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Full text of "Rome, Naples et Florence [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Daniel Muller, préf. de Charles Maurras"

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ŒUVRES COMPLE'I i 



STENDHAL 

IMJBI.IKES SOUS LA DlRECTlOxN DE PAUL ARBELET > 

! 

ET EDOUARD CHAMPION 



ROME, NAPLES 

ET FLORENCE 



TOME SECOND 






^' 



PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION 

EDOUARD CHAMPION 

5, Qlai Malaquais, VI' 



1919 



ŒUVRES COMPLETES 



STENDHAL 

IM: B L I É E s sous LA DIRECTION 
DE 

PAUL ARBELET ET EDOUARD CHAMPION 



ŒUVRES rOiMPLETES 



STENDHAL 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



TOME SECOND 



Il a été tiré de cet ouvrage : 

Dix exemplaires sur papier de Chine, numérotés de I à 10, 
contenant une double suite des planches hors texte tirées sur 
Japon Impérial. 

Vingt-cinq exemplaires sur papier des manufactures impé- 
riales du Japon, numérotés de 11 à 55, contenant une double 
suite des planches hors texte tirées sur Japon Impérial. 

Cent exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 
36 à 135, contenant une double suite des planches hors texte 
tirées sur Japon Impérial. 

Onze cents exemplaires sur papier velin pur fil des Pape- 
teries Lafama, de Voiron, numérotés de 136 à 1235. 



Exemplaire A" 



047 



REPRODUCTIOK INTERDITE 



ROME, 

NAPLES, AND FLORENCE, 

IN 1817. 

SKIETCHES 

OF THE 

PRESENT STATE of SOCIETY, MANNERS, 
ARTS, LITERATURE, âfc. 

IN THESE 

CELEBRATED CITIES, 

BY 

THE COUNT DE STENDHAL. 



LONDON : 

PRINTED FOR HENRY COLBURN, 
PUBLIC LIBRARY, CONDUIT STREET, HANOVER SQUARE. 



.1818. 
Titre de la traduction anglaise de 1818. 



STENDHAL 



ROME, NAPLES 

HT FF.OHKXCK 

TEXTE ÉTABLI ET ANNOTÉ I^ A R 

DAMEL MULLER 

PRÉFACE DE 

CHARLES MAURRAS 



TOME SECOND 

AVEC TROIS FAC-SIMILE HORS T K X T E 




PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION 

EDOUARD CHAMPION 

5, Quai Malaqlais, VT 

1919 



-De 



ROME, XAPLES 



ET 



FLORENCE 



Naples, 24 mars 1817. — La belle Écossaise, 
madame la comtesse R..., me disait ce soir : « Vos 
Français, qui brillent tant le premier moment, n'en- 
tendent rien à faire naître les grandes passions. Le 
premier jour, il ne faut que réveiller l'attention : ces 
beautés brillantes, qui éblouissent d'abord, et qui 
ensuite perdent sans cesse, ne régnent qu'un instant. 
— Voilà, dis-je, qui m'explique la manière très 
froide dont je vais me séparer de Saint-Charles. » 

Un prince napolitain, qui est là, se récrie beau- 
coup. Il réfute nos objections à la manière italienne, 
c'est-à-dire en répétant, et criant un peu plus, la 
phrase à laquelle on vient de répondre. Je regar- 
dais dans la salle, espérant le faire finir faute d'écou- 
teur, lorsque je m'aperçois qu'il répète à tous mo- 
ments le mot baroque Agadaneca. C'est un opéra 
superbe, protégé par le ministre, dédié d'avance au 

Rome, Naples et Florence, II 1 



 STENDHAL 

roi, et que l'on répète depuis cinq mois. Tout le 
monde annonce que l'on aura enfin un spectacle 
digne de Saint-Charles. 

Salerxe, l*^"^ avril. — Voulez-vous trouver * les 
procédés les plus révoltants ? Voyez l'intérieur des 
ménages * de la Calabre. Anecdotes incroyables 
qu'on m'a racontées ce matin. Je lisais à Bologne les 
historiens originaux du moyen âge, Capponi, Vil- 
lani, Fiortifiocca, etc. Je trouvais à tous moments 
des anecdotes telles que le massacre de Césène 
par Clément VII, antipape ^ Et cependant, au bout 
du compte, on se sent plein de respect et presque 
d'amitié pour ces figures colossales, les Castruccio, 
les Guglielmino, les comtes de Virtù. Dans les histoi- 
res du xviii^ siècle, il n'y a aucune de ces horreurs, 
et à la longue on se sent soulever le cœur de 
mépiis ^. Je ne puis mépriser le Calabrais ; c'est un 
sauvage croyant également à l'enfer, aux indul- 
gences et à la jettatura (sort jeté par un magicien) *. 

2 ai>ril. — Ce que j'ai vu de plus curieux dans mon 
voyage, c'est Pompéia ; on se sent transporté dans 
l'antiquité ; et, pour peu qu'on ait l'habitude de 
ne croire que ce qui est prouvé, on en sait sur-le- 



1. Poggii Hist., lib. II, la Cronaca Sanese: »E il Cardinale 
disse a messer Jovanni, » etc., etc. (1817.) 

2. Lacrelelle, Duclos, Bezenval, Saint-Simon, Rulhière, 
le Prince de Ligne, Mackintosh, Bclsham, Hobhousc (1817) *. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE û 

champ plus qu'un savant. C'est un plaisir fort vif 
que de voir face à face cette antiquité sur laquelle 
on a lu tant de volumes *. Je suis retourné aujour- 
d'hui à Pompéia pour la onzième fois. Ce n'est pas 
le lieu d'en parler. On a découvert deux théâtres ; 
il y en a un troisième à Herculanum ; rien de plus 
entier que ces ruines. Je ne comprends pas le ton 
mystique avec lequel M. Schlegel vient nous parler 
des théâtres anciens ; mais j'oubliais qu'il est Alle- 
mand *, et apparemment moi, malheureux Fran- 
çais, je manque du sens intérieur. Le monde ayant 
commencé pour nous par des républiques héroïques, 
il est simple que leur produit paraisse sublime à des 
âmes étiolées par la plate monarchie *, comme Ra- 
cine. 

Je sors de Saiil, au théâtre Nuovo. 11 faut que 
cette tragédie (d'Alfîeri) agisse sur la nationalité 
intime des Italiens. Elle excite leurs transports. 
Ils trouvent de la grâce tendre, à VJmogène, dans 
Michol *. Tout cela m'est invisible, de manière 
que j'ai fait la conversation avec le jeune marquis 
libéral, qui m'a prêté sa loge. Nous avions à côté de 
nous une jeune fille dont les yeux peignaient 
l'amour tendre et heureux avec une énergie que je 
n'ai jamais vue. Trois heures ont volé avec la ra- 
pidité de l'éclair. Son promis était auprès d'elle, et 
la mère souffrait qu'il lui baisât la main. 

Mon marquis me disait qu'on ne permet ici que 
trois tragédies d'Alfieri ; à Rome, quatre ; à Bo- 



4 STENDHAL 

logne, cinq ; à Milan, sept ; à Turin, point. Par con- 
séquent, l'applaudir est une affaire de parti, et lui 
trouver des défauts est d'un ultra. 

Alfieri manqua d'un public. Le vulgaire est né- 
cessaire aux grands hommes, comme les soldats 
au général. Le sort d' Alfieri fut de rugir contre 
les préjugés et de finir par s'y soumettre. En poli- 
tique, il ne conçut jamais l'immense bienfait d'une 
révolution * qui donnait les deux Chambres à 
l'Europe et à l'Amérique, et faisait maison nette *. 
Alfieri est peut-être l'homme le plus passionné 
qu'il y ait eu parmi les grands poètes. Mais, d'abord, 
il n'eut jamais qu'une passion ; et, en second lieu, 
ses vues furent toujours extrêmement étroites en 
politique. Il ne comprit jamais (voir les derniers 
livres de sa Vie ^) que, pour faire une révolution, 
il faut créer de nouveaux intérêts, id est de nouveaux 
propriétaires. D'abord, il n'avait pas d'esprit en 
ce genre ; en second lieu, il était noble, et noble 
piémontais ^. L'insolence de quelques commis de la 
barrière * de Pantin, en lui demandant son passe- 
port, et le vol de douze ou quinze cents volumes, 

1. Dans l'original, car la police de Buonaparte a mutilé 
la traduction. Son portrait est celui de toutes les grandes 
âmes de l'Italie actuelle : plus de rage que de lumières. 
(1817.) 

2. Il n'a jamais su apprécier la bonté des souverains de 
l'auguste maison de Savoie. Des souverains tels que ceux 
qui occupent actuellement les trônes de Naplcs, de Florence 
et de Sardaigne sont faits pour réconcilier à la monarchie 
les esprits les plus égarés par l'orgueil. (1817.) 



ROME, NAPLES ET FLORENCE O 

trouvant dans son cœur tous les préjugés nobi- 
liaires, l'empêchèrent à jamais de comprendre le 
mécanisme de la liberté *. Cette âme si haute 
ne vit pas que la condition sine qua non, pour écrire 
quelque chose de passable en politique, c'est de 
s'isoler des petits frottements personnels auxquels 
on peut avoir été exposé. Sur la fin de sa vie, il 
disait que, pour avoir du génie, il fallait être né 
gentilhomme ; enfin, méprisant la littérature fran- 
çaise jusqu'à la haine, il n'a fait qu'outrer le sys- 
tème étroit de Racine. Il n'y a peut-être rien au 
monde de plus ridicule, pour un Italien, que la 
pusillanimité de Britannicus ou la délicatesse de 
Bajazet. Dominé par la défiance *, il veut voir, et 
toujours on lui fait des récits. Si son ardente ima- 
gination n'est pas nourrie par beaucoup de spec- 
tacle, elle se révolte et l'emporte ailleurs : aussi 
bâille-t-on beaucoup aux tragédies d'Alfieri. Jus- 
qu'ici, ce qu'il y a encore de plus adapté à l'Italie, 
c'est Richard III, Othello, ou Roméo et Juliette. 
M. Niccolini, qui continue Alfîeri, est sur une fausse 
route. Voir Ino e Temisto *. 

3 ai^ril. — ■ Agadaneca, grand opéra. Je n'ai jamais 
rien ouï de plus pompeusement plat : cela n'a duré 
que depuis sept heures jusqu'à minuit et demi, 
sans un seul moment de relâche, et sans le plus 
petit chant dans la musique. J'ai cru être rue Lepele- 
tier. Vivent les pièces protégées par la cour ! Ce 

Rome, Napi es et Florence, II 1. 



6 



STENDHAL 



qu'il y a de mieux, c'est une salle de l'appartement 
de Fingal (car nous sommes dans Ossian), garnie 
de tous les petits meubles à la mode inventés de- 
puis peu * à Paris. J'ai obtenu la faveur d'aller 
sur la scène. Les pau\Tes petites danseuses de 
l'école disaient : ( Travailler cinq mois pour se voir 
sifEées de la sorte ! » Je faisais un compliment de 
condoléance à mademoiselle Colbran * : « Ah ! 
monsieur, le public est bien bon ; je m'attendais 
qu'on nous jetterait les banquettes à la tête. » 
En effet, les auteurs, que je ne croyais que plats, 
sont de plus sots *. Elle m'a montré leur dédicace 
au roi, imprimée dans le li\Tet. Us ressuscitent 
tout simplement, à ce qu'ils disent, les grands 
effets de la tragédie grecque, 

La musique du troisième acte, qui est une espèce 
de ballet en danse p^Trhique, est de M. de Galen- 
berg. C'est un Allemand * établi à Naples, et qui a 
du génie pour la musique à danser : celle d'aujour- 
d'hui ne vaut rien : mais j'en ai entendu dans César 
en Egypte et dans le Che^'alier du Temple, qui re- 
doublait cette espèce d'i\Tesse produite dans la 
danse. Cette musique doit être une esquisse bril- 
lante, la mesure y acquiert une grande importance ; 
elle n'admet pas les détails d'orchestre où Haydn 
triomphe * ; les cors y jouent un grand rôle. Le 
moment où César est admis dans la chambre à cou- 
cher de Cléopâtre a une musique digne des houris 
de Mahomet. Le génie mélancolique et voluptueux 



ROME, XAPLES ET FLORENCE / 

du Tasse n'aurait pas désavoué l'apparition de 
l'ombre au chevalier du Temple. Il a tué sa maî- 
tresse sans la reconnaître. La nuit, égaré dans une 
forêt de la terre sainte, il passe près de son tombeau ; 
elle lui apparaît, répond à ses transports en lui 
montrant le ciel, et s'évanouit. La figure noble et 
pâle de la Bianclii, la tête passionnée de Molinari, 
la musique de Galenberg, formaient un ensemble 
qui ne sortira jamais de la mémoire de mon âme *. 

4 ai^ril. — Je vais au théâtre Xiio^'o. La compa- 
gnie de Marini y donne sa cent quatre-vingt-dix- 
septième représentation. Le gros Vestris est le 
meilleur acteur d'Itahe et du monde 4 il égale Mole 
et Iffland * dans le Burbero benefico (le Bourru 
bienfaisant), dans VAjo nelV imbarazzo. et dans je 
ne sais combien de mauvaises rapsodies qu'il fait 
valoir. C'est un homme à voir vingt fois de suite 
sans ennui. Si mademoiselle Mars joue un rôle de 
folle ou de sotte, un petit regard fin, qui séduit un 
public vaniteux, avertit qu'elle est la première à se 
moquer de son rôle et des gestes sots qu'elle va se 
permettre. A oilà un défaut que n'ont jamais Vestris 
ni madame Pasta *. 

Les Italiens, et surtout les Italiennes, mettent 
au premier rang de Marini, que je %*iens de voir dans 
îi Baroni di Felsheim, pièce traduite de Pigault- 
Lebrun, et dans les Deux Pages. Pour des raisons 
à moi connues, le naturel simple ne plaît pas dans 



STENDHAL 



les livres en Italie ; il leur faut toujours de l'enflure 
et de l'emphase. Les Eloges de Thomas, le Génie du 
Christianisme, la Gaule poétique, et tous ces écrits 
poétiques qui, depuis dix ans, font notre gloire, 
semblent faits exprès pour les Italiens. La prose 
de Voltaire, d'Hamilton, de Montesquieu, ne sau- 
rait les toucher. Voilà le principe sur lequel est 
fondée l'immense renommée de de' Marini. Il suit 
la nature, mais de loin ; et l'emphase a encore des 
droits plus sacrés sur son cœur. Il a ravi toute l'Ita- 
lie dans les rôles de jeunes premiers ; maintenant 
il a pris les pères nobles. Ce genre admettant l'en- 
flure, il m'y a fait souvent plaisir. 

La naïveté est une chose fort rare en Italie *, et 
cependant personne n'y peut souffrir la Nouvelle 
Héloïse. Le peu de naïveté que j'aie jamais rencon- 
tré, c'est chez mademoiselle Marchioni, jeune fille 
dévorée de passions, qui joue tous les jours, sou- 
vent deux fois : vers les quatre heures, au théâtre 
en plein air, pour le peuple ; le soir, aux lumières, 
pour la bonne compagnie. Elle m'a touché jusqu'au 
saisissement, à quatre heures, dans la Pie Voleuse, 
et, à huit, dans la Francesca da Rimini *. Madame 
Tassari, qui joue dans la troupe de de* Marini, n'est 
pas mal dans ce genre. Son mari, Tassari, est un bon 
tyran. 

Blanès, avant qu'il se fût enrichi par un mariage, 
était le Talma d'Italie. Il ne manquait ni de natu- 
rel ni de force : il était terrible dans V Almachilde de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 9 

Rosmunda. Cette reine, si malheureuse et si pas- 
sionnée, était représentée par madame Pelandi, 
qui m'a toujours ennuyé, mais qui était fort ap- 
plaudie. 

Pertica, que j'ai vu ce soir, est un l)on comique, 
surtout dans les rôles chargés. Il m'a fait bâiller 
à outrance dans le Poeta janatlco, une des plus 
ennuyeuses pièces de Goldoni, qu'on joue sans cesse. 
Cela est i'rai, mais cela est si bas ! et cela dégrade, 
aux yeux des gens grossiers, l'être le plus distingué 
de la nature : un grand poète. Il a été fort applaudi 
dans le caractère de Brajidt, et a mérité son succès, 
surtout à la fin, lorsqu'il dit à Frédéric II : « Je vous 
écrirai une lettre. » 

Ce qui m'a frappé, c'est le public : jamais d'atten- 
tion plus profonde ; et, chose incroyable à Naples, 
jamais de silence plus complet. Ce matin, à huit 
heures, il n'y avait plus de billets : j'ai été obligé 
de payer triple. 

Je vois deux exceptions * au patriotisme d'an- 
tichambre : la supériorité que les Italiens accordent 
à la danse française, et la curiosité d'enfant avec 
laquelle ils gobent les traductions de toutes les 
niaiseries sentimentales du théâtre allemand. 

Applaudir à la danse française, c'est dire qu'on 
a fait le voyage de Paris. Ils ont une sensibilité si 
profonde et si vraie, et ils lisent si peu, qu'un ro- 
man dialogué quelconque, pourvu qu'il y ait des 
événements, est sûr de toute la sympathie de ces 



10 STENDHAL 

âmes vierges. Depuis trente ans il n'a pas paru un 
roman d'amour en Italie. Il paraît que l'homme, 
fortement occupé * d'une passion, n'est pas sen- 
sible même à la peinture la plus aimable de cette 
passion. Ils n'ont pas de feuille littéraire. Le spiri- 
tuel Bertolotti, l'auteur (Tliiès de Castro, me disait *: 
« Donnez-moi une forteresse, et j'oserai dire la vé- 
rité aux auteurs. « 

On donnait pour petite pièce la Jeunesse de 
Henri V, comédie de Mercier, corrigée par M. Du- 
val *. Pertica a beaucoup fait rire le prince don 
Léopold, qui assistait au spectacle : mais, bon Dieu ! 
quelle charge comparé à Michaut ! Un prêtre ita- 
lien, assis à côté de moi, ne pouvait concevoir le 
succès de cette pièce à Paris. « Vous vous arrêtez 
aux mots, et n'arrivez pas jusqu'aux caractères : 
Henri V n'est qu'un niais. » Le comte Giraud, 
Romain, le Beaumarchais de ce pays *, a fait deux 
ou trois pièces comiques : VAjo nelV imbarazzo, le 
Disperato per eccesso di huon core. L'avocat Nota, 
Sograiî, Federici, tombent sans cesse dans le drame, 
et même leurs comédies comiques sont faites joour 
une société moins avancée que la nôtre. iSIolière 
est à Picard ce que Picard est à Goldoni *. Chez ce 
poète, le maître de maison qui invite à dîner est 
toujours obligé d'envoyer emprunter six couverts, 
parce qu'il a mis son argenterie en gage. Il faut se 
rappeler que Goldoni écrivait à Venise. Les nobles 
Vénitiens l'auraient enterré sous les plombs s'il 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 11 

s'était avisé de peindre leur manière de vivre devant 
leurs sujets. Goldoni n'a pu exercer son talent que 
sur des malheureux de mœurs si basses, que je ne 
puis admettre avec eux nulle comparaison. Je ne 
puis rire à leurs dépens. Ce poète avait toute la 
vérité d'un miroir, mais pas d'esprit. FalstafF 
manque tout à fait de bravoure personnelle ; et, 
malgré son étonnante lâcheté, il a tant d'esprit, que 
je ne puis le mépriser : il est digne que je rie à ses 
dépens. Falstafï est encore meilleur lorsqu'on le 
joue devant une nation triste, et qui tremble au 
seul nom du devoir auquel le gros chevalier manque 
sans cesse. Supposez que l'Italie, d'accord avec la 
Hongrie, arrache les deux Chambres au pouvoir, 
elle n'aura plus d'attention au service des beaux- 
arts : voilà ce qu'Alfieri et autres déclamateurs 
n'ont pas prévu. Si jamais les Italiens inventent 
un genre de comique, il aura la couleur du 
Philinte, de Fabre d'Eglantine, et la grâce du qua- 
trième acte du Marchand de Venise, de Shakspeare, 
qui n'est pas celle de la comédie des Grâces, de 
Saint-Foix. 

5 avril. — Je viens de faire trente milles inutiles. 
Caserte n'est qu'une caserne dans une position 
aussi ingrate que Versailles *. A cause des tremble- 
ments de terre, les murs ont cinq pieds d'épaisseur : 
cela fait, comme à Saint-Pierre, qu'on y a chaud en 
hiver et frais en été *. Murât a essayé de faire finir 



12 STENDHAL 

ce palais : les peintures sont encore plus mauvaises 
qu'à Paris, mais les décors sont plus grandioses. 

Pour me dépiquer, je vais à Portici et à Capo di 
Monte, positions délicieuses, et telles qu'aucun 
roi de la terre ne peut en trouver. Jamais il n'y eut 
un tel ensemble de mer, de montagne et de civili- 
sation. On est au milieu des plus beaux aspects de la 
nature ; et, trente-cinq minutes après, on entend 
chanter le Matrimonio segreto par Davide et La- 
blache *. Constantinople et Rio-Janeiro fussent-ils 
aussi beaux que Naples, voilà ce qu'on n'y verra 
jamais. Jamais le bon habitant de Montréal ou de 
Tornéa ne se fera l'idée d'une jolie Napolitaine 
formée par l'esprit à la Voltaire. Cet être charmant 
est encore plus rare que de jolies montagnes et une 
baie délicieuse. Mais, si je parlais plus longtemps 
de madame C..., je ferais naître le rire amer de 
l'envie ou de l'incrédulité *. Portici est pour Naples 
ce que Monte Cavallo est pour Rome. Les Italiens, 
qui ont la conviction intime et sans cesse démontrée 
que nous sommes des barbares pour tous les arts, 
ne peuvent se lasser d'admirer la fraîcheur et l'élé- 
gance de nos ameublements. 

Comme je sortais du musée des peintures an- 
tiques de Portici, j'ai trouvé trois officiers * de la 
marine anglaise qui y entraient. Il y a vingt-deux 
salles. Je suis parti au galop pour Naples ; mais, 
avant d'être au pont de la Madeleine, j'ai été rejoint 
par les trois Anglais, qui m'ont dit le soir * que ces 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 13 

tableaux étaient admirables et l'une des choses les 
plus curieuses de l'univers. Ils ont passé dans ce 
musée * de trois à quatre minutes. 

Ces peintures, si considérables aux yeux des vrais 
amateurs, sont des fresques enlevées à Pompéia et à 
Herculanum. Il n'y a point de clair-obscur, peu de 
coloris, assez de dessin et beaucoup de facilité. La 
Reconnaissance d'Oreste et (T Iphigénie en Tauride, 
et Thésée remercié par les jeunes Athéniens, pour 
les ùi'oir délii'rés du niinotaure, m'ont fait plaisir. 
Il y a beaucoup de simplicité noble, et rien de théâ- 
tral. Cela ressemble à de mauvais tableaux du Domi- 
niquin, en observant qu'il y a des fautes de dessin 
qu'on ne trouve pas chez ce grand homme. On 
trouve à Portici, parmi des quantités de petites 
fresques effacées, cinq ou six morceaux capitaux, 
de la grandeur de la Sainte Cécile de Raphaël. 
Ces fresques ornaient une salle de bain à Hercula- 
num. Il faut être sot comme un savant pour pré- 
tendre que cela est supérieur au xv^ siècle : ça n'est 
qu'extrêmement curieux ; cela prouve l'existence 
d'un style très élevé, comme les papiers de ten- 
tures fabriqués à Mâcon prouvent l'existence de 
David *. 

6 avril. — Le Journal de Naples défend le théâtre 
de Saint-Charles contre la Gazette de Gênes. Je 
crois que tous les dieux et déesses de la mythologie 
et tous les poètes latins sont cités dans cet articlcy 



14 STEA'DHAL 

qui a beaucoup de succès : c'est d'ailleurs un tissu 
de mensonges. J'ai presque envie de le transcrire 
pour punir le lecteur, s'il en est, qui ne croit pas 
aveuglément à toutes mes histoires et aux consé- 
quences que j'en tire *. 

Le Martin Scriblerus * d'Arbuthnot est oublié à 
Londres, comme une comédie qui a tué son Ridicule. 
Scriblerus est de 1714. L'Italie est à point pour cette 
comédie, en 1817 *. 

L'abbé Taddei (le rédacteur du Journal des 
Deux-Siciles) est bien plus ridicule que les M... et 
les G... de Paris ; mais il n'est pas odieux. Le géné- 
ral autrichien lui a défendu d'appeler les gens mau- 
vais citoyens *. Le bon sens germanique de ces 
braves Autrichiens a sauvé cette fois de grandes 
horreurs à Naples. 

7 avril. — Je retourne chez de' Marini. Ils ont 
des habits superbes, toute la dépouille des séna- 
teurs et des chambellans de Napoléon, que ceux-ci 
ont eu la lâcheté de vendre *. Ces habits font la 
moitié du succès ; tous mes voisins se récrient. 
Je reçois de drôles de confidences. La meilleure 
recommandation actuellement en Italie, c'est d'être 
Français, et Français sans emploi. 

Sur les minuit, je vais prendre du thé avec des 
Grecs qui étudient ici la médecine. Si j'avais eu le 
temps, je serais allé à Corfou. Il paraît que l'opposi- 
tion y forme des âmes. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 15 

Les choses qu'il faut aux arts pour prospérer sont 
souvent contraires à celles qu'il faut aux nations 
pour être heureuses. De plus, leur empire ne peut 
durer : il faut beaucoup d'oisiveté et des passions 
fortes ; mais l'oisiveté fait naître la politesse, et la 
politesse anéantit les passions. Donc il est impossible 
de créer une nation pour les arts. Toutes les âmes 
généreuses désirent avec ardeur la résurrection de la 
Grèce ; mais on obtiendrait quelque chose de sem- 
blable aux Etats-Unis d'Amérique, et non le siècle 
de Périclès. On arrive au gouvernement de l'opi- 
nion ; donc l'opinion n'aura pas le temps de se 
passionner pour les arts. Qu'importe ? la liberté est 
le nécessaire, et les arts un superflu, duquel on peut 
fort bien se passer *. 

P^STUM, 30 avril. — Il y aurait trop à dire sur 
l'architecture des temples de Paestum et des choses 
trop difficiles à comprendre. Mon compagnon de 
voyage, l'aimable T..., qui compte des parents 
dans les deux partis, et n'avait que quinze ans en 
1799, lors de la révolution de Naples, vient de me 
conter cet événement bizarre : 

« Une femme de génie régnait à Naples. D'abord 
admiratrice passionnée de la Révolution française 
par jalousie contre quelqu'un, bientôt elle comprit 
le danger de tous les trônes et la combattit * avec 
fureur. « Si je n'étais pas reine à Naples, dit-elle 
« un jour, je voudrais être Robespierre. » Et l'on 



16 STENDHAL 

voyait, dans un des boudoirs de la reine, un im- 
mense tableau représentant l'instrument du sup- 
plice de sa sœur *. 

« Saisi de terreur au bruit des premières victoires 
de Bonaparte, le gouvernement des Deux-Siciles 
implora et obtint la paix. Un ambassadeur répu- 
blicain arriva à Naples, et la haine redoubla chez le 
faible humilié. 

« Un vendredi, le roi vint au théâtre des Floren- 
tins voir Pinotti, le célèbre acteur comique. De sa 
loge, qui était à l'avant-scène, il remarqua le citoyen 
Trouvé, placé précisément en face. Le citoyen am- 
bassadeur portait le costume de sa cour : les che- 
veux sans poudre et le pantalon collant. Le roi 
sort,, effrayé de voir des cheveux sans poudre. 
S. M. avait remarqué au parterre quinze ou vingt 
têtes noires. Elle dit un mot à l'officier de service *, 
qui appela le fameux Cancelieri, factotum de la 
police militaire. Le théâtre des Florentins fut cerné ; 
«t, à la sortie des spectateurs, Cancelieri demanda 
à chacun : « Êtes-vous Najîolitain ? » Sept jeunes 
gens, appartenant aux premières familles de l'Etat, 
et qui n'avaient pas de poudre, furent conduits au 
fort Saint-Elme. Le lendemain on les revêtit de la 
capote de soldat ; on attacha au collet de leur ha- 
bit * une queue postiche longue de dix-huit pouces, 
et on les embarqua en qualité de simples soldats 
pour un régiment qui servait en Sicile. L^n jeune 
Napolitain, d'une naissance illustre, fut condamné 



ROME, NAPLES ET FLOnEXCE 17 

aux fers, pour avoir joué un concerto de violon avec 
un Français. 

« Le Directoire de la République française venait 
d'exiler en Egypte les meilleures troupes et le plus 
grand général de la nation *. La nouvelle de la 
défaite d'Aboukir arriva à la cour de Naples, qui fit 
illuminer ; et, bientôt après (12 septembre 1798), 
ce gouvernement fit une levée de quarante mille 
hommes. Les deux tiers du numéraire effectif du 
royaume étaient déposés dans six banques, qui 
émettaient des billets de reconnaissance (fedi di 
crédita). Cette confiance, ridicule sous le despo- 
tisme, finit comme il était naturel. Le roi s'empara 
des fonds déposés ; on mit en vente le bien des 
luoghi pii (achetés avec empressement), et bientôt 
une armée napolitaine, forte de quatre-vingt mille 
hommes, se trouva sur les frontières de la république 
romaine, occupée alors par quinze mille Français ; 
mais le roi ne voulait attaquer qu'après l'Autriche. 
Un courrier supposé arriva de Vienne avec la nou- 
velle de l'attaque. On découvrit, peu après, que ce 
courrier était Français de naissance, et l'on fit 
massacrer ce témoin dangereux sous les yeux mêmes 
du roi, qui, rempli de terreur à la vue des menées 
jacobines, envoya l'ordre d'attaquer. Son armée 
s'empara de Rome ; mais cette armée fut mise en 
déroute, et, le 24 décembre 1798, Ferdinand s'em- 
barqua pour la Sicile, laissant à Naples l'ordre de 
détruire les blés, les vaisseaux, les canons, la poudre, 

Rome, Naples et Florence, II 2 



18 STENDHAL 

etc., etc. La peur de la cour était prématurée : le 
général Mack capitula avec le général Championnet, 
et conserva Naples. Mais bientôt cette ville s'in- 
surge : les lazzaroni massacrent et brûlent le duc de 
Terre et son frère, le savant don Clément Filo- 
Marino. Les patriotes effrayés appellent Champion- 
net, qui répond qu'il marchera quand il verra 
l'étendard tricolore flotter sur le fort Saint-Elme. 
Les patriotes, ayant M. de Montemiletto à leur tête, 
s'emparent du fort Saint-Elme par stratagème, et, 
le 21 janvier 1799, le général républicain attaque 
Naples à la tête de six mille hommes. Les lazzaroni 
se battent avec acharnement et le plus grand cou- 
rage. Championnet entre à Naples le 23 janvier, et 
nomme un gouvernement provisoire, composé de 
vingt-quatre personnes, auxquelles il dit : « La 
« France, maîtresse de Naples par le droit des 
« armes et par la désertion du roi, fait don de sa 
« conquête aux Napolitains, et leur donne à la fois 
« la liberté et l'indépendance. » Tous les impru- 
dents se crurent libres : les provinces partagèrent 
l'ivresse de la capitale. La plupart des évêques pro- 
testèrent officiellement de leur attachement à la 
république, et le clergé, revêtu de son costume, 
assista partout à la plantation de l'arbre de la li- 
berté. Cependant le cardinal Ruffo, le seul homme 
de tête du parti royal, n'avait pas abandonné le 
sol de l'Italie : il était à Reggio de Calabre, à cent 
cinquante li^^ues de Naples, prêt à s'embarquer si 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 19 

le péril devenait trop pressant, mais ne perdant 
pas un moment pour organiser une Vendée contre 
la république j^arthénopéenne. Le cardinal Ruffo 
avait sa fortune à faire : non seulement il promit 
le paradis à tous les braves qui trouveraient la 
mort dans cette croisade ; mais, ce qui est plus 
adroit, il eut l'art de se faire croire. Les Anglais 
avaient occupé l'île de Procida, à six lieues de 
Naples ; ils inquiétaient la côte par des débarque- 
ments. Les patriotes faits prisonniers étaient envoyés 
à Procida et condamnés à mort par un tribunal 
dont la cour de Naples avait donné la présidence 
à l'alfreux Speziale. Les troupes françaises, en 
fort petit nombre, entreprirent quelques excur- 
sions assez imprudentes, et toutefois dissipèrent et 
fusillèrent tous les partisans du cardinal RufTo 
qu'on put rencontrer. Le régime républicain n'exis- 
tait réellement que dans les murs de Naples et dans 
quelques provinces plus ou moins protégées par 
cette capitale. Mais l'enthousiasme était à son 
comble parmi tout ce qui savait lire. Les Français 
firent détruire les armes qui auraient pu servir à 
leurs amis les républicains, et leur défendirent de 
lever des troupes. Bientôt arriva la fatale nouvelle 
des victoires de Suwaroff en Lombardi î -, et l'armée 
française, sous les ordres du général Macdonald, 
donnant, suivant l'usage, de faux prétextes à son 
mouvement, se rendit à Caserte, abandonnant 
Naples et la nouvelle république. L'humanité eût 



20 STENDHAL 

fait une loi aux Français d'avertir quelques heures 
d'avance les patriotes napolitains et de leur donner 
les moyens de se sauver. Loin de là, les patriotes 
envoyèrent une députation au citoyen Abrial, com- 
missaire du Directoire, alors à Capoue : « Avouez- 
« nous, par grâce, si vous nous abandonnez, dirent 
« les patriotes ; nous allons tous quitter Xaples. 
« — Abandonner les républicains ! s'écria le citoyen 
« Abrial : je vous emporterais plutôt tous sur mes 
« épaules ! « Et il fit le geste du pieux Enée. Ce mot 
a retardé de trente ans la civilisation du royaume 
de Naples. 

« Six semaines après le départ des Français, cette 
ville tomba au pouvoir de l'armée alliée, composée 
de royalistes napolitains, d'Anglais, de Russes et 
de Turcs. Les patriotes, après s'être assez bien 
battus, se réfugièrent dans les forts. Celui d'Avi- 
gliano, près du pont de la Madeleine, défendu par 
les élèves en médecine, fut le premier à capituler. 
En y entrant, les vainqueurs se mirent à égorger les 
patriotes. Sur-le-champ, ceux-ci se dévouent à une 
mort glorieuse, mettent le feu aux poudres : quatre 
cents royalistes et tous les patriotes, à l'exception 
de deux, périssent par cette explosion. 

« Pendant ce temps, les horreurs les plus révol- 
tantes et les plus singulières étaient exercées dans 
les rues de la ville par la populace révoltée et par 
les royalistes. Des femmes de la première distinc- 
tion étaient conduites nues au supplice : la célèbre 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 21 

duchesse de Popoli en fut quitte pour la prison, où 
on la mena nue en chemise, après lui avoir fait subir 
les plus infâmes plaisanteries. Les patriotes occu- 
paient encore dans la ville les forts de Castel Nuovo, 
de Castel del Ovo, et le petit fort de Castellamare, 
à six lieues de Naples. Ce fort se rendit au Commo- 
dore Foote, nom encore respecté à Naples après 
dix-sept années et tant d'événements. Foote fit 
exécuter la capitulation. Cet exemple décida les 
défenseurs des deux forts de la ville, qui, manquant 
de vivres et de munitions, se résignèrent à capituler 
avec les « troupes du roi des Deux-Siciles, du roi 
d'Angleterre, de l'empereur de toutes les Russies 
et de la Porte ottomane, » Tels sont les propres 
termes de l'article 1^^ de la capitulation du 3 mes- 
sidor an VII, approuvée par le trop fameux chef 
de brigade Méjan, commandant français du fort 
Saint-Elme, et signée par le cardinal Rufîo, Edward 
James Foote, et les commandants russe et turc. 
L'article 4 porte : « Les personnes et les proprié- 
tés de tous les individus composant les deux gar- 
nisons (de Castel Nuovo et de Castel del Ovo) 
seront respectées et garanties. » L'article 5 est 
ainsi conçu : « Tous lesdits individus auront le 
choix de s'embarquer sur des bâtiments parle- 
mentaires qui leur seront fournis pour se rendre 
à Toulon, ou de rester à Naples, sans y être in- 
quiétés, ni eux, ni leurs familles. » 

« Les royalistes ont longtemps nié l'existence de 

Rome, Naples et Florence, II 2é 



22 STENDHAL 

cette capitulation : malheureusement pour les bons 
principes, l'original s'en est retrouvé. 

« Quinze cents patriotes appartenant à la gar- 
nison des deux forts déclarèrent l'intention de 
quitter leur pays ; malheureusement, tandis qu'ils 
attendaient les bâtiments qui devaient les trans- 
porter à Toulon, le lord Nelson arriva devant Naples 
avec sa flotte, sur laquelle se trouvaient l'ambassa- 
deur anglais et sa femme, la fameuse lady Hearth 
Hamilton. 

« Le soir du 26 juin, les patriotes se rendirent 
sur les navires qui leur étaient destinés ; le 27, sous 
l'inspection d'ofTiciers anglais, chaque transport 
fut amarré sous le canon d'un vaisseau anglais. 
Le jour suivant, tout ce qu'il y avait de marquant 
parmi les patriotes fut transporté à bord du vais- 
seau amiral de lord Nelson. On remarquait parmi 
eux le célèbre Domenico Cerilli, qui avait été pen- 
dant trente ans l'ami et le médecin de sir William 
Hamilton. Lady Hamilton monta sur le pont du 
vaisseau de son amant, pour voir Cerilli et les autres 
rebelles, à qui on venait de lier les pieds et les mains. 
Là se trouvait, non seulement l'élite de la nation, 
mais, ce qui doit être plus considérable pour un 
pair d'Angleterre, tout ce qu'il y avait de plus 
noble parmi les grands seigneurs de la cour. Après 
qu'on eut passé la revue de ces illustres victimes, 
on les distribua sur les vaisseaux de la flotte. Enfin, 
le roi Ferdinand HI arriva de Sicile sur une frégate 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 23 

anglaise, et s'empressa de déclarer, par un édit, 
que jamais son intention n'avait pu être de capituler 
avec des rebelles. Par un second édit, les biens des- 
dits rebelles furent confisqués. Le commodore 
Foote, l'honneur de sa nation et de l'humanité, 
voyant ainsi exécuter un acte qu'il avait revêtu de 
sa signature, donna sa démission (conduite non 
imitée à Gênes *). 

« Les patriotes adressèrent à lord Nelson un 
placet écrit en français et rempli de fautes d'ortho- 
graphe : ils réclamaient l'exécution de la capitula- 
tion. Lord Nelson leur renvoya le placet avec ces 
mots écrits de sa main au bas de la dernière page : 

« / hâve shown your paper to your gracions king ; 
« who must be the best and only juge of the merits 
« and demerils of his suhjects. » 

Nelson. 

« J'ai montré votre placet à votre gracieux sou- 
« verain, qui certes est le meilleur et le seul juge des 
« mérites et des démérites de ses sujets. » 

Nelson. 

« L'éj^ithète de gracieux^ donnée au roi de Naples 
dans une telle circonstance, montre tout le ridi- 
cule de l'aristocratie anglaise. M. de TallejTand * 
aurait dit d'une telle réponse : « Je ne sais si c'est 
un crime ; mais cela est bien sot. » 

« De toutes parts le vaisseau de l'amiral Nel on, 



24 



STENDHAL 



sur lequel s'était rendu le roi Ferdinand, se trouvait 
environné de felouques, tartanes et autres bâtiments 
servant de prison pour les patriotes. On les y avait 
entassés comme des nègres : dépouillés de leurs 
habits par les lazzaroni qui les avaient arrêtés, 
abreuvés avec de l'eau pourrie, chargés de vermine, 
ils étaient exposés aux rayons d'un soleil brû- 
lant ; ce qui incommodait le plus ces malheureux, 
c'était le manque de chapeaux. Les députations de 
lazzaroni, qui venaient sans cesse contempler le 
roi, les accablaient d'imprécations. Tous les matins, 
par les écoutilles de leur prison, les patriotes 
voyaient lady Hamilton partir avec lord Nelson 
pour aller visiter Baja, Pouzzoles, Ischia et les 
autres sites délicieux de la baie de Naples ; le yacht 
magnifique qui la portait était manœuvré par vingt- 
quatre matelots anglais chantant : Rule Britannia. 
Le libertinage de Nelson et le sentiment du même 
genre qui unissait lady Hamilton à ... décidaient 
de leur sort. Miss Hearth, depuis lady Hamilton, 
était renommée pour sa rare beauté, et avait long- 
temps servi de modèle à Rome, où elle coûtait six 
francs aux élèves en peinture. Le premier acte de 
«évérité tomba sur saint Janvier, accusé d'avoir 
protégé la république : le roi ordonna la confisca- 
tion de ses biens. Saint Janvier fut remplacé par 
«aint Antoine, et le canon hérétique des Anglais 
célébra la promotion de saint Antoine. 

« Bientôt les plus distingués d'entre les patriotes 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 25 

furent transférés dans les cachots des forts. Presque 
chaque jour il y avait une nouvelle visite à bord des 
navires servant de prison, et tout s'exécutait avec 
la coopération des officiers anglais. 

« A son arrivée dans la baie, l'amiral Nelson avait 
fait afTicher une proclamation, par laquelle il or- 
donnait à tous ceux qui avaient accepté des emplois 
de la république, ou qui s'étaient montrés favorables 
à ses principes, de se rendre à Castel-Nuovo. Là, 
ces malheureux devaient donner leur nom et leur 
adresse, ainsi que le détail de ce qu'ils avaient fait 
pendant la durée de la république. L'amiral Nelson 
promettait de protéger et de mettre à l'abri de toute 
poursuite ceux qui feraient ces déclarations. Un 
nombre considérable de dupes donna dans le piège 
tendu par l'Anglais. Trois magistrats, également 
célèbres par leur science et leur probité, et respectés 
de tous les partis, vinrent se faire inscrire : ce furent 
Dragonetti, Gianotti et Colace ; le dernier fut bien- 
tôt pendu. 

« Le 12 août 1799, on permit à cinq cents pa- 
triotes, qui se trouvaient encore dans les navires- 
prisons, de faire voile pour Toulon. Ils signèrent 
avant de partir un acte singulier, mais légal à 
Naples : chacun individuellement promit de ne 
jamais mettre les pieds dans les Etats du roi, et ce, 
sous peine de la vie ; reconnaissant dans ce cas, 
à tout sujet du roi, le droit de les mettre à mort 
sans pouvoir être poursuivi. 



20 



STENDHAL 



« Jusque-là les craintes inspirées à la cour de- 
Naples par l'armée de Joubert l'avaient empêchée 
de répandre le sang. Peu à peu on s'enhardit ; 
l'on commença par les patriotes non compris dans 
la capitulation, et le prince Caracciolo fut une des 
premières victimes. Comme cet homme d'esprit 
était la gloire de la marine napolitaine, vous n'ôte- 
riez pas de la tête aux gens de ce pays que, comme 
pour les victimes de Quiberon, ses talents hâtèrent 
sa mort. Je ne m'arrêterai pas à raconter l'anecdote 
si connue de la peur que causa son cadavre à une 
personne auguste *. 

« On apprit que les Français avaient été vaincus 

à Novi, et rien ne retint les fureurs de *. La 

prudence m'empêche de donner des détails qui 
feraient pâlir Suétone. Naples perdit par la main 
du bourreau presque tous ses hommes distingués : 
Mario Pagano, le rédacteur de la constitution napo- 
litaine, Scoti, Luogoteta, Buffa, Troisi, Pacifiée^ 
les généi-aux Federici et Massa, l'évêque Natali, 
Falconieri, Caputi, Baffi, Mantone, Pracelli, Con- 
forti, Rossi, Bagni, On eut un plaisir particulier à 
faire pendre Eléonore Fonseca, femme remar- 
quable par le génie et la beauté : elle avait rédigé 
le Moniteur républicain, le premier journal qui ait 
jamais paru à Naples. Parmi les hommes de qualité 
mis à mort à la honte de l'honneur anglais, on re- 
marque le duc d'Andria, le prince de Strongoli, 
Mario Pignatelli, son frère, Colonna, Riario, et le 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 27 

■marquis de Genzano ; ces deux derniers, à peine 
-âgés de seize ans, mais au-dessus des préjugés d'une 
naissance illustre, avaient déclaré hautement leur 
amour pour la liberté. Genzano et le célèbre Matera, 
•couverts de l'uniforme français, avaient été livrés 
par le chef de brigade Méjan. Ces hommes illustres 
furent pendus al Largo del Mercato. C'est là que * 
Masaniello commença sa révolution. 

« Ils moururent le sourire sur les lèvres, et pré- 
disant que, tôt ou tard, Naples serait libre, et leur 
mort 71071 pas <engée, mais utile à leur pays en 
l'éclairant. Parmi tant de victimes, la mort de la 
charmante San Felice excita un intérêt particulier. 
Pendant la courte durée de la république, se trou- 
vant un soir dans une société de gens de la cour, 
elle apprit que, deux jours après, les frères Bacri 
devaient organiser un soulèvement de lazzaroni, 
et égorger les officiers d'un certain poste de la 
garde nationale. L'amant de la San Felice faisait 
partie de ce poste. Au moment où il allait s'y rendre, 
elle se jeta à ses pieds pour le retenir chez elle. 
« S'il y a du danger, dit l'amant, c'est une raison 
de plus pour que je n'abandonne pas mes cama- 
rades. » Il obtint de l'amour de son amie la révéla- 
tion du complot. Par la suite, la princesse loyale 
elle-même ne put obtenir la grâce de la San Felice. 
Je ne rechercherai pas à combien de milliers s'éleva 
le nombre des victimes de ces événements. Les sup- 
plices, et, ce qui est peut-être plus triste pour l'hu- 



28 



STENDHAL 



manité, la réclusion dans des prisons dont le séjour 
est mortel, ne cessèrent qu'à l'époque du traité de 
Florence (1801). Cette philosophie napolitaine a un 
caractère remarquable de sublimité et de sérénité. 
Par ces deux caractères, elle me semble fort au- 
dessus de tout ce qui se dit en ce genre en Italie 
et en Allemagne. Je m'empresse d'avouer que je 
n'ai vu que des copies imprimées des pièces que j'ai 
citées, » 

J'ai supprimé avec soin dans le cours de ce 
récit les détails atroces. Robespierre n'avait pas été 
l'ami de la plupart de ses victimes ; il les immolait 
à un système faux sans doute, mais non pas à ses 
petites liassions personnelles. * 

Otrante, 15 mai. — Je suis venu ici par Potenza 
et Tarente. J'aurais le malheur d'arriver à un troi- 
sième volume * si je donnais la description des pays 
peu connus que j'ai traversés. Je voyageai à cheval 
avec un parasol et trois de mes nouveaux amis. 
Pour fuir les insectes, nous avons couché sur de 
la paille dans huit ou dix métairies appartenant 
à eux ou à leurs amis, et j'ai eu le plaisir de faire 
la conversation avec les riches fermiers. Ceci ne 
ressemble pas plus à Florence que Florence au 
Havre. 

M. le marquis Santapiro, un ancien ami de Mos- 
cou, que je rencontre à Otrante, s'est trouvé assez 
considérable avec trente mille livres de rente et 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



29 



deux ou trois coups de sabre reçus en bon lieu, 
pour ne jamais flatter ni mentir. Je croyais cette 
originalité impossible ici ; Santapiro me détrompe. 
Après avoir promené trois ans en Italie ce joli petit 
caractère, Santapiro a généralement passé pour un 
monstre. Cet honneur l'a gâté. Il s'est mis à dire 
que la musique l'ennuie, que les tableaux dans un 
appartement lui donnent l'air catafalque ; qu'il 
aime mieux un pantin de Paris, qui tourne les 
yeux et tire la langue *, qu'une statue de Canova ; 
et il a donné des concerts à Naples qui lui ont coûté 
deux ou trois fois le prix ordinaire, parce qu'il n'a 
voulu que des airs de Grétry, de Méhul, etc. 

Santapiro a mis des échasses à son caractère. S'il 
fût resté dans le vrai, il eût été bien plus intéressant 
pour nous, mais bien moins homme d'esprit pour le 
vulgaire. C'est un être très gai, très imprévu, qui 
fait passer devant vous une foule d'idées, et nous en 
jugeons quelques-unes auxquelles, sans lui, nous 
n'eussions jamais songé. 

Pendant la grande chaleur d'hier, couchés cha- 
cun sur un divan de cuir, dans une immense bou- 
tique qu'il a louée et fermée avec des rideaux de 
calicot vert, nous prenions des sorbets. Je me suis 
moqué de ses échasses, et lui de la délicatesse qui 
m'a empêché de remettre mes lettres de recomman- 
dation à Florence. Santapiro vient d'y passer deux 
ans. Tout ce qui en Russie a quelque bon sens et de 
la fortune se croit obligé de voir un hiver à Florence. 



30 STENDHAL 

On y trouve aussi beaucoup d'Anglais opulents et, 
tous les soirs, quatre ou cinq maisons ouvertes. 
M. D... fait jouer par sa troupe, fort bien choisie, 
ce qu'il y a de plus joli parmi les charmantes 
esquisses de M. Scribe : c'est l'homme le plus 
bienfaisant d'Italie, et qui possède les reliques les 
plus authentiques. Il a des choses fort précieuses 
de saint Nicolas. On joue la comédie française dans 
deux ou trois sociétés : c'est un plaisant contraste 
avec l'esprit italien, qui les écoute * et n'en com- 
prend pas le quart. 

« A Florence, j'avais un palais, dit Santapiro, 
huit chevaux, six domestiques, et je dépensais 
moins de mille louis. En passant l'Apennin, les 
belles étrangères laissent de l'autre côté des monts 
cette pruderie qui a réduit à Vécarté les salons de 
Paris et fait de l'Angleterre un tombeau. Un amant 
est agréable, mais un titre vaut encore mieux *. 
Je ne conçois pas comment tout marquis français 
qui a vingt-cinq ans et cent louis de rente, n'arrive 
pas à Florence avec sa généalogie. Il trouvera vingt 
jeunes miss fort jolies, fort riches, fort sages, qui le 
prieront à genoux de les faire marquises. A Flo- 
rence, j'ai vu chaque hiver six mille étrangers 
passer sous mes yeux. Chacun apportait de son 
pays barbare une anecdote curieuse et trois ridi- 
cules. Toutes les anecdotes de cette aristocratie 
tendaient à se moquer des rois. 

« Aimez-vous les arts ? Voyez comment on vient 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 31 

d'arranger la galerie Pitti. Le souverain a profité 
des sottises romaines, et compris que Florence doit 
être le bal masqué de l'Europe. Le vieux prince 
Neri voudrait, avant de mourir, y faire entrer les 
gendarmes ; mais M. Fossombroni s'y oppose. » 
Santapiro a fini par sept ou huit anecdotes déli- 
cieuses, qu'il serait infâme d'imprimer. 

Quand les princes lorrains débarquèrent en Tos- 
cane (1738) *, les Florentins virent arriver à leur 
suite une quantité de pauvres diables, une canne 
à la main : de là le mot canna jo, que j'avais pris 
pour une traduction de canaille en l'entendant 
prononcer à Florence avec l'accent guttural du 
pays ; au lieu de Santa Croce, on dit Santha Hroce. 

Santapiro finit par une étrange calomnie, qui me 
fera appeler stivale (botte) : c'est qu'à Florence il n'y 
a qu'un seul homme de lettres qui ait de l'esprit ; 
mais il en a comme un ange, comme un Talleyrand *, 
comme un Voltaire : c'est l'auteur du Disperato 
per eccesso di buon cuore. M. le comte Giraud descend 
d'un Français qui vint à Rome avec le cardinal 
Giraud *. 

Crotone, 20 mai. — Je viens d'être bien étonné, 
en retrouvant ici, au bout du monde, le brave capi- 
taine* Joseph Renavans, que j'ai vu simple dragon 
en 1800. a J'étais, dit-il, dans le 34^ régiment de 
ligne toujours écrasé, et où j'ai vu passer vingt mille 
hommes. Toujours silencieux, froid, et craignant 



32 STENDHAL 

l'insolence avec mes supérieurs, j'ai obtenu mes 
trois grades par hasard, et de la main de Napoléon. 
Mon bataillon vint à Naples, et pendant trois ans 
j'ai fait une honible guerre contre les* brigands. 
Je pourchassais le fameux Parella, qui se moquait 
de nous. Un jour le ministre Salicetti me fit appeler 
à Naples : « Tenez, me dit-il, voilà trois cent 
cinquante mille francs * ; mettez à prix la tête des 
brigands ; employez tous les moyens : enfin il faut 
en finir, car ceci prend une couleur politique. » 
Je fis annoncer par les curés, continue M. Rena- 
vans, que je donnerais quatre cents ducats de la 
tête de Parella. Trois mois après, je me trouvais 
dans mon cantonnement sur le midi, mourant de 
chaud, et ma chambre fort obscure, quand mon 
sergent m'annonce qu'un inconnu me demande. 
Bientôt entre un paysan ; il dénoue son sac, en sort 
froidement la tête de Parella et me dit : Donnez-moi 
mes quatre cents ducats. Je vous jure que de ma vie 
je ne fis un tel saut en arrière. Je courus à la fenêtre 
pour l'ouvrir. Le paysan mit la tête sur ma table, 
et je la reconnus parfaitement pour celle de Parella. 
(' Comment en es-tu venu à bout, lui dis-je ? — 
Signor commandant, il faut savoir que depuis douze 
ans je suis le barbier, le domestique et l'homme 
de confiance de Parella ; mais il y a trois ans, le 
jour de la Pentecôte, il fut insolent envers moi. 
Depuis, j'ai entendu notre curé dire à son prône 
que vous donneriez quatre cents ducats pour la tête 



ROME, NAPLES ET FLORENCE ^O 

de Parclla. Ce matin, se trouvant seul avec moi, 
■et tous nos amis étant sur la grande route, il m'a 
dit : (c Voilà un moment de trantiuillité, j'ai la 
barbe horriblement longue ; rase-moi, ça me rafraî- 
chira. )) J'ai commencé à faire cette barbe ; parvenu 
à la moustache, j'ai pu regarder derrière ses épaules ; 
j'ai vu que personne ne venait, et crac, je lui ai 
coupé le c6u. )) Dans la suite de la conversation, 
M. Renavans me dit : « On m'a tout ôté en France ; 
je suis venu voir si la femme d'un apothicaire, 
autrefois jolie et aimée de moi, me reconnaîtrait ; 
elle est veuve, et je crois que je vais l'épouser et 
devenir apothicaire. » 

« Savez-vous ce qui m'étonne ? me dit Renavans. 
C'est que, lorsque Salicetti me remit ces trois cent 
cinquante mille francs sans reçu *, et qu'en six mois 
je dépensai toute cette somme par petits paquets 
de cinquante ou cent louis, jamais je ne m'en adju- 
geai un centime ; au contraire, j'y ai mis du mien, 
une couple de louis. Aujourd'hui, en pareille occur- 
rence, je n'hésiterais pas à gagner cent mille francs, 
si je pouvais. » (Voilà la différence de 1810 à 1826, 
et l'explication des * 



•) 



Catanzaro, 23 iiiai. — Je viens de voir une pay- 
sanne en colère jeter son enfant contre un mur, 
à deux pas de distance, et de toute sa force. J'ai 

Rome, Naples et Flore.nce, II 3 



34 STENDHAL 

cru que l'enfant était tué : il peut avoir quatre ans, 
et jette * des cris horribles sous ma fenêtre ; mais 
il n'a pas d'accident grave. 

A mesure qu'on avance en Calabre, les têtes se 
rapprochent de la forme grecque : plusieurs hommes 
de quarante ans ont tout à fait les traits du fameux 
Jupiter Mansuetus *. Mais aussi, quand ces gens-ci 
sont laids, il faut avouer qu'ils sont vraiment 
extraordinaires. 

Brancaleone, 25 mai. — Nous nous sommes fait 
accompagner par trois paysans armés, pendant 
notre visite aux ruines de Locres. Jamais brigands 
n'eurent de plus épouvantables figures ; mais, dans 
ces têtes, il n'y a rien de ce qui me fait horreur : la 
dissimulation doucereuse dans la forme, et sèche 
au fond, de la famille Harlowe (de Clarisse, roman 
de Richardson). 

Rien au monde n'est peut-être plus pittoresque 
qu'un Calabrais que l'on rencontre au détour d'un 
chemin, dans l'éclairci d'un bois. Le long étonne- 
ment de ces hommes armés jusqu'aux dents, en 
nous voyant plusieurs et bien armés, était à mourir 
de rire. Quand le temps menaçait d'un orage, leur 
figure, comme agitée d'avance par le fluide élec- 
trique, avait un aspect bouleversé. Chez un voya- 
geur accoutumé à la douceur et à l'urbanité des 
mines françaises, celles-ci n'eussent produit que de 
l'horreur. Presque toujours, nous cherchons à 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 35 

acheter quelque chose de ces Calabrais, pour avoir 
l'occasion de faire un peu de conversation. Près de 
Gerace, nous avons trouvé le paysan le plus éton- 
nant, et qui nous a fait les plus singuliers récits. 

Près de Mélito, 28 mai. — H y a quelques mois 
qu'une femme mariée de ce pays, connue par sa 
piété ardente * autant que par sa rare beauté, eut 
la faiblesse de donner rendez-vous à son amant, 
dans une forêt de la montagne, à deux lieues du 
village. L'amant fut heureux. Après ce moment 
de délire, l'énormité de sa faute opprima l'âme de 
la coupable : elle restait plongée dans un morne 
silence. « Pourquoi tant de froideur ? dit l'amant. 
— Je songeais aux moyens de nous voir demain ; 
cette cabane abandonnée, dans ce bois sombre, 
est le lieu le plus convenable. » L'amant s'éloigne ; 
la malheureuse ne revint point au village, et passa 
la nuit dans la forêt, occupée, ainsi qu'elle l'a 
avoué, à jirier, et à creuser deux fosses. Le jour 
paraît, et bientôt l'amant, qui reçoit la mort des 
mains de cette femme, dont il se croyait adoré. 
Cette malheureuse victime du remords ensevelit 
son amant avec le plus grand soin, vient au village, 
où elle se confesse au curé, et embrasse ses enfants. 
Elle retourne ensuite dans la forêt, où on la trouve 
sans vie, étendue dans la fosse creusée à côté de celle 
de son amant. 



36 STENDHAL 

Reggio de Calabre, 29 mai. — Une jolie petite 
fille aimait beaucoup une certaine poupée de cire 
dont on lui avait fait cadeau. La poupée ayant 
froid, elle la mit au soleil, qui la fondit, et l'enfant 
pleura à chaudes larmes l'anéantissement de ce 
qu'elle aimait : voilà le fond du caractère national 
de cette extrémité de l'Italie, un enfantillage pas- 
sionné. Ces gens-ci mènent une vie fort douce ; 
jamais l'idée du dei^oir ne leur apparaît ; leur reli- 
gion est bien loin de contrarier leurs penchants : 
elle consiste dans une suite de dévotions qui leur 
sont particulières. Ils font ce qui leur plaît, et, deux 
ou trois fois par an, vont bavarder sur leur passion^ 
dominante, et croient ainsi gagner le ciel. 

Une femme disait dans la rue hier : « C'est à la 
Saint- Jean que mon fils a eu un malheur (c'est-à- 
dire, c'est le 24 ce juin que mon fils a assassiné son 
ennemi). Mais si la famille ne veut pas être raison- 
nable et recevoir de don Vincenzo ce que nous pou- 
vons faire, malheur à eux ! Je veux revoir mon fils. » 
La famille offrait vingt ducats au père de l'assassiné. 
On n'a de force de volonté qu'autant que, dès la 
plus tendre enfance, on a été forcé à faire des choses 
pénibles. Or, excepté dans la terre de Labour, 
où l'on cultive fort bien, et où l'on remue la terre 
à la pelle carrée, rarement un jeune Napolitain de 
quatorze ans est forcé à faire quelque chose de 
pénible. Toute sa vie, il préfère la douleur de man~ 
auer à la douleur de tra<^ailler. Les sots venus du 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 37 

Nord traitent de barbare le bourgeois de ce pays-ci, 
parce qu'il n'est pas malheureux de porter un habit 
râpé. — Rien ne paraîtrait plus plaisant à un habi- 
tant de Crotone que de lui proposer de se battre 
pour obtenir un ruban rouge à sa boutonnière, ou 
que son souverain s'appelle Ferdinand ou Guil- 
laume *. Le sentiment de loyauté ou de dévouement 
à une dynastie, qui brille dans les romans de sir 
Walter Scott, et qui aurait dû le faire pair, est aussi 
inconnu ici que de la neige au mois de mai. En vé- 
rité, je n'en trouve pas ces gens-ci plus sots. (J'avoue 
que cette idée est de bien mauvais goût.) Tôt ou 
tard le Calabrais se battra fort bien pour les inté- 
rêts d'une société secrète, qui lui monte la tête 
depuis dix ans *. Il y a déjà dix-neuf ans que le 
cardinal RufTo eut cette idée : peut-être même ces 
sociétés existaient-elles avant lui. 

J'ai vu, sur le rivage de l'Océan, près de Dieppe, 
<les bois de haute futaie assez étendus. Les paysans 
me disaient : « Monsieur, si nous avions le malheur 
de les couper, les arbres ne reviendraient plus. Les 
vents terribles de l'Océan brûlent les nouveaux 
plants. » C'est par la même raison que le courage 
militaire ne peut pas se développer parmi les Napo- 
litains. Au moindre signe de vie, on verse sur ce 
malheureux pays trente mille Gaulois ou trente 
mille Hongrois, de temps immémorial fort bien 
formés aux batailles. Comment veut-on que deux 
mille paysans des Calabres osent affronter de telles 

Rome, ><aples et Florence, II 3. 



38 STENDHAL 

troupes ? Pour que de nouvelles levées puissent 
s'aguerrir, il faut beaucoup de petites rencontres ; 
et, en les conduisant à la première, il faut qu'il y ait 
quelque espoir de succès. Faute de descendre à la 
considération de ce mécanisme, la diplomatie de 
l'Europe dit de grandes pauvretés sur ce pays. 
Ce peuple a deux croyances : les rites de la reli- 
gion chrétienne *, et la jettatura (l'action de jeter 
un sort sur le voisin, en le regardant de travers). 
Une certaine chose, nommée justice * et gouverne- 
ment, est considérée comme une vexation que l'on 
renverse tous les huit ou dix ans, et que l'on peut 
toujours éluder. L'essentiel pour le paysan est 
d'avoir pour confesseur * ou pour compère un 
iratone (ou moine puissant), ou bien une jolie femme 
dans la famille. Dans la bourgeoisie, l'aîné se fait 
prêtre, marie à son frère cadet la jolie fille qu'il 
aime ; et il règne beaucoup d'union dans ces familles. 
A Tarente, à Otrante, à Squillace, nous avons 
trouvé parmi ces prêtres, frères amés de famille, une 
connaissance profonde de la langue latine et des anti- 
quités. Ces gens-ci sont fiers d'habiter la Grande- 
Grèce. Un homme de bon sens de ce pays fait de 
Tacite sa lecture habituelle. Dès qu'on se méfie de 
quelque étranger, on se met à parler latin. Un exem- 
plaire de Voltaire ou du Compère Mathieu est un 
trésor en ce pays. Il y en avait un dans la barque 
qui nous a amenés d'Otrante à Crotone. On se le 
prêtait ainsi à quarante lieues de distance. Ces gens- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 39 

ci n'ont pas la moindre idée de la conversation. 
Souvent ils sont éloquents : mais malheur à vous 
si vous les mettez sur un sujet qui leur tient au 
cœur : ils parlent une heure, et ne vous font pas 
grâce du moindre détail. J'ai cru reconnaître l'élo- 
quence des harangues de Tite-Live. Un prêtre 
de Brancaleone mit deux bonnes heures à nous dé- 
velopper cette idée : « Je suis fâché, comme chré- 
tien et comme philosophe, de tout ce qui va arriver 
de cruel en Espagne et en Italie ; mais la terreur, 
et la terreur inspirée par les évêques *, est néces- 
saire à ces peuples, que Napoléon n'a pas assez 
profondément réveillés. L'assassinat et les tortures 
frapperont à leur porte : alors ils comprendront 
que la justice mérite qu'on fasse quelque c]?ose pour 
l'acheter. A moi qui vous parle, dans ce malheu- 
reux pays, que me fait la justice ? Si je n'avais pas 
des amis et du crédit personnel, je serais écrasé. 
Quel service la justice m'a-t-elle jamais rendu ? 
Ne vois-je pas tous les jours violer les serments les 
plus sacrés ? (L'archevêque, fils d'un ministre du 
pacha d'Egypte, a été jeté ici par la tempête ; on lui 
a promis protection, et on ne l'en a pas moins livré 
à la cour de Rome. On le dit au fort Saint-Ange ; 
Dieu sait ce qu'on en fait.) La crainte de la mort, 
ajoute don Francesco, étant la passion la plus cons- 
tamment puissante sur l'homme, même le plus 
abruti, c'est en travaillant sur cette passion * que 
l'on peut espérer de donner des lumières aux peuples: 



40 STENDHAL 

de là, vous voyez dans les desseins de Dieu l'utilité 
des assassinats et des vexations d'Espagne. Et quel 
malheur si le bon parti (celui de la liberté) eût été 
obligé d'avoir recours à ces moyens ! etc., etc., etc. * » 
On s'occupe sans cesse de l'Espagne en ce pays. 

Les tournures de la langue qu'on emploie en 
Calabre passeraient en France pour de la folie. 
Un jeune homme qui cherche à plaire à toutes les 
femmes s'appelle un cascamorto (un homme qui feint 
de tomber mort, par l'excès de passion, en lorgnant 
une jolie femme). 

Ce qui est l'antipode de ce pays, c'est le ton dé- 
goûté de la vie, dont, parmi nous, le René de M. de 
Chateaubriand a été à la fois la copie et le modèle. 
Ces gens-ci tiennent pour certain qu'à moins de 
circonstances proclamées extraordinaires par le 
cri public de tout un pays, le degré de bonheur est à 
peu près le même dans toutes les situations de la vie. 
Il y a au fond de cette modération une grande dé- 
fiance du destin, provenant peut-être de la méchan- 
ceté des gouvernements. Ils ont les tours de phrase 
qui indiquent ce que l'on ne trouve jamais en Ca- 
labre, le désespoir. Si l'on redoute un accident, l'on 
dira : Mancherebbe anche questa ! (Il nous manquait 
encore ce malheur !) L'on dit d'un grand bonheur : 
Ah che consolazione ! 

Don Francesco me raconte que, du temps de la 
révolution de 1799, le jeune prince Montemiletto 
fut envoyé à Londres pour négocier en faveur de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 41 

la liberté. M. Pitt le paya de vaines paroles, et enfin 
se mo(iiia ouvertement de lui, en traitant avec une 
autre personne comme envoyé de Naples. Le jeune 
prince se plaignit. « On n'est pas diplomate, lui dit 
Pitt, sans barbe au menton. » Là-dessus Montemi- 
letto rentre chez lui et se brûle la cervelle. Un vrai 
Calabrais se fût moqué du propos de Pitt, ou l'eût 
tué. D'un bout de l'Europe à l'autre, à Naples 
comme à Pétersbourg, les classes privilégiées ont 
cette extrême politesse qui ôte l'énergie dans les 
cas imprévus. 

Je sens désagréablement que je n'appartiens pas 
à ces classes privilégiées * : le défaut de passe-port 
m'empêche de passer à Messine, dont je compte les 
maisons de ma fenêtre. J'aurais désiré passionné- 
ment voir les ruines de Sélinonte et de la sculpture 
d'une antiquité bien plus reculée que tout ce que je 
connais. 

J'ajoute de mémoire quelques faits que je n'osai 
pas écrire à Naples. Pendant la course en Calabre 
dont il s'agit, j'entendis parler, chez les fermiers 
d'un de mes compagnons de voyage, de vols sans 
nombre exécutés par la troupe de V Indépendance. 
Il y avait du talent, et une bravoure turque dans 
l'exécution. Je ne fis nulle attention à tout cela : 
c'est l'usage. J'étais tout yeux pour les mœurs de 
ce peuple. Je fis l'aumône à une pauvre femme 
enceinte, veuve d'un militaire. L'on me dit : « Oh ! 
monsieur, elle n'est pas à plaindre, elle a la ration 



42 STENDHAL 

des brigands. » L'on me fit un récit que je trans- 
cris, en supprimant les détails de bravoure et 
d'audace. 

« Il y a dans ces environs une compagnie composée 
de trente hommes et quatre femmes, tous supérieu- 
rement montés sur des chevaux de course. Le chef 
est un maréchal des logis di Jachino (du roi Joa- 
chim), qui s'intitule chef de V Indépendance. Il 
ordonne aux propriétaires et aux massari de mettre 
tel jour telle somme au pied de tel arbre : sinon 
mort affreuse et incendie de la maison. Lorsque la 
compagnie marche, l'avant-veille tous les fermiers 
de la route ont avis de tenir prêts, à telle heure, 
des repas pour tant de personnes, suivant leurs 
moyens. Ce service est plus régulier que celui des 
étapes royales. » 

Un mois avant l'époque où l'on me donnait ces 
détails, un fermier, piqué de la forme impérative de 
l'ordre pour le repas, a envoyé avertir le général 
napolitain : une troupe nombreuse de cavalerie et 
d'infanterie a cerné les Indépendants. Avertis par 
les coups de fusils que les soldats napolitains ti- 
raient au hasard *, ils se sont fait jour en couvrant 
le terrain de cadavres ennemis, et pas un d'eux n'est 
tombé. A peine échappés, ils ont fait dire au fer- 
mier d'arranger ses affaires. Trois jours après, 
ils ont occupé la ferme, ont institué un tribunal ; le 
fermier, mis à la torture, suivant l'usage du pays 
avant les Français, a tout avoué. Le tribunal, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 43 

après avoir délibéré à huis clos, s'est avancé vers le 
fermier, et l'a lancé dans une grande chaudière 
qui était sur le feu, et où l'on faisait bouillir du lait 
pour les fromages. Après que le fermier a été cuit, 
ils ont forcé tous les domestiques de la ferme à man- 
ger de ce mets infernal. 

Le chef pourrait facilement porter sa troupe à 
mille hommes ; mais il dit que son talent pour com- 
mander ne s'élève pas à plus de trente personnes. 
Il se contente de tenir sa bande au complet. Il reçoit 
tous les jours des demandes d'emploi ; mais il exige 
des titres, c'est-à-dire des blessures sur le champ de 
bataille, et non des certificats de complaisance : telles 
sont ses propres paroles. (2 mai 1817.) 

Ce printemps, la disette faisait souffrir les pay- 
sans de la Fouille. Le chef des brigands distribuait 
aux malheureux des bons sur les riches. La ration 
était d'une livre et demie de pain pour un homme, 
une livre pour une femme, deux livres pour une 
femme enceinte. Celle qui m'inspira de la curiosité 
recevait six bons de deux livres de pain par semaine, 
depuis un mois. 

Du reste, l'on ne sait jamais où se trouvent les 
Indépendants. Tous les espions sont pour eux. 
Du temps des Romains, ce brigand eût été Marcel- 
lus *. 

Naples, 16 juin. — Au retour de mon voyage de 
Calabre, j'ai eu quelques inquiétudes : on a, dit-on, 



STENDHAL 



eu peur de moi, et moi, j'ai eu peur d'être chassé de 
Naples. C'est un danger que ne courent pas les 
Suédois, les Saxons, les Anglais, etc. ; mais ils ne 
sont pas reçus comme un ami par tout ce qu'il y a 
de distingué, sur la seule indication de Français 
non protégé par son ambassadeur. Un excellent 
homme, dont jamais je n'oublierai ni ne prononcerai 
le nom, m'a ofîert de me cacher dans sa maison. 
Je le voyais pour la cinquième ou sixième fois, et 
lui-même est fort mal noté, ^'oilà de ces traits qui 
attachent à un pays. A Bologne, j'aurais demandé 
ce service à cinq ou six personnes : mais Bologne 
n'a pas eu deux ans de supplices, de 1799 à 1801, 
C'est bien à la légère que les polices me pourchasse- 
raient : je les méprise un peu, sans doute ; mais, en 
supposant que j'eusse trouvé légitimes les projets 
formés contre elles *, j'aurais considéré que les 
menées politiques sont un peu sujettes à être décou- 
vertes dans ce siècle-ci, et qu'en cas d'irréussite, la 
vanité nationale, blessée, n'eût pas manqué d'attri- 
buer tout le mal à un étranger. 

Du reste, j'ai la plus haute vénération pour les 
patriotes napolitains. On trouvera ici l'éloquence 
de Mirabeau et la bravoure de Desaix. Il est hors 
de doute à mes yeux qu'avant 1840 ce pays aura 
une charte. Seulement, comme la distance est im- 
mense entre un homme du mérite de M. Tocco et le 
bas peuple, la haute classe fera plusieurs fois nau- 
frage avant de donner la liberté à son pays. Voir les 



ROME, NAPLES ET FLORENCE l.> 

mœurs antiques clans Gli sposi prornessi, roman de 
M. Manzoni *. 

19 juin. — J'ai acheté un bou([uin sur le Largo di 
Castello, près de ce singulier théâtre construit dans 
une cave, et auquel on entre par les troisièmes 
loges. Mon livre est intitulé Délia Superiorità in 
ogni cosa del sesso amahilissimo, etc., 1504. Pour 
peu que l'on ait étudié l'histoire des femmes, on. 
sait que François I^'" les appela à la cour en 1515. 
Avant cette époque, le château de chaque noble 
ressemblait au quartier général d'un despote, qui 
veut des esclaves obéissants et non des amis ; sa 
femme n'était qu'une esclave sur laquelle il exer- 
çait le droit de vie et de mort. Etait-elle poignardée, 
cet accident passait pour la punition de la foi violée. 
Ce coup de poignard était l'effet d'un mouve- 
ment de colère chez un sauvage jaloux de la supé- 
riorité morale ; ou bien il fallait la mort de la dame 
châtelaine pour obtenir une autre femme, qu'on ne 
pouvait avoir qu'en l'épousant. Dans les cours 
galantes de François I^^ et de Henri II, les femmes 
furent utiles à leurs maris pour l'intrigue ^ ; leur 

1. Voir dans la bibliothèque de monseigneur le duc d'Or- 
léans le Recueil des chansons étonnantes chantées par les 
filles d'honneur de la reine Catherine de Médicis. Chaque 
volume, magnifiquement relié, avec des ferm^oirs d'argent, 
porte le nom imprimé de la jeune personne de qualité chargée 
de chanter de telles chansons. Leur incroyable indécence 
démontre toute la fausseté des mœurs peintes dans la Prin- 
cesse de Clèves. Les Mémoires de madame la duchesse d'Or- 



46 STENDHAL 

condition fit des pas rapides vers l'égalité, et cela 
à mesure que l'on voyait diminuer la place que la 
crainte de Dieu occupait dans le cœur. Les femmes 
n'étaient que des servantes en France durant le 
XVI® siècle, et en Italie l'un des thèmes traités le 
plus souvent par les littérateurs à la mode alors, 
c'est la supériorité du sexe aimable sur les hommes. 
Les Italiens, plus portés à l'amour-passion, moins 
grossiers, moins adorateurs de la force physique, et 
moins guerroyants et féodaux, admettaient volon- 
tiers ce principe. 

Les idées des femmes n'étant pas fondées sur 
les livres, car heureusement elles lisaient peu, mais 
prises dans la nature des choses, cette égalité des 
deux sexes a introduit une masse étonnante de bon 
sens dans les têtes italiennes. Je connais cent prin- 
cipes de conduite que l'on est encore obligé de prou- 
ver ailleurs, et qui, à Rome, sont invoqués comme 
des axiomes. L'admission des femmes à l'égalité 
parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisa- 
tion ; elle doublerait les forces intellectuelles du 
genre humain et ses chances de bonheur *. Les 
femmes sont beaucoup plus voisines de l'égalité aux 
Etats-Unis d'Amérique qu'en Angleterre. Elles 
possèdent légalement en Amérique ce que leur pro- 
curent en France la douceur des mœurs et la crainte 

téans, mère du régent, prouvent que l'on était moins poli 
à la cour de Louis XIV que chez le plus petit fabricant de 
calicot de l'an 1826 ; mais on y avait plus d'esprit. (1826.) 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 47 

du ridicule. Dans une petite ville d'Angleterre, le 
marchand qui gagne deux cents louis par son com- 
merce est maître de sa femme comme de son cheval. 
Parmi les marchands d'Italie *, la considération, 
la liberté et le bonheur d'une femme, sont propor- 
tionnels à son degré de beauté. A Rome, ville où le 
pouvoir est exercé par des célibataires, vous entrez 
dans une boutique et demandez l'estampe du pro- 
phète Daniel, de Michel-Ange. « Monsieur, nous 
l'avons ; mais il faudrait la chercher dans les porte- 
feuilles : repassez quand mon mari y sera. » Voilà 
l'excès contraire à celui de l'Angleterre. Pour at- 
teindre à l'égalité, source de bonheur pour les deux 
sexes, il faudrait que le duel fût permis aux femmes : 
le pistolet n'exige que de l'adresse. Toute femme, se 
constituant prisonnière pendant deux ans, pourrait, 
à l'expiration de ce terme, obtenir le divorce. Vers 
l'an 2000, ces idées ne seront plus ridicules *. 

25 juin. — Je ne puis rapporter un bon mot qui 
fait l'admiration de Naples : peut-être n'aurait-il 
pas autant de succès à Paris. Tout le monde connaît 
ce mot d'une mère dont une des fdles était à l'ago- 
nie. Dans l'égarement de sa douleur, la malheu- 
reuse mère s'écrie : « Grand Dieu ! laissez-moi 
celle-ci, et prenez toutes les autres. » Un des gendres, 
qui était dans la chambre, s'approche et lui dit : 
« Madame, les gendres en sont-ils ? » Propos qui fit 
rire tout le monde, et même la mourante. 



48 STENDHAL 

Voilà un mot bien français : la plaisanterie est 
excellente. Mais, malgré la gravité des circonstances, 
il y a intention de plaire, on cède au besoin de plai- 
santer. Ce bon mot du gendre eût indigné en Italie. 
Ce n'est pas légers ou piquants que sont les mots 
italiens, mais plutôt d'un grand sens, comme ceux 
des anciens. Un homme d'Etat florentin soutenait 
seul par son génie la république, qui, dans le mo- 
ment, courait les plus grands dangers. Il fallut 
envoyer quelqu'un à une ambassade de la plus 
haute importance. Le Florentin s'écrie : S'io vo, 
chi sta ? 5' 10 sto, chi va ? (Si je vais à cette ambas- 
sade, qui restera ici, à la défense de la patrie ? 
Si je reste, qui va ?) Les Italiens sont le peuple 
moderne qui ressemble le plus aux anciens. Beau- 
coup d'usages ont survécu même à la conquête 
par les Romains. Ces gens-ci ont moins subi que 
nous l'inoculation de la féodalité et du grand sen- 
timent des modernes (leur véritable et seule reli- 
gion), le faux honneur des monarchies, bizarre 
mélange de vanité et de vertu * (utilité du plus 
grand nombre). 

Le plus respectable des savants * de Paris se trou- 
vait ici il y a quelques années : on parlait beaucoup 
dans la société d'un vase étrusque magnifique et 
d'une dimension colossale, que le prince Pignatelli 
venait d'acheter. Notre savant va voir le vase avec 
un Napolitain ; le prince était absent ; un ancien 
valet introduit les curieux dans une salle basse, où, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 49 

sur un piédestal en bois, ils trouvent le vase an- 
tique. L'antiquaire français l'examine avec soin, 
admire surtout la finesse du dessin, le coulant des 
formes ; il tire son carnet, et essaye de copier deux 
ou trois groupes. Au bout de trois quarts d'heure de 
l'admiration la plus profonde, il se retire en donnant 
au valet un excellent pourboire. « Si leurs Excel- 
lences veulent repasser demain, avant midi, dit le 
valet en remerciant, le prince y sera, et Elles pour- 
ront voir l'original. )> Ce que le savant avait tant 
admiré n'était qu'une copie faite par un artisan 
de la ville. Le Français conjura le Napolitain son 
compagnon de ne rien dire de son accident, qui, le 
lendemain, fit la nouvelle du jour. Je pourrais 
nommer le savant illustre ; plusieurs contemporains 
de cette anecdote sont à Paris en ce moment. 
Si j'étais méchant, je citerais la découverte de la 
base de la fameuse colonne de Phocas, à Rome, 
attribuée à un fort haut personnage, et qui remonte 
à 1811 et aux travaux ordonnés par l'intendant 
de la couronne à Rome *. Mais laissons en paix les 
vanités. 

A propos de vases étrusques ou ainsi nommés, 
j'ai vu à Naples, aux Studj, la collection de madame 
Murât. Dès qu'un vase est bien dessiné, c'est une 
contrefaçon moderne. — Mensonges ordinaires 
des journaux ! Il y a deux ans qu'on a assigné mille 
ducats pour les armoires destinées à recevoir ces 
vases. Le conservateur n'a encore pu en accrocher 

Rome, Naples et Florence, II 4 



50 STENDHAL 

que six cents ; mais Tadei met des zéros à tout cela. 
Et pourquoi un Tadei ne mentirait-il pas ? J'ai 
bien eu tort de ne pas parler de la statue drapée 
d'Aristide aux Studj : mais la curiosité fait qu'on 
s'épuise en sensations ; quand on rentre, on est 
mort. 

Cet Aristide, vraiment admirable, est dans le 
style non idéal, comme le buste de Yitellius à Gênes. 
Il a un peu de ventre *, il est drapé. D'ailleurs ce 
pauvre honnête homme a été tellement calciné par 
la lave d'Herculanum, qu'il est presque en chaux ; 
un rien peut l'anéantir. Il est sur une plinthe. Les 
Anglais, après dîner, prennent leur élan et sautent 
sur la plinthe : un faux mouvement peut faire qu'ils 
se retiennent à la statue, et elle est en poudre. 
J'ai su que cette difficulté a beaucoup embarrassé 
les directeurs : comment articuler un tel sujet d'in- 
quiétude ? Enfin on a eu l'heureuse idée de s'in- 
former de l'heure du dîner de ces messieurs ; on a su 
qu'ils ne buvaient jamais avant deux heures, et 
les Studj sont fermés à deux heures au lieu de quatre. 
J'ai parfaitement vérifié ce fait ; plusieurs gardiens 
m'ont fait voir le bord de la plinthe, à trois pieds de 
haut, dégradé par les bottes *. 

2 juillet. — Le hasard m'a conduit ce matin chez 
don Nardo *, le plus fameux avocat de Naples ; 
j'ai trouvé dans son antichambre une corne de 
bœuf immense qui peut avoir dix pieds de haut ; 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 51 

cela sort du plancher comme un clou. Je suppose 
qu'elle est faite avec trois ou quatre cornes de bœuf. 
C'est un paratonnerre contre la jeltatura (contre le 
sort qu'un malin peut jeter sur vous par un regard). 
« Je sens le ridicule de cet usage, m'a dit don Nardo 
en me reconduisant : mais que voulez-vous ? Un 
avocat est sujet à faire des mécontents, et cette 
corne me rassure. » 

Ce qui vaut mieux encore, c'est qu'il y a des gens 
qui croient avoir le pouvoir de jeter un sort. Le grand 
poète, M. le duc de Bisagno *, passe dans la rue ; 
un paysan qui portait sur sa tête un grand panier 
de fraises le laisse tomber, elles courent sur le pavé ; 
le duc court au paysan : « Mon cher ami, lui dit-il, 
je puis t'assurer que je ne t'ai pas regardé. » 

Je me moquais ce soir de la jettatura avec un 
homme du premier mérite : « Vous n'avez pas lu le 
livre sur la jettatura, par Nicolas Volitta, me dit -il. 
César, Cicéron, Virgile y croyaient ; ces hommes-là 
nous valaient bien... « Enfin, à mon inexprimable 
étonnement, je vois que mon ami croit à la jettatura. 
Il me donne une petite corne de corail que je porte 
à ma montre. Quand je craindrai un mauvais regard, 
je l'agiterai, en ayant soin de tourner la pointe contre 
le méchant. 

Un négociant fort maigre, et qui a de beaux yeux 
un peu juifs, arrive à Naples ; le prince de ... l'in- 
vite à dîner. Un de ses fils place à côté du négociant 
un certain marquis *, et, au sortir de table, lui dit : 



52 STENDHAL 

« Eh bien, que dites-vous de votre voisin ? — Moi ? 
Rien, dit le marquis étonné. — C'est qu'on le dit 
un peu jettatore. — Ah ! quelle mauvaise plaisan- 
terie ! dit le marquis pâlissant. Mais il fallait au 
moins m'avertir un moment plus tôt : je lui aurais 
jeté ma tasse de café à la figure. » 

Il faut rompre la colonne d'air entre l'œil du 
nécromant et ce qu'il regarde. Un liquide jeté est 
très propre à cet effet : un coup de fusil vaut encore 
mieux. C'est en qualité de jettatore qu'un serpent 
ou un crapaud regarde fixement un oiseau qui chante 
au haut d'un arbre, et de chute en chute le force 
à tomber dans sa gueule. Prenez un gros crapaud, 
jetez-le dans un bocal rempli d'esprit-de-vin, il y 
meurt, mais les yeux ouverts. Si vous regardez 
ces yeux dans les vingt-quatre heures de son décès, 
vous avez la jettatura, et vous tombez en syncope. 
J'ai offert de me mettre en expérience, on m'a ré- 
pondu que j'étais un incrédule. 

Voici un fait de 1824 : Don Jo, directeur du musée 
de P..., et homme de mérite*, a le malheur de passer 
pour jettatore. Il sollicitait du feu roi de Naples, 
Ferdinand, une audience que ce prince n'avait 
garde de lui accorder. Enfin, cédant, après huit ans, 
aux sollicitations des amis de don Jo, le prince reçoit 
le directeur de son musée. Pendant les vingt mi- 
nutes que dure l'audience, il est fort mal à son aise, 
et agite entre ses doigts * une petite corne de corail. 
La nuit suivante, il est frappé d'apoplexie. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 53 

L'on me dit une fois, auprès des falaises de Dou- 
vres, qu'une personne nerveuse (jui se trouve sur l'ex- 
trême bord d'un précipice, éprouve la tentation de 
s'y jeter *. 

On croit à la jettatura en Norwége tout comme à 
Naples. Grands éloges du roi Francesco *. 

15 juillet. — Soirée de madame Tarchi-Sandrint 
à Portici. Salon délicieux à dix pas de la mer, 
dont nous ne sommes séparés que par un bosquet 
d'orangers *. La mer brise avec mollesse ; vue 
d'Ischia ; les glaces sont excellentes. Je suis venu 
de trop bonne heure ; je vois arriver dix ou douze 
femmes qui semblent choisies parmi ce que Naples 
a de plus distingué. Madame Melfi vient de partager 
pendant trois ans l'exil de son mari ; elle a passé 
tous les hivers à Paris ; elle est arrivée escortée de * 
vingt ou trente caisses de modes. On l'entoure, on 
l'écoute. « Un joli jeune homme, dit-elle, et fort bien 
né *, me fit cette confidence à Paris : « Je ne m'en- 
« nuie plus tant dans la société depuis que j'ai cessé 
« de danser. L'embarras de faire danser la maîtresse 
« de la maison, de retenir une place, de s'assurer un 
(c vis-à-vis, m'inquiétait toute la soirée. » Image frap- 
pante et véritable de la civilisation parisienne : 
le plaisir étouffé par les formes qu'on lui impose. 

« Quand un de mes amis entre chez moi, dit ma- 
dame Melfi, je vois tout de suite s'il vient me voir 
par projet ou par brio, parce que l'idée lui en est 

Rome, Xaples et Florence, II 4» 



54 STENDHAL 

venue à l'instant même en passant près de mon pa- 
lais. Il paraît que cette immense difïérence reste 
invisible à vos dames françaises : elles n'ont jamais 
que des visites par projet ; bel effet de la sévérité 
sur le costume. 

« En Angleterre, l'éducation rend égal ; il ne reste 
plus à un fils de pair, pour se distinguer du fils de 
M, Coutts, que Vaffectation. Ce vilain défaut va 
vous arriver en France ; vos libéraux nigauds 
croient que tout est avantage dans le gouverne- 
ment de l'opinion. Je disais un jour à une de mes 
bonnes amies de Paris : « Quelle jolie chose que vos 
boulevards ; quelles drôles de mines on y rencontre I 
— Oui, répondit-elle avec une imperceptible nuance 
de pédanterie ; mais il ne faut pas s'y promener. » 
Je ne pus me contenir. « Il ne le faut pas, dis-je, 
quand on imite. Mais vous, ma chère, fille d'un pair, 
née au sein d'une grande fortune, je voudrais vous 
voir l'orgueil de n'imiter personne. Qui sera mo- 
dèle, si vous ne l'êtes pas ? Quelque impertinente 
sans droits. » 

« Autrefois le brillant duc de Bassompierre ne 
songeait pas à conserver son rang en allant se pro- 
mener. Il y a du parvenu au fond du sentiment 
actuel. Bassompierre eût répondu à la règle qu'il 
ne faut pas promener au boulevard : « Je vais où 
« il me plaît, et j'ennoblis tous les lieux où je vais. » 
La peur du ridicule (la peur, ce vilain sentiment) vole 
leur jeunesse à la moitié des jeunes gens de Paris. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 55 

« J'ai VU un jeune homme refuser d'aller à un 
joli concert donné par toutes les voix à la mode, 
et où, par hasard, il n'y avait rien d'ennuyeux ; 
sa raison fut : « On y verra des femmes de la rue 
« Saint-Denis. » Je lui dis le lendemain : « Ne me 
« faites plus la cour ; vous me semblez ridicule. » La 
reine Marie-Antoinette prenait un fiacre quand cela 
l'amusait : vous riiez en 1786, et vous ne vous ven- 
diez pas, a dit madame Melfi en m'adressant la 
parole. Quand je voyais, il y a six mois, quarante 
hommes de la haute société réunis dans un salon, 
je me disais : « Trente-six sont vendus ou à vendre, 
« et ces messieurs nous appellent bas, nous autres 
« Italiens ! » Admirable douceur des mœurs pari- 
siennes ! Les chats, si méchants à Londres, sont doux 
et civilisés dans les boutiques de Paris : cela fait 
l'éloge de vos ouvrières. La douceur des chiens pari- 
siens fait l'éloge des hommes. 

« Mais que de peines vous vous donnez pour 
apprendre la vanité à vos petits garçons de quatre 
ans ! Quels habits affectés ! Dans vingt ans, le 
paraître sera tout pour un Français. Vous com- 
mencez à avoir des rites sévères ; je crains que vous 
ne deveniez tristes comme des Anglais ; vous ne 
pourrez plus vous moucher sans craindre de man- 
quer à un devoir. 

« Ce qui me plaît dans vos vieux jacobins, c'est 
qu'ils étaient au-dessus de ces petitesses : pour les 
déraciner du cœur de la jeunesse, ils inventèrent 



56 STENDHAL 

^e costume négligé de Marat. Vos jeunes gens de 
vingt ans me font l'efTet d'en avoir quarante. On 
dirait que les femmes leur sont odieuses : ils 
semblent rêver à établir une religion nouvelle. 
Vos très jeunes femmes me semblent éprouver 
de même un mouvement d'éloignement pour les 
hommes : tout cela annonce une dizaine d'années 
bien gaies. » 

Madame B... disait un jour* • « La musique ne 
saurait rendre la sécheresse, qui est la source prin- 
cipale de l'ennui que l'on éprouve à la cour. Le 
baume, pour cette douleur, c'est Vopera séria traité 
à la Métastase. Ce poète, ainsi que la musique, 
donne de la sensibilité et quelque générosité, même 
à ses plus cruels tyrans. Le courtisan aime Vopera 
séria, parce qu'il est bien aise que le public voie son 
état en beau. » 

« En arrivant à Paris, dit madame Melfi, une 
chose me frappa extrêmement : au bal, toujours 
la peur donnait des mouvements convulsifs aux 
doigts des danseurs. La joie si naturelle à la jeunesse, 
ou même la gaieté, était à mille lieues. » 

— « Voilà qui est plaisant, a dit le colonel T... : 
■dans la société française, chacun consent à être 
victime, dans l'espoir d'être bourreau à son tour ; 
car, enfin, pourquoi faire la cour à la peur du ridi- 
cule ? Est-ce quelque potentat qui distribue des 
pensions ou des cordons * ? » 

— « Ce que la bonne compagnie de Paris abhorre 



ROME, NAPLES ET FLOIIENCE b/ 

par-dessus tout, dit don Francesco, c'est Vénergie. 
Cette haine est masquée de cent façons : mais soyez 
convaincu qu'elle règle tous les sentiments. 

« L'énergie crée de l'imprévu, et devant l'imjjrévu 
l'homme vain peut rester court : voyez quel mal- 
heur ! » 

— « Je fus un jour d'un pique-nique aux bains 
■d'Enghien, dit madame Melfi ; un des convives, 
homme d'esprit, s'amusa, par envie, à glacer l'esprit 
et la folie de ses voisins. Voilà ce que nous n'au- 
rions jamais souffert en Italie. J'étais outrée de 
■colère ; mais vos femmes ont si peu de pouvoir en 
France ! Elles laissèrent faire ce sot, que, chez moi, 
d'un mot, j'aurais mis à sa place en le plaisantant 
ferme sur un de ses ridicules : et notre pique-nique 
fut gai comme un catafalque. » 

Don Francesco coupe court aux critiques de sa 
femme en s'écriant : « La i'ie morale n'existe qu'à 
Paris ; ce n'est que là que, chaque jour, on a trois 
■ou quatre idées nouvelles ; tout m'a paru insipide 
au sortir de Paris. Vous devez cette vie morale, 
me dit-il, à votre situation plus centrale que celle 
<le Londres, et ensuite à ce que rien n'est établi cliez 
vous. Serez-vous Dieu, table ou cuvette ? Tels que 
vous êtes, un mélange aussi séduisant de bonté, 
d'esprit et de raison n'exista jamais. Mais vous êtes 
si flexibles, si dévoués à la mode, que tout cela tient 
à un fil. Qu'un de vos princes légitimes s'avise 
d'avoir le génie de Napoléon ou la grâce de Fran- 



58 STENDHAL 

çois I^r *, et VOUS devenez des esclaves contents de 
l'être, comme en 1680 *. Que vos jeunes gens fassent 
un pas de plus dans le mysticisme allemand, et l'on 
peut revoir chez vous des colloques de Poissy et des 
Saint-Barthélémy. 

« Vos femmes me semblent négligées, et malheu- 
reuses par ennui. Mais quoi ! c'est la mode ; il serait 
de mauvais ton de songer à détrôner l'écarté, et il 
faut qu'elles restent solitaires et délaissées dans un 
coin des salons. 

« J'étais bien jeune, en 1785, quand j'allai à 
Paris comme ablégat du pape Pie VI. Alors la vie 
de vos femmes était admirable de gaieté, de mouve- 
ment, d'entrain, de piquant ; elles me semblèrent 
toujours occupées de quelque partie de plaisir folle : 
les étrangers accouraient en foule d'Allemagne, 
d'Angleterre, etc. Notez qu'en 1785 on savait encore 
moins s'amuser qu'aujourd'hui en Allemagne et en 
Angleterre ^. 

« Mais l'étranger qui, depuis le grand roi, copie et 
connaît toujours la France à cinquante ans de dis- 

1. Non : la séparation du continent, de 1792 à 1814, a 
augmenté à Londres l'énergie du principe triste ; l'aristocra- 
tie a eu une profonde peur ; elle a éprouvé, elle a excité de 
la haine. (Vie de Bagge, par sir Walter Scott.) La croyance 
que Napoléon était un ogre mangeant les petits enfants, et 
ne sachant pas lire, a diminué le bon sens, et par là le bon- 
heur. Burke disa.t à la crédulité aristocratique qu'en France 
l'étroit espace laissé entre la guillotine et le peuple était 
loué à un bateleur, qui y faisait danser des chiens savants les 
jours d'exécution. (1826) 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 59 

tance, va répétant les louanges accordées à votre 
société par le marquis Caraccioli, le prince de Ligne, 
l'abbé Galiani. Le bégueulisme mine votre gaieté ; 
la peur du ridicule, en 1785, n'empêchait pas d'oser ; 
vous êtes pétrifiés maintenant. » 

Madame Melfi, qui a laissé trois ou quatre bonnes 
amies à Paiis, cherchait à excuser le méthodisme des 
jeunes femmes, qui nous prive de tous les jolis 
contes qu'on faisait en 1790. « Vous vous figurez, 
madame, qu'une femme redoute un mot trop libre 
qui pourrait choquer ses principes. Ah ! que vous 
n'y êtes pas : elle redoute d'être obligée de rester 
silencieuse et morne, après que vous avez parlé, et 
ainsi d'avoir l'air, pour un moment, de manquer 
d'esprit. » 

— « On ne vit qu'à Paris, et l'on végète ailleurs », 
s'est écrié don Francesco. 

— « Oui, pour vous, hommes, dit la princesse, 
qui ne vivez que de politique et d'idées nouvelles. » 

— « Mais, au lieu de vos idées politiques, dit 
monsignor Cerbelli, vous trouvez parmi nous les 
jouissances des beaux- arts. » 

— « C'est comme si vous me proposiez, reprend 
don Francesco, de dîner avec du café et des sorbets. 
Le nécessaire de la vie, c'est la sûreté individuelle, 
c'est la liberté : les arts, au xix® siècle, ne sont 
qu'un pis-aller. Le livre le plus rétrograde, publié 
à Paris, se fait lire parce qu'il est obligé d'ad- 
mettre certaines vérités que l'écrivain le plus libé- 



60 



STENDHAL 



rai n'ose aborder parmi nous. Il faut, pour n'être 
pas pendu, qu'il les entoure de formes dubitatives, 
qui s'opposent à ce qu'il en peigne les nuances ; 
et il m'ennuie. Le siècle des beaux-arts et de la 
poésie est passé, parce que l'habitude de la discus- 
sion avec les gens du parti contraire ôte à nos têtes 
le pouvoir de se laisser aller à une douce illusion. 
Voyez en preuve la physionomie un peu plate, 

mais rassurante, du héros du xix^ siècle, W 

Nous ne sommes plus assez heureux pour demander 
le beau ; nous ne désirons, pour le moment, que 
Vutile. La société va passer je ne sais combien de 
siècles à la chasse de l'utile. 

« Paris a de plus que tous les autres pays la bonté 
et la politesse de ses habitants : c'est la capitale de 
la pensée ; car ses philosophes sont bien en avant des 
Anglais : comparez le Constitutionnel au Morning- 
Chronicle des Anglais. Que lui manque-t-il ? Des 
peintres, des poètes, des sculpteurs ? Et nous- 
mêmes, en avons-nous ? » 

— « Mais, dit le colonel T..., la tristesse prude 
des salons de Paris, et l'éternel écarté ! » 

— ({ Eh bien ! mon cher ami, soyons assez d'Ita- 
liens et d'Espagnols, à Paris, pour passer les soirées 
entre nous. » 

— « Cette tristesse, dit madame Bel..., ne 
serait-elle point une compensation qui suit la li- 
berté ? Voyez les salons anglais et américains. » 

— « Mais tout cela est au Nord, dit don Fran- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE Gl 

cesco ; peut-être que l'on sera gai dans les salons de 
Mexico et de Lima. » 

Le misanthrope D... reprend avec sa sévérité 
ordinaire : 

(c L'éducation couleur de rose et si remplie de 
douceur, que les Français donnent à leurs enfants, 
ôte à ceux-ci l'occasion d'oser et de souffrir. Cette 
éducation parisienne anéantit la force de vouloir, 
qui n'est que le courage de s'exposer au danger. 
Les vexations auxquelles est en butte la jeunesse 
de Milan et de Modène me sont précieuses, si je les 
compare à la douceur du gouvernement français, 
qui, à Paris, glisse inaperçu : elles nous conserve- 
ront la supériorité dans la force de vouloir. Les dan- 
gers du xiii^ siècle nous valurent les grands hommes 
du xiv^ *. » 

20 juillet. — Ce soir, après un serment fort sé- 
rieux d'être à jamais discret, j'ai vu des marion- 
nettes satiriques. J'ai retrouvé ici une famille de 
gens d'esprit, mes anciens amis, extrêmement pru- 
dents en apparence, mais, au fond, se moquant de 
tout ce qui est risible, et fort gais. Le résultat de la 
confiance qu'on a dans ma discrétion a été de me 
faire admettre à une comédie satirique, dans le 
goût de la Mandragore de Machiavel, jouée par 
des marionnettes. Dès les premières scènes, la 
pièce m'a rappelé le délicieux proverbe de Collé, 
intitulé la Vérité dans le vin. Mais ici il y a un feu, 



62 STENDHAL 

une vie dramatique, une énergie burlesque, un 
mépris pour le style, un respect pour les situations 
caractéristiques, qui laisse bien loin les proverbes 
spirituels et fins, mais un peu froids, de Collé et de 
Carmontelle. 

La farce d'hier soir est intitulée : Si farà si o no 
un segretario di stato ? (Aurons-nous un premier 
ministre ?) 

Le premier rôle est rempli par un non moindre 
personnage qu'Innocente Re, lequel n'aime point 
son premier ministre, don Cecbino *, vieillard de 
quatre-vingt-deux ans, autrefois libertin fort adroit 
et grand séducteur de femmes. Maintenant il a 
presque tout à fait perdu la mémoire : ce qui ne 
laisse pas de faire un singulier effet dans la place 
de premier ministre. La scène dans laquelle don 
Cecliino donne audience à trois personnes, un curé, 
un marchand de bœufs, et le frère d'un carbonaro, 
qui lui ont présenté trois pétitions différentes, 
qu'il confond sans cesse en leur répondant, est déli- 
cieuse de vérité et de comique. L'embarras du mi- 
nistre, qui, sentant bien qu'il a oublié les pétitions^ 
feint sans cesse de se les rappeler parfaitement, est 
amusant. Son Excellence parle au marchand de 
bœufs de son frère, qui a conspiré contre l'Etat, 
et qui subit une juste punition dans un château 
fort, et au malheureux frère, de l'inconvénient qu'il 
y aurait à admettre dans le royaume deux cents 
têtes de bœufs provenant de l'Etat du pape : cette 



ROME, NAPLES ET FLORENCE G3 

scène est digne de Molière *, et avait ce soir pour 
nous un genre de mérite que n'a pas Molière. Tandis 
que nous assistons à cette scène, jouée avec des 
marionnettes, il n'est aucun de nous qui n'ait la 
conscience qu'une scène aussi plaisante dans les 
détails se passe actuellement à deux cents pas du 
salon où nous rions aux larmes. Mes amis ont même 
le soin de ne représenter sur leur théâtre de marion- 
nettes que des scènes qui ont eu lieu réellement, 
au vu et au su de toute la haute société. En voyant 
l'embarras comique de ce petit personnage de douze 
pouces de haut, revêtu du costume de premier minis- 
tre, et auquel nous tous nous avions fait la cour le 
matin, le rire prenait une telle énergie chez la plu- 
part d'entre nous, que trois fois il a fallu suspendre 
la représentation. Je crois que le danger de ce petit 
plaisir innocent en augmentait encore l'intérêt. Nous 
n'étions que dix-huit : c'étaient aussi des gens 
de la société qui faisaient parler les marionnettes. 

Le cadre de cette comédie {Vossatura) a été fait 
par un abbé fort malin, qui me semble l'amant 
d'une des maîtresses de la maison. Or un abbé n'ou- 
blie jamais, en Italie, qu'il peut avoir un moment de 
fortune et parvenir au chapeau. 

Je vois que le cadre de la petite comédie est tou- 
jours convenu d'avance entre les acteurs, ou, pour 
mieux dire, entre les personnes qui doivent parler 
pour les marionnettes. Le papier où est le plan est 
fixé dans la coulisse sur un pupitre éclairé par deux 



64 STENDHAL 

bougies. Il y a autant d'acteurs dans la coulisse, 
parlant pour les marionnettes, qu'il y a de person- 
nages dans la pièce. L'actrice qui parle pour l'amou- 
reuse de la comédie est toujours une jeune personne. 
Le dialogue improvisé des marionnettes est plein 
de naturel et riche d'inflexions. Les acteurs n'ayant 
à s'occuper, ni de leurs gestes, ni de l'expression de 
leur physionomie, parlent bien mieux que s'ils 
étaient en scène. 

Cet avantage est surtout précieux dans la comédie 
satirique, telle que celle où je viens de voir figurer * 
le premier ministre, le fameux banquier Torlonia, 
duc de Bracciano *, l'ambassadeur d'une haute 
puissance, et plusieurs autres grands personnages. 
Les jeunes gens qui les faisaient parler, et qui les 
avaient vus le matin ou la veille, imitaient, à s'y 
méprendre et à mourir de rire, leur accent et la 
tournure de leurs idées. J'ai même vérifié que trois 
ou quatre des spectateurs avaient passé le commen- 
cement de la soirée avec les grands personnages 
qu'ils avaient le délicieux plaisir de retrouver sur 
la scène avant de la finir. Ne pourrait-on pas impor- 
ter à Paris ce genre de plaisir ? Quand l'on ne tombe 
pas dans le plat défaut d'être méchant et trop sati- 
rique, et qu'on sait rester gai, naturel, comique, de 
bon ton, c'est, suivant moi, l'un des plaisirs les 
plus vifs que l'on puisse goûter dans les pays despo- 
tiques *. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE G5 

MoLA Di Gaeta, 25 juillet. — Plusieurs jeunes 
femmes de ma connaissance vont à Rome pour 
assister à une cérémonie magnifique qui doit avoir 
lieu dans quelques jours. J'ai vu Naples à peu près : 
je n'étais pas sans inquiétude du côté de la police. 
On dit qu'un homme qui porte un nom assez sem- 
blable au mien a été au service de Murât. Hier soir, 
à neuf heures, je me suis esquivé. Je voulais passer 
par Aquino et Frosinone, route très pittoresque ; 
je m'y hasarderai quand j'aurai un bon passe-port. 

