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Full text of "Réorganisation de la profession comptable à tous les degrés [microform]; ouvrage recommandé aux juges des tribunaux consulaires, commerçants, comptables experts-comptables .."

M ASTER 
NEGATIVE 



NO. 94-82233- 1 



COPYRIGHT STATEMENT 



The copyright law of the United States (Title 17, United States Code) 
governs the making of photocopies or other reproductions of copyrighted 
materials including foreign works under certain conditions. In addition, 
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specified condition^s that the photocopy or reproduction is not to be 
"used for any purpose other than private study, scholarship, or research." 
If a user makes a request for, or later uses, a photocopy or reproduction 
for purposes in excess of "fair use," that user may be liable for copyright 
infringement. 

The Columbia University Libraries reserve the right to refuse to accept a 
copying order if, in its judgement, fulfillment of the order would involve 
violation of the copyright law. 



Author: 



Savigny, A. 



Title: 




Réorganisation de 
profession comptable à 

Place: 

Paris 

Date: 

[1914] 



MASTER NEGATIVE # 



COLUMBiA UNIVERSITY LIBRARIES 
PRESERVATION DIVISION 

BIBUOGRAPHIC MICROFORM TARGET 



ORIGINAL MATERIAL AS FILMED - EXISTING BIBUOGRAPHIC RECORD 




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Savigny, A ' 

. ••• Réorganisation de la profession oomirtable 
& tous les degrés; ouvrage recommandé aux juges 
des tribunaux consulaires, commerçants, comptables 
experts- comptable s ... par A. Savigny ... Paris, 
Pigier £1914 3 

39 p. 24 cm. (Bibliothèque commerciale, indus- 
trielle & financière ,..) 



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RESTRICTIONS ON USE: 



TECHNICAL MICROFORM DATA 



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DATE FILMED: 



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Société Anonyme des f tiblitiemcnls PIGIER au Capital de 0n Million de franco 



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Bibliothèque Commerciale, Industrielle & Financière 

Dirigée par M. PIGIER, Expert- Comptable 

OFFICIER DE l'iNSTRUCTIOIT PUBLIQUE 



RÉORGANISATION 



DE LA 



Profession Comptable 

A TOUS LES DEGRÉS 




'^^ ■■ 



OUVRAGE RECOMMANDÉ : 

Aux Juges des Tribunaux consulaires, Commerçants, Comptables, 
Experts-Comptables, Arbitres, Liquidateurs, Administrateurs, 

Syndics de Faillites, et en général 
à tous les professionnels de la Carrière des Affaires 

PAR 

A. SAVIONY 

PUBLICISTE, EXPBET-OOMPTABLE 
OFPICIEB D'ACADÉMIE 





PARIS 

r.IBRAIRIE COMPTABLE PIGIER 

53, Rue de Rivoli et Boulevard Poissonnière, 19 






TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 



Pages 

Introduction 3 

L*aUeiition publique attirée sur ud grand abus. — Une en(|uéte à 
faire pour ne pas être dupé. 

I. Faux-Experts , 5 

l'surpation du titre d'expert-comptable. — Critique du mode de 
de recrutement près les tribunaux. — Nécessité d'une réforme. 

II. Le Monde qui comptabilise 10 

Grief à l'adresse des gens de comptes. — Hiérarchie des carrières 
comptaI)les. 

UI. Les Commerçants et la Comptabilité 28 

Inconvénients de l'indifférence et de l'incompétence des commer- 
ranls en matière comptable. — Comment se réhabilitera la 
comptabilité. 

IV. Les Chartered Accountants 31 

But et organisation de cette institution. — Fonctionnement des 
Sociétés ou Compagnies d'Accountantsen Angleterre, en Russie 
et en Hollande. 

V. Création de Chambres régionales des Comptables 35 

Nécessité de la création de Chambres officielles. — Appel au.x 
praticiens en vue d'une réforme urgente. — Démarches à faire. 






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RiDRd.iNisATioN DE LA mmiM mmm 



A TOUS LES DEGRÉS 



INTRODUCTION 



Qui n'a remarqué à la quatrième page de certains journaux, 
ou sur les ors festonnés de balcons évidents, ou sur des pancartes 
à la teneur manginesque, ou en de très apparentes notes d'an- 
nuaires, ou sur de polychromes circulaires, prospectus, tètes de 
lettres, cartes-adresses, cartes de visite, tableaux-affiches et autres 
vedettes, ces mots pharamineux destinés à subjuguer lattention 
de la chalandise : 

X , Expert- Comptable 

Ne trouvez-vous pas que depuis quelque temps, ces « experts .> 
essaiment avec une rapidité qui commence à surpasser la nmlli- 
plication, pourtant miraculeuse, des petits pains ? 

Aussi, parierais-je ma tête que vous vous êtes dit, au moins 
une fois à ce propos : « Gré matin ! les instituts, facultés et jurys 
académiques qui arrivent à doter le pays de tant de promotions ou 
fournées de ces spécialistes de marque, ne volent pas leur argent ! » 

Minute ! Je ne sais si jamais vous enquêtâtes, soit pour le 
plaisir, soit pour votre gouverne, à la seule fin de savoir ce que 



4 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



ces paroissiens avaient dans le ventre. Si vous ne Favez point fait, 
je vous engage à réparer dare-dare cet oubli, ce qui est très facile, 
non point en demandant aux intéressés de vous montrer patte 
blanche, ce qu'ils trouveraient peut-être le moyen de faire à Taide 
de tangentes plus ou moins acceptables, mais en exigeant d'eux la 
moindre pièce judiciaire établissant qu'ils ont, au moins occasion- 
nellement, rempli la fonction en question. Il est à peu près certain 
que votre démarche vous révélera le contraire. 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 5 



I 



FAUX EXPERTS 



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Faux experts, parce que la plupart de ces grands et petits maîtres 
improvisés ont passé devant les théories et les pratiques, mais n'en 
ont point franchi le seuil. Ils se sont fabriqué, pour leur usage et les 
besoins de leur trafic, des boniments de camelots de la comptabihté 
qu'ils sont et dans lesquels ils se drapent solennellement, tels des 
Bédouins en leurs souquenilles percées à jour. Ils vous ont des façons 
de traiter ces matières d'après des méthodes qui déconcertent. Bluffer, 
jeter de la poudre aux yeux, est tout le secret de leur art, et ces Alci- 
biades couperaient, s'il le fallait, la queue de leur chien en quatre 
pour forcer l'attention. En un mot, leur superbe n'a d'égale que leur 
ignorance. Que risquent-ils, après tout? Ne s'adressent-ils pas toujours 
à moins forts qu'eux? Or, dans le royaume des aveugles, les borgnes 
sont rois — chacun sait ça. 

Et ces rois sont des industriels, des marchands, des entrepreneurs, 
ma chère ! Ils fabriquent et vendent de la comptabilité, au choix, par 
blocs ou par tranches, en gros ou en détail, selon tel système ou selon 
tel autre. Que dis-je ? Chacun d'eux a même le plus souvent inventé sa 
petite méthode personnelle, portant son nom, son estampille et sa 
marque de fabrique, déposée, s'il vous plaît, laquelle est plus ou 
moins agrémentée de réminiscences dues au prochain. Ce sont donc 
encore des inventeurs — j'allais dire des précurseurs. 

Ce sont aussi et surtout des économes, des ménagers de l'argent 
du client, capables d'aller, au besoin, jusqu'à méconnaître leurs pro- 
pres intérêts, pour mériter le choix du commerçant. Lorsque, à l'aide 
de moyens connus d'eux seuls, ou que, guidés par leur flair, qui 
dépasse de cent coudées celui des artilleurs qui n'est pourtant pas 
dans une musette, ils arrivent à dénicher une affaire, une aubaine 
sur laquelle jeter leur dévolu, client à duper, proie à plumer, victime 
à détrousser, ils se montrent plus accommodants que le Ciel lui-même : 
— « Mon confrère Y... vous demande loo francs pour l'exécution de 



(i) Comme on le verra, je ne vise pas dans ce chapitre les experts inscrits ou 
ayant ete inscrits aux tableaux des tribunaux, mais certains entrepreneurs et chefs de 
comptabilité qui s'emparent de ce titre sans y avoir le moindre droit. Je m'occuperai 
des premiers au chapitre II. 



6 RÉORGANISATIOiN DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 

son travail et vous êtes résolu à n'en payer que 5o ? Qu'à cela ne 
tienne ! Topez là, et nous acceptons ! » 

Ils savent, en effet, par une expérience qui ne se dément que très 
rarement, que le commerçant est complètement ignorant des choses de 
la comptabilité. En vain, TËnseignement et les esprits les plus auto- 
risés lui clament-ils, à ce commerçant, en enflant la voix chaque jour 
davantage, que toute entreprise, petite ou grande, non flanquée d'écri- 
tures parfaites est fatalement condamnée à avorter. L'intéressé demeure 
indifférent, sinon rebelle à ce sage avertissement et ne voit dans tout 
scribe qu'un budgétivore inutile, dans tous honoraires de paperassiers 
qu'un élément de frais généraux improductifs. Donc, entre la maison 
Y..., qui lui demande loo francs, et la maison X..., qui se contente 
de oo, l'hésitation serait pure folie. A vrai dire, la première fournirait 
peut-être un travail supérieur à celui de la seconde; mais qu'est-ce que 
cela fiche ? Est-ce que la comptabilité n'est pas partout et toujours la 
comptabilité? Le cas serait-il assimilable à celui de la peinture, où un 
« Angélus » signé Millet vaut incontestablement plus qu'un plat d'épi- 
nards barbouillé par le rapin du coin? Et voilà pourquoi le client 
finit par mettre en application celte enseigne de certains cabarets : 
« Autant ici qu'ailleurs. » 

De leur côté, nos bons « experts » ne manquent pas de penser : 
— « Toi, mon bonhomme, tu prétends nous faire marcher jusqu'à la 
gauche? Attends un peu, pour voir ! On va t'en bailler pour ta mon- 
naie. La sauce n'est pas chère ici et le poisson est par-dessus le marché. 
Si le tout n'est pas très frais, tant pis ! » 

Donc, l'affaire est bâclée. Reste à la faire exécuter, ce qui, à la 
vérité, est secondaire. A cet effet, on dispose d'un personnel famélique 
qui ne demande qu'à agir, bien ou mal. Exécution, direction, ouver- 
ture, fermeture, expertises, arbitrages, mise à jour, etc., rien ne lui 
fait peur, car il est habitué à s'atteler à toutes les besognes et possède 
d'ailleurs cette noble hardiesse qui fait que l'aveugle ne recule jamais,... 
même devant un précipice. 

Et c'est ainsi, dans l'établissement, de la tête à la queue : tout va 
de go, droit au but... ou à côté, peu importe. Ces « experts » ont trop 
de « respectabilitj » pour ne pas laisser la bride sur le cou à leurs 
collaborateurs. Ils sont trop pénétrés de la valeur de ces derniers pour 
leur faire l'injure de leur infliger des inspecteurs qu'ils seraient d'ail- 
leurs souvent impuissants à styler. Et puis, ainsi simplifié, le travail 
revient à meilleur compte et avance davantage, ce qui est l'essentiel. 
Morahté : lorsque ce travail est terminé, il équivaut ordinairement à 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 7 

de la bouillie pour les chats et une fois de plus se trouve justifié 
l'adage : « Le bon marché est toujours trop cher. » 

Alors, si une circonstance se produit qui soit de nature à amener 
le client à reconnaître l'infériorité du travail dont il s'agit, il se plaint, 
récrimine, peste, montre les dents. Il parle de papier timbré. Il ne veut 
plus vivre et refuse tout paiement d'honoraires. Il menace de procès, 
de dommages-intérêts. Puis, va te promener ! Il se calme peu à peu,' 
paie, si possible, avec rabais, et finalement, met une sourdine à ses 
griefs. D'où vient? De ce que, toute réflexion faite, il suppose qu'il 
serait bel et bien blackboulé en justice, s'il plaidait, parce qu'il a 
devant lui un expert. 

