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Full text of "Réunion des sociétés des beaux-arts des départements"

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REUNION 



SOCIÉTÉS DES BÉAUX-ARTS 



DES DEPARTEMENTS 



EN 1898 



MIMSTKIir, ItF, f,'INSTR(:0TION PUBLIQUE ET DEf^ IlEAI'X-AUTS 



DIRECTION DES BEAUX-flRTS 



Bureau de l'Enseignement et des Manufactures nationales 



REUNION 



DE8 



SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS 

DES DEPARTEMENTS 

SALLE DE L'HÉMICYCLE, A L'ÉCOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS 

Dxx 12 au. 16 avril 1898 



VIlVftT-DEtlXIK.UE SESIglO.I 



Ouvrage orné de ci nq liante- tro is planches 




PARIS 



TYPOGRAPHIE DE E. PLON, NOURRIT kt C 

r. m: (i.UîAXCiKr.i:, s 



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HUIJ.ETIN DU COMITK 



MINISTERE DE L'INSTRUCTION PURLIUUE ET DES BEAUX-ARTS 



DIRECTION DES BEAUX-ARTS 



Bureau de l'Enseignement et des Manufactures nationales 
N" 4 I" DÉCEMBRE 1897 

BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS 

DES DÉPARTEMENTS 

SOMMAIRE 

Actes administratifs. — Session de 1898 : Circulaire n" 2. — Compte rendu de 
la session de 1897. — Table des vingt prcniiers lolumes des sessions des 
Sociétés des Beaux-Arts. — Partie documentaire. — Questions. — Réponses. 
— Faits ou découvertes. — Xécrologie. — Echanges de publications. — 
Bibliographie. 



SESSIOlsr DE 1898 
CIRCULAIRE N" 2 



REPUBLKJIE FRAXÇAISE 

Palais-Royal, le l'^'' décembre 1897. 
Bureau de l'enseignement et des Manufactures nationales. 
22° réunion annuelle des Sociétés des Beaux-Arts des départements (1898). 
IMOXSIELR, 

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'annoncer par ma circulaire du 
31 mai 1897, un arrêté ministériel fixe au mardi 12 avril 1898 l'ouver- 
ture de la 22<" session des Sociétés des Beau\-.-\rts des déparlements. 

Les séances auront lieu du mardi 12 au vendredi 15 avril. La séance 
générale est fixée au 16- avril. 

Les manuscrits seront reçus à la Direction des Beaux-Arts, rue de Valois, 
n° 3, jusqu'au 31 janvier 1898 inclusivement. Passé ce délai, aucun tra- 
vail ne pourra élre soumis à l'examen du Comité. J'ajoute que les travaux 
comportant des pièces justificatives, qui seraient adressés dans le délai 
i\<> 4 b 



prescrit, sans que les pièces en question fussent jointes au mémoire pro- 
prement dit, ne seraient pas soumis au Comité. Certains auteurs ont 
estimé pouvoir retarder l'envoi des annexes ou appendices à leur texte. 
Le Comité a jugé que celte façon de procéder constituait un abus qu'il 
importe de faire cesser. C'est donc la copie intégrale des mémoires pro- 
posés par leurs auteurs qui doit être parvenue à la Direction des Beaux- 
Arts, le 31 janvier 1898 au plus lard. 

îiCs auteurs sont également prévenus que, désormais, les copies de 
pièces inédites joinles aux mémoires soumis à l'examen du Comité devront 
être aullienliquéos, soit par les directeurs des dépôts d'archives, soit par 
les notaires, soit par les propriétaires des papiers communiqués. 

Le grand nombte des communications m'oblige à rappeler aux auteurs 
([u'il leur est accordé vingt minutes au plus pour lire ou résumer leurs 
travaux. Les mémoires qui, à l'impression, exigeraient plus 
de vingt pages du format du compte rendu devraient être 
l'objet de suppressions qui seraient demandées aux auteurs 
avant la mise sous presse. 

Comme je vous l'ai fait savoir, les caries d'invitation et les lettres de 
pai cours sur les chemins de fer seront envoyées aux seules personnes 
nominalement désignées par les présidents des Sociétés des départements 
et aux membres non résidants ou correspondants du Comité des Sociétés 
d3s Beaux-Arts qui auront exprimé l'intention formelle de prendre part 
à la session. 

Les délégués qui auront besoin d'une lettre de parcours indiqueront l'itiné- 
raire qu'ils se proposent de suivre pour se rendre à Paris. Si le voyage doit 
s'effectuer sur des réseaux différents, ils devront le mentionner dans 
leurs demandes et signaler les gares où aura lieu le changement de réseau. 

Les demandes de cartes et de lettres de parcours devront parvenir à la 
Direction des Beaux-Arts avant le 1"^ février au soir, terme de rigueur. 

L'envoi de ces imprimés aux ayants droit sera fait du l'^'' au 15 mars. 
MM. les délégués sont invités à prendre bonne note de ces dispositions. 
11 ne saurait être réjiondu aux lettres de léclamation tendant à obtenir 
les pièces mentionnées ci-dessus, antérieurement à la péiiode qui vient 
d'être indiquée. 

