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Full text of "Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française"

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VILLE DE PARIS 




PUBLICATIONS HELATIVES A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



RÉPERTOIRE GÉNÉRAL 



DES SOURCES MANUSCRITES 



DE 



L'HISTOIRE DE PARIS 




PENDANT 



LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



ALEXANDRE TUETEY 



TOME ONZIEME 

CONVENTION NATIONALE 
QUàTRIÈUB PARTIE) 




Armes de U Municipalité de Paris, en 1790 




PARIS 

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATfON OUVRIÈRE) 



H, RUE CADET 
18 14 



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REPERTOIRE GENERAL 



DES SOURCES MANUSCRITES 



L'HISTOIRE DE PARIS 



PENDANT 



LA REVOLUTION FRANÇAISE 






L administration municipale laisse A chaque auteur la responsabilité des opinions 
émises dans les ouvrages publiés sous les auspices de la Ville de Paris. 



TOUS DROITS RESERVES 



VILLE DE PARIS 



PUBLICATIONS RELATIVES A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



/ / 



REPERTOIRE GENERAL 

DES SOURCES MANUSCRITES 



DE 



L'HISTOIRE DE PARIS 



PENDANT 



LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



ALEXANDRE TUETEY 



TOME ONZIEME 

CONVENTION NATIONALE 

QUÀ TRIÈME Pà ht IR) 




Armes de la Municipalité de Paris, en 1790. 

PAtUS 

IMPRIMERIE NOUVELLE (ASSOCIATION OUVRIÈRE; 

n, RUE CADET 
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INTRODUCTION 



Le Procès des Hébertistes. 

Avant d'aborder l'examen du procès des Hébertistes, épilogue de la 
lutte acharnée engagée contre la Convention et le Comité de salut public 
par le parti ultra-révolutionnaire de la Commune et des sections, il est 
intéressant de pénétrer dans l'existence des acteurs de ce drame de la Ter- 
reur, qui payèrent de leurs têtes leur folle tentative de renouveler la journée 
du 2 juin 1793 et de substituer au redoutable Comité de salut public une 
sorte de triumvirat dans lequel Hébert, Ronsin et Vincent auraient exercé 
un pouvoir dictatorial. 



I 



1. HÉBERT (Jacques- René), substitut de l'agent national de la 
Commune de Paris, rédacteur du Père Duchesne. 

^ Hébert (Jacques-René), né à Alençon le 15 novembre 1757, était le 
fils d'un notable de cette ville, l'orfèvre Jacques Hébert, ancien premier 
juge consul et échevin, et de Marguerite Beunaiche de la Houdrie. Après 
avoir étudié au collège il entra comme clerc en pratique chez un procureur 
d' Alençon ; mais en raison de l'affichage d'un libelle diffamatoire contre 
un docteur Clouet, par lequel il débuta dans sa carrière de pamphlétaire, 
libelle qui lui valut des poursuites judiciaires, il dut quitter Alençon et 
se réfugier à Rouen, puis à Paris. Il y vécut dans un état de gêne voisine 
de la misère, car il avoua lui-même avoir longtemps et durement tiré le 
diable par la queue et n'avoir pu subsister que grâce aux subsides de 
T. XI. . * 



ij INTRODUCTION 

quelques àuies oh.'iiilal»lfS, uolaininent du ooi(T(>ur Parisol, do la rue des 
Noyers (1). Il ne sortit de ectlo situation misérable que lorsqu'il obtint, en 
178G, une modeste plaee de contrôleur de contremarques au théâtre des 
\'ariétés, depuis théâtre de la République. Mais, s'il faut on croire Camille 
Desmoulius, (jui dans le 11° 5 de son l'/V/z.r ro/v/r/^Vr multiplia les attaques 
contre Hébert, il aurait été congédié pour indélicatesse. Ce fait, contesté 
d'ailleurs par les récents bioi^raphes d'Hébert, Camille Desmoulins avait 
déclaré le tenir d(^ l'un des acteurs de ce théâtre, qui lui aurait dit : « Nous 
avons la preuve ilans nos re<;istres qu'il nous a volés avant qu'il fût pro- 
cureur de la Commune. » Toujours est-il qu'après avoir quitté le théâtre des 
N'ariélés Hébert entra au service d'un médecin, qui l'employa à des 
beso,L,Mies infimes, lui faisant faire des saignées pour 2 sols, et ne se serait pas 
montré plus scrupuleux. Jusqu'en 1789 Hébert semble avoir vécu en 
quelque sorte d'expédients, pour ne pas dire d'escroqueries. Lorsqu'éclata 
la Révolution, il trouva sa voie et s'improvisa le défenseur du parti popu- 
laire ; en 1790, il publia son premier pamphlet politique, la Lanterne 
magique ou le iléau des aristocrates, et, pour conquérir la popularité, 
s'appropria le titre d'un journal publié par Lemaire, le Père Duchesne, 
dont il se fit à la fois le rédacteur et l'imprimeur, s'installant rue Neuve- 
de-l'Egalité, cour des Forges, dans la section de Bonne-Nouvelle; il affecta 
dans la nouvelle feuille un ton populaire, souvent même ordurier, qui 
contribua pour beaucoup au succès du journal. 

Au cours de ses tournées dans les clubs Hébert rencontra à la Société 
fraternelle des Deux Sexes, séante aux Jacobins, une ancienne religieuse du 
couvent de la Conception Saint- Honoré, Marie-Marguerite-Françoise Goupli, 
qui n'avait pas une vocation bien solide et inclinait vers les idées nouvelles, 
puisque, le 23 juin 1790, elle déclara aux officiers municipaux qu'elle ne 
pouvait, quant à présent, se décider à continuer la vie monastique. Elle 
n'était pas fort séduisante, car Prudhomme dans ses Révolutions de Paris 
rappelle une grande araignée, sortie du couvent de la Conception, mais 
elle était jeune, spirituelle et, de plus, savait confectionner une cuisine 
délicate, ce qu'appréciait beaucoup Hébert, grand amateur de bonne chère; 
il s'en éprit, l'épousa aux applaudissements du peuple et en eut une fille le 
7 février 1793 ; bien qu'elle se fût défroquée, de son séjour au couvent 
elle conserva beaucoup de piété. Comme l'on sait, Marguerite-Françoise 
Goupil fut enveloppée dans le procès de Chaumette, condamnée à mort 
et exécutée le 24 germinal. S'il faut ajouter foi au réquisitoire du subs- 



(I) L. Duval, licberl clu-z lui, La HcvoluUon française, tome XII, p. 1093, tome XIII, p. 41-57. 



INTRODUCTION iij 

titut Nauiin (1), cette ancienne religieuse, d'une immoralité notoire, 
employait son esprit et ses charmes à recruter des conspirateurs contre 
la patrie; et, agent infatigable des complots de son mari, elle aurait mcme 
collaboré d'une façon suivie au Père Duchesne, en partie son ouvrage. 

Hébert, que l'on qualifie d'homme de lettres, âgé de 30 ans, électeur 
de la section de Bonne-Nouvelle, figure parmi les membres de la Commune 
insurrectionnelle nommés dans la nuit du 9 au 10 août. Après la journée 
du 10 août, il publia la Grande relation du siège et de la prise du château 
des Tuileries ; et, après les journées de septembre, le Grand détail de 
V exécution de tous les conspirateurs et brigands de l'Abbaye, affichant ainsi 
des sentiments en harmonie avec ceux des massacreurs. Pendant les 
massacres de la Force, il fut envoyé dans cette prison avec d'autres mem- 
bres de la Commune, mais ne siégea point parmi les juges populaires. 

Lors des élections des députés à la Convention nationale, l'Assemblée 
électorale de Paris ayant décidé, le 12 septembre, que les députés élus à 
Paris seraient soumis à un scrutin épuratoire (2), Hébert, au Conseil 
général de la Commune, le 13 septembre, protesta contre cette décision, 
attendu que par suite de l'absence d'électeurs qui se trouvaient aux fron- 
tières, les sections n'étaient guère composées que de Feuillants, et les patriotes 
n'osaient presque plus lever la tête ; il proposa et fit adopter une affiche, 
dont la rédaction lui fut confiée, et dans laquelle on devait exposer au peuple 
que les députés à la Convention nationale avaient reçu l'approbation 
des vrais patriotes (3). Le 22 septembre, Hébert se plaignit de l'ingérence de 
Marat et d'autres membres du Comité de surveillance, étrangers au Conseil 
général de la Commune, dans les affaires de Police, et obtint la révo- 
cation de tous les membres de ce Comité, qui furent mis en demeure de 
rendre compte de leurs opérations. 

Dans les séances de la Commune Hébert figure toujours parmi les plus 
exaltés; c'est ainsi qu'on le voit protester contre la lecture du Bulletin 
de la santé de Louis XVI. Le 22 novembre, alors que la question des sub- 
sistances était entrée dans une phase aiguë, Hébert, qui avait été adjoint 
aux commissaires formant un Comité central des subsistances, donna 
lecture au Conseil d'un projet d'adresse à la Convention où il demandait 
la promulgation d'une loi portant peine do mort contre les accapareurs ; 
son projet fut très applaudi, mais Hébert s'opposa à son impression. 

Le Conseil général de la Commune insurrectionnelle, avant l'expiration 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n^ 89G, 

(2) E. Cliaravay, Assemblée électorale de Paris, 2 septembre 1792-17 frimaire an II, p. 134. 

(3) F. Braesch, La Commune de Paris du 10 août 1102, p. 600. 



iv INTRODUCTION 

de son mandat, décida, sur la proposition d'Hébert, de rédiger l'histoire 
de la Commune du 10 août, afin de mettre en lumière le bien qu'elle avait 
fait et celui qu'elle avait voulu faire. Lors des élections à la nouvelle Com- 
mune, au scrutin des 28 ol 29 novembre, Hébert fut réélu par la section 
de Donne-Nouvelle. A la dernière séance de la Commune du 10 août, tenue 
le \^' décembre, Hébert stigmatisa la municipalité traîtresse qui avait 
tenté de faire rétrograder la révolution et d'instruire le procès des hommes 
du 10 août ; il fut l'un des quatre membres qui furent chargés par la Com- 
mune insurrectionnelle de rédiger une adresse aux 48 sections et aux 
83 départements pour leur faire connaître les manœuvres astucieuses et men- 
songères, au moyen desquelles le Corps municipal avait surpris à la Con- 
vention les deux décrets qui avaient ordonné la réélection provisoire du 
Conseil général ; cette adresse fut imprimée et envoyée aux sections, (^e 
fut Hébert qui eut l'idée de transformer l'assemblée déchue en club poli- 
tique, avec mission de surveiller le nouveau Conseil; l'idée prit corps et 
donna naissance à la Société révolutionnaire des Hommes du 10 août, dont 
lo siège était rue Saint-Denis, aux ci-devant Filles-Dieu. 

Le 22 décembre 1792, Hébert fut élu second substitut du procureur de 
la Commune ; il assista en cette qualité à la notification du décret con- 
damnant Louis XVI à la peine de mort, qui eut lieu au Temple le 20 jan- 
vier 1793 ; le 23 avril, il rendit compte de la levée des scellés apposés sur 
l'appartement de Louis XVI ; ayant trouvé dans un tiroir les attributs 
de la royauté, il fit défigurer à coups de marteau les croix de Saint-Louis et 
autres et brûler les cordons rouges et les plaques. On sait avec quelle gros- 
sièreté il notifia à Mme Elisabeth, le 23 septembre 1793, la réforme du régime 
des prisonniers du Temple, prenant un méchant plaisir à annoncer l'expul- 
sion des cuisiniers, la suppression du pain privilégié, la substitution de 
l'étain à l'argenterie pour procurer de l'argent à la République, et « que le 
petit louveteau mangerait avec Simon ». Ce fut cette haine féroce vouée à 
la royauté qui inspira au rédacteur du Père Duchesne les infâmes accusations 
qu'il porta contre Marie-Antoinette lors de son procès. 

En avril et mai 1793, Hébert se signala dans son journal par ses vio- 
lentes attaques contre les Girondins. Le 24 mai, la Commission extraordinaire 
des Douze, qui avait reçu mandat d'ouvrir une enquête sur les actes de la 
Commune, ordonna l'arrestation d'Hébert et de l'employé des postes Varlet; 
ce jour, à 9 heures du matin, Hébert informa le Conseil général de la Com- 
mune du mandat d'amener lancé contre lui et déclara qu'on l'arrachait 
à ses fonctions, mais qu'il allait obéir à la loi. Il rappela en même temps au 
Conseil le serment que celui-ci avait prêté de se considérer comme frappé, 
lorsque l'on frapperait l'un de ses membres, et il déclarait invoquer ce ser- 



INTRODUCTION v 

ment, non pour hii/car il était prêt à porter sa tête sur l'échafaud, si le 
sacrifice de sa vie pouvait être utile à sa patrie, mais pour ses concitoyens, 
prêts à tomber dans l'esclavage. Hébert fut incarcéré à l'Abbaye, et s'il 
faut ajouter foi au rapport de Dorat-Cubières, mis dans un grenier à tous 
les vents. Le 25 mai au matin, Chaumette s'étant présenté à l'Abbaye, ne 
put voir son substitut, parce qu'il reposait, et annonça au Conseil qu'il 
était poursuivi pour sa feuille, le Père Duchesne. Le même jour, le Club des 
Cordeliers protesta contre l'arrestation d'Hébert, et le Conseil général de la 
Commune dénonça à la Convention l'attentat que venait de commettre la 
Commission des Douze en procédant arbitrairement à l'incarcération du 
substitut du procureur de la Commune, citoyen recommandable par ses 
lumières et par ses vertus civiques, et demanda qu'il fût rendu à ses fonctions 
ou promptement jugé (1). La plupart des sections de Paris, notamment 
celles du Temple, des Gravilliers, du Faubourg Montmartre et du Marais 
s'associèrent à cette protestation et présentèrent, le 26 mai, une pétition à la 
Convention pour réclamer la mise en liberté d'Hébert (2). Aux termes 
d'un rapport adressé à la Convention le 26 mai, la Commission des Douze, 
pour justifier l'arrestation d'Hébert, déclara que, dans un journal des plus 
répandus, le Père Duchesne, dont le style familier, indécent et bas, avait 
des attraits pour un certain nombre de lecteurs, un magistrat, substitut 
du procureur de la Commune, s'était permis de désigner à la vindicte popu- 
laire une classe de députés signalés sous un nom (celui de Girondins), inventé 
par la proscription, et n'avait fourni à cet égard que des explications 
insuffisantes. Sous la pression exercée par les sections, la Convention 
rendit, le 28 mai, un décret ordonnant la mise en liberté immédiate des 
citoyens incarcérés par ordre de la Commission des Douze. Le premier 
acte d'Hébert, rendu à la liberté, fut de se présenter au Conseil général de 
la Commune, où il reçut l'accueil le plus chaleureux, fut embrassé par ses 
collègues et coiffé d'un bonnet rouge. Lorsqu'il parvint à se faire entendre, 
il exprima sa vive gratitude, demanda qu'on fit l'historique de la Com- 
mission inquisitoriale des Douze, que le peuple chassât les intrigants des 
assemblées des sections et désarmât les suspects. Chaumette ayant remis à 
Hébert une couronne apportée par une députation, celui-ci la plaça sur le 
buste de Jean-Jacques Rousseau, en disant que l'on ne devait aux vivants 
que des encouragements et que les couronnes ne devaient être décernées 
qu'après la mort. 



(1) V. le tome VIII de notre Répertoire, n»» 2537, 2538. 
^2) Ibid., n° 2571. 



vj INTRODUCTION 

Hôherl n»' prit auruno part, au moins ostonsiblomont, au mouvoment 
iusumM-tionucI (i«s .'U ni;ii, l''"" o\ 2 juin; on le vdit s(Miloniont, parmi los 
nicniluos d'uno dôpulation ipii apporta, le 'A juin, à la (Convention, \me 
adrossr du ('oniilô central révolutionnaire à l'effet de féliciter l'Assemblée 
du décret d'arrestation rendu contre les députés (lirondins. 

Le Tafleau politique cl littéraire de Paris ayant annoncé, le 12 juin, que 
Marat et Hébert avaient touché 50,000 livres à la Trésorerie nationale pour 
sojiscription à leurs journaux, envoyés aux armées el dans les départements, 
et accusé dans son numéro du 10 juin Bouchottc d'avoir retiré à Dugazon, 
pour cause de modéranlisme, ses épaulettes d'aide de camp, Vincent, 
secrétaire général de la Ciuerre, écrivit, le 26 juin, à Hébert, le priant, au nom 
de Rouchotle, d'insérer dans sa prochaine feuille une note en réponse aux 
calomnies atroces et aux imputations absurdes dirigées depuis quelque 
temps contre son ministre (1). Le journal d'Hébert, très répandu, était 
elTectivement distribué à grand nombre d'exemplaires aux armées, mais 
n'était pas goûté de tous. On en a la preuve dans une lettre qu'adressa de 
Metz, le 25 juillet, un soldat du nom de Dolivet, où il déclarait au journa- 
liste connu sous le nom de Père Duchesnc que l'on ne donnait point dans 
les ordures jetées contre Custine par un odieux pamphlétaire, payé pour 
décrier le mérite, étant du reste un fripon comme ceux du parti de Pache; 
et que d'ailleurs l'armée et les garnisons de la Moselle avaient fait justice 
des pitoyables et merdeux écrits du Père Duchesne (2). Ce n'était pas le 
sentiment des représentants Delbrel, Lctourneur et Châles, en mission à 
l'armée du Nord, qui dans une lettre à l'adresse d'Hébert, en date du 
24 août 1793, se plaignaient, comme leurs collègues de l'armée des Ardennes, 
de la suspension depuis trois semaines de l'envoi de son journal, que toute 
l'armée réclamait à grands cris, ayant reconnu que cette feuille prenait 
toujours soin d'instruire les braves défenseurs de leurs droits et de leurs 
devoirs; que cette suspension d'ailleurs avait été signalée au ministre, sans 
avoir pu obtenir de réponse (3). 

Le journal d'Hébert était avec le Journal de la Montagne l'une des 
feuilles que le ministère de la guerre envoyait régulièrement aux armées ; 
à la date du 19 septembre 1793, Cally, chef du bureau des lois, informait 
olficiellemeTit Hébert que l'abonnement au Père Duchesne, alors de 
8,000 exemplaires, était porté à 12,000, et il l'invitait à fournir d'urgence, 
le jour même où paraissait son journal, ces exemplaires de supplément (4). 



(I) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2216. 
(») Ibid., n» 2218. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2219. 

(4) Ibid., n" 2221. 



INTRODUCTION vij 

La vogue du Père Duchesne au ministère de la Guerre n'avait rien de 
surprenant, si l'on veut bien considérer les relations qu'Hébert avait su 
s'y créer, non seulement avec Vincent, mais encore avec Audouin, le 
gendre de Pache. Ce dernier informait Hébert, le 2 septembre, de l'accep- 
tation des deux citoyens qu'il lui avait recommandés, se disant persuadé, 
que celui qui parle franchement au peuple, ne peut le trompsr dans le 
choix de ses agents, et il terminait en le saluant d'une manière « bougre- 
ment fraternelle » (1). Hébert, dont le train de vie était luxueux et coû- 
teux, avait, comme il le disait cyniquement, besoin « de braise pour chauffer 
ses fourneaux ». Les subventions qu'il recevait de Bouchotte servirent de 
base aux violentes attaques que Camille Desmoulins, dans le n^ 5 de sonFi'ew.T 
Cordetier, dirigea contre son adversaire, accusant «le pauvre Sans-Culotte 
Hébert d'avoir reçu 126,000 livres de Bouchotte pour calomnier Danton, 
Philippeaux, Bourdon de l'Oise, et pour inonder la France de ses écrits, si 
propres à former l'esprit et le cœur». 11 ressort des calculs de Camille Des- 
moulins qu'Hébert aurait reçu, le 2 juin, 135,000 livres, au mois d'août 
10,000 livres et le 4 octobre 60,000 livres, ce qui cadre bien avec le chiffre 
de 200,000 livres que donne Thiers dans son Histoire de la Révolution fran- 
çaise, comme représentant les subventions allouées à Hébert par Bouchotte, 
qui plus tard opposa les dénégations les plus formelles à cette assertion ; 
en fm de compte Hébert, toujours d'après Camille Desmoulins, aurait 
volé à la nation 43,184 livres. 

Philippeaux se joignit à Camille Desmoulins pour dénoncer « le mus- 
cadin Hébert, comme étant l'un de ceux qui puisaient à discrétion dans 
le Trésor national, sous les bienveillants auspices du monarque Bouchotte. 
et comme ayant reçu dans le seul mois de septembre 60,000 livres pour 
faire son éloge et celui de ses commis. Il est naturel, ajoute Philippeaux, 
que M. Hébert gagne son argent; mais le peuple ne sera pas dupe longtemps 
de ce jongleur hypocrite, qui fouille dans sa bourse pour élever un piédestal 
à ses oppresseurs et à ses bourreaux; des voiles horribles se déchireront, 
et M. Hébert ira à la guillotine. » (2). 

Dans la séance des Jacobins du 29 yendémiaire, Hébert se plaignit d'abord 
de ce que le Comité do salut public du Département eût arrêté son journal 
à la Poste pour l'empêcher de circuler dans les départements, sous le pré- 
texte qu'il attaquait les autorités constituées, puis de ce qu'on avait envoyé 
dans son pays natal afin de prendre des renseignements sur sa 'vie privée 



(1) Voir le tome X de notre Répertoire, n° 2220. 

(2) Philippeaux, représentant du peuple, à ses collègues et à ses concitoyens, p. 35, A. N., 
AD XVII^ 55. 



viij I\TIK)nUCTIO\ 

lin corla'm l'ithiiciiis. niilrt'l'ois dit Loroi, ancion i^rc^ffior du Triliunal rri- 
iiiint>l, (IcntMiu cmploy/' du (liuniti'' de saluL jnd)lic (!). Le 'A bruniairo, l'un 
dt^s nuMuliit'S du (".iMnih' i\r surNcillancc du I )r|tai trinrul vint, aux Jacobins 
ivpundrt' aux itirulpalituis (rilt'hcrl au sujet de l'arrestation du journal 
«lu Pf'rr /)iic/irsn'', e( cila le paragraphe qui avait niolivé celte mesure: 
« Si it's bougres qui nous gouvernent, disait lIél)ort, au lieu de nous déchirer 
comme des vautours, étaient laborieux comme des fourmis, les choses n'en 
iraient que mieux, et nous pourrions être bien gouvernés, mais chacun 
rapine de sim côté. » Monutro prit la défense d'Hébert et <le sa feuille, qui, 
alléguait-il, rendait de grands services dans les armées (2). Un mois plus 
tard, le représentant Lejeune, de l'Indre, en mission à Laon, exhortait 
Hébert, aux termes d'une lettre du 2 frimaire, à ne cesser de poursuivre 
dans ses feuilles et à la tribune des Jacobins les intrigants et les hommes 
pusillanimes (jui voudraient entraver la marche de la Révolution, l'assu- 
rant que la récompense de ses travaux serait l'estime de ses concitoyens 
et de la postérité, et terminait en offrant l'hommage de son respect « à 
la Mère Duchesne, qu'il a bien regretté de n'avoir point vue, le jour où 
il a eu le plaisir de diner avec Hébert » (3). 

Ce n'est pas seulement au journal du Père Duchesne qu'Hébert attacha 
son nom; il prit une part des plus actives au mouvement de déchristiani- 
sation fie la fin de l'année 1793, qui aboutit au culte de la Raison, dont 
il fut avec Ghaumette et Cloots l'un des promoteurs; mais s'il le célèbre 
dans son journal, ce n'est pas tant pour nier l'existence de la divinité que 
pour bafouer les prêtres. « Si l'être qui nous a créés exige de nous un culte, 
y écrit-il (n" 347), celui de la Raison doit seul lui être agréable. Tout le 
reste n'est que mensonge et imposture. Ainsi donc, f..., vive la raison, 
vivent la vérité et l'humanité. Au f... les prêtres qui ne savent que 
mentir, tromper et égorger, f... » 

Lorsque, le 1" frimaire, Robespierre monta à la tribune des Jacobins 
pour répondre au discours d'Hébert, il attaqua vivement ceux qui, sous le 
prétexte de détruire la superstition, voulaient faire une sorte de religion de 
l'athéisme lui-même. Le rédacteur du Père Duchesne dut comprendre qu'il 
s'était fait un ennemi irréconciliable de Robespierre ; aussi, le 21 frimaire, 
aux Jacobins, lors du scrutin épuratoire le concernant (4), il crut habile 
de protester formellement contre l'accusation d'athéisme qui le visait 



(1) A. Aulard, La Société des Jacobins, t. V, p. 473. 

(2) A. Aulard, La Société des Jacobins, t. V, p. 477. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2228. 

(4) A. Aulard, La Société des Jacobins, t. V, p. 528. 



INTRODUCTION ix 

et déclara même que l'Evangile était un excellent livre de morale, qu'il 
fallait en suivre toutes les maximes pour être parfait jacobin, et que le 
Christ lui semblait être le fondateur des sociétés populaires. Le 14 ventôse, 
à la tribune des Gordeliers, Hébert dénonça la politique modérée de Robes- 
pierre, attaqua les ministres Paré et Déforgues et prêcha l'insurrection. 
Malgré sa rétractation du 22 ventôse aux Jacobins, le dénouement était 
proche; Robespierre et le Comité de salut public sentirent le danger que 
pouvait courir la Convention avec une nouvelle journée du 2 juin, aussi, le 
23 ventôse, dans un rapport énergique à la Convention, Saint- Just dévoila les 
conspirateurs, et s'en prenant à Hébert, flétrit le scélérat, qui avait fait mar- 
chandise de sa plume et de sa conscience, le fripon, le mauvais citoyen, vil 
artisan de calamités qu'attendait l'échafaud. Un mandat d'arrêt contre 
Hébert fut décerné, le 22 ventôse, par Fouquier-Tinville ; écroué à la Con- 
ciergerie, il subit le 28 ventôse un interrogatoire sommaire devant Dumas, 
vice-président du Tribunal révolutionnaire, et choisit pour défenseur Des- 
tournelles, ministre des Contributions publiques (1). Pour dresser son acte 
d'accusation Fouquier-Tinville avait pris soin de relever dans le Père 
Duchesne les nombreux articles oîi Hébert faisait une peinture exagérée 
des maux de la République, proposait des mesures ultra-révolutionnaires, 
rejetait tout l'odieux de la disette sur les Comités, cherchait à diviser les 
patriotes et à produire une effervescence générale capable de dissoudre la 
Convention, que d'ailleurs il outrageait et bafouait à chaque instant dans 
son journal. La seule phrase suivante, empruntée à l'auteur du Père Du- 
chesne, ne montrait-elle pas une intention non équivoque d'avilir les auto- 
rités constituées ? « Les bougres qui nous gouvernent sont des dévorateurs 
de la substance publique. » Le pamphlétaire, si violent la plume à la main, 
eut une attitude piteuse au cours de son procès, fut pris de défaillances ; 
et, la dernière nuit, dans sa prison, eut des accès de désespoir. Lorsqu'on 
le conduisit, ou plutôt, lorsqu'on le porta à l'échafaud, il fut hué par le 
peuple, qui, empruntant le langage trivial de ce folliculaire, lui répétait 
sur son passage le cri des colporteurs : « Il est bougrement en colère le 
Père Duchesne. » 



2. RONSIN (Charles-Philippe), général de l'armée révolutionnaire. 

Ronsin, littérateur dramatique, qui devint général de l'armée révo- 
lutionnaire, serait, d'après plusieurs biographes, même récents, le fils 

(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 210. 



X INTRODUCTION 

(lo rnitivatours nisôs : vo n'ost pna oxart ; son a( lo do baptême, du 
j«T (l,'>«>oinl)n» 17r»l, II' dit lils do .I('an-Ha|>lisl(» Hmisiti. Ininiclicr à Sois- 
sons, ot <io Louisp Lcfchvrc. Sons lo nom do Darius, il sorvit comme simple 
soldat du 7 octobre 1708 au 10 mars 1772, et acbela son congé; à la veille 
du 1'» juillet 1780, on le trouve commandant du poste do la rue des Moulins. 
Au début de la Révolution, Honsin était surtout homme do lettres et auteur 
dramatique. Sa première brochure politique, non signée, date du mois d'août 
1780; elle est intitulée: F^a lÀgue aristocratique on les Catilinaires françaises, 
et met en scène Mario-Anloinolle, qualifiée de Messaline autrichienne, le 
comte d'Artois, ainsi que d'autres conspirateurs, ligués contre la Nation, 
et Louis XVI, que Ronsin appelle lo meilleur des rois. A l'occasion de la Fédé- 
ration de juillet 1700, Ronsin fit représenter au Palais-Royal une comédie 
patriotique en vers, la Fête de la Liberté ou le Dtner des patriotes, dont le 
sujet est la réconciliation des privilégiés avec le peuple. L'année suivante, 
à la date du 18juinl791,le théâtre de Molière, rue Saint-Martin, donna une 
nouvelle pièce du môme auteur, la Ligue des fanatiques et des tyrans, tragédie 
en 3 actes et en vers, laquelle obtint un certain succès, grâce au talent deBour- 
sault, directeur de ce théâtre, qui, dans un rôle de député, joua avec chaleur 
et énergie. Enfin, une autre tragédie du même auteur, en 5 actes, Aréthaphile, 
ou la Révolution de Cijrene, représentée pour la première fois au théâtre 
Louvois, le 23 juin 1792, et reprise par le théâtre de la République, le 26 bru- 
maire an II, ne fut pas moins goûtée du public, qui applaudit avec transport 
ce vers adressé au tyran de Cyrene : 

Sans toi, le peuple est tout, et toi n'es rien sans lui ; 
et acclama Ronsin, alors général de l'armée révolutionnaire, qui se trouvait 
dans une première loge et qui répondit à des applaudissements réitérés par 
le cri de : Vive la République. 

Ces succès littéraires ne suffirent point à l'ambition de Ronsin, qui se 
lança dans la politique et entra dans les Clubs des Cordeliers et des Jacobins, 
où il se plaça au rang des orateurs les plus écoutés. Le 11 août 1792, Ronsin, 
demeurant alors rue des Grands- Augustins, prêta entre les mains de Momoro, 
président de la section du Théâtre-Français, le serment d'être fidèle à la 
Nation, de maintenir de tout son pouvoir la Liberté et l'Egalité et de mourir 
à son poste en les défendant. Quelques jours après, il fit l'oraison funèbre 
de l'un de ses frères d'armes, mort à la journée du 10 août. Le Conseil exé- 
cutif provisoire lui confia, à la fin d'août et au mois de septembre 1792, 
trois missions importantes, la première, le 29 août, à l'effet d'accélérer 
dans les départements voisins de la capitale la levée des 30,000 hommes ; 
la seconde, à la date du 12 septembre, afin de faciliter l'organisation des 
bataillons de piquiers et l'évacuation du camp de Soissons ; la troisième, 



INTRODUGTIOÎ^ xj 

à la date du 26 septembre, pour assurer le maintien de l'ordre et de la dis- 
cipline parmi les bataillons de volontaires cantonnés dans les départements 
de l'Oise, de l'Aisne, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord. Ronsin 
s'acquitta, parait-il, de son mandat avec succès et célérité ; sa correspon- 
dance avec la Convention nationale, avec les représentants à l'armée du 
Nord, avec les ministres de la guerre Servan, Lebrun et Pache, et avec les 
généraux en chef le mit en relief et attesta le courage et la fermeté dont il 
avait fait preuve pour réprimer la licence ou punir les excès auxquels s'étaient 
livrés plusieurs bataillons de volontaires. Dans le cours de ces missions, 
il assista à plusieurs faits de guerre, comme la bataille de Jemmapes, la 
prise de Mons. Pour reconnaître ses services, Pache lui offrit le poste de 
commissaire des guerres à l'armée de Belgique; mais Ronsin avait de plus 
hautes aspirations. Le 2 novembre 1793, il adressait à Pache une requête, 
où il déclarait que l'offre d'une place de commissaire des guerres l'avait 
d'autant plus flatté qu'il la regardait comme une occasion de se dévouer 
tout entier à la défense des intérêts de la République; toutefois ses relations 
avec les commissaires ordonnateurs l'ayant mis à portée de connaître 
la mauvaise foi et l'incivisme de la plupart d'entre eux, et persuadé que 
l'intention du ministre était de n'accorder de pareils emplois qu'à des hommes 
d'une probité sévère et d'un patriotisme éprouvé, il espérait que le citoyen 
Pache n'hésiterait pas à lui confier une place de commissaire ordonnateur 
des guerres (1). 

Le 22 novembre. Malus, commissaire ordonnateur en chef, ayant été 
par décret de la Convention mandé à sa barre, Ronsin fut proposé au choix 
du ministre pour le remplacer. Pache l'envoya à l'armée de Dumouriez 
avec mission, suivant Mallet du Pan, de brouiller les cartes, intriguer, voler 
et calomnier. En tout cas, Dumouriez vit de très mauvais œil cet admi- 
nistrateur postiche, qui n'avait peut-être de sa vie connu aucune des parties 
de l'administration militaire et qui y introduisit le désordre, le pillage et 
la fraude. 

En effet, Ronsin qui, par ses dénonciations, avait réussi à amener la 
destitution et même l'arrestation des ordonnateurs Malus, Petit] ean et 
d'Espagnac, taxés, soit d'incapacité, soit de négligence coupable, ne joua 
pas un rôle beaucoup plus brillant dans l'exercice de ses fonctions. Ainsi, 
d'après la déclaration de Claude Vezu, dit Jean Bart, général commandant 
la division de Maubeuge (2), c'est en pure perte que lui ainsi que d'autres 



(1) Arch. admin. de la Guerre, dossier Ronsin. 

(2) V. le tonne X de notre Répertoire, n» 2271. 



xij INTRODUCTION 

chefs do rorps réclunièront au commissairo Honsin dos olîols (riiahillomont 
et (les rhaiissiiros pour IiMirs soldats, alors (ju'à liiôtjo il y avait uno ôirlise 
plt'iiic de soulii-rs, a\i'i' SO.OdO aiiiifs de draps, (jni lonihrri'nt entre les 
mains de l'ennemi, sans couipter '•,000 fusils. Le même lémoignai^e est rendu 
par un capitaine au '.V bataillon do Paris, Henri Yvrié (1). La déposition 
de Nicolas-Michel Jolivet, ancien agent de la Répuldique à Liège, no montre 
pas non plus Ronsin sous un jour bien favorable. Pendant qu'il se trouvait 
à Liège, Jolivet eut l'oc easion de constater la conduite immorale de Ronsin, 
« ses orgies indécentes et propres à dégoûter tout honnête citoyen de la 
liberté républicaine ». Bien plus, les vexations arbitraires qu'il exerça dans 
ce pays le firent regarder de si mauvais œil qu'à son nom seul le Liégeois 
frémissait d'horreur. Ronsin avait entravé l'arrivage des subsistances en 
empêchant les habitants des campagnes d'apporter leurs denrées dans les 
magasins de l'armée française, par les avanies sans nombre qu'il leur faisait 
subir, lorsqu'ils venaient faire viser leurs bons dans ses bureaux, ce qui 
obligea la République à passer des marchés désastreux, notamment pour 
l'avoine en janvier 1793, à raison de 25 livres en numéraire par sac, alors 
que la récolte de 1792 se trouvait encore en entier chez les fermiers du pays 
de Liège. Jolivet signalait parmi ceux qui coopérèrent à ces vexations 
Sulpice Hugucnin, ancien commis de la barrière à Paris, qui certainement 
dut en tirer quelques profits (2). 

Un autre agent diplomatique, Paul Chaix, consul d'Espagne à Ostende 
pour la Belgique, associé à deux négociants pour fournir des fusils à la Répu- 
blique, se rendit certain soir chez Ronsin, à l'occasion de la saisie-arrêt 
pratiquée par ordre de celui-ci sous prétexte que ces armes, achetées à 
des aristocrates, devaient être envoyées en Prusse. Il le trouva dans une 
sorte d'orgie indécente et eut avec lui une vive altercation, mais dut y 
couper court, attendu, dit-il, qu'il l'aurait convaincu de ses torts, si 
Ronsin eût été susceptible d'entendre raison (3). 

Les fournisseurs de l'armée de Belgique, notamment un certain Alexandre 
Sagniel et ses associés, furent obligés de renoncer à leurs marchés, ayant 
refusé de se prêter aux combinaisons louches et aux dilapidations des com- 
missaires ordonnateurs, en particulier de Ronsin, qui accaparèrent tous 
les cuirs (4). 

Après avoir entendu les accusateurs de Ronsin, il est intéressant de 
constater que l'ordonnateur en chef de l'armée de Belgique se donnait 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2-272. 

(2) Ibid., no 2279. 

(3) V. le toaic X de notre Répertoire, n» 2275. 

(4) Ibid., n'2291. 



INTRODUCTION xiij 

le beau rôle dans une lettre adressée de Liège à Pache, le 20 janvier 1793, 
à l'effet d'obtenir un congé de 15 jours pour se rendre à Paris. 
Ronsin s'exprimait en ces termes : 

« Le méconlentement csl dans toute Tarmée, la désorganisation augmente, les 
usurpations des pouvoirs de chefs à chefs, d'administrateurs à administrateurs, sont à 
leur comble, les ressources de nos ateliers ne peuvent faire cesser ni les plaintes, ni 
les besoins des soldats, parce qu'elles ne produisent que des distributions partielles, 
et je me flatte d'avoir à présenter des moyens sûrs et prompts de mettre fin à une 
grande partie de ces désordres. Je vous demande donc au nom de nos braves défen- 
seurs, un congé de 15 jours, il faut que je vous voye, vous et le Comité militaire. Mes 
occupations multipliées ne permettent pas de me livrer à un travail qui doit embrasser 
tous les services, il tient à la cause de la République, à la vôtre et à la mienne. Il est 
temps que les intrigants et les fripons entendent une fois le langage d'un vrai répu- 
blicain, qu'ils se sont flattés de perdre. I/utilité de ce voyage a été sentie par les 
commissaires de la Convention. J'attends le congé que je vous demande par le retour 
du même courrier. Je laisserai ici le commissaire ordonnateur Lambert. Vous con- 
naissez son patriotisme et ses lumières, c'est vous en dire assez » (1). 

Le 29 janvier 1793, la Convention décréta que Malus serait réintégré 
dans ses fonctions. Trois jours auparavant, le Comité de la guerre, sur le 
rapport de Lecointre, avait décidé secrètement que Ronsin, le calomnia- 
teur et' le successeur de Malus, serait employé dans une autre armée. 

Lorsqu'après la trahison de Dumouriez, Bouchotte remplaça Beurnon- 
ville au ministère de la Guerre, il s'entoura des créatures de Pache et choisit 
Ronsin pour son premier adjoint. Le 9 mai 1793, le Conseil exécutif provi- 
soire envoya Ronsin en mission à Tours, avec mandat de fournir à l'armée 
des Côtes de la Rochelle les subsistances, les charrois et tout le matériel de 
guerre qui serait nécessaire. Celui-ci se présenta à Nantes, flanqué du comédien 
Grammont, avec un appareil théâtral (des voitures dorées, surmontées de 
, drapeaux), qui déplut aux autorités de cette ville, et il y reçut un accueil 
des plus frais. Sortant de son rôle d'organisateur du matériel, il prit la direc- 
tion des opérations contre les insurgés vendéens, avec le concours d'un 
militaire des plus capables, Alexandre Berthier, qui reconstitua l'armée. 

Après la déroute de Saumur (9 juin 1793), Ronsin, inquiet à raison de la 
responsabilité qui pesait sur lui, s'empressa de revenir à Paris, afin de 
donner au Comité de salut public des explications sur la prise de cette ville 
par les Vendéens ; le 14 juin, le Comité, après avoir entendu son rapport, 
décida son retour au quartier général et auprès de la Commission centrale 
des représentants pour achever sa mission ; ce fut pour peu de temps, 
car il reçut à Tours notification par Gasparin d'un arrêté du Comité de salut 
public du 28 juin, qui le rappelait en chargeant le général Birondeladirec- 

(1) Arcii. admin. de la Guerre, dossier Ronsin. 



xiv INTHUDUCTION 

lion (les opérations militaires; mais le représentant Choudieu ayant fait 
valiùr aupit'S du (loinitô les excellents services rendus par Ronsin, le Comité 
revint, le h'"" juillet, sur sa décision. Le môme jour, le ministre de la Guerre 
le nomma capitaine au l.'^' réjjjiment de chasseurs à cheval, le 2 juillet, 
chef «l'escadrons, le 3 juillet, adjudant général, chef do brigade, enfin le 
■\ juillet, général de brigade. Si Choudieu avait cru devoir vanter les ser- 
vices rendus par Ronsin, d'autres représentants ne partageaient pas son 
sentiment. Merlin de Thionville et Gillet, en mission près l'armée des Côtes 
de Brest, protestèrent contre un avancement aussi scandaleux et s'expri- 
mèrent ainsi sur le compte du nouveau général : « Après avoir désorganisé 
l'armée des Côtes de la Rochelle, il voulait désorganiser celle des Côtes de 
Brest, nous lui avons imposé silence. 11 vient d'être fait général de brigade; et 
Grammont, de comédien qu'il était, vient d'être nommé adjudant général ; 
des hommes qui n'ont jamais fait aucun service militaire, élevés à des 
grades supérieurs ! Est-ce surprenant, quand on voit l'orfèvre Rossignol 
arriver, grâce à son ami Ronsin, au poste de général de brigade, puis de 
division et enfin dégénérai en chef de l'armée des Côtes de la Rochelle?» celui 
que Philippeaux, dans son écrit violent contre Ronsin, appelle le manne- 
quin, la manivelle de Ronsin. Le 26 juillet, le Comité de salut* public 
substitua au plan d'enveloppement des rebelles, proposé par le général 
Biron, le plan de destruction des Vendéens par le fer et par le feu, que pré- 
conisait Ronsin et que sanctionna la Convention par son décret du 1" août. 
Ronsin eut également l'idée de transporter rapidement en Vendée la gar- 
nison de Mayence et de l'adjoindre à l'armée des Côtes de la Rochelle; mais 
le Comité de salut public ayant jugé à propos de la diriger sur Nantes, 
Ronsin accourut à Paris, le 29 août, à l'effet de réclamer contre cette déci- 
sion. Il n'y fit pas long séjour, car on le voit assister, en qualité de commis- 
saire du Comité de salut public et du Conseil exécutif au Conseil de guerre, 
tenu le 11 septembre à Saumur par les généraux Rossignol, Santerre, 
Menou, Turreau et autres, qui modifia le plan de campagne. Le grave échec 
que subirent les Mayençais à Torfou, le 18 septembre, serait imputable, 
au dire de Philippeaux, à Ronsin, qui donna l'ordre de reculer aux divisions 
de Niort, de Luçon et des Sables ; c'est également sur Ronsin que Santerre 
et Turreau firent peser la responsabilité de la défaite des républicains à 
Coron, journée fatale, dit Philippeaux, où 45,000 patriotes furent décimés 
par 3,000 brigands. Lors de cette afîaire, Ronsin, qui exerçait le comman- 
dement aux lieu et place de Rossignol, malade, se serait tenu enfermé dans 
un bon carrosse avec le commissaire de la Convention Choudieu et « la Mes- 
saline Momoro ;> (femme du commissaire, son ami) et se serait opposé à la 
retraite des troupes. Ce fut le dernier exploit de Ronsin en Vendée, il jugea 



INTRODUCTION xv 

préférable de rentrer à Paris et, sous la pression violente du Père Duchesne 
et du parti Hébertiste, il fut promu, le l^'* octobre, général de division, et 
nommé, le 2 octobre, général en chef de l'armée révolutionnaire. 

Voici le texte de la décision du Conseil exécutif provisoire investissant 
Ronsin de ses nouvelles fonctions : (1) 

« Le Conseil exécutif provisoire, jugeant qu'il est du bien du service d'employer 
un général de division près les troupes qui composent l'armée révolutionnaire pour la 
commander, a fait choix du citoyen Ronsin pour remplir près lesdites troupes, provi- 
soirement et subordoiinément au citoyen Ilanriot, général de division employé à Paris, 
lorsque ceilc armée résidera dans cette ville, les fonctions de son grade. En consé- 
quence il fera pour la défense et l'indivisibilité de la République, le maintien de l'ordre 
tout ce qu'il Jugera convenable, ou tout ce qui lui sera prescrit par les ordres et ins- 
tructions du Conseil exécutif provisoire. Mande et ordonne le Conseil exécutif provi- 
soire aux troupes formant l'armée révolutionnaire, aux généraux de brigade de 
reconnaître le citoyen Ronsin pour un de leurs commandants. » 

Camille Desmoulins, dans le n° 4 de son Vieux Cordelier, s'associa à 
Philippeaux pour protester contre cette nomination. « Qu'a fait Ronsin, 
dit-il, pour être général de l'armée révolutionnaire ? Beaucoup intrigué, 
beaucoup volé, beaucoup menti. » 

Lors de la discussion qui eut lieu, le 27 septembre, aux Jacobins, au 
sujet de la composition de l'état-major de l'armée révolutionnaire, Ronsin 
monta à la tribune et déclara qu'il arrivait de l'armée des Côtes de la Ro- 
chelle pour rendre compte au Comité de salut public de l'état déplorable 
dans lequel se trouvait cette armée par la faute des généraux Canclaux 
et Aubert-Dubayet. La Société populaire de Tours, affiliée à celle des Jaco- 
bins, indignée de cette dénonciation calomnieuse et désirant être édifiée 
sur le compte de Ronsin, adressa, le 2 octobre, à la Société populaire de 
Saumur la lettre suivante (2), qui corrobore en tous points l'opinion émise 
par Philippeaux. 

Nous vous prions, frères et amis, de prendre tous les renseignements 

possibles sur ce Ronsin, sur ce fonctionnaire public amphibie, qui, adjoint du ministre, 
quand on va se battre, et général, quand on fait les préparatifs, nous a prouvé depuis 
longtemps que l'intrigue, l'ambition et l'amour des assignats étaient chez lui des pas- 
sions bien plus dominantes que celles du salut de la République, sur cet homme enfin 
à qui nous attribuons nos désastres et l'éternisation de la guerre de la Vendée. Nous 
vous prions de nous dire si Canclaux et Dubayet étaient à la déroute de Coron, ou à 
celle de Saint-Lambert, ou si ce sont eux qui ont dirigé les superbes manœuvres de 
ces deux divisions, les 18 et 19 septembre dernier. Nous vous prions de nous dire si, 
comme Ronsin, Dubayet et Canclaux ont abandonné l'armée pour aller à Paris dans le 



(1) Arcli. admin. de la Guerre, dossier Ronsin. 

(2) Ibid., dossier Ronsin. 



xvj INTRODUCTION 

moment du damier, et si comme lui ils oui été arrêtés à IJaugé, avec invitation éner- 
gique de rebrousser chemin vers leurs postes. 

Frères et amis, Honsiu nous est plus que suspect, il n'a laisse' échapper aucune 
occasion d'éloigner les généraux (jui se sont distingués le plus, soit par leurs succès, 
soit par leur bravoure, à la guerre de la Vendée 

Honsin est nommé général de l'armée révolutionnaire, nos frères de Paris, qui ne 
le connaissent (jue par les ra|)porls infidèles ou partiaux de (piehiues-uns de ses 
agents, sont trompés sur son compte, nous nous reposons sur vous pour sauver à la 
Hépubli(|ue la honle d'avoir un tel honime à la tête d'une armée dont les opérations 
doivent être si salutaires, et qui a besoin de toute la confiance des vrais républicains, 
il ne faut pour cela que dire la vérité. 



Ronsin, amateur des exhibitions théâtrales, surtout loin de l'ennemi, 
présenta, le 20 octobre, à la Convention son armée révolutionnaire, et sem- 
blait être alors au pinacle. Malgré ce défilé triomphal, Philippeaux, rentré 
à la Convention, s'acharna « à la poursuite des Sans-Culottes à lambris dorés, 
des jouisseurs de Saumur, en particulier de Ronsin, ce lâche fripon, disait-il, 
qui, de son propre aveu, n'avait au 10 août que 5 livres pour toute fortune, 
et qui nageait dans l'opulence et dans le faste, entouré d'une cour comme 
un prince, et couchant dans un lit de 22,000 livres». Du reste,ravidité de 
Ronsin n'avait point de bornes ; le 26 brumaire an II, non content de récla- 
mer ses appointements de général de brigade, employé à l'armée des Côtes 
de la Rochelle du 4 juillet 1793 au 10 vendémiaire an II, ceux de général 
de division à partir du 21 vendémiaire, ceux de commandant de l'armée 
révolutionnaire du 22 au 30 brumaire, sans compter ses gratifications de 
campagne, il prétendait être assimilé aux généraux en chef des 11 armées 
de la République, qui touchaient 40,000 livres, tandis que les généraux 
de division ne recevaient que 20,000 livres. Le ministre de la Guerre, n'osant 
trancher la question, invita Ronsin à s'adresser au Comité de salut public. 
On sait qu'au début de frimaire Ronsin fut envoyé à Lyon avec l'armée 
révolutionnaire, et que, sous les auspices de Collot d'Herbois, il mitrailla 
les rebelles de cette ville. 

Ronsin fut arrêté le 27 frimaire, par ordre de la Convention nationale, 
en même temps que son ami Vincent, et incarcéré à Sainte-Pélagie, oîi il 
partagea la chambre de deux Hébertistes, Desfieux et Pereyra. Ces trois 
détenus, qui exerçaient une influence despotique, passaient une partie des 
nuits en orgies, s'entretenant bruyamment et parfois se disputant, notam- 
ment certain soir où l'on apprit que Philippeaux et Camille Desmoulins 
attaquaient vivement Ronsin dans leurs écrits et journaux; ils se réjouirent 
de l'arrestation de Fabrc d'Eglantinc et déclarèrent qu'il fallait renouveler 
le Comité de sûreté générale, parce qu'il était gangrené, ne se gênant pas 
pour dire que, lorsqu'ils seraient sortis de prison, ils en feraient beaucoup 



INTRODUCTION xvij 

guillotiner, en première ligne Philippeaux et Camille Desmoulins. Ronsin, 
dans ses confidences, tint même à Desfieux un propos étrange, qui témoigne 
d'un dévergondage éhonté et qui fut relevé par un de leurs compagnons 
de captivité (1). <> Je veux, dit-il, que la Révolution en vienne à ce point 
que, quand je passerai sur le Pont-Neuf, si je rencontrais une pucelle qui me 
convienne, je la trousse et la f... en public. » Le même Ronsin dans sa prison, 
recevait de fréquentes visites, entre autres celles du général Hanriot et de ses 
aides de camp, de Boulanger, général de l'armée révolutionnaire, de Mazuel 
chef d'escadron de la même armée (2), de Momoro, qui eut avec Ronsin 
plusieurs entretiens confidentiels. François Dangé, l'un des administrateurs 
de Police, déclara avoir vu venir à Sainte-Pélagie plus de cent personnes, 
tant Cordeliers que Jacobins; il y avait souvent une telle affluence que 
non seulement sa chambre, mais le corridor étaient pleins de monde (3). 
Ronsin et ses compagnons jouissaient d'une liberté illimitée, festoyaient 
constamment avec leurs femmes, et d'autres, tandis que la plupart des 
détenus étaient privés de tout ; ce contraste choquant causa parfois une 
certaine effervescence et provoqua même une rixe avec les partisans de 
Ronsin, indignés de ce que sur un mur, à côté du portrait de Pereyra, 
tenant un cigare à la bouche, quelque mauvais plaisant avait charbonné un 
âne au-dessus duquel avait été inscrit le nom de Ronsin (4). Lorsque Ronsin 
sortit de Sainte-Pélagie, il se transporta successivement dans diverses prisons 
de Paris, soi-disant pour en faire l'inspection, en réalité pour se rendre 
compte du nombre et de la qualité des détenus, en vue de certaine épura- 
tion projetée par les chefs du parti Hébertiste. S'étant présenté à la prison 
de la Bourbe il interpella le concierge en faisant sonner sa qualité de général 
de l'armée révolutionnaire, et comme le gardien de cette maison d'arrêt 
lui objecta que cette qualité ne lui donnait pas le droit d'entrer, il répli- 
qua : « 7'«i le droit d'entrer partout, de te surveiller toi et ta maison » ; alors 
le concierge n'osa pas lui refuser l'entrée, Ronsin lui dit: Je veux voir d'abord 
le dedans, puis je ferai ma ronde au dehors ; il se contenta de faire une visite 
aux frères Frey, qui y étaient détenus. Une scène analogue se produisit 
à la maison de Picpus oîi Ronsin voulut entrer de plein pied et fut empêché 
par le concierge, qui lui dit : On n'entre pas, et auquel Ronsin répondit : 
Cela m'étonne, car Centre partout ; le concierge, sans se laisser intimider, 
répartit : Tu n'entrerai pas sans permission. Sans insister autrement Ronsin 



(1) Déclaration de Louis-Claude Cezeron, commis chez un receveur de rentes, du 26 ven- 
tôse an II, tome X de notre Répertoire, n» 2273. 

(2) Déclaration de J.-B. Dugrain, marchand de bois, tome X de noire Répertoire, n» 2283. 

(3) Procès-verbal de François Dangé, tome X de notre Répertoire, n" 2285. 

(4) Déclarations de Jacques Dagieu, cultivateur, et de J.-Ch. Joly, ibid., n»» 2295, 2287. 

T. XI. ** 



xviij INTRODUCTION 

s'en fut dîner dans un cabaret voisin avec ses camarades et deux femmes. 
Ronsin vint aussi à Saint-Lazare, à clieval, accompagné de Mazuel, son aide 
de camp, et demanda des listes de prétendus patriotes, c'ost-à-dirc de ceux 
auxquels il s'intéressait, se faisant fort d'obtenir leur élargissement. SHl 
y a ici dea boiis patriotes, disait Ronsin, qu'ils fussent leurs réclamations, je 
déclare que je nC emploierai pour les faire sortir (1). A la Force Ronsin offrit 
sa liberté à un architecte, Diogène Palloy, auquel il dit : Si tu veux sortir, 
je me charge de ta liberté, fai du pouvoir du Comité de sûreté générale et suis 
chargé de visiter toutes les prisons pour délivrer tous les bons patriotes, l'autre 
ayant répondu que n'ayant rien à se reprocher, il voulait sortir par la belle 
porte, c'est-à-dire en vertu d'un décret de la Convention, Ronsin haussant 
les épaules, le traita de nigaud (2). 

Pendant la captivité de Ronsin, ses partisans et amis s'employèrent 
pour le faire mettre en liberté. Au Club des Jacobins, le 1^"* nivôse, Collot 
d'Herbois prit sa défense avec énergie et vanta son patriotisme, attestant 
qu'à Lyon il avait couru les plus grands dangers, qu'en Vendée il s'était 
comporté de la manière la plus révolutionnaire et avait toujours poursuivi 
avec acharnement les ennemis du peuple. Collot d'Herbois se demandait 
comment Ronsin avait pu démériter, lui qui partout avait donné des preuves 
de son amour pour la liberté, lui dont les ouvrages respiraient la haine des 
tyrans, et se résumait en déclarant que la Société des Jacobins avait un grand 
acte de justice à faire, c'était de proclamer que Ronsin n'avait pas perdu 
sa confiance (3). Au début de la séance du 3 nivôse, il fut donné lecture d'une 
lettre du général Ronsin, où celui-ci s'attachait à réfuter toutes les accusations 
dirigées contre lui par Philippeaux dans son rapport à la Convention. 
D'autre part, en réponse aux attaques du représentant Levasseur, Philip- 
peaux rappela, en invoquant le témoignage de tous les habitants du théâtre 
de la guerre, qu'en Vendée Ronsin et Rossignol étaient toujours plongés 
dans les plaisirs, occupés à faire bonne chère et n'étaient jamais à la tête de 
leurs armées, excepté à la malheureuse affaire de Coron. Le 14 pluviôse, en 
vertu d'un décret de la Convention, Ronsin était mis en liberté, en même 
temps que Vincent. Aussitôt sorti de prison, Ronsin ne songea qu'à tirer 
vengeance de ceux qui l'avaient fait incarcérer ; le 17 ventôse, il prononça 
à la Société des Gordeliers un discours, dans lequel il mettait en garde les 
citoyens contre les modérés, les ambitieux et les dominateurs; il montrait 



(l) Déclarations de Naudet, concierge de Saint-Lazare, et de plusieurs détenus, tome X 
de notre Répertoire, n»» 22C6, 2289. 

(2/ Déclaration de Diogène Palloy, ibid., n° 2300. 

(.1) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 570. 



INTRODUCTION xix 

le modérantisme coalisé avec l'ambition et la cupidité pour marcher en 
guerre contre les vrais amis de la Révolution, il dénonçait les impostures 
et les crimes de Philippeaux, auteur de tant de désastres dans les départe- 
ments voisins de la Vendée, qui avait donné le signal de l'oppression, et il 
invitait les Cordeliers, les Jacobins, les patriotes de toutes les sections à 
s'unir contre les modérés, les fripons, les ambitieux et les traîtres (1). 

Il ressort de nombreuses dépositions faites par plusieurs membres du 
Club des Cordeliers que Ronsin, à diverses reprises, avait déclaré qu'il 
fallait une insurrection, un nouveau 31 mai, propos grave dans la bouche 
du chef de l'armée révolutionnaire, qui représentait l'élément militaire c'est- 
à-dire agissant, dans le parti Hébertiste; en rapprochant de cette déclaration 
certains propos menaçants contre Robespierre, entendus par un de ses 
compagnons de captivité à Sainte-Pélagie (Horace Mollin) (2), il n'en fallut 
pas davantage pour justifier son incarcération à la Conciergerie, le 23 ven- 
tOse, en vertu d'un mandat d'arrêt délivré par Fouquier-Tinville ; le 
lendemain, à 11 heures du matin, trois membres du Comité révolutionnaire 
de la section du Mont-Blanc se transportèrent à son domicile, 27, boule- 
vard Montmartre, et y apposèrent les scellés en présence d'Angélique Le- 
quesne, femme de Ronsin, âgée de 26 ans, et de Jean-César Ronsin, frère 
du général, ancien brasseur à Soissons, directeur des relais militaires de 
la République depuis mai 1793 (3). 

D'après le témoignage d'un de ses co-accusés, le médecin Laboureau, 
le seul de la faction Hébertiste qui échappa à la mort, témoignage que l'on 
.peut considérer comme véridique, si l'on rapproche la relation de sa capti- 
vité (4) de la déclaration qu'il fit le 5 germinal (5), Ronsin dans sa prison 
parut constamment gai, sans que l'on put savoir si cette gaîté était réelle 
ou affectée; il faisait l'effet d'un joueur qui a perdu la partie dont la tête 
était l'enjeu ; il le fit bien sentir à Momoro, lorsqu'il lui dit : « Nous nous 
y sommes pris trop tard, votre confiance nous a abusés, il ne fallait pas parler 
aux Cordeliers, il fallait agir. Il traita Hébert d'imbécile sans caractère, 
ajoutant, au surplus, s'' il continue à faire la grimace, je demanderai qu'on 
le mette dans une charrette tout seul. Notre mort sera vengée, les aristocrates 
qui avaient peur de nous victimeront dans peu le Tribunal lui-même, et quoi- 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2263. 

(2) Procès-verbal de transport de Dangé, administrateur de Police, à la Bourbe, tome X de 
notre Répertoire, n» 2285. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n»» 2265, 2268. 

(4) Rapport de ce que j'ai vu et entendu depuis ma détention. Dauban, Le« Prisons de Pari«i 
p. 329. 

(6) V. le tome X de noire Répertoire, n» 2659. 



XX INTRODUCTION 

qiiun puisse faire, la liberté se conservera, ceux qui auront peur de mourir 
n'ont qu'à me regarder. Ronsin conserva vn ofTcl jusqu'à l'écliafaud la 
fermeté qu'il avait montrée dans sa prison. 



3. VINCENT (François-Nicolas), secrétaire général du département 
de la Guerre. 

Vincent (François-Nicolas), (ils du concierge d'une des prisons de Paris, 
né à Paris en 1767, clerc de procureur pendant cinq années, mena au début de 
la Révolution une existence des plus misérables, s'il faut en croire un 
huissier audiencier du Tribunal du 3^ arrondissement, logé rue de Tour- 
non, dans la môme maison que Vincent, qui occupait une petite chambre 
au premier (1). Patriote exulté et fougueux, Vincent se fit recevoir au Club 
des Cordeliers, où il se lia avec Momoro et Buirette-Verrières et où il ne 
tarda pas à exercer une influence prépondérante, en qualité de secrétaire- 
greffier. Electeur de la section du Théâtre-Français en 1792, à l'âge de 
25 ans, il fut élu membre du Conseil général de la commune du 10 août en 
remplacement de Fabre d'Eglantine, appelé à la députation. Commissaire 
du pouvoir exécutif, il fut chargé de visiter les magasins d'approvisionne- 
ment de Saint-Denis, de Louvain, de Malines et de Bruxelles, d'examiner les 
opérations administratives et la comptabilité de l'Ecole militaire depuis 
1788, missions dont il s'acquitta à la satisfaction du ministre de la Guerre 
Pache, qui, au mois d'octobre 1792, le nom.ma chef du bureau des renvois. 
Le 27 février 1793, Vincent sollicita une place de commissaire des guerres 
dans la il^ division; sa demande fut particulièrement recommandée au 
ministre, comme celle d'un excellent patriote qui avait rendu de bons ser- 
vices, non seulement dans la Révolution, mais encore dans le département 
de la Guerre, par son zèle à remplir les différentes missions dont il avait été 
chargé. On représentait alors '< l'audacieux Vincent comme l'effroi des intri- 
gants de toute couleur ». Un arrêté du Conseil exécutif provisoire du 28 fé- 
vrier le nomma commissaire des guerres à l'armée de Paoli en Corse. Vin- 
cent, peu désireux de quitter la capitale, protesta contre son éloignement 
d'une cité, à laquelle, disait-il dans une lettre au ministre Beurnonville (2), 
« il tenait autant par devoir que par reconnaissance. Je ferai en sorte d'y 
travailler utilement pour ma patrie et d'y bien élever ma famille, lorsqu'elle 
sera nombreuse », il terminait sa lettre en ces termes : « Quoi qu'on dise des 



(1) Déclaration de Dorbergue, tome X de notre Répertoire, n' 2337. 

(2) Arch. admin. de la Guerre, dossier Vincent. 



INTRODUCTION xxj 

chauds patriotes, citoyen, vous n'aurez jamais d'amis plus vrais, tant que 
vous serez juste, pur et sans ambition ; le vice ou l'intrigue redoutent seuls 
la calomnie. Vous surveiller comme homme public est un devoir, vous 
estimer en sera sans doute le résultat ». 

Vincent ambitionnait un poste de commissaire des guerres pour ins- 
pecter le magasin d'habillement de l'Oratoire; dans un rapport au ministre, 
en date du 28 février 1793, on exprimait le regret de ne pouvoir faire 
droit à sa requête, Paris se trouvant si encombré de commissaires et 
d'aides-commissaires qu'il était même indispensable d'en faire refluer 
dans d'autres villes. Néanmoins, pour que la République pût profiter 
des talents utiles d'un chaud patriote, eu égard aussi à la recommandation 
particulière de l'ex-ministre Pache, on proposait au ministre d'employer 
le citoyen Vincent provisoirement à Versailles, jusqu'à ce qu'il se présentât 
une occasion favorable de mettre en évidence son zèle et son activité dans 
un département fixe. Quoique l'administration eût répondu : « Ne se peut, 
il doit suivre sa destination», un arrêté du même jour le nomma commis- 
saire extraordinaire des guerres auprès des troupes dont le commandement 
était confié au lieutenant général Berruyer. 

Le 6 mars suivant, Vincent réclama une indemnité en raison des frais 
qu'il avait dû supporter dans le cours de ses missions, où, disait-il, « il avait 
dû s'entourer de citoyens d'un civisme reconnu pour mieux apprécier les 
faits et connaître les individus, ajoutant que si le moindre avoir lui per- 
mettait de se taire, la seule récompense d'avoir bien servi sa patrie lui ferait 
oublier les atrocités qu'il avait éprouvées pour elle». De quoi s'agissait-il? 
on l'ignore; toujours est-il que Pache apostilla cette demande qui lui sem- 
blait justifiée, et le ministre lui accorda 600 livres. Vincent n'occupa que 
temporairement, si tant est même qu'il l'ait occupée, la place de commis- 
saire des guerres; Bouchotte l'appela au poste important de secrétaire général 
du département de la Guerre, qu'il conserva jusqu'à son arrestation. 

11 est assez difficile de se rendre compte du rôle joué par Vincent dans 
l'administration du département de la Guerre. Cet administrateur impro- 
visé semble avoir eu pour préoccupation dominante l'épuration des bu- 
reaux ; le but qu'il poursuivit sans relâche fut, pour employer son langage, 
de faire disparaître « la bureaucratie antique et poudrée » et d'y substituer 
des patriotes, solides, actifs et probes. La circulaire imprimée, revêtue de 
sa signature, qu'il envoya aux Comités révolutionnaires des sections à 
l'eiïet d'être exactement renseigné sur le civisme des candidats aux emplois 
dépendant de la Guerre, en fournit une preuve non équivoque. Nous avons 
retrouvé parmi les dossiers du Comité de sûreté générale deux exemplaires, 
de ce curieux document, l'un adressé à la section des Gardes-Françaises 



xxij INTRODUCTION 

au pujot d'un" pt'-litioiî du pcintro Ilallr, Tauliv à la seclion du Muséum; 
il nous a paru intéressant d'en reproduire le texte : 

ViiHi'iil, rl<'( l»'iu\ sccrt'-l.iire i^t'-m'-ral <lt; la (inciro. 
Aux Ht'-[>ul'lii'aiiis, riHiiiKisaiit K- C.imiilé lif surveillance de la seclion 
(lies (■iaiik's-Fian(;aisos). 
Frères cl atnis, 

Dans la rnullii>li»ilé des denianiies lail«^s pour occupei' des oniplois à l'Adiniiiis- 
Iration de in (luorre. il ost impossilile d'avoir toujours lo coiii» dcril ju^tc pour discerner 
le patriote int^riUint, (jui se présente peu ou seul, d'avec l'Iioinme à Taux zèle, qui est 
sans cesse sur vous, ou vous presse par mille entours ses appuyans. Ceux-là réussissent 
presque toujours, et la demande du vrai Sans-culolle ou du père de famille reste 
au carton. 

Je no doute pas, Ilépublicains. que vous n'aidiez h l'avenir les chefs des adminis- 
trations dans les moyens de prévenir celle injustice, souvent involontaire, en les 
éclairant sur le civisme de ceux (jui demandent des places. Ce sira d'un autre côté 
terrasser l'intrigue et mettre au grand Jour la conduite des bureaux qui n'employe- 
ront pas celte mesure salutaire et fraternelle. 

C'est donc pour n'ôtre pas trompé sur le choix des agens et pour (Mie toujours 
juste envers les citoyens (jui méiilent, que j'appelle vos renseignements fraternels et 
votre surveillance révolutionnaire sur le patriotisme, les monirs et la probité du citoyen 
Jean-Ji>seph Ilalléj. demeurant stu* votre section. A-t-il constamment, depuis la 
ilévolutioii, donné des preuves de son dévouement à la cause populaire? N'a-til point 
cessé de persévérer en homme libre à défendre les principes républicains et à démas- 
quer les ennemis du peuple et de la liberté? 

Si vous lui connaissez cet attachement bien réel au système po[Milaire, croyez qu'il 
ne dépendra ni du ministre ni de moi qu'il n'obtienne incessamment le succès de sa 
demande. Je vous adresse son mémoire et vous prie do me le renvoyer avec votre avis. 
Ce n'est qu'en se procurant de telles attestations, et aussi cUnreinoH moUvécs, que 
l'on parviendra à asseoir dans les administrations une majorité de patriotes solides, 
actifs et probes, c'est môme là le seul moyen à employer pour les régénérer efficace- 
ment. Alors éclairés par les avis que les Comités révolutionnaires, qui ont si justement 
la conliance des Suns-culoUcs, donneront, (rnprcf; tin scvcrc crawcn sur la moralité, le 
patriotisme et les talents de tel candidat ù un emploi, les chefs patriotes des admi- 
nistrations seront certains des bons choix; ils pourront porter, sans crainte de désor- 
ganiser, la hache de la réforme, et émonder impitoyablement les branches parasites 
ou sans fruit pour la Révolution. Qu'ils fassent surtout disparaître, sans retour, la 
bureaucratie antique et poudrée; celle vermoulure aristocratique doit être extraite 
jusqu'à la poussière. 

Les vrais citoyens ne pourront qu'ôtre llattés des moyens que j'emploie pour 
m'assurcr de leur civisme. Nos sections sont notre famille politique : c'est là par 
conséquent où l'on peut justement apprécier tout ce que nous avons fait pour notre 
patrie, tiepuis la souveraine insurrection du peuple contre le despotisme. 

Je n'ai pas besoin de vous observer, frères et amis, que, depuis la mort du tyran, 
beaucoup d'intrigants et de fripons se sont popularisés, pour mieux cacher leurs 
manœuvres, et que ces êtres ne sont pas non plus de ceux qu'il faut appcller à des postes 
de confiture. Tels ont été successivement les perfides qui ont composé la cli([ue de 
La Faijelle, de Drissot, de Dnmouriez, de Roland, de Cuslines ; ils n'ont été et ne sont 
encore que les partisans déguisés du royalisme. 

J'ajouterai, à la foule de ces lâches presque tous les modérés, Raffetistcs, hommes 
(Tétat, agioteurs, etc., en général tous ceux qui se sont montrés les détracteurs des 



INTRODUCTION xxiij 

sociétés populaires et de toutes les mesures tendantes à consolider la Révolution et 
l'indivisibilité de notre gouvernement républicain sur les bases de l'égalité, qu'aucun 
de ces individus n'obtienne jamais les places de la République; ne le souffrez pas et 
faites-nous connaître ce que vous apercevriez dans les bureaux de la Guerre qui leur 
ressemble. 

Salut et fraternité, 

Le Secrétaire général de la Guerre. 
Signé : Vincent. 
Nota. — Je vous prie de me renvoyer les pièces avec votre avis, aussitôt que vous 
les aurez examinées. A. N., F'' 4738. 

Comme les docaments émanant de Vincent, en qualité de secrétaire 
général de la Guerre, sont très clairsemés, nous donnerons également la 
teneur d'une lettre qu'il adressa, le 5 brumaire an II, à Phulpin, juge de 
paix de la section des Arcis, arrêté, comme suspect le 25 germinal et qui 
se suicida dans sa prison le 8 prairial. 

Voici en quels termes Vincent lui écrivait : 

Paris, ce 5^ jour, 2e mois, an II de la République, une et indivisible. 

Vincent, secrétaire général de la Guerre, au citoyen Phulpin, juge 
de paix et président de la section des Arcis. 

Républicain, je le fais passer copie de la lettre que j'écris à l'Administration des 
Subsistances, en lui envoiant la demande du brave père de famille en faveur duquel 
tu m'as écrit deux fois. Je te prie de l'en prévenir et de lui remettre cette lettre. H ira 
sur le midi à l'Administration, rue Vendôme, il y trouvera de bons patriotes et j'es- , 
père qu'il sera bientôt employé. Si je ne t'ai pas répondu plutôt, c'est que je croyais 
pouvoir l'employer à la maison de la Guerre, et qu'il m'eût été agréable de t'en prévenir. 

Je te salue en bon frère, 

Vincent. 

Rien ne peut donner une meilleure idée de la violence du caractère et 
de l'intempérance de langage de Vincent, que le récit du dîner donné par 
Pache, dans le cours de nivôse an II (1), auquel assistèrent Audouin, son 
gendre, Ronsin, Vincent, Hanriot, son aide de camp. Boulanger et Legendre, 
député de Paris. Vincent commença par embrasser Legendre, en lui disant : 
Je f embrasse pour le passé et non pour le présent^ car je ne te reconnais pas 
comme ce Legendre^ si énergique depuis 1789 jusqu''en 1792, à quoi Legendre 
répondit qu''il était très possible qu'un fol tel que Vincent prit un homme sage 
pour un modéré. Pache, qui considérait Vincent comme un étourdi, l'avait 
placé à table entre lui et Legendre, pour que celui-ci lui lavât un peu la tête, 
Dans la conversation échangée pendant le diner Vincent demanda à Legendre. 
si au cours de la mission qu'il venait de remplir, il avait porté le costume des 

(1) M. Thiers, dans son Histoire de la liévolulion française, tome VI, p. 144, consacre 
quelques pages au récit de la conversation échangée entre Vincent et Legendre; nous la donnons 
telle que Legendre la fit connaître dans sa déclaration, reçue, le 26 ventôse, par Dumas, 
juge au Tribunal révolutionnaire. V. le tome X de notre Répcrloire, n" 2329. 



xxiv INTRODUCTION 

représentants du peuple. Legendrc lui ayant dit qu'il no lo portait que pour 
se présenter aux autorités constituées, Vincent répliqua que ce costume 
était une décoration aristocratique, dont les représentants s'aiïublaient 
pour se donner de riinpt)rtance, et qu'il se proposait d'habiller un manne- 
quin en représentant du peuple et de le placer dans les Tuileries en disant 
au peuple : ]'oijcz les beaux représentants tjiie i'ons avez, ils vous prêchent 
la simplicité, et voilà comme ils s'harnachent dans les départements et aux 
armées pour se faire craindre des sots et leur en imposer. Legendre répondit: 
Si ta mauvaise tête te portait à faire une pareille sottise, je te jetterais sous 
ton mannequin et te brûlerais avec lui. Paclic crut d(>voir intervenir et dit 
alors à Vincent : Vous connaissez les principes de Legendre, écoutez ses 
conseils, et vous ne vous en trouverez pas mal. Au sortir de table, Legendre 
reprit la parole et dit à Vincent : J'aime à croire qu'il n'y a que ta tête de 
coupable et j'espère que tous ceux qui sont ici sont patriotes; ainsi je me per- 
mettrai de te faire des reproches, me regardant comme au milieu d'une famille 
de frères; Vamitié que j'ai eu pour toi me donne quelques droits, en conséquence 
je te déclare que si je m'apercevais que tu persistes dans tes étourdcries, je te 
couperais les bras à coups de bâton. Vincent ne riposta que par des rires sar- 
doniques, mais quelle ne fut pas la surprise de Legendre, lorsqu'il entendit 
Ronsin s'exprimer en ces termes sur le compte de Vincent qu'évidemment 
il ne considérait que comme un instrument : Si Vincent était autrement 
qu'il n'est, il ne vaudrait rien pour la circonstance... A la fin du dîner 
Legendre étant entré dans le cabinet du Maire, reçut ses félicitations pour 
le langage qu'il avait tenu à Vincent, et s'adressant à Bouchotte qui se 
trouvait là, lui dit : J'aime à croire que Vincent n'est qu'un étourdi, c'est à 
vous à l'observer, et s'il ne change pas de conduite, vous devez le mettre à la 
porte de vos bureaux, ou il vous compromettra. 

En effet, à la date du 23 ventôse, Bouchotte, édifié sur le compte de son 
secrétaire général, lui adressait une lettre où il lui déclarait qu'il avait tou- 
jours cru à son patriotisme et à sa probité; que s'il eût pensé différemment, 
il ne l'eût pas gardé dans l'administration de la Guerre; que le seul reproche 
qu'on pouvait lui faire, c'était de ne pas mettre dans sa conduite la mesure 
de sagesse nécessaire; qu'en conséquence des patriotes avaient pensé qu'un 
autre emploi que celui de secrétaire général du département de la Guerre 
lui conviendrait mieux, et il le priait de lui indiquer ce qui serait analogue 
à ses connaissances dans les postes dépendant de son administration; qu'il 
ferait en sorte de lui en procurer un, afin que son patriotisme ne restât 
pas inactif (1). 

(1) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2325. 



INTRODUCTION xxv 

Si Bouchotte ne mettait pas en doute la probité de Vincent, certains 
employés de son administration ne partageaient pas son sentiment ; c'est 
ainsi que le citoyen Marat Guédon, ancien sous-chef à la Guerre, attesta, 
le 20 nivôse an II, au dire d'un employé de la 5^ division, que Vincent dans 
vm marché de fournitures avait reçu un pot de vin de 40,000 livres (1); un 
autre employé de la Guerre, nommé Dupont, prétendait que Vincent 
dans un marché de fournitures de souliers, s'était fait adjuger 8 sols par 
paire, soit 20,000 livres; il le dépeint comme un jeune homme exalté, ennemi 
du travail, ne songeant qu'à faire le mal, qui avait transformé les bureaux 
qu'il avait voulu se mêler d'organiser en sociétés anti-civiques, où régnaient 
l'impertinence, la dureté et l'ignorance la plus marquée. Ce tableau, on 
en conviendra, n'est pas flatteur (2). On lui reprochait même des dépenses 
inconsidérées. Néanmoins, ce ne fut pas sa mauvaise administration qui 
perdit Vincent, mais bien plutôt son outrecuidante et folle prétention de 
faire la loi dans le ministère de la Guerre et de tenir tête à la Convention 
nationale en prenant la défense des généraux, ses amis, qui en Vendée avaient 
fait preuve soit de négligence, soit d'incapacité; il ne craignit pas de proclamer 
que tous les généraux, ses protégés, n'avaient rien à craindre et qu'ils ne quitte- 
raient jamais leur place, en dépit de la Convention même. Aussi le décret 
du l^'' brumaire qui institua une Commission pour examiner la conduite 
de Ronsin, de Rossignol et d'autres généraux de l'armée de l'Ouest, et décou- 
vrir les véritables causes des désastres éprouvés en Vendée, mit-il le petit 
Vincent, comme l'appelle dédaigneusement Philippeaux, dans une grande 
fureur, qui se manifesta, le 7 brumaire, lors d'un dîner, rue des Petits- 
Champs, auquel avait été invité Philippeaux. Vincent, qui se trouvait 
au nombre des convives, l'assaillit d'outrages et de menaces, l'apostrophant 
en ces termes : Je fai dénoncé aux Cordeliers, nous avons fait justice de ta 
Commission^ et nous saurons faire ébouler les députés qui, comme toi, oseraient 
critiquer la conduite des généraux investis de notre confiance (3). 

Accusé de dilapidations et dénoncé par Philippeaux, en même temps que 
Ronsin, comme auteur responsable des défaites subies en Vendée, Vincent fut 
arrêté, le 27 frimaire an II, en vertu d'un ordre du Comité de sûreté générale, 
par Pasté, secrétaire du Comité, accompagné de Beiïara, commissaire de 
police de la section du Mont-Blanc, en l'appartement qu'il occupait au 
second étage de la Maison de la Guerre, rue Grange-Batelière, où il s'était 
installé au-dessus dû ministre, après avoir habité 15 jours à l'hôtel Cromot, 

(1) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2312. 

(2) Ibid., n" 2307. 

(3) Philippeaux, représentant du peuple, à sts collègues et à ses concitoyens, 6 nivôse an II. 
A. iV., AD XVIII» 55. 



xxvj INTRODUCTION 

riio Cadet ; les papiers qui y fiironl trouvés remplirent cinq cartons (1). 
\'ineent fut incarc(^ré au Luxenibourçr. où il occupait une clianibrc séparée 
et re("evait de nouibreuîcs visiti\<^, tani d'Ilélxrt qiu^ de députalions des 
Sociétés p(q)idaires (^l C.ouiités révoluti(mnaircs des sections. D'après une 
relation publiée dans VAImnnach des j>risnnf: et repriKluite par Nou£,'aret, 
dans son Jli'iloirc des prisons, ce petit lionime violonl (4 emporté terrorisait 
les détenus et les accablait d'injures f^rossii res, surtout les nobles. On cite 
un trait (jui peut donner un(> idéi^ de la frénésie qui l'agitait ; certain jour 
que sa femme, qui avait la permission de \o visiter, l'enln^tenait tout bas 
de ses aiïaires, Vincent, assis sur son lit, saute à terre en écumant de rage, 
saisit un couteau et courant h un î^igot cru et saignant suspendu à la fenêtre, 
il en coupe \me tranche et la dévore en s'écriant : Que ne pnls-je manger ainsi 
la ehair de mes ennemis. Le rédacteur de l'article consacré à Vincent dans 
la biographie Michaud. qui déclare l'avoir vu dans la prison du L\ixem- 
bourg, rapporte un trait analogue qui montre à quel degré ce forcené avait 
des instincts sanguinaires. Hébert prit ,lo i^^ nivôse, la défense de Vincent 
aux Jacobins et s'attacha à prouver que les accusations portées contre lui 
n'étaient pas fondées, reconn?,issant qu'il était fougueux, mais si chaud 
patriote qu'il s'en prenait souvent aux patriotes môme, quand les choses 
n'allaient pas aussi bien qu'il le désirait, que lui-même avait été traité de 
Feuillant par Vincent, affirmant enfin que Marat avait toute confiance 
en lui et que, le dernier jour de sa vie, il lui témoigna l'estime la plus com- 
plète (2). L'affaire de Vincent et Ronsin vint à la Convention, le 23 nivôse; 
l'un des membres du Comité de sûreté générale fit connaître qu'aucune preuve, 
aucune pièce à l'appui de la dénonciation dirigée contre eux, n'étant par- 
venue au Comité, il y avait impossibilité de faire un rapport ; la Con- 
vention passa à l'ordre du jour. Le 6 pluviôse, Vincent, détenu depuis 
40 jours, se plaignit, dans une pétition à la Convention nationale (3), de n'avoir 
pas été entendu et d'être victime de délateurs éliontés, tels que Fabre 
d'Églantine, Philippeaux et Bourdon de l'Oise, déclarant que tous les 
patriotes auraient à frémir, si le peuple et la Convention n'ouvraient 
bientôt les yeux sur les sourdes menées qui se tramaient depuis quelque 
temps avec une incroyable perversité pour perdre les meilleurs citoyens. 
Le même jour, dans une lettre adressée à Vadier (4), Vincent se représentait 
en proie à la calomnie, disant que pour avoir servi et défendu-de toute son 
âme la cause populaire depuis les premiers jours de la Révolution, il était 



(1) V. le tome X de notre lîépcrioire, n° 2308. 

(2) A. Aulard, La Sociclé des Jacobins, tome V, p. 572. 

(3) V. le tome X de noire Répertoire, n° 2314. 

(4) Ibid., n» 2315. 



INTRODUCTION xxvij 

opprimé avec la même fureur que sous le règne du tyran et de ses com- 
plices ; et il priait Vadier de faire en sorte que la justice nationale prononçât 
entre ses accusateurs et lui. Quelques jours après, le 12 pluviôse, plusieurs 
sections de Paris, entre autres celles de Mutius-Scévola, du Bonnet Rouge 
et de Marat, s'unirent pour dénoncer à la Convention le système d'op- 
pression exercé contre Vincent, ce zélé patriote qui fut toujours le premier 
à donner l'éveil et à appeler l'attention sur les projets liberticides que 
les restes impurs des Brissotins et des contre-révolutionnaires voulaient 
renouveler pour le malheur de la République, et elles demandèrent son 
renvoi, ainsi que celui de Ronsin, devant le Tribunal révolutionnaire, pour 
y être jugés, s'ils étaient coupables, ou confondre leurs lâches calomnia- 
teurs (1). Le 14 pluviôse, Voulland, au nom du Comité de sûreté générale, 
demanda leur mise en liberté ; elle fut décrétée, grâce à l'appui de Danton, 
malgré l'opposition de Bourdon de l'Oise, de Philippeaux, de Lccointe et 
de Legendre. Vincent sortit du Luxembourg en triomphateur, au son des 
instruments de musique et au milieu des acclamations d'une nombreuse 
députation qui le ramena chez lui. La lutte entre les Jacobins et le parti 
Hébertiste des Cordeliers ne tarda pas à reprendre avec une nouvelle vio- 
lence ; le 24 pluviôse, Vincent, que répudiaient les Jacobins, annonça au 
Club des Cordeliers qu'on démasquerait des intrigants et qu'il y aurait 
lieu d'être étonné ; et Hébert ajouta que le peuple renverserait des traîtres 
de toute espèce, observant que si Vincent n'était point Jacobin, il pouvait 
néanmoins être bon patriote. Le 9 ventôse, le Club des Cordeliers poursui- 
vant ses attaques, déclara Fabre d'Eglantine, Bourdon de l'Oise, Philippeaux 
et Camille Desmoulins indignes de siéger à la Montagne ; le 14, après le 
fameux discours d'Hébert, qui visait sans le nommer la personnalité de 
Robespierre et qui ne fut pas du goût de toute l'assistance, Vincent, accom- 
pagné de commissaires épuratcurs, fit une ronde afin de confondre ceux 
dont les mines s'étaient allongées pour marquer leur mécontentement. Dans 
la nuit du 23 au 24 ventôse, il était de nouveau arrêté, comme prévenu 
d'avoir provoqué l'anéantissement de la représentation nationale et conspiré 
contre la liberté du peuple français, et ne sortit de prison que pour aller 
à l'échafaud. On a conservé les lettres passionnées et émouvantes qu'il 
adressa de la Conciergerie, du 28 ventôse au 2 germinal, avec une mèche 
de ses cheveux, à sa femme, sa Nanette, comme il l'appelle, la citoyenne 
Anne-Philippe Hébert, fille d'une nourrisseuse de bestiaux, rue de Vaugi- 
rard, à l'enseigne de la Vache Noire, lettres que M. Mathiez a recueillies 
et publiées dans les Annales révolutionnaires {n° de mars-avril 1913). 

(1) V. le tome X de notre Répertoire, n"» 2317. 



xxviij INTHOinCTION 



4. MOMORO (Antoink-Fiwnçois), imprimcur-librairo, administrateur 
du Département de Paris. 

Momoro. né à Besançon en 1750, imprimeur-libraire et littérateur, 
vint très jeune i\ Paris et y débuta eomme pravur en earactères; il 
publia en 1784 une Histoire curieuse et amusante d\in nouveau voyage 
à la Lune, fait par un aéromane ; en décembre 1787, il se fit recevoir 
de la communauté des imprimeurs-libraires, se fixa d'abord rue Serpente, 
n° 0, puis rue de la Harpe, n^ 171; il excella dans son art, on lui doit un 
Traité élémentaire de Vimprimerie, ou le Manuel de Vimprimeur, en forme 
de dictionnaire, assez estimé, qui parut en 1789 et 1793 ; il fut l'imprimeur, 
en juillet 1789, de la France libre, de Camille Desmoulins, dont il n'osa livrer 
les exemplaires tirés qu'après avoir fait couvrir sa responsabilité par un 
arrêté de l'Assemblée des Électeurs, mais il ne tarda pas à négliger l'impri- 
merie et à se lancer dans la politique. Momoro se fit recevoir au Club des 
Cordeliers, dont il devint le secrétaire, et rédigea d'abord Y Observateur du 
Club des Cordeliers et de la section du Théâtre- Français, qui n'eut que quel- 
ques numéros, puis le Journal du Club des Cordeliers, qui parut du 28 juin 
à aoiit 1791 et qui eut 10 numéros (1). Nommé le 10 juin 1791, secrétaire 
de l'Assemblée primaire de la section du Théâtre-Français, puis le 2 juillet, 
électeur de la même section, il fut compromis dans l'affaire du Champ de 
Mars, arrêté dans la nuit du 9 au 10 août 1791, incarcéré à la Con- 
ciergerie et subit un interrogatoire le 16 août. On perquisitionna le 20 août 
dans son imprimerie et l'on dressa l'inventaire des papiers qui y furent 
trouvés, entr'autres des numéros du Journal du Club des Cordeliers. Il fut 
relâché, le 15 septembre, à la suite de l'amnistie générale votée par l'Assem- 
blée nationale, quoiqu'il l'eût repoussée dans une pétition à V Assemblée 
nationale, où il s'intitulait premier imprimeur de la Liberté nationale et 
exhalait son mécontentement, en faisant allusion à une maladie cruelle 
qui, au sortir de prison, avait failli le ravir à une jeune épouse et à son 
jeune enfant, et en déplorant l'anéantissement de ses moyens d'existence (2). 

A l'Assemblée électorale de Paris, à la fin de la séance du 25 septembre 
1791, Momoro vint protester contre l'attitude du président de son bureau, 
qui, sous prétexte qu'il était décrété d'ajournement personnel, avait refusé 



(1) La Bibliothèque de la Ville de Paris possède dans le tome V de la Collection Cliaravay 
les n«* 10 a 13 de ce journal, écrits de la main de Momoro. 

(2) A. Malhiez, Le Club des Cordeliers pendant la crise de Varennes et le massacre du Champ 
de Mars, p. 15, 286, 287, 302, 305. 



INTRODUCTION Xxîx 

de le laisser voter, et fit observer qu'en vertu du décret du 13 septembre 
l'Assemblée nationale avait décidé qu'aucunes poursuites ne pourraient être 
exercées pour faits relatifs à la Révolution et que toutes procédures 
commencées seraient regardées comme nulles et non avenues ; le 25 sep. 
tembre, il figure parmi les signataires de l'adresse des Électeurs de l'Evêché 
à leurs commettants, rédigée à la suite des échecs successifs de Condorcet, 
adresse ayant pour objet de dénoncer la scission des électeurs et les 
manœuvres du Club de la Sainte-Chapelle (1). 

Le 21 août 1792, Momoro fut élu par la section de Marseille adminis- 
trateur au Conseil provisoire du département de Paris, et le même jour, 
membre du Directoire ; il fut du nombre des 30 commissaires envoyés, le 
29 août, par le pouvoir exécutif dans les départements voisins de la capi- 
tale pour le recrutement des volontaires, et se rendit dans le Calvados et 
dans l'Eure. Le 29 septembre 1792, Momoro se plaignit à la Convention 
des calomnies répandues contre lui dans les journaux ; le 13 octobre, il fut 
mandé et comparut à la barre de l'Assemblée à titre de président de la 
section du Théâtre-Français, pour donner des explications sur un arrêté 
de cette section, pris le 6 octobre, portant qu'elle procéderait à l'élection 
du maire de Paris par appel nominal, en opposition au décret déclarant 
l'ancien mode d'élection par scrutin fermé seul légal et admissible. Momoro 
subit un interrogatoire en règle ; ses explications furent jugées suffisantes 
et il obtint les honneurs de la séance. Le 29 décembre 1792, à l'Assemblée 
des Électeurs, lors de l'élection des administrateurs, Momoro fut l'objet 
d'une dénonciation, l'un des électeurs l'ayant déclaré indigne de la con- 
fiance du peuple, un autre prit sa défense et se porta garant de ses vertus 
et de son patriotisme; c'est à la suite de cette discussion que Momoro 
fut élu membre du Directoire (2). 

S'il faut ajouter foi au témoignage de Charles Goret, agent de la Com- 
mission des Subsistances et approvisionnements (3), Momoro, dans l'exercice 
de ses fonctions de membre du Directoire, se serait rendu coupable de 
concussions, dans les premiers mois de 1793, en faisant obtenir, grâce à sa 
qualité de membre du Département, un arrêté de levée du séquestre mis 
sur les biens de M. Colbert de Maulevrier, ex-ambassadeur, et il aurait reçu 
pour prix de son intervention, 20,000 livres de Mme Colbert. 

Que ce fait soit exact ou non, il n'en est pas moins certain que, le 
11 mai 1793, sur la présentation du département de Paris et d'après les 



(1) E. Charavay, Assemblée électorale de Paris, tome II, p. 236, 513. 

(2) Ibid., tome III, p. 247, 249. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2357. 



XXX INTRODUCTION 

ordres du ministre de la justice, Momoro fut (Mivoyé en \'cndéc (1) en 
qualité de commissaire du Conseil exécutif, et il devinL l'un des agents 
les plus actifs et les plus dévoués de Honsin ; le 22 mai, il annonçait 
aux ministres son arrivée à Saumur et déclarait que la Commission 
centrale des représentants établie dans cette ville était composée de bons 
patriotes de la Montagne, ne faisant de réserves que pour Carra, au sujet 
duquel il disait : «Si M. Carra veut marcher avec les Julien, les Bourbotte, 
les ChouditMi, les Richard, tout ira bien, mais il faut qu'il marche ». Momoro, 
accompagné de l'un de ses collègues, rint à Niort dans le dessein de combattre 
les féiléralistes, et y reçut un accueil peu encourageant à la Société popu- 
laire. Après la défaite de Vihiers, du 18 juillet, Momoro mandait, le 22, 
que «la terreur panique était si grande que tout aurait fui à cent lieues, 
si l'on n'eût tout arrêté », en blâmant dans cette circonstance la conduite 
inconcevable des généraux. Il fit partie du Conseil de guerre réuni par 
Ronsin à Saumur pour déclarer la ville en état de siège et proclamer la 
levée en masse aux alentours, et il signa à côté de Ronsin et de Rossignol 
la lettre du 28 juillet au Comité de salut public au sujet des mesures de 
défense prises à Saumur. A la date du l^^"^ août, par une lettre adressée à 
Vincent, secrétaire général du département de la Guerre, Momoro dénonça 
Westermann, qui, à l'entendre, n'était venu en Vendée que pour livrer 
les Républicains aux rebelles; il ajoutait qu'il était temps de chasser tous 
les coquins de l'armée, à commencer par les généraux ci-devant nobles, et 
que Rossignol purgerait tous ces drôles-là. Momoro demandait enfin l'envoi 
des Mayençais en Vendée pour en finir au plus vite (2). 

Après la prise de Saumur par les Vendéens, il perdit tous ses effets, 
évalués 4 à 500 livres, réclama une indemnité et l'obtint le 13 ventôse an II. 

Le 13 août, par une lettre écrite de Saumur, Momoro rendit compte de 
la situation à ses collègues du département de Paris, cette lettre fut lue, 
le 15 août, aux Jacobins par Raisson (3). Momoro se trouvait à Chantonneau 
avec Rossignol, lorsque ce général fut suspendu et arrêté par ordre des 
représentants Bourdon de l'Oise et Goupilleau de Fontenay ; à ce propos 
Rossignol écrivit à son intime Momoro pour le remercier des peines que 
lui et les vrais amis de la Liberté s'étaient données pour lui faire rendre 
justice (4); le 29 août, Momoro fut heureux d'annoncer à ses anciens col- 
lègues la réintégration de Rossignol et le rappel des représentants Bourdon 
et Goupilleau, et joignit à sa lettre un exemplaire du rapport qu'il avait 



(1) Pour le rule joué par Momoro en Vendée, voir Chassin, La Vendée patriote, 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2352. 

(3) A. Aulard, La Société des Jacobins, toma V, p. 352, 

(4) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2354. 



INTRODUCTION xxxj 

préparé à ce sujet, ainsi que le Journal du soir où ces faits se trouvaient 
consignés, insistant pour que l'on donnât de la publicité à ce rapport (1). 
A leur tour, Ronsin et Momoro, à la date des 9 et 14 septembre, dénoncèrent 
comme suspects les généraux Tuncq et Joly. Rentré à Paris, le commissaire 
national Momoro vint aux Jacobins, le 9 octobre, et fit connaître les évé- 
nements dont il avait été le témoin en Vendée ; le 13 octobre, il adressa 
au Conseil exécutif un exposé des faits (2), sous le titre : « Rapport sur l'état 
actuel civil et politique de la Vendée, avec précis au Comité de salut pu- 
blic », où il retraça l'historique de Tinsurrection vendéenne et attribua les 
échecs éprouvés les 18 et 19 septembre à Coron et à Torfou, au plan défec- 
tueux adopté les 2 et 3 septembre et à l'interprétation erronée par Chalbos 
des ordres de Rossignol. Momoro revint à diverses reprises sur les incidents 
de sa mission; c'est ainsi que, le 14 nivôse an 11, il présenta à la Société des 
Cordeliers un nouveau rapport sur les événements de la guerre de la Vendée 
et le système d'oppression dirigé contre les chauds républicains, rapport 
qu'il fit imprimer. 

Durant la campagne de Vendée, Momoro se fit accompagner de sa 
femme, Marie-Françoise- Joséphine Fournier, petite-fille ou petite-nièce 
du graveur fondeur en caractères Fournier, qu'il avait épousée le 18 jan- 
vier 1786 (3), celle que Philippeaux appelle la Messaline Momoro. Quoique 
Prudhomme, dans sa Galerie historique des contemporains^ ait avancé 
que Momoro la traitait en servante, d'après un témoignage produit lors du 
procès des Hébertistes (4), elle se comportait en vraie dame, menait 
grand train, avait des ameublements somptueux, une garde-robe superbe 
et une très belle voiture, donnait des repas splendides, composés des mets 
les plus exquis. D'une telle prospérité d'aucuns s'étonnaient, ayant entendu 
reprocher à Momoro, dans sa section, d'avoir fait deux fois banqueroute; il est 
vrai que celui-ci pouvait passer pour un homme habile, et son oncle, tailleur 
de profession, avait vanté le mérite de Momoro, qui avait payé ses dettes 
et possédait 80,000 livres de bien. 

Joséphine Fournier était d'ailleurs d'un physique agréable, avait une 
belle prestance, beaucoup de fraîcheur, ce qui lui permit de représenter 
avec un certain succès la déesse de la Liberté dans les cérémonies du culte 
de la Raison. Pourtant, l'un de ses compagnons de captivité à Port-Libre, 
nous en a laissé un portrait peu flatteur : « Cette déesse, dit-il, est très 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2353. 

(2) Chassin, La Vendée patriote, tome III, p. 83. 

(3) Le contrat de mariage de Momoro et de Josôphino Fournier existe à la Bibliothèque de la 
Ville de Paris, tome V de la Collection Charavay. 

(4) V. le tome X de noire Répertoire, n»» 2370, 2371. 



Xxxij INTRODUCTION 

terrestro; dos traits passables, des dents affreuses, une voix de poissarde, 
une tournure gauche, voilà ce qui constitue Madame Momoro. « Quoiqu'il 
en soit, elle semble, à son éloge, avoir senti le ridicule du rôle civique 
qu'on lui faisait jouer, et son mari, l'un des fervents adeptes du culte de 
la Raison, dut la contraindre en quelque sorte à figurer dans la cérémonie 
qu'il organisa à Saint-André-des-Arts ; elle était vêtue d'une draperie 
blanche, avec un manteau bleu céleste sur les épaides, assise sur un siège 
antique porté par quatre citoyennes, très intimidée, elle pleurait de honte, 
parait-il, et s'évanouissait sur l'autel. 

Momoro prit souvent une part des plus actives aux discussions sou- 
levées tant au Club des Jacobins qu'à celui des Cordeliers ; le 8 pluviôse, 
aux Jacobins, lorsque le représentant Legendre répondit aux attaques 
d'Hébert, Momoro tenta de jouer le rôle de conciliateur et demanda que 
les deux adversaires se donnassent le baiser fraternel, ce que Legendre 
refusa en disant : « qu'on ne pourrait pas raisonnablement conseiller à 
Brutus d'embrasser César (1). 

La Déclaration des Droits de l'Homme ayant été voilée dans la séance 
du Club des Cordeliers du 14 ventôse, à la suite de l'arrestation de deux de 
ses membres, Collot d'Herbois s'en plaignit, le 16 ventôse, aux Jacobins, et 
Momoro répondit en assurant que cette Déclaration avait été voilée depuis un 
mois, c'est-à-dire depuis le temps où les Jacobins eux-mêmes luttaient contre 
l'oppression; Collot d'Herbois ayant contesté la véracité de cette assertion, 
une discussion s'engagea, et le Club des Jacobins décida l'envoi d'une députa- 
tion aux Cordeliers (2). Momoro reçut cette députation, et, dans son discours, 
déclara que les ennemis de la Liberté, les fourbes qui avaient emprunté le 
masque du patriotisme pour écraser les patriotes, avaient trompé avec 
impudence le Comité de salut public, que les Cordeliers défendraient les 
Droits de l'Homme et s'uniraient à la Société des Jacobins pour terrasser 
avec elle les oppresseurs du patriotisme et de la liberté, et qu'en dépit des 
calomniateurs, des royalistes, des modérés et des faux patriotes, ils reste- 
raient cramponnés après l'édifice de la République; Momoro termina en 
priant les Jacobins de venir souvent parmi eux pour s'éclairer mutuellement 
sur les dangers de la patrie et sur leurs devoirs (3). 

Comme l'on sait, le 14 ventôse, certains membres du Club des Cor- 
deliers avaient provoqué le peuple à l'insurrection, on voulut lire le procès- 
verbal de cette séance en présence de la députation des Jacobins. Momoro, 



(1) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 628. 

(2) A. Aulard, La SocJc/é des Jacobins, tome V, p. 673, 674. 
(.3j V. le tome X de notre Répertoire, n» 2362. 



INTRODUCTION xxxiij 

qui présidait, éluda la question, sous le fallacieux prétexte qu'il avait été 
introduit quelques amendements et que le procès-verbal serait imprimé 
après son adoption définitive, et cela dans la crainte que quelques-uns 
des députés Jacobins n'éclairassent les Cordeliers sur le piège qui leur 
était tendu (1). 

Ce n'est pas seulement aux Cordeliers que Momoro exerçait une in- 
fluence despotique. Aux Assemblées générales de la section de Marat qu'il 
présidait, il imposait silence à tous ceux qui ne partageaient pas ses idées, 
au point de menacer du Tribunal révolutionnaire quiconque n'opinait 
pas selon ses désirs, comme si ce Tribunal eût été à sa dévotion; c'est 
ainsi qu'à la séance du 15 ventôse où Ducroquet, l'un des Hébertistes, fit 
une motion tendant à un mouvement insurrectionnel, le citoyen Gues- 
pereau, afin de détourner l'attention, voulut lire un rapport sur les abus 
relatifs aux subsistances, mais Momoro s'y opposa avec véhémence, en 
disant : Voilà comme il y a des gens qui veulent par des motions inci- 
dentes faire perdre de vue les grands objets en délibération (2). 

Momoro fut convoqué, le 22 ventôse, devant l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, surtout à l'effet de fournir des renseignements sur la ques- 
tion des subsistances, et déclara que, le 15 ventôse, la section de Marat 
qu'il présidait avait décidé, sur la motion de Ducroquet, de présenter à 
la Commune un arrêté touchant les subsistances, mais que cet arrêté fut 
rapporté lors de la séance suivante, tenue le 20 ventôse (3). Le lendemain 
de cette comparution, c'est-à-dire le 23 ventôse, Momoro était arrêté et 
envoyé à la Conciergerie ; le 24, à la suite d'une perquisition faite à son 
domicile, qui n'amena la découverte d'aucuns papiers suspects, mais seu- 
lement de quelques objets qui furent saisis comme pièces à conviction, 
Joséphine Fournier, que le procès-verbal appelle Tourné, fut arrêtée à 
son tour et conduite à la prison de Port-Libre (4), où elle dit au greffe qu'on 
s'était assuré de sa personne afin de l'empêcher d'aller réclamer son mari 
à sa section, mais que cette mesure n'empêcherait pas les patriotes de se 
remuer. Néanmoins, d'après la relation de Coittant (5), la femme Momoro 
était plongée dans une morne tristesse, tremblant beaucoup, non sans 
raison, au sujet du sort réservé à son mari. Celui-ci subit, le 28 ventôse, un 
interrogatoire sommaire devant Dumas, vice-président du Tribunal révolu- 



(1) Déclaration de Loys, de la section de Bon-Conseil, tomeX de notre Répertoire, n» 2372. 

(2) Déclaration de Guespereau, tome X do notre Répertoire, n» 2368. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2363. 
(4)Ibid., n»2365, 

(b) Dauban, Les Prisons de Paris, p. 329. 

T. XI. *♦* 



xxxiv INTRODUCTION 

tionnairo, ol choisit pour défcnsour ravoué Gobert, demoiirant rue de 
Bièvre (1) ; on a consorvé parmi les dossiers du procès la lettre d'adieux 
qu'il adressa de sa prison à sa femme (2). Lorsqu'on apprit à la Bourbe 
la condamnation à mort et l'exécution des Hébertistes, nouvelle qui fut 
accueillie avec des transports de joie par Ips détenus, l'un d'eux (La- 
boureau) fit cette réflexion peu charitabbî : « La déesse de la Raison n'a 
pas été du tout raisonnable pendant la journée, elle s'est beaucoup 
lamentée sur l'acricbMit airivé à son mari (3). » (loinme on ne put rien 
relever à la charge de la femme de Momoro, elle fut mise en liberté 
le 8 prairial ; elle fut. paraît -il, si étonnée de ce bonheur qu'elle eut peine 
à le croire et ne put retenir ses larmes. La fin tragique de son mari la laissa 
dans une situation fort précaire, car, le 8 fructidor an II, elle se trouva 
dans la nécessité d'adresser une demande de secours (4). 



5. LAUMUR (MichEL), général de brigade, gouverneur de Pondichéry. 

Michel de Laumur (simplement Laumur sous la Révolution), né à 
Paris le 20 février 1730, baptisé le 22 à Saint-Eustache, était le fils de Guy 
de Laumur, employé à la Poste, et de Julienne Boucher, domiciliés rue du 
Gros-Chenet. Il fit presque toute sa carrière dans l'Inde, parcourut tous les 
échelons, comme le prouvent ses états de serv'^ices. Volontaire en 1753 dans le 
régiment de Lally, il y fut nommé lieutenant en second, le 10 novembre 175G, 
et capitaine d'une compagnie d'ouvriers dans la Légion de l'Ile de P'rancc, 
le 1" juillet 1767; il passa le 30 décembre 1772 en qualité de capitaine au régi- 
ment de Bourbon, le 10 août 1775, dans celui de l'Ile de France. Nommé 
chevalier de Saint-Louis en 1777, il démissionna, le 1" novembre 1782, pour 
raison de santé. Laumur fit depuis 1758 toutes les campagnes de l'Inde 
avec d'Aché et de Suffren et participa notamment au siège de Madras où 
il fut blessé. En 1785, il fit valoir ses droits à une pension de retraite en in- 
voquant comme titres que plusieurs de ses proches avaient été tués dans 
l'Inde au service du Roi, savoir, son beau-père, M. Cordier, son beau- 
frère, M. de Mainville, baron de Penmarck, touâ deux commandants du 
bataillon de l'Inde, deux de ses neveux, officiers au même bataillon, et qu'il 



(IJ V. le tome X rie noire Ilépcrtoire, n" 2373. 

(2) Cette lettre a été publiée d'après l'original par M. Malhiez dans les Annales révolu- 
tionnaires (mai-juin 1913). 

(3) Dauban, Les prisons de Paris, p. 332. 

(4) V. le tome V de la Collection Charavay, Bibliothèque de la ville de Paris. 



INTRODUCTION xxxv 

avait encore deux neveux au service, M. de Mainville, capitaine au régiment 
de Pondichéry, et M. Rivière, officier d'artillerie, ajoutant qu'il avait 
parcouru à ses frais tous les comptoirs de l'Inde depuis Bombay jusqu'à 
Bengale et fait deux fois naufrage. A la date du 22 novembre, le Roi, 
« informé que la santé du sieur de Laumur, capitaine au régiment de l'Ile de 
France, ne lui permet plus de continuer ses services », lui accorda une pen- 
sion de retraite de 800 livres à partir du l^r novembre 1782 (1). Des malheurs 
imprévus, notamment la mort de son gendre. M, de Monneron, qui laissa 
une veuve, âgée de 20 ans avec trois enfants, lui enlevèrent sa fortune et 
l'obligèrent à reprendre du service. Il sollicita une lieutenance colonelle, 
qu'avaient d'ailleurs déjà demandée pour lui les gouverneurs généraux de 
l'Inde, MM. de Souillac et de Cossigny. Dans l'exposé de ses titres et ser- 
vices, il déclare qu'il ne croit pas dans la conscience de son âme qu'aucun 
officier ait plus de droit à solliciter, non pas une grâce, mais la justice du 
ministre que lui, dans cet instant où l'on va former des régiments pour les 
colonies d'Asie. Le ministre fit droit à sa requête et le nomma, le 27 mai 1792, 
lieutenant-colonel au 58^ régiment d'infanterie ; trois jours après, une place 
d'aide de camp de Dumouriez étant devenue vacante par la nomination 
de M. Le Vasseur comme lieutenant-colonel du 105^ régiment d'infanterie, 
le général en chef de l'armée de Belgique s'adjoignit Michel de Laumur, 
qui, le 5 août suivant, obtint le grade de colonel du 5® régiment d'infanterie, 
et fut ensuite appelé au commandement de la place de Karikal dans l'Inde. 
Avant de rejoindre son poste, il chercha à obtenir le grade de maréchal de 
camp et fit dans ce dessein des démarches auprès du ministre de la Guerre, 
démarches qui furent appuyées par Dumouriez, avec lequel Laumur s'était 
lié d'amitié et qui écrivit à Pache la lettre suivante : 

Bruxelles, le 18 novembre 1792. 
Le générai Dumouriez au citoyen Pache, ministre de la Guerre, 

Le colonel Laumur, cy devant mon aide de camp, vous a présenté un mémoire 
pour le grade de maréchal de camp. S'il n'avait pas été nommé commandant de 
Karical dans l'Inde et s'il était resté avec moi, il jouirait déjà de ce grade, dû à son 
expérience, son civisme et ses talents militaires. Je crois qu'il va partir avec un chan- 
gement avantageux et qu'il aura un des trois grands commandements de l'Inde, ce qui 
nécessite le grade dont il est si fort susceptible. Ce grade pour l'Inde ne fait aucun tort 
aux officiers de l'armée continentale; ainsi je sollicile d'abord comme un acte de 
justice, ensuite comme un plaisir particulier que vous me ferez et auquel vous vous 
prêterez d'autant plus volontiers, lorsque vous saurez que mon ami Laumur a pris la 
poste à Bordeaux uniquement pour venir m'enibrasser aux portes de Bruxelles, qu'il 
a assisté avec sa valeur et son intelligence ordinaire au conjbat de G heures que les 



(1) Atch. hat., PefSo&ûel de la Mafiûe, èëï-ië Cj dossier LàuYnUï-. 



xxxvj INTHODUCTION 

Aulricliifiis oui soutenu lo I.T, dans lecincl Je les ai forcés, pied ù pied, dans 3 villages 

jiisiju'à la l>airit"'re de la ville, ('elle deniit'rc preuve tramilu'' me rend d'aulanl plus 

sensible à nnlic sT-paralinn ijiii ne poul t'Ue (jue très l<uiL,'iie, et ji; vous prie de m'aider 

à payer ma délie à oel T-gard. 

F.e gém'ral en chef de l'armée de la Hclgique, 

Dumourie/. 
Arcli. a>Jm. Ouerro, dossier Lauimir. 

De son côté Launiur iMivoya au ministre de la Guerre un mémoire conçu 
en ces termes : 

Deux minulcs de votre vie, ciioven P.irlic, 
vont faire mon bonheur et celui de toiilc ma 
famille. 

Le colonel Lainiiur, 
C à Karical aux Indes. 
Ruo ( Voix-des-Petils-Chainps, maison de 
M. Bourdcf. 
Ciloyen minislre de la (ir.eire, 
Michel Lnumur, né simple ritoyen, bon palriole, ne vous fera pas de pliiases, il 
vous dira : J'ay servi 30 années cn'eclivcs, Jay passé par tous les grades, volontaire en 
1753, puis lieulenant, capitaine, lieutenant-colonel, colonel, J'ay fait 2 guerres aux 
Indes orientales, 4 voyages dans ces climats brûlants hors de ma patrie, Je me suis trouvé 
la guerre dernière à plusieurs combats du brave .SufTren, J'étais aide maréchal général 
des logis de l'armée de l'Inde, j'ay été aide de camp du rare et brave général Dumourieï 
jusqu'au moment que j'ay été nommé au commandement de Karical aux Indes, Je 
vais incessamment partir. Je demande ce que Je n'avais pas obtenu dans l'ancien 
régime, le brevet de maréchal de camp, J'étais plébéien, aujourd'hui les ministres 
comptent les services. Je demande ce brevet pour obtenir un commandement plus 
considérable, qui doit me revenir, parce que ce sera un acte de justice, j'ay la pudeur 
des moyens de le bien remplir et je me crois capable de bien servir la République. 

Citoyen minislre, ce n'était pas la manière de demander autrefois, mais aussi je 
suis bon républiquain et le ministre de la Guerre est mon concitoyen. 

Le colonel commandant à Karical en Asie, 
Laumur. 

En remettant le mémoire en question Laumur laissa la note suivante : 

Le colonel Laumur, citoyen patriote, part demain matin pour aller embrasser, 
avant de partir pour l'Inde, son ami et son général l)umouriez,donl il était le l" aide 
de camp, il vient prendre les ordres du citoyen ministre de la Guerre et luy offrir ses 
services pour ce qu'il aurait à envoyer à ce général. 

Il luy laisse en même temps son mémoire en demande du brevet de maréchal 
de camp. 

A la date du 3 janvier 1793, Laumur, qui venait d'être nommé gouver- 
neur de Pondichéry, n'avait pas encore obtenu satisfaction, quoiqu'on eût 
fait valoir en sa faveur que ses services et sa situation nouvelle dans l'Inde 
justifiaient l'obtention du grade de maréchal de camp, dont il serait déjà 
pourvu, s'il était resté dans l'armée de la Belgique, son civisme et son patrio- 
tisme étant prononcés. Laumur en insistant auprès de Pache déclarait que 



INTRODUCTION xxxvij 

c'était servir un ministre vertueux que de lui offrir une bonne action à 
faire. 

Le 6 mars suivant, Monge, ministre de la Marine et des colonies, crut 
devoir appuyer la demande fort légitime de Laumur, et adressa à son 
collègue de la Guerre la lettre suivante, dans laquelle il plaidait chaleu- 
reusement la cause de cet officier supérieur: 

Paris, le G mars 1703, l'iin 2«. 

Le minisire de la Marine et des colonies au ministre de la Guerre, 

Vous connoissez depuis longlemps, mon clier collègue, le citoyen Laumur, et sans 
doute il a été assez heureux pour vous inspirer de TinLérêt. Ses anciens services, son 
patriotisme et l'expérience qu'il a pu acquérir pendant son séjour dans l'Inde, ont décidé 
Je Conseil exécutif provisoire à lui confier le gouvernement de Pondiclu'ry. A l'instant 
de partir pour se rendre à sa destination, il désire obtenir le grade de maréchal do 
camp, et c'est avec grand plaisir que je me suis chargé de vous en faire la demande; 
40 années de services dont l'utilité a été reconnue lui donneraient des droiis à obtenir 
ce grade qu'il aurait actuellement, s'il eut continué son service dans le département 
qui vous est confié, mais je crois lui trouver un nouveau litre dans la réunion des 
suffrages qui l'ont appelé au commandement dans llnde. Je désire que vous en jugiés 
comme moi et que vous croies devoir disposer de la place de maréchal de camp qui 
revient au département de la Marine en faveur du gouverneur de Pondichéry. 

Le ministre de la Marine et des colonies, 
Mongo. 

Arch. adin. Guerre, dossier Laumur. 

Deux jours après Laumur obtenait gain de cause et était nommé maréchal 
de camp pour être employé dans les colonies. 

On se demande comment Laumur, qui n'était en relations avec aucun 
des chefs du parti Hébertiste, qui ne connaissait pas plus Hébert que Ronsin 
et Vincent, put être impliqué dans le procès. Le témoignage de l'un des 
accusés, Laboureau, permet de s'en rendre compte. Dans le « Rapport de 
ce qu'il avait vu et entendu depuis sa détention », ce personnage équivoque 
s'exprime ainsi sur le compte de Momoro, de Vincent, de Ronsin et d'Hé- 
bert : « C'étaient des fripons et des voleurs. Quant à Laumur, c'était un aris- 
tocrate qu'on avait implanté là, pour leur donner un air de conspiration, 
que l'aristocratie avait mis cet homme en avant; et que Westermann, 
son accusateur, était aussi coquin que Laumur, que si on faisait bien, on 
l'arrêterait aussi. » 

Le grand crime de Laumur, crime irrémissible, ce fut d'avoir été l'aide 
de camp et l'ami de Dumouriez ; il fut englobé comme Proly, Pereyra et 
Dubuisson, dans la faction Dumouriez. Le 21 ventôse, deux jours avant 
son arrestation, l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, Jean Ardouin, 
en présence de Fouquier-Tinville, reçut sa déclaration au sujet des motions 
faites dans les Clubs des Cordeliers et des Jacobins et des bruits inquiétants 



xxxviij INTUonUCTlON 

mis en circulation, notammont on cp qui roncornait le dessoin de désigner 
un chef sous un autre nom que celui de dictateur, qui ne serait ni Danton, 
ni Robespierre, mais qui serait pris dans la Municipalité (1). Ce fait fut 
retenu par l'accusation, qui, le 28 ventôse, reçut la déposition de Raymond 
\'crninac, ministre de la République en Suède : celui-ci donna des détails 
sur une conversation tenue, le 27 ventôse, dans la rue Grange-Rat elièrc avec 
Laumur, qui commit l'imprudence de lui parler do l'insurrct tion préparée 
au C.lub des (lurdcliers et du projet des «insurgents» de nommer un grand 
juge, qui devait être Pacbe. Cette confidence suffit à Fouquier-Tin\ille 
pour étayer l'accusation de complicité dans la conspiration des Hébertistes 
contre Laumur, qui fut arrêté le 23 ventôse, interrogé le 28 et condamné 
h mort le 4 germinal (2). 



6. KOCK (Jean-Conrad de), banquier hollandais. 

Le banquier Conrad de Kock, né à Heusden en Hollande, réfugié en France 
depuis 1787, entra en qualité de commis de banque chez Girardot et Haller, 
puis devint l'associé de la maison Sartorius, dont les chefs étaient le citoyen 
Schuchardt, banquier, rue Neuve-de-l'Egalité, et Charles-Louis Niebecker, 
banquier, rue de Richelieu. Il apparaît, le 15 mai 1791, avec le titre de con- 
seiller pensionnaire de la ville de Wyck, au nombre des signataires de 
l'adresse ou pétition que les patriotes bataves présentèrent au Club des 
Jacobins (3) ; en 1792, on le trouve comme membre du Conseil d'adminis- 
tration de la Légion franche étrangère, et c'est en cette dernière qualité que 
lui furent délivrés par le ministre Lebrun deux passeports pour Anvers, 
le 27 novembre 1792 et le 12 janvier 1793 ; il en revint au mois d'avril, 
comme en témoigne un laissez-passer que délivra la municipalité de Lille, 
le 18 avril, à Conrad de Kock, se rendant à Passy avec sa femme et une 
femme de chambre (4). D'après certains biographes, de Kock aurait été 
l'un des fournisseurs de l'armée de Dumouriez, ce qui expliquerait ses fré- 
quents voyages en Belgique; mais nous n'avons rencontré aucune indica- 
tion précise à ce sujet, Camille Desmoulins, dans son Vieux Cordelier, dit 
seulement qu'il était l'intime de Dumouriez. Un fait certain, c'est que le 
banquier de Kock, qui résidait à Passy, rue Chalier, n^ 31, était très lié 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2383. 

(2) Ibid., n°» 2384, 238G, 2387. 

(3) A. Awlar.1, La Société des Jacobins, tome I, p. 439 

(4) V. le lomc X de noire Répertoire, n"» 2391-2393. 



INTRODUCTION xxxix 

ftvec Ronsin et surtout avec Hébert. Camille Desmoulins, dans le n^ 5 du 
Vieux Cordelier, où il attaque violemment Hébert à propos de ses relations, 
dit que c'est à Passy, chez le banquier de Kock, qu'Hébert et sa Jacqueline 
passaient les beaux jours de l'été, et il ajoute : « Penses-tu que j'ignore 
que c'est avec l'intime de Dumouriez, le banquier hollandais Kock, que le 
grand patriote Hébert, après avoir calomnié dans sa feuille les hommes 
les plus purs de la République, allait, lui et sa Jacqueline, boire le vin de 
Pitt et porter des toasts à la ruine des républicains, des fondateurs de la 
Liberté. » Les dépositions des membres du Comité de surveillance de Passy 
corroborent le témoignage de Camille Desmoulins ; c'est ainsi que Nicolas 
Guérin déclare qu'Hébert et sa femme se rendaient souvent chez Le Kock, 
banquier hollandais, avec lequel ils étaient en liaison étroite, mais que la 
femme Le Kock n'aimait guère celle d'Hébert, parce qu'elle parlait trop 
des affaires publiques ; déposition analogue de Mathurin Mazurot, dit 
Marin, pâtissier-traiteur, rue de Passy, qui mentionne les visites fréquentes 
du couple Hébert et dit même que la femme Momoro, jardinière du ban- 
quier de Kock, nourrissait l'enfant du Père Duchesne, fait contesté par 
la fille Courtin (1). D'après le bruit public, le Père Duchesne et sa femme 
étaient granxls amis du banquier hollandais, venaient souvent chez lui ; il y 
avait toujours nombreuse compagnie, qui se retirait généralement très tard. 
Les habitants de Passy, qui viennent témoigner au Tribunal révolu- 
tionnaire des relations du banquier de Kock avec le ménage Hébert, nous 
apportent de piquantes révélations sur les orgies qui se prolongeaient très 
avant dans la nuit dans la maison de l'huissier-priseur Peureux, où la femme 
de Sulpice Huguenin, l'ancien com.rnis des barrières devenu fournisseur des 
armées, belle personne, de jolie tournure et peu farouche, recevait fré- 
quemment Ronsin, Hanriot, ainsi que des officiers de l'armée révolution- 
naire et de l'armée parisienne, lesquels chantaient des chansons patriotes, 
et, au dire d'un carrier, membre du Comité révolutionnaire de Passy, « y 
faisaient des vies du diable» (2). Comme il fallait justifier les accointances 
des Hébertistes avec la faction de l'étranger, les relations suivies d'Hébert 
avec le banquier hollandais de Kock servirent de prétexte pour comprendre 
celui-ci parmi les accusés. Fouquier-Tinville le connaissait si peu que, 
dans sa lettre du 24 ventôse au Comité de salut public où il annonçait 
l'incarcération de Ronsin, de Vincent, d'Hébert, de Momoro, de Ducro- 
quet et de Laumur, il parlait de l'arrestation imminente d'un banquier 
hollandais, nommé Kuoff, et, le lendemain, informait le Comité de l'envoi 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2405. 

(2) Déclaration de Claude Cramoizin, ibid., n° 2405. 



xl INTRODUCTION 

à la Conciorf»erio du provenu de KofT, ajoutant qu'il prenait des renseigne- 
ments au sujet de la maison de Passy, où se rendaient journellement Ronsin, 
Hébert et beaucoup d'autres (1). En effet, le Vï ventôse, Robert de Genne, 
lieutenant de gendarmerie près les tribunaux, porteur d'un mandat 
d'arrOt déeerné par Fouquier-Tinville, accompagné du capitaine Adnet et 
de membres du Comité de surveillance de Passy, se présenta au domicile 
du banquier de Kock, alors absent, et fit subir un interrogatoire à sa jeune 
femme, Barbe-Thérèse Hessels de Fontaine, née à Bâle, âgée de 28 ans, 
au sujet des relations de son mari avec Hébert, Ronsin et le général Hanriot, 
laquelle déclara avoir 9 enfants, savoir, 6 garçons et 3 filles, enfants issus 
d'un premier mariage du banquier. La seconde femme du banquier de 
Kock n'échappa à la mort que parce qu'elle était enceinte; (elle donna le 
jour à un fils, qui fut le romancier Paul de Kock, et elle vivait encore au début 
du second Empire, n'étant morte qu'en 1853). Furent également interrogées 
plusieurs personnes rencontrées dans la maison de Kock, notamment 
Philippe-Claude Saint-Amand, capitaine hollandais, Constant-Guillaume 
Prosbting, ex-échevin de Heusden, et Pierre-François Chandepie, institu- 
teur des enfants du banquier. Comme l'on savait que Conrad de Kock 
devait rentrer à Passy pour dîner vers 4 heures, le capitaine de gendar- 
merie Adnet et un maréchal-des-logis s'embusquèrent sur son passage et 
réussirent à l'arrêter, quoiqu'il fût escorté de trois individus, armés de 
bâtons dits de Constitution, avec des bonnets à poil surmontés d'écarlate, 
qui s'esquivèrent (2). De Kock fut amené à son domicile, où les scellés 
furent apposés, pendant qu'on le laissait manger un morceau, et il fut 
écroué à la Conciergerie le soir même. Conrad de Kock avait déjà 
comparu, le 21 ventôse, devant Jean Ardouin, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, et avait déclaré n'avoir aucune connaissance des papiers 
incendiaires répandus dans le public, ni des trames qui pouvaient avoir été 
ourdies contre la souveraineté du peuple et tendant à la dissolution de la 
Convention ; il fit seulement connaître que, se trouvant il y a 4 ou 5 jours 
chez le citoyen Hébert, il vit devant sa porte un certain nombre de femmes 
attroupées, qu'ayant demandé à Hébert et sa femme le motif de ce ras- 
semblement, il sut par eux qu'il s'agissait d'une provision de porc salé 
trouvée chez Hébert, que pour ce fait l'on accusait d'accaparement, pro- 
vision qu'il comptait partager avec quelques Sans-Culottes de ses rela- 
tions. Hébert avait confié à son ami qu'il était peiné de voir de pareils 
rassemblements dans un moment semblable, craignant qu'ils n'occasion- 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n»» 2211, 2214. 

(2) Ibid., n»» 2403, 2404. 



INTRODUCTION xlj 

liassent quelques malheurs (1). Le 28 ventôse, le banquier de Kock fut 
soumis à un nouvel interrogatoire devant Denizot, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, qui, lui ayant demandé s'il avait conspiré contre la 
République, la liberté et la sûreté du peuple français, obtint cette réponse: 
jamais, et que personne ne pouvait être plus intéressé à la liberté de la 
France que lui (2). Le Même jour, deux habitants de la section de Bonne- 
Nouvelle, le perruquier Briache et le marchand de vins Rolin déposèrent 
de faits suspects, qui s'étaient produits lors de l'apposition des scellés chez 
les banquiers Chouquard et Le Koq, tels que des bris de scellés par certain 
secrétaire-greffier de la section, l'enlèvement de barils présumés pleins d'or 
et d'argent, enfin la fréquentation de canonniers, auxquels de Kock payait 
du punch au Café Gentien pour être admis dans leur compagnie, en leur 
promettant de consommer avec eux le traitement qu'il recevrait de l'armée 
révolutionnaire, tentative de corruption qui le fit considérer par ces 
canonniers comme un aristocrate (3). Le 29 ventôse, Coffmhal, accompagné 
de Fouquier-Tinville et du greffier Fabricius, se transporta à Passy, fit 
lever les scellés apposés au domicile du banquier, emporta les papiers 
trouvés dans deux secrétaires et un bureau pour servir à l'instruction du 
procès (4). C'est en vain que le banquier de Kock avait contribué aux 
frais de la guerre contre les rebelles de la Vendée, avancé des fonds à la 
commune de Passy pour achats de blés, offert des chemises et bas pour 
les volontaires, donné un cheval de selle : tous ces dons patriotiques ne 
purent conjurer la proscription de l'infortuné banquier. 



7. PROLY (Pierre- Jean-Berthold), négociant. 

Proly (Berthold), né à Bruxelles, élevé à Nantes, puis à Paris, passait pour 
être le fils naturel du prince de Kaunitz, et se donnait comme négociant. Après 
avoir beaucoup voyagé, notamment en Italie et aux Indes, il vint à Paris 
vers 1783 et y mena la vie d'un homme riche, dépensant largement les 
revenus d'une fortune acquise aux Indes, et fréquentant une société choisie, 
notamment l'ambassadeur d'Autriche, Mercy-Argenteau ; il logeait alors 
au Palais-Royal, dans la maison du Club des Arcades. Ruiné depuis 
1789, il vécut des débris de cette fortune et de spéculations de bourse ; 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2402. 
h) Ibid., n- l'tOl. 
3) Ibid., Il" 2407. 
(4) Ibid., n» 2408, 

■A 



xlij INTHODIU'.TION 

il s'associa intMiio avec un ancion conseillor do la Cour dos Aides, retiré à 
Versailles, Régnier, dont il avait fait connaissance au Palais- Royal, pour 
fonder un journal, le Cosniopolilc, qui s'imprima chez Janson, cloître Saint- 
lloui'ré, vi parut du 15 décembre 1701 au ,'U mars 1792 (1). Proly, qui se 
qualifiait de lîelpe réuni, et qui avait joué dans la révolution brabançonne 
un rôle mal défini, se fit recevoir au Club des Jacobins, (^'est à la fois en 
qualité de commissaire des Jacobins et d'agent du ministre des Affaires étran- 
gères, qu'il fut envoyé, en mars 1793, avec Dubuisson et Pereyra, d'abord 
en Hollande dans le but de faire tom})er la })anquc d'Angleterre, par l'en- 
tremise de juifs portugais établis à Amsterdam, au moyen d'opérations de 
change combinées et au besoin par la contrefaçon des billets de cette ban- 
que (1), puis à l'armée du Nord, auprès de Dumouriez, dont les intentions 
étaient suspectées. Ces trois commissaires quittèrent Paris le 25 mars et 
vinrent à Douai. Ils s'abouchèrent avec Dumouriez et eurent à Tournai 
plusieurs conférences avec ce général, qui leur développa ses plans de contre- 
révolution ; en somme, leur attitude fut assez équivoque. Ces députés, man- 
dait Dumouriez, m'ont proposé les plus belles choses du monde, à condition 
que je les aidasse à culbuter la Convention. Proly vint seul dans la soirée du 
26 mars et eut une entrevue avec Dumouriez, qui lui dit : Votre Club a 
causé tout le mal de la France, je sauverai la France, seul, malgré la Con- 
vention (2). Le lendemain, les trois émissaires conférèrent très longuement 
avec Dumouriez, qui s'éleva contre le Tribunal révolutionnaire, contre le 
Conseil exécutif, contre la Convention et termina son exposé par ces mots : 
Il y a une guerre à mort entre les Jacobins et moi, je périrai ou je raserai 
leur emplacement. Proly, Dubuisson et Pereyra se hâtèrent de rentrer à 
Paris et de dévoiler la trahison de Dumouriez dans un rapport qu'ils pré- 
sentèrent à la Convention le l*-''" avril et que Dubuisson lut aux Jacobins 
le 2 avril. Seulement on fit grief à Proly et à ses collègues de n'être revenus 
à Paris que lorsque cette trahison était en quelque sorte à l'état de fait 
accompli. « Ce fut, dit le représentant Bréard aux Jacobins, dans la séance 
du 3 germinal, au moment oij toute la frontière du. Nord était sur le 
point d'être livrée aux féroces ennemis, que ces trois conjurés, couverts du 
masque du patriotisme, vinrent nous annoncer que Dumouriez trahissait » (3). 
Un arrêté des Comités de salut public et de sûreté générale réunis, on date 
du 27 brumaire, ordonna l'arrestation de Proly et de plusieurs autres sus- 
pects ; le lendemain, le citoyen Jacquin, membre du Comité révolutionnaire 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2451. 
\i) V. A. Chuquet, La trahison de Dumouriez. 
(3) A. Aularil, La Société des Jacobins, tome VI, p. 10. 



INTRODUCTION xliij 

de la section Le Peletier, se transporta, en vertu d'un ordre de Tadministra- 
lion de Police, au domicile de Proly, rue Vivienne, n^ 53, pour le mettre en 
état d'arrestation ; ne l'ayant pas trouvé, il se borna à apposer les scellés (1). 
Une légion d'inspecteurs de Police fut lancée aux trousses de Proly (2), sans 
parvenir à le joindre; on le chercha à Ménilmontant, chez une femme Gou- 
genot, présumée sa maîtresse ; chez la femme divorcée de son ami Dubuisson, 
pue Saint-Honoré, près deSaint-Roch; chez son ancien domestique, François 
Bomp^rd, devenu marchand de tableaux, qui vivait avec une ancienne femme 
de chambre, rue Neuve-Saint-Roch, et qui, tout en faisant le commerce des 
tableaux, continuait à servir Proly, le rasant, le peignant tout comme un 
perruquier. Ce valet de chambre donna aux administrateurs de Police, qui 
l'interrogèrent le 8 frimaire (3), de précieux renseignements sur les fréquen- 
tations de Proly avec les banquiers Perouteau et Tassin, les courtiers ou 
agents de change Boucher, Moynat, Germain, Lenoir et Porteau, le député 
Hérault de Séchelles, la femme Poussin, ouvrière en linge, tenant une 
maison de prostitution, rue des Filles-Saint-Thomas, avec laquelle Proly 
avait vécu 6 mois, l'ex-conseiller à la Cour des Aides Régnier, un 
Bruxellois nommé Busscher, un ancien lieutenant-colonel de dragons, 
Goury-Champgrand, dont Proly courtisait la fille, mais nullement dans 
l'intention de l'épouser, attendu l'aversion de Proly pour le mariage. 
Tous ces individus subirent des interrogatoires en règle, afin d'arriver à 
découvrir la retraite de Proly (4). Aux termes d'une déclaration que fit, lors 
du procès des Hébertistes,Dufourny, président du Département, aux juges 
et jurés du Tribunal révolutionnaire (5), Proly lui avait été signalé comme 
très dangereux, comme un agent de la maison d'Autriche; mais il n'avait 
pas osé le faire arrêter, en raison de son intimité avec les représentants 
Barère et Hérault de Séchelles. Afin de préparer l'opinion pubhque, il fit 
afficher un placard pour mettre en garde contre les relaxations arbitraires : 
alors seulement il se décida à ordonner.l'arrestation de Proly, qui fut opérée 
au domicile de Desfieux, chez lequel il avait reçu l'hospitalité; mais tout 
aussitôt Collot d'Herbois prit la défense de Desfieux aux Jacobins et obtint 
sa mise en liberté immédiate, ainsi que celle de Proly, qui, parait-il, trouva 
un refuge chez Hérault de Séchelles. Cependant la capture de Proly tenait 
à cœur aux Comités ; le 9 nivôse, le Comité de salut public donna pleins 
pouvoirs au Comité révolutionnaire de la section I^ Peletier, dans laquelle 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n"» 2il0, 2111 

(2) Ibid., n'o 2412-2415. 