Un « expert ». Ah ! voilà, en effet, le grand mot lâché, celui avec 
lequel on méduse les commerçants timorés on non initiés. Monsieur 
X..., «expert»... Quelquefois Officier d'Académie... Fichtre! ce n'est 
pas de la roupie de singe, sais-tu, monsieur! Et le négociant jure, 
mais un peu tard, qu'on ne le prendra plus à se risquer ainsi chez 
d'aussi titrés personnages. 

Eh bien ! il est permis de déplorer cette liberté d'usurper des qua- 
lités et des titres à l'aide desquels on trompe abominablement le 
public. Le port de décorations alors qu'on n'y a point droit est interdit 
et puni. Il est question de réprimer l'usage mercantile que fait la 
Réclame, depuis quelque temps, du mot « Institut ». Tout cela est 
fort bien. Mais pourquoi laisser profaner le titre d' « expert », surtout 
lorsqu'il est clairement démontré que la pensée de derrière la tête de 
ceux qui s'en affublent frauduleusement est de mettre dedans ce grand 
gogo de public? 

Oh I je sais bien que si, un beau jour, les délinquants se sentaient 
placer sous la gorge, par la Justice ou par les justiciables de leur pays, 
l'article 269 du Gode pénal, ils ne manqueraient pas de protester de 
leur entière bonne foi, en prenant à témoin tous les dieux de l'Olympe 
et autres cieux, que, pour eux comme pour tous les auteurs de diction- 
naires de France et de Navarre, « expert » (du latin expertus, qui a 
éprouvé) veut dire : versé, rendu habile par Uexpérience, par la 
pratique, connaisseur, apte à certaines choses spéciales, bref, tout 
ce qu'ils affirment modestement être; or, tout homme, convaincu, en 
son for intérieur, de connaître à fond sa profession, peut se dire 
expérimenté, c'est-à-dire expert, comme il pourrait se prétendre 
habile, honnête, sérieux, etc. Il s'agit là d'un adjectif qualificatif et 
non d'un titre. 

Taratata ! Subtilités de casuistique, argutie de jésuitière, escobar- 






8 RÉORGANISATION DE LA PRO FESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 

deries sur toute la ligne. Cette raison ressemble à une raison comme 
un encrier à un grand-livre. Le monde des affaires attache au mot 
« expert » une signification exclusivement et pleinement juridique. La 
maîtresse toile de Decamps, Les Experts et les Singes amateurs, ne 
provoque en lui, croyez-le bien, nulle confusion. A son sens, «expert» 
veut dire juré, assermenté, inscrit au tableau, spécialiste faisant 
autorité devant M. Qui-de-Droit, possédant, en un mot, un brevet 

d'infaillibilité. 

Par conséquent, ceux qui usurpent le titre à'expert uniquement 
parce qu'ils sont expérimentés — ce qui n'est pas toujours le cas — 
trompent sciemment, je le répète, le public sur la qualité de la mar- 
chandise vendue. Il y a erreur sur la personne, comme dans les ma- 
riages de vaudevilles. Ils se font prendre, vulgaires vessies, pour des 
lanternes. Ils se mettent, en fait et en droit, dans la situation d'un 
homme qui se prétendrait docteur, avocat, gradué ès-lettres ou es- 
sciences et qui n'aurait jamais été qu'à l'école... buissonnière. 

Où ces prétendus experts ont-ils appris leur métier ? Les vit-on 
jamais pâlir sur les livres de doctrine, ou s'imposer par la supériorité 
de leur faire ? Quelle expérience possèdent-ils ? Quelle autorité est la 
leur ? Quelle renommée est attachée à leur nom ? Quelle sanction mé- 
ritent leurs travaux ? Ils seraient plutôt forcés de convenir, si on les y 
poussait, que la comptabilité sans épithète nourrissant mal son homme, 
ils ont cru devoir la relever en leur personne au moyen de ce relief, 
seul capable de les faire distinguer de leurs vulgaires confrères. 

Oui, mais voilà! le législateur n'interviendra pas, ne pouvant dé- 
cemment attenter à la liberté des professions, et les tribunaux n'agi- 
ront que lorsqu'ils en seront requis par les intéressés, ou dupes, le 
ministère public n'ayant pas, en l'occurrence, à se montrer plus roya- 
liste que le roi. 

Quant au commerçant, complètement étranger à ces questions, je 
le réitère, il continuera à laisser faire et à laisser passer tant qu'il sera 
capable d'élire son chef comptable d'après ce dialogue dont je certifie 
l'authenticité : — Ainsi, nous sommes d'accord sur tous les points? 
- Hum ! — Dites oui, car je vous fixe un prix plus que dérisoire, vu 
que j'y perds de l'argent. — Je demande à réfléchir. — Point. Allons, 
signez et je vous promets... du dmgté à voir! — Oh! Oh! bravo, 
mon cher ! il est bon, celui-là. Voilà qui me décide et je signe des deux 
mains, sans plus marchander. 

Parlons raison. Je crois cette campagne nécessaire, indispensable. 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 9 






dans l'intérêt du monde des affaires, aussi bien que dans celui du 
monde comptable. Plus de titres usurpés! La Comptabilité est assez 
grande fille, à l'heure qu'il est, pour se diriger elle-même, souverai- 
nement. Elle le fait en Angleterre, en Amérique et en quelques autres 
pays importants ; il faut qu'elle le fasse en France et tout d'abord à 
Paris, en entrant énergiquement en révolte contre les agissements qui 
la déshonorent. Comptables, mes frères, brandissez avec moi le balai 
réparateur et nettoyons ensemble les étables d'Augias! Vous verrez 
que ce n'est pas aussi difficile que vous croyez. 



■ 

- 



1 



10 RÉORGAiNISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRES 



II 



LE MONDE QUI COMPTABILISE 

Ce que je viens de dire des faux experts ne constitue pas le seul grief 
qui puisse être formulé à l'adresse des gens de comptes: Le mode de 
recrutement en usage dans toutes les carrières comptables laisse égale- 
ment prise aux plus légitimes critiques. 

I*» Teneurs de Livres. — On lisait naguère dans le Matin, sous 
la signature de M. Harduin : 

« Vous savez qu'il existe des règles à calculer : on presse un ou plu- 
sieurs boutons et on fait des additions, des soustractions, des multipli- 
cations et même des opérations beaucoup plus compliquées. D'un autre 
côté, vous avez tous vu, dans certains magasins, des appareils « enre- 
gistrant le montant de votre achat », comme dit un avis placé sur 
l'appareil. Eh bien ! il paraît qu'un inventeur a trouvé mieux. Il aurait 
imaginé une machine pour la tenue des livres en partie double. Celte 
machine ferait la besogne de dix ou de vingt comptables et exécuterait 
toutes les opérations d'écriture très longues qu'exige une comptabilité . 
bien tenue. On m'a dit qu'une importante maison de commerce ins- 
tallerait en ce moment cette tenue des livres à la machine, qui lui 
permettrait de réaliser de grandes économies de personnel. » 

Celte machine-là est et sera toujours un mythe. Mais c'est grand 
dommage ! Non pour tous les caissiers, teneurs de livres et autres sous- 
comptables indistinctement, mais pour la bonne moitié d'entre eux, 
automates, ressorts, comme disait La Bruyère, c'est-à-dire machines 
eux-mêmes. Est-il en effet une carrière en vue de laquelle on dépense 
moins d'efforts ? Est-elle seulement cousidérée comme une carrière ? Ces 
jeunes et vieux Lévites, bouchés presque tous à l'émeri, par instinct, 
calculs, hasard de la fourchette ou fortuit concours de circonstances, 
beaucoup plus que par réelle vocation, se sont crus un beau jour, à la 
boulevue, de la bonne espèce bureaucratique, parce qu'ils se sont sup- , 
posés en étal d'obtenir, le cas échéant, un emploi de lampiste au 
P.-L.-M. Ils ont alors décidé de se consacrer aux écritures auxiliaires, 
premiers linéaments du rôle de comptable ambitionné par eux pour plus 
tard. Et grâce aux commerçants, imbus comme eux qu'il n'y a pas là 
matière à tant d'apprentissage et études, ils ont réussi à forcer la 
fameuse Tour. 



• 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 11 

Et c'est ainsi que ces grimauds, ces soliveaux, ces cerveaux creux 
accouchent quotidiennement des pires scribouillies. Ne leur parlez pas 
de l'école, des livres, des auteurs ; ils n'en ont cure. Ils se garent sys- 
tématiquement de toute rencontre avec le sphynx. Ils sont cuirassés 
d'une triple indifférence. Ils ne savent pas. Ils sont trop jeunes ! 

Un brave homme de père de famille me sollicitait récemment en ces 
termes, avec la plus parfaite sérénité : « Vous seriez bien aimable de 
trouver un emploi pour mon cadet, dans les écritures ; c'est le seul 
métier où l'on gagne tout de suite, sans apprentissage ; et plus tard, il 
pourrait tout naturellement se mettre comptable. » 

Visiblement, il pensait : « Sans plus d'apprentissage, bien entendu. » 

Et presque tout le monde de raisonner de la sorte. 

Il faut réagir avec toute son énergie contre de telles hérésies. 
Ceux-là seuls qui aiment leur métier l'étudient et deviennent de bons 
sujets. Malheureusement, les indifférents — hélas ! que cet aveu me 
coûte ! — sont légion ; or, est-il rien de plus haïssable que d'exercer une 
profession que l'on méprise ? Non, le terrible art des comptes et des 
écritures ne saurait en aucun cas et jamais devenir un sport de désœu- 
vrés, sans dons propres ni études. Qu'elle soit de vulgaire pitchpin ou 
de bois des îles, a dit Emile Bergerat, bons menuisiers, sachons d'abord 
raboter notre planche. 

2" Comptables. — Qui vive? — France ! — C'est à croire, en effet, 
Dieu me damne, que tout le monde, en notre beau pays, soit comptable. 
Voyez : cinq millions de personnes, chez nous, vivent du commerce, et 
tant de messieurs bureaucratisent et comptabilisent!... Avez-vous 
jamais été abordé par des solliciteurs d'emplois, sans qu'ils vous disent : 
— « Au besoin, vous savez, je puis tenir la comptabilité ; je connais 
la partie simple et la partie double. » Et quand ils vous ont bombardé 
de ces mots techniques, il sont convaincus que nul ne résistera à ce 
Sésame, oUvre-toi 

Ainsi, tous les affamés, déplacés, cancres, ratés, avariés et autres 
parasites gangrenant la carrière, se vouent au seul art auquel chacun 
se croit apte sans études, à la comptabilité, parbleu ! où la plus parfaite 
réussite accueille les niguedouilles et petdezouilles ignorants, avant les 
patients et les forts. Est-ce que tout un chacun ne sait pas tenir les 
livres, bien ou mal? Ce qui importe, c'est d'être enrôlé. C'est toujours, 
comme dit Coppée, le mot de Gavarni : « T'es propre à rien... fais-toi 
artiste », ou le mot de Gambetta : « Sous-vétérinaire ». 