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée. 

Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. 

Pour le Ministre et par autorisation : 
Le Directeur des Beaux-Arts, 
H. RoLJOx. 

A. B. — Chaque année, les auteurs des mémoires acceptés par le 
Comité et insérés dans le compte rendu de la session demandent à la Direc- 
tion des Beaux-Arts l'autorisation de faire des tirages à part de leurs tra- 
vaux. MM. les auteurs sont prévenus qu'ils peuvent traiter, pour les tirages 
à part, avec l'éditeur du compte rendu, sans que la Direction des Beaux- 
Arts ait à intervenir en aucune manière dans ces négociations. 11 ne sera 



— Xi\ — 



donc pas iqjoiulu aux lollres des collaborateurs du fjornilé qui auraient 
trait à celte (|uestion. — Les tirages à part ne sont livrables aux auteurs 
qu'après raclièvement et la distribution du compte rendu de la session. 



COMPTE RENDU DE LA SESSION DE 1897 

Le Compte rendu de la session tenue en 1897 est achevé d'imprimer. 
Il renferme quarante-huit des mémoires lus dans la salle de l'Hémicycle 
et ne comporte pas moins de 1177 pages. 50 planches hors texte ajou- 
tent à l'intérêt du volume, qui sera distribué dans quelques semaines 
aux auteurs des travaux publiés. 



TABLE DES VINGT PREMIERS VOLUMES DES SESSIONS 
DES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS 

La Table analytique des matières contenues dans les comptes rendus 
des vingt premières sessions (1877-1896), réclamée au cours de la session 
de 1896. est terminée. Le texte de cet important travail, entrepris sur 
l'ordre de M. le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, sera 
prochainement sous presse. 



QUESTIONS 
Le peintre L.-J. de Launay. — Ine correspondance découverte 
récemment aux .-\rchives d'Ille-et-Vilaine nous apprend qu'un peintre dorigine 
bretonne, Louis-Jacques de Launay, chevalier (de Sainf-AIicliel), quitta, vers 
1724, la Cour de l'ologne, renonçant aux honneurs et aux Arls, pour embrasser 
la vie religieuse dans un couvent de Chartreux, à Laon. l'oun-ait-on fournir des 
renseignements sur ce peintre, qui paraît avoir joui d'une certaine célébrité au 
commencement du dix-huitième siècle, mais qui est aujourd'hui absolument 
iucot)nu? Serait-ce le de Launay simplement cité dans la Xolice des iableaux 
de r Ecole française au Louvre, parmi les copistes du peintre Hyacinthe Rigaud? 
— P. P..., à Rennes. 

L'abbaye de l'Estrée. — Connaît-on une Vue de l'abbaye de l'Estrée 
(ordre de Citeaux), près Dreux? — E. V..., au Alesnil-sur-l'Estrée (Eure). 

RÉPONSES 

Les expositions au dix-huitième siècle. — /'. C..., à Nancy (n^S 
du liulletin). — Le texte ilu Rapport adressé au Roi, en 17 V6, sur les exposi- 
tions se trouve aux Archives nationales, série 0, n" 10,095, p. 15G, de l'Etat de 
la dépense et régie des Académies royales. — \ . B à Alelun. 

Salon de 1748. — -1/. R..., à Grenoble (n. 3 du Bulletin). — Les Lettres 
écrites de Paris à Bruxelles, sur le Salon de 1748, ont été publiées dans la 
Revue universelle des Arts, t. X, p. 433-462. — A. C... à Angers. 



FAITS OU DÉCOUVERTES 
— Un collectionneur bien connu, M. J. .\Iaciet, a fait présent au Alusée du Louvre 
de quatorze peintures flamandes ou allemandes du quinzième et du seizième siècle. 



— Les meubles deBoulIc exposés dans la galerie d'Apollon et qui avaient subi, 
probablement sous Loiiis-Pliilippe, des remaniements et des adjonctions déplo- 
rables, ont élé remis en leur état priinitil". Un dessin de l'époque de l'auteur, 
appartenant au Musée des Arts décoratifs, a permis de mener à bonne fin, en toute 
certitude, cette œuvre de restitution nécessaire. 



NÉCROLOGIE 



Le 23 novembre 1897, le Comité a perdu l'un de ses membres les plus 
autorisés el les plus dévoués, dans la personne de M. A Bardoux, séna- 
teur, membre de l'Institut, ancien ministre de l'Instruction publique et 
des Beaux-Arts, décédé î'i Paris dans sa soixante-septième année. Nul 
plus que M. Bardoux ne suivait avec une sympathie profonde le mouve- 
ment provincial, attesté par le succès croissant des sessions des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements. 