Rome, l^'' août. — Je sors de la fameuse Chapelle 
^Sixtine * ; j'ai assisté à la messe du pape, à la meil- 
leure place, à droite, derrière le cardinal Consalvi ; 
j'ai entendu ces fameux castrats de la Sixtine, 
Non, jamais charivari ne fut plus exécrable * : 
•c'est le bruit le plus offensant que j'aie rencontré 
depuis dix ans. Des deux heures qu'a duré la messe, 
j'en ai passé une et demie à m'étonner, à me tâter, 
à sentir si je n'étais point malade, à interroger mes 
voisins. Malheureusement c'étaient des Anglais, 
gens pour qui la mode est un tyran. J'interrogeais 
leur sensation : ils me répondaient par des pas- 
sages de Burney *. 

Mon parti bien pris sur la musique, j'ai joui des 
mâles beautés du plafond et du Jugement dernier 
de Michel-Ange * ; j'ai étudié la physionomie des 
cardinaux : ce sont de bons curés de campagne ; le 
premier ministre Consalvi s'est bien gardé d'appeler 

Rome, Naples et Florence, II 5 



66 



STENDHAL 



des gens capables de le remplacer. Beaucoup ont 
l'air malade ; quelques figures expriment la hau- 
teur. Il est impossible, à cinquante ans, d'être plus 
bel homme que le cardinal Consalvi. J'ai vu, par 
sa place à la Chapelle Sixtine, qu'il n'est pas prêtre ; 
il n'est que diacre. Voir le joli tableau de M. Ingres *. 

8 août. — J'ai accroché deux artistes bolonais * ; 
je me suis fait mener à la Sixtine. Je leur ai persuadé 
qu'ils m'en faisaient les honneurs. Ma sensation 
sur ce concert de chapons enroués est la même. 
Ils en sont convenus a(^ec beaucoup de peine, et m'ont 
renvoyé aux cérémonies de la semaine sainte. 
Ma foi *, j'ai bien l'air de manquer à l'ajournement. 
Des gens qui pourraient chanter, qui sauraient 
chanter juste, une fois de leur vie, ne pourraient se 
souffrir criant à tue-tête et déchirant l'oreille. 
Mais Rome est un drôle de pays : n'ayant rien au 
monde à quoi s'intéresser, ils portent l'esprit * de 
parti dans les arts. Des gens d'esprit * me sou- 
tiennent que tel barbouilleur au-dessous des nôtres 
est excellent, uniquement parce qu'il est de Rome. 
— On ne saurait siffler trop fort : point de grâce 
pour la médiocrité ; elle diminue notre sensibilité 
pour les beaux-arts. 

14 août. — Enfin j'ai trouvé des gens de bon sens, 
mais c'est parmi les ambassadeurs. Ils pensent 
exactement comme moi. Tout ce qui est sot, me disait 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 67 

€n allemand. M. ..., ne peut pas se dépêtrer des toiles 
d'araigJiée des voyageurs, et admire sur parole. Il me 
mène cliez l'avocat N... : à Rome, c'est la classe 
instruite ; rien de bête comme leurs princes. J'en- 
tends de fort bonne musique ; je trouve des gens 
extrêmement savants, raisonnant fort bien, tou- 
tefois, jusqu'à ce que le patriotisme les prenne à la 
gorge. Ici, tout ce qui a rapport à la musique est 
familier, comme à Paris les jugements * sur Racine 
et Voltaire. Retiré dans un coin, je raisonnais, avec 
plaisir, avec un gros homme, qui m'a appris beau- 
coup de choses: c'est un tailleur enrichi. Ici on trouve 
beaucoup de jeunes gens fort gros *. 

15 août. — J'assiste * à la superbe cérémonie de 
Saint-Pierre : tout en est auguste, excepté la musique. 
Ce vénérable j^ontife, vêtu de soie blanche, porté 
sur le fauteuil que lui ont donné les Génois, et dis- 
tribuant des bénédictions dans ce temple sublime, 
forme un des beaux spectacles que j'aie vus. J'étais 
sous un amphithéâtre construit en planches, à la 
droite du spectateur, et où se trouvaient deux cents 
dames. Il y avait deux Romaines, cinq Allemandes, 
et cent quatre-vingt-dix Anglaises. Dans le reste 
de l'église, personne, excepté une centaine de pay- 
sans d'un aspect horrible. Je fais, en Italie, un 
voyage en Angleterre. La plupart de ces dames 
étaient si émues de la beauté de la cérémonie, que 
leur cœur avait quelque peine à sentir le ridicule 



68 STENDHAL 

des chapons sacrés qui chantaient cachés dans une 
cage. 11 en est de même à la Sixtine. Je pense qu'ils- 
sont censés ne faire que soutenir le chant des offi- 
ciants. 

18 août. — Je viens de jouir d'un des spectacles- 
les plus beaux et les plus touchants que j'aie ren- 
contrés en ma vie. Le pape sort de Saint-Pierre, 
porté par ses estafiers sur un immense brancard ; 
on le voit à genoux devant le Saint-Sacrement, 
Heureusement il ne fait pas trop chaud : nous avons 
ce qu'on appelle une journée ventillata. Dès le grand 
matin les avenues de la place de Saint-Pierre sont 
sablées, nettoyées, les maisons tendues de tapisse- 
ries : cela se voit partout ; mais cî qu'on ne voit qu'à 
Rome, ce sont des figures persuadées que le pontife 
qui va paraître est le souverain maître de leur 
bonheur ou de leur malheur éternel *. Il y a des^ 
chaises et des échafauds le long des deux immenses 
colonnades qui entourent la place. Dès le matin les 
toilettes les plus recherchées, comme les costumes- 
les plus sauvages, marchandent les meilleures 
places ; le paysan des Abruzzes, pour peu qu'il ait 
deux carlins dans la poche, s'y trouve assis à côté 
du haut et puissant prince romain ; et l'argent est, 
dans ce séjour de l'égalité, la seule aristocratie 
reconnue et privilégiée. J'ai vu en Angleterre le 
peuple, qui se rendait à un meeting où Cobbet devait 
parler, ne pas oser se placer sur les charrettes qui 



nOME, NAPI.es et FLORENCE flO 

avaient amené les denrées au marché. Le cordonnier 
anglais disait avec un profond respect : « Ces places 
sont réservées pour les gentlemen. » Commodément 
assis au premier rang, voici ce que j'ai vu : sur un 
pavé sablé et jonché de feuilles de laurier, ont défdé 
d'abord cinq ou six ordres de moines gris, blancs, 
noirs, bruns, pies, de toutes couleurs enfin, qui, la 
main armée d'un large flambeau, et l'œil oblique- 
ment fixé vers la terre, chantaient à tue-tête des 
hymnes inintelligibles. Ils cherchaient évidemment 
à captiver l'attention de la multitude par une 
humble démarche, que trahissait sans cesse l'or- 
gueil de leurs regards. Venait ensuite le clergé régu- 
lier des sept grandes basiliques, séparé en sept corps 
différents par de grands pavillons rouge et jaune 
à demi tendus, que portaient des hommes vêtus de 
blanc ; et chacun de ces pavillons, d'un aspect 
tout à fait oriental, était précédé par un instru- 
ment bizarre, surmonté d'une cloche d'où l'on tirait 
un tintement unique de minute en minute. Enfin 
sont arrivés les hauts fonctionnaires de l'Eglise 
et les cardinaux, la tête couverte de leur bonnet 
pointu. Tout à coup tout le monde fléchit le genou, 
et, sur une estrade entourée des plus riches étoffes, 
je vois paraître une figure pâle, inanimée, superbe, 
enveloppée elle-même de draperies jusqu'au-dessus 
des épaules, et qui ne me semblait former qu'un 
tout avec l'autel, l'estrade et le soleil d'or devant 
lequel elle était comme en adoration. « Tu ne m'avais 

Rome, Naples et Florence, II 5. 



70 



STENDHAL 



pas dit que le pape était mort, » disait à mes côtés 
un enfant à sa mère. Et rien ne peut mieux rendre 
l'absence totale de mouvement de cette étrange 
apparition. A ce moment il n'y avait que des 
croyants autour de moi, et moi-même j'étais d'une 
religion si belle ! L'attitude du pape est de tradition : 
mais, comme elle serait fort gênante pour un vieil- 
lard, souvent infirme, on dispose les draperies de 
manière à ce que Sa Sainteté ait l'air d'être à genoux, 
tandis qu'en réalité Elle se trouve assise dans un 
fauteuil *. 

25 août. — Bal charmant chez une dame anglaise. 
L'un des libéraux les plus marquants de Rome me 
prend à part pour me dire : « Monsieur, il y a un 
livre sublime, un livre qui, selon moi, contient le 
bonheur des peuples et des rois : c'est le Dictionnaire 
de Chalmers *. » Et ainsi de tout ce que j'ai rencon- 
tré passé Bologne ; mais les génies percent : Alfieri, 
Canova. Ce n'est pas qu'ils ne gardent une forte 
teinte de préjugés. En Angleterre, un demi-sot fait 
souvent vm bon livre. Ici, un homme de talent * 
comme Foscolo s'amuse à faire un pamphlet latin 
contre ses ennemis ^. Beaux yeux * de miss Ju- 
lia G... 



1. Didymi clerici EpistoJœ, Lugano, 1816. Foscolo, le 
premier poète d'Italie après Monti et Manzoni *, est auteur 
des Tombeaux et d'Ajace. Comme Monti, il ne pense pas 
beaucoup, mais il versifie supérieurement *. (1817) 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 71 

26 août. — L'on nie mène à l'église des Jésuites, 
à côté du palais de Venise. Je sens un peu de ce 
respect qu'inspire le pouvoir, même le plus scélérat *, 
lorsqu'il a fait de grandes choses. — L'église est 
remplie de la plus infâme canaille ; nous renvoyons 
nos montres à l'hôtel. Mauvais goût du président 
de Brosses, qui s'extasie à propos de l'autel de saint 
Ignace. L'ignoble et le ridicule de cette sculpture sont 
incroyables : c'est au j^oint que je n'ose dire en quoi 
«lie est ignoble ; mais l'on était si barbare en France 
vers 1740, qu'il faut tout pardonner en faveur de 
tant d'esprit. Enfin la musique commence : ce sont 
des orgues, placées en divers endroits de l'église, 
et qui se répondent. Cela est fort agréable ; mais, 
comme partout, le musicien abuse de la richesse 
de cet instrument. J'ai entendu mille fois mieux 
en Allemagne : cependant je passe deux heures fort 
bien. Chose étonnante ! je vois deux ou trois Anglais 
vraiment touchés. Nous avons vu arriver huit ou 
dix cardinaux amis des Jésuites. C'est à Rome que 
cet ordre célèbre a les ennemis les plus puissants : 
les Dominicains et les Capucins sont furieux *. 
Honneurs militaires rendus aux cardinaux. Belle 
tenue des troupes romaines. On sent tellement à 
quelle canaille on a affaire, que chaque chapelle 
€st gardée par une sentinelle, la baïonnette au bout 
du fusil : outre cela, d'autres sentinelles se promènent 
au milieu de la foule agenouillée. Bon trait, dans le 
centre de la religion qui prétend retenir les hommes 



Jl STENDHAL 

par le moral, que l'on sente cependant la nécessité 
de la baïonnette, plus qu'à Paris, où l'on nous dit 
que nous sommes impies ! Ces soldats revenant 
de France, et couverts encore de ce noble uniforme 
français, chantent à demi-voix le psaume avec le 
peuple. Rome serait encore la capitale des arts, 
pour peu qu'elle eût un moral passable. Ce chant 
du peuple est excellent. Ici la musique et l'amour 
font la conversation d'une duchesse comme de la 
femme de son coifîeur : et, quand celle-ci a de l'es- 
prit, la différence n'est pas fort grande : c'est qu'il 
y a des fortunes différentes, mais il n'y a pas de 
mœurs différentes. Tous les Italiens parlent des 
mêmes choses, chacun suivant son esprit : c'est un 
des traits frappants de l'état moral de ce pays ; la 
conversation du plus grand seigneur et celle de son 
valet de chambre sont la même *. 

29 août. — Je jouis de ma loge au théâtre d'Ar- 
gentine. Ce n'était pas la peine de tant s'intriguer. 
L'on nous donne le Tancredi de Rossini. La pièce 
n'aurait pas été achevée à Brescia ou à Bologne. 
L'orchestre est pire que les chanteurs : mais il faut 
voir le ballet. La troupe de danseurs qui charme 
Rome avait grand'peine à se faire souffrir, il y a 
six mois, à Varèse, petite ville de Lombardie. 

Ici, chacun orne sa loge à son gré : il y a des ri- 
deaux en baldaquin, comme pour une fenêtre à 
Paris, et un devant de loge en étoffe de soie, velours. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 73 

mousseline : il y en a de bien ridicules, mais la variété 
est agréable. Je remarque trois ou quatre draperies 
qui rappellent de loin une couronne : on m'ex- 
plique que la vanité des pauvres têtes couronnées 
qui habitent Rome y trouve une consolation. 
Tout est décadence ici, tout est souvenir, tout est 
mort. La vie active est à Londres et à Paris. Les 
jours où je suis tout à la sympathie, je préférerais 
Rome : mais ce séjour tend à affaiblir l'âme, à la 
plonger dans la stupeur ; jamais d'effort, jamais 
d'énergie, rien ne va vite. La plus grande nouvelle 
de Rome, c'est que Camuccini vient de finir un 
tableau. Je vais voir cette Mort de César : c'est du 
mauvais David. Ma foi, j'aime mieux la vie active 
du Nord et le mauvais goût de nos baraques. 

Il est vrai que rien ne serait supérieur à la vie 
active entremêlée, dans les repos, des jouissances de 
sympathie produites par ce beau climat de Rome. 

Ce qui achève de me mettre en colère, c'est que, 
dans toutes les loges où je vais, on trouve très beau 
cet indigne spectacle. Les Romains ont une vanité 
bien comique ; ils disaient ce soir : Quel cantar è 
degno di una Ronia ! C'est leur tournure empha- 
tique pour nommer Rome ; ils n'en emploient 
jamais d'autre. Je me retire navré de cet avilisse- 
ment complet. Je cherche un volume de Montes- 
quieu ; je me rappelle enfin qu'hier on me l'a con- 
fisqué à la douane comme un auteur des plus dé- 
fendus. Je découvre dans un recoin de mon écritoire 



74 STENDHAL 

une Grandeur des Romains, in-32. Je lis quelques 
chapitres ; j'ai du plaisir à augmenter l'humeur 
sombre qui me possède ; vers les deux heures, je 
suis à la hauteur d'Alfieri. Je lis tout Don Garcia 
avec un vif plaisir : il ne m'arrive pas de sentir 
cet auteur quatre fois par an. 

M. Nystrom, homme d'esprit et architecte de la 
plus haute espérance, a bien voulu visiter avec 
moi la place de la colonne Trajane. Trajan fit élever 
cette colonne dans une sorte de cour fort étroite, 
auprès d'une basilique. Les travaux admirables 
exécutés de 1810 à 1814, par H..., intendant de la 
couronne à Rome *, marqueront plus dans la pos- 
térité que les travaux de dix pontificats des plus 
actifs. Napoléon a consacré dix millions aux embel- 
lissements de Rome. Il avait le projet de faire 
enlever les douze pieds de terre qui gâtent le Fo- 
rum *. 

30 août. — J'arrive de trop bonne heure au 
théâtre Valle : mais toutes les places du parterre 
sont numérotées ; quand l'on n'est pas des premiers, 
l'on n'entend pas. Je m'amuse à lire le règlement 
de police. Le gouvernement connaît son jjcuple : 
ce sont des lois atroces. Cent coups de bâton, admi- 
nistrés à l'instant sur l'échafaud qui est en perma- 
nence à la place Navone, avec une torche et une 
sentinelle, pour le spectateur qui prendrait la place 
d'un autre ; cinq ans de galères pour celui qui élève 



RO^IE, NAPLES ET FLORENCE /O 

la voix contre le portier du théâtre (la maschera), 
qui distribue les places. Le jugement a lieu ex inqui- 
sitione, suivant les douces formes de l'inquisition *. 
Tout ce que je vois des spectateurs, l'absence totale 
de politesse, d'honneur, d'égards, l'extrême inso- 
lence à côté de l'extrême bassesse dès qu'on ré- 
siste *, tout me confirme ce que madame R... me 
disait hier *, que Tibère Pacca, gouverneur de 
Rome, est homme de talent et qui sait son affaire. 
Je fais copier * son ordonnance de police : ce sera 
une des pièces justificatives de mon voyage, pour 
qui m'accusera de trop mépriser le despotisme 
ecclésiastique. 

La musique commence enfin ; elle est d'un nommé 
Romani, qui s'intitule sur l'affiche Figlio di questa 
gran Ronia. Il est digne de sa patrie : sa musique 
n'est qu'un centon de Cimarosa ; par ce moyen, 
quoique sans le moindre génie, elle m'amuse. 

La prima donna de Valle est cette même madame 
Giorgi que j'ai vue à Florence : la musique de Rossini 
lui allait mieux ; elle n'est plus ici qu'une faible 
copie de la Malanotti. Il y a un bouffon de la bonne 
école, point musqué, et qui fait rire ; mais il est 
bien vieux. 

La pièce est une traduction des Jeux de V amour 
et du hasard. Le traducteur y a ajouté des coups de 
bâton, et un bailli de village qui compose une ha- 
rangue à son seigneur à l'aide du Dictionnaire des 
rimes. Il y a longtemps que nous sommes convenus 



76 STENDHAL 

que la musique ne peut peindre l'esprit : elle est 
obligée de prononcer lentement, et le degré de 
rapidité de la repartie donne presque toujours une 
nuance à l'idée *. La musique ne peint que les pas- 
sions, et que les passions tendres. 

Depuis Mozart et Haydn, tandis que le chant 
peint une passion, des traits d'orchestre peignent 
d'autres nuances de sentiment, qui, je ne sais com- 
ment, viennent se confondre dans notre âme avec 
la peinture de la passion principale. Mayer, Winter, 
Weigl, Cherubini *, abusent de l'accessoire, ne 
pouvant atteindre au principal. Mais jusqu'ici, 
malgré cette découverte, la musique ne peut encore 
atteindre * Vesprit. 

1®^ septembre. — Je retourne à Valle. 

Des gens parfaitement heureux, ou des gens par- 
faitement insensibles, ne pourraient souffrir la 
musique : c'est pour ces deux raisons que les salons 
de Paris, en 1779, lui étaient si rebelles. Mozart fit 
bien de quitter la France ; et, sans la Noui'eUe 
Héloïse, le Devin de Jean- Jacques eût été sifflé *. 

Pourquoi a-t-on du plaisir à entendre chanter 
dans le malheur ? C'est que, d'une manière obscure 
et qui n'effarouche pas V amour- propre, cet art nous 
fait croire à la pitié chez les hommes : il change la 
douleur sèche du malheureux en douleur regret- 
tante * ; il fait couler les larmes : sa consolation ne 
va pas plus loin. Aux âmes tendres, qui regrettent 



ROME, NAPLES ET FLORENCE // 

la mort d'un objet chéri, il ne fait (jue nuire et que 
hâter les progrès de la j)htisie *. 

21 septembre. — Je viens de passer cinquante 
jours à admirer et à m'indigner. Quel séjour que la 
Rome antique, si, j)our dernier outrage, sa mauvaise 
étoile n'avait j)as voulu qu'on bâtît sur son sol 
la Rome des prêtres * ! Que ne seraient pas le Co- 
Jysée, le Panthéon, la basili([ue d'Antonin, et tant 
de monuments démolis pour faire des éghses, res- 
tant fièrement debout au milieu de ces collines 
désertes, le mont Aventin, le Quirinal, le Palatin ! 
Heureuse Palmyre ! 

Saint-Pierre excepté, rien de plus plat que l'ar- 
chitecture moderne, si ce n'est la sculpture. Ce mot 
rappelle Canova, seule exception. Il fait mettre 
les bustes des grands artistes au Panthéon, lieu si 
cher aux âmes tendres, par la tombe de Raphaël. 
Tôt ou tard on lui ôtera le nom d'église, qui jadis- 
le protégea contre le génie du christianisme : ce sera 
un musée sublime. La plupart des bustes commandés^ 
par Canova * sont bien médiocres : un seul est de 
lui, on lit sur la base : 

A DOMENICO CIMAROSA 
ERCOLE CARDINALE CONSALVI, 1816. 

Accident arrivé vers 1823. Un certain parti deve- 
nant le plus fort, tous ces bustes ont été exilés dans 
certaines petites salles obscures au Capitole. 



JO STENDHAL 

Le tombeau de Raphaël, élevé à ce grand homme 
aussitôt après sa mort (1520), et sur lequel le car- 
dinal Bembo fit mettre ces deux jolis vers : 

llle hic est Raphaël, timuit qiio sospite vinci 
Rerum magna parens et moriente mori, 

était orné de son buste. Le tombeau a été mutilé, et 
le buste relégué au Capitole *. 

En France, comme les convenances gémiraient 
de l'inscription du buste de Cimarosa ! Je ne 
m'étonne plus de l'inclination secrète qui me faisait 
aimer le cardinal Consalvi *. C'est le plus grand des 
ministres existant en Europe, parce que c'est le 
seul honnête homme. L'on sent bien que je fais 
une exception formelle pour les ministres du pays 
où ce voyage paraîtra. 

Cet homme rare est abhorré par ses trente-trois 
collègues. On mutile tous ses plans, on le force 
à laisser tous les détails en pâture à la sottise : c'est 
pour cela que l'on m'a confisqué Montesquieu. Il ne 
peut attaquer l'étable d'Augias de la seule manière 
sensée, en fondant une Ecole polytechnique. 

Je compte dans mon journal plus de vingt anec- 
dotes sur ce grand ministre, et toutes à sa louange. 
Il est simple, raisonnable, obligeant, et, pour finir 
par un grand trait presque incroyable en France, 
il nest pas hypocrite *. 

24 septembre. — C'est d'une huître malade que 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 79 

l'on tire la perle. Je désespère des arts depuis que 
nous marchons vers le gouvernement de Vopinion, 
parce que, dans toutes les circonstances possibles, 
ce sera toujours une absurdité que de bâtir Saint- 
Pierre. N'y avait-il donc pas vingt manières cent 
fois plus utiles de dépenser cinq cents millions ? 
N'y avait -il pas deux cent mille malheureux à 
secourir, la moitié de la campagne de Rome à mettre 
en culture, les majorats à acheter à huit ou dix 
grandes familles de Rome et à distribuer à deux cent 
mille paysans, qui ne demandaient qu'un champ 
à cultiver pour n'être plus brigands ? 

Vers 1730, le gouvernement papal, je ne sais par 
quel hasard, avait un million à dépenser. Valait-il 
mieux faire la façade de Saint- Jean-de-Latran, 
ou un quai qui remontât le Tibre de la porte du 
Peuple au pont Saint-Ange ? 

La façade est ridicule: mais peu importe à la ques- 
tion. Le pape se décida pour la façade ; et Rome 
attend encore un quai qui peut-être diminuerait 
la fièvre qui dévore ces quartiers depuis les pre- 
mières chaleurs de mai jusqu'aux premières pluies 
d'octobre. Croirez-vous qu'on m'a montré dans le 
Corso, près de Saint-Charles-Borromée, la maison 
au delà de laquelle la fièvre ne passe jamais? Cette 
année le kinine fait des merveilles. Un chimiste 
célèbre, M. Manni *, le fabrique aussi bien qu'à Paris. 

On me disait hier : « Quel dommage que Fran- 
çois I^^ n'ait pas fait la France protestante ! » 



"SO STENDHAL 

J'ai fort scandalisé l'apprenti philosophe en 
répondant : « C'eût été un grand malheur pour le 
monde ; nous fussions devenus tristes et raison- 
nables comme des Genevois. Plus de Lettres per- 
sanes, plus de Voltaire, surtout plus de Beaumar- 
chais. Avez-vous pensé au degré de bonheur d'une 
nation chez laquelle les Mémoires de Beaumarchais 
occupent toutes les attentions ? Cela vaut peut-être 
mieux que le révérend M. Irving mettant sa montre 
«n gage. H y a tant de maladies et de choses tristes 
dans la vie, que rire n'est pas raisonnable. Les 
jésuites à la manche large, les indulgences, la reli- 
gion telle qu'elle était en Italie vers 1650, valent 
beaucoup inieux, pour les arts et le bonheur, que le 
protestantisme le plus raisonnable. Plus il est rai- 
sonnable, plus il tue les arts et la gaieté. » 

(L'état de la liberté de la presse *, en 1826, s'op- 
pose à ce que j'envoie à l'imprimeur : 

1° La Vie de Pie VII, très favorable cependant 
•à ce vénérable pontife ; 

2° La Vie du Cardinal Consalvi ; 

3'' La Description du mécanisme du gouverne- 
ment romain. Les choses vont à peu près comme 
en 1500 : c'est un morceau curieux d'antiquité ; 

4° L'Histoire du conclave de 1823, pendant le- 
quel je me trouvais à Rome. Chaque soir nous avions 
chez madame N... le détail du vote émis dans le 
•conclave par chaque cardinal ; 

5° L'Histoire du secrétaire employé par Pie VI 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 81 

pour son travail sur les évêchés d'Allemagne ; le 
tour joué à ce secrétaire par le cardinal Consalvi ; 
les amours de madame la générale Pfiffer *). 

Castel-Gandolfo, 1^^ octobre. — Je suis établi 
depuis un mois à Castel-Gandolfo ; je passe ma vie 
sur les bords du lac Albano et à Frascati. Ce serait 
être injuste envers ces sites délicieux que de les 
décrire en moins de vingt pages. — Anecdote du 
jeune paysan de Frascati, contée hier à la villa 
Aldobrandini. Ce climat inspire je ne sais comment 
V adoration pour la beauté. Mais je n'ai déjà que trop 
parlé de ce qui tient à la beauté : j'ennuierais les 
gens du Nord. Voici de la philosophie morale. 
A Rome, je vais presque chaque jour chez M. Tam- 
broni, au palais de Venise ; là je trouve son aimable 
femme, née à Chambéry, Canova, ami de la maison, 
et deux ou trois philosophes, tels, pour l'im- 
partialité et la profondeur de leurs jugements, 
que jamais je n'ai rencontré rien qui en approche. 

Voici l'extrait de mes notes du mois dernier. 
Je vais à Rome ; mais la peur de la fièvre me ramène 
coucher à Castel-Gandolfo. 

Les gens du Nord envisagent l'existence d'une 
manière grave, sérieuse, profonde si l'on veut. 
On a peut-être autant d'esprit à Rome qu'à Edim- 
bourg, et l'on y envisage la vie d'une manière vive, 
passionnée, remplie de sensations fortes, et un peu 
désordonnées si vous voulez. Dans la première 

Rome, Naples et Florence, II 6 



82 STENDHAL 

hypothèse, le mariage et les liens de famille sont 
couverts de l'inviolabilité la plus emphatique. 
A Rome, le prince Colonna ou tout autre ne considère 
le mariage que comme une institution destinée à 
régler l'état des enfants et le partage des propriétés. 
Un Romain à qui vous proposeriez d'aimer toujours 
la même femme, fût-elle un ange, s'écrierait que 
vous lui enlevez les trois quarts de ce qui fait qu'il 
vaut la peine de vivre. Ainsi, à Edimbourg la famille 
est le principal, et à Rome V accessoire seulement. 
Si le système des gens du Nord engendre parfois 
la monotonie et l'ennui que nous lisons sur leurs 
figures, souvent aussi il procure un bonheur calme 
et de tous les jours. Ce qui est plus capital à mes 
yeux, peut-être le système triste a-t-il quelque 
secrète analogie avec la liberté et tous les trésors 
de bonheur qu'elle promet aux hommes*. Le système 
romain n'admet pas cette quantité de petits états 
qu'on appelle familles ; mais aussi chacun peut cher- 
cher le bonheur comme il l'entend. 

Si je ne craignais de me faire lapider, j'ajouterais 
qu'il est un pays dont les habitants ont im- 
porté pour leur usage presque tout ce qu'il y a de 
mauvais dans le système triste des protestants et 
dans la manière voluptueuse de l'Italie. 

Excepté parmi les personnes qui ont plus de 
quatre cent mille francs de rentes ou une très haute 
naissance, le lien conjugal est à peu près inviolable 
en Angleterre. A Rome, quand on célèbre un ma- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 83 

riage dans une église, cette idée d'inviolabilité et de 
fidélité éternelle n'entre dans la tête de personne. 
Comme le mari sait cela d'avance, comme c'est 
une chose reçue et convenue, à moins qu'il ne soit 
épris lui-même, ce qui le placerait dans la situation 
d'un amant à l'égard de sa maîtresse, il ne s'inquié- 
tera guère de la conduite de sa femme après les 
premières années. 

Il est un pays, où le mariage n'est qu'une affaire 
de bourse ; les futurs ne se voient que quand les 
deux notaires sont bien d'accord sur les articles 
du contrat. Mais les maris n'en prétendent pas moins 
à toute l'inviolable fidélité qui se rencontre dans les 
mariages anglais, et à tous les plaisirs qu'offre la 
société italienne. On voit, dans les a-parte des bals 
anglais, que les jeunes filles se choisissent un époux*. 

Je vais dire des choses qui nuiront à mon livre ; 
j'ai besoin de courage ; je vais parler des mœurs 
romaines. Rome est italienne par excellence, bien 
supérieure à Naples, déjà un peu francisée, et à 
Bologne, qui quelquefois est petite ville. A Rome, 
tous les dix ans, on élit un roi : ce roi n'a peut-être 
pas été sans passions durant sa jeunesse. Quelle 
source d'intérêt * ! 

A Rome, point de gêne, de contrainte, point de 
ces façons convenues, dont la science s'appelle 
ailleurs usage du monde. Quand on plaît à une 
femme, rarement elle cherche à le cacher. Dite a... 
che mi piace est une phrase qu'une Romaine ne se 



84 STENDHAL 

fait pas scrupule d'employer. Si l'homme qui a le 
bonheur de plaire partage le sentiment qu'il inspire, 
il dit : Mi voleté bene ? — Si. — Quando ci wedremo ? 
Et c'est d'une manière aussi simple que commencent 
des attachements qui durent fort longtemps, huit 
ou dix ans par exemple. Une relation qui se rompt 
après un an ou deux fait peu d'honneur à la dame : 
on parle d'elle comme d'une âme faible qui n'est 
pas sûre de sa propre volonté *. La parfaite réci- 
procité de devoirs qui existe entre l'amant et sa 
maîtresse ne contribue pas peu à affermir la cons- 
tance. Au reste, dans ce pays où la politique est 
si fine, toute dissimulation est mise de côté. J'ai vu 
dernièrement, au bal magnifique donné par le ban- 
quier Torlonia, duc de Bracciano, qu'une femme ne 
danse qu'avec les personnes agréées par son amant. 
Osez-vous demander la cause des refus d'une jolie 
femme, elle répond avec simplicité : « // mio amico 
non lo ^'uole. — Domandate al mio amico. » 

Et il se trouve chaque année * un ou deux Alle- 
mands qui ont la bonté d'aller demander à Vamico 
la permission de danser avec sa maîtresse. 

Les jolies Romaines ont un tort grave : c'est celui 
de se moquer des Françaises, qui, à leur dire, ont 
plus de coquetterie que d'amour, et, après mille 
façons, finissent par arriver au même point. Je ne 
donne ceci que comme un exemple des jugements 
ridicules que les nations portent les unes sur les 
autres. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 85 

On demandait à une Romaine ce qu'elle ferait si 
son amant lui était infidèle ; cet amant était pré- 
sent. Sans répondre, elle se lève, ouvre la porte, 
sort un instant, puis reparaît en tâtonnant, comme 
si elle s'avançait dans un lieu obscur. Chacun la 
regardait avec étonnement, quand on la vit, tou- 
jours avec la même pantomime, s'approcher de son 
ami, qui n'y concevait rien lui-même, et lui briser 
sur la poitrine son éventail qu'elle tenait à la main. 

Ce fut là toute sa réponse. Que de jolies phrases 
une de nos femmes à la mode n'eût-elle pas débitées 
en pareille occasion ! 

4 octobre. — M. le marquis Ga..., amant de 
madame Bo..., l'une des plus belles femmes de 
Rome, se trouvait avec elle chez M. de Blacas *. 
La comtesse de Florès pria Ga... de chanter, en 
ajoutant d'un ton qui fit apparemment ressortir le 
calembour : « Cantate tanto bene, Galli * ! » A ces 
mots, la Bo... se lève furieuse : « E che sapete voi se 
canta bene ? — Si, lo so benissimo, » reprend madame 
de Florès d'un grand sang-froid : là-dessus, silence 
complet dans le salon ; et la plus terrible querelle 
s'engage entre ces dames. L'amant, fort bel homme, 
présent à la bataille, n'osait rien dire. Des amis 
firent avancer les voitures de ces deux dames, leur 
représentèrent combien il était inconvenant de se 
livrer à de pareils débats dans la maison d'un étran- 
ger, et ils eurent beaucoup de peine à leur faire 

Rome, Naples et Florence, II 6. 



86 STENDHAL 

quitter les salons de l'ambassadeur, chacune de son 
côté. 

Une Romaine est capable de faire de ces sortes de 
scènes à son amant : elle lui donnera un coup de 
poignard ; mais jamais, quelque tort que celui-ci 
puisse avoir avec elle, ne redira ce qu'il lui aura con- 
fié dans des moments d'épanchement. Elle le tuera 
peut-être, et en mourra de chagrin ; mais ses secrets 
mourront avec elle. Le coup de poignard est fort 
rare dans la haute société, mais fort commun 
parmi le peuple, où il est assez rare qu'une femme 
se console de la perte de son amant. Je serais trop 
immoral si je racontais sept à huit autres anecdotes 
également de notoriété publique. 

Chaque soir, à Rome, il y a réception, pour la 
haute société, dans les salons de M. l'ambassadeur 
d'Autriche, de M. l'ambassadeur de France, ou 
chez quelque prince romain. Le seconda ceto ne 
pénètre point dans ces salons, où règne un ton un 
peu francisé. C'est * dans les soirées données chez 
de riches marchands, qui sont à la tête du seconda 
ceto, que l'étranger trouvera les mœurs romaines 
dans toute leur énergie. On rencontre toujours * 
huit ou dix cardinaux chez les ambassadeurs... 
Mais ici je me souviens, à propos, de la jolie retraite 
où l'on a envoyé l'aimable et spirituel Santo- 
Domingo *. 

Malgré tout ce que le vulgaire dit sur l'Italie, un 
homme qui joue la comédie est aussi rare dans la 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 87 

société à Rome ou à Milan, qu'un homme naturel 
et simple à Paris. Mais, à Rome, on ne dit pas de 
mal de la religion ; c'est comme à Paris un homme 
bien né ne prononce pas des mots grossiers dans un 
salon. Vous croyez que l'Italien est un hypocrite 
consommé, toujours mentant et dissimulant *, et 
c'est l'être le plus naturel de l'Europe, et qui songe 
le moins à son voisin. Vous le croyez un conspirateur 
profond, l'être prudent par excellence, un Machiavel 
incarné : voyez l'innocence vertueuse et girondine 
des conspirateurs du Piémont et de Naples *. Le 
Romain me semble supérieur, sous tous les rapports, 
aux autres peuples de l'Italie : il a plus de force de 
caractère, plus de simplicité, et incomparablement 
plus d'esprit. Donnez-lui un Napoléon pendant 
vingt ans, et les Romains seront évidemment 
le premier peuple de l'Europe. C'est ce que je prou- 
verais facilement s'il me restait assez de place. Si 
cette brochure a une autre édition, je donnerai 
dix anecdotes prouvant l'assertion qui précède. 

10 octobre. — Hier soir, j'ai couché à Rome. Vers 
les neuf heures, je sortais de ces salles magnifiques 
voisines d'un jardin rempli d'orangers, qu'on ap- 
pelle le café Ruspoli : vis-à-vis le café se trouve le 
palais Fiano. Un homme, à la porte d'une espèce 
de cave, disait : Entrate, o signori 1... (Entrez, 
entrez, messieurs ; voilà que ça va commencer). 
J'entre, en effet, dans ce petit théâtre, pour la 



OO STENDHAL 

somme de vingt-huit centimes. Ce prix me fit re- 
douter la mauvaise compagnie et les puces. Je fus 
bientôt rassuré. Je m'aperçus, au ton de la conver- 
sation, que j'avais pour voisins de bons bourgeois 
de Rome : vingt-huit centimes sont, en ce pays, 
une somme assez importante pour écarter la canaille 
du dernier ordre. Le peuple romain est peut-être 
celui de toute l'Europe qui aime le mieux la satire 
fine et mordante. Son esprit extrêmement fin saisit 
avec avidité et bonheur les allusions les plus éloi- 
gnées. Ce qui le rend beaucoup plus heureux que le 
peuple de Londres, par exemple, c'est le désespoir. 
Accoutumé depuis trois siècles à regarder ses maux 
comme inévitables et éternels, le bourgeois de Rome 
ne se met point en colère contre le ministre, et ne 
désire point sa mort : ce ministre serait remplacé 
par un être aussi méchant. Ce que le peuple veut 
avant tout, c'est se moquer des puissants et rire 
à leurs dépens : de là les dialogues entre Pasquin 
et Marjorio. La censure est plus méticuleuse que 
celle de Paris, et rien de plus plat que les comédies. 
Le rire s'est réfugié aux marionnettes qui jouent des 
pièces à peu près improvisées. 

J'ai passé une soirée fort agréable aux marion- 
nettes du palais Fiano, quoique les acteurs cependant 
eussent à peine un pied de haut : le théâtre sur lequel 
ils promènent leur petite personne enluminée peut 
avoir dix pieds de large et quatre de hauteur. Ce qui 
prépare le plaisir, et j'oserai dire l'illusion, c'est que 



HOME, NAPLES ET FLORENCE 89 

les décorations de ce petit théâtre sont excellentes. 
Les portes et les fenêtres des maisons qu'elles repré- 
sentent sont soigneusement calculées pour des 
acteurs qui, au lieu de cinq pieds, ont douze pouces 
de haut. 

Le personnage à la mode parmi le peuple romain, 
celui dont il aime surtout à suivre les aventures, 
c'est Cassandrino *. Cassandrino est un vieillard 
coquet de quelque cinquante-cinq à soixante ans, 
leste, ingambe, à cheveux blancs, bien poudré, bien 
soigné, à peu près comme un cardinal. Du reste, 
Cassandrino est rompu aux affaires, il ne se fâche 
point : à quoi bon dans un pays sans insolence mili- 
taire ? Il brille par l'usage du monde le plus parfait ; 
il connaît les hommes et les choses ; il sait surtout 
ménager les passions du jour. Sans toutes ces qua- 
lités, le peuple romain l'apjjellerait inllano (paysan) 
et ne daignerait pas rire de lui *. En un mot, Cassan- 
drino serait un homme à peu près parfait, un Gran- 
disson sexagénaire, s'il n'avait pas le malheur de 
tomber régulièrement amoureux de toutes les jolies 
femmes que le hasard lui fait rencontrer ; et, comme 
c'est un homme du Midi qui ne s'amuse pas à rêver 
l'amour, il veut les séduire. Vous conviendrez que 
ce personnage n'est pas mal inventé pour un pays 
gouverné par une cour oligarchique, composée de 
célibataires, où, comme partout, le pouvoir est aux 
mains de la vieillesse. Qui songerait à prendre 
ombrage de Cassandrino * ? Il y a cent ans que ce 



90 



STENDHAL 



personnage est à la mode. Il va sans dire qu'il est 
séculier ; mais je parierais que, dans toute la salle, 
il n'y a pas un spectateur qui ne lui voie la calotte 
rouge d'un cardinal *. ou au moins les bas violets 
d'un monsignore. Les monsignori sont les jeunes 
gens de la cour du pape, les auditeurs de ce pays : 
c'est la place qui mène à toutes les autres. Le car- 
dinal Consalvi, par exemple, a été monsignore, et a 
porté des bas violets trente ans de sa vie. Rome est 
rempli de monsignori de l'âge de Cassandrino, qui 
n'ont pas fait fortune aussi jeunes que le cardinal 
Consalvi et qui recherchent des consolations en 
attendant le chapeau. 

La pièce de ce soir s'appelle Cassandrino allievo 
di un pittore (Cassandrino élève en peinture). Un 
peintre célèbre a beaucoup d'élèves et une sœur fort 
jolie. Cassandrino, beau petit vieillard de soixante 
ans, avec la mise la plus soignée, arrive chez 
elle, et ne manque pas de se donner en entrant 
toutes les grâces modestes d'un jeune cardinal *. 

L'arrivée de Cassandrino sur le théâtre des ma- 
rionnettes, et les trois ou quatre tours de salon qu'il 
fait en attendant sa belle, que la cameriera di casa 
est allée avertir, après avoir reçu un paoletto 
d'étrenne, suffisent pour mettre les spectateurs en 
belle humeur, tant les mouvements de cette poupée 
imitent avec fidélité le genre d'affectation d'un 
jeune monsignore. La jeune sœur du peintre arrive 
enfin, et Cassandrino, qui n'a pas encore osé, à cause 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 91 

de son âge, hasarder une déclaration trop claire, la 
prie de lui permettre de chanter une cavatine qu'il 
vient d'entendre dans un concert, et dont il est 
encore charmé. Tout le piquant du personnage 
consiste dans cette timidité prudente fondée sur 
son âge, et dans la foule de petits moyens adroits 
qu'il met en usage pour faire oublier ses cheveux 
blancs. Cette cavatine a été chantée à ravir : c'est 
un des plus jolis morceaux de Paisiello. Elle a été 
applaudie avec transports ; l'illusion était un peu 
écartée : car les spectateurs s'écriaient à tout mo- 
ment : hraça la ciahattina ! (Cette cavatine était 
chantée dans la coulisse par la fdle d'un savetier, 
qui a une voix superbe.) 

Cet air fort passionné fait déclaration pour le 
tendre Cassandrino. La sœur du peintre lui réioond 
par des compliments infinis sur la fraîcheur de sa 
toilette et sur sa bonne mine ; compliments que le 
vieux garçon reçoit avec délices. Il lui raconte à cette 
occasion l'histoire de son habit. Le drap en est venu 
de France ; Cassandrino parle ensuite de son pan- 
talon qui arrive d'Angleterre, de sa superbe montre 
à répétition (il la tire et la fait sonner), qui lui a 
coûté cent guinées chez le meilleur horloger de 
Londres. Cassandrino, en un mot, étale tous les 
ridicules d'un vieux garçon ; il nomme par des so- 
briquets d'intimité tous les marchands à la mode de 
Rome, indique par ses gestes les fats célèbres 
étrangers, et il y en a toujours un ou deux que 



92 



STENDHAL 



l'excès de leurs ridicules fait connaître du peuple de 
Rome. A chaque mot, il approche sa chaise de 
celle de la jeune fille. Tout à coup un si agréable 
tête à tête * est interrompu par le jeune peintre, 
frère de la demoiselle, qui paraît avec des favoris 
énormes et des cheveux bouclés fort longs. C'est le 
costume obligé des gens de génie. 

Le jeune peintre prie brusquement Cassandrino 
de ne plus honorer sa sœur de ses visites, et il lui 
rend une miniature qu'il en avait reçue pour la 
restaurer. 

Au lieu de se mettre en colère, Cassandrino 
accable de compliments et de choses flatteuses le 
jeune homme qui le chasse. Celui-ci, resté seul * 
avec sa sœur, lui dit : « Comment avez-vous l'im- 
prudence de recevoir en tête à tête * un homme qui 
ne peut pas vous épouser ? » Ce trait fort clair a été 
applaudi à tout rompre. Nous avons eu ensuite un 
monologue fort plaisant de Cassandrino dans la rue. 
Rien ne peut le consoler de l'impossibilité de voir 
sa belle. Il se plaint tour à tour de quelque petite 
incommodité de son âge, et des tourments que lui 
cause * l'excès de sa passion. Des éclats de rire 
interrompaient à chaque phrase le silence de la plus 
profonde attention. Les raisonnements qu'il se 
fait pour se déguiser ses soixante ans, sont d'autant 
plus comiques, que Cassandrino n'est point un 
sot : c'est au contraire un homme de beaucoup 
d'expérience et même d'esprit, qui ne fait des folies 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 93 

que parce qu'il est amoureux. Il se résout enfin à 
s'habiller en jeune homme, et à se présenter chez 
le peintre comme un jeune élève de dix-huit ans. 

Au second acte, on le voit arriver chez le jeune 
peintre. Il s'est mis d'énormes favoris noirs ; mais, 
dans son empressement, il a oublié d'ôter ses boucles 
poudrées à blanc sur l'oreille. Il parvient à voir sa 
belle, et la scène d'amour avec la jeune fdle est 
excellente de ridicule : il l'adore, et c'est bien l'amour 
d'un vieux garçon. Il parle toujours de sa fortune, 
et finit par la proposition de la partager avec elle : 
« Nous vivrons heureux, lui dit-il, et personne ne 
connaîtra notre bonheur. » A ce trait, les rires et 
l'enthousiasme du public ont interrompu la pièce 
pendant deux minutes. Comme il est aux genoux 
de sa belle, il est surpris par une vieille tante de la 
jeune fille, qui l'a connu quarante ans auparavant 
à Ferrare, où il était employé ; elle lui rappelle qu'il 
lui parla d'amour, et le persécute tellement, que 
Cassandrino, de désespoir, se sauve dans l'atelier 
du peintre. Il reparaît bientôt, comme un autre 
Pourceaugnac, suivi par tous les jeunes gens qui se 
moquent de ce nouveau camarade à favoris noirs 
■et à cheveux blancs. Arrive le jeune peintre qui 
renvoie ses élèves, et a un long dialogue fort sérieux 
avec Cassandrino, Celui-ci sent le voisinage du 
poignard. Cassandrino meurt de peur, non d'être 
battu, mais de faire un éclat ; autre trait dont la 
sagacité romaine jouit avec délices. 



94 STENDHAL 

Enfin, le jeune peintre, après s'être assez amusé 
de Cassandrino, qu'il persiste à prendre pour un 
voleur, le reconnaît enfin : « Vous êtes venu, lui 
dit-il, pour prendre une leçon de peinture. Je vais 
vous la donner : je commencerai par le coloris. 
Mes élèves vont vous dépouiller de vos habits, 
après quoi ils vous peindront le corps de la tête aux 
pieds d'une belle couleur rouge (allusion à un grand 
costume) : et, parvenu ainsi au comble de vos vœux, 
ils vous promèneront dans le Corso. » Effroi de 
Cassandrino : il consent à épouser la tante, à la- 
quelle il a jadis fait la cour à Ferrare. Cette tante 
lui saute au cou. Il s'approche de la rampe, et dit 
en confidence aux spectateurs : « Je renonce au 
rouge : mais je vais devenir l'oncle de l'objet que 
j'adore, et... » Il feint, à ce moment, que quelqu'un 
l'appelle, tourne la tête, et les spectateurs le cou- 
vrent d'applaudissements. 

Après la fin de la pièce, un enfant s'est avancé 
sur le théâtre pour arranger les lampes ; deux ou 
trois étrangers se sont récriés. Il nous a fait l'effet 
d'un géant, tant l'illusion avait été complète, et si 
peu nous songions à la petite taille ou aux têtes 
de bois des personnages qui nous faisaient rire de- 
puis trois quarts d'heure. 

Nous avons eu ensuite un ballet, le Puits enchanté, 
tiré des Mille et une Nuits ; plus étonnant, s'il se 
peut, que la comédie pour le naturel et la grâce 
des mouvements des danseurs. Je me suis enquis 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 95 

auprès de mes voisins du mécanUme de ces char- 
mantes figures de Lois. Les pieds sont garnis de 
plomb. Les fils qui les font mouvoir passent dans 
l'intérieur du corps et sortent sur le haut de la tête ; 
ils sont tous renfermés dans un tuyau noir qui con- 
tient aussi les fils particuliers qui font mouvoir la 
tête ; les fils qui donnent le mouvement aux bras 
sont seuls un peu \asibles. C'est pourquoi la meil- 
leure place est à cinq ou six pas du théâtre. Les 
yeux se meuvent aussi, mais au hasard, suivant que 
la tête penche plus à droite ou à gauche. 

Ce que je ne puis vous peindre, c'est l'extrême 
adresse avec laquelle on imite la nature par des 
moyens qui, à les voir décrits dans ma lettre *, me 
semblent à moi-même si grossiers. 

18 octobre. — Ce soir, au milieu de la conversa- 
tion chez madame Crescenzi, un fort bel homme 
de trente-six ans, avec des yeux plus sombres en- 
core que ceux qu'on rencontre d'ordinaire à 
Rome, a tout à coup pris la parole. Il a parlé tout 
seul pendant cinq minutes *, et assez bien ; après 
quoi il est retombé dans un morne silence. Personne 
n'a répliqué à ce qu'il avait dit, et la conversation 
a repris comme si elle avait été interrompue par un 
accident. 

Voici l'histoire de la princesse Santa Valle, qui, 
du reste, est imprimée partout, et que le lecteur 
est engagé à passer, s'il la connaît. Une belle com- 



96 



STENDHAL 



tesse, née en Allemagne, une de ces femmes cosmopo- 
lites fort protégées par la diplomatie du xix^ siècle, 
vivait à Naples avec le plus grand luxe, et recevait 
toute la société. On voyait sur les genoux de la 
jeune comtesse une jolie petite fdle de huit à dix ans ; 
la comtesse passait sa vie à l'embrasser dans des 
transports de tendresse, ou à lui donner des coups 
de pied et à la mordre. La petite fdle, au désespoir, 
obtint de sa protectrice, par le moyen d'un jeune 
prêtre, ami de la maison, d'être mise au couvent 
de Sorrento, la patrie du Tasse, et le plus beau lieu 
de la terre. Ses charmes se développèrent avec son 
esprit. A peine âgée de seize ans, on la citait comme 
la jeune fdle la plus distinguée de Naples. Un 
homme vain, le prince Santa Valle, avait alors 
les plus beaux chevaux, les voitures les plus nou- 
vellement importées de Londres : il pensa que la 
plus belle femme de Naples compléterait son luxe. 
La pauvre Emma, qui redoutait un peu les folies 
de la comtesse sa protectrice, qui lui disait l'avoir 
adoptée en la trouvant orpheline dans une auberge, 
la pauvre Emma se trouva trop heureuse d'épouser 
l'être d'Italie qui savait le mieux de combien de 
lignes la manchette de la chemise doit dépasser 
l'habit. Elle devint princesse. La négociation fut 
conduite avec beaucoup d'adresse par le comtesse 
cosmopolite. Quand le prince fut tout à fait engagé, 
elle lui avoua qu'Emma était sa fdle, et qu'elle 
avait pour père le jeune prêtre romain qu'on voyait 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 97 

jchez elle. Ainsi se trouva expliquée la ravissante 
beauté de cette enfant, fruit de l'union contractée 
entre une fort jolie femme du Nord et l'un des plus 
beaux hommes du Midi. Peu de mois après le 
mariage d'Emma, les événements politiques for- 
cèrent le prince de Santa Valle à quitter Xaples. 
La jeune princesse vint à Rome, où elle fut reçue 
magnifiquement par le fameux princî Antoine 
Borghèse, homme de mérite. Elle habitait depuis 
longtemps le palais Borghèse, lorsque le bruit de 
la mort de son mari se répandit à Rome. La jeune 
veuve se hâta de prendre le deuil : et il y eut au 
monde deux cœurs heureux de plus. Emma aimait 
avec passion un jeune noble romain, mais jusque-là 
ne l'avait vu qu'en présence d'une vieille duègne 
de la maison Borghèse. qu'elle avait prise à son 
service, aussitôt qu'elle se fut laissée aller à la 
faiblesse de recevoir son amant chez elle. A peine 
€ut-elle pris le deuil, que le futur mariage du jeune 
Romain ne fut plus un secret dans la société. 
Après une année, la plus heureuse de la vie de la 
pauvre Emma, elle allait enfin épouser son amant, 
et le voir hors de la présence de la duègne, quand 
arriva la nouvelle qu'elle n'était pas veuve. Bientôt 
le prince Santa Valle parut à Rome. Peu de jours 
après on trouva la jeune femme morte sous un 
berceau de fleurs dans le beau jardin Farnèse, qui 
domine le Forum. Le mari, fort bon homme, et point 
jaloux, ne fut nullement soupçonné. On supposa 

Rome, Naples et Fi.orence, II 7 



98 STENDHAL 

que la jeune princesse avait cédé à une idée inspirée 
par son origine allemande, « Son amant est devenu 
presque fou, ajouta la personne qui me parlait ; 
et vous avez pu en juger : c'est ce pauvre homme 
que vous venez de voir. Quand il est seul, on l'en- 
tend faire la conversation avec la princesse Santa 
Valle ; il croit qu'elle lui répond, et il lui parle des 
préparatifs de leur prochain mariage *. » 



FIN 
DE ROME, NAPLES ET FLORENCE 



TABLE 



TOME PREMIER 



Berlin.. 






7 


Ulm . . . 






7 


Munich 






8 


JVIlLAN. . 




— Le théâtre de la Scala 

SolHva 


8 




— 


12 




La tyrannie 


14 




Le Dante, Raphaël, Cimarosa. . . 
L'amour 


15 
15 




Le balcon 


17 




L'échelle de corde 

Rassi 

Leinate 


18 
20 
92 




Desio 


23 




Madame Catalan! 

La beauté anglaise 


27 
32 




Le taroc 

La colère au jeu 


36 
37 




Le Français 


28 




Le Casin de San Paolo 

Une belle maison 


39 
40 




Architecture 


41 




Un fat milanais 


44 




Rai à San Paolo 

Les mœurs 


45 

52 




Danger 

John Scott 


52 
53 



100 STENDHAL 

Milan — Le Dôme de Milan 54 

— Prina 60 

— Les ciceroni 62. 

— Les nains 64 

— Les vice-rois 6S 

— Rossini 66 

— • Saint-Charles Borromée 68 

— Les curés du Milanais 68 

— Musée de Brcra €9' 

— Mme de Staël 70 

— Silvio Pellico 72 

— M. Gioja 72. 

— - Nelson 73 

— Soirées à la Scala 74 

— Société de Venise 75 

— Mœurs de Brcscia 77 

— Le comte Vitelleschi 77 

— Musique des régiments allemands. 80 

— Canova 81 

— Appiani 83 

— Histoire de Milan 85 

— Le carnavalon 87 

— ■ Les bals masqués 88 

— Le duel 88 

— Incrédulité du vulgaire 91 

— La probité politique 91 

— L'opinion en Italie 92. 

— Absence de toilette 93 

— Visites 9i 

— Le vestibule de la Scala 9* 

— L'éducation 95 

— - Viganô 97 

— De Brosses et Mistress Radcliffe. . 98 

— Beccaria et Verri 9^ 

— De la plaisanterie 100 

— Parini 101 

— Pian d'Erba 102 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 101 

Milan — Jansénisme do l'Autriche 102 

— Le maréchal do Bcllegarde 103 

— La croix de la Couronne de fer. .. . lO't 

— Insolence dos Français 105 

— Airs boufîes 10'> 

— Gaîté 107 

— Monuments de Milan 107 

— Peinture 108 

— Institut 109 

— Vanité des artistes 110 

— Madame Vieillard 110 

— Le Corso 111 

— Plan de conduite 114 

— Beauté lombarde 115 

— César Beccaria 119 

— Portraits de cent Italiens illustres. 120 
Théâtre patriotique 121 

— Les sopranos 122 

— Le rire en Italie 1 23 

— Le tempérament bilieux 124 

— Mœurs de Milan 1 25 

— Jean de Mûller 1 27 

— La Mandragore 128 

— L'abbé itahen 129 

— La Zecca 1^0 

— Rues de Milan 130 

— Les cours d'Italie 133 

— Gouvernements d'Italie 134 

— Le lazzarone et le devoir 135 

— Le peuple à Naples 135 

— La peine de mort 136 

— Les femmes en Italie 137 

— Modène 141 

— Le départ d'un Italien 142 

— Présentation à un Français.... 142 

— Un sous-lieutenant du Midi.... 143 

— Un pauvre amoureux 144 

Rome, Naples et Florence, II 7. 



102 



STENDHAL 



Milan. 



Plaisance , 

Reggio. . . 

Samoggia. 
Bologne.. 



Métaphysique des arts 148 

La pierre de touche 149 

Les âmes arides 150 

Poésie milanaise 151 

Le départ 152 

Grossi 154 

PeUico 154 

Les employés 158 

L'apparition du devoir 15^ 

La force de caractère 161 

Les voleurs 162 

Vérités démontrées 163 

Pavie 164 

Les étudiants de Pavie 165 

Pétrarque 166 

Le jeune Parisien 167 

Les Visconti 169 

Le paysan italien 171 

Héroïsme de voleur 173 

Fresques du Corrège 173 

M. Bodoni 174 

Le collège de Modène 175 

Galeries de Bologne 177 

Malheur d'artiste 177 

La Garisenda 179 

Les Carrache 180 

L'affectation 181 

Ecole de Bologne 183 

Pie VI 184 

Liberté des propos 185 

Affaire Lepri 186 

Gouvernement papal 1S7 

Personnel des gouvernants 188 

Pas d'opéra 190 

Aventure napolitaine 192 

Patriotisme véritable -03 

Patriotisme d'antichambre -04 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 103 

Bologne — Blâme imprime avec la censure. , . 205 

— Manque de politesse 20G 

— Susceptibilité 207 

— Nouvelle langue 208 

— Imitation de Louis XIV 203 

— Pudeur anglaise 209 

— Exagération italienne 210 

— Les issimo 211 

— La société à Bologne 212 

— La première visite 213 

— Les regards 21 4 

— Etre aimable 21 5 

— Le dolce far nienle 216 

— Les façons 217 

— La méfiance 217 

— Danger sous Louis XVI 218 

— Précautions 21 9 

— Anecdotes 220 

— Le valet de cœur 221 

— Anecdote française 222 

— Misanthropie 223 

— L'homme d'esprit de la famille.. 224 

— Les sots 225 

— Le Rocolo 226 

— Vers de Properce 227 

— Etat précaire 227 

— L'honneur sous le gouvernement 

vénitien 228 

— Le gouverneur vénitien 229 

— Bergame 230 

— La tasse de café 231 

— Histoire d'Italie 233 

— Vengeance de l'orgueil 234 

— Bains de la Poretta 235 

— Un emprunt 239 

— Les brou-brou 240 

— On achète au 12 pour 100 241 



104 



STENDHAL 



Bologne — Ennuis d'un propriétaire 241 

— Pas de fats 2^2 

— Prix des moindres préférences. . . 242 

— Rareté du fat 243 

— Rareté de l'humeur revêche 244 

— Rareté des devoirs 245 

— Agrément du jeu sans affectation. 246 

— La tribune française 248 

— La Logique à Ravenne 218 

— Amour italien 249 

— Itinéraires 250 

— L'anecdote italienne 251 

— Rareté des suicides 252 

— Faire fortune à Bologne 254 

— Mécanisme social 256 

— Rosenfeld et Frédéric II 258 

— Les miracles 259 

— Les Anglais en Italie 260 

— Impossibilité de l'esprit 262 

— Prudence italienne 262 

— Curiosités morales 263 

— Prudence 264 

— Esprit italien 265 

— Mépris pour les menaces 266 

— Parisina 267 

— Société de Bologne 268 

— Salons de Bologne 269 

— Les émotions 271 

— Manque de sécurité 272 

— Expérience sur une armée 273 

— Absence de logique 273 

— Le comte Albareze 274 

— Inquiétudes 276 

— Etat précaire 277 

— Le vulgaire de la littérature 278 

^ Charlatanisme 278 

— M. Maio, bibliothécaire du Vatican 279 



ROME, 



NAPLES ET FLORENCE 105 



Bologne — Intrigues à l'Institut 280 

- — Prétentions des Florentins 281 

— Traductions impossibles 283 

— Supériorité de Florence en 1400. . 283 

— Soirée littéraire 28G 

— L'Arioste et Catulle 287 

— Supériorité morale des gens de 

lettres italiens 288 

— Le comte Perticari 288 

— M. Pietro Giordani 290 

— Moralité des artistes 291 

— Mort des Visconti 292 

— Les bourgeois de France 293 

— Tombeau de Machiavel 293 

— Le piquant inintelligible 294 

— Les quatre amours 295 

— La comtesse Valamara 296 

— Paris vu par un étranger 298 

- — - Le marquis Pepoli 104 

— Les Bentivoglio 304 

— Essais de constitution 305 

— Santi Bentivoglio.; 307 

— • Séductions monarchiques 308 

— Agitation des xiii^, xiv^ et xv® 

siècles 309 

— Bulles d'Innocent VI 311 

— L'Auguto 312 

— L'ambassadeur de Bologne à 

Rome 313 

— Economies de la noblesse 314 

— Les jeunes nobles 315 

— Désappointement 316 

— La Montagnola 317 

— M. le cardinal Spina 318 

Pietra-Mala. — Route de Florence 319 

— Aspect des Apennins 319 

— Bonheurs de l'ignorance 320 



106 



STENDHAL 



— Voleurs de l'Apeimin 321 

Florence. . . — Sania Croce 324 

— Arcades semi-gothiques 327 

— Présence du danger 328 

— Palazzo Vecchio 329 

— Dureté du Florentin 331 

— Rossini 332 

— Caractère toscan 333 

— Caractère florentin 334 

— Paysans de la Toscane 338 

— Sagesse des Toscans 338 

— Gens inexaltables 339 

— Les Cascine 340 

— Fra Bartolomeo 341 

— Epigrammes 342 

— M. Benvenuti 342 

— Un philosophe juif 343 

— Un théâtre de marionnettes 344 

— Cosimo, domestique 347 

— Bourgeoisie de Toscane 348 

— Ferdinand III 348 

— Election des mciires 349 

— Sonnet de Monti 350 

— Volterre 352 

— Murs cyclopéens 352 

— Castel Fiorentino 354 

— Paysans de Castel Fiorentino.... 354 

— Italien de Como 357 

— Monomanie de l'auteur 357 

— Départ de Florence 358 

— Procès de Napoléon 359 

ToRiNiERi ... — Un curé toscan 360 

— Administration française en Italie. 361 

— Impiété des paratonnerres 362 

— Villes de l'antique Etrurie 363 

— Beautés célèbres 364 

— Jamais de Louis XIV 365 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 107 

— Le marquis Filorusso 365 

— Vengeances italiennes 3G6 

Rome — Archevêque ministre de la guerre. 368 

— Murât 369 

— Les inscriptions 360 

— Les Romains 370 

— Saint François d'Assise 372 

Terracine 372 

Capoue 375 

Naples — Théâtre des Florenllns 376 

— Ouverture de San Carlo 379 

— Le prince Corvi 387 

— Histoire de Ghita 388 

— Caractères singuliers 388 

— Ballet de CendriUon 389 

— Perfection de la danse 390 

— Deux écoles de danse 391 

— Les jésuites excellents pour les arts. 392 

— Susceptibilité 392 

— Le Chêne de Bénévent 393 

— Yiganô restera obscur 3.4 

— Chute des arts au xix^ siècle. . . . 396 

— L'ermite du Vésuve 397 

— Joconde de Vestris III 397 

— M. Blanchi de Lugano 400 

— S. François-de-Paule 400 

— Rossini 401 

— Paër et M. de Chateaubriand.... 403 

— Ischia 409 

— Les Anglais 411 

— San Carlo 412 

TOME SECOND 

Salerne — La Calabre 2 

— Pompeï 3 

— Alfieri 4 



108 



STENDHAL 



Otrante. 



Catanzaro. . . — 



Naples 



Rome , 



Agadaneca, M. de Galcnberg. . . . 5 

De' Marini 7 

jMiie Marchioni 8 

Pertica 9 

La Jeunesse de Henri V 10 

Goldoni 11 

Portici 12 

L'abbé Taddei 14 

Les arts et la liberté 15 

Révolution de 1799 18 

Restauration de 1799 20 

Atroce calomnie 31 

Le brigand 32 

Désintéressement de 1810 33 

Les Calabrais 34 

Un suicide 35 

Les Indépendants 41 

Inquiétudes 43 

Les femmes sous François I^'. . . . 45 

Supériorité du beau sexe 46 

Beauté des femmes du peuple. . . 47 

Bons mots italiens 48 

Anecdote 48 

Aristide 50 

Une corne de dix pieds 50 

La jeilatura 51 

Soirée à Portici 53 

Paris vu de Portici 53 

Paris 55 

Marionnettes satiriques 61 

Aurons-nous un premier ministre? 62 

* Messe à la Sixtine 65 

* Les chapons sacrés 68 

* Saint-Pierre 68 

* Le Dictionnaire de Chalmers.. 70 

* La canaille romaine 71 

Baïonnettes à l'église 71 



( 



ROME, NAPLES ET FLORENCE lO'J 

Rome — * Le théâtre d'Argentine 72 

— * La colonne Trajane 74 

— Le théâtre Valle et les sévérités 

de la police 7'i 

— * Les consolations de la musique. . 76 

— * Les bustes exilés 77 

— * Un ministre pas hypocrite 78 

— * Le protestantisme et les arts.. 80 

— Fragments refusés par l'impri- 

merie ^0 

— Le mariage au Nord et au Midi. . 81 

— Les Romaines et l'amour 83 

— Les Marionnettes 87 

— Cassandrino 89 

— La princesse Santa- Yalle *... . 95- 



APPENDICE 



NOTE DE L'EDITEUR 



L'édition de 1854 donne, à la suite de Rome, Naples et 
Florence, sous le titre d' « Appendice, fragments de la pre- 
mière édition de 1817 » (pages 325 à 432), la plupart des pas- 
sages non réimprimés par Stendhal dans l'édition de 182G, 
avec la note suivante que nous reproduisons intégralement : 

« La première édition de Rome, Xaples el Florence a été 
« publiée par Stendhal en 1817. A cette époque il n'avait 
« fait qu'un seul voyage en Italie, et avait écrit son livre 
« d'après les premières impressions reçues d'un séjour assez 
« peu prolongé dans les principales villes de la Péninsule. 
« Quand depuis, en 1826, l'auteur entreprit de publier une 
« seconde édition de son ouvrage, il avait résidé longtemps 
« au delà des Alpes, et eut l'occasion de revenir sur sa 
« première opinion : aussi cette seconde édition fut-elle pour 
« ainsi dire une nouveau livre, dans lequel idées, juge- 
« monts, observations, dates même, tout fut changé et 
« remanié. On comprendra que nous ayons choisi pour modèle 
« de notre texte cette seconde édition, beaucoup plus déve- 
« loppéc que la première et qui contient les idées définitives 
« de Stendhal sur l'Italie. Toutefois, comme nous avons 
« remarqué dans l'édition de 1817 des passages importants 
« qui ne se trouvent en aucune façon reproduits dans celle 
« de 1826, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de faire 
« figurer dans ce recueil des Œuvres complètes de Stendhal 
« ces passages importants qui donneront au lecteur une idée 
« des premières sensations éprouvées par l'auteur dans sa 
« jeunesse. Ce sont ces fragments qui forment l'appendice 
« du volume de Rome, Aaples et Florence. 

« On ne sera pas surpris, après ce que nous venons de dire, 
« de trouver dans cet appendice des opinions peu conformes 

Rome, Naples et Florence, II 8 



114 STENDHAL 

« à celles exprimées dans le volume et une singulière discor- 

« dance dans les dates. L'auteur avait sans doute voulu 

« éviter qu'on pût fondre ensemble les deux éditions : c'est 

« pour cela que, respectant sa pensée, nous avons, tout en 

« reproduisant tous ses textes, fait de ces deux versions 

« deux parties bien distinctes du même livre. » 

Les scrupules manifestés par Colomb sur la « documenta- 
tion » de la première édition de Rome, Naples et Florence, 
sont assez plaisants. Sans compter les voyages antérieurs 
de 1800 à 1813 (voir le Journal), Stendhal venait de vivre 
en Italie, d'une façon à peu près continue ', du mois d'août 
1814 au mois d'avril 1817, soit pendant deux ans et demi '- 
c'est ce que Colomb appelle « un séjour assez peu prolongé ». 
On peut trouver tout de même que c'est un séjour suffisant 
pour écrire une brochure sur l'Italie : de nos jours, on écrit 
des livres sur les pays étrangers, après des séjours beaucoup 
moins prolongés, et parfois sans y être presque allé. Il 
faut surtout se rappeler que Stendhal vivait en Italie, non 
pas avec des bandes de touristes, parcourant au galop, en 
caravanes plus ou moins économiques, les cités et les cam- 
pagnes, mais isolé de tout compatriote et se mêlant avec 
délices aux hommes et aux choses d'Italie ; le plaisir naïf et, 
en quelque sorte, animal qu'il éprouva à rencontrer une 
société et des mœurs si différentes de celles qu'il connaissait 
a été, de nos jours, retrouvé par quelques Européens dans 
les pays exotiques. 

Lorsqu'il rédigeait sa note de 1854, Colomb oubliait sans 
doute que lui-même, après un voyage de trois mois et douze 
jours seulement en Italie et en Suisse, s'était cru suffisam- 
ment « documenté » pour écrire et publier un in-octavo com- 
pact de 484 pages 2, dédié d'ailleurs au célèbre ^I. Jay de 
Grenoble, un des compatriotes de Stendhal. Il est vrai que 
c'est le journal sans prétention d'un rond-de-cuir souffre- 
teux qui cherche uniquement dans un voyage en Italie le 
soulagement à « des maux de tête accompagnés de tous les 
petits malaises qui forment leur cortège habituel ». 

Combien voyait plus juste Duvergier de Hauranne qui, 
dès 1829, écrivait les hgnes sviivantes : « ... Si quelques 

1. Sauf une courte absence en 1816. 

2. Dont, à la vérité, plus de cent sont de Stendhal. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 115 

t théories de M. de Stendhal ont passé de mode, si plusieurs 
« de ses idées ont vieilli, il lui reste encore une mine abon- 
« dante et riche, une mine qui lui convient, et qui de long- 
« temps ne sera épuisée. Cette mine, c'est l'Italie, que per- 
« sonne ne connaît et n'aime plus que lui. Et quand noua 
« disons l'Italie, nous ne parlons pas seulement du pays et 
a des monuments, mais des hommes, c'est-à-dire de ce que 
t la plupart des voyageurs passent assez sottement sous 
c silence. Un beau paysage est sans doute une admirable 
« chose, mais le faites-vous voir en le décrivant ? Comment 
« aussi reproduire par la parole l'Apollon du Beh'éd^re, et 
t la Vierge à la chaîne, Saint-Pierre de Rome et le Colisée ? 
« Tout au plus pourrez-vous éveiller vaguement quelques- 
« unes des émotions que vous avez ressenties, ou, par une 
« dissection philosophique, donner l'idée de chaque partie, 
« mais sans exprimer l'ensemble. Peignez au contraire un 
« homme ; et tout homme vous comprendra, tout homme 
t du moins qui voudra sortir de son cercle habituel et se 
« replier su» lui-même. Or, pour M. de Stendhal, l'homme 
« en Italie est inséparable du climat et des arts. Ses senti- 
« ments simples et vrais, ses passions énergiques et naïves, 
« ses mouvements spontanés et francs, sa vie même, molle 
« et mal réglée, mais douce, mais libre d'entraves, mais 
« sans cesse parée par l'imagination, animée par l'enthou- 
« siasme, échauffée par la passion, tout séduit M. de Sten- 
« dhal, tout l'entraîne, tout lui fait, pour ainsi dire, prendre 
« au delà des Alpes des lettres de naturalisation. Et ce 
«t n'est point, comme tant d'autres, de fantaisie qu'il peint. 
« Dix ans de sa vie se sont passés chez les Italiens. Là, il 
« y a pu observer leurs mœurs, et, ce qui vaut mieux, s'y 
e associer. Assurément nous n'approuvons pas toujours ce 
« qu'il approuve, nous n'excusons pas ce qu'il excuse ; mais, 
« du moins, pouvons-nous avee lui nous former un jugement 
« impartial. Pour bien apprécier les gens, il faut commencer 
« par les comprendre, et c'est à quoi trop souvent on songe 
a peu. Que seraient les plus beaux siècles du moyen-âge, 
que serait l'antiquité elle-même, si on la jugeait comme 
« la plupart des voyageurs jugent aujourd'hui l'ItaUe ^ ?... a 

1. Le Globe, du 24 octobre 1829, n° 85, article sur les Promenades 
dan» Rome, signé (Duvergier de Hauranne). L'article sur Rom», 
Naples et Florence, annoncé par le Globe du 7 avril 1827 (voir l'Avant- 



116 



STENDHAL 



Quoi qu'il en soit, l'idée de Colomb de respecter la phy- 
sionomie propre des deux éditions de 1817 et de 1826 nous 
paraît excellente ; c'est pourquoi nous l'avons reprise. Nous 
réimprimons donc l'appendice de 1854 dans la présente 
édition. Nous avons dû corriger les nombreuses et grossières 
fautes qui fourmillent dans cet appendice, et dont on se fera 
une idée en consultant nos notes critiques. Nous avons 
d'autre part complété l'appendice en y rétablissant les frag- 
ments, assez nombreux, que Colomb a laissés de côté, sans 
qu'on en voie la raison. Nous mettons entre crochets [ ] les 
passages qui ne figurent pas dans l'édition de 1854. 

Nous avons dressé la table de concordance ci-dessous des 
deux itinéraires supposés de l'édition de 1817 et de celle de 
1826 : 



Édition de 1817. 

Berlin : 4 octobre 1816. 
Munich : 25-26 octobre. 
Milan : 4-30 novembre. 
Parme : 1^' décembre. 
Bologne : 2 décembre. 
Florence : 5-8 décembre. 
Viterbe : 9 décembre. 
Rome : 10 décembrc-8 jan- 
vier 1817. 



Édition de 1826. 

Berlin : 2 septembre 1816. 

Munich : 15 septembre. 

Milan : 24 septembre-13 dé- 
cembre. 

Parme : 19 décembre. 

Bologne : 20 décembrc-19 
janvier 1817. 

Florence : 20 janvier-l^' fé- 
vrier. 



Propos) ne parut pas; ce n'est qu'en 1829 que Duvergier de Hau- 
ranne profita des Promenades dans Rome pour formuler, dans la 
première partie de son article, un jug^ement d'ensemble sur l'œuvre de 
Stendhal. Rien ne manque à cet article, pas même le fameux Milanese. 
11 se poursuit, pendant quatre grandes colonnes du Globe, sur le même 
ton de critique élevée. On se persuade, en le lisant, que, contrairement 
à ce que l'on a dit et écrit maintes fois, Stendhal, de son vivant, a été 
apprécié à sa juste valeur, même en France, par des critiques qui ne 
parlaient pas encore de « chefs-d'œuvre », qui voyaient et blâmaient 
les défauts de ses livres, mais qui en louaient, par contre, les qualités 
singulières et rares. Dès VHisioire de la Peinture en Italie, et Rome, 
I\'aples et Florence en 1817, Stendhal fut regardé par les connaisseurs 
comme un des esprits les plus curieux de son temps. Que les connais- 
seurs aient été, sous la Restauration, comme ils le sont encore main- 
tenant, en petit nombre, c'est ce qui est évident. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



117 



Tcrracino : 9 janvier. 

Capouc : 10 janvior. 

jXaples : 11 janvicr-B mars. 

Capoiie : D mars. 

Velletri : 12 mars. 

Rome (2e séjour) : 13-26 
mars. 

Pcrovisc : 29 mars. 

Florence (2^ séjour): 30 mars- 
11 avril. 

Bologne : 12 avril- l't mai. 

Lorette : 30 mai. 

Padoue : 7-20 juin. 

Venise : 21-26 juin. 

Milan (2^ séjour) : 10-17 juil- 
let. 

Lac de Comc : 18 juillet. 

Iles Borromées : 28 juillet. 

Genève : 2-10 août. 

Lausanne : 10 août. 

Francfort : 28 août 1817. 



Bolsena : 5 février. 

Rome (traversée seulement) i 
6 février. 

Terracine : 6 février. 

Capoue : 8 février. 

Naples : 9 février. 

Salerne : l^"" avril. 

Pœstum : 30 avril. 

Otrante : 15 mai. 

Crotone : 20 mai. 

Catanzaro : 23 mai. 

Brancaleone : 25 mai. 

]\Iélilo : 28 mai. 

Reggio de Calabre : 29 mai. 

Retour à Naples : en juin. 

Départ de Naples : 24 juil- 
let. 

Mola di Gaeta : 25 juillet. 

Rome : l^r août-18 octobre 
1817. 

(Le voyage s'arrête brusque- 
ment). 



Cette table, jointe aux notes où nous avons indiqué le 
plus clairement possible les emprunts faits à l'édition de 1817 
pour celle de 1826, permettra aux lecteurs de reconstituer 
exactement l'édition de 1817. 

Nous imprimons, dans tout cet appendice, Buonaparte, 
avec un u, conformément à l'édition de 1817 ; c'est à propos 
de cette orthographe que Stendhal, sur un exemplaire qui 
faisait partie de la collection Stryienski, a écrit au crayon 
la note suivante : « L'imprimeur imprime Buonaparte au 
« lieu de Bonaparte. Alors, en 1817, ce u caractérisait l'homme 
« qui pense bien. Je voyais souvent des prêtres autour du 
« comptoir de M™^ Egron » [Vie Littéraire de Stendhal, de 
M. Paupe, page 84). 

D. M. 



Rome, Naples et Florence, II 



[PRÉFACE 

DE L'ÉDITION DE 1817 



Cette esquisse est un ouvrage naturel. Chaque 
soir j'écrivais ce qui m'avait le plus frappé. J'étais 
souvent si fatigué que j'avais à peine le courage 
de prendre mon papier. Je n'ai presque rien changé 
à ces phrases incorrectes, mais inspirées par les 
choses qu'elles décrivent : sans doute beaucoup 
d'expressions manquent de mesure. 

La musique est le seul art qui vive encore en 
Italie. Excepté un homme unique, il y a là des 
peintres et des sculpteurs, comme on en trouve à 
Paris et à Londres *. La musique, au contraire, a 
encore un peu de ce feu créateur qui anima successi- 
vement, en ce pays, la poésie, la peinture, et enfin 
les Pergolèse et les Cimarosa. Ce feu divin fut allumé 
jadis par la liberté et les mœurs grandioses des 
républiques du moyen âge. 

On verra la progression naturelle des sentiments 
de l'auteur. D'abord il veut s'occuper de musique : 
la musique est la peinture des passions. Il voit les 



120 



STENDHAL 



mœurs des Italiens ; de là il passe aux gouverne- 
ments qui font naître les mœurs ; de là à l'influence 
d'un homme sur l'Italie. Telle est la malheureuse 
étoile de notre siècle, l'auteur ne voulait que 
s'amuser, et son tableau finit par se noircir * des 
tristes teintes de la politique. 



Parme, 1^^ décembre 1816. — Je m'arrache à 
Milan. Je ne m'arrête qu'une heure à Parme, 
pour les fresques sublimes du Corrège. La Madone 
bénie par Jésus, à la Bibliothèque, me touche jus- 
qu'aux larmes. 

Bologne, 2 décembre. — J'ai passé trente-six 
heures ici, vu dix galeries superbes, et entendu deux 
concerts. Peu de science et beaucoup de sentiment. 
Une jeune fdle de dix-huit ans chante mieux ici 
que les plus grands professeurs en France ; le 
moindre pianiste français en sait plus que les Ita- 
liens les plus renommés. Il n'y a pas de spectacle. 
Je suis présenté aux savants ; quels sots ! En Italie, 
ou des génies bruts qui étonnent par leur profon- 
deur ou leur inculture, ou des pédants sans la plus 
petite idée 

Florence, 7 décembre. — La comtesse P*** me 
<lit, en me montrant le jeune duc Mel*** : « Il ne 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 121 

vit que pour aimer le beau idéal dans tous les 
genres ; mais, séduit par les formes, il suppose la 
perfection morale inséparable de la beauté ! » 
J'ai soutenu la conversation, pendant trois heures, 
avec ce jeune duc qui a deux cent mille livres de 
rente et vingt-deux ans, et il ne m'a pas fait com- 
prendre qu'il était duc. On dira en France que 
j'exagère 

ViTERBE, 9 décembre. — S'il est une route abomi- 
nable au monde, c'est celle de Florence à Rome, par 
Sienne. Les voyageurs se moquent bien de nous, 
lorsqu'ils nous parlent de la belle Italie. La route 
de Florence à Rome m'a fortement rappelé la 
Champagne ; seulement, la plaine aride se change 
en collines désolées 

Rome, 12 décembre. — J'ai intrigué toute la 
journée pour avoir une loge au théâtre àWrgentina : 
pas moyen ; les Anglais qui sont en force ici les ont 
toutes accaparées. 

13 décembre. — J'obtiens, par grâce, un quart de 
loge. Comment vous donner une idée juste de mon 
bonheur ? Il y a longtemps que Paris n'a plus de 
taudis comparables à ces fameux théâtres àWr- 
gentina et de Voile, consacrés par les Pergolèse et 
les Cimarosa. Qu'on se figure de misérables théâtres 
de sapin. A Valle, le bois n'est pas même recouvert 



122 



STENDHAL 



par un papier peint. Nos sous-préfectures de pro- 
vince ont mieux que cela. La toile, le plafond, tout 
ce qui est peinture, est d'un degré de mauvais et de 
mal dessiné dont je n'ai pas vu d'exemple, même en 
Allemagne. 

15 décembre. — Grâces au Ciel, je ne me suis jamais 
mieux porté ; je n'ai jamais eu moins de sujets de 
chagrin. Il faut que je vous jure tout cela ; autre- 
ment, à voir mes jugements noirs sur Rome, vous 
me croiriez malade comme Sharp et Smollett *... 

3 janvier 1817. — Avec quelle avidité j'ai fixé 
les yeux sur les traits du Molière de l'Italie ! C'était 
un gros garçon ; les muscles du visage, tous sail- 
lants et marqués, cachent le grand homme à qui 
n'a pas une longue habitude de la science de Lava- 
ter. C'est une figure ouverte et gaie. Le sentiment 
est dans ce qui entoure l'œil * 

5 jam'ier. — Je cours les petits théâtres de Rome : 
c'est là souvent où se réfugie la bonne musique. 
Les amateurs d'Italie sont engagés dans un fâcheux 
détroit ; ils ne peuvent souffrir toute musique qui a 
plus de deux ans de date : tous les auteurs morts 
sont pour eux comme s'ils n'existaient pas ; d'un 
autre côté, ils sifflent la musique insignifiante et 
faible, et les théâtres d'Italie comptent autant de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 123 

chutes que de nouveautés. Les entrepreneurs sont 
punis de la disette des génies ; le marquis C*** me 
montre des lettres où je vois qu'excepté à Venise, 
l'opéra du carnaval a fait fiasco partout *. A Turin, 
l'on a sifflé ; à Milan, l'on bâille encore de V Achille 
de Paër ; en général, Paër et Mayer commencent à 
ennuyer ; Rossini et Mozart sont les gens à la 
mode. 

Je trouve à Capranica madame la marquise B***. 
Je passe une heure dans sa loge, sans le moindre 
instant de langueur. Dans la haute société, les 
femmes sont charmantes et bien supérieures aux 
hommes. Je n'ai rien trouvé dans aucun pays de 
plus poli et de plus aimable que ma dame de ce soir ; 
elle m'invite à un concert (accademia) pour demain. 

Quels yeux j'ai vus à ce concert ! Dans ce genre, 
le reste de l'Europe est un tableau effacé. Je veux 
pouvoir oublier, en regardant de beaux yeux, et 
leur forme et leur couleur, pour ne sentir que l'âme 
dont ils sont les interprètes. Les gens timides qui 
ont connu l'amour savent que l'on peut suivre une 
conversation tout entière sans d'autre secours que 
celui des yeux. Il y a même des nuances de senti- 
ment et non de pensée, qu'eux seuls peuvent 
rendre * : peut-être cela n'est-il vrai qu'en Italie. 

On chante ce soir des morceaux qu'on applaudit 
à outrance ; je demande le nom du compositeur : 
personne ne le sait. La vanité française attacherait 
plus d'importance au nom de l'auteur : j'aurais eu 



124 STENDHAL 

vingt jugements sur son compte. Le bel air de 
Crescentini : 

Ombra adorata, aspettami. 

remplit de larmes tous ces beaux yeux. Aussi est-il 
chanté d'une manière un peu différente de celle de 
madame Catalani. On me parle beaucoup de ce 
miracle de la nature, et de M. Sgricci, autre miracle 
qui improvise des tragédies : c'est un centon des 
auteurs grecs qui ravit les pédants et m'a scié à fond. 
M. Sgricci évite adroitement les sujets modernes 
où l'on ne peut pas mettre des chœurs grecs : très 
inférieur à Gianini *. 

J'apprends les grands succès de madame Eiser, 
cette excellente chanteuse, au congrès de Vienne. 
Je trouve au concert trois ou quatre dames pour 
lesquelles j'avais des lettres de recommandation ; 
encouragé par l'amabilité de la maîtresse du logis, 
je me présente. Là, comme ailleurs, 1° la politique 
envahit toute la conversation, 2° rien de plus opposé 
que la conversation et les journaux. — Gherardo 
de Rossi * a bien peint les mœurs de Rome, mais il 
avait peur. Les comiques italiens ne devraient pu- 
blier qu'après leur mort ^. 

Il y a quatre petits théâtres à Rome, outre les 
deux principaux, Valle et Argentina. Les jeux de 
paume les plus enfumés, qui, dans quelques petites 

1. Voir la Prima sera delV Opéra, comédie. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 125 

villes de France, gardent encore le nom de salles 
de spectacle, n'ont rien à envier à Rome. Sous les 
Français, les Romains ont entrevu la civilisation : 
ces barbares leur ont donné une promenade pu- 
blique et une salle assez jolie (Teatro d'Apollo). 

J'ai trouvé dans un de ces taudis (Teatro del 
Mondo) une chose bien étrange, une comédie qui 
peint juste l'état actuel des mœurs de l'Italie. 
Le souverain des marais d'Orbitello, en Toscane, 
visite, déguisé, la seconde ville de ses Etats, qui a 
trois mille habitants. Le peuple est occupé à célé- 
brer les vertus de son premier magistrat. Ce sous- 
préfet, d'accord avec l'homme le plus riche de l'en- 
droit, condamne et envoie aux galères tout ce qui 
ne l'aide pas dans ses friponneries. Le rôle d'un 
cabaretier, bonhomme, qui, quand il a bu, ose dire 
la vérité au prince déguisé, et qui, au retour de son 
bon sens, meurt de peur de son imprudence, est 
excellent, parfaitement dans la nature : c'est une 
idée profonde, digne de Molière. Au moment où 
l'on arriverait à Vodieux, un dialogue plaisant dis- 
trait. Le prince, qui est un très jeune homme, 
s'amuse du cabaretier et ne s'indigne point trop. 
Trait frappant en Italie ! Le prince est un bon- 
homme, sous le règne duquel on commet, sans qu'il 
s'en doute, les horreurs les plus infâmes ; telle est la 
comédie intitulée : Un Giorno del Principe nelle 
Maremme di Siena. 

Le prix d'entrée, à ce théâtre, était de huit ba- 



126 



STENDHAL 



joques (neuf sous) ; il fallait voir l'attention étonnée 
du peuple. C'est en vain que j'y suis retourné ; 
je me suis toujours trouvé dans les plus sentimen- 
tales traductions du français et de l'allemand. 

6 janvier. — J'ai rencontré un vrai talent à 
Rome : c'est le directeur des marionnettes de bois, 
les seuls acteurs que, pour l'intérêt des mœurs, le 
parti ultra laisse paraître ici pendant dix mois de 
l'année. C'est en vain que le premier ministre et le 
gouverneur demandent au souverain le changement 
de cette résolution toute chrétienne ^. 

7 janvier. — Nouvelle pièce à VArgentina : 
Quinto Fahio. C'est ici que la vanité romaine a 
éclaté dans tout son ridicule. Ces sauvages avilis 
s'appliquent sans façon tout ce qu'on dit des anciens 
Romains, comme nous pourrions applaudir à ce 
qu'on dit des armées de Turenne ou du maréchal de 
Saxe. 

Naturellement, je ne suis pas haineux ; depuis 
mon premier brevet d'ofhcier, à dix-sept ans, je 
me suis fait à la vue des despotes imbéciles et des 
peuples rendus scélérats par la bêtise de leurs chefs ; 
malgré tout cela et toutes mes résolutions, je pars 
de Rome en colère : je mérite moins de confiance. 

Le poème et la musique de Quinto Fahio, et une 

1. Ils viennent de l'emporter (avril 1817). 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 127 

Allemande qui chante habillée en homme, ont un 
succès d'enthousiasme : cela serait sifflé à Como ou 
à Crema ^. 

L'ambassadeur de... me faisait remarquer hier 
avec quelle fureur ce peuple applaudit au mot de 
patrie. Ce sentiment jacobin vient sans doute d'Al- 
fieri et des Français. Nous sommes adorés d'un bout 
de l'Italie à l'autre : les peuples n'aiment que par 
haine. 

Que dirai-je de deux matinées passées tout en- 
tières dans l'atelier du marquis Canova, jusqu'à 
avoir un mal à la tête fou ? Pour le sentiment du 
beau, dans les arts et dans la nature, en France, 
l'on tire le meilleur parti possible d'un petit filet 
d'eau : ici, c'est un fleuve immense ; il est vrai que 
les arbres plantés sur ses bords ne sont pas alignés. 
Les Adieux d'Adonis et de Vénus : voilà enfin de la 
sculpture expressive sans cesser d'être sublime de 
beauté *. 

Le soir, l'on me mène à une académie de beaux- 
arts : l'ennui m'assomme ; quand ces nigauds ver- 
ront-ils que les beaux-arts sont le produit charmant 
d'une fermentation générale et profonde dans un 
peuple * ? Imiter, par des moyens artificiels, les 
signes extérieurs qui couvrent cette fermentation, 
et en attendre les mêmes effets, c'est faire des aca- 
démies... 

1. Villes de 6.000 âmes, en Lombardie. 



128 



STENDHAL 



Naples, 13 janvier. — Dès qu'on parle de Ferdi- 
nand : « Il a rebâti Saint-Charles », vous dit-on : tant 
il est aisé de se faire aimer du peuple ! Il y a une 
fibre adorative dans le cœur humain. Moi-même, 
quand je songe à la mesquinerie et à la pau<^reté 
prude des républiques que j'ai vues, je me trouve 
tout royaliste 

20 jam'ier. — Le plafond peint sur toile, absolu- 
ment dans le goût de l'école française, est l'un des 
plus grands tableaux qui existent. Il en est de 
même de la toile *. Rien de plus froid que ces pein- 
tures. C'est notre coloris plâtreux, notre sécheresse 
de contours, nos figures dures, copiées de l'antique, 
notre disposition en bas-relief, l'absence de tout 
clair-obscur, nos couleurs crues ; en un mot, un art 
charmant privé de tous ses charmes. 

En revanche, la sécheresse fait que l'œil comprend 
facilement ces grandes machines. Je songe, malgré 
moi, au plafond du Palais Barberini, à Rome : quel 
parti n'eût pas su tirer un Pierre de Cortone de 
tableaux si grands, si bien éclairés, et si souvent 
regardés ! Ah ! il n'y a plus de peinture ! Peut-être 
M. Gros, de Paris, eût-il su profiter d'une si belle 
occasion ! Immense avantage pour les arts d'illusion, 
de ne pas avoir la lumière naturelle du soleil ! 

Au cintre, entre les colonnes de l'avant-scène, 
bas-relief d'argent de grandeur colossale. Au centre, 
le Temps montre du doigt l'heure sur un cadran 



ROME, NAPI.ES ET FLORENCE 



129 



mobile. Chose singulière avec l'acharnement du 
Gouvernement pour tout ce qui est français ! 
Cette horloge est la seule de la ville qui donne les 
heures à la française. Que dira le patriotisme 
italien ?... 

23 janvier. — Au lieu de jouir, mes Anglais di- 
saient : « Qu'est-ce que ce grand monument ? Du 
malheur fixé ?» — Non, c'est du travail fixé ; et de 
plus le peuple n'est guère malheureux que parce 
qu'il ne trouve pas de travail...] 

8 mars. ■ — ■ .Je pars *. Je n'oublierai pas plus la 
rue de Tolède que la vue que l'on a de tous les 
quartiers de Naples : c'est, sans comparaison, 
à mes yeux, la plus belle ville de l'univers. Il faut ne 
pas avoir le moindre sentiment des beautés de la 
nature pour oser lui comparer Gênes. Naples, malgré 
ses trois cent quarante mille âmes, est comme une 
maison de campagne placée au milieu d'un beau 
paysage. A Paris l'on ne se doute pas qu'il y ait au 
monde des bois ou des montagnes ; à Naples, à 
•chaque détour de rue, vous êtes surpris par un aspect 
singulier du mont Saint-Elme. de Pausilippe ou du 
Vésuve. Aux extrémités de toutes les rues de l'an- 
cienne ville, on aperçoit, au midi, le mont Vésuve, 
et, au nord, le mont Saint-Elme. 

Cette baie, si belle, qui semble faite exprès pour 
le plaisir des yeux, les collines derrière Naples, 

Rome, Naples et Florence, II 9 



130 STENDHAL 

toutes garnies d'arbres, cette promenade au village 
de Pausilippe par le chemin en corniche de Joa- 
chim, tout cela ne peut pas plus s'exprimer que s'ou- 
blier. [Joachim, malgré sa bêtise, est très regretté 
(conversation avec mon cocher) ; mais on rend jus- 
tice à l'esprit du ministre qui a fait le dénouement 
de cette comédie.] 

A Naples, la grossièreté de ce peuple demi-nu, 
qui vous poursuit jusque dans les cafés, me cho- 
quait un peu ; on sent à mille détails qu'on vit au 
milieu de barbares. Ces barbares * sont friponneaux, 
parce qu'ils sont pauvres, mais ne sont pas mé- 
chants ; les vrais méchants-bilieux de l'Italie sont 
les Piémontais ; c'est une des empreintes les plus 
profondes que j'aie jamais rencontrées. Le Piémon- 
tais n'est pas plus Italien que Français ; c'est un 
peuple à part. J'ai reconnu un trait observé sous 
la tente noire de l'Arabe bédouin. Une fois que le 
Piémontais vous a dit : Sem amiz *, vous pouvez 
tout attendre de lui. Le Piémont et la Corse peuvent 
encore donner des grands hommes ; Alfieri est le 
type. Son valet lui tire un cheveu en le frisant, il lui 
donne un coup de couteau ; le soir même il s'endort 
à côté de ce valet de chambre. 

Capoue, 9 mars. — J'ai vendu ma voiture pour 
être sûr de ne plus succomber à la tentation de 
voyager tête à tête avec mon valet de chambre. 
Je suis en voiturin, soumis, avec trois Anglais, mes 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 131 

■compagnons, à toutes les friponneries du génie 
napolitain. 

Velletri, 12 mars. — Conversation avec un 
prétendu homme d'esprit. C'est ce ridicule de la 
noblesse que nous rencontrons quelquefois en 
France ; on demande aux gens ce qu'ils sont, ils 
répondent par ce qu'ils furent ; ils m'assomment 
de ce que Velletri fut sous les Romains. 

Rome, 13 mars au soir. — En arrivant, j'ai eu la 
certitude qu'un homme tout puissant dans un des 
principaux Etats de l'Europe s'est abstenu d'un 
crime qui l'aurait comblé d'aise, par cette considé- 
ration : tout est plein de sots qui écrivent leurs 
mémoires. 

J'ai eu l'idée d'imprimer ce journal. J'ai vu les 
petits ministres despotiques de Modène chercher 
à se justifier aux yeux des Anglais qui passent. 
Qui eût dit à Napoléon et à ses courtisans de se 
voir * imprimés tout vifs dans l'excellent recueil 
Buonaparte, sa Cour et sa Famille ? Il est plus 
que probable que tous les ministres de 1817 seront 
imprimés en 1827 *. 

14 mars. — Un littérateur des plus savants de 
Rome ignorait qu'Alfieri eût écrit sa vie. C'est 
précisément le seul livre moderne italien que j'aie 
jamais vu traduit chez les libraires de Londres ou 



132 ' STE.XDHAL 

de Paris. Un homme considérable engageait Ca- 
muccini, le peintre, à faire un tableau. « On m'ac- 
corde à Paris, sur mon budget, deux cent mille 
francs pour les artistes romains. Le tableau que je 
vous demande sera payé trente mille francs. — Et 
que dira l'Europe lorsqu'elle saura que Camuccini 
fait un tableau pour trente mille francs ? » 

15 mars. — Madame C... me fait appeler en 
toute hâte à une heure après minuit. Je pense que 
la police m'honore d'un moment d'attention. Rome 
étant au milieu d'une couronne de quatre lieues de 
désert dans tous les sens, échapper ne me paraît 
pas difficile. Je suis agréablement surpris lorsque 
madame C... me dit qu'elle va me faire lire Maci- 
rone *. C'est un roman qui se vend deux cents francs, 
ou plutôt qu'on ne peut avoir, quelque argent qu'on 
en offre. Ce sont de inauvaises copies manuscrites 
pleines de non-scnse qui se vendent deux cents 
francs. Nous avons passé la nuit à lire l'original ; 
c'est un volume français de cent trente-six pages, 
imprimé. à Londres. M. Macirone, né en Angleterre, 
et aide de camp de Murât, raconte les six derniers 
mois de la vie de son maître ^. Je ne sais si cela est 
vrai : mais ce récit est plus intéressant qu'aucun 
roman. La reconnaissance dans une bastide près 



1 Plût au Ciel que tous les usurpateurs eussent trouvé le 
même châtiment ! 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 133 

Marseille servira de thème aux Shakspeares futurs, 
et nous la verrons sur la scène quand nous aurons 
des cheveux blancs. 

Comment veut-on que nous ressemblions à nos 
pères ? Il y a trente ans (ju'un homme appelé par 
une jolie femme au milieu de la nuit aurait eu assu- 
rément toute autre idée que de prendre un passe- 
port faux, de l'or, des pistolets et un poignard ; 
et il y a trente ans qu'une belle Romaine n'auiait 
pas réuni trois jeunes gens, à l'insu de toute sa 
maison, pour lire un pamphlet politique. Entre 
nous quatre, nous n'avions pas cent ans. 

16 mars. — Rien pour la musique à Rome pen- 
dant le carême. Je ne trouve dans mon journal que 
des observations sur la comédie et sur les mœurs 
qui tiennent de trop près à la politique. Mon respect 
et mon admiration pour le cardinal Consalvi * 
redoublent à mesure que je vois mieux par quelle 
abjecte canaille il est entouré. Dieux ! pourquoi 
l'Angleterre n'a-t-elle pas un tel ministre ? 

Le pape veut faire son salut ; et, croyant en cons- 
cience que le cardinal Consalvi a plus de Calent que 
lui pour gouverner, il lui a remis le despotisme civil. 
Le despotisme religieux est entre les mains du parti 
ultra, qui a pour chef le vertueux cardinal Pacca. 
Deux ou trois fois par mois, ce parti, en travaillant 
avec le pape pour les affaires de la religion, lui 
expose que les mesures du cardinal Consalvi 

Rome, Naples et Florence, II 9. 



134 STENDHAL 

tendent à augmenter le nombre des damnés parmi les 
sujets de l'Eglise. Alors le pape, les larmes aux 
yeux, a une explication avec son ministre. 

Celui-ci répond par cette maxime : « Je juge des 
crimes secrets par les crimes qui arrivent à la con- 
naissance des tribunaux, et non par les rapports 
des confesseurs. Un souverain est responsable, aux 
yeux de Dieu, de tous les crimes que ses lois laissent 
commettre. Les crimes et l'esprit général de fri- 
ponnerie étaient diminués des deux tiers sous le 
gouvernement français. La pem^ersité a reparu 
sous le gouvernement ultra qui m'a précédé. Je 
reviens aux mesures françaises. J'ai déjà trois cents 
assassinats de moins par an ; ce qui fait probable- 
ment six cents damnés de moins. » 

Comme rien n'est au-dessus de la modestie et du 
désintéressement de ce grand ministre, le véné- 
rable pontife finit ordinairement par l'embrasser 
en pleurant et en lui recommandant les âmes de ses 
sujets. 

Les trois quarts des cardinaux sont très pieux ; 
mais, comme nos grands hommes d'Etat, ils nont 
que V expérience de la solitude. Ce qu'ils savent des 
hommes, ils l'ont appris dans l'histoire du xvi^ siècle. 
Ils ne se doutent pas du leur : tout ce qui est jeune 
à Rome sent fort bien qu'il faut donner une autre 
forme au principe religieux. Si la forme continue 
à choquer le fond, la source tarira, et, se faisant 
jour par des conduits secrets, ira former les supersti- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 135 

tiens les plus extravagantes. Les jeunes prélats qui 
ont voyagé sont convenus avec moi que le seul pays 
du monde où il y ait encore de la religion, c'est 
l'Angleterre *. 

Je ne sais si le cardinal Consalvi voit ce sujet 
d'aussi haut. Ce qui est certain, c'est que, s'il est 
pape, nous verrons la religion reprendre une nou- 
velle vigueur : si c'est le père Fontana ou le car- 
dinal Pacca, les âmes pieuses auront à gémir des 
plus fausses mesures. Le cardinal Consalvi est 
abhorré de tous ses collègues pour avoir introduit 
les laïques dans l'administration, et, encore plus, 
pour le fameux préambule de son ordonnance. Au 
reste, c'est un portique magnifique qui conduit à 
une chaumière. 

Un prélat, que je prenais d'abord pour un vil 
ambitieux, me persuade à la fin qu'une constitu- 
tion libérale serait ici le signal de la plus sanguinaire 
anarchie. Il convient avec moi que si cet homme ver- 
tueux est blâmable, c'est de ne pas essayer d'une 
constitution en trois articles. 

« Les dix-sept provinces nomment chacune dix 
députés, parmi lesquels le gouvernement en choisit 
cinq pour former la Chambre des communes. 

« La Chambre des pairs est nommée, chaque an- 
née, par le gouvernement, et composée des deux 
tiers des cardinaux et de dix riches propriétaires. 

« Ces deux Chambres votent l'impôt. » 

Mais l'ignorance est si crasse dans la classe éclai- 



136 



STENDHAL 



rée, et la scélératesse si profondément enracinée 
chez le peuple, que même cette constitution est 
peut-être une imprudence *. Il leur faudrait un 
Titus qui eût lu Delolme. 

Les sots qui ne savent que ce qui est imprimé dans 
les livres vulgaires, croient que c'est le même chris- 
tianisme qui règne en France et en Italie. 

En Europe, autant de religions que d'Etats. 
A Rome et à Naples, la seule loi en vigueur, c'est la 
religion. Gens impartiaux ! jugez du génie du chris- 
tianisme * par Rome et Naples. 

Les dix-neuf vingtièmes de la civilisation de la 
France, de l'Angleterre et de la Prusse sont dus à la 
liberté de la presse, et ici elle ne dit que des men- 
songes. J'ai trouvé toute la société de Rome occupée 
d'un nouveau miracle. Un serviteur de Dieu se 
présente un vendredi dans une auberge. On lui sert 
un chapon rôti : il se met en oraison, fait un signe 
de croix, et le chapon se change en carpe. (Voyez le 
Diario di Roina, n° ...)*. Sa Sainteté, touchée de 
cette marque de l'attention de la Divinité, a élevé 
à la béatitude le saint personnage qui avait 
mangé la carpe et qui depuis est mort. Landi, 
peintre célèbre, a été chargé de peindre le miracle 
pour le pape, et j'ai vu le tableau au Vatican. 

Je m'attends que, dans la société, on va me nier 
le fait du chapon, et je compte gagner de gros paris. 

Penser est une peine ; il faut que la société ré- 
compense par des louanges. Ici, penser est un dan- 



ROME, NAPLES ET FLORE.NCE 137 

ger ; et comme dans nos villes de province, une fois 
qu'on passe pour homme d'esprit, à quoi bon de 
nouveaux eiïorts ? On peut faire l'amour comme 
on veut ; mais il ne faut pas qu'on puisse citer une 
plaisanterie incrédule. Sans la religion, que serait 
Rome ? 

Par la même raison, on obtiendra tout d'un ou- 
vrier romain, excepté le travail. Il est accoutumé 
à vivre d'aumônes, et il voit l'intrigue faire les 
grandes fortunes. L'essentiel pour lui n'est pas 
d'établir une fabrique utile et de la faire prospérer, 
mais d'être le cousin d'un des laquais du pape ou 
du cardinal-ministre. Ces espérances seraient peu 
fondées en 1817, je le sais ; mais c'est le gouverne- 
ment des deux derniers siècles qui a donné à un 
peuple très fin ces funestes maximes de conduite. 
Tous les artisans qui font fortune à Rome sont 
étrangers. 

Je ne puis obtenir au café du palais Ruspoli, 
en payant bien à chaque fois, de me faire essuyer la 
table sur laquelle on me sert : les garçons servent 
comme par grâce ; ils se regardent comme les plus 
malheureux des hommes d'être obligés de remuer. 
Tout cela n'empêche pas les Romains de citer cet 
antre comme le premier café de l'Europe, parce 
qu'il y a dix-sept salles enfumées qui occupent tout 
le rez-de-chaussée d'un grand palais. Jamais un 
Parisien ne pourra se faire d'idée de la saleté ro- 
maine. Il y a là des bustes, des marbres, des fenêtres 



138 STENDHAL 

grillées sur un jardin rempli d'orangers chargés 
d'oranges (février 1817). Tout ce grandiose, couvert 
de toiles d'araignée et de poussière, jette l'âme dans 
le tragique. 

Tous les palais de Rome ont la même physiono- 
mie, et font par conséquent le plus parfait contraste 
avec Monte Caçallo *, meublé et restauré par les 
Français. « Voilà, disais-je aux Romains, à quoi 
nous ont servi vos tableaux. Voyez nos monnaies, 
voyez notre papier marqué * ; jamais vos âmes ne 
tireront rien de nouveau de ces chefs-d'œuvre. La 
bonté de l'archet n'y fait rien, c'est le corps de 
l'instrument qu'il faut renouveler. « Tous les ta- 
bleaux pris à Paris sont réunis au jialais du Vati- 
can * dans la salle Borgia. 

