca est un long; mais, dans leur 
ensemble, les formes françaises, bien que flottantes, sont plutôt en faveur 
de ôlca que de ôlca. Dans le domaine provençal, le mot est aussi repré- 
senté, mais il n'a pas pénétré très avant. Mistral l'enregistre sous .\ucho, 
mais cette diphtongue au est de mauvais aloi, étant donné que la vedette 
est suivie de cette mention : ôucho (lim.) ». Il est certain, en effet, que dans 
la partie du Limousin où le mot est employé, notamment dans la Creuse, où 



I. Beaucoup d'autres manuscrits des Derivationes contiennent cette inter- 
polation. Voici les variantes de ceux que j"ai vus à la Bibl. Xat.. en ce qui 
concerne le nom français du perce-oreille : orelie (lat. 162 18, fol. 1*^), orcliere 
(lat. 185 21, fol. 1'=), orelie (lat. 7625 b, fol. i-: ; à corriger en orelie), orilie 
(lat. 17880, fol. \à), oriliere (lat. 16678, fol. 4i«:), orilliee (lat. 16217, fol. !<=), 
o/;v/t'(lat. 7625 D, fol. 2^ ; lecture douteuse). 



428 CHROXICIUE 

il signitîe (^quoiquc tendant à disparaître de Tusage, si ce n'est en tant qu'il 
s'applique aux lieux dits) « terre de bonne qualité située à proximité de la 
maison », il s'énonce avec la diphtongue ou, ce qui ne peut correspondre 
qu'à un type *ôlca et permet d'écarter à la fois *ôlca et*aulca. 
J'ajoute que la présence du son sourd cb dans les régions limousine et dau- 
phinoise, où le franc, coucher a pour correspondant ro/zz/V//', n'est pas du tout 
favorable ù l'hvpothèse d'une forme primitive en -ïca. Dans les Hautes- 
Alpes, où LWhc et Les Oches revient souvent comme nom de hameau ou 
de quartier, on trouve dès les plus anciens documents (xiF siècle) Olcha, 
Oticl.hi : voir J. Roman, Dict. topoi^^r. des H au tes- Alpes, spécialement l'art. 
Les Oches, commune de Saint-Julien-en-Bauchaine. — A. Th. 

Huoris aus Aureiftie HôUeufahrt, nach der Berliner und Paduauer Hs., mit- 
geteilt von Edmund Stekgel. Festschrift der Universitiit Greifswald. 
Greifwald, Kunite, 1908. In-80, 86 pages. — La ditTusion de Huon iVAu- 
vergne en Italie soulève à la fois des questions littéraires et des questions 
linguistiques, qui ont été souvent abordées, mais qui ne pourront être 
définitivement résolues que quand tous les textes auront vu le jour. C'est 
une importante contribution à ce sujet complexe que nous offre la brochure 
dont le titre est reproduit ci-dessus. M. St. publie comparativement le texte 
du manuscrit de Berlin et celui du manuscrit de Padoue, ou du moins la 
partie de ce dernier qui correspond au manuscrit de Berlin et au manuscrit 
de Turin (fortement endommagé par l'incendie de 1904, mais publié 
antérieurement par M. R. Renier). L'édition n'est pas strictement diplo- 
matique, l'auteur ayant ponctué le texte pour en faciliter l'intelligence, ce 
dont on ne peut que lui savoir gré, étant donné l'obscurité extrême du 
texte de Padoue. A l'édition proprement dite (qui porte sur les vers 9196- 
10827 du manuscrit de Berlin), M. St. s'est borné à joindre quatre pages 
d'avant-propos, deux pages et quelques lignes de « corrections, additions et 
remarques » et un index alphabétique de noms propres. — A. Th. 

Jean Hacst, Etyniologies wallonnes. Liège, Vaillant-Carmanne, 1908. Gr. 
in-8", 12 pages (extrait des Mélanges Godefroid Kiirth). — Ce mémoire, 
qui témoigne chez son auteur d'une information étendue et d'une pleine 
possession de la méthode étymologique, se présente comme un modeste 
complément du Dictionnaire de Grandgagnage, « l'ancêtre, le véritable fonda- 
teur de la philologie wallonne ». Il se compose d'une série de notices déta- 
chées, que nous ne pouvons que brièvement analyser : carihôdèdje « pata- 
rafe » : forme dissimilée pour * carihr-, de hrôdî « bousiller » ; — carimad- 
jôye « crayonnage, bigarrure, divertissement, etc. » : rien de certain, sauf 
la présence du préfixe cari-, comme dans le mot précédent, mais avec un 
thème distinct; — cotehé « closeau », coti « maraîcher », cotièdje « terrain 
pour la culture maraîchère » : ces mots n'ont rien à faire avec l'allem. kot- 
tra, mais se rattachent au français dialectal courtil et correspondent respecti- 
vement aux dérivés courtisel, courtillier, courtillage \ je regrette l'approba- 



CHRONIQUE 429 

tion donnée à l'opinion de M. Mosemiller (dont le nom est transformé, par 
une faute typographique, en Mosenvilh'r), d'après laquelle le franc, cotret 
« fagot de menu bois » se rattacherait aussi à amrlil ; — gorlète « fanon du 
bœuf, goitre, gorgerette » : sans rapport avec gorè h collier de cheval », 
mais simple méthathèse de i^olerète pour colercte ; — hamuslaude « pail- 
lette » : adaptation du nérland. hanierslug,