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Full text of "Romania"

«2at.ft? 



Univ.of 
Toronto 

LiBRARY 



ROMANIA 



ROMANIA 

Ri-:(:ui-:ii, irimi-sikii;!. 

IIONSACRH A l.'hlLlJK 

DHS LAÎsiCiUl'S ET DliS LlTrHKATUKES ROMANES 

FONDÉ ILS I<S72 l\\U 

1\AUL MHYHR F-T Gaston PARIS 



rUBLIK PAU 



MARIO ROQUES 



Pur rciucnhrcr des anccssurs 
Les d\/. c les fai/ c les nuirs 
\Va(.i.. 



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PARIS (VP) 

LIBKAIUIH ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 



5 , QUAI M A LAQUAI S, > 

TOUS IlROITS RÉSERVES 



A XOS LliCFEURS 



Kn 1891 la Roiuania achevait sa vingtième année. Sa posi- 
tion était faite depuis longtemps. Nous avions obtenu, 
G. Paris et moi, le succès que nous espérions. Nous n'avions 
pas épargné notre peine. Autour de nous s'était lormé un 
groupe de collaborateurs expérimentés, les uns trançais, les 
autres, et non des moindres, allemands, italiens, suisses. Nous- 
méme nous avions rédigé personnellement un bon quart de nos 
vingt volumes. Chaque année nous mettions au jour des 
mémoires d'une certaine importance et des documents inédits, 
souvent jusque là inconnus. L'analyse critique des livres nou- 
veaux et des périodiques était, non pas complète, assurément, 
mais du moins suffisante. A cette date, en 189 1, il nous parut 
que nous avions fait notre œuvre et qu'il nous était permis de 
confier la direction de la Roniaiiia à des collaborateurs plus 
jeunes et moins absorbés par les occupations variées qui, peu à 
peu, nous avaient pris le meilleur de notre temps. Ce fut du 
moins le sentiment de G. Paris, qui me dit un jour : «Notre fille 
a maintenant vingt ans : il faut la marier. Cherchons-lui 
un époux qui la fera vivre et continuera notre œuvre. Nous, 
cependant, ne l'abandonnerons pas. Notre écriture se mon- 
trera de temps à autre chez elle, mais du moins nous ne 
serons pas obligés de nous fatiguer à lire et à corriger les 
articles des collaborateurs, à rédiger les analyses des périodiques. 
Nous pourrons alors nous réserver plus de loisirs pour des tra- 
vaux plus importants. » 

Romania XLI. 



2 A NOS I.ECTFl'RS 

^.lv:qulcs^;al .i celle proposilion. Moi-même j'avais entrepris 
des recherches de loiiiiue haleine que je ne lemiinerai jamais, 
et dont rachcvemcîn ne pouvaii se conihincr avec la rédaction 
de la Rimuiniû^ n.iiks parler de iul^ occupations officielles. 
Malheureusement l'époux désiré ne se présenta pas. Nous i;ar- 
^ notre tille que nous ne voulions pas laisser mourir, et 
nous commençâmes le tome XXI. j'écrivis, en tète de ce tome, 
une sorte d'avant-propos dans lequel, rappelant comment nous 
avions con«;u, dès l'origine, notre recueil, nous annoncions les 
moditîcaiions que nous nous proposions d'y apporter. Il s'agis- 
sait surtout de restreindre notre champ d'études. C'est qu'en 
effet d'autres recueils périodiques s'étaient créés, en France, et 
plus encore à l'étranger, notamment en Allemagne et en Italie, 
auxquels il était juste d'abandonner une partie du domaine 
ci:c nous avons, à l'origine, occupé. Nous résolûmes de nous 
réduire de plus en plus à la période ancienne de la philologie 
romane et spécialement à la philologie française du moyen 

. C'est du reste le sujet que nous avions surtout étudié 
les premières années de la Romatiia. C'était déjà, il y a 
vingt ans, une tâche bien lourde, et qui devait le devenir de 
plus en plus, à mesure que les publications relatives aux 
1 es et aux littératures romanes augmentaient. Il fallait ac- 

corder toujours une place plus grande aux comptes rendus cri- 
tiques et par suite le travail de la rédaction de hRoniania devint 
plus pénible, car, chez nous du moins, le nombre des collabo- 
rateur â rédiger des comptes rendus n'augmente pas 
en proportion des livres ou mémoires publiés. G. Paris s'est 
épuisé à cette besogne, qu'il considérait comme essentielle, et 
à laquelle, grâce à la vaste étendue de ses connaissances, il 
était plus propre que personne. Ht cependant on regrettait sou- 
vent de le voir consacrer à de simples comptes rendus le temps 
qu'il aurait plus utilement employé à tant de travaux originaux 
qu'il avait préparés depuis longtemps. 



A NOS LECTEURS ^ 

Vers 1900, G. Paris, déjà souffrant, songea de nouveau à se 
retirer de la Ronuviia. Sur mes instances, il voulut bien laisser 
son nom sur le titre. Bien plus, il continua avec la même acti- 
vité que par le passé l'examen des livres nouveaux et des pério- 
diques, travail que personne, à vrai dire, ne pouvait fiiire avec 
la même autorité, mais il lui devint bien difficile de rédiger 
certains mémoires qu'il avait commencés depuis longtemps, 
consacrant tout ce qu'il avait de forces à ses cours qu'il pour- 
suivit jusqu'aux derniers temps. 

Depuis 1903, il m'a fallu continuer la Roniania en des con- 
ditions difficiles et qui m'étaient douloureuses. Pour certaines 
parties, notamment pour les articles de fonds, il ne semble pas 
qu'elle ait beaucoup perdu, mais, pour la critique des ouvrages 
nouveaux la perte de G. Paris ne pouvait être compensée. }:t 
si j'ai pu faire vivre \.\ Remania, c'a été dans une grande mesure 
grâce à mon cher ami \î. A. Thomas, qui lui-même surchargé 
d'occupations et obligé de prendre soin de sa santé, ne peut 
indéfiniment donner à notre recueil le travail excessit qu'il lui 
a fourni depuis quelques années. 

Quant à moi, mes forces ont beaucoup diminué. Ma 
mémoire et mes yeux sont très atiaiblis. La correction des 
épreuves est pour moi très pénible. Je ne puis me tenir au 
courant de toutes les publications qui se rapportent A mes 
études. Je suis fatigué de lire les articles manuscrits qui me sont 
proposés et que bien souvent il me flmt décliner « with 
thanks ». Il est temps de me démettre de la direction de la 
Revue à laquelle j'ai donné le meilleur de mon temps pendant 
quarante ans. Iille ne peut que gagner à passer en des mains 
plus jeunes et plus vaillantes, et puisse mon successeur, dont 
nos lecteurs ont apprécié depuis longtemps les mérites, conser- 
ver heureusement la Roniania pendant autant d'années ! 

Paul MEYER. 



DE LA 



FORMATION' DES CIIAXSONS DE GESTE 



I 

Si l'on veut expliquer les légendes des chansons de geste, et 
spécialement celles qui ont quelque fondement historique, il est 
bon d'essayer de les « localiser », c'est-à-dire de chercher en 
quels lieux quels hommes pouvaient avoir, au temps de ces 
romans, donc du xr au xiir siècle, des raisons d'imaginer ces 
légendes ou de les répéter, et de les propager. C'est pourquoi 
nous voudrions d'abord faire un recensement des lieux que 
hantèrent les héros et les fables des chansons de geste. 

Ce ne sera pas recueillir indistinctement toutes les données 
géographiques de nos romans : beaucoup sont des plus inditlé- 
rent'es. Bcrthe aux grands pieds mène sa vie misérable dans la 
forêt du Mans. Pourquoi dans cette forêt plutôt que dans telle 
autre? Peut-être le premier conteur de ses aventures le savait- 
il, mais peut-être aussi n'eut-il aucun motif de choisir cette 
région, et ne s'est-il pas seulement informé s'il y avait une 
forêt près du Mans. L'auteur de Garin le Lorrain, décrivant les 
chevauchées de ses héros à travers la France, se plaît à leur fliire 
suivre des itinéraires bien dessinés : on peut en induire qu'il 
avait lui-même beaucoup voyagé et qu'il avait Timagination 
précise, mais rien de plus; ses itinéraires n'ont d'intérêt que 
pour les aêographes. Autre exemple. Un jeune héros tire ven- 
geance de rhomme qui a trahi son père et épousé sa mère, et 
reprend le domaine usurpé par son parâtre : c'est le sujet de 
trois chansons de creste, Bavon de Hanstoue (où la mère est la 
complice du traître), Daitvcl et Bchvi, Oison de Beaiivais (où elle 



6 |. BhDlER 

csi sa victime)'. Parce qu'il finit bien «que les choses qui 
arrivent arrivent quelque part, l'action de 7)t>:'i);; de HausUmc 
se déroule en un vague pays d'Empire, celle de Dnitrcl et Bctou 
dans la réi^ion de Poitiers, celle d\)rsofj ik Bcauvais à Beauvais. 
Mais si, inversement, Orson était localisé à Poitiers, Daurcl à 
Beauva: . en Lonih.irdie par exemple ou en Hongrie, ces 

trois romans n en seraient pas moins ce qu'ils sont ^ : de 
simples récits d'aventures dont la topographie importe aussi 
peu que celle du Gratui Cyrus ou de Zadig. 

Xous recueillerons ici des laits d'un autre ordre, et, croyons- 
nous, d'une autre portée. 

D'abord, il a existé, à notre connaissance, en .vingt-neuf 
églises, trente-six tombes ou châsses, réelles ou fictives, de per- 
sonnages qui furent des héros de chansons de geste. Savoir : 

1. A Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle, la tombe de Charle- 
magnc '. 

2. En Tcgiise ^aint-Romain, à Blaye, la tombe, authentique 
ou fictive, de Roland, et les tombes supposées d'Olivier et de 
Belle Aude*. 



1. Vovez l'introduction de G. Paris à son édition <ÏOrson de Bcauvais, 

1899, p. LV. 

2. Il est bien vrai d'ailleurs que si l'auteur à' Orson a choisi comme théâtre 
de son roman le Bcauvaisis et le comté de Cicrmont, et l'auteur de Daurel 
« les confins des pays de langue d'oc et de langue d'oui » (voyez P. Meyer, 
introduaion à DdwrW, p. xxx), c'est qu'ils étaient eux-mêmes de ces pavs 
et qu'ils y avaient leurs auditeurs. A cet égard, mais seulement à cet égard, la 

" ie de leurs poèmes offre de l'intérêt. 
). Nous nous dispensons de donner des références, ici et plus loin, lors- 
qi: ' de faits très généralement connus, soit de faits déjà ana- 
lyse:» Uaiis ic> tomes I et II de t\o% Légendes épiques, rechercher sur la fonnation 
àf: ' S te, Paris, 1908, ouvrage auquel nous prenons la liberté 

de rc ' le icctcur. 

iJaas ies trois « blancs sarcous n de Blaye, que tant d'hommes ont 
vcncrès ' ' xi» siècle au plus tard jusqu'au règne de François 1er, le 

de u c de Rolatui (v. 3689-3693) ensevelit, comme on sait, 

Ko..ind. Olivier cl lurptn. Mais Turpin est remplacé en d'autres textes par 
saint r T, et, dans la version rimée de la Chanson de Roland, par la belle 
Ai: ' ;. serait tenté de croire que c'est là une simple fantaisie de l'auteur 
de u version rimée, et que rien n'y a jamais correspondu dans la réalité. On 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 7 

3. En l'abbaye de Gellonc, la tombe de Guillaume. 

4. En la Reinholdskirche, à Dortmund en Westphalie, la 
châsse de Renaud, l'un des quatre fils Aymon '. 

5. A Cologne, une chapelle, bâtie sur l'emplacement sup- 
posé du martyre dudit Renaud, et qui posséda, elle aussi, une 
partie de ses reliques ^ ri 

6. En l'église de Berthem, près de Louvain, les reliques de 
saint Aalard, identifié légendairement à l'un des quatre lils 

Avmon^ 1 , , 

'7. En Tabbave de Saint-Faron, à Meaux, la tombe du cheva- 
lier Olhgerius et celle de son compagnon Bcnedictus, l'Ogier et 
le Benoit des chansons de geste . 

8. En l'abbaye de Pothières en Bourgogne, les tombes de 
Girard de Roussillon et de sa femme Berthe. 

9. En lïglise Saint-Albin, près de Mortara en Lombardie, 
les tombes du chevalier Ami et d'Amile, son compagnon. 

10. En l'église de Roye en Picardie, les reliques de saint Flo- 
rent, identifié légendairement au Sarrasin converti Fierabras^ 



le croirait à tort. L'intcrpolatciir saintongeais de la Chronique de Turpiu (éd. 
Auracher, Zeitschrift fur romanische Philologie, t. I, p. 68 du tirage à part) 
nous est témoin que l'on voyait à Saint-Romain de Blaye, au xiiic siècle, la 
tombe de Belle Aude : Auda, qui est joste son seiguor. Si l'on récuse ce témom 
(malgré son exactitude ordinaire, quand il décrit des églises), voici un sei- 
gneur de Bohême, Léon de Rozmital, à qui l'on montra à Blaye, en 1466, 
le sepulchrum sanctae Belamlae (\e te:itc porte sepulchruni s. Behituhe ;yoyQz 
Die des hohmischen Herrn Léo' s von Rozmital Ri tter- Hof-und Pilgerreise, duns 
la Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, t. VII, p. 61). Et la Gallui 
christianaix. II, col. 883), se fondant sur un ancien bréviaire, malheureuse- 
ment perdu aujourd'hui, atteste à son tour que Saint-Romain de Blaye possé- 
dait ces reliques, les ossa RolUmdi et Bellaudae. 

1. Voyez surtout Fridrich PfatT, Bas deutschc Volkshuch von den Heymons- 
kimleni, Fribourg en Brisgau, 1887, p. lviii-lxiv. 

2. Sur cette chapelle, dont l'existence est attestée déjà en 1205, voyez 
Pfaff, ouvr. cité, p. LViii, etc. 

3. Pfaff, ouvr. cite, p. lxv. 

4. Fierabras, v. 1850. Il s'agit de saint Florent, prêtre au Mont donne 
au commencement du ve siècle. C'est en 11 35 que ses reliques furent trans- 
férées de Saumur à Rove. En 11 52 eut lieu à Roye une nouvelle élévation 
et une déposition du corps (Acta sanctoruvi des Bollandistes, t. VI de sep- 
tembre, p. 423). 



8 ]. 'RfnTrR 

11. Kn Tcglisc Saint-Ayoul, à Provins, les reliques de saint 
AyouK ideniihé à Aioul, héros d'une chanson de i;este '. 

12. En leizlise paroissiale de Piihiviers, les reliques de saint 
Salomon de Breiai^ne, devenu dans les chansons de i^este l'un 
des compagnons de Charlcmagne \ 

13. En l'abbaye de Saint-Riquier en Ponihieu, la tombe 
d'Angilbcrt, devenu légendairenient l'un des compagnons de 
Charlemagnc en ses guerres contre les Sarrasins d'Espagne \ 

Aux portes de la même abbaye de Saint-Riquier, la tombe 
d^hembard, héros dune chanson de geste '. 

14. A Fécamp, en l'abbaye de la Sainte- Trinité, la tombe 
du duc Richard de Normandie, devenue légendairement l'un 
des barons de Charlemaqne K 

I). En la collégiale de Saint-Gcry, à Cambrai, la tombe de 
Raoul de Cambrai. 

1. .-liol, V. 75. 

2. Sur "^'^ 'ihc à Piihiviers, voyez J. Dcvaux, Essai sur les Jyrnuicis sci- 
gntv" *'■ / .. ...i/\j, dans les Annales de la Socii'lc historique et archéologique 
du (' , i. III et IV (1885 et 1886), et Dom Plaine, 5rt/;// Salomon, roi- 
d/ b....^.: et martyr^ Vannes, 1895, p. 57-60. La principale église de Piihi- 
viers avait reçu les reliques de Salomon peu après 960 ; elle était déjà sous 
son vocable peu après Tan mil, ainsi qu'on voit par la Vie de saint Gré- 
goire de Nicopoli {Acta sanelorum des Bollandistes, t. II de mars, p. 46, 
écrite après l'an mil, avant 1050). 

5. Dans Anseîs de Cariaçe, l'un des principaux conseillers du roi Anseïs 
est un riche clerc letré », « Danz Knglebers, qui fu de Saint Richicr » (éd. 
Alto:.. . 0471, cf. V. 6895). On n'a pas encore remarqué, mais il est clair 
qr.p -r personnage est identique à Angilbert, abbé de Saint-Riquier, l'ami de 
< :i.ifmc. r » Homère » de son Académie du palais. Au xnc siècle 

- rd'hui, on ne pouvait entrer dans l'église de Saint-Hiquicr sans 

y trouver vivants le souvenir de Charlemagne et de son favori. Aujourd'hui 
le chef de saint Angilbert se voit sur le maitre-autel, dans un reliquaire de 
verre; au xi. .Ae, sa tombe était à l'entrée du chœur et faisait des 
miracles (voyez les deux Fitae S, Angilberli, celle d'Hariulf et celle 
d'Anscher, notamment éd. .Mabillon, Acta ss. ord. Ben.. IV. I. r. 120: éd. 
F. Lot, p. LUI. t>. 78. etc. ). 

.4. Sjr la 7 rdi^ qui subsiste encore, voyez Henocque, Histoire 

<ie r de Saitit-Ri*juier,t, I, p. 27 1, et F. Lot, Gormond et Isenibard, 

XXVII, p. 10 et suiv. 
érude sur Rihird de Kormatidie dans les chansons de geste, 
au :. . p. T n-ï24. 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 9 

ï6. En l'abbaye de W'aulsort, sur la Meuse, les tombes de 
saint Ybert et de Bernier, son fils, personnages de la chanson 
de Raoul de Cunibnii '. 

17. En l'abbaye d'Origny-Sainte-Benoite, en X'erniandois, la 
tombe de Tabbesse Marsent, mère de Bernier. 

18. Hn l'abbaye d'Andenne, sur la Meuse, près de Namur, 
la tombe de Berthe aux grands pieds, mère de Charlemagne -. 

19. En l'abbaye Saint-Martial, à Limoges, un monument 
commémoratif de Gaifier d'Aquitaine, devenu dans les romans 
l'un des vassaux de Charlemagne ". 

20. En l'église Saint-Pierre, à Gand, la tombe du Mamand 
Baucc, meurtrier du duc Guillaume Longue-Hpée, et son épi- 
taphe est le résumé d'une chanson de geste ^ 

21. En une église de X'ienne, une tombe, fictive, de l'arche- 
vêque Turpin >. 

22. En l'église abbatiale de Saint-Jean de Sorde, dans les 
Landes, une autre tombe, supposée, elle aussi, du même Tur- 
pin '". 



1. Vovez Jean Achcr, Xotes sur Raoul de Cambrai, dans la Rn'ue des 
langues romanes, 1910, p. 140 et p. 14). 

2. Voyez Misson, Le chapitre noble de sainte Begi^e à Andenne, 2^ éd., 
Bruxelles, 1889. 

5. Sur ce monument, voyez Baurein, Variétés bordeloises, t. III (1784), 
p. 505 ; d. Dom Devienne, Histoire de la ville de Bordeaux, éd. de 1862, 
p. 316. — Adhémarde Chabanncs rapporte que l'on conservait au xi» siècle 
à Saint-Martial une bannière enlevée à Gaifier par Pépin dans une bataille. 
On voit par un inventaire, dressé entre 1226 et 1245, qu'on gardait dans le 
trésor de l'abbaye quinque bans Gaifier, et Geoffroi de Vigcois témoigne que 
les moines de Saint-Martial portaient en procession, le jour des Rameaux, 
quinque vexilhi pretiosa, quae appellantur bannum Gaiferi (voyez les Chroniques 
de Saint-Martial de Limoges, p. p. Duplès-Agier, dans les Publications de la 
Société de F histoire de France, p. 314). Cf. Du Gange, au mot gaiferus. 

4. Voyez Jacobus Meyer, Commentarii... rerum Flandricarum (fc éd., 
1561), 2e éd., 1580, fo 20 ro. Je publierai bientôt des recherches sur ce sujet. 

5. Celle dont il est question dans l'épilogue de la Chronique de Turpin. 
Sans compter sa tombe réelle, qui était à Reims. 

6. Voyez un prétendu diplôme de Charlemagne, fabriqué dans la pre- 
mière moitié du xiie siècle et publié au tome I, p. 567 des Diplomata Karo- 
linorum. On trouvait une autre mention de cette tombe dans un second pré- 



10 J. BEDIER 

23. A Xeslc-Ia-Rcposie, en Clmnipa^ne, la tombe où les 
membres déchirés de Ganelon avaient été recueillis après son 
supplice '. 

24. lin l'église abbatiale do Snint-Arnould, à Met/, la tombe 
d'Hervi de Metz -. 

25. En l'église cathédrale de Metz, la tombe du tils d'Hervi, 
Garin le Lorrain 

26. En l'église Notre-Dame de Martres-Tolosanes, les 
reliques de saint \*idian, identifié au héros de chansons de 
geste, Vivien. 

27. En l'église Saint-Honorat des Aliscamps, une autre tombe 
du même \ivien. 

Aux abords de S.iint-Honorat et des six autres églises con- 
struites dans la plaine des Aliscamps, les tombes des compa- 
gnons de \*ivien * et des morts de Roncevaux. 



teoJu diplôme de Charlemagnc, aujourd'hui perdu, mais qu'a analysé Jean 
de La Haye, baron des Coulaulx, en ses Mèmoitcs et recherches de France cl de 
ia GùuU Acquitatiiquf, i)8i, p. 40. 

1. Voyez Aub i de Trois-Fonlaines, dans les Monumenla Genuauiae histo- 
rica, Scripiores, t. XXIII, p. 725. 

2. Le petit cartulaire de Saint-Arnould (art, IX) donne cette indication : 
« In veteri monastcrio S, Arnulphi, in loco qui nunc dicitur parvisius, a 
latere sinistre, in parte aquilonari, in augulo, sub arcu lapideo, sepultus est 
Hervinus, dux Mettensis. » (Voyez Aug. Prost, Etudes sur f histoire de Met^, 
L :es, Metz et Paris, 1865, p, 343.) 

5. Voyez Aug. Prost, ouvr. cité^ p. 109 et p. 343 : <f Philippe de VigncuUcs 
connaissait encore ces sépultures, car, en nomm.mt Hersi, il ajoute : « dont 
le corps git au portail de l'abbaye de saint Arnould devant Metz » et il dit 
du Loherain Garin : <' lequel est tout entier, en chair et en os, au grand 
mou • 

4. Sur ces sépulcres mer\eilleux, dont Dieu lui-même fut le maçon, on 
peut ajouter, aux témoignages rapportés au t, I de nos IJgendes épiques, celui- 
ci, que fournit le manuscrit E (Berne) de la 0)cvalerie Vivien (éd. A.-L. 
Terracher, 1909, p. 191). Parlant des morts de la bataille de Larchanl, le 

poète dit : 

Les armes sont el ciel o Damcldé, 

Li cor remesent gisant en mi les prés. 

En biaus sarcus de fin marbre plané 

Fu ccscuns d'aus estroitement sieré. 

Onqucs n'i ot maçon, fors Dameldé, 

Dont nus ««arcius fu fès ne esquarés. 



DE LA rORMATION DES CHANSONS DE GESTE II 

28. Dans le cimetière de Téglise Saint-Seiirin à Ik^rdeaux, 
d'autres tombes des morts de Roncevaux. 

A ces vini^t-lniit églises qui gardaient des sépultures de héros 
de chansons de geste, il convient d'en ajouter plus de vingt 
autres, qui gardaient ou aidaient à propager des légendes sur 
des personnages de chansons de geste. Savoir : 

29. L'abbave de Saint-Denis que l'on rangerait aussi bien 
dans la liste précédente, car elle possédait, elle aussi, des tombes 
épiques (Pépin, Berthe, etc.), et elle était pleine de légendes 
sur Charleniagne et ses pairs '. 

30. L'abbaye de Saint-Corneille, à Compiègne, qui employa, 
comme Saint-Denis, Charlemagne et les douze pairs à lui con- 
quérir les reliques dont elle se glorifiait -. 

SI. L'église de Saint-Gilles de Provence. Le Charlemagne 
épique vient visiter dans son ermitage ce saint, à qui Dieu a 
révélé les exploits des preux de Roncevaux. Il est l'un des 
patrons célestes des Narbonnais. 

32. L'abbaye d'Aniane, mêlée presque autant que celle de 
Gellone à l'histoire poétique de Guillaume. 

33. L'église Saint-Pierre, à Cologne, mêlée autant que celle 
de Dortmund à l'histoire de Renaud de Montauban, et qui célé- 
brait son culte. 

34. L'église de \'ézelay, mêlée, autant et plus que celle de 
Pothières, à l'histoire légendaire de Girard de Roussillon, et la 
Madeleine de \'ézelay est la patronne céleste de Girard. 

3). L'église Saint-Pierre de Rome, que vint maintes fois 
secourir le Charlemasrne des chansons de geste. 

36. L'église de saint Jacques, à Compostelle, dont le Charle- 
magne des chansons de geste fut le premier pèlerin, et l'apôtre 
galicien est un des patrons des preux légendaires. 

S 7. L'abbaye de Cluny, qui a tant exploité, pour le bien 
des pèlerinages qu'elle organisait vers la Galice, les légendes 
des chansons de geste \ 

1. Nous publierons bientôt, au t. III de nos Lcgeudcs épiques, une étude 
sur L'abbave de Sainl-Deuis et les chansons de geste. 

2. Comme on voit par un récit bien connu de la Karlamagnussaga. 

3. C'est ce que nous essayons de montrer dans deux articles que viennent 
de publier les Annales du Midi (n^s d'octobre 191 1 et janvier 1912), sous ce 
titre : La Chronique de Turpin et le pèlerinage de Compostelle. 



12 ]. BEDIKR 

38. L'église Saint-Sauveur U'ibancia, l'un des plus anciens 
sanctuaires de Charlema^ne et de Roland '. 

39. L'abbaye de Roncevaux. 

40. L'abbaye de Conques en Rouerguc, et son prieuré de 
Roncevaux \ 

41. L'abbaye de Stavelot, qui, mêlant à ses légendes hagio- 
graphiques des légendes sur Charles Martel, Chilpéric et Ragin- 
fred,a fourni Tf* élément ^lî^^torique » de Ma'nict, de Bcrthc et de 
Biisifi '. 

\2 et 43. L'église de Tortone, et Tabbaye de Precipiano, 
riches en fables sur une expédition de Charlemagne dans le 
Montt'errat, et ces fables provoquèrent la chanson de geste 
àOtiucl. 

44 et 45. L'abbaye de la Xovalese, et les églises de Pavie, 
qui abondaient en légendes, érudites ou semi-populaires, sur 
les luttes de Charlemagne contre Didier, roi des Lombards. 

46. L'église Saint-Samson. à Dol, d'où sortit la légende des 
guerres de Charlemagne en Bretagne, et saint Samson est le 
héros céleste de la chanson tXAiquin. 

47. L'abbaye de Montmajour, qui rivalisa avec les sept 
églises des Aliscamps pour célébrer des luttes légendaires de 
Charlemagne contre les Sarrasins. 

48. Le prieuré de Saint-Remy, en Provence, qui fut proba- 
blement le foyer de la légende de Girard de Fraite. 

49. 50 et 51. L'abbaye de La Grasse, et celle de Lérins, et 



1. Cette église est appelée Cupdla s. Salvalons quae dicitur Caroli Ma<^ui 
dans une charte qui date peut-être du xi^ siècle. La dipcllu RoJhimli ou 
YHi quod dicitur sancti Salvatoris et CapcUa Rollatidi, que mentionnent 
plusieurs d )cuments des Xll« et xnic siècles, devait être une dépendance de 
cette maison, qui appartenait aux moines de Saint-Sauveur de Lcyre. 

2. Nous aurons prochainement l'occasion d'en parler dans une étude sur 
la C de RolanJ. 

5. Nous croyons avoir récemment démontré que le Heldri et le Rainfroi 
de ces romans ne proviennent pas, comme on Ta cru, d'hypothétiques 
poèmes de l'époque mérovingienne, mais simplement des légendes savantes 
:e cette abbjye (La légende dei v enfances » de Clyarkuiagne et r histoire de 
ries Martel^ d.ins les Stuiies in Honor of A. Marshall lilliott, Baltimore, 
i. L 191 1, p. 81). 



DE LA lORMATION DES CHANSONS DE GESTE 13 

celle de Saint-Victor, à Marseille, qui associèrent aux légendes 
sur leurs saints ou à Thistoire de leurs origines des fiibles ins- 
pirées des chansons de geste. 

)2. L'église Saint-Julien, à Brioudc, où Guillaume et Ber- 
trand « le palazin » déposèrent leurs armes en ex-voto, où 
Rainoart fit son « moniage "; et saint Julien de Brioude est 
aussi l'un des patrons des Narbonnais. 

Les légendes des chansons de geste ne sont pas attachées seu- 
lement à ces cinquante églises, mais à maints lieux profiuies, 
forets, monts, grottes, vieux édifices. 

C'est le château de Montmélian, en Savoie, où, dit une 
légende épique, Charlemagne fut emprisonné : les douze pairs, 
cachant leurs armes sous des frocs de moines, vinrent à sa res- 
cousse. C'est la vallée de Maurienne, où un ange vint mander 
à Charlemagne de donner Durendal à un de ses meilleurs 
comtes, et Charlemagne choisit Roland. C'est le pont, jeté sur 
un goufiVe de l'Hérault, où le vieux comte Guillaume, devenu 
moine, combattit le démon. Près de Saintes et près de Sahagun, 
en Vieille-Castille, des bois de frênes : ces frênes sont les lances 
des barons de Charlemagne. C'est la grotte de Sutri, où Roland 
a vécu son enfance persécutée; — la Houppe Auberon, la Tour 
Auberon, à Mons, résidences du « petit roi sauvage » ' ; — le 
château de Termes-en-Termenès, où Guillaume arma Vivien 
chevalier ; — la tour du château de Carcassonne, qui, s'étant 
inclinée pour saluer Charlemagne, n'a plus voulu se redresser - ; 
— sur la Meuse^ le mont qui porta tour à tour les châteaux de 
Renaud de Montauban,de Lambert l'enchanteur et d'Aupais la 
Rousse ^ ; — â Belin, dans les Landes, le tumulus où reposaient 



1. Voyez G. Paris, dans la Roniunid, t. XXIX, p. 212 et suiv. 

2. Cette légende est attestée, dès le xnie siècle, comme on sait : « La 
tradition, écrit Viollet-le-Duc (Annales archéologiques, t. I, p. 45 0' P''è- 
tend que le château existait au temps de Charlemagne et que la tour 
carrée qui la dominait du côté de l'Aude s'est inclinée devant le grand 
empereur. La tour s'est inclinée, il est vrai ; mais elle ne me paraît pas avoir 
été construite antérieurement au xii^ siècle. » 

5. Cette triple localisation se présente en des conditions assez curieuses. 
Une montagne qui domine Monthermé, au confluent de la Meuse et de la 
Semois, est dite aujourd'hui Montagne des Q.uatre hls Aymon. On pourrait 



y > des de Koncfvaux, ci d'où s ce happait une 

odeur de 

Mais. Il de nos lcL;cndc*s furcni les ruines 

w 

* - 

Ce sont . ou les arènes de Ninus. d'Arles, deve- 

riî'i d.in^ !e^ rom.ins des cli.iieaux sarrasins . PamphitliéAtre 

nie Orable tu ses enchantements, où la 

V U....X.W '"ia le marquis Guillaume; — les arènes 

de L«. ùeaux cl cti.v> Je Poitiers, résidences de Galiennc, la 

belle Sarrasinc qu'épousa Charlemagnc"; les arènes dWutun : 



«oufvonnercc n)odcrnc; en effet, pour autant que nous 

es Cl récentes, des Quatre fils .'lytfiou 
se .• que k V de lUn.iud s',ippclle Montessor et qu'il se 

lfx>i ; en A ;r h M Mais un manuscrit précise, 

le r t. de l'Arsenal ( ;c correspondant au v. 2151 

^ 7): 

: Muese. qui moul a gcnt gravier, 
I . ., qui de la roche chiel. 

r,^.^-n.. T.. ".-r^,,vtj ce vers du texte de l'Arsenal, on est donc en présence 
^ ..,.v ..„v>.... .. , ,vc en ce lieu «t^n,.;.. au moins six siècles, et la localisa- 

x\.>'^ -V -vîv',- <^inv },' c. . nnrs d'au^..;. ...re. D'autre part, on se rappelle dans 

6. - ''^n P- Meyer,^ y,i et suiv.) le jolifabliau épique 

tir .v-Tr K p^'Ai- ^m-i cher prisonnier, Fouque. chargé de 

c - .._ .: — ..au des Ardennes nommé Oridon. Le 

pocrrr ne î pa$ âc .^i Terminer la position d'Oridon. Mais il est facile 

àc \ : V ' ..A une autre chanson de geste, Aiihai /<• Bour- 

_ _ , • ,;, où le brirand Lambert habile dan<; le? Ardennes 
. du même rr-rr. f>r cc\ < c^î nîn^î dccrit : 

" ' <. \j'\ uii iCcwit iii'/ii \-\jiif 

"• tour et do"''-v 
* i^ ^ *'" pien 'r%t%i IV ; ij\/ii', 

f •' • . .. V, ; . c a non Folon ; 

La acc\ \..' . tn ion: u u:i, cl Oridon et Montesior soiu iiiucb 
pareillement au wunfluent de .a Meuse et de b Semois, sur la montagne 
appc' ' -: ' *' cdesO ' Aymon. 

I. '.ji^^uîi %iii ijuc ii:> c: ils le .i.ie, (iabriei de Lurbe, 

Beflcfrirc*:. cîc . se sont er wt ont rva>-i a faire appeler " Palais 

Galien • k» arcncs romaines wv i>ordeaux, plus anciennement dénommées 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 1 5 

Ici» baïKibUr .i\aiLUl cuKuii uLi» Licbuih, Liiiaid de Rdus- 

sillon, averti par une vision, y déterra quinze cent mille marcs 
d'or et tant d'argent qu'il n'en savait pas le compte. 

Ce sont les arcs de triomphe : la Porte iMartre, à Reims, où 
le bon Turpin hébergea courtoisement son prisonnier Ogier; — 
à Borgo s;in Donnino, sur l'emplacement de l'ancienne Julia 
l'identia, la porte de pierre que Charlemagne avait construite, 
disait la légende, et qu'il forçait les Lombards i baiser en signe 
de vasselage; — à Saini-Remy, l'arc de triomphe et le mausolée 
des Jules, où campa le Charlemagne du roman de Tcrsiti. 

Ce sont les aqueducs romains, celui des paluds de Mollèges, 
que Charlemagne détourna pour réduire les Sarrasins dans 
Arles; — celui d'Aigoulénes, à Limoges, œuvre de son ennemi 
légendaire, le roi païen Agoland '. 

Ce sont les sépultures et les nécropoles gallo-romaines : la 
Tombe Isoré, à Paris, où la légende enferme le géant que tua 
Guillaume d'Orange; — les dépôts de sarcophages de Loissy, 
de Quarré-les-Tombes, où elle ensevelit les morts des batailles 
de Girard de Roussillon. 

Ce sont les viae piiblicae roniamii\ devenues « chemins de 
Charlemagne», celle de Corseul à Carhaix, celle de Pampelune 
à Astorga, celle de Pontremoli à Sienne. Charlemagne les par- 
court, poursuivant Aiquin, Agoland ou Ogier, tantôt sur son 
cheval de guerre, tantôt, vieux, traîné dans son char d'ébène 



" Palais Galicnnc », et ou Rodrigue de Toicdc logeait dcja i licromc de ia 
chanson de Miùuet. Ce qui est moins connu, c'est qu'à Poitiers on trouve un 
autre « Palais Galien ». « La commune renommée de Poicticrs, écrit Jean 
Bouchet (L«5 AntiaUs d'Aquitiiitu\ Poitiers, 1644, p. 16) fait mention d'un 
palais, lequel y fut autres fois édifié, appelle le Palais Galien et des Arennes, 
dont on peut conjecturer, par les vestiges qui encores apparoissent, que ce 
fut un palais somptueux et de grand structure. » Palais Galien^ dit Jean 
Bouchct ; mais, à la Table des matières de son livre, on lit : « Du PaUiis 
Galientu de Poitiers », ce qui prouve que c'était là, encore de son temps, la 
dénomination vulgaire. A Poitiers comme à Bordeaux, on voit donc les vieux 
érudits travailler à bannir des ruines romaines Charlemagne et s.i belle Sar- 
rasine. 

I. Voyez A. Leroux, La ItgniJc uu rui Ait;ulaut et Ui origitws d^ Limoges, 
dans le Bulletin du comité des travaux historiques ^ histoire et philologie^ 1902, 
p. 606-619. 



l5 J. BÉDIER 

et dar^^ent; les fers de Veillantif, de Broiefort, de Baucent, de 
Passcccrt sonnent sur les vieilles dalles romaines. 

Ce sont les cités bâties par les Césars, les castra, les oppîda : 
B< ' ;, devenu Luisernc, L]ue Charlcmagne assiégea durant 
sept ans ' ; — Panipelune, dont les murs s'écroulèrent A sa 
pri^.r^.j — ' ;"///;; du Mout d'Enserune, près de Béziers. d'où 
tira son surnom Garin d'Anseime, fîlsd'Aymeri de Narbonne '; 

— Aleth et la tour d'Oreigle, repaires du Sarrasin Aiquin ; — 
X'ienne, repaire du rebelle Girard de Fraite; — Yoppiduui du 
Mont-Aymé, repaire de Gritbn de Hautefeuille et de Ganelon 3; 

— V oppidum de Latisco, repaire de Girard de Roussillon. 



* * 



Au terme dece relevé, nous ferons une seconde remarque : 

cette distribution géographique, ou plutôt ce désordre géogra- 

pliique, qui semble à première vue inextricable, inexplicable, 

' ^nne et s'éclaircit aisément, si l'on considère que ces lieux, 

• torment le paysage des chansons de geste, bordent pour la 
: rt des routes qui menaient aux sanctuaires les plus 
es du moyen âge. 

Pour avoir l'idée de repérer, ces routes sur la carte, il n'y a 
qu'à écouter le conseil de nos vieux poètes, qui si souvent ont 
écrit des vers tels que ceux-ci : 

A propos des tombes des saints Ami et Amile : 

Li pèlerin qui vont par mi l'estrcc. 

Cil sevent bien ou lor tombe est posée >. 

A propos de l'olifant de Roland à Saint-Seurin : 
Li pèlerin le vêlent qui la vunt 5. 



î . Vove/ notre mémoire intitulé La ville Icc^eudaire de Luisenie, dans les 

'ici deàicati a Pio Rajua, Florence, 191 1, p. 29-40. 

2. \ - note de M. P. Meyer, dans la Romania, t. IV, p. 191, et 

fu et Mo tatiotti gauloises, gallo-rot/iaines, chdleau féo- 

J^îl, dans le / de h Société arci le de Be'iiers, 2^ série, VII, p. 235- 

2S2. Après examen, cette identification nous semble plus probable que celle 

-• nous avons proposée au t. I de nos Légendes épiques ^ p. 389. 

Odile François, Etude historique et archéologique sur le Mont- 
jr-Marnc, 1906, p. 22 et suiv. 
4 ft Amile, éd. G. Hofmann, v. 3497. 

5. C .atià, V. 3687. 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 1 7 

A propos des fleurs vermeilles nées du sang de Vivien : 

Encor le voient li pèlerin ass'.^z 

Qui a Saint Gile ont lor chemins tornez '. 

A propos des aubépins merveilleux de Roncevaux : 

Encor le voient li gentil pèlerin 

Qui a Saint Jaque en vont le droit chemin -. 

A propos du Pont-du-Diable sur l'Hérault : 

La se voldront pèlerin adrechier, 
Quant il iront a Saint Gille proier ; 
Par la iront Rochemadoul poier, 
A Nostre Dame qui en la roche siet 3, 

Pour tracer ces routes, on peut s'adresser aux vieux itiné- 
raires, comme Vltinerarium Ricardi ou comme le Guide des 
pèlerins du Codex Calixtimis; mais aussi bien aux chansons de 
geste elles-mêmes, qui ont parfois autant de précision que des 
Guides : à la Chevalerie Ogier pour la route du Monte Bardone 
vers Rome ; au Charroi de Nîmes pour la route de Clermont- 
Ferrand à Saint-Gilles; à Anseïs de Carthage, pour la route 
de Blaye à Compostelle. 

Alors, si Ton suit sur la carte le tracé de ces routes ^, on y 
retrouve bien des noms énumérés ci-dessus. Ce sont : 

Sur la « Voie Regordane », qui allait à Saint-Gilles : Téglise 
Saint-Julien de Brioude, Nimes, Arles; 

Sur son prolongement vers Saint-Jacques : les abbayes 
d'Aniane et de Gellone, le Mont d'Enserune, Narbonne, Lézi- 
gnan et l'abbaye de La Grasse, Termes, Carcassonne, Martres- 
Tolosanes ; 

Sur la route de Saint-Gilles par la vallée du Rhône : Vienne, 
Orange, l'abbaye de Montmajour ; 



1. La Chevalerie Vivien, éd. Terracher, v. 1789. Variante : « Qui a saint 
Jaque ont les chemins voés. » 

2. Chanson de Roland, texte du manuscrit de Chàteauroux, éd. Foerster, 
p. 300. 

3. Moniage Guillaume, éd. Cloetta, t. I, p. 364, v. 6560. 

4. En tenant compte de quelques diverticula, indiqués par les itinéraires 
anciens, et provoqués par la célébrité de certains sanctuaires. 

Rontania, XL.I 2 



l8 J. BFDIER 

Sur la route qui menait à Gènes, pon d'embarquement pour 
la Terre-Sainte : Tonone et l'abbaye de Precipiano ; 

Sur la principale des routes qui menaient à Saint-Pierre de 
Rome : Monimélian, le Val de Maurienne, La Novalese, Mor- 
tara, Favie, Bori;o S»ni Donnino, Sutri ; 

Sur deux des routes que le vieux Gniiie des pèlerins de sa'nit 
Jiiiijiu's trace vers Compostelle : ici l'abbaye de \'ézelay, là celle 
de Conques ; 

Sur la troisième : Poitiers, Saintes, Saint-Romain de Blave, 
Saini-Seurin de Bandeaux, Saint-Jean de Sorde; Roncevaux, 
Pampelune, Sahagun, Luiserne (près de Ponferrada). 

lit ces tracés de routes seraient autrement détaillés, si au lieu 
d*y employer seulement les noms des lieux où nous trouvons 
des monuments de pierre pour abriter nos légendes, nous 
avions utilise aussi les noms des lieux où les auteurs des chan- 
sons de geste ont placé telle et telle scène de leurs récits. Voici, 
par exemple, le tracé de la route de Blayc à Compostelle ainsi 
complété (tous les noms de cet itinéraire étant pris à des chan- 
sons de geste) : Blaye — Bordeaux — Dax Sorde — Saint- 
jean-Pied-de-Port — le \'al-Carlos — le Port de Cize et 
Roncevaux — Pampelune — Estel la — Montjardin — Logrono 

— Xajera — Burgos — Hornillos del Camino Castro- 
jeriz — Carrion — Sahagun — Mansilla — Léon — Astorga 

— Rabanal del Camino — Luiserne -- Santiago — El Padron. 
D'autres lieux, surtout au nord de la France, figurent dans 

nos listes précédentes comme ayant abrité des légendes, et 
ceux-là, nous ne les relions pas entre eux par des routes. C'est 
qu'il serait arbitraire d'en tracer : on y venait par trop de 
roules. Mais n'étaient-ce pas les plus célèbres et les plusrecher- 
-sdes sanctuaires, la Sainte-Trinité de Fécamp, avec sa relique 
du saint sang, — Saint-Denis, où l'on vénérait la couronne 
d'épines, — Saint-Corneille deCompiègne, qu'illustrait le saint 
suaire, — Saint-Riquier, qui montrait des reliques sans nombre 
données par Charlemagne, — Xotre-Dame d'Aix-la-Chapelle, 
qui gardait les « grandes reliques», — Saint-Pierre de Cologne, 
asile des rois Mages ? 

En troisième lieu, nous remarquerons que pour les auteurs 
des chansons de geste, hors de la route de Compostelle, le reste 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE I9 

de rHspagnc n'est guère qu'une /«•;/</ nico^^uiiii^ une sorte d'inn- 
terland vai^ue. De même TAllemaL^ne, au delà de Coloi^ne et de 
Dorimund. De mè'me Tlialie, hors des routes des pèlerins de 
Rome et du Saint-Sèpulcre. 






Nous remarquerons en quatrième lieu que les jongleurs 
furent liés par des rapports parfois étroits avec les clercs de plu- 
sieurs églises : fief de la « jonglerie » de Saint-Pierre de Beau- 
vais; charte par laquelle les moines de la Sainte-Trinité de 
Fécamp forment avec les jongleurs un pacte de fraternité; j'esla 
JLkii lu loni ni ixncsiÙQ à Téglise Saint-Géry de C:\mhr i\\ ; /est d joni- 
Inloniin à Saint-Mathurin de Larchant '. C'est à Saint-Matlui- 
rin de Larchant, siège d'une foire illustre, que, dans la (J/nin- 
soti lies Saxons, les « barons Ilerupés )> s'assemblent et attachent 
à leurs lances les deniers de fer. C'est sur le parvis de Saint- 
Géry de Cambrai, siège d'une autre foire célèbre, que la mère 
de Raoul, la vieille comtesse Aalais tient ses plaids. C'est sur 
les champs de foire de Lagny et de Provins que commence la 
vie axentureuse dUervi de Met/. 



* * 



Nous remarquerons en cinquième lieu qu'un certain nombre 
de livres latins, écrits de clercs, célèbrent les mêmes héros que 
les chansons de geste. Savoir : 

1° le Chronicon Novaliciense, composé vers 1050, qui donne 
des légendes sur Charlemagne et Didier, sans qu'il paraisse 
d ailleurs qu'elles soient inspirées de légendes françaises ; 

2"^ la Conversio Olhgerii niili'lis, écvkc \\[c:iux dans la seconde 
moitié du xi'' siècle, dont le héros fut par la suite célébré en 
des poèmes français ; 

3° le Chronicon Centnlcnse, écrit à Saint-Riquier en 1088,*' et 
qui résume la légende de Gormond et Isembard ; 

4° la Dcscriptio qiialilcr Carolus Marnas clavuni et coronani 
Doniini ad sanctuni Dionxsium altuirrit, écrite à Saint-Denis 

I. \'oyez un mémoire d'Hug. Tlioison dans les Annales Je la Société histo- 
I iquc et archéologique du Gdtinais, t. IV, 1886, p. 267. Cf. Eug. Thoison, 
Saint-Mathurin de Larchanl, légendes, reliques, pèlerinages, iconographie, 1887. 



20 î. BèDlKR 

dans les premières années du xii*" siècle, et qui est un double 
de la Chanson du Pclcriniv^c de CharU'/nai^nc à Jthnsalcni ; 

5** la Fita saui'ti //7//v/m/, écrite à Gcllone vers 1 122, et qui 
se réfère aux chansons de i^este, comme les chansons de geste 
se réfèrent à elle ; 

^>* les Gfsta Gcnirdi t'omitis, composes à l'abbaye de Potliières 
-.» ^v>mmencement du xii' siècle, qui sont un double de la 
chanson de Girard de Roussillon ; 

7" la Turpini Hislori Caroli Mui^^ni cl Rolbolandi, composée 
vers 1 1 )0 ; 

8" ÏHistond Ciiroli Mapù, émanée d'Aix-la-C^Jiapclle en 
1166; 

9* VHistoria H'alnodornisis niotiiistcn'i\ ùcnic peu après 11 52, 
et qui est un double de Raoul de Cambrai; 

10° la J'ita sanrtoruni Awici ci Amclii carissiinorutn, émanée 
de Tcglise de Mortara au xir siècle, et qui est un double de la 
chanson iïAnii et Aniilc ; 

11° les Gesla Caroli Mai^ni ad Carcassojiain cl Xarhouani, 
composés à l'abbaye de La Grasse dans la seconde moitié du 
XII* siècle, et qui sont pleins de légendes de chansons de geste ; 

12° la /7/fl sancti RcinMdi^ émanée de Cologne ou de Dort- 
mund au xiir siècle, et qui est un résumé de la chanson de 

Renaud de Monfaubau. 

* 

Sixièmement, nous remarquerons que plusieurs églises, outre 
ces documents narratifs, en ont produit d'autres, documents 
liturgiques, documents diplomatiques, qui intéressent aussi 
l'histoire des chansons de geste. Analysons par exemple à cet 
c-gard. ce qui n'a pas encore été fait, au tome I des Diplotnaia 
KaroUnorum ', les faux diplômes de Charlemagnc. Il en est où 
figurent comme témoins des héros de nos romans, et d'autres 
oîrron rapporte, comme si c'étaient des événements historiques, 
dt:s fables de nos romans. En voici le relevé : 

1° Un diplôme, fabriqué sans doute dans la première moitié 
du XII* siècle ^ Charlemagne, partant en guerre contre les Sar- 

1. Publiés r-TT Mûhlbacher. dnn«; les Sîonunienla Gcrmaniae historica, série 
in-4*, îoo^ 

2. L ta Kjrclifioruvj. n*^ 2}0, p. 314. 



Dl LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 21 

rasins d'Hspagnc, fonde l'abbaye de Saiiu-Jcan de Sorde, assisté 
de rarchevêque Turpiii. 

2^ Un autre diplôme, de la même date et de la même pro- 
venance ' : Charleniagne, revenant de guerre, courte aux moines 
deSaiut-Jean de Sorde les restes du bon archevêque. 

^° et -1" Deux diplômes en taveur de l'abbaye de Saint- 
Denis, composés après 1165'. Turpin y intervient connne 
témoin : Signum Tiirpini RJhinctisis archicpiscopi {w" 2S2), 
Si\^niiNi 'Itirpiui Rtinensis archiprtwsiilis (n" 286). Dans le 
diplôme n" 286, qui est visiblement fondé sur la chronique 
du faux Turpin et sur VHisloria Karoli niin^ni, Charle- 
niagne parle de son pèlerinage imaginaire en Terre-Sainte > et 
octroyé à Saint-Denis d'immenses prérogatives. 

5'' Un diplôme, que l'on peut attribuer au début du 
xiir siècle K où Charlemagne accorde à l'abbaye de Saint- 
Valéry (Somme) des terres et des privilèges, témoins Rolaudiis 
et Olivcritis. 

6° Un diplôme, fabriqué au xn" siècle, semble-t-il, et peut- 
être dans la première moitié de ce siècle '. Charlemagne donne 
Caumont (Aisne) à l'abbaye de Saint-Bertin. Ici encore il est 
assisté par Roland et par Olivier ^. 

7" Un titre de l'église de Toul, que cite le P. Benoit (His- 
toire dt' Toul, p. 281)". Charlemagne donne à cette église les 



1. Diplûtiuild Kiirolittortini, p. 567. 

2. //'/■«/., n" 282, p. 420, et no 286, p. 428. 

5. C'est comme une allusion à la légende de ce pèlerinage que M. Mùhl- 
bacher interprète, avec toute raison, cette phrase : « A vobisexeundi copiam 
pelo regnumque Franciae relinquo » (p. 430). 

4. Dipl. Karolinonim, n« 278, p. 413. Cf. C. Brunel, dans la revue Le 
Moyeu âge, 1909, p. 104. 

5. Ibid., no 296, p. 443. 

6. Du moins Jean d'Ypres, en sa Chronique de saint Berlin (Martène, Tly- 
Siiurus, t. III, p. 492), ayant eu occasion de parler de Roland, dit : « Hic est 
Rollandus, quem Carolus testem nominat in quodam privilegio quod huic 
ecclesiae concessit, quod de verbo ad verbum sequitur in gallico, sic : .lu 
palais de Carisi donna Charles a saint Berlin Caumont et ses appartenances, pré- 
sent Roulant et Olivier. Hoc privilegium literis exaratum est in marmore in 
palatio Narbonensi. » 

7. Voyez Calmet, Histoire de Lorraine, t. I, p. 5 5), note. 



t -> 



|. BKDn-R 



terres de Voids et de \'iclierey et veut qu'elle les possède depuis 
le ciel jusqu'à l'abîme, « présents Roland et Olivier ». 

8** Un diplôme fabriqué dans la seconde moitié du 
xir siècle, un peu plus récemment peut-être'. Charlema^ne 
contîrme au monastère de saint Pierre in monic FiciacuJi (près 
d'Arezzo) ses privilèges d'immunité. D'étranges témoins l'as- 
sistent : « Sciipta ac fiddius iwlario tradita pcr matins Tnrpini 
archipraesulis... Rolmidus, Dainii, Olircri, Zcfyr cornes, Tcchfyr 
diix, Hulaph dnx d marchio. » 

9'^ Un diplôme, relatif à Saint-Yrieix-de-la-Perclic (Haute- 
\'ienne), le plus ancien et le plus curieux de tous'. Charles 
part pour l'Espagne avec son armée — c'est en 79.4, et il est déjA 
empereur! — et s'arrête quelques jours à Aihduum, c'est-à-dire 
à l'abbave de Saint-Yrieix. L'abbé lui présente des actes de ses 
glorieux prédécesseurs, le roi Sigebert et la reine Brunehaut, 
Childebert,etc.,et un diplôme de son père Pépin. Charlemagne 
lui délivre à son tour un diplôme où il confirme les privilèges 
jadis accordés à l'abbaye. On peut fixer avec une précision suf- 
fisante la date de ce faux document : il dut être composé aux 
alentours de 1090 "\ Or Charlemagne y est entouré d'illustres 
héros : 

Ego Karolus, gratia Dci rcx,hoc testamentum relegi ac subscriberc jussi 
sub die kalendarum maiarum luna septinu, indictione VIII, principibus 
nostris adtestantibus, scilicet domno Turpione, Otgerio palatino ac Guillclmo 
Curbinaso, Bcrtranno viliilissimo. Rolgerio (ou Romcrio) Cornualto. 

C'est, comme on voit, une vraie cour de chanson de geste, 
en un document sans doute plus ancien que la Chanson de 
Roland. Auprès de l'archevêque Turpin, Ogicr <' le pilazin », 
et Bertrand, inséparable, ici comme dans les romans, de Guil- 



;/.; Karolinorum, n" 264, p. 383. 

i-25i,p. 355. 
3. Vovez le commentaire de M. Mûhlbachcr, p. 356. Charlemagne décide 
que le le par lui délivré sera conservé dans les archives de Saint-Martin 

de Tours, Wl que Saint-Yrieix est une dépendance de Saint-Martin {uam cura 
iitiui îoci attinet ad locum hfati Martini). <> C'est en 1090, écrit M. Mùlilba- 
ch. - les moines de Saint-Yrieix se soumirent à la juridiction de Saint- 

Martin, ei il y a sans doute un lien entre ce fait et la fabrication du diplôme, 
puisque celui-ci insiste sur cette relation de dépendance. » 



DE LA FORMATION' DES CHANSONS DE GESTE 2^ 

îaiimc. Et Guillaume porte ici son antique surnom ', celui que 
G.Paris avait deviné : Guillaume au courh ne^^ -. 

Septièmement, nous remarquerons que tous les faits ci-des- 
sus relevés se produisent, les plus anciens au xi'' siècle, les 
plus récents au xiir", non pas avant, ni après. Pour les faits de 
localisation de légendes, nous n'avons invoque que des textes 



1. Dans une brochure intitulée Trouvaille ou pastiche} Doutes exprimés au 
sujet delà Chançun de IVilhinie (Ban, 1909, p. 8), M. Emile Tron s'est étonné 
que la Chanson de Guillaume, seule entre tous les textes connus, appelât Guil- 
laume « le marchis od le curb nés «, comme si son auteur n'avait eu 
d'autre dessein que de justifier une hypothèse en l'air de G. Paris et par 
là de le mystifier. De tous les « doutes » proposés, d'ailleurs avec esprit, 
par M. Tron en sa brochure, c'était le seul qui eût quelque apparence de 
fondement. Le diplôme de Saint-Yrieix vient aujourd'hui lui retirer jusqu'à 
cette apparence. 

2. Nous avons cru devoir laisser de côté les deux faux diplômes que 
voici. Dans l'un (Diplomata KaroUuorum, no 284, p. 424), qui fut composé 
au xne siècle et plutôt vers la fin de ce siècle, Charlemagne fait à l'abbaye de 
saint Remv à Reims certaines donations fli/ ^W/V/o;;('m domtti et patris uostri 
Thilpini, Remorum archiepiscopi et ahbatis. Dans l'autre {ihid., n° 503, p. 455), 
qui, selon M. Mùhlbacher, date probablement du xf siècle et peut-être du 
xc, Charlemagne charge l'abbé Corbilan de reconstruire l'abbaye de Psalmodi 
(Gard), détruite par les Sarrasins, et parmi les signatures on trouve S. Guil- 
lelmi ducis. On est tenté de reconnaître ici le Turpin, là le Guillaume des 
chansons de geste. Msis peut-être ne s'agit-il que de traditions purement 
ecclésiastiques: il est naturel que Turpin, l'archevêque authentique de Reims, 
figure dans un diplôme fabriqué à Reims, et que Guillaume, le saint authen- 
tique de Gellone et d'Aniane, ait été connu dans les abbayes de la région, et 
jusqu'à Psalmodi. C'est même ainsi, croyons-nous, que la fortune légendaire 
et poétique de Guillaume a commencé : par des anecdotes racontées sur lui 
à Aniane et à Gellone, et qui se sont répandues dans les églises voisines. — 
Il n'y a pas lieu non plus, croyons-nous, de retenir le Testament de Fulrad, 
faux de la fin du ixe ou du commencement du xe (voyez sur ce faux docu- 
ment un mémoire de M. Tangl,dans le .\V//t'i Archiv, t. XXXII, 1906, p. 169 
et suiv.). Dans une des copies que nous en avons, on lit S. Rotlaui comitis 
et l'on a voulu voir là un témoignage sur le Roland tué en 778. Mais c'est 
simplement que le copiste, qui avait à écrire 5. Raulcone com., et que ce nom 
embarrassait, pour quelque raison que ce soit, va substitué Iç nom plus usuel 
dç Rolhiuus, 



24 J- BÊDIER 

compris entre ces dates, faute d'en avoir rencontre de plus 
anciens'. Pour les faits d'invention et d'exploitation de 
légendes épiques par des clercs, de même. Par exemple, nous 
venons d'anal vser neuf taux diplômes de Charle magne où des 
légendes épiques furent exploitées, et le plus ancien datait de 
1090 environ. Pourquoi les faux diplômes antérieurs à cette 
date^ ne nous otTrent-ils rien de pareil ? Cherchant des noms 
de compagnons de Charlemagne pour donner de l'autorité à 
leurs fabrications, si les clercs du xii'' siècle ont employé 
Roland, Turpin, Olivier, Guillaume et les autres, pourquoi les 
clercs du x' siècle, dans le même besoin, ne les ont-ils pas 
employés aussi ? Plusieurs théories supposent que, du vni^ siècle 
au \i% des poèmes en langue vulgaire, chants lyrico-épiques ou 
longs poèmes narratifs, auraient couru sur ces personnages, 
par toute la France, innombrables. \'oici pourtant la liste des 
plus anciens témoignages'^ que nous possédions sur l'existence 
de tels poèmes: 

1. II va sans dire que les tombes authentiques de personnages carolin- 
giens, Guillaume, Ogier, Girard, etc., sont connues par des textes plus 
anciens. Mais — c'est ici le point — nous ne trouvons avant le xi^ siècle 
aucun texte qui mentionne à leur propos des légendes épiques. 

2. Tels sont, dans les Diplonuilii Karolinorum, les nos 228, 253, 238, 253, 
263, 265, 275, 297, 301, 502, 504, 305, etc. 

5. Les seuls textes plus anciens qui ne soient pas encore abandonnés de 
tous sont : 

1° Le passage d'Eginhard sur les barba m cl antiquissima canuina que 
fit recueillir Charlemagne, et la glose de ce passage par le Poète saxon 
(textes qui, à notre sen«i. concernent Thistoire de la seule littérature alle- 
mande) ; 

2° et 30 Le texte d'Ermold le Noir sur Guillaume et le passage de 
Raoul df Cambrai qui met en scène Bertolai (nous nous en sommes 
explique ailleurs) ; 

40 Le texte de l'Astronome limousin, relatif à de prétendues « canti- 
lène* rolnndiennes t) : ^nous aurons bientôt l'occasion de nous en expli- 
quer). 

50 La Cantilène de saint Faron ou Chant de (^lotaire, dont L. Traube 
{Zeitichrijl fur deutichei Alterthum, 1892, p. 210), M. H. Bresslau (Seues 
ArchiVy 1896, p. 318), M. Bruno Krusch {\fues Archiv, 1894, p. 250, 
1895, p. 240, et au t. V,p. 175-7, cf. p. 788, des Scriplores rerum tuero- 
vittj^icarum) ont proclamé l'inanité. (Nous publierons bientôt nos rai- 
sons de nous ranger à l'opinion de ces historiens.) 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 25 

1° Le Fragment Je La Haye, que Ton date aujourd'hui de 
1040 au plus tôt. 

2° Une phrase d'un manuscrit (Bibl. nat., hitin 5354) de hi 
Vita Caroli d'Eginhard, que l'on tait remonter au xr' siècle : 
« Reliqua actuum ejus {se. Caroli) gesta, scu ea quae in canuini- 
bus vulgo caniintiir de eo, non hic pleniter descripta; sed require 
in ^'ita quam Alchuinus de eo scribit. » 

3° En 1088, le passage de la Chronique de Sainl-Riquier, par 
Hariulf, où il est question de poèmes en langue vulgaire sur 
Gormond et Isembard. 

4° Vers 1090, le faux diplôme de Saint-Yrieix, ci-dessus 
analysé. 

5" Entre 1090 et iioo, le poème latin où Raoul Le Tour- 
tier, moine de Fleury-sur-Loire, résume une chanson à'Ami et 
Amile, et décrit ainsi l'épée de Roland : 

Rutlandi fuit istc viri virtute potentis 

Oiicm patruus Magnus Karolus huic dcdcrat, 

Et Rutlandus eoscmper pugnare solebat, 
Millia pagani multa necans populi'. 

Jusque là, jusqu'à l'an 1040 environ, rien, que le silence. 
Certes, dès la mort de Charlemagne, et déjà de son vivant 
même, puis au ix*" siècle, puis au x"", les clercs de Erance ont 
raconté de lui des histoires légendaires sans nombre, l'ont 
mêlé, à tort ou à droit, a l'histoire de tel saint, de telle église ; 
mais jamais a ces hautes époques ils n'ont introduit en leurs 
récits aucune des légendes héroïques qui plus tard rempliront 
les chansons de geste, jamais ils n'ont fait allusion aux poèmes 
en langue vulgaire qui, dit-on, le célébraient alors. Fait que 
Darmesteter,entre bien d'autres critiques, constate encestermes : 
« La formation de notre épopée nationale suppose une suite de 
chanteurs et d'écoles poétiques qui se sont succédé pendant 
des siècles. Il est curieux qu'on n'en trouve aucune trace dans 
les documents historiques du haut moyen âge^. » Et ce fait 
« curieux », il l'explique — c'est la seule réponse qu'on ait 
jamais proposée — par le mépris des clercs pour tout ce qui 



1. Amis et Jtfiih's, éd. K. Hofmann, p. xxvii. 

2. A. Darmesteter. Reliques scientifiques, t. II. p. )2. 



26 j. ni':nir.K 

nVtait p:is écrit en latin. Par mallicur, à partir du \r siècle, ce 
mépris supposé des clercs pour des poèmes supposés fait brus- 
quement place à l'estime réelle des clercs pour des poèmes 
réels. Voici que les clercs, à partir du .\r siècle, se mettent à 
nommer Roland, Olivier, Turpin et les autres ; de Raoul le 
Tourtier à Aubri de Trois-Fontaines, du Moine de Silos à Ciilles 
de Paris et à Gui de Bazoches, ils ne se lasseront pas d'en p.nler. 
Pourquoi tant de mépris de la poésie en langue vulgaire tant 
qu'elle n'est que représentée que par les livpotlièses des érudits 
modernes, et tant d'attention à cette poésie, dès que nous avons 
des textes ? Pourquoi les clercs nous apportent-ils, nombreux, 
leur témoii^nage au moment précis où nous n'en avons plus 
que taire ? De quelque taçon qu'on se retourne, la réponse 
s'impose : si les clercs du ix' et du x*" siècle ne parlent pas 
des chansons de geste, ce n'est pas qu'ils les méprisent, c'est 
qu'ils les ignorent; c'est qu'elles n'existent pas encore. 

II 

Nous avons groupé des laits, soigneusement vérifiés, pour 
la plupart incontestables, rien que des faits. Il convient d'en 
marquer l'importance, mais plus encore de ne pas l'exa- 
gérer. 

On peut reprocher à ces faits trois choses : qu'ils sont de 
valeur inégale ; — qu'ils sont moins nombreux qu'on pourrait 
le souhaiter : — et qu'ils sont impropres h expliquer, cà eux 
seuls, la formation des chansons de geste. 

D'abord, il est bien vrai qu'ils sont de valeur inégale. Par 
exemple, un roman célébrait un chevalier aventureux et galant, 
Aiol, personnage de pure invention. S'il plut un jour à un jon- 
gleur d'identitier ce chevalier à un vieil abbé mérovingien, saint 
Ayoul de Provins, qui n'en pouvait mais, ce fut peut-être une 
fantaisie tout individuelle, et l'on ne voit pas qu'elle ait influé 
en rien sur le culte de saint Ayoul. De même — c'est le phé- 
nomène inverse et parallèle — l'église de Berthem entretenait 
le culte d'un antique abbé de Corbie, saint Aalard. S'il plut un 
jour aux clercs de cette église d'identifier ce saint authentique, 
qui n'en pouvait mais, au fabuleux Aalard, l'ainé des quatre fils 
Aymon, ce fut peut-être une fantaisie toute locale, et l'on ne 



DE LA FORMATION DES CHANSONS DE GESTE 27 

voit pas qu'elle ait trouvé d'écho daus les chansons de geste. 
De même pour les tombes de Berthe aux grands pieds à 
Andenne, de Tabbessc Ntarsent à Orignv; de même pour plu- 
sieurs autres. 

Si nous avons recueilli pourtant ces faits, minuscules par 
eux-mêmes, et qui ne représentent que des cas d'imitation, et 
d'imitation arbitraire, c'est qu'ils procèdent de précédents auto- 
risés. Certaines légendes épiques ont cherché sur le tard dans les 
sanctuaires un asile, parce que d'autres, avant elles, avaient eu 
dans les sanctuaires leur berceau. 

Celles qui naquirent en des sanctuaires, ce sont les plus 
anciennes et les plus belles, la légende de Guillaume, celle de 
Girard, celle de Gormond, celle de Roland, entre autres, et 
c'est là ce qui importe. Laïcs et clercs ont travaillé à les consti- 
tuer, chevaliers, marchands, bourgeois, poètes de métier, gens 
du peuple et gens d'église, dans l'église, autour de l'église, sans 
qu'il soit à l'ordinaire possible de discerner l'apport de chacun. 
Que de fois, par des analyses aussi minutieuses que nous 
avons pu, avons-nous essayé, dans la Chronique de Tiirpin par 
exemple ou dans la Vita Gcranii roniilis, de discerner l'œuvre 
propre des clercs, l'œuvre propre des laïcs ! Ces documents 
d'église et les poèmes en français sont contemporains et soli- 
daires, voilà tout ce qu'on peut dire au terme de ces analyses ; 
ils sont inséparables, indiscernables. 

Ces foyers de nos plus grandes légendes, furent les plus 
grandes églises de la chrétienté : Saint-Denis, Aix-la-Chapelle, 
Gellone, \'ézelay, vSaint-Jacques de Compostelle, Saint-Gilles 
de Provence, Saint-Pierre de Rome : et c'est ici notre réponse 
à ceux qui trouveraient trop courte notre liste des localisations. 
De plus, cette liste, si l'on veut bien v prendre garde, comprend 
à peu près toutes celles de nos légendes épiques qui ont quelque 
historicité ou quelque valeur d'ancienneté. Quelles .sont les 
chansons de geste qu'on puisse regretter de ne savoir pas ratta- 
cher à telle église, à telle étape de pèlerinage, à tel champ de 
foire? Est-ce Gaydou ? ou Parisc la duchesse ? ou Ayc d'Avi- 
gnon ? Simples romans romanesques, sans rien de traditionnel, 
ni d'épique, ni d'historique. C'est Macaire ou l'histoire du chien 
fidèle, c'est Orson de Beauvais ou le thème de folk-lore de la 
femme persécutée par un traître, c'est Galicii ou les aventures 



2 s j. BÙDIER 

merveilleuses d'un tîls en quête de son père. C.ertes, nous ne 
voudrions pas déprécier de tels poèmes, par éi^ard \x)uv le 
charmant Huon de Bordeaux et pour la charmante Florence de 
Rome. Maisenlin, si elles étaient seulement écrites en vers de 
huit syllabes et placées aux temps de Constantin ou d'Artur, 
que manquerait-il à ces « épopées », à la Mort Maui^is ou à 
Esilarmonik y que leur manquerait-il pour ressembler tout à fait 
à des romans d'aventures, .'i Irrijiis, ou à VHstvnflr, ou à Pailcno- 
ptus ik Blois} Ce n'est point pour les expliquer que turent 
bâties les théories qui tout remonter l'orii^inc des chansons 
de geste jusqu'aux temps mérovingiens : si les personnages 
des chansons de geste ne portaient que des noms de fantaisie, 
tels que Gaufrei ou Gui de Nanteuil, personne n'eût jamais 
songé à de telles hypothèses. 

Mais ils s'appellent Girard, et Girard était le gcnius loci de 
Pothières et de \'ézelay ; Guillaume, et Guillaume était le 
getiius loci d'Aniane et de Gellone; Roland, ^et Roland était le 
gnùus loci de Blave et de Saint-Sauveur d'Ibaneta : par là s'ex- 
plique l'élément historique de ces légendes, lu c'est ici notre 
réponse à cette troisième objection possible, que de tels taitsne 
sauraient suffire à expliquer la formation des chansons de geste: 
ce n'en est pas non plus la formation qu'ils prétendent expli- 
quer, c'en est seulement l'w élément historique ». 

Hxpliquer par des raisons vivantes au temps de chansons de 
geste leur élément historique, c'est beaucoup, car c'est rendre 
inutiles maintes hypothèses moins prochaines : c'est peu de 
chose pourtant, car l'histoire y tient peu de place, et l'essentiel 
de ces poèmes, c'en est encore la poésie. Précisément parce 
qu'ils hirent composés à une très longue distance des événe- 
ments qu'ils retracent, leurs auteurs furent presque tout à fait 
indifférents à la vérité historique. A Saint-Riquier, ils auraient 
pu apprendre des clercs instruits de l'abbaye à peu près autant 
de renseignements sur l'invasion normande de (S(Si qu'en savent 
les historiens d'aujourd'hui; ils se sont contentés de ces deux 
noms, Gormond, le roi Louis; si c'était Louis III, ou Louis II, 
ou un autre, ils n'en eurent aucun souci. De même à Gellone : 
ils auraient pu s'y renseigner très amplement sur Guillaume, 
sur son lignage, sur ses tenants et aboutissants ; Guillaume et 
Guibourc leur ont' suffi. De môme à Vézelay : ils font guerroyer 



Dli LA lOKMATlOX DES CllANbONS DE GKSTK 2^ 

vin^t ans cl plus Girard contre un roi Charles ; était-ce 
Charles Martel ? ou Charles le Chauve ? ils disent tantôt l'un 
et tantôt l'autre, et, au fait, pour ce qu'ils en disent, ce pour- 
rait être l'un aussi bien que l'autre. Ils n'ont pas pris la peine de 
se renseigner auprès des clercs instruits : ils se sont contentés 
de ce que disaient le frère hôtelier, le sacristain, les gens du 
pays. Ainsi le rôle des clercs dans la constitution de nos 
légendes est à la fois primordial et médiocre : primordial, 
puisque c est d'eux en dernière analyse que procèdent les don- 
nées historiques des chansons de geste ; médiocre, en ce sens 
que les poètes leur ont peu demandé. Ces poètes sont restés 
« peuple » : ils se sont intéressés aux traditions des églises dans 
la mesure où s'y intéressaient autour d'eux les marchands, les 
chevaliers, les bourgeois, les pèlerins qui venaient vers ces 
églises. 

Tous ces taits, toutes les pensées qu'ils inspirent ne sauraient 
s'organiser en un système rigide et que quelques bouts de 
phrases puissent contenir, quelques formules. 

Dira-t-on. par exemple, que ces 'faits suggèrent d'expliquer 
la naissance des chansons de geste par l'influence des grands 
pèlerinages ? Certes, en un sens. Certes la recherche de leurs 
origines se ramène pour une part à l'étude des routes et des 
« croisées » de l'ancienne France, de ses marchés, de ses pèle- 
rinages, des lieux où les hommes se rencontraient et où, de 
leur contact, naquirent tant de formes imprévues de la pensée, 
de l'art et de la poésie. Et pourtant une telle formule n'expri- 
merait qu'une fliible part de la vérité. Il ne faut pas abuser des 
pèlerins; et si quelqu'un était tenté d'expliquer par eux princi- 
palement la formation des chansons de geste, nous serions des 
premiers à lui rappeler l'hypothèse de Voltaire, qui, lui, avait 
une théorie des pèlerinages : pourquoi trouve-t-on des coquil- 
lages dans les terrains de montagne ? C'est, disait-il, que des 
pèlerins y ont laissé tomber les coquillages de leurs bour- 
dons. 

Ou bien, dira-t-on que ces faits suggèrent d'expliquer les 
chansons de geste par l'influence des clercs alliés aux jon- 
gleurs? Certes une telle formule conviendrait en partie. Au 
rebours de ce qu'on a trop souvent dit, les clercs n'ont pas cessé 
de favoriser les chansons de geste et de les patronner. Mais 



jO J. HKDIER 

ici encore, il ne faut rien outrer, et. non plus qu'il ne 
faut abuser des pèlerins, il ne taui abuser des clercs, l^xpliquer 
les chansons de geste par la piété intéressée des gens d'église, 
regarder ces poèmes comme les instruments d'une propagande 
organisée A trais communs par les moines et les jongleurs pour 
capter des foules crédules, quelle vue incomplète des choses ce 
serait, et combien fausse ! 

Ou encore, dira-t-on que ces faits suggèrent déconsidérer les 
versions que nous avons des chansons de geste comme leurs 
formes primitives? Oui, pour une part. Tous les textes, fran- 
çais ou latins, poétiques ou hagiographiques, apparaissent 
presque en même temps, au xir siècle, dans la seconde moitié 
du xr au plus tôt, et jamais il ne semble utile de leur supposer 
une préhistoire de plusieurs siècles. Et pourtant, c'est, croyons- 
nous, dans une période un peu antérieure à ces textes qu'il en 
faut chercher les sources d'inspiration, les germes, les premiers 
modèles, tout au long des cent années de ce xr" siècle, qui, dans 
tous les domaines de l'action et de la pensée, fut si fécond, si 
puissamment créateur, si grand. 

Puisque ces faits, dira-t-on, et puisque ces observations ne 
peuvent se réduire ni à une théorie du rôle des pèlerinages, ni 
à une théorie de l'influence des clercs, ni à une théorie des ori- 
gines toutes récentes des chansons de geste, qu'enseignent-ils 
donc ? S'il nous fallait faire tenir notre réponse en une seule 
phrase, nous répondrions : ils enseignent que les romans du 
XII* siècle sont des romans du xir siècle, et qu'il faut les expli- 
quer par cela que nous savons du xii"^ siècle, du xi' au plus 
tôt, et non point par cela que nous ignorons du siècle de 
Charlemagne ou du siècle de Clovis. 

Au lieu de s'épuisera la recherche des hypothétiques modèles 
perdus des chansons de geste, il faut les accepter telles qu'elles 
sont, dans les textes que nous avons (car leurs modèles perdus, 
s'il yen eut, durent en être très voisins), il faut les aimer et 
tâcher de les comprendre pour ce qu'elles sont. Jusqu'ici nous 
n'en avions pas le droit. Toutes les fois que nous rencontrions 
dans un roman de chevalerie un personnage historique, un 
événement historique de l'époque carolingienne ou mérovin- 
gienne, nous étions obligés d'admettre que ce roman était un 
remaniement de chants lyrico-épiques ou de poèmes épiques 



DE LA I-ORMATIO\ DKS CHANSONS DK GESTE 3I 

de lY-poquc carolingienne ou mérovingienne. En montrant 
qu'au xii*" siècle tels hommes avaient telles raisons actuelles de 
s'intéresser à tel personnage, à tel événement dupasse, on aura 
débarrassé la critique de cette obligation, on aura rendu à ces 
romans du xii'' siècle leur droit d'avoir été imaginés au xii'' siècle. 
C'est par là que le recours aux pèlerinages, aux foires, aux 
églises, a de l'intérêt. Il permet à ces poèmes de reprendre le 
contact des temps, des lieux. Mais, pour les expliquer, les 
pèlerinages ne suffisent pas ; il y faut les croisades, croisades 
d'Espagne au xr' siècle, croisades de Terre-Sainte au xir', et 
le concours des idées et des sentiments qui formèrent l'ar- 
mature de la société féodale et chevaleresque ; il y faut toute 
la vie du temps. Il y faut le pèlerin et le clerc, sans doute, mais 
aussi le chevalier, le bourgeois, le vilain ; il y faut le poète 
surtout, non pas celui qui, au vii*^ siècle ou au x% composait, 
dit-on, ses chants en pleine bataille, mais le poète du xir siècle, 
celui qui a rimé le roman que nous avons, qui a peiné à le 
rimer comme ferait unécrivain d'aujourd'hui, et qui, pour plaire 
aux hommes de son temps, a su se plier à leurs goûts, parti- 
ciper à leurs pensées, à leurs passions, à leur esprit. Les auteurs 
des chansons de geste ou leurs propagateurs étaient des nomades; 
leurs publics étaient souvent forains; ces forains et ces nomades 
se rencontraient autour des abbayes, et sur des champs de foire, 
à de certains jours marqués par certaines fêtes religieuses : de 
là la considération légitime des fêtes, des foires, des pèleri- 
nages. Mais ce n'est là qu'un fragment de la vérité. Pour rendre 
compte de ces romans, il faut les traiter comme on traite ceux 
d'une époque quelconque : dans leurs relations avec toutes 
les conditions sociales, religieuses, morales, Imaginatives de 
l'époque qui les a produits : et cette époque commence au 
xi*' siècle. 

Joseph BÉDIKR. 



LE POÈME DE IMKAMUS EV TISBÉ 

HT QUELQUES COXTHS OU ROMAXS FRANÇAIS 

DU xir sircLK 



I 

On sait que le poète latin Ovide a été abondamment exploité 
parles auteursde romans du moyen âge et que les premiers d'entre 
eux notamment, en écrivant Thchcs ou Enéas, ne se sont pas fait 
faute de le piller '. Mais tandis queceux-Là adaptaient leurs em- 
prunts à des compositions dont le sujet principal était pris ailleurs, 
dans Stace ou dans Virgile, d'autres, sans chercher plus loin, ont 
repris les récits même d'Ovide, et ils ont traité à leur tour, en sui- 
vant leur modèle de plus ou moins près, les légendes fameuses 
des Mcîamorplxiscs.h'xwsi sont nés les contes de P/;^/;;///^ d Tishé^, 



1. Voy. /?<v;/aw/j, XL (191 1), p. 161 ss. 

2. Df Piramus et de Tishé {Fabliaux et contes, publics par Barbazan, nouv. 
éd. par Mcon, t. IV, p. 326 ss.), Méon n'a connu que les manuscrits de la 
Bibliothèque nationale fr. 837 et 191 52. G. Paris a montré qu'il y aurait lieu 
d'utiliser, pour une édition critique du poème, toute la série des manuscrits 
qui contiennent VOi-idi moralise. Voy. Histoire littéraire de la France^ 
t. XXIX, p. 498. C'est sur tous ces mss. réunis et en outre sur celui de Ber- 
lin (Kônig. Bibl., 257) que M. C, De Boer a établi la sienne, parue tout 
récemment dans les Dissertations de l'Académie des sciences d'Amsterdam, 
trop tard pour que j'aie pu en tirer parti, é-tant donné que le présent article 
était déjà à l'impression. Tout ce que je pourrai faire sera de renvoyer, en 
notes, a l'édition de M. De Boer, chaque fois qu'il y aura lieu. Je n'ai donc 
rien changé à mon travail et je n'ai même pas touché aux citations que j'ai 
faites du poème, et pour lesquelles je me suis servi du texte de Méon, en le 
corrigeant parfois, quand je l'ai indiqué, et forcément un peu au hasard. 



LE POHMH DE FI RAM US ET TISBÉ 33 

de Philomctia ', de Xarcisus-j et probablement d'autres encore 
que nous avons perdus K 

C'est de Piramiis que nous devons ici nous occuper. 

Résumons d'abord le contenu de ce poème. 

Deux habitants de Babylone, deux « riches hommes », ont 
deux enfiuits, Piramus et Tisbé, qui, avant d'avoir sept ans, 
ont été atteints par les traits de l'Amour, et qui, dans la suite, 
ne se sont plus oubliés (Méon, v. 1-26; De Boer, v. 1-22): 
telle est la puissance d'Amour (M., v. 27-44; De B.. v. 23-42)! 
Tout jeunes, ils trouvaient déjà leur joie aux passe-temps com- 
muns et n'avaient de tristesse qu'à se séparer (M., v. 45-64; De 
B., V. 43-62). Ils étaient, d'ailleurs, merveilleusement beaux, 
vrais chefs-d'œuvre deXature (M., v. 65-82; De B., v. 63-76). 
— Mais un jour, un serf surprend leur secret et le révèle à 
la mère de Tisbé, qui confie sa fille à une chambrière et la fait 
enfermer (M., v. 83-106; De B., v. 77-100). Une grande 
brouille s'en suit entre les pères des deux enfimts (M.,v. 107- 
iio; De B., V. 101-104). — Toutefois, Piramus et Tisbé ne 
sauraient s'oublier. Ils grandissent, et quand ils ont atteint 
quinze ans, ils connaissent toutes les ardeurs de l'amour 
(M., V. rii-150; De B., V. 105-144). Piramus se lamente 
(M., V. 1 51-196; De B., V. 145-203), et va prier Vénus dans 
son temple (M., v. 197-208; De B., v. 204-21 5). Tisbé se 
lamente de son côté, et adresse sa prière à Dieu (M., v. 286-291 ; 
De B., V. 216-312). — Or il se trouve qu'une seule muraille 
sépare les palais où demeurent les enfants(M.,v. 292-295 ; De B., 
V. 313-316), et qu'elle porte précisément une fissure à l'en- 
droit qui touche la chambre de Tisbé (M., v. 296-304; De B., 
V. 317-325). Celle-ci la première aperçoit la fente (M.,v. 305- 
307; De B., V. 326-328). Elle y fait passer le pendant de sa cein- 
ture (M., V. 308-311; De B., V. 329-332), que Piramus 



d'après les mss. 837 et 373 de la Bibliothèque nationale. Le texte de ces cita- 
tions diffère souvent du texte critique de M. De Boer; mais celui-ci ne 
m'oblige, en aucun passage, à modifier mes observations. 

1. Philomethi, publié par C. De Boer, Paris, 1909. 

2. De Xarcisus, publié par Méon, ouvr. cité, t. IV, p. 143 ss. 

3. C'est ce qu'il faut conclure de certaines mentions qu'on trouve dans des 
écrits du xiic et du xiiie siècle, provençaux et français. 



34 E- lARAL 

remarque en entrant dans sa chambre (M., v. 312-317; De 
B., V. 33^-3,8). Piramus prend le pendant et, entrant en 
conversation avec Tisbé, il la supplie d'inventer un moven de 
le venir voir (M., v. uS-V^S; IX- B., v. ^^)-^)7). Tisbé 
rei^arde par la tente ; la vue de son ami la trouble, au point 
que d'abord elle ne peut parler; mais enlin elle met sa bouche 

près de la taille (M., v. V^^'-3))i ^^^ ^^y ^'- m^^"377) '■ ^^^^ 
reproche à Piramus son inaction et le réconforte; puis, comme 
les larmes lui ôtent la vue et la parole, elle se retire (M., 
'^'- 3 5^"379i t)^ ^' ""'• w*^"4^0- Les amants se séparent donc, 
et se retrouvent la nuit suivante (M., v. 380-383; De B., 
V. 402-406). Piramus se lamente (M., v. 384-473 ; De B., v. 407- 
498). Tisbé se lamente (M., v. 474-550; De B., v. 499-574). 
Ils décident qu'ils se retrouveront dehors, le soir, près d'une 
fontaine, sous un mûrier (M., v. 551-570; De B., v. 575-589). 
Leur impatience, en attendant la nuit, est grande (M., v. 571- 
600; DeB., V. 590-623). Knfin Tisbé s'enfuit de chez elle (M., 
V. 601-618; De B., V. 624-642). Une « gaite » l'aperçoit aux 
rayons de la lune, mais n'ose pas l'arrêter, la prenant pour une 
déesse (M., v. 619-628; De B., v. 642-651). — Or, comme 
elle est déjà au rendez-vous, un lion la met en fuite, et elle lui 
abandonne son voile, que celui-ci déchire et souille de ses 
mâchoires sanglantes (M., v. 629-656; De B., v. 652-679). Le 
lion parti, Piramus arrive, et croit que Tisbé a été mise en 
pièces (M., V. 657-688; DeB., v. 680-707). Il s'en désespère 
(.\L,v. 689-740; De B., V. 708-776) et se perce de son épée 
(.\I., V. 741-757; De B.,v. 777-792). Tisbé, sur ces entrefaites, 
revient et voit Piramus étendu à terre (M., v. 758-793; De B., 
^'- 793'83o)- K'ic gémit longuement (M., v. 794-855; De B., 
V. 891-893), et à son tour se tue avec l'épée (M., v. 856-885 ; 
De B.,v. 894-939). 

Te! est le sujet du cuiiie français de Piramus, qui tire une 
certaine valeur de son ancienneté même. Il est probable, en 
effet, qu'il a été composé dans le troisième quart du xii' siècle. 
G. Paris, dans le tableau chronologique de son Manuel, le range 
parmi les œuvres du troisième tiers de ce siècle, sans préciser 
autrement ; et dans V Histoire littéraire de la France ', il semble 

I. Voy. t. XXIX, p. 490 et p. 498. 



LE POKMH DK IMKAMLS HT TISHK 35 

incliner à lui assigner une date assez reculée, si tant est qu'il le 
considère comme antérieur à PJjilonicnd' et que la mention de 
Piramus dans le Conte de la Chanrile prouve l'existence à cette 
date- d'un poème français adapté d'Ovide K 

Piramus a dû être composé par un tri)uveur de la région nor- 
mande, comme semblent le prouver plusieurs particularités, 
telles que, à la tonique, la distinction ordinaire des sons en et 
an devant une consonne, la confusion des sons issus de (') 
libre et de () entravé, la confusion des sons // et ///, et peut-être 
quelques autres traits sulTisamment caractéristiques •♦. Or, si 
l'œuvre est normande, et s'il est vrai que, en Normandie, le 
système morphologique primitif s'est très vite décomposé, il 
faut noter que la langue de Piraniiis est d'une correction remar- 
quable et que la morphologie s'v présente dans un état d'assez 
bonne conservation. On doit donc admettre que le poème 
appartient à une époque relativement ancienne, et rien n'em- 
pêche que ce ne soit le troisième quart du xii'-' siècle. 

Quant auy allusions qui s'v rapportent et qu'on trouve dans 
les écrits du xir siècle, que nous apprennent-elles ? 

Un certain nombre d'entre elles viennent de la littérature 
provençale. Giraut de Cabreira, invectivant son jongleur Cabra 
et lui reprochant son ignorance, lui énumère toutes sortes 
d'œuvres qu'il devrait connaître; et après avoir nommé une 
longue suite de chansons de geste, il ajoute : 

Xi sabs d'Ytis 
Xi de Biblis 
Ni de Caumus 5 nuilla faisson; 



1. M. De }3oer, dans son édition de ce pocMne, Introduction, p. cix, consi- 
dère qu'il a dû être composé aux environs de l'année 1168. G. Paris le 
plaçait vers 1160. Vov. Mchmges de litlèralure française du vioyen dge, p. 265. 

2. C'est-à-dire vers 1172. Voy. G. Paris, Mclanges, p. 262. 

5. M. Foerster considère, lui aussi, que Piramus est antérieur aux poèmes 
de Chrétien. Voy. le Conte de la Charrette, note au vers 5821. 

4 J'avais dressé de ces faits, d'après les mss. de la Bibl. nat. fr. 837 et 
575, une liste qui devient inutile après le travail beaucoup plus poussé, plus 
complet et plus sûr que M. De Boer a pu fonder sur un texte solidement 
établi. Je la supprime et me contente de renvoyer à l'étude du nouvel édi- 
teur, p. 7 ss. 

5. C'est-à-dire de Caunus. Voy. Ovide, Métamorphoses, IX, viii. 



36 E. FARAL 

De Piramus 
Qui for lo[s) murs 
>olri por Tibcs passion : 
Xi de Paris 
Xi de Floris... • 

C'est là le texte qui témoigne le plus chiirenieiu de l'exis- 
tence à la lîn du XII' siècle d'un poème sur Pyranie et Tliisbé. 
D'autres sont moins probants. Ainsi, Arnaut de Mareuil, expri- 
mant à sa dame la force de son amour, lui dit : 

H Rodoccsta ni Bibiis, 
Blancaflors ni Scmiramis, 
Tibcs. ni Lcvda, ni Elena, 
Xi Antigona, ni Esmena, 
Xi"l bel Ysseulz ab lo pcl bloy, 
Xon agro la meitat de joy 
Xi d'alegrier ab lurs amis 
Cum ieu ab vos, se m'es avis^. 

Et Rambaut de \'aqueiras, chantant aussi son amour, écrit : 

Ane non amet tant aut com ieu negus, 
Xi tan pros domna, e quar no i trucp pareih, 
M'enteo en lieys, e Tam al sieu cosselh 
Mais que Tvsbe non amct Piramus... 
Ane Persavals, quant en la cort d'Artus 
Tolc las armas al cavalier vermelh, 
Xon ac tal gaug cum ieu del sieu cosselh ; 
Et fam mûrir si cum mor Tautalus >. 



1. Dcnkmûkr der pioi'. Literatur, hgg. von K. Bartsch {Bihliotheh îles lit- 
Urarisciyen Vfrfins, t. XXXIX), p. 59. 

2. Ravnouard, Ch^ix des poéiUs des troubadours, t. III, p. 204. Voy. encore 
du même poète Taf/ inabellis {Rnue des latif^ues roniaues, 1881, t. XX, p. 57) 

146 Qu'anc, Domna, ço sapchaz, 

Xon fo neguns amans 

Que unt be ses engans 

Ames com eu am vos, 
1 50 Xeih Leander Eros, 

Xi Paris Elenan, 

Xi Pirramus Tisban... 

5. Raynouard, ouvr. ciléy t. III, p. 258. 



LE POÈME DE PIRAMUS ET TISBÉ 37 

Arnaut et Raiiibaut nomment donc Pyiamc et Thisbé ; mais 
il n'apparaît pas que leur désiijjnation se rapporte nécessairement 
à une œuvre littéraire : ils pouvaient les citer comme des 
exemples d'amants parfaits, sans avoir puisé ailleurs que dans 
une tradition antique, et qui vivait encore, grâce à Ovide, sans 
avoir repris corps dans un poème roman. D'autant que, si nous 
avons des œuvres du xii' siècle où il s'agit de i^lanchefleur, 
d'Hélène, d'Antigone, d'Ismène, d'Iseut, nous n'en avons pas 
conservé qui traitent de Tantale, de Rodoceste, de Biblis, de 
Sémiramis, ni de Léda. lu il se peut fort bien, à juger nos deux 
textes isolément, que leurs auteurs aient songé à des noms 
d'amants illustres, sans avoir eu en vue des poèmes très définis 
en tçlle ou telle langue. Beaucoup plus probants sont les vers 
de Giraut. Car tous les noms cités par ce troubadour dans son 
sirventés se réfèrent à des personnages d'œ'uvres romanes qu'on 
peut aisément identifier ; et il serait bien étrange que, faisant 
exception précisément pour le passage qui nous occupe, il y 
eût introduit des héros connus seulement par la littérature 
latine. Sans doute, la plaisanterie tient, dans le sirventés en 
question, une place assez large, et il est vrai que Fauteur se 
plaît à écraser son jongleur par la description d'un savoir tabu- 
leusement vaste, où il aurait pu, par malice, ranger des œuvres 
inexistantes. Mais il n'emploie pas ailleurs ce dernier procédé, 
et pourquoi admettre qu'il en ait usé seulement ici ? Sans doute 
aussi, nous n'avons pas conservé de poèmes relatifs à Biblis et à 
Caunus; mais n'avait-on pas cru perdu, jusqu'cà ces dernières 
années, le Philomcua de Chrétien de Troyes, conservé seule- 
ment dans les manuscrits de V Ovide moralise, et où il s'agit 
précisément de l'Itis nommé par Giraut ? Et n'avons-nous pas 
perdu encore les autres traductions que Chrétien avait faites 
d'Ovide? Il y a donc vraiment lieu de penser que la mention 
de Giraut vise un poème roman (français ou provençal, c'est i\ 
débattre) de Pxrnnie et Tisbé ' . 



I. Les textes provençaux relatifs à la fable de Pyrame et Thisbé ont été 
réunis par Birch-Hirschfeld dans sa dissertation intitulée V cher die den proven- 
^alischen Troubadours des XII. iindXIlI. Jahrkunderls bekaunten epischen Stoffe, 
Leipzig, 1878, p. 12 ss. Sur ce travail, voy. P. .Meyer et G. Paris (Hotnatiid, 
1878, t. VII, p. 448 ss.). 

Sur la façon dont il convient d'interpréter les mentions de héros de romans 



38 E. FARAL 

Dans la littérature française, les allusions à Pyrame et Thisbé 
ne font pas plus définit. Celle qu'on cite comme la plus ancienne 
se trouve dans le Cotilc Je la Ch.vrcîlc, où Chrétien dit : 

5820 Donc le dut Lancelot bien faire, 
Qui plus ama que Piranius, 
S'onques nus lion pot amer plus. 

Allusion brève, à la vérité, peu significative en elle-même, 
mais qui, étant donné les habitudes du poète, ne peut guère se 
rap[X)rter qu'à un récit en langue française : car nulle part 
ailleurs, dans les œuvres du même auteur, on ne trouve la men- 
tion de héros que la littérature vulgaire n'avait pas encore 
popularisés. L'indication s'accorderait assez bien avec unc^iutre 
qui est précieuse, s'il est vrai que le « lai de Pirame »a été men- 
tionné par Thomas dans son Tristan, c'est-à-dire vers 1170 \ 
Et ainsi les témoignages français confirmeraient et préciseraient 
les témoignages provençaux -. Ils prouvent, semble-t-il, qu'il a 
existé vers 1170 un poème de Pyrame et Thisbé, probablement 
le nôtre K 



dans la littérature provençale, voy. les pages judicieuses mises par M. Keller 
en introduction au texte du Fadet joglar {Rovnniische Forschungen, 1905, 

t. XXII, p. 124 ss.)- 

1. Sur les autres allusions relatives à Pyrame et Thisbé que contient la 
littérature française, voy. Dernedde, Ueher die den altfran-ôsiscbeu Dichtcrn 
bekunnten episctyen Stoffe ans dnu AUertinu, Gôttingen, 1887, p. 113. 

On trouvera une bibliographie utile des études relatives à l'histoire de 
Pyrame et Tliisbé dans l'article de C. Friesland intitulé Hatidschn'flîiches 
von der Gàltinger UniversitJtshibliotek (Zeiischrift fïir frauiôsische Sprache uud 
Literalur, 1908, t. XXXII, p. 332 ss.). 

2. Hartmann von Aue, dans son Frec, composé peu après 1191, décrit, en 
suivant son modèle Chrétien de Troyes, la selle du cheval sur lequel est 
montée Énide. Mais il ajoute aux scènes représentées sur cette selle la mort 
de Pvrameet Thisbé (v. 7706 ss.), attestant ainsi la popularité de la légende 
à cette date. 

3. Telle est l'opinion admise par .M. Bédier dans son édition du Tristan 
(Société des anciens textes français), t. I, p. 52, n. 2. M. Bédier lui-même a 
bien voulu me signaler que l'opinion contraire avait été soutenue depuis par 
M. Hoffa, dans un article intitulé Antike Elemente hei Gottfried von Strass- 
hurg {Zeitsclyrift /•'"■ l'''f''-^^-'' Altertum, 1910,1. LIT, p. 339 ss.). 



1 



LE POEME DE PI R A MUS ET TISBE 39 



II 



Si Piranius a paru à une date aussi ancienne, il importe 
d'observer que ce poème présente avec plusieurs autres œuvres 
du xii^ siècle des rapports assez étroits et qu'il y a lieu d'exa- 
miner d'un peu près. 

I. Piraïuus et Thcbcs. — Il est vraisemblable (je l'ai déjà 
dit ailleurs ') que l'auteur du roman de Thcbcs, à l'endroit 
où il raconte la mort d'Aton, s'est souvenu de la flible de 
Pyrame etThisbé. Qu'il ait eu en mémoire le texte français de 
Pinvuiis, il semble qu'on ait des raisons d'en douter; et on croi- 
rait plutôt qu'il a pensé au texte latin des Mélamorphoses 
d'Ovide, avec lequel le sien présente, à certains égards, plus 
d'analogies et de ressemblances qu'avec celui de la traduction. 
Voici les passages en question : 

Mètam., IV, 133 Dum dubitat -, tremebiinia videt pulsarc cruentum 

Membra solum rctroque pedem tulit; oraque buxo 

135 Pallidiora gerens, exhorruit aequoris instar 

Quod frémit, exigua cum summum stringitur aura. 
Sed postquam remorata suos cognovit amores, 
Percutit indignes claro plangore lacertos, 
Et laniata comas amplcxaque corpus amatum, 

140 Vulnera supplcvit lacrimis fletumque amori 
Miscuit, et gelidis in vultibus oscula 5gens : 
« Pyrame, clamavit, quis te milii casus ademit ? 
Pyrame, responde : tua te carissima Tisbe 
Nominat : exaudi vultusque attolle jacentes. » 

145 Ad nonien Thisbes oculos in morte gravalos 
Pyramus erexit visaque recondidit ilia. 

Th. Il 5 demande sovent Ysmeine, Pir. Qiiant Pyrramus vit de s'amîe 
Et Jocaste la li ameine : Que ele estoit ainsi fenie, 

« Amis », fait ele, « vei t'espose. Plus devint vert que fueille d'ierre 



1. Voy. Romania, 191 1, t. XL, p. 192, note, 5". 

2. Il s'agit de Thisbé qui retrouve le corps inanimé de Pyrame. 

3. Il s'agit d'Aton mourant. 



40 



E. TARAI. 



La chaiiive, la dolorose ! » 
Ue\Te les ueuz, si l'a vcùc, 
A tant r.inmc est del cors cis- 

(sue '... 
[El Ismènc) 

...ne se muet nuis que la pierre ; 
Vert esteil corne fueille d'ierre : 
Point de color n'ot en sa face ; 
Plus estcit freide que n'est gla- 

fcc\.. 
Par la chiére Tève li cole, 
Del peliçon nioiile la gole, 
Cent fciz li baise de randon 
I-es ueuz. la face ei le tnenton ; 
Al cors piucment se complaint 
Et son grant duel iluec refraint : 
w Aies, beaus sire, tu ne m'oz? 
L'evre tes ueuz, por qoi les cloz? 



Ft refroidi>t conmo une pier- 

( re *. . . 

.\dont '> s'enclinc la pucclle, 
Baise sa bouche, si l'appelle : 
« Piramus, vecy vostre atnie, 
Car esgardez, si est pcrie. » 
Li jouvenceaux, la ou niouroit. 
Entre euvre les yeux et si voit 
Que c[e] estoit Tisbé s'atnic 
Qui l'appclloit toute esmarie. 
Parler |li| vuelt, mais il ne puet. 
Caria mort qui le tient ne vuclt ; 
Mais tant a dit : « Tisbé amie, 
Pour Dieu, qui vous rcmist en 

[vye ? » 
A tant se taist, ne puet plus dire, 
Puis la regarde, si souspire : 
Le cucr lui part, si part la vie ^. 



Co est Ysmeine que parole '... » 

La murt silencieuse d'Aton, qui rend le dernier soupir, sans 
une parole, aussitôt qu'il a vu Ismcne, rappelle plutôt celle 
du Pvrame latin que celle du Pyrame français. Pourtant, il ne 
doit pas échapper que les textes français ont tous deux substitué 
un même terme de comparaison à celui qu'oHrait le latin, 
lorsque de la « pâleur de buis » ils ont fiiit une « pâleur de 
lierre » '; sans compter que le couple de vers qu'ils portent en 
cet endroit fournit à la fois une idée analogue et la même rime. 
L'un des deux auteurs a-t-il donc connu l'œuvre de l'autre ? 



1. V. 6245 ss. 

2. V. 6261 ss. 

3. V. 6375 ss. 

4. Méon, V. 677 ss. ; De Boer, v. 700 ss. 

5. Entendez : au moment où Thisbé découvre le corps de Pyrame. 

6. Le texte du ms. 837 s'arrête au vers 842. Le feuillet qui contenait la 
fin du poème a été perdu. C'est d'après le ms. 19152 que Méon a imprimé 
les vers 843-885. Nou> avons préféré donner le passage qu'on vient de lire 
d'après le ms. 373, qui parait plus concis, en cet endroit particulièrement : 
il correspond aux vers 852 ss. du texte de Méon, édit. de Boer, v. 890 ss. 

7. Voy. Metam., v. 134: Tlhbes, v. 6262 ; et Piramus, M., v. 679, De H., 
V. 702. 



LE POÈME DE PIRAML'S ET TISBÉ 4I 

Ou bien auraient-ils lu, entendu un même commentaire de ce 
passage fil m eux des Mclmnorphoscs} )c ne sais. Toujours est-il 
qu'un fait parait bien attesté : c'est, dès le temps où Thcbes fut 
composé, la popularité, au moins dans le public des écoles, de 
riiistoire de Pyrame. 

2. Pi ra m II s et Éncas. — 11 y a entre les poèmes de 
Piramiis et à^Ènéas des rapports qui tiennent au tond et à la 
forme, à l'expression de certaines idées et à l'emploi de certains 
procédés littéraires. On en peut aisément, et sans la faire com- 
plète, dresser une liste assez longue. 

Ce sont, dans les deux œuvres, les mêmes termes pour 
décrire la toute- puissance d'Amour, la force irrésistible de ses 
flèches : 

Pir. Contre ton dart n'a nus pooir. En. Qucldcffense ai encontre amers? 
Xe contre li n'a nul' essoingne X'i valt ncient chastels ne tors, 

Doubles haubers ne double broin- Xe halz paliz ne granz fossé ; 

[gne. So/. ciel n'a celé fermeté 

Ta saiete ne puet faillir, Ki se puisse vers lui tenir, 

Vallès ne puet nis uns gaudir ■, Xe son asalt longues sofrir. 

Parmi set murs traireit son dart 
Et naverreit de l'altre part ^ 

C'est la même façon de décrire l'opération des flèches : 

Pîi . Li fer navre en l'esgarder En. Il me navra en un esguart, 

La flèche celé de pensser 5. En l'oil me feri de son dart, 

De celui d'or, ki fait amer ; 
Tôt le me fist el cuer coler *. 

C'est la même fiiçon de jouer sur l'antique image de l'Amour 
qui blesse : 

Pir. Ele > fet plaie sanz pertus, En. L;i saiete ki traite fu 

Vers qui ne puet erbe ne jus. M'a malement el cuer féru. 

1. M., V. 28 ss. ; De B., v. 25 ss. 

2. V. 8653 ss. 

3. M., V. 41 s. Le ms. 373 porte : 

Li fers navre du regarder, 
Et la fleiche coule en penser, 

qui est à peu près le texte de l'édition critique, v. 59-40. 

4. V. 8159 ss. 

5. Il s'agit de la flèche de 1" Amour. 



42 



E. lARAL 



Sanz dolor Ict trcrc .souspir, 
El sanz s;ïnc cspandrc pâlir ' 



— Tu mcn/. niolt cliaï loing de 

(toi. 

~ Elc aporta ina mort o sci, 
Ançoissosemcm me navra. 

— Xe sez que diz, ne te tocha. 

— Non vcir. — (',ols ne plaie n'i 

[perl. 

— Mais li bricvez ki entor ert 
M'a moii navré dedenz le cors \ 

C'est la même description des effets de l'amour : pâmoison 
des amants après qu'ils ont prononcé leurs plaintes (^Piramus, 
V. 197 ss., 286 ss.; Ëuéiu, V. 8339 ss., 8660 ss., 9100 ss., 
etc.); incohérence de leurs attitudes : 



Pir, Or suiliaitiez.orvueil tranbler 



signes diver<; de la passion : 

Pir. Sovent remembre ses amors. 
5>ovent mue le jor colors ; 
Sovent se plaint et sovent pleu- 

(re 5... 
Fremist et souspire asprcment. 
Toute se tressaut et tressue, 
En poi de tens sa color mue : 
Porpensse soi qu'ele li die, 
De soi meisme s'entroublie *... 



I:v. Or est mes cuers por lui destreiz, 
Ore païueise et or tressait, 
En poi dore ai et freit et chah <... 



J'oYe:^r indication des Itrs nombreux 
passages parallèles d\ Euèas » dans 
la « Romani a », ;y//, /. XL, 
p. 214 ss. 



1. M., V. 55 ss. ; DeB., v, 31 ss. 

2. V. 896) ss. Voy. encore dans le même roman les vers où la mère de 
I^vinie découvre l'amour de sa fille pour Énée. « Je le reconnais, dit-elle, 

8)07 A ce que tu pale es et vaine. 

Que tu te muers et si es saine. » 



3. M., v. 196. Le ms. 375 donne ici : 

Or sui haitiez, or vucil plourer, 
Or ay grant chault, or vucil tranbler, 

leçon qu'admet l'édition critique, v, 202-3. 

4. V. 8124 ss. 

5. M.,v. 211 ss. ; De B., v. 218 ss. 

6. M., v. 34) ss. ; De B., v. 367 ss. 



LE POK.MK DE PIRAMUS ET TISBE 



43 



« Or pens, or souspir et or plor. 
Toute ai perdue la color. 
Dormir, 

Boivre et mengier m'estuet guer- 

[pir '... » 

illusions des songes : 

Pir. « La nuit, 

Quant je me gis enz en mon lit. 
Guidiez que souef me délit ? 
Dont sui en paine et en effroi, 
Et dont m'esft] vi[s] que je vous 

[voi. 
Que ne poez touchier a moi : 
Lors si m'effroi et si tressail, 
Trestranble de joie et travail ; 
Lors get les mains que je vous 

(bail, 
Et quant vous cuit prendre, si 

[fail. 
Amis, 
Quant me rendorm, dont m'est 

[a vis 
Que vous estes devant mon 

[vis =... » 

Ce sont les mêmes images pour peindre les gestes du dieu 
d'amour : 

Pir. Amors m'a souspris a son aim ^ En. Ja m'a Amors pris a son aim î. 
Lacié somes en une roi ^. Or est chaeite es laz d'amors ~. 

Ce sont les mêmes métaphores pour exprimer les jeux du 
sentiment : 



En. Asezaveit mal en dormant, 
N'aveit mie mielz en veillant. 
Quant li tressailleienl li oil, 
Ki toz tens erent en remoil, 
Donc li ert vis que le teneit ; 
De la joie qu'ele en aveit 
Tornot sei en celé freor, 
Si acolot sou covertor ; 
Et quant ele se porpcnsot 
Qu'il n'i ert pas, si se pasmot '. 



1. M., V. 412 ss. ; De B., v. 459 ss. 

2. M., V. 515 ss. ; DeB., v, 547 ss. 

3. V. 8409 ss. Voy. aussi v. 1219 ss. 

4. M., v. 389; De B., v. 413. 

5. V. 8948. 

6. M., V. 395 ; De B., V. 421. 

7. V. 8060. 



44 E- FARAL 

Pir. ... celui qui le cors de moi En. 

Et le corjiie a trei o soi '. 



mou cuer en porte. 
Il le ma de mon sein enblé -. 



Entin et bunout, c'est remf'>loides mêmes procédés littéraires. 
A cet égard, rien n'est plus instmctit* que la comparaison du 
premier monologue de Thisbé avec ceux que prononce Lavinie 
en ditTérentes occasions. On y retrouve les mêmes idées, et 
aussi le même anitîce de style du dialogue fictif d'un person- 
nage s'entretenant avec lui-même : 



Pir. « Ha! Dieus.com maie destinée, 
Q)me maie \ie m'as donee ! 
Ainz mes ne fu nule es^aree. 
Que ja >, par sens ou par folie, 
Par grant douçor, non félonie. 
Ne seûst ♦ engingnier boisdie, 
Fors moi. 

Mes com plus plaing, et plus 

(m'esmai 
En quel guise prendrai conroi, 
Amis doulz, de fKirler a toi >. 
— Tysbé, foie, veus tu desver? 
Veus tu chasteé violer 
El ton lingnage vergonder ? 
Xe faire ! 

Garde reson, que l'est contraire. 
Ne te chaut d'entor toi atraire 
Chose par qoi tu faces rage : 
Quar aine famé de ton lingnage 
Ne fu reprise de putage : 
Reprise 



Eu. « A mon oes est maie l'atente, 
Ne puis mie tant endurer, 
Ne mal sofrir ne doloser. 
Si longuement ne voil mal traire. 

— Cornent le voldras tu donc 

[faire ? 

— Et ja li voil faire saveir. 

— Quel mesage porras aveir ? 

— Ce ne quier nul altre que mei. 

— Iras i tu ? — Oïl, par fei. 

— A grant honte t'iert atome. 

— Cui chalt? se faz ma volenté, 
Molt m'en iert poi que l'en en die. 

— Toi, ne dire tel Nilenie, 
Que ja femme de ton parage 
Empreigne a faire tel viltage 
Qu'a home estrange aille par- 
fier *>... » 



1. M., V. 438 s. : De B.. v. 485. 

2. V. 8550 s. 

5. Le ms. 837 pone : je. 

4. Le ms. 837 porte : \'e pot nus eug. Nous avons adopté la leçon du ras. 
373. Le procédé n'a rien de critique, mais il a paru nécessaire d'y recourir 
pour donner un sens au passage. L'observation vaut aussi pour les quelques 
corrections qui seront faites ci-dessous. 

5. Le ras. 837 porte : Amis^je diuil d'à ici parler'. Cest ici la leçon du ms. 
373, qui répèle ensuite /wr/^r pour en faire un de ces vers de deux syllabes, 
fréquents dans la pièce, sur lesquels rebondit le dévelopjxrment. 

^. V. 8708 ss. 



LE POEME DE PIRAMUS ET TISBE 



4> 



Xe sera[s] ja en nule guise . 
Mieus vausist c'on t'eùst ocise. 

— Tysbé, 

Ou as tu pris icesi penssc > 
Tosî as J Pyrramus oublié. 

— Lasse, por qoi l'avez nommé ? 
Amis. 

Onques a certes ne ver dis. 

Or pues dire, ce m'est a %-is, 

A droit 

Que amours en femme n'a foiî ^. 

Mes sire ber, jel di por moi. 

Le gage 

Tenez, sire, de cest outrage. 

Ici vous ai dite foLage... jj' 



— Desvee 

Tysbé, foie desva-gondee. 

Que corage vous a muée. 

— Je sai 

Tout icel fol penssé que j"ai . 
Par le conseil mon père a\Tai 
Aurressi gent ami, bien sai. 

— Si gent? 

Mal %*ueil se P\Tramus l'entent. 
Oîi, jetranble, bien le sent î... » 



« ... M oit ai mal espleitié. 
Trop ai parlé come des^•ee ; 
Ge cuit qu'amors m'a encusee 
De ce que tant en ai mesdit: 

Or m'en repent, trop l'ai sordit. 

Bcls dolz amis, tenez mon gage : 

Molt par vos ai dit grant oltrage *>. 

Ge ,mesparlai par grant folor 

Ge vos blasmai a molt grant 

[tort :. » 



Ces rapprochements n'ont pas besoin d'être commentés, 



1. Ms- 857 : ai. 

2. Ces deux vers \Tennent du ms. 573. 

3. L'ensemble de tout le passage qu'on \-ient de lire représente les vers 
216 ss. de l'édition Méon. Il correspond aux vers 225 ss. de l'édition De Boer. 

4. Un vers que je ne sais comment interpréter. 

5. M., V. 252 ss. ; DeB.,v. 266 ss. On pourra se rendre compte, en lisant 
le passage qui \-ient d'être cité, qu'on a eu tort de critiquer l'obscurité 
d'un poème, dont quelques corrections suffisent à rendre le texte très satis- 
taisant. 

6. V. 9212 ss. 

7. V. 9224 s. Je ne cite der£»w*u que quelques passages caraaerisriques . 
n en existe bien d'autres. 



4é E. lARAl. 

Nïais, au loul, que prouve le parallèle qui vient d'être 
esquisse ? Lequel des deux ptK'tcs a imité l'autre? Ou bicu quel 
modèle commun ont-ils suivi? A la vérité, pour ce qui est des 
deux monologues, il est remarquable qu'ils ont l'un et l'autre 
des artînités avec celui qu'Ovide a prêté à Médée au livre \ II de 
ses Mi:jmoipl)Oscs : ce dernier a pu leur fournir à la fois 
quelques traits intéressant l'invention, et l'idée du dialogue fic- 
tif. On tiendrait donc là une source qui pourrait être commune 
aux deux poèmes. Mais y ont-ils recouru tous deux directement ? 
Et puis l'imitation d'Ovide sutiit-elle à expliquer toutes les 
autres ressemblances des deux textes ? Ce n'est pas le cas. Où 
donc alors est le modèle? laut-il se fier à l'impression que les 
panies A*hnéas qui correspondent à celles de Pinimus ont 
i'aird'amplitîcations ? Faut-il attacher de l'importance au fiiit que, 
dans P//ïJm//i, les complaintes des deux personnages ont leur ori- 
gine dans le texte d'Ovide, tandis que l'épisode des amours d'iùiée 
et -de Lavinie a été ajouté par l'auteur iïEvêas à un modèle 
qui n'en portait aucune trace ? Il faut avouer que la question 
est diftîcile et qu'on ne sait guère à quelle solution s'arrêter. 

3. Piramus ET les romans de Chrétien de Troyes. — 
Chrétien de Troves a été fréquemment influencé par les sou- 
venirs qu'il avait du roman iXÈtiêas, et, si plusieurs des traits 
communs relevés précédemment entre Piramus et Em^as se 
retrouvent dans telle ou telle de ses œuvres, il faut l'attribuer 
à la lecture qu'il avait faite du second de ces poèmes. Le fait n'a 
donc rien qui mérite ici de nous retenir. 

Un autre, en revanche, s'impose à l'attention : c'est une 
particularité de style qui reparaît à plusieurs reprises, et même 
d'une façon fatigante, dans le poème de Piramus. Il consiste, à 
propos d'un mot qu'on vient de prononcer, à introduire une 
interrogation fictive, et à repartir là-dessus pour un nouveau 
développement. En voici quelques exemples : 

2^T (W B 27)) Par le conseil mon pcrc avrai 

Autrcssi gent ami, bien «;.ii. 

Si genl'f 
Mal vucil se Pyrramus renlcni... 

421 (De B., 446; Jj 11c garrai se ne m'en fui. 

Fouir} 
Amors ne me veut pas guerpir.. 



LE POUME DE PIRAMUS ET TISHE 47 

425 (De B., 451) Por amors m'cstovra tnorir 

Morir ? 
Se Dieu plaist, mie ne morrai... 

751 (De B., 768) Or pri ma destre que bien fiere : 

yencre/ii vous en tel manière. 

Veit^ier ? 
Or primes vueil les dieus prier... 

826 (De B., 862) Ja ne vous faut ne leu ne aise. 

Tant seulement Diorir vous plaise. 

Morir ? 
Nule chose tant ne désir... 

831 (De B., 867) J tort demeure de tcrir. 

A lort'f 
.\niors me fet ma main si lort... 

Or, on sait que ce procédé a été employé constamment et 
sans mesure par Chrétien de Troyes ; et on s'étonne qu'en 
étudiant le style de Philomoia, l'éditeur de ce poème n'en ait 
point signalé les exemples nombreux qui s'y trouvent '. Est-ce 



1 , 508 A quoi le savez vos ? — A quoi ? 

A ce qu'il ne vos viaut respondre. 

419 Por ce qu'Amors ;/^ 5^/ eslire 
Qui est li miaudre ne li pire. 

— \e set ?... 

480 Car trop iert duremant ilesh\v\. 

— Deslroi:^ ? de quoi? — De plus qu'amer, 
Qu\iniors ne doit nus ce clamer. 

— Aniors ? — Non voir... 

490 Que nule reisons le consoille. 

— Reisoiis':' comant?... etc. 

Le même procédé est employé dans le dialogue réel : 

769 Et ceste chose soit celée 

Se vos volez qu'ele et durée. 

— Celee, biaus sire ?... 

788 Ne/*'/».!/ riens qui li dessiee. 

— Ne feroi:(t — Non... 

794 'Y 01 ferai quanquc mes cucrs panse. 

— Feroi;^ ? — Oïl... 

Voy. sur ce sujet A. Hilka, Die direhte ReiL- ah stilistiscjfcs Kunstmittel in 
dcu Romaueu des Kristian vou Trx>\es. p. 102-105. 



48 E. FARAL 

donc un hasard s'il abonde à la fois dans Piiinnu.\ ci dans les 
œuvres de Chrétien en i^énéral ? Ht au cas où il prouverait 
quelque relation de parenté entre ces poèmes, où serait le 
modèle, où l'imitation Pou bien, où serait le modèle commun ? 
Ici encore les raisons contraires se distribuent et s'équilibrent 
en i^roupes équivalents. 

11 est vrai, en etVet, que des imitateurs de Chrétien lui ont 
emprunté souvent ses procédés de style, et notamment celui 
qui nous occuj'k:. Ainsi, dans un salut d'amour du xiii'' siècle, 
Fauteur débute de la manière suivante : 

J'ai apris a bien amer, 

Dicus m'en laist joir ! 

Jo'ir} Dieus! je comment porroie "... 

et quelques vers plus loin il revient au même tour : 

... elc me list bêle chiere 
60 Que j'ai puis achatee chiere. 
Chiere por qoi ? cl qu'en ot ele 
De la chiere qu'el me fist bêle ?... 

Mais d'autre part, il existe des exemples de ce procédé anté- 
rieurs aux écrits de Chrétien, ou contemporains, et principa- 
lement dans des poésies d'école telles que la suivante : 

Sed quis sum qui ausim loqui 

Coram papa ?... 

Vox clamantis in d^serto : 

Rcctas facile vias. 
Quid desertuw mihi ? Mundus. 
Mundus quidem, sed immundus... 
Germen profert non virlulum 

Sed spitias et tribtilos. 

Qui sunt spituu tribuli(jue ? 
Qtii'f Pasiores praelatique... 

Nam, si pauper sii sophia, 
Vilis eril. Quare'f Qu'il 

Pauper ubique jacci '.. , 

1. Publié par M. i\ Mcycr {BiblioOyque de l École des chartes, 1867, 
t. XXVIII, p. 150). 

2. Ce sont là des vers d'un pucme satirique contre le pape, attribué par les 
uns à Gautier de Châiillon (deuxième moitié du xii» siècle, et florissant déjà 



LE POEME DE PIRAMUS ET TISBE 49 

On ne saurait donc fonder de conclusion solide sur la parti- 



dans le troisième quart), par les autres à Gautier Map. L'attribution à l'un 
ou l'autre de ces écrivains a été contestée, sans arguments bien forts, par 
Hauréau, Xolicfs cl exlrails de quelques manuscrits latins de la Bihliolhcquc 
nationale, t. VI, p. 229 ss. C'est au même endroit que Hauréau adonné le 
texte de l'œuvre. 

Pour le procédé en question, voy. encore Gi/m///(i buiana,cd. Schmeller, 
n« xvni, strophe 18, p. 17 : 

Tune concurrunt cautes... 
Qui sunt cautes ? Janitores... 

J'ai cherché en vain dans les traités de rhétorique antérieurs au xii^ siècle 
l'indication de cette figure. On voit, en effet, qu'elle est distincte de la 
^pr/jÀov;:f (« Quaeres a me quo jure obtinere possim ? Quo jure ? Mihi 
Polyacnu^ reliquit. »), dont nous n'avons un cas pur que dans les vers cités, 

Qui sunt spinae tribulique? 
Qui ? Pastores praelatique... 

Sur cette figure, voy. Rutilius Lupus, Scheniata lexeos, II, 8 (Halm, Rheto- 
res latini minores, p. 17). — Elle est distincte aussi de ce qu'Isidore appelle 
!'« enthymema ostentabile » (v U\cvivit: viril} immo etiam in senatum 
venit. >») Voy. le passage d'Isidore, Origines, II, ix, 11, dans Halm, ouvr. cité, 
p. 512. La même figure est citée par le même auteur, au chapitre xxi. sous 
le nom d'« anadiplosis ». — Elle est distincte enfin de r£-'.Ti;i.T,a'.; ( « Nam 
tarde tandem — larde dico? — immo hodie, inquam. »). Voy. le Carmen de 
figuris, v. 151, dans Halm, ouvr. cité, p. 69. — Elle paraît se rapprocher 
surtout de celle qu'Isidore définit, sans d'ailleurs en donner d'exemple, sous 
le nom de « peusis » : « Soliloquium, cum ad interrogata ipsi nobis respon- 
demus. » \'oy. Origines, II, xxi, 27. 

Il est très instructif d'examiner les analogies de style qui existent entre 
poèmes français et poèmes latins d'une même époque. La comparaison 
révèle la très grande influence exercée par l'enseignement de l'école sur la 
composition en langue française. Par exemple, on a remarqué que l'auteur 
de 'Ilyèbes se plaît aux répétitions du genre de celles-ci (ordre renversé des 
termes) : 

1837 Sa femne, eschevelee et pale, 

Vint acorant par me la sale : 

Par me la sale, eschei'elee, 

Acort corne femne desvee. 
191 9 Le pont vers terre en apoia. 

Par me le cors se tresperça ; 

Romanm, XLI. A 



50 E. FAKAL 

cularilé de style qu'on a relevée ;\ la fois dans Pinimus et (.l.ms 
les œuvres de Chrétien'. 

4. Piramus et Auûissin fl \uoUtte, — Beaucoup plus que les 
précédents, les rapjH^rts de Piramus avec le poème d'Auûissin 
et \ ■( sont susceptibles d'être déterminés avec quelque 
précision et certitude. Ces deux auvres présentent, dans la 
première de leurs deux parties (P/;j/////i, vers 1-628 ; éd. DeBoer, 

Trcspfrce set f\ir itiè ïe cors, 

Li fers en pcrt dcnic pic fors, etc. 

Sur CCS traiis de style, voy. W'jrrcn. Sowe Jcatines oj style in enrly i'iench 
narrativt pcetry (11 $0-1270) {Modem Philoloi^y, 1905, t. III, p. 179 ss. et 
p. 51 J ss.). — Or le procédé se trouve employé à de très fréquentes reprises 
dans le poè'nie de Primjt sur sa disgrâce : 

Sum depulsus in niomento, 
Rori dalui alque ifiito. 

l 'enio dût us atque rori... 

Incessanter enini tleo, 
Pro peaato getnens meo. 

Fleo genieus pro peaatis... 
Vestris lanien fidens datis 
Peno pondus paupertatis. 

Piiupertatis fero pondus. . . 
Quondam primus, nunc secundus, 
Viitum quaero verecundus. 
Vereiundus victuni quaero... 

Jam in brcvi, quod despero, 
Onerosus vobis ero. 
Oturosus et quo ibo}... 

Est in Juto proivlutus. 
Proi'olutus est in ïuto... etc. 

Éd. Hauréau, Notkes et extraits de quelques mss. latins, t. VI, p. 129 ss. On 
remarquera que ce poème de Primat présente un exemple curieux de laisses 
octo^vlla'^'^'v ' rimc*es, qui sont en quelque sorte intermédiaires entre la laisse 
épique d^^«; ..abique et le distique octosvllnhiquc cmnlové par l'auteur de 

ThiUs. 

I. On se rappellera utilement ici que G. Paris et M. Foerster, comme nous 
l'avons dit plus iiaut, ont considéré Piramus comme antérieur aux ceuvres de 
Chrétien. 



IF POH.Ml-: DK PIR.WirS F,T TISHI- 31 

1-65 1; Aiicassiti,'^ i-i^5), des analoi^ics qu'il est impossible de 
méconnaîire. Outre la donnée fondamentale des deux entants 
séparés par la volonté de leurs parents et qui persistent néan- 
moins dans leur dessein de se réunir ', on y trouve dans Tin- 
ventiondes détails, de sin^^ulières ressemblances qui ressortiront 
dans le parallèle suivant : 

Pi m m us. Aucassiu. 

Deux jeunes enfants se prennent I-^" trouveur annonce l'hisloirc 
d'amour l'un pour l'autre dés avant De deus biaus enfans petis, 

d'avoir sept ans. ^ui s'aiment, 

Leur amour demeure après qu'ils et qui, après avoir grandi, continuent 
ont grandi (M., v. 11 1-150; De B., de s'aimer 5. 
V. 117). 

Nature les a pourvus de toute la Tous deux étaient charmants ». 
beauté imaf;inable (.M., v. 69 ss.; De 
B., V. 67 ss.). 



1. C'est, en effet, en ces termes que le sujet peut être défini dans un cas 
et dans l'autre. Il faut seulement tenir compte de la différence du dénoù- 
ment : tandis que l'histoire de Pirainus finit mal, celle à'Aucassin finit bien. 

2. Car au •', II, Aucassin est devenu un « bacheler ». 

5. Au 5 II, il n'est question que de la beauté d'Aucassin. Le portrait de 
Nicolette viendra au 'l XII. Il n'est pas inutile de remarquer que ces descrip- 
tions soïit faites à la manière de celles qu'on trouve dans tous les autres 
romans. Elles observent l'ordre traditionnel dans l'énumération des détails et 
emploient des expressions également traditionnelles. Aucassin Cil, 12) 
« avoit les caviaus blons et menus recercelés et les eus vairs et rians et le face 
clere et traitice et le nés haut et bien assis, et si estoit enteciés de bones 
teces, qu'en lui n'en avoit nule mauvaise, se bone non. » Nicolette (XII, 19) 
(f avoit les caviaus blons et menus recercelés et les eus vairs et rians et le face 
traitice et le nés haut et bien assis et les levretes vremellettes, plus que n'est 
cerisse ne rose el tans d'esté, et les dens blans et menus et aveit les mame- 
letcs dures... » Les ressemblances que ces deux passages ont entre eux, celles 
qu'ils ont avec tels passages d'autres œuvres, prouvent que l'auteur avait de la 
lecture et qu'il était très au fait des régies du genre auquel il s'appliquait. Sur 
ces règles, notamment sur l'ordre et les formules en usage dans la fabrication 
des portraits, vov. Roniania, 191 1, t. XL, p. 1X3 ss. On conçoit qu'il n'est 
pas sans intérêt pour notre thèse de montrer par un détail de cette sorte que 
l'auteur d'Aucassin était un lettré averti et informé : cette circonstance 
explique et rend vraisemblable qu'il ait connu Piramus. 



3^ 



E. r.\R\L 



Un scri acnoncc a la nkrc Je 
TliisbH^ l'amour des «Jeux enûnis. 

107 Eiiireuns ot nuuulens gratu 
Kmre les percs aus enfan/ : 
L'ne tendon cl une envie 
Qui puis dura tote leur vie. 



Tliisbé est enfermée par une cham- 
brière sur l'ordre de sa mère (M., v. 
lojss. : De B., v. 97 ss.). 

Piramus exprime son deuil dans 
une longue plainte (M., v. 1 5 1 ss. ; De 
B., V. 145 ss.). 

Les chambres où couchent Piramus 
et Thisbè ne sont séparées que par 
une muraille. 



Le père et la niere d'.Vucassiu 
apprennent la passion de leur lîls. 

Ils ess;»ient de l'en détourner; mais, 
quand ils voient qu'ils n'y parvien- 
dront pas ', le père, comte de Beau- 
caire. avise son vass;\l, le vicomte de 
la ville, qu'il ail ;\ faire disparaître sa 
filleule Nicolette, ajoutant cette me- 
nace (IV, 7) : « saciés bien que, se je 
le ' puis avoir, que je Tarderai en un 
fu, et vous meismes pores avoir de 
vos tote peor. » 

.Mors le vicomte (IV, 21) « en 
une cambre la fist mètre Xicolete en 
un haut esiage et une vielle aveuc li 
por conp.ignie et por soïsté tenir ». 

.\ucassin s'afflige et se plaint (VII). 
Puis, enfermé à son tour, il s'aban- 
donne à de nouvelles lamentations 
(XI). 

Or Nicolette s'enfuit, une nuit 5, de 
sa chambre, et elle arrive à la tour où 
est son ami. 



1. L'auteur a dit (II, 1 5) qu".\ucassin « estoit sourpris d\niior qui tout 
t^?'*"' -. Comp. Piramus : 

550 (De B., 573) En tantes guises la destraint 

Amors douces qui trestout vaiiit. 

2. C'est-à-dire Nicolette. 

5. Le récit de la fuite de Nicolette offre des analogies assez grandes avec 
celui de la fuite de Thisbé. On remarquera, il est vrai, qu'ils se placent à des 
moments différents de l'histoire ; mais les détails de l'invention sont, de part 
et d'autre, assez semblables : 



Piramui. 

Il fait clair de lune. 

Thisbé profile de ce que tout le 
monde est endormi pour se lever. 

Thisbé 



Ancassin. 

Il fan ciair de lune. 

Nicolette profite de ce que la vieille 
dort pour se lever, 

Nicolette « s'avale contreval le gar- 



610 Contre un granl tertre s'adevale. din » fXII, 15). 

Thisbé Au moment où Nicolette est mena- 

619 Ja estoit dusqu'au mur venue cée par la ronde de nuit, la •' gaite » 



LE POÈME DE PIRAMUS ET TISBÉ 



5 3 



La muraille de la tour se trouve 
tendue '. 

Xicolette découvre la fente. 



Cette muraille se trouve fendue. 

Thisbé la première découvre la 
fente. 

Elle y fait passer le pendant de sa 
ceinture *. 

Piramus Taperçoit, le reconnaît, se l'Ile entend Aucassin qui se la- 
lamente,ct Thisbé l'entend (M., v. 309 mente de l'autre coté (XII, 36 ss.). 
ss. ; De B., v. 350 ss.). 

Thisbé « met sa bouche endroit la Xicolette « met son chief parmi la 
fraiture » (M.,v. 534; De B., v. 576) creveùre - (XII, 35) et répond à Au- 
et répond à Piramus. cassin (XIII, 5 ss ). 

Thisbé va dans la forêt où Piramus Xicolette se réfugie dans la forêt 
doit la rejoindre(M.,v.6oi ss. : DcB., où .\ucassin finit par la rejoindre. 
V. 624 ss.). 

Telles sont les ressemblances de fond et d'invention qu'on 
peut relever entre les deux récits, au moins pour leurs pre- 
mières parties. Mais il v a encore, entre les deux poèmes consi- 
dérés dans leur ensemble, d'importantes ressemblances exté- 
rieures : elles consistent dans un mélange curieux d'éléments 
narratifs et d'éléments lyriques. On sait qu'^//r</5.w/i se compose 
de parties de prose alternant avec des parties versifiées. D'une 
façon très semblable, l'auteur de Piramus emploie alternative- 
ment les octosyllabes à rimes plates et diverses combinaisons 
métriques de caractère lyrique. Il se sert de l'octosyllabe à 
rimes plates pour les passages narratifs, et des autres combi- 



de la tour, touchée par sa gentillesse, 
l'avertit et In snuvc (WV. 2^ ss. : 

XV, xvn. 



Quant une gaite l'a veùe ; 
Por ce qu'estroite la vëoit, 
Guide qu'une déesse soit, 
Trct soi arrière, ne l'apelc, 
Lessa aler la damoisele. 

1 . Piidiitus. 
299 Fu la maisicre un poi crei'ee. 
326 Que ne trovai la creveùre. 

2. Le détail manque dans Aucassin ; mais, un peu plus loin, Xicolette fait 
passer par la fente des boucles de ses cheveux, que son ami reçoit et baise 
avec fer\'eur (XIII, 1 5 ss.). 



Aucassin. 
(' parmi une cm'eûre de la tor » 

(XII, 35). 



54 H- ÏAKAL 

naisons jH)ur les pn^i'^ni-rs où il fait parler ses héros '. Con- 
statons d*abH>rJ des v*...^; onces : s.ins doute, là où rameur de 

^' ' a en "^ ' é Toctosyllabc ;\ rimes pl.ues, celui d\4iutissiu 

c;up.i>;e la siuii^c prose; sans doute, L\ où le premier a employé 
des t' .*7. ir régulières, le second n'emploie que 

la ■ ll.ibique; sans douieenlin, le prin- 

cipe . de remploi du récit et du chant varie d une pièce à 

r.i ces |X)ints une fois marqués, il reste entre les 

deux fK une ressemblance considérable, qui consiste dans 

la d de l'œuvre en parties narratives et parties 

lyriques et l'usage, très rare ailleurs, de la laisse assonnancée ou 
r^mcV êr ^rr»T nu hnit svllabes. 



•AS sont tantiM d'assez longues tirades doctosyll.ibcs 

mr pcs variables d'octosyll-ibes monoiimes amorcés 

par un vcn de deux ■>. Voici, d'ailleurs, l'analyse métrique du poème 
J" c ms. > 

rimes plates (récit). 

. , , ., ....... maisons diverses (monoloiriic tU Pir.imusV 

IQ7-215 oaosvl. à rimes plates (récit). 

214-28; combinaisons diverses (monologue de Thisbé). 

286-519 octosyl. à rimes plates (récit). 

)20-3}) laisse octosyl. monorime (monologue de Piramus). 

5)6-5 $) octos)'!. i rimes plates (récit). 

556-579 laisse octosyl. monorime (monologue de Thisbé). 

580-586 ocrrKvî A rimes plates (récit). 

587-475 co ns diverses (monologue de Pirame). 

.i-î-î"- octo<v! ,1 rimes plates (récit). 

îs diverses (monologue de Thisbé), 
5' octosvl. (récit ; forment une exception facile à 

corriger). 
$75-68$ octosyl. i rimes plates (récit). 
686-689 (texte altéré.) 
f<xv-^Q c^ :is diverses (monologue de Piramus). 

j» rimes phtes (récit). 
795-S42 • (mo:. c de 'l'hisbé). 

wte le texte du ms. 857.) 

Vrtv l'însl'.-^^ mt'îrinnc du texte critifluc par M. Oc IVicr. n. i; de son 
2. --, :-r.nr a- mi'a écrit là-dcs'^us .M .Sf>dlcrhjelm dans son livre 



I.E POIME DE PIRAMIS ET Tl i ! 55 

S'il en est bien ainsi, et s'il est vrai qn^Aiwassitt a dos rap- 
ports réels avec Piiamns, il convient de s'y arrêter et de cher- 
cher à les expliquer. Ces rapports ne sauraient être accidentels, 
et il faut ou que l'une des deux cvuvres ait exercé une influence 
sur l'autre, ou que toutes les deux aient subi une influence 
commune. De ces trois hypothèses, la dernière doit être immé- 
diatement exclue, comme le prouve un simple raisonnement. 
Car l'auteur de Viramus imite Ovide ; si celui tïAucassiu avait 
également recouru à Ovide, on ne s'expliquerait pas que les 
deux poètes français se fussent rencontrés sur des idées qui 
n'étaient pas fournies par leur modèle, telle que celle, par 
exemple, de faire alterner les développements narratifs et 
lyriques. Seules donc les deux premières hypothèses restent en 
cause. 

La première est que Pinimus doit quelque chose à Aucassiu. 
Elle n'apparaît pas dès l'abord comme absurde. L'auteur de 
Pinvnns indique l'orii^ine de son sujet, et nous pouvons véri- 
rifier qu'il a suivi Ovide de fort près, tout en amplifiant la 
donnée un peu brève des Mi'iatnorpixws. Mais, même dans ces 
conditions, il est très concevable qu'il se soit laissé influencer 
par une œuvre qui présentait des analogies de fond as.sez mar- 
quées avec le conte qu'il avait entrepris de faire. Toutefois, il 
faudrait admettre que l'auteur d'Auaissiti connaissait Ovide; 
car on ne saurait expliquer d'une autre façon certaines ren- 
contres des deux cvuvres françaises, telles que l'idée de la con- 
vers;ition à travers le mur crevassé, et plusieurs autres encore. 
Or c'est là, si on considère la nature du roman *\\4itcassiu, une 
supposition bien peu vraisemblable ; et d'autre part, il paraît à 
peu près certain qu'on doive admettre l'antériorité de Piramus 
par rapport à Aticassiu. 

Il n'v a plus alors qu'à accueillir la seconde hypothèse, que 
l'auteur iïAucassiu a connu Piramus, hypothèse qui semble 
présenter tous les caractères de la probabilité. Il devient aussi- 
tôt tout naturel qu'on retrouve dans Aucassin plusieurs inven- 
tions qui sont à la fois dans P//v7/;;//j et dans les Mélaniorp/xfses, 
et voici de quelle façon on peut imaginer que les choses se sont 
passées. L'auteur d'.-///r^.f.w';/ était peut-être un jongleur '. Il a 

I. Voy. G. Paris, Poèmes et légendes du tnoyen a'cf, p. loi ss., et Hugo 
Brunner, Ueber Aucassin und Xicolrte, p. i ss. 



5 6 E. FARAL 

recueilli, sans doute sous une forme assez générale et impré- 
cise, un thème, que certains indices ont fait considérer à quel- 
ques-uns comme dorii»ine orientale '. Ce thème, il l'a traité par 
endroits avec une spontanéité, avec une fraîcheur de talent 
tout à fait exquises. Mais, en même temps qu'il s'abandonnait, 
et avec Kmheur, à sa fantaisie personnelle, cet homme, dont 
c'était le métier de connaître des contes et des romans, n'a pas 
pu se soustraire à l'empire de ses souvenirs. Il s'est donc laissé 



I. Voy. G. Paris (/?tVM.;«/(i, 1879,1. VIII. p. 295, et 1900, t. XXIX, p. 291). 
C'est une question dilhcilc que celle de cette origine du thème. Du Mcril 
avait déjà reconnu les rapports d'AuiUssin avec Fïcire et Bhithhfjîcr. Certains 
c -s. comme M. Suchier el M. Brunner, pensent qu'il a connu ce der- 

nier pocme. G. Paris considérait, en 1879, « qu'il ne connaissait le sujet de 
/ ^ue vaguement» (Rom., t. VIII. p. 291); en 1900, il lui semblait 

qu'il avait dû avoir pour modèle une autre forme d'un conte arabe qui aurait 
servi a> l'auteur de Fhirf (Rotti ., t. XXIX. p. 291). Le fait que nous 

ns une source certaine à'Aucassiti apporte-t-il des éléments nouveaux au 
r le ? Il n'est pas possible de croire quAucas<ihi a ser\i de modèle à 

/ il va à cela de graves difficultés chronologiques. Pourrait-on consi- 

dérer que les ressemblances des deux poèmes tiennent à l'imitation de Pira- 
mui ? Il semble bien que l'auteur de Floire l'ait connu : c'est ce qu'indiquerait 
la peinture qu'il fait de la vie commune des enfants (v. 191-268; comp. /*/';., 
M., V. 1^-82, De B., V. 15-76) et aussi la tentative de suicide de IMoire 
acco iéc dune apostrophe à son « grafe ■ (v. 785-798) qui peut passer 

pour une parodie gracieuse de la mort de Pyrame (voy. son apostrophe à 
l'épée. M., v. 721; De B.. v. 758; comp. M., v. 798; De B., v. 853). Mais 
CCS ne sont pas tout à fait certains, et d'autre part Piramus n'offrait de 

modde que pour La première partie de l'histoire qui- fait le fond de Flaire et 
à Aucaniti. Il est douteux que soit venue séparément à l'esprit des deux 
auteurs l'idée de modifier de la même manière la seconde partie de l'aventure 
racontée par Ovide. C'est pourquoi je pense que, si l'un des deux auteurs n'a 
pas connu l'autre, il faut supposer l'existence d'un thème autre que le poème 
o^ndien. Au reste, que ce thème ait été de provenance orientale, rien n'est 
moins sûr. En tous les cas, qu'il ait connu Flotte ou qu'il ait connu un thème 
d'où Floirt aurait pris naissance par ailleurs, il apparaît <\\i^ Aucaain n'a pas 
Piramus pour source essentielle. — Sur les rapports d'Aïuas^in et de Floire et 
^fhr voy. encore l'étude récente de M. Johnston (Matike mémorial 
\ xumf, p. 125 $s.). L'auteur considère les deux poèmes comme deux dérivés 
d'une même source, à laquelle l'auteur de Floirr aurait mêlé des éléments 
ori 



LE POEME DE PIRAMUS ET TISBE 57 

aller à conter des aventures et de beaux exploits ', bien qu'il 
n'y excellât point et parce que « c'était le goût de son temps » : 
on l'a déjà remarqué '. Plus précisément encore, G. Paris a lait 
observer > qu'il a emprunté son dénoûment au poème de Boivn 
dllanstone ; et la fameuse tirade d'Aucassin sur l'enfer a ses 
orii^ines ailleurs ». C'est de la même manière qu'il a dû con- 
naître et imiter plus ou moins consciemment Piramiis : imita- 
tion loitaine, à la vérité, mais appréciable, et qui atteste une 
fois de plus au xii'' siècle le prestige et l'inlluence des récits 
antiques. 

Edmond Far al. 



1. Voy., des le début, le '[, X. 

2. Voy. G. Paris, Potmes et lèi^eudes du moyen a^^e, p. 103. 

j. Ihiii., p. 105, et Rotnania, 1879, t. VIII, p. 294, cl 19CO, t. XXIX, 
p. 291 s. 

.}. Voy. G. Paris, omît, c//^, p. 109 s.; Hertz, Spiebuanushuch, p. 438; et 
Suchier, notes de la 6e édition d\4uaissiti (iTad. Counson), p. 50. 



liTIMOLOjlliS 

iMvOVA\( Ai.i:s irr i-kaxcaisi-s 



ANC. riU)\. A/.AVRA 

Raynouard a rclcvc dcuscxanples du subst. fcm. n:^aura dans 
la f ic de saint Honorai de Rainion Fcraut' ; il le traduit par 
« lanane, barque sarrasine », sans doncr aucune ctimolojic ou 
raprochemant qelconqe. An réalité, le segond de ces exanples 
^t le seul qi figure dans la lli' de saint Honorât (éd. Sardou, 
p. i6i) : 

Gain pcr la proa a près Va^aitra. 

Le premier vient de la Vie de saint Porcaire (éd. Sardou, 
P- 194) ' 

Capareyllan a^iiums c galeyas c naus. 

ht dans ce même texte se trouvent ancore les deus exanples 
suivants : 

Sarrazin, 
Turc, Vandales e Marroquin 
Vciigron am Icntz e anib a^auras. 

{VA. Sardou, p. 200.) 

Can los an gitatz de Yaxaurdy 
Mantenent fuion per la Maura. 

(Ed. .Sardou, p. 205.) 

Partout il s'ajit d'un bateau des Sarasins. 

Le prov. a^aura corespontà l'espagn. 'ahra (raremant a:;abra) 



I. Lex. rotn., II, 161. L'exanplc du diminutif fl^aj/ro qi figure dans Rav- 
nouard, Lex. rom.,\l, 5. provient d'une bévue: voir H. Levv. Prm'. Suppl.- 
W, I, 116. 



ÉTIMOLOJIES PRÛVANÇALIi:S KT FRANÇAISES 59 

et au ponui^. :^tnra. Le Gloss. uaiit. de Jal sit^nale an outre 
le plur. ::^abrc dans un texte italien, mais qi concerne la marine 
espagnole. Il et assés bien fourni d'exanples pour l'espagnol 
et le portugais, mais il ignore l'ancien provançal et ne done 
aucune étimolojie, qoiq'il anrejistre, à Tordre alfabétiqe, le 
turc :^èvraq « petit canot, petite embarcation, nacelle ». 

M. Hguilaz y Yanguas, dans son Glosario etimolo^ico de las 
palabras espaîiolas de orii^eu (>nV;/M/ (Grenade, iS86), a mis an 
lumière l'orijine arabe de ce terme de marine, auqel il consacre 
un article ainsi conçu : 

A/AURA, ;^iibia casi. y base. Fraj^aia pequcna. \'. l-uero de Guipu-coa y el 
Dic.\ Wiititiftio esp. De ./^(/u-n/f, aiawra, suprimida la letra final, « navis, 
barca »y en la glosa c /aura » en R. Martin, " barca » en P. de Alcalâ, 
« navis parv.i, cymba » en Freytag. 

Il ignore donc le portugais et l'anc. provançal. Qant à Tatri- 
bucion à la langue basqe de notre mot, il ne faut l'accepter 
q'avec réserve. Le Dicl. hasque-fraiiçais de Van Lys n'anrejistre 
pas ce terme; mais il et certain qe le bateau apelé an espagnol 
~/j/';ïï a été et et probablemant ancore an usaje sur les côtes de 
la Biscave et du Guipuzcoa avec le même nom; par suite, le 
mot peut jusq'à un certain point être considéré come un 
anprunt fait par le basqe à l'espagnol. 

Les diccionaires espagnols actuels qi se piqent d'être couplets 
n'anrejistrent pas seulemant :^ahra, mais gali\ahra et latnbra . 
Eguilaz ne mancione pas ^aH:{abra. Pour :;jinibra, il propose 
une étimologie arabe (saniariya) qi parait sujête à caucion ; 
-ambra n'êt il pas sinplemant une forme nasalisée de ;abra ? 

Etant douée la forme du provançal a:;aiira et sa presance dans 
les poèmes de Raimon Féraut (le dernier achevé an l'an 1300), 
on peut afirmer qe le provançal a reçu direcremant le mot des 
Arabes d'Afriqe, et non des Espagnols. 

\\. Clément Huart, professeur à l'École des Langues orian- 
tales, a bien voulu m'écrire à ce sujet : « L'anc. prov. /7;^/z//;"rt est 
visiblement l'arabe classique -aurai]"" », avec l'article al-iauraq", 
prononcé a:;j;anrai] par assimilation de 1'/ de l'article devant la 
lettre i, dite solaire (sifflante sonore) et par chute de la voyelle 
finale. La gutturale forte q a disparu parce qu'elle se trouvait à 
la fin d'une syllabe fermée atone. Ce mot arabe est visiblement 
un mot d'emprunt, car il n'a pas l'apparence sémitique, et les 



6o ANTOINK THOMAS 

lexicoi^raplics aralx^s Toni cux-mcnics reconnu ; mais à quelle 
langue n-t-'' ctr omnni'Vr -^ je crois qu'on n'en <.iit rien jus- 
qu'ici. ^> 

rR\K( . nirr.ir 

Dans une brochure qe je viens de recevoir, M. Kr. Xyrop 
conie l'anecdote suivante : « Dans l'argot de rX[l*!cole poly- 
technique] un professeur de géométrie descriptive portait le 
surnom de Bcuwau. Ce mot tire son origine de la prononcia- 
tion défectueuse dudit professeur : il disait hcuvcau pour hivcan 
quand il voulait parler de l'équerre dont se servent les tailleurs 
de pierre. « (^htudcs sur quelques tnétotiynu'es, p. 428 ; .7(V/</. 
ro\. dfs se, et lettres de Dntietnark, extrait du Bulhiiti de l'année 
1911, n" 5). 

Pour ce curieus terme tecniqe, qe le Diiliivniaire de r Acadé- 
mie française n'a pas daigné recueillir, le Dict. général anrejistre 
les formes concurrantes heauveaUy beuveauy Ink'eaUy biveau et 
huirau. On n*a pas ancore signalé le mot dans les textes du 
moyen âge. Godefroy avait noté bureau dans un texte de i$68, 
q'il a comuniqé aus auteurs du Dict. ocuiraï^ sans an préciser 
la nature, et q'il a omis de reproduire dans son Supplément . 

Coigrave (161 1) ne doncqe la forme bureau^ qe conaît seule 
aussi Furctière (1690). Le Dict. du Commerce di: Savary des 
Bruslons (172^) a deus articles qi font double anploi : d'une 
part BEivEAU ou BEVEAi-, de l'autre buveau ou beveau. Dans 
la dernière édicion du Dictiouuaire de Trévoux (1771), il y a 
de sinples ranvois, sous Biveau et Buveau, à l'article Beveau, 
dont la vedète donc seulemant les variantes beuveau et buveau, 
mais dont le texte contient cète curieuse remarqe : « Les 
ouvriers qui disent biviau ou biveau conservent mieux l'étymo- 
logie du mot bivium, chemin fourchu ». Cète étimolojie injé- 
nieusc ne peut être prise au sérieus ' : èle aurait plu à Ménage, 
mais ni Ménage, ni Diez, ni Scheler, ni Brachet n'ont parlé de 
notre mot. Liitré fait cète déclaracion dans son Supplément : 
o ÉTYM. Par analogie à niveau, et comme pour à'wn double niveau, 

I. Cf. M<rveT-' R(*m. rtym. fF., no 1 139. 



ÊTIMOLOJIES l»RO\ ANÇALES tT FRANÇAISES 6î 

instrument pour prendre le niveau de deux plans, le rapport de 
deux plans. » Ce n'èt pas un proi^rès sur les Pères de Trévoux, 
ou je me ironpe beaucoup. Le Dict.^i'n. ratachc A/iv^// à lanc. 
fr. bfZ'fr « biaiser » et sii,'nale le passaje du mot an ani^lais (Mv/) : 
il aurait pu noter aussi qe Tespai^nol possède kiivi'l au même 
sans qe le mot français'. 

L'anc. fr. hnrr et doné par Godefroy d'après un texte uniqe, 
celui de V Album de Villard de Ilonnecourt, p. 163 de led. 
Lassus : « Par chu hvum erracemcnt jngiis, sens molle, par on 
membre. » C et Jules Quicherat qi a proposé de reconaitre dans 
bci'tim (c'est-à-dire bcvum) un verbe bei'cr, non rancontré ail- 
leurs, qe l'existance même de bci'cau lui a paru sufisamant 
caucioner^. (^11 avouera qe ce verbe bci'cr « biaiser » reste 
très problématiqe. 