(3) Ibid., n» 2418. 

(4) Ibid., n"» 2423, 2430-2432. 

(5) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 221. 



xliv INTiiODUCTION 

Proly avait son domicile, pour envoyer un ou plusieurs de ses membres 
dans les environs de Paris, où l'on présumait (jue le fugitif pouvait s'être 
caché, et se saisir de sa personne. Deux jours après, le Comité de sûreté 
générale ordonna de procéder à l'arrestation de cet individu, « comme vrai- 
ment suspect », et chargea de ce soin le citoyen La Rivière, membre du 
Comité révolutionnaire de la section Le Peletier, auquel fut adjoint Magnan, 
l'un des secrétaires du Comité. Durant toute cette période (1) Proly, de son 
propre aveu, mena une vie vagabonde, errant depuis huit mois autour de 
Paris pour échapper à l'emprisonnement, se faisant passer pour fripier, pour 
acheteur aux ventes des biens des émigrés, pour marchand de cuivre ou 
de fer, changeant tous les jours de résidence, étant venu deux fois à Paris 
par la barrière de Clichy et ayant couché dans une auberge au-dessus de 
Saint-Lazare ; en dernier lieu, avisé par son fidèle domestique que son 
arrestation était imminente, il s'était réfugié à Vaud'herlan, district de 
Gonesse, à l'auberge du Petit Cerf, où il fut reconnu et arrêté, le 30 plu- 
viôse, par deux membres du Comité révolutionnaire de la section Le Pele- 
tier. Ramené à Paris, il subit, le 2 ventôse, devant le même Comité un 
interrogatoire, dans lequel il raconta les péripéties de sa vie errante (2). 
Quant aux projets subversifs qu'on lui prêtait, tendant à l'avilissement 
de la Convention nationale et à la perte de la République, il déclara avoir 
toujours agi et parlé dans le sens de la Révolution, aimant par dessus tout 
la liberté, et avoir toujours attaqué de vive voix et par écrit les Brisso- 
tins ; il s'expliqua égalenaent au sujet de ses relations avec Richer de 
Serizy, qui lui avait souvent parlé d'un parti de patriotes exagérés, ennemis 
de Danton, à la tête desquels se trouvaient Hébert et Pache, parti auquel 
ce journaliste croyait que Proly appartenait. Cette circonstance lui avait 
d'ailleurs valu l'inimitié de Camille Desmoulins et de Fabre d'Eglantine, 
ce dernier, craignant que les purs patriotes, par lui désignés sous le 
nom de factieux, ne dévoilassent ses friponneries et dilapidations. 

Le jour même de l'arrestation de Proly, Dufourny l'annonça aux Jaco- 
bins et reprocha même à Collot d'Herbois de l'avoir fait élargir lors de sa 
première arrestation. Collot d'Herbois se défendit de toute compromission 
à l'égard de ce conspirateur, attendu que c'était lui qui venait de provoquer 
la mesure prise contre Proiy, et il ajouta qu'on avait trouvé dans les poches 
de ce traître des lettres importantes qui feraient connaître ceux qui s'oppo- 
saient à sonarrestation(3). Le 3 ventôse, le Comité de sûreté générale ordonna 



|1) V. le tome X de notre Répertoire, n«' 2437, 2438. 

(2) Ibid., n" 2446. 

(3) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. G58. 



INTRODUCTION xlv 

d'amener, le soir même, Proly au lieu de ses séances et de l'incarcérer aux 
Carmes en le mettant au secret (1). Aussitôt celui-ci se rappela au souvenir de 
Bentabole, membre montagnard de la Convention (2), l'adjurant de déclarer 
si lui Proly n'avait pas toujours été un ami ardent de la Liberté, s'il n'avait 
pas toujours attaqué tour à tour les aristocrates, les Feuillants, les Brisso- 
tins, rappelant que Bentabole devait bien savoir que les persécutions dont il 
était l'objet étaient dues aux préventions que l'infâme Fabre d'Eglantine, 
Camille Desmoulins et Dufourny avaient semées contre lui et ses compa- 
gnons d'infortune dans l'esprit de Danton et de Robespierre ; qu'enfin 
c'était un devoir sacré pour le même Bentabole d'élever la voix en 
faveur de ses frères de la petite société qui s'assemblait chez Desfieux et 
de venir au secours de l'innocence et du patriotisme opprimés. 

Le 19 ventôse, Proly fut extrait de la maison des Carmes et amené 
au Comité de sûreté générale, où il fut interrogé, principalement sur ses 
relations avec Dubuisson et Pereyra et sur sa mission en Belgique. Le 
30 ventôse, Proly sortit de nouveau des Carmes pour subir un dernier 
interrogatoire, de pure forme, devant Dobsent, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, qui se borna à lui demander s'il avait jamais conspiré 
contre la République et lui donna d'office pour défenseur Chauveau 
Lagarde (3). 

Alors que Proly allait comparaître devant le Tribunal révolutionnaire, 
Robespierre vint, le l^'" gernainal, aux Jacobins et, prenant la parole, dirigea 
de violentes attaques contre le parti de l'étranger, espoir des aristocrates 
et des modérés. «Aujourd'hui, dit-il, l'on voit sur la sellette les principaux 
agents des puissances étrangères, un Cloots, un Proly et tant d'autres qui 
s'étaient vendus à ce parti odieux. Je dis que la punition de Proly coûtera 
des millions aux aristocrates et aux étrangers, parce qu'après cet exemple 
terrible, il faudra que Pitt paye au centuple les espions qu'il voudra entre- 
tenir chez nous » (4). 



8. DESFIEUX (François), marchand de vins de Bordeaux. 

Desfieux (François),'né à Bordeaux en 1755, marchand de vins, se trouvait 
à Paris lors des événements de juillet 1789. D'après son autobiographie, 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n"» IWl, 2448. 

(2) Ibid., n° 2449. 

(3) Ibid., no» 2451, 2453. 

(4) A. Aulard, La. Société des Jacobins, tome VI, p. 3. 



xlvj INTRODUCTION 

imprimée sous le litre de l)esfieu.v, détenu dans la prison de Sainte- Pélagie, 
à ses concitoyens (l),il apporta, le dimanche 12 juillet, la nouvelle du renvoi 
de Necker et aurait assisté à la prise de la Bastille. Au mois d'octobre sui- 
vant, ses affaires l'ayant rappelé à Bordeaux, il y fonda une société popu- 
laire sous le nom de Club du Café national; à la fin de juin 1790, sur l'invi- 
tation de la municipalité de Toulouse, il se rendit dans cette ville pour 
y établir une société populaire et fut envoyé à Paris lors de la Fédération 
du 14 juillet 1790. Son renom de patriotisme le fit admettre au Club des 
Cordcliers et à la Société des Jacobins, dont il devint même le trésorier et plus 
tard le vice-président. Le 8 avril 1792, on le voit faisant le récit de la réception 
des soldats de Châteauvieux à Versailles et annonçant leur arrivée pour le 
lendemain ; dans la séance du 27 juillet il prit la parole et déclara que le 
seul moyen de sauver la patrie mise en danger par le pouvoir exécutif était 
de faire appel au peuple et de recourir à l'insurrection. Dans maintes occa- 
sions il monta à la tribune pour dénoncer Fauchet, ou attaquer Brissot et 
Vergniaud (2). Lorsque Desfieux vint habiter Paris, il fixa son domicile 
rue Saint-Marc, dans la section de la Bibliothèque, devenue section de 1792, 
qui, le jour même de l'établissement du Tribunal révolutionnaire du 17 août, 
le désigna comme juré de jugement. Lors des opérations électorales de la 
fin d'août 1792, l'Assemblée primaire de la section de 1792 le choisit pour 
l'un de ses électeurs. C'est en qualité de président de la section Le Peletier 
qu'il prononça un discours le jour de l'inauguration des bustes de Marat 
et Le Peletier. Dans la seconde moitié d'octobre 1792, Desfieux retourna 
à Bordeaux, mais, menacé de mort par le parti girondin, il prit la fuite et 
passa par Montauban, Toulouse, où le ministre Servan et Laclos l'avaient 
envoyé, Montpellier et Lyon, revint à Paris et rentra, le 14 décembre 1792, 
au Club des Jacobins où il annonça qu'il reprenait son poste de jacobin, 
attendu, disait-il, « qu'il serait aussi utile aux Jacobins que danô Une place 
de commissaire des guerres», il ajouta que dans le cours de son voyage le 
peuple était unanime à demander la mort de Louis XVI. Affichant des 
sentiments ultra-révolutionnaires, il ne pouvait manquer de s'associer à 
ceux qui ourdirent la conspiration du 10 mars 1793, prélude des journées 
du 31 mai. Le 9 mars, aux Jacobins, Desfieux demanda le renouvellement 
des Comités, composés de contre-révolutionnaires, l'arrestation des mi- 
nistres, prévenus de conspiration, et des administrateurs des Postes, l'orga- 
nisation immédiate du Tribunal révolutionnaire. Quatre jours après Dea- 



{{) Arch. nat., F" 4G72. 

(2) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome III, p. 472. tome tV, p. 15U, 1»1, IC5, 293, 
297, 300, 314. 



INTRODUCTION xlvij 

fieux fut dénoncé à la Convention par Vergniaud, qui lui reprocha ses 
escroqueries et ses banqueroutes de Bordeaux, ainsi que son apologie des 
massacres de septembre, et le fit décréter d'accusation, mais le décret fut 
rapporté. Le lendemain, Desfieux, par voie d'affiche, traita Vergniaud de 
calomniateur, affirma ne connaître que très peu Fournier l'Américain, 
n'avoir jamais parlé au citoyen Lazowski, et déclara qu'il considérait 
Vergniaud, de même que son parti, comme les plus grands ennemis de la 
République. 

D'après le mémoire justificatif de Desfieux, le ministre de la Guerre 
Bouchotte l'aurait chargé, au mois d'avril, d'une mission en Suisse, mission qui 
serait restée sans résultat ; il fut dénoncé par les journaux de Gorsas, de 
Brissot et de Dulaure, comme un agent des Jacobins, de Marat et de Robes- 
pierre, envoyé pour propager en Suisse les principes anarchistes. La date 
d'avril est certainement inexacte : pondant tout ce mois Desfieux assiste 
aux séances des Jacobins, y occupe le fauteuil de la présidence, ou donne 
lecture de la- correspondance ; nous le voyons, le 17 mai, en qualité de 
vice-président, recevoir une députation des volontaires de la section de 
l'Unité, avant leur départ pour la Vendée, et leur adresser une petite allocu- 
tion où il leur dit (1) : « Vous allez combattre les fanatiques de la Vendée, 
leurs chefs sont à Paris, les brigands de la Vendée ne sont que leurs 
instruments. Détruisez la cause, et l'effet cessera )>. A partir de ce mo- 
ment jusqu'au 10 juin Desfieux ne parait plus aux Jacobins ; ce jour, il 
annonce qu'il revient de Bâle et que dans cette ville la nouvelle de la vic- 
toire du parti maratiste a fait hausser le cours des assignats. Le 22 juillet 
1793, il appuya une motion d'Hébert tendant à l'exclusion des nobles des 
emplois civils et militaires et proposa l'envoi d'une députation au Comité 
de salut public ; le 22 août, il demanda que Garât, démissionnaire, ne pût 
occuper aucune fonction publique avant d'avoir rendu ses comptes (2) ; 
ennemi acharné des Girondins, il ne négligea aucune occasion de réclamer 
leur mise en jugement. L'esprit combatif de Desfieux lui valut de nombreux 
ennemis, qui ne manquèrent pas de l'attaquer et de répandre de faux 
bruits sur son compte. Par lettre adressée le 29 septembre au Comité de 
sûreté générale, il protesta énergiquement, déclarant que, loin de se sous- 
traire aux recherches, il voulait provoquer l'examen le plus rigoureux de 
sa conduite depuis la Révolution, pour que le système de calomnies dont il 
était l'objet fût mis au grand jour, et il joignit à sa lettre un certain nombre 
d'exemplaires de ses réponses à Vergniaud et Dulaure, ses calomniateurs. 



(1) A. Aulard, La Sociéli de$ Jacobins, toniô V, p. iD5. 

(2) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 246, 309, 305. 



xlvlij INTRODUCTION* 

Le 23 vendémiaire, les administrateurs de Police chargèrent le Comité de 
surveillance de la section Le Peletier de faire rechercher et mettre en état 
d'arrestation le citoyen Dcsfieux, demeurant à la Maison de secours, rue 
des Filles Saint-Thomas, l'ordre fut exécuté (1). On sait que, grâce à l'inter- 
vention de Collot d'Herbois, il fut immédiatement mis en liberté. Le 26 ven- 
démiaire, Desfieux fit sa rentrée aux Jacobins au milieu des applaudisse- 
ments de la Société et des tribunes, et remercia ses collègues de l'intérêt 
qu'ils venaient de lui témoigner, terminant son discours en ces termes : 
« Citoyens, je sers la Révolution depuis le premier jour, je n'ai jamais dévié 
un seul instant ; après la Révolution on citera Marat, Robespierre, Collot 
d'Herbois, Billaud-Varenne et quelques autres patriotes pour avoir cons- 
tamment soutenu la liberté, l'égalité, les droits sacrés du peuple. Eh bien ! 
je veux les imiter, j'ai l'ambition aussi que l'on me cite après eux » (2). 
Le 1" brumaire, à la demande expresse de Desfieux et de Proly, pour ne 
laisser planer aucun doute sur leur civisme et leur conduite, il fut procédé 
par les soins de deux membres du Comité révolutionnaire de la section Le 
Peletier à la levée des scellés apposés à leur domicile: il ne fut rien trouvé 
de suspect, ni de contraire aux intérêts de la République. Dans la séance des 
Jacobins du 2 brumaire, Desfieux accusa Dufourny de l'avoir dénoncé au Co- 
mité de sûreté générale et à l'administration de Police par un billet ainsi conçu : 
Arrêtez Desfieux, il est de la faction girondine. Sur les dénégations de Du- 
fourny, dont Collot d'Herbois se porta garant, l'assemblée passa à l'ordre du 
jour. Le lendemain, Collot d'Herbois fut violemment pris à partie : « Des- 
fieux, lui dit-on, pour qui vous avez parlé hier, est un coquin et vous en 
êtes un plus grand de l'avoir défendu. » L'un des Jacobins, Sambat, qui 
était juré au Tribunal révolutionnaire, avait affirmé, le matin même, 
qu'avant 15 jours Collot d'Herbois ferait amende honorable pour avoir 
pris la défense de Desfieux, qui, à ses yeux, par ses relations avec l'Au- 
trichien Proly s'était rendu suspect. Desfieux répondit en attestant qu'il 
avait vu, dès le début de la Révolution au Palais- Royal, Proly se montrer 
bon patriote et que son crime impardonnable était d'avoir dénoncé le 
premier Dumouriez et d'avoir empêché le coup qu'il méditait (3). Le 
1^ frimaire, Robespierre demanda aux Jacobins l'expulsion de Desfieux, 
ainsi que»celle de Proly et de Pereyra (4). L'arrestation de Desfieux fut 
décidée et opérée dans la nuit du 3 frimaire, il fut incarcéré à Sainte- 



1) V. le tome X de notre Répertoire, n"' 245G, 2457, 

2) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 464. 

(3) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 475-477* 

(4) Ibid., p. 531. 



INTRODUCTION xlix 

Pélagie et les scellés apposés chez lui. Le lendemain même, Desfîeux mani- 
festa sa surprise de la dénonciation dont il avait été l'objet à la Commune 
de la part d'Hébert, qui pouvait cependant témoigner de son patrio- 
tisme ; il écrivit lettres sur lettres, les 4, 9, 13 frimaire, au Comité révo- 
lutionnaire de la section Le Peletier pour réclamer la levée des scellés 
mis sur ses effets, attendu son manque de linge et dans la crainte que les 
rats ne lui dévorassent celui qu'il avait laissé, se défendit de toute 
intrigue, d'avoir jamais brigué aucune place, et pria qu'on fit en sorte de 
convaincre Robespierre qu'il avait été trompé (1). 

Desfîeux resta plus de deux mois à Sainte-Pélagie, où il vécut dans la même 
chambre que Ronsin et Pereyra, et complota avec ses co-détenus contre 
la Convention, contre le Comité de sûreté générale et contre Robespierre, 
tenant parfois les propos les plus cyniques, que Prudhomme a rapportés et 
dont quelques biographes ont contesté l'authenticité : ils sont cependant 
véridiques. Certain bijoutier, qui fut son compagnon de captivité, d'abord à 
Sainte-Pélagie, puis à Saint-Lazare, lui ayant un jour reproché d'avilir la 
République par le dérèglement des mœurs, Desfîeux répliqua : « Je veux 
que les choses en viennent au point que le père /... sa fille au coin d'une 
borne et même sur le Pont-Neuf (2). Desfîeux se trouvait encore à Sainte- 
Pélagie le 10 pluviôse; il y composa un mémoire justificatif, signé Des- 
fîeux, jacobin dans l'âme, qu'il fit imprimer et envoya au Comité de 
sûreté générale. 

Peu après Desfîeux fut transféré à Saint-Lazare et continua ses menées 
avec les partisans de Ronsin, formait toutes sortes de projets sinistres. Dans 
un rapport du 26 ventôse an II, où l'officier de paix Dossonville signalait ce 
qui se tramait à Saint-Lazare, il déclarait qu'il était bien urgent de faire 
transférer ailleurs « cette clique infernale » (3). A la même époque, soit le 27 ven- 
tôse, Naudet, concierge de la maison de Saint-Lazare, priait le ministre de 
l'intérieur de procéder le plus tôt possible au transfèrement de ces prisonniers 
dangereux, qui semaient la division et jetaient le trouble dans la prison, no- 
tamment de Desfîeux, de Pereyra, de Grammont, père et fils (4). Le 30 ventôse, 
Desfîeux, extrait de Saint-Lazare, subit devant Dobsent un interrogatoire 
sommaire, et fut écroué à la Conciergerie, d'où il ne devait sortir que pour 
comparaître devant le Tribunal révolutionnaire et monter à l'échafaud (5). 



(\) V. le tome X de notre Répertoire, n"» 24G2-24G5. 

(2) Déclaration de Jean Jacquemier, tome X de notre Répertoire, n" 2467. 

(3) V, le tome X de notre Répertoire, n" 2201. 

(4) Ibid., n<>2262. 

(5) Ibid., n" 2468. 

T. XI. 



INTRODUCTION 



9. CLOOTS (Jean-Baptiste, dit Anacharsis), homme de lettres, 
ex-député à la Convention nationale. 

Goots (Jean-Baptiste), du Val-de-Grâce, baron allemand, connu pendant 
la Révolution sous le nom d'Anacharsis Cloots, naquit au château de 
Gnadenthal, près de Glèves, le 24 juin 1755 ; il commença ses études à 
Bruxelles et à Mons et les acheva à Paris au collège du Plessis, oîi il eut 
pour condisciples Lafayette, Gorsas, Montesquiou, et se fit remarquer par 
son iiumeur intransigeante, il entra ensuite à l'Ecole militaire de Berlin. 
Possesseur d'une fortune considérable, qu'il dissipa rapidement, voyageur 
par goût, il parcourut l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie et diverses con- 
trées de l'Europe, et revint à Paris qui exerçait sur lui une véritable attrac- 
tion. Il adopta avec enthousiasme les idées de la Révolution et se fit ins- 
crire au Club des Jacobins ; en 1790, il demeurait rue Jacob, hôtel de 
Modène, mais plus tard, il s'installa rue de Menars, dans un bel apparte- 
ment, meublé trop magnifiquement, disait-il, pour un Sans-Culotte, et 
entra en relations avec nombre d'illustrations, telles que Sophie Arnould, 
Julie Talma, la chevalière d'Eon, avec lesquelles il entretint une corres- 
pondance suivie. Cloots cependant ne dédaignait pas la campagne; il écrivait 
à son frère qu'il s'était acheté une retraite à 12 lieues de Paris, où il goûtait 
les charmes de la vie champêtre, pour échapper de temps en temps au 
tourbillon de la capitale; il y menait, à l'entendre, la vie d'un curé gros 
décimateur avec de bonnes fermes et de jolies fermières (1). 

Dans la vie politique, Cloots ne tarda pas à se signaler par ses excen- 
tricités ; c'est ainsi que, le 19 juin 1790, il conduisit à l'Assemblée consti- 
tuante « une ambassade du genre humain », composée, parait-il, de porte- 
faix, vêtus de costumes étrangers, qu'il présenta comme députés de toutes 
les nations, se qualifiant lui-même d'orateur du genre humain, et se fit 
admettre dans la Fédération du 14 juillet 1790. Le 13 décembre 1791, 
Cloots, possédé du besoin de se mettre en évidence, fit à l'Assemblée légis- 
lative un discours sur la coalition des puissances étrangères; le 20 janvier 
1792, présenta deux ouvrages; le 21 avril, prononça un discours à l'occasion 
d'un don patriotique de 12,000 livres qu'il fit pour armer et équiper 40 à 
50 volontaires, don accompagné d'un hommage de son livre sur la Répu- 
blique universelle. Le 26 août, Cloots obtint, ainsi que son oncle le chanoine 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n* 2475. 



I INTRODUCTION Ij 

Pauw, le titre de citoyen français. Au moment de la chute de la royauté, 
I Anacharsis Cloots avait acquis une telle notoriété que, lors des élections à 
la Convention nationale, il fut élu dans deux départements; dans l'Oise, le 
6^ député par 279 suffrages sur 452 votants; le procès-verbal le désigne 
sous le nom de Jean-Baptiste Cloots, citoyen français, connu sous l'appel- 
lation d'Anacharsis Cloots, orateur du genre humain ; dans le procès-verbal 
de Saône-et-Loire, il est dit citoyen français par adoption. A la Convention, 
il vota la mort de Louis XVI, au nom du genre humain, et devint membre 
du Comité diplomatique. Cloots ne se fit pas moins remarquer au Club des 
Jacobins par ses motions et ses discours. Le 19 novembre 1792, il prit la 
parole pour démasquer les partisans de la République fédérative ; à la 
séance du 26 novembre, lors de la radiation de Roland, de Louvet, de 
Lanthenas et de Girey-Dupré, Cloots crut devoir prendre à partie Roland, 
qui l'avait traité de parasite mécontent, en lui objectant que celui qu'il 
i qualifiait de parasite était un parasite d'une singulière espèce, puisque son 
patriotisme et son amour de la vérité l'avaient porté à abandonner bête- 
I ment les aristocrates gourmets en 1789, les Feuillants gourmets en 1791 et 
i les fédéralistes gourmets en 1792, et il déclara que c'était plutôt la jaserie 
I que la mangerie qui lui faisait accepter les nombreuses invitations qu'il 
! recevait; « on sait, ajoutait-il, ce que vaut un dîner pour un garçon qui a 
' de quoi manger, que d'ailleurs sa fortune et ses principes le rendaient le 
i plus indépendant des bipèdes (1) « Le 5 mai 1793, Anacharsis Cloots pro- 
j nonça un long discours à l'effet de provoquer l'insurrection contre la faction 
girondine. Il fut accusé par Marat, dans le n^ 193 de VAmi du peuple^ de 
s'être fait payer ses impressions par le ministre Lebrun, qui aurait voulu 
, s'en faire un ami dans le Comité diplomatique ; le 15 mai 1793» Cloots répondit 
à Marat en lui expliquant que c'était dans un but de propagande et nullement 
! pour capter son amitié que Lebrun avait donné une nouvelle édition de 
! ses Adresses aux Belges^ aux Bataves^ aux Piémontais, aux Cosmopolites, 
I assurant d'ailleurs n'avoir jamais dîné chez Lebrun, ni avec Lebrun (2). 
j Anacharsis Cloots fut, comme l'on sait, l'un des adeptes les plus fervents 
I du culte de la Raison, et sa haine contre la religion chrétienne égalait celle qu'il 
j avait vouée à la monarchie ; le 27 brumaire an II, il présenta à la Conven- 
I tien l'ouvrage paradoxal qu'il avait composé pour battre en brèche le chris- 
tianisme, sous le titre Certitude des preuves du mahométisme. Il n'en fallut 
pas davantage pour s'attirer l'inimitié de Robespierre; de son côté Ana- 



(1) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome IV, p. 485, 519. 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n" "2495. 



lij INTHODICTION 

charsis Cloots délestait cordialement Robespierre; cela se voit clairement 
dans une lettre antérieure au 10 août, qu'il écrivait à son ami Rongiès, où 
il disait que Robespierre, que l'on accuse d'être le chef des factieux, n'en 
était vraisemblablement que l'instrument aveugle, « Heureusement, ajouta- 
t-il, que les écrivains patriotes font ouvrir les yeux au scnnim peciis (sic) 
et l'ambitieux tribun va tomber aussi bas que ses talents, l.o, crédit de ce 
Tartuffe est la honte de notre Révolution ; le roi Louis XVI et le roi Ro- 
bespierre sont plus redoutables à la France que les armées autrichienne et 
prussienne (1). » Le 22 frimaire, lors de la séance extraordinaire tenue aux 
Jacobins pour l'épuration de ceux des membres de la Société faisant partie 
de la Convention (2), Robespierre monta à la tribune et attaqua Anacharsis 
Cloots avec une violence extrême. « Pouvons-nous, dit-il, regarder comme 
Sans-Culotte un homme qui a plus de cent mille livres de rente ? Pouvons- 
nous croire républicain un homme qui ne vit qu'avec les banquiers et les 
contre-révolutionnaires ennemis de la France ? Cloots, tu passes ta vie 
avec les agents et les espions des puissances étrangères, comme eux, tu es 
un traître qu'il faut surveiller. » Robespierre accusa Cloots d'avoir aug- 
menté le nombre des partisans du fédéralisme, d'avoir favorisé le mouve- 
ment contre le culte et d'avoir préparé avec Gobel la mascarade philoso- 
phique qui détermina cet évêque à changer subitement de ton, de lan- 
gage et d'habit, et à offrir ses lettres de prêtrise à la Convention, et il conclut 
en demandant l'exclusion des nobles et des étrangers, par conséquent de 
Cloots, qui était prussien. Sa motion fut adoptée séance tenante. Cette radia- 
tion d'Anacharsis Cloots de la Société des Jacobins le désignait comme 
suspect et fut l'avant-coureur de sa mise en état d'arrestation, qui eut lieu 
dans la nuit du 8 nivôse par les soins de deux commissaires du Comité 
révolutionnaire de la section de l'Unité, assistés de deux secrétaires du 
Comité de sûreté générale (3). Cloots, d'abord incarcéré à la maison d'arrêt 
du Luxembourg, fut ensuite transféré à la prison de Saint-Lazare. D'après 
une conversation tenue à Saint-Lazare par Anacharsis Cloots et rapportée 
par un de ses co-détenus, Cloots avait prétendu que Robespierre l'avait 
fait arrêter, parce qu'il avait la confiance du peuple, qu'il avait été porté à la 
présidence des Jacobins, et dans la crainte qu'il ne devint président de la Con- 
vention nationale ; que Robespierre était souverain, mais que cela cesserait 
sous peu, que sa maladie n'était qu'une chimère et que ceux qui l'avaient 
certifié ultra-révolutionnaire n'étaient que des ultra-Brissotins. De sa pri- 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2477. 

(2) A. Aulard, I.a Société des Jacobins, tome V, p. 555. 

(3) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2497. 



INTRODUCTION liij 

son du Luxembourg Anacharsis Cloots adressa, le 19 nivôse, un manifeste 
aux « Hommes de bonne volonté », en réalité à ses anciens collègues du 
Comité de sûreté géHérale, à l'effet d'obtenir la levée de ses scellés et l'exa- 
men scrupuleux «de ses paperasses», où, disait-il, «l'on trouvera la gradation 
de ses croyances religieuses, de ses connaissances politiques sur les hommes 
et sur les choses, le crescendo de son élan vers la Constitution sublime 
d'un peuple avec lequel il a fait son éducation révolutionnaire, » déclarant 
« qu'il souffre sa captivité avec horreur et résignation, en vivant dans ses 
ouvrages, notamment sa République universelle, qui a singulièrement pré- 
paré les esprits à se passer de Roi et à se familiariser avec l'idée que la 
France n'est pas trop grande pour se constituer en République », terminant 
par ces mots quelque peu présomptueux : « Citoyens raisonnables, le genre 
humain vous saura gré de mon élargissement » (1). Le 10 pluviôse, nouvelle 
requête du même Anacharsis Cloots au Comité de sûreté générale (2), où 
il se dit « né dans la Belgique et Français depuis l'âge de 11 ans. cultivateur 
à Crépy, électeur de Paris et appelé à la Convention nationale par 7 dé- 
partements». Il y proclame qu'un montagnard régicide, le père de la Répu- 
blique universelle, ne saurait être rangé parmi les gens suspects, les étran- 
gers, qu'il est le plus opprimé des humains ou le plus guillotinable des 
scélérats, que. son élargissement ferait pâlir les tyrans coalisés, et il demande 
que le Comité le mette à même, en ordonnant la levée des scellés apposés 
chez lui, de publier son Adresse aux Sans-Culottes anglais, « véhémente, 
persuasive, dans laquelle les agents du très pacifique Monsieur Pitt sont 
démasqués ». Une déclaration faite le 17 ventôse par un officier prussien 
déserteur, Frédéric Gugenthal, vint encore aggraver les charges qui pesaient 

I sur Cloots ; cet officier, qui était un espion, prétendit avoir vu de ses yeux 
chez le général Kalgstein trois lettres écrites par Anacharsis Cloots au duc 
de Brunswick (3). Anacharsis Cloots fut écroué, le 30 ventôse, à la Con- 

j ciergerie, après un interrogatoire subi devant Dobsent, où il choisit comme 
défenseur Chauveau-Lagarde (4). Traduit avec les Hébertistes, il fut con- 
damné le 4 germinal, et mourut dans l'athéisme. On lit à son sujet dans 
les Mémoires d'un détenu pour servir à V histoire de la tyrannie de Robes- 
pierre (5) ce qui suit : « L'orateur du genre humain, celui du moins qui pre- 
nait ce titre fastueux, et l'ennemi de toute religion, surtout de celle de 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2498. 

(2) Ibid , u» 2500. 

(3) Ibid., n»2501. 
(\) Ibid., n° 2502. 

(5) Dauhan, La prisons de Paris, p. UG, 118. 



Ivj INTRODUCTION 

Malgré cette longue éniimération de services, Jacob Pereyra ne fut pas 
omis dans les poursuites : après avoir subi, le 30 ventôse, un interrogatoire 
devant Gabriel Deliège, juge au Tribunal révolutionnaire, qui lui donna 
pour défenseur Ghauveau-Lagarde (1), il fut écroué à la Gonciergerie et 
partagea, le 4 germinal, le sort des Hébertistes. 



11. QUÉTINEAU (Marie-Anne-Catherine LATREILLE, femme 
du général Pierre). 

Marie-Anne-Catherine Latreille, femme du général Pierre Quétineau, 
née à Montreuil-Bellay, près de Saumur, demeurait rue de Bussy, daiis la 
même maison que l'élève en chirurgie Armand, lorsqu'elle fut enveloppée 
dans la conjuration des Hébertistes, arrêtée le 27 ventôse, et incarcérée 
à Sainte-Pélagie. Son crime était d'avoir, dans le dessein de sauver son mari 
qui était détenu à l'Abbaye, prêté l'oreille aux complots ourdis par le nommé 
Armand. Elle tint plusieurs conciliabules avec les promoteurs de la ten- 
tative insurrectionnelle, pressant l'explosion de cette conspiration, avant 
que l'abondance ne revint à Paris, surtout dans la crainte, malheureuse- 
ment fondée, que son mari n'eût pas le temps d'en profiter. La femme Qué- 
tineau et Armand commirent l'imprudence de manifester leur satisfaction 
d'avoir vu à la Halle beaucoup de femmes en peine à cause de la pénurie 
des subsistances, la surexcitation des femmes devant à leurs yeux contri- 
buer au succès du mouvement insurrectionnel (2). Ecrouée à la Goncier- 
gerie le 30 ventôse et condamnée à mort le 4 germinal, la femme Quétineau 
déclara être enceinte d'environ 4 mois ; l'examen auquel procédèrent à la 
Gonciergerie les officiers de santé assermentés Théry, Bayard et Naury, 
assistés de la veuve Prioux, sage-femme, permit de constater l'existence 
d'une grossesse d'environ 4 mois. Sur leur rapport, le Tribunal révolu- 
tionnaire ordonna de surseoir à l'exécution ; mais Marie- Anne-Gatherine 
Latreille ne bénéficia pas longtemps de ce sursis, ayant fait une fausse- 
couche peu de temps après. Au bout de trois semaines, lorsqu'elle fut 
entièrement rétablie, elle fut envoyée à l'échafaud le 22 floréal, alors 
âgée de 34 ans (3). 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2510. 

(2) Déclaration de Ilaindel, chef de brigade du 11* régiment de hussards, tome X de notre 
Rt-pertoiie, n° 2518. 

(3; V. le tome XI de notre Répertoire, n" 236-238. 



INTRODUCTION Ivij 



12. ARMAND (Jean-Antoine-Florent), élève en chirurgie. 

Armand (Jean- Antoine-Florent), né auCheylard (Ardèche), avant la Révo- 
lution clerc de son père, qui était procureur de la sénéchaussée de Villeneuve- 
de-Berg, depuis secrétaire de la municipalité de Tours et élève en chirurgie, 
habitait à Paris, rue et maison de Bussy. Il avait formé certains projets in- 
surrectionnels qu'il eut l'imprudence de révéler à Charles-François-Frédéric 
Haindel, ex-offîcier de la Légion germanique, chef de brigade du 11^ régi- 
ment de hussards, lequel n'eut rien de plus pressé que d'en aviser le repré- 
sentant Sergent, ainsi que les Comités de salut public et de sûreté générale. 
Dans ce plan hasardeux, Armand, de concert avec quelques prisonniers de 
l'Abbaye, entr'autres un élève en chirurgie du nom de Loiseau, devait, grâce 
à de fausses patrouilles, munies du mot d'ordre, et avec des intelligences 
qu'on se serait ménagées, se présenter à l'Abbaye et à la Conciergerie, massacrer 
les soldats de garde, ouvrir les prisons, puis s'emparer du Pont-Neuf, de la 
Monnaie et du Trésor pour distribuer de l'argent au peuple, également de 
l'Arsenal, suivre Hanriot et son état-major, qui habituellement dînaient 
au Luxembourg, et l'assassiner ainsi que Chabot et Basire, se débarrasser 
de la Convention et des Jacobins, incendier les Comités. Armand confia 
en même temps à Haindel qu'il avait placardé lui-même l'affiche contre 
laquelle le Comité de salut public avait sévi, que de semblables affiches 
seraient posées le jour de l'exécution du complot, que l'on comptait sur la 
gendarmerie à pied et sur une partie de la garde nationale. Julienne- 
Amélie Durquant, femme du citoyen Haindel, qui assistait à la conversa- 
tion échangée entre son mari et Armand, ne put s'empêcher de lui objecter 
combien ce complot lui semblait chimérique, v Mais que pensez-vous faire? 
dit-elle, quelque nombreux que vous puissiez être, voulez-vous faire un second 
dix août? vous massacrerez beaucoup de monde, mais vous ne réussirez jamais, 
parce que le peuple est trop fort, et je vois que vous vous exposez à avoir la 
tête coupée. » Armand répondit que son projet était immanquable, que 
depuis quatre mois les chefs sondaient l'opinion publique, et qu'il n'y avait 
pas de comparaison à faire avec le 10 août, époque à laquelle il n'y avait 
pas de mécontents, que quant au peuple, on lui jetterait pour le gagner 
de l'or et de l'argent. Armand fut interrogé et écroué à la Conciergerie 
le 30 ventôse, jugé et condamné le 4 germinal (1). 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n»' 2517-2519. 



Iviij INTRODUCTION 



13. ANGARD (Jean-Baptiste), coupeur do gants, journalier, puis em- 
ployé au bureau des recherches des émigrés du département de Paris. 

Ancard (Jean-Baptiste), originaire de Grenoble, domicilié à Paris, rue 
des Mauvais-Garçons, exerçait la profession de coupeur de gants, mais, 
semblc-t-il, n'était pas d'une honnêteté scrupuleuse. S'il faut ajouter foi 
au témoignage d'une marchande gantière de la rueSaint-Honoré, à l'enseigne 
de ]n Tête d'Or (1), Ancard, employé en 1773 chez Delaporte, fabricant de 
gants, ruo du Bouloi, aurait soustrait une quantité assez considérable de 
gants, qu'il aurait vendus à bas prix; il aurait été incarcéré au Petit Châ- 
telet, et sans un do ses frères au service d'un ambassadeur, il eût été fouetté 
et marqué .Depuis cette époque il passait pour être un voleur, et ce qui est 
plus grave, pour un empoisonneur ; de méchants bruits couraient sur son 
compte, il était véhémentement soupçonné d'avoir empoisonné sa femme, 
ses deux enfants et son frère, tous morts subitement. Sous la Révolution 
il trouva moyen de se créer des relations au ministère de la Guerre ; en 
janvier 1793 il fut envoyé à MayencQ par Pache pour s'occuper de 
l'équipement, et en avril 1793 par Bouchotte à l'armée des Côtes de Dun- 
kerque, avec une mission de surveillance ; plus tard, il s'attacha à Ronsin 
qu'il accompagna en Vendée et fit partie do la Commission militaire de 
Tours. A son retour de Vendée, Ancard entra au Département en qualité 
d'employé au bureau des recherches des émigrés. Ancard était membre du 
Club des Cordoliers et se fit remarquer maintes fois par la violence de ses 
discours ; le 16 ventôse, un citoyen de la section de la République, Claude 
Tessier, se trouvant dans une tribune des Jacobins, vit arriver Ancard, 
avec lequel il engagea une conversation; celui-ci lui dit qu'il fallait une in- 
surrection, attendu qu'il y avait encore beaucoup de coquins, et son interlo- 
cuteur lui ayant demandé s'il comptait faire une fusillade comme en Vendée, 
Ancard répondit : « Non, mais un 2 septembre » ; pour pallier cette intempé- 
rance de langage, Tessier ajouta dans sa déclaration (2) qu'il avait toujours 
vu Ancard dans les bons principes et que sans doute il avait été égaré par 
les meneurs de la Sociale. Le 24 ventôse, après l'arrestation de Vincent, 
Momoro et autres, il y eut au Club des Cordeliers de violentes protestations, 
auxquelles s'associa Ancard, qui, au sujet du rapport que venait de faire 
Saint- Just au nom du Comité de salut public, s'exprima en ces termes : 



(1) Déclaration de Françoise Daigny, tome X de notre Répertoir-, n® 2527, 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2520. 



INTRODUCTION lix 

Mais enfin, si ce Comité-là était un second Comité des Douze, où en serions- 
nous? citoyens, il faut se soulever contre cette oppression. Il existe une faction 
pour perdre les patriotes, mais nous les connaissons et nous les poignarderons 
tous (1). Nombre de citoyennes qui suivaient assidûment les réunions du 
Club des Cordeliers entendirent les propos menaçants tenus par Ancard, 
qui prêchait ouvertement l'insurrection et avait répondu à ceux qui lui 
en représentaient l'inutilité, attendu que les gens suspects se trouvaient 
déjà en état d'arrestation : Quand, je dis une insurrection, c'est un 2 sep- 
tembre quHl nous faut (2), La femme d'Ancard était'elle-même à l'unisson 
de son mari, dans la tribune des Jacobins, elle tint ce propos : Si tous 
les Cordeliers eussent été moins imprudents, on aurait bien frotté les Jaco- 
bins. D'après le témoignage d'un habitant de la rue Saint-André des 
Arts, Ancard, dépourvu naguère de moyens d'existence, ne sortait pas 
des cafés où il faisait der la dépense, acharné à célébrer les vertus d'Hé- 
bert et à calomnier les représentants, et s'était chargé de distribuer 
la nouvelle feuille des Cordeliers, continuation du journal de Marat (3). 
C'est ainsi que chez le limonadier Hope, rue de Thionville, Ancard ne 
craignit pas de dire qu'il fallait que dans deux semaines 80,000 têtes tom- 
bassent; comme on lui objectait que légalement ce n'était pas possible, 
In temps étant trop court pour que les tribunaux puissent les juger, il 
répliqua: Qu'importe de quelle manière, pourvu qu''elles tombent', il faut 
bien, ajouta-t-il, ^^zie ces riches égoïstes partagent leurs fortunes avec les Sans- 
Cnlottes{^). On le voit, Ancard réunissait toutes les conditions pour être enve- 
loppé dans le procès des Hébertistes; aussi fut-il arrêté le 26 ventôse (5). 
Do sa prison il écrivit à Fouquier-Tinville, le priant d'assigner à sarequêiele 
républicain Millière, administrateur de la Commission révolutionnaire des 
poudres et salpêtres, Dubois, administrateur du Département, le limonadier 
Leclerc, cour du Palais, Deschamps et Mauban, aides de camj) d'Hanriot, 
et trois autres ; il ajouta, croyant faire impression sur les jurés, 
qu'ayant été adjoint à Ronsin en qualité de commissaire en Vendée, 
celui-ci, qui était chargé par le m.inistre de lui payer ses appointements de 
300 francs par mois, était parti de Tours sans lui donner un sol. Ce détail 
n'influença en rien les jurés et n'empêcha nullement Ancard de partager 
le sort de son ami Ronsin (6). 

(1) Déclaration de Brochet, juré du Tribunal révolutionnaire, tome X de notre Répertoire, 
n»2.Vil. 

(2) Déclaration de la femme Evrard, ibid., n» 2522. 

(3) Déclaration de Pierre-Jean Rousseau, habitant la rue Saint-André-des-Arts, tome X de 
notre Répertoire, n° 2524. 

(4) Déposition de Joséphine Belledame, ibid., n° 2ô2G. 

(5) Ibid., n» 2523. 

(6) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 227. 



Ix INTRODUCTION 



14. DUCROQUET (Frédéric-Pierre), ex-perruquier-coiiïeur, com- 
missaire aux accaparements de la section de Marat. 

Diicroquet (Frédéric-Pierre), né à Amiens, perruquier-coiiïeur parfu- 
meur, commissaire aux accaparements de la section de Marat, se signala 
dans les Assemblées générales de sa section par la violence de son langage 
toutes les fois .qu'il fut question des subsistances. Ainsi, le 15 ventôse, il 
prit la parole et tonna contre les accapareurs, en disant que les riches 
égoïstes avaient le talent de se procurer toutes sortes de comestibles, 
tandis que les Sans-Culottes manquaient des objets de première nécessité, 
qu'il fallait voir leurs tables splendidement servies, où tout était à pro- 
fusion ; et il fit la motion de voiler d'un crêpe noir la Déclaration des 
Droits de l'Homme et d'envoyer une députation à la Commune afin de 
connaître la cause de la pénurie des denrées, de savoir si la Commission 
des subsistances avait pris les mesures nécessaires pour approvisionner 
Paris, et, dans le cas où l'on ne donnerait pas de raisons satisfaisantes, de 
se déclarer en insurrection (1). L'un des assistants, Etienne-Nicolas Fabre, 
homme de lettres, en entendant l'orateur, fit la réflexion que ce Ducroquet 
devait répéter un catéchisme qu'il avait mal appris, d'abord,' parce que ce 
particulier, ancien perruquier-coiiïeur, n'était pas par lui-même en état 
d'avoir imaginé cette motion, ensuite parce que dans le cours de son 
débit, il employait presque toujours le mot violer pour i^oiler (2). Ducroquet 
fut arrêté le 23 ventôse, écroué à la Conciergerie, et subit le 28 ventôse un 
interrogatoire sommaire ; le lendemain, il fut procédé à son domicile, rue 
du Paon, n^ 2, en présence de Thérèse Dessenne, sa femme, à la recon- 
naissance et levée des scellés apposés par Thuillier, juge de paix de la 
section de Marat, ainsi qu'à l'enlèvement des papiers (3). Le l^"" germinal, 
Ducroquet écrivit une lettre d'adieux à sa femme, qu'il laissait avec deux 
petits enfants, protestant de la pureté de ses sentiments, rappelant que 
sa conduite irréprochable lui avait valu l'estime de tous ses voisins, enga- 
geant enfin sa digne et vertueuse épouse à ne rien épargner pour ses besoins, 
à emprunter même de l'argent, que l'on rembourserait sur les 5 mois 
échus de ses appointements (4). 



(1) V. le tome X de noire Répertoire, n» 2531. 

(2) Ibid., n" 2532. 

(3) Ibid., n" 2534, 2535. 

(4) V. le tome XI de notre Répertoire, n° 215. 



INTRODUCTION Ixj 



15. LECLERG (Amand-Hubert), ancien archiviste de l'évêché de 
Beauvais, chef de division au bureau de la Guerre. 

Leclerc (Amand-Hubert), né à Gauny (Seine-Inférieure), ancien com- 
missaire à terrier et archiviste de l'évêché de Beauvais, entra, le 21 juillet 
1793, dans les bureaux de la Guerre, en qualité de sous-chef, et devint chef 
de la 2^ division. La biographie de Leipzig qui consacre à cet Hébertiste un 
long article, confond trois personnages absolument distincts. A l'entendre, 
r Hébertiste Leclerc ne serait autre que le membre de la municipalité du 
10 août, qui fut administrateur de Police, l'un des signataires de la fameuse 
adresse par laquelle la commune de Paris invitait les communes de France 
à suivre son exemple et à massacrer les prisonniers. Cet administrateur de 
Police était le médecin Etienne-Pierre Leclerc, absolument étranger au 
complot des Hébertistes. L' Hébertiste Leclerc n'a également rien de com- 
mun avec l'agitateur lyonnais Jean-Théophile- Victoire Leclerc, filsd' un 
ingénieur des Ponts-et-Chaussées, né près de Montbasin, qui, après avoir 
rempli une mission dans le Brisgau, fut employé dans les hôpitaux ambu- 
lants de l'armée du Centre, afficha des sentiments patriotiques à Lyon et 
fut en grande partie cause de la mort de Chalier. Il se fit connaître comme 
terroriste enragé, d'autant plus dangereux que, suivant l'opinion de Robes- 
pierre, qui le dénonça le 5 août, il avi^^t des dehors séduisants; le 13 ven- 
tôse an II, après un débat assez vif, il fut exclu des Jacobins pour avoir 
écrit à des sociétés affiliées des lettres contraires aux principes de cette 
Société. C'est ce personnage que Thiers et Louis Blanc ont identifié avec 
l' Hébertiste condamné le 4 germinal. 

Le chef de division Leclerc nourrissait une véritable animosité contre 
maints députés montagnards, si l'on en juge par le langage qu'il tint sur 
plusieurs d'entre eux chez une femme Boucher, rue Saint-Lazare, dont il était 
le commensal. Après l'un de ces dîners, la conversation vint à s'engager 
au sujet de Thuriot, qui venait d'être exclu des Jacobins; on demanda à 
Leclerc pourquoi ce Thuriot, qu'on croyait bon patriote, avait été rayé : il 
répondit que sous peu ce représentant serait guillotiné, comme plusieurs 
autres députés de la Montagne, tels que Cambon, Barère, Hérault de 
Séchelles, parce qu'ils n'étaient point patriotes et qu'ils conspiraient. La 
femme Boucher, alarmée, hasarda cette observation : Si tous les patriotes 
de la Montagne sont guillotinés, que deviendrons-nous ? Bah ! répliqua 
Leclerc, quand il n'en resterait qu'un, il y en aurait assez. La citoyenne 
Boucher ne manqua pas de répéter ces propos à plusieurs députés, en 



Ixij INTRODUCTION 

appelant leur attention sur les bureaux do la Guerre, qui lui semblaient 
bien suspects, et en leur conseillant de les surveiller (1). Certes, il n'en 
fallait pas davantage pour mettre en fâcheuse posture Loclcrc, qui fut 
arrêté dans la nuit du 27 ventôse et écrouc en la Conciergerie. Le lende- 
main, Leclerc subit un interrogatoire sommaire devant Ardouin, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, qui lui donna pour défenseur Chauveau- 
Lagarde (2). Dans sa prison Leclerc prépara ses moyens do défense, 
destinés au citoyen Chauveau, aux termes desquels il prétondit ne pas avoir 
de peine à se justifier des propos qui lui étaient imputés à l'égard de Cambon, 
membre du Comité des finances, par lui accusé d'avoir acquis de gros 
biens au détriment de la République. En outre, Leclerc se défendit d'avoir 
rien avancé do calomnieux contre les membres dos Comités do salut public et 
de sûreté générale, rien d'avilissant contre la représentation nationale ; il 
protesta n'avoir eu aucunes relations avec Hébert, Ronsin, Kock, Ducro- 
quet et Laumur, n'avoir vu Mazuel que deux fois, n'avoir jamais vu Ar- 
mand, la femme Quétineau et Descombes; il déclara avoir rencontré quel- 
quefois aux Jacobins Dubuisson, Pereyra, Desfieux et Bourgeois, ne con- 
naître Cloots que pour l'avoir aperçu à la Convention et aux Jacobins, 
n'avoir fréquenté Proly qu'au café Beausaint et autres endroits' publics. 
Enfin il affirma ne s'être mêlé à aucune intrigue, à aucun complot, étant 
constamment occupé à son bureau de la Guerre, qui lui avait été confié le 
11 juillet, et depuis ce temps-là ne pas s'être trouvé six fois avec Vincent, 
qu'il n'avait même pas visité durant sa détention au Luxembourg (3). Dans 
un autre mémoire justificatif, destiné aux jurés du Tribunal révolution- 
naire (4), Leclerc discuta les témoignages produits contre lui par trois 
femmes qu'il connaissait à peine, notamment par la citoyenne Boucher, 
habituée des tripots de la Maison Egalité, dont l'immoralité était si notoire 
qu'on l'avait surnommée l'impudique Sarron, et termina par une pro- 
fession de foi où il déclarait être attaché de cœur à ses principes, détester 
les tyrans et la tyrannie, et vouloir défendre, tant qu'il vivrait, les droits 
sacrés et impérissables de la patrie. 

16. BOURGEOIS (Jean-Charles), ingénieur, employé dans les bureaux 
de la Guerre. 

Bourgeois (Jean-Charles), âgé de 25 ans, d'abord menuisier, puis ingé- 
nieur, commissaire civil et électeur de la section du Luxembourg en 1792, 

(1) Déposition de Claudine Rappon, femme Boucher, tome X de notre Répertoire, n<» Î530. 

(2) Ibid., n» 2538. 

(3) V.le tome XI de notre Répertoire, n» 2Î6. 

(4) V. la tome XI de notre Répertoire, n" 225. 



INTRODUCTION Ixiij 

fut envoyé, le 15 septembre de cette année, en qualité de commissaire du 
pouvoir exécutif à Thionville et à Longwy, et commanda, lors du 31 mai, 
la force armée de sa section. En l'an II il était employé dans les bureaux de 
la Guerre au Comité de vérification. Le 26 ventôse, à 2 heures du matin, 
François Desbordes, commissaire de police de la section de Mutius-Scevola, 
en vertu d'un mandat d'arrêt décerné par Fouquier-Tinville (1), se trans- 
porta, rue Guisarde, n" 241, au domicile de Bourgeois, lequel déclara être 
prêt à obéir à la loi et demanda même l'apposition des scellés chez lui pour 
prouver la pureté de ses intentions, ce que fit le commissaire, qui confia la 
garde des scellés à Charles Bourgeois, père de l'ingénieur. Le 28 ventôse, 
l'ingénieur Bourgeois, extrait de la Conciergerie, subit un interrogatoire 
sommaire devant le juge Ardoiiin, qui lui demanda s'il n'avait pas cons- 
piré contre la République française, lequel Bourgeois répondit qu'il avait 
toujours été l'ennemi des conspirateurs (2). En tout cas cet Hébertiste 
semble avoir joué un rôle très effacé, celui d'un simple comparse, car 
aucune déposition ne fut recueillie à son sujet. 



17. MAZUEL (Albert), cordonnier, brodeur, aide de camp du ministre 
de la Guerre, chef d'escadron de la cavalerie révolutionnaire. 

Mazuel (Albert), né à Villefranche, âgé de 28 ans lors de son procès, 
exerça d'abord la profession de cordonnier, puis celle de dessinateur en 
broderie, passa neuf années à Montpellier, où il subit une condamnation 
prononcée par le Tribunal de police correctionnelle, on ne sait pour quel 
motif, mais qui, à l'entendre, avait été un acte de vengeance des aristo- 
crates. Patriote ardent, Mazuel vint à Paris comme capitaine d'un 
bataillon de fédérés, lors du 10 août, et prit part à cette journée aux côtés 
du bataillon Marseillais. Sa mort fut même annoncée aux Jacobins, mais 
aussitôt démentie ; car, plein de vie, il présida le lendemain l'assemblée 
des fédérés et vint, lui-même, le 12 août, solliciter une rectification ; le 
20 août, en qualité de président des fédérés, il se plaignit de la démar- 
cation, injurieuse autant qu'injuste, que la plupart des orateurs et des 
journalistes, dans leurs récits de la journée du 10 août, affectaient d'établir 
entre les Marseillais, les Brestois et les autres fédérés, et demanda qu'il 
ne fut question à Favenir que des fédérés et des Parisiens ; le 24 août, 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n»» 2540, 2541, 

(2) Ibid., n» 2542. 



Ixlv INTRODUCTION 

toujours aux Jacobins, à titre de fédéré du département de l'Hérault, 
il réclama pour les fédérés des casernements et des armes ; le 29 août, 
il prit encore la parole, et, dans un discours enflammé, montra la 
nécessité de renouveler tout l'état-major de l'armée, à l'exception d'un 
très petit nombre d'officiers généraux patriotes (1). Le 8 septembre, Mazuel 
revint à la charge pour réclamer des armes et se plaindre de la réponse 
que, dans un mouvement d'humeur, lui avait fait Santerre, commandant 
général de la garde nationale, qui lui aurait dit : Prenez des piques et partez, 
et aurait écarté une demande de souliers, en déclarant que les patriotes 
faisaient la guerre pieds nus et n'avaient pas besoin de souliers pour courir 
à l'ennemi. Voidel prit laj^défense de Santerre, dont le patriotisme était 
hors de cause, et Mazuel fut obligé de s'excuser, protestant qu'il n'avait 
nullement voulu dénoncer Santerre, ce qui ne l'empêcha pas, quelques 
jours après, d'adresser à l'Assemblée nationale, au nom des fédérés des 
83 départements, une pétition à l'effet d'obtenir des armes. Le 19 octobre, 
autre proposition de Mazuel pour l'envoi aux Sociétés affiliées des 
Jacobins, d'une adresse qu'à l'entendre «les fédérés du 10 août signeraient 
tous de leur sang ». Le 22 octobre, il vint annoncer le prochain départ 
des fédérés et l'organisation d'une fête aux Tuileries pour la bénédiction 
de leur drapeau (2). 

Le 27 mai 1793, Mazuel, qui avait trouvé moyen de se faire nommer 
aide de camp de Bouchotte, mit la Société des Jacobins au courant de 
l'effervescence populaire dans le Faubourg Saint- Antoine après la sortie me- 
naçante du représentant Isnard,et fit connaître qu'il s'était transporté chez 
le ministre de la Guerre, qui l'avait chargé de le renseigner sur ce qui se 
passait à la Convention (3). Après le 31 mai, il fut envoyé contre les fédé- 
ralistes de l'Eure, et, au mois de juillet, rendit compte de ses opérations à la 
Convention. A la date du 9 août, Mazuel ayant été arbitrairement arrêté 
par la section de la Butte-des-Moulins, le Club des Jacobins envoya 
8 commissaires pour s'enquérir .des motifs de cette arrestation, mais la 
section ayant reconnu son erreur, Mazuel fut aussitôt mis en liberté (4). 
Lors de l'organisation de l'armée révolutionnaire, par l'influence de Vin- 
cent, Mazuel fut désigné pour l'emploi d'adjudant général. Quand les 
Jacobins procédèrent à l'épuration de l'état-major de cette armée, le 27 sep- 
tembre 1793, l'un des membres, Blanchet trouva que Mazuel était trop 



(1) A. Aulard, La SoriiHé des Jacobins, tome IV, p. 194, 227, 235, 245. 

(2) A. Aulard, ibid., tome IV, p. 2G4, 265, 282, 409, 415. 

(3) Ibid., tome V, p. 210. 

(4) Ibid., tome V, p. 339. 



INTRODUCTION Ixv 

peu instruit dans le métier de la guerre pour figurer parmi les chefs 
d'une armée qui devait porter le coup de grâce aux aristocrates, que, 
d'ailleurs, il avait toléré chez lui des propos inciviques et n'avait pas eu le 
courage de brûler la cervelle au contre-révolutionnaire qui les avait tenus (1); 
Sijas, afin de justifier Mazuel, cita de lui des traits de nature à prouver 
que son patriotisme était de vieille date. Le 28 septembre, Mazuel prit la 
parole pour décliner l'honneur qu'on lui faisait en l'appelant au poste 
d'adjudant général et manifesta le désir de s'en tenir à la charge qu'il 
s'était imposée d'organiser six escadrons de cavalerie, demandant qu'on 
lui substituât le patriote Lang, ce qui fut accepté. Le 20 octobre 1793, il figura 
certainement dans le défilé de l'armée révolutionnaire devant la Conven- 
tion. Peu après Mazuel fut envoyé en qualité de chef d'escadrons avec 
un détachement de cette armée à Beauvaia; lors de son départ, s'étant 
présenté pour avoir sa feuille de route avec l'étape d'officier, on lui fit 
remarquer que l'étape était la même pour l'officier et le soldat, alors 
Mazuel se serait écrié : « Pour 15 b... de francs que la Nation me fait par 
jour, je pourrais bien mettre mon sabre dans mon armoire ))(2). Le 27 bru- 
maire an II, pour se concilier les bonnes grâces des pouvoirs publics, il 
présenta à la Convention, de concert avec Girard, commissaire pour les 
subsistances de Paris, et Printo, membre du Comité de surveillance de 
Beauvais, deux caisses d'or et d'argent et 19 croix de Saint-Louis (3). 

Dans la séance de la Convention du l^r nivôse, Fabre d'Eglantine 
dénonça Mazuel comme ultra-révolutionnaire et prit à témoin son collègue 
Expert, qui avait entendu ledit Mazuel tenir ce propos méprisant : « Tout 
^ ce que fait la Convention est V effet d^une conspiration; si un député me déplaisait, 
je lui cracherais dessus. Cambon fit observer que le même particulier 
avait déjà été condamné à Montpellier, qu'il affectait un patriotisme 
ardent, mais que sa conduite exigeait un examen sévère du Comité de 
sûreté générale. La Convention décréta l'arrestation de Mazuel et l'appo- 
sition des scellés sur ses papiers. Le 2 nivôse, il fut arrêté par l'officier 
de paix Niquille, à son domicile, rue et maison Grange-Batelière; l'examen 
de ses papiers ne révéla rien de suspect : au contraire ceux-ci dénotaient 
le patriotisme le plus pur; ils furent confiés à la garde de la citoyenne 
Dépêche, femme de Mazuel (4). 

Gomme le Journal de la Montagne avait mal interprété le langage de 



(1) A. Aulard, La Société des Jacobins, tome V, p. 426. 

(2) Déclaration de Georges Martin, limonadier, tome X de notre Répertoire, n» 2328. 

(3) Procùs-verbal de la Convention nationale, tome XXV, p. 88. 

(4) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2544. 

T. XI. ***** 



xvj INTRODUCTION 

Cambon, ce représentant crut devoir, à la date du 2 nivôse, lui envoyer une 
lettre rectificative, où il disait que Mazuel jouissait d'un grand crédit et 
passait pour un patriote exalté ; Mazuel, de son côté, pour ne pas rester 
BOUS le coup de l'accusation qui pesait sur lui, fit imprimer sa justification 
à l'adresse de ses concitoyens. 

Le 23 nivôse, Vadier, au nom du Comité de sûreté générale, vint déclarer 
à la Convention qu'il ne lui était rien parvenu à l'appui de la dénonciation 
de Fabre d'Eglantine, et que les pièces qui avaient été remises, étant dé- 
pourvues de signatures, ne méritaient aucune confiance ; dès lors, attendu 
que rien n'établissait la culpabilité de Mazuel, il proposa sa mise en 
liberté, ce qui fut décrété. 

Mazuel, qui avait pris le commandement du 6^ escadron de l'armée 
révolutionnaire par permutalrion avec Dugrand, envoyé à Lyon, et qui 
résidait à Versailles, boulevard de l'Egalité (1), fut mis en état d'arres- 
tation le 26 ventôse, en vertu d'un mandat d'arrêt de Fouquier-Tinville, 
où il est qualifié de commandant en second de l'armée révolutionnaire; il 
fut interrogé, le 28 ventôse, par le juge Denizot (2). D'après la décla- 
ration de Nicolas Henrion, employé à la liquidation des charrois, au 
moment de l'arrestation de Ronsin et de Vincent, Mazuel était résolu à 
faire entrer dans Paris l'armée révolutionnaire, compagnie par compagnie, 
parce qu'il voulait se défaire de tout le parti de Danton, déclarant que, 
« quant à Robespierre, c'était un Janus et qu'il y passerait comme les 
autres », paroles imprudentes qui furent relevées. D'autres dépositions 
nous montrent Mazuel comme menant joyeuse vie, ayant pour maî- 
tresse la comédienne Lacombe, dépensant 1,280 livres en deux jours, 
faisant beaucoup de tapage dans le petit foyer de la Comédie Italienne, 
voulant en faire murer les portes et faire arrêter Elleviou, l'un des acteurs 
de ce spectacle (3). 



19. DESGOMBES (Antoine-Ignace-François), ancien garçon épicier, 
secrétaire-greffier de la section des Droits de l'Homme. 

Descombes (Antoine-Ignace-François), né à Besançon en 1764, qui fut 
arrêté, le 30 juin 1792, pour avoir publié hautement les crimes de Lafayette, 
figure sur la liste des électeurs de la section des Droits de l'Homme en août 



(1) Déclaralion de Borel, sous-lieutenant d'artillerie, tome de notre Répertoire, n" 2547. 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n»» 2546, 2549. 

(3) Ibid., n»» 2550, 225t. 



INTRODUCTION Jxvij 

1792, en qualité de maître de langues, précédemment garçon épicier; secré- 
taire-adjoint de l'assemblée primaire, il fut élu membre du Conseil général de 
la Commune et devint secrétaire-greffier de sa section. Il fit partie, le 20 mars 

1793, d'une députation envoyée par l'Assemblée des électeurs à une céré- 
monie en l'honneur de Michel Le Peletier, organisée par les élèves des 
Sourds et Muets {!). Un arrêté du Comité de salut public, en date du 7 août 
1793, décida que les citoyens Champeaux et Descombes, qui avaient accom- 
pagné les représentants du peuple envoyés dans les départements du Loiret, 
d'Eure-et-Loir et autres, retourneraient sur-le-champ dans ces départe- 
ments pour y faire les achats et envois 'de subsistances nécessaires à la 
Commune de Paris. Le lendemain, Pache, maire de Paris, délivra à Dcs- 
combes un laissez-passer pour l'accomplissement de cette mission, qui en 
réalité se limita au département de Seine-et-Marne (2). Ala date du 13 août, 
les administrateurs des Subsistances de la Commune rappelèrent aux com- 
missaires Champeaux et Descombes combien était critique la situation de 
Paris, déclarant que l'on se trouvait réduit à la nécessité de vivre au jour 
le jour, que l'on se demandait chaque jour si les opérations réunies des 
préposés aux achats donneraient de quoi nourrir Paris le lendemain ; ce 
n'était nullement surprenant, la pénurie était grande, aggravée encore 
par maints abus, les fermiers de Seine-et-Marne préférant vendre direc- 
tement aux boulangers de Paris qui payaient le prix qu'ils voulaient, 
plutôt que de livrer les grains par réquisition au prix du maximum (3). 
Vers la fm d'août Pierre Basse-Champeaux ayant été nommé administra- 
teur au Département des Subsistances de la municipalité parisienne. Des- 
combes, par arrêté de Pierre Dubouchet et Nicolas Maure, représentants 
du peuple dans les départements de Seine-et-Marne et du Loiret, reçut 
mission de veiller à l'approvisionnement de Paris dans les districts de 
Rozoy et de Provins (4). A peine entré en fonctions, Descombes dut se 
défendre contre des inculpations graves dont il fut l'objet à Provins de la 
part du citoyen Chollet, épicier, de la section des Droits de l'Homme, 
lequel avait certifié en présence du maire et d'un notable, que les blés 
et farines destinés à Paris n'y arrivaient pas, parce que Descombes les 
faisait conduire ailleurs. Le 31 août, celui-ci écrivit à l'Assemblée géné- 
rale de sa section à l'effet de protester contre ces inculpations, qui se pro- 
duisaient dans les circonstances les plus graves, où l'inquiétude du peuple 



(1) E. Charavay, Assemblée clccloralc de Paris, tome III, p. 429. 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n"* 2556, 2557. 

(3) Ibid., n'"2558, 2561. 

(4) Ibid., n° 2567. 



Ixviij INTRODUCTION 

était portée à son comble par des macliinalions perfides, et qui d'ailleurs 
étaient d'autant moins justifiées que Descombes allait faire partir pour 
Paris un convoi considérable de farines (1). Celui-ci occupa le poste de com- 
missaire aux subsistances de Paris jusqu'au début de nivôse; et dans cette 
période la correspondance qu'échangèrent avec lui le maire Pache et les 
administrateurs des Subsistances, notamment en vendémiaire et brumaire 
an II, dépeint sous les couleurs les plus sombres la situation de Paris; une 
lettre du 4 brumaire, signée de Champeaux, informait Descombes que chaque 
jour les arrivages diminuaient, que les inquiétudes augmentaient, qu'il 
n'existait pas en ce moment cent sacs de farine dans les magasins, quand 
il en fallait 2,000 par jour, que Paris laissé un seul jour sans subsistances, 
c'était l'anéantissement de la République par les secousses et le boulever- 
sement général communiqué à toute la France (2). En conséquence, le 8 bru- 
maire. Descombes adressait une circulaire aux officiers municipaux de Provins 
où il exposait que les besoins de Paris, qui par son sacrifice et son énergie 
avait tant mérité des hommes libres et de la patrie, étaient des plus pres- 
sants, et il les priait de réquisitionner des voitures pour le transport des 
farines à Bray (3) ; le lendemain, nouvelle lettre des administrateurs des 
Subsistances, déclarant que la situation de Paris empirait de jour en jour et 
qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour envoyer aux moulins de Corbeil 
tous les grains disponibles (4). A ce moment la tâche de Descombes était 
si difficile, sa responsabilité si lourde qu'il songeait à demander son rappel; 
mais, lors d'une entrevue qu'il eut avec les administrateurs, l'un d'eux, 
Dumez, lui traça un tableau si affligeant de la situation qu'il garda le 
silence et prit la résolution de continuer à s'acquitter de sa mission ou 
d'y périr, étant d'ailleurs absolument décidé à ne se charger de sa vie de 
fonctions relatives aux subsistances. -Descombes fut avisé, le 20 brumaire, 
que Pache désirait sa présence au Conseil général de la Commune, pour 
l'employer à la correspondance des Subsistances de Paris (5) ; il con- 
tinua néanmoins à remplir son mandat jusqu'au jour où le Conseil 
général, par suite de l'établissement du gouvernement révolutionnaire, 
rappela tous ses membres chargés de missions, la faculté d'envoyer des 
agents appartenant désormais à la Convention, au Comité de salut public 
et à la Commission des subsistances. Ce fut le 24 frimaire que Descombes 



(1) V. le lonie X d« notre Réperloire, n** îb&B. 

(2) Ibid., n» 2593. 

(3) Ibid., n« 2596. 

(4) Ibid, n» 2598. 

(5) Ibid., no» 2C03, 2606. 



INTRODUCTION Ixix 

fut invité à établir ses comptes et à revenir sans délai (1). Les importants 
services qu'il avait rendus pour assurer l'approvisionnement de Paris 
n'empêchèrent nullement certains membres du Comité révolutionnaire de 
la section des Droits de l'Homme de le dénoncer à la Société populaire ; 
parmi ses dénonciateurs figurent le citoyen Pinet, employé aux Postes, qui 
avait été traité par Descombes de calomniateur et de contre-révolution- 
naire pour avoir dit que l'administration des Subsistances livrait à la popu- 
lation parisienne de la farine d'orge pourrie, et Pierre Carron, commis- 
saire aux accaparements, que Descombes aurait interpellé dans la rue, en 
lui disant : Te voilà Marat, et qui lui aurait répondu : raime mieux être un 
Marat qu'un traître Mirabeau comme ^oz(2).Le 9 nivôse, le Comité de sûreté 
générale, considérant que certaine correspondance de Descombes tendait à 
établir sa duplicité et l'affectation d'un patriotisme faux et dangereux, 
ordonna son incarcération à la Force et la mise sous scellés de ses papiers, 
dont la garde fut confiée à Jeanne-Antoine Bernard, sa femme (3). Trois 
membres du Comité révolutionnaire de la section des Droits de l'Homme 
procédèrent à son domicile, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, à l'examen de 
ses papiers, où il ne fut trouvé que des imprimés et des écrits émanant de 
l'inculpé, empreints du patriotisme le plus pur. Deux membres du même 
Comité se transportèrent à Provins, au logis occupé par Descombes dans 
l'ancienne maison de la Congrégation, pour y examiner sa correspondance 
avec le maire Pache, avec Champeaux et Dumez, administrateurs des Subsis- 
tances, et n'y rencontrèrent que des témoignages de confiance et de satis- 
faction pour sa gestion et pour sa conduite prudente et révolutionnaire (4). 
Tout aussitôt la femme Descombes adressa une requête au Comité de sûreté 
générale, où elle exposait que son mari avait été arrêté et se trouvait au 
secret depuis plusieurs jours, que cette arrestation n'avait pu être pro- 
voquée que par. la malveillance ou devait être le résultat d'une erreur, le 
patriotisme, accentué de Descombes et ses principes révolutionnaires lui 
ayant attiré la haine d'un grand nombre de modérés et d'aristocrates de 
sa section, et elle priait le Comité d'adoucir la captivité de son mari et 
d'accélérer le jugement qui rendrait la liberté à l'un de ses plus hardis 
défenseurs (5). 

A ce moment, ce que l'on pouvait reprocher à Descombes se réduisait à 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2617. 

(2) Ibid., n» 2620. 

(3) Ibid.. n»' 2621, 2623. 

(4) Ibid., n» 2626. 

(5) Ibid., n» 2628. 



Ixx I.N TROU UCT ION 

peu de chose, c'était son intervention en faveur de Fayel, ancien juge de 
paix de la section du lloi deSicile, qui fut condamné à mort par le Tribunal 
révolutionnaire, la(juelle résultait (Kunc lettre adressée aux officiers munici- 
paux d'Arcueil (I); son lanj^a^e peu déférent à l'égard d'un représentant du 
peuple, (larnier de TAube, lors de son passage à Provins, que Descombes 
avait osé traiter d'égal à égal, en lui disant : Tu es un honuuc, f en suis un 
rt///rf. L'Assemblée généralede la section des Droits de i'Honune, aux termes 
iTune délibération du 2(^ pluviôse, rendit hommage au patriotisme de 
Descombes, qui à toutes les époques marquantes de la Révolution, s'était 
constamment montré le défenseur des droits du peuple, et elle déclara que 
son arrestation devait être considérée comme l'expiation d'un moment de 
faiblesse (2). Les administrateurs des Subsistances plaidèrent également sa 
cause, rappelant ses signalés services dans sa mission pour l'approvision- 
nement de Paris, le zèle infatigable qu'il avait déployé, et assuraient que la 
prolongation de sa détention mettait l'administration du district de Provins 
et celle du Département des Subsistances dans le plus grand embarras (3). 
Ces démarches auraient vraisemblablement été prises en considération, 
sans les paroles inconsidérées que Descombes laissa écliappcr dans sa 
prison en présence d'Etienne Lasne, commandant de la force armée de 
sa section, et du bijoutier Dupaumié, membre de la Commune, auxquels 
il aurait dit qu'il n'attendait point sa liberté du Comité révolutionnaire 
qui l'avait fait incarcérer, mais qu'il sortirait par une autre voie, qu'il 
allait encore une fois faire gémir la presse et que son emprisonnement 
sauverait la chose publique; de plus, que sous peu il y aurait du change- 
ment, que s'il y avait dans la prison 5 ou 6 patriotes comme lui, il en serait 
dehors avant 5 jours (4). Ces paroles furent immédiatement rapportées 
à Fouquier-Tinville, qui dut s'en faire une arme de plus contre Descombes, 
impliqué comme Ducroquet dans le procès des Hébertistes, à l'occasion 
de la question des subsistances, qui constituait l'un des chefs d'accu- 
sation. Le 30 ventôse, Descombes subit un interrogatoire sommaire devant 
Dobsent et choisit Gatrey pour défenseur (5). Le Comité révolutionnaire 
de la section des Droits de l'Homme désavoua Descombes, la veille du 
jugement, et proclama que l'ancion sccrétaire-grefTier, prévenu de complots 
liberticides envers le peuple, lui paraissait grandement coupable (6). Deux 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n« 5632. 

(2) Ibid., n" 2636. 

(3) Ibid., n» 2639. 

(4) Ibid., n" 2644, 2647. 

(5) Ibid., no 2642. 

(6) Ibid., n» 2648. 



INTRODUCTION Ixxj 

jours avant sa condamnation, Descombes adressa à sa femme une lettre (1), 
où il se montrait convaincu de sa prochaine mise en liberté, attendu que 
son triomphe allait éclater et le couvrir de gloire, et, affirmant qu'il dormait 
aussi tranquille que jamais, il lui faisait espérer qu'ils seraient réunis sous 
peu de jours, l'engageait en outre à aller voir Pelletier (probablement 
Jacques Pelletier, député du Cher). L'espoir de Descombes fut prompte- 
ment déçu, il fut jugé et exécuté le 4 germinal. 



19. DUBUISSON (Pierre-Ulrich), homme de lettres, ex-commissaire 
du pouvoir exécutif. 

Dubuisson (Pierre-Ulrich), littérateur et auteur dramatique, né à Laval 
en 1746, fils de Pierre Dubuisson, médecin, eut pour ses débuts, une exis- 
tence assez accidentée; sa famille ayant quitté Laval pour les colonies, il 
la suivit, puis revint à Paris avant 1791. Auteur aussi fécond que médiocre, 
il composa nombre de comédies, de tragédies et d'opéras comiques, notam- 
ment le Vieux Gascon, comédie en 5 actes, le Nouveau sorcier, comédie en 
3 actes, les tragédies de Scanderberg, de Trasime et Timogène, un opéra-bouffe 
en 2 actes, le Directeur dans V embarras, uu opéra-comique en 4 actes, Hélène 
et Francisque, pièces qu'il fit représenter sur quatre différents théâtres de 
Paris. Il fut également en 1792 régisseur du théâtre Louvois. Quoique dans 
un mémento qu'il adressa au Comité de sûreté générale (2) il eut déclaré 
vivre de son travail, surtout du produit de ses pièces de théâtre, ce produit 
devait être fort maigre. Comme le dit Beaulieu, Dubuisson était «une espèce 
d'homme lettré, que les lettres ne purent nourrir et qui chercha un supplé- 
ment à son existence dans les calamités de la Révolution ». En effet, il se 
montra dès le début partisan des idées nouvelles et assista à la prise de la 
Bastille; mais désespérant de jouer un rôle en France, il passa en Belgique, 
alors en fermentation, se mêla au mouvement révolutionnaire contre Van- 
dernoot, fut incarcéré et recouvra la liberté en 1790. De retour en France, 
il participa, le 10 août 1792, à l'attaque du château des Tuileries, où il fut 
légèrement blessé. Devenu membre du Club des Jacobins, il présenta, le 
7 janvier 1793, un projet d'adresse aux Sociétés affiliées contre Brissot, 
Roland et les fédéralistes, projet qui fut adopté avec quelques modifications. 
Au mois de mars 1793, il fut l'un des trois commissaires du pouvoir exécutif, 



(1) V. le fome XI de notre Répertoire, n" 219. 
("2) V. le tome X de notre Répertoire, n» 2651. 



Ixxij INTRODUCTION 

envoyés d'abord en Hollande dans le but de faire tomber la banque d'An- 
gleterre, puis à l'armée de Belgique, lesquels conférèrent avec Dumouriez 
à la veille de sa défection. Rentré à Paris, il vint, le 31 mars 1793, 
avec ses collègues aux Jacobins et annonça la rcMuise de son rapport sur 
Dumouriez au Comité de sûreté générale, mais il fut mis en état d'arres- 
tation avec Proly et Pereyra par le ministre do la justice sur l'ordre des 
Comités réunis de défense et de sûreté générale (1). Dans la séance du 2 avril, 
il lut le rapport qu'il avait présenté la veille à la Convention, et signa, le 
5 avril, en qualité de vice-président, la lettre circulaire de la Société des 
Jacobins envoyée à l'occasion de la trahison de Dumouriez. Après le décret 
de la Convention qui approuva sa conduite, il occupa aux Jacobins le fau- 
teuil de la présidence du 10 au 22 avril. Deux missions à l'armée du Bas- 
Rhin et en Suisse, l'une commerciale, l'autre diplomatique, lui furent con- 
fiées par Lebrun, ministre des affaires étrangères. Lors de l'assassinat de 
Marat, il se trouvait dans le Jura, à Poligny, et faillit être arrêté pour avoir 
manifesté son sentiment. Dubuisson reparut aux Jacobins, le 29 juillet 1793; 
et à la suite de la capitulation de Mayence et des inquiétudes que l'on 
avait sur le sort de Merlin deThionville, il prit la parole et donna des détails 
circonstanciés sur cet événement. Ce jacobin, mêlé aux intrigues du parti 
ultra-révolutionnaire, devint suspect, un mandat d'arrêt fut décerné 
contre lui par le Département de Police, le 27 brumaire, sur l'ordre 
des Comités de sûreté générale et de salut public réunis, et il fut 
incarcéré à Sainte-Pélagie. Le 1^^ frimaire, Robespierre le dénonça aux 
Jacobins et demanda formellement son exclusion de cette Société, 
laquelle fut prononcée, bien que Dubuisson, autrefois aristocrate, fût 
devenu patriote et jacobin ardent, mais ses relations avec Proly et 
autres agents de l'étranger l'avaient compromis irrémédiablement. Du 
reste, on sait qu'à Sainte-Pélagie il était l'intime de Ronsin, de Desfieux et de 
Pereyra, qui passaient leur temps à comploter contre la Convention et les 
Comités ; l'un de ses co-détenus lui attribue ce propos : Il faut un 31 mai^ 
mais il n'y a personne pour le conduire. Tout naturellement Dubuisson fut 
impliqué dans le procès des Hébertistes; extrait de Sainte-Pélagie, il subit 
un interrogatoire devant Dobsent, qui lui donna d'office pour défenseur 
Chauveau-Lagarde (2). Dubuisson rédigea pour servir à sa défense et en- 
voya au Comité de surveillance de la section de la Montagne un tableau de 
sa vie politique et privée, où il déclara être âgé de 48 ans, avoir deux filles, 
l'une de 11 ans, l'autre de 4 ans, et être divorcé depuis le 7 novembre 1793 



(1) A. Aulard, La. Société des Jacobins, tome V, p. 118. 

(2) V. le tome X de notre Répertoire, n° 2650. 



INTRODUCTION Ixxiij 

pour incompatibilité d'humeur. Un autre exposé fut montré à Ronsin, qui 
l'approuva, en priant Dubuisson de l'abréger, et dit qu'il tâcherait d'en faire 
accepter un exemplaire à Danton (1). Ce fut peine perdue, Dubuisson ne 
put échapper à sa condamnation. 

20. LABOUREAU (Jean-Baptiste), médecin, premier commis au 
Conseil de santé. 

Laboureau (Jean-Baptiste), né à Charnay-sur-Arroux (Gôte-d'Or), 
étudiant en médecine, élève en chirurgie, plus tard maître de dessin et de 
paysage, domicilié rue de la Harpe, n^ 160, fit partie du Comité révolu- 
tionnaire de la section de Marat, où il remplit les fonctions de secrétaire, et 
devint premier commis du Conseil de santé existant près du bureau de la 
Guerre. Dans le seul article biographique qui ait été consacré à ce person- 
nage suspect, il est dit qu'ayant déplu à Robespierre, il fut arrêté et incar- 
céré, mais, paraît-il, qu'il acheta sa grâce en s'improvisant l'un des dénoncia- 
teurs et l'un des témoins de la prétendue conspiration des prisons: nous 
n'avons rencontré nulle part la confirmation de ce fait. Ce qui est certain, 
c'est qu'il fut impliqué dans le procès des Hébertistes, et qu'il fut le seul 
des accusés qui bénéficia d'un acquittement. Dès le 22 ventôse, Maire, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, assisté de Fouquier-Tinville, 
reçut la déclaration de Laboureau au sujet de ce qui s'était passé dans l'as- 
semblée de la section de Marat, tenue le 15 ventôse, caractérisée par la 
motion de Ducroquet incitant à se mettre en insurrection et à voiler la 
Déclaration des Droits de l'Homme, et par une autre motion de Momoro, 
qui proposa de manifester à la Commune l'inquiétude qu'éprouvait la section 
au sujet des subsistances (2). Lors de la réunion de la Société populaire 
de la section de Marat tenue le 24 ventôse, Laboureau, qui se trouve désigné 
comme l'un des protégés de Momoro, protesta avec véhémence contre son 
arrestation et déclara que si la tête innocente de Momoro tombait, il fallait 
que la sienne tombât aussi. Le lendemain, à l'Assemblée générale de la 
même section, Laboureau, animé d'un zèle extraordinaire, demanda la nomi- 
nation de deux défenseurs officieux avec mission de se rendre auprès du 
Comité de salut public et de Fouquier-Tinville, afin de prendre connaissance 
des faits imputés à Momoro et d'éclairer les juges et le jury sur la conduite 
de ce patriote (3). On voit par la déclaration de Laboureau, reçue le 5 ger- 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2651, 2fi52. 

(2) Ibid.. no 2653. 

(3) Déclaration d'André Damas, menuisier, tome X de noire Répertoire, n« 2659. 



xxiv INTRODUCTION 

minai par le juge Deniz()t(l), queMomoro lui sut gré d'avoir pris sa défense, 
mais se montra très réservé relativement au complot hébertiste ; cette 
déclaration cadre en tous points avec le récit personnel de Laboureau» 
intitulé : liapporl de ce que fai vu et entendu depuis ma détention. 
Laboureau fut en effet incarcéré à la Conciergerie, subit, le 2G ventôse, un 
interrogatoire devant Dumas, vice-président du Tribunal révolutionnaire, 
et choisit pour défenseur le citoyen Magon (2). Le 29 ventôse, Charles Bravet, 
Tun des juges du Tribunal, accompagné de Philibert Guellard, commissaire 
de police de la section dcMarat, et de Lanne, juge remplaçant l'accusateur 
public, se transporta au domicile de Laboureau et y procéda à la reconnais- 
sance et levée des scellés, en présence de la citoyenne Elisabeth Dereins, 
sa femme, qui trouva surprenant que son mari n'assistât point à cette 
opération (3). 

Le rôle de Laboureau dans l'affaire des Hébertistes fut assez louche, il 
passe même pour avoir rempli l'ofTicc de délateur ; ce fait résulterait d'un 
rapport qu'il aurait adressé à Robespierre et qui aurait été retrouvé dans 
ses papiers. Le lendemain de la condamnation des Hébertistes, le juge 
Denizot recueillit une déclaration de Laboureau difficile à expliquer, portant 
qu'avant son arrestation il n'avait eu aucune connaissâncedel'existenced'une 
conspiration, qu'il avait bien eu l'intuition de la formation d'un parti pour 
s'entrenuire, mais sans avoir pu distinguer qui avait droit ou qui avait tort. 
Il passa en revue dans cette déposition rétrospective la plupart des accusés, 
qui tous, au cours de leur détention, s'accordaient à le traiter d'aristo- 
crate et se méfiaient de lui. Dans cette déclaration officielle, assurément 
superflue, Laboureau, qui observa l'attitude de ses compagnons de capti- 
vité, donne sur le compte de chacun d'eux des détails qui concordent 
absolument avec ceux que contient la relation anonyme, publiée par 
Dauban dans les Prisons de Paris. Deux jours après l'issue du procès, le 
6 germinal an II, Laboureau, qui était membre du Club des Jacobins, se 
présenta à la Société et y fit à la fois l'éloge du Tribunal révolutionnaire, 
qui s'était rendu compte que l'accusé, entouré de gens de lui inconnus, 
ne pouvait être un conspirateur, et son propre éloge, proclamant que celui 
qui n'avait pas cessé d'écrire depuis cinq ans en faveur de la Révolution, ne 
pouvait avoir ourdi des trames contre elle, et il se prévalait en même temps 
des marques d'amitié que lui avait données le Tribunal révolutionnaire, 
bien faites pour redoubler son zèle et son courage. Le président Legendre, 



(1) V. le tome X de notre Répertoire, n" 2659 

(2) Ibid., n' 2655. 

(3) Ibid., n» 2657. 



INTRODUCTION Ixxv 

se félicitant de voir un patriote, qui avait été compris dans le nombre des 
conspirateurs, reconnu innocent par la justice, lui donna l'accolade frater- 
nelle au milieu des applaudissements. Laboureau ne fit plus parler de lui 
jusqu'en 1799; il reparut alors dans les sociétés jacobines qui se formèrent 
à la suite de la crise du 30 prairial. 



II 

Fouquier-Tinville, dans l'instruction du procès des Hébertistes, releva 
un certain nombre de chefs d'accusation, et pour les établir, reçut les dépo- 
sitions de témoins, domiciliés non seulement à Paris, mais encore dans les 
localités avoisinantes jusqu'à dix lieues à la ronde. 

1. Affichage de placards séditieux. 

Le premier chef d'accusation réside dans l'affichage de placards sédi- 
tieux, qui, dans le courant de ventôse, se multiplièrent d'une façon inquié- 
tante. Le lendemain même de sa première arrestation, Vincent avait fait 
placarder une pancarte, que la section des Quinze-Vingts signala à l'atten- 
tion de la Convention nationale (1). Au moyen de lettres manuscrites ano- 
nymes, distribuées à profusion dans les Halles, des agitateurs inconnus 
cherchèrent à soulever les marchandes de la Halle, en exploitant habilement 
les craintes de disette. « Si la contre-révolution s'opérait, disait-on, elle se 
ferait par la femme», et, comme l'on était à la veille de manquer de tout 
et que la famine régnerait avant deux mois, on exhortait les femmes à se 
réunir au nombre de 10 à 12,000, et à se porter en masse sur la Convention 
pour demander sa dissolution et la nomination d'un chef au lieu de 700 (2). 
Dans certains de ces écrits on pouvait lire qu^l calait mieux un Roi que 
700 bourreaux (2). L'un des membres du Comité révolutionnaire de la sec- 
tion des Marchés, le bijoutier Esprit Rougier, interrogé au sujet de «cette 
monstrueuse production » (3), déclara savoir qu'il avait été répandu dans les 
Halles des écrits infâmes et contre-révolutionnaires, tels que les faisaient 
les Maury et les Cazalès, tendant évidemment à ramener la royauté, puis- 
qu'ils provoquaient à la destruction delà représentation nationale; ces pam- 
phlets, d'une écriture contrefaite, trouvés dans les échoppes de la Halle et 
apportés par des Sans-Culottes au Comité révolutionnaire, furent remis 
au Comité de sûreté générale, qui en marqua son indignation et chargea 

(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n<" 1,2. 

(2) Déposition de Jean Créhant, imprimeur, tome XI de notre Répertoire, n° 8. 

(3) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 9. 



Ixxvj INTRODUCTION 

les membres de ce Comité de faire toutes diligences pour en découvrir les 
auteurs. 

L'une des lettres ramassées aux Halles fut apportée, le 12 ventôse, par 
Denis Godard, commissaire de police de la section des Marches, à l'admi- 
nistration de Police, qui tout aussitôt fit afficher un placard conçu en ces 
termes : 

L'Adminislralion de Police à ses concitoyens, 
De nouveaux complots se trament. Les ennemis de la Liberté se remuent en tous 
sens. Les scélérats ne se contentent pas d'accaparer et d'être les auteurs d'une disette 
factice, mais ils veulent proliler de leur crime pour abuser le peuple et exciter du 
trouble. On répand avec profusion des lettres anonimes, dans lesquelles il n'est rien 
moins question que de désarmer les citoyens, de faire dissoudre la Convention et les 
autorités, ot de demander un chef; jugez des auteurs de ces écrits et de leurs senti- 
ments. 

Citoyens, il est tems, ralliez-vous plus que jamais autour de la Convention, envi- 
ronnez vos magistrats de votre confiance, que chacun surveille, et bientôt encore une 
fois nos ennemis rentreront dans leurs tannières. 

Les administrateurs de Police, 
Heussée, Figuet, Mennessier, Froidure, Cafj;nant, Baudrais, 
Caillcux, Dangé, Michel, Soulôs. .Massé, Laurent. 

Un exemplaire de ce placard fut transmis à Fouquier-Tinville avec 
l'original de la lettre trouvée sur le carreau de la Halle aux légumes (1) 

Quelques jours après, dans la nuit du 15 au 16 ventôse, plusieurs membres 
du Comité révolutionnaire de la section de l'Indivisibilité constatèrent 
que sur l'afiiche d'un arrêté du Comité de salut public, placardée à la porte 
d'un atelier d'armes (arrêté du 12 pluviôse augmentant le prix du travail 
de limage et d'ajustage des platines), avaient été tracés au crayon rouge et 
noir certains mots de nature à déconsidérer les membres patriotes de ce 
Comité (2). En effet, les signatures imprimées de Robespierre, Carnet, 
C.-A. Prieur, R. Lindet, B. Barère et Billaud-Varenne se trouvaient accom- 
pagnées d'annotations manuscrites au crayon rouge et noir. Au-dessous 
du nom de Robespierre l'on avait écrit le mot antropophage, et au-dessous 
des noms de Prieur, Lindet et Barère, ceux de trompeurs du peuple, toujours 
bête et stupide, et de çoleurs, assassins, au crayon rouge. Le Comité révolu- 
tionnaire procéda à une enquête sévère; les cinquante individus, dont se 
composait le corps de garde dans la nuit du 15 au 16 ventôse, furent mis 
en demeure d'écrire au crayon rouge et noir les mots contre-révolutionnaires, 
inscrits sur l'affiche du Comité de salut public, et cet exercice d'écriture, 



(t) V. le tome XI de notre Répertoire, n° 7- 
(2) Ibid., n- 3. 



I INTRODUCTION Ixxvij 

avec l'affiche du Comité de salut public, fut envoyé à l'accusateur public 
du Tribunal révolutionnaire, mais l'enquête resta sans résultat, on ne put 
que vérifier que pareilles annotations diffamatoires figuraient au bas de 
plusieurs affiches dans le voisinage, et établir que durant trois jours 
consécutifs les ouvriers des ateliers de la place de l'Indivisibilité avaient 
été en insurrection. 

Le jour même où le Comité révolutionnaire de la section de l'Indivi- 
sibilité faisait cette constatation, c'est-à-dire le 16 ventôse, Pourçain Martel, 
député de l'Allier à la Convention nationale, accompagné du citoyen Gil- 
bert Bardet-Fromenteau, qui sortait de chez le juge Foucault, dans la cour 
des Fontaines, près du Palais, aperçut un placard provoquant à la disso- 
lution de la Convention nationale et à la guerre civile, et, en présence du 
capitaine de gendarmerie Samson, ainsi que des administrateurs de Police, 
fit enlever ce placard manuscrit, dépourvu de signature, écrit sur un 
grossier papier jaunâtre, qui avait été appliqué avec de la mie de pain 
nouvellement mâchée, placard qui fut remis à l'accusateur public du 
Tribunal révolutionnaire (1). 

' Comme ce placard est visé dans le décret de la Convention nationale 
du 17 ventôse, qui chargea Fouquier-Tinville de rechercher sans délai les 
auteurs, distributeurs et afficheurs de tous pamphlets incendiaires, il nous 
a semblé intéressant d'en reproduire le texte, peu connu, qui existe en 
double exemplaire dans les dossiers du procès des Hébertistes : 

1 Sans-culolle, il est tems, fait battre la générale et sonner le tocsin, arme-loi et 
que cela ne soit pas long, car tu voi que l'on te pousse à ton dernier soupir, si tu veut 
me croire, il vaut mieux mourir en défendant sa gloire pour sa patrie que de mourir 
dans la famine, où tout les représentant cherche à te plonger. îléfie-toi, il est tcms, 
la guerre civillo se prépare, tu fait un jeu de tous les scélérat qui gouverne soit disant 
la République, se sont tout des conspirateurs, et tout les marchands de Paris je les 
dénonce. Plusieurs de ceux qui vont lire mes deux mots d'écrit, qui est la pure vérité, 

i vont dire que je suis un conspirateur, parce que je dit la vérité. 

i 

Le 18 ventôse, Fouquier-Tinville avisa Pache, maire de Paris, de l'appo- 
sition au coin de la rue Neuve-Saint-Eustache, du côté de la rue Mont- 
martre, d'une affiche infâme poussant à l'insurrection et invitant le peuple 
à 86 lever en masse, devant laquelle se pressait une foule de curieux ; cette 
affiche, sous forme de placard imprimé, émanait, paraît-il, d'un citoyen de 
la section de Marat et par conséquent était distincte de celle de la cour des 
Fontaines, qui était manuscrite (2). Pépin-Dégrouhette, le même jour, 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 6. 
(l) Ibid., n» 5. 



Ixxviij INTRODUCTION 

passant rue Montmartre, vit au coin de la rue des Fossés-Montmartre un 
placard imprimé, dont il ne put lire que les premières lignes, conçues en 
ces termes : « Français, il est temps de vous lever en masse pour écraser 
tous vos ennemis, assurer vos subsistances et délivrer les patriotes incar- 
cérés ». Etant revenu pour compléter sa lecture, il trouva le placard recou- 
vert par une affiche du Club des Cordeliers qui déclarait déchus de sa con- 
fiance Camille Desmoulins, Philippeaux et autres députés (1). 

L'un des juges du Tribunal révolutionnaire, Etienne Masson, rccueilht 
au sujet du placard incendiaire de la cour des Fontaines et d'autres ana- 
logues diverses dépositions de citoyens du Faubourg Saint-Antoine, la 
plupart imprécises (2) ; toutefois, l'un des déposants, Pierre Crosnier, 
sous-chef au bureau de l'habillement des troupes à l'Oratoire, lui fit con- 
naître que, le 25 courant, passant près de la barrière des Sergents, rue 
Saint-Honoré, il aperçut un groupe occupé à lire et à commenter une affiche 
et entendit un particulier s'écrier : Oui, il est bien temps que nous nous 
levions en masse ; il lui demanda ce qu'il entendait par là et ne put s'em- 
pêcher de faire cette observation : Nous n'aidons pas besoin de nous lever, 
nous sommes debout depuis le 31 mai, et nous y resterons pour écraser les 
traîtres et les séditieux. 

Vers le milieu de ventôse, un matin, le commissaire de police de la 
section de la Cité trouva affiché, rue de la Vieille- Draperie, contre la porte 
du spectacle de la Cité, un placard incendiaire qui disait que la Convention 
nationale voulait faire mourir le peuple de faim, faute de subsistances; il 
le détacha avec son couteau et le porta aux administrateurs de Police, 
Baudrais et Froidure, occupés dans le théâtre à faire la censure d'une 
pantomime (3). 

Aux termes d'une déclaration reçue par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, Alexandre Ruelle, l'un des professeurs de 
l'Observatoire, membre du Comité révolutionnaire de la section de ce nom, 
fut assez surpris d'entendre l'inspecteur de police Dericquehem lui tenir 
le langage suivant : Sais-tu ce qui se passe, on a distribué ce matin à 
profusion des écrits plus incendiaires les uns que les autres, tendant à la 
destruction de la Convention et à V assassinat de toutes les autorités consti- 
tuées, qui ne savaient que faire mourir le peuple de faim, et Von présumait 
que ces écrits sortaient des presses de Patris. Ruelle ajouta qu'il avait été 
peiné de lire dans le Moniteur et autres papiers publics que des patriote? 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n° 11. 

(2) Ibid., n» 11. 

(3) Déposition d« Guyot ainte-Hélèn^, tome XI de notre Répertoire, n» 96. 



INTRODUCTION Ixxix 

avaient prononcé le mot insurrection^ « dans un temps où les Comités de 
salut public et de sûreté générale, les Tribunaux révolutionnaires et 
toutes les autorités constituées étaient composés des hommes les plus pro- 
noncés, et les armées les mieux disposées pour combattre les ennemis » (1). 
Ce n'est pas seulement dans les rues que s'affichaient ces placards in- 
cendiaires; les établissements publics eux-mêmes n'étaient pas à l'abri 
de ce genre de manifestation ; c'est ainsi qu'à la Trésorerie nationale cer- 
tains employés mal pensants, qui ne pouvaient être que des traîtres, des 
amis de la tyrannie, poussèrent l'audace jusqu'à écrire sur les murs de la 
Trésorerie ces mots séditieux : Crève la République, Vive Louis XV IL 
Les commissaires de la Trésorerie, par un arrêté du 28 ventôse (2), qui fut 
affiché dans tous les bureaux, flétrirent cet acte indigne en invitant les 
vrais patriotes à dénoncer ceux de leurs collègues qui ne seraient pas 
animés du saint amour de la patrie, et à porter leurs dénonciations 
civiques dans le sein du commissaire Aigoin. Le 29 ventôse, les commis- 
saires de la Trésorerie ne manquèrent pas d'aviser le Comité de sûreté 
générale de ce crime abominable, en l'assurant qu'ils mettraient tous leurs 
so'ns, tout leur zèle pour découvrir ces conspirateurs d'un nouveau genre, 
et les livrer au glaive vengeur des lois et de la République, si indignement 
outragée (3). 

2. Appel a l'insurrection. 

La préparation d'un coup d'Etat à la fois militaire et populaire était 
l'idée fixe des meneurs du parti Hébertiste, c'est-à-dire de Ronsin et Vin- 
cent, qui, s'inspirant de la politique de Marat, voulaient l'écrasement du 
parti modéré; c'est surtout à la tribune des Cordeliers que leurs pensées 
insurrectionnelles prirent corps. 

Lors de la première arrestation de Ronsin et de Vincent, le chirurgien 
Souberbielle et Lubin, président du Conseil général de la Commune, en 
sortant des Jacobins à 11 heures du soir, entendirent deux individus, 
venus tout exprès en voiture pour chercher les deux Hébertistes, dans la 
pensée que la Société des Jacobins obtiendrait leur mise en liberté immé- 
diate, s'écrier que les patriotes en question étaient vexés par les aristo- 
crates et qu'il fallait un nouveau 31 mai pour épurer la Convention ; l'un 
de ces particuliers, costumé en Sans-culotte avec un bonnet rouge et des 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 12. 
|2) Ibid., n» 16. 
(3) Ibid., no 17. 



Ixxx INTRODUCTION 

sabots, semblait pris do vin ; cet incident tendrait à indiquer qu'à ce 
moment dans certains milieux l'on songeait à un mouvement insurrec- 
tionnel (1). Au cours de la séance des Cordeliers du 24 pluviôse, où Vincent 
lut une adresse aux 48 sections, aux 83 départements, aux Sociétés afllliées, 
à l'effet de réclamer à la Convention des lois révolutionnaires, adresse 
qui fut adoptée à l'unanimité, l'un des assistants ayant demandé à Vin- 
cent quelle distinction il faisait entre les lois révolutionnaires et le gou- 
vernement révolutionnaire, Vincent, avec sa violence coutumière, s'emporta 
et avec force jurons répondit : F... sacrédié, tu ne vois donc pas que des lois 
révolutionnaires finissent tout en quinze jours^ en immolant tous les scélérats, 
et que votre gouvernement révolutionnaire vous tient et vous tiendra tant 
qu^il voudra, sans jamais finir, sous le plus horrible despotisme; vous n^êtes 
qu'un plat j. /... (2). Ce fut lors de la séance du 14 vcntôs_ au Club 
des Cordeliers que plusieurs orateurs firent publiquement appel à 
l'insurrection. Après qu'on eut couvert d'un crêpe noir le tableau de 
la Déclaration des Droits de l'Homme et décidé qu'il resterait voilé 
jusqu'à ce que le peuple eût recouvré ses droits, Vincent monta le 
premier à la tribune, commença par dénoncer la nouvelle faction modc- 
rantiste, ainsi que les intrigants qui siégeaient à la Convention, et déclara 
qu'il fallait montrer de l'énergie et la purger. Le représentant Carrier lu 
succéda et dit qu'à son retour des départements il avait été surpris, er 
rentrant à la Convention, de voir des modérés à la Montagne même, e 
pour engager la lutte contre le modérantisme, rappela l'article 34 de 1; 
Déclaration des Droits, d'après lequel, quand le peuple se trouvait opprime 
il avait le droit de recourir à l'insurrection. Citoyens, s'écria-t-il, Vinsur 
rection, une sainte insurrection, voilà ce que vous devez opposer aux scélérati 
Hébert prit ensuite la parole et attaqua violemment tout le système d 
gouvernement révolutionnaire, grâce auquel jouissaient de l'impunit 
Chabot et Fabre d'Eglantine, le Comité de sûreté générale, dans la pei 
sonne d'Amar, son rapporteur, qui cherchait à sauver les coupables, enfi 
Robespierre, lui-même, qu'il n'osa pas nommer, mais qu'il laissa soupçonna 
en faisant allusion aux ambitieux insatiables qui veulent régner, et il conch 
en disant: Puisque la faction existe, quel est le moTjen de nous en délivrer? Vu 
surrection, oui V insurrection, et les Cordeliers ne seront pas les derniers 
donner le signal qui doit frapper à mort les oppresseurs. Fait extraordinair 
le discours d'Hébert fut improuvé par Hanriot, qui se retira en marqua: 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 27. 

(2) Déposition de Ch. Soular, tome XI de notre Répertoire, n" 



INTRODUCTION Ixxxj 

sa mauvaise humeur. Deux des membres présents, Momoro et Vincent, 
ayant reproché à Hébert de pencher vers le modérantisme dans son journal, 
Hébert fut obligé de le reconnaître, mais s'engagea à redoubler-d'énergie et 
à lever les masques, dût-il périr ; là-dessus le citoyen Boulanger abonda 
dans son sens et dit: Le Père Duchesne écrira^ et nouSynous taperons (i). 
Le 22 ou 23 ventôse, un officier de paix, René Mercereau entendit l'un 
de ces énergumènes, partisans d'un coup de force, Henoc, dit Brutus, 
garçon de bureau à la Mairie, qui, à la Société révolutionnaire du 10 août, 
à la Société des Electeurs de l'Evêché, prêchait l'insurrection contre la 
Convention et les modérés, dire à la Mairie en claquant des mains d'un 
air joyeux : Allons au pas, au pas, il faut un 31 mai, il y a 105 coquins de 
députés quHl faut /... en bas. Cet officier de paix lui ayant représenté combien 
ces paroles étaient déplacées et même criminelles, Brutus reprit quHl fallait 
une insurrection, se vantant d'avoir lui-même aidé à poser le voile sur les 
Droits de VHomme (2). Un autre officier de paix, René Descoings, se trou- 
vant au café de l'Opéra, assista à une conversation au cours de laquelle 
le même Brutus tint un langage analogue au sujet des mesures révolu- 
tionnaires, qui à ses yeux n'étaient que des demi-mesures. Il fallait, disait- 
il, que Paris, qui avait toujours commencé, se montrât encore, que Von /... sur 
le pot d^un coup de filet 50,000 de ces Muscadins, Feuillantins, Chapelains, 
signataires; l'un de ses interlocuteurs renchérit encore en s'écriant : Il 
\ faudrait avant tout commencer par en /... 6,000 et tant à V embouchure du 
I canon à mitraille (3). 

j Le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité, à la dévotion des 
j Hébertistes, partageait leurs idées et ne se cachait pas pour prêcher ouver- 
j tement le meurtre et le pillage et déclarer que sous peu il y aurait un nou- 
I veau 31 mai, plus fort que le dernier ; lorsque dans les groupes on parlait 
I d'insurrection, c'était un second 31 mai qu'on avait en vue; on devait se 
I porter sur la Convention, l'entourer et demander la punition des traîtres 
qui étaient cause de la disette existant dans Paris. 

Ce n'est seulement pas au Club des Cordeliers que fut donné le signal 
d'un mouvement populaire; l'appel à l'insurrection partit également de la 
section de Marat, à un jour d'intervalle, comme par l'effet d'un mot d'ordre. 
Tandis que Carrier et Hébert demandaient, le 14 ventôse, un nouveau 31 mai, 
le lendemain, à l'Assemblée générale de la section de Marat 4), Ducroquet, 



(1) Déclaration de Drochet, juré du Tribunal révolutionnaire, tome XI de notre Répertoire, n» 21 . 

(2) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 48. 

(3) Ibid., n« 56. 

(4) Ibid., n» 34. 

T. XI. ♦*♦»♦♦ 



Ixxxij INTRODUCTION 

commissaire aux accaparements de cette section, prenant prétexte de 
l'oppression dos patriotes, de la pénurie des subsistances due à l'intrigue des 
aristocrates, proposa de voiler d'un crêpe noir la Déclaration des Droits 
de l'Homme, de se porter en masse à la Commune, puis à la Convention, 
pour annoncer que la section de Marat se mettait en insurrection, jusqu'à 
ce que les subsistances fussent redevenues abondantes, et inviter les 47 
autres à suivre cet exemple. Warmé, membre du Conseil général de la Com- 
mune, secrétaire de l'Assemblée, combattit éncrgiqucment la motion de 
Ducroquet, en mettant sous les yeux de l'Assemblée tous les malheurs 
qu'une insurrection sans motifs pourrait entraîner; quoique ce discours 
eût été applaudi, la motion fut mise aux voix et adoptée. Dans une décla- 
ration que reçut Herman, président du Tribunal révolutionnaire, Ducro- 
quet crut devoir expliquer la signification de l'appel qu'il avait adressé 
le 15 ventôse. A l'entendre, il n'était nullement question de faire une in- 
surrection tendant à ouvrir les prisons, ni à frapper la Convention, en 
raison de la pénurie des subsistances. Il s'agissait simplement d'appeler 
l'attention du Conseil général de la Commune sur les malheurs du peuple 
et de lui indiquer les voies et moyens de ramener l'abondance en imposant 
l'obligation de conduire les denrées aux marchés. 

A la suite de l'adoption de la motion de Ducroquet, la section de 
Marat se présenta en masse à la Commune, à l'effet de l'instruire de l'arrêté 
qu'elle venait de prendre. La députation fut reçue par Jean- Jacques Lubin, 
l'un des juges du Tribunal du l^'" arrondissement, président du Conseil 
général, qui crut devoir demander contre qui la section s'insurgeait, étant 
donné que la Convention prenait les mesures les plus révolutionnaires, que 
le Comité de salut public déjouait les complots ourdis par les cabinets de 
Saint- James et de Berlin, que le Comité de sûreté générale mettait à exécution 
le décret contre les suspects; par conséquent il pensaiL que, revenant de 
son erreur, la section de Marat retirerait ce voile qui ne pouvait servir 
que des projets liberticides. Le Conseil général confirma la réponse faite 
par son président, lequel fut assez surpris de ne pas voir dans la 
députation le président de l'Assemblée générale de la section, Momoro, 
signataire de l'arrêté, tandis que Warmé, le secrétaire, s'y était rendu, 
comme membre de la Municipalité, non pour soutenir les déclarations qui 
devaient y être faites par les citoyens de la section, mais au contraire 
dans l'intention d'en adoucir l'acrimonie. Quant au maire de Paris, on 
ne pouvait que regretter son absence. Chaumette, procureur de la 
Commune, fort embarrassé pour répondre à la députation, tint un 
langage des plus vagues, se retranchant derrière la question des subsis- 
tances. Du reste, cette démarche de la section de Marat ne rencontra 



I INTRODUCTION Ixxxiij 

i 

pas, tant s'en faut, un assentiment unanime : c'est ainsi qu'un révolu- 
tionnaire renforcé, le cordonnier Simon, officier municipal, qui assistait à 
la séance lors de la motion de Ducroquet, désapprouva l'arrêté qui fut pris 
.1 cet égard; et, le lendemain, lors du rassemblement des citoyens de sa 
jection pour se rendre en masse à la Commune, il fit tous ses efforts pour 
es en empêcher, en insistant pour l'envoi d'une simple députation; ne 
Douvant y parvenir, il prit les devants pour avertir le Conseil général (1). 
I^uoique Momoro eût déclaré que la motion de Ducroquet était adoptée 
i l'unanimité, il y eut une assez forte minorité, même hostile ; nombre 
l'assistants trouvèrent la motion si déplacée et si dangereuse que, pour no 
)as s'y associer, ils préférèrent se retirer (2). Ce sentiment apparaît de la 
açon la plus nette dans la déposition de l'un des membres du Comité révo- 
utionnaire de la section de Marat, qui reconnut que quelques-uns d'entre 
•ux paraissaient croire à la nécessité d'une insurrection, mais que d'autres? 
lent il était, s'étaient élevés avec énergie contre cette idée funeste, en se 
)asant sur ce qu'au 10 août, il fallait s'insurger, parce qu'il y avait alors 
in tyran à combattre, qu'au 31 mai, l'insurrection était encore nécessaire 
)arce qu'alors il y avait une faction à écraser, mais qu'aujourd'hui il ne 
allait qu'un gouvernement sévère. Alors les partisans d'une insurrection, 
auxquels le déclarant avait fait observer qu'il existait dans les clubs des 
Cordeliers et de Marat des meneurs et qu'eux étaient des menés^ expliquèrent 
![ue ce qu'ils avaient entendu par insurrection, c'était de prendre des me- 
jures pour que la portion pauvre du peuple ne fût pas toujours victime des 
liches, et que Paris eût enfin des subsistances (3). 

j En somme, cette tentative d'insurrection, lancée pa? les meneurs du 
jllub des Cordeliers et de la section de Marat, ne trouva point d'écho dans 
bs masses et ne pouvait qu'avorter misérablement. En effet, à un peuple 
ienaillé par la question autrement aiguë des subsistances qui se posait 
I0U8 les jours, qu'importait de savoir que le parti des insurgés rêvât de se 
ionner un chef, sous le nom de grand juge, assurément plus modeste que 
lelui de dictateur ou régent, et que co chef qu'on avait en vue fût un per- 
ionnage aussi effacé que Pache, que lui importait qu'il y eut, pour se 
lervir de l'expression d'Hébert, des dominateurs, des hautes puissances, ou 
luivant celle de Vincent, des Cromwellistes. Du reste, il n'y avait à la Con- 
iention qu'un homme dont le prestige dans l'opinion publique fût tel qu'il 
jurait pu aspirer à la dictature, c'était Robespierre : il en existe de curieux 



(1) V. lé tome XI de notre Répertoire, n» 54. 

(2) Déclaration de David, graveur, tome XI de notre llépcrtoire, n" 30. 

(3) Ibid., n» 20. 



I.wxiv INTRODUCTION 

lémoignagos. Ainsi lo président du Comité révolutionnaire do la scetion do 
ri'nité, un certain Laeroix, étant venu demander du travail au sieur Mau- 
rice Gouget-Deslandes, mit, à propos des journées do septembre, la con- 
versation sur Robespierre et s'exprima en ces termes : La terreur était dans 
tous les esprits, Robespierre devait monter à cheval, s^entourcr de ses amis et 
se faire proclamer dictateur. Gouget-Deslandes frémit en écoutant un pareil 
langage et répondit : Avons-nous conquis la Liberté pour avoir de nouveaux 
maîtres,...? pourquoi aller chercher un citoyen d'une probité révolutionnaire 
reconnue pour en faire V objet d'une si atroce calomnie ; comme il serait fâcheux 
pour la Liberté de porter atteinte à la popularité d'un homme qui Va si bien 
servie, j'ensevelirai dans l'oubli ce que vous venez de me dire, le considérant 
comme un propos de jeune homme. Le même Lacroix, lors de sa détention 
aux Carmes, ayant laissé entendre que Robespierre était vindicatif, s'attira 
cette riposte d'un de ses compagnons de captivité : Tu n'es qu'un pygmée, 
et tu attaques un homme qui est hérissé de vertus (1). 

3. Projet de massacres dans les prisons. — Confection de guil- 
lotines. — Un nouveau massacre des prisons figurait dans le programme 
du parti Hébertiste. On sait que Ronsin et Vincent, durant leur détention 
à Sainte-Pélagie, à Saint-Lazare et au Luxembourg, avaient dressé des listes 
de détenus, patriotes à leurs yeux, qu'il fallait épargner, et de détenus sus- 
pects, qui à un moment donné devaient être sacrifiés. L'un des prisonniers 
de la maison du Luxembourg, Benoist, commissaire envoyé dans le départe- 
ment de l'Eure, d'après une lettre du 23 ventôse au ministre de l'intérieur (2), 
révéla l'existence d'un complot tramé par des hommes sanguinaires, qui me- 
naçaient la maison d'arrêt de scènes d'horreur, dont le 2 septembre n'eût 
offert qu'une faible image, puisque, ce jour-là, il y avait une espèce de 
tribunal, tandis qu'actuellement le projet était de tout massacrer, hommes, 
femmes, enfants indistinctement, à l'exception d'une trentaine de per- 
sonnes au plus. Le concierge de la maison d'arrêt, mis au courant de ces 
sinistres projets, fit bien transférer leurs auteurs, remède insuffisant, 
attendu, disait-on, que ces conspirateurs, réunis dans une autre prison, 
parviendraient assurément à ourdir de nouvelles trames. 

Dans le courant de ventôse, le bruit s'était répandu à Paris que le 
parti Hébertiste songeait à renouveler les massacres de septembre. Un 
musicien allemand, nommé Antoine Buch (3), déclara avoir appris à 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 66. 
(21 Ibid., n» 72. 
(3) Ibid., n« 78. 



INTRODUCTION Ixxxv 

l'Opéra qu'Hébert, Ronsin et autres avaient formé le projet d'égorger ou 
de faire égorger les patriotes, que leur plan était de massacrer la Conven- 
tion et les prisonniers détenus dans Paris, sauf de rares exceptions. Des 
affiches placardées sur les murs de la capitale annonçaient le massacre 
des prisons; aussi la crainte et la consternation régnaient-elles dans les 
maisons d'arrêt, notamment à Saint-Lazare. Du reste le discours qu'adressa 
Hanriot aux soldats de garde à cette prison n'était pas fait pour tran- 
quilliser les esprits. Il les harangua en ces termes : Mes camarades, je vous 
recommande la plus exacte vigilance dans cette maison, parce qu'elle est pleine 
de scélérats qui n'attendent que la mort quHls ont bien méritée, je vous enverrai 
des cartouches (1). Il ajouta ensuite qu'il pouvait y avoir quelques innocents 
qui mériteraient protection et secours. Les prisonniers qui avaient été 
transférés de Sainte-Pélagie à Saint-Lazare y avaient entendu dire qu'il 
était question d'expédier les prévenus, à l'exception de 20 ou 30; aussi 
depuis ce transfèrement les détenus de Saint -Lazare vivaient dans une 
mortelle inquiétude. L'un de ces prisonniers, le nommé Seymandi, affirma 
que tous les détenus de cette maison étaient, à l'exception de 20 ou 30, 
des aristocrates, qu'un tiers seraient guillotinés, un tiers buschés et un 
autre tiers déportés, en déclarant que pour les déportés il y aurait un 
vaisseau à soupape. Un autre détenu, sergent du 11^ régiment de chasseurs, 
ayant confié à son camarade de chambre, un étudiant allemand nommé 
Horix, qu'il n'avait pas dormi de la nuit et qu'il s'attendait à être mas- 
sacré, cet étudiant lui répondit : Je ne V aurais peut-être jamais été, ni vous 
non plus, parce que j'aurais parlé pour vous, indice d'un traitement de 
faveur, réservé, supposait-on, à cet Allemand, pour qu'il pût s'en re- 
I tourner dans son pays et annoncer l'insurrection imminente (2). 
i A la Bourbe également, les prisonniers craignaient le renouvellement 
des scènes du 2 septembre et ne furent un peu rassurés que lorsqu'ils appri- 
irent l'arrestation d'Hébert et de ses complices ; à cette nouvelle, ils s'écriè- 
jrent: Ces gueux-là nous auraient fait tuer (3). L'un des détenus de cette 
I maison, l'imprimeur Tarin, fit connaître dans sa déposition du 27 ventôse, 
{qu'il avait ouï dire que l'on devait se porter sur les prisons pour égorger 
lies prisonniers, le peuple étant las de nourrir des ennemis de la Républi- 
jque (4). Nulle part le sentiment populaire ne se manifesta avec autant 
de violence que dans la section des Marchés, nulle part on ne voit aussi 



(1) Déclaralion de Duprat, homme de loi, tome XI de notre Répertoire, n» 80. 

(2) Déclaralion de Martin, dit Egalité, ibid., a° 73. 



(3) Déclaration du concierge de la Bourbe, ibid., n» 75. 



(4) Ibid., no 78. 



Ixxxvj INTRODUCTION 

airtuitiié»^ la tendance à considérer les prisonniers comiao dos bouches inu- 
tiles. Ainsi, d'après les déclarati(»ns do plusieurs marchands fourreurs, lors de 
r.\sseuil)lée ^rt-nérale de la seclion des Mai'chés (euuc^ à la Ilalle aux draps, 
inie discussion s'étant él(>véo au sujet du manqucMle subsistances, un citoyen 
avait proposé de tuer les chiens et les chats; un autr(\qui jouissait de la 
plus parfaite considération dans son (juartier. jucfea cette mesure insuffi- 
sante et dit qu'il fallait tuer tous les prisonniers qui consommaient les 
vivres nécessaires aux citoyens. Au cours de ce débat, l'un des membres 
du Cumilé révolutionnaire de la section, le cordonnier Bot, auquel on avait 
atVirmé que les détenus ne manquaient de rien, déclara que, si l'on était 
sûr du fait, il fallait se porter aux prisons, égorger les prisonniers, les faire 
rôtir et les manger (1), que s'ils prétendaient faire manger des chats aux 
citoyens, comme à Mayence, on les mangerait comme des chiens. Il est 
évident qu'au milieu de la disette dont souffrait la population parisienne, 
qu'à tort ou à raison elle attribuait aux repas copieux des prisonniers, 
on prêtait une oreille complaisante aux propos qui représentaient les pri- 
sonniers de Saint-Lazare, au moins en partie, comme faisant bonne chère, 
grâce au traiteur do cette maison, qui était bien approvisionné. 

La guillotine étant un procédé révolutionnaire par excellence, il était 
tout naturel que les enragés songeassent à préconiser l'établissement de 
guillotines. C'est ainsi que, suivant la déclaration de Thiery, expéditionnaire 
au greffe du Tribunal révolutionnaire (2), dans l'Assemblée générale de la 
section de l'Unité du 10 ventôse, un lieutenant de la compagnie des canon- 
niers fit la motion expresse d'établir 6 guillotines et de s'emparer des sub- 
sistances en guillotinant les propriétaires; il fut même fait la proposi- 
tion inouïe d'installer dans tous les marchés de Paris, môme dans tous les 
carrefours, un certain nombre de guillotines à l'effet de favoriser les arri- 
vages de denrées, en guillotinant tous les marchands, singulier moyen 
d'attirer les approvisionneurs. D'après plusieurs dépositions reçues au Tri- 
bunal révolutionnaire, notamment celle d'un ébéniste de la rue de l'Egout- 
Saint- Antoine, chez un charron de la rue Saint-Louis se fabriquaient trois 
guillotines, deux pour la place de la Révolution et la troisième pour la 
place de Grève (3). 

I 

4. Projet d'affamer Paris en empêchant l'arrivage des denrées. 
— Le quatrième chef d'accusation n'était rien moins que le desseici 



(1) V. le tome XI Je noire Ilépertoire, n»» G9-7t. 

(2) Ibid., n» 03. 

(3} Déposition de Varlay, ouvrier ébéniste, ibid., n" 49. 



INTRODUCTION Ixxxvij 

d'affamer Paris en empêchant l'arrivage des denrées; il visait plus parti- 
culièrement deux des accusés, Ducroquet, commissaire aux accaparements 
de la section de Marat, et DescomLes, agent de la Municipalité, chargé 
d'assurer l'approvisionnement de Paris dans le département de Seine-et- 
Marne, surtout à Provins. Fouquier-Tinville, chargé par le décret du 17 ven- 
tôse de rechercher les auteurs de la méfiance inspirée à ceux qui appor- 
taient des denrées et subsistances à Paris, s'efforça de démontrer l'existence 
de manœuvres coupables ayant pour objet d'entraver par tous les moyens 
l'arrivage des denrées, soit en les enlevant des mains des acheteurs, soit 
en les confisquant sur les vendeurs, soit en laissant gâter celles que l'on 
avait indûment saisies, soit en s'appropriant les autres. L'accusateur public 
du Tribunal révolutionnaire, attachant une grande importance à établir 
la matérialité des faits, crut devoir procéder à une vaste enquête, non 
seulement à Paris, mais encore dans toute la région suburbaine. Voici ce 
qu'il écrivait, le 18 ventôse, à Pache : « Les déclarations des habitants des 
communes des environs de Paris se reçoivent à force, j'espère qu'il en 
sortira quelque rayon de lumière. Il n'y aura pas de ma faute si je n'y 
parviens pas, car j'étends mes recherches à 10 lieues de rayon. (1) » En effet, 
les juges du Tribunal révolutionnaire recueillirent les dépositions des habi- 
tants d'Antony, Arcueil, Arpajon, Asnières, Belleville, Bercy, Bourg l'Ega- 
lité, Chanteloup, Chantilly, Charenton, Charonne, Clichy, Colombes, Creil, 
Dammartin, Ecouen, Etampes, Franciade, Gennevilliers, Gonesse, Linas, 
Marly, du Mesnil-Amelot, du Mesnil-Aubry, deMontlhéry, Nanterre, Nanteuil- 
le-Haudouin, Passy, Poissy, Pont-Sainte-Maxence, Provins, Roissy, Saint- 
Germain, Senlis, Sèvres, Versailles, Villeneuve-sous-Dammartin, Vitry. 
Quel fut le résultat de cette enquête tant à Paris qu'hors Paris ? Les 
administrateurs des Subsistances de la Commune de Paris envoyèrent, Je 
18 ventôse, à Fouquier-Tinville, un extrait du registre de leur correspon- 
dance, pour lui permettre de constater tous les effets de la malveillance et les 
consigner dans son rapport ; le 23 ventôse, ils furent appelés devant Lanne, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, afin de déposer dee faits 
venus à leur connaissance, relativement aux manœuvres employées pour 
alarmer le peuple sur les subsistances et le porter à une insurrection (2). 
Pierre Basse-Champeaux rappela que Ducroquet, commissaire aux accapa- 
rements de la section de Marat, après avoir fait naître les plus vives inquié- 
tudes au sujet des subsistances, était le promoteur de la proposition de se 
porter en masse au Conseil général de la Commune; il dénonça les procédés 

(1) Arch. nat., W 76, n» 5. 

(2) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 161. 



Ixxxviij INTRODUCTION 

arbitraires du môme Ducroquet qui réglait à sa guise la distribution des 
vivres ; il signala également l'exagération des prix par les revendeuses de 
poisson d'eau douce et de légumes, ropposition du maire de Mcaux à l'envoi 
de denrées à Paris, parce qu'on lui refusait du sucre et du savon, celle du 
maire de Lagny à l'envoi de fromages, et la conduite blâmable d'habitants 
de Montmagny et de Groslay, qui avaient leurs caves pleines de pommes 
de terre et préféraient les laisser pourrir plutôt que de; les envoyer à Paris. 

Pierre-Alexandre Louvet et Pierre Dumez, autres administrateurs des 
Subsistances, déclarèrent que, dans plusieurs sections, notamment celle de 
l'Homme Armé, certains individus cherchaient à semer des inquiétudes 
sur les subsistances et invitaient le peuple au moyen de placards sur les 
murs à se lever en masse, et que les autorités constituées de Belleville, de 
Franciade, de Claye, de Meaux, de Lagny, ainsi qu'une bonne partie des 
communes avoisinant la capitale, s'opposaient au passage des denrées et 
comestibles destinés à Paris. 

Pour se rendre exactement compte de la situation de Paris au point 
de vue de son approvisionnement dans les premiers mois de l'an II, il faut 
se reporter à la correspondance échangée entre le maire de Paris, les 
administrateurs du Département des Subsistances et leur agent à Pro- 
vins, Antoine Descombes, l'un des accusés du procès des Hébertistes, 
correspondance qui fut saisie en nivôse an IL C'est ainsi que, le 16 vendé- 
miaire, Pache écrivait aux citoyens Descombes et Geoffroy à Provins (1) 
pour réclamer instamment un arrivage permanent et régulier de farines, 
sans admettre aucun prétexte, qu'il s'agit de levées ou des armées ; « il im- 
portait, disait-il, de ne pas perdre de vue que, si les armées n'avaient de 
vivres que pour un mois, Paris n'en avait que pour un jour, qu'il fallait 
des subsistances à cette armée de 800,000 bouches qui combattait depuis 
5 ans avec tant de peine pour la Liberté»; nouvelle lettre du même Pache 
à ses agents de Provins, envoyée le 2 brumaire, où il annonçait que depuis 
deux jours les 'arrivages de farines avaient considérablement diminué et 
que, comme il n'y avait rien pour y suppléer, Paris courait les plus grands 
dangers (2)* A ce moment, il ne s'écoulait pour ainsi dire pas de jour sans 
que, soit le maire, soit les administrateurs des Subsistances, renouvelassent 
leurs instances pour obtenir des arrivages périodiques et réguliers. Le 
18 frimaire, en exécution du décret qui ordonnait que Paris serait appro- 
visionné pour un an, les mêmes administrateurs invitèrent Descombes à 



(1) V, le tome X de notre Répertoire, n« 2587, 

(2) Ibid., n» 2592. 



INTRODUCTION . Ixxxix 

expédier sur Paris tout ce qu'il pouvait avoir de grains et de farines dans 
ses magasins, et ils annoncèrent l'ouverture d'entrepôts pour les grains à 
la Halle aux veaux et à la Halle aux vins (1). 

D'autres dépositions d'autorités constituées, non moins significatives, 
furent recueillies par les juges du Tribunal révolutionnaire ; l'un des 
administrateurs du Département de Paris fit connaître que les subsis- 
tances réquisitionnées chez les fermiers se corrompaient et se gâtaient, 
faute d'être enlevées, tandis que les fermiers ne demandaient pas mieux 
que de les vendre ; un officier municipal de Paris, Mercier, vint déclarer 
qu'une provision de beurre et d'œufs qui lui avait été envoyée de 
Sacy-le-Grand pour sa consommation, avait été arrêtée au passage à 
Pont-Sainte-Maxence par le maire, qui s'en était emparé en disant que, 
puisque Paris gardait son sucre et son savon, il pouvait bien garder aussi ce 
qui était nécessaire aux Parisiens (2). 
I Quarante-trois républicains de la section du Finistère, formant le déta- 
! chement de l'armée révolutionnaire cantonné à Pont-Chalier, se plaigni- 
rent, le 16 ventôse (3), de l'inaction dans laquelle ils étaient laissés, alors 
que leur mission devait consister à protéger les subsistances et démasquer 
les accapareurs, à parcourir les campagnes, où tout était en abondance, et 
1 à surveiller les fermiers ; étant convaincus que les richards des campagnes 
i s'entendaient avec ceux des villes pour ne manquer de rien, pendant que les 
I pauvres Sans-Culottes avaient bien de la peine à se procurer le nécessaire, 
î l'efristocratie faisant en sorte d'empêcher l'arrivage des denrées à Paris, 
i foyer du patriotisme. Le détachement de l'armée révolutionnaire à Pon- 
i toise informa les sections de Paris qu'ayant été occupé à faciliter l'appro- 
j visionnement des grains, il avait découvert chez certains fermiers du 

I beurre et des œufs cachés dans des armoires et même sous des grains dans 

j 

I des tonneaux, que si l'on manquait de tout et si l'on n'avait pas en 

i abondance les denrées de première nécessité, cette disette n'était qu'ap- 

! parente. A leur avis, l'envoi de commissaires révolutionnaires permettrait 

de déjouer les intrigants qui se transportaient dans les campagnes et 

enlevaient les denrées pour les revendre à plus haut prix aux riches et 

aux égoïstes, et la faiblesse municipale était la principale cause de la 

pénurie des vivres (4). 

Les marchands pour l'approvisionnement de Paris n'étaient guère 



{l) V. le tome X de nolrq Répertoire, n» 2615. 

(2) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 94. 

(3) Ibid., n-84. 

(4) Ibid., n» 274. 



xc INTRODUCTION 

encouragés à apporter des denrées à la capitale, car, dès qu'une voiture 
apparaissait, les femmes du peuple se précipitaient et s'adjugeaient le contenu, 
au prix (jui leur convenait ; par exemple, dans la section des Sans-Cu- 
lottes, deux voitures de campagne, chargées de beurre et d'œufs, étant 
arrivées de grand matin rue de Fourcy, les femmes en opérèrent le 
déchargement, séance tenante, sous les yeux des gendarmes du poste de la 
rue Neuve- Saint-Guillaume, impassibles spectateurs du pillage ; dans la 
même section, un arrivage d'œufs par le coche d'eau ayant été vendu au 
marciié voisin au prix du maximum, la marchande vint réclamer une indem- 
nité,en disant qu'elle n'achèterait pas des œufs à 18 sols la douzaine pour 
les amener de 25 lieues à Paris et les donner au maximum (1). Il en était 
de môme dans la section de la République : toutes les fois qu'arrivaient 
des voitures de pommes de terre ou d'autres denrées pour l'approvision- 
nement de Paris, les femmes les arrêtaient, s'emparaient du contenu, en 
payant le prix qu'elles fixaient à leur guise; c'est ainsi qu'un marchand reçut 
pour 45 livres de pommes de terre 4 livres 10 sols ; les femmes vendant à 
l'éventaire accouraient de toutes les sections, se disputant les pains de 
beurre qu'elles allaient porter dans de grosses maisons (2). Dans les sec- 
tions de Popincourt, de Montreuil et des Quinze-Vingts il n'existait qu'un 
seul marché pour les trois sections, dit le Marché-Neuf, aussi y avait-il 
pénurie de denrées, le maximum n'y était pas observé; celui qui payait 
le plus cher enlevait les marchandises, et le pauvre s'en passait. Dans 
la section de Marat, des citoyens de la ru€ Saint- André-des- Arts se plai- 
gnirent de ce que Ducroquet, commissaire aux accaparements, avait 
saisi à leur préjudice 36 œufs, un lapin et un dindon, et de ce que sur leur 
réclamation il aurait répondu que les 36 œufs seraient pour 36 personnes 
et qu'ils prendraient leur tour pour en avoir, s'il en restait (3). Ce fait, qui 
n'était pas bien grave, fut cependant le principal grief invoqué contre 
Ducroquet dans son procès. La section de Marat envoyait parfois vendre 
des denrées au Marché-Neuf dans la section de la Cité, mais cela se faisait 
sans ordre; ainsi des paniers de beurre, d'œufs et de fruits à moitié 
pourris restaient au corps de garde du marché, tandis que les citoyennes 
se morfondaient depuis 5 heures du matin, exposées aux intempéries (4). 
Les abus les plus criants se commettaient lors de la distribution des 
légumes à la Halle aux blés, où se formaient de nombreux attroupements, 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, ii» 163. 

(2) Ibid., no» 166, 170. 

(3) Déclaration de Brocliet, tome XI de notre Répertoire, n» 157. 

(4) Déclaration de membres du Comité révolutionnaire de la section de la Cité, ibid., n* 155. 



INTRODUCTION xcj 

OÙ les mêmes personnes revenaient à plusieurs reprises dans la même journée, 
et se livraient à ce trafic pour revendre à bénéfice. Une factrice à la même 
Halle, la femme Grosjean, dans une lettre adressée le 24 ventôse aux admi- 
nistrateurs des Subsistances, lettre qui fut transmise à Fouquier-Tinville, 
manifesta son étonnement de ce que les communes de Dreux, Houdan, 
Gallardon, Nogent-en-Beauce et Etampes, qui, les années précédentes, 
envoyaient à Paris beaucoup de légumes secs, n'apportaient plus rien (1). 