17 jnars. — Je suis tout étonné de n'être pas ré- 
veillé tous les matins, à trois heures, par un détes- 
table concert, composé d'une cornemuse et d'une 
petite flûte droite ; on m'apprend que ce sont des 
paysans qui viennent des Abruzzes, quinze jours 
avant Noël. Comme de pareils musiciens se trou- 
vaient dans l'étable où naquit Jésus-Christ, les 
dévots les payent pour réveiller tout le quartier. 
Au fond, leur musique peu variée est très originale 
et très juste ; mais il est ennuyeux d'être réveillé *. 
A peine on se rendort que les vendeurs d'eau-de- 
vie, avec leur petit cri singulier et bref, vous ré- 
veillent de plus belle. Un cardinal me disait qu'il 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 139 

était très pi'obable que ce sont identiquement les 
mêmes airs et les mêmes instruments qui char- 
maient les Romains clans les fables atellanes ; 
il en est de même des caractères d'Arlequin et de 
Pantalon. Il n'y a pas jusqu'à nos cuissards et nos 
brassards du moyen âge qui ne se retrouvent dans 
les tombeaux grecs des Calabres à côté des vases 
étrusques *. 

Ici, à Rome, j'ai vu le Sénèque du Prince de la 
Paix *, à la villa Mattei. Voilà ce philosophe cé- 
lèbre, que je méprise assez, débarrassé de l'horrible 
figure que nous lui connaissons ; il a la face d'un 
très galant homme, et même belle. C'est l'air grand 
seigneur de nos vieux courtisans. 

J'ai vu Thorwaldsen ; c'est un Danois qu'on a 
voulu ériger en rival à Canova ; c'est un homme de 
la force de feu Chaudet * : il a une frise qui n'est pas 
mal au palais Quirinal, et chez lui quelques bas- 
reliefs, entre autres le Sommeil. Le marquis Canova 
a cent trente statues et l'invention d'un nouveau 
genre de beauté. Il sacrifie la lèvre supérieure, qu'il 
fait très courte, à la beauté du nez ; ce qu'il perd 
de physionomie par là, il cherche à le regagner 
par la beauté des fronts et la grosseur des têtes 
d'enfant. 

Mais Canova est trop grand pour qu'il n'y ait 
pas un parti contraire. Il a, par exemple, le malheur 
de déplaire fort à tous les jeunes artistes français. 
Il a eu la bonté de me montrer la gravure d'un 



140 STENDHAL 

tableau qu'il a peint pour l'église du village où il est 
né (Possagno, 1757). Non seulement il a inventé un 
nouveau beau idéal pour la figure de l'Etre suprême 
qui n'est plus un vieillard, mais il a trouvé un moyen 
singulier et juste d'exprimer son immensité. Ce 
moyen est trop long à décrire ; je vais me coucher : 
achetez l'estampe. 

Encore une idée que je me reproche depuis long- 
temps de ne pas écrire. Notre fatuité ne connaît 
nullement les anciens. Indécence unique d'un tom- 
beau dans la cour des Studj : un sacrifice à Priape 
sur un tombeau ! Autres exemples : le Faune et le 
jeune Joueur de flûte, le Faune et la Chèvre qui re- 
vient de Palerme, où il gît emballé avec les tableaux 
du Corrège depuis seize ans. Il n'y a rien de plai- 
sant comme tous nos raisonnements sur les anciens 
et leurs arts. Comme nous ne lisons que de plates 
traductions, rognées par la censure, nous ne voyons 
pas que chez eux le nu obtenait un culte : parmi 
nous il repousse. Le vulgaire, en France, ne donne 
le titre de beau qu'à ce qui est féminin. Chez les 
Grecs, jamais de galanterie ; à chaque instant un 
amour odieux aux modernes. Quelle idée se forme- 
rait de nos arts un habitant d'Otaïti, pour qui 
tout ce qui tient chez nous à la galanterie serait 
invisible * ? 

Pour connaître l'antique, il faut voir et étudier 
des foules de statues médiocres. Partout ailleurs 
qu'à Rome et à Naples, cette étude est absolument 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 141 

illusoire. Il faut lire en même temps Platon et PIu- 
tarque en entier. 

Le plaisant, c'est que nous prétendons avoir le 
goût grec dans les arts, manquant de la passion 
principale qui rendait les Grecs sensibles aux arts. 

18 mars. — Je ne comprends rien à tout ce que 
je lis des agréments de la société de Rome dans de 
Brosses ^ et dans Duclos. Il n'y a pas trace de so- 
ciété. Ce soir, j'ai été réduit à faire un whist avec 
des Anglais. 

Il faut que les droits que chacun porte dans le 
monde soient tellement assurés par le laps de temps, 
qu'il y ait de la grâce à jouer avec eux ; l'ennui y 
force. Aujourd'hui, à la suite du boulevari généi'al, 
il est occupant de soigner le maintien de ses droits. 

Le cardinal, avec ses deux haridelles et son vieux 
carrosse à train rouge, veut trouver dans la société 
les respects qu'on accordait aux Bernis et aux Acqua- 
viva. Le prince, qui a six cent mille livres de rente, 
se moque de lui. Mais il trouve le colonel d'un des 
régiments du pape ; autrefois c'était une espèce de 
laquais, aujourd'hui c'est le colonel de la Mojaïsk 
et de Montmirail. On se regarde ; personne n'est 
sûr de garder le rang qu'il occupe. D'un bout de 
l'Europe à l'autre, le mécontentement est général "^. 

1. 3 vol. in-8°, Ponthieii, rue des Mathurins, n° 330^ 
ail VII (manuscrit volé *j. 

2. Mercure du 15 juin 1817 *. 



142 STENDHAL 

J'ai trouvé les mêmes propos dans la bouche du 
Batave et du Romain ; partout les discussions fi- 
nissent par ces mots : Qui peut prévoir ce qui se 
passera d'ici à vingt ans ? La société, telle qu'elle 
était à Rome sous Benoît XIV, est un amusement 
de gens oisifs ; or les peuples ne seront oisifs que 
vingt ans après avoir obtenu les libertés qu'ils 
demandent. 

La France perd beaucoup, et l'Italie presque rien. 
On y fait toujours l'amour, et avec plus de passion 
qu'il y a trente ans. 

Dimanche 20 mars. — Les femmes ne peuvent pas 
être présentées au pape ; mais, tous les dimanches, 
à une heure, Sa Sainteté se promène dans le jardin 
du Vatican, et trouve sur Son passage les dames 
étrangères. Aujourd'hui, il y avait soixante An- 
glaises, dont trois ou quatre de la première beauté ; 
elles avaient l'air emprunté 1 Tout s'est fort bien 
passé. Pour moi, je suis amoureux du pape, et 
indépendamment de mon respect pour le gouver- 
nement du cardinal Consalvi, je voudrais qu'il 
vécût un siècle. 

Hier, je me promenais dans ce même jardin du 
Vatican avec un prélat de mes amis. Nous avons 
rencontré Sa Sainteté : j'ai mis le genou en terre 
sans aucune répugnance. A vingt pas de nous, nous 
avons vu une figure d'hypocrite se précipiter aux 
genoux du pape ; j'ai cru qu'on demandait la grâce 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 143 

de quelque condamné. Pas du tout : la figure noire 
demandait une bénédiction ; ces choses-là ne font 
plus d'effet. Mon prélat m'a dit aussitôt : « C'est un 
usage ancien, et que Sa Sainteté voit avec beaucoup 
de peine, que, lorsque quelqu'un Lui a été présenté, 
Sa livrée va le lendemain se réjouir avec la personne 
qui a eu cet honneur. Cette cérémonie déplaisait 
beaucoup à une certaine nation ; il y a eu abonne- 
ment. Chaque personne présentée donne une 
somme fixe pour la livrée ; mais cette rétribution 
est remise dans les mains de la personne qui pré- 
sente... » J'ai vu que rien ne peut être secret à 
Rome. 

Je connais à Paris un homme très fin, qui, lors- 
qu'on lui demande quelque renseignement, fait 
une lieue pour venir le donner de vive voix. Lors- 
qu'on s'en étonne, il répond froidement : « Il ne faut 
jamais écrire. » Cela est volé aux Romains. Mon 
prélat me disait que, lorsqu'une affaire se pré- 
sente, la première question, et c'est la plus longue 
à décider, est : « E un affar da scrwere si o no ? n 

Je me console de ne pouvoir imprimer ce qu'il y a 
de politique dans mon journal. J'ai rencontré 
aujourd'hui un membre du parlement d'Angleterre, 
M. H..., bien autrement en état que moi de traiter 
cette partie. Ce n'est qu'en Angleterre qu'on peut 
trouver un jeune homme aimable, avec soixante 
mille livres de rente, sacrifiant son temps et sa for- 
tune à la passion de connaître la vérité, quelle quelle 



144 STENDHAL 

soit. La reconnaissance s'est faite chez un bouqui- 
niste : nous recherchions tous deux les actes impri- 
més du gouvernement du général Miollis. Il paraît 
que la même idée est venue à beaucoup de per- 
sonnes : on nous a vendu cela fort cher. La question 
est celle-ci : Quelle a été l'influence de Buonaparte 
en Italie? Nous sommes d'accord, M. H... et moi, 
sur les sommes qu'il a consacrées aux embellis- 
sements de Rome : douze millions. En même temps, 
les agents subalternes de ses finances volaient trois 
ou quatre millions aux particuliers, que cela mettait 
au désespoir. Buonaparte, ne faisant la conversa- 
tion avec personne, ne pouvait connaître les gens 
qu'il employait : Florence avait eu par hasard des 
magistrats aimables ; ceux de Hambourg et de Rome 
auraient fait abhorrer Titus. 

Je viens de rencontrer une longue file de soixante- 
deux petits prémontrés en robe blanche et chapeau 
à trois cornes ; le plus âgé n'avait pas quinze ans ; 
la plupart à peine dix, plusieurs sept ou huit. Sans 
cette manière de prendre la jeunesse, les ordres mo- 
nastiques s'éteindraient. 

Aujourd'hui dimanche, j'ai été sur le point de 
mourir de faim. Je m'étais laissé emporter, dans 
les environs du Colysée, à observer la chapelle de 
Saint-Grégoire et les charmantes fresques du Guide, 
notamment le Concert des anges. Je rentre mourant 
de faim dans la Rome habitée ; j'arrive au grand 
café Ruspoli, fermé, parce que c'est l'heure des 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 145 

vêpres. — « A quelle heure ouvrira-t-il ?» — « A cinq 
heures. » — Le danger était pressant *, je tombais de 
faim ; tous les boulangers, tous les traiteurs étaient 
fermés. Heureusement mon cocher m'offre de me 
mener chez lui ; j'y ai trouvé des caroubes (c'est 
un fruit qu'on donne aux chevaux) et du pain 
mouillé qui m'a semblé excellent. J'ai remarqué 
chez ce cocher que la Bejana remplace à Rome le 
loup-garou. Les enfants frémissent à ce seul nom. 
C'est la Befana qui est supposée leur faire des ca- 
deaux le jour de l'an. 

22 mars. — Après Smolensk, la plus jolie position 
que j'aie vue pour une ville non maritime, est celle 
de Rome. C'est en même temps le peuple le moin-; 
civilisé. Je crois fermement, d'après deux cents 
anecdotes que je ne transcris pas et pour cause, 
qu'il y a moins à travailler pour faire un peuple civi- 
lisé des sauvages du lac Erié, que des habitants du 
patrimoine de saint Pierre. 

L'ambassadeur de ..., que j'ai trouvé ce soir 
chez le duc de Torlonia, banquier, et auquel je 
faisais part de ces idées charitables, m'a dit que je 
serais bfen plus scandalisé de rEsjDagne, et cepen- 
dant l'Espagne a produit un Auguste * Arguelles. 
Quant à la bravoure, l'armée française a vu une 
centaine d'ofTiciers romains dignes des Fabius et des 
Scevola, le colonel Ner..., le général Pal.... 

Rome, Naples et Florence, II 10 



146 STENDHAL 

26 mars. — Je ferais cinquante lieues avec plai- 
sir, pour voir un homme aussi fort pour la féodalité 
que M. Brougham pour les idées libérales. La conver- 
sation de ce grand homme d'Etat fait mon bonheur, 
mais il ne parle pas souvent ; la sagacité romaine 
a su l'apprécier. Les hommes supérieurs de l'An- 
gleterre ont une simplicité dans les manières et un 
naturel bien admirables. Chez nous, dès qu'un 
homme a gagné une bataille, il se croit obligé de 
jouer un rôle. Je suis présenté au maréchal ... ; 
j'avais la tête pleine de ses victoires. Il m'assomme 
d'idées de politique et d'administration. Je sors avec 
l'idée d'un petit homme qui se dresse sur la pointe 
des pieds pour tâcher de paraître de la taille des gens 
dont on fait des ministres. 

Civita-Castellana, 27 mars. — Sans la liberté, 
Rome va mourir, h' aria cattiva avance tous les ans. 
Les lieux qui étaient réputés les plus sains il y a 
trente ans, commencent à être attaqués, la viUa 
Borghese, le sommet du Monte Mario, la villa Pan- 
fili. Rome, qui avait 166.000 âmes en 1791, n'en 
comptait plus que 100.000 en 1813. On veut faire 
honneur de cette difîérence à l'administration du 
pape. Je n'en crois rien : ce pape était un soviverain 
comme Louis XIV ; tout ce qui était d'apparat 
marchait bien ; mais la justice, ce premier besoin 
des peuples, n'allait pas : donnez-vous la peine 
d'étudier l'affaire Macirone. Quant à Varia cattiva, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 147 

il faut OU la liberté, ou un homme despote supé- 
rieur. En 1813, M. Prony allait réduire les marais 
Pontins à ce qu'ils étaient sous les Romains ; la 
campagne de Rome allait être plantée. Ce sont de 
pareils traits qui font illusion aux Italiens sur 
l'homme atroce. 

Pérouse, 29 mars. — A notre sortie de Pérouse, 
un ministre du saint Evangile, anglais, élève pieu- 
sement les yeux au ciel, et fait le vœu que la terre 
s'entr'ouvre pour engloutir les habitants de Naples 
et de Rome, cela très sérieusement. Pourquoi ne 
pas voir que la civilisation s'arrête à Florence ? 
Rome et Naples sont des barbares habillés à l'eu- 
ropéenne. Il faut voyager là comme en Grèce ou 
dans l'Asie Mineure, seulement avec plus de précau- 
tions, les Turcs étant beaucoup plus honnêtes que 
les Européens de Naples ^. 

Florence, 30 mars. — Je sors d'Eçelina, chantée 
par les Monbelli. Cette musique divine a chassé 
tout le noir que m'avaient donné mes compagnons 



1. Un homme pense avec Pope que the proper study of 
man is mankind ; il note les diverses dispositions morales 
des peuples. Souvent, à ses yeux, ces dispositions sont des 
symptômes de maladie morale. Accusera-t-on le médecin de 
partager les maladies qu'il observe ? Si le hasard lui fait 
rencontrer des jacobins, l'accusera-t-on de penser comme 
Marat, parce qu'il dit : « Là il y a des jacobins »? * 



148 STENDHAL 

de voyage anglais et la politique. Soirée délicieuse, 
quoique je fusse Lien fatigué. 

31 mars. — D'ordinaire, l'on entend de la musique 
sublime mal chantée. \J Evelina est une anecdote 
d'Ossian, revêtue d'une musique imitée de Rossini 
par Coccia et assez commune, mais si divinement 
chantée qu'elle atteint aux plus grands effets que 
puisse produire cet art. 

Esther Monbelli est la fdle du roi d'une des îles 
d'Ecosse. Il la marie au chef d'une île voisine, guer- 
rier sanguinaire et puissant, et lui ordonne d'oublier 
le jeune Sivar. Anna Monbelli, qui fait le jeune 
amant, débarque ; il est surpris par son rival et 
condamné à mort ; les amants ont une entrevue. 
Anna Monbelli chante à sa sœur : 

Non è vero, mio ben, ch'io mora, 
S' io rwwo in te. 

Ce sont les mouvements les plus beaux et les plus 
tendres d'une âme généreuse qui va à la mort, 
peints avec une fidélité, et je dirais même une clarté 
dont je n'avais pas d'idée : cela seul vaut le voyage 
en Italie. — Je ne sais comment peindre la sensa- 
tion de bonheur vive et profonde dont j'ai été pé- 
nétré. 

Je suis bien intimement convaincu, d'après 
l'exemple de mes Anglais, que, hors de l'Italie, on 
dirait, en voyant les deux Monbelli : « N'est-ce que 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 149 

ça ? » Se méfiant du ])ul)lic, ces pauvres petites 
filles n'auraient plus ces élans sublimes. 

Je les ai vues en société : comme Mozart, elles 
sont bien faibles et bien maigres, et n'y portent 
que du silence et de la modestie. 

7 ai'ril. — Depuis huit jours, mes soirées ne sont 
occupées que d'Ei^elina et du Demetrio e Polihio,. 
où Anna Monbelli chante ces airs divins * : 

Pien di contento il core, 
et 

Questo cor ti giura amore. 

Sa sœur Esther est faite pour les grands mouve- 
ments de passion. La musique n'a tout son charme 
pour moi qu'à la cinquième ou sixième représenta- 
tion. Je cherche à m'expliquer son pouvoir. Ces 
voix me transportent au delà de tout ce qu'il y a 
de commun dans la vie. C'est la pureté de Raphaël 
dans les madones de sa première manière ; souvent 
aussi c'est sa faiblesse. La voix de ces jeunes filles 
n'est pas très forte ; elle produit tous ses miracles 
par la manière dont elle est conduite. Comparées- 
aux cantatrices modernes, c'est le style de Fénelon 
et les phrases de Demoustier. J'ai tout lieu de croire 
que c'était la méthode en vogue il y a trente ans, 
quand la musique régnait en despote sur tous les 
cœurs. J'ai entendu une fois l'inimitable Pacchia- 

RoME, Naples et Florence, II 10. 



150 STENDHAL 

rotti, j'ai reconnu le style des Monbelli. Elles ont eu 
pour maître leur père, qui est encore ce célèbre 
Monbelli que nous trouvons dans les anciens voyages 
en Italie ; il a la faiblesse de cbanter. La musique de 
Demetrio e Polibio est de Rossini et de lui. 

8 avril. — - Conversation dans la loge de la Ghita 
(car c'est ainsi qu'on appelle en Italie les plus grandes 
dames par leur nom de baptême) avec monsignore 
Louis de Brème *. 

Le philosophe qui a le malheur de connaître les 
hojnmes méprise toujours davantage le pays où il a 
appris à les connaître. Le patois de mon pays me 
présente toutes les idées basses : un patois inconnu 
n'est pour moi qu'une langue étrangère. Ce second 
principe rend beaucoup d'Italiens injustes envers 
leur patrie, surtout les âmes généreuses. Au pre- 
mier aspect, l'étranger pourrait les croire haineuses, 
mais elles ne haïssent que par excès d'amour. 
L'avilissement de ce qu'elles adorent leur fait jeter 
un cri. 

10 a<;>ril. — Je viens de me promener trois heures 
aux Cascine avec des gens d'esprit. Je les ai fuis 
pour ne pas perdre mes idées. 

Au xiv^ siècle, plusieurs pays d'Italie, Venise, 
Florence, Rome, Naples, Milan, le Piémont, par- 
laient des langues différentes. Le pays qui avait la 
liberté eut les plus belles idées, c'est tout simple, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 151 

et sa langue l'emporta. Malheureusement ce vain- 
queur n'extermina pas ses rivaux. La langue écrite 
de l'Italie n'est aussi la langue parlée qu'à Florence 
et à Rome. Partout ailleurs on se sert toujours de 
l'ancien dialecte du pays, et parler toscan dans la 
conversation est ridicule. 

Un homme qui écrit une lettre ouvre son diction- 
naire, et un mot n'est jamais assez pompeux ni 
assez fort. De là, la naïveté, la simplicité, les 
nuances de naturel, sont choses inconnues en ita- 
lien ^. Dès qu'un homme a des sentiments de ce 
genre, il écrit en vénitien ou en milanais. On parle 
toujours toscan aux étrangers ; mais, dès que votre 
interlocuteur veut exprimer une idée énergique, 
il a recours à un mot de son dialecte. Les trois quarts 
de l'attention d'un écrivain d'Italie portent sur le 
physique de la langue. Il s'agit de n'employer 
aucun mot qui ne se trouve dans les auteurs cités 
par la Crusca. Le diable, c'est lorsqu'il faut expri- 
mer des idées inconnues aux Florentins du xv^ siècle. 
Les écrivains d'Italie tombent alors dans le ridi- 
cule le plus outré. M. Botta, dans son Histoire 
d'Amérique, dit toujours : Il convento de" Domeni- 
cani (le couvent des Dominicains), pour le congrès 
des habitants de la Dominique. 

On n'a jamais de feu qu'en écrivant la langue 

1. Excepté les anciens historiens toscans : Istorie Piafo- 
lesi, Vie de Castruccio ; Ammirato, Cronica Sanese, Cronica 
Pisana ; les trois Villani, Capponi, Buoninsegni, Fiorlifiocca. 



152 STENDHAL 

qu'on parle à sa maîtresse et à ses rivaux. Pour 
«omble de maux, l'un des deux pays où le toscan 
est indigène, Rome, est condamné depuis trois 
siècles à une enfance éternelle. Même pour les livres 
de philosophie, ne pas écrire la langue qu'on parle 
est un immense désavantage ; plus de clarté. 

On ne peut parler vite en italien, défaut irrémé- 
diable. En second lieu, cette langue est essentielle- 
ment obscure : d'abofd parce que, depuis trois 
siècles, personne n'a d'intérêt à écrire clairement 
sur des sujets difiiciles ; ensuite parce que chacune 
des langues vaincues a apporté des synonymes à la 
langue triomphante, et Dieu sait quels synonymes ! 
Ils ont souvent des sens opposés. En croyant parler 
italien, les gens des provinces parlent encore leur 
dialecte. Les choses les plus simples ont des noms 
différents. Une rue s'appelle via à Rome, à Florence 
strada, à Milan contrada. Villa, à Rome, veut dire 
maison de campagne ; à Naples, ville ; bien plus, 
les tournures par lesquelles on exprime les nuances 
de sentiment tout opposées : un ami, à Milan, me 
disait tu, à Rome i'oi, à Florence lei. Si mon ami de 
Milan m'eût dit voi, j'en aurais conclu qu'il était 
brouillé avec moi. 

Alfieri lui-même a écrit dans une langue morte 
(pour lui ^) ; de là ses superlatifs, et il est venu for- 

1. Ed. io gliel dico, clie il verho vagire 

Non è di Cnisca ; iiso il Salvin vagito ; 
Ma ad ogni modo vagir non si puô dire. 

Sat. / Pedanti. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 153 

tifier l'enflure dont on a vu la cause. Il faut ajouter 
qu'un Vénitien, un Bolonais, un Piémontais, mettent 
le plus vif amour-propre à bien écrire le toscan. 
Pour comble de ridicule, les écrivains sérieux étu- 
dient le toscan dans les Canti carnavaîescJii, dans la 
Tancia de Buonarroti, et autres livres qui amu- 
saient la plus vile canaille de la république de Flo- 
rence. C'est comme si Montesquieu avait emprunté 
le langage des perruquiers de Paris ^. 

Un Vénitien, un Bolonais, écrivent des mots ita- 
liens, mais les tournures sont de leur pays. Cela m'a 
été démontré ce soir par deux ou trois cruscanti 
(puristes). Les plus sensés ont emprunté la clarté de 
la langue française ; ceux-ci sont les plus méprisés ; 
par exemple, VHistoire de Toscane de Pignotti, le 

1. M. Botta, magistrat cligne de la considération de l'Eu- 
rope, et qui, après avoir régné, n'a pas mille écus de rente, 
écrit Virnbeccare et î7 date la spogliazza pour predare. 

Il parle des ghiribizzatori che vanno girandoUindo arzigogoli 
per trar la pecunia dalla horsa del popoïo. 

Il écrit conficcare et ribadire pour dire oslinazioiic, pecunia 
pour moneta, il moiniere pour il corligiano, tamburini pour 
parlamentari, petizio)ii injlammalive pour acriiti sediziosi, il 
ben voglieiile pour beuevolo, linjuocolare pour inaspriie, con- 
jortarsi cogli aghelti pour conjortarsi con baje, et enfin le 
parte deretane dell'isola pour le nord de l'île. A tout moment 
la pensée, qui veut être imposante, se revêt des mots les plus 
bas. Je crains que ce ridicule ne soit trop fort pour le 
xix^ siècle. Je n'ai garde de parler des phrases de trente 
lignes ; M. Botta me répondrait qu'on voit bien que je suis 
étranger, et que les Italiens ont d'autres poumons que 
nous. Je dirais même à nos grands écrivains de France : quoi 
de plus absurde que de vouloir innover dans une chose qui 
ne peut être que de convention ! 



15^ 



STENDHAL 



seul livre qui, depuis Alfieri, puisse supporter la tra- 
duction. Au contraire, ils portent aux nues les Nuits 
romaines et la Vie (T Erostrate du comte Yerri, le 
Chateaubriand de l'Italie. 

On voit pourquoi la froideur académique glace 
les livres du peuple le plus passionné de l'univers. 
Ce peuple ^jeut le disputer aux Français pour l'es- 
prit ; et son esprit imprimé serait sifflé même au 
boulevard. Comparé à l'esprit italien, Scarron est 
plein de noblesse ; les dialogues de Fénelon sont 
intraduisibles en toscan : rien de plus aisé que de les 
mettre en vénitien ou en milanais. La prose poé- 
tique de nos grands écrivains du jour, au contraire^ 
est de l'italien tout pur. 

Parler de tout ceci à Florence, c'est justement 
parler de corde dans la maison d'un pendu. Je 
trouve Florence en arrière de la Lombardie : 
d'abord le pretismo, comme on a dit tout le temps 
de la promenade, tyrannise les petites villes : Prato, 
Pistoja, Arezzo, Sienne ; et la Lombardie avait été 
préparée par les suppressions de Joseph II et par le 
comte de Firmian : on voit déjà Beccaria et Parini 
très supérieurs à leurs contemporains de Florence ; 
en second lieu, Florence, département français, a 
révolté avec raison les habitants. L'orgueil de la 
langue fait la moitié des conversations : quoi de 
plus choquant que des affiches en français ! 

Florence n'a donc pas pris ce qu'il y avait de libé- 
ral dans les mesures de Buonaparte ; la Lombardie 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 155 

au contraire. Dans ce moment, il y a vine espèce 
de liberté de la presse à Pise. L'impression de Pi- 
gnotti, qui, emporté par les crimes qu'il raconte, 
va jusqu'à injurier les papes, n'eût pas été tolérée 
à Turin et peut-être à Milan ; mais jamais un Bolo- 
nais n'eût écrit l'histoire des palais de Toscane de 
M. Anguilesi ^. 

Qu'arrivera-t-il de l'Italie ? Question fort difficile. 
Si ce peuple avait promptement les deux Chambres, 
les diseussions parlementaires sauveraient l'italien, 
la littérature de la capitale viendrait à l'appui ; 
sinon, la haine s'envenime tous les jours entre la 
clarté française et la langue du xiii® siècle. La plu- 
part des livres qui se publient sont comme la prose 
poétique de Bernardin de Saint-Pierre ou de 
M. Marchangy, qui serait parsemée de mots gaulois 
exhumés de Ronsard. Un Milanais, homme char- 
mant, que j'ai trouvé chez madame d'Albany, 
m'assurait qu'il est inutile de traduire les livres fran- 
çais pour Milan. On a traduit le Congrès de Vienne, 
duquel on n'a pas vendu vingt exemplaires ; tout 
le monde achetait la contre-façon française de 
Lugano ^. Voilà la maudite clarté française qui 
envahit la Lombardie. 

1. En voir l'extrait dans la Bibliothèque universelle. Exem- 
ple curieux de servilité ! cet auteur flatte les Médicis éteints 
depuis cent ans. 

2. On peut remarquer, en passant, l'avantage d'avoir un 
gouverneur homme d'esjjrit. On se rappelle ce que le livre 
de M. de Pradt contient sur l'Italie et l'Autriche. M. de 



156 STENDHAL 

Ce pays est à un siècle en avant de Rome et de 
Naples, et à trente ans au moins en avant de Flo- 
rence. Dans vingt ans, lorsque les vieillards élevés 
par les jésuites ne seront plus, la nuance sera 
encore plus tranchée ; d'un autre côté, l'on publie 
en milanais des ouvrages du premier mérite ^. 



Saurau n'a pas hésité à en permettre la vente et la traduc- 
tion. On voit bien qu'il n'y a pas de justice en ce pays. 

1. EL DI D' INCŒU 

VISION 

L'éra ona noce di più indiavolaa 

Scur corne in bocca al lofj ; no se senliva 

Una pedana 



E'I pover merilt cJie l'è nnnga don, 

Te me Vhann costringittu là in d'on canton *. 

II y a plus de véritable poésie dans cet ouvrage que dans 
tout ce qu'on a publié en France depuis les Métamorphoses 
de M. Lemcrcier. Jamais satire contre un gouvernement ne 
fut plus sanglante, plus méritée, et, l'on peut dire, plus 
dangereuse. Comme ce poème est aussi frappant par le 
pittoresque de la fiction (l'ombre de Prina apparaît à un 
bourgeois qui traverse le cimetière où il repose, et lui demande 
ce que Milan a gagné à l'avoir assassiné), que par le mordant 
des épigrammes, il s'en répandit deux mille copies en huit 
jourj. 

« Si la police, disait-on, a quelque preuve contre le mal- 
heureux poète, il ira pourrir, le reste de sa vie, dans un 
cachot de Mantoue. » L'auteur, qui est fort jeune, faisait le 
nigaud tant qu'il pouvait dans le monde. Il commençait à 
respirer, lorsqu'un beau jour on arrête deux de ses amiis. 
Ils sont convaincus d'avoir distribué les premières copies de 
l'ouvrage, et vont être punis comme auteurs. Le gouver- 
neur fait alors appeler le pauvre jeune homme, et lui fait 
sentir adroitement l'infamie dont il se couvre en laissant 
conduire ses amis en prison. Il n'hésite pas à tout avouer : 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 157 

Que va donc devenir le pauvre italien tiraillé par 
trois impulsions : l'imitation du Dante et du 
xiii^ siècle, l'amour de la clarté française, le plaisir 
que donnent le naturel et la vivacité de la langue 
indigène ? Il y a au moins (en 1817) vingt patois 
différents en Italie. A Naples, cela va jusqu'à avoir 
des dialectes particuliers pour chaque quartier de 
la ville, tant est grande la sensiblité. Le roi ne parle 
que napolitain ; je trouve qu'il a raison : pourquoi 
ne pas être soi-même ? 

Aucun Italien n'est assez mon ami pour que j'ose 
le consulter sur les réflexions précédentes : c'est 
tout ce qu'il y a de plus délicat. J'ai voulu, chez 
madame ..., à minuit et demi, quand nous n'étions 
plus que sept à huit, donner une tournure littéraire 
à la question. J'ai avancé « que, pour arriver à un 
nouveau Dante, il fallait commencer par semer des 
Delolme et des Benjamin Constant, que jamais 
homme n'a été plus lui-même que le Dante, qu'Al- 
fieri n'était pas lui pour la langue, que même pour 



« J'ai cru, disail-il devant moi, le jour même de l'événement, 
me jeter en prison pour le reste de ma vie ; quelle a été ma 
surprise de voir Son Excellence me dire : « Monsieur le 
« gouverneur est moins méchant que vous ne le croyez ; 
« vous aurez la ville pour prison ; et je m'en vais moi-mêmc 
« demander votre grâce au conseil aulique. » Deux mois 
après, le jeune poète est appelé de nouveau. Il fait ses arran- 
gements, croyant ne plus rentrer chez lui. Il arrive tout pâle 
chez le gouverneur qui lui dit : « Sa Majesté pardonne à votre 
« jeunesse, et vous invite désormais à faire un meilleur usage 
•« de vos talents. » * 



158 



STENDHAL 



les idées il était bien moins lui qu'il ne croyait. » 
J'ai été sifflé en quatuor : quatre personnes sur sept 
parlaient à la fois pour me terrasser ; après m' être 
assuré que l'expérience était impossible, je suis bien 
vite convenu de mon tort. 

Ce qu'il y a d'afïreux, c'est que ce défaut de la 
langue rend le comique impossible. Il n'y a pas de 
tournure affectée qui ne soit naturelle dans quelque 
coin-"-. Il restait la pauvre commedia delV arte, Arle- 

1. Le ton de critique de la Motte, vieilli d'un siècle chez 
nous, serait à cinquante ans en avant de l'Italie. Les plai- 
santeries sur les mots âne, bête, et sur les idées d'argent, 
reviennent sans cesse. Voir les journaux littéraires et les 
pamphlets de 1816 et 1817. On vient de me faire acheter à 
Florence Genovesi, Vico, VLomo morale de Longano ; les 
Saggi politici de Mario Pagano.^qui mourut pour ses opi- 
nions ; le Platone in Italia de M. Cuoco, la Monarchia cos- 
tituzionale d'un professeur de Milan. J'aurais été charmé de 
trouver cela bon. 

Il y a une douzaine de citations latines qui reviennent 
toujours : Quandoque bonus dormitat Homerus... Quousque 
tandem, etc., etc. Voici une phrase qu'on a voulu rendre 
piquante, comme Geoffroy, et qui est toute copiée des tour- 
nures d'esprit de la canaille florentine au xiv® siècle : 

« Ei roda pure i chiavistelli, che i muccini hanno aperto 
gli occhi, e i cordovani sono rimasi in Levante, anzi non è 
più tempo che Berta filava, e i paperi menavan l'oche a 
bere. » 

Tout cela fait allusion à des idées qui avaient été mises 
en vogue par les Romains du xii® siècle. On voit qu'il y a 
de l'érudition. 

Si on rassemble sur une même tablette les meilleurs ou- 
vrages qui ont paru depuis 1770, en anglais, allemand, 
français et italien, on verra qu'avoir posé l'équation c'est 
l'avoir résolue. La littérature italienne est la plus niaise, et 
cependant : 

« La pianta uomo nasce più robusta in Italia che in qua- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 159 

quin et Pantalon * ; les convenances les ont fait pros- 
crire ^. 



Bologne, 12 avril. — Délices du retour à la civi- 
lisation, comme en revenant de province à Paris. 
A ma première question, en arrivant à Bologne : 
« Y a-t-il opéra ? — Oui, monsieur, la Clémence de 
Titus. » Je vole au théâtre ; l'ouverture commence 
comme j'entre. 

Ronconi, dans le rôle de Titus, excellent chanteur, 
la même école que les jMonbclli et Pacchiarotti, 
un accent qui va au cœur ; que n'a-t-il vingt ans de 
moins ! Il est encore fort agréable dans une petite 
salle. La bonté de Titus m'émeut jusqu'aux larmes. 
Quelle tragédie que la Clémence traduite par Ra- 
cine ! Pour moi les modulations de Ronconi expri- 
ment encore mieux la bonté réunie à la puissance 
que l'harmonie des vers de Racine, particulière- 
ment dans ce passage : 

lunque altra terra, gli stessi atroci delitti che vi si commet- 
tono ne sono una prova*. » (Alfieri.) 

Je compte dans mon journal onze anecdotes de gens de 
la haute société qui, depuis cinq ou six ans, ont tué leur 
maîtresse et se sont ensuite donné la mort. Et l'Italie n'a 
pas un roman. Les Lettere di Jacopo Ortis ne sont qu'une 
imitation de Werther. C'est dans la froide Ecosse, et ce 
n'est pas dans la belle Lombardie, que paraissent Waverley 
et les Taies of my Landlord. 

1. Ordonnance de Léopold, grand-duc de Toscane. Voir 
cette mesure préconisée dans les Influeiize morali de Sche- 
done. On jugera du degré de niaiserie où est tombée la litté- 
rature italienne. 



160 STENDHAL 

Questo, o Romani, è fabbricarmi il lempio. 

(Act. I, se. V.) 

Quelques personnes sentiront que si ces paroles 
étaient chantées par une voix de basse, au lieu de 
l'être par une belle voix de ténor, elles perdraient 
ce qu'elles ont de céleste. Un poète qui ferait très 
bien les vers français, et qui ne pourrait inventer la 
tragédie, devrait s'emparer de ce sujet. Il aurait un 
grand succès ; car nous savons tous qu'Auguste 
était un vil coquin. On remplacerait le rôle d'Anio^ 
fade en tragédie, par un Thraséas, un Corbulon, 
quelque vieux général à cheveux blancs, qui ne 
pourrait aimer Titus parce qu'il est empereur, mais 
qui rendrait justice à ses grandes actions. Il aurait 
assez de sens pour voir que la république est im- 
possible, et s'en prendrait aux dieux du désir de 
liberté qui le dévore, sans que son esprit puisse 
trouver les moyens de créer les intérêts qui la font 
naître. Le Titus de Métastase me produit le même 
effet qu'une bonne comédie de VOptimiste* : il ra- 
fraîchit le sang. 

Vitellia, l'Emilie de Corneille, la Bonini, jeune 
élève du Conservatoire de Milan. Elle a du jeu, de 
la méthode, et une assez jolie voix de tête (primo 
soprano), qu'elle conservera, car elle est laide *. 

Paraît enfin Cinna (Sesto) ; c'est ce Tramezzani 
dont j'ai tant entendu parler à Londres, et que je 
n'avais jamais pu voir *. Les femmes anglaises 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



IGl 



■oubliaient toutes les règles de la pruderie en parlant 
de ce Lel homme ; ici le mot : Il fait fureur, serait 
faible ; il est impossible d'avoir une plus grande 
quantité de grâces ; il est toujours en mouvement, 
toujours gracieux jusqu'à l'afféterie la plus outrée. 
Il exprime la haine la plus féroce par les roulements 
d'yeux les plus tendres. Pour moi, j'aime à le re- 
garder, et surtout à regarder les femmes dans les 
loges. C'est un très joli homme de quarante ans, 
qui a encore un peu de voix. Il a besoin de s'échauf- 
fer. Il chante très bien le dernier air du second acte. 
Les dames trouvent sa voix magnifique : elles sont 
de bonne foi. 

Tramezzani fait tout oublier, même la haine. 
C'est une manière de vivre bien flatteuse que celle 
d'un beau chanteur. Il disait ce soir que jouer ne le 
fatigue pas plus que la conversation. La seule néces- 
sité de l'entendre fait cesser les applaudissements ; 
et comme cependant il a quelques jaloux, chaque 
soirée a pour lui l'intérêt piquant d'un drame. 
Je lui ai répondu que si j'avais à choisir, j'aimerais 
mieux être lui que les héros qu'il représente. Ce 
n'était point un compliment. 

20 avril. — Je viens enfin de découvrir un Ita- 
lien qui a un peu de génie original. Le mot imiter 
semble avoir été créé en faveur de ce pays. Depuis 
qu'ils ont laissé refroidir le feu que déposa dans 
leur sein la liberté du xiv^ siècle, et cette jeunesse 

Rome, Xaples et pLonENCE, II 11 



162 STENDHAL 

des âmes sentant le beau après dix siècles de bar- 
barie, circonstance unique et qui ne se présentera 
plus, ils sont tombés dans le dernier degré du 
marasme. Le poète imite le Dante, le prosateur, 
les périodes de Boccace, l'historien, le style de Ma- 
chiavel ^. Mon homme est tout bonnement un 
faiseur de lihretti ^ pour les théâtres. Ordinairement 
ses pièces n'ont que deux représentations, parce 
qu'à la seconde la police les défend. Il a fait rire 
depuis trente ans aux dépens de tous les ridicules 
qui ont paru en Italie. Il commença par se moquer 
des Français qui emportaient des statues. II n'a 
guère de réputation, parce que son genre n'admet 
pas le pédantisme. J'ai failli me faire lapider ce 
soir chez madame M..., en osant dire la moitié 
de ce que je viens d'écrire. J'en pense encore plus. 
Ce génie ignoré * est l'avocat Anelli, de Desenzano. 
Il y a dans sa manière du Dancourt, du Gozzi, 
et un peu du Shakspeare. Les Français, surtout les 
gens moulés sur Laharpe, ne trouveraient que de la 
bouffonnerie la plus basse. Tel est l'excès de notre 
vanité. Nous voulons savoir, avant de rire d'un 
trait plaisant, si les gens de bon ton le trouvent tel. 
Mais V imprévu est la condition principale du co- 
mique. Que faire ? Ne plus rire qu'au théâtre où 
l'on rit sans conséquence *. Voilà tout le secret 



1. Monti, Verri, Botta. 

2. Ce mot vaut mieux que de les appeler des poèmes. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 1G3 

-de la fortune des Variétés. Le peu de comédie qui 
végète encore en France s'est réfugié au théâtre où 
il y a trois cent soixante-cinq nouveautés par an *. 
Le plaisir que les jeunes gens trouvent aux Fran- 
çais n'est pas la joie du théâtre, c'est le plaisir d'un 
cours de littérature bien fait, le plaisir des souve- 
nirs classiques. Ces jeunes gens sont réduits aux 
jouissances des vieux pédants. Jamais un Français 
vulgaire ne comprendra le talent d'Anelli ; c'est la 
muse comique courant des bordées contre la monar- 
chie la plus soupçonneuse. 

N'a-t-il pas eu la hardiesse de se moquer, sous 
Buonaparte, de la nullité du sénat d'Italie ? C'est là 
tout le secret des longues scènes de Papatacci dans 
Vltaliana in Algeri ^. 

Aujourd'hui, il vient de tourner en ridicule 
Tramezzani au milieu de son triomphe dans ce joays ; 
c'est un trait d'esprit, mais c'est encore plus un 
acte de courage. Telle femme le haïra encore dans 
dix ans. 

A en juger par mes Anglais, les étrangers quittent 
l'Italie sans même se douter des mœurs de ce pays. 
Ceux qui commenceront à les entrevoir doivent 
lire Vopera buffa en un acte intitulé / Virtuosi di 

1. Mangiar, hère e lasciar fare. 

On passe ces scènes à Paris, où d'ailleurs ce pauvre opéra 
est gâté de toutes les manières. En 1816 il était donné à 
Milan avec une pompe orientale. Il fallait voir Galli dans le 
rôle du Bey, Paccini Kaïmakan et la Marcolini dans Vlta- 
liana *. 



164 STENDHAL 

teatro. Ce sont les mœurs des coulisses d'Italie. 
Cela n'a nul rapport avec nos théâtres, les troupes 
ici ne durant jamais que trois mois. Dans la farce- 
d'Anelli, le frère de la première danseuse a une dis- 
pute avec le père de la prima donna. Il reste seul 
avec celle-ci, qu'il trouve jolie. Pour faire connais- 
sance, il lui propose de chanter un duo de l'opéra 
célèbre VEroe smorfioso (le Héros doucereux). Ici 
commence la plus drôle de critique du héros Tramez- 
zani. Il était, ce soir, dans une loge, faisant bonne 
mine contre mauvais jeu. Paccini, qui fait l'amou- 
reux de la cantatrice, imite jusqu'aux moindres 
gestes du héros. A un passage très pathétique,. 
il s'interrompt pour dire à sa belle : « Ici, ma chère, 
je te montre les dents, ne pouvant te montrer mon' 
âme. » C'est qu'une des grâces les plus répétées de 
Tramezzaui consiste à découvrir des dents superbes. 
Je crois que de ma vie je n'ai tant ri. La musique 
est de Mayer. Les Virtuosi di teatro alternent avec- 
la Clémence de Titus. Les femmes sont furieuses, 
et peut-être communiqueront-elles leur colère à la 
police. A Paris, une plaisanterie n'est qu'une plai- 
santerie ; chez un peuple étiolé j)ar la monarchie- 
absolue, un homme qui souffre la plaisanterie, est 
un homme que le pacha abandonne, est un homme 
perdu. 

21 avril. — La Clemenza di Tito, pour la dernière 
fois. Au total, faible contre-épreuve du génie de: 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 165 

Mozart. Je revois avec plaisir que ce grand homme 
n'a pas toujours eu un style tendu, comme nos 
tragiques ennuyeux. Il y a plusieurs motifs gais. — 
Il est des âmes que le moindre appareil effarouche, 
et que Vopera séria ennuie. Elles ne sympathisent 
avec le tendre que lorsqu'il vient après le comique. 
Michaut les fait toujours pleurer dans Henri V. 

22 m'ril. — Comment parler musique sans faire 
l'histoire de mes sensations ? On me les niera. Je 
pense que mes adversaires seront souvent de bonne 
foi ; tant pis pour eux. 

23 ai'ril. — La haute société de Bologne a un peu 
de la couleur de celle de Paris ; elle est animée par 
quelques-uns de ces êtres charmants qui offrent 
la réunion si rare de l'esprit, de la beauté et de la 
gaieté. Madame Martinetti ferait sensation, même 
à Paris. 

24 ai'ril. — En France, les gens de province n'en- 
tendent pas raison sur la înoralité de Vendrait ^. 
L'on est un peu moins bête en Italie : c'est la gloire 
de la wille qu'il est sacrilège de diminuer par la 
moindre critique. J'ai voulu suivre cette idée dans 
le salon de madame M... avec des gens qui se 



1. Procès de mademoiselle Aniche, de Bordeaux, contre 
ie Mercure (juin 1817). 

Rome, ^»aples et Florence, II 11. 



166 STENDHAL 

t 

prétendent philosophes ; j'ai vu que les nations 
sont entre elles comme les jeunes gens riches mal 
élevés. Les Italiens sont, de plus, perdus de flatterie 
par les patriotes à la de Belloy (voir la Biblioteca 
italiana de Milan). De cinquante ans cette nation 
ne souffrira la vérité. Je ne crois pas qu'elle trouve 
beaucoup de voyageurs qui l'aiment autant que 
moi, et, ce soir, toutes les mines me regardaient 
comme ennemi *. 

30 avril. — Je viens de passer quatre jours en 
viUeggiatura, chez le prince V.... 

Les maris n'ont pas en Italie la centième partie 
de la jalousie de ceux de France. Je n'ai pas pu 
découvrir la cause du sigisbéisme autre part que 
dans la nature. Quelques philosophes, qui étaient 
avec nous, m'ont dit qu'à la fin du moyen âge, 
quand il y eut en Italie des foules de petits tyrans 
cherchant à donner de la dignité à leur cour en 
singeant l'étiquette espagnole, les particuliers riches 
prirent d'eux l'usage de donner un écuyer à leurs 
femmes. 

Oserai-je joarler du fond des mœurs ? Suivant 
les récits de mes camarades, je crois qu'il y a autant 
de maris malheureux à Paris qu'à Bologne, et à 
Berlin qu'à Rome. Toute la différence, c'est qu'à 
Paris l'on pèche par vanité, et à Bologne à cause du 
soleil. Je ne trouve d'exception que dans les classes 
moyennes en Angleterre, et dans toutes les classes 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 1G7 

de Genève. Mais, ma foi ! la compensation d'ennui 
est trop forte ; j'aime mieux Paris, Oh gai ! 

1^^ mai. — Je descends de cheval ; on en trouve 
de très bons à louer dans ce pays, petits et de mau- 
vaise mine, mais malins, méchants et d'une rapidité 
charmante. Je viens de San Michèle in Bosco. 
C'est un couvent situé dans une position pittoresque, 
comme tous ceux d'Italie ; ce vaste édifice couronne 
la plus jolie des collines couvertes de bois, auxquelles 
Bologne est adossée ; c'est comme un promontoire 
ombragé de grands arbres qui avance sur la plaine. 
Mes amis m'ont conduit là pour voir les anciennes 
peintures de l'école de Bologne ; ils mettent un 
grand prix à la priorité dans les arts ; ils veulent, 
à ce qu'il m'a paru, détrôner Cimabue, le plus 
ancien barbouilleur de l'école de Florence. Dieu vous 
garde de jamais voir ses ouvrages ! 

Nous trouvons sur cette colline cet air frais, 
Vaura de Procris, dont on ne peut connaître le 
charme que dans les pays du Midi. Couchés sous de 
grands chênes, nous goûtons en silence une des 
vues les plus étendues de l'univers. Tous les vains 
intérêts des villes semblent expirer à nos pieds ; 
on dirait que l'âme s'élève comme les corps ; 
quelque chose de serein et de pur se répand dans 
les cœurs. 

Au nord, nous avons devant nous les longues 
lignes des montagnes de Padoue, couronnées par 



168 STENDHAL 

les sommets escarpés des Alpes, de la Suisse et du 
Tyrol. Au couchant, l'immense océan de l'horizon 
n'est interrompu que par les tours de Modène ; 
à l'est, l'œil se perd dans des plaines sans bornes ; 
elles ne sont terminées que par la mer Adriatique 
qu'où aperçoit les beaux jours d'été * au lever du 
soleil ; au midi, autour de nous, sont les collines 
qui s'avancent sur le front de l'Apennin ; leurs 
sommets couverts de bouquets de bois, d'églises, 
de villas, de palais, déploient la magnificence des 
beautés de la nature, secondée par ce que les arts 
d'Italie ont de plus entraînant. Le bleu foncé de 
l'atmosphère n'était altéré, par quelques légers 
nuages d'une éclatante blancheur, que tout à fait 
à la ligne de l'horizon. 

Nos cœurs, pleins d'émotion, jouissaient en si- 
lence de tant de beautés, quand tout à coup un de 
nos compagnons se lève, et, du ton le plus impé- 
tueux, récite le sonnet suivant, fait par un habitant 
de Bologne, à la première nouvelle du passage du 
Saint-Bernard par Varmée de réserve : 

SONNET 

Vidi V Italia col crin sparso, incolto. 
Cola dove la Dora in Po déclina, 
Che sedea mesta, e avea negli occhi occollo 
Quasi un orror di servitù vicina. 

Ne V altéra piangea : serbava un volto 
Di dolente bensi, ma di reina ; 
Tal forse appar^'e allor, che il piè discioUo 
A' ceppi offri la libertA latina. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE IGD 

Poi sorger lieta in un balen la i'idi, 

E fiera ricomporsi al fasto usato, 

E quinci, e quindi minacciar pin lidi. 

E s' udia l'Apennin per ogni lato 
Sonar d' applausi, e di jestosi gridi : 
Italia, Italia, il tuo soccorso è nalo ^. 



Et des cris se sont fait entendre sur cette der- 
nière branche de l'Apennin, mais combien diffé- 
rents de ceux de 1800 ! Les Italiens ont raison, 
Marengo avança d'un siècle la civilisation de leur 
patrie, comme une autre bataille * l'a arrêtée pour 
un siècle. 

Un prince de Bologne, croyant à la délivrance de 
l'Italie par Murât, leva en vingt-quatre heures 
un régiment de quinze cents hussards, dépensa 
deux cent mille francs, l'équipa en trois jours, 
et le quatrième, était en ligne à la tête de sa troupe. 

Cela, et le refus de la loi sur le timbre à Buona- 
parte dans tout l'éclat de sa puissance, sont des 
traits que la France n'égalera jamais. 

2 mai. — Ce soir, en revenant du concert de 
madame G..., où Yelluti a chanté, j'ai reçu les 
confidences d'un de mes nouveaux amis ; il vient 
de me tenir, sous ces beaux portiques qui con- 
duisent au théâtre, jusqu'à deux heures du matin. 
Il y a un an qu'il a quitté sa maîtresse ; il se déses- 

1. Recueil du P. Ceva, p. 264. Manfredi *. 



170 STENDHAL 

père et ne peut l'oublier ; il se plaisait à me raconter 
les moindres circonstances de leurs amours. J'ad- 
mirais qu'un homme de trente-cinq ans, riche, 
bien fait, militaire, pût avoir tant de faiblesse ou 
tant d'amour : rien de plus commun en Italie, 
Il se couvrira de ridicule, du moins dans nos idées 
françaises, en reprenant sa maîtresse, et il la repren- 
dra ou il mourra fou. Elle, piquée de l'éclat d'une 
rupture où il n'avait que trop raison, le fera passer 
par les conditions les plus dures. J'ai déjà rencontré 
sept à huit de ces désespoirs. Il me semble que 
cela donne de la dignité à l'amour italien. 

Comme un roman n'est intéressant qu'autant 
qu'on a le temps de le raconter tout au long, et que 
je meurs de sommeil, je n'écrirai que ce qui est 
observation philosophique : 

1° Rien n'égale l'air froid et simple de cet homme 
qui me parlait, et a fait des folies inouïes en amour 
et à la guerre. On ne concevra jamais à Paris la 
bonhomie de la société italienne, et particulièrement 
l'air simple des militaires. Cette vanterie égoïste 
et grossière, que nous appelions blague, parmi les 
officiers subalternes des régiments, et qui donnait 
tant d'avantages, y est absolument inconnue. 

2° Un étranger qui a passé par une grande ville 
d'Italie est moins connu par son nom que par celui 
de la dame qu'il servait. Essere in servitù est le mot, 
comme amicizia pour : amour, et awicinare una 
donna pour : lui faire la cour. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 171 

3'' L'homme qui a fait le malheur trop évident 
de mon ami est un Florentin ; s'il lui faisait 
une scène, jamais leur maîtresse ne le reverrait. 
Mon Bolonais me disait : « Etes-vous allé à Florence ? 
au petit théâtre d^Ogni Santi ? — Oui. — Y êtes- 
vous allé un jour où Stenterello jouait ? — Certai- 
nement. — Avez-vous remarqué ce caractère ? 
C'est l'homme le plus mince et de la figure la plus 
sèche que vous ayez jamais vu ; il arrange avec 
toute l'élégance possible son habit troué ; le prin- 
cipal fondement de sa cuisine, ce sont des tranches 
de concombre à la glace ; du reste, vaniteux comme 
un Castillan, peu lui importe de mourir de faim, 
pourvu qu'on ne le sache pas. Si on ne lui donne pas 
de Vella ^ *, il est au désespoir. Surtout, il est beau 
parleur et se pique de ne s'exprimer que dans les 
termes les plus toscans. Il lui faut trois phrases 
pour vous demander quelle heure il est. Les Flo- 
rentins vous ont dit que c'est le caractère du peuple 
de leur pays ; la vérité est que c'est celui de toute la 
nation. Par exemple. M, ..., etc. » 

Cette sortie de mon amant malheureux m'a fait 
rassembler plusieurs observations faites à Florence. 
Tous les Florentins sont maigres ; on les voit au 
café faire leur unique déjeuner avec un verre de 
café au lait et le petit pain le plus exigu, ce qui leur 



1. La plus respectueuse des quatre manières d'adresser 
la parole : Tu, voi, lei, et à Florence : ella *. 



172 STENDHAL 

coûte trois gratz (vingt et un centimes). Le soir, 
chez Vigne, ils dînent pour deux paules et demi ou 
trois paules (le paule vaut cinquante-cinq centimes). 
Leur manière de se vêtir a quelque chose de singu- 
lier ; c'est plutôt un habit bien brossé qu'un habit 
neuf. Rien chez eux qui ne respire l'économie 
la plus sévère. En tout c'est l'opposé des Milanais : 
jamais de ces faces épanouies et heureuses. A Milan, 
la principale affaire est de bien dîner ; à Florence, 
de faire croire qu'on a dîné. On cite par la ville 
beaucoup de gens qui vont à la cour et qui dînent 
en famille avec deux plats ; mais l'ambassadeur 
d'aucune puissance, à Paris, n'a autant de galon sur 
les habits de ses gens. 

Les Français qui étaient à Florence avaient fait 
enseigner au limonadier du café militaire, vis-à-vis 
la statue équestre, à faire la bistecca (le bifteck) ; 
ils allaient y déjeuner. Le peuple les voyait manger 
de la viande dès le matin et dépenser magnifique- 
ment vingt-trois sous. Rien n'a peut-être plus con- 
tribué à faire respecter les Français *. J'ai encore 
trouvé dans Florence le proverbe : Gran Francesi, 
grandi in tutto. Un Florentin se rappelle, au bout 
d'un an et avec reconnaissance, que vous lui avez 
fait accepter une tasse de chocolat. Cette excessive 
économie s'explique fort bien par l'histoire. Flo- 
rence, dans le moyen âge, fut immensément riche 
par le commerce ; de république agitée, elle devint 
monarchie absolue, perdit son commerce, et garda 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 173- 

son économie, la première vertu du commerce. 
La Florence d'aujourd'hui est un port ouvert aux 
gens ruinés. Venise est bien plus gaie et bien plus- 
aimable, mais il faut s'accoutumer à n'avoir pour 
toute })romenade que des rues larges de quatre 
pieds, et un jardin uni((ue, grand comme les deux 
tiers des Tuileries. 

3 }nai. — J'ai à me confesser d'une grande erreur.. 
L'étranger qui ne voit d'abord que les littérateurs 
et les gens qui passent pour des esprits, est étonné 
de la sottise de ce peuple. Au contraire, il n'y a rien 
de si fin et de si spirituel au monde. Les gens 
d'esprit sont ceux qui n'en font pas métier. Dès 
qu'ils veulent se cultiver, ils deviennent pédants. 
Des jeunes gens étonnants par la finesse et la saga- 
cité de leur esprit forment des collections d^auteiirs 
classiques, c'est-à-dire cités par la Crusca, et leur 
grande affaire devient de ne plus employer de mots- 
dans la conversation, qu'ils ne puissent montrer 
dans les Cantl carnawaleschi ou autre platitude 
imprimée au xv^ siècle. Au premier abord, il vous 
faut essuyer toute cette science. C'est là que mon 
courage m'avait abandonné à mon premier pas- 
sage ; depuis, j'ai découvert que, quand ces gens-là 
sont naturels et ne veulent plus faire d'esprit, ils 
sont divins. 

L'esprit, à Paris, manque de sagacité et s'allie 
souvent à la badauderie sur les grandes questions 



174 STENDHAL 

de la vie ; il veut trop paraître. Un de nos petits 
auteurs, charmant le premier jour, montre le tuf* 
dès le second. En un dîner il vous parle de tout ce 
dont on peut parler. Ici, un jeune homme distin- 
gué, pédant le premier jour, est enchanteur dès 
qu'il ne songe plus à l'être. Les satires de Voltaire 
sont plates, si on les compare aux petits poèmes sati- 
riques qui ont couru en ces derniers temps, à Bo- 
logne, Venise, Milan : c'est la naïveté et la force 
de Montaigne réunies à l'imagination de l'Arioste. 

4 mai. — H y a ici sept à huit Polonaises char- 
mantes. Pour moi, c'est l'idéal des femmes. Elles 
courent les peintures toute la journée ; elles ont 
imaginé de se faire faire un cours de peinture par un 
Danois qui, malheureusement, paraît beaucoup 
trop aimable à la plus jolie d'entre elles. Le lieu des 
leçons est la galerie de cet aimable comte Mares- 
calchi que nous avons vu nous donner de si jolies 
fêtes dans sa maison des Champs-Elysées. Je suis 
allé aujourd'hui à ce cours, non pas à cause du 
professeur ; mais, pour me mettre bien avec lui, 
je lui ai demandé la copie de sa leçon. Après avoir 
lu cinq ou six pages d'écriture, il s'est mis à nous 
expliquer les très beaux tableaux de i\L Mares- 
calchi *. L'appartement dont se compose la galerie 
est garni de meubles de Paris, et il y a une chambre 
où l'on ne voit que des chefs-d'œuvre. 

« Vous savez que l'école de Florence se reconnaît 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 175 

à un dessin hardi, qui, sur les pas de Michel-Ange, 
outre un peu la partie saillante des muscles. 

« Raphaël eut l'expression, le dessin, l'imitation 
de l'antique. Sa perfection est dans les figures 
d'apôtres et de vierges. Il fut un peu froid et un 
peu sec dans les commencements, comme le Pé- 
rugin, son maître. Le Frate lui apprit le clair-obscur, 
où il fut toujours faible. Ce fut une grande âme. 

« Le Corrège a la grâce séduisante, le clair-obscur, 
les raccourcis ; son âme était faite pour réinventer 
l'antique ; mais il l'a peu imité *. Ses tableaux, 
chefs-d'œuvre de volupté, sont à Dresde et à Parme. 

« Le Titien et tous les Vénitiens, ont la vérité de la 
couleur. Giorgione, grand homme, moissonné à l'en- 
trée de sa carrière, en eut l'idéal. 

« L'école de Bologne est presque, dans tous les 
genres, la perfection de la peinture. 

« Le Dominiquin eut l'expression, surtout des 
affections timides, le coloris, le clair-obscur, le 
dessin. Pour l'expression, après Raphaël et lui, vient 
le Poussin. 

« Le Guide, âme française, eut la beauté céleste 
dans les figures de fenmies. Ses ombres peu 
fortes, sa manière suave, ses draperies légères, ses 
contours délicats, forment un contraste parfait 
avec le style de Michel-Ange de Caravage. 

« Le Guerchin fut un ouvrier doué d'un singulier 
coup d'oeil pour rendre le clair-obscur. Il copiait 
tout simplement les paysans du bourg de Cerito, 



176 STENDHAL 

OÙ il travaillait à la toise. Ses figures semblent se 
détacher de la toile, et conviennent aux gens qui 
Jouent, dans la peinture, V illusion. 

« La galerie Farnèse, de Rome, met Annibal Car- 
rache au rang des plus grands peintres. Beaucoup 
de gens disent : Raphaël, le Corrège, Titien et Anni- 
bal. A Bologne, on lui préfère Louis Carrache. 

« L'Albane, homme froid, a bien peint les enfants 
et les corps de femmes, mais non leur âme ; il n'en 
avait pas, l'envie l'occupa beaucoup. * » 

6 mai. — Nous sommes allés, trois voitures, 
à Correggio, pour visiter la patrie du grand homme. 
Tout ce que nous avons trouvé de lui, ce sont ses 
madones avec leurs beaux yeux si tendres, qui 
courent les rues déguisées en jeunes paysannes. 
Je me suis aperçu que je passe à Bologne pour sou- 
verainement illibéral. La chute du tyran n'a pas 
valu à l'Italie notre admirable constitution de 1814, 
chef-d'œuvre de génie et de bonté dont les nations 
étrangères savent admirer l'auteur, mais le réta- 
blissement de toutes les vieilleries. Voilà pourquoi 
l'homme souverainement dissimulé, qui abhorrait 
tant la liberté qu'il n'a pas su se parer de ses cou- 
leurs, même lorsqu'elle était son seul moyen de 
salut, trouve encore des partisans en Italie, parmi 
les amants passionnés de cette liberté * : les Ita- 
liens d'une certaine portée m'ont souvent répété 
que les plus bas des hommes étaient les gens de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 177 

lettres ^. Ils partent de là pour négliger tous les 
livres et l'étude du mécanisme de la liberté. Ils 
s'imaginent qu'un ange la leur apportera un beau 
matin. 

Beaucoup de jeunes gens, voyant la Chambre des 
pairs d'Angleterre appuyer aveuglément le minis- 
tère qui s'est moqué d'eux à Gênes, rêvent encore 
à la république. C'est là ma grande dispute * avec 
eux. Le plus sûr chemin du despotisme militaire, 
c'est la république. Pour avoir une république, il 
faut commencer par se faire île. Parmi les modernes 
si corrompus, le rouage le plus nécessaire à la liberté, 
c'est un roi : voyez Berne. 

Si je savais un coin du monde où l'on ne parlât 
pas plus politique qu'en 1770, j'y volerais, fût-il 
aussi loin que les jardins d'Armide. Notre partie, 
toute composée de jeunes femmes et de militaires, 
a tourné à la politique ; c'est-à-dire qu'au lieu de 
rire et de profiter de nos beaux jours, nous avons 
eu le plaisir de nous indigner. 

8 moi. — Veut-on le portrait des belles miladys 
que nous avons ici, fait de main de maître ? 

« Milady R... a vingt-six ans, elle n'est pas vi- 
laine ; elle est très douce et assez polie, et ce n'est 
pas sa faute de n'être pas plus amusante ; c'est 

1. Cela n'est pas exact : ce sont les hoiizards de la liberté, 
ils sont tous les jours au feu ; il faut bien qu'ils reculent 
quelquefois. 

ROME, NaPLES et FlORENCE, II 12 



178 STENDHAL 

faute d'avoir rien vu, car elle a du bon sens, n'a 
nulle prétention et est fort naturelle ; son ton de 
voix est doux, naïf même et un peu niais. Si elle 
avait vécu en France, elle serait aimable. Je lui 
fais conter sa vie ; elle est occupée de son mari, de 
ses enfants, sans austérité ni ostentation : si elle ne 
m'ennuyait pas, elle me plairait assez. » 

9 mai. — Admirables portraits de M. Palagi. 
Un écuyer du roi d'Italie, banquier millionnaire, 
s'est fait peindre en écuyer *. Le gouverneur l'a 
mandé et tancé vertement ; à quoi l'autre a ré- 
pondu qu'il était maître de se faire peindre avec 
tel habit qu'il voudrait, et que d'ailleurs il ne rou- 
girait jamais du costume rappelé par son portrait. 

10 mai. — Rien ne peut distraire les Italiens et 
surtout les Bolonais, de leur politique enragée, 
qu'Alfieri. J'ai passé la soirée avec deux personnes 
qui ont vécu avec lui dans l'intimité, ou plutôt, 
car sa hauteur ne permit jamais l'intimité, qui l'ont 
vu très souvent les dernières années de sa vie. 
L'un de ces messieurs lui ressemble ; et avec beau- 
coup de grâce, car il était malade, il nous a donné 
pendant un quart d'heure une représentation 
d'Alfieri ; c'est un grand homme maigre, à cheveux 
rouges ; sa physionomie, ses yeux surtout, sont 
d'un dictateur de Rome. Il est entré dans le salon, 
et, à tout ce qu'on a pu lui dire, n'a répondu qu'en 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 179 

siiïlant. Tout le monde se récriait sur l'étonnante 
ressemblance. 

Quand le comte Neri est rentré, il nous a conté, 
entre cent traits d'originalité, de hauteur et d'en- 
nui, que le comte Alfieri ayant été présenté à ma- 
dame d'Albany, à la galerie de Florence, remarqua 
qu'elle s'arrêtait avec plaisir devant un portrait de 
Charles XII ; elle dit même que l'uniforme singulier 
de ce prince lui paraissait extrêmement bien. 
Deux jours après, Alfieri parut dans les rues de 
Florence exactement vêtu et coiffé * comme le 
monarque suédois, à la grande consternation des 
paisibles habitants. 

Le comte Neri, quoique soumis en apparence à 
toutes les faiblesses des mœurs italiennes, ou, pour 
parler clair * (car pourquoi diable me gênerais-je ?), 
quoique le plus esclave des cavaliers serventi, 
et pour une femme qui le trompe assez souvent, 
est un philosophe. Probablement, il en sait autant 
que nous sur sa maîtresse ; mais telle qu'elle est, 
avec tous ses défauts, c'est encore pour lui la femme 
la plus aimable de la terre, et rien ne pourrait rem- 
placer le bonheur de passer avec elle huit heures 
de toutes ses journées ; d'ailleurs, le mari est le 
meilleur garçon d'une ville qui est pleine de gens 
de ce caractère. Je comprends fort bien le bonheur 
du comte Neri, et, malgré la vanité française, 
j'échangerais volontiers mon sort contre le sien : 
sa maîtresse est une des plus jolies femmes d'Italie, 



180 



STENDHAL 



et si capricieuse, avec des fantaisies si étranges et si 
gaies, qu'il faudrait être bien sot pour trouver 
l'ennui auprès d'elle. 

Le comte Neri m'a pris en particulier, au fond 
du jardin, pour que je lui fisse le récit de la campagne 
de Moscou, la carte sous les yeux. J'ai pris avec 
moi deux officiers qui avaient été là-bas. Je lui ai 
dit qu'il n'y avait rien eu de si simple, et que ce 
n'était qu'à Paris que j'avais commencé à me figurer 
que je venais d'échapper à un grand péril. Tant 
que nous sommes morts de faim jusqu'à la Bérésina, 
il ne faisait pas trop froid : dès qu'il a gelé à pierre 
fendre, nous avons trouvé de quoi vivre dans les 
villages polonais. Du reste, si le prince Berthier 
avait eu le moindre esprit d'ordre, si Buonaparte 
avait eu le courage de faire fusiller deux soldats 
chaque jour, il n'aurait pas perdu six mille hommes 
dans toute la retraite. Je parle deux heures. 

Pour me récompenser de cet acte de complai- 
sance, qui me rappelait des souvenirs si pénibles, 
le comte me dit : u Vous paraissez curieux de l'eflet 
produit par les tragédies d'Alfieri sur les cœurs 
italiens ; demain je vous apporterai un petit com- 
pendio (abrégé) que je n'ai jamais montré à per- 
sonne, même à la Gina. » 

11 mai. — Traduction du cahier du comte : 
« Alfieri haïssait les rois dans sa jeunesse, parce 
qu'il n'était pas né roi. Lorsqu'il se mit à lire et à 



ROME. NAPLES ET FLOnENCE 181 

s'instruire, il resta fidèle à sa haine, et se fit illusion 
sur son origine. 

« Il se croyait républicain, et dans le fait ne dé- 
sira jamais qu'une république sur le modèle de celle 
de Rome, où il y aurait des patriciens aussi bien 
que des plébéiens, et où un homme de talent pou- 
vait toujours espérer de devenir dictateur. Il ne 
pouvait souffrir les rois, parce que c'étaient les 
seuls êtres auxquels il fût né inférieur ; mais il avait 
la plus haute vénération pour la noblesse, d'abord 
parce qu'il était né noble, et que le pouvoir absolu 
sur les inférieurs, qui appartient à cet ordre en 
Piémont, lui était fort agréable ; quand il fut de- 
venu philosophe, il ajouta : parce que ce pouvoir 
pouvait être exercé par une grande âme, d'une ma- 
nière utile à ces inférieurs *. 

« Après avoir été réveillé du sombre ennui de sa 
jeunesse par la lecture de Plutarque, après avoir 
parlé avec les transports de la haine la plus féroce 
du gouvernement modéré des princes de la maison 
de Savoie, après avoir imprimé qu'il n'était pas 
digne d'un homme libre de se marier et de s'exposer 
à avoir des enfants sous le joug de tels tyrans ; 
après avoir dit de cent manières qu'il répandait 
des larmes de rage d'être né au milieu d'un peuple 
avili ; après avoir donné son bien à sa famille pour 
ne pas vivre au milieu de ces esclaves * ; en un 
mot, après avoir écrit le livre forcené de la Tiran- 
nide, le hasard l'amène sur le champ de bataille, 

Rome, Xaples et Floremce, II 12. 



182 



STENDHAL 



OÙ un peuple, rempli de nobles sentiments ^ et 
enthousiaste de toutes les vertus, cherche à con- 
quérir sa liberté. On s'attend qu'il va partager 
l'ivresse de toutes les âmes généreuses ; rien moins 
que cela : dans ce moment décisif pour son carac- 
tère, n'étant plus offensé par la majesté du trône, 
le noble l'emporte, et Alfieri n'est qu'un ultra. 
Son mépris, ou plutôt sa haine masquée en mépris, 
pour la nation héroïque qui vient de dévoiler son 
cœur, ne trouve pas de termes assez forts. De ce 
moment il hait encore plus la France et les Fran- 
çais que les rois. Quand même ce pays fût parvenu 
à se donner la liberté, il eût encore écrit le Miso- 
gallo. 

« L'ennui, joint à la haine pour les heureux, est 
le grand trait de la vie d' Alfieri, et sur le trône il 
eût été Néron. A la férocité près, mademoiselle 
Edgeworth a fait son portrait d'avance dans son 
comte de Glenthorn. Au reste, cet homme singulier 
fut si impérieusement subjugué par ses penchants, 
que sa vie entière peut être abrégée en deux mots : 
il fut la victime d'une passion pour les chevaux, 
d'une passion pour la gloire littéraire, et d'une haine 
furieuse des rois, qu'il appelait amour de la liberté. 
Il porta tout cela à un degré d'énergie qui ne s'est 
peut-être jamais rencontré dans un cœur d'homme, 
depuis les fureurs du moyen âge. 

1. 1789. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 183 

« Sur les Mémoires d'Alfîeri, je dirai : Les bulle- 
tins de Buonaparte sont intéressants, parce qu'il 
sortait un peu du ton de dignité. » 

Les anecdotes des dernières années qu'Alfîeri a 
passées à Florence offrant souvent le nom d'une 
dame de la plus haute naissance qui avait bien 
voulu lui accorder sa main, il serait peu délicat de 
les publier. Il y a d'excellents portraits d'Alfieri, 
par M. Fabre, jeune peintre français qui habitait 
la même maison. 

JUGEMENT LITTÉRAIRE 

« La simplicité de l'intrigue, le petit nombre des 
personnages, la marche directe de l'action, l'uni- 
formité et la gravité travaillée de la composition, 
font des tragédies d'Alfieri ce que les modernes 
ont produit de plus semblable à l'antique. Infini- 
ment moins déclamatoires que les tragédies fran- 
çaises, elles ont moins de brillant et de variété, 
mais, en revanche, une teinte plus profonde de 
dignité et de naturel. Comme Alfîeri n'a pas adopté 
les odes sublimes du théâtre grec, que nous appe- 
lons chœurs, au total ses tragédies sont moins 
poétiques. Toutefois on sent dans tous les détails 
le travail d'une main savante. On peut même dire 
que le désir ardent qu'eut l'auteur de se garantir 
des personnages de pure ostentation, et sa haine 
extrême pour les tirades à prétention, qui lui sem- 



18^ 



STENDHAL 



blaient avilir un dialogue constamment soutenu 
par un intérêt profond ou rempli des accents d'une 
passion brûlante, l'ont souvent entraîné dans une 
diction trop sentencieuse. A tout moment l'on 
trouve des morceaux écrits d'une manière pesante 
•et qui sent l'effort. Il s'est rappelé trop constam- 
ment que le premier devoir d'un écrivain drama- 
tique est de tenir ses personnages dans la direction 
<le l'affaire et des intérêts qui les occupent. Aveuglé 
par sa haine pour un peuple voisin, chez lequel 
on voit les personnages abandonner leurs intérêts 
les plus pressants pour faire des description: mo- 
rales ou poétiques des émotions qui les agitent, il 
•oublie quelquefois que certaines passions sont dé- 
clamatoires dans la nature comme au théâtre, 
l'amour, par exemple ; qu'elles ne doivent pas 
s'exhaler toujours en des phrases concises et scru- 
puleusement exactes, mais s'échapper quelquefois 
à des manières de parler qui semblent hyperbo- 
liques et mêmes fausses aux yeux du profond phi- 
losophe. 

« La principale beauté, comme le plus grand 
défaut du dialogue d'Alfieri, c'est que chaque mot 
•est employé en conscience à pousser en avant 
l'action de la pièce par un argument suivi, une nar- 
ration nécessaire, ou l'expression exacte et géomé- 
trique d'une émotion naturelle. Ici, point de di- 
gressions, point de conversations épisodiques, et 
jamais de maximes, si ce n'est d'une admirable 



ROME, NAPLES ET FLOIIE.NCE 185 

brièveté. Ces finalités, poussées à l'extréiiio, don- 
nent un certain air de solidité à toute lu struc- 
ture de la tragédie qui fatigue un lecteur ordinaire ; 
le lecteur homme d'esprit prévoit trop ce qu'on va 
dire. Rien d'éclatant, rien d'entraînant : dès (]u'on 
a lu trois ou quatre de ces tragédies, les autres ne 
surprennent plus. C'est un livre comme Milton, <]u'on 
prend par devoir et qu'on quitte sans peine. 

« J'ai fait les remarques précédentes, en ma qua- 
lité de littérateur instruit ; quant à ma sensation 
particulière, je j)ense que les personnes à qui il a 
été donné de comprendre Shakspeare ne seront 
jamais touchées jusqu'à un certain point par les 
compositions d'aucun autre écrivain dramatique. 
Shakspeare ne ressemble pas plus à Alficri (pi'à 
tout autre poète. Alfieri, Corneille et tous les autres 
considèrent une tragédie comme un poème. Shak- 
speare y a vu une représen'.ation du caractère 
et des passions des hommes, qui doit toucher les 
spectateurs, en vertu de la sympathie, et jion jiar 
une vaine admiration pour les talents du ])oète. 
Chez les autres tragiques, le style et la couleur 
générale du dialogue, la distribution et l'économie 
des diverses parties de la pièce sont les princijiaux 
objets : pour Shakspeare, c'est la vérité et la force 
de l'imitation. Les poètes classiques sont satisfaits 
s'il y a dans leur ouvrage assez d'action et de pein- 
tures de caractères pour empêcher la composition 
de tomber dans la langueur, et pour amener, d'une 



186 



STENDHAL 



manière à joeu près convenable, les dialogues 
élégants dont elle se compose. Shakspeare était 
satisfait si sa fable se trouvait assez bien ménagée 
pour ne pas choquer trop fortement cette disposi- 
tion à l'illusion que le spectateur apporte au théâtre. 
Il croyait avoir assez fait pour son style quand il 
avait évité tout ce qui pouvait être ridicule. Dans 
le monde, quand nous parlons à nos rivaux ou à nos 
amis, sommes-nous affectés par ce qu'ils nous 
disent, ou par le plus ou moins d'élégance de leur 
toilette ? 

« Alfîeri ne vit point les choses de si haut. Il ne 
vit point d'un côté les actions des hommes, et de 
l'autre les diverses manières de les peindre qui ont 
fait les diverses écoles dramatiques. Il partit du 
genre français, le seul qu'il connût. Il prit ses souve- 
nirs pour le résultat de ses observations. Avec un 
peu plus d'esprit, il se fût rendu la justice qu'il 
n'avait jamais fait d'observations. L'école qu'il a 
suivie admet beaucoup moins de ces choses prises 
dans la nature qui me charment chez le poète an- 
glais. Dans ce genre étroit, Alfieri est excellent. 
Ses fables sont admirablement imaginées et déve- 
loppées avec tout le génie possible : tous ses carac- 
tères expriment des sentiments naturels, avec une 
grande beauté et souvent une grande énergie 
d'expression. Pour moi, c'est une faute que la fable 
soit trop simple et les incidents trop rares ; c'est 
une faute que tous les caractères expriment leurs 



I 



ROME, MAPLES ET FLORENCE 187 

«entiments avec une égale force et une égale élé- 
gance ; que tous dirigent leurs intérêts et leurs 
prétentions opposées avec une politique également 
profonde. Mon âme ne peut perdre de vue qu'un 
auteur ingénieux a versifié ces dialogues si parfaits 
et ces tirades si dignes de Tacite. Je ne puis jamais, 
même pour un moment, avoir l'illusion que j'en- 
tends de véritables personnages discutant entre eux 
ce qu'ils croient être leurs intérêts les plus chers. 
Il peut y avoir plus d'éloquence et de dignité dans 
le système d'Alfieri ; il y a tous les charmes de l'illu- 
sion dans celui de Shakspeare. J'ai passé bien des 
nuits à lire Shakspeare ; je ne lis Alfieri la nuit que 
quand je suis en colère contre les t\Tans. 

« Je ne conçois pas comment les poètes de Paris 
n'ont pas suivi l'exemple de M. Lemercier. En affai- 
blissant une tragédie d'Alfieri, il reste encore une 
tragédie française de la première force. Sa JMérope, 
par exemple, est bien supérieure à celle de Vol- 
taire ^. 

« Pour le style, on sent toujours qu'il a coûté 
beaucoup d'efforts à un homme d'un grand génie. 
Toujours par l'usage de tournures aussi concises 
que magnifiques, l'auteur travaille à donner à son 
vers une sorte de force factice et d'énergie. Pour 
enfermer beaucoup de sens en peu de mots, il 
accumule les interrogations, les antithèses, les 

1. Voir à l'Appendice * la liste des tragédies d'Alfieri. 



188 STENDHAL 

maximes courtes et exprimées dans un ordre in- 
A'erse, singulier dans la langue. 

« Sous tous ces rapports, aussi bien par la gravité 
correcte des sentiments que par la parfaite propriété 
et la sage modération de toutes les peintures des 
passions, ses tragédies sont exactement le con- 
traire de ce qu'on pouvait se promettre du carac- 
tère enflammé et indépendant qui distingua leur 
auteur. D'après ce que je lui ai vu faire pen- 
dant sa vie, et ce qu'il nous avoue dans ses conscien- 
cieuses confessions, on devait s'attendre à voir dans 
ses tragédies une grande véhémence dans les ac- 
tions ; et dans le dialogue une éloquence aussi 
irrégulière que sublime ; des sentiments extrava- 
gants, mais ravissants par leur énergie et leur nou- 
veauté : des passions allant jusqu'à la frénésie, et 
une poésie enflammée, approchant de l'emphase 
brillante de l'Orient. 

« Au lieu de cette nouveauté entraînante, — et 
ce que le xix® siècle demande surtout aux arts, 
ce sont des sensations nouvelles, — nous avons une 
représentation exacte et concise des catastrophes 
célèbres de l'histoire, des discours énergiques, des 
passions, non pas éclatantes, mais profondes, et un 
style si sévèrement correct et si scrupuleusement 
correspondant à l'idée, que le lecteur le plus atten- 
tif ne peut pas ne pas s'apercevoir de l'immense 
travail qu'il a coûté. Fidèle à son caractère de 
patricien, Alfieri s'imagina être plus respecté en 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 189 

prenant ce parti. 11 eût peut-être été plus grand, et 
certainement plus original, en étant lui-même. Mais 
quel homme que celui qui a pu se tromper dans un 
tel choix, et se placer encore à la tête de tous les 
poètes classiques * ! » 

Imola, 15 mai. — Je voyage en sediola au clair 
de lune. J'aime l'aspect des Apennins éclairés par 
l'astre des nuits. Une sediola, comme le nom l'in- 
dique, est une petite chaise fixée au milieu de deux 
très hautes roues. On guide soi-même un cheval 
qui va toujours le grand trot et fait trois lieues à 
l'heure. 11 faut un chemin superhe, et tel que celui 
d'Arona à Ancône ; autrement l'on verse. Hier, 
j'ai versé trois fois ; mais c'était ma faute, et non 
celle de la route. Mon cheval faisait près de quatre 
lieues à l'heure. L'attention étant forcément fixée 
sur le paysage, on ne peut plus oublier les pays 
qu'on a parcourus en sediola. Mon cheval vient de 
Padoue. 

Ferrare, 17 jnai. — Il a fallu m'arracher à 
Bologne, après y avoir passé quinze jours de plus 
•que je ne comptais. Paccini est un excellent bouffe 
plein de verve. Chaque soir il change quelque chose 
à son rôle, et Bologne, pour l'esprit, est la ville la 
plus remarquable de l'Italie. Les grandes pensées 
viennent du cœur. 

Me voici à Ferrare, qui fut une grande ville, tant 



190 



STENDHAL 



qu'elle sut garder sa nationalité ; depuis qu'elle 
est au pape, le légat pourrait nourrir un demi- 
régiment de cavalerie avec l'herbe qui croît dans 
les rues. Les gens riches vendent leurs terres et 
vont s'établir à Milan. On peut acheter ici douze 
mille livres de rente pour cent mille francs. Il est 
vrai que, lorsqu'un homme va un peu trop souvent 
dans une maison où se trouve une jolie femme, 
le légat le fait appeler pour lui rappeler le neuvième 
commandement de Dieu. Un laquais est-il mécon- 
tent de ses maîtres, il va un vendredi porter un os 
de poulet au légat *, qui aussitôt mande l'impie ^. 
D'ailleurs il n'y a point de spectacles. Je me hâte 
de quitter cette ville aimable *. J'avais presque 
oublié le tombeau de l'Arioste ; j'y vais en sédiole. 
Est-ce bien ici que ce grand homme récitait l'his- 
toire de Joconde à la cour du souverain ? 

Cesène, 20 mai. — J'éprouve une sensation de 
bonheur de mon voyage en Italie, que je n'ai trou- 
vée nulle part, même dans les jours les plus heureux 
de mon ambition. Je me surprends cinq ou six fois 
la journée avec des idées vagues de donner ma dé- 
mission et de me fixer en ce pays. Les premiers 
mois, j'étais un peu étonné par tout ce que je voyais 
de nouveau ; maintenant mon âme est plus calme. 
Je vois nettement l'ensemble des mœurs italiennes ; 

1, Historique. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 191 

elles me semblent bien plus favorables au bonheur 
que les nôtres. Je crois que ce qui me touche, c'est 
la bonhomie générale et le naturel. 

Voici un petit détail insignifiant que j'ai oublié 
d'écrire à Bologne. La femme la plus capricieuse 
et la plus belle de la ville est souvent à la Monta- 
gnola, la promenade à la mode, avec une petite 
robe anglaise de dix-huit francs. Elle en a vingt 
dans ses armoires, du plus grand prix. Tous les 
mois elle en fait faire deux ou trois qu'elle ne porte 
jamais. Il est si ennuyeux de s'habiller ! 

Le fat le plus célèbre de Bologne, M. P..., me 
disait : « Ma foi ! moi, je mets ma cravate le matin, 
et ne m'habille plus. Tant pis pour qui me trouve 
mal. » 

RiMiNi, 21 mai. — Comme chaque quartier de 
Naples a une langue, ici, chacune de ces petites 
villes voisines, Ravenne, Imola, Faenza, Forli, 
Rimini, a des mœurs différentes. Les uns sont 
prompts, emportés, vindicatifs, libertins ; les autres, 
rangés, tranquilles, allemands. Je n'ai pas trouvé 
les conversations montées sur le ton important de 
nos provinciaux gémissant sur les scandales de 
l'amour et sur la difficulté de trouver des domes- 
tiques fidèles : chacun n'y parle pas toujours de 
ses intérêts d'argent ; l'amour et la musique viennent 
jeter quelque variété dans ces monotones idées de 
la province. Au reste, comme chez nous, les bour- 



192 STENDHAL 

geois font la police les uns sur les autres. Par ce 
triste moyen, peut-être y a-t-il un peu plus de 
mœurs cjue dans les grandes villes. — Il y a beau- 
coup de caractère. Les lois n'étant autrefois, sous 
le gouvernement des prêtres *, qu'une mauvaise 
plaisanterie à l'usage des sots, les gens d'ici se font 
justice eux-mêmes. Par là ils sont un peu moins 
insipides que nos bourgeois de petite ville, et la 
force physique est un avantage très prisé chez les 
jeunes gens. 

République de Saint-Marix, 22 mai. — Goethe, 
voyageant en Italie, trouva dans ces montagnes 
un officier des troujoes du pape, homme tout uni, 
qui lui dit dans la conversation : « Nous savons de 
bonne part cjue votre Frédéric le Grand, que tout 
le monde parmi vous considère comme hérétique *, 
est, dans le fond, un excellent catholique ; mais il a 
obtenu de Notre Saint Père le pape une dispense 
pour tenir sa religion secrète. Il n'entre jamais 
dans aucune de vos églises hérétiques. Il a une cha- 
pelle souterraine où il entend la messe chaque 
jour, le cœur brisé de douleur de ne pouvoir con- 
fesser notre sainte religion. S'il ne suivait que son 
zèle, les Prussiens sont une race d'hérétiques si 
furieux qu'ils le massacreraient sur l'heure ^. » 

Cette finesse du clergé italien existe encore ; je 

1. Aus meinem Lcben, 1816, tome IV. 



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»;As(ti «-Cp ^=^N? cSïl 5}^ 



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ROME 



NAPLES ET FLORENCE 



PAR M. DE STENDHAL. 



TROISIÈME ÉDITION. 



Ah! monsieur, comment peul-on 
élre Persan? 

Lettret Persanes. 



TOME PREMIER. 




PARIS, 

DELAUNAY, LIBRAIRE, PALAIS -ROYAL. 
1826. 






f'.ff^!i:iCfii>^^'?'^^^'? (75-. f75-.Çs^? 

mêmm^mm 



à '<i^(î'J}> S'-^'-a^^'^ ^ 



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m. 






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TiTRF. DK t.'k.ditiôn d1': 1826. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 103 

viens d'en avoir la preuve à Saint-Marin par trois 
ou quatre anecdotes (pic je ne dirai ])as. 

Pesaro, 24 mai. — Ici les gens ne passent pas leur 
vie à juger leur bonheur. Mi piace ou non mi piace 
est la grande manière de décider de tout *. La vraie 
patrie est celle où l'on rencontre le plus de gens 
qui vous ressemblent. Je crains bien de trouver 
toujours en France un fond de froid dans toutes 
les sociétés. J'éprouve un charme, dans ce pays-ci, 
dont je ne puis me rendre compte ; c'est comme de 
l'amour ; et cependant je ne suis amoureux de 
personne. L'ombre des beaux arbres, la beauté du 
<3iel pendant les nuits, l'aspect de la mer, tout a 
pour moi un charme, une force d'impression qui me 
rappelle une sensation tout à fait oubliée, ce que je 
sentais à seize ans, à ma première campagne ; je vois 
que je ne puis rendre ma pensée, toutes les circons- 
tances que j'emploie pour la peindre sont faibles *. 

Toute la nature est ici plus touchante pour moi ; 
elle me semble neuve ; je ne vois plus rien de plat 
at d'insipide. Souvent, à deux heures du matin, 
■en me retirant chez moi, à Bologne, par ces grands 
])ortiques, l'âme obsédée de ces beaux yeux que 
je venais de voir, passant devant ces palais dont, 
par ses grandes ombres, la lune dessinait les masses, 
il m'arrivait de m'arrèter, oppressé de bonheur, 
pour me dire : Que c'est beau ! En contemplant 

Rome, Naples et Florence, II 13 



194 STENDHAL 

ces collines chargées d'arbres qui s'avancent 
jusque sur la ville, éclairées par cette lumière silen- 
cieuse au milieu de ce ciel étincelant, je tressaillais^ 
les larmes me venaient aux yeux. Il m'arrive de me 
dire à propos de rien : Mon Dieu ! que j'ai bien fait 
de venir en Italie ! 

Urbin, 25 mai. — Singulière vivacité des habi- 
tants de cette petite ville de montagne ; grands 
monuments dont elle est remplie. Elle eut un prince, 
le duc Guidobaldo, le rival des Médicis. 

Le bon ton consiste assez, en France, à rappeler 
sans cesse, d'une manière naturelle en apparence, 
que l'on ne daigne prendre intérêt à rien. Les 
pauvres Italiens sont bien loin de songer aux jouis- 
sances de vanité ; au milieu de l'absence de toute 
loi et de toute justice (on parle de ce qui existait 
autrefois), ils cherchent celles de la sûreté. Est-ce 
leur faute s'ils sont féroces ? Si, sous des gouverne- 
ments souvent cruels, parce qu'ils ont toujours peur, 
et si faibles qu'ils n'ont de force que par l'astuce, 
ils n'étaient pas féroces, ils seraient détruits, si ce 
n'est par le pacha, du moins par le sous-pacha ou 
par le cadi. 

Comme chez le malheureux fellah de la basse 
Egypte, la méfiance retient à chaque instant la 
sympathie la plus vive et la plus enflammée. De là 
vient qu'à la vue de la douleur et de l'injustice. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 195 

s'ils sortent de leur apparente froideur, c'est par des 
actions d'une chaleur forcenée ^. 



Ancône, 26 mai. — Tout ce pays, qui a entrevu 
la civilisation sous le régime français, est bien en 
arrière de la Lombardie. Ils disent qu'il n'y a rien 
de pis que le gouvernement des prêtres *. Les pro- 
priétaires de Bologne et de Ferrare donneraient 
vingt millions d'avoir pour gouverneur le comte de 
Saurau *. M. G.., était le meilleur homme du 
monde, et il n'est pas d'intrigue avilissante qui, 
sous son gouvernement, ne se soit développée avec 
succès. Le temps des tyrans odieux est passé ; 
il n'y a plus que des imbéciles qui laissent faire le 
mal par qui a intérêt de le faire. L'air de férocité 
augmente rapidement depuis Ravenne. Au milieu 
de tous ces changements de gouvernements et de 
gouverneurs, on voit redoubler la défiance, cette 
base immuable du caractère italien, et ils ont rai- 
son ; ici l'on ne saurait troj) soupçonner. Cette 
circonstance favorise la musique. Un Italien ne 
peut chercher ni plaisir ni distraction dans la conver- 
sation ; un mot indifférent aujourd'hui peut le 
perdre dans dix ans. Voici une lumière qui éclaire 
les profondeurs du sujet. 



1. Les abus qu'on est forcé de rappeler, pour être peintre 
fidèle, n'existent plus sans doute, mais leurs conséquences 
subsistent encore dans les cœurs pour un siècle. 



19G STENDHAL 

27 mai. — Je rencontre, à Saint-Cyriaque, la 
cathédrale et l'ancien temple de Vénus, dont j'ad- 
mirais la belle vue sur la mer, un général russe, un 
ancien ami d'Erfurt, qui vient de Paris. Quand 
un ministre, en France, a fait les visites et dit toutes 
les paroles gracieuses auxquelles les convenances 
l'obligent, le pauvre homme n'en peut plus. Il signe 
machinalement quatre cents dépêches ; pour dis- 
cuter leur contenu, pour même en prendre une 
idée, fût-il un ange, cela lui est impossible. 

Un ^rait du physique des Français, qui a beau- 
coup choqué mon Russe, c'est l'eiïrayante maigreur 
de la plupart des danseuses de l'Opéra. En effet, 
je m'aperçois, en y réfléchissant, que beaucoup de 
nos femmes à la mode sont extrêmement sveltes ; 
elles ont fait passer cette circonstance dans l'idée 
de beauté. La maigreur est, en France, nécessaire 
à l'an' élégant. En Italie, l'on pense avec raison 
que la première condition de la beauté est l'air de 
la santé, sans laquelle il n'est point de volupté. 

Mon Moscovite trouve que la beauté est la chose 
la plus rare parmi les dames françaises ; il assure 
que les plus belles figures qu'il ait vues à Paris sont 
anglaises. 

Si l'on prend la peine de compter, au Bois de 
Boulogne, cent femmes françaises, quatre-vingts 
sont agréables, et une à peine est belle. Parmi cent 
femmes anglaises, trente sont grotesques, quarante 
décidément laides, vingt assez bien, quoique maus- 



i 



ROME, NAPLES ET FLORENCE H)7 

sades *, et dix des divinités sur la terre, par la fraî- 
cheur et l'innocence de leur beauté. 

Sur cent Italiennes, trente sont des caricatures 
avec du rouge et de la poudre à poudrer sur le 
visage et sur la gorge ; cinquante sont belles, mais 
sans autre attrait que l'air voluptueux ; les vingt 
autres sont de la l)eauté antique la plus ravissante, et 
l'emportent, à notre avis, même sur les plus belles 
Anglaises. La beauté anglaise paraît mesquine, sans 
âme, sans vie, auprès des yeux divins que le ciel a 
donnés à l'Italie. 

La forme des os de la tête est laide à Paris : cela 
se rapproche du singe, et c'est ce qui empêche les 
femmes de résister aux premières atteintes de 
l'âge. Les trois plus belles femmes de Rome ont 
certainement plus de quarante-cinq ans. Paris est 
plus au nord, et cependant jamais un tel miracle 
n'y a été observé. J'objecte à mon général russe 
que Paris et la Champagne sont les pays de France 
où la charpente de la tête est la moins belle. Les 
femmes du pays de Caux et les Arlésiennes se rap- 
prochent plus des belles formes de l'Italie ; ici, 
toujours quelque trait grandiose, même dans les 
têtes les plus décidément laides. On peut en prendre 
une idée par les têtes de vieilles femmes de Léonard 
de Vinci et de Raphaël. Mais la France reste tou- 
jours le pays où il y a le plus de femmes passables. 
Elles séduisent par les plaisirs délicats que promet 
leur manière de porter leurs vêtements, et ces plai- 

RoME, Naples et Flobence, Il 13. 



198 



STENDHAL 



sirs peuvent être appréciés par l'âme la plus dénuée 
de passions. Les âmes arides ont peur de la beauté 
italienne. 

Quant à la beauté des hommes, après les Italiens, 
nous donnons l'avantage aux jeunes Anglais, quand 
ils peuvent éviter l'air lourd. 

Un jeune paysan italien, qui est laid, est ef- 
frayant : le paysan français est niais, l'anglais gros- 
sier. 

LoRETTE, 30 mai. — Avant-hier, comme je levais 
à la boussole un croquis de la bataille de Tolentino, 
je remarquai une figure militaire, aussi à cheval, 
qui suivait mes mouvements. Nous nous trou- 
vâmes le soir à l'auberge de Macerata, et l'ennui, ce 
grand mobile des gens d'esprit, fit que le colonel 
Forsyt m'adressa la parole. Voyant un homme âgé, 
je lui offris une copie de mon plan ; il accepta. 
Je montai dans ma chambre pour la lui faire. 
Accoutumé à ce travail dans les états-majors, j'eus 
bientôt dépêché ma petite carte. Sensible à cette 
marque d'attention, mon colonel, qui m'avait suivi 
dans ma chambre, voulut être aimable pour moi, 
et parla presque autant qu'un Français. Il devait 
partir ce matin pour Naples, par les Abruzzes, 
et moi pour Ferrare. Nous nous promenons le long 
du golfe de l'Adriatique, sur ces collines singulières, 
couvertes de verdure, et desquelles, par un accident 
des plus bizarres que j'aie vus, on plonge tout à coup 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 199 

sur la mer. Tantôt, pendant deux ou trois milles, 
le chemin suit la crête d'une montagne ; à droite 
et à gauche, on a une descente rapide en face du 
golfe ; tantôt il plonge dans une vallée profonde, et 
l'on se croirait à cent lieues de la mer ; car ses ri- 
vages n'ont rien ici de cet aspect désolé qu'ils pré- 
sentent dans le Nord. 

Sûrs de nous quitter demain, probablement pour 
toujours, nous nous hâtons, mon colonel et moi, de 
nous dire en peu de mots tout ce que nous avons de 
plus intéressant. 

Je lui parlais de l'ancien Paris, et de la société 
française avant la Révolution ; il me dit : « Vous la 
jugez avec humeur. Il faut convenir que l'échan- 
tillon que vous en avez a un peu perdu de ses grâces. 
Pour moi, je suis venu sept fois en France avant la 
Révolution, et, pour la première de toutes, en 1775, 
â vingt ans ; ma famille était liée avec Horace 
Wal^jole, et j'eus une lettre de lui pour madame du 
Defîand. J'allai chez madame la duchesse de Choi- 
seul ; j'y voyais l'abbé Barthélémy, le président 
Hénault, Pont-de-Veyle ; je fus présenté à d'Alem- 
bert, ce modèle des sages ; à madame de Flamarens, 
ce modèle des grâces ; et, après avoir combattu à 
Waterloo, j'ai quitté le service, et suis venu passer 
quinze mois à Paris, en 1815. Jamais l'histoire 
d'aucun peuple ne présentera de contraste aussi 
amusant : jamais des pères ne se virent remplacés 
par des enfants si différents d'eux-mêmes. » Trou- 



200 



STENDHAL 



vant le colonel parfaitement impartial, et même, 
chose rare parmi les gens de son âge, voyant qu'il 
préférait presque la France actuelle, je l'ai engagé à 
me peindre cette société si aimable et désormais 
si impossible à retrouver. Ainsi, jouissant de la 
douce br-ise du printemps, allant au pas de nos che- 
vaux sur le bord de l'Adriatique, et nous inter- 
rompant de temps à autre pour admirer ses aspects 
singuliers, nous avons passé six heures à cheval et 
dans les salons de Paris en 1775. 

TROIS CIRCONSTANCES 

« Indépendamment de la plus grande gaieté que 
vous tenez du ciel, vous autres Français, il me semble 
que votre société se distinguait de la nôtre, en An- 
gleterre, par trois circonstances : l'exclusion de 
toutes les personnes d'une naissance inférieure ; 
l'élégance de l'éducation des femmes et la culture 
de leur esprit ; l'absence d'occupations et d'anti- 
pathies politiques. 

PREMIER PRINCIPE 

« Par l'effet de la première de ces circonstances, 
la société de Paris, dans ma jeunesse, offrait infi- 
niment plus d'élégance, d'aisance et de naturel, 
qu'il n'y en a jamais eu en Angleterre. L'exclusion 
générale des bourgeois éloignait sans doute tout ce 
qui est vulgaire dans la vie ; mais elle avait un bien 



f 



Î50ME, NAPLES ET FLORENCE 201 

autre avantage : elle rendait impossibles ces senti- 
ments de jalousie nuituelle et de mépris, cet état 
de guerre perpétuel entre l'orgueil de la naissance 
et les richesses accumulées par le travail, dont 
aujourd'hui l'on ne peut prévenir les effets que par 
un système général de réserve et de silence. 

« Là où tout est noble *, tous sont égaux. 

« Il ne saurait y avoir de prétentions : chacun est 
à sa place partout, et les mêmes manières étant 
familières, dès l'enfance, à chaque membre de la 
société, les manières cessent d'être un objet d'atten- 
tion. Personne ne craint le ridicule de l'air commun, 
et l'absence de ce défaut n'inspire de vanité à per- 
sonne. Les petites particularités qui distinguent 
les individus ne sont pas attribuées à l'ignorance 
du bel usage, au manque d'esprit, mais au caprice, 
au tempérament. On ne songe pas toujours, avant 
de remuer, à la loi qui règle chaque mouvement ^. 
La terrible peine du ridicule n'étant pas encourue 
à chaque moment, il n'y a nulle roideur dans le 
monde, chacun se livre à sa disposition. C'est ainsi 
que la plus haute société du peuple le plus poli de 
l'imivers se rapprochait infiniment de la liberté de 
la société des paysans, et par les mêmes causes. 

« En Angleterre, nous n'avons jamais eu cet 
arrangeinent. Les çrrandes richesses de la classe 



1. Voir la Journée d'un fashionable dans V Angleterre et 
les Anglais de M. Dickinson, tome II. 



202 STENDHAL 

mercantile, et le droit qu'a chacun d'aspirer à 
toutes les places, ont toujours prévenu toute sépa- 
ration entre les gens de haute naissance et les 
bourgeois, même dans la société la plus intime. 
Des millions, ou de grands talents, suffisant pour 
élever un homme aux premières places, il faut bien 
que ces avantages lui servent aussi de passe-port 
pour arriver à la haute société. Par là, elle se trouve 
mélangée de caractères si discordants, et quelque- 
fois si bizarres, que l'aisance et souvent même la 
tranquillité y deviennent difficiles à maintenir. 
L'orgueil de la bourse, l'orgueil de la naissance et 
l'orgueil des manières s'y provoquent à tous mo- 
ments. C'est ainsi que des vanités qui ne se faisaient 
pas apercevoir, tant qu'elles étaient universelles, 
deviennent bientôt visibles, et remplissent tout le 
champ du tableau, dès qu'elles rencontrent des 
vanités contraires. A Londres, la société, dès qu'elle 
n'est pas formée en club par des associations dis- 
cutées d'avance et décidées par un scrutin, se trouve 
divisée, au bout d'une heure, par toutes les petites 
jalousies, et ne peut durer qu'autant qu'elle se 
constitue en un état perpétuel de contrainte, d'in- 
sipidité et de réserve. Des gens qui se rencontrent 
par hasard, et qui arrivent de toutes les extrémités 
de la vie, craignent d'être mal interprétés et dé- 
sespèrent de se faire comprendre. La conversation 
est abandonnée à quelques bavards de profession ; 
tout le reste se tait et méprise son voisin. Telle était 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 203 

aussi votre société sous Buonaparte. De là l'usage 
forcé de nos rout où nous rassemblons sept à huit 
cents personnes ; il faut là le même usage du monde 
que dans un café. 

SECOND PRINCIPE 

« Quant au second de vos avantages, la plus 
grande culture de l'esprit des femmes, vous lui 
devez encore plus. Depuis la civilisation de l'Eu- 
rope par le commerce et la chevalerie, au sortir du 
moyen âge, les dames françaises se sont toujours 
trouvées beaucoup plus près du niveau intellectuel 
avec les hommes, que celles d'aucun autre pays. 
Depuis plus de deux siècles, elles sont les arbitres 
du goût en littérature, et les agents de ces intrigues 
légères qui, chez vous, distribuaient toutes les 
places, depuis celles de M. le duc de Choiseul et de 
madame Dubarry jusqu'à l'épaulette du moindre 
mousquetaire. Les femmes, à Paris, étaient en état 
de parler de tout ce dont les hommes pouvaient 
désirer de parler. C'est ainsi que votre conversation 
prit une couleur à la fois moins frivole et moins 
uniforme que la nôtre, 

TROISIÈME PRINCIPE 

« Mais la grande source de la différence entre la 
haute société de France et celle d'Angleterre, c'est 
que chez vous les hommes n'ont pas autre chose à 



204 STENDHAL 

faire que de paraître avec avantage dans le monde. 
Tout ce qui, en Angleterre, se fait remarquer par 
le rang ou par les talents, est constamment accaparé 
par les affaires politiques. Ainsi, pas de loisir pour 
la société ; ou, si les hommes marquants y paraissent, 
c'est pour y chercher un délassement et non des 
succès. D'ailleurs ils ont acquis des habitudes de 
penser et de parler beaucoup plus propres aux 
débats de la Chambre des communes, ou à raisonner 
sur les affaires, dans quelque comité, qu'à faire 
passer une heure agréable dans un salon. Parmi 
nous, les gens de la plus haute naissance ont aussi 
à remplir les plus hauts devoirs. S'ils veulent de 
l'importance, c'est-à-dire de la considération, il faut, 
quels que soient leurs titres, qu'ils consacrent leurs 
jours et leurs nuits à l'étude et à la pratique des 
affaires ; des mots gracieux ne leur suffiraient pas : il 
faut qu'ils apprennent l'art de conduire les hommes, 
il faut qu'ils acquièrent de l'influence sur ceux 
avec qui et par qui ils doivent agir. Sous peine de 
mépris, il faut qu'ils se distinguent dans ces dis- 
cussions hardies, et souvent dangereuses, par les- 
quelles le gouvernement d'une nation libre est 
perpétuellement embarrassé et maintenu vivant. 
En France, au contraire, lorsque j'y arrivai en 1775, 
sortant de la maison de mon père, qui ne rentrait 
jamais du Parlement qu'à trois heures du matin, 
que je voyais occupé toute la matinée à corriger 
les épreuves de ses discours pour les journaux, et qui, 



nOME, NAPLES ET FLORENCE 205- 

après nous avoir embrassés à la liate et d'un air 
distrait, courait, à six heures, à un dîner politi({ue ; 
en France, dis-je, je trouvai les hommes de la j)lus 
haute naissance jouissant du plus beau loisir. Ils 
voyaient les ministres, mais c'était pour leur adres- 
ser des choses aimables et en recevoir des respects. 
Du reste, aussi étrangers aux affaires de France qu'à 
celles du Japon, la plupart occupaient leur loisir 
par les agréments d'une société très polie. Si, vers 
cinquante ans, dégoûtés de la galanterie, quelques 
idées d'andîition leur passaient par la tête, le seul 
chemin qui se présentât à eux, c'était la faveur des 
favoris et des maîtresses, personnages dont on 
gagne plus la bienveillance par les charmes d'une 
conversation légère et par des assiduités de tous 
les moments, que par aucun service rendu à l'Etat- 
L'homme qui se fût avisé de mériter les places pour 
les obtenir, se fût couvert d'un ridicule affreux, et, 
j'irai même plus loin, eût paru odieux ^. 