Malgré le silance des textes avant 1568, Tesp. baivcl et 
l'ani^l. brci'l autorisent à ad mètre an ancien français l'existance 
des deus lormes baivcl et bci'cl . \'ovons maintenant la tiizure 
de l'instrumant an qestion, dit ^ou\a\m fausse éiferc. Sans nous 
anbarasser d'un dessin (on an peut voir dans la Graudc Huc)' 
clopéilie, \'I, 968, et dans le Nouveau Liiroussc illustré, II, 98), 
nous somes sûr de ne pas traïr la vérité an disant qe c'ét un V 
plus ou moins ouvert, plus ou moins béivit. N'èt il pas indiqé 
d'idantifier notre mot à baïvel, diminutif de l'adj. batj<^ * bati- 
vum « qi tient la bouche ouverte « ? Le processus séman- 
tiqe et des plus sinples et n'a pas besoin de ce comantaire 
« admirable » (le mot et de G. Paris '')p:iT leqel Toblera établi 
le raport de baïvel « baliveau » au même adjectif. Au point de 
vue tonétiqe, rèvc)lucion de baïvely se scindant an béveau et 
bivciiu, rapèle cèle de *recadivare ou de *radicare dont 



1. Le motet dans le Dicciouairc de IWcadcmic espagnole (1726) qi l'an- 
prunte, ainsi qe sa définition, au CoiiipemUo iiiathenuUico de Tomas VMccntc 
Tosca, écrivain né an 16) i et mon an 1725. On remarqera, à ce propos, qe 
le mot espagnol qi désigne la coupe ou le plan d'un bûtimcnt et montea, 
anprunté au français montcf, qe Cotgrave donc dans le même sans. 

2. Voir la note qi suit le texte dans l'édicion de Lassus. 

5. Romaniay XXV, 622. Come l'admiracion n'èt pas toujours exante de 
scepticisme, je signale le fait concordant qe « baliveau » se dit an provançal 
moderne agacho, du verbe agculxi « guétcr » et aussi « badaudcr » . 



62 WTOINi: THOMAS 

j'ai parie icx incme. Q.uu ans t'ormcs avec voyclc laMalisée, 
u ou hiiiYéiit, cics irarcicrom pcrsonc, et il et inutile de 
; vrdre du tanps à les justifier. 



1 RAN\. DIAL. DROUI: 

Littré ne done pas d'éiimolojie pour le subsi. fém. Jrouc % 
q'il détînit d'une manière très vague : « nom vulgaire de 
diverses graminées qui fournissent un fourrage de mauvaise 
qualité. » Le Dicl. i^Mnil anrejistre (Jiouc corne un nom dialec- 
tal de l'ivraie, avec la mancion : « origine inconnue ». M. Beii- 
rens raprochc le mot français de l'alem. ihol, dort, Jorlcii, etc., 
qi désigne conçu rramant l'ivraie et le brome, mais il laisse 
indécise la qestion de savoir si le français vient de l'alemand ou 
si l'un et l'autre remontent indêpindamantcà une même étimo- 
lojie*. .\1. .Nïeyer-Liibke tire lironv du moyen breton Jrrani^ 
« ivraie ». avec ccte remarqe : « Les raports fonétiqes ne sont 
pas très clairs, mais l'alem. <//()/, invoqé par Bchrens, et ancore 
plus éloigne puisqel'anciène forme du mot alemand cidurt » ♦. 

Le raprochemant avec l'anc. haut alem. îurd^ anc. bas saxon 
dttriht a été déjà fait par Grandgagnage, qi a an outre mis an 
cause, et avec plus d^ raison, le néerl. dnriik k coquiole, 
folle avoine» ». A ce propos, je ne saurais mieus fiire qe de 
citer, an le traduisant, l'article qi figure dans la sètième édi- 
cion de VHlxm. ïf'arterh. dcr dcutschcv Sprâchc de M. 1t. 
Kluue, au mot trkspe : 



1. K . XXXVIII, j72 (an. rf.chiver) ci jjj (art. righr). 

2. Mot provincial qi et devenu familier aus botanistes depuis qe Lam.irck 
(Picard de naissance, corne on sait, puisqe né à Bazcntin, près de Péronne) 
s'an et servi pour désigner le brome {c(. ïîucycl. ttie'lh., liotan., t. I, 1783, 
p. 46$ .ou DROUE, liromui »). \. L. de Jussicu fait corne Lamarck 
(Gt- :um, Paris, 1789, p. î5). — Comunicacion de M. le I)f P. Dor- 
veaux. 

5. Bfttid^t -ui J/dn^. H' iiiJ (jiiiitim., p. 55 J. 

4. Rom. elym. /f'., n» 2766. A vrai dire, dreaucq, àrreiuq (la lornie drcaug, 
r c par M. Mc>er-Lûbkc, doit être une faute d'inpression) et du moyen 

brtujn p ' • ;'c, car il et doné pour la première fois par le Père Gré^ire de 
Rostrencn, au dis-uitième siècle (1752). 

j. Dut. éijrm. de la langiu walhnru, art. drawk. 



ÉTIMOLOJIHS PROVANÇAI.KS ET FRANÇAISES 63 

Trespe, (ém., moi saxon -silcsicn, du moycn-(luui-)alcm. trisp' ivraie », 
avec les formes parallèles (pur haui-alem.) Irtjs^ trt/sf, masc. (pour sp, de 
/f, voir knospf',- kfi<f el ruûsp^ru). Les dialectes modernes de l'alenund (par 
ex. an Thuringe) cul //r//", qi s'acorde avec le nécrl. (Jial.) •/r«'/», auqel 
s'ajoute le n«}crl. moyen el moderne (//ti ni = l'anal, (depuis le xivc siècle) 
(inmk (forme anglo-saxone primitive •cin»/<x'.) Si la base jermaniqe supose 
une forme indo-jermaniqe Jhrepo- : ilbropo-, et si une parante orijinaire existe 
avec le breton lïicok, ilraok, qi a le même sa»îs, la chose èl incertaine. 

On voitconbicn ce coup d'cuil de M. Kliige élarjit le cli.inji 
de la recherche '. Faisons maintenant l'invantaire de ce qe four- 
nit le domaine franv;ais propre; ce n'èt pas peu de chose, et je 
ne me tlate point d'être absolumant conplet. Il et bon de 
comancer par les patois pour ariver ansuite aus textes du moyen 
àje, car la lumière du présant se projètera utilemant sur le 
passé. 

A l'apui du leuioi^iiaje de Grandj^a-uai^e pour le walon (à 
Liège dnki'Cy à \amur Jriiiiur), j'ai noté par surcrois dnnc à 
Saint-Hubert, dans le Luxembourg belge, avec le même 
sans •. 

VAllas Uu^uisliiiHi' de .\L\L Gilliéron et pAlmoni a une carte 
IVRAIE (n*" 706), de laqèle il résulte qe notre mot (avec de 
léjêres variantes) n'a été rancontré qe dans la réjion walone, à 
savoir aus cinq points suivants : 176 (Chiny, dans le Luxem- 
bourg belge) (//<*'v, 183 (Saint-Pierre, //'/(/.) (//'/tic', iS8(lLiybes, 
dép. des Ardennes) drkv^ 193 (Dolhain, com. de Limbourg, 
prov. de Liège) drtnvy et 199 (\\'avre, prov. de Brabant). 

W. Charles Bruneau, au cours de son anqête linguistiqedans 
les Ardennes, a recueilli drincà Landrichamps, canton de Givet, 
et drattîL'ck Ham-lcs-Moines, même canton, au sans d'« ivraie» ; 
à Neuflize, canton de Juniville, on lui a signalé dran au sans de 
« graminée nuisible dans les prairies artiticièles » (probable- 
mant le Bromus arvcnsis) ; je le remercie de son oblijante 
comunicacion. 

Notre mot et très rép.mdu an Lorraine, spécialemant dans 
le départcmant des Vosges, sous les formes drak^e, drani^c, dn^^c, 
dtrugCy droCy droite, droye, et il i désigne, selon les localités, tan- 



1. Cf. l'art. DRAWK du Nfii' Engl. Dictionary de sir James Murray. 

2. Ktv.de phihl. fr. et prov., IV, 205 'P Marchot). 



64 ANTOISK THOMAS 

tôt l'ivraie, tamôi le brome ' ; la dernière tonne, écrite abusive- 
niant liroilU, a été siiznak^c à Mirecourt, dès 1796, par Tessier ^ 
On le trouve aussi dans la partie scpiantrionale de- la l'ranche- 
Comté, province limiirofe des \*osges, noianiant .\ Plancher- 
les-Mines (Haute- Saône), sous la forme i/rcv, apliqé au brome 
stérile '. 

An Chanpagne, an Picardie, dans la l'iandrc rranv;aise et an 
Artois, notre mot parait inconu ; mais peut-être f^uit il voir 
son radical dans draWCy dravicy ihavicrCy noms sous lesqels on i 
désigne un mëlanje de plantes fourajèrcs (an français courant 
drajêe *) destiné à être consomé an vert par les erbivores 
domestiqes : le mélanjjL' varie selon les licus, et les plantes qi i 
antrent sont surtout l'avoine, la vèce, l'orje, la fèverole, la lan- 
tille et le trèfle. Notons d'ailleurs l'existance, an ancien lillois, 
àcdrai>Cy terme qe Rolland apliqe, à tort ou à raison, à une 
variété de vèce, la Vicia sativa hicmalis ». 

An Normandie, les frères É. et A. Duméril anrejistrent 
drouc " espèce d'avoine n ^. Moisy fait de même, mais détînit 
plus strictement : « espèce d'avoine de qualité inférieure " ». Avec 
plus de précision ancore, M. Ch. Joret, dans sa Flore populaire de 
Xorniûtidiey nous aprant qe droe ou droue désigne couramant le 
brome et la fétuqe, et qe drouille, plus rare, se trouve come 
nom de l'ivraie. 



1. HailUnt, Flore pop. dfs Vosges, p. 190 (art. imo.MUS et serrafalcus) 
et 194 (art. lolium). 

2. Encyd. m(t}y*di4jiu. Agriculture, t. IV : « DROiLi.t. Nom que l'on 
donne a Mirecourt en Lorraine à la Droue, plante qui croît dans les blés. ». 

5. D»^ Poulet, Essai d'un i-ocah. étym. du patois de Pliincher-les-Mines,p.li}. 
L'auteur raproche le mot de l'alem. trespe. 

4 . Primitivemant dragiu, d'où dragie (Crétien de Troyes, Percn'al, dans 
Godcfroy, Caw/)/., IX, 413, etc.), qui peut représenter un tipc *d ravie a ta. 

5. Flore pop., IV, 227. 

6. Ils invoqcnl justemam Tanc. fr. droe d'après Courtois d'Arras, dont il 
sera qcstion ci-dessous. 

7. Il cite fort a propos (p. 216) un passaje de VOruisoti sur la calomnie de 
Vauquelin de La Fresnaye. p. 251 : v séparer avec le crible la drouê et Ty- 
\Toye d'avecques le froment. » Il et moins bien avisé, dans son Supplément, 
p. 706, quand il fait conplaisamant la rcmarqe suivante : « L'on a dit que 
b droiu était la doura ou dlxfrra des Arabes. •- Bien aniandu, l'arabe durrâ, qi 
-^ gne le sorgho, n*a rien à voir dans l'afaire. 



KTIMOLOJIKS HROVANÇALES KT FRANÇAISKS 65 

Au sud-ouest de l;i Normandie, le Glossiiirc des parlera du 
Bas-Maine de M. Dottin nous fournit drd\ apliqé au Bromiis 
arvensis. 

Dans la Bretagne franv;aise, à Saint-Donan, près de Saint- 
Brieuc, M. l'>nault signale drèu « sorte de mauvaise herbe » '. 

Anlîn, dans le Poitou, l'abé Lilanne signale droue, corne nom 
de y A^rostis stolonijera L. (graminée voisine du brome), à Mon- 
contour et à Tlsle-Jourdain (Vienne), et droye, come nom du 
ray-grass, à Celles (Deus-Sèvres) ; j'ignore s'il s'ajit du ray- 
grass de France, variété d'avoine, ou du ray-grass d'Angleterre, 
variété d'ivraie, mais peu inporte. Dans la Basse-Gâtine (anvi- 
rons de Parthenay, Deus-Sèvres), C. Fuicliaud a relevé le subst. 
fém. drce, q'il traduit par << ivraie » \ 

Remontons maintenant aus anciens textes français. L'article 
DROK de Godefroy contient sis exanples, qi vont du comance- 
mant du xiir siècle au comanccmant du \\v , avec cète détini- 
cion mal venue : « sorte d'ivraie, espèce de brome, bromus asper^ 
droc \ qui gâte les blés. » 

Le premier vient du /}// du hesaiil : 

Desus le biau furmcnt sema 
Garzcric cJroe e nccic. 

La présance de la,<;^;'^fnV, mot qi désigne presqe invariable- 
mant l'ivraie, au moins au moyen àje, assigne à droe le sans de 
« brome ». 

Le deusième et tiré de Courtois d'Arras : il an a été qestion 
ici vwiiwc (^Ronumia, XXX\', 494). Dans la réédicion de ce petit 
poème, qe vient de doner W. Laral dans Les Classiques français 
du mo\en dije (Paris, Champion, 191 1), au glossaire, JnM'^ et 



1. Krc'. ct*//., V, 218 ; cf. \c Gloss. moy.-hrelon, du mcmc, p. 197. L'auteur 
raiaclie au breton dréok « le français droc ». J'ai peur qe ce prétandu mot, 
anrcjistré pour la première fois, sans indicacion de provenance, par Tessier 
{Encyd. métÏKxiiijue , AgrUnlture, t. IV, publié an 1796), corne un « nom 
qu'on donne à l'ivraie », ne soit une simple coqille lipografîqe pour Jriv; 
aussi je le laisse de côté, bien q'il traîne dans beaucoup de diccionaire^ français. 

2. Rev. Je phil.fninç. et proi'., VII, 42. 

5. Sur droi, voir la remarqe faite ci-dessus, n. i. 

Romtdnia, XLl. r 



66 ANTOINK THOMAS 

traduit par <« ùiul, >oiic d'ivraie » ; il s'ajit pluioi, CDinc )c Tai 
dit, /or. laïui., du Btvmus sccalittui '. 

Le troisième et anprunic^ à VOiloi^e de Sopuucc, ouvrajc mis- 
tiqc écrit an latin par Henri Suso, traduit an iVanij-ais, an i ^S9, 
par un maître an tcolojie de Lorraine. Le traducteur écrit « la 
neclle ou la drof ' » là où l'auteur n'a qe le mot latin ^/;j;//V/ ; 
par «/nvii antand probablemant l'ivraie plutôt qe le brome. Il èi 
à rcmarqer qe dans l'édicion parisiènc publiée par Antlioine 
Verard (lonjars 149?, anc. stile; Bibl. nai. Ké.s. D. 2526) on 
ne trouve qe « la nyelle » (fol. e iii r°) : céte proscripcion peut 
être considérée come due au caractère provincial de notre mot. 

Le qatrième provient de l'édicion de 1516 des Protifîti cbam- 
pestres de Pierre des Crcscens, où on lit, fol. 28 r' : « Et la drœ 
empesche le bled. » On sait qe l'auteur, citoyen de Bologne, a 
composé an latin et terminé an 1 304-06 .ses Ruralia commodu ^ 
lesqels ont été traduits an français, an 1373, par ordre de 
Charles \' ; maleureusemant, le traducteur a tenu à i^arder 
l'anonime '. Le pa.ssajc cité par Godefroy et tiré du chapitre 14 
du livre XI, où droc correspond au latin loUiim. Ayant consulté 
un manuscrit du xv^ siècle (Bibl. nat.fr. 12330), j'i ai relevé la 
variante drouc pour ce même passa je (fol. 305*). Cet un détail 
insignifiant; mais ce qi et plus intéres.sant, c'ét q'au chapitre 12 
du livre III, le manuscrit ofre la rubriqc suivante (fol. 64') : 
« Cy parle de l'ivroye, q'on appelle drauc \ autrement hcsain^, 
qui enyvre et fait douloir la teste. » Le mot besaing manqe 
dans Godefroy ; on peut constater q'il et ancore usité, come 
nom de l'ivraie, dans les départcmants de Saône-et-Loire, 
Allier, Ain, Loire et Puy-de-Dôme •. L'étimolojie m'an et 
inconue. La rubriqc an qcstion, particulière à ce manuscrit, n'a 
pas passé dans les édicions, lesqèles douent jénéralemant droc 
dans ce passaje ^. 

1 . Godefroy enrcjistrc dravr, d'après un des manuscrits de Courtois d'Ar- 
ras, et traduit par « fourrage de grains mêles /». 

2. Bibl. nai. fr. 457, fol. 2} vo, ire col. 

}. Cf. L. Delislc, Rah. sur la librairie de CImi les F, I, 115. 

4. Le rubricatcur a écrit drane\ mais, à la suite de la rubriqc, on lit : 
1 Draue^ qe l'en appelle yvroic, si croist entre les fromrns. » 

>. Voir la carte 706 de V Allai linguisligue. 

6. M. le Dr P. Dor\'eaux me signale l'ai léracion de droe an dire dâ\is l'édi- 
cion d'Anthoine Verard (Paris, i486), fol. 44 vo, col. 2. 



ÉTI.MOLOJIKS FROVANÇALES KT FRANÇAISES 67 

Le cinqicmc vient du Ciitlx^liron de Jehan La^adeuc, coiipi- 
laci(.)n rédijée an I-I64. Maleureiisemant, Godetroy a omis le 
mot latin glosé par Lai^adeiic, ce qui nuit à la pleine intéli- 
jance de la glose, et il a omis aussi d'indiqer l'article sous 
leqel se trouve cète glose. J'ai réussi, à force de recherches, à 
conbler cète double lacune, et je done l'article conplet, non 
d'après la réinpression abréjée de K. 1-. Le Men (Lorient, etc., 
sans date), mais d'après l'édicion orijinale ('l'réguier, 1.49^;) : 

SAERHGUÈN', ^[ii/Z/Vc] gliceroii ', /[.i////tj licc lapa, c, ^Icion ou Jioyf qui se 
hcrt a la robe . 

11 et manifeste qe Lagadeuc a voulu distinguer deus plantes 
ausqèles s'apliqe le mot breton, la bardane comune {Arclinni 
L.) et le rièble {Galium L.), come l'a tait, par exanple, Le 
Gonidec dans son Dict. ù'ito-hrcton (Angoulème, 1S21), où on 
lit l'article suivant : 

SKRÉGEN, S. L Nom de plante, dont il y a deux espèces, que l'on distingue 
en sèrè^en vrai, qui est la bardane ou le glouteron, et en sèiègen vihan, qui est 
le gratteron . 

On sait qe la bardane et le rièble, malgré la botaniqc, sont 
jénéralemant confondus sous le même nom {oleton^ glouton, ^la- 
ton, grateron, etc.) dans les parlers populaires français aussi bien 
q'an breton -. Toujours et il qe c'èt le rièble, et non la bardane, 
auqel, à tort ou à raison, Lagadeuc apliqe le mot français droyc 
come sinonime de i^leton ''. Nous voilà loin, à ce q'il sanble, 
des graminées, l'ivraie, la fétuqe ou le brome, avec le témoi- 
gnaje de Lagadeuc. Je termine d'abord la critiqe de l'article de 
Godefroy, avant de m'étandre sur la qestion qc soulève le cin- 
qième exanple. 

Le sisième et dernier exanple de Godeiroy vient de Du Wez 
et et anprunté à la gramaire qe cet auteur a dédiée, an i)S-, 
à Marie, tille d'Henri \'III : Du Wez anploie concurramant 



1. Sic\ faute probable pour gliieron. 

2. Voir Rolland, Flore pop., VI, 240 et s. {^^laLcion — iiébU)i:l VII, 125 
et s. (bardane). 

5. Ce qi n'anpêche pas Godefroy (an. gleton; ^i, ^pres lui, Rolland 
{Flore pop., VIL 157) d'apliqer uniqemant à la bardane le lémoignaje de 
Lagadeuc. 



68 ANTOINK THOMAS 

ivraie, jargeric et <//iv pour traduire les dcus mots anglais (A//7/(7/ 
(lire daniell) et ;jyafî\, qi sont sinonimes et s'apliqcnt à l'ivraie 
propreinant dite '. 

Godctrov n'a pas coiui l'cxauple de N'auquclin de la Frcs- 
nave dont j'ai parle ci-dessus -, mais cela inporte peu. Ce qui 
est plus ctonant, cet q'il ait oublié de citer un autre exanple, 
probablemant le plus ancien de tous, leqel fiL;ure pourtant dans 
son Dictionnaire sous l'article ckincikr '. Il et tiré du poème 
de la Gciicsc d'Évrat, achevé à la tin du xii*^^ siècle >, leqel an 
contient un segond, que ne mancione pas Godetroy '. \'oici 
les deus passa jes d'Mvrat, qui sont relatifs au son je de Josef 
et à son interprétacion allégoriqe, d'après le ms. Bibl. nat. tV. 
12456, non utilisé par Godetroy : 

Gc vique nos .xij. astïens 

En un champ ; iqui fasïens 

Jarbcs et senz vecc et scnz drowe ; 

ChacLins de nos lioit la so\ve(fol. m l'o, col. 1). 

Lo li'arge et la dnra:e et la vece 

Ne reniant por nule perece ; 

Si l'en gete on al creincier, 

Que puis n'i puet on rien pincicr (fol. 113 r", col. 2). 

Pour le deusième extrait, le ms. fr. 12457, fol. 82 r", col. 2, 
done : 

Li garie (= got'jc), la Jroe, la vece. 

Le ms. fr. 900, fol. 90 V, col^ i, done de son côté : 

hzgjrge. 1.1 iiroc et la vece. 

Il n'êt pas douteus qe la leçon lo warf^c de fr. 12456 doive 
être corijée et lue : la wargc. Le mot manqe dans Godefroy, et 
c'ét domaje. Je n'an sais pas rétimolojie, mais il et certain qe 
warge et le nom de l'ivraie dans une réjion étandue dont YAl- 



î. Voir la réinpression de Génin dans son édicion de Palsgrave, p. 915. 

2. P. 64, n. 7. 

5. Sur l'euvre et l'auteur, voir J. lk)nnard, TraJ. di' la Bible en vers 
/ran{.j p. 105 et s. 

4. Cet à mon confrère et ami M. L. Auvray qe je dois l'indicacion de cet 
exaople inédit. 



ÉTIMOLOJIES PROVAXÇALES ET FRANÇAISES 69 

las liii^^iiistiqitc de MM. Gilliéron et FAlmont nous permet de 
nous faire une idée : nous i trouvons, enéfet, à profusion varj\ 
îuarjy vorjy vcrj, etc., dans qatre départemants (Marne, Haute- 
Marne, Meurthe-et-Moselle, \'osges), avec une pointe dans la 
Haute-Alsace, à la Poutroye '. Donc, ici ancore, il convient 
d'api iqer dnru'c, droc au brome, la conaissance du mot luarge 
confirmant, par surcrois, l'orijinc chanpenoise du poète Hvrat. 
Reprenons maintenant le témoignaje, jusq'ici isolé, de 
Lagadeuc sur droye « rièble », et voyons ce q'il vaut. Sinon au 
sans de « rièble », au moins au sans de « bardane » (et j'ai dit 
qe la confusion des noms des deus plantes et un fait indé- 
niable), l'étude des patois vivants justifie La^^adeuc. Rolland 
a groupé les indicacions suivantes pour la bardane ^ : 

droye, f., anc. fr., Godefr. 5 ; drout:^i\ i., vaudois, Parterre de médecine, 
Genève, 174); <////nv, f., daupliinois, charbot ; dreu, f,, drcù, f., Ruf- 
fey-l.-B. (G. -d'Or), joign 4. — Broye-l.-P. (Hte-Saônc), Phrr J. 

Il aurait dû i joindre la mancion suivante, qi se trouve iso- 
lée à la p. 13 1 : 

draouvio, f., Luc-en-Diois (Drôme), c. p. m. Ed. Edmont. 

Cet le point 857 de la carte 112 Qmrdaiic) de V Atlas linc^nis- 
tiquc de MM. Gilliéron et Edmont, où je cueille an outre l'in- 
dicacion conplémantaire suivante. Aus points 10 r (Flavigny, 
Cher) et 102 (Parigny-les-Vaus, Nièvre), c'èt-à-dire sur les 
confins du Berri et du Bourbonais, la bardane et désignée par 
l'expression feuilles de droiie, an grafie strictemant fonétiqe : 
fœ\ de drfi. D'autre part, pour la réjion franco-provançale, le 
doven Bridel ^ ofre l'article suivant : 

Droutzche, drutche, s. f. La patience des Alpes, Rumex Alpitim, plante 



1 . Carte 706 (ivraie). Notons qe l'on trouve vor^e corne nom vulgaire de 
l'ivraie (Loliutn tem nient iiw L.) dans E. A. Duchcsne, Rcpert. des plantes utiles 
et des plantes vénéneuses (Paris, 1836), p. 15 . 

2. Flore pop. y VII, 137. 

3. C'èt le témoignaje même de Lagadeuc mal interprété. 

4. Joigneaux, Monogr. de Ruffey-lès-Beaune, avec un glossaire, 1888, 

5. Perron, Broye-lès-Pesnies, hist., etc. (avec un glossaire), Besançon, 
1889. 

6. Gloss. du t>ntois de la Suisse romande, p. 121. 



70 AN'TOTNE THOMAS 

qui croît autour des clialets et qui est employée pour engraisser les porcs. On 
donne le même nom aux diverses espèces de bardane (Alpes). 

An ce qi concerne la bardane, au moins, Bridcl et bien infor- 
mé. La Flore [\^pnlaire lic la Savoie de Constantin et Gave ' a 
recueilli Jravasse, corne nom de la bardane à grosse tête {Lappa 
major) dans la valée de Boëge (Haute- Savoie) et dourjhe, drû- 
jlk\ come nom de la bardane cotoneuse (Lappa tonienlosa) dans 
trois comunes du canton de Thonon-les-Bains (même dép.). 
Je note, an outre, dans le Dict. du patois des environs de Grenoble 
de Ravanat', les deus articles suivants, dont le dernier, 
anprunté à Charbot, fait double anploi avec une citacion de 
Rolland, mais permet d'afirmer qe le premier vise bien la bar- 
dane : 

Driva, s. f. — Plante commune dont les feuilles sont larges et épaisses. 
Druive. s. f. — On nomme vulgairement de ce nom le fruit du lappa 
major rCharbotV 

Qel qe soit Tétonemant que nous an éprouvons, il paraît 
évidant qe le même vocable a désigné, d'une part, des grami- 
nées (l'ivraie, le brome, la fétuqe), d'autre part, une floscu- 
leuse (la bardane), voire, par extansion, une rubiacée (le riêble) 
et une poligonée (la paciance). Or ce nom, à qele époqe apa- 
rait il dans les textes de l'Occidant ? L'inconparable Corpus 
gJossariornni Jatinoruw va nous ranseigner. Dans le ms. A'atic. 
Regin. 1260, du x^ siècle, se trouve une Interpretalio herharutn 
vel pimeutorum, reproduite dans des manuscrits plus réçants 
(notamant Bern. 337 et Vatic. 4417), où se lit la glose sui- 
vante : « lappa drauoca ^ ». Ce terme barbare ainsi latinisé, et 
qi se retrouve plus tard, qoiqe raremant, contracté an draiica, 



1. Cf. Remania, XXXVIII, 476. 

2. Cf. Roniania, XL, 479-80. 

5. Corpus cité, III, 592, 30; cf. ihUL, 613, 61 et 626, 7. Ce texte n'avait 
pas cchapéà Rolland, mais l'infatigable conpilateur n'a pas su an tirer parti ; 
cf. Flore pop., VI, 240 et VII, 125. Dans le Vatic. 4417, on a-ajouté : aniara 
foliutn (sic). Cète glose suplémantaire expliqe la traduccion française qi se lit 
dans le Glossaire de Tours, réiriprimé par W. Foerstcr et E. Koschwitz, 
Allfrau;. Uebun^sbuch (4e éd., 191 1), col. 2 II, n^ 151 : « Glis, lappa vel 
bardana. rofmanice] amers fue:(. » 



ETIMOLOJIES PROVANÇALES ET FRANÇAISES 71 

voire masculinisé an draiiciis ',• corespond si exactemant à la 
forme anglo-saxone *drafoCj postulée par l'anglais draick, et au 
néerl. dravih, q'on ne peut ésitcr à lui assigner une orijinc jer- 
maniqe (sans raport, bien antandu, avec (///;7), et à ratacher à 
cète même orijine le français droite, dont le sans primitif serait 
celui.de « bardane - ^). Cornant s'èt fliite l'évolucion de « bar- 
dane » à « brome, fétuqe, ivraie », je l'ignore. Mais il sanble 
que le latin lappa lui même i ait participé, au moyen aje, si 
Ton an juge par des gloses où il et anployé pour expliqer apa- 
n'iie (^^rtc izap'lvr;, propremant le rièble) : lappa que in fnmien- 
tis crescit '. Si la bardane ne pousse pas dans les blés, une variété 
de rièble, le GaJiiiin tricorne, i tient conpagnie aus graminées 
tèles qe le brome, l'ivraie, etc. On peut donc suposer que c'êt 
le rièble des blés qi a contribué à fiiire passer notre drauoca du 
sans de « bardane » à celui de « brome », etc. 

FRANC. ÉCOBUER 

La notice étimolojiqe consacrée par Littré au terme agricole 
écobtier, dont la notoriété et relativemant réçante -^jêt absolumant 
sans consistance. Il cite l'anc. franc, escobatre, sans remarqer 
q'il faut lire esconhatre > ; il se demande ansuite s'il faut ratacher 
écohuer à esconhe, balai, ou s'il faut i voir un mot conposé dont le 
premier élémant serait écot, bcâton, sans indiqer l'inpossibilité 
absolue d'accepter l'une ou l'autre de ces deus manières devoir; 
il termine an douant l'étimolojie de ... ccopisse « accion de cra- 
cher ». C'êt un pot-pouri, come on voit. Le Dict. f^énéral pro- 
pose (i'an fais mon nied citlpà) un aparantemant inadmissible 
antre le verbe français et le verbe provançal esbo~igar « défri- 



1. Diefenbach, Glosarium latiuo-germain'cuni, s. v. 

2. Peut-être aussi le breton drcoJc, draok, dréaucq, etc., dont le raport avec 
l'adj. dréo « gai, un peu ivre », proposé par M. Ernault, dans son Ghss. 
moyen-breton, Ql accepté par V. Henry, dans son Lex. ctym. du breton mod., 
ne serait alors q'une reformacion à l'imitacion du franc . ivraie, ivre. 

3. Corpus glûss. lut., III, 535, 37; 549, 4), etc. Cf. l'article Galinm npa- 
rine dans Rolland, Flore pop.; Vl, 240. 

4. Le Dict. de l'Académie ne l'a admis q'an 1878. 
3 . Voir Godefroy, escombatre. 



72 ANTOINE THOMAS 

cher ». Il donc au moins dcusjiocions exactes, à savoir r' qe 
le mot vient des dialectes de l'Ouest, 2° q'il ofre, dans ces dia- 
lectes, les variantes loluur, ^ohu^y é^i^ohiia . Sans être an état de 
rcsc^udre à fond le probli^me qe pose ce singulier mot, je crois 
utile de dire ce qe j'an sais aujourdui, ne fût ce qc par manière 
d* êtimolojiqe supcrtîciel. 

On trouve dans Godefroy (et déjà, qelqe vint ans aupara- 
vant, dans le Glossaire du patois poitevin de l'abé Lalanne) un 
texte poitevin de 1519, où figurent et le verbe ,i,W';/<T et le subst. 
gohttiSy ce dernier au sans de « térain écobué «.Cela parait être 
le plus ancien exanple q'on ait cité jusq'ici, car la partie de 
la Coutume de Bretagne, d'où Littré a tiré le verbe i'^obner', n'a 
été rédijée q'an i)>9*. Godefroy déclare qe cet ancien 
verbe i^obuer « vient par aphérèse » de égobucr. Cet une étranje 
concepcion, digne du tanps où l'Académie française proclamait 
qe le latin temnere venait par aférèse de contemnere. Un 
eureus hasard m'a fait rancontrer au xV^ siècle le substantif apa- 
ranté aus verbes ^i?/'mT et égobtier, ce dernier ayant manifcstcmant 
été d'abord *es!:^obiter. Ce mot précieus, sur l'étimolojic duqel 
je ne sais maleureusemant rien, se trouve dans l'article sui- 
vant du CatJxtlicoft de Jean Lagadeuc, rédijé, corne on sait, 
nn 1464 : 

SAECAL, ^"Oinw- saigic ou ic^uurgon, latine lioc sigallum, sigali. Undc siga- 
liceus, sigalicea, sigaliceum, f;allicf âc saiglc, ut panis. sigaliccus, b{ietonice] 
bara segal. Itrm hec sigalonia, c, ^(a/Z/V^-Jgaubu, l{rflottice] douar marr '. 

Le CatMieofj de Jean de Gênes, qe Lagadeuc devait avoir sous 
les ieus, après avoir mancioné l'adj. sioalouius, a, m/;/, ajoute: 
« Unde terra que tali annona abundat dicta est Sigalonia ♦ ». Le 



1. Daas le corps de son Dictionnaire, III, 15, Godefroy a donc un extrait 
plus étandu avec la définicion erronée « lier les gerbes », an ajoutant, je ne 
sais sur qel fondcmant : « Les paysans lyonnais emploient encore égohuer 
dans le mcmc sens. » Dans son Complément, IX, 423, le même extrait 
reparaît corne représanunt istoriqe du verbe français actuel (cobuer avec la 
définicion du Dict. ^('tifral maladroitemant copiée. 

2. Cf. le Dut. général, 2X\. tcoBUEB. 

3. Je ne cite pas la réinpression abréjée publiée a Lorient (sans date) par 
F. Le Men, mais l'édicion orijinale (T réguler, 1499)- 

4. Édicion J. Petit CParis, 1506), art. sigalum. C et probablemant le payis 
de ^dans la Vie de saint Avit Sfcalaunia) qe l'auteur a an vue. 



ÉTIMOLOJIKS PROVANÇALES ET FRANÇAISES 73 

Gonidcc traduit inarr (mot anprunté au français, corne on 
sait) par « marre, espèce de grande houe, servant particu- 
lièrement à écroûter la terre pour en brûler les mottes ». Il et 
inpossible de mieus défmir récobuaje, et cètc détînicion — si 
Ton tient conpte d'une observacion du comte de Montesson ' 
— établit solidemant ja forme primitive du radical du verbe 
provincial q'on a francisé au petit boneur an àobuvr. Pour 
Lagadeuc, i^aiihu équivaut donc à l'expression bretonc douar 
viarr « tère travaillée avec la grande houe », c'èt à dire l'cobuà. 
S'il a u la pansée bizare de ratacher l'idée de « gattbu » à cèle 
de « seigle », c'èt q'an Bretagne l'écobuaje ne se pratiqe guère 
q'an vue de la culture de cète céréale. Maleureusemant, ce 
^auhii, qi doit être un masculin, fait plutôt l'éfet d'être un subs- 
tantif verbal tiré de i^auhner qe la base même du verbe. 

ANC. FRAXÇ. GAXGïi 

Ce mot, dont Godefroy n'a qu'un exanple, ètanployé à plu- 
sieurs reprises par Desdier Cristol, prieur de Saint-Maurice, 
médecin de Montpclier, dans sa traduccion française du De Jxmesta 
vohiptatc de Platina, laqèle a joui d'une certaine vogue au 
xvi<= siècle- . Le traducteur apliqe le pluriel i^'atii^es aus ouïes des 
poissons, apelées hranchiae par son modèle. \'oici les exanples 
qi m'ont frapé, d'après l'édicion princeps, finie d'inprimer à 
Lvon, par Françovs Fradin, le i8 avril 1505 : 

(fol. 87J). A tous Icvcras rescaillc, et leur arracheras Xnsgan^es ou oreilles 
qui sont rouges..., excepté la salpe et [lajlassye, desquel/, l'en tire les entrailles 
par les oreilles ou gatii^es. 

(fol. 93). Du loup de mer et de Vahse. Or dit Platine que le loup de mer se 



1. VoCiïh. du Haut -Mai ne, 3c éd. (1899), p. 217 : « Ec.vlbuaige, s. m. 
ECAL'BDF, s. f. ... La manière dont nous prononçons ces mots et le sens que 
nous leur donnons semblent les rapprocher de êchiiubouiller, soit dit sans 
aucune intention d'étymologie, et pour faire remarquer, au contraire, que ce 
serait un non-sens. » 

2. J'ai déjà u l'ocasion de citer plusieurs fois cet opuscule, dépouillé par 
Godefroy d'une façon assés superficièle; voir notamani Roniania, X.XXIII, 
181 (art. EVTRF.vEN'iEux), et mes Xouv. H<sai.<. p. ;i9. n. i. et 365, note 
compl. sur l'art, esperbo. 



74 ANTOINF. THOMAS 

doit rostir sur le gril, s'il est celluv que vulgairement on appelle <î/tw, levées 
les oreilles om gMtt:rs et par icelle part tirées dehors les entrailles. 

(fol. 9$0- l-c lus ou hochet... devourc les petis poyssons, auquel la 
perche, "'"-.o de son cscaille et aureilles ou ^amlrs très aspres, résiste. 

Je ne trouve rien, ni d.in.s le provançal ancien ni dans les 
patois mêridionaus actuels, qi coresponde ;\ ce i^ntii^c ou i^aucJx 
Je Desdier Cristol. Les textes du moyen âje n'ont (\c i^al attira ' 
ou iiaunïki^ ; Mistral n'anreiisire C[Q i^arausso, i^anjcUo q\ f^aupw. 
Mais i.'<7Wi;V fait invinciblemant pansera Talemand iiv/;/,i,v « joue ». 
Le dêvelopemant sémantiqe « joue » <C « ouïe de poisson » 
et continué non seulemant par Tanploi dans les deus .sans qe 
fait le provançal moderne de i^aufcUo et de ^i^aiti^no, mais par 
celui de l'alem. kirfcr cl kimi, qe diférants dialectes apliqent aussi 
aus ouïes des poissons \ On sait qe l'ital. i^uaucia « joue » se 
ratache à l'alem. aoui^c par un tipe * wankja *. 

Peut-être faut il aussi reconaitre le mot alemand dans le 
béarn. î^an^tu « arête, ligne de jonction de deux versants de 
montagnes » >, an suposant qe le mot béarnais s'êt d'abord 
apliqé au versant et non à rareté : an fait, Mistral anrejistre 
gauto « joue » au sens de « flanc d'une montagne, versant d'une 
colline ». 

ANC FRANC. GLESTE 

GksU et un substantif féminin dont Godefroy a recueilli un 
exanple, mais q'il ne définit pas. Cet exanple uniqc et ainsi 
raporté dans le Dict, dcFaur. langue frauc., W\ 289, col. 2 : 

Une i^lcite pour soi mouvoir 
Sans mouvceur. 

(Fdb. dOv., Ars. 3069, {<> 22)*.) 

1. Voir Ronunia, XXXI V, 20I. Il et peu probable qc cet énigmatiqe 
galau^a se ratache au lat. gai la, corne l'espagn. iigalla^ leqel désigne 
aussi les ouïes des poissons. 

2. Raynouard, L/x. rom., m, 446. 

). Voir Kluge, Etym. IV. Jer (Uutuljfti Spr., 7e éd., art. KIFME. 

4. A noter, dans les Rf(h. itaJ. et franc. d'Antoine Oudin (2« éd., 1655), 
• f **/?". 1-* joué », de l'alem. 'wan^r, et w gau^ale, dents œillieres », 

5. Lcspy et Raymond, Di(t. héamaii, s, v. I^s auteurs ont pansé à l'alem. 
gang, qi ne parait pas admissible. 



FTIMOIOjIES PROVANÇALIS KT FRANÇAISES 75 

Cet extrait et tire d'un p.issajc de IV):*/*/»- niomliM an vers, 
euvre anoninie, atribuéc. par suite d'une erreur dont j'ai expliqé 
l'orijine', au chimériqe Chrétien Legouais de Sainte-More. 
Le passa je an qestion contient deus exanples pour un. An le 
raprochant du texte d'Ovide, on se conveint facileniant qc le 
mot ^i^^A'.v/f' signifie « mote de tère », puisq'il traduit le latin 
gleba. Voici d'abord le texte d'Ovide {McUini., W , $)2 
et s.) : 

Amazone natus' 
Haud aliier stupuit qiiam quum Tvrrhenus arator 
Faialcm i^lehuni nicdiis aspexit in arvis 
Spontc sua priinum nulloque agitante movcri. 

Le manuscrit de VCh'idc moralise dépouillé par Godefroy 
devrait être conparé aus nonbreus autres manuscrits qi nous 
ont conservé ce poème \ si l'on voulait avoir un texte absolu- 
mant critiqe. Mais l'examen des set copies qe possède la Biblio- 
tèqe nacionale sufît à la rigueur pour nous instruire de ce qe 
nous avons besoin de savoir ici. Le texte du ms. tr. 373, fol. 
3.13-*, qe voici, et indubitablemant le meilleur : 

Virbius plus s'en esba}' 
Que li "lircnïens agrestes 
3 Xe fist, quant vit entre \csglestes 
Une ^kste par soy mouvoir 
Sans mouveeur *. 

Un troisième exanple de glcsle se trouve un peu plus loin. 



1. Ronuitiia, XXII, 271. 

2. Le célèbre héros qe la léjandegrèqc apèle 'I--oÀjto; et la latine ï'irbius : 
c'êt ce^ernier nom qi figure an tcte du passaje français cité plus loin. 

3. M. C. de Boer, réçant éditeur de Philomena (Paris, Geuthner, 1909), 
n'an énumère pas moins de dis-neuf. 

4. Voici toutes les variantes, abstraccion faite des particularités grafiques 
{A =1 ms. Arsenal 5069, fol. 22)C ; /i := B. N. fr. 384, fol. 310^» ; C := B. 
N. fr. 870, fol. 270J; D =-^. N. fr. 871, fol. 3181»; E — B. N. fr. 872, 
fol. 318J; F= B. N. fr. 19121, fol. 282<--; G = B. N. fr. 24506, fol. 
456^') : I mit sen esbay A ; forment sesbahi DE — 2 tireueaux A, tureniaus 
G, que les (li) saturiaux BCE^ Trop plus q. li tircaut DE — 3 Ne sist q. vint 
A, qui vid (vi, vit) B C F, entre les bestes G. — 4 pour soi B C D F — 5 
mouueoir G, meneur B C F. 



j6 ANTOINE THOMAS 

dan^ ic pocnie Irans-Ui», poui tradiiiro le latin <o/v.v anplové 
par Ovide {Mi'hnn., \\\ )7>) • 

viridiquc c «'<■.</»//<• (acias 
VhcM odor.ttis hcrbos;is ignibus ar.is. 

La Icvon de B. N. n. ^73 ci la suivante (fol. 3.^3') : 

I.ors sacrctic sans arrcstc 

Sur uu autel fait de vcrl ^kslc. 

Mcme leçon dans G ; -■/ écrit an un seul mot irii^lcsl/r, c». qi 
a fourni malancontreuscmant à Godefroy l'ocasion de croire à 
Tcxisiance récle d'un substantif ainsi fait, q'il traduit par 
«« gazon » avec un point interrogatif ; CI' écrivent par erreur 
gfStf ; DE suprinicnt/<i// et douent lertc (icrdc) glcstc ; B moditîe 
les trois derniers mots an dcturs dcxtrc. Le texte orijinal et cer- 
lainemant df irrt (^Icslc. 

Anfin, dans la « moralisacion « qi fait suite aus récits, l'au- 
teur de Vih'idt' moralise reprant à trois reprises le même mot 

II s'esbaïssent voiremcnt 

Ainsi coiv ancïenncment 

Fist li Terrenïans agrestes 

Quant vit en terre entre les gïcstes 

Une g UiU pAT soy mouvoir... 

Li agrestes Terrenïans 

Note les pastours ancïans 

Qui Dieux fist revelacion 

De sa sainte incarnacion, 

Quant il daigna naistrc de celle 

Qui fut vierge mère et pucellc, 

C'est la vert gJfste voircment 

Qui par charnel atouchement * 

Ne fu meûe ne touchie... 

Ce fu la glfitf verdoiable, 

Ce fu la haulte florissable 

En qui Diex se volt aombrer 

Pour tout le monde descombrer ' . 

Ces divers exanples établissent solidemant qe notre auteur 
I. Je suis le texte de fr. 872, fol. 3 38», plus correct que celui de fr. 373, 

lenc! donc notiminT Trirruinux cl T\i ieniiux :i\^ \\ç\\ dc Tfrrrniun. 



ETIMOLOJIES PROVANÇALES KT IRANCAISES 77 

anploic i^lcsle à la t'ois au sans de u niotc de tèrc » et au sans de 
« toute de i^azon ». 

Et maintenant, d'où vient ce mot i^lcslCy qi ne parait pas se 
trouver cliés d'autres écrivains ? Je ne vois q'une ipotèse 
capable d'an randre raison. On sait qe le Glossaire de Rcicbcuau 
contient une glose ainsi conçue : « gleba blista ' ». Nous 
avons dans ce blista, dont il aparticnt aus jermanistcs de 
débrouiller l'orijine -, le tipe étimolojiqe de l'anc. tranç. bleste 
q'ont conservé certains patois \ Il faut admètre, il me sanble, 
q'une forme ibride *glista et issue de gleba -j- blista. 

Le témoignaje du Glossaire de Reicheuaii prouve qe le lat. 
gleba comançait à sortir de l'usaje courant. An tait, il n'èt 
pas représanté an françiis (il et clair qe ^lèhe et un mot savant). 
Mais le mot vit ancore aujourdui dans le domaine provançal, 
particulièremant an Limousin Çglevo, mote de gazon, avec gl 
prononcé corne / mouillée), où blista et aussi très vivant 
{bleitOy toute de cheveus). Il n'i a rien d'invraisanblable à ce qe 
dans le sud du Poitou (et j'ai des raisons sérieuses de croire 
qe YOvide moralisé apartient à cète réjion), aient existé très 
anciènemant et concurramant hleste et* WtTf. Le lat. izleba a été 
aussi contaminé dans TAlbijois : an éfet, Mistral anrejistre 
dans le patois du Tarn la forme singulière glespo « mote de tère 
ou de izazon ». Laut il voir là ancore l'action de blista ? On 
pourait panser aussi à cespes, si la vitalité de ce mot latin 
était établie an Gaule autremant qe par l'anc. franc, cesler 
*cespitare4. 

1. No 150 de Diez {Aucgloss. roiu., p. 8), 951 de Foerster et Koschwiiz 
.•////>. IJbuii^sh.,^^ éd., col. 22). La leçon blichi, patronée par Diez, et à rejeter. 

2. L'ipotèse de Diez {op. hiud., p. 39), qi part du grec ,3ôiÀo;, n'èt pas 
moins extravagante qe cèle de Mé-naje, qi part du lat. gleba. Cf. W. 
Meyer-Lubke, Rom. clym. IV., no* 11 16 (*b lesta : pourqoi pas blista ?) 
et 1 170 (blister), et surtout l'art, hlister du Xeu.' EugUsh Dktionary de 
sir James Murrav. L'angl. /»/ii/^r paraît anpruuté à l'ancien français. 

3 . Voir Godefrov, blester, bloste, esblester ; au premier de ces articles 
il faut ajouter la glose « cespes, blete vel gason » du gloss. Bibl. nai. lat. 
7692 (no 268 de l'éd. Hofmann). Le mot et particulièrement usité aujour- 
dui an Normandie ; voir l'art, blette de Moisy. Dans le Boulonais et dans 
la Flandre, l'anc. forme blostre et représantée par ùloutre ; Cotgrave donc à la 
fois bloutre et plouslre. 

4. Cf. Meyer-Lùbke, /^ow. dytn. H'.^wo^ 1476, 1477, et /^t>mj//m, XXXVI, 



78 ANTOISK THOMAS 



MANLl.AL jOiXTKt 

li i .1 des cmiioiojics (et ce sont les meilleures) «.]'il sulît 
d'énoncer. Je lis l'article suivant dans le (Hossaifr du Ihis- 
.\ /.;;*•<• de M. Dotiin, p. 270 : 

• . . wh.irpcniicr ou monui'^icr s'occupnîit des trnv.uix qvic ticccssitcnt les 

i-e lecteur ira tout seul au nominatif latin junctor-, dont la 
survivance et aussi naturèle et aussi léjitime qe cèle de cantor, 
:KvitrCy de pastor, /vj/rr, de*pinctor (class. pictor), /)<7;//;r, 
desutor, anc. fr. surc^ etc. Si je ne suis pas le premier ;\ taire 
cète simple remarqe, je m'an excuse; mais come le Lai. -roman. 
IWi.cfbiuh de M. Korting n'a pas d'article junctor, je m'an 
voudrais si, par mon silance, j'étais cause qe le Roman, rtymol. 
fVôrtrrhuch de M. Meyer-Liibke ofrit la même lacune. 

Dans le Haut-Maine, jointre s'ct altéré an joindre, sous l'in- 
rïuance de l'infinitif du verbe issu du lat. jungere. Roquefort 
prêtant, dans son article joindre \ qe <• dans quelques Cou- 
tumes c'étoit un charpentier qui faisoit des bâtimens à mou- 
lins ». Possible, mais aucun ancien texte n'èt cité à l'apui. An 
tout cas, le comte de Montesson, dans son Vocabulaire du Haut- 
Maine*., anrejistre juindre (sic) avec cète déhnicion : « Hxpert 
chargé d'estimer et de visiter les moulins. » Il remarqe, an 
outre: » On entend encore aussi, dans le Maine, p:\rjoindre 
(sic) celui qui assortit et lie ensemble les pierres qui com- 
posent les meules de moulin. » Cète accepcion et manifeste- 
mant la plus conforme à Tétimolojie ; cèle d'expert et une 
extansion postérieure. 

L'anc. franc, jointour, joiuiuur > « instruuiaiit qi .sert a relier 



490. Ce verbe ceittr et anplo\ è a plusieurs reprises par frère Angicr : voir le 
glossaire de miss Pope, fitudf sur la laugue de frire Aubier, Paris, 190}. 

1. Pré-en-pail, ch.-l. de canton, ar. de Mayenne. 

2. Digeste, 50, 16, 205, mais, à ccq'il sanble, au sans de « celui qi atèle». 
v Gloii. de lu langue rom., t. II, p. 50. 

\. Troisième édicion, 1899, p. 33X. 

5. Voir Du Gange, juxctor, et Godefroy, jointelr. 



ÉTIMOI.OJIHS l'ROVANÇALES KT TRANÇAISES 79 

les toncaus ■' » n'ct pas le cas rcjimc de joitilrc : il rcprcsantc un 
tipc lat. viilg. *junctorium. 

Du verbe joindre l'ancien français a tiré le subst. *joi^uicrc, 
*joii^nitvr, dont on a un exanple uniqe, écrit joi^nonr, dans la 
Maiiicre de Itins^a^^r, texte rédijé an Angleterre', au sans de 
« menuisier ». Delà l'anal, actuel /o/mr, anciènemant /W;/^///, 
dont la désinance a fini par s'angliciser. Les textes d'Angleterre 
rédijés an latin le randent exactemant piu jtiiiclor ' . 

ANC. 1K.\N(... LllA'RnPOlS 

On lit dans la Bataille de Karesnie et de Charuat^e, publiée, an 
1808, au t. I\', p. 80 et s., des Fabliaux et eontes de Barba/.an- 
Méon, les deus vers suivants, qi font partie d'une énuméracion 
de poissons (v. 16 5-6) : 

iil as saumons et as craspois. 
As mules et as /.'<?nrespois. 

L'éditeur ne s'èt pas soucié d'expliqer au lecteur ce singulier 
substantif pluriel de heurespois, q'on cbercberait an vain dans le 
glossaire qi termine le volume, et qi manqe aussi dans Gode- 
froy. J'ai u la curiosité de consulter trois manuscrits de cet 
intéressant petit poème et j'i ai lu, sans l'onbre d'un doute 
(Bibl. nat. fr. S 3 7, fol. 21 v'^ col. 2) : 

.Vus mules et aus lin'tes^ns. 
Ou bien (Bibl. nat. fr. i)9^, fol. 121 v^, col. i) : 

.\u mules et au ïin'iepois. 
Ou ancore (Bibl. nat. fr. 19132, fol. 91 r", col. 2) : 

Au mule/, et au lievrespois. 

Dans fr. 1593, le passage manqe; dans fr. 2168 et 25545, 
notre mot et ranplacé par estai jous, le craspois du vers précédant 
étant transformé an fres poissons. 



1. Voir Godef'roy, joignhor. 

2. Voir dans Du Gange, junctor, un texte de 1476 sigiulé par les Béné- 
dictins. 



So ANTOINE THOMAS 

Lievrepois n*êi pas iiiconu à Godcfroy, qi an a relève un 
exanpie uniqe dans une D^ilaralkm des droits de tnnrrs perçus 
à Ainicfis, où le linrtfkus ùi ranjê parmi les <« menus poissons»; 
aussi détinic il prudamant par « sorte de }">etit poisson ». î.a for- 
macion du mot et claire : pois représante le lat. piscis, conie 
dans craspois et pourp^is, noms du marsouin (ou d'aniniaus 
analogues) si tréqanisdans nos anciens textes. A/W7r/\)/.s revient 
donc à <« lièvre jx)isson » ou » lièvre de mer ». Les Anciens 
apliqaient ce nom au molusqc qe les naturalistes de nos jours 
noment Aphsia dcpilaus L : c'èt le chat de tuer des pêcheurs de 
Li Rochelle. On désigne ancore sous le même nom une variété 
de blennie propre à la Méditerranée et une variété de cicloptère ; 
antîn la sèche et aussi pour les Bretons un « lièvre de mer » 
(morgat). Mais, selon toute vraisanblance, le lievrepois du 
moyen âge doit être le Tripla guniardiis L, vulgairement f(>//r- 
fuiud ou i^rondiii '. Ce qi me porte ;\ le croire, c'ct qe, dans un 
curieus répenoire ictiolojiqe du xiir siècle, je trouve la glose 
suivante : « gournax, id est Unre de mer ^ » 

FR. MICMAC $ 

Antoine Oudin paraît être le premier lexicografe qi ait 
recueilli ce mot. Dans la Secoude partie des Rceberches italiennes et 
francoises (Paris, 1642), p. 369, on lit cette brève indicacion : 
« * du Mie mac, imbroglio. » 

Avec une ortografe flotante et un janre indécis, le mot a 
joui dune véritable vogue à l'époqe de la Fronde, come an 
témoignent les exanples suivants : 

11 vend l'cpiscopat et des mitres fait troc, 

Car il n'en donne point sans quelque migueiiKu. 

{Maiarindàr de l'abc J. Carpcntier de Maricnv, Bibl. de l'Université, 
H. J r 9). 

1. Cf. nu notice sur ;frrnâu/ dans Roinania, WWW, 125. 

2. Bibl. nat. fr. 2J$45, fol. 19 r» : " Ce sunt les trwnieres dei poissons que on 
firent en la nur m. Ce texte a été conu de Legrand d'Aussy {Hist. de la vie 
pri'L'fedes Fran^ois^ 2< éd., 181J, t. II, p. 81) et de Crapclct (Remarq. sur qqs 

I , 1831, p. 115); j'an donerai prochaincmant une édicion. 

). Une aoalise de cet article a paru dans les Comptes rendus des séances de 
TAcadcmie des Inscripcions et Bèles-Lêtres, anée 191 1, p. 495, séance du 

II out. 



ÊTlMOLOJIhh FROVANÇALES KT I RANÇAISKS 8l 

Un long manteau se fait casaque; 
C'est une horrible micque ttuiujiu'. 

(Bkrthod, Jm ville de Paris en vers burlesques, la Friperie (i6)2), daixs 
P.-L. Jacob, Paris ridicule et burlesque au XV Ih siècle (Bibliothèque 
gauloise, Paris, 1878), p. 186. 

Les Troyeus ab hoc et ab hac 

Faire du palais un tnic tnac. 

(ScARRON, Virgile travesti, chant XI). 

Il siitu Je ranvoycr à Littré pour les cxanples de la fin du 
wir siècle ou du xviir (Hauieroche, Rei^nard, X'ohaire). Mais 
il et intéressant de reproduire les détinicions de Richelet, de 
Furetière et du Dictionnaire de l'Académie : 

MiQ.LtMAC» MICMAC. S. m. L'uH et l'autre se dit, mais on croit que mu- 
mac est plus de la prose et niiqueniac plus de la poésie. Le micmac signifie 
sorte de tracas, intelligence vile et basse entre des personnes, je ne sai quelle 
action mistérieuse (Richei.f r, 1680). 

Micmac. Subst. masc. Quelques-uns disent miqueinac. Terme populaire. 
Intrigue, négociation secrète et embrouillée que font quelques petites gens, 
qui sert d'ordinaire à tromper quelqu'un, et qu'on a peine de descouvrir 

(FURETIKRK, 1690). 

Mic.M.\c ou MiQUK.MAC, S. m. Manigance, intrigue, pratique i.ecrete pour 
mesnager quelque interest illicite (Acad., 1694) '. 

Qèle et l'étiniolojie de ce mot singulier? Ménage ne s'an et 
pas ocupé. Huet an parle an ces ternies : « L'on appelle Mic- 
mac dans le Pérou, les colonies envoyées d'une province dans 
une autre. Cela s'apprend de plusieurs endroits de l'Histoire 
des Yncas de Garcilasso de la Véga. Ce mot semble avoir passé 
en Rspagne, et de là être venu jusqu'à nous - ». L'idée du savant 
évéqe d'Avranches ne peut guère être prise au sérieus, non 
plus qe cèle qi voudrait voir dans notre mot le nom propre 



1. L'édiciondc 17 18 suprime la forme miquemac et intervertit les deus pre- 
miers mots; cc'le de 1740 ranplace les qatre derniers mots par « quelque 
mauvaise vue » ; cèle de 1762 écrit sccrette, qi devient secrète an 1798; enfin 
an 185) et 1878, « pour quelque mauvaise vue » cède la place i -» dont le but 
est blâmable ». 

2. Dict. étym. de la langiu franc., par M. Ménage, Paris, 1750, II, 
207. 

Romania, HLl. ft 



82 ANTOINF THOMAS 

d'une tribu de Pcaus-Roujes, du i^roupc des Al^onqins, les 
Mii'tfUJiS ' . 

Tous les étimolojistes de m.irqe du xix*' siècle tirent sans 
ésiter le français micmai de l'aleniand nti.u-hnitjsi'h', mais j'ai 
peine à nie ranjer à leur manière de voir. Le mot alemand apa- 
raît au xvr siècle, et on le trouve, an 1571, sous la forme 
misihtiusch. M. Kluge, qi signale cète forme, se demande si Ton 
n'a pas afaire à une crèacion de Faracelse K Je l'ignore. J'in- 
cline à croire pourtant qe m/VW;/;w.vf/; ou fitischfiu'jihyOù le verbe 
viisdYH « mêler » antre certainemant, pourait bien être une 
imitacion anitîcièle de l'ancien franv;ais mcslcmeslc ; mais, à vrai 
dire, la qestion n'èt pas là. Sans insister sur la convenance 
sémantiqe, laqèle èi médiocre aus ieus de qi considère les pre- 
miers exanples et les premières détinicions du mot français, 
j'atire l'atancion sur l'obstacle q'opose la fonétiqe à ce rapro- 
chemant : il et inpossible qe le sch alemand ait été randu par 
lef (= k) français. Le danois miskmask et une forme artificièle 
calqée surTalemand à une époqe réçante, par aplicacion instinc- 
tive de la corespondance observée dans les mots éréditaircs 
antre le sk danois et le sch alemand : on ne saurait an tenir 
conpte dans l'espèce. Il faut chercher autre chose. Scrutons 
donc les replis les plus secrets de l'istoire de France. 

Pierre Cocquault, chanoine de Reims, mort le 1 1 jan- 
vier 1645, a écrit sur sa vile natale de volumineus mémoires 
conser\"és aujourdui an manuscrit dans la bibliotèqe publiqe de 
Reims. Après avoir raconté (et il n'ct pas le premier à faire ce 
récit) l'émeute populaire qi éclata dans cète vile an 1461, il 
ajoute ce curieus détail : « A Reims cela est appelle la Mic- 
maqtu^, » Il i a là une tradicion dont il et facile, grâce aus docu- 

I. Cf. l'art. MICMACS de la Grande Encyclopédie, XXIII, 951. — Une lùtre 
d'un de mes anciens élèves, M. Félix Weill, professeur à New-York 
(28 décembre I904),aatiré mon aiancion sur les Micmacs, sans me convcincre 
le moins du monde. 

:. Notons ccpandam qe M K. Nyrop classe micmac parmi « les forma- 
lions qui sans être proprement des onomatopées sont créées à leur modèle » 
{Gramm. hist. de la lang./ran^., III, 21). 

3. Etym . li'àrUrh. der deutichen Spr., /«éd., 1910. 

4. Mémoires cités, t. III (= ms. n» 1609 de Reims), fol. 722 v" (comu- 
nicactoo de M. L. Demaison, corespondant de Tlnstituij. Ce terme et devenu 



ÉTIMOLwJih^ l'KOVANVAI.Lb KT IRANÇAISES 85 

niants conserves, de retrouver la sourse. Ce q'on apehiit, à 
Reims, dans la première moitié du x\ ir siècle, niiiniacjut'y c'cc 
ce q'on apclait, dans la segonde moitié du xv% mitteuuique \ et 
par là on antandait sinplemant une émeute. Le mol était venu 
des Payis-Bas flamands, où les émeutes étaient fréqantes et 
retantissantes. Au momant où furent rédijées les Ceul Nou- 
velles nouvt'îh'S (vers la tin du règne de Charles \'II), c'était déjà 
un article d'exportacion, puisqe, dans le dernier récit du recueil, 
le chevalier Filipe de Loan ne se tait pas scrupule de l'anployer 
an parlant d'une émeute ayant Bologne pour téàtre, et q'il met 
ces paroles dans la bouche de son héros : « Ou temps qe j'es- 
toye a l'estude a l'Université de Boulongne la Grasse, le peuple 
de la cité fut séduit et meu tellement que par luiilcniaiijne se 
leva contre le seisjneur '. » 

Louis XI lui-même s'an était angoué, et ce n'ét pas merveille 
si l'on veut bien se rapeler q'il avait passé les anées qi précé- 
dèrent son avèiiemant au trône de l'rance à la cour du duc de 
Bourgogne, souverain des Payis-Bas. L'émeute de 146 1 paraît lui 
être restée longtanps sur le cœur, ce dont nous avons une 
preuve éclatante. Le 6 juillet 1477, pandant q'il séjournait à Arras, 
il aprit qe les abitants de Reims s'ajitaient de nouveau. Aussitôt, 
il manda l'un de ses secrétaires, et lui dicta une lètre fou- 
droyante à l'adrèce des mécontants. J'an extrais la trase sui- 
vante, qi peut se passer de commantaire : « et vous debvoit 
suttire de la mutemaajiw que vous fistes quand nous vinsmes à 
la couronne, sans en faire maintenant uneaultre^ » Les bour- 
jois de Reims courbèrent la tète et se tinrent tranqiles; mais 
leurs dcsçandants n'avaient pas ancore oublié, près de deus 
siècles plus tard, le mot rancuneus de Louis XI, bien q'ils 



une formule consacrée pour les istoriens ; ci'. Petit-Duuillis dans YHistoirf 
de France de M. Lavisse, l. IV, 2'" partie, p. 556 : « Lorsque les gens de 
métier de Reims et d'Angers, trop confiants dans la parole du roi (Louis XI), 
prétendirent, le bâton haut, empêcher les officiers d'affermer les aides et les 
gabelles, ils payèrent cette naïveté de leur tète {Tricotcrle d'Angers, 19-31 
août 146 1 ; Miquenuiquc de Reims, 2 octobre) ». 

1. Ld. Th. Wright, II, 245. 

2. Lettres de Louis XI, p. p. J. Vaesen et É. Charavay, t. VI (i89<S), 
p. 202. 



84 ANTOINK THOMAS 

Tussent altère an micmaqttc^ En sonic, ce despote fantasqe et 
sani^uinaire et le véritable lanceur du ternie flainiuLîant. Mais 
pourqoi, après un someil plus qe séculaire, ce mol se réveille-t-il 
sur les bords de la Seine, l'anèe même où Richelieu lait place 
à Mazarin, c'èt à dire au niomant où les évèneniants poliiiqes 
préparent un admirable térain de culture pour le uiicmac succé- 
dant aus conplots et à la grande intrii^ue qi avaient fleuri sous 
Louis XIII ? 

Revenons A notre point de dèjxnt. On sait qe le Hamand pos- 
sède le mot muiîmakcr « faiseur d'émeute », leqel a passe an 
français, au xv' siècle, sous la forme mntcmaur, et dont le 
premier élémant n'èt autre qe Tanc. franc, nincle « émeute » 
(et. mutin). A côté de ce terme concret, le français a donc 
intronisé le terme abstrait tuutciuiujiic, qi paraît reposer sur la 
locucion verbale flamande findlniakcn (< faire une émeute* », 
sans préjudice du dérivé mutcniacriCy qi a été de peu d'usaje. 
Les articles MUTHE.MATHE i, muthemathe 2 et muthematherie 
du Dictionnaire de Godcfroy sont intéressants, mais demande- 
raient une élaboracion critiqe qe je n'ai pas le loisir d'antre- 
prandre ici. Come dit Berthod, « c'est une horrible micque 
viacque », dont la responsabilité remonte partie à l'infirmité du 
langaje umain, partie à Tétourderie des scribes ou des inpri- 
meurs, partie à l'inexpériance du lexicografe. 



ANC. FRANC. \H)En 

Le subst. lat. nugae (inusité au sing.) ne parait pas avoir 
survécu dans les langues romanes, mais son dérivé nugalis, 



1. Le passage de ttiuleniat^m ix ' tutiqiumaque , s'expliqc facilemant par une 
assimilacion de la première moitié du mot à la segonde. Le chanjcmant de 
Vu an ; et plus surprenant ; il faut probablement l'atribuer à la prédilcccion 
pour Talternance des vovèles / et a q'on remarqe dans des mots populaires 
comthicqiiehacqiu {d. /?o>;/d;//d, XXXVIII, 182, n. 5), ticluc, trictrac, lig:(ag 
(écrit lUiac dans Acad. 1694;, etc. 

2. Les diccionaires ne donent pas muitmakeii à son ordre alfabctique, mais 
je remarqe qe dans le Dictionuire fiatmud et fratiçois de François Halma 
(Amsterdam, 1717^, le verbe muiten « être séditieus » et expliqé par muit- 
maakcn. 



ÉTIMOLOjIES PROVAXÇALES ET FRANÇAISES 8) 

par le pluriel neutre nuij:alia et par les formes conparatives 

* niigalior, *nugalius, et abondamant rcprcsanté (corne 
Diez paraît l'avoir reconu le premier) an ancien provançal et an 
ancien français'. On n'a pas remarqé ancore, il me sanble, qe 
le verbe nugari s'était prolonjé par un substantif participial 

* nui^ata an ancien français. On lit, an éfct. dar.s la Branche 
lies royaux lignages de Guillaume Guiart : 

Bien sont de mentir a meïsmcs 
Cil qui vont contant 4^cx ttcHYS, 
Si sont elcs souvent louées -\ 

Godefroy, qi n'a qe cet exanple, traduit par « badinaje <» ; 
j'aimerais mieus, tout crùmant, « mansonje ». An tout cas, 
l'étimolojie de ce rare mot ;/()(V ne me paraît pas contestable. 
Bien qe Vu de nuga soit loni; an latin classiqe, on sait qe 
l'ancien provançal ésite antre ;///- et tio-, et qe l'ancien français 
ne paraît conaître qe tio-. 

ANC. FRANC. TAISEROX 

Ce mot n'a été signalé qe dans le fabliau d'AIoul, au v. 925 
(.Montaiglon et Raynaud, Rec. géu . des fabliaux^ 1, 287). 
Voici le contexte nécessaire pour q'on an puisse saisir le sans : 

Il ont aporté le rasoir ; 

Le prestre envcrsent et abatent, 

Moult le laidengent et dcbatent 

Ain/ qu'il le puissent enverscr; 

.1. taiseron font aporter 

Por les jambes micx eslaisier. 

Dans le Glossaire-index, les éditeurs traduisent taiseron par 



1. N uga liaa doné le prov. uiialha (d'où les dérivés uudlbe^a, nuallyos, nua- 
Ihar QXanUiilhar); nugalior, l'anc. fr. noaiidre (c^srd]. tiouillor, noclor) et le 
prov. *;;;/j//;£'r (cas réj. «//(///?o;j ; nugalius, l'anc. fr. //ort/:^, wort//^. Qant 
à l'anc. fr. tiueiîîos, invoqépar Raynouard et par Diez comecorespondant au 
prov. uualhos,\\ représente *uodelliosus et signifie «noueus »; voir l'art, 
noellos de Godefroy. 

2. Prologue. V. 88-90, éd. Buchon. 



86 ANTOlNi: THOMAS 

« morceau de bois » ; Godefroy préfère « bûche ». Sans être 
absolumant mauvaises, ces traduccions manqent de précision et 
ne laissent pas transparaître l'étimolojie et le sans propre. 
Taiscroti et pour Icseron, et il vic'nt du verbe tcscr « tandre », 
c'èt-à-dire « écarter « ou, comc dit Fauteur lVJIoiiI, « eslai- 
sier ». Il doit être considéré corne sinonime de Icsillon (tiré de 
tesiîJief\ pour tcsciJîer, diminutif de tcscr), qi se lit dans Modits : 
« puis y metiTC tcsillou qui luv tiengne la gueule ouverte ». 
Godefrov. àqi j'anprunte cètecitacion, a cru devoir la placersous 
TRESILI.ON, come si IV du m(^t actuel trésilhvi était étimolojiqe : 
c'ct la doctrine de Scheler, leqel propose de reconaitre le lat. 
trabs come base de irésaillc, 1rcsiIJim,c!rcsilhm, etc. ]e m'an 
tiens à ce qi et dit dans le Dicl. j^tW/v//, sous étrésillon, an 
remarqant sinplemant qe lexistance de laisenvi vient à l'apui de 
rétimolojie par tcscillcr '. 



FOREZIEX riAILLE 

« joue ^), partie du visaje, se dit viaillc dans le patois foré- 
zien. L'aire de ce mot, avec les variantes i'/^////, vioilli, vieilli^ 
setant aussi sur le départemant du Rhône et sur la partie sep- 
tantrionale du départemant de l'Isère. V Atlas linguistique de 
NÎNÏ. Gilliéron et F.dmont ' le signale an trois points seule- 
mant : 808, vya\\, à Sail-sous-Couzan, cant. de Saint-Georges- 
en-Couzan, ar. de Montbrison (Loire); 829, Z'V^y<\ à Clouas, 
cant. de Roussillon, ar. de Menue (Isère); 931, vyalj, à Cha- 
ravines, cant. de Virieu, ar. de La Tour-du-Pin (Isère). 
M. Ad. Zauner, dans son mémoire sur les noms romans des 
parties du corps ^, a reçu d'un corespondant la forme viaily 
(pron. l'Vfl//, à ce q'il sanble), usitée à Comelle, cant. de La 
Côte-Saint-André, ar.de Vienne (Isère). 

Les raprochemants étimolojiqes faits par L. -Pierre Gras ne 



1. Deus exanpies sculemant de ce verbe sont donés par Godefroy, qi le 
dl-fi-iiî mal, faute d'en voir rétimolojie; on peut ajouter Crétien de Trovcs, 
I , 21)1, et l^tiènc de Fouuères, Livre des manières, 1 100. 

2. Carte 724, joue. 

5. Roman. Forschun^en. t. XIV, p. 403. 



ETIMOLOJIES PROVANÇALES ET FRANÇAISES 87 

méritent pas d'être discutés'. N. du Puitspclu propose un 
tipe lat. vuli::. * visacula, an justifiant la chute de Vs inter- 
vocaliqc par l'cxanple de /'/V/.w' << *bisaccia\ Mais la dispa- 
ricion de Vs dans * bisaccia paraît due à un fénomène de 
dissimilacion ', leqel n'aurait pu se produire dans * visacula. 
M. Zauner sonjeà un dérivé de videre, mais il se hâte d'ajou- 
ter qe la formacion n'ét pas claire. Je crois depuis longtanpsqe 
ce nom particulier de la joue, qi ne se retrouve nule part ail- 
leurs, représante le pluriel neutre vîtalia. J'avais fait part 
de mon idée au regrété chanoine A. Devaux, si conpétant pour 
tout ce qui touche au franco-provançal, et j'espérais q'il rédije- 
rait à ce sujet une note pour la Rojuania. Il et mort sans avoir 
pu le faire. Aussi crois je devoir publier et commanter aujour- 
dui la carte suivante de lui, qe je retrouve dans mes 
papiers : 

Monsieur et cher maître, 

Je me souviens qu'il y a trois ou quatre ans, l'ctymologie deviatlle « joue » 
vous préoccupait, et qu'à ce propos je vous avais signalé un texte de Pline 
l'ancien où vitalia désigne le cerveau ^. Voici qui est plus décisif. Par 
hasard, en cherchant un renseignement dans les Œuvres de MarjrufriU 
iVOingt, éditées par M. Philipon, j'ai rencontré, à la p. 14, dans les Medita- 
tîOfieSy ce membre de phrase : « posuerunt in tuo tenero capite quamdam 
coronam de spinis que perforabant tibi vitalia et oculos. » N'estimez-vous 
pas que ce latin lyonnais des environs de 1500 est décisif pour l'étymo- 
logie ? 

La trouvaille de Devaux me paraît, an éfet, extrêmemant pré- 
cieuse. Dans ce texte latin, vitalia désigne plutôt le front ou 
les taupes qe les joues propremant dites >, mais on sait avec qèle 
facilité les parties du corps voisines les unes des autres con- 



1. Dict. du patois forèiiot, ^ . 112 : c C. /'/, double: aille, contour du 
visage. Ir. Giall, joue ». 

2. Dict. èt\in. du patois lyonnais, p. 428. 
5. Voir Romania, XXVIII, 119. 

4. Hist. nat., XVII, 42, i : « Pilum sub oculo adactum in vitalia capitis 
venerat. » 

5. « Cerveau » se dit pour « front » an Franche-Comté, dans l'extréme- 
nord de la Suisse romande et dans le nord-ouest du Daufiné (voir ï Atlas 
lincruistique, carte 612; Zauner, op. cit., p. 557). 



88 ANTOIKE THOMAS 

fondent leurs dénoniinacions propres. Si l'on ne trouve pas de 
trace de Tanploi de « front » au sans de « joue », qatre exanples 
de a tanpe » pour « joue » sont relevés (points 31, .j i, 964 et 
965) par V Atlas Uti^uistiqiu\ç\ les deus derniers apartiènent 
précisémant à la Savoie, réjion qi n'èt pas très éloignée de 
cèle où Ton trouve notre mot viaillc ; les deus autres sont 
dans le Doubs méridional, toujours dans le domaine franco- 
provançal. 

Levolucion fonétiqe de vitalia an viailJe ne soulève 
aucune dihculté". \. du Puitspelu prétand_, il et vrai, qe dans 
le patois 1 vouais Va toniqe du suffixe -alia se conserve, tandis 
qe dans le suffixe -acula, Va passe à d; mais c'êt une erreur 
sur laqèle il n'i a pas lieu d'insister ^ 

Il me reste antin à sii^naler et à commanter un texte trouvé 
par Carpentier et inséré par lui dans le Glossaire de Du Cnnge, 
à l'article viseria, d'où il a passé dans Godefroy, sous les 
articles 2 huisse et vidaille, iwec la traduccion erronée q'a 
imajinée Carpentier. \'oici la note de Carpentier : 

FiJailU, in Lit. reniiss. ann. 1455, ex Reg. 187. Chartoph. reg. ch. 255 : 
Le suppliant Ixinssa son baston . . . et iViceUni donna audit Valete ung cop sur 
Fuisse ou vidaille. 

Dans le Glossaire français annexé à Du Cange, le mot iiissc et 
traduit par « l'ouverture d'un casque, par où l'on peut voir, 
visière ». Cet une erreur manifeste. J'ai lu la lètre de rémission 
dont il s'ajit : èle concerne des faitsqi se sont passés àDroux, dans 
le diocèse de Limoges (aujourduicomune du canton de Magnac- 
Laval, ar. de Bellac, Haute-Vienne). Nous somes là sur le 
térain de la langue d'oc, où iiissc ne peut signifier autre chose 
qe (f sourci'^ », come le languedocien usso^ corne le français dia- 



1. On a un exanple isolé an ancien français de viailles < vitalia, mais 
au sans classique du latin, « organes vitaus »>. Voir Godefroy. viailles. 

2. An ancien français, vitalia aurait pu aboutir à une forme demi- 
savante * riaiV^ (cf. navire <^ *navilia, etc.), et l'on pourait être tante de 
ratacher à vitalia l'énigmatiqe viaire i< visaje », si fréqant dans nos anciens 
extes : mais le janre fait dificulté, pour ne rien dire de plus. 

3. Voir Zauner, op. cit., p. 371, et V Atlas lini^., carte 1257, sour- 
cils. 



ÉTIMOLOJIES PROVANÇALES ET FRANÇAISES 89 

lectal usse, Icqel étand son domaine sur le Bcrri, l'Angoumois, 
la Saintongc, le Poitou et même la partie de la Bretagne qi et au 
sud de la Loire. Il faut donc, d'après notre texte, atribuer le 
même sans à vidaillc et reconaître dans vidaille un autre repré- 
santant du lat. vitalia . A Droux, come dans toute l'étandue 
de l'ancien diocèse de Limoges, le / intervocaliqe a passé règu- 
lièremant à d, et le d se maintient ancore dans le patois. J'ignore 
d'ailleurs si vidaillc et ancore vivant aus anvirons de Droux, 
mais c'èt peu probable, maleureusemant. 

A. Tho.m.\s. 



MÉLANGES 



LI- DIT DU U.\]ID] CHEVAL 

Li Romama a public en 1895 (XXI\', .149-451) un petit 
poème, un dit^ en vers ociosyllabiques, précédé de cette rubrique : 
Doit cfjri'dl que H marchcaus vendi. M. G. Ravnaud, qui l'a tiré 
d'un manuscrit acquis par le duc d'Aumale (Musée Condé'), con- 
sidère cette pièce comme « une sorte de bourde fiiisant partie du 
bagage ordinaire des jongleurs, dont ils amusaient leurs audi- 
toires ». La plaisanterie consiste en ce que l'auteur anonyme, 
tandis qu'il annonce la vente de son cheval, fait tout ce qu'il peut 
pour écarter les acheteurs, en énumérant toutes les tares de l'ani- 
mal ; après quoi il termine par ces mots : « Si vous en voulez, 
achetez-le : il est vendu si vous ne vous hâtez, et achetez-le avec 
la selle ^. » En somme, l'objet de cette pièce est d'indiquer tous 
les vices d'un cheval. C'est, en un certain sens, un de ces petits 
poèmes ayant pour objet d'exposer, parfois les mérites, plus 
souvent les défauts, d'une personne ou d'une chose, qu'on con- 
naissait au xv^ siècle et au xvi' sous le nom de blasons K 

L'intérêt de ce dit consiste en ce que l'auteur a employé plu- 
sieurs termes techniques qui sont assez rares : ce sont des mots 
de médecine vétérinaire que nos dictionnaires n'interprètent 
pas d'une façon très claire. Depuis, en 1903 (^Romani a, W^Al, 
586), M. Raynaud a publié une nouvelle copie de la même 



1. Chantilly, Lf r.ihiu/t ,//c livres, t. II (1900), p. 55, article 80 du manu- 
scrit 475. 

2. Je crois que c'est bien la fin du poème. Raynaud (XXIV, 449) dit 
que la pièce est incomplète. Mais il me semble bien qu'il n'y manque rien. 

). Voir, par ex., les Blasons des fausses amours de Guillaume Alexis (t. I, 
p. 157, de l'éd. de la Soc. des Ane. textes;, les Blasons domestiques de Corro- 
xet rMontaiglon. Rec. de Poèùes frauroi<ies. VI, 223). 



LE DIT DU HARDI CHF.VAL 9I 

piccc qu'il a rencontrée dans le ms. B. \. fr. 2.1432 (anc. X. D. 
198). C'est un manuscrit du milieu ou de la seconde moitié du 
xiv^" siècle, qui contient un très grand nombre de pièces diverses 
en vers et en prose, notamment des fableaux et des dits compo- 
sés par Jean de Condé et par Watriquet de Couvin. Il a été uti- 
lisé en maintes occasions ', et décrit en détail dans le Cataloi^uc 
gênerai des manuscrits français (1902), où notre « cheval à 
vendre » est mentionné (fol. 316 v°) sous ce titre Le dit du 
hardi cheval, avec renvoi à l'édition donnée par M. Raynaud 
d'après le manuscrit du Musée Condé. Ce nouveau texte n'est 
pas toujours correct ; cependant il présente parfois des variantes 
utiles. M. Ravnaud l'a imprimé en le combinant d'une taçon 
parfois contestable, avec la leçon de l'autre manuscrit. Dautre 
part il est évident que certains passages restent encore très 
obscurs, malgré les efforts de M. Raynaud. Il y a donc matière à 
de nouvelles recherches qui toutefois ne seront pas encore défi- 
nitives. Comme les deux textes sont assez courts, je crois com- 
mode d'imprimer de nouveau le second, celui du manuscrit de 
Paris, indiquant entre parenthèses les numéros des vers du texte 
du Musée et reproduisant, en note, lorsqu'il y a lieu, les 
variantes. — Je désigne par M le ms. du Musée Condé, par 
P. le ms. de Paris. 

Le dit du hardi cheval. ^ Que moult petit i gaignera. (4) 

Un cheval ay qui est a vendre (i) C'est orc voir il est feraiis (5) 

{Fot. )i6 d) Et est mauvesemcnt errans, (6) 

Pour avoir argent a despendre : (2) Et a ,iiij. félons roneus, 

Je croi cil qui l'achatera (3) 8 Et a soz la gorge .ij. neus, (12) 



I. Par ex. dans la /^t)/W(////rt (V, 455; VI, 12, 27; VIII, 51; IX, 555 ; 
XV, 494 ; XL, 28). Ce ms. n'a pas été utilisé par Scheler. 

5 Ferans, gris de fer, parait désigner une couleur qui n'était pas recher- 
chée, probablement mélangée de blanc . 

7 Ce vers manque dans .Vf. ; Jetons désigne probablement les chevilles du 
pied (God., fellon), mais reneiis est obscur, peut-être incorrect. Est-ce 
roijneus ? 

8 « Le nœud de la gorge, la partie de la gorge qui fiiit saillie à la partie 
antérieure du cou " TLittré, Dicl.). 



92 MELANGES 

Et est SOI la queue tigncus. Riens no li demeure eus cel cors, 

El est pousis et est mûr\eus, (15) 1(22) 

Et si dient la gent entr'eus (14) l't si mort et regibe et grate (23) 

12 Que il voit moult petit des ieu$,(i 5) 20 Ht si fiert derrier de la pâte, (24) 
Et si sai bien que il n'oit goûte (17^ Et si menjut mauvesement, (25) 

Ne li ventres ne li lient gouie. (18) Mes il en gist plus netement. (26) 

Foi que je doi sainte Pecine. (19) Maingres est et roides et Ions. (29) 

16 II n*a mestier de médecine, (20) 24 Hauz est et si est trop félons ;( 30) 
Ctr. <;e verte*- c<;t en recors, (21) Il n'emble ne passe ne trote : (32) 

{Fol. ?//) Il ne vaut pas une viez bote, (31) 

9 Teigneux. Ce mot est placé autrement dans M. : Et si est tii^ncus seur le 

dos, V. 10. 

10 Pousis : M. poucifus, voir God., X, 397, poussif. 

1 5 Raynaud a lu Périma et dit que cette leçon est meilleure que Pccifir du 
Musée Condé ; mais les deux mss. portent Peciue et cette leçon est très bonne. 
Pecine ou Pezaine, dont la légende — très fabuleuse — est publiée par les 
BoUandistes (25 juin), parait avoir vécu au viiie siècle, en Poitou. Il y a une 
Sainte-Pazanne, Loire-Inférieure (arr. PaimbceuO, une Sainte-Pezennc, Deux- 
Sèvres (cant. Niort), une Sainte-Pccine, Vendée (arr. La Roche-sur-Yon). 
Faut-il croire que cette sainte était peu connue hors de la région? On n'oserait 
cependant supposer que notre dit avait été composé dans ce pays, car ce nom 
.se rencontre ailleurs. Il y a, à Saint-Quentin, une chapelle de Sainie-Pecine 
ou Sainte-Pechine (Matton. Dict. lopo^r. de V Aisne \ cf. Arch. anciennes de la 
ville de Saint-Quentin, p. p. Lcmaire, II, 129), et Pechine est un nom de femme 
dans la même ville, en 1342 (Lemaire, ihid.,\\, 182). Remarquons que 
la même sainte est invoquée, comme ici, dans Anseis de Cartage : 

Morans et Huges jurent sainte Pechine 

(Éd. Alton, v. 7416.) 

J'ai consulté sur cette sainte un opuscule (27 pages) de Tabbé Largeault, 
intitulé Hagiographie poitevine. Légende populaire de sainte Pe^enne et sainte 
Macrine recueillie sur les bords de la Sèvre Niortaise (Melle, 1896). C'est un 
travail dépourvu de toute valeur ; notamment, il n'y a rien de populaire. 

17 II faudrait plutôt recorl. Peut-être doit-on préférer la leçon de M. : Car 
s/ vérité ivus recors ? 

23 M. Maigres et vieus, r. et l. 

24 M. Haus engenouillés ; selon Raynaud : " arqué des genoux ou 
couronné ». Laquelle de ces interprétations doit-on préférer ? Les exemples 
cités dans Godefroy ne justifient ni la première ni la seconde. 

2) Raynaud traduit passer par <' marcher au pas, expression conservée 
dans le terme de blason passant ». En terme de blason on représente le che- 
val qui marche à droite, trois pieds à terre et le quatrième en l'air. 

26 Leçon de Af. : // ne vaut pas une nieslote ; Ravnaud traduit meslote par 



LE DIT DU HARDI CHEVAL 93 

Kt quant on ticrt cl il ircbuce Mauvciscnicnt va troi et pas. (36) 

28 II chict c'une pourie huce, Je croi qu'il fu nez en enfer ; 

Et si ne sai que ce puet estre. 36 Kn pie ne li demeure fer, 

II mengue tout son chevestre Et si a derrière une courbe 

Et si est de mauveise loi, (53) Qui a l'aler moult li destourbe, 

52 Car il a le mal saint Eloi ; (54) Et s'aferine et s'amolete. 

Les barbes a et le lenpas; (55) 40 II est chetive bestelete ; 



« petite nèfle », mais il ne justifie pas cette forme, que je ne trouve nulle 
part ; voir pares, la Flon' populaire de Rolland, V, 155 et suiv., ou Joret, 
Flore popuhiirc de lu Nonnamlie ; la leçon de P. est plus probable. 

27-30 Manquent dans M. ; pourie huce est bien obscur, 

32 Le mal saint Eloi, la gangrc*ne (Godefroy, d'après un exemple de 1 576;. 
Il y en a un exemple plus ancien dans la Chirurgie de Henri de Mondeville, 
éd. Bos, '2 I9ii7, 1989. Le Dr Bos(au glossaire) explique ce terme par <' fis- 
tule ». On sait d'ailleurs que l'on recommandait les chevaux malades à saint 
Éloi ; voir par ex. Gaido/., Mélusine, VII, <S5 ; Sébillot, Le Folk-Lore de 
France, II, 190, 381 ; IV, 136. 

35 La Cirurgie des chevaux (B. X. fr. 2001, fol. 5 /', xivc siècle; : « Bar- 
belés croissent ou palais de la bouche dessous la langue du cheval en manières 
de petites testes ou de petites mamelettes. » Richelet, éd. de 1680 ; « Barbe, 
excroissance de chair qui vient dans le canal et sous la langue du cheval, et 
qui empêche le cheval de boire. » Il renvoie, à ce propos, à Sollcysel, Par- 
fait Maréchal, dont la première édition est de 1664. Cf. en provençal barbels, 
Romania, XL, 367, — Le lampas est une tumeur qui survient au palais, 
derrière les pinces de la mâchoire supérieure. On a de nombreux exemples 
de ce mot depuis le xiii»-- siècle (voir Littréet Godefroy), maison n'en connaît 
pas rétvmologie. Les hypothèses présentées par le Neio Fnglish Dictionary 
sont bien douteuses. 

54 Trot, ms. trop. 

35-40 Ces vers ne se trouvent pas dans M. 

57 Courbe, « tumeur osseuse de la partie interne du jarret du cheval », 
Godefroy, avec un exemple de la seconde moitié du xvi«= siècle ; autres 
exemples du même temps dans Littré. Le même mot est encore enregistré 
dans le Dict. de l'Académie française. Dans Cotgrave, il est traduit par « thc 
curb, in a horscs hinder legs ». Voici la définition donnée par la Cirurgic des 
chevaux : « Corbe est une enfleiire plus longue que lée en la jambe desniere du 
genoul, et si croist a la fors dessous la jointure. Elle vient de bleceùre et de 
coup de pierre. . . » . 

59 Ferine ne m'est pas connu ; Raynaud lit ferme et corrige forme 
que je ne comprends pas. — Richelet : « Molette, tumeur tendre, mole et 
grosse comme une noisette, sans douleur, située entre le nerf et l'os au côté 



94 M KL ANGES 

Encorde/ cm Jcvani derrière, (J9) ^- Ouquci, nle^ cli[e|vaus ne lu liex : 

Oreilles pcndaïu. nuie chiere, (40) ( (t^) 

1-arsilleus est. s.iles. relens : (.45) ^^'^ P^"^ '^" ^^'"^ ^^' Pcrccval 

44 II est mauvais et si est lens. (44) ^'^' veîstes si lier ciieval : 

lùicorc plus i meterons : (45) ^-°"^ ^'^^ d'eschine, ses piez nous, 

Il est trop durs a espérons ; (46) (/') 

Et si vous di. se Diex nravoie.(4i) 5^ Courbatus, enfo>sct ci ci eus ; 

48 II chiet en rue ei|chietjen voie(42) I' ^era moult bons a vous tieus. 

Foi que je doi a mes .ij. mains Or Tachattl-s se vous volés. (49) 

Des mehains n'i a mie mains: Vendus est se no vous hast6s.(so) 

PaeureuN. onbrageus. rest[i]euN ; j: j...^ ^^^ ,^,,.^/. ^,,^...^,/ 

f(47) ^ 

P. Meyi-r. 



CHRÉTIEN DE TROYES AL TI-UR Dl- PHILOMEKA 

On sait Lju cil 1884 G. Paris découvrit dans Wh'idi' moralisé 
une traduction de la table ovidienne de Philomèle, Progné et 



du boulet sous le cuir » (Ricliclct, 1680). Ce mot est enregistré dans tous les 
dictionnaires. Toutefois ni Litiré ni Godefroy n'en citent aucun exemple 
ancien . 

41-4 M. tstioit drijul, cslioit dcrure, leçon qui parait plus claire, mais elle 
se rattache au vers précédent (qui manque dans P) : Car de Vuu pic seur 
r autre fietl. 

45-4 Af. FiiiiUKus aly s'a le relais; \ Il est m. cl plus est lais. Raynaud 
entend [aivir U] relais dans le sens de « marcher lentement «, mais il fau- 
drait au moins supposer relai, et même relai, qui est impossible à cause de 
la rime, serait bien peu probable ; les exemples cités par Godefroy, X, 329, 
sont au régime pluriel. Relens, adjectif, ayant une mauvaise odeur, donne 
un sens acceptable. 

48 M. ch. en yaue. 

49-50 Manquent dans .Vf . 

55-6 Manquent dans Af . 

5) Ms. disJ)itus es; Raynaud lit descinius es que je ne comprends pas ; 
U difficulté est de trouver le sens de neus, qui est peut-être corrompu. Il 
faut un mot venam d'un latin bref, et nôvus n'a pas de sens. 

$6 Les plus anciens exemples de courbatu qui aient été cités jusqu'à présent 
ne sont pas antérieurs au xv« siècle (Litiré et Godefroy). Ln/osset pour en/os- 
iesf 

57 TieiLi taiis. II manque un vers. 



CHRÉTIEN DE TROYtS AUTKUK DE u FHILOMENA » y 5 

Térée, où il crut reconnaître le poème perdu de Chrétien de 
Troyes la Muaiice de la Hupe et de rAfomlc et del Rossii^niol {Cli- 
gés 6-7) : Fauteur de VOiide moralisé déclare lui-même qu'il a 
inséré cette traduction dans sa <;rande compilation « si coni 
Crestiiens le conte » ; G. Paris faisait remarquer en outre que 
« le petit poème intercalé dans le grand s'en distini^'ue tout à 
fait par son style et ressemble au contraire de tort près à ceux 
de Chrétien de Troyes ». D'autres savants se rallièrent à cette 
opinion, et M. Foerster s'exprime ainsi au tome l\ (1899) de 
sa célèbre édition des œuvres du grand poète champenois : 
« Die Wahrscheinlichkeit, dass die Episode unserm Kristian 
gehôrt, muss unbedingt /ugegeben werden. Hinmal ist die 
Sprache, zumal die Reime in den a. a. O. verotTentlichten 
Bruchstiicken echt kristian isch, anderseits hat derselbe Le 
Gouais ' in gleicher Weise ein anderes, ebenfalls selbstandiges 
Gedicht (Piramus und Thisbe) ebenso in seine endlose Reime- 
rei unveriindert aufgenommen. Die kritische Ausgabe dièses 
Stûckes. . . muss ich andern ïiberlassen » (p. CLXxxni). 

En 1909, j'entrepris la publication de cette édition critique, 
où j'arrivais aux conclusions suivantes : 

1 . Le Pbiloniena ne peut être que l'œuvre dont Chrétien de 
Troyes se dit l'auteur dans l'introduction de Cligés (p. cvii). 

2. Le Philonicna est la première en date des œ'uvres connues 
de Chrétien de Troyes. . . (p. cix). 

Ces conclusions, basées sur une série de preuves que je ne 
peux reproduire ici, furent généralement acceptées. 

En 19 10 paraît la troisième editio ininor de Cligés : dans une 
longue note à la page vu de l'Introduction, M. Poerster refuse 
de reconnaître Chrétien de Troves comme l'auteur de Philo- 
tnena. Cette opinion risque d'avoir des conséquences graves ^ 
M. Foerster annonce la publication d'un Glossaire de toutes les 
aaivres de Chrétien, y compris Guillaiinie d'Angleterre et Per- 



1. On croyait encore à cette époque que l'auteur de VOvide moralisé s'ap- 
pelait ainsi; cf. mon édition critique de Philomena, Introd. v-xvii. Je ren- 
voie également à cette Introduction pour tout ce qui concerne les premières 
phases de la question de l'auteur de Pbilomena. 

2 . « Un poème nouveau de Chrétien de Troyes n'est pas une chose indil- 
férente. » (G. Paris, Chrétien Legoiuis... [Hist. litl. de la Fr., XXIX], p. 39 
du tir. à part). 



9^ MÉLANGES 

cnuily et une monographie sur la vie, l\vuvre et la langue du 
poète. Il est évident que dans cette importante publication l'au- 
teur n'accordera aucune place à Philotiicua, de même qu'il ne lui 
en a accordé aucune dans l'introduction et dans les notes de la 
dernière édition de Clives. Il est permis d'exiger des arguments 
convaincants avant de rayer ainsi de la liste des œuvres de 
Chrétien de Troyes un poème que tout invitait à y ranger. 
Examinons les arguments de M. Foerster. 

I. Il est inadmissible, dit M. F., que la forme /xv/^/ (107 1) 
se rencontre dans une œuvre de Chrétien, puisque celui-ci se 
sert toujours des formes .wqc oÏ ( poisse, poïst^K L;i forme /(7 (631) 
pour jckm serait, pour le même motif, inadmissible dans une 
œuvre de Chrétien. 

Mettons que Chrétien ait emplové dans Clii^cs aussi exclusi- 
vement poïst, il n'en reste pas moins qu'aucune des deux 
formes ne se rencontre dans Erec, et que cette œuvre reste 
nécessairement en dehors de l'ariTumentation. C'est d'ailleurs 
un tait secondaire : l'essentiel pour M. F. est l'impossibilité 
d'admettre que Chrétien ait employé d'abord, dans Philomena, 
la forme /v/ïj/, puis, à partir au moins de Cligès, la ioxmt pdï st. 
M. F. appelle pcfist « franzisch und fest gemeinfranzôsisch «, 
poist « mundartlich ». Or, M. F. oublie que peûst est la forme 
qu'on rencontre toujours dans presque toutes les œuvres qui 
constituent la littérature du temps de la jeunesse de Chrétien : 
peûst est francien-normand. Est-il maintenant impossible que 
Chrétien se soit servi de cette forme dans Philomena (le mot s'y 
trouve I fois à la rime, 1071) et que plus tard, « formvollen- 
dct », déjà célèbre et par conséquent plus indépendant, il se 
soit servi de la forme qui était la forme régulière dans son 
entourage, à Troyes ? La chose devient plus vraisemblable 
encore quand on croit, avec G. Paris, que Chrétien a passé une 
partie de sa jeunes.se en Angleterre-Normandie. Mais nous 
n*avons pas même besoin de cet argument, et l'exposé de cette 
opinion nous mènerait trop loin ; je n'insiste pas et je fais remar- 
quer tout de suite que pour l'emploi de fel au cas régime 



I. La forme verbale manque dans Erec. Au vers 908 de Cligès je corrige 
poist en peûst, correction que M. F. rejette. 



CHRÉTIEN' Dl£ TROYKS AUTEUR DE « PHILOMENA » 97 

(i fois) nous avons un cas à peu près analogue. Fcl c. rég. est 
également assez fréquent déjà dans la littérature (normande) 
du temps, mais considéré à Troyes et à Paris, et aussi p. e. en 
Picardie, comme incorrect dans une oeuvre littéraire : Chrétien 
a donc évité plus tard l'emploi de cette forme. M. F. oublie- 
t-il le grand nombre des « incorrections » dansZf;vr? Elles se 
retrouvent aussi presque toutes dans la littérature à la mode du 
milieu du xii'' siècle, et Chrétien a su les éviter plus tard'. 
Cette explication des faits exposés n'a rien d'impossible ; elle 
me semble même assez probable. Il suffit d'ailleurs dans notre 
cas qu'elle soit possible. On peut encore comparer l'emploi de 
pcûst et l'emploi de fcl c. rég. à Temploi assez fréquent de t?/, là 
où Chrétien emploie plus tard exclusivement la forme de : les 



I. M. 1". regarde toutes ces formes comme appartenant à la partie orien- 
tale de la Champagne (c(. Intr. Cligèsi, LXix sq.;; j'y vois bien plutôt 
des influences « littéraires <> dans ce sens que leur emploi s'explique 
par l'emploi de ces mêmes formes dans la littérature (anglo-franco-nor- 
mande) du temps, exactement comme c'est le cas pour l'emploi de/e*/, pefisl, 
el dans notre texte. On trouve des exemples de toutes les particularités de la 
langue d'Erec dans les auteurs du temps; dès lors il n'y a aucune nécessité, 
et c'est l'essentiel ici, d'y voir des formes champenoises de l'Est. Kn voici des 
exemples, dont il serait très facile d'augmenter le nombre : pour st : / cf, 
Béroul, Tristan 2267, Thèbes 4027 (la même rime que Erec 6807), Benoit, 
Chron. 10965 — pour message : sache cf. Thèbes ii'j'j — pour rane : femme cf. 
Eneas 3, Thèbes 413 — pour coreïi ci. Saint Alexis 82^1 — pour / : 1, d. Tho- 
mas, Tristan passim — pour dcus : vos cf. Thèbes 9173 — pour ceint urs : 
Arturs cf. Béroul, Tristan -^ij"] — glas : glais ^= assonance qu'on peut 
comparera mare : afaire dans Béroul. Tristan 3619 — s : :^ est assuré spo- 
radiquement pour tous les poèmes de Chrétien, y compris Philomena (cf. 
Introd. Phil. xxvin) — pour mule : cure cf. Lancelot — les formes /t'/55/V>// : 
alissiént représentent un procédé qui a commencé dans l'Est (cf. M. L., II, 
273) et dont on trouve des exemples p. e chez Benoit (voir la longue note 
de M. F. Erec 1449) — visde : Enide \ on sait que devant les sonores s 
tombe de bonne heure (cf. Rom., XV, 614 sq.), aussi dans Chrétien {d . 
Introd. Cligès, Lxxx). [M. G. Cohn, Zeitschr. f. fr. Spr. u. Litt., XXXVIII, 
95 sq., croit voir dans toutes ces formes, en y joignant le subj. doit nu vers 1 1, 
des traces d'un remanieur hypothétique du commencement du xin^ siècle, 
qui serait en même temps l'auteur des vers 8-26 d'Erec. L'hypothèse de cette 
interpolation me semble discutable, l'explication des particularités de langue 
me semble inadmissible.] 

Roman ia, XLI. 7 



98 MÉLANGES 

auteurs de rOuest se ser\ent souvent des deux formes l'une à 
côté de l'autre, ce que les auteurs du Xord et ceux de l'Est ne 
feront que beaucoup plus tard. 

2. L'absence de la forme nds et de la désinence -oincs (r"-' 
pers. plur.) dans une des premières œuvres de Chrétien serait 
inexplicable. 

Pour nds, le mot se rencontre une fois dans le poème, sous 
sa forme monosyllabique, et dans un vers où nous pourrions 
au besoin introduire la forme nds en supprimant l'hiatus : 
« Xes la mesniee Helleqiiin n (192). La correction d'ailleurs 
ne me semble pas nécessaire. 

Quant à -ivms, nous trouvons dans notre texte les formes 
suivantes : avons (1^6^), devons (956), sonics (318), serons (1358, 
1361), savrons (958). C'est tout. Aucune de ces formes ne se 
trouve à la rime, mais on peut les admettre toutes : Chrétien 
se sert aussi bien de -ans que de -omeSj comme c'est l'usage 
d'ailleurs en général dans tous les textes champenois (ci. Cli- 
^èSy Introd. lxxv; Cligês, v. 27. où W. F. admet avons; M.-L., 
II, 137; etc.). On sait que la littérature normande ne con- 
naît pas -onies ; on pourrait donc voir ici un cas analogue à 
l'emploi de peiist^Jel et el, mais il faut avouer que ce rapproche- 
ment ne s'impose pas. Pour une autre explication possible, d. 
Rom. Forscb.j XXIII, p. 114. 

3. Chrétien se sert presque toujours encore de l'ancienne 
forme /Vr^ (imparfait), rarement de iert, forme régulière dans 
Pbiloniena à l'intérieur des vers. « On ne peut pas admettre ici 
que les copistes aient fait disparaître partout /V/v, car les 
18 manuscrits de Philoinena — chose surprenante — ne pré- 
sentent que quelques variantes, au lieu qu'elles abondent dans 
les manuscrits des autres œuvres de Chrétien. » 

Pour ce qui concerne cette dernière phrase, je renvoie le lec- 
teur au chapitre sur les manuscrits, et aux variantes de mon 
édition. Il n'y a dans tout cela rien de « surprenant ». M. F. 
sait bien qu'on ne peut pas comparer la façon très spéciale dont 
Philomcna nous a été conservé, avec la tradition très défectueuse 
des autres œuvres de Chrétien, et que par conséquent le nombre 
des manuscrits n'a absolument rien à faire ici M. F. sait 
aussi que quatre de nos mss. sont pleins de fautes, que lesmss. 
de la famille v diffèrent sensiblement de ceux de .v, et que ces 



CHRÉTIEN DH TROYF.S AUTKUK DK « l»HII,().\li;\A >> 99 

derniers mss. offrent évidemment assez de variantes pour 
qu'on puisse — au besoin — supposer quelques cas de substitu- 
tion de /V;v à /V/7 à Tintérieur d'un vers ', p. e. aux vers 47.}, 
1026, 1066, 116). Dans ce cas nous aurions dans notre texte 
4 fois iert contre 5 fois ierc. Est-ce assez normal dans l'œuvre 
d'un poète dont M. F. dit (Introd. Clii^cs, y éd., lxxix) : 
« Impf. und Fut. von cslrc haben beide stets /V-, also /V;v Impf. 
(s. zu 72) gei^en /V// lut., welche Fornien jedoch paarmal 
durcheinander "[eworten werden » ? 

La question d'ailleurs se pose tout autrement, comme il résulte 
de l'étude de Cornu sur la « chute de la voyelle finale )^ ÇRoin. 
Forsch.j XXIII, iio). Dans les textes anciens, l'emploi de l'une 
ou de l'autre forme dépend de leur place dans la phrase, et dans 
Philonwnay comme dans les autres œuvres de Chrétien, /V/7 est 
employé en général dans le discours soutenu, ierc à la rime ou à 
la césure (il n'y a que les textes anglo-normands qui, de bonne 
heure, ne savaient plus distinguer l'emploi de ert et de cre). 
M. Cornu change pour cette raison Erec 651^ irrt en ierc. 
D'après le même principe, on pourrait changer Cligès 241^, 
2448 e. a. ierc en /V/'/, trop heureux de la découverte d'un crité- 
rium pour l'emploi de ces formes nécessairement flottantes dans 
la tradition des manuscrits. 

Quoi qu'il en soit, il est clair que la remarque de M. 1*. sur 
l'absence de iere dans Philomena ne saurait constituer un argu- 
ment sérieux pour la thèse qu'il défend : tous les textes de 
Chrétien sont à revoir sur ce point -. 

4. iM. F. termine en disant qu'il est peu probablc(.'^) que le 
môme auteur se soit appelé d'abord Crestiiens li Gois et, plus 
tard, Crestiiens de Troyes, et que l'étude du poème ne permet 
que cette conclusion : « Philomena appartient aux textes de l'Est, 
comme S. Pan le, Eructavil, etc. » 

X'oilà donc Philonicfia rave par M. Foerster de la liste des 
œuvres de Chrétien : on a vu en vertu de quelles considérations. 
Mais ce sont des arguments autrement forts qu'il faudrait, me 
semble-t-il, pour que M. F. ait le droit de ne pas tenir compte 



1. A plus forte raison peut-on supposer — au besoin — quelques cas du 
contraire dans la tradition des œuvres de Chrétien. 

2. Iere se trouve à la rime au vers 1168. 



100 mela:<gks 

de notre poème dans le travail qu'il est sur le point de publier 
sur la vie, l'œuvre, la laui^ue, le vocabulaire de l'auteur d'Etre 
et de PcfiiTtil. Il serait fâcheux aussi que notre texte ne profitât 
pas ainsi de la revision â laquelle l'homnie le plus compétent 
dans la matière serait alors obligé de le soumettre. 

C. Dh Boer. 



LE RKCrr DL' JUGEMENT DE PARIS DANS VÉNÉAS 

1-T SES SOURCES 

L'histoire du jugement de Paris a été racontée à plusieurs 
reprises par les auteurs de romans français du xii*" siècle, 
notamment dans Troie, dans Floire et Blaneheftor, et pour 
la première fois dans VEnêas. \'irgile, dans VEiicide, ne fait 
qu'une brève mention de la légende ; son imitateur en fait 
un long récit (v. 99-182). Quelles sont les sources de ce récit, 
c'est une question qui, jusqu'ici, est restée sans réponse '. 

Rappelons-en les termes. Les traits qui caractérisent la narra- 
tion de YEucas sont les suivants : la Discorde jette aux trois 
déesses Junon, Pallas et Vénus, une pomme sur laquelle est 
écrit en grec qu'elle « en fait don à la plus belle ». Il en résulte 
une querelle que les concurrentes viennent soumettre au juge- 
ment de Paris. En secret, elles lui promettent, pour gagner sa 
faveur, Junon la richesse, Pallas «le prix de chevalerie », Vénus 
la plus belle femme du monde. Il donne la pomme à Vénus. 

Je relève, parmi les remarques de M. de Grave, celles-ci : 
que ce récit ne peut avoir été pris dans Ovide, qui ne tait pas 
mention de la pomme (ni, il faut l'ajouter, de la Discorde); — 
qu'Apulée, qui parle de la pomme, ne dit rien ni de la Discorde, 
ni de l'inscription ; — que dans Hygin, où il est question de 
la Discorde et de la pomme, il n'est pas parlé de l'inscription ; — 
que dans Lucien, enfin, on trouve tout à la fois la Discorde, la 
pomme et l'inscription. 

Le poète français n'a pas connu Lucien : on peut l'affirmer 



i. \oy. Étuas, texte critique p. p. J. Salverda de Grave, Introduction, 
p. LXiv s., et \ Dressler, Der Einfluss des altfr. lineas-Romanes au f die altfr. 
Litleratur^ p. 47 ss. 



LE RECIT DU JUGEMENT DE PARIS 10 1 

sans crainte. Et s'il s'en est tenu aux autres sources, il n'a pu y 
prendre d'indications que touchant la Discorde et la pomme. 
La difficulté est de dire où il a trouvé le détail de l'inscription. 
Or, on lit dans les hitcrprctcttiones de Donat aux vers 25 ss. du 
livre I de V Enéide les lignes que voici : 

. . . nam cum Jtino in judicio Paridis offensa sit, quod in nialo aureo 
niinorcni praetulit dcani, quacsivit ingenium diccntis aliam, cum dicit judi- 
cium Paridis spretaeque injuria formae, ut iniquuni non suffecerit judicium 
Paridis, qui potiori, hoc est rcginae deorum omnium praetulit inferiorem, 
accesserit et formae injuria. Malum quippe aureum dicitur iuscriptum fuisse 
« hoc munus formosior habcto ». Cum ergo datum fuisset Veneri, dupliciter 
offensa est Juno. . .etc. '. 

Nous savons donc maintenant où le traducteur a puisé : il 
s'est servi d'un commentaire de Y Enéide. Ce commentaire est-il 
celui de Donat lui-même ? Je n'oserais le dire. En ce cas, il en 
aurait combiné les renseignements avec la tradition dont le récit 
d'Hvgin est le représentant. Mais il est bien possible qu'il ait 
utilisé un commentaire, soit écrit soit oral, où la combinai- 
son se trouvait déjà fliite. Une chose reste sûre : c'est Donat qui 
a fait connaître au xii^ siècle la tradition à laquelle se rattache le 
récit de Lucien, et la forme sous laquelle Ihistoire du juge- 
ment de Paris a été racontée dans les poèmes français de cette 
époque, tous imitateurs de VEnéas sur ce point-, a été détermi- 
née en partie par sa note ^ Nous avons là un exemple entre 

1. Édit. Henricus Gcorgn(Bibliolhi'ca teubnen'atia), t. I, p. 14. 

2. Le fait que le détail de l'inscription a été introduit dans les récits fran- 
çais par le commentaire de Donat est, pour qui en douterait, une preuve 
de plus, outre tant de nouvelles qu'on en pourrait donner, que le roman de 
Troie est postérieur à celui d'Enéas. Le trait se trouve, en effet, dans les deux 
récits du jugement que donnent ces deux œuvres : or, s'il est naturel que 
VÉnéas ait utilisé un commentaire de VEncide, il serait bien invraisemblable 
que Troie l'eût fait et eût été ensuite imité par VEnéas. 

5. L'inscription de la pomme, d'après Lucien, était f, /.y.'/.r^ Àioit''). Selon 
Donat, elle était : « hoc munus formosior habeto », à quoi répondent exacte- 
ment les termes de ÏEnéas : 

108 Qu'a la plus bêle d'eles treis 
Faiseit de la pome le don. 
Troie porte simplement 

3884 Qu'a la plus bêle d'eles treis 
Sera la pomequitement. 



102 MELANC.ES 

cent du rôle qu'a eu la culture scolaire dans la formaiion des 
œuvres françaises du moyen âge. 

Edmond Far AL. 

Di'RHSTJl DURl:Sri:K, DUHliSTAXÏ 

Dans un certain nombre de chansons de geste, mention est 
faite d'une localité nommée Durcstc. Le plus souvent, ce nom 
désigne une localité très éloignée, dont le poète, évidemment, 
ne se fait aucune idée nette. C'est ainsi que, dans un passage 
touchant à\'lmi et Amilc, quand Amile est sur le point d'égor- 
ger ses enfants, la chanson dit (édit. K. Hofmann,v. 2965): 

Dormans les treuve bras a bras acolez, 
N'ot dous si binx desci eu Durcsiè. 

On trouvera d'autres passages réunis dans la Tahle des noms 
propres de M. E. Langlois, au mot Dnresté. Ce nom de Duresté 
est très ancien dans les chansons de geste ; dans la Chanson de 
GîiiUaume (dans la seconde partie, il est vrai, qui, d'après 
M. Suchier, serait d'un autre auteur que la première et de date 
postérieure, mais qui est en tout cas d'une antiquité respec- 
table), on trouve le même nom, sous la forme légèrement 
modifiée, de Durester : v. 3365, 3389, îresquen Diiresler (à l'as- 
sonance ; édition de Londres, 1903). 

Mais nous pouvons remonter encore plus haut : dans la 
Chanson de Roland, là où plusieurs personnages de l'entourage 
de Marsile se livrent à des vantardises, le propre neveu de 
Marsile dit qu'il délivrera cà lui tout seul une grande partie 
de l'Espagne (édit. Stengel, v. (S69-870) : 

J'aquiterai d'Espagne une part grant, 

Des les porzd'Aspre entresqu'a Durestant. 

Il est évident que (( Durestant » est une transformation de 
Durestê, faite sous l'influence de l'assonance '. 



I. L'identité de Durestant et de Z)/<r^j/<^ avait été d'abord mise en doute par 
l.éon Gautier; il finit par l'admettre définitivement, sur l'autorité de M. W. 
Foerster, dans le Glossaire du Roland, à partir du septième tirage de son édi- 
tion classique. — On sait que ces transformations des syllabes finales de 



« DURESTÉ, DURF.STER, DURESTAKT n 103 

Le premier philologue qui ait vu nettement ce que c'était 
que ce Durcstc, parfois qualifié Dniester ou Ditreslant, fut, 
semble-t-il, K. Hofmann : dès 1874 il signala à M. Andresen que 
Diiresfé était l'ancien Dores/nd ou Doreslat, important centre 
commercial des Pays-Bas septentrionaux, fréquenmient men- 
tionné par les annalistes du ix'' siècle (voir Bartsch, Chreslonia- 
thie de l ancien français, 10' édition par M. Wiese, Table des 
noms propres, au mot DnresU^). 

Si je reviens aujourd'hui sur cette question, c'est pour fixer 
l'attention sur un problème curieux. Dorestad, localité située 
sur le Rhin, près de l'endroit où s'élève aujourd'hui la petite 
ville de Wijk by Duurstede, fut en efl'et un centre extrêmement 
important sous les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux : 
sa situation, là où le Rhin se partage en deux branches, le 
Lek et le « Rhin recourbé » (Kromme Rijn) ', en faisait un 
entrepôt capital à une époque où le commerce avait l'habi- 
tude de remonter les fleuves et où les véritables ports de mer 
avaient moins d'importance que les ports situés sur des 
rivières. Mais Dorestad ne se releva pas d'une série de pillages 
par les Danois, allant de 834 à 863 ^ ; l'occupation de la ville, 
ou plutôt du district, parle Danois Heriold, à qui il avait été 
donné en fief, effraya définitivement les commerçants ; au x* 
siècle, Dorestad n'est plus qu'un souvenir; on lit dans un 



noms propres, faites pour obéir aux exigences de l'assonance ou de la rime, 
sont assez fréquentes dans les chansons de geste : c'est ainsi que, dans Gau- 
fret, le personnage appelé d'ordinaire dans le roman Macabre ou Machabre, 
s'appelle A/jf/A//>/</77/ dans une laisse cnatit (éd. Guessard, p. 261, v. 8694) et 
que, dans le Roland même, nous avons la double forme Malprcis (y. 3285, 
asson. en ef) et Malprose (v. 32 53,asson. en ô-e). Voir pour d'autres exemples, 
Rajna, Origini dclV cpopea francese, p. 152, note i. 

1. Le paradoxe d'un savant du xviiie siècle, R. Iluydecoper, qui, dans son 
édition de Melis Stokc (t. I, p. 192-204), voulait placer Dorestad sur l'Elbe, 
n'a plus aujourd'hui de défenseurs parmi les historiens. 

2. Voir H. -A Poelman, Geschiedeuis van den handel van Noord-Xederland 
gedurende het Merovingisch in Karolingisch tijdvak (La Haye, Nijhoff, 1908), 
p. 112, 1 15. A propos de la publication de ce livre, on a émis en Hollande 
riiypothése qu'en dehors des invasions danoises, une diminution de la navi- 
gabilité d^ certains embranchements du Rhin peut, dès la seconde moitié 
du ixe siècle, avoir contribué à la décadence, puis à l'abandon de Dorestad. 



104 MELANGES 

diplôme de 9-^8 : /;/ villa qmu quotniatn DorstaJt, mine aiitem 
llljck tiomituUa '. Lecommercese déplace : au xi*" siècle, ce n'est 
plus Dorestad sur le Lek, mais Tiel sur le Waal, qui est l'en- 
trepôt commercial des Pays-Bas septentrionaux. — Il est vrai 
que le nom de Dorestad survécut dans le nom de W'ijk « bij 
Duurstcde », et que les évéques d'Utrecht tirent bâtir plus 
tard un château fortifié sur l'emplacement présumé de l'ancienne 
ville * ; mais ce Duurstede postérieur, localité insignifiante, a 
difficilement pu être connu en France : c'est la grande ville 
commerçante du ix*" siècle dont la mention a dû se perpétuer, 
vague et incomprise, il est vrai, dans les chansons de geste. 

Comment ce nom a-t-il pu survivre si loin de la Hollande, 
à la ruine de la ville ? On songe d'abord à quelque locution 
proverbiale, comme notre « tout chemin mène à Rome ». 
Des locutions de ce genre, se rattachant à. des noms de villes 
connues, existent dans d'autres langues. Mais on se demande 
si un proverbe de ce genre pouvait survivre longtemps à la 
disparition de la ville à laquelle il s'applique. 

Une autre supposition semble possible : c'est que la mention 
de Duresté, vague parce que traditionnelle, véritable cliché, a 
été un cliché déjà avant le xi*" siècle, qu'elle remonte par 
une tradition épique ininterrompue, à l'époque où le souve- 
nir de l'importance et de la richesse de Dorestad pouvait être 
encore vivant dans la mémoire populaire, au x*" siècle au moins. 

Il y a cependant une difficulté : les documents latins du ix*^ 
siècle portent toujours Dorestadiis^ Dorstatus , Dorestad lus, etc., 
jamais D//restadius; d'autre part, les chansons de geste ont 
constamment // dans la première syllabe du nom; les 
variantes que nous avons relevées ne portent que sur la syllabe 
finale. Duresté rappelle d'une façon suspecte la forme moderne 
Duurstede. Mais il est possible que, dans la langue parlée, Vo de 
la première syllabe se soit prononcé déjà très anciennement t'i 
ou ôj pendant qu'on continuait à écrire la forme traditionnelle 
du nom, que Dorestadus cache par conséquent un Diïrestadus 
prononcé. Un spécialiste des Pays-Bas, à la fois romaniste et ger- 



1. Poelman, /. /., p. ii8, note i. 

2. Rietstap, Behwpt aardrijkskunàig zcoordenboek, in voce JVijk bij Diiur 

Stf,h\ 



SUR QUKLOUES TEXTES PROVENÇAUX IO5 

maniste, que j'ai consulté sur ce point, m'écrit que, par suite 
d'un iimlaiit, la prononciation Di'ircstad au lieu de Dorcstad 
peut être ancienne. Mais la doctrine des germanistes place la 
veninilaiitniig d'o en // ou Jau x"" siècle, tandis que notre hypo- 
thèse, pour être absolument sûre, demande que la prononciation 
Diircsiad remonte au w" siècle. Il reste donc une ditticulté, 
que je dois reconnaître ' ; je crois néanmoins que le Dureslc des 
chansons de geste mérite plus d'attention qu'on ne lui en a 
jusqu'ici accordé et qu'il a même une certaine importance 
dans le débat sur l'antiquité de l'épopée française, débat remis 
à l'ordre du jour par les trav-mx de M. Ph. A. Becker et sur- 
tout de M. Bédier. 

G. HUET. 

SUR aUELaUES TEXTES PROVENÇAUX RÉCEMMENT PUBLIÉS 

I 

Notre excellent collaborateur M. Bertoni, qui a déjà tiré un 
si bon parti de son heureuse découverte du manuscrit Campori -, 
continue à montrer que la leçon conservée par ce manuscrit 
peut servir à compléter ou à améliorer grandement le texte 
d'intéressantes poésies provençales. Il s'est occupé récemment 
de celui d'un des sirventés de G. Fi2;ueiraet de deux chansons de 
Jaufré Rudel "\ Commençons par le premier. 

Ce sirventés n'était connu que par les mss. C R, où il était 
incomplet de deux strophes (II et V), que nous fournit le nou- 



1. Il est aussi possible que le nom ait été modifié en France sous une 
influence analogique; cependant on ne voit pas bien quel pourrait être le 
point de départ de cette influence. — [Après avoir rédigé cet article, j'ai 
trouvé une mention curieuse de Duresté dans le Jeu ihi Pèlerin {Œuvres 
d'Adam de la Haie, éd. Coussemaker, p. 415) : Dureste y est nommé en 
même temps que V Arbre Sec. On voit que la localité est devenue de plus en 
plus fabuleuse.) 

2. On sait que M. Bertoni vient d'en publier le texte {CoUectanea Frihur- 
gensia, fasc. XI et XII, Fribourg, 191 1). 

3. Un serventese di Guilheni Fiarueira et Due poésie di Jjujré Rudel dans 
Zeitschrift jftr rom. Philologie, XXXV (191 1), p. 489-91 et 533-42. 



I06 M i; LANGES 

veau ms. (</'). Dans une des strophes antérieurement connues, 
un vers restait inintelligible. Le ms. a permet d'en restituer le 
texte, mais non comme le croit M. Rertoni. 1-igueira, dans cette 
pièce (éd. Levv, n'^ III), exhorte l-rédéric II à réduire les « Lom- 
bards», c.-à-d. les Milanais, à l'obéissance et A se montrer libé- 
ral envers ceux qui lui prêtent leur concours. « Si l'empereur, 
dit-il, renonce à réclamer ce qu'on lui enlève, sa réputation en 
soutTrira. » Suit le vers corrompu, dont les trois mss. nous 
fournissent les leçons suivantes : 

A' : c donc clas estic son lassol 
C : donc clars — — lansol 
a : don a larcson estres; lacol. 

M. Bertoni, modifiant légèrement cette dernière leçon, 
propose de lire : 

donc a l'arcson estreng l'acol. 

Varcson, dit-il, serait « l'arçon », estreng la 3'' pers. sing. du 
subj. prés, de cstreuher, acol un déverbal (inconnu) de acolar 
« embrasser » ; mais il omet de nous dire quel sens il tire de 
tout cela. Je n'en vois pas de satisfiùsant et remarque en outre 
que le subj. de estrenher est nécessairement estrcnha. La solution 
est beaucoup, plus simple : il suffît de supposer que Jacol doit 
être lu Jaiol {ci. lassol dans R) et de couper les mots autre- 
ment : si nous lisons : donc alarc son estreç^ lacol, j\ous aurons un 
sens excellent : « qu'il élargisse son cordon [trop] étroit ». De 
quel cordon s'agit-il ? De celui de la bourse évidemment : le 
ix)ète revient ici sur le conseil déjà donné aux v. 19 ss. 

Le début de la strophe V (uniquement dans a^ est mutilé 
par suite de l'omission de quelques mots, mais le sens général 
en est clair '. La fin est ainsi conçue : qe sahers e the^aurs rescos — 
acel qo res con non es hos. M. Bertoni corrige avec raison, e 
en es, et à tort qoÇque 0) rescon en qe rescos. Le sens est très clair : 
« le savoir est un trésor caché ; à celui qui le cache (mot à mot 
qui cache cela) il ne sert de rien. » C'est une pensée souvent 



I. Je proposerais plutôt de la compléter ainsi : lai on [son dreit] (et non 
per d.) dru perchassar, — sos ptos [e sos pret^] al sol — leu pot [ciller e] Ira- 
fin rJ^ur 



SUR aUEI.aUF.S textes provençaux 1 07 

exprimée au moyen âge et qui est, dit M. de Lollis, « presque 
obligatoire dans l'introduction de poèmes didactiques ou 
moraux » '. 

II 

L'une des chansons de Rude! que M. Bcrtoni réimprime ici 
était inconnue jusqu'à ces derniers temps, puisqu'elle est con- 
servée uniquement dans li . Elle est fort obscure. MM. de Lollis 
et Savj-Lopez avaient essayé, sans grand succès, d'en donner 
un texte intelligible. Là où ils avaient échoué, M. Bcrtoni a 
brillamment réussi : c'est grâce à lui que nous pouvons appré- 
cier un nouvel aspect du talent du gracieux poète de Blaye, qui 
s'était essayé, lui aussi, aux artifices de versification les plus raf- 
finés. 

Quelques détails seulement de cette ingénieuse restitution 
laissent à désirer. \'. 3-9. Ms. : de quanl aiig. Jouucr sonar dur. e 
sou pcr lot tua clat prat. al ro:^al de! malin ses pan. lan sobre lerha 
joslal saii:^a (il s'agit, comme on le voit, d'une description de 
printemps). W. B. lit : quant aug hvivier .wnar — rlar — e cjiiau son 
per toi mesclal prat —elro:^al:^ del malin s' es pan — lan, etc. — 
Au V. 3, à vivier, je préférerais vergier et au singulier le pluriel 
(ce serait une allusion au chant des oiseaux, qui est de style dans 
ces sortes de descriptions)._Au v. 8 lan serait, selon M. B., une 
autre forme de lai, la, ce qui est naturellement impossible ; la 
rime exige au reste une // stable (de n -\- consonne). Je propose 
bJan (blande) ; il se pourrait que ce soit le b initial, omis ici, 
qui ait été transporté, par un accident singulier, au v. 2 (blaire 
pour laire). — V. 19-20. Ms. : ;/()// es reis ni emperaire gaire qe lam 
el nuintel drechar. M. B. corrige très heureusement lam en laus, 
mais il conserve drechar, qui ne donne vraiment pas de sens ; 
le mot requis me paraît être tochar, qui, paléographiquement, 
ne s'en écarte pas beaucoup. 

La seconde chanson dont il est ici question est Tune des plus 
originales du poète : c'est celle que G. Paris avait choisie pour 
en donner un texte critique (A^o sapchantar, éd. Stimming, n" VI; 



I. Vita e poésie ili Sordello di Goito, p. 295. 



I08 MÉLANGES 

éd. Moiuici, ir' i). Le ms. Campori donne en quelques passages 
une leçon meilleure et nous apporte une strophe nouvelle. Le 
premier vers (i ^) en est malheureusement altéré, et. NL B. ne nous 
dit pas exactement comment il l'entend. C'est dn'is, non ^/m, 
qui signitîe « souhait >^ (déverbal de dn'isar) et ce mot ne don- 
nerait pas ici de sens satisfaisant. />:7 ne peut guère être qu'une 
forme de ch^'inar. Je propose de lire :E si tnu j'ai qc (au lieu de 
de) ^(1 (ou mieux s'o) dcii — Ma donna, c'est-à-dire « Même si 
ma dame arrive à deviner mon amour. . . ». — Au v. 9 il vaut 
mieux lire, comme M. B. l'a soupçonné, qc'l cors. — r- Au v. 20 
pour éviter Télision ;;(/), je lirais : ni ella de mi jausira. 

III 

M. B. vient enfin de publier, toujours d'après le manuscrit a\ 
un '« planh >• tout à f;iit inconnu sur la mort d'un comte de 
Provence'. La pièce est, littérairement, tort médiocre, mais elle 
est intéressante par les difficultés de diverse sorte qu'elle sou- 
lève. 

Le texte du ms., fort défectueux, a déjcà été très heureuse- 
ment corrigé, en plusieurs endroits, par l'éditeur. Mais la 
matière n'est pas épuisée. Voici deux corrections, par exemple, 
qui me paraissent s'imposer. 

Dans la première tornade, l'auteur s'adresse à une « comtesse 
de Provence ••, fille du défunt: 

54 E membre vos del comte, vostre paire, 
E castiatz los grans faitz els menutz 
Quen los autres per veritat saubutz. 

Le vers 56 est manifestement corrompu. M. B. propose qu'an 
U autre j mais il déclare lui-même que cette correction ne le 
satisfait pas. 

Je lis simplement: quan los aiires et comprends : (f Châtiez, 
punissez les fautes, grandes et petites, quand vous les aurez 
sûrement connues. »> Fait dans le sens particulier de " faute », 
ne fait pas difficulté et castiar a ici son acception ordinaire : 
celle de « apprécier, juger sainement », que voudrait lui donner 



I. Studi Irtffrari r liuguistici deâicati a P. Rnjua, p. 593-604. 



SUR aUHI.aUES TEXTES PROVENÇAUX 109 

M. B.. ne résulte pas des exemples qu'il allègue. Aurcs pour 
aureti ^^^ pariaitement naturel, surtout dans cette région où /~ 
final a été de bonne heure réduit à s simple '. 

La seconde tornade ne se présente pas non plus sous une 
forme satisfaisante dans le ms. : 

57 Ben lai cel qi bcn comcn/.a, 
Mas ieu aug dir en Proenza 
Que bos coms non pot profechar gaire 
Ses bona lin. . . 

M. B. complète le v. 59 par l'adjonction, après ^y/zc, de nuls. 
Mais que signifierait ce « dicton », populaire en Provence, 
que « nul bon comte ne peut profiter sans bonne lin » ? Il est 
-'air que conis est une mauvaise lecture de coinens (subst. vcrb. de 
conieusar) écrit en abrégé, avec un tilde que le scribe aura négligé 
(ce qui lui est arrivé plusieurs fois). C'est en effet un proverbe 
connu qu'un bon commencement n'est rien sans une bonne fin. 
Raimon Vidal fait dire à un a joglaret " : 

Sil bos t'aitz a la fi non paret 

Tôt cant a fag lo senhor es mens : 

Segon fi val comeiisiiniens ^ ' 

et le dernier vers, cité par Serveri de Girone dans un poème 
didactique, est introduit par les mots : nostra{pz}iostre)savis dis... 

M. Peretz cite de ce proverbe deux exemples, altérés l'un et 
l'autre ' : Oui hcn vol comensar bons fail (corr. bon fait ou bons 
Jdit:;), si li (corr. lo ou los^ dcn acabar. Et : Re no prcn (corr. 
pret:^^ ?) comensar, si non a bona fin. On trouvera de nombreuses 
variantes de ce proverbe dans le recueil de Cnyrim ÇAiisgabcn, 
LXXI), n°^j22, 326-31, 3 3), 339-44, etc. 

Je ne suis pas non plus toujours d'accord avec M. B. sur 
l'interprétation. 

Dans les premiers vers l'auteur se lamente sur le jiste sort 
de la Provence, 

qe mortz es lo meiller dels très 
qu'el mond pogues nuls hom chausir. 

1. Même réduction dans pregues,degnes (y . 33, 43). 

2. Sofo el têtus, éd. Cornicelius, v. 977 ss.; d. la note de l'éditeur, p. 87. 

3. AUprorc. Sprichivarter dans Rom. Forsch., II, 415 ss., nos 83-4. 



no MELANGES 

M. B. trouvant le sens littoral peu satisfaisant, traduit, tort 
librement, lo nuiUcr dcls trcs par « la migliore délie cose », et vo't 
dans trcs le substantif /r<v/.v", que M. I.cvv traduit par« morceau, 
parcelle » \ Mais la forme trcs ne se rencontre pas, et pour 
cause : ce mot, qui me paraît se rattacher à la même racine 
que trcuûir^ sans doute par une forme trcnsnr, a une ;/ stable. 
Le sens au reste est diltîcilement acceptable. M. B. n'arrive à 
celui de « morceau » que par Tintermédiaire d'une métaphore : 
le sens propre serait « piccolo boccone ». Cette métaphore 
serait, il faut l'avouer, bien bizarre : vivant ou mort, le meil- 
leur des princes peut-il être qualifié de «friandise»? — On 
peut, ce me semble, conser\-er le texte : le comte mort était Tune 
des trois meilleures personnes qui fussent au monde, quels 
que pussent être, au reste, ces trois parangons de vertu. 

La strophe II, la plus importante au point de vue historique, 
ne me paraît pas non plus exactement interprétée. 

Bel segnor Dieu[s', pcr mantcnir 
12 Los vostrc[s], s'er'encontra mes 

Cels qi s'eran per fore' empres 

Del vostre dreg a retenir. 

Mas era sai, ses faillenza, 
i6 Pos lo pros coms de Provenza 

Es mortz, que vos en seretz demandairc.. . 

\[. B. traduit : « Seigneur Dieu, pour soutenir vos partisans, 
il s'était mis contre ceux qui employaient la force pour éloi- 
gner (les autres) de votre droit. Mais je vois sûrement que, 
maintenant que le comte de Provence est mort, vous deman- 
derez de ses nouvelles (vous éprouverez le besoin de lui) », 
etc. — Je traduirais, en rapportante// â drcg (\-. 16-7), non à 
coms : « il s'était mis à dos, s'était aliéné, ceux qui avaient 
entrepris par la force d'usurper vos droits... Et je sais que, main- 
tenant qu'il est mort, vous revendiquerez (en vain) ces droits » 



I. Petit Dict. prov.-fr. s. v. tiens et trensot. — M. B. renvoie aussi à 
Lespy et Ravmond. Dict. béarnais, s. v. tiens. Comme veut bien me le 
faire savoir M. Levy, les formes tiens, trensot n'ont été relevées par lui que 
dans des textes gascons et bordelais. Trenson, il est vrai (d. (r. tronçon), a une 
aire plus étendue : il se trouve dans la Chanson de la Croisade et la « lettre » 
de R. de Vaqueiras. 



SUR q.ui:lq.ues textes provençaux I I I 

(idée développée dans les v. 18-20). Au v. 27 ses mal faire 
signifie, selon moi, non « sans mal faire », mais « sans qu'on 
leur fît du mal ». Il y a là un emploi de l'infinitif absolu qui 
n'est pas rare: amie ses pro (eiier {~ que uo len pro) dans B. de 
Born (éd. Thomas, VHI,3r); (jne son toiuliii et a)i paor de raire 
(== d\'sser ras) dans \l. Cimd, Posehai, v. 22 ÇA/uiales du Midi, 
XVI, 469); et. en espagnol, lihro sin corlar, hiievos siii eoeer. 
Au v. 38, je lirais (en supprimant a): Pos m^s Fa tout y cui er 
en hier de paire, ce qui donne un meilleur sens et une coupe 
plus correcte. La phrase s'arrête à la fin de ce vers et ensemble 
vos se rattache à ce qui suit : « Combien il était d'accord avec 
vous contre. . . ». 

Je regrette d'avoir à combattre encore M. B. au sujet de la 
date du (( planh » et de l'identification du comte de Pro- 
vence qui y est célébré. M. B. ne doute pas que celui-ci ne 
soit Alfonsc II (mort en février 1209). ^1 n""^' paraît au con- 
traire qu'il y a non seulement une grande vraisemblance, mais 
une quasi certitude pour qu'il s'agisse de Raimon-Bérenger 
(mort en 1245). « Le prince est loué, dit M. B., pour l'appui 
qu'il prêta au pape durant la lutte contre les Albigeois. On 
sait que les États du comte de Provence n'eurent que peu à 
soufiVir dans cette période agitée. » Mais ce sont précisément 
ces expressions qui doivent faire pencher la balance en faveur 
de Raimon; quand mourut Alfonse, l'orage grondait sourde- 
ment, mais il n'avait pas éclaté : ce n'est que quatre mois plus 
tard (juin) que Raimon VI, après l'humiliation subie \ S'-Gilles, 
dut se joindre aux Croisés qui venaient ravager les terres de 
ses vassaux. 

Toutes les autres allusions, rendues claires par mon hypo- 
thèse, restent inexplicables si on la repousse. Le comte de 
Provence qui fut le soutien de l'Eglise, ce fut Raimon et non 
Alfonse; celui-ci, tout occupé à maintenir son autorité dans 
ses htats, n eut à prendre parti ni pour ni contre l'Eglise ; Rai- 
mon au contraire fut entraîné, non seulement par sa piété, mais 
par le souci de ses intérêts bien entendus, ci lutter presque cons- 
tamment, aux côtés de Louis IX, contre Raimon VII de Tou- 
louse et Frédéric II, ces deux redoutables ennemis de l'Eglise, 
dont il devint ainsi le « bouclier », selon l'énergique et exacte 
expression du poète. 



112 MELANGES 

A Raiinon et non à Alfonse s'appliquent également bien les 
autres passages où ce rôle est mis en relief avec une singulière 
insistance '. 

Mais ce qui me parait mettre hors de doute mon hypothèse, 
c*cst la tornade adressée à une « pros comtessa », qui apparaît 
comme chariiée de la direction des affaires. Cette comtesse ne 
peut être Garsende, veuve d'Altonsc, qui n'exerça la tutelle 
de son fils que plusfeurs années après la mort de son mari ^ 
La mention du père de celle-ci serait particulièrement inexpli- 
cable, car ce père était mort très jeune, peut-être sans avoir 
pu gouverner k 

Tout s'explique au contraire si la « pros comtessa » est, 
comme je le pense. Béatrice, quatrième fille de Raimon : celle-ci 
fut mise en possession, en vertu du testament de son père, de 
tous les domaines qui avaient appartenu à celui-ci et exerça 
l'autorité souveraine, avec l'aide d'un conseil de régence, jus- 
qu'à son mariage avec Charles d'Anjou, qui n'eut lieu que six 
mois plus tard (janvier 1246). Il était tout naturel d'exhorter 
cette princesse à suivre les exemples de son père, à l'éloge 
duquel la pièce est consacrée ; naturel aussi de souhaiter à la 
Provence, en la personne de son futur mari, encore inconnu, 
un scgjwr kial^ franc e de pa-:;^ amaire, ami de Dieu et de l'Église, 
capable de conserver à la Provence la paix dont elle avait joui 
jusque là ♦. 

1. Cf. 57-40. C'est vraisemblablement à Frédéric II et à Raimon VI 
qu'il était fait allusion dans la strophe II, dont on voit maintenant l'impor- 
tance. 

2. « Jusqu'à la mort de Pierre II (121 3), ou plutôt jusqu'au retour de 

Raimon-Bcrenger (12 16), elle est toute seule à \\ cour d'Aix, sans aucun 

titre et sans aucune autorité officielle, car ceux-ci étaient usurpés par le roi 

Pierre (II; et ensuite le comte Sanche. » (Stronski dans Revue des langues 

romatus, L, 23.) Cf. Papon, Histoire géiUrah de Proirtice, II, 279. 

3. Art de lèrifier Us dates Céd. de 18 18), X, 431 ; Papon, op. cit., II, 561. 
Il ne peut naturellement être question non plus de Garsende, fille d' Alfonse, 
qui, à la mort de son père, ne pouvait avoir plus de quinze ans et ne prit 
jamais aucune part à l'administration des aflfaires. 

4. On sait que la main de la jeune comtesse était briguée par trois princes 
au moins, Raimon VII, qui avait divorcé tout exprès pour en avoir le droit, 
Charles d'Anjou et un prince d'Aragon. 



« LETKi: » DANS UNE CHANSON FRANÇAISE II3 

Si M. H. s'est décidé à soutenir l'hypothèse que je combats, 
c'est évidemment qu'il y a été entraîné par l'attribution de la 
pièce à Rigaut de Barbezieux '. Mais la pièce n'est pas, dans 
le ms., placée « parmi » celles de ce poète ; elle est placée à 
leur suite et en est même séparée par un planh d'attribution 
douteuse (et. Ann. du Midi, XXIII, 20. j). Ce prétendu témoi- 
gnage n'a donc aucune valeur. 

A. Jean ROY. 

« LETRE » DANS UNE CHANSON FRANÇAISE^ 

En s*appuyant sur deux passages des Gesta Romanonim qui 
m'étaient restés inconnus, M. E. Parai a brillamment restitué 
un vers altéré d'une très curieuse chanson dévote dont l'auteur, 
en dépit de son inculture visible et de l'extrême gaucherie de 
son style, s'élève, par endroits, sur les ailes d'un ardent mysti- 
cisme, à une réelle éloquence '. De ces deux passages, il résulte 
qu'il fimt bien conserver dans le texte le mot « letre », et que 
les trois cf letres » mentionnées au vers 15 svmbolisent par leur 
couleur la noirceur du péché, la sanglante Passion du Sauveur, 
et les joies du ciel (rappelées ici en termes très vagues et presque 
inintelligibles). A ce rapprochement il n'eût pas été inutile d'en 
ajouter un autre, que j'ai indiqué trop tard à M. Parai : le 
célèbre traité de Bonvesin de la Riva » est divisé en trois livres, 



1. Rigaut a chanté une comtesse de Champagne (Rayn., III, 455) qui ne 
peut guère être que Marie, fille d'Eléono.re d'Aquitaine, qui florissait dans les 
vingt dernières années du xn^ siècle (p. 594, n. 5). Qu'on me permette de 
rappeler que j'avais fait cette identification (Dl';/cij/;'(I//7'/o, etc., p. 1 3) longtemps 
avant M. Anglade. 

2. Voy. Remania, XXXIX, 582. 

3. Je fais allusion aux strophes VI-IX, d'un mouvement si naturel et si 
pathétique. 

4. // libre délie ire scritture, etc., a cura di Leandro Biadene, Pise, 1902. 
J'ai consulté aussi l'édition de M. de Bartholomaeis {Società filolooica romatia, 
Rome, 1901). Voici la partie du prologue où Bonvesin explique les divisions 
de son livre : 

9 In questo nostro libro de tre guixe è scriptura : 
la prima si è negra e de grande pagura. 

Roman ia, XLI. O 



114 MELANGES 

intitulés Scriptuni ncgra, rossa, dorata, et qui traitent respec- 
tivement de kl naissance, vie et mort de Thomme, de la Passion 
de Jésus-Christ, et des gloires du paradis. La « signihance » des 
trois « écritures » de Fauteur lombard est donc, à très peu de 
chose près, la même que celle de nos trois « letrcs ». Mais cela 
ne nous renseigne pas sur la nature propre de ces lettres, que 
nous devons apprendre et nous « recorder » '. Le mot ne peut 
désigner manitestement un traité en forme, comme celui de 
Bonvesin, qu'on ne peut demander à un laïque ignorant d'ap- 
prendre par cœur, mais tout au plus des mots, dont chacun 
résumerait l'objet d'une pieuse méditation : et l'expression, 
dans ce cas, serait encore fort inexacte. Je crois qu'il fiiut, au 
contraire, la prendre au pied « de la lettre », si je puis ainsi 
dire, dans son sens de « caractère > , et qu'on aura la clef de 
l'énigme si l'on observe que les trois mots Pcchc, Passion, 
Paradis, ont précisément la même initiale. Je suppose que cer- 
tains prédicateurs avaient imaginé de résumer ainsi, de la fiiçon 
la plus propre à frapper l'imagination et à soulager la mémoire, 
le thème d'un sermon sur ces trois sujets, qui se présentent ici 
dans leur ordre logique : le Péché a eu pour conséquence la 
Passion et celle-ci nous ouvre l'entrée du Paradis. Ce thème 
a été légèrement modifié par Bonvesin, qui aura trouvé plus 
naturel d'opposer au paradis, l'enfer. Notons toutefois que dans 
son premier traité, la vie de l'homme (vouée au péché) occupe 
encore une place importante -. 



la seconda è rossa, e la terza c bella e pura, 
pur lavorata a oro, che dixc de grande dolzura. 

De la scriptura negra de dire si vene la sorte : 
de la nassione de l'omo, de la vita e de la morte, 
de le dodexe peue de lo inferno, onde è grameza forte. 
Dio faza che nuy non intramo dentro da quelle porte ! 

La rossa si détermina delà passione divina, 
de la morte de Yesu Cristo fiolo de laregina : 
la lettera dorata si dixe de la corte divina, 
zoè de le dodexe glorie de quella terra fina. 

1. Voyez le passage des Gesta, cité par M. Faral (loc. cit.). 

2. M. Faral me fait remarquer que ce symbolisme, fondé sur les lettres de 
l'alphabet, n'a pu être inventé, primitivement, pour des laïques. Mais il a vite 
passé du cloître dans l'église. M. Faral, en effet, me signale lui-même un 



I 



LE NOM DH LIEU « MONTMIRAIL » I I 5 

Encore un mot sur le texte. M. Faral est arrivé à restituer 
sûrement, au vers 19, le mot vermeille; mais il n'a pas réussi 
(lui-même s'en rend bien compte) à réintégrer, au vers 17, la 
mention de la couleur noire. Je crois que nous obtiendrons le 
résultat souhaité par une correction qui altère à peine le texte. 
Je lirais : 

La preniicrc est irenquc [et'] nos trel {m s. : de qucnoistre) 
Nos pécliiés... 

c'est-à-dire nous « retrace », nous « rappelle » nos péchés. La 
rime est pauvre, certes, mais beaucoup d'autres ne le sont pas 
moins. 

A. Jhaxroy. 
L1-: XOM D1-: LIEU MOXTMIRAIL lïï SOX )-'lYMOLOGIH 

On a cru pendant longtemps et l'on répète encore aujour- 
d'hui que le nom primitif de M();///;//V^/7 (Marne) était en latin 
Mons Mirabi lis et qu'on doit l'interpréter conséquemment par 
« montagne admirable ». Mais c'est là une opinion que le pro- 
grès des études philologiques ne permet plus d'admettre, car si 
Montniimil avait tout d'abord été appelé Mons Mirabilis, ce 
nom fût devenu Montuiirable en français. 

Il est néanmoins avéré que Mons Mirabilis est la plus 
ancienne forme latine que l'on connaisse du nom de MoulmiiaiU 
qu'on la rencontre dès l'an iioo S et qu'elle figure en de fort 



texte très curieux, où nous voyons un prédicateur de la tin du xin^ siècle, 
Albert de Paris, comparer les plaies des mains de Jésus-Christ à une lettre 
peinte en rouge, dont la connaissance peut remplacer, pour le fidèle, celle de 
tout l'alphabet : 

« Nota : Soient homines, ob memoriam alicujus, facere nodum in zona in 
signum amoris, et Christus in propriis manibus habuit scriptum sanguine 
memoriale amoris erga nos... Hoc memoriale nullo modo potcst deleri, nec 
aqua, nec igné, nec alio modo, ita fortiter imprimitur littera w a force de 
cisel, enluminée de vermeillon », proprii sanguinis. Hoc est alphabetum 
omnium laicorum. Nullus potest se excusare de ignorautia istius alphabeti. 
Videat quilibet crucifixum in cruce ! » (Hauréau, Notices et extraits de quelques 
manuscrits latins de la Bibliothèque nationale, t. IV, p. 23). 

I. Gaucher de Montmirail, l'un des témoins d'une charte d'Etienne, 



Il6 MÉLANGES 

nombreux documents du xiT siècle et des siècles suivants. Ce 
n'est là toutefois qu'une forme imaginée par les clercs du 
moven âge. Il semble d'ailleurs qu'au temps même où apparaît 
le nom latin Mons Mirabilis, le nom vulgaire se prononçât 
d'ordinaire Moutniirel : on peut du moins l'induire d'une 
charte, en date de 1123, où Tun des plus anciens seigneurs 
du lieu, Élie, est appelé en latin Hclius, dom'nius de Monlc- 
mircllo', et d'un autre acte, de Tan 1125, désignant notre 
petite ville par les mots castclUnu quod diciîiir Mons Mirclliis^. 
Ainsi, la prononciation traditionnelle et populaire du nom de 
Monltnifdil remonterait au moins à huit siècles, et l'on sait 
d'autre part qu'elle était la seule en usage à la veille de la 
Révolution \ 

On ne saurait méconnaître néanmoins qu'au xir' siècle on 
prononçât également Moutmiral ou Montinirail, en mouillant 
la dernière syllabe du nom. Ne rencontre-t-on pas, en effet, 
Mofitniitail en 1147, Mons Miralli en ii^S, Mon mirai en 1182, 
MonlniiraJ en 1190-^? Mais la prononciation Mont mira! on 
Monlmirail tomba certainement de bonne heure en désuétude, 
et la notation Monlmirail sur laquelle se tondent les primaires 
pour substituer la prononciation Monlmirail, avec mouillure, 
au traditionnel MonlmireU cette notation ne fut le plus souvent 
qu'une simple variante graphique d'un nom que chacun pro- 
nonçait MonUnirel. A l'appui de cette opinion, on peut invo- 
quer d'autres exemples de la graphie ail pour noter le son el : 



comte de Chartres et de Mcaux, rédigée en iioo ou iioi, y est appelé 
Gakfyrius de Moutc Mirahili (Cartulaire iJe Notre-Ddnie de Chartres, éditiou 
Lépinois et Merlet. t. I. p. 106;. 

1. Gallia christiana, t. X, instrumenta, col. 1 10. 

2. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes (ms. latin 1 1004 de la 
Bibliothèque nationale), fo 26 v". 

5. Ce qui le montre bien clairement, c'est que les descriptions et les dic- 
tionnaires géographiques de la France publiés vers la fin de l'ancien régime 
s'accordent pour écrire Moutmireî pour la ville de Brie, alors qu'ils emploient 
la graphie Monlmirail pour la ville du Perche. V^oir, par exemple, le Diction- 
naire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, de l'abbé 
Expilly, in-folio, tome IV (1766;, p. 869 et 870, et le Diclionnaire universel 
dila France, de Robert de Hesseln, in-80 (1771), tome IV, p. 544. 

4. A. Longnon, Dictionnaire topographique du dép. de la Marne, p. 176. 



LE NOM DE LIEU Cf MOXTMIRAIL » liy 

je rappellerai par exemple que le nom Vailly d"une bourgade 
du département de l'Aisne se prononçait jadis et se prononce 
encore communément Vély\ et que les noms Domptail et 
Suint-Ail de plusieurs localités lorraines se disent traditionnel- 
lement encore Doiilel et Sauitcl ' . On est donc en droit d'affir- 
mer que les scribes du xvir" et du xviir" siècle pouvaient écrire 
Moiifniirailj tout en prononçant Moiilinircl. 

Il me reste maintenant à déterminer l'origine du nom lui- 
même et le sens qu'il convient de lui attribuer. Dans l'introduc- 
tion du Diclionnairc topographie] ne du département de la Marne, 
publié en 1891, j'ai dit que M();//w//ï7/7 était pour un bas-latin 
M ons Miraculi ou Mons *Miriculi, qu'on doit interpré- 
ter (( montagne de la guette % de la vedeite » : la ville 
ainsi désignée devrait cette appellation à un poste d'obser- 
vation qui ne serait pas antérieur, peut-être, au x^ siècle K 
Admise tout récemment par le conservateur de la bibliothèque 
de Reims, M. Henry Jadart, en un travail publié dans un 
annuaire local >, cette étymologie a été combattue en un autre 
article du même recueil par M. le chanoine Ledouble ^. Je crois 
donc nécessaire d'indiquer ici les raisons qui me portent à 
maintenir mon opinion. 