Quel est le maître Ramon qui a ainsi oblitéré le sens professionnel 



12 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



Xy^ 



de ces larrons? Leur travail de pet-de-loup rappelle les temps paléo- 
lithiques. Le dernier des sportsmen connaît la technologie et la littérature 
de son sport favori ; que ceux de nos professionnels amateurs ou de 
rencontre qui en savent autant lèvent la main. Il n'y a point de spécia- 
lité où Ton soit si indécrotlablement ignorant et je m'enfichiste. Ces 
comptables d'un autre âge ne savent rien, n'étudient point et n'en croient 
pas moins posséder la science infuse, en vertu, je suppose, de quelque 
pacte secret avec le bon Dieu ou avec le diable. Leurs lobes cérébraux 
sont réfractaires à toute étude comptabiliaire, et c'est pitié de les ouïr 
parler des choses dont ils vivent. Ah ! comme ils souriraient s'il enten- 
daient les grands maîtres quelquefois très âgés, se flatter, comme 
Périclès à 80 ans, d'apprendre chaque jour quelque chose! 

C'est que sur le terrain de la comptabilité, comme sur celui de la 
médecine, plus on est fort, plus on reconnaît qu'on ne sait rien. C'est 
que, dans les temps actuels, il n'est guère de carrière qui demande plus 
d'aptitudes, d'expérience et de connaissances spéciales. Ce métier, 
d'ailleurs, devient de plus en plus difficile, à mesure que les siècles 
affinent les théories, perfectionnent les procédés, compliquent les 
transactions et augmentent le besoin d'être mieux renseignés des chefs 
de maisons. La comptabilité a ses secrets, son tour de main, son art, 
ses règles et sa pratique, qu'elle ne dévoile qu'à ceux qui brûlent du feu 
sacré et qui travaillent sans relâche, apprentissage qui ne finit jamais. 
Il y a, ici encore, des écoles et des livres ; mais la plupart, je le 
répète, considèrent comme parfaitement inutile et peut-être même 
humiliant d'y recourir. Que faut-il donc faire contre ceux qui puisent 
les secrets de leur art ailleurs qu'aux sources naturelles, qui compta- 
bilisent de bric et de broc, en hauts fantaisistes, qui font de leur métier 
l'usage le plus malfaisant, qui jettent, par leur nonchaloir, la déconsi- 
dération sur la corporation tout entière, qui, en un mot, mille fois plus 
dangereux que M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, font 
de la comptabilité sans la savoir ? Il faut les rendre, comme on le 
demande depuis longtemps, pécuniairement responsables de leurs 
bévues et, par-dessus tout, les boycotter sans trêve ni merci. Chacun 
son métier ; la comptabilité aux comptables, voilà la vraie formule. 
Ainsi qu'on Ta dit avec raison, quand un corps professionnel souffre, 
il faut réformer son recrutement. 

Ah ! si nos commerçants et industriels français étaient en état de 
mesurer à leur juste valeur les services de ces gratte-papiers, plumitifs 
ou chiffre-à-mort, comme ils s'empresseraient d'en renvoyer les neuf 
dixièmes à leur abécédaire ! Patience ! cela viendra. Que les praticiens 



I 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 13 

de marque prennent l'initiative du mouvement. La comptabilité est la 
boussole, le cicérone, le vade mecum des affaires, à la condition qu'elle 
soit entre des mains habiles ; sinon, l'effet en est diamétralement 
opposé. M. Hanotaux n'a peut-être pas suffisamment insisté sur ce 
point essentiel dans sa récente et magistrale étude : Le Choix d^une 
carrière. 

3° Chefs de comptabilité. — L'appétit vient en mangeant. Qui 
brille au second rang rêve volontiers de passer au premier. A force 
d'être en sous-ordre, on aspire à devenir chef. 

Dans certaines entreprises bien ordonnées, chaque employé fait sa 
carrière en suivant la filière, le rang hiérarchique, c'est-à-dire en passant 
successivement par tous les échelons, par tous les grades, depuis le plus 
modeste jusqu'au plus élevé. 

Certes, cette ambition est noble, quoique intéressée et on ne peut 
qu'y applaudir des deux mains, avec les chefs de maisons, à la con- 
dition, toutefois, que les sujets qui nous occupent ne devront pas 
seulement leur avancement à leur temps de présence, mais au bagage 
scientifique par eux acquis, fruit d'études incessantes et progressives 
faites en dehors même des heures de bureau. 

Mais souvent ces hautes visées sont celles de fricoteurs qui ne font 
rien pour s'en rendre dignes. Ils affectent de croire que la carrière comp- 
table est une des moins hiérarchisées et des plus démocratiques qui 
existent, permettant à chacun de monter en grade au gré de ses con- 
voitises, sans titres ni diplômes. Soldats ne valant pas pipette, qui 
aspirent à devenir chefs grâce à leur aplomb et à leur fiance en soi, et 
que les commerçants et industriels sont impuissants par eux-mêmes à 
juger et à percer à jour. Autodidactes qui sont convaincus de s'être 
assimilé le fond et le tréfond spontanément. Vendeurs d'orviétans et 
professionnels de quinzième catégorie, qui rêvent d'émerger par ce que 
Ton appelle l'adoration du nombril. Ronds de cuir en mal de compta- •— ' 
bilité, qui ne soupçonnèrent jamais que notre science est compliquée et >^. 
fugace au point de ne pouvoir être conquise qu'au prix d'efforts soutenus 
et consciencieux, et de longues méditations dans le silence de l'intime 
chez soi. Manipulateurs de registres et non d'idées, auxquels il manque 
cette intuition, ce savoir-faire que rien ne saurait remplacer dans la 
conduite d'une comptabilité, à la fois science et art, ne nous lassons 
pas de le dire. 

Oui, il est plus difficile de commander que d'obéir et plus les 
entreprises sont importantes, plus il faut aux chefs comptables de 



14 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



\ 



solides connaissances. Étudiez donc, éludiez, mes bons amis de 
cour. Songez à l'immortelle parole de Colladan, dans la Cagnotte : 
« Faut de l'engrais ! » Et vous, chefs d'entreprises, avant de procéder 
à vos mutations de personnel et surtout à vos nominations de chefs de 
services, substituez à cette formule qui eut beaucoup trop cours 
jusqu'ici: « A chacun selon son aplomb », substituez, dis-je, celle-ci: 
« A chacun selon sa capacité ». Exigez, en un mot, des garanties et 
des titres sérieux de ceux qui postulent la direction de vos services. 

4" Comptables ambulants. — On entend par là ceux qui se livrent, 
soit occasionnellement, soit exclusivement, aux travaux de comptabilité 
dans plusieurs maisons à la fois. Cette spécialité est, cela va sans dire, 
celle où la science et l'art sont le plus galvaudés. 

Elle comprend, comme la profession de comptable à demeure, tous 
les faméliques sans savoir, les employés sans place, les voyageurs sans 
clientèle, les représentants de commerce sans mandat, voire les pale- 
freniers en rupture de balai, qui se rencontrent de par le monde. 

Ces praticiens d'occasion offrent une certaine audlogie avec les faux 
experts dont j'ai parlé tout à l'heure et dont ils sont comme les écumeurs. 
De sorte que mon épître aux premiers s'adresse à tous les Corinthiens. 

Les employés de banques et d'administrations offrent également à 
cette spécialité d'innombrables recrues, lesquelles, malheureusement, 
ne sont pas plus brillantes. Que dis-je? ces recrues, je le soutiens bien 
haut, sont le pire fléau du commerce. Malheur aux maisons qui se 
laissent prendre à cette glu ! Ces gens-là ne sont point comptables. 
L'extrême division du travail en usage dans les grands établissements 
engendre fatalement la plus lamentable faiblesse professionnelle. N'im- 
porte, comme ils ont du temps disponible et que leur emploi est peu 
rémunérateur, ils cherchent à arrondir leur pelote à côté. Parce qu'ils 
collaborent, dans leurs banques et administrations, à des écritures très 
auxiliaires, ils se posent carrément en comptables. Et parce qu'ils 
appartiennent à de grandes sociétés et entreprises, les chefs de maisons 
en quête d'économies les considèrent comme des phénix au rabais et 
s'empressent de saisir au vol la honne aubaine de leur confier leurs 
écritures. Naturellement, ces ambulants accumulent bêtises sur erreurs, 
multiplient les dégâts autour d'eux, et les patrons, bien que les payant 
très peu, finissent par les payer très cher. 

Les directeurs de sociétés n'ignorent point ces agissements de leurs 
commis, les qualités de comptables faussement arborées par eux et les 
méfaits résultant de cet état de choses pour le public des affaires. Ils en 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABL E A TOUS LES DEGRÉS 15 

sont marris et ils le déplorent. L'un d'eux me disait dernièrement, à 
cet égard, qu'il avait eu cent fois la pensée d'interdire à son personnel 
ces spéculations effrénées, dans l'intérêt du commerce impuissant à 
juger de la valeur de ces faiseurs. On ne peut que regretter que cette 
défense ne soit pas la règle de tous les grands établissements, au 
moins dans le cas où les sujets n'off*rent pas les aptitudes et le savoir 
voulus. 

Il existe, je l'avoue, quelques ambulants de mérite datis certaines 
grandes villes d'affaires. Mais ceux-là même ne tardent pas à s'endormir 
dans les délices de Capoue, je veux dire à se cantonner dans les pro- 
cédés les plus immuables, négligeant de se tenir au courant des progrès 
de chaque jour. Une réorganisation comptable rationnelle et scientifique 
permettrait de remédier à cette indifférence, à cette force d'inertie. 

5o Commissaires et Censeurs. -- Il est peu de fonctions comp- 
tables qui soient aussi importantes et qui demandent autant d'aptitudes 
que celle de ces spécialistes ; et pourtant il en est peu aussi où le recru- 
tement se pratique le plus irrationnellement. Aussi, n'est-ce point une 
exagération de dire que les trois quarts au moins de ces derniers sont 
brouillés avec toutes les sciences des comptes, alors que leur mission 
consiste précisément à s'exercer exclusivement sur lesdites sciences et 
qu'ils devraient, par conséquent, être comptables jusqu'au bout des 
ongles. Je me suis suffisamment étendu sur ce sujet dans mon Manuel 
des Commissaires et Censeurs (i) pour qu'il soit nécessaire d'y insister. 

Que se passe-t-il dans la plupart des assemblées générales où il 
s'agit de nommer des commissaires et censeurs ? Demande-t-on aux 
candidats s'ils sont experts ou au moins comptables ? La simple recom- 
mandation d'un administrateur, d'un gérant, de quelque gros action- 
naire, quelquefois même d'un apporteur, jointe au prestige habituel du 
nom et du rang des candidats, et le tour est joué ! 

On a dit qu'un bon chef de comptabilité, lorsqu'il est doublé d'un 
homme d'affaires entendu, était capable de faire un bien meilleur com- 
fnissaire ou censeur que l'expert officiel le plus accrédité. C'est fort 
possible ; l'expert manque ordinairement d'expérience administrative et 
même comptable. Cela démontre que dans notre organisation profes- 
sionnelle actuelle, il existe une lacune profonde, à savoir : le défaut dans 
nos Facultés d'un enseignement préparatoire au titulariat des précieux 
auxiliaires qui nous occupent. Quelle différence entre celte lamentable 

(i) En vente à la Librairie Pigier. Prix : 5 francs. 



1 



16 REORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE À TOUS LES DEGRES 



organisation et les toutes puissantes et combien précieuses institutions 
des Chartered Accountants de Grande-Bretagne, Amérique et autres 
lieux ! 

C'est sans doute pour échapper à cette situation précaire que le 
ministère du Commerce vient d'instituer des concours pour le recrute- 
ment des commissaires-contrôleurs des sociétés d'assurances contre les 
accidents du travail. Les programmes et conditions de ces concours 
sont peut-être critiquables ; mais on ne peut que féliciter le ministère de 
cette initiative, qui est une leçon et un avis, et pour la corporation qui 
n'a pas su agir jusqu'ici, et pour nos législateurs qui ont omis d'inscrire 
dans leur loi sur les sociétés l'obligation pour les vérificateurs d'être 
comptables. 