« Je vis d'abord que vos salons étaient mieux 
remplis que les nôtres, parce que vous n'aviez pas 
de Chambre des communes à remplir. Je ne fus pas 
jaloux de vos soirées infiniment plus brillantes que 
celles de Londres, de vos petits soupers pleins de 
feu et de délicatesse ; je vis qu'il n'y avait pas 
d'autres débouchés pour les talents et l'esprit. Cela 
ne me fit pas d'autre peine que de me montrer un 

1. M. le comte de Brodie. 



206 STENDHAL 

petit inconvénient de notre adorable liberté. La 
conversation, chez nous, est abandonnée à des 
jeunes gens qui sortent du collège, ou à des ci- 
dei^ant jeunes hommes, mais non, comme vous le 
dites toujours, messieurs les Français, que nous 
manquions d'hommes de talent et de goût ^. Nous 
n'avons qu'à fermer les Chambres, et nous aurons, 
au bout de vingt ans, une société comme la vôtre. 
Pour moi, il me semble qu'on ne devrait pas tant 
se vanter d'avoir de si jolis jardins anglais, lors- 
qu'on leur sacrifie toutes les terres labourables. 

« Lorsque je vins en France, les Français trou- 
vaient, dans l'agréable constitution de leur société, 
une compensation qui me semblait alors fort grande 
pour le manque d'un gouvernement libre ^. J'eus 
la même sensation à Venise ; mais il fallait que 
<;ela durât toujours. On citait alors, à Paris, le joli 
mot de Louis XV : Cela durera plus que moi. Il a eu 
raison tout juste. 

« Chez nous, il ne faut pas s'attendre qu'un gros 
marchand de bière, ou qu'un maire de Londres, 
qui vient d'acheter son rotten-horough (bourg- 
pourri), et qui n'est entré que d'hier dans la Chambre 
basse, donne sa voix et son influence à aucune 
brigue de lords ou de ministres, si ceux-ci ne con- 



1. Correspondance du duc de Nivernois en 1763. 

2. Sous Louis XVI, en 1781, le contrôleur général des 
finances Joly de Fleury définit le peuple français : un peuple 
■serf, corvéable et iaillable à merci et miséricorde. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 207 

sentent à le recevoir, lui et toute sa famille bour- 
geoise, clans leur société intime, et ne le traitent 
pas en tout comme un égal. La même scène, qui 
scandalise l'orgueilleuse duchesse dans son châ- 
teau gothique, descend jusque sous la chaumière 
du pauvre. Ainsi l'aisance et la gaieté françaises 
sont bannies de la société bretonne par une suite 
immédiate du principe qui défend nos libertés à la 
Chambre des communes, et qui empêche nos rois 
de faire des révocations de l'édit de Nantes. 

« C'est à la même noble origine que j'attribue la 
froideur gauche et l'ignorance de nos femmes. Je 
sais bien que, officiellement parlant, les dames n'ont 
aucune fonction politique * dans aucun Etat de 
l'univers ; mais dans le fait, en 1775, les femmes 
gouvernaient beaucoup plus * l'Europe que les 
hommes. Vous n'avez qu'à voir l'incroyable traité 
de 1758, qui réunit l'Autriche à la France, et que le 
prince de Kaunitz arrangea, à Paris, par les femmes 
de finance ^. 

« Dès qu'un homme est ministre, il ne pense plus 
qu'à deux choses : à garder sa place et à s'amuser. 
Vos ministres n'étaient-ils pas des gens prédestinés, 
que ces deux occupations n'en fissent qu'une seule ? 
Les femmes avaient de l'importance, même aux 
yeux de la vieillesse et du clergé ; elles étaient 
familiarisées d'une manière étonnante avec la 

1. Rulhière, Mackintosh, Histoire du dix-huitième siècle. 



'208 STENDHAL 

marche des afTaires : elles savaient par cœur le 
caractère et les habitudes des ministres et des amis 
du roi. 

« A mesure que vous allez devenir plus constitu- 
tionnels, vos femmes deviendront moins aimables ; 
je crois même avoir déjà remarqué cette nuance. 
Vous avez beaucoup plus de bonnes mères de fa- 
mille qu'en 1775 ; et il n'y a rien d'ennuyeux au 
monde comme une bonne mère de famille. Vous 
sentez que chez nous, où rien ne se fait sous la che- 
minée du ministre, mais où tout est discuté à fond, 
■et souvent trop à fond *, les femmes ne songent 
guère à captiver le premier ministre ; à quoi bon ? 
Lorsque j'arrivai en France, le règne de M. de 
Choiseul venait seulement de finir. La femme qui 
pouvait lui paraître aimable, ou seulement plaire 
à la duchesse de Grammont, sa sœur, était sûre de 
faii'e tous les colonels et tous les receveurs généraux 
■qu'elle voulait. 

« Une suite irrémédiable de la liberté est donc de 
faire considérer les femmes comme des êtres d'un 
esprit moins élevé, et, qui pis est, de donner quelque 
fondement à ce préjugé. Un duc qui revenait de 
Versailles dans son château, parlait à sa femme de 
tout ce qui l'avait occupé ; chez nous il lui dit un 
mot sur ses dessins à l'aquarelle, ou reste silencieux 
•et pensif à rêver à ce qu'il vient d'entendre au Par- 
lement. Nos pauvres ladys sont abandonnées à la 
société de ces hommes frivoles qui, par leur peu 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 209 

d'esprit, se sont trouvés au-dessous de toute ambi- 
tion, et par là de tout emploi (les dandys). 

« Une autre source de votre supériorité dans le 
salon, c'est la position différente de vos gens de 
lettres. Je rencontrais, à Paris, les d'Alembert, les 
Marmontel, les Bailly, chez les duchesses ; c'était 
un immense avantage et pour eux et pour elles. 
Nos auteurs anglais vivent dans la poussière de leurs 
cabinets et dans la société de quelques amis ins- 
truits ou de quelques jeunes professeurs qui at- 
tendent d'eux leur avancement. C'est ainsi qu'ils 
achèvent une vie sombre, triste, laborieuse et inélé- 
gante ; rien de moins attrayant. Quand un homme 
se met à faire des livres chez nous, on le considère 
comme renonçant également à la société des gens 
qui gouvernent et à la société des gens qui rient. 
Il suit de là que la société des gens gais est extrême- 
ment frivole, et que la société des gens actifs a 
beaucouj) de lourdeur. Nos hommes de génie 
peuvent être admirés par la postérité, mais ils finis- 
sent leurs jours d'une manière bien triste, sans con- 
naître d'autres êtres au monde * que des auteurs, 
des libraires et des journalistes ^. A la vanité litté- 
raire près, la vie de vos d'Alembert et de vos 
Bailly était aussi gaie que celle de vos seigneurs. 

« Cela est encore une des mauvaises conséquences 



1. Le peu d'agrément de notre société explique notre 
amour pour les déplacements. 

Rome, Naples et Florence, II 14 



210 



STENDHAL 



de notre liberté. Nos politiques sont trop affairés 
pour voir nos gens de lettres, et nos oisifs trop 
bêtes et trop frivoles. La vanité blessée, ce vice 
rongeur des savants, s'en augmente, et les discours 
prononcés dans notre Parlement, beaucoup plus 
raisonnables que les vôtres, sont infiniment plus 
ennuyeux et plus lourds. C'est un grand bien que 
l'on ose rire à votre tribune. 

« La rencontre du talent et de l'oisiveté est tou- 
jours avantageuse à tous les deux. Si les littérateurs 
donnent des idées aux gens du monde, l'art de vivre, 
qu'ils apprennent en revanche, les rend plus rai- 
sonnables, plus aimables et plus heureux. Les gens 
de lettres apprennent la véritable valeur de la 
science et de la sagesse, en voyant combien ces 
choses peuvent contribuer au gouvernement et à 
l'embellissement de la vie. Ils découvrent qu'il est 
des sources de bonheur et d'orgueil bien plus impor- 
tantes, et surtout bien plus abondantes, que le mé- 
tier de lire, de penser et d'écrire. Quel est l'homme 
qui ne préférerait pas la vie de Fox à celle d'Ad- 
dison ? Au reste, chez vous les gens de lettres sont 
si gens du monde qu'ils n'ont pas le temps d'écrire ; 
chez nous ils savent tant de grec et de latin qu'ils 
oublient que la première condition est de se faire 
lire. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 211 

CONCLUSION 

« Je trouvai en 1775, et à mes autres voyages en 
France, beaucoup à admirer et beaucoup à m'éton- 
ner, mais je vous l'avouerai, peu à envier. Des 
sociétés aussi brillantes ne se représenteront ja- 
mais à l'étonnement des hommes ; mais je puis vous 
assurer que les membres les plus distingués de ces 
sociétés me semblaient bien moins heureux que 
vous ne pourriez le croire. L'amusement ne fait pas 
le bonheur, et l'on vivrait fort mal si l'on était 
réduit à ne vivre que de glaces ou de biscuits. 
Un fond d'occupation et d'intérêt manquait tou- 
jours ; c'est ce qui fait que vos magistrats étaient 
plus heureux que vos seigneurs, et qu'à Versailles 
^on désirait toujours la guerre. Il me semble qu*on 
vivait trop en public ; il n'était pas permis de fer- 
mer son salon, même pour mourir. On n'avait pas 
d'idée des plaisirs domestiques ; aujourd'hui c'est 
le contraire. On oubliait trop que le manque de 
sympathie est le grand chemin du gouffre de l'en- 
nui. Ce n'est pas que les Français manquent de 
sensibilité, comme l'ont dit quelques sots Anglais ; 
les grandes passions à part, vous êtes la nation de 
l'Europe la plus sensible. Mais alors la sensibilité 
de chacun était distraite, et, si j'ose m'exp rimer 
ainsi, dépensée en petits paquets par le grand nombre 
de personnes qu'on voyait chaque jour. La sym- 



212 



STENDHAL 



pathie est comme toute autre chose, elle s'épuise. 
L'homme qui a cent amis ne peut pas les aimer tous 
comme s'il n'en avait que deux. Le Français d'alors 
portait la plus grande franchise et le plus parfait 
abandon dans l'amitié ; il aimait de tout son cœur 
ses cent amis. Mais un homme qui a cent amis doit 
se résoudre à en voir chaque jour un ou deux très 
malheureux. Il fallait prendre la chose au tragique ; 
mais alors on aurait manqué de politesse envers 
les quatre-vingt-quinze amis heureux. Ce n'était 
pas faute d'avoir un excellent cœur, si une certaine 
philosophie gaie était excitée également chez les 
Français, et par les folies et par les malheurs de 
leurs compagnons de vie. A l'exception de quelques 
petits accès de galanterie, on ne voyait guère de 
sympathie pour les malheurs des amis les plus 
intimes. Il s'agissait de tirer de tout de l'agrément 
et des épigrammes, et les gens qui ne disaient pas 
de bons mots sur les malheurs de leurs amis, étaient 
bien aises du moins de les oublier dans la société 
de ceux qui en disaient. De là un système de raison 
porté dans la douleur ; et c'est de très bonne foi 
que madame du Defïand, arrivant souper en grande 
compagnie chez madame de Marchais, lorsqu'on lui 
parle de la perte du président Hénault, le plus 
ancien de ses amis, répond : Hélas ! il est mort ce 
soir à six heures / saîis cela, vous ne me verriez pas 



* 



KOME, NAPLES ET FLORENCE 213^ 

Pesaro, 2 inin. — Je visite les jardins du comte 
Mosca avec les fils du marquis B,... Un jeune 
Français élevé à Paris dans les meilleures maisons 
d'éducation, y trouve de bons professeurs qui l'in- 
troduisent dans les sciences, à la suite des savants 
de Paris et de Londres, qui sont les premiers du 
monde. Il a]>prend la chimie avec Davy, l'économie 
politique avec Say, l'art de penser avec Tracy ; 
mais il pense beaucoup à sa cravate. Entre-t-il 
enfin dans le monde, sa grande affaire est d'acoir 
de Vesprit. Il lit et oublie mille volumes, et au bout 
de deux ou trois ans, prend un état. Un jeune Ita- 
lien est élevé dans quelque collège superstitieux^ 
avec les livres du xvi^ siècle ; il sort de la société 
des prêtres, sauvage, silencieux, souverainement 
défiant. Pendant deux à trois ans, il travaille beau- 
coup ; mais, au lieu de lire Delolme ou Montes- 
quieu, il lit Vico ou tel autre auteur suranné. En 
économie politique, il en est encore à Condillac ;. 
ainsi de tout. Au bout de deux ou trois ans, il de- 
vient cai'alier servant;, l'amour, la jalousie, les 
passions s'emparent de lui, et de sa vie il ne rouvre 
un volume. 

Charmante société de madame la comtesse Per- 
ticari ! C'est la fdle du célèbre Monti ; elle sait le 
latin mieux que moi. 

RoviGO, 4 juin. — Enfin je suis hors des Etats 
du pape. A Bologne, le caractère ferme des habi- 

RoME, Naplf.s et Florence, II 14, 



214 STENDHAL 

tants fait qu'ils ne sont pas tout à fait à la merci 
<le leurs laquais et des prêtres *. D'ailleurs, le car- 
dinal Lante * est un homme d'esprit qui prétend 
qu'il ne sait jamais rien de tout ce qu'il apprend 
par les confessions. Un de ses prélats me disait : 
« L'individvi le plus éclairé n'est pas toujours le 
plus heureux ; il n'en est pas de même d'une nation 
dont presque tout le malheur vient de semer dans 
ses citoyens des désirs contradictoires. )i M. Voyer 
d'Argenson n'eût pas mieux dit ^. 

5 juin, minuit. — Je viens de rire aux larmes pen- 
dant deux heures. L'actrice la plus séduisante que 
j'aie vue depuis mademoiselle Mars, chantait la 
Coniessa di colle ombroso, opéra charmant de Gene- 
rali. Quelle physionomie ! quel jeu ! quels yeux ! 
Quelle soirée pour qui a connu l'amour ! Je n'ou- 
blierai pas Caterina Liparini. Dès qu'elle quittait 
la scène, je me trouvais dans les idées les plus éle- 
vées du beau idéal, confirmant ou détruisant les 



1. Comme, de dix pages qu'on lit en 1817, ailleurs qu'on 
France, cinq sont composées par des écrivains vendus, trois 
par des gens qui aspirent aux places ou aux croix, et près 
de deux par des gens qui ont des ménagements à garder, 
les curieux doivent rechercher tous les écrits d'opposition, 
même ceux que leur exagération condamnerait à l'oubli 
si les délits de la presse étaient soumis au jury. Il fallait 
toutes ces phrases pour que je pusse conseiller le livre de 
M. Gorani sur l'Italie, 3 vol., 1798. A Londres, tous les 
jeudis, il y a conseil d'avocats chez M. Murray, pour savoir 
ce qu'on peut imprimer. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 215 

principes par ce charmant exemple. Le Guide disait 
qu'il avait cent manières de faire regarder le ciel 
par une belle femme. J'ai vu ce soir l'amour, le 
dépit, la jalousie, le bonheur d'aimer, exprimés 
aussi de cent façons diiïérentes 

Un tel feu d'artifice du sentiment le plus vif et 
de la gaieté la plus folle doit bientôt s'éteindre. 
La Liparini est une belle blonde aux traits délicats ; 
il faut qu'elle soit laide ou froide d'ici à trois ans. 
Quelle folie, quelle excellente scène de comédie 
que le terzetto de la Didone ahhandonata, qu'elle 
prend l'idée de faire chanter à ses deux amants 
sur un mot de dépit que lui dit l'un d'eux, et qui est 
dans la Didon ! Voilà la folie de la jeunesse ; voilà 
ce qui manque à la comédie française. 

6 juin. — Je crois que je deviendrais fou de cette 
belle femme ; sa taille est svelte, ses yeux divins ; 
elle a reçu la meilleure éducation à Milan. Je viens 
de la voir jouer, de refuser de lui être présenté, 
et je pars à l'instant même, minuit sonnant, par 
une tempête superbe. Toutes mes idées de bon sens, 
tous mes principes sur l'Italie commencent à 
s'obscurcir. 

Padoue, 10 juin. — Il n'est pas de contraste 
plus frappant ciue celui des terres du pape et des 
Etats de Venise. Ici, la volupté est en honneur ; 
tous les fronts sont épanouis ; tout le monde rit, 



216 



STENDHAL 



plaisante et parle haut. Les gens à qui j'ai présenté 
hier mes lettres de recommandation sont aujour- 
•d'hui de vieux amis ; cette ouverture de cœur est 
hien remarquable en Italie. On me présente à toutes 
les dames, qui de huit à neuf * se réunissent au 
■café del Principe Carlo. En voyant cette société 
brillante de naturel et de gaieté, et cela dans la 
plus pauvre ville du monde, je me rappelle la pru- 
derie de Genève, et ces gens-là se croient les sages ! 
Depuis que je suis ici, l'on me fait souper tous 
les soirs, à trois heures du matin, chez l'excellent 
restaurateur Pedrocchi *. Le temps coule pour moi ; 
je vis doucement avec vingt ou trente amis intimes, 
dont la figure ne m'était pas connue il y a huit jours. 
Le soir, je vais dans la loge de Pacchiarotti parler 
des beaux jours de la musique ; il me raconte qu'à 
Milan on lui faisait répéter jusqu'à cinq fois le 
même morceau. Il a encore tout le feu de la jeu- 
nesse : on voit que l'amour a passé par là ; et comme 
•on sait, c'est un castrat ; il a eu la recherche d'ap- 
porter ici les plus beaux meubles de Londres. 
Il a, dans son jardin anglais, au milieu de la ville, 
f^ntre Sainte-Justine et le Santo, la tour où le car- 
dinal Bembo passa les plus belles années de sa vie 
à écrire son histoire sur les genoux de sa maîtresse. 
Cette ame qui pétille dans tous les traits de Pac- 
chiarotti, et qui, à son âge de soixante-dix ans, le 
rend encore sublime quand il veut se donner la 
peine de chanter un récitatif, écorne un peu la 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 217 

théorie. J'ai plus appris de musique eu six conver- 
sations avec ce grand artiste, que par tous les 
livres ; c'est l'àme qui j)arle à l'àme *. 

18 juin *. — Je viens de passer quatre jours dans 
les inonti Euganei, à Arqua, le séjour de Pétrarque, 
à la Bataille, lieu célèbre par ses bains. C'est aux 
eaux que se déploie tout le bonheur du caractère 
vénitien. J'y ai rencontré M. le comte Bragadin, 
l'un des hommes les plus aimables que j'aie jamais 
vus ; rien d'appris, rien de pédantesque, rien de 
touché par le souffle desséchant de la vanité, dans 
cette amabilité folle des Vénitiens. C'est la saillie 
du bonheur, et du bonheur, malgré les circonstances 
ordinaires de la vie. Par exemple, le comte Bra- 
gadin, d'une des quatre familles les plus nobles de 
l'Europe, n'a pas remis les pieds à Venise depuis la 
chute de sa patrie. Se figure-t-on un de ces volti- 
geurs toujours grogneurs, souvent méchants, les 
portraits de la fatuité vieillie ? On est aux anti- 
podes de la manière d'être de l'aimable Vénitien. 

Les Vénitiens et les Milanais se détestent autant 
que des gens très gais et des gens très bons peuvent 
détester. Ces haines générales et réciproques sont 
le trait marquant des villes d'Italie, la suite des 
tyrannies du moyen âge, et le grand obstacle à la 
liberté ; c'est la compensation de leur originalité ; 
en France, il n'y a que Paris ; Paris écréme tout. 
Si Arras ne déteste pas Lille, c'est faute de ^te, et 



218 



STENDHAL 



beaucoup aussi, grâce au gouvernement juste dont 
elles jouissent depuis vingt-cinq ans. Pour moi, un& 
fois que je ne suis plus à Paris, j'aime autant Va- 
lence que Lyon. En Italie, l'acteur, le livre, l'homme 
puissant, qui sont portés aux nues à Brescia, sont 
siffles à Vérone. Como, petite ville à trente milles 
de Milan, vient de bâtir à ses frais un théâtre de 
huit cent mille francs, plus beau qu'aucun de ceux 
de Paris, et siffle bien fort les grands acteurs de 
Milan qui viennent y chanter. Il faut toujours 
répéter : La planta uomo nasce più rohusta qui che 
altrove. 

On ne plaisante que dans le royaume d'Italie ; 
partout ailleurs, le langage sérieux, exact, méfiant, 
que donne le voisinage du pacha, à Rome surtout. 
En arrivant, ma pratique constante est d'aller au 
spectacle et de me placer près de l'orchestre, de 
manière à suivre la conversation des musiciens. 
A Turin, ils se regardent d'un air en dessous, parlent 
peu, souvent un sourire amer * ; ils plaisantent sans 
cesse entre eux à Milan, du ton de la plus parfaite 
bonhomie. On se raconte en détail le dîner qu'on 
a fait à Vosteria, il y a quinze jours, ou l'on s'apitoie 
sur le sort d'un ami malade ; tout cela d'un air 
tranqviille, heureux, posé, ians laisser le moindre 
sous-entendu dans les idées. Tandis que le Milanais 
entretient un ami, il fait de la main vingt signes 
de tendresse aux amis qui passent. A Venise, ce sont 
vingt signes plaisants ; tout est sous-entendu, vif. 



HOME, ^'APLES ET FLORENCE 219 

joyeux, allègre. Le fils du doge est aussi gai que le 
gondolier ; ses intrigues sont aussi publiques. En 
vous donnant des nouvelles de quelqu'un, on ne 
manque jamais de nommer la dame qu'il sert. 
Lorsqu'on cite une partie faite, il y a dix ans, à 
Fusina ou à l'île de Murano, on ne manque jamais 
de rappeler, même devant les maris, qu'alors la 
Peppina était servie par un tel ; que c'était l'époque 
où la Marietta était jalouse de Priuli, etc. ; à Venise 
et à Boston, la gaieté et le bonheur sont en raison 
inverse de la bonté du gouvernement ^. 

La vue du bonheur produit le sourire ; c'est la 
vue soudaine d'un de nos avantages sur le voisin 
qui produit le rire. A mon grand étonnement, c'est 
le sourire qui règne dans le Milanais ; en France, 
«'est le rire. La vanité donne une tendance générale 
à la plaisanterie ; le paysan français fait des plaisan- 
teries, même tout seul, et il s'en amuse * ; mais 
l'envie gâte tout. 

Cependant, je crois la France le pays le plus heu- 
reux de l'Europe ; c'est-à-dire on y a tout le maté- 
riel du bonheur ; le règne des partis empêche peut- 
être un peu de le sentir. Je souhaiterais aux Fran- 
çais la bonhomie de la Lombardie *. 

Le grand trait du bonheur de la France, c'est que 



1. On peut dire que le gouvernement ne passe dans les 
mœurs qu'au bout de cent ans. Boston sent encore les effets 
du hideux esprit de secte. Ce fut la première législation 
de l'Amérique. 



220 STENDHAL 

l'industrie y est bien et sûrement récompensée. 
En Italie, un manufacturier élève un bâtiment, 
achète des ustensiles, met dehors un capital consi- 
dérable ; c'est autant de prise qu'il donne au pacha 
voisin ; il en est plus esclave *, il faut qu'à tout 
prix il se mette bien avec le pacha. L'Italie, n'ayant 
presque pas eu de domaines nationaux, n'a pas, 
comme la France, à s'enorgueillir du bonheur de 
dix millions de paysans heureux, parce qu'ils 
sont petits propriétaires. Le peuple de France est 
déjà arrivé à une conséquence ; quand un homme 
obtient une place, la première question est : Qu'a-t-il 
fait pour la mériter ? La loi sur les élections, loi 
sublime qui est un grand pas vers ce que le gouver- 
nement d'un pays à frontières doit être, V aristocratie 
proportionnelle de la propriété ; cette heureuse loi, 
dis-je, pour peu qu'elle dure, augmentera l'orgueil 
de la propriété et toutes les vertus qui tiennent à 
l'orgueil. 

La chose la plus estimable en France, les dix 
millions de paysans petits propriétaires, est la plus 
scélérate en Italie. A Parme, mon conducteur de 
sédiole me contait, sans nulle vergogne, comme quoi 
il avait gagné les vingt-sept napoléons avec lesquels 
il avait acheté cheval et sédiole au métier de voleur. 
Nous passâmes dans trois endroits où il me dit 
en toute simplesse qu'il avait assailli des voyageurs. 
Au contraire, l'horreur du vol est extrême chez le 
paysan français. A quoi doit-il ses vertus ? A ce que 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 221 

nos méprisables journaux maudissent tous les ma- 
tins. 

Le trait marquant du paysan français, c'est le 
bonheur ^ ; du paysan italien, c'est la beauté. Le 
peu de Leauté qu'il y a en France est gâté par 
l'affectation ; l'air simple, froid et passionné, quand 
la circonstance le porte, est naturel au paysan ita- 
lien, ce qui ne veut pas dire que, les trois quarts du 
temps, il n'a pas l'air féroce du sujet du despotisme. 
Il y a exception complète pour le P..., où le pay- 
san * est au même degré d'avilissement moral 
qu'en 1787. Entendez toujours par avilissement 
moral, malheur et scélératesse. Le scélérat qui vous 
fait horreur comme assassin, vous ferait pitié comme 
père de famille. 

L,a sympathie est facilement réveillée en France ; 
ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'elle est 
rarement profondément réveillée. Quant à la sym- 
pathie dans les Etats de Rome et de Xaples : 

Première charité commence par soi-même. 

Tout à fait au bout de l'Italie, à l'extrémité des 
Calabres, on rencontre quelques vertus des peuples 
sauvages, mais empoisonnées par la superstition, 
la seule loi qui y soit en 'ligueur. 

Que je voudrais pouvoir ôter toutes ces conclu- 



1. Le tiers de la nation anglaise est à l'aumône : cela com- 
pense la liberté de la presse. 



222 STENDHAL 

sions vagues et mettre les anecdotes dont je les 
tire ! Parmi celles dont j'ai enrichi mon journal ces 
jours-ci, l'histoire de M. de la Fontaine me semble 
assez innocente. 

En 1810, M. de la Fontaine, jeune capitaine 
français, de la figure la plus intéressante, nous 
arriva à Florence, (C'est un Florentin qui parle au 
café de la Bataille.) Il s'établit chez Schneider, 
achète des chevaux, fait une grande dépense ; il va 
dans le monde, et y traite même assez légèrement 
la cour de madame Elisa ; il ose, dans un bal mas- 
qué, plaisanter madame de Montecatini * sur une 
découverte récente due au génie de cette dame. 
Le lendemain il reçoit l'ordre de partir ; alors il 
avoue à M. Dutertre * qu'il est horriblement blessé 
d'un coup de pistolet chargé avec des clous ; il a 
offensé des gens d'Udine qui l'ont assassiné. La 
princesse oublie son ordre ; le jeune capitaine était 
de nouveau reçu dans le monde, lorsqu'un matin 
il se présenta tout pâle à M. Dutertre : « Je viens de 
reconnaître les gens qui m'ont assassiné à Udine. 
— Ne craignez rien, lui dit le sage commissaire ; 
je vous sauverai, quoique je n'ignore pas pourquoi 
l'on vous en veut. » Le capitaine avait trempé dans 
une petite conspiration contre Buonaparte, et, 
trouvant les ressources des conjurés ridicules, il le 
leur avait dit en ajoutant qu'il ne se mêlait plus 
de rien. M. de la Fontaine s'amuse à Florence 
encore quelques mois, et guérit de ses blessures. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 223 

Il part pour Naples, et a soin de se tenir toujours 
avec les aides de camp du roi. Un matin, qu'il est 
à la chasse avec eux, on l'entend appeler au secours 
à vingt pas dans le bois. On accourt pour le voir 
tomber de deux coups de fusil, l'un lui casse le bras, 
l'autre la cuisse, et l'on poursuit vainement les 
assassins qui ont le temps de faire entendre ces 
paroles : « Au revoir. » 

19 juin. — J'ai rencontré un grand beau jeune 
homme, Allemand, riche, blond, grand seigneur. 

Il m'a parlé avec enthousiasme d'un pantalon 

large qu'ils veulent établir en Allemagne. S'ils 
peuvent parvenir à restaurer un costume national, 
ils ne doutent pas que l'Europe ne leur accorde 
d*être une nation. Ce pauvre comte ! Il met beau- 
coup d'importance à ce pantalon ; il l'estime bien 
plus que vingt journées comme Hohenlinden ou 
Marengo. Ces pauvres Allemands meurent d'envie 
d'avoir du caractère. Dans le monde, c'est la marque 
à laquelle on reconnaît les gens qui n'en ont 
point ^. 

Il est savant ; voyant que je manque du sens inté- 
rieur nécessaire pour comprendre le sublime de la 



1. Quoique ces détails soient exacts, je ne les aurais pas 
rappelés si je n'avais encore un peu d'humeur des grosses 
sottises que nous a dites un de ces grands hommes d'Alle- 
magne dont le nom ne peut pas passer le Rhin, l'auteur du 
Mercure de Coblentz. 



224 STENDHAL 

redingote courte, des cheveux longs et du pantalon 
large, il me prouve au long les beautés de leur litté- 
rature. Je vois que les fiers Germains sont suscep- 
tibles comme des parvenus. 

Les Allemands n'ont qu'un homme, Schiller, 
et deux volumes à choisir parmi les vingt tomes de 
Goethe. On lira la vie de ce dernier, à cause de 
l'excès de ridicule d'un homme qui se croit assez 
imi^ortant pour nous apprendre, en quatre vo- 
lumes in-8°, de quelle manière il se faisait arranger 
les cheveux à vingt ans, et qu'il avait une grand'- 
tante qui s'appelait Anichen. Mais cela prouve 
qu'on n'a pas en Allemagne le sentiment du ridicule, 
et quand on n'a pas ce sentiment, et qu'on veut à 
toute force faire de l'esprit, on est bien près de 
tomber dans ce qu'on ne connaît pas ; et quand on 
s'avise de juger de l'esprit des autres et de décider, 
du haut de son tribunal tudesque, que Molière n'a 
fait que des satires tristes, on est bien près de faire 
rire l'Europe à ses dépens. 

En littérature, les Allemands n'ont pas de pré- 
tentions : eux aussi ne seront quelque chose qu'après 
la liberté ; mais c'est le contraire des Italiens ; 
ils veulent y arriver avec tant de science qu'ils y 
parviendront les derniers. Ce sont les brochures 
du colonel Massenbach * qui forment une langue, 
parce qu'au lieu de songer à montrer qu'il a bien de 
l'esprit, il ne songe qu'à expliquer clairement des 
idées qui l'intéressent vivement. 



ROME. NAPLES ET FLORENCE 225 

Je remarque que, dans tout ce que font les Alle- 
mands, ils sont beaucoup plus influencés par un 
vain désir de faire effet que i»ar aucun transport 
d'imagination ou ])ar la conscience d'une âme 
extraordinaire. Le iroùt se détermine tout seul vers 
le sujet pour lequel on se sent du talent : 

// est (tes nœuds secrets, il est des synipcitliies *... 

Mais ces choses-là ne sont pas à l'usage des Alle- 
mands ; leur affaire est de déclamer contre Vesprit, 
■et l'esprit est un despote qu'ils adorent jusqu'à la 
duperie. Ils écrivent, non pas parce qu'ils sont tour- 
mentés par leurs idées sur un sujet, mais parce 
qu'ils pensent avoir trouvé im sujet sur lequel, en 
prenant les peines convenables et faisant les re- 
cherches nécessaires, l'on peut parvenir à imaginer 
quelque chose de brillant : c'est dans ce sens qu'ils 
lisent et méditent. A la longue, ils parviennent 
à quelque point de vue étrange et paradoxal ; alors 
l'œuvre du génie est faite ; il ne s'agit plus que de 
l'établir avec toute leur artillerie d'érudition et de 
philosophie transcendante. Mais, dans tout ce tra- 
vail courageux, ils n'ont pas à se reprocher l'ombre 
d'une opinion à eux ; si on les voit toujours travail- 
lant comme des forçats, c'est pour arriver à prou- 
ver le système qu'ils trouvent brillant. Du reste, 
aucun sujet ne leur semble au-dessus de leur portée. 
Moins ils ont à dire, plus ils étalent leur grand maga- 
sin de principes logiques et métaphysiques. 

Rome, Naples et Fi.ohe.nce, II 15 



226 STENDHAL 

Dans le fait, c'est un peuple bon, lourd et lent, 
qui ne peut être mis en mouvement que par quelque 
impulsion violente et souvent répétée. Leurs au- 
teurs, par exemple, lorsqu'ils en sont à leur second 
volume, perdent tout jugement, tout pouvoir sur 
eux-mêmes, et rien ne peut les empêcher de tomber 
dans les absurdités les plus outrées. La vérité n'est 
plus pour eux ce qui est, mais ce qui, d'après leur 
système, doit être. 

Le plaisant, c'est leur philosophie, dans laquelle,, 
dès l'abord, ils proscrivent V expérience sous le nom 
d'empirisme. Après ce petit mot, on peut aller 
loin sans avancer ; je n'avancerai pas, moi, car je 
sens que je m'ennuie moi-même. Que serait-ce, si 
je rapportais les preuves de détail de tout ceci que 
je recueille * depuis sept ans que j'habite l'Alle- 
magne ? 

A l'exception des deux grands poètes que j'ai 
cités, tous les Allemands ne doivent leur célébrité 
douteuse qu'à Vohscurité de leurs écrits. Il est aussi 
difficile de trouver un Italien qui ne soit pas verbeux 
qu'un Allemand qui soit clair. Ils ne veulent pas 
comprendre qu'avant d'avoir des chefs-d'œuvre 
littéraires, il faut avoir de belles mœurs : or, on peut 
voir les mémoires de madame la margrave de Bai- 
reuth, la sœur du grand Frédéric. Ce qu'il va de pis 
pour les beaux-arts dans les barbares ^ que décrit 

1. Voir le Mercure du Rhin. 



î 



ROME, JNAPLES ET FLORENCE 227 

«ette princesse, c'est qu'ils manquent de naturel. 
Aussi manquent-ils de belle prose, et c'est la prose 
qui est le thermomètre des progrès littéraires d'un 
peuple. La Guerre de Trente Ans de Schiller est 
d'une emphase ridicule ; il y a loin de là à Hume et 
à Voltaire *. 

20 juin. — Je me sépare enfin de mes chers 
Padouans, les larmes aux yeux. Je promets de 
revenir à la fête du Santo, au mois d'août ; alors la 
population est doublée. Quant à mes Anglais, ils 
«ont établis à Venise depuis quinze jours ; ils ont 
déclaré que Padoue était le plus triste trou de luni- 
Aers. Ils ont raison, pour qui ne voit pas le moral. 
Pour moi, je dirai toujours : Vive le despotisme de 
l'ancien gouvernement de Venise ! 

Je trouve un voyageur français qui m'est recom- 
mandé. Quels singuliers êtres ! Pour que le rôle 
de fat fût passable, il faudrait qu'au lieu d'affecter 
la satiété de toutes les jouissances, ils en eussent 
les transports. Les Français passent par là dans leiu- 
jeunesse ; il leur en reste un vernis de satiété. Les 
Italiens, au contraire, se livrent avec transport à la 
jouissance présente, et les transports de mon voisin 
augmentent les miens ; il y a sans doute un effet 
nerveux. Mon Français m'a séché à fond pendant 
trois jours. J'ai été ravi de le voir partir. Sa pré- 
sence est le plus grand malheur qui me soit arrivé 
fendant mon voyage. J'étais dans les cieux ; il me 



228 STENDHAL 

tiraillait de toutes ses forces pour me ramener à 
terre. J'écris ceci dans la barque courrière, vis-à-vis- 
de Stra. Je m'arrête pour voir ce joli palais volé aux 
Pisani par Buonaparte ^. 

Venise, 21 juin. — Mon cœur est malade ; Vopera 
séria, et Vopera séria joué par des cantatrices ■] 

froides, ne peut que m'intéresser faiblement. Je V 

m'amuse à voir déraisonner mes Anglais ; tout 
leur fait horreur dans ce pays ; je parle à des puri- 
tains. » 

22 juin. — Rien à écrire : tout m'ennuie. Oserai-je 
vous le dire ? Vingt fois par jour je suis tenté ds 
faire un paquet de toutes mes lettres de crédit, de 
les renvoyer à Berlin, de ne me réserver que deux 
cents louis, et de voler à Rovigo. Après tout, que 
puis-je })erdre en Italie ? De l'argent. Je me sur- 
prends avec cette dangereuse maxime : Huit jour* 

1. Je ne sais pourquoi Buonaparte voulait écraser les- 
nobles de Venise, qui sont les meilleurs gens du monde, et 
faisait tant d'avances aux Picmontais, qui se moquaient de 
lui. Il avait si peu lu, que je parie qu'il était trompé par ce 
mot de république. Les nobles de Venise étant maîtres de 
l'Etat se faisaient grâce de l'impôt. Buonaparte eut l'idée 
de réclamer tout cet arriéré *. Les Pisani se trouvèrent 
devoir une somme énorme, et on leur prit leur beau palais 
de Stra. 

On me présente à M. Brocchi de Milan, le premier géolo- 
gue de l'Italie. Pour connaître parfaitement le physique de 
ce singulier pays, il faut lire la Conchiliolo^ia fossile do 
M. Brocchi, et le Voyage d'Arthur Young, si mal traduit. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 229 

de bonheur valent mieux que dix ans de cette vie 
insipide que je mène avec mon ministre. 

23 juin. — La Marcolini chante ici le Tancredi. 
Elle fait admirer les restes d'une belle voix et d'un 
jeu ferme. Le moment d'enthousiasme pour la 
gloire, 

Aima gloria 

va au cœur. Cet opéra de Tancredi est digne qu'on 
prenne la peine d'en corriger les paroles. ^L Pre- 
vida, homme d'esprit, et rédacteur du journal, 
me dit qu'on joue à la fois Tancredi à Barcelone 
et à Munich. L n jour, il dit, à Vienne, dans la so- 
ciété, que Buonaparte était un grand général. 
On l'envoya servir trois ans, comme simple soldat, 
dans un régiment qui faisait la guerre. Il ne voulut 
jamais déserter. 

24 juin, à trois heures du matin. — Je viens d'en- 
tendre M. le duc de ..., qui joue supérieurement 
bien de la harpe. Je suis étonné de ses jugements 
sur la musique ; madame Al... se moque de moi. 
C'est une chose convenue, en Italie, que, mieux on 
joue d'un instrument, moins on est juge de ce qu'on 
joue. J'y vois trois raisons : 

1° La longue société avec les croque-notes ; 
2° On est habitué à entendre sans enthousiasme 
les plus belles choses qu'on joue ; 

Rome, Naples et pLonENCE, II. 15. 



230 



STENDHAL 



3° Le difficile auquel on fait attention n'est pas 
le difficile d'émouvoir les cœurs. Je me rappelle 
l'anecdote racontée par Collé, de ce secrétaire si 
bête, qu'il écrivait, sans s'en douter, une lettre où 
l'on parlait de lui ; il songeait à former de beaux 
caractères. Le cœur d'un homme fort sûr de son 
instrument * est différent du mien ; il trouve du 
plaisir dans cette harmonie compliquée qui montre 
la science du compositeur, et fait paraître l'habileté 
de l'exécutant. Plaire aux sens ou toucher les cœurs 
n'est rien pour lui ; mais son plaisir n'en existe pas 
moins et peut être fort vif. — Pour la musique, 
j'éprouve des différences, de jour en jour, aussi 
sensibles qu'un accès de fièvre. 

24 juin. — Ce soir, au café de Florian, sur la 
place Saint-Marc, vers les une heure, il y avait 
quarante ou cinquante femmes de la haute société. 
On me conte que, dans une tragédie, au théâtre 
San Mose, on voyait un t\Tan qui présente son 
épée à son fils, et lui ordonne d'aller tuer sa bru. 
Ce peuple heureux ne jjut j^as supporter la force 
de cette touche de clair-obscur ; toute la salle poussa 
de grands cris, et ordonna au tyran de reprendre 
l'épée qui était déjà dans les mains de son fds. 
Ce jeune prince s'avança vers l'orchestre, et eut 
beaucoup de peine à faire sa paix avec le public, 
en lui assurant qu'il était loin de partager les senti- 
ments de son père ; il donna sa parole d'honneur, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 231 

que, si le public Acculait lui accorder seulement 
dix minutes, il le verrait sauver sa femme *. 

Les comédies de Goldoni en dialecte vénitien 
sont des peintures flamandes, c'est-à-dire pleines 
de vérité et d'ignoble, des mœurs du petit peuple 
de l'époque de volupté et de bonheur qui précéda 
l'anéantissement de la république. Les mœurs de la 
haute société auraient donné d'excellentes comédies; 
mais il fallait au peintre le génie de Collé dans la 
Vérité dans le vin, et la force sublime de d'Eglantine 
dans VOrange de Malte : un évoque voulant * enga- 
ger sa nièce à être la maîtresse d'un prince, tout en 
lui faisant des remontrances. 

Je ne puis absolument pas conter l'anecdote du 
juif dans le lit pour ravoir les diamants ; de la jolie 
femme revenant de chez le patriarche, pour sauver 
un malheureux injustement condamné, et trouvant 
son amant au sortir de sa gondole. L'excuse qu'elle 
lui fait est ce que j'ai vu de plus divin dans aucune 
anecdote ; c'est comme le doge Mocenigo * prenant 
à part le jeune prince allemand Ancîi a mi. J'en 
sais une trentaine de ce genre ; c'est ce qu'il y a de 
plus fou, et jamais la moindre teinte (V odieux. 
On aperçoit dans tous les caractères, depuis la 
simple fantesca jusqu'au doge, l'habitude des dis- 
positions qui font le bonheur *. Je ne connais rien 
qui fasse plus enrager les Anglais gens d'esprit, que 
ces anecdotes-là. Sans le dire, ce peuple heureux 



232 



STENDHAL 



savait, depuis cent ans, qu'il n'y a de vicieux que 
ce qui nuit. 

Le Baruffe Chiozotte, Ser Brontolon, sont d'excel- 
lentes comédies bourgeoises, s'il peut y avoir de 
Vexcellent au théâtre, sans grandiose dans l'âme du 
poète. 

25 juin. — Je reçois à la fois toutes les lettres 
qu'on m'a écrites de Paris, depuis quatre mois. 
Plaisir bien doux, diversion profonde ! 

Je vois que, depuis cette belle loi des élections 
que nous devons tout entière au génie ferme de 
notre roi, la nation s'avance au galop vers le bon 
sens américain *. L'année 1816 sera marquée dans 
l'histoire par cette note marginale : Education de la 
France. 

Avec la retraite de Fleury va disparaître l'ancien 
bon ton français. IJ' Ecole des bourgeois sera inin- 
telligible dans trente ans. Que deviendront les arts 
au milieu de cette déroute générale de toutes les 
idées gothiques ? La peinture fera des progrès, 
la musique tombera ; il y a un élément raisonnable 
dans la peinture ; et la raison va centupler de force. 
Il faut un certain repos de l'âme, une certaine 
mélancolie pour goûter la musique ; c'est ce cjue 
donne un soleil brûlant : 

/ nm never nierrij when I hear s'>veel niusic. 

Shakspeare. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 233 

Or il va y avoir en France une prodigieuse activité 
des esprits. Chaque degré qui nous sépare du hou 
sens anglais sera emporté par une bataille ; et, pen- 
dant six mois, cette bataille paraîtra la plus grande 
chose du monde. Quand la vie active est trop forte, 
elle comprime, elle étouiïe les beaux-arts. C'est 
Edimbourg qui est la capitale de la pensée en Angle- 
terre. Quand il n'y a plus de vie active, les arts 
tombent dans le niais, comme à Rome. Ce qui rend 
précieux le désert moral de T Italie, c'est que, même 
avec les discussions des deux Chambres, ce pays 
mettra toujours son bonheur dans les beaux-arts. 
Le théâtre Saint- Charles a attaché les Napolitains 
à leur roi, plus que la meilleure constitution. 

Il est impossible que les Français sentent jamais 
la musique. Dans ce genre, ils ont le métalent le 
plus marqué ; ils applaudissent à ce qui est jaux 
et laissent passer les beautés en disant : C'est com- 
mun. Ceci paraîtia incroyable, je le sens. Allez, 
en 1817, à leur opéra qui coûte sept cent mille 
francs à la nation [Fernand Corfez, Œdipe à Colone, 
juin 1817) : voyez comme ils se laissent mystifier 
par madame Catalani pour leur théâtre italien. Cette 
troupe qui coûte cent soixante mille francs serait 
sifïlée à Brescia. Avec cette somme et les recettes, 
rien de plus facile que d'avoir un opéra aussi bon 
que Milan ^. Mais je m'arrête ; de tout temps on les 

1. Galli, trente mille francs, Donzelli, quinze ; Monelli, 
dix ; Remorini, douze ; Paccini, dix ; la Fabre, seize ; la 



234 STENDHAL 

fâcha en leur parlant musique ; c'est le seul article 
sur lequel ils soient hêtes. Assurément cela vaut 
mieux que d'être puritains comme les Anglais, ou 
pédants comme les Italiens. 

Il n'y a plus d'acteurs à Paris depuis qu'il n'y a 
plus de sifflets. En Italie, l'on n'a pas encore trans- 
porté au théâtre la loi qui régit la littérature. 

26 juin, à une heure du matin, au pai^illon du 
jardin fait par le vice-roi. — Je n'ai pas le cœur à 
écrire. Je regarde cette mer tranquille, et au loin 
cette langue de terre qu'on appelle le Lido, qui sé- 
pare la grande mer de la lagune, et contre laquelle 
la mer se brise avec un mugissement sourd : une 
ligne brillante dessine le sommet de chaque vague : 
une belle lune jette sa paisible lumière sur ce spec- 
tacle tranquille ; l'air est si pur que j'aperçois la 
mâture des vaisseaux qui sont à Malamocco, dans 
la grande mer, et cette vue si roinantique se trouve 
dans la ville la plus civilisée. Que j'abhorre Buona- 
parte de l'avoir sacrifiée à l'Autriche ! — En douze 
minutes, ma gondole me fait longer toute la riva 
dei Scliiavoni, et me jette sur la Piazzetta, au pied 
du lion de Saint-Marc. — Venise était plus sur le 

Marcolini (Fedele), douze : voilà po«r cinq cent mille francs 
une troupe telle qu'il n'en exista jamais en France. En 
veut-on wne autre ? Davide le fils, vingt m.ille francs ; le 
castrat Velluti, vingt-cinq; Pellogrini, quinze; de Grecis, 
quinze, les Monbelli, vingt-cinq : nous ne sommes qu'à 
cent mille francs *. 



ROME, NAPLES ET FLORE.NCE 235 

chemin de la civilisation que Londres et Paris. 
Aujourd'hui, il y a cinquante mille pauvres. On 
offre le palais Vendramin, sur le grand canal, 
pour mille louis. Il en a coûté à bâtir vint-cinq mille, 
et en valait encore dix mille en 1794. 

Où trouver ailleurs qu'à Venise des gens comme 
Giacomo Le... ? Cette société me plaît trop, je 
suis malheureux. Les plus brillants salons de Paris 
sont bien insipides et bien secs comparés à la so- 
ciété de madame Benzoni. Cela est vrai pour moi et 
serait probablement très faux pour les trois quarts 
de mes amis de Paris. Plus on est aimable, moins 
on sent la musique et les grâces de la société véni- 
tienne. 

Quelle gaieté que celle de la société avec laquelle 
je dîne au Pellegrino ! Chacun a des fonctions ridi- 
cules et imposantes adaptées à ses ridicules et 
prises des Animali parlanti de Casti. — Poésies de 
ce jeune Bolonais établi à Venise. Que je serais heu- 
reux de ne jamais quitter ce pays ! Quelle soirée 
délicieuse que celle passée dans le jardin de M. Cor- 
naro ! 

27 juin. — L'on m'a présenté au spectacle à lord 
Byron. [C'est une figure céleste ; il est impossible 
d'avoir de plus beaux yeux. Ah ! le joli homme de 
génie ! Il a à peine vingt-huit ans, et c'est le pre- 
mier poète de l'Angleterre et probablement du 



23G STENDHAL 

monde. Lorsqu'il écoute la musique, c'est une figure 
digne de l'idéal des Grecs. 

Au reste, qu'on soit un grand poète, et de plus 
le chef d'une des plus anciennes familles d'Angle- 
terre, c'en est trop pour notre siècle ; aussi ai-je 
appris avec plaisir que lord Byron est un scélérat. 
Quand il entrait dans le salon de madame de Staël 
à Coppet, toutes les dames anglaises en sortaient. 
Ce pauvre homme de génie a eu l'imprudence de 
se marier ; sa femme est fort adroite, et renouvelle 
à ses dépens la vieille histoire de Tom Jones et 
de Blifil. Tout homme de génie est fou, et de plus 
imprudent ; celui-ci a eu la noirceur de prendre * 
une actrice pendant deux mois. S'il n'eût été qu'un 
sot, on eût à peine remarqué qu'il suivait l'exemple 
de tous les jeunes gens riches ; mais on sait que 
M. Murray, libraire, bon calculateur, donne à 
celui-ci deux guinées pour chaque vers qu'il lui 
envoie. C'est absolument la contre-partie du comte 
de Mirabeau : les féodaux d'avant la Révolution, 
ne sachant que répondre à l'aigle de Marseille, 
découvrirent qu'il était un monstre *. 

Le Provençal s'en moquait : il paraît que le 
Breton a pris la chose au tragique ; l'injustice de la 
société anglaise le rend, dit-on, triste et misan- 
thrope. Grand bien lui fasse ! Si à vingt-huit ans, 
quand on a déjà à se reprocher six volumes de beaux 
vers, on pouvait connaître le monde, il aurait vu 
que pour l'homme de génie, au xix^ siècle, il n'y 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 237 

a pas d'alternative : ou c'est un sot, ou c'est ua 
monstre. 

En tous cas, c'est le plus aimable monstre que 
j'aie jamais vu ; en poésie, en discussions littéraires, 
il est simple comme un enfant : c'est le contraire 
d'un académicien. Il parle le grec ancien, le grec 
moderne, l'arabe. Il apprend ici l'arménien d'un 
papa aiménien qui travaille à un ouvrage important 
sur le lieu précis où était situé le Paradis terrestre. 
Le lord, dont le génie sombre adore les fictions 
orientales, traduira ce Paradis en anglais. 

A sa place, je me ferais passer pour mort, et je 
recommencerais une nouvelle vie comme M. Smith, 
bon négociant à Lima *.] 

FusiNA, 27 juin. — Je me précipite hors de Ve- 
nise. Je ne veux plus m'occuper que d'idées sèches. 

Milan, 10 juillet. — Je n'ai rien écrit. Les opéras, 
la musique, les tableaux, Venise, Trévise, Vicence, 
Vérone, Brescia, tout cila a passé devant mes yeux 
comme un songe. 

Par devoir, cependant, je cherche à me rappeler 
quelques observations ; je me souviens qu'à Vérone 
je trouvai au café, vis-à-vis l'amphithéâtre^ 
Vestri, cet excellent acteur. Il me dit en d'autres 
termes le fameux sonnet de Lope de Vega *, relatif 
aux six clefs sous lesquelles il enfermait Térence : 
« J'arrive de Brescia ; le premier jour j'ai donné 



238 STENDHAL 

de la bonne comédie ; on est resté froid ; le lende- 
main, j'ai fait le polichinelle, on nous a portés aux 
nues, et nous avons eu six cents francs de recette 
tous les jours, tous frais faits. « 

Le soir, drame abominable traduit de l'allemand ; 
nos perruquiers siffleraient cela, et jamais peut- 
être ce grand acteur ne m'a fait plus de plaisir. 
Il jouait ce lieu commun si ancien, un père qui par 
orgueil ne veut pas donner sa fille à un jeune lord 
dont le père a perdu la vie sur l'échafaud. Ce n'était 
point du naturel plat à la Goldoni ; il donnait de 
nouvelles idées, et cependant ne sortait pas de la 
nature. 

Le lendemain Vestri parut dans il Disperato per 
^ccesso di buon core ; c'est un de ses triomphes, 
il y est aussi supérieur que dans VAjo neW imbar- 
razzo et dans le Bourru bienfaisant. Tout cela est 
invisible à l'étranger qui ne s'est pas fait à la ca)i- 
iilena du dialogue italien : je fus trois mois en Angle- 
terre avant de m'accoutumer au chant de la langue 
anglaise ; pour le nôtre, il paraît que les étrangers 
ne peuvent pas s'y faire ^. 

A Brescia, on donne une comédie où l'on badine 
la mode des cavaliers servants et des maris qui 
ferment les yeux pour avoir de bonnes entreprises 
dans les fourrages. L'auteur, qui est maladroit et 



1. Milady Morgan, qui, du reste, a si bien vu la France, 
jugeant le Tartufe et madenaoiselle Mars. 



ROME, XAPLES ET FLORENCE 239 

sans nul talent, tombe à tous moments dans des 
grossièretés incroyables, mais fort amusantes pour 
l'étranger, car elles sont vraies. Ce qui est plus 
amusant, c'est ce que m'a dit en projires termes le 
fils de mon banquier : « Il serait plaisant que nous 
vinssions au théâtre pour nous voir tourner en 
ridicule. Ce soir, au théâtre, comme j'entre dans 
une loge, j'entends une réplique de la soubrette, 
qui sem])lait faite exprès pour moi : tout le monde 
me regarde ; je ne savais quelle contenance tenir ; 
et il faudrait applaudir à un tel genre ! Des sifflets, 
per Dio, des sifflets ! » 

Cela seul, et le malheur d'avoir la peinture des 
mœurs écrite dans une langue morte, suffit pour 
empêcher la naissance de la comédie. Quant à Ves- 
tri, il a deviné le dialogue italien ; un prince qui 
aimerait les arts, le ferait bien vite professeur dans 
un conservatoire. Un tel homme aurait la plus 
heureuse influence sur le récitalif obligé, qui est 
aujourd'hui la seule ressource qui reste aux belles 
voix pour toucher les cœurs. Ce n'est que dans ces 
morceaux qu'on entend encore ce chant spianato, 
qui est le sublime des efforts d'une belle voix, et 
que l'on prend en France pour le chant d'un com- 
mençant. 

La musique est une peinture tendre ; un carac- 
tère parfaitement sec est hors de ses moyens. 
Comme la tendresse lui est inhérente, elle la porte 
partout, et c'est par cette fausseté que le tableau^ 



^40 STENDHAL 

<]u monde qu'elle présente ravit les âmes tendres 
et déplaît tant aux autres. L'écueil du comique, 
<)'est que les personnages qui nous font rire ne nous 
semblent secs, et n'attristent la partie tendre de 
l'âme ; c'est ce qui, pour certaines gens, rend le 
•charme d'un bon opéra buffa si supérieur à celui 
d'une bonne comédie ; c'est la réunion de plaisirs 
la plus étonnante. L'imagination et la tendresse 
sont actives à côté du rire le plus fou *. 

Le comte T... de Brescia me fait remarquer qu'il 
y a bien moins d'amateurs de musique en Italie 
que je ne l'imaginais. Beaucoup d'âmes fortes 
disent que c'est un plaisir d'esclave, et sont pour 
la comédie et surtout pour la tragédie ; il ajoute : 
« Vous connaissez trop tôt les grands modèles ; 
chez vous l'émulation est réprimée par le désespoir : 
remarquez que la plupart des auteurs originaux 
•ont presque entièrement manqué d'éducation. 
On ne va loin que quand on ne sait où l'on va : 
ainsi notre Alfieri se jeta dans la poésie drama- 
tique, sachant aussi peu ce que c'était que poésie 
que ce que c'était que drame ; il écrivit sa première 
pièce ^ sans savoir même l'orthographe de la langue 
dans laquelle il prétendait se faire admirer. Une fois 
que son caractère de fer eut donné dans cette idée, 
il attaqua les difficultés avec toute la véhémence 
■de son orgueil : mais, s'il eût mieux connu les mo- 

1. Cléopâtre. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 241 

dèles, il n'eût jamais mis là son orgueil. Le défaut 
contraire étouffe peut-être la moitié des génies qui 
naissent à Paris. >» 

Nous parlions de poésies à propos de M. Cesare 
Aricci, jeune poète de Brescia, connu par un poème 
champêtre. M. Aricci n'a pas inventé un nouveau 
style dans la Jérusalem détruite, poème épique qu'il 
achève ; mais il imite admirablement les styles des 
grands poètes italiens. On se dit en le lisant : Telle 
octave est du Tasse, telle autre de Monti ; mais la 
lecture ennuie. Quel succès aurait un tel poète en 
France ! 



PENSEES QUI ME SONT RESTEES DE VENISE 

Les yeux ont leurs habitudes, qu'ils prennent de 
la nature des objets qu'ils voient le plus souvent. 
Ici, l'œil est toujours à cinq pieds des ondes de la 
mer, et l'aperçoit sans cesse. Quant à la couleur, 
à Paris tout est pauvre, à Venise tout est brillant : 
les habits des gondoliers, la couleur de la mer, 
la pureté du ciel que l'œil aperçoit sans cesse réflé- 
chie dans le brillant des eaux. Le gouvernement 
encourageant la volupté et éloignant des sciences, 
le goût des nobles pour avoir de beaux portraits, 
telles sont les autros causes du caractère de l'école 
de Venise. Comparez le ciel de V Entrée de Henri IV 
et le ciel des Xoces de Cana de Paul ^'éronèse. 

Rome, Naples kt Florence, II 16 



242 STENDHAL 



* 
* * 



Pendant que leurs maris et leurs amants sont à la 
pêche, les femmes de Malamocco et de Pellestrina 
chantent sur le rivage des stances du Tasse et de 
l'Arioste ; leurs amants leur répondent du milieu 
des eaux par la stance suivante. 



* 
* * 



« La volupté, me disait le comte C..., et le peu 
d'habitude de lire, font qu'on accorde si peu d'at- 
tention, qu'il faut dans la prose italienne tout 
expliquer avec le plus grand soin. Au moindre 
sous-entendu qui n'est pas palpable, on ferme le 
livre comme obscur : de là l'impossibilité du pi- 
quant. Je ne connais pas chez nous une seule phrase 
dans le genre des Lettres persanes. » 

Ce même comte me fait une observation que je 
n'approuve pas, mais que je rapporte pour mon- 
trer combien ce peuple, qui a des passions, et qui 
n'a point eu de Louis XIV, est plus près de la na- 
ture. Il me montrait à Trévise, qui par parenthèse 
a la physionomie d'une synagogue, il me montrait, 
pour me le faire admirer, un tableau de cet excel- 
lent coloriste, Paris Bordone. Hérode écoute froi- 
dement saint Jean qui le prêche avec tout l'enthou- 
siasme de l'inspiration : mais un grand chien har- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 243 

hone, qui est couché au pied du roi, et un petit 
chien de Bologne, qu'on aperçoit sous le bras 
d'Hérodias, aboient au prophète. En effet, tous les 
êtres animés correspondent par le langage des 
yeux ; cela rappelle saint Bernard prêchant en 
latin aux Germains qui n'y comprennent pas mot, 
et les convertissant par milliers. De nos jours, Kant 
a recommencé ce miracle. 



* 
* * 



Je rencontre à Venise, chez lady B..., une jeune 
Anglaise, héritière de huit cent mille livres de rente, 
qui est partie toute seule de Londres pour venir 
ici voir son père. Un de ses tuteurs s'est opposé 
à une idée si singulière ; l'autre, par respect pour 
la liberté, lui a remis mille guinées qu'elle a pla- 
cées en or effectif dans son sac à ouvrage. Elle a 
pris des habits foi't simples, et toute seule, sans 
savoir dix mots de français, est montée dans la 
diligence. De diligence en diligence, et toujours 
toute seule, elle est arrivée à Venise, d'où son père 
s'était embarqué trois jours auparavant pour Cons- 
tantinople. Tant de tendresse filiale méritait un 
plus heureux hasard. Elle a écrit à son père pour 
lui demander la permission d'aller le joindre. C'est 
une personne assez jolie et de la plus admirable 
simplicité : j'ai eu un vrai plaisir à faire la conver- 
sation avec elle. Cette course exige plus de courage 



244 



STENDHAL 



que pour un homme faire deux ou trois fois le tour 
du monde. J'indique cette jeune Anglaise à nos 
beaux de Paris ; certainement elle épousera qui 
saura lui plaire, et elle a déjà d'assuré plus de huit 
cent mille livres de rente. — De pareils traits me 
font aimer la nation anglaise *. 



* 
* * 



Rien de singulier comme des familles anglaises 
de VHigh life, parlant toujours de la santé de Son 
Excellence ou de l'honneur qu'on a eu d'être pré- 
senté à Son Altesse, et cela avec un ton de respect 
religieux, ridicule en France, même au faubourg 
Saint-Germain. Les fashionables anglais sont plus 
efféminés que la plus aimable petite-maîtresse du 
temps de madame Dubarry ; une araignée les fait 
évanouir. 



* 



Sur les tableaux d'apparat dont j'ai vu une quan- 
tité prodigieuse à Vérone et à Vicence : un tableau 
d'apparat, comme V Entrée de Henri IV, est la 
peinture d'une comédie ; un tableau d'idéal, comme 
Enée et Didon, est la peinture de ce qu'il y a de 
plus intéressant et de plus vrai dans le cœur hu- 
main. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 245 



* 
* * 



Conversation étonnante avec deux nobles Pié- 
montais à Dezenzano, promenant sur le lac de 
Garde. Si j'étais roi, tous mes ambassadeurs se- 
raient Piémontais : c'est le peuple le plus sagace 
de l'univers. Tout ce qui est frivole ne les arrête 
pas un instant : ils mettent sur-le-champ le doigt 
sur la plaie ; en cela, bien supérieurs aux Français 
qui s'amusent à chercher les facettes épigramma- 
tiques. L'un d'eux rajeunit dans son dialecte par 
une expression plus belle que Tacite, tant elle 
montre de disinganno de tout, cette vieille vérité : 
« Le gouvernement de la grande île de Madagascar 
est aussi illibéral et plus, que celui d'aucun petit 
royaume despotique ; seulement il est forcé à plus 
d'hypocrisie. » Il finit par cet excellent mot de 
M. Say : « Jugez un gouvernement par ceux qu'il 

place. » 

* 

* * 

A Venise, Y... ne voulait pas applaudir Mozart, 
parce qu'il est Allemand * ; on voit l'esprit général 
que je suis loin d'approuver, 

* 

* * 

Il y a à Venise un Anglais qui a enlevé sa belle- 
sœur, et l'a ensuite épousée. Cette petite plaisan- 

RoME, Naples et Florence, II 16é 



246 



STENDHAL 



tcrie lui a coûté trente mille livres sterling ^ ; il a 
remercié dans les journaux le mari malheureux de 
lui avoir fourni cette occasion de prouver son amour. 
A Venise, aucune Anglaise ne reçoit cette dame ; 
mais, comme elle est aimable, on la rencontre dans 
toutes les sociétés italiennes. Jamais l'imagination 
la plus glacée ne pourra se figurer les détails de 
Vintérieur de ces deux amants passionnés. II n'y a 
pas le moindre nuage, mais bien des détails de 
froideur et d'apparente indifférence qu'une Fran- 
çaise ne supporterait pas une demi-journée, fût-ce 
d'un roi. Je sais ce dont je parle à n'en pas douter, 
et je ne puis rassasier mon étonnement : j'attribue 
cela à la morgue nationale. Un Anglais se croirait 
déshonoré si un être quelconque pouvait croire qu'il 
est nécessaire à son bonheur. 



* 



A Vérone, l'on m'a montré de loin un des deux 
marquis Pindemonti. C'étaient deux nobles de terre 
ferme : l'un avait plus de culture, il est mort depuis 
peu ; l'autre a plus de génie naturel ; je pense que 
ce sont de ces poètes dont le mérite ne s'étend 
pas au delà de la langue qu'ils ont écrite. Je n'ai 
pas eu la patience de lire toutes les tragédies d'Hip- 



1. Il est ignoble de prendre cet argent ; on en fait un 
hôpital, qui, par son nom, perpétue la vengeance. 



} 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 247 

polyte Pindemonti. J'ai trouvé, ce me semble, une 
scène ou deux dans sa Genef^ièf^e. C'étaient des gens 
du meilleur ton, fort aimables et fort aimés des 
dames *. 

15 juillet, dans le jardin anglais de la villa B.... — 
J'ai traversé Padoue sans m'arrêter ; je n'avais pas 
envie de parler. Je me retrouve à Milan depuis huit 
jours, mais je suis mort pour les arts ; ce qui me 
plaît me fait mal ; à peine les intérêts les plus sé- 
rieux de la politique ont-ils quelque prise sur moi. 
Je vous ai juré de ne pas vous ennuyer des cris de la 
philosophie contre le despotisme ; je n'ai rien à 
vous dire. J'ai lu le Déserteur de Sedaine. Je com- 
prends qu'on déserte et qu'on aime à dire : Oui, je 
déserte ! 

16 juillet. — Je ne manque pas une soirée au 
théâtre de la Scala, et j'y retrouve ces sensations 
délicieuses que j'avais à Bologne, augmentées de 
tout le charme des regrets. 

Ce soir, j'ai vu la première représentation de la 
Gazza ladra (la Pie voleuse), musique de Rossini ; 
de la Mirra ou la Vengeance de Vénus, ballet hé- 
roïque de Viganô, et de la Magie dans les bois, 
ballet comique ; tout cela a été donné le même jour. 
Je manque de termes pour exprimer le plaisir que 
m'ont fait les décorations, MjNI. Perego, Landriani, 
Fuentès, Sanquirico sont des peintres, et de grands 



248 



STENDHAL 



peintres *. Chaque décoration peinte à la colle 
n'est payée que vingt sequins (deux cent quarante 
francs) ; mais l'administration s'engage à en de- 
mander vingt chaque année à chacun de ces mes- 
sieurs. Ce soir, jour de prima recita, toutes les 
femmes étaient en grande parure dans les loges ; 
c'est-à-dire les bras et la gorge nus, avec de grands 
chapeaux garnis de plumes immenses et très belles ; 
il faut cela, autrement l'on ne serait pas aperçu du 
parterre. Le silence a été extrême ; l'on ne fait pas 
de visites la prima sera ; j'ai remarqué la très mau- 
vaise disposition du parterre ; il est si horizontal 
que l'on ne peut pas voir les jambes des danseuses ; 
on devrait imiter celui de l'Opéra de Paris. 

Les premières représentations sont toujours le 
samedi au théâtre de la Scala, parce que le vendredi 
est le jour de repos. Il n'y a pas de spectacle les 
jours anniversaires de la naissance et de la mort des 
derniers souverains de l'Autriche, ce qui déplaît 
fort. 

Le spectacle de ce soir a duré cinq grandes heures, 
et tout était nouveau. 

Rossini a voulu se rapprocher du fracas de la 
musique allemande. Avec une imagination aussi au- 
dacieuse que brillante, et les inspirations d'un génie 
vraiment original, quelque genre qu'il prenne, il est 
sûr de plaire, pourvu qu'il veuille accorder un peu 
d'attention à son ouvrage. On l'a fort applaudi, 
les motifs de ses airs sont nobles ; l'idée dominante, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



249 



chose si nécessaire à la musi((n(! jxmr (m'elle puisse 
être comprise, l'idée dominante est admirablement 
rappelée dans les morceaux d'ensemble ; il les con- 
duit en homme supérieur. Les jdirases (ju'il rejette 
feraient la fortune d'un compositeur ordinaire ; 
mais il se méfie trop du public, sans cesse il sacrifie 
à la manie de briller les choses qui ne sont que rai- 
sonnables et justes ; ainsi telle phrase de chant, 
qu'il met dans la bouche d'un jardinier, ne serait 
point trop peu brillante pour le comte Almaviva 
ou tel autre jeune seigneur de la cour. On a couvert 
d'acclamations un terzetto, un duelto et un quintello. 
Les commencements de ces morceaux sont superbes ; 
mais pour plaire aux amateurs du genre savant, la 
stretta n'est plus dramatique ; c'est un morceau de 
symphonie qu'on dirait volé à Beethoven. Les sons 
les plus étranges sont combinés et amenés avec 
beaucoup d'adresse, mais certainement n'ajoutent 
rien à l'expression des paroles passionnées que pro- 
noncent les personnages. 

Pour arracher les suffrages des amateurs du style 
noble, qui, par tous pays, sont ceux qui sont le 
plus loin de la nature *, Rossini annonce l'arrivée 
de Gianetto, par exemjjle, le soldat fils du fermier 
et amoureux de la servante, comme l'entrée de 
César ou d'Alexandre *. 

Du reste, cet ojDéra a le défaut des grands maîtres, 
le? personnages sont toujours en scène. Madame 
Belloc ne quitte pas le théâtre ; les terribles accom- 



250 



STENDHAL 



pagnements à l'allemande ne peuvent étouffer sa 
voix et encore moins celle de Galli. Dès que les 
accents admirables de ce srand acteur se font en- 
tendre, ils couvrent toutes les parties, orchestre 
comme chanteurs. Galli fait un père malheureux ; 
on retrouve l'acteur étonnant, qui a fait verser 
tant de larmes dans VAgnese (c'est le caractère de 
Lear), et dans le prince hongrois de la Testa di 
bronzo. La jeune Galianis, avec sa belle voix de 
contralto, qui n'a que cinq ou six notes, mais d'une 
force et d'une pureté étonnantes, a été extrême- 
ment applaudie ; elle a une figure aussi belle que 
son chant. Un débutant, le signor Ambrosi, a fait 
beaucoup de plaisir ; c'est un homme de la société. 
Mais il y avait trop de plaisirs. Je suis mort de 
fatigue ; ce qui m'a empêché de rire d'un usage 
français et ridicule qui s'introduit ici. Après la 
pièce, lorsqu'on a demandé les acteurs, Galli et 
Rossini se sont embrassés tendrement sur la scène *. 

17 juillet. — Ce grand poète muet, Viganô *, n'a 
point suivi les traces d'Alfieri dans sa Mina. 
L'action commence par le choix d'un époux que 
Cynire destine à Mirra ; peu à peu cette fdle mal- 
heureuse paraît en proie à son fatal amour, et sa 
mort trop prévue termine l'action. Malgré le malheur 
du sujet, jamais spectacle ne fut plus plein de vie ; 
quand on en sort, on est poursuivi par dix ou douze 
ensembles de groupes qui remplissent l'imagination 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 251 

comme le souvenir de beaux tableaux. A chaque 
représentation, on aperçoit de nouveaux détails 
enchanteurs : le mouvement des masses frappe par 
la singularité, l'ordre, la variété ; et quoique tout 
surprenne, rien ne semble sortir de la nature. L'œil 
accoutumé à ce qu'il y a de plus sublime dans le 
beau pittoresque ne peut s'empêcher de reconnaître 
le génie d'un grand peintre. Les spectateurs s'atten- 
daient à un plaisir extrême, ils n'ont eu que les 
sensations que comporte ce sujet malheureux. On 
peut juger si Viganô a travaillé con ainore ; la Palle- 
rini faisait le rôle de Mirra. 

Il a dirigé la distribution des couleurs dans les 
vêtements qui sont magnifiques, et, ce qui est bien 
plus rare, qui font plaisir à l'œil. Tout le monde con- 
venait hier, et encore plus ce soir, que jamais on 
n'avait vu une si piquante variété unie à tant d'har- 
monie : mais quelque grand que Viganô ait été dans 
le coloris des costumes, M. Sanquirico me semble le 
surpasser par ses divines décorations. Elles sont 
telles, que ce soir nous remarquions que personne 
ne peut même imaginer rien de mieux. C'est la per- 
fection d'un art. 

Au milieu de l'enthousiasme excité par cette belle 
production pittoresque, la musique a paru faible, 
les pas de danse n'ont pas semblé réunir la grâce 
à la nouveauté. Les amateurs regrettaient Paris, 
non certes pour l'action des ballets qui, négligeant 
le dramatique, ennuient bientôt et ne peuvent se 



252 STENDHAL 

comparer à ceci, même pour un instant. Mais si 
Paul, Albert, mademoiselle Bigottini, mademoiselle 
Bias paraissaient dans le ballet de ce soir, il offrirait 
l'ensemble parfait de ce que l'état actuel de l'art 
peut offrir de plus enchanteur. Les femmes, palpi- 
tantes d'intérêt pour les souffrances de la pauvre 
Mirra exposées avec un art si charmant, imposaient 
silence ce soir, même aux doux commentaires de 
la galanterie. A la lettre, on ne respirait pas dans les 
loges. 

Du reste, on était fort en colère contre Rossini 
et Yiganô, qui, tout occupés de leurs plaisirs, font 
attendre le public depuis deux mois. Ils sont ai- 
mables, et ne peuvent jamais se résoudre à refuser 
une i'illeggialura aux colli di Brianza, ou sur les 
lacs. 

J'ai été présenté ce soir au respectable comte 
Moscati, le Daubenton de l'Italie. Milan, dans ses 
beaux jours, avait plusieurs hommes célèbres 
qu'elle se plaisait à comparer aux nôtres. Le comte 
Paradisi, président du sénat, était le prince de 
Bénévent * ; le général Teulié, le Desaix ; le comte 
Dandolo, si connu par le perfectionnement des 
vers à soie, le Chaptal de l'Italie ; Monti, célèbre 
par l'éloquence noble et délicate de ses adresses, 
était le comte Fontanes : l'archevêque de Ravenne, 
Codronchi, grand aumônier, rappelait par son esprit 
et l'adresse de sa conduite, monseigneur de Bou- 
logne. L'éloquence et les talents justifiaient ces 



ROME, NAPLES ET FLOBENCE 253 

parallèles flatteurs pour les deux nations ; du reste, 
la France n'a eu ni un homme aussi vertueux que 
Melzi, ni un ministre aussi fort, dans le sens despo- 
tique du mot, que le comte Prina. Désormais 
Milan est liée à la France par la chaîne des opinions, 
et la force de cette chaîne est incommensurable ; 
cette sympathie est d'autant plus solide, qu'elle 
a été précédée par une jalousie bien jirononcée. 
A notre dernière retraite d'Italie, le comte Grenier 
ayant eu occasion d'envoyer un colonel de mes 
amis au général autrichien, ce colonel français, qui 
le croirait ? eut besoin d'invoquer le secours des 
hussards ennemis pour traverser des villages qui se 
trouvaient sur sa route et qui voulaient l'écharper. 
J'ai vu sa calèche percée de cent coups de fourche ; 
le lieu de la scène était les bords du Pô, près de Plai- 
sance. 

J'oubliais la dernière représentation du Mahomet 
de Winter ; c'est une imitation de Mozart ; l'ouver- 
ture est superbe. L'opéra languit faute de chant ; 
l'auteur a soixante-dix ans et est Allemand. Il y a 
un terzetto singulier ; Zopire prie pour ses enfants 
au fond du temple ; Seïde arrive pour le mettre 
à mort, accompagné de Palmire. On a fait répéter 
ce terzetto avec transport ; les Milanais trouvent 
ce chant superbe ; il n'y en a pas, ce n'est que de 
l'harmonie. La magnifique voix de Zopire-Galli fait 
la basse, la voix claire de mesdames Bassi et Festa, 
sur le devant du théâtre, forme une opposition 



254 STENDHAL 

frappante. L'accompagnement de violoncelle et de 
cor ébranle l'âme, une décoration magnifique et 
sombre achève de donner la couleur au sujet. 
Galli chante au premier acte : 

La patria sarà sempre illesa. 

On applaudit avec fureur ; les larmes me \^ennent 
aux yeux. 

Je vais passer quelques heures à Bergame, à cause 
de la belle vue ; je prends ma route par Monza, 
Monticello et Montevecchio. On peut courir les deux 
mondes sans trouver rien de comparable. 

A Bergame on a encore la fureur des musiques 
d'église ; j'ai cru voir les Italiens de 1730. 

Les beautés de la musique sont presque toutes 
de convention, et, quoique Français, je ne puis me 
faire au chant à tue-tête. Rien ne coûte aux Ber- 
gamasques pour satisfaire leur passion : elle est 
favorisée par deux circonstances : le célèbre Mayer 
habite Bergame ainsi que le vieux Davide. Marchesi 
et lui furent, à ce qu'il me semble, les Bernin de la 
musique vocale, de grands talents destinés à amener 
le règne du mauvais goût. Ils furent les précurseurs 
de madame Catalani, et Pacchiarotti, le dernier 
des Romains. 

Mayer eût pu trouver un sort plus brillant, mais 
la reconnaissance l'attache à ce pays. INé en Bavière, 
le hasard l'amena à Bergame, et le chanoine comte 
Scotti l'envoya au conservatoire de Naples, et l'y 



nOME, NAPLES ET FLORENCE Jo3 

soutint plusieurs années ; dans la suite, on lui 
ofTrit la chapelle de Bergame, et quoiqu'elle ne soit 
que de douze ou quinze cents francs, les offres les 
plus brillantes n'ont pu l'attirer ailleurs. Je lui ai 
ouï dire à Naplcs, où il a fait la cantate de Saint- 
Charles, qu'il ne voulait plus voyager ; en ce cas, 
il ne composera plus. Il faut toujours en Italie que 
le compositeur vienne sur les lieux étudier la voix 
de ses chanteurs et écrire son opéra. Il y a quelques 
années que l'administration de la Scala offrit dix 
mille francs à Paisiello ; il répondit qu'à quatre- 
vingts ans l'on ne courait plus les champs ; et qu'il 
enverrait sa musique. On le remercia *. 

Mayer, comme on voit *, est dû à la générosité 
d'un riche amateur ; il en est de même de Canova, 
il en est de même de Monti. Le père de Monti ne 
lui envoyant plus d'argent, il allait quitter Rome en 
pleurant : il avait déjà arrêté son vetturino. L'avant- 
veille, il lit par hasard quelques vers à l'académie 
des Arcades : le prince Braschi le fait appeler : 
« Restez à Rome, continuez à faire de beaux vers, 
je demanderai une place pour vous à mon oncle. » 
Monti fut secrétaire des commandements du prince. 

Il trouva dans une maison un moine, général de 
son ordre, plein d'esprit et de philosophie ; il lui 
proposa de le présenter au prince son neveu ; il fut 
refusé. Cette modestie si singulière piqua le prince : 
on usa de stratagème pour lui amener le moine, qui, 
bientôt après, fut le cardinal Chiaramonti. 



256 



STENDHAL 



Le patriotisme est commun en Italie ; voyez la 
vie de ce pauvre comte Fantuzzi de Ravenne, que 
l'on m'a contée à Bergame ; mais ce patriotisme est 
dégoûté de toutes les manières et obligé de se perdre 
en niaiseries, 

A Bergame, Mayer et Davide dirigent une mu- 
sique d'église, on leur donne un oro, c'est-à-dire une 
pièce d'or. 

Le comte P... me dit : « Bologne est la ville la 
moins avancée dans le marasme, elle mérite d'être 
la capitale de l'Italie *. Si, à la résurrection de ce 
pays, on met la capitale à Rome, tout est perdu ; 
les plus lâches intrigues attacheront la gangrène au 
gouvernement. Le peu d'énergie qu'il y a à Rome 
est dans les femmes, qui rappellent souvent la 
Sempronia de Salluste. » 

17 juillet. — L'on me présente à M. Morosi, di- 
recteur de la Monnaie ; c'est un homme de génie 
dans le genre de M.... L'hôtel de la Monnaie de 
Milan l'emporte sur tous ceux de l'Europe, Paris 
y compris, non seulement par la simplicité des pro- 
cédés, mais encore pour la beauté des espèces frap- 
pées. Les bords et le champ de la pièce étant relevés, 
les empreintes dureront deux ou trois siècles de 
plus que les nôtres. Ce matin, 17 juillet 1817, l'on 
fabriquait des pièces de cinq et de quarante francs. 
Quel a été mon étonnement d'y voir encore l'effigie 
du ci-devant roi d'Italie ! L'empereur François, 



nOMT, NAPLES ET FLORENCE 257 

étant venu à la Zecca (la Monnaie), trouva le por- 
trait fort ressemblant et en fit compliment au gra- 
veur. Le millésime de ces monnaies est 1814 *. 

Villa Melzi, srn le lac de Come, ISfuIllcI. — 
Pour redoubler ma mélancolie, il fallait r[ue je fusse 
engagé par cette jolie contessina ^'alcnza *, dont 
j'ai connu le mari à Smolensk, à l'accompagner sur 
les lacs. Rien dans l'univers ne j)eut être comparé au 
charme de ces jours brûlants d'été passés sur les 
lacs du Milanais, au milieu de ces bosquets de châ- 
taigniers si verts qui viennent baigner leurs branches 
dans les ondes. 

Ce matin, à cinq heures, nous sommes partis de 
Como dans une barque couverte d'une belle tente 
bleu et blanc *. Nous avons visité la villa, de la 
princesse de Galles, la Pliniana et sa fojitaine in- 
termittente ; la lettre de Pline est gravée sur le 
marbre. Le lac devient, en cet endroit, sombre et 
«auvage ; les montagnes se précipitent presque à 
pic dans les eaux. Nous avons doublé la pointe de 
Balhianin, non sans peine, nos dames avaient 
peur ; cela est d'un aspect aussi rude que les lacs 
d'Ecosse. Enfin, nous avons aperçu la délicieuse 
plage de Tramezzina et ces charmantes petites 
vallées qui, garanties du nord ])ar une haute mon- 
tagne, jouissent du climat de Rome ; les frileux de 
Milan viennent y passer l'hiver ; les palais se mul- 
tiplient sur la verdure des collines et se répètent 

Rome, Naples et Florence, II 17 



258 STENDHAL 

dans les eaux. C'est trop de dire palais, ce n'est 
pas assez de les appeler des maisons de campagne. 
C'est une manière de bâtir élégante, pittoresque et 
voluptueuse, particulière aux trois lacs et aux colH 
di Brianza. Les montagnes du lac de Como sont 
couvertes de châtaigniers jusqu'aux sommets. Les 
villages, placés à mi-côte, paraissent de loin par 
leurs clochers qui s'élèvent au-dessus des arbres. 
Le bruit des cloches, adouci par le lointain et les 
petites vagues du lac, retentit dans les âmes souf- 
frantes. Comment peindre cette émotion ! Il faut 
aimer les arts : il faut aimer et être malheureux. 

A trois heures, nos barques s'arrêtent dans le 
port (darsena) de la casa Sonimarwa, vis-à-vis la 
villa Melzi. Nos dames avaient besoin de repos ; 
trois officiers italiens et moi nous avions tourné au 
sombre ; nous laissons le reste de la troupe ; nous 
traversons le lac en dix minutes ; nous voici dans 
les jardins de la villa Melzi, nous voici à la casa 
Giulia, qui donne sur l'autre branche du lac : vue 
sinistre. Nous nous arrêtons à la villa Sfrondata, 
située au milieu d'un bois de grands arbres, sur le 
promontoire escarpé qui sépare les deux branches du 
lac : il a la forme d'un y renversé ( xj). Ces arbres bor- 
dent un précipice de trois cents pieds *, donnant à pic 
sur les eaux. A gauche, sous nos pieds, et de l'autre 
côté du lac, nous avons le palais Sommariva ; à 
droite, VOrrido di Bellan, et devant nous, dix lieues 
de lac. La brise apporte de temps en temps jusqu'à 



ROME, NAPLES ET FLOIIENCE 259 

nous les cluiuts des paysans de l'autre rive. Nous 
avons ce soleil d'aplomb de l'Italie et ce silence 
de l'extrême chaleur ; seulement un petit venticello 
de l'est vient de temps en temps rider la face des 
eaux. Nous parlions littérature, peu à peu nous dis- 
cutons l'histoire contemporaine : ce que nous avons 
fait, ce que nous aurions dû faire, les folles jalousies 
qui nous divisèi^ent : « J'étais là à Lutzen. — Et moi 
aussi. — Comment ne nous sommes-nous pas vus ? 
etc., etc. )) 

Une conversation montée sur ce ton de franchise 
ne laisse pas dissimuler. Après trois heures rapides, 
passées au bord des précipices de la villa Sjrondata, 
nous voici à la villa Melzi. .Je m'enferme dans une 
chambre du second étage * ; là, je refuse mes yeux 
à la plus belle vue qui existe au monde après la 
baie de Naples, et, arrêté devant le buste de Melzi, 
tout transporté de tendresse pour ritalic, d'amour 
de la patrie et d'amour pour les beaux-arts, j'écris 
à la hâte le résumé de nos discussions. 

On ne peut plus, au milieu de la grande révolu- 
tion qui nous travaille, étudier les mœurs d'un 
peuple sans tomber dans la politique. La révolution 
qui commença en 1789, finira en 1830 par l'établis- 
sement universel des deux Chambres, aussi bien 
en Europe qu'en Amérique. Les Français seront 
alors regardés comme les fils aînés de la Raison ^. 

1. Par les profusions de Pitt, qui, en 1794, sauvèrent l'aris- 
tocratie, tout Anglais qui n'a pas cent louis de rente est 



260 STENDHAL 

Tout le monde est jaloux de la France : grande 
preuve de supériorité et peut-être la seule bonne, 
puisque la flatterie ne saurait la contrefaire. A Paris, 
la partie plate de la nation est la seule qui s'agite, 
la seule qui paraisse ; de loin, on nous juge * par 
nos Traty. nos Gouvion-Saint-Cyr, nos Grégoire, 
nos Lanjuinais, nos de Broglie *. 

L'Italie morale est un des pays les plus inconnus ; 
les voyageurs n'ont vu que les beaux-arts et 
n'étaient pas faits pour sentir que les chefs-d'œuvre 
viennent du cœur. Je voudrais parler de la littéra- 
ture, mais je n'ai pas le temps. Le savant Ginguené, 
malgré sa bonne volonté, était encore un produit 
de l'ancienne éducation, et n'est pas à la hauteur 
de son sujet. Sismondi est travaillé par deux sys- 
tèmes opposés ; admirera-t-il Racine ou Shak- 
speare ? Dans ses perplexités, il ne nous dit pas 
de ([uel |)arti est son cœur ; peut-être n'est-il d'au- 
cun parti *. Son livre devait être V Esprit des lois des 
gouvi-rnements successifs de l'Italie, et il y a eu 
dans ce pays-ci beaucoup plus de gouvernements 
que de lois, et le gouvernement y a toujours eu la 
couleur du iiouvernant. 



condamne', par sa naissance, an plus inévitable malheur : la 
faim, qui moissonne les ouvriers de Birmingham, en 1817, 
nous venge des horreurs de Commune-ajfrancine. (Voir les 
discours de M. Brougham.) Si les nations réfléchissaient,, 
elles feraient banqueroute au plus vite, et déclareraient que 
les dettes contractées par un prince ne sont pas obligatoires 
pour son successeur. 



I 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



261 



Le caractère italien, comme les feux d'un volcan, 
n'a pu se faire jour que par la musitjuc et la vo- 
lupté. De 1550 à 1796 *, il a été écrasé par la masse 
énorme de la tyrannie la plus soupçonneuse, la plus 
faible, la plus im])lacable. La religion, venanl au 
secours de l'autorité, achevait de l'étouiïer : de là la 
défiance; tout ce qui paraissait de lui n'était pas lui*. 

Le 14 mai 1796 fera une épo([ue remarquable 
dans l'histoire de l'esprit humain. Le général en 
chef Buonaparte entra dans Milan ; l'Italie se ré- 
veilla, et, pour l'histoire de l'esprit humain, l'Italie 
sera toujours la moitié de l'Europe ^. 

Mais ici je ne puis parler, mon portefeuille peut 
être saisi. Comment s'est-elle réveillée ? Quelles cir- 
constances ont influé sur les pas de géant qu'a faits 
ce jeune peuple ? Quels hommes ont réglé son destin ? 

Quand Buonaparte entra à Milan, l'archiduc 
Ferdinand d'Est, prince faible et aussi bon que peut 
l'être un homme faible, y était le timide préfet du 
conseil aulique de Vienne. Une digue se rompait- 
elle, il fallait écrire à Vienne, et quand, au bout de 
deux mois, la somme nécessaire était allouée, le 

1. Après la chute de ce grand peuple inconnu dont nous 
110 savons autre chose, sinon qu'il exista, l'Etrurie, la pre- 
mière, cultiva les arts et la sagesse. L'Italie a de plus l'âge 
d'Auguste, et le siècle de Léon X. La peinture, la musique, 
la sculpture ne peuvent peut-être exister que là. Un jour 
l'Amérique méridionale, après deux siècles de gouvernement 
représentatif, ayant le soleil, la liberté et les richesses, pourra 
rivaliser avec la terre du génie. Les cruautés de 1817 donnent 
de l'énergie aux Péruviens. 

Rome, Naples et Florence, II 17. 



262 STENDHAL 

dommage était centuplé ; le conseil aulique le 
savait mieux que personne ; mais l'esclave est telle- 
ment vigoureux, qu'on ne saurait trop l'encliaîner. 

Joseph II, tôte étroite, élève de Raynal, venait 
de supprimer les moines et d'ôter à la noblesse tous 
les privilèges dont elle jouissait comme ordre. Toute 
l'armée italienne se composait alors de quatre- 
vingt-seize gardes de ville, habillés en rouge, qui 
faisaient le service dans Milan. 

Cette capitale du plus riche pays de l'univers 
comptait quatre cents familles à cent mille Hvres 
de rente, et vingt à un million, qui ne savaient que 
faire de leur opulence. Tout était à \àl prix à Milan, 
et un Italien n'a pas le quart des besoins d'un habi- 
tant de Paris. Ainsi, le général prince Belgiojoso, 
qui s'était gorgé d'or au service de l'Autriche, 
faisait jeter tous les matins vingt livres de poudre 
dans un cabinet, et venait s'y promener un masque 
sur la figure ; il prétendait que c'était la seule 
manière d'être poudré convenablement ; ensuite 
il passait dans son sérail, où de jeunes danseuses, 
vctues comme la Vénus de Médicis, exécutaient des 
ballets devant Son Excellence. Parini se moquait 
de lui dans il Mattino, satire digne de Pope. Le prince 
voulait le faire bâtonner ; le gouverneur * le proté- 
geait. A côté de Parini, Beccaria et Verri éclairaient 
l'Europe. Le soir, princes, savants, littérateurs, 
millionnaires, tous se trouvaient au théâtre. Mar- 
chesi, l'enchanteur, ravissait tous les cœurs. Les 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 263 

femmes portaient à la fois cinq portraits de Mar- 
cliesi : un à chaque bras, un au cou suspendu à une 
chaîne d'or, et deux sur les boucles de chaque sou- 
lier. Jamais les riches d'aucun pays n'ont mené une 
plus douce vie. Toutes les passions haineuses 
étaient exclues, presque pas de vanité, et comme 
alors les nobles étaient bonnes gens, le peuple par- 
tageait leur bonheur. 

Chaque métairie, en Lombardie, produit du riz, 
du fromage et de la soie, dont on vend pour des 
sommes considérables ; outre cela, elles ont toutes 
les productions des nôtres ; c'est un pays inruiuable, 
et tout y est pour rien. 

Cette tranquillité voluptueuse commençait à 
dégénérer en apathie, quand le coup de tonnerre 
du 14 mai vint réveiller les esprits. Les tranquilles 
Milanais ne pensaient pas plus à la France qu'au 
Japon. 

Ce peuple, si loin de nous par les idées, crut à la 
liberté, et s'en trouva plus digne que nous. Le corps 
législatif de Milan refusa à Buonaparte, dans tout 
l'éclat de sa puissance (en 1806, je crois), une loi 
essentielle (l'enregistrement). Jamais corps législatif 
français n'osera seulement regarder en face une telle 
inconvenance. Celui du royaume d'Italie ne fut 
plus convoqué, et Buonaparte chercha là, comme 
en France, à masquer le despotisme par le culte de 
la gloire. A Marengo, l'Italie n'avait qu'un seul 
homme qui osât marcher au canon (le général 



264 STENDHAL 

Lechi) ^. Neuf ans après, à Raab, elle avait une 
armée de soixante mille hommes aussi braves que 
les Français *. Elle avait un Almanach royal aussi 
gros que le nôtre, et tout plein de noms italiens. 
Les routes étaient et sont vingt fois plus belles 
qu'en France. Tout s'organisait, tout marchait, 
les fabriques se multipliaient, le travail se mettait 
en honneur, tout ce qui avait de l'intelligence 
faisait fortune. Le moindre garçon pharmacien, 
travaillant dans l'arrière-boutique de son maître, 
était agité de l'idée que, s'il faisait une grande 
découverte, il aurait la croix et serait fait comte. 
Ce ressort, si approprié aux temps modernes, 
égalait par sa puissance celui qui porta jadis les 
Romains à l'empire du monde. Sous le gouverne- 
ment de IVIelzi, le royaume d'Italie fut plus heu- 
reux que ne l'a jamais été la France. Il marchait 
franchement à la liberté. Melzi aima tendrement 
cette source de tout bonheur : mais il avait les 
défauts de l'éducation ancienne, il manquait de 
vigueur. Il ne profita pas de l'année de sa vice- 
présidence pour créer de nouveaux intérêts. Au 
reste, le pouvait-il ? Je le crois, car Buonaparte 
n'eut jamais de plan fixe : il était alors occupé de 
la France, Washington lui-même eût été embar- 
rassé sur le degré de liberté politique qu'il convenait 
de confier à un peuple coupable de tant d'égare- 

1. Son combat à Varallo avec la légion de Rohan. 



ROME, NAPLES ET FLOHENCE 2G5 

ments, qui avait si peu j)rofité \niT l'expérience, 
et qui, au fond du cœur, nourrissait encore tous les 
sots préjugés donnés par une vieille monarchie : 
c'étaient les îlotes de cette monarchie qui avaient 
fait la Teneur. 

Au reste, aucune des idées qui auraient occupé 
Washington n'arrêta l'attention du César moderne ; 
ses vues étaient toutes personnelles et égoïstes. 
Donner d'abord au peuple français autant de li- 
berté qu'il en pouvait supporter, et graduellement 
augmenter l'importance du citoyen à mesure que 
les factions auraient perdu de leur chaleur et que 
l'opinion publique aurait paru plus éclairée, n'était 
pas l'objet de sa politique ; il ne considérait pas 
combien de pouvoir on pouvait confier au peuple 
sans imprudence, mais cherchait à deviner de com- 
bien peu de pouvoir il se contenterait. La preuve 
qu'il avait la force * nécessaire pour établir la 
liberté, c'est qu'il put empêcher les réactions. 

Tandis cju'il était plongé dans ce problème, pour 
peu que l'Italie lui eût fait peur, elle était libre. 
Melzi ne vit pas qu'une nation n'a jamais que le 
degré de liberté auquel elle force. 

Buonaparte, rassuré, leva le masque et marcha 
au despotisme ; il essayait en Italie les mesures qu'il 
voulait pratiquer en France ^. 

1. L'histoire du royaume d'Italie, de 1794 à 1814, est le 
plus beau sujet des temps modernes : l'idéal s'y joint au 
positif. 



266 STENDHAL 

jNIelzi vint pleurer la patrie dans la belle villa 
où j'écris ; il ne fallait plus qu'un instrument, et le 
comte Prina devint le Vasconcellos de son maître. 
Ce Piémontais fut un grand homme, plus grand que 
Colbert ; car, comme lui, il a exécuté presque tout ce 
qui s'est fait de grand sous un despote ; et cela, 
malgré les intrigues de la cour du vice-roi et de tout 
le Conseil d'Etat. Colbert est mort laissant d'im- 
menses richesses : lorsqu'on eut tué Prina, le 
20 avril 1814, on fut bien étonné de ne lui trouver 
pour trésor que les deux tiers des appointements 
qu'il avait reçus ^. 

Mes jeunes officiers reprochent amèrement aux 
Français de ne pas leur avoir donné la liberté ; mais 
cela s'accordait-il avec les intérêts du maître ? Les 
Etats sont entre eux comme les particuliers. Depuis 
quand voit-on un homme faire la fortune d'un autre 
à propos de botte ? Tout ce qu'on peut espérer de 
mieux, cest que les intérêts s'accordent. 

Quant à moi, je pense que Buonaparte n'avait 
nul talent politique ; il eût donné des constitutions 
libérales, non seulement à l'Italie, mais partout, 
et mis des rois illégitimes comme lui, mais pris 
dans les familles régnantes. A la longue, les peuples 
l'auraient adoré pour ce grand bienfait. En atten- 



1. Le comte Marcscalchi m'a dit que toutes les pièces 
relatives aux assassins de Prina se trouvaient, en 1817, dans 
les archives de la police de Milan. On sait leurs noms et 
leurs motifs *. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 2G7 

dant qu'ils le comprissent, leur force se serait usée 
à arracher une liberté complète, et non à envahir 
la France ^. 

Le prince Eugène, si aimable dans le salon de 
la Malmaison, fut petit sur le trône d'Italie. Il dit 
une fois à son quartier général, sur l'Isonzo, qu'il 
se moquait des poignards italiens : ce propos n'était 
que la plus grande sottise possible. D'abord il n'y 
avait pas de poignards ; un seul Français a été 
assassiné depuis 1800 ; et en second lieu, quand ils 
auraient hérissé toutes les mains, depuis quand 
gouverne-t-on un peuple en l'insultant ? Ce prince 
aimable, galant avec les dames, de la plus belle 
bravoure, et quelquefois général, avait si peu de 
racines dans l'opinion, que, depuis la chute de sa 
maison, il est venu passer trois jours à Milan. Il y 
fait autant d'effet qu'un lord anglais qui traverse 
la ville pour aller à Rome. 

Il était dans son caractère d'être toujours mené ; 
deux ou trois aides de camp avaient cet honneur, 
et ces messieurs étaient Français. Ce qu'il y a d'heu- 
reux, c'est que ces Français si odieux n'avaient 
jamais rien fait de bas ni de déshonorant. 

Après la bataille de Leipsick, un homme de génie 



1. On sent que dans cette supposition il ne pouvait être 
question pour l'usurpateur du grand principe qui assure 
maintenant le bonheur des peuples : la légitimité. On parle 
de ce qu'il y avait de mieux à faire dans une position mau- 
vaise en soi *. 



268 STENDHAL 

pouvait préparer en Italie les éléments d'un trône : 
après l'abdication de Fontainebleau, il pouvait y 
monter, inais il fallait ouvrir le parapluie et parler 
constitution. Les meneurs du vice-roi étaient 
mi^-me au-dessous de cette idée. Pour lui, il ne fut 
que chevalier français, le plus brave et le plus loyal 
des hommes ; il avait offert à son bienfaiteur l'ar- 
mée d'Italie, que celui-ci eut l'aveuglement de 
refuser (février 1814). 

Après l'abdication, le vice-roi songea enfin à la 
couronne. Il s'imagina qu'elle était entre les mains 
des sénateurs de Milan, et envoya un homme à lui 
acheter chez Manin, le premier bijoutier de la ville, 
quarante-deux tabatières de vingt-cinq louis cha- 
cune, pour corrompre les quarante-deux sénateurs. 
Cette manœuvre adroite fut suc dans Milan un quart 
d'heure après, et... Ici, mon copiste me regarde en 
riant : « Monsieur, le temps présent est l'arche du 
Seigneur ^. d * 

Le hasard ayant interrompu en 1814 la marche 
de ce jeune peuple, que va devenir le feu sacré du 



1. A cette époque (avril 1814), le prince avait encore une 
très bonne ligne militaire ; on vient de me répéter ce fait 
sur tous les tons. J'ai de nouveaux motifs pour ne point y 
croire. L'homme qui, après la retraite de Moscou, a fait la 
campagne de Magdcbourg, et, avec une faible avant-garde, 
a arrêté le débordement des Russes et des Prussiens furieux, 
doit être supérieur au rôle politique qu'on lui fait jouer ici. 
« Le vice-roi n'a jamais été parmi nous qu'un marquis 
fran-^ais, » disent mes ofiicic^rs *. 



KOME, IN'APLES ET FLORENCE 2lJ'J 

génie et de la liberté ? S'éteiiitlra-t-il ? Et l'Italitî 
se rcmettra-t-elle à faire des sonnets imprimés sur 
du satin rose ])our les jours de noces ? Toutes mes 
pensées, tous mes re<^ards ont été pour la solution 
de ce fjrand problème. 

Il n'y a ])oint eu d'émii^ration et presque pas 
d'ac({uéreurs de domaines nationaux. Là, comme 
parmi nous, la fusion des nobles avec la nation 
était à moitié faite en 1807. Ce fut Buonaparte ([ui 
leur apprit qu'ils étaient quelque chose de mieux 
que de grands propriétaires. Maintenant que la 
guerre est déclarée, elle ne peut finir que dans la 
Chambre des pairs. 



DES ARTS 



L'Italie peut être éloignée de la gloire et du bon- 
heur par des moyens dont on ne peut que parler. 
Telle est l'âme de ce peuple, que, dès qu'il sera heu- 
reux, il produira des chefs-d'œuvre, et voilà pour- 
quoi il est plus près de mon cœur que les Améri- 
cains, par exemple, qui, depuis qu'ils sont heureux, 
ne produisent que des dollars. 

Une cause peut éloigner les Italiens de la perfec- 
tion, et empoisonner pour eux les bienfaits de la 
poudre à canon, c'est le pédantisme. Dans les arts 



270 STENDHAL 

de la pensée il faut étudier l'art, et sur-le-champ 
abandonner le maître et être soi-même. Les auteurs 
italiens, qui sont presque tous prêtres, veulent 
à toute force continuer le Dante et Virgile. Cela fait 
deux sectes de pédants, les pédants d'idées : Verri, 
Micali, etc. ; les pédants de style : Botta, Giordani, 
Rosmini, etc. 

L'Italie reprochera toujours à son père de ne 
pas lui avoir donné une Ecole polytechnique, oii 
l'on n'eût admis que des jeunes gens nobles pour 
la plupart, et ayant douze cents francs de rente. 
On leur aurait enseigné Jérémie Bentham, Adam 
Smith, Say, Tracy, Cabanis, Malthus, Montesquieu ; 
on leur eût fait lire Corneille, Shakspeare, Molière, 
Schiller, Racine, Rousseau, Helvétius, Voltaire, 
Bossuet et les grands poètes nationaux. 

Croit-on que les réjDubliques du Mexique et du 
Pérou vont s'amuser à se tramer lentement de 
préjugé en sottise, et de sottise en erreur moins gros- 
sière, sur tous les progrès de notre lente civilisation, 
où chaque vérité a été achetée par dix ans de travail 
de l'auteur, et ensuite par six mois de Bastille ? 

Non ; leurs écoles se transporteront sur-le-champ 
à la frontière de la science. Pourquoi apprendre 
la physique dans Nollet, si on peut la voir dans 
Biot ? Leur jeune énergie partira du point où la 
vieille Europe est arrivée haletante de fatigue et 
rendue. Or, voilà ce que les pédants italiens ne 
veulent pas ; ils prétendent qu'il ne faut rien ap- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 271 

prendre que dans des auteurs nés en Italie et y ha- 
bitant ^. 

Montesquieu disait de la Ilenriaile : Plus Voltaire 
est Virgile, moins il est Virgile. Le grand génie qui 
entraîne les Italiens dans l'erreur fut celui de tous 
les hommes qui l'abhorra * le plus. Personne ne fut 
plus lui-même que le Dante ; mais comme Alficri 
manquait un peu d'esprit, il n'a pas vu cela, et à sa 
suite se précipite toute la jeunesse italienne. 

L'Italie, ne pouvant plus espérer cette Ecole 
polytechnique qui aurait mis la noblesse du côté 
des idées libérales, il lui faut faire son éducation, 
mais la faire avec les gens les plus différents d'elle- 
même. Cela facilitera le moment du départ ^. 

Elle est du Midi, il lui faut des maîtres du Nord ; 
elle est éminemment catholique, il lui faut des 
maîtres protestants ; elle a dans le sang trois siècles 
de despotisme, il lui faut des maîtres constitution- 
nels : tout cela lui indique l'Ecosse et l'Angleterre. 
Les Français lui ressemblent trop ; elle ne doit 
prendre que les livres indisijensables pour ne pas 
tomber dans la philosophie ridicule de la sympathie, 
qui donne pour base à nos volontés autre chose que 
le plaisir du moment. A cela près, le régime anglais 
est le seul sain pour les Italiens, parce qu'après 

1. ... Pallas quas condidit arces 

Ipsa colat ; nobis plnceant ante oninia sUvas. 
On voit que ce principe du mauvais goût est dans Virgile. 

2. Terme de chimie. 



272 STENDHAL 

avoir appris à exprimer leurs idées et à tirer des 
pensées des circonstances qui les entourent, dominés 
par les différences de climat et d'organisation, ils 
enverront un jour leurs maîtres à tous les diables ^ 
et oseront être eux-mêmes. 

Or, c'est ce qui n'arrivera jamais tant qu'ils 
étudieront Horace et Virgile : le Dante et Machiavel 
sont surtout dangereux. Ces hommes immortels 
ont vécu dans une république, et comme c'est tout 
•ce qu'ambitionne l'Italie, les jeunes gens ne peuvent, 
sans une force d'originalité bien rare à vingt ans, 
renoncer à les imiter. 

Une nation n'est heureuse que quand il n'y a 
}dus d'autres intérêts contradictoires dans son sein 
que ceux nécessaires au maintien de la constitution. 
Elle n'est éclairée que quand il y a des millions de 
gens médiocres instruits suivant des méthodes 
judicieuses ; enfin elle n'a jamais que le degré de 
liberté que la fermeté de son caractère et ses lu- 
mières forcent à lui donner. L'Italie est plus près 
de la liberté, parce qu'elle est infiniment moins 
dupe de l'hypocrisie ; elle croit tous les hommes en 
pouvoir méchants et leur dit : « Prouvez le con- 
traire. » Elle doit tendre à se donner rapidement des 
lumières. Pour cela, il faut commencer par souffrir 
la vérité. Tous les livres imprimés dans ce beau et 



1. Voilà ce que j'appelle l'opération du déparl. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 273 

malheureux pays, depuis l'an 1600, peuvent se 
réduire à dix volumes. 

Voilà la triste vérité fju'il faut que les jeunes Ita- 
liens supportent ; mais ils n'en sont pas encore à ce 
premier pas. Je crains bien que pendant cinquante 
ans encore ce mot n'excite que de la colère ; il est 
dur de se dire à vingt ans : « Tout ce que je sais ma 
été enseigné par des gens qui aidaient le plus pressant 
intérêt à me tromper. Il faut refaire toutes mes idées 
sur tout. » 

Riva, 20 juillet. — Nouvelle conversation avec 
mes officiers italiens dans le bateau ^. Milan l'em- 
porte sur Bologne. Comme individus, les Bolonais 
l'emporteraient peut-être ; mais : 

10 Milan est plus grande ville (130.000 âmes), 
et, partant, beaucoup plus de sottises y sont mé- 
prisées, et l'exemple des temps passés y a moins de 
force. Il y est déjà ridicule de parler de ses affaires 
d'intérêt. 