ÉCHANGE DE PUBLICATIONS 

MM. les présidents des Sociétés des départements sont invités à faire 
parvenir à la Direction des Beaux-Arts (bureau de l'Enseignement et des 
Manufactures nationales), 3, rue de Valois, les Bulletins ou Mémoires 
périodiques renfermant les travaux des membres de leurs sociétés. Ils rece- 
vront, en échange, le Bulletin du Comité dee Sociétés des Beaux- Arts des 
départements, el chaque numéro du Bulletin contiendra les extraits des 
sommaires des publications reçues, intéressant l'art ancien ou moderne. 

Bulletins ou Mémoires des Sociétés des départements. — Périodiques. — 
Extrait des sotnmaires intéressaiit l'Art ancien ou moderne. 

Alpes (Haltes-). — Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes (2* série, 
n" 23, 'i' trimestre 1897. Gap, Jou'jlard, 1897, in-8"). — Description des por- 
traits gravés intéressant les Hautes-Alpes, par M. J Roman. 

Garonne (Haute-). — Bévue des Pyrénées (t. IX, 1897, livraisons 1 à 4. Tou- 
louse, 1897, Privât, 1897, in-8"). — Aladrid au dix-huitième siècle, par M. Des- 
devises, du Dézert. — L'Art paradoxal à Toulouse, par Desazars. — Abrégé de 
l'histoire du Languedoc, parM. Roschach. — Les Pyrénées à l'Opéra : Messidor; 
la vallée de Bethmale, par M. de Lahondès. — Trois siècles de vie provinciale en 
Languedoc, par M Roschach. — Le t Triomphe de Joseph j et le » Déluge s 
d'Hilaire Pader, par M. Lestrade. 

Ouvrages sur l'art ancien ou moderne reçus pendant le dernier trimestre. 

Marsv (comte de). ■ — Les dalles tumulaires de la Belgique (Paris, Picart, 
189G, in-8'', avec planches). — Dalles tumulaires découvertes à Gand et se ratta- 
chant aux treizième et quatorzième siècles. — Dalles de Namur, etc. 



MINISTÈRE L)K L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS 



DIRECTION DES BEAUX-ARTS 



Bureau de l'Enseignement et des Manufactures nationales 
N" 5 I" MARS 1898 

BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS 

DES DÉPARTEMENTS 

SOMMAIRE 

Actes administratifs. — Session de 1898 : Circulaire n" 3. — Nomiualion d'un 
correspondant du Comité. — Partie dociimentaii-e. — Questions. — Réponses. 
— Faits ou découvertes. — Nécrologie — Echange de publications. — 
Bibliographie. 

SESSION DE 1898 

CIRCULAIRE K° 3 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

Palais-Royal, le 1" mars 1898. 
Bureau de l' Enseignement et des Manufactures nationales. 
22"= réunion annuelle des sociétés des Beaux-Arts des départements (1898). 

Monsieur, 

J'ai l'honneur de vous adresser sous ce pli : 

1° Une carte nominative de Délégué à la session prochaine des 
Sociétés des Beaux-Arts des départements à l'Ecole nationale des 
Beaux-Arts; 

2° Une lettre d'invitation devant vous permettre de vous rendre 
à Paris. 

Les Compagnies de chemins de fer ont bien voulu, sur ma 
demande, étendre aux Délégués des Sociétés des Bcaux-Arls la 
faveur déjà accordée aux Délégués des Sociétés savantes, en leur 
N°5 



concédant une réduction de 50 pour 100 sur le prix des places 
(l'aller étant intégralement perçu et le retour gratuit). 

Les lettres d'invitation, établies d'après le modèle adopté par le 
Syndicat des Compagnies de chemins de fer, seront valables à partir 
du 3 avril et tiendront lieu de billets de retour, pourvu, tou- 
tefois, que toutes les formalités indiquées en note aient été remplies 
exactement et que le retour soit effectué du 16 au 21 avril inclus. 
Toute irrégularité dans la lettre d'invitation, dans le certificat de 
présence aux réunions ou d;ins les visas entraînerait la déchéance 
du droit au retour gratuit. 

Pour la ligne du Alidi, la lettre devra être visée au retour dans 
la gare terminus de ce réseau (lîordeaux-Saint-Jean, Agen, Mon- 
tauban, Toulouse, Albi, Cette ou Montpellier, suivant le cas). 

Je vous rappelle que les séances seront tenues, comme les années 
précédentes, dans la salle dite de l'Hémicycle, à l'Ecole nationale 
des Beaux-Arts, du mardi 12 au vendredi 15 avril inclusivement. 

La Séance générale aura lieu le samedi 16 avril, dans le grand 
amphithéâtre de la Sorbonne. 

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très dis- 
tinguée. 

Le Ministre de Tlnslruction publique et des Beaux-Arts. 

Pour le Ministre et par autorisation : 

Le Directeur des Beaux- Arts, 

H. ROLJON. 

NOMIXATIOX DE CORRESPOMDAÎVT DU COMITÉ 

Par arrêté en date du 30 décembre 1897, rendu sur la proposilion du 
directeur des Beaux-Arts, M. H. Lahanhe, conservateur de la Bibliothèque 
et du Musée d'Avignon, a été nommé correspondant du Comité des Sociétés 
des Beaux-Arts des déparlements. 