&* Administrateurs, Directeurs, Gérants, Chefs d'entre- 
prises. — Nul ne saurait méconnaître que, dans l'état présent des 
affaires, la science administrative et comptable ne soit aussi indispen- 
sable que le savoir technique, à ceux qui ont le périlleux honneur de 
présider aux destinées des sociétés par actions. L'administration la 
mieux douée sous tous les rapports n'en conduira pas moins à la ruine, 
tôt ou tard, l'entreprise dont elle a la charge, si elle ne sait lire dans 
les comptes et surtout si elle ne prise à sa juste valeur le concours d'un 
service comptable peut-être cher, mais expérimenté. Or, parmi les 
sociétés existantes, combien en est-il où les choses se passent ainsi ? Hélas ! 
toutes celles qui sombrent répondent pour les autres et les liquidateurs 
et syndics de faillites en savent quelque chose. Les actionnaires n'ont-ils 
pas lieu, dès lors, de faire bien haut leur mea culpa, lorsqu'il leur 
arrive d'éprouver la perte irréparable de leurs fonds. Il est vrai que 
dans l'état actuel des carrières comptables, les administrateurs, direc- 
teurs et gérants, qui n'ont jamais eu l'occasion de faire de la comptabilité 
par métier, n'ont pas eu davantage la possibilité d'étudier, sous la 
sanction d'une Chambre officielle, la comptabilité administrative et d'y 
décrocher des lettres de grande naturalisation. 

D'autre part, dans notre modernisme, où le commerce, l'industrie,' 
les finances, l'agriculture, tout ce qui, enfin, constitue les affaires, 
excellent à tant d'égards en qualités maîtresses, les chefs d'entreprises ne 
sont, eux aussi, comptables qu'à de rarissimes exceptions près, en 
France du moins. Et pourtant, il existe quelques excellentes écoles 
pratiques de commerce et de comptabilité, telle que l'école Pigier, où la 
perfection est poussée jusqu'à ses dernières limites (i). Mais, d'abord. 



(i) V. ma broch. s. le Bureau Commercial. 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 17 

que sont les contingents de ces écoles auprès des cinq millions de per- 
sonnes qui, dans notre pays, comme je le disais plus haut, se livrent 
au commerce ? Ensuite, ceux qui ont le bon esprit de s'armer pour la 
lutte au sein de ces écoles, appartiennent aux nouvelles générations ; 
mais les autres, c'est-à-dire la grande masse ? 

7° Experts (i). — Plus nous avançons, plus nous pénétrons dans 
la haiite comptabilité. Ce titre, certes, vaut un blason pour ceux qui le 
portent, et dans cette spécialité, on se donne et on reçoit du « cher 
maître » professionnel sans broncher. 

L'expert est un spécialiste accrédité auprès d'un ou de plusieurs tri- 
bunaux, et qui est nommé d'office pour donner son avis sur une question 
qui lui est particulièrement connue, et sur laquelle le juge a besoin de 
renseignements qu'il ne peut se procurer personnellement. 

Il suit de là que l'expertise est une opération confiée par la justice 
ou par les justiciables à des experts inscrits en cette qualité auprès d'un 
ou plusieurs tribunaux, opération à la suite de laquelle ces spécialistes 
expriment, en un document ad hoc appelé rapport, leurs avis motivé 
sur des questions qu'ils ont été reconnus supérieurement posséder. D'où 
le nom qui leur a été appliqué d'experts rapporteurs ou donneurs 
d*avis» 

Je ne m'occuperai ici que des experts comptables. 

Il y a des experts comptables en matières civiles, commerciales, 
correctionnelles, criminelles; il y a donc des expertises comptables 
devant toutes les juridictions: justice de paix, tribunaux, Cours 
d'appel. 

En principe, le droit de nommer des experts appartient d'abord aux 
parties litigantes, et ce n'est qu'à leur défaut que les juges les nomment 
d'office. Il peut donc arriver que celles-ci portent leur choix sur des 
experts non inscrits, non officiels. Toutefois cette règle reçoit des ex- 
ceptions: ainsi, c'est le juge de paix et non les parties qui nomme les 
experts et qui seul décidé de l'opportunité des expertises ; ainsi encore 
les juges d'instruction renvoient d'autorité les prévenus devant tels ex- 
perts de leur choix, pourvu que ceux-ci figurent au tableau. 

L'expert prête serment à peu près dans chaque affaire à lui confiée ; 
cependant, en matière commerciale, il en est généralement dispensé. 

L'art. 429 du C. de Proc. civ. donne le nom d'arbitres aux experts 

( I ) Il est exclusivement question ici des experts officiels près les tribunaux, et non 
des faiseurs que j'ai dénoncés dans le chap. I. 



I 



li fci ■ 



18 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRES 

comptables instrumentant devant les tribunaux de commerce, c'est-à- 
dire désignés par ces tribunaux ou par les parties en cause, pour exa- 
miner les pièces, livres de comptabilité et aulres documents, concilier 
si possible et donner leur avis. Partant de là, on a cherché souvent à 
préciser les difFérences existant entre Texpert et Tarbitre, et Ton a dit : 

L'expert opère au civil et à la Cour; l'arbitre, au commerce ; 

L'expert prête toujours serment ; l'arbitre, rarement ; 

Le principal objectif de l'expert est son rapport ; celui de l'arbitre, 
« concilier si faire se peut » ; 

L'expert est un donneur d'avis; l'arbitre, un médiateur; 

L'expert doit défendre son rapport à la barre, quelquefois même 
unguibus et rostro, tant sont acerbes les attaques des avocats ; l'arbitre 
point ; 

Les fonctions d'arbitre ont un caractère public que celles d'expert 
ne revêtent pas. 

L'art. 429, particulier aux instances commerciales, définit Vexper^ 
tise, la visite ou estimation d'ouvrages ou marchandises, et Varbitrage 
l'examen de comptes, pièces et registres. Bien que ce soit là discuter 
sur des pointes d'aiguilles, sur des chinoiseries, je dois dire que ce 
dernier distinguo est illogique et la plupart des auteurs juridiques sont de 
cet avis. En matière commerciale comptable, il n'y a pas arbitrage parce 
qu'ici les arbitres ne sont pas juges comme doivent l'être de vrais ar- 
bitres (voir le n° 8) ; il y a, au contraire, expertise parce que les opéra- 
tions portent sur une question de science et d'art comptables. Les ex- 
perts comptables du commerce sont donc, comme leurs confrères du 
civil et de la Cour, de véritables experts et non des arbitres ; le mot 
expertise est étroitement idoine au mandat dont il s'agit. 

Il y a trois espèces d'expertises : l'expertise judiciaire, qui a lieu dans 
les formes prescrites par la loi ; l'expertise officieuse, qui se résout, à 
défaut de transaction, en un rapport sur papier libre, excellente inno- 
vation de plusieurs tribunaux de commerce ; et l'expertise amiable qui 
a lieu directement entre les parties, en dehors de tout appareil judi- 
ciaire. Cette dernière se rattache plutôt au genre arbitrage. 

Citons pour ordre l'expertise que l'on peut appeler pro domo sua, 
et qui est celle que le commerçant fait parfois faire sur ses livres pour 
son édification personnelle, sans qu'il existe la moindre partie adverse. 

Les esprits subtils et tatillons en la manière de disséquer, comme 
on dit, la petite bête, se demandent s'il ne conviendrait pas de dire 
« comptable expert w et non c expert comptable », vu qu'on dit 
« géomètre expert », « ingénieur expert », etc. Ma réponse est celle-ci : 






RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 19 

Dites à votre gré expert comptable ou comptable expert, pourvu que 
vous sous-entendiez expressément que comptable désigne la profession 
du praticien et expert son degré officiellement reconnu dans cette 
profession. Le premier terme est le substantif et le second l'adjectif. 

On a proclamé un peu légèrement, ces temps derniers, que le seul 
moyen de décrocher le titre d'expert était de s'en affubler. C'est une 
erreur. Que ce litre soit mal décerné, j'y souscris ; mais il est, en tout 
cas, extrêmement difficile à obtenir, ainsi qu'on va le voir. 

Dans l'ancienne législation française, les experts étaient organisés 
en une corporation privilégiée, en dehors de laquelle ni les parties, ni 
les juges ne pouvaient faire dé choix. 

La charge, le titre d'office de chaque membre de la compagnie 
monopoleuse, était vénal. 

Toutefois, en matière commerciale, on pouvait prendre pour 
expert comptable qui l'on voulait. 

Il y avait donc un corps d'experts jurés dans toutes les villes où il 
existait un parlement, une chambre des comptes, une cour des aides, 
une généralité ou un présidial. 

Cette organisation avait pour but de mettre à la disposition des 
juges et des justiciables des compagnies privilégiées de praticiens 
officiels leur offrant toutes les garanties désirables. Du reste, il existait 
des règlements administratifs dont l'objet était de réprimer chez les 
experts les cas d'incapacité, de concussion, etc. 

De nos jours, il n'en est plus ainsi et si, sur ce terrain, on a aboli, 
comme sur les autres, ce que les corporations avaient de mauvais, on 
a malheureusement négligé d'en conserver ce qu'elles avaient de bon. 
Il n'y a plus, comme autrefois, d'experts jurés et la réglementation 
actuelle n'est point faite, tant s'en faut, pour faire des corps d'experts 
des compagnies d'élite dans l'intérêt des plaideurs. Le mode de recru- 
tement en usage presque partout est littéralement déplorable. Je ne 
sache guère que quelques villes où les présidents recrutent les nou- 
veaux experts parmi les praticiens ayant collaboré, durant de nom- 
breuses années, aux travaux des experts en fonction. Mais à Paris et 
dans beaucoup de villes de province, la collation du grade a lieu sans 
méthode ni règles, et ce sont les influences, les protections, les recom- 
mandations, le pistonnage, le patronage, la faveur, la fantaisie, l'arbi- 
traire, le bon plaisir, beaucoup plus que le mérite professionnel, qui 
président au choix de ces auxiliaires si précieux de la justice et des 
plaideurs. Et c'est ainsi que sont souvent appelés à ces hautes et déli- 
cates fonctions des chefs comptables de banque, des employés d'admi- 



20 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 21 



nistration, d'anciens chefs de bureau, d'anciens députés, d'anciens 
préfets, beaucoup d'avocats, de tout enfin, excepté des gens apparte- 
nant de longue date à la comptabilité contentieuse. 

Il est vrai que le choix des présidents porte de préférence sur des 
avocats ou juristes ; mais c'est encore là une anomalie, la fonction 
d'expert étant d'ordre comptable et les élus ne pouvant suppléer à leur 
insuffisance qu'en s'entourant de secrétaires du métier, ce qui place 
forcément les premiers en singulière posture vis-à-vis des derniers. 
C'est là, il faut le reconnaître, une conséquence forcée du manque 
d'organisation de notre corporation. En effet, les experts, pour exclu- 
sivement comptables qu'ils soient en fait, doivent, au point de vue du 
bagage acquis, avoir potassé les Pandectes aussi bien que les manuels 
de comptabilité ; ils doivent avoir entassé Pélion sur Ossa, en même 
temps que Barréme sur Paciolo. 