2° Milan a été quatorze ans la capitale d'un vaste 
royaume ; on y a vu les grandes affaires de près et 
le jeu des passions. Pendant ce temps-là, Bologne 
était jalouse ; il est vrai que, dans cette mauvaise 



1. Il faut remettre toute idée claire sur l'histoire d'Italie, 
depuis vinc^t ans, au jour où les délits de la presse seront 
jugés par douze jurés ayant chacun trente mille livres de 
rente *. Jusque-là, restons dans le vague. Voyez l'ouvrage 
de M. Benjamin Constant sur les jugements de 1817. 

Ro.ME, Naples et Florence, II 18 



274 STENDHAL 

carrière, elle montrait de l'énergie. Elle se révoltait 
(1809). 

3° Milan est près de la Suisse, qui fournit des 
livres à la haute société ; il y a un exemplaire du 
Morning-Chronicle qui coûte trois mille francs au 
moins au noble qui le fait venir. Il y a dix ans, on 
n'eût pas trouvé deux personnes qui lussent les 
journaux ; actuellement, on voit les domestiques 
qui vont les chercher au bureau les lire dans les 
rues *. 

L'éducation de quatorze ans (1800 à 1814), don- 
née par hasard sous un despote qui ne craignait 
au monde que l'éducation, y avait produit des 
héros. Qu'aurait-ce été de l'éducation donnée par 
un prince philosophe ! Tout ce qui est grand a des 
droits particuliers sur le cœur de ce peuple. Beau- 
coup plus méfiant que les Français, il est meilleur 
juge de la grandeur dans ses princes. Un demi- 
siècle de l'ordre de choses qui l'a si rapidement 
élevé en quatorze ans n'aurait pas remué une autre 
nation. La Lombardie se regarde pour le degré de 
liberté publique comme un appendice de la France ; 
on y suit avec le plus vif intérêt les discussions de 
nos Chambres. 

La fièvre du mécontentement brûle ce pays-ci 
comme tous les autres, cependant je les ai priés 
de considérer trois petites choses : 

1° Dans tout le royaume d'Italie, depuis 1814, 
il n'y a eu que vingt-trois personnes d'arrêtées ; 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 275 

2° Il n'y a pas eu l'ombre d'une réaction, pas une 
goutte de sang. Le gouverneur Bellegarde jetait les 
dénonciations au feu ; 

3° Ils ont pour gouverneur un homme d'esprit 
de l'école de Joseph II, c'est-à-dire nullement dupe 
des prêtres et des nobles. Un curé de Milan s'avise 
de faire faire des miracles par un jeune homme ; 
le gouverneur, voyant le but des miracles, les en- 
voie tous deux en prison. « Je pense bien, leur dit-il 
publiquement, que demain l'on vous trouvera en 
liberté ; ce petit miracle de plus ne vous coûtera 
rien et sera très utile pour confondre les incrédules ; 
quant à moi, je m'engage à ne plus vous faire ar- 
rêter. » 

Il est "\Tai que, tous les deux mois, quatre-vingt- 
cinq chariots chargés d'argent partent pour Vienne 
sous bonne escorte, et que la Lombardie ne jouit 
plus de l'espèce de constitution que lui avait donnée 
Marie-Thérèse. 

Pliniana, 21 juillet *. — Nous voulons revoir la 
Pliniana : il y fait si frais ! La contessina A... me 
parle des arts ; mon attention est tellement absor- 
bée que, si l'on m'eût demandé « Où êtes-wous ? », 
je n'aurais su que répondre. 

La femme qui a eu quatre amants, et qui a aimé 
passionnément, ne sait pas en France, parce que 
personne ne le lui a dit, qu'elle est tout près des 
arts, et qu'il faut jeter au feu, au plus vite, tous les 



276 STENDHAL 

traités pédantesques qu'impriment les gens de 
l'Académie. — Mais je prévois une objection invin- 
cible : quelle est en France la femme qui a eu quatre 
amants ? 

En France, défaut d'originalité par le despotisme 
du ridicule et d'une grande capitale. Ici, Brescia, 
Cfui est à vingt lieues de Milan, ne songe pas plus 
à imiter Milan que Philadelphie. Toutes les familles, 
toutes les aventures galantes se connaissent d'une 
ville à l'autre ; mais pas la moindre trace d'imita- 
tion. 

MoATicELLo, 23 juillet. — De Como, nous allons 
à Lecco ; mauvais voyage ; le paysage ne signifie 
rien. Nous venons à Monticello ; vue admirable 
de la casa Cavaletti. Je n'ai jamais rien rencontré 
de semblable : à l'horizon, on aperçoit le dôme de 
Milan, et plus loin, une ligne bleue dessinée dans 
le ciel par les montagnes de Parme et Bologne. 
On est sur une colline ; à droite, vue superbe, plaine 
fertile et rochers, deux ou trois lacs ; à gauche, autre 
vue magnifique, et qui, dans tous ses détails, est 
l'opposé de la première ; des collines, la Madonna di 
Montevecchio ; en avant, on a cette belle Lombardie 
avec tout le luxe de sa verdure et de ses richesses, 
un horizon sans bornes, et l'œil se perd à trente 
lieues de là dans les brouillards de Venise * : c'est 
la contre-partie de la vue de Sau Michèle in Bosco. 
Dans ce ciel immense, on aperçoit souvent une noire 



ROME, NAPLES ET FLORENCE lii 

tempête avee ses tonnerres mugissants dans un 
coin de cinq à six lieues, tandis que tout le reste est 
serein. On voit la tempête s'avancer, reculer, 
s'anéantir, ou en peu de minutes elle vous envi- 
ronne. L'eau tombe à torrents ; des tonnerres 
aiïreux ébranlent les édifices ; bientôt l'admirable 
pureté de l'air vient auj^menter les plaisirs. Tout 
cela vient de nous arriver depuis deux heures : 
maintenant, nous distinguons les fenêtres d'une 
maison à huit lieues d'ici. — Politesse noble du 
propriétaire, ancien écuyer du roi d'Italie. Nous 
sommes arrivés chez lui comme une bombe, comme 
des enfants f[ui s'approchent d'une image. 

24 juilh'f. — Nous couchons à Monza. Mauvaise 
architecture du palais. Jardin insignifiant. Nous 
allons à Varèse, petite ville, dont toutes les maisons 
se sont, depuis dix ans, transformées en palais. 

Nous allons au Casino. — Politesse extrême des 
habitants de Varèse ; ils nous mènent à une Acca- 
demia que madame Grassini donne à ses compa- 
triotes. Elle chante 

Ombra adornta, aspetiami 
et le duetto 

Si'enami 

des Horaces : on pleure, et le cœur applaudit. 
Il y avait là les plus jolies femmes de Milan, entre 
autres madame Litta, née à Gênes, d'une famille 

Rome, Naples et Florence, II 18, 



278 STENDHAL 

alliée dans le xiii^ siècle à celle de B*** ; superbes 
figures des officiers italiens ; pâleur extrême ; grands 
yeux noirs, moustaches et cheveux châtains, cra- 
vates noires, traits antiques, simplicité et bonhomie 
dans les manières dont on ne peut avoir même 
l'idée en France. Je vois qu'ils sont presque tous 
in serçitù, mot du pays fort expressif. Chacun est 
avec sa maîtresse. — Je suis i^résenté à ce brave 
général Severoli qui a perdu une jambe contre cet 
indigne Murât, quand il attaquait son bienfaiteur ; 
je vois le général Bertoletti, si connu en Espagne ; 
Monti, le plus grand poète d'Italie ^ ; le jeune Melzi, 
héritier d'un grand nom, et, dit-on, digne de son 
oncle. 

Milan est la capitale de la littérature en Italie. 
Mais au xix® siècle, qu'est-ce qu'une littérature 
sans liberté ? On y imprime beaucoup de livres 



1. Outre la Bassvilliana, ou lui doit la meilleure traduc- 
tion de V Iliade qui existe et quatre volumes de beaux vers 
qui un jour seront bien étonnés de se trouver ensemble. Ce 
n'est pas par modestie que Virgile voulait, en mourant, 
qu'on brûlât son Enéide ; les plus beaux morceaux en étaient 
déjà connus. Quelle difîcrcnce pour sa gloire si tout ce qu'il 
y a de faible pour sa gloire manquait ! Pour bien écrire l'ita- 
lien, il faut commencer par savoir supérieurement le latin. 
Voilà deux idées que je dois à ma présentation à ce grand 
poète. Il m'a paru avoir la haine la plus orthodoxe pour le 
genre romantique, et, quand il a été grand, il a été romanti- 
que. Il nous dit un sonnet sur les désastres de la campagne 
de 1813, où il rappelle l'idée de Judas, treizième apôtre. 
On voit que l'auteur a été élevé à Rome. Né dans un pays 
plus généreux, il eût quelquefois fait parler son âme. 



ROME. NAPLES ET FLORENCE 279 

de médecine, et de temps en temps quelque tra- 
duction du français. On a osé y faire paraître, 
mais avec l)on nom])re de notes atténuantes, Tracy, 
Schlegel, Corinne, V Allemagne. Il y a deux jour- 
naux littéraires ; cela est aussi amusant que le 
Magasin encyclopédique ; les hommes sont très 
supérieurs aux livres. 

Le soir, nous montons à la Madonna del Monte ; 
ce sanctuaire doit avoir coûté bien des millions. 
J'écris ceci à l'auberge de Berinetti ; nous sommes 
fort bien. En montant, plusieurs ânes se sont abat- 
tus sur ces pavés glissants, et nos dames ont fait 
des chutes qui n'ont été que plaisantes ; nous nous 
arrêtions à tout moment à quelqu'une des quinze ou 
vingt chapelles pour nous retourner et jouir de la 
vue. Ensemble magnifique ; au coucher du soleil, 
nous apercevions sept lacs. Croyez-moi, mon ami *, 
on peut courir la France et l'Allemagne sans avoir 
de ces sensations-là. Parmi nous, il y a deux Fran- 
çais qui s'ennuient, car personne n'écoute leur es- 
prit ; un Anglais qui à tout moment tire son carnet 
et arrête les paysans pour avoir l'orthographe pré- 
cise du nom de l'endroit ; cinq ou six olïiciers à 
demi-solde, silencieux, et cinq femmes, dont deux 
au moins de la beauté la plus noble, la plus simple, 
la plus touchante. N'ayant pas le temps d'être 
amoureux d'aucune d'elles, je le suis de l'Italie. 
Je ne puis vaincre ma mélancolie de quitter ce 
pays. Je vois d'ici le lac Majeur sur les bords du- 



280 



STENDHAL 



quel m'attend ma calèche. — Partie charmante, 
parce que, à l'exception de nos gens aimables, nous 
sommes à notre aise ensemble. 

Ce soir, Berinetti nous a dit qu'un des frères du 
couvent touche de l'orgue. Nous passons deux 
heures dans son église, nous lui indiquons quelques 
morceaux de Mozart. Voilà de ces sensations que 
j'allais chercher à Naples, et qui rendent muet 
pendant huit jours. 

25 juillet. — Nous pénétrons dans un couvent 
îioble, situé sur ce rocher isolé. — Politesse de ma- 
dame Staurenghi, l'abbesse, je crois. Les marches 
dans l'intérieur du couvent sont en marbre noir ; 
je remarque qu'elles sont presque entièrement 
usées par les souliers de corde de ces pauvres reli- 
gieuses. Que de beaux yeux ont brillé en vain et 
perdu leur éclat dans cette pompeuse prison ! — 
Nous allons pêcher du pesce persico * sur le lac de 
Varèse, de là à Pallanza. Nous prenons une barque 
et nous voici aux îles Borromées. 

A Pallanza, sur le lac Majeur, je rencontre un 
exilé. Admirable modération de ses idées ; il est 
vingt fois moins exagéré que les gens du pays. — 
On devrait faire en France des lois qui considé- 
rassent le citoyen par la quantité d'impôt qu'il paye. 
Ainsi, tout homme payant mille francs, pourrait 
publier un pamphlet par an, sans être soumis à 
d'autre justice que celle du jury. En suivant cette 



ROME, NAPLES ET KLOKE.NCE 281 

idée, on pourrait parvenir à diminuer le nombre des 
procès ; on })rotégerait le citoyen contre sa propre 
colère. — On j)ourrait ne soumettre qu'au jury les 
journaux publiés en langue étrangère. 

Iles Borromées, 28 juillet. — Nous y sommes 
depuis deux jours ; je n'en puis rien dire, sinon 
(ju'on m'y eût appris que je venais d'obtenir le 
plus beau grade, que je ne me serais pas seulement 
donné la peine d'ouvrir la lettre. 

Nous allons voir le colosse de Saint-Charles, 
près d'Arona. Au retour, je prends une barque, et je 
vais à Belgirate, à un quart d'heure des îles ; j'y 
trouve ma calèche, et je passe le Simplon comme un 
enfant. 

[Genève, 2 août. — A Genève, j'ai été réveillé 
par les ridicules de la liberté. Est-ce qu'ils n'ont 
pas fait dire à M. Roum, un des membres célèbres 
du parlement d'Angleterre, qui discutait dans les 
sociétés la liberté de la presse dont les journaux de 
France étaient pleins, qu'il ferait bien de se mo- 
dérer ? Les termes de l'Avertisseur officiel étaient 
ce que j'ai vu de mieux depuis la déclaration de 
feu Tartufe *. 

3 août. — La pruderie des femmes * est un article 
incroyable à force de ridicule et d'ennui. J'ai remar- 
qué qu'elles disent exactement la même chose à 



282 STENDHAL 

chacun des étrangers qu'on leur présente. Etre 
aimables, povir elles, c'est répéter la formule d'ama- 
bilité que leur a montrée leur bonne : rien ne peut 
les faire sortir de ce cercle ; elles croiraient manquer 
à la vertu. Ainsi, vivacité, naturel, aperçus nou- 
veaux, laisser-aller, qui font le charme de la société, 
tout cela est pétrifié à Genève. Je viens de m'aper- 
cevoir que c'est la caricature des Anglaises. Pour 
comble d'insipidité, la conversation est toujours 
guindée sur les grands sujets de liberté, d'amour, 
de bonheur domestique, de peinture des passions, 
etc. ; et là-dessus, ces dames ont leur leçon faite 
et apprise par cœur, qu'elles vous débitent, tou- 
jours la même. Il faut voir la mine qu'on vous fait 
si vous vous avisez d'être naturel dans ces discus- 
sions interminables. L'autre jour, pour avoir admis 
la possibilité de l'amour hors du mariage, à la soirée 
de la maison P..., madame C..., qui m'avait 
présenté, m'a fait de gros yeux ; toutes les demoi- 
selles ont rougi : j'ai vu que j'avais dit une sottise 
que j'ai raccommodée de mon mieux, et assez mal. 
Or, comme on sait, la possibilité de l'amour hors 
du mariage est en effet une chose inouïe. 

Il faut toujours discuter les grands intérêts de la 
vie, et être toujours hypocrite dans la discussion. 
Là-dessus, je dis : A la bonne heure se gêner à la 
cour, où l'on gagne des titres ou du pouvoir ; mais 
se gêner à Genève ! 

Les femmes y sont belles ; mais cette incroyable 



ROME, NAPLES ET FLOIIEN'CE 283 

pruderie, dont jiorsonnp, 30 crois, n'a parlé, se re- 
trouve jusque dans l'air des visages ; cela donne 
aux figures un fond de froideur et de désintérêt qui 
repousse la sympathie. Je prends pour bonnes 
toutes ces vertus de Genève ; c'est la ville où il y a 
le moins de maris trompés, et je ne voudrais pas 
pour tout l'or du monde être marié à Genève. Mal- 
gré mon horreur pour la vie morale de Naples, je la 
préférerais à celle de Genève : il y a au moins du 
naturel *.] 

4 août. — On vient de me raconter que le grand 
et le petit Conseil de la république s'étaient assem- 
blés pour prendre en considération les malheurs 
qui pourraient trouver leur source dans le manque 
de subsistances. La question a été débattue sépa- 
rément dans les deux Conseils, avec cet esprit de 
calme et de prudence et cette liberté de pensées 
qu'on trouve si rarement ailleurs que dans les répu- 
bliques. Les magnifiques Conseils n'ont point dé- 
daigné les lumières du siècle ; ils ont consulté un 
ouvrage justement célèbre (Malthus), qui a trouvé 
un digne traducteur dans le corps si respectable 
des professeurs de Genève. Ils ont cherché à se ga- 
rantir surtout de cet esprit de légèreté qui a causé 
tant de malheurs chez une nation voisine ^. Après 



1. Ce sont les propres termes de la proclamation aux 
habitants de la partie du pays de Gex réunie à la république. 



28^^ 



STENDHAL 



trois semaines de délibérations assidues, le grand 
Conseil, considérant qu'il est urgent de pourvoir 
à la disette, a décrété qu'à compter de ce jour le 
spectacle serait fermé ^. 

Considérant de plus que ce n'est pas tout faire 
que d'assurer l'arrivage des grains, mais qu'il faut 
encore donner à la classe ouvrière et malheureuse 
les moyens de s'en procurer à des prix qui ne soient 
pas au-dessus de ses moyens présumés, les Conseils 
ont décidé : 

Que le fastueux monument en brique élevé à la 
mémoire de Jean- Jacques Rousseau dans la rue 
où il est né serait démoli sans délai ; 

Que cette rue, nommée Jean- Jacques Rousseau 
pendant l'usurpation, reprendrait le nom ancien 
et si respectable de rue du Chevelu. 

5 août. — Je voudrais bien savoir quel est le 
voyageur qui a dit le premier qu'il y avait de la 
liberté en Suisse. A Genève, à Berne, vous avez 
quatre cents surveillants dont chacun veut faire 
parade de son pouvoir. Si vous les choquez par la 
manière de mettre votre cravate, ils vous persé- 
cutent. Chose ridicule à dire. Je crois qu'on est 
plus libre à Paris (août 1817) ; je ne dis pas en pro- 
vince. Nos philosophes ont assez déclamé contre 
cette ville de houe et de fumée. Quelle voix éloquente 

1. Historique. 



ROAIE, NAPLES ET FLORENCE 285 

s'élèvera yxniv nous montrer que les grandes villes 
forcent l'homme et les gouvernements à plusieurs 
vertus ^. Dans les arts le vrai beau ne peut naître 
{[ue là. Je n'oublierai jamais la musique de Genève ; 
c'est un des spectacles les plus singuliers que m'ait 
donnés mon voyage ; ces jeunes femmes posant 
leur tricot, s'a])prochent du piano, et se mettent 
à chanter les duos passionnés des grands maîtres ! 

6 août. — On me raconte qu'il y a eu, cet automne, 
sur les bords du lac la réunion la plus étonnante ; 
c'étaient les états généraux de l'opinion européenne. 
Pour que rien n'y manquât, on y a vu jusqu'à un 
roi *, qui peut-être y a jiris quelques leçons de 
savoir-vivre. Ai-je besoin de nommer le personnage 
étonnant qui était comme l'âme de cette grande 
assemblée ? A mes yeux, ce phénomène s'élève 
jusqu'à l'importance politique. Si cela durait 
quelques années, les décisions de toutes les acadé- 
mies de l'Europe pâliraient ^. Je ne vois pas ce 
qu'elles ont à opposer à un salon où les Dumont, 
les Bonstetten, les Prévôt, les Pictet, les Romilly, 
les de Broçrlie, les Brouçrham, les de Brème, les 



1. Le style du mérite d'un homme suit la proportion du 
nombre d'habitants de sa ville. Un homme simple et grand 
comme Roum est perdu dans une ville de dix mille âmes. 
Un sot vernissé doit, au contraire, chercher une telle ville. 
Son habit répond pour lui. 

2. L'Académie française est une loi contre la liberté de la 
presse. 



286 STENDHAL 

Schlegel, les Byron discutent les plus grandes ques- 
tions de la morale et des arts devant mesdames 
Necker de Saussure, de Broglie, de Staël. 

Les auteurs écriraient pour être estimés dans le 
salon de Coppet. Voltaire n'a jamais eu rien de 
pareil. Il y avait sur les bords du lac six cents per- 
sonnes des plus distinguées de l'Europe : l'esprit, 
les richesses, les plus grands titres, tout cela venait 
chercher le plaisir dans le salon de la femme illustre 
que la France pleure ^. On osait plaisanter un grand 
prince. 

[8 août. — J'ai trouvé à Genève le même patrio- 
tisme d'antichambre qu'en Italie. A propos de leur 
lac, ils se fâchent dès qu'on veut le mettre à sa 
place, c'est-à-dire fort au-dessous des lacs du 
Milanais, et même du lac de Thun.] 

Lausanne, 10 août. — Je trouve plus d'idées nou- 
velles dans une page anglaise que dans un in-octavo 
français. Rien ne peut égaler mon amour pour leur 
littérature, si ce n'est mon éloignement pour leurs 
personnes. Si vous faites une prévenance à un An- 
glais, il en profite pour placer un signe de hauteur. 
Timides en société avec tout ce qui passe pour supé- 
rieur, ils sont presque insolents avec tout ce qui a 



1. Lorsqu'on ne peut éteindre une lumière, on s'en laisse 
éclairer. 



ROME, NAPLES ET FLOr.ENCE 287 

l'air (le céder. Il faut être juste, il y a chez ces 
gens-Ki un principe de malheur ; ils tirent du venin 
des choses les plus indifférentes. Ce sont les plus 
insociables des hommes, et peut-être les plus mal- 
heureux. En Italie, l'affaire de Gênes a commencé 
à en dégoûter. Leur incroyable mesquinerie achève 
de les faire mépriser même des garçons d'auberge ^. 
Si j'entre dans des détails bas, ce sont les couleurs 
du tableau. A Naples, ils se faisaient dire des sot- 
tises tout haut par les garçons du restaurateur Villa, 
en leur offrant gravement, après dîner, un sou ou 
deux. A Monza, ils se font montrer la couronne de 
jer, ce qui exige un petit cérémonial et occupe deux 
gardiens pendant une demi-heure : ils donnent 
vingt-cinq centimes. Je viens de lire ce passage de 
ma lettre à quatre Anglais de Vliigh-life, en les 
priant d'attaquer la véracité de mes assertions : 
ce qu'ils n'ont pu faire. Pour être considéré d'un 
Anglais, il faut jouer au plus froid. Lavater seul 
indique ce procédé ; on le lit sur leurs figures de 
bois. L'Anglais est comme le provincial en France : 
ne jamais paraître intéressé par ce qu'on lui dit ^. 



1. Si c'est un devoir d'être poli, il est niais de ménager 
les insolents. M. Scott, lord Blaincy, le prêtre Eustace, ont 
dit sur les Français des choses plus fortes et qui ne sont pas 
fondées sur les faits. Eustace appelle le Musée du LouA're 
une écurie. Cela va bien aux gens qui ont placé leurs pauvres 
marbres d'Elgin sous un hangar. 

2. Ils font trop de mouvement pour avoir beaucoup 
d'esprit. 



288 STENDHAL 

Toute ville au-dessous de cinquante mille âmes 
n'est pas digne de mon attention. Il faudrait y passer 
trois mois pour arriver jusqu'au vrai mérite, s'il y 
en a. Les habitudes repoussent le voyageur. La seule 
démarche désoccupée des gens d'une petite ville 
me conduit à la poste pour demander des chevaux. 
Ils n'ont pas de motif pour agir vite. Lausanne est 
la seule exception pour moi. 

20 août. — Avant de quitter tout à fait, du moins 
par mes souvenirs, la terre du génie pour m'enfoncer 
dans le sombre septentrion, il faut que j'écrive deux 
ensembles d'idées : 1° une étude faite d'après une 
bande de voleurs du pays de jXaples ; 2° l'état du 
Parnasse musical italien. 

Je n'ai pas le temps d'écrire l'enterrement de la 
princesse Buoncompagni, à Rome, et mon étonne- 
ment mêlé d'horreur lorsque je trouvai à l'église 
des Apôtres cette jeune et superbe femme de dix- 
neuf ans, avec du rouge, couchée sur son cata- 
falque, et entourée de sept à huit prêtres à moitié 
endormis, vers les minuit *. 

L'Eglise cherche tous les movens d'augmenter 
l'horreur de la mort. Elle a réussi, du moins pour 
moi. La mort, qui sur le champ de bataille ne m'avait 
jamais paru qu'une porte ouverte ou fermée, et 
qui, tant qu'elle n'est pas fermée, est ouverte, me 
poursuit d'une image horrible depuis que j'ai vu 
cette figure céleste avec son rouge. Que dirais-je de 



romf:, >aples et Florence 289 

l'horreur du leiuleuiain, lorsque, ù la nuit toniLante, 
je la vis portée dans les rues, étendue sur un lit de 
repos, et toujours la tête découverte ? Le jeune 
prince Buoncompagni l'avait épousée par amour, 
et la famille, qui ne l'avait pas voulu reconnaître, 
venait de pardonner depuis peu. Elle avait été 
longtemps réfugiée dans un couvent ; leurs amours 
furent toujours inallieureuses. C'est un des jilus 
sombres souvenirs que je ra]q)orte d'Italie *. 



PARNASSE MUSICAL d'iTALIE EN 1817. 

Madame Catalani, — MM. Galli, — Crivelli, — 
Tachinardi, — Yelluti, castrat, — Davide, le fds. 

Ténors. 

Nozzari, — Ronconi, — Donzelli, — Monelli, — 
Bonoldi, — Curioni, — Pasta, — Ambrogetti. 

Cantatrices. 

Mesdames Correa, — Festa, — Fabre, — Colbran, 

— Chabrand, — Bassi (la comtesse), — Bassi 
•{Eleonora), — Manfredini, — Belloc, — Pasta, — 
Crespi-Bianchi, — Ester Monbelli, — Anna Mon- 
belli, — Eiser, — ■ Bonini, — Xapollon, — Liparini, 

— Morandi, — Camporesi, — Paer, — Marcolini 
(Fedele). 

Rome, iSaplf.s et Flijrence, II 19 



290 STENDHAL 

Contraltos. 

Mesdames Grassini, — Gaforini, — Malanotti. 

Chanteurs bouffes 

De Grecis, — Zamboni, — Paccini, — Bassi, — 
Casaciello, — Liparini, — Marcolini, — Giorgi. 

Basses mezzo-carattere. 

Pellegrini, — Remorini. 

Vétérans. 

Pacchiarotti, — Marchesi, — Crescentini, — 
madame Billington. 

Nota. Les quartiers généraux des gens de théâtre 
sont Milan et Bologne. Une centaine de noms mé- 
diocres, que je ne transcris pas, ne trouvent d'em- 
ploi que dans le carnaval. L'admirable Crivelli et 
madame Camporesi sont à Londres. En 1817, 
l'Opéra de Londres a été aussi bon que celui de 
Paris est mauvais. UAgnese, Don Juan et la Clc' 
menza di Tito y ont été exécutés aussi bien qu'à 
Milan. Le charme a été si fort, que ce spectacle est 
devenu à la mode. La salle est une antique copie de 
celle de Milan. Chaque loge coûte deux cent cin- 
quante guinées pour soixante-deux représentations, 
et le billet de paiterre douze francs. L'orchestre 
est assez bon, les décorations presque aussi mau- 



I 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 291 

vaises que celles de France, les vêtements mesquins. 
On dit que l'année i^rochainc on fera venir un peintre 
de Milan, Fuentès ou Sanquirico. Pour la musique, 
Londres est plus sur la voie que Paris. Les Anglais 
n'ont pas de inétalent. Ils ont un goût passionné 
pour entendre chanter ; mais ils aiment également 
le bon et le mauvais. Nous n'en sommes pas encore 
là en France *. 

COMPOSITEURS. 

Rossini, né à Pesaro vers 1793, Tancredi, V lia- 
liana in Algeri, il Turco in Italia, Otello, la Cova- 
cenere (Cendrillon), la Gazza ladra, etc., — Pavesi, 
— Zingarelli, — Fioravanti, — Mayer, — Winter, 
- — Weigl, — Le chevalier Carafa, — Paccini fds, 
• — Mosca, — Mosca (Joseph), — Generali, — Fari- 
nelli, — Nazolini, — Coccia, — Orlandi, — Gnecco, 
Piémontais, mort, avait plusieurs parties de 
l'homme de génie, — Paganini, violon génois, 
égal aux Français pour l'exécution *, supérieur 
pour le feu et l'originalité. 

Francfort-sur-le-Mein, 28 août. — Mon congé 
était originairement de quatre mois ; mais, comme 
je n'ai rien à faire dans ma place, on l'a prolongé 
de deux mois et demi. Ainsi je savais bien que j'étais 
en retard * ; mais j'espérais, parce qu'on espère 
quand on est heureux. Depuis huit jours, le cœur 
serré par la laideur du Nord, je voyais les choses 



202 STENDHAL 

plus en noii' ; ce matin j'ai trouvé, en arrivant, des 
lettres des ministres ; c'est tout ce qu'il y a de plus 
malheureux. Non seulement les ministres sous les 
ordres desquels je suis paraissent irrités, mais le 
ministre qui m'aime paraît dégoûté de me protéger. 
Au milieu de tout cela, j'ai manqué une distinction 
à laquelle j'avais toutes sortes de droits, et qui 
seule, depuis trois ans, maintenait mon ambition 
vivante. 

J'ai couru tout Francfort ; ces petites maisons 
de bois avec le premier étage avancé de deux pieds 
sur la rue, ces animaux grossièrement sculjîtés en 
bois sur les boutiques, le gothique pauvre des 
édifices, le soleil voilé, tout me dit que les beaux 
jours de l'Italie sont finis pour moi. Au lieu de 
beaux-arts, je vais être condamné à entendre 
parler de nouveau de cet éternel traité de Westpha- 
lie. — Il faut l'avouer franchement, c'est un des 
moments les plus malheureux de ma vie. Il y a tous 
les détails ; par exemple, des collègues que je mé- 
prise ont obtenu les distinctions dont je suis plus 
éloigné que jamais. Ma réputation de mauvaise 
tête va être augmentée, et tout ce qu'il peut y avoir 
de bon en moi me sera compté comme faute ! 
Il faudra cent dîners, en bas de soie, avec des sots à 
rubans, et cinq cents parties de whist avec de vieilles 
femmes pour faire oublier un peu mon équipée ; et, 
pour comble de malheur, pas la moindre illusion, 
sentir que ces gens-là sont des sots, que dans dix ans 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 293 

on les méprisera tout haut, et cependant perdre 
ma vie avec eux : je suis très malheureux ^. 

J'y ai réfléchi, je recommencerais mon voyage si 
c'était à refaire : non pas que j'aie rien gagné du côté 
de l'esprit ; c'est l'âme qui a gagné. La vieillesse 
morale est reculée pour moi de dix ans. J'ai senti 
la possibilité d'un nouveau bonheur. Tous les 
ressorts de mon âme ont été nourris et fortifiés ; 
je me sens rajeuni. Les gens secs ne peuvent plus 
rien sur moi ; je connais la terre où l'on respire cet 
air céleste dont ils nient l'existence ; je suis de fer 
pour eux *. 



1. L'auteur, qui n'est plus Français depuis 1814, est à 
un service étranger. 



FIN DU JOURNAL 



Rome, Xai'i.ss et Florence, I 



APPENDICE 



Le comte Alfieri, né à Asti en 1749, mort à Flo- 
rence en 1803, a laissé vingt-deux tragédies : 

Filippo, 1789 ; scène : le palais de Madrid. 

Polinice ; scène : le palais royal de Thèbes. 

Antigone, représentée à Rome en 1782 ; scène : le 
palais de Thèbes. 

Virginie ; scène : le Forum à Rome. 

Agamemnon ; scène : le palais d'Argos. 

Oreste ; scène : le palais des rois lombards, à 
Pavie. 

Rosmunda ; scène : le palais des rois lombards à 
Pavie. 

Octavie ; scène : le palais de Néron, à Rome. 

Timoléon ; scène : la maison de Timophane, à 
Corinthe. 

Mérope ; scène : le palais de Mécène. 

Marie Stuart ; scène : le palais d'Edimbourg. 

La Conjuration des Pazzi ; scène : le palais du Gou- 
vernement, à Florence. 

Don Garcia ; scène : le palais de Côme P'", à Pise. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 295 

Saûl ; scène : le camp des Israélites, à Gelboë ; 
tragédie mêlée de musique. 

Agis ; scènes : le Forum, et ensuite la prison pu- 
blique de Sparte. 

Sophonisbe; scène: le camp de Scipion, en Afrique. 

U Ancien Brutus ; scène : le Forum. 

Mirra ; scène : le palais de Cynire, à Chypre. 

Brutus Second ; scènes : le temple de la Concorde 
et la curie de Pompée, à Rome. 

Alceste Première, traduite du grec. 

Alceste Seconde. 

Cléopâtre, première tragédie de l'auteur retrouvée 
depuis sa mort. 

Comme le grand Corneille, il a fait l'examen de 
chacune de ses pièces. L'édition complète de ses 
œu^Tes a trente-neuf volumes in-S'^ ; à Padoue, chez 
Bettoni. 

Je supplie que l'on ne juge pas de ces chefs- 
d'œuvre par la traduction française qu'on vend 
à Paris ; c'est le perruquier du coin traduisant 
Tacite. 

Je viens de passer la soirée avec une douzaine 
d'enthousiastes du Dante, qui me l'ont gâté de 
toutes leurs petitesses. Ils voient tout dans le 
Dante, par exemple, une plus grande variété de 
caractères que dans Shakspeare. Ils criaient à tue- 
tête et tous ensemble. Ici, tout ce qui peut être 
quelque chose est imitateur du Dante. Jamais 
engouement ne fut moins absurde : mais son style 



296 STENDHAL 

sublime encourage le défaut qui corrompt toute 
l'Italie : une misérable enflure vide de pensées. 

On voit que la même cause de décadence règne 
à peu près également des deux côtés des Alpes : 
chez nous, l'enflure tendre et niaise des souvenirs 
gothiques ; en Italie, l'enflure énergique et répu- 
blicaine des souvenirs romains. On nous prêche les 
Rogations et leurs touchantes processions ; en 
Italie, c'est la honte d'être asservi par les barbares. 

Au reste, mes Italiens m'ont fort bien prouvé que, 
comme style tragique, le Dante est souvent fort 
supérieur à Racine. — Quoi donc ! on aurait eu 
meilleur goût à Florence, en 1300, qu'à la cour de 
Louis XIV, en 1660 ? — Oui, par la simple raison 
que Florence était vertueuse et républicaine, et 
qu'il fallait être spirituellement bas à la cour du 
grand roi ^. 



* 

* * 



Chose évidente pour moi, les êtres qui sentent 
la musique sont séparés, par l'immensité, de nos 
littérateurs élèves de l'Université de Paris. 



1. « Dieu m'a fait la grâce, madame, en quelque com- 
pagnie que je me sois trouvé, de ne jamais rougir de l'Evan- 
gile ni du Roi. » (Lettre de Racine à madame de Maintenon.) 
Comparez cela aux Mémoires de Capponi. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 297 



* 

* * 



Plus un Français est aimable, moins il sent les 
arts. 



* 
* * 



Manque de chaleur et aiïectation, voilà ce qu'on 
trouve en musique dès qu'on quitte l'Italie. 



LE SOLDAT ITALIEN- 
ÉTUDE 



Je remarquai près d'Osimo un homme couvert de 
haillons, mais d'une taille magnifique, qui travail- 
lait dans un champ. La fierté et la force de ses mou- 
vements annonçaient un militaire. En eiïet, c'est 
un sergent de grenadiers du huitième d'infanterie, 
presque tout composé de Romains. Il était élève 
en sculpture ; il déserta, fut pris, et allait être con- 
damné au boulet, lorsqu'il fut sauvé par l'intendant 
de la couronne, à Rome, un des hommes les plus 
faits pour faire chérir le nom français. Je passe 
cinq heures avec mon grenadier ; je voulais voir 
l'intérieur de ces cerveaux italiens qui ont connu 
la gloire, quoique fils de la superstition. Il me montre, 
dans sa chaumière, son uniforme entier ; il met du 
blanc sur sa bufïleterie tous les dimanches. Plutôt 
que d'user la moindre partie de son uniforme, il 



298 STENDHAL 

aime n:iieux paraître couvert de haillons, et les 
jambes nues et brûlées du soleil, comme tous les 
paysans italiens. J'acquiers sa confiance en me 
supposant à toutes les batailles où il s'est trouvé. 

— Le courage français est une transformation de 
la vanité. Ce motif n'existant pas en Italie, il est 
remplacé en grande partie par la colère ; et, après 
le combat, ils x'iennent souvent jusqu'au milieu 
de leurs officiers égorger leurs prisonniers. Les 
blâmerai-je ? Non : je vois seulement qu'ils n'ont 
eu ni Louis XIV, ni chevalerie. Du reste, un revers 
les irrite au lieu de les décourager. — J'ai occasion 
de présenter à mon grenadier un Anglais de ma 
connaissance. Je vois bien distinctement que le 
sentiment des Anglais à notre égard est la jalousie 
de V infériorité qui se coyinaît. Ils méprisent souve- 
rainement les Allemands, les Italiens, les Espa- 
gnols. Au contraire, les moindres détails sur la 
France leur sont précieux, et ils blâment avec 
hypocrisie et rage concentrée les mêmes choses 
qu'ils portent aux nues un instant après, lors- 
qu'elles sont présentées en thèse générale. Mon 
Anglais, par exemple, accablait les Italiens du plus 
outrageant mépris, parce qu'au moral ce sont les 
fils de la France ; il parle de leur superstition. 

— « Ignorez-vous, monsieur, qu'à Londres il paraît 
vingt ouvrages de théologie par semaine ? C'est 
plus que dans toute l'Italie. » L'Italie a les yeux sur 
la France, et il sera bien difficile de l'empêcher de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 299 

régler ses mouvements sur ceux de cet heureux 
pays. Mon soldat me fait les questions les plus 
détaillées sur nos généraux. 

LA SOCIÉTÉ A ROME. 

J'ai passé la soirée du jeudi avec le comte N***. 
C'est un homme très pieux et d'infiniment d'esprit. 
Il me dit iju'il n'a plus retrouvé la Rome de sa jeu- 
nesse. 

Il parait que sous Pie \ l, qui, à la cruauté près ^, 
a été le Louis XIY de ce pays-ci, on s'amusait beau- 
coup. La com'ersazione de la princesse Santa Croce, 
connue à Paris par ses diamants, et celle de notre 
aimable cardinal de Bernis étaient des centres 
d'activité. Les Romains sont bien loin de cet heu- 
reux temps. 

La société est une fleur de plaisir qui ne peut 
naître que lorsque l'eau de la source, troublée par 
la tempête des révolutions, a déposé le limon de 
l'esprit de parti et repris peu à peu sa première 
apparence. Le pape a hérité de l'excellente armée 
de Napoléon *. Les officiers, fiers des grandes choses 
qu'ils ont vues, n'ont plus ce respect servile pour 
le moindre monsignore. Les princesses romaines pré- 
fèrent un colonel à un cardinal *. Les sarcasmes des 



1. Voyez RulliièrCj Histoire de la ré^'ocalion de l'édit de 
Nantes. 



300 STENDHAL 

philosophes donnent des mœurs à ceux-ci. Leurs 
maîtresses ne sont plus citées dans la Gazette à la 
main ^. Le peuple n'a plus cette aveugle soumission, 
parce qu'il n'y a plus de faste. Deux mauvais che- 
vaux attelés à un carrosse à train rouge, voilà le 
luxe d'un cardinal : autrefois leurs maisons effa- 
çaient celles des princes. 

Le cardinal N... m'a invité à une cérémonie qui 
m'a fort amusé. Le jeune prince Rus..., âgé de 
vingt-deux ans, ancien aide de camp de Joachim, 
a été touché de la grâce, s'est fait prêtre, et j'ai 
assisté à sa première messe, après laquelle son père 
et sa mère ont été admis à l'honneur de lui baiser 
la main. Cette affaire a étonné. La révolution des 
mœurs dure encore à Rome : on ne sait pas trop ce 
qu'on fera ^. En attendant, la défiance ferme 
toutes les maisons, et il y a moins de société, infi- 
niment moins qu'à Padoue. Sans les jolis bals de 



1. Comme du temps de de Brosses et du cardinal Alhani, 
1740. 

2. Voir Rome en 1814, par M. Guinan-Laoureins ; Bru- 
xelles, 1816. 

« Ce n'est pas parce que les Anglais payent de grands 
« subsides qu'ils sont libres et riches, mais c'est parce qu'ils 
« sont libres jusqu'à un certain point qu'ils sont riches, et 
« c'est parce qu'ils sont riches qu'ils peuvent payer de 
« grands subsides ; c'est parce qu'ils ne sont pas assez libres 
« qu'ils en payent d'énormes, et c'est parce qu'ils en payent 
« d'énormes qu'ils ne seront bientôt plus ni libres ni riches. » 
(Commentaire sur l'Esprit des Lois de Montesquieu, p. 267 ; 
Liège, 1817) *. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 301 

milady ..., les étrangers auraient été réduits à 
faire des whist entre eux. Le banquier Torlonia, 
duc de Bracciano, a bien donné quelques fêtes, 
mais l'escompte dos billots de ban([uo a paru cher 
à plusieurs Anglais, et rien ne ressemblait moins 
aux com'ersazioni du cardinal de Bernis. Dans la 
bourgeoisie, certains esi)ions volontaires glacent 
tout. Il y a un cabinet littéraire chez l'imprimeur 
Cracas, au Cours. C'est là (jue nous nous donnions 
rendez-vous. Mais nos amis romains, quoique brû- 
lant de lire la Gazette de Lugano et le Constitutionnel, 
n'osaient s'y hasarder. Le gouvernement approuve 
cet établissement ; on dit même qu'il l'a conseillé ; 
mais certaines gens qu'on ma fait voir s'y rendent 
assidûment et prennent des notes sur les personnes 
qui viennent, pour les dénoncer dans un meilleur 
temps. J'ai vu un Romain se faire apporter les 
gazettes le soir ; son domestique allait les prendre 
dans une rue écartée, et ce descendant des Fabius 
mettait le plus grand soin à ce qu'on ne découvrît 
pas son stratagème. 

A Naples, il y a aussi un cabinet littéraire, Con- 
trada di San Giacomo; mais l'abbé Taddei, qui fait 
la gazette du pays, et qui prouve trois fois par mois 
que nous sommes tous des Marat et des Robes- 
pierre, a été offensé, dit-on, des répliques du Journal 
des Débats, qu'il calomnie, et dont il obtient la 
suppression comme trop libéral, quatre fois la 
semaine. 



302 



STENDHAL 



Il est vrai que ledit abbé laisse venir la Gazette 
de Lausanne. Je n'ai pas besoin de dire quels livres 
j'ai vus chez les libraires, les Préparations à la mort 
y sont en abondance. Parmi les trois cent quarante 
mille habitants de Naples, il peut y avoir trente 
penseurs de la force de l'abbé Galiani, mais ils se 
rappellent la fin de Cirillo. 



* 
* * 



Je n'ai plus que deux idées. — J'allais supprimer 
plusieurs expressions dures envers l'Italie, lorsque 
je me suis souvenu du Misogallo et des injures que 
les journaux littéraires prodiguent à la nation des 
simio-tisres *. 



* 
* * 



Dans cette petite brochure, tous les noms sont 
changés, les dates bouleversées, de manière à ne 
compromettre personne. 



* 
* * 



[J'apprends que la belle manufacture de M. Tais- 
saire à Troyes, dont les métiers avaient été brisés, 
s'est relevée plus florissante que jamais, et donne 
maintenant du travail à plus de huit cents ouvriers. 
Ainsi, ce beau pays de France, respirant des folies 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 303 

du despotisme sous l'égide du plus sage des rois, 
fait des pas rapides dans la carrière du bonheur. 
La France étonne ses voisins ; elle va bientôt sur- 
passer l'Angleterre en prospérité. Depuis trente ans, 
nous avons gagné de la gloire et une constitution ; 
l'Angleterre a gagné des dettes et perdu son Ilaheas 
corpus. Une seule des lois que nous devons à la fer- 
meté de notre monarque arrêterait la chute de l'An- 
gleterre, qui se précipite rapidement vers l'abîme 
d'une révolution *.] 



FIN. 



TABLE DE L'APPENDICE 



Préface 119 

Bologne 120 

Rome 121 

Buste de Cimarosa au Panthéon 122 

Singulière comédie 1 25 

Atelier de Canova 127 

.Xaples 128 

Inconvénients de San Carlo 128 

Retour à Rome 131 

Eloge du cardinal Consalvi 133 

Miracle nouveau 136 

Thorwaldsen et Canova 139 

Mœurs inconnues des Grecs 140 

Société à Rome 141 

L'auteur est sur le point de mourir de faim 144 

Gouvernement de Pie VI et aria caltwa 146 

Souhait anglais 147 

Florence et les Monbelli 147 

Etat de la langue italienne 150 

Bologne et la Clémence de Titus 159 

Tramezzani et Anelli 1 60 

Les maris italiens 166 

Vue de l'Apennin 167 

Les amants d'Italie 169 

Caractère florentin 171 

Les principaux peintres 175 

Les femmes an<ïlaises 177 



: 



UOME, 



NAPLES ET FLORENCE 305 



Caractère d'AlIicri 180 

Jugement littéraire sur les tragédies d'Alficri 18.'! 

Fcrrare cl ses agréments 189 

Saint-Marin et le grand Frédéric 192 

Urbin, férocité, défiance 194 

De la beauté en France, en Italie, en Angleterre ... 196 

Collines de Lorettc 198 

L'ancien Paris 1 99 

Pesaro 213 

Pays de Venise 213 

Rovigo 213 

La Liparini 215 

Pacchiarotti 216 

Chaque ville est soi 217 

Caractère vénitien 219 

Bonheur de la France 219 

Le paysan est vertueuv 220 

La sympathie en Italie 221 

Vengeance 222 

Un costume national 223 

Vie de Gœthe 224 

Le Mercure du Rhin 226 

Littérature de la féodalité 226 

Un voyageur français 227 

Venise 228 

Un grand harpiste 229 

Mœurs de Venise 230 

Lord Byron 235 

De l'envie 236 

Comédie italienne 238 

Souvenirs 241 

Caractère piémontais 245 

Caractère anglais 245 

Les Pindemonti 246 

La Scala 247 

Ballet dramatique 250 

Almanach royal de Milan 252 

Rome, Naples et Florence, II 20 



306 STENDHAL 

Winter 253 

Bergame 254 

Mayer 255 

Les amateurs d'Italie 255 

Hôtel des Monnaies 256 

ViUa Mehi 257 

La Tramezzina 257 

Villa Sfrondata 258 

Italie morale 259 

Renaissance de l'Italie 261 

La Lombardie sous Joseph II 262 

Progrès de l'Italie 263 

Reproche 266 

Grande faute 267 

Chute 268 

Sort futur de l'Italie 269 

Pédantisme 269 

MUan 273 

Compensations 274 

Les arts en France 275 

Monticello 276 

Varèse 277 

Madonna del Monte 279 

Genève 281 

Société de Genève 282 

Salon de Coppet 285 

Des Anglais 286 

Amabilité anglaise 287 

Lausanne 287 

La naort à Rome 288 

Parnasse d'Italie 289 

Parnasse musical 291 

Retour 291 

Appendice * 294 



SUPPLÉMExNT 



XOÏE DE L'ÉDITEUR 



Los fragments inédits qui composent le présent supplé- 
ment j)roviennent des sources suivantes : 

l" ASECDOTE DE LADDIXA 

Nous donnons, sous ce titre, le texte du carton de huit 
pages, annoncé par le Journal de la Librairie de mars 1827, 
qui devait remplacer l'anecdote de Filorusso imprimée pri- 
mitivement dans l'édition non cartonnée de 1826. L'anec- 
dote de Laodina étant bien plus longue que celle de Filo- 
russo, l'imprimeur a dû employer des caractères plus petits, 
ce qui produit dans l'édition cartonnée un effet peu élégant. 
Colomb, ayant ignoré les cartons de 1827, a purement et 
simplement reproduit l'histoire de Filorusso. L'anecdote de 
Laodina, que nous réimprimons, est précédée de quelques 
paragraphes sur la Toscane qui ne se trouvaient pas non 
plus dans l'édition non cartonnée et que nous réimprimons 
également. 

2» ASECDOTE DE GIXA 

3° LES MARIOySETTES SATIRIQUES DE NAPLES 

4» LES MARIOXXETTES DE ROME 

Ces trois fragments sont tirés, comme la préface inédite, 
du volume de manuscrits, faisant partie de l'ex-collection 
Chéramy, et, actuellement, de la bibliothèque Cham- 
pion. Ils sont entièrement et très lisiblement écrits, au 
recto de feuillets in-folio, de la main de Stendhal, avec de 
nombreuses ratures et corrections ; l'anecdote de Gina est 
sur quatre pages, les marionnettes de Naples sur sept pages, 
les marionnettes de Rome sur douze pages. Stendhal parle 
de ces fragments dans une lettre à Mareste du 8 août 1824. 

Rome, \aples et Florence, II 20. 



310 STENDHAL 

Il les a introduils dans l'édition de 1826 : on les trouvera aux 
dates des l^r octobre 1816, 20 juillet et 10 octobre 1817, 
mais avec des changements notables. Les pages suivantes 
constituent donc le premier jet de morceaux imprimés plus 
tard ; c'est à ce titre que nous les reproduisons : elles fourni- 
ront aux lettrés un exemple curieux de la méthode de tra- 
vail et de rédaction de Stendhal. Nous ne donnons d'ailleurs 
ci-après que les passages qui offrent des différences avec la 
rédaction définitive de 1826. 

5° LES MARIOyXETTES TRAGIQUES 

Nous donnons, sous ce titre, un fragment que nous avons 
eu la bonne fortune de retrouver dans le Globe de 1824. 
On sait que le premier numéro de cet intéressant journal 
littéraire (qui devint quelque temps plus tard philoso- 
phique et littéraire et, à partir du 18 août 1828, philosophique, 
politique et littéraire, pour cesser de paraître en 1832), fut 
mis en vente le 15 septembre 1824. Les n°s 9 et 12, des 2 et 
8 octobre 1824, contiennent, sous le titre : « Italie. Les 
Fantoccini à Rome (Lettre) », un long article, qui est évidem- 
ment de Stendhal, quoiqu'il ne soit pas signé, sur les ma- 
rionnettes comiques, les marionnettes tragiques et les ma- 
rionnettes satiriques. La partie concernant les marionnettes 
comiques et satiriques est, à peu de choses près, le texte que 
nous allons publier sous les n°s III et IV du Supplément, et 
que l'on retrouvera incorporé, avec de nouvelles corrections, 
dans Rome, Naples et Florence, édition de 1826 : nous sommes 
donc en présence, pour ces deux anecdotes, de trois versions 
différentes : le premier jet (n°® III et IV du Supplément), 
une deuxième rédaction (texte du Globe, que nous ne réim- 
primons pas, mais auquel les curieux pourront se reporter), 
et la rédaction définitive telle qu'elle parut en 1826 dans le 
tome II de Rome, Naples et Florence. Nous nous bornerons 
à réimprimer, sous le présent numéro, toute la partie con- 
cernant les marionnettes tragiques (que Stendhal a aban- 
donnée en 1826), et la fin de l'article du Globe contenant 
d'intéressants renseignements sur les marionnettes de Giro- 
lemo à Milan. C'est presque de l'inédit, personne encore, 
à notre connaissance, n'ayant signalé cet article du Glohe^ 
qui rapporta sans doute quelques louis à Stendhal. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



111 



Ajoutons que notre auteur se servit une qiialricme fois 
de ses souvenirs sur les Marionnettes pour un article inséré 
en 1827 dans h- yew Monlldy Ma'^azine de Londres, et 
reproduit dans la Revue lirilannique de Paris sous le titre 
suivant : « Les Marionnettes. Comédie. Tragédie. M. Cassan- 
drino. Temisto. Ballet. Los Monsignori. » (Décembre 1827, 
■nP 30, pp. 317-337). C'est le cinquième article d'une très 
jolie série intitulée : Souvenirs de V Italie, sur laquelle nous 
aurons à revenir dans notre édition des Promenades dans 
Rome. 

6" DESCRIPTION DU MÉCANISME DU GOUVERNEMENT 
ROMAIN 

Ce morceau, qui ne put, faute de place, être inséré, ni dans 
Rome, Naples et Florence, ni dans les Promenades dans Rome 
(voir notre note à la page 80 du tome II), a été heureusement 
recueilli par Romain Colomb, qui le casa dans son Journal 
d'un voyage en Italie (Paris, 1833, pp. 279-335). Il est probable 
que Stendhal le céda à son cousin et ami, en témoignage de 
reconnaissance pour sa collaboration au travail de mise au 
point des Prometiades < il lui céda également la description des 
Arazzi de Raphaël (pp. 191-202 du Journal de Colomb) et 
l'histoire du brigandage en Italie (pp. 228-259), sans compter 
mainte anecdote ou digression sur les mœurs, les femmes ou 
l'état politique de l'Italie ; ces quelque cent pages sont le seul 
attrait du livre de Colomb, par ailleurs insipide et plat. Le 
morceau sur le mécanisme du gouvernement papal nous a 
paru avoir sa place tout indiquée dans ce Supplément. 
Sa paternité ne saurait être mise en doute ; les lecteurs re- 
connaîtront, tout le long de ces curieuses pages, l'esprit, 
l'ironie et l'impiété de Stendhal, déguisés sous la froideur 
voulue d'une succession de petits faits secs et précis, tirés 
vraisemblablement d'ouvrages spéciaux, par exemple ceux 
de Pottcr et de Tamburini. « Cela n'est peut-être pas très 
amusant, dit Stendhal {Promenades dans Rome, 28 novembre 
1828) ; mais, faute de cette connaissance positive, le voya- 
geur est exposé à se laisser persuader de singuliers men- 
songes. » Stendhal est trop modeste : le ton pince-sans-rire 
du morceau et l'abondance des traits sont d'une remarquable 
modernité ; Voltaire n'eût pas mieux dit, ni peut-être mieux 



312 STENDHAL 

écrit. Suivant un procédé favori de notre auteur, c'est un 
Italien qui est censé parler. On pourra au reste compléter 
cet aperçu de mœurs en grande partie disparues par les 
« croquis biographiques » contenus dans la lettre du 24 no- 
vembre 1835 (Corresp., tome III, p. 151). 

Signalons enfin qu'à en croire Colomb (appendice iné- 
dit à sa Notice, publié par M. Casimip Stryienski dans les 
Soirées du Stendlial-Club, l''^ série, page 339), Stendhal 
aiirait publié dans la Replie de Paris de mars 1832 (tome 
XXXVI, p, 209) un article intitulé Rome et le pape en 
1832. Cet article, qui occupe les pages 209 à 228, est ter- 
miné par la mention ; Blackwood-Magazine [sic). Nous 
avons trouvé en effet dans le Blackwood's Edinburgh 
Magazine de mars 1832 (tome XXXI, n» 192, pp. 535-550) 
un long article sur doux colonnes, intitulé : The papal 
government, et non signé. Les deux articles ont donc paru 
simultanément en France et en Angleterre; mais celui de 
la Revue de Paris n'est qu'une traduction, sensiblement 
abrégée, du Blackwood's Magazine. Il est possible que le 
fragment inséré par Colomb dans son Journal et que 
nous réimprimons, représente les notes rédigées par Sten- 
dhal dans la période 1824-1826, et dont il se serait servi, 
en 1832, pour écrire un article de revue : nous aurions 
donc encore ici une sorte de premier jet de cet article. 

D. M. 



ANECDOTE DE LAÛDINA 



ToRiNiERi, 3 février 1817. — ... Les filles d'un 
aubergiste à son aise sont beaucoup moins séparées 
de la société ici qu'en France ; personne en Italie 
n'a jamais songé à copier les manières d'une cour 
brillante. Quand Ferdinand III paraît au milieu 
de ses sujets, il ne produit d'autre elFet que celui 
d'un particulier fort riche, et par là peut-être très 
heureux. On juge librement son degré de bonheur, 
etc. Il n'entre dans la tête de personne d'imiter ses 
manières. Tout le monde chérit le grand-duc et son 
gouvernement. 

A Paris, quelques jeunes gens, nés depuis la Révo- 
lution, se sont avisés qu'on s'ennuyait quelquefois 
à ces tragédies de Racine, qui semblaient ravis- 
santes aux courtisans du grand Roi vers 1670, 
Il faut, disent-ils, que les tragédies de 1827 s'adres- 
sent aux sentiments qui, en 1827, font battre tous 
les cœurs. 

Si l'on voulait appliquer le principe romantique 
aux gouvernements, on trouverait peut-être qu'il 



314 STENDHAL 

n'en est point d'égal à celui de Toscane. Il ne se 
passe pas de jour que je n'entende bénir la sagesse 
et la justice de l'administration du grand-duc ; 
l'on porte aux nues la bonté et la modération du 
souverain. Ferdinand et Léopold ont trouvé la 
seule manière de rendre une révolution impossible ; 
ils se sont concilié l'amour de tous. 

Rien de plus modéré et de plus sage que l'esprit 
qui anime la plupart des nobles toscans. Il y a beau- 
coup de raison dans ce pays ; elle n'est pas triste 
comme en Amérique, ou sujette, comme à Paris, 
à changer suivant la mode. Les rêveries de Platon 
ou de M. de Maistre ne feraient pas fortune ici ; 
la Toscane est le pays de la bonne logique. 

Près Bolsena, 5 février, pendant une longue 
montée. — Mon compagnon dort à mes côtés ; 
j'abrège l'anecdote suivante qu'il vient de me ra- 
conter. 

]\Iarco Rimini, me disait-il, est un marchand de 
Milan qui, il peut y avoir trois ans, maria sa fille 
Laodina à un jeune homme nommé Teranza, 
aussi négociant, et dont il était tuteur *. Laodina 
eut deux enfants ; elle était sage et pieuse autant 
que belle. Je ne sais plus qui me la fit remarquer, 
en passant par la place du Dôme, comme la plus 
jolie des riches marchandes, qui conservent encore 
l'ancienne habitude de passer chaque jour quelques 
heures à leur comptoir. Je ne manquais jamais de 



I 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 315 

in'arrêter devant cette boutique ; et quelquefois, à 
travers les châles et mousselines exposés en montre, 
je parvenais à voir cette figure angélique. Laodina 
n'était pas grande ; elle avait des cheveux blonds, 
un œil modeste ; elle était fort pâle ; l'ensemble 
de sa figure avait quelque chose de sérieux et de 
tendre. Il peut y avoir six mois que son mari la 
soupçonna d'aimer Valterna, jeune marchand qu'elle 
connaissait depuis longtemps. Le mari, jaloux, 
défendit à Valterna l'entrée de sa maison, et même 
lui fit donner, par deux buli, une volée de coups de 
bâton. Le mari finit par avoir recours à la police, 
pour qu'elle prescrivît à Valterna de ne plus passer 
sous ses fenêtres. Le 18 janvier, il y aura jeudi trois 
semaines, Laodina alla au théâtre de la Canobhiana, 
où l'on donnait Paul et Virginie. Son amant était 
au parterre, et la regardait beaucoup ; elle avait 
la loge n<^ 5, à la première file. Laodina se montra 
plus gaie que de coutume ; seulement on s'^est sou- 
venu qu'à un certain passage de la pièce, elle dit : 
« C^est ainsi que finissent les i'rais amants. » 

Dès le matin, Laodina avait envoyé ses enfants 
chez sa mère. De retour chez elle, vers minuit, elle 
présenta à son mari un verre d'agro di cedro (sorte 
de limonade), où elle avait mis un peu d'opium ; 
elle en prit un elle-même, où il y avait du poison. 
Les époux se couchèrent : il paraît que quand Lao- 
dina vit son mari endormi, elle l'enferma à clef 
dans sa chambre, et introduisit son amant Valterna 



316 STENDHAL 

dans la première pièce de leur petit appartement. 
Vers les trois heures, les voisins entendirent une 
explosion ; mais, tout restant tranquille, ils se ren- 
dormirent. 

Le lendemain, à dix heures du matin, le beau- 
frère de Teranza, qui avait ouvert sa boutique, 
étonné de ne pas le voir paraître, fit tant de bruit, 
qu'il parvint à l'éveiller. Transporté de jalousie 
en ne voyant pas sa femme à ses côtés, Teranza 
enfonce d'un coup de pied la porte de sa chambre. 
Quelle n'est pas son horreur, quand il aperçoit 
sa femme et son amant étendus morts près l'un de 
l'autre ! Ils avaient deux paires de pistolets, l'une 
à capsule, l'autre à pierre ; ils avaient fait usage 
de la première. Laodina n'était pas du tout défigu- 
rée par le coup de pistolet, qu'elle s'était tiré au 
fond de la bouche. Elle portait au cou le portrait 
de son amant ; elle avait les bagues qu'il lui avait 
données. Elle tenait de la main gauche un second 
pistolet chargé et armé, dont elle n'avait pas eu 
besoin. Teranza, sans dire un mot à qui que ce soit, 
ferme sa porte à clef, et se rend à la police pour 
annoncer cette catastrophe. Sa jalousie était con- 
nue ; on le retient prisonnier jusqu'à ce que le 
rapport des oiliciers de santé ait constaté le sui- 
cide. Comme les Allemands ont lu Werther, ils ont 
permis que les deux amants fussent enterrés en- 
semble dans le Campo Scellerato. Le surlendemain, 
on a fait de la musique sur leur tombe *. 



KOME, NAPLES ET FLORENCE 317 

Probablement on publiera leurs lettres. On y 
voit que jamais Laodina n'a manqué à la foi jurée 
à son mari. Un combat cruel entre sa vertu et son 
amour l'a déterminée à se donner la mort, et son 
amant n'a pas voulu lui survivre. Ils étaient déter- 
minés à mourir dès le 25 octobre ; divers événe- 
ments domestiques, et entre autres la mort du 
père de ^'alterna, ont retardé la catastrophe jus- 
qu'au 18 janvier. Dans plusieurs de ses lettres, 
Valterna veut persuader à sa maîtresse de fuir 
avec lui ; en réponse, elle lui reproche son manque 
de courage. « En fuyant, lui dit-elle, pauvres, vous 
et moi, nous ne pouvons éviter de tomber dans la 
misère, qui, peut-être, nous portera à commettre 
des actions honteuses : la mort vaut mieux. » 
On trouve les lettres de Laodina admirables ; 
toute la Lombardic discute les détails de cette 
anecdote *. 



II 

ANECDOTE DE GIN A 

Un homme fort riche, Zilietti *, banquier de 
Milan, arrive un jour à Brescia : il vole à l'opéra, 
il y voit une jeune femme d'une figure frappante. 
Il lui parle ; elle s'appelait Gina ; son mari était le 
coiffeur à la mode de Brescia. Ici la musique et 
l'amour font toute la conversation d'une duchesse 
comme de la femme de son coiffeur ; et, quand celle- 
ci a de l'esprit, la différence n'est pas fort grande. 
Il y a des fortunes différentes, mais il n'y a pas de 
mœurs différentes. Tous les Italiens parlent des 
mêmes choses, chacun suivant son esprit. C'est 
un des traits frappants de l'état moral de l'Italie : 
la conversation du plus grand seigneur et celle de 
son valet de chambre sont la même *. C'est qu'vme 
cour dédaigneuse ne s'est pas amusée pendant deux 
siècles à créer des mots ou des manières ignobles. 

Zilietti, qui ne devait que passer à Brescia, s'y 
arrête trois jours ; le quatrième, il enlève la femme 
du coiffeur *. 

Il \at ici avec elle depuis seize ans ; elle est encore 
fort belle ; elle en a trente-cinq, et je lui ai été pré- 
senté ce soir dans sa loge, où pour la première fois 
de ma vie j'ai joué au tarocco. 



320 STENDHAL 

Il y a six mois, son amant était malade, car, 
depuis deux ans, elle a un amant, Radaelli *, ce 
charmant poète qui ressemble si peu à nos poètes 
de l'Académie et qui est maître de langue pour 
vivre. Zilietti, toujours amoureux à la folie, — 
après seize ans, notez bien, — est jaloux comme un 
tigre, et nullement par vanité ; il ne va plus dans 
te monde depuis seize ans qu'il aime Gina. Celle-ci, 
hors d'elle-même de savoir son amant en danger, 
se procure des habits d'homme, et, ne voulant pas 
se compromettre avec ses gens, invente de des- 
cendre de son balcon dans la rue, c'est un premier 
étage fort élevé à Vltalienne. Elle descend par une 
échelle de corde, et, à deux heures du matin, elle 
va chez son amant habillée en homme. Celui-ci 
est ravi : il n'était triste de mourir que parce qu'il 
ne pouvait espérer de la voir encore une fois avant 
ce dernier moment 

Certainement, rien au monde ne semblerait plus 
ridicule aux belles dames de Paris et de Londres, et 
moi qui admire une telle équipée, je m'attends bien 
à partager le ridicule. 

Tout cela m'a été conté par un ami intime de 
Gina qui ce soir m'a présenté à elle. Je ne prétends 
pas approuver de telles mœurs, mais je suis atten- 
dri, exalté ; demain, il me sera impossible de ne pas 
approcher Gina avec respect ; mon cœur battra 
comme si je n'avais que vingt ans. Or voilà ce qui ne 
m'arrive plus à Paris ou à Londres. 



III 

LES MARIOSXETTES SATIRIQUES DE AAPLES 

Naples, le 



Je VOUS ai parlé des marionnettes conii([iies, des 
marionnettes tragiques * ; il me reste une tâche bien 
plus difficile : c'est de vous décrire une représenta- 
tion qui m'a fait un plaisir bien autrement vif. 

Après un serment fort sérieux d'être à jamais 
discret, j'ai vu des marionnettes satiriques. Il faut 
savoir cjue j'ai retrouvé ici une famille de gens 
d'esprit, mes anciens amis, extrêmement dévots en 
apparence, mais au fond carhonari s'il en fut. Le 
résultat de la confiance qu'on a dans ma discrétion 
a été de me faire admettre à une comédie satirique, 
dans le goût de la Mandragore de Machiavel, 
jouée par des marionnettes. Dès les premières 
scènes, la pièce m'a rappelé le délicieux proverbe 
de Collé intitulé : La Vérité dans le vin. Mais ici 
il y a \xn feu. une vie dramatique, une énergie 
baroque dans les situations et dans le style, qui 
laisse bien loin les proverbes spirituels et fins, mais 
froids et décolorés, de Collé et Carmontelle. 

Rome, ><aples et Florence, II 21 



322 



STENDHAL 



La farce d'hier soir est intitulée : Si farà si o no 
un Segretario di Stato ? (Aurons-nous un premier mi- 
nistre ?) 

Le principal rôle est rempli par un non moindre 
personnage que Pie VII, le pape actuellement ré- 
gnant, qui abhorre son pro- segretario di Stato (son 
premier ministre par intérim), le cardinal délia 
Roçere *, vieillard de quatre-vingt-deux ans, autre- 
fois libertin fort adroit et grand séducteur de femmes^ 
mais qui a presque tout à fait perdu la mémoire : 
ce qui ne laisse pas de produire un singulier effet 
dans la place de premier ministre 

J'ai remarqué avec plaisir que le manque de 
respect envers S. S. Pie VII se bornait à le faire 
paraître sur la scène. Le rôle qu'on lui prête n'est 
pas ridicule, j'oserais même dire que ce rôle est 
l^lus beau que nature. Ce prince, affaibli par l'âge, 
n'a plus de volonté ; on retrouve au contraire 
quelques restes d'énergie dans la comédie dont le 
cadre (Vossatura) a été fait par un abbé fort malin 
qui me semble l'amant d'une des maîtresses de la 
maison. Un abbé n'oublie jamais en Italie qu'il 
peut avoir un moment de fortune et devenir car- 
dinal. 

Ai-je besoin de vous rappeler que le cadre de la 
petite comédie est toujours convenu d'avance entre 
les acteurs, ou, pour mieux dire, entre les personnes 
qui doivent parler pour les marionnettes. Ce cadre 
est fixé dans la coulisse sur un pupitre éclairé par 



ROME, NAPLES ET FLOP.EXCE 323 

deux bougies. Il y a autant d'acteuvs dans la cou- 
lisse, parlant pour les marionnettes, (ju'il y a do 
personnages dans la pièce. 

L'actrice qui parle pour l'amoureuse de la comédie 
est toujours une jeune personne. Je me souviens 
qu'un jour à Rome, au théâtre du palais Fiano, 
je ne trouvai de place qu'au parterre, tout à fait 
près de la rampe. Malgré moi, je voyais la jeune 
fille qui parlait pour l'amoureuse, et ce malheur 
détruisit sur-le-champ ce faible degré d'illusion 
nécessaire pour que le plaisir dramatique soit pro- 
duit. Je sortis bien vite ; mais, avant que de quitter 
le théâtre, je remarquai les gestes de la jeune fille 
parlant dans la coulisse : ils étaient aussi animés 
et bien plus naturels que si elle-même se fût trouvée 
en scène ; et je me souviens qu'elle déplorait la 
mort de son amant, et avec tant de naturel et de 
vérité, que trois ou quatre fois le public l'interrompit 
pour l'applaudir. 

En général le dialogue improvisé des marion- 
nettes est plein de naturel et riche d'inflexions, 
les acteurs parlent bien mieux que s'ils étaient eux- 
mêmes en scène : ils n'ont à s'occuper ni de leurs 
gestes ni de l'expression de leurs physionomies 

Ce genre de comédie, quand il ne tombe pas dans 
le plat défaut d'être méchant et trop satirique, 
mais quand il reste gai, naturel, comique, de bon 
ton, est suivant moi l'un des plaisirs les plus vifs 
que l'on puisse goûter dans les pays despotiques. 



324 STENDHAL 

Je voudrai;; qu'on introduisît ce genre de plaisir 
à Paris. Il serait plaisant, au sortir de l'audience 
d'un ministre, de retrouver Sa Grandeur avec sa 
toge sur un théâtre de marionnettes. 

A propos de despotisme, j'ai oublié de dire à 
Rome que le premier acteur du théâtre de marion- 
nettes du palais Fiano va régulièrement en prison 
trois ou cjuatre fois par an. Il paye les deux ou trois 
espions que la police entretient pour faire un rap- 
port sur l'indécence de l'improvisation de chaque 
soir. Mais, au lieu de les payer après, il leur compte 
leur argent avant la représentation, et d'ordinaire 
les pauvres gens, à demi ivres, sont hors d'état de 
faire un rapport bien sévère. Ce qui caractérise 
bien un pays despotique, c'est qu'à Rome, le direc- 
teur des marionnettes et son associé, le mécanicien 
qui les fabrique, soldent chaque soir toutes les 
dépenses du théâtre, comme s'il ne devait jamais 
rouvrir et se trouver fermé le lendemain. Ils se re- 
tirent chaque soir, m'a-t-on assuré, avec un béné- 
fice net de cinq écus (vingt-huit francs) *. 



IV 

LES MARIOyyETTES DE ROME 

Rome, 11' 



Il pleut à verse ; impossible de faire notre course 
au cirque de Caracalla, que M. Nystrom, cet 
homme d'esprit, Suédois, voulait bien nous démon- 
trer. Je vais, mon cher ami, ^ ous parler des Marion- 
nettes : c'est une des choses les plus singulières que 
j'ai vues dans ce pays. 

Il y a quinze jours, à cinq heures et demie, je 
sortais du café Ruspoli. Ce café, situé sur le Corso, 
le Bondstreet, la rue à la mode de Rome, se com- 
pose de huit salles magnifiques, ornées de peintures 
à fresque sur les voûtes et de marbres antiques le 
long des murs. Dans la plupart de ces salles, les 
peintures se détachent sur un fond d'or. Elles ont 
de grandes portes-fenêtres qui ouvrent de plein 
pied sur un jardin rempli d'orangers dont les oranges 
sont jaunes et prêtes à cueillir. Tout cela est magni- 
fique, dircz-vous. Hélas ! tout cela est garni depuis 
dix ans de je ne sais combien de milliers de toiles 
•d'araignée, qui portent le témoignage de la paresse 

Rome, Xaples et Florence, II 21, 



326 STE>'DHAL 

des Romains, et de leur horreur pour le travail. 
Les gens du Nord, faibles, blonds, étiolés, ont hor- 
reur de ces toiles d'araignée ; elles leur cachent tout 
à fait la magnificence de ce palais, que dix laquais 
avec des balais rendraient fort propre en une demi- 
journée. 

Je sortais donc avant-hier soir * de ces salles 
magnifiques et pourtant si choquantes pour nous 
qui sommes habitués à la propreté de Londres. 
Vis-à-vis le café, se trouve le palais Fiano : un 
homme à la porte d'une espèce de cave disait : 
Entrate, o signori !... (Entrez, entrez, Messieurs, 
voir la farce, ça va commencer). J'entre en effet 
dans ce singulier spectacle pour la somme de vingt- 
huit centimes 

Le peuple de Rome est peut-être celui de toute 
l'Europe qui aime le mieux la satire fme et mordante. 
Son esprit extrêmement fin saisit avec avidité et 
bonheur les allusions les plus éloignées. Ce qui le 
rend si fort au-dessus du peuple de Londres par 
exemple, c'est le désespoir. Accoutumés depuis 
longtemps à regarder leurs maux comme inévi- 
tables et interminables, les bourgeois de Rome ne 
se mettent point en colère contre le pape ou contre 
son ministre, ils ne désirent pas leur mort : ces mi- 
nistres seraient remplacés par d'autres également 
méchants. Ce qu'il veut avant tout, c'est se moquer 
d'eux, rire à leurs dépens : de là les dialogues si if 

célèbres en Europe de Pasquin et Marjorio. L'on 



ROME, NAPLES ET FTORENCE 327 

ne saurait rire aux dépens des puissants du jour 
dans les comédies qui passent à la censure la plus 
méticuleuse avant d'être représentées ; le rire s'est 
donc réfugié aux Manonr^ettcs. qui jduent toujours 
des pièces improvisées. J'avais besoin, mon cher 
ami, de cette longue préface, faute de laquelle vous 
n'auriez pas manqué de vous écrier : « Mauvaise 
tète ! Esprit romanesque ! » 

Je vous dirai donc, sans craindre vos plaisan- 
teries, que j'ai passé une soirée délicieuse aux ma- 
rionnettes du palais Fiano 

Vous avez à Londres la manière à la mode, pour 
un officier des gardes, de se promener dans Bond- 
street ; ici, un jeune monsignore de grande maison, 
par exemple monsignor Spada, a une certaine ma- 
nière de marcher et d'entrer dans un salon qui sur- 
le-champ fait deviner le rang qu'il occupe 

Les spectateurs s'écriaient à tous moments : 
brai'a la ciabattina ! On savait que cette cavatine 
était chantée dans la coulisse par la fdle d'un save- 
tier qui a une voix superbe et à qui V imprésario 
des marionnettes donne un écu (cinq francs 
soixante centimes) chaque soir pour chanter un 
air 

Cassandrino en un mot étale tous les ridicules 
d'un vieux garçon, nomme par des sobriquets tous 
les marchands à la mode de Rome, indique jiar ses 
gestes les fats célèbres ou l'étranger (et il y en a tou- 
jours un) qui par l'excès de ses ridicules parvient 



328 STENDHAL 

à se faiio connaître du peuple de Rome. A chaque 
mot, il approche sa chaise de celle de la jeune fdle. 
Mais une si agréable visite est interrompue par le 
jeune peintre, frère de la demoiselle, qui paraît 
avec des favoris énormes et des cheveux bouclés 
fort longs : c'est ici le costume obligé des gens de 
génie ; je crois qu'il a été inventé par le peintre Bossi 
de Milan, un des charlatans les plus heureux de ces 
derniers temps * 

Celui-ci, resté seul avec sa sœur, lui dit : « Com- 
ment avez-vous l'imprudence de recevoir en tête-à- 
tête un homme qui ne peut pas vous épouser ? » 
Ce trait fort clair et qui désigne l'état de Cassan- 
drino a été applaudi à tout rompre, apparemment 
par des maris vexés de voir des prêtres chez eux 

Voilà l'esquisse imparfaite d'une farce délicieuse 
qui constamment a fait rire les spectateurs à gorge 
déployée, ou leur a donné cette sorte de rire inté- 
rieur et contenu encore plus agréable 



LES MARIOXXETTES TRAGIQUES 



Mon cher V..., vous insistez pour que je vous 
dise quelque chose de la Ville éternelle, que j'ai 
habitée pendant quelques mois ; mais quelle partie 
de son bizarre aspect, moitié antique, moitié mo- 
derne, pourrais-je choisir pour texte, qui n'ait 
été rebattue par les innombrables voyageurs de 
tout pays, de tout sexe, de toute condition, qui s'y 
sont succédé depuis dix ans ? Rêvant au choix 
d'un sujet, comme je descendais le Corso, je fus 
tiré de mes idées par les vociférations d'un homme 
qui, à l'entrée d'une espèce de cave sous le palais 
Fiano, criait à tue-tête : « Entrate, o signori, etc. 
Entrez, Messieurs, entrez, on va commencer ! » 
J'entrai, et je trouvai ce que je cherchais pour vous, 
xm sujet encore vierge. En payant trente-huit cen- 
times, je pus assister à un spectacle de marion- 
nettes * 

Ce ne fut que trois jours après, que je pus trouver 
une soirée libre pour revoir mes chers fantoccini 
du palais Fiano ; mais alors la nature du spectacle 
avait changé du doux au grave, du plaisant au 



330 STENDHAL 

sévère. On nous donna tout simplement en prose 
une tragédie intitulée Temisto, et je crains presque 
de vous faire rire, en vous avançant que ce soir je 
pleurai presque autant que j'avais ri la première 
fois. Voici la tragédie de Temisto, qui produisit 
tant d'émotion, bien que représentée par des ac- 
teurs de douze pouces. L'action se passe en Grèce 
pendant la célébration des fêtes de Bacchus. Le 
roi Cresphonte fut d'abord marié à Temisto, dont 
il eut un fils, nommé Phlistène. Erista, femme aussi 
méchante que belle, ayant conçu une passion vio- 
lente pour le roi, lui persuada que Temisto lui était 
infidèle ; bientôt après, la reine outragée disparut, 
et fut, par les intrigues d' Erista, vendue comme 
esclave à quelques Egyptiens, qui l'emmenèrent 
avec eux dans leur pays. Le roi alors épousa Erista. 
Dix ans après, Temisto revint d'Egypte sous un 
autre nom, et, comme elle était profondément 
versée dans les mystères mythologiques de cette 
contrée, elle fut élevée à la dignité de grande-prê- 
tresse de Bacchus, et devint confidente de la 
méchante reine Erista. Cette exposition, qui pourra 
vous paraître longue à la lecture, fut improvisée 
d'une manière claire et rapide aux Fantoccini : 
le style avait du naturel et du mouvement. A la 
vérité, l'histoire était légèrement altérée, et on 
voyait bien que c'était un Italien du xix^ siècle, 
et non un Grec des temps héroïques, qui parlait ; 
mais ce défaut était compensé par l'extrême viva- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 331 

cité du dialogue, qui devint quelquefois si pressé, 
c[ue les interlocuteurs s'interrompaient l'un l'autre, 
sur quoi une salve d'applaudissements éclatait 
dans l'assemblée. A l'ouverture de la tragédie, la 
reine Erista veut assassiner Phlistène, et, dans ce 
dessein, elle s'adresse à la grande-prêtresse de 
Bacchus, qu'elle charge de l'exécution du meurtre, 
comme pouvant aisément l'accomplir au milieu 
de la licence des Bacchanales. Temisto, quoique 
saisie d'horreur à la proposition de détruire son 
propre fils, feint d'y consentir, de peur que la reine 
ne confie cette exécution à d'autres mains. Il 
serait trop long de suivre en détail le développement 
de cette tragédie. Le fond du sujet et la manière 
dont l'action se noue m'ont rappelé la Mérope de 
Voltaire. J'ajouterai seulement que, dans la der- 
nière scène, l'émotion des spectateurs fut portée à 
son comble, et que j'ai vu rarement, pour ne pas 
dire jamais, couler des larmes aussi vraies et aussi 
abondantes à une représentation tragique donnée 
par des acteurs de chair et d'os. 

Après vous avoir parlé des fantoccini tragiques 
et comiques, je terminerai cette lettre, beaucoup 
trop longue, par quelques mots sur les fantoccini 
satiriques. Ayant rencontré ici une charmante 
famille que j'avais intimement connue à Naples, 
sous le règne de Murât, je fus invité à une représen- 
tation particulière d'une comédie satirique dans le 
genre de la Mandragola de Machiavel. Dans cette 



332 



STENDHAL 



pièce, les mœurs actuelles de quelque^ grands de 
Rome sont retracées avec une fidélité étonnante. 
Dès la première scène, on se rappelle les proverbes 
français de Carmontelle, et l'admirable vérité avec 
laquelle cet écrivain, trop peu apprécié, a peint 
les mœurs des Français sous Louis XVI. La pièce 
que je vis dans cette circonstance avait pour titre : 

Fera-t-on ou non un Secrétaire cTEtat * ? 

J'oubliais de vous dire que le principal acteur, 
ou, pour parler plus justement, le principal orateur 
du palais Fiano, va régulièrement trois ou quatre 
fois par an en prison pour quelque atteinte aux 
bienséances morales ou politiques qui lui échappe 
dans la chaleur de l'improvisation. Il y serait encore 
plus souvent envoyé, sans le directeur, qui a soin 
de payer les deux ou trois espions chargés par la 
police de surveiller les représentations des fantoccini, 
et de ra2:)porter les indiscrétions impromptu dont 
ils peuvent se rendre coupables. Ce directeur, 
homme sage dans son espèce, au lieu de graisser 
la patte à ces argus après la représentation, le fait 
d'avance, en sorte qu'ils sont généralement à moi- 
tié ivres au lever de la toile. Une autre circonstance 
non moins curieuse, c'est que le directeur de ce 
théâtre et son associé, qui est un charpentier, font 
chaque nuit leurs comptes, et satisfont à toutes 
les demandes, comme si l'entreprise était finie. 
Je me suis laissé dire que leur profit net, une soirée 
dans l'autre, était d'environ quarante francs à 



lîO.MK, N.VPI.nS ET FLOniINCt: 333 

chaque représentaliuii. (jiroleino, directeur du 
théâtre des fantoccini à Milan, est mort il y a peu 
de temps, après axoir amassé une fortune de trois 
cent mille francs ; il est vrai qu'il la dut en grande 
partie à l'excellence de ses ballets. Il eût fallu voir, 
pour y croire, le degré de grâce et de moelleux qu'il 
savait donner aux ronds de jambes et aux entre- 
chats de ses petits figurants de bois. Il n'était pas 
rare d'entendre dire à Milan que la première marion- 
nette de Girolemo valait mieux que le premier 
danseur de la Sccila. Le prin(;ipal personnage co- 
mique des pièces de Girolemo n'était pas, comme à 
Rome, Cassandrino. Dans un pays où le gouverne- 
ment n'est pas exclusivement entre les mains des 
célibataires, un pareil caractère eût manqué de 
sel. Granduja, personnage comique inventé par 
Girolemo, est un valet piémontais qui, étonné 
des mœurs et des usages du bon peuple de Milan, 
fait là-dessus les plus drôles observations dans le 
patois de son pays. Il y a quelque gaieté dans l'idée 
d'un tel personnage qui, surpris de tout ce qu'il 
voit, en demande la raison, ou se l'explique à lui- 
même par les suppositions les plus burlesques et 
les plus caustiques. Les Italiens aiment beaucoup 
dans leurs comédies impromptu ces caractères 
invariables, dont les habitudes sont de tradition 
et connues d'avance. Ils épargnent l'ennui d'une 
exposition ou d'une explication : de là la vogue 
d'Arlequin, de Pantalon, de Brighella, et il paraîtrait,. 



334 STENDHAL 

d'après quelques découvertes faites dernièrement 
à Naples, que des personnages semblables étaient 
employés dans les pièces atellanes qu'on jouait 
avant et sous les Romains, à Capoue et dans les 
villes voisines. Les fantoccini sont une ressource 
unique pour la comédie satirique. J'ai entendu parler 
d'une comédie de ce genre, jouée dernièrement à 
Naples, et qui était d'une nature si dangereuse, 
que les acteurs et le public ne faisaient en tout que 
six personnes, dont trois spectateurs. A la seconde 
représentation, les spectateurs changèrent de rôles 
avec les acteurs, afin que ceux-ci pussent s'amuser 
à leur tour, etc. * 



YI 



DESCRIPTION 
DU MÉCANISME DU GOUVERNEMENT ROMAIN 



Après un petit séjour à Rome, et lorsqu'on a 
vu une certaine quantité de monuments et d'objets 
d'art, un autre genre de curiosité vous saisit. On 
veut connaître l'esprit général et les principaux 
rouages d'un gouvernement chez lequel l'union 
de la puissance temporelle et spirituelle, fortifiée 
du dogme de l'infaillibilité, rend le pape le plus 
absolu de tous les souverains, d'un gouvernement 
dont la durée est l'un des plus grands miracles du 
catholicisme. 

Or ce n'est pas chose facile que de satisfaire ce 
désir. Jamais les journaux de Rome ne disent mot 
sur de semblables sujets, et une peur, qui n'est que 
trop justifiée par les châtiments et les supplices 
politiques, fait qu'on ne s'en occupe jamais dans 
les conçersazioni. En tête-à-tête, il règne également 
une très grande circonspection ; car l'oppression 
qui pèse sur l'Italie a singulièrement développé 
cette méfiance naturelle au caractère italien. 



336 STENDHAL 

Le sort m'a favorisé ; et je tiens d'un dotllssimo 
de précieux documents sur l'esprit et la marche 
du gouvernement papal sous Léon XIL Les choses, 
au reste, vont à peu près comme en 1585, époque 
à laquelle Sixte-Quint renversa toutes les barrières 
qui pouvaient contrarier le despotisme pur établi 
sous son règne. 

Voici ces renseignements tels que je les ai recueil- 
lis dans plusieurs entretiens ; c'est mon ami qui 
parle : 

« Vous savez que la fatalité qui dirige tant d'af- 
faires de ce monde, établit la puissance de la cour 
•ecclésiastique romaine, en quelque sorte par les 
mains des barbares qui détruisirent l'empire ; elle 
s'est fortifiée par la foi catholique, par l'aveugle- 
ment de l'espèce humaine, par l'assentiment des 
rois et des nations, et enfin par la sanction du temps. 
Cette suprématie spirituelle touchait à son apogée 
vers le milieu du xii^ siècle ; alors une bulle passait 
pour une révélation du ciel. Cette étrange crédu- 
lité donna lieu à d'exécrables abus ; l'Eglise de 
Rome défendit trop souvent par la violence l'em- 
pire qu'elle avait acquis par la fraude. Dans les 
Pays-Bas seuls, plus de cent mille des sujets de 
Charles-Quint furent livrés à la main du bourreau, 
uniquement pour dissidence religieuse. 

« Rome conserva jusqu'à Constantin les préro- 
gatives de la capitale de l'empire; mais lorsque cet 
empereur l'abandonna pour aller fixer son séjour 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 337 

à Byzance ^, elle déclina insensiblement. L'éloigne- 
rnent de Constantin et celui de ses successeurs 
furent un coup mortel pour la grandeur de Rome ; 
ils favorisèrent déjà l'établissement de la puissance 
des papes qui acquirent peu à peu, à l'ombre de la 
religion, l'autorité que les empereurs laissaient 
échapper. Sous le règne si court de Jovien, en 363, 
le christianisme obtint une victoire facile et déci- 
sive ; le paganisme, relevé et soutenu par Julien, 
tomba dans la poussière pour ne s'en relever 
jamais, et sa destruction totale eut lieu de 378 à 395. 
Toutefois, sous le règne d'Anthemius (467-472), 
les chrétiens célébraient encore tous les ans, dans 
le mois de février, la fête des lupercales, à laquelle 
ils attribuaient une influence secrète et mystique 
sur la fécondité du genre animal et végétal. Le pape 
Gélase I^^ parvint, vers la fm du v^ siècle, à extirper 
ce reste d'idolâtrie. 

« Une première remarque à faire sur le gouverne- 
ment ecclésiastique, c'est qu'il enchaîne le peuple 
par une multitude d'exercices de religion, qui l'em- 
pêchent de trop réfléchir sur le mieux-être temporel, 
et aussi par une foule de confréries qui le livrent aux 
moines ; or les moines, plus accrédités que les 
prêtres, sont à la discrétion du pape. 

« L'administration pontificale est ce qu'il y a de 



1. Constantin jeta les fondements de Constantinople 
en 314, et y transféra le siège de l'empire en 330. 

Rome, Naples et FLORE^•cE, II 22 



338 



STENDHAL 



plus difficile à comprendre ; car jamais on ne vit 
une machine aussi absurdement organisée. 

« Tout ce gouvernement théocratique, précieux 
reste du xv^ siècle, est d'autant plus curieux à 
observer, que d'ici à une douzaine d'années, il sera 
probablement changé : non pas qu'il le veuille ou 
qu'il s'en doute, car chacun sent fort bien ici que 
toute réforme serait mortelle à l'unité de la foi et à 
la grande existence du pape ; mais la main de fer 
d'une divinité terrible va moissonnant la génération 
qui, en France, se nourrissait d'idées gaies en 1780, 
qui voulut le bien sincèrement en 1789, et qui a 
sollicité le poing coupé en 1825. Il faut aussi recon- 
naître que si le crédit du souverain pontife s'en va 
déclinant chaque jour, c'est que l'opinion qui l'avait 
enfanté a totalement changé. Les nonces ont encore 
la préséance sur tous les ambassadeurs ; mais cette 
vieille prérogative n'est plus qu'une simple poli- 
tesse. Dans un siècle où tout est favorable à la diffu- 
sion des lumières, quelle considération voulez-vous 
que l'on ait pour un gouvernement dont le chef 
toujours vieux, de courte existence, souvent inca- 
pable de rien faire par lui-même, est environné de 
parents ou d'autres ambitieux très pressés de faire 
leur fortune ? 

« Nous sommes bien loin des temps où, tout 
schismatique qu'il était, le czar de toutes les Russies, 
le terrible Ivan IV, envoyait, en 1580, un ambassa- 
deur à Grégoire XIII, pour le supplier d'interposer 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 339 

sa médiation entre lui et le roi de Pologne. Malgré 
sa répugnance bien naturelle, ce représentant d'un 
souverain qui, lui-même, était chef spirituel dans 
ses vastes Etats, se soumit à baiser les pieds du 
pape, dont, au reste, il reçut un fort bon accueil, et 
dont l'intervention rétablit la paix entre la Russie 
et la Pologne. 

« Le bon sens des Romains leur fit très bien com- 
prendre, en 1814, qu'ils étaient le prix du marché 
entre les rois et le pape, afin que le pontife aidât la 
Sainte-Alliance à exécuter le projet insensé de 
faire reculer à la fois les hommes et les événements. 
Pie VII, en rétablissant les jésuites par la bulle du 
7 août 1814, divulgua le secret. 

« Les fins politiques de Rome prévoient un chan- 
gement total vers 1850, quand l'Europe sera gou- 
vernée par ceux qui avaient dix ans au moment où 
la Bavière, le Wurtemberg, les Pays-Bas ont reçu 
une constitution. Car l'esprit du gouvernement des 
deux Chambres, qu'il soit modéré par un roi ou 
par un simple président, comme en Amérique, 
porte à l'examen : or il ne peut rien y avoir de plus 
mortel pour l'absolutisme papal. 

« Rome n'existe qu'en faisant persuader à chaque 
fidèle par ses agents (qui vivent au moyen de cette 
persuasion), qu'elle a tout pouvoir sur son bonheur 
éternel. Cependant la population des catholiques 
en France, en Belgique, dans l'Amérique méridio- 
nale, va diminuer sensiblement d'ici à vingt ans. 



340 STENDHAL 

Partout la loi de la nature s'accomplit ; les vieil- 
lards s'en vont, les jeunes gens arrivent ; et, à au- 
cune époque de l'histoire, il n'y eut autant de diffé- 
rence entre les idées des vieillards et celles des jeunes 
gens. 

« En 1828, le ministère français fait encore sa 
cour au pape : il lui députe un magistrat ^ pour 
l'implorer de faire rentrer dans le devoir quelques 
évêques récalcitrants. Verra-t-on de telles missions 
dans vingt ans ? Cela n'est guère probable. Rome 
alors rompra avec de telles absurdités ; et le gou- 
vernement temporel des deux millions de sujets 
de l'Etat ecclésiastique en sera notablement mo- 
difié. 

« Dès que le pouvoir civil se montrera moins 
sévère envers l'esprit d'examen, l'Eglise en souf- 
frira. Les bonnes actions entreront pour une plus 
forte part dans l'art de faire son salut que le prêtre 
italien enseigne à ses compatriotes ; l'importance 
des rites diminuera d'autant ; le demi-protestan- 
tisme français apparaîtra. Xos gouvernants pensent 
que les Français, avec leurs idées libérales appli- 
quées à toutes les spéculations de l'esprit, sans se 
détacher positivement de la communion romaine, 
sont plus à redouter que des hérétiques déclarés. 
Pie VI disait en 1791 : « Je le prévois, la France ça 
m*échapper. » 

1. M. L..., ayant exercé la profession d'avocat à Rome, 
pendant roccupation française. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 341 

« A Rome, on a trop d'esprit pour nier ce qui est 
de la dernière évidence ; la (vénération croyante 
disparaît incessamment, et une foule de causes se- 
condaires hâteront la grande réforme que ciiacun 
entrevoit dans un avenir peu éloigné. 

« La France a commencé sa révolution en 1789 ; 
quelques hommes s'y vendent bien au pouvoir, 
quel qu'il soit, mais l'immense majorité est pour 
les idées nouvelles. Dès 1840, tout ce qui, en France, 
aura cinquante ans, sera hostile aux opinions qui 
font encore vivoter la Rome actuelle. Or, depuis 
Voltaire et Rousseau, la France est, aux yeux de 
Rome, plus de la moitié du monde civilisé. La 
bonne compagnie de toute l'Europe lit vos grands 
écrivains ; l'Etat ecclésiastique lui-môme est inondé 
de la Logique de M. de Tracy (traduite et imprimée 
à Milan en 1818). 

« L'Espagne et le Portugal, ces deux grandes 
espérances de la cour pontificale, ne lui envoient 
plus d'argent. Ces puissances écrivent beaucoup ; 
mais, depuis l'invasion de Napoléon, elles sont rui- 
nées ; d'ailleurs les peuples de la péninsule com- 
mencent à s'éclairer. 

« Le cardinal Consalvi, qui a régné en quelque 
sorte pendant tout le pontificat de Pie VII, n'a 
appelé au cardinalat que des hommes sans capa- 
cité. Rome aurait besoin cependant des plus grands 
talents pour l'œuvre si difficile de persuader au 
Mexicain comme au Normand qu'elle dispose de 

Rome, Naples et Florence, II 22, 



342 



STENDHAL 



son bonheur. Où prendre ces talents, si ce n'est 
dans la jeunesse romaine ? Mais depuis 1816 elle 
dévore tous les journaux ou écrits libéraux de 
France, pour lesquels on parvient à tromper la 
vigilance des douaniers. 

« On sait que l'autorité spirituelle des papes 
repose uniquement sur la croyance que Jésus a dit 
à Pierre ces paroles : « Tu es Pierre, et sur cette 
« pierre je bâtirai mon assemblée, mon Eglise. » 

« Maintenant, quel est l'homme sensé, qu'il soit 
né sur les bords du Tibre ou sur ceux de la Seine, 
qui puisse admettre l'authenticité d'un pareil jeu 
de mots, d'un si méchant calembour, de la part du 
Sauveur des hommes ? 

« Et que devient l'exercice non interrompu de 
cette autorité si, comme l'affirment beaucoup 
d'écrivains, saint Pierre n'a jamais été évêque de 
Rome, n'y a même jamais mis les pieds, et si une 
femme a réellement occupé le siège du vicaire de 
Jésus-Christ ? 

« D'autres paroles de Jésus à saint Pierre sont 
également le titre primordial de l'autorité tempo- 
relle du souverain pontife : u Je te donnerai les 
<( clefs du royaume des cieux. » 

« Quelques fanatiques soutinrent que, les cieux 
entourant la terre, et Pierre ayant les clefs du con- 
tenant, il avait nécessairement la propriété du 
contenu. 

« De là l'importance que l'on a mise, lors de la 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 343 

construction de la coupole de Saint-Pierr3, à asso- 
cier les paroles de Jésus au chef-d'œuvre de l'archi- 
tecture moderne. Vous avez vu cette inscription 
en lettres de quatre pieds et demi et exécutée en 
mosaïque, sur la frise du pourtour de la coupole : 
Tu es Petrus, et super liane petram œdificabo eccle- 
siam meam, et tibi dabo clai>es regni cœlorurn. 

« Le pouvoir temporel des papes a donc aussi 
une origine divine ; mais l'époque à laquelle ils ont 
commencé à l'exercer ne date guère que de 755, 
sous le pontificat d'Etienne III. 

« Ce pouvoir reçut sa principale sanction des 
donations que Pépin le Bref et Charlemagne firent 
au pape, de l'exarchat de Ravenne et d'autres 
petits pays ; car, vers le milieu du xv^ siècle, on 
reconnut la fausseté de la prétendue donation de 
Constantin. L'ancien patrimoine du vicaire de 
Jésus-Christ, consistant en maisons et métairies, 
fut transformé, par les libéralités des deux monar- 
ques français, en une souveraineté temporelle sur 
des villes et des provinces. Ne voulant pas être en 
reste de générosité envers Charîemagne, un pape 
(Léon III) lui donna l'Empire, et détacha ainsi 
Rome et l'Italie de celui d'Orient. 

« Le 8 février 590, Grégoire I^^ (le Grand) monta 
sur le trône pontifical, par les suffrages unanimes 
du clergé, du sénat et du peuple ; cependant il 
n'exerça sa juridiction qu'en qualité d'évêque de 
Rome, de primat d'Italie et d'apôtre de l'Occident. 



344 STENDHAL 

(c Les persécutions de l'empereur Léon III 
(l'iconoclaste) contre les images et les moines pro- 
duisirent la révolte de l'Italie (728). Les services 
que le pape Grégoire III rendit à la cause commune 
accoutumèrent les Romains à le regarder comme 
le premier magistrat ou le j^rince de Rome, et le 
malheur des temps augmenta peu à peu cette dis- 
position. Toutefois, jusqu'au couronnement de 
Charlemagne (800), l'administration de Rome et de 
l'Italie fut toujours au nom des successeurs de 
Constantin. 

« Vers 930, Albéric, bâtard de la célèbre Marozzia, 
se fit prince de Rome, et en nomma, pour ainsi 
dire, les papes. Après la mort de ce tyran, les Ro- 
mains élevèrent sur le trône pontifical son fils 
Octavien, âgé de dix-huit ans. Il régna sous le 
nom de Jean XII. Cette élection concentra dans 
la même main le spirituel et le temporel. Un mari 
trompé, ayant surpris Jean XII avec sa femme, le 
tua dans les bras de l'infidèle. 

« Lorsque Othon, roi de Germanie, rétablit et 
s'appropria l'em'pire d'Occident (962), deux 
maximes de jurisprudence politique furent ad- 
mises : 

« 1° Le prince élu dans une diète d'Allemagne 
acquérait au même instant les royaumes subordon- 
nés d'Italie et de Rome. 

« 2° Il ne pouvait pas légalement se qualifier d'em- 
pereur et d'Auguste, avant d'avoir reçu la couronne 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 345 

des mains du pontife de Rome. De son côté, l'Em- 
pereur exerçait une influence réelle sur l'élection 
ilu pape, dont le sacre n'était légal qu'avec son 
approbation et son consentement. 

« Cette puissance temporelle, si longtemps con- 
testée, si souvent suspendue, s'établit et se déve- 
loppa insensiblement, on le voit, au milieu des 
guerres, des troubles, et d'une foule de circons- 
tances qui, toutes, secondèrent cette persévérance 
obstinée dont le catholicisme a fourni tant de 
preuves. 

« Grégoire VII afl'rauchit définitivement l'élec- 
tion du pape de l'influence des empereurs et du 
peuple romain. Sous Innocent III (1198-1216), les 
papes atteignirent au dernier degré de leur gran- 
deur. Martin V reprit en 1417 le droit de fabriquer 
la monnaie, que le sénat avait exercé durant près 
de trois siècles ; il y fit mettre son image et son 
nom, et c'est à lui que commence la suite des mé- 
dailles des papes. 

a Le premier couronnemeiit du })ai)e comme 
souverain temporel s'est fait au milieu du xi^ siècle. 
Toutefois, jusqu'à Innocent VIII (1484-1492), qui 
se rendit maître du château Saint-Ange, les papes 
ne jouirent point dans Rome d'une souveraineté 
véritable. L'infâme Alexandre VI, son successeur, 
établit pleinement la suprématie du saint-siège 
sur toute l'Italie. Telle était alors la disposition des 
esprits, que le pontife, en affranchissant son pays 



346 STENDHAL 

de la tutelle de l'empereur d'Allemagne, fut con- 
sidéré comme le libérateur de Rome. 

« Ce qui distingue et caractérise la papauté, c'est 
son indépendance de toutes les règles de la puissance 
terrestre ; son gouvernement est une véritable 
aristocratie religieuse. 

« Le territoire pontifical ne s'est guère augmenté 
depuis la donation de Charlemagne. Il consiste 
encore dans les trois légations de Bologne, Ferrare 
et Ravenne, dans le patrimoine de Saint-Pierre, 
rOmbrie, Spolette, Pérouse, et quelques autres 
possessions peu importantes. Ce que les hommeî 
éclairés de ces jjays demandent avant tout, c'est 
cjuc l'administration spirituelle de l'Eglise soit 
entièrement séparée de l'administration temporelle 
du domaine pontifical. 

« Au surplus, l'évêque de Rome, en exerçant le 
pouvoir absolu d'un monarque, a toujours affecté 
de conserver les formes d'une république. 

LE PAPE 

« Le nom de pape vient d'un mot grec qui signifie 
père, ancien, prêtre. Depuis le xi^ siècle, il est exclu- 
sivement attribué au souverain-pontife : Gré- 
goire VII le décida dans un concile. 

« Le jour de son couronnement, et celui de la 
cérémonie du possesso, le pape se montre au peuple, 
la tête couverte de la tiare. Elle a été ornée successi- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 347 

vement de trois couronnes, pour indiquer la réunion 
des trois genres de puissance, impériale, pontificale, 
paternelle. 

« Au surplus, cet absolutisme qui caractérise la 
triple autorité du pontife ne laisse pas que d'être 
tempéré par diverses causes inhérentes à l'époque 
tardive où les papes ceignent généralement la 
tiare. Leur âge avancé, le calme des passions, 
l'amour de la tranquillité, si naturel aux vieillards, 
la longue expérience qu'ils ont faite de l'égalité 
dans l'état de sujet, la honte de paraître injuste et 
dur sur un trône de sainteté, sont autant de contre- 
poids à l'esprit despotique auquel leur position 
est si favorable. 

« La dignité du souverain-pontife exige qu'il 
mange seul : elle lui interdit le jeu, la chasse, le 
spectacle, et toute société de femmes. 

« Cette étiquette sévère imposée au pape en sa 
qualité de premier des évêques, cette obligation 
de restreindre à un très petit cercle le nombre des 
personnes qu'il peut voir, rendent sa vie des plus 
tristes. Presque toujours seul, accablé d'affaires 
de toute espèce, s'il veut s'y livrer, surchargé de 
fonctions ecclésiastiques, environné de gens qui, 
pour la plupart, attendent et désirent sa mort, ses 
rares plaisirs se réduisent à quelques courses sous 
prétexte de stations et de dévotions, et à des au- 
diences données à des étrangers. Privé de tous les 
plaisirs de la vie, il n'en sent que plus vivement 



348 



STENDHAL 



les peines. Il n'ignore point d'ailleurs qu'un long 
pontificat devient pour les cardinaux et pour le 
peuple un grief contre le pape qui règne trop long- 
temps ; les uns veulent jouir du pouvoir à leur tour ; 
le peuple aime le changement et les fêtes qu'occa- 
sionnent la mort et l'intronisation d'un pape. En un 
mot, rien n'égale la tristesse attachée à la papauté, 
et le nombre des pontifes qui y ont échappé est 
fort petit ; ce respect que les catholiques témoignent 
au Saint-Père perd bientôt de son charme par l'ha- 
bitude d'en recevoir l'hommage. 

« Outre bien des misères absolument inconnues 
aux autres hommes, les papes sont exposés à toutes 
ces catastrophes qui atteignent particulièrement 
les souverains. Vingt d'entre eux ont péri de mort 
violente, ou en prison. Etienne VI mourut par la 
main d'un bourreau ^. 

« L'élection d'un pape est une affaire fort impor- 
tante dans la chrétienté. La manière de donner ce 
chef à l'Eglise a éprouvé, comme toutes les choses 
de ce monde, de nombreuses modifications. 

« Saint Pierre désigna Linus, ou saint Lin, pour 
son successeur ; Anaclet, Clément et Evariste en 



1. Papes empoisonnés : Victor III, Benoît XI, Paul II, 
Alexandre VI, Pie III, Léon X, Adrien VI, Marcel II, Inno- 
cent XIII, Clément XIII, Clément XIV. 

Papes assassinés : Jean VIII, Jean X, Léon VI, Etienne VII 
Jean XII, Lucc II, Sixte-Quint. 

Papes morts en prison : Léon V, Christophe, Jean XI. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 349 

usèrent de même. Mais il paraît qu'après ces quatre 
pontifes, les chefs spirituels de Rome furent élus 
pendant quelque temps par l'assemblée des chré- 
tiens, composée du peuple et du clergé ! 

« Lorsque le siège de rem})ire fut transféré en 
Orient, l'élection du pape eut lieu en public, et se 
fit par le peuple romain. Plus tard, un clergé qui 
se formait insensiblement s'empara de l'élection 
de l'évcque de Rome. Cette petite révolution paraît 
s'être opérée après la mort de Jean XVII, qui ne 
régna que cinq mois, en 1003. Mais le souverain 
dédaigna bientôt de tenir son autorité de simples 
prêtres ; il voulut que les cardinaux seuls concou- 
russent à sa nomination. Ce ne fut toutefois que 
sous le pontificat de Nicolas II, Hildebrand étant 
son premier ministre, que les cardinaux furent 
exclusivement investis du droit d'élection. 