L'approvisionnement de Paris en viande de boucherie était devenu des 
plus difficiles, pour plusieurs raisons : tout d'abord, la grande consommation 
des armées, ensuite, au marché de Sceaux, il ne venait plus la même quan- 
tité de bestiaux; au lieu de 2,000, il n'y avait au dernier marché que 
700 bœufs ou vaches, envoyés par les anciennes provinces du Limousin 
et de la Basse-Marche (2) ; cette pénurie se trouvait encore aggravée par 
certaines pratiques coupables, ainsi que put le constater le traiteur de la mai- 
son d'arrêt de la Bourbe, qui avait deux hospices de malades à appro- 
visionner ; s'étant rendu à Sceaux pour acheter un bœuf, il apprit que 
les marchands de bœufs allaient au-devant de ceux qui les amenaient pour 
les acheter au cours du marché et les revendre ensuite à gros bénéfices; il en 
résultait qu'il devenait impossible aux bouchers de Paris de s'approvi- 
sionner pour la consommation de la ville (3). Les mêmes faits se produi- 
saient aux portes mêmes de Paris, à Vincennes, où une douzaine de bou- 
chers et mercandiers allaient sur les routes acheter les bestiaux destinés à 
Paris, et ils renchérissaient les uns sur les autres avec un tel acharnement 
qu'un bœuf passait entre les mains de trois acquéreurs et subissait une 
majoration de prix de 200 livres. Le commissaire aux accaparements de 
Vincennes dut verbaliser contre un boucher qui refusait de la viande aux 
indigents pour la vendre aux bourgeois à un prix infiniment supérieur. 
« Ces sortes de gens, observa un officier municipal, sont très dangereux, en 
ce qu'ils ne connaissent d'autre Dieu que leur intérêt et leur commerce 
contre-révolutionnaire, leur moralité est très suspecte, et l'on n'ose les 
dénoncer » (4). 

Ce qui compliquait encore la situation, c'est que les bouchers de Paris, 
ne pouvant débiter leur viande qu'au prix du maximum, en faisaient un 
commerce clandestin et s'entendaient avec les bouchers des communes 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n<> 172. 

(2) Ibid., n» 104. 

(3) Déclaration dé Roquet-Denoyer, ex-coiffeur do l'Opéra, traiteur de la Bourbe, tome XI de 
notre Répertoire, n" 179. 

(4) Déclarations d'habitants de Vincennes, ibid., n» 100. 



xcij INTRODUCTION 

voisines pour vendre la viande au prix qu'ils voulaient, notamment avec 
ceux de Sèvres, qui livraient nuitamment à Paris la majeure partie de la 
viande qu'ils tuaient, ce qui faisait que les habitants du pays avaient peine 
à s'en procurer et n'en avaient que de la mauvaise ; de plus, nombre de 
particuliers de Paris venaient en voiture à Sèvres chercher de la viande (1). 
Un boucher de Paris, fils d'un boucher de Sèvres, ayant acheté quinze 
veaux, déclara qu'ils lui coûtaient trop cher pour les débiter à Paris au prix 
du maximum, mais qu'il trouverait bien le moyen de s'en défaire en les 
vendant à des traiteurs qui ne regardaient pas au prix, autrement il aimerait 
mieux fermer boutique. L'on se rendait aussi de Paris à Charonne pour y acheter 
de la viande, mais l'agent national y fit opposition, attendu qu'il n'y en 
avait pas pour la moitié des habitants (2). 

A Belleville, des plaintes multipliées, sans cesse renouvelées, en raison 
du prix excessif et arbitraire auquel les bouchers tarifaient leur viande, 
obligèrent la municipalité à prendre des mesures de rigueur contre les 
bouchers et contre ceux qui encourageaient cet abus en payant la viande 
au-dessus du maximum. Par arrêté du 17 ventôse, elle décida de faire une 
quatrième et dernière proclamation pour rappeler les habitants à l'obser- 
vation stricte de la loi ; et comme le chef d'un poste avait prescrit aux fac- 
tionnaires d'arrêter au passage les vivres à destination de Paris, elle ordonna 
de protéger et d'escorter jusqu'à la barrière toutes les denrées envoyées 
pour l'approvisionnement de Paris traversant la commune, afin de donner 
à leurs frères des marques de leur attachement fraternel (3). 

La pénurie de comestibles, existant non seulement à Paris mais encore 
dans la banlieue, éveillait tout naturellement l'idée d'accaparements; 
après vérification des faits, souvent l'on constatait qu'il n'en était rien. Il 
ressort de déclarations d'habitants de Clichy-la-Garenne (4) que les grains 
y étaient très rares, que l'on avait grand'peine à s'en procurer, de môme 
que le sucre, la chandelle et la viande, et pourtant il n'existait aucun acca- 
pareur ; ailleurs, par exemple à Passy, on attribuait le manque de denrées 
à l'inexécution de la loi du maximum, ainsi qu'à leur réquisition par les 
communes voisines, telles que Suresnes, Argenteuil, Saint-Denis, qui n'en 
permettaient pas la sortie (5), 

L'acte d'accusation dressé par Fouquier-Tinville contre les Hébertistes 



(1) Déclarations triiabitants de Sèvres, tome XI de notre Répertoire, n" 109. 

("2) Interrogatoires d'habitants de Charonne, ibid., n° 98. 

(3) V. le tome XI de notre Répertoire, n°« 86, 91, 'J9, 

(4) Ibid., n" 126. 

(5) Ibid., no 148. 



INTRODUCTION xciij 

leur prêtait le dessein d'affamer Paris en écartant les approvisionnements de 
son enceinte, dessein qui devait être suivi et exécuté par tous les complices en 
même temps; il représentait les fonctionnaires faisant les défenses les plus 
sévères de laisser passer les provisions destinées à Paris, et les communes 
édictantdes pénalités contre quiconque apporterait des denrées dans la capi- 
tale" Ce n'est pas ce qui ressort de l'ensemble des déclarations et dépositions 
recueillies par le Tribunal révolutionnaire. Des raisons d'ordre économique 
amenaient le renchérissement et la pénurie des subsistances. En effet, que 
voit-on ? les cultivateurs, par cupidité et par égoïsme, au lieu d'apporter 
leurs beurres, leurs œufs et autres denrées aux halles et marchés, où ils 
auraient été obligés de les vendre au prix tarifé, préfèrent les céder aux 
marchands qui viennent les acheter à domicile, évitant ainsi non seule- 
ment les frais de transport, mais le risque de voir leurs voitures arrêtées 
sur la route ou à l'entrée des villes par des gens plus ou moins suspects, 
qui pillent le contenu ou l'achètent à des prix dérisoires. En outre, les culti- 
vateurs, invités à approvisionner les marchés, répondent que, ne pouvant 
donner de viande à leurs charretiers et ouvriers, ils sont obligés de les nourrir 
en maigre. Il convient d'ajouter à toutes ces considérations qu'une fausse 
crainte de disette travaillait l'imagination des habitants des campagnes, qui 
se hâtaient de mettre en réserve des provisions. Il se formait aussi des asso- 
ciations clandestines de marchands qui entravaient singulièrement la vente 
des denrées ; c'est ainsi que par suite d'une coalition de beurriers et de coque- 
tiers, sur le marché de Méréville, 4,000 livres de beurre et 10,000 douzaines 
d'œufs restèrent en souffrance, et cela à un moment où la pénurie des subsis- 
tances à Paris était telle qu'un œuf s'y vendait 4 sols. Le directoire du dis- 
trict d'Etampes, informé de ce fait et instruit par la notoriété publique 
que le beurre et les œufs se colportaient dans les maisons de Paris et s'y 
vendaient bien au-dessus du maximum, prit, le 3 ventôse, une délibéra- 
tion (1) dénonçant cette coalition de coquetiers et beurriers aux Comités 
de sûreté générale et de salut public, à la Commission des Subsistances, au 
Département des Subsistances de la Commune de Paris, et donna mandat 
à la municipalité de Méréville de faire charger immédiatement et envoyer à 
Paris les beurres et œufs invendus, dont la valeur serait remboursée au 
retour à chaque propriétaire. L'agent national des subsistances à Etampes, 
le citoyen Eloy, en adressant à Pache, maire de Paris, cette délibération, 
signalait en même temps la cupidité et la malveillance s'unissant pour en- 
traver la circulation des denrées et affamer Paris, et faisait observer que les 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 83. 



xciv ' INTRODUCTION 

marchands qui étaient jadis dans l'usage d'approvisionner Paris de beurre 
et d'œufs, au lieu do porter siu' les marchés de la capitale ces denrées qu'ils 
achetaient en très grande quantité à la campagne, préféraient les vendre 
sur la route à des accapareurs; et, lorsque les municipalités exigeaient d'eux 
la preuve du transport à Paris par des acquits à caution, ils suspendaient 
tout aussitôt leurs achats. De pareils abus n'étaient pas particuliers au 
district d'Etampes; ils existaient également dans ceux de Janville, Neuville 
et Pithiviers, où il y avait très grande abondance de beurre, d'œufs et d'au- 
tres denrées ; la plupart des cultivateurs de ces régions manifestaient le 
désir de venir en aide à leurs frères de Paris en y apportant ces provisions, 
mais étaient arrêtés par la crainte d'être pillés en cours de route ; d'autres, 
mus par l'égoïsme et la malveillance, aimaient mieux les laisser perdre que 
de les envoyer à Paris ; en conséquence Eloy invitait le maire de Paris à 
prendre les mesures nécessaires pour assurer l'arrivage des denrées et faire 
cesser la disette qui afïligeait Paris (1). L'un des membres du Comité révo- 
lutionnaire d'Etampes donna des renseignements analogues sur les agisse- 
ments des gros fermiers des environs d'Etampes, qui au lieu d'envoyer au 
marché leurs beurres, œufs et volailles, les vendaient à de gros coquetiers; 
ceux-ci prétendaient les acheter pour Paris, mais en réalité les portaient 
du côté de Chartres, Auneau et Gallardon pour réaliser de plus forts béné- 
fices. Parfois ces mêmes fermiers expédiaient leurs denrées à Paris par des 
commissionnaires, mais nullement pour les mettre en vente sur les 
marchés (2). 

Le questionnaire que les juges du Tribunal révolutionnaire, assistés 
la plupart du temps de Fouquier-Tinville, avaient sous les yeux, lors- 
qu'ils recevaient les déclarations des témoins qui comparaissaient devant 
eux, était celui-ci : Avait-on connaissance : 1° que par parole ou par 
écrit des gens malintentionnés cherchassent à égarer le peuple ou à l'in- 
quiéter sur les subsistances et à empêcher par ce moyen l'approvisionne- 
ment de Paris ? 2° que des malveillants parcourussent les communes pour 
y acheter des denrées, en offrant même un prix supérieur à celui qui leur 
était demandé ? 3° que de mauvais citoyens s'embusquassent sur les 
routes pour arrêter et voler les subsistances qu'on apportait à Paris ? La 
plupart des réponses furent négatives et ne donnèrent point les résultats 
espérés par l'accusation. Ainsi à Longjumeau, les déclarations des habi- 
tants (3) s'accordèrent à établir que, loin de s'opposer à l'arrivage des denrées 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n" 87 (lettre du 17 ventôse). 

(2) Déclarations d'habitants d'Etampes, tome XI de notre Répertoire, n" 129. 

(3) V. le tome XI de notre Répertoire, n» 102. 



INTRODUCTION xcv 

à Paris, ils le favorisaient de tout leur pouvoir, que la commune de Longju- 
meau elle-même souffrait du manque de subsistances, parce que le maximum 
y était rigoureusement observé, contrairement à ce qui se passait à Mont- 
Ihéry, oîi les propriétaires, fermiers et revendeurs faisaient un grand com- 
merce de beurre, d'œufs et autres comestibles, en apparence destinés à Paris, 
mais qui n'étaient jamais exposés en vente sur le carreau. Le président 
de la Société populaire de Longjumeau attribua la pénurie des subsistances 
à l'inégalité du maximum, au peu de surveillance des officiers municipaux, 
à l'égoïsme des riches propriétaires et à l'avarice des marchands, toutes 
causes étrangères à l'influence qu'auraient exercée les Hébertistes. Le 19 ven- 
tôse, c'est-à-dire le jour même où les membres du Comité révolutionnaire 
et les notables de Longjumeau affirmaient qu'ils donnaient toutes facilités 
pour les envois de vivres à Paris, Fouquier-Tinville, à la barre de la Con- 
vention, rendait compte des faits parvenus à sa connaissance au sujet des 
entraves mises à l'apport des denrées, et mettait Longjumeau au rang des 
communes qui empêchaient le passage des subsistances destinées à Paris. 
Cette assertion de Fouquier-Tinville, insérée au Journal des Débats et des 
Décrets et reproduite par le Courrier républicain^ émut vivement la popu- 
lation de Longjumeau ; le 20 ventôse, le Conseil général de la commune, 
le Comité de surveillance révolutionnaire et la Société populaire adres- 
j sérent en même temps à Fouquier-Tinville une protestation indignée contre 
! ces atroces calomnies, l'assurant que sa bonne foi avait été surprise, citant, 
à l'appui de leur protestation, la saisie, opérée le 20 pluviôse, et l'envoi à 
j Paris sous bonne escorte d'une voiture chargée de denrées à l'adresse de 
j maisons particulières, et déclarant qu'ils se feraient toujours un devoir de 
I partager avec leurs frères de Paris ce qui leur restait de vivres ; en consé- 
i quence ils invitaient Fouquier-Tinville à détromper la Convention nationale, 
j induite en erreur sur le compte de leur commune, et à obtenir une rétracta- 
j tion du journaliste qui s'était fait l'écho des imputations dirigées contrç 
j eux (1). On voit par le rapport de Fouquier-Tinville à la Convention que 
ce qui avait surtout fait impression sur l'accusateur public du Tribunal, 
c'était le propos inconsidéré tenu par le maire de Pont-Sainte-Maxence, qui 
s'était permis de dire : Quand Paris nous donnera du sucre, nous verrons si nous 
pouvons lui donuer des denrées. Pourtant plusieurs habitants de cette loca- 
lité avaient affirmé que toutes les denrées à destination de Paris passaient 
avec la plus grande liberté (2). Au nord de Paris, à Gonesse par exemple. 



(1) V, le tome XI de notre Répertoire, n»» 136, 138. 

(2) Ibid., n« 135. 



xcvj INTRODUCTION 

le Comité révolutionnaire exerçait une surveillance des plus actives pour 
empêcher toute manœuvre pouvant tendre à affamer Paris. La sollicitude 
des habitants, sans cesse en éveil, visait à procurer à leurs frères de Paris 
toutes les ressources dont ils pouvaient disposer ; c'est ainsi qu'à la date 
du 19 ventôse vingt commissaires étaient occupés dans tout le canton 
de Cionessc à faire battre les grains chez les fermiers pour fournir 10,000 
quintaux de blé h Paris, en sus de l'approvisionnement ordinaire (1). Dans 
la môme région, à Emile (Montmorency), Hanriot avait envoyé un détache- 
ment de force armée sous les ordres du citoyen Thiéry, commandant en 
chef de la section des Amis de la Patrie, à l'effet de surveiller les malin- 
tentionnés qui entravaient les arrivages de marchandises pour les besoins 
de Paris. Une délibération du Conseil municipal d'Emile, qui fut transmise 
à Fouquier-Tinville par les administrateurs des Subsistances, dénonça les 
marchés clandestins pour les légumes et les œufs qui se tenaient àMontmagny 
et à Villetaneuse au détriment de celui de la commune, la cherté des porcs 
qui se vendaient sur pied à raison de 20 sols la livre, ce qui ne permettait 
pas aux charcutiers de Paris de s'approvisionner, l'abandon des marchés 
par suite de l'application rigoureuse de la loi du maximum, et les ventes 
subreptices des marchands. Toutes ces menées sourdes furent signalées 
au Sans-Culotte Hanriot, afin que les Parisiens trouvassent leurs subsis- 
tances là où elles devaient être amenées (2). 

Fouquier-Tinville, dans son rapport à la Convention, montrait la néces- 
sité d'étendre le champ des investigations, attendu, disait-il, que des dépo- 
sitions recueillies résultait la quasi-certitude que c'était à une très grande 
distance, c'est-à-dire à 15 ou 20 lieues de Paris, que les ennemis de la chose 
publique se portaient pour tarir la source des subsistances, mais l'accusa 
teur public du Tribunal révolutionnaire était trop pressé pour se livrer i 
une enquête bien approfondie, et en général on ne dépassa guère un rayer 
de dix lieues; cependant dans l'Oise l'on recueillit les déclarations de 
habitants de Senlis, de Nanteuil-le-Haudouin et de Creil (3). A Senlis 
aucune trace d'accaparements; on n'y manquait pas de pain, mais le 
légumes, le beurre et les œufs y étaient très rares, sans qu'on sut pourquoi 
A Nanteuil-le-Haudouin, qui possédait un grenier d'abondance spécialemen 
affecté à l'approvisionnement de Paris, où toutes les communes environ 
nantes venaient livrer leurs grains, lesquels étaient régulièrement tranf 
portés à Paris, la difficulté de se procurer certaines denrées, notammen 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n° 103. 

(2) Ibid., n» 158. 

(3) Ibid., n" 123, 128, 132. 



INTRODUCTION xcvij 

I du savon, avait excité les rumeurs hostiles des femmes, mais la tranquillité 

I n'en avait pas été troublée. Le Conseil général de la Commune de Paris fut 

; saisi de plaintes d'un habitant de Liancourt (1), qui dénonça les manœuvres 

I coupables d'accapareurs, qui achetaient à des prix exorbitants tous les 

: comestibles faisant défaut à Paris, Ce qui contribuait aussi à accentuer la 

i pénurie des vivres, c'était la nécessité d'alimenter un certain nombre de 

; maisons de force, celles d'Argenlieu, Fitz- James, Clermont, Nointel et 

j Chantilly, sans compter les approvisionnements abusifs d'habitants de la 

campagne en faveur de prétendus parents et amis. Le remède que l'on 

j préconisait était un recensement exact des denrées, suivi de réquisition. 

I A Greil l'approvisionnement pour Paris se faisait avec exactitude; il 

y passait fréquemment des voitures, chargées de beurre, d'œufs et d'autres 

denrées, à destination de Paris, au dire des conducteurs, qui souvent ne 

pouvaient justifier d'aucune direction, mais qu'on laissait passer dans la 

i crainte de faire manquer le ravitaillement de la capitale. 

; Il est assez surprenant que dans cette vaste enquête Provins, qui était 

'un centre d'approvisionnement des plus importants pour Paris, ait été 

I laissé de côté, alors que des dénonciations contre la municipalité furent 

! envoyées à Fouquier-Tinville, dénonciations où on lui reprochait de s'op- 

! poser à la circulation des denrées et à leur transport à Paris ; ce qui avait 

servi de base à ces imputations perfides, c'était la déclaration imposée 

lie 21 ventôse, aux voituriers, de la quantité, de la nature et de la destina- 

ition des provisions qu'ils chargeaient, ainsi que la visite faite en consé- 

Iquence. Aux termes d'une lettre du 29 ventôse, adressée au maire et à la 

ICommune de Paris (2), les officiers municipaux et le Comité révolutionnaire 

|de Provins déclarèrent dénuées de tout fondement les accusations portées 

jccntre eux, et attestèrent qu'aucune autorité de leur ville n'avait été tentée 

Id'arrêter les denrées, qu'au contraire ils avaient toujours eu le ferme propos 

id'assurer à leurs frères de Paris tous les comestibles qui leur faisaient défaut 

jet dont ils avaient grand besoin. Toutefois, en raison de l'achat clandestin par 

iraristocratie des denrées qu'apportaient en secret les habitants des cam- 

ipagnes, ils avaient voulu ne négliger aucune précaution pour acquérir la 

Icertitude que les arrivages parviendraient à Paris. C'est ainsi qu'ayant 

'appris que beaucoup d'individus, femmes, filles, soldats de l'armée révo- 

llutionnaire stationnée à Provins, se portaient sur la grande route, avec 

jdes paniers, qu'ils chargeaient de comestibles dont la destination sem- 



(1) V. le tome XI de notre Répertoife. n*» i7S. 

(2) Ibid., n" 189, 191. 

T. XI. ♦♦♦•••• 



xcviij INTRODUCTION 

blait plus que douteuse, les officiers municipaux de Provins avaient cru 
devoir imposer aux voituriers une déclaration ; mais comme cette formalité, 
qui n'avait d'autre but que d'assurer l'arrivage des denrées à Paris, s'était 
retournée contre eux et avait eu pour résultat do les incriminer, ils con- 
sentaient volontiers à y renoncer. La municipalité de Provins avait même 
décidé, le 23 ventôse (1), de lancer une proclamation à l'effet d'instruire les 
habitants des moyens employés par les malveillants pour amener une 
disette factice et occasionner dans Paris un soulèvement qui deviendrait 
fatal à la République, elle les invitait à surveiller et dénoncer ceux qui, 
à la faveur des ténèbres de la nuit, faisaient dans les communes environ- 
nantes des accaparements de denrées de première nécessité, et à s'im- 
poser môme les privations que l'amour de leurs frères de Paris et de la 
patrie, mère commune, pourrait leur suggérer. 

L'examen des faits montre combien étaient peu fondées ces dénon- 
ciations dirigées contre les municipalités, telles que Longjumeau et Provins, 
et combien étaient fragiles ces accusations relatives aux subsistances, 
que Fouquier-Tinville avait péniblement cherché à grouper pour s'en faire 
une arme de plus contre les Hébertistes. Néanmoins, le président du Tri- 
bunal révolutionnaire, persistant à soutenir cette thèse favorite, ne craignit 
pas, après l'audition du témoin Haindel, d'apostropher les accusés en ccf 
termes : N' avez-vous pas formé le projet barbare cC affamer le peuple^ organisi 
une disette factice et redouté dans vos fureurs le retour de V abondance \ 
Dumas se faisait probablement l'écho des bruits qui circulaient dans let 
milieux populaires, et que reproduit l'observateur de Police Rousselin 
dans son rapport du 26 ventôse : Dans presque tous les quartiers les citoyen, 
disaient : c'était le coquin d'Hébert et sa clique qui avaient cherché à non 
faire mourir de faim. Ces inculpations calomnieuses étaient plus que suffi 
santés pour motiver leur condamnation. 

Le procès des Hébertistes commença le l^'' germinal. Après la lecture d 
l'acte d'accusation dressé par Fouquier-Tinville le 30 ventôse et l'auditio 
des 44 témoins à charge assignés à la requête de l'accusateur public, don 
les dépositions avaient été reçues par les juges du Tribunal révolutionnain 
les débats s'ouvrirent. On ne jugea pas à propos d'interroger les accuséf 
seulement pour éclairer les juges et jurés et justifier une condamnatio 
qui s'imposait, Fouquier-Tinville, docile instrument aux mains du Gomit 
de salut public, avait préparé une série de questions destinées à établ 



(1) V. le tome XI de notre Répertoire, n° IGO. 



INTRODUCTION xcix 

avec preuves à l'appui le complot tramé par les Hébertistes. Ces questions 
furent-elles réellement posées? nous l'ignorons; en tout cas il n'est pas inu- 
tile de les faire connaître avec les réponses de l'accusation à chacune 
d'elles. 

1. Y a-t-il eu dessein et provocation à l'insurrection ? 

Les déclarations reçues avaient démontré que la nécessité d'une insur- 
rection avait été répandue dans les sections, que l'insurrection avait été 
provoquée et arrêtée aux Gordeliers et à l'Assemblée générale de la 
section de Marat. 

2. Quels étaient les prétextes pour motiver les provocations à l'insur- 
rection ? 

Les déclarations établissaient que l'on se basait : 1° sur la pénurie des 
subsistances et les accaparements ; 2° sur la nécessité de punir les traîtres ; 
3° sur l'urgence de purger la Convention des scélérats ; 4" sur ce que la Con- 
vention voulait faire tirer sur le peuple et renouveler la journée du Champ 
de Mars. 

3. Quels étaient les moyens d'exécution ? 

Ces moyens étaient: 1° la formation de partis puissants; 2^ la réunion 
secrète à Paris de l'armée révolutionnaire ; 3" la formation de listes de pros- 
crits et d'élus dans les prisons ; 4^^ l'organisation d'attroupements de femmes ; 
b° les manœuvres pour priver Paris de subsistances par la suppression des 
arrivages et la propagation de bruits mensongers ; 6° les massacres et égor- 
gements. 

4. Quel était le but de l'insurrection ? 

1° Les insurgés devaient se porter sur la Convention pour faire justice 
des membres voués à la proscription ; 2° ils devaient détruire les Comités 
de salut public et de sûreté générale ; 3° écraser les Jacobins ; 4° anéantir 
le Conseil exécutif; 5^ établir un dictateur sous le nom de grand juge et 
s'emparer du gouvernement; 6° préparer le retour de la royauté en faveur 
du petit Capet, en s'unissant aux ennemis extérieurs. 

Le quatrième jour, au début de la séance, le président demanda au 
jury s'il était suffisamment éclairé et, sur sa réponse négative, les débats 
continuèrent ; mais, après la déposition du témoin Haindel (que M. Wallon 
appelle improprement Wyndel) et la virulente sortie du président, les 
défenseurs nommés d'office renoncèrent à la parole, et l'accusateur public 
n'ayant rien à ajouter, Dumas prononça la clôture des débats et soumit 
au jury les questions suivantes : 

Les accusés sont-ils auteurs ou complices de la conspiration qui a existé 
contre la liberté et la sûreté du peuple français, tendant à troubler l'Etat 
par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, et 



c INTRODÎTCTION 

contre l'oxorcico de raulurité légitime, et à la suite de laquelle, dans le cou- 
rant do ventôse dernier, les conjurés devaient dissoudre la représentation 
nationale, assassiner ses membres et les patriotes, détruire le gouvernement 
républicain, s'emparer de la souveraineté du peuple et donner un tyran à 
l'Etat ? 

Sur la déclaration afTirmative du jury les accusés, au nombre de 19, 
furent condamnés à mort ; il n'y eut qu'une seule exception, prononcée 
en faveur de Laboureau, qui fut absous et reçut l'accolade du président, 
des juges et des jurés. 

L'exécution des Hébertistes, en vertu du jugement du 4 germinal, 
eut lieu, le jour même, à 4 heures de relevée. Fouquier-Tinville crut devoir 
l'entourer de précautions extraordinaires, il invita Hanriot à prendre toutes 
les mesures que sa prudence lui suggérerait pour que la tranquillité pu- 
blique ne fût point compromise par les complices de ces conspirateurs. 
Rien de semblable n'était à craindre; le peuple, accouru en foule à ce spec- 
tacle, ne se livra à aucune manifestation, si ce n'est contre Hébert, qui fut 
hué et conspué. Ainsi finirent ces conjurés, peu redoutables en somme, 
mais dont le Comité de salut public voulut se débarrasser, lorsqu'ils lui 
parurent gênants et encombrants. 



Décembre 1914. 



ALEXANDRE TUETEY. 



' t 



REPERTOIRE GENERAL 



DES SOURCES MANUSCRITES 



DE 



L'HISTOIRE DE PARIS 

PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 



CHAPITRE PREMIER 

JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 
ET ÉVÉNEMENTS POLITIQUES 

(suite) 



§ 33. — Arrestation et procès des Hébertistes (Ronsin, 
Hébert, Vincent, Momoro, Cloots, etc.), 4 germinal 
an II {suite). 



D. — INSTRUCTION DU l'KOCÈS DES HÊ- 
BERTISTES. 

1. — Premier chef d'accusation : 

Affichage de placards sèdilieux. 

i. — Dénonciation à la Convention na- 
tionale par la section des Quinze-Vingls 
"les citoyens audacieux et téméraires qui 
se sont exprimés h la tribune des Jaco- 
bins, où Hébert et Momoro ont proposé 
et obtenu la radiation de la Société des 
Jacobins de quatre représentants des plus 
énergiques et n'ont pas craint de déclarer 
que Uonsin et Vincent étaient toujours en 
possession de leur confiance, entraînant 
par celle audace toute la Société dans 
leurs complots liberticides, et demande 
T. XI, 



formée à l'oITeL d'ordonner la translation 
immédiate de Ronsin, Vincent et Maillard, 
à la Conciergerie, ainsi que l'arrestation 
de leurs complices, désignés dans une 
grande pancarte afficliée par les soins de 
Vincent, le lendemain de son arrestation. 

8 nivôse an II. ' 

Copie conforme, A. N., V 1775**. 

2, — Lettre anonyme, en date du 9 nivôse, 
à l'adresse des citoyennes marchandes à 
la Halle, déclarant qu'il y a tout lieu de 
croire que, si la contre-révolution se fait, 
elle se fera par la femme, et, comme l'on 
est à la veille de manquer de tout et que 
la famine existera avant 2 mois, les exhor- 
tant à se réunir au nombre de 10 à 12,000, 
et à se porter en masse à la Convention 

1 



CHAPITRE le-. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



pour demander sa dissolution et la nomi- 
nation d'un chef au lieu de 700. 

12 ventôse an II. 

Original non signe, A. N., \V 70. 

Au verso est écrit : Pièce trouvée à la Halle, 
le 12 ventôse, le matin, apportée par Godard, 
commissaire de police, remise au citoyen Pache, 
ladite lettre semée à profusion. 

Note déposée par le maire de Paris au Comité 
de salut public, le 12 ventôse. 

3. — Décision du Comilé révolulion- 
naire de la section de rindivisibililé, por- 
tant que les membres du Comité, de ser- 
vice pendant la nuit du 15 au 16 ventôse, 
ont constaté qu'au bas d'une affiche d'un 
arrêté du Comité de salut public, placar- 
dée à une porte d'atelier d'armes, place 
du parc d'artillerie, avaient été tracés au 
crayon rouge et noir certains mots tendant 
à déconsidérer les membres patriotes du- 
dit Comité, affiche qui a été déposée sur 
le bureau, et désireux de mettre tout en 
œuvre pom' découvrir l'auteur d'un pareil 
délit, ordonnantde mander le commandant 
du poste avec le registre de la garde, pour 
en prendre l'état nominatif et consigner la 
garde au poste, puis, après avoir fait écrire 
avec un crayon rouge et noir tous les in- 
dividus composant la garde, arrêtant d'en- 
voyer à l'accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire l'affiche où sont marqués 
les mots contre-révolutionnaires, ainsi que 
le papier sur lequel ont écrit les individus 
de garde, du 15 au 16 ventôse. 

16, 21 ventôse an II, 

Copie conforme, signée de Balnj, commis- 
saire du Comité, et placards imprimés (4 pièces), 
A. N., W76, n° 5. 

L'arrêté du Comité de salut public, en date 
du 12 pluviôse, forme un placard in-folio, et 
porte les signatures imprimées de Robespierre, 
Carnot, C.-A. Prieur, R. Lindet, B. Barère 
et Billaud-Varenne; au-dessous du nom de Ro- 
bespierre, a été écrit le mot anlropopha'je, et 
au-dessous des noms de Prieur, Lindet et Ba- 
rère, ceux de troinpeurs du peuple, toujours 
bêle cl stupide, au crayon noir, et de voleurs, 
assassins, au crayon rouge. 

4, — Décret de la Convention nationale, 
après avoir entendu la lecture d'un pla- 
card manuscrit commençant par ces mots : 
Sans-culode, il est tcms, fait battre la géné- 
rale, et finissant par ceux-ci, parce que je 



dis la vcrilc mrmc, renvoyant ledit pam- 
phlet à l'accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire, séant à Paris, et le char- 
geant de faire sans délai les recherches 
les plus exactes des auteurs, complices, 
disliibuteurs et afficheurs dudit pamphlet. 

17 ventôse au II. 

Extrait colhitionné, signé de Charles Cochon 
et da Bezard, A. iV., W76, n" 11. 

5. — Lettre de l'accusateur public près 
le Tribunal révolutionnaire au citoyen 
Pache, maire de Paris, l'avisant qu'il vient 
d'être informé de ra[)posilion au coin de 
la rue Neuvo-Saint-Kustache, du côté de 
la rue Montmartre, d'une affiche infâme 
ou placard provoquant à l'insurrection et 
invitant le peuple à se lever en masse, 
affiche devant laquelle il y avait beaucoup 
de monde occupe à la lire, ledit placard 
imprimé, émanant d'un citoyen de la 
section Alarat, et le priant de recueillir 
les informations convenables en pareil 
cas pour éclaircir ce fait, dont l'impor- 
tance est capitale. 

18 ventôse an II. 
Autographe non signé, A. N., W 76, n° 11. 

6. — Déclaration du citoyen Martel, dé- 
puté à la Convention nationale, reçue par 
Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, accu- 
sateur public du Tribunal révolutionnaire, 
portant que le citoyen Gilbert Rardet-Fro- 
menteau, qui l'accompagnait, en sortant 
de chez le citoyen Foucault, juge du Tri- 
bunal révolutionnaire, cour des Fontaines, 
près le Palais, avait aperçu un placard 
provoquant la dissolution de la représen- 
tation nationale et la guerre civile, et 
procès-verbal de transport desdits citoyens, 
en compagnie du citoyen Samson, capi- 
taine de gendarmerie de service près le 
Tribunal, et des citoyens Froidure et 
Dangé, administrateurs au Département 
de Police, lesquels ont eflectivemcnt 
trouvé près de la colonne attenante à la 
maison, n*>25, un petit placard de 6 pouces 
sur 7 environ, écrit à la main et comtuen- 
çant par ces mots : Sans- culotte, il est 
teins, fait battre la fjcnérale et finissant 
par ceux-ci, vont dire que je suis un cons- 
pirateur, parce que je dis la vérité, lequel 



INSTUUCTIO?s DU PROCES DES HEBEllTISTES 



placard, sans signature, qui avait été ap- 
pliqué avec de la mie de pain nouvelle- 
ment mâchée, a été enlevé et remis à 
l'accusateur public du Tribunal. 

19 ventôse an II. 

Original, signédeMartel, N. Froidure, Dangé, 
Samson, Bardet-Fromenteau, A.-Q. Fouquier- 
Tinville, Terrasse, huissier du Tribunal, A.N. 
■W76, no 11. 

A ce procès-verbal est annexé le placard en 
question sur un grossier papier jaunâtre, para- 
phé par Terrasse, huissier du Tribunal ; avec 
un second exemplaire du même placard, ana- 
logue au premier, et portant cette mention en 
marge : Renvoyé à l'accusateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire, le 16 ventôse, l'an 2" de 
la République. Signé : Charles Cochon, secré- 
taire. 

7. — Lettre des administrateurs du Dé- 
partement de Police au citoyen Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire, lui faisant passer, aux 
termes du décret de la Convention du 
16 ventôse, l'original d'une lettre trouvée 
sur le carreau de la Halle aux légumes et 
à eux remise par le citoyen Pilon, inspec- 
teur de ladite halle, en date du 12 ventôse, 
avec un exemplaire de l'afflche de l'admi- 
nistration de Police à ce sujet, du même 
jour. 

19 ventûso an II. 

Original, signé de Cordas et Massé, A. N., 
W 76, n" 11, minute et imprimé (3 pièces). 

L'auteur de la lettre anonyme en question, 
datée du 6 nivôse, pronostique la famine en 
France avant 2 mois, en fait retomber la res- 
ponsabilité sur la Commune qui met tout en 
réquisition, et engage les marchandes à se por- 
ter au nombre de 10 à 12,000 à la Convention. 

Le placard affiche de l'administration de Po- 
lice, in-folio sur papier gris, met les citoyens 
en garde contre les nouveaux complots qui se 
trament, dont les auteurs ne se contentent pas 
d'accaparer et d'être les auteurs d'une disette 
factice, mais abusent le peuple pour exciter du 
trouble, « en répandant à profusion des lettres 
anonymes, dans lesquelles il n'est rien moins 
question que de désarmer les citoyens, de faire 
dissoudre la Convention et les autorités et de 
demander un chef. 

8. — Déclarations de membres du Co- 
mité révolutionnaire de la section des 
Marchés, reçues par Gabriel Deliègc, juge 
au Tribunal révolutionnaire, savoir : 

i" Jacques Duvallel, cordonnier et mem- 
bre du Comité révoluVionnaire de la sec- 



tion des Marchés, rue de la Chanvrerie, 
n° 7, auquel il est demandé s'il connaît 
les auteurs d'un placard contre-révolu- 
tionnaire infâme à lui représenté, afticlié 
depuis peu dans Paris, tendant à dissoudre 
la représentation nationale et attentatoire 
à la souveraineté du peuple, s'il a con- 
naissance qu'il ait été fait des proposi- 
tions, dont le résultat devait être de se 
porter sur la Convention et sur les pri- 
sons, si ceux qui les ont faites n'ajoutaient 
pas qu'il fallait laisser dormir les Droits 
de l'Homme et provoquer enfin une insur- 
rection définitive, s'il peut renseigner sur 
les manœuvres qui se pratiquent pour ar- 
rêter l'approvisionnement de Paris, lequel 
a répondu, au sujet des placards, qu'il n'a 
aucune connaissance de l'auteur ni de 
ceux qui ont pu afficher cette monstrueuse 
production ; 

Pour ce qui est des propositions de se 
porter sur la Convention et de la dissoudre, 
il a connaissance de deux lettres, appor- 
tées à son Comité par un citoyen de la 
section des Marchés et une citoyenne de 
la section de Bon-Conseil, lettres qui ont 
été trouvées dans les échoppes de la Halle, 
ayant pour objet d'inviter les citoyennes 
à se porter au nombre de 10 à 12,000 à la 
Convention pour en demander la dissolu- 
tion, déclarant qu'il s'est empressé de dé- 
poser ces lettres au Comité de sûreté gé- 
nérale, entre les mains de Dubarran, l'un 
de ses membres, lequel, après en avoir 
pris connaissance, l'a invité à les reporter 
à son Comité et à en rechercher les au- 
teurs, et observant que le Comité de la 
section des Marchés les représentera à 
première réquisition ; 

Qu'en ce qui concerne les manœuvres 
qui se pratiquent relativement à l'appro- 
visionnement de Paris, il sait que beau- 
coup de particuliers font venir des pro- 
visions de loute espèce, et que les messa- 
gers les apportent sans lettres de voiture, 
qu'il existe à son Comité du beurre sur 
lequel on voit l'empreinte de fleurs de lis, 
beurre destiné à divers particuliers dont 
on a pris les noms, que dans les marchés 
se pratique une manœuvre très préjudi- 
ciable à l'approvisionnement, qui consiste 
à tripler la fourniture accordée pour le 



CHAPITRE ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



jour, ce qui dénoie une disellc factice, qu'il 
a la preuve que des fruitiers font passer 
nuitamment du beurre et des œufs chez les 
particuliers les plus fortunés et qu'ainsi 
on prive le pauvre citoyen. 

Ajoute (jue plusieurs citoyens et ci- 
toyennes se permettent de tenir des pro- 
pos qui ne font qu'échauffer les têtes; 

2° Jean Crehant, imprimeur et membre 
du Comité révolutionnaire de la section 
des Marchés, auquel sont posées les 
mêmes questions, a répondu n'avoir au- 
cune connaissance des placards, que rela- 
tivement au complot de se porter sur la 
Convention, il sait qu'il a été distribué 
des lettres manuscrites anonymes aux 
femmes des Halles, les invitant à se porter 
en masse sur la Convention, pour en de- 
mander la dissolution, qu'on trouve dans 
ces lettres ces mots exécrables, qu'il vaut 
mieux un Roy que sept cents bourreaux, 
qu'on les exhorte en outre à engager leurs 
pères, leurs frères, leurs parents à mettre 
bas les armes et à faire la paix avec les 
tyrans coalisés, que jusqu'à présent on 
n'a pu en découvrir les auteurs. Quant aux 
approvisionnements de Paris, par les soins 
du Comité ont été arrêtées les provisions 
ayant une destination particulière, con- 
sistant en volailles, gibier, beurre frais et 
fondu, œufs, légumes variés, fruits de toute 
espèce, le tout facturé bien au-dessus du 
maximum. A l'égard de la disette de la 
viande, le déclarant sait que l'on tue beau- 
coup de veaux et d'agneaux, ce qui détruit 
les espèces et tend à priver les volontaires 
de souliers, puisqu'on tue les veaux et 
que les peaux sont employées à faire des 
sacs en peau. 

21 ventôse au II (Il heures du matin). 
Original, signé de Duvallet, Crehant et De- 
liège, A. N.,W 78, n'a. 

9. — Déclarations de membres du Co- 
mité révolutionnaire de la section des 
Marchés, reçues par Gabriel Deliège, juge 
au Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1» Esprit Rougier, bijoutier, membre du 
Comité révolutionnaire de la section des 
Marchés, auquel il est demandé s'il con- 
naît les auteurs d'un placard contre-révo- 
lutionnaire et infâme, affiché depuis peu 



dans Paris, lendant à dissoudre la repré- 
sentation nationale et attentatoire à la 
souveraineté du pcu]ile, de même s'il a 
connaissance du dessein de se porter sur 
la (Convention et les prisons, délaisser dor- 
mir les Oroils de l'Homme et de provoquer 
iMie insurrection, ainsi que des manœuvres 
pratiquées pour empêcher l'approvisionne- 
ment de Paris, lequel a répondu qu'en 
clfct il a entendu parler de ce placard, 
mais qu'il ne connaît ni l'auteur ni les 
complices de cette monstrueuse produc- 
tion, qu'il sait qu'on a jeté dans les Halles 
des écrits infâmes et contre-révolution- 
naires, tels que les faisaient les Maury et 
les Cazalès, et tendant évidemment à ra- 
mener la royauté, puisqu'ils provoquent 
la destruction de la représentation nalio- 
nale; ces écrits lui ont paru d'une écriture 
contrefaite et ont été trouvés dans les 
échoppes de la Halle; apportés par des 
Sans-culottes au Comité, ils ont été remis 
au Comilé de sûreté générale de la Con- 
vention, qui en a été indigné et les a 
chargés de faire toutes diligences pour en 
découvi'ir les auteurs; 

Quant aux mano'uvres tendant à ame- 
ner une disette factice et par ce moyen 
la guerre civile, le déclarant fait observer 
que tous les riches, possesseurs de mai- 
sons autour de Paris, mettent à contri- 
bution leurs domesLiques, leurs parents 
ou leurs amis, et de cette manière font 
conduire chez eux à profusion les denrées 
de première nécessité, et par ces manœu- 
vres coupables empêchent les marchés de 
s'approvisionner, comme preuve de celle 
assertion, ils ont arrêté quantité de ces 
comestibles à destination des riches aris- 
tocrates et égoïstes, et même envoyés dans 
des maisons dont les maîtres sont délenus 
comme suspects; que ces marchandises 
arrivent à Paris, chargées sur des voitures, 
pour être vendues sur le carreau, et que 
c'est ainsi que l'on cache des provisions 
d'œufs, de beurre, de lai'd, de jambon, de 
lapin, de lièvre, de poulets, de poulardes, de 
dindes, de légumes, de fruits, de marrons, 
même de farine, que le Comilé a décidé 
que les denrées saisies, qui sont des- 
tinées à l'approvisionnement de l'aristo- 
cratie, seraient vendues sur le carreau 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



de la Halle et les fonds versés dans des 
caisses ad hoc; le déclarant signale une 
autre manière de priver les Sans-culotles 
des objets de première nécessité, mise en 
pratique par les fruitiers- orangers, qui 
faisaient passer aux aristocrates les mar- 
chandises reçues par eux, tandis qu'ils 
refusaient d'en vendre à des Sans-culottes 
qui en demandaient très peu, leurs femmes 
passant en pure perte des demi-journées à 
attendre, ce qui était une cause de troubles, 
de même que différents particuliers reve- 
naient plusieurs fois à la charge et par ce 
moyen contribuaient à provoquer ladisette, 
ajoutant que le Comité prend toutes les 
mesures que lui suggère son patriotisme 
pour supprimer ces abus, qu'il voit aussi 
avec peine détruire quantité de jeunes 
agneaux et vendre fréquemment du veau, 
ce qui pourrait par la suite amener une 
disette réelle de ce genre de bétail; 

2° Dominique Michel, cordonnier, mem- 
bre du Comité révolutionnaire de la sec- 
tion des Marchés, auquel ont été posées 
les mêmes questions et lequel, en ce qui 
concerne le complot, a répondu qu'il a été 
distribué deux lettres, qu'il en a vu une, 
invitant les femmes à se porter, au nombre 
de 12,000, à la Convention pour la dis- 
soudre, qu'il sait que nombre de particu- 
liers font venir des provisions de toute 
espèce sans lettre de voiture; ajoute le 
déclarant qu'il a vu dans une auberge de 
la Chapelle des marchands venir acheter 
de la viande au prix de SO sols la livre, et 
qu'il est étonné que les autorités consti- 
tuées de la Chapelle n'aient pas réprimé 
un abus aussi nuisible, qui tourne essen- 
tiellement au profit de l'aristocratie et au 
détriment de la chose publique; de plus, 
qu'il a connaissance que les peaux de 
veaux à poils se vendent chez tous les 
bouchers depuis 20 jusqu'à 15 et 18 livres, 
et que si ces mêmes peaux étaient utili- 
sées pour la confection des chaussures, 
elles coûteraient moitié moins, que l'on 
prend pour les havres-sacs des défenseurs 
de la patrie des peaux de chèvre et des 
peaux de chien, et que lors même que les 
peaux ne manqueraient pas, les bouchers 
devraient être forcés de vendre ces peaux 
au prix payé par les tanneurs pour faire 



des souliers, conséquemment au lieu de 
payer 12 à 13 livres les sacs, ils ne coû- 
teraient à la République que cent dix sols 
au plus. 

21 ventôse an II (t heure 1/2 de relevée). 
Original, signé de Rougier, de Michel et de 
Deliège, A. N., W 78, n« 4. 

10. — Déclarations de membres du Co- 
mité révolutionnaire de la section de l'In- 
divisibilité, reçues par Gabriel-Toussaint 
Scellier, juge au Tribunal révolutionnaire, 
savoir : 

1° Toussaint Groslaire, âgé de 40 ans, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section de l'Indivisibilité, demeurant rue 
Vieille-du-Temple, n" 38, lequel dit ne rien 
savoir relativement aux affiches infâmes 
qui ont été appliquées depuis quelques 
jours sur les murailles de Paris, si ce 
n'est qu'il y a 5 ou 6 joui's, se trouvant de 
service au Comité, où il avait passé la nuit, 
on l'avisa de grand malin que sur une 
affiche du Comité de salut public relative 
aux journées des ouvriers, placardée près 
de la guérite du factionnaire, l'on avait 
écrit au crayon ces mots : Robespierre 
anthropophage, et sous un autre nom man- 
geur d'homme, et enfin une qualification 
odieuse sous les noms de tous les mem- 
bres du Comité de salut public; que pour 
parvenir à découvrir les auteurs de ce mé- 
fait, le Comité fit comparaître les uns 
après les autres les 30 hommes composant 
le poste, et leur fit écrire au crayon diffé- 
rents mots dans le même sens que ceux 
qui se trouvaient au bas de la proclama- 
tion en question, ce qui n'amena aucun 
résultat, aucune des écritures ne ressem- 
blant à celle de ladite affiche, que le Co- 
mité constata que pareilles infamies figu- 
raient au bas de plusieurs affiches aux en- 
virons, ajoutant qu'il n'a point d'autre ren- 
seignement relativement aux placards et 
aux propos incendiaires, que, durantSjours 
consécutifs, les ouvriers des ateliers de la 
place de l'Indivisibilité ont été en insur- 
rection, mais que deux d'entre eux ont 
été arrêtés par les régisseurs, que le Co- 
mité continue à faire les recherches les 
plus sévères pour découvrir les auteurs des 
troubles et déjouer les complots; 



CIlAPlTIiE I". — JO[JRNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



2" Ilonry Rodson, A'j;é do .'M ans, né h 
Liège, demeurant à Paris, me du I\'irc, 
membre du Comit»'' n'volulionnaire de la 
section de l'Indivisibilité, lequel a dit que 
la surveillance du Comité est infatigable 
pour découvrir les traîtres et les livrer au 
glaive de la lui. qu'il n'a aucune connais- 
sance des affiches qui ont sali les murs de 
I^iris, ni des propos séditieux tendant à 
soulever le peuple contre la Convention 
et les autres autorités constituées, si ce 
n'est qu'une main inconnue a tracé au 
crayon, au bas d'une proclamation du Co- 
mité de salut public relative à la journée 
des ouvriers des notes outrageantes, et 
qu'il avait relevé le mot anthropophage 
sous le nom de Robespierre, et sous les 
noms des autres membres du Comité ces 
mots : trompeurs du peuple, toujours hôte 
et stupidc, et voleurs et assassins ; 

3° André Raudebourg, âgé de 45 ans, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section de l'Indivisibilité, demeurant bou- 
levard du Pont-aux-Choux, lequel a dit ne 
rien savoir de relatif aux affiches et pro- 
pos incendiaires qui existent depuis quel- 
(jues jours dans Paris, et que quant à la 
proclamation du Comité de salut public, 
au bas de laquelle il a été écrit au crayon, 
il n'en a été informé que par ses collègues, 
parce qu'il était malade à cette époque; 

4" Etienne Fournier, âgé de 49 ans, 
membre du Comité de surveillance de la 
section de l'Indivisibilité, demeurant rue 
de Jarente, lequel n'a appris que par oui 
dire l'existence des affiches et des propos 
séditieux qui ont circulé dans Paris de- 
puis quelques jours, mais . qu'il a été té- 
moin de l'enlèvement de la proclamation 
du Comité de salut public et des diligences 
faites par son Comité pour découvrir les 
auteurs du délit. 

21 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Gro^laire,de Bodson, de Bau- 
debourg,de Fournier et deDeliège, A.N.,W76, 

H. — Réception par Etienne Masson, 
juge au Tribunal révolutionnaire, des dé- 
clarations faites par des citoyens du Fau- 
bourg Saint-Antoine, au sujet d'un placard 
incendiaire, trouvé apposé dans la cour du 
Palais et ailleurs, savoir : 



1° Jean-Louis Thory, Agé de 28 ans, 
membre du Comité civil de la section de 
Moiitreuil, grande rue du Faubourg-An- 
toine, n° 84, lequel a dit n'avoir aucune 
connaissance de l'affiche contre-révolu- 
tionnaire à lui représentée, commençant 
par les mois : Sans-culotte, il est temps; 

2° Pierre Crosnier, âgé de 58 ans, sous- 
chef au bureau de l'habillement des trou- 
pes à l'Oratoire, demeurant rue de la Loi, 
n° 172, lequel a dit ne point connaître 
l'écriture dudit placard et être fâché, en sa 
qualité de bon républicain, de ne pouvoir 
fournir aucuns renseignements qui puissent 
concourir au salut public; 

3° Joseph Drel, âgé de 48 ans, journa- 
lier, rue de Montreuil, n°4G, qui a dit que, 
faisant fonction de caporal-fourrier de la 
section de Montreuil, et parcourant jour- 
nellement les maisons et les corps de 
garde, rien de relalif au fait en question 
n'a jamais frappé ses yaux, ni ses oreilles; 

4° Jacques Lamblet, âgé de 20 ans, nour- 
risseur de vaches, rue Lappe, n° 35, qui a 
déclaré ignorer ce placard; 

5° Jean-Baptiste Paben, âgé de 34 ans, 
chimiste et membre du Comité de bienfai- 
sance de la section do Montreuil, grande 
rue du Faubourg-Antoine, n° ;)8, lequel a 
dit n'avoir d'autre connaissance du pla- 
card en question que celle qui fut donnée, 
la veille, à l'Assemblée générale de sa 
section par le citoyen Bernard; officier mu- 
nicipal et secrétaire général de la Mairie; 

6» Pierre -Athanase- Nicolas Pépin Dé- 
grouhette, électeur du Département de 
Paris, âgé de 42 ans, demeurant à la Boule- 
Rouge, Faubourg Montmartre, lequel a dit 
que, le 18 de ce mois, passant, sur les 
11 heures du matin, rue Montmartre, il vit 
au coin de la rue des Fossés-Montmartre 
un placard imprimé qu'il ne put lire en 
entier, attendu qu'il a la vue basse et 
qu'une grande quantité de femmes bor- 
dait ce côté de la rue, qu'il ne put s'ap- 
procher d'assez près et ne put lire que les 
deux premières lignes qui s'exprimaient 
en ces termes : Fraw;ais, il est temps de 
vous lever en masse, pour écraser tous vos 
ennemis, assurer vos subsistances et déli- 
vrer les patriotes incarcérés, que s'étant 
rendu au Palais, sur l'invitation de l'accu- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



sateiir public du Tribunal révolutionnaire, 
il retourna pour lire le placard en entier 
et en faire constater l'existence, mais que 
sur ce placard venait d'être apposée une 
affiche encore toute mouillée, qui élait 
une délibération du Club des Cordeliers, 
déclarant Fabre d'Eglanline, Bourdon de 
l'Oise, Camille Desinoulins, Philippeaux, 
déchus de sa confiance et ennemis du 
peuple; que, le 19 de ce mois, le citoyen 
Crosnier, étant venu chez lui, lui dit avoir 
vu un de ces placards prêchant l'insurrec- 
tion et un homme s'agitant beaucoup et 
s'écriant, oui, il est bien temps que nous 
nous levions en masse, que ledit Crosnier 
lui demanda ce qu'il voulait dire et ajouta : 
Nous n'avons pas besoin de nous lever, nous 
sommes debout depuis le 31 mai et nous y 
resterons pour écraser les traîtres et les sé- 
ditieux, que sur ces mots l'individu s'est 
retiré ; 

1° Toussaint Piault, âgé de 35 ans, mar- 
chand de vins, grande rue du Faubourg- 
Antoine, n" 22o, qui a dit ne pouvoir four- 
nir aucun renseignement sur ce placard, 
qu'il n'a jamais entendu tenir aucun des 
propos contre-révolutionnaires dont on lui 
a donné connaissance, et relativement 
aux subsistances, déclare avoir remarqué 
avec peine que dans son faubourg les 
femmes s'attroupaient en nombre assez 
considérable pour inquiéter les autorités 
constituées et justifier leur plus active sur- 
veillance, que leur nombre, à certains 
derniers jours de marché, s'est élevé jus- 
qu'à 8 et 10,000, parmi lesquelles il s'en 
glisse qui tiennent les propos les plus sé- 
ditieux, engageant à faire venir le citoyen 
René, commissaire de police de la section 
des Quinze-Vingts, qui pourrait donner 
des renseignements utiles; 

8» Louis-François Maigniet, âgé de 51 ans, 
corroyeur, demeurant grande rue du Fau- 
bourg-Antoine, n° 201, Jean-Pierre Ber- 
trand, âgé de 58 ans, ébéniste, même rue, 
no 257, et Jacques -François Bedel, âgé 
de 62 ans, ancien marchand, grande rue 
de Reuilly, n" 74, tous trois membres du 
Comité civil de la section des Quinze- 
Vingts, ont déclaré n'avoir d'autre con- 
naissance du placard à eux représenté 
que celle qu'on vient de donner, et qu'ils 



n'ont rien entendu relativement aux pro- 
pos séditieux, enfin qu'au sujet des sub- 
sistances, ils n'ont point de laits parti- 
culiers à signaler et qu'ils ne trouvent rien 
de répréhensible dans la conduite de la 
masse des citoyens de leur section, à 
part les murmures de quelques fcn)mes 
touchant la distribution des vivres et la di- 
sette, murmures que les autorités consti- 
tuées prennent soin de calmer par les 
lumières patriotiques qu'elles se font un 
devoir de répandre; 

9° Pierre Crosnier, qui, lors de sa pre- 
mière déclaration, a omis de dire que, 
vers le 15 de ce mois, passant près de la 
barrière des Sergents, rue Honoré, il a vu 
un groupe occupé à lire une affiche, et un 
particulier s'écrier : Oui, il est temps de se 
lever, à quoi ledit Crosnier fit observer à ce 
particulier, qu'il ne connaît aucunement 
d'ailleurs, que nous étions levés depuis le 
31 mai. 

21, 22 ventôse an II. 

Original, signé des déclarants et de Masson, 
A. N., W 76, n" 6. 

12. — Déclaration du citoyen Pierre 
Berthault, âgé de 33 ans, demeurant Fau- 
bourg Saint-Martin, n° 171, fabricant de 
gazes, membre du Comité révolutionnaire 
de la section du Nord, reçue par Jean 
Ardouin, l'un des juges du Tribunal ré- 
volutionnaire, portant qu'il ne connaît ni 
les auteurs ni le contenu des écrits et pla- 
cards incendiaires qui ont été apposés 
depuis quelques jours à Paris, qu'il a seu- 
lement oui dire qu'il avait existé un placard 
contre les autorités légitimes et la repré- 
sentation nationale, de même qu'Hébert 
et autres avaient tenu des propos tendant 
à affaiblir l'opinion sur Robespierre et sur 
le Comité de salut public dont les travaux 
sont si nécessaires à la République; qu'en 
ce qui concerne les subsistances, venant de 
faire une tournée dans le Vexin, il s'est 
aperçu que quelques personnes malinten- 
tionnées y avaient répandu des propos 
tendant à alarmer les citoyens, en disant 
que Paris cherchait à s'approvisionner sur 
les pays environnants, mais qu'ils ne per- 
mettraient la sortie d'aucunes denrées, 
que ces propos lui ont été répétés par plu- 
sieurs propriétaires qui lui ont donné à 



8 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



entendre que, dans ce cas, ils mangeraient 
les denrées provenant de chez eux. 

Autre déclaration faite devant le niènio 
juge par Alexandre Ruelle, âgé de 37 ans, 
memltre du Comité révolutionnaire de la 
section de l'Observatoire, l'un des cinq pro- 
fesseurs, demeurant audit lieu, lequel a 
fait connaître que Dericqueheni, inspec- 
teur de la Police, l'ayant rencontré dans 
le jardin du ci-devanlTEpinay, où il s'était 
rendu pour enlever des légumes achetés 
au Jardinier, l'aurait pris à part et lui au- 
rait dit : a Sais-tu ce qui se passe, on a 
distrihué ce matin à profusion des écrits 
plus incendiaires les uns que les autres, 
tendant à la destruction de la Convention 
et à l'assassinat de toutes les autorités 
constituées, qui ne savaient que faire 
mourir le peuple de faim», et que l'on pré- 
sumait que ces écrits sortaient des presses 
de Patris, que le Comité révolutionnaire 
en serait probablement instruit, s'il ne 
l'était pas; qu'il a été peiné délire dans le 
Monilcur et autres papiers publics que 
des patriotes avaient prononcé le mot in- 
surrection, dans un temps où les Comités 
de salut public et de sûreté générale, les 
Tribunaux révolutionnaires et toutes les 
autorités constituées étaient composés des 
hommes les plus prononcés, et les aimées 
les mieux disposées pour combattre les 
ennemis, ajoutant que des citoyens de l'ar- 
mée révolutionnaire de sa section s'étaient 
présentés à leur Comité pour faire viser 
leur passeport et dénoncer quelques-uns 
des membres dont la conduite laissait à 
désirer. 

22 ventosc an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Ardouin, de Bcrtiiault 
el de Ruelle, A. N., W 76. 

13. — Déclarations faites devant Charles 
Rravet, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, par le juge de paix et le com- 
missaire de police de la section des Mar- 
chés : 

1° Mathurin Rouin, juge de paix de la 
section des Marchés, demeurant rue Fran- 
ciade, n° 14, a déclaré qu'il y a environ 
10 jours, un inconnu apporta au citoyen 
Godard, commissaire de police de la sec- 
tion des Marchés, une lettre trouvée dans 



les Halles, contenant à peu près celte subs- 
tance ; « Nous avons dîné chez un restau- 
rateur au Palais Egalité, nous y avons 
trouvé plusieurs députés de la Convention 
qui s'entretenaient îles affaires politiques 
et disaient (ju'il falhiit un chef à la France, 
etque20,000 femmes devaient se portersur 
la Convention pour en faire la demande) ; 
que cette lettre fut portée surde-champ 
par le commissaire à l'administration de 
la Police ; qu'en ce qui concerne les subsis- 
tances, il a entendu au café Rosseret, au 
coin de la rue des Prêcheurs et de la rue 
Franciadc, un gantier de la rue Franciade 
qui venait de voyager pour son commerce, 
afiirmerque des habitants de la campagne 
auraient déclaré qu'ils préféreraientgrais- 
ser les roues des charrettes avec leur 
beurre, plutôt que de le porter au marché. 
Ajoute que, le matin môme, le citoyen 
Rousselet, son greffier, lui a rapporté qu'à 
Choisy des écoliers avaient afliché des 
placards tendant au rétablissement de la 
royauté, qu'on en a saisi sur plusieurs 
d'entre eux; 

2° Denis (iodard, peintre en [)orcelaine, 
conîmissaire de police de la section des 
Marchés, rue de la Cossonnerie, n° 11, à 
l'égard des écrits et pamphlets incen- 
diaires disséminés dans Paris, a dit n'avoir 
connaissance <]uc d'une lettre trouvée dans 
les Halles, qu'il a remise à la Mairie entre 
les mains du Maire, qu'en ce qui touche les 
subsistances, il sait qu'on emploie toutes 
sortes de manoeuvres pour en augmenter 
le prix, que les habitants des campagnes 
qui en apportent à Paris se liguent entre 
eux poiu- les vendre à des prix excessifs, 
soit en apostant des aftidés sur les Halles 
et marchés, qui viennent mettre un prix à 
leurs marchandises, soit en menaçant les 
acheteurs de ne plus rien apporter, (lue, 
de retour dans leurs campagnes, ils y ré- 
pandent le bruit que les habitants de Paris 
volent toutes les denrées, ou veulent les 
taxer arbitrairement, que l'on s'occupe de 
connaître les noms de ces malveillants 
pour les déférer au Tribunal ou à la Police. 

Ajoute qu'il y a quelques jours, il a fait 
saisir sur le marché de la viande de vache, 
étalée par une petite tille, viande dont la 
vente lui avait été confiée par des tiers. 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HEBERTISTES 



9 



qui était pourrie et qu"il l'a fait jeter à la 
voirie. 

22 ventôse an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Bouin, de Godart et de 
Bravet, A. N.,W 78, n» 3. 

14. — Lettre anonyme (signée d'une 
initiale) à l'accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire, chargé de faire recher- 
cher les auteurs des pamphlets, lui dé- 
nonçant les propos séditieux tenus contre 
la Convention par un nommé Michau,aide 
de camp de Hanriot,qui aurait engagé les 
citoyens à se porter sur la Convention pour 
demander l'instruction sur le gouverne- 
ment révolutionnaire, aurait traité les re- 
présentants de scélérats, qui se gardent 
bien de la donner, parce que le peuple 
les ferait marcher, le peuple qui a fait la 
Révolution du 10 août et celle du 31 mai, 
et qui doit se lever encore une fois, ajou- 
tant que le président de la réunion, qui 
élait Marchand, n'a point rappelé l'orateur 
à l'ordre, qu'il y a lieu de croire, à ce 
qu'on lui a dit, que l'on veut rétablir la 
royauté sous une autre forme. 

22 venlôsc an II. 
Original, A. N., W 7G, n» 5. 

13. — Déclaration de Jean-Claude Gi- 
rardin, âgé de 48 ans, fabricant d'éven- 
tails, membre du Conseil de la Commune 
de Paris, demeurant rue Transnonnain, 
n° 23, reçue par Jean Ardouin, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, portant 
qu'il n'a aucune connaissance directe des 
écrits et placards incendiaires affichés à 
Paris depuis 3 à 6 jours, tendant à la dis- 
solution de la Convention, à l'avilisse- 
ment des autorités constituées et au sou- 
lèvement du peuple, qu'il en a seulement 
ouï parler d'une manière confuse, sans 
pouvoir même désigner ceux qui en oui 
parlé, qu'il sait que, le 18 ou le 19 de ce 
mois, la section dite de Marat se trans- 
porta en masse à la Commune, où elle 
fut reçue par le Conseil général, que l'o- 
rateur de la section, dont il ignore le 
nom et la demeure, fit un discours, oîi 
il élait dit que la section de Marat avait 
voilé les Droits de l'Homme, qu'elle était 
debout et qu'elle y resterait jusqu'à ce que 



la Commune eût fait droit à ses réclama- 
tions à l'effet de procurer aux Sans-ca- 
lottes les subsistances qui leur faisaient 
défaut, tandis que les riches propriétaires 
et les égoïstes étaient pourvus de tout, que 
le Conseil général en témoigna sa sur- 
prise, jugeant cette démarche d'autant 
plus déplacée que la Convention s'occu- 
pait du sort des Sans-culottes. 

Quant aux subsistances, le même Girar- 
din déclare que le citoyen Taponé, me- 
neur des enfants trouvés de Paris, demeu- 
rant à la Hérelle, district de Breteuil, 
département de l'Aisne, se trouvant chez 
lui, le 23 ventôse courant, lui dit que la ci- 
tojenneRanson, habitant à Chépoix, proche 
la Ilérelle, lui avait offert 20,000 œufs, 
ainsi que du beurre et des pommes, mais 
à raison des bruits recueillis sur sa route 
lors de son dernier voyage, d'après les- 
quels les denrées étaient arrêtées à Paris, 
et l'on y emprisonnait ceux qui les ap- 
portaient, il fut empêché de les prendre, 
ce qui lui fit beaucoup de tort, en l'obli- 
geant à faire un voyage sans profit aucun, 
mais qu'il promit d'en apporter à son pre- 
mier déplacement. 

22 ventôse an II. 
Original , signé de Girardin et d'Ardouin , 
A. N., W 77, n" 17. 

16. — Arrêté des commissaires de la 
Trésorerie nationale, manifestant à tous 
les employés la juste indignation de ce 
qu'il existe parmi eux des enfants ingrats 
et parricides, dénaturés au point d'avoir 
écrit sur les murs de la Trésorerie ces 
mots affreux : Crève la République! Vive 
Louis XVII! des traîtres dignes de tous 
les supplices, des scélérats que l'échafaud 
attend, signalant cet attentat à tous les 
bons citoyens, qui seront pénétrés d'in- 
dignation et qui observeront tout jusqu'à 
ce qu'ils aient découvert les coupables, et 
déclarant qu'il ne restera dans la Tréso- 
rerie que des hon;mes d'un patriotisme 
brûlant, qui ne manqueront pas de dé- 
noncer avec une franchise républicaine 
ceux de leurs collègues qui ne sont point 
animés du saint amour de la patrie, invi- 
tant les vrais patriotes à porter leurs 
dénonciations civiques dans le sein du 



10 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



citoyen Aip^oin, chargé d'en référer au Co- 
mité. 

'28 ventùse an II. 
Copie, /\. A'., ^^' 78. 

17. — Lettre des commissaires de la 
Trésorerie nationale au Comité de sûreté 
iîénérale, l'informant que les murs de la 
Trésorerie ont été salis des exp'.'essions 
les plus horribles, qui prouvent qu'elle 
renferme des contre-révolutionnaires, des 
traîtres, des amis de la tyrannie, dénon- 
çant ce crime abominable, communiquant 
l'adresse qui leur a été dictée par leur 
indignation et qu'ils ont fait afficher dans 
tous les bureaux, et déclarant que le Co- 
mité peut compter sur tous leurs soins et 
sur tout leur zèle pour découvrir ces cons- 
pirateurs d'un nouveau genre, et les mettre 
sous le glaive vengeur des lois et de la 
République, si indignement oulragée. 

29 ventôse an II. 
Original, silène dflDelafontaine, (l'Aigoin, de Du- 
tramblay, do GaudinetiJeLcrmina, A. A'.,\V78. 

18. — Déclaration faite devant François- 
Joseph Denizot, juge au Tribunal révolu- 
tionnaire, à l'occasion du décret de la 
Convention contre les auteurs d'écrits in- 
cendiaires, afliches et placards, et contre 
ceux qui cherchent à attenter à la liberté et 
à la souveraineté du peuple, par Jean-Rap- 
tiste-Henry Gourgaud, dit Dugazon, âgé 
de 48 ans, né à Marseille, demeurant à 
Paris, quai Malaquais, maison Rouillon, 
n° 219, artiste du théâtre de la République, 
lequel a dit que, d'après les vexations 
exercées depuis quelque temps contre les 
patriotes et contre lui en particulier, il a 
lieu de croire à l'existence de quelques 
complots contre la liberté et la souverai- 
neté du peuple, que s'étant plaint à Chau- 
mette de ne plus être reçu aux Jacobins, 
celui-ci lui aurait répondu : Tu as tort de 
Vcn }Haindrc, lu jouis de la liberté, attends 
quelque temps, le moment où l'on te rendra 
justice n'est pas encore venu; qu'ayant tou- 
jours à cœur l'injustice qu'on lui avait 
faite en lui retirant sa carte de Jacobin, il 
avait prié son confrère Michot de la lui 
faire rendre, lequel lui avait répondu qu'il 
devait s'estimer heureux en ce moment de 
ne pas être de la Société des Jacobins, à 



raison du grabuge qu'on y remarquait, et 
qu'il no devait pas désirer de faire partie 
d'aucune société. Le même Dugazon ajoute 
que Rassal, député, fut étonné de la nomi- 
nation de Laumur au poste de gouverneur 
de Pondichéry, à raison des propos que 
tint Laumur à un dîner au sujet de Du- 
mouriez, à l'entendre, celui-ci n'aurait ja- 
mais trahi, si on ne l'avait pas tant tour- 
menté, que ce Laumur était comme Du- 
mouriez très constitutionnel. Dugazon rap- 
porte également les propos tenus par un 
gendarme sur le passade de la troupe en- 
voyée en Vendée, qui aurait dit à son do- 
mestique : Voilà de beaux bonçires, ils crient : 
Vive le lioi, propos que Dugazon aurait 
répétés au ministre de la guerre Rou- 
chotte, qui lui aurait recommandé de ne 
pas les ébruiter, comme ayant probable- 
ment été tenus par quelque homme saoul. 
Le même Dugazon, instruit du nouveau 
complot par le bruit public, reproduit les 
termes d'une déclaration qu'il fit quelque 
temps avant le 31 mai au Comité des 
Douze, où il avait été conduit par un dé- 
puté de la Rretagne, nommé Kervelegan ; 
d'après cette déclaration, Dugazon se trou- 
vant à dîner chez Joinville, ancien caissier 
des Messageries, rue Saint-Dominique, avec 
un certain Ralzac, employé dans les vivres, 
celui-ci lui aurait dit : Dugazon, ne vous 
mêlez plus de rien, on vous en veut , j'ai été 
d'un Comité secret à la Commune où il était 
question de frapper un grand coup, et où 
l'on s'était exprimé en termes méprisants 
sur Dugazon, ce foutu Dugazon, qui n'était 
pas capable de donner un coup de poi- 
gnard, sans savoir qui l'on tuait, et qui 
était cause qu'au 2 septembre, il y en avait 
qui avaient échappé au massacre ; ce Ral- 
zac concluait en conseillant à Dugazon de 
jouer la comédie, de rire et boire avec ses 
amis et de ne plusse mêler de rien. Duga- 
zon conseillait de faire venir ce Ralzac et 
Doumerc, administrateur des vivres, qui 
avaient été ensemble à Rordeaux, et de 
leur demander quel était le grand coup qui 
devait alors être frappé et par qui; le 
même Dugazon ayant demandé à Joinville 
comment il se faisait que Ralzac fût dans 
une telle confidence, ce Joinville lui aurait 
répondu que Ralzac, se méfiant de quelque 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉRERTISTES 



a 



chose, avait payé- aux conspirateurs une 
nialelotte de 10 louis à la Râpée, leur avait 
fait boire du bon vin et en grande quan- 
tité et avait été admis à leurs conciliabules 
secrets, mais que par la suite il s'en était 
retiré, et que le conseil donné par Balzac 
était très prudent. 

Le déclarant n'a aucune connaissance 
des moyens qu'emploient les ennemis du 
bien public pour affamer Paris, si ce n'est 
que le cousin de son domestique, venant 
ù Paris avec du beurre et des œufs, fut ar- 
rêté près de Rambouillet par des hommes 
en écharpe, qui lui prirent beurre et œufs, 
en lui faisant laisser son adresse pour lui 
en remettre le montant, que vu leur cos- 
tume il n'eut aucune méfiance, mais il 
n'en a point eu de nouvelles. 

Dugazon termine sa déclaration en signa- 
lant une particularité rçlalive au départ 
pour la Vendée du premier bataillon de la 
section de TUnité, suspendu par un arrêté, 
dont ledit Dugazon crut devoir informer 
le Comité de surveillance de la Conven- 
tion, qui donna sur-le-champ l'ordre et 
l'argent nécessaire pour faire partir ce 
bataillon le lendemain ; Dugazon s'élant 
transporté à l'Abbaye, le matin, pour voir 
si ce départ s'effectuerait, fut fort étonné 
de voir que ceux qui leur faisaient la con- 
duite, leur portaient leurs fusils et leurs 
paquets, étaient les mêmes qui avaient par- 
ticipé au massacre de l'Abbaye et qui 
avaient reçu un louis chacun et, pour s'as- 
surer du fait, Dugazon le fit remarquer au 
commissaire Le Gagneur de la Lande, qui 
avait l'air tout contristé et qui lui dit : 
Je le vois comme toi et les reconnais. 

30 ventôse an II. 
Original signé, A. jV., W 7G, n° 10. 



2. 



Second chef d^accusation 



Organisation du complot ; Appel à 
l'insurrection; Voile de crêpe sur la 
Déclaration des Droits de l'Homme. 

19. — Délibération de la section deMarat, 
relative à la situation critique provenant de 
la pénurie des subsistances, aux termes de 
laquelle après discussion sont nommés des 
commissaires pour notifier à la Commune 
que la section, fatiguée des accaparements 



continuels de subsistances et des machina, 
tiens perfides des ennemis de la Liberté et 
du bonheur du peuple, et indignée de ce que 
les monstres qui en sont la cause restent 
constamment impunis et jouissent paisi- 
blement du fruit de leurs forfaits, déclare 
qu'elle est debout et va voiler le tableau 
do la Déclaration des Droits de l'Homme 
dans la salle de ses séances, pour rester 
on cet état jusqu'à ce qu'elle ait la certi- 
tude que les subsistances et la liberté 
sont assurées et que les ennemis du peuple 
qui l'oppriment de tous côtés sont punis. 

15 ventôse an II. 
Copie conforme, signée de Degeorges, secré- 
taire, A. N., W 78. 

20. — Déclarations de membres du Co- 
mité révolutionnaire de la section de Ma- 
rat, reçues par Martial Herman, président 
du Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° François Danjou, tailleur, membre du 
Comité révolutionnaire de la section de 
Marat, lequel a dit avoir entendu parler 
d'un placard affiché ces jours derniers dans 
les rues de Paris, mais qu'il n'en connaît 
pointl'écriture, qu'il saitqu'il a été question 
d'une espèce d'insurrection, mais non dans 
le sens de ce placard, non plus que d'ouvrir 
les prisons et de frapper la Convention, 
que l'on a bien proféré quelques plaintes 
relativement aux subsistances, parce que 
l'on est convaincu que ce sont les gens 
riches qui sont approvisionnés, les den- 
rées qui viennent à Paris ayant toujoui-s 
une destination particulière, lorsqu'il fau- 
drait qu'elles se rendissent toutes aux 
marchés. 

2° Frédéric Ducroquet, commissaire aux 
accaparements de la section de Marat, 
a dit avoir vaguement entendu parler du 
placard qu'on lui représente sans en con- 
naître l'écriture, qu'il n'a pas connais- 
sance qu'il ait été question de faire une 
insurrection tendant à ouvrir les prisons, 
ni à frapper la Convention, que seulement 
il y a eu des plaintes relativement aux 
subsistances, qu'on se proposait de de- 
mander au Conseil général de la Commune 
d'aviser aux malheurs du peuple en pre- 
nant des mesures vigoureuses, qu'à son 
sens le moyen de ramener l'abondance ou 



12 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



du moins le nécessaire, serait d'empêcher 
que les denrées aient une deslinalioii par- 
ticulière, de l'aire en sorte que tous les 
propriétaires soient tenus, sous des peines 
sévères, de les conduire aux marchés, où 
les citoyens devraient dahord s'approvi- 
sionner avant les marchands qui achètent 
pour revendre, que le mal vient de ce (jue 
l'on trouve le moyen d'éluder la loi du 
maximum, ce qui le prouve, c'est qu'on ne 
voit pas les gens riches aux portes des 
fournisseurs, et pourtant ils sont bien 
approvisionnés, par conséquent l'on porte 
les denrées chez eux, où l'on traite de gré à 
gré, ce qui donne satisfaction à la cupidité 
des vendeurs, faisant observer qu'il serait 
peut-être ulile que les marchés de Poissy 
et de Sceaux fussent transportés dans la 
plaine des Sablons pour empêcher les in- 
trigues qui se produisent dans les marchés ; 

3" François-Joseph Genetz, membre du 
Comité révolutionnaire de la section de 
Marat, lequel n'a entendu parler que lé- 
gèrement du placard qu'on lui représente, 
qu'il n'en connaît pas l'écriture, qu'il a 
ouï dire que dans une séance du Club des 
Cordeliers, ainsi que dans celui de l'Ami 
du peuple, le mot d'insurrection avait été 
prononcé, que dans le Comité révolution- 
naire de la section, quelques-uns des mem- 
bres paraissaient croire une insurrection 
nécessaire, mais que d'autres, dont il était, 
avaient combattu avec avantage cette idée 
funeste, en disant qu'au 10 août il fallait 
s'insurger, parce qu'alors il y avait un 
lyran à combattre, qu'au 31 mai l'insurrec- 
tion était encore nécessaire, parce qu'alors 
il y avait une faction qu'il fallait écraser, 
mais qu'aujourd'hui il ne fallaitqu'un gou- 
vernement sévère, que les membres, qui 
d'abord avaient paru croire qu'une insur- 
rection était nécessaire et auxquels le dé- 
clarant avait observé qu'il existait dans 
les Clubs des Cordeliers et de Marat des 
meneurs, et qu'eux étaient les menés, 
expliquaient que ce qu'ils avaient entendu 
par insurrection, c'était de prendre des 
mesures pour que la portion pauvre du 
peuple ne fût pas toujours victime de 
l'égoïsme des riches et que Paris ait enfin 
des subsistances; 

4» Pierre Pillon, membre du Comité 



révolutionnaire de la section de Marat, 
dit n'avoir aucune connaissance du pla- 
card qu'on lui a représenté, qu'il a bien 
entendu dire par des inconnus que si les 
choses ne changeaient pas relativement 
aux subsistances, il pourrait y avoir quelque 
insurrection, mais sans qu'il puisse s'agir 
d'ouvrir les prisons ni do se porter à la 
Convention ; 

;i° Louis-Robert-Edme Goust, architecte, 
rue de l'Hirondelle, n">28, membre du Co- 
mité révolutionnaire de la section de Ma- 
rat, lequel a déclaré n'avoir point con- 
naissance que le placard à lui représenté 
ait été afliché dans l'étendue de la sec- 
tion de Marat, qu'il a bien ouï dire au Co- 
mité révolutionnaire par quelques mem- 
bres de la Société des Cordeliers qu'il y 
avait élé question d'aviser aux moyens à 
employer pour que le peuple cessât enfin 
de soud'rir par l'égoïsme des riches, du 
manque de subsistances, qu'on y avait 
même parlé d'insurrection, que plusieurs 
membresduComilé révolutionnaire avaient 
d'ailleurs combattu cette idée comme infi- 
niment funeste à la chose publique, mais 
que tout s'était passé en conversation, sans 
faire l'objet d'une délibération. Ajoute le 
déclarant (juc, dans les marchés de Sceaux 
et de Poissy, les plus beaux bœufs sont en- 
levés par des bouchers des villes voisines, 
qui les payent beaucoup plus cher que 
ceux de Paris, n'étant pas assujettis à la 
loi du maximum; de plus, qu'il est notoire 
que la plupart des denrées arrivant à Paris 
ont une destination particulière, toujours 
pour les riches, parce qu'elles viennent 
soit de leurs propriétés, soit de leurs con- 
naissances. 

21 ventôse an II (midi). 
Original, signé d'Herman, président, et des 
déclarants, A. N., W 7G, n° 6. 

21. — Déclarations d'habitants de la rue 
Saint-André-des-Arls, reçues par Antoine- 
Marie Maire, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal, 
savoir : 

1° Jean-Baptiste Lohier, âgé de 50 ans, 
demeurant [rue Saint- André]-des-Arcs, 
n° 68, lequel a dit lui avoir été rapporté 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



13 



que le citoyen DucroquRJ, dans l'assem- 
blée de la section du 15 courant, avait 
proposé de voiler la Déclaration des Droits 
et que la section se portât en masse à la 
Commune pour demander des subsistances, 
que le président mit cette motion aux voix 
et qu'elle fut acceptée ; 

2° Jean-Etienne Brochet, âgé de 40 ans, 
demeurant rue [Saint-André-]des-Arcs, 
n" 43, lequel a fait connaître qu'il avait 
ouï dire que l'on avait affiché différents 
placards tendant à pousser le peuple à 
l'insurrection, mais sans se rappeler ceux 
qui ont préconisé celle mesure, qu'il a ouï 
dire aussi par Pigeot et Jarry qu'à l'assem- 
blée de sa section du 15, à laquelle il n"a 
point assisté, il avait été pris des arrêtés 
contre-révolutionnaires, tendant particu- 
lièrement à voiler la Déclaration des Droits 
de l'Homme; ajoute qu'aune séance des Cor- 
deliers, dont il ne se rappelle pas la date, 
un membre proposa de voiler cette Dé- 
claration, alors que Ronsin et Vincent 
étaient détenus, et que ce fut décidé, qu'à 
une autre séance Ronsin monta à la tri- 
bune et après beaucoup de sorties vigou- 
reuses, proposa une insurrection, ce mot 
divisa les esprits, Hébert combattit cette 
motion, Ronsin, reprenant la parole, re- 
tourna la proposition en disant qu'il ne 
s'agissait pas d'insurrection générale, mais 
que le mouvement seraitdirigé contre ceux 
qui trompaient le peuple, et particulière- 
mentPhillipeaux, Bourdon del'Oise, Camille 
Desmoulins etauli'es; qu'aune autre séance 
on reprocha à Hébert que ses feuilles n'é- 
taient plus aussi fermes et respiraient le 
modérantisme, qu'Hébert répondit : J'a- 
voue que depuis 2 mois, fat été obligé de 
fléchir, vous n'ignorez pas que sur ma pro- 
position aux Jacobins de rayer Camille Des- 
moulins, l'opinion était pour, et que Robes- 
pierre prit alors la parole pour ramener les 
esprits et l'arrêté ne fut pas pris; que, sur 
les observations d'Hébert, la Société des 
Cordeliers l'engagea à reprendre son éner- 
gie et à faire connaître les coupables, alors 
il promit, puisque l'on paraissait disposé à 
le soutenir, de lever les masques, dût-il 
périr, que là-dessus le citoyen Boulanger 
dit : Le Père Bwhesne écrira, et nous nous 
taperons ; 



3" Joseph Bergez, âgé de 49 ans, demeu- 
rant rue [Saint-AiidréJ-des-Arcs, n" 112, 
agent du Conseil exécutif, lequel a dit qu'ar- 
rivant à l'Assemblée générale de sa sec- 
lion, il a entendu faire une motion tendant 
à se procurer des subsistances, que l'ora- 
teur nommé Ducroquet, a demandé la 
mise aux voix de sa motion et l'envoi 
d'une députation à la Commune, que d'au- 
tres voix se sont écriées qu'il fallait y aller 
en niasse, le président n'a pas été le maître 
d'empêcher le vole de la motion, et ne fit pas 
d'observalions, et même il aurait été diffi- 
cile de s'élever contre, qu'il a bien été 
question de voiler les Droits de l'Homme, 
mais ce ne sont que des voix individuelles 
qui se sont perdues dans l'assemblée; 

4° Edme-Jacques-Philippe Jarry, âgé de 
34 ans, demeurant rue [Sainl-André]des- 
Arcs, n» oO, courrier au Département de 
la Guerre, lequel a fait connaître que, le 
15 de ce mois, étant à l'Assemblée géné- 
rale de sa section, le nommé Ducroquet 
monta à la tribune, présenta une motion 
tendant à obtenir qu'il fût pris des mesures 
relativement aux subsistances, et demanda 
qu'on fit voiler la Déclaration des Droits 
de l'Homme et qu'on se mit en insurrec- 
tion, en ajoutant qu'il fallait aller à la 
Commune, de là à la Convention, pour 
annoncer que la section de Marat se met- 
lait en insurrection et inviler les 47 autres 
sections à suivre cet exemple, que le nommé 
Warmé s'y opposa et proposa des me- 
sures plus raisonnables, que cependant la 
motion de Duci'oquet fut mise aux voix 
par le président Momoro, qui ne fît au- 
cune observation, et adoptée, malgré la 
minorité qui gémissait d'un pareil arrêté, 
observe même que Ducroquet fut chargé 
de porter la parole à la Commune, ce que 
pourra affirmer le nommé Sifflard, perru- 
quier, rue Contrescarpe, n" 14. 

22 venlose an II. 
Original, signé des déclarants et de Maire, 
A. A'., "W 78, n» 3. 

22. — Déclaration d'Antoine -Bernard 
Journet, âgé de 42 ans, né à Paris, y de- 
meurant depuis 4 mois environ, aupara- 
vant à Nantes où il était agent vérificateur 
des douanes, et depuis employé dans les 



14 



CHAPITHE I". — JOUHNEES HISTORIQUES DE LA UEVOLUTION 



l)ure;iux du Goiuité Je saliil public, rt'(;Lie 
pur (iabriel heliège, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, »iiii lui a demandé 
ce qui a pu le déterminer à, diro, il y a 
quelques jours, dans l'intérieur de la Mai- 
son Egalité, que dans quin/.e jours il n'y 
aurait plus de Comité de salut public ni 
de Convention, lequel a nié avoir tenu ce 
projios, mais a reconnu que dans l'embar- 
ras où il se trouvait de savoir si la place 
qu'il venait d'obtenir dans les bureaux du 
Comité de salut public était plus solide que 
celle qui lui était promise dans les douanes, 
il a demandé à un jeune homme, ancien 
commis au Comité, ce qu'il en pensait, et 
celaen présence du ci toyenDenizy, son ami, 
employé au même Comité, qui manifestait 
à peu près les mêmes doutes, que ce jeune 
homme a répondu, pourquoi celte place 
au Comité ne serait-elle pas solide? que le 
déclarant a répliqué que dans sa pensée 
le Comité de salut public ne devait durer 
qu'autant que le gouvernement révolution- 
naire serait jugé nécessaire, et que celui- 
ci cesserait, si la paix était rétablie, qu'a- 
lors il serait fâcheux pour lui d'avoir fait 
venir à grands frais de Nantes sa famille 
composée de cinq enfants, qui ne peut 
subsister que du produit de son travail, s'il 
ne pouvait compter sur une place qu'on 
pourrait lui enlever dans 15 jours, qu'au 
surplus cette conversation n"a été amenée 
que par le calcul d'un père de famille. 

23 vcnlùsc an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Journet, de Fouquier-Tin- 
villc et de Dcliège, A. N., W 78. 

23. — Déclaration de Barthélémy Chaper, 
âgé de 21 ans, demeurant rue du Fau- 
bourg-Poissonnière, chef du bureau d'ha- 
billement du département de la Cuerre, 
reçue par Etienne Masson, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, lequel dit n'a- 
voir eu aucune connaissance des placards 
contre-révolutionnaires et de la proposi- 
tion faite de voiler les Droits de l'Homme, 
si ce n'est par les journaux et décrets, et sur 
toutes les autres questions relatives Ciux 
objets de salut public, ajoute qu'il s'em- 
presserait de donner des renseignements 
sur ce point, s'il était en son pouvoir, ob- 



servant (ju'il est loiilc la journée retenu 
à son bureau. 

12 venli'iso ail II (deux licurcs do rclcvéo). 
Orijjinal, sij^nc fie Cliapcr et de Massun, 
A. N., W 76, n- 8. 

24. — Déclarations des témoins suivants, 
reçues par Charles Harny, l'un des juges 
du Tribunal révolulionnaiie, en présence 
de Fouquier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal, savoir : 

i" Adrien-François -Isidore Campion, âgé 
de .'H ans, commis-négociant, rue Merry, 
n° 401, lequel a dit n'avoir aucune con- 
naissance d'accaparen)ents ou empêche- 
ments d'arrivages de denrées comestibles 
pour Paris, mais a entendu dans un café 
de la rue Saint-Martin, au coin de la rue 
Merry, nommé le café Godet, un particulier 
dire : Mais, mon Dieu, onparlc et le bruit court 
qu'on veut se porter aux prisom, ce que 
lui avait déjà annoncé un négociant de ses 
amis; qu'il y a quelques jours, se trouvant 
chez le citoyen D'Aubigny, adjoint du mi- 
nistre de la guerre, il a entendu une con- 
versation ayant trait aux difficultés soule- 
vées eiilre les Sociétés des Cordeliers et 
des Jacobins, et mentionnant l'existence à 
la Convention d'une faction de députés 
comme Philippcaux, qui semblait vouloir 
• marcher sur les traces de Brissot, et l'on 
disait que la Convention ferait bien de s'en 
débarrasser et que les Sociétés populaires 
feraient bien de se r«unir pour présenter 
une pétition à cet effet à la Convention ; 

2° François-Joseph Westermann, géné- 
ral des armées de la République, âgé de 
40 ans, demeurant rue Meslay, n° 63, le- 
quel rapporte qu'il lui a été dit, en se 
promenant sur le boulevard près d'Audi- 
not, par un général dont il a oublié le 
nom, qui demeure rue Croix-des-Petits- 
Champs, maison du Perron, quelquesjours 
avant la motion faite aux Cordeliers rela- 
tivement à une insurrection, qu'il devait y 
avoir sous peu une insurrection dans Paris 
et qu'il s'agissait de proclamer Pache grand 
juge, que quant à lui, il n'a pas caché que la 
réussite était impossible; qu'il a été dit, 
8 jours auparavant, par le citoyen Henriol, 
employé de l'administration des charrois, 
rue Bergère, qu'il devait y avoir une insur- 



INSTUUGTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



reclion dansParis et qu'à cet effet l'on faisait 
venir secrètement des. troupes de l'armée 
révolutionnaire, (jue ce même Henriot lui 
a déclaré, quelques jours après, qu'il avait 
été proposé dans une section de Paris, dont 
il connaît le président, la motion de se 
défaire de Robespierre et de Billaud-Va- 
renne, qui voulaient trancher de dicta- 
teurs, mais que cette motion fut rejetée, 
qu'il tenait du même Henriot que Chabot, 
député de la Convention, ayant déposé une 
somme de 100,000 livres qui lui avait été 
envoyée il ne savait pourquoi, avait dit que 
pour connaître les personnes qui voulaient 
le gagner, on n'avait qu'à venir le lende- 
main à midi, que l'on reconnaîtrait Hé- 
bert, sa femme ou sa bellc-mèrc, que ledit 
Henriot lui a déclaré tenir ce propos de la 
personne qui avait écrit la quittance des 
100,000 livres; 

Qu'en ce qui concerne la motion pré- 
sentée par Hébert aux Cordeliers, où le 
même Westermann est indiqué comme 
convoitant le commandement de l'armée 
du Nord dans le seul dessein de livrer les 
places frontières, il ne peut regarder cette 
motion dHébert, qu'il n'a jamais vu ni 
connu, que comme insidieuse et ne ten- 
dant qu'à faire suspecter les défenseurs 
les plus zélés de la République et leur ôtcr 
la confiance du soldat. 

23 ventôse an II (6 iicures de relevée). 
Original, signe de Canipion, de Westermann, 
dcFouquier-Tinvillect de Harny, A. N., W 78. 

25. — Déclarations des témoins sui- 
vants, reçues par Etienne Masson,run des 
juges du Tribunal révolutionnaire savoir : 

1° Jacques-Louis-Frédéric Warmé, âgé 
de 29 ans, membre du Conseil général de 
la Commune et secrétaire de l'assemblée 
de la section de Marat, dépose que le dé- 
cret rendu le 23 de ce mois le détermine à 
déclarer que, dans l'assemblée du 15 de ce 
mois, Ducroquet, après un long discours, 
conclut à ce que les Droits de l'Homme 
fussent voilés, et que lui, faisant alors 
fonctions de secrétaire, monta à la tri- 
bune, exposa à l'assemblée le danger 
de cette mesure, et empêcha que les 
Droits de l'Homme ne fussent voilés; qu'il 
était à son poste comme membre du Con- 



seil, lorsque la députation de la section de 
Marat s'y présenta, qu'à ce moment Doizi, 
l'un des membres de la députation, l'invita 
à parler en sa faveur, ce qu'il refusa, parce 
que Laurent, autre membre du Conseil et 
de la même section, prit la parole dans le 
sens du répondant contre la députation ; 
2° Claude Prétot, âgé de 30 ans, huis- 
sier au Département de Paris, membre de 
la Société des Cordeliers, demeurant rue 
ïhomas-du-Louvre, n" 217, lequel dit être 
également déterminé par le décret de ce 
jour à déclarer que, durant la première 
arrestation de Vincent et de Ronsin, les 
séances des Cordeliei^s, au lieu d'être em- 
ployées à la chose publique, ont toutes été 
consacrées à la cause des deux conspii^a- 
teurs, qui depuis leur élargissement ont 
assisté à toutes les séances et y ont pres- 
que toujours occupé la tribune, en dénon- 
çant tout le monde, se montrant ainsi 
chefs de cabales, que le déclarant n'était 
pas à la séance au cours de laquelle le 
voile a été mis sur la Déclaration des 
Droits, mais qu'étant venu à la séance 
suivante et ayant aperçu le voile, il en a 
manifesté à tous ses amis sa juste indi- 
gnation; que le comparant, ayant dans 
des séances subséquentes combattu le 
journal proposé par Hébert, ainsi qu'une 
autre motion du même, qui refusait d'ad- 
joindre au citoyen Hardy, agent du pou- 
voir exécutif en Vendée et dans le Midi, 
des patiMotes Cordeliers pour le seconder, 
a essuyé beaucoup de tracasseries, de dé- 
faveurs et de vexations de la part des par- 
tisans de la nouvelle faction, dont la lac- 
tique consistait principalement à diminuer 
dans l'opinion publique, autant que pos- 
sible, le mérite des anciens et loyaux pa- 
triotes et à faire tourner cette même opi- 
nion au profil de quelques intrigants de 
leur trempe, qui tous ont clairement prê- 
ché l'insurrection. 

24 ventùse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Warmé, de Pretot et de 
Masson, A. N., W 7C. 

26. — Déclaration de Jean-Jacques Lubin, 
âgé de 28 ans et demi, l'un des juges du 
Tribunal du 1" arrondissement et prési- 
dent du Conseil général de la Commune, 



16 



CHAPITRE I•^ — JOURNEES HISTORIQUES DE \A RÉVOLUTION 



demeurant rue lionon'-, n" 2, reçue par 
Pierre-André Coflinlial, l'un des juges du 
Trilniiial révolulioniiaire, faisant connaître 
(|u'('*lant président de la Commune, la 
seclion de Marat se présenta en masse, à 
l'olTet de faire part au Conseil de l'arrêté 
(ju'elle avait pris pour déclarer qu'elle était 
debout et avait voilé les Droits de l'Homme, 
et ce sous prélexle de la pénurie dos 
sul)sislat)c,es, qu'il crut devoir lui deman- 
der contre qui elle s'insurgeait, la Con- 
vention nationale prenant les mesures les 
plus révolutionnaires, le Comité de salut 
public déjouant les complots ourdis par les 
cabinets de Saint-James et de Herlin, le 
Comité de sûreté générale mettant à exé- 
cution le décret contre les suspects, qu'il 
pensait que, revenant de son erreur, elle 
retirerait ce voile qui ne pouvait servir que 
des projets liberticides; (|u'il vit avec, peine 
l'un des membres de cette section, do lui 
inconnu, ne pas se rendre à ses observa- 
tions, bien que le Conseil général con- 
firmât la réponse faite par son président, 
qu'il ne fut pas peu surpris de ne pas voir 
dans la députation !e président de l'As- 
semblée générale de la section, Momoro, 
qui avait signé ledit arrêté ; 

Ajoute le comparant qu'il croit de son 
devoir de faire part de ce qui s'est passé, 
le décadi dernier dans sa seclion, en lévé- 
lant l'existence d'une conjuration depuis 
le 10 août, qui prit racine dans Tun des côtés 
de laConvenlion, etétendilsesramifications 
dans tous les départements; la section des 
Champs-Elysées, par l'astuce et l'intrigue 
de quelques malveillants, fut l'une de celles 
qui prêtèrent le plus la main à l'exécution 
du projet tendant à fédéraliser les dépar- 
ments et, chose incroyable, se trouvait dans 
la section, 10 à 12 jours avant le 31 mai, 
un drapeau blanc, orné de Heurs de lis 
avec couronnes aux quaire coins, qu'une 
perquisition fit découvrir chez le nommé 
d'Armaillé, lequel avait dit que sa maison 
serait le centre du nouveau monde, que 
l'on se borna à dresser procès-verbal et à 
brûler le drapeau; 

Le même Lubin a cru devoir aussi dé- 
noncer les auteurs, instigateurs et rédac- 
teurs des pétitions contre-révolutionnaires 
présentées au nom de la section avant le 



'M mai, celle eiilr'auLres par laquelle l'on 
demandait à la Convention que la Commune 
fût cassée, anlcurs et rédacteurs qui sont 
les nommés .lullian, Légué, Lamaignière, 
([uo cette pétition mil en rumeur tout Paris, 
doima de l'audace aux aristocrates, enhardit 
le côté droit de la Convention qui couvrit 
d'applaudissements les commissaires char- 
gés de présenter cette pétition, que d'après 
le raji])ort (jui fut fait le soir en Assembb'-e 
générale, le président, notnmé Roullin, y 
consigna que les commissaires avaient ob- 
tenu non pas les applaudissements de 
cette partie qui ne respirait que l'anar- 
chie et le désordre, mais bien de ceux du 
côté droit qui ne désiraient (juc la liberté, 
((u'en un mot ils avaient eu la satisfaction 
de voir les soi-disant montagnards rentrer 
dans leur trou. Observe en passant qu'a- 
vant de faire ce rapport, l'on avait refusé 
d'entendre une députation des Cordelici's, 
([u'on avait renvoyée au Comité révolu- 
tionnaiie, dont partie était dévouée à 
l'aristocratie ; on outre que les nommés 
Lidon et Jeanbon, députés mis hors la loi. 
tenaient un Comité secret dans la section 
et participaient souvent aux délibérations, 
recevant chaque fois des individus ci-des- 
sus désignés, dont Lamaignière était le 
seul connu avant le 10 août, des éloges 
indécents. L'Assemblée générale a décidé 
l'arrestation inmiédiale de ces individus et 
leur renvoi par devant le Comité révolu- 
tionnaire, ainsi que l'envoi du procès-ver- 
bal de la séance aux 47 autres sections et 
aux Sociétés populaires. 

24 venlôse an II (midi). 
Original, signé de Lubin et de Coffinhal, 
A. N., W78. 

27. — Déclaration de Joseph Souber- 
bielle, officier de santé, demeurant rue 
Honoré, n" 87, reçue par Pierre-André 
Coffinhal, juge au Tribunal révolution- 
naire, portant que, lors de la première ar- 
restation de Ronsin et Vincent, certain 
soir, à 11 heures, en sortant des Jacobins, 
il aperçut une voiture arrêtée devant la 
porte de la cour, où se trouvaient deux in- 
dividus tenant conversation avec plusieurs 
citoyens arrêtés auprès de la poi'lière, 
et qui disaient qu'ils venaient tout exprès 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



17 



en voiture chercher Ronsin et Vincent, 
dans la pensée que la Société des Jacobins 
les ferait sortir, que ces deux patriotes 
étaient vexés par les aristocrates, qu'il 
fallait un nouveau 31 mai pour épurer la 
Convention, qu'alors le déclarant dit à 
ces particuliers qu'il élait surpris de leur 
voir tenir un pareil langage, que les Jaco- 
bins n'avaient le droit de faire sortir per- 
sonne, que la Société avait émis son opi- 
nion sur le compte des détenus, que la 
Convention seule avait le di'oit de pronon- 
cer sur leur sort; ajoutant que les propos 
tenus par ces individus furent entendus 
par Lultin, président du Conseil général 
de la Commune, qui en témoigna sa sur- 
prise, que la voiture en question fut saisie 
et conduite au corps de garde des Feuil- 
lants, où Ton fit descendre les deux parti- 
culiers, l'un d'eux, nommé Harmé, élec- 
teur, président de la section et membre du 
Comité révolutionnaire de la section de 
Marat, habillé en Sans-culotte avec des 
sabots, un bonnet rouge et un bandeau 
sur l'œil, paraissant pris de vin, l'autre 
étant également de la section de Marat, 
lesquels déclarèrent avoir dîné chez la 
nommée Lacombc, rue des Petits-Champs, 
qui n'était pas la citoyentîc Lacombe delà 
Société des Femmes révolutionnaires, et 
après avoir montre leurs cartes, sortirent 
du corps de garde et remontèrent dans la 
voiture, où se trouvaient deux femmes et 
un jeune enfant, qui se dirigea vers le 
Faubourg Saint-Honoré. 

24 ventôse an II. 
Original, signé de Coffinhal, de Souberbielle 
et de Josse, commis- greffier, A. N.,'W76,n''&. 

28. — Déclarations des témoins suivants, 
reçues par Gabriel Deliège, juge au Tri- 
bunal révolutionnaire, savoir : 

1° Marie-Françoise Dailly, femme Chénié, 
âgée de o9 ans, demeurant en sa maison, 
rue de Thionville, laquelle a dit qu'à l'une 
des dernières séances de la Société des 
Cordeliers, elle a entendu Ronsin annon- 
cer à la tribune qu'il fallait une insurrec- 
tion, qu'à la séance qui suivit celle où la 
députation de la Société des Jacobins fut 
reçue aux Cordeliers, elle entendit Hébert 
s'élever avec véhémence contre ce qu'il 
T. XI. 



appelait des dominateurs et des hautes puis- 
sances, ce qui a fait présumer à la décla- 
rante qu'il entendait parler des Comités 
de salut public et de sûreté générale, et l'a 
pénétrée d'indignation, ajoutant qu'elle 
avait reconnu dans le Moniteur comme 
très exact, l'arlicle où il était rendu compte 
de la séance des Cordeliers, sauf que les 
faits rapportés par elle n'y étaient pas 
mentionnés, qu'à une séance peu éloignée, 
elle entendit Vincent se servir de cette 
expression : ce sont des Cromwellistcs, ce 
qui également l'indigna ; 

2° Marie -Geneviève Chénié, âgée de 
38 ans, veuve Fortin, demeurant rue de 
Thionville, n° 47, laquelle a déclaré que 
dans trois des dernières séances de la 
Société des Cordeliers, elle entendit Hébert 
et Ronsin prêcher l'insurrection, qu'Hé- 
bert parla des hautes puissances et des do- 
minateurs, expressions qui leur sont fami- 
lières, ce qui fit penser à la déclarante 
qu'ils entendaient parler du gouvernement 
actuel, et l'a transportée d'indignation. 

25 ventôse an II (raidi). 
Original signé, A. N., W 76. 

29. — Déclaration de Charles Soular, 
âgé de 68 ans, vivant de ses revenus, de- 
meurant rue Saint-Denoit, n" 928, reçue 
par Gabriel Deliège, juge au Tribunal ré- 
volutionnaire, portant que Ronsin monta 
à la tribune des Cordeliers et prit la pa- 
role pour demander une insurrection, que 
Carrier, représentant du peuple, lui suc- 
céda et fit un discours extrêmement violent 
dans le même sens, qu'après lui Hébert 
insista à deux reprises pour qu'on fît une- 
insurrection; 

Ajoute le déclarant, que, dans la séance 
des Cordeliers du quartidi de la troisième 
décade de pluviôse, Vincent lut une adresse 
aux 48 sections, aux sociétés de Paris, aux 
83 départements et sociétés affiliées, à 
l'effet de demander à la Convention des 
lois révolutionnaires, ce qui fut arrêté à 
l'unanimité par la Société, qu'à la séance 
suivante le déclarant ayant demandé à 
Vincent quelle distinction il faisait entre 
les lois révolutionnaires et le gouverne- 
ment révolutionnaire, alors Vincent s'em- 
porta, en criant à haute voix : « F... sa- 

2 



18 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



credié, lu no vois donc pas (]uc des lois 
révolutionnaires fiiiissont loul en lli jours, 
en inimolaiit tous les scélérats, et que 
votre «ouvernenient révolulioiinaire vous 
tient et vous tiendra tant qu'il voudra, 
sans jamais finir, sous le plus horrible 
despotisme, vousn'ètesqu'un plaljean-f...» 

25 ventôse an II (7 h. \/i de relevée). 
Original, signe de Soular et de Deliège, A. N., 
W 76, n» i. 

30. — Déclarations de citoyens de la 
section de Marat, reçues par Pierre-Noël 
Subleyras, l'un des juges du Tribunal ré- 
volutionnaire, savoir : 

1° Jean -Louis Marsot, âiré de 32 ans, 
marchand papetier, rue de la Harpe, n° 108, 
sous-lieutenant de la 5"* compagnie du 
bataillon de Marat, lequel a déposé (jue 
dans l'assemblée de sa section du l'j pré- 
sent mois, après que deux ou trois per- 
sonnes eurent manifeslé leur inquiétude 
au sujet des subsistances, et observé qu'on 
pouvait bien avoir le dessein d'opérer une 
contre-révolution en privant le peuple du 
plus pur nécessaire, Ducroquet, commis- 
saire aux accaparements de la section, 
monta à la tribune el affirma que des 
citoyens, pour afîamer le peuple, trou- 
vaient moyen de se pourvoir de subsis- 
tances pour un mois d'avance, que les 
Droits de l'Homme étant violés, il fallait 
les voiler, se tenir toujours debout et 
se rendre en masse à la Commune pour 
lui communiquer l'arrêté, et en fit la mo- 
tion qui fut appuyée par un citoyen dont 
il ignore le nom, lequel dit qu'un des 
articles de la Déclaration des Droits de 
l'Homme portail que, le peuple étant op- 
primé, le plus saint de ses devoirs était l'in- 
surrection, que d'autres citoyens, Warmé 
entre autres, combattirent celte proposi- 
tion en en montrant les dangers, et dé- 
clarant qu'il suffirait de manifester à la 
Commune les inquiétudes relativement 
aux subsistances el l'intention de voiler 
les Droits de l'Homme; Guespéreau étant 
monté à la tribune, le présidenlMomoro ob- 
serva qu'il y avait beaucoup d'intriganls et 
d'aristocrates qui cherchaient à éluder les 
questions et mit aux voix la motion de se 
rendre, le lendemain à six heures du soir, 



à la Commune pour lui faire pari de l'in- 
tention où l'on était de voiler les Droits de 
l'Homme, ce qui fulailoplé dans le tumulte, 
Monioro ayant déclaré qu'il fallait élre tou- 
jours debout el (juo la section de Marat, 
dont le patriotisme était connu, avait tou- 
jours réussi dans ses entreprises; 

v" Honoré Marsot, âgé de 33 ans, par- 
fumeur à Paris, y demeurant, rue de la 
Harpe, n° 109, capitaine de la a' compa- 
gnie de son bataillon, dépose des mêmes 
faits que le précédent; 

3" François-Anne David, graveur, âgé 
de 4o ans, demeurant rue Pierre-Sarrazin, 
n° 13, lequel a déclaré que dans l'assem- 
bb'e du 15 ventôse, Ducroquet, parlant de 
la pénurie des subsistances, dit qu'en 
qualité de commissaire aux accapare- 
ments, il était plus à portée que personne 
de connaître les motifs de celle pénurie et 
les moyens d'y remédier, que les Droits 
de l'Homme étant violés dans beaucoup 
d'articles, il proposait de les voiler et de 
faire part de cette mesure à la Commune 
en l'invitant à prendre les mesures néces- 
saires pour faire arriver des subsistances 
h Paris, que cette motion parut au décla- 
rant si déplacée el si dangereuse dans le 
moment critique où l'on se trouvait qu'il 
quitta sa place el se retira; 

4° Henry Voisin, âgé de 61 ans, horlo- 
ger, rue de l'Hirondelle, n° 4, lequel a 
déclaré n'avoir pas entendu distinctement 
ce qui s'est dit dans l'assemblée du llj, si 
ce n'est que Ducroquet, en parlant de la 
pénurie des subsistances el de la violation 
des Droits de l'Homme, a proposé de les 
voiler, el en fil la motion, mais que lui se 
retira avant qu'elle ne fût volée; 

0° Charles-Louis Dourse, âgé de 50 ans, 
marchand bonnetier, rue de la Harpe, 
n" 189, lequel a dit que l'assemblée du 15 I 
de ce mois a été fort orageuse, qu'il y fut r 
question de la pénurie des subsistances, * 
qu'il entendit un orateur proclamer que, 
le peuple étant opprimé, le plus saint de 
ses devoirs était de s'insurger, que ces 
propos le déterminèrent à se retirer; 

6'^ Jean-Raptisle Girard, âgé de 62 ans, 
tapissier à Paris, rue Percée, n° 7, lequel 
a déclaré avoir entendu dire vaguement 
dans sa section que les personnes char- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



19 



gées de distribuer les subsistances ne 
s'oubliaient pas dans cette distribution, 
que le mode usité donnait lieu à des dilapi- 
dations, à des gaspillages et à des pertes de 
denrées, qu'il avait vu à la porte du com- 
missaire de police six paniers de difTé- 
rentes denrées, qui se trouvant là depuis 
24 heures, étaient à peu près gâtées ; 

7» Charles-Joseph Norbert, âgé de 48 
ans, tailleur, rue de la Harpe, n° 154, 
lequel a dit s'être trouvé à l'assemblée du 
15 ventôse, et avoir entendu la motion de 
Ducroquet de voiler les Droits de l'Homme, 
par rapport à la disette des subsistan- 
ces, motion que combattit adroitement 
Warmé, officier municipal, qui demanda 
l'envoi d'une députation à la Commune 
pour lui faire part des inquiétudes de la 
section au sujet des subsistances, ajoutant 
qu'il avait entendu Momoro refuser la 
parole à Guespéreau, en disant : « Voilà 
comme il se trouve toujours dans la section 
des individus qui cherchent à écarter les 
propositions utiles » ; et ayant mis la pro- 
position de Ducroquet aux voix, il enleva le 
vote de la délibération ; ledit Norbert ajoute 
avoir entendu dire publiquement dans la 
section que les membres du Comité révo- 
lutionnaire allaient à la barrière d'Enfer 
au-devant des denrées, comme beurre, 
œufs, volailles, et les faisaient arriver et 
distribuer dans la section, que cette dis- 
tribution a occasionné un rassemblement 
de 400 femmes, que la sienne a eu dix 
œufs pour 10 sols, ce qui l'a étonné, con- 
naissant leur cherté dans cette saison; 

8' Nicolas Leclerc, âgé de 60 ans, tapis- 
sier, place du Pont-Saint-Michel, n'> 3, 
lequel constate le désordre régnant dans 
la section de Marat par rapport aux sub- 
sistances, qui sont gaspillées et vendues à 
perle, ce qui décourage les campagnards, 
qu'au dernier marché Saint-Jacques des 
femmes s'étaient jetées sur un charge- 
ment de beurre et œufs, dont on avait 
tiré un quart du prix, qu'il avait vu dans 
le fond de la cour des Cordeliers une af- 
fluence de femmes et une voiture de den- 
l'ées, qu'on avait arrêtées pour les distri- 
buer à la section, que cela lui fit de la 
peine, en raison du mauvais exemple, que 
le restant de cette voiture fut conduit au 



Marché-Neuf par ordre des commissaires; 
9» Jean-Baptiste Thillaye, âgé de 50 ans, 
marchand de vins, rue de la Liberté, n" 78, 
lequel a déposé au sujet de la motion de 
Ducroquet, mais déclare qu'il ne put, en 
raison du tumulte, distinguer ce qui fut dit. 

20 ventôse an II (10 heures du matin), 
Original, signé des déclarants et de Subloy- 
ras. A, N., W 76, n» 6. 

31. — Déclaration de Jean-Charles Nor- 
bert fils, sergent-major au 2« bataillon de 
Paris, demeurant rue de la Harpe, n° 153, 
reçue par Jean Ardouin, l'un des juges du 
Tribunal révolutionnaire, faisant connaître 
qu'étant le 15 de ce mois àl'Assemblée géné- 
rale de la section de Marat, le citoyen Du- 
croquet, membre de cette section, y pro- 
nonça un discours, où il déclara que le 
peuple et les patriotes étaient opprimés, 
que les subsistances manquaient par l'in- 
trigue des aristocrates, et proposa dévoiler 
d'un crêpe noir les Droits de l'Homme, de 
se transporter en masse à la Commune 
pour manifester leur intention de se mettre 
en insurrection jusqu'à ce que les subsis- 
tances fussent devenues plus abondantes ; 
que le citoyen Warmé, membre de la sec- 
tion, oflîcier municipal, monta à la tri- 
bune et combattit la motion de Ducroquet 
avec toute l'énergie d'un vrai républicain, 
en représentant à l'assemblée tous les 
malheurs qu'une insurrection sans motif 
pourrait entraîner, que rassemblée ap- 
plaudit vivement le discours de Warmé, 
auquel succéda le citoyen Guespéreau, 
pour présenter un mémoire sur l'approvi- 
sionnement du beurre et des œufs, mais 
Momoro lui ferma la bouche en déclarant 
que les malveillants de la section avaient 
toujours des propositions inutiles à faire 
pour détourner l'attention, lorsqu'on s'oc- 
cupait d'objels importants, et mit de suite 
aux voix la motion de Ducroquet; le dépo- 
sant ajoute avoir ouï dire par plusieurs 
femmes que le Comité révolutionnaire de 
la section saisit, il y a 3 semaines ou un 
mois, à la barrière de Montrouge, du beurre 
et des œufs qui furent vendus dans le jardin 
des ci-devant Cordeliers, les œufs au prix 
d'un sol la pièce, qu'il a également appris 
par sa mère qu'il avait été vendu du poisson, 



20 



CllAPITRK 1«^ 



JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



qu'une rilovenne en avait aclieli' ii pièces 
pour 38 sols, mais qu'elle avait 6Lé obligt'e 
(le le jeter, ce poisson t'tanl pourri. 

'26 vtMitùsc an II (10 iieures du malin). 
Oriirinal, signé do Norbert et d'.\rdoniii, 
A. .V., W 70," n" 4. 

32. — Déclaration tle Mathieu Koenig, 
âgé (le 33 ans, perruquier, rue Jean-do- 
Roauvais, reçue |)ar Etienne Foucault, l'un 
(les juges du Tribunal r(!'Volulioiuiaiie, fai- 
sant connaître que le citoyen Piquenol, 
commissaire aux accaparements de la sec- 
lion du Pantlu'-on, lui aurait dit, le 18 cou- 
rant, en réponse à une demande de nou- 
velles, comme il le croyait membre du Club 
des Cordclicrs, qu'à son avis, il fallait une 
insurrection analogue àcelledu31 mai, qu'il 
y avait environ 107 d(iput(!'S jugés véi-eux, 
qui pourraient fort bien être incarcérés, 
que le déclarant, animé du bien public, 
conçut des inquiétudes et en fit part au 
citoyen Mercereau, officier de paix, ajou- 
tant que pour l'acquit de sa conscience, il 
est venu faire la présente déclaration. 

26 ventùsc an II (11 heures du malin). 
Original, signé de Kœnig et de Foucault, 
A. N., W 76. 

33. — Déclarations sur les auteurs et 
complices d'une conjuration tramée contre 
la sûreté et la liberté du peuple français, 
qui aurait éclaté sans la courageuse éner- 
gie des représentants du peuple, reçues 
par Gabriel Deliège, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, et émanant de : 

1° Servais-Baudouin Boulanger, Pigé de 
37 ans, général de brigade attaché à l'ar- 
mée révolutionnaire, demeurant rue Saint- 
Ilonoré, n" 59, lequel a dit ne connaître 
Ronsiii que depuis qu'il est attaché à l'ar- 
mée révolutionnaire, et depuis sa sortie 
de prison il a eu l'occasion de dîner deux 
fois chez lui, où il y avait une vingtaine de 
personnes chaque fois; qu'au premier re- 
pas où se trouvait Vincent, Lanfré et d'au- 
tres, il s'éleva une discussion entre ces 
deux convives, que Vincent traita Lanfré 
d'espion, de modéré et d'aristocrate, ce qui 
lui fit mal augurer de Vincent, auquel il 
dit que « s'il le voyait insulter les pa- 
triotes, il donnerait sa démission pour 
avoir le plaisir de lui graisser les épaules 



à coups de bâton )), qu'au second dîner 
assistaient Hébert et sa femme, D'Au- 
bigny, Gauthier et sa femme, Recordon 
et sa femme, trois députés colons, Ilau- 
riot et doux ou trois de ses aides de camp, 
mais qu'il ne s'y passa rien do nature à 
alarmer son patriotisme ; le même Bou- 
langer ajouta qu'après différentes discus- 
sions aux .laeoljins relatives à la Vendée, 
Ronsin lui dit que les Cordeliers allaient 
dresser un acte d'accusation contre TMii- 
lippoaux. Bourdon de l'Oise, Fabre d'Eglan- 
tiiie et Camille Desmoulins, et qu'ils se 
proposaient également de rédiger une 
feuille intitulée Journal de Mdrat, laquelle 
serait consacrée à dénoncer les hommes 
(jui s'étaient engraissés depuis la Révolu- 
tion ; 

2° Pierre Fontaine, âgé de 3ii ans, mar- 
chand de vins, rue de la Harpe, n° 175, 
a déclaré ne pouvoir rien dire relativement 
à la conspiration, qu'il connaît Momoro 
comme voisin, mais n'a rien remarqué 
chez lui de contraire à la chose publique, 
et ne sait rien au sujet des subsistances, 
ni des manœuvres employées pour alarmer 
et faire insurger le peuple ; 

3°François-SimonFontaine,âgéde4"i)ans, 
receveur de la Caisse Lafarge, tenant mai- 
son garnie rue de la Harpe, n° 148, lequel 
a déposé que, le 15 novembre, à l'Assem- 
blée générale de la section de Maral,Ducro- 
quet fit la motion de se porter en masse à 
la Commune pour réclamer des subsistan- 
ces, et déclarer que si l'on n'avisai t pas aux 
moyens de s'en procurer, la section voile- 
rait les Droits de l'Homme et se mettrait 
en insurrection, qu'après une discussion 
qui s'engagea, où le citoyen Warmé, offi- 
cier municipal, dit qu'il fallait s'en rap- 
porter à la Commune, et où le président 
Momoro accusa les mauvais citoyens d'en- 
traver les discussions, la motion de Du- 
croquet fut adoptée, et l'on décida de se 
se porter à la Commune ; 

4° Charles Daussaint, âgé de 45 ans, 
tapissier, rue de la Harpe, n" 183, a dit 
ne s'être pas trouvé à l'Assemblée géné- 
rale de la section de Marat, où la motion 
de Ducroquôt fut adoptée, mais avoir ob- 
servé que dans cette section, présidée de- 
puis très longtemps par Momoro, les véri- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DKS HÉBERTISTES 



21 



tables amis de la République pouvaient à 
peine s'y faire entendre, fjue c'était tou- 
joui's le parti du président qui obtenait 
la parole, qu'il a également oui dire 
qu'un membre du Comité révolutionnaire 
de sa section, domicilié rue de l'Hiron- 
delle, avait annoncé qu'il allait aux bar- 
rières faire arrêter les subsistances en- 
trant à Paris pour les transporter au Co- 
mité et les faire vendre. 

26 ventôse an II (midi). 
Original, signé des déclarants et de Deliègf, 
A. N., W76, n'C. 

34. — Déclarations de citoyens de la 
section de Marat, reçues par Gabriel-Tous- 
saint Scellier, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, savoir : 

1° Louis-Eustache Chopart, âgé de 40 ans, 
épicier, rue de la Harpe, n» 114, lequel a 
dit ne rien savoir au sujet des subsis- 
tances, ni des événements du jour; 

2° Jacques- Louis-Frédéric Warmé, âgé 
de 29 ans, demeurant rue de l'Hirondelle, 
n° 10, membre du Conseil général de la 
Commune et employé à la deuxième divi- 
sion de la Guerre, section des étapes, le- 
quel ajoute à la déclaration qu'il a faite 
le 24 à l'un des juges du Tribunal, qu'a- 
près que Ducroquet fut descendu de la 
tribune, où il venait de faire la motion de 
voiler les Droits de l'Homme, effrayé des 
suites dangereuses que pouvait entraîner 
cette mesure inconvenante, il demanda la 
parole et réussit à l'obtenir, chose peu 
facile, parce que Momoro, président de l'as- 
semblée qu'il dominait impérieusement, 
ne l'accordait qu'à qui bon lui semblait, 
qu'alors il fit observer à ses concitoyens 
que si l'on prenait le parti violent de voiler 
les Droits de l'Homme, cela ne pouvait que 
nuire à la chose publique, que les insur- 
rections nécessitées par les circonstances 
avaient toutes tourné au profit du peu- 
ple, mais qu'il ne fallait pas abuser d'un 
moyen aussi triomphant pour la Répu- 
blique, qu'avant tout il fallait consulter 
la Municipalité, cette mère commune, que 
l'assemblée, qui ne s'était pas rendue 
compte du danger de la motion de Du- 
croquet, adopta son amendement, que le 
déclarant, redescendu au bureau, où il 



siégeait comme secrétaire, dit à mi-voix au 
président Momoro : « Vous devez être con- 
tent de la prudence que je viens de mettre 
en usage )),et que Momoro lui réponditavec 
mépris et dédain : « Vous avez énoncé 
votre opinion, mais les Cordeliers les ont 
voilé, eux, les Droits de l'Homiiie. » Warmé 
fait en outre observer qu'il ne signa au- 
cun des arrêtés pris ce jour et qu'il se 
rendit le lendemain à la Maison Commune, 
comme membre de la Municipalité, non 
pour y soutenir les déclarations qui de- 
vaient y être faites par les citoyens de la 
section de Marat, mais au contraire dans 
l'intention d'eti adoucir l'acrimonie. 

3° Jean-Jacques Roze, âgé de 3C> ans, 
menuisier, marchand de planches, rue des 
Francs-Bourgeois, n° 130, membre du Co- 
mité civil de la section de Marat, lequel dit 
qu'il se trouvait à l'Assemblée générale de 
sa section le soir où Ton proposa de voiler 
les Droits de l'Homme et de se déclarer 
en insurrection, et qu'il y entra au mo- 
ment où Warmé fut fort applaudi par tous 
lespatriotes, qu'il ne sait par quelle perfidie 
fut mise aux voix une proposition inverse, 
qu'il se rendit le lendemain avec les ci- 
toyens de sa section à la Commune, croyant 
qu'il ne s'agissait que des subsistances, et 
qu'il fut étonné des propositions sédi- 
tieuses qui y furent faites; 

4» Jean- Baptiste-Antoine-Guillaume Tou- 
rillon, âgé de 42 ans environ, épicier, rue 
des Francs-Bourgeois, n° 123, lequel a dit 
n'avoir aucune connaissance directe, tant 
au sujet des subsistances que sur ce qui 
s'est passé aux Assemblées générales de 
sa section , qu'il ne l'a su que par ouï 
dire ; 

o'Louis-Edme-ToussaintDardelin,âgé de 
39 ans, limonadier, rue de la Harpe, n° 118, 
lequel a déclaré avoir entendu le citoyen 
Ducroquet proposerdans les termes les plus 
violents de voiler lesDroits de l'Homme jus- 
qu'à ce que l'abondance des subsistancesfùt 
revenue, et de se porter en masse à la Com- 
mune, que le citoyen Guespéreau, ayant pris 
la parole pour tranquilliser les esprits et 
offert de donner lecture d'un travail qu'il 
avait préparé sur les beurres et les œufs, 
fut interrompu par le président Momoro, 
qui se plaignit de ce que, lorsque quel- 



CHAPITRE I•^ — JOURNÉKS HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



quos bons riloycns proposaient dos moyens 
lie salut pultlic, il se présontail toujours 
(les i;ons(jui s'y opposaient, ce (pii obligea 
riiiespéreau de (jiiitler la Iribiino, et il mit 
aux voix les motions de Ducroqtiet qui fu- 
rent adoptées, Momoro arfeetantd'annoncer 
que, CCS arrt^tés étaient pris à l'imanimité, 
tandis que tout le monde ne vota pas dans 
ee sens, quoique cependant il n'y eût pas 
de réclamations. 

2G ventôse an II (midi). 
Original, signé des dcclaranls et de Sccllier, 
A. N., W 76, n» 6. 

3"). — Déclaration d'Edme Moreau, culti- 
vateur, capitaine de la garde nationale à 
Maffliers, district de fionesse, reçue par 
Etienne Foucault, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, portant dénoncia- 
tion contre le nommé Euslacbe-Nicolas 
Renoult, manouvrier, qui ne cesse de 
jeter le trouble dans les assemblées, en- 
tr'autres dans une de 1793, où il était 
question du recrutement, il dit que c'était à 
ceux qui avaient commencé la guerre de la 
finir, que les plus honnêtes de la Con- 
vention méritaient d'être à la broche, 
que l'on ferait bien mieux de s'armer 
pour la détruire, que l'on était plus 
heureux, lorsqu'il y avait un Roi, et qu'il 
fallait travailler à en remettre un sur le 
trône, avec d'autres propos plus aristocra- 
tiques les uns que les autres, que tous ces 
faits sont certifiés par un procès-verbal de 
la municipalité. Ajoute le même avoir 
ouï dire par le citoyen Dechard, menui- 
sier, que celui-ci ayant fait compliment 
audit Renoult de ce qu'il avait à son cha- 
peau le plumet national, chose extraordi- 
naire eu égard à ses sentiments, Renoult 
arracha le plumet et le foula aux pieds, 
en disant : Voilà le cas que je fais du plu- 
met de la nation. Ledit Moreau ayant in- 
vité la municipalité à le faire arrêter, elle 
s'y est refusée, il l'a été par l'administra- 
tion de Versailles, mais comme il n'est 
pas tombé sous le glaive de la loi, l'on 
n'aura pas donné suite à son affaire, ce 
qui engage ledit Moreau à renouveler sa 
tlénonciation, parce qu'il semble important 
pour raffermir la République qu'il y ait 
un exemple, afin de déjouer les malveil- 



lants et relever le pati-iotisine qui n'a ja- 
mais ou de vigueur dans la commune. 

2G vento.-c an II (1 licuro de relevée). 
Original, signe de Moioau et de Foucault, 
A.N., W 78. 

30. — Déclaration de Marie-Jeanne- 
Elisabeth Rrocard-.lolly, femme deMelrasse, 
grainier et inspecteur des relais mili- 
Inires, demeurant rue des Mauvais-Car- 
çons, n" 37;>, reçue par Pierre-Noël Su- 
bleyras, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, laquelle a dit que, comme 
affiliée à la Société des Gordeliers, elle en 
a constamment suivi les séances, que le 
jour où il fut question de l'insurrection qui 
a fait tant do bruit, Vincent monta le pre- 
mier à la tribune et prononça un long 
discours où il déclara qu'il y avait partout 
des intrigants, surtout à la Convention, 
entre autres Philippeaux, Amar, Bourdon, 
Camille Desmoulins, Carnot, et finit en 
concluant ([u'il fallait montrer de l'énergie 
et la purger ; le représentant Carrier lui 
succéda et dit que, venant des départe- 
ments, il avait vu en rentrant à la Con- 
vention qu'il y existait un côté droit bien 
prononcé, il termina en pi^oclamant la né- 
cessité d'une nouvelle insurrection; Ronsin 
l'appuya et renouvela la motion de faire 
un second 31 mai, Hébert abonda dans le 
même sens et ajouta : « Il m'arrivera peut- 
être quelque chose, mais je dirai la vérité », 
sur quoi Momoro, président, lui reprocha 
d'avoir plusieurs fois montré de la fai- 
blesse, et un autre membre reprit : « Parle 
toujours, Père Duchesne, il y en aura 
d'autres pour t'appuyer», enfin Momoro dé- 
clara que la motion étant acceptée, il était 
inutile de la mettre aux voix, alors tout 
le monde se leva en agitant les chapeaux 
et en criant : Vive la République! Ladite 
femme Métrasse fait remarquer que, deux 
séances auparavant, Ronsin avait déjà pro- 
posé sa motion insurrectionnelle, toujours 
fondée sur le même motif, mais qu'elle 
n'avait pas eu de suite ; 

Ajoute la déclarante que, dans la séance 
des Cordeliers où la députation des Jaco- 
bins vint pour lever le voile qui était sur 
les Droits de l'Homme, elle se trouva 
assise à côté de la femme d'Hébert, qu'au 



INSTRUCTION DU PROCES DES HEBERTISTES 



23 



moment où Collet d'Herbois occupait la 
tribune, une citoyenne ayant demandé à 
la femme Hébert : Est-il patriote ? celle-ci 
répondit : C'est Collot d'Herbois, un comé- 
dien, un intrigant, que tout le temps qu'il 
parla, elle ne cessait de dire : Ccst un coup 
de théâtre, ne semble-t-il pas qu'il joue la 
comédie"! qu'au début de celte séance, une 
députation de la section deMulius Scevola 
entra en même temps que celle des Jaco- 
bins, obtint de Momoro la priorité, et le 
discours qu'elle adressa pour appuyer 
l'insurrection délibérée dans la précédente 
séance, ayant donné lieu à des murmures 
des tribunes, la femme Hébert s'écria : 
Voyez, ce sont les gens payes par les Jacobins, 
nous, nous n'en payons pas, nous ne sommes 
pas des ndllionnaires, que lorsque l'acco- 
lade fut donnée à Collot d'Herbois, elle 
reprit encore : Cest bien sincère de la part 
des Cordelicrs, mais c'est bien traître de la 
part de Collot d'Herbois. 

La déclarante observe qu'à la séance de 
l'avant-veille, Brachet et Bouin ayant fait 
l'analyse du rapport présenté par Billaud- 
Varenne aux Jacobins, Ancard monta à la 
tribune et dit : Les deux citoyens qui vien- 
nent de palier ont tenu le même langage 
que Collot d'Herbois, mais nous devons con- 
server notre énergie de 1789, iious n'avons 
jamais craint les bayonncttcs, il nous faut 
tous avoir un poignard dans nos poches 
pour soutenir les républicains. 

2C ventôse an II (6 heures de relevée). 
Original , signé de la citoyenne Métrasse 
et de Subleyras, A. N.,W 78. 

37. — Déclarations faites devant Her- 
man, président du Tribunal révolution- 
naire par deux membres du Comité révo- 
lutionnaire de la section de Marat, savoir : 

1° Jean Carrey, herboriste, membre 
du Comité révolutionnaire de la section 
de Marat, lequel a dit n'avoir aucune con- 
naissance du placard qu'on lui a présenté, 
et ne croit pas qu'il en ait été affiché 
dans l'arrondissement de la section, qu'il 
a bien entendu dire par différentes per- 
sonnes que si la pénurie des subsistances 
continuait, il pourrait y avoir quelque in- 
surrection; 

2» Nicolas -Pierre Joyeau, sellier, rue 



[Saint-André] -des-Arcs, n» 108, membre 
du Comité révolutionnaire de la section de 
Marat, lequel n'a aucune connaissance du 
placard à lui représenté et ne sait s'il a 
été affiché dans la section, a bien ouï dire 
par un de ses collègues, membre de la 
Société des Cordeliers, auquel il croit des 
intentions droites, que dans une des séan- 
ces des Cordeliers, il avait été question 
d'insurrection, tant à raison de la pénurie 
des subsistances qu'à cause d'une nouvelle 
faction qui paraîtrait se former, dont Phi- 
lippeaux serait l'un des chefs ou l'un des 
acteurs. 

26 ventôse an II. 
Original, signé de Carrey, de Joveau etd'Her- 
man, A. N., W 77, n" 17. 