Pour justifier cette préférence, un président me disait récemment : 
« Les légistes font mieux, à notre avis, les expertises que les comp- 
tables. Les rapports de ces derniers sont généralement techniques à 
outrance et dépourvus de toute rhétorique ; ceux des premiers, au 
contraire, pour être terre à terre, à la papa, sont clairs, méthodiques, 
corrects et révèlent une plus saine appréciation des litiges. Puis c'est 
surtout à la barre que ceux-ci sont de beaucoup supérieurs à ceux-là. » 

Ces raisons sont fallacieuses. Le jour où les universités corpora- 
tives, par des études postscolaires et des examens bien appropriés, 
seront en état de délivrer le titre d'expert aux praticiens qui le méri- 
teront par leur connaissance approfondie et complète du droit et de la 
comptabilité comparée, ce jour-là les tribunaux auront à leur dispo- 
sition des recrues à la hauteur des fonctions dont il s'agit, étant donné 
surtout que ces recrues se seront fait la main par un stage de quel- 
ques années chez des maîtres experts. Alors disparaîtront ces experts 
comptables théoriciens que nous voyons trop souvent à l'œuvre, 
jugeant d'après des doctrines surannées dès longtemps reniées par la 
pratique ; ayant, en leur qualité de légistes, plus de goût pour l'absolu 
que pour le contingent ; donnant tort à des parties qui croyaient leurs 
livres en règle, alors qu'elles avaient méconnu, par exemple, les dispo- 
sitions caduques des articles 8 et suivants du Code de Commerce. 
Alors rentreront dans le rang ces trop fameux experts capables de 
traîner leur titre dans la boue de leur ignorance, de leurs erreurs et 
quelquefois même de leurs concussions, ce qui a amené le public à ce 
scepticisme qui lui a fait si souvent penser : Les experts, nous les con- 
naissons et savons ce qu'en vaut l'aune. 



Autant en dirai-je dés contre-experts ou sur-experts, qui font du 
reste et dans tous les cas partie des premiers. Combien rares sont 
ceux qui n'ont pas cette pensée hxe d'aboutir au résultat le plus 
opposé possible à ceux du premier expert ! Ne sont-ce pas ces batailles 
entre coupeurs d'accents circonflexes en quatre qui ont fini par donner 
cours à ce dicton : « Un expert trouve toujours un plus expert qui le 
contredit » ? 

Oui, le remède consiste à n'appeler aux fonctions d'expert que les 
praticiens vieillis dans le métier, rompus à toutes les questions tech- 
niques et pratiques de leur profession ; devant leur titre non à la 
faveur, mais à leur honnêteté, à leur probité, à leur impartialité et à 
leur talent professionnel ; titrés non par les tribunaux directement, 
mais par les universités corporatives ; commandant le respect à tous et 
capables d'être pour la justice des collaborateurs qu'elle puisse couvrir 
sans se compromettre ni déroger. Les chambres universitaires comp- 
tables diplômeront les experts, et les tribunaux nommeront parmi 
ceux-ci, à l'exclusion de tous autres, les experts jurés, inscrits, asser- 
mentés, monopoleurs. Quant aux parties litigantes, qui ont le droit de 
choisir leurs experts, sauf en matière criminelle, elles prendront faci- 
lement l'habitude, à l'instar de la Grande-Bretagne, de l'Amé- 
rique, etc., de s'inspirer des listes des chambres corporatives, puisqu'il 
n'y en aura point d'autres» Les experts sont, on le voit, les premiers 
intéressés à cette réforme de leur recrutement. 

Mais tant que X... pourra être nommé grâce à un formidable coup 
de piston, parce qu'il est l'ami intime de tel ministre, qui est au mieux 
avec tel président, seul maître en fait des nominations; tant que Y..., 
ancien préfet dégommé, pourra recevoir le titre d'expert comme fiche 
de consolation ; tant que Z..., député non réélu, qui était vétérinaire 
ou avoué dans sa province, pourra utiliser les loisirs que lui ont fait 
ses électeurs à expertiser à plume que veux-tu, parce qu'il est le 
cousin d'un greffier, ou le neveu d'un juge, ou le beau-frère de Cha- 
mouillard, confident de tel gros bonnet de la Chambre, du Sénat, de 
l'Administration publique, du Palais, etc.; bref, tant que l'honora- 
bilité et les capacités professionnelles ne seront pas les seules qualités 
requises des candidats, toutes les réglementations ne donneront pas 
satisfaction à l'opinion et les suspicions des justiciables seront fondées. 
Les magistrats eux-mêmes sont plus qu'on ne croit de cet avis. 

On s'est souvent demandé, et un juge d'un- département circon- 
voisin me demandait encore l'autre jour, si les tribunaux de com- 
merce siégeant en des localités absolument dépourvues d'experts ou ne 



II 



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22 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 

disposant que de praticiens insuffisants, pouvaient, dans des affaires 
importantes et compliquées, nommer des experts étrangers auxdites 
localités, des praticiens de Paris, par exemple. 

Les parties, dans la plupart des cas, ont, je Tai dit, le libre choix 
des experts ; la même faculté ne saurait donc être refusée aux tri- 
bunaux, pourvu que ce choix soit judicieux et se porte sur des Fran- 
çais, .le sais des experts de Paris, notamment, qui ont élé nommés 
par les tribunaux de Lille, de Dijon, de Lyon et même d'Alexandrie. 
Moi-même, j'ai plusieurs fois été appelé bien loin du siège de mon 
tribunal. 

Les honoraires des experts paraissent souvent exagérés, parce que, 
pour beaucoup, le métier de vérificateur comptable est un métier de 
demi-oisif et trop souvent aussi de demi et même de complet igno- 
rant, et dont les services apparaissent comme fort incertains. ' 

Ils exagèrent, les auteurs juridiques qui pensent qu'en général les 
honoraires des experts se montent à des prix exorbitants, ou qui 
trouvent, comme Chauveau, qu'on substitue par là un mandat salarié 
« très onéreux pour les plaideurs » à Tadministration gratuite de la 
jusiice. 

L'expert doit, sous le rapport des émoluments, n'avoir rien à 
envier aux agents les mieux rémunérés de l'administration, de la 
banque, du commerce nu de l'industrie, qu'il surpasse en connais- 
sances techniques; autrement, la corporation arriverait fatalement, 
dans un temps donné, à être délaissée par les hommes de talent. 

Un des pires obstacles à la haute situation morale et pécuniaire 
que je réclame pour les experts de valeur, consiste, à Paris, dans 
l'extrême division du travail. Les uns ne s'occupent que d'affaires 
commerciales contentieuses, d*autres que d'affaires commerciales 
comptables, d'autres que de causes civiles, ceux-ci que d'instructions 
correctionnelles ou criminelles, ceux-là que d'instances en appel devant 
la Cour. Et cette sélection est le fait même des tribunaux qui ont 
ainsi parqué leurs experts. 

En province, au contraire, le même professionnel est tout cela à la 
fois et il est encore, le plus souvent, liquidateur, administrateur, 
syndic de faillites, conseil ou commissaire de sociétés, rédacteur 
d'actes et conventions de tout genre pour le commerce et l'industrie, 
comptable consultant à la disposition de tous, etc. A la bonne heure ! 
voilà le moyen d'acquérir la plus haute compétence et d'atteindre à 
une situation digne de soi. Les mots expert et spécialiste hurlent 
ensemble. 



i 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 23 

Ces principes ont été si souvent proclamés qu'il est grand temps 
de les appliquer pour la sécurité de notre monde des affaires. Mais 
cette rénovation ne se fera que par les Universités comptables. 

8° Arbitres. — Cet article ne s'adresse qu'aux arbitres en affaires 
comptables. 

Par contre, je n'y vise ni les experts opérant devant les tribunaux 
de commerce, en vertu de l'article 429 du C. de Proc. civ., et aux- 
quels, nous l'avons vu, on donne improprement le tilre d'arbitres ; ni 
les arbitres obligatoires, forcés, qu'avaient institué les articles 5ï et s. 
du C. de Co. et qu'abrogea la loi du 17 juillet 1867. 

Il y a deux espèces d'arbitres volontaires, la législation actuelle 
n'en reconnaissant plus d'autres : les arbitres rapporteurs et les 
arbitres juges. 

Les arbitres rapporteurs sont nommés par le tribunal ou par les 
parties pour terminer une contestation. Ce sont non des juges de 
rigueur, mais des médiateurs, d'amiables compositeurs, des « arbitra- 
teurs ))j selon l'appellation qui était en usage dans l'ancien droit, c'est- 
à dire qu'ils sont dispensés de suivre rigoureusement les règles et formes 
du droit, et qu'ils jugent d'après les seuls principes de l'équité et en 
s'inspirant surtout des usages consulaires. Ils sont saisis en vertu de 
jugements ou d'ordonnances. 

Les arbitres juges sont nommés par la volonté des parties ou par la 
loi, pour juger les différends sur lesquels il n'est pas interdit de com- 
promettre ; ils instrumentent dans les formes prescrites par le C. de 
Proc. civ. et leurs décisions sont inspirées uniquement de la loi. Ce 
sont des juges. Ils sont saisis par compromis et prononcent en dernier 
ressort. Le cas échéant, ils peuvent nommer eux-mêmes ou demander 
au président du tribunal de leur adjoindre un tiers-arbitre ou sur-arbitre 
pour les départager. 

Quand les arbitres sont désignés par les parties, ils peuvent être 
choisis parmi la corporation comptable en général; lorsqu'ils sont 
nommés par le tribunal de commerce, ils sont pris parmi les experts 
inscrits au tableau. Il en est de même des sur-arbitres. 

En la matière de comptabilité qui nous occupe, ils doivent être des 
praticiens d'un ordre spécial, pourvus du bagage comptable et juridique 
réclamé par leurs fonctions. Or, aucun institut ne délivrant, à l'heure 
qu'il est, de diplôme d'arbitres, la chambre officielle des comptables 
aura à combler cette lacune, pour la plus grande sécurité des plaideurs 
et des tribunaux. 






24 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



On tend de plus en plus aujourd'hui à remplacer l'arbitrage volon- 
taire par l'amiable composition et, par suite, Tusage se répand de 
renvoyer certaines affaires devant des commerçants ou des chambres 
syndicales qui procèdent gratuitement. En matière franchement com- 
merciale, l'innovation est possible et même heureuse ; en comptabilité, 
non : pour faire de la comptabilité, il faut des comptables. 

9*» Liquidateurs et Administrateurs. — Il se produit dans nos 
tribunaux, à l'égard de l'investiture des liquidateurs et administrateurs, 
les mêmes errements qu'à propos des experts. C'est presque toujours 
le bon plaisir des magistrats qui préside au recrutement des spécialistes. 
Je n'en veux pour preuve que la récente nomination à Paris de 
M. Lasnier, au poste de liquidateur judiciaire des biens meubles et 
immeubles des congrégations de Jésus et de l'Assomption. M. Lasnier 
est-il comptable, expert, arbitre? Fut-il parfois chargé de fonctions 
ayant quelques rapports, même lointains, avec ses nouvelles attribu- 
tions? Point du tout. Il était greffier de la première Chambre du 
Tribunal civil. 

Au mois d'août 1889, le conseil d'administration du Syndicat des 
comptables de Paris adressa à M. Guillotin, alors président du Tribunal 
de Commerce de la Seine, une pétition tendant à ce que les liquidateurs 
judiciaires institués par la nouvelle loi sur les liquidations fussent 
choisis dans la corporation des comptables. 

Je lis dans l'exposé des motifs de cette pétition : «... Le liquidateur 
est un agent comptable que vous avez placé près du débiteur malheu- 
reux pour arrêter ses livres de commerce, l'aider, le conseiller pendant 
sa gérance et qui cède sa place au syndic si la liquidation judiciaire 
n'a pu être menée à bonne fin... Que doit être le liquidateur judiciaire?... 
Sa fonction est comptable et commerciale mais plutôt comptable que 
commerciale... » 

Cette raison n'est pas tout à fait juste et c'est sans doute pourquoi 
la réforme est restée dans les cartons. La fonction est à la fois et à un 
degré égal commerciale, comptable et juridique. Nommer en qualité de 
liquidateur un commerçant non comptable ni juriste, ou un comptable 
non juriste ni commerçant, ou un juriste ni commerçant ni comptable, 
c'est donc faire fausse route. 