QUESTIONS 
Problème épigraphique. — Un lecteur du Bulletin demande, pour la 
solution d'un petit problème épigraphique, si quelqu'un connaît l'auteur du pen- 
tamètre latin suivant : 

Inviti siiperunt limina sacra pedes. 

V. P..., à Vannes. 

Chardin. — Le peintre Chardin, nommé membre de l'Académie de Rouen, 
a-t-il fait un séjour dans cette ville? A-t-il réellement été « officier d à la com- 
pagnie normande, comme le veulent plusieurs de ses biographes? In correspon- 
dant du Comité des Sociétés des Beaux-Arts des départements serait bien recon- 
naissant envers celui de ses confrères qui pourrait l'éclairer sur ce point, que la 
distance où il se trouve l'empêche d'élucider personnellement. — F. G...,àCognac. 



— XMII — 



REPONSES 



Jehan Bourdichon. — D. V..., à Tliouars (n" '■^ du liulletin). — Xous 
sommes heureux de pouvoir répondre à la question posée sur Bourdklion par 
les iijjnes suivanles (jue nous avons tout lieu de croire inédites : «.AJe/ian Boni- 
ilic/iun, painire et enlumineur, la somme de seize livres dix deniers tournois en 
dix escuz d'or de xxxij solz j denier tournois la pièce, à lui ordonnée par ledit 
seij^neur durant ledit mois, tant pour ses peines et sallaires d'avoir pourtraict et 
|)aint huit patrons de plusieurs sorte de plaisir dudit sei'juenr cpie aussi pour le 
récompenser d'un voya;(e par lui fait partant de Tours jusques à Tliouars devers 
ledit seigneur où il a vacqué dix jours entiers, ponr ce cy par vertu dudit roole 
du Roy et qnictance dudit liourdiclion escrite le sv' jourde mars mil (^.CCC. 111.1^^ 

cy rendre ladicle sonuiie de xvj liv. x d. t. » 

(Archives nationales, Comptes de la chambre du Roi, KK G'f, fol. 111 r" et v".) 

— JI. R... à Lyon. 

Abbatiale de Gluny. — /...., à Paris (n"'2 et 3 du Bulletin). — Jean- 
Gabriel Cliarcet. artiste dessinateur, est né, non à Lyon, mais à Serricres 
(Ardèche), en 1750; son portrait, par Donat X'onnotte, est au Musée du Louvre. 
La vue de l'abside de l'abbaye de Cluny, à l'encre de Chine, est, en effet, entre 
les mains de son petit-fils. — L. C..., à Paris. 

Le peintre L.-J. de Launay. — P. P... à Rennes (n° 4 du Btdletin). 

— Uom Marcel de Launay, né à Xantes en 1680, fit profession à la Chartreuse du 
Val Saint-l*ierre, le 30 juillet 172V, et mourut à..., le 28 mai 17i30. C'est tout 
ce (|ue nous révèlent de cet <• habile peintre » les archives de la Grande Char- 
treuse. Quel([ues notes secrètes représentent ce religieux comme étant atrabi- 
laire et misanthrope, mais cependant «■ austère pour lui, exact et modeste à 
l'église !i . On n'a, de .Jacques de Launay, aucune peinture à la Grande (^harlreuse, 
et on n'en connaît pas; s'il a continué à peindre, après son entrée en religion, 
ses œuvres doivent se retrouver, au moins en partie, dans la réjiion du Val Saint- 
Pierre. — Victor Adiielle, à Paris. 



FAITS or DEGOLIERTES 

— La Chronique des Arts et de la curiosité (numéro du 20 novembre 1897) 
décrit une fresque d'une grande importance, découverte il y a peu de temps, sous 
un enduit de plâtre, dans une villa voisine de Florence. Cette fresque, fort 
endommagée, mais où l'on distingue encore le dessin de cinq figures d'hommes 
nus en des mouvements de bacchanale , serait de la meilleure manière d'Antonio 
Pollaiuolo. Il est à désirer qu'on en relève minutieusement tout ce qui en reste, 
car le local ne se prête pas à la photographie. 

— On a trouvé à Gand.dans une des décharges de l'Académie de dessin, un buste 
drapé de Bonaparte premier consul, que certains connaisseurs belges sont tentés 
d'attribuer à l'rauçois Rude. 

— Il a été organisé, au mois d'août dernier, à Saint-Jean de Luz (Basses-Pyré- 
nées), sous les auspices de la Société nationale d'Ethnographie et d'Art populaire, 
une série de t. fêtes de la tradition en pays basque ». La manifestation régionale 
se complétait par une exposition et un congrès. Toutes les parties du programme 
ont un vif intérêt. 