38. — Déclaration de Jean- Baptiste Ving- 
tergnier, âgé de 29 ans, commissaire du 
pouvoir exécutif, rappelé depuis la mo- 
tion de Fabre d'Eglantine, demeurant rue 
Le Peletier, n" 15, reçue par Charles 
Harny, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, portant que, le soir du 23 au 
24 courant, se trouvant au café Minerve, 
au coin de la rue de la Loi et du théâtre 
de la République, il fut accosté par trois 
jeunes citoyens qui cherchèrenl à lier con- 
versation avec lui en disant le connaître 
et l'appelant par son nom, et que, comme 
ils le tenaient pour bon patriote, ils espé- 
raient qu'il soutiendrait la cause du peuple, 
que la compagnie des canonniers de 1792 
était commandée pour se rendre à la Con- 
vention nationale le lendemain, et que 
les patriotes ne soufl'riraient pas que la Con- 
vention fit tirer sur le peuple, comme elle 
en avait le dessein, en se faisant entourer 
de la force armée; que ne connaissant pas 
ces individus et ayant une manière de voir 
bien différente, il se contenta de leur dire 
que ce n'était pas l'endroit de parler po- 
litique, qu'il fallait se rendre aux sociétés 
ou aux sections ; que, le même soir, en sox'- 
tant du spectacle avec plusieurs de ses amis, 
il rencontra encore ces mêmes particuliers 
qui l'abordèrent auprès du café de Char- 
tres, et en lui frappant familièrement sur 
l'épaule, lui dirent : Eh bien! patriote, 
j'espère que nous ne nous laisserons pas faire 
par la Convention, comme l'on a fait aie 
Champ de Mars, et le quittèrent en lui sei'- 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



r.inl la main, qu'il lit part do ses iiKiuit'- 
tiidos au citoycMi Clirrlion, l'un dos juit'-s 
lin Triltunai, qui lo Iraïuiuillisa en Tins- 
liuisanl; 

Ouo le loiuloinain, il se rciulil, avec la 
ronipagnio des chasseurs de 1792, ses 
amis, à la Halle aux farines, où se trou- 
vaient un iiiand nomlirc île femmes pour 
avoir des haricots, ou du moins sous ce 
prélexto, lesquelles alToctaier.t de protes- 
ter contre l'arrestation d'Hébert, en décla- 
rant qu'il n'était pas étonnant (ju'il y eiU 
tant de monde et (|u'on manquât de sub- 
sistances, parce (lu'on avait incarcéré Hé- 
bert, mais (|ue s'il fallait un coup de 
main, on s'en chargerait; 

Qu'aujourd'hui que cette fameuse cous- 
l)iration est découverte, le même Vingter- 
nier croit devoir déclarer (jue depuis long- 
temps elle se tramait parmi les faux pa- 
triotes, introduits par Vincent et Ronsin 
aux bureaux de la Guerre, qu'ayant été 
employé dans ces bureaux de inars 1793 
au 10 août suivant, il a vu écarter les 
vrais patriotes, honnêtes et francs répu- 
blicains, pour avancer des intrigants, 
i|u'il en a été en quelque sorte expulsé 
avec plusieurs autres patriotes de la So- 
ciété des Défenseurs de la République, 
suspects à Vincent, qu'il y a vu protégé 
le nommé Sauvigny, qui avait voulu faire 
assassiner Marat, qui avait dénoncé les 
dragons de la République dans le temps 
ofi il en était commandant en chef, ex- 
chevalier de Saint- Louis et depuis adju- 
dant général à l'armée des Alpes, créature 
de Gauthier, l'ami de Vincent et second 
adjoint du ministre de la guerre, lequel a 
fait attribuer le poste de garde-magasin de 
Saint-Etienne, à Strasbourg, à l'un des vi- 
caires de Sainl-Pierre-Ie-Vieux de cette 
ville, intrigant très connu; ajoutant enfin 
qu'il est en état de donner une infinité de 
détails sur cette administration de la 
Guerre, si le Tribunal en a besoin. 

27 ventôse an II (10 heures du malin). 
Original, sijzné de Vinglernier et de Ilarny, 
A. N., W 77. 

39. — Déclaration d'Ântoinette-Marie 
Trémolet, âgée de 15 ans, demeurant rue 
de Thionvillc, chez la citoyenne .Moulin, 



reçue par Jean .\rdouin, l'un des juges du 
Tribunal révoliitioni)air(\ en présence de 
Foucpiier-Tinville, portant qu'elle n'a point 
connaissance dos écrils incendiaires (jui 
ont été al'lichés à Paiis, il y a quelque 
temps, ({u'cllo s'est trouvée, le 10 courant, 
à la séance de la Société des Cordoliers et 
y a entendu Hébert, h; Père Uuchesnc, faire 
un très long discours, oh il a dit : 11 y a 
des hommes (jui ont pris la défense de 
Camille Desmoulins, ces hommes sont sû- 
rement égarés ou. . . », i]ue son opinion et 
celle de plusieurs ciloyennes de son entou- 
rage était que dans celte [dirase Hébert 
voulait désigner Rol)osi)iorre; que dans 
cette même séance, Carrier a dit qu'il 
fallait une insurrection, qu'à son retour 
des déjiartements, il s'était aperçu ([u'il y 
avait dans la Convention et parmi les Ja- 
cobins beaucoup de modérantisme, que 
cette insurrection était nécessaire pour 
épurer la Convention, qu'après Carrier, 
Hébert appuya fortement cette motion, en 
répétant qu'il fallait l'insurrection, oui, 
l'insurrection, et que les Cordoliers ne se- 
raient pas les derniers à la faire; que se 
trouvant à la môme Société, le jour où 
Collet d'Herl)ois s'y présenta en qualité de 
commissaire des Jacobins, on fit lecture du 
procès-verbal de la séance du 18 et qu'elle 
s'aperçut, ainsi que beaucoup d'autres ci- 
toyennes, que ce procès- verbal était altéré, 
aussi ne fut-il pas adopté, parce qu'on pa- 
rut avoir l'intention d'en retirer certaines 
expressions de nature à compromettre 
quelques-uns des memlres; que, lorsque 
la députation des Jacobins se présenta, 
on redemanda la lecture de ce procès- 
verbal, mais que Momoro, président, s'y 
refusa en alléguant que, le procès-verbal 
n'ayant pas été adopté, n'était pas l'œuvre 
de la Société; que sur la fin de la séance 
du 22, à ce ((u'elle croit, Momoro dit aux 
citoyens qui sortaient qu'il fallait rester, 
qu'Hébert avait de grandes vérités à faire 
connaître, qu'en effet Hébert monta à la 
tribune et dit qu'il était plus que jamais 
temps de parler et que, le lendemain, il 
serait peut-être trop tard, que la Conven- 
tion courait de grands dangers et qu'on 
arrêtait tous les jours les patriotes. La 
déclarante ajoute que dans une séance. 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



dont elle ne se rappelle pas la date, Hé- 
bert fit la motion de porter l'armée révo- 
lutionnaire à 100,000 hommes, la Jugeant 
insuffisante. 

27 ventôse an II (10 lieures du matin). 
Original, signé de la fille Trémolot, de Fou- 
quier et d'Ardoiiin, A, N., W 78. 

40. — Déclaration d'Alexandre -Hippo- 
lyte Doisy, âgé de 30 ans, tapissier, rue 
de l'Eperon, n° il, reçue par Charles Harny, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, 
portant qu'il n'a aucune connaissance per- 
sonnelle en ce qui concerne l'empêche- 
ment de l'arrivage des subsistances à Paris, 
que se trouvant à l'assemblée de la sec- 
tion de Marat, le 15 de ce mois, il y en- 
lendit le nommé Ducroquet faire la motion 
de voiler la Déclaration des Droits, mo- 
tion qui fut amendée et modifiée par le 
citoyen \Varmé,que le citoyen Guespereau 
demanda aussi la parole pour présenter 
un rapport sur les subsistances en beurre 
et œufs, mais ne put se faire entendre, 
le président Momoro lui ayant dit que 
c'était toujours par des motions incidentes 
que des malveillants cherchaient à entra- 
ver les affaires d'utilité publique, ajoutant 
qu'en sa qualité de membre de la Société 
des Cordeliers, il sait que, peu de temps 
après la première arrestation de Vincent, 
le tableau des Droits de l'Homme y fut 
voilé depuis la motion faite par Momoro 
à la suite d'un rapport sur Philippeaux. 

27 ventôse an II (10 lieures du matin). 
Original, signé de Doisy et de Harny, A. N., 
W77. 

41. — Déclarations faites devant Marie- 
Emmanuel Lanne, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, par des citoyens et 
citoyennes de la section de Marat, savoir : 

!• Charles-Martin Danaux, âgé de 46 ans, 
né à Ath, département de Jemmapes, coi'- 
donnier, commandant de la force armée 
de la section de Marat, demeurant rue de 
la Vieille -Bouderie, n" 21, lequel a dit 
que, lorsqu'il y a 6 semaines, il se pré- 
senta au Comité épuratoire de l'assemblée 
populaire de la section, Basan, jeune, mar- 
chand d'estampes, qu'il rencontra dans la 
cour des Cordeliers, et Laboureau, mem- 
bre du Comité de santé, lui conseillèrent 



de donner sa démission de commandant, 
s'il voulait jouir de sa tranquillité, parce 
qu'il y avait une iirrande cabale contre lui, 
et qu'il fit la réflexion qu'un parti voulait 
l'écarter pour y placer quelques-unes de 
ses créatures; 

2" Anne-Marie, âgée de 43 ans, demeu- 
rant rue de Thionville, n°47, laquelle croit 
devoir fiiire observer qu'à la séance des 
Cordeliers où Hébert semblait prêcher 
l'insurrection, Hanriot, au milieu du dis- 
cours d'Hébert, s'en alla avec un air indi- 
gné, qu'Hébert s'en étant aperçu, fil un 
geste de la main, comme s'il eût voulu dire : 
tant mieux; 

3° Marie-Louise François, femme Jarry, 
née à Bondy, demeurant rue [Saint-André-] 
des-Arts, n' oO, laquelle assistait à la séance 
des Cordeliers, le jour où Hébert, Vincent, 
Ronsin et autres prêchaient l'insurrection, 
déclare qu'au milieu du discours d'Hébert, 
elle vil Hanriot se retirer avec humeur, et 
qu'Hébert, s'en étant aperçu, fit avec la 
main un geste indiquant qu'il en était 
satisfait; 

4° Louise-Victoire Leduc, femme Por- 
geot, âgée de 37 ans, demeurant rue Con- 
trescarpe, qui fit la même déposition au 
sujet de la sortie d'Hanriot, avec deux de 
ses aides de camp, et du geste d'Hébert; 

5° Jean Sifflard, âgé de 42 ans, perru- 
quier, demeurant rue Contrescarpe, lequel 
dit qu'à l'assemblée du lo ventôse, un 
nommé Ducroquet, après avoir beaucoup 
parlé des subsistances et de la nécessité 
de prendre des mesures pour les assurer, 
proposa à l'assemblée de se lever en masse 
et de se porter à la Commune, déclare en 
outre qu'à la séance des Cordeliers Hébert, 
Vincent, Ronsin, Momoro et autres firent 
des propositions tendant à alarmer le 
peuple; 

6° Etienne .Michaud, âgé de 35 ans, sel- 
lier, demeurant rue [Saint-André]-des-Arts, 
n° 14, lequel dit avoir entendu Ducroquet 
proposer à l'assemblée de la section de 
Marat de voiler les Droits de l'Homme et 
d'aller en masse à la Commune, de même 
Hébert préconiser aux Cordeliers l'insur- 
rection, ajoutant qu'il n'entendit que ce 
dernier, parce qu'il sortit de la séance 
avant qu'Hébert quittât la tribune; 



26 



CHAPITRK ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE lA RÉVOLUTION 



7° Anloiiie Viiition, à?»'* de 00 ans, ci- 
devant cliiruigicn, dcineuranl rue d'Aii- 
{^oulftin».', w i, lequel ;i dit (m'il sait bien 
qu'Hi'bert l'iéquenlail Kock, (in'il sesl 
trouvé elle/, ledit Koek avec Hébert, la 
fennuo de celui-ci et d'aulres, mais n'a 
jamais entendu parler par ce Kock, ban- 
quier hollandais, ni par d'aulres des 
ailaires pul>liques. 

'il vcnlôse an II (1 1 lieures du matin). 
Original, slirni'^ des déclarant.? et de Lannc, 
A. N., W 78^ 

42. — Déclaralion de Fleury Gombault, 
trésorier de la l""" division de la gendar- 
merie, demeurant rue Sainl-Honoré, n°6G, 
reçue par Antoine-Marie Maire, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, por- 
tant qu'il n'a aucune connaissance d'écrits 
ou de placards incendiaires alfichés depuis 
peu dans Paris, ni de la question des 
subsistances, mais relate la conversation 
qu'il eut, le 17 ventôse, sur le boulevard, 
où il se trouvait en compagnie du sieur 
Verninac, avec le général Laumur, qu'il 
avait connu dans le Club de la Répu- 
blique, maison Egalité, qu'il fut question 
de ce qui s'était passé au Club des Cor- 
deliers, au sujet de l'insurrection et d'un 
chef que le parti des insurgés voulait 
mettre en avant sous le nom de grand 
juge, comme devant donner moins d'om- 
brage que celui de dictateur ou de régent, 
et que le chef qu'on avait en vue était le 
maire Pache. Ajoute le déclarant que 2 ou 
3 jours après, le général Laumur lui donna 
rendez-vous pour l'informer qu'il était as- 
signé pour rendre compte de celte conver- 
sation, et qu'il ne savait comment l'on 
avait pu en avoir connaissance. 

Autre déclaration d'André Sadous, offi- 
cier de paix, place de l'Ecole, n° 2, reçue 
par le même Maire, qui dit n'avoir aucune 
connaissance des écrits incendiaires pla- 
cardés dans Paris, mais qu'à la Société 
des Cordeliers dont il fait partie, il a vu 
Carrier, député à la Convention, demander 
l'insurrection, lequel fut remplacé à la 
tribune par Hébert, qui proposa de même 
l'insurrection, mais se rétracta à la séance 
suivante, qu'on lui avait assuré que le 
procès-verbal de la 1'" séance avait été 



comi)lètemont dénaturé, ajoulant que le 
nommé iJiiitus, ooclior de la Mairie, était 
celui (jui avait insisié [tour voiler les Droits 
de rilomme, en raison (h; l'arioslation de 
Honsin et de Vincent. 

'il venlo.'^e an II (11 houres du malinj. 
Original, .signé de Maire, de Oonibaull et de 
Sadous, A. N., W 7G. 

4.3. — Déclaralion de témoins, reçue par 
Etienne Masson, jui/e au Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1" François Farjairo, horloger, âgé de 
lit ans, demeurant à Paris, rue de Bour- 
gogne, n° 1500, lequel a dit que, le jour 
où Collol d'Herbois, à la tête de la dépu- 
talion des Jacobins, est venu aux Corde- 
liers, il s'y trouvait comme membre des 
Jacobins, et que sur la motion de Vincent, 
les Jacobins, au nombre de 7 à 8, furent 
placés à main gauche du président, afin 
qu'ils ne puissent troubler l'ordre ni em- 
pêcher les délibérations, qu'il a été fait 
lecture du procès-verbal de la séance pré- 
cédente, prêchant l'insurrection en pro- 
pres termes, que cependant la rédaction 
n'en fut pas adoptée, qu'ensuite Collot 
d'Herbois et Hébert prirent la parole, puis 
une dépulation de la Société populaire 
de la section de Mutius-Scevola vint féli- 
citer celle des Cordeliers de ses arrêtés 
fameux; que le lendemain, le déclarant, 
curieux de voir quelle serait la rédaction 
du procès-verbal de la veille, se rendit 
dans la tribune des Cordeliers, mais que 
le procès-verbal ne fut pas lu, que la tri- 
bune fut successivement occupée par Vin- 
cent, Hébert, qui tous, de même que le 
président Momoro, sans prêcher ouverte- 
ment les principes des jours précédents, 
les suivaient indirectement et tendaient à 
l'insurrection, qu'au sujet de l'adresse à 
lire aux Jacobins, Vincent insista pour 
qu'il ne fût question d'aucune personna- 
lité, mais de la société entière, ruse ima- 
ginée pour que Vincent ainsi que ludique 
ne fussent point compromis. 

Le déclarant signale ensuite à l'atten- 
tion un certain Brizot, membre de la So- 
ciété fraternelle séante aux Jacobins, et 
depuis peu de celle des Cordeliers, grand 
ami d'Hébert, qui lui avait fait obtenir un 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



emploi d'agent ou d'adjudant national. 
lequel dans une conversation avait forte- 
ment approuvé les principes des accusés, 
se trouvait souvent en leur compagnie et 
devait connaître leurs manœuvres; 

2° Antoine-Edmond Bertier, âgé de 3 ions, 
gendarme près les tribunaux, compagnie 
Samson, demeurant rue Saint-Placide, le- 
quel a dit que, le 24 venlôse, se trouvant 
au corps de garde du Palais, il a causé 
avec le citoyen Caillet, lieutenant de son 
corps, qu'ayant dit : Cela rCcst-il pas éton- 
nant, voilà le Père Duchcs?ie, ch hini! à qui 
se fier. Ledit Caillet, qui est membre des 
Cordeliers, a répondu : L'affaire dlUhnrt 
n'est rien, cela nest que plus mémorable 
pour lui,ilbOi'iira avec la plus grande gloire 
possible, je voudrais être avec lui, son affaire 
n'est rien du tout, je suis sûr que j'en sor- 
tirais. 

27 ventôse an II (midi). 

Original, sij^né de Farjaire, de Beitier et de 
Ma?&on, A. N., W 76, n° 7. 

44. — Déclaration d'Edme-Philippe Jarry, 
âgé de 35 ans, courrier au Département de 
la Guerre, demeurant rue [Saint-André] 
des Arts, n° ;J0, reçue par Pierre-André 
Cofflnhal,juge au Tribunal révolutionnaire, 
lequel a dit qu'autant qu'il peut se rap- 
peler, le dimanche gras dernier, se trou- 
vant à la séance des Cordeliers, Ronsin, 
général de l'armée révolutionnaire, monta 
à la tribune et déclara qu'il fallait une in- 
surrection, qu'Hébert et Brutus, attaché à 
la Police, lui succédèrent el dirent qu'il ne 
fallait pas provoquer l'insurrection, mais 
seulement demander par une députalion à 
la Convention la punition de 60 députés de 
la faction des Girondins et Brissotins, entre 
autres Philippeaux, Bourdon de l'Oise et 
Camille Desmoulins, que, le mardi gras, à 
la même Société, où se trouvèrent Vin- 
cent, Ronsin, Carrier, Boulanger et Hé- 
bert, Carrier monta le premier à la tri- 
bune et dit qu'il venait de la Vendée, où il 
avait été envoyé par le Comité de salut 
public, et avait fait rapport de ce qui s'y 
était passé, qu'arrivé à la Convention, il 
avait été surpris de voir des modérés à la 
Montagne, de même aux Jacobins, et que 
ce n'étaient pas les modérés qui avaient 
défendu le peuple dans ses plus grandes 



crises, qu'il était un franc Montagnard, un 
Auvergnat, qui avait toujours dit et dirait 
toujours la vérité au peuple ; que, d'après 
l'article 34 de la Déclai\ition des Droits, 
quand le peuple se trouvait opprimé, il 
avait le droit de recourir à la sainte insur- 
lection ; qu"après Carrier, le Père Duchesne 
monta à la tribune et proposa l'envoi 
aux Jacobins d'une députalion, qui, avec 
celle que nommerait cette Société, irait à 
la Convention demander le supplice des 
60 membres désignés plus haut, qu'alors 
Vincent, de sa place, reprocha à Hébert 
de ne plus avoir la même énergie qu'au- 
trefois et d'avoir depuis quelques mois 
modéré son style dans son journal, à quoi 
le Père Duchesne répondit que, s'il avait 
changé de style, c'est qu'il s'était aperçu 
que depuis quelque temps on parlait de 
lui en mal, que, se voyant soutenu par les 
bons patriotes, il dirait dorénavant la vé- 
rité au peuple et qu'il allait la dire toute 
entière à la tribune, et au même instant 
dénonça comme intrigant Amar, membre 
du Comité de sûreté générale, l'accusa de 
vouloir faire nommer Westermann général 
de l'armée du Nord, qu'il dénonça égale- 
ment comme un intrigant, un modéré et 
un coquin, puis aitaqua Carnot, frère du 
député et membre du Comité de salut pu- 
blic, en soutenant qu'il y avait une coa- 
lition pour élever cet homme, qui était un 
intrigant et un modéré, au poste de mi- 
nistre de la guerre, ensuite s'en prit à 
Paré, ministre de l'intérieur, à son dire 
un intrigant, un second Roland, qui payait 
les journalistes pour propager le modé- 
rantisme et envoyait des journaux dans 
les départements ; dénonça également 
Déforgues, minisire des affaires étran- 
gères, en déclarant qu'il participait aux 
complots de tous les autres, qu'il était 
plutôt étranger aux affaires que ministre 
des affaires étrangères, et passa à Camille 
Desmoulins, Bourdon de l'Oise et Philip- 
peaux; que le Père Duchesne ayant ajoulé 
que quand il devrait aller à la guillotine, 
il dirait toujours la vérité au peuple, 
alors Momoro, président, le rappela à l'or- 
dre, en lui observant qu'il semblait avoir 
peur, et que toutes les fois qu'un homme 
disait la vérité, il ne devait jamais rien 



28 



CHAPITIIK 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



craimlro, quo la niorl irélait rien pour 
lies répiililicaius, (]ue Vincoiil s'écria de 
sa place : Soitti vcvnviri les modères cl nous 
roijous dt'jd rcitx qui nous n^onfrenl le bout 
du nez cl nous en ferons un scrutin cpura- 
toire; ajoutant nu'à la iltunitre st'unce 
présiclt'-e par Momoro, une ciloyenne ayant 
improuvé la conduite d'Hébert, Vincent 
s'écria qu'il fallait épurer les femmes, 
parce qu'il y en avait au milieu d'elles 
(jui étaient payées pour injurier le l'ère 
l)uchesne,que celle môme femme répondit 
à Vincent : Oui, polisson, je s'.iis pai/ée par 
toi pour le claf/ucr, et de plus elle dit à la 
femme Marat et à sa sœur que les scélé- 
rats qui étaient là cherchaient à les perdre 
et à les tromper, (pj'elle s'en apercevait 
depuis longtemps, parce qu'elle y voyait 
plus clair qu'elles; qu'au même instant le 
nommé Ancard se leva et dit: Il n'y a qu'à 
chasser ces toupies -là, que cette honne 
citoyenne, irritée, s'en est allée et les 
femmes du parti d'Hébert et O" ont 
applaudi à sa sortie. 

27 ventôse an II (midi). 
Original, signé de Jarry et de Coffinhal, A.N., 
\V70, n» 4. 

43. — Déclaration de Pierre-François- 
Baron, chapelier, âgé de 33 ans, demeu- 
rant rue des Fossés-Saint-Germain-des- 
Prés, reçue par Pierre-André Coffinhal, 
juge au Tribunal révolutionnaire, portant 
(\ne La Planche, député à la Convention, 
étant venu à l'une des séances de la 
Sociélé des Cordeliers ci son retour de la 
Vendée, où il avait été envoyé en mis- 
sion, dit qu'il existait encore dans ce pays 
13 à 18,000 brigands et que l'immense 
quantité de morts restés sans sépulture 
risquait de causer des maladies conta- 
gieuses, qu'il était impossible de brûler 
tous les cadavres, parce qu'il n'y avait 
pas suffisamment de bois, qu'au surplus 
il fallait redoubler d'efforts pour écraser 
les brigands, qu'alors Vincent et Ancard 
s'écrièrent que c'était affreu.x de rendre 
de pareils comptes, que le fait était faux; 
le déclarant ajoute que le jour où Carrier 
vint à la Sociélé des Cordeliers, on an- 
nonça que partout les patriotes étaient 
incarcérés, qu'alors Carrier prit la parole 



et dit que le peuple saurait se sauver et 
(ju'une sainio insurrection nous sauverait 
encore, que Vincent cl le Père Duchesne 
tinrent à peu près le même langage. 

»7 ventôse an II (midi). 
Original, signé de Baron et de Coffinhal, 
A. A'., W 76, n» i. 

46. — Déclarations des témoins sui- 
vants, reçues par Charles Rravet, juge au 
Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Pierre Sombret, Agé de 27 ans, de- 
meurant quai Voltaire, lequel a dit qu'étant 
de la Société dite des Cordeliers, il s'est 
toujours aperçu (jue Vincent, Hébert, Ron- 
siii et Momoro gouvernaient impérieuse- 
ment celte société, que nolammenl depuis 
la mise en liberté de Vincent et Ronsin, 
Momoro, qui présidait, n'accordait géné- 
ralement la parole qu'à ceux de son parti, 
qu'Hébert et Vincent depuis lors n'ont 
cessé de prêcher l'insurrection eldedénon- 
cer successivement ceux des membres de 
la Convention qui se sont le mieux mon- 
trés en révolution, qu'Hébert, dans la 
séance des Cordeliers qui a précédé la ré- 
ception de la députalion des Jacobins, 
prêcha hautement l'insurrection, sous le 
prétexte du manque de subsistances, et 
invita la Société à se rendre à la Munici- 
palité afin de provoquer la remise d'une 
pélilion à la Convention touchant les sub- 
sistances; 

2" Jacques -François Dutrône, âgé de 
40 ans, demeurant à Paris, rue Serpente, 
n» G, lequel a dit que, dans la séance de 
la section de Marat du 13 courant, Ducro- 
quel monta à la tribune et, après avoir 
longuement parlé des accaparements faits 
par les citoyens aisés, proposa de voiler 
la Déclaration des Droits de l'Homme, 
d'après la motion présentée la veille dans la 
Société populaire dite de l'Ami du Peuple, 
qui n'avait pas été adoptée, parce que cela 
regardait la section toute entière, ajoutant 
que le peuple était sous l'oppression des 
riches et qu'il était temps de se lever pour 
la faire cesser; Warmé prit ensuite la pa- 
role et sans insister sur la motion de Du- 
croquet qui avait été improuvée par la 
majorité de l'Assemblée, il observa que 
l'insurrection du 31 mai n'avait pas délivré 



INSTRUCTION DU PROCES DES HEBERTISTES 



29 



le peuple de tous ses ennemis, qu'à son 
avis une seconde était nécessaire pour le 
délivrer entièrement de l'oppression, il 
proposa alors de déclarer à la Commune 
que la section était debout et prèle à 
seconder la Commune; après Warmé, le 
citoyen Gouguau dit également que le 
peuple était opprimé et que la résistance 
était pour lui le plus saint des devoirs; 
ensuite le citoyen Laboureau approuva for- 
tement les mesures proposées par Warmé ; 
enfin Momoro, qui présidait l'Assemblée, 
engagea les citoyens à adopter ces propo- 
sitions avec d'autant plus de confiance que 
tout ce qu'ils avaient entrepris jusqu'à ce 
jour avait été couronné de succès. 

27 ventôse an II (7 heures de relevée). 
Original, signé de Sombret, de Dutrône et de 
Bravet, A. iV., W 78. 

47. — Déclarations faites devant Claude- 
Emmanuel Dobsent, l'un des juges du 
Tribunal révolutionnaire, par les témoins 
suivants : 

1° François Thoumain, âgé de 44 ans, 
demeurant rue Saint-Thomas- du- Louvre, 
lequel a dit que, le 21 ventôse, à la Société 
des Jacobins, Collot d'Herbois blâma la 
conduite de certains membres de celle 
des Cordeliers, sans nommer personne, 
que llenaudin appuya son dire, que Car- 
rier lui succéda à la tribune pour prendre 
la défense de la Société des Cordeliers, et 
commença par prétendre que celui-ci était 
un fou et employa même une autre ex- 
pression, qu'à la levée de la séance Renau- 
din joignit Carrier dans le second vestibule 
et lui demanda l'explication des deux 
expressions blessantes pour lui, qu'ils se 
montèrent et qu'on les sépara sur-le- 
champ; qu'alors Carrier sortit avec Ronsin 
qu'il tenait par dessous le bras, et s'écria 
en levant son bâton : Le premier bougre 
qui parlera des Cordeliers, qu'il se présente, 
je le lue. que Martin, collègue du déclarant 
au Tribunal révolutionnaire, était avec lui, 
lorsque ces propos furent tenus; 

2° Claude -Michel Martin, chirurgien, 
âgé de 40 ans, demeurant rue de Savoie, 
lequel a déclaré que, le 21 courant, Carrier 
monta à la tribune des Jacobins et rendit 
compte de ce qui s'était passé la veille 



aux Cordeliers, mais en débutant aurait 
dirigé contre Renaudin quelques expres- 
sions peu honnêtes, au sujet desquelles 
Renaudin lui demanda des explications, 
ce qui amena une altercation, que Carrier 
s'en alla avec Ronsin, qu'il tenait par des- 
sous le bras, et plusieurs militaires, qu'il 
entendit Carrier s'écrier : Sacré nom dhin 
Dieu, si quelques sacrés bougres veulent 
parler des Cordeliers, je le tue, je le lue, 
que là-dessus le déclarant dit à son col- 
lègue : 'N'aie pas peur, personne ne lui 
parlera, car personne ne veut être tué. 

27 ventôse an II (7 heures de relevée). 
Original, signé de Tlioumain, de ]\Iarlin cl de 
Dobsent, A. N.,W 76, n» 4. 

48. — Déclaration de René -Charles 
Mercereau, âgé de 30 ans, officier de paix, 
demeurant rue de la Montagne-du-Pan- 
théon, reçue par Etienne Masson, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, portant 
que, le duodi ou tridi de cette décade, 
étant de garde à la Mairie, Brutus, garçon 
de bureau, vint en claquant des mains 
d'un air joyeux et dit : Allons au pas, au 
pas, il faut un 31 mai, il y a 105 coquins de 
députés qu'il faut f... en bas, que le com- 
parant, en présence de Pessel, garçon de 
bureau, et autres, représenta audit Brutus 
combien ces paroles étaient déplacées et 
même criminelles, mais que ledit Brutus 
lui répliqua qu'il était un modéré, qu'il fal- 
lait une insurrection et rpiil avait lui-même 
aidé à poser le voile sur les Droits de 
l'Homme, qu'à toutes les remontrances du 
comparant Brutus fit semblables réponses, 
que ce Brutus, appointé très médiocre- 
ment, fait partout et au su de tout le 
monde une dépense au-dessus de ses ap- 
pointements et même infiniment supé- 
rieure ; 

Ajoute que Quinette, perruquier du com- 
parant, rue Saint-Jean-de-Beauvais, lui a 
dit que Piquenot, commissaire aux acca- 
parements de la section du Panthéon, te- 
nait semblables propos; 

Déclare encore que Foureau, commissaire 
municipal pour les saisies de biens natio- 
naux, demeurant rue des Aveugles-Saint - 
Sulpice, n" 49 ou 59, lui a appris que le 
commandant de la force armée de Mutins- 



30 



CilAPlTHE I". — JOriLNÉES IIISTOIUQUES DE l.A UÉVOLIITJOIS 



Soovola, dont il ij^'iKue le iium, (.iiinulc les 
fonctions de président du Coniilé l'évolii- 
lionnaire, de président du Coniilé de dis- 
cipline militaire, de président de l'Asseni- 
Mée i,'énérale et de président de la Société 
populaire, en violation de tous les prin- 
cipes de la liberté, (ju'cn raison de ce cu- 
mul et du despotisme (jui en découle, ce 
commandant se st)rait permis, de son au- 
torité, de se transporter avec une escorte 
de 20 hommes et un tambour à la com- 
mune de l'Egalité, chef-lieu de district du 
Département de Paris, à Teffet de se faire 
délivrer des subsistances pour sa propre 
et personnelle consommation, et cela à 
miimit, l'un des jours de la dernière dé- 
cade. 

Autre déclaration de Marie-Anne Le 
maire, femme Honnafaux, âgée de 51 ans, 
dont le mari est courrier du Déparle- 
mcnt de la <juerre, demeurant rue Saint- 
André-des-Arls, n" '.lO, reçue par le même 
Juge, de laquelle il ressort qu'à l'une des 
dernières séances du Club des Cordeliers, 
qui a jirécédé celle où la déi)iitalion des 
Jacobins est venue aux Cordeliers, elle 
a entendu Hébert dire hautement qu'il fal- 
lait une nouvelle insurrection et cent mille 
hommes de troupes révolutionnaires. 

27 ventôse an II (S heures du soii j. 
Original, signé de Mercereau, de la femme 
Donnafaux et de Masson, A. A'., W 70. 

49. — Déclarations des témoins suivants, 
reçues par Charles Harny, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, en présence 
de Fouquier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal, savoir : 

1° Léon Fernandez, âgé de 40 ans, mar- 
chand, rue du Colombier, n° 1077, section 
de rCnité, lequel a dit que la manière 
dont se sont comportés dans sa section 
les nommés Lacroix, Bereytter, Mathis, 
Lalande, commissaire de police, Sandos, 
lieutenant de canonniers, et tout le Co- 
mité révolutionnaire, lui adonné à penser 
qu'ils sont en partie vendus et livrés à la 
action que révèlent les manœuvres per- 
fides d'Hébert, Vincent, Ronsin et autres, 
attendu que tous ces êtres oiil toujours 
été les protégés et les prolecteurs de ces 
conspirateurs, el tous, sans ressources 



connues el sans nueurs, foui une dépense 
plus (pi'ordinaire, qu'oji leur a toujours 
entendu [)rè( lier oiivertenienL le meurtre 
et le [lillage, (juc peu de jours avant la 
découverte du coinplol, les nommés 15e- 
rc;';tter et Poulain, secrétaire de la sec- 
tion el (]u'on croit valet de la faction, lui 
ont dit ({lie sous peu il y aurait un second 
31 mai [)lus fort que le dernier, que quoi 
(ju'il ait éprouvé des vexations particu- 
lières de cette cli(iue et du Comité révolu- 
tionnaire, il n'en a aucun ressentiment 
el ce n'est (|ue par amour pour le hon- 
lieur de son pays ipi'il fait la i)résente 
déclaration, (ju'il soutiendia avec 4,000 
bons citoyens de la section; 

2° Etienne (nirysostomi, ûgé de 37 ans, 
tenant la maison garnie Moscovie, rue des 
Petits-Auguslins, n° 1.320, lecjuel a déclaré 
n'avoir aucune connaissance d'accai)arc- 
nienls ou d'enipêchenjcnts d'arrivages des 
comestibles à Pai'is, qu'il est très bien 
avec le Comité révolutionnaire de sa sec- 
tion, auquel il a prêté 2 ou 3 fois une 
salle pour des repas de fêtes avec des 
femmes et auquel il aurait dénoncé ces 
complots, s'il en eût entendu [)arler ; 

3° Jean-Charles-Joseph Varlay, âgé de 
31 ans, ouvrier ébéniste, rue de TEgout- 
Sainl-Antoine, lequel déclare avoir appris 
d'une fille Roze, cuisinière chez un méde- 
cin ou chirurgien, rue du Foin, près des 
Minimes, qu'il se fabriquait trois guillo- 
tines chez un charron, rue Saint-Louis, 
l'une d'elles pour la place de Grève, les 
deux autres pour la place de la Révolution; 

4° Marguerite-Françoise Villaume, femme 
Kroppcr. âgée de oO ans, demeurant 
grande rue du Faubourg-Saint-Antoine, 
laquelle a déclaré qu'il y a environ 8 ou 
15 jours elle a entendu dire qu'on faisait 
des guillotines, sans pouvoir préciser à 
quelle occasion ni par qui. 

28 venlose an II (1 1 heures du malin). 
Original, signé de Fernandez, de Ghrysostomi, 
Je Varlet,de la femme Kroppcr, de Fouquicr cl 
de Harny, A. N., W 78. 

oO. — Déclarations de citoyens de la sec- 
tion de Marat, reçues par Gabriel Deliège, 
l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, savoir : 

/ 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



31 



1» Antoine-Simon-Ferdinand Basan, àt;é 
de 30 ans, marchand d'estampes, rue Ser- 
pente, n°14, capitaine dans la garde natio- 
nale de la secliondeMarat et commissaire 
vérificateur pour l'emprunt, lequel a dit 
que la caisse a été battue, il y a plusieurs 
jours, dans la section pour faire lever le 
peuple en masse à l'efiet de se rendre à 
ia Commune, qu'il a entendu dire que 
c'était relativement aux volontaires et que 
la section avait pris un arrêté à cet eQ'et, 
mais que lui n'y était pas allé ; 

2° Charles Dougny, âgé de ijo ans, tail- 
leur d'habits, tenant maison garnie, demeu- 
rant rue Hautefeuille, n° 12, trésorier du 
Conseil de discipline militaire de la section 
de Marat, leque la fait connaître que dans 
l'assemblée de la section, ayant précédé la 
levée en masse des citoyens qui se sont 
rendus à la Commune, il entendit Ducro- 
quet, commissaire aux accaparements, 
proclamer qu'il fallait voiler les Droits de 
l'Homme et se porter en masse à la Com- 
mune, que Guespéreau lui succéda à la 
tribune et voulut faire un rapport concer- 
nant le beurre et les œufs, et que Momoro, 
président, lui refusa la parole en disant 
qu'il n'y avait que de mauvais citoyens 
pour venir interrompre les discussions 
de l'assemblée, lorsqu'il était question de 
prendre de grandes mesures. Le même 
ajoute que, la veille au matin, on lui fit 
apercevoir au-dessous de la croisée de sa 
boutique une marque ronde à la craie, 
figurant une roue, et il sait que plusieurs 
maisons de patriotes de la section sont 
marquées, les unes d'un D renversé, les 
autres d'une potence, les autres d'une 
guillotine, que le faubourg Saint-Antoine 
était en rumeur, parce que beaucoup de 
maisons s'y trouvaient marquées. Le décla- 
rant dit encore qu'à une assemblée de la 
section de Marat, fort nombreuse, qu'il 
croit s'être tenue le 10 courant, ChaumeLle, 
agent national, demanda ia parole et déclara 
de sa place qu'on avait beaucoup fait, mais 
rien encore pour le peuple, et principale- 
ment pour celui de la section de Marat, qu'il 
fallait désigner des locaux pour loger les 
femmes des Sans-Culottes de la section 
qui se trouvaient aux armées; qu'au lieu 
d'employer le Luxembourg à l'emprison- 



nement des prévenus, il fallait le consa- 
crer au logement des bureaux de la Guerre 
et placer l'Opéra au Théâtre-Français, et 
que cela ferait revivre le quartier, il tint 
encore d'autres propos qui échappent à 
ses souvenirs, mais qui dans leur ensemble 
lui ont paru avoir été tenus plus dans le 
dessein d'échaulfer les esprits que de 
servir la chose publique, et que le citoyen 
Le Roy, peintre, rue Hautefeuille, pourra 
donner des éclaircissements à cet égard; 
ajoute que dans la séance dont il a parlé 
ci-dessus, Ducroquet monta ii ou 6 fois à 
la tribune, toujours pour le même objet. 

28 ventôse an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Basan, de Dou2:nv et de De- 
liège, A. N., W 78. 

yl. — Déclaration de Charles Richard, 
âgé de 37 ans, tailleur, demeurant rue 
Git-loCœur, n°'j, reçue par Gabriel-Tous- 
saint Sccllier, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, portant qu'il n'a aucune 
connaissance de ce qui concerne les sub- 
sistances ni les affaires du jour relative- 
ment à la conspiration, si ce n'est que de- 
puis 18 mois un certain Loiseau, de Fon- 
tenay-le-Peuple, logeant à l'hôtel ci-devant 
Saint-Louis, à côté de chez lui, qui avait été 
arrêté par le Comité révolutionnaire de la 
section et mis en liberté, l'invita à dé- 
jeuner avec un ami qu'il attendait, et pen- 
dant ce déjeuner tint les propos les plus 
inciviques, annonçant que sous peu il y 
aurait un coup, que s'il se formait un parti, 
il s'y joindrait de suite, et que lui décla- 
rant lui adressa des reproches à ce sujet. 
Le lendemain, le même Richard, se pro- 
menant au Luxembourg avec son épouse, 
Loiseau vint lui frapper sur l'épaule par 
derrière, en lui demandant ce qu'il re- 
gardait, ledit Richard ayant dit qu'il re- 
gardait les prisonniers, Loiseau s'écria 
en poussant un soupir que c'étaient les 
plus honnêtes gens qui étaient renfer- 
més dans cette maison, le déclarant lui 
ayant répondu que si c'étaient des hon- 
nêtes gens, ils ne seraient pas là, Loiseau 
répliqua : « A/t.' ah! sily avait 200 hommes 
bien armés, on mettrait bientôt tout cela 
en déroute, qu'au surplus, il y aurait un 
coup sous peu de jours », ledit Richard 



M 



ciiAPiïm': 1 -^ 



JOim.NKIlS HISTOUIOIIES DE LA 1{KV()I,11TI(>.\ 



l'ayant invili' à se l;iirc, parft- (lu'il lui en 
ariivorail du mal, l'aulio répartit : « (''r^l 
<■;/((/, jr vi'iir mr faire i/uilloliinr », et il lo 
(|uitla en disant qu'il allait voir la fcinnin 
do Qiu'linoau qui avait été tiuillotiné la 
veille. AjcMite \o tnéinedép()sant(iiie Loiseau 
a été arrêté, le 27 venlAse, vers les heures 
du malin, après être resté plusieurs heures 
sur les toils et ajnès avoir iniililemenl es- 
sayé de s'échapper par le grenier de sa 
maison, dont il avait hrisé la fenêlre, la 
force armée ayant cerné la maison. Ob- 
serve enfin le môme qu'il a toujours eu 
des soupçons sur les nommés Momoro et 
Ducrocjuet, les ayant reconnus pour de 
mauvais citoyens et des intrigants qui me- 
naient toute la section avec un aplomb 
incroyable. 

28 venlôse an II (midi). 
Oriijinal, signé do Richard et de Scellier, 
A.N.,\\ 78 

1)2. — Déclaration additionnelle deFran- 
çois Farjaire, horloger, rue de Bourgogne, 
reçue par Etienne Masson, juge au Tri- 
bunal révolutionnaire, portant que le ci- 
toyen Hrizot, l'ayant aperçu aux Jacobins, 
s'était esquivé et que, le lendemain du jour 
où Collot d'Herbois était venu aux Cordc- 
liers, séance dans laquelle Vincent, Mo- 
moro, Hébert et Brutus avaient parlé dans 
le môme sens, l'un d'eux, ne sait lequel, 
observa que le discours de Collot était d'un 
homme adroit. 

'28 venlôse an II (i iicurc de relevée). 
Original signé, A. N., W 76, n" 7. 

;»3. — Déclaration de Jean-Louis Toutin, 
employé aux bureaux de la Guerre, de- 
meurant rue du Four-Saint-Ilonoré.n' 460, 
reçue par Pierrc-Noél .^ubleyras, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, faisant 
connaître que, le 12 courant, après la clô- 
ture de la réunion de la Société des Défeti- 
seurs, dont il est membre, il se forma, 
dans le lieu même des séances, un groupe 
de 6 personnes, où il entendit parler d'in- 
surrection et dire qu'il n'était pas encore 
temps, que dès que l'on entendrait le toc- 
sin, il faudrait se rendre à la séance, il 
croit môme, sans pouvoir l'assurer, que le 
jour du rassemblement était fixé au 14 de 
ce mois, qu'en sortant de l'assemblée, ils se 



léuuirent au nombre di; ii ou 6, parmi les- 
(jucls se trouvaient Fortin du Havre et 
Loiseau, |)our aller boire chez le marchand 
de vins, (|u'en s"y rendant. Fortin lui dit : 
« Oli là ! vous >'(iii)pl(nis sur Ini comme sur 7in 
solide'', le déclarant lui répondii : " Je serai 
loiijoitrs ce (/ne jdi élé », qu'ajurs avoir bu 
ils sortiient et, avant de se quitter, le dé- 
claranl, que le mot d'insuriection avait 
inquiété, demanda à Fortin ce (jue signi- 
fiait cette insurrection, quel en était l'ob- 
jet, ce (]uc l'on voulait faire. Fortin lui ré- 
pondit que c'était un second 31 mai, que 
l'on voulait se porter sur la Convention, 
l'entourer et demander la punition des 
traîtres qui étaient la cause de la disette 
existant dans Paris, que le déclarant, qui 
devait s'absenter pour ses affaires, dit qu'il 
ne pouvait s'en dispenser, et que, partant 
le 13, il ne pourrait être de retour le 15, 
Fortin lui répondit : « Hé bien! lu pourras 
arriver au moment de Vaelion et entendre 
de loin le son du canon, au surplus, où rjuc 
tu sois, ta présence sera toujours utile », que 
le déclarant partit le lendemain et resta 
absent jusiju'au 19. 

28 venlôse an II. 
Original, sicrné de Toutin et de Subleyras, 
.4.N.,W78.'^ 

;J4. — Déclaration d'Antoine Simon, âgé 
de 58 ans, officier municipal, ci-devant 
gouverneur du petit Capet, demeurant rue 
de Marat, n^32, reçue par Charles Harny, 
l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, faisant connaître qu'il était à l'As- 
semblée générale de sa section lors de la 
motion du voilemcnt des Droits de l'Homme 
elde l'arrôlé qui fut pris à cet égard, ce qui 
l'affligea, ainsi que son collègue ^Varmé, 
rjue, le lendemain, lors du rassemblement 
des citoyens de sa section pour se rendre 
en masse à la Commune, il fit tous ses 
efforts pour leseïi empêcher et les détermi- 
ner à n'envoyer qu'une députation, que 
n'y pouvant parvenir, il prit les devants 
pour avertir le Conseil général de celte 
démarche, qu'arrivés, ils furent assez mal 
reçus, ainsi que le lendemain, lors de leurs 
rétractations; qu'à l'égard des subsistances, 
il a vu avec chagrin que dans sa section 
le Comité révolutionnaire y a exercé des 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



33 



vexations et des injustices, en saisissant 
des denrées, telles que beurre, œufs, qu'il 
a assisté à la distribution de ces denrées 
dans les corridors des Cordeliers et qu'il 
en a fait l'observation au nommé Danjou, 
qui lui répondit brusquement: « Laisse- 
moi faire mon métier ou ma besogne», que 
c'était par ce moyen que l'on affamait les 
marcbés et qu'on laissait le plus souvent 
gâter ces denrées précieuses, qui n'étaient 
jamais soignées comme par les proprié- 
taires. 

29 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Simon et de Harny, A. N., 

00. — Déclaration de Jean Mottu, âgé 
de 33 ans, tablettier, rue de la Calandre, 
n° 51, reçue par Etienne Foucault, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, portant 
que s'étant rendu aux Cordeliers à la suite 
d'une députation de la Société des Hommes 
Libres qui conduisait quatre gendarmes 
mis en liberté, il vit à la tribune Hébert 
prononcer un discours, où il demandait la 
punition de Chabot et d'autres députés dé- 
tenus et déclarait qu'il fallait une insur- 
rection, ajoutant qu'il s'exposait beaucoup 
en tenant ce langage, que Momoro l'in- 
terrompit en lui observant qu'il y avait 
longtemps qu'il disait cela et qu'il avait 
promis de dénoncer les traîtres, qu'Hébert 
s'y engagea, que plusieurs voix du côté 
de la salle opposé à celui où seïtrouvait le 
déclarant s'écrièrent : S'il jj a des Pères 
Duchesne qui écrivent, il y aura des Pères 
Buchesne qui frapperont. 

29 ventôse an II (6 heures de relevée). 
Original, signé de Mottu et de Foucault, A.N., 
W76, n">4. 

o6. — Déclarations des témoins suivants, 
reçues par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° René Descoings, ugé de 43 ans, offi- 
cier de paix, demeurant rue du Temple, 
n° 142, lequel a dit qu'il y a environ 10 à 
12 jours, étant à se rafraîchir au café de 
l'Opéra avec l'un des commissaires civils 
de la section de Bondy, il vit entrer le 
citoyen connu à l'administration de Police 
sous le nom de Brutus, lequel s'étant réuni 
T. XI. 



à plusieurs autres qui se rafraîchissaient 
également, parla d'abord diversement des 
mesures révolutionnaires et finit par décla- 
rer que ce n'étaient que des demi-mesures 
et qu'il fallait que Paris, qui avait toujours 
commencé, se montrât encore et que l'on 
en f . . . 50,000 sur le pot d'un coup de filet, 
les désignant par les épithètes de mus- 
cadins, Feuillantins, Chapellains, signa- 
taires, etc., à quoi l'un des citoyens 
présents répondit, il faudrait avant tout 
commencer par en f . . . 6,000 et tant à 
l'embouchure du canon à mitraille, qu'a- 
lors les mesures proposées par Brutus 
pourraient être bonnes. Observe le décla- 
rant qu'il ne connaît pas Fauteur de ces 
propos, mais pourra néanmoins le décou- 
vrir, que ce langage avait plu aux uns, 
comme il apparut par les signes d'appro- 
bation par eux donnés, et déplu aux autres, 
ainsi que le montra le morne silence 
qu'ils gardèrent; que lors de la première 
arrestation de Vincent et de Ronsin, le 
même Brutus disait publiquement que 
c'était affreux de voir persécuter les pa- 
triotes, comme on le faisait, que, d'après 
ce qu'il a ouï dire, ce particulier tenait 
dans sa section les mêmes propos, et 
s'était vanté d'avoir lui-.même voilé les 
Droits de l'Homme. Ajoute le déclarant 
qu'il y a environ 6 semaines, étant à 
l'Opéra, il apprit que le citoyen Rocher, 
ex-sapeur et adjoint à l'état -major de 
l'armée révolutionnaire, y fut arrêté par 
les commissaires civils comme perturba- 
teur et fut réclamé par le citoyen Gram- 
mont, chef de l'élat-major, lequel s'en 
chargea sous sa responsabilité ; 

2° Jacot Villeneuve, âgé de 49 ans, offi- 
cier de paix, rue Haule-des-Ursins, n° 1, 
lequel a dit qu'il y a environ 6 semaines, 
le nommé Brutus, garçon de bureau à 
la Mairie, provoquait, dans une réu- 
nion de la Société révolutionnaire du 
10 août, à l'insurrection contre la Con- 
vention et les modérés, qu'il a renou- 
velé cette môme provocation à la So- 
ciété des Electeurs, se tenant au ci- 
devant Evêché, et notamment au bureau 
de police de la Mairie; le déclarant lui 
ayant marqué son étonnement de ce qu'il 
eût demandé la parole aux Cordeliers 

3 



34 



CHAPITRE I«'. — JOURNEES HISTORIQUES DE lA RÉVOLUTION 



après Collot d'Hcrbois, et lui ayant dit 
qu'il n'avait pas le sens commun, Briilus 
répondit que cela se pouvait. Le môme 
Jacot Villeneuve observe que Brdtus fait 
beaucoup de dépenses eu égard à son 
traitement, attendu quil ne devait pas 
recevoir plus que les autres garerons de 
bureau ; 

3° Pierre André, âgé de Gb ans, teintu- 
rier, rue des Canettes, n° ij22, lequel 
se borne à parler de rintluence de Vin- 
cent dans sa section; 

4° Guillaume Laloumet, âgé de 46 ans, 
garçon de bureau à la Mairie, demeurant 
cour de la Mairie, lequel a déclaré que sur 
l'invitation du citoyen Dubois, préposé à la 
Police, il se rendit aux Cordeliers, où il 
devait y avoir une séance intéressante, et 
trouva Hébert à la tribune, qui pérorait 
contre Chabot, Basire et autres détenus, et 
fit la motion de les traduire au Tribunal, 
disant que les armées étaient infestées de 
mauvais journaux et que le sien n'y par- 
venait pas, à quoi Vincent de répliquer 
qu'il n'y en avait pas deux patriotes, qu'il 
a entendu prononcer le mot d'insurrec- 
tion par Hébert, mais ne sait contre qui 
elle était dirigée, qu'il a ouï dire que 
Brutus avait fait voiler les Droits de 
l'Homme, et qu'il le connaît pour un 
individu d'un caractère vif et lâchant 
parfois des propos inconsidérés, et qu'il 
est quelquefois pris de vin. 

29 ventôse an II (6 heures de relevée). 
Original, signé de Descoings, de Jacot Ville- 
neuve, de Laloumet et d'Ardouin, A. A'., W7G, 
n" 4. 

57. — Déclaration de Jean-Noël Luchet, 
âgé de 50 ans, juge au 5* Tribunal, rue 
Sébastien, n°18, section Popincourl, reçue 
par François-Joseph Denizot, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, lequel a dit 
que, comme fonctionnaire public et tou- 
jours occupé de sa mission, il ne sait de 
la conspiration que ce qu'il a appris par 
les papiers publics, que s'il avait connu 
quelque chose de nature à compromettre 
la liberté et la sûreté du peuple, il n'aurait 
pas attendu d'être convoqué pour venir 
dire ce qu'il aurait pu savoir, faisant re- 
marquer qu'on a pu l'assigner au lieu d'un 
nommé Suchet, maître de pension, insti- 



tuteur, rue Saint-Muur, qui, en raison des 
(liilÏTenlt's missions dont il a été chargé 
l»ar sa section, pourrait plutôt que lui 
fournir quehiues rensoignemenls sur la 
conspiration qui a pu compromettre la li- 
berté et la souveraineté du peuple, pour 
laquelle tous les Français dignes de ce 
nom ont fait tant de sacrifices. 

29 ventôse an II (6 heures du soir). 
Originaljjsignc de Luchet et de Denizot, A. N., 
W 78, n<'4. 

58. — Déclaration de Jean- Baptiste- 
Henry Gourgaud-Dugazon, âgé de 48 ans, 
né à Marseille, artiste du théâtre de la 
République, demeurant quai Malaquais, 
maison Bouillon, n° 219, reçue par Fran- 
çois-Joseph Denizot, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, lequel a déposé des 
faits suivants : 

D'après les différentes vexations exer- 
cées depuis quelque temps contre les pa- 
triotes et contre lui en particulier, il a lieu 
de croire à l'existence de quelques com- 
plots contre la liberté et la souveraineté 
du peuple, s'étant plaint à Chaumetle de 
n'être plus reçu aux Jacobins, celui-ci lui 
répondit : Tu as tort de t'en plaindre, lu 
jouis de ta liberté, attends quelque temps, le 
moment oii on te rendra justice n'est pas 
encore venu. Le même Dugazon, ayant tou- 
jours sur le cœur l'injustice commise à 
son égard en lui retirant sa carte de Ja- 
cobin, pria un jour son confrère Mi- 
chot de la lui faire rendre, celui-ci lui 
objecta : Tu ne sais pas ce que tu de- 
mandes, tu es trop heweux, en ce mo- 
ment, de ne pas être de la Société des 
Jacobins et de la Société populaire, et sur 
sa demande d'explications, l'autre lui dit 
qu'ayant remarqué beaucoup de grabuge 
aux Jacobins, il avait voulu dire que dans 
de pareilles circonstances, l'on ne devait 
pas désirer de faire partie d'aucune So- 
ciété. 

Le déclarant ajoute que le député Bassal 
manifesta son étonnement de la nomina- 
tion de Laumur au poste de gouverneur 
de Pondichéry, en raison des propos par 
lui tenus dans un dîner au sujet de Du- 
mouriez, qui, à l'entendre, n'aurait jamais 
trahi, si on ne l'avait pas tant tourmenté ; le 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



3o 



connaissant très particulièrement, il sa- 
vait que Laumur était très constitutionnel. 

Autre fait attesté par le déclarant, le 
jour de la Pentecôte (v. style), passant sur 
le boulevard pour se rendre à Saint- 
Mandé, au moment où la troupe partait en 
poste pour la Vendée, un gendarme s'ap- 
procha de son domestique et lui dit : 
Voilà de beaux bougres, ils oient Vive le 
Roi! Ne pouvant y croire, il. lit courir 
après le gendarme, qui confirma le fait 
en question, et lui ayant reproché de ne 
pas l'avoir déclaré, le gendarme répondit 
qu'il avait voulu en faire sa déclaration à 
Saint-Denis, mais que la municipalité l'avait 
traité d'imbécile; alors Dugazon, jugeant 
la chose importante, au lieu de continuer 
sa route, se rendit de suite chez Bouchotte, 
ministre de la guerre, pour lui signaler 
cet incident, et Bouchotte l'ayant écouté, 
lui répondit : Il ne faut pas ébruiter cela, 
c'est peut-être le propos d'un homme saoul, 
il ne faut pas y faire attention. 

Le même Dugazon, instruit du nouveau 
complot par le bruit public, s'est ressou- 
venu que, quelque temps avant le 31 mai, 
il voulut faire une déclaration ayant trait 
aux affaires générales, mais détourné 
par plusieurs membres de la Convention 
dont il ne se rappelle plus les noms, de la 
faire, soit au Comité de salut public, dont 
on lui disait du mal, soit au Comité des 
Douze, quin'étaitpas mieux traité, il futcer- 
tain soir conduit par un député de la Breta- 
gne, nommé Kervelégan,à ce Comité, et là 
fit la déclaration suivante : « S'é tant trouvé 
un jour à dîner chez Joinville, ancien cour- 
rier des Messageries, rue Saint-Dominique, 
ancien hôtel Maguignon [sic), un nommé 
Balzac, employé dans les vivres, lui dit : 
Dugazon, ne vous mêlez plus de rien, on vous 
en veut, fai été d'un Comité secret à la 
Commune, il était question de frapper un 
grand coup, on avait la liste de tous les p)a- 
triotes sur lesquels on pouvait compter, ton 
nom y était; à la lecture de ton nom, il y 
eut un Imut le corps général, point de ce 
f... Dugazon, c'est un bavard et il ne sait 
pas donner un coup de poignard sans re- 
garder, il veut savoir qid il tue, et au 2 sep- 
tembre, il est cause qu'il nous en est échappé, 
fai pris ton parti et dit, comment Buga- 



zon, qui n'avait point d'autorité, a-t-il pu 
soustraire quelqu'un? pardi, me répondit-on, 
il venait devant tout le monde nous dire, si 
un tel est coupable, punissez-le, s'il est inno- 
cent, sa femme, ses amis demandent la le- 
vée de ses scellés, nous savions bien qu'il y 
en avait, mais il fallait (/u'ils la dansassent, 
comme les autres. D'après cela, reprit Bal- 
zac, je te conseille de quitter la place, de 
jouer la comédie, de rire et boire avec tes 
amis et ne plus le mêler de rien. 

Le déclarant ajoute, comme Balzac avait 
été à Bordeaux avec Doumerc, administra- 
teur des vivres, il serait essentiel de les 
faire venir tous deux pour leur demander 
quel était le grand coup qui devait alors 
être porté et par qui. 

Le même Dugazon demanda à Join- 
ville comment il était possible que Bal- 
zac fût dans cette confidence, à quoi il 
répondit que Balzac, se méfiant de quelque 
chose, leur avait payé une matelotte de 
10 louis à la Râpée, qu'il leur avait fait 
boire force bon via et avait été admis à 
leurs conciliabules secrets, mais que, par 
suite, il s'en était retiré, et que le conseil 
que Balzac lui avait donné était très pru- 
dent, que la déclaration en question de- 
vait se trouver au Comité des Douze, et 
que Balzac devait être à Soissons. 

Le déclarant n'a aucune connaissance 
des moyens qu'employent les ennemis du 
bien public pour affamer Paris, si ce n'est 
que le cousin de son domestique, venant à 
Paris avec du beurre et des œufs, fut ar- 
rêté près de Rambouillet par des hommes 
en écharpe,qui lui prirent beurre et œufs, 
en lui disant : Laisse -nous ton adresse, 
nous t'en ferons passer le montant, mais 
qu'il n'en a pas eu de nouvelles depuis ce 
temps-là. 

Le môme ajoute que, lors du départ du 
2" bataillon de la section de l'Unité pour la 
Vendée, il fut pris un arrêté pour empêcher 
leur départ et qu'à H heures du soir, il vint 
rendre compte de ce fait au Comité de 
surveillance de la Convention, qui en était 
déjà informé et donna de suite l'ordre et 
l'argent nécessaire pour faire partir le ba- 
taillon le lendemain, et pour s'assurer si 
l'ordre s'exécuterait, Dugazon se rendit le 
lendemain matin à l'Abbaye et fut étonné 



36 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



de voir que ceux qui leur faisaient la con- 
duite et portaient leurs fusils étaient les 
mêmes (|ui avaient organis»'; le massacre de 
l'Abbaye et avaient reçu un louis chacun, 
et pour se rendre compte de la réalité du 
fait, il le (it remarquer au commissaire Le 
(jangneur de La Lande, qui en avait l'air 
tout conlristé et qui lui dit : Je les vois 
comme toi et je les j'econnais. 

30 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Dugazon et de Denizot, 
A. N., W 76, n- 10. 

59. — Déclaration d'Etienne Chrisos- 
tomi, ûgé de 37 ans, tenant la maison 
Moscovie,rue des Petits-Augustins,n° 1320, 
reçue par Charles Harny, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, portant que 
depuis sa déclaration faite le 28 courant, 
il s'est remémoré un fait qu'il croit pou- 
voir être utile à la République et que sa 
conscience lui reprocherait de passer 
sous silence, savoir, que le 31 mai 1793, 
après être resté toute la journée sous les 
armes, sur le soir, il traversa le cloître de 
l'Abbaye-Saint-Germain et y renconti'a le 
nommé Lacroix, alors président du Comité 
révolutionnaire, avec 3 ou 4 de ses col- 
lègues et amis, et qu'il l'entendit dire fort 
en colère et d'un ton désespéré : Je n'ai 
pas pu me procurer de chevaux, le coup est 
manque, ou est encore manque, qu'il pense, 
d'après la conduite que cetindividuatenue 
depuis et la découverte du complot, qu'il y 
a lieu de croire qu'il était tramé depuis 
longtemps et que ce Lacroix en était ins- 
truit, mais qu'alors il ne lui soupçonnait 
pas de mauvaises intentions. 

30 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Chrisostomi et de Harny, 
A. N., W 78. 

60. — Lettre des administrateurs du 
Département des Etablissements publics 
à l'accusateur public du Tribunal révo- 
lutionnaire, appelant son attention sur 
la fermentation sourde qui depuis quelque 
temps règne dans l'atelier de filature du 
Midi, établi aux ci-devant Jacobins, dont 
le prétexte est l'inli-oduction d'un nou- 
veau tarif de filatures, substitué aux 
abus de l'ancien , mais qui doit avoir 



une autre cause, qu'elle a dû être excitée 
et entretenue par quelques secrètes ma- 
nœuvres, liées peut-être aux intrigues 
nouvellement découvertes. Le propos rap- 
porté dans la lettre du directeur de l'ate- 
lier du Midi, les visites et information 
y mentionnées, résultant d'un mémoire 
présenté à la Société populaire de la sec- 
tion de Marat par différentes ouvrières, 
information interrompue depuis quelques 
jours, les tentatives faites pour exciter la 
même fermentation à l'atelier du Nord, 
qui ressort de la lettre du directeur de 
cet atelier, toutes ces circonstances per- 
mettent de croire que l'agitation actuelle 
des ateliers de filature peut avoir des 
rapports avec l'affaire dont s'occupe le 

Tribunal. 

l»"" germinal an II. 
Original, signé de Daujon et de Levas.seur, 
A. N., W 76, n<'2. 

61. — Déclaration du citoyen Doucet, 
directeur de l'atelier de filature du Midi, 
exposant que les motifs déterminants de 
sa démission sont l'insubordination qui 
règne depuis quelque temps dans cet 
atelier et l'agitation occasionnée par un 
mémoire que plusieurs ouvrières ont pré- 
senté à la section de Marat, laquelle a 
nommé des commissaires qui sont venus 
dans les ateliers à son insu, sous la con- 
duite du portier, pour entendre les plaintes 
et les réclamations des ouvrières, ledit 
Doucet ajoute qu'il lui a été rapporté 
que des ouvrières avaient dit tout haut 
qu'elles s'en f... et qu'elles avaient le Père 
Duchesne à leur tête. 

!«'■ germinal an II, 
Original signé, A. N.,W7Q, n" 2. 

62. — Déclaration de Coquet, directeur 
de la filature du Nord, Faubourg Saint- 
Martin, attestant que, dans les premiers 
jours de la seconde décade de ventôse, 
deux ouvrières de l'atelier des Jacobins, 
actuellement du Midi, se présentèrent 
chez le portier, qui était de garde et se 
trouvait remplacé par la citoyenne Roze, 
ouvrière, à laquelle elles demandèrent si 
les ouvrières de l'atelier du Nord étaient 
contentes de leurs chefs, et qu'elles dési- 
raient lire dans les ateliers une pétition 



INSTRUCTION DU PROCÈS J)ES HÉBERTISTES 



37 



contre ceux de la maison, mais que la 
citoyenne Roze s'y opposa, 

l^' germinal an II. 
Copie conforme, signée de Levasseur et de 
Daujon, administrateurs du Département des 
Etablissements publics, A. iV., W 76, n° 2, 

63. — Déclaration de François- Marie 
Thiéry, âgé de 4.j ans, employé comme 
expéditionnaire au greffe du Tribunal ré- 
volutionnaire, demeurant rue de Bussy, 
n" lOOo, section de l'Unité, reçue par 
Charles Harny, l'un des juges du Tribu- 
nal, relatant les faits suivants : 

D'après ses vues politiques, le compa- 
rant a cru voir depuis plus d'un an s'our- 
dir le complot afireux, actuellement bien 
connu, lors du pillage du sucre et du 
savon, arrivé il y a environ un an, ce 
mouvement contre la liberté française ne 
lui parut point naturel, étant sous les 
armes ce jour-là, il remarqua des instiga- 
teurs et des « instigués », dévies et mœurs 
peu pures, en état d'ivresse, cherchant plus 
à exciter du trouble qu'à acheter ; il fait 
observer que desintrigants avaientà dessein 
fomenté ce trouble , afin de se ménager le 
peuple, en le trompant, ce qui le confirme 
dans cette idée, c'est qu'à sa section, des 
intrigants, qui, s'ils eussent été de bons 
citoyens, eussent été en armes à leur ba- 
taillon, se portèrent tranquillement à l'en- 
droit des séances ordinaires, où ils s'amu- 
saient à faire des motions contre les mar- 
chands, en persiflant d'une manière atroce 
les citoyens sous les armes occupés à em- 
pêcher le désordre; 

Le même Thiéry déclare avoir souvent 
remarqué que sa section était plus particu- 
lièrement que toute autre travaillée et gou- 
vernée par les agents criminels, imbéciles 
ou malveillants, de ce complot, à cause de 
l'influence exercée par Vincent, qui a tou- 
jours eu de chauds protecteurs parmi ses 
protégés, qui étaient en même temps ses 
agents; que tout d'abord ces agents ont 
écrasé tous ceux qui parlaient de vertus ré- 
publicaines en les invectivantetles maltrai- 
tant même, qu'ils se sont emparés, le poi- 
gnard ou le pistolet, orné de fleurs de lis, 
au côté, de la domination souveraine sur 
toute la section, et ont commis plus d'in- 



justices et d'horreurs que n'aurait osé le 
faire l'aristocratie qui les soudoyait, que 
cette clique a préconisé Ronsin, Boucholte, 
Vincent, Chaumelte, Hébert, Hanriot et 
l'armée révolutionnaire, que si par hasard 
quelqu'un s'avisait de se plaindre ou seu- 
lement de mettre en doute la vertu de ces 
Messieurs, il fallait sur-le-champ qu'il fît 
amende honorable sous peine d'être traité 
comme suspect, que toujours à leurs yeux 
Bouchotte était un vertueux patriote, avec 
Vincent pour mentor infaillible, auquel, 
disait-on, l'on pouvait s'adresser avec con- 
fiance, si Von était patriote; 

Que ce qui a paru caractériser les pré- 
paratifs de ce complot dans sa section, 
c'est la manière de se comporter lors des 
élections des autorités civiles et militaires 
de Paris, qu'après l'élection des trois pre- 
miers membres de la Commune, ces agents 
en possession de l'influence dont ils ont 
tant abusé, déléguèrent une douzaine 
d'entre eux à l'ell'et de se concerter avec 
toutes les sections de Paris dans une salle 
de l'Evêché, où les meneurs en chef de- 
vaient probablement leur indiquer ceux 
qu'il fallait adopter ou rejeter lors du 
scrutin épuraloire; effectivement ils rem- 
plirent si bien cette mission qu'ils reje- 
tèrent, sous de spécieux prétextes, tous 
ceux qu'ils avaient désespéré de corrompre; 

Que, lors de l'établissement des Comités 
révolutionnaires, celui de sa section fut 
par eux formé en contravention à la loi, 
et n'a jamais été ni renouvelé, ni réorga- 
nisé conformément à la loi, que seule- 
ment 2 ou 3 fois, vers les H heures ou 
minuit, lorsqu'il n'y avait plus qu'eux 
avec quelques affidés ou égarés, ils ont 
fait metlre sur le registre la confirma- 
tion de leurs nominations illégalement 
faites; que ce qui suffirait pour prouver 
la mauvaise composition* de ce prétendu 
Comité révolutionnaire, c'est que ce fut 
un certain Bereytter, banqueroutier, être 
immoral sous tous les rapports, qui dicta 
le choix de tous les membres, refu- 
sant toutefois d'en faire partie, en alléguant 
qu'il était un mouchard utile, qui devait 
être libre de toute attache pour pouvoir 
faire son métier, fureter, aller et venir, 
que seulement il surveillerait les membres 



38 



CHAPITRE I<'^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE UA RKVOI.ITIOX 



du ComiU'- et les imUrail au pas, ([uo tous 
les vrais patriotes, les uns indignés, les 
antres se retirant le cœur ulcéré, se 
demandèrent ce qu'ils allaient devenir, 
que ce Rereylter, en sa qualité de furet 
mouehard, savait d'avance que la loi qui 
allait intervenir, pour la formation des 
Comités révolutionnaires, avait pour but 
d'atteindre comme contre-révolutionnaires 
ceux qui avaient déjà prêché le pillage 
pour tenter une guerre civile et par suite 
la contre-révolution, sentant bien qu'elle 
l'atteignait, ainsi que ses complices, ils se 
nommèrent bien vite pour 6lre eux-mêmes 
indicateurs de firélendus contrc-révolu- 
tionnaiies; 

Grâce à cette composition de Comité 
vraiment contre-révolutionnaire, les as- 
semblées de section ont été longtemps 
désertées, mais le grand nombre d'incar- 
cérations, de désarmement de bons citoyens 
répandit la terreur et amena un rappro- 
chement, nombre de citoyens caressèrent 
ces tigres (presque tous acteurs des 2 et 
3 septembre) de crainte d'en être mordus. 

Pour assurer davantage le succès du 
complot, aujourd'hui découvert, et le 
concours des officiers du bataillon de la 
section, ils passèrent en revue les membres 
de l'état-majoret, sous prétexte de scrutin 
épuratoire, éliminèrent tous les officiers 
qu'ils n'avaient pu corrompre; 

Ou'en Assemblée générale du 10 ventôse, 
un étranger, lieutenant de la compagnie 
des canonniers, fit la motion expresse, 
qui fut appuyée par la clique qu'il va 
nommer, d'établir six guillotines, de gros- 
sir l'armée révolutionnaire et de s'emparer 
des subsistances dans les départements 
en guillotinant les propriétaires, moyen 
extrême, propre à éloigner les subsistances 
au lieu de les faire abonder à Paris; qu'il 
fut même fait la proposition eiïroyable 
d'établir sur tous les marchés de Paris, 
même dans tous les carrefours, diverses 
guillotines pour faire arriver des subsis- 
tances à Paris en y guillotinant tous les 
marchands, qu'il pense que ce moyen 
contre-révolutionnaire tient au complot 
et épouvanterait les approvisionneurs plu- 
tôt qu'il les attirerait à Paris, qu'on 
décida même dans cette Assemblée nom- 



breuse de rédiger une pétition à la Con- 
vention, conforme à la pi'emière motion; 
que depuis plus d'un au, il ne se prend 
d'arrêtés en Assemblée générale que ceux 
qui ont été combinés sans contradiction au 
Comité révolutionnaire ; 

Que c'est en al)usanl de leur prépon- 
dérance vexaloire qu'à la même Assem- 
blée générale, ils décidèrent de réclamer 
un de leurs membres nommé Lacroix, 
incarcéré aux Carmes par ordre des Comi- 
tés de sfirelé générale et de salul public, 
qualifié de chaud patriote, et qui, chose 
étrange, eût été assassiné, égorgé dans 
cette prison, si les ci-devant nobles ne 
l'eussent protégé ; 

Ajoute le déclarant qu'il regarde comme 
principaux fauteurs, adhérents ou com- 
plices du complot 'dans sa section les 
individus ci-après qui traitaient les ci- 
toyens ne parlant pas comme eux d'aris- 
tocrates, de Rrissotins, de Feuillantins, 
de royalistes, d'agents de Pitt et de Co- 
bourg, qu'il a toujours pensé que les noms 
de Pitt et de Cobourg dans ce cas n'étaient 
que dans la bouche de ceux qui en avaient 
l'argent dans la poche et faisaient des 
dépenses aussi insolentes qu'indécentes; 

Que ces êtres sont : 

1" Mathis, chef de la légion, ci-devant 
peintre, ami de Lafayette, son protégé, 
chargé des gardes d'honneur auprès des 
ci-devant Reine et Dauphin, dans le temps 
où ils jouissaient de leur liberté ; 

2° Janson, commandant de bataillon, 
ex-musicien de la Cour et de Monsieur; 

3° Lacroix, ci-devant procureur syndic 
à Chàlons, oii il se signala par sa lâcheté, 
puis chassé de la section des Cordeliers, 
où il contribua à faire délivrer un faux 
certificat de résidence à prix d'argent, puis 
devenu président du Comité révolution- 
naire de la section de l'Unité, par l'entre- 
mise de Vincent qu'il courtisa, obtint une 
mission dans les départements du Midi, au 
retour de laquelle il fut incarcéré ; 

4° Le Gangneur de Lalande, homme taré, 
sans mœurs comme sans pudeur, ex-pro- 
cureur au Chàtelet; 

5° Bereytter, ci- devantchevalier, banque- 
routier, ami de Vincent et d'Hébert, en- 
voyé par le pouvoir exécutif dans les dé- 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



39 



parlements, où il vexa et dégoûta les pa- 
triotes sous prétexte de les échautfer; 

6° Guérard, cafTard contre-révolulion- 
naire, principal meneur du Comité révo- 
lutionnaire, toujours armé de poignard et 
de pistolet ornés de fleurs de lis, aussi 
protecteur et protégé de Vincent, envoyé 
également en mission pour salir la Révo- 
lution dans les départements sous pré- 
texte d'y propager l'esprit public; 

7° Sandoz, tigre féroce, que l'on peut 
mettre en avant en- lui faisant bien la 
leçon, membre des Cordeliers,où il a pré- 
sidé le Club depuis la disette de président : 

8° Champion, agent d'Hébert dans sa 
section, être dangereux et préconisant la 
clique Vincent; 

9» Rousselin, son pendant, que l'on ne 
voit à la section que comme un oiseau de 
mauvais augure, prêchant la discorde et 
regorgement, annonçant toujours exac- 
tement les émeutes et le pillage, aussi 
agent du pouvoir exécutif envoyé en mis- 
sion, figure à la Krissot ; 

10» Albert, ayant à peu près Faspect et 
la voix d'un sanglier en furie, ne parlant 
que d'éventrer et égorger, premier auteur 
de la motion pour réclamer Lacroix, son 
ami, ainsi que de la ci-devant noblesse; 

H» Un petit Husson, furet incendiaire, 
employé dans les bureaux de Vincent, son 
protecteur et son protégé dans les sections ; 

12° Lecomte, commandant en second du 
bataillon, allemand d'origine, tailleur, sup- 
pôt du despotisme du Comité révolution- 
naire et des débauches du commissaire 
de police Lalande ; 

Que tous ces individus sont d'autant 
plus criminels que c'est en profanant au 
nom de la liberté celui d'un de ses mar- 
tyrs, qu'ils se présentent, en se qualifiant 
et faisant qualifier de Maratistes, peut-être 
même dans le dessein coupable de ternir 
la mémoire de ce grand homme. 

2 germinal an II (9 heures du matin). 
Original, signé de Thiéry et de Harny, A. N., 
W78. 

64. — Déclaration de Louis-Guillaume 
Armand, âgé de 32 ans, employé à la 
recherche des faux assignats depuis le 
mois d'août jusqu'à nivôse, ci -devant 



courtier de change, demeurant rue Fon- 
taine-Nationale, n° 38, détenu à la Force 
depuis environ 2 mois et auparavant à 
Reims, comme prévenu de complicité avec 
BurJandeux et Poupart-Beaubourg, décla- 
ration reçue par Amand-Martial Herman, 
président du Tribunal révolutionnaire, en 
présence de Fouquier-Tinville, portant 
qu'au mois d'août dernier, il a fait, chez 
le citoyen Maillard, commissaire du pou- 
voir exécutif, demeurant place de Grève, 
une déclaration d'après laquelle il consi- 
dérait le ci-devant baron de Batz comme 
un conspirateur, qu'il s'était alors chargé 
de faire arrêter, ainsi que ses complices, 
qu'il croit encore possible de l'arrêter, à 
Rochefort ou au Havre, que ce baron de 
Balz lui dit un jour avoir remis 100,000 
livres à Chabot pour aflaires qu'ils avaient 
ensemble, mais que lui déclarant n'a 
jamais vu ledit Chabot et ne le connaît 
pas. Ajoute ledit Armand que ce baron 
de Batz lui a dit dans le temps avoir des 
moyens sûrs de faire évader la Reine et 
d'amener la contre-révolution par le dis- 
crédit des assignats, grâce à l'introduction 
de faux billets danslaRépublique parla voie 
de l'Angleterre. Observe encore le déclarant 
que si l'on faisait des recherches dans un 
souterrain, où il devait cacher la Reine, 
dans une maison de Charonne, apparte- 
nant à d'Orléans et que le baron de Balz 
avait achetée sous le nom de la femme 
Grandmaison, sa maîtresse, l'on pourrait 
peut-être y trouver beaucoup d'or et d'ar- 
gent, destiné à payer ceux qui devaient 
coopérer à son projet, et il prétendait avoir 
pour cela deux millions en numéraire et 
plus, s'il le fallait. Déclare en outre le 
même Armand avoir entendu dire au 
baron de Batz qu'il était fort lié avec Hébert, 
qu'il faisait tout ce qu'il voulait avec lui 
et qu'il connaissait aussi Momoro. 

3 germinal an II (midi). 
Original, signé d'Armand et de Fouquier, 
A. N., W 78. 

65. — Déclaration de Duhem, représen- 
tant du peuple, reçue par Lanne, juge au 
Tribunal révolutionnaire, en présence de 
Fouquier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal, relatant les faits suivants : 



40 



CHAriTRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



Ayant connu CliaumcUc comme patriote 
avant le 10 aoiM, Dulicm le rencontra au 
Tribunal n'-volulionnairc, le jour où il dé- 
posa liaiis l'aU'airo des 22 riirondins,el lui 
offrit à dinei', Cliaumclle lui proposa de le 
mener plutôt chez lui, mais à la lin de la 
séance du Tribunal, il manifesta Tinlen- 
tion de le faire dîner avec le Père Uuchesne 
et d'autres palrioles. Comme le Père l)n- 
ohesiie avait dénoncé et très malmené 
dans ses feuilles Duliem, celui-ci ne s'en 
souciait guère, mais arrivant depuis peu 
de l'armée, n'étanl plus au courant de 
Paris et désirant connaître la vraie situa- 
tion des choses, il accepta néanmoins riiivi- 
tation,et le dîner, cjui eut lieu chez le Suisse 
du Pont-Tournanl, l'ut très fourni, très dé- 
licat et se prolonirea jusqu'à 10 heures du 
soir; au nombre des convives se trouvèrent 
Chaumette, Héberl, Taschereau, lîasile, 
Lebois, attaché à l'un des tribunaux de 
Paris; Basile et Uuhem voulurent payer 
leur écot, mais l'on s'y refusa, et Duhem 
ne sait qui solda la dépense, qui dut être 
considérable ; 

La conversation, que soutinrent princi- 
palement Chaumette, Hébert et Tasche- 
reau, roula sur les palrioles de la Mon- 
tagne, dont on passa en revue les actes; 
Danton et Barèrc et bien d'autres, dont 
Duhem ne se rappelle pas les noms, 
furent dépeints comme des scélérats qu'on 
ferait bientôt guillotiner, Chaumette et 
Hébert semblaient être sûrs de leur fait, 
comme s'ils eussent composé un tribunal 
national, el ils s'appesanlirent spécialement 
sur celte idée que Jamais la représenta- 
lion nationale n'est plus grande que lors- 
qu'elle fait mourir ses membres, ce qui 
découlait surtout de leur ton et de leurs 
manières ; 

Comme les dénonciations antérieures 
d'Hébert contre les Montagnards mettaient 
Duhem en défiance et qu'il n'était venu à 
ce dîner que pour observer, à plusieurs 
reprises il voulut mettre la conversation 
sur les grands fripons, les traîtres et les 
coquins qu'il avait vus dans la Belgique et 
sur les frontières du Nord, mais l'on sentit 
que Duhem allait tomber sur Ronsin, La- 
vallette et consors, attendu qu'il avait 
déjà dénoncé ces scélérats aux différents 



Comités et à la Convention, son intention 
était aussi de se faire mettre sur le tapis par 
ces Messieuis, car il n'était pas dupe des 
caresses affeclécs. des (cillades doucereuses 
et des santés répétées portées par le Père 
Ducliesne, il voulut donc à jilusieurs rc- 
]U'ises toucher Tune dos cordes sensibles 
dos conspirateurs, l'alfaire de la Belgique 
et des départements du Nord, mais Tasche- 
reau rinlcrrompil sans cesse en lui disant 
([u'on connaissait tout cela, il lui parut être 
au mieux avec le PèreDuchesne, qu'il tenait 
sous le bras en sortant du dincr sur la 
terrasse des Feuillants, et en se séparant 
à la porte du petit Carrousel, Iléhorl revint 
doux ou trois fois, écrasant hypocrilenient 
la main à Duhem, qui l'entendit en se re- 
tournant vers Taschereau dire on parlant 
de lui : Je ne me ftc pas trop à celui-là. 

Toutes ces circonstances convaincjuiront 
Duhem que le projet d'avilir et de dis- 
soudre la représentation nationale était 
réel, il en parlait à la Convention comme 
ayant son principal foyer dans les bureaux 
de la Guerre, et les machinations de La- 
vallettc et consors à Lille lui faisaient voir 
évidemment que tout cela se tenait. Depuis 
lors, des placards, dont Duhem remet un 
exemplaire, furent affichés à Lille par les 
amis de Lavallelte en faveur de Ronsin et 
Vincent, l'on y annonce une grande et ter- 
rible mesure qui ne peut être suppléée par 
aucune autre. Tous les intrigants du Nord 
étaient en correspondance inlinie avec 
ceux de Paris, plusieurs même furentarrêtés 
à Lille. L'étranger joua aussi son rôle dans 
ce complot, car un prisonnier autrichien 
déclara, dans le courant de juin dernier, 
qu'Anacharsis Cloots était l'agent employé 
pour diviser la Montagne, c'est alors que 
Courtois, collègue de Duhem, fut envoyé 
pour en instruire le Comité de salut public. 

3 germinal an II (4 heures de relevée) . 
Oritrinal, signé de Lanne, de Fouquier-Tin- 
ville et de Duhem, A. N., W 78. 

G6. — Déclarations des témoins sui- 
vants, reçues par Jean Ardouin, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Marie Wolff, âgée de 26 ans, demeu- 
rant rue de Bussy, n° 1008, laquelle a 
entendu dire il y a 2 ou 3 jours par le 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



41 



citoyen Gougel-Deslandes, rue Mazarine, 
n° 41, que le citoyen Lacroix, détenu à la 
Conciergerie, avait confié, après l'affaire 
du 10 août, au citoyen Deslandes, son 
mari, que le citoyen Robespierre était 
bien bête de ne pas être monté à cheval 
le 10 août pour se faire proclamer dic- 
tateur; 

2° Jean-Baptiste Charve, femme du ci- 
toyen Maurice Gouget, âgée de 32 ans, 
demeurant rue Mazarine, n° 41, laquelle a 
fait connaître que. quelque temps après le 
10 août, le nommé Lacroix, détenu, étant 
entré dans le cabinet de son mari, aurait dit 
que même en Révolution il ne travaillerait 
que pour de l'argent, qu'elle entendit dans 
la conversation que Lacroix parla de Ro- 
bespierre, mais sans pouvoir distinguer 
ce qu'il en disait, que son mari protesta avec 
énergie, déclarant qu'il avait combattu la 
tyrannie et qu'il ne souffrirait jamais la 
domination d'un seul homme, quel qu'il 
fût, que Lacroix calomniait Robespierre, 
qui était l'un des plus zélés défenseurs de 
la Liberté, et que si Robespierre était ins- 
truit de pareils propos, il le ferait mettre 
en jugement; ladite femme Gouget, in- 
quiète et désireuse de connaître les motifs 
de la réponse énergique faite par son mari 
à Lacroix, lui demanda quels propos il 
pouvait avoir tenus pour motiver une pa- 
reille réponse, que son mari lui répondit 
que ce Lacroix avait prétendu que Robes- 
pierre avait été bien maladroit de ne pas 
profiter de l'affaire du 10 août, que s'il 
était montéàcheval, entouré de ses amis, il 
auraitpusefaireproclamerdictateur, etque 
tous les bons citoyens devraient se réunir 
pour lui déférer ce titre ; 

3° Maurice Gouget-Deslandes, âgé de 
38 ans, détenu aux Carmes, lequel dit 
n'avoir connu qu'àlaSociétédesJacobins le 
citoyen Lacroix qui, vers le mois d'août 1792, 
vint lui demander comment l'on défendait 
au Tribunal de cassation, étant le défenseur 
officieux d'un homme qui s'était pourvu 
contre un jugement criminel rendu dans 
un département, ledit Lacroix revint chez 
lui sous le même prétexte et pria ledit 
Gouget-Deslandes de le laisser travail- 
ler dans son cabinet en demandant ce 
qu'il lui donnerait pour son travail, le 



déclarant répondit que les hommes de loi 
ne payaient pas les jeunes gens qui travail- 
laient chez eux, à quoi Lacroix répliqua 
qu'il ne travaillait que pour l'argent, 
même en Révolution, il lui parla ensuite 
des journées de septembre, fit, on ne 
sait à quel propos, intervenir le nom de 
Robespierre et s'exprima à peu près en 
ces termes : La terreur était dans tous les 
esprits, Robespierre devait monter à cheval, 
s'entourer de ses amis et se faire proclamer 
dictateur, le déclarant frémit en entendant 
de pareils propos et répartit : Avons-nous 
conquis la liberté pour avoir de nouveaux 
maîtres ? mais vous, jeune homme, pouvez- 
vous tenir un pareil langage, et pourquoi 
aller chercher un citoyen d'une probité révo- 
lutionnaire reconnue pour en faire l'objet 
d'une si atroce calomnie, lui-même vous 
ferait passer en jugement, s'il connaissait 
ce propos, et comme il serait fâcheux pour 
la Liberté de porter atteinte à la popularité 
d'un homme qui l'a si bien servie, j'enseve- 
lirai dans l'oubli ce que vous venez de me 
dire, le considérant comme un propos de 
jeune homme. Lacroix ne revint plus chez 
ledit Gouget qui ne le revit qu'à la section 
de l'Unité, où il avait réussi à entrer au 
Comité révolutionnaire. Ajoute le décla- 
rant qu'il y a à peu près 15 jours que ledit 
Lacroix a été mis en état d'arrestation et 
incarcéré à la maison des Carmes, où il le 
rencontra, au milieu d'un groupe, Lacroix 
lui ayant dit : Aurais-tu pensé que je serais 
ainsi arrêlé, ledit Gouget lui reprocha les 
propos qu'il avait tenus au sujet de l'ar- 
gent, le mettant au défi de le démentir, et 
lui dit : Oui, tu mérites d'être détenu, tu es 
un faux patriote. 

Depuis Lacroix obtint sa liberté et revint 
aux Carmes, où il dit à plusieurs détenus 
qu'il serait de la Commission populaire, 
qui devait juger les détenus ; quelques joui's 
après, étant venu dîner chez les gardiens, il 
prétendit avoir fait des rapports aux Comi- 
tésde salut publicet de sûreté générale con- 
tre ceux qui avaient tenu despropos surlui 
et qu'ils s'en repentiraient; le déclarant, vou- 
lant informer les Comités de la conduite de 
Lacroix dans la prison, écrivit, le 24 ventôse, 
au Comité de sûreté générale une lettre, 
qui est jointe à sa déposition. Le même La- 



CHAPITRK Ie^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



croix, pendant sii détention, se vantait d'aller 
tous les jours diner cluv. Miot et de dépen- 
ser 00 livres pour son dîner, recherchant 
des personnes (jui passaient pour dépenser 
lîiO livres par Jour, plusieurs détenus 
liourronl témoigner de ces faits; l'un d'eux, 
le citoyen ('hépy, rapporte que Lacroix, 
dans sa prison, en parlant de Hol)es[)iei're, 
aurait insinué qu'il était vindicatif, etChé|)Y 
lui aurait répondu : Tu n'es i/uun pynincc 
rn révolution, et tu attaques un hninme >iui 
est hi'rissé de vertus; le même Lacroix, au 
dîner du réfectoire, déclarait que les dé- 
tenus étaient les cautions responsables et 
nécessaires des événements politiques et 
que lui-môme s'attendait à être massacré. 
Certain détenu, du nom de Roques, aurait 
confié au citoyen (îouget qu'il avait la 
preuve morale de l'existence d'une liste, 
dressée au guichet, de 33 détenus qui de- 
vaient sortir le lendemain, Gouget lui con- 
seilla de s'assurer du fait et d'en avis(;r 
aussitôt les autorités constituées. 

3 germinal an II. 
Original, signé de Wolff, de Gouget-Des- 
landes et d'Ardouin, A. N., W 78. 

67. — Déclaration de Jean-François Rré- 
mont, surnommé Beaulieu, artiste du 
théâtre de la Cité, demeurant rue de la 
Barillerie, reçue par Pierre-Noël Subleyras, 
juge au Tribunal révolutionnaire, lequel 
fait connaître que le citoyen Mérignargues, 
son beau-père, qui habite à Villecresnes, 
se trouvant à Paris, le 2 germinal courant, 
et s'entretenant avec lui de la conspira- 
tion qui avait été découverte, lui dit qu'il 
sortait de chez le portier du Temple, mar- 
chand de vins, où, à l'occasion de cette 
même conspiration, l'on avait observé que 
certains individus, employés à la garde des 
prisonniers du Temple, étaient plus que 
suspects, ayant autrefois appartenu à la 
maison d'Artois, et, après s'être renseigné, 
lui remit la liste de ces suspects qui sont : 

Baron, concierge de la Tour, ci-devant 
frotteur d'Artois, et son épouse ; 

Mansel, gardien porte-clefs d'en bas, ci- 
devant balayeur et monteur de bois d'Ar- 
tois; 

Gourlet, geôlier et porte-clefs de la 
chambre des prisonniers, ci-devant domes- 



lique de Jubeau, concierge, garde-meuble 
général du juonslre d'Arlois; 

Angault, feuLier de la chambre des pri- 
sonniers, ci-devant argentier et garde vais- 
selle d'Artois ; 

Roquinstro, lingère des prisonniers, 
femme du garçon tapissier de Jubeau. 

6 germinal au II. 
Original, signe de Brémont- Beaulieu et de 
Subleyras, A. N., W 78. 

(i8. — Déclaration do François Prissol, 
âgé de 27 ans, cuisinier chez la veuve Du- 
plan, au Muséum, reçue par Jean Ardouin, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, 
faisant connaître que, dans le cours de 
l'été dernier, il avait vu le nommé Osse- 
mou, commis dans un bureau d'adminis- 
tration, venir manger plusieurs fois chez 
la citoyenne Duplan, avec une femme, et 
qu'il l'entendit tenir des propos propres , 
à exciter le découragement, même inci- 
viques et contre-révolutionnaires, qu'une 
fois, parlant de l'armée de Mayence, qui 
venait porter des secours en Vendée, il 
avait dit que cette armée n'arriverait pas, 
parce qu'elle avait été attaquée dans un 
défdé ou une embuscade, et qu'il en avait 
péri 14,000, que dînant certain jour avec un 
député, il lui disait que tous ses confrères 
ne savaient que des rapsodies et qu'il n'y 
avait pas un homme profond, qu'un autre 
jour, il leur fit l'éloge des bons repas qu'il 
prenait avec Hébert et plusieurs autres 
chez un banquier hollandais, demeurant à 
Passy, que sa compagne applaudissait vive- 
ment à tous ces propos, disant qu'on fai- 
sait des fêtes, qu'on prenait la cocarde na- 
tionale, qu'on décorait les maisons du dra- 
peau tricolore, mais qu'il n'y avait pas de 
pain et que bientôt les carmagnoles mour- 
raient de faim, cette femme ajouta, lorsqu'il 
fut question de partir en masse, que les 
hommes, ayant commencé la Révolution, 
s'en iraient aux frontières, et que les fem- 
mes égorgeraient la Convention et feraient 
la contre-révolution, sans compter d'autres 
propos dont le déclarant ne se souvient 
pas, étant occupé de son état. 

6 germinal an II. 
Original, .«ligné de Prisset et d'Ardouin, A.N., 
W 76. 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



43 



3. — Troisième chef d'accusation : 

Projet de massacres dans les prisons ; 
Confection de guillotines, 

69. — Déclaration de Pierre Bussey, 
âgé de 4o ans, fourreur, demeurant rue 
des Fourreurs, reçue par Pierre-André 
Coffinhal, juge au Tribunal révolution- 
naire, faisant connaître que le citoyen 
Brunet et sa femme, fourreurs, même rue, 
lui avaient dit que dans la section des 
Marchés, il s'était élevé une discussion sur 
les subsistances, et qu'un citoyen avait 
proposé, pour en avoir davantage, de luer 
les chiens et les chats, qu'un autre déclara 
que ce n'était pas la mesure à adopter, 
qu'il fallait tuer tous les prisonniers qui 
mangeaient les subsistances nécessaires 
aux citoyens, que pourtant le. citoyen qui 
tenait ce langage jouissait de la plus par- 
faite considération dans sa section, et 
l'on croit qu'il a été excité par des contre- 
révolutionnaires. 

20 ventôse an II (midi). 
Original, signé de Coffinhal, de Fouquier, de 
Ducray et de Bussey, A. N., W 76. 

70. — Déclarations de citoyens de la 
section des Marchés, reçues par Etienne 
Masson, juge au Tribunal révolutionnaire : 

1° François Coulon, âgé de 27 ans, mar- 
chand fourreur, demeurant rue des Four- 
reurs, section des Marchés, lequel fait 
connaître que, le 10 de ce mois, s'étant 
rendu avec son épouse à l'Assemblée de la 
section, il s'était retiré avant la discussion 
sur les subsistances, que, le lendemain, un 
garçon perruquier du sieur Danjou, cloître 
Sainte-Opportune, lui apprit que la discus- 
sion avait été très vive et qu'au cours des 
débats un citoyen avait déclaré que si les 
subsistances continuaient à manquer, on 
ne pourrait attribuer ce malheur qu'aux 
prisonniers et que quant à lui, il était 
décidé à se porter aux prisons pour y 
égorger les prisonniers, les foire rôtir et 
les manger; 

2» Bernard Morrain, âgé de 32 ans, gar- 
çon perruquier chez Danjou, place Sainte- 
Opportune, lequel a dit que, le 10 de ce 
mois, se trouvant à l'Assemblée générale 



de la section des Marchés, qui se tient à la 
Halle aux draps, il entendit le citoyen 
Bot, cordonnier, membre du Comité révo- 
lutionnaire de la section, au cours du 
débat sur la pénurie des subsistances, 
répondre à un préopinant qui affirmait 
que les prisonniers et détenus ne man- 
quaient de rien, que si l'on était sûr du 
fait, il n'était personne qui ne se portât 
aux prisons pour y égorger les prisonniers, 
les faire rôtir et les manger, que comme 
à Mayence l'on avait mangé du chat, ici 
l'on mangerait du chien, que cette motion 
lui parut avoir été improuvée par une 
partie de l'Assemblée et applaudie vive- 
ment par l'autre partie, composée princi- 
palement des femmes de la Halle ; 

3° François Méquin, âgé de 28 ans, 
garçon perruquier, cloître Sainte-Oppor- 
tune, lequel reproduit les déclarations 
de son camarade au sujet des propos 
tenus par le sieur Bot; 

4° Claude-Charles Martin, âgé de Soans, 
einployé à l'administration des biens na- 
tionaux, président de l'Assemblée géné- 
rale de la section des Marchés, lequel a 
dit ne pouvoir fournir aucun renseigne- 
ment sur les questions de subsistances et 
de salut public; 

0° Jacques Miel, âgé de 44 ans, écrivain, 
rue Franciade, n» 388, l'un des secré- 
taires de la section des Marchés, le- 
quel a fait connaître que, dans l'Assem- 
blée générale du 10 de ce mois, lorsque 
les commissaires de police et aux accapa- 
rements eurent exposé la difficulté de se 
procurer des subsistances et la nécessité 
de maintenir le bon ordre pour diminuer 
cette pénurie, une voix s'éleva et dit 
que cela ne pouvait pas durer et qu'il 
fallait en venir à un second deux septembre, 
que ce propos excita quelques rumeurs, 
mais que l'on passa à d'autres objets, 
que la figure et le nom de celui qui a tenu 
ce propos ne lui sont pas connus; 

6° Jacques -Isabelle Duparc, âgé de 
42 ans, mercier, rue Franciade, au coin 
de la rue de la Tabletterie, lequel déclare 
savoir qu'il avait été question, dans l'As- 
semblée de sa section du 10 courant, au 
cas où les subsistances viendraient à 
manquer, de se porter aux prisons pour 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUKS DK LA RÉVOLUTION 



y égorger les prisonniers, que cette pro- 
posilion excita du luniiille cl;ins l'ussetn- 
blée, qui était très nombreuse, mais qu'il 
n"a pu distinguer positivement qui en élait 
Tau leur. 

21, 21 ventôse an H. 
Original, signé de Coulon,(le Mt^quin, de Mar- 
tin, de Miel, de Duparc et de Masson, A. N., 
\\ 76. 

71. — Déclarations de citoyens de la sec- 
tion des Marchés, reçues par Ktienne Mas- 
son, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public, savoir : 

1" Jacques Saint-Amand, âgé de 37 ans, 
vice-président de la section des Marcliés, 
compagnon tourneur, demeurant rue de 
la Cordonnerie, lequel a dit que, le 10 de 
ce mois, il a présidé l'Assemblée de sa 
section et qu'il a été question de la pénu- 
rie des subsistances, mais n'a point en- 
tendu faire de propositions tendant à 
égorger les prisonniers, qu'il sait que le 
citoyen Renouvin, rôtisseur à la Halle, 
a trouvé, la dernière décade, sur sa chaise, 
une lettre invitant les femmes à se porter 
au nombre de 10 à 12,000 sur la Conven- 
tion, et que semblables lettres ont été trou- 
vées sur les places des marchandes voi- 
sines; 

2° Arcange Garabier, Agé de 02 ans, 
commis en bâtiments, demeurant rue de 
la Tabletterie, n° 109, lequel se trouvant, le 
10 de ce même mois, à l'Assemblée géné- 
rale de sa section,entendit un citoyen des- 
cendant la garde de Saint-Lazare déclarer 
que les prisonniers, au moins en partie, y 
faisaient bonne chère, qu'il y avait dans 
cette prison un traiteur bien approvisionné, 
et qu'une bouteille lancée d'une croisée 
était tombée à côté de lui ; 

3° Nicolas Poitra, âgé de 35 ans, perru- 
quier, rue de la Tabletterie, n» 109, lequel 
a dit que le citoyen Renouvin a trouvé à 
la Halle des lettres incendiaires, dont le 
comparant a entendu parler dans la So- 
ciété populaire de sa section; 

4° Jean-Henri Dengouil, âgé de 45 ans, 
perruquier, place du Cloître-Sainte-Oppor- 
tune, lequel entendit à l'Assemblée de sa 
section le citoyen Bot, cordonnier, rue de 
la Ferronnerie, faire une longue motion 



sur les subsistances et dire que, si l'on 
était convaincu que la disette provint de 
la consommation qui se fait dans les pri- 
sons, tous les citoyens n'hésiteraient pas 
à s'y porter, à faire rôtir les prisonniers 
et les manger, et de même qu'à Mayence 
on avait mangé du chat, l'on mangerait 
du chien ; 

"}° Jean- Louis Vilcaut, âgé de 30 ans 
2 mois, tablettier, rue de la Tabletterie, 
n" 89, leciuel dit qu'il fut question dans 
la Société populaire d'une lettre trouvée 
à la place du citoyen Renouvin, lettre qui 
a dû être portée au Comité de salut public; 

G" (iermain - François Varez, âgé de 
53 ans, épicier, rue do la Tabletterie, n°89, 
lequel, à l'Assemblée de sa section, a en- 
tendu le citoyen Bot parler sur les subsis- 
tances et demander qu'il fijt distribué 
plus de viande aux traiteurs des Sans- 
culottes qu'aux autres; 

7° Barlhélemy-Léger Trémeau, âgé de 
48 ans, marchand de drap, rue Franciade, 
n"^ 53 et 325, lequel a entendu dire que le 
commissaire de police de la section avait 
trouvé dans la Halle et dénoncé des lettres 
contre-révolutionnaires, également que le 
nommé Bot, connu d'ailleurs pour un bon 
citoyen, avait déclaré que, s'il était prouvé 
que la disette eût pour cause les repas 
somptueux des prisonniers, il faudrait les 
faire rôtir et les manger, que s'ils préten- 
daient faire manger des chats aux citoyens, 
on les mangerait comme des chiens. 

23 ventôse an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Saint-Amand, de Gam- 
bier et autres déclarants, de Fouquier et de 
Masson, A. N.,W 78, n" 4. 

72. — Lettre de Benoist, commissaire 
envoyé dans le département de l'Eure, 
détenu au Luxembourg, au ministre de 
l'intérieur, lui révélant l'existence d'un 
complot tramé par des hommes avides de 
sang, qui menacent la maison d'arrêt de 
scènes d'horreur, dont le 2septembre n'offre 
qu'une légère image, puisque ce jour-là, 
il y avait une espèce de tribunal dans chaque 
prison, tandis qu'actuellement le projet était 
de tout massacrer, hommes, femmes, en- 
fants, indistinctement, à l'exception d'une 
trentaine de personnes au plus, déclarant 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



43 



qu'il s'était concerté avec le citoyen Beau- 
sire, procureur de la commune de Clioisy, 
qui devait faire semblant de s'associer à 
ces projets et qui, après avoir acquis des 
preuves suflisantes du complol, mit au 
courant de ces sinistres projels Benoît, 
concierge de la maison d'arrêt, en l'enga- 
geant à ne pas perdre de temps, parce que 
la séance des Cordeliers avait tellement 
échauffé la têle des conjurés, qu'ils espé- 
raient qu'en exécutant leur dessein, ils se- 
raient portés en triomphe par cette So- 
ciété, et qu'ils avaient même pressenti 
Thouret, de l'Assemblée constituante, l'un 
des détenus; le même Benoist ajoute que 
le concierge les avait fait transférer, mais 
qu'ils étaient réunis dans la même maison, 
où ils trouveraient le moyen d'ourdir de 
nouveaux complots. 

23 ventôse an II. 
Original signé, A. iV., W 76, n» 13. 

73. — Déclaration de Marie-Joseph Mar- 
tin, dit Bourbon, surnommé Egalité, ser- 
gent du 1 1^ régiment de chasseurs, division 
des Ardennes, détenu à Saint-Lazare, reçue 
par Gabriel-Toussaint Scellier, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, portant 
que, le lendemain du jour où des affiches 
appliquées sur les murailles de Paris an- 
nonçaient le massacredesprisons,lacrainte 
et la consternation se répandirent dans la 
maison de Saint-Lazare, que, la nuit sui- 
vante, le déclarant ne put fermer l'œil et 
dit à son camarade de chambre, nommé 
Horix, natif de Mayence, qu'il n'avait guère 
dormi cette nuit, et qu'il s'attendait tou- 
jours à être massacré, que Horix répondit: 
Je ne l'aurais peut-être jamais été, ni vous 
non plus, parce que j'aurais parlé pour vous, 
que les Jacobins détenus dans la maison lui 
avaient dit: avez-vous un domicile pour vous 
y retirer, lorsque vous serez rendu à la li- 
berté, que leur ayant répondu non, ils lui de- 
mandèrent combien il lui fallait de jours 
pour se rendre en Allemagne, qu'il serait 
relâché dans 3 ou 4 jours. Le déclarant 
ayant comparé celte confidence avec le 
bruit du massacre des prisonniers, en 
conclut que cette proposition avait été 
faite à Horix pour qu'il allât annoncer aux 
ennemis l'insurrection qui allait éclater à 



Paris, afin qu'ils sussent en proliter, que 
cela lui parut si dangereux et si intéres- 
sant pour la République qu'il prit sur-le- 
champ le parti d'en instruire par écrit 
l'un des membres du Tribunal, qu'aussitôt 
ledit Horix fut appelé à déposer, et, à 
son retour, le déclarant lui demanda s'il 
avait fait part de ce qu'il lui avait confié, 
celui-ci répondit négativement, ledit Bour- 
bon en fut si indigné, qu'il le menaça 
d'en faire lui-même sa déclaration, que 
Horix lui dit pour toute réponse : Prenez 
garde à vous, car je vous démentirais et sou- 
tiendrais que cela n'est pas vrai. Observe le 
déclarant que le même Horix fréquente 
très intimement les nommés Desfieux et 
Moulin, jacobins détenus à Saint-Lazare, 
et que depuis l'arrestation de Ronsin,tous 
les Jacobins qui se trouvent à Saint-Lazare 
sont abattus et consternés. 

25 ventôse an II (1 heure de relevée). 
Original, signé de Bourbon et de Scellier, 
A. N., W78. 

74. — Déclaration de François Billet, 
aide d'office, demeurant rue Antoine, 
n' 222, reçue par Etienne Foucault, l'un 
des juges du Tribunal révolutionnaire, 
faisant connaître que depuis la mort du 
tyran, le nommé Fays, valet de chambre 
du citoyen d'Ormesson, même rue, n'a 
cessé de demander un roi, maudissant 
Marat et les Jacobins, que, dans le courant 
de juillet 1793, il a traité les autorités 
constituées de brigands et déclaré que la 
Convention ne valait pas un coup de fusil: 
que ces propos ont été tenus à la cam- 
pagne, commune d'Ormesson, que, le 
12 ventôse, il a dit que les Jacobins vou- 
laient septembriser les prisonniers, et que 
tant que l'on aurait des gens en place 
comme ceux qui y étaient, les choses 
n'iraient jamais bien, que, le 25 ventôse, 
ledit Fays, parlant des arrestations, s'ex- 
prima en ces termes : Voyez votre chaud 
patriote Hébert en qui vous aviez tant de 
confiance, on lui répondit : // faut voir ce 
qu'il a fait, et le déclarant ajouta, s'il est 
coupable, il faut le faire passer par la fenêtre, 
que le sieur Fays répliqua que le décla- 
rant n'aimait que le sang répandu, le 
sieur Billet reprit en disant qu'il n'était 



46 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



jamais plus content que lorsqu'on i)uiiis- 
sait les coupables, le même Fays, au retour 
des Assemblées générales des sections 
qu'il fréciuente. dit (jue ce sont des scélé- 
rats. 

26 venlùsc an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Billet et de Foucault, 
A. N.,W 78. 

7Î). — Déclarations des concierf,^e et jj:ar- 
diens de la maison d'arrêt de la Bourbe, 
reçues par Martial Herman, président du 
Tribunal révolutionnaire, savoir : 

i° Louis-Claude -Gilles Huyet, âgé de 
48 ans, concierge de la maison de suspi- 
cion de la rue de la Rourbe, Faubourg 
Saint-Jacques, lequel a dit n'avoir aucune 
connaissance particulière relative à la 
nouvelle conspiration, non plus qu'aux 
subsistances, qu'il n'a point remarqué de 
fermentation particulière parmi les déte- 
nus qui lui sont confiés, ni plus de mys- 
tère dans leurs entretiens, ils ont seule- 
ment paru craindre que les scènes du 
2 septembre ne se renouvelassent, et lors- 
qu'ils ont appris l'arrestation d'Hébert et 
autres, ils ont dit : Ces gueux-là nous au- 
raient fait tuer. Ajoute ledit Huyet que, 
conformément au décret du 24 de ce mois, 
il a cru devoir arrêter toutes les lettres 
adressées aux détenus et celles des déte- 
nus pour le dehors, jusqu'à ce qu'il sache 
si cette loi du 24 s'étend à tous les déte- 
nus par mesure de sûi'elé générale ou 
comme suspects, l'ordre qu'il a reçu de 
l'administration de Police à cet égard 
n'étant pas clair; 

2° François Dartevelle, guichetier à la 
maison de suspicion de la Bourbe, lequel 
a déclaré n'avoir appris qu'aujourd'hui la 
nouvelle trame ourdie contre la liberté, 
que les détenus de la Bourbe n'ont connu 
cette nouvelle que par les journaux, qu'elle 
n'a point altéré la tranquillité qui règne 
ordinairement parmi eux, qu'il n'a point 
remarqué depuis ce moment de concilia- 
bules secrets ni de changement dans leur 
conduite ; 

3» Ântoine-Séverin Levasseur, gardien 
de la maison de la Bourbe, qui déclare 
n'avoir remarqué parmi les détenus aucun 
mouvement particulier, aucun conciliabule 
secret, que lorsqu'ils ont appris l'arresta- 



tion d'Hébert et autres, ils ont dit seule- 
ment : Ces (jcns-là nous auraient fait sacri- 
fier. 

2G veiitosc ;i!i II (6 heures de relevée). 
Original, signé de Huyet, de Dartevelle, de 
Levasseur et d'IIerman, président, .4.A'.,W78. 

76. — Déclaration d'Etienne Poilleu, âgé 
lie :")4 ans, gendarme, demeurant rue de la 
Calandre, n" 22, reçue par Etienne Fou- 
cault, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, faisant connaître qu'il y a 
environ 2 ou 3 décades, reconduisant deux 
prisonniers que l'on transférait de la Con- 
ciergerie à Bicêtre pour les soigner de la 
gale, l'un d'eux dit à son camarade qu'il crai- 
gnait que l'on ne fit encore un massacre des 
prisonniers, que ledit Poilleu leur dit qu'ils 
n'avaient lùen à craindre, que le temps 
passé n'était plus, l'autre répliqua : Ah! 
tu ne sais jjas ce qui se passe, vous nètcs 
pas assez de monde pour l'empêcher ; 

Ajoute que, dans la première décade du 
mois de pluviôse, à l'époque où l'on 
arrêtait les bouchers, il se trouvait de 
garde à la Mairie où quantité de citoyens 
et citoyennes venaient faire des réclama- 
tions et causaient des subsistances, l'une 
d'elles dit qu'il était étonnant qiie l'on 
manquât de tout aussi promptemenl, un 
autre répondit que c'était sûrement la 
faute de ceux qui étaient à la tête, un 
autre reprit en disant : « je crois que 
l'armée révolutionnaire ne fait pas son de- 
voir », parce qu'il avait ouï dire que ceux 
qui la composaient étaient reçus à bouche 
que veux-tu chez les laboureurs et tous 
ceux qui avaient des denrées pour l'appro- 
visionnement ; 

Déclare encore le comparant que, le jour 
de l'arrestation de Ronsin, il faisait partie 
de la gendarmerie qui l'arrêta, il entendit 
Ronsin vanter son patriotisme et dire 
que Hanriot l'avait toujours bien soutenu, 
lors de sa première arrestation, et qu'il le 
soutiendrait peut-être encore, à quoi une 
femme, qu'il croit être celle de Ronsin, 
répondit : « A savoir, s'il ne serait pas com- 
promis », que Ronsin la tranquillisa et 
l'embrassa. 

26 ventôse an II (7 heures de^relevée). 
Original, signé de Poilleu et de Foucault, 
A. N., W 78. 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



47 



77. — Déclaration de Pierre-Jean-Bap- 
tiste Gillet, âgé de 32 ans, menuisier, 
gardien de la maison dite de la Bourbe, y 
résidant, reçue par Gabriel Deliège, l'un 
des juges du Tribunal révolutionnaire, 
portant que, le matin même, il a entendu 
dire à plusieurs personnes de lui incon- 
nues, qui sont venues apporter des vivres 
aux prisonniers, qu'on devait assassiner 
les gardiens, la garde et le guichetier de 
ladite maison d'arrêt de la Bourbe ou 
Port-Libre. 

26 ventôse an II (7 heures du soir). 
Original, signé de Gillet et de Deliège, 
A. N., W 78. 

78. — Déclarations faites par devant 
François-Joseph Denizot, l'un des juges du 
Tribunal révolutionnaire, par les témoins 
suivants : 

1° Antoine Buch, âgé de 35 ans, musi- 
cien allemand, demeurant à Paris, rue 
Neuve-Saint-Etienne, n" 146, lequel a dit 
qu'étant à l'Opéra, il a appris que les 
nommés Hébert, Ronsin, Vincent et autres 
avaient le projet d'égorger ou faire égor- 
ger les patriotes, que leur plan était de 
massacrer la Convention et les prisonniers 
détenus dans Paris, de donner la liberté aux 
uns et d'égorger les autres; ajoute qu'il a 
ouï dire dans le café des Artistes, rue Fa- 
vart, par le citoyen Fouquet, copiste au 
théâtre des Italiens, en présence du sieur 
Creetty, premier hautbois de ce spectacle, 
que les conspirateurs avaient déjà désigné 
un régent et que le Comité de salut public 
était à sa recherche pour l'arrêter, que ce 
Creetty lui avait dit qu'Hébert, Moraoro, 
Vincent et Ronsin, comme chefs de la 
conspiration, avaient projeté d'égorger les 
vrais Montagnards de la Convention et les 
Jacobins ; 

2» Jean-Robert Tarin, âgé de 41 ans, 
imprimeur, détenu à la maison de la 
Bourbe et, avant son arrestation, rue de 
Ciéry, n° 75, lequel déclare que, détenu de- 
puis 3 mois, il ne sait point ce qui s'est 
passé dans la ville, mais a ouï dire qu'on 
devait se porter sur les prisons pour égor- 
ger les prisonniers, que le peuple était las 
de nourrir des ennemis de la République, 
qu'il y a environ 3 semaines que Ronsin 



étant venu à la Bourbe, s'est rendu dans 
la chambre des frères Frey, beaux-frères 
de Chabot, qu'il connaît Hébert depuis 
quelques années et n'a vu en lui qu'un 
homme dont le moral n'était pas des plus 
purs, et dont la conduite n'était pas irré- 
prochable; 

3° Jean Polisson, âgé de 41 ans, garçon 
de rivière et membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section des Sans-Culottes, 
lequel a dit avoir vu un placard intitulé 
Ronsin, mais ne l'a point lu, qu'un jour, 
au mois d'avril ou de mai 1793, étant en- 
voyé par sa section à la Commune, il se 
présenta à Hébert pour lui faire part de 
sa mission, et que celui-ci le reçut fort 
mal et ne voulut pas l'entendre, et que le 
comparant se retira en se disant : Voilà 
un individu qui aime la Liberté, mais non 
l'Egalité. 

27 ventôse an II (7 heures de relevée). 
Original, signé de Buch, de Tarin, de Poils- 
son et de Denizot, A. N., W 78, n» 3. 

79. — Lettre du citoyen Savane à Fou- 
quier-Tinville, accusateur public près le 
Tribunal révolutionnaire, en son cabinet,, 
maison de Justice, l'avisant de l'existence 
d'un complot pour égorger les prisonniers, 
complot dont le bruit avait été répandu 
par un nommé Ménil-Durand, autrement 
dit Graindorge, qui, conduit chez le con- 
cierge de la prison, n'a pas voulu s'expli- 
quer; mais la rumeur n'en a pas été moins 
violente, et il parait que l'on devait tomber 
surtout sur ceux qui sont, ou qui passent 
pour patriotes, 

27 ventôse an II. 
Original signé, A. iV., W 76, n» 13. 

80. — Déclaration de Louis-Foy Duprat, 
âgé de 40 ans, homme de loi, rue Tique- 
tonne, n" 31, ayant habité durant neuf 
ans sur la section du Bonnet-Rouge, reçue 
par Charles Harny, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, relatant les faits 
suivants : 

Le sieur Duprat dit qu'il a été mis en 
état d'arrestation par ordre du Comité ré- 
volutionnaire du Bonnet-Rouge, le 26 oc- 
tobre dernier (v. st.), et envoyé sans avoir 
été entendu à la caserne de la rue de 



48 



CHAPITRE I'^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



St>vres, où il est resté trois mois consécu- 
tifs, vivant avec fraternilr et bonne union 
avec tous les (Irtenus, et (jiie durant cette 
délenlion, il a souvent entendu dire par 
les commissaires du Comité révolution- 
naire du Bonnet Rouge qu'ils ne connais- 
saient ni justice ni humanité, et (jue la 
Convention rendrait-elle un décret en fa- 
veurdesdélenus, cedécretserait-il apporté 
par le président, qu'ils n'y déféreraient 
que lorscjuc leur Comité l'aurait approuvé, 
(ju'il refusa même d'obéir aux ordres 
de la Police pour la levée des scellés chez 
lui, que dans différentes occasions, durant 
sa détention ta la caserne, il a entendu dire 
par Cahagne, l'un de ses co-détenus, que 
les commissaires du Comité du Bonnet- 
Rouge avaient assuré à sa femme qu'elle 
devait regarder son mari comme mort; 
([ue le 20 janvier (v. st.), entre 11 heures 
et midi, une force armée investit la ca- 
serne et que Le Brun, commandant en se- 
cond du bataillon de la section, appela 
30 détenus, du nombre desquels il était, 
pour être transférés, savoir: 10 à Saint- 
Lazare, 10 à Sainte-Pélagie et 10 à Picpus, 
dont il était, que Le Brun ne leur laissa pas 
seulement prendre quelques effets, mais 
même des voitures, qu'il fut, ainsi que ses 
9 compagnons, avec une escorte de cent 
hommes armés, conduit à pied à Picpus, 
mais que le concierge n'ayant pu en rece- 
voir que 5, il fut de ceux que l'on ramena 
à la caserne, el il entendit plusieurs fois 
les citoyens chargés de leur conduite répéter 
au peuple : Ce sont des agents de PUt et de 
Cobourf], ce qui excita beaucoup de rumeur 
et pouvait donner lieu à des violences et à 
des mouvements dangereux ; à 8 heures du 
soir, il fut conduit à Saint-Lazare, que de- 
puis qu'il est dans cette maison jusqu'à 
l'époque de la translation des prisonniers 
de la Force et de Bicêtre, tout y a été par- 
faitement tranquille; que le lendemain de 
leur arrivée, il constata que l'ordre n'élait 
plus le même, que les guichetiers parais- 
saient fort inquiets de ce qu'on leur avait 
envoyé 2 ou 300 individus qualifiés de hri- 
Qands, parce qu'ils brisaient tout et cher- 
chaient à s'échapper de toutes manières, 
qu'en eflet, plusieurs d'entre eux se sont 
évadés; que les prisonniers de Sainte- 



Pélagie, arrivés en même temps que ces 
I>H(/(uhIs, s'étaient plainls de la manière 
humiliante avec la(iuelle ils avaient été 
transférés et confondus, ce qui leur 
avait inspiré des craintes pour leur exis- 
tence, parce qu'ils avaient entendu dire à 
Sainte- Pélagie qu'il avait été question 
d'égorger les pi'évciius, à l'exception de 20 
ou 30, entr'aulres Ronsin,que depuis cette 
translation il a observé que les prisonniers 
de Saint-Lazare n'étaient plus tranquilles 
et qu'ils vivaient dans l'inciuiéludc et la 
défiance; que lorsque le général Hanriot 
vint pour la première fois établir la garde 
de cette maison, plusieurs détenus qui 
se tenaient aux croisées donnant sur la 
cour l'entendirent haranguer la garde eu 
ces termes : Mes camarades, je vous recom.' 
mande la j^lus exacte vigilance dans cette 
maison, parce qu'elle est pleine de scélérats 
qui n'attendent que la mort qu'ils ont bien 
méritée, je vous enverrai des cartouches, 
il ajouta ensuile qu'il xiouvait y avoir quel- 
ques innocents qui méritaient protection et 
secours. Ce discours, prononcé d'une voix 
assez haute pour être bien entendu, même 
des prisonniers, fut hué et approuvé toute- 
fois par quelques individus qu'il n'a pu dis- 
tinguer à cause de la grande affluence. Que 
depuis cette époque, à plusieurs reprises, 
il entendit dans la nuit tirer des coups de 
fusil, à ce qu'il paraîl, par des soldats de 
la section de Bonne-Nouvelle, contre des 
prisonniers qui avaient ouvert leurs croi- 
sées pour prendre l'air. Le déclarant 
rapporte qu'ayant établi une espèce de café 
dans sa chambre, il entendit Anacharsis 
Cloots, transféré du Luxembourg dans cette 
maison, déclarer que pour consolider la 
Révolution, il fallait mettre à bas 50, 000 têtes 
dans Paris, que peu de jours après, étant 
dans la cour avec le même Cloots, celui-ci 
avança que Robespierre était un intri- 
gant qui ne tendait qu'à la dictature, 
qu'il se popularisait de toutes les manières 
et qu'il avait fait imprimer un discours 
sur la religion à 40,000 exemplaires, afin 
de capter les suffrages des prêtres et des 
dévols; de plus, un étranger du nom deJou- 
bert, qui avait été au service de l'Empereur, 
s'entretenant dans son café avec le nommé 
Duparc, marchand de bois, lui dit : « Le Co- 



INSTRUCTION DU PROCES DES HEBERTISTES 



49 



mité révolutionnaire du Bonnet-Romje jouit 
de la confiance du Comité de sûreté générale, 
parce qu'il est le seul à la hauteur de la 
Révolution, et si tu ne te réconcilies pas avec 
Le Brun, commandant de la force armée et 
adjoint de ce Comité, tu ne sortiras jamais. 
Un autre délenu du nom de Simandi a 
déclaré, dans le même café, que les pri- 
sonniers de Saint -Lazare étaient tous des 
aristocrates, à l'exception de 20 ou 30, 
que pour le reste, un tiers serait guillotiné, 
un autre tiers exporté, et l'autre tiers 
busché, que le même individu a dit dans 
une autre occasion en pariant des aflaires 
du temps, il y aura pour les déportés un 
vaisseau à soupape; tous ces propos, insi- 
gnifiants alors, par suite des circonstances 
présentes pourraient donner lieu à des 
inductions que jugera le Tribunal, d'autant 
plus que le déclarant a entendu dire depuis 
par différentes personnes et par Bordeaux, 
guichetier, que tous devaient être égorgés 
ainsi que lui, que le nommé Saint-Charles, 
détenu, lui a dit, la veille, que Ronsin était 
venu dîner à Saint-Lazare deux fois et 
qu'il avait promis à plusieurs personnes 
de les faire sortir. 

29 venlôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Duprat et de Harny, A. N., 
W78. 

81. — Déclarations des témoins suivants, 
reçues par Antoine-Marie Maire, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Marc Soudet, cuisinier, demeurant 
rue des Filles-Saint-Thomas, n" 71, lequel 
a dit n'avoir aucune notion des placards 
incendiaires qui ont été affichés depuis 
peu dans Paris, mais ayant entendu dire 
que ceux qui prêchaient l'insurrection de- 
vaient dresser une quantité considérable 
de guillotines, il s'est rappelé un fait dont 
il croit devoir donner connaissance : Il y a 
environ 2 ou 3 jours, la femme de Gué- 
nard, peintre, demeurant rue de Ménil- 
montant, chez le marchand de vins, au 
cinquième, lui confia que son mari avait 
reçu la commande de peindre une guillo- 
tine, mais comme il n'avait pas d'argent 
pour faire les avances des couleurs, elle le 
pria de lui en prêter, après son refus basé 
sur son manque d'argent, le 23 ventôse, la 
T. XI. 



femme Guénard lui dit qu'elle avait trouvé 
à emprunter 36 livres, avec lesquelles elle 
avait acheté des couleurs, que même son 
mari avait commencé à peindre la guillo- 
tine en question, mais qu'on lui avait fait 
cesser son travail, ce qui la chagrinait 
beaucoup, ne sachant plus comment il 
serait payé, au surplus ledit Soudet ignore 
le nom d'aucun de ceux qui ont pu com- 
mander cet ouvrage à Guénard ; 

2° Guénard, peintre à Ménilmontant, le- 
quel a dit que le nommé Javon, charpen- 
tier, rue Popincourt, lui a proposé de 
mettre en couleur des poteaux, dont il a 
peint 4 sur 6, mais on lui a dit qu'il y en 
avait 12 à faire avec 2 échafauds, que le 
nommé Guédon, rue du Faubourg -du- 
Temple, au coin de la rue Nationale, lui a 
commandé ces deux échafauds neufs et 
les 8 poteaux, en ajoutant qu'on se servi- 
rait du tout sans les mettre en couleur. 
Observe ledit Guénard qu'on ne lui a com- 
mandé aucune guillotine. 

27 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Soudet, de Guénard et de 
Maire, A. N., W 78. 

82. — Déclaration de Marie-Anne-Doro- 
thée Kropper, veuve Héricourt, âgée de 
59 ans, marchande miroitière, rue du Fau- 
bourg-Saint-Antoine, n° 283, reçue par 
Charles Harny, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, pour compléter une décla- 
ration précédente, portant qu'il y a environ 
IS jours le citoyen Bonnet, miroitier, rue 
de Reuilly, qu'elle connaît depuis plus de 
30 ans pour un parfait honnête homme et 
bon patriote, en parlant des affaires pu- 
bliques, lui a dit que l'on faisait des guil- 
lotines, que, d'après le charpentier chargé 
de ce travail, tous les bois étaient préparés 
et prêts à peindre, qu'elle croit avoir fait 
cette réflexion, pardieu cet honffme va 
bien gagner de l'argent, qu'à ce moment 
il y avait quelqu'un chez elle qui fut 
témoin de ce propos, sans se rappeler 
qui, et qu'alors est survenu son chirur- 
gien, nommé Lasmesace, Grande-rue-du- 
Faubourg, près l'ancienne barrière du 
Trône, tenant maison de santé, mais 
qu'elle ignore s'il a entendu ce propos. 

Déclaration analogue de Jeanne-Fran- 



50 



CHAPITIŒ !•'. — JOUKNÉKS HISTOIUQUKS DK LA RÉVOLUTION 



çoise (îirau'J, à,i,'»''e de 41 ans, cuisinière de 
la ciloycnnc Héricoiul, laquelle a dit que, 
la veille, le iioiuiné IJoniiel, miroitier, se 
piési'iUa chez sa inaîlresse qui lui demanda 
commeiil allaient les guillotines, lui en 
ayant déjà entendu palier précédemment, 
et tjue ce Bonnet répondit qu'il y en avait 
cent et tant de faites pour les départe- 
ments. 

2'J vontôsc an II (10 liourcs du matin). 
Oriijinai, signe de la veuve Iléricourt et île 
Harnj, A. A'., W 78. 

Quatrième chef d^accusation : 

Projet d'affamer Paris en empêchant 
l'arrivage des denrées. 

83. — Délibération du directoire du dis- 
trict d'Ktampes, motivée par la présence 
sur le marché de Méréville de 4,000 livres 
do beurre et 10,000 douzaines d'œufs, res- 
tés invendus par Teflet d'une coalition cou- 
pable des coquetiers et des beurriers, dans 
un moment où la pénurie des subsistances 
à Paris est telle qu'un œuf s'y vend 4 sols, 
aux termes de laquclleledirecloire, instruit 
par la notoriété publique que le beurre et 
les œufs se colportent dans les maisons 
de Paris et s'y vendent bien au-dessus du 
maximum, ce qui n'aurait pas lieu si les 
denrées se vendaient en place publique, 
sous les yeux des magistrats, considérant 
qu'il existe une coalition contre la loi sa- 
lutaire du maximum et peut-être contre 
l'approvisionnement de Paris, qu'il y a 
même lieu de croire à un accaparement 
coupable, et que le point de réunion parait 
être à Montlhéry, considérant qu'il est de 
son devoir de démasquer et livrer les 
coupables au glaive des lois, considérant 
que si les denrées restées invendues sur 
le raarcbé de Méréville n'obtiennent pas 
un débouché, les petits marchands qui les 
recueillent dans les campagnes éloignées 
pour les porter sur le marché, seront dé- 
couragés et que l'approvisionnement de 
Paris sera infailliblement paralysé, ce qui 
pourrait entraîner les plus tristes consé- 
quences, arrête que la coalition des beur- 
riers et coquetiers sera dénoncée aux 
Comités de sûreté générale et de salut pu- 



blit;, il la Commission des Subsistances, à 
la Commune de Paris, Département des 
Subsistances, donnant mandat ùla munici- 
palilé de Mi'révillc de faire charger de suite 
et envoyer à Paris les beurres et œufs in- 
vendus, dont la valeur sera remboursée au 
letour à cha(|uc jjropriétaire, l'autorisant 
à faire toutes réquisitions à cet cll'et, in- 
vitant la municipalité de Paris à prendre 
les mesures nécessaires pour éviter les 
abus dont se plaint la municipalité de 
Méréville et pour assurer les arrivages 
efl'ectifs sur le carreau des Halles. 

3 ventôse an II. 
Extrait sitrné, A. A'., W 76. n° 8. 

84. — Lettre des républicains de la sec- 
tion du Finistère, au nombre de 43, for- 
mant un détachement de l'armée révolu- 
tionnaire, cantonné à l*ont-Charlier,au ci- 
toyen Le Hrigant, membre de la Société 
populaire de la section du Finistère, se 
plaignant de l'inaction où ils sont laissés, 
alors que leur mission devait consister à 
protéger les subsistances et à démasquer les 
complots des accapareurs et des traîtres, 
ils ont été employés à Caen et à Honileur 
à monter la garde, déclarant qu'ils de- 
vraient parcourir les campagnes et sur- 
veiller les fermiers, que tout est en abon- 
dance, beurre, œufs, fromage, que les ri- 
chards des campagnes s'entendent avec 
ceux des villes pour ne manquer de rien, 
tandis que les pauvres Sans-culottes ont 
bien de la peine à obtenir leur nécessaire, 
que sans doute l'aristocratie fait en sorte 
d'empêcher les denrées d'arriver à Paris, 
foyer du patriotisme ; au bas «le ladite 
lettre se trouve une délibération du Co- 
mité révolutionnaire de la section du Fi- 
nistère, lequel, après examen de la lettre 
ci-dessus, estime qu'elle pourra fournir 
des renseignements au Tribunal révolution- 
naire dans l'instruction du procès de Hon- 
sin et autres conspirateurs, et décide d'en 
envoyer ù l'instant copie au citoyen Fou- 
quier-Tinville, accusateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire, avec lettre d'en- 
voi de la même lettre par Le Brigant au 
Comité de surveillance du Département. 

16, 21 venlô.'ie an II. 
Copies conformes (2 pièces), A. A'., W 78. 



INSTRUCTION Dt' PROCÈS DKS HÉBERTISTES 



85. — Lettre des administrateurs du 
Département des Subsistances de la muni- 
cipalité de Paris à Fouquier-Tinville, accu- 
sateur public du Tribunal révolutionnaire, 
lui adressant trois pièces ayant rapport 
à l'approvisionnement de Paris, savoir : 
1" une déclaration du sieur Migon, ouvrier 
chez un fermier de Marcoussis, qui dé- 
nonce la vente de beurre à des citoyens, 
au lieu de le porter sur le marché; 2° une 
lettre du sieur Lerebour, maire d'Isigny, 
déclarant qu'il n'enverra plus de beurre, 
à moins d'ordres exprès, que celui de 
ce jour, 9 ventôse, reviendra à 36 sols à 
Paris, et celui qui partira le jeudi 17, à 
40 sols ; 3" une lettre du sieur Désiré 
Bellière, de Gournay, au sieur Lecontc, 
rue des Fourreurs, à Paris, annonçant qu'il 
devient impossible de se procurer du 
beurre, que les marchands forains achè- 
tent même à 40 sols, que tout se vend 
au domicile des fermiers, chez lesquels des 
intrigants viennent par des chemins dé- 
tournés pour en fournir les restaurateurs de 
Paris ainsi que les maisons de luxe des 
environs, et par ce moyen enlèvent aux 
Sans-culottes l'abondance, que par Saint- 
Germain-en-Laye, Argenteuil et Saint-De- 
nis arrivent du beurre et des œufs, qui ne 
vont jamais sur le carreau et que les trai- 
teurs payent des prix énormes, que les 
œufs reviennent à des prix exorbitants, 
jusqu'à 64 livres, sans compter les frais de 
voiture, 

17 ventôse an II. 
Original signé et copies conformes (4 pièces), 
A. iV.,W7C, n° 5. 

86. — Arrêté du Conseil général de la 
commune de Belleville, considérant que 
les plaintes multipliées, renouvelées chaque 
jour, en raison du prix excessif auquel les 
bouchers vendaient leur viande, ne permet- 
taient pas à la municipalité de fermer les 
yeux sur cet abus, qui paraît d'ailleurs en- 
couragé par les citoyens qui se prêtent 
à payer la viande au prix arbitrairement 
'fixé par les bouchers, ordonnant d'infor- 
mer par devant le commissaire de police 
tant contre les bouchers qui se permet- 
tent de vendre la viande au-dessus du 
maximum que contre les citoyens qui la 
payent au-dessus du prix fixé par ladite 



loi, décidant de faire, le lendemain matin, 
une quatrième et dernière proclamation 
qui rappellera les citoyens à l'obéissance 
stricte qu'ils doivent à la loi, portant enfin 
que toutes les denrées, destinées à l'aj^pro- 
visioniiemcnt de Paris et qui passeront par 
la commune, seront protégées et même 
escortées Jusqu'à la barrière pour donner 
à leurs frères de Paris des marques de 
leur attachement fraternel. 

17 ventôse an II. 
Extrait conforme, signé du secrétaire gref- 
fier de la municipalité de Belleville, A N., 
W 76, n» 5. 