Ici encore il y a un vide dans notre enseignement universitaire, 
puisque nulle part on ne peut étudier cette fonction en dehors d'un stagiat 
chez un professionnel, ni en décrocher le diplôme. Il se rencontre 
assurément des comptables commerçants ; mais juristes, non. Combien 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A^TOUS LES DEGRÉS 



25 



parmi nous sont gradués en droit? La corporation est donc en faute. 
Cette double lacune sera à combler par la Chambre officielle des comp- 

tables. 

Ce que je viens de dire des liquidateurs judiciaires, s'applique à 
tous les liquidateurs même amiables, même exceptionnels, comme 
M. Lasnier, ainsi qu'aux administrateurs de sociétés et qu'à tous 
séquestres et autres gérants provisoires de biens d'autrui. 

io« Syndics de faillites. — Il n'y a pas davantage, actuellement, 
en France, de mode de recrutement régulier pour les syndics de faillites, 
et la loi est muette sur ce point. Le plus pur caprice règne partout et 
chaque tribunal a sa manière. Ici on ne prend que d'anciens employés 
de- syndics, ayant fait chez ces derniers un stage de dix ans au moms 
et étant patronnés par eux. Là, il faut être titré en droit. Plus loin, c'est 
la chambre des syndics qui est chargée de l'examen et de la présen- 
tation des candidats et qui s'en porte pécuniairement garante. Dans 
beaucoup de départements, les syndics sont pris parmi les experts, 
arbitres et liquidateurs les plus en renom. Mais presque partout, je le 
répète, c'est la faveur qui fait décider des nominations. J'ai vu, dans un 
de nos plus grands tribunaux de commerce de France, nommer comme 
syndic un secrétaire de boulangerie coopérative. Dans un autre, j'ai vu 
accorder l'investiture à un sortant de l'école de droit, ignorant tout de la 
comptabilité, à charge par lui d'aller faire, au préalable, un stage de 
deux ans chez un syndic de telle autre ville du département et de déposer 
un cautionnement. 

La loi devrait intervenir à l'égard d'une fonction de cette importance, 
afin que l'unité la plus absolue régnât à cet égard en France et aux 
colonies Mais il faudrait surtout qu'on renonçât au pistonnage une fois 

pour toutes. 

La profession est comptable en même temps qu'administrative et 
judiciaire ; mais pour l'instant, elle ne peut s'apprendre dans aucune 
école, dans aucun cours, dans aucun ouvrage, du moins au point de 
vue des innombrables détails de la pratique. Cette lacune sera à combler 
lors de la réorganisation comptable. 

Le syndic doit être, je le répète, un comptable éminent, doublé d'un 
juriste de premier ordre. Son honorabilité et son incorruptibilité doivent 
être, comme la femme de César, à l'abri de tout soupçon. Il doit être, en 
outre, en un état de fortune lui permettant d'organiser confortablement 
ses bureaux, de traverser sans gêne la période toujours longue de 
début ou d'incubation et de former son cautionnement ou sa garantie 



.1 



26 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRES 



'i 



ou sa participation pécuniaire à la chambre des syndics. Il doit être 
enfin un administrateur rompu aux affaires, adroit, j'allais dire retors, 
capable de réaliser au mieux toutes les espèces d'actifs, de vérifier toutes 
les espèces de passifs, de discerner les procès soutenables, en un mot 
de tirer pied ou aile de cet oiseau souvent (rès coriace qu'est une faillite. 

II** Auteurs. — De la pratique ! De la pratique ! Assez de théorie ! 
clame-t-on aux auteurs. Malgré cela, la plupart des ouvrages pondus 
chaque année par eux va rejoindre les boîtes des bouquinistes de nos 
quais, parce que, hors d'état de rendre les moindres services, grâce 
aux prolixités théoriques qui s'y étalent du commencement à la fin, ces 
ouvrages sont complètement délaissés par le lecteur. 

Certes, il ne s'agit pas d'exclure toute didactique, toute doctrine de 
nos traités et méthodes. La comptabilité repose avant tout — et c'est 
précisément en quoi elle est une science — sur des principes généraux, 
fixes, immuables, qui sont de tous les temps et de tous les lieux, et dont 
l'exposé constitue forcément un élément obligé du livre. 

Mais où la comptabilité est surtout compliquée, c'est en ce qui con- 
cerne son application. Non seulement la difficulté d'application 
comptable lient à la diversité des commerces et des industries, mais 
encore une même entreprise ou un même commerce donne lieu aux 
applications les plus variées, à telle enseigne que l'on peut dire, ou qu'il 
y a autant de comptabilités différentes que de maisons, ou qu'il n'existe 
pas au monde deux comptabilités qui soient absolument similaires. Les 
quelques monographies que nous possédons le démontrent et les pro- 
fessionnels le savent mieux que personne. 

Or, c'est^ je le répète, à cette partie de la comptabilité, c'est-à-dire 
à la pratique, à l'application, qui s'étend à tout ce qui existe et est, par 
conséquent, sans borne, que nos auteurs doivent réserver la plus grande 
place dans leurs livres, au détriment des abstractions. Les ouvragées 
vraiment pratiques, je le répète, ont toujours été très clairsemés, et 
même de nos jours, à part les manuels et guides Pigier et quelques 
rares traités justement appréciés, tels que ceux de Deschamps, par 
exemple, les autres répondent-ils aux besoins du jour ? Posez la question 
aux intéressés. On peut soutenir hardiment que cette anomalie est une 
des principales causes de l'état de désarroi qui pèse si lourdement de 
nos jours sur les carrières comptables à tous les degrés. 

Oatre les ouvrages pratiques s'appliquant à la comptabilité générale, 
et en dehors des monographies proprement dites, il existe de nombreux 
vides à combler au point de vue des traités de comptabilités spéciales. 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 27 



En matière de comptabilité contentieuse, notamment, je connais certains 
manuels à l'usage des experts, des liquidateurs, des syndics de faillites ; 
mais ces livres sont juridiques et, par conséquent, ne sont point ceux 
que je réclame. En ce qui concerne la comptabilité internationale ou 
comparée, tout est à faire. Il faut appeler l'attention des professionnels 
sur cette absence d'ouvrages spéciaux, et il est indispensable que ces 
professionnels, à côté de leurs connaissances pratiques, possèdent au 
plus haut point l'habitude d'écrire en vue de l'enseignement pratique. 

l'A"" Pédagogues. — Dans la généralité des cas, le corps ensei- 
gnant est dépourvu de praticiens comptables, et la comptabilité, qui 
devrait tenir la plus importante place dans les programmes, n'y 
figure que comme connaissance accessoire ou négligeable. Ce n'est que 
dans quelques rares écoles privées et surtout à l'Ecole Pigier, que 
l'enseignement comptable occupe le premier rang et est poussé jus- 
qu'aux dernières limites du perfectionnement, au moyen de cet élément 
indispensable appelé le Bureau commercial. Ce n'est aussi que là que 
l'on rompt franchement en visière aux interminables et inutiles notions 
théoriques, pour s'attacher aux procédés les plus actuels, les plus 
impeccables et les plus rationnels de la pratique, seul mode d'ensei- 
gnement permettant de préparer, pour notre commerce et notre indus- 
trie, une pépinière de sujets habiles à toutes les choses de la comptabilité. 

A ce mal, je ne vois guère de palliatif. Le commerce et l'industrie 
clament dans le désert. La routine, lorsqu'elle est dans l'enseignement, 
est plus difficile à extirper que partout ailleurs. 



"i 



28 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



III 



LES COMMERÇANTS ET LA COMPTABILITÉ 

En général, les commerçants de tous degrés se désintéressent trop 
des choses de la comptabilité ; et pourtant il est avéré que la plupart 
sont incapables de se défendre, de se plaindre, de s'apercevoir des 
fraudes dont ils sont victimes, de se rendre compte, en un mot, des 
différences de compétence entre les sujets qu'ils occupent. 

Pour eux, tous comptables ! 

Cela suffit; cela est égal et abolit tout besoin de choisir. 

11 n'y a de différence entre les employés que le prix ; celui-là qui 
fait le meilleur marché est le bon. 

Entre le famélique qui, pour un travail donné, demande 20 francs, 
et l'homme habile qui en demande 200, aucune hésitation n'est per- 
mise. De sorte que beaucoup de commerçants se tiennent à peu près 
ce langage : 

« La maison X..., par exemple, me demande 5o francs ; un jeune 
homme, déjà occupé ailleurs, qui cherche un supplément d'appointe- 
ments, me ferait peut-être le même travail pour 20 francs, et ce serait 
probablement aussi bien fait; donc... )> 

Cela est-il possible? ô commerçants I Allez à l'école. 

On fait des différences de valeur et de prix entre les docteurs, les 
avocats, les arbitres, etc., mais, entre les experts, à quoi bon? Leur 
travail est une besogne courante et banale, et eux-mêmes sont des 
budgétivores de frais généraux, de frais improductifs. Donc, il faut 
les réduire à la portion congrue, et opter pour celui qui se montre le 
plus disposé à travailler pour la gloire. Que pourrait bien faire le 
talent en matière comptabiliaire ? , 

Certains commerçants disent : 

« Je n'aurais certes point de comptabilité si la loi ne l'imposait pas ; 
je n'ai pas besoin de livres, pourvu que je brasse des affaires. » 

Et ils achètent, vendent, paient, encaissent, dans le plus grand 
gâchis possible d'écritures. 

Sans doute, la comptabilité a un rôle actif, celui d'enregistrer les 
opérations ; toutefois, elle ne peut qu'inscrire ce que le commerçant fait, 
bien ou mal, en un mot éclairer celui-ci. 

Or, que vaut Téclaireur s'il vous conduit dans une embuscade ou 
un guet-apens? 



t 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 29 

Je parie d'induire en erreur tous les commerçants d au moins 
10 °/o sur leurs propres comptes ; et à cet égard, lo Vo de nos jours, 
c'est énorme! 

Une commerçante, niant le rôle actif de la comptabilité, me disait 
suffisamment connaître d'instinct sa situation, et ajoutait qu'elle 
s'apercevait de toute erreur si on lui en faisait. Je me fis fort de fausser 
ladite situation de lo °/o sans qu'elle s'en aperçoive : dans les tirages, 
les amortissements, l'intérêt du capital, le défaut des prélèvements, et 
même les tirages avec le haut acquiescement des tiers, parce que ces 
tirages, omissions ou doubles emplois seront à leur profit. 

Pour beaucoup de commerçants, la comptabilité, les bilans disent 
ce que l'on veut. Il y a du vrai et du faux dans cette opinion. 

Quoi qu'il en soit, beaucoup, absorbés qu'ils sont par la partie 
technique de leur entreprise, s'en rapportent à leur comptable pour la 
direction administrative. 

D'autres se font arracher les renseignements par les comptables, 
s'immiscent dans l'œuvre de ceux-ci, ou voient en eux des chances 
d'indiscrétion. 

Quant aux vieux commerçants, ils ont généralement des idées 
arriérées rétrogrades ; ils sont réfractai res à tout progrès : procédés 
rapides ou simplifications. L'article 8 du Code de commerce, exclusi- 
vement, les domine et les hypnotise. 

Quelques-uns, pire des folies, économie désastreuse, inconséquence 
sans nom, confient la caisse et la comptabilité au même employé qui a 
ainsi toute facilité de commettre des détournements sans que Ton s'en 
aperçoive. 

Le désordre comptable n'existe pas seulement chez le petit com- 
merçant, mais aussi dans les entreprises d'une certaine importance. 
Les commerçants de province, surtout, négligent leur comptabilité, 
n'ont aucun culte ni goût pour elle, en ignorent l'importance, pensent 
que nul ne pourra d'emblée s'assimiler leurs affaires. 