« Trois siècles après intervint la décision qui or- 
donne de choisir le pape parmi les cardinaux. 

« L'avènement d'un pape au trône pontifical exige » 
trois conditions : l'élection, l'intronisation ou le 
couronnement, le possesso. Ces deux dernières sont 
le complément de la première, et une suite obligée 
du conclave. 

« Rome n'a, à proprement parler, ni souverain 
pontife, ni roi, qu'après le couronnement de l'élu, et 
la prise de possession de la basilique de Saint- Jean- 
de-Latran. L'élection seule ne confère ni la pléni- 
tude de la puissance apostolique, ni la juridiction. 



350 STENDHAL 

« Le couronnement solennel du pape a lieu ordi- 
nairement une huitaine de jours après l'élection; 
il se fait au balcon de la façade de Saint-Pierre 
(la Loggia), à la vue du peuple réuni sur la place. 

« Pendant les xm^, xiv^ et xv^ siècles, surtout, 
le Saint-Siège a éprouvé des vacances quelquefois 
très prolongées. Il y en eut une de vingt et un mois 
après la mort de Célestin IV, en 1243 ; une de deux 
ans, à la mort de Clément IV, en 1268 ; une de deux 
ans et trois mois, après Nicolas IV, en 1292 ; une 
de deux ans et quatre mois, à la mort de Clément V, 
en 1314 ; enfin, une de deux ans et cinq mois, après 
la déposition de Jean XXIII, en 1415, 

c( L'hommage que l'on rend au pape est de lui 
baiser les pieds ; les rois, les princes, les princesses, 
les ambassadeurs, personne n'en est exempt. 

« Ceux qui veulent être admis à l'audience de 
Sa Sainteté sont présentés par le prélat maître de la 
chambre. Ils doivent déposer les épées, cannes et 
chapeaux. De génuflexions en génuflexions, ils 
arrivent auprès du fauteuil du Saint-Père, baisent 
la croix d'or, brodée en relief sur la mule en satin 
rouge, du pied droit, restent seuls avec le pape, 
et se retirent lorsqu'un coup de sonnette, donné par 
Sa Sainteté, les avertit que leur audience est ter- 
minée. 

« Le pape ne gouverne par lui-même que les 
provinces voisines de Rome ; celles de Bologne, 
Ferrare, Ravenne et Forli, appelées Légations, sont 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 351 

gouvernées par des cardinaux, espèces de vice- 
rois ; et les autres, sous le titre de Délégations, sont 
placées sous l'autorité de prélats. Chaque province 
a, en outre, un général pour le commandement des 
troupes, et chaque ville un gouverneur, que le pape 
nomme, ainsi que les officiers des forteresses, châ- 
teaux et ports. 

« Tout cardinal-légat est à la fois législateur, 
administrateur, juge et général en chef ; il n'a plus 
d'ordres à recevoir de personne ; sa règle, c'est sa 
volonté. Le cardinal-légat abolit ou suspend, selon 
son caprice, les lois et les règlements ; il crée des 
tribunaux d'exception, si la fantaisie lui en prend ; 
il envoie un homme aux galères, sans être tenu d'en 
donner le motif. 

« En 1789, le peuple jouissait, dans les Etats de 
l'Eglise, d'une certaine liberté, La plupart des villes 
avaient des statuts délibérés par leurs délégués, au 
temps des républiques du moyen âge. Plus tard, 
le pays fut pendant dix-huit ans en jouissance des 
libertés françaises ; mais, après le congrès de 
Vienne, Pie ^ II déchira toutes ces chartes ; et de- 
puis 1814, le pape nomme les conseillers municipaux. 
Si donc ces conseils représentent quelque chose, 
ils ne représentent que le pouvoir dont ils émanent. 

« Le trône pontifical est entouré de plusieurs 
grandes charges, dont les attributions ont été ré- 
glées par une suite de hasards. Les titulaires sont 
tous des cardinaux ou des prélats ; mais ces prélats 



352 



STENDHAL 



ne sont pas tous prêtres. Figurez-vous une immense 
hiérarchie qui, du plus obscur sacristain, s'élève jus- 
qu'au pape, et vous aurez une juste idée du gouver- 
nement romain. 

« Depuis Luther, et surtout depuis Voltaire, et 
les succès européens de la plaisanterie française, le 
pape, en sa qualité de chef de l'Eglise, voit son pou- 
voir en grand péril. 

« La cour de Rome maintient tout ce qui est 
ancien : elle espère ainsi concilier à ses prétentions 
le respect des peuples. Cette manière de voir a passé 
du gouvernement de l'Eglise à celui des Etats du 
pape. On voudrait bien ne rien changer aux attri- 
butions des grandes charges dont je vais vous par- 
ler ; mais l'opinion publique a fait un pas immense, 
même à Rome, depuis 1814, et chacun sent qu'il 
faudra modifier beaucoup de choses. 

« Il n'y a pas de pièce d'antiquité plus curieuse 
à observer, que le gouvernement civil qui, à Rome, 
seconde le pape. C'est également Sa Sainteté qui, 
par l'assistance de ses nombreux agents, règle le 
moral de toute l'Italie. 

ESSAI d'une papauté FEMININE 

« Une femme, Guillelmine, essaya dans le xiii^ siè- 
cle de fonder un apostolat, d'avoir des successeurs 
de son sexe comme saint Pierre, et de remplacer 
le pontificat romain par une papauté féminine. 



ROME, NAPLES ET FLOUENCE 333 

Enterrée comme une sainte en 1282, dans le cime- 
tière de Chiaravalle, ]»rès de Milan, Guillelmine 
fut déterrée comme sorcière en 1300, et brûlée 
avec deux de ses sectaires vivants. L'une de ces 
malheureuses était l'abbesse Maifreda, relij^ieuse 
de l'ordre des Umiliate, que Guillelmine avait laissée 
après elle comme son vicaire, avec les mêmes pou- 
voirs que le vicaire de Jésus-C.hrist. Cette triste folie 
compta donc deux martyres. 

LES CARDINAUX 

« Les cardinaux sont les premiers personnages 
<le la cour de Rome, les conseils ordinaires du pape, 
les dépositaires et les ministres de son autorité. 
Ne pouvant choisir le souverain-pontife que dans 
leur corps, chaque cardinal nourrit en secret l'es- 
pérance de porter un jour la tiare. 

« Les cardinaux partagent avec les curés le pou- 
voir exorbitant d'arrêter et de retenir en prison 
un individu, sans en rendre compte à personne. 
Ces princes de l'Eglise reçurent, en 1244, le chapeau 
Touge, qu'Innocent lY ajouta à leur costume. 

« Le corps des cardinaux s'appelle sacré collège. 

« Le nombre des cardinaux n'était pas d'abord 
déterminé, et il a beaucoup varié. En 1517, le 
^acré collège ne comptait que douze cardinaux ; 
Léon X leur donna trente-un nouveaux collègues 
en une seule promotion. En 1586, Sixte-Quint 

RoMB, Natles et Floremce, II 23 



354 STENDHAL 

fjixa définitivement le nombre des cardinaux à 
soixante-dix, et établit que quatre d'entre eux 
seraient toujours pris parmi les moines. Six ont 
le titre de cardinaux-évêques ; cinquante ont celui 
de cardinaux-prêtres, et quatorze celui de cardinaux- 
diacres. 

« Les cardinaux qui ne sont pas dans les ordres 
peuvent résigner leur dignité et même se marier, 
comme ont fait quelques-uns. 

« Le pape accorde une petite pension au cardinal 
qu'il fait de proprio motu ; la famille du nouvel élu 
en ajoute une seconde. Malgré tout, plusieurs de 
ces princes de l'Eglise ont bien de la peine à entre- 
tenir deux chevaux et trois domestiques ; ainsi que 
vous avez pu vous en apercevoir hier *, ils louent 
quelques laquais le jour de l'Ascension, afin de 
pouvoir se montrer sous la colonnade de Saint- 
Pierre avec deux voitures et un certain étalage. 
Quand les cardinaux sortent en cérémonie, ils sont 
en longue robe de moire rouge, et le carême en violet. 
Leur vêtement ordinaire est en abbé, avec des bas 
et la calotte rouges. 

« Le cardinal Pandolfi, autrefois vice-légat dans 
les environs de Bologne, célèbre par sa piété et son 
manque absolu d'idées, avait été obligé, par sa 
pauvreté, de se mettre en pension chez des moines ; 
ce qui n'a pas empêché que ses obsèques n'aient été 
fort belles. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 355 



LE CONCLAVE 



« Le conclave est la réunion des cardinaux assem- 
blés pour élire un pape. On les enferme dans des 
cellules préparées au Vatican ou à Monte Cavallo. 
Grégoire X établit cet usage en 1274, pour prévenir 
l'inconvénient qui se présenta à Viterbe, en 1268, 
après la mort de Clément IV ; les cardinaux y furent 
divisés en tant de factions, qu'ils se séparèrent sans 
avoir fait choix d'un pape. 

« Alexandre III décida, en 1179, que le consente- 
ment des deux tiers des cardinaux présents au con- 
clave serait nécessaire et suffirait pour l'élection 
du pape. 

« D'après la bulle de Grégoire X, l'élection devait 
se faire en trois jours, sinon les reclus étaient ré- 
duits, pour toute nourriture, à un seul mets ; après 
cinq autres jours, on ne leur donnait plus que du pain 
et du vin. Un semblable régime ne pouvait avoir une 
longue durée. 

«'L'élection du souverain-pontife peut avoir lieu 
de cinq manières : 

« Le scrutin par bulletins fermés, est le premier 
mode essayé et celui qui, presque toujours, amène la 
conclusion. 

« Uadhésion a lieu dans la séance de l'après-midi, 
lorsque le scrutin du matin n'a produit aucun ré- 



356 



STENDHAL 



sultat. Les électeurs accèdent alors à l'élection d'un 
membre porté à ce scrutin. 

« Par le compromis, les cardinaux divisés délèguent 
à une commission choisie parmi eux le droit de 
nommer un pape au nom de tous. 

« L'inspiration, sorte de spontanéité d'hom- 
mages, équivaut à un scrutin régulier. Dans ce 
mode, c'est au Saint-Esprit que semble appartenir 
plus particulièrement l'honneur de la nomination. 
Une fraction puissante du conclave se prosterne 
aux pieds d'un cardinal et le proclame à haute voix 
par une sorte d'acclamation : les dissidents n'osent 
pas se déclarer, et reconnaissent le favorisé des 
zelanti. 

« Lorsqu'un concile réuni dépose un pontife, il 
délègue le droit d'élection à une commission de son 
choix. Ce dernier mode, usité très rarement, a été 
pratiqué par les conciles de Bâle et de Constance. 

(c Dans le conclave, quatre puissances ont le droit 
de donner Vexclusion à un cardinal qui va être élu 
pape. Mais cette prérogative ne peut s'exercer qu'une 
seule fois pendant la durée de chaque conclave. 
Ces puissances sont : l'Autriche, la France, l'Es- 
pagne, le Portugal. Actuellement, il n'y a que les 
deux premières qui aient une véritable influence. 
Chacune de ces quatre puissances a auprès du Saint- 
Siège un cardinal-protecteur, comme agent pour les 
affaires ecclésiastiques et bénéficiales, et en parti- 
culier pour celles qui ne se décident qu'en consis- 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 357 

toire ; sa fonction principale est de solliciter l'expé- 
dition des bulles et de proposer des sujets pour les 
abbayes et évèchés à la nomination du souverain 
qu'il représente. 

« On désigne sous la dénomination de cardinaux 
des couronnes, ceux de ces princes de l'Eglise qui ont 
obtenu leur chapeau sur la demande des souverains 
des quatre ])uissances ayant le droit d'exclusion. 
Tout le sacré collège est divisé en factions, et autant 
il y a de cardinaux de pontificats différents, autant 
il y a de factions. 

« Les cardinaux de chaque couronne forment 
également entre eux une faction. Les chefs de ces 
factions sont ceux qu'il plaît au souverain de nom- 
mer pour avoir son secret. Le cardinal chargé du 
secret de son gouvernement, intrigue dans le con- 
clave en faveur de celui de ses collègues qu'il plai- 
rait à son maître de voir sur le trône pontifical, 
et prononce l'exclusion du candidat qui, par contre, 
pourrait lui déplaire. Les cardinaux appartenant 
à l'Etat ecclésiastique étant toujours en grande 
majorité, on ne nomme jamais un étranger. Depuis 
Adrien VI, élu en L'321, tous les papes sont nés en 
Italie. 

CHARGES PRINCIPALES 

« Tous les emplois de la magistrature, de la 
haute administration et de la diplomatie sont ré- 

RoME, Xaples et Florence, II 23. 



358 STENDHAL 

serves aux gens d'Eglise, dans les Etats pontifi- 
caux ; c'est un prelato qui est ministre de la guerre. 
On ne laisse aux laïques que quelques fonctions 
obscures, dont le produit donne à peine de quoi 
vivre. 

« La dignité la plus éminente de la cour de Rome, 
en apparence, est celle de camerlingue ; il remplit 
l'office de ministre des finances ; il est le chef de la 
chambre apostolique ( rêver endissima caméra), tri- 
bunal administratif, civil et criminel, chargé de la 
direction suprême des branches principales du 
revenu public. Rien n'égale le désordre de cette 
partie de l'administration. En voici un petit 
exemple : le cardinal Albani, parent de M. de Metter- 
nich, cousin et conseiller du duc de Modène, jouit 
du privilège exclusif de fabriquer les épingles et de 
faire du papier pour le duché d'Urbin et la province 
de Pesaro ; ce papier est détestable ; chacun le re- 
connaît et s'en plaint, mais il est défendu d'en em- 
ployer d'autre. 

« Le camerlingue est le chef du gouvernement, 
pendant l'espace de temps qui s'écoule entre la 
mort du pape et la réunion des cardinaux ; il jouit 
conséquemment de grands pouvoirs, de hautes 
prérogatives ; il fait battre monnaie à ses armes 
et à son profit ; et comme le bénéfice en est assez 
considérable, le président des monnaies (délia 
Zecca), pour faire sa cour, ne manque pas de dé- 
ployer une grande activité. Le camerlingue ôte 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 359 

l'anneau du pêcheur, du doigt du pape défunt. Le 
cardinal Galeffi est actuellement pourvu de cette 
charge, qui est à \'ie. 

« Le trésorier, jiersonnage fort important, est 
toujours un prêtre ; en cette qualité il ne doit aucun 
compte au pays, ni de l'argent qu'il reçoit, ni des 
finances qu'il administre. Le trésorier a une auto- 
rité à peu près absolue sur tout ce qui regarde les 
impôts et peut en abuser impunément. Comme toutes 
les autorités romaines, il unit aux attributions 
administratives les pouvoirs judiciaires au civil et 
au criminel. Trois substituts, entre lesquels tout 
l'État ecclésiastique est partagé, l'assistent. Le 
commissaire de la chambre apostolique est sous les 
ordres immédiats du trésorier, aujourd'hui ]\L Beli- 
sario Cristaldi. 

« Le secrétaire d'Etat est réellement le premier 
ministre. Placé à la tête de l'administration, il cor- 
respond avec les nonces apostoliques et les légats ; 
il rend compte au pape des affaires ecclésiastiques 
et pohtiques. Il est le représentant du souverain, 
et son organe légal, tant auprès des cours étrangères 
qu'auprès de ses peuples. Enfin, le choix de ce 
fonctionnaire intéresse vivement les sujets du pape, 
ainsi que les chancelleries des Etats catholiques. 
Ordinairement le secrétaire d'Etat est un homme 
beaucoup moins aveuglé par les préjugés que ses 
autres collègues ; tel a été le cardinal Consalvi. 
Le secrétaire d'État actuel, M^^ Bernetti, ne manque 



360 



STENDHAL 



pas d'un certain talent ; mais ce cardinal a beaucoup 
de dettes, et, dans sa position éminente, c'est un 
malheur. 

« Le dataire, aujourd'hui M^ le cardinal Pacca, 
préside à la nomination aux bénéfices et à l'expédi- 
tion des titres. Je vous prie de remarquer un sin- 
gulier exemple de respect pour les vieux usages : 
lorsque cette charge était occupée par une personne, 
cjui n'avait pas la dignité de cardinal, et qui était 
supposée l'exercer à défaut d'un cardinal, on l'ap- 
pela pro datario. Le dataire avait autrefois la fonc- 
tion d'apposer la date aux provisions des béné- 
fices. 

« On compte en Italie deux cent quatre-vingts 
évêchés et un nombre infini de bénéfices. Le roi de 
Naples nommait à vingt-six évêchés de patronage 
royal ; mais le concordat de Terracine, conclu en 
1818 entre les cours des Deux-Siciles et de Rome, 
a rendu au pape la nomination de tous les hauts 
fonctionnaires ecclésiastiques. Depuis Joseph II 
(1782), l'empereur d'Autriche * confère tous les 
bénéfices et toutes les charges ecclésiastiques : 
le grand-duc de Toscane présente quatre candidats. 
Avant la révolution commencée par les Français, 
tous les bénéfices étaient à la disposition du pape. 
De là, les richesses et le luxe étalé par les cardinaux 
et les prélats, qui avaient établi entre eux un mode 
pour la répartition de ces bénéfices. 

« A propos de bénéfices, le pape Sixte IV en insti- 



f 



ROME. NAPLF.S ET FLORENCE 361 

tua qui ne paraîtraient ])as fort orthodoxes main- 
tenant. Ce saint vieillard (c'est ainsi que Jacques 
de Volterre l'appelle) introduisit légalement les 
maisons publiques de débauche dans Rome • il 
érigea le libertinage en branche d'industrie, exigea 
un jule par semaine, de chaque prostituée ; et cette 
taxe rapportait parfois au Saint-Siège plus de vingt 
mille ducats au bout de l'année. Sixte IV accordait 
aux prélats, comme un bénéfice ecclésiastique, la 
perception du droit sur un certain nombre de ces 
malheureuses filles. Afin que tous les genres d'obscé- 
nités reçussent une sanction légale, il autorisa la 
s... pendant trois mois do l'année, à la demande de 
ses neveux. Ce vénérable pontife mourut d'épuise- 
ment et de débauche. 

« J'ai vu donner la place de pro datario au cardinal 
Severoli qui, en 1823, allait être élu pape, lorsque 
l'Autriche lui donna l'exclusion. M^ Severoli, étant 
nonce à Vienne, lors du mariage de Napoléon avec 
Marie-Louise, déclara à l'empereur d'Autriche cju'il 
ne pouvait, en conscience, donner sa fille pour 
femme à un homme marié *. Ce n'est point impu- 
nément que l'on se voit privé du bonheur de monter 
sur le trône le plus absolu de l'univers ; le cardinal 
Severoli supporta son exclusion avec beaucoup de 
décence et de courage, mais peu après il mourut. 

« Le chapitre des dispenses est dans les attribu- 
tions du dataire. Vous ignorez peut-être les rap- 
ports assez curieux qu'eut avec ce grand fonction- 



362 STENDHAL 

naire l'auteur de V Esprit des Lois : je vais vous les 
faire connaître. 

« Au moment de quitter Rome, Montesquieu 
alla prendre congé de Benoît XIV. Ce pontife, qui 
aimait sa personne et son esprit, lui dit : « Mon cher 
président, avant de nous séparer, je veux que vous 
emportiez quelque souvenir de mon amitié ; je vous 
donne la permission de faire gras, pour toute votre 
vie, à vous et à toute votre famille. » Montesquieu 
remercie le pape et lui fait ses adieux. Un secré- 
taire le conduit à la daterie ; là, on lui expédie des 
bulles de dispense, et on lui présente une note un 
peu élevée des droits à payer pour ce singulier 
privilège. Montesquieu, effrayé du montant, rend 
au secrétaire son brevet en l'accompagnant de ces 
paroles : « Je remercie Sa Sainteté de sa bienveil- 
lance ; mais le pape est un si honnête homme ! 
Je m'en rapj^orte à sa parole, et Dieu aussi. » 

« Le chancelier porte le titre de vice-cancelliere di 
santa chiesa ; c'était jadis le premier personnage 
de l'Etat, Chaque habitant des pays catholiques, 
croyant le pape tout puissant sur son salut, s'adres- 
sait au chancelier pour consulter Sa Sainteté sur 
les matières de discipline et de foi. Maintenant cette 
charge ne rapporte que peu de chose au titulaire, 
M^ délia Somagha. 

« Le cardinal-vicaire exerce les fonctions épisco- 
pales dans Rome, fait les ordinations, donne les 
pouvoirs et examine les curés. Il est, en outre, un 



I 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 363 

juge revêtu d'autorité temporelle et d'une juridic- 
tion, tant civile que criminelle, qui s'étend aux laïcs 
comme aux ecclésiastiques. Son tril)unal est com- 
posé du vice-gérant, de lieutenants civils et crimi- 
nels, et de beaucoup d'autres officiers. M^"" Zurla, 
actuellement pourvu de cette charge importante, 
prétend, dit-on, à la papauté ; il était moine de 
l'ordre des Camaldules, et a publié des ouvrages 
estimés sur la géographie du moyen âge. 

« Le vicaire connaît des contestations entre mari 
et femme, attribution qui lui assure de grands 
ménagements de la part de la bonne compagnie. 
Il est chargé de vexer les Juifs, sur lesquels on 
venge à Rome le jugement et la mort de Jésus- 
Christ. Lors de la rentrée de Pie VII dans ses Etats, 
le gouvernement fit rétablir les portes du Ghetto, 
et renferma de nouveau ces pauvres diables dans 
leur sale quartier, près la place de la Juiverie. 
D'après un édit barbare de Pie VI, les Israélites 
ne pouvaient se montrer dans Rome que de jour, 
et, sous peine de mort, ils devaient rentrer le soir 
dans le Ghetto. Chaque année le nombre des Juifs 
s'accroît ; il s'élève aujourd'hui à trois mille cinq 
cents, et cependant on n'élargit pas leur prison, 
où ils sont entassés sans pitié par la haine religieuse. 
Tous les soirs, au coucher du soleil, on les y met 
sous clef, excepté, je crois, le jour du sabbat. Il est 
résulté de cette vexation, inventée par Paul IV et 
supprimée par Napoléon, que tous les Juifs riches 



364 STENDHAL 

des Etats romains sont allés s'établir à Livourne, 
sous la protection du gouvernement très doux du 
grand-duc de Toscane. Je vous dirai, à ce propos, 
que l'Italie est amoureuse de votre charte ; mais 
avec bien moins que cela on la rendrait heureuse ; 
il suffirait de lui donner les codes français, ainsi 
qu'une administration toute composée de laïcs. 

« Le vicaire a pour lieutenant nn prélat çice- 
gerente, ordinairement évèque in partibus ; c'est 
le vice gerente qui envoie des reliques à toute la 
catholicité. 

« Le Maître du sacré palais a dans son départe- 
ment la censure des livres qui sortent des presses 
de l'Etat ecclésiastique ; il remplit les fonctions 
de votre directeur de la librairie ; cette place est 
toujours confiée à un dominicain. Le Maître du 
sacré palais a son tribunal, et condamne aux ga- 
lères et à d'énormes amendes les marchands qui 
vendent des livres ou des estampes prohibés ; 
il ordonne des visites domiciliaires, selon son bon 
plaisir. 

« On choisit généralement parmi les prélats ou 
monsignori l'Auditeur, le Secrétaire des brefs ou 
lettres pontificales, et le Secrétaire des mémoires. 

« Les monsignori sont à peu près ce qu'étaient 
en France, sous l'Empire, les auditeurs au Conseil 
d'Etat. Il n'y a pas nécessité pour eux d'être 
engagés dans les ordres sacrés ; il suffît qu'ils soient 
célibataires. Tout jeune homme bien né, justifiant 



l'.OME, NAPLES ET ELOUENCE 365 

de 1.500 écus romains de revenu (à peu j)rès 8.000 fr.) 
obtient, avec quelque recommandation, le titre 
de nions i gnore . Leur nombre est illimité, et monte 
assez ordinairement de 200 à 250. Le gouverne- 
ment ne s'engatfe à rien en accordant le brevet. 
Le pape régnant et le cardinal Consalvi ont été 
monsignori. Ces prélats portent habituellement de» 
bas violets, et ont, en général, une mise soignée. 
Quelques-uns mettent à leur chapeau un ruban 
vert ou violet, qui indique certaines fonctions ; en 
ville, ils sont suivis, à un pas de distance, par un 
laquais en livrée. 

« U Auditeur, qu'on appelle pro auditore, peut 
être regardé comme le chef de la justice. Il exerce 
une juridiction équivalente à celle du lord-chancelier 
d'Angleterre ; il est le juge suprême dans les causes 
civiles, mais il n'est point obligé de suivre les règles 
ou de se renfermer dans les limitations imposées 
aux autres tribunaux. Souvent, quand un procès 
paraît terminé, et que l'une des parties l'a gagné 
deux ou trois fois, Vauditore santissimo interrompt 
les causes, le cours de la justice, impose silence au 
bon droit, et change tout l'aspect de l'affaire. 
Il casse ou réforme les jugements qui ont force de 
chose jugée. Son droit ne se prescrit jamais, et tout 
à coup un vieux jugement est annulé, un autre 
est rendu, sans nouvelle procédure, sans qu'il 
y ait de sentence motivée. Ceci sera hautement nié, 
mais faites-vous raconter par un avocat quelque 



366 STENDHAL 

procès célèbre jugé dans l'année. Il serait trop long 
d'indiquer, même sommairement, la jurisprudence 
de l'auditeur ; sa législation est un chaos inextri- 
cable, où les lois romaines sont modifiées par le 
droit-canon, par les décrets des conciles, par les 
bulles des papes, par les décisions de la rote et par 
les ordonnances des légats. 

« Il est toujours facile de retarder de quinze ou 
vingt ans le dénouement d'un procès. Or une famille 
puissante peut espérer d'avoir dans quinze ou vingt 
ans un de ses membres cardinal ou moiisignore 
influent. 

« La moitié des malheurs d'argent qui affligent 
les familles romaines serait épargnée par la mise en 
vigueur des codes français. Il faut entendre, à ce 
sujet, les jeunes avocats romains. Ceux qui ont de 
l'esprit doivent le cacher soigneusement. On a vu 
ici, comme à Florence, des juges faire perdre 
toutes les causes à un avocat qui avait montré trop 
de talent. Bientôt les plaideurs s'aperçoivent du 
malheur de l'avocat ; on ne lui apporte plus de 
causes ; il est ruiné. La prudence m'interdit de 
nommer quelques avocats pris en guignon par les 
juges. 

« L'auditeur examine le mérite des ecclésiastiques 
proposés pour l'épiscopat. Le titulaire actuel est 
Msr Francesco Isola, 

« Le secrétaire des brefs, maintenant M^^ Albani, 
est chargé des affaires qui n'exigent pas le sceau 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 367 

en plomb de la chancellerie et de la daterie, mais 
qui s'expédient par des brefs ; telles sont les dis- 
penses d'âge, de temps, etc., etc. Il signe les brefs 
que le pape adresse à différentes personnes ; il a 
sous ses ordres deux prélats, l'un chargé des lettres 
aux princes, et l'autre des lettres latines *. 

« A la tête des subsistances est placé le préfet 
de Vannona, charge de l'approvisionnement de 
Rome. Ce fonctionnaire a le droit de faire cultiver 
pour le compte de la chambre apostolique les ter- 
rains en friche. L'établissement de Vannona fait 
éprouver aux propriétaires les plus criantes vexa- 
tions ; il tue l'agriculture dans l'Etat ecclésias- 
tique. 

« Il y a des emplois ( cardinalizj ) que l'on ne 
quitte jamais sans devenir cardinal ; ce sont, entre 
autres, ceux de nonce à Vienne, à Paris, à Madrid, 
à Lisbonne ; de gouverneur de Rome ayant la 
police •*■ ; de majordome ^, ou surintendant et grand 
maître de la maison du pape ; de maître de la 
chambre ^ ; de trésorier * ; de secrétaire de la con- 
sulte ; de président du duché d'Urbin. Après ces 
grands fonctionnaires vient la foule, composée de 
tous les agents secondaires, pour les finances, la 
guerre, la police, etc., etc. 



1. Capeletti. 

2. Marazzani Visconti. 

3. Benedetto Barberini. 

4. Belisario Cristaldi. 



368 STENDHAL 



CONGREGATIONS 



« On compte à Rome un grand nombre de con- 
grégations, entre lesquelles le gouvernement poli- 
tique, civil et religieux est réparti. Ces commissions, 
ou conseils, sont composés de cardinaux et de pré- 
lats. Le secrétaire, sur lequel roule principalement 
le travail, est toujours choisi et nommé par le pape. 
Une femme adroite et belle, telle que feu madame 
la princesse de Santa-Croce, a souvent une influence 
immense sur les décisions de ces congrégations ; 
et il est bien rare qu'un jeune monsignore qui jouit 
d'une semblable protection perde un procès, ou 
n'avance pas rapidement. Cette ancienne maîtresse 
du cardinal de Bernis avait à la fois pour amants, 
en 1790, le cardinal Busca et Pierre-Paul de Médi- 
cls ; leur rivalité donna Heu à des scènes fort co- 
miques. 

« Sixte-Quint, dont on retrouve le nom à côté 
d'un grand nombre de choses utiles, établit en 1587 
la congrégation de la Consulte. Elle exerce une 
autorité judiciaire et administrative sur tous les 
sujets du Saint-Siège, excepté sur ceux de la ville 
de Rome : ils restent sous la juridiction des gou- 
vernements locaux. Li Consulte reçoit les plaintes 
des peuples contre les gouverneurs des villes ; on y 
examine les qualités et titres de ceux qui demandent 
à être admis à la noblesse ; on y dresse les règle- 



ÉTAT PuÉCAIUn. !l8l 

que l'on n'y adore pas assez le cardinal Con- 
salvi et le bon pape Pie VII , qui s'occupe de 
beaux-arts et de nomjner des évéques. Je sou- 
tiens des thèses en faveur de ce souverain, 
ce qui n'est pas sans danger : c'est un étranger 
libéral qui a peuplé les cachots de INIantoue. 
L'Italien, si méfiant individuellement, pousse 
la confiance jusqu'à la duperie dès qu'il com- 
plote : société des Régénérateurs en Suisse, 
sous le ministère de M. ***. ^^^j<^ 

6 jançier. — Le ton vantard et gascon qui , 
dans les armées de INapoléou , était si utile , et 
s'appelait la blague j a peu gâté les officiers 
italiens. Le jeune et beau capitaine R*** est 
aussi simple, aussi naturel dans .ses façons, 
que si de sa vie il n'eût appliqué un coup de 
sabre , ni mérité une croix. Ce n'est que bien 
rarement que l'on entrevoit que , si on le fâche, 
il se fâchera; celte simplicité de si bon goût, 
ce me semble, nie rappelle le brave comodorc 
américain Moris. Je m'accoste volontiers du 
capitaine R.***, et il voit tout le plaisir qu'il me 
cause quand il veut bien me faire une histoire. 
Hier soir, à deux licures du matin, en nous 



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UNE PAGK DF. l.'nXC.MPLAlKE JULKS LE l'ETlT 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 3G9 

ments nécessaires pour maintenir la tranquillité 
publique ; ou y prononce en dernier ressort sur les 
procès criminels de toutes les provinces. Depuis 
la tentative d'assassinat faite l'année dernière sur le 
cardinal Rivarola, la Consulte n'a eu que trop 
d'occasions d'exercer ses terribles fonctions. En 
novembre 1827 et en mai dernier, on a pendu plu- 
sieurs carhonari à Ravenne. Le plan de M. de Metter- 
nich étant, depuis bien des années, d'elTrayer tous 
les souverains d'Italie du carbonarisme, on sent 
quelle importance la Consulte a dû acquérir. Elle 
est présidée par le Secrétaire d'Etat en personne. 
De 1824 à 1827, ce fut ^W le cardinal délia Soma- 
glia ^, âgé de quatre-vingts ans, et, dit-on, fort 
sourd. Ainsi que je vous l'ai dit déjà, M^"^ Bernetti 
remplit aujourd'hui la charge de Secrétaire d'État. 
Il fut longtemps un des habitués les plus spirituels 
de la princesse Doria, qui, à ce que l'on assure, est 
honorée de la haute bienveillance de Sa Sainteté 
Léon XII. 

« Plusieurs cardinaux sont membres de la Con- 
sulte ; il y a huit monsignori ponenti (rapporteurs) : 
chacun est chargé de plusieurs provinces ; l'un d'eux 
remplit les fonctions de secrétaire, emploi qui mène 
à tout, parce que le secrétaire voit souvent le pape 
pour lui rendre compte des délibérations. Cette 

1. Mort le 2 avril 1830, étant doyen du Sacré Collège, 
secrétaire de la congrégation du Saint-Ofiice, préfet de la 
congrégation des Rites et cérémonies. 

Rome, Naplf.s et Florence, II 24 



370 STENDHAL 

commission s'assemble le mardi et le vendredi. 
Lorsque le siège est vacant, le secrétaire fait son 
rapport aux trois cardinaux capi cVordine, chargés 
du gouvernement de l'Etat. Ces cardinaux sont 
pris dans les trois ordres de cardinaux, évêques, 
prêtres, diacres ; leurs pouvoirs ne durent qu'un 
jour ; après quoi, ils cèdent la place à d'autres, et 
ainsi de suite, jusqu'après l'élection. 

« La congrégation del huon Governo examine les 
projets de dessèchements et d'améliorations de 
culture, ceux concernant les octrois de villes, et 
toutes les causes civiles ou criminelles qui y ont 
rapport hors de Rome ; elle prend connaissance des 
revenus, des dépenses, des dettes des communautés. 
Outre les cardinaux, cette congrégation compte 
douze prélats rapporteurs. 

« La congrégation de V Inquisition a douze car- 
dinaux, indépendamment d'un cardinal-secrétaire. 
Un grand nombre de jurisconsultes et de théolo- 
giens sont attachés à l'inquisition, comme consul- 
teurs. Le général des Dominicains et le maître du 
sacré palais sont consulteurs-nés. Malgré ce luxe 
de membres, l'inquisition romaine ne fait guère 
périr que deux ou trois pauvres diables par siècle. 
Il y a un avocat pour la défense des accusés ; mais 
les formes de la procédure devant ce tribunal sont 
terribles ; le plus profond secret est prescrit aux 
juges. 

« L'inquisition connaît de tout ce qui intéresse la 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 371 

religion et la foi, hérésies, blasphèmes, mauvaises 
doctrines, mauvais livres, profanations, abus des 
sacrements, accusations de sortilèges. Il y a un livre 
curieux de Menchini, intitulé : Sacro arsenale, 
ovvero pratica delV ufficio délia sacra inquisizione, 
Rome, 1730, Le Manuale Consultorum, de Bordoni, 
contient un curieux chapitre sur les tortures infli- 
gées aux accusés. 

« Le saint-office a été d'une immense utilité à 
la religion romaine. Les meilleurs catholiques ne se 
trouvent-ils pas en Espagne et en Portugal ? 
h^ Histoire de r Inquisition, ipaT le chanoine Llorente, 
en fait foi. 

« La théorie de la persécution religieuse fut éta- 
blie par l'empereur Théodose I^^, vers 385, et l'of- 
fice d'inquisiteur de la foi, si justement abhorré, 
date en réalité de son règne. 

« En 1204, Innocent III donna naissance à l'in- 
quisition, en envoyant des religieux en Espagne, 
pour punir les Albigeois, dont l'hérésie commençait 
à s'y répandre. En 1231, Grégoire IX profita de la 
ferveur qui animait les Dominicains, dont l'ordre 
venait de s'établir, pour les charger seuls des procès 
à intenter aux hérétiques. En 1483, Sixte IV établit 
une inquisition en Espagne ; ce ne fut qu'en 1531 
que le Portugal eut son inquisition, qui se distingua 
surtout à Goa ; la relation de ce qu'elle y fit est 
curieuse. Enfin Paul III Farnèse établit à Rome 
le principal siège de l'inquisition, et institua la 



372 STENDHAL 

congrégation dont je viens de vous parler : il lui 
donna le pouvoir de créer des inquisitions dans 
toute la chrétienté. Ce pape semblait rechercher 
tous les titres de la réprobation publique. Marié 
clandestinement, l'histoire l'accuse d'avoir été 
l'amant de sa propre fille, d'avoir vécu en concubi- 
nage avec sa sœur, qu'il livra à la luxure d'Alexan- 
dre VI pour en obtenir des honneurs, et enfin 
d'avoir empoisonné sa mère. 

« La congrégation de l'inquisition s'assemble 
trois fois par semaine : le lundi, dans le palais du 
saint-office, près Saint-Pierre, où sont ses prisons ; 
on prépare les affaires ; le mercredi, les treize car- 
dinaiix se réunissent à la Minerve, pour entendre 
le rapport ; enfin, le jeudi, la congrégation s'as- 
semble en présence du pape, et l'on décide du sort 
des accusés. L'intervention obligée du souverain- 
pontife impose souvent une certaine modération 
à ce tribunal. 

« Celui que les poursuites de l'inquisition effraie 
a le moyen de s'y soustraire, mais en ouvrant sa 
bourse : c'est de s'adresser à la Pénitencerie. On y 
connaît de tous les péchés, de tous les crimes pos- 
sibles, de tous les cas réservés, et on les absout au 
moyen de sommes d'argent. Les pénitenciers 
obtiennent, sur une supplique, la permission d'ab- 
soudre, qu'on leur expédie par un bref où le nom 
du pécheur reste en blanc. Ce tribunal est présidé 
par le Grand-Pénitencier, charge que M^"^ le cardinal 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 373 

Castiglioni ^ occupe actuellement. Aux fêtes solen- 
nelles, le Grand-Pénitencier va_dans une des basi- 
liques de Rome, pour y entendre la confession des 
cas réservés. 

« Les taxes de la pénitencerie furent établies vers 
1330 par un pape français, Benoît XII. Pie II, à la 
faveur de cette fiscalité catholique, retira des 
sommes immenses de la vente des indulgences et 
des dispenses ; leur scandaleux trafic excita les plus 
vives clameurs contre le Saint-Siège. Chaque péché 
avait son prix fixe, et pour 20.000 ducats on se pro- 
curait une indulgence plénière. 

« Le tarif des taxes de la chancellerie aposto- 
lique, inventé en 1320 par Jean XXII, égaleTment 
votre compatriote, comprenait une nomenclature 
de trois cent quatre-vingt-cinq cas pardonnes pour 
de l'argent. Chose singulière, le prêtre qui enterrait 
un excommunié en terre sainte, ou qui célébrait 
l'office dans un lieu interdit, sans le savoir, payait 
autant qu'une sorcière ou une empoisonneuse, c'est- 
à-dire plus qu'un laïc qui avait tué son père, sa 
mère, sa femme, son enfant. Le dernier tarif en 
usage dans l'Eglise romaine, et approuvé par elle, 
parut pour la première fois à Rome, en 1514 ; 
réimprimé diverses fois depuis, son titre est : 
Taxse cancellarise apostolicse et taxse sacrse peniteu' 
tiarise. Le tarif comprenait trente-sept articles, 

1. Devenu pape en 1829, sous le nom de Pie VIII. 
Rome, Naples et Florence, II 24^ 



374 STENDHAL 

dont la plupart des titres offensaient tellement les 
mœurs, qu'il serait impossible de les reproduire. 
Les pères du concile de Trente mirent ce tarif à 
l'index. Clément XI sut tirer un grand profit des 
dispenses : il poussa l'avidité jusqu'à vendre à un 
Espagnol la permission d'épouser sa sœur. 

« Il faut en convenir, jamais la crédulité humaine 
ne fut mise à une plus rude épreuve que par la 
création de semblables impôts. 

« La congrégation délia Propaganda reçoit les 
relations des missionnaires des diverses parties du 
monde. Elle recrute cet apostolat, et le fournit de 
livres imprimés dans toutes les langues, à sa propre 
imprimerie. Ces recrues, originaires du pays où 
sont les missions, viennent jeunes à Rome, y sont 
élevés aux frais du Saint-Père, et renvoyés ensuite 
façonnés au joug. La propagande de Londres, 
représentée par la Société biblique, ne laissera 
bientôt rien à faire à sa sœur de Rome. Celle-ci veut 
des chrétiens pour étendre les domaines de saint 
Pierre : les biblistes de Londres veulent des pro^ 
sélytes pour en faire insensiblement des colons 
qui défrichent au profit du commerce anglais, et 
qui consomment les produits de ses fabriques. 
C'est Grégoire XV qui institua la propagande 
en 1622. 

« La congrégation de l'Index (delV Indice) jouit 
en France d'une certaine célébrité par son ridicule. 
U Index est un catalogue de vingt à vingt-cinq 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 375 

mille ouvrages, dont la cour de Rome condamne 
l'esprit ou les maximes *. La première édition, 
publiée en 1559, forme un volume in-octavo fort 
épais. Il y en a une nouvelle édition du xvii*^ siècle ; 
on n'y trouve plus l'article des livres condamnés 
uniquement parce qu'ils soutenaient le mouvement 
de la terre autour du soleil, ce qui était impie, 
à cause de ces paroles de Josué : Sta, sol (soleil, 
arrête-toi) ; on a ainsi fait grâce à Copernic, Boer- 
haave, Galilée. 

« Croiriez-vous que le préfet de cette congréga- 
tion accorde des permissions de trois ans pour lire 
des livres mis à l'index, et que la permission peut 
être renouvelée à son expiration ? Rien de plus vrai 
cependant. 

« Paul IV passe pour être l'inventeur de l'Index ; 
mais ce fut saint Pie V, dont vous avez vu le tombeau 
à Sainte-Marie-Majeure, vis-à-vis celui de Sixte- 
Quint, qui établit la congrégation chargée de scruter 
les travaux de l'esprit ; le Maître du sacré palais 
en fait partie. L'Index, tombé en désuétude sous 
l'administration du cardinal Consalvi, est redevenu 
inquiétant pour les Romains, dès 1826. Sa rigueur 
s'exerce principalement sur les livres pouvant bles- 
ser l'autorité ecclésiastique ; si on ferme quelque- 
fois les yeux, c'est plutôt sur les écrits licencieux, 
car il vaut mieux cent fois que l'esprit soit occupé 
de semblables sujets, que de matières de foi, 

« Je craindrais de vous ennuyer en vous parlant 



376 STENDHAL 

de toutes les congrégations ; mais cependant je ne 
veux pas terminer leur chapitre sans vous dire 
quelque chose de celle des Rites, à cause du culte 
du Sacré-Cœur de Jésus et de la canonisation des 
saints. A la congrégation des Rites appartiennent, 
en outre, l'inspection des cérémonies religieuses, 
l'approbation des rubriques, des bréviaires, des 
missels, et même des processions. Elle seule accorde 
aux paroisses, aux cités, aux provinces, les j^atrons 
qu'on lui demande. 

u Le culte du Sacré-Cœur de Jésus est d'une 
immense importance, en France surtout. Beaucoup 
de personnes ici ont la simplicité de croire qu'il peut 
amener la conversion de ce royaume : car, ainsi 
que je vous l'ai dit, les gens éclairés de Rome vous 
regardent comme plus qu'à-demi protestants. Le 
culte du Sacré-Cœur de Jésus tend à persuader à 
chaque fidèle qu'il doit laisser diriger l'afTaire de 
son propre salut uniquement par le pape, et ne con- 
sulter en rien sa raison. Le savant abbé Grégoire 
a donné l'histoire de ce culte, envers lequel je le 
trouve bien sévère ; car c'est la seule arme qui reste 
■au pape contre ce damné de Voltaire, et contre cette 
maudite logique. 

« On pense à Rome qu'il faut faire de temps en 
temps de nouveaux saints, parce que le crédit des 
anciens s'affaiblit, se perd même entièrement. Il me 
semble que, depuis l'avènement de Léon XII, on 
■en a fait * un ou deux par an. 



nOME, NAPLES ET FLORENCE 377 

« Lorsqu'il s'agit, dans la coiigréifalion tles rites, 
de traiter de la (canonisation de (juckiiie bienheu- 
reux, on tient des assemblées préparatoires ; un 
avocat, nommé l'avocat du diable, ])laidc contre 
le saint, pour prouver qu'il n'y a rien d'extraordi- 
naire dans tout ce qu'il a fait. Les chirurgiens et 
médecins-vérificateurs examinent ce (ju'il peut 
y avoir de naturel et de physique dans les faits ({ue 
l'on produit comme miracles ; des théologiens sont 
entendus. Si l'avocat perd sa cause, la congrégation 
se réunit sous la présidence du pape, qui ordonne 
la cérémonie de la béatification. Ce grand acte 
du catholicisme n'a lieu ordinairement que cinquante 
ans après le décès du bienheureux qui en est l'objet. 
Charles Borromée, par une honorable exception, 
fut canonisé trente ans seulement après sa mort. 
Il est probable qu'on ne connaissait pas encore 
alors ces paroles remarquables du vertueux prélat, 
adressées à un de ses amis : « Si tu veux te damner, 
« fais-toi prêtre. » 

« Toute canonisation donne lieu à des réjouis- 
sances publiques et à des cérémonies religieuses. 
Il n'en peut être autrement, car c'est une des plus 
grandes solennités de l'Eglise. Par sa vertu, par sa 
piété, quelquefois par son habileté, une simple 
créature est devenue un intermédiaire entre Dieu 
et la terre ! Si la famille du bienheureux est riche, 
s'il avait rang parmi les puissants de ce monde, sa 
canonisation est fort coûteuse. On a vu de semblables 



878 



STE^'DHAL 



cérémonies occasionner jusqu'à 100.000 écus ro- 
mains de dépense (535.000 francs) ; ce sont de riches 
tentures, des menuiseries pour échafaudages, des 
orchestres, des luminaires, des illuminations, l'ar- 
tillerie du château Saint-Ange. 

« Quelquefois un individu, prévoyant qu'il 
pourra être canonisé, laisse par testament la somme 
nécessaire pour subvenir aux frais de la cérémonie. 
Si l'homme déclaré saint est mort sans fortune, 
et que personne ne veuille faire la dépense qu'en- 
traînerait sa béatification, on y pourvoit par des 
quêtes. Le peuple aime beaucoup ces sortes de 
fêtes ; elles répandent de l'argent et produisent du 
mouvement dans Rome. A l'exception d'un petit 
nombre de cas, les cérémonies des grandes canoni- 
sations se sont faites, de tout temps, dans l'église 
de Saint-Pierre. 

« La plus ancienne canonisation est celle de saint 
Uldaric, faite par Jean XV, en 993. 

« Parmi les bienheureux dont les titres, quoique 
non constatés par la cérémonie, n'en sont pas moins 
authentiques, il en est auxquels on attribue des 
miracles bien prodigieux ! Saint Goar, qui vivait 
à la fin du xvi® siècle, suspendait son manteau à un 
rayon de soleil à défaut de clou. Quant aux miracles, 
les protestants pensent que le don en a été enlevé 
à l'Eglise chrétienne, vers le temps de la conversion 
de Constantin. Les théologiens raisonnables ne sont 
pas disposés à admettre les miracles du iv^ siècle. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 379 

tandis que les théologiens crédules ne veulent pas 
rejeter ceux du v^. 

« Au nombre des papes qui ont le plus aimé à 
béatifier, on cite Benoît XIII (Orsini) ; il était fort 
pieux, très faible, d'autres ajoutent fort sot ; il 
n'avait pas de plus grand amusement au monde, 
qu« de faire des saints. Profitant de cette heureuse 
disposition, on lui proposa Grégoire VII, qu'il 
adopta tout aussitôt. En France, le parlement fit 
un' éclat à propos de l'office que l'on introduisit 
dans le bréviaire pour le nouveau saint. 

« Parmi les dernières canonisations, l'une des 
plus curieuses est celle de ce Julien que Léon XII 
sanctifia en 1825 ; son principal miracle avait été 
de ressusciter des mauviettes embrochées et rôties. 

CONSISTOIRES 

« Le consistoire est l'assemblée des cardinaux 
réunis en présence du pape. Il y en a de trois sortes : 
les uns secrets, d'autres publics, et enfin d'autres- 
demi-publics. 

« C'est dans le consistoire secret que se traitent 
les affaires importantes et délicates. Le pape y fait 
appeler un petit nombre de cardinaux ; on en choisit 
ordinairement cinq ou six remarquables par leurs 
talents, et deux ou trois fort vieux, fort pieux, et 
surtout fort sourds. Le despotisme a fait de tels 
progrès à la cour de Rome, que même ce conseil 



380 STENDHAL 

si restreint n'est plus consulté. Le pape lui annonce 
la création des cardinaux et la nomination des 
nonces, des légats, des évêques, l'érection des églises, 
etc., etc. Sa Sainteté, le secrétaire d'Etat, le confes- 
seur du pape même, décident des nominations im- 
portantes. 

« Le consistoire public est l'assemblée générale 
des cardinaux, et se tient ordinairement tous les 
mois, pour donner le pallium à un archevêque, ou 
pour déclarer la béatification de quelque saint ; tout 
le monde peut y entrer. 

« Dans le consistoire public, les cardinaux sont 
assis sur des banquettes ; ils portent le rochet ; 
mais le rochet étant une marque de juridiction, 
ils le couvrent de leur manteau lorsque le pape 
paraît. Le souverain-pontife, en chape et en 
mitre, se place sous un dais, dans un fauteuil à 
dossier fort élevé. S'il s'agit d'introduire un nou- 
veau cardinal, quatre cardinaux vont chercher le 
récipiendaire. En entrant, il va se mettre à genoux 
aux pieds du pape, pour les baiser ; le pape le re- 
lève en l'embrassant. La joie du nouveau cardinal 
le trouble d'ordinaire tellement, que souvent il est 
sur le point de tomber. Il quitte le trône du pape, 
pour aller donner le baiser de paix à tous les car- 
dinaux, les uns après les autres. Il n'y en a guère 
qui, en l'embrassant, ne l'arrêtent pour lui dire 
quelques mots agréables et lui serrer les mains. 
C'est chose curieuse à voir que la manière dont le 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 381 

récipiendaire compose et décompose son visage, 
pour paraître gai lorsqu'il embrasse un cardinal, 
reprendre son air grave après qu'il l'a embrassé, et 
faire sur-le-cliamp une nouvelle démonstration de 
joie quand il embrasse le suivant. 

« Après le baiser de paix, le nouveau cardinal se 
repose un instant ; puis il va se prosterner auprès 
du pape, qui lui donne le chapeau rouge, en lui 
disant que sa couleur est le signe du sang que 
Jésus-Christ a répandu pour nous, et de celui qu'il 
doit toujours être prêt à verser pour la foi. 

« Pendant les trois jours qui suivent la réception 
d'un cardinal, on illumine les palais et les maisons 
de tous les ambassadeurs et de tous ceux qui 
prennent une part quelconque à sa promotion. 

« Le consistoire demi-public est celui où l'on a 
besoin de la présence momentanée, soit des avocats 
consistoriaux, soit de quelques prélats ou ambassa- 
deurs ; force est bien alors de les y admettre. 



CONCILES 

« Les conciles ont été un des grands leviers de 
l'administration spirituelle des papes ; le jugement 
des conciles généraux, en matière de foi, sert encore 
de règle aux fidèles, 

« Le concile est une assemblée de pasteurs de 
l'Eglise et de docteurs en théologie, réunis pour 



382 



STENDHAL 



traiter et juger les matières qui concernent la foi, 
la religion et la discipline ecclésiastique. 

« Il y a des conciles généraux et œcuméniques ; 
c'est la réunion de tous les évêques de la chrétienté, 
soit présents, soit convoqués ; des conciles nationaux, 
composés de tous ou du plus grand nombre des 
évêques des différentes provinces de l'Etat ; des 
conciles provinciaux, composés des archevêques et 
des évêques suffragants. 

« Les conciles tenus depuis la fondation du chris- 
tianisme sont en trop grand nombre pour être 
cités ici. Le dernier de tous a eu lieu en France, 
en 1811, sous le pontificat de Pie VII, le cardinal 
Maury étant archevêque de Paris. M. l'abbé de 
Boulogne, si connu depuis par son intolérance dans 
le diocèse de Troyes, y prononça un discours qui 
déplut à Napoléon, et le concile fut dissous, sans 
avoir rien décidé sur les objets qu'il était appelé à 
examiner. 



TRIBUNAUX DE ROME 

« Si la multiplicité des tribunaux assurait^la 
bonne administration de la justice, nulle ville^au 
monde ne serait plus favorisée que Rome : car, 
indépendamment de tous ceux auxquels on donne 
ici le nom de congrégations, différentes charges 
confèrent une juridiction plus ou moins étendue, 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 383 

dont plusieurs sont suprêmes et vont jusqu'au 
droit de mort. Si vous vous sentez assez de courage 
et de patience pour en prendre une connaissance 
approfondie, lisez le livre intitulé : Lo stato présente 
délia aorte di Roma, di Andréa Tossi. Vous y verrez 
que les biens, la liberté, l'honneur, la vie des sujets 
du pape, tout est à la merci de juges ecclésiastiques. 
Quant à moi, je me bornerai à quelques observa- 
tions sur les tribunaux ordinaires, véritables com- 
missions comme celles qu'établissait, sous Louis XIII, 
votre cardinal de Richelieu. Au surplus, le code 
pénal romain offre dans toutes ses parties l'empreinte 
du caractère ombrageux et cruel qui distingue le 
despotisme théocratique. 

« Ces tribunaux sont au nombre de cinq : celui du 
Sénateur, celui du Vicaire, celui du Gouverneur de 
Rome, celui de l'Auditeur de la Chambre ou de 
Monte Citorio, et celui de la Rote. 

« Ce qui distingue les trois premiers, c'est que 
celui du Gouverneur concerne plus spécialement 
les laïcs et la police de sûreté ; et celui du Vicaire, 
les ecclésiastiques et la police des mœurs. Quant 
au tribunal du Sénateur, il est le plus limité de 
tous : ses attributions se réduisent à peu près au 
maintien des statuts de la ville, et à l'expédition 
des brevets des notaires du Capitole. 

« Ce n'est pas sans motif qu'on a toléré l'exis- 
tence d'un magistrat portant le titre de Sénateur de 
Rome ; ce nom rappelle des idées de gloire et de 



384 



STENDHAL 



grandeur que le chef du catholicisme a voulu entre- 
tenir. Il sait quelle puissance de souvenirs la répu- 
blique romaine exerce encore sur les esprits. Eh 
bien ! son habileté l'a porté à conserver, sous des 
formes théocratiques, le simulacre d'un gouverne- 
ment qui fit de si grandes choses. Le Sénateur, 
aujourd'hui M. le prince Altieri, habite un beau 
palais au Capitole. Ce juge séculier est toujours 
étranger. Assisté de ses trois lieutenants, il tient 
des audiences ; connaît, en première instance, des 
causes dont l'importance ne s'élève pas au-dessus 
de 500 écus romains ; fixe le prix hebdomadaire 
de la viande de boucherie ; fait rembourser les 
petites dettes ; ne s'occupe que de causes de laïcs, 
et, le cas échéant, les envoie dans ses prisons, en 
vertu d'une constitution donnée par Benoît XIV, 
le 4 janvier 1746. Jusqu'au xi^ siècle, le Sénateur 
fut indépendant de l'empereur et du pape ; mais 
depuis, il est aussi soumis au pouvoir de la tiare 
que tous les autres fonctionnaires. Dans les céré- 
monies publiques, il est habillé en ancien sénateur, 
et porte une robe qui traîne jusqu'à terre. 

« L'infâme tribunal du Vicaire procède selon les 
formes de l'inquisition ; tout le monde peut être 
arrêté sans motif ; un délateur obscur, une femme 
de chambre mécontente, vous dénoncent, il suffit : 
la nuit, avec des échelles, on pénètre dans votre 
domicile, ou bien l'on entre avec de fausses clefs ; 
ensuite intervient un procès, qui n'admet pas de 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 385 

•défenseur j)()ur l'accuse. Malheur alors à riioinme 
sans protecteurs ! 

u Les tribunaux du Sénateur, du Vicaire et du 
Gouverneur ont cela de commun entre eux, que 
leur juridiction ne s'étend pas au delà de Rome et 
des ([uarante milles d'alentour, qui forment son 
district : leur com]>étence est restreinte à une 
somme très modicjue en matières civiles, et presque 
illimitée dans les causes criminelles. Ils ne peuvent 
prononcer en dernier ressort (jue sur un litige de 
25 écus ; et ils disposent, sans appel, de la liberté et 
de la vie des hommes ! 

« Le tribunal de l'Auditeur prononce sur les 
causes, tant sacrées que civiles, dont l'objet ne 
dépasse pas la somme de 500 écus. Toutefois, on 
peut se pourvoir en cassation de ses arrêts, aux deux 
tribunaux de Justice et des Grâces. 

« Le célèbre tribunal de la Rote a quelque ana- 
logie avec vos anciens parlements. Il est composé 
de douze prélats de différentes nations catholiques, 
revêtus du titre d'auditeurs. Ces juges connaissent 
de toutes les aiïaires ecclésiastiques de la chré- 
tienté, et il faut trois jugements semblables pour 
rendre l'arrêt irrévocable. Jugez de la patience et 
de l'argent à dépenser, pour arriver à la solution 
définitive d'un procès ! 

(( Les douze auditeurs de Rote sont ainsi ré- 
partis : trois Romains, deux Espagnols, un Fran- 
çais, un Allemand, un Vénitien, un Milanais, un Bo- 

RoME, rs'xPLES r.T Florence, II 25 



386 



STENDHAL 



lonais, un Ferrarais et un Toscan ou Péruginois. 
Ainsi, c'est quatre ultramontains contre huit Ita- 
liens, dont six, ou au moins cinq, sont des Etats du 
pape : le plus ancien est de droit président. 

« La Segnatura est un tribunal de révision ou 
cassation. Il met au néant tout acte judiciaire ou 
sentence pour défaut de formes, juge les questions 
de compétence entre les tribunaux, décide si les 
jugements rendus en première instance doivent être 
provisoirement exécutés nonobstant appel. Investi 
d'un pouvoir arbitraire, ce tribunal ne suit aucune 
règle fixe dans l'exercice de sa juridiction. 

« Une exception remarquable existe en faveur des 
prêtres et des femmes ; la peine capitale ne leur est 
jamais appliquée ; ils ne peuvent encourir qu'une 
réclusion plus ou moins longue. 

« L'usage de plaider n'existe plus à Rome ; il n'y 
a pas d'audiences publiques ; la défense s'établit 
maintenant par factum ou mémoire ^. 



CONSERVATEURS DE ROME 



« Un respect apparent pour les formes républi- 
caines a fait décorer du nom de Conservateurs de 



1. La réforme judiciaire, décrétée en 1831 par Grégoire 
XVI, tout incomplète qu'elle est, présente des améliorations 
notables. L'édit du 5 octobre ne concerne que la justice civile, 
celui du 8 novembre suivant règle la justice criminelle. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 387 

Rome trois magistrats municipaux (jui sont censés 
représenter le peuple romain. C'est d'eux que Mon- 
taigne reçut, le 13 mars 1581, ces belles lettres qui 
lui conféraient le titre de citoyen romain, afin, 
y est-il dit, « de procurer quelque lustre et quelque 
avantage à notre république ». 

« Au surplus, les Conservateurs représentent les 
consuls de l'ancienne Rome, à peu près comme les 
Cordeliers à' Ara Cœli tiennent la place des prêtres 
du temple de Jupiter Capitolin. Ces Conservateurs 
se garderaient bien de lutter d'autorité avec les 
curés ^, dont le pouvoir va jusqu'à faire jeter en 
prison celui dont ils croient avoir à se plaindre. 

« Les statuts indiquent, plutôt qu'ils n'établissent, 
le droit exercé par le pape, de nommer le Sénateur 
et les Conservateurs ; ces derniers ne sont brevetés 
que pour six mois. 



FONCTIONS 



« On donne à Rome le nom de funzioni à toutes les 
cérémonies civiles ou religieuses qu'accompagnent 
la pompe et l'éclat. 

« La plus brillante des fonctions est celle du pos- 
sesso 2 ; c'est le cortège du pape, lorsque, après son 



1. Les paroisses à Rome sont au nombre de cinquante- 
quatre. 

2. Après seize mois de règne, Grégoire XVI a pris enfin 
possession du saint siège, le 31 mai 1832. Cette cérémonie. 



388 STE^•DHAL 

couronnement, il va prendre possession de l'église 
Saint-Jean-de-Latran, regardée comme la première 
des églises de Rome et comme la mère de toutes 
celles de la chrétienté. Dans aucune circonstance 
le pontife ne se montre entouré de tant de magni- 
ficence. A la chute du jour, les trois palais du Capi- 
tole sont superbement illuminés en bougies. Pen- 
dant fort longtemps, l'usage a exigé que, le jour du 
possesso, le pape s'assît sur la fameuse chaise per- 
cée ; vous savez pourquoi. 

« Rien de plus humiliant que l'obligation à la- 
quelle les malheureux Juifs étaient soumis jadis, 
lors du possesso. Vers l'arc de Titus, dans un lieu 
paré et décoré à leurs frais, les rabbins et les anciens 
se présentaient au passage du pape, dans sa marche 
du Vatican à Saint-Jean-de-Latran. Là, ils lui 
offraient, à genoux, le Pentateuque, dans un bassin 
rempli de pièces d'or et d'argent. Le pape donnait 
un coup de baguette sur le bassin, et un autre sur 
la tête ou sur les épaules du premier rabbin ; ce qui 
indiquait que Sa Sainteté acceptait l'hommage des 
Juifs et qu'Elle leur permettait de rester à Rome 
pendant son pontificat. 

« Aujourd'hui les choses se passent d'une manière 
moins offensante ; les Juifs font tapisser le chemin 
entre l'arc de Titus et le Colysée ; le rabbin le plus 

entourée ordinairement d'un si grand appareil, a eu lieu, 
pour ainsi dire, comme à la dérol)ée ; les seuls cardinaux y 
ont assisté. 



ROME, NAPLES ET KLORENCE 389 

considérable, en tète de ses coreligionnaires, offre 
à Sa Sainteté une bible hébraïcjue ; le pape la reçoit 
et les engage à ne plus attendre le Messie que ce 
livre leur annonce, puisqu'il y a plus de dix-huit 
cents ans qu'il est venu ; Sa Sainteté ajoute quebjues 
exhortations pour amener les Juifs au giron de 
l'Église. 

« Vous remarquerez que le lieu choisi pour l'acte 
d'obédience ajoute encore à ce que la démarche 
a d'humiliant ; car vous savez (jue parmi les bas- 
reliefs de l'arc de Titus, il en est un qui représente 
des Juifs chargés de chaînes et figurant au triomphe 
de leur vainqueur. Les Israélites qui habitent 
Rome, par un vieux reste de patriotisme et d'amour 
pour leur religion, ne passent jamais sous l'arc de 
Titus ; ils se sont pratiqués un petit chemin à côté, 
pour aller au Campo Vaccino, lorsque leurs affaires 
les y appellent. 

« Entre autres vexations inventées pour ces 
pauvres Juifs, en voici une assez curieuse : Gré- 
goire XIII imagina de les soumettre, tous les same- 
dis, à une prédication spéciale ; elle a lieu dans 
l'église de Santa Trinità de' Pellegrini, voisine du 
Ghetto. Les Juifs, sous peine d'amende au profit 
de l'église des Catéchumènes, sont obligés d'en- 
voyer au sermon cent hommes et cinquante femmes; 
mais comme le sommeil les gagne bientôt, un bedeau, 
armé d'une longue baguette, va de rang en rang 
réveiller ceux que le sermon assoupit. Pie Via plus 

Rome, Naples et Florence, II 25. 



390 STENDHAL 

qu'aucun de ses prédécesseurs appesanti le joug de 
l'intolérance sur ces malheureux. 

« Une fonction qui ne le cédait à aucune autre 
pour le ridicule, c'était Vhommage de la haquenée. 

« Charles I^^, roi de Sicile, avant de recevoir la 
couronne des mains d'Urbain IV, prêta serment de 
fidélité au pape et à ses successeurs dans l'église 
de Saint-Pierre, et promit d'y offrir chaque année 
une redevance de 40.000 florins. En 1472, Sixte IV 
obligea Ferdinand, roi de Naples, à payer un tribut 
plus élevé et à y ajouter la présentation de la ha- 
quenée. 

« Tous les ans, la veille de la fête des apôtres saint 
Pierre et saint Paul, le connétable du roi de Naples 
offrait, au nom de son souverain, dans l'église de 
Saint-Pierre, une haquenée et une bourse contenant 
le tribut, en signe de vassalité. Ferrée en argent, 
couverte d'un harnais d'un même métal, la haque- 
née était parée de magnifiques panaches. Aussi 
longtemps qu'elle pouvait se tenir sur ses jambes, 
c'était toujours la même ; car la pauvre bête avait 
un rôle à jouer, et qu'on ne parvenait à lui ap- 
prendre qu'avec de grandes difficultés ; elle devait 
s'agenouiller devant le pape, tout comme les fi- 
dèles. 

« La dernière présentation a eu lieu en 1787. Le 
prince Colonna y figurait comme connétable de 
Naples. La cérémonie se fit avec toute la pompe 
accoutumée. Le pape, assis sur un trône, à l'entrée 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 391 

de l'é^rlise de Saint-Pierre, reçut du connétable 
la bourse contenant le tribut ^, ainsi ([ue la haque- 
née. 

« Le roi des Deux-Siciles, qui dei)uis longtemps 
contestait la légitimité de cette redevance, la sup- 
prima l'année suivante (1788). Pie VI, douloureu- 
sement affecté de ce refus, adressa des réclama- 
tions dans l'objet, à la cour de Naples ; on les reçut 
avec aigreur ; mais la révolution française s'avan- 
çant à grands pas, le gouvernement napolitain se 
hâta de terminer cette petite querelle : il s'engagea 
à payer 500.000 ducats, en forme de i)ieuse of- 
frande à Saint-Pierre, à l'avènement de chaque 
roi au trône des Deux-Siciles. Rome consentit, 
à ces conditions, à l'abolition du tribut annuel, 
ainsi qu'à celle de la cérémonie humiliante de la 
haquenée et du vasselage. 

« En 1818, les gouvernements de Rome et de 
Naples conclurent un nouvel arrangement, duquel 
résultait pour la couronne des Deux-Siciles l'affran- 
chissement de tout tribut ; le traité fut signé à 
Terracina par M. de Medici et par le cardinal Con- 
salvi. 

« La cour de Rome paraît, au surplus, avoir fait 
tout dernièrement de nouvelles démarches pour 
rétablir l'exercice de son droit de souveraineté ; 
mais il n'y a guère d'apparence que le roi de Naples 

1. II était de 6.000 ducats, équivalant à 63.400 francs. 



392 STENDHAL 

satisfasse à cette prétention ^. 

« Au reste, depuis le congrès de Vienne (1814), le 
pape proteste tous les ans contre l'abandon d'Avi- 
gnon (réuni à la France en 1791), de Parme et du 
royaume de Naples. 

« Je terminerai par quelques mots sur la plus 
grande fête de l'année, celle de Saint-Pierre ; elle 
attire à Rome beaucoup d'étrangers. Outre la solen- 
nité et la pompe qui accompagnent l'office du jour, 
le soir la coupole de Michel-Ange est entièrement 
illuminée, et l'on tire un feu d'artifice sur le château 
Saint-Ange ; il est du plus brillant effet, et coûte 
ordinairement 500 écus romains (2.700 francs). 
Quant à l'illumination de la coupole, c'est la plus 
belle chose que l'on puisse voir dans ce genre, et je 
ne saurais, par de simples paroles, vous donner 
une idée de sa magie. Cette illumination, ainsi que 
le feu d'artifice du château Saint-Ange, se répètent 
deux jours de suite, la veille et le jour de la fête du 



1. Dans un consistoire secret, tenu en mars 1831 par 
Grégoire XVI, Sa Sainteté a annoncé aux cardinaux la mort 
do François II, roi de Naples, ainsi que l'avènement de 
Ferdinand II, son fils, au trône des Deux-Siciles. Le souve- 
rain pontife a annoncé, en même temps, qu'il allait donner 
l'investiture au nouveau monarque, et lui réclamer le 
tribut ; toutefois, il n'a pas été offert le 29 juin 1831. — 
L'origine de l'investiture du royaume de Naples, que donnait 
le pape, date réellement de la transaction de Léon IX avec 
les Normands, à la suite de la défaite et de la captivité du 
pontife, le 18 juin 1053. 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 393 

patron de la cité sainte. 

« A propos de saint Pierre (Simon Barjone), le 
spirituel Erasme faisait une singulière remarque ; 
c'est que le chef de la religion chrétienne commença 
son apostolat i)ar renier Jésus-Christ, et que le 
premier pontife des Juifs (Aaron) avait commencé 
son ministère par faire un veau d'or et par l'adorer. » 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



TOME PREMIER 

Page 3. Préface. — Ce morceau, daté de Montmorency, 
le 30 juillet 1824, sur sept pages in-folio, écrites au 
recto seulement, entièrement de la main de Stendhal, 
avec quelques additions ou variantes au crayon d'une 
autre main, figure dans un des volumes de manus- 
crits qui appartenaient au pasteur Maystre, de 
Genève : acquis en 1900 par M. Chéramy, ce volume 
a été adjugé à la vente de 1913 à M. Edouard Cham- 
pion. C'est de ce même volume que nous avons tiré 
trois fragments de notre Supplément (voir page 309 du 
présent volume). Cette préface avait été écrite par Sten- 
dhal au moment où, d'actifs pourparlers étaient déjà 
engagés avec des libraires parisiens pour une nouvelle 
édition de Rome, Naples et Florence (voir notre Aifant- 
propos) ; c'est très probablement le morceau au sujet 
duquel l'auteur demande l'avis de Jacquemont, dans 
une lettre du mois d'août 1824, et que Jacquemont 
trouva détestable en septembre 1824 (voir lettre à Jac- 
quemont du 24 décembre 1825, signée Tempête) ; fina- 
lement l'édition de 1826 parut sans la préface. Colomb 
comptait la donner dans son édition de 1854, comme 
le prouve le prospectus de Michel Lévy frères (Rome, 
Naples et Florence, avec une préface inédite) ; puis il 
projeta, ainsi que le montre une note de sa main 



396 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

annexée au manuscrit, de l'insérer dans le volume 
de Mélanges (Vart et de littérature annoncé dans le 
même prospectus ; mais ce volume ne parut pas à 
cette époque. Les Mélanges publiés en 1867 ne con- 
tiennent pas cette préface. 

C'est pourtant un morceau curieux, dont on peut 
s'étonner qu'il n'ait pas été publié plus tôt. Stendhal 
y cite in extenso la lettre de Mongie du 3 avril 1824, 
qui contient le fameux mot sur le livre de V Amour. 
On sent que notre auteur a été sensible à la nuance 
insolente de cette lettre, et il réussit, en quelques 
mots, â faire partager à ses lecteurs sa juste rancœur. 
Les innombrables éditions de V Amour ont aujour- 
d'hui vengé Stendhal de la raillerie commerciale de 
Mongie. 

On remarquera que Stendhal a incorporé dans 
l'édition de 1826 les deux derniers paragraphes de 
cette préface. 

Le manuscrit porte, en tête : Préface de la troi- 
sième édition ; en marge, une note à la plume : A co- 
pier le plus tôt possible, 4 août [1824]. 

Page 3. ... j'avais en horreur V affectation... — Variante, 
en marge, au crayon, d'une autre main : [Tavais^ 
une telle horreur pour V affectation que je tombais sou- 
vent dans Vexcès contraire. 

Page 4. ... la société à la mode,... — Variante au crayon, 
d'une autre main : la société jeune. 

Page 4. ... change si fort en sept ans ! — Les ratures 
n'empêchent pas de lire la phrase primitive ainsi con- 
çue : « Hélas ! ces motifs n existent plus. Le monde 
change si fort en sept ans. La plupart de mes amis sont 
morts en prison ou exilés, ou ne m'aiment plus. » Sten- 
dhal avait en outre piqué la note suivante qui est restée 
inachevée : « Le lecteur rencontrera peut-être ici avec 
quelque plaisir une phrase de lord Byron. Ce grand 
poète rn écrivait le... 1822... » Allusion sans doute à la 
lettre de Byron à Stendhal du 29 mai 1823, publiée par 



NOTES ET ÉCLAinCISSEMENTS DU TOME I 397 

le Globe du 2 novembre 1824, puis par Romain 
Colomb, dans sa Notice sur Bei/Ie, et où se trouve 
un passage concernant les amis disparus : « Tant 
« de changements ont eu lieu depuis cette époque dans 
« le cercle de Milan, que j'ose à peine en rappeler le 
« souvenir... La mort, l'exil et les prisons autri- 
« chiennes ont séparé ceux que nous aimions... Le 
« pauvre Pellico ! J'espère que, dans sa solitude 
« cruelle, sa Muse le console quelquefois... pour nous 
« charmer encore un jour, quand son poète sera rendu 
« avec elle à la liberté. » 

Page 4. ... m' engager à donner... — Variante au crayon 
(au heu de : m' engager à faire'), que nous adoptons. 

Page 4. ... de franchise,... — Variante au crayon : de 
naturel. 

Page 4. ... au café Tortoni. — Rédaction primitive 
de Stendhal : « La plupart des voyageurs reviennent 
de Rome mourant d'ennui, sans avoir parlé à trois 
femmes d'Italie, et le plus beau moment de leur 
voyage est celui où ils revoient le café Tortoni. » Le 
correcteur a modifié au crayon le commencement 
de la phrase de la façon suivante : « La plupart 
des voyageurs qui vont à Rome pour jouir de la belle 
Italie et se donner une année de délices, en revien- 
nent, etc. » Stendhal, s'inspirant de cette addition, 
a remanié tout le passage et adopté le texte que nous 
imprimons. 

Page 5. Je ne ferai point... ■ — -Variante au crayon : Je 
ne ferai pourtant point. 

Page 5. ... comme le dit élégamment M. Mongie,... — ■ 
Variante de la main de Stendhal : Comme le dit l'érudit 
AI. Mongie. Variantes au crayon, d'une autre main : 
Comme le dit poliment M. Mongie et : Comme le dit 
avec tant d'érudition M. Mongie. 

Page 6. ... moins humiliante.., — Variante au crayon : 
moins pénible. 



398 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 6. ... que je désire. — Addition au crayon, d'une 

autre main : C'est un pays fort doux à habiter. 
Page 6. ... imprime sur Vltalie,... — Cf. page 86, 

tome II, Rome, 4 octobre 1817. 
Page 6. ... toujours dissimulant,... — Addition, d'une 

autre main, au crayon : Toujours songeant à tromper 

quelquun. 
Page 6. ... Vêtre prudent... — Variante au crayon, 

d'une autre main : sagace. 
Page 6. ... du Piémont et de Naples. — Suit une phrase 

barrée à l'encre : « Ils se sont laissé détruire {?) pour 

n avoir pas osé dans le principe souiller leur cause en 

répandant le sang innocent. » 

Page 7. ... battements de cœur. — Ed. 1817 : Quels trans- 
ports de joie, quels battements de cœur ! 

Page 7. ... à vingt-six ans ! — Ed. 1817 : à trente ans. 
Né en 1783, Stendhal avait 30 ans en 1813, date à 
laquelle il fit effectivement un voyage en Italie. 

Page 7. ... durera trois semaines ? — Cf. lettre à Pauline 
Beyle de Vienne, 1809 : « On ne sait pas plus à Vienne 
quà Grenoble si le monde durera encore trois semaines. » 
(Corresp., tome I, p. 349.) C'est le mot de Figaro 
(Barbier de Séi'ille, acte III, scène 5.) 

La Revue d'Edimbourg, dans son article de novem- 
bre 1817, citait ce premier paragraphe in extenso, 
et qualifiait l'auteur de flippant (léger et un peu 
impertinent). On voit par la Correspondance que 
Stendhal fut sensible à ce reproche ; dans une lettre 
du 20 novembre 1818, parlant d'un projet de nouvelle 
édition de Rome, Naples et Florence, il dit à Mareste : 
« Les additions sont d'un genre plus solide, plus 
sérieux, méritant moins l'accusation de flippancy. » 
L'épithète de flippant est une des plus profondes 
qui aient été trouvées pour caractériser le talent de 
Stendhal, et cela dès 1817. 

Page 7. ... sur les plaisirs de la neige. — Dans l'éd. de 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 399 

1817, ces six lignes sont réduites à ceci : « Rien pour 
le cœur. Le froid m' empêche d'avoir du plaisir, » 

Page 8. ... au service de France. — Ed. 1854 : au ser- 
vice de la France. 

Page 8. ... pouvait fort bien conduire... — Ed. 1854 : 
pouvait fort bien faire conduire. 

Page 8. ... au violon. — Ce paragraphe est ainsi rédigé 
dans la 1^® édition de 1817 : « Tai trouvé l'auberge 
de Af°^® Catalani pleine d' ambassadeurs et de cordons 
de toutes les couleurs : la tête tournerait à moins. 
Aventure singulière. L[e] R[oi] est vraiment un galant 
homme. Par hasard, je trouve cette aventure racontée 
sans mensonges dans ce jésuite de Journal des Débats. » 
La traduction anglaise imprime bravement : L. R. is 
indeed an honest man. 

L'anecdote de M'"® Catalani a été tirée effective- 
ment par Stendhal du Journal des Débats, n^ du 13 no- 
veinbre 1816. De grandes fêtes eurent lieu à Munich, 
fin octobre, à propos du mariage de la princesse Char- 
lotte de Bavière avec l'Empereur d'Autriche Fran- 
çois I^i", ou plutôt avec son frère, le prince Charles, 
qui l'épousa... par procuration, le 29 octobre à 
6 h, 1/2 du soir. Le correspondant des Débats, dans 
une lettre datée de Munich, 1^"^ novembre, raconte 
ainsi l'aventure de la Catalani : « Il paraît que nous 
n'aurons pas le plaisir d'entendre M™® Catalani, 
quoiqu'elle se trouve ici depuis huit jours. Elle avait 
pénétré, le jour de la bénédiction, au palais de l'Impé- 
ratrice, dans la chapelle royale (qui est très petite), 
et prit place sans façon, avec M. Brazzi qui lui donnait 
le bras, à la tribune destinée aux jeunes princesses de 
Bavière. Elle en fut renvoyée par un maître de céré- 
monies lorsque les princesses arrivèrent, et obligée de 
se retirer dans une galerie supérieure. Le jour suivant, 
étant chez la Reine où elle devait chanter dans un 
concert particulier, elle se plaignit amèrement de ce 
procédé, en disant qu'elle était accoutumée à être 



400 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

assise aui^rès des princesses, que le prince régent d'An- 
gleterre et le Roi de Prusse l'avaient souvent placée 
au premier rang. La Reine, qui est d'une bonté angé- 
lique, tâcha de la calmer, et lui dit en riant que s'il 
y avait eu à Saint- James ou à Berlin une grande céré- 
monie dans un si petit local, elle n'aurait peut-être 
pas trouvé une place aussi commode. Mais la canta- 
trice devint toujours plus passionnée, et déclara enfin, 
en fondant en larmes, qu'elle ne pouvait pas chanter. 
Alors le Roi, qui était survenu, la fît renvoyer et lui 
fit défendre de chanter à Munich. Depuis cette affaire, 
M'"^ Catalani a essayé plusieurs fois d'obtenir la per- 
mission de chanter à la cour ; mais elle lui a été re- 
fusée. )> 

Page 9. ... de velours ou de satin. ■ — Ed. 1817 : Von a fait 
1.085 habits de velours ou de satin. 

Page 10 à la Scala,... — Ed. 1854: Aous nous recevrons 

à la Scala. 

Page 10. ... au pied des Alpes. — Ce paragraphe n'existe 
pas dans l'édition de 1817. — Mélilde allait souvent 
à Desîo, car sa cousine M"^^ Traversi y possédait une 
villa. C'est ce qui explique sans doute le souvenir 
ému que Stendhal garde de Desio en 1826. 

Page 10. ... réfléchie par les décorations. — Ed. 1817 : 
qui vient des décorations. 

Page 10. ... que fai promis de garder... — Ed. 1817 : que 
je me suis obligé à garder. 

Page 11. ... surtout pas de gravité. — Ed. 1817 : Je suis 
présenté dans sept ou huit loges. Je trouve des manières 
pleines de naturel et une gaieté douce. — Note sur l'ex. 
de Civila-Vecchia : // y a un peu de trivialité dans ce 
pays-là. 

Page 11. ... de la première beauté .'» — Cf. Histoire de la 
Peinture en Italie, chap. cxxx, note. 

Page 11. ... qu'il faut faire... — Ed. 1817 : qu'il faut 
donner. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 'lOl 

Page 11. ... par exemple ... — • Ed. 1817 : surtout. 

Page 11. ... pour se faire exhumer. — - Ed. 1817 : donne 
contre la voûte pour se faire ouvrir. 

Page 12. ... la plus enflammée,... — Ed. 1817 : la plus 
pleine de feu. 

Page 12. ... depuis longtemps. — Ed. 1817 : de ma vie. 

Page 12. ... qui commence à percer en ce pays ;... — Ces 
mots n'existent pas dans l'édition de 1817. 

Page 12. Est-ce une œuvre de génie? — Ed. 182G : est-ce 
un œuvre de génie ? 

Page 12. C'est une œuvre de génie. — Ed. 1826 : C'est un 
œuvre de génie. Dans la Vie de Rossini, Stendhal 
avouera avec beaucoup de bonne grâce qu'il s'est 
trompé. 

Page 13. ... pour apprendre à déclamer... — Ces mots 
n'existent pas dans Téd. de 1817. 

Page 13. ... le grand acteur... — Ed. 1817 : le grand 
artiste. 

Page 13. ... cest là le sublime. — Ed. 1817 : cest du 
sublime. 

Page 13. Les meilleures tragédies... — Ed. 1817 : Les 
tragédies. 

Page 13. ... Il syjicope... — Cette expression, en musique, 
a un sens très précis qui n'est pas évidemment celui 
que veut lui donner l'auteur ici ; Stendhal veut sim- 
plement faire entendre qu'au lieu de composer de 
longues phrases, Solliva ne donne que de petites 
phrases concises. Dans la Vie de Rossini, Stendhal 
dira de même que Rossini syncope à chaque instant 
des phrases de Cimarosa. 

Page 13. ...la musique en a fait... — Ed. 1817: il est. 

Page 13. ... de la profondeur aux sentiments. — - L'édition 
de 1817 ajoutait ici : Voilà l'avilissante monarchie. 

Page 14. ... notre trésor. » — Cette conversation a été 
ajoutée en 1826. 

Page 14. ... par des Italiens. — Les trois dernières 
phrases n'existent pas dans l'éd. de 1817. — Note 

Rome, Naples et Florence, II 26 



402 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



de l'ex. de Civita-Vecchia : Eji Lomhardie, les pires 
ennemis de la liberté sont les nobles prétendus libéraux, 
qui tendent à faire avorter la présente révolution des 
esprits et veulent l'oligarchie. C'est la même tendance 
quen Angleterre (Por\r6], Con\Jalioneri^) . 

(Ce passage a été barré par Stendhal, après coup, 
et il a ajouté en travers : Us sont en prison et en 
fuite). 

Napoléon, 3 juillet 1818. Pour bien comprendre et 
bien faire sentir V influence de Napoléon en Lombardie, 
il faut voir ce qu était ce pays fertile en 1795. Marie- 
Thérèse avait commencé à être tolérante. Mais ce pays 
était encore empoisonné par V abominable gouvernement 
de Philippe IL II fallait un remède énergique. Joseph II 
tomba sur les prêtres et les nobles vers 1783. Mais le 
remède n était pas encore assez énergique. Napoléon 
vint... On peut prendre des lumières sur la Lombardie 
en 1780 dans les Vies de Pietro Verri, homme supérieur, 
et de Beccaria, écrites par Pietro Custodi (?) dans la 
plate collection de Custodi. 

Page 15. ...du moyen âge. — On reconnaîtra ici quelques 
phrases ajoutées en 1826 et tirées de la Préface de 
l'édition de 1817. (Voir Appendice, tome II, page 119.) 

Page 15. ... vers 1780;... — Ed. 1817 : vers 1740. 

Page 15. ... r harmonie... — Ed. 1817 : la symphonie. 

Page 15. ... ce beau climat ; ... — -Voir tome I^^, page 236, 
la citation italienne d'AIfieri (la pianta uomo). 

Page 15. ... ailleurs, on nen a que la copie. — L'éd. 1817 
ajoute : Le vrai sentir fut fait pour eux. 

Page 15. Je sors cVune loge... — Toute cette fm du 
journal du 1®^ octobre ajoutée en 1826. 

Page 16. ... quelque femme de leurs amies,... — Ed. 1854 : 
quelques femmes de leurs amies. 

Page 16. ... Malaspina, ce poète... — Voir le Supplé- 
ment, nP II, où Stendhal nomme Radaelli, avec qui 
il fut en relations suivies (voir plus bas, page 141, 
et de V Amour, chap. xxxi, petite ode de S. Radael, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMEiNTS DU TOME I 403 

citée en note). M. II. Cordier, dans sa Bibliographie 
stendlialienne, page 63, cite, d'après M. Paul Arbelet, 
un article du Prof. F. Novali (dont la date n'est pas 
indiquée) sur Radaelli. 

Page 17. ... ces habits dlioinme... — Ed. 1854 : ses habits 
d'homme. 

Page 18. ...le danger de Malaspina. » — Dans une lettre 
à Mareste (Correspondance, édition Paupe, tome II, 
page 331), Stendhal fait allusion à cette anecdote : 
« Pour 1.200 francs, je donnerai... cent pages d'addi- 
tion ; le conte fort vrai de Gina (le banquier s'appelait 
Soreri ; elle était de Novare) est un échantillon. » 
— L'anecdote de Gina était, dans la 1^*^ édition de 
1817, réduite aux lignes suivantes : « Je voyais ce 
ballet à côté d'une femme, belle encore, qui, il y a quel- 
ques mois, ayant son amant malade, et gardée de près 
par son cavalier servant, s'habillait en homme, sortait 
par la fenêtre, et entrait chez son amant, aussi par la 
fenêtre. Elle le veillait toute la nuit, et rentrait chez 
elle à cinq heures du matin. On comprend quil y a 
dans ces physionomies-là certains mouvements qu'on ne 
voit pas chez ?ios belles Parisiennes. » Voir au Supplé- 
ment, tome II, page 319, la rédaction première de 
l'anecdote développée de Gina. 

Page 18. ... à partager le ridicule. — Ed. 1856 : à par- 
tager le même ridicule. 

Page 18. ... son second ouvrage... — Note de Stendhal 
sur l'exemplaire Le Petit : « Solliva n'a plus rien 
fait que de l'harmonie. » 

Page 19. ... très travaillée,... — Ed. 1854 : très variée, 
qui n'a pas beaucoup de sens. 

Page 19. ... toujours le même... — Ajouté en 1826. 

Page 19 : ... maestro,... — Ed. 1817 : musicien. 

Page 19. ... soprano Velluti. — Ed. 1817 : castrat Vel- 
luti. 

Page 20 à mademoiselle Cinti,... — Ed. 1817 : à ma- 
demoiselle Festa. 



404 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 20. ... du duc de Hongrie. — Ed. 1817 : du prince 
hongrois. 

Page 21 que serais- je?)) — Tout ce paragraphe, depuis: 

en France, un homme d'autant d'esprit, a été ajouté 
en 1826. 

Page 21. ... il faut un cœur froid. — L'éd. 1817 ajoute-: 
c^est Vun des grands principes de la science de Lavater. 
Cf. Vie de Haydn, page 384. 

Page 21. ... sur le baron allemand Kœnigsfeld,... 

Correction de Stendhal sur un exemplaire de 1817 
de l'ex-coUection Stryienski : chez le baron allemand 
Kœnigsfeld. 

Page 21 un peu d'esprit:... — L'éd. de 1817 dit simple- 
ment : choquent les sots. 

Page 21. ... des talents appris ;... — Ed. 1817 : des 
tcdents dus à V art plutôt qu à la nature. 

Page 21. ... des attaques de nerfs aux femmes. — Ed. 
1817 : Les instruments attaquent timidement la note. 
Rien ne tue le plaisir comme cela. Au lieu d'être dans 
les nues, on songe à un écolier. Il est conduit par ce 
M. Rolla, que la police a fait prier de ne plus jouer de 
l'alto ; il donnait des attaques de nerfs aux dames. Ceci 
est un fait. On parle d'un autre chef, M. Cavinati, qui 
donne plus de fermeté aux effets. 

Page 22. ... reproduite par Paisiello. — Paragraphe 
ajouté en 1826. — Note de Stendhal sur l'ex. Le 
Petit : « Ceci n'est pas trop exact ; cela n'est bon que 
pour un barbare qui arrive. » 

Page 22. ... M. le duc Litta... — Le marquis Antonio 
Litta (1745-1820) avait été fait duc par Napoléon. 
11 était grand chambellan de l'empereur, grand offi- 
cier de la couronne, grand dignitaire de Tordre de 
la Couronne de fer, sénateur du royaume d'Italie. 
La duchesse Litta était dame d'honneur de la vice- 
reine. Ne pas confondre ce Litta avec Pompeo Litta, 
auteur des Famiglie celebri d' Italia, que Stendhal 
citera plus bas. 



NOTES ET ÉCLAIUCISSE.MENTS DU TOME I 405 

Page 23. ... (F un certain escalier... — Ed. 1854 : c/'j/n 
escalier. 

Page 23. ... si.r jets (F eau me sont partis entre les jambes. 
— Voir dans les Lettres de Ch. de Brosses (édition. 
Colomb, 183G, tome II, pages 313-316) d'amusants 
détails sur ces jets d'eau facétieux, qui ont été long- 
temps à la mode. 

Page 23. An Gernietto... — • Ou plutôt : au Gergnetto. 

Page 23. ... du fameux dévot Mellerio... — Le comte 
Giacomo Mellerio (1777-1847), grand partisan de 
l'ancien régime, célèbre pour sa piété. Voir sur lui 
J. Mellerio, La famille Mellerio. Paris, 1893. 

Page 23. ... (la Scie de Lecco). — Cf. lettre du 31 octo- 
bre 1823 (Corresp., tome II, page 312), et Vie de 
Henri Brulard, tome II, page 191. C'est le Monte 
Resegone di Lecco des cartes ; Stendhal l'écrit en 
dialecte milanais. 

Page 23. ... comme celle de Paris,... — Carton 1827 : 
comme celle de 

Page 24. ... ainsi que les balcons... — Ces quatre mots 
sont ajoutés dans un carton de 1827. 

Page 24. ... at^ec le duc Litta. — Tout ce fragment du 
4 octobre a été ajouté en 1826. 

Page 24. ... au sestetto du second acte. — Note de Stendhal 
sur l'exemplaire Le Petit : « Lord Byron aidait les 
plus beaux yeux du monde en écoutant ce sestetto. » 
Cf. Lord Byron en Italie (Racine et Shakspeare, éd. 
Lévy, page 279), et lettre à M"^^ Belloc (Corresp., 
tome II, p. 342i. 

Page 24. ... quil a pillé quelque part:... — Ed. 1817 : 
quon lui a donné. 

Page 24. ... mais il n'y a rien. — Ed. 1817 : mais il ny 
a rien que le vide qu'on y éprouve. 

Page 25. ... (règne de Napoléon, de 1805 à 1814^. — 
Cette parenthèse est de 1826, ainsi que la fm du 
paragraphe. 

Rome, Naples et Florence, II 26« 



406 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 25. ... jamais de figure sèche et désespérée. — Ajouté 
en 1826. 

Page 25. ... V empereur d'Autriche. — Cette phrase a été 
ajoutée en 1826. — On sait que Stendhal s'obstine 
à appeler empereur d' Autriche l'empereur d'Alle- 
magne. 

Page 26. ... dans V intérieur des maisons. — Ed. 1817 : 
qui a les plus belles rues et les plus belles cours. 

Page 26. ... i^i?igt mille... — Ed. 1817 : quatre ou cinq 
mille. 

Page 26. ... comme tout le Nord. — Ces dernières lignes 
depuis : On les tire, ont été ajoutées en 1826. — Les 
carrières de Baveno sont toujours exploitées. 

Page 26. ...et est remonté. — Anecdote ajoutée en 1826. 

Page 27. ... plus bavard que Cicéron. — L'article de 
VEdinburgh Review, en citant ce passage, constate, 
d'un ton un jdcu pincé, que les Anglais sont en bonne 
compagnie. 

Page 27. ... cent mille livres de rente,... — Ed. 1817 : de 
gens à cent ou deux cent mille livres de rente. 

Page 28. ... six cent mille francs... — Ed. 1817 : 
800.000 frajics. 

Page 28. ...si commode. — Les deux dernières phrases 
n'existent pas dans l'éd. de 1817. 

Page 28. ... je me mets en expérience. — Dans l'édition 
de 1817, on trouve ici le paragraphe suivant : « Je 
ne vous parle pas des ballets ; pour expliquer ces 
jouissances d'imagination, il faut de longs détails qui 
tuent r imagination. Par exemple, dans le petit ballet 
de ce soir, l'Elève de la nature, un bal avec des airs 
écossais donné, pendant la nuit, sur le pont d'un 
vaisseau qui cingle vers la patrie, à travers l'immense 
Océan. » Vient ensuite, en huit lignes, l'anecdote de 
Gina (voir plus haut, note à la page 18). 

Page 28. ... quatre cents spectateurs tout au plus... — 
Ed. 1817, 1826 et 1854 : quatre cents personnes environ. 
Nous tirons cette variante d'un carton de 1827. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I -107 

Page 31. ... chez la riche bourgeoise. — Celle anecdole 
n'existe pas dans l'édition de 1817. 

Page 32. C'est une âme sèche. — Ces mots ont été ajoutés 
en 1826. 

Page 32. ... En sortant,... — L'édition de 1817 ajoutait 
ici : « J'ai trouvé six pouces de neige. » 

Page 32. ... près d'une demi-lieue. — Ed. 1817 : près de 
trois quarts de lieue. 

Page 32. ... l'expression des passions. — Dans l'édition 
de 1817, ici finit la partie consacrée à Milan (4 octo- 
bre-30 novembre 181G). Suivent deux courts para- 
graphes datés de Parme et de Bologne, 1^"^ et 2 dé- 
cembre 1816 (voir Appendice), et l'auteur nous trans- 
porte à Florence : Je vole au théâtre du Hhohhonœro 
(tome I, page 331, de la présente édition). 

Page 32. ... l'expression fine des nuances de sentiment. — 
Voir, dans V Essai sur l'inégalité des races humaines 
du comte de Gobineau, un intéressant développement 
de cette idée délicate à propos de l'air de Paolino du 
Matrimonio Segreto <; Pria che spunti in ciel l'au- 
rora ». 

Page 32. ... lady Fanny Harley. — Ed. 1826 et 1854 = 
lady Fanny Har***. Le nom complet est donné par 
un carton de 1827. 

Page 33. ... l'absence de la force. — CL Histoire de la 
Peinture en Italie, chap. cxv. 

Page 34. ... d'une certaine nation — - La France, on 

le devine. 

Page 36. ... la fortune, la înort, etc. — Voir dans les 
Lettres de Ch. de Brosses (tome II, pp. 207-210) une 
description détaillée du jeu de taroc, qui, d'après de 
Brosses, comprend 97 cartes, dont 56 des quatre 
couleurs ordinaires, avec quatre figures au lieu de 
trois, 40 cartes spéciales et le matto, ou fou. En 
réalité le taroc comprend 78 cartes. 

Page 36. ... M. Reina... — Francesco Reina (1770- 



408 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

1825), célèbre bibliophile, éditeur des œuvres de 
Parini. Stendhal en reparlera plus loin. 

Page 39. ... une affectation ridicule. — M. Mal*** res- 
semble singulièrement au comte d'Erfeuil, de Corinne. 
« Le comte d'Erfeuil ne faisait aucune attention à 
« l'Italie, et rendait presque impossible à lord Nervil 
« de s'en occuper ; car il le détournait sans cesse de 
« la disposition qui fait admirer un beau pays et eu 
« sentir le charme pittoresque. » (Livre I, chap. m). 
C'est le même d'Erfeuil qui, lorsque les postillons lui 
signalent à l'horizon la coupole de Saint-Pierre, 
s'écrie : « On dirait le dôme des Invalides ! » ; c'est lui 
qui, ne comprenant rien à ce que dit Corinne en 
italien ou en anglais, lui glisse ces mots galants : 
« Belle Corinne, parlez français ; vous en êtes digne » ; 
lui qui, fatigué des ruines, des tableaux, des églises 
de Rome, se promet d'en clabauder à son aise en 
France : « J'en dirai mon avis quand je reviendrai à 
Paris ; il est temps que ce prestige de V Italie finisse ! « ; 
ou qui, lorsque Corinne meurt de son amour pour 
Nelvil, lui répète sans cesse, en guise de consolation : 
« Je pous Valais bien dit ! » Ce déluge d'épigrammes, 
qui fait presque du comte d'Erfeuil une caricature 
(perdue d'ailleurs dans le fouillis de Corinne), laisse 
bien loin derrière lui les petites pointes de Stendhal 
contre les Français. L'excuse de M'"^ de Staël, c'est 
qu'elle était Genevoise. 

Page 39. ... Madame Marini... — Sur M™^ Marini, 
voir le Journal cï Italie, page 32, avec la note de 
M. Arbelet. 

Page 39. ... en parlant milanais serré,... — Cf. lettre à 
Honoré de Balzac, du 30 octobre 1840, Correspondance, 
tome III, page 257. 

Page 40. ... passagères... — Ed. 1854 : fréquentées. 

Page 40. ... du moyen-âge. — Cf. note de Stendhal sur 
l'ex. de Civita-Vecchia : « Il faut chercher toute l' Italie 
actuelle dans le moyen-âge. Tous les usages que ?ious 



NOTES KT ÉCLAinCISSEMENTS DU TOME I 409 

voyons ne sont que des conséquences. C'est un vieillard 
glacé par Vàge, et presque retombé en enjance, qui 
conserve encore, sans s'en douter, les habitudes des 
heureux jours de sa jeunesse. » 

Page 41. ... madame Bignami rcjusu... — Ed. 1826 
et 1854 : Madame Big*** refusa. Il s'agit bien de 
]yjme Bignami, femme du riche banquier milanais. 
Le mot a été complété j)ar Stendhal sur l'ex. Le Petit. 

Page 44. ... une église catholique,... — Cartiui 1827 : 
une église 

Page 44. ... un fat milanais penché sur son cheval... — 
C'est un carton de 1827 qui ajoute : penché. 

Page 45. ... Carline Porta... — Sur Porta, voir notre 
note infra à la page 105. 

Page 46. ... quune promesse de bonheur. — Cf. De 
Vamour, chap. xvii. 

Page 46. Miss Bathurst... — Carton 1827 : Miss BatJi 

Une note au crayon, de l'ex. Le Petit, paraissant 
d'une autre main que celle de Stendhal, ajoute ce 
détail : since drowned in the liber near the Ponte 
Molle (noyée depuis dans le Tibre, près du Ponte 
Molle). Sur la fin tragique de Miss Bathurst, voir 
le Globe du 30 janvier 1828. 

Page 47. Le général Bubna... — Le comte de Bubna 
(1772-1825), feld-niaréchal autrichien, ambassadeur 
à Paris en 1813, puis gouverneur de la Loinbardie 
après la chute de Napoléon. 

Page 48. ... disais-je à M. Cavaletti... — Le baron Fran- 
cesco Cavaletti, chevalier de la Légion d'Honneur 
et de la Couronne de fer, écuyer de Napoléon ; s'était 
distingué en Espagne. 

Page 49. È una sciocca... — C'est encore, nous dit 
M. Paul Arbelet, un mot qu'on entend aujourd'hui 
dans la société milanaise. 

Page 51. ... jolies femmes du bal... — D'après une note 
de l'ex. Le Petit, M™e Ag*** serait M"^e Agosti, 



410 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

née Barrai, et la belle Espagnole M^^ L*** serait 
Mme Lechi. 

Page 51. ... M. Izimbardi... — D'après une note de 
l'ex. de Civita-Vecchia, M. Izimbardi, ou Isimbardi, 
était directeur de la Monnaie de Milan. 

Page 54. ... de Léonard de Vinci,... — Les initiales 
M*** Y*** désignent évidemment Métilde Vis contini. 

Page 55. ... un beau trait du tombeau de Jean- Jacques 
de Médicis,... — Ed. 1854 : un beau trait de Jean- 
Jacques de Médicis. 

Page 55. ... qui prêche un enfer éternel. — Carton 1827 : 
qui éternel. 

Page 61. ... en mars 1815... — Ed. 1826 et 1854 : en 
mars 1814, erreur évidente, l'assassinat de Prina 
ayant eu lieu au mois d'avril 1814. 

Page 62. ... Lettere sirmiensi. — Ed. 1826 et 1854 : 
Lettere sirmienze. Il n y a aucune raison pour repro- 
duire des faute ; qui sont imputables peut-être autant 
à l'imprimeur qu'à Stendhal. 

Page 63. ... son apothéose de Napoléon... — Carton 
1827 : soti apothéose de 

Page 63. ... le grand diamètre de V ellipse. — L'édition 
de 1826 ajoute ici un petit dessin représentant la 
piste en ellipse, avec la spina au milieu. 

Page 64. Un prince nest quune cérémonie,... — Carton 

1827 : un prince nest quune Note de Stendhal 

sur l'ex. Le Petit : « Cela est plus ancien que Louis XV L 
Un cardinal dit le mot à Louis XII ou François I^^. » 

Page 65. La vue des Alpes dans le lointain,... — Ed. 1826 
et 1854 : La vue des Alpes, à partir. Nous ajoutons : 
dans le lointain, d'après un carton de 1827. 

Page 67. ... chez Vaimable Bianca Alilesi... — Célèbre 
femme de lettres milanaise. 

Page 67. ... Rossini... — Ed. 1826 et 1854 : R**\ Nous 
rétablissons le nom entier, évidemment celui de 
Rossini. Il figure d'ailleurs en marge de l'ex. Le 
Petit. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSE:\IENTS DU TOME I 411 

Page 67. Ainsi isolé... — Ed. 1854 : ainsi isolée, qui n'a 

pas de sens. 
Page 68. ... la force dans le caractère milanais. — Ed. 

1854 : la force de son caractère milanais, qui est un 

non-sens. 
Page 68. ... ont eu des maîtresses. — Carton 1827 : ont eu 

des 

Page 69. Ils ne sont pas mariés. — Carton 1827 : Ils ne 

sont pas 

Page 69. ... qui fut célébrée par un prêtre son amant. — 

Carton 1827 : qui fut célébrée 

Page 69. ...le sacrement serait valable. — Carton 1827 : 

Cela est conforme au quia déclaré que si 

le diable lui-même se déguisait en 

, le serait i^alable. 

Page 69. ... des prêtres français émigrés. — Carton 1827 : 

Dans ce cas on se moque d'eux, et on les .,.,.... 

.... émigrés. 

Page 70. Avant eux,... — Ed. 1817 : avant. 

Page 70. ... fils de son ministre de r intérieur. — Voir 
dans la Correspondance, tome II, page 500, un magni- 
fique portrait de Louis de Brème. «... Il avait beau- 
coup de hauteur, d'instruction et de politesse. Sa 
figure élancée et triste ressemblait à ces statues de 
marbre blanc que Ton trouve en Italie sur les tom- 
beaux du XI® siècle. Il me semble toujours le voir 
montant l'immense escalier du vieux palais sombre 
et magnifique dont son père lui avait laissé l'usage. » 
C'est très probablement le prototype de Fabrice, 
après le mariage de Clelia, dans la Chartreuse de 
Parme. 

Page 71. ... les délicatesses monarchiques de Racine,... — 
Carton 1827 : les délicatesses de Racine. 

Page 72. ... d'avoir... — Ed. 1826 : de voir, faute d'im- 
pression évidente. 



412 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 72. ... de la prison du Spielberg... — Ed. 1826 : 
du Spitzberg, amusante coquille. 

Page 73. ... est menacé de la prison. — Un exemplaire 
de l'édition cartonnée de 1826 de Rome, Naples et 
Florence, appartenant à M, Barbery, de Nice, con- 
tient la curieuse note suivante, de la main d'un 
inconnu : « Elle (la prison) ne lui a pas manqué, et 
il y est resté près d'un an sans savoir les motifs. Il 
en est sorti de même sans être plus instruit. On lui 
avait laissé un espion qui ne le quittait pas, qu'il 
appelait son ange gardien, et qu'il me fit voir par la 
fenêtre : « Il m'attend quand je sortirai. » 

Page 73. ... de V esprit à Naples. — Voir, tome II, page 15,. 
le récit de la révolution de Naples, et le rôle de Nelson 
dans cette affaire. 

Page 73. ... Crisostomo Berchet... — Ed. 1826 et 1854 : 
Grisostomo Bercheti. Son vrai nom était : Giovanni 
Berchet (en italien Berchetti). Crisostomo n'était qu'un 
pseudonyme. 

Page 74. M. Trechi... — Il s'agit du baron Sigismond 
Trechi (1781-1850), ami de Foscolo et de Manzoni ; 
il était, vers 1817, célèbre à Milan par son élégance 
et son train de vie princier, mais jiassait pour inca- 
pable d'aucune idée sérieuse ; ce qui ne l'empêcha 
pas de se compromettre avec les Carbonari ; il s'en- 
fuit de Milan en 1820, et habita Paris et Londres. 
L'ex. Le Petit donne le nom complet. 

Page 74. ... nos discussions littéraires. — Sur tous ces 
noms cités par Stendhal, Louis de Brème, Guasco, 
Silvio Pellico, Pietro Borsieri, Confalioneri, Ermès 
Visconti, Berchet, Rasori, Romagnosi, Grossi, Monti, 
voir l'ouvrage de Cesare Cantù (Il Conciliatore e i 
Carbonari, episodio. Milan, 1878), et les nombreuses 
études plus récentes sur la question, publiées en 
Italie. Tous ces Italiens étaient carbonari. Stendhal 
fréquentait assidûment ce milieu libéral, et naême 
révolutionnaire, qui finit par le compromettre. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I ^ll3 

Quoique son d<'-part de Milan au uiilitMi de 1821 ait 
eu aussi d'autres raisons, et quelque obscure que 
soit encore cette jiartie de la vie de Stendhal, on 
remarquera (jue le distucco arnaru suivit de près l'ar- 
restation des Carbonari ((in 1820). La police autri- 
chienne avait l'œil sur Stendhal ; dès le mois de 
juin 1820, pour le brouiller avec les Milanais libé- 
raux, elle avait, par une audacieuse calomnie, répandu 
le bruit (pie c'était un espion du gouvernement de 
Louis XVIII. Il serait indispensable d'étudier à 
fond cette ]iériode, pendant laquelle vraisemblable- 
ment Stendhal commit certaines imprudences ; il 
ne faudra pas perdre de vue, au cours de cette étude, 
que Stendhal s'était fait alFdier à la franc-maçonnerie 
en 1806, et qu'il signait hardiment quelques lettres 
à certains Milanais : « Freethinker (libre-penseur) 
autant que vous n. 