87. — Lettre d'Eloy, agent national des 
subsistances à Etampes, au citoyen Pache, 
maire de Paris, accompagnant l'envoi d'un 
arrêté qui fera connaître, d'une part, le 
zèle du district d'Etampes pour ses frères 
de Paris, d'autre part, la cupidité et la 
malveillance réunies qui entravent la cir- 
culation des denrées et s'efforcent d'at- 
teindre un but coupable, qui est d'affamer 
les fondateurs et les plus fermes soutiens 
de la République, faisant remarquer que 
les marchands, qui étaient jadis dans 
l'usage d'approvisionner Paris de beurre 
et d'a'ufs,ont cessé de le faire, au lieu de 
porter aux marchés de Paris ces denrées, 
qu'ils acheliiient en très grande quantité 
dans les marchés de la campagne, ils ont 
préféré les vendre sur la route à des ac- 
capareurs, et lorsque les municipalités ont 
exigé d'eux la preuve du transport à Paris 
par la décharge des acquits à caution, ils 
ont suspendu tout à coup leurs achats; la 
preuve de ce fait réside dans un procès- 
verbal de la municipalité de Méréville,qui 
a provoqué l'arrêté du district d'Etampes, 
il appelle l'attention du maire de Paris sur 
une pareille manœuvre qui, grâce à la 
sollicitude de ce magistrat pour les inté- 
rêts du peuple, sera promptement déjouée, 
observant qu'il existe de pareils abus dans 
les districts de Janvillc, Neuville et Pithi- 
viers, où il y a très grande abondance 
d'd'ufs, de beurre et d'autres denrées, la 
plupart des cultivateurs manifestent le 
plus grand désir de venir au secours de 
leurs frères en portant ces provisions à 
Paris, mais ils sont arrêtés par la crainte 



CIIAIMTIIK l'^ - JOIMINKKS IIISTOUiUUi: S \)E LA HKVOI.UTION 



lie ne |imiv(>ir les Uaiis|H)rlt'r avec srirclé 
t'I (i\Hrf pilU's; il on esl d'autres tiui,niiis 
l)ar réiroïsiiie el la malveillance, ainie- 
raieiil tiiicrx laisser p(M'i.lre leurs (ienrées 
([ue de les envoyer à Paris, abus que Ton 
pourra faire cesser au moyen d'une sur- 
veillance particulière, et il termine en invi- 
tant le maire à prendre les mesures néces- 
saires pour faire arriver les denrées avec 
sûreté, dans lu persuasion (Hie la disette 
•lui afflige Paris cessera. 

17 venlùse an II. 
Original non signé, A. N., W 70, n° 8. 

88. — Rapport d'Eudes, membre du 
Conseil irénéral de la Commune, (|ui s'est 
rendu volontairement au marché des 
Droits-de-l'Homme, constatant ([u'un voi- 
turier avait été forcé, à Longjumeau, de 
laisser une partie des provisions de beurre 
et de fromage qu'il apportait à Paris, et 
qu'il l'avait invité à faire viser dorénavant 
sa lettre de voiture à l'effet de constater 
celte retenue, avec lettre d'envoi de Pache 
à Fouquier-Tinville. 

17, 18 ventôse an II. 
Oriarinal ï>igné et autographe (2 pièces), A. !\'., 
W 76^^ noo. 

89. — Lettre d'Eloy, agent national pour 
les subsistances à Etampes, aux adminis- 
trateurs du Département des Subsistances 
à Paris, signalant un abus très grave, re- 
latif à l'achat de volailles par des particu- 
liers, qui viennent d'être arrêtés pour avoir 
payé des dindons 24 livres la pièce dans 
un mauvais dessein, les priant d'en aviser 
le citoyen Pache, avec lettre d'envoi de 
Pache à Fouquier-Tinville de ladite lettre 
concernant des menées relatives à l'ap- 
provisionnement de Paris, et autre lettre 
des administrateurs des Subsistances pour 
le même objet. 

10, 20, 21 ventôse an II. 
Kxtrait conforme, si.^né de Cliam peaux, au- 
tographe de la main de Pache, et original, signe 
de Champeaux, A. iV., W 76, n" ô. 

90. — Lettre de Pache à Fouquier- 
Tinville, lui adressant deux pièces que 
vient de lui remettre la Commission des 
Subsistances et approvisionnements, la 
première, une déclaration faite, le 10 ven- 



lùse, à la siHîlion Popiiicourt, par le sieur 
(îaspard Picrie, ouvrier à Trainel, el Anne 
Kliol, sa femme, (ra])rés la([uel!e la com- 
mune, le Coinilé révolutionnaire el la 
Société populaire de Colombes avaient pris 
un arrêté interdisant, sous peine de con- 
fiscation el d'amende, la sortie d'aucune 
denrée à destination de Paris, la seconde, 
une lettre adressée de Sacy-le-Crand, le 
7 ventAse, par un sieur Duroil à son ne- 
veu, le citoyen Morciei-, menuisier, rue 
des Trois-Pislolets, h Paris, l'informant 
qu'il s'était rendu, le 'ô ventôse, à Pont- 
Sainle-Maxence pour remettre au messager 
un panier à son adresse contenant G livres 
de beurre el IJH (rufs, qu'il avait été arrêté 
par la garde et conduit devant le maire, qui 
ne voulut pas autoriser l'envoi en disant, 
puis(jue Paris garde bien son sucre et son 
savon, on peut bien garder ce qui leur 
serait favorable, et le beurre lui fut payé 
à raison de 20 sols la livre el les œufs 
25 sols, prix du maximum et qui n'est 
pas celui de Senlis. de Clermonl et de Lian- 
court. 

18 ventôse an II. 
Autoi,'rap]ic et originaux signés (3 pièces), 
A. N., W 76, n» 5. 

91. — Délibération du Conseil général 
de la commune de Belleville, ordonnant, 
après audition de témoins, la mise en état 
d'arrestation des citoyens Trouard, pre- 
mier lieutenant de la garde nationale, et 
Jean Sibilol, officier municipal, pour avoir 
rédigé de commun accord et écrit un pla- 
card affiché dans le corps de garde, annexé 
à la délibération, placard qui recomman- 
dait très expressément aux officiers du 
poste de tenir la main à ce qu'il ne fût 
délivré de viande par les bouchers à aucun 
citoyen ou citoyenne de Paris et de la Cour- 
tille, et à la sentinelle de ne laisser passer 
aucune subsistance prenant la roule de 
J'aris. 

18 ventôse an II, 

Copie conforme et original (2 pièces), A. N., 
W 76, n" 5. 

92. — Déclaration du citoyen et de la 
citoyenne Roullon, marchands de beurre, 
d'œufs et de fromage, venant à Paris toutes 
les décades, portant que leurs marchan- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉREHTISTES 



53 



dises proviennent de Bondoufle, district 
de Corbeil, et qu'ils les achètent chez des 
fermiers, qui ne refusent point de les 
vendre, mais que la commune y met 
opposition, lesdits fermiers ayant fait 
observer que jamais ils ne vendaient leurs 
marchandises chez eux et qu'ils les ame- 
naient à Paris, le Comité de surveillance 
n'élant d'ailleurs composé que d'ouvriers 
travaillant chez lesdits fermiers. 

18 ventôse an II. 
Original signé, A. iV., W 7G, n^ô. 

93. — Lettre des administrateurs des 
Subsistances de la municipalité de Paris 
à Fouquier-Tinville, accusateur public près 
le Tribunal révolutionnaire, lui adressant 
un extrait du registre de leur correspon- 
dance, où il pourra voir tous les effets de 
la malveillance et utiliser cet extrait pour 
son rapport. 

18 ventôse an II. 

Original, signé de Louvet, et copie conforme 
(2 pièces), A. N., W 76, n» 5. 

L'extrait en question est intitulé : « Notes 
remises à l'accusateur public du Tribunal révo- 
lutionnaire par les administrateurs des Subsis- 
tances de la Commune de Paris, prises sur leur 
correspondance. » 

94. — Déclarations des témoins suivants, 
assignés pour déposer contre les auteurs 
d'écrits et pamphlets incendiaires et contre 
ceux qui cherchent à inquiéter le peuple de 
Paris sur les subsistances en empêchant 
l'approvisionnement, reçues par Jean Ar- 
douin, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1" Pierre Dubois, âgé de 61 ans, admi- 
nistrateur du Département de Paris, de- 
meurant quai de la Monnaie, section de 
l'Unité, lequel a déclaré n'avoir aucune 
connaissance personnelle qu'il ait été écrit, 
composé et affiché dans l'étendue de la 
Commune de Paris aucun écrit ni placard 
incendiaire et attentatoire à la repiésen- 
tation nationale, ni tendant à causer au- 
cune insurrection, à troubler le repos et 
la tranquillité publique, qu'il a seulement 
ouï dire dans le public qu'il a existé quel- 
ques-uns de ces écrits et placards, mais 
qu'il en ignore le contenu; qu'en ce qui 
concerne les subsistances, il y a environ 
10 ou 12 jours, la citoyenne RoUet, veuve 



de Rilter, horloger, quai des Orfèvres, vint 
chez lui, lui exposa la difficulté qu'il y 
avait de se procurer des comestibles, et 
lui dit avoir vu un fermier qui se plaignait 
de ce que les subsistances, ayant été ré- 
quisitionnées parles autorités constituées, 
se corrompaient et se perdaient chez les 
fermiers, faute d'avoir été enlevées, tandis 
qu'ils ne demandaient pas mieux que de 
les vendre ; le déclarant ajouta que la 
femme en question n'a pu lui dire le nom 
de ce fermier, mais qu'elle a une maison 
de campagne à Vineuil, près Chantilly, 
oîi elle passe une partie de l'année avec 
son mari; 

2° Louis-Joseph Mercier, âgé de 40 ans, 
menuisier et officier municipal, demeu- 
rant rue des Trois-Pistolets, n°14, section 
de l'Arsenal, lequel, au sujet des subsis- 
tances, dit qu'il y a environ 10 à 12 jours, 
un de ses oncles, habitant à Sacy-le-Grand, 
district de Clermont (Oise), lui fit l'envoi 
de o8 œufs et de 6 livres de beurre pour 
sa consommation et celle de sa famille, 
que ces denrées furent arrêtées à Pont 
par la garde nationale et apportées au 
maire, qui s'en empara en disant d'un ton 
inditférent que puisque Paris gardait bien 
son sucre et son savon, il pouvait bien 
garder aussi ce qui était nécessaire aux 
Parisiens; que le maire de Pont fit ven- 
dre le beurre à raison de 20 sols la livre 
et les œufs à raison de 25 sols le quar- 
teron, que la vérité de ce fait est attestée 
par une lettre au maire Pache. Aussi les 
citoyens de Sacy ne veulent plus porter 
leurs denrées et comestibles à Pont, où 
on les leur prend sans payer, avec me- 
naces, et préfèrent les porter à Liancourt 
et à Clermont; 

Ajoute le déclarant qu'il y a environ 
3 semaines, il a appris qu'un pourvoyeur 
de Saussay (Seine-et-Oise), conduisant au 
marché des Quinze- Vingts, Faubourg An- 
toine, une voiture chargée d'environ 2001i- 
vres de beurre, de 2 milliers d'œufs et au- 
tres comestibles, fut arrêtée, rue Saint- 
Paul, par un groupe de femmes, que le 
commissaire de police en ayant été ins- 
truit et ayant fait vérifier les papiers du 
pourvoyeur, eut beaucoup de peine à em- 
pêcher le pillage de sa voilure, qu'y étant 



CHAIMTIIE I". — JOUllNKKS HISTOUIQUES DE lA RÉVOLUTION 



parvenu, il lit conduirp la voituro à sa 
dt'sliiHilioii, oii les doiirrcs ont ôtr ven- 
dues, co poiii'voyonr, qui (lopuis 20 ans 
a[>|)ri)visionnait co inarclié, n'y nsl plus 
r»'V('!iii ; 

;{*> A iitoino-Jopopli Dolavioz, A£;('' (loi!) ans, 
ai^onl national de la commune de llayno- 
let. lefpiel fait connaîtie (jue les lialtilants 
apportent jomnellemenl à la ('omnmne de 
Paris leurs donr(''es, c'est-à-dire des lé- 
irumes et des fruits, et qu'ils ('prouvent 
(luelquefois des d('^sat;r(5nicnls de la part 
des revendeuses, qui se jettent sur leurs 
denrées et les ]>ayeiil ce (jii'elles juyent à 
pro])OS, mais qu'il ne sait pas que dans sa 
commune ni ailleurs aucun citoyen se soit 
oppos(^ directement ou indirectement à 
rapprovisionnenieiit de Paris; 

4» Denis Chevreau, Ac;c de i") ans, 
secrétaire-greffier de la municipalité de 
Hagnolet, lequel n'a point connaissance 
(luq personne ait tenté d'accaparer les 
denrées pour emp('^cher l'approvisionne- 
me.'it de Paris, que sa commune ne pro- 
duit que des fruits et légumes, qu'il a ouï 
dire que plusieurs marchandes des Halles 
accouraient au devant des citoyens de la 
commune qui apportaient des pommes de 
terre et les payaient à leur gré ; 

;')° Marie Champigiiy, femme du citoyen 
Rollel, perruquier, veuve de Ritter, hor- 
loger, demeurant à Paris, quai des Orfè- 
vres, n° 6, la(iuelle déclare éprouver 
toutes les difficultés possibles pour se 
procurer des subsistances, qu'elle ignore 
les causes de celte rareté, qu'il y a environ 
3 semaines, se trouvant sur la place de 
ThioMville. du côté du Pont-Neuf, elle 
s'approcha d'un groupe de femmes et de 
2 hommes, et entendit l'un de ces ci- 
toyens, qu'elle prit pour un fermier de 
la campagne, dire qu'il n'était pas éton- 
nant que Paris manquât de subsistances, 
qu'il avait chez lui une quantité de beurre 
et d'(rufs, qu'il était obligé de donner à 
profusion à ceux qui travaillaient chez 
lui, qu'il ne pouvait conduire ses denrées 
à Paris, parce (|ue son département les 
avait mises en réquisition, et qu'il préfé- 
rerait les vendre au maximum à Paris, 
plutôt que de les garder chez lui, ajoutant 
qu'elle ignore le nom, la demeure et le 



département du particulier qui a tenu ces 
propos ; 

C)" Louis-Pierre Bellel, âgé de 41 ans, 
commandant de la garde nationale du 
canton de F,iancoui'l, commissaire expert 
à la vente des biens nationaux, demeui^ant 
à Séneçon rt (Oise), l(M]iud fait connaître 
qu'un nommé Caffin, li;iltitant de liailleval, 
loge jonrnell(>ment tous ceux qui viennent 
au pays pour en enlever les denrées, mais 
qu'il ignore pour (jueile destination, que 
chez lui les pommes de terre se vendent 
2î) à 30 sols la hnlée, ce (|ui équivaut à 
deux boisseaux, mesuri; de Paris, (ju'il 
présuuK! ({u'il sciait facile d'en faire par- 
venir à Paris à peu de frais, qu'au surplus, 
comme bon citoyen, il prendra des ren- 
seignements sur les lieux pour découvrir, 
s'il en existe, les auteurs des manœuvres 
tendant à empêcher l'approvisionnement 
de Paris, et il fera passer les renseigne- 
ments recueillis à. l'accusateur public. 

18 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signe de Dubois, de Mercier, de 
Délaviez, de Chevreau, de la femme Rollet, de 
Bellet, de Fouquier et d'Ardouin, i4.iV.,W76, 
n" 3. 

95. — Déclaration de Simon-Alexandre 
Degland, âgé de 34 ans, ci-devant huissier, 
agent national de Vincennes, reçue par 
Charles Harny, juge au Tribunal révolu- 
tionnaire, portant que deux bouchers se 
sont présentés au Conseil de la commune, 
à l'effet d'inviter le Conseil général à dési- 
gner l'un d'entre eux pour fournir de la 
viande aux malades, et ont fait observer 
qu'il venait très peu de bœufs au marché 
et que, pour s'en procurer, il fallait les 
payer fort cher, qu'ils ne pouvaient pas la 
donner au prix du maximum, et que, pour 
éviter cet inconvénient, il pourrait arriver 
que l'on tiendrait des marchés au milieu 
des routes, qu'en conséquence, il se pro- 
posait de faire souvent des visites sur les 
chemins. Le déclarant observe en outre que 
la commune n'a pas lieu d'être contente de 
diiférents bouchers, qui se permettent do te- 
nir des propos et même d'insulter le com- 
missaire aux accaparements. Déclare de 
plus (iu'il paraîtrait convenable d'empê- 
cher que des gens se transportent de com- 
mune en 'commune, sous prétexte d'être 



INSTRUCTION DU PUOCÈS DES HÉBEHTISTES 



marchands, et d'enlever les jeunes cochons 
pour les conduire dans d'autres com- 
munes et les y vendre à un prix défendu, 
ce qui nécessairement produit la disette 
et empêche les marchés d'être fournis. 

18 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, .signé de Degland, de Fouquier et 
de Harny, A. N., W 7C, n°3. 

90. — Déclarations de citoyens de la sec- 
lion de la Cité, reçues par Charles Harny, 
juge au Tribunal révolutionnaire, en pré- 
sence de Fouquier-Tinville, savoir : 

1" Etienne Guyot Sainte-Hélène, âgé de 
53 ans, commissaire de police de la sec- 
tion de la Cité, demeurant rue des Mar- 
mousets, n° 38, lequel a dit, que le 11 de 
ce mois, sur les 4 heures du soir, il fut 
informé que la section de Marat distii- 
buait différentes denrées au .Marché-Neuf, 
qui est dans l'étendue de sa section, comme 
il apprit en même temps que l'ordre ne 
régnait pas entre les citoyennes, il s'y 
transporta, y trouva le Comité révolution- 
naire de la section de la Cité, ainsi que 
celui de la section de Marat, qui avait 
amené la force armée, qu'ayant essayé de 
rétablir l'ordre, il entra au corps de garde 
du Marché, où il vit des paniers de beurre, 
de fromages, d'œufs et de poires qui lui 
parurent pourries, ainsi qu'un panier qui 
lui sembla contenir deux poulardes et un 
faisan, que, le lendemain 12, ayant appris, 
sur les 8 heures du matin, que les den- 
rées en question n'avaient pas été distri- 
buées la veille et qu'elles restaient déposées 
au corps de garde, que depuis 5 heures 
du matin les citoyennes, exposées à l'injure 
du temps, en attendaient la distribution, 
il envoya l'adjudant de sa section au Co- 
mité révolutionnaire de la section de Marat 
pour l'inviter à y procéder le plutôt pos- 
sible, mais qu'il ne put s'en occuper plus 
longtemps, étant obligé de se retirer à son 
bureau pour délivrer des certificats de 
viande aux malades, femmes enceintes et 
accouchées ; 

Ajoute le déclarant qu'il y a environ 
4 jours, ayant passé la nuit à exécuter les 
ordres du Comité des assignats et mon- 
naies, il passa devant la porte du spectacle 
de la Cité, rue de la Vieille-Draperie, et y 



trouva affiché un papier incendiaire d'envi- 
ron 6 pouces carré, qui disait que la Con- 
vention nationale voulait faire mourir le 
peuple faute de subsistances, qu'avec son 
couteau il enleva le papier qu'il porta aux 
citoyens Raudrais et Froidure, adminis- 
trateurs du Département de Police, qu'il 
savait se trouver au spectacle, occupés à y 
faire la censure d'une pentomime qui 
devait être représentée le soir; ils remi- 
rent ce papier à un commissaire et le 
chargèrent de le porter sur-le-champ à 
l'administrateur du service à la Mairie; 

2" Jean-Claude Boissel, âgé de 46 ans, 
commissaire aux accaparements de la sec- 
tion de la Cité, y demeurant, rue Ilaute- 
des-Ursins, n° 8, lequel a dit avoir assisté, 
le 12 ventAse, à la visite du beurre, qu'il a 
trouvé très mauvais, qu'un marchand de 
vins de sa maison lui a rapporté qu'étant 
à Màcon, il n'a pu acheter de vin, parce 
qu'il était réquisitionné par un prétendu 
marchand de l'administration des hôpi- 
taux. Ajoute qu'une femme qui apporte du 
fromage à la pie a dit que les fermiers 
de sa commune ne voulaient point lui 
vendre de beurre, ce qui l'a empêchée d'en 
apporter; 

3° Jean-Baptiste Vanheck, âgé de 3y ans, 
commandant de la force armée de la Cité, 
demeurant rue d'Enfer, lequel a dit que 
dans la voiture conduite au Marché-Neuf 
par le Comité révolutionnaire de la sec- 
tion de Marat, il y avait de grands paniei^s 
de beurre et d'œufs, couverts de mauvaises 
pommes et poires, avec un panier de vo- 
laille et des sacoches pleines de gibier et 
de volaille, qui ont dû être remises à des 
particuliers sur leur réclamation, et que 
le panier de volaille a été enlevé par les 
commissaires de la section de Marat pour 
le vendre à la Vallée; 

4° Germain Lafond, Agé de 35 ans, ad- 
judant de la force armée de la Cité, de- 
meu.-ant cloître de la Raison, lequel dit 
avoir vu le commissaire aux accaparements 
de la section de .Marat, des membres du 
Comité révolutionnaire de cette section et 
de celui de la Cité, vendre du beurre et 
des œufs qui étaient dans un panier et se 
trouvaient dissimulés sous des poires; 

5° Germain Faucil, âgé de 33 ans, mem- 



l\6 



CHAPITKK I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



bre (lu Comité lévolulionnairc do la sec- 
tion de 1,1 Citô, doiiiciiraiit rue des Miii'- 
mousels, n" :.>0, lequel dit avoir vu dos 
paniers dNrid's, sur lesijuels était un lit 
de ponnues et île poires, vraisernl)lal)lemenl 
pour les cacher, que les o'ufs ont été ven- 
dus sur le marché à raison d'un sol la 
pièce, et le beurre, qui était très mauvais, 
24 sols, qu'il y avait aussi des paniers 
contenant de la v(jlaille et du ;.'il)ier, qui 
ont été conduits sur une charrctlc à bras 
à la section de Maral, mais ne sait quel 
emploi en a été fait; 

0" Jean-François Homard, âgé de 38 ans, 
lapidaire et membre du Comité révolution- 
naire de la section de la Cité, demeurant 
rue de la Vieille-Draperie, n° 10, lequel dit 
avoir vu plusieurs paniers contenant des 
(l'ufs, couverts d'un lit de poires et de pom- 
mes, pour cacher les œufs, et d'autres pa- 
niers de beurre très mauvais, que le tout 
a été vendu au maximum. 

18 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquicr 
et de Harny, A. N., W 76, n» 3. 

97. — Déclarations d'habitants de Car- 
rières-lès-Charenton, de Montrouge, de 
Chàtillon, de Fonlenay-aux-Roses, reçues 
par Marie-Emmanuel-Joseph Lanne,juge 
au Tribunal révolutionnaire, en présence 
de Fouquier-Tinville, savoir : 

1° Charles Cahouet, âgé de 49 ans, offi- 
cier municipal de ConflansCharenton, de- 
meurant aux Carrières de Charenton, le- 
quel a dit ne pouvoir citer aucun fait de 
nature à révéler aucunes malversations ou 
moyens de collusion que les malveillants 
pourraient employer pour empocher l'ar- 
rivée des subsistances à Paris, attendu 
(|ue, le territoire de la commune ne pro- 
duisant point en comestibles ce qui est né- 
cessaire pour la consommation des habi- 
tants, les malveillants y viendraient en 
pure perle; 

2" Jean Roulay, meunier aux Carrières 
de Charenton, âgé de Gli ans, lequel dépose 
dans le même sens; 

3° François-Léger Laly, carrier au Grand- 
Montrouge, lequel observe également que 
le territoire de la commune ne produit 



pas la (juantité de comestibles nécessaire 
pour la consommation des habitants; 

4" à 11° Jean-Mathurin (iilberl, épicier 
à Montrouge, Pierre Martine, menuisier à 
Chàtillon, Fi'ançois Thouand, agent natio- 
nal de la commune de Montrouge, Etienne 
iJilloré, agent national de celle de Fontc- 
nay-aux- Roses, JeanRaptiste Chaillou, vi- 
gneron à Fontenay- aux -Roses, Etienne 
RoniKijoan, jardinier- fleuriste audit lieu, 
Etienne-Sébastien Guétard, vigneron, agent 
national de la commune de Chàtillon, 
Jean-Raptiste Lambourion, notable de Chà- 
tillon, ne peuventrenseignersur les moyens 
criminels employés pour empêcher l'ar- 
rivée des subsistances à Paris. 

18 ventôse an II (11 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Lanne, A. N., W 70, n» 3. 

98. — Interrogatoires subis devant Charles 
Rravet, juge au Tribunal révolutionnaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public, par les témoins suivants, ha- 
bitants de Charenton, de Charonne et de 
Rercy : 

1° Pierre Desplanches, officier munici- 
pal de Charenton, âgé de Go ans, auquel il 
est demandé s'il a connaissance que des 
individus parcourent sa commune et celles 
voisines pour y acheter des subsistances 
en les payant un prix supérieur k celui 
que demandent les vendeurs, il répond 
que dans sa commune aucun des habi- 
tants n'a de comestibles à vendre ; il lui 
est également demandé s'il sait que cer- 
tains individus inspirent de la méfiance 
aux habitants de la campagne pour les 
empêcher d'approvisionner Paris, en leur 
disant que s'ils y portent quelque chose, 
on le leur volera, et s'il se poste des indivi- 
dus sur les différentes routes conduisant à 
Paris pour dérober les subsistances appor- 
tées par les citoyens, répond n'en avoir 
aucune connaissance, et si les habitants de 
Paris qui possèdent dans la commune des 
maisons de campagne ont dit que ceux qui 
apportaient des denrées à Paris étaient 
volés, répond n'avoir jamais entendu tenir 
de semblables propos; 

2" Rlondeau, âgé de 56 ans, marchand 
traiteur, limonadier aux Carrières de Cha- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



renton, membre du Comité révolution- 
naire de la commune, lequel dépose des 
mêmes faits que le précédent ; 

3» Pierre-Louis Vivier, ûgé de 38 ans, 
agent national de la commune du Grand- 
Charonne, auquel ii est demandé s'il n'a 
pas vu des personnes venant acheter des 
subsistances, et qui répond que différents 
particuliers de Paris sont venus dans sa 
commune, il y a environ 8 jours, pour y 
acheter de la viande, ce qu'il a empêché, 
attendu qu'il n'y en a pas pour la moitié 
des habitants; 

4» Claude Courcelle, àçié de 36 ans, 
membre du Comité de surveillance de la 
commune de Charonne, lequel répond aux 
mêmes questions dans le même sens que 
le premier témoin, et ajoute que, depuis 
quelques jours, des habitants de Paris se 
sont portés dans la commune pour acheter 
de la viande, mais sans causer aucun 
trouble, que d'ailleurs il n'existe dans la 
commune aucun contre-révolutionnaire ; 

5° Bernard Maniglié, âgé de 43 ans, offi- 
cier municipal du Grand-Charonne, lequel 
dépose des mêmes faits ; 

6° Jean-Baptiste Thiboust, âgé de 63 ans, 
agent national de la commune de Bercy, 
auquel il est demandé s'il a vu ou entendu 
dire que des malveillants se tiennent sur 
les grandes routes, aux environs de Paris, 
pour arrêter et voler les subsistances 
qu'on y apporte, a répondu n'en avoir au- 
cune connaissance, avoir seulement ouï 
dire qu'on avait vu sur la route de Cha- 
rentondes cufs cassés au pied d'un arbre, 
mais qu'il ignore si cela a été fait mé- 
chamment ou par accident; il lui est en- 
core demandé s'il a connaissance que, dans 
sa commune ou ailleurs, ou débile des 
écrits incendiaires pour inquiéter le peuple 
tant sur son sort que sur les subsistances, 
a répondu négativement, que la commune 
est assez tranquille et l'a toujours été; 

1" Nicolas-Paul Ilugot, dgé de 25 ans, 
secrétaire-greffier de la municipalité de 
Bercy, lequel déclare que la commune de 
Bercy, composée de maraîchers, apporte 
tout ce qu'elle peut avoir à vendre à Paris, 
quoique l'on offre aux marchands un prix 
supérieur à celui que l'on paye à Paris, et 
n'a pas entendu dire que l'on s'embusque 



sur les routes pour arrêter et voler les 
subsistances venant à Paris. 

18 ventôse an II (11 heures un quart). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier et 
d'Ardouin, A. A'., W 76, n" 3. 

99. — Déclarations d'habitants de Saint- 
Mandé et de Belleville, contre les auteurs 
d'écrits et pamphlets incendiaires et contre 
ceux qui cherchent à inquiéter le peuple de 
Paris sur les subsistances, en empêchant 
l'approvisionnement, reçues par Jean Ar- 
douin, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
ville, savoir : 

1° Louis Delille, âgé de 28 ans et demi, 
agent national de la commune de Saint- 
Mandé, lequel dit n'avoir connu que par 
les papiers publics les placards affichés 
depuis peu à Paris, tendant à la dissolu- 
tion de la Convention nationale, qu'il n'a 
pas connaissance qu'aucun citoyen de sa 
commune ni d'ailleurs ait mis aucun 
obstacle aux approvisionnements de Paris, 
qu'au contraire les citoyens apportent 
journellement leurs denrées à Paiis; 

2° Charles Boize, âgé de 31 ans, jardinier 
à Saint- Mandé, qui dépose des mêmes 
faits et dit que sa femme apporte journel- 
lement à Paris des légumes qu'elle vend 
sans aucun obstacle ; 

3" François-Henri Poydatz, âgé de 29 ans, 
aubergiste à Saint- Mandé et secrétaire de 
la Société populaire, lequel n'a connu 
l'affichage de placards que par les jour- 
naux, ne sait pas que les citoyens de 
Saint-Mandé aient cherché, soit par acca- 
parement, soit par leurs discours ou tout 
autre moyen, à empêcher l'arrivée des 
comestibles à Paris, qu'il aurait été le pre- 
mier à les dénoncer, s'il s'en fût aperçu; 

4° Jacques-Emery Ozeré, âgé de 27 ans, 
limonadier et membre du Comité révolu- 
tionnaire, Grande-Rue-de-Belleville, n" 91, 
lequel dit n'avoir aucune connaissance 
qu'on se soit opposé à l'arrivage de subsis- 
tances à Paris, et a seulement ouï dire par 
la rumeur publique que certains individus 
s'assemblaient sur les grandes routes pour 
arrêter les approvisionnements, mais ce 
n'est nullement dans sa commune, où on 
ne l'eût pas souffert. Ajoute après réflexion 



•8 



CHAPITHE l". — JOUUNÉES HISTOHIQUES DE LA UÉVOI.L'TION 



que le nommé Tou.'iid, oflicior do lu garde 
ualii)iiale, auniil alliché un t'ciit lendanl 
à ompèclior rapprovisioiinement de Paris, 
que cela lui a été rapporté par les autres 
riloyens du poste; 

,'i" Ktienne- Ambroise Hourhez, Agé de 
^0 ans, mercier, agent national de la com- 
mune de IJelleville, lecjuel dépose des 
m»\mes faits, en ajoutant qu'un parliru- 
lier, dont il ignore le nom, a écrit sur un 
arrêté de la commune, affiché au corps 
de garde, quelques mots relatifs aux sul»- 
sislances, que cet écrit a été remis au 
maire de la commune {)0ur en faire rap- 
port au Comité, et que le tout sera envoyé 
à l'accusateur public du Tribunal révolu- 
tionnaire ; 

G» Claude Beauny, âgé de 36 ans, em- 
ployé, notable de la commune de Belleville, 
lequel déclare qu'il y a environ 15 jours, 
étant de permanence au corps de garde, il 
vit écrite au bas d'un arrêté de la com- 
mune une recommandation aux faction- 
naires, au nom du Conseil général de la 
commune, d'arrêter les denrées qui pas- 
seraient pour l'approvisionnement de Pa- 
ris, recommandation attribuée au chef du 
poste, que le maire, informé par le décla- 
rant, fit enlever cet écrit pour en faire 
son rapport à la commune, que, dans la 
séance du 17 ventôse, le Conseil prit un 
arrêté portant qu'on ferait escorter, s'il le 
fallait, par la force armée, les comestibles 
destinés à l'approvisionnement de Paris, 
et que cet arrêté a été proclamé, le jour 
même, à 7 heures du matin. 

18 ventôse an II (midi). 
Original, signé des déclarants ci-dessus, de 
Fonquier et d'Ardouin, A. N., W 76. 

100. — Déclarations d'habitants de Vin- 
cennes, reçues par Etienne Masson, juge 
au Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Magloire Leroux, âgé de 34 ans, ins- 
tituteur à Vincennes, lequel fait connaître 
que le commissaire aux accaparements de 
la commune de Vincennes, bon patriote 
et consultant plutôt son zèle que la loi et 
les lumières nécessaires pour pareille 
fonction, a arrêté un troupeau de 98 porcs 
allant du côté de Paris et destinés au mar- 
ché de Montagne-du-Bon-Air, sous pré- 



texte que la commune de Vincennes man- 
quait de viande cl à l'instigation de cer- 
tains habitants, mais (luc le (-omité révo- 
lutionnaire les a envoyés à leur destina- 
tion, que d'ailleurs il laisse passer libre- 
ment toutes les denrées et marchandises 
dont les conducteurs sont pourvus d'ac- 
quits à caution, et pour les denrées ve- 
nant des maisons d(^ canqingne du dépar- 
lement de Seine-et-Marne, le Comité les 
fait expédier directement au Comité révo- 
lutionnaire de la section où l'envoi est 
adressé, à l'oirot de s'assurer s'il n'y a pas 
accaparement ou manœuvre coupable; 

■2° François-Joseph Fleuret, àgéde43ans, 
plombier et municipal à Vincennes, lequel 
a dit savoir que Vincennes compte actuel- 
lement une douzaine de bouchers ou mcr- 
candiers, qui, dans l'opinion publique, 
vont sur les routes y faire emplette des 
bestiaux destinés à Paris, avec un tel 
acharnement que les marchands suren- 
chérissent les uns sur les autres, que la 
cupidité des traiteurs des environs relient 
aussi de ces viandes dont les habitants de 
Vincennes manquent toujours; qu'il y a 
une quinzaine de jours, des citoyens et ci- 
toyennes sont venus se plaindre à lui, en 
qualité de municipal, de ce qu'un bœuf 
venait de passer entre les mains de 3 ac- 
quéreurs avec une majoration de près de 
200 livres, que tous les jours les laitières 
des limites des départements de Seine-et- 
Marne et de Paris apportent à l'entrée de 
Vincennes, du côté de Nogent, lait, beurre 
et œufs, qu'elles revendent à des mar- 
chandes (jui en augmentent le prix et les 
vendent à leur guise, que le bruit court à 
Vincennes que ces marchandes vont chez 
les fermiers et y achètent tout au poids 
de l'or; pour donner un exemple de cet 
égoïsme et de ses funestes effets, le com- 
missaire aux accaparements a verbalisé 
contre un boucher, rue de la Pissote, qui 
refusait de la viande aux indigents pour 
la vendre à des ci-devant bourgeois à un 
prix infiniment supérieur, que ces sortes 
de gens sont infiniment dangereux, en ce 
que, ne connaissant d'aulre Dieu que leur 
intérêt et leur commerce contre-révolu- 
tionnaire, leur moralité est plus que sus- 
pecte, et l'on n'ose les dénoncer, de crainte 



IXSTIIUCTION DU PKUCÉS DES HÉBERTISTES 



b9 



, d'être victime de la rage que doit leur 
causer la répression nécessaire de leurs 
crimes. 

18 ventôse an II (midi). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
■ et de Masson, A. .V., W 7G, n» 3. 

101. — Déclaration du citoyen Sanlerre, 
membre du Comité de surveillance de la 
commune de Bercy, reçue par Charles 
Bravet, juge au Tribunal révolutionnaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public dudit Tribunal, il lui est de- 
mandé s'il a connaissance que, par parole 
ou par écrit, des gens malintentionnés 
cherchent à égarer le peuple ou à l'inquié- 
ter sur les subsistances et à empêcher, par 
ce moyen, l'approvisionnement de Paris, 
il répond négativement; il lui est encore 
demandé s'il a connaissance que des mal- 
veillants parcourent les communes pour 
y acheter des denrées et offrent même 
un prix supérieur à celui qui leur est de- 
mandé, s'il sait que des mauvais citoyens 
s'embusquent sur les grandes roules pour 
arrêter et voler les subsistances qu'on ap- 
porte à Paris, a répondu négativement; 

En outre, il lui est demandé si dans sa 
commune il existe des personnes qui 
cherchent à troubler la tranquillité pu- 
blique par des propos calomnieux et in- 
cendiaires contre les différentes autorités 
consliluées, a répondu n'en point con- 
naître. 

18 ventôsG an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Santerre, de Fouquier et 
de Bravet, A. N., W 76, n» 8. 

102. — Déclarations d'habitants de Châ- 
lenay-la- Montagne et de Longjumeau, 
reçues par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, en présence 
de Fouquier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal, savoir : 

1° Denis Brûliez, âgé de 54 ans, agent 
national de la commune de Châtenay-la- 
Montagne, lequel dit n'avoir eu connais- 
sance que par les papiers publics des écrits 
et placards incendiaires affichés depuis 
quelques jours, qu'en ce qui concerne les 
arrivages de subsistances à Paris, il ne 
sait pas qu'aucun citoyen y ait porté le 
moindre obstacle, qu'il a seulement en- 



tendu quelques femmes de chez lui se 
plaindre de ce que, portant leurs denrées 
à Paris, elles n'avaient pas la faculté d'en 
sortir celles qui leur étaient à elles-mêmes 
nécessaires, entre autres le savon ; 

2» Germain Petit, fils, âgé de 60 ans, 
laboureur, maire de Châtenay-la-Montagne, 
lequel n'a point connaissance d'obstacles 
à l'arrivage des denrées pour Paris, qu'au- 
trement il en aurait lui-même arrêté et 
dénoncé les auteurs ; 

3° Pierre Joliette, entrepreneur de bâti- 
ments et greffier de la commune de Châ- 
tenay-la-Montagne, lequel dépose dans le 
môme sens ; 

4° Thomas-Prosper Marye, âgé de 46 ans, 
membre du Comité de surveillance de 
Longjumeau, lequel dit que la commune 
de Longjumeau se trouve dans la plus 
grande pénurie de subsistances, probable- 
ment parce qu'on y fait observer la loi du 
maximum, qu'il a ouï dire qu'à Chilly, 
l'on avait, il y a environ 1 mois, arrêté 
une ou deux voitures de beurre qui avaient 
pris une route de traverse pour éviter de 
passer à Longjumeau, qu'il pense que les 
officiers municipaux de Chilly ou de Long- 
jumeau ont dû dresser procès-verbal de cette 
arrestation, dont il ignore les auteurs; 

5» Pierre Chiquot, âgé de 44 ans, no- 
table de la commune de Longjumeau, 
lequel dit que la commune est elle-même 
dans la plus grande pénurie de denrées, 
parce que la loi du maximum y est reli- 
gieusement observée, mais qu'il n'en est 
pas de même dans les communes envi- 
ronnantes, notamment à Montlhéry, où les 
propriétaires, fermiers et revendeurs vien- 
nent vendre et acheter du beurre, des 
œufs et autres comestibles, que ceux qui 
achètent ce beurre l'apportent en partie à 
Paris sans l'exposer sur le carreau, qu'il 
a ouï dire qu'il y a environ un mois, il avait 
été arrêté deux voitures de beurre à Chilly, 
et que ce beurre avait été conduit par la 
municipalité au marché de Paris ; 

6° Pierre Grand, âgé de 36 ans, notable 
de la municipalité de Longjumeau, lequel 
rapporte qu'il y a environ 15 jours ou 
3 semaines, il passa à Longjumeau une 
voiture chargée de beurre, d'œufs, de ha- 
ricots, de 3 pièces de vin et d'autres comes- 



60 



CHAPITHE l". — JOCHNÉES HISTORIQUES DE LA HÉVOLUTION 



tibles,(iue la iiiirdo l'ayant arrêtée pour voir 
si elle avait une lellre do voilure ou actiuit 
à caulion, et savoir nu l'on condiiisuit ces 
(lenn'os, les 2 coiuluclcurs ayant répondu 
(ju'iis les conduisaient à Paris chez leur 
s(rur,sans être d'ailleurs munis d'aucun pa- 
pier, leur conduite parut suspecte, la com- 
mune de Longjumeau dressa procès-verbal 
et les fit menei-, par deux jjeiularmes, de- 
vant la municipalité de Paris, (pii lit ven- 
dre ces denrées sur le carreau et trans- 
mit le produit de la vente, montant à 
r>00 et (lueiques livres, les deux conduc- 
teurs furent renvoyés devant le juge de 
paix de Long.jumeau pour être Jugés; à 
peu près vers la même épo<pie, la com- 
mune de Chilly lit arrêter une voiture de 
beurre, qui fut également conduite à Paris 
par six Sans-culottes. I.e déclarant ajoute 
que Longjumeau est aussi dans une grande 
pénurie de beurre et d'autres denrées, 
parce qu'on y exécute strictement la loi du 
maximum, tandis que dans les paroisses 
voisines, le beurre et les autres denrées 
s'y vendant plus cher, les marchands et 
les fermiers y relluent, notamment à Mont- 
Ihéry, pour y vendre et acheterces produits, 
dont la destination reste inconnue ; 

1° François Cosson, âgé de 42 ans, 
copiste chez un notaire, habitant à Long- 
jumeau, lequel dit que, loin de s'opposer 
à l'arrivage des denrées à Paris, les ci- 
toyens le facilitent de tout leur pouvoir, 
témoin l'arrestation d'une voiture de vin, 
de beurre et d'œufs envoyée à Paris, mais 
que le beurre et autres denrées sont très 
rares à Longjumeau et abondent à Monl- 
Ihéry et Arpajon ; 

8" Alexandre Meunier, âgé de 33 ans, 
menuisier, membre du Comité révolution- 
naire de Longjumeau, lequel dit avoir 
connaissance que quelques citoyens de la 
Connnune de Paris sont venus à Long- 
jumeau, vers la saint Martin, pour acheter 
du ))eurre et d'autres comestibles destinés 
à l'approvisionnement de Paris, mais sans 
jiouvoir répondre qu'ils soient réellement 
entrés à Paris, et qu'actuellement les habi- 
tants de Longjumeau ont toutes les peines 
imaginables pour se procurer des denrées, 
parce qu'elles sont portées à Montlhéry, 
où elles se vendent plus cher ; 



\)o Dominique Savouré, âgé de 43 ans, 
oflicier d(> sanlé et président de la Société 
populaire de Lon^'jumeau, lotpiel a déclaré 
que la pénurie d(> subsistances dans di- 
verses communes provient de l'inégalilé 
du maximum, du peu de surveillance des 
ofliciers municipaux, de l'égoïsme des 
riches propriétaires et de l'avarice des 
marchands, (]u";i Lf)ngjumeau, où le maxi- 
mum est slriclcmenl suivi, la pénurie se 
l'ail d'autant plus sentir que dans les com- 
munes voisines il n'est [)as observé, qu'à 
Monllhéiy l'on achète et vend les denrées 
à prix défendu, et à Vitry les officiers 
municipaux autorisent les marchands à 
acheter à tout prix, même avec bénéfice, 
sur leur marché. 

19 venlôse an II (10 lioures du matin). 
Original, signé des déclaranis, de Fouqiiier 
ctd'Ardouin, A. N., \V 7G, n" 3. 

103. — Déclarations d'habitants de Go- 
nesse, reçues par fiabriel-Toussaint Scel- 
lier, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
vi[le,accusateurpublic du Tribunal, savoir : 

1° Pierre lîejot, Agé de 20 ans, cidtiva- 
teur et membre du Comité de surveillance 
de Conesse. lequel a dit que son Comité 
est continuellement à la recherciie et à la 
poursuite de tous les individus qui, dans la 
commune et les environs, seraient tentés 
d'empêcher par leurs actions et par leurs 
conseils l'approvisionnement en tous genres 
de Paris, que la sévérité de leur surveil- 
lance en impose tellement aux malveil- 
lants, qu'aucun ne se présente dans la 
commune; qu'il y a G semaines, un par- 
ticulier dune des communes voisines ayant 
acheté du son au-dessus du maximum, fut 
dénoncé par le Comité de surveillance à 
la municipalité et condamné à une amende 
de 400 livres, dont on lui (il grâce, mais 
le son fut confisqué; qu'une autre fois un 
cultivateur de Villegrain, ayant amené son 
blé sur le marché de Gonesse à K heures 
de relevée, au lieu d'une heure, l'heure ha- 
bituelle, sa négligence ou mauvaise inten- 
tion fut cause que le peuple, mécontent 
de la rareté du blé sur le marché, se jeta 
sur ses sacs et essaya d'en faire lui-même 
la distribution, ce qui fut cependant em- 



INSTRUCTION DU PUOCES DES HÉBEKTISTES 



61 



péché par la municipalité, qui lui infligea 
une amende de 400 livres; qu'il ne con- 
naît aucun Parisien, relire à Gonesse ni 
aux environs, qui s'oppose, soit par des 
suggestions perfides, soit par des accapare- 
ments plus coupables encore, aux appro- 
visionnements de la Commune de Paris; 
2" Victor Ferry, dit Jean-Bard, prési- 
dent de la Société populaire de Gonesse, 
âgé de 26 ans, lequel croit pouvoir affir- 
mer que toute sa commune a toujours été 
et est encore dans les meilleures inten- 
tions à l'égard de ses frères de Paris, que 
Lien loin de s'opposer aux approvisionne- 
ments des habitants de Paris, ses conci- 
toyens s'empressent de partager avec eux 
tout ce qu'ils possèdent, que les autorités 
constituées, en parfait accord, surveillent 
continuellement les malveillants qui pour- 
raient s'introduire dans la commune; qu'il 
y a environ 3 semaines, des habitants de 
communes éloignées et ennemies du bien 
public vinrent acheter du pain à Gonesse, 
quelques-uns d'entre eux emportèrent jus- 
qu'à 90 pains, tant de 6 livres que de 4 li- 
vres; quoique les boulangers ne leur ven- 
dissent qu'au prix fixé par la commune, 
le bruit courut que ces mêmes particu- 
liers revendaient dans leur pays ces mêmes 
pains de 6 livres jusqu'à 4 livres 10 sols 
pièce, que la Société populaire de Gonesse, 
effrayée d'un tel abus, envoya des commis- 
saires dans différentes communes des en- 
virons pour vérifier les faits, mais que les 
coupables surent s'entourer de tant de 
mystère qu'il fut impossible de rien dé- 
couvrir; que la commune de Gonesse ne 
renferme dans son sein aucun Parisien ré- 
fugié, tandis que celle de Villiers-le-Bel 
est infestée d'un nombre prodigieux de 
Parisiens, tels que épiciers, hommes de 
loi, qui se sont emparés de tout le pays, 
où les loyers ont atteint un tel prix, que 
les Sans-culottes sont obligés de le fuir, 
que lui déclarant a toujours été inquiet 
des suites que pourrait avoir une émigra- 
tion aussi considérable. Ajoute qu'il y a 
un mois, la femme Prunotte, propriétaire 
très riche de Jagny, prévenue d'y avoir 
fait beaucoup de mal, se trouvant à Go- 
nesse en face du grenier d'abondance, où 
étaient rassemblées beaucoup de voitures 



pour porter du grain à Paris, se répandit 
en propos séditieux et alarmants pour le 
peuple, suivant lesquels la municipalité et 
les autorités constituées de Gonesse, ainsi 
que des pays environnants, avaient sans 
doute formé le projet d'affamer tout le 
canton en envoyant toutes les subsistances 
à Paris , que ces propos dangereux firent 
impression sur quelques esprits faibles et 
occasionnèrent des murmures, au point 
qu'elle fut mise en état d'arrestation et y 
est encore ; 

3° Jean-Pierre Dechard, père, âgé de 
38 ans, entrepreneur de bâtiments et pré- 
sident du Comité révolutionnaire de Go- 
nesse, lequel a dit que s'il se produisait dans 
la commune de Gonesse et les voisines des 
manœuvres tendant à affamer Paris, les 
malveillants qui oseraient les tenter se- 
raient bientôt découverts et arrêtés, parce 
que la surveillance des autorités consti- 
tuées est infatigable à cet égard, (jue leur 
sollicitude vise à procurer à leurs frères 
de Paris toutes les ressources dont ils dis- 
posent, qu'en ce moment, ils ont 20 com- 
missaires occupés dans tout le canton de 
Gonesse à faire battre des grains chez les 
fermiers pour fournir 10,000 quintaux de 
blé à Paris, en sus de l'approvisionnement 
ordinaire, conformément à la demande qui 
leur en a été faite ; 

4" Pierre-Antoine Désaisement, âgé de 
29 ans, membre du Comité de surveillance 
de Gonesse, lequel a dit n'avoir pas con- 
naissance qu'aucun mauvais citoyen se 
soit présenté dans son canlon pour empê- 
cher l'approvisionnement de Paris et que 
les autorités constituées de Gonesse, qui 
sont continuellement à la chasse des mal- 
intentionnés, ne manqueraient pas de les 
faire arrêter, que la commune de Gonesse 
avait depuis longtemps fait afficher que 
personne n'eilt à s'opposer à ces approvi- 
sionnements et que tout le monde, au 
contraire, devait tendre à secourir leurs 
frères de Paris qui ont fait la Révolution. 

19 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Scellier, A. iV., W 7G. 

104. — Déclarations du maire de Ba- 
gneux, de l'agent national de Bagneux et 



62 



CHAPITHE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



du maire de Sceaux-l'Unité, reçues par 
Amaiid-Marlial Herman, président du Tri- 
bunal révolutionnaire, en présence de 
FoiKiuier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal : 

1" Jean -Baptiste Forliii, maire de Ha- 
gneux, lequel a dit que cette commune 
ne fournit à Paris que des œufs frais, du 
lait et des légumes, que les étrangers ne 
viennent point les recueillir, et qu'on ne 
les arrête point sur la route, que les pro- 
priétaires de Paris, résidant à Bagneux, 
s'y conduisent bien et paraissent aimer la 
République, que leurs jardins môme four- 
nissent des légumes à Paris ; 

2° Simon Gibard, agent national, lequel 
a déclaré que le même ordre régne au 
marché de Sceaux-l'Unité qu'autrefois, 
que seulement il n'y vient plus la même 
quantité de bestiaux, que dans l'opinion pu- 
blique la cause de cette rareté réside dans 
la grande consommation des armées, qu'au 
dernier marché il y avait 700 bœufs ou 
vaches, tandis qu'autrefois il y en avait 
2,000, que ce sont les ci-devant provinces 
du Limousin et de la Basse-Marche qui 
fournissent actuellement le marché, que 
Jadis Cholet, actuellement le théâtre de la 
guerre de la Vendée, en fournissait beau- 
coup, que Sceaux donne à Paris un peu de 
lait et d'œufs, avec des légumes, surtout 
Télé, que le terrain en général n'est ni 
étendu ni très fertile, qu'il n'a pas connais- 
sance que des personnes parcourent les 
communes pour ramasser les denrées, si- 
non des habitués qui les apportent à Paris, 
que les propriétaires de Paris, retirés à 
Sceaux, s'y conduisent bien et remplissent 
les devoirs du citoyen; 

3° François Desgranges, maire de Sceaux- 
l'Unité, qui dépose des mêmes faits en 
ajoutant qu'en parcourant le marché aux 
bestiaux il a parfois entendu dire que l'une 
des causes pour lesquelles le marché 
n'était plus autant approvisionné, c'est 
qu'il n'y avait point de maximum pour 
les fournitures des armées par suite de la 
vente des bestiaux sur pied, et que les four- 
nisseurs de ces armées achetant plus cher, 
les bestiaux sont dirigés de ce côté-là, 
qu'il y a quelques mois on voyait sur le 
marché des vaches pleines, mais que cet 



abus a été détruit par un arrêté de la 
municipalité de Sceaux, invitée par le 
Comité de salut public à prendre les me- 
sures nécessaires. Le même dit avoir con- 
naissance que l'on achète sur les routes 
les bestiaux amenés à Sceaux, abus qu'il 
importe de réprimer, qu'autrefois il venait 
au marché de Sceaux de 7 à 800 livres de 
beurre, et que dans le dernier il n'y en 
avait que 200 environ, qu'il n'y avait point 
dans la commune de propriétaires nou- 
veaux depuis la Révolution, que la disette 
qui se fait sentir dans les communes avoi- 
sinant Paris provient des entraves existant 
dans les communes plus éloignées, où le 
commerce n'est pas libre et où l'on arrête 
les denrées qui passent, ce qui est arrivé 
notamment il y a 8 jours à Longjumeau, 
où l'on a saisi des grenailles et des lé- 
gumes. 

19 ventôse an II (Il heures du matin). 
Original, signé de Fortin, de Gibard, de Des- 
granges et de Fouquier, A. iV., W 76, n» 3. 

lOo. — Déclarations d'habitants d'Ar- 
cueil et de Montlhéry, reçues par Arnaud- 
Martial Herman, président du Tribunal ré- 
volutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public dudit Tribunal, 
savoir : 

1° Etienne Talagan, agent national de 
la commune d'Arcueil, lequel dit que cette 
commune, pour sa consommation particu- 
lière, s'approvisionne à Longjumeau et à 
Montlhéry, et qu'elle fournit à Paris du lait, 
de la crème et des œufs, qu'il n'a point con- 
naissance que l'on ramasse ces denrées 
dans la commune, ni qu'on les arrête dans 
le trajet d'Arcueil à Paris, que les habitants 
d'Arcueil avaient été 2 mois sans viande, 
qu'hier il en a été délivré par petites por- 
tions, que tous les propriétaires d'Arcueil 
paraissent amis de la Révolution, qu'il y 
en a 2 ou 3 qui s'y sont retirés depuis 
deux ans ; 

2° Jean-Pierre Michau, fermier, qui a dé- 
claré que la commune d'Arcueil fournit or- 
dinairement à Paris du lait, de la crème, 
des œufs et des légumes dans la saison, ainsi 
que des fruits en petite quantité, qu'ac- 
tuellement on n'envoie plus à Paris autant 
d'œufs, parce qu'autrefois les personnes 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



63 



qui les oppoitaieiil prenaient en échange 
de la viande et autres aliments, qu'aujour- 
d"lmi, par une prudence toute naturelle, 
elles conservent leurs œufs, parce qu'elles 
les consomment, que ceux ({ui avaient un 
porc, qu'ils amenaient à Paris ou qu'ils 
vendaient ailleurs, le consomment, parce 
qu'ils ne peuvent plus avoir de viande do 
boucherie, qu'une autre cause, suivant le 
déclarant, qui cependant n'entend pas blâ- 
mer la mesure, c'est que pas même une 
chandelle ne sort de Paris, et que les gens 
de la campagne disent : « Si Paris ne peut 
rien nous donner, il faut bien que nous 
gardions ce que nous avons », aussi, par ex- 
cès de prudence, ils s'approvisionnent pour 
3 semaines, tandis qu'auparavant ils n'al- 
laient qu'au jour le jour. Gomme ses fonc- 
tions l'amènent souvent à Paris, ledit Mi- 
chau a remarqué sur la route que des 
femmes venaient à la rencontre des per- 
sonnes apportant des denrées dans celte 
ville, et les forçaient en quelque sorte à 
leur livrer ces denrées, que lorsque ces 
pourvoyeurs sont d'intelligence avec les 
acheteurs, ils conviennent avec eux d'un 
endroit de la route où ils déposeront ces 
produits et les acquéreurs y viennent les 
prendre, toujours est-il que les denrées 
ne paraissent point sur les marchés à 
Paris; 

3o Dominique-Vincent Pluchet, cultiva- 
teur et agent national, lequel fait connaître 
que la commune de Bagneux fournit à 
Paris du lait, des œufs, des légumes et de 
la paille, qu'il a oui dire que des indivi- 
dus, se disant de la garde des barrières, 
allaient à la rencontre des laitières et les 
forçaient parfois ù donner arbitrairement 
des œufs frais à un sol, que depuis ils 
continuaient à aller au-devant et les 
payaient d'ordinaire 3 sols, que, ces jours 
derniers, des particuliers de Paris avaient 
arrêté au Bourg-Egalité des marchandises 
dont il ne connaît pas la nature, qu'ils 
auraient achetées de gré à gré avec les 
vendeurs; 

i" Jean-Baptiste-Edme Rousseau, nota- 
ble de la commune de Montlhéry, lequel 
soupçonne que des particuliers vont dans 
les maisons chercher à tout prix des den- 
rées, parce qu'autrement les n arches 



se trouveraient garnis, dit qu'autrefois 
Montlhéry était une espèce d'entrepôt, 
qu'on y voyait au marché tenu chaque se- 
maine beaucoup de volaille et environ 
8,000 livres de beurre, qu'aujourd'hui il n'y 
a presque point de volaille et environ 2,000 
livres lie beurre, que les marchands achè- 
tent pour transportera Paris, que la volaille 
qui venait autrefois à Montlhéry va direc- 
tement à Paris, où elle se vend fort cher, 
tandis qu'à Montlhéry elle était taxée, que 
la commune de Montlhéry fournit à Paris 
de la grenaille, mais en petite quantité. 
Ajoute le déclarant qu'il y a environ un 
mois, quelques femmes des environs de 
Longjumeau s'étaient plaintes de ce qu'é- 
tant venues à Paris apporter quelques 
denrées, elles avaient éprouvé des tracas- 
series et vexations de la part de femmes 
de Paris, mais qu'il ne croit pas que l'on 
sème la méfiance pour dégoûter d'appor- 
ter des denrées à Paris, qu'il sait seule- 
ment que dans le trajet des endroits au 
delà de Montlhéry, qui fournissent ordi- 
nairement ce marché, des personnes vont 
à la rencontre dos denrées et les achètent, 
mais que la municipalité a dû mettre ordre 
à cet abus; que depuis la Révolution, cinq 
ou six bourgeois de Paris sont venus se 
fixer à Montlhéry, mais qu'on n'a pas à 
s'en plaindre jusqu'à présent; 

5° Jean-Gilles Soumagniat, dit Magny, 
vivant de son revenu, lequel observe qu'au- 
trefois il venait au marché de Montlhéry 
jusqu'à 12 milliers de beurre et qu'actuel- 
lement il en vient encore jusqu'à 3 ou4,000, 
que la sécheresse a été cause que la gre- 
naille, surtout les haricots, pois et len- 
tilles, n'ont pas donné comme d'habitude, 
qu'en raison du manque de graines, on 
élève moins de volailles, qu'il n'y a que 
les cultivateurs qui puissent en élever, 
que l'une des causes de lu rareté de la 
viande, c'est que l'on tue les veaux trop 
jeunes, des veaux de 8 jours; 

G" Louis-François-Marie-Claude d'Ivry, 
marchand à Montlhéry, lequel dit ne point 
savoir que l'on sème des méfiances de 
façon à dégoûter les propriétaires des 
denrées de les amener à Paris, qu'ils ont 
au contraire grand intérêt à les y porter, 
puisqu'ils les vendent beaucoup plus cher, 



64 



CHAPITHE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



•[u'aulret'ois il venait au inarché de Monl- 
llit'-ry 12 à 15 niilliors de beurre, qu'ac- 
Inelleinent, depuis 3 semaines, il en vient 
l,")0() à 2,(100, mais, le mois précédent, à 
peine 200 ; qu'il sait que des délégués des 
sections do Paris viennent clandestine- 
ment à Monlihéry acheter des denrées au- 
dessus du maximum, en disant que c'est 
pour rapprovisionnement de Paris et des 
hôpitaux, ce qui fait que les marchés ne 
sont point fournis; (}u'il n"a pas non plus 
connaissance que des femmes aient été 
mal reçues h Paris, qu'il sait que divers 
propriétaires des environs de Montlhérv 
qui viennent apporter des denrées à Paris 
les échangent purement et simplen)ent 
contre d'autres marchandises, surtout du 
café, du sucre, de la chandelle et du savon, 
qu'ils parviennent, par conséquent, soit 
il tromper la surveillance des gardes des 
barrières, soit à les corrompre. 

19 ventôse an II (1 l heures du matin). 
Original, teigne des déclarants, de Fouquier 
et d'Herman, A. N., W 76, n» 3. 

106. — Déclarations d'habitants de Linas 
et de Franciade, reçues par François- 
Joseph Denizot, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal, 
savoir : 

1° Jean-Michel Ferdet, âgé de 45 ans, 
notable de la commune de Linas, lequel 
fait connaître que des inconnus viennent 
dans sa commune et celles avoisinantes 
acheter toutes les denrées à un prix bien 
supérieur à celui de Paris, que mainte- 
nant tous les cultivateurs et vendeurs de 
ces communes s'abstiennent de quitter 
leurs foyers pour approvisionner comme 
auparavant, soit Paris, soit les autres 
marchés, que les cultivateurs et proprié- 
taires aiment mieux conserver en secret 
par devers eux leurs denrées pour spéculer 
et les vendre au prix qu'ils désirent, parce 
que leur cupidité se trouve alimentée par 
des hommes pervers qui cherchent par 
tous les moyens à entraver la marche de 
la Révolution, que sur les routes, à une 
distance plus ou moins grande de Paris, 
des gens arrêtent les conducteurs ou por- 
teurs de subsistances, font marché avec 



eux et les accompagnent jus<iu'à Paris, 
dans certaines maisons où les denrées sont 
déposées; 

2° Nicolas-Jacques Du val, âgé de 43 ans, 
vilrier-peinlre à Linas, lequel dit que 
dans sa commune et autres voisines des 
inconnus achètent les denrées de toute 
espèce, à un prix supérieur à celui de- 
mandé par les vendeurs, ce qui cache 
quelque machination, que des malveil- 
lants, par la défiance et la terreur, détour- 
nent les cultivateurs d'approvisionner 
Paris et les marchés voisins, les mêmes 
vont sur les routes et font prix avec les 
conducteurs des appi'ovisionnements, les 
accompagnant jusque dans les maisons où 
se déposent ces denrées ; 

3° Georges Petitpierre, âgé de 30 ans, 
cordonnier à Linas, lequel dépose qu'il 
est impossible aux habitants de sa com- 
mune et des communes voisines de se pro- 
curer aucunes subsistances, des commis- 
saires envoyés do Paris enlevant toutes les 
marchandises au prix le plus élevé exigé 
par les vendeurs, ajoutant qu'il ne peut 
désigner personne, ces trafics se faisant 
en tête-à-tôte entre les vendeurs et les 
acheteurs, qui opposent de formelles dé- 
négations ; 

4" Jean- Baptiste -Médard- Valéry Hari- 
vcau, âgé de 33 ans, aubergiste à Linas, 
lequel dépose des mômes faits et dit que 
ces manœuvres mettent la grande cité de 
Paris dans la pénurie où elle se trouve, 
observant qu'on aurait vu partir du marché 
de Montlhéry 8 voitures chargées de beurre 
et œufs pour une destination inconnue; 

5° François Boulai, âgé de 59 ans, limo- 
nadier à Franciade, lequel déclare, d'après 
ouï dire, que la pénurie des denrées de 
première nécessité doit provenir de ce 
qu'elles passent dans les armées de la Ré- 
publique ; 

6° Jean-François Durut, âgé de 27 ans, 
imprimeur d'indienne et notable de Fran- 
ciade, lequel a ouï dire qu'un certain 
Beaulieu, marchand d'eau-de-vie à Fran- 
ciade, s'est rendu plusieurs fois sur la 
route entre Pierrefitte et Franciade pour 
y acheter des denrées, comme beurre, 
œufs, devant servir à l'approvisionnement 
de Paris, de Franciade et d'autres marchés, 



ÎNSTtlUCÎroN DU PROCÈS DES HÉBERTISÏES 



qu'une marchande de volailles, beurre el 
(cufs, de la rue Egalité, et une marchande 
de menus objets en font de même, et que 
ces marchandises étaient entreposées rues 
du Clos-Fourré et de Ponloise ; 

1° Pierre Beanlieu, âgé de 39 ans, im- 
primeur à Franciade, n'a aucun rensei- 
gnement à fournir ; 

8° Marie-René Piedrut, âgé de 49 ans, 
laitier à Franciade, lequel dit avoir vu 
plusieurs fois des marchandes, soit de 
Paris, soit de la Chapelle, venir à Fran- 
ciade acheter le beurre et les œufs qu'elles 
trouvaient, en disant aux citoyens que 
c'était pour approvisionner Paris, ce qui 
s'est toujours fait, 

10 ventôse an II (II heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquicr 
et de Denizot,"\. A'., W 76, n° 3. 

107. — Déclarations d'habitants de Ver- 
sailles, reçues par Gabriel-Toussaint Scel- 
lier, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public du Tribunal, sa- 
voir : 

1' Jacques Poullot, âgé de 34 ans, 
perruquier à Versailles, lequel fait con- 
naître que, dès le début de la Révolution, 
il a eu pour objectif de poursuivre les 
intrigants et les malveillants, qu'il assiste 
à tous les marchés, a fondé des sociétés 
populaires dans les communes environ- 
nant Versailles et qu'il a acquis la con- 
viction que les maux qui affligent les 
grandes communes, relativement aux sub- 
sistances, ont pour cause unique l'émi- 
gration de mauvais citoyens riches (jui, 
n'ayant pu obtenir de certificats de civisme 
tant à Paris qu'à Versailles, se sont réfu- 
giés dans les campagnes où ils les obtien- 
nent facilement, que ce sont ces mêmes 
individus qui, grâce à leurs richesses, 
payent les denrées de première nécessité 
beaucoup au-dessus de-leur valeur, ce qui 
engage les habitants de la campagne à ne 
plus porter leurs comestibles à Paris, à 
Versailles et ailleurs, parce qu'ils en trou- 
vent un débit facile et lucratif chez les 
ennemis de leur patrie ; qu'il s'est encore 
convaincu que ces cruels égoïstes se font 
facilement recevoir dans les sociétés popu- 
T. XI 



laircs qui se créent de toutes parts, et se 
servent de leurs talents et de leur éduca- 
tion pour tromper et abuser les citoyens 
naïfs et simples qui les composent, que 
pour remédier efficacement à des ma- 
nœuvres aussi dangereuses, il faudrait que 
les Comités de salut public et de sûreté 
générale ordonnassent des visites domi- 
ciliaires dans toutes les communes à 10 
lieues à la ronde deParis, de Versailles et de 
Saint-Germain, au moyen de conjinissaires 
pris parmi les patriotes incorruptibles et 
d'une pureté reconnue, étrangers en outre 
à chaque commune, afin d'éviter des in- 
fluences et des pressions dues à la crainte. 
Observe en outre qu'une grande mesure 
de salut public devrait faire décréter que 
tous les égoïstes opulents, qui ont aban- 
donné leurs foyers depuis 1789 pour se 
retirer à la campagne, devraient être tenus 
d'y rentrer à bref délai, sous peine d'être 
traités comme suspects, avec injonction 
expresse de ne faire venir de ces mêmes 
campagnes aucunes espèces de provisions, 
en prenant soin dans chaque commune 
de les réunir dans des magasins publics 
d'abondance, pour être vendues au profit 
des propriétaires, celte mesure ramène- 
rait les denrées à leur juste valeur et cal- 
merait les inquiétudes des bons citoyens ; 

2° Michel Forlin, âgé de 48 ans, cordon- 
nier en vieux à Versailles, membre du 
Comité de surveillance de la section des 
Sans-Culottes de ladite commune, lequel 
a dit n'avoir aucune connaissance des 
manœuvres employées pour opérer une 
disette factice, que comme il a fait le 
serment de mourir pour le soutien de la 
Convention et des autorités constituées, 
ainsi que le bonheur de son pays, il n'au- 
rait pas attendu jusqu'à ce jour pour 
dénoncer les ennemis du bien public, s'il 
en eût connu; 

3» Dominique Thiriot, âgé de 29 ans, 
marchand de vins à Versailles, section des 
Sans-Culottes, et membre du Comité de sa 
section, lequel a dit n'avoir aucune con- 
naissance directe des maux qui affligent 
tant la commune do Paris que celle de 
Versailles relativement aux subsistances, 
qu'il a seulement remarqué dans diffé- 
rentes communes où ont été installées 



06 



CHAPITRE l«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



des sociélés populaires, que les uristo- 
crales, les iiilriganls s'occupent à cor- 
rompre l'opinion publique et à répandre 
la méfiance parmi les habitants des cam- 
pagnes qui ne sont déjà, que trop disposés 
a vendre le plus cher (ju'ils peuvent les den- 
rées qu'ils possèdent, qu'il a encore remar- 
qué que le peu de provisions qui arrivent 
à Versailles sont aussitôt portées chez les 
riches égoïstes, qui ont la facilité et la 
mauvaise intention de les payer bien au- 
dessus de leur valeur, ce qui dégarnit les 
marchés et empêche les Sans-culoLles d'en 
proliler; 

4» Jean-Baptiste Baudry, âgé do 43 ans, 
marchand de tabac à Versailles, section 
des Sans- Culottes, lequel a dit n'avoir 
aucune connaissance directe des moyens 
employés par les malveillants pour opérer 
une disette factice tant à Paris qu'à Ver- 
sailles. 

19 vcnlose an II (nùdi). 

Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Scellier, i4. .V., W 76, n» 3. 

108. — Déclarations d'habitants du Mes- 
nil-Aubry, reçues par Gabriel Deliège, l'un 
des juges du Tribunal révolutionnaire, en 
présence de Fouquier-Tinville, accusateur 
public du Tribunal, savoir : 

1° Pierre Moussault, chirurgien au Mes- 
oil-Aubry et assesseur du juge de paix du 
canton, lequel fait connaître que l'appro- 
visionnement de la commune de Paris se 
fait avec la plus grande exactitude de la 
part des cultivateurs dans la commune du 
Mesnil-Aubry, qu'il ne se répand point de 
malveillants dans les communes voisines 
et qu'au surplus il n'y a, au Mesnil-Aubry, 
ni ex-nobles, ni prêtres, ni suspects ; 

2° Nicolas -François Lépine, aubergiste 
et membre du Comité de surveillance du 
Mesnil-Aubry, lequel a dit savoir que des 
inconnus se sont présentés, le 18 ventôse, 
au Comité pour obtenir la permission d'en- 
lever différentes denrées, sous prétexte de 
les conduire à Paris, permission qui a été 
refusée, dans la crainte que ces denrées 
ne prissent une autre destination, les ache- 
teurs ayant refusé, ainsi que le voulait le 
Comité, de les conduire sur le carreau de 
la Halle, qu'il n'a pas connaissance que 
des malveillants se répandent dans les 



communes avoisinantes pour accaparer les 
denrées; 

3° Charles-Jean Pierre Brot, tailleur de 
pierres au Mesnil-Aubry, commissaii^e pour 
les subsistances du district de Gonesse, 
lequel a constaté que les cultivateurs de 
la commune et de celles voisines s'em- 
pressent de fournir les subsistances pour 
l'approvisionnement de Paris, qu'il est in- 
formé que des individus, munis de bons 
des sections de Paris, se sont présentés la 
veille pour acheter différentes denrées, 
que ces bons ont paru suspects au Comité 
de surveillance, qui n'a pas voulu autori- 
ser l'enlèvement des denrées, les acqué- 
reurs ayant refusé de les conduire sur le 
carreau de la Halle, à Paris; 

4" Jacques Lemaire, arpenteur, notable 
et trésorier de la commune du Mesnil- 
Aubry, lequel dépose des mêmes faits que 
le précédent et dit que les cultivateurs 
amènent exactement le froment qu'on leur 
demande; 

0° Pierre-François Boucher, instituteur 
et secrétaire-greffier de la commune du 
Mesnil-Aubry, lequel déclare que l'appro- 
visionnement s'effectue avec beaucoup 
d'exactitude et signale également l'arrivée 
de Paris d'individus, se disant munis de 
certificats de leurs sections, dans le des- 
sein d'acheter et d'enlever des denrées, 
ajoutant que le Comité a refusé de leur 
délivrer des bons, dans la crainte qu'ils ne 
portassent pas ces denrées sur le carreau 
de la Halle, à Paris, ce qui d'ailleurs ue 
semblait pas être dans leur intention. 

19 ventôse an II (midi). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier- 
Tinville et de Deliège, A. iV., W 76, n' 3. 

109. — Déclarations d'habitants de Sè- 
vres, reçues par Pierre-Noël Subleyras, 
l'un des juges du Tribunal révolutioimaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public du Tribunal, savoir : 

1" Jean Marchadier, âgé de 48 ans, vi- 
gneron, notable de la commune de Sèvres, 
lequel a dit qu'il y a 8 jours, l'on arrêta à 
Sèvres un particulier de Paris, venu en 
cabriolet, qui avait acheté 17 à 18 livres 
de viande, à raison de 24 sols la livre, que 
la municipalité confisqua la viande et con- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



damna le boucher à une amende, que de- 
puis lors l'on a prêté plus d'attention à 
ces manœuvres, et comme l'on voyait que 
la viande des bouchers s'en allait, sans 
qu'on sût où elle passait, la commune prit 
un arrêté interdisant aux bouchers de 
vendre à des étrangers; malgré cela, la 
veille, un boucher a vendu à un individu, 
venu de Paris en cabriolet, une fressure de 
veau, au prix de 6 livres, mais la munici- 
palité, instruite de ce fait, a fait saisir la 
fressure et condamné le boucher à l'a- 
mende ; 

2° Jacques-Auguste Collet, âgé de 43 ans, 
sculpteur et membre du Comité de sur- 
veillance de la commune de Sèvres, lequel 
a fuit connaître que le Comité de surveil- 
lance a découvert depuis quelque temps 
l'existence dans la commune de manœu- 
vres relatives à l'approvisionnement de la 
viande, qu'on a conjecturé que des bou- 
chers de Paris, ne pouvant débiter dans 
cette ville leur viande autrement qu'au 
maximum, s'arrangeaient avec ceux de 
Sèvres pour vendre la viande au prix 
qu'ils voudraient, ce qui l'a confirmé dans 
cette idée, c'est en premier lieu le bruit 
répandu que les bouchers de Sèvres li- 
vraient, même nuitamment, à Paris, la 
plus grande partie de la viande qu'ils 
tuaient, en second lieu, il y a lo jours, le 
Comité fut averti de la présence de deux voi- 
tures devant la porte de trois bouchers, le 
déposant, ayant exercé une surveillance, 
s'aperçut qu'une femme bien mise, du nom 
de Routlier, demeurant ruedu Mail, achetait 
de la viande, elle fut conduite au Comité, 
il fut constaté qu'elle avait acheté 23 livres 
de bœuf et de veau, qu'elle assura n'avoir 
payé que 14 sols la livre, mais elle recon- 
nut en avoir donné au moins 22 sols, la 
viande fut saisie au profit des pauvres , le 
boucher, un certain Le Cocq, déclara que 
s'il avait pu livrer à la femme Routtier 
200 livres de viande, à quelque prix que 
€6 fût, il l'aurait fait, qu'elle voulait même 
lui acheter un petit cochon et l'avait chargé 
de lui en procurer dans les environs; 
dans la seconde voiture se trouvait un 
certain Dupont, marchand de chevaux, rue 
Saint-Pierre, qui venait d'acheter chez le 
sieur Avit, boucher., 15 livres de viande de 



mauvaise qualité, qu'il aurait payé à rai- 
son de 14 sols la livre. Le même déclarant 
a entendu dire par le nommé Landrid, 
boucher à Paris, fils d'un boucher de 
Sèvres, qu'il avait acheté 15 veaux, mais 
qu'ils lui coûtaient trop cher, pour qu'il 
put les débiter à Paris au maximum, et 
qu'il trouverait bien le moyen de s'en dé- 
faire en vendant à des traiteurs qui payent 
le prix qu'il veut, autrement il aimerait 
mieux fermer boutique, le même Landrid, 
au dernier marché de Sceaux, acheta deux 
bœufs, qu'il fit marquer au nom de son 
père, et tuer à Sèvres; de plus il est cons- 
tant que, quoique les bouchers de Sèvres 
tuent beaucoup de viande, les habilanls 
de la commune ont peine à s'en procurer 
et n'en ont que de la mauvaise, la bonne 
étant livrée à des étrangers qui viennent 
la chercher en voilure, et l'on a remarqué 
que toutes ces voitures étaient du bureau 
des voilures ci-devant de la Cour; 

Le même ajoute que le Comité de Sèvres, 
convaincu que de pareilles manœuvres 
nuisaient au bien public et aux mesures 
prises à Paris touchant les subsistances, 
a invité la commune à prendre un arrêté 
pour empêcher la sortie de la viande, 
moins pour en entraver la circulation que 
pour prévenir les malversations des bou- 
chers, des égoïstes et des aristocrates. De 
temps à autre, il a couru à Sèvres des 
bruits vagues sur la prétendue disette de 
Paris, mais ils n'ont jamais été bien accré- 
dités, et la sollicitude du Comité de sur- 
veillance a toujours déjoué les manœuvi-es 
des ennemis de la République. 

19 ventôse an II (midi). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Sublejras, A. A'., W 76, n" 3. 

110. — Déclaration de Jean- Baptiste 
Devillière, âgé de 55 ans, juge de paix de 
la commune de Sèvres, reçue par Pierre- 
Noël Subleyras, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, assisté de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public, portant que depuis 
quelque temps le bruit a couru à Sèvres 
que les bouchers livraient mystérieuse- 
ment et même nuitamment une partie de 
leurs viandes à des habitants de Paris, 
qui venaient les leur acheter, qu'il y en a 



68 



CHAPITRE I". — JOUllNÉES HISTORIQUES t)E LA RÉVOLUTION 



inèine trois qui sont soupçonnés d'avoir 
conduit eux-mômes leur viande à Paris, 
(|uc cela se pratiquait, pai'cc que les Pari- 
siens donnaient à ces bouchers le prix 
(ju'ils exiiir>aienl, qu'au commencement 
(le ce mois, le Comilé révolutionnaire, 
dont il était membre, a fait arrêter une 
femme qui avait acheté 23 livres do viande 
à raison de 22 sols la livre, ainsi qu'un 
marchand de chevaux, rueSaint-Pierre-au- 
Marais, qui avait acheté 15 livres de mau- 
vaise viande, à raison de li sols la livre, 
et cette viande fut cnniisquée; à la suite 
de ces faits, le Conseil de la commune a 
pris un arrêté interdisant aux bouchers 
de vendre de la viande aux étrangers, 
sous peine de cent livres d'amende, obser- 
vanlque, comme les bouchers sont obligés 
d'acheter cher leur viande au marché, les 
autorités constituées tolèrent qu'ils la 
vendent à prix libre dans l'espérance d'un 
nouveau maximum. 

19 venloso an II (midi). 
Ori;j:inal, signé de Devillière, de Fouquier et 
de Sublcjras, A. N., W 76, n» 3. 

111. — Déclaration d'Antoine -Joseph 
Delassaux, âgé de oO ans, commissaire au 
Département et membre du Comité révo- 
lutionnaire de la section de la Montagne, 
demeurant rue d'Argenleuil, n" 250, reçue 
par Gabriel-Toussaint Scellier, l'un des 
Juges duTribimal révolutionnaire, en pré- 
sence de Fouquier-Tinville, accusateur 
public, portant que, le 3 ventôse, il a reçu 
une lettre de la femme Bénard, sa belle- 
sœur, demeurant à Maintenon, annonçant 
un envoi de 36 œufs et 2 fromages pour 
sa famille, à raison duquel envoi elle a 
été dénoncée et condamnée à une amende 
de 6 livres par le Comité de surveillance, 
il ignore pour quel motif, appelant l'at- 
tention sur les obstacles qu'il semble qu'ott 
apporte à l'approvisionnement de Paris, 
laquelle lettre, paraphée 7îc varietur, est 
annexée comme preuve à conviction ù sa 
déclaration. 

19 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Delassaux, de Fouquier et 
de Scellier, A. N., W 7G, n» 8. 

112. — Déclaration d'Augustin -Paul 
I3unel, âgé de 35 ans, employé d la manu- 



facture nationale de Sèvres et membre du 
Comité de surveillance de la commune, 
reçue par Pierre-Noël Subleyras, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, en pré- 
sence de Fouquier-Tinville, accusateur 
public, portant que le Comité de surveil- 
lance (le Sèvres a été peu satisfait de la 
conduite des bouchers de cette commune, 
qui n'agissent que par intérêt et qui, pour 
vendre la viande plus cher à des étran- 
gers, en privent souvent les habitants, 
qu'on est souvent venu de Paris chercher 
de la viande, et qu'au commencement 
du mois le Comité a arrêté deux per- 
sot)nes en voiture (jui étaient venues dans 
celte intention, l'une d'elles en avait pris 
23 livres à raison de 22 sols, en disant 
mensongcrement qu'elle l'avait achetée 
à raison de 14 sols. 

19 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Bunei, de Fouquier et de 
Subleyras, A. N., W 76, n» 3. 

113. — Déclarations de l'agent national 
et du maire de Vitry-sur-Seine, reçues par 
Gabriel Deliège,run des juges du Tribunal 
révolutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public dudit Tribunal, 
savoir : 

1° Nicolas Honoré, agent national de la 
commune de Vitry-sur-Seine, lequel a dit 
ne connaître dans sa commune qui que ce 
soit capable de détourner l'apport des 
denrées nécessaires à la subsistance de 
Paris, qu'il voit au contraire les citoyens 
de Vitry très disposés à contribuer à cet 
approvisionnement et à partager avec leurs 
frères de Paris, qu'il n'a pas connaissance 
que dans la commune de Vitry et celles 
voisines, il s'y répande des malveillants 
qui cherchent à accaparer les denrées ou 
à en détourner la destination ; 

2° Jean-Honoré Lefèvre, maire de Vitry- 
sur-Seine, lequel dépose des mêmes faits 
et ajoute que depuis quelques jours des 
pâtissiers se sont quelquefois rendus dans 
la commune de Vitry pour y faire leurs 
approvisionnements de beurre et d'œufs. 

19 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Honoré, de Lefèvre. de 
Fouquier et de Deliège, A. A'., W 76, n" 3. 



INSTRL'CÏIO.X DU PROCÈS DES HKREllTISTl.S 



00 



114. — Déclaration de Jean-Louis Ga- 
iieaii, âgé de 30 ans, employé à la manu- 
facture de porcelaines de Sèvres et mem- 
bre du Comité de surveillance de la com- 
mune, rei^'uo par Pierre-Noël Sulileyras, 
l'un des juges du Tiibunal révolutionnaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public du Tribunal, portant que la 
cherté des bestiaux a fait tolérer la vente 
de la viande par les bouchers à un prix 
lui peu supérieur au maximum, que le Co- 
niilé de surveillance ne cesse de s'occuper 
des subsistances, que comme le bruit cou- 
rait que des habitants de Paris venaient 
acheter de la viande à Sèvres, le Comité a 
cherché à s'en assurer et, il y a 13 jours, 
il a surpris une négociante de la rue du 
Mail, qui en avait pris 23 livres chez le sieur 
i.ecoq, à raison de 22 sois la livre, que le 
déposant a bien entendu dire vaguement 
que des bouchers de Paris faisaient tuer 
à Sèvres et y envoyaient leurs praticjues, 
mais n'a pas de renseignement positif à 
ce sujet. 

19 vcnlôî-e an II (2 h. \/i de rtlevée). 
Original, >igné de Ganeaii, «le Fouquieret do 
SubleyraSj A, .\'., W 70, n" 3. 

lia. — Déclarations d'habitants de Roii«sy- 
cn-France, reçues par Pierre Noël Subley- 
ras, l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, en présence de l'accusateur public 
Fouquier-Tinville, savoir : 

1° Georges Lenjalley, âgé de îiO ans, 
aubergiste et membre du Comilé de sur- 
veillance de Uoissy-en-France, lequel a dit 
que la commune ne proiluil d'autie sub- 
sistance que du blé, et que celui que l'on 
recolle est porté au grenier d'abondance 
de la commune et à Gonesse.que les petits 
commerçants qui s'approvisionnaient à 
Paris n'ayant rien p;i en retirer, cela a 
fait murmurer quelques femmes à cause 
du manque de savon ; 

2", 3° Jean-Nicolas Ferret, âgé de 41 ans, 
membre du Comité de surveillance de 
Roissy, et Simon Lépreux, âgé de 40 ans, 
maréchal et ofticier municipal de Roissy, 
lesquels ont déposé des mêmes faits et 
dit que les épiciers de Roissy ayant dé- 
claré manquei- âo marchandises, celles de 



Paris n'en sortant pas, ont été soupçonnés 
d'en cacher, ce qui a été reconnu faux. 

lu ventôse an II (2 ii. 1/2 de relevée). 
Orifj;inal, signé des doclarants, de Fouquier 
et de Subleyras, A. A'., W 76, n" 3. 

MO.— Déclarations d'habitants de Rourg- 
l'I'galilé et d'Antony, reçues par Jean Ar- 
douin, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en pré.sence de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public dudit Tribunal, 
savoir : 

1° Jean I-ambert, âgé de 42 ans, mar- 
chand épicier et maire de la commune de 
Rourg-l'Fgalité, lequel no sait point qu'au- 
cun citoyen se soit opposé à l'arrivage des 
subsistances à Paris, ni qu'il ait élé em- 
ployé aucune manœuvre pour y occasion- 
ner la disette ; 

2" Claude Garnier, âgé de 49 ans, mar- 
chand de vins, membre du Comilé révolu- 
tionnaire de Rourg-l'Egalilé, lequel rap- 
porte que, le jour de la décade dernière, la 
municipalité et le Comité révolutionnaire 
arrêtèrent 4 vaches pleines et !> génisses 
et renvoyèrent les 4 vaches à la Municipa- 
lité de Paris, sur sa léquisilion et par 
ordre du Comité des Subsistances, et qu'il 
est venu avec le maire pour savoir ce 
qu'ils feront des '.'> génisses restées en 
leur possession ; 

3" Nicolas Courseaux, àgè de 01 ans, 
agenlnational de Rourg-l'Egalilé, lequel ilé- 
pose des mêmes faits, en spéciliant (juc les 
4 vaches pleines et les "i génisses destinées 
à l'appiûvisionncment de Paris et arrêtées 
par le Comité de surveillance et la muni- 
cipalilé de Rourg-la-Reine, ont élé lécla- 
mées le lendemain par un citoyen de 
Paris, se disant commissaire véiiticaleur 
du Comité des Subsistances de Paris, por- 
teur des ordres dudit Comité, et lui ont 
été remises ; 

4° Henri Gau, âgé de 58 ans, maire d'An- 
tony, lequel, quant aux comeslild<s ser- 
vant à l'approvisionnement de l'iirisetdes 
autres communes, croit que leur lar^-lé 
provient en parlie de l'égoïsme des riches, 
([u'il sait que la femme d'un perruquier 
de Cdiàlenay vient une ou deux fois par 
jour à Antony pour y chercher de la viande, 
que l'ayant rencontrée, munie de îJ livres 



70 



CHAPITRE I•^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



de viande, il lui en fit des reproches et 
menaça de la faire arrêter, qu'elle répon- 
dit que cette viande n'était pas pour elle, 
mais pour un bourgeois chez qui elle était, 
qu'il la soupi;onne de faire la provision 
de plusieurs autres particuliers riches et 
égoïstes, qu'il ne voit pas que personne 
se soit opposé à l'approvisionnement de 
Paris, que, s'il s'en fAt aperçu, il aurait 
fait tous ses efforts pour faciliter l'appro- 
visionnement de cette ville; 

5° Guillaume Houry, âgé de 30 ans, 
agent national de la commune d'Antony, 
lequel a déclaré n'avoir aucune connais- 
sance que l'on emploie des moyens per- 
fides pour empêcher l'arrivage des subsis- 
tances à Paris, qu'au contraire, les habi- 
tants emploient tous les moyens en leur 
pouvoir pour faciliter l'arrivée des denrées 
à Paris ; 

6» Louis-Etienne Surivet, âgé de 46 ans 
et demi, notable et officier public à An- 
tony, lequel dit n'avoir aucune connais- 
sance des écrits et placards incendiaires 
affichés depuis 3 ou 4 jours à Paris, ni 
des manœuvres pour empêcher l'arrivée 
des approvisionnements à Paris, déclare 
avoir ouï dire que la femme d'un perru- 
quier venait souvent à Antony chercher 
de la viande, et le maire lui a fait à ce 
sujet une forte réprimande. 

19 ventôse an II (3 heures de relevée). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier et 
d'Ardouin. A. N.,W 76, n» 3. 

117. — Déclarations des maire et agent 
national d'Ivry, reçues par Gabriel-Tous- 
saint Scellier, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal, 
savoir : 

1» Antoine- Jean- Baptiste Renoult, âgé 
de 35 ans, maire de la commune d'Ivry, 
lequel a dit n'avoir aucune connaissance 
des manœuvres sourdes que peuvent em- 
ployer les ennemis du bien public pour 
empêcher les approvisionnements de Paris, 
que quant à sa commune, elle continue, 
comme par le passé, à y apporter journel- 
lement du lait et des œufs, les seuls co- 
mestibles qui en constituent la richesse; 

2° Henry Luisetle, âgé de 34 ans, agent 



national de la commune d'Ivry, lequel a 
dit n'avoir aucune coimaissance des ma- 
nœuvres ourdies par les ennemis du bien 
public pour opérer dans Paris une disette 
factice, observant que sa commune est 
trop voisine de celle de Paris pour que les 
malveillants osent s'y présenter, mais que 
l'on atteindrait plus sûrement le but que 
l'on se propose, si l'on remontait à 10, la 
ou 20 lieues, oîi des contre-révolution- 
naires peuvent faire des accaparements et 
conspirer avec plus de sécurité. 

19 ventôse an II (3 heures de relevée). 
Original, signé de Renoult, de Luisette, de 
Fouquier et de Scellier, A. N., W 76, n» 8. 

118. — Déclarations d'habitants de la 
commune du Mesnil-en-France [aujour- 
d'hui Mesnil-Amelot], reçues par Pierre- 
Noël Subleyras, juge au Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public dudit Tribunal, 
savoir : 

1" Nicolas- Zacharie Maugras, âgé de 
54 ans, aubergiste et notable de la com- 
mune du Mesnil-en-France, lequel a dit 
que sa commune n'a aucune relation avec 
Paris pour les subsistances, ni pour en 
apporter, ni pour en retirer, que le blé, 
seule subsistance qu'elle puisse fournir, 
est porté par réquisition, soit à Damraar- 
tin, soit au district, que depuis longtemps 
la commune est tranquille, que le manque 
de savon a pu motiver quelques réclama- 
tions de la part des femmes, mais que la 
tranquillité n'en a pas été troublée ; 

2° Louis Berthau, âgé de 62 ans, auber- 
giste et membre du Comité de surveillance 
du Mesnil-en-France, lequel a dit que cette 
commune ne recueille à peu près que du 
blé, que l'on doit, conformément aux réqui- 
sitions, porter au marché ou au grenier 
d'abondance, que tous les autres comes- 
tibles s'y consomment et qu'on n'en amène 
point à Paris, que les habitants qui avaient 
l'habitude d'y faire leurs petites provi- 
sions n'ont plus celte facilité, mais que 
cela n'a occasionné aucune plainte, à part 
quelques femmes qui se sont fâchées de 
n'avoir point de savon pour leur linge, et 
la tranquillité publique n'a pas été trou- 
blée ; 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTKS 



1 



30 Auguste Lecourt, âgé de 49 ans, cul- 
livateui" et membre du Comité de surveil- 
lance du Mesnil-en-France, lequel a déclaré 
que la commune ne produit que du blé, 
que l'on porte régulièrement par réquisi- 
tion à Meaux ou à Dammartin, et quelque 
peu d'avoine, livré à Paris ou à Meaux, et 
il signale le mécontentement causé par le 
manque de savon ; 

4» Antoine - Michel - Lefèvre , ùgé de 
53 ans, cultivateur et maire du Mesnil-en- 
France, lequel dépose des mômes faits et 
déclare que les femmes se plaignent, 
depuis quelque temps, de ne pouvoir se 
procurer à Paris le savon qui leur est 
nécessaire, mais que cela se borne à des 
criailleries ; 

5» Jean-Charles Dumetz, ùgé de iiO ans, 
chirurgien et agent national de la com- 
mune du Mesnil-en-France, lequel a dit 
que le terrain de sa commune est fort 
aride et ne produit en général que du blé, 
que l'on porte à Dammartin ou au district, 
qui a requis les habitants de payer leurs 
contributions en grains, que ia paille est 
envoyée à Paris ou à Franciade, que la 
difflculté d'avoir les marchandises que les 
habitants se procuraient habiluellement à 
Paris, surtout du savon, a excité les plaintes 
de quelques femmes, mais qui n'ont pas 
eu de suites. 

19 ventôse an II (5 heures de relevée). 
Original, signé des déclarants, de Fouqiiier 
et de Subleyras, A. iV., W 7G, n" 3. 

H9. — Déclarations d'habitants de Vil- 
leneuve près Dammartin, reçues par 
Charles Bravet, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, savoir : 

1" Charles Janid, âgé de 48 ans, mar- 
chand et notable de la commune de Ville- 
neuve près Dammartin, auquel il est 
demandé s'il a connaissance que des per- 
sonnes malintentionnées soient venues 
dans sa commune ou autres voisines pour 
y acheter et accaparer les denrées de 
première nécessité, en offrant et donnant 
un prix supérieur à celui qui était de- 
mandé par les vendeurs, a répondu savoir 
qu'un particulier de Paris ou du Raincy 
passe toutes les semaines à Villeneuve en 
allant à Dammartin avec une charrette à 



2 chevaux, qu'il charge de toutes sortes 
de subsistances, l'on ignore pour quelle 
destination, Paris ou ailleurs, quels sont 
les prix qu'il paye et sa manièi'e d'a- 
cheter, observe d'ailleurs ne rien savoir 
des inquiétudes que l'on cherche à inspi- 
rer au peuple, relativement aux subsis- 
tances ; 

2° Simon-Louis-Denis Hubert, âgé de 
32 ans, secrétaire-greffier de la municipa- 
lité de Villeneuve-les-Dammartin, lequel 
déclare ne rien savoir des accaparements 
des denrées de première nécessité ; 

3° Claude Jovel, âgé de 35 ans, membre 
du Comité de surveillance de la commune 
de Villeneuve, lequel parle d'un voiturier 
qui passait toutes les semaines en allant 
à Dammartin et revenait chargé de comes- 
tibles ; 

4° Julien-Nicolas-Philippe Gruat, âgé de 
34 ans, fabricant de dentelles et maire de 
la commune de Villeneuve, lequel relate 
les mêmes faits que le précédent. 

19 ventôse an II (5 heures de relevée). 
Original , signé des déclarants et de Bravet, 
A. AT., W 76, n°3. 

120. — Déclarations d'habitants d'E- 
couen, reçues par Gabriel Deliôge, l'un 
des juges du Tribunal révolutionnaire, on 
présence de Fouquiei^-Tinville, accusateur 
public du Tribunal, savoir : 

1° Antoine-Etienne Pinard, officier mu- 
nicipal d'Ecouen, lequel, quant aux écrits 
et placards incendiaires, dit n'avoir au- 
cune connaissance de ces monstrueuses 
productions ni de leurs auteurs, en ce qui 
concerne l'approvisionnement de Paris, il 
a toujours vu les cultivateurs de sa com- 
mune s'empresser d'y concourir, et n'a pas 
connaissance qu'on ait cherché à acca- 
parer les denrées de première nécessité, 
ni de les détourner de leur destination; 

2" Cliarles-Jean-Raptiste-GilbertPigneux, 
cultivateur à Ecouen, lequel dit que l'ap- 
provisionnement se fuit avec exactitude 
par les habilants d'Ecouen et n'a pas con- 
naissance d'accaparements par les mal- 
veillants ; 

2" Nicolas Leturo, membre du Comité 
révolutionnaire d'Ecouen, lequel dépose 
dans le môme sens que le précédent; 



CHAPITRE ^^ — JOIRNKES HISTOniQUKS DE I.A RÉVOIJ TION 



4° Jean-Louis Hègue, notable de la com- 
mune d'Eioiieii, lequel déclare que les 
apj)rovisionncinenls se font avec beaucoup 
de soin et d'oxacliludo, qu'il ne connaiL 
dans la commune (jue de bons citoyens, à 
part des valets du ci-devant Condé, qu'il 
se réserve de surveiller. 

19 ventôse an II (G heures de relevée). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Deliègc, A. A'., W 76, n" 3. 

^21. — Déclarations d'habitants de Lu- 
zarcbes, reçues j)ar François-Joseph Deni- 
zot, l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, en présence de Fouquier-Tinville, 
accusateur public du Tribunal, savoir : 

1° Pierre-Etienne Le Fèvre, fils, âgé de 
28 ans; officier municipal de Luzarches, 
lequel observe que jusqu'ici l'on n'a éprouvé 
aucune difficulté dans sa commune pour 
se pourvoir de la viande et autres comes- 
tibles, et que s'il connaissait quelque en- 
nemi du bien public, il serait le premier à 
le dénoncer; 

2» Louis-Claude Flamant, âgé de 51 ans, 
membre du Comité révolutionnaire de Lu- 
zarches, directeur des Postes, lequel a dit 
que depuis environ 20 jours il est difficile 
de se procurer de la viande, et qu'un 
boucher, le seul en ayant, a été mis à 
l'amende pour avoir vendu au-dessus du 
maximum, que toutefois, grâce à la sur- 
veillance des autorités constituées, les four- 
nitures de viande pour la troupe de pas- 
sage se font avec beaucoup d'exactitude, 
qu'il n*a point de notions sur les manœu- 
vres perfides que les ennemis du bien 
public emploient pour entraver l'arrivage 
des marchandises à Paris, qu'il regarde 
comme le centre de la Révolution et qui 
mérite à tous égards de retenir l'attention 
des amis de la Révolution; 

3» Jacques Landry, âgé de 04 ans, cul- 
tivateur et notable à Luzarches, lequel 
observe que, depuis quelques jours, il a 
de la peine à se procurer de la viande, 
n'en ayant qu'une livre ou une livre et 
aemie pour sa famille, composée de 4 per- 
sonnes; 

4° Nicolas Peton, cultivateur et notable 
à Luzarches, lequel déclare que la fourni- 



ture de viande pour les troupes se fait 
toujours très exactement et que sa com- 
mune jusqu'à itrésent n'a manqué de rien ; 
5" Pierre -François Vcrnon, âgé de 42ans, 
membre de la commune de Luzarches, le- 
quel dit avoir lieu de croire que des mal- 
veillants arrêtent les denrées, car leur 
petit marché, toujours bien fourni, com- 
mence à l'être peu, et l'on a de la diffi- 
culté à avoir de la viande, mais qu'il pense 
que les armées en sont la cause. 

19 ventôse an II (7 heures du soir). 
Oiif^inal, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Denizot, A. ^'., W 78, n» 3. 

122. — Déclarations d'habitants de Mon- 
tagne-du- Bon- Air, ci-devant Saint- Ger- 
main, reçues par Antoine-.Marie Maire, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public dudit Tribunal, savoir : 

1° Jean -Alexandre Renard, orfèvre à 
Saint-Germain, rue de Paris, n<»3l, lequel 
dit avoir connaissance qu'il se gâte des 
comestibles et même qu'il s'en perd, no- 
tamment d'après le rapport fait à la 
Société populaire par le citoyen Certain, 
serrurier, que l'on a trouvé environ 
40 livres de saumon jeté dans des pierres 
et absolument gâté, qu'il a aussi connais- 
sance personnelle qu'une femme a voulu 
retenir un cheval, chargé de deux paniers 
de beurre et de gibier pour l'approvision- 
nement de Paris, parce qu'elle manquait 
de beurre, mais que les officiers munici- 
pau.x ont fait partir cette femme pour 
Paris, il ajoute avoir ouï dire que des 
malveillants, grâce à de faux certificats, 
s'approvisionnent comme pour Paris et 
gardent la marchandise plutôt que de la 
faire venir ; 

2" Etienne Valderon, fripier, rue de 
P.iris, n" 2'>, lequel dit qu'il y a environ 
un mois, il a vu pendant la nuit, entre 
minuit et une heure, cinq à six chevaux 
chargés de paniers, qui paraissaient rem- 
plis de beurre et d'œufs, ce qui lui parut 
suspect, que s'étant renseigné, il apprit 
que cela se produisait toutes les semaines, 
que deux habitants de la Montagne-du- 
Ron-Air, rue du Marché, s'approvisionnant 
à Gournay et autres endroits, fournis- 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



73 



saient des détaillants pendant la nuit, 
qu'il ignore pour quelle destination ; 

Observe en outre qu'il n'y a pas de prix 
fixe au marché, que c'est celui qui paye le 
plus cher qui emporte les comestibles, que 
même les marchands les reconnaissent et 
disent à ceux qui sont moins riches qu'ils 
n'ont point de denrées ; qu'il est à sa con- 
naissance qu'à la porte d'une coquetière, 
on chargeait deux fois des comestibles 
pendant la nuit, une fois avec un âne, 
une autre fois avec un âne et un cheval ; 
de plus dépose des mêmes faits que le 
précédent témoin ; 

3° Philippe Anquetin, marchand bou- 
cher à la Montagne-du-Bon-Âir, lequel dit 
avoir connaissance que des marchands de 
porcs viennent en acheter à Saint-Germain 
pour Paris et les emmènent du côté de la 
Picardie, et que les mêmes manœuvres 
s'opèrent à l'égard des bœufs, mais ne 
saurait désigner les coupables de ces 
délits; qu'il sait également que la femme 
Grande fournit à des gens des Carrières 
pour l'approvisionnement de Paris du 
beurre, des œufs, du gibier et de la vo- 
laille, qu'il présume que ces provisions 
ne sont pus portées à Paris sur le marché, 
mais bien chez des individus, qui par ce 
moyen accaparent des denrées de pre- 
mière nécessité ; ajoute qu'il n'y a pas de 
prix fixe et que ceux qui payent le plus 
cher emportent les denrées ; 

4° Germain Deschamps, demeurant rue 
de la Grande-Fontaine, lequel fait con- 
naître qu'il y a 8 jours un troupeau de 
porcs, qui paraissait destiné à Paris, a été 
conduit sur le marché, et transporté dans 
une direction opposée à Paris, de même 
1 a ouï dire qu'à l'aide de faux certificats 
pour l'approvisionnement de Paris, on 
accaparait les comestibles et on ne les 
laissait point venir à Paris, qu'à sa con- 
naissance, ce sont les riches qui empor- 
tent toutes les denrées du marché en les 
payant plus cher, vont même au devant les 
acheter et par ce moyen dégarnissent le 
marché. 

20 ventôse an II (8 licures du malin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier et 
de Maire, A. N., W 76, n" 3. 



123. — Déclarations d'habitants de Nan- 
teuil-Ie-Haudouin, reçues par Pierre-Noël 
Subleyras, juge au Tribunal révolution- 
naire, en présence de Fouquier-Tinville, 
accusateur public dudit Tribunal, savoir : 

1" Jacques-Etienne Marty, âgé de 38 ans, 
greffier de la justice de paix du c;mton de 
Nanteuil, district de Crépy, département 
de l'Oise, lequel a dit que dans la com- 
mune de Nanteuil, il se forme continuel- 
lement, au moyen de réquisitions par les 
communes environnantes, un grenier 
d'abondance pour la ville de Paris, et le 
blé, au fur et à mesure de son arrivée à 
Nanteuil, ou la farine qui en provient, 
est porté régulièrement à sa destination, 
qu'actuellement tous les fermiers des en- 
virons sont requis de fournir tous les 
jours jusqu'au 5 germinal environ 40 voi- 
tures pour le transport de Nanteuil à Paris, 
que la paille, l'avoine et le foin sont em- 
ployés à l'approvisionnement des armées, 
ou pour les charrois et relais militaires, 
que la commune de Nanteuil ne fournit à 
Paris aucune autre subsistance, que la 
tranquillité y a toujours régné et qu'il n'y 
est parvenu aucun bruit alarmant sur la 
Commune de Paris; 

2° Jean-Baptiste Lherin, âgé de 59 ans, 
cultivateur et officier municipal de la 
commune de Nanteuil, lequel a dit qu'il 
existe à Nanteuil un grenier considérable 
pour l'approvisionnement de Paris, dans 
lequel toutes les communes voisines vien- 
nent verser leurs grains, qu'on transporte 
ensuite à Paris, par les voitures réquisi- 
tionnées à cet ellet, que la difficulté de se 
procurer du savon a pu exciter dans ces 
derniers temps les criailleries de quebpies 
femmes, mais la tranquillité publique n'en 
a pas été troublée ; 

3° Nicolas Lavenère, âgé de 44 ans, épi- 
cier, membre du Comité de surveillance 
et président de la Société populaire de 
Nanteuil, lequel a dit que la commune de 
Nanteuil ne fournit d'autre subsistance à 
Paiis que du blé, les autres étant consom- 
mées soit pour les armées, soit sur les 
lieux, en raison du passage fréquent des 
troupes, qu'elle est l'entrepôt des grains 
fournis par les communes voisines, grains 
qui sont régulièrement transportés à Paris, 



74 



CHAPITRE I". — JOUHNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



que depuis quelque temps la difticulté de 
se procurer du savon, du sucre, de riiuile, 
de l'eau-de-vie et de la chandelle ont pro- 
duit queliiiie murmure, mais sans suite, 
laoommune ayant loujours été tranquille, 
(jue de lenips à autre ont circulé des 
bruils vagues sur la disette à Paris, mais 
(ju'il n'y a jamais eu de mauvais desseins; 

4° Pierre-Jean-Louis Llierminicr, âgt; de 
;{8 ans, agent national de la commune de 
Nanleuil, lequel dépose des mômes faits 
au sujet du grenier d'abondance y établi 
pour l'approvisionnement de Paris, ajou- 
tant que la commune a loujours joui d'une 
profonde tranquillité et qu'aucun bruit 
alarmant n'y est parvenu sur la Commune 
de Paris; 

y Jean -François Cor, dgé de 30 ans, fri- 
pier et membre du Comité révolution- 
naire de Nanteuil. lequel fait une déposi- 
tion analogue; 

6° Jean-Baptiste Fremin, âgé de 38 ans, 
membre du Comité de surveillance de 
Nanteuil, lequel dépose des mêmes faits. 

20 venlôse an II (8 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Subleyras, A. N.,W 76, n° 3. 

124. — Déclarations d'habitants de Chan- 
leloup, reçues par François-Joseph Deni- 
zot, l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, en présence de Fouquier-Tinville, 
accusateur public dudit Tribunal, savoir : 

1" Cbarles- Léonard Liénard, âgé de 
47 ans, vigneron et membre du Comité de 
surveillance de Chanteloup, lequel a dit 
que sa commune ne fournissait à Paris 
que des légumes et qu'il n'avait aucune 
connaissance que jusqu'à présentpersonne 
de sa commune s'y fût opposé et eût re- 
fusé d'en apporter ; 

2» Martin Laurence l'aîné, âgé de 50 ans, 
vigneron à Chanteloup, lequel a déclaré 
n'avoir aucune notion des manœuvres 
qu'employent les ennemis du bien public 
pour jeter la défiance parmi les citoyens 
et troubler l'ordre public, assurant que s'il 
en connaissait, il serait le premier à les 
dénoncer ; 

3» Philippe-André Coltin, âgé de 48 ans, 
vigneron et notable à Chanteloup, lequel 
a dit n'avoir aucune connaissance des 



manœuvres perlides dont tous les bons ci- 
to\ens se plaignent, et que s'il connaissait 
des ennemis du bien public, il serait le 
premier à les dénoncer. 

20 vcntose an II (8 heures du malin). 
Original, signé des déclarants, do Fouquier 
et de Denizot, A. N., W 76, n" 8. 

ii'.'t. — Déclarations d'habitants de 
Clianlilly, reçues par Claude-Emmanuel 
Dobsent, juge au Tiibunal révolutionnaire, 
en présence de Fouquier-Tinville, accu- 
sateur public dudit Tribunal, savoir : 

1° Narcisse, ci-devant Louis Démantes, 
agent national de la commune de Chan- 
tilly, lequel fait connaître que la commune 
qu'il habile produit par elle-même peu 
de ressources en comestibles, parce que 
le sol y est très aride, qu'il existe, à ce 
qu'il croit, de mauvaises intentions rela- 
tivement aux subsistances et des abus 
qu'il serait nécessaire de réprimer, notam- 
ment que plusieurs citoyens parcourent les 
campagnes et y font des achats considé- 
rables d'œufs, que dernièrement on lui 
amena un particulier d'Ecouen qui avait 
déjà en sa possession 1,900 d'œufs, qu'un 
autre individu de la commune du Mesnil- 
Aubry a été également arrêté, ayant une 
voiture chargée de pommes déterre. Ajoute 
le déclarant qu'il ne peut êlrc soustrait ni 
accaparé aucun blé dans l'étendue de la 
commune, attendu que trois recensements 
faits par ses soins lui ont donné la certi- 
tude que les blés se trouvant chez les cul- 
livaleurs ne peuvent nourrir la commune 
plus de trois semaines; 

2» Pierre Thomas, âgé de 69 ans, maire 
de la commune de Chantilly, lequel dit 
avoir la certitude, par plusieurs recense- 
ments qui ont été faits, qu'il n'existe pas 
chez les cullivaleurs de sa commune des 
grains en suffisance pour atteindre la 
moisson, que dans le courant de cette 
décade, le nommé Fioulanger et sa nièce, 
se disant coquetière à Ecouen, furent 
arrêtés avec 1,900 œufs, qu'ils déclarè- 
rent conduire à Ecouen pour fournir leur 
commune et les environs, que, le même 
jour, un certain Lemaire fut arrêté avec 
i'ô milliers d'œufs, qu'il déclara conduire 
au marché de Saint-Denis, sa commune, 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



75 



et celles environnantes, que comme ce 
dernier avait un passeport, ils le laissèrent 
aller, quant au sieur Boulanger, comme 
Chantilly manquait absolument d'a;ufs,de 
son consentement, les œufs lui furent 
payés et distribués aux habitants de cette 
commune ; 

3° Joseph Auberlin, ùyé de 42 ans, 
membre du Comité de surveillance de 
Chantilly, lequel dépose des mêmes faits 
que le précédent en ce qui concerne les 
arrestations de particuliers avec des pro- 
visions d'œufs ; 

4» Charles-Claude-Guillaume Le Portier, 
âgé de 34 ans, membre du Comité de 
surveillance de Chantilly, lequel fait une 
déclaration analogue aux précédentes ; 

5° François Moreau, âgé de 47 ans, mar- 
chand de bois et administrateur de l'hô- 
pital de Chantilly, lequel n'a aucune 
connaissance de pamphlets, écrits incen- 
diaires ni accaparements, et a seulement 
entendu parler de l'arrestation d'indivi- 
dus, chargés d'une assez grande quantité 
d'œufs. 

20 ventôse aa II (8 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Dobsent, A. N., W 76, n" 3. 

126. — Déclarations d'habitants de Gli- 
chy-la-Garenne, reçues par Claude-Emma- 
nuel Dobsent, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal, 
savoir : 

1° Jean-Louis Loy, âgé de 42 ans, de- 
meurant à Monceaux, commune de Glichy, 
marchand de vins, membre du Comité 
révolutionnaire de Clichy, lequel fait con- 
naître que l'esprit public est bon dans 
l'étendue de sa commune, mais que la 
pénurie des comestibles s'y fait sentir, que 
le blé et autres grains y sont très rares, 
que l'on a grand' peine à s'en procurer, 
de même que le sucre, la chandelle et la 
viande, que cependant il n'existe aucun 
accapareur, que diiférentes Tisites domi- 
ciliaires auxquelles il a contribué l'ont 
convaincu de ce fait, qu'il n'a entendu 
parler d'aucun écrit ou placard propre à 
agiter le peuple ; 

2" Louis Beaudet, âgé de bS ans, insti- 



tuteur et membre du Conseil de la com- 
mune de Clichy-la-Garenne, lequel dit 
n avoir point connaissance d'accapare- 
ment de comestibles, que cependant la 
pénurie se fait vivement sentir, que l'es- 
prit public est très bon dans la commune, 
que d'iiprt's les derniers recensements, il 
ne reste que 800 mesures d'orge, réquisi- 
tionnées par le district et qui se distri- 
buent sur des bons aux cultivateurs pour 
ensemencer les teries ; 

3° François Hervieux, âgé de 30 ans, 
marchand de vins, membre du Comité 
révolutionnaire de Clichy-la-Garenne, 
lequel dit que par les visites domiciliaires, 
on n'a reconnu aucune trace d'accapare- 
ments, qu'il ne restait que 800 mesures 
d'orge qui se distribuent aux cultivateurs; 

4° Michel Marais, âgé de o9 ans, batteur 
en grange, employé chez la veuve Houriet, 
lequel déclare que tout ce qu'il a vu battre 
chez cette citoyenne a été consacré à 
nourrir les ouvriers travaillant à l'exploi- 
tation de la ferme et aux semences, que 
le surplus a été par elle exactement livré 
à la municipalité, qu'il restait encore à 
battre dans cette grange, tant en seigle, 
blé et orge, de quoi l'occuper 3 décades, 
que l'orge est en réquisition pour ense- 
mencer les terres, qu'il ne connaît aucuns 
accaparements dans toute l'étendue de la 
commune ; 

;)° François Laroche, âgé de 60 ans, ma- 
réchal à Clichy-la- Garenne, lequel a dit que 
ladisette descomestiblesse faisait vivement 
sentir, mais qu'il ne connaît aucun acca- 
parement propre à y donner lieu, et ne 
sait pas qu'il ait été afiîché aucun écrit 
incendiaire de nature à agiter le peuple. 

20 ventôse an II (8 heures du matin). 
Original, signé de 3 des déclarants, de Fou- 
quier et de Dobsent, A, N., W 70, n» 3. 

127. — Déclarations d'habitants de Dam- 
martin, reçues par Gabriel-Toussaint Scel- 
lier, juge au Tribunal révolutionnaire, en 
présence de Fouquier-Tinville, accusateur 
public, savoir : 

1° Jean-François Hurtaux, âgé de 45 ans, 
officier municipal de Dammartin, lequel 
dit n'avoir que des idées générales Sur la 
disette factice qui afflige aujourd'hui la 



70 



CHAPITIŒ I". — JOURNEES IlISTOniQUES DE LA RÉVOLUTION 



Comimino do Paris, qu'il ne peut allri- 
biicr ci'lît' priuirie du subsistances ((u'à 
d(\s iiicnmiiis qui proliableinenl se ii^pan- 
denl ftiilivoineiil chez les cullivateurs pour 
y enIfvtM' le beurre, les (l'ufs, la volaille et 
les lt''i.'iimes, que les recheiches faites pour 
di^coiivrir ce iiionopolc désastreux sont 
juscjuici demeurées infrucliieuscs, que le 
niarclié de Damniarlin , ordinairement 
fourni on abondance, man(iue acluelle- 
menl, ainsi (jue Paris, des objets de pre- 
mière néoessilé, que, la veille, l'on arrêta 
une voilure chargée de paille, qui fut 
visllée et où Ton trouva à linléiiein- 
4 septiers d'avoine ou environ, au mépris 
de la loi qui défend le commerce de celte 
denrée, mise en réquisition, et une cer- 
taine quantité d'n-ufs ; qu'il y a environ 
\ décades, un particulier de P.iris, habi- 
tant l'un des faubourgs vers le Nord, fui 
surpris au bas de la montngne de Dam- 
marlin, en compagnie d'un autre indi- 
vidu, chargeant sur une voiture un cent et 
demi d'œufs qui auraient dft ôlrc portés 
au marché, procés-verbal fut dressé, les 
(iMifs furent confisqués et vendus au prollt 
des pauvres. Le déclarant attribue la pé- 
nurie des denrées à ce genre de manœu- 
vres qui peut se multiplier sous toutes les 
formes et estime que, pour y remédier 
d'une manière efficace, la Convention de- 
vrait confier des pouvoirs étendus à chaque 
municipalité, de manière à procurer la 
connaissance certaine de la totalité des 
denrées existant chez chaque parliculier, 
et, par ce moyen, en faire une réparti- 
tion équitable qui calmerait toutes les in- 
quiétudes; 

2° Julien-Martin-Augustin Lair, âgé de 
3j ans, président de la Société populaire 
et officier municipal de Dammarlin, lequel 
se borne à conslater que le marché de 
celte commune se trouve dépourvu de 
toute es|tècc de denrées; 

3° Pierre-Louis Chobcrt, âgé de 07 ans, 
aubergiste, membre du Comité de sur- 
veillance de la comnmnc de Dammartin, 
lequel certifie élre très vrai que des mal- 
veillants enlèvent chez les cultivateurs In 
beurre, les (pufs, la volaille, les pommes 
de terre et les autres légumes, ce qui oc- 
casionne à Pammartin une pénurie géné- 



rale sur le marché, (|ue, la veille, fut arrêtée 
une voilure dans laquelle l'on trouva isep- 
liors d'avoine cl l'y ou 000 («iifs, que le seul 
moyen de remédier à dos abus aussi ef- 
frayants, c'est d'engager la Convention à 
rendie un décrel révolutionnaire édictant 
les peines les plus sévères contre ceux qui 
n'apporleraient [»as dans les halles et mar- 
chés toutes les denrées qu'ils récoltent et 
contre ceux ((ui se permellraient de les 
acheter ailleurs qu'aux balles et marchés, 
en donnant aux municipalités des pou- 
voirs assez étendus pour exercer une sur- 
veillance utile, seule mesure capable de 
ramener l'abondance. 

Ajoute avoir connaissance que des indi- 
vidus de Paris et d'autres lieux, ne pouvant 
obtenir de certificats de civisme, se réfugient 
dans les lampagnes et abusent de la sim- 
plicité, de la bonne foi et du peu de mé- 
fiance qui y régnent, et pense que pour ar- 
rêter les intrigues de ces malveillants, i!s 
devraient, par un décret, être mis en de- 
meure de réintégrer les domiciles qu'ils 
ont lâchement abandonnés depuis 4789 
pour conspirer dans le silence des champs, 
tant par leurs conseils perfides que par 
l'exagération du prix des denrées ; 

3' Rarlheleiny Viard, âgé de 43 ans, 
notable de Dammartin, lequel attribue la 
disette factice qui se fait sentir à la mal- 
veillance et à l'égoïsme des riches, qu'il est 
constant que des individus enlèvent les 
denrées chez les cultivateurs à tout prix, 
ce qui produit à Dammartin une grande 
pénurie, au point que la Société populaire 
a cru devoir inviter la municipalité à en- 
voyer une circulaire aux municipalités 
voisines à l'elTet d'approvisionner le mar- 
ché de Dammartin, mais celle mesure n'a 
produit aucim elîet, le marché n'en a pas 
été mieux fourni ; 

4° Nicolas-Jacques Gouverneur, âgé de 
03 ans, agent nalional de la commune de 
Dammarlin, lequel dit qu'il est constant 
que des particuliers vont chez les cultiva- 
teurs acheter beurre, œufs et autres den- 
rées, que les cultivateurs du canton ont 
été à diverses reprises invités à approvi- 
sionner le marché de Dammarlin, comme 
à l'ordinaire, mais qu'ils répondent tous 
que ne pouvant donner de viande à leurs 



ixXSTRUCTION bu PROCÈS DES HÉBERTIStES 



cbarreliers et ouvriers, ils sont obliges de 
les nourrir en maigre ; observant qu'une 
fausse crainte de disette travaille l'imagi- 
nation des liabitaiils des campagnes, qui 
se hâtent tous de faire des provisions, ce 
qui cause (videmment une pénurie de 
comeslibles; si la Convention enjoignait 
par décret, sous des peines Irôs rigou- 
reuses, à tous les cultivateurs de porter 
toutes leurs denrées sur les halles et mar- 
chés, et interdisait sous les mômes peines 
aux citoyens de se pourvoir ailleurs, cette 
sage et simple mesure ferait bientôt re- 
naître Tabondance dans toute la Répu- 
blique ; 

0° Jean-Martin Houbert, âgé de 43 ans, 
membre de la Société populaire de Dam- 
martin, lequel a dit que dans sa commune, 
le beurre est taxé à 24 sols la livre et les 
œufs à 30 sols le quarteron, que ce sage 
règlement, qui a été fait en faveur des 
citoyens peu fortunes, contrarie l'intérêt 
et l'égoïsme des cultivateurs, qui, pour s'y 
soustraire, vendent à tous ceux qui vien- 
nent chez eux le beurre, les œufs et les 
légumes à un prix bien supérieur à celui 
fixé parle règlement, que par cette con- 
tra ventioncoupablequidonnesatisfactionà 
leur cupidité, ils bénéficient en outre des 
frais de transport, celte double considé- 
ration les engage à ne plus rien apporter 
aux halles et marchés, on ils seraient obli- 
gés de se conformera la loi du maximum; 
qu'il ignore ce que deviennent toutes les 
productions du pays, telles que les œufs, le 
beurre et la volaille, qui devraient exister 
en abondance, le nombre des vaches et 
volaillesn'ayant pas diminué dans le pays; 
il serait à propos, ajoute le déclarant, 
pour que Paris ne manquât point de ces 
objets, que le Comité des subsistances 
donnât des pouvoirs limités aux particu- 
liers chargés des approvisionnements, avec 
obligation de produire des récépissés qui 
prouveraient qu'ils ont réellement ap- 
porté à Paris la quantité et la nature des 
denrées achetées par eux dans les com- 
munes, que sans cette précaution, le mal 
ne fera qu'empirer, attendu que les enne- 
mis du bien public auront toujours la faci- 
lité d'acheter à un prix excessif les den- 
rées chez les cultivateurs pour les trans- 



porter partout où ils jugeront à propos ou 
les anéantir ; 

Observe encore que pour faire renaître 
l'abondance plus rapidement, il serait né- 
cessaire d'autoriser les municipalités à 
procéder à des visites domiciliaires chez 
tous les citoyens qui, par une crainte mal 
fondée de la disette, s'empressent de faire 
des provisions de tout genre, bien plus 
considérables que ne semble l'exiger leur 
consommation journalière, et que la même 
loi fixât la quantité de provisions que tout 
citoyen pourrait avoir chez lui, ce qui cer- 
tainement empêchera les grandes com- 
munes de manquer de subsistances, mal- 
gré les intrigues de tous les malveillants. 
Déclare encore tju'il est urgent que la 
Convention, par un décret sévère, force 
tous les cultivateurs à faire des élèves, 
tant en bestiaux qu'en volailles, parce que 
les ennemis du bien public, devenus trop 
riches, tuent tous les jours les agneaux, 
les cochons de lait et les poulets à peine 
sortis de la coquille, ce qui est une des 
causes majeures de la disette et finirait 
par diminuer l'espèce de la manière la 
plus préjudiciable. 

20 ventôse an II (9 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Scellier, A. N., W 76, n" 3. 

128. — Déclarations d'habitants de Sen- 
lis, reçues par Claude-Emmanuel Dob- 
sent, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, en présence de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public de ce Tribunal, 
savoir : 

1° Jean-Baptiste La Fournière, âgé de 
40 ans, tailleur à Senlis, lequel dit n'avoir 
connaissance d'aucun accaparement, qu'à 
l'exception du blé, toutes les autres den- 
rées y sont très rares; 

2" Jean Couvreur, âgé de 58 ans, capo- 
ral de la garde nationale et manouvrier à 
Senlis, lequel n'a point connaissance d'ac- 
caparement dans l'étendue de sa com- 
mune, que Ton n'y manque pas de pain, 
mais que les légumes, le beurre et les 
œufs y sont très rares, sans pouvoir en 
dire la cause, que l'esprit public est bon, 
que la municipalité et la Société populaire 
se conduisent assez bien; 



78 CHAPITHE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



3<> Philippe Picot, âgé de 45 ans, mar- 
chand pain d'épicier à Senlis, lequel dit 
n'avoir aucune connaissance d'accapare- 
ments, que la disette des denrées, à l'ex- 
ception du pain, est assez considérable, 
qu'on ne donne à chaque habitant que 
6 d'ufs par décade et un quarteron de 
beurre, (jue la viande se distribue avec la 
môme sévérité, que le Conseil général de 
la commune est bien organisé et qu'en 
général l'esprit public y est bon; 

4" François Brunet, âgé do 46 ans, cor- 
donnier, rue Rouf^remaiile, commune de 
Senlis, lequel constate aussi la disette très 
grande, à part le pain, qu'on ne donne à 
chaque ménage que 8 œufs par décade et 
un quarteron de beurre, encore y a-t-il 
beaucoup de personnes qui en manquent, 
qu'on ne distribue non plus qu'une livre et 
demie de viande, trois fois par décade, 
qu'il vient d'être arrêté que cette quantité 
de viande ne se délivrera plus que deux 
fois par décade, que le Conseil général de 
la commune est bien organisé et l'esprit 
public en général est bon. 

10 ventôse an II (9 heures du matinj. 
Original, signé des déclaranls, de Fouquier 
et de Dobsent, A. N., W 76, n" 3. 

129. — Déclarations d'habitants d'Etam- 
pes, reçues par Charles Harny, juge au 
Tribunal révolutionnaire, en présence de 
Fouquier-Tinville, accusateur public de ce 
Tribunal, savoir : 

1° Jacques-Antoine-Denis Bénard, âgé 
de 35 ans, officier municipal d'Elampes, 
lequel fait connaître que la citoyenne Ra- 
bier, demeurant à Mérobert, est venue se 
plaindre à la municipalité d'Etampes de 
ce qu'amenant sa provision de beurre et 
œufs en ladite commune, deux hommes, 
avec un mulet ou un cheval chargé de 
deux paniers, se sont emparés avec vio- 
lence de sa marchandise. Le même ajoute 
qu'un homme, attaché à ce qu'il croit au 
citoyen de Laborde-Méréville, est venu, il y 
a une quinzaine de jours, chez un boucher 
d'Etampes enlever 80 livres de viande ; 

2» Jean-Baptiste Porthault, âgé de 50 ans, 
cordonnier, officier municipal d'Etampes, 
lequel a déclaré qu'un particulier, occu- 
pant une petite maison isolée entre Mon- 



désir et Villesauvage, sur la grande roule 
d'Orléans, oflVait de l'avoine aux rouliers 
qui passaient sur la route à 45 livres le 
sac, qui suivant le maximum ne vaut que 
28 livres; 

3° Le citoyen Crespin, âgé de 39 ans, 
administrateur du directoire du district 
d'Elampes, lequel rapporte que la muni- 
cipalité de Bouray, commune du district 
d'Etampes, entre Paris et Elampes, a ar- 
rêté la femme Guiard , de Longjumeau, 
avec un nommé Beauvais, qui achetaient 
des dindons et des chapons chez un nommé 
Auger, gros cultivateur de cette commune, 
et à des prix exorbitants, ayant une voiture 
dans laquelle il y avait des cages à volailles 
et 17 lapins, le district, informé, a ordonné 
l'incarcération des délinquants dans les 
prisons d'Elampes, où le sieur Beauvais a 
été amené, la femme Guiard ayant réussi 
à s'échapper. 

Déclare en outre que Dadonville, sei- 
gneur de la commune de Uoinvilliers, avait, 
suivant le recensement fait en exécution 
de la loi du il septembre, 566 quintaux 
de blé et 200 quintaux environ d'orge, et 
quoique par les réquisitions décadaires 
qui lui ont été faites pour l'approvisionne- 
ment de Paris, et dont le montant est de 
169 quintaux, il eût dû les fournir, il n'en 
a rien fait, et cependant, à ce jour, sui- 
vant le recensement du 30 pluviôse, opéré 
en conséquence d'un arrêté du représen- 
sentant Isoré, approuvé par le Comité de 
salut public, le nommé Dadonville n'a que 
105 quintaux de blé et 20 d'orge, et l'on 
ignore ce que le reste est devenu, affaire 
que le district et le Comité de surveillance 
d'Elampes examinent en ce moment; il 
ajoute que deux gros cultivateurs de la 
même commune, tous deux officiers mu- 
nicipaux, sont à peu près dans le même 
cas. Signale aussi la saisie de beurre et 
œufs envoyés par une femme à Bonne- 
Commune, ci-devant Chamarande, faute 
d'acquit à caution. 

Déclare encore que des quidams, dé- 
noncés pour ce au district, allaient dans 
les campagnes acheter à des prix exorbi- 
tants toute espèce de légumes secs, comme 
fèves, pois, lentilles, que l'on pourrait 
avoir des renseignements plus précis par 



INSTRUCTION DU PROCES DES HÉBERTISTES 



?9 



le citoyen Largeau, envoyé dans le dis- 
Irict par la Commission des Subsislanccs 
de Paris pour l'exéculion d'une réquisi- 
tion de grenailles. 

Ajoute que dans la commune de Méré- 
ville, il y a un marclié 1res considérable 
en beurre et œufs, apportés par des co- 
quetiers et beurriers de la Beauce, que ce 
beurre et ces œufs sont achetés par de 
gros coquetiers et beurriers, sous prétexte 
de les apporter à Paris, ce qu'ils ne font 
point, ou ne font qu'en partie, allant 
presque toujours les vendre du côté de 
Alontlhéry et dans les environs. 

Déclare aussi que les riches d'Etampes 
et encore plus ceux de la campagne sont 
abondamment pourvus de tout, parce qu'ils 
payent le prix qu'on leur demande, ce qui 
fuitque les autres particuliers en souffrent ; 

3° Antoine l.amy, âgé de 34 ans,cordon- 
nier,administrateur du district d'Etampes, 
lequel déclare savoir seulement que les 
marchés ne sont pas remplis comme ils 
devraient l'être ; 

4° Pierre Chevallier, âgé de 29 ans, 
tuilier et chaufournier, membre du Co- 
mité révolutionnaire d'Etampes, lequel 
dit que les gros fermiers des environs 
d'Etampes et du district de Janville n'en- 
voyent pas au marché leurs beurre, œufs 
et volailles et qu'ils les vendent à des 
gros coquetiers qui prétendent les acheter 
pour les mener à Paris, ce qu'ils ne font 
point et les portent du côté de Chartres, 
Auneau et Gallardon pour réaliser un plus 
grand bénéfice, que les mêmes fermiers 
envoyent à Paris, par des commission- 
naires, du beurre, de la volaille, des œufs, 
de la viande de boucherie, à l'adresse de 
particuliers, mais nullementpour être por- 
tés au marché. Ajoute que les officiers mu- 
nicipaux des communes délivrent facile- 
mentdes acquits à caution, sans s'inquiéter 
exactement de la destination, ce qui auto- 
rise la fraude, de même que les fermiers 
obtiennent également des acquits à cau- 
tion pour transporter leurs grains d'une 
commune à une autre oh. ils ont des dé- 
pôts. De plus, les gros fermiers ne se 
conforment point à la réquisition en four- 
nissant ce qu'ils devraient fournir, et sont 
les premiers à faire répandre le bruit que si 



les réquisitions continuent, les communes 
manqueront, et ce par suite des marchés 
dans les cabarets ou dans les Sociétés po- 
pulaires et, sous prétexte de la réquisition, 
ils se refusent à vendre aux habitants. 
Déclare encore que dans les fermes les 
gerbes ne sont pas exactement battues et 
qu'il y reste un quart de blé, qui se trouve 
perdu, ce qui n'arriverait pas si les offi- 
ciers municipaux faisaient leur devoir, 
comme c'est le cas pour une ferme dans la 
commune de Doramerville, oîi le nommé 
Vallet, agent dun ci-devant noble et émi- 
gré, est officier municipal. 

20 ventôse an II (9 lieures du matin). 
Original, signé des ijéclarants, de Fouquier 
et de Harny, A. N.,W 7G, n° 8. 

130. — Déclaration de Charles Bourgeois, 
marchand fruitier à Gaillon près Meulan, 
reçue par Amand-M.irlial Joseph Herman, 
président du Tribunal révolutionnaire, en 
présence de Fouquicr-Tinville, accusateur 
public dudit Tribunal, lequel a fait con- 
naître qu'il apporte ordinairement de Meu- 
lan à Paris des denrées, telles que pommes 
et œufs, que, la veille, il passait avec sa 
charrette à Saint-Germain, où l'on voulut 
lui faire décharger sa voiture pour l'usage 
de cette ville, mais qu'un huissier du Tri- 
bunal, qui venait assigner des citoyens à 
l'elfet de découvrir quelles pouvaient être 
les causes du défaut d'approvisionnement 
de Paris, lit parlir sa voiture en remettant 
au déclarant une assignation, et il ajoute 
que les habitants de Saint- Germain pa- 
raissent ne songer qu'à eux en voulant tout 
retenir, qu'ils vont jusqu'à effrayer les ha- 
bitants de Nanterre qui avaient l'habitude 
de s'approvisionner de fruits à Saint-Ger- 
main pour les apporter à Paris. 

20 ventôse an II (9 heures du matin). 
Original, signé de Bourgeois, de Fouquier et 
d'IIerman, A. N., W 76, n^S. 