Ce qui est aussi désolant, c'est leur prétention de payer à rien la 
comptabilité. 

Que de départements, que de grandes villes où les entreprises 
importantes affinent et où cependant la comptabilité est délaissée, 
méconnue, objet d'une liardise coupable. 

La comptabilité, cependant, est tout ce qu'il y a de plus indispen- 
sable et de plus prépondérant ; que de procès, que de discussions, elle 
pourrait éviter, ou permettre, le cas échéant, de trancher beaucoup 
plus rapidement. 



\ 



30 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



En attendant, les plaideurs, les justiciables, les commerçants, s'ils 
étaient plus éclairés sur la question, plus compétents en la matière et 
plus soucieux de leurs intérêts auraient d'ores et déjà un moyen de 
forcer la main aux tribunaux. Ce moyen consisterait à se mettre 
d'accord sur le choix des experts préférés par les parties, alors même 
que ceux-ci ne seraient accrédités auprès d'aucun Tribunal. 

Serait-ce valable? Oui. 

La loi dit que ce n'est qu'à défaut, par les parties, de se mettre 
d'accord sur le choix d'un expert, que le Tribunal intervient pour en 
nommer un qu'il lui plaît de désigner. 

Nous avons, sans parti pris, signalé le mal provenant du fait des 
commerçants ; c'est donc à eux, il y va de leurs intérêts, d'y remédier. 

L'expérience et l'habileté qui en découle viennent du nombre des 
années ; le lendemain doit profiter des leçons de la veille. 

L'enseignement commercial a, depuis quelques années, fait de 
louables progrès, et l'on peut dire qu'il est actuellement très en faveur 
auprès des pouvoirs et du public. 

Nous avons la conviction que les nouvelles couches de commer- 
çants fréquenteront de plus en plus les Écoles de commerce et que la 
comptabilité finira, grâce au perfectionnement des méthodes d'ensei- 
gnement, par occuper dans les programmes, le rang qu'elle mérite. 

La science des comptes apparaissant désormais sous un jour nou- 
veau, dans une forme plus claire pour tout le monde, on la prisera et 
l'on s'y intéressera davantage. 

Ce jour-là, le but que nous visons ici sera atteint. . 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 31 



IV 



LES CHARTERED ACCODNTANTS 



Voilà une institution qui n'existe pas encore en France et qui 
cependant fonctionne depuis de nombreuses années, dans d'excel- 
lentes conditions en Angleterre, aux États-Unis et ailleurs. 

Les négociants anglais et américains, gens pratiques par excellence, 
se sont dit, il y a longtemps, qu'il y avait autre chose à faire, pour un 
chef de maison, que de tenir lui-même ses livres ou de contrôler ses 
écritures. 

« Time is money ! » 

C'est ici le cas ou jamais de mettre en pratique le célèbre proverbe 
anglais. Il est évident que le temps c'est de l'argent, et quelquefois 
même beaucoup d'argent, surtout quand on manie beaucoup d'aftaires. 

Il vaut mieux se consacrer tout entier à l'entreprise que l'on 
dirige et lui faire produire le maximum de bénéfices que l'on peut en 
tirer que de s'atteler à une besogne absorbante pour laquelle on n'a 
pas toujours les aptitudes voulues ni les connaissances nécessaires. 
Chacun son métier I 

Autant les comptables sont faits pour organiser, tenir, vérifier ou 
contrôler les écritures des commerçants, autant ceux-ci doivent se 
consacrer à la bonne administration de leur maison. 

Mais, dira-t-on, il ne suffit pas d'avoir un bon teneur de livres et 
un excellent comptable : ces gens-là, n'étant pas infaillibles, peuvent se 
tromper, et c'est ce qui arrive souvent, en dehors même de toute 
question de chiffres, de détournements, etc., c'est-à-dire en matière 
d'imputation, de recettes, dépenses, amortissements, etc., de nature à 
fausser les résultats d'une affaire jusqu'à en compromettre le succès. 

C'est là qu'intervient utilement le concours des Chartered Accoun- 
tants, dont le rôle est précisément de se substituer aux lieu et place du 
commerçant, qui ne peut ou ne veut pas s'astreindre personnellement 
à se pencher des heures durant sur ses livres pour scruter ou vérifier 
les comptes qui l'intéressent, comptes auxquels il ne s'entend d'ailleurs, 
le plus souvent, que peu ou point. 

Une opération a-t-elle été malheureuse ou infructueuse, un exer- 
cice se solde-t-il d'une façon favorable ou défavorable, laisse-t-il même 
un doute? 



32 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 

Tout cela sera autant d'éclaircissements dont on conférera avec le 
contrôleur, à Tinsu du personnel, si on le désire. 

Mais, objectera-t-on, quelle est la signification des mots « Char- 
tered Accountants » ? 

Traduisez en français : Chambre officielle des Comptables, 

Là est tout le secret. ^ 

Les Accountants sont des adhérents, des experts, vérificateurs ou 
contrôleurs, éprouvés et diplômés, relevant d'une Charte ou Chambre 
de discipline, tout comme les notaires, avoués, huissiers, ajg^enls de 
change, etc.; tout en étant autonomes, ils ont un caractère officiel et 
jouissent d'une grande notoriété. On n'ignore pas, en effet, leur com- 
pétence; d'autre part, toute faute grave de leur fait entraînerait immé- 
diatement la résignation de leurs fonctions et la responsabilité de la 
Compagnie (f). 

Les négociants ont recours aux Accountants pour s'assurer : 

i" Que leurs livres sont bien tenus et parfaitement corrects; 

2" Que leurs inventaires sont normalement établis ; . 

3** Que les bénéfices qu'on leur accuse sont réels ; 

4° Qu'aucune fraude ne saurait être commise à leur préjudice 
par le personnel préposé à la garde des valeurs : espèces, marchan- 
dises, etc...,. sans que le coupable soit vite dénoncé. 

Chaque année, la liste _des membres est adressée à tous les inté- 
ressés, de sorte qu'aucune affaire que l'on désire confier à la Com- 
pagnie ne peut aller ailleurs. 

Ce système est aujourd'hui tellement entré dans les mœurs des 
nations précitées, que les comptables se prêtent eux-mêmes, avec la 
meilleure grâce du monde, à tous les contrôles possibles, de leurs 
travaux, que l'on juge à propos de faire. C'est d'ailleurs l'occasion 
pour eux de prendre des vacances et de se faire apprécier par un 
connaisseur, qui ne manque pas de solliciter en leur faveur une grati- 
fication, quand ils la méritent réellement. Les comptables anglais 
partent sans doute de ce principe qu'un docteur n'est point déconsi- 
déré parce qu'on lui adjoint un collègue. 

En résumé, les négociants bien avisés, dont nous venons de parler, 
achètent, moyennant quelques centaines de francs, tirés annuellement 
de leur caisse, une tranquilHté d'esprit complète, ce qui leur donne 




RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 33 



(i) On a dit quelque part nue l'idéal serait de conclure à la responsabilité légale 
du comptable ; la Chambre de discipline des Chartered Accountants réalise ce 
vœu. 



confiance en eux-mêmes, sachant désormais comment ils opèrent. 

Pourquoi, me dira-t-on, n*emploie-t-on pas en France ce système 
si précieux à tous les points de vue? 

A cette question, je répondrai que le moment sans doute n'est pas 
encore venu. Ne sommes-nous pas d'ailleurs des imitateurs indiffé- 
rents à tous progrès immédiats et, par suite, toujours tardifs à en 
profiter 9 * 

L'importante Entreprise comptable Pigier, qui est aujourd'hui 
une véritable administration, et qui offre à tous les points de vue les 
garanties les plus sérieuses, a pris toutefois l'initiative d'implanter 
chez nous quelque chose de semblable, si ce n'est même de plus 
parfait. 

Cette entreprise, faite pour inspirer confiance, ne pourrait-elle se 
mettre à la tête du mouvement? Nous avons pressenti à cet égard, un 
certain nombre de notabilités professionnelles : experts, arbitres, 
liquidateurs, syndics, etc. ; elles pensent comme nous. 

En attendant cet acquiescement, inspirons-nous de l'organisation 
des institutions anglaises, américaines, russes, néerlandaises, ana- 
logues à celles que nous avons en vue de créer en France. 

J'ignore ce que sont ces institutions dans leurs détails, mais ne 
perdons pas de vue que les Anglais et les Américains sont avant tout 
des gens pratiques et que chez eux l'intérêt général prime l'aniour- 
propre d'un comptable offensé d'être contrôlé. 

Les renseignements qui précèdent m'ont été procurés, en majeure 
partie, par M. Pigier, qui s'est livré personnellement en 1889, à 
Londres, à une étude complète de l'institution des « Chartered 
Accountants ». 

Indépendamment de cette institution, il en existe d'autres, avons- 
nous dit, en Russie et en Hollande, lesquelles ont fait, en 1896, 
l'objet de divers articles publiés dans la Revue de Comptabilité, A 
propos de ces articles, il n'est pas sans intérêt de rappeler ce qui suit : 

En Russie, un grand nombre d'industries et professions sont 
exploitées par des associations coopératives dites « Artels ». 

L'Artel des Comptables a pour objet : 

1° De fournir au Commerce, à l'Industrie et à la Banque des 
comptables, teneurs de livres ou contrôleurs; 

1^ De déléguer des comptables expérimentés pour organiser sur 
place, vérifier et mettre au point tous travaux de comptabilité ; 

3° De recevoir les parties qui, d'un commun accord, requièrent ses 
services, s'en rapportant à elle ; 



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RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 35 



4° De recevoir les plaintes des intéressés pour irrégularités com- 
mises par les membres de V « Artel »; 

5° De rendre ses membres responsables des nég^ligences dans 
l'accomplissement des fonctions qui leur incombent; 

6° De résoudre toute contestation qui s'élève entre ses membres. 

Le capital de TArtel se divise en capital-caution et capital-artel. 
Le premier est formé du versement de 3oo roubles, le second résulte 
d'un prélèvement de io7o sur les 3oo roubles et des intérêts, amendes 
et cotisations annuelles. Le capital-caution sert à garantir l'exécution 
régulière, par l'Artel, de ses obligations. 

Peuvent être membres de l'Artel, les personnes du sexe masculin, 
majeures, qui n'ont pas subi de condamnations judiciaires et, en 
général, dont la conduite est irréprochable et la compétence parfaite. 

Tout membre de l'Artel qui se serait attiré trois réprimandes dans 
le cours d'une année est exclu définitivement de l'institution. 

Telle esl, sommairement, l'organisation des « Chartered Accoun- 
tants » et autres institutions analogues. 



i 






CRÉATION DE CHAMBRES RÉGIONALES DES COMPTABLES 

Les comptables, à tous les degrés»— les experts comme les autres 
— ne devraient être nommés que par leurs pairs. D'où nécessité d'une 
Chambre officielle des comptables dans chaque département au moins, 
ayant pour objet : 

I** D'édicter les connaissances propres à chaque spécialité; 

2** De fixer les épreuves à imposer pour les examens ; 

3" De faire passer ces examens ; 

4" De délivrer les Diplômes selon les titres et mérites ; de s'ériger, 
en un mot, en « Chartered Accountants », et de fermer ainsi la 
profession à tous les comptables non titrés. 

Les examens donneraient lieu à une taxe, comme ceux de droit et 
de médecine. 

Comme au Conservatoire, le sujet qui, après trois examens annuels, 
n'aurait rien décroché, serait disqualifié pour toujours. 

En tant que titres comptabiliaires, pourquoi ne créerait-on pas des 
certificats, diplômes ou brevets, comme l'on voudra, de Caissier, Tribun, 
Facturier, Correspondancier, Teneur de Livres, Comptable, Expert- 
Comptable, etc. 