Page 74. ... de fameux peintres à l'huile. — Sur la Nina, 
voir plusieurs lettres de la Correspondance : elle fut 
un des grands enthousiasmes de Stendhal. Cf. éga- 
lement tome I, page 403. Sur l'ex. de Civita-Vecchia, 
Stendhal a consigné en marge la note suivante, en 
guise de journal : « 31 mars 1818. Dîner with Nina. 
Chansons vénitiennes, deux de Perruchini. Nous sor- 
tons de chez elle à 1 heure [du matin], et accompa- 
gnons this wije amoureuse de son mari, Adélaïde 
Cressotti. J'en sors à 2 h. 1/2, Bussi et moi, avec un 
lumicino in mano. De 4 h. [du soir] à 2 h. 1 /2 [du 
matin], très gai, et tout cela pour 5 francs. La Paris- 
sini (?) frappée de la vraie déclamation de Dom[i- 
ni]que, et le montrant du doigt à plusieurs reprises 
à la Nina. » 

Page 75. ... Madame B... — 11 s'agirait, d'après une 
note de l'ex. Le Petit, de M"^^ Bensoni. 

Page 76. ... M. le colonel Corner. - — Sur le comte Andréa 
Corner, voir Souvenirs d'Egotisme, chap. ix. L'éd. de 
1826 donne seulement : Cor 



414 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 76. M. Ancillo... — Ed. 1826 : M. A***. L'ex. 
Le Petit donne le nom complet. 

Page 78. ...et puis mourir ! — Ed. 1854 : puis mourir. 

Page 79. ... marche gravement au confessionnal. — Cf. 
Vie de Napoléon, édition 1854, pages 140 et sui- 
vantes. Il s'agit du comte Lechi. Sur les Lechi, voir 
Journal cV Italie, page 85, note. 

Page 83. M. Cattaneo... — Il s'agit de Gaetano Cattaneo 
{1771-1841). grand ami du poète milanais Porta, le 
fameux auteur des satires en vernacolo. 

Page 83. ... il ne se vendit pas comme un homme de 
lettres. — Ed. 1826 : il fut le contraire d'un homme de 
lettres. Nous tirons notre texte d'un carton de 1827. 

Page 87. ... M. de Goury... — Du proverbe de M. Le- 
clercq, ajoute Stendhal sur l'ex. Le Petit. Il s'agit 
du Château de cartes. 

Page 87. Le carême... — Ed. 1827 : le carnaval, faute 
d'impression évidente. 

Page 90. ... à la pension Fellenberg... — Ed. 1826 et 
1854 : Fellemberg. — Sur M. de Fellenberg et ses 
procédés d'éducation, voir un article du Globe (n° 12 
du 20 décembre 1827), avec une curieuse lettre de 
M. de Fellenberg lui-même. 

Page 91. ... tomber une tête.''... — Carton 1827 : tomber 
une 

Page 91. ... l'auteur des derniers volumes de Grimm, — 
Meister a en efTet publié un Voyage de Zurich à Zurich 
par un vieil habitant de cette ville (Zurich, Orell et C^^, 
1818 — 2e édition en 1825). 

Page 92. ...la peur de V enfer. — Carton 1827 : la peur 
de Ve 

Page 92. ... Madame Annoni... — L'éd. de 1826 donne 
seulement M^^ A.... Le nom complet est dans un 
carton de 1827. Stendhal ajoute sur l'ex. Le Petit : 
« Uauteur ne nomme que des gens que ne peut plus 
atteindre la police autrichienne. » 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 415 

Page 92. ... qui n"a point d'amant... — Cf. note de 
Stendhal sur l'cx. de Civita-Vecchia : « 23 septem- 
bre 1818. La honte unique pour une femme milanaise 
est de ne point avoir d'amant. (Speaking to Gina). » 

Page 92. ... élevées dans les couvents. — Carton 1827 : 
élevées dans les c 

Page 96. ... croient à la sainte \'ierge... — Carton 1827 : 
croient à la 

Page 96. ... peut avoir du crédit. — Carton 1827 : peut 
avoir du 

Page 96. ... l'écho de la Simonetta. — - Voir Journal 
(19 septembre 1811) et Journal d'Italie de M. Paul 
Arbelet, p. 169. 

Page 96. ... damazz de Lombardia. — .4 la marquise 
Paola Travasa, une des premières dames de Lombardie, 
(La nomination du chapelain. ) Voir notre note, infra, 
sur Carline Porta. 

Page 97. ... à Madame Pasta. — Sur l'ex. Le Petit, 
Stendhal ajoute : « M^^ Pasta s est formée par l'étude 
de M^® Pallerini et de A/™^ Grassini. » 

Page 99. ... cest un ennemi. — Carton 1827 : le servir 
avec zèle est car cest un 

Page 101. ... et il vole ; — Carton 1827 : et il 

Page 101. ...di far altrimenti. — Il serait bien fou de 
faire autrement. 

Page 102. ... la maison d' Autriche... — Rayé sur Tex. 

Le Petit, et en marge : V oligarchie autrichienne. 
Page 102. ... revenir au despotisme... — Carton 1827 : 

revenir au 

Page 102. ... qui sont brouillés... — Carton 1827 : qui 

sont 

Page 103. ...le clergé,... — Ed. iS26 et 1854: lec... Il 

n'y a aucune raison pour ne pas rétablir le mot en 

entier. 

Page 103. ... par la suite,... — Ed. 1854 : par suite. 



416 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 103. ... de détresse... — Ed. 1826 et 1854 : de 
malheur. Nous corrigeons d'après un carton de 1827. 

Page 104. ... vengo adesso di Cosmopoli. — Voir Prome- 
nades dans Rome, 15 novembre 1828. Le mot est tiré 
de Topéra-boulTe : / pretendenti delusi, de Mosca. 

Page 105. ... ce charmant petit poème. — Les lecteurs, qui 
désireraient connaître le poème entier, ainsi que les 
sonnets et autres pièces de vers de Porta cités plus bas 
par Stendhal, les trouveront, très bien édités, accom- 
pagnés d'excellentes notices et de traductions en 
italien courant des passages les plus difficiles, dans le 
volume intitulé : Poésie édite, inédite e rare di Carlo 
Porta (Florence, Barbera, 1884). L'orthographe 
phonétique du patois milanais diffère d'ailleurs selon 
les éditions. On peut consulter aussi : Poésie scelte di 
T. Grossi et di C. Porta, Milan. 1817 (2e édition 
en 1827) et le recueil plus récent : Poésie milanesi 
di Carlo Porta e Tommaso Grossi (Milan, 1903). C'est 
là qu'on trouvera le texte complet de la fameuse 
Vision de Prina de Grossi (El di d'incœu) qui 
enthousiasmait à juste titre Stendhal (voir Appendice, 
page 156 du tome II). 

Page 105. ... par des Italiens renégats... — Carton 1827 : 
par des Italiens 

Page 106. M. Locatelli...— ¥.à. 1826 et 1854: M. Lo*'\ 
Il s'agit évidemment de Locatelli (voir plus bas, 
page 121). 

Page 109. Je vous assure... — Conforme à l'édition de 
1826. L'exemplaire de Rome porte une correction de 
Stendhal : je i>ous jure, dont on ne voit pas l'intérêt. 

Page 110. ... que Vâme fût immortelle... — Ed. 1826 
et 1854 : Que je voudrais que Va., fût immortelle ! 

Carton 1827 : Que je voudrais que et qu'il pût 

nous entendre. 

Page 110. Vieillard, traiteur français,... — Ce restaura- 
teur, réputé parmi les Milanais pour son excellente 
cuisine française, a eu les honneurs du Conciliatore, 



NOTES ET ÉCLAIHCISSEME.NTS DU TOME I ^Lil 

IN0US trouvons, dans les Idée clcmentdri snlla pncsia 
romantica d'IOiiiiès Visconti (fJ^ article, ])aru dans 
le n° 28 du journal carbonariste, le jeudi 6 décem- 
bre 1818), l'amusant passage suivant ; il s'agit d'un 
dialogue entre un classiciste et un romantique au sujet 
•des ballets : 

Lf. Romantique. 

... Je vous prio de remarquer que la beauté essen- 
tielle et principale des ballets consiste dans le pitto- 
resque et dans l'émotion. Viganô a réalisé cette con- 
dition : vous ne pouvez lui demander plus ; car on ne 
peut demander à un art que ce qu'il peut donner. 
Irez-vous demander à Vieillard de vous guérir de la 
fièvre ? 

Le Classiciste. 

Voilà vraiment une comparaison qui vient à 
propos ! Tenez, si j'étais un de ceux que vous savez, 
je vous dirais que c'est une comparaison roman- 
tique ! 

Le Romantique. 

Et moi, si j'en étais un autre, je vous répliquerais 
que vous répondez comme un classiciste : vous 
décidez de tout sans avoir rien entendu. Ecoutez 
plutôt. Je suppose que quelqu'un aille trouver Vieil- 
lard et lui tienne ce langage : « Monsieur Vieillard, je 
ne comprends pas que vous ne vendiez que des 
poulets, des légumes et des truffes, toutes choses qui 
ne guérissent ni de la fièvre ni du mal de tête ! » 
\ ieillard ne manquerait pas de lui répondre : « Mon- 
sieur, je ne suis pas apothicaire ! », puis il appellerait 
un de ses garçons pour mettre ce fou à la porte, de 
peur d'un mauvais parti. Eh bien ! Viganô ne pourrait- 
il vous dire de même : « Quand, dans un ballet, j'ai 
composé de beaux groupes et excité des émotions 
fortes, j'ai réalisé le sublime de l'art ! Je l'ai fait dans 

Rome, >s'.iPLES et Florence, II 27 



418 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Mirra. Comment pouvez-voiis me critiquer d'avoir 
choisi un sujet mythologique ? » 

(Traduction inédite). 

Page 111. ... Melzi d'Eril, duc de Lodi. — Francesca 
Melzi (1753-1816) fut un des plus grands hommes 
d'état italiens sous la période napoléonienne ; c'est 
lui qui négocia avec le pape le concordat de 1803, 
et essaya en 1814, après l'abdication de Napoléon, 
d'assurer la couronne au prince Eugène. 

Page 112. ... un petit salut... — Ed. 1827 et 1854 : 
un signe. Nous corrigeons d'après un carton de 1827. 

Page 113. ...de leurs confesseurs,... — Carton 1827 : de 
leurs 

Page 113. ... qui garnit... — Ed. 1854 : qui garnissent. 

Page 113. ... dans les Mémoires de Madame Campan. — 

Carton 1827 : Se rappeler le menuet bleu 

Campan. 

Page 114. ... Dan Giidio P... — Il s'agit évidemment 
de Pagani. Voir d'Ancona, Nuoça Antologia, 16 jan- 
vier 1899, p. 211. 

Page 117. ... la comtesse Aresi. — Sur M"^^ Arese, voir la 
Jeunesse de Stendhal, par Paul Arbelet, II, 113-116. 

Page 117. ... beltà Guidesca... — Ed. 1854 : la beltà dui- 
desca, non-sens. 

Page 117. ... les têtes de Niobé. — D'après les notes de 
l'ex. Le Petit, M^e R*** = M^e Ruge ; M^e Ghir- 
lan*** = Mme Ghirlanda ; M^e A*** = M'^e Annoni. 
Mme N*** n'est pas identifiée. 

Page 118 un empereur pour amant. — M°^e Lamberti, 

maîtresse de Joseph II. Cf. Vie de Napoléon, édition 
Lévy, page 140. — L'exemplaire de M. Barbery, de 
Nice, dont nous avons déjà parlé, porte, d'une main 
inconnue, l'annotation suivante : « M"^^ Lamberti, 
qui a épousé depuis 1830 un des comtes Lechi. Elle 
m'a questionné souvent sur M. de Stendhal, qu'elle 
connaissait aussi sous son nom véritable. M. Bevle. » 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 419 

Stendhal lui avait été présenté. Cf. Journal d'Italie, 
p. 126. 

Page 118. ... la pureté crame d'une jeune fille. — Ne 
s'agirait-il pas, dans les quinze lignes qui précèdent, 
d'un portrait, réel ou supposé, de Métilde ? 

Page 122. ... me croient ministériel. — Stendhal a écrit 
sur l'ex. Le Petit : « Note prudente et fausse, pour ne 
pas compromettre M. Locatelli, qui est i'ivant. » 

Page 124. ... Wideman... — Sur ce militaire, voir le 
Journal d'Italie de M. Paul Arbelet, page 138, note. 

Page 126. £ camhiar spesso. — En avoir beaucoup, j 

avec un seul, et en changer souvent. 

Page 127. ... nous disait à Cassel... — Stendhal a passé 
à Cassel en 1806 ; il a pu effectivement y voir Jean de 
Mûller, l'historien suisse, mort dans cette ville 
en 1809. Auteur de plusieurs ouvrages estimés, 
notamment d'une Histoire des Suisses, Jean de 
Mûller fut nommé par Napoléon ministre secrétaire 
d'Etat, puis directeur de l'instruction publique dans 
le royaume de Westphalie. 

Page 128. ... envoyés... — Ed. 1854 : envoyées, qui forme 
non-sens. 

Page 129. ... du marquis dWdda... — Ed. 1826 : du mar- 
quis d'Ad***. Ed. 1854 : du marquis d'A***. Le nom 
entier figurant dix lignes plus loin, il n'y a aucune 
raison pour ne pas le donner dès maintenant. 

Page 130. ... de lire un voyage frivole,... — Ecrit en 1826; 
voir la brochure de Stendhal intitulée : D'wi nouveau 
complot contre les industriels. 

Page 130. ... des plus jolies femmes,... — Carton 1827 : 
étant ricJies, gais et 

Page 130. ... la peur du diable... — ■ Carton 1827 : la peur 
du 

Page 131. Quant aux pluies du tropique,... — Voici la 
deuxième fois que Stendhal parle du tropique ; il y 
a là un peu d'exagération. Milan n'est après tout pas 
plus près du tropique que Bordeaux. 



420 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 132 une certaine chose qu il désirait. — Sans doute,, 

la liberté. 

Page 133. ... en sopranos dévots. — Carton 1827 : en 
sopranos 

Page 133. ... des jolies processions. — Carton 1827 : des 

jolies — Sur l'ex. Le Petit, Stendhal note : 

« Des jolies processions, notamment celle de S^-Jean ; 
toute la ville est jolie de plaisir. » 

Page 134. ... est le catholicisme,... — Carton 1827 : est 
le 

Page 134. La morcde... — Carton 1827 : la 

Page 134. ... que la crainte et V adoration du dieu saint 
Janvier. — Ed. 1826 : que la crainte et l. adoration du 
d... saint Janvier. Carton 1827 : que la crainte et V ado- 
ration du Ed. 1854: que la crainte dud... 

saint Janvier. 

Page 135. ... aux pieds du moine qui le confesse. — Carton 
1827 : aux pieds du 

Page 135. ... Montesquieu, Œuvres diverses. — Voir 
Grandeur et Décadence des Romains, chapitre xiv, 
in fine : « Il y a aujourd'hui à Naples, etc. » 

Page 136. ... au midi de Naples. — Une note de l'ex. Le 
Petit nous apprend qu'il s'agit du général Manhès 
(1777-1854). Capitaine en 1806, Manhès suivit Murât 
en Espagne et à Naples, où il devint général de divi- 
sion. Il quitta Naples, après la défaite et la fuite de 
Murât, le 20 mai 1815, avec sa fenime, fdle du prince 
Pignatelli-Cerchiara. Il se rallia ensuite aux Bour- 
bons. 

Page 137 le jeu italien par excellence ;. .. — Cf. Souvenirs 

d'égotisme, chap. vi, in fine. Stendhal y raconte qu'il 
faisait le pharaon le soir, chez M"i*^ Pasta, plongé 
dans une rêverie profonde. 

Page 138. ... de Lampugnani. — Sur l'ex. Le Petit, 
Stendhal a, en marge, amorcé le vrai nom de M™^ L* * * 
par un R (sic), et celui de Lampugnani par don 
(sic). 



NOTES ET ÉCLAIUCISSEMENTS DU TOME I 421 

Page 138. ... les (iinduLs qui se condiusenl nui!. — - Cf. De 
rAmoiir, édition 1S54, Fraj^ments divers, XIV. 

Page 139. ... Lettres de Jacofx» Ortis... — Roman de 
Foscolo, traduit en français par Alexandre Dumas 
(Paris, Gosselin, 1842). 

Page 139. ... la marquise Octavie... ■ — Svir Tex. Lo Petit, 
Stendhal note en marge : « Du Cad » ou « du Caily » (?). 

Page 141. ... rien de plus ridicule que la tolérance. — Les 
mêmes lignes de points existent dans l'édition de 1826, 
le carton de 1827, l'édition de 1854. Il est assez facile 
de rétablir par la pensée les mots su])primés ; la 
dernière phrase ne hiisse aucun doute à cet égard. 
C'était un des paradoxes favoris de Stendhal de sou- 
tenir que brûler les hérétiques, c'était leur rendre le 
plus grand des services. Cf. lettre à Romain Colomb 
du 26 octoljre 1823, Corresp., tome II, page 306. — 
Sur l'ex. Le Petit, Stendhal ajoute d'ailleurs en 
marge : « J'ai oublié ceci... Cela prouvait qu'on a 
raison de brûler un hérétique et de lui infliger une 
douleur de deux heures avec un feu mortel, pour lui 
éviter une douleur de deux cents ans avec un feu plus 
chaud, car il est divin, n 

Page 146. (Voir les mémoires de Casanova). — Ce dernier 
membre de phrase, qui ne figure ni dans l'édition 
de 1826 ni dans celle de 1854, est tiré d'un carton 
de 1827. 

Page 147. ... ajoutait-il gravement. — Texte tiré d'un 
carton de 1827, légèrement diiïérent de celui des 
éditions de 1826 et de 1854 : Stendhal y a introduit 
quelques heureuses corrections de style. 

Page 148. ... le vieux 3/. S***... — D'après une note 
de l'ex. Le Petit, M = moine. 

Page 149. ... débordé... — L'éd. 1854 corrige : abordé. 
Nous maintenons le texte de 1826. 

Page 150. Jésus per lu !... — // est mort, le peintre Bossi. 
Que Jésus soit avec lui ! Les fidèles chrétiens s' exclament 
et passent. Les curés se frottent joyeusement les mains 

Rome, Naples et Florence, II 27, 



422 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

et disent : Bon ! Un cierge de plus !, etc. Voir toute la 
pièce dans le recueil des œuvres de Carlo Porta cité 
plus haut. 

Page 151. ... on asen corne lu. — -Voir la pièce inti- 
tulée la Preghiera et le sonnet Sissignor dans le 
recueil des poésies de Porta. 

Page 151. ... El di d'incœu :... — Le jour d'aujourd'hui ; 
c'est la célèbre Vision de Prina de Grossi. Les éditions 
de 1826 et de 1854 mêlent les deux vers de la Vision 
a ceux du sonnet que vient de citer Stendhal ; nous les 
remettons à leur vraie place. 

Page 152. ... contrarie e lente. — Je dus enfin quitter ces 
collines, où sont réunies toutes les beautés de la nature, 
notant dans mon cœur tous les pas lents que je faisais 
à regret. 

Page 153. ...le morceau du Dante sur Hugues Capet. — 
Cf. Purgatoire, chant XX. 

Page 155. ... un homme d'esprit... — Sans doute Scribe. 

Page 155. ... M. de V... — Sans doute, M. de Villèle. 

Page 155. ... qui ont eu peut-être... — Ed. 1854 : qui ont 
peut-être. 

Page 158. ... saui'é la patrie comme Danton et Carnot. — 

Carton 1827 : sauvé la patrie comme Note 

de Stendhal sur l'ex. Le Petit : « Louis XVIII ren- 
trant en France en 1795 ?ieût pas donné la Charte, 
mais la potence à tout le monde ». 

Page 158. ... les saint Charles Borromée... — Ed. 1826 
et 1854 : les s...t C s B....mée. 

Page 158. ... une sorte de terreur... — • Carton 1827 : une 
sorte de 

Page 159. ... et refait le t — Conforme aux éditions 

de 1826 et 1854. Nous pensons qu'on peut lire tyran, 
ou encore trône, comme l'indique l'ex. Le Petit (le 
mot est écrit thrône). 

Page 159. ... ses employés... — Ed. 1854 : Les fils de ces 
employés. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 423 

Page 160. ... Sept malheureux... — Ex. Le Petit : Onze 
en 1826. 

Page 160. ... Tremaine. — Les Mémoires de Miss Wilson 
obtinrent à Londres en 1825 un succès prodigieux. 
Matilda, a taie uf the day, roman de lord Norniainhy, 
traduit en français en 1826 (Paris, Denain, 4 \ol. 
in-12) sous le titre de Mathilde ou les Anglais en 
Italie. Voir l'avant-propos (ÏArmance où le roman 
est cité. Tremaine ou les Raffinements d'un homme 
blasé, roman anglais de Ward, traduit en français 
en 1830 (Paris, Barbezat, 4 vol. in-12). 

Page 160. ... les années 1820 à 1826. — Lire naturelle- 
ment : 1814 à 1821. 

Page 161. ... M. Appert... — Philanthrope français, 
né en 1797, auteur de nombreux ouvrages sur le 
régime pénitentiaire, dont deux avaient paru dès 
1822, époque à laquelle il avait été emprisonné lui- 
même sous l'inculpation d'avoir fait évader deux 
détenus politiques. 

Page 162. ... M. Millin, membre de tant d' Académies. — 
Voici, à titre de curiosité, et pour justifier la fine 
épigramme de Stendhal, le relevé des titres dont 
était suivi le nom de M. Millin sur la couverture du 
Magasin Encyclopédique dont il était directeur : 
« Membre de l'Institut, Chevalier de la Légion d'Hon- 
neur, Conservateur des médailles, des pierres gravées 
et des antiquités de la Bibliothèque du Roi, Profes- 
seur d'archéologie ; des Académies impériales de 
Moscou, de Vilna, de Corfou ; des Curieux de la Nature 
à Erlang ; des Sociétés royales de Dublin, de Munich, 
de Turin, de Gœttingue, de Berlin ; des sociétés Lin- 
néenne de Londres, Minéralogique d'Iéna, des Sciences 
physiques de Zurich, Pontanienne et d'Encourage- 
ment de Naples, d'Agriculture de Treja : des Beaux- 
Arts, Colombaire et de celle d'Agriculture de Florence; 
de celles de Pistoja et du \ aldarno ; de celles des 
Antiquités de Copenhague, d'Archéologie de Rome ; 



424 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

de celles de Lyon, Rouen, Abbeville, Boulogne, Poi- 
tiers, Niort, Nîmes, Marseille, Avignon, Alençon, 
Caen, Grenoble, Colmar, Nancy, Gap, Strasbourg, 
Mayence, Trêves, Francfort, Nantes, Soissons, Lille, 
Evreux et Màcon. » 

Page 163. Si Von admet des miracles... — Carton 1827 : 
Si Von admet des 

Page 166. ... è brève sogno. — Les commentateurs 
italiens ne partagent pas l'enthousiasme de Stendhal 
au sujet de ce sonnet, auquel ils reprochent « le voi 
du premier vers, la dureté du quatrième, la cacophonie 
du onzième, l'allure prosaïque du treizième». En voici 
la traduction : 

« vous qui écoutez dans ces rimes éparses le son 
de ces soupirs dont fai nourri mon cœur dans ma 
première erreur juvénile, quand, en partie, fêtais un 
autre liomme que je ne suis ! 

« Pour le style varié dans lequel je pleure et je rai- 
sonne au milieu des vaines espérances et des vaines 
douleurs, chez tous ceux d'entre vous qui, par e.rpérience,. 
pourront comprendre l amour, f espère trouver la pitié, 
non moins que le pardon. 

« Mais je le vois maintenant, moi qui ai été long- 
temps la fable de tout le peuple (souvent j'en suis arrivé 
Cl me mépriser moi-même). 

« Quel fruit ai-je retiré de ces folies ? De la honte, des 
remords, et de voir clairement que ce quon appelle le 
plaisir nest en réalité qu'un songe éphémère. » 

Page 167. ...et avec des gens... — Ed. 1826 et 1854 : et 

pour des gens. Nous corrigeons d'après un carton 

de 1827. 
Page 167. ... aux bals du faubourg Saint-Honoré. — 

Ed. 1826 et 1854 : aux bals de la Chaussée d'Antin. 

Nous corrigeons d'après un carton de 1827. 
Page 168. ... font le même effet sur lui. — Ed. 1854 r 

fait le même effet sur lui. 



NOTES F.T ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 'l2.") 

Page 170. ... M. Creuzô de Lesser. -— Liltôrateur fran- 
çais (1771-1839), préfet en 1815. baron en 1818. 
Auteur d'un Voyage en Italie et en Sicile fait en 1801- 
1802 (l'aris, Didot, 1806, in-S»). « Je ne vois rien de 
si sot que le Voyage de M. Creuzé, « écrivait Stendhal 
en 1811 (Journal d'Italie, p. 62). 

Page 172. ... (Rome. 1814, C. Alh.). — Il s'apit du 
cardinal Alhano. et de la rentrée du pape Pie VII à 
Rome en mai 1814. Stendhal ajoute en marge sur 
l'ex. Le Petit : « Le cardinal Albano, le seul coquin, 
voulait la terreur. Par sa méchanceté, Rome fut 24 heures 
sans gouvernement. Heureusement, les Transtévérins ne 
s'en aperçurent pas. sans quoi des torrents de sang : 
d'abord tous les amis des Français, 2° tous les riches. « 
Cf. Promenades dans Rome, 4 juin et 16 octobre 1828. 

Page 173. ... au plus plat sous-préfet. — Ed. 1826 : au. 

plus plat sous-p Carton 1827: au plus plat sous 

Ed. 1854 : au plus plat général. Nous rétablissons le 
texte de 1826, quoique le mot général puisse s'expli- 
quer par la fin du paragraphe, et qu'il soit écrit en 
marge de l'ex. Le Petit. 

Page 173. ... Ghino di Tacco, voleur célèbre,... — Car- 
ton 1827 : L n pape fit chevalier , , 

par admiration, etc. 

Page 174. ... ni sa pose passionnée — Ed. 1826 : 

ni la pose passionnée. 

Page 175 auquel,... — Nous suivons le texte de 

1826 et 1854. Un carton de 1827 donne : sans lequel, 
qui se comprend peu. 

Page 175. ... surtout pour les majuscules. — ■ Cf. Racine 
et Shakspeare, page 23 (édition 1854j. Sur l'ex. Le 
Petit, Stendhal ajoute : « M. Firmin-Didot avait 
envoyé sa tragédie f/"Annibal à Bodoni et lui en deman- 
dait son avis en passant à Parme. » 

Page 175. ... M. le Comte Paradisi... — Le comte Gio- 
vanni Paradisi (1760-1826;, président du Sénat 
d'Italie en 1812, resta dévoué jusqu'à la fin au parti 



426 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

napoléonien. Il se retira en 1814 à Reggio, sa ville 
natale. 

Page 175. M. Botta... — Auteur d'une Histoire d'Italie 
de 1789 à 1814 (Paris, 1824, 5 vol.). Après une vie poli- 
tique des plus agitées, cet Italien devint sous la Res- 
tauration recteur de l'Académie de Nancy, puis de 
Rouen ; fut disgracié en 1822. 

Page 177. ... et d'un gouvernement — Il est facile 

de deviner les qualificatifs que Stendhal a remplacés 
par ces points, qui existent dans l'édition de 1826 
et que Colomb a maintenus en 1854. 

Page 179. ... jaire barons les savants célèbres,... — 
Allusion sans doute au baron Cuvier, chez qui Stendhal 
fréquentait, mais à qui il reprocha toujours sa manie 
des titres. 

Page 179. ... le plus libre... — En marge de l'ex. Le 
Petit, Stendhal écrit : le plus sage. 

Page 180. ...le président de Brosses... — Voir les Lettres 
de De Brosses, XXI. Stendhal a cité le passage dans 
la Vie de Haydn, Mozart et Métastase (voir notre 
édition dans la présente collection, page 352), en le 
dénaturant audacieusement par une légère correction 
de son crû ; il imprime en effet : « Mais le premier et 
le plus essentiel de tous ses devoirs (du cardinal 
Lambertini)... » alors que le texte porte simplement 
« de tous les devoirs (des Bolonais)... » Stendhal veut 
faire croire que Lambertini allait trois fois par 
semaine à l'Opéra. C'est à cette citation fantaisiste 
qu'il va faire allusion plus bas, quand il parlera des 
prêtres « si amis de l'Opéra en 1740. » 

Page 180. ... de me servir de guide. — Ed. 1826 et 1854 : 
de me conduire. Nous corrigeons d'après un carton 
de 1827. 

Page 180. ... delà Psyché de M. Gérard! — Ed. 1826 
et 1854 : de la Peste de Jafl'a de M. Gros ! Nous corri- 
geons d'après un carton de 1827. 

Page 183. ... {M. Delandine à Lyon). — Voir les bio- 



I 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I '127 

graphies de ce bibliothécaire lyonnais. On y raconte 
que, lors du retour de Napoléon en 1815, M. Delan- 
dine ne manqua pas d'écrire ses dernières volontés 
et de composer son épitaphe. La seconde rentrée de 
Louis XVIII dissipa heureusement ses terreurs, mais 
sa santé resta gravement altérée, et il mourut en 
1820... de la peur qu'il avait eue pendant les (lent- 
Jours. 

Page 183. M. Bysshe-Shelley,... — Ed. 182G et 1854 : 
M. Bishe-Shelleij. Voir plus haut notre note à propos 
des Lettere sirmiensi. Cette allusion au poète Shelley, 
dans un livre paru en 1826, n'a pas empêché 
M. Stryienski, à propos d'un passage de Stendhal 
écrit en 1832 et oîi le nom de Shelley est également 
cité, de prévenir le lecteur que « c'est sans doute la 
première fois qu'un Français écrivait le nom du 
grand poète anglais. » (Souvenirs d'égotisme, page 6, 
note). 

Page 184. ... aucun des rois actuels... — Carton 1827 : 
aucun des actuels. 

Page 185. ... la suite des hasards qui,... — Carton 1827 : 
la suite de qui. 

Page 185. Le hasard qui fit pape... — Carton 1827 : 
le qui fit pape. 

Page 185. ... les cardinaux Alhani et Mattei,... — Carton 
1827 : les cardinaux 

Page 185. ... pour l'ambition de tous les prêtres. — Cf. 
Promenades dans Rome, édition 1854, tome II, pages 
231-232. — Note sur l'ex. Le Petit : « La calotte rouge 
donnée par r enfant d'un an. » 

Page 187. ... le plus exécré de l'Europe. — Ed. 1826 

et 1854 : qui devrait être le plus ex de l'Europe. 

Carton 1827 : qui devait être le plus de l'Europe. 

Page 188. ... tout se fait par miracle... — Carton 1827 : 
tout se fait par 

Page 188. ... à se payer de vaines paroles... — Carton 
1827 : à se payer de 



428 ROME, >'APLES ET FLORENCE 

Page 188. ... ce prêtre reste sot... — Ed. 182G et 1854 : 
ce p reste sot. 

Page 188. ... Tel vieux légat est imbécile ; — Carton 1827 : 
tel vieux est imbécile. 

Page 188. ... qui ont pour légat un fripon énergique ! — 
Carton 1827 : qui ont pour un fripon énergique. 

Page 190. ... philosophes ou mystiques,... — Carton 1827 : 
philosophes ou 

Page 190. ... des pompes ecclésiastiques. — Carton 1827 : 
des pompes 

Page 191. ... non écrites par des laquais,... — Carton 
1827 : non écrites par des 

Page 196. ... vers les une heure. — Ed. 1854 : vers une 
heure. 

Page 197. ... infâme cour de***. — D'après une note 
de l'ex. Le Petit, la cour de Naples. 

Page 202. ... de renverser le grand crucifix d'ivoire: — 
Carton 1827 : de renverser le ; . ; 

Page 203. ... tous les entremis. — Stendhal ajoute sur 
l'ex. Le Petit : « Ceci est historique, comme dit 3/"^^ de 
Genlis. » 

Page 204. .'.. dans cent ans. — Stendhal fait ici allusion 
à la fin de sa brochure D'un nouveau complot contre 
les Industriels, parue en décembre 1825 : « Il va six 
mois que Santa-Rosa s'est fait tuer dans Navarin ; 
il n'y a pas un an que lord Byron est mort en cherchant 
à servir la Grèce. Où est l'industriel qui ait fait à cette 
noble cause le sacrifice de toute sa fortune ? 

« La classe pensante a inscrit cette année Santa- 
Rosa et lord Byron sur la tablette où elle conserve 
les noms destinés à devenir immortels. Voilà un soldat, 
voilà un grand seigneur ; pendant ce temps, qu'ont 
fait les industriels ? 

« Un honorable citoyen a fait venir des chèvres du 
Thibet. » 

M. von Oppeln-Bronikowski croit, en s'appuyant 
sur des références à M. Lumbroso (Stendhal e Xapo- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I ^l2!J 

leone), que la note de Slcndhai ncst ((ii'iine réminis- 
cence d'un article qu'il aurait écrit en janvier 1823 
dans le New Monthhj Magazine sur la traduction de 
Platon de Victor Cousin, « dédiée, dit-il, à la mémoire 
de Santa-Rosa ». Ni le critique allemand, ni le critique 
italien n'ont vu exactement à quelle brochure faisait 
allusion Stendhal. M. Lumbroso insinue même que 
Stendhal a menti : « Ni M. dAncona, ni M. Stryienski, 
ni moi-même, dit-i!. n'avons pu retrouver le passage, 
sicchè il fatto non deve esser vero «, ce qui est une con- 
clusion assez plaisante. Au reste, il est tout à fait faux 
que Victor Cousin ait dédié sa traduction de Platon 
à Santa-Rosa. Les 13 volumes de cette traduction 
s'échelonnèrent de 1822 à 1840 (chez Bossange, 
Pichon et Didier, Pichon, Rey et Gravier, Rey, 
in-8o); les sept premiers sont dédiés à des personnalités 
différentes : par exemple, le 1^^ (de 1822, celui sur 
lequel Stendhal fit son article) à Viguier, le 2^ à 
Manzoni, le 3*^ à Hegel, etc. C'est le 6^ volume seu- 
lement qui est dédié à la mémoire de Santa-Rosa 
(longue dédicace de trois pages et demie, emphatique 
et déclamatoire : Stendhal a bien mieux dit en deux 
lignes). Or ce volume ne parut que le l^"" septem- 
bre 1827, c'est-à-dire neuf mois après Rome, JSaples 
et Florence... et deux ans trois mois après la mort de 
Santa-Rosa. 

Page -!04. ... les Santa-Rosa et les Rossarol. ■ — Carton 

1827 : les Une note de i'ex. 

Le Petit complète ainsi : les Santa-Rosa et les Confa- 
lonieri. 

Page 204. ... ante omnia silvse. — Cf. une note de Sten- 
dhal du 24 octobre 1815, sur les pages blanches de la 
fin d'un volume de Benjamin Constant (Un peu de 
Stendhal inédit, par M. Blanchard de Farges, Corres- 
pondant du 25 septembre 1909 1. — Cf. aussi une note 
de l'édition de 1817 (Villa Melzi, 18 juillet 1817 ; voir 
Appendice, tome II, page 271). 



430 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 206. ... synonyme de sot. — Cf. Racine et Shaks- 
peare, passim. 

Page 207. ... n était point exempte de ce défaut. — Il s'agit 
probablement encore de Métilde. 

Page 210. ... çoit ma lettre,... — Il faut voir là un reste 
de la rédaction primitive de plusieurs des additions 
à la 1^^ édition de Rome. Naples et Florence, qui étaient 
écrites sous la forme de lettres. « Monsieur votre oncle » 
désigne probablement le roi de France ; on sait que 
Stendhal l'appelait quelquefois aussi : « Votre frère », 

Page 210. ... recevoir la récompense de leurs vertus. — 
Carton 1827 : sont allés ; 

Page 212. ... par un censeur actuel. — Il s'agit de 
Lémontey et de sonpetit ouvrage de circonstance : 
Irons-nous à Paris ou la Famille du Jura, publié à 
l'occasion du couronnement de Napoléon I^^. 

Page 217. ... un de mes amis... — Lui-même. 

Page 217. ... promenant... — Promenant pour se pro- 
menant. Il s'agit d'un de ces provincialismes (ou 
archaïsmes) assez fréquents chez Stendhal. 

Page 219. ... au lieu de maître Pernot. — Nous rétablis- 
sons, d'après l'éd. de 1826, toute cette note suppri- 
mée par Colomb dans l'éd. de 1854, probablement 
parce qu'elle se retrouve dans V Amour, page 130 de 
l'édition de 1854. Il s'agit de M. de Chabriant, comme 
on le voit dans Grimm, et comme le porte une note 
de l'ex. Le Petit. 

Page 221. ... à traiter à Versailles. — D'après une note 
de l'ex. Le Petit, la duchesse de Poitiers ^ la duchesse 
de Polignac ; le comte de Canaples = le comte de 
Coigny ; M"^^ de Luz = M™® de la Suze. L'histoire 
du valet de cœur, transposée, forme le dénouement 
de la nouvelle de Scribe, le Roi de carreau (publiée 
d'abord dans le Siècle, puis dans le volume des Pro- 
verbes et Nouvelles, 1840). 

Page 222. ... M. le duc de Sône... — Ce serait le duc de 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I '131 

Chaulnes, d'après l'ex. Le Petit. Cf. Promenades dans 
Boiup, 5 juin 1828. 

Page 223. ...la Lombardie sous François d' Autriche. — 

Carton 1827 : la Lombardie sous L'ex. 

Le Petit ajoute en note : « Ceci nest pas assez expliqué. 
L'oligarchie viennoise est jalouse de Milan. En ce 
sens. V empereur François nest quune griphe (sic). » 

Page 223. ... des i'ertus de son métier ! — Cf. Histoire de 
la Peinture en Italie, Introduction. 

Page 223. ... Dieu nous accorde un Napoléon,... — Car- 
ton 1827 : Dieu nous accorde un 

Page 22(j. ...le talent de 3/'"e Radclijjc... — Stendhal 
avait lu les romans d'Anne Radcliffe (cf. Corresp., 
lettre à Pauline Beyle, tome I, p. 122, et Journal 
d'Italie, p. 224). 

Page 228. ... de M. Pasquier. — Carton 1827 : de 
M. P.... Sur l'ex. Le Petit, Stendhal note en marge : 
« Un M. Renamont de Brivasac, espion de P[asquier'\, 
dupa la plupart des patriotes italiens réfugiés en Suisse. 
Il les créait chevaliers de la Régénération universelle, 
et puis leur disait : « De vrais frères nont pas de 
secrets les uns pour les autres : dites-moi tout. » Et 
ils disaient. » (Voir le fac-similé, tome IL) 

Page 228. ... Radichi... — Ed. 1854 : R***. L'édition 
de 1826 donne le nom complet. Note de l'ex. Le Petit : 
« Scotti vers 1769. » 

Page 229. ...un homme qui reçoit un soufflet. — Cf. Vie 
de Rossini, chap. xix, note in fine. 

Page 230. ... à Trévise. ■ — Note barrée sur l'ex. Le Petit, 
et, en marge, « Prudence ». 

Page 230. Le général Bertoletti... — Sur ce général, 
ainsi que sur Lechi, Pino et Zucchi, voir les recueils 
spéciavix ; nous renonçons décidément à recopier les 
états de services de ces officiers qui, pour être bril- 
lants, n'apprendraient rien de plus au lecteur sur 
Stendhal. 



432 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 231. ...la finesse des prêtres. — Ed. 1826 et 1854 : 
la finesse des p 

Page 232. ... dix millions à M. de Metternich ? — Ed. 
1826 et 1854 : dix millions à M. M*". Il s'agit évi- 
demment de Metternich. Le nom est d'ailleurs donné 
pa! l'ex. Le Petit. 

Page 233. ... V épisode Mahasia,... — Sans doute le 
cardinal Malvasia ; voir les Promenades dans Rome, 
édition 1854, tome II, page 232. 

Page 233. ... Carlo Verri... — Stendhal a voulu dire 
Pietro Verri. 

Page 234. ... je payai un moine... ■ — Carton 1827 : je 
payai un L'ex. Le Petit donne : prêtre. 

Page 235. ... une de ces figures superbes,... ■ — - Note sur 
l'ex. Le Petit : « Elle ressemblait à la statue de Marie 
Stuart couchée sur son tombeau, qui est à Westminster. » 

Page 235. ... contour noble et tendre. — Note sur l'ex. 
Le Petit, d'une autre main, nous semble-t-il : « Incliné 
vers la tombe. Chateaubriand. » 

Page 235. ...et l'on na plus eu de ses nouvelles. — Toute 
l'anecdote a été supprimée par l'éditeur de 1854 et 
remplacée par cette ligne : « Tai été frappé de l'aven- 
ture de Camille dans les bois de la Sesia », avec une 
note renvoyant à l'Amour, page 68 de l'édition de 
1854. Il nous a paru qu'il n'y avait aucune raison pour 
ne pas rétablir intégralement le texte de l'édition 
de 1826. 

Page 235. ... une provision de miracles... — Carton 1827: 
une provision de 

Page 236. ... des rites... — Carton 1827 : des 

Page 236. ... un Xapoléon... — Carton 1827 : un 

Page 237. ... ce dont les prêtres... — Ed. 1826 et. 1854 : 
ce dont les p 

Page 237. ... pétrie par les moines mendiants,.., — Car- 
ton 1827 : pétrie par les 

Page 237. Force messes furent dites, force scapulaires 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 433 

portés par les bûcherons ;... — ■ Clarion 1827: 

portés par les bûcherons. 

Page 23S. ... // faut un Napoléon ... — Carton 1827 : 
il faut un 

Page 240. ... Gretna-Green. — Sur les mariages de 
Gretna-Green. voir Planiol, Traité de droit civil, 
tome I, page 281. 

Page 240. ...à un prêtre qui les marie... — Ed. 182G et 

1854 : à un p qui les marie. Carton 1827 : à un 

qui les marie. L'ex. Le Petit donne : à un habitué 

de paroisse. 

Page 240. ... car quel que soit le prêtre, la dignité du 
sacrement... — Ed. 1826 et 1854 : car, quel que soit 

le p , la dignité du sacrement. Carton 1827 : car, 

quel que soit le , la dignité du 

Page 241. ... impôts payés... — Cf. lettre à Mareste du 
28 mars 1820 (Corresp.. tome II. p. 184). 

Page 241. ... ce qui se passe à six lieues de Ferrure ! — ■ 
Le n° du Journal des Débats des 27-28 mars 1826 
(marqué par erreur 26-27 mars) contient en effet un 
article non signé de deux colonnes sur l'exode des 
grands propriétaires fonciers vers la capitale. En 
voici un extrait : 

« Comment vivre en France à soixante lieues de 
Paris !... Embarrassé de l'intérêt que vous montrent 
de bons voisins de campagne qui ont deviné la cause 
de vos tribulations, qui se félicitent de ne pas les 
éprouver et qui les envient, vous dites adieu à l'aris- 
tocratie territoriale, au bonheur, à la considération, 
au profit qu'elle procure, et vous fixez votre domicile 
à Paris, Sans doute, on ne peut se passer d'une terre ; 
mais il ne faut pas qu'elle soit à plus de huit lieues de 
la capitale... » 

Page 245. ... des prêtres qui i'iendraient pour dîner. — 
Note de Stendhal sur l'ex. Le Petit : v. Il y a une 
nuée de prêtres très pauvres en Italie qui se font corri' 
plaisants des vieilles femmes dévotes. » 

Rome, Naples et Florence, II 28 



434 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 246. ... e di più v'è il gusto — Ici se termine, dans 
l'édition de 1826, le premier volume. 

Page 249. ... cest la royauté qui a perdu... — Ed. 1826 

et 1854 : cest la qui a perdu. Nous complétons 

d'après l'exemplaire de Rome où Stendhal a indiqué 
le mot entier. Le mot est également porté en note 
sur l'ex. Le Petit, et Stendhal ajoute : « Napoléon 
seul pouvait contenir les chambellans. » 

Page 250. ... à la fin du premier volume du président de 
Brosses, page 350. — Dans la première édition des 
Lettres, qui comprend 3 volumes (Paris. Ponthieu, 
1800). Dans l'édition de Colomb (Paris, 1836, 2 vol.), 
les pages sur Bologne se trouvent dans le 1®^ volume, 
pages 231-265. 

Page 250. ...et Duclos (1760). — Voir, sur ces voyages 
et itinéraires, des renseignements détaillés dans 
Mélanges d'art et de littérature, pages 256 à 260, 
article daté du 3 avril 1835 sur le Journal d' un voyage 
en Italie de Romain Colomb (Paris, 1833). Voir aussi 
notre Avant-propos. 

Page 251. ... Pecorone... — Recueil de cinquante nou- 
velles de Fiorentino (xvi^ siècle). Shakspeare a tiré 
de l'une d'entre elles le sujet du Marchand de Venise. 

Page 251. ... Vie de Benvenuto Cellini. — Retrouvés 
seulement au commencement du xix^ siècle, les 
Mémoires de Cellini n'ont pas tardé à être traduits en 
français (Paris, 1822, et Paris, Labitte, 1847j. 

Page 252. Malheur de cet homme. — L'éd. 1854 ponctue 
ainsi : « Suivez-moi... malheur de cet homme. », ce 
qui n'offre guère de sens. 

Page 252. Le cardinal Lante a été. — Ed. 1826 et 1854 : 
Le c L*** a été. 

Page 253. ... plus de raciness italienne,... — Ed. 1854 : 
plus de racines italiennes, qui n'a pas de sens. Colomb 
n'a pas vu qu'il s'agissait du mot anglais : raciness. 
Il a cru à une erreur d'impression dans l'édition de 
1826! 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 435 

Page 255. // est un pays... — Toujours la France. 

Page 258. ... Lucas Cranagh.... — ■ Ou Cranach, peintre 
et graveur allemand (1472-1553), ami de Martin 
Luther. 

Page 260. ... A/*^"" le prince de H***, sans prodige visible. 
— Sans doute, il faut lire IJohenlohe. — Il s'agit du 
célèbre thaumaturge allemand (1794-1849). Ordonné 
prêtre en 1815, il entra à Rome dans la Société du 
Cœur de Jésus. Dès 1821, on lui attribuait le don des 
miracles. 

Page 260. ... sir Hudson Lowe. — Ed. 1826 et 1854 : 
Sir H. L.... 

Page 262. ... cela pourrait me faire remarquer. — Cf. De 
r Amour, édition 1854, Fragments divers, LIV. 

Page 262. ...à la police... — Carton 1827 : à la 

Page 263. ... dans F état de Cincinnati ."* — Cf. lettre du 
24 décembre 1825 (Correspondance, tome II, p. 427). 

Page 264. ... i'os épigrammes. — Cf. La Rochefoucauld, 
Maximes, 140 : « Un homme d'esprit serait souvent 
bien embarrassé sans la compagnie des sots. » Shakes- 
peare avait déjà dit : « La stupidité d'un sot sert à 
l'esprit de pierre à aiguiser. » (As you like it, acte I, 
scène 2). 

Page 265. La royauté... — Carton 1827 : la 

Page 266 ... attracted every eye, ... — Bientôt tous les 
yeux se portèrent à nouveau sur la fatale beauté de Pari- 
sina. (Parisina, XV.) 

Page 267 ... /'Ave Maria ! — Cf. De V Amour, Fragments 
divers, LXVI, Bologne, 17 avril 1817. 

Page 267. ... beneath the moon away. — C'est V heure où, 
dans les branches, le rossignol commence à égrener ses 
notes cristallines ; cest l'heure où les amants mur- 
murent de tendres serments, où les mots sont si doux ; 
cest Vheure où la suave musique de la brise et des eaux 
enchante Voreille du rêveur solitaire. La rosée a humecté 
chaque fleur ; les étoiles commencent à scintiller ; le 
bleu des flots se fait plus profond, le vert de la feuille 



436 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

se fait plus sombre ; partout ce clair-obscur, si doux, 
si pur, qui suit le déclin du jour, au moment où le cré- 
puscule va se fondre avec le pâle éclat de la lune. Nous 
ne prétendons pas donner une traduction de ces beaux 
vers qui fornient la l'"^ strophe de Parisina. 

Page 270. ... que sera-ce des princes actuels... — • Car- 
ton 1827 : que sera-ce des actuels. Stendhal a indi- 
qué, sur l'exemplaire de Rome, le mot rois. Mais 
l'éd. de 1826 donnait princes, que nous maintenons. 

Page 270. ... depuis la société de la Vierge,... — Ed. 1826 

et 1854 : depuis la société de la V Carton 1827 : 

depuis la Société de la Stendhal a indiqué le 

mot sur l'exemplaire de Rome. Cf. Le Rouge et le 
Noir, chapitre xvii, in fine. 

Page 271. ...de deux quintaux de chaînes. — Note sur 
l'ex. Le Petit : « Il balaye les rues à Lintz. » 

Page 271. ... les princes ne se sont crus aimés. — Cf. 
Correspondance, tome II, page 379. 

Page 276. ... de Paris à Saint-Cloud. — Cf. Mercier, 
Tableau de Paris, Amsterdam, 1783, chap. xxvi, 
Des parfaits badauds. Mercier cite des extraits d'une 
brochure intitulée : Le Voyage de Paris à S^-Cloud 
par mer et le retour de S^-Cloud à Paris par terre (par 
Néel et Lottin l'aîné), qui, selon lui, peint d'après 
nature « l'imbécillité native d'un véritable parisien ». 
C'est plutôt une caricature ; mais Stendhal a évi- 
demment gardé un souvenir amusé de cette lecture ; 
en outre, l'expression « voyageurs de Paris à Saint- 
Cloud » était sans doute devenue presque prover- 
biale. 

Page 277. ... contribuent à payer. — Pour éviter la 
répétition contributions-contribuent, Stendhal, sur 
l'exemplaire de Rome, a indiqué la correction sui- 
vante : que les impôts payés par ma petite terre contri- 
buent à payer. Mais il tombe ainsi dans une autre 
répétition : payés-payer. Nous maintenons donc le 
texte de 1826 et de 1854, faute de mieux. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 437 

Page 277. ... /(/ f>eur les dn'ore,... — Voir le prince de la 
Chartreuse de Parme. 

Page 277. ... dans les environs de Ihdogne. — Sur rexem- 
plaire de Rome, Stendhal a ('crit ici en marge : « Assas- 
sinat politique de Besini, le chef des espions de Mo- 
dène. Ln ])oignard inconnu l'atteint, comme il se 
promenait entre deux de ses aides-de-camp, liesini 
mourait de peur tlepuis un an. )> Voir Promenades 
dans Rome, 20 novembre 1827. 

Page 278. ... est d'un charlatanisme extravagant ;... — 
Ed. 1826 et J854 : ici le vulgaire des gens de lettres est 
d'un charlatanisme extravagant. Sur l'exemplaire de 
Rome, Stendhal a ])orté une addition que nous incor- 
porons au texte ; M. Paolo Costa avait lu « de petites 
places », mais M. Paul Arbelet nous dit (jue Stendhal 
a écrit « dix petites places ». 

Page 279. ...le délicieux pamphlet de M. Courier,... — 
Lettre à M. Henouard, libraire, sur une tache faite à 
un manuscrit de Florence (Tivoli, 20 septembre 1810), 
Un peu plus bas, Stendhal fait allusion à la Lettre à 
Messieurs de l' Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres (l'aris, 20 mars 1819). L'admiration de Sten- 
dhal pour Paul-Louis Courier n'était pas de fraîche 
date. Dès son retour de Milan, Stendhal, en oc- 
tobre 1821, avait envoyé à Courier, alors en prison 
à Sainte-Pélagie, ses deux volumes de VHistoire de 
la Peinture en Italie, avec cette dédicace : Hommage 
au peintre de Jean de Broë (Cf. lettre de Courier à sa 
femme, du 14 octobre 1821). 

Page 280. ...à cinq cents francs par mois ! — Sur l'exem- 
plaire de Rome, Stendhal a écrit en marge un nom 
propre : Rivière, suivi de quelques mots illisibles où 
M. Paolo Costa a cru voir : des Corseurs ou des Cor- 
saires, et où M. Arbelet propose de lire : des Censeurs. 
Peut-être s'agit-il du duc de Rivière, ami personnel 
du roi Charles X. 

Page 284. ... journal romantique publié ci Milan vers 1818, 

Rome, Naples et Florence, II 28. 



438 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

— Il Conciliatore, foglio scientifico-letterario, parais- 
sait sur 4 pages de papier bleuté à Milan le jeudi et 
le dimanche de chaque semaine ; son premier numéro 
est daté du jeudi 3 septembre 1818 ; il fut interrompu 
par la police autrichienne, au 118^ numéro (dimanche 
17 octobre 1819). Tous les amis libéraux et carhonari 
de Stendhal y collaboraient : le comte Porro (articles 
sur l'agriculture), Louis de Brème (histoire de la 
civilisation), Silvio Pellico (littératures étrangères), 
Berchet (Lettres à son oncle chanoine), Borsieri, 
Romagnosi, Rasori, Ressi, etc. Stendhal s'intéressait 
surtout aux articles littéraires d'Ermès \isconti, aux- 
quels peut-être il collabora, et qui sont les suivants : 

1° Idée elementari sulla poesia romantica [x\9^ 23 
à 28 du Conciliatore), six articles tirés à part, en 
décembre 1818, en une petite brochure de 61 pages 
in-8^, chez Vincenzo Ferrario, imprimeur du journal j 
Stendhal envoie cette brochure à Mareste (Cf. Corres- 
pondance, tome II, page 54, lettre datée, à tort, de 
1818 ; elle est en réalité du 2 février 1819) ; 

1^ Dialogo sulle imita drammatiche di luogo e di 
tempo (nOs 42 et 43 du Conciliatore), deux articles tirés 
à part en une petite brochure de 31 pages in-8°, fin 
janvier 1819 ; Stendhal envoie également cette bro- 
chure à Mareste (cf. Correspondance, tome II, page 55, 
lettre datée à tort de 1818 ; elle est en réalité du 
8 février 1819). Ce dialogue a été traduit par Claude 
Fauriel ; on le trouvera aux pages 313-358 de sa tra- 
duction du Comte de Carmagnola et à'Adelghis, tra- 
gédies de Manzoni (1 vol. in-8° de xx-491 pages, 
Paris, 1823, chez Bossange frères). 

3° Paralello delV Alceste d' Al fier i con quella di 
Euripide (n^ 56) ; 

4° Une étude sur la Pucelle d'Orléans de Schiller 
{nos 63 et 65) ; 

5° Une étude sur VHistoire des Croisades de Mi- 
chaud (nos 72, 77, 82 et 107). 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 439 

6° Une élude sur la Fiancée de Messine de Schiller 
(nO 113). 

Les articles de Visconti étaient signés K. V. 

Pour contrebalancer l'influence de la feuille des 
carhonari, la police autrichienne a^ait tenté tout 
d'abord de lancer un journal, du même format que 
le Conciliatore, mais sur papier rose : il s'appelait : 
UAccattabrighe, ossia classico • romantico - macchia, 
giornale critico-letterario ; les rédacteurs étaient le 
professeur Bernard Bellini, et le comte Trussardo 
Caleppio, commissaire de police. II parut pour la 
première fois à Milan, en novembre 1818 ; mais il 
n'eut que 13 numéros. 
Page 285. ... comme Voltaire et Pascal. — Ce n'était 
vrai qu'en partie. On connaît le vers fameux : 
Guerre à la rhélorique, et paix à la syntaxe. 

Page 288. M. le Comte Perticari... — Le comte Perticari 
(1779-1822), littérateur, épousa la fille de Monti, la cé- 
lèbre Constance Monti ; il collabora avec son beau-père 
à l'ouvrage sur la Grammaire (Alcune correzioni ed 
aggiunte al vocahidario délia Crusca, Milan, 1817-1824, 
6 vol.), dont Stendhal parle dans sa Correspondance. 

Page 290. ... dei pesi civili comuni. — Il est véritable- 
ment heureux pour Pesaro que Rossini n'ait pas pris 
à la lettre ce galimatias du comte Perticari. Né à 
Pesaro, Rossini a toujours cru que Pesaro était sa 
patrie ; et c'est à Pesaro qu'en mourant il a légué sa 
fortune. Au reste, nous n'avons pas trouvé ce passage 
dans l'édition des œuvres de Perticari que nous 
avons eue entre les mains. 

Page 293. ... gli Sepolcri,... — Voir plus bas, page 325, 

Page 294. ... bue, stivale et somaro ' — Bœuf, botte et âne. 

Page 295. ... pour un bourgeois. — Cf. De V Amour, 
livre L chap. i^^. Sur la cristallisation, voir ibid., 
chap. II. 

Page 298. ...et les vexations de sa police,... — Carton 
1827 : et les 



440 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 298. Les gouvernants ne veulent ni faire, ni laisser 
faire. — Carton 1827 : ces mots sont remplacés par 
des points. 

Page 299. ... mon diamant de cinq cents louis,... — Sur 
l'exemplaire de Rome, Stendiial a ajouté en marge, 
au crayon : [si] je donnais un déjeuner magnifique, 
ce qui est, non pas, comme le croit M. Paolo Costa, 
une réflexion personnelle de Stendhal, mais une addi- 
tion à la conversation de don Tommaso. L'ex. Le 
Petit porte en marge : Si je donnais un grand déjeuner 
chez Brunet. 

Page 301. (Ceci est de moi). — Nous pensons que cette 
parenthèse s'applique à tout le paragraphe. 

Page 301. ... changerait votre position. — C'est là une 
des sources du malheur d'Octave de Malivert, le 
héros compliqué tVArmance. 

Page 302. ... en 1790,... — Nous savons par M. Chuquet 
( Stendhal- Beyle, p. 324, note) que Murât n'était pas 
vaguemestre du Royal-Cravate en 1790. 

Page 302. ... cent autres,... — Ed. 1826 et 1854 : mille 
autres. Exemplaire de Rome : cent autres (correction 
de Stendhal). 

Page 302. ... comme disent les théologiens. — Sur l'exem- 
plaire de Rome (page 73) figure ici une note en marge 
que M. Paolo Costa n'a pu déchilïrer. 

Page 313. ... la famine. — Ces deux anecdotes sur 
l'Auguto ont été empruntées par Stendhal à Pignolti, 
Storia di Toscana, livre IV, pp. 211-212. 

Page 315. ... tout mouvement généreux. — Sur l'exem- 
plaire de Rome, Stendhal note en marge : Ah ! il 
fallait placer ici une anecdote pour reposer de cette 
métaphysique. 10 avril. 

Page 316. ... deux fois plus d'impôts quen 1789. — Car- 
ton 1827 : qui n avaient su conquérir 

Page 318. ... tous gens chez qui la fausse culture... — 
La plupart des chroniques de ces vieux historiens ont 
clé réunies par Muratori, dans sa collection des 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I A\i 

Rerum iudicaruni scriplores (Miltm, 2/ ma^nuri'iiics 
volumes in-folio, 1723-1751). C'est là (|ue Stendhal, 
si friand des récits naïfs et dépourvus d'emphase, 
avait pu les lire, ou tout au moins les parcourir. Les 
curieux trouveront cette belle collection à la Biblio- 
thèque Nationale, salle de travail, V, 8-35. 

Page 318 sur la tête des su jets.. . . — Carton 1827 : malgré 

la peur des on bâtit à Bologne. Addition de 

Stendhal sur l'exemplaire de Rome : malgré la peur des 
rois, qui retombe en tyrannie sur la tête des peuples. 
Nous adoptons le texte de 182G. 

Page 320. ... M. Scipion lireislak... — Géologue, né à 
Rome en 17(j8, mort à .Milan en 1826. Nommé par 
Napoléon inspecteur des poudres et salpêtres du 
royaume d'Italie. 

Page 320. ... du Jung-Frau. — - (Conforme aux éditions 
de 1826 et de 1854. 

Page 323. ... les lois... ■ — Ed. 1826 et 1854 : les droits. 
Nous adoptons la correction de Stendhal : les lois, 
portée sur Te-xemplaire de Rome. 

Page 326. ... amor di patria... — Fragment du poème 
d'Ugo Foscolo, intitulé les Tombeaux (I Sepolcri), 
composé en 1807 à l'occasion d'une loi sur les cime- 
tières, « six cent vers, dit Stendhal dans une lettre 
à Mareste du 9 avril 1819, qui sont ce qu'il y a de 
mieux depuis vingt ans. » Voici la traduction du 
fragment : « Quand je i>is le tombeau de ce grand 
homme qui, retrempant le sceptre des rois, en arrache les 
lauriers et montre aux peuples de quelles larmes et de 
quel sang il est sillonné (Machiavel) ; — quand je 
vis le cercueil de celui qui éleva à Rome un nouvel 
Olympe à la Divinité (Michel-Ange), — et de celui 
qui, le premier, vit tournoyer, sous le pavillon éthéré, 
plusieurs mondes éclairés par les rayons d'un soleil 
immobile (Galilée), et déblaya les voies du firmament 
à r Anglais (Newton) qui devait y déployer ses ailes : 
O heureuse Florence, niécriai-je, ton air divin est 



442 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

imprégné de vie ! U Apennin te verse de ses monts ses 
eaux fraîches et pures ; la lune sereine enveloppe de 
lumière limpide tes collines bruyantes de joyeuses ven- 
danges ; de tes vallées s'élève un parfum de fleurs sem- 
blable à un encens, au milieu des maisons et des oliviers 
qui les couvrent ! Florence, cest toi qui la première 
entendis le chant qui soulagea la colère du proscrit 
gibelin (Dante) ; tu donnas ses parents et sa langue 
à ce doux enfant de Calliope (Pétrarque; qui, cou- 
vrant d'un voile candide V Amour, nu jadis en Grèce 
et à Rome, le remit au sein de la Vénus céleste. Mais 
mille fois plus heureuse es-tu de renfermer en un seul 
temple toutes les gloires italiennes, les seules peut-être, 
depuis que les Alpes, mal gardées, et la toute puissance 
des vicissitudes humaines nous ont ravi armées, ri- 
chesses, autels, patrie, tout enfin, sauf le souvenir !.., 
Souvent, près de ces tombeaux de marbre, Victor 
(Alfîeri) venait chercher son inspiration : irrité contre 
les dieux de la patrie, il errait en silence, sur les bords 
les plus solitaires de V Arno, regardant passionnément 
la campagne et le ciel ; et, comme aucun aspect vivant ne 
venait adoucir son tourment, il se réfugiait ici, et Von 
voyait, sur son visage austère, la pâleur de la mort et 
V espérance. Maintenant, près de ces grands génies, il 
dort du sommeil éternel, et l'amour de la patrie fait 
encore frémir ses ossements. » 

Page 328. ... pour égotiste. — Ed. 1854 : pour un égotiste. 

Page 328. ... n'a aucune passion; ... — -Ed. 1854: les bour- 
geois de Florence d'aujourd'hui nont aucune passion^ 

Page 330. ... sans vices ni vertus. — C'est le mot de 
Tacite : magis extra vitia quam cum virtutibus (Hist., I.) 

Page 331. Je vole autliéâtre du Hhohhomero,... — ■ Ici re- 
prend le récit, dans l'édition de 1817, du 5 au 8 décem- 
bre 1816. Sur la prononciation florentine, qui n'a 
pas varié, voir le Jourrwl d' Italie, 27 septembre 1811. 

Page 332. ... qui fait le primo buffo. — L'histoire de cet 
officier qui s'est fait acteur par goût, choque furieuse- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 443 

ment l'auteur de l'article de VEdlnhurgh Rei^iesv en 
novembre 1817. 

Page 332. ... V honneur à la Louis XIV. — Ed. 1817 : 
la noblesse. 

Page 332. ... pillé de Cimarosa. — Stendhal ajoute en 
1817 : Rossini écrit un opéra, comme une lettre. Quel 
génie sHl se fût donné la peine d' apprendre sa langue ! 

Page 332. ... d'absolument nouveau,... — Ed. 1817 : 
Il ny a de remarquable. 

Page 332. ... Rosine, Almaçiva et Figaro. — • Stendhal 
veut parler de la coda du grand trio du 2^ acte, sur les 
paroles Zitti, zitti (Allegro, fa majeur, 93 mesures), 
au moment où Figaro vient de donner l'alarme aux 
deux amoureux (Voir Vie de Rossitii, analyse du 
Barbier de Séville). C'est en effet le seul morceau inté- 
ressant du trio. Dans le Barbier, le génie finit, on 
peut le dire, après le quintette de Bazile ; de plus, il 
manque, au 2^ acte, un finale développé, faisant 
pendant à celui du 1®^ acte. A ce point de vue, le 
Barbier est une pièce qui manque d'équilibre. 

Page 333. ... qui me plaisait tant à Milan. — • Ed. 1817 : 
je ne sais pourquoi. 

Page 333. Toucher à un ouvrage de Paisiello ! — Sur 
l'exemplaire de Rome, Stendhal a noté en marge 
à la plume : Edinburgh Review. Allusion sans doute 
à l'article de 1817, dans lequel le passage sur Rossini 
est cité ; après avoir indiqué que, d'après le « baron 
Stendhal »,. Rossini aurait refait le Barbier de Paisiello, 
l'auteur anonyme de l'article ajoute : « Cette audace 
de toucher au chef-d'œuvre d'un des plus grands 
musiciens de tous les teinps est considérée par notre 
auteur comme la marque d'un vrai génie ; mais il 
y a beaucoup de gens, selon nous, qui appelleront 
cette audace: de rimpudence. » M. Paoîo Costa, faute 
d'avoir lu l'article de la revue anglaise, paraît s'être 
tout à fait mépris sur le sens de l'annotation de 
Stendhal. 



444 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 333. Je suis Lindor. — Dans la délicieuse scène du 
balcon, traitée divinement par Paisiello, et escamotée 
par Rossini, qui désespérait peut-être d'y égaler son 
rival : 

Sai)er brainute, 
Bella, il mio nome : 
Ecco ascollale, 
Ve lo dira, 
lo son Lindoro, 
Di basso slato, etc. 

Page 333. ... s'en est bien i'ite emparée :... — Ed. 1817 ; 
Rossiiii, dont cela abrégeait la besogne, s'est empressé 
de le prendre. 

Page 333. ... de plus froid ;... — Ed. 1817 : de plus plat. 

Page 333. ... Bologne et Florence. — La dernière phrase 
ajoutée en 1826. 

Page 334. ... serait bientôt détruite. — La partie con- 
sacrée à Florence dans l'édition de 1817 finit ici, après 
une courte conversation avec la comtesse P*** (voir 
Appendice). On saute à Rome (page 65, tome II 
de la présente édition), après quelques lignes datées 
de Yiterbe, 9 décembre (voir Appendice). 

Page 335. ... dajis la Cetra Sp — La Cetra Sperma- 

ceutica, chanson licencieuse du comte Giraud. Voir 
Correspondance, tome II. page 171, lettre du 3 mars 
1820. 

Page 336. ... aux Cascine... — Ed. 1826 : au Cacine. 
Ed. 1854 : au Cascine. 

Page 336. ... le pouvoir immense du prêtismc. — Ed. 1826 

et 1854 : le pouvoir immense du p e. Nous indiquons 

le mot entier d'après l'exemplaire de Rome complété 
par Stendhal. 

Page 339. ... de la princesse Elisa,... — Ed. 1826 et 1854 : 
la sévérité du préfet, déconcertant d'un mot les petits 
moyens employés par les chambellans de la princesse 
Elisa. Nous adoptons les corrections indiquées par 
Stendhal sur l'exemplaire de Rome. 

Page 340. Les fameuses Cascine.... — Dans son Voyage 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I ■\\o 

en Italie, \\. (.dlomlj ilt'cnt ainsi les Cascine : « Je ne 
connais ])as de jjionienade plus af^rcahlc que celte 
longue suite de pelouses, de bosquets, davenues, de 
fourrés, de gazons, bordés d'un côté par l'Arno, et de 
l'autre par le canal (pii a son embouchure dans ce 
fleuve ; la pronieiuule a au moins deux milles de 
longueur ; elle est couverte d'é({uipages et de cava- 
liers ; aux toilettes et à la forme des voitures, on se 
croirait aux Champs-Elysées ; seulement, ici, il y a 
plus d'équipages à un seul cheval... Les faisans 
courent devant nous dans les allées. « (Pages 37-38.) 

Page 34i. ... servent de texte... — lui. 182(i : sert de 
texte. 

Page 341. ... la comtesse d' Albaiiy,... — Ed. 182G : la 
comtesse d'Albanie. 

Page 342. ... de Brosses a dit cent fois mieux... — Dans 
l'édition de Colomb, de 1836, ces descriptions se 
trouvent au tome I®'", pages 265 et suivantes. Sten- 
dhal cite l'édition de 1800 en 3 volumes. 

Page 346. ... pour donner à dix-huit fakirs le plaisir de 
se mortifier. — Carton 1827 : pour donner à dix- 
huit 

Page 347. ... {Ferdinand III) rendu sage par l'exil,... 

— Carton 1827 : Ferdinand III Une 

ligne plus bas, l'ex. Le Petit corrige cinq mille en 
neuf mille. 

Page 349. ... et de prctisme... — Ed. 1826 et 1854 : 
et de p e. 

Page 349. ... la Grèce en 1825, par H. Lauvergne. — 
L'ouvrage de IL Lauvergne a pour titre : Souvenirs 
de la Grèce pendant la campagne de 1825, ou Mémoires 
historiques et biographiques sur Ibrahim, son armée, 
Khourchid, Sève, Mari, et autres généraux de U expédi- 
tion d'Egypte en Morée. (1 vol. in-8o de viii-240 pages, 
chez Avril de Gastel et Ponthieu, Paris, 1826.) On y 
trouve en appendice, pages 232 à 240, une très curieuse 
Note sur Lord Byron, rédigée d'après des conversa- 



446 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

tions qu'a eues l'auteur avec le père Paul, du couvent 
des Franciscains d'Athènes. C'est à cette note que 
fait allusion Stendhal. Le Globe venait, dans ses 
deux n^s des 6 et 9 mai 1826, de publier un long frag- 
ment du livre nouveau. 

Page 352. ... (F un voyageur genevois... — LuUin de 
Chateauvieux, auteur de : Lettres écrites d'Italie, en 
1812 et 1813, à M. Charles Pictet, dans lesquelles, dit 
Colomb, l'auteur « s'est proposé principalement de 
décrire l'aspect champêtre de l'Italie, ainsi que ses 
procédés d'exploitation rurale ». 

Page 353. ... à la sauce piquante. — Vers tirés de la 
Gastronomie, chant l^'", à propos du turbot de Domi- 
lien : 

l.e sénat mil aux voix cette affaire iinporlatUe, 
El le turbot fut mis à la sauce piquante. 

Page 361. ... M. de Fontanes. — Carton 1827: M. ... 

Page 365. ... soti degré de bonheur,... — A partir d'ici 
jusqu'à la page 367 (Velletri, 6 février), le carton de 
huit pages annoncé par le Journal de la librairie 
en mars 1827 donne un texte tout à fait différent du 
texte primitif de 1826 reproduit par l'édition de 1854 
et par la présente édition. Nous donnons dans le 
Supplément le texte du carton, où lanecdote de 
Filorusso a été remplacée par celle, beaucoup plus 
anodine, de Laodina. 

Page 365. Le gros marquis Filorusso,... — Il s'agit du 
marquis Marucci, « grec d'origine, espion russe, ultra 
enragé ». Sa campagne sur la place San-Fedele consiste 
en ceci : lors de l'assassinat de Prina, le 20 avril 1814, 
sur la dite place, il criait à la canaille : Achevez-le ! 
(Voir Correspondance, tome II, lettre 429, pages 417- 
418.) 

Page 367. ... Satire admirable de Al. Buratti. — Dans 
sa Notice sur H. Deyle (page lui), Colomb a inséré 
un fragment de lettre inédite de Stendhal au sujet 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 4'l7 

de BuraLli, de VEle/aiiteide, cl du marquis Marucci î 
il rappelle en même temps le petit article sur Buratti 
que Stendhal fit paraître dans la Biographie de 
Furne (Biographie universelle, ou Dictionnaire histo- 
rique par une société de gens de lettres, sous la direction 
de M. Weiss, ])ibliothécaire à Besançon, 6 vol. in-S^, 
Furne, Paris, 1832, — 2e édition : 1838-1842). Voici, 
à titre de curiosité, cet article : aussi bien, devait-il 
avoir sa place, quelque part, dans la nouvelle édition 
des œuvres complètes de Stendhal : 

« BuRATTi (Joseph), le plus pittoresque, mais le 

• plus indécent des poètes satiriques d'Italie, né à 
Bologne, vers 1778, d'un négociant fort riche, fut 
déshérité par son père, qui ne voulait pas qu'il fît 
des vers satiriques et libertins. Cependant il vivait 
à Venise dans une grande aisance. L'indépendance 
de ses opinions le fit mettre en prison fort souvent. 
Aucun poète peut-être n'est arrivé à faire aussi plai- 
samment le portrait des personnages dont il se 
moque. h'Elefanteide, la Strefeide, sont des satires 
beaucoup plus amusantes que tout ce que l'on a fait 
dans ce genre depuis plus[ieurs] siècles. On a osé 
imprimer à Lugano, vers 1822, les moins indécents 
de ces poèmes, dont les copies manuscrites, qui cir- 
culent dans le pays de Venise, forment 4 vol. in-4°. 
Buratti est mort en 1832. » 

Page 368. ... au-dessous de Ventrée à Paris... — L'édi- 
tion de 1817 ajoute : ci mille lieues au-dessous de 
Berlin. 

Page 368. ... de la ville éternelle. — Ces quelques lignes, 
depuis : Nous sommes entrés à Rome, existent dans 
l'édition de 1817, ainsi que, quelques lignes plus bas, 
la phrase : « Pour ménager les mœurs si pures ...» 
En 1817, le séjour à Rome est daté du 10 décembre 
1816 et jours suivants (Voir Appendice, et tome II, 
page 65, Rome, l^^ août 1817 et jours suivants). 
Dans l'édition de 1826, au contraire, Stendhal com- 



448 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

bine son itinéraire de façon à sauter de Florence à 
Naples, en ne faisant, comme de Brosses, que tra- 
verser Rome, où il ne sera censé séjourner qu'à son 
retour de Naples, six mois après. 

Page 369. ... à être seul. — Ed. 1826 et 1854 : étant seul. 
Nous adoptons la correction que Stendhal a portée 
sur l'exemplaire de Rome. 

Page 369. ... après le Trasimène... — Ed. 1826 et 1854 : 
après Trasimène. Stendhal corrige sur l'exemplaire 
de Rome. On dit en effet : la bataille du Trasimène. 

Page 370. ... m'a donné des nerfs. — Sur l'exemplaire de 
Rome, Stendhal a noté en marge au crayon : Ah ! 
hene ! Souvenir, sans doute, de la lettre que lui avait 
écrite Mareste le 22 décembre 1817 (voir Paupe, Vie 
littéraire de Stendhal) au sujet de la première édition 
de Rome, Naples et Florence : Mareste lui reprochait 
d'avoir maltraité injustement Florence et Rome ; 
Stendhal avouait, dans une lettre du 3 janvier 1818, 
qu'il await eu des nerfs à Rome. 

Page 370. ... détester les aristocrates ;... — Carton 1827 : 

les aristocrates. L'exemplaire de Rome porte de la 

main de Stendhal : haïr. Nous maintenons détester 
d'après l'édition de 1826. 

Page 371. ...le pire des poisons,... — Carton 1827 : qui 
sont maintenant Stendhal, sur l'exem- 
plaire de Rome, complète : la pire des absurdités. L'éd. 
de 1826 donne : le pire des poisons, que nous mainte- 
nons. 

Page 371. ... d'un ordre de chevalerie dont on vendrait 
la croix. — Ed. 1826 : d'un ordre de chevalerie dont 
on la croix. Carton 1827 : d'un ordre de chevalerie 

Page 372. ... les assassinats de Xtmes,... — Ed. de 1826 
et 1854 : les a s de Xîmes. 

Page 372. ... de Trestaillons et de Trufémi. — Cf. Corresp., 
tome II, page 85, projet d'article pour rendre compte 
des Considérations sur les principaux événements de la 



NOTES I:T KCLAIRCISSKMF.NTS Dr TOMi: I ''l'in 

lici'olution ]r(in[aise, de M'"'' de Suiël. ((".<>!(iiii!) (loime, 
à son habitude, ce frapiiiciil jxmr une lettre ([ui lui 
aurait été adressée le 17 juin 1818 par Beyle.) 

Page 372. .Vows avons trompé... — Ici repi'end le texte 
de Tédition de 1817 : « Enfin, je quitte Hume, et f entre 
dans une vallée charmante, etc. » 

■Page 372... ce Pie VI qui savait régner — Va\. 1817 : 

dans l'auberge superbe bâtie par Pie \ I. 

Page 373. ... ni de ses nombreux plagiats. — Dans l'éd. 
de 1817, Stendhal ne parle pas encore des ])lagiats. 

Page 373. ... deu.r mille francs. — - Ed. 1S17 : mille 
Jratics. 

Page 374. ... dans u?i vieux pot de pommade. — Voir dans 
la 1 le de Rossini une description plus pittoresque 
encore de la manière dont le maestro composait et 
faisait rc})éter ses oju'i'as dans les petites villes 
d'Italie. 

Page 374. Je lui disais... — VA. 1817: Je lui parlais 
de. 

Page 374. ... qu'à Paris les tragédies de Ducis. — Ed. 
1817 : que le sont à Paris les tragédies de Marmontel. 

Page 374. ... ses vingt opéras? — Ed. 1817 : ses trente 
opéras. 

Page 374.... and grows old. — Citation à dessein ine- 
xacte : le texte dit : three good men unhanged in En gland 
and one of them is fat and grows old ; mais Stendhal 
devait nécessairement substituer great men à good 
meti et poor à fat pour que sa citation trouvât ici son 
application. « // ?i'y a pas trois grands hommes en 
Angleterre, et l'un d'eux est pauvre et devient vieux. » 
La traduction anglaise de 1818, en faisant remarquer 
avec pédanterie l'inexactitude de la citation, n'a pas 
vu que l'inexactitude était a oulue. et que, bien plus, 
elle témoigne d'vme certaine connaissance de la langue 
anglaise. 

Page 375. ... est un seigneur amoureux... — Ed. 1817 : 
Depuis Florence et le Barbier de Séville, voilà la pre- 

RoME, Xaples et Florence, II 29 



450 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

mière musique qui me fasse plaisir. C'est un seigneur^ 
etc. 

Page 375. ... de Napoléon;... — Ed. 1817 : de 

Les deux dernières phrases ont été ajoutées en 1826. 

Page 376. ... deux ou trois mille... — Ed. 1817 : sept à 
huit cents. 

Page 376. ... comme Louvois. — L'éd. 1817 ajoute : 
à Paris. 

Page 377 ...le Potier... — Ed. 1817 : le Brunet. 

Page 377. ... comme dans un roman de Pigault-Lehrun, — 
Ces mots n'existent pas dans l'éd. de 1817. 

Page 377. ... il rn amusait moins. — Ed. de 1817 : it 
ni ennuyait. 

Page 377. ... part difficilement. — Toute la phrase a été 
ajoutée en 1826. 

Page 377. ... et la froideur. — L'éd. 1817 ajoute : Il 
chante exactement comme AP^^ F esta. 

Page 378. ... glacial,... — Ed. 1817 : très froid. 

Page 378. ... comme celle de Capoue. ■ — Ed. 1854 : comme 
celles de Capoue. 

Page 379. ... quon me passe ce mauvais mot si pitto- 
resque. — Ed. 1817 : quon me passe ce terme de 
coulisse, qui est si pittoresque. 

Page 379. ... Guglielmi... — L'éd. de 1817 porte la note 
suivante : On dit que Guglielmi est mort en mars 1817. 

Page 379. ... fai perdu les deux basques de mon habit. 
— Ed. 1817 : les deux basques de mon habit so?it 
déchirées. 

Page 379. ...la force de critiquer. — L'éd. de 1817 ajoute : 
Ce premier jour de San-Carlo, un des grands buts de 
mon voyage, (chose unique pour moi !) na pas été 
au-dessous de mon attente. Mais je dois cela à quelque 
fermeté de caractère. 

Page 379. ... effrayer les spectateurs. — Ed. 1817 : 
A demain les drôles de sensations qui troublaient 
les spectateurs. Les éd. 1826 et 1854 portent ici 
l'indication suivante entre parenthèses : (12 J.), 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 451 

sans doute (12 jarwier). Les deux para(j;raplies, datés 
en 1826 du 12 février, étaient", dans l'édition de 1817, 
datés du 12 janvier ; l'indication (12 J.) avait proba- 
blement été portée par Stendhal sur la page de l'exem- 
plaire de 1817 remis à l'imprimeur pour la nouvelle 
édition, à titre de simple mémento. Il n'y avait aucune 
raison pour la maintenir ; nous la supprimons, comme 
étant une erreur d'impression de 1826. — Pour toute 
la description de San Carlo, Stendhal n'a fait que 
reproduire l'édition de 1817, à l'exception de quel- 
ques courts fragments que l'on trouvera à V Appen- 
dice. 

Page 380. ... une idée de ceci. — L'éd. de 1817 ajoute : 
Je vois dans les loges des dames auxquelles je puis être 
présenté ; foime mieux ma sensation, et je reste au 
parterre. 

Page 380. ... plus que cette constitution... — Ed. 1817 : 
plus que la meilleure loi. 

Page 380. ... içre de bonheur. — Ed. 1817 : iVre de pa- 
triotisme. 

Page 381. ... les petites loges incognito... — Ed. 1817 : 
les petites loges oii l'on peut être incognito. 

Page 381. ... à remarquer... — Ed. 1817 : à observer. 

Page 381. ... fumée obscure. — Ed. 1817 : fumée noire. 

Page 382. ... on allait s'y précipiter. — Ed. 1817 : Je me 
retournai vers mes compagnons, voyageurs anglais : 
je trouvai des figures de bois qui regardaient la fumée. 

Page 382. ... dans la recherche des moyens... — Ed. 
1817 : dans les moyens. 

Page 382. ... que je m'aperçus de... — Ed. 1817 : que 
je me mis à sentir. 

Page 382. ... les femmes... — Ed. 1817 : les dames. 

Page 382. ... l'on n entend pas. — Ed. 1817 : l'on n'en- 
tend absolument pas. 

Page 382. ... dans plusieurs loges ;... — Ed. 1817 : Je 
cours les loges. 



452 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 382. ... ce reproche incroyable. — - L'éd. de 1817 
ajoute : Il est fort réel. 

Page 383. ... presque aussi maui>aises que celles de Paris. 
— Ed. 1817 : du dernier mauvais. 

Page 383. Il y a dans ces décorations... — Ed. 1817 r 
Il y a, entre autres. 

Page 383. ... on çoit... — Ed. 1817 : de manière quon 
voit. 

Page 383. ... ce quelles font. — Ed. 1817 : à qui elles 
appartiennent. 

Page 383. ... à sa très jolie femme. — Ce n'est pas l'avis 
de l'annotateur inconnu de l'exemplaire appartenant 
à M. Barbery de Nice : il écrit en elTet en marge : 
« Une grande poupée miince, sans grâce, blanche 
comme un satin neuf, physionomie aussi bête que 
l'était le colonel corse échappé du service français 
depuis l'abdication de Bon[apartel. Elle était fille 
d'une maîtresse de pension de Milan ayant été femme 
de chambre française émigrée. » Nous remercions 
vivement M. Barbery de l'obligeance avec laquelle 
il nous a communiqué ces curieuses notes, dont 
il nous avise qu'il a à peu près identifié l'auteur : ce 
serait Sergent, beau-frère du général Marceau. 

Page 383. ...de mon ambassadeur. — Paragraphe ajouté 
en 1826. 

Page 383. ... nous savons donner... — Ed. 1817 : nous 
donnons. 

Page 383. ... journal payé à M. Acerbi... — Sur Acerbi, 
voir notre édition de la Vie de Haydn. Appendice, 
nO VII. — La note de 1817 finit à : Voyez la Biblioteca 
italiana, de Milan. En 1826, Stendhal ajoute : journal 
payé, etc. Un carton de 1827 donne : journal payé à 
M. Acerbi par 

Page 384. ... au cabinet littéraire. — Stendhal ajoute en 
marge sur l'exemplaire de Rome : Rue San-Giacomo 
(Napoli). Voir le fragment de la 1''^ édition, Appen- 
dice, page 301 du tome II. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DV TOME I 453 

Page 384. ... comme trop libéral (1817). — Les éd. 1826 
et 1854 ne portent ])as cette date ; mais elle a été 
ajoutée dans un carton de 1827. 

Page 384. ... sont des Lyon renforcés. — Ce paragraphe 
du 20 février a été ajouté en 182G. 

Page 384. ... sera pitoijable. — L'cd. de 1817 ajoute : 
Rien de plus juste. 

Page 385. ... milanais et fort bel homme,... — Ces mots 
ont été ajoutés en 1826. 

Page 385. ... mademoiselle Colbran. — Ed. 1826 et 1854 : 
mademoiselle C***. Il s'agit évidemment de la Col- 
bran, la future M""^ Rossini (voir Vie de Rossini). Il 
n'y a plus aucune raison pour maintenir l'initiale. 
L'édition de 1817 donnait le nom entier. 

Page 385. ... quatorze ans. — Ed. 1817 : dix-sept ans. 

Page 3-^5. ... Tachinardi s'éteint, et Crivelli se glace. — 
Ed. 1817 : après Tachinardi. 

Page 385. ...de Favart,... — Ed. 1817 : de VOdéon. 

Page 385. ... et la misère... — Ajouté en 1826. 

Page 385. Madame la princesse Belmonte remarque... — 
Ed. 1817 : La duchesse de C*** me fait observer. 

Page 386. ... chez madame Formigini... — ■ Ed. 1817 : 
chez la duchesse. 

Page 386. ... des missionnaires méthodistes. — Para- 
graphe ajouté en 1826. 

Page 3S7. ... pour ne pas i'ivre avec une impie. — Ces 
mots ont été ajoutés en 1826. 

Page 387. ... qui a voyagé de Paris à Saint-Cloud... — 
Ed. 1817 : le lecteur qui fie connaît, etc. 

Page 388. ... et quelle aime peut-être encore,... — Ed. 
1826 et 1854 -.et qu elle aime encore. Stendhal a ajouté 
peut-être sur lexemplaire de Rome. 

Page 388. ... fort commun ;... — Ed. 1817 : fort plat. 

Page 388. ... on pilerait... — Le traducteur anglais 
de 1818 ne manque pas d'imprimer : you might 
pillage .' Il a compris : on pillerait ! Ce non-sens 

RoMD, Naples et Florence, II 29, 



454 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

existait d'ailleurs dans l'édition de 1817 ; mais Verrat. 

corrigeait : on pilerait. 
Page 388. ... un caractère de cette profondeur et de cette 

énergie. — Ed. 1817 : un tel caractère. 
Page 388. ... rn étonne toujours. — Ed. 1817 et 1826 : 

dans certains caractères de femmes m'étonne toujours. 

Sur l'exemplaire de Rome, Stendhal a ajouté : de ce 

pays, que Colomb a également ajouté en 1854. Toute 

la fin du paragraphe depuis : Tout cela est caché, est 

de 1826. 

Page 389. ... on pourrait la leur faire entendre. — Sur 
l'exemplaire de Rome, Stendhal ajoute en marge : 
Et d^ ailleurs le fond du tableau est triste; même s'il 
est gai, le tableau sur lequel se détachent les m,ouve- 
ments de passion est triste. 

Page 389. ... Stone-Henge... — Groupe de monuments 
mégalithiques, dans la plaine de Salisbury, en Angle- 
terre. 

Page 390. ... comparable à madame Pasta... — Cette 
allusion à M^^^® Pasta ajoutée en 1826. 

Page 390. ... courtisanesques... — Ajouté en 1826. 

Page 390. ... des heures entières. — Ces deux dernières 
phrases ajoutées en 1826. 

Page 390. ... de comparable. — Cette restriction : ou 
du moins, n'existe pas dans l'édition de 1817. 

Page 391. ... séduits... — Ed. 1817 : charmés. 

Page 391. ... une chose de convention,... — De Brosses 
(Gênes, l^J" juillet 1739) disait déjà : « Après tout, 
qu'est-ce que l'indécence dans Icc usages, si ce n'est 
le défaut d'habitude de ces usages mêmes ? » 

Page 391. ...le prêtre de rendrait. — Ed. 1817 : cela 
dépend de la pruderie. La dernière phrase a été ajoutée 

en 1826. Carton 1827 : inspiré parle de l'endroit 

(page 186 marquée par erreur 168). 

Page 392. ... toutes les cent lieues. — Cette dernière plirase 
ajoutée en 1826. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I ^io3 

Page 392. ... état passager et violent. — - La parenthèse 
ajoutée en 1826. 

Page 393. ... M. de Rocca-Romana ? — Ed. 1826 et 
1854 : M. de Roc* Rom* ? Une note de l'ex. Le Petit 
donne le nom complet. 

Page 393. ... depuis quil adore Saint Janvier ? — Ed. 

1826 et 1854 : depuis qu'il ? La fin de la 

phrase est ajoutée par Slcndlial sur l'exemplaire de 
Rome, ainsi que sur l'ex. Le Petit. Ce qui précède, 
depuis : ils se sont crus mystifiés, n'existait pas dans 
l'édition de 1817. 

Page 393. ... ou la Forêt des Ardennes... — Ed. 1817 : 
que la Tempête ou le cinquième acte des Femmes de 
Windsor. 

Page 393. ... par écrit,... — Ed. 1817 : par ht parole. 

Page 393. Au château de B***, en France,... — Ed. 1817 : 
Au château de Vizile, en France. 

Page 393. ... jusqu'à trois heures du matin. — Ed. 1817 : 
nous faisait passer une partie des nuits. 

Page 394. ...et des Nouvelles Castillanes,... — Ed. 1817 : 
pleine des souvenirs des romans et du théâtre. 

Page 394. ... les jouissances des beaux-arts. — Dans l'éd. 
de 1817, ce développement est ainsi conçu : « Chaque 
imagination fait parler à sa manière ces personnages 
qui se taisent. Ce genre singulier va peut-être s'éteindre ; 
il eut son développement à Milan, dans les temps bril- 
lants du royaume d' Italie. U faut de grandes richesses, et 
le pauvre théâtre de la Scala na peut-être plus que deux 
ou trois ans de vie. » 

Page 394. ...en Europe. — Cette dernière phrase ajoutée 
en 1826. 

Page 394. ... est glacé par les... — Ed. 1S17 : ne com- 
prend rien aux. 

Page 395. ... dans cette tête. — Ed. 1817 : // se trouve 
dans cette tête le génie du peintre joint à celui du musi- 
cien. 

Page 395. ...de ne jamais parler de Vigano. — Ed. 1817 : 



456 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Environné de quatre-iàngts clonseurs sur la scène de 
Milan, ayant ù ses pieds un orchestre de soixante 
musiciens, il fait impitojjahlement recommencer, toute 
une matinée, deux mesures que l'on ne danse pas à son 
idée. 

C'est de ce passage sur Viganô que Stendhal disait 
à Mareste : « L'article sur Viganô, c'est mon cœur et 
nion sang, comme dit Parny. » (Lettre du l^"" décem- 
bre 1817, Correspondance, tome II, p. 44). On sait 
l'admiration furieuse que Stendhal professait pour ce 
compositeur de ballets ; la Correspondance de 1816 
à 1820 fourmille de détails enthousiastes. Au retour 
de son voyage en France, en septembre 1819, Sten- 
dhal avait même rédigé, sur Viganô et le ballet des 
Titans, un article qu'il destinait au Journal de Paris 
et qui ne vit jamais le jour (voir lettre à Mareste du 
2 novembre 1819, Corresp., tome IL pages 163 et 165). 
Stendhal note cependant, à Milan, le 22 décembre 1819, 
après un dîner avec Rossini : « Rossini me fait voir 
un défaut dans Viganô : trop de pantomime, pas assez 
de danse. Oter l'armure à un héros. » (Correspondant, 
25 septembre 1909, article de M. Blanchard de Farges, 
p. 1098.) 

Page 395. ... un horizon du plus beau sombre. — Ed. 1817: 
Cela aussi est un effet à la Viganô. — Note sur l'ex. 
de Civita-Vecchia : « Le 4 février 1817, fêtais à Pouz- 
zoles. Donc fai vu Naples en même temps que M. de 
Stendal (sic) que je trouve très menteur. C'est un 
libéral jacobin. » 

Page 396. ...de claquer... — Ed. 1817 : d'applaudir. 

Page 396. ... sans doute à Paris. — Ed. 1817 : de grand 
cœur dans la rue de Richelieu. 

Page 396. ...et rit de leurs griffes vertes. — Cette note 
de 1817 a été légèrement modifiée p; r Stendhal pour 
figurer dans l'édition de 1826. Elle commençait 
ainsi : « J\P^^ Digottini est un exemple à peu près par- 
fait de ce beau idéal ; Paul et Albert s'en approchent 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DL' TOME I 'l57 

souvent, larulis ijiir M^^^ h annij Bias est le genre fran- 
çais dans toute sa pureté. Les ballets de (îardeL etc. » 
et finissait par une ])arenthèse : (liepnse de Psyché, 
1817). An lieu (le Shakspeare, on lisait : Aljieri. 

Page 397. ... trois fois par semaine au moins. — Ce 
paragraphe depuis : Je suis monté hier au V'ésui'e, 
est de 1826. 

Page 397. ... on ne savait pourquoi. — ■ En marge de ce 
développement, Stendhal écrit sur l'exemplaire de 
Rome : Ceci est-il ennuyeux .-^ Supprime-le donc {apos- 
trophe adressée à Colomb ou à Crozet). 

Page 398. ... tous les torts. — Ed. 1817 : tous les reproches. 

Page 398. ... ait eu le temps d'entrer... — Ed. 1826 
et 1854 : pour que la révolution pût entrer dans l'art. 
Stendhal a corrigé sur l'exemplaire de Rome : ait eu 
le temps d'entrer ; nous adoptons naturellement cette 
excellente correction. 

Page 398. ... la musique française ;... — Cette phrase 
est précédée, dans l'éd. de 1817. des mots suivants : 
« Quelquefois j'entre en doute de mes idées les plus 
fondamentales. » 

Page 398. L'auteur n'est pas Français. — Ed. 1817 : Le 
patriotisme d'antichambre, comme disait M. Turgot à 
propos du Siège de Calais, va se soulever contre moi. 

Page 399. ...y tenir. — Ed. 1826 et 1854 : s'en tirer. 
Nous corrigeons d'après un carton de 1827. 

Page 399. ... mais elle est bien jolie. — Ed. 1817 : Les 
plus grandes des jeunes élèves, surtout la Pepina et 
la Merci, sont déjà des danseuses fort agréables. Peut- 
être la Pepina ira-t-elle au grand ; sa danse a une 
physionomie. 

Page 399. Aujourd'hui 14 mars,... — Ed. 1826 : Aujour- 
d'hui, 14 février, erreur évidente, corrigée en 1854. Ce 
paragraphe, qui n'existe pas dans l'édition de 1817, 
avait été ajouté par Stendhal, pour l'édition de 1826, 
à la suite sans doute de la feuille imprimée de 1817 ; 



45S ROME, NAPLES ET FLORENCE 

or, en 1817, cette partie du journal était datée du 
14 février : c'est ce qui explique l'erreur. 

Page 400. ... en proscriptions (1799-1822). — La phrase, 
depuis : Le maître de la maison, n'existe pas dans 
l'édition de 1817. 

Page 400. ...se rapproche de... — Ed. 1826 et 1854 : 
deçient celui d'espion. Nous corrigeons d'après un 
carton de 1827. 

Page 400. ... chez Al. Bianchi... — Ed. 1817 : i>oir les 
dessins de Ai. Bianchi. 

Page 400. ... lequel ennoblit. — La fui du paragraphe 
depuis : Comment nos artistes, ajoutée en 1826. 

Page 400. ... huit ou dix ans. — Ed. 1817 : deux ou 
trois ans. 

Page 401. Et que les hommes aient été... — Les éd. de 1826 
et 1854 portent ces deux lignes de points. Nous pen- 
sons qu'on peut rétablir ainsi la suite des idées : Et 
que les hommes aient été assez niais pour abandonner 
une pareille religion, cest ce quil est assez difficile de 
comprendre. Mais Vamour du nouveau, etc. Cette 
partie du développement, depuis : la religion des 
Grecs, n'existait pas en 1817. 

Page 401. ... les plus remarquables du royaume,... — 
Ed. 1826 et 1854 : les plus forts du royaume. 
Stendhal a, sur l'exemplaire de Rome, substitué le 
mot remarquables au mot forts, jugé sans doute par 
lui un peu plat. 

Page 401. ... le conseiller d'Etat Cuoco. — Auteur 
notamment d'un Essai historique sur la résolution de 
Naples, traduit en français par Barrère, et qu'avait 
probablement lu Stendhal. 

Page 402. ... lago... — Ed. 1826 et 1854: Sagor, non- 
sens. C'est l'exemplaire de Rome qui nous donne cette 
intéressante correction. 

Page 402. ... chanteuse :... — Ed. 1817 : actrice. 

Page 402. ... à ces grands hommes. ■ — Voir dans la Vie 
de Rossini, l'analyse de VOtello, et la critique du 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 459 

livret. Dans réditiou de 1817, le paragraphe sur 
Otello se borne aux lignes suivantes : Rossini l'a très 
bien secondé. J'ai essuyé cinq fois cette rapsodie. Notez 
que Desdemona (AD^^ Colbran) a beaucoup du physique 
de Mlle Maillard. 

Page 403. ... est un ténor divin. — - Ed. 1817 : ni a fait 
plaisir. 

Page 403. ... vî étonnent. ■ — Ces deux dernières phrases 
sur Chateaubriand et Paër ajoutées en 1826. 

Page 403. ... entre autres le duo du premier acte entre les 
deux femmes. — Ces mots ont été ajoutés en 1826. 
L'édition de 1817 ajoute : Voilà la i^éritabte forme des 
théâtres chantants : cest un cercle. La ligne du théâtre 
est une perpendiculaire élei^ée à V extrémité du dia- 
mètre (Théâtre des Variétés, de Paris), ou mieux encore 
vers le tiers de ce diamètre. 

Cette question de mathématiques décidera du sort futur 
de la musique dramatique. Les grands théâtres, etc. 

Page 403. ... il Travaso delV anima. — Note barrée 
sur l'ex. Le Petit, et en marge : Faux. La hiondina in 
gondoletta. 

Page 404. ... M. le comte Galenberg. — Ed. 1826 et 
1854 : AL le comte Gallenberg. II s'agit du comte de 
Galenberg, compositeur de ballets, dont parie Sten- 
dhal dans une lettre du 6 avril 1822 (Corresp., tome II, 
page 243). Cet Allemand avait épousé la célèbre 
Giulietta Guicciardi, que Beethoven a immortalisée 
en lui dédiant son admirable sonate en ut dièse 
mineur (sonata quasi una fantasia dedicata alla mada- 
migella contessa Giulietta di Guicciardi), op. 27, 
nO 2. 

Page 404. ... la premiers tempistes du monde. — • 
Ajouté en 1826 depuis : On se plaint de voir Crivelli. 

Page 405. ...du côté des spectateurs ? — Ed. 1817 : vers 
les spectateurs. 

Page 405. ... les vagabondages de V imagination. — Les 
deux dernières phrases ajoutées en 1826, 



4G0 ROME, XAPLES ET FLOUENCE 

Page 406. ... ny forme quiin spectacle intéressant. — 
L'édition de 1817 ajoute : et ne s'y fait connaître que 
par des bienfaits, et, en note : -Vos princes viennent de 
consacrer plus de cinquante millions au soulagement des 
peuples en 1817. C'est là ce que Stendhal appelait 
« les notes pieuses et révérencieuses » (voir notre 
Avant- propos). 

Page 406. ... qu'un atome... — Ed. 1817 : qu'un petit 
citoyen. 

Page 406. ... fait un sacrilège de votre applaudissement. 
— • Ed. 1817 : vous en empêche. 

Page 406 sont égo'istes et bonnes gens,... — Ed. 1817 : 

sont très respectables. 

Page 407. ... centre de police et de vexation. — Carton 

1827 : centre de L'ex. Le Petit porte 

en note : centre de tracasserie et de vexation. Voir 
Turin. 

Page 407. Ce genre d'ennui, inconnu à Paris,... — Ed. 
1817 : Je le dis si?icèrement, cela est tout à fait inconnu à 
Paris ; mais, dans les petits états d' Italie, cest la vexa- 
tion de tous les moments. De plus, une note, au mot 
Paris, dit : et plus que jamais en 1817, sous le ministère 
d'un homme supérieur (le duc de Richelieu). 

Page 407. Que veut-on que fassent toute la journée... — 
Ed. 1826 et 1854 : que veut-on que fassent huit ou dix 
ministres. Un carton de 1827 ajoute : toute la jour- 
née. 

Page 407. ... et meurent d'envie d'administrer .>* — 
Ajouté en 1826. 

Page 407. ... deux ou trois millions... — Colomb, en 
1854, ajoute : de revenu, qui est inutile, et qui est 
même un contre-sens. 

Page 408. ... à charge de revanche ;... — Ajouté en 1826. 

Page 408. ...et leurs nez immenses. — Ed. 1826 et 1854 : 
avec tout le poids de leur grandeur et de leur habit 
brodé. Nous adoptons la correction portée par Sten- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I ^iGl 

dhal sur l'exemplaire de Home : l'addition et leurs 
nez immenses est tout un taldeau. L'édition de 1817 
dit siniplenient : avec tout le poids de leur grandeur. 

Page 408. ... pour obtenir une armée courageuse. — Car- 
ton IS'll : f ai pensé qu' il jidiait tout ce 

pour obtenir, etc. 

Page 408. ... des plaisirs de la descente. — Ed. 1817 : de 
Vagrément. 

Page 409. ... au eu je :... — lui. 1854 : dans un ca/'é, qui 
forme contre-sens ; car il s'agit de la buvette du 
théâtre. 

Page 409. ... tout essoufflé. — Stendhal ajoute en marge, 
sur l'exemplaire de Rome : Histoire de la tête du 
G"' Murât que le r[oi] F[erdinatid] ne reconnaît 
pas ; j'ai à penser à ce sujet. La lecture des derniers 
mots est douteuse. 

Page 410. ... autre que... — Ed. 1817 : si ce )i'est. 

Page 410. ... que de F émotion.... — Ed. 1817 : que cette 
dernière. 

Page 410. Cet amateur délicat... — Cette dernière 
phrase ajoutée en 182G. 

Page 410. ... trace de civilisation :... — L'éd. de 1817 
ajoute ici : Cet aspect, et le mouvement de la mer, me 
ramènent au bon sens. 

Page 410. ...le papisme et ses rites font... — Ed. 1826 et 

1854 : le p et ses r.... font. L'exemplaire de Rome 

et l'ex. Le Petit donnent les mots complets. 

Page 411. ... la gaieté d'un méthodiste anglais. — Toute 
la fm depuis : grand avantage quand le papisme^ 
ajoutée en 1826. 

Page 411. ... lord Chichester,... — Ed. 1826 et 1854 : 
lord Chiches*** . Nous indiquons le mot complet 
d'après l'éd. de 1817. 

Page 411. Oui, mais... — Ed. 1817 : Si vous échappez à 
la révolution que la vanité blessée de Canning et de Lord 
Castelreagh vous prépare, les Américains, etc. 



462 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 412. ... il se réi^oltera onze. — Carton 1827: on le 

dix fois, et il onze. Stendhal, complétant la 

phrase dans l'exemplaire de Rome et dans l'ex. Le 
Petit, a écrit : conquerra, au lieu de vaincra, qui exis- 
tait dans l'éd. de 1826 et que nous maintenons. 

Page 412. ... V orgueil de la noblesse. — Toute cette fin 
de paragraphe, depuis : Parmi les épigrammes, a été 
ajoutée en 1826. 

Page 412. ... en soupirant. — 11 s'agit sans doute de 
lord North, père de la célèbre lady Douglas Glan- 
bervie, femme d'un lord irlandais, qui va être citée 
plus bas, en même temps que la marquise Lansdowne, 
femme du ministre anglais. 

Page 412. Milady Douglas, milady Lansdowne. — 
Ed. 1826 et 1854 : Milady Dou***, milady Lansd***. 
L'édition de 1817, la traduction anglaise de 1818 et 
l'ex. Le Petit donnent les noms complets. 

Page 412, ... vint briser tous les métiers. — Voir à ce 
sujet, à V Appendice (tome II, page 302), un fragment 
de la 1^^ édition que Colomb n'a pas reproduit 
en 1854. 

Page 413. ... manqué trois riches mariages. — La fin, 
depuis : cet amant me parlait, ajoutée en 1826. 



TOME SECOND 



Page 2. Voulez-vous trouver... — Ce paragraphe, daté 
dans l'édition de 1817 de Naples, 25 février, commence 
ainsi dans cette édition : « Je reviens de Pœstum. 
Route pittoresque. Voulez-vous, etc. » 

Page 2. ... des ménages... — • Ed. 1854 : des manèges, 
coquille regrettable. 