131 . — Déclarations d'habitants de Franc- 
val, ci-devant Arpajon, reçues par Etienne 
Masson, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, en présence de Foutiuier-Tin- 
ville, accusateur public dudit Tribunal, 
savoir : 

1» Jean-Baptiste Lalour, âgé de 38 ans, 
orfèvre à Francval, ci-devant Arpajon, le- 



80 



CHAPiTHK w. — Journées HiSTohiQUEs de La hêvolution 



quel a dit que le défaut d'approvisionne- 
inenl des maiclu's no provient absolu- 
ment que de la néi.'ligencc criminelle des 
cultivateurs, tant d'Arpajon que des envi- 
rons, à apporter leurs denrées au marché, 
• juil est i,'énéralemcnt C(tnnu que des par- 
liculieis, tant des alentours que de la com- 
mune même d'Arpîijon, se transportent 
chez les cultivateurs et autres possesseurs 
de denrées et y achètent à un prix bien 
supérieur au maximum, que ces particu- 
liers ac<iuiérenl égalemenl avant les mar- 
chés des porcs et autres bestiaux, qui, 
ainsi achetés d'avance, ne paraissent plus 
sur le marché que pour y ôtre enlevés par 
les acquéreurs de la veille, et que si des 
citoyens marchandent ces bestiaux, on les 
fait un prix quadruple de leur valeur, qu'il 
est aisé de voir que la source de cette né- 
gligence criminelle est l'égoïsme et la cu- 
pidité contre-révolutionnaire, qui jettent 
dans une profonde misère le peuple, dont 
les moyens ne lui permettent pas de se 
transporter, comme les débitants et les 
riches, chez les propriétaires de denrées 
ù l'effet d'y ofTrir un prix bien supérieur à 
celui fixé par la loi. Les membres des Co- 
mités de surveillance dans les communes 
de campagne ferment les yeux sur ces 
abus qu'il serait de leur devoir de suppri- 
mer, que les cultivateurs ou conducteurs 
de bestiaux refusent de les vendre, sous 
prétexte de les amener à Paris, et les con- 
duisent ailleurs, ou dans des maisons parti- 
culières; qu'il ne se tient qu'un marché par 
semaine (v. style) à Arpajon, marché qui 
était autrefois considérable et est désert 
aujourd'hui par l'elfet de ces manœuvres. 
Au surplus, le comparant sait que le re- 
censement des subsistances a été fait avec 
exactitude dans son canton et que le Co- 
mité de surveillance, dont il est membre, 
ne néglige rien pour remplir les fonctions 
importantesqui lui sontconfiées, que même 
ce Comité a envoyé à celui de sûreté gé- 
nérale un procès-verbal contre des accapa- 
reurs de bestiaux, que d'ailleurs les délin- 
quants prennent tous les moyens possibles 
pour échapper à leur surveillance, et que 
les charcutiers de l'aris, désespérés de ne 
pouvoir rien acheter, sont venus eux- 
mêmes dénoncer ces abus; 



2' Jean-Louis Jumeau, fayencier et offi- 
cier municii)al d'Arpajon, âgé de 30 ans, 
lequel a fait une déposition analogue à 
celle du sieur Latour, ajoutant que les 
malveillants répandent le bruit que si l'on 
apporte les denrées à Paris, ou au marché 
d'Ariiajoii, elles y seront prises et vendues, 
soit sans payement, soit au maximum, 
comme aussi que les marchands ditsCham- 
penois vont sur la route et dans les au- 
berges acheter les porcs avant leur expo- 
sition sur les marchés, dans les(iuels ils 
simulent la vente, qu'il a aussi remarqué 
que des particuliers peu fortunés se trans- 
portent dans les marchés pour y acheter 
des denrées au-dessus de leurs ressources 
et de leurs besoins, qu'ensuite, par une 
coupable cupidité, ils revendent à un prix 
bien plus considérable aux riches égoïstes 
et aux débitants; 

3° Jean-Baptiste Rousseau, âgé de 33 ans, 
horloger, membre du Conseil général de 
la commune d'Arpajon, lequel a donné 
des renseignements concordant avec la 
déclaration du citoyen Latour, en y ajou- 
tant qu'il a remarqué que le nommé Four- 
nier, tenant les étapes des communes 
d'Egalité, Arpajon et Etampes, faisait gon- 
11er son avoine pour en augmenter le vo- 
lume et rapiner d'autant sur la substance 
que la République entend être distribuée 
journellement à ses chevaux et dont il 
reçoit la valeur, qu'il croit que le Comité 
de surveillance de sa commune a donné 
connaissance de ce délit à celui de sûreté 
générale; 

4° Jean-Baptiste Dubois, âgé de 33 ans, 
chirurgien à Francval, ci-devant Arpajon, 
lequel a dit que des manœuvres de toute 
espèce sont employées par les égoïstes et 
les contre-révolutionnaires pour empêcher 
l'approvisionnement des marchés et opérer 
l'accaparement, mais sans en avoir une 
connaissance particulière, qu'il a remar- 
({ué cependant que les aubergistes tant 
de sa commune que des environs sont 
abondamment pourvus de volailles et de 
viande, qu'ils n'achètent point dans les 
marchés, cç qui prouve incontestablement 
qu'ils s'entendent avec les cultivateurs, 
propriétaires de denrées, pour sacrifier à 
leur coupable cupidité l'approvisionne- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



81 



ment public, et il croit devoir déclarer que 
l'avoine, dont on manque en ce moment, 
pourrait se trouver plutôt chez les petits 
cultivateurs, dits haricaudicrs, que chez 
les gros fermiers, sur lesquels ont porté 
les réquisitions, qu'au contraire les pre- 
miers s'en exemptent sous le prétexte 
spécieux de la petite quantité qn'ils en 
possèdent et qu'ils disent nécessaire à la 
nourriture de leur mauvais cheval, quoi 
qu'il soit de notoriété publique que jamais 
ces animaux n'en consomment, mais qu'ils 
la retiennent uniquement pour ne pas la 
vendre au maximum, et qu'ils se dessai- 
sissent de la totalité dès que le prix offert 
peut satisfaire leur cupidité ; 

S" Jacques Rond, âgé de o4 ans, tail- 
landier à Arpajon, lequel déclare savoir 
seulement que le marché de la commune, 
autrefois très approvisionné, était au jour 
actuel absolument désert. 

10 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Masson, A. N., W 76, n" 3. 

132. — Déclarations d'habitants de Creil, 
reçues par Gabriel Deliège, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, en présence 
de Fouquier-Tinville, accusateur public 
dudit Tribunal, savoir : 

1° Pierre Chipeaux, commandant en se- 
cond de la garde nationale du canton de 
Creil, membre de la Société populaire de 
Creil, lequel dit que l'approvisionnement 
de Paris se fait avec exactitude de la part 
de ses concitoyens et qu'il n'en connaît 
aucun dans le cas de l'empêcher en le 
détournant de sa destination, et il ajoute 
qu'un certiin Degouge, habitant de la 
commune de Creil, a été incarcéré pour 
avoir acheté environ 2o0 livres de plomb, 
sans avoir jamais passé pour en faire le 
commerce; 

2° Jacques Breton, maçon, notable et 
membre de la Société populaire de Creil, 
lequel déclare que l'approvisionnement 
pour Paris s'exécute avec beaucoup d'exac- 
titude dans sa commune, que l'on y dé- 
ployé une activité réelle, et ne sait pas 
s'il se répand dans les communes avoisi- 
nantes des malveillants qui cherchent à 
T. XI. 



en accaparer les denrées et à les détourner 
de leur destination ; 

3^ Bernard Larroucau , perruquier, 
membre de la Société populaire et du 
Comité de surveillance de Creil, lequel dit 
que l'approvisionnement pour Paris se 
fait avec exactitude, qu'il passe souvent à 
Creil des voitures chargées de beurre, 
d'œufs et d'autres denrées, à destination de 
Paris, au dire des conducteurs, qui sou- 
vent ne peuvent justifier d'aucunes desti- 
nations, mais qu'on les laisse passer dans 
la crainte de faire manquer l'approvision- 
nement de Paris, qu"il a également con- 
naissance d'un placard qu'on a trouvé, il 
y a 4 mois, attaché, à la porte du citoyen 
Annon, membre du Comité de surveil- 
lance de Creil, portant cette infâme ins- 
cription : Vive le Roi, que malgré la sur- 
veillance des patriotes l'on n'a pu parvenir 
à en découvrir l'auteur, qu'il y a environ 
l.ï jours que le Comité de surveillance et 
la municipalité de Creil, dans une perqui- 
sition chez le nommé Degouge et son 
beau-frère, trouvèrent environ 260 livres 
de plomb et du fer, que ces deux indi- 
vidus ont été incarcérés; 

4° Antoine-Joseph Carpentier, menui- 
sier, membre de la Société populaire et 
notable de Creil, lequel dépose des mêmes 
faits que le nommé Breton ; 

5° Paul Blée, vitrier, membre du Comité 
de surveillance de Creil, lequel ne croit 
pas que des écrits incendiaires soient 
parvenus dans la commune, qu'on s'oc- 
cupe activement de l'approvisionnement 
de Paris, qu'il ne sait si dans les com- 
munes avoisinantes il se répand des mal- 
veillants qui en accaparent les denrées 
ou en détournent la destination, que les 
instigateurs seraient mal vus chez eux. 

20 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et de Deliège, A.N., W 76, n» 3. 

133.— Déclarations d'habitants de Poissy, 
reçues par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, en présence 
de Fouquier-Tinville, accusateur public 
dudit Tribunal, savoir : 

1° Guillaume-Martin Descartes, âgé de 
49 ans, ancien épicier, habitant à Poissy, 

6 



82 



CIIAPITKK I" 



JOUilNÉES HISTOIUUUES DE I.A IIÉVOLUTION 



leiiuol dit n'avoir point connaissance do 
niaiiu'uvrcs })Our cinitèclier l'arrivage des 
deni'ues desLim'es à l'approvisionnenienL 
de Paris, s;ut (]u*à Sainl-Orniain-Ia-Mon- 
tagne, on ne laisse sortir ni comestibles, 
ni autres deorr-es ; 

2» Pierre-Claude Nauroy^ âgé de 40 ans, 
scribe ù Poissy, lequel fait une déposition 
analogue à la précédente ; 

3" Jean-Bapliste-Auguslin Ville, dit Vilol, 
Agé de 38 ans, fayencier à Poissy, leciuel 
dit avoir plutôt vu favoriser l'arrivage des 
approvisionnements de Paris, que les con- 
vois passent sans interruplion aucune et 
sait qu'à Saint-Germain l'on a pris un ar- 
rêté pour empêcher qu'aucun citoyen des 
communes environnantes ne puisse s'y 
approvisionner et qu'à la sortie l'on fouille 
les passants. 

20 venlosc an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants, de Fouquier 
et d'Ardouin, A. A'., W 76, n° 8. 

134. — Déclaration de Pierre Mesnil, âgé 
de 3G ans, notaire à Argenteuil, reçue par 
Emmanuel Lanne, juge au Tribunal révo- 
lutionnaire, lequel a dit ne pouvoir don- 
ner aucun renseignement sur les manœu- 
vres que peuvent employer les aristo- 
crates afin d'alarmer le peuple sur les sub- 
sistances et notamment pour en empêcher 
l'arrivée à Paris, que les habitants de la 
commune, accoutumés à apporter leurs 
denrées à Paris, continuent à le faire 
comme les années précédentes. 

20 ventôse an II (midi). 
Original, signé de Mesnil et de Lanne, A. N.. 
W 76, no 8. 

135. — Déclarations d'habitants de Ponl- 
Sainte-Maxencc et de Nanterrc, reçues 
par Amand-Martial-Joseph Herman, pré- 
sident du Tribunal révolutionnaire, en 
présence de Fouquier-Tinville, accusateur 
public dudil Tribunal, savoir : 

1" Jean Beaucerf, cordonnier, lequel a 
dit n'avoir point connaissance que l'on 
répande dans son pays des méfiances de 
nature à dégoûter d'amener à Paris des 
denrées, que l'on voit de temps en temps 
passer à Pont des voitures chargées de 
subsistances à destination de Paris et qui 



sans doute y viennent eirectivenient, qu'il 
ne sait si sur les roules des particuliers 
se jxirlcnt à la rencontre des denrées; 

2° Louis Ri(!ul, dit d'Argencourl, jour- 
nalier, lequel a déclaré savoir que des 
personnes des villes voisines, comme Sen- 
lis, (iournay. Chantilly, vont dans les 
villages recueillir les denrées en disant 
que c'est pour Paris, sans qu'on puisse 
éclaircir le fait, et que ces particuliers 
payent les denrées au prix qu'on veut 
leur vendre ; 

3° Maxent iJeaucerf, cordonnier à Pont, 
lequel dit que les habitants, les jours de 
marché, vont au devant des denrées; 

4" Auguste Levasseur, de la même com- 
mune, le(iuel a dit que toutes les denrées 
à destination de Paris passent avec la [ilus 
grande liberté, qu'il a bien ouï dire que 
des particuliers parcouraient les villages 
pour recueillir des denrées qu'ils reven- 
daient ensuite au prix qu'ils voulaient, 
mais n'a pas connaissance que l'on ré- 
pande dans le pays des méfiances contre 
Paris ; 

H" Jean Giroust, vigneron et cultivateur 
à Nanlerre, qui a déclaré n'avoir pas con- 
naissance que l'on répande dans sa com- 
mune et aux alentours des méfiances 
contre Paris pour le peu de sûreté qui 
existerait dans les marchés, que Nanterre 
fournissait à Paris beaucoup de porc frais, 
ce qui n'arrive plus aujourd'hui parce que 
ceux qui faisaient ce commerce ne trou- 
vent plus à s'approvisionner dans les mar- 
chés où ils faisaient ordinairement leurs 
achats, surtout à Saint- Germain, que la 
cause pour laquelle ces marchés ne sont 
plus fournis, c'est que des particuliers ou 
des marchands vont chez ceux qui font de 
l'élevage acheter ces animaux qu'ils payent 
de gré à gré, sans aucune proportion avec 
le maximum établi à Paris, de sorte que 
les charcutiers de Nanterre ne peuvent 
acheter aux marchands, à raison de 30 à 
40 sols, du porc qu'on ne vendrait à Paris 
que 20 sols; que Nanterre fournit en été à 
Paris des légumes, comme pois, haricots, 
fèves de marais, que cette année il en 
fournira moins, parce qu'on n'a pas pu 
beaucoup ensemencer, à cause de la cherté 
et de la rareté de la semence, mais qu'en 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



83 



revanche on espère beaucoup de pommes 
de terre, dont on a doublé cette année la 

culture. 

20 ventôse an II. 
Original, signé de Giroust, de Fouquier et 
d'Herman, A. iV., W 76, n» 3. 

136. — Lettre du Conseil général de la 
commune de Longjumeau à l'accusateur 
public près le Tribunal révolutionnaire, 
protestant contre le rapport par lui fait à 
la Convention nationale, où il accuse leur 
commune d'arrêter les subsistances à des- 
tination de Paris, l'assurant que sa bonne 
foi a été trompée et citant à l'appui de 
cette assertion la saisie, le 20 pluviôse, 
d'une voiture chargée de denrées pour 
des maisons particulières, et non pour être 
vendues sur le carreau de la Halle, qu'ils 
ont fait conduire à Paris, sous la sur- 
Teillance d'un gendarme et de 2 Sans-cu- 
lottes, et que la Commune de Paris a fait 
vendre, déclarant qu'ils se feront toujours 
, un devoir de protéger l'arrivage des sub- 
sistances destinées à Paris et de partager 
avec leurs frères ce qui leur restera de 
subsistances, ajoutant qu'ils ont fait exé- 
cuter le maximum de tout leur pouvoir et 
que leur commune seule en a souffert, 
puisqu'elle manque souvent des denrées 
de première nécessité, invitant en consé- 
quence Fouquier-Tinville à détromper la 
Convention sur le compte de leur com- 
mune et à obtenir une rétractation du 
journaliste qui s'est fait l'écho des impu- 
tations sur leur compte. 

20 ventôse an II. 
Original signé, A. iV., W 76, n" 5. 

137. — Lettre de la Société populaire de 
Longjumeau à Fouquier-Tinville, accusa- 
teur public près le Tribunal révolution- 
naire, déclarant qu'à la lecture du Journal 
des débats et décrets, ils ont vu avec éton- 
neraent que, dans le comple rendu pré- 
senté, le 20 ce mois, à la Convention, 
Fouquier-Tinville, en parlant de la disette 
factice des subsistances et des entraves 
que plusieurs communes mettent à leur 
arrivée à Paris, a compris la commune 
de Longjumeau parmi ces communes; 
protestant contre ces calomnies atroces, 
inventées par des intrigants et des mal- 



veillants, déclarant que les officiers muni- 
cipaux et membres du Comité de surveil- 
lance protègentetfacililentdetoutleur pou- 
voir le passage des subsistances, que Fou- 
quier-Tinville a été certainement trompé 
par de faux rapports, et lui demandant 
de faire insérer dans les journaux qu'il a 
été induit en erreur dans son comple 
rendu relativement à la commune de Long- 
jumeau, qui a plutôt favorisé qu'empêché 
l'approvisionnement de Paris. 



20 venlôse an II. 
Original, signé de Savouré, président, 
d'Eustache, secrétaire, A. N., W 76, n» 5. 



et 



138. — Lettre du Comité de surveillance 
révolutionnaire de Longjumeau à l'accu- 
sateur public près le Tribunal révolution- 
naire, l'informant que le Courrier républi- 
cain, du 20 ventôse, annonce que, dans le 
rapport fait par Fouquier-Tinville à la 
Convention, il est dit que l'on arrêtait à 
Longjumeau les subsistances à destination 
de Paris, inculpation dont ne parle point 
le journal de Perlet, dans son compte 
rendu du discours en question, déclarant 
avoir ressenti une profonde douleur en 
présence d'une accusation aussi grave, es- 
timant, si la citation est exacte, que Fou- 
quier aura été trompé par de fausses dé- 
positions de fourbes et malveillants, ou, si 
le fait en question ne figure pas dans le 
rapport, cette calomnie atroce, inventée 
par le journaliste, demande une rétracta- 
tion immédiate de sa part, et faisant ob- 
server que les diflérentes manières dont 
les journaux rendent compte de ce qui se 
passe à la Convention rendraient néces- 
saire la publication d'une feuille unique, 
rendant compte tant des rapports adres- 
sés à la Convention que des décrets pro- 
mulgués par elle. 

20 ventôse an II. 
Original, signé de Foulard, président, et de 
six membres du Comité, A. N., W 76, n° 5. 

139. — Procès -verbal dressé par le 
Comité révolutionnaire de la section de 
la Cité à l'occasion de l'arrestation de 
Marie -Madeleine -Julie Sautrot, âgée de 
18 ans, venant de la Chapelle-sous-Crécy- 
en-Brie, avec une camarade qu'elle con- 
duisait chez une veuve Coulon, rue du 



84 



CHAriTRti: 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



Pclit-Poiit. laquelle, iiitorrogéc, a déclaré 
qu'on lui avait dit qu'il fallait apporter 
des provisions à Paris pour leur subsis- 
tance, parce qu'il n'y en avait pas, et qu'à 
cet edVt elle avait emporté un pain de 
6 livres et 2 fromages de Rrie, et une 
rouelle de veau pesant environ 10 livres, 
avec interrogatoire subi devant le même 
Comité par Marguerite La Place, femme 
de Voydescalles, charretier à la Chapelle- 
sous -Crécy, laquelle a reconnu avoir 
apporté avec elle un morceau de veau, 
trois fromages et deux livres de beurre, 
parce qu'elle savait qu'on manquait de 
vivres à Paris, et qu'elle a été amenée par 
le nommé Berger, commissionnaire audit 
Crécy, qui vient toutes les semaines à 
Paris, y conduisant des marchandises, et 
qui demeure Faubourg Saint-Antoine, au 
Cliariot-d'Or. 

20 venlûse an II. 
Copie conforme, A. iV., W 76, n" 5. 

140. — Lettre de Pache à Fouquier- 
Tinville, accusateur public près le Tri- 
bunal révolutionnaire, lui adressant un 
rapport du 19 ventôse à l'occasion de 
l'arrestation à Lagny d'un citoyen de 
Rosny, qui va dans les marchés éloigné** 
pour approvisionner Paris et qui fut dé- 
pouillé d'une voiture de beurre et œufs, de 
même qu'à Longjumeau l'on s'est emparé 
de la moitié du chargement d'une voiture 
de mêmes denrées, le fait en question 
ayant été annoncé par les deux voitu- 
riers, au marché des Droits de l'Homme 
où se distribuent actuellement les subsis- 
tances, le rapport demande qu'une sur- 
veillance particulière soit exercée à l'égard 
du département de Seine-et-Oise qui est 
dirigé par l'aristocratie, au moyen • de 
promptes perquisitions qui auront pour 
etfet de ramener l'abondance retenue par 
d'avares égoïstes et de faire connaître les 
accapareurs. 

20 ventôse an II. 
Autographe et original signé (2 pièces), A. A',, 
W 76, n» 5. 

141. — Déclarations d'habitants de Gen- 
nevilliers, reçues par Gabriel -Toussaint 
Scellier, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, savoir : 



1° Laurent-Michel Terlez, âgé de 48 ans, 
né à Gennevilliers, maire dudit lieu, y de- 
meurant, lequel a dit que sa commune 
continue, comme elle l'a toujours fait, à 
fournir Paris tic laitage et d'd'ufs, qu'il n'a 
point connaissance que des malveillanls se 
transportent dans ces cantons pour y ache- 
ter chez des cultivateurs des denrées de 
première nécessité à des prix excessifs, que 
cependant un cerlain Chomuzard, menui- 
sier à Gennevilliers, acheta chez deux par- 
ticuliers de cette commune un seplier 
d'avoine, au mépris de la réquisition qui 
frappe cetle denrée ; quoique l'avoine soit 
fixée par le maximum à environ 40 francs, 
il eut l'infamie de payer ce septier 00 li- 
vres, que non content de celte coupable 
infraction, il en commit une seconde en 
revendant 80 livres ce sej>tier d'avoine 
conduit à Courbevoie, que procès-verbal 
a été dressé par le Comité de surveillance; 
que le 17 venlôse,le déclarant, se trouvant 
dans les champs, s'entendit appeler par 
plusieurs ouvriers travaillant dans les 
vignes, qui lui criaient : Maire, maire, 
on enlève nos montons, qu'il rentra aussitôt 
à Gennevilliei's et se fit accompagner par 
deux membres du Comité de surveillance, 
à l'effet de constater la violation du règle- 
ment promulgué parla municipalité; qu'en 
effet, ils aperçurent un nommé Bagnard, 
boucher à Sannois, lequel emmenait 28 mou- 
lons qui lui avaient été vendus par le 
sieur Ravanne, cultivateur à Gennevilliers, 
quoique le règlement enjoignît à tous les 
cultivateurs de conduire leurs bestiaux sur 
les marchés et leur défendît les ventes 
privées, que du tout a été dressé procès- 
verbal, dont l'original est annexé à la pré- 
sente déclaralion, se réservant de s'en 
faire délivrer expédition pour la trans- 
cription sur les registres de la commune; 

2° François Bauché, Agé de 32 ans, 
membre du Comité de surveillance de Gen- 
nevilliers, lequel dit avoir remarqué à di- 
verses reprises que des individus prenant 
la qualité de bouchers s'introduisent chez 
des cultivateurs de la commune et y achè- 
tent furtivement des moutons, des vaches 
et des veaux, que, malgré sa surveillance 
incessante pour s'opposer à cette ma- 
nœuvre désastreuse, il n'a pu en prendre 



INSTRUCTION DU PROCÈS DKS HÉBERTISTES 



8t 



aucun sur le fait, parce que ces enlève- 
menls coupables se font le soir ou liés 
matin, que cependant on est parvenu à 
surpx'endre le sieur Ravanne, cultivateur à 
Gennevilliers, relativement à une vente 
frauduleuse de 28 moutons, conformément 
au procès-verbal annexé à la présente dé- 
claration, et qu'on ignore ce que devien- 
nent les bestiaux enlevés de cette façon 
dans la commune. 

21 ventôse an II (10 heures du matin). 
Originaux signés (2 pièces), A. A^., W76,n°7. 

142. — I. Déclarations d'habitants de Co- 
lombes, reçues p'ir Gabriel-Toussaint Scel- 
lier, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1° Cliarles Poisson, âgé de 34- ans, van- 
nier, membre du Comité de surveillance 
de Colombes, lequel a dit que sa com- 
mune étant très voisine de Paris, ne com- 
muniquant avec aucune grande roule, et 
ne possédant aucun gros cultivateur, les 
malveillanls qui ont pris à tâche d'af- 
famer Paris et les grandes communes ne 
s'y présentent point, attendu qu'ils per- 
draient absolument leur temps ; que la 
production la plus considérable de Co- 
lombes consiste dans le laitage et les fruits, 
dont ils alimenlent journellement Paris, 
que la commune dudit Colombes a pris, 
le 21 pluviôse, un arrêté relativement au 
laitage, par lequel elle a défendu, sous 
peine d'une amende de 2 livres, de sortir 
du lait de la commune avant que les nour- 
rices soient pourvues de la quantité né- 
cessaire pour la nourriture de leurs en- 
fants, que la municipalité n'a point pris 
d'autre arrêté touchant les subsistances, 
le déclarant ayant remis un extrait du 
registre des délibéralions de la commune, 
qui, après avoir été paraphé, a été joint à 
la déclaration dudit Poisson ; 

2° Jean-Baptiste Lire, âgé de 33 ans, 
membre du Comité de surveillance de 
Colombes, lequel a dit ne rien savoir rela- 
livemont aux causes qui occasionnent la 
disette dont on cherche à affliger Paris, 
que tout le monde sait que sa commune 
est la plus pauvre à 30 lieues à la ronde 
et qu'elle ne subsiste que par la vente de 
son lajt et de ses fruits, que la munici- 



palité n'a jamais pris au sujet des subsis- 
tances d'autre arrêté que celui dont il est 
question ci-dessus ; 

3" Thomas Laurent, âgé de où ans, pré- 
sident du Comité de surveillance de 
Colombes, lequel a déclaré que depuis 
5 années la grêle et les orages les ont 
privés dans la commune des pctiles ré- 
coltes qu'ils faisaient annuellement, que 
leur position est encore si fâcheuse dans 
le moment présent qu'ils payent le pain 
de 4 livres 20 sols, quoiqu'il soit composé 
de moitié de son, qu'ils n'existent que 
du produit de leur laitage, que les mal- 
veillants n'ont garde de se présenter dans 
un pays si pauvre, et que la municipalité de 
Colombes n'a pris d'autre arrêté sur les 
subsistances que celui annexé aux pré- 
sentes déclarations ; 

4" Pierre Baudouin, âgé de 33 ans. jour- 
nalier, membre de la Société populaire de 
Colombes, lequel a dit n'avoir aucune 
espèce de notion sur le défaut de subsis- 
tances qui règne en ce moment. 

21 ventôse au II (10 lieures du matin). 
Original, signé des déclarants et de Sccllicr, 
A. N., W 70, no 3. 

142. — IL Délibération du Conseil géné- 
ral de la commune de Colombes, en date 
du 21 pluviôse an II, annexée aux déclara- 
tions ci-dessus, par laquelle, considérant 
qu'il est de la plus grande nécessité que les 
nourrices soient fourniesdelaitpréférable- 
ment à tous autres, attendu les besoins 
des enfants, il décide : 1" que les laitiers 
et nourrisseurs de vaches ne pouri'ont 
sortir du lait do la commune que lorsque 
les nourrices auront la quantité nécessaire 
pour la nourriture de leurs enfants ; 2° que 
les laitiers et nourrisseurs de vaches ne 
pourront refuser, en payant, de vendre du 
lait à aucun des citoyens de cette com- 
mune, à peine de 3 livres d'amende pour 
la première fois, et de ne pouvoir mener 
ou faire mener paître leurs vaches sur 
le territoire de la commune, surtout dans 
la prairie, môme de faire de l'herbe sur le 
territoire, sous peine d'être arrêtés par 
les gardes champêtres et traduits à la po- 
lice ; 3° enfin que lesdites laitières et nour- 
risseurs de vaclies sef ont obligés de porter 



SC) 



CIIAIMTIIK I". — JOURNÉES HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION 



à Paris et non aillours co (ini leur restera 
(le lail, aprt's qui' les riloyens de la com- 
mune aiinml reru leur nî-cessaire. 

21 pluviôse an IL 
(■o|>ie conforme, paraphée par Scoliicr, juge 
au Tribunal nvolulionnaire, et annexée à la 
déclaration du 21 vcnlose, A. N., W 7G, n" 3. 

14;L — néclaralion de Philippe-François 
Reaugrancl, âgé de 51 ans, receveur du 
prix des farines chez les boulangers, de- 
mourant rue Neuve -dcs-Petils- Champs, 
n° 20, section de la Montagne, reçue par 
Jean Ardouin, l'un des juges du Tribunal 
révolulionnaire, en présence de Fouquier- 
Tinville. accusateur public, portant qu'il 
n'a aucune connaissance des papiers et 
placards incendiaires qui ont été affichés 
depuis 4 ou ;i jours dans les rues de Paris, 
(pie quant aux subsistances, il a été mandé, 
le \T) courant, par le Comité de surveil- 
lance de sa section, à l'effet de savoir s'il 
avait fait venir de la campagne une voi- 
ture de denrées, et comme il n'avait rien 
fait venir ni demandé, le conducteur de 
la voilure, interrogé à ce sujet, déclara 
qu'il s'était servi de son nom pour le ci- 
toyen Leblond, son locataire, qui recon- 
nut avoir fait venir pour lui et pour plu- 
sieurs personnes de la maison des légumes 
et denrées provenant de sa terre de Belloy, 
et qu'il pensait, loin d'avoir fait du mal, 
avoir rendu service à la Commune; le dé- 
clarant ajoute avoir appris que le Comité 
de surveillance a saisi ces denrées pour les 
vendre au profit du citoyen Leblond. 

21 ventôse an II (il heures du matin). 
Original, signé de Beaugrand,d'Ardouin et de 
Fouquier, A. iV., W 78. 

144. — Déclaration de Jean-Jacques 
Jannest, charron, agent national de la 
commune de Vaud'herlan, reçue par 
Charles Harny, l'un des juges du Tribu- 
nal révolulionnaire, lequel a dit que sa 
commune n'est composée que de trente 
feux environ, sans aucun territoire, et 
n'est nullement dans le cas de fournir des 
subsistances, dont elle a au contraire le 
plus grand besoin et en manque conti- 
nuellement, en outre qu'il n'a aucune 
connaissance de ce qui peut entraver la 



fourniture des subsistances, de quelque 
manière que co soit. 

'^1 ventôse an II (midi). 
OriuMual, signé do Jannest et de Ilarny, 
A. A'., W 76, n" 8. 

lio. — Déclarations de membres du 
Comité révolulionnaire de la section de la 
Halle-aux-Rlés, reçues par Charles Rravet, 
juge au Tribunal révolutionnaire, savoir : 

I" Jean -Ba[)liste- Henri Rilcot, âgé de 
37 ans, membre du Comité révolution- 
naire de la section de la Halleaux-Blés, 
demeurant rue d'Orléans, n" i8, lequel dit 
ne point connaître les auteurs des pam- 
phlets tendant à provoquer une insurrec- 
tion, qu'à l'égard des subsistances il a 
ouï dire que des hommes en bonnet rouge 
vont attendre sur les grandes roules les 
citoyens qui apportent des provisions, dont 
ils s'emparent, mais qu'il n'en a aucune 
connaissance par lui-même ; 

2° Madeleine Prunier, âgée de 28 ans, 
cuisinière chez le citoyen Ducret, rue 
Saint-Jacques, laquelle rapporte des com- 
mérages aux termes desquels on aurait 
dit que pour remédier au manque de 
subsistances il fallait fusiller toutes les 
vieilles femmes ; 

3° Jean Albert, dgé de 00 ans, membre 
du Comité révolutionnaire de la section 
de la HalIe-aux-Blés, demeurant rue Croix- 
des-Petits-Champs, nolG, lequel dit n'avoir 
aucune connaissance des troubles que l'on 
cherche à exciter dans Paris, ni de ce qui 
peut occasionner le défaut d'approvision- 
nement, qu'il a seulement ouï dire dans 
le public que des hommes en bonnet rouge 
volent les subsistances sur les grandes 
routes, qu'il a fuit avec ses collègues du 
Comité révolulionnaire plusieurs recher- 
ches à cet égard sans avoir rien pu dé- 
couvrir ; 

4° Le citoyen Dufour, âgé de 34 ans, 
employé à la douane, membre du Comité 
révolulionnaire de la section de la Halle- 
aux-Blés, demeurant rue de Grenelle, n°61, 
lequel déclare avoir ouï dire que dos bri- 
gands en bonnet rouge vont attendre les 
approvisionnements arrivant à Paris pour 
dévaliser ceux qui les apportent; 

D° François Abadie, âgé de 40 ans, 



INSTRUCTION DU PROCÈS DKS HÉBERTISTES 



87 



membre du Comité révolutionnaire de la 
section de la Halie-aux-Blés, demeiuanl 
rue Mercière, n° 14, lequel, en ce qui con- 
cerne les subsistances, signale un très 
grand abus pour la distribution des légu- 
mes à la HalIe-aux-RIés, où il se forme de 
nombreux attroupements et où les mêmes 
personnes se présentent à plusieurs re- 
prises, le môme jour, et s'en font délivrer 
le double et le linple, à reffel de réalisor 
un bénéfice, soit par la revente, soit par lo 
payement qu'ils reçoivent pour pratiquer 
celle manœuvre, qu'on en use de même à 
l'égard du beurre et des autres subsistan- 
ces, ce qui fait que les uns ont tout et les 
autres rien, qu'il a ouï dire à des boiicliers, 
en manière de conversation, qu'il leur était 
impossible d'approvisionnerParis de viande, 
tant que le maximum des campagnes serait 
supérieur à celui de Paris, que le nommé Da- 
verne, boucber, rue des Deux-Ecus, ayant 
été averti par un habitant de la campagne 
qu'ayant tué une vache il lui en céderait 
une partie, craignant d'être arrêté aux 
barrières comme traiteur, s'il entrait de 
la viande, demanda à son Comité une 
attestation de sa profession, mais que d'ail- 
leurs il n'acheta point cette viande, parce 
qu'on ne voulut pas la lui laisser à moins 
de 24 sols la livre. 

1\ ventôse an II (1 lieure de relevée). 
Original, signé des déclarants et de Bravet, 
A. N., W 7G, no 3. 

146. — Déclarations d'habitants de 
Marly-la-Ville, reçues par Etienne Fou- 
cault, l'un des Juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1" Nicolas-Félicien Hautin,âgé de 41 ans, 
fabricant de blondes noires à Marly-la- 
Ville, lequel a dit n'avoir aucune connais- 
sance des faits d'accaparement et empê- 
chement d'arrivages des denrées à Paris, 
que dans sa commune il a toujours excité 
et vu exciter à porter les denrées comes- 
tibles à Paris, que le boucher du Mesnil- 
Aubry, qui avait continué de fournir de la 
viande à 40 sols, a cessé de leur en livrer 
depuis le maximum; 

2° Jean-Martin Ringaut, âgé de 50 ans, 
menuisier à Marly-la-Ville, lequel fait con- 
naître qu'un jeune homme, ayant exercé 



la profession de garçon de cuisine, fré- 
quentait la commune et était soupçonné 
• l'acheter du beurre et dos o'ufs, qu'il a 
cherché toutes les occasions de l'arrêter, 
mais que cet individu n'a plus reparu; 

3° Nicolas Gancron, âgé de 64 ans, au- 
bergiste à Marly-la-VilIc, à renseigne de 
la République, lequel a dit que le maxi- 
mum s'exécute dans le canton, seulement 
qu'il serait désirable que le district de 
Gonesse, dont ils dépendent, soit moins 
négligent à leur transmettre des renseigne- 
ments quand ils les demandent, à répon- 
dre à leurs lettres, plus exact à envoyer 
les décrets, et leur donne le temps indis- 
pensable pour fournir lesgrainsdemandés ; 

3" Denis -Barthélémy Moreau, âgé de 
30 ans, cultivateur et fabricant de blondes 
à Marly-la-Ville, lequel dit n'avoir aucune 
connaissance des manœuvres employées 
pour amener la disette à Paris en l'affa- 
mant, qu'il sait seulement que le nommé 
Mérard,boucherauMesnil-Aubry, qui avait 
coutume avant la loi du maximum de 
fournir Marly, n'y est plus revenu, parce 
que la loi y est appliquée et qu'il vend à 
un prix supérieur dans les communes de 
Chàtenay et autres, qui lui payent la livre 
de bœuf ce qu'il veut, qu'il serait bon, à 
son avis que le Comité des subsistances 
de Paris, par rapport aux grains, surveillât 
très exactement le district de Gonesse qui, 
semblerait-il, cherche à vexer et à dégoû- 
ter de la Révolution les habitants du pays, 
par exemple, lorsqu'il a des ordres de ré- 
quisitionner des grains pour Paris, il garde 
ces ordres et attend pour ainsi dire à la 
veille de la livraison demandée pour les 
leur faire passer, de sorte qu'ils manquent 
du temps suflisant, qu'il croit d'ailleurs 
que, lorsqu'ilya une demande quelconque, 
ce district la double, ce qui épouvante les 
gens de la campagne, auxquels il envoie 
irrégulièrement les décrets et instructions 
de la Convention; ajoutant que, dans ce 
district, il y a un individu très suspect, le 
nommé Papin, ci-devant curé de Marly, 
protecteur de toutes les personnes ayant 
quelque attache avec l'émigré Lallemand- 
Nantouillet, lequel Papin a fait élargir le 
citoyen Coron, ancien maire destitué par 
un jugement du Tribunal criminel, que 



CHAPITHE I". — JOUHNÉKS HISTOHIQUES DE LA RÉVOLL'TION 



d'ailleurs le districl n'a pas l'ait rentrer à la 
luilion ce (jue l'émigré Lallemand aurait 
dû payer; 

•J-" Aiigélitiue Deniilly, femme Lasno, 
ài,'ée de 38 ans, fabricante de blondes 
noires à Marly-la-Viile, laquelle a ouï dire 
([ue le nommé Mérard, boucher, qui four- 
nissait Marly avant le maximum, vendait 
la viande 20 sols la livre et a cessé d'en 
apporter; 

5° Rose Gerin, femme Ganeron,' maçon 
et auberi,'isle à Marly, laquelle déclare que 
dans la commune tout le monde se con- 
forme à la loi du maximum, et rapporte 
les mCmes faits touchant le sieur Mérard, 
boucher au Mesnil-Aubry, (jui a cessé de 
venir, de sorte qu'à Marly-la- Ville on se 
passe de viande de boucherie. 

21 ventôse au II ('2 heures de relevée). 
Original, signé des déclarants et de Foucault, 
A. N., W 76, no 3. 

147. — Déclaration de Jacques Bénétaud, 
âgé de 46 ans, conducteur des diligences 
nationales, demeurant à Paris, rue Mont- 
martre, n° 71, reçue par Charles Harny, 
l'un des juges du Tribunal révolutionnaire, 
faisant connaître que, le 17 de ce mois, 
conduisant la diligence de Bourges à 
Paris, sa diligence a été visitée au sortir 
d'Etampes, que la garde ayant trouvé un 
fusil à deux coups lui appartenant et ser- 
vant à sa défense, il a été arrêté et con- 
duit au Comité de surveillance d'Etampes, 
où l'on a saisi son fusil, que le maire de la 
commune y élant entré, a reproché à la 
garde nationale de ne pas faire son ser- 
vice avec exactitude, parce que la garde 
d'Etrechy avait visité une diligence, dans 
laquelle on avait trouvé 6 barils d'eau-de- 
vie, et a défendu de laisser passer doréna- 
vant aucun comestible pour Paris, disant 
avoir reçu des ordres en conséquence. 

21 ventôse an II (2 lieures de relevée). 
Original, signé de Bénétaud et de Harny, 
A.N.,W 76, n» 8. 

148, — Déclarations d'habitants de Passy, 
reçues par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Nicolas Guérin, ûgé de 46 ans, mem- 
bre du Comité révolutionnaire de Passy, 
lequel dit n'avoir aucune connaissance 



qu'on se soit opposé à l'approvisionnement 
de Paris, etijue rincxécution du maximum 
est cause de la pénurie des denrées dans 
sa commune, notamment chez les mar- 
chands de vins qui ne i)euvent s'en pro- 
curer, allendu que les communes voisines, 
telles que Suresnes,Argenleuil,Cormcilles, 
Carrières, Saint-Denis et autres ont mis 
ces denrées en réquisition et n'en per- 
mettent pas la sortie; 

2° Louis Lemaire, âgé de 40 ans, blan- 
chisseur à f*assy, lequel a ouï dire que 
des particuliers vont au-devant des mar- 
chands qui apportent les subsistances et 
enlèvent ce qui est destiné à leur com- 
mune, mais n'a pas connaissance qu'on se 
soit opposé à l'arrivage de l'approvision- 
nement de Paris. 

21 ventôse an II (2 heures et demie do relevée). 
Original, signé de Guérin, de Lemaire et de 
Bravet, A. N., W 76, n" 3. 

149. — Déclarations d'habitants de Saint- 
Cloud, reçues par Claude-Emmanuel Dob- 
sent, l'un des juges du Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1" Thomas Dupuis, âgé de 47 ans, 
vigneron, membre du Comité révolution- 
naire de Saint-Cloud, lequel dit n'avoir 
aucune connaissance d'accaparement dans 
la commune, que d'après le recensement 
fait chez les cultivateurs, il ne reste pas 
de grains chez eux, que le peu qui s'y 
trouve est réquisitionné pour emblaver 
les terres, que l'esprit public est très bon 
dans le pays. Ajoute que, le 5 ventôse, 
étant venu à Limours pour s'approvision- 
ner en blé, il a été fort étonné de voir 
que tous ceux qui apportaient au marché 
étaient forcés d'entrer dans l'église et d'y 
déposer leurs provisions, et qu'on n'en per- 
mettait l'acquisition qu'aux habitants du 
canton ; 

2° Joseph Reverdy, âgé de 27 ans, char- 
pentier à Pont-la-Montagne, ci-devant 
Saint-Cloud, lequel dit n'avoir connais- 
sance d'aucun accaparement, mais qu'il 
croit devoir faire remarquer que le maxi- 
mum déterminé par le département n'est 
pas suivi, que l'on vend arbitrairement 
toutes les denrées, que la viande se paye 
encore actuellement 20 sols; 



INSTRUCTION DU PROCES DES HEBERTISTES 



«9 



3° Jacques Duliamel, âgé de 40 ans, 
maçon à Saint-Cloud, lequel dit que la loi 
du maximum n'a été suivie que par le vi- 
gneron qui récolte peu, tandis que le gros 
propriétaire vend au-dessus du maximum, 
que la viande, qui avait été taxée à 13 sols, 
se vend encore 20 sols la livre; 

4" François Bauquer, compagnon ma- 
çon à Saint-Cloud, lequel dit que la loi du 
maximum n'est pas suivie, que le vin se 
vend au-dessus du maximum, ainsi que la 
viande, que l'on fait payer 16 et 20 sols 

la livre. 

21 ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de Harny, 
A. N., W 76, n» 3. 

150. — Déclarations des témoins sui- 
vants déposant contre le maire d'Etampes, 
reçues par Claude -Emmanuel Dobsent, 
l'un des .juges du Tribunal révolution- 
naire, savoir : 

i° Martin Sourd, âgé de 45 ans, mar- 
chand de marée et voiturier à Melun, 
Grande rue, n" 299, détenu à la Mairie de 
Paris, lequel a déclaré être parti la veille, 
à 4 heures du malin, de Melun avec une 
voiture à 2 chevaux, chargée de deux 
trains de roues pour la République, de 500 
de colle de nerf de bœuf, d'un ballot de 
toile peinte, d'un ballot de cuirs, de 2 pains 
de 12 livres, d'un de 16 pour les ouvriers 
de la manufacture de Bercy, qu'il avait en 
outre deux poulets d'Inde, un panier de 
poulets vivants, des œufs destinés au ci- 
toyen Garnot, épicier, rue Traînée, pro- 
venant de son habitation de Praslin, de 
plus, 60 œufs, 2 livres de beurre, 16 livres 
de porc frais et deux fromages pour Gi- 
rard, pâtissier, vis-à-vis la Force, qu'au 
sortir de Bercy, après avoir déchargé son 
pain, il a été arrêté par un commissaire 
et conduit à la Mairie, où il se trouve de- 
puis la veille, 7 heures du soir; 

2» Pierre Mallet, officier de santé, de- 
meurant rue de la Barillerie, lequel dépose 
que, le 17 ventôse, revenant de Bourg où 
il avait été appelé pour des malades, avec 
6 citoyens par la diligence, arrivés à 
Etampes, ils furent fouillés et conduits au 
Comité révolutionnaire, qu'on lui a pris, 
ainsi qu'au conducteur, un fusil à deux 
coups, qu'il a entendu le maire dire aux 



membres du Comité de surveillance, ainsi 
qu'à la force armée, qu'ils avaient bien 
fait de saisir les fusils, et les inviter à 
faire la recherche la plus scrupuleuse dans 
toutes les voitures qui passeront pour em- 
pêcher l'arrivage des vivres à Paris, que 
le citoyen Desjardins, conducteur de la 
diligence, est à môme de donner des dé- 
tails plus complets sur cet objet, qui ne 
tend rien moins qu'à affamer Paris; 

3° Charles Martin, âgé de 31 ans, grai- 
netier, rue des Marmousets, n° 26, lequel 
a dit que pour alinicnler son commerce, 
il s'est présenté, le 2, au citoyen Bossel, 
commissaire aux accaparements, pour lui 
déclarer ses acquisitions de grenailles, 
qu'en conséquence il a acheté dans la 
commune de Liancourt des haricots, qu'il 
a rapportés et vendus, qu'il a été invité 
quelques jours après à comparaître devant 
Caillieux, administrateur de police, à la 
Mairie, et s'y trouve détenu depuis 6 jours; 

4° François Berthelemol, âgé de 41 ans, 
coniiseur, rue de la Vieille-Bouclerie, n° 134, 
lequel a dit n'avoir aucune connaissance 
d'accaparements, et n'avoir entendu tenir 
aucuns propos de nature à troubler la 
tranquillité publique ; 

5° Anne Dutertre, âgée de 54 ans, fille 
de journée chez Berlhelemot, demeurant 
chez le citoyen Jallot, marchand de vins, 
rue Saint-André-des-Arls, laquelle a dit 
que ce citoyen éprouve beaucoup de diffi- 
culté à se procurer de la chandelle et de 
la viande, qu'il n'a pas de sucre et très 
peu de cassonade qu'il emploie pour son 

état. 

21 ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de Dobsent, 
A. N., W 7G, n» 8. 

151. — Lettre de Thibaudeau, employé 
aux Subsistances de la Commune de Paris, 
division de la correspondance, à Fouquier- 
Tinville, l'informant que c'est lui qui a ex- 
trait à son intention du registre de cor- 
respondance tout ce qui pouvait avoir trait 
à la malveillance en ce qui concerne les 
subsistances, mais qu'il n'y trouvera pas 
mention de toutes les infamies du dépar- 
tement de la Somme et du district de Mont- 
didier, soit à l'égard des subsistances, soit 
en ce qui concerne la persécution des pa- 



'.H) 



CHAPITRE I". — JOURNKKS IIISTORIQIIKS DE I.A nÉVOIJJTJON 



trioles, lui adicssant le trav.iil (iu"il a fait 
à ce sujet foiniiie drCrnscur ot'licirux de 
sou caiiiaïadc Ualiciir, dont les perst'cn- 
lioiis sont sans ('xeii)|de. cl dcciarant ([u"il 
lie peut rendre cclLe dcIViise |mldi(|Ue 
sans y i^ti'o autorise par le Comité ile salut 
pulilic, que ce Comil»'' et Collier seuls en 
ont reçu des exemplaires. 

2 1 ventôse an II. 
Original signé, A. N., W 7G, n" 5. 

iT)-2. — Dcclaralions de membres des 
Comités révolutionnaires des sections Pois- 
sonnière, du Mont-Blanc, de Monlreuil ot 
tie la Ilépublique, reçues par Charles 
ilarny. Tua des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, savoir : 

I" Nicolas Simonnel, à,t,'é de 41 ans, 
coidonnier, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section Poissonnière, de- 
meurant l'aubour? de Franciade, ii" 31, 
lequel rapporte que l'on achelail à la Cha- 
pelle des vaches, tant à lait que d'autres, 
et dénonce un certain Millet, ex-aumônier 
de M. d'Artois, royaliste connu, placé dans 
les subsistances à Niort; 

2° François Girard, âgé de 40 ans, peintre 
et membre du Comité révolutionnaire de 
la section Poissonnière, demeurant Fau- 
bourg de Franciade, n" 72, lequel rapporte 
avoir appris au Comité révolutionnaire que 
le veau se vendait 30 sols à la Chapelle et 
que les bouchers ne débitaientqu'une partie 
de leur viande à ceux qui attendaient à la 
porte, ce qui fait présumer qu'ils vendent 
le reste secrètement à des gens qui l'achè- 
tent plus cher; 

3° Claude Tessier, âgé de 54 ans, peintre, 
demeurant rue d'Anjou, n° 9b6, lequel a 
rapporté, d'après des on-dit, que depuis 
que l'on ne veut plus laisser sortir de 
Paris le savon, les habitants de Franciade 
obligent ceux qui apportent des subsis- 
tances à Paris à retourne)' sur leurs pas, 
après avoir pris ce dont ils ont besoin. 
Déclare aussi que, certain jour ([u'il se 
trouvait à la tribunedes Jacobins, le nommé 
Ancard, employé par le pouvoir exécutif, 
demeurant rue des Mauvais-Garçons, est 
venu se placer au-dessus de lui, que le dé- 
clarant lui ayant demandé ce qu'il y avait 
de nouveau, Ancard lui répondit qu'il fal- 



lait un grand coup, qu'il y avait encore 
bien (les c(i(|uins et des scélérats, et comme 
il lui lui repi'ésfiiti' que les choses allaient 
bien et ([ue Ton faisait justice des cou- 
|>ables^ Ancard répii(iua qu'il fallait un 
2 septembre, et comme le déclarant lui 
objecta (jue cela indisposerait les départe- 
ments, Ancard ré[)artit que l'on établirait 
des Commissions, puis Collot d'Herbois 
étant monté à la tribune et s'élant plaint 
de ce (|ue les Cordeliers avaient voilé les 
Droits ^\(^ l'Homme, Momoro monta à son 
tour à la ti'ibunc et dit (]ue l'on ôterait le 
voile, alors Ancai-d dit que Momoro n'était 
pas le maître; 

4" Michel I.ecomle, ai;é de 2C ans, 
sculpteur et membre du Comité révolution- 
naire de la section Poissonnière, demeu- 
rant Faubourg de Franciade, n" 2;i, lequel 
rapporte qu'il y a 8 jours, le sieur Machet, 
tailleur, lui a dit tenir d'un habitant do 
Meaux ({ue l'on arrêtait dans cette ville les 
subsistances qui venaient à Paris, qu'on 
lui avait saisi à lui -môme une grande 
quantité d'œufs et qu'il était sûr qu'il y 
en avait au moins 20 milliers de cachés 
dans cette ville. Déclare aussi que son 
Comité révolutionnaire a arrêté, il y a 
quelques jours, une douzaine de per- 
sonnes, chargées d'œufs et de beurre, qui 
ont dit les avoir achetés au prix du maxi- 
mum, au marché de la Chapelle, quoiqu'il 
n'y ail point de ma-chô, qu'on a éjjale- 
mcnt saisi plusieurs vaches achetées au 
marché de la Chapelle. Se rappelle en- 
core avoir entendu dire que l'on arrêtait 
à Saint-Germain-en-Faye les subsistances 
et qu'il avait été dit dans la commune 
qu'on en enverrait à Paris, quand on en 
aurait assez. 

Déclare en outre qu'étant, dans le 
courant d'octobre dernier, en mission à 
Beaugency pour les subsistances destinées 
h Paris, il a éprouvé beaucoup de diffi- 
cultés, et a été particulièrement entravé 
par un nommé Rot, chef de brigade de 
gendarmerie, lequel égarait par ses dis- 
cours le peuple de cette commune, et 
principalement lors de l'enlèvement des 
grains ; 

l>° Alexis Allmer, épicier, rue des Mar- 
tyrs, n" 43, membre du Comité révolu- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES IIÉRERTISTES 



9! 



lionnaire de la section du Mont-Blanc, 
âgé de 48 ans, lequel fait connaître que, 
le il de ce mois, la commune de Fran- 
ciade a adressé au Comité révolutionnaire 
de sa section un procès-verbal constatant 
qu'un homme et une femme avaient de- 
mandé à la commune un laissez-passer 
pour 200 d'œufs et du fruit, que la décla- 
ration ayant paru fausse, à raison de la 
charge de la voilure, le laissez-passer a 
été retiré et la visite de la voiture a amené 
la découverte de 1,200 œufs, 40 livres de 
beurre, 4 boisseaux de lentilles, 3 bois- 
seaux de haricots, 6 boisseaux de pommes 
de terre, et des poireaux, carottes et na- 
vels, le tout destiné à plusieurs citoyens 
de la section du Mont-Blanc, domiciliés 
rues Grange-Batelière et Bergère, lesdils 
voiluriers ont été arrêtés et envoyés à la 
Commune de Paris, qui a fait vendre ces 
denrées au grand marché des Halles par 
le commissaire aux accaparements de la 
section ; 

Déclare également avoir arrêté, il y a 
3 semaines, une voiture sortant de Paris, 
contenant 100 livres de suif, 150 livres de 
soude, le tout recouvert de fumier, et qu'on 
lui a dit qu'il y avait à la Villette une fa- 
brication de savon avec du suif et de la soude 
venant de Paris. Ajoute qu'il y a 5 jours, 
à H h. 1/2 du soir, il a trouvé chez un 
marchand de vins de la rue des Martyrs 
un veau qu'on sortait à l'instant de chez un 
boucher, et attendu que le marchand de 
vins n'avait pas fait sa déclaration au 
Comité révolutionnaire et que le boucher 
avait vendu de nuit, procès-verbal a été 
dressé et envoyé à la Commune; 

6" Antoine Maréchal , menuisier , rue 
Chanterelle, Agé de Gl ans, membre du 
Comité révolutionnaire de la section du 
Mont-Blanc, lequel fait connaître que l'on 
a trouvé chez Savary, traiteur, rue Saint- 
Lazare, sept veaux vivants et la valeur de 
deux morts, dont le Comité a dressé pro- 
cès-verbal, qu'il a envoyé à la Commune; 

7" Théodore Lecerf, limonadier, rue 
Chantereine, âgé de 37 ans, membre du 
Comité révolutionnaire, lequel a dit qu'un 
boucher de la rue du Mont-Blanc a été mis 
en état d'arrestation pour avoir vendu du 
cœur de bœuf pour viande, en y mettant 



pour réjouissance la moitié du sabot et le 
fr-r qui lient au bout; déclare aussi qu'An- 
gélique I,e Cerf, sa sœur, demeurant à 
Mitry (Seine-el-Marne), lui a affirmé que 
dans sa commune et celles avoisinanles, 
on ne laissait rien sortir pour venir à Paris, 
en ce qui concerne le beurre, les œufs, le 
fromage et le lait; 

8° Jean-Baptiste Lacroix, âgé de 40 ans, 
menuisier, rue Saint-Lazare, n" 98, et Hu- 
bert Hanot, âgé de uO ans, serrurier, rue 
Saint-Georges, n" 27, membres du Comité 
révolutionnaire de la section du Mont- 
Blanc, ne peuvent fournir aucun rensei- 
gnement; 

9" Jacques Clément, âgé de 31 ans, char- 
cutier, rue Saint-Lazare, n°28, lequel a dit 
qu'allant souvent à la Chapelle, il y a vu, 
nombre de fois, arriver do 100 à liiO co- 
chons, dont la majeure partie a été vendue 
à la Chapelle même, au prix de 30 et 35 sols 
la livi'e. Déclare aussi avoir connaissance 
que les marchands forains, ayant des per- 
missions d'achat afin de fournir le marché 
de Paris, vendent les cochons à la Chapelle. 

Ajoute qu'éiant allé au marché aux che- 
vaux dans l'intention d'y acheter un ou 
deux cochons, il en a vu IGO, et un parti- 
culier, ayant réquisitionné environ 30 porcs, 
les a payés 5 sols la livre au-dessus du 
prix demandé aux charcutiers. 

22 ventôse an II (9 heures du matin), 
Original, signe des déclarants et de Harny, 
A. iV.^ W 76, n" 3. 

1;)3. — Déclarations de membres des 
Comités révolutionnaires des sections du 
Nord, Poissonnière et de l'Observatoire, 
reçues par Jean Ardouin, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire : 

1» André Hébert, âgé de 39 ans, sculp- 
teur en porcelaine, membre du Comité 
révolutionnaire de la section du Nord, de- 
meurant Faubourg Saint-Martin, n» 219, 
lequel a dit n'avoir eu connaissance des 
écrits ou placards incendiaires que par les 
papiers publics, qu'il na pas vu d'un bon 
œil le discours d'Hébert aux Cordeliers, 
que lui et d'autres citoyens craignaient 
que de semblables propos n'armassent les 
citoyens les uns contre les autres, qu'un 
citoyen Michel Bourjat, demeurant rue 



02 



CHAPITHK le^ 



JOUHNÉES IIISÏOHIQUES DE LA UÉVOIX'TION 



Xeuve-Sainl-Marlin, lui aurait dit qu'il fal- 
lait altenilie pour juger Hébert, lequel 
pouvait avoir des connaissances que d'au- 
ti'es n'avaient pas; le même déclare qu'un 
capitaine de l'armée révolutionnaire de sa 
section s'était plaint de ce qu'on lui avait 
pris 77 hommes pour les envoyerau Havre, 
et qu'on le laissait dans l'inaction ; qu'é- 
tant décadi dernier à Boulogne prés Paris, 
son père, qui y habite, lui avait appris que 
chez un charcutierdu nom dv I,ouis Drouet, 
dit Dimanche, on avait trouvé 8 cochons 
morts dans sa cave, qui avaient été ven- 
dus par la commune, que cette manœuvre 
devait être attribuée aux charcutiers de 
Paris qui, par ce moyen, trouvent l'occa- 
sion de fournir leurs pratiques riches, au 
prix qu'ils jugent à propos, désapprovi- 
sionuent ainsi les marchés et font soull'rir 
les patriotes ; 

2» Pierre Lalouette, âgé de 38 ans, tour- 
neur en porcelaine et capitaine de la 4« 
compagnie de la section du Nord, demeu- 
rant Faubourg Saint-Denis, n° 71, lequel 
déclare ne connaître ni les auteurs, ni 
même les afficheurs des écrits incendiaires, 
qu'en ce qui concerne les subsistances, il 
sait qu'à la Chapelle, chez un marchand 
de vins, il se distribue, plusieurs fois par 
décade, du porc frais à raison de 34 sols la 
livre, qu'un boucher de Paris avait un étal 
à la Villette et fournissait cette commune, 
surtout ses pratiques riches et égoïstes, 
qui envoyaient chercher leur viande audit 
lieu, à raison de 20 sols la livre; 

3° Louis-Hippolyle Autin, âgé'de 29 ans, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section du Nord, demeurant Faubourg 
Saint-Denis, no22, lequel a dit qu'à la Cha- 
pelle se vend du cochon vivant, du cochon 
frais et salé bien au-dessus du maximum, 
sans préjudice d'autres denrées en maga- 
sin qu'on ne portait point à l*aris, ce qui 
entravait l'approvisionnement; 

4"' Jean Cordier, âgé de 41 ans, vannier, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section Poissonnière, demeurant aux l*e- 
liles-Ecuries, Faubourg Saint-Denis, n" 39, 
lequel prétend avoir ouï dire qu'une partie 
de l'armée révolutionnaire était rentrée 
dans Paris, qu'il croit que la pénurie des 
denrées provient de ce que les riches pro- 



priétaires s'approvisionnent à un prix su- 
périeur au maximum, et par ce moyen 
empêchent les denrées de venir aux mar- 
chés de Paris, qu'il sait qu'on a cherché à 
établir uu marché à la Chapelle pour y 
vendre de la viande de difréreiites espèces; 

;>" Tliéodure-loussaint Diouet, âgé de 
34 ans, graveur et membre du Comité révo- 
lutionnaire de la section de l'Observatoire, 
lequel fait connaître qu'un certain Gre- 
nier, rue des Bourguignons, approvisionne 
la section en beurre et en œufs, que la 
viande s'y distribue avec ordre et qu'il ne 
s'est jamais apcr(;u du moindre trouble; 

0" Jean- Louis Lefèvro, âgé de 30 ans, 
menuisier et membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section de l'Observatoire, 
demeurant rue Neuve-Sainle-Geneviève, 
lequel a déclaré qu'ayant été nommé, au 
mois d'août dernier, pour vérifier les 
comptes des administrateurs des Subsis- 
tances, il a assisté à plusieurs séances où 
il était question de n'admettre que ceux 
qui avaient des pouvoirs illimités, que ces 
comptes n'ont jamais été rendus, parce 
que les assemblées étaient tumultueuses, 
qu'on y faisait souvent la motion de faire 
ouvrir les magasins et de faire arrêter les 
administrateurs et le maire, que l'intention 
de plusieurs des membres était, paraît-il, 
d'enlever l'administration à la Municipalité 
pour la laisser aux boulangers, qu'enfin 
la Convention nationale avait cassé cette 
assemblée pur décret; que, quant aux sub- 
sistances, il sait qu'il y a quelques jours, 
la municipalité d'xVrpajon ou de Longju- 
meau avait saisi 8 porcs sur le sieur Gué- 
nard, chargé de nourrir les ouvriers tra- 
vaillant aux armes; 

7° Claude Campenou, âgé de 42 ans, 
imprimeur et membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section de l'Observatoire, 
demeurant rue Saint-Jacques, n" 104, le- 
quel déclaie avoir ouï dire qu'à l'assemblée 
des Cordeliers l'on avait tenu des discours 
tendant à exciter une insurrection, ce qui 
lui avait causé beaucoup de peine, ainsi 
qu'à ceux qui en avaient été témoins. 

2"v ventôse an II (11 heures). 
Original, signé d'Ardouin, de Hébert, de La- 
loueUc, d'Aulin, de Cordier, de Drouet, de 
Lelèvre et de Camponon, 4. iV,, W 70, 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



93 



154. — Déclarations d'habitants de la 
section de Bonne-Nouvelle, reçues par An- 
toine-Marie Maire, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, savoir : 

1" Nicolas Saillant, âgé de 413 ans, de- 
meurant rue de la Lune, n° 115, lequel si- 
gnale l'accaparementdes comestibles, ainsi 
qu'il est justifié par les visites des com- 
missaires du Comité révolutionnaire chez 
ditl'érenls citoyens, qui tous avaient du co- 
chon salé du poids de 72, 100 et 113 livres, qui 
a été distribué aux pauvres au prix du maxi- 
mum et remboursé au propriétaire de la 
marchandise. Déclare avoir appris du ci- 
toyen Papillot, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la Villette, que les officiers 
municipaux avaient permis aux bouchers 
de l'endroit de vendre la viande 18 et 
20 sols la livre, que l'un d'eux même l'avait 
Tendue 24 sols et avait préféré la vendre à 
la Villette plutôt qu'à Paris; 

2" Antoine Saurey, âgé de 38 ans, de- 
meurant rue de la Lune, n» 104, lequel 
rapporte qu'un boucher, qui avait un étal 
rue Feydeau, a cessé de le tenir et ne vend 
plus qu'à la Chapelle, au prix de 24 sols la 
livre, et ses pratiques de Paris vont y ache- 
ter de la viande ; 

3» Vincent-Marie Guin, âgé de 41 ans, 
demeurant rue des Filles-Dieu, n° 334, 
lequel observe que l'Assemblée générale 
de la section lui paraît être dans les bons 
principes, quoique des malveillants cher- 
chent à la troubler, mais que l'on redouble 
de surveillance pour découvrir les pertur- 
bateurs de l'ordre public, et que pour les 
marchands qui vendent au-dessus du maxi- 
mum, ils sont -traduits au Déparlement 
de Police à la Mairie. 

22 ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de Maire, 
A. JV., W 76, n» 3. 

lao. — Déclarations de membres du 
Comité révolutionnaire de la section de la 
Cité, reçues par Etienne Masson, juge au 
Tribunal révolutionnaire, savoir : 

1° Etienne Guiraudet, âgé de 39 ans, 
apothicaire, rue de la Juiverie, membre 
du Comité révolutionnaire de la section de 
la Cité, lequel a dit n'avoir aucuns rensei- 
gnements à donner sur le placard sédi- 



tieux à lui représenté, ni sur les autres 
objets de subsistance ou de salut public 
dont on l'a entretenu, que les fonctions 
multiples qu'il remplit ne lui ont pas per- 
mis de sortir de la Commune, que le Co- 
mité dont il est membre a envoyé, la veille, 
à l'accusateur public près le Tribunal ré- 
volutionnaire un procès-verbal constatant 
que des femmes de communes avoisinant 
Paris ont été induites en erreur, ce qui a 
été cause qu'elles ont apporté chez des 
particuliers et furtivement des denrées ; 

2° Jean-Jacques Leiris, âgé de 27 ans, 
serrurier, demeurant au Marché -Neuf, 
n" 40, membre du Comité révolutionnaire 
de la section de la Cité, lequel déclare 
savoir, relativement aux subsistances, que 
le citoyen Vaillant, marchand de fer, rue 
d'Enfer, près la place Saint-Michel, ayant 
fait route, la dernière décade, du côté 
d'Etampes, a été mis en état d'arrestation 
dans une commune appelée Etrechy, où 
l'on arrêtait toutes subsistances, même le 
morceau de pain dont pourrait être pourvu 
le voyageur. Ajoute que, dans le courant 
de la dernière décade, la section de Marat 
avait amené sur le carreau du Marché-Neuf 
une voiture chargée de beurre et d'œufs, 
que le comparant, accompagné des ci- 
toyens Vanheck et Faucille, a demandé 
que la vente ne se fit pas au milieu de la 
place, mais bien le long d'un mur, où l'on 
a fait ranger les citoyens en haie, ce à 
quoi les citoyens de la section de Marat ont 
obtempéré, après avoir cependant menacé 
de remporter les denrées dans leur sec- 
tion ; 

3° Charles Nicolas, âgé de 40 ans, me- 
nuisier, carré du Pont-Rouge, n" 4, mem- 
bre du Comité révolutionnaire de la section 
de la Cité, lequel a dit que son Comité a 
envoyé hier à l'accusateur public du Tri- 
bunal un procès -verbal constatant les 
craintes inspirées aux citoyennes Saute- 
reau et La Place, habitant à la Chapelle- 
sous-Crécy, qui apportaient à Paris des 
provisions pour y vivre pendant leur 
séjour, et que le commissaire aux acca- 
parements a dû envoyer également la 
déclaration d'une marchande qui fournis- 
sait des denrées au Marché-Neuf et qui a 
dit que si elle n'apportait plus ni beurre 



01 



CHAPITRE !•='. — JOURNÉES HISTORIQUES DE l.A RÉVOLUTION 



ni œufs, c'est ([u'elle en était empochée 
par les municipalités environnantes; 

4° Jean-François Gomard,àgé de 38 ans, 
lapidaire, rue de la Vieille - Draperie, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section de la Cité, lequel a dit avoir été 
entendu, il y a trois jours, par le citoyen 
Ilarny relativement aux provisions anie- 
nées au Marché -Neuf par la section de 

Marat. 

2'2 ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de îlasson, 
A. n"., W76, no 3. 

^56. — Déclarations de citoyens de la 
section de Popincourt, reçues par Antoine- 
Marie Maire, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, savoir : 

1" Simon-Guillaume Boyer, âgé de 20 ans, 
demeurant rue de la Roquette, n° 40, le- 
quel a dit par rapport aux subsistances 
que, loin d'être abondantes dans la sec- 
lion, au contraire elles font défaut, qu'il 
ne peut pas dire que ce soit par la faute 
d'aucuns de ses concitoyens, qu'à la vé- 
rité, il n'y a que le Marché-Neuf pour les 
trois sections, Popincourt, Montreuil et 
Quinze- Vingts, qu'au surplus, ces jours 
derniers, il n'y avait que 2 voilures d'œufs 
pour l'approvisionnement des trois sec- 
lions, ce qui fait que la dislribulion n'a 
pu être proportionnelle; de plus, il dé- 
clare que le citoyen Caillieux, administra- 
teur de police, accompagné de deux gen- 
darmes, s'est transporté au marché pour 
y mettre de l'ordre, et qu'il s'y est trouvé 
quelques malintentionnés, diffamant un 
épicier de la rue du Faubourg, prétendant 
qu'il avait vendu du beurre mauvais à 
32 sols la livre, que le fait fut reconnu 
absolument faux par les dépositions des 
citoyens présents, qui ont certifié qu'il 
avait vendu sa marchandise au maximum, 
et qu'elle était bonne. Ajoule le déclarant 
que l'on a eu des soupçons sur les ouvriers 
de la manufacture des glaces, rue de 
Reuilly, que l'on a même dénoncés comme 
voulant produire des mouvements contre- 
révolutionnaires par rapport aux subsis- 
tances, les renseignemenls recueillis par 
les citoyens Cordas et Caillieux ont dé- 
montré que le fait était faux et que ces 
ouvriers étaient dans les bons principes. 



Déclare encore que le maximum n'est pas 
suivi au marché, que celui qui paye le plus 
cher enlève les marchandises et que le 
pauvre s'en passe. L'esprit public est uni- 
versellement bon et tûul à fait dans les 
principes montagnards. Quant à ceux qui 
ont voulu troubler la tranquillité et avilir 
les autorités constituées, ils ont été arrêtés 
et incarcérés à Picpus, ils se nomment 
Rarry, ci-devant prêtre, et Choquet, huis- 
sier; 

2° Jean-Ferdinand Schwerdfeger, âgé de 
62 ans, rue Saint-Sébastien, n° 21, lequel 
atteste les mêmes fails et déclare, en outre, 
que l'on a dénoncé au Comité révolution- 
naire un ari'êté de la commune de Co- 
lombes interdisant, sous peine d'amende, 
d'amener aucunes denrées à Paris; 

3° Pierre Courtois, âgé de 35 ans, mem- 
bre du (Comité révolutionnaire, demeurant 
rue Popincourt, lequel observe que le dé- 
faut de marchés établis dans chaque sec- 
tion nuit beaucoup à l'approvisionnement 
des citoyens de la section de Popincourt, 
vu que les comestibles arrêtés à leur bar- 
rière sont, par ordre de l'administration 
de Police, vendus au marché des trois 
sections, qui est sur celle des Quinze- 
Vingts; 

4''Guillaume-MarieFleuriot, âgéde44ans. 
demeurant rue de la Roquette, n" 35, dé- 
pose des mômes fails. 

22 ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de Maire, 
A. N., W 76, n" 3. 

157. — Déclarations d'habitants de la 
rue Sainl-André-des-Arls, reçues par An- 
toine-Marie Maire, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, en présence de 
Fouquier-Tinville, accusateur public : 

1° Jean-Baptiste Lohier, âgé de 56 ans, 
demeurant rue [Saint -AndréJ des-Arcs, 
n° 68, lequel a dit qu'à l'avant-dernier mar- 
ché aux veaux, une voiture de veaux, passant 
rue Saint-André, fut arrêtée vis-à-vis la rue 
de l'Eperon par le citoyen Ducroquel, com- 
missaire aux accaparements de la section 
de Marat, qui fit tirer de cette voiture 
36 œufs dans un panier, un lapin et un 
dindon que portail le voiturier à une des- 
tination particulière ; le lendemain ou le 



INSTRUCTION DV PROCES DICS HÉBKUTISTES 



surleudemuia , il a été rapporté au dé- 
clarant qu'il fut vendu des comestibles 
dans l'enceinle de la ci-devant maison des 
Coi'deliers, que parmi ces comestibles, il 
y avait du poisson qui s'est trouvé gàlé, 
cèdent les acquéreurs murmurèrent beau- 

I coup, enlr'aulres une cuisinière; 

{ 2" Jean-Etienne Brochet, âgé de 40 ans, 

i demeurant rue Saint-André-des ArtSjn^-iS, 
lequel dit qu'il est à sa connaissance per- 
sonnelle que deux particuliers, dont il 

j ignore les noms, se sont plaints des vexa- 
tions qu'ils épiouvaient de la part de l)u- 
croquet, sur la déclaration par eux faite 
au Comité qu'il leur était venu de province 
36 œufs, un lapin et un dindon, que ces 
particuliers demandèrent à Ducroquel s'ils 
auraient leur part de ladite provision et 
qu'il leur répondit que les 36 œufs se- 
raient pour 30 personnes et qu'ils pren- 
draient leur tour pour en avoir, s'il en 
restait; 
3° Joseph Bergez, âgé de 49 ans, agent 

I du Conseil exécutif, rue [Saint-André] des 
Arcs, n" 112, lequel dit à l'égard des sub- 
sistances avoir entendu parier qu'il s'était 

[ Ycndu aux Cordeliers du poisson gàlé, 
qu'il s'y est vendu également des œufs et 
du beurre ; 

4° Edme-Jacques-Philippe-Jarry, âgé de 
34 ans, courrier au Département de la 
Guerre, demeurant rue [Saint-André] des 
Arcs, n" oO, lequel déclare avoir ouï dire 
qu'il s'était vendu aux ci-devant Cordeliers 
du poisson gâté, et qu'il a été arrêté, le 10 
de ce mois, 36 œufs, un lapin, un dindon 
et quelques perdreaux par Ducroquel, 
commissaire aux accaparements, qui a re- 
fusé de les remettre au citoyen qui se 
présentait avec sa lettre d'avis et lui a dit 
qu'il prendrait son tour et qu'il en aurait, 
s'il y en avait. 

l'ï ventôse an II. 
Original, signé des déclarants et de Maire, 
A.N., W78, n» 3. 

138. — Délibération du Conseil munici- 
pal de la commune d'Emile, constatant la 
venue du citoyen Thiéry, commandant en 
chef de la section des Amis de la patrie, 
avec 3 officiers et un détachement de 
60 républicains de la force armée, qui ont 



reçu mandat de Ilanriot, général en chef 
de Paris, de surveiller les malveillants qui 
entravent les arrivages de marchandises 
pour les besoins de Paris, signalant les 
marchés clandestins pour les légumes et 
les œufs, qui se liennent à Montmagny et 
à Villetaneuse, ce qui empêche l'approvi- 
sionnemenL des marchés d'Emile, la cherté 
des porcs, qui se vendent sur pied au 
marché d'Emile au delà de 20 sols la livre, 
co qui ne permet pas aux charcutiers de 
Paris et autres de s'approvisionner, dé- 
clarant également que, la loi du maximum 
étant rigoureusement appliquée, les mar- 
chands qui d'ordinaire approvisionnent 
les marchés, n'y viennent plus et vendent 
en cachette, invitant ses frères d'armes à 
faire connaître ces menées sourdes au 
S.uis-culolto Hanriot, afin que les braves 
Parisiens trouvent leurs subsistances là 
où elles doivent être apportées, avec lettre 
d'envoi de cette délibération par les admi- 
nislrateurs des Subsistances à l'accusateur 
public du Tribunal révolutionnaire, afin 
de le mettre à même de rechercher et dé- 
couvrir les malveillants qui cachent les 
objets d'approvisionnement ou veulent les 
vendre à des prix excessifs. 

22, 24 ventôse an II. 
Copie conforme et original, signé de Cliani- 
peaux et de Duinez (2 pièces), A. N., "W 70, 
n» 5. 

139. — Arrêté du Comité révolution- 
naire de Provins, voulant pourvoir de 
toutes ses forces aux besoins pressants et 
multipliés qu'éprouvent actuellement et 
plus que jamais ses frères de la Commune 
de Paris, et prévenir les déclaralions frau- 
duleuses des marchands, voituriers et 
autres qui exportent de leur commune 
toute espèce de denrées, de subsistances 
de première nécessité, qu'ils disent être 
destinées à Paris, quoique leur intention 
ou leur habitude soit de les disséminer 
dans tout autre lieu, décidant do déployer 
toute l'activité de sa surveillance légale et 
civique pour faciliter, procurer, assurer à 
ses frères de la Commune de Paris tous 
les comestibles et denrées, y compris porc 
salé, lard, beurre, volaille, œufs, poisson, 
dont ils auraient besoin ou qui leur se- 



96 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



niieiil envoyt's par les niarcliands, vnilu- 
riers ou approvisionneurs quelconques, 
décidant en outre que copie littérale du 
présent arrêté sera adressée au Comité 
fîénéral des Subsistances, à l'accusateur 
public près le Tribunal révolutionnaire de 
Paris et à la municipalité dudil Paris, pour 
ne laisser aucun doute sur les dispositions 
fraternelles des membres composant le 
Comité révolutionnaire de la com.mune de 

Provins. 

22 ventôse an II. 

Copie conforme, signée de Louvct et de 
Cliaiiipeaux, administrateurs au Département 
des Subsistances de la municipalité de Paris, 
A. N., W 76, n» 3. 

160. — Arrêté de la municipalité de 
Provins, considérant qu'il importe de 
déjouer les manœuvres des malveillants, 
qui cherchent à faire croire h une disette 
de denrées en détournant les approvi- 
sionnements de la Commune de Paris, 
chargeant le Comité révolulionnaire de 
Provins de protéj^er de tout son pouvoir 
la circulation des denrées destinées à 
Paris, d'ouvrir un registre afin de recevoir 
les déclarations des citoyens qui désire- 
raient envoyer toute espèce de denrées, 
notamment en beurre, œufs, volaille, 
gibier, porc salé, décidant de faire une 
proclamation à l'elfet d'instruire les ci- 
toyens des moyens qu'employent les mal- 
veillants pour amener une disette factice 
et occasionner dans Paris un soulèvement 
qui deviendrait fatal à lu République, de 
les inviter à surveiller et dénoncer ceux 
qui, à la faveur des ténèbres de la nuit, 
font, dans les communes environnantes, 
des accaparements de toutes denrées de 
première nécessité, à seconder de tout 
leur pouvoir l'approvisionnement de Paris 
et à s'imposer même les privations que 
l'amour de leurs frères de Paris et de la 
Patrie, mère commune, pourra leur sug- 
gérer. 

23 ventôse an II. 

Copie conforme, signée de Champeaux et de 
Dumez, administrateurs au Département des 
Subsistances de la municipalité de Paris, A. N., 
W 81. 

161. — Déclarations des administrateurs 
des Subsistances de la Commune de Paris, 



reçues par Claude-Emmanuel l.anne, l'un 
des juges du Tribunal révolulionnaire, sa- 
voir : 

1° Pierre liasse -Champeaux, adminis- 
trateur des Subsistances de la Commune 
de Paris, lequel a dit n'avoir d'autres ren- 
seignements à donner, relativement aux 
manœuvres que les ennemis de la chose 
publique pourraient employer pour alar- 
mer le peuple sur les subsislanccs et le 
porler à une insurrection, que les faits 
suivants : 1° le nomméDucroquet, commis- 
saire aux accaparements de la section de 
Maral, après avoir fait naître les plus vives 
inquiétudes touchant les subsistances, avait 
proposé de se porter en masse au Conseil 
général de la Commune avec les Droits de 
l'Homme voilés, ce qui eut lieu, comme il 
put le constater en sa qualité de membre 
de la Commune, mais sans avoir vu si les 
Droits de l'Homme étaient voilés; 2° en sa 
qualité d'officier municipal, surtout d'ad- 
ministrateur, se trouvant au commence- 
ment de la dernière décade sur le quai 
de la Vallée, il fut abordé par le commis- 
saire de police et plusieurs particuliers 
qui réclamèrent 7 ou 8 paniers de denrées, 
mais le citoyen Ducroquet, au mépris de 
l'arrêté du Corps municipal qui autorisait 
l'arrivage des denrées à destination, les fit 
déposerdans un magasin, où ayant reconnu 
qu'un certain nombre de ces denrées 
étaient susceptibles de se gâter, il en 
ordonna la remise immédiate aux proprié- 
taires, contrairement à son habitude, peut- 
être en raison de la présence du commis- 
saire ; 3° Le même déclarant signale un 
abus, c'est la revente, par des acheteurs de 
poisson d'eau douce, d'une carpe de 40 sols 
pour 6 à 7 livres et d'une anguille de 
3 livres pour 8 livres ; 4° de même il cite un 
citoyen du village de Cachant, d'où vien- 
nent des légumes pour Paris, qui vend 3, 4 
et 5 sols un chou que les revendeuses font 
payer 12, 13 et 20 sols ; 5° dans son senti- 
ment, r'une des causes principales qui a 
momentanément empêché l'abondance des 
bois à Paris, c'est le refus, par les autori- 
tés constituées de Clamecy, de lâcher leurs 
écluses. Le même déclarant mentionne l'op- 
position du maire de Meaux à l'envoi des 
denrées à Paris, parce qu'on lui refusait du 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



9-; 



sucre et du savon, la conduite d'individus 
deMontmagny et de Groslay qui ont leurs 
caves pleines de pommes de terre et qui 
préfèrent les laisser gâter et pourrir plutôt 
que de les envoyer à Paris, l'opposition du 
maire de Lagny à l'envoi à Paris de 9 fro- 
mages qu'une femme habiluéeàen porter 
à Paris voulait faire sortir ; 

2° Pierre-Alexandre Louvet, adminis- 
trateur des Subsistances, qui, au sujet 
des manœuvres employées pour alarmer 
le peuple sur les subsistances, dépose des 
faits suivants : 1" Dans la section de 
l'Homme-Armé, quelques individus cher- 
chent à semer des inquiétudes sur les sub- 
sistances, ce qui est du reste le cas dans 
plusieurs sections, et l'on invite le peuple 
à se lever en masse par le moyen des pla- 
cards affichés sur les murs, que d'ailleurs 
il n'a pas vus; 2° les autorités constituées 
de Meaux, de Lagny, de Claye, de Fran- 
ciade, de Longjumeau et une bonne partie 
des communes avoisinant Paris s'opposent 
au passage des denrées et comestibles; 

3» Pierre Dumez , administraleur des 
Subsistances, demeurant rue de la Harpe, 
lequel, au sujet des manœuvres tendant à 
alarmer sur les subsistances, dépose des 
faits suivants : 1° Il sait que la section de 
Marat, dont l'un des orateurs était un 
nommé Ducroquet, s'est portée en masse 
à la Commune, et a entendu dire qu'il a 
été affiché des placards invitant le peuple 
à se lever en masse; 2° les autorités cons- 
tituées des communes avoisinant Paris, no- 
tamment Meaux, l.agny et Belleville, s'ef- 
forcent d'empêcher l'arrivée des subsis- 
tances à Paris ; 

4° Annet Gougeaud, père, tailleur, de la 
section de Marat, lequel se borne à dire 
que dans sa section, sur la proposition de 
Ducroquet, l'assemblée a arrêté qu'elle 
irait en masse à la Commune, mais rejeta 
en passant à l'ordre du jour une partie 
de la même proposition tendant à voiler 
les Droits de l'Homme, à l'instar de la So- 
ciété des Cordeliers, si la pénurie des 
subsistances continuait à se faire sentir. 

23 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Champeaux, de Louvet, 
de Dumez, d'Annet Gougeaud et de Lanne, 
A. N., W 78. 

T. XI. 



163. — Déclarations de membres du 
Comité révolutionnaire de la section des 
Sans-Culottes, reçues par Etienne Fou- 
cault, juge au Tribunal révolutionnaire, 
savoir : 

1° Germain Félix, charron, rue Saint- 
Victor, n" 104, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section des Sans-Culottes, 
lequel rapporte qu'on avait dit dans la 
Société populaire de sa section qu'il fallait 
aller à la Convention, pour qu'elle s'occu- 
pât sans relâche de l'instruction publique, 
comme étant le seul moyen de consolider 
la République, qu'il fallait que le peuple 
se levât encore une fois, afin de contraindre 
la Convention à mettre l'instruction à 
l'ordre du jour ; qu'il sait qu'il est arrivé, 
le 20 courant, par le coche d'eau, environ 
3,000 ou 3,500 œufs en plusieurs paniers, 
apportés par une femme qui descendit 
chez la femme Chevalier, logeuse, rue Co- 
peau, chez laquelle demeuraient plusieurs 
députés, entre autres La Revellière-Lé- 
peaux. Pilastre et Leclerc, dont le dernier 
est arrêté et les deux autres en fuite, que, 
le lendemain, cette marchande d'œufs a 
déclaré qu'elle n'allait chez la susdite Che- 
valier que pour y loger; les œufs furent 
portés au marché, par ordre du Comité, 
pour y être distribués au maximum, que 
lors de la vente des œufs, cette femme vint 
réclamer une indemnité, en disant qu'elle 
n'achèterait pas des œufs à 18 sois la dou- 
zaine, pour les amener de vingt-cinq lieues 
à Paris et les donner au maximum, que 
la marchande en question avait aussi en- 
viron 25 livres de beurre; 

2° François - Marie Marchant, âgé de 
29 ans, imprimeur, rue des Fossés-Saint- 
Viclor, n" 32, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la section des Sans-Culottes, 
lequel déclare qu'il y a 12 jours, une 
dispute sur l'instruction publique s'éleva 
dans la Société populaire de la section des 
Sans-Culottes, et que plusieurs des mem- 
bres demandèrent l'envoi à la Convention 
d'une pétition à l'effet de rapporter le pre- 
mier article du décret relatif à l'instruc- 
tion publique, que la rédaction de cette 
pétition fut confiée au déclarant, avec 
Dardelle et Hanriot, commandant général, 
elle fut présentée, le lendemain, à l'As- 

7 



98 



CHAPITRE I»'. — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



semblée généralo qui l'adopta, iniprimt'o 
et soumise à l'approbation des 47 autres 
sections. 

Ajoute qu'il y a 8 jours, il fut réveillé à 
4 heures 3 (juarts du matin, par un bruit 
considérable sous ses fenêtres, et aperçut 
une voiture de campagne, chargée do 
beurre et d'œufs, que des citoyennes se fai- 
saient délivrer avec violence, et montèrent 
même dans la voiture pour voir s'il y avait 
encore des œufs, qu'il aperçut une se- 
conde voiture dans la rue de Fourcy, sur 
le côté du Panthéon-Français, également 
entourée d'une multitude de femmes et 
d'hommes du poste de gendarmerie de la 
rueNeuve-Sainle-Geneviève, qu'il les somma 
de faire conduire celte voiture sur le mar- 
ché voisin de la porte Saint-Marceau, que 
les gendarmes étaient tranquilles specta- 
teurs du pillage et n'avaient point requis 
d'officier civil, qu'au dire de plusieurs fem- 
mes, huit jours auparavant, ils avaient fait 
apporter des paniers par leur tambour 
pour emporter du beurre et des œufs; qu'à 
la fin de la distribution, un panier de 10 
à 12 livres de beurre fut emporté par le 
sieur Chiquot, fruitier, rue des Fossés- 
Saint- Victor, n" 33, mais les femmes, s'en 
étant aperçues, se l'adjugèrent, et comme 
elles prétendaient qu'il devait y avoir chez 
ce particulier un dépôt de beurre et d'œufs, 
la force armée de la section, ayant vérifié 
le fait, ne trouva ni beurre ni œufs, ajou- 
tant que les œufs débarqués sur le port 
furent portés chez la citoyenne Chevalier, 
logeuse, rue Copeau; 

3° Jacques Leblond, âgé de 33 ans, 
commissaire du Comité révolutionnaire, 
demeurant rue des Fossés-Saint-Rernard, 
n" 4, lequel dit connaître le citoyen Mi- 
chaud depuis le 10 août 1792 et avoir été 
nommé en même temps que lui, au mois 
d'avril, membre du Comité révolutionnaire, 
mais n'a jamais remarqué en lui aucun 
fait de nature à faire douter de son patrio- 
tisme, le considérant comme un homme 
franc, qui ne cherchait pas à tromper le 
peuple, et l'a même vu, en pleine Société, 
faire des reproches à des citoyens pris de 
vin et manquant de mœurs et leur dire 
que ce n'était pas ainsi que se conduisaient 
des hommes se prétendant républicains, 



qu'il a vu plusieurs fois les aristocrates 
crier contre lui, notamment lors de la 
journée du 31 mai. Déclare en outre qu'une 
marcluuule ayant fait porter chez la femme 
Chevalier, logeuse, rue Copeau, plus de 
3,000 (iMifs.débanjués du coche, le Comité 
n'ayant pas pensé qu'une telle quantité 
d'd'iifs pût être consommée dans une seule 
maison, a cru devoir les faire distribuer 
par petites portions au marché de la place 
Maubert ; 

Dit également qu'il a fait arrêter chez la 
femme Chevalier, par ordre du Comité de 
sûreté générale, le nommé Leclerc, qui 
s'y était réfugié avec La Revellière-Le- 
peaux et Pilastre. Ajoute ([u'il croit voir 
un complot formé pour diviser les pa- 
triotes, attendu que, depuis iW jours ou 
3 semaines, il entend crier partout contre 
les Comités révolutionnaires et civils, ainsi 
que contre les Sociétés populaires, et qu'à 
son avis, ce sont des meneurs qui cher- 
chent à égarer le peuple ; 

4° Claude -Guillaume Mariette, âgé de 
31 ans, demeurant rue du Bon-Puits, n'3, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section des Sans-Culottes, lequel dépose 
dans le même sens que les précédents té- 
moins, en ajoutant qu'il a vu sur les pa- 
niers contenant les œufs des cartes sur 
lesquelles était écrit le nom de la femme 
Chevalier, qu'il croit à l'existence d'un com- 
plot à l'effet de diviser les patriotes, mais 
sans pouvoir en révéler aucun indice; 

5° Antoine-François Cartier, âgé de 
4d ans, membre du Comité révolution- 
naire de la section des Sans-Culottes, de- 
meurant rue des Fossés -Saint- Bernard, 
n° 10, lequel confirme la déclaration du 
citoyen Leblond relativement aux œufs, en 
ajoutant qu'il y avait 60 livres de beurre 
et que la distribution du tout a été faite 
au prix du maximum, tant au carrefour 
de la rue Moulîetard qu'à la place Maubert; 

6° Jean-François Poulain, âgé de 28 ans, 
membre du Comité révolutionnaire d(î la 
section des Sans-Culottes, demeurant rue 
Saint-Victor, n° 93, lequel déclare que la 
distribution des œufs s'est faite à la porte 
Saint-Marceau et à la place Maubert, au 
prix du maximum, observant que deux pa- 
niers d'œufs ont été amenés dans la cour 



LXSTKUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



00 



du Comité et distribués h certaines per- 
sonnes; 

7' Jean-Claude Dory, Agé de 60 ans, 
membre du Comité civil de la section des 
Sans-Culottes, demeurant rue Saint- Vic- 
tor, n» 68, lequel dit avoir vu au Comité 
de la section une femme qu'on avait ar- 
rêtée, parce qu'elle avait 2 paniers d'œufs 
et une certaine quantité de beurre. 

23 venlôse an II (Il heures du matin). 
Original, signé des déclarants et de Foucault, 
A.N., W 77, no26. 

164. — Déclaration de Marguerite Lucas, 
âgée de 42 ans, demeurant rue Saint- 
Nicaise, chez le citoyen Charbonnier, 
commissaire de police, reçue par Etienne 
Foucault, juge au Tribunal révolution- 
naire, en présence de Fouquier-Tinville, 
accusateur public dudit Tribunal, laquelle 
a dit qu'il y a environ 15 jours une ci- 
toyenne de la campagne a été conduite 
chez le citoyen Charbonnier, commissaire 
de police de la section des Tuileries, et 
I a déclaré avoir 600 œufs et une soixantaine 
I de livres de beurre, qui ont été distribués 
I partie à la cuisinière et au portier du mi- 
nistre de la marine, et le reste à diffé- 
rentes personnes. 

23 ventôse an II (5 heures de relevée). 
Original , signé de Fouquier et de Foucault, 
A. JV., W 76, n» 8. 

lôî). — Déclarations de membres des 
Comités civil et révolutionnaire de la scc- 
i tion de l'Arsenal, reçues par Pierre-Noël 
i Subleyras, l'un des juges du Tribunal révo- 
ilulionnaire, savoir : 

I 1° Jean-Philippe Violet, âgé de 60 ans, 
j membre du Comité civil de la section de 
ll'Arsenal, demeurant rue Antoine, n°227, 
! lequel a dit n'avoir connaissance d'aucuns 
! discours ni complots tendant soit à affa- 
jmer Paris, soit à troubler la tranquillité 
jpublique, soit à nuire à la Révolution, que 
■la section de l'Arsenal est fort tranquille, 
iet qu'il n'est venu au Comité dont il est 
membre aucun renseignement de nature 
à faire soupçonner du désordre ou des 
projets contre -révolutionnaires, que les 
fournisseurs des subsistances y sont sur- 
veillés, qu'il 'a entendu un nommé Bel- 



homme dire en Assemblée générale que 
l'on ne manquerait pas de viande, si on 
voulait la payer ; 

2° François-Louis Arnoull, âgé de 60 ans, 
demeurant quai des Ormes, près la rue de 
l'Etoile, commissaire du Comité civil de la 
section de l'Arsenal, lequel a dit ne point 
connaître les causes de la disette de comesti- 
bles à Paris ou de l'empêchement d'arrivage 
des denrées, que la section est tranquille, 
ainsi que les assemblées, que l'espoir du 
maximum promis par la Convention natio- 
nale donne beaucoup de confiance rela- 
tivement aux subsistances, que les Comités 
de la section apportent le plus grand zèle 
dans toutes leurs opérations, et que la 
Société populaire s'occupe actuellement 
de son épuration ; 

3" Jean Le Sappeur, maçon à Paris, rue 
des Prêtres- Saint-Paul, n" 8, lequel rap- 
porte avoir ouï dire que des individus se 
rendaient sur les routes pour acheter des 
subsistances, qu'un boucher, nommé Bel- 
homme, a été mis en état d'arrestation, 
de même que sa femme, celle-ci pour avoir 
refusé de vendre de la chandelle, quoiqu'elle 
en eût chez elle, qu'il n'a connaissance 
d'aucuns propos ou discours pouvant faire 
soupçonner des projets contre-révolution- 
naires, et que la section est très tranquille ; 

4° Nicolas Barrucand-Chalier, âgé de 
42 ans, teinturier, rue Saint- Antoine, 
n° 249, membre du Comité révolution- 
naire de sa section, lequel dit n'avoir 
aucun renseignement sur le défaut d'arri- 
vage des denrées, ni sur la disette factice 
qu'on a cherché à faire naître chez le 
peuple, que la crainte de manquer de 
vivres a donné aux citoyens l'idée de 
diviser leur famille, ce qui fait que par 
malveillance ou par précaution certains ont 
au delà, tandis que d'autres manquent du 
nécessaire, ce qui exigerait certaines me- 
sures, qu'il n'a été tenu dans sa section 
aucun propos de nature à troubler l'ordre 
public, mais qu'un foyer d'agitation résulte 
de l'existence de faux patriotes, entre au- 
tresun nommé Haiiy, instituteur desSourds- 
et-Muels, qui s'est fait un parti et a été 
dénoncé par son Comité à celui de sûreté 
générale, qu'une autre cause réside dans 
le relâchement de quelques fonctionnaires 



ioo 



CHAPITRE I' 



JOtJUNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



l)ul»lics en ce qui concerne les mesures 
révolutionnaires et le maintien de Tordre 
public, ayant remarqué que les arrêtés 
de la ('onimune étaient envoyés indistinc- 
tement à la section, au Comité révolu- 
tionnaire, au Comité civil et à la Société 
populaire, et par ce fait risquaient de 
rester inexécutés. Enfin il dit avoir observé 
non dans sa section, parce qu'il y aurait 
mis ordre, que dans les cabarets et les 
assemblées publiques on voyait souvent 
les mêmes individus, qui, n'ayant pas de 
moyen d'existence, ne pouvaient subsister 
(jue par des procédés extraordinaires, ce 
à quoi il serait urgent de remédier ; 

5" Antoine-FrançoisDeray, dgédeSl ans, 
pâtissier, rue Saint-Antoine, n''211, mem- 
bre du Comité révolutionnaire de sa sec- 
lion, lequel dit savoir par un nommé Ter- 
ret, lieutenant des canonniers de la sec- 
tion, que des femmes au nombre de plu- 
sieurs milliers arrêtaient sur les chemins 
les voitures portant des subsistances à 
Paris, les faisaient retourner, que les ha- 
bitants des campagnes, pour priver Paris 
de vivres, mangeaient eux-mêmes leurs 
œufs, leurs volailles, et se partageaient 
leurs veaux, leurs cochons et moulons, et 
qu'on se proposait même d'établir à Paris 
une réserve pour les comestibles; 

Le même rapporte que, le lendemain du 
jour où fut proclamée la loi sur les secours 
à accorder aux parents des volontaires, 
étant à boire dans un cabaret de la rue 
Saint-Antoine avec le citoyen Mantienne 
et trois autres individus, la conversation 
s'engagea sur les subsistances, et l'un 
d'eux, employé au Comité de salut public 
pour l'arrestation des suspects, dit qu'il y 
avait assez longtemps (]ue Paris faisait la 
loi aux campagnes, et qu'il était temps 
qu'elles la lui lissent à leur tour, propos 
qui indigna Mantienne, qui fit observer 
que ce n'était pas le langage d'un patriote. 

Le déclarant ajoute que son Comité avait 
vu avec étonnement que, malgré de fré- 
quentes représentations au ministre de la 
guerre, celui-ci avait conservé des intri- 
gants et faux patriotes, tels que Boula, 
ancien contrôleur des fermes et président 
d'une commission au Port-la-Montagne,et 
Dumas, serrurier, actuellement chef de 



l'artillerie au même port, qui a été dé- 
noncé pour avoir tiré sur les patriotes, 
tant au Champ de Mais que le 10 août, et 
pour être un royaliste; 

Ledit Deray dit encore que sa section 
est tranquille et marche dans les prin- 
cipes, grâce à son Comité, dénonce toute- 
fois le nommé Haûy, ancien interprèle du 
lyran et de l'Amirauté, instituteur des 
Aveugles, intrigant el faux patriote, qui a 
cherché à faire de son établissement un 
foyer de fanatisme, ayant fait afficher dans 
tout Paris qu'on pouvait aller y entendre 
la messe. Son compagnon Guersin, ayant 
élé mis en état d'arrestalion, Haûy profita 
de l'offre du salpêtre à la Convention par 
la section de l'Arsenal pour intercéder en 
faveur de ce Guersin, auteur d'un écrit aris- 
tocratique, mais Haiiy fut tancé d'impor- 
tance, et la section fil publier dans les 
journaux un arrêté portant que ce n'était 
pas en son nom que Guersin avait été 
réclamé. 

24 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Violet, d'Arnôult, de Le 
Sappeur, de Barrucand, de Deray et de Subley- 

ras, A. N., W 78. 

166. — Déclaration de François Remy, 
âgé de 44 ans, marchand de vins, rue du 
Rocher, n" 631, membre du Comité révo- 
lutionnaire de la section de la République, 
reçue par Pierre-André Coffiiihal, l'un des 
juges du Tribunal révolutionnaire, por- 
tant qu'étant domicilié près de la barrière 
de Monceaux, il a été à même de consta- 
ter à deux reprises que, lorsqu'il arrivait 
des pommes de terre, des femmes arrê- 
taient la voiture et s'emparaient de son 
contenu, qu'un particulier qui avait amené 
pour 4o livres de pommes de terre, re- 
çut pour tout payement 4 livres 10 sols 
et vint en pleurant se plaindre au décla- 
rant, qui s'informa quelles étaient les 
personnes qui étaient montées sur sa voi- 
ture et apprit que l'une d'elles, nommée 
Marianne, demeurait au coin des rues de 
l'Arcade et de la Pépinière, une autre, 
nommée Morelle ou Bonnel, rue Saint-La- 
zare, n° 442, qu'elles procédèrent à la dis- I 
tribution; ajoute que la marchande, après 
avoir été pillée, vint trouver le déclarant j 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



101 



et lui dit que si l'on ne protégeait pas les 
marchands qui venaient à Paris, ils ne 
viendraient plus, qu'en ce qui la con- 
cerne, elle n'avait jamais vendu ses den- 
rées à la campagne et les avait toujours 
portées directement à Paris, observant 
que cette marchande, qu'il connaît, passe 
pour une très honnête femme ; 

Pour ce qui touche les bouchers, le 
comparant a déclaré ne pas savoir où pas- 
sait la viande, qu'il était chargé de sur- 
veiller et de faire débiter la viande chez 
le citoyen Cordier, rue du Rocher, n° 634, 
que chez ce boucher il a été distribué dans 
l'espace de 10 jours 4,300 livres de viande, 
au prix du maximum, et qu'il en a été dé- 
bité chez les cinq autres bouchers de sa sec- 
tion à proportion, mais que les femmes qu 
viennent s'approvisionner ne sont jamais 
contentes, quoiqu'elles aient de la viande 
en suffisante quantité, qu'elles cherchent à 
exciter le désordre, insultent la garde et les 
autorités constituées, qu'une femme, dont 
il ne se remet pas le nom, a failli être 
tuée, ayant été terrassée par la citoyenne 
Legros, femme d'un ci-devant domes- 
tique; que celle-ci habite avec sa mère, 
rue de la Pépinière, et qu'elles sont 
connues toutes deux pour profiter des 
différentes disettes factices à l'effet de 
mettre le désordre, exciter le trouble et 
soulever toutes les autres femmes, qu'elles 
sont enfin une espèce de lléau public; 

A l'égard des œufs, déclare le compa- 
rant qu'un nommé Perrin, domicilié rue 
du Rocher, maison Pigalle, connu depuis 
longtemps pour s'occuper de l'approvi- 
sionnement de Paris, avait ramassé dans 
les environs 1,400 œufs pour les vendre à 
la Halle, qu'arrivant le soir très chargé, à 
cause de la volaille et des lapins qu'il ap- 
portait, il mit le tout sur la voiture d'un 
individu de sa connaissance, en le priant 
de déposer le chargement rue de Clichy, 
que dès que les œufs furent déchargés, le 
commissaire aux accaparements de la sec- 
tion arriva, saisit les œufs, puis arrêta le 
marchand, qui fut mené à la Mairie, où il 
fut relâché, étant connu comme un mar- 
chand de l'approvisionnement de Paris, 
qu'à la section les œufs lurent distribués 
au prix du maximum, qu'il y en a eu 



beaucoup de cassés, de sorte que le mar- 
chand a subi une grosse perte. 

A l'égard des vins, ce qui fait du tort à ce 
commerce, c'est que les vins achetés dans 
le pays viennent tous avec destination pré- 
cise, et sur le port il reste très peu de vins en 
vente, au surplus une foule d'individus, qui 
no sont pas marchands, viennent acheter 
du vin pour le revendre et réaliser des 
bénéfices sans le vendre en détail. 

24 ventôse an II (iO heures du matin). 

Original, signé de Remy et de Coffinhal, 
A. N., W 76, n° 1. 

A cette déposition est annexée une déclara- 
tion faite au Comité révolutionnaire de la section 
de la République, le 21 ventôse, au sujet d'une 
femme qui avait emporté clandestinement, dans 
une hotte, environ 50 livres de viande qu'elle 
avait livrée au citoyen Lebel, restaurateur trai- 
teur, cour des Ecuries. 

167. — Déclaration de Pierre- Jean-Fran- 
çois Vaillant, âgé de 48 ans, marchand de 
fer, rue d'Enfer-Saint-Michel, n°732, reçue 
par Etienne Masson, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, faisant connaître 
que, le 18 de ce mois, passant àEtrechy près 
d'Etampes, il a été arrêté et fouillé, que 
ceux qui l'ont fouillé et qui étaient des 
autorités constituées dudit lieu, lui ont 
déclaré que, s'il portait à Paris ou en ex- 
portait quelques denrées, fut-ce même un 
pâté, ils s'en empareraient, et qu'ayant 
observé à ces citoyens qu'ils agissaient 
contre la loi, ils ne lui ont l'ien répondu. 

24 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Vaillant et de Masson, 
A. N., W 76, n° 3. 

168. — Déclarations de membres des 
Comités révolutionnaire et civil de la sec- 
lion des Piques, reçues par Charles Ilarny, 
juge au Tribunal révolutionnaire, savoir : 

lo Pierre -Robert Montallier, âgé de 
33 ans, épicier, rue de Gaumartin, n" 799, 
membre du Comité civil de la section des 
Piques, lequel a dit qu'il y a environ 
li) jours, rue du Mont-Blanc, a été arrêtée 
une voiture contenant 3 sacs de pommes 
de terre, que l'on a conduite à la section 
afin de déban^asser le voilurier de la foule 
qui l'entourait pour se les faire délivrer 
avec violence, qu'on a distribué ces pommes 
de terre au prix de 50 sols le boisseau; 



102 



CHAPITRE I". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



le môme fait s'est produit, rue tle Cau- 
marLin.au préjuilice d'une femme (jui ap- 
portait (iiielques douzaines d'œufs à trois 
de ses enfants demeurant dans cette rue; 

Déclare ne pouvoir rien dire de parti- 
culier au sujet du bruit qui a couru qu'il 
fallait une insurrection ; 

2° Jean- Baptiste-Georges fiuilleniard, 
menuisier, rue Neuve-des-Matliurins,n°827, 
membre du Comité civil de la même sec- 
tion, lequel dit avoir vu, il y a à peu prés 
15 jours, deux voitures, dont une le 
matin et l'autre sur les 2 heures, conte- 
nant des denrées, qu'on a conduites au 
Comité pour éviter le pillage, que l'on a 
vendu sur place ce qui était dans l'une 
des voitures et l'autre a été envoyée à sa 
destination ; 

3° Claude Vaillant, âgé de 3G ans, peintre, 
rue Saint-Lazare, n" 4SI, membre du 
Comité révolulionnaire, lequel a dit avoir 
appris d'une marchande de lait qui s'ap- 
provisionne du côté de Gonesse, que le 
maire de Bonneuil empêche son passage, 
pour qu'elle ne vienne pas à Paris. 

24 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé des déclarants et de Harnj, 
A. N., W 7G, n» 3. 

109. — Déclarations de membres des 
Comités civil et révolutionnaire de la sec- 
tion du Bonnet-Rouge, reçues par Claude- 
Emnianuel-Joseph Lanne, l'un des juges 
du Tribunal révolulionnaire, savoir : 

1" Pierre -Martin Court, ex-menuisier, 
rue de Sèvres, n° 1270, membre du Comité 
civil de la section du Bonnet-Rouge, lequel 
rapporte qu'un étalier d'une bouchère de 
la rue de Sèvres, près de la grande rue du 
Bac, va vendre de la viande à Vaugirard, 
ce qu'il voit de mauvais œil ; 

2° Philibert Lutin, charron, rue de Gre- 
nelle, n" 32G, membre du Comité révolu- 
tionnaire de la scclion du Bonnet-Rouge, 
lequel fait observer qu'il se doute de 
l'existence, aux environs de Paris, de 
divers dépôts de denrées, notamment 
dans un n^oulin sur le chemin de Chà- 
tillon ; 

3° Louis-Guillaume Ballière, ex-cocher, 
rue de Sèvres, n" 990, membre du Comité 
révolutionnaire de la section du Bonnet- 



Rôuge, lequel déclare n'avoir aucun ren- 
seignement à donner, sauf qu'il a ouï dire 
comme tout le monde qu'il avait été 
répandu des placards dans Paris invitant 
à l'insurrection, sans connaître les auteurs 
ni les placardours ; 

4° Etienne Vernay, ancien limonadier, 
demeurant rue de Sèvres, n«1110, membre 
du Comité révolulionnaire de la section 
du Bonnet-Rouge, lequel dit avoir appris 
dans une tournée qu'il vient de faire du 
côté de Blois et Orléans, par ordre du 
Comité de sûreté générale, que l'une des 
causes qui empêchaient l'arrivage des 
denrées et comestibles à Paris, c'est que 
les fermiers, au lieu de les porter dans 
les marchés, les distribuaient à de pré- 
tendus amis qui venaient les visiter. 

24 ventôse an II (11 heures du matin). 
Original, signé des déclarants et de Lanne, 
A. N., W 76, n" 3. 

170. — Déclarations de membres des 
Comités révolutionnaire et civil de la sec- 
tion de la République, reçues par Pierre- 
André Coffmhal, juge au Tribunal révolu- 
tionnaire, savoir : 

1° Jacques Jenvrin, limonadier, rue du 
Faubourg-Sainl-Honoré, n° iiG, membre 
du Comité révolutionnaire de la section 
de la République, lequel a dit qu'il est 
arrivé plusieurs fois dans la section que 
des femmes ont arrêté des voilures de 
pommes de terre, conduites pour l'appro- 
visionnement de Paris, qu'elles se les sont 
distribuées et les ont payées ce qu'elles 
ont voulu, que ce fait est encore arrivé la 
décade dernière, qu'il n'a reconnu aucune 
des femmes qui se sont livrées à ces excès, 
qu'on a encore arrêté du beurre et des 
œufs qu'on s'est également distribué, mais 
qu'il ne connaît pas non plus ceux qui ont 
ari'êté ces dernières denrées; 

2° Louis Liboron, membre du Comité 
civil do la même section, demeurant nie 
de Duras, n» 12uG, lequel a dit que toutes 
les fois qu'il arrive dans sa section des 
denrées pour l'approvisionnement de Paris, 
les femmes entourent les marchands et 
marchandes et se les font distribuer, in- 
sultant les autorités constituées, qu'il a 
observé que des femmes vendant à l'éven- 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



103 



taire étaient celles qui faisaient le plus de 
bruit pour avoir des pains de beurre, afin 
de les porter dans de grosses maisons, qu'il 
venait même des femmes des autres sec- 
lions de Paris. Ajoute le déclarant que 
des petits enfants allaient chez les épiciers 
chercher des quarterons de beurre, dont on 
faisait ensuite des livres pour vendre, que 
deux de ces enfants ayant été amenés de- 
vant lui, ils ont dit demeurer, rue Saint- 
Nicolas, section des Piques, qu'il a de suite 
renvoyé ces enfants devant le commis- 
saire de police de cette section, qu'au sur- 
plus, il va prendre des instructions et des 
renseignements sur les provocations au 
pillage des approvisionnements et les fera 
passer à l'accusateur public. 

24 ventôse an II (l heure de relevée). 
Originaux, signés de Jenviin, de Liboron et 
de Coffinhal (2 pièces), A. JV., W 78, n" 3. 

171. — Déclarations de membres du 
Comité révolutionnaire de la section de la 
République, reçues par Pierre-André Cof- 
finhal, juge au Tribunal révolutionnaire, 
savoir : 

1° Charles Bernier, membre dudit Co- 
mité, demeurant rue des Saussaies, n°1244, 
lequel a dit que l'on avait arrêté dans sa 
section des pommes de terre, du beurre 
et des œufs, que le beurre et les œufs 
avaient été distribués par le Comité, mais 
qu'il ne connaît personne de ceux qui ont 
profilé de ces distributions; 

2» Guillaume Bultin, membre dudit Co- 
mité, demeurant rue de la Ville l'Evêque, 
n° 1058, lequel dit avoir connaissance de 
l'arrestation de pommes de terre etd'œufs 
qu'on conduisait dans Paris et qu'on avait 
distribué aux femmes, qu'il ne connaît 
personne de ceux et de celles qui se sont 
lii^rés à ces excès ; 

3» Jean-Pierre Fromentin, membre du 
Comité civil de la n)ême section, demeu- 
rant rue des Saussaies, n° 1293, lequel 
fait mention de la distribution des œufs au 
Comité civil, ainsi que de pommes de terre. 

24 ventôse an II. 
Originaux, signés des déclarants et de Cof- 
finlial (3 pièces), A. N., W 76, n° 3. 

172. — Déclaration de la citoyenne Gros- 
jean, faclrice à la Halle aux grains, reçue 



par les administrateurs du Département 
des Subsistances et approvisionnements 
de la Commune, par laquelle elle a mani- 
festé son étonnement de ce que les com- 
munes de Houdan, Dreux, Gallardon, No- 
gent-en-Beauce et Etampes, qui, les an- 
nées précédentes, apportaient à Paris beau- 
coup de pois, de haricots et de lentilles, 
n'apportent plus rien, avec lettre d'envoi 
de copie de cette déclaration par les admi- 
nistrateurs des Subsistances de la Com- 
mune de Paris à Fouquier-Tinville, accu- 
sateur public près le Tribunal révolution- 
naire. 

24 ventôse, l'*" germinal an II. 
Copie conforme et original, signé de Dumez 
et Champeaux, administrateurs (2 pièces), A. A'., 
W 78. 

173. — Dénonciation du citoyen Sei- 
gneur, épicier et voilurier à Provins, cons- 
tatant qu'aux portes de cette ville il y a 
des factionnaires pour s'opposera la sortie 
du beurre, des œufs, de la volaille et du 
gibier destinés à l'approvisionnement de 
Paris, avec lettre des administrateurs du 
Département des Subsistances à Fouquier- 
Tinville, accusateur public près le Tribu- 
nal révolutionnaire, recommandant cette 
dénonciation à son zèle infatigable et à 
son patriotisme, si précieux aux yeux de 
tous les vrais républicains. 

24, 25 ventôse an II. 
Copie conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., W 7G, n" 5. 

174. — Lettre du détachement de l'ar- 
mée révolutionnaire, stationné à Pontoise, 
aux sections de Paris, en particulier celles 
de Mutius-Scevola, du Pont -Neuf et de 
l'Unité, déclarant qu'ayant été occupés à 
favoriser l'approvisionnement des grains, 
ils ont trouvé chez les fermiers des œufs 
et du beurre cachés dans les armoires et 
même sous des grains dans des tonneaux, 
que c'est en vain que depuis trois mois 
les soldats de l'armée révolutionnaire de- 
mandent à exercer leur surveillance, si l'on 
manque de tout et si l'on n'est pas en 
pleine abondance des denrées de première 
nécessité, la disette n'est qu'apparente, ils 
ont demandé à faire des visites domici- 
liaires, elles ne se font pas ou se font 



104 



CHAPITRE ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



mollement, ils réclament l'envoi de com- 
missaires révolutionnaires et de vrais 
Sans -culottes, étrangers aux autorités 
constituées, de façon à déjouer les intri- 
gants qui vont dans les campagnes enlever 
les denrées pour les vendre à plus haut 
prix dans les maisons des riches et des 
égoïstes; ils demandent également à être 
chargés d'escorter et de faire conduire à 
Paris ces sortes de marchandises, la Com- 
mission des approvisionnements de la 
République n'ayant fait aucune réponse à 
la requête qu'ils ont adressée à ce sujet; dé- 
sireux qu'ils sont de se laver des calomnies 
dirigées contre eux et de prouver qu'ils 
n'ont pas cessé d'être républicains monta- 
gnards, ils terminent en attestant que la 
faiblesse municipale est la seule cause de la 
pénurie des denrées de première nécessité. 

Sans 'late (avant le 25 ventôse an II). 

Originaux signés et copies conformes (5 piè- 
ces), A.N., W 77, colo 26. 

L'exemplaire adressé à la section de Mulius- 
Scevola a été lu en Assemblée générale, le 2 6 ven- 
tôse, et renvoyé à l'accusai eur public du Tribunal 
révolutionnaire ; celui de la section Révolution- 
naire ou du Pont-Neuf est accompagné d'une 
lettre de Nitot, président du Comité civil, en 
date du 29 ventôse, annonçant l'envoi à l'accu- 
sateur public de la même lettre, en exécution 
de l'arrêté pris le 25 ventôse par le Comité 
révolutionnaire. 

175. — Déclaration d'Edouard Poirier, 
âgé de 41 ans, commissaire aux accapare- 
ments de la section de Bonne-Nouvelle, 
demeurant rue Neuve-de-l'Egalité, n° 293, 
reçue par Etienne Masson, juge au Tri- 
bunal révolutionnaire, portant que le ci- 
toyen Antoine-Edme Bruneau, rue de la 
Lune, n° 127, lui a écrit, le 23 ventôse, une 
lettre pour se plaindre de la saisie, par la 
municipalité de Mer-sur-Loire, de 6 fro- 
mages blancs de 16 à 18 sols qui lui étaient 
envoyés pour sa consommation par la 
citoyenne Bourdon, habitant audit lieu, 
avec lettre dudit Bruneau au citoyen Poi- 
rier, où il signale la confiscation de ces 
fromages, attendu qu'il n'y a point de loi 
qui défende l'envoi des subsistances si 
modiques des départements à Paris, et 
demande un bon pour réclamer ces fro- 
mages à la municipalité de Mer-sur-Loire, 
en faisant valoir qu'il compte sur cette 



petite provision pour suppléer au défaut 
de viande, qu'il ne peut se procurer, malgré 
son grand ùge de 74 ou 75 ans, et une 
autre lettre adressée, le 18 ventôse, par le 
citoyen Bourdon, de Vanvcs, au citoyen 
Bruneau où il annonce la saisie des fro- 
mages qu'il juge mal fondée, attendu qu'il 
ne connaît pas de loi s'opposant à ce que 
les communes fussent parvenir des den- 
rées à Paris, car alors Paris éprouverait 
une toute autre pénurie. 

25 ventôse an II. 
Originaux signés (3 pièces), A. N., W 76, 
n" 4. 

176. — Déclaration du citoyen Montal- 
lier, demeurant rue Caumartin, n" 799, 
portant que, lorsque la section des Gardes- 
Françaises, il y a 15 jours, envoya dans 
toutes les sections des députalions à l'effet 
de demander d'un commun accord à la 
Commune un mode uniforme pour toutes 
les boucheries, le citoyen Baurieux, hor- 
loger, rue du Faubourg - Saint - Honoré, 
membre du Conseil général de la Com- 
mune, proposa à l'Assemblée générale de 
la section des Piques de se concerter avec 
les sections des Tuileries, des Champs- 
Elysées et de la République pour adopter 
un mode à leur convenance et empêcher 
la sortie des vivres de leurs limites, signa- 
lant les propos que ce citoyen aurait tenus 
à une députalion de la section du Fau- 
bourg-Montmartre relativement aux déte- 
nus du Temple, qu'il conviendrait de garder 
plus étroitement, propos suivant lesquels 
Paris aurait bien mérité d'avoir conservé 
les restes de cette famille, déclarant enfin 
qu'avant la Révolution ce Baurieux n'avait 
rien et que depuis il a acheté une maison 
de plus de 70,000 livres. 

25 ventôse an II. 
Original non signé, A. A'., W 76, n" 4. 

177. — Dénonciation contre les facteurs 
au quai de la Vallée, exposant que le ci- 
toyen Christophe, regrattier, demeurant 
rue de la Grande-Truanderie et vendant 
sa volaille à la pointe Saint-Eustache, avait 
marchandé à un fermier des poules qui 
lui avaient été laissées à 48 livres la dou- 
zaine, mais un facteur, survenant à la fin du 
marché, surenchérit et fit monter le prix 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



lOo 



à 66 livres la douzaine, de sorte que le re- 
grattier fut obligé de n'en prendre qu'une 
demi-douzaine pour 33 livres, que celte 
vexation s'exerce tous les jours par les 
facteurs au quai de la Vallée, de telle 
sorte que les gens de la campagne ne 
veulent vendre qu'à eux et les regrattiers 
ne peuvent rien obtenir; les faits en ques- 
tion sont attestés par les citoyens Chourre 
et Perigot, regrattiers, rue de la Grande- 

Truanderie. 

25 ventôse an II, 
Original, signé de Delafosse, chef du bureau 
des observateurs de la Police, A. N., W 7G, 
n" 5. • 

178. — Lettre de Darras, habitant de la 
commune de Liancourt, au Conseil géné- 
ral de la Commune de Paris, faisant con- 
naître les manœuvres coupables de scélé- 
rats qui vont acheter à des prix exorbitants 
chez les particuliers tous les comestibles 
dont Paris se trouve aujourd'hui totale- 
ment dépourvu, et déclarant que, pour 
Jes déjouer, il faut prescrire un recense- 
ment exact et ensuite une réquisition pro- 
portionnée, qu'il en est de même pour le 
beurre et les œufs, qu'il en vient très peu 
sur les marchés, que tout est acheté et 
enlevé la veille dans chaque commune, 
que beaucoup de denrées servent à ali- 
menter les maisons de force d'Argenlieu, 
Fitz-James, Clermont-sur-Oise, Noinlel et 
Chantilly, dénonçant encore un autre abus, 
savoir, que plusieurs habitants de la cam- 
pagne font un approvisionnement particu- 
lier pour des parents et amis dans leur 
commune, ce qui enlève encore le peu 
qui arrive sur le marché, offrant à cet 
égard le concours de la Société populaire 
de Liancourt, ladite lettre envoyée à Fou- 
quier-Tinville par Cham peaux et Dumez, 
administrateurs des Subsistances. 

(25 ventôse an II.) 
Copie conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., W 76, n» 5. 

179. — Déclaration de François Roquet- 
Denoyers, ci-devant coiffeur de l'Opéra, et 
présentement traiteur de la maison d'ar- 
rêt de la rue de la Bourbe, y demeurant, 
reçue par Jean Ardouin, l'un des juges du 
Tribunal révolutionnaire, portant qu'étant 
traiteur d'une maison d'arrêt et ayant 



2 hospices de malades à fournir, il est 
obligé de se procurer des denrées où il en 
Irouve, et s'étant rendu à Sceaux pour y 
acheter un bœuf pour sa semaine, il a pu 
constater un abus chez les marchands 
de bœufs, qui vont au-devant de ceux 
qui les amènent, pour les acheter sur la 
route au taux du marché et les revendre 
ensuite un prix exorbitant, que, par suite 
de cette manœuvre, il a été obligé d'ache- 
ter un bœuf pesant 600 livres pour la 
somme de 830 livres, il en résulte qu'il 
est impossible aux bouchers de Paris de 
s'approvisionner pour la consommation de 
la ville; que, la veille, son garçon lui dit 
d'un air étonné que tout Paris était en 
l'air, à cause de l'arrestation d'Héberl, de 
toute la Commune et d'une partie des 
Cordeliers, pour une fausse conspiration, 
que lui déclarant répliqua que c'était tant 
pis pour eux, s'ils avaient tourné casaque, 
et que s'ils voulaient des places ou impo- 
ser des maîtres, il fallait les guillotiner, 
que quant à lui, il ne voulait d'autre maî- 
tre que celui que la loi lui donnerait. 

Le môme ajoute que Ronsin était venu, 
il y a quelque temps, dîner dans la mai- 
son d'arrêt de la Bourbe avec 2 personnes, 
et que Maillard était venu également dîner 
avec 3 ou 4 personnes. 

26 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Denoyers, de Fouquier et 
d'Ardouin, A. N., W là, n» 4. 

180. — Déclarations d'habitants de Gen- 
nevilliers et d'Asnières, reçues par Charles 
Bravet, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, savoir : 

1° François Bauché, membre du Comité 
de surveillance de Gennevilliers, âgé de 
32 ans, lequel, par addition à sa déclara- 
tion du 21 ventôse, dit avoir appris par 
Charles Allard, boucher de sa commune, 
que les fermiers des environs de Genne- 
villiers exigeaient des bouchers, qui vou- 
laient acheter des bœufs ou vaches, qu'ils 
leur fussent payés sur pied à raison de 
23 et 24 sols la livre. Observe au surplus 
que les citoyens d'Asnières pourront ren- 
seigner le Tribunal sur les manœuvres 
employées pour faire manquer les subsis- 
tances; 



100 



CHAPITRE ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES UE LA RÉVOLUTION 



2° Louis-J;iC(iiies Martin, âgé île 41 ans, 
maçon à Asnièros. le(iuel tlil ne pas con- 
nailie positivcrnont les causes de la pé- 
iHiiie di's subsistances, mais croit cepen- 
ilant (ju'elle ne provient que des manœu- 
vres des malveillants et égoïstes, ennemis 
de la Révolution, qui font disparaître les 
Jenrécs et bestiaux par des moyens qui 
lui sont inconnus, de manière que les uns 
ont tout et les autres rien, que sa com- 
mune, comme toutes les autres, manquant 
de viande, le Comité de surveillance dont 
il fait partie, requit, le 28 pluviôse, le 
citoyen Eournier, maire de la commune, 
en sa qualité de marchand de moutons 
approvisionnant les marchés de Sceaux et 
de Poissy, d'en fournir à la commune, ce- 
lui-ci s'élant rendu au Comité, déclara 
qu'on s'y était pris trop tard, qu'il avait 
vendu depuis quelques jours 800 moutons, 
qu'il ne lui en restait plus qu'environ 80 qui 
étaient trop maigres, ce qui dénote de sa 
part de la malveillance, attendu qu'il ne 
devait pas ignorer les besoins de la com- 
mune. Le déclarant ajoute ne pas savoir 
à qui ont été vendus les 800 moutons, ni 
ce qu'ils sont devenus; que sui- les obser- 
vations qui lui furent adressées par le Co- 
mité au sujet des motifs de la vente de ces 
moutons, le sieur Fournier répondit que 
c'est parce qu'il craignait qu'on ne les 
mit incessamment en réquisition, comme 
on le lui avait fait entendre, c'est cette 
raison qui l'avait déterminé à consentir 
ladite vente; 

3° François Deloron, âgé de 41 ans, ma- 
çon, officier municipal d'Asnières, lequel 
dit n'avoir aucune connaissance de toutes 
les manœuvres employées par les ennemis 
de la chose publique pour renverser l'édi- 
fice de la liberté, qu'il s'aperçoit bien 
chaque jour que l'on cherche à augmenter 
la pénurie des subsistances, mais qu'il n'a 
encore pu pénétrer cette intrigue, qu'il 
redoublera d'efforts et de surveillance 
pour en découvrir les auteurs ; 

4° François-Joseph Fournier, âgé de 
34 ans, cabaretier et regrattier, membre 
du Comité de surveillance d'Asnières, 
lequel dit n'avoir aucune connaissance 
des manœuvres que les ennemis du peuple 
emploient pour le priver de subsistances, 



mais croit que des visites domiciliaires 
pourraient donner là- dessus de grands 
éclaircissements. 

20 venlûso an II (I heure de relevée). 
Original, signé de Bauché, de Martin, de 
Deloron, de Fournier et de Cravet, A. N., 
W 70, no 7. 

181. — Déclaration de Louis-Jacques 
Coutureur, âgé de 22 ans, armurier, ordi- 
nairement et présetitement à Paris pour 
ses alfaircs, logé rue Saint- Germain- 
l'Auxerrois, n° 12, chez le citoyen Cheval- 
lier, reçue par Gabriel-Toussaint Scellier, 
l'un des juges du Tribunal révolution- 
naire, portant que, de passage à Toury, 
commune entre Orléans et Etampes, la 
diligence dans laquelle il se trouvait fut 
arrêtée, sous prétexte de s'assurer s'ils 
n'avaient pas avec eux des vivres ou autres 
denrées, que deux de ses camarades de 
voyage descendirent et furent conduits, 
soit au corps de garde, soit à la munici- 
palité, qu'à leur retour, ils dirent à lui 
déclarant et aux autres voyageurs qu'ils 
avaient vu des comestibles de toute espèce 
et des denrées de première nécessité, qui 
s'y trouvaient en dépôt, que celte com- 
mune se permettant ainsi de dévaliser tous 
les voyageurs et autres citoyens qui amè- 
nent des provisions à Paris, il ne fallait 
pas s'étonner d'après cette manœuvre si 
le défaut de subsistances s'y faisait sentir 
d'une manière aussi inquiétante, que l'un 
des deux citoyens qui lui a rapporté ces 
faits se nomme Arnaud, fils d'un officier 
municipal de Paris, demeurant rue Fa- 
vart, n° 4, lequel pourra fournir des ren- 
seignements plus positifs. 

Déclaration analogue faite par Charles 
Massicard, âgé de 43 ans, marchand de 
bois à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), pré- 
sentement à Paris, chez le sieur Cheval- 
lier, qui a ajouté que sur les représenta- 
lions faites pai' le citoyen Arnaud à la com- 
mune de Toury, relativement au danger 
que pouvait entraîner sa conduite, il lui 
avait été répondu par les officiers muni- 
cipaux qu'ils y étaient autorisés par une loi. 

20 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Contureur, de Massicard 
et de Scellier, A. A'., W 70, n» 8. 



INSTRUCTION DU PUOGÈS DES HÉBERTISTES 



10"; 



182. — Déclaration de Jean -Charles- 
Pierre Lesire, ancien cullivaleur et mem- 
bre du Conseil général de la Commune de 
Paris, demeurant quai de l'Union, n» 20, 
reçue par Etienne Foucault, l'un des juges 
du Tribunal révolutionnaire, faisant con- 
naître qu'il a toujours regardé le manque 
de subsistances comme factice, qu'il en 
donne pour preuve une lettre du maire de 
la commune de Pécy, district de Provins, 
aux termes de laquelle, au marché de 
Nangis, distant de 14 lieues de Paris, le 
beurre ne valait, en février 1794 (v. st.), 
que 18 sols la livre et les œufs 24 sols le 
quarteron, prix Relativement peu considé- 
rable pour Paris, ce qui l'a confirmé dans 
l'idée que les denrées étaient aussi abon- 
dantes qu'à l'ordinaire et que les malveil- 
lants seuls pouvaient en empêcher l'arrivée 
à Paris. 

Le déclarant ajoute que, depuis un mois, 
occupé à assister à la vente du poisson, 
qui se fait tous les jours, quai de l'Union, 
section de la Fraternité, il s'était informé 
auprès des différents conducteurs de bar- 
ques s'il y avait abondance de cette den- 
rée, plusieurs lui répondirent qu'il y avait 
quantité de barques pleines de poisson, 
tant dans le canal de Briare qu'à Saint- 
Mammès, qu'il en a prévenu le Comité des 
Subsistances, qui a fait son devoir à cet 
égard, car il vient d'arriver 6 barques. 

Le même rapporte que, siégeant au Con- 
seil général, il a entendu la lecture d'une 
pétition de la section de Marat, levée en 
masse, suivant laquelle cette section an- 
nonçait qu'elle allait voiler les Droits de 
l'Homme, que le peuple était trompé et 
qu'on voulait le faire périr de faim; le 
Conseil général a reçu cette pétition avec 
la dignité qu'on lui connaît et a calmé les 
inquiétudes de la section en exposant les 
moyens mis en œuvre pour faire arriver à 
Paris les subsistances. 

2G venlôse an II (2 lieures de relevée). 
Original , signé de Lesire et de Foucault, 
A.N., W 77, n" 17. 

183. — Lettre du Comité révolution- 
naire de la section de l'Homme-Armé 
(aux administrateurs du Département des 
Subsistances), avec lettre d'envoi de Lou- 



vet, administrateur, à Fouquicr-Tinville, 
dénonçant la conduite des bouchers de 
Paris qui, pour se soustraire à la surveil- 
lance des Comités révolutionnaires et pour 
éluder la loi du maximum, au lieu de dis- 
tribuer leur viande à Paris, achètent les 
bestiaux aux marchés et les conduisent 
dans les environs de Paris, ainsi qu'à Bel- 
leville, à Charenton, à la Courtille et autres 
lieux oii la surveillance est moins active, 
ils satisfont leur cupidité en débitant la 
viande à 26 sols, et privent les habitants 
de Paris de la viande qui manque dans 
leurs ménages, tandis que les riches, les 
restaurateurs et les prisons en regorgent. 

26, 27 ventôse an II. 
Copie conforme et original signé (2 pièces), 
A. N., "W 76, n» 5. 

184. — Déclarations faites devant Charles 
Harny, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire par les témoins suivants : 

1° Marie-Anne-Dorolhée Kropper, veuve 
de Nicolas Héricourt, marchand ébéniste, 
rue du Faubourg- Antoine, n° 288, laquelle 
a certifié n'avoir aucune connaissance de 
l'empêchement d'arrivages des denrées 
comestibles à Paris, non plus que de la 
conspiration contre le peuple, mais seule- 
ment elle a entendu dire par les habitants 
de son quartier, depuis l'arrestation d'Hé- 
bert, qu'il y a longtemps qu'il devrait être 
guillotiné, que c'était bien fait, et cela par 
la clameur publique ; 

2° Marguerite-Françoise Villenne, femme 
Kropper, marchande. Grande -Rue- du- 
Faubourg-Antoine, n» 283, laquelle a dit 
n'avoir aucune connaissance des causes 
de la disette des subsistances, qu'elle a 
pensé que c'étaient les ennemis de la 
patrie qui, ayant tenté vainement pendant 
longtemps d'exciter la guerre civile pour 
le pain, ne réussiraient pas davantage 
pour les subsistances, qu'il fallait attendre 
patiemment que cela se découvrit, que 
depuis l'arrestation d'Hébert et de ses 
complices elle a remarqué dans le peuple 
de son quartier une satisfaction vraiment 
pure qui lui a fait grand plaisir; 

3» Jean-Charles-Joseph Varlet, ouvrier 
en meubles à Paris, y demeurant sur 
l'Egout-Saint-Antoine, lequel a dit qu'il y 



108 



CHAPITRK ^^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



a 3 jours, à l'arrivée d'une voilure de 
denrées, les femmes ayant voulu s'en em- 
parer, les citoyens du corps de garde de 
la section de Moiitreuil la conduisirent au 
Comité, probablement pour la mettre en 
lieu sûr. 

27 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original , signé des femmes Kropper , de 
Varlet et de Harny, A. N., W 77. 