Le bas-latin Mons Miraculi expliquerait à la fois les pro- 
nonciations Mo/7/m/V^/7 et Mo;i/////m/, attestées dès le xii^ siècle : 
la seconde de ces formes serait une altération de la première, 
de même que MonlmireJ semble être une forme altérée d'un 



1. Citons, parmi les formes médiévales de ce nom, F^n/î (i 1 38), Vesli 
(1143), VaisJi (11 54), Veîti (ii-j), Vesly (i2'j6) qui ne laissent aucun doute 
sur la prononciation vulgaire (Matton, Dictioiiii. top. du dcp. de V Aisne, 
p. 278). 

2. Les formes originelles de ces noms, en roman, devaient être Donstcne, 
Saint-Stene, pour Doiuniis Steplmnus et Sanctus Steplmnus . 

3. A. Longnon. Dictionnaire topographique du dèp. de ta Marne, introduc- 
tion, p. XVII. 

4. Ibidem, p. xi. 

5. A. Longnon, Atmanactj-avnuaire historique, adviin. et commercial de la 
Marne, de V Aisne et des Ardennes, année 1908, p. 131 (article intitulé : Excur- 
sion de Reims à Montmirail en automobile). 

6. Le travail de M. Ledouble a été publié sous le titre Montmirel, Mont- 
mirail dans y Ahnanach-annuaire précité fp. 185-192). 



Il8 MÉLANGES 

plus ancien MontniirciJ ' qui se rattacherait directement à un 
bas-latin Mons *Miriculi. A la vérité, ni l'une ni l'autre de 
ces formes latines n'a encore été relevée en ce qui touche Mont- 
////V<7/7 (Marne), mais Mons Miraculi est employé pour dési- 
gner Moutmirnil (Sarthc) dans une continuation, écrite vers les 
dernières années du \ir* siècle, des Annales de Saint-Aubin 
d'Angers-. L'étymologie Mons Miraculi > Montiiiirailf 
satisfaisante au point de vue philologique, est donc appuyée 
d'autre part par un document historique d'âge fort respectable. 

Passons maintenant au sens précis qu'oflre, en ce nom de 
lieu bas-latin Mons Miraculi, le second des termes qui le 
composent, le substantif latin miraculum, apparenté au verbe 
latin mirari, source du français mirer. Si l'on ne doit pas l'en- 
tendre au sens classique de « prodige », de c merveille », de 
« chose extraordinaire », il me semble impossible de ne point 
l'interpréter par « guette », « vedette », sens qu'a dû prendre, 
dans la langue vulgaire de diverses parties de la France actuelle, 
le terme mirail qui servait aussi à désigner un miroirs A 
défaut de témoignages relatifs à mirail même, j'invoquerai deux 
exemples d'un doublet de forme savante, miracle, lequel figure 
par deux fois en un poème du xiii'' siècle, la chanson de la 
croisade contre les Albigeois, et que le dernier éditeur de ce 
monument littéraire, mon confrère M. Paul Meyer, explique 
de la façon suivante : « guette, tourelle placée au haut d'un 
donjon et servant à l'observation^ ». 

Le sens indiqué par M. P. Meyer n'est point douteux en ce 
qui touche le premier des passages du poème où figure le terme 
méridional « miracle » : 



1. Moulmirel est évidemment une prononciation vicieuse de Monlmireil, 
tout comme groiselle ou ^rouscUc et houteïle se disent pour (groseille et hou- 
teiUe en certains parlers ruraux . 

2. L. Halphen, Recueil iVannaks angevines et vemlôntoises, p. 27. Dans le 
manuscrit, le nom de Montmirail est écrit à l'accusatif latin Monteni miraculi. 

3. Fréd. Mistral, Lou trésor dôu felibrige, t. II, p. 544, col. 2 (au mot 
MIR.\U). 

4. Lm chansoii de la croisade contre les Albigeois, édition de la Société de l'his- 
toire de France, t. I"", p. 425. 



'< HAPPELOURDE » I I9 

Pcro ilh de la vila lor an tais gens tendut/ 
Quel capdolh el miracle son aisi combatutz 
Que lo f'ust e la peira e lo ploms n'es fondutz '. 

ce que le savant éditeur traduit ainsi : « Cependant ceux de la 
ville leur opposent de tels engins, et combattent le donjon et 
la guette de telle sorte que le bois, la pierre et le plomb en sont 
consumés-. » 

Le sens de « miracle » n'est pas moins assuré dans l'autre 
passage : 

. E fassam los peiriers els calabres entorn 
El trabuquet que brize lo mur Sarrazinor 
El castel Narbones el miracle c la tor '. 

« Faisons des pierriers et des calabres tout à l'entour des 
remparts, et que le trébucliet brise le mur sarrazin, le château 
Narbonnais, la guette et la tour ^ » 

C'est donc à un poste d'observation militaire, remarquable- 
ment situé pour dominer la vallée supérieure et inférieure du 
Petit-Morin, que la ville de Montmirail devrait son origine et 
son nom. 

Auguste LONGNON. 

HAPPELOURDE 

Happcloiirde est essentiellement un mot du xvi'' siècle. Il n'est 
pas attesté avant 1532, et son déclin se manifeste déjà au xvii*= 
siècle. Le premier exemple que nous en connaissions se trouve 
dans l'un des deux plaidoyers incohérents du livre II de Panta- 
gruel ; mais nous savons heureusement par d'autres textes plus 
limpides ce qu'il signifiait. 

L'étymologie de happelourde n'est pas présentée dans les dic- 
tionnaires d'une façon satisfaisante. Littré et le Dictionnaire 
général l'expliquent ainsi : « Composé de happe (du verbe hap- 
per) et lourd, proprement : attrape-nigaud. » Nous savons en 



1. Jluilem, vers 4484 à 4486 (tome 1er, p. 425). 

2. Ibidem, t. II, p. 239. 

3. Ilndeni, vers 6834 à 6836 (tome I^r, p. 284). 

4. Ibidem, t. II, p. 346-347. 



120 MELANGES 

effet que /.'J/>/vr veut dire prendre, saisir, attraper, et que lourd 
était synonyme d'imbécile. Mais nous nous demandons ce que 
vient fliire ici le féminin de l'adjectif et pourquoi nous avons 
happchmrdc au lieu de happclourd. La comparaison avec « atrapc- 
nii^aud » est boiteuse. 

On chercherait en vain la solution du problème dans le traité 
bien connu d'Arsène Darmesteter sur la formation des mots 
composés en fraiiçais. A plusieurs reprises il y classe happclourdc 
parmi les « dérivés de composés» et cela sans discussion ; seule 
une courte note nous prévient que ce mot, d'après l'auteur, 
dérive de happclourd ' ; mais ce masculin semble avoir été 
créé de toutes pièces par Darmesteter. 

Étudiant de nouveau et avec plus de détails la question des 
dérivés de composés, M. Antoine Thomas est resté perplexe en 
présence de happcJourde. Tenu en conservant ce mot dans la 
liste dressée par Darmesteter, il ne cache pas qu'il lui inspire 
des doutes, ainsi que quatre autres « qu'il ne voudrait pas cau- 
tionner » *. Mais il passe outre. 

Pour faire apparaître clairement l'origine du composé happc- 
lourdc, — car c'est un composé, — il me suffira d'en classer 
comme il faut les significations diverses. Comme on va le voir, 
mon classement coïncide en somme avec celui de Littré, sauf 
que je donne du sens n° 2 une interprétation qui diffère assez 
de la sienne. Je juge inutile de reproduire les exemples que 
tout le monde peut trouver dans Littré et dans le Complément 
de Godefroy. 

HAPPELOURDE signifie : 

1° Pierre fausse. 

" Il m'a voulu engeoller d'une happclourdc qu'il me vouloit 
faire croire estre un ruby de trente escus ^ (Larivey, Les Esprits; 
Ancien théâtre françoi s, t. \\ p. 252) ^ 



1. Arscne Darmesteter, De la formation des mots composés eu français, 2» éd. 
ri894), p. 232, n. 3. 

2. A Thomas, Les noms composés et la dérivation en français et en provençal 
( Roman ia,X\iy, 1895, p. 341). 

3. M. Lintilhac a cité ce passage des Esprits dans son estimable ouvrage 
sur Lu Comédie, Moyen dge et Renaissance (Hist. gén. du théâtre en France, II, 
Pari";, 1905), p. 357. Le mot happelourde, dans cette citation, est glosé par 



« HAPPEI.OURDE » 121 

« Je luy fis paroître comme il s'estoit trompé prenant botte 
de foin pour filet, renard pour marte, et hape lourde pour rubis >> 
(^Salyre McnipptY, éd. Charpentier, p. 310). 

2° Pour le sens n" 2, Littré donne cette formule : « Personne 
d'un extérieur agréable, mais dépourvue d'esprit. » La première 
partie de cette définition est exacte, mais la seconde partie ne 
l'est pas, du moins en ce qui concerne le xvi'' siècle ; elle est 
trop restreinte, car « la happelourde » ne trompe pas seulement 
sur la qualité de son esprit. Le Diclionnaire général dcfimt plus 
justement : « Personne qui n'a que l'apparence. » 

Mais un honnne qui a de belles apparences, — et dans tous 
les exemples du xvi'' siècle que j'ai eus sous les yeux le mot 
« happelourde » s'appliquait à des hommes, — est exposé à 
tromper principalement les femmes à qui il propose le mariage. 
Il est curieux que cet emploi spécial, qui concorde si bien avec 
l'acception n'' i, puisque les pierres fausses trompent aussi les 
pauvres filles à qui on les offre, n'ait pas été noté par les lexi- 
cographes. Il n'en est pas moins fréquent au xv^" siècle. Ainsi 
dans un chapitre des Contes et discours d' Eiitrapel où ilest question 
de marier le héros, celui-ci vient de déclarer qu'il ne fera pas d'ef- 
forts pour trouver une femme ; que sa future vienne le cher- 
cher, si elle le veut ! A quoi Lupolde, l'un des interlocuteurs, 
réplique ironiquement : « A bon vin il ne tant point d'en- 
seigne ; £iy seulement bonne trongne, car tu es une assez belle 
happelourde, et capable d'en tromper une bien affettéc : ne te 
soucie, Robin trouvera toujours Marion '. » De même dans la 
comédie des Contens par Odet de Turnèbe, le jeune Basile, par- 
lant de Rodomont qui brigue la main de Geneviève, s'écrie : 
a \Vavement, elle seroit pourveue d'une belle happelourde -!» 



hourâe, entre parenthèses. La bourde est de M. Lintilhac. Il aura confondu 
les deux articles happelourde du lexique qui forme le tome X de V Ancien 
théâtre français publié par Viollet-le-Duc, En effet ce lexique glose fort per- 
tinemment par i( fausse pierre précieuse » la happelourde du texte de Lari- 
vey ; mais il traduit bien à tort parf< bourde, tromperie >-> l'autre happelourde 
de-i Contens que je cite à mon tour au n" 2. 

1. Eutrapel, chap. xxx (Œuvres facétieuses de Noël du Fail, éd. Assézat, 
t. II, p. 251). 

2. Ancien théâtre françois, t. VII, 127. 



122 MKLANCiES 

3° Sous le n° 3 je rangerais toutes les autres acceptions déri- 
vées : personne mâle ou femelle, qui a plus de mine que de 
îond, qui a belle apparence mais peu d'esprit ; « cheval sans 
vigueur qu'on achète » (sens iv^ 2 d\\ Dirlioiitiuirri^ninnl), etc., 
etc. 

Résumons-nous : le masculin happelourd ne parait pas avoir 
existé. La femme a été la principale victime et à l'origine la seule 
victime des « happelourdes », soit que celles-ci se présen- 
tassent à elle sous la forme d'un bijou h\\\ ou sous laformed'nn 
prétendant tout en apparences. Celles qui s'y laissaient prendre 
étaient qualifiées de « lourdes », c'est-à-dire de sottes '. La 
happelourde est donc un « attrape-nigaude » et non un « attrape- 
nigaud ». L'adjectif a été féminin dès l'origine, et par suite 
l'expression totale happcJourdc n'est pas un *< dérivé de com- 
posé » ^. 

Quant à la question du genre, qui paraît avoir embarrassé 
Darmesteter, elle se résout aussi très simplement. Happelourde 
a subi dès le début l'influence du mot féminin « pierre » ; après 



1. On connaît ce sens ancien de l'adjectif lourd : « sa lourde aynice », 
chez l'interpolateur de du Fail (éd. Assézat, I, p. 129), veut dire« sa sotte 
maîtresse »; dans son premier Dialogue (éd. F. Conscience, p. 26), Tahu- 
reau, parlant de « ces dames lourdes ru;^è€s de Genève », crée un composé à 
deux termes antithétiques du tvpe de doux-amer , aigre-doux ^ etc.. 

2. L'évolution sémantique de happelourde mérite encore une mention. 
Comme on peut s'en rendre compte par l'exemple de Hauteroche que cite 
Littré, notre mot a pu devenir au xviie siècle purement et simplement syno- 
nyme «f d'imbécile ». Pour un mot quia signifié « trompeur », c'est là un 
développement paradoxal, du moins à première vue. En réalité la happelourde 
n'avait jamais travaillé activement à faire des dupes ; // ne mettait pas plus 
de malice dans ses tromperies que la pierre fausse dont il avait hérité le 
genre grammatical. 

5. M. Mario Roques a eu l'obligeance de me signaler dans les dissertations 
inédites de Claude Fauchet, publiées en 1891 par M. E. Langlois (J-tudes 
romams dédiées â Gaston Paris, p. ni), une note sur le mot hapelourde qui 
m'avait complètement échappé. Cette note m'a montré que le vieil érudit se 
représentait les choses a peu près comme je l'ai indiqué ci-dessus. Sur un 
seyl point, elle semble me contredire : on y trouve en effet par deux fois' la 
forme masculine happelourd ; mais : i" une création accidentelle et tardive 
de forme masculine a pu avoir lieu, et je me suis placé avant tout à 



« HAPPELOURDK « 12^ 

quoi il a conserve le genre féminin, même en s'appliquant à des 
individus du sexe mâle, ce qui est le cas, je le répète, dans tous 
les exemples du xvr' siècle où ce mot désigne un être humain. 
Ce fait de conservation est bien connu : nous le retrouvons 
dans senlinellc, ordoumuicCy diipc, et dans plusieurs autres mots. 

Emmanuel PniLiinvr. 



l'origine du mot ; 2° si l'on veut bien examiner de près la note un peu 
confuse de Claude Fauchel, on s'apercevra que hnppelourd n'v figure qu'à titre 
hypothétique : « nous appellerons happe-lourd/. . . »> (au futur) ; « ... Quant 
à moi ;V croi qu'on peult nommer Happe-lourdz. . . » Nulle part l'existence 
de ce masculin n'est affirmée par Claude Fauchet. 



CONini-S KliNDUS 



M Barri Per la storia dclla poesia popolarc in Italia. in 

vi dcviicati a Pio Rnjtu. I-irc!uc, Tip. F. Ariani, 

IQII. p. R7-II7. 

Le pagine Jcl Barri vaiino ira ic non nicno nucichs.inii dcll.i utci nusccl- 
l.inca oîTcriJ a P. Rajna pcr ccicbrarc il .\o° anno dcl suo inscgnamcnto. Tra 
le moi:c utili osscnanoni. alcunc riguardano rus*"» di inscrire cnlro pocsic, 
cVic ^rs. N'-o si fcccro coniuni in varie rcgioni, qualchc rcsto o framnicnto di 
i canii popolari. Il B. ha trovato chc la cosi delta c.mzonc dcl Falso 
chc \ivc ancor opgi nclle campagne dell' Iialia settentrionale c ccn- 
; .4 V. u«.>\cva csscrc già molto nota ndla prima metA dcl sec. xvi, perché 
-l'viuni vcrsi di essa fîgurano entro una lirica del Castcllino. dcito il vnroter 
v«.ne7tano, édita rel 1541. D'ahro canto. sapevasi già chc una sorte analoga 
toccù ad altrc poesiole, corne, a ragion d'escmpio, a quclla dclla Giromrtta : 

Chi t'a faito le belle scarpe 

che li stan si hcn 

che ti stan si bcn, Gironietta ? 

(Nigra, Canti pcf., p. 489.) 

di oji arono alcuni a>mpositori, i quali non si fecero scrupolo di inse- 

.0 pcT inîero. entro canzonctte di vario argomenlo (si cfr. D'An- 

1. !j3 ,'yv'fi? ' ,• i7«i/., Livorno, 1906, p. 1 17). Sia che ccdcsti compo- 

•*nie quasi a mosaico, si sian fatti populari. sia invece 

ch'o'.i non ahbian trovato favore prcsso la plcbe, è certo che meritano tutta 

.. corne quclli che custodiscono alcune parcelle 

-i popolarc. Convienc adunque raccoglierli e industriarsi di 

trarrc dalle loro %-i5Ccrc tulto ci^ chc contengono di vetusto e di prczioso. 

Mî c qocst* occasione pcr portarc, a mia volta, un piccolo 

di fatti, '.. io da banda altre questioni, pure importanti, dicui 

il R. si occupa ncl suo studio. Mi limiterô a constatarc in altre diverse canzoni 

:r)c parcelle di vccchia poesia. E pcr cominciare dalla citata Gironulta, 

> che di esu si giov6 l'anonimo autore dclla scguente composi/ioncella 

- - ho trovau in un ms. Cimpori (L. 1 1, 8; dcl sec. xvi.c. $6 v. : 

Un cavalier d'amorc 
pcr la dolcc matina 



BARtil, i\k-:>Ul pif^KHil/i m Itilhil 12) 

cavalca per vcdcrc 

la sua doL'c fantina. 

La bella vcndramina 

col suo dolcc parlarc 

c pcr suo amor va camarc (iiV) 

qucstc dolcc paroicttc : 

cbi t'a /alto quelle sdirpette 

chf sidtitto tauto hen ? falilela. 

falilun, i'alilcla, 

i'alilun. 

Ncllo slcsMJ tus. Càmpori si hanno altrc canzoncinc musicale, in cui si 
rinvcngono alcunc vcsiigia di antica lirica popolare. Stanipo in corsivo ci6 
chc a me pare sicuramcnie dcrivalo da un componimcnto plebeo puriroppo, 
se non m'inganno, pcrduio (c. jX v.) : 

Se trovassc una donna 
chc me volesse amare 
e poi volcssc fart 
cuni mi la pavanclia, 
alllior pcr mia patrona 
jo la vorrci chiamarc 
e poi cum Ici cantare : 
De, tocha la dinella 
dolce farfardlii \ 
Oiinè r/v /V pur bella 
de far ballariaon 

lou^edoH, dongedon. 

Anche per un altro componimcnto del mcdcsimo nis., si puo ripctcrc il 
ragionamento fatto pcr i duc canti precedcnii. 11 ritorncllo è sicuramcntc 
desunto da una lirica popolare, se anche esso non è costiluito da lutta intera 
la lirica (c. 62) : 

E se per bizaria 
chc régna tuttavia 
in te, sigîiora mia, 
non stessi in fantasia 
ch'ognhor non fusse to 
Do barba S'icolà 
Do barba Xicolà 
preslenie la vcslra pula 
donian ve la rendero^. 



I . È una canzonc popolare dcll' Italia settcntrionalc, corne è mostrato da 
barba (zio) e dalla fonna Xicvlô, invece di Xhola, oltrc chc da do (de lo, del). 



I26Î COMPTFS HUN DUS 

In un ms. lauren/iano dcl sec. x\i (^Ashb. 752) e in una postilla cinquc- 
ccnicscii dcll.i faniosn cdizione wntisettana dcl DccauitioUy si trova ricord.ita 
c ciiata la cosi dctia canzonc (tanio ditVusa ancor oggi) di Miuionua polhiiola 
(ciV. Novaii, .-itltiUYiso i7 wa/iu ^îv, Bari, 1905, p. 5S1). I/anonimo postilla- 
lorc. a preiposiio dclla cclcbrc can/one a ballo L'iUi/tui cône iilla horniiui ', 
artcrma chc cssa si canta f< ncl tuono di quclla... chc dcuicte haucr sentita : 
Qutinii fvlli <• in sul pollaio. » Ora, non c scn/.a importan/.a avvcrtirc chc 
aicuni di codesti pre/iosi rcsti di poesia popolarc appartcncvano ad anticlii 
cinii di danza. Si puo affermarc, con ccrtczza, che anclie la Giiomettii era 
una canzonc da ballo, la qualc dovcva servirc per una « ronda », entro cui 
stava la fanciulla, detia Giromena, montre il coro, o un solista pcr il coro, 
cantava : Cbi t" Ixi JiUto, ccc. I{ cosa ormai notissima che era danzata lacan- 
zonetta L'acqua corre alla Ih)i ratui, dopo la quale. in un nis. riccardiano, si 
leggc : 

Danza chi danza 

che fai una bella danza 



Per amor facci un salto 
per gemilezza un ahro, 
con una riverenza. .. 

(Novati, 0/'. cil., p. 396.) 

Questi versi risuonano ancor oggi sulla bocca dei fanciuUi, ed è curioso 
notarc che parecchi antichi canti di danza, dopo moltcplici modificazioni, 
sono passati, corne uno trastullo, ai ragazzi, che li ripetono danzando, alla 
meglio, ancora. In gran parte d'Italia, durante le ronde fanciullesche, sono 
cantati versetti di questo tenore : /; anivalo Vauihasciatore — Pcr preiuiere la 
più MUi\ Sitratta, probabilmente, di ronde, che ritragono una scena di matri- 
nionio médiévale, quando un messaggero, amico dello sposo (cioè Wimha- 
sdalore) recavasi in casa délia promessa il giorno délie nozze, per condurla 
alla casa del marito^ Accanto a ronde di « maritaggio » i ragazzi hanno nel 
loro repertorio altre ronde, corne quella del <' falcone » che vuol fuggire, 
quella del « castello » chiuso, ecc. ncc. Codesti canti si riattaccano, diretta- 
mente o indirettamentc, ad antiche danze figurate, di cui è ricordo anche 
negli antichi testi. Cosi, nella célèbre ballatetta, attribuita a Dante. Per utin 
ghialaïuUtla e nel componimento Miii noi'a dan;a (Monaci, CrcsI. dei pritni 
sec., II, 288, vv. 11-12; : 



1. Su questa canzonc, vedasi Jeanroy, Origines Je la poésie lyrique en 
Franu*^ Paris, 1904, p. 408. 

2. Nei vari paesi, la scena si svolgeva in modo diverso. Ne restano tracce 
anche oggi. Per la Francia, cfr. Romania, IX, 547 sgg. 



CHiCHMAREr, ÎÀnka i liriki piy:;^dniûgo sreducviekovia 127 

DoiKigli da mia parte esta ^irlanda 
che de le treze mie l'agio levata 

si ha un' allusionc a qualchc ballo di primavcra o délia re*^iiia di primavcra, 
alcun che di analogo alla « balerie » délia Rci^itui avriîlo^ii illustraia dal 
Bédicr. U^ plus anciennes tLinses /runçaises, in Rev . il. deux mondes, 1906, 
p. .|o6. In un coniponimento di Giacomino pugliese (Ispendienle, Monaci, 

già mai non entro in i;ioco uè in tUini^ii 

si allude non soltanto alla danza in ^euere, ma pure a un ballo (igurato 

(i^ioco), chè taie era anche il senso di jeu, applicato alla danza, in ant. tran- 

cese (« ces jeux » dice Jacques Bretel nel suo Tournoi de Chauvencî) e, per 

finire, nel célèbre coniponimento di (îiovanni di Gerusalemme o di Brienne, 

si invitano coloro che non amano di (ïno amore ad uscire délia ronda : vaJa 

fore — chi non amu di bono core — »/ piacere. Ricorrono alla mente certi 

antichi « refrains » francesi : Vous qui anie; Iraiei en (a; En là, qui naniei 

mie, Qcc. 

Il soggetto, come si vede, è taie da dar materia a troppo lunghe digressioni. 

Mi basterà aver insistito sopra un punto spéciale délia memoria del B., la 

quale si aggira anche prudentemente intorno ad altri importanti problemi, 

ed è un pregevole contributo alla miglior conoscenza délia poesia popolare 

italiana. 

Giulio Bkrtoni. 

V. Cmichmaref, Lirika i liriki pozdniago sredneviekovia 

Otcherkipo istorii poeiiiFrantsii iProvansa. La Lyrique et les lyriques du bas 
moyen âge. Études sur l'histoire de la poésie française et provençale. Paris, 
imprimerie Danzig, 191 1; viii-56) p. in-S». 

L'auteur de ce beau livre est connu des lecteurs de la Ronumia par son 
édition des poésies Ivriques de Guillaume de Machaut. couronnée récemment 
par l'Académie française. 

Le présent ouvrage ne porte pas seulement sur une des époques littéraires 
du moyen Age laissées le plus dans l'ombre; il constitue une étude d'en- 
semble sur l'histoire de la poésie lyrique médiévale. Beaucoup regretteront 
qu'il ait été publié en russe ; en attendant une traduction française (au moins 
partielle) qui est souhaitable, nous indiquerons ici le contenu du livre. 

Le plan général, très simple et très clair, est le suivant : Livre I, Les 
formes ; livre II : Le contenu ; livre III, L\icte créateur ; livre IV, L\ispect social 
du poète. 

Le premier livre est divisé en deux parties : i) Les formes lyriques et 2) Le 
style. I. Dans le premier chapitre, l'auteur étudie l'un après l'autre tous les 
genres de la poésie lyrique française et provençale : pastourelle, aube, débats, 
srrventès, rondel, virelai et ballade, lais et descorts, rotrouenge-retroencha, 



128 COMPTES RKNnUS 

fstanipiiîa-^itampfï^ hru-iiohk, camo-trdomiit , pliUiIycompliiintr, salul (/'ij/;/o//;-, 
complainte, motft. 

Non content de suivre l'évolution d'un genre lyrique depuis ses débuts 
jusqu'A la tin du xvc siècle, l'auteur pose aussi la question des origines. Tout 
en adoptant dans ses grandes lignes la théorie jeanroy-Paris, il se tient au 
courant des derniers travaux parus, les discute et propose quelquefois des 
solutions nouvelles. Ainsi M. C'.h. repousse, après l'avoir exposée, riiypothèse 
récente de l'influence de la [■»oésie bucolique antique sur la pastourelle, et il 
cherche ailleurs, notamment dans les usages anciens du rapt de la fiancée, 
dans les jeux et les chants populaires qui s'v mêlèrent, le germe de certaines 
catégories v typiques » de la pastourelle. Remarquons seulement que si 
curieux que soit cet essai d'explication, il n'est fondé sur aucun fait précis. 

De même, pour trouver les origines de ïatthe M. Ch. se laisse entraîner 
encore .i une petite excursion sociologique. Il nous parle du l-ill^atig, vieil 
usage germanique, d'après lequel le gardon qui fait sa cour à unclîlle a le droit 
de passer une nuit chez elle. Cet usage, qui d'ailleurs n'a jamais été attestépour 
la France, est mis en rapport avec les coutumes du mariage par enlèvement 
dont le souvenir se retrouve dans la poésie de différents peuples. Après force 
exemples allemands et slaves de l'usage de veiller les jeunes mariés et de les 
réveiller au matin, M. Ch. arrive à la conclusion que telle devait être la source 
populaire et lointaine de ïauhc, remaniée plus tard selon les exigences de la 
nouvelle conception courtoise. Malheureusement, ici encore, manquent les 
preuves à l'appui de cette hypothèse ingénieuse. Q.uoi qu'on pense de ces 
constructions, l'étude des diverses formes lyriques est en génécal excellente ; 
c'est toujours au moins une mise au point heureuse du problème. 

2. Dans son chapitre du styk M. Ch. fait quelques fines remarques sur les 
procédés poétiques ou plutôt sur les défauts de cette poésie lyrique : pauvreté 
des images, idéal féminin conventionnel, sentiment faiblement développé de 
la nature, qui se retrouvent d'un bout à l'autre du moyen âge. 

Le livre II comprend quatre parties : i) \SAtiiour ; 2) Morale cl religion ; 
3) UÉcole et la tradition classique ; 4) La chanson populaire. 

I. Le premier chapitre, qui avait paru dans \c Journal du Ministère russe de 
r Instruction publique (wow dl déc. 1909), est de beaucoup le plus important 
des trois. C'est un effort sérieux pour pénétrer la nature de l'amour courtois. 
L'auteur s'essaie d'abord à retracer le tableau complet du c domnei » proven- 
çal depuis le ser\'ice féodal du poète, attaché à sa dame, jusqu'à l'épanouis- 
sement du sentiment idéal, précurseur du « dolce stil nuovo ». Arrivé à ce 
point culminant, — nous dit M. Ch., — l'adoration de l'amant tend à trans- 
former le culte de la femme devenue un être abstrait, tout de lumière, en 
culte (' de la dame la plus parfaite que l'humanité ait connue, la Vierge Marie ». 
Mais cette dernière et suprême transformation ne s'accomplit qu'au prix d'une 
lutte profonde entre l'amour divin et l'amour profane. Selon M, Ch., c'est le 
mv-sticismc franciscain du xiil« siècle, et non la philosophie scolastiquc, qui 



CHICHMAREF, Lifika i liriki pi^^^Jnia^o .su-Jik-vickovia 129 

a eu une intlucnce décisive « sur la création poétique des épigones de la litté- 
rature proven»;ale et sur la nouvelle appréciation de l'amour ». 

Parallèlement à ce mouvement spiritualiste et d'accord avec les change- 
ments qui commencent à se produire dans la construction même de la société, 
l'ancien idéal courtois perd peu a peu son caractère aristo:ratique, il devient 
plus humain. Mais, comme ce phénomène n'a été réalisé pleinement que dans 
l'Italie de Dante, M. Ch. n'en parle presque pas. 

Passant à l'esquisse des idées courtoises dans la poésie Irai^aise, l'auteur 
met en lumière la période du bas-moven âge et résume ainsi les résul- 
tats de sa recherche. « L'idéalisation du vieux type ne meurt pas, mais, à 
côté d'elle, dès le xvc siècle, la femme commence à être appréciée comme 
elle est, car elle n'est pas seulement une dame, elle est un être humain. 
L'idéalisme sentimental, qui avait été une fuite loin de la vie, prend mainte- 
nant, dans l'esprit des meilleurs représentants de l'époque, une base réelle. 
L'image artificielle, tout en gardant les attributs traditionnels, prend corps. 
Une voie nouvelle s'ouvrait donc devant la lyrique : elle pouvait s'élever au- 
dessus de la vie sans pour cela rompre avec elle » (p. 360). 

Toute cette étude synthétique sur l'amour courtois, si riche en aper»;us 
nouveaux, si intéressante, aurait gagné à être menée suivant une autre 
méthode, moins abstraite, plus psychologique que métaphvsique. D'ailleurs 
nous croyons que si l'auteur avait élargi son plan primitif en y faisant entrer 
d'autres formes poétiques — par exemple le roman courtois — il aurait senti 
lui-même l'insuftîsance de son schéma, trop éloigné de la réalité vivante et 
complexe. Et il aurait mieux distingué sans doute les nuances très difTérentes 
d'une même conception sentimentale. 

Ce regret est d'autant plus justitié que M. Ch. brise lui-même sans scrupule 
son cadre, dès qu'il lui parait trop étroit : dans ses chapitres Xforalc et reli- 
gion et VEcolc et la triiJition classique, il tait place aux œuvres non Ivriques. 
Pourtant il approfondit beaucoup moins ces questions que le problème de 
l'amour . 

2. Morale et religion. La littérature, et même la poésie Ivrique, à partir du 
xiiie s., a des tendances moralisatrices de plus en plus accentuées. Le thème 
sentimental s'affaiblit peu à peu, remplacé par les motifs religieux. Mais, tan- 
dis que les écrivains moralistes et les prédicateurs critiquent âprement la réa- 
lité, les poètes essaient de construire l'idéal de la vie terrestre, malgré le 
pessimisme qui pousse de profondes racines dans leur âme : la Destinée et la 
Mort, voilà les deux images dominantes de la poésie Ivrique depuis NLichaut 
jusqu'aux rhétoriqueurs et Villon. M. Ch. note aussi avec soin l'évolution de 
la morale courtoise, qui perd son caractère aristocratique exclusif. L'éducation 
du noble cner reste cependant la condition indispensable de toute vertu. 

3. U Ecole et la tradition classique. L'auteur fait ici le bilan de tout ce que 
l'antiquité classique avait pu transmettre au moyen âge et de son influence 
possible ou probable sur l'esprit des poètes. Cette influence d'ailleurs se mani- 

Romania XLl. q 



130 COMPTES Kl- NOUS 

fesre surtout en dehors de la lyrique à proprement parler. Le r<isuliat immé- 
diat de la connaissance du monde antique, vu à travers les livres, était la 
transformation de la poésie « vulgaire « en littérature. Hlle cessait d'être un 
amusement et devenait une chose sérieuse qui exigeait une préparation spéciale. 
Le talent seul ne suftis.iii donc plus; il fallait y joindre le travail, et l'acte 
créateur acquérait ainsi une valeur plus grande aux yeux de la société 
même. 

4. La ilxinson fK^puhitrf. C'est à partir du xv*' s. que s'éveille en France le 
goùi de l'idvlle, l'antithèse du s.Uon et de la vie villageoise. M. Ch. s'arrête 
un instant au recueil des chansons populaires du xv^ s. publié par Gaston 
Paris. Il souligne la traicheur d'inspiration qui régne dans ces œuvres par 
opposition à l'esprit raffiné et artificiel de la lyrique contemporaine, et note 
que le cliarme paaiculier de celte poésie aux motifs souvent courtois consiste 
dans leur interprétation musicale : toutes ses chansons, vraiment populaires 
ou courtoises, étaient chantées et non récitées. Notre critique attribue aux 
mêmes tendances de cette époque, fatiguée de sa propre subtilité, la vogue, 
bien courte, il est vrai, des Vaiisde Vire. 

Li\Te III. — i. Le « moi » du poète. L'auteur étudie dans ce chapitre la 
conscience, de plus en plus claire, de la vocation littéraire chez les poètes du 
xive et xve S. C'est le développement du type nouveau de l'homme de lettres 
et son opposition au jongleur. 

2. Li Poétique. M. Ch. nous avoue qu'il n'a presque rien trouvé sur ce 
sujet dans les vieux traités français et provençaux. Il ne s'agit toujours que de 
l'art de la rhétorique ; l'art poétique à proprement parler ne date que de 
l'époque de la Renaissance. 

Le livre IV nous donne deux études intéressantes : i) Lit poésie et la classe 
fiobU ; 2) Les cercles littéraires urbains Ocs puys). 

1 . Retenons dans la première l'obsers'ation suivante : à côté des poètes 
ciyeialiers-clercs appartenant à la classe aristocratique, nous trouvons le clerc- 
cljtfdlier^ c'est-à-dire le poète clerc imbu de l'esprit chevaleresque, et c'est de 
l'union étroite de ces deux groupes qu'est sortie la lyrique du xivc et du 
xve s.^ et non pas, comme on l'a souvent dit, de l'activité littéraire des 
milieux bourgeois. 

2. En ce qui concerne les puvs, M. Ch. y reconnaît les représentants des 
intérêts locaux, provinciaux. A l'origine la corl del Pui était, selon lui, une 
fête che\aleresque, une fête de calendrier où l'on exécutait les jeux rituels (le 
tir) au printemps. Plus tard, cette fête a revêtu un caractère de concours litté- 
raire et a été imitée par les citoyens d'Arras et d'autres villes de France : 
elle s'est démocratisée. Suit l'histoire de l'organisation et de l'activité des 
principaux puys jusqu'à la seconde moitié du xvc s. 

Enfin, dans sa conclusion, l'auteur résume les idées directrices de son sujet. 
II proteste contre le dénigrement injuste dont est l'objet la poésie médiévale 
à son déclin. Le développement de la lyrique des xiv* et xv« s. est un déve- 



lÂngfors, Li abeccs par ehivochc 131 

loppciiicnt continu et lormc une cliaînc dont les derniers anneaux se relient 
à la Renaissance française. Cette poésie est plus moderne que celle du haut 
moyen âge, autant dans ses motifs que dans ses moyens d'expression : les 
formes objectives sont peu à peu éliminées et remplacées par des thèmes plus 
individuels. L'influence du livre devient prépondérante et le poète se trans- 
forme en Iwmnit' de lettres. L'art Ivrique n'est plus social, mais humain et 
personnel. I-a longue série des poètes de cette époque aboutit sans interrup- 
tion à Clément Marot. Ainsi la Renaissance ne fait que consolider les con- 
quêtes poétiques de l'âge précédent. 

Tel est, sommairement résumé, ce livre aux idées originales et sans doute 
fécondes, véritable profession de foi d'un savant ardemment attaché à l'étude 

du bas moven âge. 

Mvrrha Borodine. 



Li abecés par ekivoche et li significations des lettres 
par Hlus' lh Roi de C^\.mhrai. l^dition critique par Artur L.^ngfors 
(^AunaUi Acadeitiiae scienlianim fenttiûie, ser. B, tom. IV, n" 3). Helsinki, 
191 1, in-8'^de 31 p. 

M. Langfors nous donne la première édition critique du poème de Huon 
le Roi intitulé Li abecès par ekivoche et li significatious des lettres. 

Il a fait précéder le texte de ce poème d'une introduction, où il s'attache 
d'abord à en marquer la situation parmi les œuvres analogues de la littérature 
latine et de la littérature française du moyen âge. A ses indications, malgré 
son dessein évident d'être bref, peut-être y avait-il lieu d'en ajouter quelques 
autres. Ainsi il ne faut pas laisser croire que les Versus lujusdam Scothi de 
Abecidario ne se trouvent que dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale : 
il en existe d'autres manuscrits nombreux; il yen a même diverses éditions; 
on place ordinairement cette composition dans la première moitié du 
vue siècle'. D'autre part, on ne doit pas négliger dédire que, à côté des œuvres 
françaises des xii«-' et xiif siècles, c'est-à-dire à une époque beaucoup plus 
tardive que celle à laquelle appartient le plus récent des textes latins cités 
par M . L. (x<^ siècle), il y a encore des œuvres latines où se retrouvent 
des jeux du même ordre. Hauréau, le premier, a expliqué deux vers difficiles 
d'un poème où Mathieu de Vendôme tire une plaisante comparaison du 
signe I' (:=:fr^o) »; et, sans vouloir multiplier les exemples, il est surtout 
notable ici que le texte du manuscrit de Modène sur l'interprétation des 
songes par les lettres de l'alphabet, dont M. L. cite le début, a un corres- 



1. Voy. Poetae htini minores, éd. Bachrens, t. V, p. 575, et Manitius, 
Geschichte ier lateinischen Literatur des Mittelalters, t. I, p. 100 ss. 

2. Xotices et extraits de quelques tnanuscrils latitjs de la Bibliothèque natio- 
nale, t. I, p. 397. 



ip COMPTES RKNDUS 

pondant exact dans un écrit latin que nous a conserve un manuscrit Ju 
xiif siècle (Bibl. nat.. nouv. acq. 87;. t"^' 2oci v-^), et qui commence par ces 
lignes : 

« Querai librum quemcumque volucrit, et ita dicendo illum aperiai :« In 
« nomine patris, et filii, et spiritus sancti. Amen. » lit primam liieram quani, 
invenerii scriptam iu pagin.i leneai, ei per eam signitîcationem sompni inve- 
niet. .-I signitîcat prosperum iter et vitam telicem. /i signifient dominaiio- 
nom in plebc. C signihcat cecitatem cordis..etc. » 

Voila pour les textes latins'. D'un autre côté, parallèlement ù beaucoup 
de poèmes qui jouent d'une fa«;on ou de l'autre sur les lettres de l'alphabet, 
il est peui-AJtre A propos de signaler certaines œuvres qui définissent la 
« signifiance », non plus des lettres elles-mêmes, mais de la couleur de ces 
lettres selon qu'elles sont écrites d'une encre ou de l'autre. J'ai déjà relevé à 
cette occasion un passage des Gatii Ronuinoruw, et tâclié d'expliquer par là 
deux strophes d'une chanson religieuse du xiiic s.'. Depuis, M. Jeanroy m'a 
simalè un texte de Bonvesin de la Riva relatif au même sujet', auquel on 
^ : ajouter un passage d'un sermon du frère mineur Albert, qui se rattache 
i cette habitude d'interpréter moralement certaines lettres 4. 

Le texte critique du poème a été établi par M. Lângfors d'après deux 
manuscrits, le ms. fr. 12471 delà Bibliothèque nationale en fournissant la 
base. II semble que, dans un cas comme celui-là, si l'on ne veut pas risquer 
de créer soi-même une troisième tradition, il faille s'en tenir le plus pos- 
sible à reproduire le texte du manuscrit qu'on a reconnu le meilleur et 
n'adopter les leçons de l'autre qu'à l'extrême nécessité il suffit que le 
lecteur trouve les variantes du second manuscrit en notes. Peut-être M. L. 
a-t-il trop souvent renoncé à imprimer les leçons du ms. 12471, et il 
rae parait qu'il aurait pu garder dans son texte un bon nombre de celles 
qu'il a rejetées au bas de la page : ainsi pour les vers 15. ;). >7, s8, etc. 



1. Il faut cependant rappeler aussi l'existence d'une quantité d'« alphabets « 
qui intéTcssent de plus ou moins loin le genre en question. Voy. les Monii- 
mcnla Gemiûniat hisioruUy PiXtat Uit. aevi carol., t. I, p. 79 et 81 ; t. II, 
p. 24, 142, 147, ^2y ; t. III, p. 69S ; etc. 

2. Voy. Rcr ■' 1910, t. XX-XIX, p. 582. 

4. Voy. Hauréau, omit. ciU^ t. IV, p. 25. Il faut dire, d'ailleurs, que les 
lettre ne sont jamais que noires, rouges et blanches (Cou dorées) et inter- 
p- que, toujours la mêm2. Le noir est le signe du 

pv^..>., V v-.^^ ^v.ui ^. .a rédemption, le blanc celui du bonheur céleste. 
Il est curieux de voir comment, par respect pour celte hiérarchie des cou- 
leurs, le poème de Sir GcKi'lfyr représente le héros montant succes- 
sivement, dans un combat d'où il sort vainqueur, des chevaux noir, rouge 
f ' ' s que le récit traditionnel d'où il dérive fait se succéder des che- 
'.^ . . .anc et noir. Voy. G. Paris, Mêlanga de littérature Jratuaise du 
tf. . p.p. Mario Roques, r». 297, n.i. 



T Âvr.roRS, /./ ///vvvV par ckivoche 133 

La lecture du pociue n'csi pas cxtrcnicnicnt aisée. Non pas que le tcxic 
ail été mal conservé : les manuscrits donnent le plus souvent des levons 
satisfaisantes. Mais les idées, indépendamment du style, sont recherchées, 
subtiles, alambiquées, et, au total, parfois rien moins que claires. M. iângfors 
a fait un elfort heureux pour débrouiller, grâce à des notes et un glossaire, 
un certain nombre de difficultés; mais il est naturel qu'on puisse apporter i 
ce qu'il dit quelques additions et corrections. 

Ce qu'on regrette, d'abord, c'est qu'il n'ait pas jugé à propos d'expliquer 
tels passages, dont l'interprétation ne va pas de soi. Ainsi on eut été bien aise 
desavoir comment il comprenait le paragraphe consacré à VF. Les vers H3-92 
sont loin d'être clairs. On entend assez que VF signifie le Fils : encore 
n'est-ce point explicitement exprimé. Mais pourquoi le trait du milieu de 
1'/' désigne-t-il le Saint-Ksprit ? Peut-être parce que, venant se placer au 
milieu de VS (J), lettre sainte (voy. v. 253-90), il ne l'a pas avilie, donnant 
ainsi naissance à F (f), lettre noble, initiale de Fils. (Réside même que le 
Saint-Esprit 

...de riens nule ne malmist 
qi Le saint vaissel u il se mist. 

Ailleurs encore, le paragraphe consacré à V\ n'est pas très facilement 
intelligible. Il n'eût pas été superflu dédire que Z'//»/^ (v. i8j) désigne la 
Vierge. Et quant au texte, l'expression Fors exempks (v. 184) me paraît peu 
acceptable. Je lirais plutôt Par s^xeiiif^le, qui donne un sens plus limpide et 
une construction plus rigoureuse, le sujet de retrait étant N, initiale de 
ttonpen . 

Ce regret une fois exprimé, et venant à l'interprétation que M. Lâng- 
fors donne de certains passages, on verra qu'elle ne s'impose pas dans 
tous les cas et que parfois même il faut la corriger. 

Voici quelques-uns des vers relatifs à 1'/: 

125 Ne seroit pas si tost desfais 

Li I come cil {rhonime) est des fais 
125 Jus cra\'entés et depechiés; 

Tost est ses orguels despeciés. 

I met pour G quant bien est pris 
Et s'a Diu perdu et son pris; 

II avra .L et .H. et fer : 

130 Çou est li propres nons d'infer. 

Pour ce qui est du moi Jais (v. 124), que M. Lângfors traduit au 
glossaire par « ce qu'on fait », je me demande s'il ne faudrait pas l'entendre 
comme « faite, sommet». En ce cas nous aurions ici le plus ancien exemple 
de la confusion entre les formes /est et fais (fardeau). — D'autre part, 
M. L. avoue son embarras pour l'inierprétation des vers 127-8. Il 
proposerait de corriger met en vient, déclarant obscure l'expression quant 



132 



COMPTES KEN DUS 



« Qperat librum 41 
« nomine patris, et fili 
invenerit scriptam iii ) 
nict. A significat pro 



pondant exact dans un c. iàim ^u». iiOuj a coasen'é uo manuscrit du 
xiF siècle (Bibl. nat., ntv. acq. 873, fo 200 v), et qui commence par ces 

lignes : 

oluerii, et ita diccndo illum aperiat : a In 
UU5 saocti. Amen. » Et primam literam quara, 
neat, et per eam signifîcationem sompni inve- 
rer et vitani felicem. /? significat dominatio- 
aem in plèbe. C signi:;^ cccitatem cordis.. etc. » 

Voilà pour les textes lins'. D'un autre côté, parallèlement a beaucoup 
ie poèmes qui jouent d le façon ou de l'autre sur les lettres de l'alphabet, 
l est peut-être à prop' laler certaines œuvres qui définissent la 

:< signifiance », non plu -es lettres elles-mêmes, mais de la couleur de ces 
ettres selon qu'elles sonicrites d'une encre ou de l'autre. J'ai dênà relevé à 
:ette occasion un passa^des G^ita Romanorum^ et lâché d'expliquer par là 
leux strophes d'une cli î on religieuse du xill« s.». Depuis, M. Jeanroy m'a 
ignalé un texte de Bonsin de la Riva relatif au même sujet), auquel on 
)eut ajouter un pas n sermon du frère mineur Albcn, qui se rattache 

i cette habitude d'interprer moralement certaines lettres». 

Le texte critique du été établi par M. Lingfors «i deux 

iianuscrits, le ms. Ir. 1^71 de la V ;jc n.r : en fournissant la 

ase. Il semble que, dantin cas comme celui-là, si Ton ne veut pas risquer 
e créer soi-même un> me tradition, il faille s'en tenir le plus pos- 

ible à reproduire le te>: du manuscrit qu'on a reconnu le meilleur et 
'adopter les leçons de lutre qu'à l'extrême nécessité, il suffit que le 
îcteur trouve les variais du second manuscrit en notes. Peut-être M. L. 
-t-il trop souvent ren'cé A imprimer les levons du ; 2471, ft il 

le paraît qu'il aurait p dans son texte un bon nomhre de celles 

u'il a rejetées au bas ila race : ainsi pour les vers i ; ;-. î8. etc. 



„-l,M- 



• t • 

: ^ 1 I # * \n. f 



1. Il faut cependant 
ui intéressent de pi 

icnla Gervianiae histoii, Podof hi; 
. 24, 142, 147, 6: I, p. 698; et. 

2. Voy. RotniUiia, ly-, t. XXXIX, p. 582. 
V Vov. ci-dessir • • ' 

t. IV, ,. ., 



, t. I, p. 79 et 81 ; t. II, 



II r,Mt j;r.. ï'iîiT. urs. que les 



4. Voy. Haurèau. 
;ttre ne sont jamai es, rouges et b ^ s) et inter- 

rétées d'une façon intique, toujours la méms. Lx* noir est le signe du 
éché, le rouge celui nia rédemption, le blanc celui du bonheur céleste. 

est curieux de voir - • : , ■.: _-r, " \-.irchie des cou- 

^urs, le poème anp;' '' >., <ii'..,r-o ic, -t succes- 

ivement, dans un . d'où il sort v.i;..^ ;. ... :.. :r, rouge 

t blanc, tandis que 1 raditionnel d'où il dérive fait se succéder des che- 

aux rouge, blanc ei 'o\. G. Paris, .^. es df littérature se du 

'w;'m</^'^^, p.p. Mari es, p. 297, n. I. 



LÂNGFORS, Li abecés par -^l-'-h'^ 



133 



La lecture du poème n'est pas extrêmement ai^ 11 pas que le texte 

ait été mal conservé : les manuscrits donnent le uivent des leçons 

satisfaisantes. Mais les idées, indépendamment du s le, sont recherchées, 
subtiles, alambiquées, et, au total, parfois rien moins (éclaires. M. Lângfors 



:es et un glossaire, 
puisse apporter à 



propos d'expliquer 

m eût été bien aise 

VF. Les vers 83-92 

e le Fils : encore 

trait du milieu de 

jnant se placer au 

pas avilie, donnant 

st de même que le 



as très facilement 
V. 18)) désigne la 
! 84) me paraît peu 

ns plus limpide et 
lant N, initiale de 



a fait un effort heureux pour débrouiller, grâce - 

un certain nombre de difficultés; mais il est natur 

ce qu'il dit quelques additions et corrections. 

Ce qu'on regrette, d'abord, c'est qu'il n'ait pas 

tels passages, dont l'interprétation ne va pas de soi 

de savoir comment il comprenait le paragraphe con 

sont loin d'être clairs. On entend assez que YI 

n'est-ce point explicitement exprimé. Mais pour^ 

VF désigne-t-il le Saint-Esprit ? Peut-être parce 

milieu de Y S (/), lettre sainte (voy. v. 253-90), i 

ainsi naissance à F (0. lettre noble, initiale de V 

Saint-Esprit 

...de riens nule ne malmist 

92 Le saint vaissel u il se i. ; 

Ailleurs encore, le paragraphe consacré à V\ 
intelligible. Il n'eût pas été superflu de dire que 
Vierge. Et quant au texte, l'expression Fors exew 
acceptable. Je lirais plutôt Par $^ exemple, qui doni 
une construction plus rigoureuse, le sujet de ' 
ftotipers . 

Ce regret une fois exprimé, et venant à Tinter 
fors donne de certains passages, on verra qu'elle c s'impose pas dans 
tous les cas et que parfois même il faut la corriger. 

Voici quelques-uns des vers relatifs à VI: ^B 

Xe seroit pas si tost desfais ^ 

Li I come cil {llhwime) est de'^ ^ 
Jus cra^'entés et depechiés; 
Tost est ses orguels despeciés. f 
I met pour G quant bien est pris 
Et s'a Diu perdu et son pris; 
Ilavra .1. et .11. et fer : 
Çou est li propres nons d'infer. 

Pour ce qui est du mot fais (v. 124), que M Lângfors traduit au 
glossaire par « ce qu'on fait »>, je me demande s'il irait pas l'entendre 

comme « faîte, sommet». En ce cas nous aurion- ^lus ancien exemple 
de la confusion entre les formes fest et fais ( ). — D'autre part, 

M. L. avoue son embarras pour l'inu ^ vers 127-8. Il 

proposerait de corriîrer met en vient, déclarant obsire l'expression quant 



que M 



Lâng- 



123 

12) 



150 



4_)0 COMPTES RENDUS 

Ourîcs Oui V. ,.. Los dobats du dore et du chevalier dans 
la littérature poétique du moyen Âge. lituJc hi.storiquc et 

'••■''• vuivic de l'cJiiion critique des textes et ornée d'un fac-similé. 

.ii^mpioiv ' '' • •" "^v ^ »,---»•- .^ 

^es dans le hvrc de M. Oulmont : un recueil de textes, 
UDC étude sur ces textes. 

l.c^ :c\:cs sont le Jf Remirrmont, Phyllis et Flora, Florence et 

Y et Aifidntitie, Bhjtwhflour et Fhierwe (poènic anglo-nor- 
mand). Mfitor tt yjcine, le FaNel don dieu d'nmors, suivi d'une analyse du 
poème De Vf nui, la deeae d'amour . — L'édition du Concile est sensiblement 
ip' \- qu'a donnée Wait/. (ponctuation contraire au sens :.v. 17, 

57 V mal indiqué, et pour lequel les corrections de r/:rni- 

tmm rotent intcs: voy. v. 155-1 J.4 : vers faux : 67, 79, 151, 142, etc.). 

— Le texte de Phyllis et Flora^ intitulé « critique ». n'est qu'une combinai- 
son, sans recours aux mss.. des éditions antérieures d'Hauréau et de 
Sc' et des corrections proposées par Schreiber. Il est inexact, 

notons-ie en passant, que Denis donne, comme le dit M. O.. la liste des mss. 
qui contiennent la pièce. — La chanson 55 des Carmiua burana aurait dû 
"i les textes: elle est imprimée en note dans l'Introduction 
(p. 49, n. 5), d'après Schmellcr, avec des erreurs (voy. II, 3; IV, 4; VI, 6; 
VIL 4. >, où la ponauation est fautive; faute de lecture : V, 6). — Ix texte 
de Flûrenu et Bl.- ' r est présenté comme ft)ndé sur quatre mss. Mais, 
d'abord. M. O. ne Jii pas s'il a connu le ms. de Vienne autrement que par 
La in de Wolf, qui n'a pas « publié « ce ms., comme il est dit p. xi, 

mais en a seulement rele\éles« principales différences « par rapport au texte 
de Méon. De plus, M. O. n'est pas arrivé a classer les mss. (voy. p. 64-6H), 
bien que Latichef ' ^ible. Il a établi son texte en suivant ordinairement le 
ms. fr. 857 de la Bir!;io:neque nationale, sans que les relations de ce ms. avec 
les autres aient été suffisamment définies. Or, la bonne lc«;on est souvent 
djns CCS derniers (%'oy. v. 14, 68, 71, après 76, etc.;. Tel qu'il s'offre, le texte 
est souvent fautif (leaure inexacte du ms. : 26 roses pour rose ; 91 S'ele pour 
CeU ; 148 Si pour Li: etc.; — ponctuation incorrecte aux v. 73, 96, 98, 1 1 5, 
140, 152, etc.; — \'ariante^ rclc\éx*s d'une façon très infidèle, notamment 
aux V. 16) ss.). La même obscr\ation vaut pour le texte du ms. D (p. 142 ss. : 
num-aise ponauation aux vers 2. 28, 46, 67, 76, 155, 162, 168, 242, 284, 
28>, 291, J34, etc. : — mauvaises correaions aux vers 26 (lire Cl)evalier ne 
on d'autre face )f 21 1 (lire jor ira lire, etc.); — fausses interprétations : v. 69 
Ke ni pour Sen i ; v. 235 si pour s'i ; v. 420 démonter pour dementer; etc.). 
Elle vaut aussi pour le texte d'Hurline. — Le texte de BUmcl)eflour , qui est donné 
comme une reproduaion de celui de M. P. Meyer, est accompagné 
d'une '""'*■-• ^-^ notes de ce dernier éditeur; celles que M. O, y a ajoutées 
''■""' ...c pour la note au vers 2"'^' 'ont insii^nifiantes ou contiennent 



OULMONT, lui débat i du ilcti d du chn'aîicr 1^7 

de graves erreurs (voy. aux v. 32, 181, etc.)- — I-^ nouvelle édition de 
Melior^ également faite d'après celle de M. l^ Meyer, ne dispense pas de 
recourir à cette dernière. — Le texte du Fabliau (dont l'insenion dans le 
recueil est, d'ailleurs, peu justifiable) laisse beaucoup à désirer les fautes de 
ponctuation ne s'y comptent pas : voy. v. 7$, 85, etc., ni les fautes de texte : 
voy. V. 58, où Et ce fuit cosf n'a pas de sens (lire Ht se fuit Cos ou Se fmt si 
es); V. Q4, où on lit sa mie au lieu de s'amie; etc. — On ne peut songer, pour 
CCS ditTércnts textes, i proposer utilement des corrections : outre celles que 
contient VErratum, outre les quelques-unes que nous venons d'y ajouter un 
peu au hasard, on en pourrait faire encore nombre d'autres. 

L'Introduction manque de clarté. Il y a, par exemple, aux pages 5-10, une 
dissenation sur le « thème du verger », qui porte, sans distinctions chrono- 
logiques, sur tous les poèmes à la fois et dont on a souvent peine à dire quel 
texte elle vise. Il est de même presque impossible de suivre la discussion 
relative aux mss. de Florence (p. 6)-68;, — Beaucoup d'éléments ont été mal 
subordonnés au sujet traité : ainsi, de ce qui est dit des clercs, aux pages 21- 
56, il n'y a que fort pou de choses utiles i l'intelligence historique des textes: 
il suffisait d'expliquer comment les clercs pouv.iicnt se mêler d'amour et 
quelle était, à cet égard, leur situation par rapport aux chevaliers. Sous le 
litre «« Quelques prolongements du débat » (p. 42 s.), on trouve mention de 
plusieurs textes, dont les rapports, très divers, avec le thème du débat en 
question sont mal définis. Il y a là, par exemple, étudiées sur le même plan, 
la pièce intitulée : // contrasto ikîla biauca et délia hruua, qui n'intéresse en rien 
le sujet, cl la chanson 55 des Carmiua huratta, qui est un écho immédiat des 
poèmes publiés par l'auteur. En étudiant ces « prolongements » du débat, 
M. C^. s'est laissé visiblement égarer par l'ouvrage de Neilson, qui a réuni 
les textes relatifs à l'histoire, non pas du débat, mais du thème de la cour 
d'Amour. — Enfin les erreurs sont fréquentes. De l'étude sur la chanson des 
Carmiua huraua (p. 48-52) rien ne subsiste : l'interprétation proposée de cette 
pièce est insoutenable ; d'ailleurs, c'est, contrairement à ce que dit M. O. , 
un poème parfaitement correct et pas du tout altéré. Le texte imprimé de la 
bulle d'Eugène III (p. 56 ss.) n'est pas conforme au ms. et provoque de 
celle-ci une interprétation erronée. A la page 62, .M. O. attribue à tort à 
M. Schreibcr le premier emploi de certaines appellations pour lesquelles 
ce critique se réfère expressément aux travaux de M. W. .Meyer de Spire : 
de même qu'à la page 8, n. i, il attribue à M. Xeilson un rapprochement fait 
d'abord par .M. E. I^mglois, à qui M. N'eilson renvoie. Il donne, à la même 
p. 62, un exemple de « Taktwechsel » qui n'en est pas un. Il dit. \ la page 
suivante, qu'une argumentation d'Hauréau a été reprise par M. Ch.-\'. Lan- 
çrlois : cela est inexact. Etc. 

Une chose était intéressante dans le travail engage p.ir .M. <). : c était de 
déterminer, aussi rigoureusement que possible, l'ordre chronologique dans 
lequel les différents poèmes relatifs au débat du clerc et du chevalier ont 



I >8 COMPTIS KF.N'DrS 

apparu et d ctuJicr. une fois cet ordre établi, révolution du tlième. Je compte 
reprendre cette question dans un prochain article. 

Hdniond Farm.. 



A Pardi ai. Rainion de Tors, trovatore marsigliere del 

sec XIII 
V. DF B.\RTHOLo.M.Fjs. H sirvcutesc dl Aimeric de Pegulhan 

« Li fol eil put cil tilhol » ; dans Stiuij rotihin;i, t. \'1I (Holonnc, 191 1). p. 

1-59 Ct287-Vî2 

Nous ne savons de Kainion de Tors que ce que ses œuvres nous 
apprennent de lui. ce qui est fort peu de chose. Son bagage poétique est maigre 
(six pièces) et d'une très mince valeur : mais il a du moins le mérite de la 
variété, puisqu'on y trouve, outre trois sirventés historiques, une amusante 
boutade contre les belles-mères et une figure de duelliste vaniteux et poltron 
qu'on croirait empruntée A un vaudeville contemporain. 

Le texte, conservé dans un ms. unique, était vraiment difficile ' et si M. P. 
s'est tiré honorablement d'une tâche ardue, on ne saurait dire qu'il ait 
pleinement réussi. Grâce à de sûres corrections ou à une plus juste interpré- 
tation du texte, M. Biadene a déjà éclairci un grand nombre de passages 
obscurs ^ Mais il en reste, et c'est de ceux-ci que je voudrais surtout m'occu- 
per ici, sans prétendre jeter sur tous une lumière définitive. 

I. Il est trop évident, comme l'a déjà dit M. Biadene, que le Tedah 
nommé au v. 21 ne saurait être Thibaut de Champagne ; outre que les deux 
noms sont très différents, il s'agit ici d'un pauvre diable de jongleur qui 
avait eu à se louer du Mécène florentin dont ces vers nous révèlent l'existence. 
Dans celte pièce, d'un rythme compliqué (qui n'a rien à voir avec celui de 
la pièce 2 de Cardinal; plusieurs vers n'ont pas leur juste mesure : 20, 29, 35 
sont trop longs d'une syllabe. Des corrections se présenteraient aisément, 
mais seraient assez arbitraires. Il parait toutefois évident que le n de 35 
est de trop. Les vers 34-39 

Qar el mon non reinha 
35 Uns (a) cui maisdeveinha 
Que de tan lueinh vieinha 
A penre joi e chan, 
Ben i fos entreseinha 
De valen corfs) presan. 



1. Ce ms. a été du moins reproduit, dans le texte ou les notes, avec une 
fidélité irr'-"^-'^able : la soigneuse collation que j'en ai faite a été sans 
résuluts aj^ Mes: le ms, porte m, 21 sejorni, v. 9, uiuat, non vivant^ 
17, fMJM, 23 ri^au. Cf. plus loin à II, 2, et m, 40. 

2. RjiSf^ru bihlio^raphka délia Utter. ital., dec, 1911. p. 4. 



PARDUCCI, RailflO)l de Tors 1^9 

avaient ctc mal compris par réditcur ; rinicrpréiation de M. Biadciie n'est pas 
encore tout h fait satisfaisante : l'idée exprimée (34-7) est qu'on vient de très 
loin apprendre la courtoisie chez Barnabù : il suffit pour obtenir ce sens, de 
corriger (36) ije en (fom. — MM. Parducci et Biadene comprennent le hn de 
38 au sens de heiuhc et font de Jos un imp. du subjonctif. Il faut lire hfn i/o 
s\\ et remplacer le point après 59 par une virgule. — Au v. 19 supprimer /', 
qui fausse la syntaxe. 

La pièce II n'a pas paru des plus claires à .\î. P. (« on n'y trouve, dit-il, 
aucune aspiration politique précise ») ni à son critique. Mlle le devient 
si l'on comprend comme il est juste un vers sur lequel je reviendrai : 
le poète, qui est un partisan déterminé de Manfred (st. iv-v), cons- 
tate que le royaume de Xaples est déjà disputé à celui-ci par un compéti- 
teur redoutable et il dissuade Charles d'Anjou de se lancer, lui troi- 
sième, dans cette aventure, vers laquelle le poussent les clercs. Mais pour ne 
pas froisser le prince, il attribue à un louable désir de gloire, à une excessive 
fidélité envers « Amour », cette soif de conquêtes. Les v. 17-nS, quel que 
soit le sens précis du premier», signifient certainement : « il y a déjà deux 
concurrents puissants qui se disputent la proie, et voilà pourquoi j'ai peur 
pour le (et non du) troisième », et cette idée est si bien le fond même de 
la pièce qu'elle revient, dans les mêmes termes, au v. 50. — v. 21 : le armais 
du ms. remplacé par^mar, était à conserver: si les clercs veulent fiiire des 
conquêtes, qu'ils endossent eux-mêmes la cuirasse. — v. 5,} et .ji : remplacer 
les points par des virgules. 

m, 25 : csto] est traduit par « flotte» ; le sens est plus général ; « cortège » 
vaudrait mieux. — 27 : corr. coronera[l\ — 54-6 : la même idée est expri- 
mée, sous une forme analogue, dans un sirventés de B. d'Alamanon, qui 
doit être de la même époque (éd. S. de Grave, no VIII, st. iv). — 40 : le 
vers est trop court d'une syllabe, mais il y a, dans le ms.. en tête de la 
ligne, une lettre à peu prés distincte, qu'il faut lire e. 

!V, 37, 8 : car averir — dcu om ver e meuçonia delir. Cette « reconstruc- 
tion », duc à M. Crescini, ne donne pas un sens des plus clairs ; le v. 38 a 
une syllabe de trop ; enfin elle est bien éloignée du texte {uençoni uer e men- 
coniaualir) ; il fallait, en tout cas, conserver le verbe avalir, très vivant dans 
les patois, au sens de « détruire », qui va très bien ici. 

VI, 6, virgule au lieu de point. — veili ne donne pas de sens. — 46 et 
48 : au lieu de c'en liret'ow (« comment »). 

IL L'article de M. de Bartholomx-is est uniquement relatif au célèbre sirs-entés 
d'Aimeric de Pegulhan contre les jongleurs qui, aux environs de 1220, infes- 
taient les cours de l'Italie du Xord, où Pegulhan avait lui-même trouvé un abri. 
Le mérite de M. de B. est d'avoir écarté quelques interprétations arbitraires et 

I . Ms. tan fag dut valeii la pers, qui ne donne pas de sens. Peut-être : lan 
fan d. V. hs fers. 



140 COMPTES RKNDUS 

d'avoir jeté sur la pièce une lumière toute nouvelle en la replaçant dans les 
conditions où elle est née et eu identifiant quelques-uns des personnages qui y 
sont nommés. Il montre que rien, dans le texte, ne nous permet d'aflîrmer 
que Sordel était, au moment où elle tut écrite, à la cour de Saluces et qu'il 
faut renoncer à v chercher quelque indication sur la date do la fameuse 
tugue qui suivit le rapt de Cunizza. Il montre également bien qu'il n'y a aucune 
vraisemblance à identifier le « Persaval » et le tiiaâor de Luscnui nommés à 
la strophe m avec le gros personnage qu'était Perceval Doria et le pauvre 
jongleur que paraît avoir été Peire Guilhem de Luserna, Des recherches 
approfondies sur l'histoire des petits Kiats de l'Italie du Nord, faites en partie 
sur des documents récemment publiés, l'ont amené à constater que les deux 
cours de Saluces et deMonferrat, dont s'occupe le troubadour, se trouvaient, 
en 1220, dans des conditions très analogues, expliquant parfaitement les 
allusions du troubadour. En ce qui concerne la seconde, la démonstration est 
un peu vague», mais, en ce qui touche la première, elle est vraiment pro- 
bante : le marquis de Saluces était alors Manfred III, qui en 121 5, âgé d'une 
dizaine d'années % avait succédé à son grand-père, sous la tutelle d'une vieille 
femme: le terrain avait donc été propice pour les exploiteurs de tout acabit, 
et quand vint sa majorité, il était tout naturel de l'exhorter à se débarrasser 
d'eus. Les sarcasmes de Pegulhan ne s'adressent pas seulement, en effet — 
et c'est une des nouveautés de cet article que de l'avoir montré, — à la tourbe 
famélique des jongleurs, mais à une camarilla de petits gentilshommes ou 
hommes de loi {cavalier doclor) qui grugent le jeune prince dont ils ont la 
direction. Parmi les conseillers du jeune Manfred, parmi les hommes impor- 
tants de sa cour, dont les signatures figurent le plus souvent au bas de ses 
actes, M. de B. en a retrouvé un qui portait certainement le surnom de Per- 
saval î, un autre dont le nom est souvent suivi de la mention de Luserna. Il y 
a donc toute vraisemblance à les identifier, l'un avec le Persaval que sap d'en- 
fan — Esser rtiaestre e tutor, l'autre avec le tirador de Liisenia^ . 

A ces recherches profondes et minutieuses, M. de B. aurait-il consacré 
tout le temps dont il disposait ? ... Toujours est-il qu'il s'est acquitté de la 



1. Az7.o VI, dont Pe-gulhan avait vivement déploré la perte, était mort 
depuis 1212. Il est assez peu naturel de prêter au troubadour, huit ans après, 
les sentiments qu'il dut éprouver au lendemain de cette mort. 

2. Il n'avait pasalors « plus de dix ans ", dit M. de B. (p. 323) et un peu 
plus loin «' il atteignit la majorité en 1220, âgé de quatorze ans ». Alors la 
première des indications pouvait être plus précise. 

3. Ce surnom est porté par un membre de la famille " de Plozasco » et 
c'^n est un autre, le frère de celui-là probablement, qui était tuteur du jeune 
prince (p. 325-6). L'identification n'est donc pas absolument sûre. 

4. Sur le mot tirador, que M. de B. voudrait écarter, voy. plus loin. Je 
me suis naturellement, dans ce résumé, borné à l'essentiel ; il y a, dans le 
travail de M. de B., beaucoup de remarques de détail dont l'historien de la 
poésie provençale en Italie devra faire son profit. 



DL BARTHOLOMAHis, Aiuwric dc Pegiilhaii 141 

■ stcooJc partie de sa tâche, rétablissement et rinterprétation du texte, d'une 
fa^on assez médiocre. La varia leclio n'est pas absolument complète, quoique 
les mss. aient été soigneusement revus, et il sera toujours utile de puiser un 
complément d'information dans l'édition Witthœft • ; certains passages, rela- 
tivement faciles, ont été mal compris ; d'autres, qui devaient être corrigés 
(car l'original de tous les mss. était déjà fautif) l'ont été avec une décevante 
ingéniosité. Je présente dans l'ordre même du texte les observations diverses 
qui justifient ces critiques, 

\". I : filhol est interprété par « favoris » (de cour) ; put, par « fetidi » et 
« puz/olenti » (p. 321); je traduirais hardiment le second mot par « débau- 
ché »; il est tout naturel d'attribuer au subst. masculin le sens conservé par- 
tout par le féminin {cï. Mistral, s. v. pulan et putaniè). Quant au premier, il 
doit avoir un sens très analogue : l'auteur aura attribué à ces deux masculins 
l'acception des féminins correspondants (voy. Levy, Jilbola, 2). 

V. 9 : l'éditeur lit, comme déjà Wiithœft, lor acol et traduit « li accolga » ; 
mais il faudrait évidemment les ; de plus, le en du vers suivant resterait en l'air ; 
u<:t)/ enfin n'est la leçon que de DIK (ce qui serait du reste à vérifier). Il huit 
certainement lire, avec ACR ^ en deux mots, lor col, c'est-à-dire « leur per- 
met cela », et le eu du v. 10 se rappone précisément à ce ; pour colre, 
« permettre », voyez Levy S. Wy L 287, colre, 2 5. — Les vers 1 5-6 sont par- 
ticulièrement obscurs •.faillon, admis par M. de B. comme par Witthceft, 
n'est que dans A, comme nous l'apprenons par l'éd. ^^'itthoeft : il faut lire/u/7- 
lol, qui est dans tous les autres mss. et qu'exige le sens : c'est à Sordel que font 
défaut les préteurs. Au v. 16 l'original de tous les mss. avait une faute, portant, 
comme l'a lumineusement démontré M. de B. (p. 316), sur le mot qui précède 
terna : l'auteur de l'archétype a introduit là un adjectif numéral, devenu cinc (en 
lettres ou en chiffre) dans ACDIK, sieis (en chiffre) dans R. M. de B. rejette un 
peu trop vite, et sans se préoccuper de la bien comprendre, je crois, une intéres- 
sante conjecture de M. Torraca4. Lui-même propose, à la suite d'un raison- 
nement compliqué, uil eis, et entend : « Si les préteurs fontdéfaut à Sordel, 
Sordel ne peut faire cinq, ni ceux-ci eux-mêmes terne. » Mais si les prè- 



1. Ausgaheu utiJ Ablhindlungen, n" 88, p. 69. 

2. Les mss. se divisent pour cette pièce, comme pour tant d'autres, en deux 
groupes : ADIK d'une part, CR de l'autre (avec des leçons très particulières 
dans C). 

3. Comme le remarque M. de B., après Wiithœft,la pièce est imitée d'un 
sirventés de B. de Born, imité lui-même d'une chanson de Peire Vidal 
(éd. Bartsch, no XI); or dans cette chanson et à la même place (str. 11, v. i) le 
mot col est empiové précisément dans ce même sens. 

4. Celui-ci propose ni 5'/^/V, c'est-à-dire « il ne peut pas faire cinq, même 
si un terne sort, s'il amène un terne ». Mais, outre que ni n'a pas le sens de 
« même », il est trop évident qu'un coup inférieur (terne) ne peut se trans- 
former en un coup supérieur (cinq). 



142 roMPTFs KiNnrs 

leurs relusent i Sordcl leur argent, ils ne |>cuvcni t.uro ni un coup !ii l'aune; 
et en admettant que leur abstention nième fût une bonne atVaire, il serait plus 
naturel Je la svmKMiser par « cinq » que par « terne » '. L'explication me 
parait beaucoup plus simple : si les prî^teurs manquent à Sordel, il ne peut 
jouer, donc il ne peut f.«re ni cinq ni même terne : et c'est dans ce sens que 
je corrii»e, en lis,int mi wWx. G:tte correction, au point de vue paléographique, 
est très simple : «m a pu se transformer très r.icile«iicnt en .</V»5, qui a été 
altéré lui-même en riMi- dans la plupart des mss. sous l'inlkience du mot pré- 
cédent. La locution niiifis se trouve, notamment, Appel, C7;; >, 119, 65. 

Q)mme on l'a vu plus haut, l'un des deux compères qui dirigent, pour leur 
plus grand K-néfice. l'éducation du prince enfant, est qualifié de iirador de 
Lusfrnd. Cette le^on. commune aux mss. du premier groupe (ADIK) asatis- 
Cait la plupart des éditeurs ' ; R a tuor, C Ithuior, que M. de B., à l'exemple de 
Ravnouard, introduit dans le texte et traduit par « tuteur ». L'idée me paraît 
malheureuse : pourquoi « tuteur » serait-il rendu dans ces deux vers consé- 
cutifs par deux mots différents ? ? Et ce ne serait pas seulement une mala- 
dresse de stvle. mais une lamentable platitude : l'auteur, qui cherche une 
grosse injure, ne pouvait se contenter de ce vocable anodin ^. Le texte des 
meilleurs mss. est à conserver et me parait très clair ; un tirador est celui 
qui « tire » à soi l'argent, les faveurs, etc. L'adj. tinin a le sens de « avide, 
chiche » dans l'ancienne langue, au Midi comme au Xord 5. Notre mot même 
existe encore dans le Midi (voy. Mistral, tiradou) et le français populaire a 
des expressions très analogues, comme « tirer la couverture à soi ». 

Voici comment M. C. établit le texte de la strophe suivante (il est néces- 
saire, pour la clarté, de le reproduire tout entier) : 

25 Aitals los a cum los vol 
Lo marques : en Cantarel, 
Nicholet eil trufarel 
Que venon ab lui e van, 
E non del tôt pel lor dan ; 



1. M. de B. admet sans discussion que //// peut signifier <' ni eux ». Mais 
il faudrait ni ilh. 

2. Voy. p. 522 les différents sens proposés. 

5. 7 ud/r^ parait au reste assez rare; les seuls ex. relevés par Ravnouard 
(V, 443) se trouvent dans un texte tardif. 

4. Il me parait au reste évident que tundor est une mauvaise lecture de 
tirador ; le scribe de R, comprenant le mot comme M. de B., l'aura remplacé 
par un svnonyme plus usité ; ce tuor est employé deux fois par Uc de Saint- 
Cire (no 50, V. Il et 2^). 

). Le mot est confondu dans Raynouard (V, 365) avec le dérivé de 
hrannus ; il y a au moins un passage où il est synonyme de csciirs. Pour 
Pane, fr., voy. Godefroy, Coin pi. s. v. tyr.xk. 



DE BARTHOLOMAKis, Aimer'ic de Pc^ulhau 143 

50 Bcis son trobat d'uncolor ; 
Aitals vassals tal seignor ! 
Dicus lor don viia ctcrna ! 

Au V. 26 tous les mss. ont de c, ou ihtic. C'est avec raison que l'éditeur 
écarte la préposition (/«•, qui rend impossible toute construction. Mais celle 
qu'il propose (/o marqtws, sujet ; en Cantaiel rég. dir.) serait bien maladroite 
et bien obscure ; le v. jo s'expliquerait mal : il est naturel que ces trois per- 
sonnages soient de même acabit, 'iout s'éclaircit dès que l'on met un point à 
la fm du V. 2) et si on fait des quatre subst. des v. 26-7 les sujets de son tro- 
bat. Le a de 25 a lui-même pour sujet les mots h marques du v. 17, et lor 
se rapporte aux deux personnages mentionnés dans la strophe iv. La reprise 
de ce sujet, placée assez loin, est toute naturelle en tête d'une phrase qui cons- 
titue une nouvelle attaque. Le sens est donc : « Le marquis, Hnchanta- 
rel ', Xicolet et les petits coquins qui vont et viennent avec lui (et non pour 
leur dommage) sont bien de même sorte : tels vassaux, tel seigneur », etc. — 
Au V. 50 il faut préférer à heis (uniquement dans A) /vw, qui donne au reste 
un sens meilleur ; v. 29, pel est une faute d'impression pour per. 

L.I strophe v est vraiment dilTicile : 

Ar veiretz venir l'estol 

Vas Malespin'el tropel, 
3 5 Donan la carn e la pel ; 

Et ades on pieitz lor fan 

E mens de merce lor an ; 

Trop son li combatcdor 

E pauc li defendedor ? 
40 Mort son, si Dieus nols governa. 

Donan la carn e la pel est traduit par « à corps perdu », ce qui est bien 
bizarre ; ilfiiudrait au moins </fC. c de p. ; 36-7 sont traduits littéralement, sans 
commentaire, et restent inintelligibles. Il est évident enfin que 38-9 forment 
des propositions affirmatives. — Je lis don an^ c'est-à-dire dennde habent. Je 
reconnais que l'emploi de ce temps et de ce verbe même ne sont pas des plus 
naturels ; ou attendrait plutôt ou le futur de « avoir » ou le présent d'un verbe 
comme « convoiter, attaquer » ; mais ce iz// s'explique si on le rapproche du 
mordedor du v, 4 et des deux vers suivants. 

Ceux-ci s'expliquent si on donne aux deux verbes deux sujets différents, 

impliqués par le contexte : « plus on (les(( défenseurs » du v. 59) les maltraite 

(les assaillants) moins ils (ceux-ci) épargnent leurs ennemis », c.-à-d. plus 

leurs attaques sont furieuses. 

A. Je.^nrov. 



I . Enchantarel est le nom d'un jongleur connu d'ailleurs, comme vient de 
le montrer M. Bcrtoni (Annales du Midi, janvier I9i2,aux « Mélanges »). 



144 COMPTES KhNDUS 

La mule sanz frain. an arthurian romance by Paikn-s ot 
Maisikres, cdiicd with introduction, notes and glossarv by Raymond 
Thompson Hill; Baltimore, Fursi Company, igii : 71 p. in-8 (thèse de 
Yalo Universiiy). 

La Damoisele a la mule (I-i mule sanz iVain), av//c l'ii vers du cycle 
jflburim f\ir P.mkns Di: Maisikrf.s, nouvelle édition critique par Boleslas 
Orlowski ; Paris, Champion, 191 1 : xi-22.| p. in-S (thèse pour le docto- 
rat d'I'îTivi rsitè de Paris\ 

Le petit jxxnie de Paien de Maisières n'avait pas trouvé d'éditeur depuis 
Méon ; un projet d'édition par G. Paris et M. Foerster (avec Glii^'lois et le 
Clnxilifr a r«/w) n'avait pas abouti ; voici que deux ttudiants l'ont choisi 
en même temps pour thème de leur travail de début. Je regrette en général 
CCS concurrences ou ces coïncidences ; il serait bon, je crois, que les roma- 
nistes qui entreprennent l'édition d'un texte prissent la peine de faire con- 
naître leur projet, et la Rottumiii accueillera volontiers les indications de ce 
genre, étant bien entendu qu'elles n'ont qu'une valeur de renseignement et 
ne sauraient conférer de privilège à qui que ce soit. Dans le cas présent, la 
concurrence a été particulièrement vaine et nous devons encore attendre l'é- 
dition définitive de la Damoisele a la tnule ou a la mine (c'est là le véritable 
litre du poème). 

L'édition de M. Hill a paru la première. Elle est d'ailleurs la plus modeste : 
elle consiste en l'impression de la copie du ms. (Berne 354), avec un mini- 
mum de corrections indispensables, précédée d'une élude assez brève sur la 
langue de l'auteur et celle du copiste et suivie de quatre pages de notes d'in- 
térêt inégal cl d'un glossaire sans traduction ni explication d'aucune sorte, 
mais non sans quelques erreurs de forme ou de classement. Le texte imprimé 
par M. Hill a le double mérite de la fidélité au ms. et d'une ponctuation en 
général exacte et intelligente, sinon aussi nuancée qu'on le souhaiterait. Tou- 
tefois le respect du ms. n'exigeait pas le maintien sans correction de vers 
trop longs (178, 713, 1126), de rimes inadmissibles (185-6) ou de passages 
incompréhensibles (375-6, 515 sq,, 518, etc.)'. En somme réimpression sin- 
cère et prudente et qui pourra rendre service, mais travail d'édition trop 
peu poussé. 

L'ouvrage de M. Orlowski a cic conçu plus largement et il représente 
un effort plus considérable ; les résultats n'ont pas malheureusement toujours 
correspondu à cet effort. La partie la plus originale de ce travail est une étude 
comparative des thèmes et motifs romanesques que Paien de Maisières a mis 
en œu\Te. M. O. montre que le thème essentiel de la Damoisele a h mule, 



I. M. Hill résout les abrévations du ms., exception faite pour les 
nombres, ce qui est discutable, et pour les noms propres, ce qui, malgré des 
exemples illustres, est inadmissible. 



oRLowsKi, Lii damoisi'le u la luulc 143 

bien que présente assez peu clairement par Paien, est sans nul doute le thème 
de la Soeur déshéritée, tel qu'il apparaît dans hain et dans la Krône de Hein- 
rich von dcm Tùrlin. Quant aux autres motifs : château féé et tournant, 
palissade ornée de téies humaines, jeu-parti du coup de hache, etc., ils se 
rencontrent dans d'autres œuvres médiévales et M. O. a pu rassembler, pour 
chacun, des analogues qui éclairent parfois utilement le conte toujours un peu 
bref de Paien. Les autres parties de l'ouvrage trahissent plus d'inexpérience. 
L'étude sur la langue du poème qui ouvre le volume est sans valeur aucune 
et fourmille d'erreurs graves; il n'y a même pas à tenir compte des statis- 
tiques qu'a tentées M. O., par exemple dans son étude de la versification de 
Faien : celles que nous avons essayé de vérifier (ainsi celle des enjatubctnetits) 
n'ont aucun rapport avec la réalité. 

L'on conçoit que cette étude linguistique n'ait pas permis à M. O. d'arri- 
ver à des conclusions très assurées sur le pays d'origine de Faieu de Mai- 
sières et sur la date à laquelle il écrivait : comme M. Grôber, comme M. Hill, 
•M. O. conclut que Paien était un Champenois du sud et qu'il écrivait vers 
1200, ou plutôt peut-être dans le premier tiers du xiiie siècle. En effet M. O. 
ne trouve plus, comme ses prédécesseurs, dans la Krône de Heinrich von 
dem Tùrlin composée vers 1215-1220 un terme avant lequel il faille néces- 
sairement placer l'œuvre de Paien. Pour lui, Heinrich, en insérant dans son 
poème un conte très semblable à celui de la Dainoiselc a la mule, ne s'est pas 
inspiré du roman de Paien, mais d'une œuvre plus ancienne, qui a été la 
source commune de Paien et de Chrétien de Troyes pour son Ivain. Par 
malheur cette opinion, qui devrait se fonder sur une comparaison minutieuse 
du roman français et du poème allemand, paraît tenir surtout à des considé- 
rations assez vagues sur les facultés d'imagination de Heinrich, et l'on ne sau- 
rait s'y arrêter pour l'instant : la comparaison de Paien et de Heinrich est à 
reprendre. — M. O. termine son introduction par un essai d'appréciation 
littéraire qui manque de précision ; d'une façon générale, je crois que M. O. 
juge trop sévèrement Paien, dont le récit et le style n'ont pas toutes les obscu- 
rités que l'éditeur y a découvertes ou introduites. 

Le texte même de Paien a en effet été singulièrement maltraité par M. O., 
qui a pu rectifier quelques erreurs de M. Hill, non les plus graves, mais qui, 
par un scrupule vraiment inadmissible, n'a pas cru devoir profiter de ce que 
son prédécesseur lui apportait de coupes raisonnables et de ponctuation 
exacte. Rien de plus étrange que la ponctuation de M. O., si ce n'est sa 
façon de scander les octosyllabes médiévaux, auxquels il accorde de temps à 
autre sept ou neuf syllabes, ou ses idées sur la morphologie de l'ancien fran- 
çais, en particulier pour les formes verbales. Voici un essai, encore incom- 
plet, d'erratum : il pourra servir aux travailleurs qui n'auront à leur disposi- 
tion que l'édition de .\I. Orlowski. V. lo-ii, virgule après 10, point après 
11; — V. 28, vers faux (exact dans le ms. et chez M. Hill.), lisez : dont 

Ronuinia, XLI. lO 



146 COMPTKS RF.NIH'S 

i7 i\. . ^ V. 76-7, virgule après 76; — v. 120. pas de points de suspension, 
simple virgule: — v, 125-5, je ne modifierais p.i s la lc«;on du nis. qui est un 
peu en)barrjiss<k*, mais se comprend fort bien : I.1 pucele voit 

que de son Trainc ne ravr.i mie 

a ccsic foir, que que il (c-à-d. Keus) die 

qui a l'aler desor la mure 

qui s'en va 

— V. 155-4, h le<;on du ms. ne donne pas de sens, il f.uit corriger nu moins 
le V. I î> en ijuant Us hstes qui iaini^ sotil ; — v. 1 59, virgule; — v. 162-3, 
virv^ulc apr^s 162 el ouvrir la parenthèse avant 165 : - v. 178, le vers est faux 

^ le ms.. suppr. i7; — v. 526-9, la ponctuation fausse complètement le 
5t:'.v. el pourtant ces vers avaient ètè correctement iniprin-.ès par Mèon et par 
M. Hill : ^uppr. le point après 526 et le placer après 527, suppr, le point après 
\2& ; — V. 552, ctTaccr les deux points : — v. 540, point au milieu du 
vers, après o#i/roi>«/, et pas de point à la fin: \\2, point el virgule; — 

V. V . remplacer par virgule le point après 560 et le reporter après 561, 

au V. 562 tw a pour sujet A; ntuk comme l'avait bien vu Mèon (non suivi 
par .M. Hill), point el virgule après 565 et remplacer par virgule le point 

.s 564 ; — V. 575, sans doute quant i (el non il)passa Keus ; — v. 382-3, 
remplacer par virgule le point après 582 et le reporter après 383 ; — v. 473- 
4. pas de virgule aprt*s 475, ctk du v. 474 a ètè à tort remplacé parrW///, il 
faut entendre : « le château de celle qui eut joie à le voir » (cf. v. 921, 
950); — V. 495, le point d'interrogation ne donne aucun sens ; — v. 505, 
supprimer les virgules: . 5 1 3-18 n'offrent p.is de sens dans le texte de 

M. O., et ne sont pas très clairs dans celui de .M. Hill; je les lirais ainsi avec 
deux menues correaions : 

Mes moût se mervelle Gauvains 
de ce que il vit. Li vilains (ws. \o vilain) 
' ! î f Mor rcsanble de Moretaigne 

ou de ces vilains de Champaigne 

que li solaus a toz lanez) 

devant Gauvain s'est apressez ^«"^ iprestez;. 

M. O. a mis devant JIJ un qui, faussant ainsi le vers et le sens; — v. 522-5, 
encore un : c complètement faussé par la ponctuation de M, O., tandis 

que Méon et .M. Hill l'avaient bien compris, lise/ : 

« Ht lu aies bone avaiture, 

fet Gauvains. se por bien lo di/. » 

V. )26, ui et non I fs ; — v. ^70, je ne comprends piu> le point d'interro- 
gation ; — V. 577, M. O. suppose une lacune, elle n'est pas certaine; le 
••'-- part un jeu » à Gauvain et lui laisse choisir le parti qu'il voudra, 
pui> n iui expose le jeu : « Tranche-moi la tète aujourd'hui, â condition que 



OHi.owsKi, Lii damoiselc a la inuk \ \'j 

je tranche la tienne demain » ; il est bien évident que l'autre parti possible ei.i 
que : « Je te tranche la tète ce soir, tu trancheras la mienne demain », et il 
n'était pas strictement indispensable de l'exprinier ; — v. 648, le point est une 
ponctuation trop forte; — v. 655-6, le ms. a une rime fausse utiU mauiere : 
anueûte, la corr. de M. O. nttïe manifrf : artiit chiere est moins probable que 
celle de M. Hill manUre iiuU : iiimeûre avec une rime imparfaite dont 
Paien prt*5ente d'autres exemples ; — v. 66<î, s'i et non si\ — v. 676, il est 
je crois, nécessaire de transcrire en lettres les chiffres des mss., mais il faut les 
transcrire suivant la graphie médiévale, lisez i(t et non sept ; — v, 700, que il 
et non (///'i/, qui fausse le vers ; — v. 71 j, le vers est faux dans le ms. et chez 
les éditeurs : si que do .II II. uen a il mes , il fallait transcrire le chiffre, en le 
lisant quart et non quatre; — v. 815, lisez les pièces eu akittul avec Méon et 
M. liill ; — V. 825, vers faux chez M. Hill et O., lisez khiaume\ — v. 851-5, 
bien ponctués par M. Hill, inintelligibles chez M. O., mettre un point d'interro- 
gation après 851 et une virgule après 854 ; — 856, saches et non saclxs\ — 
V. 858-9, M. O. ne lésa pas compris, malgré l'édition de M. Hill, et il a 
imaginé pour leur trouver un sens d'y découvrir une forme ve du présent «le 
aîer : Uu autre ve t^aparellier etc., lisez vet aparellier, 5e pers. avant pour 
sujet îi vilains: nous avons 1;\ deux vers narratifs coupant un discours direct : 
— V. loio, la les'on du ms. n'i eûst il est bonne, la tournure est imperson- 
nelle; — V. 1028, M. O. décompose 5« aloieut to; Jepecier qui est excel- 
lent en s'esaloient t. d., et enregistre au Glossaire le verbe «m/**/- qu'il traduit 
par « sortir » sans plus ample explication, mais non sans désinvolture ; — v. 
1 100, vers faux, lisez : et de la bataille au sarpeut ; — v. 1 126, vers faux dans le 
ms. et les éditions, lisez sa mule quiert (et non demande), onli amainne. 

L'on m'excusera de ne pas tenter un erratum semblable pour le glossaire 
qui termine l'édition de M. O.; ce que j'ai dit plus haut de l'article «»i/<*r(!) peut 
donner quelque idée de la légèreté avec laquelle il a été rédigé : l'on y voit 
encore cnuus séparé de cruel et traduit par « creux », la 5*^ pers. encline prise 
pour un substantif et les conditionnels en oiV traités de futurs, etc. ; je ne parle 
pas des traductions inexactes. Tout au plus pourra-t-on, avec précaution, 
user de ce glossaire comme d'une table des formes du poème de Pnitn âc 
Maisières. 

.\I.irio Hoour.s. 



ri-KIOI)IQUl£S 



P- ••'Tix Nt$TX>KiQUE ET PHILOLOGIQUE (Comitcdcstravjux historiques), 
ann^v iv.v>8. — P. I)V7« A. Lcson. S'oUs Hogrjphl<jufs sitr k ihotiiqiuur 
F"-- -'tani At Sicmstrelft . D'après des documents inédits des Archives de 
M. Sa naissance, placée ordinairement vers i ^90, parait se rapporter aux 
V .-. v-ns de 1400. Sur sa vie M. Lesort a recueilli aussi quelques faits 
r».^c;':ft — p, i->9.2î6, l'abbé Meister, La (oufrèiie dt Saint- Jdm-V kvangé' 

.. .f en rè^lii/ Saint-Pirrre de Bftiui\jis. A signaler quelques documents 

en franyais du pays, de la première moitié du xiv« siècle. — P. 404- 
414. /**' * ■ ùrr d'un fori^rri^ de Cahiaon (Gard), 1.^2 ; texte en hingue ifoc; 
'rr*nini;_. — i.on de M. Bligny-Bondurand. précédée d'un rapport par M. P. 
-> .cT. II y a, dans cet inventaire, un assez bon nombre de termes tech- 
niques dont certains ne se rencontrent nulle part ailleurs. Dans mon rapp>ort 
yen 31 t'ait un petit glossaire. — P. 4i)-42l, \otre-Dante-du-monlement^ à 
t. (Tarn). Projet poui la ionstru(tiofi d'un appareil destina à figurer 

TA . >«. CommunicJTi'''n de M. Vidal. Ce projet, dnté de l'oi. est en 
\ - -..«i^ et contient q_-.^„.i mots intéressants. 

Année 1909. — P. 10-24, Sentences de rèchninage d'Eu, tirtx-s du Livre 
ronrr fî2-T-i^ît>! communication de M. .\lcius Ledieu. Le Livre rouge 

. . Il est ion intéressant au point de vue de l'histoire du 

^ ^ et sunout des institutions, mais en outre il a une ccnaine valeur 
co m me document de langue. A cet égard les fragments mis au jour par 
M. Ledieu sont les bienvenus. Mais on ne voit pas pourquoi l'éditeur a 
choisi ces morceaux plutôt que d'autres ; pourquoi, notamment, il ne nous 
a pas donne une courte notice sur ce manuscrit qui a été souvent con- 
sohé, nub qui n'a jamais été décrit en détail . 

Année 1910. — P. i 1^488. De rintrodudion du français en Linuyutin, du 
A7/'« am Xl'i V lef et documents. Communication de M. Alfred 

Lr^'jT. On sait que !e ' - des travaux historiques a proposé aux Sociétés 

s^ a une ^ ae d'anncxs, l'étude de la substitution du français 

propre à l'idiome local en divers pavs de la France. Ce sujet a été accepté 
par plusieurs c dans le midi de la France, et le Bulletin 

h >e et f reçu ; rs mémoires d'un véritable intérêt, 

Fun ment, par M. .\lfrcd Leroux, archiviste de la Haute-Vienne, sur le 

p- du (tà Limoges. Cette fois M. Leroux reprend, ou plutôt com- 



PKRIODIQIES I |9 

plcltf le mcmc sujet, non plus a Limoges, nuis dans le Limousin. Il cite ; 
publie en grande partie beaucoup de documents en fran^'ais, écrits dans cette 
province i partir du xiv« siècle; ce sont généralement des pièces administra- 
tives; «;à et là cependant, vers le xv» siècle, et surtout au xvi«, se rencontrent 
quelques mnrroaux en vers, qui du rc^'t' "innt .i piu pn •; s.in<; vaKur. 

P. M. 

Studi glottologici itamam, V (1910). — IV 1-57, Br. Guyon, Lele- 
metito slitixt neir albiinese dflla Cahibria ciUriore. Indications brèves, mais 
intéressantes sur l'origine, le nombre et la répartition des Albanais dans le 
sud de ritalie, la Sicile et surtout la Calabre; Telémeni slave dans l'albanais 
de Calabre est assez important pour que l'origine des immigrants albanais 
en Italie doive être cherchée dans les régions de l'Albanie proches des terri- 
toires serbo-bulgares. — P. S2-î« ^- Sabbadini, 5»///* acunto putossUono tli 
fccerimus, feceriti s. Témoignages grammaticaux du v» au IX« siècle. — 
P. ).$-i2). G. De (iregorio, // diaUlto satiftalelhuiohaeïeitunti i(>eciaU cudttito 
a^ïifUmcuti {piewoiitesi t lomhardi) che Imi in comuttf col nicosûmo f col piii^ifse. 
yjessuuo di queiti diaîetti f tun-arese. Je ne donne pas tout au long le titre mis 
par .M. De G. en tète de son mémoire, c'est un véritable sommaire. I-c 
mémoire lui-même nous fournit une mise au point de la question de l'ori- 
gine du dialecte de San Fralello qui est claire et qui sera très utile. L'auteur 
maintient sa conclusion sur l'origine diverse des éléments linguistiques venus 
du nord de l'Italie et combinés à des doses variables dans les parlers de San 
Fratello, Nicosia, Novara, etc. (cf. Roituinia, .WVIII, 70 sq. ; XXXII, 165) 
et critique les travaux où M.M. von Fttmayer et Salvioni ont traité de cette 
question. Un point à retenir est l'indication que le nom de Novara de 
Sicile n'a vraisemblablement rien de commun historiquement avec son 
homonyme de l'Italie septentrionale. Hnfin .\1 . De G. rappelle et complète 
les documents historiques qui attestent la multiplicité et la diversité d'origine 
des immigrations « lombardes » en Sicile. — P. 126-150, G. B. Grassi, // 
dettato dfl siiiliatio antico, la sua trascri^ione e t^li studi glottologici e fouologici. 
M. G. pose le problème très important de la valeur phonétique des graphies 
dans les transcriptions des manuscrits siciliens anciens et il n'a pas de peine 
\ établir qu'elles sont faussées par les habitudes d'écriture latine et d'écriture 
italienne, mais dans un travail de ce genre l'on souhaiterait moins d'élo- 
quence et plus de précision. — P. i)t-2, G. B. Grassi, Ancoia di dagala e 
<// altassari. Exemples nouveaux, r*îcueillis par l'auteur, de ces deux mots; 
sur le second, cf. Rotnania, XXXVII, 177. — P. 155-175, G. De Grcgorio, 
// Lihro dfi vi;^ii t ddlt virtù, tcsto siciliano dd secolo XII'. Sur ce texte, cf. 
dans la Rotnania, XXII, 344, une note où G. Paris indique que le texte sici- 
lien est une traduction (d'après la traduction italienne) de la Somme le Roi de 
Frère Laurent. M. De G. montre que le traducteur sicilien a utilisé plusieurs 
manuscrits de la traduction italienne de Zucchero Bencivenni, plus complets 



I )0 !»i^ri(m:)Iql*ks 

que celui qui a êlc publié (il faudrait. pv)ur établir dérniitivenicm ce poinl. 

une élude de tous les mss. delà traduction italienne que M. De G. n'a pas pu 

entreprendre), et que la valeur linguistique du texte sicilien est diminuée du lait 

de rinrtuence, l'acilement reconnais>abIe. du texte italien et des nombreux 

frandsnies transmis de traduction en traduction. — I*. 174-194, H. Campailla, 

Hist^naii^a anatUristUa delU i\\\ili ncl diaktto </i Piila:;^{olo-Acrciâe. — 1\ 195- 

205, P. Relia, .Vi>/4i (// ftora fh^pi^liitr MlahfSf. La note pourrait être plus 

brève: elle almutit a expliquer le calabrais (Cosenza) nc^rotnètru, qui désigne 

le . .r«MJt, para^ito; -|- ;rJ,iTo;. 

Mario RoQUKs. 

/-EITSCHRIFT FUR I RASZÔSISCHK SpRACHE UND LlTlERATUR, t. XXXVI 

(1910]. Première partie, .-ibbiituiluui^fn. V. 1-70. A. 'lanneberger, Sprachliihe 
VnUf : der fnitt^osisclyti li'crkc John Goam. Etude phonétique et 

morphologique aboutissant à cette conclusion que J. G. écrit en anglo-nor- 
mand. — P. 71-102, Wilhelm Tavernier, Bf Unifie 7/<; Rolamisforscbuu^r : 
/, Aouidf, PbarsaJia und Rohuidsepos. Se propose de montrer ce que la 
Chofium de Rohtid doit à V Enéide et à la Pharsale. — P. 103-1 13, A. L. Stie- 
Icl, Die Osistfliiiue de l'erg\ bci Sîargarete von Navarra und bei Matieo liau- 
dello. Soutient, contre M. Lorenz. l'opinion que la nouvelle de Marguerite est 
antérieure à celle de Bandello et que c'est elle qui en a été la source. — 
P. 170-171, C. Salvioni, IVortgesihichtUchcs : i. » souris », 2. « èlriqucr ». 
— P. 274-295, Wolfram von Zingerle, Zum allfran:(osiscI)en Artusronianc 
a Li atre perilhs ». Publie un épisode de ce roman qui ne se tiouve que 
dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1435 (à la suite du vers 3002 de l'édition 
Schimier parue dans VAnhiv de Herrig, t. XLII, d'après le ms. de la Bibl. 
nat. fr. 2168), et montre que c'est une interpolation. Suivent des remarques 
critiques sur le texte du poème d'après les deux mss. cités et celui de Chan- 
tilly. — P. 294-299, F. Rechnitz, Bevieikuugen :^uvi Texte des « Tristan » von 
Tlx^mai und der btiden « Folies Tristan ». — P. 300-310, Rudolf Haberl, 
L^ Uilxs : fr. Marbeuf, Klbeuf, Tubeuf, Suhomme ; dissiniilation 

iwi a-a > o-a; /r. ainsi ; a/r. el, al, iiprv. al; a/r. ainz, puis, chez, souvre, 
apn: aus. puois; asp. en cas/û/r. chaiiif, a/rî-. caitiu ; a/r. acheter, (//tî. acap- 
tar;<j/r. ferai, lerai ;/r. nacelle ; /r. rouil, rouille, (ï/zf. rozilh-z, ruylha;/r. 
pâle; a/r. iluec, aluec, luec, lues. — P. 310-520, G. Manz, Kachtriige ^u 
Thurot^ V De la prononciation française ». Témoignages nouveaux de gram- 
mairiens, avec index des mots visés. 

Deuxième partie, Referate und Re^ensionen . P. 1-5, Cari C. Rico, The pho- 
nciogy of Gallic clérical latin a/ter tlx sixth century (J. Pirson). — P. 3-6, 
Emil Levy, P«/i7 dictionnaire proi'ençal-français (C. Appel : manuel excel- 
lent; j?rogrès considérable sur la partie du Lx-xique de Raynouard qui n'est 
pas encore complétée par le Supplement-worterbuch et sur ce supplément lui- 
même. Qielques doutes et corrections). — P. 7-71. S'eue Arbciten ûber den 



PKRIOOmUES 1 ) I 

sog. DiJot-Pt'fcniil : i. II. Oskar Sommer, Mesiire Robert de Borrou uud iltr 
VerfASier des Didol-Perceiwl \ 2. Jcssic L. Wcston, The kj^end oj Sir Pirceiwl. 
Vol. II : 77v Prose Percnal according ta Ihe Modt'tia Ms. (E. Bruggcr : sur 
la place tenue par le « Didot-Perceval » dans l'histoire littéraire du Graal, 
les deux auteurs apportent des opinions ditTérciites, le premier le tenant pour 
une suite ajoutée après coup par un inconnu au roman de Merlin, la seconde 
pour une transcription en prose de la lin du poème cyclique de Robert sur 
le Graal. Les arguments ni de l'un, ni de l'autre, ne résistent à la critique. — 
Sur le second de ces ouvrages, voy. Romatiia, 1910, t. XXXIX, p. 99). 

— P. 71-7}, William A. Xiizc, The Fisher Kiui:; in Ihe Grail romances 
(\l. Brugger : la tentative de Nitze pour expliquer la nature du Roi-pécheur 
par les mystères de l'antiquité orientale mérite considération, bien que ses 
arguments ne forcent pas la conviction. — XowRowauia, 191 1, t. XL, p. 546). 

— P. 7.)-77, Ludwig }:mil Iselin,Dc'r tnorçenhhidischt' Ursprung der Grallegetide 
(H. Bruiii^cr : ouvrage d'un orientaliste qui n'est pas un romaniste; peu de 
nouveau, des ignorances et des erreurs). — P. 78-84, LageF. W. Staël von 
Holstcin, Le rotnati d'Athis et Prophil ia^ (W(ons Hilka. Compte rendu inté- 
ressant, parce que .NL H. prépare, depuis 1907, l'édition critique du poème. 

— Voy. Rotfuinia, 1910, t. XXXIX, p. 588). — [Mis^ellen. P. 114-116, 
W. Forsier, Zu r. SS'^ <^^^ Foîque de- Catidie. \ propos de l'expression </«//y 
lonu, et diverses remarques relatives à plusieurs autres passages du poème. — 
P. 120, G. Salvioni, Postilhi a Zs. A'A'AT (/?</. u. /?<•-.) //;. — P. 120-121, 
P. Barbier, B. Schâdel, Chronique étymologique des langues romanes.] — P. 145- 
154, Mélanges de philologie romane et d'histoire littéraire offerts à M. Maurice 
fVil tnot te (L'^o ]orddn. — Voy. Romania, 1910, t. XXXIX, p. 588). — 
P. 180-184, Jean Beck, La musique des troubadours (F. Rechnitz. — Voy. 
Romanid, 1911, t. XL, p. 119). — P. 184-186, Frederick Bliss Luquiens, 
TIk reconstruction 0/ the original Chanson de Roland (W'ilhelm Tavernier). 

— P. 187-190, Arthur C. Brown, The bleeding Lance (E. Brugger : l'ori- 
gine de l'aventure du Graal peut n'être pt'.s chrétienne, mais, dès les 
monuments les plus anciens, l'épisode est en rapport avec la légende chré- 
tienne. M. Brown tombe dans le défaut des critiques anglais et américains 
en général, qui veulent rattacher tous les épisodes des romans arturiens 
français à des traditions celtiques : l'histoire du Graal n'a rien à faire, à 
l'origine, avec celle d'.\rtur. Oitique de l'étude relative au roman Je 
Balaain. — Voy. Romania, 191 1, t. XL, p. 333). — P. 190-204, The vulgate 
version of the Arthuriau romances, éd. by H. Oskar Sommer (E. Brugger. 
Nombreuses et utiles remarques au sujet de cette publication, dont les deux 
premiers volumes ont paru, et notamment sur la formation du cycle du 
Graal). — P. 204-208, Mort Artu, éd. by J. Douglas Bruce (E. Brugger. 
Discussion sur la place du poème dans le cycle et sur sa date. — Voy. Roma- 
nia, 191 1, t. XL, p. 135). — P. 209-212, Kristian von Troyes, Cligès, hrg. 
von Wendelin Foerster, dritte Aufl. (Wolfgang Golther). — P. 213-215, 
Le miroir aux dames (V.. Herzog. Précision nouvelle sur le lieu d'origine du 



1)2 rÉRIODIQUF.S 

poème. Remarques sur la consiitution du icxtc). — P. 216-217, ^Vilibald 
Schrôiter, CXiJ uuJ Jù Troubadours (E. Stemplingcr). — [Mis^fllni. P. 310, 
Wolfram v. Zingerle, Zu Zeitschift XX\l'l\ S. 27^). 

T. XXXVII (Wli). Première partie, Ahlkmiilnngeu. P. 85-124, W'illiclm 
Tavemier, Bfitrà^e ^ur Roland s for ihunc^ (cf. t. XXW'I, p. 71 ss.) : //, dir- 
men d( pr^siiciofu Gueuonis und Rolaftdsrfvs. Reprenant la thèse qu'il a soute- 
nue dans sa dissertation intitulée VorgtschUhte des altfr. RoLmdsUedcs, M. T. 
soutient que la Chiusou de Roland est postérieure au Carmen et que Turol- 
dus. en l'écrivant, a utilisé comme source un ms. de ce dernier poème. Il le 
soutient contre MM. Foerster. Baist ctPh. Aug. Becker, tâchant de réfuter et, 
à Toccasion. d'utiliser leurs arguments. ///, Turoidus. Compléments à la thèse 
déji soutenue par M. T. que l'auteur de la Chanson de Roland est l'évéque 
Turoidus de Baveux. — P. 125-1 57, E. Her/og, Jus dem Atlas litiçuistùjue 
(suite :cf. t. XXXlV. p. 501) ; 4. gasc. madût « mur » ; /. toile, étoile; 6. soif. 

— P. 270-272, C. Salvioni, ti'ortçeschichiJicljes ; 1. apostiimc; 2 ancora opi- 
niitre;;. avachir. — P. 272,Wilhelm Tavernier, Z;/ Roland ^99/ .tered'Fbire. 

Deuxième partie. Referate undRe^ensionen. P. 1-6, Camille JuUian, Histoire 
dt la Gaule. Ilf, La conquête romaine et les premières invasions (germaniques 
(Max L. Strack). — P. 6-9, Karl Vossler, Die Kunst des àltesten Trohadors 
(Jean Achcr). — P. 9-13, Deux anciens poèmes inédits sur saint Simon de 
Cre'pYyp. p. E. Walberg (Jean Acher; avec, p. 12-n, une note de E. Sten- 
gel sur la rime de l'un des deux poèmes). — P. 13-18, Kdw. Jàrnstrom, 
Recueil de chansons pieuses du Xllh siècle (Jean Acher. — Voy. Romania, 
191 1, t. XL, p. 124). — P. 109-110, A. Chr. Thorn, Les verbes parasynlhê- 
tiques en français (EVisc Richter). — P. 1 10-11 5, Kr. Xvrop, Grammaire his- 
torique de la langue française, t. III, Quatrième partie, Formation des mots 
(Karl Ettmayer : l'auteur abandonne ici le point de vue de l'histoire pour 
celui de la sémantique ; il traite les suffixes comme des existences irréductibles 
à panir desquelles il disserte, au lieu de prendre pour point de départ leur 
racine étymologique afin d'en suivre ensuite le développement). — P. 115- 
1 16, Kurt Glaser, Le sens péjoratif du suffixe -ard en français (Karl Ettmayer). 

— P. 163-167, Leopold V. Schroeder, Die Wur^eln der Sage vont heiligen 
Gral (E. Brugger : travail d'un sanskritiste et mvthologue peu au courant 
de La littérature romane ; effort peu convaincant et soutenu d'une faible argu- 
mentation pour rattacher le Graal à des traditions haut-ariennes). — P. 167- 
176, Wolfgang Golther, Tristan und [solde in den Dichtungen des Mittelalters 
und der neueren Zeit (Ernest Muret. Le critique insiste principalement sur la 
question du « Tristan primitif » et croit que la matière principale de ce 
poème, niélé d'éléments divers et qui n'ont pu tous sortir d'une seule et 
mè-me imagination, est d'origine celtique). — P. 176-203, Eduard Wechss- 
Icr, Das KulturprobUm des Minnesangs (Walther Kùchler : l'auteur tient trop 
peu de compte de la personnalité des poètes ; il attribue à tort aux femmes 
elles-mêmes un rôle d'initiative prépondérant dans la création d'un esprit 



PÉRIODIQUES I 5 3 

nouveau ; on doit contester que la poésie des troubadours ait été, non 
l'œuvre de chevaliers amoureux, mais celle de poètes savants, — que la 
forme particulière revêtue par elle ait été antérieure à la matière vivante 
qu'elle contient, c'est-à-dire à l'amour, — qu'il faille attribuer aux chanteurs 
la place que leur réserve .\t. \V.; il n'y a point, dans la poésie des trouba- 
dours, la conception d'une humanité supérieure dont parle M. W'., mais la 
simple marque d'une culture plus poussée, et cette poésie a, avec l'esprit de 
l'Hglise, des rapports très ditTércnis de ceux qu'indique l'auteur. — Voy. 
Annales du Miili\ 191 1, t. XXiil, p. 218; Romania, 1910, t. XXXIX, p. 
386). — P. 205-2O), Kleinc Texte ^uw Alexiindenonuiu, hrgg. von Friedrich 
Pfister (Alfons Hilka : publication utile et méritoire). — P. 205-207, Alfons 
Hilka, Diis Lrheu uml die Senten^en des Philosophen Secundus des Scfrweigsanien 
in der altfran^ôsiscl^en LiteriUur nehsl kritischer Ausgahe der lateinischen Uehet- 
set^unij des H iUelmtis Medicus, Abtes von Saint-Denis {? . Rechnitz : travail 
intéressant. Quelques corrections de texte). — P. 207-214, La noble le(on des 
Vaudois dit Piémont, p. p. Antonino de Stefano (I:. Stengcl. Observations 
sur les principes de l'établissement du texte). — P. 2i.}-2i), L. Le IMIeur, 
Les maladie:; de Venus dans Vœuvre de François Villon (W'olfgang von W'urz- 
bach. — Voy. Romania, 1910, t. XXXIX, p. 651). — P. 228-230, Ludwig 
Traube, Vorlesiini^en und AbkindUmî^en , Hd. II, Einleilum^ in die lateinische 
Philologie des Mit telalters Qcan Acher). — P. 250-259, Maurice Prou, Manuel 
de paléographie latine et française TJean Acher). — P. 259-258, H. Bourciez, 
Eléments de linijuistique romane (C. Salvioni. Nombreuses observations taites 
au cours de la lecture du livre. — Voy. Rente critique, 1910, t. LXXXVIIP, 
p. 450). — P. 258-260, Paul Meyer, Documents linguistiques du midi de la 
France recueillis et publiés avec glossaires et cartes (EmW Levy. Hloge delà publi- 
cation; remarques de détail). — P. 260-264, Georges Millardet, Recueil de 
textes des anciens dialectes landais (Emil Levy. Nombreuses observations parti- 
culières. — Voy. Romania, 1910, t. XXXIX, p. ^^^, et Modem Language Xotes, 
191 1). — P. 264-280, H. Lôseth, Xotes de syntaxe française (Theodor 
Kalepky). — P. 280-282, Louise Odin,' Glossaire du patois de Blonay; 
F. Boillot, Le patois de la commune de Jm Grand'Combe \ Ch. Lecomte, Le par- 
ler dolois : Albert Ravanat, Dictionnaire du patois des environs de Grenoble ; le 
P. Daire, Dictionnaire picard gaulois et françois (D . Behrens. — Pour les 
deux premiers et le quatrième, voy. Romania, 191 1, t. XL, p. 478; pour le 
troisième, voy. ci-dessous, p. 158). 

Edmond Far.\l. 

Zeitschrift fur ro.m.wische Philologik, XXXIV (1910), fasc. 2. — 
P. 129. R. Haberl, Beitrâge :^ur roman ischen Linguistik, IL Je me borne à don- 
ner les titres de ces notes où s'enchaînent en un ordre surprenant les solutions 
des problèmes phonétiques les plus divers et les plus difficiles : 7, Die suffixe 
-ariu und -eriu im Fr.; 8, Xachtonigen a /'// Proparoxytonis in den roman. 
Spraclh'n ; 9, Der Abfall des nachtonigen e in der ). prs.sg. im Fr.: 10, Die j. 



134 rrRu^niorKS 

f>rs. sitig. tU.< pusu litj. lier ^fiiki auj -cr int hr.\ 1 1, Fr., pn'. di&i'\ I2, FaUi\ 
ux> im Rcni. umi Gtrm. ojfrtKs c uiul o an Sti-IU der (^fschlossetwii Vokah 
im Lt. iiii^etroffnt U'm/;i5, yortonig(i\\ am o uiui e im It. ; 14, /^v /im;i,v.< u 
an SiflU ivu oim Fr. ufid Sp.; !>, Metati)fse l'on r m» Fr. : 16, Fi. fournir \ 
17, Fr. troupe; iS, Fr. trontYr ; 19, D»> nrlYnlonii^rn oficncn J'okalr ini 
Rom,in. : 20, À/r. li und il , 21. Das fr^. Suffix -.JMjt,v. — P. 162. A. Horning, 
/um Ghsuir tvw fiehnonl. Nouveau recueil alphabétique de mots, fruit d'une 
nouvelle enquête: la dispersion de ce Cjlossaire n'en rendra pas l'usage bien 
facile. — P. 182, H. Sicardi, Di <• per twlF italianoarcaico. Exemples d'ellipse 
de «/i et de per et d'emploi de di avec valeur de in. - - P. 191. A. Sepulcri, 
Xoterelle di filoIoi^iudanUSiii. Sur le sens de/'<j;7vj, di$famari\ ntlendt-re pronwssa 
ei sur la forme o/irrr-Vv. — P. 196, A. Unterforcher, For -are, rupes (rupa) 
in H'ortern und Orlsnamen. Lit. frana est expliqué par foragina et de 
même, ou bien par foratus ou foramen, quelques noms de lieux ladins, 
tyrolien* ou frioulans; à rupa, mot peut-être apparenté à rupes, rupina, se 
rattacherait une assez importante famille de mots et noms de lieux de la 
même région. — P. 205, G. Bertoni, Sole etiniolooiche e lessicali emiliiuie. 
Notes trop brèves pour qu'il y ait possibilité de les résumer ici. 

Mel.\nges. — P. 211, J. Acher, Sur un calembour méconnu de Siniund de 
Freine. Correction ingénieuse au v. 66 du Roman de Philosophie (éd. 
Mat/.ke). — P. 212, H. Schuchardt, i. Sard. cugurra\ anna e mck. Cugurra 
a perce-oreilles «, est rattaché à cochle a « colimaçon » ; annae melen belette » 
est expliqué comme une altération de donna de mêle, nom donné à la belette à 
cause de son goût pour le miel; — 2. Pistoj. farfecchie » moustache» ne 
remonte pas, comme le penseM. Meyer-Lubke, à un italique farfa, c'est une 
altération d'un dérivé de harba sous l'influence des doubles séries verbales 
parallèles en barb- et Jarf- ; — 5. Hiacvnthus, exemples grecs de la méta- 
ihése de v-i à i-v; — 4. Port. chold(r)iibold{r)a «tintamarre », variante de 
l'ail. Holter poller, à rapprocher du turj pald\r kîddfir, de même sens. 

Co-MPTES RENDUS. — P. 21 9, W". Mever-Lùbke, Einfïihi um^ in das Studium 
der romanisclien Spraclnds^enschafl, 2^ édition (K. von Ettmayer). — P. 224, 
Rambertino Buialelli, troi'atore bolognese ele sue rime proi'en::^ali \)<ir G. Bertoni 
(A. Slimming). — P. 229, G. Doutrcpont, Im littérature française à la cour 
des ducs de Bourgogne ("W. von 'A'ur/.bach). — P. 232, E. S'ïcardi, Dante ad 
uu funerale (Fr. Beck). — P. 234, M. Scherillo, La prima visione di Dante (Fr. 
Beck). — P. 234, A. Corsio, Sulla Vita nuoi'a di Dante (Vr. Beck;. —P. 257, 
C. Trabalz-a, Storia délia grammatica italiana (K. Vossler). — P. 239, Gior- 
naîe Storico délia Letteratura italiana, LIV, 1-2 (B. Wiese). — P. 242, 
Studi di Filologid moderna, I, 5-4 (\V, von Wurzbach). — P. 242, Revue et 
Bulletin de Dialectologie romane, I (B. Schàdcl;. — P. 251, Revue de philologie 
fratuaise et de littérature, XXII CE. Herzog : il n'est pas certain que M. H. 
entende toiiTours exactement les métaphores qui le scandalisent). 

.Mario Roques. 



CI1RON1Q.U1Î 



Miss Lucy Toulniin Smith, l'une des plus fidèles amies de la Société des 
anciens textes français, est morte le i8 décembre 191 1, âgée de 75 ans. Je 
la connaissais depuis environ quarante ans. Elle avait d'abord publié divers tra- 
vaux concernant l'histoire et la littérature de l'Angleterre. Hn 1H70, elle 
avait achevé et imprimé un important recueil de textes préparés par son père 
{liu^lish Gilds, dans la Earl\ Eugïish Tcxt Society). L'une de ses plus utiles 
publications est son édition des Mystères d'York {York pi ay s, Oxford, 1H85), 
d'après un manuscrit avant appartenu au comte d'Ashburnham. Hn 1889, 
elle publia avec moi, pour la Société des anciens textes français, les Contes Je 
Xiiole Boion. Elle avait préparé d'autres travaux pour la Société, notamment 
elle avait copié, pour G. Paris, la Chanson d'Oifoti de Beauvais (Paris, 1899), 
d'après un manuscrit de Sir Th. Phillipps, et le roman d'Yiler ^voir Hist. litt. 
delà Fr., XXX, 199) que G. Paris avait l'intention d'éditer. Depuis 1894 
elle était bibliothécaire du Collège Manchester, à Oxford. Son dernier ouvrage 
est la publication, en cinq volumes de V Itinerary de John Leland, d'après le 
manuscrit de la Bodléienne, pour VEti^lisb Hislorical Soiiety. Miss Toulmin 
Smith était une femme très savante, très laborieuse et très modeste. — P. M. 

— M. Lucien Bhszard, docteur es lettres (France) et docteur en philosopiiie 
(Allemagne), ancien professeur suppléant à l'Université de Budapest, est 
décédé à Xancy le 17 janvier 19 12, à l'âge de trente ans. La Roinoniii a eu 
l'occasion de parler (XXXIII, 151, et XXXVII, 629) de ce jeune travailleur, à 
propos d'un article de début, pour lequel il avait sans doute été mal conseillé, 
et dune bonne étude de toponymie. Mais M. B. avait depuis publié ses thèses. 
Étude sur l'origine des noms de lieux Ihibitès du Maine et Le latin des formules de 
Sens, qui sont des travaux méritoires et dont nous regrettons vivement de 
n'avoir pas rendu compte ici. L on trouvera dans la Rei'ue de philologie fran- 
çaise, W\ (1911), p. 221-222, un compte rendu de M. Anglade qui donneâ 
ces travaux de justes éloges. C'est à ^L H. qu'est dû le Kegister des tomes I- 
XXX de la Zeilschrift fur romanische Philologie. — M. R. 

— M. Marcel de Prkville de Lorme, conseiller maître a la Cour des 
Comptes, est dC'cédé à Paris, le 15 février, à l'âge de 61 ans. Ancien élève 
de l'École des chartes, il n'avait pas cessé de s'intéresser à l'étude du moyen 
âge français. La Société des anciens textes français, dont il a été le président 
en 1908, lui doit la publication des Quatre ten:^ d\iage d'ome de Philippe de 
Novare(i888). — M. R. 



1)6 CHRONIQUE 

— Le 4 février a éic fcié à Graz le 70»-" anuiversaire de M. Hugo Schuchardt. 
L'Université de Graz a f;ut remettre solennellement ;\ riliustre linguiste une 
tiihu]a i^rdtuliUoria exécutée par un artiste en renom, M. .\. de Schroeter ; les 
savants, les Acidémies, les Universités do toutes les parties du monde ont 
tenu à s'associer ;\ cette fête par lettre ou télégramme : enfm divers travaux 
scientifiques ont été, à cette occasion, présentés ou dédiés à M. Schuchardt : 
nous en donnerons ultérieurement la liste, car tous ne sont pas encore 
publié-s. La collaboration de M. Schuchardt à notre revue a commencé en 
1875. il n'est pas sans doute un de nos volumes où ses travaux n'aient tenu 
leur place sous une forme ou une autre, et il a bien voulu nous dire qu'il 
ne considérait pas sa collaboration personnelle comme close. La direction et 
les collaborateurs de hRonhinia le prient de trouver ici, avec tous leurs vœux, 
l'hommage de leur admiration et de leur respect. 

— M. K. von Ettmaver, ^firofesseur ordinaire de philologie romane à 
l'Université de Fribourg (Suisse) passe avec le même titre à Innsbruck. 

— L*n histitut de philologie roumaine a été fondé auprès de la Faculté des 
lettres de l'Université de Paris par les soins du gouvernement roumain; la 
direaion en a été confiée à M. Mario Roques. 

Publications annoncées. 

VJtlas Uuguiiiique de la France à peine achevé (les tnhles sont en cours 
d'impression), MM. J. Gilliéron et E. Edmont se sont proposé de le complé- 
ter par un JlJas linguistique de la Corse: l'entreprise est dés maintenant assez 
avancée pour que nous puissions en entretenir nos lecteurs. L'enquête portera 
sur environ 45 points, elle est déjà achevée pour 35 parlers ; commencée au 
printemps de 191 1, elle sera complètement terminée en juillet 1912, et le 
travail de dépouillement des cahiers est poussé assez activement pour que le 
manuscrit du premier fascicule puisse être envoyé à l'imprimeur quelques 
jours après la réception du dernier cahier. Le questionnaire qui sert de base 
à l'enquête pour la Corse renferme plus du double des mots du questionnaire 
employé pour V Atlas de la France; de plus, sur chaque point est recueilli 
au moins un petit texte donné librement parle sujet ; l'enquête pour chaque 
parler nécessite un minimum de huit jours. Cette fois encore le travail de 
collection sur place a été confié à M. Edmont seul, la direction de l'en- 
quête, le choix des points à étudier, l'établissement du questionnaire et le 
dépouillement des cahiers étant réser\'és à M. J. Gilliéron. 

— M. John Orr achève une édition de la Bible de Guiot de Provins. 

— M. R. Thomson Hill annonce une édition du roman de Gunhaut. 

Collections et publications en cours. 

De la collection des Classiqius français du moyen âge publiée sous la direc- 
tion de Mario Roques ont déjà paru six volumes ; i. La Chastelaine de 
Vergi, éditée par Gaston Raynaud, réduction de l'édition publiée par notre 
regretté collaborateur au t. XXI de la Roniania ; une nouvelle édition de ce 



CHRONiaUE 157 

volume presque complètement épuisé est en préparation. — 2. Fran»;ois 
Villon, Œuvres, éditées par un ancien Archiviste; il n'y a plus de raison 
malheureusement de taire le nom de l'éditeur, Auguste Longnon, qui, pour 
cette édition nouvelle, avait revu avec un soin extrême ou plutôt repris de 
fond en comble son édition de 1892, et en particulier rédigé une Introduit ion 
et un IiiJi'x des noms propres où se trouve résumé tout ce que Ton sait jus- 
qu'à ce jour sur Villon, sa vie et ses compagnons. — 3. Courtois d'Arras, 
édité par Hdmond Faral : l'édition de cette intéressante composition qu'avait 
donnée en 1905 M. Faral (cf. Romanin, XXXV, 494) était restée peu acces- 
sible aux travailleurs; elle est ici refondue et sensiblement améliorée. — 4. La 
Vie de saint Alexis, texte critique de Gaston Paris ; ce n'est qu'une réimpres- 
sion, soigneusement revue une fois de plus, de Veditio niinor donnée 
par G. Paris en 1903 et déjà réimprimée en 1908. — 5. Adam le Bossu, Le 
Jeu de la Feuillce, édité par Ernest Langlois; cette petite édition est en fait la 
première édition scientifique que nous ayons de ce texte difficile, aussi y a-t- 
on fait une place plus grande que dans les autres volumes de la collection au 
commentaire sous ses diverses formes : notes explicatives, index des noms 
propres, glossaire : une erreur de correction typographique a fait placer à la 
suite de la note au v. 1025 une transcription de mélodie qui correspond en 
réalité aux vers 874-75. — 6. Le Garçon et l'Aveugle, édité par Mario 
RoaUHS ; cette curieuse petite pièce n'avait eu qu'une édition due à M. Paul 
Mey-GT (Jabrbuch, 1865); dans la présente édition le texte a pu être amélioré 
sur plusieurs points, mais il reste encore bien des difficultés ; un accident de 
tirage a fait tomber dans une partie des exemplaires quelques signes aux 
p. 5 et 5 : rétablir une virgule à la fin du v. 59, et les initiales des v. 88 et 
89 qui doivent commencer par remandee et tout. 

— La Gesellschaft fi'ir romanische Literatur vient de distribuer, pour com- 
pléter les publications de son neuvième exercice (1910), deux forts volumes 
qui portent les nos 26 et 27 de sa collection : Li Quatre livre deî Reis, édition 
critique par E. Robert Curtius d'après le ms. de la Bibliothèque Mazarine, 
qui était la base unique de l'édition de Leroux de Lincy, corrigé à l'aide des 
autres mss. ; Sieben spanische dramatische Eklogen, éd. par E. Kohler. 

Comptes rendus sommaires. 

Arthur G. L. Y*>ko\w, Chrétien'' s « Vi'»/ ///>>. Reprinted from Modem Philology, 
vol. LX, no I, July 191 1. — Préoccupé d'en marquer les rapports avec les 
théories de M. Nitze et d'en éclaircir certains points particuliers, M.Brown 
reprend la thèse qu'il a déjà soutenue touchant les origines de VYvain de 
Chrétien de Troyes. L'existence des anciennes « sagas » irlandaises de la 
Serglige Conculaind, de la Echtra Lôegaire, delà Tochmarc Etnere, prouve, 
selon lui, que Chrétien a dû utiliser dans son poème un récit féerique orga- 
nisé. Il ne nie d'ailleurs pas que Chrétien ait introduit dans ce roman des 
éléments « néo-classiques », en particulier à propos de l'invention du lion. 



1)8 CHRONIdlK 

II jdmei auîisi que Chrétien a Icgcrcnioni moditic le dcnoùnicnt de Ihis- 
loire et qu'il v .» inséré tels incidents qui n'étaient pas dans s;» source. 
Et il ne di<cute pa«i, cntin, sur l'ultime origine du conte. Mais ce qu'il tient 
pour certain, c'est que Chrétien s'est inspiré d'un récit celtique et que la 
donnée d'yty/'i, considérée en bloc, a été empruntée par lui à une tradi- 
tion irlandaise. — l*.. F.\r.\l. 

Heniunn Vnf.nv.sH.KGESySur Tonploi Jfi Untps d des wodfs dans la prose fiiiti- 
iûisr du XII h suiU: W panie : les temps. In-8, 40 pages. (Programme de 
Hambourg, 1910.) — Ce travail, fait sous l'inspiration directe de M. Grô- 
bcr. est principalement un recueil d'exemples empruntés à Villehardouin, 
à Henri de Valenciennes, à Robert de Clari, au Ménestrel de Reims et à 
loinville. Ce qu'il offre de plus intéressant, c'est le principe d'après lequel 
les exemples ont été classés : s'affranchissant de toute influence de la 
grammaire latine. M. F. ne relève que les formes verbales simples et rejette 
« je suis aimé, j'ai aimé » dans les périphrases avec « je vais partir, je dois 
partir, j'ai peur », etc. Pour une raison analogue, il afhrme que le fran*;ais 
n'a pas de futur : « j'aimerai » est un mode qui exprime la possibilité 
dans le présent, comme « j'aimerais » l'exprime dans le pissé. Les gram- 
mairiens français auraient un grand profit ix tirer de ces indications. — 
H. Y VON. 

Matthias Frikdw.\gner, Uebcr dit- Volksdichiiniç der Ihtkoiviiur Rumàuen ; 
Czemowiiz, 191 1, 55 p. in-8. — • Traduction allemande d'assez, nom- 
breuses pièces bien choisies, avec une courte introduction. — M. R. 

Contribution à Vêtudt des littératures orales. Tome I*■^ Le parler dolois. Étude 
et glossaire des patois comparés de l'arrondissement de Saint-Malo, suivi 
d'un relevé des locutions et des dictons populaires, par Ch. Leco.mte. Paris, 
Champion, 1910. In-8, vi-242 pages. — Cet un livre à l'anciène mode, 
dont l'auteur a beaucoup de lecture et une conaissancc directe du patois 
de Dol et des anvirons immédiats de cète petite vile de la Bretagne fran- 
çaise située sur les limites de la Normandie. Il poura randrc des services, 
mais il va sans dire q'il aurait beaucoup gagné si l'auteur avait été au 
courant de la dia'ectolojie. Les étimolojics sont bien raremant satisfai- 
santes, et les définicions laissent trop souvent \ désirer. Les raproche- 
mants avec les patois voisins sont jénéralemant judicieus, mais de tanps 
an tanps l'auteur va courir à l'autre bout de la France ou puiser dans les 
livres jénéraus, corne le Glossaire de la langue d'oïl de M. le D^ Bos,sans se 
randre conptc des vrais raports qi unissent les patois antre eus et les parlers 
actuels au langaje du moyen âje. — A. Th. 

Mdt^ke Mémorial Volume coniaining two unpublished papers by John 
E. Matzke and contributions in his memory by his colleagues (with por- 
trait) ; Stanford University, Califomia, 191 1 ; 162 pages in-80. —Cet 
élégant volume, pieux hommage rendu à la mémoire du bon travailleur 
et de l'homme excellent que fut notre regretté ami J. E. -Matzke, contient, 



CHROKiaUE 159 

outre un bon portrait, une courte notice biographique et une bibliograplùe 
sommaire des travaux Je Mai/kc, Jeux « lectures » inédites : p. 15, sur 
Gaston Paris (1905) et p. 21, sur îe Jh't'loppetnent et T état présent Je la dia- 
îectolo^^ie romane {\\)0^). Les collègues de Mat/ke à Leland Stanford junior 
University y ont ajouié- quelques contributions dont un petit nombre seule- 
ment nous intéresse ici. P. 49- )6, C.-G. Allen, The relation of the gcrtnan 
Gregorius auf dcm Stein to th' oUl french poeni La Vie de saint Grégoire. 
M. A. montre que le Volkshuch allemand qui raconte l'histoire de Grégoire 
(Simrock, XII, 85) dérive du récit correspondant des Gesta Ronianorutn ; 
ce travail se rattache à un groupe de recherches entreprises il y a quelques 
années à l'Hcole des Hautes Études sous ma direction et dont j'espère ne 
plus tarder beaucoup à publier les résultats. — P. 'j6-^\, A. M. Lspinosa, 
(Vil french UQ .. . se... non in olhrr nniance languages. Exemples de la 
séparation entre se et non pour l'ancien provençal et l'ancien portugais, 
comme pour l'ancien français. — P. 125-158, (). M. Johnston, Origin oj 
tlk' legenil oj Floireand Blancheflor. M. J. conclut que, dans la première par- 
tie de l'histoire de FI. et Bl.. nous avons un développement du thème qui 
se rencontre d'autre part dans Aiuassin et \iiolttte,cX que l'auteur de Floire 
a utilisé pour la fin de son histoire un récit d'origine arabe ; l'article n'ajoute 
guère sur ce dernier point à ce qu'ont dit déjà MM. Huet et Reinhold (c(. 
Romania, XXVIII, 548 sq., XXXV, 95 sq. et 535). — M. R. 
A. R.KiTi, Un trattatcllo di ascetica in volgare allo-itaJiano, estr. dagli Studi 
lett. e linguistici dedicati a P. Rajna, Firen/.e, 191 1, pp. 300 ji i — Il Ratii 
riproJuce qui un trattatello ascetico, che si legge nello stesso ms. riccardiano, 
dal qualeegli ha tratto l'importante /'//</ di Honacosada Beccaloe (/?owrtM/(/, 
XXXVIII, 459). Anche questo teslo è scriito in una lingua « illustre », 
priva quabi del tutto di caratteristiche dialettali regionali o municipali, come 
avviene di tanti altri antichi monument! volgari dell' alta Italia. Tuitavia. 
ad attestare la pavesità del documente {Rom. cit. 460), sia qui ricordata ne) 
nuovo trattatello la forma seghe (sete) a p. 504, I. 56, che ha il <,>' duro, pro- 
prio in tali condizioni di Pavia, com' è fatto chiaro dagli antichi testi. L'edi- 
zione del Ratti è diligente. Tuttavia, una mia collazione con il ms. mi ha 
permesso di correggerla in qualche punto. Si tratta di divergenze in parte 
leggere, ma non inutili per lo studioso : p. 504, 1. 2, simigliantc \ 7 medes- 
mo (non medesimo): 11 infidelitae\ superbia senza l'articolo ; 16 ueiudo 
(non ne^no), 17 la soa (non le soe) ; 21 la quai ; 35 nesuno : p. 305, I. 43 
consQglero ; 44 lo so pouolo ; 30 imper'w: 70 ni compirc : 73 perche; p. 506, 
1. 98 chi andano: 102 1/1? me:(o : p. 507, I. 128 peccati ; 129 uirirc; p. 308 
1. 164 ment ; p. 309, 1. 193 quelochcla m., 217 amor ; 222 iascaduna\ 224 
amore \ p. 310, 1. 242 laxa\ 24^ poclx). K da augurarsi che il Ratti dia alla 
luce la restante parte del ms. Con la vita di Bonacosa e con il présente trat- 
tatello ascetico, di cui ha diligentemente indicate le fonti, egli ha già reso 
un segnalato servigio al pubblico erudito. — G. Bertoni. 



l60 CHKONim'H 

Giorgio Rinv^i. / sowtti att'ihuHi aJ .•l»i<,v/«' /V//^i.;m'. Holoi;na, Zanichclli, 
1912; .1; rares in-16. — L'Wiiion des Ri tuf de l'oliticn donncc en 1865, 
par C.Î que M. Rossi vient de rtMniprinicr ». no contenait pas un 

ioul sonnet. Depuis on avait signalé dans divers manuscrits l'existence de 
dix-sepi s«.>nncts, attribu^^s, plus ou moins explicitement, ;\ Politien '. De 
longues discussions s'étaient élevées sur leur authenticité et presque tous 
avaient été plusieurs fois publiés. M. K. résume toutes ces discussions et 
conclut en retenant trois seulement de ces sonnets comme authentiques; six 
lui paraissent aj>ocr\phcs et les autres d'origine incertaine. Il les réimprime 
tous, après avoir collationné les mss.. avec les leçons des diverses éditions. 
Il sera comnu^de de trouver réuni en ces quelques pages tout le dossier de 
l'affaire. — Lx^iotes sur les mots rares ou difficiles seront les bien venues; 
nuis parfois le sens général de la pièce eût dû être indiqué, au moins dans 
un titre. Pour comprendre le n" II il faut admettre que la dame de Lau- 
rent de. MéJicis avait quitté des vêtements de deuil pour une parure blanche 
et que Politien en lire un motif d'espoir pour son ami. M. R. l'eniend-il 
ainsi? Je ne sais; en tout cas les v. 5-4 (m" più rahilo Jero — A stispirar il 
i' cor diffiJS) ne donnent pas de sens. Je corrigerais le dernier mot en 
// i/îi/ti, ce qui, paléographiquement, ne fait aucune difficulté». — III. Il n'y 
a \Taiment aucune raison de transposer les v. 9-10. — A. Je.\nroy. 



1. Le Slti»if, ï'Orfeo f U Riwf <// Messcr A. Anthrot^itii Poli^iano, etc. 
Bologne, 1912: XXXI-830 p. in-16. Cette édition, dont la présente plaquette 
forme le complément, contient, outre les notes de Girducci, celles de 
N.innucci (1812 et 1814) «< ritoccate ed accresciute »» ; la plus utile des addi- 
\.j:\s eût été celle de références précises pour les citations d'auteurs anciens. 
En tête du volume, une brillante ci précise Introduction de G. Ma/.zoni où 

entre autres choses que (^rducci s'est inspiré du modèle d'édi- 
tée que venait de donner Becq de l'ouquières dans son Aiuin' 

2. I rs portent simplement I initiale P. 

5. Le sens de « inciter » serait une simple extension du sens propre. 
.M. " à qui j'avais communiqué cette conjecture, me propose disjitla, 

quc>v.u Kj.i n ait pas d'exemple de Jisfilarc au sens ici requis. 



U Propriètaiff-Gérant, H. CH.\MPIOK. 



MACOV, mOTAT FHÉRES, IMP^«IM^t•RS 



^\^ 



UX IRAMMl^NTO 1)1 UNA RACCOITA 



DI MIRACOLI I: ODILOXl- DI CLUNY 



11 frammciuo, di ciii intcndo parlarc, provicne da una vcc- 
cliia Ic^atura c mi fu incsso tra le niani dal dr. W. j. Mcycr, 
che vivanicnte rin^razio'. Lo stato dclla pcrganicna c assai 
intclice. Tagliata nclla parte supcriorc, pcr accomodarla alla 
meglio aile assi, a cui fu incollata, cssa consta di trc quarti di 
un foglio : cioè, di una carta(il cui « rctto •• cra adagiato su!!' 
asse, mentre il « verso » si poteva fiicilmente leggere, perché 
non era ricoperto da ncssun involucro) e di una meta délia 
carta corrispondente. Esscndo il testo disposto a due colonne 
per pagina, abbiamo, in conseguenza di ciô : 



Aa-b 

retto — ' 



t . 



Ac-d 
— verso 



retto - 



A 



Bd 
- verso 



B 



Il nostro frammeiuo ci ha traniandato, adunque, sei colonne 
de! testo conservato nel disgraziato manoscritto ', che i'u vittima 



1, La Icgatura è dcl sec. xvi ex. o forse del sec. xvn. Il volume, che 
risulta dclla Postilla super fpistolis et ei'angeliis à.\ Guillermus[DurandusJ, édita 
da Giovanni Crognet s. d. (Gebennis) e di una Bibbia édita da Marco Rein- 
hard e Nicolo l'ilippi a Lione nel 1482, appartienc alla Biblioieca cantonale 
di Friburgo (Svizzera) e ha la segnatura : Z, 49. Sulla seconda di quesle 
opère, vedasi Hain-Copinger, Suppl. 50S), IVllechet 2511, Proctor 85}!. 

2. Sei colonne incomplète, perche la parte superiore, corne ho detto, fu 
tagliata dal rilegatore, che incollo la pergamcna suH'asse. 



I62 



G. RERTONI 



deir incuria degli uomini : in.inoscritto scnz.i dubbio prezioso, 
ncl qualc dovcvano csscrc raccoiti, l'uno dopo Taltro, nuilti o 
pochi iniracoli trancesi in vcrsi. Duc di essi sono giunti, in 
istato framnicniario, sino a noi, grazie alla pcrgaincna chc 
dcscriviamo, e chc ci permette di asserire(riscrbandoci di preci- 
sare mci;lio, tra poco, le nostrc idée) chc il copist.i dcl codice 
jH-rduio appartcnnc alla line del sec. xiii o al principio dcl sec. 
\iv. Dci due iVammcnii di miracoli darô prima, pcr maggiorc 
cliiarc//a, comc si vedrà, qucllo contcnuto nclla c. H'^', cioc 
nella caria tagliata a mezzo per il lungo : 



(c. B-J 



[c. B^ij 



Molt par csioil biaus et bien f.iis 
Sages en dis t't plus en fais : 
A toutes gens cstoit scans, 
Mais en ce estoil (trop) messc- 

[haiis ) 

5 Q'a Tenemi promis estoit. 
Sa mère, qwi sovenl la voit, 
De caudes larmes scn cler vis, 
Qar il li ert adés avis 
Que li anemis li toloit, 

lo Por ce qtif promis li avoit, 

Ensi sen cuer Ions tans cela lo 

C'onces nului nel révéla. 
Mais cil qui nul pecié n'oublie 
Sa promesse n'oublia mie. 

I $ A la dame vint li diables, 

Molt lait et molt espoventables. 
Au jor del sisimen tôt droit : 1 5 

« Dame, fait il, faites me droit, 
Tenés me bien ma couvenance. 

20 Ne l'ai pas mise en oubliance. 
D'ui en .iij. ans le vocl avoir, 
Xcl lairoie por nul avoir. » 20 

Li diables a tant s'en part. 
Por .1. petit d'ire ne part 

25 La dame, quant et ces noveles, 
Sen pis débat et s€S mameles, 
El a tel duel et tel contraire 
Qm^- grans anuis est del retraire. 25 



|I'|roier l'en dont p./;- la merci. 
(ii]icii doit avoir le cuer norci 
(L]a dolente, q//» tant mesfist 
[Qu'a] ranenii(s) si biau don lîst. 
(L]i patriarces se po/pcnse 
|M]olt longcmcnt, tant qu'/l s'a- 

I pense, 
[Sa coin Diex vaut, d'un saint 

(ermite 
(Q.w/] mcnoii vie si piirfitc 
Qjic] li angles li menistroit 
(Et] bouce a bouce a li parloit, 
(Tlot en plou(ra)rant l'enfant 

[apele, 
[Q."'] plus est dos c'une pucele : 
« [B]iax fiex, fait il, a .1. ermite 
[F:Jn cui sains espcris abite 
[Por] men rp»sel tost t'en iras; 
(C]este mervele li diras. 
[1]1 par est tant de haute vie, 
[SJeDiex por toi de bon cuer prie, 
[JJe sai certainement et croi 
[Qjie] Diex ara merci de toi. 
[M jais la voie est forment dou- 

(teuse, 
[LJonge, (gre)vaine et perileuse. 
(I]l est manans en un boscage 
(Sji perilleus et si sauvage* 
(Qm'//J .ij. jorne[eJs en tos sens 



FKAMMKNTO IM l'\.\ RACCOl.TA Dl MlRACOl.l 



16} 



Cascunc nuit, qtunn des (Cî.)eb- 

(colcs 
30 Vient li clc[r]sons, pleurant l'a- 

(colc 
/:/ tôt le molle de ses larmes. 
Qtiiim tost s'aproce ' et vient li 

[termes 
Q//'/l iert perdus [kir sen meslait. 
Se Diex ft sa mère nel fait, 
5) Tel duel en a cl tel anui, 
Ne puet oïr pj/ler de lui 
Q;/Vle ne pleurt isnelement, 
lit sospire si tenrement 
Qjte li enies(fes) s'en est prisi 

(garde. 
.|o Hn sospirani souvent lesgarde... 



[NJ'i a maison en nul asens. 

— [LJas, fait li enfes, qw ferai ? 
(J Jamais nului ne trouverai 
[Qjti] me consaut a men voloir. 

50 (B)ien doit celi li cuers doloir 
[Qui] en si gnmt paine m'a mis. 

— (CJonfortés moi, biaus dos 

[amis 
I IJait li preudoiis ; Diex, q/// avoie 
(LJes desvoiés <•/ met a voie, 

55 fB]on (t»/sel f/ tel vos envoit 
fQ'jau ' saint houme tost vos 

[avoit. » 
( l Jnes letres li baie ^/ livre 
[H|n tel manière s'en délivre. 
fA| tant li enfes s'en départ, 

40 [ForJ peu qnr li cuers ne li part... 



Xon c ccrtamcntc difficile idcntitîcare il miracolo narnuo nei 
vcrsi qui sopra riferiti. Si tratia, corne il Icttorc cspcrto avrà i^nà 
supposto, d'una rcdazione dclT Hnfanl voue an diable'' e precisa- 
nientc délia redazionc dovuta a Gautier de Coincv •♦, il célèbre 
AVMoxc ^\k:'\ Miracles de la Vier^^c, morto nel 1236». Xell' ediz. 
Poquet (Paris, 1857, p. 441) il nostro miracolo s'intitola /> 
rcfifatit (jiie le Deables voulait enporler e comincia : 

Kn escrit truis qu'il fu uns lions 
De grant afaire et de grant noms... 

La col. B' del nuovo frammento comprende i vv. 73-111 
deir edizione e la col. I^^ i vv. 193-232 délia niedesima edi- 



1. Ms. laprocc . 

2. Ms. ////. 

3. Sulle varie redazioni dell' Enfant^ si veda P. Mever, Roniania, X.XXllI, 

164. Cinque sono le redazioni francesi ; una portoghese (Cauti^as df Santa 

Maria, CXV) ; due italiane, Monaci, Ki'tid. d. R. Accad. dei IJnù'i, s. V(i896), 

502, e Novati, nella KaCi. di St. in onore di A. D'Ancona, cfr. Romania, XXX, 

596. 

4. SuUa fonte di questa redazione, è da consultarsi Mussalîa, Ueber die von 
G. de C. henût^en Qtwllen {D.'nkschriflen délia Accad. di V'ienna, XLIVj,p. 17. 

5. Mussatia, op. cit., p. i . 



164 C. BKRTONl 

zionc. La lezioiie dcl trammcnto è qua c In minliore di quclla 
data dal Poquci. Pcr es., meiure nclT cdiz. si leggc : 

A I.» dame vint le Dcables 
Moult lait et moult cspocmablcs, 

,4u «."<Mr tiiVi iLvixii'mr lit: tout droit, 

ncl luiovo testo m ha : Au joi del sisinwn toi droit (17), chc ù, a 
quanto pcnso, la buona lezione'. Talvolta, le divcrgcnzc sono 
lali. da non potersi stabilirc qualc variante sia da prelerirsi 
(p. es. Poquct, 209 : // parcst (ici^i^i : par est) tant de sainte vie; 
tramm., 57 : </<* haute îvV), ma, in générale, il testo del frani- 
mento ê buono edegno perciô di considerazione. 

Identitîcato questo iniracolo, verrebbe fatto di pensare che la 
nostra pcrganiena altro non fosse che un resto di un codice 
dei miracoli di Gautier di Coincy e che laltra parte del testo, 
conservata nelle quattro colonne délia c. A, fosse da conside- 
rarsi conie un brano diun altro miracolodi Gautier. Ma l'esanie 
délia c. A ci riserba una sorpresa. Il miracolo quivi narrato non 
51 rinviene nelF ediz. del Poquet e non è neppure fra quelli tra- 
lasciati dalT editore e attribuiti dai niss. a Gautier*. Conie 
alcuni miracoli di Gautier passarono in qualche altra raccolta 
(p. es. nella raccolta Steiger-Mai ^ e anche in certi mss. délie 
Fies des Pères ^), si potrebbe credere che il nuovo frammento 
dérivasse da una silloge più o meno somigliante aile raccolte 
sin qui conosciute. Ora, le cose non istanno propriamente cosi, 
perché il miracolo, narrato in A, è del tutto ignoto ed ha un 
suo valore spéciale, come vedremo, per la leggenda concernente 
Odilone di Clunv e Tistituzione délia Festa dei Morti, dopo 
quella dei Santi, il 2 Novembre. 

Oltre a ciô, per quanto spetta ancora al miracolo delT Enfant 
ivue au Diable, dobbiam fare un' osservazione, che nasce dall' 
esame paleografico del frammento. Il quale è il resto di un 
manoscritto, che fu vergato nella Francia settentrionale (e gli 

1. Sisinun signifier, parmi, « saisie» (prov. ant. sesitncn); te jor del sisimen 
sarebbe, se ben mi appongo, il giorno in cul il Diavolo slmpadronirà del fan- 
ciuUo 

2. Liriwn, Z.eiiici:rijt f. icmun. PInlol., \'l, j-:>, c Rvmunia, VIII, 12. 

). Descriita da A. Tobler, \x\ Jahrbuch fur tomaniscJx utiJ ciiglische LUcra- 
tur, VU, 401-456. 

'"irôber, Grundria^ H, i, 6)i. 



FRAMMENTO DI UNA RACCOLTA Dl MIRACOI.I 165 

argonienti linguistici, clie tra poco produrrcmo, tîssano corne 
luogo d'origine del codice la Piccardia) e non puô esscre ascritto, 
se non alla seconda meta del sec. xiii,o tutt' al più al principio 
del secolo seguente, sen/.a discendere troppo giù, chè il lacerto 
ci mostra aiicora parecchi s lunghi tinali (p. es. accsmes A^ 27 ; 
Eu:^elh'es A* ^8 e quaiche les) e ha abbondan/adi ti aperti (raris- 
simi sono gli a chiusi cosi comuni nel sec. xiv) e ha, inhne, 
l'aspetto estetico dellc scritiure délia seconda mctà del duecento 
o dei prinii decenni del trecento, sopra tutto quando si tratta 
del Nord délia Francia, regione avanzata, non v'ha dubbio, 
nella storia degli sviluppi calligratici. Xe viene che il lacerto ci 
conserva una lezione del miracolo di Gautier che non è troppo 
lontana, cronologicamente parlando, dalla composizione dell' 
originale. E corne il codice smembrato non era ne una copia 
dei miracoli di Gautier, ne una copia délie Fie Jes Pères, cosi 
è lecito atferniare che il nostro frammento serve, anch' esso, a 
darci una nuova prova délia varia fortuna che ebbe nel niedio 
evo Topera del poeta di Coincy . 