La Société académique de Comptabilité de Paris a donné, dans cet 
ordre d'idées, en créant un certificat de Teneur de Livres et un diplôme 
de Comptable, un exemple bon à suivre. Mais le diplôme n'est décerné 
qu'aux lauréats du certificat du i^"^ degré. 

La Comptabilité, qui s'était endormie d'un sommeil plus long que 
celui de la « Belle au bois dormant », s'est enfin réveillée en ces 
dernières années. 

On a compris que si un corps professionnel souffre, il faut veiller à 
son recrutement, et que ce recrutement doit se faire à la fois par les 
études et par le rang. 

L'homme — dit Pasteur — doit se considérer toute sa vie comme 
un écolier et chercher à devenir plus capable, meilleur. On ne saura 
jamais assez. 

Il faut donc mettre de bonne heure les moyens de s'instruire à la 
disposition de ceux qui veulent s'élever ; ils rattraperont ceux qui 
sortent des Ecoles, surtout s'ils possèdent les aptitudes nécessaires pour 
la profession qu'ils ont l'intention d'exercer. 



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36 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRES 



Nous disons les aptitudes nécessaires, parce qu'autant est louable 
celui qui exécute un métier avec ^oût, avec art, autant est méprisable 
celui qui l'exerce avec indifférence. 

La corporation des comptables comprend plusieurs millions de 
membres; elle est, par conséquent, numériquement, la plus importante 
de toutes. Par l'influence qu'elle exerce et par le rôle prépondérant 
qu'elle joue dans les affaires, elle est aussi la plus élevée. 

Mais, je le répète, cette corporation n'est pas organisée ; elle est ou- 
verte à tous et même noyée dans celles des médecins, des avocats, etc.. 

S'a^t-il d'un retour aux corporations et aux jurandes d'autrefois? 
Non, mais simplement d'obtenir du Gouvernement le titre de Compagnie, 
ou Chambre officielle des Comptables de France, et la reconnaissance 
d'utilité publique. 

L'Etat, si nous savons nous imposer en prouvant que nous avons 
raison, finira par céder, s'inclinant d'ailleurs devant la grandeur du but 
poursuivi et la notoriété des noms en tête de la requête formulée. 

Il faut s'imposer aussi au commerce, de manière que celui-ci ne 
puisse plus accepter comme comptables des personnes non enrôlées 
dans la Compagnie officielle, sans déroger aux principes de bonne 
administration et se déshonorer. Habituons-le à considérer qu'il ne le 
ferait d'ailleurs qu'à ses risques et périls et en courant les plus grands 
dangers. 

« L'institution des « Chartered Accountants » — dit M. Roif — s'im- 
« pose en France. Les 19/20 de ceux qui prétendent exercer la comp- 
« tabilité en ignorent même les éléments ; nombre de maisons ont une 
« comptabilité vicieuse ou défectueuse. M. Pigier et son érudit 
« personnel, MM. Léautey, Savignj, Demonceaux, etc., sont à même 
« de nous édifier à cet égard. 

« Mais comment instituera-t-on ces « Chartered Accountants » ? 
<( Comment les nommera-t-on ? Qui les nommera ? Comment s'assurera- 
it t-on de la compétence des aspirants Accountants ? Par voie d'examens ? 
« Qui fera subir ces examens ? (Reuue de Comptabilité, année 1896). » 

Voilà, en effet, des questions primordiales à trancher, mais non 
impossibles à résoudre. 

Comment, en Angleterre, se fondèrent les premières Sociétés de 
« Chartered Accountants? » C'est bien simple : Sept comptables publics 
adressèrent une requête à la Reine sollicitant la Charte, requête à 
laquelle ils annexèrent un projet de Statuts. Le Conseil des Ministres, 
à qui ces pièces furent envoyées, statua immédiatement en donnant un 
avis favorable. 



RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABL E A TOUS LES DEGRES 37 

Les autres Sociétés de ce genre créées dans les principales villes du 
territoire se fondèrent de la même manière. 

Dans un pays comme le nôtre, où Ion nomme officiellement les 
docteurs en médecine, les gradués en droit, lettres, sciences ou musique, 
mais dont nulle compagnie, nulle institution, nulle autorité en un mot, 
ne s'occupe des Experts, Arbitres, Liquidateurs, etc., ne peut-on pas 
se demander comment le recrutement de ces fonctionnaires passe 
inaperçu ? 

Et pourtant, quoi de plus délicat que ce recrutement pour sauve- 
garder les intérêts les plus sacrés du Commerce et de l'Industrie, en 
sévissant contre les incapables ? 

Nous devrions avoir avec nous, pour mener à bien notre noble 
tâche, toutes les personnes autorisées : magistrats, experts et arbitres 
authentiques, comptables émérites, auteurs, professeurs, etc. 

Notre appel, il faut l'espérer, sera entendu, et les futures Com- 
pagnies deviendront rapidement puissantes. 

Au début, cent hommes de bonne volonté inscrits d'office ou 
d autorité seront suffisants. Il faudra pour cela avoir l'adhésion des 
principaux experts, chefs de comptabilité de Paris ou autres grandes 
villes, ce qui permettra, en quelques années, de tout embrasser. 

Quel prestige alors ! 

L'heure du triomphe aura sonné. 

Mais, dira-t-on, à quoi bon créer une Chambre officielle des Comp- 
tables, ayant notamment pour but de délivrer un brevet aux profes- 
sionnels reconnus capables ? Dans cet ordre d'idées, n'existe-t-il pas 
déjà des diplômes décernés par : 

1° Le Ministre de l'Instruction publique (Certificat d'aptitude à 
l'Enseignement de la Comptabilité); 

20 Les Ecoles supérieures de Commerce; 

3** Les Ecoles pratiques de Commerce; 

4** La Société Académique de Comptabilité. 

Ces Diplômes, certes, sont quelque chose, mais ils sont insuffisants, 
à nos yeux, pour conférer à qui que ce soit, le titre d'expert-comp- 
table, voire la quaUté de chef de comptabilité. C'est la sanction 
des études faites, une attestation des aptitudes que l'on possède, soit, 
mais rien de plus. 

Il ne suffit pas, en effet, en l'espèce, de connaître la théorie sur le 
bout des doigts ; ce qui importe surtout, c'est d'avoir vieilli sous le 
harnais, d'avoir acquis de l'expérience, d'être, en un mot, un excellent 
praticien. 



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38 RÉORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRES 



REORGANISATION DE LA PROFESSION COMPTABLE A TOUS LES DEGRÉS 39 



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Eu ce qui me concerne — et beaucoup, pourvu qu'ils aient vécu 
vingt ans dans la carrière, pourraient en dire autant — j'ai plus 
appris par la pratique que par l'étude. 

Donc, l'expert, celui-là qui est vraiment digne de ce titre, a du voir 
beaucoup de comptabilités, faire beaucoup de travaux et de rapports 
d'expertises, etc. 

Pour être apte à tous les genres, être à môme de vaincre toutes les 
difficultés, il faut nécessairement étudier sans cesse, c'est-à-dire toute 
sa vie ; c'est là une des grandes complications de la science comptable. 
En résumé, ce qu'il faut établir, parce que cela est vrai, indéniable 
et éternel, c'est que tous les arts, quels qu'ils soient, et sans exception 
aucune, sont doublés d'un métier qu'il faut nécessairement connaître 
et exercer. 

Partant de ce principe, n'est-il pas exact que l'artiste lui-même 
n'est autre qu'un bon ouvrier? 

Lorsqu'il s'agit de réaliser un progrès dans les arts, les sciences, 
etc., on a souvent recours, comme l'on sait, aux Congrès, ce, à tort 
ou à raison. 

Les Congrès ont toujours été et seront toujours stériles parce que 
« l'esprit humain est trop facile à se routiner vers un certain ordre 
d'idées » pour faire volte-face par assis ou levé. 

Du reste, ceux qui y parlent, les leaders, formés de nouveaux venus, 
soliveaux, auteurs n'ayant pas d'antécédents ou vieilles culottes de peau, 
y parlent pour ne rien dire. A peine surgit-il même de-ci de-là quelque 
idée nouvelle. 

Il suffit d'ailleurs de rappeler ici les divers Congrès tenus à Paris 
et ailleurs depuis une trentaine d'années, pour appuyer notre dire. 

Nous ajouterons encore que les praticiens les plus distingués 
s'étaient abstenus de paraître à ces Congrès par la raison, sans doute, 
que la porte trop grande ouverte, donnait accès aux fantaisistes élucu- 
brations de concurrents inexpérimentés. 

Nous le rappelons une dernière fois, il faut, de toute nécessité, 
défendre l'entrée de notre profession à la foule des faux experts, des 
désœuvrés et des gens interlopes qui la déconsidèrent. 

Allons, camarades, sus aux faux experts ; guerre aux usurpateurs 
de titres et de fonctions. Assez de trompeurs du Commerce et de 
l'Industrie I Envoyez-nous des noms de marque afin de former, à l'aide 
d'une phalange d'élite, animée du désir de réussir, l'embryon de 
la future Chambre officielle des comptables de la Seine, laquelle sera 
chargée plus tard — puisse cela être bientôt ! — de nettoyer les 
écuries d'Augias. 



A la rescousse, les hommes de bonne volonté ! 

Non qu'il faille créer une Chambre qui se bombardera elle-même 
détentrice des pouvoirs de faire et défaire les grades. Mais il faut 
incontestablement un noyau d'initiative, et ce premier groupe n'a pas 
à se grader lui-même pourvu que les noms qui le composent soient 
ceux de chefs de comptabilité d'établissements notoirement connus, de 
maîtres théorico-praticiens, de professionnels, en un mot, faisant 
autorité et régnant de par leur passé et leur situation sur toute la 
corporation. 

Notre profession, restée ouverte aux ignorants, aux routiniers, aux 
déclassés, va-t-elle enfin se fermer ? 

Agissons, il n'est que temps. Faisons œuvre de propagande. C'est 
surtout pour les experts, arbitres, liquidateurs, syndics et autres 
impétrants de la comptabilité judiciaire que s'impose d'urgence la 
réforme du recrutement. 

Ne comptez que sur votre initiative. Le commerçant, l'industriel 
pour qui vous travaillez — sachez-le bien — ne vous saura aucun gré 
et n'appréciera pas votre œuvre, 

Le gouvernement, les pouvoirs publics, tout ce qui pourrait ou 
devrait vous subventionner, se gardera systématiquement d'intervenir. 
Tous efforts pécuniaires et autres doivent donc venir de vous seuls. 

En cela ne voyez qu'une chose, c'est que vous semez pour récolter 
individuellement ; car, en éliminant de la corporation tout ce qui n'est 
pas foncièrement comptable, ou n'a pas la ferme intention de le 
devenir par de sérieuses études, vous vous relèverez aux yeux de la 
demande et pourrez ainsi obtenir des émoluments plus élevés. 

Faites cela, et vous rendrez un signalé service à la Société. 

Tout d'abord, il faut : 

I <* Appeler un noyau d'hommes de valeur ; 

2^ Elaborer des statuts, un règlement ; 

3° Instaurer la responsabilité de la corporation ; 

4° Echeniller celle-ci ; 

50 Rassurer le commerce et l'industrie indignement trompés ; 

6» Faciliter et éclairer le recrutement près les Tribunaux ; 

7° Ecarter le spectacle écœurant de la protection et des passe-droits. 

Les adhérents viendront ensuite, trop heureux si nous voulons les 
accepter et si nous ne disons pas : il est trop tard ! 

Certes, après cela, je ne vois pas blancs les incapables qui persiste- 
ront à se dire comptables et à plus forte raison experts. 

FIN 



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