185. — Déclaration de Joseph Thuring, 
i\gé de 27 ans, officier général à l'armée 
du Nord, demeurant rue de Cléry, reçue 
par Antoine Maire, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, faisant connaître 
(|ue, se trouvant à Luzarches, district de 
(lonesse, le 11 octobre (v. st.), il a entendu 
dire à différents habitants de cette com- 
mune que les vexations infligées aux culti- 
vateurs par les citoyens Clémence et Mar- 
chand, le premier, juré au Tribunal révo- 
lutionnaire, le second, membre du Comité 
(le surveillance du Département de Paris, 
finiraient par empêcher les citoyens des 
départements de conduire des subsistances 
à Paris. Sous prétexte de patriotisme, ils 
ont persécuté, au moyen d'un détachement 
de l'armée révolutionnaire qui était à leur 
disposition, les plus ardents patriotes du 
pays, se sont rendus coupables de dilapi- 
dations, qu'ils ont partagées avec les mem- 
bres de ce détachement, ont abusé de leurs 
pouvoirs pour satisfaire des haines parti- 
culières et ont cherché parce moyen à dé- 
goûter le peuple des lois révolutionnaires; 

Clémence, observe Thuring, d'abord sol- 
dat aux gardes Suisses en 1789, puis gre- 
nadierde la section des Filles-Saint-Thomas 
en 1791 et 1792, s'est glissé dans différents 
Comités le 10 aoîit 1792 et les 31 mai, 1«' et 
2 juin, et fut proposé aux Jacobins par 
Chabot et C'*, Clémence et Marchand, inti- 
mement liés avec Vincent, dans une mis- 
sion aux environs de Paris, donnèrent de 
leur autorité privée des emplois à diffé- 
rentes personnes, suspectes d'incivisme 
et d'aristocratie, notamment nommèrent 
membre du Comité révolutionnaire de Lu- 
zarches un certain d'Erthisy, ex-noble au- 
trichien , ex-capitaine de cavalerie dans 
l'armée impériale, lequel reçut de Vincent, 
secrétaire général de la Guerre, une com- 



mission à l'effet d'inspecter les voyageurs 
et vérifier les passeports, aux appointe- 
ments de 300 livres par mois; ce citoyen 
suspect, mis en arrestation par ordre du 
Cumité de sûreté générale, fui relaxé par 
l'entremise de Clémence et Vincent; Mar- 
chand se signala le jour de l'arrestation 
dilébert, Vincent et Ronsin, il fit, paraît- 
il, la motion aux Cordeliers de s'insurger 
contre les prétendues factions de la Con- 
vention et d'envoyer une députalion à 
l'accusateur public du Tribunal révolu- 
tionnaire ; 

Thuring fait remarquer en outre que le 
député Amar doit avoir (Jifférentes pièces 
à l'appui de sa déclaration contre Clé- 
mence, Marchand et d'Erthisy, et que tous 
les citoyens du district de Gonesse pour- 
raient fournir des renseignements sur les 
subsistances et sur les officiers municipaux 
de Luzarches; il ajoute que, se trouvant 
un jour dans un des bureaux de la Guerre, 
il y vit Hébert et lui fit, amicalement d'ail- 
leurs, des reproches sur la cherté de son 
journal, que celui-ci lui répondit sur le 
même ton, chacun est maître de vendre 
sa marchandise comme il le juge à pro- 
pos, et que lui répartit, « c'est donc l'ap- 
pât du gain et non le patriotisme qui te 
fait agir, ■> 

27 ventôse an II (2 heures de relevée). 
Original, signé de Thuring et de Maire, A.N., 
W 76. 

186. — Déclaration de Françoise Lenoble, 
âgée de 49 ans, femme de Desdevise, tail- 
leur d'habits, rue Pavée, n° 8, reçue par 
Charles Harny, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire , faisant connaître qu'un 
jour de la semaine dernière, passant dans 
la rue de Savoie, devant la porte d'un bou- 
cher, dont la boutique était fermée, elle 
vit l'un des ci-devant bedeaux de Saint- 
André, qui frappait secrètement à cette 
porte, qu'elle a entendu dire aux per- 
sonnes qui lui répondaient d'une voix à 
demi-basse, c'est de la part du citoyen Alix; 
observant que ce citoyen Alix, ci-devant 
chantre de la même église, est aujourd'hui 
l'un des commissaires de la section de 
Marat, qu'il a la réputation de ne pas man- 
quer de fricot, ainsi que ses amis, et 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÊBEIVITSTES 



109 



qu'elle a soupçonné que c'était pour avoir 
de la viande en secret et en fraude; ajou- 
tant qu'elle est portière d'une maison où 
demeurent un nommé Alphonse Leroy, 
son principal locataire, ainsi que la femme 
Meunier, que l'un et l'autre reçoivent très 
souvent nombreuse société chez eux, tantôt 
chez l'un, tantôt chez l'autre, au moins 
trois ou quatre fois par décade, et qu'il s'y 
donne des repas qui annoncent l'abon- 
dance et la richesse, dans ce temps de di- 
sette surtout, qu'elle sait aussi que cette 
maison ressemble à une cour de grâces, 
où tous ceux qui y sont bienvenus, obtien- 
nent tout ce qu'ils désirent des différentes 
autorités constituées, même de la Conven- 
tion, et qu'il semble que ce soit un bu- 
reau d'adresse. 

27 ventôse an II (6 heures de relevée). 
Original signé, A. N., W 78. 

187. — Procès-verbal de transport d'Au- 
guste Lafitte, commissaire de police de la 
section des Invalides, assisté du citoyen 
Leraoine, membre du Comité révolution- 
naire de cette section, chez le citoyen Mas- 
son, sculpteur en marbre, boulevard des 
Invalides, à l'effet de s'assurer de la per- 
sonne et des papiers de sa belle-sœur, 
Charlotte-Marie- Victoire Le Blanc, âgée de 
29 ans, femme de Louis Masson, ingénieur 
en chef des ponts et chaussées en congé, 
laquelle est conduite par devant les admi- 
nistrateurs de Police, qui lui font subir, 
le {" germinal, un interrogatoire, duquel 
il résulte que les lettres à elle adressées 
du 4 nivôse au 25 ventôse par son mari, 
de Vieille-Lyre, dans l'Eure, renferment 
des détails sur la pénurie des subsistances, 
faisant craindre la famine à bref délai 
dans les départements de l'Eure et de l'Orne , 
lettres dans lesquelles ledit Masson mani- 
feste des inquiétudes exagérées et dange- 
reuses sur l'état actuel des subsistances 
de la République, particulièrement dans 
les départements de Paris, de l'Eure et de 
l'Orne, avec décision des administrateurs 
de Police, arrêtant que les lettres en ques- 
tion, au nombre de huit, seront envoyées 
à l'accusateur public près le Tribunal ré- 
volutionnaire, qui est chargé de recher- 



cher tout ce qui peut exciter quelques 
inquiétudes relativement aux subsistances. 

28 ventôse an II. 

Copie conforme, signée de Heussée et de 
Guyot, A iV., W 76, n" 7. 

Les lettres de l'ingénieur Masson sont an- 
nexées à ce procès-verbal. 

188. — Déclaration de Jean-Nicolas Dé- 
couste, âgé de 33 ans, membre du Comité 
révolutionnaire de la section de la Mon- 
tagne, demeurant Maison-Egalité, reçue par 
Antoine-Marie Maire, l'un des juges du Tri- 
bunal révolutionnaire, lequel dit n'avoir 
aucune connaissance des placards aflicliés 
dans Paris, mais au sujet des subsistances, 
avoir ouï dire par Chaumette, pendant qu'il 
était à la Commune et requérait en qualité 
d'agent national : J'ai clc au Palais-Boyal, 
je le nommerai toujours Patais-Royal, tant 
qu'il ne sera pas brûlé, je n'ai pas vu de 
filles publiques, ni de marchands d'argent, 
fat vu plus indécent encore, j'ai vu dans 
des boutiques, comme des boutiques de mar- 
chandes de modes, sur de belles feuilles de 
papier bleu, des dindes et des poulardes 
bien grasses, que cela insultait à la misère 
publique ou aux Sans-culottes, qu'il fallait 
qu'ils soient vendus sur le carreau de la 
Halle, ajoutant que, le 20 du présent mois, 
entre neuf et 10 heures du soir, sa femme 
avait entendu des individus chanter : 
J^ous ne reconnaissons, en délestant les lois, 
que l'amour des vertus et l'empire des Rois, 
que la citoyenne Mottet, restant sur le 
devant, ouvrit sa croisée, aperçut des indi- 
vidus revêtus d'habits decanonniers, mais 
qu'il fut impossible, malgré la célérité de 
sa femme et de 3 autres femmes, de les 
arrêter. Déclare en outre avoir entendu dire 
par les citoyens Chanté et Luillier, tous 
deux de sa section, qu'ils avaient eu une 
conversation avec le nommé Brutus, qui 
s'était vanté d'être l'auteur de la motion 
faite aux Cordeliers pour voiler les Droits 
de l'Homme. 

29 ventôse an II (midi). 
Original signé, A. JV., W 78. 

189. — Lettre des officiers municipaux 
de Provins à la Commission des subsis- 
tances de Paris, en réponse aux dénoncia- 
tions envoyées contre eux à l'accusateur 



110 



CHAPITHE 1". — JOUllNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTIOIN 



public du Tribunal révolutionnaire, où on 
leur repiocliail <le s'opposer à la circula- 
lion des denrt'es et à leur Ir.msporl à Paris, 
déclarant, pour se jusLiiier, (lu'en raison 
de l'aolial clandestin par l'aristocratie des 
denrées apportées en secret par les habi- 
tants des cainpafrnes et de leur dispersion, 
ils ont imposé aux voiluriers de la com- 
mune, à l'elTct de s'assurer de la destination 
réelle de ces denrées, une déclaration de la 
quantité, de la nature et de la destination 
des provisions qu'ils chargeaient, que le 
Comité révolutionnaire, chargé de tenir re- 
gistre de ces déclarations, a visité quelque- 
fois les voitures, et que ces précautions, 
dictées par les circonstances et leur alta- 
chement pour leurs frères de Paris, ont 
servi de base à la calomnie atroce lancée 
contre la commune de Provins, ajoutant 
qu'ils ont prouvé depuis longtemps leur 
dévouement pour Paris et qu'ils ne répon- 
dront à leurs obscurs calomniateurs qu'en 
continuantàprendre toutes les mesures né- 
cessaires pour approvisionner cette grande 
Commune dont la tranquillité intéresse si 
fortement le reste de la République, enfin 
que les Parisiens sont leurs frères et n'ont 
pas de meilleurs amis que les Provinois. 

29 ventôse an II. 
Copie conforme, signée de Champeaux et 
deDumez, A. iV., W 81. 

190. — Lettre de Geoffroy, agent natio- 
nal des Subsistances à Provins, aux admi- 
nistrateurs des Subsistances de la Com- 
mune de Paris, envoyant copie d'une lettre 
à eux destinée, qui a dû être adressée par 
erreur à la Commission des Subsistances 
de la République, dans laquelle le sieur 
Geoffroy assure que les autorités consti- 
tuées du pays regardent l'approvisionne- 
ment de Paris, en tout genre de denrées, 
comme la principale mesure de salut pu- 
blic, surtout dans les circonstances ac- 
tuelles où l'on a été si cruellement trompé 
par des scélérats, qui ne s'étaient couverts 
du masque du patriotisme que pour servir 
de tout leur pouvoir les ennemis intérieurs 
et extérieurs de la République, et qu'il n'y 
a pas lieu de suspecter la commune de 
Provins qui n'a cessé de s'occuper de l'ap- 
provisionnement de Paris avec un zèle in- 



fatigable, <[uc l'esprit public est excellent 
et (ju'on ne saurait mettre en doute la 
pureté (les iiitcnlions des autorités cons- 
tituées et (lu peuple de Provins, .ajoutant 
que les blés arrivent en force, mais que 
les greniers sont pleins, et qu'il manque 
de sacs, c'est, dit-il, toujours la même chan- 
son, (les sues et des fonds. 

29 ventôse an II. 
Copie conforme, signée de Champeaux et de 
Dumez, A. N., W 81. 

191. — Lettres du Comité révolution- 
naire de Provins aux maire et membres de 
la Commune de Paris ainsi qu'àl'accusateur 
public près le Tribunal révolutionnaire, dé- 
clarant dénuées de tout fondement les dé- 
nonciations conlre eux envoyées à l'accu- 
sateur public du Tribunal révolutionnaire, 
attestant qu'aucune autorité de Provins 
n'a été tentée d'arrêter les denrées, encore 
moins de faire rentrer les voitures char- 
gées de provisions à destination de Paris, 
qu'au contraire, ils ont toujours voulu 
assurer à leurs braves frères de Paris tous 
les comestibles qui leur font défaut et 
dont ils ont grand besoin, et qu'ils ont cru 
devoir ne négliger aucune précaution pour 
être certains que les arrivages parvien- 
draient à Paris, ayant la certitude que beau- 
coup d'individus, femmes, filles, soldats de 
l'armée révolutionnaire stationnée à Pro- 
vins, se portaient sur la grande route, avec 
des paniers chargés de comestibles dont 
la destination leur semblait plus que dou- 
teuse, mais se demandant si les déclara- 
tions qu'ils ont cru devoir imposer par 
mesure de surveillance et pour mieux as- 
surer l'arrivage des denrées à Paris n'au- 
raient pas servi de prétexte ou de base 
aux imputations dirigées contre Provins, 
en ce cas, ils seraient prêts à renoncer à 
cette formalité, qui n'a jamais eu pour but 
de gêner ou inquiéter ceux qui apportent 
des provisions à Paris, demandant à cet 
égard l'avis de la municipalité de Paris, 
avec un extrait des déclarations reçues du 
26 au 29 ventôse par le Comité de sur- 
veillance. 

29 vent(Jse an II. 

Copies conformes et originaux , signés de 
Cliampeaux et de Dumez (4 pièces), A. A'.» 
W 81. 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉBERTISTES 



m 



192. — Déclaralion de Jean-Louis Du- 
tertre, âgé de 3o ans, potier d'étain, rue 
du Four, n° HO, seclion de l'Unité, ci- 
devant commissaire pour la vérification et 
livraison des farines à la Halle, nommé 
par sa seclion pour lui en rendre compte 
depuis le 28 juillet dernier jusqu'au mois 
d'août suivant, déclaration reçue par 
Charles Harny, l'un des juges du Tribunal 
révolutionnaire, portant qu'en sa qualUé 
de commissaire aux farines, il avait re- 
marqué avec surprise que l'on arrêtait 
arbitrairement certains de ses collègues, 
que celui de la section des Gardes-Fran- 
çaises, qu'il a connu pour un bon collègue, 
fut arrêté le l"août, sans qu'on ait jamais 
su pourquoi; que lui déclarant était en 
même temps commissaire de sa section 
aux assemblées des pouvoirs constitués 
relatives aux subsistances, se tenant tant 
à l'Evêcbé qu'à la Maison communale, que 
durant le peu de temps qu'il y a été, il a 
remarqué que l'assemblée en question était 
malmenée par Pache, Garin et autres, qui 
refusaient de calmer les inquiétudes, le 
citoyen Garin se permettant même d'in- 
veciiver les commissaires de section qui 
n'avaient en vue que l'intérêt général par 
leur dévouement à la chose publique ; 
que Pache ayant été mandé au Comité de 
salut public par les représentants Hérault 
etSaint-Just, n'y parut pas, quoiqu'on l'eût 
attendu jusqu'à 3 heures du matin; le dé- 
clarant étant venu le lendemain à la Ville 
y vit Pache, auquel il dit qu'on l'avait 
inutilement attendu presque toute la nuit, 
l'invitant à se rendre au même endroit 
le soir même, que Pache promit d'y aller 
aussitôt la séance de Ville finie, et qu'il 
n'y fut qu'entre H heures et njnuit pour 
dire très flegmatiquement qu'il était très 
tranquille, que Garin était un homme di- 
gne de sa place, quoiqu'assurément il y 
eût lieu de se plaindre des malhonnêtetés 
que le même Garin leur avait faites et 
des sottises déplacées qu'il leur avait 
dites ; Pache termina en les invitant à 
se retirer dans leurs sections respec- 
tives, avec mission de charger le com- 
missaire de police de mettre en de- 
meure les boulangers de se procurer des 
farines partout où ils pourraient, au- 



tant qu'ils pourraient et à tel prix que ce 
fût, qu'on leur tiendrait compte de toutes 
leurs démarches et qu'on les indemnise- 
rait de leurs dépenses, ce qui lui parut 
en contradiction avec ses assurances de 
tranquillité. Ajoute le déclarant qu'ayant 
été chargé par sa section d'examiner les 
comptes de Garin etdeDeFavanne,il se ren- 
dit à cet effet à la salle des Subsistances, 
au Palais, où pendant plusieurs jours le 
citoyen Garin, avec beaucoup de fermeté 
et une apparence de franchise, se mit en 
devoir de rendre ses comptes, et divulgua 
les dépenses énormes et inutiles des ma- 
gasins, accusa même l'administration de 
la Ville d'être cause de la cherté, en en- 
voyant dans les campagnes divers commis- 
saires qui ne s'entendaient pas, se trou- 
vaient souvent trois dans le même endroit, 
et, quoique venant pour la même cause, 
se contrariaient et se surenchérissaient, 
comme s'ils eussent été étrangers l'un à 
l'autre, mais les comptes en question ne 
furent pas terminés, parce qu'un beau 
matin la porte fut fermée aux commis- 
saires. 

30 ventôse an II (10 heures du matin). 
Original, signé de Dutertre et de Harny, 
A. N., W 78. 

193. — Tableau de la quantité de beurre 
et d'œufs achetée au marché de Méréville, 
ce jourd'huy 2 germinal an 2", pour l'ap- 
provisionnement de Paris, sous les aus- 
pices du citoyen Ivoy, maire de la com- 
mune de Méréville, montant à 51,800 œufs 
et 3,275 livres de beurre, ledit tableau 
donnant le nom des marchands, le lieu de 
leur résidence, l'indication des sections et 
des marchés de Paris devant recevoir ces 

provisions. 

2 germinal an II. 
Copie conforme, signée de Louvetetde Dumez, 
A. N., W 76, n" 8. 

194. _ Rapport fait au Comité de salut 
public par Poisot, garde-magasin général 
des vivres de l'Hôpital Général de Paris, au 
sujet de ce qui s'est passé sur la route de 
Longjumeau à Paris, dans la nuit du 2 au 
3 germinal an II, exposant qu'une voiture, 
chargée de légumes pour partie de l'appro- 
visionnement de l'Hôpital Général et deux 



112 



CHAPITRE 1". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



autres voitures, chargées de sainfoin, de 
vesce et de pois, destinés à la Halle de 
Paris, parties de Linas et de Montlliéry, la 
veille, à 10 heures du soir, ont été alla- 
({uées, vers une heure du matin, par des 
brigands armés do sabres, qui ont percé de 
plusieurs coups les sacs y cont(>nus, dans 
le dessein de faire perdre la marchandise 
en route, de telle façon que, sur les 10 sacs 
qui se trouvaient dans la voilure destinée 
à l'Hôpital Général, 4 sacs ont été atteints 
p=ir les coups de sabre portés pendant que 
le charretier, étant assoupi dans sa voiture, 
n'avait été réveillé que par son chien, 
que les brigands voulaient tuer, et les avait 
vu se retirer, le sabre à la main, ajoutant 
que ce fait s'est passé sur la grande route 
d'Antony, dans l'allée conduisant à Chilly. 

3 germinal an II. 
Original, signé de Poisot, A. N., W ~6. 

En marge se trouve cette mention de Barcre : 
Renvoyé à l'accusateur public du Tribunal ré- 
volutionnaire pour en informer conformément au 
décret du 16 ventôse. Paris, le 3 germinal an 2 
de la République, une et indivisible. 

Signé : B. Barère, Coliot d'Herbois. 

19"». — Lettre de Caillieux et Remy, ad- 
ministrateurs au Département de Police, 
à Fouquier-Tinville, accusateur public du 
Tribunal révolutionnaire, accompagnant 
l'envoi de la copie de 2 déclarations et 
d'un procès-verbal dressé à la barrière de 
Vincennes par les administrateurs de Po- 
lice, constatant le dessein d'affamer la 
ville de Paris. 

4 germinal an II. 

Original, signé de Remy et de Caillieux, A. N., 
W 76, n" 7. 

196. — Procès-verbal dressé par Cail- 
lieux, administrateur au Département de 
Police, et Hertraud, commissaire aux ac- 
caparements de la section des Quinze- 
Vingts, contre les citoyens et citoyennes, 
dont les noms suivent, arrêtés sur la route 
de Vincennes, comme porteurs de viande 
achetée audit Vincennes, savoir : 

1» Marie-Pierrette Noiret, rue de la Jui- 
verie, section de la Cité, portant 17 livres 
de viande, au prix de 24 sols la livre, pour 
la consommation de 9 personnes; 

2" Damien Popin, rue Meslay, porteur 



de la moitié d'un mouton, au prix de 
24 sols la livre ; 

'A° François-Marie Anselme, rue Rourli- 
bourg, n" 37, porteur de 1 1 livres et demie 
de viande, à raison de 12 sols. 

4° Femme Henry, rue Saint-Louis-au- 
Marais, hôtel ci devant de Pologne, et 
3 autres femmes de la même rue, ayant 
24 livres de mouton, au prix de 24 sols la 
livre; 

■■j" Marie-Anne Guiilol, à Picpus, portant 
2 livres de viande, achetées 24 sols la livre 
chez un boucher au Grand-Charonne; 

6» Anne-Françoise RaIlon,à Picpus, avec 
2 livres 1/2 de viande, de même prove- 
nance et même prix; 

7» Trois femmes d'aveugles des Quinze- 
Vingts, portant 18 livres de viande, ache- 
tée à Vincennes, à raison de 22 sols la 
livre; 

8° François Mauduit, place Maubert, 
avec 4 livres de viande, achetée à Vin- 
cennes, à 24 sols la livre; 

9° Pierre Cabanis, rue Saint-André-du- 
Four, Faubourg Saint-Germain, porteur de 
10 livres 3/4 de viande, achetée à Vin- 
cennes; 

10» André Lefèvre, de Ghennevières- 
sur- Marne, porteur de 8 livres 3/4 de i 
viande, achetée à Chennevières pour le 
citoyen Dannery, rue des Jeûneurs; i 

11° Germain Janets, Grande Rue du Fau- '• 
bourg-Saint-Antoine, n° 6o, avec 10 livres 
de viande, achetée à Vincennes. 

Ledit procès-verbal constatant en outre ; 
que plusieurs citoyens et citoyennes, qui 
avaient été provisoirement déposés au 
corps de garde, comme paraissant im- 
prouver la mesure prise par la Police, 
ayant été entendus, ont été mis en liberté. 

4 germinal an II. j 

Copie conforme, signée de Cordas, de Caii- j 

lieux, de Guyot et de Quénet, administrateurs 

au Département de Police, A. 2V., W 76, n"?. 

197. — Déclaration de Pierre Tollin, 
boucher, rue de Versailles, n" 1011, section 
des Sans -Culottes, portant que, s'étaut 
rendu pour s'approvisionner à Montrouge 
et s'élant présenté chez le citoyen Fossé, 
membre du Comité révolutionnaire de 
cette commune, à l'effet d'avoir de la 



INSTRUCTION DU PROCÈS DES HÉRERTISTES 



113 



marchandise, il lui fut répondu qu'on ne 
pouvait lui en délivrer, attendu qu'il avait 
été pris, dans celte commune, un arrêté 
d'après lequel tous ceux qui vendraient 
aucuns comestibles pour Paris seraient 
regardés comme suspects, ajoutant que la 
garde au poste de la barrière d'Enfer se 
permettait de prendre les œufs aux lai- 
tières à raison d'un sol pièce, et que le 
citoyen Fossé dit au déclarant, en présence 
de l'ancien curé de la commune, qu'il ne 
demanderait pas mieux que de lui vendre 
de la marchandise, le fournissant depuis 
plusieurs années, mais qu'attendu l'arrêté, 
il préférai t ne vendre que pour sa commune. 

4 germinal an II. 
Copie conforme, signée de Cordas, de Cail- 
lieux, de Quénet, de Guyot et d'IIeussée, admi- 
nistrateurs de Police, A. N., W 76, n» 7. 

198. — Déclaration du citoyen Mauduit, 
employé aux Subsistances, étant de garde 
au poste de Saint-Lazare, constatant qu'il 
a vu venir beaucoup de personnes avec 
de la viande de la Chapelle près Saint- 
Denis, qu'il s'y est transporté pour vé- 
rifier le fait et a pris lui-même 5 livres 
de viande chez le citoyen Godard, mar- 
chand de vins, n" 92, qui depuis le matin 
avait déjà vendu 9 bœufs à raison de 20 sols 
la livre, et priant les administrateurs de 
Police de vouloir bien prendre garde à ce 
manège et mettre ordre à la cupidité des 
bouchers, qui n'ont en vue que leur intérêt 
personnel et non celui de la République. 

4 germinal an II. 
Copie conforme, signée de Caillieux, de 
Cordas, de Guyot et d'Honoré, A. N., Vf 76, 
n« 7. 

199. — Lettre des administrateurs des 
Subsistances de la Commune de Paris à 
l'accusateur public du Tribunal révolution- 
naire, accompagnant l'envoi de pièces qui 
prouveront que les dénonciations contre 
les autorités constituées de Provins sont 
calomnieuses et faites par esprit de ven- 
geance par ceux qui ne pouvaient dé- 
tourner les denrées qu'avaient recueillies 
ces mêmes autorités pour les envoyer à 
Paris, déclarant avoir reçu deux députés 
de la Société populaire de Provins, qui ont 
protesté de l'attachement le plus fraternel 

T. XI. 



pour leurs concitoyens de Paris, et que 
tous leurs efforts tendaient constamment 
à déjouer et dénoncer les manœuvres de 
la malveillance et à assurer l'arrivée des 
approvisionnements. 

(4 germinal an II.) 
Original, signé de Champeaux et de Dumez 
A. N., W 81. 

200. — Dénonciation envoyée par le ci- 
toyen Ivoy, maire de la commune de Mé- 
réville, au Comité des Subsistances de la 
Commune de Paris, contre le citoyen Ân- 
ziard, de Longjumeau, et le citoyen Pol- 
diny, de Dalainvilliers, porteurs d'acquits 
à caution à destination de la section de 
Mutius-Scevola et du marché Saint-Ger- 
main, le premier pour avoir vendu sur 
le carreau de Montlhéry 1,200 œufs et 
30 livres de beurre, au mépris des lois qui 
empêchent d'interrompre l'arrivée de ces 
denrées à Paris, avec la complicité de la 
commune de Montlhéry, qui s'est permis 
de les arrêter, le second pour avoir vendu 
sa marchandise en un endroit de lui in- 
connu. 

5 germinal an II. 
Copie conforme, signée de Louvet et de Du- 
mez, A. N., W 76, n» 8. 

201. — Lettre du Comité de sûreté gé- 
nérale au citoyen Fouquier, accusateur 
public près le Tribunal révolutionnaire, 
l'informant que la Convention, après lec- 
ture d'une pétition de la Société popu- 
laire de Longjumeau, qui se plaint d'être 
accusée d'arrêter les subsistances à desti- 
nation de Paris, a chargé le Comité de 
demander à l'accusateur public les éclair- 
cissements nécessaires, et l'invitant à four- 
nir le plus tôt possible ceux qui seraient 
en son pouvoir. 

5 germinal an II. 
Original, signé de Dubarran et de Louis (du 
Bas-Rhin), A. N., W 76, n" 5. 

202. — Lettre des administrateurs des 
Subsistances de la Commune de Paris à 
Fouquier-Tinville, accusateur public près 
le Tribunal révolutionnaire, lui adressant 
copie d'une dénonciation du maire de la 
commune de Méréville, relativement à du 
beurre et des œufs à destination de Paris, 

8 



[['t 



CHAPITRE I«=\ — JOIÎHNÉES HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION 



accompagnés traO(Hiils à caution, ilonréos 
(jue la coiiimuiie de Monlllury s'est [)er- 
niis d'arr<Her et de faire vendre sur le 
carreau, et invitant Fouquier-Tinville à 
donner à cette diMioncialion la suite qu'elle 

comporte. 

8 germinal an IL 
Original, signe de liouvct et do Dumez, 
A. N., W 76, n» 8. 

203. — Lettre du dtUacliement do l'ar- 
mée révolutionnaire stationné à Poiiloise 
au président de la section de Bonne-Nou- 
velle, déclarant que dans l'exercice de 
leurs ionclions relativement à l'approvi- 
sionnement de Paris, plusieurs de leurs 
camarades ont trouvé du bmirre et des 
œufs cachés dans des armoires et des 
grains dans des tonneaux, que la disette 
n'est qu'apparente, demandant l'envoi de 
commissaires révolutionnaires et vrais 
Sans-culolles, étrangers au pays, à l'etTet 
de déjouer les intrigants qui vont dans les 
campagnes enlever les denrées pour les 
perler et les vendre à plus haut prix dans 
les maisons des riches et des égoïstes, 
sollicitant également la mission d'escorter 
les denrées envoyées à Paris, la Commis- 
sion des approvisionnements n'ayant fait 
aucune réponse à la requête qu'ils lui ont 
adressée à ce sujet, désireux d'être mis 
à même de prouver qu'ils n'ont pas cessé 
d'être républicains montagnards et que la 
faiblesse municipale est la seule cause de la 
pénurie des denrées de première nécessité. 

(Sans date.) 
Original, signé des officier.s et sous-officier.s, 
A. N., W 76. 

E. — DÉBATS DU PROCÈS ET JUGEMENT 
DES HÉBERTISTES 

204. — Requête de Fouquier-Tinville, 
accusateur public du Tribunal révolu- 
tionnaire, au Tribunal, exposant que les 
auteurs de la conspiration inouïe qui ne 
tendait rien moins qu'à la dissolution de 
la Convention nationale, à la destruction de 
la Répubhque, précédée du massacre des 
patriotes, ont été arrêtés et traduits devant 
le Tribunal par décret de la Convention 
nationale, qu'ils ont subi interrogatoire, 
ce jour, devant les juges du Tribunal, qu'il 



importe à l'inlérèt public que ces conspi- 
niteuis soient proiupterneiit jugés, mais 
(pi'avant de procéder à leur jugement, il 
esl essentiel de faire lever les scellés 
apposés sur leurs efl'els a(in de parvenir à 
découvrir le (il de cette conspiration, et 
demandant qu'il soit procédé à cette opé- 
ration en l'absence des prévenus, attendu 
les inconvénients qui pourraient résulter 
de leur transport eu leurs domiciles, pour 
être saisis les papiers qui seront trouvés 
et qui pourraient servir de renseignements 
et de preuves dans le procès et être remis 
à l'accusateur public. 

(28 vcnlose an IL) 
Original, signé de Fouquicr, A. N., W 339, 
n» 617 (côté 1!)). 

205. — Jugement du Tribunal lévolu- 
lioiinaire, ordonnant qu'il sera procédé à 
la levée des scellés apposés aux domiciles 
de chacun des prévenus ci-après nommés, 
à la distraction, ainsi qu'à l'apport de tous 
papiers qui paraîtront devoir servir à 
l'instruction, savoir, au domicile d'Albert 
Mazuel, chef d'escadron de l'armée révo- 
lutionnaire, à Versailles, par le citoyen 
Scellier, l'un des juges, en présence du 
citoyen Grébeauval, l'un des substituts de 
l'accusateur public; aux domiciles de Mo- 
moro, imprimeur-libraire, de Vincent, se- 
crétaire général du Département de la 
Guerre, de Kock, banquier, par le citoyen 
Goffinhal, juge, en présence du citoyen 
Fouquier, accusateur public; au domicile 
de Ronsin, général de l'armée révolution- 
naire, par le citoyen Dobsent, juge, en 
présence du citoyen Fletiriot, substitut de 
l'accusateur public ; aux domiciles de 
F. Ducroquet, commissaire aux accapare- 
ments de la section de Marat, de J.-B. An- 
card, employé au bureau des recherches 
des émigrés, et de J.-B. Laboureau, mé- 
decin et premier commis au Conseil de 
santé, par le citoyen Bravet, juge, en 
présence de Lanne, faisant fonctions d'ac- 
cusateur public, et aux domiciles de Mi- 
chel Laumur, gouverneur de Pondichéry, 
de Jacques-René Hébert, agent national de 
la Commune de Paris, de Ch. Bourgeois, 
membre du Comité de vérification au bu- 
reau de la Guerre, par le citoyen Masson, 



DÉBATS DU PROCES ET JUGEMENT DES HEHERTISTES 



Uo 



juge, en présence du citoyen Naulin, subs- 
titut de l'accusateur public. 

28 ventôse an II. 
Original, signé de Ifernian, président, de Dob- 
sent, de Dumas, de Harny, de Tavernier, com- 
mis-greffier, .4. A^, W 339, n" 617. 

206. — Lettre de Vincent à sa femme, 
lui annonçant qu'on vient de l'interroger 
et qu'on ne lui a posé que cette question : 
Avez-vous conspiré contre la République ? 
qu'il a répondu l'avoir constamment servie 
et avec autant de chaleur que de dévoue 
ment, qu'il a été fouillé avant de monter 
à l'interrogatoire et qu'on a pris dans son 
portefeuille deux lettres à l'adresse de sa 
femme, deux pour les Cordeliers et une 
pour sa section, déclarant que son affaire 
va s'instruire et qu'il espère embrasser sa 
chère amie avant peu, que la scélératesse 
de ses ennemis sera confondue et que le 
peuple doit être bien indigné des trames 
ourdies contre son salut ; ajoutant que 
n'ayant pas choisi de défenseur, on lui a 
provisoirement donné le citoyen Chau- 
reau, mais qu'il en choisira un, lorsqu'il 
sortira du secret, 

28 ventôse an II (11 heures du matin). 
Minute, signée de Vincent, A. iV.,"W 77, n" 20. 

20?. — Lettre de Vincent à sa femme, 
lui dépeignant l'horreur de la captivité, 
dans le cachot où il est plongé, sans 
communication aucune, sans air, avec des 
Terroux et le langage des bourreaux, dé- 
clarant qu'il attendait aujourd'hui son acte 
d'accusation, rien encore, et déplorant 
d'être privé des nouvelles de sa chère 
amie, souhaitant qu'elle soit moins affligée 
que lui de leur séparation, car elle serait 
trop à plaindre, montrant la perversité de 
ses semblables, les plus purs amis du 
peuple jetés avec les assassins de la patrie, 
les courageux défenseurs de ses droits 
frappés du même glaive que ses bour- 
reaux. 

29 ventôse an II (après-midi). 

Minute, signée de Vincent, A. N., W 77. 
n" 20. 

A la suite de cette lettre se trouve la minute 
d'une autre lettre de Vincent à sa femme, en 
date du 30 ventôse, l'engageant à patienter en- 
core quelques jours, qu'il n'attend que le moment 
de faire triompher son innocence pour ae réfugier 
ajiprèa d'elle. 



208. — Note de plusieurs pièces remises 
à l'accusateur public par le citoyen Amar, 
député à la Convention nationale (notam- 
ment plusieurs numéros du Père Duchcsnc 
concernant Hébert). 

29 venlôse an II. 
Minute, A. iV., W 78. 

209. — Acte d'accusation dressé par 
Antoine-Quontin Fouquier-Tinville, accu- 
sateur public du Tribunal révolutionnaire, 
contre 1° Charles-Philippe Ronsin, com- 
mandant de l'armée révolutionnaire ; 
2° Jacques-René Hébert, agent national 
près la Commune de Paris ; 3» François- 
Nicolas Vincent , secrétaire général du 
Département de la Guerre; 4" Antoine- 
François Momoro, imprimeur-libraire, ad- 
ministrateur du Département de Paris; 
o" Frédéric -Pierre Ducroquet, commis- 
saire aux accaparements de la section de 
Marat; 6" Jean- Conrad Kock, banquier; 
7° Michel Laumur, gouverneur de Pondi- 
chéry; 8° Jean-Charles Bourgeois; 9° Al- 
bert Mazuel, chef d'escadron dans l'ar- 
mée révolutionnaire; 10° Jean -Baptiste 
Laboureau, médecin et premier commis 
au Conseil de santé; 1 1° Jean-Baptiste An- 
card, employé au Département, au bureau 
des recherches des émigrés ; 12» Amand- 
Hubert Leclerc, chef de division au bu- 
reau de la Guerre; 13° Jacob Pereyra, ma- 
nufacturier de tabac; 14" Marianne La- 
treille, femme Quétineau; 15° Anacharsis 
Cloots, ci-devant député à la Convention 
nationale, homme de lettres ; 16° François 
Desfieux, marchand de vins de Bordeaux; 
17° Antoine Descombes, secrétaire gref- 
fier de la section des Droits-de-l'Homme; 
18° Jean-Antoine-Florent Armand, élève 
en chirurgie; 19" Pierre-Ulric Dubuisson, 
homme de lettres; 20" Pierre-Jean-Ber- 
thold Proly, ex-négociant, pour avoir 
conspiré contre la liberté du peuple fran- 
çais et la représentation nationale, pour 
avoir tenté de renverser le gouvernement 
républicain, afin d'y substituer un pouvoir 
monarchique, pour avoir ourdi le complot 
d'ouvrir les prisons, afin de livrer le peuple 
et la représentation nationale à la fureur 
des scélérats détenus, pour avoir coïncidé 
entre eux à la même époque dans les 



ll(i 



CHAPITRE 



JOCIINÉES IIISTOlîlQUKS DE l,A DÉVOLUTION 



innvciis et le but de détruire la représen- 
tation nationale, d'anéantir le gouverne- 
ment et livrer la République aux horreurs 
(le la guerre civile et de la servitude par 
la ditl.unalion, par la révolte, par la cor- 
iiiplion des niirurs, par le renversement 
dos principes sociaux et par la famine 
(lu'ils voulaient introduire dans Paris, 
pour avoir suivi un système de pcrtidie 
(jui tendait à tourner contre le peuple et 
le régime républicain les moyens par les- 
(juels le peuple s'est affranchi de la ty- 
rannie. 

30 vcnlose an II. 

Original, signé de A.-Q. I-'ouquier, A. N., 
W 339, n«>G17. 

A la suite se trouve le jugement rendu par le 
Tribunal, le même jour, ordonnant l'écrou des 
accusés à la Conciergerie. 

210. — Extraits des numéros du journal 
d'Hébert, le Père Duchcsne, avec un exposé 
de l'esprit de ce journal dont l'auteur, en 
outrant les principes, en faisant une pein- 
ture exagérée des maux de la République, 
en gémissant sur ses succès, en propo- 
sant des mesures ultra révolutionnaires, 
en plaignant les femmes des volontaires 
d'être séparées de leurs maris, en exci- 
tant les recrues pour la Vendée à ne par- 
tir que lorsque des ennemis imaginaires, 
qui devaient incendier Paris, auraient été 
écrasés, en faisant craindre les horreurs 
d'une disette, dont il rejette tout l'odieux 
sur les Comités qu'il s'efTorce d'avilir, en 
représentant les Tribunaux révolution- 
naires comme accessibles à la corruption, 
enfin, en outrageant la Convenlion, ne 
pouvait espérer que d'imprimer un mou- 
vement rétrograde à la marche de la Li- 
berté, qu'il a représentée toute de sang et 
embrassant des cadavres, de diviser les 
patriotes, d'ouvrir la porte à des milliers 
de partis, pour s'amuser ensuite à les 
combattre, d'établir une défiance inquié- 
tante entre tous les citoyens, et de pro- 
duire une effervescence générale capable 
de dissoudre la Convenlion. 

Sans date. 
Minute (un cahier), A. TV., W 77, n" 4. 

•2ii. — Relevé, par Fouquier-Tinville, 
accusateur public du Tribunal révolution- 



naire, dos 7 questions à poser aux diffc- 
ronts témoins des communes environ- 
nantes de Paris, au désir du décret du 
10 v(Mitôse, en ce qui concerne les acca- 
parements de subsislances ainsi que les 
oinpôchemenls des arrivages à Paris, etde 
la (pieslion qui devra être posée aux dif- 
férents témoins de Paris au sujet des mo- 
tions qui auraient été failes de se porter 
sur les prisons ou contre les membres de 
la Convention, et de provoquer une in- 
surrection. 

Sans date. 
Minute, de la main do Fouquier-Tinville, 
A. N., W 77, no Vi. 

212. — Relevé des témoins qui devront 
être assignés contre Momoro, Ducroquet 
et Ancard, contre Mazuel, contre Labou- 
reau et I.oiseau, contre Leclerc et autres, 
listes de témoins qui devront être entendus 
en ce qui concerne les prisons. 

Sans date. 
Cahier in-folio, A. N., W 77, n" 34. 

213. — Procès-verbal des audiences du 
Tribunal révolutionnaire, contenant la 
comparution des vingt accusés et l'audi- 
tion des témoins à charge, assignés à la 
requête de l'accusateur public du Tribunal, 
savoir : 1° Louis Legendre, marchand bou- 
cher, député à la Convention nationale, 
âgé de 38 ans, demeurant rue de Beaunc; 
2" Louis-Pierre Dufourny, âgé de 55 ans, 
agent national pour les poudres, demeu- 
rant à l'Arsenal ; 3° Jacques Moine, âgé de 
38 ans, agent comptable d'un atelier 
d'armes, demeurant rue P'eydeau, n° 34; 
4° Jean-Baptiste Sambat, âgé de 37 ans, 
peintre, juré au Tribunal , demeurant rue 
Taitbout; 5° Jean-Charles-Thibaut Lavauj, 
âgé de 2i) ans, imprimeur, place de la Ma- 
deleine; 6° Jean-Jacques Minier, âgé de 
27 ans, bijoutier. Faubourg Saint-Denis ; 
7° Charles Jobert, âgé de 37 ans, sans état, 
réfugié belge, demeurant rue Montmartre, 
n° 179; 8» Antoine-Marie-Charles Garson 
(lire Garnier, de l'Aube), âgé de 52 ans, 
député à la Convention nationale, demeu- 
rant rue de Lille ; 9» Félix-Thomas Ridoux, 
Agé de 28 ans, greffier de Saint-Lazare; 
lO" Anne-Victoire Gaugret, femme Dubois, 
imprimeur, rue de Cléry, n» 75; 11° Au- 



DÉBATS DU PROCÈS ET JUGEMENT DES HÉBEHTISTES 



117 



guste Danican, ùgé de 30 ans, général de 
brigade à l'armée de l'Ouest, demeurant 
rue d'Enfer, n" 122; 12° Raymond Verni- 
nac, âgé de 33 ans, niinislre de la Répu- 
blique en Suède, à Paris, rue Grange-Ba- 
telière; 13° GombaulL, âgé de 'i5 ans, tré- 
sorier de la gendarmerie nationale, rue 
du Faubourg-Horioré ; 14° François-Joseph 
Westermann, âgé de 40 ans, général de 
brigade, demeurant rue Meslay, n« 03; 
15» Théi'èse-Geneviève Tavernier, veuve 
Manjuis, âgée de 27 ans, rue de la Loi ; 
16° Claudine Rappon, femme Boucher, âgée 
de 52 ans, demeurant rue Saint- Lazare, 
n" i99; 17° Charlolte-Radegonde Boucher, 
âgée de 30 ans, même adresse; 18° Jean- 
Etienne Brochet, âgé de 40 ans, juré au 
Tribunal, demeurant rue des Arts, n° 43 ; 
19° Jean-Baptiste Lohier, âgé de îiO ans, 
épicier et Juré au Tribunal, rue des Arts ; 
20° Jean Jacques Lubin, âgé de 28 ans, 
président de la Commune, juge du 1" ar- 
rondissetnent, demeurant à Paris, rue du 
Faubourg- Saint- Honoré ; 21° Joséphine 
Belledame, âgée de 28 ans, fille, demeu- 
rant chez le citoyen Lohier, rue des Arts ; 
22° Louis-Joseph Bochaux, âgé de lil ans, 
concierge de la maison de Sainte-Pélagie; 
23° Jean-Claude Picqué, âgé de 47 ans, ad- 
ministrateur de l'habillement des troupes, 
demeurant rue Neuve-des-Petits-Champs ; 
24" Pierre Guesdon, âgé de 48 ans, secré- 
taire général du Comité de salut public 
pour les salpêtres, demeurant rue Basse- 
Sourdis, section du Muséum; 2a° Clau- 
dine Fichet, veuve Sugière, âgée de 2G ans, 
demeurant rue Pinon, n" 14; 26° Pierre 
Allurd, âgé de 40 ans, marchand de bas, 
rue de la Loi, n" 40; 27" Jean-Louis Tou- 
lain, âgé de 24 ans, employé au bureau de 
la Guerre, demeurant rue du Four-Honoré ; 
28° Louis Maignan, âgé de 40 ans, maçon à 
Passy; 29° Nicolas Guérin, âgé de 40 ans, 
carrier à Passy; 30° Jeanne-Marie Trécourt, 
femme Colas, coill'eiise à Passy; 31" Jean- 
Louis Le Trouvé, employé au Département, 
âgé de 27 ans, demeurant rue de la Mortel- 
lerie; 32° André Dumas, âgé de 27 ans, me- 
nuisier, rue Hautefeuille; 33" Charles Ri- 
chard, âgé de 37 ans, tailleur, rue Git-le- 
Cœur; 34» Etienne Bergerat, âgé de 44 ans, 
cordoqnjer, rue 4u Foin; 35° Etienne Lasne, 



âgé de 37 ans, peintre en bâtiments, rue des 
Droits-de-1 Homme ; 30» Claude-François 
l'ayan, juré au Tribunal, rue des Saints- 
Pères ; 37° Michelle Bernard, femme Le Roy, 
âgée de 49 ans, marchand de vins; 38<>Pierre- 
Amand Le Petit, âgé de 54 ans, traiteur au 
coin de la rue Marivaux ; 39^ Jean-François 
Rose, âgé de 40 ans, traiteur, rue Grange- 
Batelière, n° 26; 40° Jacques Bellat, âgé 
de 45 ans, peintre, rue de Bussy; 41° Ma- 
rie-Cécile Toursaint, femme Vée, âgée de 
28 ans, rue de Bussy, maison de Bussy ; 
42° Xicole-Anne Griez, femme Belletat, 
portière de la maison de Bussy ; 43° Mar- 
guerite Evrard, femme Soulard, âgée de 
26 ans, rentière, rue Saint-Benoît, n" 28 ; 
44° François -Frédéric Haindel, âgé de 
31 ans, ancien officier de la Légion ger- 
manique. 

I"-4 germinal an II. 
Original, signé de Fabricius, A. N., W 339, 
n" 617. 

214. — Résumé des dépositions des té- 
moins entendus dans le procès des Héber- 
tistes, savoir, lors des débals du P"" ger- 
minal : 1° de Legendre, député, au sujet 
des projets de Vincent et de Ronsin pour 
avilir la Convention nationale et soulever 
le peuple contre elle; 2° de Dufourny, au 
sujet des volences et du despotisme de 
Vincent, avec pièces à l'appui à lui adres- 
sées par des observateurs qui suivaient 
de près les conspirateurs ; 3° de Moine, 
relativement aux conciliabules de Proly, 
Dubuisson , Pereyra et Desfieux ; 4° de 
Sembat, au sujet des négociations de 
Proly avec l'étranger pour la conclusion 
de la paix, et de la complicité de Desfieux 
avec Lebrun et Dumouriez ; 5° de Lavaux, 
imprimeur, en raison de son arrestation 
à 3 reprises pour avoir accusé le patriote 
Vincent de vol, et à cause d'imputations 
contre Hébert ; 6° de Jacquemier, bijoutier, 
détenu à Sainte-Pélagie et à Saint-Lazare, 
et chargé d'y suivre les traces du complot, 
au sujet des menées et des propos de Pe- 
reyra, de Desfieux, de Cloots et Dubuis- 
son ; 7° de Jobert, Belge réfugié, détenu, 
au sujet des propos menaçants tenus par 
Ronsin et par Desfieux à Sainte-Pélagie; 
8° de Garnier, député, au sujet du lan- 
gage peu mesyré à lui tenu par Descombes; 



H8 



CHAPITRE ^^ — JOIIRNI^KS HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



9° do Ridoiix, grofllor do Sainl-Lazare, sur 
los visites do Roiisin cl Ma/.uoI; 10» do la 
ioiiiino do l'impriinour Dulmis, au sujot 
dos indôlioalesses d'Ilôhort; 11" d'Auguste 
Danioan, gt'^néral do brigade, à Toccasion 
du ne demande de cavalerie révolutionnaire 
jKir Ronsin à Mazuel; i2»-13'' de Raymond 
Vorninao, agent de la République on Su^de, 
et do Ciombanlt, trésorier do la ['"division 
do gendarmerie, au sujet de propos tenus 
par Laumur; 14" de Wcstermann, général 
do brigade, relativement à dos propos tenus 
par l.amnur, par Ilenriot, administrateur 
des charrois, et par le banquier Kock; 
15° de la veuve Marquis, au sujet de pro- 
pos contre Ronsin; 10", 17" de la femme 
Roucher et de Charlotte Roucher, au sujet 
du langage sanguinaire de Uecierc; 18", 19° 
doRrochetet I,oyer,jurés au Tribunal révo- 
lutionnaire, au sujet du despotisme exercé 
aux Cordeliers par Momoro, Vincent et 
Hébort, de la partialité de Momoro, de 
l'appel à l'insurrection par Ronsin et I)u- 
croquet, auteur de la motion pour voiler 
les Droits de l'Homme; 20° de Uubin, juge 
et président de la Commune, relativement 
à la venue au Conseil général de la section 
de Maraten masse, avec Ducroquetcomnie 
orateur à sa tête •,-2i° de Souberbielle, juré 
au Tribunal révolutionnaire, au sujet de 
menaces contre la Convention ; 22» de la 
tîlle Relledame,au sujet des propos mena- 
çants et sanguinaires tenus par Ancard ; 
PS» de Bochaux, concierge de Saint-Lazare, 
au sujet des visites reçues par Ronsin, lors 
de sa détention : Débats du 3 germinal; 
24" de Picqué, administrateur de l'habille- 
ment, au sujet des placards contre la Con- 
vention ; 20" de Pierre Guesdon, secrétaire 
du Comité de salut public au bureau des 
poudres et salpêtres, louchant les intri- 
gues et malversations de Vincent et la pré- 
tonduemission de Ronsin danslesprisons; 
26" de la veuve Sugière,au sujet des propos 
tenus par Leclerc chez la femme Roucher; 
27" de Pierre Allard, pour les desseins 
prêtés à Ronsin relativement à la guerre 
de Vendée; 28" de Jean-Louis Toutain, re- 
lativement aux bruils d'insurrection nou- 
velle; 29", 30», 31" de Louis Maignan, de 
Gueriii et de la femme Colas, touchant 
les rapports d'Héborl et Ronsin avec le 



banquier Kock et laclion du Comité ba- 
tavo; 32" de Lo Trouvé, au sujet du despo- 
tisme oxorcé par Héljort, Vincent et Mo- 
moro dans les assemblées et de l'action de 
Bourgeois; 33» d'André Dumas, au sujet de 
la motion de Labouroau à la section de 
Marat, proposant une démarche en faveur 
des prévenus auprès du Tribunal révolu- 
tionnaire; 34° de Charles Richard, con- 
cernant le despotisme de Momoro ; 35° de 
Rergerat, relativement aux domestiques de 
Momoro ayant servi Condé ; 30° de Lasne, 
au sujet des propos tenus par Descombes à 
la Force; 37" de Payan, juré au Tribunal, 
relativement aux faits et gestes de Des- 
fieux en Suisse, de ses dépenses et de ses 
réserves d'or; 38" de la femme Leroy, au 
sujet de l'appel à l'insurrection par Ron- 
sin, Bourgeois, Ancardet Momoro aux Cor- 
deliers; 39° de Le Petit, traiteur, louchant 
les propos tenus chez lui par Mazuel, ré- 
clamant une insurrection; 40°, 41°, 42» de 
Rose et Reliât ; 43" de la femme Vée, au 
sujet des relations de la femme Quéti- 
neau et d'Armand, qui logeaient chez elle; 
44° de la femme Soulard, au sujet du lan- 
gage d'Ancard, qui déclarait vouloir non 
une insurrection, mais un 2 septembre. 

A la suite de cette déposition se trouve 
un résumé des chefs d'accusation contre 
les principaux conjurés, notamment Hé- 
bert, qui a constamment provoqué le 
peuple à la révolte, Ronsin et Vincent, qui 
ont attaqué le gouvernement révolution- 
naire, lo femme Quélineau et Armat)d,qui 
ont projeté d'armer les prisonniers de 
l'Abbaye. 

En dernier lieu sont posées les ques- 
tions suivantes : 

I. Y a-t-il eu dessein et provocation à 
l'insurrection? 

Les déclarations établissent : 1» que 
dans plusieurs sections ont été retirés les 
fusils pour les distribuer à des affidés; 
2» que la nécessité den venir à une insur- 
rection était répandue dans les sections; 
3° qu'elle a été provoquée et arrêtée aux 
Cordeliers et à l'Assemblée générale de la 
section de Marat; 4° qu'il a été formé des 
rassemblements. 

IL Quels étaient les prétextes pour 
motiver les provocations à l'insurrection? 



DÉBATS DU PROCÈS ET JUGEMENT DES HÉBERTISTES 



119 



Les déclaralions établissent que l'on se 
basait : 1° sur la pénurie des subsistances 
et les accaparements; 1° sur la nécessité 
de punir les traîtres; 3° sur l'urgence de 
purger la Convention des scélérats; 4° sur 
ce que la Convention voulait faire tirer 
sur le peuple et renouveler la journée du 
Champ de Mars. 

III. Quels étaient les moyens d'exécu- 
tion? 

Les déclarations élablissent : l°que des 
partis puissants avaient été formés; 2" que 
l'armée révolutionnaire devait être réunie 
secrètement à Paris; 3° que dans les pri- 
sons l'on avait formé des listes d'élus et 
de proscrits, que l'on devait y introduire 
de fausses patrouilles et égorger les pros- 
crits; 4° que 20,000 femmes devaient être 
attroupées et mises en action ; 5° que des 
manœuvres étaient emplo3ées pour priver 
Paris de subsistances, en arrêtant les ar- 
rivages et en répandant des bruits men- 
songers; 6° que les massacres et les égor- 
gements devaient se pratiquer avec fureur. 

IV. Quel était le but de l'insurrection? 
Les déclarations élablissent : 1° que les 

insurgés devaient se porter sur la Con- 
vention pour faire justice des membres 
par eux proscrits, dont la moitié était des- 
tinée à l'échafaud; 2° que les Comités de 
salut public et de sûreté générale devaient 
être détruits, le premier, comme domina- 
teur et opprimant le peuple, le second, 
comme aristocrate et opprimant les pa- 
triotes; 3° que les Jacobins devaient ôlre 
écrasés ; 4» que le Conseil exécutif devait 
être anéanti; 5° qu'un chef devait êtie 
établi sous le nom de grand juge-, G° que 
ce grand juge était un dictateur ou récent 
déguisé sous èe nom pour mieux cacher 
le dessein; 7" que le gouvernement devait 
ôlre entre les mains des chefs des conju- 
rés; 8° que les résultats pouvaient n'être 
■pas étrangers au petit Capel, puisqu'on 
levait le plan de la Tour du Temple, ni 
aux ennemis extérieurs, puisque des cour- 
riers devaient être expédiés à Franclorl, 
ni à la royauté pure et simple, puisque 
des placards provoquaient à son rétablis- 
sement. 

Sans date (l«'"-4 germinal an II). 
Minute, A. A'., FT 4438. 



21o. — Lettre de Ducroquet à la ci- 
toyenne (Thérèse) Ducroquet, sa femme, 
rue du Pa'ui, n» 2, lui adressant ses 
adieux, ainsi qu'à ses deux petits enfants, 
dé(;lai'ant que, quel que soit son sort, son 
crime est d'avoir été trop animé pour le 
bonheur de sa patrie, et que sa conduite 
iri'éprochable lui a valu l'estime de tous 
ses voisins, engageant « sa digne et ver- 
tueuse épouse » à ne rien épargner pour 
ses besoins, à emprunter même de l'ar- 
gent que l'on remboursera sur les cinq 
mois échus de ses appointements. 

l'r germinal an II. 
Original signe, A. N., W 7G, n° 12. 

210. — Lettre adressée par Hébert, de 
son cachot à la Conciergerie, à t'ouquier- 
Tinville , accusateur public près le Tri- 
bunal extraordinaire et révolutionnaire, 
déclarant qu'il importe, pour sa justifica- 
tion, que le citoyen Charrier, député, soit 
entendu, exposant que dans la conspira- 
tion où il se trouve impliqué il ne voit 
aucun fait qui puisse l'atteindre person- 
nellement, la plupart des accusés lui étant 
inconnus, et malgré tout il a l'air d'être 
le chef d'une faction, se défendant d'être 
un cgent soudoyé par l'étranger, sa justi- 
fication à cet égard étant facile à faire, le 
compte rendu de ses moyens industriels 
ne devant laisser aucun doute sur sa con- 
duite; quant au reproche qu'on lui fait 
d'avoir corrompu l'opinion p-ublique par 
sa feuille, les éloges des Sociétés popu- 
laires et des représentants eux-mêmes 
attestent le bien qu'elle a fait, sa conscience 
ne lui reproche rien, et les erreurs même 
qu'il a pu commettre ont été plutôt ins- 
pirées par l'amour du bien public que par 
la passion, «t (ju()'iqu'on ait pu dire de ses 
mœurs et de ses habitudes, elles sont irré- 
prochables, mettant au défi de prouver 
qu'il ait jamais appartenu à aucune faction, 
comme citoyen et magistrat, il n'a jamais 
marchandé sa vie et s'est jeté à tête baissée 
dans tous les événements périlleux de la 
Révolution, mais les persécutions qu'il 
éprouve ne le surprennent pas, c'est le sort 
des véritables patriotes. 

Sans date (l^"" germinal an II.) 
Autographe, A. N., W 76, n" 12. 



120 



CHAIMTRK 1". — JOUllNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



217. — Lettre de Momoro àUa citoyenne 
Momoro (sa femme), rue de la Harpe, 
n° 172, l'engageant, comme républicaine, 
à garder son caractère et son courage, 
comme elle connaît la pureté de son pa- 
triotisme, déclarant qu'il conservera, jus- 
qu'à la mort, le môme caractère, la priant 
d'élever son tils dans les principes répu- 
blicains, et comme elle ne peut soutenir 
l'imprimerie, de renvoyer les ouvriers, 
envoyant son salut aux citoyennes Maral, 
aux républicains, leur laissant sa mémoire 
et ses vertus, ajoutant que Marat l'a appris 
à souffrir. 

Sans date (1" germinal an II.) 
Original signé, ^. iV., W 76, n" 12. 

218. — Lettre de Vincent à la citoyenne 

Vincent, chez sa mère, nourrisseuse de 

bestiaux à la Vache noire, rue de Vaugi- 

rard, proclamant sa pureté et déclarant à 

son amie qu'il l'aime comme il aime sa 

patrie, l'engageant à être bien tranquille, 

ne pouvant rien dire et ne sachant encore 

rien, terminant en l'embrassant jusqu'à 

la mort. 

2 germinal an II. 

Original, signé de Vincent, A. N., W 77, 
n» 20. 

A l'intérieur de cette lettre est restée une 
touffe de cheveux, ceux que Vincent joignait à 
ses derniers adieux. 

219. — Lettre de Descombes à la ci- 
toyenne Descombes (sa femme), rue Sainte- 
Croi.x-de-la-Bretonnerie, n» 20, déclarant 
que son triomphe va éclater et le couvrir 
de gloire, qu'il dort aussi tranquille que 
jamais, la rassurant en lui faisant esjiérer 
qu'ils seront réunis sous peu de jours, et 
l'engageant à aller voir Pelletier. 

2 germinal an II. 
Original signé, A. iV,, "W 76, n» 12. 

220. — Lettre de Ronsin, accusé, à Fou- 
quier-Tinville, accusateur public près le 
Tribunal révolutionnaire, déclarant que 
des interpellations importantes et les plus 
propres à jeter un grand jour sur les faits 
contenus dans l'acte d'accusation doivent 
être adressées aux citoyens députés La- 
croix, Collot-d'Herbois, Elie Lacoste, Dan- 
ton, Lecointre de Versailles, Merlin de 
Douai, Lindet, Carrier et Bourbotte, aux 



citoyens Hanriot, commandant de la force 
armée parisienne, Roulanger, général de 
l'armée révolutionnaire, Lacotte, médecin 
de Robespierre, Sainlain, ami de Danton, 
et D'Aubigny, adjoint de la 2"= division, et 
conjurant Fouquier-Tiiiviile de les faire 
assigner. 

2 germinal an II. 
Autographe, A. N., W 76. 

221. — Déclaration faite par Dufourny, 
ancien président du Département, aux 
jurés et juges du Tribunal révolutionnaire, 
afin de les éclairer sur certains points, 
Dufourny fait connaître qu'en sa qualité 
de fonctionnaire public, il a été à même 
de recueillir maints avis importants, no- 
tamment d'un détenu qui occupait la 
même chambre que Ronsin et Vincent, lors 
de leur première arrestation, qu'on lui 
signala comme très dangereux Proly, agent 
de la maison d'Autriche, mais malgré les 
pleins pouvoirs qu'il avait reçus du Comilé 
de salut public pour l'arrestation des sus- 
pects dans le Département de Paris, il 
n'osa le faire arrêter en raison de son 
intimité avec les représentants Barère et 
Hérault de Séchelles, parce qu'il aurait été 
relâché de suite; pour préparer l'opinion 
publique, il mit en garde dans un placard 
contre les relaxations arbitraires, c'est 
alors seulement qu'il ordonna à l'adminis- 
tration de Police de procéder à l'arrestation 
de Proly au domicile de Desfieux, chez 
lequel il demeurait. Desfieux, arrêté le 
matin, fut représenté par Collot-d'Herbois 
aux Jacobins comme un patriote persécuté 
et délivré le soir, ainsi que Proly, qui ne fut 
réincarcéré que longtemps après, ayant, 
parait-il, trouvé un refuge dans la maison 
d'Hérault de Séchelles. Dufourny expose 
ensuite le rôle joué par Vincent, qui fut 
envoyé en qualité de commissaire du 
Conseil exécutif à Versailles pour la levée 
des 30,000 hommes, qui depuis a pour- 
suivi constamment les autorités constituées, 
attaqué surtout le Département comme 
pour le punir de sa glorieuse coopération 
aux événements du 31 mai, influencé les 
élections, cabale à l'Assemblée électorale, 
multiplié ses efforts pour forcer la porte 
des Jacobins, fait arrêter arbitrairement le 
citoyen Lavaux; 



DÉBATS DU PROCÈS ET JUGEMENT DES HÉBEUTISTES 



121 



Dufourny déclare connaître depuis 1790 
Desfieux, auquel il reproche ses relations 
avec le ministre Lebrun et d'avoir tendu, 
de concert avec lui, un piège atroce pour 
perdre la Société des Jacobins, en faisant 
partir un courrier pour Bordeaux, que 
l'on intercepta et sur lequel on trouva des 
lettres écrites par un affidé de Deslieux, 
qui compromettaient la Société de la façon 
la plus grave. 

Dufourny, qui connaissait le baron de 
Cloots antérieurement à la Révolution, dit 
n'avoir à lui reprocher que de lui avoir 
tendu un piège ainsi qu'au citoyen Lulier, 
procureur général syndic du Départe- 
ment, pour les engager à se prononcer en 
faveur d'une femme, la citoyenne Chemi- 
not, inculpée d'émigration, et il raconte 
dans quelles circonstances il fut attiré, 
rue Neuve-des-Mathurins, obligé par sur- 
prise d'assister à un diner, à l'issue du- 
quel les convives, des députés surtout, le 
pressèrent, ainsi que Lulier, d'être favo- 
rable à une demande en radiation de cette 
personne de la liste des émigrés, Dufourny 
refusa de s'occuper de cette aflaire, dont 
il ne pouvait, fit-il observer, prendre con- 
naissance qu'au Département, après y avoir 
formé son opinion, considéra le rendez- 
vous comme un piège et les propositions 
comme offensantes, et se retira, indigné 
du rôle qu'avaient joué deux représentants. 

Sans date (2 germinal an II). 
Minute, A. N., W 70. 

222. — Lettre du Comité de salut public 
au citoyen accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire, l'invitant à se rendre au- 
jourd'hui au lieu de ses séances, à 9 heures 
précises. 

3 germinal an II. 
Original, de la main de Robespierre, signé 
de Robespierre, de C.-A. Prieur et de Cou- 
thon, A. A'., W7G. 

223. — Lettre du républicain T. Rous- 
seau, archiviste de la Société des Jacobins, 
au républicain Fouquier, accusateur public 
du Tribunal révolutionnaire de Paris, lui 
adressant, au nom des 4 Comités réunis, 
un certain nombre de pièces concernant 
Leçlerc, laissant à sa sagesse et à sa jus- 



tice le soin d'en faire l'usage qu'il jugera 
convenable. 

3 germinal an II. 
Original signé, A. N., W 33'J, n» 617. 

224. — Lettre de Proly à l'accusateur 
public du Tribunal révolutionnaire, de- 
mandant, attendu que le citoyen Chau- 
veau, chargé de défendre sa cause, a dé- 
cliné cette mission, et qu'aucun témoin à 
décharge n'a été entendu jusqu'ici, 1° de 
mettre sous les yeux des jurés un mémoire 
justificatif, déposé au greffe de la Concier- 
gerie, et qui suppléera en quelque sorte 
au défenseur officieux dont les circons- 
tances le privent; 2° de faire entendre et 
déposer dans sa cause les citoyens Jean- 
bon Saint-André, membre du Comité de 
salut public, Benlabole et Jay de Sainle- 
Foy, membres de la Convention natio- 
nale, et Girardin, tenant le cabinet de lec- 
ture au Jardin de TEgalité; 3° de commu- 
niquer aux jurés l'observation suivante, 
qui les mettra à même d'apprécier la va- 
leur des dépositions faites contre lui, sa- 
voir que les trois témoins qui l'ont chargé 
sont ses ennemis personnels, Sambat , 
Moine et Dufourny, tous trois intimement 
liés entre eux et avec la citoyenne Violette, 
récemment mariée au premier. 

4 germinal an II. 
Original signé, A. A'., W 78. 

22d. — Mémoire justificatif de Leclerc 
destiné aux jurés du Tribunal, disculant 
les témoignages apportés contre lui par 
trois femmes qu'il avait vues pour la pre- 
mière fois au mois d'août dernier, notam- 
ment la citoyenne Boucher, dont l'immo- 
ralité est notoire, connue autrefois sous 
la dénomination de l'impudique Sarron, 
qui n'a cessé de courir tous les tripots de 
la maison Egalité, réceptacle de tous les 
aristocrates et de tous les ennemis de la 
Révolution, protestant n'avoir jamais eu 
l'intention d'avilir la représentation natio- 
nale, déclarant qu'il est attaché de cœur à 
ses principes, qu'il déteste les tyrans et la 
tyrannie et qu'il défendra tantqu'il vivra les 
droits sacrés et impérissables de sa patrie. 

Sans date (4 germinal an II). 
Original, A. AT., W 78. 
A la fin de ce mémoire se trouvent quatre 



122 



CHAPITRE I•^ — JOURNEES HISTOHIQURS DE I.A RÉVOf.l'TION 



lignes, écrites tle la main de Lccierc, à reflet de 
prier le citoyen Cliauvcm de faire passer ses 
défen-^es à son frère, à Cany, déparleiiient de la 
Scine-Infcrieure. 

220. — Noie Juslilicalivc pour le citoyen 
I.eclerc, ilesliiiL^e au eiloyeii Cliauvcau , 
son défenseur, au sujet des propos qui lui 
soûl imputés concernant Cauibon, dépulé, 
nicmbre du Comité des finances, propos 
que ledit Leclerc aurait tenu uu cours 
d'un diner chez la femme Boucher, d'après 
lesquels Cambon était suspecté d'avoir ac- 
quis de gros biens aux dépens de la Ré- 
publique, ce qui lui mériterait d'être guil- 
lotiné, Leclerc déclare que dans ces pro- 
pos il n'y a rien de calomnieux pour les 
membres du Comité de salut public ou de 
sftreté générale, rien d'avilissant contre la 
représentation nalionale; le même ajoute 
n'avoir eu aucunes liaisons avec Hébert, 
Ronsin, Kock, Ducroquet et Laumur, avoir 
rencontré quelquefois Bourgeois aux Jaco- 
bins, ainsi que Dubuisson, Pcreyra et Des- 
fieux, n'avoir vu Mazuel que deux fois, n'a voir 
jamais vu la femme Quétineau, Armand 
cl Descombes, ne connaître Cloots que 
pour l'avoir apei'çu à la Convention et aux 
Jacobins, n'avoir fréquenté Proly qu'au 
café Beausaint et autres endroits publics, 
Lelcerc proteste de ne s'être mêlé à aucune 
intrigue ou complots, de s'être constamment 
occupé du bureau de la Guerre, qui lui a 
été confié le 11 juillet, et depuis ce temps- 
là ne s'être pas trouvé G fois avec Vincent, 
qu'il n'a même pas visité dans ses 46 jours 
de détention au Luxembourg, et depuis sa 
sortie ne l'a vu qu'une fois dans le bureau 
de Gauthier, adjoint de la 2* division. 

Sans dato (4 germinal an II). 
Minute non signée, A. N., W 78. 

227. — Lettre d'Ancard, accusé, à l'accu- 
sateur public du Tribunal révolutionnaire, 
le priant d'assigner à sa requête le répu- 
blicain Minière, administrateur de la Com- 
mission révolutionnaire des poudres et 
salpêtres, quai des Théatins, le citoyen 
Dubois, adminislraleur du Département 
de Paris, aux Quatre Nations, le citoyen 
Leclerc, limonadier, cour du Palais, café 
de la Municipalité, le citoyen Lanonné, au 
Comité de police de la Mairie, les citoyens 
Deschamps et Mauban, aides de camp du 



général Hanriol, le citoyen Dcniouy, chau- 
dronnier, rue dos Mauvais- Garçons, le 
citoyen Porrin, cordonnier, rue do Bussy, 
le citoyen Térin, cordonnier, rue de l'An- 
cienne-Comédic, et déclarant, sans pré- 
tendre inlluenccr l'opinion des jurés sur 
Honsin, que lui ayant été adjoint, en qua- 
lité de commissaire en Vendée, leditRonsiu, 
qui était chargé parle ministre de lui payer 
ses appoiiiteinonts fixés à 300 francs par 
mois, est paili de Tours pour Paris sans 
lui avoir donné un sol, quoiqu'il lui eût 
envoyé de Saumur sa quittance que le 
même Ronsin a gardée. 

Sans date ( i germinal an II). 
Original signé, A. A'., W 78, 

228. — Lettre écrile par Hébert, de soii 
cachot do la Conciergerie, à Fouquier- 
Tinville, accusateur public du Tribunal 
révolutionnaire, déclarant qu'il importe à 
sa justification que le citoyen Charrier, 
député, soit entendu, que dans le projet 
de conspiration où il se trouve impliqué, i 
il ne voit aucun fait le touchant, que 
parmi les accusés, il n'en est pas un avec 
lequel il ait eu des liaisons intimes, et 
presque tous lui sont inconnus, qu'il est 
fort surpris de se voir accolé à certains 
personnages qu'il a lui-même dénoncés, 
ayant l'air d'être le chef d'une faction, ' 
composée de gens qu'il n'a jamais vus et i 
qu'il connaît à peine, que pour ce qui est I 
de l'accusation d'après laquelle il serait 
un agent soudoyé par les étrangers, sa 
justification à cet égard sera complète: 
quant au reproche qu'on lui fait aujourd'hui 
d'avoir corrompu l'opinion publique par i 
sa feuille, il répond que les éloges des 
Sociétés populaires et des représentants 
eux-mêmes attestent le bien qu'elle a fait, 
ajoutant que sa conscience ne lui reproche 
rien, que ses erreurs même ne la tour- 
mentent pas, ayant été plutôt inspirées 
par l'amour du bien public que par la 
passion, et quoiqu'on ait pu dire de ses 
mœurs et de ses habitudes, elles sont irré- 
prochables, enfin il défie de prouver qu'il 
ait jamais appartenu à aucune faction, 
ayant le cœur trop droit et l'esprit trop 
raido pour servir des intérêts privés, mais 
il n'est pas surpris des persécutions qu'il 



DÉBATS DU PROCÈS ET JUGEMENT DES HKBERTISTES 



123 



éprouve, attendu que c'est le sort des vé- 
ritables patriotes. 

Date restée en blanc (4 germinal an II). 
Autographe, A. N., W 76, n° 12. 

229. — Déclaration faite aux jurés et aux 
magistrats du Tribunal révolutionnaire 
par l'ancien président du Département au 
moment de Ja suppression de ces fonc- 
tions par la loi de l'organisation révolu- 
tionnaire, à l'efletde communiquer des avis 
très importants qui lui ont été donnés par 
un prisonnier qui habitait la même cham- 
bre que les accusés Ronsin et Vincent, 
! lors de leur première arrestation, sur plu- 
' sieurs des individus impliqués dans le 

procès des Hébertistes, savoir, sur : 
I Proly, fils naturel du prince de Kau- 
! oitz, chef du Conseil de l'Empereur, agent 
de la maison d'Autriche, connu comme un 
I homme adroit et perfide, très dangereux, 
j en relations intimes avec les représentants 
i Barère et Hérault de Séchelles, ce qui 
rendait son arrestation particulièrement 
difficile, arrestation qui fut décidée en 
môme temps que celle de Desfleux, chez 
lequel il demeurait, mais dès que la cap- 
ture de Desfieux fut opérée, CoiloL dller- 
bois réussit à la tribune des Jacobins à 
entraîner beaucoup de ceux qui figurent 
aujourd'hui dans la conspiration, qui ac- 
coururent à la Maison Commune et firent 
relâcher le patriote chéri et persécuté 
Desfieux, et, dans le tumulte, l'autre pa- 
triote, Proly, réussit à s'échapper et trouva 
un refuge dans la maison d'Hérault de 
Séchelles, qui osa nier, à la Convention. 
son intimité avec ce conspirateur; 

Vincent, qui au mois d'août 1792 fut 
l'un des 24 commissaires désignés pour 
exécuter dans les départements la levée 
de 30,000 hommes, s'acharna à poursuivre 
constamment les autorités constituées, 
attaquer surtout le Département, comme 
pour le punir de sa glorieuse coopération 
aux événements du 31 mai, égarer les ci- 
toyens des sections et influencer les élec- 
teurs, puis provoquer des arrêtés contre 
le Département, agir comme chef de parti, 
multiplier ses cfiorts pour forcer les portes 
des Jacobins, obtenir l'arrestation arbitraire 
et la mise au cachot du citoyen La vaux; 



Desfieux, en rapport avec le ministre 
Lebrun et qui concerta avec lui un piège 
atroce pour perdre la Société des Jaco- 
bins, en faisant partir pour Bordeaux un 
courrier, qui fut intercepté par des gens 
aposlés,sur lequel se trouvèrent des dépê- 
ches écrites par un affidé de Desfieux, qui 
reçut 4.000 livres pour cette opération, dé- 
pêches qui compromirent la Société de la 
façon la plus grave, lorsqu'elles furent 
lues à la Convention; 

Le baron de Cloots, que le déclarant 
connaissait antérieurement à la Révolu- 
tion, et qui lui tendit un piège, ainsi qu'au 
procureur général syndic Lulier, pour les 
engager à se prononcer en faveur d'une 
femme inculpée d'émigration; lors d'une 
séance du Conseil général du Département, 
que le déclarant présidait, Anacharsis 
Cloots l'ayant invité par un billet, lui et 
le procureur général symlic, à venir dans 
une maison de la rue Neuve-desMathurins, 
chez le sieur Cheminot oîi on les retint à 
dîner, et oîi, à la fin du repas, on les 
pressa de se montrer favorables à une 
demande de radiation de la liste des émi- 
grés, ce que refusa le déclarant, en allé- 
guant qu'il ne pouvait prendre connais- 
sance de cette atfaire qu'au siège du Dé- 
partement, en pleine connaissance de 
cause, etconsidérantcc rendez- vous comme 
un piège et ces proposilions comme offen- 
santes, indignes du rôle joué dans cette 
affaire par deux représentants. 

(Sans date.) 
Minute, A. A'., W 7G. 

230. — Déclaration du jury de jugement 
portant que Jacques-René Hébert, Charles- 
Philippe Ronsin, Antoine-François Momoro, 
Fr. -Nicolas-Vincent, Michel-Laumur. Jean- 
Conrad de Kock, Pierre-Jean Proly, Fran- 
çois Desfieux, Jean-Baptiste Cloots, ayant 
pris le nom d'Anacharsis, Jacob Pereyra, 
Marie-Anne Latreille, femme Quétineau, 
Jean-Antoine -Florent Armand, J.-B. An- 
card, Frédéric-Pierre Ducroquet, Amand- 
Hubert Leclerc, Jean-Charles Bourgeois, 
Antoine Descombes, Albert Mazuel, Pierre- 
Ulric Dubuisson, Laboureau excepté, sont 
auteurs ou complices de la conspira- 
tion qui a existé contre la liberté et 



124 



CHAPITHE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION 



la sûreté du peuple français, lendanl à 
troubler l'Etat i)ar une guerre civile, en 
arnuint les eitoyeiis les uns contre les 
aiilres et contre l'exercice de rautorilé 
léf,Mlime, par suite de laquelle, dans le 
courant de ventikse dernier, des conjun's 
devaient dissoudre la représenlalion na- 
tionale, assassiner ses membres et les pa- 
triotes, détruire le gouvernement républi- 
cain, s'emparer de la souveraineté du 
peuple et donner un tyran à l'Etal. 

4 germinal an H. 
Original, signe de Dumas, A. N., W 339, 
n» 617. 

231. — Jugement du Tribunal révolu- 
tionnaire, conformément à la déclaration 
du jury de jugement, condamnant Jac- 
ques-René Hébert, Cliarles-Pliilippe Ron- 
sin, Anloine-Fran(^'ois Monioro, François- 
Nicolas Vincent, et les l.'i autres complices 
de la conspiralion à la peine de mort, et 
ordonnant leur exécution dans les24 heures 
sur la place de la Révolution . 

4 germinal an II. 

Original, signé de Dumas, vice-président, 

faisant fonction de président, de Subleyras, de 

Bravet, d'E. Masson, de Foucault, juges, et de 

Wolff, commis-greffier, A. N., W'339,n°6i7. 

232. — Signification à Richard, concierge 
de la maison de justice du Tribunal révo- 
lutionnaire, par Tirard, huissier du Tri- 
bunal, du jugement cpii condamne Hébert 
et ses complices à la peine de mort. 

4 germinal an II. 
Original, signé de Tirard, A, N., W 51G. 

233. — Réquisition de Fouquier-Tinville, 
accusateur public du Tribunal révolu- 
tionnaire, an commandant général de la 
force armée parisienne, pour l'exécution 
du jugement de mort rendu contre Hébert, 
et les 18 autres conspirateurs, qui doit 
avoir lieu ce jour, à 3 heures de relevée, 
sur la place de la Révolution, invitant 
Hanriot à envoyer ladite force publique, 
cour du Palais, à 2 heures précises de 
relevée, et à prendre toutes les mesures 
que sa prudence lui indiquera afin que la 
tranquillité publique ne soit point com- 



promise par les complices de ces conspi- 
rateurs. 

\ germinal an II (midi). 

Original, signe de T'oiiquicr, A. N., AF*n 48, 
n» 37-2. 

Cf. H. Wallon, Histoire du Tribunal révo- 
hilionnnire do Paris, t. III, p. 05. j 

23V. — Procès-verbau.x d'exécution sur | 

la place do la Révolution de Jcau-Rapliste j 

Ancard, de François-NicolasVincenl, d'An- ; 

loineMomoro, de Charles-Piiiiippc Ronsin, ; 

deJacques-René Hébert, de Michel Laumur, j 

de Jean-Conrad Kock, do Pierre-Jean Proly, 1 

de François Desfieux, de Joan-R.ipliste, 

dit Anacharsis Cloots, de Piorrc-Ulric Uu- ! 

buisson, d'Albert Mazuel, d'Antoine Des- . 

1 
combles {sic), de Jean-Charles Rourgeois, 

do Frédéric-Pierre Ducroquet, d'Amand- 

Hubert Lccloïc, de Jean-Antoine-Florent 

Armand, de Jacob Pereyra. 

4 germinal an II. 
Imprimés remplis (18 pièces), A, A'.,\VàîC. 

! 

23o. — Ordonnance de René-François 
Dumas, vice-président du Tribunal révolu- 
tionnaire, d'après la déclaration du jury 
de jugement sur l'accusalion contre Jean- 
Raptisîe Labourcau, médecin et premier 
commis au Conseil de santé, portant qu'il ; 
n'est ni l'auteur, ni le complice delà cons- 
piration conlre la liberté et la sûreté du 
peuple finançais, qui a existé dans le cou- 
rant de venlôse dernier, acquittant ledit 
Laboureau et ordonnant sa mise en liberté. 

4 germinal an II. 
Original, signé de Fabricius, A. A'., W339, 
n» 617. ' 

1 

230. — Procès-verbal dressé par Jean- » 
Ardouin, l'un des juges du Tribunal révo- ! 
lutionnaire, prenant acte de la déclaration ' 
à lui faite par Marie-Anne Latreille, femme 
Quétineau, condamnée à mort par juge- ! 
ment du Tribunal révolulionnaire de ce 
jour, laquelle a dit être enceinte d'environ 
4 mois. 

4 germinal an II (1 li. 1/2 de relevée). 
Original, signé de Marie-Anne Latreille, 
femme Quéiineau. d'Ardouin et de Grébeauval, 
A,N., W 339,11» 617. 

237. — Procès-verbal de transport à la 
Conciergerie des citoyens Théry, Bayard 



DÉBATS DU PROCES ET JEGEMËNT DES IIÉBERTISTES 



m 



et Naury, ofticiers de santé assermentés 
auprès du Tribunal révolutionnaire, as- 
sistés de Marie-Françoise Pasquier, veuve 
Prioux, sage-femme, à l'effet de procéder 
à Texamen de Marie-Anne Latreillc, femme 
Quélineau, et déclaration attestant qu'ils 
ont reconnu tous les symptômes qui ca- 
ractérisent ordinairement une grossesse 
d'environ 4 mois. 

■i germinal an II. 
Original, signé de Théry, de Bayard, de 
Naury el do la veuve Prioux, A. N., W 339, 
n° 617. 

238. — Ordonnance du Tribunal révolu- 
tionnaire rendue en la Chambre du Conseil, 
sur la déclaration de grossesse do Marie- 
Anne Latreille, femme Quélineau, el le 
rapport des officiers de santé assermentés 
qui, après visite de ladite femme, la ju- 
gent enceinte d'environ 4 mois, comme 
elle l'a déclaré, décidant qu'il sera sursis 
à l'exécution du jugement qui condamne 
à mort ladite femme Quélineau et qu'elle 
sera transférée jusqu'à ses couches, ou au 
moment de l'exécution du jugement, dans 
une des maisons d'arrêt de Paris. 

4 germinal an II. 
Original, signé d'Herman, président, Maire, 
CoUinhal et Scellier, /l. iV., W 339, n° 617. 

239. — Leltre du Comité révolution- 
naire de la section de Bonne-Nouvelle à 
l'accusateur public du Tribunal révolution- 
naire, lui rappelant que le proie d'Hébert, 
arrêté par leurs soins, a été retenu jus- 
qu'à la fin du procès, afin de savoir s'il 
ne serait pas relevé de charge contre lui, 
annonçant qu'il avait reçu l'ordre du Co- 
mité de sûreté générale d'arrêter l'impri- 
meur Marquet, associe d'Hébert, qu'à son 
défaut, son père a été arrêté dans l'espoir 
de connaître par lui l'endroit où ledit 
Marquet se serait retiré, mais que l'on 
n'a rien pu en tirer, demandant, mainte- 
nant que le procès est terminé, s'il n'y 
aurait pas lieu de les mettre en liberté, à 
moins toutefois que les conspirateurs 
n'aient dit quelque chose contre eux, et 
priant de le lui faire savoir aussitôt que 
possible. 

7 germinal an II. 
Original, signé de Lafollie , vice-président, 
et de Guin, secrétaire, A. N., W 77, n" 4. 



240. — Certificat de Bayard et Théry, 
officiers de sanlé assermentés auprès du 
Tribunal révolutionnaire, constatant que 
la femme Quélineau, qui a fait une fausse- 
couche à Thospice du Tribunal, est acluel- 
Icment convalescente. 

22 floréal an II. 
Original, signé de Bayard et de Théry, A. A'., 
W 345, n° 676, 5^ partie, pièce 51. 

241. — Jugement du Tribunal révolu- 
tionnaire, sur le rapport des officiers de 
sanlé qui constate que Marie-Anne-Cathe- 
rine Latreille, femme Quélineau, ayant 
fait une fausse-couche il y a 3 semaines, 
est entièrement rétablie, ordonnant qu'il 
sera procédé dans les 24 heures à l'exécu- 
tion du jugement du 4 germinal précédent, 
qui avait condamné ladite femme Quéli- 
neau à la peine de mort. 

22 floréal an II. 
Original, signé de Dumas, de Subleyras, de 
Deliège, de Scellier et de Dcnizot, A. N., 
W 345, n" 676, 5" partie, pièce 52. 

242. — Procès-verbal d'exéculion du ju- 
gement de mort rendu contre Marie-Anne 
Latreille, femme Quélineau, sur la place 
de la Uévolution, à ;> heures de relevée. 

22 floréal an II. 
Imprimé rempli, signé de Deguaigné, A. .V., 
W 527. 

ADDITIONS 

Proly. 

243. — Ordre de Lebrun, minisire des 
affaires étrangères, portant que les ci- 
toyens Proly, Dubuisson el Pereyra, se 
rendront dans la Belgique pour remplir 
la mission qui leur est confiée et pour 
laquelle ils ont reçu des instructions ver- 
bales, décidant que chacun d'eux se ren- 
dra où les circonstances le requerront et 
tous trois auront pour point de réunion la 
ville de Bréda, où ils attendront des ins- 
tructions ultérieures pour se porter, soit 
à Amsterdam, soit dans toute autre ville 
de la Hollande, lorsque le Conseil exécu- 
tif provisoire sera à même de leur trans- 
mettre des commissions à cet effet. 

18 mars 1793. 
Original, signé de Lebrun, coBtresigné d'Ysa- 
beau, A. N., I" 4742, n" 215. 



120 



CIIAPITUE 



JOUUiNÉES IIISTOIUQUKS DE LA REVOLUTION 



244. — l'asseporl délivré par Lebrun, 
minisire des AITairos étrangères, à Pierre 
Proly, Agé de 40 ans, taille de li pieds 
3 pouces, cheveux et sourcils hruns, nez 
relevé, bouche moyenne, menton en avanl, 
yeux gris, allant dans la Helgiijue.en Hol- 
lande et partout où se trouveront les ar- 
mées de la République, chargé d'une mis- 
sion du gouvernement français. 

18 mars 1793. 

Original, signé de Lebrun, contresigne d'Ysa- 
beau, A. A'., F^ 4742, no 217. 

Au bas se trouve cette mention : Vu passer à 
Douai, le 20 mars 1793, l'an 2' de la Répu- 
blique française. Signé : Desmouliers, notable. 

245. — Décret de la Convention natio- 
nale, portant que les trois commiissaiies 
envoyés auprès de Dumouriez par le mi- 
nistre Lebrun seront libres d'aller où il 
leur plaira, accompagnés pour leur sûreté 
personnelle d'un gendarme, que leur fera 
fournir le pouvoir exécutif. 

2 avril 1793. 
Copie conforme, ^. N., FM742, n° 214. 

246. — Décret de la Convention natio- 
nale, sur la proposition du ministre des 
affaires étrangères, convertie en motion 
par un de ses membres, déclarant que les 
citoyens Proly, Pereyra et Dubuisson, qui 



ont le mérite d'avoir fait la première dé- 
couverte de la trahison de Dumouriez, ont 
bien mérité de la patrie, et qu'elle est sa- 
tisfaite de la conduite de ces trois com- 
missaires. 

6 avril 1793. 
Copie conforme, A. N., V 4742, n° 21G. 

247. — Décret de la Convention natio- 
nale, ordonnant, sur la motion d'un mem- 
bre, (jue la garde placée auprès des ci- 
toyens Proly, Dubuisson et Pereyra, com- 
missaires civils envoyés auprès du traître 
Dumouriez, pour veiller à leur sûreté, sera 
levée et que lesdits citoyens seront mis en 

pleine liberté. 

11 avril 1793. 
Copie conforme, A. N , F'' 4742, n» 218. 

248. — Arrêté du Comité de salut public 
autorisant le Comité révolutionnaire de la 
section Le Pelctier, dans laquelle le nommé 
Proly avait son domicile, à envoyer un 
ou plusieurs de ses membres pour faire 
saisir ledit Proly dans tous les points des 
environs de Paris où le Comité pourrait 
croire qu'il se tient caché. 

9 nivôse an II. 
Original, de la main de CoUot d'Herbois, si- 
gné do Collot d'Herbois, de Robespierre, de 
Billaud-Varcnne et de Barère, A. N., AF*il 22, 
n» 170, pièce 31. 



34. — Arrestation et procès des Dantonistes (Danton, 
Camille Desmoulins, Delacroix, Pliilippeaux, Hérault 
de Séclielles, etc.), 11 germinal an II. 



A. — l'affaire des dantonistes a la 

CONVENTION NATIONALE 

249. — Arrêté des Comités de salut pu- 
blic et de sûreté générale, ordonnant l'ar- 
restation et l'incarcération dans la maison 
du Luxembourg, au secret, de Danton, de 
Delacroix, du département d'Eure-et-Loir, 
de Camille Desmoulins et de Philippeaux, 
tous membres de la Convention nationale. 

10 germinal an II. 
Original, signé de Billaud-Varenne, Vadier, 
Carnot, Le Bas, Louis (du Bas-Rhin), Collot 
d'Herbois, Saint-Just, Jagot, C.-A. Prieur, 



Couthon, Barère, Dubarran, Voulland, Elie 
Lacoste, M. Bayle, Amar, Robespierre, La Vi- 
comterie, A. N.,F^ 4435. 

Ed. Musée des Archives nationales, n" 1401. 

2;j0. — Rapport par Saint-Just fait à la 
Convention nationale, au nom de ses Co- 
mités de sûreté générale et de salut public, 
sur la conjuration ourdie depuis plusieurs 
années par les factions criminelles pour 
absorber la Révolution française dans un 
changement de dynastie, et contre Fabre 
d'Eglantine, Danton, Philippeaux, Lacroix 
et Camille Desmoulins, prévenus de corn" 



L'AFFAIRE DES DANTONISïES A LA CONVENTION NATIONALE 



127 



piicUé dans ces factions cl d'aulres délits 
personnels contre la Liberté. 

1 1 germinal an If. 
Imprimé de 38 pages, A.N., AD XVIIP 6î . 
Ed. D"" Robinet, Le Procès des Danlonistes, 
p. 478. 

251. — Décret de la Convention natio- 
nale sur le rapport des Comités de sûreté 
générale et de salut public, portant accu- 
sation contre Camille Desmoulins, Hérault, 
Danton, Pliilippoaùx, Lacroix, prévenus 
de complicité avec d'Orléans et Dumou- 
riez, avec Fabre d'Eglantine et tous les 
ennemis de la République, d'avoir trempé 
dans la conspiration tendant à rétablir la 
monarchie et détruire la représentation 
nationale, ainsi que le gouvernement répu- 
blicain, et Ordonnant leur mise en juge- 
ment avec Fabre d'Eglantine, décidant 
aussi que le rapport fait au nom des deux 
Comités de sûreté générale et de salut 
public sera imprimé et distribué au nombre 
de 6 exemplaires à chacun de ses membres, 
et envoyé aux départements, aux armées 
et aux Sociétés populaires. 

Il germinal an II 
• Copié conforme, signée de Fabricius, greffiar 
en chef du Tribunal révolulionnairc, A. N., 
W3-i2, n" 648 (fe partie). 

Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXXIV, p. 304. 

J. Claretie, Camille DesmouUns. Etude sur 
l68 Dantoniates, p. 9. 

- 252. — Ordre du Conseil exécutif à tous 
corps administratifs et tribunaux de faire 
pubher, afficher et exécuter dans leurs 
déparlements et ressorts respectifs le dé- 
cret de mise en accusation rendu contre 
Danton et ses complices. 

' . 11 germinal an II. 

Copie, A. N., W 342, n» 648 (!••« partie). 

' 253.— Rapport adressé à la Convention 
nationale au nom des Comités de salut 
pubhc et de sûreté générale (par Saint- 
Just) signalant l'attitude devant le Tribu- 
nal révolutionnaire des accusés dont l'au- 
dace et la fureur prouvent l'existence de 
leurs attentats, ajoutant qu'au moment où 
ils insultent la justice et résistent aux 



lois, on conspire dans les prisons en leur 
faveur. 

15 germinal an II. 

Copie collationnée, A. N., W 500. 

Ed. J.Cl.vretie, Camille Desmoulins, Elude 
sur les Dantonistcs, p, 345. 

Dr Robinet, Le Procès des Dantonislcs, 
p. 178. 

II. Wallox, Histoire du Tribunal rcvolu- 
lionnaire de Paris, t. III, p. 178. 

254. — Décret de la Convention natio- 
nale, décidant que le Tribunal révolution- 
naire continuera rinstruction relative à la 
conspiration de Lacroix, Danton, Chabot 
et autres, que le président emploiera tous 
les moyens mis ù sa disposition par la loi 
pour faire respecter son autorité et celle 
du Tribunal révolutionnaire et pour ré* 
primer toute tentative de la part des ac- 
cusés à l'effet de troubler la tranquillité pu- 
blique et entraver la marche de la justice, 
que tout prévenu de conspiration, qui ré- 
sistera ou insultera à la justice nationale, 
sera mis hors des débats et jugé sur-le- 
champ. 

15 germinal an II. 

Minute non signée, A. N., G 296, n" 1007. 

Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXXIV, p. 432. 

J. Claretie, Camille Desmoulins. Elude sur 
les Dmlonistes, p. 347. 

D'ROBi.NET, Le pi-ocès des Danlonistes,p. 180. 

II. Wallon-, Ilisloire du Tribunal révo- 
tionnaire de Paris, t. III, p. 179. 

Lu, Bon à expédier. Signé : Ch. Poltior. 

Le rapport de Saint-Just, imprimé dans le 
Bulletin de la Convention nationale, est annexé 
au décret. 

255. — Décret de la Convention natio- 
nale, décidant que le rapport du Comité 
de salut public et le procès-verbal des ad- 
ministrateurs au Département de Police 
de la Commune de Paris seront envoyés 
au Tribunal révolutionnaire, avec injonc- 
tion au président d'en donner lecture 
pendant la séance, ordonnant en outre 
que le rapport et les pièces seront impri- 
més et insérés au Bulletin. 

15 germinal an II. 

Minute, A.N.,G 290, n° 1007 

Lu, Bon à expédier. Signé : Potlier. 

Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXXIV, p. 433. 

J. Claretie, Camille Desmoulins. Etude sur 
lei> Danlonistes, p, 347. 



128 



CHAPITHE I•^ — JOURNÉES HISTOHIQUES DE LA RÉVOLUTION 



2o6. — Compte rendu à la Convention 
nationale par Hérault de St'-clielles, repré- 
sentant du peuple près l'armée du Rhin, 
de sa mission, dans lequel il repousse les 
calomnies répandues contre lui pendant 
son absence, rappelle les principes qu'il a 
toujours professés depuis le commence- 
ment de la Révolution, sa liaison intime 
avec le premier martyr de la Liberté, et, 
dans le cas où sa présence dans le Comité 
de salut public, dont il invoque le témoi- 
gnage sur la conduite qu'il y a tenu, pour- 
rait devenir une cause de division dans 
l'Assemblée, déclarant que, se sacrifiant 
tout entier à la patrie, il donne sa démis- 
sion, et ordre du jour de la Convention 
sur cette proposition, 

9 nivôse an II. 

Extrait du procès -verbal, A. N., C 286, 
n» 845. 

Cf. Procès-verbal de la Convention nulionale, 
t. XXVIII, p. 1G6. 

257. — Lettre du Comité de salut public 
à Hérault de Sécbelles, lui demandant s'il 
persiste dans la démission qu'il a offerte, 
la veille, à la Convention nationale, à la 
suite de la dénonciation lancée contre lui, 
le priant d'opter entre le maintien de sa 
démission et un rapport du Comité sur 
la dénonciation dont il a été l'objet, et 
déclarant qu'il attend sa réponse écrite, 
ce jour ou le lendemain au plus lard. 

1 1 nivôse an II. 

Original, de la main de Robespierre, signé de 
Robespierre, Collot d'IIerbois, Rillaud-Varenne, 
Carnot, B. Barère, A. N., AF*Ji 22, n" 170, 
pièce 33. 

Ed. II. Wallon, Histoire du Tribunal révo- 
lutionnaire de Paris, t. III, p. 131. 

258. — Lettre de Hérault de Séchelles, 
incarcéi'é au Luxembourg, à ses collègues 
de la Convention nationale, se plaignant 
d'avoir été arrêté sur une simple dénon- 
ciation, sans avoir été appelé ni entendu 
au Comité de sûreté générale, rappelant 
qu'il n'a jamais dévié de ses principes, qu'il 
a eu le bonheur de concourirà la Constitution 
et à la Déclaration des Droits, qu'il a pré- 
sidé la Convention, le 31 mai et le 2 juin, se 
justifiant d'avoir donné asile à un homme 
prévenu d'émigration, le citoyen Catus, 
ex-commissaire des guerres à l'armée des 



Alpes, qui lui servit de secrétaire, lors de 
sa mission dans le Haut-Rhin, qui n'a ja- 
mais pu passer pour émigré et ne se ca- 
chait nullement, exprimante regretd'avoir 
été cruellement outragé, arrêté dans un 
moment où l'on saisit tous les conspira- 
teurs, lui qui devait partager l'honorable 
et sanglante proscription que les traîtres 
réservaient aux représentants, terminant 
en appelant le glaive de la loi sur lui et 
sur ses calomniateurs. 

26 ventôse an II (de la prison du Luxembourg). 
Autographe, A. N., A" XIX, 313. 

2r»9. — Déclaration faite à la Convention 
nationafp au nom des Comités de salut 
public et de sûreté générale, pour l'ins- 
truire des motifs qui ont déterminé ces 
deux Comités à mettre en état d'arres- 
tation les citoyens Hérault de Séchelles et 
Simond, députés à la Convention, et an- 
noncer le dépôt d'un rapport sur ces deux 
députés, avec décision de la Convention, 
confirmant l'arrestation de Simond et de 
Hérault de Séchelles, et ajournant le rap- 
port au lendemain. 

27 ventôse an II. 

Extrait du procès-verbal, A. N., G 292, 
n» 947. 

Cf. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXXII, p. 393. 

260. — Rapport fait à la Convention 
nationale, au nom des Comités de salut 
public et de sûreté générale, par Saint- 
Just, sur l'arrestation de Hérault de Sé- 
chelles et Simond. 

27 ventôse an II. 
Ed. D' Robinet, Le Procès des Dantonistes, 
p. 504 (d'après W 342, n" 648). 



261. — Décret de la Convention nationale, 
après avoir entendu ses Comités de la 
guerre et de sûreté générale réunis, décla- 
rant qu'il n'y a lieu à aucune inculpation 
contre le général Westermann. 

4 mai 1793. 
Copie cerlifiée, A. iV., W 342, n" 648. 
Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XI, p. 41. 

262. — Décret de la Convention natio- 
nale, après avoir entendu le rapport de 



L'AFFAIRE DES DANTONISTES A LA CONVENTION NATIONALE 



129 



son Coriiilé de surveillance et de sûreté 
générale sur l'accusation relative au géné- 
ral Westermann, renvoyant le général 
Westerraann devant les tribunaux mili- 
taires. 

30 juillet 1793. 

Copie conforme, signée de Baudin, l'un des 
commissaires aux Archives, A. N., W 342, 
n" 648, l^" partie. 

Ed. Procès-verbal de la Convcnlion nalionalc, 
t. XVII, p. 372. 

263. — Décret de la Convention natio- 
nale, décidant que Westermann, qui a été 
destitué par le minisire de la guerre, con- 
servera sa liberté jusqu'après le rapport 
de son affaire, qui sera fait sous huit jours 
par le Comité de salut public. 

18 nivôso an II. 

Extrait collalionné, signé de Pelli.ssier, .Tay et 
Clausel, secrétaires, A. N., W 342, n" 648, 
l'« partie. 

Ed. Procès-verbal de la Convcnlion nationale, 
t. XXIX, p. 42. 

264. — Décret de la Convention natio- 
nale, confirmant l'arrêté du Comité de 
salut public, qui porte approbation du man- 
dat d'arrêt décerné par l'accusateur public 
contre le ci-devant général Westermann. 

13 germinal an II. 

Minute, de la main de Coulbon , A. N., 
■W29G, no 1007. 

Relu. Bon à expédier. Signé : S.-E. Monnel, 
secrétaire. 

Ed. Procès-verbal de la Convcnlion nationale, 
t. XXXIV, p. 377. 



265. — Projet de décret de la Conven- 
I tien nationale, portant suppression des 
compagnies financières et liquidation de 
la Compagnie des Indes, avec modifica- 
tions écrites en marge au crayon, de la 
main de Fabre d'Eglantine et signées de 
j ses initiales, F. D. 

6 brumaire an, II. 
Minute, signée de Delaunay d'Angers, Fran- 
çois Chabot, J. Julien (de Toulouse), Cambon 
fils aîné, D. Ramel, et portant on marge, au- 
dessous de chacune des modifications, les mots 
ne varielur avec les signatures de Delaunay 
d'Angers, Jagot, Amar et Fabre d'Eglantine, et 
copie figurative approuvée des menti'ons au 
crayon, par Delaunay, A. N., W 342, n° 648, 
3« partie (pièces 10, 12). 

T. XI. 



266. — Projet de décret de la Conven- 
tion nationale, portant suppression des 
compagnies financières et liquidation de 
la Compagnie des Indes, surchargé et al- 
téré par Delaunay d'Angers et présenté 
par lui comme le décret réel, signé de lui 
en qualité de rapporteur et donnant l'indi- 
cation des signatures supposées de Fabre 
d'Eglantine, Cambon, fils, aîné, Chabot, 
Julien de Toulouse et Ramel. 

G brumaire an II. 
Minute portant en tête la mention : Bon à 
expédier, le 6 de brumaire, l'an 2° de la Répu- 
blique, une et indivisible. Signé : Louis (du 
Bas-Rhin), secrétaire, et imprimé (2 pièces), 
A. A'.,\V 342, n» 648, 3« partie, pièces 13 et 14. 

267. — Décret de la Convention natio- 
nale, après avoir entendu le rapport qui 
lui a été fait au nom de ses deux Comités 
réunis de salut public et de sûreté géné- 
rale, approuvant l'ai'restation ordonnée 
par eux, la veille, des représentants du 
peuple Basire, Chabot, Delaunay (d'An- 
gers) et Julien (de Toulouse) et chargeant 
ses deux Comités réunis de salut public et 
de sûreté générale de lui présenter inces- 
samment un rapport sur la conspiration 
dont il s'agit d'après les déclarations qui ont 
été faites par Basire et Chabot à son Co- 
mité de sûreté générale. 

28 brumaire an II. 

Extrait du procès- verbal, A. N., Cl 76, 
fol. 6395. 

Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXV, p. 311. 

Archives parlc^ventaircs, t. LXXIX, p. 449. 

268. — Lettre du Comité de salut public 
au Comité de sûreté générale, considérant 
que la Convention nationale a décrété le 
matin que les deux Comités feraient au 
plus tôt leur rapport sur la dénonciation 
déposée par Chabot et Basire, le convo- 
quant pour le soir même afin d'établir 
les bases du travail. 

G frimaire an II. 
Original, de la main de Barère, A . A' ., AF*n 22, 
n» 170 (pièce 32). 

269. _ Décret de la Convention nalio- 
tionale adoptant le décret de mise en 
accusation de Delaunay d'Angers, Julien 
de Toulouse, Chabot et Fabre d'Eglantine 

9 



130 CHAPliUK l«^ — JOUHNEES HISTOKIQUES DE LA UÉVOLUTION 



pour avoir traliqué de leur opinion à l'eflct 
de favoriser Tagiolage, pour avoir falsilié 
ou concouru à falsifier le dt'screl du 17 ven- 
démiairo concernant la Compagnie des 
Indes, ainsi que de Basirc pour complicité 
de ces manœuvres criminelles, et ren- 
voyant aux Comités de salut public et de 
sûreté générale le rapport avec le projet 
de décret, afin d'y ajouter le chef d'accu- 
sation d'après lequel la conspiration avait 
principalement pour objet de corrompre 
et d'avilir la représentation nationale. 

26 ventôse an II. 

Extrait du procès -verbal, A, N,, G 292, 
n» 947. 

Ed. Procès-verbil de la Convention nationale, 
t. XXXIII, p. 377. 

270. — Décret de la Convention natio- 
nale, déclarant qu'il y a lieu à accusation 
contre Delaunay d'Angers, Julien de Tou- 
louse, Fabre d'Eglantine, Chabot et Basire, 
députés, comme prévenus d'avoir participé 
à la conjuration ourdie contre le peuple 
français et la liberté, ladite conjurafion 
tendant à diffamer et avilir la représenta- 
tion nationale et à détruire par la corrup- 
tion le gouvernement républicain, lesquels 
Chabot, Delaunay d'Angers, Julien de Tou- 
louse et Fabre d'Eglantine y ont pris part 
en trafiquant de leur opinion, en deve- 
nant auteurs ou complices de la suppres- 
sion et de la falsification du décret du 
17 vendémiaire concernant la Compagnie 
des Indes, en y substituant, ou ayant con- 
couru à y substituer, un faux décret, pro- 
mulgué le même jour, et Basire, pour s'être 
rendu leur complice en gardant le silence, 
soit sur les révélations qu'ils lui ont faites 
de leurs manœuvres criminelles, soit sur 
les propositions intéressées qui lui ont été 
faites, renvoyant au Tribunal révolution- 
naire les dénommés ci-dessus, à l'effet d'y 
être jugés conformément aux lois, et dé- 
cidant que le rapport, les pièces à con- 
viction et autres instructions relatives à 
cette affaire seront adressés sans délai 
à l'accusateur public. 

29 ventôse an II. 

Copie conforme, signée de Tavernier, com- 
mis-greffier, A. N., W 342, n" 648 (impartie). 

Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, 
t. XXXIII, p. 438. 



271. — Décret de la Convention natio- 
nale, sur le rapport du Comité des finances, 
déclarant faux et supposé le décret qui 
supprime les compagnies financières, in- 
séré dans le procès- verbal de la séance 
du 17 du premier mois, et ordonnant de le 
remplacer par un autre décret en 8 ar- 
ticles. 

26 germinal an II. 

Minute, de la main de Ramcl, A. N., C 206, 
n» 1010. 

Ed. Procès-verbal de la Convcnlion nationale, 
t. XXXV, p. 242. 

B. — MANIFESTATIONS DE l'oPINION 
CONTRE LES DANTONISTES 

272. — Adresse de la Société des défen- 
seurs de la République à la Convention 
nationale, présentant ses hommages à la 
Montagne sacrée, qui a terrassé la faction 
liborlicide du fédéralisme, qui de son som- 
met a lancé la foudre qui vient de terrasser 
la faction Hébert et consorts, l'invitant à 
maintenir la terreur à l'ordre du jour, 
attendu que sur les cendres encore fu- 
mantes de la faction écrasée avant-hier 
une nouvelle faction semble lever sa tête 
allière, et les intrigants cherchent à se 
remuer en tous sens pour calomnier les 
patriotes et amalgamer leur cause avec 
celle des conspirateurs, mais espérant que 
la sainte Montagne déjouera encore ce 
nouveau complot, et déclarant que la 
Société des Défenseurs de la République 
n'aura d'autre boussole que la représen- 
tation nationale, de point de ralliement 
que la Convention. 

6 germinal an II. 

Original, signé de Namys, président. Bacon, 
secrétaire, Rutteau, secrétaire, le père Gérard 
Dourgoing, secrétaire perpétuel, Masset. secré- 
taire, et scellé d'un cachet de cire rouge, A. N,, 
C 296, n» 1004. 

Mention honorable, insertion au Bulletin, 
le 6 germinal, l'an 2. Signé : Bezard. 

273. — Lettre du Comité de surveillance 
révolutionnaire de la commune de Cher- 
bourg à la Convention nationale, décla- 
rant que le décret d'accusation qu'elle 
vient de lancer contre Danton, Lacroix et 
leurs complices, va guérir tous les Fran- 
çais de l'engouement des réputations usur- 



MANIFESTATIONS DE L'OPINION CONTRE LES DANTONISTES 



131 



! pées, de la célébrité des noms, que cet 
acte vigoureux en politique et en morale 
apprendra au peuple à se défier désor- 
mais de tous les prétendus patriotes, il 
préférera les principes aux vains talents 
de l'éloquence et de l'érudition, qui ne 
doivent être enviés que lorsqu'ils sont ac- 
compagnés de la vertu et de la probité, 
ajoutant que la Convention vient de faire 
une révolution dans les mœurs, dans l'es- 
prit public, en livrant au glaive de la Loi 
les mandataires infidèles. 

16 germinal an II. 
Original signé, A. N., G 298, n" 1043. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
26 germinal, 2* année. 

274. — Adresse de l'administration du 
district de Lamballe à la Convention na- 
tionale, déclarant que le courrier de ce 
jour leur apprend les noms et les crimes 
de nouveaux conspirateurs, de représen- 
tants du peuple, siégeant sur les bancs de 
la Montagne, d'où ils ont été précipités, 
grâce à la mâle vigueur du Comité de sa- 
lut public, et l'engageant à poursuivre et 
atteindre partout l'intrigue et la trabison . 

16 germinal an II. 
Original signé, A. iV., C 298, n» 1041. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
22 germinal, 2* année. 

275. — Adresse du Comité révolution- 
naire de la section de Mutius-Scevola, 

' réuni aux autorités constituées civiles, 
militaires et de bienfaisance, à la Conven- 

I tien nationale, la félicitant d'avoir frappé 
des foudres de la justice tous les nou- 
veaux Catilina, ces audacieux qui, en bra- 
vant les droits du peuple, appelaient sur 
leurs têtes l'expiation de leurs forfaits, et 
d'avoir anéanti le Conseil exécutif, fan- 
tôme restant d'un régime despotique, au- 
quel s'attachaient une foule d'intrigants. 

18 germinal an II. 

Original, signé de Violette, président, A. N., 
C 300, n» 1055. 

Ed. Journal des débats el des décrets, n" 571, 
p. 392. 

276. — Lecture h l'assemblée de la So- 
ciété populaire et i^épublicaine régénérée 
de Falaise d*une lettre du citoyen Legot, 



député à la Convention nationale, par la- 
quelle il fait connaître à la Société le ju- 
gement rendu contre Danton, Lacroix et 
autres députés, Westermann et autres 
traîtres, nouvelle preuve de l'infatigable 
surveillance des Comités de salut public 
et de sûreté générale. 

18 germinal an II. 

Extrait conforme du procès-verbal, A. N., 
C 303, n" 1110. 

Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
16 floréal, 2* année. Signé : Dornier. 

277. — Adresse de félicitations des Sans- 
culottes, des autorités constituées et de la 
Société populaire de Champigny-sur-Marne 
à la Convention nationale, déclarant que, 
saisis d'horreur à la vue des dangers qu'a 
courus et que paraît courir encore la re- 
présentation nationale, ils viennent en 
masse se rallier à la Montagne et lui servir 
de rempart contre les factions scélérates 
qui l'ont menacée et la menacent encore 
journellement de leur fer assassin. 

19 germinal an II. 

Original, signé de Lefebvre, maire, et autre.*, 
A. N., C298, n» 1040. 

Mention honorable et insertion au Bulletin, 
21 germinal an 2. 

Cf. Journal des débals et des décrets, n° 570, 
p. 375. 

278. — Adresse de la Société populaire 
d'Arcis-sur-Aube à la Convention natio- 
nale, déclarant que Danton, né dans leur 
commune, n'est plus, que la République 
est vengée, que ses complices ont égale- 
ment succombé sous le glaive de la Loi, 
et invitant la Convention à suivre le fil de 
la conspiration et à frapper les coupables, 
attachés ou non par les liens du sang ou 
de l'affinité, les agents subalternes qui 
ont secondé les projets liberticides des 
chefs, et otfrant leur concours, la justice 
du peuple étant la leçon des traîtres. 

20 germinal an II. 

Original, signé de Simon, président, A. N., 
G 300, n" 1057. 

Mention honorable, insertion au Bulletin, 
27 germinal. 

Ed. Journal des débals et des décrets, n" 574, 
p. 438. 

279. _ Adresse de la Société populaire 
de Moulins à la Convention nationale, la 



i3â 



CriAPlThË I". — JOUUNEES HIStOUlQUES DE LA RÉVOLUTION 



félicitant d'avoir livré au glaive national 
les traîtres qui étaient les chefs de la 
conspiration, et vouant à Texécralion la 
mémoire des Hébert, des Danton, de tous 
ceux qui comme eux ont conspiré contre 

la liberté. 

21 germinal an II. 
Original signé, A. N., C 303, n" 1 102. 

280. — Adresse du Comité révolution- 
naire de Tours à la Convention nationale, 
la félicitant d'avoir déjoué les desseins 
infâmes de ces trop fameux conspirateurs, 
de ces Danton et tant d'autres avant lui 
qui, contre toute attente, avaient osé mé- 
diter leurs projets liberlicides à l'ombre 
de la représentation nationale et jusqucs 
dans le sanctuaire des lois, et d'avoir, 
devant l'univers étonné, livré à la rigueur 
des tribunaux des conspirateurs siégeant 
dans son sein, dont les têtes coupables 
tombent sous le glaive de la justice. 

21 germinal an II. 
Original signé, A. iV., C 298, n° 1042. 
Mention honorable, insertion au Bulletin. 

281, — Lettre de l'agent national du 
district de Laigle à la Convention natio- 
nale, se réjouissant d'apprendre que le 
glaive (le la Loi a frappé la tête conspira- 
trice des partisans de la tyrannie royale, 
adjurant la sainte Montagne, roche inex- 
pugnable, de rester à son poste, en dépit 
des monstres qui chercheraient à faire re- 
vivre les forfaits de La Croix et propager 
les pernicieuses maximes des Danton, 
Fabred'Eglantine,CamilleDesmoulins,etc. 

21 germinal an II. 
Original signé, A. JV., C 298, n» lOil. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
23 germinal, 2* année. 

282. — Adresse de la Société populaire 
de Montpellier à la Convention nationale, 
rappelant que Catilina voulut étouffer la 
liberté de son pays, mais que Cicéron 
ayant parlé au peuple, Catilina fut immolé, 
déclarant que Danton, aussi féroce, aussi 
profondément pervers que ce traître, vou- 
lait asservir son pays, que la Convention 
s'est levée et que Danton va périr sur 
l'échafaud, que Danton et ses complices 
étaient aveuglés par l'ambition et cher- 



chaient ;"i immoler la vertu pour pouvoir 
dominer sans crainte. 

2 1 germinal an II. 
Original signé, A. N., C 303, n» 1102. 

283. — Adresse du Comité révolution- 
naire de la section de l'Homme-Armé et 
de la Société do la Chaumière, tenant ses 
séances dans lélendue de ladite section, 
exprimant toute leur satisfaction de la 
découverte de l'alfreuse conspiration tra- 
mée contre le bonheur du peuple, la sû- 
reté de la représentation nationale, afin 
de détruire la Hépubli(|ue, et du jugement 
(les conjurés, qui, sons le nom d'amis de 
la République, n'élaient que ceu.xdu roya- 
lisme, et employaient toutes leurs facultés 
pour rétablir la royauté ou jeter les pa- 
triotes dans le gouffre de l'anarchie. 

23 germinal an II. 

Original signe. ^. A'.. C 298, n» 10i2. 

Mention honorable, insertion au Bullelin, le 
25 germinal, 2« année. 

Cf. Journal des di-bals et des décrets, n^ôîS, 
p. 497. 

284. — Adresse de la Société monta- 
gnarde de Lorient à la Convention natio- 
nale, la félicitant d'avoir démasqué et con- 
fondu tous les conspirateurs de la tyran- 
nie, lels que Momoro, Vincent, Hébert, 
tous nés du peuple, à la fois corrompus et 
corrupteurs, qui ont trafiqué pour de l'or 
de la liberté de la nation française, et ces 
anciens amis des rois et des princes, Dan- 
ton, Camille, Lacroix, ces usurpateurs de 
la confiance du peuple, qui avaient voulu 
aussi usurper sa souveraineté pour la pla- 
cer dans les mains dégoûtantes du plus 
hideux des tyrans, du plus infâme des 
hommes, d'Orléans, 

23 germinal an II. 
Original signé, A. N., C 303, n« 1103, 

28o. — Adresse de la municipalité, du 
Comité de surveillance et de la Société 
populaire de la commune de Thiais, à la 
Convention nationale, déclarant que la 
conjuration perfide qu'elle vient de décou- 
vrir, dont Danton, Lacroix et autres étaient, 
les chefs, et que le glaive de la Loi a si 
justement punis, est une bataille de plus 
gagnée sur ses ennemis, adressant leurs 



MANIFESTATIONS DE LOIMNION CONTRE I.KS DANTONISTES 



133 



félicitations et conjurant la Convention de 
continuer à terrasser l'iiydre hideux de la 
conspiration et de la perfidie. 

Sans date (23 germinal an II). 
Original signé, A. N., C 298, n" 1041. 
Menlion honorable, insertion au Bulletin. 

280. — Adresse de la Société populaire 
de Bourbonne-les-Eaux à la Convention 
nationale, faisant connaître qu'elle s'était 
empressée d'applaudir aux actes éclatants 
de vengeance et de justice nationale qui 
avaient été exercés contre la secte des 
Héberlistes, qu'elle applaudit encore au- 
jourd'hui aux derniers coups qui viennent 
d'être portés contre ces hommes, non 
moins fameux dans le Panthéon des scé- 
lératesses. 

24 germinal an II. 

Original, signé de Pilnn, président, Guyot, 
vice-président, A. A'., C 303, n" 1104. 

287. — Adresse de la Société populaire 
de Nevers à la Convention nationale, dé- 
clarant qu'elle apprend avec plaisir que 
Danton et ses coniplices viennent d'expier 
leurs crimes sous la hache nationale, et 
annonçant qu'elle fera célébrer une fêle 
civique en réjouissance de la découverte 
de la conspiration. 

24 germinal an II. 

Extrait du procès-verbal, A . A^, C 290, n° 100 1 . 
Cf. Procès-verbal de la ConceiUion nuUonalc, 
t. XX.W, p. 189. 

288. — Adresse de la Société monta- 
gnarde de Livarot à la Convenlion natio- 
nale, témoignant la joie et la salisfaclion 
qu'elle a ressenties en apprenant les ré- 
compenses et les faveurs justement méri- 
tées que la guillotine venait d'accorder 
aux Danton, aux Lacroix et autres, qui se 
disaient les amis du peuple et ne cher- 
chaient qu'à l'opprimer et à le réduire au 
plus vil esclavage, qui voilaient leurs for- 
faits et leur scélératesse sous l'apparence 
du plus grand patriotisiTie. 

25 germinal an II. 

Copie conforme, A. N., C 303, n» 1103. 

289. — Adresse de la Société monta- 
gnarde et épurée de Sijean (Aude), à la 
fpnveiïtion nationale, passant en revue les 



factions qui se sont succédées, ayant toutes 
pour but lanéantisscment de la représen- 
tation nationale et l'assassinat des pa- 
triotes incorruptibles, c'est ainsi qu'après 
les trames infernales des Brissot est ve- 
nue la conspiration des Momoro, des Hé- 
bert, des Ronsin et de cette bande de scé- 
lérats qui, sous le manteau du patriotisme, 
allaient porter un coup mortel à la liberté, 
dans le même temps, Lacroix, Danton et 
leurs complices abusaient d'une confiance 
qu'ils avaient usurpée pour servir cons- 
tamment toutes les factions, jamais la 
cause du peuple, tendaient au même but 
et n'étaient pas moins redoutables, ren- 
dant grâces aux Comités de salut public et 
de sûreté générale, qui ont déjoué tant de 
complots liberlicides, et à la Convenlion 
qui a fait tomber la tète des coupables. 

25 germinal an II. 
Original signé, en triple exemplaire, avec 
lettre d'envoi au président (i pièces), A. N., 
C 303, n" 1105. 

290. — Adresse de la Société populaire 
épurée de Riom à la Convention nationale, 
déclarant que si le supplice du tyran et des 
fédéralistes fonda pour jamais le gouver- 
nement républicain, le supplice des Dan- 
ton, Lacroix et autres fonde à jamais la 
République, félicitant l'Assemblée d'avoir, 
par son énergie, encore une fois sauvé la 
patrie et l'engageant à poursuivre celte 
infernale conspiration dans ses ramifica- 
tions les plus obscures. 

25 germinal an II. 
Original signé, A. iV., C 303, n" IIOG. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
8 floréal, 2' année. Signé : N. Ilaussmann. 

291. — Adresse de la Société populaire 
de la section de Brutus à la Convention 
nationale, déclarant que, loin de partager 
les projets criminels de la faction impie 
que l'œil vigilant et perspicace de l'Assem- 
blée a découverts, elle vient manifester 
à la barre l'horreur dont elle est péné- 
trée, et a oQert ses bras et sa vie avant 
même que la Convention eût levé sur les 
conspirateurs sa massue terrible, annon- 
çant qu'elle interrompt ses séances, et 
rappelant que son in.stilulion fut djcléç 



13^ 



ClIAPITHE I«^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



par le désir de se rallier de corps el d'esprit 
pour otlVir un rempart inexpugnable à la 
représentation nationale (ju'on voulait avi- 
lir et au Comité do salut public qu'on 
voulait dissoudre. 

(30 genninul an II.) 
Original, signé de Moussard, rédacteur, 
A. A'., C 303, n» 1099. 

Mention honorable, insertion au Bulletin. 

292. — Adresse de la Société populaire 
et républicaine de Gien à la Convention 
nationale, déclarant que l'on aurait peine 
à croire qu'il exislùt des hommes aussi 
pervers que les Hébert et les Vincent, que 
les Danton et les Ronsiii, si l'on n'en était 
convaincu par l'évidence même de leurs 
complots liberticides, félicitant de nouveau 
la Convention, comme elle l'avait fait pour 
les premiers, d'avoir encore une fois sauvé 
la République en livrant les derniers et 
tous leurs complices au Tribunal révolu- 
tionnaire. 

l*f floréal an II. 
Original signé, A. N., C 303, n» 1105. 
Mention honorable, insertion au Bulletin. 

293. — Adresse de la Société des Amis 
de la Constitution de 1793, séante à Agen, 
à la Convention nationale, se réjouissant 
d'apprendre que la foudre de la Liberté a 
écrasé ou écrasera tous les conjurés, ajou- 
tant que Danton, trop fameux par son pa- 
triotisme hypocrite et dissimulé, a donné 
ce grand exemple <t. son pays, que seul 
l'homme vertueux conservera la confiance 

du peuple. 

5 floréal an II. 

Original signé, A. N.. C 303, n" 1114. 

Mention honorable, insertion au Bulletin, 
30 floréal. Signé : N. Haussmann, 

294. — Adresse de la Société populaire 
et révolutionnaire de Xantes (Saintes) à la 
Convention nationale, se réjouissant de 
constater que l'existence des conspirateurs 
est éphémère, que le masque hypocrite 
d'Hébert est arraché, que le manteau de 
Danton tombe, que le voile obscur dont 
Hérault s'était couvert se déchire, que le.s 
escroqueries de Chabot sont découvertes, 
que la justice triomphe et la République 
est vengée, que leurs têtes sont tombées 
sous la hache nationale, tel a été et tel 



sera toujours le sort des scélérats qui au- 
raient encore la lâcheté de conspirer contre 
la liberté de leur pays, adjurant les repré- 
s(Mitants de frapper sons miséricorde ces 
vils atomes de l'aristocratie et de pulvé- 
riser tous les partis liberticides. 

Sans date (5 floréal ;ui II). 
Original si<rné, A. N., C 303, n" 1104. 
Mention honorable et insertion au Bulletin, 
5 floréal, an 2 de la République. 

295. — Adresse de la Société populaire 
de Mont-Ferme, ci-devant Sainl-Rambert 
(Ain), à la Convention nationale, consta- 
tant que les Législateurs ont fait tomber 
sur la tôtc des nouveaux conspirateurs la 
hache de la Loi, et que les Danton, les Ba- 
sire, les Fabre d'Eglantine, les Hérault de 
Séchelles et une partie de leurs complices 
ne sont plus, et mettant au défi de redon- 
ner des fers, après le déchirement d'une 
trame aussi savamment ourdie. 

10 floréal an II. 
Original signé, A. N., C 306, n» 1154. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
4 prairial, 2« année. 

296. — Adresse de la Société populaire 
deMâcon à laConvention nationale, procla- 
mant que le génie de la Liberté doit veiller 
sur les deslins de la France, car personne 
ne pouvait prévoir tous les malheurs que 
l'on a éprouvés de la part de cette nom- 
breuse suite de faux amis du peuple, qui 
depuis les Necker, les Mirabeau, les La- 
fayette, les Barnave, les Lameth et tant 
d'autres jusqu'aux Hébert, aux Camille 
Desmoulins et aux Danton, se sont si- 
gnalés avec éclat dans la carrière révolu- 
tionnaire, mais que la Providence qu'ils 
osaient insulter les a frappés. 

Sans date (1 1 floréal an II). 
Original signé, A. N„ C 303, n» 1 108. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, 
le 11 floréal, 2° année. 

297. — Adresse de la Société mon- 
tagnarde de Fleurance à la Convention 
nationale, annonçant que les jours du 
représentant Darligoeyte ont été menacés 
par l'une des branches impures de la conspi- 
ration Hébert, et faisant remarquer que le 
fer des assassins ne s'approcha jamais des 



MANIFESTATIONS DE L'OPINION CONTRE LES DANTONISTES 



iX 



Brlssot ni des Danton, et qu'il moissonna 
Marat et Le Pelelier. 

Sans date (Il floiéal an II). 

Original, signé de Bigourdan, président, 
A. N., C 303, nM108. 

Mention lionorablc, insertion au Bulletin, 
11 norôai, 2« année. 

298. — Adresse de la Société populaire 
d'Evron à la Convention nationale, décla- 
rant qu'elle a été pénétrée d'horreur à la 
nouvelle que des scélérats, couverts du 
manteau du patriotisme, voulaient rétablir 
la royauté sur les cendres des patriotes, et 
qu'elle a applaudi aux jugements de ces 
fameux coupables, les Danton, les Lacroix, 
les Hérault-Séclielles et leurs complices, 
et a appris avec la même joie que les 
Duval d'Eprémesnil, les Chapelier, les 
Thouret, qui s'étaient montrés dans les 
beaux jours de la Constituante les défen- 
seurs du peuple pour mieux le tromper, 
étaient tombés sous le glaive de la Loi. 

12 floréal an II. 
Original signé, A. N., C. 303, n° 11 10. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
19 floréal, 2' année. Signé : Isoré, secrétaire. 

299. — Adresse du Comité de surveil- 
lance révolutionnaire de Mont-Ferme, ci- 
devant S'-Rambert, déparlement de l'Ain, à 
la Convention nationale, exprimant le vœu 
que tous les ennemis de la patrie subis- 
sent le sort des Danton, des Dasire, des 
Hébert, des Chabot, etc., et la République 
sera sauvée. 

16 floréal an II. 
Originil signé, A. N., C 302, n» 1098. 

300. — Adresse de la Société populaire 
de Sennecey-le-Grand à la Convention na- 
tioDale, la félicitant d'avoir sauvé encore 
une fois la patrie de la fureur impie et sa- 
crilège des factions et d'avoir abattu les 
têtes des conjurés, et l'on se demande où 
sont les Danton, les Hébert. 

16 floréal an II. 
Original signé, A. N., C 303, n- 1111. 
Mention lionoraijle, insertion au Bulletin, le 
22 floréal, 2» année. Signé : Dornicr. 

301. — Adresse de la Société républi- 
caine de Caslelnau-de-Monlmiral à la Con- 
vention nationale, lui rendant grâces 



d'avoir fait tomber des têtes aussi cou- 
pables que celles a'Hébert, de Danton et 
leurs semblables, êtres tnalfaisants, qui 
prenaient le bien du peuple comme pré- 
texte pour en massacrer une partie et 
vendre l'autre à un tyran. 

17 floréal an II. 
Original signé, A. iV., C 306, n» 1164. 
Mention honorable , insertion au Bulletin, 
25 prairial. 

302. — Adresse de la Société populaire 
de Lausargues (Hérault), à la Convention 
nationale, la félicitant de son décret du 
18 floréal, et d'avoir déjoué la noire cons- 
piration des Cloots, des Hébert et des 
Danton, sacrilèges conspirateurs, qui vou- 
laient substituer un dégradant athéisme 
aux vérités sublimes et régénératrices 
qu'enlrevo3ait le peuple à travers le dé- 
luge d'erreurs et d'immoralités dont un 
odieux sacerdoce avait inondé la terre. 

28 floréal an II. 
Original signé, A. N., C 306, n° 1164. 
Mention honorable, insertion au Bulletin, le 
2G prairial. 

303. — Adresse des administrateurs du 
directoire du district de Strasbourg à la 
Convention nationale, déclarant que ja- 
mais supplice des éhontés partisans de 
l'athéisme ne fut mieux mérité, et expri- 
mant le vœu qu'un poteau d'ignominie 
transmette à la postérité les noms à ja- 
mais exécrables des Danton, des Hébert, 
des Chaumette, etc. 

4 prairial an II. 
Original signé, A. N., C 305, n» 1148. 
Mention lionorable, insertion au Bulletin, 
17 prairial, 2" année. 

304. — Adresse du Comité révolution- 
naire du district de Bourges à la Conven- 
tion nationale, déclarant, à propos des 
paroles prononcées par Danton, qu'im- 
porte la verlii, ma demeure sera bientôt 
dans le néant, mon nom vivra dans le Pan- 
théon de l'histoire^ que son nom sera buriné 
dans l'histoire par l'opprobre et l'ignoMunie, 
que Pitt et ses coadjulcurs ont cnleodu 
ses dernières paroles, que leur politique 
les a recueillies afin de dépeindre îi l'Eu- 
rope indignée la nation française comme 



136 



CHAPITUE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



une nation sans morale el sans vertu, et 
ses représentants comme des législateurs 
dont rimmoralité profonde voudrait niveler 
par l'athéisme le crime et la vertu, pro- 
clamant que cette machination infernale 
tournera à l'opprobre éternel de ses au- 
teurs, que le burin de l'histoire transmettra 
;ï la postérité tous les forfaits du parti do 
l'étranger et que le supplice éclatant des 
conjurés sera regardé comme un argu- 
ment de plus en faveur de la Providence. 

Sans date (8 prairial an II). 

Original signé, A.N., C 305, n" 1 144. 

Mention honorable, insertion au Bulletin, par 
extrait, le 8 prairial. Signé : Lesage-Senault, 
secrétaire. 

30o. — Adresse du Conseil général de 
la commune de Preuilly (Indre-et-Loire) à 
la Convention nationale, la félicitant de 
son décret du 18 floréal et se réjouissant 
d'apprendre que le glaive de la Loi a fait 
justice des conspirateurs, des Danton, 
des Hébert, des Ronsin, qui projetaient 
d'étouflFer la République à son berceau, 
au moyen de la corruption générale, de 
la dissolution des mœurs publiques, de 
l'absence de toutes les vertus, avec tous les 
vices mis à leur place. 

16 prairial an II. 
Original signé, A. iV,, C 305, n» 1150. 

306. — Adresse de la Société populaire 
et fraternelle des Montagnes du district de 
Riom, séante à Saint-Georges-duMont, à 
la Convention nationale, déclarant que la 
mort des conspirateurs affermit la Répu- 
blique, que les Danton, les Lacroix, les 
Hébert et tous les scélérats qui, plus cou- 
pables encore que le traître Catilina, 
avaient conjuré la perte de la République, 
ont enfin expié leurs forfaits sur l'écha- 
faud, et ont enfin terminé une vie qui ne 
fut qu'un long tissu de crimes, et que leur 
sang arrosera et fécondera la terre de la 

Liberté. 

Sans date (19 prairial an II). 

Original signé, A. N., C 306, n» 1 162. 

Mention honorable et insertion au Bulletin, 
le 19 prairial. 

307. — Adresse de la Société populaire 
et régénérée de Bourgueil à la Convention 
nationale, la félicitant de son décret du 



18 floréal reconnaissant l'existence d'un 
Etre suprême et de l'immortalité de l'âme, 
alors que les Hébert, les Chabot, les Danton 
et autres, infidèles à leur conscience et à 
leur patrie, avaient voulu faire du peuple 
français un peuple d'athées. 