Passianio ad esaniinare la c. A. Le condizioni délia perga- 
mena sono cosi infelici, che la lettura riesce quanto mai ardua c 
in taluni punti congetturale. 



[Aa] 



[Ab] 



10 



15 



Trestout voitre plaisir ferai ; 

Hautement (jou) ame/;derai 

Le mesproison et le torture 

Qj4e jou ai fait rowtre droiture. 

En pièges vos en dong mes ornes. 5 

— Sire, font il, trestot plegomes 

Qtie fera vo rommandemcnt. » 

Euzebees l'espee prent, 

Puis le fist ai^tremont monter ; 

Xel velt fo;/fondre ne gaster 10 

N'enpirier sa gent ' ne son cors, 

Car pius iert et mesericors. 

Acolé se sont et baisié 

Et (\uam il furent apaisié, 

Aie en sont a le ^ aimpaigne 1 5 



Ostorges est a moi venus 

Et s'est mes amis devenus 

Si m'a rendue ma cité, 

Toute a faite ma volenté. 

Onces ne l'osa co;;tredire. 

Or puis jou bien par verte dire 

due cil est sages qui Dié sert 

Et qui la soie amor désert 

Cui il aime marara soing 

Secourus ier a sonbesoing. 

O41 soit en tere ou soit en mer 

Lui doit on servir et amer 

Et faire son conmandcment. » 

/:/ il 1 i respondent briement : 

« Puis q»/<* tu as fait ton voloir. 



1 . Ms. gneut. 

2. L7 non è chiaro nel ms. ; pare un s. 



166 



G. BFRTONl 



- blansqiii som en mi le plane. 

I.or garocnicni icrcnl Mo >;cm : 

Aios hom ne vitsi faiic s;cnt. 

I:u/cbccs li gcnticx rois 
ao Ijcs saIuc counic concis 

Ft il son salu li rendirent ; 
t hclcmcni le rcspondirent. 
ncni ' Kx qur il 

(sorent. 

Li uns furb li autre torcnt : 
25 «F vos. li rois Clerus» 

Te » nunJe. c. mile salus ; 

Si l*a ccl bel (sccor) sccors tramis, 

« r tu es M.*s loiaus amis. 

Or nos di ton a>mmandemcnt 
' Il ferons bonement. 

lX)unes nos ûv/gié d'asanbler. 

Mar s'entremisi onces d'enbler 

Osiorgcs ta tcre <•/ t'onor. 

Moli en poise nostre scnor. 
3$ Venu souraes venjance prendre; 

Ne se pora vcs nos deffendrc. 

Il e(s)t li sien sont rowfondu. »> 

(H) Euzebces a respondu. 

Qmi ne se volt mie taisir : 
40 « Scgnor, j'ai fait a mon plaisir... 



2) 



Le roHgié voloumes avoir 
/:/ si nos en irons, dos frère. 

— Segnor. jv;; Diex e p«jr sa 

[mcre, 
\\>s n'arés ♦ ja de moi (()»;gié, 
20 Si m'arés dit <•/ ensegnié* 
Qiii m'a envoie <:est barnaje. 

— Rois,^/ nos t'en feroumes sajc, 
Très puis qr/** tu l'as «ommaïKlé, 
Certes, et s'as bien demandé. 
Vois tu (tu) trestoute ceste ^ent, 
Q»/i sont |et) bel et cler et gent 
/:'/ accsmés de bons conrois? 
Trestos nos a sauvés, bon rois, 
/:/ des tormens d'infer trais hors. 
Trestoi soumcs âmes sans cors. 
Nos cors sont en tere pouri. 
Danné, estieré 5 et péri, 
1:1 mis es paincs infernaus, 
Tos nos a fais mondes <•/ saus 
Piti les veus el p<;r les prou- 

fmeses 
/:/ piit les glorieuses mcses 
Qitf on cantoit en la cité 
Dont Ostorges tant ot gcté. 
Lcspreslres osia li maust[r)estre; 
40 Bons rois, or les i fai remctre... 



5^^ 



> ) 



Ptxo si ricava da quesii franiincnti. Ma intanio si puô dire 
chc in cssi si discorrc di un « rc » (//' getiliex rois) cliianiato 
« Fu?:cbccs » (chi era costui ?) ^ c di un ccrto « Ostorges » 



1. .M<^. -mnmnt con il primo w^ espunio. 

2. Ncl ms. si ha, parmi, cVus, ovvero ch'rs {clmaiien guasterebbe il métro 
c la rima) owero anche cTirsCf). Non si ricsce a Icggere distiniamente. 

j. Ms. Cf. • 

4. Ms. mares. 

5. M$. e$tifs. Propongo «/iVrr, come congettura, chc sacrifichcrei voleniieri 

a una proposta migliore. 11 v, titierer significa veramente " rovcsciare 
per terra ». Ov\'cro, trattasi dell' agg. estraier u abandonné, errant, solitaire » 
fGodefroy, III, 537)? 

6. Che si tratti dcIl' appcllaiivo greco, col senso di «' pio *, passato ad 

• il nome di un re ? Non saprei dire sicuramcnte. 



FRAMMENTO DI UNA RACCOLTA DI MIRACOLI 1 67 

anch' csso sconosciuto. Non si riesce a comprcndcrc bcnc la 
parte di questi duc pcrsonaggi ; parc chc Ostorgio abbia tolto 
al primo i suoi doinini, ma c certo, pcr lo mcno (cd c ciô chc 
a noi più importa), chc « Kuzcbccs », a un dato momenio, si 
trova ricordato ncl frammcntocon le anime salvaic (A^ vv. 25- 

5') ■■ 

\ ois-iu (lu) trcsioiitc ccsic gcni 
Qiti honl (et) bel et cler et gent 
l£t acesmés de bon conrois ? 
Trestos nos a s.iuvés, bon rois, 
Et des tormens d'infer irais hors. 
Trestot souines âmes sans cors. 
Nos cors sont en lere pouri... 

Le colonne c e </, occupate dalla continua/.ione di questo 
racconto, sono anch' esse qui sotto irascriite perintero, aftinchè 
lo studioso abbia sotto i^li occhi tutto ciô che si trova ncl fmin- 
mcnto : 



(c.Ac] 



(c. AJ] 



Sire conmcnce. . . 
Des fiex Diex en sainte i^lise 
Hnsi coni eiis encarcié, 
Dontn'astu fait moliboiiinarcié, 
5 Q//tini tant a gaaniés d'amis. 
Com Jhesus t'a du ciel tramis 
Pt>r faire ton u>;;/mandement. 
Se tu maintiens le sacrement. 
Saches que molt bien o[vr]eras : 

10 De mil âmes recouveras 
L'amor que feras desloiier, 
Et s'en recevras tel loiier 
Qjie couronés ieres en glore, 
Wers tos félons aras vitore, 

I ) L'aïe Diex ft de ses sains. - 
V^ers le ciel a tendu ses mains 
Car molt fu liés de la nouvele. 
Au fil de la roine ' pucele. 
En cui de verai cuer se fie, 

20 Voe ft pramet, jure et afie. 



Ht l'auniosne li abandonne 

Q///a lui meisme(s) le done 

Sor les povres (d]oucement > : 

... lot li reprovemcnt 
) Q.//I les secort i fait savoir. 

« Rois, ton t'owgié volons avoir 

Si nos en riroumes ariere. 

Scgnor, a Diex soit no banierc. 

Proies qu'en vo a>///paine soie. » 
10 A tant se sont mis a la voie 

Si bêlement que il covient. 

Or vos dirai que il avient : 

Uns al>es de Cluni erroit 

Piir ses maisons que il visetoit. 
1 5 Cel jor que li estor dut estre 

Hrt el pais icil bons mestrc; 

Si vit et oï l'aventure; 

Mètre le fist en escriture. 

Por le miracle presious 
20 Qf// tant est biaus el glorios. 



1 . Nel ms. sta chiaramente uaiue. 

2. Lettura incerta : la pergamena è guasta. 



i68 



C. BVRTONM 



Se il a bien fait dusc \i orc, 
II le fera molt miex encore. 
« Au primes... ^ou mis a voie 
Devant cesi fait pas ne savoie 

2$ Qh< mese fisi si 1res s.untisnîe 
Ne tant pleûst au roi au(s)iisme. 
Haute cosc a en sacrement, 
Qfiunt ame met ew sauvement ' 
[E] traist de l'infernal bat-ille. 

)0 — Certes, bons rois, c'est voirs 

[sans falle : 
Kii Diex servir ft aourer 
Et en sainte glise honorer 
C'est li plus soverains degrés. 
Et si rent Diex mercis fl grès. 



Q»Mni l'abes revint a Clugni, 

La fesie des Mors establi 

Qjéi l'endcmain de tos sains est. 

.Mainte anic en a eu rowqest 
2$ Var les messes, pijr les services 

C'on fait p<jr le mont es églises. 

HuiOLKS ot non, s'ou dist l'es- 

[toirc, 

L'abes qui le mist en mémoire. 

Or savés dont la feste vint 
50 El le miracle qui avint 

l:n latin a maint cnesté'. 

Par ce l'a romjan] ' tranlaté 

Quf li lais le puisse(nt) entendre ; 

Si i porra cssemple prendre 



5$ Ceus qui les povres font repaistre 5$ /:/ sen corrone plus fermement. 



Peccors fait en bien renaisire ; 
Qui les herbe rge <•/ vest <•/ pait 
En vie flourist et renaist. 
Diex dist er» divine escriturc : 
40 Qmi au pouvre livre peuture... 



Or prions tôt (Ommunement 
A la roïne qui est mcre 
Celui qui est ses fi(e]x* ^/ (ses) 

père 
Si con lor cuer sont en un moi 
40 Q.//r cle li deu s... por moi. .. 

In quesio brano abbiamo, per nostra fortuna, un nome, chc 
non è senza interesse per gli studiosi mcdievalisii : Iluiciles. 
Siamo dinanzi al nom . Odiloy {-omm), foderato dclT -s délia 2" 
declinazione. Già nel latino dei sccc. xi-xii, compaiono 
accanto a Odih\ le forme Oycielo e Oxdelius^' rifnttc su lia forma 
volgare, ad indicarc il célèbre Odilone di Cluny?, al quale 
veramente spetta di aver flssato, dopo la festa dei Santi, la com- 
memorazione dei Morti **. Il nostro frammcnio dicc (v. 22): 

La feste des Mors establi 



1. Ms. uuremnit; l'emcndato è dovuto al prof. Roques. 

2. Forsc mainte eneste {Ixmeité). 

5. Ms. Tom...\t vi ha un guastonella pergamena. 11 Roques mi propone : 
En latin a maint an eitê; Par ce raivm\ei\ tranhté. 

4. C'è ncl ms. il posto per !'<•, che c nelle abitudini dei copista. 

5. Nel ms. forse deurist, ma non é neppure Icttura sicura, in ogni caso. 

6. Migoe. Patr.lat., 142, col. H92 e 893. 

7. Nacquec. 9)2. 

8. La data dell' istiiu/iu:n. Uclla festa dei Morti e w yoo. Li. O. Ringholz, 



IRAMMKNTO Dl L'NA RACCOI.TA 1)1 MlKACOI.l 1 69 

e si accorda, per tal modo, con ciô che ci dicono di Odilonc i 
bioL^niti, i pancijirisii c i cronisti '. Soltanto, codcsta com- 
memorazionc, in tutti ^^li antichi racconti, si riallaccia con una 
lei^gcnda, narrata anche da Pictro Damiano, e cosi resa brcve- 
mente da Frate Andréa (Bouquet, X, 290) : « Rcclusus in 
« olla \'ulcani in Sicilia manebat et audivit Demones sepis- 
<« sime conquerentes, quod animas damnatorum eripiebaiu 
« Moiiachi Cluniacenses per suas orationes : lioc idem Reclu- 
« sus Abbati Odiloni mandavit; Abbas autem in Monasterio 
« Cluniacensi et in omnibus appendicis hanc generalem com- 
(f memorationem sollemnizari fecit ^ » D'altro canto, altri 
cronisti o biograti ci fiinno supere chi fosse colui, di cui si servi 
il « recluso » per comunicare la notizia alT abate di Cluny. 
Ci dicono, cioè, che un pellegrino, venendo da Gerusalemme 
sostô in SiciHa c quivi ebbe coniezza délie miracolose grida dei 
dannati. Recatosi poi in Francia, raccontô il fatto ad Odilone, 
il quale subito istitui la festa dei Morti. 

Il lacerto francese ci conserva, invece, le vcstigie di una leg- 
genda suir origine dcl giorno dei Morti, che nessun biografoo 
cronista di Odilonc conosce. Di qui proviene, per massima 
parte, Timportanza dcl frammcnto, il qualcci permette adunque 
di stabilire che un' altra leggenda dovè esistere (torse meno 
antica dclla précédente) sulla commemorazione dei Mortî e su 
Odilone e che in codesta leggenda l'istituzione délia festa era 
allacciata a un miracolo, che purtroppo, per mancanza didati più 
precisi di quelli forniti dal lacerto, non sappiamo quale fosse. 

Il manoscritto, a cui appartenne il povero e maltrattato 
foglio pergamenaceo giunto sino a noi, fu scritto in Piccardia, 
corne è mostrato dai seguenti tratii linguistici, i quali si pos- 
sono raccogliere in mezzo aile forme, diciam cosi, letterarie, in 



Die liinfûhrung des Allerseelenta^esdurch Jen heil. Odilovon Clutiy, in ït'issen- 
schaftUclje Stiulien und Mittheiïun^en dus dem Betiedectiner-Ordett, II, p. 242. 

1. Jotsdld, amico di Odilone, e Picr Damiano (Op. II, 410). — Intorno a 
un miracolo délia Vergine, concernente un Odilone, che potrcbbe cssere il 
nostro, cfr. Mussafia, Studien ^m dtn mittelullerlichen Marievkgttideu (Sit- 
:^uugsberichte d. phU.-hist. Cl. der H'iss., Wien, CXIII), I, 991. 

2. Questa leggenda è narrata, con tutti i particolari, dni Ringholz, Der 
heilige Abt Odilo von Cluny, Brùnn, 1885, p. 63, e dal Jardet, Odilon de 
Cluny, Lyon, 1898, p. 295. 



170 G. Rl-KTONI 

qiianto il testo c scritto nclla solita lingiia coniunc. Il m- c 
conscTvato in cantoit A^ ^7, casctiiic W 29, cnttdcs W 7. Abbianio 
onces (onques) A^ 32 c B' 12. Si ha sviluppo «Ji <• in -iit : ficx 
A' 2, ^nitiiw A' 19 '. L? resta generalnicntc intatto : hclenicut 
A* iiygfut ,V 25-26, toniiftis A^ 29, ccc ccc. TrDvianK) pero, 
(oltrca5JW5 A^ 30), /<;;/.v B-* 11 c asaubUr A' ^i, chc non sono 
sconosciuti, corne si sa, ai tesii piccardi. La -.s rapprcsenta -/ (d) 
-\- î : ares A^ 20, tes A'* 23, ccc, ccc. E poi ci imbattiamo nel 
diffuse hiaus A** 20, B^ i. Se c dubbia la forma femm. del pron. 
le A* 9, abbiamo pcr contro tre casi certi d'art, in A' 3, A' 1 6, e pcr 
il possessive : mcti W 29, ses A' 28, scn B'7, 11, 2^, accanto a 
diversi hm. Sono anche danotarsi in oltre km A' 4, A'^ 6, le forme 
accorciate delT agg. possessivo, come vo A* 7 e no A^ 8. Dob- 
biamo, intîne, registrare la finale -(7;;/('5 (-ontucs) per la r' pers. 
plur. : l'oloumcs A^ 16, (r)ifoinnes A'' 7, ccc. 

\*orrei tare qualchc passo avanti, per meglio localizzare il 
trammento, ma temo troppo di mettere il piede nclla rcte fatata 
délie dolci illusioni. Invero, le forme, già ricordate, /iex (A* 2 
e anche A*^ 40) e gentie:<, cioè fins e ^^euliiis con isviluppo di e, 
non sono srate proprie, a giudicare dagli antichi testi e dallo 
stato attuale dei dialetti, di tutto il dominio cosi dctto piccardo. 
Oggigiorno, esse ci condurrcbbero al Nord, mcntvc g lore : vir- 
tore A' 13-14 trovansi tanto in testi dclla Piccardia, quanto in 
testi délia Xormandia, e un a (= ai) A'' 32 e un osa A^ 5 
(=r osai) ci portano invece verso l'Esté Si tratta, parmi, 
di forme, sulle quali non occorre fare troppo assegnamento, 
quando siasi riconosciuto' che il fondo délia lingua è quello 
letterario, su cui galleggiano sopra tutto i tratti piccardi . 
Ma se il lettore non si accontentasse d'essere abbandonato cosi 
malamente in Piccardia e amasse fissarsi in qualche luogo o 
cercare, per lo meno, una direzione pcr rintracciare con mag- 
gior precisione l'origine del frammcnto, io non potrci, a dire la 
verità, che piantarlo in asso, augurandogli una guida migliore, 
a condurlo a spasso per le terre piccardc. 

Giulio Bkrton'i. 

i. Ctr. Suchier, Aiu. et Sic. >, p. 74 (trad. A. Counson). 

2. Cfr. A. Stimming, Der ffstlândiscl^e Btui'e de Hantom, Dresden, 1911, 
(p. XX : raciîta rr raaUai). Questo -</ si trova ncl Nord-Est e anclie nell' Est 
CLorena). Vedansi : M. Kesselring, Die hetouteti Vocale ivi Altlothriuf^ischeuy 
Halle, 1H90, p. 56, e Apfelstedt, Lothr. Psalter, Heilbronn, 1881, p. xvi. 



HTYMOLOGIES 
FRANC-COMTC^ISFS El^ LC^KRAINES 



ANCIFX BISONTIN li^-iV. HAYi:, HAIE « GUiriTHUR » 

Les Comptes de la ville de Besançon ', de la fîn du xiv siècle 
et du début du xV, emploient fréquemment ce mot sous ces 
trois formes au sens de " ij^uetteur » : 

a) pour une journfee] qui est estez hay sur la porte de Baptens ((Comptes 

1397' 5 5 r«)- 

Cf. encore //'., 63 ro, 64 r*», 64 vo, 82 r^, 105 n>, 122 v\ etc. 

b) avec e féminin : at estez kiye pour ^aitier en ladicte porte (C 1405, 
161 ro). 

Cf. encore C 1394, 13 r" ; C 1597, m v. 

c) une fois au moins avec Varlicle féminin : pour la haie de Charmont (C 
1394, 13 ro). 

Ce dernier exemple, encore qu'on n'y voie pas si le mot est 
abstrait ou concret, est important pour l'appréciation de l'en- 
semble de ces formes. Ce mot, en efiet, n'est pas autre chose 
que le substantif postverbal féminin du verbe hcer, qu'on peut 
comparer au français moderne garde et au français archaïque 



gai te ' . 



CESTRIi, MOT A SUPPRIMER 



Priorat de Besançon aux vers 5399-400 écrit la phrase sui- 
vante : 

Li centurion en lor estre 

De dix pies mesurent un ceslre. 

1 . Tous ces comptes sont inédits ; mes indications renvoient aux manu- 
scrits conservés à la Bibliothèque de la ville de Besançon. Il en est de mê-mc 
des Délibérations. 

2. Cf. le prov. bada. Le mot est donc diflférent du français moderne baie, 
voy. Dict. général, baie 3, bée 2; Godefroy confond à tort en un seul article 
bee, et baee, bece. 



172 O. BHX.H 

M. L. Robert, au lexique de 1 édition de la Société des 
AnciensTextes, se contente de noter le mot avec un point d'in- 
terrogation. M. W'endelborn ' se demande si ce mot ne serait 
pas une forme de castra . I^ comparaison du vers de Priorat avec 
lepass;it:e correspondant du texte de Jean deMeun*^' lait voir 
que cestre vient d'une lecture inintelligente de ce texte (il s'agit 
de la construction des fortifications d'un camp) : « dressent le 
lerrail et font dessus assemblance de mur et detfenses et barba- 
canes et mesurent H centurion ceste ocvre de x pies. » Peut- 
être Priorat avait-il sous les yeux un texte où « ocvre » était 
oublié *♦. 

ANCIHX HISONTIX FT LORRAIN MODl-RXE 
CHAKSliTlK « CHHXHAU » 

Les Comptes de Besançon présentent ce mot assez sou- 
vent, par exemple : 

une joum[ee] qui havoient fait sur la nove aulc (=: halle) du niazel pour 
mett[re) trois ctxi\n]ufUs noves... 

VIII cent d'asselles a clavins* pour mantcllcr les dictes cha[n]ueles (C 1 397, 
90 ro). 

six »'/w««r//« de sapin... Lesquelles asselles et cl.uinncttc (urem pour rcco- 
vrù la maison du bourdel(C 1405, 177 ro). 

une ifMj[n]nettf pour faire 6 cJ}a[u]ti(totis (C 1404, 89 ro). 

Dans tous ces exemples, le sens de « chéneau •> paraît vrai- 
semblable, bien que « chanlatte » soit possible. 



UnUrsiuJmug d^r Ràmt der Vegae-i'ersijication der P. v. B., 
In. Diss., Bonn, 1887, 5 24. 

2. Lart dr chn'aUrU, éd. U. Robert, p. 94. 

}. Au reste il est sujet à des étourderies de ce genre. Que Ton compare 
Jean de .Mcung, p. 153 :« cstraignent de cordes coûtes (zn lat. culcita) et 
materas »,ct les vers de Priorat 9677-78 : 

Matera/ et coutres et cotes 
Prant l'on.. 

Dans le texte de Priorat, coutti de Jean de Meung est représenté deux 
fois, d'abord par coutres, puis par fo/«, qui n'a donc aucun sens. 
! Espèce de bardeau, d. infra, p. 175. 



ÊTYMOLOGIES FRANC-COMTOISES ET LORRAINES 173 

Ouelle est l'étvnioloiiic de ce mot ? S'il a bien le sens de 
« chcncau «, c'est, je pense, un dérivé du mot chiinne, ancienne 
mesure de capacité, qui était très usitée autrefois '. Ce dérivé est 
indiqué dans le Dictionnaire général à l'historique du mot cnn- 
uettt\ mais avec un autre sens. C'est sans doute par une compa- 
raison plaisante que l'on a passé du sens de « mesure de 
capacité » à celui de « gouttière » pour le dérivé ; on trouve 
de même dans Littré deux dérivés de cbanne usités dans 
des langues techniques : châtiée « cannelure du métier à tisser la 
soie; gouttière qui conduit l'eau sur la roue du moulin à 
papier » ; — chanelelte « terme de papeterie ; petite chanée - ». 

Il est assez curieux que channetle ne survive guère dans les 
parlers de la Franche-Comté ^ et qu'au contraire il soit encore 
très vivant dans la Lorraine. Adam ■♦ donne chdfwlte « «zout- 
tière d'un toit », pour Lay-Saint-Remy >. Dans le départe- 
ment des Vosges, M. Maillant le note pour Uriménil (cant. 
de Xertigny), s. wchanolle {chiitiôl), « rigole de ter blanc posée à 
l'extrémité du toit ». J'en ai recueilli personnellement beaucoup 
de formes dans l'arrondissement de Remiremont : ^ânet à Saint- 
Maurice-sur-Moselle, le Ménil, Saulxures, Cornimont ^, ^r/;/^/ à 
Rupt, Vagney,Thiefosse ", tânôt à Remiremont, Saint-Nabord, 



1. Cf. Godefroy, channk, dans les Comptes de la ville de Besancon : 
C 1397, 28 vo, 31 yo, 1404, 61 v'o, etc. — Le mot est encore usuel dans la 
région de Montbéliard ^d. Contejean, Mnn. Soc. Étnnl. Montbcliard, 1899, s. v. 
TCHANNE, et Vauthcrin, Patois de Chitenois (près de Belfort), s. v. 

TCHANN'E. 

2. Chenettc « t. d'imprimerie, petite gouttière autour d'une presse », égale- 
ment dans Littré, peut aussi être issu de channe. 

3. Je ne l'ai trouvé que dans un village de la Haute-Saône voisin du dépar- 
tement des Vosges, à Mielin (cant. de Melizey, arr. de Lure), au pied du Ballon 
de Servance, sous la forme demi-française éâfiet, au sens de « chéneau ». 

4. Lt'S Patois Lorrains, p. 238. 

5. Lay-Saint-Remy (cant. de Toul), M.-et-M. M. .Moselly,qui est originaire 
des environs de Toul, dit dans un roman, Le Rouet d'Ivoire, p. 29 : " quand 
les chânettes des toits fouettent le pavé de leurs trombes ». 

6. Saint-Maurice-sur-Moselle et Le Ménil (cant. du Thillot), Saulxures et 
Comimont (cant. de Saulxures), le premier canton étant dans la vallée de la 
Moselle, le deuxième dans celle de la Moselottc 

7. Rupt (cant. du Thillot), VagneyetTliiéfobSc {^cjnu. de Saulxures). 



174 ^^- Bl-OCH 

Bcllcfontainc ', <'ntiàt a N'.il d'Ajc^l, Saint- Ame ^ tous au sens 
de « chéncau ». 

On remarquera que dans la plupart des \ ilhii^es le sullîxe est 
en -<-t au lieu d'être en -()/ ou en -al suivant les villages : ce 
qui prouve que le mot s'est assez récemment introduit dans 
nos parlers par l'intermédiaire dn français populaire, ou a subi 
TinHuence du représentant de chauUiUc qui existe avec le même 
sens dans nos parlers; c'est le mot qu'emploient sous la forme 
^alh les deux villages extrêmes de la vallée de la Moselotte \ 
Ventron et La Bresse. 

Dans le mot canna, étymon du \Âv.c})a)iuc, M. Meyer-Liibke 
hésite à reconnaître le latin canna {Rom. et. //'., n*'' 1596 
et 1597). Bien qu'il ne dise pas pour quelles raisons, c'est sans 
doute pour des raisons d'ordre sémantique, qui ne me 
semblent pas invincibles. Il est vrai qu'on ne peut plus en ce 
cas invoquer le îx^xwc^xs canuclte, pour lequel M. M.-L. renverse 
sans doute l'ordre de filiation des sens donné par le Dictiotuiaire 
général. Mais il ne parait pas plus difficile de passer du sens de 
« tuyau » au sens de « mesure » que d'admettre la filiation 
inverse; et il n'est pas non plus inadmissible que canna ait 
passé, en latin vulgaire, du sens de « tuyau » à celui de 
« mesure », et qu'en anc. fr. son représentant au sens de 
« mesure » ait inversement engendré des dérivés ayant le sens 
de « gouttière ». 

BISONTIN CHAPPELOTU <' ESPÈCE DE CLOU » 

Ce mot se trouve au sens de « clou » dans les Comptes de 
Besançon. J'en ai relevé ce seul exemple : 

Ung cent de ciMppeloles pour rcclouher les tablons des franchi/.cs (C 
1404, 80 %•<>). 



1 . Bellefontaine (cant . de Plombières), Saint-Nabord (cant . de Rcniircmont). 

2. Val d'AjoI Ccant. de Plombières), Saint-Amé Ccant. de Rcmircmont). 

3. Cant. de Saulxures. — .\dam donne aussi pour Domgermain (arr. de 
Toul, M.-et-M.; choulotU qui est expliqué par chenal, explication qui semble 
prouver que chtial vit dans le parler populaire de cette région avec le sens 
de cht'tudu. Cf. aussi Ménage, Dut. Hlym., s. v. chéneal" où il est dit que 



ÉTYMOLOGIES FRANC-COMTOISES ET LORRAINES I75 

L'étymologie du mot est fort claire et a d'ailleurs été indiquée 
par MM. Contejean et Grammont dans leurs lexiques. C'est un 
dérivé féminin de chapeau, les clous dont il s'agit étant vraisem- 
blablement des clous à grosse tête. Si le mot mérite d'être 
relevé, c'est qu'il a survécu dans les parlers de la Franche- 
Comté. 

K l'ai relevé dans un Noël ' : 

l*ou poutlia S'ïs chaipclottcs 
(^hue ce matresaivetic. 

L'éditeur met en note : « clous pourles semelles de souliers. » 
Le mot vit encore actuellement dans la région de Monlbéliard 
et de Belfort ; à Resançon, Dartois note en 1830^ : chapclole, 
cbaipeloîc, « petit clou ». 

M. Contejean à xMontbéliard, .\L Grammont à Damprichard, 
M. Vautlîerin à Cliâtenois, donnent khaipelol le, ièplàl^tchaipclale, 
les deux premiers avec la même définition <v clou à tète ronde 
qu'on met sous les semelles », M. \'autlierin avec une explica- 
tion tout à fliit analogue. Je ne connais pas le mot dans les 
parlers de la Lorraine. Mais d'après les données de Godefroy, 
on a désigné, dans le Nivernais, une espèce sans doute semblable 
de clous avec un mot de même filiation. Cf. cIo cbappeles, dans 
un texte originaire de Kevers (1407), s. v" chappkllet. Quant 
à r/o;; appeh\ chappellu:;^ dans un document de 1379, s. v" chap- 
PELLU, je n'en sais pas le lieu d'origine. 

IRAXC-COMTOIS CLAVIN « BARDliAU « 

Godefroy ne donne ((u'un seul exemple, originaire de Dijon 
et de Tannée 1478, avec un point d'interrogation : « Héche 
couverte en clavin. » 



« les Messins écrivent chenau et font ce mot féminin ». — Il n'est pas éton- 
nant que chatiîatte ait pris le sens de «chéneau » ; de là des croisements pos- 
sibles des deux types chautiette et chanlalte. 

1. Rcc. de Noêh ancinis, Besançon, 1842, p. 320. 

2. Dartois, Aaul.de Besançon, 1850, p. 204. 



1-6 O. BLOCH 

Les Comptes de Besançon en otîVcnt par conirc de nombreux 
exemples : 

douze cent d'cuscllos i cljvitis (C 1597, 55 v^^). 

24 cens de clox de clax'ins {id. 44 vo). 

une millier d'eusollcs de davin pour recovrir le tov de I.1 tour (ihid.). 

\^i. en outre supra .s. v. iikiumiti'y et dans les nicnies CÀmiptes 
de n97, 45 r\ 71 v^ 81 v'\ etc. 

Les parleiN modernes de la Franche-Comté possèdent encore 
quelques représentants de ce mot. M. Grammont a relevé à 
Damprichard un mot c'src'], qu'il définit « bardeaux pour cou- 
vrir les maisons du côté du vent », et qu'il déclare d'origine 
inconnue. J'ai recueilli dans deux villages du département de 
la Haute-Saône, Chcâteau-I^mbert et Miélin ', la forme tyh'c 
qui ne laisse pas de doute sur l'origine de la forme de Dam- 
prichard. En outre le témoin de Miélin m'a fourni l'explica- 
tion même que donne .M. Grammont au sujet de l'usage de ces 
bardeaux. Pour établir définitivement l'identité de /jm* et de 
èshfty notons qu'à Damprichard le groupe primitifs/- devient 
régulièrement s -. Quant à Ye initial, il provient du croisement 
du mot « clavin » avec un autre mot, csàn, signifiant « bardeau 
ou planchette pour couvrir les toits » que donne également 
M. Grammont . 

Le mot parait, du moins à en juger par les données des lexiques, 
ne plus exister que dans la région nord du département de la 
Haute-Saône. Il est en tout cas certain qu'il ne pénètre pas 
dans la partie limitrophe du département des Vosges, où le 
mot correspondant procède d'un dérivé de asse, *assianu. 

1. Tous deux dans le canton de Mclizcy, arrondissement de Lurc, à une 
cinquantaine de kilomètres de Damprichard. 

2. Cf. Grammont, op. lauJ., p. 5. 

3. Ce mot, que M. G. se contente au lexique de rapprocher du vfr. essone 
(p. 102, il le rattache i se indu la) est du lui-même au croisement du repré- 
sentant de scindula (à Montbéliard àlhiftn^'; cf. Contejean s. vo), et du mot 
régional essoU fcf. Darbois, JcaJ. df lies., 1850, p. 153) issu de l'ancien as- 

>bt. *assi]la. Sur le même phénomène de croisement de mots dans un 
autre vocable signifiant également bardeau, cf. infra s. v. taveillon. Je nie 
propose er toute la série très riche des mots qui servent à désigner le 

• bardeau •. 



ETYMOLOGIES I RANC-COMTOISKS ET LORRAINES I77 

I.e type étymologique de clavitiy exigé par l'état phonétique 
des dirt'érentes formes de ce mot, est *clavinu, dérivé de 
clavu « clou ». 'l'andis que Danipricliard représente / -(- // par 
/ nasal, cf. v"- (vin), les deux villages qui ont fourni lyh? disent 

f^. Quant ;\ la valeur sémantique de la formation *c la vinu, 
les explications, qui m'ont été données dans l'arrondissement 
de Remiremont (Vosges) sur les procédés pratiqués pour la 
pose des deux espèces de bardeaux qu'on y emploie, sont de 
nature à nous la taire comprendre. Hn effet, plusieurs des per- 
sonnes que j'ai interrogées m'ont indiqué que seuls les petits 
bardeaux dont le nom patois, issu de *assianu, corres- 
pond pour l'usage aux « clavins » de la iTanche-Comté, se 
clouent, tandis que les grands bardeaux, qui servent à recou- 
vrir les toits, sont simplement imbriqués, et maintenus parfois 
au moyen de pierres posées dessus. De tels procédés de cons- 
truction ne peuvent être que fort anciens, et expliquent 
qu'on ait formé le tvpe *clavinu. Le genre masculin, de son 
côté, s'explique probablement par le genre du mot de sens 
plus général asse, qui a en outre engendré plusieurs dérivés. 

AXCIEX BISONTIN EMPRESTHR u EMPRUNTHR .. 

Le verbe t-mpresfcr n'a pas été relevé par Godetroy, qui a 
cependant recueilli trois substantifs du même type. Ce sont 
les mots cmpresty cmprcstor, cmprcsUnice, tous trois pris dans les 
Assises de Jérusalem '. 

Il est donc intéressant de signaler le verbe, qui se trouve dans 
les Comptes de Besançon. 

Le prcst de cent trancs que lidi/. Gaulhiez a enipicsic^ de la feme... (C 
1397» 50 ^■•)- 

Il importe de ne pas confondre ce mot avec l'espagnol 
empreslar (moins usuel, semble-t-il, que prestar) et l'italien 
itnprestarey qui ont le sens de « prêter w^, sont des dérivés du 
simple (esp. prestar, ital. prestare), et peuvent avoir été formés 
indépendamment dans les deux langues. 



1. Éd. Beugnot, ilisl. des CroisaïUs, 1841-43 (série Lois). 

2. Cf. aussi Du Cange, emprestare et praestare. 

Roman ia. XLI. 12 



178 O. lUOCH 

Au v.onu.uic, !*////>/ to 4*7 , ave», suii scn.s de " cni|iruntcr », ne 
peut |\xs être ratiaclu^ directenieiu au simple prcster, mais doit 
èire attribué à un croisement entre emprunter et prcsicr '. 
Le jvtit nombre d'exemples anciens que nous possédons 
montre que la forme issue de ce croisement n'avait pas au 
moyen âj»e une Ljrande extension. Il tant même ajouter 
que seul le texte des Comptes de Besanv;on est probant, et que 
les trois formes fournies par Godetroy sont des plus suspectes 
au point de vue de leur vitalité en français. I:n etfet cmprcs- 
tor provient de la partie des Assises qui a été rédigée par Phi- 
lippe de Xovare. qui est d'origine italienne ^ Quant à eniprcst, 
il est dans la panie rédigée par Jean d'Ibelin \ mais un seul 
manuscrit, le ms. de \'enise (.-/ de Beugnot) ♦ le donne; 
deux autres B, et C, donnent efi près! : eniprest paraît bien être 
un italianisme. Enfin enpreslauce. emprunté à la partie intitu- 
lée Assises iU la Cour des Bourgeois \ n'est qu'une correction 
de Beugnot d'après la leçon eupruns du ms. A et prestance du 
ms. B. Ce prestiwce n'est lui-même attesté par aucun texte fran- 
çais et rappelle l'italien presiau:^ii. 

Par contre, dans les parlers modernes de la France le 
type cmprester a eu un grand succès : il se rencontre en 
Franche-Comté, dans toute la Lorraine, et je l'ai noté en outre 
dans deux glossaires du centre de la France. Le comte Jau- 
bert *' nous signale ewpreûler et enipréter, et la première forme 
est également donnée par Thibault ". Il est très probable qu'on 
retrouverait ailleurs encore quelque forme de même origine ; 



1. C'est ce que M. Granimont a bien vu ; cf. Patois de Datupriclxvd au 
Icx., s. V, ôpréiâ. 

2. Cf. /liiiVi, I, p. 550. 
}. Cf. Aiiises^ I, p. 193. 

4. Sur ce ms. cf. Beugnot, op. taud., préface, et liibl. licol. Charles, II, pp. 
1S-19. — Je oc suis pas renseigne sur les caractères linguistiques des mss. B 
(anc. Saint-Germain de la Bibl. Nationale 430) et C (id. 426) ; mais on sait 
l'origine de ce recueil des Asiises de Jérusalem^ rédigées à Chypre, plus tard 
pc par les Vénitiens, qui firent même constituer le ms. appelé ms. 

de 

). AiilUi, II, p. 42. 

6. Glossaire du Centre de la France, s. V. 

7. Glossaire du pays blaiioiSf s. r., p. i 36. 



KTYMOLOGIKS I KANC-COM TOISKS ET LORRAINES I79 

UHitciois il est curieux de constater que le seul exemple ancien 
provienne de la ré«^ion orientale de la France, où cette lornia- 
tion populaire a eu le plus d'extension '. 

Hlleesten etVet actuellement très vivante en rranche-Comté. 
Dans le Doubs, Roussev a noté à Bournois aprttâ, Conte- 
jean à Nîontbéliard cmprelu « emprunteur », M. Grammont à 
Damprichard oprctâ ; dans les environs de Beltort, M. N'authe- 
rin a noté à Châtenois()///)/Y7<i/; dans la Haute-Saône, le D' Poulet 
à Plancher-les-Mines cmpre'tà ; moi-même j'ai recueilli à Coravil- 
lers (canton de Taucogney, arrondissement de Lure) àprha, à 
Miélin (canton de Mclizey, arrondissement de Lure) ôprhâ. 

Hn Lorraine c'est également le type prédominant. Dans 
Adam ■ le type t'niprcter est représenté par vini^t et une formes 
sur vingt-huit données, six seulement répondant au type du 
franc, emprunter \ Pour Uriménil (Vosges), .\L Maillant donne 
eproté, et moi-même, dans une enquête faite dans l'arrondis- 
sement de Remiremont (\'osges), j'ai recueilli des formes 
certaines de enipreler dans dix-sept villages et une seule torna- 
de ('////)/7/;//t7- (J/>r///i''), à Remiremont même, forme clairement 
récente et simple adaptation du français, comme le sont très 
probablement les six formes correspondantes données par 
Adam. 

ANCIKN BISONTIN PATU/., REPATUCIER, PATUŒOK 

Les Comptes de Besançon donnent de nombreux exemples 
de cette famille de mots. 

a) patu^ : pour l'autre fils Gurnel qui fit le paiu;^ pour patuàt'r en la d(i)ie 
porte (C 1397, ^8 r";. 

1. Je n'ose cependant pas aller jusqu'à dire qu'elle est née dans cette ré<;ion. 
d'où elle se serait ensuite répandue, avant d'avoir examiné son extension 
dans le reste de la France. 

2. Op. laiiti., p. 521, s. V. K.MPRUNTFR. Il faut toutefois ajouter que, sur 
quelques formes, il peut y avoir doute, en raison de la défectuosité de la gra- 
phie. Li vingt-huitième forme est si bizarre que je la laisse de côté. — Dans 
une charte de Metz de 1212, citée par M. Belirens (Gn/ww. »/. All/r., 9c éd., 
191 1, p. 265), on trouve cmpnuiter pris au sens de « prêter ». Si la lecture 
est certaine le fait est notable. 

3. J'ai noté aussi une forme plutusseur dans un compte de 1491, sans 
indication du folio. 



l80 O. BLOCH 

lit (est d'estraiag (oi* -aiiig) aclicic/ p(.irj le p(or)ticv. pour f[cr)e le «.li/. 
/Ki/M^ (iJ. etc.). 

^) /Ki/Mi-WT : Aymond Gurncl /vj/w^vi/r pour patUiier le chaulVaul («'</.)• 
havoir fait le mourticz ju {^utuda es chambres (C 1 597. - 1 v"V 
^:^.•r;.^>r. bbnchir cl placiriz (C 1405, 157). 

' la parov (C. T:i.yj, 28 %'<•, etc.). 
[\UuCfOr : f i^. 1291, 12 \*"). 

Pfcrînn le ; rur^ fkiturnir. M^tui-fur (C i ;S»S. 6 v"). 

/v. rC 1594. 6r»). 

les ^. jr qui oni platriz la maison (ni. 56, r' etc.). 

De cet ensemble de textes, il résulte que le mot appartient 
à la langue technique du bâtiment et que/)/////:^ désigne une 
espèce de mortier où, d'après le deuxième texte cité, il pou- 
vait entrer de la paille '. 

Cette famille de mois n est pas complètement inconnue. 
Godefroy donne deux exemples de patucicry tous deux extraits 
des comptes du domaine de Mahaut d'Artois (13 10), qu'il inter- 
prète inexactement et avec hésitation par « garnir de pattes » : 

pour clore le molin de Vavre et palucit-r les paroilz et lou toit, 
pour clore lou molin, patucier et covrir en teschc. 

Le mot générique de cette famille est sans doute palu:;^\ cty- 
mologiquement il représente un type latin *pastuciu, dérivé 
de pasta. Il a à son tour engendré le verbe *pastuciare, 
qui doit remonter assez haut, étant donné les textes fournis par 
Godefroy, et d'oii le substantif en-ct)rest issu postérieurement. 

Si cette étymologie est exacte, elle est intéressante à un double 
titre, car elle atteste à une date très reculée un emploi figuré 
d'un dérivé de pasta. D'autre part, elle nous permet d'ajouter 
un nouvel exemple à la petite série des mots du latin vulgaire 
pounus du suffixe -uciu ^ 

Les différents faits phonétiques, attestés par cette série de 
formes, ne doivent pas nous arrêter : 



1. Dan*; un autre passage, nous voyons employer de la tuile écrasée dans 
un but analogue : « thiclle molue pour plaictir les murs ■ (C 1397, 162 v») 

2. Cf. Mejer-Lûbke, Gramm dti l. rom., t. II, 5 418; Dictionnaire général 
Traité J/ h form. de h /. fr., C 84 : Darmesteter, Coun de gr. hist., S 3^^» 8 



ÊTYMOLOGIES FRAN'C-COMTOISES KT LORRAINES l8l 

1° L'hésitation entre ati et a est fréquente dans les textes de 
Besançon et delà réi^ion pour cette époque, surtout, il est vrai, 
dans le groupe al devant voy. ou consonne. Mais on remar- 
quera, dans le troisième ex., jw = la préposition </, phénomène qui 
est très fréquent. Plus tard, dans les textes modernes de Besan- 
çon, se manifeste la tendance à labialiser^/ en(5dans le voisinage 
d'une labiale ; mais on ne peut pas affirmer que cette tendance 
soit déjà attestée par la f;imillede mots que nous étudions '. 

2" La chute de s devant consonne est attestée, à la même 
époque, par de nombreux exemples : rimes de Priorat blasnic : 
famé 'j'jGi-iy vîtes : tritcs 919-20, meuitres : vîtes 1881-2 ; gra- 
phies telles que unionele (^Testament ^ 12, 1296), satijie:;^ (T. 67, 
1^)0» tratiport (T. i2|, M95) ; npnce (espace) (Priorat 120), 
app(iiyes (esparres)(C 1 397, 38 v"),^r/;///r5 (esc biffes) (C ijoj, 
22 r', etc.), aûjiiarer (équarrir)((]. 1397, io.| v", etc.); une gra- 
phie inverse : esplaier (atteler) (C 1374, 30 r" et v^') . 

j"* L'atfaiblissement d'/< en e dans la syllabe protonique est 
attesté également par des textes contemporains de nos mots : 
ijneuiin « cumin » (C 1397, 3 a v",C 1405, iio v"), exciitnenie- 
meut (T. 30, 1 320), rAr((;/.'|m<';//>~ (C. 1394, n r"), sepelture 

(T. 4, 1311). 

Les parlers actuels ne paraissent plus posstder de représen- 
tants de cette famille*, sauf peut-être un mot de Damprichard 
que M. Grammont déclare d'origine inconnue potisuà « manier 
salement, patauger », qui pourrait être dérivé du verbe avec 



1. Nous n'en avons noté qu'un seul autre exemple, qui n'est pas assez pro- 
bant : " ga[r]der en vost[r]e hosiel en poturedeux chevalx » (C 1404, 59 v") 

2. U. Robert, Testiituents de rofficiatitè de Besançon, t. I, 1901. 

3. Cf. .Meyer-Lûbke, Rotn. elytn. If\, n» 548, appi.icare. 

4. Il n'y a pas lieu de rapprocher />/i//;/55<rj/; (ci-dessus, p. 1 79, note 3) de piii- 
trissti « platreur » (sic), Montbéliard (Contejean), qui est dérivé du régional 
« platir », piiiilri à Montbéliard. — Il n'y a pas lieu non plus de rapprocher 
une série de mots de cette région, à savoir Bournois/'(/M « battoir ser\ant à 
unir, en la battant, la marne pour faire l'aire d'une grange », Monlbéliard 
patot M gros pilon à écraser le raisin », Châienois /'<//o/ « espèce de pilon ou 
de masse de fer, emmanché, propre à écraser la patate » (à Montbéliard patate 
« calcaire crayeux de l'étage corallien, que l'on pile grossièrement pour le 
réduire en gravier, pour récurer les planchers, les tables etc. ») ou les fruits 
pour faire le cidre » ; verbe correspondant Bournois piJià, Montbéliard (^atai, 



iSl O. Rl.OCH 

un nouveau sutfixe-//w-, et en .subKvs.uu rintUicnce de mots 
voisins <lc sens ou de forme. 

ANCIHN BISONTIN T.-in-fLLON « HARDr.AU « 

Le mol nous est fourni par plusieurs p;issat;esdes Comptes de 
Besançon : 

cinq milliers de /. < (C 1405, 12} \^), 

trois milliers de tdixuiioHS (C 1597, 148 ^)' 

uni» ^ de clox pour Icsdiz linvillon (i</.). 

n: .er d'essolcs q(o)nie de Uiioillon la chambre (C 1401, j9 r"). 

On notera spécialement la forme suivante : 

povirtferl r.</.7îW//.v; inunifecsl de toitnz (C HOi. 11 r")'. 

Quelle est la valeur scMiiantique exacte de ce mot par rapport 
aux autres esjièces de bardeaux, rjtjviti et essaie ? Nos textes ne 
le disent pas ; mais les parlers actuels nous fournissent la réponse. 
.\ï. Grammont, sous le mot tôvijai},, qu'il considère comme 
d'origine inconnue, dit : « bardeau plus tort que les esêi"j et 
moins que les esàti ». 

Le mot a en effet survécu dans les parlers de la région franc- 
comtoise. Dans un Noël de Besançon "', à propos du vers 

Ht voici des assoles 

l'éditeur dit en note; « buriiiuu.x (que i t)ii appelle vulgairement 
tavaillons dans notre pays) ». Ln dehors de Damprichard, il 
existe encore \ .Montbéliard sous la forme taivillon, à Châtenois 

^ , • Bcsaniçon fKiula, dans un texte du xvin^ siècle, Arrivée 

ifunf'limf rn Tautre monJ( IxibilUe eti />a«/>r dk'sançon, 173), publié par 

des Trad . Pop. de h Suisse, 1904, v. ^iH). Ces mots me 

paraissent en effet être récemment dérivés de la lorme réiiionale de pieu, le 

suntif ayant sans doute précédé le verbe. 

1. Quant à la curieuse expression, notée par M. Grammont, •/;' pôle *< paroi 
en planches ou en bîtes recouvertes de chaux *», \'ô fermé Cau lieu de ô) fait 

îé pour qu'on puisse la rattacher aux mots de la note précédente. 

2. Nous avons affaire â un croisement de tavoillon avec essaies. Cf. supra 
p. 176, n. 3. 

}. Rec. de ScfU Ariiiens, p. 112. 



KTYMOLOGIES FR WC-COMTOISES ET LORRAINES 183 

et X Plancher-lcs-Mines sous la forme tavaillon '. Littré lui- 
même a enregistre dans son Dictionnaire : tavaillon « terme de 
construction, morceau de sapin retendu, jx)ur couvrir les toits -, 
sans indication étymolot^ique et sans localisation, et dans son 
Supplément : tavillon " nom, dans le pays romand, des ais, des 
bardeaux », avec un exemple pris dans K. Toppier '. 

L'étymologie du mot a échappé à tous les auteurs chez qui 
je l'ai relevé. Il est inutile de rectifier leurs erreurs; je me con- 
tenterai de rappeler que Littré s'est arrêté à tavelh' « barre 
qui sert à mamvuvrer le tour d'une charrette » d'après un 
texte normand, en se demandant d'où vient ce dernier mot, 
qui représente évidemment tabella \ Quant au type étymolo- 
i^ique, il est clairement *iabe llione ', qu'il est, je pense, 
inutile de justifier. 

O. Blocu. 



1. (,f. les lexiques dcj.i ciics de X'.iuiiierm ci Poulet. 

2. Il donne mcnic les dérivés tavillontiaiie, — eur, — et. 

3. Cf. Kôriing, 5c éd., n" 9520. Parmi les mots dérivés de tavelle, notons 
/aî//o//<', « espèce d'ardoise (?)», tiré par (jodcfroy d'un texte liégei)is de 
1)67. 

4. Je mets un astérisque, car tabellio ne nous est atteste qu au sens de 
« tabellion ». 



L\ ^,r NOUVELLE DU DHCAMI-ROX KV LA 
LÉGENDE Dl ^ CQ-LK M ANC, H ». 



Dans son ctude sur le roman du Clintclain de Couci et de la 
dame de Faicl, G. Paris a tait connaître les principaux aspects 
de la légende du " Cœur mangé » dans les littératures euro- 
péennes '. Même après les publications qui ont suivi celle du 
maître *, quelques points restent encore à éclaircir : non seule- 
ment il est permis de discuter la nature des rapports qui existent 
entre les versions occidentales de cette légende et la tradition 
indienne, mais la place exacte qu'occupe le conte du Dccaméron 
dans le groupe européen demande à être précisée. C'est sur ce 
point que mon attention a été d'abord attirée. 

I 

Boccace déclare avoir puisé a une source provençale; mais, 
pour G. Paris, il ne se serait pas inspiré de la biographie du 
troubadour Guilhem de Cabestaing, car son personnage s'appelle 
Guglielmo Guardastagno et n'est pas présenté comme un poète * 
« il serait bien surprenant que Boccace n'eût mentionné en aucune 
manière le talent poétique du héros, ni parlé des chansons 
imprudentes qui causèrent sa perte », s'il avait connu, comme 
Pétrarque '^la légende de ce troubadour. Certains traits du conte 
florentin s'écartent des biographies provençales et <' quelques-uns 



1. Remania^ VIII (1879), 54Î-74 ^ Histoire litt. de la France, XXVIII 
(1881), 552-90; voir aussi Rotnatna, XII (1883). 359-63. 

2. l'ai surtout en vue l'article de M. G. Cccioni, // cuore nnivgiatoiRivista 

I, sept. 1888;, et la dissert. de M. H. Paizig, Zur Geschichte der 
Her^màre (progr.), Berlin, 1 89 1 . 
}. Triatifo S Am.j IV^ , 54. 



LA 3 9' NOl'VELLE Dl' DÉCAMÉROK 185 

paraissent plus anciens : ainsi le mari, qui, de ses propres mains, 
a ouvert la poitrine de Guardastagno et lui a arraché le cœur, 
le donne à apprêter à son cuisinier comme un cœur de sanglier; 
il ne s'agit pas de la tète ». D'autre part, les paroles de la dame, 
lorsqu'elle apprend quelle horrible nourriture lui a été servie, 
coïncident « à peu près textuellement •• avec celles de la dame 
de Faiel dans le roman du Châtelain de Couci; « elles doivent 
donc provenir d'une source commune à -lui et à Boccace, et 
elles ne sont pas à beaucoup près aussi semblables dans la bio- 
graphie provençale ». Il v a donc lieu de penser que <« l'aven- 
ture du cœur mangé, attribuée d'abord à un chevalier nommé 
Gardastaing, a été mise plus tard, à cause de la ressemblance 
des noms, sur le compte du troubadour Guilhem de Cabestaing, 
et que Boccace a suivi le récit plus ancien ». Incidemment, 
G. Paris observait que « le ton simple et la brève allure du conte 
de Boccace montrent qu'il a dû suivre de près son original ' ». 

Cette dernière remarque a une importance particulière; car 
c'est une question fort obscure que celle de savoir si Boccace a 
puisé simplement dans la tradition orale ou s'il a suivi, quand 
il en avait l'occasion, des récits déjà rédiges. Un jeune critique 
aussi ingénieux que bien informé, M. Letterio di Francia, a 
réagi contre la théorie de la tradition orale et s'est appliqué à 
retrouver les modèles écrits que Boccace aurait eus sous les yeux ; 
mais les résultats de son enquête publiés jusqu'à ce jour ne 
portent que sur une quinzaine de nouvelles du Dàamérotï -, et sa 
démonstration n'est pas également décisive sur tous les points. 
La trente-neuvième nouvelle apporterait-elle un argument de 
plus en faveur de sa thèse ? La phrase de G. Paris se prête A 
cette interprétation. Pour n'avoir qu'une importance secon- 
daire, ce problème n'en mérite pas moins d'être examiné d'un 
peu près. 

La biographie de Guilhem de Cabestaing nous est parvenue dans 
différentes rédactions, qui toutes se ramènent à un type unique; 



1 . Hist. liit. delà Fnittce, XXVIII, 378 sq. — Avnnt G. Taris, en 1879, 
V. A. Canello avait exprime une opirirn très semblable (Gicin. di Filc- 
logia romaii:;a^ II, 78). 

2. Gioinak storiiO deUa Letter. itul., M. IV (1ÇC4), XI JX C1ÇC7) et dans 
le volume collectif.-/ yilloiioCiau i siioi scolari, Pise, 1909. 



lS6 11. UArVETTK 

mais à ce fond primitif la préoccupation de citer certaines poésies 
du troubadour, et d'expliquer dans quelles circonstances celles- 
ci furent comjx)sccs, a lait ajouter après coup des épisodes para- 
sites, plus ou moins romanesques, et qui demeurent étrangers 
à répisi>de capital, c'est-à-dire au supplice inllii^é par le mari à 
Tamant et à la femme. Li version où ces interpolaticMis .sont les 
plus lonijut^, les moins sit;nilîcatives pour notre étude, est 
celle qui se lit dans un manuscrit de la Mblicuhèque Lauren- 
tienne *, dont la dernière partie est d'ailleurs très voisine des 
autres rédactions, liaisons donc abstraction de ces morceaux 
rapportés, et au.s«;i du nom de la dame (ici Sermonda, 1;\ Sor- 
monda ', ou encore Mari^arida, à moins qu'elle ne soit même 
pas nommée). \'oici comment apparaît le schéma de la légende, 
en tenant compte des .seules variantes qui intéressent la partie 
essentielle du drame '. 

Guilhem de Cabcstaing, noble chevalier (ou châtelain) du 
Roussillon, beau, aimable, vaillant et courtois, s'éprit d'une 
dame de ces parages, dont le mari, Kaimon de Castel-Roussil- 
lon, éuit un riche seigneur de haute naissance, mais dur, 
méchant et orgueilleux. L'amoureux Guilhem célébra sa dame 
dans ses vers, et elle répondit à son amour. On le redit à Kai- 
mon ; dans .sa jalousie, celui-ci fit garder étroitement sa femme, 
et rencontrant un jour son rival avec une escorte peu 
nombreuse, il le tua (ou bien : il le fit appeler hors de 
son château, se posta en embuscade, et le tua) Il lui arracha 
le cœur (ou : il lui fit arracher le cœur et couper la tête) qu'il 



1. i^ctic rcujcuon a c:c puniicc par D. M. Manni, Istona dcl De<awerone 
(Florence, 1732, p. 508), Ravnouard, CJyoix, V, 189, et Mahn, Hwgr. 
àtr 7*' 

2. L iitro:nc tic Boccace ne porte aucun nom. Notons en passant que 
le florentin Bartolommco Tanni, qui lira de ce conte une tragédie (publiée à 
Venise en 1 569), a dû consulter la biographie provençale, car il a nommé la 
dame Sormonâa, et tel est aussi le titre de sa tragédie, exactement modelée 
par ailleurs sur la nouvelle de Boccace (cf. F. Neri. ïm tra^iedia iUxhana dt\ 
Cinqu/utUo, Florence, 1904, ji. 104). 

5. Le d 'Icment des manuscrits fait par M. h. Ikschnidi f D/V Biogra- 

/•Hr (Us J loihuior s G. de Caffestiting, à\ss€rX3Ùon inaug. Marburg, 1879) facilite 
ici gr.i- '-ent la liche; il faut pourtant tenir compte delà publication de 
\ . A. '_^iicijo, Gwrn. di Jilol. romjn;u, n° 4 (1879;, P- 7)"79- 



LA ^^y NouvKiLR nr décami-ron 187 

rapporta chez lui, ci le m roiir, puis servir à sa femme (di\ ers 
manuscrits précisent : sans qu'elle s'en doutât, ou bien : 
car elle aimait le gibier, et encore : et lui, il tît semblant 
d\n mander). Quand elle eut fini, il lui demanda : Savez-vous 
ce que vous avez mant^é ? — Non, dit-elle, mais jamais je 
n'avais «^oiité de viande plus savoureuse. — C'est le cœur de 
(iuilhem (quelques manuscrits disent simplement : Quand elle 
eut lini, il lui dit qu'elle avait mangé le ccvur de Guilliem ; et 
d'autres ajoutent : pour qu'elle le crût, il lui fit voir la tête 
coupée). La dame s'évanouit, et lorsqu'elle reprit ses sens, elle 
dit : Seigneur, vous m'avez donne un si bon aliment que je ne 
veux plus en manger jamais d'autre. Alors il s'élança vers elle, 
l'épée haute, mais elle se réfugia sur un balcon d'où elle se pré- 
cipita dans le vide. \a\ nouvelle de cet horrible forfait se répan- 
dit dans tout le pavs d'alentour, et aussitôt les amis et les parents 
de Guilhem, et ceux de la dame, s'armèrent contre Raimon; le 
roi Alphonse d'Aragon ht comparaître le coupable devant lui 
et le mit pour le reste de ses jours en prison, après quoi il 
ordonna que les corps des deux amants fussent déposés ensemble 
dans un magnifique tombeau, qui se dressa devant l'église de 
Perpignan ; et chaque année, cette sépulture fut pieusement 
visitée partons les amoureux de la région. 

A cette tradition provençale se rattache très directement une 
rédaction française, as.sez postérieure, mais qu'il faut men- 
tionner ici : c'est le septième des Comptes amoureux de Madame 
Jeanne Flore, dont la plus ancienne édition connue parut à Lyon 
(à la marque d'Icarus), sans date, mais vraisemblablement en 
1540, ou peu auparavant. Quel que fût le nom réel de cette 
mystérieuse Jeanne Llore, il est presque certain qu'il faut voir 
en elle un des plus curieux témoins de la société galante, un 
peu précieuse déjà, fort païenne et très italianisée, qui vivait à 
Lyon dans le second tiers du xvi'^ siècle. Son livre, à cet égard, 
mériterait d'être mieux connu '. On y lit, outre l'histoire de 
Nastagio degli Onesti traduite du IVcaméron (\\ S) ', celle 



1. .M. Giuscppc Rua en a étudie les sources italiennes {Bihlioteca dellf scuoh 
iUiliane, octobre 1S92, p. 6-10), et M. G. Reynier lui donne place dans son 

histoire du Roman senlimenlal avant V Astre f (Pans, 1908, p. 125 et suiv.). 

2. Wo'xr mon ùtudc sur L^s plus aruintnes IraJ. fram; . dcBoaace, ch. vin, 
5 7 {Bulletin italien, 1909, p. 14 et suiv.). 



lS8 H. HAUVETTF. 

du troubadour <» Guillicn de C;i m postai ni; ^\ cmpriintcc diicx'- 
temeiu aux biographies provençales. 

Le début du récit est assez développé : l'auteur insiste lon- 
guement sur les mérites et les attraits de l'irrésistible chevalier, 
dans les œuvres duquel «« la perle des Italiens poètes, messire 
François Pétrarche, a espuisé subtilement plusieurs sonnetz », 
et dont les chants égalent ceux d'Orphée et de Linus. Quant à 
Ravmon de Castel, il « n'estoit de beaucoup si gentil en toutes 
façons ». Aussi, après moins d'une demi-année de mariage, la 
femme de ce dernier, « la duchesse de Roussillon », n'hésita- 
t-elle pas à préférer à son mari le beau troubadour; mais, trop 
éprise. « elle s'entroublia au dissimuler ». Alors Raymon 
furieux la menaça de mort; puis comme elle ne tenait aucun 
compte de cet avertissement, il changea d'idée, et tua le beau 
Guillien, un jour qu'il le rencontra suivi d'un seul page ; mais le 
vaillant chevalier se défendit avec ardeur et ne succomba que 
sous le nombre. — A partir de cet endroit, les choses se 
passent exactement comme dans la biographie : Raymon arrache 
lui-même le cœur de sa victime, sans lui couper la tête, « l'em- 
poneavec soy, le fait mettre après en potaige et manger à sa 
femme ». La question du mari, la réponse de la dame sont exac- 
tement celles qu'on a déjà vues. Mais tnsuite une grave omis- 
sion est à relever : « A cette parole, devint la dame toute pleine 
de douleur, [tant] qu'elle ressembla le petit enfant qu'on ne oyt 
au commencer de ses pleurs ; après s'esclata en tant amère 
lamentation que quiconque fut h\ présent en eut pitié : Hai mes- 
chantet cruel homme, tu m'as présentement faict manger une si 
délicieuse viande que je n'en gousteray jamais de plus savou- 
reuse. Ce dit, se serrant le cœur par incroiable détresse, cheut sur 
le pavement et l'esprit d'elle, qui ne pouvoit rester seul sans 
l'âme de Guillien, s'envola vers le ciel abandonnant son corps 
froit et sans couleur. » L'épilogue — intervention du roi d'Ara- 
gon, emprisonnement et mort de Raymon, sépulture des deux 
amants — reproduit fidèlement la biographie. 

Retenons le fait que cette adaptation des textes provençaux, 
qui a des caraaères si manifestement littéraires, s'en écarte 
pourtant sur un point essentiel — la façon dont meurt la dame ; 
en outre le Roussillon y est pris pour une localité : « Guillien 
s'en re\*enoit à Roussillon tout joyeux... », et la « châsse » qui 



LA 39'' NOUVELLE DU DÉCAMÉRON 189 

contient les corps des amants est placée « tout au devant du 
grand temple de Roussillon )>. 

Li parenté du conte de Boccace avec tous ces récits saute aux 
yeux : ne parlons ni de l'omission de la tête coupée, puisque 
ce détail manque dans plusieurs rédactions, ni du « civur de 
sanglier », puisqu'un manuscrit au moins dit que le « cor de 
salvaizina » était le morceau préféré de la dame. Les seules 
différences réelles sont donc : i" que le héros n'est pas donné 
pour un poète ; 2° que le mari vengé prend la tuite, pour échap- 
per A la colère des gens du pays et au châtiment que lui prépare 
« le comte de Provence » ; y' que les noms des personnages — 
Guglielmo Guardastagno, Guglielmo Rossiglione — sont 
altérés. 

Pour trouver dans ces variantes la preuve que Boccace a connu 
une autre rédaction de la légende, il faudrait être bien sûr 
qu'il avait l'habitude de suivre de très près les textes dont il 
s'inspirait. Or, où put-il avoir connaissance des sources pro- 
vençales auxquelles il se réfère ? A l'inverse de Pétrarque, il ne 
vécut jamais en Provence ; ses ambassades à Avignon (en 13 5^ 
et en 1365) sont postérieures à l'achèvement du Décutnnon; 
ce fut donc apparemment à Naples, où il passa douze ans de sa 
eunesse, à la cour de Robert d'Anjou, qu'il vécut en contact 
avec maints seigneurs et maintes dames de noblesse provençale, 
et c'est là qu'il put le mieux recueillir cette légende. Mon 
impression très nette est que, lorsqu'il rédigea plus tard sa 39' 
nouvelle, à Florence, il ne fit appel qu'à sa mémoire. Cela me 
paraît ressortir clairement des confusions de noms qu'il a com- 
mises : au roi d'Aragon il a substitué le comte de Provence, 
parce qu'il se rendait mal compte de la situation géographique 
et politique du Roussillon; si Jeanne Flore devait prendre cette 
province pour une localité, Boccace, encore moins bien ren- 
seigné, en a fait un nom de famille ; il avait retenu la dési- 
nence du nom du héros, mais il en a estropié le commence- 
ment, et ayant oublié le prénom de Raimon, il l'a baptisé 
Guglielmo, comme sa victime. — Est-il surprenant qu'il ait 
ignoré que l'amant fût un poète, si la version qu'il avait entendu 
conter — ou lue — ne citait aucun de ses vers ? Le dénoue- 
ment même qu'il a donné àla nouvelle prouve qu'il avaitgardé 
le souvenir d'une intervention vengeresse dirigée contre l'impi- 



iyu H. HALVfclTE 

tovablc mari» et il n'a p.is omis le dciail car.icicrisuquc de la 
sépulture des deux am.int.s; cependant, comme le nom de Per- 
pii:nan lui tS:luppii, il a dit : « nella chies;i dcl casiello mede- 
:-.;;io délia donna «, ce qui est d'une yrande invraisemblance. 
A CCS considérations s'ajoutent quelques similitudes frap- 
pantes de son récit avec les diverses rédactions de la vie de 
Guilhem sur des points accessoires : le jaloux invite traîtreuse- 
ment (îuijlielmo à sortir de chez, lui (bioi^r. : « Sil fet/ venir a 
' ab si for del castel de Cabestain*^ ») ; il se met en 

embuscade avec plusieurs de ses hommes, tandis que sa victime 
n'est accompai^née que d'un pa^e ('< ses gran compa^nia »); 
en remettant le caair à son cuisinier, il lui recommande de 
l'accommoder de façon à en faire un bon petit plai (« una 
vivandetta ») et le maiire-queux n'y manque pas : « minuz- 
/atolo e messevi di buone spezie assai, ne kce un manicaretto 
troppo buono » ; or plusieurs de nos textes provençaux, avec 
moins de détails, parlent aussi d'une sauce fort épicée : « Lo 
cor fez raustir e far a pebrada... »• — Pour confirmer l'atroce 
vérité qu'il révèle à sa femme, le sire de Roussi lion ne peut 
montrer la tête, qu'il n'a pas coupée, mais il a le même souci 
que Raimon d'authentiquer son dire : « io, con queste mani, 
strappai dal petto. » Hn tombant de la fenêtre, le 
llorenti :rme que non seulement la dame mourut, mais 

« quasi tuita si disfece •• (bio^^r. : « esmodeget se el col »). Peut- 
être ne verra-t-on là que des coïncidences sans portée ; cependant 
ces deuils étaient bien de nature à frapper l'imagination très 
vive de Boccace, et, par suite, à se graver profondément dans 
sa mémoire. 

Aussi ne doit-on pas iiesiter a rapprocher la nouvelle ita- 
lienne de la biographie du troubadour, au même titre que le 
conte de Jeanne Flore, avec cette remarque que les variantes, 
peu s- ves, du texte italien paraissent attribuables aune 

Certaine impr n de souvenirs. Au reste, l'auteur du Dkamé- 

a donné à ses personnages, en quelques traits qui lui appar- 
'.nent en propre, un relief que l'on chercherait en vain 
dans les textes provençaux : le jaloux qui refoule sa haine 
dans son cœur pour préparer longuement sa vengeance, 
et qui assiste, sans toucher à rien, au repas de sa femme, est 
une figure sinistre; le geste delà femme qui se laisse choir de 



LA 39^ NUUVK1.LI-: DU DhCAMKRON I9I 

la fenêtre, à la renverse, non pas pour échapper à son mari, 
mais pour accomplir froidement une résolution subite ', est 
aussi fort impressionnant. Ces détails ne relèvent que de Tan 
de Boccacc; ils ne peuvent cependant empêcher déconsidérer sa 
nouvelle comme étroitement liée aux textes provençaux. 

Ce groupe de rédactions de la légende est donc caractérisé par 
trois éléments essentiels : i" l'amant est tué par le mari qui lui 
arrache le caur; 2' le civur est servi à la dame qui le mange 
elle trouve bon; 3" informée de ce qu'elle vient de manger, 
elle se lue en se jetant par la fenêtre. Ce dernier élément fait 
défaut seulement dans le conte de Jeanne More. 

G. I^iris trouvait que la nouvelle du /M<i///M>//, dans la 
scène du repas et dans le dial(\gue qui s'engage à ce moment, 
ressemblait moins à la biographie de (iuilhem de Cabcstaing 
qu'au roman du Châtelain de Couci ; mais dans ce poème les 
éléments i et 3 ne se retrouvent pas. Au contraire, les deux 
premiers tout au moins tigureni dans le lai de Guiron, du 
wi" siècle au plus tard, dont le poème de Trislun par rhoma.s 
nous a conservé un précieux mais trop bref résumé, car on y 
apprend : 

10 Cornent dan Guirun tu supris. 

Pur l'amur de la dame ocis, 

Que il sur tute rien ama. 
20 El cornent li cuns puis dona 

Le cuer Guirun a sa moiliier 

Par engin un jor a mangicr, 
5 ' Ht la dolur que la danie out 

Quant la mort de sun ami sout ». 

A l'extrême rigueur, ce texte ne suffit pas à prouver que, là 
aussi, la dame ne se soit pas jetée par la fenêtre ; cependant. 



1. On peut dire cependant, avec M. 11. Pat/.ig (/ot. cH . , p. 12), que ce 
geste parait être un souvenir de la version provençale : si la dame se 
laisse tomber « à la renverse », c'est-à-dire sans cesser de faire face àsc^n mari, 
c'est assez probablement parce que, dans le récit primitif, elle avait à se 
défendre contre s*i poursuite. De ce détail, Boccacc n'a retenu qu'une attitude 
de défi, bien saisissante. G. Paris supposait que ce geste était « la forme pre- 
mière, malencontreusement altérée dans la' biographie provençale n(Rotnattia, 
XII, 565). 

2. Thomas, Tristan, éd. Bédier, 835-42, et. Hul. liit. dt la France, 
XXVIII, 575. 



1^2 n. HArvKiTt 

à voir que l'héroïne meurt Je douleur dans le roman du Châ- 
telain de Couci, et d'inanition dans un poème allemand sur le 
« minnesinger » Reinmann von Brennenbcrg', il est prudent de 
supposer que le détail caractéristique de la « défenestration » ne 
se trouvait pas dans le lai de Guiron, car il est naturel de 
mettre les deux versions française et allemande en relation avec 
cette légende bretonne. Mais il v a plus : le héros allemand 
étant un poèie d'amour, comme le provençal et le lran*;ais, il 
y a lieu de se demander si ces personnalités, parfaitement his- 
toriques, n'ont pas été choisies pour jouer le rôle que l'on sait, 
dans les différents pays où l'aventure fut racontée, justement 
parce que, dans le lai breton, Guiron était déjà quelque gentil 
chanteur; l'accord en etîet a quelque chose de fr.ippant sur ce 
point. Dans ce cas, Boccace seul aurait négligé ce détail. D'autre 
pan, le suicide de la dame qui se jette par la tenètre semble 
avoir été une invention du biographe provençal ; et si la lyon- 
naise Jeanne Flore n'adopta pas ce dénouement, ce fut peut- 
être sous l'influence de l'aventure du Châtelain de Couci, 
qu'elle pouvait facilement connaitie. Cette contamination n'au- 
rait rien de surprenant sous sa plume: étant donné le caractère 
littéraire de son œuvre, elle aura choisi, entre diverses ver- 
sions, celle qui répondait le mieux à son goût personnel. 

En vertu de ces hvpothèses — car je ne les donne pas pour 
autre chose — je me représente ainsi la liliation des divers 
récits que je viens de rappeler : 



Biogr. de G. de OniUlaiii df Coud, 

C. np. 



Boccjce 




Hfiunumn von 
îheuufiiberg. 



Jeanne Flore. 



I. HiH. litt., XXVIIl, 579. 



I.A 39= NOUVtLI.E DU DÉCAMERON I93 

II 

La légende du Cœur mangé se retrouve ailleurs encore, 
mêlée à d'autres aventures aj^sez différentes, qu'a rappelées 
G. Paris, et d'où ressort avec évidence la grande diffusion de 
ce conte au xii' et au \m* siècle. Parmi ces remaniements, 
un des plus curieux sans doute se lit sous le n" 62 des CnUo 
Noirlh' Jntiifk'y où nt)ire thème se greffe sur celui qui .1 
fourni à Boccace le conte de M.isetto et des nonnes {Dàani.y 
III, i) : un rustre simple d'esprit {un portière ;;/<7t7/.w) que cer- 
tains textes nomment Baligante ', d'ailleurs beau gardon et 
mâle infatigable, se prête aux ébats amoureux des chambrières 
d'une comtesse, à « Remiremont en Bourgogne » \ puis à 
ceux de la comtesse elle-même. Le comte Robert, intormé de 
Tinconduite de sa femme et de tout le gynécée, fait tuer le 
jzaillard dont le cœur est servi aux femmes : celles-ci trouvent 
le mets succulent. Mais au lieu d'avoir un dénouement tragique, 
la nouvelle finit en vaudeville : les femmes prennent le voile 
et fondent un monastère dont la spécialité est d'offrir aux pas- 
sants la plus galante des hospitalités. Ainsi la sinistre légende 
s'encadre entre deux épisodes égrillards, qui en changent radi- 
calement le caractère. 

Le trait d'union entre cette version et l'histoire de Guiron 
est encore fourni par un lai breton, contenant l'histoire du 
chevalier Ignaure qui servit à la fois douze dames, et dont le 
cœur — avec encore autre chose que son cœur — fut otiert 
en pâture à ses belles : elles déclarèrent cette viande exquise ; 
puis mises au courant de sa provenance, elles se laissèrent mou- 
rir de taim^ Cette étrange version nous est connue par une 



1. On remarquera que c'est le nom de Témir de Babylonc dans la Chan- 
son de Roland, v. 2609 et suiv. 

2. « Arimini monte si c in Borgogna .. : quelques manuscrits portent 
« in Brettagna ». 

}. Hist. lin. de la France, XVIII, 774-76. Je ne serais pas éloigné de penser 
que ce menu composé du cœur et des « genetaires • représente une forme 
plus primitive de la légende; l'esprit chfvilcresque en aura par la suite atté- 
nué la barbarie choquante. 

Romanûa, XLl I J 



It)4 M. IIAl'VETTE 

rcd.uiion du xii' Mccle, ce qui permet «Je reporter à une époque 
antérieure la source commune d'où dérivent les deux lais d'I- 
i:n.uireei de Guiron. G. Paris a cité de cette déformation de la 
Je une imiuiioti allemande et une provenv;ale ', en sorte 
que. S.U1S pousser p-^lus loin cette enquête, il apparaît avec évi- 
dence que du xir au xiv' siècle, la légende du Ca-ur man^é 
s*éiaii largement répandue dans les pays de langue fran^;aise, 
allemande, provenvjale et italienne. 

Avant de tourner nos regards vers une tradition orale de 
rinde, signalée tardivement à l'attention des savants, considé- 
rons d'un peu plus près, en lui-même, l'épisode central, csscn- 
liel, de la tragique aventure. Le caractère le plus frappant en 
csl k ' ncinent dans la vengeance : le mari jaloux pour- 
rait s'en tenir à supprimer l'amant de sa tenmie. Tancrède, 
prince de Salerne, dans un des contes les plus célèbres de I^)c- 
cace (IV, i), va dé)à plus loin : après avoir fait tuer l'amant de 
sa fille, il envoie à celle-ci, dans une coupe d'or, le cœur de 
son bien-aimé. Le sire de Roussillon ne se contente pas de 
repré-sailles aussi simples; il est vrai que certaines héroïnes de 
la nivihologie grecque lui avaient frayé la voie : Médée se bor- 
nait à désespérer Jason en tuant ses enfants, en même temps 
qu'elle empoisonnait sa rivale ; mais Progné, plus subtile, fit 
manger à Tcrée le fils qu'elle lui avait donné, pour châtier l'é- 
'jV^ux infidèle d'avoir violenté Philomèle, sa belle-sœur ; et de 
même Atrée, feignant de se réconcilier avec son frère Thyeste, 
lui servit, en un festin solennel, les membres des fils que celui- 
ci avait eus d'Erope, ci-devant femme d'Atrée. La vengeance 
ratfmce dont usèrent les meurtriers de Guiron, de Guilhem 
de Cabesuing, du Châtelain de Couci et de quelques autres 
amoureux, avait donc d'illustres précédents. 

Cependant celte histoire sinistre de vengeance et d'anthropo- 
phagie, qui nous ramène aux instincts les plus sanguinaires de 
la brute primitive, n'offrirait pas un très vif intérêt par elle- 
même si l'on ne pouvait y discerner, à côté de détails horribles, 
quelque chose de plus propre à exciter une certaine émotion, 
et qui d'ailleurs fait défaut dans le repas de Térée et dans celui 
d'Atrée. Dans nos légendes médiévales, on doit remarquer l'u- 



ifist.h'^ ^' fa f'ranu, XW'in, jbM 



LA 3^' NOUN hI.LI-: Pf niXANir^RON 10^ 

naniniité avec laquelle les James s»ivoureiît l'abominable nour- 
riture qui leur est servie, et qu'elles mangent sans détîance. 
L'héroïne de IV)Ccace ne laisse rien sur le plat ; la dame de 
1-aiel se plaint que le cuisinier « ne atourne plus souvent telle 
viande » ; et lorsqu'elles savent ce qu'en etiet cet aliment avait 
d'exceptionnel, toutes déclaren^ que jamais plus elles ne man- 
geront ni ne boiront « desure si gentil viande •• ; car « l'era 
estât/ si bons e si saboros que jamais autre manjars ni autre 
beures nol tolria la sabor de la boca quel cor d'en Guillem li 
avia laissada . Cette unanimité peut paraître assez logique, 
comme le remarque sarcastiquement le sire de Roussillon, chez 
Boccace : il est naturel qu'elles aiment morte cette chair 
qu'elles ont tant aimée vivante. Mais on doit songer à une autre 
explication, tirée de la croyance que le ca-ur mangé est capable 
de communiquer à autrui les qualités morales et les généreux 
sentiments qui l'ont fait battre pendant sa vie. Que le cœur 
d'un si vaillant chevalier, et si aimant, soit la nourriture la 
plus appropriée à des dames amoureuses, dont elle exalte ainsi 
la passion, il n'y a pas à s'en montrer bien surpris. 

Li croyance aux vertus du cœur mangé est attestée, a 
l'époque même qui nous occupe, par quelques textes célèbres ; 
c'est avant tout le beau sirventès du troubadour mantouan 
Sordel : la mort d'un parfait chevalier, Blacatz, et le spectacle 
de la décadence universelle de la chevalerie lui inspirent l'idée 
qu'un seul remède pourrait réussir à rendre au monde un peu 
de vertu : 

Q.u'om li tragua lo cor e qu'en manjol baro 
Que vivon dcscoral : pois auran de cor pro. 

Kt l'on sait comment Sordel, immortalisé par Dante dans 
une attitude très semblable à celle que le troubadour a prise 
ici lui-même, convie à ce banquet l'empereur, les rois de Irance, 
d'Angleterre, de Castille, d'Aragon, de Navarre, les comtes de 
Toulouse et de Provence. 

Cette image d'une rudesse un peu sauvage, mais qui donne 
à la satire politique des accents d'une vigueur inaccoutumée, 
n'était pas étrangère à la poésie amoureuse; le môme Sordel 
dit que le regard de sa dame lui a arraché le civur : 



196 H. HArVFITl- 

Ao sclh esguar lu inirci en ais.scih Uia 
Amors pcls huclhs al cor J'aiial scmblan 
Quel cor en irays c mes l'a son coman... '. 

Bertrand d'Alanunon rehiisait le partage du caur de Blacatz 
au protit des dames de Provence % et ce fut un lieu coninuin 
chez les premiers poètes italiens, de Guido Cavalcanti jusqu'à 
Pétrarque, de dire que la dame aimée avait ouvert la poitrine 
de son amant pour emporter son cœur \ Mais à cet égard, le 
texte le plus intéressant à rappeler est, sans conteste, le pre- 
mier sonnet de Dante dans la J'ilti Ntun'a (cli. m) ; il roule, 
comme on sait, sur une étrange vision : l'Amour portant Béa- 
trice endormie dans un de ses bras, tient de l'autre main le 
cœur ardent du poète; il éveille la jeune femme et l'oblige à 
manger le cœur, ce qu'elle ne fait qu'avec répugnance. Quel 
que soit le sens, très obscur, que Dante a voulu donner à cette 
allégorie ■♦, il est clair qu'il en a emprunté le motif à une tradi- 
tion déjà établie, dont l'interprétation générale est fort simple : 
faire manger le cœ^ur de l'amant à la femme aimée, c'est l'ame- 
ner à partager l'amour qu'elle inspire. Chez D^inte, Béatrice 
résiste ; ailleurs les femmes trouvent cette nourriture exquise. 
En dépit de cette variante, l'idée fondamentale reste la mcme>. 

Cette idée se retrouve encore, mais avec une interversion de 
rôles qui n'en altère pas profondément le sens, dans une des 
œuvres de jeunesse de Ik)ccace, le Filostrato : Troïle, inquiet 
de l'absence prolongée de Criseida, et peu sûr de sa fidélité, a 
un 6onge qui lui révèle la trahison de sa dame; il voit un san- 



1. C. de Lollis, Sord/llodi Goi/o (Halle, 1896), p. 182, et p. 81, note 4. 

2. Raynouard, Choix, IV, 69; cf. Hist. lilt. de la France^ XIX, 464-5. 

5. De nombreuses citations relatives à ce détail d'expression se trouvent 
dans le livre de M. Schcnlln Alruni r.ihUnli delln hiografid di Dante (Turin, 
rSo^), p. 250-51. 

^ Parmi les commentaires de la Vita Kuoiv, on consultera surtout, pour 
ce point paniculicr, celui de M. A. d'Ancona (2* éd., Pise, 1884), où se lit, 
sur le Corur mangé, une note à laquelle, en revenant sur ce sujet, on ne peut 
que faire de larges emprunts. Voir aussi l'édition de M. G. .Mclodia (Milan, 
1905). 

5. J. Grimm (DeiUscix MyUxtL, 1034), a signalé cette crovance que la 
femme qui mangerait le cceur dun homme vivant gagnerait son amour. 



LA 39' NOUVELLE DU DÉCAMÉRON 197 

glicr, qui figure Diomcde, renverser Criseida et la piétiner, 
puis lui ouvrir la poitrine et maui^'er son cœur ; mais loin de 
se débattre et de crier, elle ne manifeste que de la joie (Parte 
VII, st. 24). Il est naturel en effet que la femme aimante donne 
volontiers son cœur en pâture à qui l'aime, pour la même rai- 
son que le cœ-ur de son amant lui paraît, à elle, exceptionnelle- 
ment savoureux. Mais je ne pense pas qu'il faille rapprocher de 
nos légendes, comme on Ta fait trop souvent, des cas de « car- 
dioph.igie » qui n'ont rien à voir ici : toutes les histoires de 
serments faits après immolation d'une victime, dont on se par- 
tage quelque organe pour le manger, souvent le cœ*ur', ou 
dont on boit le sang, s'inspirent d'une superstition fort ditTé- 
rente. 

Dans les légendes relatives aux vies antérieures du Bouddha, 
on peut lire l'histoire d'une reine, \'imalà, qui menace de 
mourir si on ne lui apporte pas le cœ-ur de \'idluirapandita ; 
mais ce n'est qu'une façon de dire qu'elle veut entendre ce sage 
lui expliquer sa doctrine; elle en vient à ses fins, et le dénoue- 
ment du conte n'a rien de sanglant \ La croyance, très barbare, 
d'après laquelle science et vertu peuvent s'acquérir sous forme 
d'aliments est d'autre part indiquée très nettement dans les écrits 
bibliques : Hzéchiel (c. m, 1-3) et l'auteur de l'Apocalypse 
(ch. X, 9-10) parlent de manger « un rouleau » ou « un petit 
livre », qui « dans la bouche était doux comme du miel », et 
d'où l'on tirait une vertu prophétique. Il est assez naturel que, 



1. E. Sidncy Hartiand, The UgemI of Persetis, II, 2)0-5i. 

2. Jâtaka, no 54) (t. VI, p. 130 et suiv., de la traduction Cowell, Cam- 
bridge, 1897). Dans le Pantchatatitrdy IV, i (trad. Lanccreau), l'histoire du 
singe et du crocodile offre quelque analogie avec celle de Vidhurapandita, 
car la femme du crocodile désire manger le cœur du singe, parce qu'elle s'ima- 
gine que, nourri comme il l'est de fruits exquis, il doit être très savoureux et 
capable de donner l'immortalité ; mais sur le refus du crocodile de le lui pro- 
curer, elle devient jalouse, se figure que ce singe est une guenon, et insiste 
d'autant plus. — M. Hniil Beschnidt {Die Biogr. des Troh. G. de Capestaingy 
Marbourg, 1879, p. 19) a soutenu que toutes nos légendes dérivent d'une 
autre fable indienne ; mais il n'a convaincu personne (voir U. A. Canello 
dans le Giorn. stor. di filoL nmi., n° 4, 1879), et les citations qu'il a tirées de 
l'épopée Scandinave et germanique n'ont aucun rapport avec la psychologie 
spéciale de nos héros. 



I9S H. HAl'VETTK 

dans des intelliiîences épaisses, les paroles symboliques de Jésus 
à la dernière Cène : Maniiez, ceci est mon corps; buvez, 
ceci est mon sang u, aient perdu le sens d'une allusion aux 
vertus du sacrifice, pour éveiller principalement l'idée d'une 
nourriture miraculeuse ; et c'est bien cette même idée que tra- 
duit sous une forme matérielle l'allégorie du pélican, qui donne 

■'. civur en pâture à ses entants. I/liistorien de la Sicile sous 
Normands, Godefrov surnommé Malaterra, attribue aux 
^ ins une pratique qui nous intéresse davantage : on les 
aurait vus arracher et dévorer le cœur d'un de leurs plus redou- 
tables adversaires, qu'ils avaient entin terrassé, dans l'espoir de 
s'approprier son audace '. 

Il faut se retenir sur la pente qui nous entraînerait à recueil- 
lir des variantes trop diverses de cette curieuse superstition, 
évidemment fréquente dans toutes les sociétés primitives, qu'il 
soit question du cœur d'un maître et d'un modèle, auquel il 
s'ajiit de ressembler, ou au contraire d'un ennemi détesté, 
auquel on désire infliger la plus sanglante des injures. Rappe- 
lons-nous seulement, pour ne pas nous écarter de notre point 
de départ, que Boccace raconte, au dernier chapitre de son traité 
Dr casihus illtistrititn vitorum^ à quelles scènes de sauvagerie 
donna lieu à Xaples, en 1345, l'exécution de bilippa de Catane 
et de ses enfants, jetés en pâture aux fureurs populaires, après 
l'assassinat d'André de Hongrie : le conteur alHrme que les 
entrailles des victimes furent arrachées et dévorées par une 
populace ivre de sang *. Deux ans plus tôt, à Florence, lors de 
l'expulsion du duc d'Athènes, des scènes toutes pareilles s'étaient 
produites : l'âme damnée du duc, l'exécuteur de ses hautes 
et basses œuvres, Gugliclmo d'Assise et son jeune iîls, tenus 
pour responsables de nombreux assassinats judiciaires, furent 
démembrés, scalpés, désossés par le peuple déchaîné; tous les 
parents et amis de leurs victimes voulurent en avoir un mor- 

'jiori, Rrrutft ital. Scriplores, V, 575 : <* Scrlonc cxcnterato, Sara- 
ccni cor ^ int; ut auJaciani cjus, quac luulta fuerat, concipcrcnt, comc- 

JisNc dicuntur. • 

2. • S M caJavcra flammis crepta, praecordiis c pectoribus exscrtis et 

fcrali ritu a oonnullis comestis . . . , pcr omnem dcnuo civitatem tracta 
cocnc) (f}f Casihttf ill. t'ir.^ 1. IX, dernier chap.;. 



LA 39* NOl'VEI.I.E DU DÉCAMÉROX 1 99 

ceau ; oi) les débita coiniiic «Je la viaiulc que l'on vendrait au 
marché; quelques-uns la tirent cuire pour la mander ; d'autres, 
artirme V'illani, la portèrent toute crue à leur bouche- ' 

Ces abominables représailles ne peuvent avoir eu qu un sens, 
outre une soit de vengeance féroce : celui de déshonorer les 
gens qui en étaient victimes- ; et telle était bien l'intention du 
mari outra«^équi, après avoir tué son heureux rival, en faisait 
manger le cœur à sa temme. Mais la dame Tentendii autre- 
ment, car il n'était pas à ses yeux de plus noble nourriture que 
le cœur d'un si aimant et si courtois chevalier; une tbis impré- 
gnée de cette exquise saveur, elle ne veut pas commettre le 
sacrilège d'y mêler jamais d'autre aliment ; elle doit mourir. 
Le caractère propre de notre légende me parait résulter du rap- 
prochement inattendu de ces deux interprétations auxquelles se 
prétait le hideux repas otfert à une épouse coupable; là était 
l'originalité du conte et sans doute, aux yeux des contempo- 
rains, son piquant, que nous ne sommes plus guère à même de 
goûter. 

III 

Il n'était pas inutile de nous assurer que la civilisation che- 
valeresque et chrétienne de l'occident latin, avec son fonds et 
son tréfonds de barbarie, ses réminiscences classiques et ses tra- 
ditions bibliques, avait à sa disposition, dès le début du 
XII' siècle, et sans doute plus tôt encore, tous les éléments essen- 
tiels qui constituent la légende du (>(vur mangé. Tournons à 
présent nos regards vers les pays d'orient. 

Ce fut en mai 1883 que parut, dans le Folk-lore Journal de 
Londres, l'article du Rev. Ch. Swynnerton, à la suite duquel 
G. Paris abandonna l'hypothèse de l'origine celtique du conte, 
pour adopter sans réserves la théorie de sa migration d'orient 
en occident '. Depuis lors, l'auteur anglaisa publié une rédac- 

1. G. Villaiii, 1. XII, c. 17. 

2. C'est ainsi que, dans la nouvelle de Nastagio degli Onesti (Dédain., V, 
8), le châtiment d'une femme insensibles l'amour est d'avoir le cieur dévoré 
par des chiens. 

5. Ronuitriii, XII, 5)9. — Dans VEstiuisse historique de îa litt. franc, 
du moyfti d<yf, imprimée après la mort du maître, on lit, p. l/J, à propos du 



200 H. UAl'VFTTK 

tion à j>cine ditVércnte de rêpisodc, dans un recueil plus com- 
plet de làjcndes indiennes, intitule Rotnantic Talcs frovi tly Pan- 
\:^ (Westniinstcr, 1905). lin réalité, une version indienne de 
la iéiîende du Cœur mangé avait été imprimée dès 1831 à Cal- 
cutta par James Ablx)tt, et c'est d'après ce texte que l'a rappor- 
tée W'.-A. Clouston', en renvoyant encore à une autre publi- 
cation, due à R. C. Temple (Bombay, iStS.j). Il est très impor- 
tant de remarquer que tous ces récits sont empruntés à des tra- 
ditions orales et non ;\ la littérature, et qu'ils ont été recueillis 
dans l'extrême nord-ouest du Pandjàb. 

Plus récemment, mon cher et savant ami A.Fouclier, passant 
à Attock, en novembre 1896, y trouvait localisée, attachée à la 
colline qui domine la rive droite de Tlndus, la légende du Cœur 
mangé; il convoqua « les vieilles barbes » du pays et se fît con- 
ter l'aventure : « L'histoire est celle des coupables amours du 
rddja Hodi et de la râni Kokilâ, femme de Rasâlou ; l'indiscré- 
tion d'un perroquet révéla tout le mystère... Non content de 
venger son honneur par le meurtre du roi Hodi, Rasâlou poussa 
le ratlinement jusqu'à taire servir à sa temme le c(xur rôti de 
son amant. On assure qu'elle déclara le mets excellent; mais 
quand elle en connut la provenance, sans mot dire elle se leva 
et se précipita du sommet des tours sur la roche ^ » 

Abstraction faite du rôle accessoire prêté à un perroquet, qui 
remplace les indiscrétions, ou les imprudences commises par 

Chitebin de Couci : «« Un vieux conte oriental sur l'atroce vengeance d'un 
mari. . liqué au Châtelain de (^ouci. » 

1, Popuîar Taies and fiitions, Edimbourg, 1887, II, 187 et suiv. 

2. A. Foucher, Sur la fronture indo-afghane, Paris, 1901, p. >. Ce court 
résumé donne tout l'essentiel de l'épisode; les narrateurs anglais fournissent 
de très longs détails, pour nous insignifiants, sur le rôle de deux oiseaux 
parleurs, un perroquet et une " maina » (sorte de merle), sur l'origine des 
amours de Hodi et de la rànl, et sur quelques autres incidents accessoires, 
mais fort développés. En ce qui concerne l'objet particulier de notre enquête, 
il suffit de r deux ou trois variantes : dans la version Abbott fClous- 
too, II, 192), Rasâlou, après avoir tué Hodi, lui arrache le coeur et le 
foie — le coeur seulement dans la 2« version Swynnerton (Romantic Taies, 
p. 500;, mais il lui coupe aussi la tête, tandis que dans la i»^*: version Swyn- 
nerton (Fo/i:-Lor*yaiirf/a/. I, 141 suiv,), Kasâlou, après avoir coupé la tête 
du rot Hodi, déuchait un peu de chair de son corps, parce que, ce jour-lâ, 



LA ^9'' NOUVELLE DU DÊCAMÉRON 201 

les amoureux, dans nus contes, il faut avouer que l'on ne peut 
qu'être frappé par l'identité de ce récit avec la biographie pro- 
vençale de Guilhein de Cabestaing, et peut-être plus encore 
avec la nouvelle du IVcamnou. C\x nous avons ici l'épisode 
caractéristique de la défenestration ; l'amoureux, comme chez 
Boccace, est un prince et non un poète, et la râni Kokilàse jette 
du haut du palais avec la même soudaineté de résolution — et 
d'ailleurs moins de vraisemblance ' — que l'héroïne du Dùa- 
miron. Une similitude aussi parfaite ne laisse pas d'être fort 
embarrassante; comment les deux rameaux extrêmes, issus d'une 
même souche, peuvent-ils présenter entre eux plus de ressem- 
blances qu'ils n'en ont avec les rameaux intermédiaires, plus 
voisins? Admettons que la tradition aujourd'hui conservée à 
Attock n'ait en rien altéré la physionomie primitive du récit 
indien ; il reste à expliquer ce prodige : le biographe provençal 
et Boccace, au xiir et au xiv« siècle, se seraient rapprochés de 
la version authentique beaucoup plus que les auteurs des ver- 
sions européennes indubitablement rédigées au xii' siècle. 
Admettra-t-on, avec M. Ilermann Pai/ig, que la légende 
indienne aborda en Europe sur les confins de la France et de 
l'Espagne, et qu'elle choisit tout exprès cette région afin que le 
nom de « Rasâlou » pût être conservé dans celui du sire de 
tt Koussillon » ^ ? Mais alors comment s'expliqueraient les ver- 
sions, plus primitives à coup sûr, contenues dans les lais 
d'I^naure et de Guiron ? 

Au reste voici des diflîcultés d'un autre ordre. Il est impos- 
sible de dire à quelle époque remonte la tradition recueillie 
dans le Pandjâb^, puisque jusqu'ici on n'en a retrouvé ni 

il n'avait pas d'autre venaison à rapporter à sa femme. Les frères de Hodi 
s'arment ensuite contre Rasâlou pour le châtier, et c'est dans cette guerre 
qu'il succombe : les vainqueurs lui coupent la tête à son tour. Je reviendrai 
un peu plus loin sur le dénouement tout différent que contient la version 
Abbott. 

t. Hn effet, dans le Dt'camèroii, la fenêtre d'où la dame se laisse tomber est 
située à quelques pas de la table où elle a mangé ; la rûnî Kokild au contraire 
doit commencer par grimper jusqu'au sommet des tours (Swynncrton, 
Roman tic Taies , p. 307). 

2. H. Patzig, Zur Gfschkhte der Her ^niâ r e, yro^r . Berlin. 1891, p. 10, 

3. Ne parlons pas de l'opinion d'après laquelle Rasâlou aurait vécu vers 
l'an 78 de notre ère (W.-A. Clouston, Poftiliir Tôles, II, 192). Le Rcv- 



202 11. H.vrVKTrE 

signalé aucune rédaction ancienne. Son cas est bien ditîcrcnt 
de celui des contes indiens dont la transmission vers l'occident, 
à travers la Perse, s*est faite au moyen de textes successivement 
traduits ou adaptés. Kn outre, le nord du Pandjàb, où l'on 
vpc!^ encore ces léu'onJcs, est le pays le moins indien de 
i Inde : en franchissant Tlndus à Attock, on pénètre dans le 
district de* Peshawer, sur les confins de l'Aii^lianistan ; cette 
rt i:ion est occupée depuis plus de huit siècles par des popula- 
tions musulmanes. On a vite fait de dire : c'est une vieille 
légende indienne; il faudrait en confirmer le caractère indien. 
IVut-è'tre aurait-on quelque peine pour celle-ci. 

Mais quoi ? Le sanglant épi.sode du Cœur mangé aurait-il 
voyagé de l'ouest à Test, au rebours du courant qui amena en 
Europe tant de traditions orientales ? — Peut-être est-il témé- 
raire de formuler seulement une hypothèse qui heurte de front 
une doctrine aussi solidement établie ; ce n'est pourtant pas 
l'att-iquer dans ses parties saines que de signaler un cas parti- 
culier où elle ne trouve pas nécessairement son application, où 
elle n'interdit pas, avec la tvrannie d'un dogme, d'envisager 
une autre solution. On fera donc bien de .se souvenir que le 
monde musulman est un merveilleux instrument de transmis- 
sion orale, et que, depuis l'époque des Croisades, il n'a pas 
cessé de vivre en contact étroit avec la chrétienté sur les côtes 
de la .Méditerranée. Si d'abord ces relations furent surtout guer- 
rières, elles ne tardèrent pourtant pas à donner naissance à des 
échanges commerciaux fort actifs. En dépit des foudres dont les 
r menacèrent, au xiv* siècle, ceux qui trafiquaient avec les 

inî , les marchands provençaux, catalans, génoi.s, pisans, 

florentins et vénitiens, étaient nombreux dans tout le Levant, 
d'.Mexandrie aux rivages de la mer Xoire. Là, grâce aux mar- 

( •■ «îii . nri. rton, apfts avoif loyalement déclaré que l'on ignore absolument 
o». ^:...; .:.>c le royaume de Rasâlou, quand ce monarque régna et quels 
furent ics contemporains, a esquissé une série d'hypothé.ses, dont il est le pre- 
•'•!T à reconnaître qu'elles sont « purement conjecturales » et dépour\'ues de 
: caractère scientifique; elles reviennent à fixer au vili< siècle l'époque 
... rroximativc la plus lointaine à laquelle on puisse se reporter, c'est-à-dire 
« au m'''"^' n? où les envahisseurs musulmans parcouraient toute l'Asie Cen- 
trale »;.... -jZ/V TaUSf p. XL-xui;. M. H. Patzig pense que la légende se 
frrmi a" x« siècle, et qnVlli émigra vers l'Kuropc au xî^ /'/.v- ,»/.). 



LA ^9' NOUVELLK DU nÉCAMHRON 20^ 

elles et aux vuici> »^uuu\iiicni Ich cuipcicuii» laiars, Irébi/.uuai. 
devint la porte qui conduisit au avur du continent asiatique : 
dès la fin du xm' siècle, (iénois et X'éniiiens pénétraient et 
s'établissaient en Perse, à Tabriz, à Yezd, et jusqu'à l'ile d'Or- 
nui/., qui constitua, à l'entrée du Liolte Per^iique, un entrepôt 
commercial de premier ordre, la dernière étape d'où l'on 
atteiijnait aisément l'embouchure de l'Indus '. 

Pourquoi s'obstiner à croire que ces jurandes routes commer- 
ciales, qui mirent l'I^uropc en contact avec la civilisation 
d'orient, déversèrent uniformément vers l'o.cident les trésors 
et la sai^esse de l'Asie ? A la fin des temps antiques, jusqu'au 
IV' siècle de notre ère environ, ce fut la civilisation méditerra- 
néenne qui rertua vers l'Orient : sur les frontières de l'Inde et de 
l'Afi^hanistan, dans le Gandhàra, M. A. loucher a retrouvé le 
berceau d'un an gréco-bouddhique, devenu ensuite l'art boud- 
dhique de toute l'Asie, et qui est né le jour où des artistes for- 
més à l'école des Grecs, et parvenus jusqu'au cœur de l'Asie à 
la faveur du rovaume de Bactriane, se mirent à représenter la 
légende du Bouddha \ Après le w"" siècle, il est peu contestable 
que l'Europe reçut de ces pays beaucoup plus qu'elle ne leur 
donna; mais les circonstances qui ouvrirent la Perse aux 
marchands italiens, de la tin du xiir siècle au milieu du xv% 
et leur permirent de gagner de là soit la C^hine, par l'Asie 
Centrale, soit l'Inde, par le golfe Persique, favorisèrent s;ins 
aucun doute l'introduction d'industries et d'idées occidentales 
en ces pays : un Xiccolo Conti y passait vingt-cinq ans de sa 
vie, avant i-^^o, poussant jusqu'en Indochine, visitant Suma- 
tra et Java ; un Giosafat Barbaro taisait deux voyages (14^6- 
1452 et 1472- 1479) en Perse et dans l'Inde, bientôt suivi par 
lk)naiuto Albani ; tous trois étaient vénitiens ; mais on nomme 
aussi un florentin, Bartolommeo, qui séjourna dans l'Inde de 
1400 à 1421 \ Et à côté de ceux que l'on cite, combien y en 

1. Je me reporte ici à \V. Hcvd, Histoire du commene du I^cuut au luoyfu 
d^e, II. 95, 122, 152-3 (de l'édition française, Leipzig, 1886). 

2. A. Foucher, L Art i^rèco-lvuddhiquf duGiwdlxirii^ Paris, 1905. Je liens à 
remercier mon excellent collègue et ami d'avoir bien voulu m'éclaircr de ses 
cotiseils pour ce qui concerne les problèmes relatits à l'influence orientale que 
j'ai dû effleurer ici. 

3. W. Heyd, op. cit., p. >02-3. Voir aussi V. Am.it di S.in Filippo, 
BiMioi^riifia dt'i viaggiatori ilaVuini, 1874. 



204 "• HALVETTE 

a-t-il dont tout souvenir a \>cù} Il est certain qu'au x\* siècle 
les Italiens parcoururent en grand nombre ces lointaines 
régions; serait-il très surprenant qu'ils y eussent porté, outre, 
leurs marchandises, quelque anecdote piquante ou un conte 
terrible comme celui qui nous occupe ? Parvenue jusqu'aux 
bords de l'indus. notre légende se serait amalgamée avec des 
traditions locales antérieures, de façon à former un chapitre des 
mer\eilleuses aventures de Rasâlou. 

Plusieurs indices permettent en ctîei de supposer que l'épi- 
sode du Cœur mangé ne fait pas partie du plus vieux fonds de 
ces légendes. Ainsi dans une des versions recueillies, il est dit 
que Rasâlou attacha les corps des deux amants sur le coursier 
de Hodi, après quoi le cheval fut lancé au galop à travers la 
jungle, sans personne pour le diriger : il arriva ainsi jusqu'à un 
pays lointain, où on le déchargea de son sinistre fardeau ; mais 
alors on s'aperçut que la femme respirait encore. Rappelée à la 
vie, elle éblouit par sa beauté le roi qui régnait en ce lieu : il 
Tépousa, et de leur union naquit une nouvelle race '. N'aurions- 
nous pas dans ce dénouement un écho d'une version antérieure 
à la contamination que j'imagine? Rasâlou aurait tué Hodi ; il 
aurait chassé Kokilâ, ou bien aurait cru la tuer aussi, mais 
celle-ci, après des incidents qui peuvent varier à l'infini % 
recommence une vie nouvelle loin de son premier fover. Pour 
cela, il n'est pas du tout nécessaire qu'elle ait mangé le cœur de 
son amant ! 

D'ailleurs, dans la légende de Rasâlou, on doit remarquer 
que l'épisode du Cœur mangé tient une place restreinte, plus 
restreinte notamment que celui des oiseaux parleurs. Le conteur 
indien parait s'intéresser beaucoup plus aux incidents qui 
révèlent graduellement au roi son infortune, et qui provoquent 
l'inquiétude croissante de Kokilâ ^ ; cette progression dans les 
soupçons de Rasâlou, et dans le trouble de la rânî, est étrangère 



1. Version punliét par J. AoDoti (Calcutta, 1851); voir W,-A. Clouston, 
PofmUr TaJfs, II, 192 et suiv. — Un dénouement tout pareil est rap- 
pelé aussi par Ch, Sw^-nnenon. en appendice à ses Rouiautic Taies, p. 475. 

2. Par exemple, elle pourrait avoir été jetée dans l'indus, comme l'est son 
cada\i« dans la version Swynnerton, et emportée très loin par le courant, 
mais seulement é\'anouie comme dans la version Abbott. 

Tt: : „ 



LA 39' NOL'Vhl.LK DL' DKCAMÉRON 205 

aux versions occidentales, où tout est combiné pour tromper 
l'épouse infidèle, endormir sa méfiance et préparer un coup de 
théâtre d'autant plus brusque; il ne semble pas que cette gra- 
dation d'ertets ait pu être connue en vue de l'horrible festin, 
lùitin Rasàlou, après avoir très fidèlement récité la réplique de 
Guglielmo Kossii^lione : « X'ivant, il lan*^uissait à tes pieds ; 
mort, il te plaît encore ! »), ajoute : « Celle dont le cœur est 
infidèle doit périr à son tour ■ » ; et Kokilâ réplique : « Si je 
m'assieds, vous me raillez cruellement ; si je me lève, vous vous 
moquez plus encore; aussi puisque ma souffrance ne trouve ni 
secours ni espoir, Râdja, je veux mourir avec celui qui m'attire 
vos reproches! » C'est alors qu'elle j^^agne en courant une des 
tours du palais, se précipite et vient tomber à côté du corps 
décapité de Hodi. Connue on le voit, la fin de ce dialogue ne 
contient aucune allusion au « cœur mangé « qui occupe, dans 
tout ce dénouement, une place purement accessoire. L'enchaî- 
nement rigoureux des incidents ne souffrirait en rien de la 
suppression de l'épisode du repas; or, dans les versions occiden- 
tales, celui-ci est tout l'essentiel. 

Le propre des légendes orales n'est-il pas justement de s'en- 
richir de nouvelles scènes au hasard des rencontres, de s'allon- 
ger et de se compliquer par une série d'acquisitions succes- 
sives ? Il est au moins imprudent de les considérer connue 
des blocs compacts, dont Li haute antiquité doive être admise 
sans discussion. 

Henri Hauvettl. 

I. Ch. Swvniicrton, Romanlic TuUs, p. 303-5. 



VOTICE DU MANLSc.Rir 1 K.Wc.AlS 244^6 

DH LA HIHLUrrill-QUl- XATIOXALH 



I ai ucj.i luuit^uc LU lyuj, dans rintrodiitiion .i mon cditii)n 
du Rt'crft Sostre Dtimc (p. \x\iv), que le manuscrit tVanv;;iis 
24436 contenait un certain nombre de poésies pieuses et sati- 
riques qui n'avaient pas encore été sii^nalées. j'ai été amené à 
examiner de nouveau ce manuscrit, qui contient une copie du 
Rotmiii iif FtjinrI; et j'ai pu constater que l'article qui lui est 
consacré dans le catalogue de la Bibliothèque nationale ' était 
assez inexact et incomplet pour qu'une description nouvelle 
fût nécessaire. 

L'histoire du manuscrit français 24436 — coté jadis Saint- 
Victor 890 — est peu compliquée. Relié en parchemin blanc 
aux armes de l'abbaye de Saint-\'ictor de Paris, il provient de 
cette fameuse bibliothèque qui a fourni à la Bibliothèque natio- 
nale 1268 manuscrits'. On lit au fol. 62 cette note : 

Hune librum acquisivii monastcrio Sancti Victoris propc J'arisius fraicr 
Johannei la Masse, dum csset prior cjusdcm ccclcsie. Scriptuni anno Domiiii 
1424 

C'est sans doute la même main qui a tracé à la marge inté- 
rieure du fol. 2 ces mots : 

Hic Hhcr c^t SariJti Vi-Tnri'; piri<;iin<ii<s Invcnicns quis ci rcddat aniorc 
Dci 



/ J/i mattuscrits français, par H. Omont. Amiens pftiis 
fo> ff. II, n<»* 22HX>-2)696 du fonds fran(;ais, par C. Coudcrc cl Ch. 

de La Rt ;;, 1902, p. 373-6. 

2. Je trouve ce chiffre dans M. Prou, Manuel de paléographie, 3* éd., 
I9IO. p. 21). 



NOTK.R nu MS. I RANCAIS 244 ^T^ 2()7 

On compte dans raiicicii tonds de S.nnt-\'icior de la Biblio- 
thèque nationale plus de cent manuscrits' copiés ou acquis par 
les soins de Jehan la Masse, prieur de la maison, qui devint 
abbé en i |4iS et mourut le 31 mai 14)8. M. Franklin a donné 
le fac-similé d'une note de Jehan la Masse, d'une teneur 
presque identique à la première citée ci-dessus'. Au fol. 2 sont 
peintes les armoiries de l'abbaye de Saint-Victor, disposées 
d'une manière qui permet de supposer qu'elles n'ont pas été 
ajoutées après coup, mais que le volume (ou au moins la 
première partie) a été exécuté pour cette abbaye même. 

La table inscrite, aux premières années du xvr siècle, au 
verso du premier feuillet du volume, est de la main de Claude 
de Grandrue, bibliothécaire de l'abbaye de Saint-X'ictor \ 

De cette table il ressort que la lacune actuelle de cinq feuil- 
lets entre les feuillets numérotés 75 et 81 n'existait pas encore 
quand le volume se trouvait entre les mains de Claude de 
Grandrue. Mais le feuillet dont on voit les traces entre les 
feuillets 105 et 106 a dû être enlevé avant les premières années 
du xvr siècle, car, d'après la numérotation de Claude de Grand- 
nie, il n'y a pas de lacune à cet endroit. 

Dans son état actuel, le volume (qui mesure 260 sur 205 mil- 
limètres) se compose de 16 r feuillets, à savoir : en tête, trois 
feuillets de ijarde, non numérotés, [55 feuillets numérotés de 
I à 75 et de 81 à r6o, plus trois feuillets de i^arde, non 
numérotés, à la tin. Le fol. 63 est partiellement déchiré et ne 
contient que des exercices de plume. La plupart des feuillets 
sont en papier*. Sont en parchemin les quatre feuillets sui- 



1. .\ux manuscrits ènumcrcs par Lcopold Dclisle, Cabinet des nianusctils, 
II, 217, il faut ajouter le nôtre, ainsi que le manuscrit franc. 24859. 

2. Franklin, Histoire de lu bibliothèque de Vabbaye de Saint-Victor à Paris 
(Paris, 186)), réimprimée en 1867 dans Les anciennes bibliot}}èqucs de Paris, 
I, nj-S). I^ fac-similé se trouve à la page 146 de cette seconde édition. 

3. Voir L. Delislc, Cabinet des manuscrits, II, 229. 

4. Les feuillets de papier offrent sept filigranes différents, dont la plupart 
toutefois sont de type si fréquent qu'ils ne permettent pas de déterminer 
d'une manière précise la provenance du papier : la lettre P surmontée d'une 
croix (fol. 5,6, 10-12, I)-I7, 19-21, 26-29, 33, 6)), soleil (Briquet, Les fili- 
granes, 1907. n^' 15906: apparaît à Paris en 1594; fol. 54, 36. 37, 39, 42,43, 



208 A. LAN C. FOR S 

vains : le premier, dont le verso porte la table de Chuide de 
Grandrue; le toi, 64, où commence le premier poème en l'hon- 
neur de la Vierge (n'' 2); le cahier de deux feuillets (f. 72 et 
73) qui contient les parodies du Patn et de VAiy Mitria, ainsi 
que les vers latins sur le plaisir de boire (n""' 6-8). 

Le manuscrit 24456 a été « écrit à diverses époques du 
XIV* et du xv' siècle )),dit M. Paul Meyer, dans un article sur 
Deux noui'ùjux nui tj usai t des F hvaugiJc des femmes, en ajoutant 
que récriture de Vhi'afii^ile des femmes, qui occupe la plus 
grande partie du fol. 154, est du xv*^ siècle'. Or, cette main 
commence au toi. 115 et va jusqu'à la tin du volume. Cette 
partie du volume est entièrement exécutée à deux colonnes par 
page, à raison de trente-cinq lii^nes par colonne, tandis que 
dans le reste du volume le nombre des lii^nes varie. D'autre 
part, le royale de Jehan de .Mandeville est également l'œuvre 
d'un seul copiste, qui se désigne ainsi à l'explicit (fol. 62) : 

Explîcit le premier livre des cinq livres messire Jehan de Mandeville, che- 
valier, qui est faisant mencion des parties d'oultre nier et des diversité/ qui v 
sont. Escript par moy Ogier de Caumont en la cité de Liège et fîny le pénul- 
tième jour de juillet l'an mil .ccc. iiij«* et .xvj. 

Pour ce qui est des feuillets 64-114, ils ont été écrits par 
plusieurs copistes de la première partie du xv*= siècle, dont il 
n'est pas aisé de déterminer le nombre. Si nous écartons d'abord 
les documents d'intérêt théologique tracés aux fol. 70 v°, 71, 
74 et 75 par une main du début du xvi*= siècle, ainsi que le 
cahier de deux feuillets de parchemin (fol. 72 et 73) écrit par 
une main qui, si je ne me trompe, n'apparaît pas ailleurs dans 
le volume, je crois que le reste se partage entre cinq copistes de 
la manière suivante : le premier copiste a écrit les fol. 64-70, 
le deuxième les fol. 81-93, ^^ troisième les fol. 94-99 v", le 
quatrième les fol. 99 ^^-113, et le cinquième le fol. 114 seul. 



45» 48» $3. 56, $«, S9» 61-6}), ancre (loi. 66, 67, 69, 71, 75), arbalète (loi. 
84-86, 90, 91, 93, 96, 97, 123, 139), deux cercles l'un au-dessus de l'autre 
traversés par un trait qui se termine en croix latine (fol. 99, 150, 153, 155, 
157, 158, 160), coupe (Briquet, n® 4582; apparaît à Paris 1 396-1403; fol. 
loi, 102, 104, 105, 107, 110, 113), la lettre A surmontée d'une croix (fol. 
119, 121, 141, 143). 
I. Hotnania,W\\'U 3- 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 24436 209 

1 . — Le livre dc<; parties (Fontremery de Jfjian de Mandeville 
(fol. 2-62). — Une liste de vin^jt-trois manuscrits de cet 
ouvrage, y compris le nôtre, a été donnée par G. Grôber '. 
On peut ajouter à cette liste le nis. Bihl. nat., nouv. acq. fr. 
10723 ^ Pour ce qui a été écrit sur le Foya^^c de Mandeville 
depuis l'apparition de l'ouvrage de Grober, on peut consulter 
le Bulletin dl.ustoire littéraire française des Pays-Bas publié par 
G. Doutrepont et le baron Franv;ois Béthune '. 

2. — Paraphrase de r Ave Maria (i'o\. 64). — Les paraphrases 
de la salutation angéliquc sont fréquentes dans Tancienne poé- 
sie française'». Celle-ci, qui n'a pas encore été signalée, se com- 
pose de 27 couplets de huit vers rimant ahabahah . Hn voici 
quelques échantillons : 

I [GJloricuse vierge Marie, Que tout le monde ainsy s'en 
[LJassus ou ciel hault couronnée, [passe ; 

D'anges et d'archanges servie, Pour ce en la fin de ni'oroison 

Par tout le monde réclamée, Te pri que mes péchés efface 

De bonté, de beauté garnie, Ht m'empestre absolucion 

Et de tous biens enluminée, De tous meflfais, que que je face, 

De fin cuer humblement te prie Kt a la mort confession 

Que m'ame ne soit condampnee Anssoiz que m'ame s'en trespasse. 

Quant partira de ceste vie Et que j'aye la vision 

Comme dolente et esgaree. De Dieu et de toy face a face, 

[Fol. 6b] 

XXVII C'est donc la vraye conclu- Amen. 

[sion 

3. — Le Dit de la Rose (fol. G(^). — Poème en quatorze dou- 
zains, en l'honneur delà Vierge. Ce poème a ceci de particulier 
que le dernier vers de chaque douzain est formé par le début 
d'une hvmne latine. 



1. Gnindriss lier roman. Ptnloloi^ie, II, i, p. 1086, note. 

2. Bibliothèque de V Ecole Jei Charles, 191 1, p. 27. 

3. Années 1902-19C13, Bruges, 1906, p. 118. 

4. La liste en a été dressée par M. Paul Mcyer (Bull, de la Soc. des anciens 
textes, 1901, p. 55), par moi (Métn. de la Soc. néo-philologique de Helsing/ors, 
IV, 1906, p. 344) et par M. J. Priebsch (Zeitschri/t fur /ran^ôsische Sprache 
und Litteratur, 1908, p. 206). J'ajoute ici que la paraphrase anonyme (début : 
En Vontieur de la droituriere) que j'ai publiée (/. c.) à la suite de celle de 

Remania, XLl I4 



2IO 



A. 1 ANGl-ORS 



•IT DE LA ROSK 

I Quant Dieu le monde conipos.» 
!;n pan»di$ Adam po-u. 
Puis fui banispar sa folie. 
Adam de ce nous phalosa '. 
' N Dieux nous raiosA, 

Quani il nous vini rendre l.i vie : 
Ch.iT prisi en la vierge Marie. 
H. M devons senir telle amie 
Kn «]ui le corps Dieu reposa ; 
IX* toutes venus est florie 

T de vicrçe, rose espannie : 
\ tuWns tosa. 

II I")c ce mot nr»w parleron 

r jjttte ssdtrum. 
m Quant Dieu toutes les flours créa 



Hfata fioHf gaïuiiii. 

IV Or est îe Juif decêulx 

Miserere mù Deus, 

V La rose a cincq barbeau s de! y 

VI Quant ces .v. barbcaus prendra 

. [Fol. 6^* to) 
hlnna ChriUi mimera. 

VII Dieux qui en terre s'enclina 
() glonoui Ijoinifia. 



VI II Qui l.i rose regarde en parlom 

(5/V) 

IX Kn la rose suvs entendus 

Veni Creator ipiritus . 

X Li rose .1 t<nii enhiniinê 

Gloria lihi, Dotniiie. 

XI Jhesucrist voult sa char mater 

\I-'oL 6/1 

À hua redetfiptoris vtater. 

XII Dieu nous doint tel(le) rose au 

[retour 

Utenie reruui cotiJitor. 

XIII Kosc cueille de saison, 

i^îr résina celorum . [Fol. 6j h\ 

W\ Nous qui avons entcncion, 
De cuer la rose deprion 
Qui porta le beau fruit de vie, 
Combien quecourroucié l'ayon 
Par vaine cogitacion, 
Qu'elle nous pardoint no folie, 
Si nous fera grant courtoisie. 
Dieu en fist sa mère et s'amic, 
Si com c'est voir, si li prion, 
Quant partirons de ceste vie 
Du ciel ayens la compaignie : 
Veni, rcdfwptor f^eutiutu. 



Amen. 

Lt iciic Je la colunnc csi en blanc. 

4. — Descente de saint Paul en enfer ^ version en quatrains de 



Huon le Roi de Canirraj, ic retrouve dans les nianuscnib trant,ais 24953 
Cfol. 5) et 121104641 Bffol. 125). Je dois la connaissance de ce dernier manu- 
scrit à uneobli^ante communication de M. G. Xaetebus. 
T Voir Godefroy. fakix>skb «« duper, tromper «. 



NOTICK 1)1' MS. IRANÇAIS 2^.\-^6 211 

vers alexandrins (toi. 67 v'^-jo v°). C est la septième cupie 
d'un texte bien coniui, dont M. P.uil Nîeyer a si*^nalé six autres'. 
Il a été imprimé récemment ' d'.iprés le manuscrit le plus 
incorrect, Mus. Brit. Addit. 15606. M Paul .Mcver a publié 
quinze strophes de ce poème, d'après un autre manuscrit (Bibl. 
nat. tr. 24429) dans sa notice sur la liil'lt' de Geufroi de 
Paris \ Le cent trente-cinquième et dernier quatrain du ms. 
24 j^6 correspond à la strophe CIX du manuscrit de Londres. 
Les str. L\, L et L\' de ce dernier manuscrit manquent dans le 
ms. 2 1436. A la place du passade en vers octosyllabiques du 
ms. de Londres, il y a dans le ms. 24436 neuf quatrains qui 
manquent dans celui-là. Voici le début du texte dans le ms. 
24456 : 

I (B)c.ui seigneur et vous dames, faites que- l'en vous oye, 
Dieu dôme (lorr. donne) a voz amez de paradi/ la jovî-: 
Se je scé de vous bien que je dire vous doye. 
A vous ne touche mie quel pecherre je soye. 

Lin (fol. 70 V^) : 

CX.X.W C^il qui en la froideur sunt crucié forment 
Sont qui aus orfelinse vuevez ensement 
N'uissent et font grant tort par leur faux jujement ; 
Poené sont en enfer en cel âpre tourment. ^ 

5. — Note en latin sur le supplice de quatre hérétiques 
brûlés à Berne, en 1509 (fol. 70 v''). — Cette affaire a été 
racontée en résumé, au xviir" siècle, par Ch. Du Plessis d'Ar- 
^entré, d'après Jean Trithème, Surius et d'autres écrivains 
anciens ^ Du Boulav en fait aussi mention dans son Ilistoiic 



1. Notices et extraits, XX.W, l'c partie, p. 155. — Le manuscrit de 
Londres dont parle Hippeau dans les Archives des missions scient ifujues, t. \', 
1856, p. 1 5 5, et d'après lui M. Siav;!,K:\ (Zeitschri/t Jïir /ian^ôsisil)e Spniilfe, 
XIV, 2c partie, p. 169) doit être le même que le ms. Addit. 15606; c'est k 
tort que Hippeau le qualifie de manuscrit Harlêien. 

2. Revue des langues romanes, XLIX, 427-) o. 

5. Notices et extraits, XXXIX, i'^ partie, p. 305-7. 

}. Collectio judiciorum de noi'is erroribus qui ah initio duodecimt seculi... in 
Ecilesia proscript i sunt et notait : opéra et studio Caroli Du Plessis d'Argen- 
trê, Sorbonici doctoris... 1728, I, II, p. 348 (je dois la connaissance de ce livre 
à l'obligeance de mon maître M. Emile Picot). 



212 A. LANC.FORS 

de rUmx'frsitè de Paris '. On rencontrera un peu plus loin 
deux autres textes d*ordre the^ologique. L'écriture en est 
contemporaine, mais le premier texte est écrit en caractères 
plus grands; je ne saurais dire si tous ces textes latins sont de 
la même main. 

6. _ Pirodic .^n P.itn {{o\. - 1) : 

t-AitH NOM tR, tu IlVs p.lS lols 

aei ES IN CELis, pour les coups... 

Fin (fol. 72 v^') : 

Ht detTcndés nos .\ m.mo. 
.\MF.N, je t'en requier et le. 
Amen. Ameu. 

• 

Les parodies du Pater sont nombreuses ^ La présente pièce a 
déjà été publiée, en 1896, par NL E.-G. Lcdos % d'après le 
manuscrit 792 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève^. Les deux 
manuscrits — .M. Ledos n'a pas connu le nôtre — diffèrent 
beaucoup entre eux : aux 91 vers du nis. Sainte-Geneviève 
correspondent 85 vers dans le ms. 24436. Le texte imprimé 
par M. Ledos, bien que un peu meilleur que le nôtre, se laisse 
à maints endroits corriger à l'aide du ms. 24436. Ce qu'il y a 
de plus intéressant dans le ms. de Sainte-Geneviève, c'est le titre 
et la date se trouvant à la fin : Explicit la Patrenoslre de Lombar- 
dU. Ce fut fait en Fan mil .ccc.lxxix., le vij^ jour de décembre, a 
Paris. 

7. — Parodie de VAve Maria (fol. 72 v"). Il a précédem- 
ment été question des paraphrases sérieuses de VAve Maria 
(p. 209). Celle-ci est la seule parodie que je connaisse. Elle est 
peut-être due au même auteur que la pièce précédente. Le texte 
est évidemment très corrompu, et je n'essayerai pas une resti- 
tution. 



î. Historia Uniwrsitutis Parisirmis, VI (167}), 45. 

2. M. E. Ilvoner» prépare une étude sur la parodie des sujets sacrés dans 
l'ancienne poésie française. 

3. Bi' 11^ de r ÊcoU dfi Ckirtei,x. LVII, 427-30. 

4. Voir sur ce manuscrit Honiatiia, XXIIl, 497, et XL, 76. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 2-|4^6 



213 



Ave Maria, doulce nicre, 
Fille ton fil, mcre ton pcre, 
O ly te tien en sa maison 
4 Sans toy mettre en sugecion 
Des gens d'armes ne des pillars. 
Car il/ usent de malvais ars : 
Hz pillent quant qu'il a de «;a 
8 Sans mercy et sans gracia 
Avoir de ce pueple conmuin. 
Orendroit n'en parverrés un 
Qui ne soit pillart ou larron 

12 A prendre ce que nous avon. 
Certes, quant ilz vont en pillage 
Et ïh entrent en un village, 
Rien qu'il/ truisscnt n'v demorra, 

16 Tant que leur bourse soit plena. 
He las, se tu viens de la sus 

[FjL y 2 i* b] 
Tes drapiaus, et n'en eusses plus. 
Te seront pilliés et ostés, 

20 Et si te batront les costés 
Sans avoir ja de toy mercy. 
Garde toy bien de venir cy, 
Qu'ilz te feroient aler pies nus 

24 Et l'eust juré (?) ton domixus 
Celuy qui est le roy des cielx 
Pillars et gens d'armes sont tielx 
ent 

28 fent] 

Sans avoir mercy ne pardon. 
Et fusi ore ton fil tecum 
Et se ilz estoient Engleis 



36 Si plest au benoist roy Jhesus : 
Ja en terre benedicta 
Nul se [ne lij plest n'entrera; 
Dieu le voudra, si vouldrasTL", 

40 Qu'il soit ainsy par sa vertu. 
Car il n'est pas mère ne fille 
Qu'ilz esparguent tout et depille, 
Ennuit l'une et demain l'autre : 

44 Les suers prennent de fois a aultre. 
Hz se vont tel fois esbatre, 
Puis l'endemain se vont combatre. 
Tuer les gens, rompre les huis 

48 Et mal faire in mulieribus. 
l:t sans bien faire nuit et jour 
S'esbaudissent cil malfaiteur ; 
Le diable si les a temptés. 

52 Hz ont malvaise volentt*, 

A tous maulz faire sunt tendus : 
Nul n'en y a benedictus [/^o/.j j| 
Ne qui vuille orendroit penser 

)6 A sa povre ame conforter, 
NLiis fere com il ont amors, 
C'est prendre le délit du corps 
Et estre en pechié et en vice, 

60 Sans creindre ne Dieu ne justice. 
Ainsy chevaucent le païs 
Et pensent deFRUCTUSVEKTRis — 
Tui non pas, mès('t) c'est du leur, 

64 De tov ne leur souvient nul jour. 
Dont je suy marri et dolent 
Si pri(e) le roy oiTinipotent 
Qu'il nous vuille fere tel grâce 



32 Qui pilliés te croient tes manoirs, 68 Que nul d'eulz plus ne nous 
Pour voir tout te seroit osté; [mefface. 

De tout mal faire ont volenté. Amen. 

Mes il leur sera chier vendus, 



8 



Quinze vers latins sur le plaisir de boire (toi. jy). 



18 Corr. dras et lire eusses .'* — 23 Vers trop long. 
27-28 Deux vers grattés — 45 Vers trop court — 47 Rime imparfaite 
Ms. fe 9. Le stus n'est pas clair. 



57 



2 14 ^- 1 ANGIORS 

Quclquc-s-uns de ces vers ont déjà été imprimes par M. 1-. 
Novati dans G;/ ;///>/<; nitJii (jr:7 (Morence, iSS^, p. 67), d'après 
le ms. de \'enise, S. Marc, Cl. XI, i.w i (xvr siècle), qui otlVe 
un texte notahU nient différent (communication de M. 1'. Tarai). 

Ad primuni niorsuiu nisi pot.ivcro, mort suni. 

Cîaudia sum nobis sollcnipnia. quum biho bis. 

Et ter Juin poto. sum Ictus corporc loto. 

Ad qojnum potum mihi prodcsi sumcrc totum. 

In quinte potu sunt mihi gaudia siuc motu. 

\'Â si sint bis ter, sum qualis artc magistcr. 

Ht si sini scpties, est mihi Ixjna quies. 

Et tum octava non est potatio prava. 

Et si sit nona, dicitur esse nona (con . bona). 

Ut nou cgrotes, decies tibi consulo potes. 

Numcrus undenus est dulci camiine plenus, 

Atque duodenus non est semionis egcnus. 

Tcrdccimus potus est (satis) sociis bene notus. 

Quinque bis atque quater nutrit tamqiiam pia mater. 

Et prosunt plures muhiplicare vices. 

La seconde colonne du recto est en blanc, et le verso est 
occupé par une sorte de tableau climatoloL;ique qui consiste en 
plusieurs cercles tracés l'un dans l'autre. 

9. — Deux documents latins relatifs à l'immaculée concep- 
tion (fol. 74); à la fin (fol. 75), note explicative, tracée par 
une main du xvm* siècle, entièrement erronée. Le commenta- 
teur, trompé par la table de Claude de Grandrue, a confondu 
les présents documents, imprimés au xviir' siècle par Du Pies- 
sis d'Argentré dans l'ouvrage précité', avec certains autres 
documents qui avaient disparu avec les feuillets 76-80. Les 
controverses théologiques auxquelles se rapportent ces docu- 
ments ont été exposées par l'abbé P. Feret dans .son ouvrage 
sur Im Faculté de tl)coJogi€ de Paris et ses docteurs les plus célèbres ^ 

10 — Paraphrase en français de l'hymne Ave maris Stella 
(foL 81). Le poème est incomplet du début. La table placée 
en tête du volume nous apprend que la lacune n'existait pas 
encore au temps de Claude de Grandrue. Comme à chaque 
vers de l'hymne latine ' correspond un quatrain français, on 

!. Tome I, II, p. 535. 

2. Moyrn dff, IV, 1 57-9. 

>. I-e texte latin se trouve dans Drevcs, Analectd Innnika, IUi88Xj, p. 39. 



NOTICi: DU MS, FRANÇAIS 2-1^^6 21 5 

peut conclure du texte latin que la lacune est de onze cou- 
plets. 

XII XXVIII Tritius Ihvior utius. 

Fnipcire nous au très haut sire Un honneur a piuralit<i 

Tout bien, quar sans nul contre- En trcMc pcrsonalité 

(dire Qui tîst de double extrémité' 

Peul/. commander, donner, esiire l:n Marie noble unité. 

U pardurable et noble empire. .\men. 

XIII Moustra tf fsse nuittfin . 

\\ existe une antre paraphrase de la mé*nie hymne dans les 
manuscrits 12467 (fol. 54 V) de la iVibliothèque nationale et 
^142 (toi. 285) de la Bibliothèque de l'Arsenal (on sait que ces 
deux manuscrits proviennent d'un modèle commun). J'en cite 
ic le début d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale : 



AVE MARIS SniLLA KN FR.WÇOIS 

Ave maris Stella, 
Dei mater aluni 
Atijue semper virgo^ 
Félix celi porta. 

11 



Dieus te saut, estoile de mer. 
Tous 11 mondes te doit amer. 
Car tu es mère Jhesucrist, 
Le roi de gloire, qui nous fist. 



— Dictanien hcaîi Bc mardi (fol. Si v"*). Cette poésie 
bien connue se compose de ;î4 strophes de six verset commence 
ainsi : 

Si vis esse cenobita, 
Hujus vite vi(t)am vitta... 

Les vers sont écrits sur trois colonnes à la page. C'est la 
pièce n*" i<S905 du Repcrtorium h\mnologicuni de U. Chevalier. 
Les manuscrits qui la contiennent sont énumérés par le même 
savant, et par B. Hauréau dans le Joiirtial des Savants, année 
1882, p. 2S8 ', mais le ms. 24436 n'a pas encore été signalé. 
Dans certains manuscrits elle est faussement attribuée à saint 
Bernard. 

12. — Cleriais sic ethimoloi^i\atur : 

Per c intelligitur quod sit clarus in intentione : per /, quod sit lux in con- 
versatione ; per e, quod sit elevatus in contemplatione ; per r, quod sit regu- 



I. Dans un article Sur les poèmes latins attrihiu.s u mini Bernard. 



e 



2l6 A. I.ANCrORS 

Uns in omni bona opcraiionc ; pcr », quod sii iiucndcns in oraiionc ; pcr c, 
quod sit castus in carnis monitîcaiionc ; pcr f , quod sit valons ad pugnandum 
in omni tcmptationc: rcr s. auod sit suavis in lociilionc. 

Cette « élvmologic » est tracée, après le poème mentionne 
en dernier lieu, au verso du fol. 82. Le reste de la pai;e est 
occupé par un tableau de solmisation, qui, comme veut bien 
me dire M A. Pirro, ne présente aucun intérêt. 

13. Ahualarius (fol. 83-87 v°). Cette composition est 
évidemment un extrait d'un manuel d'église. 

Incipii Almaiarius, qui loquiiur de duobus cbdoniadis passionis Cliristi, 
Duc chdoniade passionis Christi significant duo tenipora anlc legcm et sub 
Icge... 

14. — Explications, en latin, du Pater' et du Crah"^ (sans 
turc. toi. 87 v^) '. 

Elegit Domiuus Dcus noster Jliesus Christus scpicm apostolos et docuil 
illos multa bona et multam sapientiam. Inter cetera autem bona que docuit 
illos. unam orationcm... 

15. — Tiibuia pdei christianc (fol. 89). C'est encore un cha- 
pitre de quelque traité dévot. 

î^eptcm virtutes principales : fides, spes, cnrlt-i^ justitia. prudentia, forti- 
t udo et tempcraniia. . . 

16. — Notes de Comput (fol. 90). Il y en a divers autres 
manuscrits : Berne 476, Bruges 528, Paris, Bibl. nat. lat. 
1093, etc. (communication de M. E. Faral) *. 



1. Dans les œuvres de Hugues de Saint-Victor (Patroïogie de Migne, 
l. CLXXV.col. 767 et 774; il y a deux comnuntairesde l'orai.son dominicale. 
Notre texte n'est ni l'un ni l'autre. 

2. Sur quelques paraphrases du Credo, voir P. }AiiyQx^ Jahrhuh fur rovta- 
nische und engUichf Lit., VII (1866), 53. 

3. C'est i tort que Claude de Grandrue, dans sa table, parle d'un com- 
mentaire de \\4x-e Maria à cet endroit. 

4. Sur divers traités français sur le calendrier, on peut consulter A. deMon- 
on, Annuaire dr la Société des Antiquaires de France, 1853, p. 178-83 ; 

P. Mcyer, BulUtin de la Société des anciens textes, 1883, p. 80-84 et Appen- 
dice, et Remania, XXVI, 229, et XXXVI, 492 ; et F. Ed. Schneegans, 
.' notte, p. 622. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 244^6 217 

Ad habcndum ciclum solarem, secunduni Galhiidum, sivc littcrani domi" 
nicalcm, quod idem est im proposito, uipalcbit infcrius, sumatur istc versus : 
Filius esto I)ci celum bonus accipe grati. 

17. — Im prière de Nostre Diinw, par Tiiibalt d'Amihns 
(fol. 9-1) : 

J"ay un cuer si lent, 
Qui souvent mesprent. 

Cette poésie bien connue, qui a été trois fois imprimée ', se 
compose de quinze strophes, dont la forme est celle de la 
strophe couée double (</</^ aah ccb cch) \ Ces quinze strophes 
sont les mêmes que dans la copie du ms. Digby, imprimée par 
M. Stengel ; pour les strophes I-\*II et XIII X\' l'ordre est le 
même dans les deux manuscrits, mais le ms. Di^bv donne nos 
strophes \'III-XII dans l'ordre XII, XI, \'ÎII, X, IX. Dans notre 
manuscrit la pièce n'a ni titre ni explicit. L'auteur ne se 
nomme quedans quatre manuscrits; le ms. 24436 n'en est pas. 
Une liste de quatorze manuscrits de ce texte a été dressée par 
M. Paul Meyer K 

18. — y isio Philibert ij en vers français : 

Ci s'ensuit la deputaison du corps et uk l a.mk [Fol. y^ î*»] 
I Une grant vision est en ce livre escripte, [Foi. 9/] 
Jadis (u révélée a dam Pliil(e)bert l'ermite 
Qui fu si saint preudom et de si grant mérite 
Qu'oncques ne fut par iv faulce parole dicte. 

Fin (fol. 99 V") : 

LXXVI Pour ce je pri celuy qui tous justement livre 

Qu'il me doint en cest siècle en ter(le) manière vivre 



1. Par M. E, Stengel, Cedex manu scn'ptus Dighy S6, 1871, p. 30-35, et 
Zeitschrift fur fratiiàsische Sprache uml Litterdlur, XIV, 2 (1892), p. 1 58-140, 
et par M. P. .Meyer, Bulletin île la Soc. des anc. textes, XXVII (1901), p. 82. 

2. M. Grôber, Gruuliriss der romaniscl)en Philoloi^ie, II. i, p. 686, dit que 
cette poésie est composée « in der Reimstellung der Helinandstrophe ». II 
n'en est rien, mais il est bien possible que les strophes de Thibaut d'Amiens 
aient ser\'i de modèle à celui qui le premier employa la l'orme strophique 
dont on attribue l'invention à Hélinant. 

3. Bulletin de h Soc. des une. textes, .\XVII (1901;, p. 73, et XXX 
(1904), p. 90. M. Holger Peterscn a cité la première strophe du ms. de 



2l8 A. 1,AKG10RS 

Que m'ame soit a la mon de tous maul.s délivre. 
Dictez tous amen, si tîiiera mon livre. 
Amen. 
F-xplicit le mireur du corps et de l'ame. 

On connaît dix-sept manuscrits de cette composition. A la 
liste des manuscrits dressée par G. Grober ' il tant ajouter le 
ms. de Chantilly, Musée Condé, n" 1920, le ms. de Lille 139 
(fol. 14), le nôtre et les mss. iV. 17068 (toi. 192-196) et 24865 
(fol. 178-185 V") de la Bibliothèque nationale. Par contre, il 
faut en écarter le manuscrit d'Arras 897 (anc. 587) : M. E. 
LanL;Iois * a récemment démontré que le texte de ce dernier 
manuscrit (début : Ufi homme avoit esté hcrmitc lougncnicut) 
représente une toute autre version. 

19. — Suivent dans le manuscrit trois poèmes pieux. 

O très benoite et entérine, (F. 99 i'°) 
Tous jours durant virge très digne, 
Marie, mcre singulière. . . 

Fin (fol. 100 v°) : 

Et me lait tel penance faire 
1 56 Que a luy et a toy puisse plaire 
Sv que je viengne en l'autre vie 
Lassus avec ta compaignie. 
Amen. 

20. — Prière, par Bartélemi Arnaut. 

Roygne des sains cielx couronnée, {F. 100 v^ h] 
De toute grâce enluminée, 
Enluminée fus de (toute) grâce 
Quant celuy qui pechiés efface. .. 

Fin (fol. 102) : 

En la chartre d'enfer orrible, 
Qui tant est hydeuse et pénible, 

Dublin (Deux chinsons pieuses inconnues, dans Keuphilolooische Mitleiluiigen, 
Hclsingfors, 1911, p. 15J. 

1. Gritndriss, II, i, p. 871, note i. — Comp. Naetebus, Die nicht-lyrischen 
Siropffenformen, no VIII, 76, p. 82, et L. Delisle, HisL ////., XXX, 188H, 
p. 535. Pour le manuscrit de Chantilly, voir I^ musée Condé, Le Cabinet des 
liires, t. II Ci 900), Manuscrits, p. 98. 

2. Les Manuscrits du Ronian de la Rose, p. m. 



NOTICE DU MS. IRANÇAIS 2443^ 219 

Mais qu'avec toy puissons alcr (corr. manoir) 
Lassus en ton trcs biau manoir. 
Amen . 

Après ce texte se trouve un A majuscule, initiale d'un texte 
qui n'a pas été copié. Le reste du feuillet est en blanc. 

Le poème précité est anonyme dans le manuscrit, mais voici 
comment on a pu en connaître l'auteur. Le manuscrit Irançais 
2)39 de la Bibliothèque nationale (du xiv^ siècle) est un petit 
recueil de prières, toutes en prose, à l'exception des deux der- 
nières. Le premier de ces deux poèmes est le nôtre; il est ano- 
nyme également dans le manuscrit 2439. Mais aux premiers 
vers du poème qui le suit dans ce dernier manuscrit, l'auteur a 
mis son nom en acro.^tiche, et à la fin du même poème, il dit 
qu'il a aussi composé le poème précédent. Le rédacteur du 
Catalogue des manuscrits (de 1868) avait déjà vu l'acrostiche. 
J'imprime ici les deux passages en question : 

Belle doulce vierge Marie, 

 jointes mains merci te crie : 

Remembre toy de moi peclieur. 

Trop me doubte que le tricheur 

Envïeu.x et plain de grani rage 

Lier ne me veulle en servage 

Et me destruire et mètre a mort. 

Ma conscience me remort : 

J'ai fait pechié a desmesure. (F. 161 t-") 

A! glorieuse vierge pure, 

Retrai mon ame de ses las ; 

N'en puis eschaper par nul cas 

Au derrain se tu ne m'en ostes. 

Vierge, deffent moy de telz ostes ; 

Trop sont périlleux et mauvais. . . 

Lin (fol. 162 v°) : 

Et si te pri, royne de gloire, 

Qu'a tous ceul/. qui en ta mémoire 

Et en l'onneur de ton saint non 

Diront ce dicté de cuer bon (tus. de bon cuer) 

Leur en veulle rendre mérite (F. itij) 

Es sains cieus la ou tu habites. 

Et quiconques cest dit lira 

Et Ave Maria dira 



220 



A. LANCrORS 



Pour cil qui l'a volu dicter. 

Ou ciel H faites profiter. 

I-ls quinze vers tous prenierains 

Trouveroit on. ne plus ne ni.iins. 

En cesie oroison derreniere 

Escript p,ir belle manière {sic) 

Le non et seurnon sanz doubtcr 

De cil qui a voulu dicter 

Ces deulz oroisons proprement : 

En prennent le commencement 

Des quinze vers, si com moi semble. 

El puis les adjoustés ensemble, 

Vous trouvères sanz contredit 

Celui qui a fet tout ce dit. (Fin du ws. 2439) 

21. — Poème pieux en 41 couplets, plus un couplet isolé. 
La lornie stropliique employée dans ce poème (^aahaahhaah^ 
n'est i^ère attestée antérieurement. 



Que tout en soit mis a effait, 
Et tout ce qui est fait deffait 
En ce monde, tant que vivon, 
Ce qui sera défiait, faison 
Qu'en paradis nous soit refait. 



I Ou principe cral icrruni, [F. ;(»;) 
Et sans parole n'est sermon, 
El par parole est tout fait 
En ce siècle, donc par rayson 
Convient il que nous accordon 

Fin (fol. 105 v° b) : 

XLI [Djame, vous pry qu'il vous 

[souvicgne 
Que vostre tres(t) doulx filz main- 

(tiegne 
Le royaume le roy des Frans 
Qui pour droicture a bargaigne 
Aus Englès, au mains d'Alemai- 

Qui d'envie sont contraitans 
El en couvoitise manans, 
Et apf>cn que par eulx remaigne 
Le service et la bonne ouvraigne 
De Dieu, dont il est desirans. 
Explicit. 

22. — Note reiati%e a Jehan Le Mire, jadis trè.sorier des 
guerres (1339). — Au fol. 105 v° b, tout en bas, on lit ces 



[H]e, roys de France droituriers, 
Or soies dont bon voituriers 
De puis que tu la prins en cure. 
Mauvais chemins et mois sentiers 
As trouvé et plusieurs rotiers 
Qui n'ont que faire de mesure ; 
Et se tu as bonne voiture 
Encontre orgueilleux soies fiers, 
Va oultre et si t'assëure 
En Dieu qui rent les grans loyers. 
Explicit. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 2-|4 36 221 

lignes, les seules qui restent d'une composition qui était tran- 
scrite sur un feuillet enlevé entre les fol. 105 et 106 actuels : 

Kn l'an .M.ccc.xxxix., ou temps des cntcrmctcs et griefs passions que 
Jehan Le Mire, jadis trésorier des guerres, souffroit, tant pour detfaulte de 
la veue de son chiel, qui perdue esioii, comme pour les tresgrans douleurs, 
angoisses et tourmens que il souffroit, par quoy il avoit tout repos perdu, 
icelui Jehan, toutevoies veans des yeus du cuer, soubs la double de Dieu en 
soy confortant en la... 

Jehan Le Mire {Mcilici) figure dans la Chronologie des tré- 
soriers des guerres récemment publiée par le colonel Borrelli de 
Serres ' connue avant été en tonction de 1327 au 21 novembre 

I3^^• 

23. — Lii Miiison de Supicucc (toi. 106). Dans le Catalogue 
de 1902 la pièce est appelée ainsi, mais dans le manuscrit elle 
n'a point de titre ni d'explicit. Elle consiste en 21 quatrains 
d'alexandrins monorimes - dont j'ai imprimé les deux premiers 
et le dernier dans Tintroduction du Re^^ict Noslre Dame, 
p. xxxiv. 

I Uns livres est escript, or oez qu'il v a, 

Qiie bien vous doint a tous Iv Dieus qui vous cria. 
il dit que Sapïence un temple editî.i 

4 Et de sept grans pillicrs par dedens l'apoya. 

11 Gardons premièrement quelle est Sapïence 

Qui telle maison fait comme je vous commence : 
Je di que ce est celle, itieus est ma sentence, 
8 Qui scet toute nature de tout sens et semence. 

III Cuidiés soit sapïence que de tel sens avoir 

Far cui ses gens conquirrenl (sic) richece et autre avoir ? 
Qui tel sens veult conquerre folie veult savoir. 

1 2 .Mes n'entendes vous mie de terrien savoir. 

IV .Mes sens est de savoir au ciel la droite sente : 
Cil le scet vraiement qui a Dieu a s'ententc. 



1. Rechrches sur divers services publics du XII h au XV 11*^ siciU^ III, 
22) (Paris, 1909). Je dois cette référence à l'obligeance de .M. Ch.-V. 
Langlois. 

2. Les vers <y et 10 sont intenrrtis dans le nuinuscril, et le vers ; j r<:t pUué 
entre les vers S et m. Les fers i ) et 16 sout également intervertis. 



22 2 A. I.AXGIORS 

Qui Dieu aime ci Dieu croit et en Dieu se Jemente ; 
i6 Toute autre sapiciwe atflebit ci .uiKiiic. 

\ D>eus est U sapietice qui le lemple edilie ; 
Ici le vous respont la divine clergic 
Or vous dirjy quel chose la niaison Mgnilie 
20 Kl le vous moustrcray par droite allégorie. 

VI La maison signifie homme v(e]raiemeni. 

Dieus tisi homme et en home hst son hcrbergemenl : 
Oncore chascun jour. sVscripiurc ne ment, 
Voull («/V") descendre en home esperilablement. 

Vil I,c cuer au cresiîen est l'ostel nostre sire : 

C'est la maison que Dieus daigna o soy cslire, [h\ n>6 h] 
Que elle est bonne et belle se pechié ne Icnipire 
28 

VIIÎ l-a niaison seroit feble se('n)ne ly donnoit force 
Un biau r.iin de pillier qui par dedens Tenforce. 
Autrement ne vauroit li ostiel/ une beloce, (sic) 
M Ain«« seroit sans pillier semblant a une escorce. 

i.\ Li piihcrs qui le temple apjxjient et soutiennent, 
Qui si bien le soutiennent et si bien y avicnncnt. 
Ce s(on]t les sept vertus qui l'omme en force tiennent 

56 El forment le délivrent des assaus qui li viennent. 

\ Li premerains pillicrs est de ferme Créance. 

Hom qui forment le croit ne doit avoir doubiance 

De dars qu'idolâtrie li traie ne ne lance ; 
40 Cil preme-ain nilliers tient Tosiel en esiance. 

XI Créance hsi jadis maint glorieux marlir : 

Quant li saint prc(e]schoient par Sidoine et par Tir, 
Ly lirans leur fesoicnt [les] cuers par mi partir 

44 Pour ce qu'il/ ne vouloienl de la foy départir. 

XII (^hasteés pure et nete est la vertus seconde : 

C'est li sccons pilliers, mez peu en a ou monde ; 
Luxure cmbrace tout, Damedieu la confonde, 
48 Et sache tout a lui en la broie parfonde. 

XIII Jadij ot en ce siècle mainte virge entérine, 
Si comme nous lisons de sainte Kaierine : 
Pour ce qu'elle haioii luxure et sa sasine, 
) î Martircc (tic) (u cl ûna comme fine. 



NOTICh DU MS. IKANÇAIS 24436 22 3 

\I\' Signcurs, par Pacicncc avons le tiers pillicr . 
Onqucz tant ne se voult j.idiz Job avillier 
Que il se courousasl, ce dit on sans gaber 
56 

W Ce dit quL'milités est la quarte coulomlK-, 

Celle qui maint (lorr. vaint) orgueil qui tout le mont csioiuie. 
Moult i a grant vertu, et saciés que Dieus donne 
N> A ceulz qui s'umelieni pardurable couronne. 

\V1 Q.u'iroi[e) ge querant tesmoing d'umeliié ? 
Li sire qui tout puet, qui maint en trinité, 
S'umelia pour nous rai e)mbre de vilté [F. 106 i"^] 
64 Ht print forme de char a tout sa deiié. 