— Des manifestations tontes semblables avaient eu lien l'annc-e dernière, à Xiort, 
pour la région du bas Poitou. On annonce, pour l'été prochain, des assises du 
même ordre à Honfleur, pour la Xormandie, et à Bourg, pour la Bresse. Ce mou- 
vement de décentralisation mérite d'être attentivement suivi. 



NÉCROLOGIE 



Le Comité a pordii deux de ses membres depuis la publication du 
dernier numéro du liullclin. 

M. Gasxault (Paul-Charles), conservateur du Musée des Arts décora- 
tifs, appartenait au Comité depuis le 24 février 1890. Il est décédé le 
G janvier 1S98. 

M. Lavoix (Henri), administrateur de la Bibliothèque Sainte -Gene- 
viève, avait été nommé membre du Comité le 30 janvier 1897. Il n'a pu 
assister qu'à quelques séances de celte assemblée, qui était en droit d'at- 
tendre de lui une collahoralion précieuse. Il a été emporté, à cinquante et 
un ans, le 27 décembre 1897. 



ÉCHANGE DE PUBLICATIONS 

MM. les présidents des Sociétés des départements sont invités à faire 
parvenir à la direction des Beaux-Arts (bureau de TEnseignement et des 
Manufactures nationales), 3, rue de Valois, les Bulletins ou Mémoires 
périodiques renfermant les travaux des membres de leurs sociétés. Ils 
recevront, en échange, le Bulletin du Comité des Sociétés des Beaux- 
Arts des départements , et chaque numéro du Btdletiii contiendra les 
extraits des sommaires des publications reçues, intéressant l'art ancien ou 
moderne. 

Bulletins ou Mémoires des Sociétés des départements . — Périodiques. — 
Extrait des sommaires intéressant l'Art ancien ou moderne. 

Hérault. — Bulletin de la Société languedociejine de géographie (t. XX, 
.3^ trimestre de 1897. Montpellier, 1897, in-S"). 

HÉRAULT. — Bulletin de la Société archéologique de Béziers {'i" série, t. II, 
1™ livraison. Béziers, Sapte, 1897, in-S^). ■ — Musiciens et compositeurs biter- 
rois, par M. Donnadieu. — La cathédrale de Saint-X'azaire, par AI. Nouguier. 

Loire. — Bulletin de la Diana (t. IX, n" 6, avril-juin 1897. Alontbrison, 
Brassant, in-S", avec planche). — La collégiale de Saiiit-Just, de Lyon, par 
M. Richard. — Peintures du seizième siècle découvertes dans l'ancienne chapelle 
de la Chartreuse de Sainte-Croix, par M. Favar. 

Loire. — Becueil de mémoires et documents sur le Forez, (t. XII. Montbri- 
son, Brassart, 1897, in-8"). — Carcabeaux ou mercuriale de Charlieu, de 1700 
à 1783, 

Lot. — Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artis- 
tiques du Lot [i. XXII, S'^ fascicule. Cahors, Coueslant, 1897, in-8'J). — Xoces 
d'argent de la Société des études, par M. G. Larroumet. — La céramique 
grecque dans le bas Quercy, par AI. Momméja. 



DISCOURS 



PROCÈS-VERBAUX ET RAPPORTS 



REUNION 

DES 

SOCIÉTÉS DES BEAUX-ÂRTS 

DES DÉPARTEMENTS 

DANS LA SALLE DE L'hÉMICYCLE DE l'ÉCOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS 

EM 1898 



YirVGT-DEUXIEME SESSIOIV 



Ouverture de la session et constitution du Bureau. 

Par arrêté rendu sur la proposition du Directeur des Beaux-Arts, 
en date du 25 mai 1897, le ministre de l'Instruction publique et 
des Beaux-Arts a décidé que la session annuelle des délégués des 
Sociétés des Beaux-Arts des départements aurait lieu, du 12 au 
16 avril 1898, à l'École nationale et spéciale des Beaux-Arts. 

Un second arrêté, rendu sur la proposition du Directeur des 
Beaux-Arts, décide que les séances de la session seront successive- 
ment présidées : 

Le 12 avril, par M. Edouard Millaud, sénateur, ancien ministre, 
membre du Comité des Sociétés des Beaux-Arts; 

Le 13 avril, par M. Lucien Marcheix, sous-bibliothécaire àl'École 
nationale et spéciale des Beaux-Arts, membre du Comité des 
Sociétés des Beaux-Arts ; 

Le 14- avril, par M. Gustave Servois, directeur des Archives, 
membre du Comité des Sociétés des Beaux-Arts; 

Le 15 avril, par M. Maurice Touriveux, homme de lettres, 
membre du Comité des Sociétés des Beaux-Arts. 

1 



2 SEAMCE DLi 12 AVRIL. 

Le vice-président de chaque séance sera choisi parmi les délé- 
gués des Sociétés des Beaux-Arts. 

Le président et le vice-président seront assistés pendant la ses- 
sion par M. L. Crost, chef du bureau de l'Enseignement et des Ma- 
nufactures nationales, secrétaire du Comité, et par M. Henry Joum, 
secrétaire de l'École des Beaux-Arts, qui remplira, en outre, les 
fonctions de rapporteur de la session. 