Page 2. ... par un magicien)... — La dernière phrase 
ajoutée en 1826. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II ''l63 

Page 2. ... HohJiouse (1817)... — Note de 1817 non 

reproduite en 182fi (sans doute oubliée). Colomb lu 

laisse égalenienl de coté en 1854. 
Page 3. ... on a lu tant de isolâmes. — Sur l'exemplaire 

de Rome, Stendhal a écrit en marge : Taime cette 

caserne avec les mots écrits au charb[on] par un soldat 

(la suite illisible). — Le passage, depuis : pour peu quon 

ait l'habitude jusqu'à : tant de volumes, a été ajouté 

en 1826. 
Page 3. ... mais foubliais qu il est Allemand,... — 

L'édition de 1817 dit simplement : apparemment que 

je nai pas le sens intérieur. 
Page 3. ... la plate monarchie,... — Ed. 1817 : la 

monarchie. Carton 1827 : la plate 

Page 3. ... dans Michol. — - Voir notre Avant-propos. 
Page 4. ... V immense bienfait d'une révolution... — 

Carton 1827 : V immense bienfait d'une 

Page 4. ... faisait maison nette. — - L'éd. de 1817 

ajoute ici : Même dans son art, il ne vit pas en quoi 

péchait Racine. 
Page 4. ... de la barrière de Pantin,... — Ed. 1826 et 

1854 : de la douane de Pantin. Stendhal a substitué 

barrière à douane sur l'exemplaire de Rome. — Sur 

l'épisode de la barrière de Pantin, voir les Mémoires 

d'Alfieri, partie IV, chap. xx. 
Page 5. ... de comprendre le mécanisme de la liberté. — 

Ed. 1817 : de comprendre l'histoire de Hume et le 

mécanisme de la liberté. 
Page b. Dominé parla défiance,... — ^ Ed. 1826 et 1854 : 

plein de défiance. Nous corrigeons d'après un carton 

de 1827. 
Page 5. Voir Ino e Temisto. — La fin, depviis : Il 

n'y a peut-être rien, ajoutée en 1826. 
Page 6. ... depuis peu... — Ed. 1817 : depuis dix ans, 
Page 6. ... à mademoiselle Colbran : ... — Ed. 1817 : 

à la première chanteuse. Ed. 1826 et 1854: à M''^ C***. 

L'ex. Le Petit porte en marge : Merci. 



4G4 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page G. ... sont de plus sots. — Ed. 1826 et 1854 : 
sont (les plus sots. Faute évidente. L'édition de 1817 
donne bien : sont de plus sots. 

Page 6. C'est un Allemand... — Ed. 1817 : Un gentil- 
homme allemand. 

Page 6. ... où Haydn triomphe ; ... — Ed. 1817 : le 
triomphe de Haydn. 

Page 7. ... de la mémoire de mon âme. — L'éd. de 1817 
ajoute ici : A Milan, la musique de Gallemberg est 
sur tous les pianos, et continue : 2 mars 1817. — - 
Je ne saurais dire combien je suis attristé de quitter 
Naples sans avoir eu une seule jouissance musicale. 
Je vais au théâtre, etc. 

Page 7. ... Iffland... — Ed. 1826 et 1854 : Island. 
L'édition de 1817 donne bien : Iffland. 

Page 7. ... ni madame Pasta. — La fin, depuis : Si 
Âfii'^ Mars, ajoutée en 1826. — L'édition de 1817 con- 
tient ici un paragraphe, supprimé en 1826 : Après 
Vestris, je place Galli le chanteur ; Vliomme qui, dans 
la même semaine, fait le prince hongrois de la Testa di 
bronzo, Legerezza, petit poète romain au service d'un 
lord de mauvaise humeur dans Teresa e Claudio, et 
le bon paysan suisse de la Folle par amour de Weigl, 
a reçu du ciel le talent de la comédie. 

Page 8. ... une chose fort rare en Italie,... — Sur 
l'exemplaire de Rome, Stendhal ajoute en marge : 
dans le goût littéraire, voir l'emphase de tous les prosa- 
teurs vivants. 

Page 8. ... Francesca du Rimini. — - Léd. de 1817 
ajoute : tragédie de M. Pellico. 

Page 9. — Je vois deux exceptions... — • Ed. 1817 : Le 
patriotisme d'antichambre de M. Turgot,qui aujourd hui 
n'existe plus en France que pour la musique, est le grand 
ridicule italien. Chaque ville défend avec fureur ses 
plus mauvais écrivains. Baretti leur reprochait déjà ce 
faible, il y a trente ans. Je vois deux exceptions, etc. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 465 

Page 10. ... fortement occupé... — L'éd. 1817 dit 
simplement : occupé. 

Page 10. ... me disait ... — Kd. 1817 : M. /?*** me 
disa it. 

Page 10. ... corrigée pur M. Du^'ul. — La Jeunesse de 
Henri V est en efl'et une amusante comédie tirée par 
Alexandre Duval d'une pièce ol)scène, attribuée à 
Mercier et intitulée : Charles II, roi d'Angleterre, 
en certain lieu, comédie très morale, en cinq actes très 
courts, dédiée aux jeunes princes, et qui sera repré- 
sentée, dit-on, pour la récréation des Etats Généraux^ 
par vm disciple de Pythagore (Venise [Paris], 1789, 
in-80). 

Page 10. ... le Beaumarchais de ce pays,... — Ces naots 
ajoutés en 1826. 

Page 10. ... ce que Picard est à Culdoni. — La fin ajoutée 
en 1826 depuis : Chez ce poète, le maître de la maison. 
L'édition de 1817 termine ainsi : Encore dans ce genre 
il ?iy aura rien en Italie qu après les deux Chambres. 
Ils n osent pas être eux-mêmes, et en sont encore au 
traité du poème épique du P. Bossu. Le comique italien 
aura la couleur du Philinte de d'Eglantine. 

Page 11. ... que Versailles. — - Aussi bien les guides 
appellent-ils toujours Caserle, à cause de son château 
royal. « le Versailles de Naples ». 

Page 11. ... chaud en hiver et frais en été. — - Ed. 1817 : 
quon y a toujours chaud. Aujourd'hui les tliermomètres 
dans les appartements étaient à 16 degrés. 

Page 12. ... par Davide et Lahlache. — Ed. 1826 et 1854: 
par Davide et Nozzari. Stendhal a substitué le nom de 
Lablache à celui de Nozzari sur l'exemplaire de 
Rome. 

Page 12. ... de V incrédulité. — Tout ce développement 
depuis : Jamais il ny eut, ajouté en 1826. L'édition 
de 1817 reprend à : Partie i est pour Naples. 

Page 12. ... trois officiers... — Ed. 1817 : trois capi' 
taines. 

Rome, Naples et Florence, II 30 



466 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



Page 12. ... qui m'ont dit le soir... — Ed. 1817 : par mes 
ti'ois capitaines, qui in ont dit que, etc. 

Page 13. Ils ont passé dans ce musée... — Ed. 1817 : 
Ils y ont passé. 

Page 13. ... r existence de David. — Cette dernière 
phrase ajoutée en 1826. 

Page 14. ... que j'en tire. — Cette phrase ajoutée 
en 1826. 

Page 14. ... Martin Scriblerus... — Ed. 1817, 1826 
et 1854 : Martin Scriblerius. Il s'agit d'une satire sur 
les abus de l'érudition, qui figure dans les œuvres de 
Pope sous le titre de : Mémoires de Martinus Scri- 
blerus. On croit qu'elle est en réalité du célèbre méde- 
cin écossais Jean Arbutfinot, ami de Pope et de 
Swift. — La traduction anglaise de 1818 écrit bien : 
Martinus Scriblerus. 

Page 14. ... pour cette comédie, en 1817. — Ed. 1817 : 
J'ai donc raison de dire que, dans tout ce qui n'est pas 
beaux-arts, l' Italie est à un siècle en arrière de l'Angle- 
terre. 

Page 14. ... mauvais citoyens. — Cf. Histoire de la 
Peinture en Italie, note à la fin de l' Introduction. 

Page 14. ... que ceux-ci ont eu la lâcheté de ç>endre. — 
Ajouté en 1826. 

Page 15. ... peut fort bien se passer. ■ — • Sur l'exem- 
plaire de Rome, Stendhal a écrit en marge la pointe 
suivante contre sa bête noire, M. Villemain : M. Ville- 
main ferait dix pages de ceci, et ensuite deux articles 
pour pousser ces dix pages. — Ici s'arrête la partie 
Naples dans l'édition de 1817 ; les pages qui suivent, 
jusqu'à la page 65, sauf deux courts fragments que 
nous indiquons, ont été ajoutées en 1826. Voir la suite 
de l'édition de 1817, dans V Appendice, 8 mars 1817. 
L'édition de 1817 donne, pour ce paragraphe, une 
fin un peu différente, que voici : Donc il est impossible 
de créer une nation pour les arts, ce qui semble être le 
problème des gens qui veulent rétablir la Grèce. Les 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 4G7 

soui'enirs (V Alliènes et de Sparte ne feraient que donner 
une couleur particulière à la sotte uanité de la nation. 
Si l'on recréait la Grèce, on n obtiendrait que des New- 
York et des Pliiladelphie, pays rebelles aux arts. Qui 
le croirait ? Ces Grecs ont déjà de la vanité. Dans les 
jeunes gens, c'est la rouille qui empêche de croître. Ces 
pauvres Barbares ridicules n'accordent de supériorité 
à l'Europe que dans la mécanique. 

Page 15. ... la combattit... — Ed. 182G et 1854 : les 
combattit, faute d'impression évidente. 

Page 16. ... l'instrument du supplice de sa sœur. — Un 
carton de 1827 remplaçait presque tout ce paragraphe 
par plusieurs ligues de points. 

Page 16. ... un mot à l'officier de service,... — Ed. 1826 
et 1854 : On remarqua au parterre quinze ou vingt 
têtes noires. S. M. dit un mot, etc. Nous corrigeons 
d'après l'exemplaire de Rome. 

Page 16. ... on attacha au collet de leur habit... — 
Ed. 1826 et 1854 : On leur attacha une queue postiche. 
Nous corrigeons d'après un carton de 1827. 

Page 17. ... le plus grand général de la nation. — ■ 
Ed. 1826 et 1854 : de la république. Nous corrigeons 
d'après un carton de 1827 ; l'auteur a voulu évidem- 
ment supprimer la répétition du mot : république. 

Page 23. ... conduite non imitée à Gênes. — Par l'amiral 
Bentinck. 

Page 23. M. de Talleyrand... — Ed. 1826 et 1854 : 
M. de T***. Un carton de 1827 supprime le nom 
propre et donne : Un Français aurait dit. 

Page 26. ... à une personne auguste. — Au roi Ferdi- 
nand. C'est à cette anecdote que Stendhal fait allu- 
sion dans une note du chapitre xli de la Vie de Ros- 
sini : « Les amiraux Nelson et Carracciolo ; anecdote 
du cadavre debout sur la mer. » 

Page 26. ... les fureurs de — Conforme aux éditions 

de 1826 et 1854. Nous pensons qu'il faut lire la 
réaction, ou, comme l'indique l'ex. Le Petit, la reine. 



4bb nOME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 27. Cest là que... — Ed. 1826 et 1854 : Cest le 
lieu où. Correction de Stendhal sur l'exemplaire de 
Rome : c^est là que ; nous l'adoptons. 

Page 28. ... ses petites passions personnelles. — Les 
détails de cette tragique aventure, où Nelson, Hamil- 
ton et l'ancien modèle dont il avait fait sa femme 
jouent un si triste rôle, ont été vraisemblablement 
tirés par Stendhal de récits contemporains, notam- 
ment de Cuoco. Voir le livre tout récent de MM. Joseph 
Turquan et Jules d'Auriac : Lady Hamilton, ambas- 
sadrice d'Angleterre, et la Révolution de Naples, Paris, 
1913, librairie Emile-Paul. Voir aussi la 1^^ partie 
du roman de M. de Latouche : Fragoletta, Xaples et 
Paris en 1799 (Paris, 1829). 

Page 28. ... à un troisième volume... — Ed. 1854 : un 
deuxième volume. L'édition de 1826 avait deux vo- 
lumes, celle de 1854, im seul. Cette correction donne 
la mesure de l'esprit de Colomb. 

Page 29. ... et tire la langue,... — Addition faite par 
Stendhal sur l'exemplaire de Rome. 

Page 30. ... de Saint-Nicolas. — Il s'agit bien certai- 
nement de M. Demidolf. \o\t Correspondance, lettres 
du 23 janvier 1824 et du 5 décembre 1826 (ou plutôt 
1823) ; Promenades dans Rome, 15 janvier et 2 juil- 
let 1828 ; Journal d'un voyage en Italie de Colomb 
(p. 81) ; Voyage d'Italie de la comtesse Potocka 
(Paris, Pion, 1899, p. 32). La fameuse Juliette Drouet 
faisait partie de la troupe de AL DemidofT (voir 
Victor Hugo et Juliette Drouet de AL Louis Guim- 
baud, Paris, Blaisot, 1914). 

Page 30. ... qui les écoute... — Ed. 1854 : qui l'écoute. 
Nous préférons la leçon de 1826. 

Page 30. ... un titre vaut encore mieux. — Sur l'exem- 
plaire de Rome, Stendhal a écrit en marge une longue 
note dont AL Paolo Costa a pu déchiffrer les mots sui- 
vants : (( Preuve pour moi... Les écuyers Seller... à 
Milan... dans le blés... (?) Ils sont fort silencieux. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 4G9 

A Florence, M. Luclierini est le premier anuint de toutes 
les vertus an^luises. » 

Page 31. ... débarquèrent en Toscane... — Sur l'exem- 
plaire de Rome, Stendhal écrit en marge : « Ces princes 
sont despotes de droit et de fait ; mais les mœurs s'op- 
posent à ce quils soient tyrans. L'extrême volupté rend 
peut-être ces maisons (?) trop peu compactes (?) pour 
s'opposer à un Lorrain qui se mettrait en tête de faire le 
Ferdinand VIL « 

Page 31. ... comme un Talleyrand,... — Ed. 1826 et 
1854 : comme un T*** . M. Paolo Costa note ici des cor- 
rections de Stendhal, assez obscures, qui paraissent 
aboutir simplement à supprimer: comme un T***. — 
Ces trois mots sont d'ailleurs barrés sur l'ex. Le Petit. 

Page 31. ... le cardinal Giraud. — ■ Note sur l'ex. Le 
Petit : « Excusez les sottises. Toute cette fin a été 
imprimée pendant que rauteur était en Angleterre. 
L'imprimeur a supprimé les anecdotes dangereuses 
suivant lui. » 

Page 31. ... le brave capitaine... — ■ L'ex. Le Petit 
donne en note le mot colonel. 

Page 32. ... trois cent cinquante mille francs. — - L'ex. 
Le Petit donne en note : 600.000 francs. 

Page 33. ... sans reçu,... — ■ Ed. 1826 et 1854 : sans 
quittance. Stendhal, sur l'exemplaire de Rome, rem- 
place excellemment quittance par reçu, qui est le 
mot propre. 

Page 33. ...et l'explication des... — Conforme aux édi- 
tions de 1826 et 1854. Stendhal pensait sans doute 
aux fortunes amassées par les hommes au pouvoir, 
ou, comme l'indique l'ex. Le Petit, « aux millions 
perdus en Espagne. » 

Page 34. ... jette... — Ed. 1826 et 1854 : jeta. La 
correction jette est portée par Stendhal sur l'exem- 
plaire de Rome. 

Page 34. ... Jupiter Mansuetus. — Cf. Histoire de la- 
Peinture en Italie, chap. lxxxvi, note. 

Rome, Naples et Florence, II 30. 



470 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 35. ... par sa piété ardente... — Carton 1827 : 

par sa ardente. 

Page 37. ... Ferdinand ou Guillaume. — Carton 1827 : 

se battre pour obtenir L'ex. 

Le Petit ajoute : « pour que son roi s^appelle Joseph 

ou Ferdinand (quelque chose comme ça) ». 

Page 37. ... depuis dix ans. — Carton 1827 : se battra 

fort bien pour L'ex. 

Le Petit ajoute : « pour ne pas être méprisé par les 
carbonari de sa campagne (quelque chose comme cela) ». 

Page 38. ... les rites de la religion chrétienne,... — Car- 
ton 1827 : les rites de la Sur l'exemplaire 

de Rome, Stendhal a ajouté : superstition, alors que 
l'édition de 1826 portait religion chrétienne. 

Page38. ... nommée justice... — Carton 1827: nomm.ée 



Page 38. ... d\n>oir pour confesseur... — Ed. 1826 et 
1854 : d^ avoir pour c 

Page 39. ... la terreur inspirée par les évêques,... — 

Ed. 1826 et 1854 : inspirée par les e Carton 1827 : 

inspirée par les L'ex. Le Petit donne : rois. 

Page 39. ... en travaillant sur cette passion... — Car- 
ton 1827 : en sur cette passion. 

Page 40. ... à ces moyens ! etc., etc., etc. — Carton 1827 : 
Vous voyez dans les desseins de 

etc., etc., etc. 

Page 41. ... à ces classes privilégiées : ... — Ed. 1826 
et 1854 : aux classes privilégiées. Exemplaire de 
Rome, corrigé par Stendhal : à ces classes. 

Page 42. ... les coups de fusils que les soldats napoli- 
tains tiraient au hasard,... — ■ Ed. 1826 et 1854: 
avertis par les coups de fusil, ils se sont, etc. L'addition 
est de la main de Stendhal, sur l'exemplaire de 
Rome. 

Page 43. ... ce brigand eût été Marcellus. — Toute 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 471 

l'anecdote des Indépendants, depuis : J'ajoute de 
mémoire quelques faits, est tirée de l'édition de 1817, 
où elle ligurait à la lin, avant le Parnasse musical 
d' Italie en 1817. Voir Appendice, page 289. 

Page 44. ... les projets formés contre elles... — Ed. 1826 
et 1854 : les projets contre elles. Nous corrigeons 
d'après un carton de 1827. 

Page 45. ... roman de AI. Manzoni. — Nous tirons ce 
dernier membre de phrase : ]'oir les mœurs antiques, 
etc., d'un carton de 1827. 

Page 46. ... ses chances de bonheur. — Ed. 1826 et 1854 : 
ses probabilités de bonheur. La correction : chances 
est portée par Stendhal sur l'exemplaire de Rome. 

Page 47. Parmi les marchands (F Italie — Ed. 1826 

et 1854 : Dans cette classe, en Italie. Nous corrigeons 
d'après un carton de 1827. 

Page 47. ... ne seront plus ridicules. — On rapprochera 
ce paragraphe sur les femmes des chap. liv, lv et lvi 
de V Amour. Miss Gunnell, dans son Stendhal et l'An- 
gleterre, a montré que Stendhal s'était servi, pour 
ces chapitres, d'un vieux n*^ de V Edinburgh Review. 

Page 48. ... et de vertu... — Le mot n'était pas souligné 
dans l'édition de 1826 (pas plus que dans celle 
de 1854). Un des cartons de 1827, non marqué *, 
(pp. 271-272) a été tiré spécialement pour souligner 
ce mot, comme il doit l'être, et comme nous le faisons 
dans la présente édition. 

Page 48. Le plus respectable des savants... — Ex. Le 
Petit : « M. le Comte de Clarac (histoire du savant). » 

Page 49. ... l'intendant de la couronne à Rome. — Ex. 
Le Petit : « Voyage de M, le Comte de Forbin. [Décou- 
verte] attribuée à M. de Blacas par M. de Forbin. 
La gloire, si gloire [î7] y a, est à M. le Baron M[arti^^al 
Daru. » 

Page 50. // a un peu de ventre,... — La traduction 
anglaise de 1818 supprime, sans doute comme indé- 
cent, ce détail pourtant si caractéristique. 



472 ROME, NAPLES ET FLORE.NCE 

Page 50. ... dégradé par les hottes. — Ces deux derniers 
paragraphes, depuis : A propos de vases étrusques, 
iiguraient, dans l'édition de 1817, sous la date de : 
Rome, 17 mars 1817. Voir Appendice, page 139. 

Page 50. ... don Nardo... — Ex. Le Petit : Bernardo. 

Page 51. ... M. le duc de Bisagno... — Ex. Le Petit : 
Ventignano, le Baour de Naples. 

Page 51. ... un certain marquis... — Ex. Le Petit : 
M. de Blacas, u?i des attachés à V ambassade. 

Page 52. ... homme de mérite... — D'après lex. Le 
Petit, il s'agirait de don Jorre, directeur du musée 
de Portici. 

Page 52. ... et agite entre ses doigts... — Ed. 1826 
et 1854 : et tient une petite corne de corail. Nous corri- 
geons d'après un carton de 1827. 

Page53. ... de s'y jeter. — On retrouve quelques phrases 
tirées de ce développement sur la jettatura, ainsi que 
de celui concernant les romans en Italie (Milan, 
8 décembre 181G), dans une curieuse brochure, parue 
en 1829 et intitulée : Le Coui>ent de Baïano, chronique 
du xvi^ siècle, extraite des Archives de Naples et 

traduite littéralement de l'italien par M. J... C o, 

précédée de Recherches sur les couvents au xvi^ siècle 
par M. P. L. Jacob, bibliophile (in-8°, chez Fournier 
jeune). L'ouvrage est annoncé dans le Globe du 
19 août 1829, Bulletin littéraire. Il contient égale- 
ment à la fm une citation de M. de Stendhal sur la 
San-Felice de Naples. 

Page 53. Grands éloges du roi Francesco. — Nous ajou- 
tons ces cinq derniers mots d'après un carton de 1827. 

Page 53. ... par un bosquet d'orangers. — Ed. 1826 
et 1854 : dont nous sommes séparés par. — La correc- 
tion ne... que... est portée par Stendhal sur l'exem- 
plaire de Rome. 

Page 53. ... elle est arrivée escortée de... — Ed. 1826 
et 1854 : elle est arrivée avec. Nous corrigeons d'après 
un carton de 1827. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Dl" TOME II 473 

Page 53. ... ci fort bien né... — Kd. J82G el 1854 : 
Un joli ]eune homme., dit-elle, à Ui fleur de l'âge. .Nous 
corrifreons d'après un carton de 1827. 

Page 5(J. ... disait un jour... ■ — D'ajtrès le.x. Le Petit, 
Mme B*** = .M'"e Aresi. 

Page 56. ... des pensions ou des cordons .-' — D'après 
l'ex. Le Petit, le colonel T*** = le colonel Tecco. 

Page 58. ... ou la grâce de François 1^^,... ■ — Ed. 1826 . 
d'avoir le génie de N*** ou la grâce de François 1^^: 

Carton 1827 : d'avoir 

L'ex. Le Petit ajoute : « d'avoir de la grâce comme 
François 1^^ et de monter à cheval comme Diane de 
Poitiers (quelque chose comme cela). » 

Page 58. ... comme en 1680. — Carton 1827 : et vous 
devenez des , comme en 1680. 

Page 61. ... les grands hommes du xiv^. — Ce jour- 
nal du 15 juillet, que Stendhal appelle, dans sa 
table : Paris vu de Portici, semble avoir été introduit 
dans l'édition de 1826 pour remplacer le Paris 
d'autrefois, de l'édition de 1817 (voir Appendice. 
page 199) que l'auteur a prudemment éliminé. 

Page 62. ... don Cechino... — D'après l'ex. Le Petit, 
Innocente Re ^= Léon XII, et le ju-emier ministre = 
le cardinal délia Somaglia. 

Page 63. ... cette scène est digne de Molière,... — 
Ed. 1826 et 1854 : de l'Etat du pape est digne de 
Molière (sic). Les deux mots oubliés, cette scène, sont 
portés par Stendhal sur l'exemplaire de Rome. 

Page 64. ... de voir figurer... — • Ed. 1826 et 1854 : de 
vous figurer, texte qui n'olTre pas grand sens. Nous 
conjecturons : voir. 

Page 64. ... duc de Bracciano,... — Ed. 1826 : le fa- 
meux banquier T***, duc de Bra*'*. Colomb a com- 
plété dans son édition de 1854. Sur Torlonia, voir 
Promenades dans Borne, 11 décembre 1827. 

Page 64. ... dans les pays despotiques. — Voir, au 



474 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Supplément, n'^ III, le premier jet des Marionnettes 
satiriques. 

Page 65. ... de la fameuse Chapelle Sixtine ;... — Ici 
reprennent les emprunts au texte de 1817 : ils sont 
datés, en 1817, du 15 décembre 1816 et jours suivants. 

Page 65. ... exécrable. — Ed. 1817 : dégoûtant. 

Page 65. ... des passages de Burney. ■ — • Le D^ Burney 
avait, outre sa célèbre Histoire générale de la musique, 
publié en 1784 un recueil intitulé : La musica che 
si canta annualmente nelle funzioni délia settimana 
sauta nella cappella ponteficia. 

Page 65. ... de Michel- Ange ;... — C'est un carton 
de 1827 qui ajoute : de Michel-Ange. 

Page 66. Voir le joli tableau de M. Ingres. — Nous 
tirons ces derniers mots d'un carton de 1827. Ils ne 
figurent pas dans les éd. de 1826 et 1854. Toute la 
fin du paragraphe, depuis : ce sont de bons curés de 
campagne, a été ajoutée en 1826. 

Page 66. ... deux artistes bolonais ;... — Ed. 1854 : 
... deux artistes français. 

Page 66. Ma foi,... — Ed. 1817 : Mais. 

Page 66. ... ils portent l'esprit... — Ed. 1854: il porte 
r esprit. 

Page 66. Des gens d'esprit... — Ed. 1817 : Appliquez 
cela à toutes les i>illes d' Italie, dernier vestige de patrio- 
tisme, mais patriotisme bien ridicule. Des gens pleins 
d'esprit, etc. 

Page 67. ... les jugements... — Ed. 1817 : les éloges et 
les jugements. 

Page 67. ... jeunes gens fort gros. — Nous tirons cette 
dernière phrase, qui n'existe ni dans l'éd. de 1826 
ni dans celle de 1854, d'un carton de 1827. 

Page 67. J'assiste... ■ — Ed. 1817 : Jour de Noël, 
25 décembre. — Le plus beau soleil ; à Paris, ce serait 
un jour frais du commencement de septembre. J'as- 
siste, etc. 



NOTES ET ÉCLAinCISSEMENTS DU TOME II 475 

Page G8. ... leur malheur éternel. — Carton 1S27 : ce 
sont des figures persuadées que 

Page 70. ... assise dans un fauteuil. — Ce fragment 
du 18 août n'existe pas dans l'cdilion do 1817 ; 
il a été ajouté en 1826. 

Page 70. ... le Dictionnaire de Chalmers. — Ed. 1826 
et 1854 : le Dictionnaire de Chambers. Nous .suivons le 
texte de l'éd. de 1817 et de la traduction anglaise 
de 1818. Il s'agit bien évidemment du grand dic- 
tionnaire de Chalmers qui venait de paraître {General 
biographical Dictionary, containing an historical and 
critical account of the lives and writings of the most 
eminent persons in every nation, etc., by Alexandre 
Chalmers. Londres, Nichols, 1812-1817, 32 volumes). 

Page 70. ...de talent... — Ed. 1817 : de génie. 

Page 70. Beaux yeux de miss Julia G*** . — Ces derniers 
mots sont tirés d'un carton de 1827. 

Page 70. ... et Manzoni,... ■ — ■ Ces deux mots ajoutés 
dans un carton de 1827. 

Page 70. ... il i^ersifle supérieurement. — La note de 
1817 ajoute : // est officier à la demi-solde, et retiré en 
Angleterre. 

Page 71. ... même le plus scélérat,... — Carton 1827 : 
même le plus 

Page 71. ... les Capucins sont furieux. — Ed. 1817 ; 
Je vois deux ou trois Anglais vraiment touchés. Les 
Jésuites font cette musique pour remercier Dieu d'avoir 
fini Vannée sans encombre. Ceux des cardinaux qut 
sont leurs amis viennent les voir. Honneurs militaires, 
etc. 

Page 72. ... sont la même. — La lin du paragraphe 
depuis : Ici la musique et V amour, ajoutée en 1826 ; 
voir le Supplément, n^ IL 

Page 74. ... intendant de la couronne à Rome,.., — Mar- 
tial Daru. Les éd. 1826 et 1854 portent : H***, sans 
doute faute d'impression pour M***. 



476 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 74. ... qui gâtent le Forum. — Ce paragraphe sur 
la colonne Trajane a été ajouté en 1826. 

Page 75. ... les douces formes de U inquisition. — Cf. 
Voyage en Italie, de Romain Colomb (Paris, 1833)^ 
page 342. 

Page 75. ... dès quon résiste,... — • Ce membre de 
phrase, depuis : V extrême insolence, ajouté en 1826. 

Page 75. ... madame R*** me disait hier,... — Ed. 1817 : 
la princesse G*** me disait hier. 

Page 75. Je fais copier... — Ed. 1817 : Je copie. 

Page 76. ... une nuance à Vidée. ■ — Ed. 1817 : la nuance 
de Vidée. 

Page 76. ... Cheruhini,... - — Ajouté en 1826. 

Page 76. ... atteindre... - — Ed. 1817 : peindre. 

Page 76. ... eût été sifflé. — Est-il besoin de noter que 
Stendhal paraît croire ici que le Dei'in du village est 
postérieur à la Nouvelle Héloïse, alors qu'il lui est 
antérieur de plusieurs années. 

Page 76. ... en douleur regrettante ;... — Ed. 1817 r 
par lui, la douleur sèche du malheureux devient la 
douleur du regret. 

Page 77. ... de la phtisie. — Cf. Histoire de la Pein- 
ture en Italie, chap. cxxv, note. 

Page 77. ... la Rome des prêtres... — Ed. 1826 et 1854 r 
la Rome des p Le mot est complet dans l'édi- 
tion de 1817. 

Page 77. ... commandés par Canova... ■ — • Ed. 1817 
et 1854 : commandés à Canova. La correction par est 
indiquée sur Tex. Le Petit. 

Page 78. ... relégué au Capitole... — Ces quelques 
lignes depuis : Accident arrivé vers 1823, ont été 
ajoutées en 1826. Voir d'autre part, dans V Appendice, 
à la date du 3 janvier, un intéressant paragraphe sur 
l'expression du buste de Cimarosa. 

Page 78. ... le cardinal Consalvi. — Ed. 1826 : le 
C G***. 

Page 78. ... il n'est pas hypocrite. — Ici finissent les 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 477 

emprunts faits à l'rdiliou de 1817 (voir à V Aj)pendice 
la fin du journal de Rome (jue Stendhal n'a pas 
reprise en J82(i). — Notes de Tex. de Civila-Vecchia 
à propos de Home : 

« Boloi^ne, l'erraro, Ancône sont civilisées. Tout 
le reste a le plus pressant besoin de la conquête. La 
constitution de la Pologne. M. de Richelieu pour 
gouverneur, le général Radet pour commandant de 
la gendarmerie, et quelque bonheur pourrait renaître 
dans ce pays de la haine et du malheur. Tout autre 
remède est im emplâtre sur une jambe de bois. 

(( La liberté dont jouissait la France sous le règne 
de Louis XIV serait un bienfait immense pour les 
sujets du pape. 

« Le naturel se voit partout. La bonhomie ne se 
trouve guère au midi du Pô. Tout cela est caché 
d'abord par la méfiance. Ce qui n'empêche pas que 
les habitudes de ce peuple, au milieu desquelles 
plonge le voyageur, ne soient extrêmement favorables 
au bonheur. 

« Sans doute tous les princes actuels sont bons. 
Mais les conséquences des scélératesses des gouver- 
nements passés existent encore dans les mœurs pour 
un siècle... Pour la sûreté et la justice, il vaudrait 
mieux être chez les Turcs [qu'à Rome] ; mais les 
Turcs n'ont ni Canova ni Rossini. 

« Comme les anirnaux des forêts devant l'homme, 
les sujets ici ne forment qu'une société fugitive 
devant les gouvernements... 

« Pour voir comment les étrangers jugent cette 
Italie que j'habite, j'achète 
Eustace, 3 vol. 
Petit Radel, 3 vol. 

Rome en 1814, par Laoureins, 1 vol, 
et Rome en 1817, 1 vol. 
A mesure que je lis ces ouvrages, je note les princi- 



478 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

pales erreurs ; je les refais pour ainsi dire, sans doute 
substituant mes erreurs à celles des autres. Drôles 
d'idées qu'on a dans un palco le 26 janvier 1818 au 
sujet du présent livre. 29 janvier 1818. 

« Quoi qu'il en soit, une ville malsaine [Rome] et 
qui a le moral pollué par les prêtres ne conviendra 
pas pour capitale à une nation de 18 millions d'habi- 
tants qui naîtra dès que la France lui enverra 4 régi- 
ments. » 

Page 79. M. Manni... — Sur l'apothicaire Agostino 
Manni, voir Corresp., tome II, page 399, lettre du 
11 novembre 1825. Cette lettre doit d'ailleurs être 
antérieure à 1825 ; car Stendhal y dit avoir fait une 
visite à Canova, lequel est mort en 1822. 

Page 80. L'état de la liberté de la presse,... — Dans le 
premier volume (voir tome I, page 186), Stendhal a 
raconté tout au long l'anecdote du pape Pie VI et de 
l'héritage Lepri, dont la censure aurait eu beaucoup 
plus de raisons pour demander la suppression. Aussi 
bien pensons-nous que c'est beaucoup moins le censeur 
que le libraire qui a empêché Stendhal de donner tous 
ces morceaux, et nous ne saurions partager l'avis de 
M. Chuquet qui accuse Stendhal d'avoir, dans l'édi- 
tion de 1826, « tiré à la ligne », ce qui est bien le re- 
proche le plus étrange qu'on puisse adresser à notre 
auteur. Delaunay avait traité pour un volume de 
500 pages environ, ou 30 feuilles, et nous en sommes 
déjà ici à la feuille 39 ! Il dut, sans aucun doute, invi- 
ter l'auteur à s'arrêter : sans quoi, l'ouvrage aurait 
eu trois volumes au lieu de deux, ce qui ne faisait pas 
l'afîaire du libraire. La fm du livre se ressent de 
cette invitation, tant au point de vue de la composi- 
tion qu'au point de vue de la rédaction : la dernière 
anecdote notamment (la princesse Santa-Valle), fut 
bâclée si vite, que Stendhal jugea nécessaire, une fois 
le livre paru, de la refondre à peu près complètement Jf, 

dans deux cartons (voir plus bas, page 98). Quant à la 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 479 

composition, on remarquera que le livre ne finit pas ; 
l'auteur, parti de Berlin le 2 septembre 1816, nous 
quitte brusquement le 18 octobre 1817, à Rome, 
dans le salon de M^"® Crescenzi. 

Comme autre preuve de la hâte avec laquelle les 
dernières pages du livre ont été composées et corri- 
gées, signalons qu'à partir de la page 293 du second 
volume, les titres courants du haut des pages ne 
changent plus : on y lit seulement le nom de Rome, 
quarante-deux fois répété sur les quarante-deux der- 
nières jiages de texte ; de même, la table des matières 
contient simplement l'indication : Rome, pour toute 
la fin. 

Rappelons enfin que Delaunay, qui, pour le prix 
convenu, avait dû déjà imprimer 41 feuilles, au lieu 
de 30 (sans compter les titres et brochages de 2 volu- 
mes au lieu d'un seul), dut encore, pour comble de 
mésaventure, réimprimer au moins 220 pages, pour 
satisfaire la censure ! (voir notre Avant-propos) . 
Stendhal n'était évidemment pas un client ordinaire. 

Au reste, pour un auteur rien n'est perdu. Les mor- 
ceaux sacrifiés dans Rome, Naples et Florence, Sten- 
dhal les casa un peu plus tard dans les Promenades 
dans Rome, toujours chez Delaunay, qui, malgré tout, 
sentait venir le succès. On les retrouvera en partie, 
dans le tome II de l'édition de 1854, pp. 173-190, 
230, 279 et 303 ; ajoutons que, lors de l'impression 
des Promenades, Delaunay dut encore mettre un frein 
à la fureur stampante de Stendhal ; on en voit les 
preuves amusantes en maint endroit (voir notam- 
ment aux dates des 28 novembre, 3, 20 et 23 décem- 
bre 1828), et le morceau sur le mécanisme du gouver- 
nement papal, jouant de malheur, ne put encore 
voir le jour : nous le trouvons heureusement aux 
pages 279-335 du Journal d'un voyage en Italie de 
Romain Colomb (Paris, 1833), dont il forme un des 
meilleurs chapitres, imprimé d'ailleurs entre guille- 



480 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

mets : rauteur déclare tenir ces renseignements d'un 
ami. Nous le publions dans le Supplément. 

Page 81. ... Pfiffer. — Ed. 1826 et 1854 : les A... de 
Madame la générale Pfif... Nous complétons d'après 
l'ex. Le Petit, qui ajoute en marge : « Jardin de S^- 
Georges, et le tour qu'il joua à M^^ délia Genga, depuis 
Léon XII. Cette histoire de Léon XII sous le nom du 
cardinal Banti aurait remplacé vingt pages sur la 
danse. » L'anecdote de Léon XII a été publiée par 
M. Chuquet, dans la Revue du l^r janvier 1913. 

Page 82. ... quelle promet aux hommes. — Ed. 1826 
et 1854 : quelle verse sur les hommes. Nous corrigeons 
d'après l'exemplaire de Rome. 

Page 83. ... se choisissent un époux. — Texte d'un 
carton de 1827, avec une légère correction tirée de 
l'exemplaire de Rome. (Le carton porte : oti voit au 
bal en Angleterre, et Stendhal a corrigé : on voit dans 
les a-parte des bals anglais). Les éditions 1826 et 1854 
donnent, pour ces deux paragraphes et le commence- 
ment du suivant, le texte ci-dessous (nous soulignons 
les passages modifiés) : 

« Excepté parmi les personnes qui ont plus de deux 
« cent mille livres de rente ou une très haute nais- 
« sance, le mariage est presque inviolable en Angle- 
« terre. En Italie, quand on célèbre un mariage dans 
« une église, cette idée d'inviolabilité et de fidélité 
« éternelle n'entre dans la tête de personne. Comme 
« le mari sait cela d'avance, comme c'est une chose 
« reçue et convenue, à moins qu'il ne soit épris lui- 
« même, ce qui le placerait alors dans la situation 
« d'un amant à l'égard de sa maîtresse, il ne s'in- 
« quiétera nullement de la conduite de sa femme. 

K II y a un troisième pays, où le mariage n'est 
« absolument qu'une affaire de bourse ; les futurs ne 
« se voient que quand les deux notaires sont convenus 
a des articles du contrat. Mais les maris de ce pays 
« n'en prétendent pas moins à toute l'inviolable 



NOTES ET Ér.L.\IRCISSE:\IENTS DIT TOME II 481 

« fidélité qui se rencontre dans les niariafies anglais, 
« et à tons les plaisirs qn'olïre la société italienne. 
<( Leur intérieur est aussi rempli des jouissances de 
« Vdme que leurs salons sont gais. 

« Je suis humilié du rôle que je vais jouer ; je vais 
« scandaliser ces salons en disant un mot des mœurs 
« romaines. » 

Ajoutons que la dernière phrase du deuxième 
paragraphe ci-dessus est ainsi imprimée dans les édi- 
tions de 182(3 et de 1854 : « Leur intérieur est aussi 
rempli des jouissances de l'àme que leurs salons sont 
gris. )) Nous pensons qu'en tout cas il fallait lire : 
gais au lieu de gris. L'épithète gais donne seule à 
cette fm de phrase sa pleine ironie stendhalienne. 

Stendhal a profité du carton de 1827, dont nous 
incorporons le texte dans la présente édition, pour 
faire imprimer, en haut des deux pages du carton, des 
titres courants : le mariage en Italie (page 315) et 
l'amour à Rome (page 316) ; ce sont les seuls de ce 
genre qui figurent dans les 42 dernières pages du 
tome II. 
Page 83. Quelle source d'intérêt .' — Note en marge sur 
l'ex. Le Petit : « Le libraire ri a pas osé imprimer 
V empoisonnement de l'Espagnole.^) (Cf. infra, note à la 
page 98). 
Page 84. ... sûre de sa propre volonté. — Texte tiré d'un 
carton de 1827. Les éditions 1826 et 1854 donnent un 
texte Tm peu différent : « A Rome, point de gêne, de 
« contrainte, point de ces grimaces convenues, dont 
« la science, etc.. Et c'est d'une manière aussi 
« simple que commencent des attachements qui 
« durent des années. Huit ou dix ans sont Ié terme 
« moyen : une passion qui ne dure qu'un an ou deux fait 
« mépriser la femme comme une âme faible, etc., etc. » 
Page 84. ... chaque année... — Ed. 1826 et 1854 : Il 
se trouve chaque année. Ln carton de 1827 donne : 
Et il se trouve, que nous adoptons. 

Rome, IS'aples et Florence, II 31 



482 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 85. ... M. de Blacas. — Ed. 1826 : M. de Bla**\ 
Colomb a complété le nom en 1854. 

Page 85. ... Galli !... — Ed. 1826 et 1854 : Gatti, qui 
supprime le calembour ; nous rétablissons Galli 
d'après un carton de 1827. L'ex. Le Petit ajoute en 
note : « Ceci est public à Rome, comme la comtesse 
Octavie à Paris. » D'après une autre note, Galli =: 
Gallo, et Mme Bo*** = M^e Bonacorsi. 

Page 86. C'est dans les soirées... — Ed. 1826 et 1854 : 
Ce sont dans les soirées. 

Page 86. ... On rencontre toujours — Ed. 1826 et 1854 : 
On trouve toujours. Nous corrigeons d'après un carton 
de 1827 ; Stendhal a supprimé la répétition du mot 
trouver à une ligne de distance. 

Page 86. ... Santo-Domingo. — Santo-Domingo (le 
comte Joseph Hippolyte), auteur de nombreux pam- 
phlets politiques, fit paraître en 1824 les Tablettes 
Romaines, contenant des faits, des anecdotes et des obser- 
vations sur les mœurs et les usages, les cérémonies, le 
gouvernement de Rome, par un Français qui a récem- 
ment séjourné dans cette ville (Paris, 1824, in-8°, 
chez les marchands de nouveautés, avec 2 planches 
lithographiées). Une nouvelle édition augmentée 
parut à Bruxelles en 1829 (2 vol. chez Wahlen et 
Tarlier). Le livre, en 1824, fut saisi et condamné par 
les tribunaux. Santo-Domingo publia fm 1824 la 
plaidoirie qu'il prononça à cette occasion (Plaidoirie 
de Santo-Domingo, auteur des Tablettes Romaines, 
devant la Cour Royale. Paris, 1824, in-8°, chez les 
principaux libraires). Dans la 2^ partie de Racine et \ 

Shakspeare (éd. Lévy, page 164), Stendhal parle de ^' 

la saisie des Tablettes romaines. «' 

Page 87. ... toujours mentant et dissimulant,... — Ed. f 

1826 et 1854 : toujours dissimulant. Correction de 
Stendhal sur l'exemplaire de Rome : toujours mentant 
et dissimulant, que nous adoptons. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 483 

Page 87. ... du Piémont et de tapies. — Voir la Préface 

inédite, in fine. 
Page 89. ... cest Cassandrino. — Note sur l'ex. Le 

Petit : « Turcaret était en 1750 l'homme de finances 

en France y à Rome, Cassandrino est le cardinal. » 
Page 89: ... ne daignerait pas rire de lui. — Ed. 182G 

et 1854 : ne dédaignerait pas de rire de lui, qui n'a 

aucun sens. Nous corrigeons d'après l'exemplaire de 

Rome. 
Page 89. ... à prendre ombrage de Cassandrino ? — 

Ed. 1826 et 1854 : aux mains de la vieillesse qui 

songerait (sic). Nous corrigeons d'après l'exemplaire 

de Rome. 
Page 90. ... la calotte rouge d'un cardinal,... — Ed. 182G : 

la c d'un c 

Page 90. ... d'un jeune cardinal. — - Ed. 182G et 1854 : 

d'un jeune c... » L'ex. Le Petit donne en nute le mot 

cardinal. 
Page 92. ... un si agréable tête à tête... — Ed. 1826 

et 1854 : une si agréable visite. Nous adoptons tête à 

tête, indiqué par Stendhal sur l'exemplaire de Rome. 
Page 92. ... resté seul... — Exemplaire de Rome, de la 

main de Stendhal : se trouve seul, correction dont 

nous ne voyons pas la portée. 
Page 92. ... recevoir en tête à tête... — Ed. 1826 et 1854 : 

recevoir tête à tête. Nous rétablissons : en tête à tête, 

d'après le manuscrit de la collection Chéramy. (Voir 

au Supplément, n° IV, page 328). 
Page 92. ... que lui cause... — Ed. 1826 et 1854 : que 

lui donne. Nous adoptons : que lui cause, donné par 

l'exemplaire de Rome, ainsi que deux autres petites 

corrections de détail. 
Page 95. ... (/ans ma lettre,... — Souvenir évident delà 

première forme dans laquelle fut conçue l'histoire 

des Marionnettes de Rome. Voir Supplément, n^ IV. 
Page 95. ... cinq minutes,... ■ — Ed. 1826 et 1854 : dix 

minutes. L'exemplaire de Rome corrige : cinq minutes. 



484 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 98. ... leur prochain mariage. — Nous donnons le 
texte de cette dernière anecdote d'après deux cartons 
de 1827, qui différent sensiblement du texte de l'édi- 
tion de 1826 réimprimé par Colomb, en 1854, avec 
des fautes qui défigurent l'anecdote : Stendhal a 
introduit dans ces cartons d'importantes améliora- 
tions de rédaction. Nous faisons de plus bénéficier 
notre texte d'intéressantes corrections de Stendhal 
portées sur l'ex. Le Petit et sur l'ex. de Rome. Voici 
les fragments du texte de 1826-1854 qui sont modifiés 
daps la présente édition (nous soulignons les passages 
modifiés) : 

« La pauvre Emma, qui redoutait peu les folies 
« de la comtesse... La négociation fut conclue avec 
« beaucoup d'adresse... Elle lui avoua qu'Emma était 
« sa fille, et qu'elle avait pour frère le jeune prince 
« romain qu'on voyait chez elle. Ainsi se trouva 
« expliquée la ravissante beauté de cette enfant, fruit 
« de l'union contractée entre une fort belle femme du 
« Nord et un Itomme du Midi... La jeune princesse 
« fut indifférente au sort d'un tel mari, vint à Rome... 
« La jeune princesse Santa-Valle habitait depuis^ 
« longtemps... Emma aimait à la passion un jeune 
« noble romain, mais jusque-là ne l'avait jamais reçu 
« qu'en présence d'une vieille duègne... Après 
« plusieurs mois, les plus heureux de la vie de la pauvre 
« Emma... Bientôt le prince Santa Valle parut à Borne.. 
« On trouva la jeune Emma morte sous un berceau 
« de fleurs dans le beau jardin Farnèse, qui domine le 
« Forum romain. Le mari, fort bon homme et point 
« jaloux, ne fut point soupçonné. On supposa que la 
« jeune personne avait cédé à une idée inspirée par 
« son sang allemand. « Son amant est devenu presque- 
« fou, ajouta la personne qui nous parlait ; et vous 
« avez pu en juger : c'est ce pauvre homme que vous 
« venez de voir. Quand il est seul, on l'entend faire la 
« conversation ai'ec son Emma ; il croit qu'elle lui 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS DU TOME II aO.J 

« réponJ. et il lui jiarîo toujours des i>réparatifs de leur 
« prochain inariafie. » 

On trouve, collée intérieurement sur la couverture 
du tome II de l'exemplaire de Rome, la note suivante 
de Stendhal, écrite sur un fragment de papier jaune 
paraissant provenir de la couverture d'un autre livre : 

« J'aurais dû supprimer les articles : danse à Naj)les, 
« et prendre trente pages à la lin du volume [de la] 
« première édition. 

« L'assassinat de l'Espagnole par le mendiant ; son 
« amant puni parce qu'il appartenait à l'Espagne : 
« colère de l'ambassadeur borgne (?) ; placer cela dans 
« la 4^ édition, s'il y en a une. 

« Pour délasser du cliquetis, placer dix descriptions 
« d'une page ou d'une demi-page. » 

Cette note, qui est datée du 21 mars 1827, est de 
beaucoup antérieure aux autres annotations portées 
par Stendhal sur ce même tome II, et que nous avons 
toutes indiquées d'après M. Paolo Costa. 

L'anecdote du mendiant et de l'Espagnole a été 
casée par Stendhal dans les Promenades dans Rome ; 
on l'y trouvera sous la date du 12 octobre 1828. 
Page 109. — La princesse Santa-Valle. — Cette table, 
qui figure à la fin de l'édition de 1826, est la série des 
titres courants qui sont imprimés en haut des pages. 
Nous avons complété le détail de : Rome, qui, comine 
nous l'avons indiqué plus haut, n'existe pas dans l'édi- 
tion de 1826. Huit des sous-titres de cette rubrique 
sont de Stendhal (ils sont pris, soit dans l'édition de 
1817, soit sur l'exemplaire de Rome, où Stendhal a 
amorcé la série). Les onze autres sont de nous : ils 
sont indiqués par un astérisque précédant le sous-titre. 
Page 119. ... comme on en trouve à Paris et à Londres. 
— Ed. 1817. Comme il y en a à Paris et à Londres. 
Le texte que nous donnons provient d'une correction 
de Stendhal sur un exemplaire de 1817 (ex-collec- 
tion Sîryiensld). 

Rome, Xaples et Florence. II 31. 



486 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 120. ... se noircir... — Ed. 1817 : être noirci. 
\Jerrat. donne : se noircir. 

Pag 122. ... Sharp et Smollett... — Auteurs de voyages 
en Italie, parus en 1766 ; Sharp et Smollett étaient 
célèbres par leur bile. Sterne disait de Smollett : « De 
Boulogne à Paris et de Paris à Rome, il vit tout à 
travers le spleen et la jaunisse. » 

Page 122. ... dans ce qui entoure l'œil... — Il s'agit du 
buste de Cimarosa, l'auteur du Mariage Secret. 

Page 123. ... a fait fiasco partout. — Sur l'ex. de Civita- 
Vecchia, Stendhal a remplacé le marquis C*** par 
V avocat N***. Des notes de ce genre doivent rendre 
prudent pour l'identification des noms propres. 

Page 123. ... queux seuls peuvent rendre. — - Stendhal 
note sur l'ex. de Civita-Vecchia : Voilà pourquoi la 
peinture l'emporte de si loin sur la sculpture. 

Page 124. ... Gianini. — Voir Journal d Italie, pp. 318 
et 320. 

Page 124. ... Gherardo de Rossi... — Voir Journal 
d'Italie, page 170, note de M. Arbelet. 

Page 127. ... sublime de beauté. — Stendhal avait pré- 
paré ici, dans l'ex. de Civita-Vecchia, sous le titre 
de Pages pour Stendhal, une copie de six pages tirées 
du livre de Guinan-Laoureins, Tableau de Rome en 
1814 (Bruxelles, 1816, et Paris, 1821) et contenant 
une description de la Mort d'Adonis et des Trois 
Grâces de Canova, d'ailleurs fort bien tournée. Sten- 
dhal y a fait quelques légers changements et l'a 
introduite dans les Promenades dans Rome (2 dé- 
cembre 1827). 

Page 127. ... une fermentation générale et profonde dans 
un peuple ? — Cf. lettre à Louis Crozet du 15 novem- 
bre 1816 : « En un mot, Monsieur le chimiste, cette 
« espèce d'écums qu'on nomme beaux-arts est le pro- 
« duit nécessaire d'une certaine fermentation » 
(Corr., tome II, page 16). 

Page 128. ...la toile. — C'est-à-dire le rideau. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 'l87 

Page 129. Je pars... — Ici comiiieiicc ï Appendice dans 

l'édition de 1854. 
Page 130. Ces barbares... — Ed. 1854 : Les barbares. 
Page 130. Sem amiz,... — Nous sommes amis. 

Page 131. ... de se voir. ... — Ed. 1854 : quils se ver- 
raient. Il ne s'agit pas, ici, d'une erreur d'impression, 
mais certainement d'une expression vicieuse qui 
existait dans le manuscrit. Un retrouve en effet 
dans l'édition de 1817 de V Histoire de la Peinture en 
Italie, chap. CLXXVII, la phrase suivante : « Qui 
lui eût dit, dans le temps de la Chapelle Sixtine, de 
pleurer un jour Bramante et Raphaël, m De pleurer = 
quil pleurerait, comme, dans Rome, Xaples et Flo- 
renee, de se voir = quils se verraient. Nous ignorons 
l'origine de cette tournure étrange, qui ne peut être 
qu'un provincialisme, comme on en trouve beaucoup 
dans les premières œuvres imprimées de Stendhal. 

Page 131. ... seront imprimés en 1827. — Ces deux para- 
graphes du 13 mars sont supprimés par la traduction 
anglaise de 1818. 

Page 132. ... me faire lire Macirone. — Ed. 1817 : Mar- 
cirone ; mais Verrat, corrige. Macirone (Francis), 
colonel, aide de camp du roi Joachim, chevalier 
de l'ordre des Deux-Siciles, etc. « Interesting facts 
relative to the fall and death of Joachim Murât, King 
of Naples, the capitulation of Paris in 1815 ; and the 
second restoration of the Bourbons ; original letters 
from King Joachim to the author, and of his persécu- 
tion by the French government », 2^ édition, Londres, 
1817. (D'après la Bibliotheca britannica, or a gênerai 
index to british and foreign literature. Londres et 
Edimbourg, 1824, tome II). Une l""^ édition aurait été 
publiée à Londres en 1816 (Quérard, la France litté- 
raire). 

Page 133. ... le cardinal Consalvi... — Ed. 1817 : Le 
cardinal G***. 



488 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 135. ... cest F Angleterre. — Tout ce passage, 
depuis : Je juge des crimes secrets, était cité par 
V Edlnhurgh Rei'iew dans l'article de 1817. 

Page 136. ... est peut-être une imprudence. — Note de 
Stendhal sur l'ex. de Civita-Vecchia : « // est difficile 
de concevoir la bassesse et la friponnerie de la bour- 
geoisie de Rome. Cette teinte infcmie se retrouve jusque 
dans les caractères des artistes. J'ai souvent trouvé en 
Italie de jeunes artistes romains qui se faisaient entre- 
tenir par les femmes. Voilà les mœurs de la ihéocratie : 
l'honneur n'est qu'un péché. » 

Page 136. ... jugez du génie du christianisme... — Ed. 
1854 : jugez du christianisme. 

Page 136. ... Diario di Roma, n° ...). — Stendhal s'est 
abstenu de citer le numéro exact du Journal de Rome, 
où aurait été raconté ce miracle, ou bien il a oublié 
de compléter son texte lors de la correction des 
épreuves. On trouvera, dans V Histoire de la Peinture 
en Italie, plusieurs oublis de ce genre, qui ne peuvent 
s'expliquer que par une grande négligence. En marge 
de l'ex. de Civita-Vecchia, Stendhal a noté : « Du 
10 décembre [1816] au 22 janvier 1817 ». Cf. Prome- 
nades dans Rome, 28 septembre 1827. 

Page 138. ... avec Monte Cavallo,... — Ed. 1817 : avec 
le palais de Monte Cavcdlo. Mais Verrat, donne : avec 
Monte Cavallo. 

Page 138. ... notre papier marqué:... — Cf. Histoire de la 
Peinture en Itcdie, chap. cxxix, note. 

Page 138. ... du Vatican... — Ed. 1817 : du Quirinal. 
Ij'errat. donne : du Vatican. 

Page 138. ... d'être réveillé. — Sur les pifferari, voir 
Promenades dans Rome, 21 décembre 1827 et les 
Mémoires d'Hector Berlioz, chap. xxxix. 

Page 139. ... à côté des vases étrusques. — Ici se plaçaient, 
dans l'édition de 1817, deux paragraphes sur les vases 
étrusques et la statue d'Aristide, que Stendhal a 
repris pour l'édition de 1826 (voir supra, page 49). 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 48!) 

Page 139 Prince de la Paix,... — Sur Ciudoïou Godoy, 

Prince de la Paix. « le plus stupidc co(juin de l'Eu- 
rope )>, voir Correspondance, tome II, pages 88 et sui- 
vantes. 

Page 139. ... feu Chaudet. — Statuaire français (1763- 
1810), qui ne mérite peut-être pas le dédain que 
semble manifesler Stendhal. 

Page 140. ... serait invisible ? — • Tout ce paragraphe et 
les deux suivants sont nuturellemciil supprimés par 
la traduction anglaise. 

Page 141 (manuscrit volé)... — A la suite de cette note 

Colomb, dans son édition de 1854. a cru utile de caser 
deux lignes de réclame pour Téditiou des lettres de 
Ch. de Brosses qu'il avait donnée en 1836 chez Leva- 
vasseur, probablement d'après les conseils de Sten- 
dhal. La parenthèse : (manuscrit volé) fait allusion aux 
incidents de la publication de la première édition 
de 1800. De Brosses, à son retour en France, avait fait 
établir cinq ou six manuscrits de ses lettres, pour les 
donner à ses amis ; pendant la Révolution, un de ces 
manuscrits suivit les bagages d'un émigré et tomba 
entie les mains de Sérieys, qui traita avec le libraire 
Ponthieu pour l'impression (voir la notice du Comte 
Ernest de Brosses, fils du président, en tête de l'édi- 
tion Colomb). 

Page 141. Mercure du 15 juin 1817. — Ce n° n'existe 
pas ; le Mercure de France paraissait le samedi ; les 
n°s de juin 1817 sont ceux des 7, 14, 21 et 28. Peut- 
être s'agit-il du Mercure du Rhin. 

Page 145. Le danger était pressant,... — La même aven- 
ture arrive à Colomb (Cf. Voyage en Italie, 18 mai 
1828, page 351). Il est vrai qu'en 1814, Bombet vola 
bien une fièvre à Carpani. 

Page 145. ... Auguste... — Ou plutôt Augustin. 

Page 147. Là il y a des jacobins ? — Dans l'édition 
de 1817, cette note est placée sous le paragraphe daté 
de Civita-Castellana ; il y a là sans doute une erreur 



490 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

qu'a corrigée Colomb en 1854 en plaçant la note sous 

le présent paragraphe : nous pensons qu'il a eu raison, 

et nous l'imitons. 
Page 149. ... ces airs divins. — Ed. 1817 et 1854 : ces 

airs divers. Nous proposons la conjecture : divins. 
Page 150. ... Louis de Brème. — Ed. 1817 et 1854 : 

r*** rj*** r>*«* 

Page 156. ... là in d'on canton. — Fragments de la 
fameuse Vision de Prina de Grossi, Le jour d'aujour- 
d'hui. Voici la traduction : « C'était iiud nuit des plus 
épouvantables, obscure comme dans la gueule du 
loup ; on n'entendait pas le bruit d'un pas... Et le 
pauvre mérite qui n'est pas don, ils vous l'ont forcé à 
se réfugier là dans un petit coin obscur. » Cf. lettre 
à M. Stritch du 30 novembre 1825 et l'article ano- 
nyme de Stendhal paru dans la Revue de Paris de 
1832, tome XXXVI, pp. 65-70. Voir notre note à 
la page 105 du tome P^. 

Page 157. ... un meilleur usage de vos talents. — Dans 
l'édition de 1854, Colomb incorpore à tort cette note 
dans le texte. 

Page 159. ... et Pantalon; ... — Ed. 1817 : et le Pan- 
talon. U errât, donne : et Pantalon. 

Page 159. ... ne sono una prova. — Voir la citation plus 
exacte, tome I, page 235. 

Page 160. ... de r Optimiste. — Il s'agit de la comédie 
de Colin d'Harleville, qui enthousiasmait déjà Sten- 
dhal en 1804 (voir lettre à sa sœur du 18 prairial 
an XII, Corresp., tome I, page 88). 

Page 160. ... car elle est laide. — Cf. Vie de Haydn, 
page 384 : « Dans mon système, un certain degré de 
passion détruit la voix chez les hommes ; et, chez les 
femmes, une certaine fraîcheur dans les attraits. » 
Système qui n'est pas aussi paradoxal qu'il en a l'air 
au premier abord. 

Page 160. ... que je n avais jamais pu voir. — Ed. 1854 : 
que je nai jamais pu voir. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 401 

Page 162. Ce génie ignoré... — A propos de celle supc- 
riorité des poètes naturels comparés à ceux formés 
par les règles, Stendhal écrit sur l'ex. de Civita- 
Vecchia : « Excellente ligne de V Edinburgh Refiew, 
n'^ XXIII, p. 74. Ce sont de ces choses qui, une fois 
dites, ne me sortent plus de la tête. C'est là pour mol 
le bon effet de VEdinhurgh Reciew. A chaque phrase 
que je lis, je songe to M. [à Mélilde], à ma situation 
avec elle, aux auteurs qu'il me reste à dévorer, jusqu'à 
ce que je sois arrivé à 7 heures [l'heure où il voyait 
Mélilde]. 5 novembre 1818. » 

Page 162. ... où Von rit sans conséquence. — Ed. 1854 : 
Ne plus rire qu'au théâtre, où l'on rit sans conséquence. 
La virgule est un contre-sens. Stendhal veut en effet 
parler du théâtre des Variétés par opposition avec la 
Comédie- Française. 

Page 163. ... noui^eautés par an. — Ed. 1817 et 1854 : 
s'est réfugié là. Nous suivons le texte que donne 
Verrat, de 1817. 

Page 163. ... dans V Italiana. — L'Italienne à Alger, 
opéra buffa de Rossini, probablement son chef-d'œu- 
vre. L'extrême difficulté du grand rôle d'Isabelle, 
qui exige une chanteuse doublée d'une actrice accom- 
plie, fait qu'on n'a plus repris la pièce depuis fort 
longtemps en France : on manque aussi d'une bonne 
traduction. Cet opéra, dont la verve comique est ini- 
mitable, dont la figuration et les décorations sont un 
régal pour les yeux, serait, pour les Français, un spéci- 
men bien autrement caractéristique du génie de 
Rossini et des opéras-bouffes italiens, que le Barbier 
de Séville. Les livres et dictionnaires répètent à satiété 
que l'orchestration du Barbier est ravissante, bril- 
lante, étincelante, etc., etc. ; c'est exact ; mais elle 
ressemble en cela à celle de tous les opéras-bouffes de 
Rossini, et l'orchestration de Y Italienne à Alger 
mérite les mêmes épithètes que celle du Barbier. Il 
n'y a dans le Barbier (qui ne contient guère de psy- 



492 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

chologie et dont un ou deux airs sont des contre-sens) 
rien d'analogue aux trois grands rôles de Y Italienne 
(Isabelle, la grande coquette ; Thaddée. l'amant 
ridicule ; et Mustapha, le mari excédé de sa femme et 
tombant dans les pièges de la coquette) que Rossini 
a développés dans des airs ou dans des ensembles de 
tout premier ordre. 

Page 166. ... comme ennemi. — Ed. 1854 : comme un 
ennemi. — Note sur l'ex. de Civita-Vecchia : « C'est 
partout ce même patriotisme ridicule dont j'ai sou- 
vent parlé et qui caractérise si bien les descendants 
ruinés de gens immensément riches, qui empêche les 
Italiens d'entrer franchement dans la ligue générale 
contre le faup. ou Vignoble. » 

Page 168. ... les beaux jours d'été... — Ed. 1854 : les 
jours d'été. 

Page 169. ... une autre hataille... — Waterloo. Cf. His- 
toire de la Peinture en Italie, piéface inédite publiée 
par Colomb en tête de son édition de 1854 : « Léqui- 
table postérité pleurera la bataille de Waterloo, 
comme ayant reculé d'un siècle les idées libérales. » 
Il faut, pour apprécier ce jugement qui a paru ridi- 
cule à certains commentateurs peu avertis, se replacer 
en 1817 et relire l'histoire, et, à l'occasion, quelques 
pamphlets de Paul Louis Courier. Les historiens 
modernes confirment aujourd'hui le jugement de 
Stendhal, en présentant Napoléon comme le continua- 
teur et le metteur en œuvre des principes de la Révo- 
lution de 1789 : la Restauration, au contraire, voulait 
revenir à l'ancien régime ; et les libéraux, comme 
Stendhal, pouvaient fort bien croire, en 1817, que les 
conquêtes de la Révolution allaient être définitive- 
ment perdues. La tentative évidente de retour en 
arrière que constituent les gouvernements de Louis 
XVIII et de Charles X donne pleinement raison à 
Stendhal. 

Page 169. Recueil du P. Ceva, p. 264. Manfredi. — Ce 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TO.MK II 493 

sonnet a ôlé en rôalilô composé en 1(J99 par le \F Eus- 
tachio Manfredi, de Bologne, à l'occasion de la nais- 
sance d tin j)rince du l'iénionl ; nous l'avons retrouvé 
à la page 197 du vieux recueil du I'. Teobaldo Ceva, 
intitulé : Choix de sonnets, avec diverses observations 
critiques, et une dissertation sur le sonnet en général, 
(4^ édition, Venise, 1775). Stendhal indique sa source : 
on n'a qu'à s'y reporter. Voici la traduction de ce 
sonnet : 

J'ai ('(( V Italie les citeweitx éparx, en désordre, où la Dora des- 
cend vers le Pô ; elle élail assise, <if]lis,Ée ; elle a<,>ait dans les yeux 
comme une horreur de la servitude voisine ; l'orgueilleuse ne pleu- 
rait pas ;' elle s;ardait dans sa douleur un air de reine ; telle elle 
apparut peut-être, lorsque, jadis, elle offrit aux fers son pied 
jusque-là libre. Puis je la vis dans un éclair se lever joyeuse, 
et, fièrement, se souvenir de sa vieille gloire et menacer les rivages 
des alentours. Et l'on entendait de tous côtés l'Apennin retentir 
d'applaudissement'i et de cris joyeux : Italie, Italie, ton vengeur 
est né ! 

Page 171. ... de relia,... — - Ed. 1817 : du lei. \Jerrat. 
corrige : de Vella. 

Page 171. ...et à Florence : ella. — Ed. 1817 : la plus 
respectueuse des trois manières d'adresser la parole : 
Tu, voi, lei. \J errât, complète la note comme nous 
l'imprimons. — Il est impossible de ne pas se rappeler 
ici la plaisante anecdote racontée par Prosper Méri- 
mée : « Un soir, à Rome, il TBeyle] me conta que la 
« comtesse *** venait de lui dire voi au lieu de lei, 
« et me demanda s'il ne devait pas la violer. Je l'y 
« exhortai fort. « (H. B. par un des Quarante). 

Page 172. ... respecter les Français. — Cf. Correspon- 
dance, lettre à Mareste du 20 novembre 181S : « Re- 
faites-moi ce conte, ainsi que celui de la histecca : gran 
Francesi, grandi m tutto, et ajoutez-le au manuscrit 
(de la 2^ édition projetée), quand il passera sous vos 
yeux. »La histecca disparut de l'édition de 1826, Mareste 
n'ayant pas obéi à l'invitation de Stendhal, qui excel- 
lait pourtant à faire travailler ses amis. 

Page 174. ... montre le tuf... — Cf. note de Stendhal du 



494 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

22 juillet 1817 dans un exemplaire de VHistoire de la 
Peinture en Italie (Vie Littéraire de Stendhal de 
M. Paupe, page 27). 

Page 174. — M. Marescalchi. ... — Ed. 1817 et 1854 : 
de M. M* * *. Il n'y a aucune raison pour ne pas donner 
le nom entier, qui est imprimé quelques lignes plus 
haut. Voir Journal d'Italie, pp. 186-187. 

Page 175. ... il Va peu imité. — Ed. 1854 : mais il ne Va 
pas imité. 

Page 176. ... V envie V occupa beaucoup. — Ce petit cours 
de peinture du « professeur danois » était cité in-extenso 
dans l'article de V Edinhurgh Review. 

Page 176. ... parmi les amants passionnés de cette liberté .. 
— Cette phrase, pourtant parfaitement claire, sur 
Napoléon n'a pas été comprise par le traducteur 
anglais, qui écrit le galimatias suivant : « Thus it 
happens that the most projound dissemblers, even they 
who, wken they abhorred liberty the most, rangea 
themselves under its banners as their only means of 
safety, still find partisans in Italy ; nay find them 
among the greatest enthusiasts for liberty. » 

Page 177. ... ma grande dispute... — - Ed. 1854 : une 
grande dispute. 

Page 178. ... s'est fait peindre en écuyer. — UEdinburgh 
Review, dans son article de 1817, ne manque pas de 
se moquer de ce millionnaire qui se fait peindre en 
écuyer. 

Page 179. ... vêtu et coiffé... — Ed. 1854 : coiffé et vêtu. 

Page 179. ... pour parler clair... — Ed. 1854 : pour 
parler franchement. 

Page 181. ... ces inférieurs. — Ed. 1854 : ses inférieurs. 

Page 181. ... ces esclaves ; ... — Ed. 1854 : ses esclaves. 

Page 187. ... à V Appendice... — Stendhal parle ici du 
petit appendice qui terminait l'édition de 1817. Voir 
tome II, page 294. Colomb imprime : Voir plus 
loin, etc. 

Page 189. ... à la tête de tous les poètes classiques l — 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 495 

Contrairement à ce que dit M. Stryienski dans les 
Soirées du Stendhal Club (1^® série, Les dossiers de 
Stendhal, p. 14), l'article de la Revue d' Edimbourg de 
novembre 1817 ne faisait aucune allusion à ce pas- 
sage sur Alfieri. C'est seulement dans une note de 
l'article sur VHistoire de la Peinture en Italie (octo- 
bre 1819, n» 64, tome XXXII, page 321) que la 
revue prévient ses lecteurs que « ces dix pages sur 
Alfieri sont littéralement traduites d'un article paru 
dans le volume XV, pages 295-297. » Il s'agit d'un 
article sur les Mémoires d' Alfieri remontant au mois 
de janvier 1810 (n" 30 de V Edinburgh Review). 

Remarquons, à la décharge de Stendhal, que tout 
ce 2:)assage est imprinaé entre guillemets, et donné, 
non comme original, mais comme une traduction... 
du cahier du comte. Il y a déjà moins de désinvolture 
dans ce procédé qu'en 1814, lors de la préparation de 
la Vie de Haydn. 

Au reste, Stendhal ne cachait pas à ses amis la 
vraie source de son jugement sur Alfieri. Cf. Corres- 
pondance, lettre du 1^^" décembre 1817 à Mareste. De 
plus, il n'est pas exact que ce passage soit littérale- 
ment traduit de la revue anglaise. Voir, dans la thèse 
de M. Richard Kùhnau (Quellen-Vntersuchungen zu 
Stendhal- Beyle' s Jugendwerken, Marburg, 1908, page 
29) un relevé exact des additions de Stendhal. 

Page 190. ... au légat,... — Ed. 1817 : au l***. L'édition 
de 1854, trois mots plus loin, imprime : r inique, au 
lieu de : l'impie. 

Page 190. ... cette ville aimable. — Voici une note que 
Stendhal a portée sur l'ex. de Civita-Vecchia, et que 
nous pouvons reproduire, puisqu'il est entendu que 
l'italien, comme le latin, brave l'honnêteté : « Voici 
les mœurs de Ferrure vers 1790. D avide le père y chan- 
tait, le cardinal Belmonte y gouvernait, et le public 
répétait : 

A quel che di Golia nippe la jronle 
Rompe le cliiappe il cardinal Belmonte. » 



496 



ROME, NAPLES ET FLORENCE 



Page 192. 
Page 192. . 
hérétique 
Page 193. . 
Paee 193. . 



, des prêtres,... — Ed. 1817 : des pr***. 
comme hérétique,... — Ed. 1854 : comme un 



. de tout. — Ed. 1854 : de tous. 

. sont faibles. — Dans le dernier chapitre de 
Henri Brulard, Stendhal dira plus tard que le sujet 
surpasse le disant, souvenir, d'ailleurs, des vers de 
François I^^' sur le tombeau de la Laure de Pétrarque : 

Car la parole est toujours réprimée 
Quand le sujet surmonte le disant. 

Cf. De Brosses, lettre II, Avignon. 

Page 195. ... des prêtres. — Ed. 1817 : des pr***. 

Page 195. ...le comte de Saurau. — Ed. 1817 : le comte 
de S. 

Page 197. ... quoique maussades,... — La traduction 
anglaise de 1818 ne manque pas de dire simplement : 
twenty çery well, en passant sous silence la maussa- 
derie. 

Page 201. Là où tout est noble,... — Ed. 1854 : Là, tout 
est noble. 

Page 207. ... aucune fonction politique... — Ed. 1854 : 
aucune fonction publique. 

Page 207. ... gouvernaient beaucoup plus. — Ed. 1854 : 
gouvernaient plus. 

Page 208. ...et souvent trop à fond,... — ■ L'éd. de 1854 
omet ces cinq mots. 

Page 209. ... d'autres êtres au monde. — Ed. 1817 : 
d. autres hommes. Mais Verrat, donne : êtres. 

Page 212. ... vous ne me verriez pas ici. — Tel est le 
fameux passage sur la France d'autrefois, que nous 
avons reproduit avec ses curieuses divisions typogra- 
phiques. L'article de VEdinburgh Review sur Rome, 
Naples et Florence (novembre 1817) s'exprimait ainsi 
à propos de ce passage : « A Lorctte, (le baron Sten- 
dhal) rencontre un vieux colonel anglais qui, ayant 
été beaucoup en France avant la Révolution, lui 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 497 

tient un discours en trois points, avec introduction et 
conclusion, sur les mœurs françaises et anglaises. 
Cela dure environ vingt pages ; et, comme aucun tiers 
n'assistait à l'entretien, on est assez embarrassé pour 
se rendre compte si cet entretien est fidèlement rap- 
porté. A supposer même que le colonel n'ait jamais 
existé, cela ne ferait que reculer d'un pas la difïlculté ; 
car les remarques contenues dans ce passage sont, 
comme style et comme portée, considérablement 
au-dessus des observations habituelles de notre 
baron. » Cet extrait donne une idée très exacte du 
ton général de tout l'article ; on remarqueia en outre 
que, si vraiment l'auteur de l'article n'avait pas 
aperçu déjà en 1817 les emprunts faits par Stendhal 
à la revue anglaise, il a fait preuve d'une remarquable 
perspicacité. 

Deux ans plus tard, en octobre 1819, dans l'article 
sur l'Histoire de la Peinture en Italie, la Revue d'Edim- 
bourg dénonçait le plagiat à ses lecteurs, en les ren- 
voyant à un article sur les lettres de M™® du Defîand 
et de W-^^ de Lespinasse, paru en janvier 1810 
(n° 30), et invitait aimablement le « baron » à mettre 
dorénavant plus de soin à indiquer ses sources, — 
ce qui n'empêchait pas la revue de consacrer vingt 
pages compactes à l'analyse de V Histoire de la Pein- 
ture. Voici le passage de l'article, assez plaisant pour 
que nous le citions in extenso : « La' commune renom- 
mée désigne, comme auteur (de YHistoire de la Pein- 
ture en Italie), le baron Stendhal, dont le livre sur 
Rome, Naples et Florence a fait l'objet d'un compte- 
rendu de notre part, dans un précédent numéro. 
Si ce bruit est fondé, nous craignons d'être obligé de 
restreindre considérablement les éloges que nous 
avons faits, il y a deux ans, de son originalité, par 
peur de retomber dans l'erreur où nous ont déjà fait 
tomber une fois les étranges plagiats de cette pre- 
mière publication. On se rappelle que nous avions 

Rome, Naples et Florence, II 32 



498 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

signalé particulièrement un passage de ce livre (la 
conversation du colonel anglais sur la France d'autre- 
fois) : or nous ne fûmes pas peu surpris de découvrir 
peu après que le passage que nous avions loué était 
une traduction littérale d'un fragment d'un article 
paru dans un vieux numéro de notre Revue. Quand 
un auteur a recours à de pareils expédients, personne 
n'est sûr, à aucun moment, de ne pas lire dans ses 
œuvres l'œuvre d'un tiers ; mais telle était notre 
bizarre destinée : nous devions lire sans le savoir, et 
louer très innocemment, et peut-être injustement, 
notre propre Revue. » Et, en note, le rédacteur donne 
la liste des trois passages de Rome, Naples et Flo- 
rence où Stendhal s'était inspiré de la Revue <ï Edim- 
bourg, puis ajoute : « II est certainement flatteur 
pour nous de trouver nos sentiments sur la littérature 
et les mœurs du continent adoptés par un écrivain 
continental de grande vivacité d'esprit et de hautes 
prétentions ; mais il nous serait encore plus agréable 
qu'il eût eu la bonté d'indiquer un peu la source où 
il avait puisé ses observations. » 

Sans parler de la remarquable façon dont Stendhal 
a mis en œuvre les matériaux de la Revue d'Edim- 
bourg, constatons à nouveau, à la décharge de notre 
auteur, que les observations sur la France avant la 
Révolution sont données, non comme originales, 
mais comme la simple mise au net d'une conversation 
avec un... colonel anglais. On sera frappé en tout cas 
de la parfaite bonne grâce avec laquelle la Revue 
constate les emprunts qui lui ont été faits (qui n'a 
d'égale que la parfaite bonne foi avec laquelle Sten- 
dhal les avait faits), et on pourra comparer le ton du 
grand organe européen avec celui, par exemple, des 
lettres de Carpani à propos de la Vie de Haydn. 
Il n'y a pas d'ailleurs traduction littérale. Voir dans 
la thèse de M. Richard Kûhnau, déjà citée, le relevé 
des nombreuses additions ('e Stendhal. 



I 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU T0:ME II 499 

Enfin, on n'a pas oiu-oïc fait (iliscrxcr que Slcndhal, 
en comparant dans ce passajjc la France et l'Angle- 
terre, a voulu bien plutôt comparer la l-'rance d'avant 
la Révolution et la France de 1817. 

Note sur l'ex. de Civila-Vecchia : « Four lancieu 
Paris, jirendre 2 lignes page SO du n" 23 de VEilin- 
burgh Review. » 

Page 214. ... des prêtres. — Ed. 1817 : des pr***. 

Page 214. ...le cardinal Lante... — Ed. 1817 et 1854 : 
le cardinal L***. 

Page 216. ... de huit à neuj... — Ed. 1854 : de huit à 
neuf heures. 

Page 216. ... Pedrocchi. — Ed. 1817 et 1854 : Pedrntti. 
Le restaurant existe encore. 

Page 217. ... cest l'âme qui parle à l'âme. — Cf. Vie de 
Rossini, chap. xxxiii, note, et Introduction, II. 

Page 217....18/um. — Ed. 1817 et 1854: .4/-</«a, 10/«ùj. 
Erreur évidente d'impression ; ce chapitre du journal 
ne doit pas être daté d'Arqua. puisque l'auteur est 
revenu déjà à Padoue ; il ne peut pas non plus porter 
la date du 10 juin, puisque le chapitre précédent est 
déjà du 10 juin. Nous proposons de lire : 18 juin. 

Page 218. ... souvent un sourire amer ;... — Ed. 1854 : 
souvent avec un sourire amer. 

Page 219. ... il s'en amuse:... — Ed. 1854 : il s'en 
accuse. 

Page 219. ... la bonhomie de la Lombardie. — Ed. 1854 : 
la bonhomie de La Fontaine. 

Page 220. ... il en est plus esclave,... — Ed. 1817 : Il est 
plus esclave. Mais Verrat, ajoute : en. 

Page 221. ... pour le P***, où le paysan... — Ed. 1854 : 
pour le prêtre, où le paysan..., ce qui n'a aucun 
sens. Nous suivons le texte de l'éd. de 1817. Stendhal 
veut sans doute dire : le Piémont. 

Page 222. ... madame de Montecatini... — Ed. 1817 
et 1854 : Mine de Montecati**. 

Rome, Naples et Florence, II 32. 



500 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 222. ... M. Dutertre... — Ed. 1817 et 1854 : 
M. Duter***. 

Page 224. ... du colonel Massenbach... ■ — Chrétien de 
Massenbaclî, historien et colonel prussien (1758- 
1827). Poursuivi, pour incapacité, après la campagne 
d'Iéna, il écrivit pour se justifier des Considérations 
sur les éi>énements des années 1805 et 1806. Auteur de 
divers mémoires sur l'histoire de la Prusse, il fut con- 
damné en 1817, quelque temps avant l'apparition 
de Rome, Naples et Florence, à quatorze ans de prison. 
Il ne fut gracié qu'en 1826, un an avant sa mort. 

Page 225. ... des sympathies. — Citation de Corneille, 
Rodogune, I, 5. 

Page 226. ...de tout ceci que je recueille... ■ — Ed. 1854 : 
de tout ce que je recueille. 

Page 227. ... à Hume et à Voltaire. — Ce passage sur 
Schlegel et les Allemands est inspiré d'un article 
paru dans la Reflue d'Edimbourg de février 1816 
(tome XXYI, p. 67), ainsi que la revue l'annonce à ses 
lecteurs en octobre 1819, en rendant compte de 
VHistoire de la Peinture en Italie. Il est significatif 
que les trois passages inspirés par VEdinburgh 
Review aient disparu de l'édition de 1826 et aient été 
remplacés par des morceaux beaucoup plus ori- 
ginaux. Rappelons pourtant que Stendhal avait lu 
et annoté Schlegel, avant d'avoir lu la Revue d'Edim- 
bourg (Cf. Correspondant, n^ du 25 septembre 1909). 

— Note de Stendhal sur l'ex. de Civita-Yecchia : 
« L'amour allemand à prendre dans Gassicourt. » 
(Voir V Amour, chap. xlviii). 

Page 228. ... cet arriéré. — Ed. 1817 : cet arriéré des 

impôts. Mais Verrat, supprime les deux derniers mots. 

Page 230. ... d'un homme fort sûr de son instrument... 

— Ed. 1817 : d'un homme fort de son instrument. 
Uerrat. ajoute : sûr. 

Page 231. ... sauver sa femme. — Cette anecdote est 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 501 

tirée de Gœthe, Voyage en Italie, comme celle de 
Frédéric-Ie-Grand catholique. 

Page 231. ... un évêque voulant. . . — Ed. 1817 : un év**" 
voulait. Uerrat. donne voulant. 

Page 231. ... Mocenigo... — Voir Journal d Italie, 
p. 174. 

Page 231. ... V habitude des dispositions qui font le bon- 
heur. — Ed. 1817 : l'habitude de dispositions qui sont 
le bonheur. Mais Verrat, corrige. 

Page 232. ... américain. — Ed. 1817 et 1854 : anglais. 
Mais Verrat, de 1817 donne bien : américain. 

Page 234. ... quà cent mille francs. — L'étl. de 1854 
incorpore à tort cette note dans le texte. 

Page 236. ...de prendre... — Ed. 1817 : d'avoir. Uerrat. 
donne : de prendre. 

Page 236. ... un monstre... — Ed. 1817 : un scélérat. 
Uerrat. donne : un monstre. 

Page 237. ... bon négociant à Lima. — Ce passage inté- 
ressant sur Byron, supprimé sans raison par Colomb 
dans l'édition de 1854, était traduit in extenso dans 
l'édition anglaise de 1818, mais avec la note suivante 
du traducteur : « En reproduisant ce passage tel qu'il 
existe dans loriginal, nous n'entendons offenser 
aucune des parties intéressées ; nous voulons simple- 
ment montrer comment les particularités des individus 
de notre nation deviennent un sujet de haine contre 
nous parmi les étrangers ; ceux-ci, comme d'ailleurs 
certains de nos nationaux, prennent souvent la liberté 
de s'ériger en juges de ce qui ne les regarde pas, et 
de décider péremptoirement, quoique ne connais- 
sant qu'imparfaitement les pièces du procès. » 

On remarquera combien des notes de ce genre, 
ainsi que les notes que nous avons reproduites dans la 
Vie de Haydn (traduction anglaise de 1817), donnent 
raison à Stendhal dans ses observations sur l'Angle- 
terre. 

Page 237. ... le fameux sonnet de Lope de Vega,... — 



502 ROMi:, NAPLES ET FLORENCE 

Allusion, non pas au sonnet, mais au petit poème de 
Lope de Vega intitulé : « Art nouveau de faire des 
comédies )', et qui contient le passage suivant : « Et 
lorsque j'ai à écrire une comédie, je renferme les 
principes sous six clefs ; je chasse de mon cabinet 
Plaute et Térence, pour ne pas entendre leurs protesta- 
tions : car la vérité parle même dans les livres muets. 
Et j'écris suivant la manière inventée par ceux qui 
recherchaient les applaudissements du vulgaire : 
c'est le vulgaire qui paye, il est juste de lui parler 
son langage pour lui donner du plaisir. » Plaire ou 
public, telL est la poétique de Lope de Vega. 

Page 240. ... à côté du rire le plus fou. — Cf. Hiitoire 
de la Peinture en Italie, chap. CXXV, note. — La 
traduction anglaise de 1818 supprime sans raison tout 
ce paragraphe. 

Page 244. ... aimer la nation anglaise. — Dans son article 
de novembre 1817, V Edinhurgh Revie^v cite cette 
anecdote et en nie l'authenticité. 

Page 245. ... parce qu'il est Allemand ; ... — Ed. 1817 : 
parce quil est All***d. 

Page 247. ... jort aimés des dames. — Quelques rémi- 
niscences de Gœthe dans les trois premières pensées 
de Venise. Voir dans Chuquet (Stendhal-Beyle, 
pp. 330-333) un résumé des emprunts divers que 
Stendhal a faits à Gœthe, à de Brosses, à M""^ de Staël. 
Voir aussi la dernière partie de l'excellente thèse de 
M. Richard Kûhnau. 11 est certain que Stendhal doit 
beaucoup, notamment à M^e ç\q Staël, dont, malgié 
certaines réservv^s, il admirait sincèrement les œuvres : 
il avait lu et relu Corinne et V Allemagne. Voici un 
fragment inédit, que nous devons à l'obligeance de 
M. Débraye, et qui nous montre Stendhal rédigeant 
quelques impressions après une lecture de Corinne : 
ce fragment date vraisemblablement de 1814. 

« 27 mai. — M. Bombet vient de me dire : Il me 
« semble que les anciens n'étaient que des commcn- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II r)03 

« çants dans la connaissance du cœur humain. Des 
« gens qui ont plus de sensibilité et dimagination 
« que de connaissance du cœur humain nous les 
« citent sans cesse pour modèles. Je conçois qu'un 
« homme sensible soit louché des pensées vierges de 
« petitesse des anciens. Cette pureté vient de deux 
« causes : [1°] leurs gouv[ernements] leur rendaient 
« l'âme plus forte, et 2° ils ne pouvaient se souiller 
« de petitesses qu'ils ne connaissaient pas. 

« M. Bombet ajoute : J'ai senti plusieurs fois 
« leurs sentiments peints dans les pages 97, 98, 99 
« et 100, tome l'^'', de Corinne, surtout la page 97. 

« Je me fixerai en Italie, mais il est bien dommage 
« qvie mon art ait ses modèles en France (voir Corinne, 
« I, 335). Les peintres sont plus heureux, mais leur 
« gloire est inférieure. 

« Chamfort dit : Le matin, quand vous devez voir 
« la société, avalez un crapaud. Je traduis cela : Lisez 
« 50 pages de Pétrone. C'est le cri d'une société plus 
« laide, quoique moins basse, que la nôtre. Pétrone 
« m'a fait vivement sentir le malheur dune vie dont 
« toutes les actions ne sont pas liées par leur tendance 
« à un centre. A good book for a comic bard. [Excellent 
« livre pour un poète comique.] 

« ^L Bombet a ajouté : Mon ami naturel, c'est un 
« peintre homme de génie, adorant par conséquent 
« l'Italie. 

« Je retrouve mes idées et jusqu'à mes expressions 
« favorites dans ce que M"^"^ de Staël dit de l'Italie 
« (page 122)... )) (Bibliothèque de Grenoble, R 5896, 
tome XV, folio 192). 

L'art « qui a ses modèles en France », dont parle 
ici Stendhal, est très probablement l'art du poète 
comique. On sait que Stendhal s'est cru longtemps 
des aptitudes pour la comédie : quelques malheureux 
essais dans ce genre nous ont été conservés. Mais autre 
chose est de voir, même distinctement, les ridicules, 

Rome, Xaples et Florence, II 32.. 



504 ROME, XAPLES ET FLORENCE 

autre chose est de les mettre en action dans une 
œuvre dramatique. 

Page 248. ...et de grands peintres. — L'édition de 1854 
omet ces quatre mots. 

Page 249. ... ceux qui sont le plus loin de la nature,... 
— Ed. 1817 : ceux qui en sont le plus loin dans la 
nature. Nous suivons le texte de Colomb. 

Page 249. ...de César ou d'Alexandre. — La traduction 
anglaise de 1818 supprime toute la fin du paragraphe 
précédent, et tout le présent paragraphe. A chaque 
instant, ce sont des coupures semblables. Cette tra- 
duction n'est fidèle que d'une façon très relative. 

Page 250. ... tendrement sur la scène. — Voir, dans la 
Vie de Rossini, l'analyse détaillée de la Gazza ladra. 

Page 250. ... Vigano... — A propos de Viganô, on 
relève cette note curieuse dans l'ex. de Civita-Vec- 
chia : « Je m'aperçois, à mon grand étonnement, 
writing to Vigano [en écrivant à Viganô], que je 
pense en italien, je revêts de couleurs italiennes ma 
pensée. Cela ne nuira-t-il point au style français ? » 

Page 252. ... le prince de Bénévent ; — Ed. 1817 et 
1854 : le prince de Ben***. 

Page 255. On le remercia. — C'est ce passage sur Mayer 
que Goethe fit copier et envoya à son ami Zelter 
le 18 mars 1818, avec son appréciation, souvent citée, 
sur Stendhal et sur sa « manière libre et hardie » 
(seine jreie und freche Art und Weise). « Il attire, il 
repousse, il intéresse, il impatiente ; on ne peut s'en 
séparer » (Er zieht an, stosst ah, interessiert und argert, 
und so kann man ihn nicht loswerden) . U faut avouer 
qu'on ne saurait caractériser mieux le talent très 
particulier de Stendhal ; et, quand on songe que ces 
lignes datent de 1818, on doit reconnaître qu'il n'y 
a encore que les grands hommes pour se juger entre 
eux. 

Page 255. ... comme on voit,... — Ed. 1854 : comme on 
le voit. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME II 505 

Page 256. ...de V Italie. — Ed. 1817 : d'Italie. 

Page 257. ... est 1814. — Ed. 1854 : est de 1814. — Noies 
sur l'ex. de Civila-Vecchia : « Je ne voudrais pas 
pour tout l'or du monde me trouver pour longtemps 
à Rome ou à Turin, et jhaLiterais volontiers Milan. 
...On y parle de politique (dans les loges de la Scala), 
mais c'est une politique héroïque, toute de guerre, 
d'exécution... et pas de chiffres, d'impôts, comme en 
Angleterre, donc une politique qui s'accorde avec la 
musique et l'amour. » — « 14 mai 1818. Je vois l'entrée 
du Vice-Roi. C'est le Car[actère] de Nap[oléon]. Je 
vois avec plaisir ce prince si éclairé et si sage, ce 
modèle des rois constitutionnels. Je ris de la colère 
vraiment patriotique de 7 ou 8 nobles que le Gouv* 
actuel s'obstine à négliger. Ils cherchèrent en 1814 
à accélérer la chute de Napoléon (10 avril 1814) et 
peut-être ont fait manquer une occasion unique. 
Aujourd'hui, ils jouissent du mépris du G* et du 
mépris des libéraux. La moindre petite croix les 
gagnerait du reste. Mais on s'habitue à trouver qu'ils 
n'en valent pas même la peine... Depuis la chute de 
Nap., un noble, quoi qu'il en dise, ne peut plus être 
libéral. Il y a une guerre à mort contre les privilèges, 
et peut-on attendre de cœurs plus froids, et même 
en général d'aucun homme, d'agir contre ses inté- 
rêts... » 

Page 257. ... Valenza,... — Ed. 1854 : Valcuza. L'édition 
de 1817 et la traduction anglaise de 1818 donnent 
bien : Valenza. 

Page 257. ... hleu et blanc. — Ed. 1854 : bleue et blanche. 

Page 258 ...de trois cents pieds,... — Ed. 1817 : cinq 
cents. Stendhal a corrigé sur un exemplaire (collec- 
tion Stryienski) : trois cents, correction portée dans 
l'édition de 1854. 

Page 259. ... du second étage;... — Ed. 1854 : du 
deuxième étage. 

Page 260. ... la seule qui paraisse ; de loin, on nous juge... 



506 ROME, XAPLES ET FLORENCE 

— Ed. 1854 : la seule qui paraisse de loin ; on nous 
juge. Nous ne notons pas spécialement toutes les 
erreurs de ponctuation qui pullulent dans l'édition 
de Colomb, erreurs cpii souvent dénaturent complète- 
ment le sens et que nous corrigeons d'après l'édition 
de 1817. 

Page 260. ... nos de Broglie. — La h-aduction anglaise 
de 1818 supprime bien entendu tout ce paragraphe. 

Page 260. ... d'aucun parti. — Note sur l'ex. de Civita- 
Yecchia à propos de Sismondi : « 27 mars 1818. Cet 
auteur m'assomme ; j'aime mieux Pignotti. » 

Page 261. De 1550 à 1796,... — Ed. 1817 : de 1650 à 1796, 
faute corrigée par Stendhal sur un exemplaire de 
l'ex-coUection Stryienski. 

Page 261. ... tout ce qui paraissait de lui n était pas lui. — 
Ed. 1854 : tout ce qui paraissait lui n était pas lui. 

Page 262. ...le gou^'erneiir... — Ed. 1854 : le gouverne- 
ment. Voir Histoire de la Peinture en Italie, chap. 

CXXXI, 

Page 264. ... aussi braves que les Français. — Sur les 
légères inexactitudes que contient ce paragraphe, 
voir le livre de M. Chuquet, Stendhal- Beyle, page 324, 
note. 

Page 265. ... quil avait la force... — Ed. 1817 : quil 
avait peut-être la force. \Jerrat. supprime : peut-être. 

Page 266. ... leurs noms et leurs itwtifs. — L'éd. de 1854 
incorpore à tort cette note dans le texte. 

Page 267. ... dans une position mauvaise en soi. — L'éd. 
de 1854 incorpore à tort cette note dans le texte. 

Page 268. ... Varche du Seigneur ... — Cf. Le Rouge et 
le Noir, épigraphe du chapitre xxvii. 

Page 268. ... disent mes officiers. — L'éd. de 1854 incor- 
pore à tort cette note dans le texte. 

Page 271. ... Vahhorra... ■ — Ed. 1854 : Vahhorrent. — 
Note sur l'ex. de Civita-Vecchia : « Allieri, comme 
Byron, un ultra mécontent, et fou d'orgueil, mais 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TO.ME II 507 

sans !^")ùl pour la voliiplt- oiioiilalc. coiiinie le Pair 
aiijilais. » 

Pa<fe 273. ... trente mille livres de rente. — - Cf. lettre du 
1"^^ janvier 1817 à M. Didot, imprimeur à Paris : 
«... Pourquoi les délits de la presse ne sont-ils pas 
« jugés par un jury, et les membres désignés par le 
« sort lorjalement ? » (Corresp., tome II, p. 20). 

Page 274. ... les lire dans les rues. — Passage cité par 
l'article de Y Edinhurgh Review. 

Page 275. ... 21 juillet. — L'éd. de 1817 imprime par 
erreur : 21 juin ; l'erreur se continue jusqu'à la lin : 
Francfort, 28 juillet, au lieu de : 28 août. Colomb a 
réimprimé Terreur, que nous corrigeons. 

Page 276. ... à trente lieues de là dans les brouillards de 
Venise :... — Ed. 1854 : à trente lieues de là. Dans les 
brouillards de Venise. M. von Oppeln-Bronikowski 
reproduit cette faute, sans la corriger. 

Page 279. Croyez-moi, mon ami ... — Il faut voir ici un 
reste évident de la rédaction du journal, ou dune lettre 
à un ami. 

Page 280. ... pesce persico... — Le pesce persico ou pesco 
■est une espèce de poisson des lacs et rivières de l'Italie 
supérieure, dont la chair est très estimée. 

Page 281. ...la déclaration de jeu Tartufe. — Paragraphe 
supprimé dans la traduction anglaise de 1818. 

Page 281. La pruderie des jemmes... — Tout ce morceau 
du 3 août est cité in extenso par l'article de V Edinburgh 
Review. 

Page 283. ... du naturel. — Ce journal des 2 et 3 août 
a été omis par Colomb. Cf. Mémoires d'un touriste, 
tout le passage sur Genève. 

Page 285. ... jusquà un roi,... ■ — ■ Ed. 1817 et 1854 : 
un R***. M. von Oppeln-Bronikowski fait remarquer 
qu'on ne sait quel était ce roi qui fréquentait en 1816 
le salon de M™^ de Staël. — Note sur l'ex. de Civita- 
\'ecchia : « 12 janvier [1818]. Lu de longs fraginents 
du dernier ouvrage de M™^ de Staël. L'aristocratie 



508 RO:^IE, INAPLES ET FLORENCE 

ne trouve rien de mieux pour empoisonner les peuples 
que les paroles d'un transfuge. « Cf. Corresp., tome II, 
p. 81. 

Page 288. ... sept à Jiuit prêtres à moitié endormis, vers 
les minuit. — Ed. 1817 : sept à huit prêtres endormis, 
vers les minuit. Uerrat. ajoute : à moitié. Colomb 
en 1854 imprime : vers minuit. 

Page 289. ... que je rapporte d' Italie. — Ici se trouvait, 
dans l'édition de 1817, l'anecdote des Indépendants 
que Stendhal a replacée dans F édition de 1826 (voir 
page 41, tome II de la présente édition). Nous met- 
tons deux lignes de points pour Findiquer. 

Page 291. Nous nen sommes pas encore là en France. — 
C'est une des idées favorites de Stendhal qu'il vaut 
mieux, en musique, avoir mauvais goût que pas de 
goût du tout. Cf. Vie de Rossini, chap. xxvii. Les 
Anglais, dit Stendhal, en sont déjà à la période du 
mauvais goût ; il y a donc quelque espoir à fonder sur 
eux. La France, au contraire, n'en est même pas 
encore à cette période préliminaire. 

Page 291. ... égal aux Français pour l'exécution.... — 
Stendhal est vraiment trop aimable pour les Français. 

Page 291. ... je savais bien que j'étais en retard;... — 
Parti de Berlin dans les premiers jours d'octobre 1816, 
pour un congé de quatre mois, prolongé de deux mois 
et demi, soit en tout six mois et demi de congé régu- 
lier, M. de Stendhal rentre fin août 1817 ; il n'est donc 
en retard que de quatre mois et demi, détail évidem- 
ment insignifiant pour un fonctionnaire pratiquant le 
heyhsme. Son eunuque de ministre est irrité, son 
imbécile de protecteur le lâche, ses niais de collègues, 
restés à leur poste, ont été décorés : voilà de quoi 
étonner M. de Stendhal et le faire crier à l'injustice. 

Page 293 — je suis de fer pour eux. — Cf. Correspondance, 
lettre du 21 mars 1818 à Mareste : « Vous souvient-il 
du mépris que Stendhal témoigne quand il est à 
Francfort? C'est un morceau de mon journal de Paris.» 



NOTES ET ÉCLAinCISSE:MENTS DU TOME. II 509 

C'est à cette fin, pleine de mélancolie, où le mot : 
malheureux est répété conp sur conp trois fois, que 
Mareste, dans sa lettre à Stendhal du 22 décembre 
1817 (cf. Vie Littéraire de Stendhal de M. Paupe, 
page 22), faisait allusion lorsqu'il appelait plaisam- 
ment Stendhal lui-même : notre malheureux ami. 
Page 299. ... Napoléon. — Ed. 1817 et 1854 : N***. 
Page 299. ... un colonel à un cardinal. — Ed. 1817 et 

1854 : à un c***. 
Page 300. ... Liège, 1817. — Cet extrait de Destutt de 
Tracy est ajouté par Verrat, de 1817. Le titre exact 
de l'ouvrage de J. B. Guinan-Laoureins (et non Lau- 
rens, comme le porte l'édition de 1817 ; Colomb a 
indiqué le nom correct en 1854) est : Tableau de Rome 
vers la fin de 1814. Une deuxième édition parut à Paris 
en 1821 sous le titre : Tableau de Rome en 1814 
(chez Rosa, 3 vol. in-12''). Dans la Vie de Rossini, 
chapitre xxii, note, in fine, Stendhal citera de nou- 
veau cet auteur en estropiant son nom : Laorens, 
Tableau de Rome ; mais, encore une fois, ces erreurs 
peuvent être imputées aussi bien à l'imprimeur qu'à 
l'auteur. 
Page 302. ... les simio-tigres. — Voir les Mémoires 

d'Alfieri, partie IV, chap. xx. 
Page 303. ... vers V abîme d'une révolution. — En fait de 
« notes révérencieuses », celle-ci est évidemment la 
meilleure. Colomb l'a supprimée dans son édition 
de 1854. Sur l'ex. de Civita-Vecchia, Stendhal l'avait 
d'ailleurs barrée, en inscrivant en marge : passe- 
port. 
Page 306. Appendice. — Cette table, qui est de Stendhal, 
est celle de l'édition de 1817 ; elle est composée, comme 
celle de l'édition de 1826, de tous les titres courants 
qui figuraient au haut des pages dans le cours du vo- 
lunae. Nous avons seulement fait disparaître les 
rubriques ayant trait à des passages que Stendhal a 
reproduits dans l'édition de 1826. 



510 ROME, NAPLES ET FLORENCE 

Page 314. ... dont il était tuteur. — Sur l'ex. Le Petit, 
on lit la note suivante : « Marinoni le père, le mari, 
Vamant Doria, la jeune femme Claodine Doria. >' 

Page 316. ... sur leur tombe. — Note sur l'ex. Le Petit : 
« On a fait de la musique 12 ou 15 fois. — 18 janvier 
1827. On porte des chapeaux à la Claodine et des mou- 
choirs rouges à la Doria. » 

Page 317. ... les détails de cette anecdote. — Dans une de 
ses Chroniques StendJialiennes de l'Ermitage (juin 
1906), M. ColTe a reproduit tout ce paragraphe daté 
de Bolsena, 5 février. 

Page 319. ... Zilietti,... ■ — Note de Colomb : Soreri, 
véritable nom. 

Page 319. ... sont la même. — Cf. tome II, page 72 (26 
août 1817). 

Page 319. ... la femme du coiffeur. — Cette femme de 
coiffeur est devenue, dans la rédaction définitive, 
la femme d'un noble fort riche. 

Page 320. ... Radaelli,... — Malaspina, dans la rédac- 
tion définitive. 

Page 321. ... des marionnettes tragiques... — Nous 
n'avons plus le manuscrit des marionnettes tragiques, 
et cette partie a disparu dans l'édition de 1826 ; 
nous avons du moins l'article du Globe de 1824 ; 
voir au Supplément, n° Y. 

Page 322. ...le cardinal délia Rovere,... — On remar- 
quera que, dans la rédaction définitive, Stendhal a 
supprimé les noms propres, et y a substitué des noms 
de convention. 

Page 324. ... (vingt-huit francs). — En face de ce dernier 
paragraphe, sur le verso resté blanc du feuillet précé- 
dent du manuscrit, une multiplication de la main de 
Stendhal : 5 fr. 60 (valeur de l'écu) X 5 = 28 francs. 

Page 325. Rome, le... — En marge, à l'encre : 
Corrigé le 7 août 1824. Titre raturé : Lettres de Rome. 
N° 1. Les Marionnettes. 

Page 326. ... avant-hier soir... — Stendhal a oublié de 



NOTES F.T KCI.AIHCISSK.MKN I S U l lOMI-, Il f) J i 

raturer tnuiitl-liier suir cl. de le remplacer par : // // a 
quinze jours, eomiiie il l'avait fait im peu plus luuil. 

l'af;e 328. ... de ces derniers temps... — Stendhal avait 
(l'aljord écrit : « C'est ici le costume obligé des gens 
lie génie, qui cherchent à imiter Lord Bijron, dont Ut 
personne est fort popidairi: en Italie, depuis surtout 
quil est allé aider les (îrecs de sa bourse et de sa per- 
sonne. » 

Page 329. ... à un spectacle de marionnettes... -- Suit 
l'analyse de Cassandrino, élève en peinture et du 
Puits enchan'é, texte à ]ieu près semblable à celui 
du 11° IV du Supplément. 

Page 332. ... un Secrétaire d' Etat .^ ... — Suit l'analyse 
de la pièce, texte semblable à ]ieu de choses près à 
celui du n" III du Supplément. 

Page 334. ... à leur tour, etc.. — L'arîiolc du 67o/>e se 
termine par cet etc. peu élégant ; sans doute, le 
rédacteur en chef a coupé la fin de la lettre de 
Stendhal, comme trop longue. On arrivait d'ailleurs 
juste à la fin de la colonne du Globe. 

Page 354. ... ainsi que cous avez pu vous en apercevoir 
hier,... — Ce fragment est daté, dans le Journal de 
Colomb, du 16 mai 1828, lendemain de l'Ascension. 

Page 360. ... r empereur d'Autriche... — - M. Chuquet 
( Stendhal-Beyle, page 341) relève avec raison, clans les 
Promenades dans Rome, l'erreur par laquelle Stendhal 
appelle Joseph II empereur d'Autriche, au lieu d'em- 
pereur d'Allemagne. Voici la même erreur : c'est une 
jireuve de plus de l'authenticité du morceau. 

Page 361. ... donner sa fille pour femme à un homme 
marié. — Cf. Promenades dans Rome. Lettre du 25 dé- 
cembre 1824 à Sir William D*** sur le conclave de 
1823. 

Page 367. ... des lettres latines. — L'auteur a ouldié de 
nous parler du secrétaire des mémoires. 

Page 375. ... l'esprit ou les maximes. — Il est inutile 
d'ajouter que, malgré l'absence du présent frag- 



512 ROME. NAPLES ET FLORENCE 

ment, les deux volumes de Rome, Naples et Florence 
de l'édition de 1826 furent condamnés (Décr. du 
4 mars 1828), comme aussi le Rouge et le Noir, « et 
ejusdem auctoris similia » (Décr. du 20 juin 1864). 
Cf. Index lihrorum prohibitorum, Romœ, ex typo- 
graphie polyglotta S. C. de propaganda fine, 1881, 
page 320. 
Page 376. ... on en a fait... — • Ed. 1833 : on en en fait. 



TABLE DES GRAVURES 



UU TOME SECOM) 



Titre de la traduction anglaise de 1818. Frontispice 

Fac-similé de la colverture de l'édition 

DE 1826 192-103 

Une page de l'exemplaire Le Petit. . . . 3G8-3C9 



TABLE DES MATIERES 



DU TOME SECOND 



Rome, Naples et Florence ^suile et fin) 1 

Table détaillée 99 

Appendice I H 

Table de l'appendice 304 

Supplément 307 

Notes et éclaircissements 395 

Table des gravures 513 



IMPRIMERIE 

F. PAILLARÏ 

ABBEVILLE 



3 



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