XVll A-stinenceest la quinte, car bien en doit estre une 
La courtoise, qui n'est ne gloute ne enfrune, 
Qui de |x.'tit se pest et qui tout(e) jour jjejune. 



6S 



XVIII l'sperauce est la sixte, ainsy le devons croire, 
Qui contre desespoir est médecine voire : 
A bien ne puet tourner liom qui se desespoire, 
72 Chevaliers ne bourgois ne bons qui se desespoire (sic). 

XIX Charités, qui e^i tous jours contraire(s) a tous vices, 
Est le pilliers vij«--, celle sainte nourrice 
Qui les povres nourrist et ja si délite (i/V; 
76 Entre ly et la Grâce confundent Avarice. 

XX Signours, pour l'amour Dieu, entendes ma raison, 
Peust chascuns avoir une telle maison, 
Chascuns puet osteler nostre sire Jhesum, 

80 S'il ne deffaut en li ny a ma achoison. 

XXI Mes qui la maison veult a droit edilk-r 
Des pilliers que j'ai dit li convient apoier. 

Il n'y a doncques plus, pensez de Dieu prier 
84 Que il nous vuiile tous sa maison ottroier. 

Amen. 

24. - Li Regrès Noslre Danie, par Huos le Koi deCambkai. 
Le pocnic commence, sans titre, au fol. io6 v*', mais la strophe 
où commence la parabole de la pauvre femme charitable (c'est 
la strophe 238 de ledition critique) est précédée de cette 
rubrique : De ceuJ::^ qui ne voiildreul Dieu berbergiei — ce qui a 
induit en erreur les rédacteurs du Catalogue, qui ont compté 



2 24 A. I.ANGFORS 

pour deux poèmes ce qui n'en fait qu'un, j'ai utilisé ce manuscrit 
(désigné par H) pour l'édition critique que j'ai donnée du 
poème de Huon le Roi '. 

25. — Poésie pieuse en sixains de vers (Ktosyllabiques (toi. 
112-11^ v"). Les manuscrits du Rri^rcl Noshr Ihnii appartenant 
au groupe HK, selon mon classement, donnent ce poème dans 
cette disposition particulière que la parabole de la pauvre femme 
charitable (strophes 238-267) se trouve être la dernière partie 
de ce poème. Après la strophe 267 vient l'interpolation des 
12 vers que voici (je cite notre manuscrit, fol. 1 12 v") : 

Cestc unie oncor signifie De ceulz que dyables tente 

Les gens de vraie compaignie. Ft qui pour aus ne s'eschampent, 

Ceul/ qui les saintes églises aiment, Prendra Dieu hcbergerie, 

Qui cure n'ont de felonnie, Cil qui pour vanité se vantent 

De couvoitise ne d'envie, Fors de paradis se souplantent ; 

Ne en usure ne se plantes, Ja n'i sera lor vois oye. 

En 1907, au moment où je publiais mon édition du Rrgrct 
Nostrr Dame, je croyais que ce qui suit dans les manuscrits HK 
était dû au même interpolateur qui avait composé péniblement 
les vers qu'on lit ci-dessus : j'ai dit * que ce qui venait après la 
parabole de la pauvre femme charitable était « un fatras d'envi- 
ron 180 vers dû sans doute à quelque copiste pieux, qui a 
essayé de faire des strophes de six vers rimant par aah aab » . 
A la même époque % M. Paul Meyer publiait une Poésie pieuse 
en sixains de vers octosyllabiqiics \ transcrite, peut-être au milieu 
du xiii' siècle, sur le premier feuillet de garde du manuscrit 470 
de la bibliothèque de Laon. M. P. Meyer croit qu'il n'en existe 
pas d'autre copie. Mais c'est justement cette pièce qui, dans 
les manuscrits HK, vient, sans aucun titre, après l'interpola- 
tion précitée : 

I Cil qui pour nous print char humaine, 
Qui nous gita d(e I)'infernal painc, 
Vous gart si dedens et defors 
Que de la joie souveraine 



1. Paris, H. Crumpion, 1907. Voir notamment p. X/wXiii et suiv, 

2. Li Référés Noitre Danit, p. XXX. 

3. Bull, de la Soc. des anc. textes, XXXIIl (1907;, 44-33. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 24436 225 

Soit vosire amc toute certaine 
Quant elle (dc)partira du corps. 

Dans tous les manuscrits, la pièce est de 28 sixains, dont 
voici le dernier (fol. 113 v") : 

XXVIII Sains Espcris qui enlumine 

Les bons cuers de ramor(i) divine 

Vous oiiroii s'amour et sa grâce, 

Si qu'e(n] la joye qui ne fine 

Puissiés o la doulce royne 

Son doulz fil v[e]oir face a (ack:. 

Amen. 

J'ai peut-être eu tort de traiter ce poème de « fatras » : 
les copies très corrompues contenues dans les manuscrits HK ne 
m'ont pas donné une idée très exacte de ce qu'était ce poème. 
Par contre, le texte imprimé par M. P. Meyer est excellent. 
« Pour le fond, c'est une exhortation à l'amour de Jésus, en 
forme d'oraison jaculatoire, qui s'inspire des idées mises à la 
mode par les Franciscains. Quand on aura dit que le style de 
cette poésie est aisé, que la rime est obtenue sans renfort de 
chevilles, qu'on n'y trouve pas ces recherches de mauvais goût 
qui sont si fréquentes chez Gautier de Coinsy et chez d'autres 
écrivains du même temps, on aura fait de cette composition 
anonyme tout l'éloge qu'elle comporte '. » 

Un des manuscrits — Ars. 5204 (K.^) — étant mutilé, 
cette poésie se trouve donc dans les quatre manuscrits suivants : 

Bruxelles, Bibl. royale, 9229-^230, fol. 74 v" b-75 b. 
La Haye, Bibl. royale, Y 389 (anc. 265), fol. 75. 
Laon, Bibliothèque municipale, n'' 470. 
Paris, Bibl. nat. fr. 24436, fol. 11 2-1 13 v". 

26. — Six quatrains monorimes en l'honneur de saint Jean- 
Baptiste (fol. 1 13 V" b) : 



Fin 



Salve, sancte Johannes Baptista révérende, 
Inter sanctos cetei^os nierito preferende... 

Fac nie peuilere victando que victasti. 



I. V. Meyer, i7'., p. 4) 

Roman ta XLI. 



I) 



226 A. l.ANT.rORS 

27. — Focme abéccdairc (toi. i m v" b, en l\is) où les mots 
commencent successivement par les lettres de l'alphabet, les deux 
derniers par les abréviations de d et de av/. Comp. J.-J. Stiirzin- 
i^er, Lt' Pèlcritiûi^c de Vâmc de Guillaume de Denuileville, 
1895, Appendix II, p. 584. 

Ave bissus castiutis, ducatus errantiuni, 
Fios gcmiinans honcstatis. ingens kalcndariuin, 
Lux micans noviiatis, orbis patrociniuni, 
Qucso. rosa sanitatis, tribuc vinccntiuni 
Xpi ychinis (? surcharge) zclatis &ernum 9sortium. 
Amen. 

28. — (I-ol. 114). 

Missa pro evitanda mortalitaie, quam dominus papa Clenieus sextus con- 
stituit et fecil cum dominis cardinalibus et concessit omnibus audientibus 
ducentos XL" dies de indulgcntia, et quilicet audiens missam débet in manu 
sua tenere unam candellam donec missa fuerit compléta, et per quinque dies 
continuare dictam missam, et illa mors eis nocere non valcbit. 

Fin au fol. 114 v° a. La colonne h du verso ne contient que 
des exercices de plume. 

29. — Le Testament de Jehan de Meun (fol. 11 5-1 30 v''). 
— On trouve dans le Grumiriss der romanischen Philologie de 
M. Grôber ' des références bibliographiques qui permettent de 
dresser une liste de plus de quatre-vingts manuscrits de ce texte. 
On sait que le Roman de la Rose et le Testament .se rencontrent 
souvent dans les mêmes manuscrits. En dépouillant le récent livre 
de M. Ernest Langlois .sur Les Manuscrits du Roman de la Rose\ 
on peut augmenter cette liste d'une quinzaine de numéros. 

30. — Le Roman de Fauve! . Au verso du fol. 130, tout au 
bas de la première colonne, on lit la rubrique : Icy comence le 
premier livre de Fauvel. Au fol. 154 on lit : Explicit le second 
livre de Fauvel. C'est un des douze manuscrits connus de ce 
poème satirique, dont je prépare une édition critique. 

31 . — L'Evangile des femmes. — Tout au bas de la première 



1. 1 . II, I, p. 741 , note I. Dans le Catalogue des manuscrits français de la 
Bi ;u/ impériale de Saint-Pétersbourg, par M. Bernard, on trouve la 
mention (p. 175) d'un manuscrit du Testament qui n'a pas été signalé 
ailleurs. Mais je n'ai pas vu ce manuscrit. 

2. Trai<aux et mémoires de VUniversité de Lille, nouvelle série, I, Droit- 
Lettres, vol. vu, 1910. 



NOTICE DU MS. IRANÇAIS 2^\}6 llj 

colonne du toi. 154, où finit le second livre du Ronuvi de Fauirl, 
se lit la rubrique : Cy s'etism't riivangille des James. Cette 
copie, avec une autre copie inconnue, a été récemment publiée 
par M. P. Mcver dans la Ronuiiiia, 1907, p. i et suiv. Au 
même endroit on trouvera toutes les références bibliogra- 
phiques nécessaires'. 

32. — Série de dictons latins contre les femmes (fol. 154 
V" b) : 

Cjonus iiuilieris incotistantissimuni in nature tcmptationc, superbissimuni 
in materic clationc, cfirontissinium in mali aggresione, cfficascissimuni in 
altcrius subvcrsionc, impiissimum in injurie rogationc, pcrversissiniuni in 
danipni rcpuiationc, complacentissimum in mala convcrsatione. 

Adam prinius homo fcniina fallitur, [Fol. i))\ 
David et Salonion et Sanison jungitur, 
Magnus Olofernes vita destruitur, 
Esau Rebeca lurpiter fallitur, 
Puer Vpolitus in morte traditur, 
Joliannes Baptista capite plectitur. 

De atuore tnulicruiu. 

Amor mulieris excecat videntes, 
Potentes deponit, tallit sapieutes, 
Divites pauperat et reddit cgcntes, 
Fortes débilitât et deviat mentes. 

.•\mor mulieris lanbit hominem ut scorpius, pungit an imam ut serpens 
impius, destruit virtutesque sunt interius, ducit ad Tartara que sunt deterius. 

Mulier inflammat dum aspicitur, illaquerat dum alloquitur, polluit dum 
tangitur, inlerficit dum concupiscitur. 

33. — Versus defemiuanim conditioiiihus, par Adam [de Bar- 
king?|. — Au fol. 155 se lisent vingt-huit vers contre les 
femmes dont voici le premier : 

Femina vicit .\dam : victus fuit arbore quadam. 

La plupart de ces vers ont été imprimés, par M. Carlo Pas- 
cal -, d'après le manuscrit 3718, fonds latin, de la Bibliothèqu 



e 



1. J'ajouterai seulement que c'est M. Georg Cohn qui, en rendant compte 
de l'édition de M. George G. Keidel, a en dernier lieu essayé de classer les 
manuscrits de V Evangile des femmes {Archiv Jïir das Studium der neueren 
Sprachen und Literatureu, XCV'III, 1897, p. 182-201). 

2. Letteratura latina mediei'alc. Xn&vi sag^i e noie criliche, Catane, 1909, 
p. 107-1 10. 



228 A. LANCrORS 

nationale (toi. i8r')', où ils sont précédés de la rubrique De 
proprietatc fnninanim. Mais les deux copies ne sont pas pareilles : 
aux quarante-huit vers du texte de M. Pascal ne correspondent 
que vingt-huit dans le ms. 24436 ; dans ce dernier manuscrit, 
par contre, il y a quatre vers qui ne se retrouvent pas dans 
l'autre. Il est utile de citer ici les deux premiers vers du ms. 
5718, parce qu'ils forment le point de départ d'une hypothèse 
de M. Pascal concernant l'auteur de la composition : 

Arbore sub quadam dictavi clericus Adam 
Quomodo prinuis Adam peccavit in arbore quadam-. 

Nî. Pasail croit en effet qu'il s'agit de Adam de Barking, reli- 
izieux à Sherbonne au xuT siècle. 

34. — Poème français contre les femmes, dix douzains à 
deux rimes entrelacées (fol. i)5b-i56). — On sait qu'il existe 
une Ep\stlc des fcmes composée de huit strophes pareilles à 
celles-ci et imprimée par Jubinal \ Mais ces deux compositions 
n'ont pas de rapport direct entre elles. Le poème imprimé ci- 
dessous contient les lieux communs de la littérature misogyne, 
notamment ceux qu'on retrouve dans un Blasnie des James qui a 
été maintes fois imprimé^. 

I (Cy) voulez oïr un petit compte, Il dit c'on doit homme noyer — 

Le quel un clerc dit et raconte Avoir ne doit aultre loyer — 

5 Et pour voir le veult apoier ? 9 Ou pendre, pour plus faire honte, 
•Maint dit on fait de conte : Qu'a famé lait son cuer loier, 

De ce qu'a pluseurs amans monte Qu'a paine se puest ravoier 

6 Veult il sa langue desploier. 12 Cuers d'omme que famé surmon- 

[te. 



1. Le ms. latin 3718 (anc. Ashburnham-Barrois 270) a été décrit par 
L. Delisle, Calalo^u/ df s fonds Libri-BarroiSy p. 190. 

2. Ces deux vers se retrouvent, mais dans un autre contexte, dans le ms. 
Oxford, Digby 55, fol. 20. Voir P. Mcvcr, Docuwettls manuscrits de V an- 
cienne littérature de la France conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bre- 
tagne^ Paris, 1871, p. 179. 

3. Jongleurs et trouvères, Paris, 1835, p. 21-25. Comp. Xaetebus, Die 
nicht-lyriscl)en Stropljenjormen des Altfraniosischen, p, 118 (no XXX vi, 29). 

4. Sur les pièces contre les femmes, voir Romania, VI, p. 499 ; XV, 
p. 315, 339; XVI. p. 389; XVIII, p. 319. 

I 4 Corr. .Maint dit a il fait et maint conte Q) 



NOTICE DU MS. 

II Famé surmonte mainte gent, 
Donc il ne m'est ne bel ne gent 

I ) Qu'ilz cnsiucnt le surmontage. 
Je le dy pour moy plainemcnt 
Qui suy sourpris parfaitement, 

i8 Trop envis lioms a cuer ombrage, 
Mez la famé l'a si volage : 

( Fol. I S) fo) 
Huy va par terre, demain nage. 

21 Je ne voypour quoy ne comment 
Cuers de famé soit héritage : 
Il est trop fol qui s'i engage 

24 Que famé l'aime loialment. 

III Loyalment ? C'est folle vantance. 
Famé n'aime que [par] semblance : 

27 Trop bien dira qu'elle est amie. 
Loyal amant sont en balence 
Qui en leur parole ont fiance : 

30 De loialié n'i a de mie. 
Famé jure et se crucifie : 
« Mon cucr, m'amour, je vous 

(affie 

33 Que je vous aimgsansdecevance.» 
Ainssi cuer d'omme prent et lie : 
Il est trop folz cilz qui s'i fie, 

36 Puis qu'elle quiert d'autry pitance. 

I\' Puis que famé quiert le soûlas 
D'autre tenir entre ses bras 

39 Que celuy dont elle est acoinle, 
Soit ses maris ou ne soit pas. 
Je dy qu'il est chetis et las 

42 Quant il la tient mignoteet cointe 
Puis que de ly amer est fainte 
Et elle s'est a autr}' jointe. 

45 Je dy qu'elle ne l'aime pas. 

Elle est du feu d'amours espointe : 
Qui mielx la paume ly a ointe 



rR.\\ç.\is l^^-^C^ 229 

48 C'est cilz qui mains en a de cras, 

V Famé si est de tel manière : 

Plus l'amerés et tcnrés chiere 
5 1 Plus vous fera de fausseté. 

Par nature famé est doubliere, 

Cuer et pensée a trop ligiere. 
54 En famé n'a point d'amitié : 

Puis qu'elle n'a d'omme pitié 

{Fol. ISS '^'°h 

Qui elle a prins et enchanté 
57 Son cuer, et puis le giete arrière, 

Je dy par m'ame en vérité : 

Il n'i a fors iniquité; 
60 Famé est dou monde lahachi[er]e. 

VI Famé, se je l'osoie dire. 

De toutes bestes est la piere (sic), 
63 La plus fausse et la plus amere. 
(Qui) Plus a s'amour, plus a mar- 

[tire 
Qui nuit et jour ploure et soup- 

[pire : 
66 Cil ne l'a pas qui le compère. 
Famé si est nourrice et mère 
De fausseté, c'est chose clere : 
69 Qui plus y met (et) plus en cm- 

(pire. 
Famé desoit et filz et père 
Et leur avoir prent et appelle, 
72 Puis leur donne congié d'clire. 

VII Cilz qui [ce] dit il dit trop 

[bien : 
« Ris de famé c'est ris de chien », 

75 Quar premier rit et après mort. 
Trop belle chiere pour le mien 
Me fera, mez se je n'ay rien 

78 En elle aroy petit déport ; 



II 15 Qn't ilz. 

\' 56 Qui =: Cui ; le m s. a V abréviation de que. 

VI 69 cmpe — 71 riniejaiisse. 



2^0 

Le icmc iciic pour ic ion. 
Hn fnme a pou de reconfort 



8i 



El si a trop âpre Ifijien ; 
11 est trop ioh qui s'i amort 
84 Se tous jours ne puetdire « tiei 



Vni Finie est trop périlleuse besto : 

Le serpent qui a double teste. 
87 Qui niouli l'ait de detraction, 

N'est de mal fere si engreste 

Comme est la famé ne si preste. 
Qo Famé est de maie attraction ; 

Famé a grant cuer come lion. 

Me las, famé que ne li'on?[F. //6] 
q; C'est la foudre, c'est la tampeste. 

Qui famé croit il n'est mie boni. 

Famé par sa déception 
96 Maint cuer a fait triste et moleste. 



K. I.ANGIORS 

Marie, niere (de) Dieu, ancelle, 
102 -Mal (fustjli mondes d'Adam nés. 

Famé est deable couronnés. 

Famé est entTer abandonnés, 
105 Par traïson prent et appelle 

Les plus sages, les plus sénés. 

Il puet bien dire mal fu nés 
108 Qui famé tient a sa cordelle. 



1 '•. 



X Jaimg mielx sur moy que sur 

[autry 
Parler (que) puis que surprins en 

[suy. 
1 1 1 Si sourprint famé Salemon 
Et Aristote, or sunt ja duy 
Qui par famé orent maint ennuy. 
1 14 Je ne suy pas sans compaignon : 
Virgiles, qui fu sages hom, 
Adam, David et puis Sanson, 



(Maint autre dont ne say le nom) 
IX Famé art et point come estencelle. 117 Je ne me merveil pas d'autrv. 

He las, famé, dont n'est ce celle Qui famé lient en sa prison, 

99 Par qui li mondez fu dampnés? Tant soit sages, ne le pris'on 

5>e ne fust la Virge pucelle, 120 Plus c'on fait mon signeur Nully. 

35. — rragmcnt du Roman de la Rose (fol. 156), 54 vers 
qui corresjx)ndcnt à peu près aux vers 491 1 et suiv. de Tédition 
de Fr. Michel : 

LA DIFFINITION D'.X.MOURS SELONC CE QUE R.MSOK DIT A I.'.\MANT 

Amours ce est pais haineuse. 
Amours cTe^est haïne amoureuse... 

Fin (toi. 1)6 V") : 

Se tu le sius, il te siura ; 
Se tu le fuis, il te fuira. 

Explicit la diffinition d'Amours. 

Ce fragment n'est pas mentionné dans le récent livre de 



IX 108 Qui = Cui. 

X 120 mon signeur Nully est prut-rtre une désignation plaisante pour « xin 
onna^e Quelconque, sans importance ». 



NOTICE DU MS. I RANÇAIS 2.\.\-^6 23 I 

M. Ernest Langlois sur Les Mamiscrits dti Roman de la Rose. 

36. — Pièce contre les femmes. — Le bas de la première 
colonne du verso du toi. 156 est occupé par un petit poème 
satirique contre les femmes où chaque vers finit par le mot 
point avec sens ditférent. Les vers 6 et 7 sont biHés dans le 
manuscrit, et je ne suis pas sûr de les avoir bien lus. 

Se j 'avoye une fanie qui ' ne me mentist 

Et s'elle me tenchoit autrement que a 

QjLie deables l'em portas(cen)t et ne revenist 

Et s'ëusse une robe bien tallie a mon 

Et forgassc monnove c'on ne refussast \ point 

Et s'eusse oie qui ne me fviusisi 

Et (si) foutisse par tout et on n'en parlasi 
Et vesquisse tous diz et ne mourusse 
Je feroye tel chose que je ne ferav 

37. — Prière en quatrains, attribuée à Jf.han df. Meun 
(fol. 156 V"). J'ai d'abord pensé que ce poème pourrait être un 
fragment du Testament, qui est, comme on sait, composé dans 
la même forme strophique et qui finit par une sorte d'invoca- 
tion à la Vierge. Pourtant l'examen de l'édition du Testament 
et de quelques manuscrits inédits n'a pas confirmé cette suppo- 
sition. Mais l'attribution à Jehan de Meun de la médiocre 
prière que l'on va lire s'explique suffisamment par le fait que, 
dans le manuscrit français 2140 (fol. 74 v^) de la Bibliothèque 
nationale, elle fliit suite, sans nom d'auteur, au Testament de 
ce poète. Un scribe qui aura copié les deux poèmes, aura attri- 
bué, sans raison suffisante, la petite prière aussi au célèbre 
continuateur du Roman de la Rose. W. P. Mever veut bien me 
dire qu'une troisième copie, sans titre ni explicit ni nom d'au- 
teur, se trouve dans le manuscrit fr. 1807 (fol. 131). 

CY s'ensuit l'OROISOS' dUE .MAISTRE JEHAN DE MEUN FIST [Fot.I^ôl'^] 

I Roy des roys, Dieux des dieus, qui de ta deitcz \Fol. i )Vi ?•« l' ] 
Descendis en la Virge pour prenre humanité/, 
Si voir con tu es Dieus et roy de vérités, 
Daigne oir ma proife]re plaine d'umilitez. 



I. Le manuscrit a ici Fabrh'iatiori df que. 



2^2 A. LAN G FORS 

Il Dieu, si voir con tu es vcril6, vie ei voye, 

DetTent nioy du de.ible. qui souvent me desvoye, 
El jxir \,\ grani doulceur a tel chemin ni'nvoye 
Que m'ame eti p.iravï- ' ' vlere (.xcç voye. 

m Pcre Dieu, qui pour homme daignas mourir en croiz. 
IVffent moy du deablc, qui tant est Tel et froiz. 
Dieu qui es de doulceur fontaine, fluers ' et doiz, 
De l'oreille piteuse daigne oïr ' ma voiz. 

IV Dieu, qui tous repentans piteusement escoutes, 
A toy tourne mon cuer et mes pensées toutes, 
I>oulx Dieus qui de doulceur sourdoies < et dégoûtez, 
«îiir mon dur cuer dégoûte de ta doul:rur deux goûtez. 

V Dieu, qui ne \Tjelt que muire pecherres, tant mefnice. 
Mes qu'il se convertisse et qu'il vive * et bien face, 
Ains que mort me surprengne. piteux rois, par ta grâce, 
De ma vie amender temps me donne et espassc. 

VI Pères Dieu, qui pour homme prains s fourme humaine. 
Et *• conseil en ma vie, qui tant est vuide et vaine, 
Sire, qui conseillas Marie Magdalaine, 
Par ta miséricorde a bonne fin m'amaine. 

VII Piteux Dieus, piteux roys, piteux homs, piteux sire, 
Piteux en toutez choses plus que nul ne puet dire, 
Par u sainte pitié mon doulx ■ cuer si m'espirc 
Que toute humaine cure puist haïr et mespire. 

VIII Glorieux roy de gloire, hault sire glorieulx. 

Qui pour nous respandis ton saint sanc precieulx, 
Par ta pitié de moy daigne estre si piteulx 
Qu'entrer puisse en ton règne, qui tant est deliteux. 
Amen. 

38. — Prière à Dieu, par Gautier de Coinci (fol. 157), 



1. Ms. 2140 flucve, mj. 1807 fluns. 

2. Mss. 1807 ft 2140 entendre. 

3. Ms. 1807 scurondes, ms. 2140 sourondoies. 

4. Ms. 2140 c. en sa vie et b. f. 

5. Ms. 1807 preis, ms. 2140 pris. 

6. Afi.j8o7 mest, ms. 2140 mect. 

7. Mss. 1807 et 2140 dur. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 2.\.\}6 2^3 

2) alexandrins nionorimes ', dont voici le pitmiL-r et le der- 
nier : 

Doulx Dicus qui es sans fin et sans iniciiitn 

UN frit fUctus et stridor deutiuvi '. Amen. 

Cette pièce se trouve dans huit manuscrits : 

Paris, Bibl. de l'Arsenal 650, f. 166 (xv« siècle). 

— Bibl. nat. f. fran^;. 837, fol. 222 \-\ 

— — 15^3, fol. 263 b. 

— — — 2163, fol. 226 V". 

— — 23 1 1 1, fol. 3 32. 

— — 2^43^^ fol. 157. 

— — N. .icq. fr. 4510, fol. 77 v** b. 
Soissons, Grand vScminaire, 246. 

Elle a été imprimée, d'après ce dernier manuscrit, par l'abbé 
Poquet \ FJle y est, de même que dans les mss. 1533 et 2 163, 
la dernière pièce du recueil ; dans le ms. 23111 c'est l'avant- 
dernière. Dans les mss. 1533, 24436 et 45 10, de Paris, ainsi que 
dans celui de Soissons, elle n'a ni titre ni explicit. Dans le ms. 
231 II on lit en rubrique : Dilli' G[aulii'r\ a Nostre Sei^^ticur ; 
et dans le ms. 2163, en titre : Ilcni [= Oraiio] Galtcrus ad 
Dominion, et à la tîn : Explicit liber donmi Gnlteri piioris de F/, 
scripîns pcr inanns G///7/.{t7;///| luoiiachi Maurii^uiaceusis^. Auuo 

1. La comparaison avec les autres manuscrits permet de constater que 
dans le ms. 24456 il y a une lacune d'un vers après le cinquième. 

2. Gautier de Coinci a encore utilisé ce passage biblique dans le cinquième 
et dernier couplet d'une chanson pieuse (éd. Poquet, p. 389 90; Raynaud, 
Bibliographie des cJximotiiiiers français, no 1 546) : 

Pucele, en qui Jhesus De nous touz ne(n) voist nus 

Prit incarnation, En la grant arsion 

Envoie nous ça jus N'en la dampnation 

Vraie confession, Vhieritjktus 

Et se fai(t) tant lassus, Et stridor deutium. 

Par intercession, 

3. L'abbé Poquet, Les Miracles de la sainte Vierge, par Gautier de Coincy, 
i^)7> P- 7^3- — On sait qu« depuis la loi sur la séparation des églises et de 
l'État (1905), le manuscrit de Soissons a disparu {Rmiania, XXXIX, p. 269, 
note 3). 

4. Il s'agit de l'abbaye de Morigny, diocèse de Sens(L. Delisle, Cabinet 
des manuscrits, t. II, p. 585). 



"5 2 



234 A. LANGl-ORS 

Domiiii M'^CC^LX'' sexto. Dans le ms. 837 le poème est 
appelé Loroison dv la Ictauie. Ce titre s'explique par le tait qu'il 
tait suite à un autre poème intitulé Im Ictauic en français 
(140 vers, inédit). La leçon du ms. 857 est d'ailleurs très ditle- 
rente de celle des autres manuscrits, et probablement corrom- 
pue. — La majorité des manuscrits s'accordent pour donner 
une leçon presque identique à celle qu'a jadis imprimée l'abbé 
Poquet. Il y a seulement à noter qu'entre ces deux vers de 
l'édition Poquet : 

Par la très grant pitic, par la compassion, 
Que m'envoie a la fin vraie confession, 

les mss. 1533, 2163, 231 1 I cl ^)io ajoutent ce vers : 
Que de ta mère eus quant soufris passion '. 

Je ne suis pas en mesure de décider si ce vers a appartenu 
au texte primitif. 

39. — Les Heures de la Croix y en vers français (fol. 157- 
159 b) -. — Les Heures de" la Croix ont souvent été mises en vers 
français. En 1880, M. P. Meyer en a cité deux versions en 
français ' — dont Tune est celle qui se retrouve dans notre 
manuscrit — et en 1901 il en a signalé trois autres*. A cette 
liste il convient d'ajouter un petit poème mentionné par 
.\L Xaetebus sous le n° L, r (début : A matines voJeit Jhesuorer), 
ainsi qu'un texte du xiii^ ou du xiV siècle, en anglo-normand, 
qu'on lit sur un fragment de parchemin se trouvant jadis à 
la Tour de Londres, et actuellement au Public Record Office. 
J'en cite le début et la fin, d'après l'édition qu'en a donnée, en 
183 1, Samuel Bentley 5. 



1. Dans le ms. 24436 le vers est corrompu : Que de ta viere euJx que hi 
grant vu ne ion. 

2. On peut lire dans Mone, Lateinische Hyinueu des Mittelatters, t. I 
('1853), p. 106-110, les huit quatrnins latins que paraphrase le poème fran- 
çais du ms. 24436. 

3. Et une en ancien provençal (Dflwr^/ W Béton, p. cix et suiv.). 

4. Buttetin dt lu Société des anciens textes, 1901, p. 64 et suiv. Comp. 
E. Langlois, Les Manuscrits du Roman de la Rose, p. 122. 

]. Excfrpta Historica or Illustrations of Ençrlish History, p. 407-409. 



NOTICE ]^V MS. IRANÇAIS 24436 235 

Sire Jhesu, ky par toun doux playser 
A lioure de matynes voyiez suffrer... 

Fin : 

Qui ces matines sovent dirra 
Ja malement ne finira. 
Hee, ky les dyt c bcn crcyt 
Centz jours de pardon il reseyt, 
Hee, checun jour de an en an 
De l'apostoyle Urban. Amen. 

Voici maintenant quelques lignes du texte donné par le 
manuscrit 24436 (fol, 157) : 

Cy commencent les Heures de la croiz aus quelle/, le pape Jehan XXIJe 
donna .j. an et .xl. jours de vray pardon a quelconque/, personc qui par 
dévotion dira ceste office du mistere de la passion Jhesucrist. 

Pat ris sapienliii veritas divina [F. i ij h] 
Jhesus, qui es la sapience 
De Dieu le père glorieux. . . 

Fin (fol. 159 b) : 

Fay moy telle consolation 
Qu'en la fin m'ame soil sauvée. 
Amen. Amen. 

M. Paul Meyer a connu ce texte par le manuscrit français 
5661 de la Bibliothèque nationale '. Ce manuscrit donne à peu 
près le même texte que le nôtre. Il faut pourtant noter que la 
rubrique initiale du ms. 24436 manque au ms. 5661, et que 
dans ce dernier manuscrit il n'y a pas de vers latins cités, et 
que toutes les rubriques qui introduisent les différentes parties 
du poème sont en français. Le passage final que je viens de citer 
d'après le ms. 24436 se retrouve dans le ms. 3661 au fol. 7 r°. 
Suit dans ce dernier manuscrit, aux fol. 7 v° et 8 r", une 
prière en cinq si.xains rimant aahaab et très mal versifiée (début : 
JhesuSy ton incarnation'), à la fin de laquelle on lit ceci : 

Vostre humble serviteur Robert du Herlin. Fait a Tours i493- 

RONDE.\U [F. S f«] 
O glorieuse Vierge bénigne, 
Mère de Jhesus, fleur de noblesse, 



I. J'apprends par une note manuscrite que M. P. Meyer a bien voulu me 
communiquer que le même texte se trouve encore dans le ms. d'Amiens 201 
(f. 3-14). 



2 7;6 A. l.ANT.FORS 

uaràc ic roy cl u io\ ne 
El monseigneur le daulphin 
En paix, en joyc cl en lycssc 
\\i en u iir.ice sans fin. 
Anicn. Paier nosicr. Ave Maria. 

On voit par le p.iss,i^c cité, que le manuscrit actuel 5(-»6i 
(jadis déposé au musée du Louvre) a été otlert, en 1493, à 
Charles \'III, à Tours, par Robert du Herlin, personnage sou- 
vent mentionné à la fin du xv^ siècle. Hn 1470, Marie de 
Cléves, duchesse d'Orléans, le récompense de lui avoir pré- 
senté un recueil de ballades et de rondeaux. Hn 1481, il otTre à 
Louis XI un petit poème religieux intitulé Lf Povnukr de donl- 
ccur (B. N. fr. 2232) et il s'y intitule « secrétaire du roi nostre 
sire et du roi de Jérusalem, d'Aragon et de Sicile ». Il signe 
une poésie à la louange de la Sainte Vierge — dont un frag- 
ment se trouve dans une collection privée — « pour très 
haulte, très excellente, très puissante et très vertueuse prin- 
cesse et dame Anne, duchesse de Bretaigne et royne de ce noble 
et très excellent royaume de France, faicte par très humble et 
très obéissant ser\-iteur soy indigne, Robert du Herlin, secre- 
cretaire dalphinal de feu de bonne, très honnourable et louable 
mémoire le roy Lovs, qu'en gloire soit son ame, et depuis pou 
de temps, ains que la dicte louenge ait esté achevée, secrétaire 
du très crestien roy Charles, et de très excellent bon et ver- 
tueux et charitable prince monseigneur le duc de Bourbon et 
d'Auvergne, et d'autres princes defuncts. » F.nfîn, il fait pour 
Louis, duc d'Orléans — qui fut, à partir de 1498, Louis XII — 
une traduction du traité intitulé Injhioicia ccU (ms. fr. 2080) '. 
On a vu plus haut que Robert du Herlin ne dit pas expressé- 
ment qu*il soit l'auteur des Heures de la Croix en français, qui 
forment le principal contenu du ms. 5661, mais sans doute il 
voulait bien qu'on le crût : on sait combien était fréquent au 
moyen âge le cas de ces prétendus versificateurs, s'appropriant, 
pour le dédier à quelque haut personnage, un ouvrage anté- 
rieur. 



I- Comp. pour ce qui précède, L. Delisle, Calnuet des mauuscn'ts, I, 
9^, 120-21 ; III, V7-ï8, 543 : et A. Piaget, Martin U Franc, p. 1 50. 



NOTICE DU MS. FRANÇAIS 2^.\^6 2}-J 

40. - ABC PLANTEioi-iK (fol. 159 b- 1 60 v° b) '. C'est la 
dcrnicrc composition que contienne notre volume. A la lin il y 
a trois feuillets de garde en papier. - Cette poésie se rencontre 
dans six manuscrits : 

P^ = Bibl. de l'Arsenal, 3142, fol. 291 v -292 c. 

A = Bibl. nat.. f. fr. S57, fol. 186-187. 

Pj == — - 12467, fol. 63 v"c-64. 

5 = _ _ 12483, fol. 51-52 v°. 

A' — — 12581, fol. u I . 

// - — — 24436, fol. 1 59 b-i6o V*' b. 
De ces six manuscrits. A, X et P, et, à un autre endroit, 
comme s'il contenait une composition dirtérentc, /i, ont été 
signalés par .\l. Xaetebus-, Le rédacteur de ce dernier 
manuscrit a en effet supprimé le nom de l'auteur aux deux 
endroits où il se trouve et l'a remplacé au vers 219 par 
celui de (uinlicr île Roduhc. Je me demande si ce nom ne 
désigne pas l'homme qui a compilé le curieux recueil contenu 
dans le ms. 12483 \ Déjà jubinal * a vu que les mss. 1\ et 
F , étaient étroitement apparentés ; j'ai indiqué brièvement 

1. J'ai traité de poèmes abécédaires dans l'introduction .1 mon édition de 
VABC de Huon le Roi de Cambrai (Antiales Adulemiaf sciftitiarum Fennicae^ 
191 1). On peut ajouter que Guillaume de Deguilevillo a inséré dans son 
Pèlerinage dévie humaine (publié pour le Roxburghe Club par J-J. Stûrzin- 
ger, 1895, V. 10895-1 1 192) vingt-cinq dou/ains qui commencent successi- 
vement par les lettres de l'alphabet ; les deux derniers couplets commencent 
par les abréviations de /:'/ et de Corn — ce que ni l'éditeur ni M. J. E. Hult- 
man (G. de Dei^itiUi'ille, en studie i fransk liltetaiiirhistoria, Upsal, 1902, 
p. 177) n'ont compris. — .M. Roques me signale que dans le ms. H. N. fr. 
1595 des Trois aveugles de Compiègne, par Courtebarbe, au v. 156, l'un des 
aveugles porte le nom de Robert Planle/oli»' (Barbejlorie dans les trois autres 
mss.; la var. Planleflorie indiquée dans Bartsch-Horning, L. et litt. fr., 655, 
est inexacte). 

2. Die nicht-lyrisclh'n Strophenfornien des AUfraniosischen, p. 164, 
noLXXIII, 7, et p. 184, no LXXXVII, 26. 

3. Sur ce ms. voir p. ex. mon édition du Regret Nostre Dame, p. xn et 
suiv., et, en dernier lieu, A. Jeanroy dans les Mélanges inimolte, 19 10, 
p. 245 et suiv. (Les Cljansons pieuses du ms. Jr. 1248^ de la Bibl. nationale). 

4. Nouveau recueil^ II, p. 297, à propos d'une pièce imprimée d'après le 
ms. 428, supplément français [= fr. 12467] : « Lii même pièce se retrouve à 
la Bibliothèque de l'.Xrscnal, ms. 175 B. L. F. [= 5142], fol. 284 ; la minia- 
ture y est reproduite dans le C initiale. » 



2VS 



A. I.ANT.rORS 



le rapport de ces deux manuscrits'. Les manuscrits // et A' 
remontent indubitablement à un modèle déjà très corrompu. 
Voir les variantes des vers 8, i |, y\ (déplacé), 67, SG, 89, 109, 
162 et 164 (inier\'ertis), etc. B s'accorde souvent avec HX 1;\ 
où A Cl P(c*est-à-dire I\ et I\)om la bonne k\on : p. ex. aux 
vers 9, 92, 94, 104. 14 5. Il est plus difficile de dire si A doit 
être considéré comme donnant une le^on plus correcte qu'aucun 
autre manuscrit.il donne souvent une le^on qui est différente de 
celle des autres manuscrits (p. ex. aux v. 2, 41, 75, 128, 135, 
193), mais il n'y a qu'un seul cas où on soit forcé d'accepter la 
leçon de .-/ contre celle des autres manuscrits : c'est le vers 209 
(^Cotntnrnt que f aie eu ma jouvcutc Ma vie joJemcnl metiê) où tous 
les autres mss. omettent r;/, taute qui peut pourtant s'expliquer 
comme une f^iute commise indépendampicnt par plusieurs 
copistes, quand on voit le contexte. Pour savoir si A doit être 
considéré comme supérieur à tous les autres manuscrits, il fau- 
drait décider s'il vaut mieux lire, aux vers 41-2, avec A : 
Dame y en qui grati;^ lyotile:;^ abonde, En vous se doit on déporter y que 
de lire, avec PX : Dame, dou grant bien qui abonde En vous se 
doit on déporter y ou bien, si, au vers 193, il f;iut lire, avec A : 
Zaeharies sot de clergie, et non pas avec PX : Zoroas sot d'astro- 
nomie (// a Zoroas -y il s'agit sans doute de Zoroastre). Mais il est 
difficile d'en savoir rien de certain. J'introduis à ces endroits 
les leçons de PX au texte critique et je considère que P et BIIX 
sont deux groupes indépendants entre eux et par conséquent 
d'égale valeur. La filiation des manuscrits peut être représentée 
par le schéma que voici : 



no 



p3 B H 



La graphie du texte critique donné ci-dessous est celle du 
ms. P 



I. Seuplnloîoiiiiilx MttUiluugen, 190J, p. 119. 



NOTICE DU MS. 
Ll AlUl PiANTHOlll 

I Ce disi uns cltTS Plantefolik 
Qui nioui a lonc tans folie : 
EXrs orc a bien faire colic, 

4 Ht si i a tant colïé 

Que la Virge neie et polie 
L'a si oint et enolié 
Qu'il a trouvé rime jolie ; 

8 Son cuer en a amolié. 

11 Aniolis doit bien li cuers estre 
De celui qui le dit savra, 
Qiie ja de vanité terrestre 

12 Un seul mot parlé n'i avra, 
Mais de la mère au roi celestre 
Qui pour nous la mort endura : 
IVrcié en ot le costé désire. 

i6 La rime commence par A. 



IRANÇAIS 24436 



^39 



111 j\ si est li commencemens 
De la rime que je vueil faire. 
Ne sai quels est li finemens : 

20 Tant qu'il ieri fais m'en covicni 

(taire. 

Mais irestous mes proposemens 
Kst en proier la debonaire 
Que seur cliascun des elemcns 
24 Me laisse quatre vers retraire. 



IV 



Bc 



►onement vous vueil de- 

[ proier, 
Dame, que vous vueilliez res'oivre 
Ma proiere et moi ravoier 
28 K'anemis ne me puist deçoivre : 
Meugier ni'.i f.iit por desvoicr 



Tilte. Diitis ,-/ on a inscrit au XlVf siècle, d\iprès Vexplicit : L'ABC Plante- 
folie, l^s mss. P couimniceut fhir C'est l'AHC Plantefolie. Dans X ou lit : Ja 
finent les Kvanp;iles saint Jehan. Ci après est une prière de nostre Dame. Dans 
B la pièce est intitulce {fol. ^7 /') ; Un ditié de nostre Dame. Dans H il ny a 
pas iVincipit. 

I Ja dit H — Déguerpir vieut mélancolie /i - 2 Q. m. sovent a foloie A ; 
.j. clerc qui ml't a colle B\ Q. a ml't lonc temps folie // ; Q. ml't lonc tens a 
folie -V; foloie P — } cstudie H — Des or vuet amander sa vie A' — 4 coloie 
AP — Kt si a ja tant colie (coloie A') BX ; Si a tant merencolic H — 5 et 
manque B — 6 enoint et oloie.-/ ; oint et en oliie P ; oint etenoloie P^\ oint 
et ennolie B ; oint et enoillie // : oint et humilie X — 7 polie P — Trouve 
en a rime j. ^ — 8 amoloie AP — Tant a s. c. a HX. 

9 Amolied. le cuer e. B\ Amolliez d. li cuers e. HX — 10 ledit trouva P \ 
cest dist saura B\ ce dit saura H\ ce dit dira X — 11 Quâr JiHX — 12 parler 
ni orra A — 15 Mes de la virge au A ~ Fors de BH — 14 la manque If — 
compera HX — i > costel X — 16 r. en c. //. 

17 Ace est P — lancommancemans A' — i8tere A — 19 en P.^ ; ieri /' est 
manque H — 20 Quant il ert fe/ me c. tere A — soit HX — 21 tous {vers 
faux) H — 22 Met en la virge d. B — en deprier {v. faux) H — 25 Q. deseur 
chascun clément B — elimenz A — 24 Men P ; Mes // — quatre mos B ; 
chascun ver .V. 

26 que me v. .V -- veilies r. B ; vuilles recepuoir // — 28 décevoir H — 
29 Péchiez ma fait mit d. A' 



240 1 

Povhics amers, noirs comme poi- 

(vrc. 
Dumc, ne me puis ravoier 
52 Se de vo grâce n'ai a boivre. 

V v.>ounoise. dcbotuire et franche 
Plus que nus hom dire ne sache. 

. i moi fenne crcanche, 
56 Que li anemis me menachc : 
En mon cuer a plante^ lel branche 
De pechic qui mon cucr enlache, 
Se je n"ai de vous secoranchc, 
40 Bien sai que en enfer me sache. 



VI Ly.îme. dougrani bien qui abon- 

(de 

En vous se doit on déporter. 

Pour ce vous pri, pucelc monde. 
44 Que vous me vueilliez conforter. 



L.\N(..lA)Ks 

Que Tanemis ne me confonde. 
Qui ne me cesse d'enorter 
Les ordures qui sont cl monde ; 
48 Tant en ai fait nés puis porter. 

VII H, Dieus, comment les porter.ii ? 
Qui m'en dira la xcxhù 
Des péchiez que fais avérai 

)2 Par orgueil, par iniquit»^? 

Obédience prendcrai , 

F'acîence et humilité ; 

Ces trois en mon cucr planterai, 
$6 Si avra Dicns ^c moi pité. 

VIII raille a ton hll, merc a ton perc, 
Qui portas la sainte porturc, 
Ne suefre pas que je comp.;re 

60 Les péchiez que m'aprist nature 
Ne que ja en mon cucr n'apere 
Maus ne mauvaise norreture : 



50 Pechie amer noir B — P. plus a. que n'est p. P\ Pechic qui plus est 
noirs que p. // ; Qui est a. et n. corn p. X — 31 mcn p. P — J2 Se de 
vostre gr. ne aboivre H. 

3J Donne (Donnez H) moy faire penitancc HH: E. moi ferme espérance 
X — }6 Car PX — Car lancmis trop me m. // — 37 ai X — cucr a ferme 
tel B: corps afferme celle H — 58 Du«i p. A — qui mon corps e. H ; qui le 
cuer me lâche fmanlache A') ^A' — 59 de toy B — 40 quen e. est (\cn H) ma 
place HX — B. croy quen e. icrt ma place B. 

41 D. en qui granz bontez ab. ..4 ; D. ou tous grans bien habunde // ; D. en 

o-jî treious biens habunde B — 42 conforter X — 43 proi A ; prie H — Car 

icstcs pure et m. A* — 44 Q vos nos v. A' — 4 5 Q. li venins ne A — 

ne nous c. A' — 46 ne nosc. A' — de noter B - 47 Des HX — au P ;A' ou 

H ;u B — 48 noi? — fait que ne les p. p. //. 

io E c. men déporterai /f ; Et c. vrai dieu fineray B\ Et vray dieu comment 
y H ;E \Tais diex commant poncrai A' — s ï t)cs p. q. je fait aroi (?) B ; 
;;vs ors r». eue je fait ay f/;Tous les p. q. faiz aurai A — 52 P. orgueil et p. 
vanité ; >? O- je prendrai B ; La doulce dame serviray HX — 54 Qui 

plaine est de nobilite HX — 5} Grant CEt A) obédience prendrai HX — 56 
Et d. a. de m. p. P : Pacience et humilité HX. 

i8 porteure A* — J9 soffrir A* ; vculle B — 60 Le pechie /' — 61 Ne ja mes 
en A — mon corps (cucr B) a. BHX — 62 Mal PH — De pechic lordc 
'reture B. 



NOTICE DU MS. l R.\NÇ.\1S 24436 24 1 

Kspurge moi si que ni perc Hc, dame, qui n'ies pas vilaine, 

6\ Ne la plaie ne la cousiure. 80 Gctc l'en fors, si m'en descombre. 

IX Olorîcusc virge pucele. XI J e ne sai que je dire puisse 
Qui par la grâce tant fesis Ne eu quel lieu je soie aillans. 

Qpc la lumière et l'esiincelle Pechie/ me destraint et anguisse, 

68 De loui le mont en toi mesis, 84 Qui vaut pis c'uns rasoirs taillans. 
Douce dame, ja ies tu celé Pour ce est drois que je vous ruisse 

Qui par humilité desis Merci, debonaire, vaillans, 

Que tu estoies Dieu ancele ; Or je ne sai ou je la truisse 

72 Onques de riens ni mespresis. 88 S'a cest hesoing m'cstes faillans. 

X ilaute roynechasiclaine, XH IVi porroit ore trouver mire 
En cui li sains Hspirs prist ombre, Au monde qui saner pëust 

De tantes bontez estes plaine L'ame qui sa santé désire? 

76 Que nus hom n'en set dire nom- 92 Ja nus ne s'en amentèust : 

(bre. Se ce n'esioit li souvrains sire 

En mon cuer a mis une alaine N'est nus qui faire le sëust, 

Anemis qui mon cuer encombre. Ou sa mère, qui est sans ire, 



63 E. men si P — Ains mespurge // ; Ainz me purge A' — Mes purge 
moi si qui ni p. IL 

66 tans H — feis .-inff - 67 la clarté HX — 68 meis ABHX ; euis P — 
69 D.d. nés tu pas c. B\D. d. tu es icelle // — 70 par thumilite A deis 
ABHX — 71 e. de dieu a. H — 72 rien A ^ ne m. P — mespreis ABHX. 

73 Ha douce dame ch. A : — 75 tantes vertuz A; tant douceur B: tant de 
prière (?) H — 76 puei P — ni set mètre n. A — nus nen scet (puet A') d. 
le n. BX — 77 corps HA' — ai A' — cuer atîermc une 2. B — 78 Le (De X) 
pechic qui le c. mencombre BX — 80 le hors B — fuer X ; si len d. AH. 

81 que je doie dire B — 83 Quar douleur me destraint et ire B — 84 Q. 
p. V. que raseur t. B ; Q. est plus cuns r. t. P ; Q. plus art que r. tranchans A'; 
Q. est plus aigres que rasour(?) t. H — 8$ ruise A — Pour ce vous pri que 
je vous puisse B; P. cee. raison que jevous truisse // — 86 Trouver d. B - 
Franche damoisellc (debonere A') et v. HX — 87 le truise AH: vos tr. A' — 
ou grâce tr. B. 

89 Li /f — Kui (Ki A') p. dont trouver .j. (nul X) m. (miere //) HX ; 
Keray (?) ou trouveroil on m. fi — 90 savoir A — En tout le monde qui 
scust B; Ou m. qui sauver sen seust // ; El m. qui sauver seust A' — 91 sa 
manque BH — sa merci d. A' — 92 Nest nul qui faire le seust (peust X) HX ; 
Ne qui faire le peust B — 93 Se nestoit le souverain mire fi: Se ce nest li 
soverains sires X — 94 Qui pitié et (ou H) merci en (en manque B) eust 
BHX — 9) Des pecheours et sans i. fi ^ Ou sauveur qui H. 

Komamia, XLl . 16 



-4- ^- l.A\l.lORS 

q6 Je par lui grâce en cust. 



quAui n jugcnicns wutà 
Que Dicus mousicrrj m sambUn. 

|cc. 
v^uc «.uo^wun uc nous couvcnri 
loo Regarder le coup de U bnce, 
^ pcchierro que devcnra 
v^ui icri pcsc;. en la balance ? 
Ja nuis dcnl'er ne rcvcnra 
104 Ne trouvera ne pont ne plancut. 

XIV iVlar acointames Tcsbanoi 
De cest monde ne le deptirt, 
Car, a ce que je dire en oi, 

U18 II n'i t fons, rive ne port : 
En pcchié, dame, pie^a noi. 
Prie a ton fill qu'il m'en dcpon 
Que 1i anemis plains d'anoi 

1 12 En enfer o soi ne m'en port. 

XV ^ c m'en portera niic ainsi 



Anemis. qui est plains dcnvic. 

Or la virge au cors a^cnsi 
116 Si a m'ame en sa main ravie, 

Acheti^ m'a eiacensi. 

Dont mes cucrs a joie et envie : 

Ser\'ir la doit de cuer pensi 
1 20 Ma chars tant com cle iert en vie. 

XVI \_Jr ne argent ne doi doner 
A celé qui acensi m'a, 
Ht si me doi tous jours pener 

124 De li servir, car le don a 

Oc tous les péchiez pardoner ; 
Ce dist cil qui le dit rima : 
Je doi bien joie dcmcncr 

125 Pour la dame qui gari m'a. 

XVII X'^ucele digne, gloriouse. 
Qui as piez Dieu volsis plorer, 
Tes tieus rcs'ut mort dolcrouse 

1 52 Pour la pomme que dévorer 



96 ly // — li ^î. eiiii A - Par toy de gr. les peust B. 

99 Et ch. fi — ICI Ly //; Le BX — 102 Q, p. ert en A csi //A 103 
lomcra .4 ; ristera A' — 104 Quil ne (ni A') trouvera p. ne pi. J9//A'. 

loî Mal BH- acointasmesP,// — le dosnoi I^X; le tornoy B — 106 ce ^ 
— De ce monde (mont //) et le grant d. P Hn ce m. A — 107 Quar en ce 
H — je »r • • ■' B — 108 fons ne r. // — 109 Ma prière dame quar ennoy 
(or eti oi A; iiX — 1 10 me d. B — tresport H — m desmoy // 1120 
lui iï — O s. en e. ne A' — En c. avecques soi //. 

11; pas ainsi BHX — 114 Lanemi BX — 115 la bcle B \ la dame A — 

" •■ Qci P ; ragensi B — 116 A prîs mame en sa main brunie A; A marne de sa 

., ,-„~r.j^ ^Qrs A) ravie BHX 117 Racheté BX - rasasi ^ — 118 Dont 

( . w .. ..,, m. c. en j. navic BHX — 1 19 len d. /' — doi A — c. joly H — 

120 est H — Mon cors t. c. il B — Tant com mes cors sera en v. A. 

121 donner PBH C)r et a. doit on d. B — 122 A celi À ; Por ccleA — 
acensac J : assesi B ; racheté X — 12} tous dis P — Mes tous j. me doy mes 
p. B; Mab je me doy forment p. //; Ainz me doi ml'l forment p. A— 124 la 
t ftff 1..; 5. p^ — que le don a P^ ; quelle dit ma //; qualegic ma A — 125 

;. w ^- et H — pardonner PBH — Mes p. ma fait p. A — 126 ce dit r. 

f^ffX — trova AX — 128 P. la virge P; P. la bcle BH — qui mon cuer a A. 

;29 P. douce g. >#; P. virge précieuse B„ P. virge g. // ; P. d. précieuse 
A - i)o Q, a piez d. ^ /^.nr.r fi 131 vos f. P soufri A C)u dicx r. 
m. précieuse A. 



voTirF ni' MS. 

Fbl Uyablc AJ-mi cl s c:»jk)us*; ; 
Si con c'est voirs vous vucil orcr 
Que m'aine soit tous dis jalouse 
I î6 De loi servir et lionnorer. 

WIII CJuel loier el quele mérite 
Avroni cil qui vous serviront? 
Avocc le saintisnie l^speritc 

140 l'n pardur.ible joie iront; 
Mais li bou^re et li heritc 
Ht cil qui vous déguerpiront 
Hn porteront lor clurtre escriie 

144 Hn enfer quant départiront. 

XIX l\oyne, dame, tlor de lis. 
Bien sai qui celé clurtre avra 
Repos iert sus entlammés lis ; 



IRANÇAIS 244 >^ 243 

14» Autre repos i amc n avra. 

Mais li cors qui s'iert luimelis 

Ht de cucr servie t'avra 

.\ra joie, fesie et delis ; 
152 Ainsi to/ lûns Pâme vivra. 

XX Oe- j'ai ton chier fill corroucic. 
Dame de irestous biens garnie. 
Va deables a en pechié 

i $6 Ma char et lavée et baignic, 
Pour ce s'il a le cors blecié 
N'a il pas l'ame gaaiguie, 
Car tu m'avras lost adrecié 

i6<> Ht mené en ta conpaignie. 

Wl 1 u es royne et prioressc 

1)»)U bien ens,iignier et aprendre, 
Tu es la souvraine lecsse 



155 F. deables adam sespeuse A ; F. adam que son espouse H; F. deables 
adam a sespousc A' — 154 voirs vueil aorer .-1 ; voir te vcul ourer B; voirs 
te vucil rouvcr A' - Si come cest voir vuil prier // ourer /*, — 15s to/ 
dis joieuse A ; ades jalouse P ; bien désireuse H ; tous jours jalouse //A* — 
! }6 vous PHX. 

1 57 l. ne A — 158 te B — 139 la P Aveques le saint e. B, Avccques la 
s;iinte e. H — 141 Mes tuii V\ A 142 te ^ — 143 Lor ch. en p. e. PHX. 

14) R. rose BHX — 146 que // - 147 K. ert feus et flambe lis A ; FI feu 
denfer sera ses lis B , R. en feu el flambe enlis //;Feu liert repos et flamme et 
lis A' — 148 A. r. ame A ; A. r. same B ; A. déduit soname H —149 Mes se 
li c. scst h. A ; Mes celi qui est h. B\ M. li cuer A' — qui est h. HX 
1 50 s. vous a .•/ ; — Ht qui de cuer servie laura H ; Ht qui bien servi vos aura 
A' 1)1 et tuouqtu P - Joie solaz f. et d. A \ Sera en j. et en d. A — 152 
A. lame se déduira /^ ; Ja tant souhaidier nen sara B. Aulire déduit same 
naura H ; Con sarme dou cors partira X. 

1S3 douz filz /r. filz chier // 154 1). d. tous grans b. g. //— 15s Ht 
dyable ont empeechie P ; En folie ne en pechie B ; En malvaistie et em pechie 
H ; Ht en ordure et en p. A' — i $6 est H — Le preitiUr et mauquf X Ma ch. 
me fai nete el b. fl — 1 57 Sanemi ma le (a mon X) cors bl. BX — 1 58 Pour 
ce na (nesi .V) pas lame g. BX -1)9 Que A — lu laras B redrecie H — 
C. tost me rauras a. A' — 160 sa .4. 

161 et maiu\xu B — princesse X — 162 lA:> biens A ; Du mont B — Du 
monde (mont .V) ce de von nous entendre HX — 165 as // — Tu es souve- 
raine déesse P ; Tu ies soveraine I. X. 



244 



A. l.ANGIORS 



164 Don mont *c Jcvon*; no< cntcn- 

idrc. 
Pour ce vouspri, sainte duchesse, 
Que N'ousni'.imc viuilUcr delVen- 

\^rc 
Contre r^nenii qui ne cesse 
l6^ Dou cors caiticr nor l'ame pren- 

(dre. 



Pour ce vous pri, d.uue, sans 

|douic, 
S'onques nus prier vous osa. 
Que vous nous getcz de l.i rouie 
i^î î '.Miemi qui sorpris nous a. 

.\\1\ 1 sayes prophétisa, 
Danie, le saint avènement 



De celui qui nous baptisa, 
XXII Vous estes la mers qui avez >^^ Ht après le bapiiscnient, 

I>cl mont cl le port et la rive, Si com c'est voirs k'eufer brisa, 

Vous estes ccle qui n'avez Nous faciez vous delivrcment 

172 En despit povre ne chaitive. De* l'anemi qui souzpris a 

Puis que tant soustenu mavez 192 Le* mont par son enchantement. 



El vous voulez que je plus vive, 
Si m'espurgiez et me lavez 
176 Dou pechié qui en moi csirive. 

XXill xVpieniez sesbahisi toute 
De la grant clarté k'en vous a, 
Car onques n'a voit vcû goûte 

180 Quant Dieus en vous se reposa. 



XW ^oroas sot d'astronomie 
I:t des SCI sciences la fonde 
A son tans, et je n'en dout mie 

196 Que ja nus de ce me confonde. 
Mais je ne cuit qu'il pêust mie 
Ne trestout cil qui sont au monde 
Dire la moitié ne demie 



164 Du monde ce de von nousaprendre H ; De nos ansaignier et apr. A' — 
i6> le proi s. ducesse À — 166 Q. tu mame vueilles d. //; Q. v. vcuiliez 
marne d. B ; Q. mame vous vuilliez d. //; Q. noz âmes vueilliez d. A' — 167 
Envers H — De lannemi qui ne nosc. A — 168 De moi g. A ; De nos g. A. 

Lej vers tô^jo niiinqtunt à A. Ditns H, V ordre des vers est celui-à : iji 
17.2, /6y, /70, 77/, «/c. — 169 V. e. celé q. a. liH — 172 Hn viltc A — 
chetif ne ch. H — 174 Se vous .-/ — vous veilliez B ; vous vuillcs // - 175 
roc purgies BX — 176 De p, JB; De lannemi A — q. vers moi .r^ ; q. o 
mo\- P: oui a moy H ; qua moi A. 

17- - --/ — 179 C. pieca À — 181 proi s. nule d. A ; p. plaisans s. d. 

P — 182 hom pr. B — protcr A — 183 vous me P. 

Les V. t^t-2 manqumt à H — 186 le douz a. A - 187 vous APX — 190 
Me f. P — Si nos f. d. A - 

19} /U>zoas // — Zacharics sot de clergie A; Zorobabel dastronomie B — 
194 Des .Nij. $c. sut la fonde H — 19$ t. nies je A — Sut grant clerc fu je 
ncn d. m. fi. Mais a son t. jencn d. m. //; A s. t.quil estoit envie A - - 196 
Q^ar B ;— ja mabdc P — Q, ja de ce nulz ne me c. H .Soi meillor clerc en 
tout le monde A' — 197 Et si ne croi qui! scust m. B ; Que de son sens y p 
m. H; Mais sachiez que je ne dout m. A — 198 Ne tout cil //;ct A ; ou B 
M H — Qpe il ne tr. cil dou m. A — 199 Puissent la A — m. non de mie B ; 
m. non La demie H. 



NOTICE DU MS. I-RANÇAIS 2 | H (^ 2.j5 

20O De la bonté qu'en vous abonde. 212 ï.i yuui tc m .u je tant penc 

....... 7^ Q"<-' 1^' ^"> entrez en la sente 

aX\ I ^ por ce que tant en j a /-. • . 

,^ ..' ^ , Qui m avéra tost assené 

Des biens en vous, pucele sage, » 1 • ,. 

e. ,. , JL " A la virge qui porta 1 ente, 

Si com 1 ancele senefia , ,^ . ^ , . ' . . 

^ . , 216 Par cui tout bien sont ordene. 

204 Qui vous aporta le message 

Quant il dUt : a Air Man\i, wx-m - ^ 1 

... ,, . \\\ lil i,i^i, por ce qui; tel son a 
Li sains lispirs en ton cors nacc », „ . ^ . 

., ... . . hu escripiure comme Ictre, 

Pour ce II miens cors s oiria , ' . 

^o à. ri Pian TFKoi !F. raison a, 

208 A vous servir et faire nomade. ^ . «^ . 

220 hn son ABC le volt mètre. 

XW'II Omciu que ) aie en ma jou- Cil Damedieus qui le don a 

(vente De tous péchiez a noient mètre 

Ma vie t'olement ment-, I^i Longis sa mort pardona 

Bien est drois que je m'en rc-jx-ii- 224 Nous vueille vrai pardon trame- 

(te, ftre. 

Explicit li .\BC Plastefolie. 



200 Des grans biens qui en H ; Dire dou bien quan .V. 

202 De bien A — v. courtoise et s. B - Du bien en v. courtoise et s //; 
En vos dame cortoise et s. A' — 205 Ce que langele A ; Quant li angles A' — 
Sy con langel le segnefia H — 206 en vo c. X — 207 sotroia f, B — P. ce 
mes c. si otroia A' — 208 A toy B ; Hn vous H — s. por f. A'. 

209 Combien H — en manqiu PliUX — joenccc /* — 210 Ft mon 
temps f. m. H \ .\u siècle f. m. X — 211 me r. AHX — 212 I:t p. ce me 
sui t. p. BH \ Ht que tant me soie penez X — 213 Car X — Que je me sui 
mis en B — 214 amené A — Q. t . mara bien assené (assente //) BH ; Q. t. 
me raura assené X — 21$ Cest la v. A' — 216 tuit b. s. assené A — est B — 
Suit dans B celte stroply interpolée : 

Point fu ton cucr amèrement Titre après son trespasscmeni 

Quant tu veïs que ton cliier tîlz l^scrist Pilate le chetis 

Point fu si angoisseusemeni Ou virent tous communément : 

4 En la crois ou f)Our nous fu mis. 8 Ici est Jhesus roys des Juis. 

La dernière itroply nuuquc a X — 217 'liire p. // — Et por ce q. telc 
forme a A ; Ft pour ceq. plus en y a B — 218 En e. plus quen \. B — lettre 
APH — 219 Gautier de Romme r. a B(cn marge, note de Achille Juhinal : 
Nom de l'auteur) — 220 Quen BH — vieut B — 221 C. d. CJhesucrist B) q. 
pouoir a BH — 222 De toz les p. en pes m. A ; Tous noz p. a n. m. H\ vers 
presque entièrement coupé dans B par le relieur — 22 3A I. B; El al. H — 
pardonna PBH. 

B et H finissent par Amen. Dans les mss. P il n'y a pas d'explicit. Dans X 



2^6 



A. LANGIORS 



INDEX 



lire O*ocmc — latin), 2i6. 
•»/. 357. 
V* IJc Hârking]. 2:7. 
. 2l6. 
Aksact ^Hartclcnû). a 18. 
.liv \hn\i, parjphrasc en vers fran 

çais. : 
— pjrodte en vers tran«^ats. ii2. 



JFHAK DF MaNI>FVII.I.B, 20g. 

JKHAN' DK Mf.L'N. .lutcur du TfStilttinit, 

226. 

— auteur du Kotnati Je ht Kosf, 230. 

— prcMcndu auteur d'une prière en 
quatrains. 2p. 

Ifhan La Massk, 2i>6. 

JuiAN Le MiRF(Note -sur — ). 220. 



■ftv mans striia, paraphrase en vers Grakdrif ((.laude de), 207, 216. 



français, 214. 
Bautuf-MI Auxaut, 218. 
Caumost ^^ de), 208. 

CUudc de URANDRUE, 20J, 2\t. 

CUt Ktyniologie » de), 215. 

Com^ .216. 

C" . .j .......viî en latin, 216. 

/'.-. 'M JAnioun {I^i\ fragment du 

Rctnan de la Roi/, 250. 
DturnU di saint Paul en enjer^ en vers 

fraosais. 210. 
p.. f^ffi^fi beats Bernardi, 21 >. 
/ > des fetnmes (L'), 226. 

/ ; Roman d/), 226. 

l'eminarum conditionibus {De), 227. 
Fcmmcs(Pièces contre les — ), 22^^ ' 
Gautiei de Coinci, 2^2. 



Maison de Sapience (La — ), en vers, 

221. 
Missa pro evitanda nioitahtate, 226. 
Ogihr dk Calmont, copiste, 20X. 
Parties d'oultre mer {Le Livre des — ), 

par Jfhan de Mandeville, 209. 
Pater, commentaire en latin, 216. 
- parodie en vers franjjais, 212. 
Paul (Saint), v. Descente. 
Philiherti {l'isio), en frans'ais, 217. 
Plaisir de boire(Vcrs latin sur le — ), 

213. 
Plantefolik, 257. 
Prières à Dieu, 231, 232. 
Robert du Heri.in, 235. 
Rose, Dit de la —, 209. 
— Rotnan de la — , 230. 



Galtier de Rovp. prétendu auteur Rfgrès Kostre Dame (Lf), par Huon 
de V ABC i lie, i^-j. LK Roi de Cambrai, 223. 

L_ ,uc5bnJlésâBcme(Docum.»it^ Sainte Vierge (Prières à la), 209, 214, 
cooccmant quatre), 211. 217-20, 226, 235, 237. 

Heurei dt la Croix llji — "^ en vers Sixains (Poésie pieuse en — ), 224. 

français, 2 34. Tabula jidei christiane, 2 1 6. 

Huov IF Roi de 'Cambrai, 223. Teitament (Le), par Jehan de Meu\, 

Imn Conception (DocnmrnT*; 226. 



conccTî.-jr: V ->. 214. 
jean-B latins en l'hnn- 

ocur de — ). 22;. 



Thibaut d'Amiens, 217. 

Viun pl'ilV'.iti . en français, 217. 

A. LÀNGFORS. 



on lit : Hxpiicft la proierc que Plantefolie fist. Ht ci commance la devisions 
•' - de Champagne. Cest la mémi listt qu'a publiée, d'après un 
rr te trouvant a possession, M. F. lid. Schneegans dans les 

•nottc, /9/0, p. 64t. Comp. aussi le ms. B. .V, fr. .f/2. 



SUR Li: tk.\iti:mi;\t 
m- ./ +- )'()/) i-.\ \ii;iL i-sPACA'c^i 



A première vue, le double traitement de a-\- \oJ en castillan 
n'est pas absolument clair. Le dernier ouvrai^e où cette question 
de phonétique ait été soulevée est le récent manuel de Si. |. l). 
M. Ford '. Selon M. Tord (pp. x-xi et xxii) lorsqu'un u a été 
immédiatement suivi d'un yod^ attiré ou non de la svllabe sui- 
vante, « il a pu » se fermer en <% et la diphtongue f/ ainsi pro- 
duite s'est réduite à e en castillan : laicum le^^o, basium k'so, 
sarta(g)inem sartéu. — Une consonne palatale, vocalisée en 
/ après un a, aboutit au même résultat : fa c tu m fei}x\ axe m 
fxe. — Au contraire un simple yod latin ou les groupes f//, ,^/, 
réduits à /en latin vulgaire, laissent subsister sans changement 
la voyelle a qui les précède, et « peuvent » demeurer eux- 
mêmes sous forme de v : Maium Ma\o, radium ra\o, *pla- 
i^'ia (^laya. — En syllabe protonique initiale, le traitement est 
analogue: *masionem mestSti, *variolam v. esp. veritehy 
m a X i 1 1 a m mexilla , j a c t a r e echa r , etc . 

Je ferai à ces formules un double reproche : d'abord elles 
négligent des cas imponants tels que*aio/;<', *pla ttea />///i-/i, 
siagnum, estaho, etc., ensuite elles laissent trop de vague et 
trop d'arbitraire dans les définitions. Les expressions « could 
close », a tnight remain », « may vocalize » sont beaucoup trop 
imprécises en l'espèce, puisqu'aussi bien tout se passe ici d'une 
manière régulière et constante, comme je me propose de le 
démontrer. 

L'incertitude où nous laisse M. l'ord s'explique en partie par 
le silence de ses précédcsseurs. Ni la Spamsclx Gnvnnmtik de 

I. Old spanish readings, Boston, Ginn, 191 1, 2« cJii. 



2^8 G. MUl.ARDKT 

M. F. Hansscn (Halle. 1910, §§ 8, i , 9. i» >- !• 7 ; n^. i, 2 
etc.), ni VAItsfkitusifyj EUmentarhuch de M. A. /.uiner (Hcidcl- 
^ - ■ iqoS, Ç 9 b» 64 B), ni le Matinal de M. Menéndez Pidal 
^2 cd., Niadrid I90>, Ç^ 9, 2 ; • ~ ' n), pour ne parler que 
nmaires les plus récentes, ik nous invitent à poser la 
.on dans son ensemble et d'une manière précise. 

loui^ dans le premier volume de sa maL;nihquc puMica- 

lion. ( .;V Mio Çid (M.idrid, 1 908- 191 1. p. 139), 

M. N! dez Pidal fait une remarque importante. Scion lui, a 
devient ^qu'il est suivi d'un élément palatal, immédiat 

('aie /v) ou attiré (-arium -cro). .Mais, si cet élément palatal 
« nioditîc la consonne qui le précède », il n'influe pas sur Va 
(•plattcam /)/jf/7, montaneam moutaùa, etc.). 

Cette observation est nouvelle ; elle complète et rectifie dans 
une certaine mesure la théorie indiquée jadis avec concision par 
M. Baisi'. qui s'était borné à signaler le maintien de « ai + 
vovelle '^ (.\fjv«\ ra\o)^ sans préciser davantage. L'observation 
de M. Pidal marque certainement un progrès non seulement 
sur les formules de .M. Baist, mais encore sur celles de M. Meyer- 
Lùbke ' qui ne rend pas compte, au moins d'une manière expli- 
cite, des cas où a suivi de / est resté intact. Mais la remarque 
de M. Pidal reste tout empirique. Elle néglige une bonne par- 
tie de la question; et surtout elle n'apporte aucune explication 
rationnelle ni du double traitement de 1'^/, ni de la persistance 
ou de reffacement de l'élément palatal /. 

Toute indécision disparait si l'on fait intervenir la notion de 
syllabation. 

Dans tous les cas où le yod, quelle qu'en soit la source éty- 
m c, est venu en contact avec Va et a fait partie de la syl- 

labe dont cette voyelle était le centre, il s'est combiné avec celle- 
ci, faisant passer a ':i e par assimilation. La diphtongue ci ainsi 
produite, qui s :e en léonais occidental et en portugais, s'est 
d'autant plus aisément réduite à c en castillan que ce dialecte 
était assez réfractaire à la combinaisons quelles qu'en fussent la 
source et la nature exacte (cf. intcgrum *enlciro > entera, 
pigriti am /)rr^fl, vigilare iWar, etc.; d. encore peiorem 

1. GrunJrisi de Grôhcr, I ', 886. 

2. Gram. d. ï. - I, ^ 250-9. 



TRAITEMFVT PF \ 4- von rv vtrit F*^PAGNOL 249 

/vt>r, niciare tn^af \ et. aussi la scansion dissyllabique de rey^ 
ley, grty etc. chez Berceo et son c-cole). 

Passons en revue les cas où le ywl a fait ainsi partie de la 
syllabe </, tonique ou atone, et s'est combiné avec cette voyelle. 
Tel est d'abord indubitablement le cas de la flexion du parfait 
latin -ai (cl. -avi) esp. torn-éy cant-é, etc. — De même les 
formes tv5, tv qui correspondent à l'asturien /'m, bt-i, et qui 
existent à côté de vas^ va reposent bien sur des fc^rmes latines 
monosyllabiques *vaj[s, *vait {ci. afr. vait). — 

Quant à laie um, il a été naturellement coupé lai\cUy d'où 
/fi,v, et tel aussi a été le cas de m a jori n u m, qui, par chute de 
la voyelle protonique non-iniiiale, est devenu *;//<//>/>/// *mai\ 
rinu meritw. — De même, tandis que m agi s donnait en latin 
vuli^aire d'une part *wais, coupé en deux syllabes (;;m|/;, 
c'est-à-dire ma es) d'où mas en position atone, il aboutissait 
d'autre part à mag(i)s >> mais ^ mes. — Quelle que soit la 
manière dont on explique l'évolution du sutlixe -aginem, que 
ce soit par un effacement ancien du ^ (-aine), ou par le pas- 
sage de g à V avec chute de la voyelle pénultième atone 
(-ay(i)ne), ou enfin par une chute de cette pénultième atone 
antérieurement à la palatalisation définitive du g (-a g ne) — ce 
qui est moins vraisemblable d'après ce qui est exposé plus loin, 
p. 253 — , il y a eu un moment où le sufHxe a été coupé en 
deux syllabes -ajine, et c'est à ce moment que ai est devenu 
ei. A son tour, <•/ s'est réduit normalement à <• : sartaginem 
sartihi, plantaginem llantéti, farraginem herréu.Kiic. 

L'histoire du groupe -et- offre une évolution analogue. Dans 
?>cs Remarques sur la plhmétique romane 'y \. Thomsen s'est lourde- 
ment trompé en supposant que l'rdu v. esp./tr/x)factum est pro- 
venu de l'^î par suite d'un « Umlaul partiel » sous l'influence de la 
consonne mouillée : fa etu m > *fatl) >» *jet'o ^JeelxK M. Meyer- 
Lùbke((^/). r//., I, pp. 223-4 de ^^ ^T^^d. fr.) n'a pas eu de peine à 
réfuter cette opinion. Depuis lors, la plupart des hispanistes s'ac- 
cordent à reconnaître que le groupe -et- est passé à -//-, étape 
qui est encore eelledu portugais et du léonais occidental , de l'arago- 
naiset du catalan. En castillan et dans le léonais oriental, le ; du 
groupe -//-, tout en mouillant le /, est entré dans la syllabe pré- 

I. Mt'tfi. Soc. Ling.^ III, p. 112, note. 



2>0 G. MILl.ARDKT 

cédente, ci s*est combine avec \\t pi)ur alxjuiir à <• selon la rèi;le 
ordinaire. Les étapes intcmiédiaires ont ctc *fai\t\' ^- */<r/|/\) 
^ ffi cho,fe\clxt. 

Si l'on considère ^uc, pljyMolos^iqucnicm, le /' (/ mouillé) 
est en somme la continuation de laniculation palatale (/) com- 
binée avec l'articulation de l'occlusive alvéolaire (/), il faut 
admettre que cet élément palatal / s est en réalité partagé entre 
deux s\ N. G: lait n'offre rien d'invraisemblable, si l'on se 

ra: . qu'il y a, en latin vulgaire, plus d'un exemple de la 
iréminaiion d'un \\\i intervocalique (et. les inscriptions Aiidx, 
.V, iiiiius, eiius, maiioran : voir Grandgeni, ï'uli^uv LiitiUy 
7î), et qu'en général la gémination d'une consonne quelconque 
est la division de cette consonne en deux éléments, dont cha- 
cun, au jx)înt de vue expiratoire, appartient ;\ une syllabe diffé- 
rente. Il est vrai, comme on le verra plus loin, que l'espagnol a 
été plutôt réfractaire .\ la gémination des consonnes iniervoca- 
liques. Mais il s'agit ici d'un groupe consonaniique, et il semble 
que la gémination ait été relativement favorisée dans les groupes 
où entrait un \oiL Bien qu'ils soient un peu différents du phé- 
nomène qui nous occupe, nous rapprocherons les cas de *bad- 
diu >• haçc, •fubbeu > rubio etc., qu'il faut admettre à côté 
de badiu >> ha\i\ rubeu >» royo etc. On est donc sans doute 
fondé à supposer, pour toute la série des mots analogues à fac- 
to m. une coupe de syllabes identique : *lacte >» *lai\Ce >» 
Ifche, trac tu m >« *trai\fo > //rr/A), vervactum > *var- 
V a c t u ■ *harhai \ Co^ harbù-h\ I a c t u c a m > * lai\ t'uga > 
lechuga, etc. 

Ce qui vient d'être exposé à propos du groupe -et- s'ap- 
plique exactement au groupe -x- ^-ks-, avec cette diffé- 
rence que c'est une s qui a été mouillée par le yody et que cette 
s mouillée (i*) a dû passer très rapidement à la prépalatale sourde 
i : axem >> *ai\s*e (c(. des graphies telles que eissen encore 
dans les chartes de Silos) >- ^ajlk >► exe, cje, ma taxa m > 
'madûi/a ^ tHoJtxa, madcjaj taxum >> *lai\s*o > texo, 
tfjo, t axone m >- *tai\s*om >• Uxoti, tejoit, maxillam > 
*mai sllla >- fnejiîlay etc. 

Si l'équation a g ru m nuy pu^tc par M. Cornu {Roniania,Wy 
8i)est juste, le traitement du groupe -gr- dans ce mot est ana- 
logue à celui des groupes précédents. 



De inènic, dans tous les cas où un W s'est transpose par 
devant une des consonnes />, r, s (sapiani, capio, variuni) 
le mode de syllabation ne fait aucun doute. Que cette métaihèse 
se soit produite « à travers ' » le />, 1'/ ou l'i, c'est-à-dire à 
la suite d'une palataiisation de la consonne, coninie cela a eu 
lieu en portuj»ais, ainsi que l'atteste le /de hei/o < basium, 
ou bien que la métathèse ait eu lieu •« par dessus >> le />, Vf ou 
1*5, sans mouillure de la consonne, comme semble l'indiquer 
entre autres choses le maintien de /> à l'état d'occlusive non 
mouillée, danssapiam > ^r/vi, il n'en est pas moins vrai 
que le principe même de la métathèse a été un chant^ement de 
syllabe : cf. ^r. com. -x-.v-, aip-, -s-.v-, -sip- de -avi-, apt-, -svi- 
5pi -, ex. : 9a{v(.> (-) de * çivuo ( -). Les groupes romans 
'pi'i -fi'y -^/" sont devenus en espai;noI -/l/>-, -/Ir-, -/li, 
comme on avait -/|/-, -/u-, et l'évolution a été la suivante : 
s a p i a m > *sai \ pa > sepa , capio > Vu/ 1 po > qtupo ; — 
-a r i u m > *-tf / 1 ro > -crOy v a r i u m > *vai I ro > irn\ a r e a m 
> *<ï/|rfl > (rrfl, glaream > *glai\ra > v. esp. j^/<'rfl > 
varie la m ^ *vai\rnela ^ vernela > lirufla; basium > 
*bai\so > /vjo, cas eu m > V/i/Ijo > ijueso etc. 

Dans tous les cas qui viennent d'être examinés, le y(H/ s'est, au 
moins partiellement, combiné avec a, et, s'il a parfois mouillé 
une consonne voisine, il s'est toujours effacé en tant que }\xi 
proprement dit (fricative palatale sonore jouant le rôle de 
sonante-consonne ou de sonante-voyelle). Dans les exemples 
qui vont être maintenant passés en revue, il n'y a eu, en aucun 
cas, combinaison de l'élément palatal avec Va, et le yixi s'est en 
principe •' maintenu soit à l'état de consonne indépendante en 
position intervocalique, soit comme élément palatal d'une con- 
sonne mouillée. Le second de ces faits est la conséquence du 
premier : c'est parce qu'il ne s'est pas combiné avec Va que le 
yiki a été maintenu. Quant X la raison qui a fait qu'ici le yod ne 



1. Cf. M. Gr.imniom, Im métailnif à Plècbàteî, Mèl. Clfabiinnui, 520. 

2. Dans maestro, safta, v. esp. cinquiunta, îerr, if^llo, vaitui, reina, Imir et 
mots .in.ilogues, il y a eu chute de l'élément palatal devant e, i accen- 
tués. 



2)2 G. MILIAROFT 

s'est pas combiné avec Va précédent, c'est cnccMc dans la svlla- 
bation qu'il faut la chercher. 

} >rsque Va était suivi d'un )\Mi latin -f- voyelle, la cmipc des 
isuaoes tombait d'une manière régulière immédiatement après 
r<ï, et le W était uniformément rattaché à la syllabe suivante : 
Maiun- \f/îi)\\ raia >> ra\ya. C'est sans doute aussi le 

cas du suthxe -tfVd dans A/m^vj, Snltixa, Osfuiya etc., de (^ala- 
tayu! Je Mio ÇU.y passim), etc. 

A première vue, la forme *aio (cl. habeo) > hc fait diffi- 
culté, car on ne voit pas pourquoi ce mot n'a pas été coupé 
selon le type j»énéral : *a\io. Nîais en réalité ce n'est pas sur 
•aioque repose le /.v espagnol, mais bien sur *ai(o), et l'absence 
de*' final en castillan moderne en fournirait à elle seule la preuve. 
La forme /w, co qui a été relevée par M. Menéndez Pidal {Cati- 
tar de Mio Çid., I, p. 271) dans des documents de 1198 pro- 
venant du fonds de Aguilar de Campôo de Y Archivo Histôrico 
doit être expliquée comme une reformation analogique d'après 
les premières personnes dcxi\pretjdOy adugo, etc. Cette forme ana- 
1* jique est restée isolée et la forme phonétique a prévalu. L'ex- 
tension considérable de /y < hci (attesté en léonais occidental 
et en portugais) <C *ai(o) a provoqué, par analogie, la nais- 
sance de se <C sei^ à moins que cette dernière forme ne remonte 
à Ivg. •sai(o) traité comme *ai(o). Mais, d'aucune manière, 
quoi qu'en pense M. Cornu', se ne peut représenter sapio, pas 
plus que 'saipir Quant au subjonctif <7y^ < *aliam 

cl. habeam, il a suivi un traitement normal, puisqu'ici Va 
final a persisté. 

Si la chute ancienne et pan-romane de lat. h -\- / est exccp- 
::i r: .!!c et limitée à peu près aux seuls cas de habeo *aj[0, 
habeam *aiam, au contraire la réduction des groupes - di- à 
-/- est inter\cnue de trè-s bonne heure, en particulier sur le terri- 
toire hispanique'. Au.ssi les syllabes otlrent-elles ici la même 
coupe que pour le cas de -/- latin : radium > ra\yOy 
badium > ba\yOy •cadco > v, esp. fjyo (puis, par ana- 
logie, caigo), 'cadeam > v. esp. caya etc. - Il en a été de 
même pour le groupe latin -gi- : cxag ium > ensa\yo, 
fageam > v. esp. fa ya (= Ima « hêtre »), etc. 



I. Gru I', 958. S ïoq. 

. Lutin if r', pp. 161-2. 



TRAiTFMivT nr \ -f- \oD \\ \ iiii. iM'A(;\oi. 253 

Bien qu'on ne puisse donner du lait une preuve matérielle, 
tout le monde admet que les groupes n -\- i, l -\- i s'étaient de 
très bonne heure réduits à ;/, T en latin vulj^aire : extraneum 
> extra \ ftOy a r a n e a m > ara \ fia , H i s p a n i a m > lisf^a I fia ; 
— paleam > *fHi\fa > /vj^<i > /vï/</, -alia > %i fa > 
-ai^a >• -a/a etc. Dans tous ces mots, la coupe des syllabes ne 
fait aucune ditliculté, et il en a été de même pour les cas où le 
yod est soai du groupe latin -n g - : fra n gis > frafies, ta n - 
gis > taftts, etc. 

Mais lorsque le // ou le /' proviennent des groupes latins -gn- 
-gl-, -cl-, nous pourrions attendre une coupe analogue à celle 
qui a prévalu pour les groupes -et-, -x- > -iït's, -i\ -. Il 
n'en a rien été. Ixs groupes -//-, -/;/- ont de très bonne heure 
abouti à -/-, -//'-, en paniculier sur le territoire espagnol. 

On connait l'observation de Priscien, ou de l'interpolatcur de 
IViscien ', qui signale l'allongement des voyelles devant -gn-. 
Cet allongement, postérieur au passage de / à /'S me parait 
pouvoir s'expliquer par une réduction du groupe consonantique, 
car c'est une loi de phonétique générale qu'une voyelle s'al- 
longe lorsqu'elle est suivie d'un groupe de consonnes dont l'une, 
en particulier la première, s'est réduite ou a complètement dis- 
paru''. De même que vè/v^ixa'. est devenu en attique postérieur 
VÎvsjjLai, ou que *equonSy consul y injerô sont devenus fijuôs, consul y 
i" fera, de mcmGilij^tiu est devenu *dHUH (ou même Vf';;'//), par'ce 
que la réduction de -gn- à -jn- (ou -//'-) a entraîné l'allon- 
gement de la voyelle précédente. 

Quoi qu'il en soit, la réduction du groupe -gn- à -fi- s'est 
opérée d'assez bonne heure en Hspagne pour que des coupes 
syllabiques telles que *mai no <' magnum, *{c)slai\no < 
stagnum, qui sont théoriquement possibles, puissent être 
considérées comme ayant déjà tait place à *tna{fio, (^i')sta\fiOy 
à l'époque où ai est passé à t*/, c : ex. ta m magnum T> 
tamaftOy stagnum >► estafio. Dans les formes comme reytio, 
rrygno, reyuadoy rrfxgnadoy qu'on rencontre souvent au xni^ siècle, 
par exemple dans le Libre de Alexandre ou le Poetna de Penuin 



1. V. Cirandgcm, Vulg. Ai/., ^ 172. 

2. V. .Mcycr-Lûbke, Einf., 5 93- 

5. V. Brugmann Abr. de gr. contp.y p. 220 cl suiv. 



254 MI1LAR11ET 

Gon^iil/^y les j^roupcs \n et ygn sont de pures «graphies destinées 
à représenter le phonème w (comparer en ancien provençal les 
graphies inb, i^ri, m, etc. : poitthy scii^nor, soifty etc.). 

De même que -i^n- est passé à -n-, de même -cl-, -gl-, deve- 
nus -//-, se sont transformés en T avant que /;/ ait évolué vers 
-<7-, -<^. L'alternance des i^raphics -//- et -//-, attestées dés le 
VIII* siècle (Schuchardt. 11. .|8S), prouve l'ancienneté de la 
réduction. Hn Castille, la coupe des syllabes est donc tombée 
immédiatement après I'^î : ma cl a >- *ma\îa >« ina^u > 
nuija , - a c 1 u > ^-a\Jfo > -ai^o > -ajo, c o a j^ ' 1 u > *cua \ fo > 
cua^o "> atû/Oj etc. 

A plus forte raison, lorsque le yi\1 s'est trouvé en latin vul- 
gaire séparé de Va par une des consonnes -/-, -k- (-tt-, -kk-), le 
wJ est-il resté hors de la syllabe /i, laissant à cette voyelle son 
timbre primitif: rationem >« ra^otty facicm >» /w^, Mat- 
liana ;> v. esp. maaifnu plattea '^ plaça, br.icchium >> 
bra4;o etc. — Il en a été de même pour les groupes -sti-, -sci-, 
-nctî- (fasciam > jûja^ Sanctium ^ Sancho) cl pour les 
cas où le \\\i est sorti d'un /• palatalisé devant <', / (tac ère > 
fa^rr, pacem >► /v/^), ainsi d'ailleurs que pour tous les mots 
où les consonnes géminées -//-, -«f/-ont été mouillées (vallem 
>• l'alU, caballum >► cahallo, canna m > caùa, pan- 
n um >► paho, scamnum > escaùo, d a m n u m > dam etc.) 
— Pour les mêmes causes, l'élément palatal n'a pas davantage 
eu d'influence .sur la voyelle lorsqu'il s'est développé dans les 
groupes -ss- :*passarum >► pâxaro, pàjaro^hTissu m ^ haxo, 
bajo\ -ps- : caps a m > caxa, caja, etc. 

Q'tte dernière série d'exemples nous amène à nous deman- 
der quelle a été la date relative où s'est accompli le change- 
ment de ai en ei. 

Nous avons établi plus haut que ce changement est posté- 
rieur à la réduction — d'ailleurs très ancienne ' — des groupes 
-gn- > 'in- à -h- et -cl-, -gl- >> -//- à -!-. Elle était déjà un 
(ait accompli à l'époque où apparaissent les premiers monu- 



I . Toutefois cette réduction est postérieure à la chute de la pénultième 
atone comme le montre l'identité du traitement de magnum, stagnum 
d'une pan et de -aculum. coaeulat d'autre part. 



incnts écrits, comme en lémoi^nc l.i j^raphic -<•- au lieu de -(//-. 
A cet éi^ard, Téiai du vieil espagnol a été bien ditrérent de celui 
du vieux français. 

D'autre part la transformation de <// en <•/ ne s'opérait plus à 
l'époque où habei et ibi se sont combinés pour aboutir au 
monosyllabe uy (ci. Meyer-Liibke, dr. Il, '[, 2.|2). Si cette 
forme est attestée comme dissyllabique encore au xV siècle, 
dans certaines conditions, par exemple chez Guillén de Se«,'o- 
via, c'est sans doute par une diérèse postérieure, comparable 
à celles que ce poète a l'habitude de pratiquer, surtout à la 
pause, dans des mots tels que fra\, i^nuy, hiy, oy, m/zy, etc. 
Mais a\ a été compté comme un monosyllabe avant celte 
époque. Sans di)Ute il est diflicile de déterminer sûrement 
sa valeur dans des ivuvrcs telles que le IWffw du (lid en rai- 
son de l'irréi^ularité syllabique du mètre. Toutefois je terai 
observer que le manuscrit de Per Abbat porte d'ordinaire ay 
en un seul mot '. Le savant éditeur moderne semble considé- 
rer <jy comme un monosyllabe ^ Quoi qu'il en soit, il n'y a 
pas trace, dans la langue littéraire, d'une forme ey. 

L'interjection a\ appelle des observations analogues. Llle ne 
se lit qu'une fois dans le Pih'mc du (]id (v. 3255 ; cî. Pidal, op. 
cit., p. 298, 16), et l'on a proposé, sans doute avec raison, de 
la corriger en vj, qui est conforme à la langue ordinaire du 
poème. Ik-rceo la compte pour deux syllabes à ditiérentes 
reprises {ci. ihid.). Mais c'est peut-être aussi par une diérèse 
postérieure. 

L'on ne peut non plus déterminer exactement la valeur syl- 



1. Voir l'cdition palcographiquc de M. .Mcncndcz Pidal. vv. 674. 2224. 

54)5- 

2. C'cbi du moiiib «.c qui ressort de l'exemple que donne M. Menénde/ 
Pidal, p. 210, 1. 4. — Toutefois sur les trois cas de ay relevés, j'en trouve 
deux qui formeraient, si ay est compté comme monosyllabe, des hémistiches 
de six pieds, et un qui formerait un hémistiche de sept pieds. Or la propor- 
tion des hémistiches de sept pieds est de 39,4 0/0, contre 24 ",'0 pour les 
hémistiches de huit pieds, et 18 0/0 seulement pour ceux de six pieds (voir 
les statistiques, op. cit., p. 99 suiv.). 1^ scansion de ay comme dissyllabe 
semblerait donc plus conforme aux habitudes métriques du poème. Il est en 
l'espèce difficile de rien aflîrmer de définitif. 



2)6 i'. MILLARDET 

labique de a\ X Tiniiialc dans JV'<J</(», ayn^lo et mots analogues 
fournis par le Paw </m C/*/. M. Mcnéndc/ Pidal (()/i. n/., 
p. 210) V voit une diphtongue descendante, mais ne semble 
pas avoir appuvé cette opinion sur quelque preuve décisive . 
L'indécision est la même à l'intérieur du mot. Dans le Lihro de 
Akxandrcy Ton a cncorc/w|/ïï|)'|it) {\^W. cité par M. Pidal), 
nuis f\i i^ est attesté plus dune fois (i332\ /A.). De 

ne /• est compté comme dissyllabe dans les Milagros 

(202. 81 ) cic, cité par Hansscn, Sp. f^r., 9, 1 1). 

II résulte de ces exemples qu'au xiir siècle pour le moins, et 
sans doute avant, le groupe ni avait dans ces mots, du moins 
dans la langue courante, la valeur d'un monosyllabe, et qu';\ 
celte époque la loi phonétique en vertu de laquelle «/ est devenu 
ei, fy avait cessé d'agir. Cette opinion est corroborée par l'exis- 
tence de certains mots empruntés à l'ancien provençal ou à 
{ancien français et qui ont gardé la diphtongue originaire : 
f faire y fniile, repaire, etc. 

Bien plus, nous pouvons reculer de plusieurs siècles le tcnni- 
tnts ad ijuem de notre loi, si nous admettons que ^uailay laido, 
airoft ont été empruntés directement au germanique, à une 
époque ancienne. Or je ne vois point de bonne raison pour ne 
pas l'admettre. Et ce qui confirmerait encore cette interpréta- 
tion, c'est le traitement de aère m ^aire, où 1'/, représentant 
r^ latin, fermé par l'hiatus, est ancien dans la langue, puisqu'on 
le retrouve en vieil italien, en français, en provençal, etc. Ce 
serait donc en plein cœur de ce qu'on a appelé « l'époque romane 
primitive ' » que s*est opéré en Espagne le passage de ai à ei. 

J'espeic a\oir montré que toute la question du traitement 
de fl -I- \od en castillan a pour clé la coupe des syllabes. Les 
exemples allégués dans ce qui précède apportent par eux- 
mêmes de précieuses indications sur la question plus générale, 
et jusqu'ici peu étudiée, de la syllabation en espagnol. Il serait 
intéressant de rechercher si, en dehors de ces exemples, il n'y a 
pas certains éléments d'appréciation susceptibles de jeter quelque 
lumière sur ce problème délicat, et capables de confirmer les 
règles que nous avons établies ci-dessus. Existe-t-il quelque 

V. E. Bourcîez, EUm.dt ling. rarti., 19 10, p. in. 



TRAITEMENT PI V ^ vnn i:\ \ n-ii F'^PAGNOL 257 

ordre de phcnonicncs, autres que le iraiiement de a -\- yod, per- 
mettant d'anirnier que la coupe des syllabes a bien été Ma\yo 
d'une part, et d'autre part////:/0? 

Assurément on peut alléguer le traitement en partie parallèle 
de </ -f- </ >► () : I'' auiruin > on\ caulsam > cosa, 
-au(i)t >• -0, auicam >• oca, — 2° *al|tarium >• otcro. 
— 3° Sapui > *sau|pi >• sope, * eau! pi >► cope^ etc. Mais 
le cas correspondant à Ma\yo f;iit ici défaut. Ht puis il est 
préférable de chercher des preuves dans des ordres de faits dif- 
férents de celui qui en est question. 

La coupe Ma\\o n'a rien que de très naturel, surtout si l'on 
songe aux habitudes orthographiques et typographiques de 
l'espagnol moderne. Selon l'orthographe officielle, il ne reste en 
espagnol que deux consonnes doubles rr et nu. Les deux //et les 
deux rr •' no son consonantes duplicadas, sino unos signos, 6 
caractères doblesen la figura, y sencillos en el valor » '. Aussi 
les imprimeurs coupent-ils senci~lhi, pe-lkjoy etc., et si on coupe 
bar-rOy pat-roquiii. c'est, dit l'ouvrage cité (p. nï-2), une 
inconséquence due à la tradition latine. 

Mais ces habitudes graphiques ne sont qu en partie con- 
formes à la réalité de la prononciation actuelle ^ Kl, comme 
d'autre part la manière de couper les syllabes dans une langue 
déterminée peut être sujette à l'évolution comme tous les 
autres phénomènes linguistiques, il y a lieu de faire porter nos 
investigations sur l'époque préhistorique, qui est essentiellement 
en jeu, ainsi que nous l'avons montré. 

Le traitement ancien des consonnes géminées nous fournit 
l'élément de comparaison cherché. La gémination des con- 
sonnes simples et la simplification des consonnes doubles sont 
des phénomènes étroitement liés \ la syllabation '. Si la limite 
de la pression expiratoire tombe à l'intérieur d'une consonne 
intervocalique, cette consonne se trouve partagée en deux 
éléments, l'un implosit*, l'autre explosif, et produit sur l'oreille 
une impression double : telle est l'origine de la géminée. Le 

1. Orto^raf'ui de la Ungiui casldluiui por ia Re<il Academia espafioîdy 9* éd., 
Madrid, 1754, p. 91. 

2. Voir F. M. Jossclyn, Et. de pijon. esp., Paris, 1907, p. 187. 
5. Voir Brugmann. Abr. de ^ratn. conip., p. 37. 

homaniu, XLl. ^7 



2^6 i.. Mil-1 AKUi r 



fait est frcvjucnt en laiin après voyelle longue, et alors il se 
P'ixluit un abrèi»cmcni compensaioirc, caria durée du premier 
...:ncni géminé est prise sur la voyelle précédente (cûf^a !> 
' '^fvj. htera ^ lilina, cic. . lin latin vulgaire les exemples 
ai-ondeni fl^//' ^ iwqmi, faàam "> g. rom. *(akhxa etc. — 
Inversement, s. i.i coupe syllabique cesse de tomber entre les 
deux . nnes (/ ' ' \ /><////;//////), et se trouve transportée 

devant ie grt^upe {bt Hiui^ f\it4\lluni), celui-ci ne tarde pas à 
se V m. /vi/////m), parce cjue ni l'oreille ni le sens 

aniculaioire n'ont plus cette impression double de la tension 
de la Mine suivie de la détente, et que l'implosion se 

trouve réduite à son minimum, tandis que l'explosion prédo- 
mine. 

Li .simplitîcation des occlusives géminées intervocaliqucs 
s'est produite, dans le domaine roman, à une époque très 
ancienne, puisqu'elle est attestée dans l'ensemble des dialectes 
sauf dans une partie de l'Italie. L'espagnol n'a pas fait excep- 
tion à la règle et de très bonne heure cip | pu, mit | tere, 
bec I eu sont devenus ci | ppu, mi | tterc, be \ ccu >> 
r/ /k\ m€\t(rf he\cv. — Le sort des continues est, en 
I le, un peu moins net à première vue : -mm- se réduit 

normalement à -m- : summum > somo, mais -rr- et -ss- 
semblent persister : v. csp.Jienojicrta ;gruesso,p(jssar. Seulement 
il faut obser\er qu'on trouve parfois -s- pour -ss- dès les premiers 
textes : pasar^ i^sallo dans le Poème du Cid^. Il faut croire que 
-ii-csi une graphie pour -s- sourde. D'autre part le maintien de 
l'-rr- double s'explique par le fait que la graphie -rr- désigne 
en réalité un phénomène spécial, distinct de -r-, et bien diffé- 
rent d'une géminée ? (cf. Josselyn, of). cit. y pp. 109-20). Quant 
à -nn- et -11-, elles ont perdu leur valeur de géminées en .se 



1. \o\i iur ce point M. Oraniniout, A/<m. boc. Ltn^., \ III, p. }iy : 
" loi <ic l'équilibre p 

2. Voir d'autres c danb M. Pidal, of\ (il., iStj, «ji rcciificr ce qui 
est â'n par 2Uuner, ,^i;:/ . iJfmffitarhtuh, ^ 56, 

}, L'-rr- de /^rro, enregistrée â l'inscriptcur delà parole par M. Josselyn 
(p. 11$. ' ■ 12 ; cf. p. 117, fig. II}) accuse une augmentation de l'inten- 
sité jusqu au milieu du phonème, puis une diminution équivalente : <>- Or 
c'est tout Tinvcrsc qui se produit dans une consonne géminée : >< v). 
Jespersen, Lthrh. d. Piton. ^^ 204 ; Sievcrs, Grund^. d. Plwn., ^ 521-2). 



TRAITEMKNT DE A -|- YOD EN ME». ESPAGNOL 2)9 

palaialisaiii. Ce plicnomcne est vraiscmblablcmciu posicricur 
à la Jiphiongaison de f, i), comme le montrent sellam !> v. 
esp. 5/V/A/, col lu m ^cudlo. 

Des cas de simplification analogues sont attestés à une 
époque beaucoup plus récente pour les groupes syntaciiques //, 
sSy nti. Ou trtïuve dans le IWinc du Cid : fxna leoti -- poral leou, 
coio Salon aitiso coios Salon, jucro notados, etc.. etc. (v. Pidal, 
op. cit.^ 20 1). 

Il faut conclure que toutes les j^éminées se sont simplifiées 
en espat^nol au cours de la période romane primitive, et que 
celle tendance se manifestait encore au xii* siècle, l^ coupe 
des syllabes est donc tombée immédiatement avant chaque con- 
sonne intcr\'Ocaliquc {Ma \o)y et cette manière de couper est 
demeurée la même durant une période qui eni^lobe celle où 
|d/|esi devenu itv . 

Quant à la coupe iai\t\), qui semble a priori toute naturelle, 
il est plus difficile d'en démontrer l'existence en espaj^nol préhis- 
torique. Outre le cas de *sau|pi > sope cité précédemment, 
j'invoquerai celui de frîgidu '> frio. Si l'on admet l'opinion 
de M. Meycr-Lùbke ÇI:inJ.\ 109), frigidu serait devenu 
frigdu *friydn. De *frj\duy les autres langues romanes ont fait 
frjydu par différenciation, tandis qu'en espagnol le y s'est fondu 
avec r/, qui l'a attiré à lui complètement : *friy\du > *fri\du > 
frio. Si l'on n'accepte pas cette explication, où la chute dud sou- 
lève malgré tout certaines difficultés, j'alléguerai ce qui s'est 
passé plus tard pour î < et. Entre fie tu , victu, frictu d'une 
part, ctjito, Z77(),/n/<ui'autre part, il faut nécessairement admettre 
une étape *Jii\lo, *vii\tOy *fni\lo {dich) est analogique : v. 
Zauner, Elan. y ^ 69 B Anm ; ll.uissen, Sp. Gr., 19, 6). A la 
laveur de cette étape, le yody faisant partie de la même syllabe 
que /, a été absorbé en entier par cette voyelle avant d'avoir eu 
le temps de mouiller le /. Au contraire, après a, r, d, //, il a 
mouillé le /, tout en étant partiellement compris dans la syl- 
labe précédente (*fai\l'o > *fei\to,*estrei\ro, * Ici [10, *i>/|/(», *dui\tV, 
*//</i/iï), puis il s'est effacé en tant que /, entraînant ainsi la 
monophtongaison de l'élément vocalique : (/ir/w, cslrcchoy lech\ 
ocl)Oy dm'lh\ Incba). La concordance de ces faits suffit à établir 
l'existence des coupes *vai\ro, *bai\so^ *cai\po, etc. 

Georges Millardet. 



iMl:LAXGES 



MA! MON 

Dans Tëtudc qu'il .1 consacrée aux mots maimon et nuiiinonct 
en ancien français, M. Thomas a constate que maimon est d'ori- 
gine arabe '. L'objet de la présente note est de jeter un peu plus 
de lumière sur l'histoire du mot arabe. 

Nî. Thomas -' rapporte une hypothèse de M. Barthélémy, 
d'après laquelle l'arabe vuli^aire maïmonu « singe » ne repré- 
senterait qu'un usage métaphorique de l'arabe littéral maïmoun 
« heureux ». Les faits suivants m*ont amené à ne pas partager cet 
avis entièrement. 

La plus ancienne source arabe de maïmoun qui me soit con- 
nue ^ est le dictionnaire arabe-espagnol de Ik-rnardino Gonza- 
lez, franciscain espagnol qui a vécu au commencement du 
XVIII* siècle. D'après Eguilaz y Yanguas, qui s'est sans doute 
servi du manuscrit décrit par Simonet % Gonzalez explique 



1. Remania, XXXVIII, 5)6-63. 

2. L. /., p. $62. 

3. La plus ancienne source orientale accessible est le dictionnaire turc de 
Menihski (Thetaurus Unf^uarum orieiilMium, turcicar, arabicaf, persiau...^ 
Vîf-^^nc, 1680, col. JO79), qui traduit maimoun par : v Cercopithccus, siniius, 
......u 'S en indiquant que le mot est usité dans ce sens en turc, et qu'il en 

existe un dérivé ww/wiinfi (c'est -a-dire m^ûmouttdji), « Simiaruni rcctor, Chi 
tifnf f fÀ gituxart i gatti maimoni ». 

,. :^.mof\ifX(GUiiaru> dtxw^s thérUai..., Madrid, 1888, p. ccxx), parle de 
« Fray Bcnurdino Gonzalez, misionero Fraociscano y lector de Arabe en 
Damasco ». comme auteur d'un t Interprète Aribico-Castcllano, escrito i 
fin del siglo xvn ô principios del x\an, cod. ms. ». Canes (Diccionario Espa- 
nrî Ijiiino-Ar.iHca Mriiîric^ '7^7^ ^^i' n«n^inT ^n séjour à Jérusalem en 



" M Al. MON' >i 261 

viatmoun par « gato pans' ô maimon ». Or Pedro de Alcalâ* 
traduit i^ato pans par « t]Ucrd al yemcn, curi'id al ycincii ' •», de 
nKMiiequc* inoua concohi « querd vcnién (i/V), curûdal venicn », 
et '• ;//(>;/() am cola « qucrd al ycmén,curud al ycmén ». Les Arabes 
espagnols ont donc désigné une espèce de singe semblable ;\ 
celle qu'on appelait maimôu par le nom de « singe de l'Yémen '' », 
l'Yénien étant, naturellement, l'Arabie du sud, r, tjcaijxwv 
Apap'jt, VArahia felix des anciens. On sait que les singes 
se trouvent en Arabie presque exclusivement dans l'Yémen", 

I7)5-S7 (op. cit.^ vol. I, p. ni), par.iît avoir vu le manuscrit dans « la pro- 
curacion dcl convento de S. Salvador de Jerusalcn », nous dit que le 
dictionnaire de GonzAlcz a été fini à Jérusalem en 1709; sa composition .1 
été commencée à Séville et continuée à Damas (/Ai</., pp. xviii-xix). Des 
communicitions obligeantes de M. V . Guillén Robles, bibliothécaire de l'Uni- 
versité de Grenade, de .M. .Kntonio Paz y Melia, de la Bibliothèque nationale 
de Madrid, et du R. V. Pedro Blanco, de l'Kscorial, me font savoir que le ms. 
ne se trouve à présent ni à Grenade, ni à Madrid, ni à l'I-Iscorial. Gallardo 
{Fnsayo^ III, col. 82, n*» 2375) enregistre comme se trouvant en manuscrit à 
l'Escorial un lipitome de la Grantiitica Arabigii de 17 19 de Gonzalez, à cette 
époque-là « Lector de Lenguas en el Real Convento de Segovia ». 

1. Covarrubias (161 1, 1674) dit que Gatopatis signifie « una especie de 
mona con cola ». LWcadémie espagnole (1754) ne donne que la forme 
Gato paul ; ce mot, donné dans les éditions successives du dictionnaire jus- 
qu'à 1805, a été omis depuis 1817. 

2. Hd. Lagardc (Goettingue, 1885), p. 2(Si. 

5. Le texte original dont s'est servi Lagardc porte dans ce passage « al- 
! emén » et « allemén », variantes purement orthographiques de « al yemén ». 
« W lemén », est une correction de I.agarde, plus ingénieuse que solide. 

4. //'/i/.. p. Î14. 

5. Ihui. 

6. Dozv {Supplémftit jux dictionnaires iircihf s, I, p. 525, col. 2) transcrit 
correctement les termes arabes dont se sert Pedro de Alcali, sans faire de 
remarque sur la relation entre le singe en question et l'Yémen. Pour ceux 
qui sont accoutumés à l'accentuation Yéwtn il est peut-être bon de noter que 
le dialecte transcrit par Pedro de .\lcalâ, de même que celui des Bédouins 
modernes (v. Zdtschrift der deut$c}xn nior^enlândischen Gesellsi'l.\jjl, XII. 671) 
met l'accent sur la dernière syllabe des mots du t^'peen question, 

7. \'. Hommel, Die Kawen der Sâugethiere bei den sfulsetnilisclyn Vôlkern 
(Leipzig, 1879), pp. 529, î)4, et Jacob, Altarabisches lieduinenleben (hcrWn, 

1897), p. 16. M. le Prof. Paul H.iupt, de l'Université Johns Hoplvins. a bien 
voulu me communiquer ces livres. Le dictionnaire hébreu de Gesenius-Buhl 
(Leipzig. 1910), à Wm. qof, cite Jacob, qui renvoie à son tour à Homn:el 

Voyez aussi Brchm, Thierleben, tome I (Leipzig, 1876"), p. 148. 



262 MKLAW.ll'^ 

et un proverbe arabe nous dit : <» Donuni rei;ionis Jcnicn simi.ic 
sunt »'. Hommel * ne connaît d'autre espèce de singe se ren- 
contrant dans l'Yénien que le Cynoccpbaîus JuimadryaSy qui a 
une queue assez respectable, comme on peut le voir d'après la 
tii^ure donnée dans la Grande cucyclo{\\iiCy à l'art, cynocii'ipmali:. 

Ces laits paraissent indiquer une relation iniinie entre maï- 
tikmn et l'Yémen. Slaimoun et Yémai viennent tous les deux du 
menu radical vmw. Cependant, connue il ne parait pas possible, 
d'après les règles de la granunaire arabe, que tuaïwouu ait eu à 
l'origine le sens de Yéménite, il semblerait que les Arabes aient 
appelé [>imm.v] /i'//.v le singe de YArahia fi'li.x. 

Bien qu'il soit ditlîcile pour nous de déterminer avec pré- 
cision l'espèce de singe que désignait à l'origine le mot uniï- 
moitn^ et de vérifier si mabmmu a toujours eu le même sens, on 
peut noter que Newman, qui a cherché à distinguer les syno- 
nymes arabes avec exactitude, a l'article suivant ^ : « Ape, qird.. 
BabtX)n, maimaun {sii)\ Monkey, se'dàn. Satvr, nisnès. » 
De même Badger • donne miiïniouti seulement dans le sens de 
« baboon », pendant que Steingass, qui traduit « ape » '' par i/irdy 
tnaimûtty sa dàn, Ql « monkey » par qird, maiuiùu, sa'dâu, hijriSy 
traduit « baboon » seulement par niainiûn. Bcrggren " ne se sert de 
vmimouu (imprimé à tort 5/// mt^//;/) que pour traduire « guenon, 



* rr(..:ig. Auium yiaiurui, luiiic III, preiiiièrc partie (Bonn, 1843), 
n jiou, cite dans Gcscnius-Buhl, /. /. La date de ce proverbe est incertaine. 
Frcytag dit d'une façon vague que les proverlxrs de la collection en question 
sont " recentiores » (/. /.,p. xv). Le manuscrit duquel on a tiré le proverbe 
a été donné i la Bibliothèque de IX'nivcrsité de Berlin en 1817; un manu- 
icrit de la Bibliothèque nationale de Paris renfemianl la même collection de 
proverbes et sans doute le même proverbe date du xvic siècle (De Slane, 
Cfl/. des mis. iirdbfi, Paris, 1883-93, n° 5970). 

2. Op. cit., p. JJ4. 

}. Diiti' ~f Modfrn Arabk, London, 1871, vol. I, v« ape. 

4. Dons jt uitinc ouvrage, à l'art. Ihibaw, il donne les formes tudimatiu et 
maimomn, pendant que dans la partie arabe-anglais il ne donne que la forme 
maimouH. 

$. An En^liih-Àrahii I^auvu (Ix)ndrcs, 1881). 

6. Engîiih-Arahu Dklionary (Londres, 1882). 
uide f ramais-crabe vulgaire (Upsal, 1884). 



- nu 



« MAIMON >) 263 

guenuche ». Les autres dictionnaires qui me sont accessibles' 
omettent maïmoun, ou ne cherchent pas à déterminer exacte- 
ment l'espèce de singe désignée. On voit que les témoignages 
allégués appuyent en général l'idée que tnaïtnomi s'applique pro- 
prement à une espèce de babouin. 

La situation est moins claire pour ce qui est des passa- 
tirés par M. Thomas de textes européens. Touietois on pcui 
noter que (Aiillaume de BaldenseP dit avoir vu au Caire 
« plures babuinos » et « Ctitos miumoms » dressés, ce qui s'ac- 
corde très bien avec le fait ' qu'on exhibe encore dans les rues du 
dire et le Cxnocephalus hubiiin, le babouin, et le (Anocephitlits 
hamudryas. On peut tirer parti aussi de la distinction apparente 
que fait Marco Polo entre « gat pauls » et « gat maimon »\ 
si on la met en rapport avec une citation de la Descripcion de 
Afiiùi (1573) de Luis del Marmol Qirvajal, donnée dans le 
Dicciofuirio de lUiloridudes, à l'an. (iATO i»aL'l : « Las Monas ô 
Simias son de diversas suertes, unas son pardas de color de 
gatos salvages, v tienen las colas mui largas y las caras blancas, 
y otras las tienen negras, y estas comunmente se llaman en 
lispana Gatos Panles. » On peut croire alors que le voyageur 
vénitien a désigné les babouins à tîgure noirâtre > par gat 
pauls », et le Cynoccphulus hamadryas, à figure de couleur 
moins foncée, par « gat maimon ». Il est diltîcile d'interpréter 
les descriptions plus ou moins exactes du mnninumelus citées par 
M. Thomas^, d'après Thomas de Cantimpré, \'incent de Ik-au- 
vais, et Albert le Grand. La queue est commune à tous les 
animaux en question, et la figure noire rappelle Cyuoccphalus 
hidniiu'. Les applications du nom maimon par Linné et Butfon 



1. Catafago, Wahmiund, Bocthor-Perccval, le dictionnaire de Ikyroutli . 

2. Rommiii, XXXVIII, 557, et Du Gange, à l'art, mammhvi^ 

3. Cf. Brehm, of>. cil., p. 157. 

4. Kottiiitiia, XXXVIII, 557. 

5. Brehm, op. cit., p. i>i, dit qu'ils ont !i f[m\rc . «ichw.lr/licli Mei- 
grau ». 

6. /?t>wtiw»«ï, XXXVIII, 558. 

7. La remarque d'Albert que les Italiens appellent l'animal s/>itigiM, et la 
forme spingues (donnée par Carpentier dans Du C!!ange). qui se trouve 
dans le ms. d'un bestiaire dans un passage imité de Solin (27, 59, éd. 
Mommsen), où cedernier écrit sphinges^ nous rappelle qu'I{hrenber£rr.^t/;<i;;J- 



26.| MI-.I.Wr.ES 

n'ont pas grande imp<.')r!nncc. Il est inicressnnt de considérer la 
description donnée par Scaliger ', qui dit : « Caudati^runispecies 
nuilt;i5 novimus. Unam canino item capite ac deiuibus : insi- 
diosum : cauda valde prolixa : colore admoduni croceo. Catum 
Miîiwotium vocabant nie puero. Et puio Rhaeios nostros appel- 
lasse Mcrhat:^, lanta peninacia ad maleticium : ut ne extiipatis 
quidem dentibus tuti essemus. » Cette description ne jure pas 
trop avec ce que nous savons du Cynoccphalui haviadryaSy dont 
le corps parait être de couleur jaune ou jaunâtre ^ et dont la 
férocité est célèbre ' 

Q>mme supplément a l'article de M. Thomas, on peut noter 
que la dernière édition (1899) \\\\ dictionnaire de l'Académie 
t ^.ole donne moimôit dans le sens de « singe », et que 

! .\7. V Yanguas cite le mot dans le Jjhro ciel (^aluillero y 
iU'î EsiuJero {entre 1320 et 13^5) de D. Juan Manuel. Covar- 
rubias (161 1, 1674) donne vuùmomta comme terme de marine 
ayant le sens de « estaca donde atan las vêlas », pendant que 
le Diccionario de hutoridades explique maiviomtcs comme « unos 
cur\at6nes ô palos de pie deredio, que estân en la cubierta 
superior, cerco del palo mayôr y trinquéte, y tienen sus rol- 
dânas para laborear por ellas las brazas del trinquéte y velacho 
y otros diverses cabos de labor. . . » Les éditions successives du 
dictionnaire jusqu'à celle de 1791 continuent de donner ;;/fly- 



-j. li'tii. \u Berlin, 1K33, Pltys . Kîasse, p. 340)3 tenté 

*1 le: r A\^c Lynocfplxtlus îxmiaJryas la Sitnia Sphinx des anciens, qu'on 

prenJ à l'ordinaire pour le chimpanzé ou la dianc. Plusieurs glossaires 

• par le vieux haut-allemand w^ritai^^fl , mereca:;^^n, une (orwc sping a 

(ci. U ich, Glnssarium latino-f^ermanicunt , v, spinga). 

1. /« AiiitoUUsHiit. de Animalibus, 1. II, c. 13 (Toulouse, 1619, p. 197). 
5»caligeT est cité par M. Thomas (/. /,, p. 558, n. i;. 

2. Brehm (/. /., p. 159) dit que <' . . , jedes einzelne Haar abwechselnd 
■':h braun und gelblich geringeit ist, wodurch eine sehrschwer zu be- 

sciucit>endc, dûrr ge>*ordenem Grascam meistem ahneinde (jesammtfàrbung 
des Peizcs entsteht ». 

\. Brehm, p. 164 : « Sogar in Eg>pten dùrfcn sie nicht ohne Bcisskorb 
ausgcfûhrt werden ». Ensuite il raconte comment il a été mordu lui-même 
p. r un singe musclé de cette espèce. 



UNE CHANSON FRANÇAISE INÉDITE 265 

inoiificb ;on Ta omis depuis 1803. M. le D' Aitilio 1*. Sbedico, de 
l'Université de \\';isliin»^ton, me fait savoir que dans le dialecte 
des Abruzzes (province de Chieti) i^hat mamô (^^h ayant le son 
du ^ hollandais ou du iihn'ni arabe) veut dire >pauracchiOy 
« épouvantail », en parlant d'une personne laide. M. i^aist ' a 
émis l'hypothèse que le tranv;ais niarniol a un rapport intime 
avec notre groupe, et il a appelé l'attention ^ sur l'ancien fran- 
Vj'ais ttuiiutnonet. 

D. S. Hi (^vnm-.iM. 



J UDI'-O-F-SPAGNOL ABHDIGVAR 

J'ai eu tort de supposer {Rotiianiti, XXXIX, 139, n. 3) que 
c'était par erreur que M. Subnk avait écrit le verbe judéo-espa- 
gnol ahcdiguar, « rendre la vie », avec un (/. La forme avec d se 
présente, par exemple, dans la Bible judéo-espagnole imprimée 
à Smyrne en 1833, qui porte (Iixcdt-, I, 17) ahcdi^tiavau, et 
{E\\kit\ I, 18) alh'dii^nastes. Ahcdi^uar est probablement sorti de 
l'ancienne lorme ahrci^uar, par une espèce de dissimilation. 

D. S. Blondheim. 



UNE CHANSON 1 RANÇAISK INHDITH 

La chanson dont nous donnons ici le texte est inédite. Elle 
se trouve dans un manuscrit du fonds latin de la Bibliothèque 
nationale (11412, f° 103 v"), où il semble bien que les roma- 
nistes aient ignoré son existence. Elle n'y a été siijnalée, à mon 
su, que par L. Delisle dans son Inventaire des manuscrits latins d^ 
la Bibliothihjue nationale Çn"^ 8823-1 861 3) et par Hauréau, qui 
la mentionne en quatre mots dans ses Kolires et extraits, t. Il, 
p. -|8. .\L Jeanroy, à qui j'en ai soumis une copie, a bien voulu 
me dire qu'il ne connaissait pas d'autre exemple de sa forme. 

C'est bien par l'effet du hasard qu'elle s'est fourvoyée dans 
le recueil 011 elle figure. Le ms. 1 1412 se coinpo.se de pièces de 



1. Rrî'iie his(>iitii(]fie, W. itS. 

2. Jahresh*ricl)t fiber die Fortschvitte der nvn. Pljïl., VIII (1904), I, 202. 



266 MÉLANGES 

nature très dirtcrcnic, pocmcs d'ccolc, traites divers, et elle y 
est insérée entre des définitions philosophiques en vers latins 
cl des tables latines en prose. l'.lle occupe environ les deux 
tiers inférieurs du h' 105 v'' et le premier tiers dii f" 104. le 
reste de ce dernier tolio est occupé par des comptes. Les vers 
sont écrits bout à btiut, s.ins aucun sij»ne extérieur qui permette 
de les distini:ucr les uns des autres. L'écriture, qui est très 
né^Iijjée, parait être du xiv^ siècle. Cinq portées nmsicales ont 
été tracées au-dessus des cinq lignes du texte qui correspondent 
à la première strophe ; mais on n'a placé de notes que sur la 
première de ces portées ; la voici : 



^ ^ ^ % 1 '' litV^ 



Concernant les scribes par la plume desquels la chanson a 
passé, nous pouvons dire qu'à un moment donné elle a dû être 
écrite de mémoire par quelqu'un qui en a toujours conservé 
le rythme, mais pas toujours la rime (voy. i, 11-12; 11, 11- 
12; III, 11-12). .Mais celui qui la écrite dans notre manuscrit 
a dû la copier : ainsi s'explique que la graphie n'en soit pas 
uniforme. Les particularités qu'on peut relever dans sa façon 
d'écrire sont les suivantes : 

Traitatutit des ivyflUs : 1. <ii( devant consonne, est écrit n 
{biate^ i 9 ; espaîa iv 3 ; chasant iv 4). Hxception : vaJl 11 11. 

* en est écrit an {matjtoti iv 11; Jans iv 13 ; inellemant v 2). 
iixceptions : Fit i r; cupire i 10; art^enl 11 12 ; tnni son i^e i\\ 
5 ; rw \ I . 

3. on atone (<C l)onui>) est écrit au (i 6). 

4. ai est écrit oi dans poinm (ii 7). 

5. cl étym., devant consonne, est écrit ou (i 8) et (rhnvs 
IV 3). 

6. {'est écrit a Çw'ly iv 5) et ou {loue v 12). 
;■ protonique est écrit (coronee v 10). 

tt' ^ -o/)est écrit (> dans t\V''f ^îv, n). 

Traitement des eonsotmes : 7. I^ gutturale explosive est notée 
il (i 6; III 1,6; V 3, 7, 13). Exceptions: i 2; m 10; iv 8. 
^ La sifflante dure est notée s entre deux voyelles (basetcs 
; chasant iv 4), ou ç dans le mot chançon (i 3 : v i). 



UNE CHANSON FRANÇAISE INÉDITK 267 

9. S semble s*ctre ;imuï dans les tonnes cbahi (ii i ; v, 5) et 
iuelktmmt (v 2). 

MorpMo^ie : 10. La troisième personne du s^^. de aivir est 
écrite ait (11^; iv i). 

De ces traits, plusieurs, ceux qui sont ran«^és sous les n"' i, 
3, |, ), 9, 10, n'ont pas une simple valeur i^raphique, mais 
impliquent que le scribe prononv;ait les ft)rmes ainsi notées 
d'une fat;on particulière. Plus spécialement ceux des n" i, j, 
et 10 sont propres au bourguignon-lorrain et se trouvent fré- 
quemment dans le chansonnier de Ikrne. 

Pour ce qui est de la langue de l'auteur, un noiera : 

1. Le maintien de IV intérieur en hiatus devant la tonique 
{es^ardefire il 10 ; pt'iïst i 8 ; feïsî 11 9). 

2. La forme tmmt i 8. 

3. \jx forme hom (cas sujet) i 8. 

^. Les féminins i,^ni^/.f i ^) ; i^ranl 11 7 ; v 8. 

$. Les premières personnes de la conjugaison en et : ravis 
II 2 ; pris V 12 ; mais loue v 12. 

Ces traits indiquent que la pièce n'a pas été composée plus 
lard que le xiir siècle. NLiis on ne saurait préciser autrement. 
Et quant à sa patrie, ils n'apprennent rien. C'est la mention 
de Provins seule (v 8) qui peut nous renseigner sur la région 
où elle fut composée. 

I^ forme métrique sous laquelle se présente cette chanson 
est isolée et je n'en puis citer d'autre exemple. \\n voici l'ana- 
lyse : 

aa /' ce /' /' dd ^ ee A 
44 6 44 6 6 88 6 44 6 

L'auteur parait avoir été gêné par cette disposition singu- 
lière. Il rime pauvrement et même, en un endroit (iv 10), 
incorrectement. 

Au reste, son inspiration était quelconque. Ni ses idées 
n'ont beaucoup d'ingéniosité, ni ses sentiments beaucoup de 
profondeur. Il chante la beauté de sa dame en termes d'une 
banalité qui n'a d'égale que celle de tant d'autres chansons, de 
tant d'épîtres d'amour, saluts, requêtes, etc. qui ont fleuri au 
xiii'^ siècle. Une chose du moins est curieuse : c'e.st de voir 
que toutes ces œuvres se sont alimentées aux romans courtois 



268 M!^LAKGKS 

de Tépoque. d'où les auteurs liniiem subsiancc et ornemcius; 
cl sMl est vrai qu'elles étaient coniposc^es pour scnir les desseins 
de conquête amoureuse de ceux qui les laisnicnt, nous avons 
là l'occasion de relever un exemple précis de lintUience exercée 
par la littérature sur les nuviirs, par les œuvres d'inmiiination 
sur la vie réelle. Ixs monoloi^ues prêtés parC^hréiien de Troves 
à SCS héros ont été pillés avec impudence ; et notre chanson 
elle-même le prouve. Li strophe iv est une de ces innom- 
brables descriptions qui ressemblent à tout et à rien, qui en 
rappellent cent autres, sans qu'elle soit rimiiaiion d'aucune en 
particulier; mais les strophes ii et m me paraissent bien avoir 
un rapjvrt plus qu'acciJcnTrl ^vçc ce pass;ii^e d'I'îv;/;/ : 

1492 Onquo mes >i dcsnicsurcr 
An biauic ne se pot Nnture ; 
Que tresp.assé i a mesure, 
Ou ele espoir n'i ovra onques. 
Cornant poist avenir donques ? 
Don fusi si granz biautez venue ? 
ja la fist I>eus de sa main nue 
Por Nature faire muser. 

Voici enfin le texte lui-même. Je mets entre crochets les pas- 
sages altéré*;, et j'imprime m italiques ceux qui ont été cor- 
rigés. 

I II 

En mon cuer truis .Moût ni'ebaliis 

Que ne me puis Quant je ravis 

) Tenir de chanson dire. 3 De son cors l'estature, 

De la meillor Son très douz vis 

Vuel la vaior Et son cier vis, 

6 K'an puist trover descrire. 6 Et sa bcle faiture. 

Mais je ne cuic que dire Grani poinne mist Nature, 

Pcûst nus hom qui soit oumoni Se m'est avis, en ii former. 

9 Les grans biatez qui en Ii sont. 9 N'est nus que ne feîst amer. 

Qui ccrcheroit l'enpirc, .Sa simple esgardeùre 

(Ne poroit Tan Valt un trésor 

Sa pcT irover] '. D'arf^enl et d'or *. 

En Ii n'ah que redire. 1 3 Ikle est a desmesurc. 



I- O^ deux vers sont dépour\-us de rime. Je n'y vois pas de correct 
certaine. M. Jeanroy penserait à lire : Se peûit prr Chque^ trcn-rr. 
2. Le ms. donne dor et dargent . 



ion 



SOURCES Dt' " THi:/.ALR 



m 



Et je ke dis • ? 
Naiurc lîsi 
} Si très bclc faiiurc } 
Se je le dis. 
Mensonge i\r ; 
6 Kar ODques créature 

Ne fisi fors par mesure : 
Onques Nature ne forma 
9 Si bêle forme com elc a, 
Qu'ele est sansmesproisure 
[Deus la tisi por 
Faire m user] ' 
I) E/» raviser Nature. 

IV 

Ele ait gent cors, 

Les chevos sors, 
J Les espales basetes, 

Pies bien clias.int, 

Boche riant, 
6 Mameictes duretés. 



» DE P. DE CORBIAN 269 

Les lèvres vermeillelies 
Plus que la rose n'est en mai, 
9 Gorge polie cl le cuer gai, 
Cler vis, chiere simplete, 
Manton votis, 
Sorcis traiiis, 
1 3 Blanches dans menuetcs. 



Chanson, va t'en 
Ineliemant. 
} P.ii ke soies cluntec 
Par le paîs. 
Ne t'cbahis : 
6 Bien seras escoutce. 
Di ke tu fu7. Ircnr^ « 
A la grant feste, a Provins ' 
9 Ou vi /W* dames .X. ou .xx. 
La gffitf " coronee. 
Bien l'ai a pris 
Ht loue et pris, 
15 K'il n'est si bêle nec". 

Hdmond l'ARAL. 



SUR LA DATH l-T QUI-LCIUHS SOURCES DU THLZ.4UR 

ni: pi: IRE de corhian 

I/cdition du T^je-nnr de Pcirc de Corbian due aux soins 
de MM. Jeanroy et Bertoni ^ ne donne lieu qu'à bien peu de 



1 . Le ms. donne Et je dis ke. La correction est de M. Jennroy, 

2. Ces deux vers ne riment pas ; je ne sais comment les rétablir. 

3. Le ms. donne a. 

4. Le ms. donne tuée. 

5. Le vers est faux, à moins d'admettre un hiatus aprcs /este. 

6. Le ms. donne Ou ill ot dames. La correction est de M. Jeanroy. 

7. Le ms. ^onci^êne. — Le sens des vers 7-ioesl : « Dis que tu fus com- 
posée à la grande fête de Provins, où j'ai vu, avec dix ou vingt dames, la 
belle couronnée. » 

8. AV a le sens de au . 

9. Auiuiles du Midi^ XXIIL 289. 451. 



critiques: il ne reste qu'à prt^ciser ladaïc de l'ouvrauc et à indi- 
quer U source de certains pass,iges, dont quelques-uns rece- 
vront de celte indication une lumière nouvelle 

Les éditeurs ont bien fait de placer la composition plus près 
de 12)0 que de 1200, l'auteur s'étant servi de W-ili^orismus vul- 
garis de Jean de Holywood (Sacrobosco), composé probable- 
ment i Paris vers le milieu du xiir siècle '. Tout le passa«»e où 
le poète provençal se vante de sa connaissance de l'arithmé- 
tique est dérivé de cet ouvrage du savant anglais. S'il écrit : 

n'.iriMiictica Six \o\7. los Acoim.imcns 

i Mïullipliar c mcrnur dividcns (262-}), 

c'est qu'on trouvcdans W'ili^otistm4S des chapitres sur r/7<y(y///i)(ii). 
Cl sur la duplatio, des calculs dont l'un et l'autre montrent 
«ut videatursummacxcedens (excrescens) ^ », un chapitre sur la 
mHÎtipîuatw (vi), et un autre enfin sur la divisio (vu). S'il écrit 
« Talgorisme aprisieu a Orlens» (264), c'est qu'il a trouvé dans 
l'introduction du même livre, que la « scicntiam numcrandi... 
Alqorismusnuncupatur ►. K 
La source des vers 265-6, 

E sai de las figuras c'al comte son rendens, 
(Cal comte représenta chascuna simplaniens) 

se trouve dans la phrase qui commence le premier chapitre : 



1 . M. i'. Mcyer s.Ui{^koiuanid. XXVI, 2p ; d. XXXII, 1 1 1 j : « Ccialgorisme 
se rt -e en d'assez nombreux mss., mais, à ma connaissance, toujours sans 

1 o^èu'.eur », Cependant il est attribué à Jean dans plusieurs mss., notam- 
ment Ix>ndre«.. Mus. Brit. Addition. 26770: Munich, Bibl. roy. lat. })5, 5965, 
7' 1622. 14684, 14770; Vienne. Bibl. imp. 588; Bâle, Bibl. 

Ln; . iii. 16 I>e plus, Pierre Philomènc de Dacie a écrit en 1291 un 

c nuire sur le livre, en l'attribuant à Jean {Pétri Phihmeni df Dacia in 

.i.£ "» l'uïf^iirem Johannii de Soitohoico commfutarius, utta ctittt Al^orii- 

"■ . td. M. Curtze C21), et les quatre maîtres de l'histoire des mathé- 

matiques au moyen ipe, Curize, Cantor (/<•//. f. Math. u. Phyiik, XLIV; 
Hisl. Ittt. AH., 8-9J. Eocstrôm (Bihliothrca Malljematica, 5« sér., t. VIII, 
i)i:IX, 272) et P. Tannery (liull.dfi icitmei math., XXXII, i" partie, 
227) ont accepté cette attribution. 

2. Éd. Curtzc, p. }-4, 7. 
• Pd.cit.,\. 



SOURCKS DU »< THKZArR » DK P. DK CORBIAN 27 1 

Est autcm numcr.ito cujuîilibct numcri pcr figiints conifvtcntcs anilicialU 
représentât io ■ : 

celle du vers 267, 

O dos, o très o qairc lot essembl.idainens, 

dans les quelques phrases suivantes : 

Omiiis vcro numerus a Jecem usque ad centuni, ut ceniarius excludatur, 
scribatur duabus ti^uris... Itctn omnis nuincrus, qui est a centum iisquc aJ 
mille, ut milicnarius excludatur. per très cyfras vel figuras habct scribi. . . 
Item omnis numerus a mille usque ad decem milia per quatuor, et ita 
deinceps ». 

Enfin, et surtout, la source des vers 268-9, 

(H sai be que deliura figura de niens 

Qant ella vai premiera c quant ell'es sij»uens), 

se trouve dans des phrases latines (ch. i), dont l'écrivain n'a 
pas tout à fait compris la sii^nificaiion : 

Décima vero O dicitur leca, circulus. vel cyfra, vel fii^ura nichili, quoniam 
nichil si^nificat : ipsa tamen locum tcnens dat aliis significare, nam sine 
cvfra vel cyfris purus articulus non potest scribi... omnis v*»ro articulus 
per cvfram < primo loco positam > et di^itum, a quo denominatur illc 
articulus , habet represcntnri, ounninm quilibcî .irîioulii<; ah nliquo digito 
denominatur '. 

Quoique on ait introduit les chiffres indo-arabes dans l'Hurope 
occidentale dès le commencement du xir siècle ', le svnonyme 
du zéro, utilisé par Peire, se trouve pour la première fni«; ' dans 



1. Éd. cit., 2. 

2. ^W. cit., 2. 

5 . Sur l'usage des termes ili^iti et articuU cher les abacistes et dans les 
algorismes, v. Kncstrôm, ^iV»/. Math., y sér., t. VIII, 149-51, IX, 350. 

4. D. E. Smith and L. C. K;irpin<;ki. Thr Hivilti-.lriihi: Vmw/tj/j. Boston 
and London, 191 1. 123 sq. 

). Cintor {VorUsuugen ûb. «/. Gesch. d. Matlxmatik, II, 2*^ éd., 64, d. 61 }) 
cite la phras«: « cifra circulus et figura nihili »> de V Algorisnim dnnonstratui, 
attribué à Jordanus Nemorarius, qu'il a identifié avec Jordanus de Saxonia, 
mort en 1257: mais on a démontré que ce traité est l'ouvrage d'un certain Ger- 
nadus, écrit dans la deuxième moitié du xni« siècle (P. Dulicm, Bibl. math, y 
y sér., t. VI, 6-1 j ; Enestrom, VIII, 147, 216). 



2 ■'2 .Mi:i ANGES 

louvrigc trcs rcpandii de Jean, d ou il est passé dans toute une 
série de traités sur rariihmétique ' . Mais, si Peire savait les 
règles du calcul d'après rali^orisme, c'est-à-dire avec les chillVes 
modernes, il ne j>ouvait jx'ut-ètre pas faire le calcul la plume à 
la main. Pour le taire il avait dû apprendre, aussi ;\ Orléans, 
l'emploi de l'abaque, qui était à cette époque une lornic quel- 
conque de la tablette, empruntée aux Arabes « où l'on trav;ait 
les chiffres dans le plus petit espace possible, en les effaçant et 
en les remplaçant par d'autres au fur et A mesure des opéra- 
tions 

Peire ayant connu les nombres indo-arabes, on se demande 
pourquoi il s'est servi aussi de la pratique, presque primitive, 
indiquéedans les vers 270-1, 

Per las onsas dcls dclz tôt abrivadamcns 

S.ii hcn comtnr d'un rci tôt sos dcspessnmcns ^270-1). 

Il ne faut pas en chercher bien loin la raison. Peire a pris ses 
renseignements dans un ouvrage des plus répandus au moyen 
âge *, le £V tempcrum raliotu de lk.*dc. Le premier chapitre de 
cet ouvrage, qui se trouve isolé dans quelques manuscrits*, 
s'intitule De computo vcl loqtiela di^ilorum, et enseigne comment 
on peut compter jusqu'à n'importe quel nombre, et se ser\'ir 
de l'articulation des phalanges pour exprimer quelques-uns des 
nombres, comme dans les cas suivants : 

Cum ergo dicis Unum, minimum in lacva digituni intkctcns, in médium 
palmac artum infiges .. Cum dicis Octoginta, indiccm... circumflexum, 
pollicc in longum tenso implcbis, ungue videlicct illius in mcdiuni indicis 
anum infixa s. 

Le même ouvrage est la source des renseignements de Peire 



1. Smith and Karpinski, ouvr. cit., 58, S9. n. 2; 61, n. 2; 62, notes. 

2. Tanncr\\ ouvr. cii., 278. Sur les formes européennes de l'abaque, v. 
'^ •' ' ' , ouvr. cit., 121-8. 

3. .M. ?•' s, Sfues Archiv der Geselhcijaft f. altère dent iche Geschichts- 
kunài, XXXVi. 762-4. 

4. Nfigoe, Pair, lût., XC, 68); .Manitius, Cr^ic^. d. Laleiuiscixn Lit. des 

i. Patr. loi., XC, 296, 297 et voir aussi ch. LX, De redilu et compulu arti- 
'I utrarum^ue e/HU'taruiii, >0>-6. 



SOURCES DU « THEZAUR » DE P. DE CORBIAN 27^ 

sur le cours de la lune et sur le calendrier. On voit de suiie 
que les vers 359-63, 

Tan cor (la lune) bas que son cors a fach pcrticch.imcns 
En. XXX. jornb loi/. sols, doze orascn son mens. 
De leis sai icu per sert loiz los acointanicns. 
Indicios, epactas e claus e concurrens 
Coniuns et enbolismcs, ses libre coralmens, 

sont dérivés de certaines phrases du deuxième chapitre, De 
triffhkiii temp^num ratione : 

Consuetudine verohumana (îrmaium est, ut mensis xxx diebusconipuiareiur, 
cum hoc nec solis, nec lunae cursuiconveniat. SiquiJeni lun.im duodecini 
horis minus, salva ratione s.iltus...qui solertius exquisiere lestantur... Lunae 
vero annum, si communis sii, cccLiv. Si emlxilismus, cxxLXXXiv diebus 
terminari toiunique lunae cursum decennovcn.ili circulo coniprehcndi '. 

On trouve plus bas un chapitre .\ia, De cniMismis ci Lummii- 
hus anuisy un autre (xLvm) Dr indictkmibns, et encore un autre 
(l), De cpiUlis lunaribus. Dans le chapitre (lu), Argumctittiin 
ijiiot sint epacta: lunarcSy on apprend que 

Très sunt epaciae, id est. adjectiones lunares, 

tandis que dans le chapitre qui suit. De epactis solis, on trouve que 

Uu.ino dcccnnovenalis circuli tramite designantur cpactae solis, id est, concur- 
rentes septimanae dies unius semper ternos per annos, ctc '. 

Faut-il chercher une autre source pour le mot cLiiis dans le 
vers 362 : 

Indicios, epactas e clause concurrens», 

ou peut-on corriger en 

Indicios, epact.is de luna e concurrens? 



1. Ouïr, cit., 500-1. 

2. Ouïr, cit., 502. 

5. Cf. Bruncito Latino, Li Trésors, éd. Cliabaille, 14} : « .\u premier an dou 
siècle, que les planètes commencèrent lor cours a un meisme jor, il n'ot 
nul remanant des ans de la lune ou dou soleil. Et por cedient que li premiers 
ans des. xix. devant diz, les epactes. »> Le mot claus est-il ici un synonyme 
de nuks ? 

Romanui, XLI. l8 



271 MKLAVcr'; 

Les vers 364-5, 

E U ubb Daunisi. que cn dcniosiranicnN 
Cant Icv.i ni C^nt Hiiso \\ ^irosmi prrni1rn>;, 

contiennent une allusion A un .uuro livre très connu au moyen 
..^, . et cité plusieurs fois par Bèdc. le /V Piiscbnlc de Dcnys le 
IVtii \ où on trouve une table d'après laquelle on peut fixer 
les dates du Carême et de Pâques. Wais, contrairement à ce 
qu'ont cru les éditeurs, on n'y rencontre rien du calcul indiqué 
dans les vers suivants, dont la source est presque toujours le 
traité de Bè-de ; o\\ v trouve les termes techniques, sauf un, du 

vers 367, 

Los nicnuiz cis atunis «, las onsas cls nionicns, 

dans certaines phrases du troisième chapitre. De niiiiutissitnis 
tfinfy^rutn sfsjliis : 

Kecipit aulcm hora iv punctos. \ minuta... XL monicnu. ...Minimum nutcm 
omnium et quoJ nulla rationc dividi queai tcmpus. atomum Graccc, hoc 
est, indivisibile sive ioscaabilc, nominant * ; 

et le sens général du mot ofisa parait dans le chapitre De ralnmc 
uih'iarum : 

Sivc igi:ur noram uiiam, j.iyc uicni imcgium, sivc mcnscm, sivc annum, 
sive ccrte aliudaliquod majus minusvc tcmporis spaiium in duodccim par- 
tire vis, ipsaduodccima pars uncia est '». 

La signification des mots uncia et atomtts s'est précisée après 



1. .Manitius, .Wu/i Archiv. XXXVI, 758-9; L. .Maître, Us écoks cpiscoftaîes 
et mîfu. , 25 J- Philippe de Thaon a fait allusion à cet ouvrage dans son 
Coffipuiui, 209-10 : •• De la uMc raisun Dionisie verrum ». Mann n'a pas relevé 
!c wîsarc (Anglia, VII, .$21;, et n'a pas fait de recherches pour savoir si 

vraiment utilisé l'ouvrage ; cf. V. Meyer, Remania, XL, 72. 

2. Patr. h!.. LXVII, 48}-Jo8. 

?. Les ^ s ont rejeté les le<;ons aluns (R) et autuma (D;pour lescor- 

' . cr en a^ntuts « azimut ». qui n'est pas en cause ici. On ne peut pas accepter 
. plus la conjecture (v> 479) que la leçon iaJtom{L) soit une faute de copie 
:- j- A. '; " lc<< cv », car il n'était guère question des seconde.s dans la 

n de l'heure au nxnen âge. Mais cf. Patr. lai., XC, 306, C et D. 
4. Patr. lot., XC, joî-s 
$. Ouïr, cil,, 307. 



soi'Rcis ni' « iMi/ArK » i)i: i*. ni: corriw 2-^ 

BcJc, et dans le coininciuairc du De Untporum ratumc du a 
Brii^htclcrtiis de Ranisay (vers 1000)', l'un sij;nitîe la dou- 
zième partie d'un moment, et l'autre la quaranie-huitiùme 
partie d'une iiitcia : 

Qluc vcro quinquc minuu r.iciunt mcdictatcm unius horuc, id csi viginti 
momcnta. Partirc unumqiuxique niotucniuni pcr duodccim unci.is, et 
invcnicsccxi.unci.is. . . Siquidcm monicntuni quin^cntis cl scxaginu qua- 
tuor aiomis constat Recipit autcm hora. . . nionicnta quadraginta. . . vcl, 

sccunduni inathcmaticos atomes xxum, dlx '. 

Dans un autre traité provençal, presque contem[H^rain ', le 
Brei'iari S Anior de Matfré Hrmen^au de Béziers (1288), on 
trouve une table complète de la division de l'heure : 

Lï dczena part es niomcns, 
Momcns en .xii. partz partit/, 
Quascuna part?, onsa se dit/, 
El ato(m]us .xlvu. 
Quascuna de las onsas ret. 
Le quai temps nonmat atomus 
No pot hom pcr rc partir plus *. 

Enfin Peirc a utilisé le texte et le commentaire du chapitre 
(xLii) De saltu lunae. Bède demande : 

Kam quu modo ficri posscl ui pcr annos dciiob ci iiDVcnub uuum actc^ic cn^cI 
solito dicrum lunac numéro auferri >, 



1 . Manilius, Gesch., 8t). 

2. Pdtr. ht., XC, 472 D. Le pass;if»c se trouve dans le commentaire sur 
le chapitre D** saltu lumu\ dont il est question plus bas. 

5. Cf. P. Mcver, Hist. litt. de la Fvame, XXXll, i6-i«. 

4. Ed. Azaîs, V. 6310-16. Lx*s diverses leçons pour le vers 6515 sont ulonus, 
atoniiis.atlfûtnui. Il y a une faute de copie sans doute dans la phrase de Vliluci- 
dari de las proprietat^, citée par Raynouard (s. v. atomi), « athomi es la XLvi 
{sic) partida de la unsa », comme on pourrait le voir sans doute cnconsuliani 
l'ouvrage latin original de Barthélémy l'Anglais. Sur la valeur de Vuncia, V. 
aussi Bcnvenuto da Imola, Commentum super Danlis Aïi^lxrij ConioediatUy 
II, 45) ; et sur celle de Witomus, v. Honorius Augustodunensis, De iniafjitie 
niundi, II, ch. iv et x (P.itr. hit , (XXXII. \ \-^ et Pliilippe de Ihaon 
{Corn put, 2588-9). 

5. Ouvr. cit.. 472-5 . 



276 MLLANGES 

et son commcni.ucur, tout cii expliquant que : 
iu JCvcm Cl novcm annis ccxxxv imî.uioncs sunt ■, 

dit encore : 

unus dics propter vclocit.ilciu lujuc pracniiiiiuir, quctu s.iltum lun.ic calcula- 
lorcs vocam». 

Nous avons lA la source assurée des vers 361S-70, 

De xc. e de .XXX. cdc .v. lunamens, 

Per qu'en .x. et .IX. ans n'es us jorns desperdens, 

C'oni clama saut de luna, car la lun'es salhcns. 

Mais dans le vers 371, 

De .xxviii. es prima pel jorn qu'es sofTranhcns, 

l'écrivain provençal a mal traduit son auteur: 

Diversis autem locis circuli decennovalis divers! quique calculatores hune cum- 
demlunaesalium interponendum.id est, mensem lunarem, qui caeteris annis 
tricenos dies habere consucverat, unde triginta dierum esse faciendum 
putavere. , . Porro Aegvptii, in quorum sententiam Catholica nunc consentit 
Ecclesia, eamdem mutationem primo anno circuli decennovenalis adfigunt '. 

Pour lui, la première lunaison du cycle lunaire avait un jour 
de moins que les autres, tandis que l'auteur qu'il suit a voulu 
dire que c'est dans la première année du cycle qu'une lunaison 
avait un jour de moins. Pour l'un et l'autre la lunaison était d'or- 
dinaire de vingt-neuf jours, et c'est à cause du « saut » de la 
lune que la lunaison exceptionnelle n'avait que vingt-huit jours. 

L'histoire des apôtres, telle que la présente l'interpolatcur, a 
beaucoup d'intérêt sous plusieurs rapports. La légende d'après 
laquelle saint Jacques aurait traversé la mer, transporte sur un 
bloc ou dans une auge de pierre : 

Sant Jacmes passet mar, ses toiz navcjamens 
C'uspeiros l'en portet per l'aigua drechamens, 
Mentre qu'el se dormia mot suavetamens, 
Cane no si rcconoc tro près arribamcns [497-5CX3], 



1. Ouïr, cit., 472 D. 

2. Ouïr, cit.f 472 C. 
5. Ouvr. cit. y AlA-^' 



I 



SOURCES DU « THEZAUR » DF. P. DE CORBIAM 277 

existait sans doute de bonne heure; ce qui est certain, c'est que 
parmi les reliques que {possédait la cathédrale de Saint-Onier 
d'après un inventaire du mois de mars 1346, était « la pierre sur 
laquelle saint Jacques traversa la mer » '. D'après la légende con- 
nue, le bateau qui contenait le corps du saint passa de Syrie en 
Espagne en une nuit, tandis que ses disciples dormaient, et le 
bateau avait abordé en Rspagne sans voile ni rames \ Sous l'in- 
fluence d'autres histoires hagiographiques, où les corps de certains 
saints flottaient sur l'eau dans un lourd sarcophage ', la légende se 
développa et nous aÙirma que le corps de saint Jacques avait 
abordé en llspagne sur un bloc de pierre, qu'on montrait aux 
pèlerins à Kl Padrôn ♦, ou dans une auge de pierre, comme dans 
une légende bretonne contemporaine ». La croyance à l'évangéli- 
sation de l'Espagne par saint Jacques l'a modifiée encore une fois 
en attribuant à l'apôtre le miracle tel qu'il paraît dans notre poème 
provençal, et qui se trouve tant de fois répété dans les vies des 
saints celtiques**. 

Mais il semble que la modification de la légende de saint Marc 
qui parait dans le vers [496J, 

E Sant Marc a Venecia près sos arribanions, 

soit de l'invention de Peire. Le corps de saint Marc fut apporté 
d'Alexandrie à \'enise par des marchands de cette ville en 

1. Vallct de Virivillc, Essai sur les archives historiques du chapitre de Vcglise 
cathédrale de \.-D. à Saitit-Ouier dans Mini, de la Sec. des Autiq. de la Mori- 
nie, \'\, 2, p. XI., cite par P. Saintyves, Les Saints successeurs des Dieux, 47. 

2. Lipsius, Die apokr. Apo<lelgeschichteu, II, 2, p. 223. Pour des analogues, 
V. H. Dclcliave, Les légendes hagiographiques y 34-6 ; R. Ford, A Haudhook for 
Travellcrs in Spain, 5<-" éd., II, 603: R. Hcinzel, Ueher diefraniôsichen Gralro- 
tnane^Denkschr. d. fP'ien.Ak., XL, iu),}'j ss., iio, 135, 144 ; Hogarlh, .-/ fi^an- 
deringScMar, 1 79, Dans le Livre Je S. Jacques (cf. Bcdier, Ann.du Midi, XXIV, 
18), qui fut SI répandu (c(. Koniania, XXXI, 254), le miracle en moindre : 
le bateau n'arrive qu'au bout de sept jours (Roniania, XXXI, 258, 269-70). 