21 prairial an If. 
Original signé, A. N., C 30G, n" 1166. 
Mention lionorable, insertion au Bulletin, le 
30 prairial, 2» année. 



C 



AUKESTATION DES DANTO.N'ISTES, 
SAISIE DE LEURS PAPIERS. 



308. — Lettre des administrateurs au 
Département de Police au Comité de sûreté 
générale, l'avisant que les citoyens Danton, 
Lacroix (du déparlement d'Eure-et-Loir), 
Camille Desmoulins et Philippeaux sont 
mis, aux termes de son arrêté daté du 
décadi, en état d'arrestation au secret au 
Luxembourg. 

H germinal an II. 
Original, signé de Dupaumié, Heussée. Teur- 
lot, Faro, Quenet, Godard et Rémy, A. N., 
F" 4443. 

309. — Lettre du ministre de la justice 
aux administrateurs de Police, leur trans- 
mettant une expédition du décret de la 
Convention nationale qui ordonne la mise 
en état d'arrestation des citoyens Danton, 
Lacroix, Camille Desmoulins, Philippeaux 
et Hérault, afin de les mettre à portée de 
prendre les mesures nécessaires à son 
exécution, et si l'arrestation et l'apposition 
des scellés n'ont déjà été faites, les invi- 
tant à ne pas tarder à lui en accuser 
réception. 

1 1 germinal an II, 
Minute, A. N., BB^ 30. 

310. — Lettre des administrateurs au 
Département de Police au ministre de la 
justice, en réponse à sa lettre du 11 ger- 
minal, déclarant que le Comité de salut 
public leur a adressé directement, le 
10 courant, son arrêté du même jour qui 
ordonne l'arrestation des citoyens Danton, 
Lacroix, Camille Desmoulins et Philip- 
peaux, membres de la Convention natio- 
nale, leur incarcération au Luxembourg 
et mise au secret, et qu'ils avaient déjà 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



137 



pris les mesures nécessaires pour l'exécu- 
lion de cet arrêté, que ces quatre députés 
ont été conduits, le 11 germinal au malin, 
au Luxembourg, que les scellés ont été 
apposés sur leurs papiers et que le (Comité 
de salut public a été informé aussitôt de 
l'exécution de son arrêté; quant au ci- 
toyen Héraull, ils savaient qu'il était déjà 
détenu au Luxembourg, mais n'avaient 
pas été chargés de son arrestation. 

12 germinal an II. 
Original, signé de Heussée et de Guyot, A.N., 
BC^ 30. 

311. — Réquisitoire de Fouquier-Tin- 
ville, accusateur public du Tribunal révo- 
lutionnaire, visant l'accusation portée par 
le décret de la Convenlion nationale, du 
H germinal, contre les nommés Camille 
Desmoulins, Hérault, Danton, Pliilippeaux 
et Lacroix, députés, comme prévenus de 
complicité avec Fabre d'Eglanline et les 
ennemis de la République, et demandant 
leur mise en état d'arrestation et incarcé- 
ration dans la maison du Luxembourg, 
avec ordonnance du Tribunal révolution- 
naire, faisant droit audit réquisitoire, en 
vue de l'écrou desdits accusés en ladite 
maison d'arrêt. 

12 germinal an II. 
Original, signé de Fouquier, d'Herman, pré- 
sident, de Deliège, de Dobsent, de Foucault et 
de Maire, A. N., W 342, n" 648. 

I. Danton (Georges-Jacques), avocat 
aux ci-devant Conseils, révolution- 
naire et représentant du peuple. 

312. — Procès-verbal d'apposition de 
scellés par les membres du Comité de 
surveillance de Sèvres dans la maison 
occupée par le nommé Danlon, député à 
la Convention nationale, décrété d'accu- 
salion, en présence de Jean-Baplisle Cha- 
non, maire, de Jean Troyon, officier mu- 
nicipal, et de Pierre -Michel Dauvergne, 
jardinier dudit Danton, lequel est chargé 
de la garde des scellés, d'après ce pro- 
cès-verbal il n'a été trouvé que des lits et 
des meubles, à part un fusil de chasse 
armorié appartenant audit Danton, qui 
est déposé au Comité de surveillance de 
Sèvres; au premier étage de la maison for- 



mant le logement du citoyen Charpentier, 
beau-père de Danton, les scellés sont appo- 
sés sur une commode et des armoires. 

12 germinal an II. 

Copie conforme, signée de Martelet, prési- 
dent du Comité de surveillance de Sèvres, et 
scellée, A. N., V iGGO. 

313. — Déclaration de Jean Niquille, of- 
ficier de paix, demeurant rue du Sépulcre, 
et Philippe Gautier, inspecteur de police, 
demeurant cour de la ci-devant Abbaye 
Saint-Germain, reçue par les administra- 
teurs au Département de Police, portant 
que, le jour de l'arrestation de Danton, ils 
ont rencontré le citoyen Rousseau, inspec- 
teur de police, qui avait les yeux baignés 
de larmes à cause de cette arrestation et 
leur dit : Je suis un homme perdu, je saurai 
faire le sacrifice de ma vie, mais je sais ce 
que j'ai à faire, que voyant le désespoir 
dans lequel ledit Rousseau était plongé, 
ils ont craint qu'il ne se portât à des ex- 
trémités fâcheuses pour la chose publique, 
les mômes déclarants ont ajouté qu'au 
dire de ce Rousseau, le citoyen Lafosse, 
chef du bureau de police, lui avait an- 
noncé dans la matinée, d'un air de déri- 
sion et de contentement, les arrestations 

du jour. 

13 germinal an II. 

Original, signé de Niquille et de Gautier, 
A. N., W 27, no 1655. 

Renvoyé au Tribunal révolutionnaire, 16 ger- 
minal an 2« de la République. Signé : Heussée. 

314. —Interrogatoire subi devant Charles 
Ilarny, l'un des juges du Tribunal révo- 
lutionnaire, par Pierre-Jean Rousseau, âgé 
de 22 ans, inspecteur de police, demeu- 
rant rue des Arts, n" 7, auquel il est de- 
mandé pourquoi, le jour de l'arrestation 
de Danton, il était aussi affligé, qui a ré- 
pondu être affligé de ce qu'un homme qui 
avait bien servi la République la trahis- 
sait, a déclaré n'avoir pas été lié avec 
Danton, et ne pas se souvenir d'avoir dit 
qu'il était perdu, que c'était probablement 
dans un moment de délire, de même pour 
ce qui concerne le sacrifice de sa vie. 

23 germinal an II (11 heures du matin). 
Original, signé de Ilarny et de Rousseau, 
A, N., W 27, n» 1655. 



138 CHAPITRE I". — JOUnNKES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



315. — Dt''cIaralion dos riloyciis Hippo- 
lytp Ricli;iuil, oinployô dans les cliairois 
mililairos do larmôc dos Alpos, Ravaiilt, 
commissairo du pouvoir oxôriitif, Jacquos- 
Anloiiie-Paul oL Rniiio Toissier, omployi'"s 
dans les cliairois, Maignan, cliirur^ien nia- 
jor de l'armée, atlacliô au premier luilaillon 
franc, tous liés aux inlérôts et au salut de 
la République par les senlimonls qu'un 
patriote sent et exprime partout où il se 
trouve, portant que, le 30 irerininal, à 
9 heures du soir, en la maison du citoyen 
Choneval, se trouvant à souper à table 
d'hôleavec 10 ou 12 voyageurs, entre autres 
le nommé Philippe, cousin germain de 
Danton, se disant inspecteur du civisme 
des employés des Subsistances militaires, 
celui-ci assura, à plusieurs reprises, qu'il 
prévoyait depuis un an la chute de son 
parent Danton, surtout depuis que la 
femme de ce Iraitre lui avait confié que 
son mari avait reçu un paquet d'assignats 
de 150,000 livres des frères Lameth, ar- 
gent destiné, au dire de cette femme, à 
faire le bien, mais que lui, Philippe, n'en 
avait pas été la dupe, et que, pressentant 
depuis longtemps la trahison de Danton, 
il avait abandonné son char, fort heureu- 
sement pour lui, car sans cela il aurait 
bien pu être guillotiné avec lui, quoiqu'in- 
nocent; lesdits déclarants, pénétrés de 
cette vérité qu'un vrai patriote n'aurait 
pas dû taire un fait de celte importance, 
même un seul jour, ont cru devoir donner 
connaissance de ces détails au Comité de 
salut puldic, en observant que les citoyens 
Maignan et Paul susnommés, étant partis 
pour rejoindre leurs postes, se trouvent à 
Termignoa et à Grenoble, d'où ils pour- 
ront attester les faits en question. 

l"" floréal an II, Chambérj. 
OriginaL signé de Ravault, commissaire du 
pouvoir exécutif, Hippolytc Ricliaud et Tois- 
sier, A. N., I" -iGGO. 

316. — Lettre de Ravault, commissaire 
du ci-devant Conseil exécutif pour l'éva- 
luation des pertes éprouvées par l'inva- 
sion de l'ennemi, au Comité de salut pu- 
blic, lui transmettant la déclaration, si- 
gnée de plusieurs citoyens à Chambéry, 
au sujet des faits dénoncés par le citoyen 
Philippe, afni de savoir s'ils méritent d'être 



pris on considération, ayant été dissimulés 
jusc^u'ici [)ar le particulier en question. 

!"■ flort^al an H. 
Original signé. A. N., F^ 4G60. 
Renvoyé au Comité de sùrelé généi-alo, le 
13 lloréal, l'an 1'' de la R(|uibliquo. 

317. — Déclaration de R.-L.-rrançois 
Doucet, détenu dans la maison d'arrêt du 
Luxembourg, faite au ciloyen Renoit, con- 
cierge de ladite maison, relatant une 
conversation de ce détenu avec le nomtné 
Sephcr, médecin saxon, également détenu, 
qui à propos de l'insurrection fomentée 
aux Cordeiiers, lui assura que Danton 
était du parti des Cord(diers, qu'il avait 
du ressentiment contre Robespierre et 
que rinsurreclion éclaterait sous peu, ledit 
Doucet lui témoigna avoir de Danton une 
toute auli'e opinion, le considérant comme 
agissant de concert avec le Comité de 
salut public, son interlocuteur persista à 
vouloir démontrer qu'il était dans l'erreur. 

5 floréal an IL 
(Pièce abscnle.) 
Eli. Journiil des débats et des dècicls, 
n" 580, p. no. 

318. — Avis anonyme au Comité de 
salut public, faisant connaître que, le 
21 courant, doit être adjugé à Choisy-sur- 
Seine un bien provenant des domaines 
nationaux, acheté parle citoyen Fauvelle, 
dans lequel Danton avait un logement, 
que Ion présume dans le pays que ce 
criminel en était le propriétaire et que 
l'autre n'était qu'un prête-nom. 

G floréal an H. 
Original non signe, A. N., T"' iOGO. 

319. — Procès-verbal de transport des 
représentants du peuple Rréard et Laloy, 
commissaires chargés de la levée des 
scellés apposés chez les députés détenus 
ou hors la Loi, accompagnés de Roussel 
jeune, secrétaire de la Commission, et 
assistés du citoyen Thuillier, juge de paix 
de la section de Marat, et d'Adrien-Jacques 
Joly, commissaire du Déparlement, pour 
la reconnaissance des scellés apposés par 
ledit Déparlemenl au passage du Com- 
merce, rue de Marat, maison n° 24, au 
premier au-dessus de l'entresol, où lo- 
geait Danton, reconnaissance et levée des 



AliRKSTATION DES DANTOMSTES, SAISIE DE LELJHS PAPIERS 



139 



scellés apposés par le DéparLeincnt au 
nombre de trente, abstraction faite d'un 
scellé par suite de l'impossibilité de recon- 
naître par qui il avait été apposé, cxanioii 
des papiers trouvés sous les scellés, des- 
quels il a été distrait, pour être portés au 
local de la Commission, 29 carions rem- 
plis de lettres, dont quelques-unes sont 
encore cachetées, et de pièces ayant trait 
à la Révolution, et remise au Comité des 
inspecteurs de la salle de deux sabres, 
deux épées et une bayonnette de fusil. 

28, 29 prairial, l^"" messidor an II. 

Original, signé de Bréard , de Laioy , de 
Roussel et de Joly, A. A'., F'' 4660. 

A la suite se trouve un récépissé par le 
citoyen Charpentier, beau-père de Danton et 
tuteur de ses deux enfants, des deux sabres, 
des deux épées et de la bayonnette, en date du 
h fructidor an III. 

.320. — Extrait de l'invenlaire des pa- 
piers trouvés sous les scellés des députés 
morts par le glaive de la Loi et déposés à 
la Commission du 18 pluviôse (an III), 
lesquels doivent être remis au Comité de 
sûreté générale. 

Papiers trouvés chez Danton. 

1° Une liasse de 3 pièces, l'une est une 
déclaration, écrite et signée par Danton 
le 8 mai 1791, par laquelle il annonce qu'il 
connaissait le départ de Capet. Les deux 
autres pièces, qui sont le contrat de ma- 
riage de Danton avec la citoyenne Char- 
pentier et la chemise de ce contrat, inu- 
tiles pour la chose publique, n'ont été 
conservées que par rapport à la première, 
qui, attachée avec une épingle au contrat, 
se trouvait néanmoins cachée par la che- 
mise de ce môme contrat; 

2» Une autre de 41 pièces qui sont des 
réclamations en liberté des citoyens Bur- 
diat, Collin, Lalouche, Delannoise, Girot, 
Chauvelin, Seignan-Sère, Goulhier, Marsy, 
Larochelle, Marcenay, Beauvillier, Cousin, 
Dupont. Cherest, Vyard, Royer, Fouinât, 
Possé, Saint- Charles, Troussebois-Baillard, 
Roume, Maulde, Nassau - Saarbruck, La 
Huproye, Le Muet, Maidieu.Courlier, D'Au- 
bourg. No, Joussineau et Régnier; 

3» Une autre de 2 pièces, ce sont deux 
lettres de deux royalistes, l'une timbrée 



et datée de Bordeaux, le 23 juillet 1793, 
l'autre datée de Paris, le 28 même mois et 
année, et portant le timbre de la petite 
poste; 

4° Une autre d'une pièce est une lettre 
signée Dumez, datée de Jaucourl, le ;> aoiit 
1793 et timbrée de Saint-Quentin ; 

ÎJ" Une autre de 3 pièces, qui sont des 
lettres datées de Lille en mars 1793 et 
écrites par Lacroix à Danton ; 

G° Une autre de 2 pièces, ce sont deux 
lettres, l'une, datée d'Arras le 8 avril 1793 
et signée Dumoulin, commissaire aux 
saisies dans la Belgique, l'autre, datée de 
Bethune le 12 avril de la même année, 
signée par les membres du district, Phul- 
leu, Brehou, Leroux et Dtlcrue, et adressée 
à Danton ; 

7" Une autre d'une pièce, qui est une 
lettre, signée de Bricourt et écrite, le 
20 mars 1793, à Bertomme, aîné, négo- 
ciant à Brest; 

8° Une autre de '6 pièces, ce sont des 
lettres écrites à Danton par Chabot pen- 
dant la détention de ce dernier; 

9° Une autre de 7 pièces, la première est 
une pétition des Juges du Tribunal cri- 
minel militaire du 2° arrondissement, de 
l'armée des Ardennes, sur l'accusation 
portée contre eux d'avoir rendu des juge- 
ments iniques; la 2« est une dénonciation 
de Co.udray contre ditlérents particuliers; 
la troisième est une adresse dénonciatrice 
de différents abus et dilapidations com- 
mis par les Comités de surveillance du 
district de Charolles et celui central de 
Saûne-et-Loire; la 4« et dernière est un 
précis des événements arrivés à Toulouse 
lors de la révolution du 31 mai 1793. 

14 fructidor an III. 
Minute, avec décharge écrite de la main de 
Pierre Gnjomar, représentant du peuple, délé- 
gué à cet effet le 29 messidor an III par le 
Comité de sûreté générale, constatant la n-inise 
des papiers en question à rarchivistc de ce 
Comité, A. N., V 4444. 

Papiers trouvés chez Danton. 

321. — 1° Réclamations de diverses per- 
sonnes détenues pour obtenir leur liberté, 
savoir: deBurdiat, négociant à Villefranche 
et à Paris, détenu à la Conciergerie, 



140 



CHAPITHE l-^ — JOURNEES HISTOIUQUES \)E LA MEVOLL'TIO.X 



10 juillet 1793; de Collin, ex-avoué \)rès 
les tribunaux de Paris, détenu à Rioni, 
30 pluviôse an II ; de l,ouis-Ucné Lalouclie, 
ex-conslituant et chef d'escadre, détenu à 
la Force, 9 ventôse an II; de Delannoiso, 
délonu à la Force, 20 pluviôse an II ; de 
(iirot, habitant de la commune d'Eccjue- 
villy, détenu à la Force, 11 frimaire an H ; 
de Cliauvelin, ex-ambassadeur en Anglc;- 
lerre, détenu à la maison de détention de 
la section des Piques, 22 pluviôse an II ; 
de Jean-Baptisle Seignan-Sère, lieutenant 
de gendarmerie, détenu à Tro3es, 12 plu- 
viôse an II ; de Pierre-Alexis Goulhier, ex- 
secrétaire général du département de 
lAube, détenu à Troyes, sans date; des 
femmes des citoyens Marsy et Larochelle, 
détenus aux Madelonnclles, sans date; de 
Suzanne-Adrienne Gaudouard, femme de 
Jean-François-Marie de Marcenay, de Ton- 
nerre, émigré, détenue à la Petite-Force, 
15 nivôse an H; de Beauvillier, ci-devant 
noble, détenu à Indreville, 22 frimaire 
an II; de Cousin, agent, syndic, habitant 
de Suresnes, détenu aux Madelonnetles, 
8 nivôse an II; de François-Mathieu Du- 
[>ort, habitant rue Saint- Louis- au -Ma- 
rais, détenu à la Foice, sans date ; de Jac- 
ques Cherest, procureur syndic du dis- 
trict de Tonnerre, de Pierre-Henri Vyard, 
ancien administrateur, de J. -H. -Nicolas 
Royer, administrateur, et de Jean-Fran- 
çois Fouinât, Juge du tribunal, détenus à 
la Force, 9 frimaire an II ; de Fossé, ac- 
cusateur public près le Tribunal criminel 
du déparlement du Tarn, destitué, détenu 
à Castres, brumaire an II; de S' Charles, 
commissaire du Conseil exécutif dans le 
déparlement du Mont-Blanc, octobre 1793 ; 
de Jean-Jacques Troussebois-Baillard, de- 
meurant à Paris, rue de Thorigny, n° 12, 
prévenu d'émigration, détenu à l'Abbaye; 
de Philippe-Rose Roume, commissaire à 
Saint-Domingue, ami intime de Marat, dé- 
tenu à la Conciergerie, 15 juillet 1793, 
avec 2 lettres du même à Marat, des 6 et 12 
juillet 1793; de Maulde, ministre de la Répu- 
blique française à la Haye, détenu à la Con- 
ciergerie, sans date ; de la princesse hé- 
réditaire de Nassau-Saarbruck, détenue à 
Metz, sans date; de La Huproye, père. Le 
Muet et Maidicu, habitants de Troj^es, 



délenus en la maison de justice du Tribu- 
nal lévoluLioiinaire ; do Courtier, fermier 
de Marville, délonu aux Madelonnetles, 
sans date; de Pierre-Jérômc-lJené d'Au- 
liourg, prêtre à Bouallcs, détenu à Evreux, 
21 mai 1793; de Nicolas No, ancien mar- 
chand de boisa Loiigeville, détenu à Melz, 
sans date; de Joussineau La Tourdoimcl, 
ancien oflicier de cavalerie, détenu aux 
Madelonnetles, sans date; du citoyen Ré- 
gnier, ex-commandant de la garde natio- 
nale de Nangis, détenu à Provins, sans 
date (41 pièces); 

2" Lettres écrites par des enragés roya- 
listes, la première, datée de Paris, 28 juil- 
let 1793, adressée au citoyen Danton, pré- 
sident à la Convention nationale, qualifié 
de f... coquin, président d'une horde de 
scélérats comme lui, sans foi, sans loi, 
sans honneur et sans mœurs, annonçant 
que le jour de la vengeance est proche et 
qu'on espère le voir écarleler à la Grève 
avec Robespierre et ses complices; la se- 
conde, adressée de Bordeaux, le 23 juillet 
1793, an citoyen Danton, représentant du 
peuple français à la Convention nalionale, 
où Danton est traité de pirate abomina- 
ble, écumeur des fortunes des Français, 
annonçant qu'il va expier ses forfaits et 
servira d'exemple aux autres brigands de 
la Montagne, tels que Chabot, Robespierre 
et Legendre (2 pièces); 

3° Lettre d'un sieur Dumez, écrite de 
Jaucourt, le 5 août 1793, au citoyen Dan- 
Ion, président de l'Assemblée nationale, 
déclarant que Danton et Lacroix sont com- 
plices de Dumouriez, vendus à l'Angle- 
terre, et que 150 Brutus ou Charlotte Cnr- 
day vont les poignarder; 

4° Lettres écrites de Lille par Delacroix 
à Danton, la première, le 23 mars 1793, lui 
disant que les affaires vont de mal en pis, 
que Dumouriez fait tout ce qu'il faut pour 
accréditer les' soupçons que sa conduite 
et sa légèreté ont fait naître, que l'armée 
de Belgique bat en retraite sur 2 colonnes, 
l'une marchant sur Mons, l'autre sur 
Tournai, que Lille manque de munitions 
de guerre; la seconde, du 28 mars 1793, 
déclarant que Dumouriez lui parait bien 
dangereux pour la République, qu'il fait 
évacuer aujourd'hui Tournai, que Mons ou 



ARRliSTATlON DES DâNTONISTES, SAISIE DE LEUHS PAPIERS 



141 



Namur le sont ou vont Tèlre, qu"il a pro- 
posé ce malin de mettre Dumouriez en 
état d'arrestation, mais que ses collègues 
ont cru devoir temporiser (2 pièces); 

Ed. D"" Robinet, Le Procès des Danlonistes, 
p. 257. 

5° Lettres du citoyen Dumoulin, com- 
missaire aux saisies en Relgique, et du 
directoire du district de Béthune, au repré- 
sentant Danton, en date des 8 et 12 août 
1793, annonçant l'arrestation à Réthune 
de 2 voitures chargées d'effets lui appar- 
tenant ainsi qu'à Lacroix, que le boule- 
versement occasionné par la trahison de 
Dumouriez avait fait considérer comme 
suspectes (2 pièces) ; 

6° Lettre du sieur Bricourt, chevalier de 
Saint-Louis, adressée le 10 mars 1793 au 
citoyen Rertomme, négociant à Brest, 
annonçant que le sort des armées est 
favorable aux émigrés et qu'il plaint ceux 
qui ont eu la bassesse d'acheter de leurs 
biens (1 pièce) ; 

1° Quatre lettres adressées par François 
Chabot pendant sa détention au Luxem- 
bourg, du 8 frimaire au 29 frimaire an II, 
au citoyen Danton, représentant du peu- 
ple, membre du Comité de salut public, 
cour du Commerce, la dernière adressée 
collectivement à Danton et à Merlin, où il 
dévoile le complot de Delaunay d'Angers, 
Basire, Fabre d'Eglantine, en chargeant 
surtout Delaunay et Hébert, et déclarant 
que Fabre d'Eglantine et Rasire ont feint 
d'entrer dans le complot pour mieux le 
déjouer (4 pièces, au lieu des 5 indiquées 
sur la chemise). 

8° Pétition des juges du Tribunal cri- 
minel militaire du 2° arrondissement de 
l'armée des Ardennes à la Convention na- 
tionale, protestant contre l'accusation 
portée contre eux d'avoir rendu des juge- 
ments iniques et arbitraires, sans date 
(1 pièce). — Dénonciations de Jean Cou- 
dray, vigneron à Puteaux, contre des ha- 
bitants de Puteaux et du Pecq, sans date 
(4 pièces). — Dénonciation au Comité de 
sûreté générale d'abus et dilapidations 
commis parle Comité de surveillance du 
district de Charolles et le Comité central 
de Saône-et-Loire, sans date (2 pièces).— 
Mémoire du sieur Richard, contenant le 



précis des événements arrivés ù Toulouse 
lors de la révolution du 31 mai et le rôle 
joué par Chabot, 3 ventôse an 111(1 pièce). 

Minutes (1 dossier), A. N., V 4434. 



322. — Contrat de mariage de Georges- 
Jacques Danton, avocat aux Conseils, de- 
meurant rue de la Tixerandcrie, et d'An- 
toi nette-Gabrielle Charpentier, fille de Fran- 
çois-Jérôme Charpentier, contrôleur des 
fermes, et d'Angélique-Oclavie Soldini, 
passé devant M" Dosfant, notaire à Paris. 

9 juin 1787. 
Expédition sur parcliemin, signée de Dosfant 
et Levret, son confrère, A, N. F'' 4385*. 

323. — Déclaration de Danton, faisant 
connaître que, le 18 avril, lors de confé- 
rences qui eurent lieu dans une salle de 
l'Assemblée nationale avec plusieurs mem- 
bres du Département, le Maire et le Com- 
mandant général, qui étaient présents, lui 
ont paru l'un et l'autre par leurs discours 
être constamment d'avis que le départ du 
Roi devait être protégé par la force armée. 

8 mai 1791. 

Autographe, annexé au contrat de mariage 
de Danton avec Antoinetle-Gabrielle Charpen- 
tier, A.N., FM385». 

Ed. Musée des Archives nationales, n" 1217. 

2. Desmoulins (Benoît-Camille), homme 
de lettres, député à la Convention 
nationale. 

324. — Extrait de l'inventaire des pa- 
piers trouvés sous les scellés des députés 
morts par le glaive de la Loi et déposés à 
la Commission du 18 pluviôse, lesquels 
doivent être remis au Comité de sûreté 
générale. 

Papiers trouvés chez Camille Des- 
moulîns. 

i" Une liasse renfermant une lettre du 
14 mars de l'an 2«, datée de Lille et signée 
de Gonchon, Fourcade et Fauchez ; 

2° Une autre de 9 pièces, renfermant les 
demandes de mise en liberté des citoyens 
Barrau, Denois, Labrousse, Gloutier, Le- 
febvre, Permangle et Hénin. 

Parmi les papiers à remettre aux pa- 



142 



GHAPITIŒ le^ — JOUUNÉES HISTOUIQUES DE lA RÉVOLUTION 



reiils des députés morts ligurenL 22 pièces 
trouvées chez Camille Desmoulins, qui sont 
des lettres du père, du frérc et de la 
femme de Camille, et d'autres du général 
Arthur Dillon, une autre liasse de o pièces, 
qui sont des lettres du député Fréron à 
Camille et à sa femme, et enlin 3 paquets 
de papiers indilTérents. 

12 fruciiiior an III. 
Minute, avec décharge, écrile de la main de 
Pierre Gujomar, rc|irésentant du peuple, dcléguc 
à cet effet le 29 messidor an III par le Comité 
de sùretô générale, constatant la remise des 
papiers en question à l'archivisle de ce Comité, 
A. N., FMiU. 

Papiers trouvés chez Camille Dos- 
moulins. 

325. — 1" Lettre de Gonchon, Fourcadc 
et Fauchez, datée de Lille, 14 mars 1793, 
donnant leur opinion sur les divers gé- 
néraux de l'armée de Belgique, qui veu- 
lent tous commander, tels que Lanoue et 
Stengel, qu'ils jugent tous détestables et 
ayant mis tout en o'uvre pour contrecar- 
rer les opérations de Du mouriez; 

2" Demandes de mises en liberté adres- 
sées au Comité de sûreté générale par le 
citoyen Barrau, inspecteur des équipages 
d'artillerie, détenu à Rennes, frimaire 
an II; par le citoyen Denois, habitant de 
Versailles, détenu dans la maison des Ré- 
collets de cette ville, sans date; par le ci- 
toyen Labrousse, agriculteur, détenu à 
Paris, sans date; par Nicolas Gloutier, 
homme de loi, assesseur du juge de paix, 
détenu à Chaumont, nivôse an II; par Si- 
mon Lefebvre, notaire public à Paris, 
rue Saint-Merry, détenu à Paris, 18 fri- 
maire an II; par le citoyen Charles Per- 
mangle, détenu en la maison d'arrêt des 
Capucins, Chaussée-d'Antin , sans date ; 
parle citoyen Claude-.Nicolas Hénin, agent 
d'affaires à Rouen, rue de Lille, détenu à 
Rouen, 21 pluviôse an II. 

Minutes (1 dossier), A. N., V 4i3i. 

326. — Déclaration de trois Sans-cu- 
lottes de la commune d'Anet, district de 
Dreux, savoir, le sieur Breton, comman- 
dant, Alexandre, vigneron, et Percheron, 
charpentier, portant que s'étant approchés 
de Lacroix, député, qui se promenait sur 



la terrasse des Feuillants, dans la conver- 
sation qu'ils eurent ensemble, ledit La- 
croix leur confia qu'il s'ennuyait très fort 
à la Convention, que c'étaient tous des 
scélérats et qu'il voudrait en être sorti 
avec des mille coups de pied au cul. 

4 germinal an II. 
Original, signé de Breton, commandant, 
A. N.,F"' 4756. 

3. J..VCUOIX (Jean -François De), capi- 
taine de milice, puis homme de loi 
et député à la Convention nationale. 

327. — Lettre de Delacroix à son col- 
lègue Legendre, député de Paris, rue de 
Beaune, n» . ., près le pont, le prévenant 
qu'il vient d'être mis en état d'arrestation 
et conduit au Luxembourg par ordre des 
Comités de salut public et de surveillance, 
déclarant qu'il n'a rien à se reprocher et 
qu'il présume que c'est pour avoir eu, la 
veille, une explication assez vive avec 
Aniar, le sommant, au nom de la Liberté, 
de demander à la Convention sa compa- 
rution à la barre pour s'expliquer, attendu 
que ces « Comités inquisiteurs » ne vont 
pas manquer de lui faire jouer un rôle 
dans quelque conspiration, le moment est 
enfin arrivé de tout dire et de retirer à 
ces deux Comités le pouvoir tyrannique, 
dont ils font un si mauvais usage, on ne 
sait, ajoute Delacroix, où ces Messieurs 
voudront bien s'arrêter, si ce n'est lorsque 
toule la Convention sera arrêtée, c'est 
peut-être à quoi l'on tend, terminant en 
disant qu'il s'abandonne à son amitié et 
qu'il attend avec impatience que Legendre 
lui fasse rendre, ainsi qu'à la représenta- 
tion nationale, la justice et la liberté qu'elle 
n'aurait jamais dû perdre. 

1 1 germinal an II. 

Autographe et copie conforme (2 pièces), 
A. N., ?■? 4756. 

En tête de la copie, se lisent les mots : Af- 
faire terminée par la sainte guillotine. 

328. — Procès-verbal de transport des 
citoyens Cléry, David et Joseph, membres 
du Comité révolutionnaire de la section 
de la République, délégués par le Comité, 
rue Saint-Lazare, n-' 394, au domicile de 
Lacroix, député à la Convention natio- 



AKRESTATION DES DAMOMSTES, SAISIE DE LEURS PAIMERS 



li3 



nale, exécuté par ordre de la Loi le 16 ter- 
minai, où ils ont trouvé les ciloyens 
Pierre Bourse et >'icolas Laroche, gardiens 
des scellés mis sur les meubles et el'els 
dudit Lacroix, et une citoyenne qui a dit 
s'appeler Marguerite Maillé, femme légi- 
time dudit feu Lacroix, apposition des 
scellés sur un salon donnant sur le jardin 
et un autre donnant sur la cnur, laissant 
la jouissance de deux chambres à la ci- 
toyenne Lacroix, ainsi que de la cuisine 
et de la cave, contenant SOO bouteilles de 
vin ordinaire; quant aux deux cabriolets 
se trouvant sous la remise, ils ont été 
laissés sous la responsabilité des deux 

gardiens. 

18 germinal an II. 
Copie conforme, signée de Joseph, A. N., 
?"> 4756. 

329. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delchcr et Marc-Antoine 
Baudot, députés à la Convention, commis- 
saires chargés de lever les scellés apposés 
chez les députés en arrestation ou hors la 
Loi, accompagnés du citoyen Charbonnier, 
commissaire de police, de Louis François, 
membre du Comité révolutionnaire de la 
section des Tuileries, de Jean -Antoine 
Heuzet, commissaire du Comité de bien- 
faisance, assesseur du juge de paix de la 
section de la République, remplissant par 
intérim les fonctions de juge de paix, de 
Jacques-François Halboul, commissaire du 
directoire du Département, au domicile 
du citoyen Lacroix, ci-devant député à la 
Convention nationale, rue Saint- Lazare, 
n' 39i, à l'effet de reconnaître et lever les 
scellés y apposés, où étant, après examen 
des 4 scellés apposés, tant par le Dépar- 
tement que par le Comité et l'Assemblée 
générale de la section de la République, 
les commissaires ont constaté l'absence 
d'empreintes sur les deux sceaux attri- 
bués au Département, ont été frappés de 
la dissemblance des deux scellés en cire 
verte, et surtout des altérations ongulaires 
et compressions digitales qui se remar- 
quent sur les 4 scellés, ne pouvant se dis- 
simuler, d'après ces altérations, que ies- 
dits scellés n'aient été extraits clandesti- 
nement, à dessein de soustraire des preuves 
matérielles des conspirations dont Lacroix 



était l'auteur ou agent, et que ses com- 
plices ont pu témérairement faire l'extrac- 
tion présumée, en conséquence les com- 
missaires ont fait venir les deux gardiens, 
l'un, Nicolas Laroche, placé par la section, 
l'autre, Pierre-Augustin Leblond, pl.icé par 
le Département, et les ont interpellés sur 
ces altérations, lesquels gardiens ont dé- 
claré qu'il n'était venu personne qui ait pu 
se rendre coupable d'altérations; d'après 
cela, les représentants ont fait venir le ci- 
toyen Louis Liboron, commissaire de po- 
lice de la section de la République, qui 
avait apposé l'un des scellés, lequel étant 
comparu, a déclaré ne pas reconnaître 
pour sien le scellé vert apposé à la porte 
de l'appartement sur le palier de l'esca- 
lier, à gauche, mais a constaté l'altération 
et les compressions digitales au cachet à 
gauche dudit scellé, il a déclaré avoir en 
outre apposé des scellés à une porte qui 
communique du cabinet de toilette de la 
veuve Lacroix à celui de son mari, et dans 
l'appartement attenant a recoimu, sur une 
porte, un cachet en cire verte, d'un fais- 
ceau entouré d'une couronne d'olivier, sur- 
monté d'un bonnet de la Liberté, pour être 
celui qu'il avait apposé lors de l'arresta- 
tion de Lacroix, et un second cachet en 
cire rouge, ayant pour empreinte la statue 
de la Libeité, a été reconnu par ledit Hal- 
bout pour être le sceau du Département, 
l'un et l'autre sans aucune altération et 
d'une intégrité parfaite. 

18 prairial an II. 
Ori;^inal, signé de Baudot, Delcher et des 
autres comparants, et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 47.36. 

330. — Procès -verbal de transport de 
Joseph-Etienne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, commissaires chargés de la levée 
des scellés chez les députés en arrestation 
ou hors la Loi, accompagnés du citoyen 
Charboimier, commissaire de police de la 
section des Tuileries, de Louis-François, 
membre du Comité révolutionnaire de la- 
dite section, de Jean-Antoine Heuzet, asses- 
seur du juge de paix de la section de la 
République, de Louis Liboron, commissaire 
de police de cette section, de Jacques-Fran- 
çois Halbout. commissaire du Directoire du 



144 



CHAPITHE 1". — JOUHNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



Uépcirlemeiil, et d'Antoine Dupont, com- 
missaire dudit Df'parlement, qui a apposé 
les scellés au domicile du citoyen Lacroix, 
député, rue Saint-Lazare, n" 394, lequel 
sieur Dupont, requis par les représen- 
tants de vérifier les scellés par lui apposés, 
a constaté l'absence d'empreinte, les allé- 
rations et compressions digilales détaillées 
dans le procès-verbal de la veille, en ce 
qui concerne les deux scellés apposés sur 
la porte du cabinet de la veuve Lacroix. 
Lesdits représentants ont pris acte de la 
déclaration faite par les i,'ardieMS des 
scellés, suivant laquelle le UIs dudit La- 
croix, âgé d'environ 10 ans, duquel ils ne 
se méfiaient point, est venu dans l'appar- 
tement, et ils l'avaient trouvé louchant 
aux scellés. Pour se rendre compte de 
l'état des scellés apposés dans l'intérieur 
de l'appartement, les commissaires ont 
requis les sieurs Dupont et Liboron de 
procéder à leur vérification, et en particu- 
lier ont remarqué le scellé apposé sur la 
porte d'une pièce qu'on leur a dit être le 
cabinet de travail du député Lacroix, et où 
le sieur Liboron a dit se trouver tous ses 
papiers, le scellé ayant été brisé, les com- 
missaires sont entrés dans le cabinet en 
question, où ils ont aperçu des papiers 
épars et un secrétaire fermé à clef, sur 
lequel le même Liboron a déclaré n'avoir 
point posé les scellés, et a observé qu'il 
reconnaissait que les papiers se trouvaient 
dans le même état où il les avait vus lors 
de l'apposition des scellés ; les représen- 
tants du peuple ont alors requis le citoyen 
Heuzet d'apposer les scellés sur la porte 
d'entrée du cabinet, lesquels ont été croisés 
par celui de la Commission, tous les autres 
scellés apposés tant intérieurement aux 
croisées qu'extérieurement aux portes, res- 
tant dans le stalu qiio. 

19 prairial an II. 
Copie conforme, A. N., F" 4756. 

331. — Lettre de Baudot et Delcher, re- 
présentants du peuple, membres de la 
Commission du 18 pluviôse, à leurs collè- 
gues du Comité de salut public, dénonçant 
une nouvelle prévarication, dont l'impor- 
tance ressort du procès-verbal, dont ils 
envoient une expédition, selon toute appa- 



rence, les complices de la conspiration 
dont les chefs sont tombés sous le glaive 
de la Loi, ont voulu éviter le supplice en 
soustrayant les {)ièccs à conviction qui pou- 
vaient établir leur complicité, telle est leur 
opinion, basée sur l'élal des scellés de 
Lacroix. 

19 prait-ial an II. 
Original, signé de Delcher et Baudot, A. iV., 
pi 4756. 

332. — Procès-verbal de transport de 
Joseph-Elionne Delcher et Marc-Antoine 
Baudot, députés à la Convention, commis- 
saires chargés de lever les scellés apposés 
chez les députés mis en arrestation ou 
lioi's la Loi, accompagnés des citoyens 
Ciiarbonnicr, François, Jean-Anloine Heu- 
zet et Jean-François Ilalbout, au domicile 
du citoyen Lacroix, député à la Conven- 
tion, rue Saint-Lazare, reconnaissance et 
levée des scellés, puis examen des papiers, 
se trouvant dans le cabinet de travail, sa- 
voir : 1", 2° deux étuis de carton con- 
tenant plusieurs cartes géographiques; 
3° projet de règlement et de Code pénal; 
4° deux conférences entre La Barolière, 
Galbaud, maréchaux de camp des armées 
de la République, et le duc de Brunswick; ' 
ij" une liasse de papiers contenant diverses • 
pétitions à remettre au Comité militaire; ' 
0° une liasse de pétitions à remettre au 
Comité d'agriculture; 7° une liasse à re- ' 
inellre au Comité de salut public; 8° une 
pétition à remettre au Comité des péti- ' 
tions; 9° une autre à remettre au Comité 
de liquidation; lO» copie de pièces justifi- 
catives pour Charbonneau, adjudant du 
!"■ bataillon de Fécamp ; 11° pétition de 
Dumerle à remettre au Comité de sûreté 
générale ; 12° une liasse de mémoires et 
comptes relatifs à la mission de Belgique, 
que lesdits commissaires ont emportés, 
aux termes des décrets des 18 pluviôse et 
22 Iloréal, abstraction faite de quantité 
d'imprimés, rapports, discours, projets de ; 
décrets, de brochures insignifiantes, de 
lettres d'affaires particulières, que les re- 
présentants ont lues, des distributions de 
Lacroix, de l'Assemblée législative et de 
la Convention nationale. 

21, 22 prairial an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., F'' 4756. 



ARRESTATION DES DâNTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS iV6 



333. — Extrait de l'inventaire des pa- 
piers trouvés sous les scellés des députés 
morts par le glaive de la Loi et déposés à 
la Commission du 18 pluviôse, lesquels 
doivent être remis au Comité de sûreté 
générale. 

Papiers trouvés chez Lacroix. 

l* Une liasse de 3 pièces relatives à une 
dénonciation contre les citoyens de Mal- 
lendre, père et fiis, de Monlivilliers; 

2° Une autre renfermant la demande de 
mise en liberté du citoyen Dumerle ; 

3" Une autre de 9 pièces concernant le 
citoyen Toussaint de Neufchàtel, destitué 
des fonctions de receveur du district. 

12 fructidor an IIL 
Minute, avec décharge écrite de la main de 
Pierre Guyomar, représentant du peuple, délé- 
gué à cet effet le 29 messidor an III par le 
Comité de sûreté générale, constatant la remise 
des papiers à l'archiviste de ce Comité, A. N., 
f^ 4444. 

Papiers trouvés chez Lacroix. 

334. — l" Demande de mise en liberté 
adressée au Comité de sûreté générale par 
Jean-Baptiste Dumerle, propriétaire fer- 
mier de la ci-devant seigneurie de Bali- 
gny (Eure), détenu en la maison d'arrêt de 
Vernon depuis le 14 pluviôse pour n'avoir 
pas livré â Evreux la quantité de blé 
requise (1 pièce); 

2° Lettre du Comité de correspondance 
de la Société populaire et républicaine 
de Neufchàtel aux représentants Louchet, 
Lacroix et Legendre à Paris, en faveur 
du citoyen Petit, greffier du tribunal du 
district, nommé receveur du district, en 
remplacement du citoyen Toussaint, des- 
titué pour cause d'incivisme et d'aristo- 
cratie, avec délibérations de la Société 
populaire de Neufchàtel, 26 septembre 1793 
— 5 ventôse an II (9 pièces). 

Minutes (l dossier), A. N., ¥"> 4434, 

4. Philippeaux (Pierre), homme de loi, 
député à la Convention nationale. 

335. — Déclaration de Jean Rigeasse, 
fiotairé public et géomètre à Autrèches, 
T. XI. 



district de Noyon, résidant à Paris depuis 
2 mois et demi, rue Champfleury, n" 113, 
reçue par Simon-Toussaint Charbonnier, 
commissaire de police de la section des 
Tuileries, portant que, se trouvant à diner 
à l'hôtel du Saint-Esprit, rue Neuve-des- 
Pelits-Champs, sur l'invitation du citoyen 
Valframbert, dans une réunion de patriotes 
au nombre desquels étaient Levasscur et 
Boutroiie, députés, et Vincent, secrétaire 
général du département de la Guerre, la 
conversation s'engagea sur les affaires du 
jour et Vincent attaqua violemmentlesintri- 
gants ainsi que leurs complices qui avaient 
dénoncé Ronsin et Rossij^nol, parce qu'ils 
étaient patriotes prononcés, visant parti- 
culièrement et désignant du geste l'un 
des assistants, le député Philippeaux, qui 
répondit qu'il n'avait pas cru venir pour 
être insulté et, se retirant de la table, dit 
avec emportement qu'il voyait bien que 
tous les intrigants n'étaient pas à la Ven- 
dée et qu'il se f... de Vincent et de tous 
ceux se trouvant à la tête de la faction qui 
dominait les Jacobins, et qui lui ressem- 
blaient, qu'il avait en effet demandé une 
Commission pour faire juger Ronsin et 
Rossignol et qu'ils le seraient; de plus 
Philippeaux s'étant permis des expres- 
sions grossières contre tous les présents, 
les deux autres députés, ses collègues, pri- 
rent la défense de Vincent que soutint 
également Hébert, au bout d'un certain 
temps Valframbert se leva et dit à Phi- 
lippeaux que son intention avait été de 
réunir des patriotes, qu'il ne le connais- 
sait que pour être un aristocrate, autre- 
ment il se serait bien gardé de l'inviter, 
que d'ailleurs, au Mans, dans leur ville 
commune, il était regardé comme un 
aristocrate, un feuillant, et un ennemi 
juré de tous les patriotes, et que ses col- 
lègues députés comme lui le condam- 
naient, c'est pourquoi il le priait de se 
retirer, ce que lit à l'instant Philippeaux, 
à la satisfaction générale et aux batte- 
ments des mains, et Valframbert déclara 
qu'il allait en instruire la Société popu- 
laire de son département. 

26 frimaire an II. 
Copie conforme, signée de Charbonnier, 
commissaire do police, A. N., F'' 4774''2. 

10 



146 



CHAPITRE I•^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



336. — Déclaration de Jean-Louis-Marie 
Villain D'Aubit;ny, membre du Comité ré- 
volutionnaire de la section des Tuileries 
et adjoint au ministre de la guerre, de- 
meurant rue de Montpensier, n° GO, faite 
devantSimon-Toussaiut Charbonnier, com- 
missaire de police de cette section, ù l'ef- 
fet de rétablir dans leur intégrité les faits 
qui se trouvent dénaturés dans une bro- 
chure intitulée : Philippeaiix, représentant 
du peuple, au Comité de salut public, datée 
de Paris, 16 frimaire an 2«, où en rendant 
compte d'une rixe qui eut lieu à un dîner, 
le 7 ou 8 brumaire, les faits, les circons- 
tances et les expressions y ont été tron- 
qués, altérés, dénaturés et interprétés 
contrairement à la vérité, déclaration par 
laquelle le citoyen D'Aubigny. racontant 
ce qui s'était passé, le 8 ou 9 brumaire, à 
un dîner de patriotes, auquel assistaient les 
députés BoutroûeetLevasseur, Chaumette, 
procureur de la Commune, Hébert, substi- 
tut, et Vincent, secrétaire du département 
de la Guerre, dit que l'on s'entretint 
d'abord de l'affaire de Brissot, au cours de 
la conversation, Vincent s'éleva avec véhé- 
mence contre ceux qui favorisaient l'in- 
trigue jusqu'au sein de la Convention, 
soutenaient les administrateurs fédéra- 
listes et contre-révolutionnaires et persé- 
cutaient les patriotes connus et éprouvés, 
tels que Ronsin et Rossignol, langage à 
l'adresse d'un député assis à sa droite, 
qui était Philippeaux, lequel se leva et 
apostropha violemment Vincent en ces 
termes : Je vois bien que tous les intrigants 
ne sont point à la Vendée, mais je me f... 
de toi, de tous ceux qui sont à la tête de la 
faction qui domine les Jacobins et de tous 
ceux qui te ressemblent, oui, fai demandé 
une Commission pour faire juger ton Ronsin 
et ton Rossignol, et f... ils le seront, malgré 
toi et toute ta clique. Tu as raison, lui ré- 
pliqua Vincent, tous les intrigants, comme 
tu le dis fort bien, ne sont point ù la Vendée, 
puisque tu es ici, mais tu as beau faire, et 
tous ceux qui partagent, non tes opinions, tu 
n'en as pas à toi, mais les vues perfides et 
secrètes, tous tes efforts contre Ronsin, Ros- 
signol et contre tous les patriotes, tourneront 
à la confusion et à la ruine de ton parti; tu 
es c»nmiy ton masque est tombé, les bons 



montagnards et tous les amis de la Répu- 
blique, dans quelques lieux qu'ils soient, 
leur rendent la justice quils ont droit d'en 
attendre et les soutiendront contre Vintrigue 
et la calomnie, la Convention, toujours 
grande, toujours juste, toujours popidaire, 
depuis qu'elle s'est purgée des hommes, sous 
les étendards desquels tu as toujours mar- 
ché, sait les apprécier, leur triomphe est as- 
suré, puisqu'il est fondé sur un patriotisme 
qui ne s'est jamais démenti, cl s'ils cessaient 
un seul instant d'être ce qu'ils sont, quoique 
tu en dises, je serais leur premier dénoncia- 
teur et je demanderais que leurs têtes tom- 
bassent sous le fer de la Loi. Philippeaux, 
qui pendant cette réplique s'était levé de 
table et adossé contre la cheminée, s'étant 
permis des injures graves et des propos 
grossiers non seulement contre Vincent, 
mais encore contre les assistants, qu'il 
qualifia d'assassins, de gens de guet-apens; 
le déclarant, qui avait gardé le silence, le 
rompit pour inviter Philippeaux à être 
plus mesuré dans ses expressions, aucune 
des personnes présentes ne méritant celle 
odieuse qualification, ses collègues Levas- 
seur et Boutroûe eux-mêmes en étaient 
tellement indignés, qu'ils prièrent le ci- 
toyen Valframbert de le mettre à la porte, 
sinon qu'ils le chasseraient eux-mêmes. Val- 
frambert dit alors à Philippeaux: Je savais 
bien que tu étais un aristocrate et un feuil- 
lant, connu pour tel dans notre département, 
que tu t'es efforcé de rendre aussi mauvais 
que toi, en y prêchant constamment le mo- 
dérantisme, en soutenant les contre-révolu- 
tionnaires et en persécutant les patriotes, ce 
que confirmèrent la plupart des présents, 
surtout Hébert, qui ne put s'empêcher, 
pour répondre aux inveclives souvent réi- 
térées de Philippeaux, d'être un instant le 
vrai Père Duchesne ; enfin, après plus d'une 
heure d'agitation, Philippeaux céda aux 
instances du citoyen Valframbert, qui l'in- 
vitait à sortir pour lui éviter le désagré- 
ment de le mettre à la porte, ce qui réta- 
blit à l'instant la tranquillité. 

20 frimaire an H. 
Copie conforme, signée de Charbonnier, A. A'.» 

F' 4774'*. 

337. — Adresse des Sans-culottes de la 
Société républicaine du Mans à la Con^ 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



147 



vention nationale, au Comilé de salut pu- 
blic et à toutes les Sociétés populaires de 
la République, déclarant approuver sans 
réserve le rapport fait le 16 frimaire par 
Philippeaux au Comité de salut public, où 
il a dévoilé toutes les turpitudes des me- 
neurs de la guerre de la Vendée, dénoncé 
tous ces généraux, reptiles d'antichambre, 
tyrans dans l'ivresse, qui, à la tête des 
armées, n'affichent, lorsqu'ils viennent 
combattre pour l'Egalité, qu'un luxe, une 
arrogance, une ivrognerie et une poltron- 
nerie révoltantes, où en un mot il fait con- 
naître, peut-être trop publiquement, de 
fatales vérités sur l'éternisation de la 
guerre cruelle de la Vendée. 

IG ventôse an II. 
Imprimé, A. N., F"' 4774 "'-. 
Renvoyé au Comité de sûreté générale, le 
16 ventôse, 2" année. Signé : Charles Cochon. 

338. — Philippeaux, député à la Conven- 
tion nationale, jugé par lui-même dans le 
n" 43 de son journal intitulé : Le Défen- 
seur de la Liberté ou VAmi du genre humain, 
8 décembre 1792, v. st. Réfutation des 
opinions et des sentiments manifestés par 
Philippeaux dans son journal où il traite 
Marat, l'Ami du peuple, d'écrivain atrabi- 
laire, de champion des oppresseurs de l'an- 
cien régime, où il fait l'éloge de Pétion, 
de Carra, de Gorsas et du vertueux Ro- 
land, et prend même le parti de Dumou- 
rtez, à l'effet de montrer que Philippeaux a 
toujours été un girondin et un feuillant, et 
mise en lumière de son discours aux Jaco- 
bins, du 16 nivôse, et de sa diatribe contre 
le Comité de salut public, du 16 frimaire. 

(Sans date.) 
Imprimé de 12 pages, de l'Imprimerie de 
Momoro, premier imprimeur de la Liberté, rue 
d« la Harpe, n- 371, A. JV., F^ illVK 

339. — Lettre de la femme de Philip- 
peaux (au Comité de salut public), signa- 
lant les menées ténébreuses de Levasseur 
fit demandant que la conduite privée et 
politique de ce i^eprésentant soit examinée 
à Paris et dans son département, que le 
jugement de son mari soit suspendu jus- 
qu'à ce qu'il soit prouvé que Levasseur 
n'a point intrigué, attendu que l'examen 
Wt question démontrera que Philippeaux 



n'est point un conspirateur, mais un homme 
de bien qui n'a agi que pour le bonheur 
de ses semblables, demandant également 
qu'il soit procédé à la levée des scellés sur 
les papiers de son mari, pour que sa cor- 
respondance soit connue et que l'on fasse 
les plus scrupuleuses recherches pour 
faire triompher l'innocence. 

16 germinal an II. 
Original, signé de la femme Philippeaux, 
A. N., FT 4774^2. 

5. Hérault de Séchelles (Marie-Jean), 
avocat général au ci-devant Parle- 
ment, juge nommé par le peuple et 
juge du Tribunal de cassation, dé- 
puté à la Convention nationale. 

340. — Passeport délivré par le Comité 
de salut public au citoyen Hérault -Sé- 
chelles, représentant du peuple, allant 
de Paris au département du Haut-Rhin, 
avec Joseph Delcroix, courrier, ledit pas- 
seport valable pour le temps de sa mis- 
sion, avec le signalement de Hérault de 
Séchelles, ainsi conçu : taille 5 pieds 
8 pouces, cheveux et sourcils bruns, front 
dégagé, nez moyen, yeux bruns, bouche 

petite. 

26 octobre 1793. 
Imprimé rempli, signé de Billaud-Varenne, 
C.-A. Prieur, Robespierre, A. N., F^ 4742, 
n" 467. 

341. — Lettre des membres du Comité 
de salut public, chargés de la correspon- 
dance, au citoyen Hérault, représentant 
du peuple dans le département du Haut- 
Rhin, l'informant que le Comité estime que 
sa mission est terminée et l'invite à reve- 
nir sur-le-champ au poste que le peuple 

lui a confié. 

21 frimaire an II. 
Original, signé de Billaud-Varenne, de Cou- 
thon et de Barère, A. A'., F^ 4742, n" 32. 

342. — Ordre de Lémane , représentant 
du peuple près les armées du Rhin et de 
la Moselle (daté de Strasbourg), à toutes 
les autorités constituées, civiles et mili- 
taires, de laisser passer librement et de 
prêter, en cas de besoin, toute assistance 
à son collègue Hérault-Séchelles, retour- 
nant au sein de la Convention, et à tous 



i8 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



les mailit's de posle de servir, en la per- 
sonne de .son collègue, la chose publuiuc. 

2 nivôse an II. 
Original, signé de Lémane, avec vi.sa des 
municipalités de Phalsbourg el Nancy, les 3 et 
•1 nivùse an II, A. N., V 4742. n° 245. 

343. — Procès-verbal de transport de 
Henry-Laurent Garnier et Louis Chatard, 
membres du (Comité révolutionnaire de la 
section des Piques, en vertu d'ordre des 
Comités de sûreté générale et de salut 
public, au domicile du citoyen Hérault de 
Séchelles, apposition des scellés sur les 
portes d'entrée de ses appartements et 
remise de la personne du citoyen Hérault 
entre les mains des citoyens Ployer et 
Courlade, agents du Comité de sûreté gé- 
nérale, 

2G vcnlôse an II (1 heure du matin). 
Copie signée, A. N., F'' 4742, n°4, 

344. — Rapport des citoyens Ployer et 
Gourlade au Comité de sûreté générale, 
constatant qu'ils se sont transportés chez 
le citoyen Hérault de Séchelles avec deux 
commissaires du Comité de surveillance 
de la section des Piques, qu'ils y ont ap- 
posé les scellés et ont ensuite conduit Hé- 
rault de Séchelles au Luxembourg avec 
son homme de confiance, qui était aussi 
courrier du Comité de salut public. 

26 ventôse an II (3 heures du matin). 
Original, signé de Ployer et Gourlade, A. AT., 
F' 4742. 

345. — Procès-verbal de transport des 
représentants Rréard et Laloy, commis- 
saires chargés de la levée des scellés ap- 
posés chez les députés mis en état d'ar- 
restation ou hors la Loi, accompagnés 
d'Adrien-Jacques Joly, commissaire du Dé- 
partement, en l'appartement qu'occupait 
Hérault de Séchelles, rue Basse-du-Rera- 
parl, n°331, reconnaissance et levée des 
scellés apposés par le Comité révolution- 
naire de la section des Piques, opération 
à laquelle a procédé le citoyen Nicolas 
Lhuillier, membre de ce Comité, avec exa- 
men des papiers; reconnaissance et levée 
des scellés apposés par le Comité révolu- 
tionnaire de la section Le Peletier, en son 
appartement à l'étage au-dessUs, qui était 



celui de la femme de chambre de la mai- 
son d'Hérault, dans lequel couchait Catus, 
commissaire dos guerres, lors de son ar- 
restation et de son envoi à la Force, opé- 
ration faite en présence du citoyen Paul- 
Auguste Taschereau, commissaire de la 
seclion Le Peletier, et attendu l'intimité 
qui existait entre Catus et Hérault, qui 
l'employait à son service, il a été procédé 
à l'examen des papiers pouvant s'y ren- 
contrer; les recherches faites ont amené 
la découverte dans une armoire de la 
chambre à coucher de Hérault de 18,879 li- 
vres en assignats et numéraire, plus 47 sols 
en monnaie de billon, remis au citoyen 
Joly. Après examen de tous les papiers, il 
en a été distrait, pour être portées et exa- 
minées au local de la Commission, diffé- 
rentes lettres, nombre de pièces à remettre 
aux Comités de la Convention, le manus- 
crit et dill'érents imprimés de la Consti- 
tution polyglotte, réunis en un volume relié 
en maroquin, en outre, une écharpe, un 
chapeau à panache, un sabre de représen- 
tant du peuple en mission, une écritoire, 
un autre sabre à déposer au Comité des 
inspecteurs de la salle, et en dernier lieu 
réapposition des scellés. 

3, 4 messidor an II. 
Original, signé de Bréard, Laloy, Joly, Tas- 
chereau et autres, A. N., F'' 4742, n" 1. 

346. — Récépissé par le receveur des 
domaines nationaux du !•' arrondisse- 
ment de la somme de 18,881 livres 12 
sols, savoir l,0o7 livres en or, 3 pièces de 
6 livres et 47 sols en gros sols, et le sur- 
plus en assignats, le tout trouvé sous les 
scellés d'Hérault de Séchelles, puni de 
mort, en sa ci-devant demeure, rue Basse- 
du Rempart, n° 351, section des Piques, 
ladite somme à lui remise par le citoyen 
Joly, commissaire du Département. 

4 messidor an II. 
Original, signé de Mathagon, A.N., F' 4742. 

347. _ Extrait de l'inventaire des pa- 
piers trouvés sous les scellés des députés 
morts par le glaive de la Loi et déposés à 
la Commission du 18 pluviôse, lesquels 
doivent être remis au Comité de sûreté 
générale. 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



14'J 



Papiers trouvés chez Hérault de Sé- 
chelles. 

1° Une liasse contenant 2 pièces, qui 
sont des mémoires du citoyen Goureau, 
détenu, pour obtenir sa liberté, il accuse 
Clémence et Marchand d'être les auteurs 
de sa détention et il cite plusieurs faits 
graves contre ces deux citoyens ; 

2° Une autre de 2 pièces, ce sont un 
rapport et une note jointe, remis à Hérault, 
lors de sa mission dans le département 
du Haut-Rhin, sur le nommé Haupt, père; 

3° Une autre d'une pièce anonyme, par 
laquelle on inculpe le citoyen Panis d'a- 
voir commis des infidélités, lorsqxi'il était 
employé à la caisse du Trésor ci-devant 
royal; 

4» Une autre renfermant 5 pièces, rela- 
tives aux troubles arrivés dans la com- 
mune de Mézières en novembre 1792, et 
dénonciation de ceux qui les ont suscités; 

5» Une autre d'une pièce, c'est une récla- 
mation par le citoyen Martin, marchand de 
tabac, d'un paquet déposé au Comité con- 
tenant 14,000 livres en assignats, et des- 
quelles le citoyen Drocon Julian a donné 
reçu ; 

6» Une autre renfermant 24 pièces, qui 
sont des pétitions et pièces à l'appui pour 
obtenir leur liberté, des citoyens Bosquil- 
lon-Jenlis, incarcéré à Montdidier, Nucé, 
général de brigade, Giacomoni, général 
de division, Kellermann, Soulet, commis- 
saire des guerres, Poulin, garde-magasin, 
Richard, v« Yibraye, Dunkel, Panis, 
Bluraendorf, et Chodkiewicz, femme du 
polonais Lubomirski; 

7» Une autre de 8 pièces, relatives à une 
dénonciation faite contre les citoyens 
Guittard, Joly et Fritsch, tous trois officiers 
de gendarmerie ; 

8' Une autre renfermant un mémoire 
intitulé : Notes sur l'état civique de la 
ville de Huningue, par le citoyen Pechel. 

14 fructidor an III. 
Minute, avec décharge écrite de la main de 
Pierre Guyomar, représentant du peuple, délé- 
gué à cet effet le 29 messidor an III par le 
Comité de sûreté générale, constatant la remise 
des papiers en question à l'archiviste de ce Co- 
mité, A. N., FI 4444. 



Papiers trouvés chez Hérault de Sé- 
chclles. 

348. — 1° Mémoire juslificalif de Gou- 
reau, chargé de mission par le Comité de 
sûreté générale, incarcéré à la Concier- 
gerie sur la dénonciation de Clémence et 
Marchand, commissaires de l'armée révo- 
lutionnaire dans le district de Gonesse, 
signalant plusieurs faits graves contre eux, 
notamment contre Clémence, qu'il accuse 
d'avoir dilapidé le château de Lallemant- 
Nantouillet, 24 pluviôse an II (2 pièces) ; 

2° Rapport adressé à Hérault de Sé- 
chelles, représentant du peuple à Hu- 
ningue, par Hauser et Blessmann, habi- 
tants de Mayence, sur la conduite du ci- 
toyen Haupt, père, qui fait naître quel- 
ques soupçons, avec note à l'appui, 11, 
29 frimaire an II (3 pièces) ; 

3° Note anonyme, au sujet des infidé- 
lités qui auraient été commises en 1774 
par Panis, étant alors employé à la caisse 
du Trésor ci- devant royal ; 

4° Lettres des officiers municipaux de 
la paroisse de Mézières (Seine-et-Oise) et 
du directoire du district de Mantes, procès- 
verbaux et délibérations du même direc- 
toire au sujet des troubles arrivés dans 
ladite paroisse, lors desquels le citoyen 
Faudet, vicaire de la même paroisse, a été 
blessé, 12-21 novembre 1792 (5 pièces) ; 

5" Lettre du citoyen Martin, marchand 
de tabac, rue Montmartre, à Hérault de 
Séchelles, membre du Comité de salut pu- 
blic, portant réclamation d'un paquet con- 
tenant 14,000 livres en assignats, envoyé 
par le ministre de la guerre et qu'il a 
jusqu'ici inutilement réclamé au citoyen 
Drocon Julian, qui en a délivré récépissé, 
déclarant d'ailleurs ne soupçonner nulle- 
ment ledit citoyen, sans date (2 pièces); 

6' Mémoires et pétitions à l'effet de pro- 
tester contre des mises en état d'arresta- 
tion ; savoir, pétition de la citoyenne Pil- 
lon, femme du sieur Bosquillon-Jenlis, in- 
carcéré à Montdidier, par ordre des re- 
présentants Dumont et Lebon, en mission 
dans la Somme, pour avoir donné asile à 
un émigré, 13 septembre 1793; — 2' péti- 
tion du général de Nucé à l'armée des 
Pyrénées - Orientales, suspendu de ses 



loO 



CHAPITRE I" 



JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



fonctions par les représeiilants du peuple 
près celte armée, le 7 août 1793, à la Con- 
vention nationale, avec letlres et attesta- 
tions à l'appui, notamment de Montes- 
quieu, général en chef de l'armée du Midi, 
de Hérault do Séchelles, de Houchotlc, 
ministre de la guerre, de François, adjoint 
au ministre de la guerre, du Comité de 
salut public, du directoire du département 
de l'Ariège, IS octobre 1793 ; — Mémoire du 
citoyen Giacomoni, général de division, 
ci-devant chef d'état- major de l'armée 
des Pyrénées-Orientales, aux représentants 
du peuple prés la même armée, se plai- 
gnant de sa suspension et de son incarcé- 
ration aux prisons militaires de Perpi- 
gnan, mémoire dans lequel il rend compte 
de sa conduite et de ses opérations, sans 
date; — Requête du général Kellermann, 
détenu à l'Abbaye comme suspect, au Co- 
mité de salut public, à l'effet d'obtenir sa 
mise en liberté, avec sa justification et 
exposé de ses services, 6 ventôse an II ; — 
Pétition de SouletjCommissaire des guerres, 
employé à l'armée des Alpes, etdePoulin, 
garde magasin général des eflets de cam- 
pement à cette armée, arrêtés par ordre 
du Comité de sûreté générale et détenus 
depuis 2 mois à la Force, adressée à Hé- 
raull-Séchelles, représentant du peuple, à 
l'effet de protester contre l'accusation de 
dilapidations portée contre eux par le dé- 
partement de l'Isère, avec notes et mé- 
moires à l'appui, 3 pluviôse an II ; — Juslili- 
calion de François-Simon Richard , dé- 
noncé et arrêté comme suspect par le Co- 
mité de surveillance de Langres, adressée 
au Comité de sûreté générale, sans date, 
(aprèsbrumaireanll); — Pétition de la veuve 
de Vibraye, demeurant à Paris, rue du 
Grand-Chantier, âgée de 81 ans, en arres- 
tation chez elle, sous la surveillance d'un 
garde, en raison de l'émigration de ses 
enfants, au Comité de sûreté générale, 
pour obtenir la permission de se retirer 
dans sa maison de Courbevoie, sans date ; 
— Pétition de Rosalie-Françoise Chodkie- 
wicz, âgée de 24 ans, femme d'Alexandre 
Lubomirski, sénateur de Pologne, détenue 
à la Force, au Comité de salut public, se 
plaignant d'avoir été confondue avec les 
étrangers suspects et demandant à être 



interrogée pour qu'il soit statué sur son 
sort, ladite pétition adressée au citoyen 
Hérault, membre du Comité, rue Basse- 
du-Rempart-Saint-Honoré, n° 14, 24 fri- 
maire an II; — Mémoire du sieur Kruthofter, 
secrétaire particulier de M. de Mercy-Ar- 
genteau, ambassadeur d'Autriche, protes- 
tant contre la mise sous scellés des effets 
de M. de Mercy dont il avait la garde, des 
siens et contre l'arrestation par le Comité 
révolutionnaire de la section du Mont- 
Blanc du sieur Dunkcl, chargé de la comp- 
tabilité personnelle de M. de Mercy, et du 
nommé Sébastien Pauer, sommelier, qui 
se trouvent incarcérés et détenus depuis 
3 mois, ainsi que l'auteur du mémoire, 
dans la maison de Dreneux, rue de Pro- 
vence, n" ;;7, 20 nivôse an II (24 pièces) ; 

7» Correspondance du Comité d'activité 
révolutionnaire de Colmar avec le repré- 
sentant Hérault de Séchelles, lors de sa 
mission dans le Ilaut-Hhin, au sujet de la 
dénonciation de la Société populaire de 
Neuf-Brisach, contre le citoyen Guittard, 
capitaine de gendarmerie, Joly et Fritsch, 
lieutenants de gendarmerie, suspects d'a- 
ristocratie, Irimaire an II (8 pièces); 

8° Mémoire intitulé : Notes sur l'état 
civique de la ville d'Huningue, parPechel, 
volontaire du 4° bataillon du Doubs, 5« com- 
pagnie, dans lequel sont passés en revue 
les aristocrates et suspects de cette ville, 
29 brumaire an II (1 pièce). 

Minutes (1 dossier), A, A'., F' 4434. 

Papiers saisis chez Hérault de Sé- 
chelles. 

Correspondances d'officiers généraux. 

349. — Lettre écrite de Saumur par 
Salomon, général divisionnaire de l'avant- 
garde de l'armée des Côtes de la Rochelle, 
à un de ses collègues, annonçant qu'une 
première fois on lui a ôté son comman- 
dement et mis en seconde ligne, et que 
le général Rossignol lui a ordonné de 
rester à Saumur, ce qui l'a déterminé à 
écrire au ministre de la guerre pour être 
employé dans une autre armée de la 
République, déclarant que les diables de 
rebelles donnent bien du fil à retordre et 
que l'on est très mal pourvu en officiers 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



151 



généraux, qui ont plus peur de la guillo- 
tine que de marcher en avant, avec lettre 
du ministre de la guerre au général de 
division Salomon, de l'armée des Côtes de 
la Rochelle, en date du 20 septembre, lui 
annonçant sa suspension. 

26 septembre 1793. 
Originaux signés (2 pièces), A A'., F'' 4742, 
0-74, 75. 

350. — Lettres du général Salomon, 
écrites de Saumur à son frère, président 
du Tribunal de paix et de conciliation à 
Colmar, annonçant sa destitution en com- 
pagnie de 14 autres généraux, et son dé- 
part pour Paris, et autre lettre écrite de 
Commercy au même, annonçant qu'il a 
reçu l'ordre du ministre de se rendre à 
20 lieues des frontières, et qu'il a été indi- 
gnement traité par les représentants, qui 
l'ont suspendu comme noble, lui ont pris 
tous ses chevaux, jusqu'à ceux enlevés par 
lui à l'ennemi, et ont même fait difficulté 
de lui payer ses appointements. 

7, 24 octobre 1793. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., F'' 4742, 
n»» 70, 71. 

351. — Lettre du général Kellermann 
aux administrateurs du département du 
Mont-Blanc, confirmant son arrivée au 
Bourg-Saint-Maurice, d'où il a envoyé 
quelques boulets aux Piémontais, qui ont 
dû battre en retraite et gagner précipi- 
tamment la crête des montagnes, pour ne 
plus revenir, annonçant qu'il va en Mau- 
rienne pour en chasser les ennemis et 
que désormais le Mont-Blanc peut relever 
sa tête fière et libre jusque dans les 
nuages, ajoutant que le général ennemi 
Dargenteaux a été tué d'un éclat de bombe 
au village de Saint-Germain. 

4 octobre 1793. 
Copie conforme, A. N., F^ 4742, n» 284. 

352. — Lettre du général Dornac aux 
administrateurs du département du Mont- 
Blanc, annonçant que, depuis la veille, les 
troupes de la République occupent Saint- 
Jean-de-Maurienne, Saint-Julien, Saint- 
Michel, qu'elles vont serrer de près les en- 
nemis et les obliger à regagner bien vite 
le Mont-Cenis, qu'elles ont fait 80 prison- 



niers, dont 3 officiers, ont tué 60 hommes 
aux ennemis, sans avoir un blessé, ce qui 
montre qu'il y a un Dieu tutélaire pour 
les soldats de la République, se flattant 
de pouvoir incessamment annoncer de 
nouveaux succès et que la terre de la Li- 
berté ne sera plus souillée par les soldats 
du despote de Turin. 

4 octobre 1793. 

Copie conforme, A. N., F'' 4742, n" 284. 

353. — Lettre de Charles Sainl-Reiny, 
général de division, chef d'état-major de 
l'armée des Alpes, au procureur général 
syndic du département du Mont-Blanc, 
annonçant la défaite des Piémontais par 
l'adjudant général Prisye, que les Piémon- 
tais étaient la veille à Saint-André, que le 
général Kellermann les a poursuivis jus- 
qu'au pied du Petit-Saint-Bernard et qu'il 
a rempli son serment de sauver le dépar- 
tement du Mont-Blanc. 

5 octobre 1793. 

Copie conforme, A. N.,Y'' 4742, n° 284. 



354. — Mémoire justificatif produit par 
le général Guillaume, indiquant les aflaires 
dans lesquelles ce général a commandé 
en chef depuis le commencement de la 
guerre, accompagné d'une lettre de Jour- 
deuil, adjoint au ministre de la guerre, au 
général de brigade provisoire Guillaume, 
l'informant avoir fait passer au Comité 
de salut public les pièces justificatives de 
sa conduite dans l'affaire de Pirmasens, 
en exprimant le vœu que le Comité puisse 
l'acquitter de toute inculpation et le mettre 
bientôt à même de reprendre ses fonc- 
tions. 

6 brumaire an II. 

Copie conforme, signée de Guillaume et de 
Taine, défenseur officieux, A. N., F'' 4742, 
n" 100. 

353. — Lettre de Giacomoni, général 
de division, chef d'état-major de l'armée 
des Pyrénées-Orientales, au ministre de la 
guerre, exposant que l'état de sa santé, 
par suite de deux chutes de cheval à l'af- 
faire du 19 mai et à celle du 22 septembre 
où il a eu une côte enfoncée, l'oblige à 
solliciter un congé pour aller prendre les 



i:52 



CHAPITRE I". — JOrilNKES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



eaux d'Aix dans le Monl-Blanc, sous peine 
de rester estropié, et l'empôche de conti- 
nuer SOS fonctions, annonçant en outre 
qu'il se trouve dans la nécessité de cher- 
cher quelques secours momentanés à Per- 
pignan. 

20 brumaire an II. 
Copie, A. N., V> 4742, n» 59. 

356. — Lettre de Giacomoni, ci-devant 
général de division, détenu dans les pri- 
sons de Perpignan, au représentant du 
peuple Hérault de Séchelles, lui rappelant 
qu'avant de servir à l'armée des Pyrénées- 
Orientales, il avait servi avec dévouement 
à celle des Alpes, et que se trouvant à 
Montpellier, blessé avec une côte enfoncée, 
pour rétablir sa santé, il fut compris à la 
suite des malheureuses affaires de Col- 
lioure et de Port-Vendres, parmi les offi- 
ciers généraux suspendus et sous le coup 
d'un mandat d'arrêt, décerné par les re- 
présentants du peuple, adressant un mé- 
moire justificatif, où il expose sa situation 
malheureuse, ayant perdu le peu de bien 
qu'il possédait en Corse et privé de son 
état après 30 ans de services commencés 
comme soldat, priant Hérault de s'inté- 
resser à sa situation et de plaider sa cause 
auprès du Comité de salut public. 

24 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., F'' 4742, n" 450. 



357. — Lettre de Scherer, général, com- 
mandant la division du Haut-Rhin, à Hé- 
rault, représentant du peuple, mettant 
sous ses yeux le résultat des dernières 
opérations militaires qui ont coûté à l'en- 
nemi de 4 à 5,000 tués ou blessés et 
49 pièces de canon, et déclarant que, si 
l'on ne perd pas de temps, il serait peut- 
être possible d'enlever d'assaut le poste 
de Guermersheim, en profitant de la dé- 
moralisation des ennemis, qu'il faut en 
tout cas songer à se procurer des approvi- 
sionnements de guerre et de bouche pour 
la campagne prochaine , qui devra être 
décisive, ajoutant pour terminer que l'Eu- 
rope contemple avec effroi et respect le 
Comité de salut public qui a sauvé la Ré- 
publique. 

11 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F' 4742, n» 326. 



358. — Lettre du général Scherer au 
représentant du peuple Hérault de Sé- 
chelles, l'informant que des imbéciles et 
des malveillants se proposent de le dé- 
noncer au ministre et au Comité de salut 
public, déclarant que la première inculpa- 
lion qu'on fait peser sur lui est absurde, 
attendu qu'il a bien fallu tromper tout le 
monde sur le sens de la démonstration 
sur le Rhin, que les ennemis s'y sontlaissés 
prendre et que Pichegru lui-môme s'en 
est repenti, qu'il a devant lui 20,000 Au- 
trichiens, qui ne sont pas encore revenus 
de leur peur et fortifient tout le cours du 
Rhin, priant Hérault de dire au Comité de 
salut public ce qu'il sait de lui. 

5 pluviôse an II, 
Original signé, A. N., F^ 4742, n» 459. 

359. — Lettre du général Scherer à Hé- 
rault de Séchelles, représentantdu peuple, 
se justifiant d'une double inculpation qui 
pèse sur lui, et qui doit être portée au 
Comité de salut public : 1° de ce qu'il au- 
rait trahi les intérêts de la République en 
faisant prévenir les ennemis d'un passage 
qu'il devait effectuer sur le Rhin ; 2» de ce 
qu'il habite, à Blotzheim, un quartier gé- 
néral dont les propriétaires sont accusés 
d'aristocratie, déclarant, en ce qui con- 
cerne la première inculpation, qu'il se fait 
gloire d'y avoir donné lieu, attendu que 
cette démonstration n'a été faite que sur 
les ordres exprès du général Pichegru, 
que, pour la seconde inculpation, il a 
trouvé le quartier général établi à Blotz- 
heim, lieu le plus rapproché pour entre- 
tenir avec les cantons suisses la bonne 
harmonie, et qu'en outre il n'a remarqué 
aucun sentiment anlicivique chez le pro- 
priétaire de la maison qu'il occupe. 

5 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., F"' 4742, n» 4G0. 



360. — Lettre de Projean, chef de bri- 
gade, commandant le cantonnement de 
Neudorf à l'armée du Haut-Rhin, au repré- 
sentant Hérault, dénonçant le nommé 
Hérard, ci-devant curé de Neudorf, pour 
avoir cherché à soustraire des citoyens à 
la réquisition en leur délivrant de faux 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 153 



extraits de baptême, et pour avoir été an 
quartier général redemander, au nom de 
la commune, son église qui avait été don- 
née aux volontaires pour y faire l'exercice, 
déclarant qu'il trouverait grâce devant 
les tribunaux de son département, l'accu- 
sateur public du Tribunal de Colmar étant 
son ami, et le directeur du jury du même 
tribunal, son parent, réclamant un ordre 
du Comité de sûreté générale pour le faire 
juger dans un département voisin. 

17 nivôse an II. 
Original, signé de Projean et de J. Droz, 
capitaine au 12« bataillon du Doubs, A. N., 
f 4742, n» 151. 



361. — Lettre du Sans-culotte adjudant- 
général Fontenay au citoyen Hérault, 
représentant du peuple, membre du Co- 
mité de salut public, se plaignant d'être 
détenu depuis 4 mois dans la prison de Hu- 
ningue avec 4 co-accusés relativement au 
passage du Rhin du 17 septembre, sans 
pouvoir obtenir sa mise en jugement, se 
déclarant victime d'odieuses délations, ana- 
logues à celles qui avaient fait courir le 
bruit qu'Hérault était d'un complot pour 
livrer la ville de Strasbourg aux per- 
fides émigrés, priant Hérault de passer 
au Comité de sûreté générale, pour qu'il 
envoie des ordres au Tribunal militaire 
du 2' arrondissement, qui est nanti des 
originaux de toutes les pièces adressées au 
Comité de sûreté générale et peut seul le 
juger. 

17 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F"» 4742, n° 109. 

362. — Lettre d'un Sans-culotle adjoint 
aux adjudants généraux de l'armée du 
Haut-Rhin, quartier général de Rlolzheim, 
à Duponcel, courrier du Comité de salut 
public, le priant, suivant ses offres de ser- 
yices, de lui envoyer une jeune et jolie 
fille, fraîche et bien portante, de 15 à 
18 ans, dans la force du terme bonne 
Sans-culotle, pour avoir soin de son linge 
et de sa personne, en insistant sur ce point 
qu'elle ne devra pas se figurer vivre en 
insolente ci-devant, mais en bonne ména- 
gère, et déclarant qu'il ne veut pas de 



« terrain non productif, car s'il le trouvait 
inculte, il la rincerait ». 

26 frimaire an II. 
Original signé, A. N., F^ 4742, n" 61. 

Correspondances de représentants 
du peuple. 

303. — Déclaration de Monnot et Ritter, 
commissaires de la Convention nationale 
dans le pays de Porrenlruy, prévenant les 
communes qui ne voudront pas se réunir 
à la France que si leurs délibérations 
n'adoptent pas tous les principes de la 
Constitution française, et n'ont pas soin 
de stipuler que les assignats seront reçus 
chez eux comme en France, le général 
des troupes françaises aura ordre de les 
traiter en ennemis, les avertissant aussi 
qu'on les a trompées, lorsqu'on leur a dit 
que la France détruisait la religion, qu'au 
contraire, chacun est libre d'exercer la 
religion qui lui plaît, sans qu'aucun 
serment soit exigé, ni des prêtres, ni 
des laïques, qu'on les a encore trompées, 
lorsqu'on leur a fait croire que l'on tirait 
encore la milice en France, alors que 
cette méthode est abolie et que la France 
n'a plus que des volontaires nationaux, 
c'est-à-dire des gens qui vont servir de 
leur plein gré, qu'on les a également 
trompées, lorsqu'on leur a fait croire que 
les bons fonds ne payaient pas plus que 
les mauvais, tandis que chaque fonds est 
estimé suivant le revenu net qu'il rapporte 
et imposé en conséquence, prévenant en 
outre les communes que le général fran- 
çais ne recevra aucun ordre à leur égard 
qu'après le décret de réunion, pour leur 
permettre de revenir de leur erreur et de 
voler pour la réunion à la France, ladite 
déclaration accompagnée d'un modèle de 
délibération, suivant lequel les habitants 
renonceront à leurs privilèges et feront con- 
naître leurs votes au sujet de la réunion. 

8 mars 1793. 
Copie conforme, en double (2 pièces), A. N., 
FI 4742, n»» 133, 134. 



364. — Lettre de Pierre Choudieu au 
représentant Hérault, lui rappelant les 
promesses qu'il avait faites de déjouer 



M 



CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



toutes les intrigues et de s'opposer de 
toutes ses forces à l'injustice, l'invitant à 
lire la lettre qu'il adresse, avec son col- 
lègue Richard, au Comité de salut public, 
à consulter ses collègues Esnue-Lavallée 
et Tallien, et il sera convaincu qu'il est 
prt'-s de passer d'un despotisme à l'autre, 
déclarant qu'il ne demeure à son poste 
que par honneur et que s'il pouvait le 
quitter sans compromettre le salut de la 
patrie, il s'estimerait heureux, que si on 
le condamne à rester, il demande que l'on 
aie quelque confiance et que l'on ne se 
laisse pas mener par des intrigants. 

8 août 1793. 
Original signé, A. N., Pi 4742, n° 129. 



fuss et autorisant à procéder à une adju- 
dication au rabais. 

9 frimaire an II. 
Copies conformes (2 pièces), A. N., V 4742, 
n"^ 47, 48. 



365. — Lettre de Bernard, représentant 
du peuple, à son collègue Hérault de Sé- 
chelles, l'invitant à laisser partir le citoyen 
Tréfous (Dreyfuss) pour se procurer les 
draps et couvertures nécessaires, promet- 
tant à Hérault d'aller l'embrasser à Colmar 
et déclarant qu'il a bien des réformes à 
faire dans ce département où le patriotisme 
n'est pas bien relevé, le priant en outre de 
faire en sorte que la municipalité de Belfort 
laisse libre la circulation des marchandises 
du pays de Montbéliard, devenu français, 
car, quoique le district lui ait promis de 
traiter les citoyens de ce pays nouvellement 
conquis comme les autres Français, il reçoit 
tous les jours des plaintes sur ce que l'on 
empêche la sortie de leurs marchandises. 

14 brumaire an II. 
Original signé, A. N., V^ 4742, n° 134. 

366. — Lettre de Bernard, représentant 
du peuple à Montbéliard, anx administra- 
teurs du district de Belfort, en réponse à 
leur lettre du 7 frimaire au sujet de la 
fourniture de 20,000 aunes de drap bleu 
et blanc pour l'habillement des citoyens 
de la réquisition, qui avait été soumis- 
sionnée par le nommé Dreyfuss, à raison 
de 36 livres 10 sols l'aune, ce qui était 
avantageux, alors que le même drap valait 
à Besançon 72 à 80 livres l'aune, mais en 
raison de nouvelles offres faites depuis, 
révoquant la commande faite audit Drey- 



307. — Lettre de Hitler à son collègue 
Hérault, appelant son attention sur la si- 
tuation de la commune de Huningue, tra- 
vaillée par l'ancienne cabale qui, dès les 
premiers jours de la Révolution, avait mis 
cette forteresse à deux doigts de sa perte, 
signalant surtout deux individus très dan- 
gereux, l'un, MuUer, aristocrate avéré, qui, 
de commandant amovible, est devenu 
commissaire civil, qui a tout fait pour 
désorganiser l'armée, et avait été desti- 
tué par trois collègues de Hérault, l'autre, 
le nommé Larue, curé de Huningue, l'âme 
de tous les troubles qui ont déchiré et dé- 
chirent encore cette ville, lequel, aidé par 
Muller, a su mettre dans ses intérêts toute 
la garnison et a exaspéré les esprits au 
point qu'aucun habitant de celte ville n'ose 
plus franchir le seuil de sa porte sans être 
insulté par les volontaires, observant qu'il 
est instant de changer la garnison, et 
priant Hérault de prendre en considération 
ses réflexions, dictées par le seul amour 
de la patrie, et de démasquer les fourbes. 

14 frimaire an II. 
Copie, A. N., F7 4742, n» 246. 

368. — Lettre de Ritter à son collègue 
Hérault, se plaignant de ce que ses parents 
et amis sont traités en suspects sur les dé- 
nonciations d'un Muller, destitué par lui 
et ses collègues, d'un De Larue, son en- 
nemi juré, et du nommé d'Arbelet, qui, à 
ce que l'on assure, dirige Hérault, en tout, 
ce qui tendrait à le prouver, c'est la com- 
position de la municipalité de Huningue, 
où Larue est procureur de la commune, 
montrant le résultat déplorable de la réin- 
tégration par un représentant d'un indi- 
vidu destitué par ses prédécesseurs, obser- 
vant que tous les patriotes dans le Haut- 
Rhin, qu'il se flatte de connaître, sont dans 
la consternation, que les aristocrates, les 
modérés, les Feuillants triomphent dans 
ce département, engageant Hérault à se 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



i:i:i 



faire mieux entourer, et tout sera réparé, 
c'est l'avis de son collègue montagnard. 



Copie 



19 frimaire an II. 
A. A'., F^ 4742, n» 246. 



369. — Lettre de Rudler (député sup- 
pléant du Haut-Rhin), à Hérault, lui adres- 
sant un exemplaire d'un imprimé que les 
circonstances l'ont obligé à publier, et qui 
lui permettra de se convaincre que les 
rapports qui lui ont été faits sur sa con- 
duite politique ne sont rien moins qu'exacts. 

27 pluviôse an II. 

Original signé, A. N., ¥"> 4742, n° 4ô5. 

Une note de Hérault, sous le n° 34, montre 
que Scherer et 3 commissaires des guerres re- 
prochaient à Rudler son impéritie et inaclion,et 
les administrateurs du Département, son « bris- 
sotisme ». 

370. — Note de G. -A. Prieur, traçant à 
Hérault de Sécbeiles la marche à suivre 
en ce qui concerne les achats en Suisse 
de la poudre, des armes, des cuirs, des 
souliers, des subsistances, qu'il est impor- 
tant d'enlever le plus possible afin de 
diminuer d'autant l'approvisionnement des 
troupes sardes, recommandant à Hérault 
de ne faire aucun achat par lui-même, 
mais d'employer les agents du minisire 
de la guerre ou de l'administration des 
Subsistances, les commissaires des guerres 
pour les armes et la poudre, de même les 
administrateurs de l'habillementpour cette 
partie, et de ne passer aucun marché à 
moins de le iaire ratifier aussitôt par le 
Comité de salut public. 

(Sans date.) 
Original signé, , A. iV., FM742, n» 398. 

Correspondance de G. Haussmann, 
député de Nuremberg-. 

371. — Lettre de G. Haussmann, député 
de la ville libre de Nuremberg, au citoyen 
Hérault, représentant du peuple, le con- 
jurant, au nom de la justice et du patrio- 
tisme qu'il professe, de prendre connais- 
sance des pièces qu'il a adressées au Co- 
mité de salut public et qui se trouvent 
entre les mains de Barère, et le priant de 
faire en sorte que le Comité lui réponde 



avec celte franchise et cette loyauté qui 
caractérisent toutes ses opérations. 

7 nivôse an H. 

Original signé, A. A'., F^ 4742 , n» 422. 

Les pièces en question concernent la réclama- 
tion par la république de Nuremberg du montant 
des fournitures faites à la Nation française pen- 
dant la guerre de Sept ans, et comprennent une 
lettre de G. Haussmann au Comité de salut pu- 
blic, du 30 frimaire an 11, avec un imprimé 
intitulé : Exposé des principes sur la réclamation 
des Nurembcrgeois, adressé aux représentants de 
la nation française. 

372. — Lettre du citoyen Haussmann, 
député de la ville libre et république de 
Nuremberg, au citoyen Hérault, membre 
du Comilé de salut public, déclarant qu'il 
n'a rien négligé pour prouver à la nation 
française combien ses commettants sont 
pénétrés de respect pour la loi concernant 
le délai fixé pour la remise des titres ori- 
ginaux des créanciers de l'Etat, qu'il a 
écrit à cet égard au Comité de salut public, 
qui seul est dans le cas de faire rendre la 
justice que réclament les Nurembergeois, 
et conjurant Hérault, au nom de la Liberté, 
au nom de la raison, d'y contribuer, afin 
de le dégager d'une mission déjà trop 
prolongée. 

11 pluviôse an II. 
Original signé, A. N., F' 4742, n" 477. 

Correspondance reçue par Hérault de 
Séchelles au cours de sa mission 
dans le Haut-Rhin. 

373. — Etat des livraisons en grain effec- 
tuées par le département du Haut-Rhin, 
avec lettre d'envoi du directoire de ce dé- 
partement aux représentants du peuple 
Saint-Just et Lebas, dans laquelle il atteste 
la sincérité de ses déclarations, rappro- 
chées de celles de l'administration des 
Subsistances, en raison du désordre et de 
la confusion qui régnent dans ce service, 
et déclare qu'il se trouve dans l'impossi- 
bilité de constater par pièces de compta- 
bilité les versements en foin effectués 
dans les magasins militaires; que pour ce 
qui est de l'avoine, le département ne peut 
fournir le quart de l'avoine demandée, en 
conséquence le représentant Hérault a au- 
torisé l'envoi d'un commissaire dans le 



CHAl>ITHK Ie^ — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



(lt''parte,meiil des Vosges pour y faire des 

achats. 

26 brumaire an II. 
Original sij^né et copie conforme (2 pièces), 
A. N., F' 4742, n» 248. 

Documenta concernant la ville d'Alt- 
kirch. 

374. — Description improvisée de la 
fêle célébrée à la Raison par les citoyens 
de la commune d'Altkirch,le décadi, 20 fri- 
maire an II. 

Copie, A. N., F7 4742, n" 85. 

375. — Procès-verbal du Conseil général 
du district d'Altkirch, portant installation 
de la nouvelle administration du district 
par les soins du citoyen Hertzog, ex-pré- 
sident de la Société populaire, délégué à 
cet effet en vertu d'un arrêté du repré- 
sentant Hérault de Séchelles du 24 fri- 
maire, avec lettre d'envoi du procès-verbal 
par Hertzog à Hérault, exprimant le vœu 
que les nouveaux administrateurs con- 
servent le district à la hauteur de la Révo- 
lution, grâce aux talents et au brûlant 
patriotisme d'Hérault. 

27, 28 frimaire an II. 
Copies (2 pièces), A. N., F^ 4742, n° 27. 

376. — Lettre de Bourckard, commissaire 
civil du district d'Altkirch, au citoyen Doll- 
fuss, bourgmestre de la république de 
Mulhouse, annonçant qu'il est chargé par 
le représentant Hérault de mettre à exé- 
cution son ordre de mise en liberté du ci- 
toyen Zindel, négociant de Mulhouse, en 
le priant de faire sentir à ce citoyen com- 
bien il s'est compromis en soutenant le 
nommé Henry Walter, son voiturier, qui 
cherchait à discréditer la monnaie de la 
République, avec procès-verbal dressé à 
cette occasion par le citoyen Bourckhard, 
qui déclare avoir vu le bourgmestre Doll- 
fuss, lequel lui a exprimé sa satisfaction 
de la conduite généreuse que le représen- 
tant Hérault a eue au nom de la Répu- 
blique française envers celle de Mulhouse, 
avec lettre d'envoi de Bourckhard à Hérault. 

26, 28 frimaire an II. 
Originaux (2 pièces), A. A'., F'' 4742, no 305- 
307. 



377. — Déclaration de la Société popu- 
laire d'Altkirch, consultée sur la conduite 
tenue par le représentant du peuple Hé- 
rault dans le département du Haut-Rhin, 
attestant qu'il a toujours montré un zèle 
actif pour l'alfermissement de la Répu- 
blique et donné des preuves de son ani- 
madversion pour les ennemis de la chose 
publique, que son énergie a procuré à l'assi- 
gnat sa valeur el à la loi du maximum son 
exécution dans le district, que des deux 
commissaires envoyés avec l'armée révo- 
lutionnaire, le premier, Bourckard, s'est 
toujours renfermé dans les bornes de ses 
pouvoirs et a tenu une conduite prudente, 
le second, Muller, a excédé ses pou- 
voirs, pour exercer des actes d'autorité 
arbitraires, s'est permis de prêcher l'anar- 
chie el la loi agraire, de dire publique- 
ment qu'il fallait faire des citoyens des 
départements du Rhin trois parts, l'une à 
guillotiner, l'autre à jeter dans le Rhin, la 
troisième à déporter dans un des départe- 
ments de l'intérieur, après venle de leurs 
biens à l'encan, que ses discours et actes 
arbitraires ont jeté la terreur dans l'âme 
des plus patriotes. 

29 frimaire an II. 
Copie, A. ^..F'' 4742, n» 434. 

378. — 1° Lettre de Rey, agent national 
près le district d'Altkirch, au citoyen Yves, 
accusateur public près le Tribunal crimi- 
nel de Colmar, Tinformant que la Société 
populaire, assemblée extraordinairement, 
vient d'énoncer son opinion par appel no- 
minal sur le patriotisme et les principes 
de révolution du représentant Hérault, il 
n'y a eu qu'une voix sur son compte, mais 
il n'en est pas de même au sujet d'un de 
ses commissaires civils, Muller, qui est 
accusé d'avoir excédé ses pouvoirs, et ce 
n'est que par contrecoup que des gens 
sans discernement pourraient se plaindre 
des opérations du représentant, qui toutes 
n'ont tendu qu'à relever celte contrée de 
sa léthargie pour la porter à la hauteur 
des vrais principes républicains. 

2° Lettre de Rey, agent national provi- 
soire près le district d'Altkirch, au repré- 
sentant Hérault, déclarant qu'il a été en 
butle à la calomnie, ainsi que tous les 



ARRESTATION DKS DANtONISTÈS, SAISiE DE LEURS PAPIERS 



157 



nouveaux membres nommés par Hérault 
à l'administration du district, annonçant 
que la justification de ce représentant a été 
accueillie avec une vive satisfaction, que 
l'arrivée de Foussedoire, son successeur, 
est attendue avec une vive impatience, car 
les administrations municipales ont bien 
besoin d'être épurées, et très peu de Co- 
mités de surveillance ont été formés et 
travaillent selon la loi, aussi a-t-on besoin 
d'un homme qui marche sur les traces 
d'Hérault. 

28 frimaire, 25 nivôse an II. 
Originaux signés (2 pièces) A. N., F'' 4742, 
n"24, 156. 

379. — Lettre de MuUer, commissaire 
civil du département du Haut-Rhin, au 
citoyen Hérault, représentant du peuple, 
l'invitant à se souvenir d'Euloge Schneider, 
qui a fait la Révolution dans le Bas-Rhin, 
qui a toujours agi avec droiture et fermeté, 
dont les ennemis sont des agioteurs, des 
aristocrates, rappelant à Hérault qu'il a 
travaillé à la Déclaration des Droits de 
l'Homme, et qu'il doit faire son devoir. 

Sans date. 
Original signé, A. N., F^ 4742, n" 106. 

Documents concernant la ville et la 
■place de Belfort. 

380. — Procès-verbal de la célébration 
de la fête de la Raison, par les soins de la 
Société populaire et républicaine de Bel- 
fort, avec analyse des discours prononcés 
par le représentant Foussedoire et Haupt, 
agent du pouvoir exécutif. 

21 frimaire an II. 
Minute, A. N., F' 4742, n" 252. 

381. — Arrêté de la Société populaire de 
Belfort, pris k la nouvelle du rappel du re- 
présentant Hérault, décidant l'envoi d'une 
adresse à la Convention pour la remercier 
d'avoir fait choix de ce citoyen pour ren- 
forcer les patriotes dans le département, 
y tuer l'aristocratie, l'égoïsme et la supers- 
tition, en dépit de la i-age impuissante des 
mauvais citoyens de toutes les couleurs et 
de toutes les formes. 

30 frimaire an II. 
Extrait signé, A. N., F' 4742, n" 386. 



382. — Etat des bouches à feu et des 
principaux effets et munitions d'artillerie 
jugés nécessaires pour l'approvisionne- 
ment de la place de Delfort, de ceux qui 
existent au 12» jour du second mois et de 
ceux qui manquent ou excèdent, relative- 
ment à une garnison qu'on estime de 
3,700 hommes d'infanterie, 200 d'artillerie, 
200 de troupes à cheval, arrêté par Dau- 
benton, capitaine d'artillerie ; 

Etat de la force effective des bataillons 
et dépôts qui composent la garnison de la 
place de Belfort ou en cantonnement, ar- 
rêté par Marion, commandant temporaire 
de la place. 

12, 13 brumaire an II 
Originaux signés (3 pièces), A. N., V 4742, 
n» 249-251. 

383. — Ordre de Ritter et Ferry, com- 
missaires de la Convention nationale char- 
gés de visiter les places du Rhin, au ci- 
toyen Golberry, employé à Belfort, à l'ef- 
fet de suspendre les travaux du camp re- 
tranché de Belfort, l^' avril 1793. Copie 
conforme, signée de Legrand, capitaine au 
corps du génie; A. N., F'' 4742, n" 253. 

2° Lettre de Dupin, adjoint au ministre 
de la guerre, au directeur des fortifica- 
tions à Neufbrisach, accusant réception 
du mémoire des travaux du camp retran- 
ché de Belfort, dont il résulte que la dé- 
pense effectuée jusqu'au 23 pluviôse monte 
à 24,998 livres, annonçant, sur l'avis du 
Comité des fortifications qui porte que ce 
camp retranché exigerait une armée spé- 
ciale pour sa défense et que, d'ailleurs, il 
n'ajoute rien à la force des fortifications 
de Belfort, que le ministre a décidé de 
suspendre ces travaux, conformément à la 
teneur de l'arrêté du représentant Hérault 
qui les a ordonnés, mais a jugé néanmoins 
qu'il convenait de finir les ouvrages com- 
mencés et principalement de compléter la 
fermeture du vallon compris entre les 
hauteurs de la Miolte et de la Justice, afin 
de procurer une extension à la place, utile 
en tout temps, et priant, lorsque les tra- 
vaux en question seront terminés, d'a- 
dresser un mémoire définitif, 26 pluviôse 
an II. Copie conforme, signée de Legrand; 

3» Lettre de Legrand, capitaine au corps 



158 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



du jJîéiiie, au représentant Hérault, son 
ami, lui manjuant que le ministre a sus- 
pendu les travaux du camp retranché de 
Belfort, en se basant sur le passage du rap- 
port de Hérault, où il était dit que ces tra- 
vaux seraient suspendus quand Landau se- 
rait débloqué et les satellites des tyrans 
chassés du territoire de la République, esti- 
mant, quant à lui, qu'il regarde ce camp 
comme si important, qu'on devrait à tra- 
vailler même en temps paix, car depuis 
qu'il a sondé le terrain, qui n'est que roc et 
rocailles, il pense qu'il ne pourrait être 
fait par une armée à temps et dans l'oc- 
casion et devra être fait à l'avance, lui 
envoyant copie d'une lettre qu'il a écrite à 
Prieur à ce sujet, et le priant de donner 
son avis, si l'occasion s'en présente, 10 ven- 
tôse an II ; 

4° Lettre de Legrand, capitaine au corps 
du génie, au citoyen Prieur, membre du 
Comité de salut public, son ami, lui rap- 
pelant combien la position de Belfort est 
importante, c'est pour se servir de l'ex- 
pression de Hérault de Séchelles, la clef 
qui ferme les départements du Rhin et 
ouvre ceux de la Saône et du Doubs, dé- 
clarant que l'avis du général Michaux 
d'Arçon, du citoyen Perrotin, directeur 
des fortifications, était unanime en faveur 
de l'établissement d'un camp retranché, 
qui doit être fait en temps de paix et non 
au moment du danger, concluant en tout 
cas à l'achèvement des ouvrages projetés 
sur les hauteurs de la Miotle et de la Jus- 
lice, à l'ouverture des fossés, des cinq 
grandes redoutes sur les hauteurs de Dan- 
joutin et de Pérouse, ce qui entraînerait 
une dépense supplémentaire de 60,000 fr., 
10 ventôse an II. Copie conforme, signée 
de Legrand, A. N., F^ 4742, n''»443, 444. 

Documente concernant la ville de 
Colmar. 

384. — Déclaration de Benjamin Gloxin, 
procureur de la commune de Colmar, por- 
tant que le citoyen Meyer lui ayant com- 
muniqué la lettre d'un émigré à l'adresse 
de Lehman Ber, banquier de Strasbourg, 
de nature à amener la découverte d'intel- 
ligences criminelles entre les juifs de Stras- 



bourg et les ennemis de la République, et 
ayant manifesté lo désir de la porter àStras- 
bour;,', il crut devoir l'encourager dansée 
dessein et lui remit une lettre de recom- 
mandation pour les représentants Guyar- 
din et Milhaud, avec lettre de Meyer, lieu- 
tenant de cavalerie, citoyen de Colmar, 
au représentant Hérault, l'avisant du ré- 
sultat négatif de sa démarche à Strasbourg, 
le maire de cette ville, auquel l'avait 
adressé le représentant Milhaud, ayant rais 
la lettre en question dans sa poche sans 
la lire, et priant le représentant Hérault 
de ne pas perdre la chose de vue et de 
s'en ffiire rendre compte par le maire de 
Strasbourg. 

27 brumaire an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., FM742, 
n<" 22, 23. 

385. — Lettre de Hérault, représentant 
du peuple, aux patriotes composant le 
Conseil général de la commune et les Co- 
mités de surveillance de Langres, les priant 
de débarrasser leurs frères du départe- 
ment du Haut-Rhin de 130 individus sus- 
pects qui, malgré leur emprisonnement, 
entretiennent toujours sur la frontière 
des correspondances et des machinations 
perverses, important service qu'ils ren- 
dront en éloignant cette gangrène poli- 
tique, avec réponse de la municipalité de 
Langres à Hérault, annonçant avoir reçu, 
le 22 courant, les 91 suspects de Colmar, 
auxquels 437 prisonniers de guerre, éva- 
cués sur Dijon, avaient fait place la veille, 
mais qu'elle reste seule chargée de la sur- 
veillance de ces détenus, l'un des trois 
Comités de surveillance de la ville ayant 
refusé de s'occuper de la police de la mai- 
son d'arrêt. 

13, 27 frimaire an II. 
Copie et original signé (2 pièces), A. N., 
F7 4742, n"» 116, 117- 

386. — Letire des citoyens Riegert et 
Ilaller, de Colmar, au représentant Hérault, 
déclarant que, n'ayant pu lui exprimer de 
vive voix leurs regrets au sujet de son dé- 
part, ils le font par écrit, que son nom 
restera gravé dans leurs cœurs et qu'ils 
espèrent que justice sera rendue à celui 



ARRESTATION DES DAiNTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



qui a si bien su mériter de la pairie dans 
le département du Haut-Rhin. 

29 frimaire an II. 
Original signé, A. N., 1" 4742, n" 54. 

387. — Lettre du citoyen Dubois, de Col- 
mar au représentant Hérault, membre du 
Comité de salut public, dénonçant le Tri- 
bunal révolutionnaire de cette ville, qui 
vient de faire imprimer un arrêté dont le 
despotisme fait tressaillir tous les bons 
patriotes, quoique plusieurs juges s'y fus- 
sent opposés, mais le président, d'un en- 
têtement sans borne, y a mis obstacle, 
s'erapressant de lui soumettre une copie 
de cet arrêté et déclarant qu'il ne man- 
quera pas de porter à sa connaissance 
tous les actes de despotisme et les injus- 
tices que l'on pourra commettre au pré- 
judice de la République. 

2 nivôse an II. 
Original, A. N., F'' 4742, n» 115. 

388. — Lettre de Félix Clerc, d'Orgelet 
i (Jura), adressée de Thann au représentant 

Hérault de Séchelles, l'informant des farces 
scandaleuses qui viennent de se passer, 
l'évêque ayant demandé la permission 
d'officier publiquement, la municipalité de 
Colmar et le département ont fait annon- 
cer au son de la caisse les offices publics 
et l'heure à laquelle les catholiques, les 
luthériens, les protestants et même les 
juifs pourront se rassembler dans leurs 
temples, en conséquence le fanatisme le 
plus insolent lève une tête audacieuse, les 
livres, les rosaires, les chapelets sont por- 
tés avec ostentation, plusieurs patriotes, 
notamment ceux que l'on qualifie de Fran- 
çais, se sont trouvés insultés, le culte de 
la Raison est délaissé, exprimant le vœu, 
au nom des vrais amis de la chose pu- 
blique, que, lorsque le représentant aura 
triomphé de ses calomniateurs, il revienne 
achever dans le département la régénéra- 
tion commencée, 

5 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F'' 4742, n" 122. 

389. — Lettre du citoyen Larcher, de 
Colmar, au représentant Hérault de Sé- 
chelles, lui annonçant que déjà le fana- 



lo9 

tisme triomphe, que déjà les prêtres et 
les aristocrates se disputent à qui détruira 
le templede la Raison, quelecagotd'évêque 
a demandé au district et obtenu l'église 
du collège, où il a célébré la messe et pro- 
noncé un sermon dans la chaire même où 
le représentant avait réveillé le patrio- 
tisme, que les protestants zélés ont suivi 
cet exemple et célèbrent leur culte dans 
la même église, déclarant que la vérité 
est replongée dans le puits et priant Hé- 
rault, s'il ne peut revenir, de se faire rem- 
placer par un brave Sans-culotte, car au- 
trement la Révolution rétrogradera et le 
département sera f 

5, 6 nivôse an II. 
Original signé, A.N., F'' 4742, n» 118. 

390. — Lettre de Jean-Raptiste Guit- 
tard, chef d'escadrons de gendarmerie à 
Caen, au représentant Hérault de Séchelles, 
lui marquant la surprise qu'il a éprouvée 
à la nouvelle de sa suspension comme ca- 
pitaine de gendarmerie à Colmar, qu'il n'a 
reçue qu'en route lorsqu'il rejoignait son 
poste à Caen, priant Hérault de demander 
au ministre Bouchotte les motifs de cette 
suspension imméritée et protestant de son 
civisme, n'ayant cessé d'être l'ami des lois 
et un vrai Sans-culotte sans fortune, avec 
certificat en faveur dudit Guittard, délivré 
par le Conseil général de la commune de 
Colmar, le 17 frimaire, approuvé par la 
Commission du district, la Commission dé- 
partementale et le Comité de surveillance 
de Colmar, et lettre de Prosper Sijas, ad- 
joint au ministre de la guerre, du 16 sep- 
tembre, au capitaine Guittard, le désignant 
pour remplacer le citoyen Lecomte, lieute- 
nant-colonel au département du Calvados. 

7 nivôse an II. 
Original signé, et copies conformes (3 pièces), 
A. N., FT 4742, n<" 378, 379, 384. 

391. — Lettre du citoyen Laroche, de 
Colmar, au représentant Hérault, le féli- 
citant d'être sorti victorieux de la lutte en* 
gagée contre lui par de misérables ca- 
lomniateurs, exprimant le vœu que les 
bravesSans-culottes du Haut-Rhin lui soient 
à cœur, comme il l'a promis, que la clique 
infernale, qui leur est hostile, crève et se 



l60 



CHAPITRE I«'. — JOUHNÉÈS historiques DE LA RÉVOLUTION 



consume de dépit, et que la République et 
la Sainte Montagne se maintiennent Jus- 
qu'à la fin des siècles. 

15 nivôse an IL 
Original signé, .4. N., F'' 4742, n« 104. 

392. — Lettre de Rapinat, président du 
Tribunal criminel et révolutionnaire du 
Haut-Rliiu, au citoyen Hérault, député à 
la Convention nationale et membre du 
Comité de salut public, le félicitant de ce 
que la Convention lui a rendu justice et a 
refusé d'accepter la démission qu'il a si 
généreusement offerte, déclarant qu'à Col- 
mar on le redemande à cors et à cris, qu'il 
y a laissé des traces immortelles de ses 
bienfaits qui tournent tous à l'avantage de 
la Liberté et de l'Egalité, le conjurant de 
revenir dans le Haut-Rhin, où le patriote 
lèvera la tôte et l'aristocrate la perdra. 

16 nivôse an IL 
Original signé, A. N., F' 4742, n» 455. 

393. — Lettre de Pierre-Joseph-Jules 
Rodes, dit la Franchise, sergent au 3® ba- 
taillon de la Gironde, au représentant 
Hérault, demandant son appui auprès du 
ministre de la marine Dalbarade, pour ob- 
tenir une place d'enseigne entretenu, l'heu- 
reuse évacuation de Toulon devant laisser 
vacants plusieurs postes de ce genre, ex- 
primant le vœu que Hérault revienne ou 
que l'on renvoie quelque vrai montagnard 
qui reprenne et achève la besogne si bien 
commencée, déclarant qu'à chaque séance 
de la Société populaire révolutionnaire de 
Colmar, on regrette son rappel, que tout 
commence déjà à aller plus mal qu'avant, 
et que le fanatisme et la soif de l'argent 
perdront le département. 

16 nivôse an II. 
Origial signé, A. N., F' 4742, n» 106. 

394. — Lettre adressée de Colmar par 
la citoyenne Emilie La Roche, née Des- 
loges, au représentant Hérault, témoignant 
le regret de son départ prématuré, attendu 
que le désordre renaît, les marchés ces- 
sent d'être approvisionnés, les assignats 
retombent dans le mépris, les Comités de 
surveillance ne sont mus que par leurs 



petites passions, et déclarant que l'on a le 
plus grand besoin d'un représentant qui 
séjourne quelque temps dans le pays, et 
que le retour d'Hérault serait très dési- 
rable, parce qu'un autre, avec des prin- 
cipes aussi purs, avec autant de talent, ne 
suivra peut-être pas la môme marche, ré- 
clamant à vrai dire un représentant sévère, 
ferme et juste, en un mot vertueux, et 
priant Hérault d'appuyer sa requête au- 
près du Comité de salut public, avec lettre 
à ce Comité, signalant le retour du dé- 
sordre dans le département depuis le départ 
du citoyen Hérault, montrant la commune 
de Souitz en pleine insurrection, les admi- 
nistrateurs perdant leur énergie, les assi- 
gnats discrédités, le fanatisme relevant la 
tête dans les campagnes, l'affaire de Gun- 
dolsheim qu'elle avait dénoncée, le 17 sep- 
tembre à Robespierre, restant en suspens, 
les intrigues de quelques scélérats en re- 
tardant le jugement, et ne pouvant se ter- 
miner qu'à la honte du genre humain, si la 
cause n'est pas évoquée au Tribunal révo- 
lutionnaire de Paris. 

16 nivôse an II. 
Originaux signés (2 pièces), A.N., F' 4742, 
no" 147, 149. 

Documents concernant la ville et place 
de Huningue. 

39.Ï. — Lettre de la Commission mili- 
taire, chargée de procéder à une enquête 
sur l'incendie de l'arsenal de Huningue, 
au reprisentant Hérault, déclarant que la 
mission qui lui est confiée offre d'autant 
plus de difficultés que la plupart des per- 
sonnes entendues dans cette affaire, ou 
qui auraient des avis importants à donner, 
sont dispersées, que l'information com- 
mencée par la municipalité ne peut encore 
fixer l'opinion de la Commission sur les 
véritables causes de l'incendie, mais que 
l'interruption instantanée du cours des 
fontaines, pendant le feu, et son rétablis- 
sement, la portent à croire qu'il existe des 
coupables de la plus haute trahison, annon- 
çant que 7 canonniers ou artificiers sont 
arrêtés, mais que Hecquelé, artificier, a 
disparu, ainsi que sa femme, et que les né- 
gligences du commandantde l'arsenal ayant 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



161 



paru suspectes, il est gardé à vue et ses 
papiers sont sous les scellés. 

2 frimaire an II. 
Original, signé de Sauvât, président, Bonnet, 
Mozeille, Joseph Pierre et Guillaume Johnslon, 
A. iV.,F7 4742, no 257. 

390. — Lettre de la Commission mili- 
taire établie à Huningue au représentant 
Hérault, portant à sa connaissance un 
crime grave dont la ville de Huningue vient 
d'être le théâtre, et les mesures que lui 
a suggéré son patriotisme, l'évasion tlu 
citoyen Moreau, chef du 7« bataillon de la 
Drôrae, mis en état d'arrestation par ordre 
du général Schérer, ayant donné lieu à 
des visites domiciliaires, ce citoyen fut 
trouvé couché dans le grenier de la mai- 
son du maire, en raison de ce fait, la Com- 
mune a requis le général commandant la 
pkce de faire arrêter le maire et d'ap- 
poser les scellés sur ses papiers, ce qui a 
été exécuté, et plusieurs habitants ont éga- 
lement été mis en état d'arrestation, en 
conséquence, les membres de la Commis- 
sion demandent les ordres du représen- 
tant et le prient de n'épargner ni leurs 
soins, ni leurs veilles, car des Sans-culottes 
et des bougres à poil se donnent tout en- 
tiers à la chose publique. 

9 frimaire an II 
Original, signé de Sauvât, président, Bonnet, 
Mozeille, Johnston et Joseph Pierre, A. N., F'' 
4742, n» 19? 

397. — Mandat donné par Hérault, re- 
présentant du peuple extraordinairement 
envoyé dans le départementdu Haut-Rhin, 
à la Commission militaire de Huningue, à 
l'effet de lui présenter, le H frimaire, avant 
minuit, le tableau des talents, dispositions 
et conduite des chefs mtlilaires et officiers 
de la place, des dispositions de la garnison 
et des habitants, avec les mentions sui- 
vantes, inscrites en marge. Rien sur le 
compte du général Ortlieb, nous le croyons 
un brave homme, — Le commandant de 
la place, renvoyé à son bataillon, remplacé 
par Muller. — La garnison est excellente 
et les habitants ne valent pas un f... — 
Braquemont, premier adjudant de la place, 
excellent. — Ducimetière, second adjudant 
de la place, est dévoué entièrement à Guil- 
T. XI. 



laud, commandant, doit être renvoyé à 
son bataillon, qui est le second bataillon 
de l'Ain. 

il frimaire an II, 
Original, signé de Hérault et des membres 
de la Commission militaire, A. N., F" 4742, 
n° 143. 

398, — Lettre de Fest, premier commis- 
saire de la municipalité de Huningue, et 
de Larue, procureur de la Commune, à 
un de leurs amis, déclarant que l'on trame 
la contre-révolution dans ce pays, que la 
Commission militaire se trouve réduite au 
commissaire Pierre, les autres ayant dû 
partir par ordre du général Schérer, si- 
gnalant les intrigues du sieur Guillaud, qui 
a dénoncé le nommé Coulaux, pour avoir 
demandé à être indemnisé de ses pertes 
dans l'incendie de l'arsenal, fait à vérifier, 
et Fest, pour sa négligence à mettre les 
vivres à l'abri des bombes, reproche in- 
juslilié, les casemates ayant été occupées 
par les meubles des bourgeois, priant 
d'aviser le représentant Hérault de ces 
incidents. 

13 frimaire an II. 

Original signé, A. N., F'' 4742, n° 45. 

399. — Lettre de Ritter, ancien maire de 
Huningue, au citoyen Pierre Cadet, com- 
missaire des guerres à Colmar, protestant 
contre son incarcération, provoquée par une 
délibération du Conseil général de la com- 
mune de Huningue, ({u'il avait signée en 
qualité de maire, de concert avec les mem- 
bres de la municipalité, dans laquelle le 
meilleur accueil était assuré aux émigrés 
qui rentreraient en France, émigrés que 
l'on qualifiait de Français disliuQués, T^rianl 
le citoyen Cadet d'intervenir auprès du 
représentant Hérault, à l'effet de transfor- 
mer sa détention dans une maison d'arrêt • 
en une détention dans son domicile, jus- 
qu'à la décision que doit prendre à son égard 
le Comité de surveillance de Huningue. 

15 frimaire an II. 
Original signé, avec la délibération imprimée, 
du 17 mars 1790 (2 pièces), A. N., F^ 4742, 
n"» 140, 141. 

400. — Lettre de la Commission muni- 
cipale de Huningue au représentant Hé- 
rault, déclarant que les dénonciations de 

11 



162 



CHAPITRE I•^ — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



Guillaud, ex-commaiidanl de place, contre 
les citoyens Fest et Coulaux, armurier, 
sont sans fondement et n'ont eu d'autre 
but que d'avilir et discrckliler la (Com- 
mission municipale, par haine contre les 
patriotes qui remplaçaient ses amis de 
l'ancienne municipalité, suspendus, et d'é- 
branler la révolution opérée à Huningue 
par le représentant en faveur des Sans- 
culottes, et décidant de conserver dans 
son sein le citoyen Coulaux, qui a montré 
beaucoup de courage lors de l'incendie de 
l'arsenal, et n'est nullement entaché par 
les inculpations dont il a été l'objet. 

17 frimaire an IL 
Original signé, A. N., F' 4742, n» 49. 

401. — Avis donné par la Commission 
municipale de Huningue, assemblée en 
vertu de l'ordre du représentant Hérault, 
sur la pétition de Muller, ci-devant com- 
missaire civil et auparavant commandant 
amovible de la place de Huningue, destitué 
de ses fonctions par les représentants Lau- 
rent et Ferry, déclarant qu'il y a eu une 
intrigue manifeste contre Muller, qui a 
été regretté de tous les bons citoyens, que 
la lettre écrite contre lui au département, 
où il était accusé d'impérilie, est contraire 
à la vérité, et déclaration analogue du Co- 
mité de surveillance révolutionnaire, por- 
tant qu'il verrait avec Joie le représentant 
Hérault rendre justice à un brave mili- 
taire dont les talents et vertus civiques 
sont reconnus. 

19, 20 frimaire an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., F' 4742, 
n"» 40, 41. 

402. — Lettre du Comité de surveillance 
. révolutionnaire de Huningue au représen- 
tant Hérault, lui annonçant l'envoi dans 
la maison d'arrêt de Colmar du citoyen 
Meyer, ci-devant officier municipal, qui est 
jugé très suspect, attendu, que le jour de 
l'installation de la nouvelle Commission 
municipale, il s'est permis les propos les 
plus violents contre les nouveaux mem- 
bres, en affirmant qu'elle ne subsisterait 
pas, et au début de la Révolution s'est 
porté dans l'assemblée primaire à des 
Toies de fait très condamnables contre le 



ciloyen Larue, actuellement procureur de 
la Commune, et quelques autres patriotes, 
qui ne durent leur salut qu'à la protection 
des soldats de la garnison, déclarant que 
la déportation de ce Meyer est d'autant plus 1 
urgente qu'il y a lieu de craindre qu'il 
n'excite une révolte dans la ville contre les 
autorités constituées. 

20 frimaire an II. 
Original signé, A. iV., F' 4742, n» 143. 

403. — Lettre de la Commission mili- 
taire de Huningue au représentant Hé- 
rault, déclarant que la marche de son en- 
quête est constamment entravée par les 
opérations du Comité de surveillance et 
ditférentes affaires qui lui sont renvoyées, 
que, malgré tous ces obstacles, elle espère 
terminer sous peu son travail, d'autant 
plus que le désir de partager les succès 
de ses frères d'armes à l'armée du Bas- 
Rhin aiguillonne son zèle, se plaignant 
de la négligence ou de la mauvaise foi du 
Tribunal révolutionnaire de Colmar, qui 
demande journellement quels sont les 
chefs d'accusation contre l'ancien maire 
de Huningue, quoique la procédure ins- ' 
truite par Rambaud, accusateur public du 
Tribunal militaire, ait été transmise à ce- 
lui du Tribunal de Colmar, qui semble vou- • 
loir sauver ce^ aristocrate, faisant passer 
l'opinion du Comité de surveillance et de 
la Commission municipale sur le compte I 
de Muller, et se proposant d'envoyer très ' 
prochainement celle de la Société popu- ' 
laire, priant Hérault de rendre ce bon ci- • 
toyen à ses fonctions et annonçant l'envoi ' 
de notes très intéressantes sur le député 
Ritter, l'armement des paysans du Sund- 
gau, qui n'attendraient qu'une occasion 

favorable pour se soulever. 

i 
22 frimaire an II. 
Original, signé de Johnston, Bonnet, Mo- 
zeillft, Hauser et Joseph Pierre, A. AT., F'' 4742, 
n" 46. 

404. — Lettre de Larue, procureur de 
la commune de Huningue, au représentant , 
Hérault, lui annonçant que l'esprit public ij 
a fait un grand pas dans celte ville depuis 

8 jours, que la fête ordonnée par le repré- 
sentant a été célébrée avec autant de 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



lti3 



pompe et d'apparat que le permettait la 
situation de la ville et que des chœurs des 
jeunes gens des deux sexes ont clianté 
des hymnes à la patrie et à la liberté, 
ajoutant que, tous les décadis, seront con- 
tinués les instructions morales et les 
chants patriotiques, mais déclarant que les 
parents, amis et compères d'arislocrates, 
soutenus par le citoyen Ritter, député à 
la Convention, dont le beau-père et le 
frère sont dans les prisons, s'agitent en- 
core sourdement et osent parler d'une 
dénonciation contre les nouvelles auto- 
rités de Huningue, contre lui en particu- 
lier, que l'on prétend exclu par une loi de 
toutes fonctions publiques, en sa qualité 
d'ancien prêtre, demandant à être rensei- 
gné à cet égard et déclarant que, si la chose 
est exacte, il se retirera, mais autrement 
portera avec courage tout le poids des 
fonctions qui lui sont confiées. 

24 frimaire nn II. 
Original signé, A. N., V 4742, n" 103. 

405. — Lettre de la Société populaire de 
Huningue au représentant Hérault, don- 
nant son avis au sujet de la conduite de 
Muller, ex-commandant amovible do la 
place de Huningue, destitué par le géné- 
ral Desprez-Crassier, pour avoir tiré sur 
l'ennemi qui se proposait de franchir le 
Rhin, conformément aux ordres des repré- 
sentants Ritter et Ferry, lequel est resté 
digne de l'estime et de la conftance de la- 
dite société, qui demande qu'il soit rétabli 
dans le commandement de cette place, 
où il est désiré par tous les patriotes. 

25 frimaire an II. 
Original signé, A. N., F' 4742, n" 36. 

406. ~ Lettre du Comité de correspon- 
dance de la Société populaire et révolu- 
tionnaire de Huningue à Hérault de Sé- 
chelles, représentant du peuple envoyé 
dans le département du Haut-Rhin, l'ins- 
truisant de leur surprise et de leur juste 
indignation à la nouvelle des intrigues et 
des menées dirigées contre lui, qui ne 
serviront qu'à le rendre plus cher et plus 
précieux aux vrais Sans»culottes, procla- 
mant que le moment de son départ est un 
jour de deuil pour les patriotes, qui ne s'en 



consoleront que par l'espérance de le voir 
incessamment revenir parmi eux pour jouir 
de son ouvrage, les seconder afin de dé- 
jouer tous les projets liberlicides de leurs 
perfides ennemis et soutenir l'esprit public 
que les malveillants, qu'il a terrassés et 
réduits au silence, pourraient encore cher- 
cher à égarer. 

27 frimaire an IT. 
Original signo, A. N., V 4742, n" 144. 

407. — Déclaration de la Commission 
mililaire, formée à Huningue par le repré- 
senlant Hérault et chargée par lui d'ins- 
taller et de faire reconnaître dans l'assem- 
blée du peuple la Commission municipale 
substituée à l'ancienne municipalité, por- 
tant que, sur invilation à elle faite, elle 
s'est rendue, le l*"" nivôse, à la Maison 
Commune pour assister au compte rendu 
fait aux habitants par ladite Commission des 
moyens qu'elle a mis en œuvre pour éta- 
blir l'ordre et l'abondance, ajoutant qu'après 
ce compte rendu, présenlé par l'agent na- 
tional, le peuple a manifesté une vive sa- 
tisfaclion et donné son approbation una- 
nime, sans (jue personne ait soulevé la 
moindre réclamation. 

2 nivôse an II. 
Copie conforme, en date du 12 nivôse, A, N., 
F'' 4742, n» 429. 

408. — Lettre de Pechel, membre du 
Comité de surveillance de la commune de 
Huningue, au représentant Hérault, l'avi- 
sant des attaques dirigées contre lui par 
ses ennemis, les aristocrates du Haut. 
Rhin, qui, ne pouvant le mettre en défaut, 
s'en prennent à ceux qu'il a placés, lui 
annonçant que le Comité de surveillance 
de la commune de Huningue vient de sur- 
prendre une exportation considérable de 
numéraire, dont une partie, se composant 
de 1,855 louis, est en son pouvoir, et en 
attendant que le Comité puisse Irans- 
mettrc au Comité de salut public le ré- 
sultat de ses opérations, l'en informant 
sommairement, afin que Hérault puisse 
confondre ses monstrueux détracteurs, se 
louant dans cette affaire du zèle et de 
l'activité de Magnier, receveur principal 
des douanes de Colmar, commissaire pour 



164 CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION 



la frontière du Rhin, et de Pusserat, rece- 
veur principal de Rourg-Libre. 

5 nivôse an II. 
Original signé, A. N., F" 4742, no 160. 

409. — Déclaration de Jean-Raplisle 
Pierre, commissaire des guerres, employé 
à Huningue, portant que, le 24 juillet der- 
nier, en revenant de l'hôpilal militaire à 
son logis, il aperçut un individu conduit 
par la garde vers la porte du Rhin et suivi 
d'une foule menaçanle, individu qui s'était 
rendu fort suspect par les questions faites 
aux sentinelles sur les remparts, et que 
les représentants Perry et Ritler, après 
l'avoir interrogé, avaient donné l'ordre de 
le conduire sur le territoire de R;\le,cequi 
occasionna du tumulte dans la garnison, 
au point que les représentants furent in- 
sultés et, en raison des attroupements me- 
naçonts, ledit Pierre, par ordre de Ritter, 
de concert avec Rracquemont, adjudant 
de la place, parvint non sans peine à le 
conduire à sa destination, avec déclara- 
tion analogue de Rracquemont, adjudant 

de la place. 

16 nivôse an II. 
Originaux signés (2 pièces), A. N., F'' 4742, 
noM37-138. 

410. — Lettre de la Société républicaine 
épurée de Huningue au représentant Hé- 
rault, annonçant la perle sensible que fait 
la Société, par suite du départ pour Paris 
de deux infatigables défenseurs de la Ré- 
publique, Hauser et Rlessmann, agents du 
pouvoir exécutif, qui sont rappelés, et in- 
vitant Hérault à ne pas oublier que la 
frontière du Rhin a besoin d'être surveillée 
et à faire en sorte que ces deux braves 
Sans-culottes puissent leur être rendus, 
parce qu'ils jouissent d'une estime bien 
méritée par la fermeté et la sagesse de 
leurs démarches, constatant le silence des 
Ritter et O* et aussi celui du Tribunal de 
Colmar, et exprimant le vœu que Hérault 
mène son cher confrère, le soi-disant Mon- 
tagnard, aussi lestement que les Autri- 
chiens le sont par les armées du Rhin. 

Sans date (18 nivôse an II). 
Original signé, A. N., F'' 4742, n» 431. 

411. — Lettre de la Commission muni- 
cipale de Huningue au représentant Hé- 



rault, accompagnant l'envoi du procès- 
verbal de l'assemblée populaire, tenue le 
11 nivôse, au bas duquel se trouvent en- 
viron 160 signatures, ce qui semble peu, 
mais 70 citoyens des plus patriotes sont 
employés aux armées où hors de la ville, 
constatant en somme qu'il n'y a que 9 ou 
10 mécor)tents et 10 ou 12 kkhes sur les 
2o0 citoyens de la commune, que cette 
marque de la satisfaction générale servira 
à déjouer los petites intrigues de Ritter, Reu- 
bell et Pllieger, signalant les machinations 
du vieux général Orllieb, qui commande 
à Huningue et qui fait cause commune 
avec les 9 ou 10 mécontents qu'il appelle 
tous les bourgeois de la ville, lequel doit, 
suivant la promesse du général Schérer, 
être déplacé, exprimant le regret du dé- 
part des militaires qui faisaient partie du 
Comité de surveillance, et demandant l'en- 
voi de Paris de 3 ou 4 patriotes, tels que 
Hauser et Rlessmann, Mayençais, ci-de- 
vant agents du Conseil exécutif, dont la 
sagesse et la vigueur ont gagné le cœur 
des habitants, et qui aideront à soutenir le 
patriotisme, l'un de ces patriotes dans la 
municipalité, et Iqs autres dans le Co- 
mité de surveillance. 

18 nivôse an II. 
Original signé,, A. N., F^ 4742, n» 430. 

412. — Lettre de la Commission mili- 
taire de Huningue au représentant Hérault, 
annonçant que son enquête sur l'incendie 
de l'arsenal est terminée et qu'il adresse au 
Tribunal révolutionnaire les pièces rela- 
tives à cette affaire, avec un petit mémoire 
qui pourra éclairer l'opinion des membres 
du Tribunal, déclarant qu'elle attribue cet 
incendie à la malveillance et aux projets 
liberticides des ennemis, que les soupçons 
les plus fondés se sont portés sur le ci- 
toyen Hequeley, artificier de l'arsenal au 
moment de l'incendie, dont l'émigration 
hors du territoire de la République cons* 
titue une preuve certaine, manifestant la 
satisfaclion que les membres de la Com- 
mission éprouvent en apprenant la rentrée 
de Hérault au sein de la Convention, qui dé- 
truit les calomnies répandues par des intri- 
gants sur sa conduite pendant son séjour 
dans le Haut-Rhin, ce qui doit le dédomma- 



ARRESTATION DES DANTONISTES, SAISIE DE LEURS PAPIERS 



16t 



gep des tracasseries de ses ennemis, faisant 
observer que, malgré les changements sa- 
lutaires réalisés à Huningue, l'esprit des 
habitants est peu révolutionnaire, annon- 
çant qu'ils rejoignent l'armée et recom- 
mandant à la sollicitude du représentant, 
pour un emploi civil, Malardot, caporal au 
2* bataillon de la Côte d'or, secrétaire de 
la Commission, qui, en raison de la fai- 
blesse de son tempérament, ne peut sup- 
porter les fatigues du bivouac. 

22 nivôse an II. 

Original, signé de Joseph Pierre, de Bonnet 
et Johnston, lieutenants au 3« bataillon du Bec- 
d'Ambès, et Mozeille, officier au !»■■ bataillon 
du Puy-de-Dôme, A. N., F' 4742, n" 139. 

Insertion au Bulletin, le 8 nivôse, l'an II. 
Signé : Gabriel Bouquier, secrétaire. 

413. — Mémoire de François Hell, ex- 
grand bailli de Landser, intitulé Remarques 
particulières sur Huningue et Blanchard, 
dans lequel se trouvent énumérés nombre 

j de griefs contre le citoyen Rlanchard, no- 
taire à Huningue, et sa famille, qui a su 
capter les commissaires de la Convention, 
notamment Rilter, a autorisé la libre com- 
munication des habitants du Haut-Rhin 
avec la Suisse et les émigrés qui s'y trou- 
vent, favorisé ainsi la contrebande et l'ex- 
portation du numéraire, négligé les ap- 
provisionnements du siège, souffert la di- 
lapidation des vivres, a fait enlever le 
commandement de la place de Huningue 
au brave et vigoureux montagnard Muller 
et fait abhorrer la Révolution dans le 
département du Mont-Terrible par sa gros- 
sièreté, qui allait même jusqu'aux coups 
de poing. 

(Sans date.) 
Original signé, A. N., F^ 4742, n» 135. 

414. — Mémoire de Nicolas-Rernard Du- 
puy, orfèvre à Huningue, obligé de quitter 
cette ville pour s'établir à Belfort, présenté 
aux administrateurs du district d'Altkirch, 
contre la municipalité de Huningue, qui lui 
a refusé un certificat de civisme, et qu'il 
accuse d'incivisme et d'aristocratie, met- 
tant en regard de sa conduite celle du 
maire Ritter et du notaire Blanchard, qui 
ont favorisé les émigrés, tandis que lui et 
quelques patriotes ont empêché la trahi- 



son et la remise de la ville aux princes 
qui voulaient en faire le noyau de la con- 
tre-révolution. * 
(Sans date.) 
Copie conforme, signée de Blessmann, agent 
du Conseil exécutif provisoire, A. iV., F'' 4742, 
n» 136. 

Lettres envoyées de diverses villes 
d'A Isace. 

413. — Lettre de la Société populaire 
des Sans-culottes de Massevaux au repré- 
sen