Séance du mardi 12 avril. 

PRÉSIDENCE DE M. EDOUARD MILLAUD. 

La séance est ouverte à deux heures, sous la présidence de 
M. Edouard Millaud, sénateur, ancien ministre, membre du Comité 
des Sociétés des Beaux-Arts, assisté de M. Crost, chef du bureau 
de l'Enseignement et des Manufactures nationales, et de M. Jouin, 
secrétaire rapporteur du comité. 

Outre les délégués, assistent à la séance : 

MM. Deandreis, sénateur; Guiffrey, membre du Comité, admi- 
nistrateur de la Manufacture nationale des Gobelins; M. L. Favre, 
bibliothécaire du Sénat; Alphamdéry, conseiller à la Cour de cas- 
sation; Bénard, architecte, ancien prix de Rome; Leuasseur, du 
ministère delà justice; G. Laroque, avocat; Servois, directeur des 
Archives, membre du Comité; de Fourcaud, membre du Comité, 
professeur à l'École des Beaux-Arts; Moïse, ingénieur en chef des 
ponts et chaussées; Marcou, inspecteur général adjoint des monu- 
ments historiques, membre du Comité. 

S'est excusé : M. Victor de Swarte, correspondant du Comité à 
Lille. 

M. le président invite M. Massillon-Rouvet, correspondant du 
Comité à Nevers, à prendre place au fauteuil de la vice-présidence, 
et prononce l'allocution suivante : 

a Mesdames, Messieurs, 

« Déjà plusieurs fois j'ai eu la fortune d'ouvrir, en cette salle 
illustre de l'Hémicycle, la session des Sociétés des Beaux-Arts des 
départements. 



ALLOCUTIOAJ DE M. EDOUARD MILLAUD. 3 

« Appelé à présider, cette année encore, votre première séance, 
je dois cet honneur aux liens étroits qui m'unissent à vous. Je ne 
saurais assez remercier M. le ministre d'avoir choisi, pour être 
aujourd'hui son représentant, un de vos plus fidèles amis. 

«A ce titre, recherchant à cette place même, en ISO^, quels 
pourraient être les meilleurs moyens de multiplier votre action, 
je vous faisais remarquer, non sans regret, qu'il était des régions 
d'où le comité supérieur, institué au ministère de l'Instruction 
publique, n'avait jamais reçu ni un document ni un manuscrit. 
Tandis que ces observations demeurent encore vraies pour quelques 
grandes villes, il n'est que juste de signaler, en 1898, une ten- 
dance meilleure. 

« Dans l'ensemble de la France le progrès est incontestable; on 
nous envoie maintenant plus de mémoires dignes d'être lus, et 
nous voyons s'accroître le nombre de nos correspondants, je m'em- 
presse de le constater. 

" Pour ne parler que de la session actuelle, le Comité a vu grossir 
ses cadres de huit collaborateurs nouveaux, érudits ou chercheurs, 
qui sont venus lui apporter un savant concours. 

tt Si un vœu devait être renouvelé, ce serait que les auteurs des 
mémoires consentissent le plus possible à nous entretenir de leur 
département, de leur canton, mieux encore de la ville où ils 
demeurent, d'un monument ou d'une collection dans cette ville, 
d'un artiste de valeur y ayant vécu ou séjourné. 

tt A vrai dire, cette obligation ne saurait être absolue ; mais, même 
à ne l'observer qu'à demi, une telle règle aurait pour conséquence 
de donner plus de suite à des communications excellentes en elles- 
mêmes. Il est permis d'ajouter que si, dans cette entreprise méri- 
toire, les auteurs ne négligeaient jamais de mettre en lumière les 
relations qui existent entre le sujet traité par eux et le point de 
vue esthétique, il en devrait résulter de sérieux avantages. 

« Une telle méthode a été conseillée trop souvent pour qu'il soit 
nécessaire d'insister. 

« Dès à présent, le Comité se félicite du souci montré par ses cor- 
respondants à éliminer de leurs travaux des dissertations archéo- 
logiques d'érudition pure. Vous avez compris. Messieurs, qu'une 
démarcation nette doit distinguer les mémoires présentés par vous 
de ceux des Sociétés savantes destinés à être lus en Sorbonne. 



4, SÉANCE DU 12 AVRIL. 

« Vous ne vous y trompez point, d'ailleurs : de telles remarques 
sont inspirées par l'importance même de vos productions; elles 
ne s'expliqueraient pas si vos écrits étaient moins riches et votre 
compétence moins étendue. 