3. Delehaye, OMÎT, t/7., 58-9; Analecta BolL, XXIX, 140-44. 

4. Ford, ouvr. cit., 603. On montre aujourd'hui le bateau de pierre dans 
lequel un saint mahométan a passé l'IndusCA.O'Brien, The Mohcmwedan Saints 
of the Western Punjaub, àmus Journ. of the Roy. Anthrop. Institute, XLI, 512). 

5. A. Le Braz, Les saints bretons d'après la tradition populaire {Annales de 
Bretagne, XI, 181). 

6. VitaeSanct. //;7Yrf7/a^, éd. C. Plumnur, p. CLV. 



27S MÈI.AN(.!:S 

827-8 '. Nous avons la preuve que ce saint était vénéré dnns le 
midi de la France dés le commencement du \m"' siècle, peut- 
ècre grâce .\ l'intluence des pèlerins et des croisés qui s'embar- 
quaient à Wni'^r' Néanmoins, ce culte ne fut jamais populaire 
en France \ 11 v .. vrai que Raimon \"1, comte de Toulouse, 
revenant de Rome, fit en 1215 un détour pour faire ses dévo- 
tions aux reliques du saint*. Maison ne trouve nulle part, 
même dans les traditions vénitiennes ^ que l'apôtre soit allé de 
son vivant à X'enise, qui du reste n'existait pas encore. I/inter- 
polateur, sachant que le sanctuaire de saint Marc était à X'enise 
comme celui de saint Jacques à Santiago, a cru que l'un et 
Tautre saint était enterré d.ms le lieu même de son apostolat. 
L'histoire la plus intéressante est celle do saint Jcan-Bap- 
listc. que l'auteur raconte ainsi qu'il suit : 

De San Joh.m Baptista vos dirai vcramcns, 
Co malamcns n'obrct Hcro le descrczens, 
C'ascgurat Tavia que nol fes dampnanicns 
Puevs feiz l'aucir sa filha, que era de mal sens ; 
Fei7. le tolrela testa sobraseguramens 
Car non poc en sa vida faire totz sos lalens. 
C^ni ela lenc la testa, fon sos cors mot gauzens ; 
o Joan, so li dis ela, mot me yest bels c gens, 



1 . Sf. G. //., XIV, 22. 

2. Voir Bcdier, Les Ugenda épiques, II, 147-9. 2)2-71. 

}. Par exemple il n'est pas question de saint Marc dans l'anicle de 
J. Schit/cr, Herkunft und Gestallung der franiosichen Heiligetitunncu {Rom. 
Foruh., XXII, 1-96). Ce n'est que dans une des plus jeunes chansons de 
gc«c, AUiCJns (4179, 4920), qu'on trouve une allusion énigmatique ii « saint 
Marc de Vcnis ». Cf. R. Weeks. Puhï. Mod. ÏMttf;. Ais., XVII, 473-5 ; 
Romaniû, XXXVIII, 24 ; E. Langlois, Romania, XXXII, 45^-7. 

4. Chjnson de ^i f^^ ^isade, éd. P. Meyer, 5665 ; cf. t. II, p. 196, n. 

$. Saint Marc .. .:^ le premier évèque d'Aquilée, et son corps a protégé 
Venise quand Charlemagne l'i attaquée d'après le Chronicon Veueiuvi {Alti- 
- '') f.Vf.G.//., XIV, 57, 49, 5$), compilation du xiii* siècle. Dans le récit 
«V .a translation de son corps, l'historien vénitien Coccio Sabellico {DegU 
■ f.^rici d/IU cou Vem^iaru, 1818, I, 48) rapporte que l'ancienne légende, con- 
,. .^ de tout le monde, disait que saint .Marc, durant sa vie, ayant navigué sur 
'1 «n^r v \quilée et ayant touché ces lies, avait eu une vision céleste qui lui 
-. .. ; , >j:t que sc^ f^^ r*»rvritfr.iipnT un inur «;iir cettr terre .ilors inhabitée. 



SOURCES DU « THEZAUR » DE P. DE CORBI.W 279 

Mot planhi la lu.i mort, car anc non fust crczciis 

Que baizcsscs ma hoca, que tant iost covincns. 

Atic not puce bai/.ar vicu, de qu'es mon cors dolcns : 

Ar te baizarai mort, car no i yest defcndcns. .. 

K cujet li baizar la boca solamens. 

Et el la issortet, scgon mos cssiens, 

F ela avalic, anc pueys no fon parvens f |7>-X»^)!- 

Xous avons ici le seul té-moignage franv;ais relatif à l'exis- 
tence de la légende d'Hérodiade (Ui Salomé au moyen Age. 
Les autres témoignages ' se trouvent dans une homélie anglo- 
saxonne de AeltVic (-j* 109S), et dans Vlscfii^riniu^ de Nivard 
de Gand (115 1-2) -\ 1/un est très court : 

CciLiins héréiiqucb ài>ciiL que la tête du saint souffla sur la femme du roi, 
Hérodiade, pour laquelle il avait été mis à mort, de sorte qu'elle est pas- 
sée avec les vents au-dessus de la terre entière', 

l'autre assez loni^ : 

Hac famosus erat felixque fuissel Herodes 

Proie, sed infelix hanc quoquc lesit atnor, 
Wcc virgo thalamos Baptiste solius ardens 

Voverat hoc dempto nuliius esse viri. 
OtTensus genitor comperto proiis amorc 

Insontem sanctum decapitavit atrox ; 
Postulat atTerri virgo sibi tristis, et aflert 

Regius in disco timpora trunca cliens ; 
Moilibus allatum stringens capui illa lacertis, 

Perfundit lacrimis osculaque addere avet, 
Oscula captantem caput aufugit atque resuftlai, 

Olla per impluvium turbine flantis abit. 
Kx illo nimium memor ira lohannis candem 

Per vacuum celi flabilis urget iter; 
Mortuus intestat miseram nec vivus amarat, 

Non t»imen hanc penitus fata périsse sinunt : 



1. Grimm lésa remarqués il v a longtemps, v. Dt'utiche M\tMo^ie, IV, 
éd. I, 235-6. 

2. Sur le nom du livre et sur sa date, v. Sudre, Rom/ifit.i, XXIV, 605 ; 
G. Paris, Remania, XXV, 628 ; Voreî7sch, Zeitschr. f. rotii. Pbil., XX, 114-16. 

5. Tfje Hontilies 0/ Afl/ric, éd. Thorpe, I, 486. 



Lenh honor luctum. luinuii rcvcremî.i |"»cnam. 

Pars homiiium mcsic icriia scruii licre, 
Qucrcuhus cl corilis a nociis parte sccunJa 

Usquc nigri ad gaili carmina prima scdct. 
N*i::k ca nomcii habci PliaraildLs, Ilcrodias aute, 

Sillria ucc subicns ncc MiK'utula pari '. 

Si dans l.i narration biblique " et dans la tradition ecclésias- 
tique», c'est la mûre d'Ht^rodiade qui est la vraie coupable, notre 
légende exige que ce soit la tîlle qui soit punie, comme dans les 
récits de Xivard et de Peire, et dans une autre légende d'après 
la \, un jour qu'elle se promenait sur une rivière gelée, la 
glace s"entr*ouvrit et, l'engloutissant, lui coupa la tète. D'après 
une autre version, cette tète demeura au-dessus de la glace qui 
emprisonnait le corps*. Peire, suivant le récit biblique, dit que 
c'est la tîlle d'Hcrode qui demande la mort du prophète, tandis 
que, d'après Nivard, c'est le roi, irrité de l'amour de sa fille pour 
Jean S qui le met à mort, ce qui est, sans doute, la forme ori- 
ginale de la. légende, dont la source reste toujours à trouver^. 

Peire ne dit rien non plus du sort de la fille d'Hérode, con- 
damnée à être ballottée par les vents, dont il est question chez 
Kivard et Aelfric. Ce détail est dérivé d'une tradition très répan- 
due dans les pays allemands, où Hérodiadc forme la contre- 
partie féminine de Herlequin dans la « mesnic furieuse », et 
a été substituée aux déesses Holda et Parahta ". Mais on trouve 



1. Ysempimus.id. Voigt, lib. II, 73-94. 

2. .Maih., XIV, 6-1 1 ; Marc, vi, 21-8. 
5. ActaSS., t. V, 546 cl suiv. 

4. A. Wcssclofsky, Giorn. stor. d. Lelt. liai., VI, 326; Rcimarus Sccun- 
dui, ' '".der Salonif îwi Cato Us Oscar Wihk^ III, 34 ss. ; Dielerich, /.eit. 
f. r. v, XV, 385-6; Early Sotith KugUsh Ugendary, cd. C. Horstniann, 
p. 3: /.. 1911, II. 387. 

5. CÀ. Wc^ V, ouxr. cit., 328 : «' L'anior di l->odiadc per Giovanni 
è on tratto insolito, e, a quanio pare, sconosciuio fuor dcl Rcinardus. » 

6. Si uoc des sources de l'homclic d'Aclfric est une homélie de Bcde 

ir. II. 201 : Migne, XCIV, 242), comme l'a fait ohser\er M. M. Foers- 
îtr (.^w^/id, XVI, 19 ss.), la légende n'est pas du moins chez Bédé. 

7. Grimm, mtvr. cit., I, 234-9, 526 ; II, 735, 778, 882 ; III, 282 ; E. H. 
-T.Gfrmjnischf M\!' ' .21,273.2^ ' I^ol, ^owwwùi, XXXII, 440 , 

j. Haascn, Z.iiiZ¥TU'<ï/w, itïAjunition und Hextnpnxess ini Miltelalter, I33,n. i. 



FRANC- « AMFÇON >) 28 1 

d'autre part la mention d'un cliasbcur nocturne sans tète, Hans 
ou Hans Jagenteulel, qu'on a identifié avec saint Jean', et, dans 
une lét^ende alsacienne du xix"" siècle, c'est Jean qui, ^éant sans 
tête, poursuit Hcrodiade, fuyant devant sa meute'. 

Gcort^'e I.. lÎAMIl.TON'. 



FRANC. AMHÇON 

Dans sa Gram. des I. rom., II, § jn (s^- § 4 5^)» -^î- Nïeycr- 
Liibkeconsidcrait le franc, arnfçitt (ort( ^r. acadtm. havicçcii) 
come le représantant d'un tipe lat. vulg. *hamicione, et il le 
raprochait de Fane. tran^;. cresson, q'il ratachait de même à un 
tipe *oricione, le latin vulgaire ayant pu avoir, à côté de 
hamus et ora, des doublets *hamex et *orex. « Avant le 
fonctionnement de la loi de syncope, disait-il, les mots nou- 
veaux amets-one, orets-one paraissent avoir été formés avec 
la finale thématique palatale; on en fit ensuite hnttieçoti, oresson 
comme iressou de eritsone. » Mais il et inpossible de voir un 
dévelopemant lonétiqe pur dans *ericionem > ireçcu (mitus 
vaut écrire ç qe ss^ ou dans *ericiare > irecier. puisqc 
*cominitiare aboutit à cciueucier et *peritiare à percier. Je 
crois qe îieçon dépant de irecier, et qe irecier et refait d'après les 
formes où 1'/ latin et toniqe : *ericiat > irece. 

Dans son Rovi. etyn. Worterb., n"" 4018, il considère mainte- 
nant avieçon come pouvant se ratacher au tipe lat. vulg. *hami- 
ceolus par chanjemant de sufiîxe, bien q'il n'i ait pas trace an 
ancien français d'une forme ^aineçueî. Mais la même dificulté 
subsiste an ce qi concerne le maintien de la voyèle protonique. 

Pour bien conprandre la formacion de ameçofi et de oreçou 
(têle et, manifestemant, la grafic primitive de c^rr^itm), il ne faut 
pas isoler ces deux mots de la série des diminutifs an -eçoii à 
laqêle ils apartiènent, et cà laqèle on n'a pas prêté jusq'ici une 
atancion sUfisante. 



1. Grimm, ou%-r. cit., II, 766 n., 776, 779 n. .\, 7^7^»; Woii, bcmage 
^ur deutschfti Mytb., II, 140- 1 n. ; Wcsselofsky, oinr. cil., 328. 

2. Ch. Braun, Lcgniiifs du Floi ival, p. 54 et suiv. (18^6), cite dans La 
Tradition, \\ , 69. 



28 2 Mhl.AN(.KS 

\i>;.' !is mois de nu-nic fraiv oci'ni ^nncontrt^ (et ni.i liste 

nVi p: icmcni pas complète) . 

a"'f m, diminuiit de twgU (Godefroy). 
—, diminutit de «vifif/ ((nHlefroy). 
M- ^ ^>w)» diminutif de iloit \ 
^eviiî : an 14$ i). diminutifde rorh « courbe » 

unit de trUf qi peut s induire de l'existancc du 
/, par leqel Gautier de Coinci traduit le lat. 
igniculus oy, ffat.ionnft). 

nnutif de «/Vs tuiYti (Godefroy). 

sonuMm, diminutifde soin « somet » (Godefroy, sommfçon). 

tmrr-ytj^ diminutif de tertrf (Godefroy). 

. ....v'^ diminutifde /rr/ « poutre » (Villard de llonne- 
coun, Jlbum, éd. I^^isus, p. 233). 

^'oici conunt je me rcprésante la jenesc de notre suffixe. On 
sait qe le latin vulgaire a apliqué de bone eure -ioneni, 
i\cc la valeur d'un diminutif, aus mots dont le radical se ter- 
mine par un / : 'infantioncm ^ cnfafhvn, *plantionem > 
/ :, *punctioncm >• /x^movi, etc. De là beaucoup de 

formes diminutives en -çim qe possède l'ancien français pour les 
mots terminés par un tÇluvHy de ///, fx^orty de /xi/, etc.) à côté de 
cèles qi dépandent de mots terminés par un c {arçon, clerçony etc.). 
Jcsuposeqc le sufïîxe diminutif -r/ a ser\i de point de départ à 
un nouveau diminutif composé -cçon. II serait inprudant de faire 



1. Pctît-^rr f;iu! il ratachcr .i !.i même série, in les suposant d'orijinc nor- 
man'îrw; n(clû \>n (c(. Godefroy. a^fiichoti),cornicix>ti, 
/ voire >m Cet r.ir imiucion remanie Bout! n cl Six'erttichon). 

.An éit%. le vtom rroî>re ' on, porté par le traducteur du D( proprietatibui 

.,' s sous Ch.irlcs V, et souvant écrit Corhictxm ; Roudi- 
dhom (\)o\3f . Baudfi'on). < ^n ( pour Colf^lxvt , CoU(ott), Ptrrùl)on 

(pou' /' 'I, PrrreKcm)^ . m (pour / «, Hohrcon), sont des noms 

tr. . es, P. Borel, dans son Trnor, done rohtchon « petite robe »» : j'ignore 
d*jpris quelle so^-. 

2. Voir Rom^inta. XXXIV. 96, où M. P. .Me\'cr fait l'eccélantc obser- 
Tockm qe vo 'x mot c*» d'une formation ^: . re. On en peut 

noms ; B<ntf:on, lîngu/KOu, Ri^fçon , etc. Ccst 

1, ou plutôf amfcoH, qui fournit un rapprochement approprié : 
.^mficam est dérivé de aim, comme clouit^on de . 



FRANC. « AMEÇOK » 2^^ 

remonter cet -i^(ou a un tipc du laim vui^auc '-lUiuncin, car 
aucun cxanplc ne sanble assez ancien pour cela. Ayant pi\oii à 
côté de pot, la langue inclinait .\ dire canhyçoii \ côté de luniirl, 
sottuçott à côté de somet, et l'existancc concurrante de cauif, som 
à côté de laniiYt, somet a t'ait croire au raport direct de cauhr- 
(on, some^on \ canif, som '. Cet de la même façon qe sont nés, à 
une époqe relaiivemant rêvante, le sultixc -«t/V, et, dès une 
époqe très anciène, le siiftixe -uricius'. 

A. Thomas. 



1. Godcfroy ne donc <îw«*/, diininutit vie >>tin, q*au xv« siècle (/*«Hi/0M de 
Grêban), avec le sans figure de « pièje », mais rien ne s'oposc à ce qe le moi 
ait existé très anciènemant an l'ransais. 

2. Voir mes Xoiiv. ISsstiis, p. 62 et s. 



COMl'lTiS RIZNDUS 



I> Arnold Aron. Das hebrâisch-altfranzôsische Glossar der 
Leipziger Universitats Bibliothek (ms. 102j /uni crstcn 
MjIc aii.sl'ûhrlicli hcsproclicii. Fibni^cn. Junq;c. uxtj ; in-8, 5 S p. 

Wiiii.ini Aldis Wright, French glosses in the Leipsic ms. 

no. 102 ( 1 }th cent.) from tlic comnicntary on job {Joui miJ of Philo- 
logy, vol NWI, 299-517). 

Il serait bien tard pour reparler du travail de M. Arnold Aron déj;\ annoncé- 
dans la Romauia (XL, 147), si M. W. Aldis ^^*right n'avait, en publiant une 
autre partie du glossaire hébreu-franqais de Leipzig, n» 102, donné un regain 
d'aaualité' aux questions soulevées par ce manuscrit. Les deux publications 
sont d'ailleurs faites de façon toute différente. 

M. Aron donne le texte des folios 128 «i à 132 a du ms. de Leipzig avec 
b transcription des /m^iw qui se trouvent dans les vingt premiers psaumes, 
contenus danslesdits folios, et les fait précéder dune introduction, où il donne 
l'histoire et la description du manuscrit, l'étude de >on contenu, de ses 
sources, de sa date, de son dialecte, une discussion sur les auteurs auxquels 
on l'a attribué (discussion qui n'aboutit d'ailleurs qu'à un résultat négatif) 
et où il indique la méthode qu'il a suivie dans la transcription des lca:^ini. 
I! dispose le texte des folios 128 a k 132 a en sept colonnes contenant de 
droite à gauche, i» le no du /oj;, 2° la transcription en caractères latins, jo la 
traduaion en allemand, 40 le renvoi au verset du psaume, 5° le mot hébreu 
glosé, 60 le loai en caractères hébreux, 7° les passages de la Bible ou les 
commentaires hébraïques contenus dans le ms. et servant à illustrer le sens 
de chaque mot glosé. 

.M. W. Aldis Wright s'est attaché au commentaire de Job dont il donne 
en quatre colonnes (allant de droite à gauche) 1° le mot hébreu, 2° la trans- 
cription du loai en français, 50 le loa^ en caractères hébreux, 40 l'indication 
du chapitre et du verset du livre de Job dont est tiré le mot hébreu. Enfin, 
il renvoie de temps à autre au /oii^ correspondant du G/055. Ifébreu-fratiçais du 
XII h s. TBibl. Xat., 302; publié par Mayer Lambert et Louis Brandin. 

Quant à la transcription, elle est aussi faite dans les deux opuscules de 



ARON et WRIGHT, Glossiiirc Uhrcu-françiùs de Lt'ip;^ii^ 285 

façon entièrement ditTérente. Celle de M. Aron a l'avantage d'être rigoureu- 
sement mécanique, mais les signes correspondant aux caractères hébreux ont 
été choisis avec bien peu de goût ; l'idée de noter le CT par ss, le T par s, et le 
y par ^ est particulièrement malheureuse et une fois transcrits les l;j'im 
présentent un aspect rébarbatif et déroutant. 

M. W. Aldis Wright, au contraire, se rapproche le plus possible dans sa 
transcription des habitudes graphiques de l'ancien français, ainsi que nous 
l'avons fait dans le Gl. hèb.-fi . Ju A7/A' 5., malheureusement il n'a pas 
transcrit les caractères hébreux de façon suffisamment uniforme : il marque 
-rr tantôt par c*, tantôt par e ; il ne fait pas de différence entre V et "t, qu'il 
transcrit par {, bien que le premier représente t -\- s, cl une fois par ts (V'^'IE 

qu'il eût mieux valu transcrire /or^, XVII, 16); 'Cl^iip est transcrit par 
cIxingetnRnt (XVII, 2) et par changement (XX, 18) et cependant les formes 
ponctuées en '^:^ ne laissent aucun doute sur la prononciation du groupe 

final de ces mots qui était mj/i/ et non tneut(d. 'ZZ'ZZ'"2''i< =zt-ni(n'emant\U, 

4, et tous les autres exemples VII, 5, 1 5 ; XV, 29 ; XVI, 5 ; XVIII, 11, 16; 
XIX, 29, etc.). Malgré sa ponctuation très nette, "•k2:*2"î'"".2 VC (XX, 2) est 

transcrit aussi par mon taiiemeut au lieu de mou taiiemant ou mieux mon tay- 
^emaut. 

M. \V. Aldis Wright a eu la bonne idée de comparer quelques-uns des 
lea^im des deux glossaires de Leipzig et de Paris. Il est regrettable qu'il n'ait 
pas établi méthodiquement cette comparaison et il est encore plus regrettable 
que M. Aron l'ait complètement négligée. Il a ainsi perdu l'occasion de faire 
des remarques intéressantes sur les rapports de ces deux recueils. Si l'on 
étudie les deux mss. à cet égard, on voit que les kd^im des ps;iumes I-XX se 
correspondent dans les deux glossaires de façon presque absolue. On peut 
en avoir une idée en comparant les deux colonnes ci-dessous : la première 
donne les lea^im du glossaire de Paris, B. N. 302 (P), la seconde ceux du 
ms. de Leipzig 102 (L) en ce qui concerne les deux premiers psaumes. 

P(éd. p. 166,59-82, ms. f. 151 à) L (éd. 33-5), ms. f. 128a et b)' 

It's bennremon^ de le orne les benoreman^ i 

peclxtrs de pechors 2 

des gabors de gabors J 

ponsera pansera 4 

plontè planté 5 

rivajes rivéjés 6 

ru\sê\s roy stras 7 



I. Les leii:^im de L sont donnés, non pas d'après la transcription de 
M. Aron, mais d'après le système du Gl. héb. -français, que j'ai publié avec 
M. Mayer Lambert. 



286 

è sa Joylf 
I konu hiU 
{ home payU 
flatrir,: 

ira luY 

bruxirt 
f>arUrt 



«<••<<•( 



COMPTKS RHNDl'S 






<•■ .Ut folye 




8 


' l\>wi- fsi\h 




10 


Jhlitti 




9 


iiupaithha lui 




II 


ikfyrdra 




12 


e taynttw 




I? 


broyirnit 




15 


parlirnit 




14 


p^usirènt 




iS 


vuyiktè 




i6 


c sitiiors 




iS 


furent kousclics 




ï9 


dcroiipromcs 




20 


ht kordcs ou /( 


V korje's 


21, 22 


hr hordes 




23 


gaûhera 




24 


écharnira 




25 


a os (a) 




26 


i ahahira 




27 


ansiniori 




28 


1 / navire toy 




29 


Il ta porprinie 




30 


les siniors 




31 


les fins 




32 


d^briyia us ou 


dcjroysa us 


33,34 


de potèyr 




35 


dépèceras us 




36 


ansiliés ou ansijie\ 


37,38 


soyés châtiés 




39 


i halii^nês 




40 


garnise\ 




41 


de uéteté 




42 


koroiera 




43 


éprandra 




44 


lés abrieman\ 




45 



seuot > 

furt komiit\ 
dèremproms 
1er kovoncle'S 
hv hordes 

eJxir titra 

a os 

ahaJ:ira (^ci. p. 222j 

asenori 

ianpariuri toy 
fis mire toy 
è ta porpriti-e 
Us senorifs 
Us fins 
drhri^e as 
pote' y r 

dtspèseras as 
asajisé\ 
srye'yi châtié^ 
è Ixtligré^ 
garni ses 
Je niteU 
koru^era 
onpronra 
Us ahrion\ 

Abstraction faite des questions de graphie, de dialecte, de formes verbales, 
on voit qu'il y a bien peu de différence entre P et L dans les lea^itH des deux 
premiers psaumes. P en a deux pour L 10, deux pour L 29; P a un loaz 
pour L 21-22, un pour L 53-34, un pour L 37-38. En outre les Icazim 9, 
10 et 17 ne se trouvent pas à la même place dans les deux manuscrits. 



ARON et WRIGHT, Glossaiti' Ik'hrcu-fraiiçais de Lcip^ii^ 287 

L'examen des psaumes 3 à 20 nous conduit à une conclusion analoi^ue. 
2) lea/im de L ne se trouvent pas dans V. Ce sont les suivants : 

49 é dormi (et il s'endormit) 

50 anvoUc (je m'éveillai), lire : n"'^''^^2:x au lieu de H^'^^iziN 

5 5 vènkaiit (vainquant) 

105 mon Ut 

106 dénis (je lis fondre) 
109 lire (heure) 

I ^7 fose (dans la fosse) 
1 5 S son \èn>é\ (son cerveau) 
192 st'remant (serment) 

205 poires (le pauvre), lire : C^^'E au lieu de ^l'^-^Z'E 

2 1 > votre mont (votre montagne) 

241 es dt'koi'àèyt (À découvert) 

262 son prochyn (son prochain) 

284 se puyant (appuyant) 

308 piteray toy (je te plaindrai) 

364 kolorjirènt (ils chancelèrent) 

370 ke pe'siênt us (de sorte qu'ils tombèrent), lire : •k2:*X*''w'E au lieu de 

571 playai us (je les frappai) 

372a poyiyént (ils pouvaient) 

378 prient 

379 torneront (se tourneront) 

382 an mortèyr (dans le mortier), numéroté 482 ' 

384 anvuydy us (je les vidai) 

388 é Hocheront (et ils boiteront) 

405 fo (foyer) 
Les leii^im 61,90 de P (Gl. h.-fr., p. 167) ahricy, fondemontas seuls ne 
se trouvent pas dans L. Enfin les 6 suivants, dont on pourrait à la rigueur 
laisser de côté le premier, le deuxième et le quatrième, sont différents dans 
les deux manuscrits. 

P L 

p. 167,28 a derèynemont 76 adre^emant 

55 fey ankorpèr os 85 fay cope'yr us 

41 i dguxeront 89 i haligront 

p. 168,60 ton oh 209 son ot 

p. 169,40 komeUinor 289 kome pruneyle 

77 ê tormonta as 327 ê trematit us. 

I. Le suivant est aussi numéroté par erreur 485 ; lire 383. 



288 COMPTES RKNDUS 

Les Kos au point de vue du fond se réduisent donc à 25 -|- v «^*-' 

qui est bien peu pour 400 /«-w^im environ. Il est évident que pour cette partie 
les auteurs des deux gloss.iires ont utilisé un travail commun, dont le com- 
pilateur de P et celui de L ont chacun transcrit les ha^itn dans le dialecte 
qui leur était familier. 

Ce qui frappe au contraire dans le commentaire de Job, c'est que le nombre 
des /rtï^iw e>t bien plus considérable dans P que dans I. : |K)ur le livre de 
Job P en a i668 et L n'en a environ que 500. De plus, en examinant seule- 
ment les chap. i-xvi (7iK> dans P et 44 M.'ulcment dans L) on n'en trouve 
que l^ de communs ; L en a 18 qui ne sont pas dans P: 7 traduisent de 
façon ntc les mêmes mots hébreux : la conclusion qui s'impose est 

donc qu ici les deux glossaires remontent à des sources différentes. 

Il V aurait bien des remarques à faire sur la question du dialecte du ms. 
L; mais elles ne présenteront d'intérêt que lorsqu'on aura en main une partie 
plus considérable de ce curieux glossaire. Si M. Aron en donne la publication 
complète, et il semble bien qualifié pour le faire, espérons qu'il s'arrêtera à 
un système de transcription plus simple que celui du présent opuscule et 
qu'il ajoutera un index des haiim rangés en ordre alphabétique et accompa- 
gnés de leur traduction en allemand et en français. 

Louis Brandis. 

Le Lai du Conseil. Ein aUfran^ôsiscb^s MitmeijfJichl. Kritisclier Tcxt, 
mit Einleitun^ und Anmcrkungen herausg. von Albert Barth. Erlangen, 
191 1 (Thèse de Zurich): in-8. 74 p. 

La belle édition du Lmi' df l'Ombre par M. J. Bédier a inspiré à M. Barth 
l'idée de donner une édition critique du Lai du Consril, qui, dans sa concep- 
tion, sa composition et son sujet, montre bien des ressemblances avec le pre- 
mier poème. Le travail de M. B., dédié à ses maîtres MM. Bovct, Gau- 
chat et Tappolct, est très soigné et, dans l'ensemble, assez bon. 

Le Lai du Conieil conte qu'une dame rencontra dans une fétc un cheva- 
lier pauNTC, mais vaillant et sage. Elle lui demande lequel des trois chevaliers 
qui briguent son amour elle doit choisir pour amant : l'un est riche, mais 
maJ apris, le second beau et puissant, mais vaniteux et lâche, le troisième 
enfin est s,jgf et aparcii^ et possède toutes les qualités que le temps deman- 
dait d'un amant, mats il est pauvre. Sans lui donner un conseil formel, le cheva- 
lier fait valoir tous les mérites du dernier. Fixée désormais sur le choix qu'elle 
fera, la dame le prie maintenant de lui aprendre l'amour. Le chevalier s'en 
acquitte par une description détaillée et enthousiaste ; cet enseignement, tout 
: conçu dans La manière des poètes courtois, forme presque les deux tiers 
du bu; il en est naturellement la partie principale. Les belles paroles du che- 
valier gagnent le coeur de la dame ; elle ne pense plus qu'à l'avoir lui-même 
pour amant. Et elle trouve pour cela un moyen délicat. Elle remet au che- 



BARTU, lu' Lai du Conseil 289 

valier Sd ceinture et le prie de la donner .1 celui qu'il lui choisira pour amant : 
elle acceptera son choix. Le chevalier, qui comprend bien le sens de ces 
paroles, prend la ceinture, mais la garde pour lui-même ; la dame y consent. 
Leur amour dura de longues années et finit par un mariage, après la mort 
du vieil époux de la dame. Ce lai nous montre donc comment hLu parler et 
cortoiiie trouvent leur récompense ; au fond il sert seulement de cadre à un 
enseignement de l'amour, mais il est si ingénieusement composé que G. Paris 
le tient pour un des « plus agréables spécimens de ce qu'on pourrait appeler 
la poé:,ie du salon du xiii« siècle ». 

Les rimes permettent d'assigner ce poème à la Picardie et au début du 
xiiie siècle. 

M. Barth a connu du Lii du Conseil quatre mss. qu'il a classés en deux 
familles, chacune de deux manuscrits. Une cinquième copie, qui ne contenait 
que 3?) vers, a échappé aux recherches de M. Barth. Klle se trouvait dans le 
ms. L. \'. 52 (fol. 253-4) de la Bibliothèque de l'Université de Turin. 
Celui-ci a péri dans l'incendie de 1905, mais A. Scheler en parle dans sa 
Sotke de deux ms. /rant;ais de la Bibhotlxque de Turin {Le Bibliophile Belge^ 
nouv. série, t. II, p. 67) et il en donne quelques extraits (v. 1-4, 12-14, 533- 
335 '). Comme ces vers le montrent, le ms. de Turin (ZT) représente une famille 
indépendante. Nous avons donc la filiation figurée ci-dessous à gauche (</). 
Mais il n'est pas impossible, que ;; dérive d'un ms. oi qui serait une copie 
directe de O, air /: s'éloigne considérablement des autres mss. ; nous aurions 
alors le classement h : 

' u O h 




/\ /\ I 
A C H 1) li 



C H D 



Ce qui a aussi échappé à M. B., et cela est plus fâcheux, c'est que le 
manuscrit D, qu'il croit disparu, existe encore : c'est le ms. 2800 de la Bibl. 
James de Rothschild, à Paris. Notre lai s'y trouve (fol. 165 a-170 c) sous le 
titre de Le lai des JIL clyrcaliers. D est le meilleur manuscrit de la famille v, 
et assez souvent A et D donnent ensemble la bonne le»;on, là où M. B. 

I. Scheler donne à ces vers, qui sont la fin du fragment, les numéros 
325-5, ce qui est inexact, car ces vers correspondent aux vers 333-5 de 
l'édition de M. B. et dans le ms. notre lai se trouve sur huit colounes à 
42 vers chacune : donc le titre et 355 vers. 

Romavi.i, XLl . I9 



290 C.OMPTKS RI N DU S 

adopte celle de B ou de C Une cinquantaine de passages peuvent être ainsi 
niodiMcS ; je les indiquerai plus loin '. 

L*êt. .ineni du texte n'est pas toujours irréprochable : M. B. conserve 
souvent sans raison et sans règle la graphie des manuscrits : on ne voit pas 
pourquoi il tSrrit <-Aft«i/>r , mais auoir, ou bien tantôt utit ci tantôt îm/*, etc. ; 
on csl surpris de lire souwnt tfoi (p. ex. v. 752) A côté de quoi (v. 420); l'an- 
cien «î final est écrit tantôt -^. tantôt -s (conip. v. 101 sohi^, v. 455 solas); 
au\ vers ^^7 et ailleurs la ^« pers. du prés, de dire est </i7, au vers 

2»>9 et ailleurs tiift (les bons manuscrits donnent toujours ih'l). M. H. 
mainiient conMamment, mais, je crois, A tort, la graphie a pour us. Hnfin, 
v! -IN une dizaine de pass.ïges, la le«;on adoptée parait mauvaise, elle aurait 
pu ctrc corrigée par la comparaison des trois mss. qui étaient seuls A la 
1 de M. B. Je joins ces passages aux corrections que m'a fournies 
Je ms. D. 

Vers 54. nia tYriW (WD) au lieu de ttui ivkutè... je wus dirai : îvr»7r con- 
vient mieux .i la situation, puisque la dame n'a pas encore pris de résolution, 
mais qu'elle veut raconter au chevalier tout ce qui lui est arrivé ; le pronom 
il ww va très bien avec vérité^ puisqu'elle parle de ce qui la concerne 
personnellement (cf. Barth, p. 1 1). — 65. AC : riciyes est de terre et d'avoir; 
^ : mes rùbes est de grani fk\tir; il faut lire mes ricifes est degrant avoir \ le 
sens exige ce mes, car autrement on passe trop brusquement d'un contraire à 
l'autre ; aw^ir signifie souvent les biens meubles, le sci ibe de x aura changé 
la le^on pour compléter aiH)ir par terre. — 77. lisez : Que ce resamhle nue 
nut\'eille C D \ A c\ B donnent des leçons différentes. — 1 56. air (CD) au 
lieu de mes. - 139. est {A D) et non •/. — 155. parmi (liCD) au lieu de 
entre. — 202. ne pour^uant (BCD) au lieu de nequedaut. — 269. le mieus (C 
D) au lieu de au miex. — 279-80 se suivent dans l'ordre inverse dans A et 
D, les deux meilleurs manuscrits. — 292. proiant (AD) au lieu de querant. 
— 504. que(AC) au lieu de mes(B). — 510, mes (AC) au lieu de que (B).— 
517. est tôt (BCD) au lieu de sont tuit (A): après les vers précédentson attend 
ou la première personne du pluriel, ou la troisième du singulier, mais non 
b f le du pluriel. — 349. famé (AD) au lieu de famés (BC). — 394. 

puiii/ (WD>au lieu de saciy ( B(^). - 395-6. Car H mesdisaut soutades^ Dame, 
dfhr tnesdire près ; cette leçon de AC est excellente. On ne voit pas pourquoi 
M. B. adopte la leçon de B; celle de D est, sinon identique, du moins assez 
proche de celle de AC. — 403. Car (AD) au lieu de Que. — 435. Qui ja uen 
axeront déduit {AD); les leçons de //et de C sont différentes l'une de l'autre, - 



t. .M. A. Lingfors, â qui je dois la connaissance du ms. D, a eu la grande 
c ncc de le copier tout entier pour moi ; je l'en remercie très vivement. 

^''>"' «^ si E. I \s,Les' rit s du Roman de la Rose, 1910, 

p. 87» ^w ' •■"' ij>^u*eune ue>^ijption deuinee et des extraits. 



HVKTH. /, hti Jtt CiUt\;'il 2 1)1 

4 58. Le faucon resamhU ramage {AD) ; H cl (.' ont chaude l'ordre des mois j>oiir 
avoir la consiruction rcgulicre. - 450. Car piissef est a nuiUciiu {.ACD). 
49}. Ainsi Sf complaint et ilemeiite ( HD, A manque). — 498. Se Vescripture ne nous 
ment (AD). — 507. pooir (A(^)) au lieu de voloir. — 558. i^eneraumenl (CD) 
au lieu de loutiraiement. — 540. Qui dignes est et droituriers(ACD) '. > H- 
erraunieni (CD) au lieu di: maintenant (A et li ditïérent entre eux). — 57 v <' 
(ACD) au lieu de en. — 575. la prenJeroit a gré (ACD), — 377. tante terre 
(ACD) au lieu de tant roiaume. — 578. Si con nommer ai Us ai (AD). — 
589-90 doivent se suivre dans l'ordre inverse (.-/(.Y,)), ce qui ne t'ait point de 
dirtkullc it^S. Ou il a tant HscIys et f>ors (ACD)*. — 599. France que 

j\ii avirounee (ACD). — 618. et ausi (AD) au lieu de autresi. — 653. puis 
(AD) au lieu de sai : notre texte a toujours />t>»/î'oiV là où le fran»;. moderne 
traduit l'alletnand kônnen par saivir. — S^^.avoec i. hmime (.-iCD) au lieu de 
a .1. seul Ihmtme. — 6}7-8. Dans les quatre manuscrits les deux vers se 
suivent dans l'ordre inverse, et je ne vois aucune raison de changer». — 
643. Ains (HCD) au lieu de Se . — 649. pxirlanl (AD) au lieu de plesant. — 
652. tere (AD) au lieu de trésor. — 654. puis (CD) au lieu de oi. — 6)5 . 
fine (AD) au lieu de bone. — 663. nen (AD) au lieu de ne. — 673. issi très 
grant (ACD) au lieu de si pleniere. -- 685 . Le (.AD) au lieu de sel. - 686-7, 
Dame y s' uns sages chn'aliers A hme amor en vaillant liu (.ACD). — 702. s'en 
(AD) AU lieu de se. — 770. Je la pren, /et il, a Pestrine (AD). — 8^7. I.i 
(AD) au lieu de ses. — 808. monte^ (ACD) au lieu de arme^. — 855. 
mist (AD) au lieu de //;//. -^ 858. maint (AD) au lieu de tient. — 840. /;" 
nest ce dont mauves maistires (.ACD) ». — 841. lais (.AD) au lieu de fau>. 
843. li pris (.ACD) au lieu de la flor . - 844. .V/<>/// li aida sa courtoisie 
(ACD). 

Les notes de M. B. (p. 63-74) sont intéressantes. La traduction du v. fr. 
esclje (v, 1 36) par « Koder »> (-== fr. appât) est inexacte : esclk' a les deux 
significations de « appât u et de n amadou » (=z ail. Zunder), et le contexte 
nous montre qu'il est employé ici dans la seconde acception ; c'est donc à tort 
que M. B. appelle la comparaison de l'amour celé avec Vesclh' un manque de 
goût (p. 35). 

\\ . V. \\ AKlHLKi,. 



1. La rime -ie^: -iers, qui résulte de cette corn-ction et qui se retrouve au 
vers 198, est assez, fréquente depuis le xiii*^ siècle (cf. Barth.p. 24). 

2. .M. B n'adopte pas la let,-on de .AC, parce que. selon lui, ce serait un 
manque de goût que de parler de biches et de porcs au milieu d'un beau dis- 
cours sur l'amour; M. B. n'a pas pensé sans doute â la chasse aux porcs. 

3. M. B. parle longuement de ce passage (p. 15); c'est le seul qui, selon 
lui, prouve l'existence de o\ celle-ci est donc très peu sûre. 

4. Dans le texte de .M. B. le vers est trop court d'une svllnhc 



2^2 COMPTES RHNDUS 

Cario Battisti, Zur Sulzberger Mundart. Eiu Reisebericht. 

Aus Jcm An.'cîpor Jcr philosophiwh-lii.siorischcn KIjs^o.Ii r l.iis Akadcmic 

dcr \Visscn>. _ > vom 28. Juni (191 i,n*' XVI). 

L'auteur, à qui non^ Jc\rtTi< déji une cxccllcnic phonc^iquc des patois de la 
vallcc de Non 1^ ^ ./<'' //'iVn/r .•fÂW«-m/V, CLX) continue à tMargir 

cl a app lir Ic5 chapitre> néwessairement fragmentaires dans lesquels 

Ascoli nous avait, le i>remicr. rêvcM6 les traits caracttiristiques des parlers 
ladir^ du Tyrol ( .1 .'., I. 5 î2 ss.). L'c^udc pressente nous fait mieux 

c^ e les dialectes du Tj* di SoU (Sulzberg) qui forme la partie supé- 

rieure du bassin de la Noce. Dans une introduction Jiourrie de faits, M. Bat- 
tisti nous expose les conditions linguistiques de la contréx* dont les parlers 
ont subi partiellement l'influence des parlers voisins de la I.ombardie ; il 
soumet à une critique judicieuse les travaux de ses prédécesseurs, Ascoli, 
Gartner et von Ettmayer. Une collection de .\oo mots, que l'auteur a recueil- 
lis sur place, témoigne de la richesse du vocabulaire de la vallée ; enfin un 
rcle%'é soigneux des principaux traits phonétiques nous permet de nous rendre 
compte des différences qui existent entre les parlers du Val de Sole et ceux 
du Val de Non. Comme M. B. se propose sans doute de revenir plus tard 
sur les problèmes lexicologiques qu'offre ce petit vocabulaire, je me borne à 
relever quelques mots particulièrement frappants. Le nom de la myrtille 
rouge, .. ifu, rappelle le nom à peu près identique de l'airelle myrtille, 

a^ I. iitibor^aliy atthour^iili^ etc., de la Savoie et de la Suisse romande 

(cf. Constantin et Gave, Flore populaire delà Siii>oie, p. 4, et Savoy, Essai de 
Flore ronuinde, p. 94)'. Mais il est évident que la « parenté lexicologique » se 
fait sunout sentir entre la vallée de Sole et le rétoroman des Grisons. En voici 
quelques exemples : boéfn, hôsfn « agneau » qui se rattache évidemment au 
haut engad. hèit-f « mouton, brebis », répandu d'ailleurs dans une large zone 
rctoromane et lombarde (cf. en dernier lieu Gartner, Z. f. rotn. Phil., XVI, 
}t2; Schuchardt, Shu'odeulsches, 78; von Hitmayer, R. Forsch., XIII, 488), 
mais il y aurait de nouvelles recherches à faire pour déterminer si vraiment 

I . go'joT, «acquachc ribolle, vonice, gorgo » semble se rattacher a la base 
gulljj qui jouit d'une vitalité extraordinaire non seulement dans la Suisse 
romane d'eau •), la Savoie (golia, cf. .4llas litiguistique, mare), 

le Val v' ', Ccr' — 1. mais aussi au centre de la France (fjonille 

• ^'nn ^ .. eau n , ,„„. ^rt); en Italie, il est attesté dans le Piémont 

ç pieno d'acqua ferma, pozzanghera», tandis qu'il n'est pas cer- 

tain qu'il taille rapprocher le valtell. f^oi « golfo, seno di fiumc « delà série que 
r ' (c(. Meyer-Lûbkc, /i^./. row. /'/;//., XIX, 279, et Kluge, 

t.. li r . " }. \ -— '■-»/« frondi di conifere » (p. 2\\),da\xr^ 

«durlodi^ r. :!!:: .. .lami d. Ile conifere» (p. 216), se ramènent 

à la ba*^ qui est • s le îiuUeiin de dii\ roin., 11 1, 63-64, de même 

moC' lo di due anni » (v. ihid.^ p. 16) et, en ce qui concerne str^u sen- 

tier© -, je ^ de signaler l'existence du même mot dans les 

patc*' '-^ iu.j>c. •• escalier dans un ravin, entrée du ravin », sur 

leau hicn voulu attirer mon attention. 



BATTisTi, //// Sttlihr^er Muudnrt 29? 

toutes CCS formes remontent directement au latin bestia — Le radical d'.//^*;- 
x-ollo u heracleum sphondylium » doit Cire le même que celui du haut engad. 
hi;iiv€nna, aridvettiiii \ bas en^ad. ra^vfntta, ^iarsitima, rasirnua \ poschiav. 
ardaitttnd, bergell. ardiainui (Soglio), Mumogna (Heinzenberg) ar^uivena, 
Bergûn ni^airmi, darsavetia '. — daracar « diluviare » se retrouve dans le bas 
engad. raclMir^ sopraselv. drauar « pleuvoir à verse u. — yî/i^ « senîi del 
fieno )) doit être rapproché du haut engad. Jïûja « épi sur pied, moisson », 
/î/i/Vr « préparer la terre pour la senience ». En acceptant l'étymologie géné- 
ralement admise de fruges, on est surpris de constater l'existence du groupe 
initial roman Ji- ( au lieu'de /r-) dans une zone assez étendue qui embrasse le 
Val de Non (Jifu, Battisti, 98), le Val di Sole et la Haute Hngadine. — ttiosna 
« las de pierres dans les prés », cl', grison muina {Bulletiu Je Jialccloh^ijU 
rcvwtfw*', III, yi) pour lequel l'étymologie machina, proposée et défendue 
par .M. Salvioni (Rnuiiionti deW Istituto lomhordo, XLV, 276) me parait tou- 
jours inadmissible. — pûtnf>i4ch « rumex acetosa «semble s'expliquer par l'assi- 
milation syllabiquc en partant de la forme bien plus répandue paticuc, pour 
laquelle il faut consulter Guamerio, Retulicouti deir Istituto lotnhardo,\LU, 
980'. — plotnhii « las » se rencontre aussi dans le Val di Non : pictnd (Bat- 
tisti, 55), dans le Val de Fnssa : piçrtia « tas de foin » (Ascoli, A . Gl. II., I, 
349), à Greden : plçmia « tas de troncs d'arbres » (Gartner, Gifdun Mutidatt, 
142); le mot s'est conservé jusqu'aujourd'hui dans les parlers allemands du 
Tvrol qui ont suivi le ladin disparu : blumm, /^o/^M/imwfSchneller, Rom. Volki- 
tnd., 2)), et vSchôpf, Tirol. Idiot., 511) ; il réparait dans les Grisons : haut 
engad. {>futia (pour pr- en regard de pi-, cf. Jlûja et Jrftja que nous venons 
de citer), bas engad. plutui, sopraselv. plunna (et les verbes respectifs : prunn, 
pJumir, ampluttar) « tas de bois » et il pourrait bien se continuer dans le 
poschiav. protida, protidelhi « grande masse, grand nombre », qui présente 
peut-être le résultat d'un croisement entre fl/'i/wt/rt (engad. avuonda)i:\ pitiua 
« las ». — shrin^iir v zampillare » paraît se rattacher au haut engad. {hrititsla 
« étincelle », ^hrititslh- « étinceler » (^c(. Bulletin de dialectol. totu., III, >). — Je 
ne veux pas terminer ces brèves notes sans dire encore une fois que le travail 
de M. B. rend un véritable service aux études dialectologiqucs et qu'il fait bien 
augurer du grand Focaholario del Trentiuo que l'auteur se propose d'éiablir 
sur le modèle de ceux de la Suisse romande. 

J. JLD. 

1. Cf. Pallioppi s. ariaveuna; Brunies, Flora des Ofetigehietes, 1906, p. 144 ; 
Grisch, Beitrâge ^ur Keuntnis da pflan^engeooraphischeu Veihàltuisse Jer Ber- 
gfmerstdcke, 1907. p. 43 ; Brockmann, Die Flora des Pwchlavs, 1907, p. 401 . 
La forme de Soglio a été relevée sur place. 

2. Aux formes citées par M. Guarnerio. il conviendra d'ajouter : bergûn pan- 
cm// (Grisch., op. cit., 42), bas engad. /<»; «'tUt (Brunies, p/>. f//., 77; et les forme 
relevées par M. Schuchardi, Z.f. rotu. Phil., WWW, 529; ci. aussi Gugge- 
lihrot {Scmieii. ^'''^'•' ^'« 959)» bavar. Gugkuhrod fSchmeller, s. v.; Grimm, 
V, c. 2528. s. kuckuckshiot; et peut-être Bjorkman, Z. fur deutsclye H'ortforsch., 
III, 269). 



204 COMPTK5 RKsnrs 

Pyrame et Thisbe. texte norinand du XII'^ siècle, l^liiion 

chii^oc .ivcc Inirtvluciion, Notes ci iiwcx de louto lo tonnes, par C. De 
K (Vcrh.r '' '.on Jcr Koniiiklijkc Akadcmic van Wctcnsclinppcn 

;c AimtCftJam. Aiucciini; Lcitcrkundc. Nicuwc Hccks. Dccl Ml.tv'î); 

in-4, ICV4 p. 

M. C. De Bocr. 4 quj ou ai.v.iii une tdiiion de Philonuun, en doiiDC 
vrhui une de Pxratneft THihf. Ce nouveau travail a été conduit avec 
ir Cl précision: il porte des marques non douteuses de pro- 
mu, ut :::jc.v«c.et atteste, de la part de son auteur, une connaissance poussée 
Je l'ancien français. Le texte en question était paniculièrement difficile : 
M. De Bocr le remarque avec raison. Il n'est pas étonnant que. sur la fa^on 
* ' -.iblir et celle de l'interpréter, on puisse n'être pas toujours de l'avis de 
j «.uucur, et voici un certain nombre de remarques qu'appelle sa publication. 

I 

.\/;»i.";.; ptimutn... M. De Ik>er, en un pass.ipe que je ne comprends pas 
bien, écrit (p. 57) : « Dans la reconstitution du texte, j'ai suivi en général 
l'onhi ' du ms. de Rouen 1044, le meilleur ms. de VOvidc vioralisé.. . 

Si je nie sujn pennis de temps en temps de le moderniser légèrement, c'est 
que je considère la question de l'orthographe comme n'ayant aucune impor- 
tance. » Pourtant il faut bien maintenir une certaine unité dans le système 
' ' c qu'on adopte. Ne parlons pas ici de quelques inconséquences typo- 
ques purement accidentelles (par ex., v. 7*, valles au lieu de vallh ou 
■,MUi\ v. 526, né au lieu de ne\ v. 706, Apres au lieu de Apr^s)\ mais, 
puisque M. De Boer adopte, en principe, l'orthographe dû ms. O, il faut ou 
bien la respecter en tout endroit, ou bien la corriger selon des règles fixes ; 
et il faut aussi, toutes les fois qu'on rejette la leçon de ce ms. pour admettre 
celle d'un autre, appliquer au passage emprunté les procédés graphiques 
c»rdinaires du ms. pris pour base. Kn fait, on peut constater que M. De Boer 
ne s'est pas intéressé à ce point : au v. 18, on lit dans le texte hiaute^y tandis 
que O. cité en note, porte hiautès ; au v. 70, on lit Mfnrillose, tandis que O 
porte Men-àllfUif ; au v. 7J, on lit ntsauibU, tandis que O porte ensemble, 
forme qu'on trouve partout dans le reste du poème et qui figure au glossaire 
(d'ailleurs classée, non pas à sa place, mais à celle de etisatnhle); au v. 107, 
iovcrserocnt, on lit assembUr, tandis que O porte assattibUr; au v. 144, on lit 
Me. alors qu'il semble bien dans les habitudes de O d'écrire toute; au v. 165, 
l'onhographe particulière /^rft/jirm provient d'un emprunt au ms.C;au v.241, 
on lit olraf^e, emprunté à C, tandis que O donne, au v. 258, outraf;e\ aux 
V. 58, j6}. 415, on lit Amor, forme empruntée à C, tandis que O écrit 
partout ailleurs Amour \ au v. 438, on lit truiti, forme empruntée à C, tandis 
que panout ailleurs O écrit vait\ au v. $48, on lit dedru^y tandis que O, là 
et partout ailleurs, écrit d/d^m (sauf 137, d/dani)\ au v. 403 on lit Eim, au 
V. 551 £11»^, formes empruntées à C, tandis que O écrit toujours a/«i ; au 
'^ "" '•♦ -v»i^, tandis que le ms. écrit -'^•' : t' ^- 635, on lit desus, tandis 



DK BOER, Pyriinw il Thtsl^ 29) 

que O, là où il emploie ce mot (v. 91 3), V écx'w desuts ; au v. 683, on lii dolf- 
rose, tandib que O écrit les finales de ce genre -otise ou -^usf\ etc. Il ne con- 
vient pas d'attacher .1 ces détails autrement d'importance; mais autant vaut 
conserN'er à la graphie une unité aussi grande que possible, dans la mesure où 
le ms. choisi pour base le permet Ajoutons ici que l'emploi du signe x, 

que M. De Hoer maintient partout au lieu de recourir aux lettres us, est illo- 
gique dans un texte où toutes les abréviations du ms. ont été résolues. — 
Enfui, pour en rester aux remarques extérieures, on eût souhaité que les dif- 
férentes parties du poème fussent marquées au moyen d'alinéas. 

Venons en au texte lui-même. II a été établi grâce i la comparaison de 
niss. qui se répartissent ainsi : OH — A — C\ et c'est le ms. O qui a fourni 
la base de l'édition. Ce classement et ce choix paraissent s'imposer, et, par- 
tant de là, lisons le texte qu'offre M. De Boer. Il provoque un certain 
nombre de remarques, que voici. 

Li fers de Ai sajete est feu, 55 Li 1ers de ton ilart porte feu, 

Souspir la flèche dou milieu, Souspir la flèche dou milieu, 

Li pcnon engiens et perriere, Li penon engiens et prière. 

Douce .-/mors la ctK'he d'arrière. Douce ./mors la coche d'arrière. 

Li fers navre de l'esgarder, Li fers navre de l'esgarder, 

I-i flèche coule el penser, 40 I.:i flèche coulé el penser, 

Li penon sotit lesaparejlz, Li penon fout les apareulz, 

La coche ajoste les conseul/. La coche ajoste les conseul/. 

Le texte de gauche est celui de .M. De Hoer; celui que je propose est à 
droite. Le premier n'est pas intelligible. On ne comprend pas que le fer de 
la flèche soit feu, ni que le pennon soit « perriere » (entendu, aux notes, 
comme « une sorte de machine de guerre ») : bref, les quatre premiers vers 
sont d'une obscurité extrême. De même, il apparaît que, dans les quatre sui- 
vants, l'auteur a voulu décrire les effets de la flèche : on ne s'explique donc 
pas le sout du vers 41. Aussi admeltra-t-on, pour le vers 35, la le^on de OH 
contre celle de A (C omet le passage). La raison invoquée par M. De Ikx.*r 
pour préférer sajete àdart est faible : il renvoie aux vers 29 et 45 ; maison peut 
aussi renvoyer aux vers 26 et 27. Il trouve, d'autre part, que la le^on porte ne 
va pas, t si on compare le v. 55 au vers 36 ». Le sens parait pourtant satis- 
faisant : « Le fer fait naître le feu (de l'amour), la flèche du milieu le soupir 
(des amants), etc. » La vraie difficulté commence aux deux vers qui suivent 
si l'on écrit perriere et Amors ; mais la correction prière est tout indiquée : 
perriere est pris au seul ms. A, qui, comme l'a fort bien remarqué M. De 



\. 0:=^ Ovide moralisé, représenté essentiellement par le ms. de Rouen, 
1044; — H^z ms. de Paris, Bibl. nat., fr. 19152; — C = ms. de Berlin, 
Kônigl. Bibl., 257 ; — A =^ ms. de Paris, Bibl. nat., fr. 837. 



296 COMPTKS RKNDUS 

Boer dans sa note aux vers 2 y ss., commet à chaque instant des confusions 
du genre de priftf — pfrrinr. Quant à Aimvs, il dépend de l'éditeur de l'impri- 
mer aniors. El alors, on obtient le sens excellent : « le fer fait naître le feu 
de l'amour, la flèche du milieu les soupirs, le pennon les ruses et les suppli- 
cations (des amants), la coche d'arrière le doux amour. » Les quatre 
vers suivants expliquent ;\ nouveau les etTets des différentes parties du trait : 
il est donc évident qu'au vers 41 il faut lire /iv// au lieu de sont, qui est la 
le\on du seul O, contre lequel s'accordent AB (C manque). Aux notes, cottJt'r 
est traduit timidement par <> se plonger dans » : c'est assurément le sens (voy. 
la même idée et la même expression dans Ènèas, 816062)'. Apareul:^ est 
traduit par « instruments », qui est inadmissible : j'entends quelque chose 
comme « plan, combinaison », et le sens est d'accord avec celui du vers cor- 
respondant (57) du premier groupe de quatre (35-38), dont M. De Boer a 
justement remarqué le parallélisme avec les vers 39-42. Le vers 42 est bien 
expliqué. 

Le serf qui a découvert l'amour de Pvramc et de Thisbé se dit que : 

... se il fussent auques grant 86 ... se il fussent auques grant 
GrUf ch^se fust dm départir y Et il eussent ici leisir, 

Et se il fussent a leisir Grie:;;^ chose fust don départir : 

Veoir feïssent un tel plrt Veoir feïssent un tel pLj/t 

D'^f^t il nyroirnt mal estrct. 90 Ou il avroii grant mal estrait. 

A gauche, le texte de M. De Boer. Il faut écrire plait et estrait (au lieu de 
pîet et estret), conformément à l'habitude de O. Les vers 87-8 peuvent fort 
bien être conservés tels qu'ils se présentent dans OB, à qui, C manquant, on 
n'a que A à opposer. Quant au vers 90, nous n'avons, pour l'établir, que les 
mss. C et A, qui donnent, l'un Ou il aur... I. ma ... estret, l'autre Ou grant 
menville eûst estret. Ces leçons imposent Ou et avroit (eûst dans A, et sans 
doute avroit dans C, si l'on veut que le vers mutilé ait été juste). La conjec- 
ture la plus hardie consiste à prendre le mot grant dans A. Au total, quel 
sens ré*sulte de là? J'entends : » s'ils étaient grands et qu'ils eussent [encore] 
la même liberté, il leur serait extrêmement pénible de se séparer : ils montre- 
raient [alors] telles dispositions d'où il résulterait un grand malheur. >> La 
pensée, dans l'ensemble du passage, est beaucoup moins claire si on admet 
le texte de M. De Boer. 



I. La même idée encore de la flèche, qui frappe l'ail et glisse au fond du 
cœur, est développée dans Cligès, v. 692-715. Dans un passage de ce roman, 
Chrétien décrit longuement la flèche d'Amour que, par un symbolisme 
pénible, il assimile à l'objet aimé lui-même (voy. v, 770-860) : il semble 
qu'il ait voulu renouveler le thème de description que nous trouvons dans le 
passage en question de Pyrawe. 



DE BOER, Pyramc et Thisbé 297 

loi Adont sourt uns grans malialans... 

Les mss. donnent : OB Adont {B Ataut) lei'u utu ///., A Entrctens ot tu. 
gr., Cle texte mOme. Grant étant dans deux mss. doit être conservé, comme 
le remarque M. De Boer. La conséquence en est qu'il faut rejeter ïti'ii et le 
remplacer parle monosyllabe qu'otTre C; mais, O^J mettant le verbe au 
passé, je lirais sottrst, plutôt que^owr/. — 

125 (Dès que.. ] ... lor aëz s'aërt el cours 

Ou nature conceil amours, 

Lores nés lesse plus garir 

Li lonc penser, li grief sospir, 

Les grans dolours, li fort complaint, 
1 30 Li durs tourmens i]u'es cuers lor maint. 

M, De Boer traduit les vers 125-6 de la manière suivante : «(leur âge) 
entreprit la course par laquelle Nature atteint l'amour ». J'entends plutôt : 
« entra dans la période ou Nature (=: où il est naturel que l'on) découvre 
l'amour » . Pour le vers 1 50, les mss. OB donnent Li durs tormetis el cuer lor 
maint ; M. De Boer adopte la leçon de ..4 (C manque), trouvant que OB^ con- 
trairement à la règle du poème, brise le couplet. Le fait est inexact si l'on 
admet qu'il y ait ici un exemple de construction à;:ô zo'.voj du genre de 
celles que Tobler a étudiées {Vermischlc Beiirà^e, Erste Reihe, w° 21). En ce 
cas, rien n'empêche de conserver la leçon de OB. 

V. 139. Je ne vois aucune raison pour remplacer par ()/n' (emprunté au 
seul ms. C) l'excellente leçon Ain^ de OB. — V. 141. Supprimer la virgule 
après jo/t*. — V. 142. Virgule après noient. 

148 Démente soi en tel mesure 
Sovent : 

« Las, cheitif, tristes et dolent, 
SoufFerrai longues cest tourment? 

Le passage paraît suspect. C'est le seul endroit du poème où un vers di- 
syllabique appartienne à une partie narrative. En outre, la juxtaposition de 
la forme nominative tristes et de la forme régime dolent est surprenante. 
Enfin, Soi'ent convient mal à Dcnicnte. On mettrait volontiers un point après 
mesure, pour lire ensuite quelque chose comme 

« Sovent, 

Hé las ! tristes es et dolent... 

Cheitif se trouve bien à la fois dans OB et dans C; mais c'est un de ces 
mots passe-partout qui a pu venir à la pensée de deux copistes séparément. 
Hélas (OB) se retrouve dans A sous la forme est las. Remarquer, enfin, 
qu'au vers 1 5 1 C donne Souffcrrés, qui est comme le souvenir de l'apostrophe 
de Pyrame à lui-même. On s'explique mieux ici que tristes et dolent soient 
traités différemment, l'un étant avant, l'autre après le verbe. 



2<^& COMPTES RKNDUS 

V. 155. On peut conserver un texte plus proche de O en lisant lit plus uif 
lîudî. M. De Boer a prétend /:/ plus ai dutil (donné par A) afin d'obtenir 
une correspondance mieux marquée avec l'expression Tous tnts .;» (///<•/ du 
vers précédent, c'est cédera des considérations de style dont il laut se défier. 

— V. 172. L'n simple ptVint suffit après ttiorl. — V. 179. yfftssotis mie taut 
tTagaii. M. De Boer entend avoir at^ai^ comme « être sur ses gardes ». Le 
sens du passage serait de beaucoup meilleur si on pouvait interpréter n être 
épié ». 

181 ja ne puis je tant esploiiier, 

Por promesse ne por loiier, 

Que je trouvasse un messagier 

Que li peùsse envoiier ? 
18) Cui chaut. 

Quant je plus plaing et meins nie vaut? 

Il est douteux que les vers 181-4 soient interrogatifs. L'inversion après 
Ja est normale même dans une proposition affirmative. D'autre part, la pen- 
sée des vers 18 5-6, si on ponctue comme M. De Boer, est bien embarrassée; 
sans compter que la construction de Cui chaut avec une circonstancielle 
sujet du genre de celle que nous avons ici n'est pas d'un type connu . On 
mettrait volontiers un point d'interrogation après Cui chaut et un simple point 
après laut. Si le ms. O fournit une autre leçon pour le vers 186, c'est du 
moins ainsi qu'il coupait. Notons que la leçon de ce ms. fournit une suite 
d'idée très satisfaisante (Cui chaut ? Nf monte riens se Dieux nie sault !) ; pour- 
tant, on peut se fonder pour l'écarter sur le fait qu'elle semble venir des 
V. 290-91, où elle est assurée par l'accord OC. On accueille alors, comme 
le fait M. De Boer, la leçon de C. En ponctuant comme nous l'avons pro- 
posé on comprend : « A quoi bon ("sous-entendu : ces regrets, ces plaintes 
auxquelles je m'abandonne)? [Fn effet], plus je me plains, moins je me tire 
d'affaire ». En maintenant le point d'interrogation après envoiier, et en rem- 
pbçant /)/jiWj^ par pens femprimté à A) ou en empruntant le vers 186 tout 
entier à A, on obtient aussi un sens satisfaisant : « Ne pourrais-je pas bien 
arriver à trouver un messager?... A quoi bon (sous-entendu : m'en préoc- 
cuper)? (En effet], plus je réfléchis, moins je me tire d'affaire. » 

V. 199. Point d'exclamation après dolour. — V. 230. Virgule après pens. 

— V, 233. Thisbé entame ici un véritable dialogue avec elle-même. Il eût 
été bon de le marquer au moyen de signes extérieurs, comme M. de Grave 
l'a fait dans son édition à'hnèas. Dans sa note aux vers 247 ss., M. De Boer 
pa<isc un peu rapidement sur l'examen de ce procédé. 

234 Tisbé, foie, veulz tu desver?,. . 
2J7 Non faire! 

Garde raison qui t'est contreire ! 



DE BOF.R, Pyramc et Thishé 299 

M. De Bocr interprète ce vers de la manière suivante : u Garde-toi d'un 
raisonnement qui t'est contraire » (c.-à-d. « qui est contre toi, qui ne t'auto- 
rise pas à faire cela »). On écrirait volontiers Raison, avec une majuscule, et 
on entendrait : « Prends i^arde à RaisAn, qui te conseille le contraire ». On 
aurait là le thème du débat de Raison et d'Amour, si complaisamment traité 
par Chrétien de Troyes. 

263 Moût avroie le blasme chier, 
Se m'en ooic ch.«lengier. 
Contraire ? 

Si con moi semble et m'est viaire, 
Ne m'en devroit nus hons retraire... 

Malgré les explications que fournit M. De Boer, cette construction absolue 
de Contraire est inadmissible. Lorsque le personnage « se reprend », comme 
dit l'éditeur, au moyen d'une brusque interrogation de ce genre, c'est toujours 
en répétant un mot précédemment exprimé. Ce n'est pas ici le cas. Il faut 
donc, ou prendre Contraire pour une simple exclamation, ou le faire 
dépendre de quelque chose. Cette seconde solution parait la seule bonne, et 
on est bien tenté de construire Contraire comme le complément de retraire. 
Le sens de l'expression serait « faire un reproche ». Contraire, en effet, ne 
signifie pas ici « chose contraire » ou « mauvaise », comme l'explique M. De 
Boer, mais « reproche »; voy. ce sens du mot dans Troie, ijoSS. 

\'. 2S6. Noirci est traduit par « pervers ». Ce dernier mot trahit la pensée 
de M. De Boer, qui voulait dire sans doute « gâté, corrompu ». 

291 Cui chaut? 

Ne monte riens. Se Diex me saut, 
A poi ferai por vos .1. saut. 

Il faut mettre une virgule après riens et un point après saut. C'est ainsi que 
construisent OliC, comiDc il est facile de le voir en lisant chacun d'eux. Le 
sens reste fort bon et la suite des idées très nette. — V. 519. est, par erreur ; 
lire ert. 

3 jj Par l'enseigne de la ceinture 
Sui ci venus offrir droiture 
Que ne trouvai la creveiire. 

On lit, aux notes, l'explication suivante : « Par le signe de la ceinture je 
vous présente mes excuses (litt. : réparation) de ne pas avoir trouvé la creveûre. 
C'est à vous que revient l'honneur de cette trouvaille. » Ce qui n'est guère 
clair. Il y a, en réalité, dans le texte, deux idées fondues en une seule pro- 
position : « Attiré par l'indication de votre ceinture, je suis venu ici, et je 
vous fais mes excuses... etc.» — V. 367. Point d'exclamation après ^fk////r. 



300 COMPTES RFNOUS 

« Amis, ainsi \t>s os noiucr; 578 « Amis (ainsi vos os nomcr : 

Ce ne me puct.ui f\ir vccr Ce ne me puecm /m.< vccr 

Cil qui por vos me font garder. ^Ho Cil qui por vos me font garder), 

Ne me puis mais vers vos celer. Ne me puis mais vers vos celer : 

Vosire paresce vueil gaber. Vosire paresce vueil gaber. 

Première soi conseil trover Première soi conseil trovcr 

Con peùssons ci ass,imbler, Con peùssons ci assanibler. 

Car qui plus aime plus voit cler. 38) Car qui plus aime plus voit clcr. 

Gricfmeni vos oi desconforter, Gricfment vosoi desconforter, 

Mes poi savez que est amer / Mes poi savez que est amer ; 

Amis^ Ussir^ h dohuser , Kficor ivs eu fK>(\ jon : 

Encor t\>5 en poê^ loèr. A tnoi lessie:; le doloiiser. 

Que riens ne puet confort doncr. 590 Que riens ne puet confort doncr. 

Au vers 579, par est évidemment une faute d'impression pour pas. l'n 
ponctuant les vers 578-80 comme le f;iit M. De Ik)er, la suite des idées est 
bien heurtée. En employant la parenthèse, tout est clair : après la première 
réflexion que lui suggère, accessoirement, l'appellation dont elle s'est servie, 
Tliisbé en vient à son propos principal : « Il faut que je blâme votre mol- 
lesse : j'ai été plus ingénieuse que vous, parce que je vous aime davantage et 
que je suis plus malheureuse. » C'est toujours la même idée qui se poursuit 
dans les vers 588-90. M. De Bocr traduit ainsi les vers 586-90 : « Je vous 
entends vous lamenter fort, et pourtant vous savez à peine ce que c'est que 
l'amour. Ne vous plaignez plus tant, mais félicitez-vous plutôt de ne pas le 
savoir (=: en)^ car rien ne p>cut donner « confort » [à celui qui aime comme 
moi], dont la joie s'est changée en douleur, etc. » Cette traduction a l'incon- 
vénient de donner, par force, aux vers 389-90 une précision qu'ils n'ont pas. 
Aussi bien la faute en est-elle au texte lui-même, qu'on peut rétablir autre- 
ment que ne l'a fait M, De Boer. En effet : i» pour ce qui est de l'ordre de 
588-9. on j<ut garder celui qu'offrent OB (contre qui il n'y a que A); 2" la 
même raison (A isolé contre OB)impose/o<V au lieu de loèr ; 50 au vers 388, 
/l et C donnent bien amii (d'ailleurs, chacun d'une façon un peu différente), 
mais cette leçon peut provenir d'une mauvaise interprétation de a ttii (voy. 
V. 599, où C donne amis dans des circonstances analogues). On obtient alors 
un sens très satisfaisant. Blâmant toujours l'inaction de Pyrame, Thisbé dit : 
« Vous vous plaignez, mais vous ne savez pas ce que c'est qu'aimer : vous 
trouvez encore moyen de vous distraire (allusion aux vers 333-4), et vous 
me laissez l'affliaion, à moi que rien ne peut soulager. » Je trouve que cette 
lecture, fondée sur le respect aussi grand que possible du ms. base, donne au 
dé\eloppemeDl de l'idée plus d'unité et de logique. Notons que le soi du 
v. 385 a été classé au glossaire comme pronom : il est trop évident que c'est 
la irc pers. du prétérit de saivir. 

V. 399, Pense^ demain del retorner. La leçon des mss. est Penser deniei del 



DE BOER, Pyramc ci Thishé 301 

retorner, qu'il faudrait pcui-ctre garder. — V. 402. Puet : il n'y a pas de rai- 
son suffisante pour ccartcr/)t>/ donn»^ par OlîC. — V. 410. Puisque M. De 
Boer a tenté de restaurer les vers 176 et 180 qui manquaient dans les mss., 
on pourrait songer à lire ici Que j\n'ti, qui fournirait une rime et un sens 
acceptables. — V. 445 -6 : 

Déduit 

Et quanques je désir me fuit. 

M. De Boer considère Déduit comme une forme régime faisant fonction de 
sujet. On pourrait, à la rigueur, considérer le mot conmie un nominatif plu- 
riel parfaitement régulier : le singulier du verbe fuit n'y fait pas difficulté 
(voy. Tobler, ouvr. cite. Ente Keihe, n«' 54, 2^ éd., p. 255. Voy.,ici même, 
des exemples voisins aux v. 127 et 707). — V. 4)4. Remplacer le point par 
une virgule. Simple erreur d'impression : la construction est bien expliquée 
en note. — V. 461. Point d'exclamation après durs (voy, v. 469 et 488). 

485 De celé qui le cuer de moi 

Ht le corage a tret a soi. 

Masiere, 

Tant par estes cruels et fiere ! 

Que n'aovrez par ma proiierc, 
490 Tant que besier puisse la chicre, 

La bouche, 

La cui douceurs au cuer me touche. 

Hé, gente, 

Itant me feitcs sans atente. 
495 Ne plus. 

Au vers 486, il faut lire soi, puisque est donne par O^C. Le sens n'est pas, 
enetfet, « tirer à soi » ; il est plus riche, et on doit entendre « tirer et empor- 
ter avec soi >». Nous avons ici une indication de la théorie selon laquelle 
l'objet aimé emporte avec lui, vole, dérobe le cœur de qui l'aime (voy. 
ridée dans Énèas, v. 85)0-51. Comp. Cligès, v. 2SO)-)4). Le Qu^ du vers 
489 est classé au glossaire sous l'étiquette « conjonction ». En réalité, il est 
probable que c'est ici un adverbe interrogatif et qu'il faut mettre un point 
d'interrogation après touch (v. 492) : « Que ne vous ouvrez-vous?... etc. » ; 
comp. le Que du v. 697, qui a le même sens, et qui est aussi considéré à tort 
comme une conjonction. Au vers 495, M. De Boer construit Ne plus absolu- 
ment, dans le sens de « Je n'en dis pas plus ». On comprendrait plutôt : 
« Faites-moi cette grâce sans attente et sans plus », c'est-à-dire « sans plus 
attendre ». En d'autres termes, sans retombe à la fois sur atente et sur plus. 
Pour l'expression sans plus, encore vivante en fran»;ais, voy. l'exemple du 
Miserere cité par Godefroy, X, 56 1'. 

529 Vce/. d'amour con me demeine. 



^02 COMPTl-lS ri:nik's 

Le verhe Jnu^-nrr, dans ce vers, csi donné au glossaire coiuiuc ivMîcchi. (.in 
ne voit pas comment il pourrait être construit. Il laut écrire .-ittiour avec une 
majuscule, et entendre : « Voycx a^mme Amour me traite ». Pour la con- 
struction, c'est celle que Tobler a étudiée, m/tr. a//, lîtsU Kfihc, 11° 2, 
2« éd., p. 17. — V. 595. Virgule après -f 01. — V. 6^7. On éviterait l'hiatus 
au prix d'une faible correction, en lisant Et si vit. 

640 A quel fin qu'ele doie traire, 

Aux notes, trattt a est traduit par « tournera ». C'est plutôt « aboutir ». 
"W. Point et virgule après vnie. — V. 644. Virgule après voit. — 
\ . 049. PluitSt que dn<ahil, lire dex'ak oudfvali. — V. 661. Il n'est pas icl- 
Icmenl sûr qu'il faille rejeter la le^on ruirh/y;^ de OU pour lui préférer celle de 
( ■ V. 68o. Supprimer la virgule après issuy. — V. 708. Couvrir les guille- 
mets avant 70S. — V. 742. La phrase 741-5 est embarrassée, si on ponctue 
comme M. De Boer. Il est préférable de mettre un point d'exclamation après 
lis : « Malheureux ! Elle est morte et je vis encore ! ». Comp. v. 757-«S. 

754 Mor/. que demores? Qar meprens! 
He. mors, 

Por quoi demore cest grans torz, 
Que je ne sui or endroit morz ? 

.Mis a part le cas du vers 756, dcmorer n'est jamais employé dans le poème 
qu'au sens de « tarder ». D'un autre côté, la reprise de ce mot au vers 756 
dans un sens différent de celui qu'il a dans le vers 754 e.st peu naturelle. 
C'est pourquoi on pourrait lire, au v. 759 : Por quoi demores ? c'est gratis tor^, 
correction paléographiquement bien permise, d'autant que la leçon est seule- 
ment dans O. Pour la répétition d'idée qu'on trouve alors aux v, 754 et 755- 
)6, comparez les passages 757-8 et 740-41 qui offrent la même particularité; 
et pour appuyer l'expression c'est tor^, voy. v. 737. — V. 760. piec\i ; lire 
pifç'a. — V. 797. Au lieu de Cuide acomplir, on serait tenté de lire Cuida 
ccmpïir. On en verra les raisons dans ce que nous dirons plus loin de l'hia- 
tus. 

799 ur aproce le terme brief 

M. De Boer considère /rrw^ hrief comme le sujet. Mais il n'est pas bien sûr 
qu*on ne pourrait pas considérer Tisbé comme le sujet de aproce et terme hrief 
comme le complément de ce verbe. Le sens ne serait pas tellement mauvais 
(pour l'expression, comp. v. 767), et on éviterait un emploi irrégulier de la 
forme complément dans la fonction sujet. — V. 844. Supprimer la virgule 
après La. VwQqtu il. — V.8)6.Cmi, erreur manifeste pour Qui (voy. notes). 
Prenant a témoin lune, fontaine, prés, mûriers, etc., Tisbé leur dit : 

858 Oicz! 

Pri vos qui ma mort lesmoignie/.. 
Tisbé, mauvaise, que targiez? 



DE BOER, P\ramc et Thishc 503 

Ces vers sont obscurs. Au v. 8)9, 7//1 est cvidcnimciu une faute d'impres- 
sion pour iiuf, seul admissible. Mais, cette correction faite, le reproche de 
lenteur que Tisbé s'adresse à elle-même ne s'explique pas. Elle a déclaré son 
intention de mourir (v. 847)0). Si elle se contentait ensuite de prendre les 
choses qui l'environnent à témouis de sa mort, il n'y aurait pas lieu qu'elle 
s'accusât de tarder. J'n réalité, à partir du vers 851, elle ne pense plus à son 
projet de mort, mais elle s'abandonne aux regrets. Aussi, au vers 859, serait- 
on tenté de corriger m.j mort en m\imot . Après quoi, il est tout naturel que, 
ses plaintes se prolongeant, elle se reproche d'oublier son dessein de mourir. 
Kn admettant cette interprétation, le vers ajouté par O/i après 859 (D»>»/j/ (/^ 
mon cuer corne est irir;^!), et que M. De Boer rejette, est excellent et digne 
d'être conservé. — V. 875. Virgule après vis. 

Il 

M, De Boer a lait précéder le texte de Pyiai/w d une intéresiaiiie introduc- 
tion. Son étude sur la langue du poème est sobre et solide. Toutefois, les 
observations qu'il a consacrées à la morphologie sont, dans une certaine 
mesure, sujettes à revision. C'est par simple inadvertance que ptxhiene a été 
classé parmi les exemples de forme du cas régime au lieu du cas sujet : l'er- 
reur est de faible conséquence. Il est plus digne de remarque que les passages 
allégués par M. De Boer sont parfois bien douteux. Ainsi, notre correction 
au v. 35 et notre interprétation des vers 446 et 799 réduisent de dix à sept 
les cas où la forme du cas régime est employée pour le cas sujet. Fn outre, 
dans les sept cas restant, il s'agit de prédicats ; et les deux cas où, au sens de 
M. De Boer, il s'agissait d'un sujet (446, 799), s'évanouissent". Pour ce qui 
est de l'emploi de la forme du cas sujet au lieu du cas régime, M. De Boer 
ne cite que /'/or (v. 196), où, à la rigueur, on peut bien voir un régime sin- 
gulier. Il conviendrait d'y ajouter le cas de pechierre, qui, toutefois, n'est pas 
tant une apposition à moi qu'une sorte d'exclamation indépendante où con- 
vient le cas sujet. Au total, le système morphologique semble mieux con- 
servé encore que ne le dit M. De Boer. 

La question de l'hiatus relève autant de l'étude de la langue que de celle de 
la versification. M. De Boer a raison de se montrer très prudent dans ce 
qu'il en dit (p. 17-18). Mais l'attention doit être attirée sur le fait que l'hia- 
tus se produit à plusieurs reprises après la 5c pers. sg. de l'indicatif des verbes 
en -tT. Mis à part les cas où il porte sur ce, je et que, on en remarque trois 

I. Il faudrait ajouter ici l'exemple de dolent (au v. 150), que M. De Boer 
n'a pas relevé. Si on admet qu'il faille corriger ce passage aussi dans le sens 
que nous avons indiqué, le cas est encore celui du cas régime servant au pré- 
dicat. Le cas de Amour et de ardour à\}\ v. 154-), que M. De Boer ne 
relève pas non plus, parait mal attesté. 



304 COMPTES RKNDUS 

exemples aprùs tntJrr (v. 1S2), lutu{\. 657), «y (66;). Au vers 282 (Rose 
Undrf ft lis Houvidus), on l'évite aisénicni en lisant Rosr tnuirfle et lis nou- 
; au vers 657, une légère correction (voy. plus haut) peut aussi suf- 
lire; et au v. 66; il est Kuucoup moins cenain (donné seulement par C)que 
ne raftirmc M. De Boer (p. 18). Restent les y pers. sg. des verbes en -<•/. 
Or, il est bien \Tai qu'en aucun endroit l'hiatus n'est assuré, jxjur ce dernier 
cas, par l'accord unanime de tous les mss. (voy. v. 40, 62, 6tx), 793, 807); 
mais, inversement, dans la quinzaine de cas où l'élision se produit, il suffit de 
très peu de choses pour rétablir l'hiatus. On peut alors se demander si la 
dentale firule (/). tombée, comme l'attestent les rimes, dans la prononciation 
isolée du mot, ne reprenait pas une certaine force devant les initiales voca- 
liques. J'ajoute que la question parait ici insoluble '. 

La forme métrique de Pmittif est singulière. Les parties narratives, 
écrites en octosvllabes à rimes plates, n'ont rien de très particulier. Mais une 
première curiosité se trouve dans l'emploi, en deux passages correspon- 
dants, de deux séries d'octosyllabes monorimes (v. 341-57 et 378-401). 
M. De Boer serait tenté (p. 17) de l'expliquer par une « irrégularité qui n'est 
pas sans exemple dans l'ancienne poésie normande et qui est devenue assez 
fréquente dans la poésie anglo- normande » ', à savoir la présence de la 
même rime à plusieurs paires de vers consécutives. On pourrait songer aussi 
à une adaptation de la laisse épique '. La seconde particularité rythmique du 
poème est l'emploi du vers disyllabique anior»,ant une série variable d'octo- 
syllabes construits sur la même rime. M. De Boer rapproche justement cette 
fonne de celle du fableau de Ric^xut ; mais elle se retrouve encore dans 
nombre d'autres poèmes dont Naetcbus a fait le relevé {Die nichl-lyrisâyen 
Sirof^henformen dis Altfratt^ôsisclyti, p. 36-9 et p. 185-92). Il faut, d'ailleurs, 
remarquer que, dans tous ces poèmes, le petit vers est de quatre syllabes, au 
lieu que dans P\rame il est de deux. Un seul fait exception : c'est le dit de 
Dan Denier, où le petit vers est de deux syllabes, parfois môme de une, avec 
la particularité que le mot qui le constitue est assez souvent la répétition d'un 
mol du vers précédent : par quoi le poème offre d'étroites analogies avec 
Prr Au reste, dans les poèmes ainsi bâtis, le nombre des vers de huit 

'■ar<;i compris entre deux petits vers est variable, excepté dans les poèmes 
Ue Hutcbeuf quiobscr\e le plus souvent une succession régulière. — M. De 



1. Comp. la façon dont elle se pose pour Ènèas. Voy. édit. Salverda de 
Grave, p. xviii-xix, et p. lxxix (note de M. Suchier). Sur la question en 

,, voy. Suchier, Reitnt>redi/:ten, p. 33 et 59; A. Tobler, Fersbuii, 
p. 69; et Rydberg, Zur G ' v dts aU/ian;o ischen ?, p. 145 ss. 

2. Les T sont emprunio par l'auteur à M. V. .Meyer. 

3. Le n.^.-.w -•-•ii"'1e de laisses octosyllabiques rimées se trouve dans le 
poème latin de . " sur sa disgrâce (éd. Hauréau, Nol.el exfr. de auelijues 

. htiHS dé la Bibl. nal., VI, 129 s$. Voy. aussi Romauia. XI J, 50, 
note). 



DE BOKR, Pyranie et Thishc 305 

Bocr écrit (p. 17) que le mot soie (v. 728) présente un cas de vers disylla- 
bique où la finale féminine compte, à la rime, fwur une syllabe. L'exemple 
du dit de Diiti Denier rend douteuse cette affirmation, et il est bien possible 
qu'on doive considérer le vers en question comme monosyllabique. 

L'opinion de .NL De Hoer que Pyrame est d'origine anglo-normande est 
fortement appuyée. Ce qu'il dit de la date du poème, qu'il tient pour ancien 
(troisième quart du xii»-" siècle), semble également assez sûr. Toutefois, sur ce 
dernier point, son argumentation, convaincante au total, peut être discutée 
dans le détail. Il nous a paru que le svstème morphologique du texte était 
mieux conservé encore que ne le disait l'éditeur, et la preuve de l'antiquité 
du poème, tirée à la page 22 de l'examen de la langue, peut y gagner en 
vigueur. En revanche, les considérations littéraires sur lesquelles se fonde 
l'opinion que Pyromt a dû précéder Ettèas (p. 20-21) sont peu décisives, bien 
que, au fond, j'incline à adopter la thèse. Nous avons vu aussi que la forme 
métrique, bien plus répandue dans la littérature que ne le dit .M. De Boer 
(p. 21-2), n'est pas un signe tellement manifeste d'antiquité. Restent, au 
service de l'éditeur, d'autres arguments, et de bons : ainsi ceux qui reposent 
sur l'état de la langue, sur la conservation rigoureuse du couplet, et même ce 
qu'il dit très justement (p. 23) de la date où se sont produites avec la plus 
grande intensité les traductions et adaptations d'œuvres antiques. Mais, 
comme il ne faut négliger aucun moyen de faire la lumière, il n'eût peut-être 
pas été superflu, s'en tenant au strict point de vue de la chronologie, de 
suivre l'histoire du poème dans la littérature. 

Cette étude, M. De Boer l'a écartée, délibérément. J'ai relevé, pour ma 
part, quelques mentions de Pyrame dans des textes du xii^ siècle, qui 
semblent confirmer l'opinion de .\L De Boer sur sa date '. L'usage que M. De 
Bocr lui-même fait du texte de Tristan reconstitué par .M. Bêdier (voy. 
p. 24) pourra être discuté, puisque c'est une question de savoir si la men- 
tion du lai de Thisbe doit être attribuée à Thomas ou à Gottfried -. 

Pour ce qui est des destinées du poème et de son influence sur la littéra- 
ture, je me permets de renvoyer à l'article dont je viens de faire deux fois 
mention. Il y aurait lieu, en outre, d'étudier, non plus l'histoire du poème 
lui-même, mais celle du thème. Parmi les œuvres les plus anciennes où il a 
été traité, il fiut citer le poème de Maikaraume publié par M. Bonnard ' et 
le fragment d'un roman en prose (xve s.) signalé naguère par C. Friesland «. 
Il n'est pas sans intérêt de signaler aussi deux poèmes latins sur le même 
sujet, qui se trouvent dans un manuscrit de Wolfenbùttel,et que je me pro- 
pose de publier. 

M. De Boer ne tardera pas à donner une nouvelle édition de Pyrame dans 
la collection des Classiques français du moyen dge : il sera précieux, pour les 
travailleurs, d'avoir un accès plus facile à son utile publication. 

Edmond F.ARAL. 

1. Voir Romania, XLI (1912), 35 ss. 

2. Voir ihiil., p. 58, n. 3. 

5. Lm légende de Pyrame et Thishé en vers français du A7//c siècle, p.p. Bon- 
nard, Lausanne, 1892. 

4. Handschriflliches von der Gôttinger Universitûtsbibliotek (Zeitschrift fur 

fv Ç/ir,i--/i^ VYVTT ^Ton.'^^ 2 ; ■> «; ^ 



PI-RIODIQUHS 



IUalK ui. iiiiUn.OC.lE FRANÇAISE KT DE LITTÉRATLKE, p. p. L. Clcdat, 

l. XXIII (i9c">9). — P. I. J. P. Jacobsen, L«j comcdic eu France au inoveu dge. 
L'auteur commence par exposer la décadence de la comédie antique et les 
cireurs commises à ce propos par les érudits du moyen ûge, puis il étudie 
les comédies élc^iaqucs des xi* et xiic siècles. — P. 25. C. Juret, Etude phviè- 
tiquf et géographique sur la prononciation du patois de Pierrecourt, 2< partie, 
étude géographique. — P. 61. Comptes rendus et publications adressées à la 
Revue. — P. 81. J. P. Jacobsen, Jm comédie en France au moyen dge (suite). 
L'auteur étudie les rapports des comédies élégiaques avec le théâtre populaire 
du moyen âge et conteste les opinions de Petit de Julleville et Cloetta qui 
pensent que la représentation de ces comédies aurait été impossible. Il étu- 
die ensuite le milieu où elles ont été écrites, clercs errants peu à peu exclus de 
l'église et devenus jongleurs, et donne de longs renseignements sur les jon- 
gleurs et les monologues dramatiques. — P. 107. Albert Dauzat, La langue 
des sports. — P. 120. Paul Barbier fils, \otes étymologiques sur des noms de 
poissons : congre, espingolo, lendole, loche, rascasse. — P. 132. Comptes 
rendus. — P. 154. Chronique: M. E. Bordas propose une étimologie 
du verbe aller-, il part d'un subjonctif inde eamus d'où serait venu un infi- 
nitif *indare, d'où 'etuiner, et * enaler par dissimilation. — P. 161. J. P. 
Jacobsen, La comédie en France au moyen dge (suite). L'auteur montre com- 
ment les monologues dramatiques deviennent des farces, et expose les rap- 
ports étroits qui unissent ces monologues avec les farces et les sermons 
joyeux; intcTessante étude des mœurs cléricales, et du rôle de la parodie 
dans les sermons farcis et les fêtes des fous. — P. 197. C. Juret, Etude sur 
le patois de Pierrecourt (suite et fin). Rectifie et contredit, en conclusion, cer- 
taines des formes données par V Atlas linguistique. — P. 214. M. Roques, 
Lyonnais « Académie », français proi'incial « artisse »», — P. 218. F. Balden- 
spcrger, \otes lexicologiques (suite). — P. 225. J. Backeley, Élude sur les noms 
de lifus français. M, B. étudie la survivance dans la toponomastique de mots 
latins qui n'ont pas survécu à l'époque classique : lue us, am nis, pabulum, 
clivus, compendium, fanum, alpes. — P. 229. Comptes rendus. — 
P. 239. Chronique : Maurice Donnay et Vorllwgraphe. — P. 245. A. Guéri- 
not, Soles sur If parler de Messon (Aube) : phonétique, morphologie, dériva- 
tion, sinlaxe. — P. 276. J. Buckelcv. Etude sur des unnn de lirus français 



PKRIODIQ.rKS 307 

(suite), i^nonisrcprcsemam des substantifs latins : silva, saltus, comba, 
ramus, fagus, hortus, palus, rivus, castruni, castra, firniitas, 
maceria, pot es ta s, mutât io, forum, colon i a, casa, casa lis, cella, 
oratorium. atrium, strata, monasteriolum, palatiolum, dea, 
puella, gallus; — 2° représentant le génitif; — 3° représentant des adjec- 
tifs : cclsus, al bu s, magnus, par vu s, dominicus, vêtus, latus» 
a u r e u s, t c n e b r i c u s, e r e m u s, u r b a n u s, s u a v i s ; — 4" représentant des 
comparatifs : acuti 01, superior, subterior, ulterior, major, et un 
suf)crlatif summus ; — $" représentant des participes: ficius, fractus, 
tort us, plexus, saeptus. — P. 303. Comptes rendus. — P. 316. Chro- 
nique : sur l'étimologie du verbe aller. Notes complémentaires Je M. E. 
Bordas et lettre de M. Bourciez rappelant qu'il a proposé, il y a vingt ans, 
une étimologie analogue partant d'un infinitif *indarc, à laquelle il ne tient 
plus beaucoup. 

— XXIV (1910). — P. I. J. P. Jacobsen, Li comédie en France uit moyen 
dge{s\i\\é). M. J. étudie le développement de l'élément comique dans le drame 
religieus, en particulier dans un Ltidiis scenicus de nativitate <\\i\ fait partie des 
Carmina burana. Certains mistères du xv* et du xvic siècles contiennent des 
farces intercalées. Ces idées ne sont pas absolument originales ; elles sont très 
analogues en particulier à celles que soutient M.W'ilmotte dans un chapitre de 
ses htiules critiques sur lu tradition littéraire en France. M. J. indique l'anté- 
riorité de ses études sur ce point. — P. 18. Guérinot, Notes sur le parler de 
Messon . Vocabulaire avec quelques étimologies hasardeuses. — P. 59. 
J. Gilliéron et Roques, Eludes de géographie linguistique, XI. I)i, jour et leurs 
composés; di qx jour\ semper, toudis, toujours, ce dernier coïncidant avec 
jour; midi-mijour, celui-ci, rare dans le nord, se rencontre au sud hors de la 
zone de di\ influence de minuit. — P. 51. M. Clair, Particularités de la 
langue de Montaigne. Comparaison, portant sur le livre I, entre l'exemplaire de» 
1588 annoté par Montaigne, et l'édition de 1)95 donnée par Mi'« de Gour- 
nay : celle-ci a corrigé ce qui lui a paru trop particulier. Des renseignements 
intéressants, mais de la confusion. — P. 61. Comptes rendus, livres et articles 
signalés; nécrologie. — P, 81, J. P. Jacobsen, La comédie en France au moyen 
âge (suite et fin). L'intéressant travail de M. J. se termine, d'une f.ii;on un 
peu brusque, par une étude des rapports entre la fête de mai et le théâtre 
populaire, particulièrement les cvuvres d'Adam de la Halle, et par des détails, 
qui ne sont pas tous nouveaus, sur les sociétés mi-laïques, mi-religieuses qui 
jouent les pièces comiques. — P. 98. P. Porteau, Mais. Discussion des pages 
que Ml'c Richtcr a consacrées dans la Zeitschrift f. rom. Phil.dc i9o8rXXXII, 
656)àmagis. M. P. conteste surtout la sinonimie magi s- valde. Il conclut 
que les sens de magi s en français supposent une évolution de plusieurs siècles 
à étudier en latin vulgaire. — P. 106. F. Baldensperger, Notes lexicologiqufs. 
— P. 118. Hd. Hrkal, Grammaire historique du patois picard de Démuin. Cet 
ouvrage doit être le complément historique de la Grammaire de A. Ledieu : 



3o8 pÉRioDiarES 

fonérique des voyelles, qui n'a du reste -À peu près rien d'historique. — 
P. 141. L. Clêdai, Futur titjus h piissf et comiitionnd. — F. 150. L. Davillé, 
Sote sur If mot « patriote ». Relève le sens de « dévoué à sa patrie » dans un 
p^imphlet publié .\ Mons en 1 579 contre l.i domination espagnole, et inti- 
tulé : « le Vr.ay Fatriot, aux bons Patriots ». — P. is l. Comptes rendus, 
nécrologie, publications adressées ;\ la revue. — P. iM. A. Guérinot, Notes 
sur le fHirUr Je Messon. yocahuhmc, ùu. — P. 175. Hd. Hrkal, Gramwaire 
histortqtu du piUois picard de Dèinuiu : suite de la phonétique. — P. 205. Ernst 
G. W'ahlgren. Quelijues remarques sur la forme « crciucnt « dans VEpitrede 
saint litieune. 11 s'agit de la forme creiuent du vers 7, pour laquelle G. Paris, 
Foerster et Bartsch ont proposé de lire creeient, ou creivent; M. W. propose 
de lire creirent par une substitution de ; à u que le manuscrit autorise, dit-il, 
et qui n'a en etîet rien d'impossible. M. W . montre que le passé simple est 
possible à cette place et que la forme en / est la plus ancienne, comme repré- 
sentant credidi : mais il n'indique pas comment sa conjecture se concilie 
avec le sens. — F. 210. J. Désormaux, Mclauges savoisietts, VIL Discours 
de deux Savoyards, 1604. — P. 226. Comptes rendus (à noter, à propos de 
A. Darmesteter, Les closes de Raschi dans la i?/7'/«', quelques remarques et cor- 
reaionsde G. Marinet). — P. 234. Livres et articles signalés. — P. 238. 
Chronique de L. Clédat sur l'hiatus, et la suppression de IV final dans la 
déclamation et la versification modernes. — P. 241. Hd. Hrkal, Grammaire 
historique du patois picard de Dèmuin (suite). Fonétique sintaxique et mor- 
fologie. — P. 280. J. Gilliéron et M. Roques, Etudes de géographie linguis- 
tique; mots en collision; XII, le coq et le chat ; XIII, cpi et épine. A relever le 
56, sur l'influence perturbatrice exercée dans les patois par les rencontres 
d'homonimes. — P. 508. L. Clédat, L'imparfait du subjonctif, verbe dèfcctif. 
— P. 311. Comptes rendus, chronique, publications adressées à la revue. 

H. Y VON. 



Rkvce de PHONÉTidUE publiée par l'abbé Rousselot et Hubert Pernot; 
tome I (4 fascicules trimestriels), Paris, 191 1. — Nous souhaitons plein 
succès à cette nouvelle tentative pour donner aux phonéticiens une revue 
qui leur manque ; le programme de la Revue de Phonétique est très large et 
très écleaique et déborde infiniment les cadres de la /?am<7;//(i, nous ne signa- 
lerons que les articles les plus directement intéressants pour les romanistes. 
— P. 17-32. Rousselot, Classification des voyelles orales. — P. 79-92. Rous- 
selot, Dictionnaire de la prononciation française . — P. 114-37. G- Lote, Le 
silence et la ponctuation dans V alexandrin français. — P. 169-80. Rousselot, 
Dictionnaire delà prononciation française {smlé). — P. 232-59. G. Lote, Le 
silence et la poncttuition dans V alexandrin français, deuxième partie. — P. 260- 
292. A. Grégoire, Influence des consontus occlusives sur la durée des syllabes 
précédentes. — P. 5-296 et 337-70. Rousselot, Dictionnaire de la pronon- 



PERIODIQUES 309 

ciatiott fiiinÇiiise (snhc); ce dictionnaire suit l'ordre alphabétique- et il est 
arrivé, à la fin de cette première année, au mot abc ; je n'ose pas calculer le 
nombre d'années, qui nous sépare de la lettre Z, mais M. R. a rempli ses pre- 
miers articles de tant d'indications de valeur générale, fondées sur des obser- 
vations multiples, que nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre. 

M. R. 

• 

Zeitschrift fur roman'ischf Philologie, XXXIV (1910), 5. — P. 257. 
H. Schuchardt, Sachwort^cschichtliches fihcr den Drcscljfhi^el. Complément très 
important à la contribution de M. Mever-Lùbke, Zur Geschichte der Dresch- 
genlte ( Iforter und Sacheti, I, 211-44); nous 'aurons à revenir prochainement 
sur la question et sur ces deux travaux. — P. 295. L. Karl, Vie de sainte 
Elisabeth de Hongrie, par Nicolas Bo^on, d'après le ms. du Hritish Muséum 
avec les variantes du ms. de Welbeck Abbey (cf. Romania, .\XX\'III, 418). 
— P. 315. A. Ive, Le «Santé Parole» traite da un codicefiorentino del sec. XV. 
Curieuse litanie géographique où sont invoqués successivement tous les saints 
dont les marchands florentins pouvaient rencontrer sur leur route les sanc- 
tuaires depuis sainte Catherine du Sinai jusqu'à sainte Marie de Middclbourg 
en Zélande; voir p. 584 quelques corrections utiles; un fac-similé accompagne 
l'édition de ce petit texte ; M. Ive indique en note (et dansdesadditions, p. 384) 
pour presque tous les cas des identifications géographiques satisfaisantes; d. 
p. 476 et 575, quelques remarques de M. Salvioni et de M. B. Wiese. — 
P. 331. H. Schuchardt, Span. ladilla ; sard. gintilla ; sur^aga. Il est à peine 
besoin de dire que ces trois mots qui figurent au titre ne sont pas seuls en 
cause dans cet article difficilement résumable, qui tend à rectifier ou à contre- 
dire diverses assertions de M. Salvioni. — P. 343. H. Suchier, Kochnals die 
Vivien schlacht. Cette note, due en partie à la collaboration juridique de 
M. Jean Acher, répond à la dernière note de M. Lot sur la question (Rotnania, 
XXXVIII, 600) et à une indication subsidiaire du même auteur dans son 
premier article {Romania, XXXV, 265, n. 4). — P. 349. E. Langlois, Une 
mélodie de chanson de geste. C'est une courte phrase mélodique placée à la 
suite du dernier vers d'une petite pièce parodique de 50 alexandrins, œuvre 
de Thomas de Bailleul {c(. Ward, Catalogue 0/ Romances, I, 882). — P. 352. 
E. Lommatzsch, Fine Episode des « Baudoin de Sebourg » und ihre Quelle. 
Rapprochement entre la légende judaïque de l'épreuve de Moïse, qu'a connue 
le moyen âge français, et l'épisode où, le petit Baudoin ayant arraché la cou- 
ronne de la tète de son criminel parâtre, on le met, pour éprouver l'inno- 
cence de son esprit, entre un bassin rempli de pommes et un autre rempli de 
florins ; il s'apprête à prendre les florins, lorsqu'un ange détourne sa petite 
main sur les pommes et le sauve ainsi de la mort qui lui était réservée s'il 
avait montré des goûts moins enfantins. — P. 358. K, Christ, Bruchstûcke der 
« Estoire de Troie » von Beneeit de Sainte More. Retrouvés dans la reliure d'un 
livre de la Bibliothèque de l'Université de Munster, ces fragments correspondent 



^10 1 KioniorF<i 

aui V, ip; ;i -7; Ci ir>7C-4i ^ jc IVdition \..i'u>uin> .ii> ne >oni pas de ii.uurc 

à cti r ' r le !c\' '' 56J, L. Kat\, Dié I:f*iMh >ius Jff l'if df Sladf- 

\ du mi:.iviw «'jx*rè co faveur du roi de Marseille (cf. Rottiûtiia, 

.\Àu. ic>j. M. K 'nnne Avec une liste des versions de cet épisode. 

qui sans doute a evi^u 1 iu«.{vndjinnietit de la vie de la sainte, l'indication ei 
le «kbui d'un texte latin .: - -^ait être la source de la version de (îuillaunie 
le CJerc, et. pour cette û.ié..«.ic version, la collation du nis. de NVellxvk 

*^-^-^ -■ le ms. fr. i«)S2$ de la Bibliothèque. Nationale. 

.••.^.^- — P. 568. G. Hcrtoni, I^s fstats Ju iie<k. C.c prétendu 

''•>'*•■••; ■"■nmc tel par Montaiglon et Kaynaud au t. II du Rfcueil 

^. .. ^,^\\ plutôt un du, n'est en fait qu'un extr.nt de la traduction 

de ^' ■■.i<Mt de Boéce par Renaut de Louhans. — P. 369. J. Aciier, 

R( ur U Uxtf SAuùiisin et SiioleU. Ces remarques portent sur les 

pa>-j,. suivants : }, $; 6. 21 sq.; 10, 26 sq. ; 10, 52; 10, 60; t $, i sq. ; 
1$. t8; 16, 18: et sur la transcription de la mélodie des couplets due à 
MM \Sen et Saran et publiée par M. Suchicr dans s.i dernière édition de la 
• «iur plusieurs points M. A. est plus conservateur que les éditeurs. 
i'. :,;i. H. >wiiumann, Zm Yvaitt, x: )o4(tos). Il est question au v. ^o.\ 
du xHlain qui a IXm^ de uiigUr agu^ et roi\ ros « roux ou jaune »» a embar- 
rassé M. Foerstcr, qui trouve l'épitliète peu applicable aux dents aiguës d'un 
sanrîîcT ou d'un rustique, M. Sch. rapproche du vers d'Yi-ain un passat^e de 
P, J. PotNnn, 6007)011 il est dit d'une femme que Si dent samhhyietit 

mii^l Surf De :i^l^. t<int estaient ros; le rapprochement est utile, mais, à tout 
prendre, i! ne ,\ pas à faire disparaître l'embarras, peut-être excessif, de 

M. ! P. 575. G. de Grcgorio, «j. ft. pulcelle, il. letlet . 

pi Appuie l'ctymologie •pucl(li)cel la et nous donne, pour expli- 

pliquer l'u roman qui ferait difficulté» le choix entre des hypothèses ingé- 
oJcuscs. mai^ aussi incertaines que diverses. — P. 375. O. Schuitz-Gora, 
Zmr :■ ; a/r^. trumcl und estrumelé. Lx* sens de " jambe, gras de 

la jambe • ne serait pas le sens exact au moins à l'origine : tiutnel a désigné 
d'abord le • ba* de la jambe •. — P. 377. H. Schuchardt, Zu Zeitschr. 1910, 
1(2 f. 1 >n de M. Sch. i une assertion de M. Ilaberl relative au 

sarde /'< • ' 

G P, 579. R. likblom, }'.tude sur rextinction des verbes 

au pr/i/rii m -il et en -uï en fratuais (E. Richter). — P. 58 1. L. (^onstans, 

de paix et le statut maritiwe de Manrille (C. Appel). — P. 383, 

G. Lavergne, Le f>arlrr h lis aux XII h et A7K« sihles (D. Behrens; 

cf. Remania, XX" 

— XXXIV. P. 38c. C. Sals'ioni. nti iviri sut dialetti laditii. 

S 7c no' imcs. — P. 405. G. Ziccardi, // dialetto 

:none CMolisci. Phonétique et morphologie, avec deux petits textes. — 

P. 4^- M. M . Frammenti di couti popolari uegli scrittori mipoletntii dei 

\Vtt e XVÏtI. Cent cinquante-huit fragments souvent réduits à 



péRioDiurr^ ; 1 1 

quelques mots. — l*. 4)^. U. i>chult/.-Gora, CV/v/ (int^t ^uii4:n vn k.niu\iut 
dt Vatjiuiras. Notes qui répondent aux S'ouirlles ohurx'atiotn Je M. Crcscini 
sur Rambaut de Vaqueiras (Atm. du Midi, 1898-1900); à suivre. 

MélangE-s. p. 474. G. Bcrtoni, SulU Uttera di /.ara drl t jijj. CA)rrcc- 
tions aux lectures et inierpr<Jtaiions de M. Hartoli (I)tis Lktîmatisciy, II, 261). 

— P. 476. C. Salvioni, A pt oposilo dfïla Hlania uSanU fKiroU », t(C. — P. 477. 
M. L. Wagner, Altsard. bortlie, por/c; ufuuudiuh-fonnfsiich ncmbrrt|>e, 
enombrô|>e. Se rallie i 1 etymolo^ie pro|K>s<ïe par M. Meyer-Lûbkc, Ivrtlx 
<C potior, et explique n^mluop^ comme représentant ncc potior. — 
P. 479. J. Huber, 'Au poiihiav. bjgi(vùna « Sauholmf » (= btif^gittmt a fève de 
marais ■). Sur la présence de «rw, anormal dans cette forme, et qui pourrait 
provenir du parler voisin de Tirano où il représente nornulement j devant 
nasille. 

Comptes rendus. — V. no. \i. Wechssler. IXa KitllurprobUm d(s Mm- 
tusiings (P. Savj-Lopez; c(. Konuinia, XXXIX, 586). — P. 491. La uohU 
If(on des Vdudois du Pintioiil, éd. p. A. de StefanofA. Stimming). — P. 499. 
K. Levy, Petit dictionnaire fnovdiçal-friinçaii {\. Kolseti). — P. $02. Giornaïe 
storico délia Utteratura Italiana, LIV, 3; I.V, i (B. W'iese). 

— XXXIV, ). — P. 513. W. Meyer-Lûbke, Aucassin und Nicolette. 
M. M.-L. s'est proposé de rendre compte du mélange des vers et de la prose 
dans la cantejable, et il en propose une explication originale fondée, semblc- 
i-il, surtout sur la ditférence de nombre qui apparaît entre les formules Or se 
cante, précédant le vers, et Or dient et content et fabloient, précédant les morceaux 
en prose : ces formules seraient des indications scéniques, et la seconde (au 
pluriel) s'appliquerait aux personnages même mis en scène et qui dialoguent. 
M. M.-L. tient en effet la cantefable pour un essai de forme dramatique où 
le dialogue serait tout à la fois mêlé d'indications à la y personne, comme 
dans d'autres compositions de date voisine, p. ex. Courtois d*Arras, et coupé 
de chants. — P. 523. Th. Kalepky, Zur Jran^ôsiscl)en Syntax, ,\'/'-,V/7/. 
Polémique avec M. Porteau à propos d'un compte rendu d'une précédente 
note de M. K. publié dans la Kerue de philologie française (\\\U, 510): 
M. K. parait à la fois s'être ému X l'excès de la forme un peu vive des obser- 
vations de M. Porteau et faire trop bon marché des observations même ; 
remarques sur l'emploi irrationnel de atviV à et de à cf que, — P. 529. 
E. Sicardi, Per due luoghi délia n Vita nucn'a •> : A'.Vr, 1-2 (lire avec les mss. : 
sustan^ia intell igen^ia, au lieu du snst. intelligente des éditions) et XWl'Il, 2 
(airre restate ne doit pas s'entendre comme un infinitif passé, mais se 
décomposer en avère plus restate, pluriel du substantif restata « cesse, fm »). 

— P. 538. E. Quaresima. Zn Carlo Haltistis, Die Nonsberger Mundart 
(Liullehre). — P. 560. A. A. Fokker, Quelques mots espiigncls et portugais d'ori- 
gine orientale dont Vètymologte ne se trouve pas ou est insuffisamment expliquée 
dans les dictionnaires. M. F. traite dans ce premier article, en un français qui 
aurait besoin de retouches, des mots aciago, adarga, aduana, alcavata, alfa- 



^12 PERIODlQrES 

haldr^ haUosa^ hatnhu^ Honiho, borraibo, /v»//wi, ^^^u•l>ar, Ciiclx\ ciiitnàu, ùilaho^Oy 
canJily canfor^ carjjo, c)\irol; tout ce qu'il en dit n'est pas neuf et son infor- 
mation romane n'est pas toujours suffisante : certains rapprochements 
paraissent d'autre pan hen aventureux ou du moins bien rapides : l'on vou- 
drait plus de renseignements sur l'histoire des mots hispano-portugais. 

Mklasges. — P. $69. G. Berioni, Ititortio a utia can^otif di Bouagiunto 
Orbiciiiini. — P. 571. G. L. H.imilton, Sur h\ locution « sa tnaiti a sa tuaissele » ; 
cf. /?.— ••?. XXXIX, 606: M. H. apporte un exemple de cette expression 
pour o.-i^iier un geste d' «< ire ». — P. $72. \V. Meyer-Liibke, Gii//(>, i^allaise 
m fran^àiisiixr Brdoue ». G«a//o n'est pas une adaptation bretonne d'un (r. gal- 
lois, mais une forme purement bretonne de t,M// (du lat, g al lu s) ; gallaisf et 
gaîïott sont des formations récentes du français de Bretagne sur le modèle de 
^f .?••'•''/• et de sottf. — P. )7). B. Wiese, Santa Maria di Filtrmo umi San 
\.i., .. .;/ Ricarcheri. Notes sur k Saute Parole, cf. ci-dessus, p. 309. 

Comptes rendus. — P. 578.8. Satta, Aunota^ioui foiutiche ai v Coudaglx » 
di S.Pi/iroJi Silki (S\. L. Wagner). — P. 579. C. Salvioni, Sole di lingua 
saria; Bricdche Sarde QA. L. Wagner). — P. 588. M. Vattasso . / Codici 
Petrarchesihi délia Bihlioteca K<ï/»V«j«<j (Pio Rajna). — P. 604. C. R. Tobar, 
Consultas al Diccionario de la Lengua, 2» éd. (P. de Mugica). — P. 607. 
C. Battisti, Lingua e dialetti nel Trentino (E. Quarcsimn). — P. 615. P. 
Aubrv, Trouirres et troubadours (J. Achcr). — P. 619. Le Moyeu- Age y ]2in- 
vier-juin 1909 (F. Ed. Schneegans). — P. 621. Rotuauische Forschungeu, 
XXIII-XXIV (E. Herzog). — P. 634. Jahreshericht des Instituts fiir rumâ- 
nisilx Sf>racly ^11 Leipzig (Kr. Sandfcld Jcnsen). — P. f>'^6. Studi wrdieTiili, 
II, 1907 (P. Sa\-j-Lopez). 

— XXXIV, 6^ — P. 641. K. Pietsch, Zur spanisclyeu Grauiniatik. Notes sur 
l'origine et le traitement de -y final et des toniques auxquelles il est joint 
(huey^ fey^ nuei, etc.); l'article n'est qu'un recueil d'exemples classés. — 
P. 651. L. Wiener, Bx^antinisclxs, I. Premier article d'une série d'études 
que l'abondante information de M. W. sur l'histoire de la civilisation euro- 
péenne rendra très attrayantes, plus peut-être que convaincantes. La première 
est consacrée â Pital. rigattiere, fr. regrattier, prov. arcandiê, bas-latin rega- 
tarius, et à l'ital. />iV\«Vdr/(7 qui sont expliqués par ergasterium et apo- 
thicarius ; l'on conçoit que le bas-lat. regatarius joue un grand rôle dans 
cette dérivation, mais M. W, omet d'indiquer comment il se représente les 
rapports et b succession chronologique de cette forme et du fr. regrattier^ p. 
ex. ; tout est là cependant. Dans la seconde c-tude l'esp. sacarç^x rattaché au 
bvzantin 'sixr qui parait désigner des pillards et reste d'ailleurs fort obscur. 
Enfin M. W. traite du (r. boucher, ital. beccajo, etc., pour lesquels il fournit 
des textes intéressants et des indications a retenir sur le véritable caractère 
de la bocaria(o\j se vendaient les viandes a non marchandes »); mais il veut 
. ces mots se rattachent au hvr. ythr,o; " inspcaeur de la boucherie », 



PERIODIQUES 3 I 3 

qui serait l'arabe l>(i('ir « vétérinaire », et le lien paraît mal établi. — P-67). 
R. Gatti, Il iliiilelto di Jesi. Brève description, qui aurait besoin d'un commen- 
taire et de quelques éclaircissements sur l'étal de ce parler. — P.joi. 
G. Ik'rtoni, Il sin-eutese di Riamt Uononul (126^). (Grâce au ms. </, M. B. a 
pu améliorer notablement le texte de cette belle pièce, qui en avait grand 
besoin : il a heureusement restitué l'ordre logique des strophes et l'a pourvue 
d'un commentaire historique sobre et précis. Je crois néanmoins qu'il s'exa- 
gère la valeur du nouveau ms. et que quelques levons de C doivent être con- 
ser\'ées. Au v. j par exemple Sfgon quljom pot ir^(r/- vaut mieux que <•« so 
com ; V. 1) H a tant mieux que a t. (m se rapporte a cavalier, etc.); v. 54 
Alamatis mieux que Lonilunti, puisque c'est contre des Allemands que 
Charles d'Anjou luttait alors ; v. 35 mostran (c.-à-d. tnostia ne) g r an coher^a 
mieux que tn ni. g. cobr^a, cette dernière forme, avec synérèse, étant trop 
tardive. — Le v. 56 : que nostras crot;^(>t'rdona per tomes me paraît mal inter- 
prété : il faut certainement comprendre : « le pape dispense pour de l'argent 
des expéditions que l'on avait promis de faire en notre faveur » (avec jeu de 
mots sur crot^ et ternes). — V. 37, Roniania ne donne aucun sens, et M. B. est 
obligé de traduire bizarrement par <' Jérusalem » ; il suffit de lire romavia, 
« pèlerinage » (en Terre Sainte); il n'y a aucun doute que ce mot ait aussi 
désigné les expéditions d'outre-mer ; voyez A. de Pegulhan, Ara pana, v. .} 
Rfay. I\', 102). — V. 41-4, il est question là non des excursions de Bibars 
en Egypte, mais du désastre que les Français y avaient subi quinze ans aupa- 
ravant et qui devait être encore présent à toutes les mémoires. A. Je.\nroy.| 
— P. 70.S. L. Karl, Vie de sainte Elisabeth de Hongrie. \'ersion anonyme 
conservée en entier dans le manuscrit de Bruxelles, Bibl. roy., i029)-304 
{ci. Roniania, XXX, 310) et fortement plagiée par Robert de Camblignuel, 
auteur d'une autre version. M. K. publie le texte du ms. de Bruxelles, avec 
les variantes de la version de Robert, et une brève étude sur la langue du 
poème où les traits purement graphiques ne sont pas assez nettement séparés 
des véritables faits dialectaux. 

MÉL.\NGES. — P. 734. H. Schuchardt, Volantino{d. Roniania, XXX, 604); 
maintient l'explication de ce mot par volare et examine l'extension et la 
propagation des formes analogues dans le sud de l'Europe. 

Comptes rendus. — P. 738. P. Aubry et A. Jeanroy, U Chansonnier de 
V Arsenal (J. B. Beck). — P. 746. Lil>ros de cahallerias... por A. Bonilla y 
San Martin (A. L. Siiefcl). 

M. R. 



CHRONIQUE 



l'ne loti»;iic nulaJic, stoïquement supp«irt6e, .1 enlevé le 26 mars, à Tige 
de 58 ans, Mjthicu AlgF-Chiquet, qui s'était joint, ces temps derniers, à 
nos Ci iteurs : on n*a pas oublié s.»ns doute les deux comptes rendus 

qu'il nous avait donnés (XXXIX, 450 et XL, 466). Venu tard aux études 
m^ es, vers lesquelles l'avaient orienté sa familiarité avec le 

xvt* siccle et les nécessités de l'enseignement, il y avait pris goût et s'y serait 
ccTiainement distingué : c'était en effet un esprit d'une vigueur et d'une sou- 
rarcs, associant le souci de la précision à celui de l'élégance, imprégné 
de culture classique et rompu aux méthodes de la critique moderne. Outre 
une excellente thèse sur Baîf (Paris et Toulouse. 1909) il avait publié sur les 
poésies de Pontano et l'école des Riiétoriqueurs (sous le titre de De Villon à 
SfjrtU), dans la Rciur dfs Pyrèma (1909, 191 1-2), des études qui mériteraient 
d'être recueillie^. Augé-Chiquet avait enseigné plusieurs années aux lycées de 
Foix et de Toulouse ; il était, depuis le 9 mai 1910, maître de conférences de 
littérature française à l'Université de Clermont-Ferrand. — A. Jkanroy. 

— Le 10 avril, après de longs mois de souffrances, est décédé Gabriel 
" :», professeur d'histoire générale et de méthode historique au Collège 
de t-fance et président de la section des sciences historiques et philologiques à 
l'École pratique des Hautes Études. Il était né le 7 mars 1844 ; il enseignait ^ 
l'École des Hautes Étude> depuis 1868: il avait été maître de conférences 
d'histoire à l'École normale de 1880 à 1903. Dans ces deux écoles il forma de 
nombreux disciples qui. en 1896, lui dédièrent, en reconnaissant hommage, 
un imponant %oIume à'VAtiâa J'histoirr Ju mo\eu dge {ci. Romania^ XXVI, 
609). n ' ' Motîod n'a publié qu'une faible partie des études critiques sur l'his- 
toire r igienne et carolingienne préparées dans ses conférences de l'École 
des Hauio i.xudcs; mais son action comme directeur d'études a été considé- 
rable : par son <. ' par ses comptes rendus de la Rn^tif crilujut dont 
il devint co-dirc.::cu.' en i<";7>, par la Rei'ue historique qu'il fonda en 1875 et 
qu'il o'a januis cessé de diriger, il a été, comme Gaston Paris et avec lui, un 
des principaux ouvriers du progrès des études historiques en France. Il était, 
lui aussi, un homme excellent et courageux et une grande âme. — M. K. 

— Notre colla^ -:• ;r M. I^uis Havet a été élu, en remplacement de 
fiabriel y — -' - .^iit de la section des sciences historiques et philolo- 
giques à I t.vc>i^ ^'liiuque des Hautes Htudes. 



CMKON'IQL'E ^15 

Publications annonc<Jes. 

MM. O. M. Johnsion, de Stanford Univcrsity, et M. J. Rcinijold, de 
Cracovic, ont décide de publier en collaboration l'édition critique de Hoirf et 
liliiHifk-Jior qu'ils avaient entreprise tous deux indéjK'ndanimeni. 

— M. E. Faral se propose de publier une édition critique du Prot^n'Uiùs 
de Huon de Rotelande. 

— Miss Mary Williams a entrepris pour la collection des Claisiqtus fran- 
çais ilu moyen d^e, une édition complète de Peruval /<• Gallois ; paraîtra 
d'abord la continuation de Gerbert de Montreuil d'après les mss, fr. 12)76 
et nouv. acq. fr. 6614 de la Hibliothéque Nationale, 

Collections et publiaitions en cours. 

.\u besoin, qui se fait sentir un peu partout, d'éditions correctes, sinon 
rigoureusement critiques, commodes, dégagées *ï impedimenta, a répondu la 
création presque simultanée de trois nouvelles collections, celles des Clas- 
siques français du moyen dge, des Classiques castillans publiés par la «« Lcctura » 
et des Se r a tort d'italia, publiés à Bari, chez G. I>aterza, en vol. pet, in-8 
d'environ 400 pages. Olle-ci se distingue des deux autres en ce que, à 
côté des classiques proprement dits, interprètes géniaux de leur race, elle 
fera une assez large place aux (uuvres historiques, critiques et biographiques, 
aux curiosités et aux raretés. Il n'v aura ni notes, ni commentaires, mais des 
appendices « qui rendront compte sommairement du système suivi dans 
l'édition, et donneront l'essentiel delà bibliographie, des Index des noms, et, 
quand il y aura lieu, des glossaires ». La liste des œuvres à publier, dressée 
par .M.M. B. Croce et A. Pellizzari, assistés de divers collègues, est close dès 
à présent : elle comprend environ 6cx) ouvrages (22 appaniennent aux ori- 
gines et au xin* sic*cle, 29 au xivc, 51 au xv*). La direction est confiée à 
.M. Pellizzari dont la compétence et le zèle sont bien connus et donnent à 
l'entreprise une rapide impulsion : la colleaion, inaugurée depuis deux ans 
à peine, compte déjà une vingtaine de volumes. Aucun de ces ouvrages ne 
rentre strictement dans notre cadre. Ceux qui s'en écartent le moins sont 
les Commedie del Cinquecento {p . p. M. I. Sanesi, en i vol.), les S'ouvelles de 
Bandello (p. p. G. Brognolego, en > vol.) et les Ma^clterone/ de Folengo, 
publiées par M. A. Luzio (2 vol. de 575 et 552 p.). Cette dernière publica- 
tion que nous avons sous les yeux, paraît excellente : au texte le plus com- 
plet (celui qui fut publié en 1552 sous le pseudonyme de Vigaso Cocaio) 
fait suite un choix de variantes empruntées aux deux principales éditions. 
Une substantielle notice bibliographique est suivie d'un copieux lexique, 
compilé d'aprè'sbon nombrede dictionnaires spéciaux et les gloses marginales 
de l'édition dite «« toscolana » (i)2i). — A. Je.^nroy. 

— De la collection des Classiques /raturais du moyen dge : 7. Les clxinsons de 
Colin Musft éditées par Joseph Bkdif.r. avec la transcription des mélodies 



3l6 CHRONIQUE 

par Jean Beck : M. Bcdicr avait déjà donné, en iSg;, une édition de Colin 
Muset ; celle-ci est le fruit d'une revision minutieuse et elle est accrue des deux 
chansons attribuées au trouvère de Choiseui. qui est sans doute Colin Muset 
lui-même (la démonstration de ce point par M. B. est un intéressant exemple 
de méthode critique) et d'une troisième chanson, d'inspiration, analogue, qui 
complète V le corpus de toutes les pièces lyriques où un poète se met lui- 
même en scène en sa qualité de ménestrel ». Les mélodies n'ont pas l'ait 
l'objet d'une édition critique, mais M. Beck en a donné une transcription 
moderne fondée sur l'examen de tous les mss. ; les principales variantes des 
mélodies sont relevées dans un cotumeutairc musical à la suite des variantes 
de texte. 

— 1^1 Rivuatiia a signalé en 1904 (XXXIII, 516) les deux premières pla- 
quettes d'une série de reproductions en fac-similé entreprise par M. N. Varn- 
hagen et qui est destinée à faire connaître une collection d'impressions popu- 
laires italiennes, de l'année 1500 ou environ, actuellement conservées dans 
la bibliothèque de l'Université d'Erlangen. Depuis 1904 ont paru (chez 
Mencke, à Erlangen) : La historia di Ottiuello e Julia ; La historia de Fiorindo 
e ChiarestcUa ; Wnrlla di Paganitw e di messer Ricciardo; La uoirlla delîajîi^li- 
uola del niercatante. En 191 1 M. Varnhagen a ainsi publié, toujours avec 
courtes notices bibliographiques: El Boloç^nese oi'ero Masetto da Latnpoîeccio 
ortolanOy mise en octaves de la nouvelle du Decatucnvi, III, i ; et La uoi'eJîa 
di Giialtieri e Griseîda, transformation semblable de la célèbre Griselidis de 
Boccace. 

— L'Académie roumaine a commencé depuis 1907 la publication d'un 
DL^ionarul limhii romane dont la rédaction a été confiée à M. Sextil Pu^cariu, 
aidé de plusieurs collaborateurs; nous aurons l'occasion de reparler de cette 
importante publication, nous nous contenterons d'indiquer à quel point elle 
est parvenue. Le Dictionnaire, qu\ doit former au moins 3 volumes d'environ 
800 pages chacun, paraît par fascicules de 80 pages double in-80 à 2 colonnes ; 
les deux premiers volumes sont commencés : du premier ont paru, de 1907 
à 1911, sept fascicules CA — Bine), du second, en 1910 et 1911, deux 
fascicules (F — Forostoï). 

Comptes rendus sommaires. 

Ch. Bally, Traité de stylistique française \ Heidelberg, Cari Winter ; Paris, 
Klincksieck, 1909; 2 vol. in-8, xx-351 et vi-264 pages. — La Société de 
linguistique de Paris vient de décerner le pris Bibesco à M. Bally, privat- 
docent à l'Université de Genève pour son Traité de stylistique française \ 
cette récompense nous fournit l'occasion de parler de cet ouvrage, vieus 
bientôt de trois ans. Le Traité de stylistique se compose de deus volumes 
d'inégale importance. Le segond est un livre d'exercices, parfois puérils, — 
et l'auteur ne le dissimule pas — le plus souvent fort ingénieus et origi- 
naus, grâce ausquels les étrangers, et particulièrement les Allemands, 



CHRONIdUE 317 

doivent acqucrir UQo connaissauce approfondie et sûre de la langue fran- 
çaise actuelle. Ces exercices peuvent en outre rendre de grands services 
pour l'étude de la langue maternelle. Ce volume se termine fp. 223-64) 
par un tableau sinoptique qui est la clé des exercices et qui constitue en 
outre un dictionnaire idéologique très intéressant. 

Le premier volume, dans lequel M. B. expose sa métode, est d'une portée 
beaucoup plus générale. La stili.stique est pour M. B. l'étude des faits d'ex- 
pression d'une langue au point de vue de la valeur affective. Le sujet parlant 
sa propre langue n'a pas absolument besoin d'étudier la stilistique, puisqu'il 
la porte en lui; mais l'étranger a besoin d'apprendre d'abord à délimiter les 
faits d'expression, en luttant contre l'instinct analogique et étimologique, 
puis à les identifier à un modèle abstrait et logique, opération qui permet 
enfin de mesurer la valeur affective du fait de langage considéré, valeur natu- 
relle ou directe ou valeur d'évocation. Il lui reste ensuite à étudier les 
moyens indirects d'expression (intonation et ellipse). Une telle métode, soi- 
gneusement appliquée doit donner à l'étudiant une connaissance aussi com- 
plète que possible de toutes les nuances de la langue française, et, de ce point 
de vue, la valeur de l'ouvrage de M. B. est très grande. 

Mais son livre nous intéresse surtout par l'importance qu'il donne à la 
langue parlée et à la valeur affective du langage : M. B. rompt d'une façon 
éclatante avec l'étude scolastique des langues, avec la granrmaire toute 
logique conçue par les filosofesdu xviiie siècle, et, chemin faisant, il fournit 
aus filologues nombre d'indications curieuses et utiles pour l'étude et la 
pleine intelligence des formes passées du langage. A son avis, en effet, la 
seule langue réelle, c'est la langue parlée; elle est constituée, non comme le 
fait croire la disposition habituelle des grammaires, par des mots que relient 
des rapports intellectuels, mais par des faits ou moyens d'expression qui ne 
coïncident que par accident avec les mots. Elle est faite avant tout pour 
exprimer des sentiments; l'expression des idées pures dans le langage est 
l'exception; la sintaxe intellectuelle, enseignée dans toutes les grammaires, 
loin d'être la forme normale de la langue n'en est qu'une forme exception- 
nelle. Il est nécessaire et possible d'établir une sintaxe affective. Ces idées ne 
sont peut-être pas absolument originales : elles étaient dans l'air, si l'on peut 
dire. Mais M. B. a le grand mérite de les avoir groupées en sistème, de les 
avoir illustrées d'exemples nombreuset convaincants, et, ce qui ne gâte rien, 
de les avoir présentées dans un stile net, vigoureus et élégant. — H. Yvon. 

Bases para a unificaçào da ortograjia que Jei'e ser adoptada nas escolas e puhli- 
caçôes oficiais ; rehtôrio da comissâo; Lisboa, 191 1; in -8, 49 pages. — La 
commission chargée de préparer cette unification de l'orthographe portu- 
gaise était présidée par M. A. Coelho; le rapport est l'œuvre de M. Gon- 
çalves Viana, il marque un progrès très net vers la simplification gra- 
phique : c'est ainbi que disparaissent les ch {=^ k),ph, rh, //;, et y, auxquels 
on reste ailleurs si fidèle, et que sont abolis les inutiles redoublements 



^l8 CHRONIQUE 

de consonnes intérieures ou ic> «.uu^onnes Ciymoloiîiqucs non pronon- 
cées devant d autres consonnes (r/, />/, m, pç). — M. R. 

R^rfssioM linguistique par L. Gai^chat (SondcraKiruck aus dcr I-estschritt 
zura XIV. allgemeinen deutschcn Neupliilologcntage in Ziiricli. 1910); 
Zurich. 1910; in-8, [ib pages] p. 555-60. — Nous avons tenu à signaler ici 
cet article, déji un peu ancien, pour les exemples nouveaux et pour la 
nette .'. \\ qu'il apporte aux opinions présentées, depuis quelques 

années dcja. par j. Gilliéron et moi-même, sur la discontinuité des tradi- 
tions phonétiques (et autres) et sur les perpétuelles retouches que subissent 
les parlcrs. Les exemples de .M. (». sont empruntés aux représentations 
diverses de / initiale ou intérieure dans le bagnard : la tradition phonétique 
la plus ancienne fait tomber /. que le contact avec d'autres par 1ers plus 
ou moins rapprochés du fransais fait restituer, dans des conditions et ;\ des 
ré*s variables suivant les villages, suivant les mots, suivant les individus 
c; ies circonstances. MR. 

« / ; », essai sur les Itansfornuitious d'un prènotn d'enfant , par Antoine 

Grecx)IRe; Bruxelles et Paris, Champion, 191 1 ; 45 p. in-8 (extrait des 

'.et in s de T Académie royale de lieJ^^ique, Lettres, no 6, 191 1). — Hxcel- 
Icnte étude sur un sujet encore nouveau : M. Gr. a noté, de 1905 à la fin 
de 1910, joutes les modifications que le prénom d'Kdmond subissait de jour 
en jour dans l'entourage de l'enfant ainsi nommé et qui vont de Monnion 
à Cfx^nchinocJxtnet ; il a tenté d'expliquer pour chacune l'occasion et les con- 

ons psychologiques où elle était née, il l'a fait toujours avec finesse et 
avec la plus grande vraisemblance. — M. K. 

Ufui antiga traduc^iô catalana dels quatre eiwisielis {codex del Palan), trauscrip- 
ciô precidida d'una introducciô per mossen Joseph Guoiol y Cuvill, 
pbre, Vich,Fulla Dominical, 1910; xii-243 p. in-8 (avec deux fac-similés). 
— Impression page pour page et ligne pour ligne d'un manuscrit des 
Archives du Palau de Barcelone, propriété du comte de Sobradiel, manuscrit 
de la première moitié du xv^ siècle, sur lequel cf. S. Berger, Remania, XIX, 
)3 5-8. A relever, dans la courte introduction de ce volume, l'indication 
que cette version des évangiles est d'origine valencienne et n'est sans doute 
qu'une partie de la traduction catalane de la Bible de fra lk)nifaci Terrer 
(cf. Remania, XIX, 529-30;. — M. R. 

La Pieàmonleyxj, poème en dialecte bressan par Bernardin Uchard de Pont-de- 
Ve\le, édition critique, avec notes et glossaire, par Edouard Philipok ; 
Paris, Champion, 191 1 ; 60 p. in-8. — Ce petit poème qui raconte une 
counc, mais victorieuse expédition du maréchal de Lesdiguières en Pié- 
mont en 161 7, a été publié pour la première fois en 1619 ; M, Ph. réim- 
prime cette édition devenue introuvable en corrigeant les fautes et les 
;:.:onséquences graphiques; il y a joint des notes historiques et un glossaire 
qui complf^r ntilemeni la trop brt-NC explication des mots bressans les 
moins ini- s que L'chard avait cru suffisante. — M. R. 



CHRONIQUE 319 

Salonion Rkinach, Li tèU ma^iiiiw des Templiers (Reiiu- de V histoire des 
relii^iofis, LXIlI(i9ii), p. 25-9). — Les Templiers ont été accusés, au 
cours du procès qui les perdit, d'adorer des idoles et, en particulier, une 
tête. Voici comment M. R. explique l'origine de cette accusation. La 
légende de Persée et de Méduse a survécu en Orient, où elle est devenue 
l'histoire d'un chevalier qui, entré d'une façon macabre en possession 
d'une tête, en acquiert une puissance invincible. M. R. pense que, dans un 
pavs où le Templier était le chevalier par excellence, il n'est pas étonnant 
que la légende ait été racontée de l'un ou de plusieurs d'entre eux. Telle 
serait la racine de l'accusation. De plus, comme le bruit courait qu'ils 
étaient secrètement convertis à l'islamisme, on soupçonna que cette tête 
était non seulement un talisman, mais une idole. Par opposition avec 
l'image du Chri>i, on l'appela « Mahomet >> : de là les termes de « bapho- 
niet », « magomet », employés au cours du procès. — Ainsi il y aurait là, 
d'une part, une survivance intéressante d'une légende antique dans la 
croyance du moven âge, et d'autre part, un fait curieux dans l'histoire des 
rapports de l'Orient avec l'Occident et de la transmission des thèmes d'une 
région à l'autre. — H. Faral. 

Luigi SoRRENTO, Introduiione allô studio deir atitico sicilinno cou un saf^f^io 
sulla sintussi del protiotiie, parte prima ; Milan, Albrighi, 191 1 ; 39 p. in-8. 
— Liste des plus anciens textes siciliens et exposé critique sommaire des 
opinions qui ont été soutenues sur leur chronologie et sur leur caractère 
plus ou moins dialectal. — M. R. 

Luigi SoRRE.sTO, // lihro délie lodi e commendaiiom' délie donne di V^espasiano 
da Bisticci ; Milano, Società éditrice " Dante Alighieri », Albrighi, Scgati, 
191 1 ; in-40 de 50 p., avec un fac-similé. — Ce petit traité, conservé dans 
un manuscrit unique, parait être une des dernières productions du prolixe 
« cartolaio » de Florence, qui y retrace, dans un style « lourd et enveloppé », 
où abondent « les tournures propres à la langue populaire » (ainsi s'ex- 
prime son éditeur lui-même) la vie édifiante d'un certain nombre de 
femmes, mariées ou veuves, de l'ancien Testament, du nouveau, de l'an- 
tiquité païenne et de dix Italiennes (dont sept Florentines) de son siècle. 
Des trois premières parties, M. S. ne publie que de brefs extraits. Il donne 
au contraire in extenso la dernière, ainsi que les deux prologues, c'est- 
à-dire les parties mêmes qui avaient été publiées par MM. Polidori 
et Frati. Le nouvel éditeur note avec grand soin les menues inexactitudes 
de ces deux éditions et borne son ambition à reproduire plus exactement 
le manuscrit, sans prétendre en corriger toutes les fautes. L'édition est pré- 
cédée d'une longue description du manuscrit et d'un avant-propos, où 
quelques renseignements et jugements sur l'auteur, au reste sans grande 
nouveauté, sont noyés dans la phraséologie émue qui parait de style dans 
les publications /\'/- //o^^f (celle-ci en est une) et a laquelle on se résigne, à 
condition qu'elle ne s'étale pas trop indiscrètement. — A. Jeanroy. 



320 UIKONiaï^ l 

-KY (A. N.), 5 n. i/Janic Oïdiclcni.» Kousskago 

iaxyka i Slov-csnosti impcr.r icmii Naouk ; in-tS», t. III (iix>8), 

ix-)68p.: t. IV. fisc. I (1909), v-^x| p.; fasc. 2 (1911). vi-î}6 p. — 
L'Av des <i de Sai»u-IVicr>lx)urg a cnircpris de rcimpriincr 

les et comptes rmdus du rcgreitc Alexandre 
V^ .dateur des <!-tudes romanes en Russie. L'ccuvrc 

de Wc-^ t d'un labeur immense et d'un esprit vraiment encv- 

les branches les plus variées de l'histoire littéraire 
i.' ne comprendra pas moins de 26 volumes in-80. Les roma- 
: surtout aux parties suivantes de cette publication : 
ft M kf ../, 7 volumes, dont î p.irus (t. III et t. IV, en 

deu» ^-olumes de la collection) sous la surveillance de M. Pcirof, profes- 
seur de . romane à l'Université de Saint -Pétersl->ourg ; Iw Roniitti, 
4 vr 'Wi^iV. ') vol.: Li Po^tiqur {sous presse) for- 
mera ie> tomes l et II de la collection. 

Voici maintenant le contenu des trois volumes publiés : le tome III 
:rC articles sur Dante, dont l'un tout .» fait remarquable : 
y ri U iymholiitnf iOiMiquf, une étude sur .MtUxJ.uiivelli et Ai Nouvelle 
' et La thèse de doctorat de Wesselofsky : La Villa Alherti. Cette 
liKsc. d'abord rédigé*e en italien (1870), a été traduite par l'auteur lui- 
même dans sa Langue maternelle. Le tome IV est en 2 vol., le premier 
formé d'une série d'articles de vulgaris.uion dispersés dans différentes 
rc\t>cs russes et réunis dans l'ordre de leur apparition. Ce sont de 
courtes études sur Giordano Bruno, Rabelais, R. Green, le Décaméron, 
i^cc et CKide, et un article de fond : Pétrarque et iou « Cati^o- 
». Le second est consacré presque entièrement aux questions 

1 et aux souvenirs personnels de l'auteur sur l'Italie, où il avait 

passe Oi, longues anoc*cs et qu'il connaissait admirablement. — Myrrha 

BORODIVE. 

Cari \' ^CH, Introduit ion à rètuJe de rancietine langue fratt^aise, 4» édi- 

tion; Halle, Niemeyer, 191 1 ;xvi-îî6 p. in-8. — La quatrième édition de ce 
n commode suit de près la troisième, publiée en 1907. Llle ne com- 

porte pas de changements considérables dans le corps de l'ouvrage où 
l'auteur a fait seulement des corrections de détail. Elle est grossie 
ndant de )o pages nouvelles, consacrées les unes â la mise il jour de la 
bibliographie (27 les autres à un choix des plus anciens textes, 

emprunté par M -on introduaion à l'étude de l'ancienne littérature 

f' e, et les quatre dernières à un index des matières, qui ne concerne 

que ks question^ , mais qui facilite beaucoup le maniement de 

H. Vn 

/>- Prof^riètairf -Gérant. H. CHA.MPION. 



KA^ov. rvnxxi r»t^r,s. imprihilks 



"^^l- 



XOSTRADAMICA 



EKCORt LE MOINE DES ILES D OR 

Dans son remarquable article sur le Moine des Iles d'Or (cf. 
Anuaksdtt Midiy 1907, p. 364-372), Chabaneau faisait allusion à 
la liste des poètes provençaux dressée par Jules-Raymond de 
Soliers dans sa Chronographia Proi'ificirw : la liste des trouba- 
dours forme le 23' et dernier chapitre du livre cinquième et 
dernier de cet ouvrage, resté manuscrit. Chabaneau espérait 
f:iire de cette liste l'objet d'une étude particulière. Xous allons 
la publier, d'après sa copie : elle n'est pas sans intérêt pour la 
critique des Fies de Jean de Nostredame. 

Voici d'abord quelques renseignements sur les manuscrits de 
Soliers. Ils sont empruntés en partie à une communication ' 
taite au Congrès arck'ologiqne de France (^^o^ session, 188.4) et 
àdes notes de Chabaneau que nous avons complétées. 

La communication faite au Congrès archéologique se trouve, 
dans le volume imprimé à l'occasion de ce Congrès, aux pagc^ 206- 
216 sous le titre : Notice sur les mss. de Solier (sic). Chabaneau, 
dans une note, donne ainsi son opinion sur ce travail : « Rien 
à y prendre pour mon sujet. Ne connaît que quatre mss. de 
Soliers, les deux d'Aix, celui de Rouard, aujourd'hui à la 
bibliothèque de .Marseille ; un autre (fragment d'une ancienne 
copie du xvr siècle) dont le propriétaire n'est pas désigné. Il ne 
connaît ni [le ms. d'] .\rles ni [celui de] Carpentras. 

« Le 2^ de la Méjanes n'est pas la copie de l'original, qui est 
dans la même bibliothèque; il y a de grandes ditférences. )^ 

Voici d'autres renseignements sur les manuscrits de Soliers. 

I. Elle se trouve à la suite d'un article de .MM. Hcron de Villefossc et Thè- 
denat sur les Inscriptions romaitus de Frèjus ; J. R. de Soliers nous a con- 
servé un grand nombre de ces inscription'^. 

Remania, XLl. 21 



^22 J. ANt.l ADK 

Aix. Bibl. Mcj;incs, n** 758 (797-R. 8^0). Ri'nnn iiut'ujita- 
ruin et tiohiliorum Pioi'itinae lihri V. « Manuscrit ;uitt)L;raphc de 
Raymond de Solliers, premier historien i;énéral de Provence.* » 
Note de la main de Fauris de Saint-Vincens. Le rédacteur du 
catalogue du manuscrit ajoute : « Fn somme le ms. est auto- 
graphe; mais il ne peut être qu'un brouillon ou plutôt une 
première rédaction non détiniiive, modifiée, remaniée dans 
le texte... Les marges sont surchariiées d'additions : il est très 
curieux pour suivre le travail de Soliers et les changements 
introduits dans son œuvre. » 

Aix, Bibl. Méjanes, \\° 759. C'est une copie faite tout entière 
de la main du marquis de Méjanes. Ce n'est pas une copie du 
manuscrit précédent. Il a donc été recopié sur la rédaction 
remaniée par Raymond de Soliers, que l'on peut appeler sa 
seconde édition'. Il existe au moins deux autres manu.scrits de 
l'ouvrage de Soliers, Tun à Arles, l'autre à Carpentras. 

Le ms. de la Bibliothèque d'Arles est décrit sommairement 
ainsi par Chabaneau dans une de ses notes : « Bibliothèque 
d'Arles, 192. C})on\iiraphia Proiùnciac Julii Raimondi Solerii, 
maimscriptum. Adjuncta est Cosmographia et Historia Natu- 
ralis, et Index provincialium poctarum. xviir s. Papier. Le i'^' 
livre manque. Au bas du titre : « Ex libris Laurentii Bonne- 
« mant, presbyteri Arelatensis, die 10 martii 1775. » Ce manu- 
scrit ne contient que soixante-quatorze pages et commence par 
le livre second ^ » 

Le manuscrit de Carpentras ne contient qu'un livre en 
75 chapitres ^ Il y a enfin une copie à la Bibliothèque de Mar- 
seille, ms. n° 1356. 

Chabaneau avait pris sa copie sur le ms. d'Aix n" 759. 
M. Ed. Aude avait bien voulu comparer ce texte avec celui du 
ms. 758 de la même bibliothèque et nous avons pu, lors d'un 
récent voyage à Aix, collationner le tout : les différences entre 
les deux manuscrits, en ce qui concerne la liste des poètes, ne 
sont pas assez importantes pour que nous les relevions. 

1. Cat. des mss. des Bihl . dt France^ Départements [Aix], t. XVI. 

2. Coi. dfi mss. des Bibl. de Frdw^, Dcpartcments, XX, p. 435. 

3. Cat. drs mss. des Bibl. de France^ Départements, t. XXXVI [Carpen- 
tras, III '^ no 1855, fo 256. 



NOSTRADAMICA 323 

LIBHR aUINTL'S 

Cap. I. De ubcrtatc, amociiiuie et salubritate Provinciac. 

Cap. M. De pracstaiiiia honiimim provincialiiini. 

Cap. m. De quorumdaiii robore et dexteriiate. 

Cap. IV. De tritico. 

Cap. V. De volucribus. 

Cnp. VI. De slipitibus. 

Cip. VII. De piscibus. • 

Cap. VIII. De monstro nurino et tritonibus. 

Cap. IX. De aninialibus terrestribus et primo de domcsticis. 

Cap. X. De aninialibus noxiis et primo de lupis. 

Cap. XI. De coliibris. 

dp. XII. De salamandra. 

Cap. XIII. De basilico et aliis serpentibus. 

Cap. XIV. De inseciis et primo de cicadis. 

dp. XV. De scorpionibus. 

Qip. XVI. De tarenta sive... 

C.\P. XXII. Dt' ptovinciiilis sci uionis commethidtioite ; dit les mè'nKS choses 
que Jean deNostredame dans l'introduction des Vies des poètes provençaux. 
Ce chapitre se termine ainsi : 

Legi ego plerosque e nostris [poetis], quorum volumina manuscripta apud 
Joannem Xostradamum extant, quibus, si Dantem et Petrarcham conferamus, 
non solum voces sed et cantuum integrorum contextus decerptos nemo est 
qui non deprehenderit. 

Cap. XXIII. De poetis qui pi\n'inciali seimone scripscnint «. 
Ostendendum restât ex diversis populis multos poetas provincialem sermo- 
nem excoluisse : in quo praestando eorum omnium quorum monumenta ad 
manus nostras per\enerunt nomina non aliis inscriptionibus quam quae libris 
praeponuntur recensebo. 

Americus de Bellovederio. 

Rambaudus Arausionensis. 

Arnaudus (i»V)de Vacheriis. 

Geraldus Boniellus vel de Bonillis. — Horum meminerunt Petrar- 
cha Triitmpho Anioris, capite quarto, Bembus Prosa, libro primo, et Equicola, 
libro quinto. 



I. Celte liste commence à la page 359, dans le ms. 0° 759, et au folio 177 
ro dans le ms. n" 758. 



324 J. ANC.LADK 

[)J Fulco de Massilia, Torncicnsis mon.istcrii prim.iriiis, «JcindcM.issilicn- 
sis cpiscopus Cl jxjsicrius lliolosensis. l'ioruii anno Clirisli 1180. Dames 
caniu nono sui P<ircuii$i, Item 
Anicrici de Pingul.uio. 

Gaufredi Rudelli de Ikllojoco faciunt nicntioneni Petrarclia. Bem- 
bus et Dames. 

Ilugonis de Bauciis. 
Guillelmi de Bauciis, 
[10] Pctri Viialis Tholos.iiis nieminit Hquicola. 

Sordelli Mantuani Dames cantu sexto sui Vurgatorii et Eqiiicola, 
libro quinto. 

I^nfranci Cigallae, 
Bonifaci Calvi, Genucnsis, 
Hartholomaei Gcorgii, 
[15] Alberii marchionis Floreminorum Bembus in Prosa meniinit. 
Pctri Ancrai de Claromoiite, 
Amaudi Danielis et 

Araaudi de Mcrulio, proviucialiuni, Petrarca et IZquicola. 
Pctri Rogerii Claroniontani, 
[20] Ansclmi Fayditi, 

Amaudi de Ventadoro, Lcmovicensis, Fquicola. 
Hugonis de Pena, Genucnsis 

Guillelmi Cabcstani Ruscinioncnsis, Pelrarcha et Sclioliastes Velu- 
tellus. 
Quorum autem nomina illi reticuerunt aut non viderunt, praeter Bcmbum, 
corum tamcn vidimus monumenta et ab aliis italis poeiis frustatini per cen- 
tones ad corum usum lacerata. Hi sunt : 

Rostagnus Berengarius, Massilicnsis; 
[25] Carboncllus, Massilicnsis; 

Guilliclmus Figuiera. Hic intrépide romanorum pontificem taxât., 
Helias de Barjolis ; 
Richardus de Xovis ; 
Helias Carulius ; 
[30) Hugo Uticensis; 

Bcrtrandus de Allamanono, Arelatensis : 
Americus de Rupcfissa; 

Guillclmus Adcmarus, dominus de Griniano ; 
Petrus de Cadencto, miles et dominus dicii castri ; 
[})] Rostagnus de Sancto Cacsario; 
Marcabruscus ; 
Cercamomius ; 

Bertrandus de Bornio et ejus filius ; 
(4^^) Beraardus Marquisius; 



NOSTRADAMICA }2j 

Guillclinus «ic Tarascone; 

i'. Rainuiiidus Feraudus, Lirincnsi^ inonaclius ; 

Fulco Komolcnsis; 

Ansclmus de Munsteriis ; 
[45] Gabbertus; 

Monachus Insularuni Aurearuni scripsit scqucntcm cataloguni poetarum 
sui temporis : 

Petrus Valcriensis ; 

Pctrus Bonifacius ; 

O/.ilis de Cidartiis, domiiuis Tori ; 

Ludovicus Americus ; 
[50] Petrus Dugo; 

Guillclmus de Monte agellio ; 

Guillelmus de Torre; 

Giraudonus Ruffus ; 

Petrus Raymundus, Tholosanus ; 
[ ) ) ) Petrus Trebastallus ; 

Guillelmus de Bcrgedano; 

Bernardus Rascassius, Avenionensis ; 

Alberlus Sistariensis; 

Robertus de Blacassio, dominus oppiduli quod de Alpibus dicitur, 
(60) et Blacassolus, filius cjus ; 

Arnaudus de Cotignaco; 

Reforciatus de Trittis ; 

Durandus sartor Carpentoractensis; 

Raymundus de Castro Novo; 
[65] Richardus, frater templarius ; 

Lucas Gattellucius ; 

Percevallus de Auria, potestas Avenionensis ; 

Dominus Baussiorum ; 

Montagutus; 
[70] Faber Uticensis; 

Berengarius Tropellus ; 

Jacobus Mota Arelatensis; 

Guillelmus de Sancto Desiderio; 

Raymundus de Miravalle ; 
[75) Petrus Arvernus, miles ; 

Richardus de Barbesio ; 

Petrus Milo, Burdegalensis; 

Pontius de Capducil ; 

Albertus de Persiboto; 
[80] Gerardus de Chalcnsono; 

Hugo de Moensaco; 



326 J. ANC.LADE 

Kcgiiuildus de Trc$s.ilicibus ; 

IkTtrandus Astorgatius et 

Diaspolus, Hi.spani; 
(S)) Ponu Jordanus; 

Cornes Pictavicnsis ; 

Amcricus de Siulaco ; 

Hugo Ik.'ïneius, Kutlieiuis; 

Raymuudiis Jordanus, vicecomcs Sancti Anionii, Albiensis; 
[90] Pisiolcia ; 

B. de Parasolis ; 

Josseranus de Saiicto Dcsidcrio ; 

Monacluis Moniis Majoris, dictus Flagclluni poctaruni; 

Ferdigo; 
[95J Dante, de Paradiso; 

Petrus Cardinalis, Aiidcgavensis; 

Petrus de Castronovo, Burdegalensis; 

Guido de Canipanis; 

Fridericus imperator nomiue secundus ; 
(100] Richardus, rex Angliae; 

Petrus de Casallis, Massiliensis; 

Lucas Gatellusius; 

Caleca Pansanus, qui romanum poutificem non agnovit . 
Horum quidem omnium poemata Petrum Bcmbum verisimilc est Icgisse, 
ut ipse libro primo allegato affirmarc videtur. Plurium ex his, quorum scp- 
tuaginta volumina, sed manca et mutila videre licuit, vitas laboriose collcgit 
Johannes Kostredamus, itidem poeta egregius, typis propediem mandaturus. 
1 irum quoque et nobilium focminarum nomina, quae, horum poeta- 

rum ctregiorum archiviorum apud Aquas Scxlas testimonio, claruerunt, haec 
sunt : 

B. de Pontevesio ; 

Illustrissima cornes Diensis ; 

Rostania de Villanova : 

Dulcia de Munsteriis, domina Clumantii ; 
[)] Beatrix de Cadeneto, domina I^mbisci ; 

Anna, vicecomes Tallardensis; 

Roxenda de Podio Viridi, quae fuit uxor Arnaudi de Villanova, 
domini de Arcubus : 

Isoarda de Rupefolie, Podii Luparii et Ansoysii domina ; 

Joanna Balba, domina Modii ; 
[10] Beatrix de Saltu ; 

Brianda de Agolto, cornes Lunae ; 

Hugueta de Forcalquerio, domina Trittarum ; 

Faneta, domina de Romanino ; 

Laura Avenionensis, ex gente Sedescli, sccundum Petrarquam. 



NOSTKADAMICA 327 

HoJiernos quoquc viros provinciales pocmate claros cclcbrat idem Nostra- 
danuis : 

Audreaiii l'cnani cujus in Munstcriis mcniini ; 
Joauucm de Daurono, Massilicnsem ; 
Andrcani Sinieoneni, Corredicnseni ; 
Henricuiiî Scguiranum et 
[)] Bertrandum Maurum, Aquenses ; 
Albertum de Albania; 
Castilionem Brinonensem ; 
Demandolanum, dominum de Deiiiandolis ; 
Joannem lîmericuin, Lucensem ; 
[10] Rodiiiatuni 'l'olonensem ; 

Bosqueium Oibiensem. 
lu hoc etiani praestiterunt Antoiiius Arena et Bertrandus Helilius, salibus 
nulli mortalium cedentes. 

Auctoris epilogus. 
Et haec quidem sunt, ut fineni instituto praescribamus, quae de antiquis 
Provinciae tuae popuiis, o rex, virorum moribus... Quae vero ad liistoriam 
pertinent, quoniam a Joanne Nostradamo copiose et féliciter collecta sunt 
propediem publicaturo, et si multa conscripseramus, consulto praetermitti- 
mus ' . 



* 



Cette liste appelle plusieurs observations. Chabaneau avait 
déjà fait remarquer (Joc.lauiL, p. 370) que, parmi les cent trois 
poètes qu'elle renferme, une quinzaine environ n'ont obtenu 
dans les Vies ni un article ni une mention. Ce sont les sui- 
vants : Bartolomeo Zorzi (n° 14 de la liste), Albert, marquis 
de Florence (15), Guillem de Tarascon (41), Guiraut de 
Calanson (80), Hue de Maensac (81), Rainant [Rainionjde Très 
Sauses (82), Bertrand Astorgat (83), Poma(?) Jordan (85), 
Gui de Campans (98, sans doute Guigo de Cabanas, Bartscli, 
Gr. 197), Peire de Gazais (loi), Calega Panza (103). On ne 
trouve pas non plus dans les Vies de Nostredame Rostagnus 
de Sancto Caesario (35), Durand Sartre de Carpentras (63), 
Guillelmus de Monte Àgellio (51)'. 



1. Cet epilogus est barré dans le ms. n» 758. 

2, Quel est ce personnage ? Montagnagol doit être Monliigiitus (69). 



3 28 J. ANGL.\nK 

Au contraire, plusieurs y nianqueni, ajoutait Cliabancau, tic 
ceux» authentiques ou supposés, auxquels NostreJ.inie a donné 
place; par exemple, S.ivaric de Mauléon, Peirol (chez lui Peyre 
del Vernegue), Hugiie de Saint-Cyr, Saint Cesari (le n° 35 
Rostagnus de Sancio Caesario représente peut-être l'un ou 
l'autre de ces deux noms), Geoffroy du Luc, Taraudet de l'ias- 
sans, Guilhem Bovcr, Pierre de Saint-Reniy, d'autres encore. 

Les prénoms ne sont pas toujours les mêmes que chez Nos- 
iredame ou dans les manuscrits : Aniamius de \'achcriis (3), 
ArnauJtts de N'entadoro (2 1), A\>/'cr///.v de Blacassio (59), Pclrus 
de Cidencto (m)» l'^f^ijo Uticcnsis (-— Gui d'Usez de Nostre- 
dame, Gui d'Ussel des mss.), etc. ' 

Les déformations de noms sont également à relever : A. de 
Bflh\xdfno (Nostredame : (ir ^r/îr^<T),Girautde Borneil devient 
G. BonicUus vcl de Rmillis (4), rappelant ainsi la forme ordi- 
naire sous laquelle le désignent Landino et Velutello, A. de 
Pifî^uîan (6), comme dans Xostredame, A. de Mcrulio (18) 
(Xostredame : de Meyrueil ; le nom est ordinairement déformé 
par les commentateurs italiens), Elias Candins (29), etc. 

Les indications données par Soliers sur l'origine des trouba- 
dours qu'il cite sont quelquefois assez f^mtaisistes : Jaufre Rudel 
de Rla\e est fait originaire de Beaujeu, en attendant que Nos- 
iredame l'annexe définitivement à la Provence en le rattachant 
à Bïieux ; Guillem Ademar (33) est dotuitms de Grinimw, comme 
dans Nostredame ; Peire Milon (77) est qualifié de Burdi^a- 
lensis, ainsi que Peire de Castelnou (97). Bertrand Astorgat et 
Daspol (83-84) sont espagnols {hispani) d'après Soliers. 

Enfin Chabancau a relevé que dans cette liste ne man- 
quaient ni le Moine des Iles d'Or, ni Ancclmc de Mosticrs, 
qui n'est autre que Michel de Xostredame. Chabancau fait éga- 
lement observer, dans une note qui se trouve parmi ses papiers, 
que le Frédéric I des Vies de Nostredame, est ici dénommé 
Fridcricus impcraîor nominc secundus. 



I . Au n* 6$ on lit Richardus frattr tnvplarius^ qui ne peut être que En 
Ricatz Bonomel Jraire dd Tempïf, dont le nom nous est donné par le ms. 
Campori (p. 516). Le nom et le prénom ne nous sont connus, sauf erreur, 
qtie par ce manuscrit. 



NOSTRADAMICA 329 

Cette liste est plus complète que celle des troubadours aux- 
quels Kostred:ime a consacré une notice dans ses vies impri- 
mées, qui elles-mêmes sont plus nombreuses que les vies 
manuscrites qui se trouvent à la Bibliothèque de Carpentras; 
elle est même plus complète que la liste dressée par Jean de 
Nostredame dans sa Chronique de Prcaeuce, et que l'on trouvera 
ù la p. 240 de l'édition Cliabaneau (cette dernière comprend 
89 noms). Li liste de Jules-Raymond de Soliers a été dressée 
au moment où Nostredame se préparait à publier la sienne. Les 
relations qui existaient entre les deux amis, qui paraissent avoir 
été deux complices, nous autorisent à voir dans la liste de 
Soliers un état des vies antérieur aux vies imprimées de Nostre- 
dame, et peut-être même aux vies manuscrites. Nostredame, 
soit de son chef, soit avec la complicité de Soliers, aurait ainsi 
fait subir plusieurs remaniements à sa liste des troubadours : la 
liste de Soliers, celle que l'on peut donner d'après les vies 
manuscrites, une autre qu'on trouvera dans l'édition Chaba- 
neau et qui est tirée d'un manuscrit d'Aix, la liste des vies 
imprimées, seraient autant d'états différents. Nous essayerons 
de marquer dans notre introduction à l'édition des Vies les rap- 
ports qu'on peut établir entre ces diverses rédactions. 

Quant aux nobles dames de Provence citées par Si^liers, les 
noms de la plupart d'entre elles se retrouvent dans Nostreda- 
me', par exemple Briande d'Agout, comtesse de Lune, Béa- 
trice d'Agout, dame de Sault, Rixende de Puyverd, dame de 
Trans, « qui fut femme d'Arnaud de \'illeneuve », dit Nostre- 
dame, dans un passage inédit (éd. Chabaneau, p. 132), etc. 

Pour les poètes provençaux contemporains de Soliers cités 
par Nostredame, on en retrouve une partie dans l'ouvrage de 
ce dernier (éd. 1575, p. 218). Le Castilio Brinonejisis de Soliers 
doit être le Bertrand de Caslillon de Nostredame; Isnard de 
Demandolz, Rodilhat, sont aussi communs à Nostredame et 
à Soliers (éd. 1575, p. 218, 206); Andréas Pena doit être 
le « Bertrand de Pena, sieur de Romoles et de Mostier en par- 
tie » cité par Nostredame (éd. Chabaneau, p. 132). Mais tous 
les noms donnés par Soliers dans celte troisième et dernière 
panie de son chapitre ne se trouvent plus dans Nostredame. 

I . Cf. p. 27, 151, 217 de l'édition de i )7S. 



330 ). ANl.I.ADl- 

Soliers a eu peut-ctrc sous les veux une rédaction diffcrcntc de 
celle qui nous est parvenue; ou bien la collaboration qui a dû 
s'éublir entre le Moine des Iles d'Or et le Procureur d'Aix n'a 
pas été assez intime pour que toute la liste du premier passât 
dans l'œuvre du second : celui-ci a ajouté quelques noms de 
poètes contemporains et a rejeté quelques noms de la liste de 
Soliers. Il est bien ditlîcile de dire quelles sont les raisons qui 
l'ont guidé dans ce choix ; mais cette dernière partie du travail 
de Soliers, de même que la liste des dames illustres et celle des 
troubadours, montrent combien Chabaneau avait raison de 
mettre au compte des deux complices une partie des falsifications 
et des supercheries dont Kostredame porte seul la responsabi- 
lité. 

\*oici pour terminer quelques extraits d'un des manuscrits 
de Soliers où il insiste sur l'amitié qui le lie à Jean de Nostre- 
dame. Ils ont été copiés par Chabaneau sur le manuscrit de la 
bibliothèque de Carpentras, reg. 79', f" 241 v° (épîtrc dédi- 
catoire à la reine). 

H est vrav que j'av remis à la Chronologie de Jean de" Nostredanie, mon 
amy familier, tout ce qui appartient à la nue déclaration des choses depuis 
la réduaion de Provence en titre de comté, non longtemps après la cession 
faicte du rovaume de Bourgogne par Raoul second à Conrad second empe- 
reur et aux Annales de Bourgogne de Guillaume Paradin, homme très sça- 
vant en histoire, tout ce quy pouvoit appartenir au royaume d'Arles. 

Voici la dédicace à Charles IX : on y retrouve la même idée 
(f^ 247, v°). 

Attamen ea omnia quae ad nudam rcrum a Comitatus Provincialis 
nomine paulo post cessum a Radulpho Burgundiae regnum Conrardo II 
imperatori ad hucusque tempora narrationem pertinent ad Joannis Nostra- 
dami, familiaris nostri, nuper vita functi Chronologiam rcmisi... 

Soliers avait vu enfin le célèbre manuscrit du comte de Sault, 
s*il ne nous trompe pas dans le passage suivant (f" 317, v°). 

Kjus pocmau (de Folquet) manuscripta in membrana vidimus manu- 
scripta peocs Joannem Nostradamam familiarem nostrum, qui ea ex scriniis 
domus Saltuensis sive de Agolto eruta esse dixerat, in quibus inter coeteras 
.s muHeres Adelasiae uxoris Berralli laudes decantavit. 

J. Anglade. 

I. C'est l'ancien numéro: aujourd'hui Cat. dei mss. des Bibl. de France ^ 
Départements, XXXVI [Carpentras, III '], no 1855. 



])I-; I.'AUTORI'Ili 
DU MANUSCRIT D'OXFORD 

POUR I 'i'tahlissement du thxte 
DU LA CIIAXSOX DU KOLAXI) 



Les éditions critiques de la Chanson de Roland que nous devons 
à Léon Gautier et à M. Stengel sont fondées l'une et l'autre sur 
l'idée que les diverses rédactions, françaises et étrangères, du 
poème se distribuent en trois, quatre ou cinq familles indépen- 
dantes entre elles : par exemple O (Oxford) et F» (\'enise, 
Saint-Marc, 4) formant une même flimille, les versions rimées 
données par les manuscrits P^ 7,, 1\ — C, V" , en tt)rment une 
seconde, // (la KarJaniagnussaga) en représente une troisième, 
dR (le Ruolandes liet) en représente une quatrième, etc. Si cette 
opinion est juste, toute leçon fournie par deux au moins de ces 
familles devait se trouver dans l'original. Par suite, Léon Gau- 
tier et M. Stengel' ont été tenus d'abandonner O en un grand 
nombre de passages, et d'introduire dans leur texte critique toute 
leçon de /'' appuyée par C, toute leçon de C appuyée par ;/, 
toute leçon de C appuyée par dR, etc. Il est flicile de se rendre 
compte des changenients que ces éditeurs ont ainsi fait subir au 
texte d'Oxford, car ils ont imprimé en italiques les passages 
mt)dihés. 

La première en date des éditions critiques de la Chanson de 
Roland, celle de Theodor iMûUer, reposait sur un autre fonde- 
ment : sur l'idée que tous les textes, français et étrangers, 
autres que O, procèdent d'un même remanieur ou reviseur, ,3. 
Si cette opinion est juste, O a autant d'autorité à lui seul que 
tous les autres textes réunis. Par suite, Theodor Millier n'était 
tenu d'abandonner une leçon d'O que lorsqu'elle lui semblait 

I. M. Stengel s'est conformé à cette obligation avec plus de conséquence 
que son devancier. 



332 J. B^.DIER 

insoutenable pour des raisons internes {ans inncrai Gnhiiini), et 
de la sorte il lui a été possible de donner une édition très respec- 
tueuse à l'égard du texte d'Oxford, très conservatrice. 

Il était dans le vrai, croyons-nous, et nous voudrions forti- 
fier son opinion de quelques arguments. Pour la fonder, il est 
nécessaire et sutlîsant de trouver un passage où tous les textes 
autres qu'O donnent une même k\"on pareillement fautive, en 
sone qu'on soit obligé d'attribuer cette le»;on fautive à un seul 
auteur responsable, le remanieur ^. Nous nous croyons en 
mesure de mettre en lumière non pas une faute de cet ordre, 
ce qui suffirait, mais plusieurs. 



* 



Soit d'abord la scène du Défi de Ganclon. X'oici comment 
elle se déroule en O. Charlemagnc ayant demandé ;\ ses barons 
de lui désigner qui partirait en ambassade vers Marsile (v.244), 
Kaime, Roland, Olivier, Turpin se sont tour à tour offerts. 
Charlemagne les a rebutés. Il ne veut, dit-il, envoyer ni eux, 
ni aucun des douze pairs (v. 262). Il demande qu'on élise « un 
barun de sa marche » : 

XX a Francs chcvalers », dist li cmpcrere Caries, 

<« Car m'esliscz un barun de ma marche, 275 

Qu'a Marsiliun me portast mun message. » 

Co dist RoUanz : « Ço ert Guencs, mis parastre. » 

Dient Fraoceis : « Car il le poet ben faire ; 

Se lui lessez, n'i trametrez plus saive. » 

Et li quens Gucnes en fut mult anguisables ; 280 

De sun col getet ses grandes pcls de martre 

Et est remés en sun blialt de pâlie : 

Vairs out (Icsoilz) et mult fier lu visage, 

Cent out le cors et les costez out larges, 

Tant par fut bels tuil si per l'en esguardent. 285 

Dist a Rollant : « Tut fol, pur quei t'esrages ? 

Ço set hom ben que jo sui tis parastres, 

Si as juget qu'a Marsiliun en alge. 

Se Deus ço dunet que jo de la repaire, 

Jo t'en muvra(i) un si [trcsjgrant contrfajire 290 

Ki durerat a trestut tun edage. •• 

Respunt Rollanz : « Orgoill oi et folage. 



DE l'aUTORITK du MANUSCRIT d'oXUORD 333 

Ço set honi bcn n'ai cure de niaiiacc ; 

Mai[sJ saivcs hom, il dcit faire message : 

Si li rcis voelt, prez sui por vus le face. » Aoi. 295 

XXI Guenes respuni : « Pur mei n'iras tu mie. 
Tu n'ies mes hom ne jo ne sui tis sire, 
(^rles comandet que face sun servise : 
Eu Sarragucc en irai a Marsilie ; 31x1 

Kinz i ffejrai un poi de [lejgeric 
Que jo n'esclair ceste meie grant ire. » 
Quant l'oi Roliauz, si cumençat a rire. Aoi. 

XXII Quant ço veit Guenes que ore s'en rit Rollanz, 
Dune ad tel doel pur poi d'ire ne fent; 

A ben petit que il ne pert le sens, 305 

E dit al cunte : « Jo ne vus aim nient. 

Sur mei avez turnet fais jugement. 

Dreiz eniperere, vez me ci en présent : 

Ademplir voeill vostre comandement. Aoi. 

XXIII « En Sarraguce sai ben qu'aler m'estoei ; 310 
Hom ki la vait rcpairer ne s'en poet. 
Ensurquetut si ai jo vostre soer, 

Sin ai un filz, ja plus bels nen estoet, 

Ço est Baldcwin, se vit', ki ert prozdoem. 

A lui lais jo mes honurs et mes fieus. 3 1 5 

Guardez le ben, ja nel verrai des oilz. » 

Caries respunt : <' Tro[p] avez tendre coer ; 

Puis quel comant, aler vus en estoet. » Aoi. 

XXIV Go dist li reis : « Guenes, venez avant, 

Si recevez le bastun et lu giiant. 320 

Oït l'avez, sur vos le jugent Franc. 

— Sire », dist Guenes, « ço ad tut fait Rollanz. 
Ne l'amerai a trestut mun vivant, 

Ne Oliver, por ço qu'(il) est si cumpainz, 

Li duze per, por [çoj qu'il l'aiment tant ; 325 

Desfi les en, sire, vostre veiant. » 

Go dist li reis : « Trop avez maltalant ; 

Or irez vos certes, quant jol cumant. 

— Jo i puis aler, mais n'i avrai guarant, 

Nul [n'jout Basilies, ne sis frères Basant. « Aoi. 350 



I. Mil nu SCI il: ço dit. 



Î34 i- REr)iER 

XXV Li cmpcrcrcs H tent sun gii.int le dcstre, 

Mais li t]ucns Gucncs ilocc ne volsisi esire. 

Quant le dut prendre, si li ciîl a tcrc. 

Dienl Franccis : « Deus, que purr.u «;o estrc ? 

IX- cesi mess.iiîe nos avendrat ^rant perte. 555 

— Seijinurs, •• dist Guenes. « vos en orrez noveles. » 

Si le iCwtcur s'applique a dccouvrir dans ce luxtc quelque 
invraisemblance ou bizarrerie dont il puisse faire reproche au 
pcKie, il ne pourra guère trouver que ceci. Ganelon se f;ichc, 
senible-t-il, bien vite : il s'irrite du « comandcnient » de 
Charles dès le vers 298 {ci. le v. v^9)i nvant que Charles 
lui ait rien commandé, puisque Charles ne prendra la parole 
qu'au vers ^17. Ganelon, si on nous permet une expres- 
sion familière, crie avant qu'on l'écorche. A cette critique, il 
est vrai, Ganelon ^x)urrait répondre que Charles s'en est remis 
au vers 275 à ses chevaliers du soin d' « eslire un barun de sa 
marche », que les chevaliers l'ont élu, lui Ganelon, d'une voix 
unanime, aux vers 278-9, et que, par suite, il a tout droit de 
se fâcher sur l'heure, dès le vers 280, sachant bien que Charles 
ne fera que ratifier le « jugement » de ses chevaliers. Quoi qu'il 
en soit, et que la difficulté soit réelle ou seulement apparente, 
on ne peut la relever que dans le manuscrit O. Dans tous les 
autres textes — savoir F*, CV'^ ;/, dR, — les mêmes person- 
nages tiennent les mêmes propos, mais ces propos se présentent 
dans un ordre différent. Voici cette autre version, d'après l'édi- 
tion Léon Gautier ' : 

XX « Franc chevalier », dit l'cmpcrerc Caries, 274 279 

« Kar ni'cslisez un barun de ma marche, 
w Qu'à r rei .Marsilic me portet niun message, 
• Se mfsticr est e bien poisset cumhatre. « 
Ço dist Rollanz : « C'iert Guenes, mis parastre. 
« Se lui laissiez, n'i trametrez plus saive. « 
Dîcnt Franccis : " Kar il le poct bien faire ; 
« Se li Reii voelt, hitn est drei:^ qu'il i alget. » .\oi. 



I. Il va sans dire que nous pourrions aussi bien transcrire, au lieu du 
texte de Gautier, le texte de M. Stengel, ou celui de V*, ou celui de C, etc. 
L'ordre des incidents et des répliques est ici tout ce qui nous intéresse, et il 
est le même dans tous les textes autres que O. 



DK l'autorité du MANUSCRIT DOXFORI) 335 

XXI Ço dist li Keis :« Gucncs, venez avant ; 319 330 

« Si recevez le bastun e le guani. 
« Oit l'avez, sur vus le jugent Franc. 
« — Sire, M dist Guenes, « ço ad tut fait Rollan/. : 
« Ne l'amerai à trestut niun vivant, 
« Ne Olivier pur ço qu'est sis cunipainz, 
« Les duze Pers, pur ço qu'il raimeiil tant ; 
« Desti les en. Sire, vostre veiant. » 
Ço dist li Reis : « Trop avez mal talant. 
« Or irez vus, certes, quant jo l'cumant. 
« — j'i puis aler ; mais n'i avrai guarant; 
« Ne l'eut Basilies ne sis frcrc Basanz. » Aoi. 

XXII « En Saraguce sai bien qu'alcr m'esiDct ; 310 318 

« Hum ki là vait repairier ne s'en poet. 
« Ensurquetut si ai jo vostre soer. 
« Si'n ai un filz, ja plus bels n'en estoet : 
(( C'est Baldewins, se vit, ki ert prozdoem. 
ce A lui lais-jo meshonurs e mes fieus. 
« Guardez le bien, ja ne l'verrai des oilz. » 
Caries respunt : « Trop avez tendre coer, 
« Pois que l'cumant, aler vus en estoet. » Aoi. 

XXIII I: li quens Guenes en fut niult anguisables : 280 309 
De sun col getet ses grandes pels de martre 

E est remés en sun blialt de pâlie. 

Vairs out les 0//^ e mult fier le visage, 

Gent out le cors e les costez oui larges ; 

Tant par fut bels, tuit si per l'en esguardent. 

Dist à Rollant : « Tut fols, pur quci t'esrages ? 

« Ço set hum bien que jo sui tis parastre ; 

« Si as jugiet qu'à Marsiliun alge. 

« Se Deus ço dunget que de là jo repaire, 

« Jo t'en mu vrai si grant Joël <• cuntrairc 

(' Ki durerai à trestut tun edage. » 

Respunt Rollanz : « Orgoill oi e folage. 

« Ço set hum bien, n'ai cure de manace ; 

« Mais saives hum il deit faire message : 

« Se li Reis voelt, prez sui pur vus le face. » Agi. 

XXIV Guenes respunt : « Pur mci n'iras tu mie, 
« Tu n'ies mis hum ne jo ne sui tis sire. 

« Caries cumandet que face sun servise : 



33^ J. BÉDIER 

« En 5i.irragucc en irai X M.irsilie ; 

n Hin/. i fer.ii un poi de Icgcrie 

« Que jo'n esclair ceste mcie grani ire. >» 

Qiunt l'oi Roll.inf, si cunKn*;.at n rire. Aoi. 

XXV Quant ço veit Gucncs quorc s'en rit Rollan/, 
Dune ad tel docl, pur |X)i d'ire ne fent, 
A bien petit que il ne pert le sens, 
E dit à rCunie : « Jo ne vus aim nient ; 
« Sur mei ave/ turnct fais jugement. 
n Drciz Emperere, ci ni'veez en présent, 
« Ademplir voeill vostre cumandemeni. » ' Aoi. 

XXVII Li Hmperere li tenl sun guant, le destre ; 331-336 

Mais li quens Guenes iloec ne volsist estre; 
Quant le dut prendre, si li caït à tere. 
Dient Franceis : « Deus ! que purrat ^o estre ? 
« De cest message nus aviendrat grant perte. 
« — Scignurs >% dist Guenes, « vus en orrez nuvclcs. » Aoi. 

Le sage et prudent Thcodor Mûller a le premier préféré 
celte version (que, par convention, nous appellerons la version 
^), bien qu'il n'y fût pas obligé, comipe L. Gautier et comme 
M. Stengel, par son classement général des textes. M. L. Clé- 
dat, en son édition de la Chanson de Roland, a, lui aussi, pré- 
féré la version 3- La version |i a en effet l'avantage qu'on n'y ren- 
contre pas la difficulté remarquée tout à l'heure en : ici, Gane- 
lon attend pour parler que Charles en personne l'ait désigné. 
Mais la question est de savoir si, pour avoir écarté cette dilTi- 
culté, la version ^ n'en fait pas surgir de bien plus graves. 
Elle n'est, croyons-nous, qu'un remaniement maladroit de la 
version O, provoqué précisément par le fait qu'un remanieur a 
été choqué, bien à tort, par l'intervention, prématurée à son 
gré, de Ganelon. Voici nos raisons : 

i* En O, à l'instant où Ganelon est désigné par Roland et 
par les chevaliers, il rejette ses grandes fourrures de martre et 
se retourne, irrité, contre Roland. Ce geste est alors plein de 

I. Ici L. Gautjer introduit une laisse XXVI (quatorze vers), qui ne se 
trouve pas dans le manuscrit O; Charles y précise ses instructions; nous ne 
transcrivons pas ces vers, parce qu'ils n'importent pas à notre discussion. 



DE L AUTORITÉ DU MANUSCRIT d'oXFORD 337 

sens, par sa soudaineté, et n a de sens que par sa soudaineté : 
il marque de quelle colère brusque Ganelon est saisi : surpris, 
« tuit si pair l'en esguardent ». Il fait le même geste en ,i, mais 
bien plus tard, après avoir discuté son cas, après s'être attendri 
sur son tils Baldewin, etc. Alors on ne comprend plus pourquoi 
il rejette ses grandes fourrures de martre, ni pourquoi ses pairs, 
qui n ont pas dû cesser de V « esguarder » depuis si longtemps 
qu'il parle, « l'en esguardent » davantage, ni pourquoi le poète 
a attendu si longtemps avant de f;iire son portrait. 

2" I:n (), Roland ayant désigné Ganelon en ces termes : 

« C'ert Gucnes, mis panisircs », 

la première parole de Ganelon est pour riposter ainsi : 

« Tut fel, pur quci t'csrages ? 
Ço set hom bon que jo sui tis parastres. » 

En |i, Ganelon dit la même phrase; mais, comme trente vers 
la séparent ici de la phrase dite par Roland, elle perd sa valeur de 
riposte. 

3" En 0, comme c'est Roland seul que Ganelon hait réelle- 
ment, c'est à lui seul qu'il parle d'abord en sa colère, c'est lui 
seul qu'il menace; plus tard seulement, il étendra ses menaces 
à Olivier, « parce qu'il est le compagnon de Roland », aux 
douze pairs, « parce qu'ils l'aiment tant ». En ^, cette juste et 
belle progression est détruite. Dès la première phrase qu'il pro- 
nonce, Ganelon déiie tout de go Roland, Olivier et les douze 
pairs : ce qu'il dira par la suite contre le seul Roland en sera 
affaibli. 

4° On lit dans le manuscrit O : 

« Se lui lessez, n'i trametrez plus saivc. » 279 

Et li quens Guencs en fut mult anguisables. 

Entre ces deux vers, vingt et un autres, sur d'autres asso- 
nances, se lisent en |i. Selon l'hypothèse que nous combattons, 
ils auraient été mis là par le poète primitif, rejetés plus loin par 
un remanieur. En cette hypothèse, n'est-il pas surprenant que 
le poète primitif ait repris, à vingt et un vers de distance, préci- 
sément la même assonance en -a...Cj comme s'il avait prévu 

Romatitj, XLI. 2 2 



33S J. ni':DiER 

qu'un jour un rcnmnieur dcplaccr.iit Icsdits vingt et un vers ? 
(L'assonance en -(i...c ne reparait qu'en 22 laisses de ce pcvènie 
qui en compte 2 9 S). 

5" Le seul reprcKlie que l'on puisse être tenté d'adresser à 0, 
c*est, comme on a vu, que le Ganelon de cette version semble 
parler trop tôt, et qu'il parle à Roland, avant que Charles l'ait 
désigné. Mais il y a dans la Chivisou de Roland une autre scène, 
calculée pour faire à la scène que nous étudions un pendant 
exact, celle où Charles, venu àRoncevaux, demande à ses barons 
de désigner qui restera à l'arrière-garde (vers 740 et suiv.) : 

n Sci^nurs barons », dist lempercre Caries, 740 

« Vcez les Porz et les dcstreiz passages : 

«» Kar me jugez ki ert en rereguarde. » 

Guencs respuni : « Rollanz, cist miens fillastre. » 

Roland se trouvant placé ici précisément dans la situation 
qui était tout à l'heure celle de Ganelon, que fera-t-il ? Se com- 
ponera-t-il comme le Ganelon de la version (), ou comme le 
Ganelon de la version jî? \'oici la réponse: 

Li quens Rollanz, quant il s'oït juger, 751 

Dune ad parlet a lei de chevalcr : 

<« Sire parastre, mult vos dei aveir cher ; 

La rereguarde avez sur mei jugiet. 

N'i perdra Caries, li reis ki France tient, 

Men escienire, palcfreid ne dcstrer. . . » 

Il se comporte donc tout comme le Ganelon de la version O : 
lui aussi, il parle d'abord à son ennemi, non pas à Charlemagne; 
lui aussi, il parle " trop tôt », avant que Charlemagne l'ait 
désigné. Or, pour cette seconde scène, il n'y a pas de version 
O, de version 3 • tous les textes concordent. 

Il apparaît donc que l'ordre de la version O dans la scène du 
Défi est non seulement le plus cohérent, le plus logique et le 
plus beau, mais qu'on ne peut l'abandonner sans détruire cer- 
tains des rapports de parallélisme et de symétrie que le poète a 
visiblement voulu établir entre la scène du Défi de Ganelon et 
la scène de Roncevaux. L'ordre primitif, respecté en 0, a été 
gâché par un remanieur qui, en sa maladresse, n'avait pas remar- 
qué CCS rapports. 



DE l'aUTORITK du MANUSCRIT DOXIORD 339 



* 
* * 



\o\c\ une seconde remarque à l'appui du classement O contre 
3. On est au dclnit de la seconde bataille. Les Français, déjà 
décimés, voient les champs se couvrir d'une nouvelle armée 
sarrasine : 

« [Quant] Franccis veicnt que paicns i ad tant, i.\6'j 

De tûtes parz en sunt ouvert li camp, 

Suvent recleiment ' Oliver et Rollant, 

Les doze pers qu'il lor seicnt guarant, 

Fi l'arcevesque lur dist de sun semblant : 

« Scignors barons, nen alez mespensant. 

Pur Deu vos pri que ne seiez fuiant. 

Que nuls prozdom malveisement n'en chant. 

Asez est mielz que moerium cumbatant. 

Pramis nus est fin prendrum a itant, 

Ultre cest jum ne sérum plus vivant ; 

Mais d'une cliose vos sui jo ben guarant : 

Scint Pareïs vos est abandunant ; 

As Innocenz vos en serez séant. » 

A icest mot si s'esbaldisseni Franc 

Ccl nen i ad Munjoie ne déniant. Agi. 1482 

Un Sarrazin i out de Sarragucc. . . 1483 

Cil vait fcrir Hngeler de Guascoignc. . . 

La bataille recommence aussitôt. 

Entre le vers 1482 et le vers 1483, toutes les versions 
autres que O (savoir F^, PLT, CF~ , dR, etc. -) intercalent 
trois laisses, dont Léon Gautier établit ainsi le texte : 

Cel n'en i ad .Munjoie ne demant. Agi. 

Li reis Marsilies tuuU par est tnahais rets ; 

Dit as païens : « Or entende:^ à mei. 

« Si est Rollan^ de uterveillus podcir : 

« Ki le voelt veintre forment peiner s'en deit. 

« Par dons bâta il les niert-il vencu^, ço crei : 

« Se F s^raante^, nus Ven liverrum treis. 

« Les dis eschieles justerunt as Franceis^ 

1. Manuscrit : regretent. 

2. Seule la Karlamagnussaga (n) s'accorde ici avec O. 



340 J. Bf-DIER 

« Les liUrfs dis rewfiuiiruut ci i\i md. 

« f MiVi perdrai Car Us df son podfir : 

« En grant viUft xrrrat Frame caddr. » 

DutuI <i Grattdcnif uuf cuseiiint iVorfrôy 

Qtu ses fSi'hifUs il p'*f cuulrf Friiiueis : 

Il ïi c4ritt cumandewfut de tei. Aoi. 

U teis Maiiiiiei est reniés sur un tnutil : 

Fait s^en GriindonieSy par mi un x'al de su^. 

A Irets clous Sorfcrniet sun pinfanun ; 

A tv»/^ escriet : « A'.ir clyx'akhiei, baruns. >» 

Mil gtaisle suneut, ntult en sunt cler li sun. 

Dient Franceis : « Deui Père, que ferutti ? 

m Si nuir vetsnies le cuntc Guenelun ; 

« FenJu^ nus ad par ninle traisun. 

« Kar nus aidie;^, li du^e Cuwpaigniin. » 

U Arcn-esques tut prenierains respunl : 

m Bons cl^nuiliers, lx>i recnre^ honur ; 

m Deus vus durrat e curunes e fiurs 

a En PareiSy entre les glorius. 

« Mais li cuard mie ni entrerunt. » 

Franceis respundent : *< Cumunentent ferum ; 

« Ja pur mûrir ne li sérum feluu. » 

Brochent avant des ories esperuns. 

Si X'unt ferir ce^ encriesmes fcluns. Aoi. 

Li reis Marsilies ad fait sa gent partir : 

Les dis eschieles od sei voelt retenir, 

E Us dis altres clyevalchent pur ferir. 

Dient Franceis : « Deus ! quel perte avfutn ci ! 

m Li du^e Per que purrunt devenir ? » 

Premiers respunt Farcevesques Turpins : 

m Bon clyei'olier, de Deu estes ami ; 

« Encoi serr{ curunet e fiurit, 

« En seintesjlurs gerre^ eV Pareis ; 

« Mais li cuard jamais ni serunt mis. » 

Franceis respundent : « Nus n'i dei'um faillir. 

" Se à Deu plaist, nen serat cunlredit. 

m Xus cumbatrum cuntre no^ enemis : 

m Poi de gent sûmes, nmis bien suma hardit. » 

Brochent avant pur Puiens envair : 

Atant se mtdent Fraucets e Sarrarin. Aoi. 

Un Sarra/.iD i out de Sarraguce... 



DE L AUTORITE DU MAN'USCRIT D OXFORD 54I 

Turpin adresse donc en trois laisses trois discours aux chré- 
tiens, comme ailleurs Roland refuse en trois laisses d'appeler 
Cliarlemai^ne, comme ailleurs il l'appelle en trois laisses, comme 
ailleurs il s'etforce en trois laisses de briser Durendal, etc. Mais 
en toutes ces autres scènes, ce que le poète décrit trois fois, c'est 
le même moment de l'action, ou plus exactement des moments 
successifs et semblables d'une situation qui se prolonge : il n'a 
garde d'intercaler entre les laisses similaires d'autres épisodes, 
d'introduire d'autres acteurs, de changer le décor, et, par 
exemple, il n'a garde d'interrompre la querelle d'Olivier et de 
Roland, pour nous transporter dans le camp sarrasin : il sait bien 
que s'il le faisait, l'effet des laisses similaires serait brisé. C'est 
pourtant en cette faute piteuse qu'est tombé celui qui a imaginé 
d'intercaler ici trois laisses. Après le discours de Turpin, il se 
transporte au camp de Marsile, décrit un conseil de guerre, la 
formation de nouvelles « eschicles » sarrasines, leur marche à 
travers une vallée, etc. Bien du temps a coulé et bien des choses 
se sont passées quand Turpin adresse aux chrétiens son second, 
puis son troisième discours ; dits en ces conditions, ils* sont 
oiseux, et même pénibles : Turpin est inexcusable, si nous ne 
sommes plus au même moment de l'action, de répéter aux 
combattants qu'il pourrait bien v avoir des couards parmi eux ; 
n'a-t-il pas déjà constaté le contraire? 

A icest mot si s'esbaldissent Franc, 
Cel ncn i ad Munjoic ne dcmant. 

Nous sommes donc en présence d'un remanieur qui a voulu 
imiter le procédé délicat et puissant des laisses similaires, mais 
qui, faute d'avoir bien su observer la technique du poète, a 
imité cà contre-sens. 

Au V. 1671, comme une nouvelle bataille vient de s'engager 
et que Turpin y est entré le premier, Roland invite Olivier à 
aller avec lui l'y rejoindre : 

Li quens Rollanz apclct Olivier : 
« Sire cumpaigT), sel volez otrier, 
Li arccvesque est mult bon chevalcr. 



34-2 .!• Bi^niER 

N'en ad mcillor en icrrc ne suz ccl ; 

Ben set fcrir cl de bnce et d'espiel. «• 1675 

Kespuni li quens : « K.ir li .Uuns aider. » 

A iccsi moi l'unt Francs recunicncet. 

Dur suni li oolps et li caples est grefs; 

Mult grant dulor i ad de chrisiicns. 

Ki puis vcist Hollant et Oliver i^iSo 

IX" lur espees e ferir et capler ! 

IJ arcevesque i fiert de sun espict... 

Entre levers 1679 et le vers 1680, tous les textes autres qu'() 
(f*, Cr^, TP, tt, etc.) intercalent quatre laisses. Nous laisserons 
au lecteur le soin d'apprécier, en se reportant à l'édition Gautier 
ou à l'édition Stengel, à quel point les propos qu'y échani^ent 
Roland et Olivier compromettent TeHet des scènes ultérieures. 
Nous nous en tiendrons à remarquer qu'il y a bien longtemps 
que nous avons oublié l'archevêque quand Roland et Olivier, au 
bout de quatre laisses en ■i(....i\ en -(j...e,cn -t'...e,cn -a, le 
rejoii^nent entîn au vers 1682. Nous remarquerons en outre 
qu'ils le rejoignent sur une assonance en -;V, c'est-cà-dire, par un 
hasard étrange, précisément sur la même assonance qui servait 
au poète au moment où ils se sont mis en devoir d'aller rejoindre 
leur compagnon. L'assonance en -ié ne reparaît qu'en dix-neuf 
autres laisses de la Chanson (sur 298). 

« 

Aux vers 1851 et suiv., Roland adresse son adieu à ses com- 
pagnons morts : 

Rollanz reguardet es munz et es lari/.. 

De cels de France i veit lanz morz gésir, 

E il les pluret cum chevaler gentil) : 

« Seignors barons, de vos ait Dcus mercit I 1855 

Tutcs vos anmes otreit il pareïs ! 

Vj\ saintes flurs il les facet gésir!... 

Barons Franceis, pur mei vos vei mûrir ; 

Jo ne vos pois lenser ne guarantir : 

Ail vos Deus ki unkes ne mentit ! 1865 

Oliver frère, vos ne dei jo faillir. 

De doel murrai, s'altre ne m*i oeil. 

Sire cumpainz, alum i rcferir! » 



DE l'autorité dv man'uscrit d'oxford 343 

Il n'y a rien de si beau que cette fin de laisse, sinon le début 
de h laisse suivante : 

I.i qucns Rollauz cl champ est rcpairct, 

Tient Durendai... 1870 

Entre « Sire cumpainz, aluni i referir! » et «• Li quens Rol- 
lanz cl champ est repairet », que pourrait-on intercaler? On 
trouve pourtant entre ces deux vers une laisse supplémentaire 
dans;/ (trois lii^nes), dans F^ (9 vers), dans T.' (11 vers), dans T" 
(20 vers), dans 7^ (34 vers), dans T(ii vers), dans L (i j 
vers), où Roland échange avec Olivier de vagues et inutiles pro- 
pos, tue ici Blanzardin, là Justin de Valfondée, etc'. Il est invrai- 
semblable que cette laisse soit primitive et que ce soit un accident 
de copie, qui, la faisant tomber, a rapproché les vers 1868 et 
1869, de manière à produire la reprise admirable : « Li quens 
Rolanz el champ est repairiet «.Si une édition des Horaccs don- 
nait dix vers ou trente entre la question « Que vouliez-vous 
qu'il tlt contre trois? » et la réponse « Qu'il mourût! » et si 
Ton supposait que c'est une distraction de copiste ou un caprice 
de remanieur qui les a fait tomber des autres éditions, une telle 
hypothèse serait-elle facilement acceptée? 



* * 



Voici un cinquième indice, celui-ci déjà remarqué par Theo- 
dor Mùller, de la validité du classement () contre F* : 
Au \ers 725, Charlema^^ne a un soui^e : 

Après iceste alire avisun sunjat : 

Qu'il en France ert, a sa capele, a Ais ; 

El destre braz li morst uns vers si mais ; 

Devers Ardene vit venir un leupart ; 

Sun cors demenie mult fièrement asalt ; 

De sun palais uns veltres avalât, 

Que vint a Carie les galops et les salz ; 

1^1 destre oreille al premer ver trencliat ; 

Ireement se cumbat al lepart. 

Dient Franceis que grant bataille i nd ; 

I , Si le lecteur se reporte à VAltJran:^osisc}}ei Vehuuf^shuch (ErsUs Zusat^ijeft, 
Rolanilnuiten'aUu, ;usiVntneu^esteUt von W. Foerster), il aura sous les yeux tous 
les textes commodément dis[X)sés. 



344 '• '^KDIER 

Mais il ne scvcnt li quels J'cls la vciiur.u ; 
Caries se don. mie ne s'esveillat. 

Il est taciie d'intcrpriHcr ce songe à la lumière des événements 
qui suivent : la bète monstrueuse qui mord Ciiarles au bras est 
Ganelon ; le léopard est Pinabel. parent de Ganelon, qui sou- 
tiendra sa cause en combat judiciaire ; le vautre est Thierry, qui 
sera contre Pinabel le champion de Charlemagne. 

() seul fait venir le léopard « devers ^-/n/tv/r >». Par contre, on 
lit en F* : « Devers Espaï^im vid vinir un liopart » ; — en F'C, 
« Devers Espàguc un liepart eschampa » ; — en lu (version gal- 
loise): « And then he saw a léopard comingfrom the direction 
oî Spaiu » ; — en dS (version du Stricker) : « Dô quam ein 
liebarte von Spmijc geloufen dar »; — en e (version anglaise): 
« He se a libard lep from low S pain ». 

« Devers Espaigne » ne représente rien, ni poétiquement, 
Pinabel n'ayant rien à voir avec l'Espagne, ni géographique- 
ment, le dormeur étant à Aix-la-Chapelle. « Devers Ardenne » 
offre au moins un sens géographique. Il est donc vraisemblable 
que c'est la leçon primitive. 

Mais voici que cette vraisemblance va se changer en certitude. 
Au vers 2555, Charlemagne a de nouveau un songe qui lui 
présage, avec plus de précision, les mêmes événements : 

Après li vient une altre avisiun, 2555 

Qu'il ert en France a Ais ad un perrun ; 

En dous chaeines s'i tencit un brohun ; 

Devers Ardene veeit venir trente urs, 

Chascun parolet aitresi cume uns hum, 

Diseient li : «' Sire, rendez le nus ! 2560 

Il nen est dreiz que il seit mais od vos; 

Nostre parent devum estre a sueurs. » 

De sun paleis uns veltres ' i acurt, 

Entre les altres asaillit le greignur 

Sur l'erbe verte ultre ses cumpaignuns. . . 2565 

Caries se dort tresqu'al main al cler jur. 

Ici, comme la première fois, la bête que combat le vautre 
Thierr}' vient « devers Ardene », selon O; mais ici, plusieurs 

I. Manuscrit : De sun paleis vers les altres acurt. 



DE l'autorité du MANUSCRIT d'oXFORD 34 > 

textes concordent avec (). /'^ a « Devers Arlinini' se vit venir 
trente urson » ; —^ La « Devers Ardoinc per molt grant conten- 
çon Venoient vint ors » ; — //a : « und er sah drei/ig Mann 
nach der Stadt zielicn, welclie Ardcfia heisst » ; — et pas un 
texte ne donne la lev;on « Devers Espaigne ». 

« Devers Ardene » était donc la k\'on primitive dans les 
deux songes, et puisque, dans le premier, les remanieurs s'ac- 
cordent pour l'écarter de la même fii^on, c'est qu'ils procèdent 
d'un même modèle, ji, qui présentait cette faute. 






Si ces cinq observations sont justes (Theodor Millier en a 
produit plusieurs autres, et on pourrait en allonger de beaucoup 
la liste), le classement de Theodor Millier est le bon. On doit 
traiter la Chanson de Roland, pour ce qui est de la constitution 
de son texte, comme si elle ne nous était connue que par deux 
manuscrits, fautifs l'un et l'autre, d'une part, ;î d'autre part. 

Joseph Bkdier. 



LA 

SCHNF DR I/.WF.UGLH ET DE SON VALET 

DANS LI- THI-ATRF FRANÇAIS DU MOYF.N AGF 



Celui qui veut essayer de retracer l'histoire de la scène de 
l'aveugle et de son valet dans la littérature médiévale, est 
forcé de se reposer à lui-même le difficile problème des ori- 
gines de notre théâtre comique. Malgré les recherches récentes 
de M. Jacobsen ' et de M. Faral % ces commencements restent 
toujours obscurs. La présente étude ne saurait prétendre à 
les éclairer, mais il est parfois utile d'exposer nettement ses 
incertitudes. 

Considérons les faits avant les théories. 

Dans la seconde moitié du xiii*' siècle, entre 1266 et 1290, 
nous apparaît une petite farce que M. Paul Meyer a eu le mérite 
de découvrir et de publier, il y a longtemps déjà, et que 
M. Roques vient de rééditer, le Garçon cl l'Aveugle K 

Diverses allusions permettent de la localiser très exactement 
à Tournai, c'est-à-dire dans le domaine picard. Cette circons- 
tance la rend un peu moins isolée, puisqu'on songe aussitôt que 
k Jeu de la Feu il là et le Jeu de Robin et de Mariou d'Adam de 
le Haie appartiennent à la même époque et à la même région. 
La petite pièce tournaisienne commence par les lamentations 
d'un aveugle qui n'a pas de valet pour le conduire. Bientôt un 
jeune garçon misérable en quête d'une position sociale le ren- 

1. Essai sur Us origirus de la ConUdie en France (extr. de la Revue de Philo- 
îologie française), Paris, Champion, 19 10. 

2. Les Jongleurs en France (fascicule 187 de la Bibliothèque de l'Iicole des 
Hautes Études), Paris, Champion, 1910; troisième partie, ch. 11, pp. 231-251 : 
Les Jongleurs f le mime et le tlyédtre régulier. 

3. Le Garçon et F Aveugle, jeu du xiiic siècle, Paris, Champion, 191 1. 



* 



LA SCKNE DK I. AVh:UGLE ET DE SO\ VALKT 347 

contre; ils tombent vite d'accord : Jchannct ce)nduira son nou- 
veau maître 

aval la cité de Tournav (v. 30) ; 

l'un demandera l'aumône, l'autre chantera et ils auront pain et 
argent. Le valet, assez mal embouché, ne tarde pas à irriter son 
patron, puis ils se réconcilient. Les aumônes n'affluent point, 
mais l'aveuizle a des économies : ils vont faire bombance. 
L'aveugle se répand à son tour en proposqui passent la décence. 
Alors le « garçon » venge la morale outragée en contrefaisant la 
voix de quelque sergent ou de quelque prud'honune et en 
rossant l'aveugle d'importance (v. 144-164) :• 

LI GARÇONS 

Sire, atendé me en ceste plache : 
Je vois faire un petit d'orine. 

LI GARÇONS {iVunc voix conirefaife) 

Truans, Dius vous doint maie estrine, 
quant si desordenement parlés ! 148 

Mais chierement le comparrés : 
{il frappe raveui^le) 
tenés pour çou ! 

LI AVEULES 

Hannet, or me di se je ai plaie. 

M GARÇONS 

Plaie? mais dont venroit li plaie ? 152 

LI AVEULES 

Orendroit une tele paie 
me donna ore ne sai cui. 

LI GARÇONS 

Pour le kul bieu, j'estoie enki, 

et que ne me hucastes vous? 156 

LI AVEULES 

A 1 biaus Jehannet, amis dous, 

se j'eusse un seul mot groucié, 

il m'eùst lues tel cop lancié 

qu'il i parust toute ma vie. 160 

Le valet le console de son mieux. Sur ces entrefaites, les 



34S G. COHFV 

voilà arrives à leur (icmeurc. Sous prétexte d'aller chercher 
en même temps que la « mescine » du paillard, le vin et la 
tt viande >\ l'honnête Jehannet s'entuit emportant « monoie et 
houce » et crie à son maître en manière d'adieu : 

SU ne vou> bici, si me sivcs ! (v, iv^j 

Telle est cette petite « saynète» qui, si elle manque de délica- 
tesse, ne manque pas de drôlerie et témoigne d'une verve co- 
mique déjà très en éveil. 

Que le xiV siècle ne Tait pas laissée se perdre, c'est ce qui 
parait certain, puisque nous la retrouvons au xV' siècle. 

Dans la Passion d'Arras ',qui appartient au premier quart de 
ce siècle, l'Aveugle-né est flanqué d'un valet tripon qui dérobe 
les deniers dans la sébile de son maître; ces incidents n'occupent 
malheureusement qu'une quinzaine de vers. 

Le Mirack de Sainte Gena'ihr ^ à la même époque montre 
l'esquisse d'une scène comique entre l'aveut^le et son valet 
Hanequinet; dans la Passion « de Semur », qu'a publiée 
M. Roy' et qui est assez archaïque, Ganimcdes berne et inju- 
rie Longin, qu'il a charge de guider. 

Par contre, au milieu du xv*' siècle, exactement en 1456, cette 
scène va prendre dans le Mystère de la Résurrection un dévelop- 
pement tout à fait inattendu. 

On ne m'en voudra pas d'en donner ici une analyse un peu 
longue, puisqu'il s'agit de textes inédits, ou dont on n'a publié 
jusqu'à présent que d'assez courts fragments. 

Trois versions nous ont été transmises de cette Résurrection : 
la plus ancienne est celle du manuscrit 632 de Chantilly; elle 
fut jouée à Angers en 1456 devant le roi René; l'auteur, sup- 
pose M. Maçon*, pourrait être Jehan du Périer dit le Prieur. 
C'est ce manuscrit de Chantilly qui sera cité ici et qui doit 
servir de base à l'édition que nous donnerons quelque jour 
de ce mystère, mais comme le ms. fr. 972 de la Bibliothèque 
Nationale, copié en 1491, présente quelques développements 

1. Éd. Richard, v. 8431 à 8456. 

2. Jubinal, Myst/res inédits du XV^ siècle, t. I, p. 286-289. 

3. Lt Mystère d/ la Passiott en France, t. I, v. 456961 suiv. 

4. \ote sur le Mystère de la Résurrection attribué à Jean Michel (Extr. du 
Bulletin du Bibliophile, 1898). 



LA SCENE DE L AVEUGLE ET DE SON VALET 349 

intéressants', nous y recourrons à l'occasion. Quant à l'in- 
cunable de Vénird-, qui attribue f;mssement l'œuvre à Jean 
Michel, il est la copie, un peu abrégée parfois, du manuscrit 
de Chantilly ou d'un de ses dérivés. 

La première apparition des deux compères se place au milieu 
de la première journée, après l'arrestation de Joseph d'Arima- 
thie, dans le ms. 632 et un peu plus tôt, c'est-à-dire après la des- 
cente de Jésus aux Limbes, dans le ms. fr. 972. 

Comme dans le jeu du xiii'' siècle, l'aveugle se plaint de sa 
misère et demande qu'on lui trouve un bon valet pour le 
mener. Aussitôt Saudret est là qui s'offre. Le marché est bien 
vite conclu. L'aveugle pourvoira à ses « vêture », chaussure et 
« dépend », et lui donnera « cent solz ». 

CECUS 

fo 68 ro Mays ce pendant, mon lilz, j'cnient 

que tu escripras des chançons 
qu'entre toy et moy chanterons... 

Cependant la présentation n'est pas encore complète : 

CECUS 

f° 68 v'o J'ay nom Galleboys, je t'aftîe, 

et toy comment ? 

SAUDRET 

J'ay nom Saudret 
qui fuz sevré ung poy tendret 
du lait que me donna ma mère 
[et en mon surnom Tout luy fault. 

1. Ce manuscrit a été certainement fait en vue d'une représentation. Il 
développe le côté comique, enrichit souvent les indications scéniques et 
économise sur le nombre des personnages de la diablerie et des limbes. 
C'est l'unique raison des habiles coupures auxquelles il procède. 

2. Inc. : C'est le mistere de la résurrection de Nostre seigneur Jesuchrist, 
imprimée à Paris. Expl. : Cy finist le mistere de la Résurrection de Nostre 
seigneur jhesucrist composé par maistre Jehan Michel et joué à Angierstrium- 
phanment devant le roy de cecile. Imprimé à Paris pour Anthoine Verard, 
libraire demourant sur le pont Nostre Dame, etc. Antérieur à M99- Cf. Petit 
de Julleville, Les Mystères, t. II, p. 446. Je me suis servi de l'exemplaire de 
Chantillv. Il manque un feuillet à celui de Paris, précisément au milieu d'une 
des scènes qui nous occupent. 



350 G. COHEN 

Mon pcrc .uoii nom Rien ne vault 
et nu nicrc Mal assenée 
qui fut tille Lische Journée 
et mon p.irrain sans contredit 
si avoit nom Gaingne-petit 
ainsi que le disoit ma mère.] ' 

Ils s'ctfaccnt devant d'autres acteurs, le charpentier et le 
maçon, qui demandent aux Juifs leur salaire pour avoir cons- 
truit la prison de Joseph d'Arimathie, mais bientôt ils repa- 
raissent pour terminer sur un éclat de rire la première jour- 
née. 

Leur accord a été de courte durée ; déjà comme aux v. 48 à 
50 de la farce de Tournai, le valet dit des choses déplaisantes. 
\'(^ici le début de cette nouvelle scène dans le ms. 632 : 

fo 74 \-o CECUS 

Saudrei ! 

SAUDRET 

Haul 

CECUS 

Quel « hau » ! mais ung bel 
estront emmy vostre visaigc ! 
Tu deusses, se vous fussiez saige, 
rcspondre " monseigneur mon maistrc ». 

fo 75 r> SAUDRET 

Mais ung gibet et ung chevaistre 
* a vous pendre! et qui estes vous ? 

Ce n'est pas a ung tel poilloux 
que je doye « monseigneur » respondre. 

L'impertinent valet fera des concessions : 

fo 75 yo A Dea! v mon maistre » vueil je bien 

vous respondre et vous appellcr, 
mais de [me] venir compcller 
par maistrise a > vous seigneurir, 
j'ameroye mieulx vous veoir mourir, 
car il n'y a point de raison. 



1. Le passage entre crochets est une addition dums. fr. 972, f" 51. Il 
manque une rime à quf ntf donna nm mère. 

2. Correction, que je crois légitime, pour " ci » . 



LA SCÈNE DE l'aVEUGLE ET DE SON VALET 3 5 I 

La paix faite, Gallebois et Saudrct chantent une chanson très 
divertissante et assez t:;rivoise' « des biens qui sont en niaria«;e » 
et qui conclut : 

fo yy vo Mariez vous, grands et pctis. 

Il en vend des copies « ung grant blanc Tune •». Le nimciiis 
ou messager lui en achète un cent à dix deniers la pièce. 
L'acheteur se propose d'en tirer de i^ros bénéfices en la reven- 
dant. L'aveuLïle recommande à son valet de se détk-r du drôle : 

fo yij v'o ... Vise bien la mon noyé, 

Saudrei ! qu'il n'y ait rien mauvais. 

En reconnaissance le messager conseille à l'aveuizle d'aller se 
faire « enluminer » au tombeau du Christ. Cecus dit aussitôt à 
son ijuide : 

fo 79 ro Saudret, je te prie 

que tu me maines au tombeau 
ou ce prophète saint et beau, 
Jhesus, si est ensepvely. 

Mais Saudret a de bonnes raisons de se défier. Il veut qu'on 
lui paye d'abord son arriéré, et non pas au retour; car il se sou- 
vient de ce qui lui arriva avec son premier maitre l'aveui^le-né : 

S.XUDRET 

fo y^ ro Par ma loy vous me pardon(e)rez, 

car bien me souvient que mon mestre 

avecques qui je souloye estre, 

l'aveugle-ué, tant me cria 

pour Dieu mercy et me pria 

qu'a Jésus fust par moy mené ; 

mais quant il Toi enluminé 

et que je voulu mon sallaire 

de lui avoir, j'avoye beau braire 



1. Est-ce que ce trait serait particulier aux chansons d'aveugle? « Je me 
rappelais, écrit M. Berthauk {L Ahbayc de Chelles, 1889, t. I, Introduction, 
p. vi), l'aveugle de Pomponne (Seine-et-Marne, canton deLagny), sa chanson 
grivoise et le quatrain sentimental par lequel il invoquait la charité des voya- 
geurs. » 



3)2 G. COHEN 

Cl crier et sublcr a baudc' 

Dieu scct qu'il la nie bailla ciuiulc, 

CAr il ne me pris.i plus rien 

ne ne paya ; pour ce vueil bien 

que vous s.iicher sans nulle faille 

qu'il ne s'en fauldra une maille 

du sallaire que me devez. 

Ce trait de !'« enluminé » qui, ayant recouvre la vue, refuse 
de payer son valet se retrouve chez l'auteur du Myslnr de Saint 
Bernard d( Mnitlxvi (éd. Lecoy de la Marche) qui l'a utilisé avec 
esprit en fliisant dire par le miraculé à son serviteur (v. .J137- 
8): 

Mon aniy jamais ne te vy 
jusqucs or, ne sçay qui tu es. 

Ayant reçu ses quarante sous deux deniers, le jeune coquin 
consent à mener l'aveugle vers le tombeau, mais celui-ci est 
bien gardé par les chevaliers que les Juits y ont appostés. Sau- 
dret en profite pour taire une belle peur à son maître et éviter 
le dangereux miracle qui le priverait de son seul moyen d'exis- 
tence : 

S.KUDRFr 

Maisire I 

CECUS 

Quoy ? 

SAUDRET 

Il nous convient rendre 
ou deffendrc ou nous sommes mors I 

CECUS 

He las ! Pourquoy ? 

SAUDRET 

Autour du corps 
sont gens armez de pic en cappe. 

CECUS 

N'alons point en lieu ou l'en frappe, 
je te requier. 

I. Le copiste du ms. fr. 972, f» 93 r», qui n"a pas compris ces mots, les a 
remplacés par« siffler en paulme ». Subler c'est u siffler •> ; a haiide doit signi- 
fier « as'ec ardeur », cf. de baulde ivuUnté (Godciroy^ vo bald;. 



» 



LA SCENE DE L AVEUGLE ET DE SON \ ALi.T 353 

SAUDRET 

Fuyez, fuyez, 
et, se vous povez, vous sauvez 
ou certes vous estes perdu, 
car je suys si très e^perdu 
que je n'y s»;ay remède plus, 
sinon de faire viJitnus * 
a la mort benedicitc. 
Wn\:/. tost ou en vérité 
je vous lesrav en erranu'e -. 

CECLS 

Ht, pour Dieu, ne me laisse mye, 
Saudret, je te requier mercy ! 

SAUDRET 

Fuyon nous en tautost par cy I 
Courez tost sans faire delav 
ou certes je vous planteray, 
mais ce sera pour reverdir '. 

CECUS 

Tu me fais tout le cuer fredir. 
Regarde s'ilz nous suivent point 
et se tu verras lieu ne point 
pour nous mucer ou nous ruser. 

SAUDRET 

Me cuidcs vous cy amuser 
a regarder derrière mov ? 
Trotez ou, foy que je vous doy, 
je vous lerray pour m'en courir ! 

CECUS 

He! Dieu nous vueille secourir ! 
Nous suivent ilz? 



1. Cette phrase n'est pas très claire. Que signifie cette expression emprun- 
tée à la diplomatique ? Faut-il entendre : « Nous avons vu la mort de près et 
il convient de réciter le bénédicité. » 

2. Ms. fr. 972, escrnnye, f. 94. ErnimyeQsi certainement, selon la sugges- 
tion de M. Jeanroy, pour esramie ou aramie (voyez ce dernier mot dans 
Godefroy) « bataille ». 

3. Saudret joue sur le mot planter. Peut-être est-ce une allusion comique 
au miracle de saint Martin endormi et près duquel verdissent les bâtons que 
saint Brice a piqués. 

Romani a, XLI. 2 s 



354 G. conKN 

SAUDRFT 

I^s ! je ne ss-iy. 
Venez loM ou je vous lesray, 
par la loy que je lien de Dieu. 
A de.» ! il n y .» point de jeu 
d'esire icv tué nuintenant . 

CECUS 

Hc las! Saudret, mon doulx enfant, 
et mon seigneur ci mon amy, 
ne me laisse point, las ! hemy! 
et vous ne perdrez pas la peine, 
car je suis a la grosse alaync 
Cl tout concilié de paour ! 

Il ne dit que trop vrai et Saudret le lui reproche sans 
ménagement : 

CECUS 

f* 8i v« Arrcstons nous en cesie place 

pour savoir s'ilz viennent ou non. 
Tu ne vois rien ? 

SAUDRET 

Ce ne fais mon . . . 

Ce dialogue a reçu dans le ms. 972, transcrit en 1491, donc 
trente-cinq ans après la composition du ms. 632 de Chantilly, 
un développement intéressant et qui en accentue, de la façon 
la plus heureuse, le caractère comique. 11 s'agit visiblement 
d'une intercalation entre le vers 

d'estre vcx tué maintenant 
et 

He las ! Sauldret, mon doulx enfant. 

Au moment où les deux mendiants s'avancent vers le 
Sépulcre, Saudret contrefait sa voix et feint d'être un des che- 
valiers... anglais qui gardent le tombeau du Christ. L'anachro- 
nisme n'a jamais troublé nos auteurs de mystères qui vont 
jusqu'à attribuer à\abuchodonosor,dans le Fiel Testament, une 
artillerie supérieure à celle du roi de France et qui font accueil- 
lir Jésus en Enfer par des bordées de coups de canon. 



I.A SC^.N'E DK l'aVI-UGI-K KV I)K S(^N VAI.HT 3)5 

L'imitation de l'anglais parlant français n'est pas nouvelle sur 
la scène médiévale, puisque le A/vj:/<rt' </(• Vf/Zw/Lc/z/V, un peu anté- 
rieur à 1472, et probablement donc à notre version de la Rcsnr- 
r<r//i);/,en offre d'abondants exemples que M. Matzkc' a étudiés. 
Les tautes caractéristiques volontairement introduites par les 
deux textes du xv*' siècle ne sont pas tout à tait les mêmes que 
dans les poésies du xiir siècle analysées par \\. Faral ■'. Les 
formes verbales en v dominent (i^iirJy ly -— gardez-vous, 
nioiirily =^ mouTTcZyiii'nioiirity -^ demeurerez ou mourrez)' à 
tous les temps et à toutes les personnes, /'^///y-*, qu'il faut pro- 
bablement prononcer /()///v, semble presque l'unique forme du 
verbe t'Vrt' dans tous ses emplois et remplace \c foui du romande 
Renart. Il a survécu jusqu'à Rabelais dans l'interpellation ironique 
deCarpalim à l'adresse de Panurge : « Sainct Treignan fouty(s) 
vous d'Kcoss », qu'on a si souvent mal interprétée *. My 
(moi) s'explique assez par l'anglais; pas plus que ty il ne figure 
dans le Mystère de saitil Louis ^\ qui pourtant a souvent ly. La 
confusion des personnes, les jurements par « sainct George », 
« sainct Triiznan » et le « Bigot» achèvent de donner la couleur 
locale au langage du faux anglais. Au surplus voici cette 
intercalation : 

Ms. fr. 972, {"*' 94 v° et 95 r° : 



1. Sotne examples oj french as spoken b\ eni^lishmcn in oLl french litei\ituie 
(Hxtr. de Moilern Philoloi^ie, vol. III, U'> i, juin 1905). 

2. Mimes français du XI If^ siècle^ Paris, Champion, 1910. On y 
trouvera à la p. 35 cl suivantes un tableau très complet des altérations voulues 
de ces textes comiques. Il faudra recourir aux notices de Fr. Michel dans le 
Mystère de saint LouiSj imprimé pour le Roxburghe (^lub, 1875, p. u et 
39sqL].. et dans l'appendice de son édition du Prince Noir, Londres, 1893, 
oubliée par M. Matzke. 

3. A défaut de ces formes qui ne tlgurent pas dans le Mystère de saint 
Louis, on V en peut trouver d'analogues : « Je faity army tout mon gcnt, se 
nous diiy », etc., etc., p. 56. 

4. Mystère de saint Louis, p. 35 : « Bin fuly vous venu », « Je croy bin 
vous futy harau (héraut) », etc. 

5. Pantagruel, ch. IX; d. G. Cohen, Rabelais et le théâtre {Revue des 
Etudes raMaisienues, 191 1, p. 42). 

6. Mi sert de sujet au lieu de je dans le Fabliau de deux Angloys et de Vanel 
cité par .Matzke, op. cit., p. 1 1. 



356 G. COHIN 

A dcj ! Il n'y a point Je jeu 
d'cstrc cv lu<J mainicn.ini 
ce >oni An^ilois certainement, 
qui nous tucrotit soit droit ou tort. 

SALUKET 

fnuttl i\'i< »/ fl iiiùU iulhuc 

A mon ! A mon ! vous futy mort ! 
Sainci Gcorg(e) ! vous demourity cy '. 

SAUDRFT 

loquatur stuitti primam xwcvi 
Lâs ! Messcigncurs ! et qu'est cecy ? 
Voulez vous tuer ce pouvrc homme 
qui s'en vient tout fin droit de Homme 
pour impetrer un grant pardon. 

CECUS 

Las! Je vous requiers en pur don ^ 
que me laissez soit bel ou lait '. 

SA U DR ET 

viutd iterutu vocctn et dicat 

Par sainct Trignan *, vostre varlel 
cl vous mourity sans delay. 

Loquatur SauDRET suam primam Z'0C€m 

Las ! mon maisire ! defTendez moy 
ou je mourray sans plus attendre. 

1 . Le r de George est une erreur du copiste : il y aurait une syllabe de trop. 
Les Anglais, depuis le xiii* siècle, semblent, à cause de l'intensité de l'accent, 
avoir laisse tomber Vf muet . Toutes ces pièces comiques le retranchent sys- 
tématiquement : MyiUre de saint Jjouis : w l'arm de mon mer », p. 55 ; « Bi 
saint Gorg! futy maie guis », p. )6. 

2. Cf. Villon, L^ù, XVI, 121 : « Item laisse et donne en pur don. » Le sens 
est • comme simple don » ou plutôt c'est une de ces expressions clichées 
dont le sens est très affaibli et qui sont devenues formules banales. 

3. « Soit bel ou lait » appartient à la série des couples comme <' à droit 
ou ton », « à ton ou à raison » qui n'ont plus qu'un sens vague c de façon 
ou d'autre ». 

4. Sainct Trif^nan est pour Sainct Treif^nan : le / pour le e est régulier dans 
nos tentes de jargon ; dans la citation du Pantagruel Cch. ix) que nous venons 
d" Kt Treigrun. Je renvoie à U note que l'on trouvera dans la 

jn de Rabelais de M. Abel Lcfranc (Paris, Champion, 191 2 
et suiv,^. 



LA SCi\E DE l'aVEUGLK ET DE SON VALET 357 

CECUS 

Las! Monseigneur ! vucillcs nous pranJrc 
a rcnson, je le vous requier. 
Je vous donray, sans varier, 
dyx beaux solz, je vous certiffy. 

SAUDRET 

tnult't sua tu vocnn 

Donne dix solz et on * futy 
monstre les my sans plus rasier*. 

CECUS 

Vez les la, sans plus h;ibillcr 
et vous suffise de les prandre. 

SAUDRET 

tnuti't voccvi suiitn 

Bien ' gardy ty vous de mesprandre 
Bigot ! [burjiare ! * Adieu vous dy. 

CECUS 

Sang bieu ! Je sui tout estourdv ! 
Le diable y ait part en la guerre 
et sont des archiers d'Angleterre 
qui nous ont ainsi ravallés. 

Il ne faudrait pas attribuer au remanicur à qui nous devons 
le jari^on des pseudo-archers d'An<^leterre le mérite d'avoir 

1. Obscurcissement de <>; ; pour/j//y, voir plus haut. Ne faudrait-il pas 
corriger enjuly ■=. enfuis-toi ? 

2. Marchander, barguigner, comme encore aujourd'hui en français popu- 
laire. 

5. On s'attendait à hiu. Remarquer le mélange du « vous » et du « lu » 
qui pourtant se trouve aussi dans les paroles de l'aveugle citées plus haut. 

4. Ms. : Bt'ijol ! lare! Je crois jxjuvoir légitimtnunt parfaire ainsi la 
mesure, l'expression étant bien connue. Cf. Mystère de saiut Louii : Mil- 
lort, bigot ! certes burlare, p. 57; bigot! burlare, p. to. Cf. encore Vil- 
lon, Testament, CXL, v. 158) : Foy que doy brelare bigod, que M. Lon- 
gnon interprète justement comme une corruption des jurons anglais : By'r 
lord, bygod. licite à ce propos, d'après Godefroy (vo frelore), \c Passetewps 
(TOvsh'cte de Robert Gaguin : 

Jamais Françoys bien ne saura 
Jurer(par] bi God ni brelare. 
Bi^ot figure plusieurs fois dans le Mystcre de saint Lcuis, p. 56 et suiv. 



3)8 G. COHEN 

introduit ici le truc du changement de voix, il est probable 
qu'il ne l'aura que « corst^ » un peu en l'appliquant à des 
Anglais, mais qu'il l'a pris dans les scènes suivantes que nt)us 
allons analv-^cr TnninTiMinnt et qui stMit dtià dans le manuscrit 
de 14)6. 

C'est pour servir de divertissement à la tin de la seconde 
journée que nous retrouvons nos deux compères. 

L'aveugle veut de nouveau que Saudret lui donne du <i mon- 
seii^neur », mais celui-ci s'y refuse avec la même obstination, si 
bien que, satire piquante des mœurs chevaleresques, une ren- 
contre est jui^ée inévitable. La provocation a lieu suivant les 
règles et cela est du meilleur comique. Cecus jette un « i^aige » ; 
Saudret le relève. Mais comment faire pour combattre à armes 
éi!ales ? Cecus a trouvé une solution : 

1'^ 223 r Je suv content en champ cstroit 

que l'on appelle broche-cul, 
mais je ne sçay s'il a cy nul 
homme qui bien nous abbilast 
cl lyast et aussi jugeast 
de no7. coups et de nostre guerre. 

Patience! Saudret y a pourvu et sera lui-même cet impartial 
arbitre. 

SAUDRFT 

Taisies vous. Je vous en voys qucrrc 
ung qui bien nous habillera, 
tout le premier qui passera 
par icy et fera l'office. 
Demourez cy tant que j'en puisse 
en trouver ung. HauCla) ! mon amy! 

FICTUS 

Saudret mutel vocetu, 
Qpc vous plaist il ? 

x\LDRET 

[en sa ivix ] ». 

X'enez, amy I 
S'il vous plaist et je vous en prye 
par fleur de bonne compagnie, 
vous me scmblez hommes de bien. 

I. Les mots entre crochets appartiennent au ms. fr. 972. 



LA SCÈNE 'DE L*AVEUGLE ET DE SON VALET 359 

f° 223 vo CECUS 

Voire pour Dieu ! 

Ficrus 

Je le vucil bicu. 
Que voulez vous que je vous (acc ? 

CKCUS 

Mon chier amv, sans point d'espace, 
le vous Jirav, vecy le cas : 
Nous avons eu aucuns debas, 
mon varlet, qui cy est, et mov 
et par ouliraige en grant desrov 
m'a dit injure et desmenii, 
sans s'en estre oncques repenti, 
et, qui pis est, m'a appelle 
« villain », tant qu'il m'a compcilé 
gectcr mon gaige a le combatre 
fo 224 vo affin de grant orgueil abatre 

de quoy le ribault se vantoit 
en luy responnant qu'il mentoit, 
et lequel gaige il a levé, 
sur quoy nous avons accepté 
de combatre a ung jeu notable 
de champ estroit sur une table, 
mais qu'il y eust qui nous' lyast 
et jugeast et nous desliast, 
sans fallace ne tromperie. 
Pouvre chier amy, je vous prye 
que nous y gardez loyaulté. 

FICTUS 

Je vous promect que feaulté 
g'y garderay de tous costez 
mais il faudra que vous ostez 
le mantel et la symphonie. 

CECUS 

Je le vueil, se Dieu me beneye. 

FICTU.S 

Or cza, varlet, est il ainsy 
Comme cest homme a dit icv ? 

S.\UDRET 

Il vous a bien compté son droit. 



360 G. COHEN 

FICTUS 

Comnicm avez vous nom ? 

SAUDRET 

S.uidrcl. 

FICTUS 

Et vous mon amy ? 

CECUS 

Galleboys. 

FICTUS 

Or bien ! tantost a vous je voys 
mais que j'aye lié ce varlct. 

SAUDRET 

Amy, je vous diray qu'il est. 
f. 224 vo Lyez moy tout courtoisement, 

je vous en pry, ou autrement 
vous orrez qu'il en ystra noyse. 

CECUS 

Lyez le bien comment qu'il voyse, 
sans luy donner point d'avantaige 

FICTUS 

Certes, Galleboys, si feray ge'. 
Il n'y ara point de faveur. 

Saudret qui, naturellement, est resté parfaitement libre, pro- 
teste que ses liens le serrent trop ; l'aveugle se plaint à son tour 
et avec plus de raison d'être lié trop fort, mais par une ironie 
suprême, Saudret-Fictus lui répond : 

f. 225 \-o Vous ne Testes ne plus ne moins 

qu'est Saudret, je le vous asseure. 

Après de grands défis, imités de la langue des tournois et 
comme ni l'un ni l'autre ne consentent à se rétracter, le combat 
inégal s'engage. Saudret pique son maître de sa « lancette », 
mais échappe facilement à ses coups. Dans la version du ms. fr. 



I . Ms. 6} 2, f. 224 V-^ : que si feray je. 



LA SCHNE DE l'aVEUGLE ET DE SON VALET 361 

972 (f. 236 r°), Fictus leur jette de Tcau pour les rafraichir 
« comme il appartient » : 

... Il fault qu'on arrousc 
a ung cliascun de vous le cul. 

L\iveugle demande grâce, mais Saudret exige dix sous de ran- 
çon. 

CECUS 

f. 227 vo Puis qu'ainsy est, or les prenez. 

SAUDRET 

En quel lieu ? 

CECUS 

Vous les trouverez 
En ma manche en ung drappelet. 

SAUDRET 

f. 228 ro Y a il or? 

CECUS 

Pas ung pelet ». 
Je n'en ay point, mon amv fin. 

Saudret est pris de scrupule. Jl a quelque délicatesse : c'est 
Fictus qui doit prendre dans le sac le prix de la rançon. 

SAUDRET 

Touteffoiz, maistre, a celle fin 
que l'en ne me puisse imposer 
larrecin ou rien mal gloser 
contre moy, cest homme de bien 
les prendra, le voules vous bien ? 
Responnez franchement. 

CECUS 

Ouy ! 

car je me fye bien en luv, 

pour ce qu'il me semble bonhomme. 

FICTUS 

J'ameroie plus chier estre a Romme 
tout nu en ma propre chemise 

I. Pas un poil. 



^62 C. COIIKK 

que d'avoir une nuillc prise 
du vostrc S.U1S vosirc confie 
Yccx les cy. 

L.,ipi.ii tu ttumtiti. 



ri;> 



Ficius voudrait aller dincr. Mais où 



CKCUS 

Allons chez le premier 
OU hosicllicr ou tavemier 
ou aura de bon vin n vendre, 
des povs, du lan. de bon pain tendre, 
du rost, de la paiicerie. 
ou de quelque autre leclierie 
et nous v disnons bien et fort. 



«Ç X-.1 



SAUDRFT 

Par mon serment, j'en suy d'accort. 
Or v alons no/, troys ensemble, 
cir nous y berons, ce me semble, 
du meilleur vin en paix faisant. 

« Icy endroit tîne le jeu du second jour », mais nos 
hommes sont encore à la taverne vers le début de la troi- 
sième journée du Mystère. Ils sont bien « refaits ». Tictus 
va devoir les quitter pour aller à son affaire ; dernière et inap- 
préciable occasion pour Saudrct de soutirer encore quelques sous 
à son maître. Ce pauvre homme a perdu son temps à leur ser- 
vir d'arbitre; il convient de le dédommager. « Combien ? » 
demande l'aveugle... <' Cinq sous », répond le valet. Mais à 
trompeur, trompeur et demi. 

I. z}o \-" Tu devroyes porter celle somme, 

puis que tu as eu la victoire ! 

Au contraire ». réplique Saudret, « c'est vous qui êtes 
battu et qui donc devez payer. » 

. -.>9 r* Ainsi le font ceulx qui se rendent 

en bauillc et (si) paient raison. 

L*aveugle croit être trè-s malin ; il va se faire prêter cette 
somme, à valoir sur la prochaine quête. 



LA SCàNE DE L*AVEUGI.K ET DE SON VAI.ET ^6} 

f. 259 r* Je te pry donc, mon cnfançon, 

preste moy de cinq sol/ la somme 
pour bailler a ce vaillant honmie, 
qui cy est, avant qu'il s'en aille, 
car je n'ay plus denier ne maille. 

Saiidrct fait le bon garçon cl se laisse convaincre. Cela n'a 
du reste aucune inipc^rtance puisqu'il rentrera bientôt clans ses 
fonds. 

SAL'DRET • TrihiiU. 

Vêles cy donc en vérité : 

ung, deux, iroys, quatre, cinq cl six. 

CECUS 

Or venez a moy, beaux amys ! 

Vous me semble/, bonne personne. 

Vecy cinq sol/ que je vous donne 

de monnoye en recongnoissance 

de voz paincs et sans doubtance. 

Vous me semble/ honmie de bien ! Tnulat. 

FICTUS 

Je vous mercyc et s'il est rien 
que vous me vueillés commander, 
ne faictes sinon me mander 
et vous m'are/, je vous affie. 
A Dieu ! 

CECUS 

.•\ Dieu qui vous coiiduve ! 
Mais dictes moy, s'il vous agrée, 
vostre nom et en quel contrée 
demeurez. 

FICTUS 

J'ay nom Choscfainte, 
qui suys en Jherusalem paintc. 
La mercy de Dieu qui tout fist, 
Vous ne trouverez si petit, 
qui ne vous dye ou je demeure. 
A Dieu vous dv. 



I. S'adressanl à l'aveugle. 



3^4 G. COHEN 

f. 246 \« CECI" S 

V.n la bonne heure, 
mon amy, puisscz vous aller. 

SAUDRET 

Ouystes vous oncques parler, 

nuistre, plus gracieuscmeni 

ne plus mélodieusement 

que fait ccst homme qui se p.m 

d'avccques nous ; quant de ma part, 

je m'en tien a très bien content. 

CECUS 

Aussi l'argc payé content. 
Il emporte cinq solz du mien. 

SAUDRET 

Certainement, je croy cl tien 

qu'il/, sont bien emploies sans doubtc. 

Ici ils chantent tous deux les bienfaits et les méfaits de la 
« vince » puis, pour mieux les éprouver, après avoir bien 
vendu des « rolets » de leur chanson, ils vont boire cà l'hôtelle- 
rie d'Emmaùs. Le ms. fr. 972 est de nouveau plus riche ici 
que l'original ; il a un amusant dialogue entre les deux men- 
diants et l'insolent valet de l'hôte d'Emmai'is, mais je n'ai pas 
besoin d'y insister puisque je l'ai reproduit ailleurs en entier'. 

Ils «« repaissent » et l'hôte est payé d'une chanson « plaisante 
et belle ». Dans le ms. 632, c'est un apothicaire charitable qui 
leur donne vin et viande (f. 259 r° à 261 r°). Puis ils font place 
à des personnages plus sérieux. 

Il y a bien d'autres scènes d'aveugle et de valet dans le 
théâtre de la fin du xv^ et du commencement du xvi*^ siècle. 
Il y en a dans le Sainî-Bcnmrd de Mcnîhon (v. 4059-80) qui 
n'ont d'ailleurs de spirituel que les deux vers que j'ai cités. Il y 
en a d'un comique très atténué dans le Mystère de saint Laurent 'y 
entre l'aveugle Briet et son valet Las.sot ; il y en a enfin de très 
drôles dans le Mystère des Actes des Apôtres K L'aveugle de Jéru- 

^' ' ••-« U'ilmotU, t. I, pp. I2)-X. 

^. i^. ..allcnskôld et Sôdeihjelm, pp. 66-8 et J'9-90. Briet est guéri 
par Laurent, p. 98. 

3. Éd. de 1)37 (n. s., 1538;, vol. I, foxxii v". L'aveugle et son valet dans 
le Xf. .'."r/ ?^ nint Louis de Gringore n'ont que quelques disputes plaisantes 



LA SCÈNE DE l'aVEL'GLE ET DE SON NALKT 365 

salcm s'y plaint de son valet Gobin qui est à in taverne; mais 
celui-ci teint de ne pas entendre et dit en aparté : 

Ciobin taict le sourd 
lam qu'il aura prins son repas 

l'aveugle 
Hau ! mon mignon. 

GOBIN [à /'«J/7j. 

Il n'y est pas. 
Il est allé chasser aux lièvres. 

l'avfugle 
Ht venez ! que les fortes lièvres 
vous puissent guyierner ' les os. 

GOHIN 

Ha! sang bieu ! que vous parlez gros, 
maistre, vous m'avez resveillé ! 

l'aveugle 
Dont viens tu ? 

GOBIN 

J'ay cy sommeillé 
bien ung quart d'heure ou peu s'en fault, 
mais vous avez cryé si hault 
que vous m'avez presque estonué 
Qu'i a il? 

l'aveugle 

Tu as desjeuné ! 
Dieu te mette en malle sepmaine, 
je le sentz bien a ton allaine 
qui sent le vin a plein museau. 

GOBIN 

Le vin ? 

l'aveugle 
Voire comme ung houzeau. 

GOBIN 

J'ay donc desjeuné en dormant. 



{La Vie Mgr Saiut Louis, par Pierre Gringore, éd. A. de Montaiglon; pre- 
mier livre, passitn). 
I. Torturer. 



366 G. COHEN 

Gobin coiurairciiKMU à Saudrci cn^.i^c son maître à aller à 
jémsalcm se taire mimculer; ils y vont. Ce n'est pas la seule 
dirrérence entre ce dernier texte, qui est assez tardif, et celui de 
1456. Dans les Mus des Apôtres ^ comme dans le .S<;/;// Bcrmird 
de Menîhm et le Saint Limrent, on remarque l'absence de la 
plaisanterie caractéristique du cbani^ement de voix. 

Vm contre celle-ci existe dans la Farce de FAvençle et de son 
larlet tort que Maistre Fran^;ois Briand fit jouer par ses élèves à 
AiYliers, en i$i2, et qu'il a intercalée dans sa « tierce histoire » 
de la Nativité dont les éléments au moins sont empruntés ;\ des 
mvstères antérieurs '. 

Jamet, prenant une voix de lemme, feint d'être une bourgeoise 
qui asperge l'aveugle pour le chasser. Malgré la grossièreté de 
leurs mœurs, Jésus les prend en pitié et guérit l'un de sa cécité, 
l'autre de sa claudication. 

Ce qui est curieux, c'est qu'aucun des grands recueils de 
farces qui nous ont été transmis, ne renferme de farce de 
l'aveuiile et de son valet ressemblant à celle de Tournai ou à 
celle des mvstères du xv*. Même la Farce d un aveuo^U\ son valet 
et la tripière^, en est très éloignée. L'élément essentiel, la feinte 
de voix, y manque, et d'ailleurs c'est surtout la rixe entre le 
valet et la tripière qui en est le thème. A l'aveugle et son valet 
est confié aussi un intermède à la fois comique et sérieux 
dans la Moraliti de la maladie de Chrestiente {] y}^) K 

Tous les textes que nous venons de citer ont ceci de commun 
qu'ils présentent un dialogue à la fois grossier et plaisant entre 
un aveugle et son valet, mais, quant à la lettre de leur texte, 
aucun d'entre eux ne ressemble à l'autre. 

On peut cependant les répartir en deux classes, suivant qu'ils 
présentent ou non la feinte du valet déguisant sa voix pour 
battre ou du|x:r son maître. 

Or cette feinte nous apparaît dans la farce de Tournai, au 

1. Quatre histoires par pfr son fiai f;es..., publiées par Henri Chardon, Paris, 
Champion, 1906. Farc/de FAifugle et de son varlet tort, par le même éditeur, 
Paris, Champion, 190J. 

2. Choix de farces, soties et moralités des AT* et XVh siècles, publiées par 
Emile .Mabillc, Nice, 1872; t. I, p. 99 et suivantes. 

3. Cf. Picot, Bulletin dt la Société d'histoire du prolestantisuu français, 1887, 
p. Î48 et $uîv. 



LA SCÈNE DK l'aVEUGLE ET DE SON VALET 367 

xill* siècle, dans le Mystnc île la Résurrirtioii.cn 1456, cl dans la 
\iitii'itt' pur pt'rsoîiruti^t's de l-ran^oys Briand. 

Il me semble malaisé d'admettre que ce truc ait été réinventé. 
On ne réinvente i^uère ces choses-là, on se les transmet, lu il 
s'agit d'une tradition qui, jusqu'à plus ample informé, est 
uniquement française, car l'auteur inconnu du Luî^arilU' de Tor- 
ffU'S ne l'aurait pas laissé échapper et en aurait enrichi son plai- 
sant récit'. Il n'est pas impossible par contre que, comme le 
veut G. Paris-, Molière en ait recueilli un écho dans les J'onr- 
beries de Srapin, où Silvestre, déguisé en spadassin, terrorise 
Argante qui ne le voit point. 

Donc il n'y a pour nous aucun doute, les scènes d'aveugle et 
de valet du xv^^ et même du xvr" siècle, surtout celles qui pré- 
sentent la feinte de voix, sont, directement ou indirectement, 
apparentées à la farce tournaisienne, mais c'est sur les modalités 
de ces liens qu'une discussion peut et doit surgir. 

L;i fiirce du xiiT' siècle est isolée; elle a bien l'air de former 
un tout et de nous avoir été transmise intégralement. 

Elle ne renferme aucune allusion à un drame religieux, mais 
par contre presque toutes les scènes d'aveugle et de valet du 
xv*^ au xvr" siècle appartiennent à des drames de cette catégorie. 

Dès lors, cette pensée devait naturellement surgir que la fiirce 
du xiii*" siècle pouvait n'être qu'un fragment détaché d'un mys- 
tère. Cette théorie est due à M. Wilmotte. \i\\c a été exprimée 
par lui incidemment dans ses Pussions allemamies du Rhin ^, et 

1. 11 est certain que le Lu^^anUt' a eu recours à des sources populaires, 
farces ou récits, sans cela on ne s'expliquerait pas le truc du « niozo » buvant 
avec une paille le vin de son maître, trait qui se retrouve dans une miniature 
du .\Is. du British Muséum, 10 E. IV, 1° 217 b, reproduite ù la p. 405 (d. 
aussi p. 27-28) de jusserand, IltigUsh u'a\/ar:m; ïije in the midle-oges 
(.\7Ft'> atilury), translated by Lucy Toulmiu Smith, 4»'' éd., I.ondon, 
T. Fisher Unwin, 1892, in-12. Je ne sais comment expliquer cette rencontre 
des traditions espa^^nole et anglaise. Cf. Foulché-Delbosc, Rcniarqtus sur 
La:;jLirilU de Termes {Rei'tie Hispanique, t. VII, p. 81-97), et Morcl-Fatio, 
Etudes sur V Espagne^ i" s., 2^ éd., p. 165. 

2. Esquisse historique de la littérature frauçaise au moyen dge, Pari.s, Colin, 

Ï907. § 156. 

3. Mémoires de V Académie Royale de Belgique, in-ôo, t. L\', 6* fascicule 
(1898), p. 106. 



3^8 G. COHEN 

elle csi conforme à s,i ilusc sur Li fuiissaiiir <//• rélnncnt 
comique dans U Oyéàtrf religieux, \o\c\ sa formule ' : 

« L*aveuglc-nè n'est nullement un mendiant dans la tradition 
évangêliquc ; mais la tentation d'en faire un loqueteux était trop 
forte; Cl il est probable que, dès le xin" siùcle, les auteurs dra- 
matiques y succombèrent inévitablement. Ainsi s'explique la 
farce de Tournai, que je considère comme le rifacimaito très 
profane d'un épisode détaché d'une passion en dialecte picard. » 

Rectifions en passant cette assertion que l'aveugle-né ne serait 
pas un mendiant. C'en est bien un d.ins M.uc (\, .}6-52) 
comme dans Luc (wni, ^5-.|>) : « Giecus quidam sedcbat 
secus viam, mendicans. » 

Voici les arguments que l'on pourrait donner en faveur de 
cette séduisante hypothèse : 

i) Il y a une tendance, dès le commencement du xiii*' siècle, 
à transformer, dans les mystères, les aveugles en mendiants. 
Dans le fragment de R/surreeiion découvert par Jubinal, « Lon- 
gin le ciu » est devenu un miséreux : 

Car del gainncr grant mcstcr ai : 
povres sui, dcspcnsc me faut; 
ascz dtmand, mes poi me vaut. 

De même dans la Passion d'Autun qui est fort archaïque, 
Longin, « ancien chevalier et prudhomnic », a perdu son avoir, 
ei mendie en chantant sur la route (aiulal, fol. i6i v"). Li Pas- 
siand'itc de Semur, qu'a publiée M. Roy, lui adjoint, nous l'avons 
\*u, un insolent valet nommé Ganimedes. 

2) On a dû faire de même pour l'aveugle-né et lui adjoindre 
de bonne heure, dans des Passions que nous avons perdues, un 
valet. C'est en tous cas ce que l'on fit plus tard dans la Passion 
d'Arras (premier quart du xV siècle). Greban a dû connaître 
cette tradition et l'abandonner volontairement. Il semble en 
faire donner la raison par son aveugle-né : 

Mauvais garçons me dcsvoiroicnt 
plus tost qu'iLz ne meconduiroicnt. 



I. AnttiiUi tnUrrutionaUi Ihiitoire (Paris, 1900), p. >} ; reproduit dans 
ÊtuJfs critiquai sur la Tradition litUraire en France, Paris, Champion, 
1909. 



LA SCÈKE DH 1 AVEUGLE ET DE SON VALET 369 

3) Dans le Mystère de la Résurrection^ les scènes d\ivcu»ile et 
de vaiet sont intimement liées au drame puisque l'aveugle vase 
faire enluminer au tombeau du Christ. Il est mC'me probable 
qu'elles ont leur prototype dans quelque Passion, par exemple 
celle de 1446, à laquelle le Prologue du ms. 632 ' fait allusion. 

On nous dit expressément que Saudret a servi de valet à 

l'homme qui fui avcuglc-nc 
que Jhc!>usa enluminé. 

Le récit du relus de payement après le miracle pourrait bien 
être une allusion A quelque scène connue des spectateurs. 

4) Si la scène de l'aveugle et de son valet n'était pas issue ori- 
ginellement du drame religieux, on ne s'expliquerait pas qu'au 
XV* siècle, elle fût si abondamment représentée dans les mystères 
et qu'elle nous apparût ;\ peine sous forme de fiirce. 

Je ne me dissimule pas que ces arguments sont très solides 
d'autant plus quç, pour beaucoup de thèmes, par exemple dans 
le cas des Pèlerins d'Emmaiis, la théorie du développement 
interne de l'élément comique sufinàtout expliquer. 

Cependant, s'il y a eu, dans une Passion picarde, une scène 
d'aveugle au moins aussi développée que celle de Tournai qui 
en dériverait, pourquoi la Passion, picarde aussi, ^ conservée à 
Arras et qui devrait être, à quelque degré, apparentée à la dite 
Passion picarde, aurait-elle, dans sa courte scène comique entre 
Taveugle et le valet, omis la feinte du changement de voix, 
qu*ont connue les drames ultérieurs? 

Pour expliquer cette identité de thème et de procédé comique, 
une autre théorie a été émise, celle de l'insertion des farces et 
monologues de jongleurs dans les pièces religieuses. Cette opi- 
nion est celle de M. Creizenach -. 



1. po 2 vo cl 5 r\ \L\ noicr, sans le dire plus, 
• que celluy qui joua Jhesus 

a celle mesme Passion 
doni l'en fisi demonsiracion 
a Angiers dedens l'an précis 
mil quaire cens quaranie et six. 

2. \V. Creizenach, Geschichte des luiuren Dratnas, 2' édilion. Halle, Xie- 
meyer, 1911, p. 409. Cf. aussi p. 399. 

Romanii. XU. 24 



7'*o c. cowvs 

Voici comment il la torimilc Oc mcmc que l.i f.ircc du 

mendiant avcui^le cl de son coiiducicur peut nous amener à 
su. : que dans les mystères Irançais ces persiMinai;cs 

comiques traditionnels sont empruntés au drame profane, de 
même nous sommes fondés à formuler une semblable hypo- 
thèse en ce qui touche les types comiques les plus répandus 
dans les jeux religieux allemands, le médecin et son serviteur. « 

S*il fallait justifier cette opinion ', exactement opposée à celle 
de M. Wilmotte, on dirait à peu prés ceci : 

i) La farce de Tournai constitue un tout, a un commence- 
ment et une fin, et, comme elle ne renferme aucune allusion à 
des circonstances d'un mystère quelconque, de la Passion ou de 
la Résurrection, il n'y a aucune raison de supposer qu'elle en 
dérive. 

2) L'auteur du Mystnc de la Résurrection lui-même a bien 
l'air de ne considérer les scènes de l'aveui^le et de son valet que 
comme un hors-d'œuvrc, une farsiture destinée à amuser les 
spccuteurs, semblable à cette ordurière Farce du A/('//;//V/ , à qui 
personne n'attribuera une origine religieuse et qui fut jouée 
avant le Mystère de saint Martin, à Seurre, en 1496. On lit en 
tîiei dans un des Prologues du ms. 632 de Chantilly, f. 86 r° 
et V 

.\ussi y sont par intervalles 
d'aucuns csbatcmcnts et galles 
d'un aveugle et de son varlct, 
que gueres ne sellent au fait, 
si ce n'est pour vous resjouir 
et pour vos csp{e)ris refrcschir, 

î) La larcc ue Tournai est bien une farce de jongleur car 
Jehannet sait " de geste chanter » (v. 12 1-2) et le valet 

i. Pour .M, FariJ (A//>wr>yf,;'/vwu du Xllh iiàle, Paris, Champion, 1910, 
p. XLV), la tarcc de Tournai est un mimo-drame ou monologue dra- 
matique, mais ccb me semble peu probable, parce qu'elle en perdrait toute 
'■! *jvcur. jehannet, déguisant sa voix, ne menacerait plus que lui-même et ne 
■■'■'''* plus qu'une ombre. J'aimerais encore mieux supposer, comme me le 
it un jour M. .M. Roques, que cette farce était jouée par un vrai aveugle 
valet. Us chantaient « de gest" - r»ourquoi n'auraient-ils pas joué 
• — t .ccctier 



LA SCKNE DF I. AVKUGU: KV DF. SON VAI.ET ^JI 

de ravciii^lc dans les .-iilis liis Ap^Urcs (cdiiii)n de 15^7, vol. Il, 
f. xxiii V") s'attarde aussi à conter « d'Anus et d'Oi^ei ■. 

La théorie W'ilniotte rend bien compte de la présence de la 
scène de l'aveiiiile et du \alet dans les mystères, mais son point 
faible est qu'elle repose sur une double hypothèse en admettant 
l'existence de cette scène dans une Passion perdue du xiii'' siècle. 
I^a théorie de .\l. Creizenach au contraire, rend mal compte de la 
faveur qu'a rencontrée le plaisant dialo<^ue chez les auteurs de 
mystères et de son absence presque totale chez les farceurs des 
XV* et des xvr siècles. 

je penche donc pour la théorie Wilmotte de l'origine reli- 
gieuse, sans oser cependant en affirmer catégoriquement l'exac- 
titude. 

Qu'il me suffise, à délaut d'apporter des solutions sûres, d'avoir 
tait mieux connaître une de ces scènes vivantes, spirituelles, 
alertes de style et d'allure, d'un comique si imprévu, si franc, si 
ingénieux et si plaisant, qui sont les parties les plus durables et 
les meilleures de nos mystères et qui montrent dans leurs 
auteurs de modestes mais dignes ancêtres d'un Molière. 

J'ai dit •< ingénieux et plaisant », et ceci soulève encore, pour 
tinir, un petit problème de « Kulturgeschichte » qu'il est impos- 
sible de passer sous silence. CcMiiment le moven âge et même 
le xvr siècle ont-ils pu rire des aveugles et s'amuser des tours 
pendables qu'un coquin de garçon leur jouait ? Comnient s'ex- 
pliquer le fabliau des Trois Ave utiles de Com{^ièi^)ic bernés par un 
clerc, comment concevoir la joie du public en voyant Saudret, 
dans le Mystère de lu Rés nrrert ion, dc<^u'\scr sa. voix, se faire, sous 
le nom de l'ictus, l'arbitre de sa querelle avec son maître, le 
lier et alors, lâchement, le faire trébucher en le lardant de coups 
de lancette, et LM:;arille de Tonnes n'est-il pas, pour nous, bien 
révoltant aussi ? 

Il est très vrai que l'aveugle ne vaut pas mieux que son valet. 
A Tournai, il est paillard, cynique dans ses actes comme dans 
ses propos, ivrogne, et avare; ainsi est le patron de Lizarille, 
« type de iTiendiant dépravé, de gueux retors, qui sait par toutes 
sortes d'ingénieuses pratiques solliciter la charité des petites 
gens', définition qui s'appliquerait aussi bien au personnage 



I. Morel-Fatio, Préface à la l'ie de Lii^tiriUe de Tortues, Paris. Lau- 
netie, iSiiô, p. vu. 



372 G. COHEN 

français. Sn^n premier acte est de cogner par ruse la tète de 
son « garçon •• contre le taureau de pierre de Sahunanque, et 
il accompagne cette rude leçon d'un petit sermon : <« Niais, 
apprends que le garçon de l'aveugle doit savoir un brin de plus 
que le diable «.Aussi plus tard le garçon lui fît-il bien voir que 
la leçon avait porté ses fruits. 

Ce fut sans doute le rôle de la science moderne, de nous faire 
prendre en pitié ces déshérités : c'est à Haiiy que nous devons 
le respect de l'aveugle, comme c'est à nos aliénistcs que nous 
devons le respect du fou. Par un étrange retour, l'aveugle, dans 
la littérature contemporaine, devait devenir non plus un objet de 
raillerie, mais un haut symbole des ténèbres où se meut 
notre esprit ' . 

Gustave Cohen. 



I. Je songe par exemple aux .\veugles Je Baudelaire {Fleurs du Mal, 
p. 209) ei à h pièce de Maeterlinck intitulée Les Aveugles. 



NOTE ETIMOL(X;iClIl: ITALIAXR 



I. IT. DOVF. 



Non vicnc da de ubi, comc alcuni ' lian creduto, pcrclic 
il de indichcrcbbc provcnicn/a, mcnirc ilcrvc indica stato o 
moto verso luogo, c non si adopera mai per iiidicare prove- 
nienza. Il d ini/.iale è prostetico come ncl tosc. ihri'O ecco, e 
perciô la base délia voce è ubi. Il fatto che ubi dette pure 
regolarmente aiw non contrasta con quesia etimologia, perché 
puô ben credersi che la epentesi del d si sia sviluppata quando 
ove era preceduto da vocale. Potrebbe anche ammettersi che il 
d didoi'i'sh un rimasuglio délia congiunzione <'J (per e da et), 
aizi^reijatosi a oi'c. 

2. It. IXDARW. 

Premetto che questa voce, quasi spéciale dei dialetti toscani 
c délia lingua illustre, non ha riHessi negli altri dialetti italiani. 
Essa ha dato luogo aile più strane congetture etimologiche, 
délie quali nessuna sodisla. I^ppure se i linguisti invece di 
vangare nei profond i recessi delT antichità o tra le voci pere- 
grine dei lessici di lingue siraniere, che non hanno avuto mai 
rapporti colla lingua italiana, si Ibssero circoscritti a indagini 
modeste nel terreno toscano, avrebbero subito trovato quanto 
loro bisognava. Diez nientemeno pensava allô slavo daroin, 
pur notando la stranezza di una derivazione da un avverbio 
slavo neir italiano, e io acoiunqo : di siizniticato assolutamcnte 

' CTO O t* 

diverso, perché la voce slava vale « gratuitamente, in dono ». 
Korting (n. 2752) suppone che possa esservi una relazione tra 



I. Per es. Rigutini c Bulle, Kuoio Diiionario itaUavo-tedesco e ted.-it.^ 
Milano, 1 898, alla voce do%'e. 



;-'. (.lACOMO DK C.RFr.ORIO 

:>:,iijrfto c in darc, pcr vu di un m darc non, uiia base 
imma^inaria cosi sirana c bizzarra da tar sorridcrc. Pcrcio lia 
t'atio bcnc W'ilh. Wcvcr-I.Ubkc a non tcncr conio di qucstc 
supfHKtc basi ncl suo rcccntissinio RomaniwlM'S elytnoloijisflys 
II' \ Mcidclbcri;, 1911 ss. Artihciosa c stcniaia i]iianio 

mai O- poi rctimoloj;ia uiA proposia da AscdH, il qualc si pro- 
vava di collc^arc il losc. hidarno con l'afr. eu dm, eu dart, c 
irarlo nicnicmcno da in va no pcr la tratila, se non erro, di un 
•invasino! 

l-a origine di muaruo va ricercata ncl terrcno spéciale di 
qucsta vixe, an/i, |H)irebl>e scherzosamente ai;i;iun^ersi, va cer- 
cata proprio « in Amo », e non indarno. Il dialetto tîorentino 
usa l*e>; ^>ne in Aruo quasi con senso idciuico a iudaruo, 
pcr es. quando dice : îu lo ccrihi tu Aruo. \\ naturale clie l'uso 
di '10 (da tu Aruo) da frasi cosiffaite si sia esteso ad altre, 

dovc l'idea de! tîume Arno non entra punio. Dal lato tonetico 
non vi c da notare che lo sviluppo epenietico (prostetico ris- 
pctio ad ^rw^)di d, elle è un f;uto normale. Cfr. i sopra citati 
dcnY^ decco^ etc. .-Kdunque /// Aruo divenne tu daruo, c poi, pro- 
nunziandosi insieme le duc voci, iud(iruo\ 

}. ROMAK. TOSC. IT. GUITI'O. 

\cl romano, o romanesco che dir si voglia, ^tiitto si^nifica 

-' ^ ictio, vile, miserabile » ; ne è derivatOj^///7/^nV/ « miseria » (e 

cosî il famoso Belli intitola un suo sonetto). Il loscano ha pure 

. ncl senso di '< sordido, abbietto, vile», che c siato anche 

jrato dagli antichi scrittori, senza perô essere entrato nella 

iiniîua coinunc. \ap. Caix ÇSttuii di ctimol. ii. e routnu:;^a, 

n. ^55) trae\*a la voce de vie tu s, ma vie- in )^iii- non puo 

il 'ti- da -/- è pure ingiustificato. Tanio meno puô 

. L- l'idea di una origine dal basco ^ait (Korting, 41 16), 

che soltanto forse spicgherà lo sp. guit^ guito; ma questa voce 

significa « caparbio, tcstardo », e non puô aver da fare col no- 

stro gtiitto « miserabile » : se volessimo mettereancora in ballo il 

basco nelle etimologie dei dialctti italiani, potrcmmo pure met- 



\ me vcmbra meno accetubilc i etimolc^ia proposta da Schuchardt, in 
j^r ' '.. XXXI. ~TO. in ha'ic .n invano 4- * in darc r^ in donn. 



NOTE ETIMOI.OGICHK ITALIANE ^75 

tere in ballo le lingue bantu o le oce.iniche! Tobler coiinetteva 
rit. guitto con gretto, che tracva da una voce tedesca, «Ji forma 
simile a gretto ; ma gui- e gn- non si poiranno mai considcrare 
corne tutt* uno. Col fr. quitie la nostra voce sembrerebbe avère 
una certa relazione di sii^nificato. Infaiti (fuit ter d.i « lasciar 
libero » venne poi a si^^nificare » abbandonare, irascurare ». 
Cosî si potrebbe pensare che q uiltus (Kori., 7684), che spie«^a 
bene il tr. quitU (^quitter) e lo sp. e pt«,'. quito (quihir), spie- 
t^hi pure il roman, e tosc. quitta; ma la impossibiiità di spiei^are 
g' da (/- dist(\t,'lieda taie supposizione. 

A me sembra che la base sia v ictus, e che questa voce non 
divenne *Z'itto per non contondersi con vitio (sosiantivo) « cibo, 
nutrimento ». Del restoin tutto il terreno romanzonon mancano 
esempi di ,i^ per v iniziale (cfr. W . Meyer-Liibke, Gninim. 
rom., I, -|i6), e per l'it. ci bastino : guastarc da vastare, 
guado da va dus, guaiua da va»; in a. Senza una spéciale 
ra^ione di ditlerenziamento di sit^niticato, cioè per sola spinta 
fonetica, vie tus avrebbe dato certamente vitto, ma in con- 
iraslo un vitto sost. potè ben dare guitto. Il passa^^i^io delsenso, 
da « vinto » ad « abbietto, vile, miserabile », seppure passa»,»- 
gio potessc clîiamarsi, è più che ovvio, évidente. 

4. Sic. RR.-IXTl RK.-i\T!. 

Questo modo avverbiale, raddoppiato, ha due sit;niticati 
alquanto distinti : «di qua e di là »e « rasente ». Nel secondo 
signitic.ito rrauti rranti si adopcra scmprecoi verbi di moto : //W, 
cainitidri, pigghiari (cioè prendere una via, awiarsi), nel primo 
si adopcra anche coi verbi cssiri^ truvarisi e simili. Secondo me 
ci troviamo di fronte a un omcotropo ; la voce unica aituale dis- 
cende da due voci diverse. 

a) Rrauti rrauti « di qua e di là » sebbene faccia pensare alT 
it. a rtiuiia, che altri trae da un i^otico *rando (Kort., 7753), 
non puô collei^arsi con questa voce, ed ha l'etimo in errante. 
La caduta delT e atona iniziale è un fenomeno tanto comune 
nel siciliano, che non ha bisogno di i^iustificazione alcuna ; il 
senso coincide perfettamente. Da rrauti, a mezzo del suffisse 
iterativo -iari, si fece il verbo rrautiari, in ori^jine « andar di qua 
e di là per racimolare qualche cosa ». Cosi rrautiari Polira vuol 



37^ GIACOMO DE GREGORIO 

dire tv jnàarc ui qiia c di là sotto gli albcri dci^li ulivi pcr andarc 
raccogliendo le ulivc sparsc, cadutc daL;li albcri naturalnicntc 
e poco alla volia »>. Quando si tratti di raccoglicre le olive statc 
abbacchiatc, e pcrciô caduie in Ljran a>pia c in zone più circos- 
criiie c dcicrniinatc, non si dicc rauliari, ma r(^;\^/;/n. L idca dcl 
wii^are diquae di là, dclT « ernarc », trasparc dunquc anche dal 
vcrbo rrantuiri. Con rrauti e nuniiari è connesso rantaria 
(pronunz. mintariti), di cui parlera tosto. 

/') Rrauti rrauti nel sensodi « rasente » parrebbe connesso col 
venez, mtt^ piem. arciit, pti^. renie, clie W. Meyer-Liibke lia 
attribuito a haerens (Kon.. 4454). Ma a del sic. non puô 
spieqarsi da e lonica lat., esarebbe necessariodi ammcttere che 
il siciliano abbia avuto in impresiito la voce da una lini^ua, per 
es. dal tr., in cui eu suoni au. 

A me sembra probabilc che, invece, la base del sic. rranti 
rrauti « rasente » sia ra d c n te (da ra dcre) perché questo verbo 
è niolto popolare e ha anche il riflcsso radeuli e rareuti nel sic. 
Il tognamento délia sillaba tonica potrebbespie^arsi perl'influsso 
assimilativo, o per contaminazione esercitata da ;;v/;/// nelsenso 
di « errante ». 

Chi non accettasse la omeotropia, dovrebbe spie^^are corne la 
voce rrauti da « errante »• sia passata a significare « rasente », il 
che non farà tanto di leggieri. Solo, un pô arzigogolando, 
potrebbe dircosi : chi erra generalmente è un fuggitivo, che, pcr 
celarsi il più possibile, procura di svignarsela, rascntando quasi 
i mûri, le siepi e in génère tutto ciô che possa da qualche lato 
tenerlo nascosto. 

S. Sic. RRA\'rARIA,s>\c. liRRAMITATI. 

Chi volesse stabilire l'etimologia di rrantaria (scritto ranta- 
ria, rauteria, rautiria, e anche arreuieria) col semplice criterio 
délie Icggi fonetiche prenderebbe facilmente una canionata. I 
Dizionari siciliani registrano : « rautaria, bovilc, parco, carcere 
dcgli animali altrui che danneggino » ; e registrano pure « rau- 
taru e rauteri, custode degli animali sequestrati ". Dcl Bono e 
Pasqualino credettero la voce proveniente de errante (da er- 
rare), ea loro si sottoscrissero Mortillaro cTraina. Mail più 
antico dei vocabolaristi siciliani, Cristoforo Scobar, dà alla voce 
rauîaria tanto il significato di luogodestinato a « cosa errante» 



NOTE ETIMOLOGICHK ITALIANE 377 

Cranta fia, di cosa arranti, loco, lal. hk'aritun) chc qucllo più 
gcnerico di « reddito » {la paya, lal. slabulalio)' . 

Ora la voce è quasi scomparsa dalT uso, c solo qua e là si 
conserva corne fossilizzata o con valore toponomastico. Nei 
pressi di Palcrmo, e prccisamente aile faldc délia Monta^na 
S. Salvatore nella bor^ata\'illagrazia, accanto a^^iardini lussureg- 
gianti, chiusi de aile mura, vi ha ancora una stamberga, che i 
vecchi contadini desi<^nano col nome di rranlaria ', di cui perô 
non hanno présente il sit^nifîcato originario. Siccome non si 
puo 0L,'gi pensare a animali enauti, là dove vi è cohivazione 
intensiva e recinti in muratura, chi si facesse a inda^are l'ori- 
gine di rratilaria coi soli lumi délia fonetica potrebbe pensare a 
una connessione col fr. retite, tanto più che Du Cange regis- 
tra « *rantaria, da ratita, redditus annuus » il ranta cssendo 
collatérale a ;r;//^7, fr. rt';//f (da rendita). 

Iippure la cosa non va cosi. 

La voce nautnria, che oggi nelle grosse città e dalla mag- 
gior parte délia gente non si comprende più, è pero comune 
negli atti pubblici di locazioni o di vendite di terre e anche nei 
testi délie consuetudini délie città siciliane dei secoli scorsi, 
ove spesso ha la forma rantcria, evidentemente più letteraria o 
italianizzata. La rantcria era una tassa municipale e un dritto 
dei feudatarî, che entrava nelle istituzioni pubbliche. Cio che 
ai giorni nostri sembra inverosimile era invece in Sicilia, e chi 
sa anche dove, più di una consuetudine, una istituzione, la 
quale durô secoli e secoli. Il glottologo che si propone d'inda- 
gare l'origine délia parola rrantaria, non pu6 dunque fare a 
meno d'indagare in che precisamcnte consistesse la istituzione 
signihcata de questa parola. 

Gli Statuti, o, come allora si chiamavano, le Assise délie 
terre siciliane, hanno quasi tutte dei capitoli riguardanti il 
dritto di sequestrare gli animali randagi, oerranti, chiuderli in 
luoghi speciali, c percepire una tassa ad ogni capo di bestia 

1 . Vocahuliirium nehrissense ex skiliensi servione in latitium a Christophoro 
Scohare hethico traductum a. MDXÎ'II. 

2. Sono riuscito anche a trovare la voce ranleria ncll' atto di acquisto délia 
Montagna S. Salvatore, stipulato dal Xotar Terranova di Palermo, il 3 Gen- 
naio 1855, e nella relazione dell' apprezzo di qucsto stabile, nella quale il 
« prezzo dclla rauteria e casa délia Montagna » figura per Onze 21. 



578 GIACOMO I)K GRKC.ORIO 

sequestnua. il luoi^o ovc le bcstic si rinchiudcvano cra dctto 
ranîmûy e aile voltc più i^cncric.imcnte m/ir<i^';m/ (v. apprcsso). 
Parlano di qucslo dritio principalinciuc L;liSiatiiti di ('.orlconc, 
(pubbl.da K. Siarrabba), quclli di Palcnno c di Trapani. Ncllc 

Pi;/<';7;;<>pubbliv;.ucda laiiL^i Siciliano \'illanucva ' 
trovasi un cipiiolo, il xx, iniitolato De servis fuoiiivis cl nni- 
tmiUbus obcmutihus 'et rf^upcriUionc ipsoruin ; e il diligciuc cditorc 
non manca di ricordare il dritto dclT arrniicria cscrcitato dcU' 
arrantinf, e il rccinto dclto pure arrauteria. 

Ma più pariicolarmentc c ditfusamente ne ha irattaio Ixdclc 
Pollaci Nuccio nej^li Aîti dcUa città di PaJcrmo dal h 1 1 al 
14 lO'. Da quanto egli rileva in base ai documenti viene ad 
csscrc as*uxlato che il signitîcaio originario délia voce rntilaria 
(in origine erratitcriii) cra quella di dritto o lassa imposta ad 
ogni animale randagio, arautc, che entrasse nelle altriii pro- 
priété e le danneggiasse. \'ale la |x.*na di riferire, quasi testual- 
nicntc, le notizie date dal Pollaci. Ed è benc avvcrtire che il 
quaderno délie ^ahclky pubblicato da lui, appartiene al pcriodo 
dei icmpi di Carlo d'Angio (a. 1274) sino ai primi anni de! 
regno di Federico II. 

Varranteria costituiva uno dei cespiti d'introito dello vStato, 
accanto aile altre cosidette gabelle. Erranti si dicevano gli ani- 
mali vagabondi, ecomcanimali erano considerati i ser\'i fuggi- 
tivi. Animali e ser\'i raccolti in un luogo spéciale vi restavano 
custodiii sinchè il proprietario li avesse reclamati. AUora, fattosi 
il conto dei danni da loro commessi, e riscosso il compenso 
dovuto ai proprietarî danneggiati c il dritto spettante alla Regia 
Cône per la custodia, venivano restituiti al padrone, che ne 
avesse giustificato la proprietà. L'ufticiale incaricato délia custo- 
dia e dellc consegna, e che aveva in gabella la riscossione di taie 
dritto chbmossi prima niagister herraucium ; poi s\à\ss(^ an mUiere 
o rantirre ; il dritto dovuto alla Regia Corte e per essa zlgahelliere 
dicevasi di arranteria. Nel 1 311- 12 il recinto destinato a talc 



1. Nel IH vol. dei Documenti per serfire alla sloria di ^'■. '7fV» (pubblic. dalla 
- *MXÎclà siciliana di storia palria »), Palcrmo, 1895. 

2. In alcuni tcsti : aherranlibus. 

3 Vnl î palcrmo. \"yr7i 1R92. 



NOTK ETIMDLOGICHE ITAMAN'E ^79 

scopo era vicino il Rc^io Pnlazzo, c il nut^tsuf nctuuuiuui cra 
un ccrto AriiaMo da Castclliaiio. Dopo il i.|8i vi furoiu) 3 
arnintt'u'c partiû)lari, una presse) il Moiiastcro di S. Spirito, 
un' altra a S. (Jiovaiini di Baida, una tcrza vicino la Clucsa 
dclla Maiiionc. Hravi poi quclla dcllc R. Cortc, clic s* dcsi^^nava 
ogni volta dal i^abcUicrc o dal creileti:^i('re. I ciuadini di PalciTno 
crano cscnti dal pai^amcnto di qucsto dritto allaR. Cortc. I:cco 
il modo dcllc dcicnzionc c consci^'na dci^li animali. Appcna cat- 
turato l'animale enanlc, vcniva cliiuso ncll' arreutaiia privaia ; 
dopo trc giomi dovca csscrc trasfcrito a quclla dclla R. Corte, 
ovc r<//T^«//V;r avca dritto di pcrcepirc i^;v/;/</dicci(=^ cent. 11) 
per ogni animale. Indi se ne dava notizia al pubblico con 
grida del banditore dclla città. Se infra trc giorni dal bando si 
tosse prescntato il proprictario, gli si restituiva l'animale me- 
diante pagamento A oahcUiere di iar\ ^ (= L i, 27), se il pro- 
prictario era straniero, di taiî 8. Se pcrô dopo 3 giorni non si 
presentava alcuno, l'animale veniva attidato a qualchc abitante 
del luogo, elle lo tratteneva presso di se per un anno, durante il 
quale il proprictario potea ripigliarlo, pagando i dritii sudetti, 
più le spesc fiittc ncll' anno. Trascorso questo periodo, c non 
reclamato l'animale, Wirriuitierc lo metteva in vendita. — Il 
sistema delT arrentaria duro sino al principio del sec. \ix. 

La voce nantaria (^arrauteria, etc.) pare di origine semi-lct- 
teraria, c non ricorre nei documenti di periodo più antico a 
quclli indicati sopra. Cosî mi conterma l'illustre collega delT 
Università di Palermo, il Prof. Garulî, clic lia trovato la voce 
in vari documenti mcdievali, specie del comunc dj Riesi e nellc 
« licenze di popolare », chc i sovrani accordavano ai feudatarî, 
iiira i^ahcllanim dohav.aCy haiidaliouis, arratitariaCj :ia^atiim. 
I^gli gcntilmcntc mi fa noto clic il dritto di arranlcria variava 
da paesc a paese, e da bestia a bestia sequestrata, cioc se si trat- 
tava di vacca, o giovenco, etc. Oltre qucsto dritto i comuni 
aveano qucllo dclla « presa », ins prcsaliac (prrsalia a Riesi, 
prcsijglii! a Gistiglionc). 

Dovrei intinc dimostrarc come da errante sia venuto tan- 
tut in a mezzo del suffisse -{e)ria ?Non ne varrà proprio la pena. 
Ma, pur limitandomi avoci sicilianc analoghe, citerô : massaria 
fiittoria, rubittaria (da rohba) locale dclla massaria^ ove si con- 
servano gli effetti egli attre/zi rurali dei massari e dei contadini. 



380 GIACOMO DE r.RKCORlO 

bardaria (da barda, varda) chc si irova nci Capiioli di 
Alcimo. 

E gucchc parlo di derivati da errare, mi vicn voglia 
d'indicarc l'etimologia dcl sic. enatniîali, chc i Di/.ionarî rcgis- 
trano corne una csclamazionc, ncl scnso di « accidcnti ! ». 
Aggiungo chc taie voce si trovapurc, con valorc di sostantivo, 
e riporto, da una poesia ' di G. IVanco Braccianti, un passo 
che \o dimostra. 

Chi tvj/i Cd tu speri ? Nuti Vaian^a 
F etramitati uuddu a uu cori'ngratu; 
SiOrdii.. . pirchi eu Ciiftipa di spiran;ji^ 
Lu muttu dùiy mort dispiratu ! 

Non puô pensarsi a (VfV7m// « vagahondo.dappoco, tristo », che 
Traina dubita derivi dal gr. Èppwy.ai « sono triste ». Il scnso di 
« cattiveria »> conduce siciiranicntc a crranicn (da crro); da 
qucsto il siciliano fcce crramiiaîi a mezzo del sut!, -iiati. 

6. Sic. MARAMMA. 

Nclla nota prcccdentc ho rilevato che il luogo ove si custo- 
divano gli animali vaganti, siati catturati, si chiamava in ccrti 
luoghi viaraimna. Negli statuti di Corleone, teste citati, si dice 
che se il padrone degli animali sequestrati non avea come 
pagare il compenso (j/ forte dicter um animalium patroni damnum 
V -; Imbcant utidc solvere), era lecito al tittuario di catturarc gli 
animali, e tenerli in un rccinto, detto luara^ma (licitinn sit 
gahïlotOj auctctritate sua propria , ipsos capcre de pcrsotiay et tcnere 
eos ad waragmatn woeuioruîfi). Anche ncl tcsto délie consuctudini 
di Trapani^ ricorre la stessa parola nello stesso caso, ma in 
senso un pô diverse, o più générale. Ivi si dice che dclla multa 
inflitta per ogni capo di animale meta dovea andare operi 
maragmatis vuuium dicte terre. Qui il luaragvia pare comc una 
ripetizione di vuniumy e rivela un significato più générale, come 
di a fabbrica, muro ». 



1. È pubblicato nel Giornale LOra di Palermo, il 24 Luglio 191 1. 

2. Sono pubblicate da Vito La Mnntin. Antiche cpnuietudiui délie città di 
Si-ilii, Palermo, 1901. 



NOTE ETIMOLOGICHE ITALIANE 38 1 

Parmi dunquc che in questi cscmpi si abbia una confcrma 
délia ctimoloi^ia i^ià da me data ' dcl sic. nuiniinnui da * mu ra- 
me n. Ma una conferma anche mii^liore si ha nel fatU) che 
talvolta invece di m</;<;i^/;//(pl. di niarai^niii) si trova vuirununi, 
come avviene nci Documenti délia città di Patti ^ L'editore di 
tali Documenti rileva che se nel Medio evo maramtna ebbe il 
sii;nitîcato di « fabbriceria » talvolta fu anche usata semplice- 
mente come sinonimo di (* muro, fortiticazione ». Il pas- 
saggio dalla 3' alla r' declinazione è ovvio ; il -^m- invece di 
-mm- sembra nato da flilsa etimoloijia letteraria. 

Giacomo de Gregorio. 



1. Studi glottohgki iliiliani, I, 3. 

2. Patti e ramministraiiotte del Comune dcl D. G. Crisl. Sciacca, in Doiu- 
ttunti per seriire alla storia di Sicilid, scr. II, vol. VI, Palermo, 1907. 



GUll I \r\ll-; Dl: MACII AL'T 
ET l'Ol'IP'' M()R.l/.lSl-: 



A pro|X)s de Tcpisodc de « Lcandus et Hem » dans le Jiii^'c- 
ftinit lion fO\ df Navarre de Guillaiinie de Machaul, M. Ilceptl- 
ner a émis l'opinion ' qe VOvidc moralisé n'était sans doute pas 
ancore très répandu au niomant où Machaut écrivit son Jui^c- 
mrnt, et qe le célèbre poète chanpenois ne conaissait peut-être 
pas alors la vaste conpilacion atribuée naguère à un prétandu 
« Chrétien Lcgouais de Sainte-More» dont j'ai fait justice il i a 
près de vint ans ^ M. HapHner peut avoir raison à la date de 
1349, qi et cèle du Jui^ctnent doit ro\ de Navarre. Toutefois il con- 
vient d'atirer l'atancion sur un fait qi n'a pas été signalé jusq'ici, 
malgré l'iniérèt q'il présante pour Fistoire litéraire du xi v siècle : 
qand Guillaume de Machaut conposa le Foir Dit, c'ct à dire 
antre 1363 et 1365, il s'était si bien familiarisé avec VOi'idc viora- 
lisè(\u\\ an transcrivit litéralemant un assés long morseau dans 
sa nouvèle euvre. M. Chichmaref, qi s'êt ocupé tout réçamant 
du Voir Ditf a anoncé q'il se proposait « de revenir prochai- 
nement sur ce curieux documeuîum amoris et de lui consacrer 
une étude spéciale ' », mais il m'informe q'il a renoncé à son 
projet, et il me déclare an même tanps q'il ne conait pas ce 
point de contact du Voir Dit et de V Ovide moralisa On sait, 
d'autre part, qe le Voir Dit ne doit pas figurer dans l'édicion 
an cours de M. Hœptfner. 

Come ce sont mes études Icxicografiqes qi m'ont conduit à 
cète petite découverte, j'an fais bien volontiers omaje à la 
mémoire de celui qi an a été l'insirumant inconsciant, l'infa- 

1. Œiares dr GuiUaunu de Mcu}>aut (S. A. T. V.), t. I, p. lxxix-lxxx. 

2. Romama, XXII, 271. 

3. Guillaume de Ma^haut^ PociUi lyriques ,\. 1 (Paris, 1909;, p. Liv. 



G. DE MACHAUT HT l' « OVIDE MORALISÉ » 3S3 

tit^ablc Icxicoi^ratc I-rcdcric (iodctroy. On ne proclamera jamais 
assés tout ce qc Ton peut aprandre an teiiilletani, avec un esprit 
éveillé, le Diclionfiaire de F ancienne latigtie française'. En 
revanche, je ne suis tenu de rien à l'éditeur du Voir Dit, Paulin 
Paris. Par une singulière fatalité, le morseau qe (Guillaume de 
Machaut a anprunté à VŒ^ide moralisé manqe dans l'édicion de 
Paulin Paris, où il n'ét représanté qe par céte note, placée au 
pied du V. 721 5 : « Ici Guillaume de Machaut avoit traduit assez 
exactement la longue chanson de Polyphéme que, dans Ovide, 
Galatée vient répéter à (ilaucus ' (Melani., lih. XIII, v. 790- 
870). Si la place ne nous t'ait pas défaut, nous la donnerons 
dans l'Appendice '. » I.a place a fait défaut, il faut croire, car 
l'Appendice (p. joi) se borne à corijer la faute lipografîqe 
qi avait défiquré Galatée an Galathée. 

Je suis donc oblijé de m'aqiter d'abord de la tâche qe Paulin 
Paris a laissée de côté et de publier ici la chani^'on de Poli- 
fème télé qe Guillaume de Machaut l'a reproduite dans le 
Voir Dit. Je me sers, naturélemant, des trois manuscrits qe 
Paulin Paris a utilisés, à savoir 13. X. fr. 1584,6221 et 22546; 
je désigne le premier par .7, le deusiéme par B, le troisième 
par C. Pour la gratie, j'admets dans mon texte les formes les 
plus sinples, qi sont jénéralemant les plus arcaïqes, sans m'ata- 
cher exclusivemant à l'un ou à l'autre des manuscrits». 

La « chançon » comance après le v. 7215, come l'indiqc 
Paulin Paris, et c'ét après ce vers qe le texte de Machaut coïn- 
cide avec celui de VOvide moralisé. Toutefois il m'a paru néces- 
saire de remonter au v. 7200 du Voir Dit, car les vers 7200-1 5 
de l'édicion ne reproduisent pas intégralemant les manuscrits, 
où ce préanbule conprant 28 vers, qe Paulin Paris a réduits à 

1. Qclqes mots rares, airibucs simultanèmant à VChùIf tnoraîisé et i (Guil- 
laume de Machaut, ont provoqé mes recherches; voir notamant les articles 

APERTETK, HESTIAGE, CHEVRELET Ct FLORISSABLE. 

2. C'est à Scylhi, et non à Glaticus, qe Galatée fait ce récit. 

5. lu' Livre du Voir-Dit (Paris^ pour la Soc. des Bibl. fran»;., 1S75), p. 294. 

4. .M. A. Gucsnon a découvert chés un particulier, an mars 19 10, un 
qatrième manuscrit, dont persone n'avait ancore parlé. Ce manuscrit vient 
d'être aqis par M. Pierpont Morg.m : voir à ce sujet, dans Li Moyen /^^^, mars- 
avril 1912, p. 94, une notice de M. \. Guesnon. 



384 AKTOlNi: THOMAS 

16 sans prévenir le lecteur. Pour la même raison, j'ai dû alcr 
un peu au delà delà fin de la chanson : Paulin Paris, an ctct, a 
passé qatre verset il a amalij.nné en un (v. 7216) les trois vers 
suivants. Ce procédé expédiiil doit se reproduire plus d'une fois 
chés lui, j'imajinc. Par exanplc, j'ai constaté q'antre 7199 et 
72CX1, il a oniis un passaje, relatif à Hnce, qi ne conpram pas 
moins de iS vers. Espérons qe l'on nous douera qclqe jour 
une édicion du /W Dit, sans coupures, qi fera oublier cèle 
des o Bibliophiles fran^ois ». 

I 

FRAG.MENT DU ^OIR DIT DE GUILLAUMI- DH MACHAUT 

Encor raconte Galaicc, Et ain^ois qu'il fust dcssinglcz 

Qui dou jaiant fu tant anicc, De son seul oeil et avuglc/., 

QjQc sa grant cruauté dontoil Souvcntes fois cstoit assis 

4 Amours, pour ce qu'il la doub- 16 Sur un perron gros et massis; 

(toit. Et, quant déduire se voloit, 

Or regardez bien que ce monte : De sa flahute flajoloit 

Est il riens que fcme ne donte ? Et de ses .c. roscaus ensemble 

Puis qu'Amours si vuclt consen- 20 Si que touz li pais en tremble : 

[tir. Ce scmbloit a ceuls qui l'ooient 

8 Trop pcuent femes, sans mentir. Que plus que foudre le doubtoient, 

Mais trop me mer\cil qu'Amours Si que li malfez chante et note 

(pense, 24 En son flajol ne sai quel note. 

Qji'i se met en si orde panse ; Mais il fist le chant et le dit, 

Je l'en blasmc et si l'en desprise, Si com Galatee le dit ; 

12 Qui qui l'en loc ou qui l'en prise. Et vez ci comment trouvé l'ai 

2 du ^C — V doubtoit (b (xpomlu/) A ; doubtoit B ; doutoit C — 5 rcs- 
gardons A ; rcsgardes C — 6 femme ne doubte B \ rien q. famé C ; 7 vuet 
A ; veult B — 8 puclait A ; femmes sanz B ; famés C — 9 merueille qua- 
mours B; panse C — 10 pense 5; ce C — 12 Qui que A ; Que qui B — 
1} eioçois A ; ensots, dessingles C — 14 oueil A ; avugles C — i s Souuente 
C — 16 Sus AC\ peoon C — 17 desduire sç vouloit B — 18 flûte B — 19 
ensamble A — de .c rosiaux B ; roisiaus C — 20 tramblc A ; tous AC ; pays 
C — 21 sarobloit A ; ceulz BC; qui aloient B — 23 maufTez A ; maufTcs C 
— 24 sav B: scai C — 25 & et le dit 5 — 27 t. lay A ; ves C; nianqe 



G. DE MACHAUT HT L « OVIDE MORALISE » 



38 



28 (Ne sai se c'est chanson ou lai) : 

« Galatee est plus blanche cncors. 52 
I*rez rtorissables et genl corps, 
Biaus et apcrs, Ions et adrois, 

52 Plus que n'est aunes biaus et 56 

(drois: 

Plus clere que voirres luis;ins, 

Plus jolive et plus deduisans 

Q.ue chevriaus tendres et petis ; (x) 
36 Q>rps plus soués et plus traitis 

De coquilles qui sont en mer ; 

Belle qui plus fais a amer. 

Plus agréable et plus plaisans 64 

40 Que solaus en yver luisans 

El que n'est ombre en temps d'es- 

|tc; 
Dame de grant aperteté, 68 

Plus que palmes haus et parans ; 

44 Dame plus noble et mieus rtairans, 
Plus vermeille et mieus coulourec 
Que pomme douce et savourée ; 72 
Ha ! dame qui plus as la face 

48 Clere et resplendissant de glace ; 
Vaillant dame et de bon eùr. 



Plus douce que roisin meùr : 
Dame débonnaire et bénigne, 
Plus blanche que plume de cisnc 
Ou de caillé fres en foisselle; 
Dame plus plaisant et plus bêle 
Que jardin moiste et arrousable, 
IMein de fruit dous et delitable ; 
Vicn a ton ami qui t'aj>elle, 
Si ne te repon ne ne celle 
Vers moi, qui tant t'aim et désir; 
l'ai mon voloir, fai mon plaisir. 
Et, se tu fais de moi refu, 
Onques plus crueuse ne fu ; 
Se tu ne fais mes volentez, 
Onques toriaus qui n'est dente/ 
Ne fu de si grant cruauté. 
De tel orgueil, de tel mauté. 
Plus es dure de chaisne vieil, 
Se tu ne fais ce que je vueil ; 
1*1 us es vaine et escolorjable 
D'iaue courant, et tlechissable 
Que n'est verge d'osiere franche 
Ou que li vins de vigne blanche ; 
Meins piteable, et sans merci 
Plus que n'est ceste roche ci ; 
Plus crueuse et plus damageuse 



28 say, lay --/ ; nuiiujiu dans B — 29 en corps ABC ; galathee C — 30 flou- 
rissables .•/ ; près BC — 51 Beaux et appers longs et drois B; appers C — 
52 beaux et droi/ B — 35 luissans .-/ ; voirre BC ; luisant B — 54 deduis- 
sans.-^; iolis, desduisant i^ — 35 cheuriaux B — 36 souef Z^C; iraiiif C — 
37 quoquilles B ; coquille C — 38 faiz B — 39 aggreable JC — 40 solaux B 

— 41 umbrc AC — 42 apperteté BC — 43 hauls & parens B — 44 plus 
flairans B — 45 mielx B — 46 doulce -r- 47 Ha belle BC — 48 resplandis- 
sani B — 50 doulce /i — 52 cine B ; cysne C — 53 fuisscillc .-i ; ou f. B — 
56 Plain, doulz BC — )7 amy, appelle B — 58 respon B — 59 moy AB\ 
laiiant i^ — 60 hyAB — 61 moy AB — 62 Vnques C — 63 volentes A ; me 
volentes C — 64 dantez A ; toriaux B ; Vnques, dantes C — 65 De tel orgueil 
de tel maute B — 66 te maiste A ; Ne fut onques tel cruauté B ; mante C 

— 67 chesne A ; que c. B ; viel C — 6^ vieil A ; viel C — 69 escoriable 
AB: ers, estoriable C — 70 Dyaue A ; et plus flessissable B — 71 blanche 
ABC — 72 vingne A — 73 Mais, sanz mercy B\ Mains C — 74 ronce ABC ; 
cy BC. 

Remania, XLI. 



23 



386 



ANTuiSh THOMAS 



76 D'iiuc parfondc. cl orguillcuso 
Plus que (uon quant on le Iciio 
Quani il va rcuiu Je sa qucu<. . 
Plus damagcusc cl plus iniir^.iin 

80 El plt:-^ aJLTc de (u cuisant 
I)c ^ et de lardons ; 

Plus âspre de poigiuns chardons. 
Plus cnicus d'ourse faonnec. 

K4 Plus desloial d'idre foulée 

Ht plus lourble de sourde nier. 
Se tu ne me daignes amer ; 
Plus fuiable et plus crtraee 

88 De cerf ou de biche bersee, 
El non pas de cerf seulement, 
Mais plus fuiable vraiemcni 
Que nuls vens ; mais, se je pooie, 

92 Geste isnelleiè te toudroic. 
Mais, se tu bien me cognoissoies. 
Je croi, tu te repentiroies 
De ce que tu me vos fuiant, 

96 Si l'iroit sans double anoiant. 
Si mettroies peine et traveil 
A mcnre a fin ce que je vueil, 
Si \*cndroies o moi manoir 
100 En b ci\e ou j'ai mon manoir, 
Assise cl pc-ndani d'une roche. 
En uD grant mont qui pas ne 

[hoche : 



Tant esi le lieu et fier et fort 

10 } Tmî .ir'oM u"\ puot trouver 

(ciVort 
De soleil, tant comme estc^ dure, 
Ne ne crient en yver froidure. 
1!1 jardin M)ni pommier planté 

io«S Qui pomes portent a planté 
Plus que ne }x:uent soiistenir. 
.Se tu d.iigncs a mov venir, 
]\\y roisins meurs en mes vignes, 

1 1 2 Que je te gart jusques tu vi- 

Ignes, 
Blans et noirs, si en mengeras 
IX' ceus que tu mieus anieras, 
Et de freses, se tu les aimes, 

1 16 Qui naissent au bois sur les rai- 

[mes : 
Cueillir en porras a loisir 
Tant com te venra a plaisir; 
Et des cormes et des prunelles 

120 Et des boutons et des cinclles 
Et des prunes noires et blanches 
Queudras a mcïsmes les bran- 

[ches. 
Et s'a mari prendre me daignes, 

124 Assez puez avoir de chastai- 

[«nes, 
Si puez avoir a grans boissiaus 



76 Dyaue J ; o jusc B — yS rouant BC — 80 luisant ABC — 

81 bûche de lait doul/. B; bouche C — 82 pongnaus A ; poingnans C — 

85 crueux B — 84 isdre JC; dcsloyal fi — 85 trouble B; sourdomer AC — 

86 es A : daigner C — 87 fuyable À — SS serf AB ; barbée B — 
90vraemcni .-l — 91 nulz BC ; ma C ~ gi Cxsl ynellete C; condiroie B 

95 co! 94 croy AB ; tu ten r. fi — 96 sanz d. auoient B 

97 pcinne A : paine C; mettroient B — 98 ad fin A - 99 moy AB — 

100 ay AB — 101 Assis, pendent B — 103 fiert A ; lieu f . fi — 104 Com 

nyfi — loj com B — 109 pueleni A ; puet B iio deingnes A — 

m vingnes A — 112 vingnes A: viengnes B ; viegnes C; garde B — 

114 cculz BC : mielz B; mieulz C — 116 reimmes ./ - 117 pourras B — 

118 vendra fiC— 120 cyneles C — 121 plunelles B — 122 meysme C — 

12} d. es B — 124 pues AC; chasteingnes A: chas- 

s fi; cha C — 125 pues AC ; buissiaus A; boissiaulx B \ 

C. 



G. Dh MACHArT ÎT l.' (c (nini- MORALIS»^ » 



}87 



'l'ous fruis d'arbres cl d'arbris- 

[siaus. 

Riche seras se tu es moie ; 
128 Se ma feme ies, ja ne t'esinoie 

Que tu n'aies avoir assez. 

Cis bestiages amasse/ 

lùîtour moi.contreval ces roches, 
132 Ht plus au bois et plus aus cro- 

(ches, 

En mes cages, sont miens sans 

(faille. 

Ht se tu de la moie au maille 

Me requiers que je la te nombre, 
1 56 J'en ai tant que n'en sai le nom- 

(bre : 

Povres est cils qui puet savoir 

Tout le nombre de son avoir. 

Se tu ne crois que ce soit voir 
140 De mes bestcs, de mon avoir, 

Vien les veoir presentemeni, 

Si savras plus certainemenm 

Se c'est voirs : verras les femelles 
144 Qui tant ont plaines les mamelles 

Qu'a paines soustiennent le let. 

D'autre part sont li aignelct 

Et li chcvrelei en maison. 
148 J'ai dou Ici en toute saison 



Dont je menguè et tais potage 
Ht dont je fais faire fromage. 
Assez te porras déliter 

1)2 Fùi ce que tu m'os reciter; 
l;i non pas en ce seulement, 
Mais en autres dons ensement 
Dont tu pues faire tes aviaus 

1 56 Ht toi déduire, se tu viaus : 
Je te donray dains et chevriaus, 
Des conninès et des levriaus 
Dont tu porras ton plaisir faire. 

160 J'ai de columbiaus une paire 

Qu'alai l'autrier d'un nit abatre : 
Ceuls avras por ton corps esbatre. 
S'ai .ij. oiselcz d'un eage, 

164 D'une façon et d'un corage 

Qu'ai trouvez en une montaigne. 
Si dis .«Jusque ma dame veigne 
Seront gardé cil oiselet, 

168 Car cest présent vueil je qu'elle 

[et. » 
Iklle, ne refuse ceste ofTre 
De ces biaus presens que je t'of- 

Kre ; 
Nî.iis vien, si trai hors de la mer 

172 Ton biau chief, car dignes d'a- 

fmcr 



126 arbrissiaux H ; aubres C — 127 Riches 8 — 128 femme yes fi : famé C ; 
es .4 ; csmaie B — 1 29 Que naies C — 1 50 Cilz H ; amasses C — 151 moy 
AB — 1^2 Us qalrf dentiers mots mctiqent dans B — 135 mieus AC\ 
sanz B — 1 56 ay, say AB ; ie nen s. B — 1 37 cilz BC — 142 saras B ; cer- 
teinnement A\ certenement C — 143 fumelles /^ — 144 plainnes .-/ ; 
memelles C — 145 peinnes.-/ ; lait B\ paine soubs tienent C — 146 aingnc- 
let A ; angnelaii B — 148 ay AB \ à\i B\ lait C — 149 fai C — 150 fois B ; 
fai f. frommage C — 151 pourras B — 152 ois BC — 154 M. en auras tout 
e. B — 155 auiaux B — 1 56 toy A ; vers sauté dans B — 157 cheu riaux B — 
158 connins, leuriaus B ; Et de bons tendres lapperiaux C — 1 59 pourras B 
— 160 ay AB ; coulons biaux B — 161 alay AB ; denuit B ; ny C — 162 Ceulz 
pour BC ; aurras B — 163 ay .-/ 5; oiseles AC ; aage BC \ Si B \ deulz C — 
164 courage B — 165 ay AB\ irouues, montagne C — 166 vagne C — 
168 Et cil p. V. quelle ait B; veuilC — 169 Bêle A ; cest C — 170 Des 
biaux B — 171 \v^y AB — 172 digne A. 



388 



ANTOINE THOMAS 



Sui je bien, je lai congtKû : 
J'ai mon œrps et mon vis vcû 
En riaue ou je me sui mirex. 
176 Je sui bijus et bien Jtirez : 

Moiîît me plui, qu.int ic me mi- 

(roie, 
Li rr.î:iJcv:r don corps que j'a- 

(voie. 
I^ar que je sui gnins donse.tus : 
t8o Ne sai quel dieu qui est es ccaus 
(Ce dites vous entre vous gens) 
N'est pas ne si biaus ne si gens 
Ne si graus, ce m'est il a vis. 
l&l J'ai grant come, qui tout le vis 
Avec les esp.iules me cucvre, 
Qui bien m'avient, car c'est laide 

(ouevrc 
De cheval sans come et sans 

(crins. 
188 Les oisclez Cl les poucins 

Doit couvrir la plume sans faille ; 
Lait sont puis que plume leur 

[faille. 
Bien avicnt aus brebis leur laine: 
192 Si est laide chose et vilaine 

Homme sans barbe. Bien m'a- 

( vient 



Le }H>il qui en mon cuir .se liciii, 
' Qui est lonc et bien redrecié, 

!o6 .\insi com soies hericié. 

j'ai un seul oeil en mv le vis. 
Mais bien m'avient. cc mesi a 

(vis, 
Car je l'ai grant et gros et large 

200 Ainsi conmie reonde targe : 

Ainsi com je n'ai c'un seul oeil, 
N'a il en ciel qu'un seul soleil, 
Ou monde que une rondesse. 

204 Pour ce, se le poil me redresse, 
Ne me dois lu pas desprisier : 
l'élit doit on l'arbre prisicr 
Qiiani il a perdue sa fueiile. 

208 Suer belle, vers moi ne t'orgucii- 

(le, 
Mais me rcçoi par mariage. 
Car estrais sui de grant parage 
Et tels que bien me dois amer : 

212 Je sui filz au dieu de la mer ; 
En mon père avras bon signour, 
Tu ne puez avoir nui grignour. 
Il n'i faut plus, ma dame chierc, 

216 Mais que tu faces ma proiere, 
Car je t'en pri dévotement. 
Et certes a toy seulement 



17 5 bien car ^ ; ay 5 — 1 74 ay ''^^ — 175 mkes C — 176 suis // ; biaus 
B; aiires C — 177 plaist, mire B ; pleut C — 178 du BC — 179 donsiaux 
B; donsiaus C — 180 say .-iB: que dieux, ciaulx B ; ciaus C — 181 dittes, 
geol B — 182 p. si biaux B — 183 grant BC — 184 ay AB; cosmc B; 
que C — 185 cueuure B ; Aueuc, coeuure C — 186 euure B — 187 cheuaulz 
sanz cosme et sanz B — 188 oiscles // ; oiscUcs C — 189 sanz B ; la plus C 

— 190 Lct C — 191 lainnc A ; aux B — 192 vileinnc A; villaine C — 
19) sanz B — 194 cuer B ~ 195 long BC — 196 Hinsi, hirecic A 
197 ay AB ; oucil A — 198 aduis iB — ^99 ay AB — 200 Einsi A ; ronde B 

— 201 Einsi, ouci A ; ay A B; comme nay B 202 ou ciel B — 20} Au BC ; 
cune B — 205 doit B — 206 d. len barbe B ; voit len barbe — 208 bêle A ; 
moy AB — 209 recoy A; Mas C — 211 tclz BC — 212 suis fils A — 
21) Et, seigneur B — 214 pues AB ; gringnour A ; greigneur B — 215 ny 
fauli B — 216 prière AB — 217 pr)* B. 



G. Di; MACIIAUT ET I.' « OVIDE MORALISÉ » 



389 



Sui je subgic/. cl le vueil csire. 

220 Jovcm(ne sai quel dieu ceiestré), 
Son ciel, sa foudre et sa vertu 
Ne pris le vaillant d'un leslu. 
Toi seule appel, toy seule aeure, 

224 Toi seule criem, toi seule hon- 

(neure. 
Je ne criem pas la foudre tant 
Com jecrien t'ire et ton content. 
El certes se tu bien m'amasses 

228 1:1 tu touz autres refusasses 
Ausii com lu refuses moi. 
Mains en eusse ire et esmoy, 
Si le souiïrisse en pacience; 

252 Mais trop ai desdain^ et pesauce 
due tu desprises moi jaiani 
Pour amer un chetif noiant 
Accin, de cui tu te solaces, 

236 Si le baises et si l'embraces. 
Et moi ne daignes embracier 
Ne déduire ne solacier. 
Mais certes, combien qu'il te 

(place, 

240 Se je le puis trouver en place, 
Ma grani force li monstrerai : 
Le cuer dou ventre li trairai, 



Cui qu'il plaise ou cui qu'il des- 

(sicce, 

244 Si le desromprai pièce a pièce 
Et l'espandrai par mi les voies 
Et par les champs, si que tu voies 
Celui que lu pues tant amer. 

248 J'en espandrai par mi la mer. 
Si serez ambedeus ensemble. 
Car si vueil je qu'a toi s'assem- 

[ble. 
Je sui jalous et acoupis, 

2)2 S'ai l'an^oisseuse flame ou pis, 
Qui autant m'art et grievc et cuit 
Que tous li feus d'iînfer, ce cuit. 
Je languis pour loie amisiié, 

2)6 Et si n'en as nulle pitié. » 

C'est la complainte, la note 
Que li maufez loudis riote. 
Ne tenez pas que ce soit fable, 

260 Ains est la chanson au dyable. 
Or avez oy la chanson 
Dou dehnemeni jusqu'en son 
Et d'en son jusques en la fm 

264 Comment li jaians de cuer fin 
Ama la belle Galatee... 



219 Suis AB ; subges AC ; veuil C 220 Joncm ne say J ; Je ne say B 

— 221 fouldre B — 222 pris ie le ^ — 225 Toy s. appelle (fin du vers en 
hïauc) B\ aoure AC — 224 crieng C ; Toys, aeure {fiu du vers en blanc) B — 
225 crieng 2ÎC; fouldre B — 226 cieng, contant B\ cieng te yre C — 
227 amasse B\ amaisses C — 228 tous ^-IC — 229 moy AB — 231 paciance C 

— 232 ay AB\ hai C — 235 moy AB \ gaiant C — 234 noyant /î — 235 
Aciin AC : soulaccs A ; A celluy B — 256 Et s\ B — 257 moy AB\ deiiignes 
A — 238 soulacier ^-/ ; desduire /i — 241 monstreray .<^ : monsterrav B \ 
mousterai C — 242 du BC ; trairay AB — 243 Qui ou qui AC \ plaist A\ 
plait C — 244 piesse a piessc A ; desrompray B — 24 j espandray A ; espen- 
dra B — 247 Cellui que en puet B\ cellui C — 248 Je lespendrai p. my B 

— 249 ensamble A\ seres embedeux B ; seres C — 250 assamble A ; 10 y 
B; veuil C — 251 ialoux et accoupis B — 252 Say A', Sen 1. J5 — 253 Que 
A -^ 2)4 tout li feu, se c. fi — 255 ton a. B — 256 bas AC — 257 et la r.'B 

— 258 maufes tousdis C — 259 tenes C — 260 Eins A — 262 Du BC — 
263 Et du son iusques a la f. iî. — 265 bêle A. 



390 AKTOîVr THOMAS 

11 

1-RA(.MENT DM L'OVIDn MORALISÉ 

An face du texte critiqc de la chans'oii de Folitèinc tèle qc 
GuilLuinie de Macluiit l'.i insérée dans son Voir Dit, il ne m'ét 
p.\s y le de placer le texte critiqe du pas.saje de Ycyvick 

où se trouve ccte clianv;on, traduite directeniant des 
Mi'ttjniorjosrs dOwdc. Des 19 manuscrits utilisés par M. C de 
Bi>er pour établir le texte du Philomnui de Crestien, 9 seule- 
mani se trouvent à Paris; et même, en réalité, il n'i an a 
qe 8, car le ms. B. N. fr. 24303 ne contient qe les set pre- 
miers livres des Mâatnorfoscs, et la chançon se trouve dans le 
livre XIII. Je dois donc me contanter de doner, à litre de 
documant, le texte qe nous ofre le manuscrit le plus ancien, 
B. \. fr. 24506, an corijant les fautes matérièles du scribe à 
l'aide des set autres manuscrits, qe j'ai u concurramant sous les 
ieus. GDme j'ai u l'ocasion de le dire rétamant', l'auteur de 
\ Oi'iik vwraîisé doit être un Poitevin. Or le scribe du ms. 
24306 était ceriainemant un Picard. \'oilà, sans doute, une 
tâcheuse circonstance. .Mais peu inporte, étant doné le but qe 
je me propose. Rien ne prouve qe le manuscrit utilisé par 
Machaut ait conservé fidèlemant les formes de langaje propres 
à l'auteur de YOi'icU moralisé. Come je le montrerai an détail, 
.Machaut a parfois suivi la mauvaise leçon; et il inporte moins 
d'avoir sous les ieus le texte orijinal de V Ovide moralisé qc de 
conaitre les variantes des manuscrits. 