« Loin d'user votre vigueur, la durée la développe, et votre vita- 
lité apparaît plus intense à chaque session. 

tt Au début de ces réunions, on pouvait craindre que vous ne 
vous enfermiez trop dans un programme immuable; combien vous 
avez prouvé le contraire à la Direction des Beaux-Arts ! 

tt Vous ne vous êtes point bornés à fixer vos regards sur les 
cathédrales dont vous avez dévoilé les mystères et expliqué 
les symboles, sur les édifices de tous les âges dont vous avez 
compris les beautés, sur les statues par vous animées, sur les 
toiles de toutes les écoles par vous célébrées ou sauvées de l'oubli. 

« On vous a dû des notes inédites sur la vie des peintres, des 
sculpteurs et d'autres artistes du passé; vous vous êtes installés 
dans les musées, dans les archives, dans les bibliothèques, pour 
rectifier une erreur, affirmer ou contester une attribution, éclairer 
plus d'une question controversée. Les matériaux accumulés par 
vous remplissent des volumes où se manifeste l'étonnante variété 
de vos connaissances et de vos goûts. 

« Approuver vos efforts et vanter vos succès, c'est louer une 
qualité très française, quoi qu'on nous la refuse : la persévérance. 

« Sans contredire ce que je rappelais, il y a un instant, des diffé- 
rences qui vous séparent des Sociétés savantes, je n'hésite point à 
proclamer que, dans le milieu où elles vivent, dans leurs petites 
patries, vos Sociétés font sagement de diriger leurs investigations 
vers toute œuvre qui s'éclaire d'un rayon d'art et de génie. 

« Moins périlleuses que celles des voyageurs vers les mystères 
des pôles ou sur le chemin des lacs silencieux du sud de l'Afrique, 
vos explorations ne sont pas moins dignes de passionner les esprits. 
Elles répondent aux mêmes penchants très hauts qui nous portent 
vers l'inconnu et le voilé. 

« Seule l'inerte banalité ne vous retient point. Votre domaine 
très large embrasse tout ce qui relève des Beaux-Arts. Que d'émo- 
tions et de surprises à le parcourir avec vous! 

« Voici de vieux meubles sculptés qui font penser à quelque 
tercet de Dante : en bas, des tètes grimaçantes ont sur les lèvres 



ALLOCUTIOX DE M. EDOUARD MILLAUD. 5 

un rictus de malédiction; en haut, des chérubins ailés s'extasient 
sur des visions célestes. 

« Alaintenant, notre admiration s'arrête devant une de ces tapis- 
series tissées de soie et d'or qui furent la gloire des manufactures 
françaises. En bordure, toutes les splendeurs de la flore enguir- 
landent des écussons fleurdelisés. Sur le fond, une reine, vêtue 
d'une robe aux plis magniGques, les épaules couvertes d'un manteau 
d'hermine, nous fascine de ses prunelles bleues. En un coff'ret 
rempli de perles et de joyaux fouillent ses doigts fuselés. Autour 
d'elle des pages et des princesses, à ses pieds un lion qui som- 
meille. 

(i Qui de nous n'a déploré que de pareilles compositions, jadis 
ornements splendides des palais, gisent aujourd'hui dans l'obscu- 
rité froide d'un garde-meuble? 

« De tel pastel décrit par vous, merveille de séduction et de déli- 
catesse, s'échappent des tièdes dentelles et des boucles d'une che- 
velure blonde de si pénétrants parfums qu'ils enivrent, après deux 
siècles, celui qui a la sensation de les respirer! Il est des médailles 
dont le seul relief est un chef-d'œuvre, des pierres gravées dont le 
profll souverain vaut une statue, des verreries où sur des courbes 
éthérées se jouent des arcs-en-ciel, des émaux dans le fondant 
desquels la lumière captive vivifie la matière; il est des morceaux 
d'argent ciselés en poignée d'épée dignes des héros, des minia- 
tures tant exquises qu'elles centuplent le prix des livres sur lesquels 
les peignirent des artistes; il est des ivoires, des poteries, des 
étains, des bronzes, des cuivres que leurs possesseurs n'échan- 
geraient point contre des trésors. 

« Je connais des rampes d'escalier et des margelles de puits qui 
justifient un voyage de l'autre côté des Alpes. 

« Oui, l'orfèvrerie, la ferronnerie, la mosaïque, la glyptique, la 
xylographie, la céramique, l'imagerie, l'imprimerie, l'enluminure, 
l'aqua-tinte sont de nobles arts, à côté de l'architecture, de la 
statuaire et de la peinture! Personne n'oserait le nier sans s'ex- 
poser à être déclaré profane. Les Sociétés des Beaux-Arts remplis- 
sent exactement leur mission quand elles ne négligent aucune des 
branches de l'esthétique. 

« Elles ne sont pas moins dans leur rôle lorsque, s'aidant de 
quelque manuscrit ou de quelque estampe de l'époque, elles 



6 SEANCE DU 12 AVRIL. 

reconstituent la vie intime et les mœurs publiques de nos pères, 
les costumes, les fêtes, les spectacles des siècles abolis. 

« Bourgeois coiffés de feutre, moines encapuchonnés, conseillers 
en robe écarlatc, compagnons du guet aux moustaches épaisses, 
arquebusiers aux buffleteries reluisantes, échevins en bonnet 
carré vous appartiennent. 