.1. |our lu assis sus la rocc, Je l'os , qui trop nie doutai; 

S'oi . I. pin, dont les biestes tocc, En une roche me boutai 

Plus grant d'un mast et plus O mon ami, que moult amoie, 

[massis, 12 Kt sour son giron me clinoie. 

; ixvani ses pies a terre assis. Le chant dou jaiant escoutai 

En sa main tient une flehuie Kt ses paroles bien notay, 

l)c .c, roisiaus, dont il flehute Que pas trop n'estoie asseùr : 

Si hautement que tuit estonent : 

8 Li mont et le mer en ressonnent. it) " Flors de ligusire ou de seur, 

;. XLI.77. 



G. DE MACHAUT ET l' c OVlDi: NUIRAI. ISÉ » 



391 



Galatec est plus blance encors. 
Près rtorissabics, hc ! gens corps, 
Biaus et appcrs, Ions et adrois. 

20 Plus que n'est aunes biaus et droib.; 
Plus clere que voirres luisans, 
Plus jolie et plus deduisans 
De cevrols tendres et petis ; 

24 Corps plus soués et plus iraitis 
De coquilles qui sont en mer; 
Bielle qui plus fais a amer, 
Plus agréable et plus plaisans 

28 Que solaus en yver luis;ins 

I:t que n'est ombre en temps d'eï>- 

fté; 
Dame de grant apcneté 
Plus que palmes haus et parens ; 

52 Dame plus noble et mielx lîerens, 
Plus vermeille et mieulx couloree 
Que pume douce et savourée; 
Ha! bielle qui plus as la face 

36 Bielle et resplendissant de glace ; 
Vaillans dame et de boin eùr, 
Plus douce de roisin meiir; 
Dame deboinaire et bénigne, 

\o Plus blance de plume de cigne 
Ou de caillé fres en fesselle ; 
Dame plus plaisans et plus bielle 
De jardin moiste et arrousable, 

44 Pl'.-in de fruit douch et delitable : 
Vieng a ton ami qui t'apielle, 
Si ne te répons ne ne celé 
Viers moi, qui tant t'aim et désir; 

48 Fay mon voloir, fay mon plaisir. 
Et, se tu fais de moi refu, 
Onques plus crueuse ne fu. 
Se tu ne fais mes volentés, 

52 Onques toriaus qui n'est dontés 
Ne fu de si grant cruauté, 



De tel orgoel, de tel mauté. 
Plus es dure de kenne viel, 

)6 Se tu ne fais ce que je vocl. 
Plus es vaine et escolourjable 
D'eve courant, et fleciss;ible 
Que n'est verge d'osiere france 

60 Ou que n'est vins de vigne blance ; 
Mains piteable, et sans merchi 
Plus que n'est ceste roice chi; 
Plus crueuse et plus damageusc 

64 D'eve profonde, et orguilleuse 
Plus de poon quant l'en le loe 
Quant il vait roeuant de sa coe ; 
Plus damaigeuse et plus nuisent 

68 Rt plus aigre de feu cuisent 
De sece busce et de lardons ; 
Plus aspre de poignans cardons. 
Plus cruel d'ourse faonee, 

72 Plus dcsloiaus d'idre foulée, 
lit plus tourble de sourde mer, 
Se tu ne me daignes amer ; 
Plus fuiable et plus etfreefe] 

76 Dechierfoude bisse bersee. 
Et non pas de chierf solement, 
Mais plus fuiable voirement 
Que nuls vens; mais, se je poeic, 

80 Ceste isnieleté te toldroie. 

Mes, se tu bien me congnissoies, 
Je croy, tu te repentiroies 
De ce que tu te vais fuient, 

84 Si t'iroit sans doute enuient 
De ce que tu tant te demeures 
I:t blasmeroies tes demeures. 
Si metroies paine et travail 

88 A mètre a chief ce que je voel, 
Si venroies o moi manoir 
En la cave ou j'ai mon manoir. 
Assise ou pendent d'une roche. 



56 resplesdissant 
st V. et escolourable 
87 meteroies. 



41 ^/ 42 sont intervntis — 43 De gardin douch — 57 
-58 courans — 60 Ou que viens — 66 de vianque — 



392 



WTOlNi: THOMAS 



92 En un grani luont qvic pas ne )io- 

|chc. 
Faite de roce vive ci (on. 
Tel c*om n'i ptict sentir etTori 128 
De soleil, tant coni esté dure, 
96 Ke n'i crient en ixner froidure. 
Ou jardin sont pommier planté 
Qiii pommes ch.ii>îent a plentc i >2 
qu'il n'en pcucnt soustenir. 
100 Sr tu daiji^nes .i moi venir, 

J'ai roisins meurs en mes vignes. 
Que je te g.irs jusque tu vignes, 1 56 
HIans et noirs, si en mengcms 
104 De ceuls que tu mieus ameras, 
Et des frescs. se tu les aimes, 
Qui naissent es bois souz les rai- i \o 

[mes : 
Cuellir en poras a loisir 
108 Tant com te vendra a plaisir; 

Et de cormes et de prunieles 144 

Et de boutons et de cinieles 
Et de prunes noires et Manques 
112 Cueudras a mfejismes les bran- 

[ces. 148 
Et s'a mari prendre me daignes, 
Assés poès avoir de castaignes, 
Si pues avoir a grans moissons 
1 16 Ter fruis d'arbres et de boissons. 1 52 
Rice serras, se tu es moie ; 
Se ma feme es. ja ne l'esmoic 
Que tu n'aies avoir assés : 
120 Cis • es amass<l*s 

Fnîour moi, contreval cesroices, 1 56 
Et plus ou bois et plus au[s] 

(croices, 
En mes caves, sont mien sans 

[faille. 
124 Et, se ru de la moie aumaille 

Me rcquierfs] que je le te nom- 160 

[bre, 



J'en ai tant que n'en s;u le nom- 

(bre : 
Povrcs est cil qui puet savoir 
Tout le nombre de son avoir. 
Se tu ne crois que ce soit voii^, 
I)e mes bestes. de mes avoirs. 
Vien le veoir présentement. 
Si saras plus certainement 
Se c'est voirs : verras les feinclcs 
Qui tant ont plaines les ma mêles 
Qu'a paine soustienneni le let. 
D'autre part sont li aignelei 
Ht li cevrolct en maison. 
J'ai dou let en toute saison 
Dont je mignue et fai poiaige 
I-t dont je fai Hiire fromaige. 
Asés te poras déliter 
En ce que tu m'os reciter ; 
Et non pas en ce solement. 
Mais en aultres dons anscment 
Dont tu poès faire tes aviaus 
E toi déduire, se tu viaus : 
Je te donrai dains et cevriaus 
De[s] conninès et des levriaus 
Dont tu poras ton plaisir f;iire. 
J'ai de coulombiaus une paire 
Qu'alai l'autrier dou nit abatrc : 
Ceuls aras pour ton corps esba- 

[tre. 
Sai .ij. orselès d'un cage. 
D'une faclion et d'un corage, 
Qu'ai trouvé en une montaigne, 
Si dis : « Jusque ma dame vie- 

[gne 
îicront gardé cist orselet, 
Car ce présent voel je qu'elle 

[ait. » 
liiclle, ne refuse cest offre 
Ne ce biel présent que je t'offre, 
Mais vieng, se irai fors de la mer 



10^ V)ur les r. — 115 agus m. — 124 âmaille — 151 lautrc iour — 
I )î f ou cisailles — 157 oiselet ou orselet. 



DE 



MACHAUT ET l' « OVIDH MORALISÉ « 393 



Ton bicl chici, car digne d'amer 192 N'a il ou chiel q'un seul solel, 

Sui je bien, je l'ai conneù : N'ou monde ke une rondece. 

i6.| J'ai mon corps et mon vis veù Pour ce, se li poils me redrece, 

En l'iaue ou je me sui mirés. Ne me dois pour ce desprisier : 

Je sui biauset bien atirés ; 196 Petit doit l'en l'arbre prisier 

Moult me plut, quant je me mi- Quant il a perdue sa fueille. 

froie, Suer bêle, vers moi ne t'orgucllc, 

168 La grandeur dou corps que j'a- Mais rechoi moy par mariage, 

(voie. iCK^t Cir estrais sui de grant parage 

Regars que je sui grausdansiaus : Ht teuls que bien me dois amer : 

Ne sai ques diex qui est au[s] Je sui tîuls au diu de la mer ; 

(chiaus En mon père aras bon signour, 

(Ce dites vous entre vous gens) 20 \ Tu ne poès avoir nul grignour. 

172 N'est pas ne si biaus ne si gens 11 ne faut plus, ma dame chiere, 

Ne si grans. ce m'est il a vis. Mais que tu faces ma proiiere, 

J'ai grant comme, qui tout le vis Car je t'en proi dévotement. 

Ovocc les espaules me cocvre, 208 Et certes a toi solement 

176 Qe bien m'avient, car c'est laide Sui je sougùs et si voel estre. 

[oevre Jovem (ne sai quel diu celestrc). 

De ceval sans comme et sans Son ciel, sa foudre et sa vertu 

fcrins. 212 Ne pris je vaillent un festu. 

Les oiselùs et les poucins Toi seule apel, toi seule aoure. 

Doit couvrir la plume, et sans Toi seule criens, toi seule honore. 

(taille Je ne criens pas la foudre tant 

180 Lait sont puis que plume lor 216 Que je crieng t'ire et ton contant. 

[faille. I:t ciertes se tu ne m'amasses 

Bien avient a brebis lor laine: Et trestous aultres reffusaisses 

Si est laide cosc et vilaine Aussi com tu refuses moy. 

Homme sans barbe. Bien m'a- 220 Mains en euisse ire et esmoy, 

[vient Si le souririsse en passience ; 

184 Li poil qui en mon cuer se tient, Mais trop ai desdaing et pesence 

Qui sont lonc et bien redrcchié Que tu desprises moy jaiant 

Aussi com soie hericié. 224 Pour amer un caitif noiani. 

J'ai un seul oel en nii mon vis, Accin, de qui tu te solaces, 

188 Mais bien m'avient, ce m'est a Si l'acoles et si l'embraces, 

(vis, Et moi ne daignes embracier 

Car je l'ai grant et gros et large 228 Ne déduire ne solacier. 

Aussi comme une ronde targe : Mais ciertes. combien qu'il te 

Ainsi que n'ai que un seul oel, [pl^»^c, 



173 Ne sigus — 184 cuel — 186 redrechic — 191 Aussi — 210 Jou uê — 
22) Acrin. 



394 ANTOINE THOMAS 

Se je le puis tenir en plache. Je sui jalous et cscoupis, 

Ma grant force li nion>icrrai : S'ai Tan^oisscuse tlamc ou pis 

2^2 Le coer dou ventre li irairai. Qui autant m'arl et gricvc et 

Qui qu'il poÏM et qui qu'il des- (quit 

f>(i]ece, 24 4 ^-om tous li feus d'Infer, ce quit. 

Si le roniperai picce a pieclic Je languis pour toie amistié, 

Va l'espandrai par mi les voies Ht si n'en as nulle pitié. » 

3)0 Et par les chans, si que tu voies 

Celui que lu p>oès tant amer. Ensi se complaint et démente 

Je l'espandrai par mi la mer. 248 Li jaians, et, que je ne mente, 

Si scrrois ambedeus ensamble, Je veoie qu.mqu'il faisoit 

240 Car si voel je qu'a toi s'asamble. Et ooie quanqu'il disoit... 

NOTES ET ÉCLAIRCISSE.MANTS 

Les qclqcs rcmarqcs de détail qe j'ai à prcsantcr i^agncront 
à cire précédées du texte même d'Ovide, qe rauteur de VCh'ide 
moralisé s'êt éforcé de traduire fidèlemant {Mctam., XIII, 778 
et S.). Voici ce texte, d'après le dernier tirage de l'édicion 
R. Merkel (Leipzig, Teubner, 1909). 

Prominet in pontum cuneatu.s acuniine longo 
CoUis ; utrumque latus drcumfluit aequoris unda. 

780 Hue férus ascendit Cyclops, mediusque resedit ; 
Lanigerae pecudes nullo ducente secutae. 
Cui postquam pinus, baculi quae praebuit usum, 
Antc pedes posita est, antemnis apta ferendis, 
Sumptaque harundinibus compacta est tistula cenium, 

78) Senserunt toti pastoria sibila montes, 

Senserunt undae. Latitans ego rupe meiquc 
Acidis in gremio residens procul auribus liausi 
Talia dicta meis audiuque verba notavi : 

« Candidior folio nivei, Galatca, ligustri, 
790 Floridior pratis, longa procerior alno, 

Spleodidior vitro, tcnero lascivior haedo, 
Lc%'ior assiduo detritis aequore conchis, 
Solibus hibernis, aestiva gratior umbra, 
Nobilior forma ac platano conspcaior alta, 



j 



** *» 



.,r.: - 235 Et les pendrai — 236 cl qeu — 238 je vous pen- 
drai — 242 Jai — 244 de quit — 248 quelle ne m. 



G. DE MACHAUT ET l' « OVIDE MORALISA » 395 

795 Lucidior glacie, matura dulcior uva, 

Mollior et cygni plumis et lacté coacto, 

El, si non fugias, rigiio formosior horto : 

Saevior indoniiiis eadeni Galatca iuvencis, 

Durior annosa quercu, f;illacior undis, 
800 Leniior et salicis virgis et viiibus albis» 

Mis inmobilior scopulis, violentior amne, 

Laudaio pavone superbior, acrior igni, 

Asperior iribulis, fêta truculeiitior ursa, 

Surdior aequoribus, calcato iniiiitior hydro, 
805 Ft, qiKxl praecipue vellcm tibi demere posseni, 

Non tantuni cervo claris latratibus acto, 

Vcrum etiam ventis volucrique fugacior aura ! 

At bene si noris, pigeât fugisse, morasque 

Ipsa tuas damnes et me retinere labores. 
810 Sunt milîi, pars montis, vivo pendentia saxo 

Antra, quibus nec sol medio sentitur in aestu 

Nec sentitur hiems. Sunt poma gravantia ramos : 

Sunt auro similes longis in viiibus uvae, 

Sunt et purpureae : tibi et bas servamus et illas. 
81 5 Ipsa tuis manibus silvcstri nata sub umbra 

Mollia fraga leges, ipsa autumnalia corna 

Prunaque, non soluni nigro liventia suco, 

Verum etiam generosa novasque imitantia ccras. 

Nec tibi castaneae me conjuge, nec tibi deerunt 
820 Arbutei fétus. Omnis tibi serviet arbor. 

Hoc pecus omne meum est. Multac quoque vallibus errant, 

Multas silva tegit, multae stabulantur in antris. 

Nec, si forte roges, possim tibi dicere, quot sint. 

Pauperis est numerare pecus. De laudibus harum 
825 Nil mihi credideris : praesens potes ipsa videre, 

Ut vix circumeant distentum cruribus uber. 

Sunt, fetura minor, tepidis in ovilibus agni ; 

Sunt quoque, par aetas, aliis in ovilibus haedi. 

Lac mihi sempér adest niveum. Pars inde bibenda 
850 Ser\'atur, partem liquefacia coagula durant. 

Nec tibi deliciae faciles vulgataquc tantuni 

Munera contingent, dammae leporesque caperque, 

Parve columbarum, dempiusve cacumine nidus : 

Inveni geminos, qui tecum ludere possint, 
855 Inter se similes, vix ut dignoscere possis, 

Villosae catulos in summis montibus ursae : 

Inveni et dixi : « Dominae servabimus istos. » 



39^ ANTOINK THOMAS 

bm mcnJo cjcnilco niiidum cnpm cximo poiito. 

lani. GaUici, vcni, ncc nnmcra dcspicc nosira. 
840 Ccrtccgo me novi, liijuidacxjuc in inu^inc vidi 

Nupcr jqiuc ; piacuitquc mihi mca forma vidcmi. 

Aspicc, sim quamus. Non est hoc corporc maior 

luppiter in cjcio. Nam vos narrare soletis 

Nc-cloquem regnare lovem. Coma plurima tor\'os 
vV») l'iominct in vultus, umerosquc, m lucus, obumbrat. 

Ncc mea quod rigidis horrcni densissima sactis 

Corpora, lurpe puta. Turpis sine frondibus arbos : 

Turpi> equus, nisi colla iubae flavcniia volent ; 

PUinu tcfzit volucres; ovibus sua lana decori e.sl '. 
8$o llarba viros hiriacquc décent in corporc sactae. 

Ununi est in média lumen milii frontc, scd instar 

Ingentis clipei. Quid ? Non haec oninia magno 

Sol videl e caelo ? Soli tamcn unicus orbis. 

Adde, quod in vestro genitor meus aequore régnât. 
8^^ Hune tibi do socerum. Tantum miserere, precesquc 

Supplicis exaudi : tibi enim succumbimus uni. 

Quiquc lovem et caeîum sperno et penetrabiie fulmen, 

Nerei, te vereor. Tua fulmine saevior ira est. 

Atque ego contemptus essem paiientior huius. 
86o Si fugeres omnes. Sed cur Cvclope repulso 

Acin amas, praeftrsque meis amplexibus Acin ? 

Ille tamen placeatque sibi, placeatque licebit, 

Quod nollem, Galatea, tibi : modo copia detur ! 

Sentiet esse mihi tanto pro corpore vires. 
86 > Viscera viva iraham, divulsaque membra per agros, 

Perque tuas spargam — sic se tibi misceat ! — undas. 

Uror enim, laesusque exaestuat acrius ignis, 

Cumque suis videor translatam viribus Aetnam 

Pcctore ferre meo. Nec tu, Galatea, moveris. » 
870 Talia nequiquam questus — n.im cunctn vidtbnm — 

Sureit... 

Qe Guillaume de Machaut ait copié la clmnçon de Poli- 
:.me dans XOiide moralisé^ au lieu de la traduire directe- 
mant d'Ovide, le fait saute aus ieus à la lecture. Il n'i a pas lieu 
de crier au plajiat, puisq'il l'avoue lui même. On peut an éfet 
considérer corne un aveu la déclaracion, un peu anbiguë, il et 

I . Vers interpolé, qc Tédicion Merkel omet, mais qe je rétablis, VOvùU 
morahu l'ayant conu et traduit. 



G. DE MACHAUT KT l' « OVIDH MORALlsfc » ^97 

vrai, et anprcimc de qelqe dédain, qi prccùde le « dit » du 
Ciclope (ci-dessus, v. 2)-2(S) : 

Maib ti nst le cluui et le dit, 
Si coMi Galjtec le dit ; 
El vez ci comment trouvé l'ai 
(Ne sni se c'est chanson ou lai). 

Ce qi èl cuanje, cet q'il ail laissé de coté le piLinier vers : 
Flors de ligustre ou de seùr. 

Par suite de cète niutilacion, due probablcniaiit au désir de 
ne pas avoir un vers sans rime, le deusiènie vers, par leqel 
débute le texte de la chançon dans Guillaume de Machaut, 
devient tout-à-fait ininiellijible. On remarqera qe l'auteur de 
ïOinde moralise :l été anbarassépar le li^tistrn/n du poète latin : 
après avoir francisé le mot an //V//i/;r', il a ajouté « ou de 
seiir », ce qi n et pas trop mal rancontré, car si le lat. li^^us- 
trum désigne propremant le troène, le troène et parfois apelé 
dans les canpagnes « sureau sauvaje » ou sinplemant 
« sureau » -. 

Oi'idf tuer. 18, Voir Dit 50. — Le hûn JJoriilior pralis a été mal saisi par 
le traducteur; peut-être avait il un texte d'Ovide défectueus pour ce passaje. 

Ov. mor. 23, Voir Dit 5-). — Li le»;on cnrols (dans le ms. de l'Arsenal 
chnrfuSy dans 375 cl}ei'reuxy etc.), c et-à-dire « chevreuil », et inférieure à 
cfjnriaus (dans S-jo c})rvreaux), c'ét-à-dire « chevreau», puisqe le poète latin 
anploie W«/m5 ; c(. la remarqe sur 137 z=. 147, 

Oi'. mor. 30, Voir Dit 42. — Apertetè et un mot rare, dont Godefro) ne 
cite qe deus autres exanpies; il ne se trouve qe dans les mss. 375, 245()6 et 
Ars. 5069. Les qatre autres donent tioUlite, qi corespont bien au latin »c»/'/- 
lior . 

Ch'. tfwr . 51, Voir Dit 4]. — La le»;on pahnrs, qe donent aussi 374 et 
191 21, et manifestemant fautive. Non sculemant le latin anpioie plataiius, 
mais on lit plentics dans 573, planes dans 871, phumes dans 872, pUiina dans 
Ars. S069 : c'ét le mot actuel plane, doublet populaire de pîatatu, ordinaire- 

1 . Ce mot a été une piére d'achopemant pour plus d'un scribe : nous 
trouvons ïi^uste dans 871, 872, ligoiistc dans 870, 1912 1, lingouste dans 374, 
liglistre dans le ms. de l'Arsenal. 

2. Rolland, Flore pop., VIII, 12. 



398 ANTOIX!-; THOMAS 

mani npliqé à l.i varit^it^ d'c^rahlc dite fûus pUitaue . L'isioriqc Je Littrc ne 
rcnionic q'au xvi« siivlc et celui Ac (îodcfrov q';ui xv*" (d'après un glossaire 
lalin-français). 

Ch'. mor. ^5-6. Voir Dit 47-8. — I..» répcticion de hiclk d.ms 2451^6 Ct 
nunifesicmant fâuiive cl ne se trouve dans aucun autre manuscrit. I^ plu- 
pan doncnt danif pour le premier vers (574, 870, 871, 872. 191 21) et cUre 
pour le second (les mêmes, moins 574, plus 373 et Ars. 5069). 

O. . $2, Voir dit 6.\ . — Qui nat dontci corespond bien au latin et et 

ccrtainemant la Kinc Icson : pourtant cinq mss. donent ^1// est in's (374, 870, 
871,872, 19121), sans parler de la faute ihubtr^ (375). 

ih'. mor. 54. Voir Dit 66. — Sfiiutt, mot arcaïqe, mais anployé ailleurs 
par VlXiJf woru/iV (voir Godefroy) a été ranplacé \\\r fierté dans cinq mss. 
(870,871, 872, iqi2l et Ars. 5069). 

Ch'. rnor. $7, Voir Dit 69. — Tous les mss.. sauf un, écrivent cscolournblc; 
872 a ta forme correcte escculouri^iible. La faute n'él pas rare dans les textes 
d'ancien fran»;ais: voir Godefroy, escolorge.able. 

Ov. wor. 59, Voir Dit 71. — La faute osiere blanche , qe je n'ai pas ésité à 
corijcr dans le texte du Voir Dit, et aussi dans Ars. 5069. 

Oi: mor. 60, Voir Dit 72. — La le^'on // vitis du Voir Dit ne se retrouve 
textuèlement qe dans Ars. 5069. On lit // raims {raius) dans 871 et 872, 
Ouqiu nest i-ins dans 373, Xe que n'est rains dans 374 et 19121 . Je crois qe 
/i ff«i doit remonter au texte orijinal et, si je ne me tronpe, nous avons là 
un très intéressant exanple de la forme populaire prise parle lat. vimcn sur 
le léritoire de la langue d'oïl. La forme vitn\ ancore usuèle dans une partie 
du Poitou pour désigner l'osier (voir la carte 955 de V Atlas Uni^uistiqtu d^ 
M.M. Gilliéron et Ivdmont), représantc un tipe masculinisé 'vimine, tandis 
qe notre vins parait se ratacher au neutre primitif, pourvu à une époque plus 
réçante du signe du nominatif, come il et arivé aus mots an -u me n 
{aigruns, aluns ^ etc.). 

Ov. mor. 62, Voir Dit 74. — J'ai corijé ronce au roche dans le texte du 
Voir Dit, come le demande le sans ; mais peut-être céte faute remonte-t-èle à 
Guilbume de Machaut lui-même et a-t-éle son point de dépari dans une 
forme picarde t*critc roce. 

Ov. mor. 66, Voir Dit 78. — Vers fréqnmanl modifié par les manuscrits an 
rir (Cotnrir) la l^autr de sa roe (870, 871, 872, 19121;; dans 374 Pour 
la grant heaullé dt sa roe. 

Oi-. mor. 68, Voir Dit 80. — La faute manifeste luisant pour cuisant, dans 
le Voir Dit, ne se retrouve dans aucun manuscrit de VOvide moralisé. 

Oi . mor. 71, Voir Dit 83. — Leçon absurde isolée dans Ars. 5069 : Plus 
crufl douce saixyree. 

Oi'. mor. 73, Voir Dit 85. — La bone leçon, apuyée par le latin, et proba- 
blemant : /•"/ plui sourde dt tourble mer, mais aucun manuscrit ne la done 
lextuelemant. Dans 373 on lit : Et plus sourdre de sourdre mer; dans 374, 



G. DE MACHAUT ET L « OVIDE MORALISE » 399 

870, 871, 872, 191 21 : lit plus sourde df sourde mer ; dans Ars. 5069 : lit 
plus trouble de sourde mer. 

Ch'. mor. 76, Foir Dit 88. — A noter biche betee dans 575. 

Oi'. mor. 8 5 -6. — Ces dcus vers manqcnt dans le Foir Dit, sans doute 
par une distraccion de Machaut. 

(V. mor. 95-4; l'oir Dit 103-4. — Ces deus vers se présanteni dans les 
niss, avec des le»;ons très divcrjantes : Aitis est asse^ roistes et fort Tel c' on n'y 
puet trouver effort (575); Si (Tel) quon nipuet trouver effort Xe trop graut 
ardour (chalour) ne trop fort (870, 87 1 , 872) ; Si que ou u\ puet trouver destroit 
Ke trop graut chaleur ne trop jroit (374); Si c'om ni petit trouver effort Xe trop 
gritnt chaleur ne trop froit {\<)\li)\ Tel qu'en ni puet trouver e(fort, Xe si ne li 
puet faire tort Le soleil (Ars. 5069). 

Oi'. mor. io6, Voir Dit 116. — La bone leçon et nianifcstemant soub^les 
raimes, qi se lit dans 573, 374, 870, 871, 19121, Ars. 5069. La leçon fau- 
tive adoptée par Machaut ôt dans 872 (sur) corne dans 24306 (sour). 

Ov. mor. 112, Voir Dit 122. — Cueudras ou queudras et certainemant la 
bone leçon, bien qe 24306 et Ars. 5069 l'aient seuls conservée. Variantes : 
Tendras /" (573) ; Et aviendras mesnies aux brandys (374); Tu avenras m. a. 
t. (871); Tu avaindras m. a. /'. (872); Tu avendrasm. a. b. (19121). 

Oi'. mor. II 5-6, Voir Dit 125-6. — La leçon adoptée par le Voir Dit ne 
se retrouve pas dans les mss., qi donent tous boissons (buissons) pour le 
segond vers et ésitent, pour le premier, antre moissons (24306) ou nioisons 
(Ars. 5069) Cl foisons ftous, saut" 871, qi repète buissons). A noter qe 872 a 
passé les vers 11 3-56. 

Oi'. mor. 120, Voir Dit 130. — Bestiaires, mot qi ne se trouve qe dans 
VCh'ide moralise, et ranpiacé par bestial dans 374, par bestiaux dans 870, par 
hestaus dans 87 1 . 

Oi'. mor. 129-50, Voir Dit 1 39-40. — La leçon du Voir Dit, qi a l'inconvé- 
niant de jéminer la rime an -c>;>, se retrouve dans 373, 870 et Ars. 5069. 

Ov. mor. 137, Voir Dit 147. — Cheirelet se retrouve dans Ars. 5069 ; il i 
a cljevrel en ma maison dans 373, 374, 870, chezrot en ma m. dans 871, 19121. 
Cf. la remarqe faite ci-dessus sur Cyi'ide mor. 23. 

Œ'. mor. 145-8, Voir Dit 155-8. — La jéminacion de la rime an -iniis 
paraît remonter à l'auteur. Au segond couplet, les mss. 574, 870, 871, 
191 21 donent : Lierres te donrai bons et beaux Et des connins et des cljevreaux. 
Remarqons qe le diminutif conninel n'êt représanté dans Godefrov qe par un 
exanple de Jehan Bouchet (com. du xvje s.). 

Ch'. mor. 151, Voir Dit 161. — La leçon fautive de nuit ne se retrouve qe 
dans Ars. 5069 sous la forme de «m/^. 

Oi'. mor. 153 et s., Voir Dit 163 et s. — La conparaison du latin (v.836) 
montre q'il s'ajit de deus petits ours et non de deus petits oiseaux, mais 
presqetous nos scribes se sont mépris : oyseles, oyselet (373), oyselle:^, oysellet 
(374), oiselleSy oisellet (870), oisselles, oisselet (19121), oiseles, oiselet (Ars. 



400 ANTOINi: THOMAS 

5069). Dans 87 1 u 1 a ciaucnum ounsdUs .111 v. 151, mais oisiîtt au v. 155 ; 
d'ailleurs, au v. 152, le mcmc scùhc lii plumot^f au lieu de loraijf, faute qi se 
rciroux'c dans 574, 870 et 19» ai. Godcfroy ne conail ouneUt qc par Ron- 
sard, et il et curieus de constater qe Rons.ird s'Ot ranconirt^ avec l'OiiVy** 
mcrrAi^f pour traduire par le niCnie mol le cûtulos urSiU du poète latin dans 
son Cy\I<*fv Jmtxmrfux. 

Ck\9m>r. 174 et s., icu Dit 184 ei s. — i^oiiu éi ranpiacê par c/virMAf 
dans ; 74. 870, 871, 872 et 19121, ce qi a antraînO un bizarc remaniemant 
du r- ••;•. Je me contanierai de citer la leson de 871 : J\n gtittis cljtirux 
ifui .. .-,« ,i i-ii ."/iw Us es/\iulrs nu cutircnt Et, t/iujttl il xrutf, a tous hsoevrent. 

Ck\ m^. 177, Voir Dit 187. — Var. de 870 et 191 21 : Quf vaut clyei'al 
s'il n'a hcaus crins ? 

CH. tnor. 186, Voir Dit 196. — Var. de 574 et 870 : Connue tl'uu^ uni,' lier 
(sJMglirr) Irricif;^ ; 871 et 872 : Aussi com s\stoie lyricir. 

(\-, mor. 200, Fuir Dit 210. — Parafée ùt ranpiacê par Upiage {Uuage) 
dans 574, 870, 871, 872. 

Oi'. mor. 20Î, Voir Dit 213. — Siguour corespont au lai. soctrutu (v. 855), 
ce qi et intén^sant au point de vue sémantiqe. J'ai signalé, il i a qelqe sèsc 
ans. dans les AtnuiWsdu Midi. VII, 455, une charte de 15 12 rédijée à Dar- 
nac (Haute Vienne), c'ét-à-dire sur les confins des diocèses de Limoges et de 
Poitiers, où l'idée de beau-père et randue par un mot dont la lecture peut 
être Sfy*u ou sfytu {=. snve). J'ai opté pour irvir < socerum, contre se\ne 
< senior : je crois maintenant qc j'ai u tort, et je saisis l'ocasion de faire 
amande onorable, an rapclanl qe j'assigne une orijine poitevine à Vihide 
moraJiu. 

Ov. mor. 210, Voir Dit 220. — Jouis 374, 870 ; Je ne sai leijuel Ars. 5069. 

Ot». mor. 216, Voir Dit 226. — T'ire et ton torment 871, 872 ; Connue je 
fois ton maltaUut 574, 870, 19121. 

Or. mor. 217, Voir Dit 227. — Ix Voir Dit a la mauvaise leçon qi se 
retrouve dans la plupart des mss., soit lèle qèle, soit sous la forme se tu 
m'amassas (573 et 374); Ars. 5069 a écrit se tu ne maniasses et exponctué Vm 
iniciale de marnasses. 

Oi-. mor. 220, Voir Dit 230. — î>r et effroi 871, 872; Je eusse moins 
(mitulx ) fKiine et esmoi 374, 870. 

Ot'. mor. 222, Voir Dit 232. — Ennuy et pesancr 371: -?'"// /v;; pessance 
870; despit et pesanu 872 ; dolour et pesame Ars. 5069, 

Ot-, mor. 22), Voir Dit 235. — Actin 37; : Acrin Ars. 5069; Acis 871 ; 
;7.i.870: Athis 872. 

Antoine Thomas. 



MÉLANGES 



NOTE AL TLSIO DI .IIGAR I: SfAUHIX 

A. l^rossmer ha rcso un scrvigio notevole agli studiosi, 
ripubblicando i frammenii dclLi canzonc provenzalc di Aii^ar e 
Maurin conscnati nel ms. 1597 dclhi Bibl. univcrsitaria di 
Gand. L'cdizionc dàtanc nclT a. 1S77 da A. Sclicicr c ormai 
irrepcribilc cd c tutt' altro clic soddistaccntc, sicchè non si puô 
che accoi^licrc con gioia la niiova stampa, condotta sul ms. 
c paccdiita da uno studio hloloi^ico, dci laccrti dcl prczioso 
tcsto pcrduto (/^(>;m////.yr/;(' Forschun^niy XIV, i sgj^.). 

I duc laccrti, scritti in una rcgionc scticntrionalc ncl sec. 
XIII (forsc nclla seconda nictà dcl secolo), sono in cattivo 
stato, pcr provcnirc da una vccchia Icgatura. Alcuni vcrsi sono 
quasi illcggibili; di altri non si ha che il principio e di altri sol- 
tanto la tîne, in causa di un barbaro colpo di forbici per il lungo. 
Il Brossmer ha fatto quanto ha potuto (e di ciô gli va data 
Iode) per strapparc ai laccrti il maggior numéro di Ictterc c di 
parole laddove essi sono più danneggiati ; ma io credo che con 
un p6 più di pazienza egli avrebbe evitato qualche svista e 
letto qualcosa di più. 

Pcr esempio, il v. 31 è cosi stampato dal Brossmer. 

Aiuni la force p...ms cl gonfanon 

con la nota : « Dcr \'ers ist unverstandlich. » Ora, in luogo di 
p...ms, si Icgga col ms. parcis (lettura sicura) c si avrà un 
senso. 

I vv. 57-58 sono dati cosi : 

Kcl mes... mil... lo galei 

H m... dcl .. as ab un îionfanon frci. 

Rommmia, XLI. ^6 



402 MELANGES 

Ora, non ho ncs5un dubbio circa la lezionc dcl nis., chc c la 
scizucnic 

K'cl mes prcnicr Mil.ucs lo Galci 

I: mil des seus ab un gonCmon frei. 

Il copisia adopcra i^cncralmcnic la torma picnwr (p. es., v. 274) 
c di rado pfwi(i\ e Milnivs lo (/jA-/ compare al v. 72. Quanio 
a drs srtis nel nostro ms., si ricordi, se ce ne fosse bisoi^no, as 
sens al V. 115. 

Il V. ii6ècosi stanipato : 

Pcrdut i .li, mais nquc m'csteut pcnt ; 

ma il codice ha estait , c la frase cstar ^cut o cstnr heu c ^^ciit è 
tropjK» nota perche sia necessario commentarla '. 
Il V. 922 ê stato letto in tal modo : 

K.îr non arif tormeut ni deslorber 

con la nota che rie e forment sono « fast unleserlich » ; ma io 
non intcndo come si possa leggere tormeut dove il ms. ha 
abbastanza chiaramentc rei^art. E anzi che arie^ il cod. per- 
mette di leggere : anie. Dunque : Kar non avie regart ni destor- 
hcr\ 

Per darc intîne il risultato di una mia collazione, che 
migliora, si badi, o corregge in più punti il testo, noterô, pri- 
ma di passare a qualche altra proposta, le seguenti cose : 

\\ 1 1 k'ûiu plais non ]o sohus. Si corregga col ms. : k'anc mais 
non Jo sohus. — 33 el prat Frimon. Corr. col ms. Franon. — 
41 a toîe, non tote. — 50 rason. — 60 cil lo persigiient e cadus... 
cû crci. Anzi che co, il ms. ha ca. Si Icgga : e cadus e catrci 
{pzcadadui, cada Irei). — 74 Xon già trauquent nel ms., ma trau- 
quant. - 95 lo cap (non k c. nel ms.). — 105 .SV (non Si). — 
1 12 II ms. ha niçois (non incols). — 366 Ms. O tôt . — 367 Ms. 
Fais (non Falc). — 374 Point lo cavau. — 415 Andava notato 
chc il ms. ha conwnchan.— 428 Ms. cm. — 475 neus (non neuf). 
— 633 Ms. // scarbouck. — 690 Ms. ah escl. — 691 Ms. la (non 
lo) raube. — 734 II ras. ha devisar (non deviar). — 744 Ms. 

1, cittiit irovasi anche al v. 11 84. 

2. É ben nota la frase aver rcgarl, cioc : « avoir peur, avoir a craindre ». 
Si veda Lex}\ Petit dict. prov. -français ^ Heidelberg, 1909, p. 320. 



NOT!- AI TI STO DI « AICAR I- NïAl'RIV » 403 

iiihalar. — 77.1 Ms. en (non ofi) da coiiscrv.irsi. — 1X3^ Ce. — 
909 Ms. esftuh-r {non esinit'r). — 914 tos jors ms. — 923 tuut è 
un crrorc di stanipa. Corr. snnî. — 924 il ms. non ha ^or- 
rifij nr.\ ^ (lin ii^ o, comc si deve in Oi^ni caso correg^'ere, ^^aniio. 
Ne parlo più sotto'. — 926 II ms. ha pa'uir, anzi chu auar. — 
943 Non Frais retnaseut li privât conseiller^ ma si benc : Laïus 
retnasenty qcc. — 968 II ms. non ha valgiil c neppure vaignt, 
comc lesse Schcler, ma si bcnc vetijynt. — 974 II ms. ha Aiqnesl 
cons. (non Aiqneï). — 978 Ms. sos ^ans (non ses ^,^). — 985 
Ms. ab SOS. — 990 Ms. tans. — 992 Non già rvr, ma chiara- 
mente rix. — 1024 Xon as dras, ma ntl ms. olhras. V. sotto. 

— 1033 ^^^' f'trein. — 1063 Ms. Asseliu. — 1082 ni rendns. 

— II 52 Ms. palra (corr. partra). — 1159 en pas. — 1190 
iors. — 1192 proi ia r (^non prei^ar). — i-44 Greisleis. 1256 
Ms. Monelaire (non Monchaire). -- 1264 Ms. 5/ (non Sin). — 
1268 hateillers. — 1275 \\s. parissent (non puissent). — 1284 
ti^at. — 1293 '■'ornent {non sonnent). — 1295 el cap Çnon claire). 

— 1^62 priniers. — 1391 II ms. non ha vente, ma uenf" (cioè : 
ventre). -- 143 i /i) (non le). 

In scguito a qucsta collazionc, la cui minuzia vien Icgittimata 
pienamentc dalla prcziosità del testo, si puô intanto sopprimcre 
Part, i^orrin ncl Snpp.-lTôrt., IV, 150 (c ctr. II, 323), dcl Lcvy, 
il qualc dériva dal v. 925 di Jigar : 

E cent oorrin trestuit salvage c fer. 

Ho già detto che il ms. ha i^ainig o garaicr. Il vocabolo à quasi 
scomparso, sicchc, paleogratîcamentc parlando, non c possibile 
risolversi per l'una o l'altra lettiira in modo sicuro ; ma certo 
gorrin non si puô accettarc. Il -g c visibilissimo, e cosi il ga-. 
Dato poi che il cod. abbia^^/;//V, bisogncrà corrcggere in garaig, 
che sarà stata la Iczione originale. Xcl nostro ms. -ig sta a rap- 
presentarc -ing {c\r. joig 65, poig 1327,1392, ccc. ; Brossmcr, 
p. 31), dunquc avremo garaingj garanh, che è la base, donde 
proviene ^^^7/7ï;//.»t)« (Blacatz, Faure-l'alconet, cfr. Levy, IV, 43), 
prov. mod. giiaranlkvin « étalon, cheval entier » (Mistral) -. 

1. Qui dirù, tultavia, che Sclieler lesse goerio. Vide, cioo, (cd è visibilis- 
simo) -ig. 

2. Dato il goerig dello Schcler, che è una cattiva lettura (comc ho dctto 
sopra), il Tobler risali a un ipotetico gorris. Cfr. Levy, Suppt.-lV., II, 



^04 M i: LAN Ciliés 

I vv. 48-50 suon.mo nclT cdiz. dcl Brossmcr : 

i*crtc .ivas icic c non s.ittcs pcr kci : 
Ki tel baulllc c'onsa force non vci 
Dcscoufis es per raison e jkt drci : 

Daio chc at'as si dcbba conscrvare (corrcgcrei volenticii airs), 
mi par quasi certo che c\msa va corrctto in ran sa; tra duc vir- 
gule : iVî« sa force non iW. Invecc, al. v. 52 ;m>x/<', scn/.a -;, si 
puô conscrvare (si tratta di un tratio dialcttalc, chc ricorrc altrc 
volte nel nostroms.). 

Al v. 80, il Brossmer ha : 

N'i ac ûigus pcr vcir LX c trois 

Il ms. ha Cil- addossati c credo chc si tratti di un r corrctto, in 
sèguilo a un pentimcnto, in ii. In oL;ni miKio, Icggcrei : N'i ac 
agus tcc. 

Al V. 673 il ms. ha, comc l'ediz. Brossmer, E satis amjat 
coms lo rei non desjic. Proporrci c\ius (in luogo di coins). 

Vv. 881-2 : 

E rem bon grat, non i ai afolat 
Obédience ui autre a voluntat 

m auiti non va. Bisognerà correggere mauire Çm*anlre), comc 
mi pare abbia il ms. Ma c difficile decidere tra ;// e ;//. 

^^ 901 : consier c da notare (Thomas, Nouveaux Essais, 
p. 222). Si trova anche una seconda volta nel nostro tcsto, 

V. I lOI. 

V. 907 : 

E es grans dels d'aital gonfanoncr 

cUls non è chiaro nel ms. ; ma, in ogni modo, propongo dois, 
che è richiesto dal senso. 

V. 931 : Mais sol mon cors. Anche questo sol i: tutt' altro chc 
chiaro. Si legga, forse, ks (forma francese), cioè : « accanto a 
me. » 



523 : gorrm. il Brossmer lo ha acceltato, dicendoci soltanto che la parola 
« ist schwer lescrlich ». Ma il senso rifiuia f^orrin. Xel verso précédente 
c'ê chiaramcnte un egeur^ chc non sarà altro che equitiarius (Mcyer-Lùbkc, 
Rom. Et. IV. ^ no 2885), corne ha proposto il Thomas, Kouv. Essais^ p. 254. 



FERRARINO DA IT.RRARA .|05 

\'. 102-1 11 ms. olhras dovrà corrc^^crsi in c)/';y7j» (Brossiiicr, 
as dras). 
V. 1040: 

Kc sans bataille non virante conques, 

viramc non ha senso. Si Icgga c corregga : vi raiue (« \ idi 
rci^num »). 
V. 1193 • 

Kc m'aiudcs qufs honte a venjar. 

Corr. qiù'S. 
V. Î3.13 : 

F-spades cliainies a pons vermals Jutnas. 

Il Brossmer nota : « damiu iinvcrstandlicli. » Si corrci^s^'a, a 
parer mio, in diiiiras'. 

y. 1369 Corr. ifdtis lus in ilaits las. 

Giulio Rertoxi. 

FF.RRARIXO DA IFRRARA 

Fcrrarino da Fcrrara c molto più noto corne compilaiorc 
del non lunizo florilet^io di liriche occitaniche, conservato uni- 
camente alla fine del nis. /9(Bibl. est. R. 4, 4; c. 243^ '''^r^-)% 
che corne poeta nella lin<!;ua provenzale. Benchè il tempo si 
sia niostrato implacabile con lui, sappianio certamente che com- 
pose due canzoni e una retroensa e serventesi e cobbole % ed 
abbiamo, per fortuna, una sua strofa scambiata con un trova- 
tore sceso in Italia : Raimon Guillem '. Dai pochi versi sopra- 

1. Fo rsc quesla è la forma che sta nel cod., ma è impossibile risolversi, 
dato lo staio del ms., per l'una o l'altra lettura. Ripeto che il ms. è, in più 
punti, molto danneggiato. 

2. Il florilegio è staio edito diplomalicamente da H. Teulié e G. Rossi, 
Vnniholo^ie proven(;a\e de Maître Ferrari de Ftvn/rf, Toulouse, 1901 (cstr. 
dalle Auuah'S du Midi, XIII). 

3. Ciô si impara dalla biografia provenzale (che sta in testa al florilegio), 
scritta in Italia. 

4. Pubbl., per ultimo, dal Crescini, Man. proi<.,2* ediz., p. 373. Il testoè 
in più punti astruso. La stampa del Crescini è diligente. Notisi, tuttavia, che 



406 MÈLANCES 

vissuti, SI ricava chVi^li lu un abilc conoscitorc dclla lingiui 
di Provcnz;! c si pi.icqiic di schcini ingc^nosi, propri al » trovar 
chiuso », scnza cscludcre clic ncllc cobbolc c nci sirvcnicsi per- 
duti si sia abKindonaio a una più dolcc c lacilc maniera di 
versci;i;iare, qualci^cncralnicnic coltivavano i irovatori italiani. 
Dal tlorilci^io, o inci^lio dalle preferenze accordate da l'errarino 
nella scella dei brani riporiati, si desunie un' altra sua caratte- 
risiica, direi quasi, morale. Amava la poesia didattico-inse- 
gnativa. Esepenso che usava jzià veccliio, corne inse^na la sua 
biogratîa, frequentare la corte dei Da Camino in Treviso, dovc 
ad accoiilicrlo con onore stavano Giraldo c i suoi lî^li, cimanti 
dclle leiiere,nii siaffaccia la congettura che per questi ultimi — 
Gaia, la célèbre Gaia di Dante', Rizzardo c Cîuecellone — sia 
siaia messa insieme la nostra brève e preziosa antologia. Conjec- 
tura per coni^eitura, puô anche essere che il florilegio sia stato 
composto senza uno scopo cosi determinato, ed altro non sia 
che una silloge destinata a una lettura amena ed educativa in 
una lingua cara allora agli Italiani od anche una specic di ma- 
nuale da servire,come una raccolta d'esercizi pratici, alFinsegna- 
mento. Insegnamento ? Sicuro. Che vi fossero maestri di lingua 
provenzale in Italia, è cosa, per cosi dire, ccrta. Erano in 
fondo, insegnanii, se anche non ne fecero professione, il pro- 
venzale Vc Faidit e Titaliano Terramagnino, quando com- 
ponevano l'uno il Douât e Taltro la sua Docîrwa. H forse 
fu davvero un insegnante privato quel Tuisio, a cui lu 
gicKato il bel tiro di fargli scrivere una supplica, nella quale 
le parole erano italiane, ma mascherate alla provenzale, per 
mezzo di desinenze in -:^, -ti^, -17, ^ Hra egli chiamato doctor 



^, .. 46 il ms. ha per errore due volte il sostantivo pes. Inoltre, al v. 26 
btsognerà sopprimere il d'el (ms. deh) dei Crescini, perche falsa la niisura dcl 
verso. Silcgga : noiC cri^ (ms. /r/'O partra^. Il Crescini accetia tri^ (p. 515), 
dubitando che inesso si nasconde un /r/a, ma crii s'accorda bene con twsa. 

1. Per Gaia, rimando a R. Renier, mSvaf^hi critici, Bari, 1910, p. 31 sgg. 
Qjiivi tutte le indicazioni indispensabili suUa complessa questione, che si 
aggira intorno a questa Bglia di Gherardo. 

2. V. Crescini, Il prairn^aU in caricatura, m Atti e Mem.delïaR. Accademia 
di Science, Lttt. e Arli in Padma^XllKiS^-j), p. 123. Si tratta d'una richiesta 
di deoaro che si suppnnf îndiri/^ntn dn maestro Tuisio alhfrd^ld dei notai di 
\*i.-, '-/T nell'a Tîn2. 



TERRA RIN'O D.\ 1 KRRARA .|{)7 

proençaliuni, c, in verità, non si vcdc perclic non abhia potiito 
esserc rcalmente un maestro di cose provcnzali. Cosi, potrcbbc 
darsi che insc*;nantc di provcnzalc, olirc clic di latino (^siip 
molt bc letnis)f sia stato anclie l-'crrarino, dcl qualc sino a qucsti 
ultimi anni nulla sapcvasi, all'intuori di ciô clic ci narra la 
bio^ratia posta in testa al tlorilc^io. In mezzo a tanta oscurità, 
gli stLidit)si si trovarono in balia dci diibbi. Si dubitô persino 
cir ci^li si chianiasse « l'crrarino », volcndosi da alcuni clic il 
/vr^n dcl la bio^ratia dovessc pronunciarsi aU'italiana ' c clic 
nulla provasse l'accento sull' -/, neccssario alla riiniica, nclla 
tenzone scambiata con Rainion Guillcin -. Ora, se non m'ingan- 
no, siamo giunti, in niezzo a tante incertezze, a qualcosa di 
concreto e ci troviamo dinanzi alcuni documentini, nei 
quali dobbiani riconoscere, oso dire, sicuramente, il nostro 
Ferrari no. 

\'. Crescini, dopo aver fissato gli occlii su alcuni atti indi- 
cati dal CAonix (Mo}iiini. ilclla Univcrsità di Paihn'a, I, s8i ; II, 
524; III. 2.|), nei quali c qucstionc di certo Icrrarino, 
maestro di grammatica, dcl casato dci Trogni di l'errara, vivo 
ancora nei 1330, non esitô a scriverc clic questo maestro omo- 
nimo non fu certo « una sola pcrsona » col poeta in proven- 
zale». E ad escludere questa identificazione, il Crescini lu 
condotto da ragioni cronologiche, perche pensava egli con lo 
Schultz-Gora ' « iltrovatorc. . . non dovc camparc oltrc i primi 
anni dcl trecento ». lo credo invecc che il nostro Ferrarino, 
noto compilatore délia antologia dcl nis. J) e meno note ver- 
seggiatore, che si provô con Raimon Guillem, sia appunto il 

1. Cosi comincia la biografia : « Maistrc Fcrari (o da Feirara e fo giullar et 
iniendez mcill de trobar proensal che negus hom che fos mai en Lombardia ». 

2. Ecco il passo : Amies Feirairi — Deltnarij(s iVEst van — Man — Di^cn 
q^a un fi, ccc. (La tenzone è conservata ne) nis. laurenz, PI. XLI, n"42,c. 
5 2*1). Sono in rima : Ferrari, fi. Inutile dire clie cen sta per sen. Il Casini, 
Troi'. nella Marca trivigiana, p. 3), traduce c gente fida » e legge « gen », 
ma il codice ha sicuramente ccn. Del testo e délia tradu/.ione del Casini non 
si puô tener conto, perché, in questo caso spéciale, l'egregio studioso êcaduto 
introppi e troppo gravi errori. 

5. Crescini, in Atli e Mem. délia K. Accad.di Science, Lett.e Arti inPadova^ 
cit., XIV (1898;, p. 32. 

4. Zeitschr. f. roman. Philol., VII, 251. 



408 Ml-.l.ANGES 

Troiiiii, c sptTO di iiuiurrc nnche i Icttori in qucsta convin- 
zione, che mi p;ir ri|K>s;irc su solide basi. Al Crcsciiii c skii;- 
giio un documciuo assai importante, cdiio ncl iSS^^da B. l\)n- 
tana. Si traita di un plcbiscito in l'crrara dcl sec. \iv e preci- 
samente di un Junimcntum fidcUtatis prafstilum nuuo i jio a 
fK^pulo fcrrarkusc Clemniti pp. V • . Orn. fia i ciiiadini dimo- 
ranii in Ferrara nel ni8 e precisanientc nella « contraia sexti 
*Ninai RcMnnni «. fîgurano le segucnti due pcrsone : 

Ma^isîci FERRARINUS dck'hw grmuaîice. 
ijuwauius (1. Guiçardus)y fUius dicîi nuit^islri ¥v.nRAK\si. 

Quesi*uomo, chiamato scnzaltro tuagislcr Fcnan'uus, doveva 
ben esscre conosciuto in Ferrara e, dato l'anno del docunicnto, 
non v'ha quasi nessun dubbio che vada identificato con Maislre 
Fcrari de Fnrara/\\ conipilatore del célèbre tlorilegio. A conva- 
lidare quesi'opinione, puô valere l'osservaxione che la biogralia 
ci dice che maestro Ferrari no seppe vwlt hc IctraSy il che 
s'accorda colla sua qualitA di doctor gronnitice ^. 

Se non v'ha quasi dubbio, corne dico, che questo magistcr 
Fcrrarimts sia viaistre Fcrari, è d'altro lato sicuro ch'egli fu una 
scia persona con Ferrarino dei Trogni citato nei documenti 
fatii conoscere del Gloria c abitante in Padova ncgli anni 
13 17 {Motiutu., cit., II, 52.4), 1325 e 1330 {ihid., 1, 381; IIl, 
14), figlio, corne si impara dai medcsimi documenti, di certo 
Bartolomeo. Per convincersi di ciô, basta osservare che Ferrarino 
fu padre di GuiçurduSy dimorante nella stessa v contrata sexti 
Sancti Romani » nelTa. 1510. Ferrarino dei Trogni ebbe 
appunto un figlio di nome Guiçardus, com' è fatto chiaro da 
un rogito esiense (Arch. di Siato estense, 13 13 — Investi- 
ture — ) in cui si legge : Ego Guiçardus filius magisîri Ferarini 
de Tronguis de Fcrraria doctoris gramatice sacri palalij notarius e 
da un altro atto, pure estense, che reca la stessa soscrizione 
con l'aggiunta dottiini Marchionis (Bertoldo) notarius. Infme, 
lo stesso Guizzardo figura, sempre corne notaio, in un terzo 



I. B. Fontana, PUhiscito tu Ferrara del sec. XIV, in Atti délia ferraresc 
Deputa^iofu di Storia Patria, vol. I (Ferrara, 1886), p. 27. 
? Tnutile è dire ch'' ^''«-.i significô spccialmcnt<- '' " latino». 



FERRARINO DA FERRARA 4O9 

documento del 1323, ncl qualc c questione di una rinunzia di 
certi tcrreni, posii in \'illamana, fiUta da Marano Nîarani in 
flivorc dcl Marchcsc d'Esic '. 

Il trovatorc c compilatore dclla sillo^c di J) iii dimquc Icr- 
rarino Troi^Mii da I-crrara che viveva anc^ra in Padova ncH'a. 
n^o*. Questa data c assai prcziosa pcr la storia dclla pocsia 
occilanica in Italia, perche ci mostra ch'cssa cra ancor coltivata 
in un tempo, in ciii la lirica di Proven/.a pareva csscrc stara del 
tutto oscurata nel N'encto dalla curiosa pocsia franco-italiana. 
È anche prcziosa per la data delT ultinia sezionc del nis. D, la 
quale viene ad essere alquanto più moderna di quanto paresse 
lecito pensarc K Nella biograha provenzale è dette di Fer- 
rarino che (]an vcn ch\'l fo veil... anava a Trcvis a meser Guiraul 
da Chainiti et a sos fil:;^. Ghcrardo III da Camino chiusc gli 
occhi per scnipreil26Marzo I3()7,sicchè l"errarino, ^ià vecchio 
allora, dovè niorirc vecchissimo(di non nieno di ottant'anni, io 
penso) poco dopo il 13^0. 

È tempo, ora, di venire a discorrere délia tenzone, alla quale 
già abbiamo accennato, fra il nostro Ferrarino e certo Raimon 
Guillem(Gr//;/^/-., 402, i) ♦, che il Hartsch ha tenuto distinto 
da un Guillem Raimon (Gnimlr., 229, 2), il quale fu pure 
alla corte estense e scambiô versi con un Aimcric che non 
pu6 essere altri che Aimcric de Pe^uilhan, il solo poeta di 
tal nome recatosi al castello dei Marchesi d'Esté \ Lo Cha- 



1. Questi atii furono da me ricordati, quando ancora non conoscevo l'im- 
portante tcstimonian/.a del Plrbiscilo ferrarcse, sfuggita a me. cnme già al 
Crescini, in Gioru. stor. J. lell. ilal., XLIV(i904), p. 267. 

2. Ncl documento del 1530, ricordato dal Gloria, figura come « ripetitore 
di grammatica cdottorc». Cosi in qucllodel n2) pure addotto dnl medesimo 
au tore. 

3. Ho gia dimostrato altrovc che il ms. estense (D) non fu messo insiemc 
nella corte d'Esté, come credevasi, e non rivale, neppure nella parte più 
antica, oltre lo scorcio del sec. xni. Nel suo cotTiplesso, sia a cavalière dci 
secc. xni-xiv. Cfr. Bertoni, Lhisioire du rtis. prcv. D, in Aur.aUs du Midi, 
XIX, 241. 

4. La tenzone non ha ncssun titolo nellunico ms. P, c. ^)^. Risulta 
di due strofe : la prima di Raimon Guillem, la seconda di Ferrarino. 

5. Cfr. Bertoni, in Giorn. stor. d. ktt. iliil., XXX\I, p. 460 n. Il tcsto, 
ediiogià da Gauchat c Kehrli c dall'Appel, è stato pubblicaio ultimamente da 



410 Ml^.LANGES 

bancui, invccc, fcce di Raimon Guillcm et Guillcin Rai- 
mon una sola pcrsona (/)/<>;^r., p. 558). A torio, a parer niio; 
perche la nécessita di tencr distinti qucsti duc trovatori c cvi- 
denie, quando si considcri chc (iuillcni Raimon poetô, come 
vedrcmo, ai^li alhori dcl sec. xiii, mentre Raimon (îuillem 
ten/ono con Terrarino sul tînirc del meJesimo secolo. Intatti, 
Guillcm Raimon tu in rclazione con Obizzo de' Bii^oli o forse 
Bigolini ', dcl quale lo stesso Guillcm ci fa sapcre (ms. //, 
n** :? * V cdiz. Gauchat-Kehrli, Studj. di filoL rom.y V, 537) 
che \i>>L a tempo di Kzzclino da Romano (;/' Aici'lis)^ c del 
« rei ». cioc di l'cdcrico II, già nominato « re d'Alamagna » 
(dunque non prima délia. 1220) \ In un altro componimento 
(//. n'' 224), Giiillem si rivolge a Mola : 

Mola, se fos l'autre balcos scrratz, 
Vos foratz plus gignos... 

Ora, Mola (sia egli o no da identitîcarsi con Peire de la 
Mula ') fiorî, a quanto pare, nclla prima meta del sec. xiii. 
Un gran valore, per noi, ha la tenzone con Aimeric. In essa 
è qucstione di un giovane Marchese, cioè Azzo \'1I d'F.ste, 
succcduto neir ctà didieci anni,nel 1215, al fratcllt) Aldobran- 
dino. D'altrondc, vi sono buone ragioni per crederc chc Aimeric 
de Peguilhan non abbia varcato il 1250. Sul finire del sec. 
XII, era stato in Catalogua ; aveva soggiornato a lungo (eslec... 
lonc /rw/)5,Chabaneau, Biogr., p. 282) alla corte di Alfonso \ III 
di Castiglia; aveva amato, comc ci insegna Mario Hquicolo ♦ nel 

V. de Barlholomaeis, // sirvoitesedi Aim. de Pc^. « Li fol cil put eil filol » 
cstr. à^Yx StuJj ronumii, VII, p. 43. Per qucsto sir\'entese, sono da tenersi 
prcscTîti le veramcntc magnifiche correzioni di A. Jeanroy in Rowania, 
XLI. p. 141. 

1, Benoni. Vm conjecture sur un troubadour italien Ohs de Bii^uli, in Annales 
du MiJi, XX, 225. 

2. Schultz-Gora, Lin Sirvmtes ivn Guillfem Fif^ueira, Halle a. S., 1903, 

\. Potrebbe esscre, Mola, una forma dialettale di Mula ; è improbabilc, 
ma nu^'i "n.S dirsi di sicuro. 

f ..>.^, o tutt'al più Equia^li, è la vera forma Cnon già, comc si usa, 

f^ -;. In tutte le lettcrc nutografc, da me csaminate, egli si sottoscrivc 

.-- .lo. La forma liquicola é un cattivo tentativo di latinizzare il nome ; ed 
è tempo di abbandonarli. .inche se il tenutivo fosse dovuto,come pare, allo 
sîc^iO Mario. 



rKRRARlNO DA 1 ERRARA 4II 

Lihro di mitiirn iïamoyt\ attini^ciido a un nianoscritto pcrdiiio, 
« dona Maria, moglicr dcl rc Picr d'Arai^ona », cioè Maria di 
Mompcllicr (y 121 3). \'cnuto in Italia, perc«^rin6 alla cortc 
dci Marchcsi di Saluzzo, dci Malaspina c dci,'li F.stcnsi. Quivi 
piansc la morte di Azzo VI (i2i2),in un coniponinicnto ormai 
célèbre e cantô Ik-airicc d'Iiste, certo prima che entrasse (121S) 
nel chiostro di Cjemolae vi si spei^messe nell'a. 1226 Insomma, 
tutto porta a credere che Guillem Raimon e Aimeric da Pei^uil- 
lian abbiano scambiato la loro tenzone concernente Azzo \"II, 
assai prima del 1250. IVnso che ciô sia avvenuto verso il 1225. 

Raimon Guillem, invece, che tenzonô con lerrarino, tiori 
sullo scorcio del sec. xiii. La biograrta di Ferrarino, spia prc- 
ziosa, ci dice che Gherardo da Camino e i fi»,^li suoi in Treviso 
lo accoglievano volontieri e gli facevan doni non soltanto per le 
sue qualità, ma anche per Tamore del Marchese d'Esté. Ora, le 
relazioni tra i C^aminesi e gli Fstensi non si fecero vive che a 
tempo di Azzo \'III (i29vn<><^), successore di Obizzo II 
(126.^-1293) '. Ciherardo nel 1294 ordinô cavalière Azzo, il 
quale a sua volta rese il medesimo onore nello stesso anno a 
Guecellone e Tanno dopo aRizzardo, tigli del Caminesc. D altro 
canto, le date da noi poste in evidenza dagli antichi documenti 
rintracciati, ci obbligano a tenerci a cavalière dei secc. xiii-xiv. 
Insomma, il Marchese d'Esté vantato da Ferrarino, corne 
uomo di sapere e d'onore, libérale c valente, non puô essere 
che Azzo \'III, o tutt' al più, se si vuole, Obizzo II, non mai 
Azzo\'II (y 1264). 

Dalle cose discorse risulta in modo,oserei dire, évidente e in- 
controvertibile che Guillem Raimon e Raimon Guillem furono 
due poeti diversi, venuti alla Corte d'Esté l'uno alla distanza di 
quasi un secolo dall'altro. Anche se il nome fosse a dirittura il 
medesimo (poichè Af///;;/c)w, nella riposta di Ferrarino, è in rima 
al V. 43, mentre Guillem .sta al principio dcl verso seguente ^), 



I. Grocbcr, Die LieiUrsammlungoi Jcr Troub.^ m Hom. Stiidicn, II, 624; 
Casini, / trov. tu-lla Mdrca trivt),^., p. .jo. La tcnzonc di Aimeric c R. Guil- 
lem non lu nota al Cavedoni, il primo che si occupa (e in modo raro, a 
quci tempi) délie relazioni dei trovaiori con gli Estensi. 

1. Iniendodire, insomma, che lo spostamenio sarebbe stato imposto dalla 
rima. 



412 MéLANT.ES 

due sarcbbcTO stati, in Oi;ni modo, i pocti provcnzali accolti 
dagli Esicnsi. Bisoi^ncrcbbc solunio ammciicrc, pcr un caso 
singolarc,chc i duc irovatori jx^rtasscro (c chi potrcbbe csclu- 
dcTlo?)il medcsinio nome. 

La rispi>sta di Fcrrarino a Raimon c nbile. Xon dcl tuito a 
torto, adunquc, la bioi^ratia provcnzalc célébra i nicriti dcl 
nostro auiorc. Dicc, di più, chc ki fortes Ixmi de la pcrsoua e 
bons hom a IM) '. 1*1 un latio che iniorno a lui dovcttcro racco- 
gliersi prcs^so i Marchcsi d'Esté alcuni dei trovatori scesi in 
halia qunndo già declinava la pocsia piovenzale. Vo'\ l-errarino 
abbandonô. già vecchio, la corte, certo dopo la morte di Azzo 
VIIÏ, c si allontanô da Ferrara, dove avcva cantato camato una 
donna délia casa dei Turchi ÇmaJofja Turcla). Si spense in 
Padova, a quanto è iccito supporre, e con lui si estinsc, pcr 
cosi dire, in Italia la tîamma délia lirica occitanica, di cui 
egli era stato pcr lunglii anni un valoroso e de)tto saccrdote. 

Giulio Bertoni. 

UNH CHANSON FRANÇAISH DU XIIN SIHCLE 
(Cf. Roftiatiia, XLI, 265 ss.) 

Comme me l'a tait remarquer M. Ernest Langlois (et je l'en 
remercie)', c'est par erreur que j'ai cru inédite la chanson du 
ms. de la Bibliothèque nationale lat. 11412, dont j'ai donné le 
texte aux pages 265-9 du présent recueil. Cette chanson a été 
publiée, en i86.^, dans Vj4tifiua{)e-tttJlcîiît de la Société de Fhis- 
toire de Framey 2*^ partie, p. i ss., par M. Paul Nîeyer, qui l'a 
réimprimée, en améliorant .sa première édition, dans son Recueil 
d* anciens textes , p. 372. 

Selon M. P. Me ver, elle a été compo.sée en 1 25 5 . en l'honneur 
d'Isabelle, fille de Louis IX', à l'occasion de son mariage, qui 



i. Ntu tdiz. Tculic c Rossi, si legge adei\ ma il nis. De la copia de 
Saime-Palayc ncU'Arsenale (d° 3096, f. 419), hanno, comc avuto modo di 
vcdcrc, aàei. Vedasi, de) rcsto, la mia collazione dcllcdizionc citata in Gtotti. 
itor.à. Irit. ital.^ XLII, p. 378sgg. 

2. La Bibliographie de G. Raynaud (II, 221; aurait dû me l'apprendre. 

5. [Il n'y a aucun doute sur ce point ; d. H. d'Arbois de Jubainville,///i/. 
f^r ^, ..,^5 de Champagne^ IV, 360. — P. M.]. 



UNE CHANSON 1 RANÇAISH DU Mil* SIECLE 413 

fut cclcbré brillainnicnt à Mclun, après quoi la princesse, 
épouse de Thibaut V, conue de Clianipat^Mic, tut rt\"uc en grande 
pompe à Provins. Celte circonstance expliquerait les vers 7 ss. 
de la strophe V. 

Quant ;i la forme métrique de la chanson, M. P. Meyer ' la 
tient pour un exemple d'estampie. Il défend l'opinion qu'il ne 
faut voir qu'un seul vers là où. sous les n'" 11 et 12 de chaque 
strophe, j'ai cru en voir deux. A vrai dire, il me semble que le 
doute est permis sur ce dernier point. Sans doute, pour ces vers 
II et 12, le manuscrit n'otfre de rimes qu'aux strophes 1\' et \', 
et M. Langlois m'écrit justement que les épithétes volis et trclis 
sont presque inévitables quand il s'ai^it de menton et de sour- 
cils, en sorte qu'elles ne tournissent qu'une rime accidentelle. 
Pourtant, je ne puis m'empêcher de remarquer qu'on obtient 
très facilement une rime à la strophe II et il n'y a de difficulté 
qu'aux strophes I et surtout III ; d'autre part, il n'est pas négli- 
geable que l'octosyllabe non rimé admis par M. P. Meyer se 
coupe toujours en 4 -j- 4. C'est pourquoi je ne sais à quelle 
opinion me ranger décidément '. En tout cas, NT. P. Meyer 
exprime la disposition des rimes de la chanson par la lornmle 
a a b c c b b d d h c b, qui ne convient qu'à la dernière strophe : 
il faut remplacer le dernier c par un e. 

Je profiterai de l'occasion qui m'est offerte pour indiquer 
quelques corrections au texte tel que je l'ai imprimé, qui, à la 
suite de plusieurs transcriptions, s'est écarté de la lettre du 
manuscrit. Les voici : I 7 Mais] Mnix; cuit] quit^\ — II 4 t7-s| 
m; 13 desmesiire] démesure \ — III i dis] di ; 5 Mensonge] Men- 
congé \ — I\' 3 espales] epales; 7 vermeil letes] vermoilletes ; 9 (jue 
ke; 12 traitis] tretis; — V 9 X ou XX\ XF/". — Je crois qu'i 
vaut mieux ponctuer comme je l'ai fait les vers i ss. de la 
strophe III, pour lesquels M. P. .Mever n'emploie d'autres si<^nes 
qu'une virgule après le vers 3. Mais M. Langlois donne raison 



1. Voir L^s derniers troubadours de la Provence, p. 84 (Bibl.de VEc. des cb.^ 
5c série, V, p. 492). 

2. [Je ne puis discuter ici la question, mais je rcitc convaincu que ma 
combinaison (douze vers par couplet) est plus probable que celle de M. Faral 
(treize vers). — P. M.]. 

5. \u vers 8, c'est naturellement i'/< niutit qu'il faut lire (c(. p. 267, w^ 2). 



414 M 1^1. ANC. ES 

à M. Mevcr d'uvoir coiiscn'c W au vers n ^^' l-^ nicnic strophe. 
II est ccnain que M. Meyer a bien h\t de lire }^i'niic au lieu de 
gente, et la façon dont il interprète les vers 9 ss. de la strophe V, 
en corrigeant c/ en ()/ selon une correction que hii .1. elit-il, sug- 
gérée M. de W'ailly. est très bonne : 

Ou ill 01 dames .xvi»». 

La gennc coron<S?, 
Bien r.ii apris, ol lous et pris, 

K'il n"o<;î <i'\ hclc née. 

Concernant le rapprochement que j'ai fait entre les vers 
1492-9 d'}'îV7m et la strophe III de la chanson, M. E. Langlois 
a bien voulu m'écrire : « Dans ma note aux vers 2985-90 du 
RormiH de la Rose ', après avoir sii^nalé Findiscutable parenté qui 
existe entre les vers 19-36 de la chanson écrite à Provins et 
publiée par Nî. Paul Meyer, d'une part, et les vers 1492-9 
dVîvjm, d'autre part, j'ai rapproché de ces deux textes les vers 
2985-90 du Rntnnîj : 

A son semblant e a son vis 
Pert qu'el fu faite en parevis, 
Car Nature ne seùst pas 
Uevre faire de tel compas. 
Sachiez, se la letre ne ment, 
Que Dicus la fist dcmainement. 

Guillaume de Lorris connaissait Ivain. — La « lettre », bien 
entendu, ne peut faire allusion ni au poème de Chrétien ni à 
la chanson, puisqu'il s'agit dans le Roman de la Rose de la nais- 
sance de Raison. » Je me félicite d'obtenir cette approbation du 
rapprochement que j'ai hasardé et de pouvoir, grâce à lobli- 
gcance de M. I^nglois, en indiquer un nouveau. 

Edmond Earal, 



I. Il sagir de l'édition du Roman prépuce par M. Langlois pour la Société 
des anciens textes français et actuellement en cours d'impression. 



PROV. « ESCOLH » 415 

PROV. nSCOLIÎ 

Il ne s'agit pas ici du dcrivc de scopulus, mais de son 
homonyme, que Raynouard {Li'xiijiic, M, 11) traduit par 
« accueil, manière, conduite, genre, espèce » et M. Levy {Ptlil 
Jirt. proi'.-fr.) par « sorte, espèce, manière d'agir, conduite ». 
Ces divers sens, si l'on met à part le premier, sont largement 
attestés, et il est inutile d'en apporter de nouveaux exemples '. 
lin ancien français, cscolc présente les mêmes sens (voy. Gode- 
froy, s. V.) et ne doit pas être séparé du mot provençal. 

Dans celui-ci Raynouard voit manifestement le substantif 
verbal de escolhir. Koschwitz la suivi ', et de même M. Léo 
Spit/er Squi sans avoir connu, semble-t-il, ces devanciers, vient 
le premier d'apporter des arguments en faveur de cette thèse'*. 

M. Spitzer propose la série « accueil, bon accueil (il fau- 
drait dire évidemment bon ou mauvais), façon de se comporter, 
manières ». Cette extension de sens n'est pas très naturelle, — 
car elle suppose l'oubli total d'une étymologie pourtant transpa- 
rente, — possible néanmoins. Mais il faudrait d'abord établir que 
cxcolligere avait pris dans la I*rance du Xord et du Midi le 
sens de adcolligere. Or il est peu croyable à priori que le 
préfixe ex ait passé au sens de ad, et que la langue ait ainsi créé 
un doublet parfaitement inutile. Rn f;\it il n'v a aucun exemple 
du sens en question pour le verbe, ni en provençal ni en fran- 
çais », aucun exemple pour le substantif, en provençal; il y en 
aurait un, selt)n Godetroy, en ancien français, mais il doit être 
rayé : dans le vers de Maudis : 

Si feront as païens un doleros escueil, 

estucil signifie : (< élan impétueux », et nous avons là un nou- 



1. M. L. Spitzer, dans l'article qui va être cité, a notablement enriclii les 
listes de Ravnouard et de Levy, 

2. Bartsch-Koschwitz, Chrest. prov., au Glossaire. 

3. Archiv de Herrig, CXXVII, p. 154. 

4. Diez (scoi'Uo^ et Kôrting (2c éd., 8499) ne connaissent que fsroîh de 
scopulus. 

5. \'oy. Levy, .<. :•., et Godefroy à escucillir. 



4l6 MÉLANGES 

vel exemple du sens le plus fréquent, le seul connu pour un 
autre dérivé, cscuàllif. 

M. Spitzer se tonde surtout sur des passades de poésies cour- 
toises, où les deux sens « accueil » et « fa»;on d'être » se con- 
fondent presque, la fas^on d'être d'une dame envers son adora- 
teur se manifestant surtout par l'accueil qu'elle lui fait. Mais si 
nous sortons de ce domaine, ce sens devient très douteux, 
même pour quelques exemples cités par M. Spitzer (n"* 2 et 
6); il est inacceptable pour les exemples 2, 3, 5 de Raynouard 
et pour la plupart de ceux cités par Levy. 

Je suis arrivé depuis longtemps à la persuasion qu'il faut 
partir du substantif, non du verbe, et que nous avons atfairc à 
un dérivé de schola. Mais cela demande explication. 

Xous savons par de nombreux textes, dont le plus ancien 
parait être celui de \'égèce (II, 21), qu';\ partir du iv"^ siècle au 
moins, les empereurs, à Rome d'abord, puis à Byzance, prirent 
l'habitude de s'entourer de jeunes hommes, formant une milice 
domestique, et que cet exemple tut bientôt suivi par les grands, 
désireux de pourvoir à leur sécurité personnelle '. Ces troupes, 
d'où sortiront les mrsuies du moyen âge, étaient qualifiées 
scholae, r/i/.at, par restriction d'un emploi du mot antérieu- 
rement connu : il désignait depuis longtemps des collèges d'ar- 
tisans (à l'origine sans doute d'apprentis), puis des confréries 
en général: on aura dit d'abord schola mil i tu m, puis schola 
tout coun. 

Le mot schola vécut longtemps, en Italie avec le sens 
général, en France et dans la péninsule ibérique avec le 
sens restreint. Des textes cités par Du Cange il résulte que 
schola avait encore, dans l'Italie du Nord (à Venise et Milan), 
au XII* siècle, le sens de « confratria, sodalitas ». En France, 
« schola et scho lares servent à désigner, dans un assez grand 
nombre de textes, la garde des rois mérovingiens et carolin- 
giens' ». En Espagne enfin, le mot apparaît fréquemment, dans 
des textes latins, historiques et juridiques, d'une époque un 



1. Voir les textes dans Du Cangc et Forcellini-Dc V\\, schola, no 8. — 
Cf. Ch.-V. Langlois, dans Rnuf de Paris, 15 octobre 1902, p. 821. 

2, Guilhiermoz, Essai sur Forigine de la noblesse en J-rance, p. 66. Cf. 
p. 80, note, les textes relatifs â l'époque de Charlemagne. 



PROV. a ESCOLU » ,\ïj 

peu postérieure ', avec ce même sens, qui a passé dans les lan^^ues 
vulgaires de la Péninsule : cscueUa se trouve quatre fois dans 
le Poème du Cid et toujours comme synonyme de mcsnada ou 
cort^(\. 529, n6(), iU^2, 2072); la forme portugaise escol 
(même sens) eut une vie plus longue : M. Pidal en cite un 
exemple du commencement du xiv^ siècle. 

Cette acception a-t-elle dépassé en Irance les limites de 
l'époque carolingienne? Peut-être;- car rien n'empêcherait de 
la retrouver dans des locutions comme de bon (ou mnl) cscuclh \ 
appliquées à des personnes, ou des phrases comme celle-ci : 

Li lauscngicr son d'un cscuclh 
Ab aquels que van dcviuan ♦, 

ou Celle-ci : 

Ne somes pas tuit d'une cscolc s. 

Mais on peut aussi bien traduire par « mœurs, caractère, façon 
d'agir » : peut-être en eti'et la langue avait-elle franchi l'étape 
avant l'apparition des textes littéraires^. 

Les langues germaniques nous fournissent indirecteiuent un 
renseignement précieux sur le sort du mot en Gaule : le groupe 
occidental de ces langues (anglo-saxon, anglais et néerlandais) a 
possédé au sens de « troupe, multitude », un mot sclkxd'y ou 
il y a bien apparence qu'il faut reconnaître schola : si ce mot 

1. Les exemples réunis par M. Pidal {Cantar de Mio Cid, p. 655), vont de 
921 à I 156. 

2. M. Pidal traduit par « sequito de un senor» (loc. r/7.)et n'hésite pas, lui 
non plus, à rattacher le mot à schola. 

3. Par exemple dans Raimon Vidal, I:n aqtiel temps, v. 5 (Bartsch- 
Koschwitz, col. 239). 

4. B. de Pala7.ol, Plus ai, c. 3. 

5. F/iiriwi>»;/ dans Godefrov. 

6. Il pourrait bien y avoir une trace du sens primitif dans ce passage 
d'Aimeric de Sarlat, que M. Levy renonce à traduire : 

Ar f'os cl sobiran cscuclh 
D'amor, s'auzes damar mercei. 

Le poète souhaite de prendre place dans la phalange des élus d'Amour. 

7. Ce mot s'est conservé en anglais moderne, comme me le fait remarquer 
M. Hartog, dans la locution maritime a sc/xx^l of fish, « banc de poissons » ; 
de même en néerlandais, comme me l'apprend mon ami Salverda de Grave. 

Roman la, XLl 2J 



4I«^ MÉLANGES 

leur est réellement venu, comme il est vraisemblable, par l'in- 
termédiaire de la Gaule, il nous montre se ho la en train 
dVlargir, vers le V ou vr siècle, son sens primitif'. 

Il est remarquable que, dans les quatre langues où il apparaît, 
le mot que nous étudions se décèle comme une adaptation assez 
tardive : le franv;ais t'scoU et le portugais cscol ont tout le carac- 
tère de mots savants ; l'espagnol cscuclla postule soit un 
•scholla peu vraisemblable (où serait la base de l'analogie?), 
soit plutôt un *scholia, qui ne saurait être bien ancien, car il 
aurait donné cscoiii {cï. foin de folia). Le provençal cscolh sup- 
pose un *scolium qui n'a rien de bien étonnant: M. Thomas 
n'a-t-il pas constaté la singulière fécondité en provençal du 
suffixe -ium-? Qu'y aurait-il au reste d'étrange à ce que la 
langue vulgaire, sur les deux versants des Pyrénées, eût éprouvé 
le besoin de distinguer les scholares guerriers de leurs homo- 
nymes universitaires ' ? 

A. J H AN ROY. 

BORTHOLMIHU MARC 
COLLABORATEUR DE GUILHEM MOLIXIER 

Dans son livre réçant sur Auzias March 'jM. Amédée Pages 
a consacré qelqes lignes à Bortholmieu Marc, charjé d'aider 
Guilhem Molinier dans la rédaccion des Lcys d'Amors. Voici ce 

1 . Je dois dire que les germanistes diffèrent d'opinion sur ce point : Skeat 
et Verdam identifient i schola les mots anglais et néerlandais, tandis que 
Murray et Van Vijk {Dict. ètym. du uecrlatiduis, 2* éd. du Dict . e'Iy tu. de 
Franck), voient dans scJjooJ « foule » (à cause de la forme concurrente shoal) 
un radical purement germanique. 

2. Esidii de pJnlologie française^ p. 86. 

3- Le provençal paraît bien avoir continué à employer aussi schola au 
sens restreint (» troupe n) puis métaplrorique (« façon de faire ») : c'est ce 
dernier, ce me semble, que nous avons dans les vers de Jaufré Rudel (éd. 
Sîimming. \. ^5-6): 

Cel cui Dieus ensenha 
Scgur' escola pot tener. 

Selon M. Thomas {Journal des Savants^ juin 1901, p. 367), le mystérieux 
Cigoïa de FUinunca (y. 6598; serait aussi un représentant de schola. 

' ^ Mard) et ses prédécesseurs y Paris, Champion, 19 12; d. ci-des- 
âoui, p. 426. 



BORTHOLMIEU MARC .| I 9 

q'il dit de ce pcrsonajc, sur Icqel on ne possédait jusq'ici aucune 
nocion précise : « Xous savons, par la rédaction la plus longue 
qui en a été fiiite, que Molinier avait été aidé ou plutôt conseillé 
par un certain Bortholmieu Marc... On peut supposer que ce 
Bortholmieu Marc est un Catalan qui a concouru à ce travail 
de copie ou d'abréviation, ou tout au moins qu'il a été fait à sa 
demande ou sur ses conseils pour servir aux Catalans. Si nous 
ajoutons, d'autre part, que le prénom de Bartholomeu a été 
usité dans la famille des Mardis et que, comme nous l'a appris A. 
Paz y Méiia, le poète Père March lui-même a eu un frère ainsi 
appelé, on admettra comme possible qu'un membre de la 
tamille March soit venu en France, dès le milieu du xiV siècle, 
pour y chercher les recettes poétiques de l'Iicole Toulousaine. 
Remarquons aussi (|ue Bortholmieu Marc ne se trouve men- 
tionné ni parmi les mainteneurs, ni parmi les hononûMcs scnhns 
de Capitol de Tholosa, ni enfîn parmi les bourgeois, licenciés, 
docteurs ou marchands qui les accompagnent '. » 

L'ipotèse de M. A. Pages n'èt pas conforme à la réalité isto- 
riqe. Le volumineus recueil des Lé'//;v5 covnnunes de Benoit XII, 
dont M. Fabé J.-M.\'idal vient d'achever la publicacion^ nous 
aporte sur le collaborateur de Guilhem Molinier une lumière 
inatandue et définitive. Sous le n° 1201, à la date du 7 février 
1335, M. Vidal done l'analise d'une grâce expectative « pro 
Bartholom:vo Marchi, clerico Caturcensis diocesis, L. D., leges 
in studio Tolosano legente », et sous le n° 414 1, à la date du 
5 mars T337, il anrejistre un autre acte pontifical par leqel 
« Bartholom.vo Marchi, canonico Baiocensi, juris civilis pro- 
fessori, confertur pnvbenda ejusdem ccclesias per obitum Lucx* 
de Cunheriis..., cum cassatione gratis expectativa: Caturcen- 
sis ». 

Donc, Bortholmieu Marc, docteur en lois, professeur à 
l'Université de Toulouse, chanoine de Baieus, était orijinaire 
du diocèse de Caors, et il n'a rien à voir avec la Catalogne. 

Antoine Thomas. 



1. Op. cit., p. 150-1. 

2. Ce recueil forme trois volumes de la Bihl. tles Écoles /rtin;. de Rome et 
iV Athènes, y série, in-4° ; cf. le conte randu de M. Prou dans Le Moyen Age, 
anée 19^2, pp. 166-70. 



COMI'Tl-S RKXDUS 



Adoli Berxhardt, Die altfranzôsische Helinandstrophe. Dis- 
sertation de Mùnstcr en Wesiplulie, 191 2; in-«S^, 151 pages. 

Les romanisies allemands appellent, d'un nom court et expressif, Heli- 
nanJsirophe le douzain d'oaosyllabes à deux rimes entrelacées disposées selon 
h formule tuih aah hba bhii, forme dont les célèbres Vers de la tiiori du moine 
de Froidmont nous offrent le plus ancien échantillon. Je crains qu'il ne soit 
en général assez vain de théorétiser sur la dérivation de différentes formes 
strophiques les unes des autres. Toutefois il doit être permis de supposer que 
le douzain du type précité est né du redoublement d'un sixain ; mais il 
est naturellement impossible de savoir exactement quelles ont été les étapes 
intermédiaires. On sait que les sixains de différents types sont, dés le xiie 
siècle au moins, d'un emploi très commun dans la poésie française, 
lyrique ou non lyrique. Pour les chansons, le couplet rimant aah aab est fré- 
Gucnt et ancien. Le Sermon rimé, publié par M. Suchier, est versifié sur le 
^ cma aah uh. M. Suchier (Rcimpredigt, p. XLiv), a rendu vraisemblable 
que ce sixain doit être mis en rapport avec un type extrêmement fréquent 
dans la poc-sie latine dès le xi« siècle, à savoir l'hexamètre à rime intérieure, 
l'ersus doitylicui tripartilus caudatus. Par la tripartition d'hexamètres ainsi 
construits on obtient exactement la strophe du Sermon rimé : 

O miseratriXf nr dciastemur 

o dominatrix, ne lapidemur 

ffraecipe dictu, grandinis ictu. 

Chez l'auteur du Sermon rimé^ les rimes a q\. c sont quelquefois identiques, 
ce qui produit un couplet aab aab. Par le redoublement de ces sixains, on a 
obtenu des douzains de différents types, dont un apparaît dans un poème 
qui, â peu prè-s contempprain des Vers de la mort d'Hélinant, en a presque 

'é la popularité, la prière de Thibaut d'Amiens (J'ai un nier trop Ut). 
Ce poème est probablement un peu antérieur aux Vers de la mort. J'ji 

-mment (ci-dessus, p. 217, note 2) émis l'hypothèse que la strophe de 



A. BERNMARDT, Dit' dïtft an;f)sischc IL'Unamîstrophe 421 

Il pricre do Thibaut d'Amiens {aah aab ah ccb) a pu servir de modèle à 
Héliuant pour la forme qu'il a employée dans les Vns </«• la uiort . 11 va de 
soi que les vers de cinq syllabes du poème lyrique ont été remplacés par des 
octosyllabes, vers « non lyrique » par excellence. 

La forme qu'Flclinant avait si brillamment inaugurée a joui d'une vogue 
extraordinaire jusqu'à la fin du xv* siècle. Nous connaissons environ quatre- 
vingts poèmes composés selon ce schéma, sans compter les mystères, où la 
« strophe d'Hélinant » apparaît occasionnellenjent. Dans la liste des auteurs 
de ces poèmes, des noms d'inconnus se mêlent aux noms les plus célèbres de 
la littérature française du moyen âge : Jehan Bodel, le Reclus de Moiliens, 
Huonde Saint-Quentin, Rutebeuf, Adam le Bossu, le Clerc de Voudai, Baude 
Fastoul, Robert le Clerc, Névclon Amion, Ciuillaume d'Amiens, dit le 
peintre, Perrin La Tour, Baudouin et Jehan de Condé, Jaquei Bruiant Clerc, 
Brisebarre, etc. Le principal mérite de M. Ikrnhardt est d'avoir soigneuse- 
ment recueilli tout ce qui a été écrit sur les poèmes de ce type depuis 1891, 
date de l'apparition du précieux livre de M. Naetebus, Du tiicht-lyrischcti 
Strophenformeu des Alt/ruti^ôsinhen. Un appendice donne des renseignements 
utiles sur les raffinements et variations que surtout les poètes du xv* siècle 
ont apportés à la forme primitive. Ce n'est pas ici le lieu d'augmenter la 
liste de M. B. par l'indication de poèmes inédits ; je ne reprocherai point au 
très jeune auteur de la présente dissertation de ne pas les avoir connus. \'oici 
pour finir quelques observations de détail qui corrigent des erreurs commises 
par M. Bernhardtet par d'autres. — P. 29. /./ Mit eoirs de Patrie (àébm : Bine' 
dicite Dowinus) n'est point de Durand de Champagne. Léopold Delisle avait 
mentionné ce petit poème à la suite de son mémoire sur Durand de Cham- 
pagne (Hist. litl., XXX, 352), ce qui a fait dire au rédacteur du Cataloj^ue des 
viatiuscrits frauçciis de la Bihliotlhijue uiUionale (1896; au no 12594) que le 
poème était de ce Franciscain. De là, l'erreur est passée dans le Gruudriss de 
Grôber, II, i (1902), p. 864, où M. Bernhardt est allé la prendre. — P. 45. 
Le no 2 est à supprimer: la Complainte d'Acre du ms. 9416 de la Bibl. 
Royale de Bruxelles (fol. 35) est le poème bien connu de Rutebeuf (comp. 
Grôber, Grundr.^ p. 824). Je ne comprends pas pour quelle raison M. Stcngel 
l'a signalée dans la Zeitschrift Jûr frati^osische Sprache, XIV, 2, p. 169. — 
P. 72. Le no II (O danw de grasse divine) est à supprimer : c'est un extrait du 
Miserere du Reclus de Moiliens. La première et la dernière strophe, qui cor- 
respondent aux str. 259 et 258 de l'édition de Van Hamel, ont étécitées par 
M. Stengel (»/'.) sans qu'il ait su les identifier. — P. 79. Le no 5 est à sup- 
primer : c'est un extrait du Regret Kostre Dame, de Huon le Roi de Cam- 
brai. 

Artur LAngfors. 



422 COMPTES RENDUS 

Ernest I_\kgiois. Les manuscrits du Roman de la Rose, des- 
cription et classement (Travaux et m«}nioircs de rUnivcrsité de 
Lille. Nouvelle série, I, Droit-Lettres. voUinic \!I). Lille, Tallandier; 
Pari>. Honoré Champion. iQio; in-8'\ S}^ p.iges. 

Le voiunic se ùnusc en iioii. paiiici : i' Description des manuscrits; 
jo Classement des manuscrits du poème de (iuillaume de Lorris ; 3*» Classe- 
ment des manuscrits du poème de Jean de Meun. Les deux dernières, surtout 
tant que la nouvelle t'dition, impatiemment attendue, du Roinati ik In Rose 
n*J pas paru, ne sonr guère de nature à être analysées en détail. Mais il 
importe d'attirer l'attention sur la première partie qui forme un instrument 
de travail de tout premier ordre pour tous ceux qui se livrent à l'étude des 
manuscrits français. On sait que les copies du Roman de la Rose abondent : 
liarbazan pouvait écrire, il y a cent ans, que « de tous les ouvrages de nos 
anciens auteurs, il n'y en a point dont il nous reste un aussi grand nombre 
d'exemplaires que celuv de ce roman ; tout le monde le vouloit avoir et j'en 
connois à Paris 209 exemplaires en différentes bibliothèques et cabinets». Aux 
manuscrits catalogués par M. Langlois, je ne saurais guère ajouter que le 
fragment transcrit dans le ms. fr. 24436 de la Bibliothèque Nationale et que 
j'ai signalé ci-dessus (XLI, 250)'. Parmi les « manuscrits dont le domicile 
actuel est inconnu >, M. L, mentionne (p. 206) le manuscrit qui avait 
servi, en 1835, à M™* de Saint-Surin pour son livre, L Hôtel île Cluuy 
au nu>\en dge, suivi dfs Couteuances de tables et autres poésies. Or ce manuscrit 
est identique au manuscrit Barrois 99, naguère à Ashburnham, comme le 
prouve la présence, sur le plat intérieur de la couverture, du nom du biblio- 
phile de Bourges, bien connu, Tassot (que Barrois a du reste mal déchiffré • 
« Hassoi ou Gassot »). Ce manuscrit, qui figure sous le no 185 dans le cata- 
logue de la vente Ashburnham-Barrois de 1901, a été acheté par le libraire 
B. Quaritch a Londres. 

Voici maintenant quelques menues contributions à la bibliographie des manu- 
scrits décrits par M. Langlois. — P. 4. De la Comparaison doupré j'ai signalé trois 
manuscrits ici-même (XL, 559). — P. 69. M. L. signale dans le ms. fr. 25525 
de la Bibliothèque Nationale une prière en latin à saint Jean-Baptiste qu'un 
examen rapide du manuscrit ne m'a pas permis de retrouver. C'est peut-être un 
lapsus : il y a, en effet, au fol. 421 vo, une prière en vers latins à saint Antoine. 
^- P. lîT. La prière, en quatre douzains, commençant pnr /-V/r de Dieu paint 



I. M. I-T^^lnis ne mentionne des bibliothèques privées que les manu- 
scrits sur! . on a des indications précises. J'apprends par M. Paul 
Me\*eT que Mr. J. H. Gumey, à Keswick Hall, près Norwich (Angleterre), 
r un manuscrit, exécuté au début du xiv'c siècle, du Roman de la Rose. 
! ic volume contient la Clkistelaine de Vergi. 



E. LAN'c.LOis, h'S uKUiuscrits du Ronunt de la Rose ^23 

(corr. pffii) en cnicefis, se retrouve dans le ms. fr. 17068 (fol. 1K6 v; de la 
Bibliothèque Nationale, bien que le catalogue officiel \\\n dise rien. - 
P. II). M. L. signale dans le ms. d'Arras 897 une copie du Jui^enu-tit du 
roi de lielxiigne qui (de même que l'édition de (^aron faite d'après ce même 
manuscrit) a échappé à l'attention du dernier éditeur de Guillaume de 
Machaut, M. lioeptVner. Aux douze manuscrits de .M. lioeptVner, on peut 
ajouter, outre le ms. d'Arras, les trois suivants : (^heltenham, Bibl. l'hillipps 
6740; Paris, H. N. fr. ii.}t)(f. 167); 1595 (fol. ^é^-}"/*; fragment). Pour 
ce demiv.'r manuscrit, voir liervieux, Fabulistes latins, I (1884), p. 494)». — 
P. 122. Les Heures de la Croix (début : Sire Dieus qui pour mort soujf'rir) ont 
été signalées par M. P. Mever dans le Bulletin de la Société des anciens textes, 
i<-)Oi, p. 64. — P. 124. \,'l:pitre des femmes du ms. 525 de Dijon n'a pas 
été imprimée par Méon, mais par Jubinal, Nouv. Rec, II, 170, d'après les 
mss. fran»;. 1593 et 12483 de la Bibliothèque nationale. Mlle se trouve 
encore dans le ms. de Besançon 592, f. 17 vo-2o(ms. du xv^ siècle). — P. 166. 
Ce que M. Langlois appelle « un petit poème dévot » (début : De parla mère Dieu 
cent mile foi^ salu) est le prologue des Salus Nostre Dame, de Gautier de 
Coinci, qui se retrouve, outre les manuscrits énumérés par M. G. Xaetebus ' 
(n" XLII, 2), au moins dans trois manuscrits français de la Bibliothèque 
Nationale : 2193 (f. i), 23111 (f. 521) et 25532 (f. >22i). Voir P. Meyer, 
Rom., XXXÏX, 269. — P. 169. La parodie du Pater (début : Pater noster qui 
es bien sages) est identique' au poème fragmentaire enregistré par M. Naetebus 
sous le n° LXX, 3. Aux indications de M. Naetebus il faut ajouter que le 
fragment de Genève a été imprimé par M. ]l. Ritter dans Poésies inédites des 
XI V'^ et A'F»-- siècles (Genève, 1880), p. 39-43. 

Les index qui complètent cette première partie du livre de M. Langlois 
sont des plus utiles. Ce sont : une liste des compositions jointes dans les 
manuscrits au Roman delà Rose ; une liste des copistes; une liste alphabétique 
des possesseurs de manuscrits* ; une liste des devises non identifiées; un 
index des incipits des seconds feuillets. Le beau livre de M. Langlois témoigne 



1. Pour cette addition, et quelques autres, j'utilise des notes que 
.\L Paul Meyer a bien voulu me confier. 

2. Die nicht-lyriscl)en Strophenformen des Altfran:{osischen, Leip/.ig, 1891 , 
p. 140. 

3. M. \. Bavot a bien voulu faire pour moi cette vérification sur le manu- 
scrit de Bruxelles. 

4. [Le « moine Gistel », qi a gralé un ancien explicit pour i substituer 
une apolojie de 16 vers rimes an ose (p. 211), et le petit-fis de Cristine de 
Pisan, Jehan Castel, poète et croniqeur, dont il a été qestion ici, il i a vint 
ans (XXI, 271); sur Robert du Val (p. 158), cf. Romania, XXXVI, 1 59 ; au 
lieu de Nouhec (p. 169), lire Vouhec, auj. Vouhet, com. de Dunet (Indre), 
Georges de Vouhet étant conu come seigneur du Fief, com. de Lussac- 
les-Églises (Haute-Vienne), voir Bull. Soc. arch. et hist. du Limousin, LVI 
(1906), 339. — Ant. Tho.m.^s.] 



424 roNirTF'; Rvvni's 

d'un immense ctTort ci d'un raie Jc\ocKiuciU [huit lesquels le prix Lngrangc, 
que rAcadêmie des Inscriptions ci Ikllcs-l.clires lui a récemment décerné, 
n'csi qu'une taibic nx"om|>cnsc. 

Artur LXngiors. 



Das altfranzosische Eustacliiiislebcn i / 7; >/.;/« ./'/?mx/w«7;ii/j) 
der Pariser Handschrift Nat. Bibl. fr. 1374, zum ersten 
^' ' • Mt Ilinleiîung, dcti l.ueinischen Texten der .-icla Safutorutn und der 
, ...,v»«j Casimusis, Anmcrkungen und Gloss.ir her.iusgegesben von 
Andréas C. Ott; Eriangen. W12 (Rotfuittisdy Fotschutif^en, XXXli, 2); 
in-^o, xxxix-97 pages. 

C'est peul-i^rc la plus intéressante des on/e rédactions en vers français de 
|a vie du saint apocryphe Eustache ou Placidas. Elle consiste en 593 qua- 
trains monorimes de décasyllabes, forme strophique relativement rare '. Cette 
version n'a été conservée que par un seul manuscrit de la fin du xiir siècle. 
Mais M. Oit a appris par l'importante étude de M. Angelo Monteverdi * 
qu'un texte très analogue avait servi de modèle pour un remaniement en vers 
vénitiens, fait en 1521 par Franceschino Grioni. Aux notes, M. Ott donne, 
d'après une copie de M. Monteverdi, des extraits du remaniement vénitien, 
qui c-claircissent utilement les nombreux passages corrompus du texte fran- 

En général. M. Ott a bien déchiffré le manuscrit. Au v. 10.4, qu'il n*a 
pas su lire, le manuscrit porte : Lor cerf estoieut. Au v. 11, M. Ott lit durestey 
qu'il corrige en dureise \ il faut naturellement imprimer Juresce. Le v. 354 
doit être lu, avec le manuscrit : 

En quelque guise que sa char ne destraigne ; 

le ms. porte l'abré-x-iation de que, que M. Oti a mal interprété par qui. L'a- 
bréviation habituelle nift a été résolue en moull ; comme le copiste n'écrit 
. onastique, il aurait mieux valu imprimer w;om/ ou malt. L'abré- 
viation 9 est résolue tantôt en ccn, tantôt en cotn, dans les mêmes mots : 
r 142) et (i tort) com/orln 426. 
Voici maintenant quelques endroits où l'éditeur na pas compris la leçon 
correae du manuscrit. D'abord, les vers 313, 373, 1401 et 1477 sont parfaite- 
ment rt-gulicrs et il est inutile de parler de « césure lyrique » : il est connu 
que les deux premières lettres ^"liùstachc forment en ancien français ordinai- 



I . Kaetebus, Die nicht-lyrischen Strophenformen des /Htfrati^osischeti CLeip- 
lig, 1891), forme VII. 

2. / Usii délia leggenàa di sattlo Eustachio, dans Sludi Medievaïi, III, 45K 
et suiv. 



A. c. OTT, Das altfran;o5ische Eiistachitislchcti 425 

rcment (ni.ii> j-a^ toujours) deux syllabes', ainsi que dans d'autres noms du 
même type, p. ex. liûseW ». De même au v. 1570 : 

Ci est l'estoire d'Hûtache (rw;. deuiachi) faillie. 
Le titre du poème est donc Lllstoire SliùtacJy et non L'Estoire tVP.usUi- 
chius. — Puisque la réduction de -ite en -te est assurée pour le poète, M. Ott 
a tort de « corriger» essaie (== essaie) en essniee 1075 cl foies (:=: /oies)t:n foiees 
823 et ic^s. Il a également tort de moderniser l'ancienne forme correcte s'es- 
vauui en s'esvanoui 295. Il est nuisible de changer, au v. 130, der en dere : 

Li dui enfant estoient molt semblable 
Et de biauté cler et replandisable. 
Aux endroits suivants je voudrais remplacer les corrections de M. Ott par 
d'autres. Je lirais ainsi les v. 5-6 : 

Qui vuelt el ciel entrer, Fois (rns. forz) est la porte 
Kt bones ovres, mais autrement est morte. 

« Pour celui qui veut entrer au ciel, c'est la Foi qui en est la porte, et les 
bonnes œuvres, mais sans celles-ci la Foi est morte. » Je ne comprends pas 
M. Ott qui lit : force est Vaporte et traduit au glossaire /t>nv par « Notwendig- 
keit ». — Aux vers 65-6 je lirais : 

Il nel {M. Ott corrige : ne) laissast por crieme de scignor 
Droit a (ins. au) juger, ne por autre paor... 

— Au v. 284 c'est sans doute l'impératif qu'il faut rétablir : 

Si me fai (ttis. fait) droit com a ton creator, 

M. Ott imprime /a/i, — Au v. 744 M. Ott imprime : Et se ieu voii\ ne 
faut-il pas imprimer Et se feti ivis} — La strophe CLXXXiX devient correcte 
si on place le v. 753 après le v. 755. — Au v. 9i9il faut remplacer trenes du 
manuscrit, qui détruit la mesure et ne donne pas de sens, par Irefis : 

El ses treùs li randront et s'anor. 

— Le V. 1008, tel que l'imprime M. Oit sans commentaire, n'a pas de sens 
dans le contexte où il se trouve : 

Ou puis ou ainz eûtes vos anfanz. 

Il faut sans doute Wtq afati;^ (ou ahaui)\ comp. v. 1010-2 : 

Cist ostoior ne s'atarderont mie. 
Vos i seroiz assez tost covoitie, 
De vostre cors vos requeront folie. 

/ — Le V. 1390 devient intelligible si, au lieu de aliure du manuscrit, on lit 
et livre : 

Vien l'en a moi et si te ren et livre. 

1. P. Meyer, Rcrmania, XXXVI, 22, note. 

2. A. Langfors et %\*. Sôderhjelm, Li Vie de uiint Quentin, par Huon le 
Roi de Cambrai, p. 61, note du v. 2085. 



426 COMPTES RKNDUS 

M. Oti lit rfn arh'f, ce qui dciruit la rime et le sens. — 11 f.uit supprimer le 
point i la fin du v. uxhl I^ ponctuation de M. Ott est encore ailleurs 
défectueuse, p. e\. aux sir. CCCLXXXVI et suiv. l'nlin, son texte présente 
quelques bizarreries typographiques : il imprime la préposition après 291 sans 
aucun signe diacritique, mais povàtf {sic) 805 avec un accent sur la seconde 
syllabe. II imprime jamais et cnf>ort( tandis qu'il est généralement admis qu'il 
est préférable d'imprimer ja tuais et m porte. Il est également établi qu'il ne 
faut p.is imprimer .j»W avec un tréma sur 1'/ ' . 

Le poème, qui est peut-être d'origine picarde, a été fortement altéré par 
un copiste proven«;aI. L'éditeur affirme qu'il reproduit le texte du manuscrit 
aussi fidèlement que possible en n'en écartant que ce qui peut être attribué avec 
certitude au copiste provençal. Mais ce principe, énoncé dans l'introduction, 
n'a pas été mis en pratique avec une rigueur suffisante. On ne voit guère 
pourquoi l'éditeur remplace nutis par «m/5 20, por tit\i^utit' auior par por nului 
atnor b"], pUiuiere par pleniere 109, cri'stiane par crcstienc 304, puisqu'il con- 
serve des graphies comme m'ctwtit (« reviennent ») 211, 5<'zr (*sequat) 
260, oxor 400, Ircn'jras 4^2, ni quelle utilité il y a à lire, au v. 149, Oe^ 
quels ^^en-, au lieu de la leçon du manuscrit Ot\quel i^ent. 

Enfin, quant au mot énigmatique varain « loup » 1186, il fait penser au 
mot Scandinave varg ^ « loup », qui est de la même origine que le verbe alle- 
mand îi-i/r^'^M > « étrangler ». Mais le rapport du mot français avec ce radical 
germanique est loin d'être clair, et je ne fais ce rapprochement que sous 
toutes réserves. Le modèle du manuscrit 1574 a peut-être eu une forme 

avec îi' initial. 

.\rtur LXn'GFORs. 

A. Pages, Auzias March et ses prédécesseurs. I:ssai sur 
Li poe'sir amoureuse et philosophique eu Catalogne aux A7/'«-" et XV^ siècles. 
Paris, Champion, 191 2 ; in-8°, xix-469 pages. 

Ce travail excellent mériterait mieux que la brève analyse dont nous 
sommes obligés de nous contenter. Il se divise en trois parties, dont chacune 
apporte des résultats importants et nouveaux. Dans la première, Auzias 
March et sa familU, M. Pages, utilisant des documents dont la plupart ont 
été découverts ou étudiés par lui pour la première fois ■», fait l'histoire des 
ascendants paternels du poète, dont deux au moins sont bien connus, son 
pèTe et son oncle, auteurs l'un et l'autre de diverses poésies. Dans cette 
généalogie compliquée il y a bien quelques points douteux, signalés par 
M. P. lui-même, mais que le tableau de la page 52 aurait dû mettre en 

1. W, Foersier dans Zeitschrift fur romanische Philologie, XXVIII, 495. 

2. Falk et Torp, f:t\moJ "' ' (^< ihog over det norske og det danske Sprog,s.v. 

3. Kluge, Deutfches et\>' IVôrterhuch, s. v. 

4. Les plus importants ont été présentés aux lecteurs de cette revue (XVII, 
i«6). 



A. PAGES, Aii::jas Match et ses prédécesseurs 427 

relief. La biographie d'Au/ias, telle qu'elle résulte des documents utilisés, et 
par la nature même de ces documents, reste très fragmentaire ; en dehors 
des solides jalons que M. V. v a plantés, tout le reste demeure dans l'ombre, 
notamment le caractère du poète. Aussi est- il permis de trouver téméraire 
la tentative, à laquelle M. P. revient à plusieurs reprises, mais sans jamais y 
insister, d'expliquer l'œuvre parla vie'. 

La deuxième partie, Ldiuvty littèniirt' des prédécesseurs d\4uyiiis Miirch, est 
une véritable histoire de la poésie catalane depuis ses premiers balbutiements 
jusqu'au jour où elle rompt le lien qui l'avait si longtemps unie à la poésie 
provençale. 11 nous manquait vraiment un exposé du sujet à la fois précis et 
abondant comme celui-ci, d'autant plus intéressant qu'il est fondé en partie 
sur un recueil de poésies inédites de Père et de Jacme March, découvert par 
M. P., et dont il nous f;iit espérer la prochaine publication. 

La troisième partie, I^s (liuvres d'Ju^ias March, est encore plus intéres- 
sante et nouvelle que les deux premières : l'auteur y détermine, avec toute la 
précision désirable, la part d'intluence exercée sur Au/.iasparles troubadours', 
Dante et Pétrarque : il montre celle que le poète exerça à son tour sur les 
littératures castillane et catalane'; enfin il recherche les sources philoso- 
phiques d'Au/ias et de ses prédécesseurs. Auzias lui-même a largement 
puisé dans saint Thomas, dont il reproduit la théorie sur l'amour et les pas- 
sions; quant à la conception même de l'amour courtois, qui avait déjà à son 
époque, une longue histoire, M. P. est d'avis qu'elle a été formée ou du 
moins élaborée à l'image de la théorie aristotélicienne de l'amitié. Il y a là 
des vues tout à f:ut intéressantes et propres à renouveler la critique de ce sujet 
délicat entre tous. Quelques points de détail ne sont pas définitivement éluci- 
dés : selon un des membres du jurv chargé de l'examen de la thèse, Au/.ias 
aurait ignoré Aristote lui-même, et puisé toute la connaissance qu'il en a eue 

1. Pour suivre l'évolution morale d'Auzias, M. P. se fonde sur la chrono- 
logie des poésies telle qu'il l'a établie ici même (XXXVI, 205 ss.) : il conser\'e 
ici le principe de son système, à savoir que l'ordre des meilleurs manuscrits 
est chronologique ; mais il en modifie quelque peu le détail (p. 107), sans 
toutefois arriver à nous convaincre que cet ordre est rigoureux : il serait sin- 
gulier qu'Auzias eut beaucoup moins écrit dans sa solitaire et méditative 
vieillesse que dans ses années de jeunesse et d'âge mûr (il n'aurait écrit en 
efifet que trente-sept poésies dans ses treize dernières années contre quatre- 
vingt-onze dans les quinze années précédentes). Mais il faut attendre, pour 
discuter utilement, que l'édition d'Auzias, mise sous presse par .M. P.. ait 
paru. 

2 . Cette influence aurait pu être quelque peu précisée par l'étude des lieux 
communs et du vocabulaire technique de la poésie courtoise. Les imitations 
littérales sont naturellement très rares. Il y en a une fort curieuse, signalée 
p. 236, mais elle se borne aux pr'^miers vers; il était tout à fait inutile d'in- 
sérer in-extenso cette pièce de P. Raimon, dont le texte est au reste très altéré. 

5. J'aurais aimé que M. P. cherchât, par l'étude des formes strophiques, à 
préciser les rapports entre Auzias et les lyriques castillans ses contempo- 
rains. 



428 COMPTES RKNDl'S 

dans* les scolasliqucs. saint 1 iionus, sami lk>navcnturc ci Albert le Grand . 
c'est un point qu'il nous faut abandonner aux historiens de la philosophie. 

Dans un tout autre domaine. M. 1'. me paraît avoir été trop alïirniatif sur 
la rt^alité de la dame chantée par Aurias ', réalité qui me parait mal se conci- 
lier avec le caractère contradictoire des traits dont il compose son image : 
elle nous apparaît en effet tantôt comme inaccessible à l'amour humain 
qu'éproux-c le poète, tanicM comme brûlant d'une ardeur sensuelle qu'elle lui 
reproche de ne point panager (voyez p. 196-204 et 212-8) : la contradiction 
ne peut s'expliquer, à mon avis, que par des réminiscences littéraires ou phi- 
1 . • i-iques de sources diverses : la première fenmie est celle dont il trouvait 
I (utàic image chez les troubadours; la seconde celle que les scolastiqucs et 
les mystiques lui avaient appris à connaître et à redouter. 

Voici quelques remarques sur les textes cités ou les interprétations qui en 
sont donnc-es. P. 60. seconde citation, v. 3 : je corrigerais recotit en rccort, 
qui me parait le mot propre dans ce passage et qui est plusieurs fois employé 
par Auzias. — P. 158, hc citation, v. 9 : lire auftirnt, répithètc se rappor- 
tant à MunifJro : au V. suivant, corr. aieiidals en atenâat ; l'auteur emploie 
encore, pour la rime, les cas sujets pluriels sans 5 (cf. p. 14,4, 2^ cit.), qui 
dévoncenent le copiste ; de la les deux fautes. — Ihid.y 2^ cit. , v. 4 : correction 
arbitraire et inutile, le texte étant parfaitement clair ; lire (en un mot) <•;////, 
« hennissement » ; d. le mod. renill. — P. 144, 2c cit., v. 4 : a vnirits, lire 
antarits, « amantes », exigé par le sens. 

P. 70, 1. Il : le mot costcUum est traduit par « carcan », mais c'est une 
transcription évidente du cat. costell ; la traduction est donc « pilori ». — 
P. 93. 1. 5 : vidaure est traduit très vaguement par « feuilles » ; il s'agit de 
la clématite sauvage dont le nom latin {vitis alla) a été altéré de tant de 
façons». — P. 123 : en appelant le catalan « nostre lati », Jacme I" n'enten- 
dait nullement lui délivrer des lettres de noblesse : on sait que le mot a sou- 
vent signifié «r langue w en général, et parfois « jargon inintelligible » (car il 
s'applique souvent au ramage des oiseaux). 

A. J FAN ROY. 

Introducciô a l'ediciô critica de les obres de Auzias 
March... par Amadeu PAGi-:5 ; Barcelona, Institut dcstudis catalans, 
191 2; in-40, 193 pages. 

De l'édition critique des œuvres d'Auzias March qu'il a préparée pour l'Ins- 
titut d'études catalanes de Barcelone, M. Pages a détaché l'imporiante intro- 
duaion qui résume et justifie son travail d'éditeur, et il l'a présentée à l'Uni- 

1. Cette réalité est nettement affirmée, p. 208 et 212; cependant iM. P. 
semble admettre ailleurs (p. 218; que les deux pseudonymes se réfèrent à 
des femmes différentes. 

2. Voy. Mistral, s. v. : •. Rolland, Flore populaire, t. I. p. i ss. ; sur 
les formes gasconnes, /?r^..t ... Gascogne, 1875, p. 526. 



A. TERKACHFR, lu's parler S populaires de FAnijoumois 429 

vcrsiiù de l\ins, comme thèse complémentaire pour le doctorat es lettres. 
C'est dans la langue même d'Auzias Mardi que M. P. a tenu à écrire, 
ou au moins à traduire son Introduction aux œuvres du poète ; à la vérité ce 
catalan, d'ailleurs fort net et précis, a peut-être une saveur un peu « phi- 
lologique ». Dans son Introduction M. I*. étudie successivement les treize 
manuscrits, les éditions, les traductions et les commentaires des œuvres 
d'A. Mardi; il propose un classement des manuscrits et des éditions et 
essaye de fixer les principes de l'établissement du texte, puis il étudie la gra- 
phie et la versification de Mardi, enfin il examine les différentes classifications 
des poésies données par les manuscrits et par les éditions : il conclut que la 
classification des poésies dans les manuscrits est chronologique et il part de 
là pour établir une chronologie des œuvres d'A. March. Tout le travail est 
conduit avec beaucoup de soin et de méthode. Le classement obtenu par 
M. P. pour les manuscrits et éditions paraît sûr, d'une fa^on générale, 
toutefois il convient d'attendre la publication des variantes pour pouvoir 
le vérifier ; dés maintenant il semble que M. P. n'ait pas \\\c avec une 
entière précision les rapports des nis. FG, d'une part, et H, de l'autre. — 
M. P. a reproduit dans son premier chapitre les filigranes des papiers des 
mss. d'A. March, et l'on ne peut que lui en être reconnaissant, mais les con- 
clusions à tirer de ces filigranes pour fixer l'origine des divers mss. sont 
sujettes à réserves, étant donné surtout qu'il s'agit de papiers de provenance 
étrangère. — Un lapsus a fait attribuer à Tournai l'impression d'une tra- 
duction latine de March qui provient de Tournon (p. 190). 

Mario Roques. 



A. Thrrachfk, Le pluriel du démonstratif dans les papiers 

populaires de 1 AngOUUloiS (avec cane). [Reprinted from Studics 
in licnor of A. Mankill lilliott, vol. I, pp. 275-80.] 

M. Terracher propose une nouvelle explication des formes plurielles du 
démonstratif dans une région de l'Angoumois qu'il a explorée lui-même, et 
qui s'étend approximativement à l'intérieur d'un rectangle dont les quatre 
côtés passent, au sud par Angoulême, à l'ouest par Aigre, au nord par 
Bavers, près Mansle, à l'est par La Rochefoucauld. 

D'une manière générale, dans cette région, comme dans le reste de l'An- 
goumois et dans la Saintonge, eccu-ille offre au pluriel, pour les deux 
genres, une forme oxytone avec -é long : k{e)lé devant consonne ; k(f)le\ 
devant voyelle. 

Pour ces formes, deux explications avaient été proposées jusqu'ici. 
M. l'abbé Rousselot, s'appuyant sur le traitement de la finale -as à Celle- 
frouin (vaccas > vase, bonas > buiU, etc.), voyait dans 1'-^ de k(e)lé et 
aussi de notre, votre, dont les formes sont parallèles, une extension analo- 



430 COMPTES RENDUS 

gique ' des tînalcs Icminiiics en -as : eccu-illas, noslras, vostr.is. Cette 
explication soulève, nie semble-i-il, au moins une objection : k{,-)lé, notre, 
ivire ont un «'long: au contraire îv/i/, buiiv ont un <•' bref. L'emploi d'un mot 
conmie proclitique a d'ordinaire pour effet d'en abrèj^er la ou les voyelles 
plutiM que de les allonger. Il est vrai que le mot a pu être alTecté d'un accent 
secondaire qui. par déplacement, a été transporté sur r. Mais un accent secon- 
daire a-i-il le pouvoir d'allonger une voyelle, et dans quelle mesure cet 
allongement, s'il se produit, peut-il devenir sensible ? l^i question est dou- 
teuse. 

M. Ik>urcie7. a donné depuis une autre explication (/^ démonstratif dtuis la 
Pftitf Gdvadk-rif^ extrait des Mèlam^es H'ilniotlt\ 1909). Selon lui, les formes 
k(f)lfy etc., sont dues à l'influence analogique de l'article défini : ou bien 
l4^s) a changé le fém. plur. krl;>(s) en kflè(s), et cette forme a été transportée 
plus t.ird au masculin ; ou bien il y a eu analogie proportionnelle : / oni : lc\ 
ont a entraîné kfl om : ke1r\ om. 

S'appuyani sur la répartition géographique des formes, M. Terrachcr s'at- 
tache à montrer que, dans toute une région du domaine considéré, les termi- 
naisons en -r long {ktlé, twtré, etc.) ne peuvent reposer sur l'article pluriel 
pour la bonne raison que celui-ci y est représenté par lu au masculin et là au 
féminin. 

D'autre part, dans une autre zone, les formes en -(' ne peuvent, selon 
M. Terracher, s'expliquer par une extension de la finale -as, car là les pluriels 
huttary ou />j^w<i <C bonas, nostraèy ou nostrà << nostras différent des plu- 
riels masculins notre, nuotrè, seuls usités pour ces possessifs. 

Qu'est-ce donc que cet -€ flexionnel? M. Terracher pense que cette voyelle 
est sortie d'un « p de soutien " après le groupe i/r dans les adjectifs possessifs. 
Par suite, IV long de kclé, notre, votre dans la Sainionge et dans l'ouest de 
l'Angoumois serait issu lui aussi d'un 9 de soutien. M. Terracher suppose 
quatre stades successifs : 

1° 'eccu-illos cabâllos, *eccu -illas v dccas, nôstros cabâllos, 
nôstras viccas. 

2° à la suite d' « un déplacement d'accent » : *eccu-illôs cabdilos, 
•eccu-illis vàccas, •nostrôs cabâllos, *nostrâs vdccas. 

30 *hl?(s) vas, notr3(s) V(d, etc. 

40 kelèiX) îtii, ttolrê(^) vai, etc. avec allongement de è « sous l'accent ». 

Je ne reviens pas sur l'objection que soulève l'allongement de la voyelle 
dans un mot atone ou à demi atone. Deux autres points me semblent faire 
difficulté dans l'explication de M, Terracher. Puisque, au stade 2, on suppose 
un déplacement d'accent, pourquoi parler d'un ? de soutien ? Une voyelle de 
soutien se développe essentiellement en position atone. 

i. .M. Terracher présente à tort (p. 276; l'explication de l'abbé Kousselot 
comme purement phonétique. 



E. vEY, Ij^ diahxte de Saiut-Éticnue 431 

En second lieu, est-il bien nécessaire de supposer que IV de soutien actuel, 
si soutien il y a, soit sorti d'un .» primitif? Pourquoi la voyelle de soutien 
n'aurait-elle pas été un e dés l'origine ? 

Le passage de .? à r est, du moins en ce qui concerne la phonétique gallo- 
romane, moins normal que le passage inverse de f à ?. D'autre part, la 
vovelle de soutien, qui n'est en réalité qu'une voyelle anaptyctiquc, est 
généralement la voyelle indifférente de l'idiome. En Saintonge et en Angou- 
mois, Ye n'a-t-il pas été à un moment donné la voyelle indifférente, comme 
il l'a été, ou l'est encore, dans certaines régions de la (îaule, en ancien 
proveUijal et dans certains dialectes modernes du territoire provençal (p. 
ex. dans une bonne partie du domaine gascon de l'I^st) ? Ce qui me ferait 
incliner vers cette hvpothése, c'est qu», dans plusieurs chartes de l'Angou- 
mois, la graphie a, introduite à la place de e pour représenter la voyelle de 
soutien, semble manquer à l'origine et ne se répandre qu'à une époque un 
peu plus récente. Ainsi, des trois chartes étudiées par Cloetta {Le Mystère de 
rÈpoux, Roniiinia, XXII, p. 177 suiv.), ce sont les moins anciennes, B et sur- 
tout \ (//'., p. 181), qui fournissent des exemples de cette graphie : Peyra 
Petru, fiostra nostru, etc. Cet (/ ne représente-t-il pas le son ?, ou un son 
voisin, que les scribes nouveaux cherchent à distinguer d'un e ancien (cf. 
seudra, mcdra, etc., dans les Serments de S42, dans le Saint Alexis^ etc.)? Je 
me contente de poser la question. M. Terracher est bien mieux que moi 
qualifié pour la résoudre. 

G. MlLl..^RDKT. 



Eugène Vey, Le dialecte de Saint-Étienne au XVII siècle ; 
in-80, xxi-)79 p. avec deux cartes; Le Ballet foresien de 1605 
en dialecte de Saint-Étienne, suivi d extraits en prose 
de la Gazzette françoise : in-80, 113 p.; Paris, Honoré Cham- 
pion, it^i I. 

Deux tèses de doctorat présentant le fruit d'un travail considérable. 

Li tèse complémentaire donne in extenso le texte du Ballet foresien, le 
plus ancien texte connu en parler de Saint-Etienne, avec traduction française, 
et quelques autres échantillons du mém^ parler, le tout suivi d'un Glossaire- 
Index peu développé. Les textes paraissent correctement édités. Le Ballet 
abonde en détails malpropres, mais certains passages ont de la verve. 

La tèse principale (p. 1-3 15, fonétique, morfologie, vocabulaire et conclu- 
sion; p. 316-521, lexique étimologique ; p. 523-79, index, errata ni tables) 
repose sur un dépouillement consciencieux de textes, mais l'auteur, faute 
d'éducation linguistique profonde, ne réussit pas à donner une description 
fidèle et complète du parler qu'il étudie. Les lacunes de sa formation scienti- 
fique se traïssent non seulement par des erreurs de terminologie comme 
entravé pour appuyé (y. notamment p. 81 ^ 339> 109^ 434, ii7£ 465 j, par des 



4<{2 COMl*TES RENDl'S 

formules dcicctucuscs comme p. >! ^241 (réd.uiion anacronique), 04 ;^ iSy 
(-0- de horolopio « adouci en ( » dans rflcgei^ii, ii faudrait • dissimilê »), 
95 S î^ (• atTaiblisscmem ■ de / appuvcS pour « sonorisation »), 121 § 481 
(le J sjvovard qualifie^ de • consiMine chuintante »>), niais, ce qui est p lus 
gTa\x\ par une confusion à jvu près constante entre les fonèmes et leurs 
rrprèscnuiions granques: ex. p. 78 ^ ÎJ» « <^ t*l,C— Le traitement de ces deux 
Icttrvs »... ; p. 127 S S02 «« Saint-Bonnel-le-ClUteau : chipt, tnouny, uotivf, 
tandis qu'au moven Age on i disait ilxjsUly saicï », en réalité nous savons 
seulement qu'on écrivait -/, mais la consonne pouvait être tombée dans le 
langage parlé alors que sa notation se maintenait par tradition grafique, ou 
écrit p. ex. /rawv«iiJt, petit, etc.. des siècles après la chute française de -s, -/, 
etc. . . ; p. 1 59 S 54^ *' *^^^ question de « lettres » qui jouent un rôle dans les 
é: '•'-. métatèses, etc . . . ; ce défaut fondamental de métode amène encore 

M. \tv (p. l$i, n. i)à proposer au choix l'un des deux barbarismes viugta 
paroxiton et bueci disillabique pour gagner une sillabe dans k- vers 

Diti Van viilLi ce ceu quatrou vingt dix huecl^ 

au Heu de supposer sous la gratie dix htuct le composé trisillabique di^ivd ou 
ii;^itut < decem -|- et -|-octo qui est attesté d'autre part (v. ce mot au 
Lrxiqtu). P. 2, 27, 549 il est question d'un / final roman qui abrégerait et 
ouNTÏrait une diftongue (plutôt cr voyelle •) précédente, et tout le raisonne- 
ment est fondé sur la présence d'un -/ dans -W < -ittu et -ellu, -at 
< -aceu, i«/ < siccu, etc., c'est-à-dire qu'en réalité ou se sert de -et, 
-al pour noter -<•, -J ouverts parce que c'est la grafic abituellc en français, 
ex. des mots très usuels comme nift, chat, etc. 

Inversement il est dit p. 5 qu'un ancien -ya tonique était déjà -/, malgré 
les grafics -iV, ur, -iV^. Aucun argument n'est apporté ; tout au contraire est 
noté le fait que « toujours -ie rime avec lui-même, jamais avec -/ ou -// » : 
or il me semble en ressortir assez évidemment qu'on prononçait encore 
quelque chose comme soit •/« ou -i», soit plus probablement -yè (d. la grafic 
-w-chez Chapelon); -i est une réduaion sûrement récente partout, et -vt'est 
conserN-é encore aujourdui p. ex. dans la campagne grenobloise. 

.M. Vey ne fait pas ce rapprochement utile et en fait beaucoup d'inutiles ou 
indus, ex. p. 11 S ^U» observation comparative dénuée de force probante. Il 
connaît d'ailleurs mal la plupart des parlers qu'il cite à côté de celui de Saint- 
Étienne et interprète souvent mal les faits siéfanois eux-mêmes. P. 16 il dit 
que le suffixe de pataire * chiffonnier » est le prov. -aire <-ator emprunté; 
il s'agit d'une grafie imitée du français pour -cri qui représente lat. -ariu 
dans les mots de la seconde couche du langage, et dont les exemples 
abondent dans tout le domaine franco -provençal. P. 19 il confond le cas de 
rr—^'-.re, ancien dirca refait sur un oblique 'rrcr/j^^or < -f tore, avec celui 
d y <*scalariu. P. 108 n. 2 « gascon />r<i/, blat, rat, ttat... je sufjpose 

qw ^u gascon / final s'est prononcé » ; il eût été facile à M. Vey d'apprendre 



ff 

E. VKY, lu' dialecte de Saiut-liticuitc 1^3 

qu'il se prononce encore. P. 127 n. i met en doute le passage de -/ à -xv en 
vieux franco-provençal : des grafies grenobloises comme direct Miilrui^ 
oblique MicUl sont pourtant assez claires. P. 21$, 225 : -«' posttonique serait 
aujourd'hui -^ à S»iint-Bonnet-le-Cliâteau ; erreur, fondcV sur des textes gra- 
fies à l'instar du lVan^Jais, qu'une recherche de dix minutes dans VAthis liu- 
guistùjtu delà l-rance ow une brève excursion A Saint- lion net aurait sufii à 
dissiper. 

Le travail de M. Vcy est en somme surtout — et ce n'est pas un mince 
mérite — une collection abondante et bien ordonnée de matériaux, qui ren- 
dra de précieux ser\"ices aux linguistes avertis. 

Le Lixtqut appellerait de nombreuses rectifications. Je me bornerai à en 
reprendre quelques articles. 

Il ni a aucune raison pour voir dans be\;iquio « croupière » un « mot 
méridional » ; c'est le représentant parfaitement régulier de basia eu lu à 
Saint-Htienne. 

Rien n'autorise à dire que cossiou continue co(n)sules accentué sur -ti : 
l'ex. cité s'accommode tout aussi bien d'un paroxiton, ipotèse appuyée par 
l'accord d'une masse de parlers romans où consul est continué en formation 
populaire ou mi-populaire. 

Gin ou gins <genus « avec réduction de -i>-à -1- devant s finale »; dire : 
« avec fermeture -/V- > -i- devant nasale u (c(. -in(s) < -e(b)amus;. 

Niô « (pas) même » ne peut pas sortir de ipsu; c'est ou le moyen-prov. 
* niu < nil (prov. moderne niéu, daufinois «/V»//) emprunté, ou bien un mot 
stéfanois continuant *nûlu pour nullu (c(. 'uila pour uilla, etc.. 
comme ijuio continue cùlu. 

Varchiri « dot » , ne peut être séparé de prov. verquifro v-^ verchino et 
de vfr. verchiere. Ni •berb(i)caria ni * uir(i)dicaria ne rendent compte 
de ces mots. Il semble bien qu'il faille poser •ueru(e)- ou •ueru(i)caria; 
voir A. Thomas, Rottianu, looo, p. 167-70, et 190S, p. wj. Annales du 
Midi, 1908, p. 18), art. 12, et Du Ginge aux mots verchhria, verche- 

RILM, VERQUERIA, VERC.\RI.\, VIRCARI.A, BERBICARIUS, BKRGARIU5, BERQUA- 
RIUS, BERCARIA, BERGUARIA, VERCHIERE. 

Jules RoNj.vr. 



Rpmania, XU 28 



l'I-RlODlQUl-S 



AxuARi DE i.Institut d'Ivstldis Catalans, I (19117); Barcclona, gr. 
in-4*\ — L'Institut d'Htudcs catalanes, fondé en 19*^7, avec le concours delà 
p '^' f^ion pnyt'inciûJ, est destine à susciter et ;\ favoriser le développement 
ii.;^..,.w:ucl delà (Catalogne. Il comprend trois sections. La section historico- 
arché'ologique a pour objet la publication de textes, de documents ou de tra- 
vaux pers-onncls en langue catalane sur la littérature ou l'histoire de la Cata- 
logne La section philologique est chargée « d'étudier scientifiquement la 
langue, d'en inventorier le lexique, d'en faire le dictionnaire et d'en propager 
l'usage et la domination dans le pavs et au dehors ». La section scientifique 
doit diriger les recherches, installer des laboratoires et représenter dans 
les Congrès la science catalane. 

A côté de l'Institut a été ouverte une Bibliothèque où sont centralisés 
tous les manuscrits et imprimés intéressant l'histoire et la littérature de la 
Catalogne. 

\jL seaion historico-archéologique a commercé depuis 1907 à réaliser 
son vaste programme. Elle a publié des ouvrages sur les monnaies, les 
fresques médiévales et l'architecture romane en Catalogne, et surtout, les 
Docttntenti fk-r Vhiiioria de la cultura mi^-n'al ' de D. Ant. Rubiô y Lluch, 
président de l'Institut. C'est un recueil de 512 documents, pour la plupart 
inédits, qui nous font connaître l'activité artistique et intellectuelle des Cata- 
lans au xiv siècle. On y voit les rois d'Aragon demandant des livres, fon- 
dant des Universités, faisant des commandes aux artistes ou pensionnant des 
étudiants à Paris, Avignon, Montpellier, Toulouse et Bologne. Il renou- 
velle toute la partie de l'histoire littéraire de la Catalogne qui va de Jacques II 
à Martin U^ . 

L'Annuaire, que fait paraître l'Institut, est divisé, comme la section histo- 
rico-archéologique, en quatre sections : Archéologie, Histoire, Droit et Lit- 
térature. Nous n'analyserons que les articles susceptibles d'intéresser plus 
particulièrement les lecteurs de la Remania. 

P. 148. Ed. Gonzalez Hurtebise, Invrtitat io de loi bicties vmehles de Alfouso 

T TQ08, in-40 de )22 pp. 



PHRIODIQUKS ^3 5 

r lit" Aragon ionio Injiinle y cotiio Rey (i^i 2-1 fjf). Public d'aptu^ un ms. 
des Archives de la Bailla del Real Patrimonio, cei inventaire n'est pas seiile- 
nieut très important pour l'histoire de l'ameublement et de l'armement au 
xve siècle, il s'y rencontre encore un grand nombre de termes techniques 
peu connus ou dont la forme et quelquefois le sens ne sont plus les mêmes. 
Malheureusement rien ne les signale à l'attention. -- P. 266. (hilituuions 
fftes m cort p<r tola Catalitusa y îts illes de Mullorca, Ihi\a y Metiorca. Ces 
ordonnances en catalan, qui datent de la fin du xiiie siècle ou du début du 
xivc, sont d'une langue déjà bien constituée, lilles offrent un réel intérêt 
pour l'étude du vocabulaire juridique. — P. 285. Joseph Gudiol, Tfiuiiicciô 
dih Usdtges, les mes autii^nes amstituciotis de Catalunyu y les (Costumes de Père 
Albert. Textes extraits d'un ms. du Musée l-'piscopal de Vich que M. G. fait 
remonter au milieu du xiii« siècle. Ils sont, conmie le précédent, aussi utiles 
pour les études de philologie que pour celles de l'ancienne législation cata- 
lane. L'éditeur a eu soin de rapprocher sa rédaction du texte latin des Usatges. 
— P. 51). M. Moliné y Brasés, Li « Letra de reyals custums » del Petrarca . 
Cette lettre latine de Pétrarque i Nicolai Acciaiuoli, sénéchal du roi Louis 
de Naples, est un résumé de tout ce que les écrivains de l'antiquité et du 
moyen âge avaient dit sur l'éducation du prince. On en connaissait déjà une 
version castillane (Gallardo, litisayo, II, app. p. 128), La version catalane 
qu'en publie M. .\L, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de l'Institut 
d'Htudes catalanes (Bib. Nationale catalane), date du xve siècle et est ano- 
nyme. — P. 352. Pompeu Vahra, Sobre difcrenl s pi obletnes pendetils eti ractual 
catald lileriiri.M. F. montre quelles sont les divergences des écrivains cata- 
lans sur une multitude de questions d'orthographe, de morphologie et de 
syntaxe. Il est à souhaiter que cette anarchie prenne fin. Mais tout dépend de 
la solution qu'on donnera au problème des rapports de la langue littéraire 
et de la langue parlée. Si l'on adopte une langue purement littéraire, 
archaïque, immobilisée, comme celle qu'ont écrite les auteurs des xiv^ et 
xve siècles, l'uniformité sera réalisée, mais la langue familière, de la conver- 
sation usuelle, sera condamnée à une irrémédiable décadence. Si, au con- 
traire, on tend à rapprocher les deux langues, on risque de donner la préémi- 
nence au catalan de Barcelone qui est « le pire de tous ». L'auteur penche 
vers cette deuxième solution, mais à condition que chaque écrivain emploie 
le langage des hommes les plus cultivés de sa région. Le dialecte de Barce- 
lone l'emportera, mais il se sera débarrassé de tous ses castillanismes et 
enrichi et raffiné au contact des autres parlers catalans. — P. 570. Joseph 
Pijoan, Un non viatge a Terra Santa en Catald (1323). Texte du xiv^ siècle 
publié d'après le ms. 167 de Ripoll conservé aux Archives de la Couronne 
d'Aragon. C'est la relation d'un voyage que firent en Terre Sainte, en 1323, 
quelques pèlerins catalans sous la direction de G. de Treps ou plutôt 
Tremps, forme que présente le manuscrit au début et à la fin. Cet itinéraire 
aux lieux saints a été publié avec un bon commentaire. Voici quelques cor- 



43 6 PÉRIODiai'ES 

rections qui s'imposent : I*. 574, ligne <^ du icxie, e ay .vtij. iortiiidfs ; li«;nc 
10, sauh au lieu Je m/uj. Je lis dans le fac-similc^ du fol. 82 v» : En aqd loc\ 
tnJam\hida ; utia ii^lra ; • '» a : />r<u/ ; laugeramfnt ; yo/AJ>; ; m aqcst loc ; <•« 

a^ia igUtt; v/i; aVt>nr<. M. i'. imprime : f aqest tnirocU pii>i\irfn c irn^arn 
aqmcst* /vAyrin^ ,/ un.} /v/<i^'r;«.i nigUsa que era ab ris quf si la tirasfti ah. M . 
' dr cjmels no fy^ra fktssar. Le texte porte : <///<• si la tirasfu. M. fwteyls 
^ ^^mfls^ cl la phrase est parfaitement correcte. A noter encore, p. ^82, 
note ;, /' ' r r-iV (Jacques de Voragine). — P. 385. Jordi 

Rubii^. Rjiuuu u Aio> y i lancisco Martorell, Invcntaris iuhîits de Vonie del 
Temple a Catalunya. Ces documents extraits des Archives de la Couronne 
d'Aragon et qui vont de 1 508 à 1 526 nous renseignent sur les livres que pos- 
sédaient les Templiers catalans. On y remarque à peine deux livres catalans : 
les Cosiums Je h ciudad de Lîeyda et une version du Secretum Secietotutn. A 
côté d'innombrables ouvrages de liturgie et de théologie figure un fragment 
de VEpistoJj ad Pisotus d'Horace. — P. 408. Felip Pedrell, Dos Mùsichs ciiuh- 
itntistes catalam, cautors d\4usias Match. Ces deux maestri du xvic siècle 
qui ont mis en musique quelques strophes du poète catalan sont Père Albert 
Vila et Joan Brudicu ; c(. Am. Pages, Au{ias March et ses prèdêeesseurSy 
pp. 251, 407. — P. 414. J. Massô Torrents, Riambau de Vaqueres en els Can- 
\oners catalans. Désireux de montrer l'influence que les troubadours ont 
exercée sur la littérature catalane, M. M. publie toutes les poésies de Raim- 
baut de Vaqueiras qu'il a rencontrées dans trois chansonniers catalans, dans 
le chansonnier de Saragosse ou de Gil y Gil décrit par Milà y Fontanals et 
par moi-même (Rei. des long, toni., 1876; Annales du Midi y 1890), et dans 
les chansonniers Aguilô resj>ectivement désignés par B et C dans un autre 
article de .Milà (/?. d. l. r., XIII, 53). Ces trois manuscrits auxquels M. M. 
assigne les lettres AHK ont été récemment acquis par l'Institut de Barcelone. 
Ils renferment trois poésies inédiles de Raimbaut de Vaqueiras, un planh: Ar 
pren camgat per tostemps de xantar (5 str. de 7 v.abbaacc et i tornada de 
2u)y une alba : Gaita ben^ gaiteta del chaslel (4 str. de 6 v,), et une autre poé- 
sie : Altos unàas qtu vene^ su^ la ttiar (3 str. de 4 vers indépendants -|- un 
refrain de 2 vers). Viennent ensuite les poésies attribuées à Raimbaut par les 
chansonniers catalans -\HK, puisses poésies incontestées, enfin Tépitre au 
marquis Boniface de Montferrat, Valen Marques, seynor de Mont/errât. Plu- 
sieurs de ces compositions, publiées d'après un manuscrit, sont accompagnées 
des variantes des autres. C'est un travail soigné et qui a le mérite de mieux 
nous faire connaître un troubadour jusqu'ici négligé. Il aurait pu être com- 
plété par les allusions à Raimbaut de Vaqueiras ou les imitations qui en ont 
été faites dans La littérature catalane. Je rappellerai simplement ce qu'en dit 
fra Rocabertf dans sa Gloria d'amer : 

Alsant los ulls io viu quasi torrat 
D'amor estar Riambau de Vaqueres, 
E Beatriu nobla de Montferrat. 



PERIODIQUES ^3j 

(Taris, Bibl. Kat. Fsp. 225. C(. Canibouliu, Essai sur l'hist. ih la lill. 
eut., 2" éd. p. 170). A corriger : p. 422, v. 15 : latti,iir au lieu de luuçar ; 
p. 449, V. 15,/iv au lieu de /or. — P. 505. Miiuttscrits calnUitis en Us biblio- 
teqiifs iVltalia. Notice sommaire sur quelques manuscrits de la Bibliothèque 
Ambrosienne de Milan et des bibliothèques de Falerme et de Caiane. L'Am- 
brosienne renferme un assez grand nombre de copies de Kamon I.ull et le 
seul fragment important qui soit resté de la ver<;ion catalane du I-ancelot 
(cf. Rei'ista de hibliografia Calnlatui, III, i). Signalons à l'Université de 
Catane un manuscrit de la Chronique de Ramon Muntaner Cxivc siècle) 
suivi des prophéties de Turmeda, de l'épitre de Haimbaui de Vaqueiras et 
du Debal entre l}ouot e délit de Jacme Mardi {d. notre Auiias March et ses Pré- 
décesseurs, p. 1 38). 

II (1908). — P. 429. Guilleiu M-» de Brocà, Juristes y juriscousults 
catalans dels segles XI, XII y XIII, fonts dels sens loneixinients v transcen- 
dencia que exerctren. Quelques renseignements intéressants sur la traduc- 
tion en catalan du texte provcnk;al connu sous le nom de Le Codi ; c(. 
H. Suchier, Lo Codi, eiue Suninia Cdiicis in proicn^alischer Spraclye ans der 
Mitte des XII Jahrhunderts, Halle a. S., 1906. — P. 4.15. Joseph M. March, 
S. J., I:n Raniôn Marti y la sei'a « Explanatio simboli Apostolorum ». — 
P. 497. P. E. Guanicrio, Contributo agli studi lulliani. M. G. prouve, par 
un examen littéraire et linguistique approfondi, que la Doctriua dels iufans que 
renferme le ms. O 87 sup. de l'Ambrosienne, exécuté au xvc siècle, ne sau- 
rait être identifiée avec la Doctriua Puéril de Ramon Lull. C'est un simple 
catéchisme rédigé par quelque clerc: p. 509, hitronici (la t rocinium ) 
est considéré comme suspect par M. G. qui y voit une influence du proven- 
»;al, mais on trouve encore en catalan sen'ici à côté de servey ; serviv, dans la 
Doct. puer., est plus ancien ; p. 512, ^ 77»/<'" (fui 0' <î"' figure une seule fois 
dans la Doctriua dels iufans, paraît provenir d'une mauvaise lecture. La forme 
qui se rencontre toujours à la rime dans Auzias March est fou ; fou n'est 
connu qu'à partir du xvie siècle. — P. 520. A. Jeanroy et P. Aubry, Huit 
chansons de Bèreui^er de Pala^ol. Ces huit chansons ne sont pas toute l'auvrc 
du vieux troubadour catalan. Elles ont été choisies à cause des mélodies qui 
les accompagnent dans le manuscrit /?, dont on nous donne à la fin la repro- 
duction photographique. M. A. en a transcrit la musique en notation 
moderne. Le texte de ces chansons, presque toujours assuré, est fondé sur le 
manuscrit C, sauf pour quelques pas.sages empruntés à /:. Une traduction, 
précise et cependant élégante, suit chaque pièce. Le mot blanc (I, 43, III, 24) 
que M.J. interprète par " frais - méritait d'être conservé : la blancheur est un 
des traits de la beauté féminine au moyen âge. De même, je traduirais antis- 
tat (III. )0) et aniia (VIII, 30) par leurs équivalents français. L'amour devait 
avoir, au moins sous sa forme la plus pure, les caractères mêmes de l'ami- 
tié. — P. 598. Viati^e d'investigaciô a les Biblioteques de Munich v Milà. C'est, 
à défaut du mémoire que le regretté lulliste Maieu Obrador y Btnnassar n'a 



438 Plf;R10DIQl'ES 

pas pu terminer, l'indic.uion de tous les manuscrits des œuvres de U;imon Lull 
qu'il .ivait décrits, collationncS ou photogr.ipliit's pour le compte de l'Institut 
d'Htudcs catalanes ou du comitc^ de public.uion des tvuvres de H. Lull. 
Notons, p. 606. une scVie de proverl>es rimt^s attribués au philosophe de 
" orque. — P. 619. E. Moliné y Brasés, Aâicio a hi « Letr.i de Reyals 
custums •• dtl Pftriirc*J. M. M. a dcVouvert que la version catalane de la lettre 
de Pétrarque, publiée par lui dans W-itiiuni de W07 (cf. supra), a été trans- 
crite à peu prés textuellement dans le fameux Tininl lo liUiuch de Joanot 
.Martorell. 11 en conclut que c'est i ce dernier qu'il faut en attribuer la pater- 
II lui reste .1 rechercher si Martorell n'a pas »< plagié » Pétrarque 
N d'autres endroits de son curieux roman. 

Ani. Pag^.s. 

GlORK.KLE STORIC» DEU..\ LETTERATUR.\ XT.KUW.K. t. XXIX (1897, ler 

semestre), n« 85-87. P. i. N. Scarano, Liuvidia ud Petrarca. Ktude minu- 
tieuse, dont la conclusionest que Pétrarque a connu Dante avant 1559 et qu'il 
s'est inspiré de la Divina Comwtdiii dans ses Catii^otiierf et Tricufi malgré son 

mation contraire. — Comptes rendus: p. 125, I.ubin, Diiute e gli astro- 
tiottti italiani. Lkiiite e la Dotitia Gcutile (Leynardi) ; — p. 134, H. Oelsner, The 
ittjitiftic/ of Datitf on nuniern il.vui^t (Farinelli) ; — p. 145, A. Scarta/zini, litici- 
cIof*r<iia Dantfsca. Di^iovario critico e raç^iouato di quauto concerne la vita et le 

f di Dante Aliglmri^ /(Renier). — P. 160. Bulletin bibliographique : note 

importante sur il Tristano Riccordiano edito c illustrato da Parodi ; cf. Rouumia 

XXV, 634. — P. 284. L. délia Giovanna, Ancora di san Francesco d'Assisi e 

I :■■ !es Cre*Uurarum . Analvsc des œuvres de Sabatier et Mariano sur la 

vie et l'origine de Fr. d'Ass. et de l'article de Monsign. F. Puligiani, // 

'iœ delioU^ sua storia,sua aateuticità. — P. 318. M. Pelaez, Ikmifacio Calvo, 
re del irro/o A7//. Textes annotés dont l'introduction a été publiée dans 
lcOit>/n. j/of-., XXVIIl (1896), no 82. — Comptes rendus : p. 453. H. Kelier, 
Die Sprache dtr Keimprfdigt des Pietro da îiarsegape (Salvioni ; cf. Remania, 
XXV, 352); — p. 462, G. Bertocchi, Le rime di Dante da Maiano ristampate 
ed illuslrate (Pellegrini); — p. 469, G. Melodia,DtiM/<? e Francesco da Barberino 
(U. Renda). 

T. XXX C1897, 2* semestre), n*» 88-90. — P. i. Ci. Kossi, // codice 
F.stfusr X. *. }4, édition annotée. — P. 1 25 . G . de LoUis, Pro Sordello de Godio, 
milite. — P. 208. P. Marchot, Sur le «' Contrasta n de Cielo Dalcamo. Nou- 
velles interprétations pour quelques passages obscurs de la célèbre poésie 
sicilienne. — P. 215. S. de Cliiara, Catona, noterella dantesca. M. de Ch. 
pense, pour des raisons géographiques et historiques, critiques et philolo- 
giques, qu'il faut lire Catona et pas Crotona dans Parad. VIII, 61-63. 
— P. 227. E. Sicardi, Del « angelico seno » e di altri luoghi nrlla can- 
^ofu dfl Petrarca^ « Chiare^ fresche e dolci acqtu n. — Comptes rendus: 
p. 271, G. B. Gîrini, Gli scriltori pei^i^ofui italiani del secolo decimo quinto ; 



HKKioniQrES 439 

Will. Harr. Woodward, l'ittonuo Ja l-'einc and other Immanist ediu\Uori : 
essiiys and ivrsions (Renier). — P. 299. Bulletin bibliographique : notes 
importantes sur Pio Rajnn, Dant^ Jh\'hifri, il trallato de l'ul^aïf flcjunilia, 
cf. Romania, XXI, 52}, et XXV, 656; V. Crescini, Di utia data inipoi tante 
uelîa storia delLi epopea franco-xeneta, cf. Koniania, XXVI, 159. — P. 569. 
G. Salvo-Co7.zo, Ije '< Kitne spurse m e il « Trion/o delV Ilternità » di l-i , 
Pelrarca nei coiiiii vatiiuni ïatini )H)) e Ji^X'- — Comptes rendus : p. 457, 
M. Schcrillo, Alcuni capitoli délia biot; raphia di Daule (Colagrosso). 

T. X.\.\I (1898, 1" semestre), u"* 91-95. P. i. A. Galletti, Fra Giordano 
dû Pisa, predicatore del ieioio XIV. Première partie : élude sur la vie de Fra 
Giordano que M. G. tient pour originaire de Pise et non de Kivalto, comme 
on le croyait à la fui du xv^ siècle, et sur la forme présente de ses sermons. 

— P. 49. V. Cian, Pei Hnnardo liewbo, le rela^ioiii lelleiarie, i coilici e /?/; 
scritti. — P. 88. Basscmiann, Catona o Crotona? Très vive réponse à l'aniclc 
de M. de Chiara (Giorn. stor., XXX, 214).— Comptes rendus : p. 92, L. Bia- 
denc. Indice tlelle can^oni italiane del secolo XIII (A. Foresti) ; — p. 100, 
G. Melodia, Difesa di Fr. Petrarca (Scirano). — P. 193. A. Galletti, Fra 
Giordano d a Pisa, predicatore del secolo XI V (suite). lùude sur la composition 
des sermons de Fra G. da Pisa et sur l'éloquence de la chaire en Italie au 
xivc siècle. — P. 244. A. Sabbadini, liriciole umanisticly (suite). — P. 291. 
G. Marpillero, / « Suppositi « di L. Ariosto. — P. 511. F. Pellegrini, A propo- 
sito d'una ten^one poctica Ira Dante e Cino da Pisloia. — P. 320. I. Sanesi, 
Ancoradi Gcri del Bello. — P. 331. G. Boffito, D'un iwilatore del Cocai nel 
Seicento: Maestro Stopino (Cesare Orsint). 

T. XXXII (1898, 2c semestre), no* 94-96.— P. i. I". D'Ovidio,S/<//' origine 
dei rersi italiani, a proposito d'alcune più men recenti indagini. Après avoir 
démontré la difficulté du problème de l'origine des vers italiens, M. D'O. 
admet la différence quantitative des voyelles latines, mais s'oppose à la théo- 
rie de la conservation du vers saturnien latin dans les langues romanes; il 
explique les diverses formes du vers roman comme des altérations ryth- 
miques des diverses formes métriques lat