V. Je les sais vôtres aussi. 

Les reîtres à panache et les mauvais garçons, 
Dont le rire tintait aux vitres des auberges ', 

et ces ribaudes effrontées servant d'échansons à des buveurs rouges 
et lippus. 

« On aime avec vous à suivre les processions marchant lentement 
au son des cloches, ou les cortèges royaux, précédés de musiciens 
jouant à l'unisson des airs naïfs que la foule accompagne de ses 
acclamations et de ses cris. 

« Ne cessez point, Messieurs, de faire reparaître sur les vieilles 
murailles les fresques effacées, d'énumérer les trésors de nos 
églises; demandez aux champs de bataille célèbres ou aux sépul- 
tures antiques des armes, des bijoux, des agrafes incrustées de 
sardoine et d'onyx, des aiguilles d'or à tête de sphinx, des glaives 
et des boucliers burinés par des maîtres; cherchez sous la patine 
du temps l'élégance des modèles ; allez où vous attirent la pureté 
des contours, la souplesse des lignes, la fermeté du dessin; 
initiez-nous à tout ce qui vous a semblé unir la sûreté de l'exé- 
cution à une conception victorieuse. 

« Rares sont les jours où réapparaissent à nos regards des têtes 
accolées comme celles du camée de Gonzague,des coupes pareilles 
à la « Minerve au rocher » du trésor d'Hildesheim, ou une ado- 
rante acrolithe semblable à celle du musée du Louvre; mais que 
de joies encore pour vos études sur des découvertes destinées à 
une renommée moindre! 

« La table analytique des matières contenues dans les comptes 
rendus de vos vingt premières sessions est terminée. Ce recueil 
est la preuve de la diversité si vivante de vos mémoires; je ne 
citerai volontairement aucun des écrits vers lesquels vont mes 

* Albert Mérat. Vieille estampe. 



ALLOCUTION DE M. EDOUARD MILLAUD. 1 

souvenirs, je me contenterai de remercier nos correspondants. 
« Nous tressons des couronnes aux maîtres qui, par leurs créa- 
tions, offrirent à leurs contemporains l'admiration d'un chef- 
d'œuvre nouveau. 

tt Ceux qui ressuscitent ou dévoilent une richesse artistique per- 
due appellent, eux aussi, toute notre gratitude. 

« On se plaît à se retrouver parmi vous, parce que vous êtes 
des bienfaiteurs de l'humanité. 

« Ce qui est beau est moral ^5 , a écrit quelque part Flaubert. Si 
cela est vrai, ainsi que je le pense, vous êtes aussi des moralistes. 
tt Je n'irai pas jusqu'à dire que l'arrêté ministériel de 1879, par 
lequel vous fut conférée une vie distincte de celle des Sociétés 
savantes, vous avait déjà ainsi qualifiés. Ce que jfr sais bien, c'est 
que l'épithète était dans la pensée de Jules Ferry. 

«Lorsque vous voudrez connaître sans incertitude le programme 
qui vous fut tracé; après avoir lu le rapport classique de M. de 
Chenevières, reportez-vous au beau discours prononcé par le 
ministre à la Sorbonne, le 19 avril 1879. 

« Avant tout, il vous était recommandé de vous vouer à l'histoire 
de l'art en province, principalement à l'époque qui précéda et 
suivit la Renaissance, puis au dix-septième et au dix-huitième 
siècle, enfin durant la période révolutionnaire. La prévoyante 
ambition de Jules Ferry vous mêlait également aux réalités de nos 
jours et aux espoirs des lendemains. 

« Les projets de monuments, la restauration des édifices et leur 
décoration, les écoles de dessin et les musées, rien de ce qui 
touche aux arts plastiques ne devait vous demeurer étranger. Les 
conférences, les expositions, l'art dramatique et musical entraient 
aussi dans votre ressort. 

« Les Sociétés des Beaux-Arts, disait le ministre, resteront libres ; 
nous serons là seulement pour les encourager, les subventionner, 
et pour leur indiquer la direction dans laquelle elles doivent 
s'engager. « 

« Puis, ayant au passage gratifié d'une boutade le vieux conser- 
vateur qui considère le musée comme étant sa propriété plutôt que 
celle du public, il insistait sur cette idée que les chercheurs des 
choses d'autrefois étaient les meilleurs préparateurs des choses 
futures. ' Entre le passé et l'avenir, proclamait-il, il n'y a ni 



8 SEANCE DU 12 AVRIL. 

divorce ni contradiction. La Révolution française n'était pas une 
rupture, mais un dénouement. « 

a A vous, Messieurs, de profiter de la liberté qui vous a été 
laissée en 1879 et qu'aucune circulaire n'a entravée depuis lors. 

« J'ai fait partie du Comité des Sociétés des Beaux-Arts dès son 
origine : je peux témoigner des idées qui présidèrent à son orga- 
nisation. Combien ont déjà disparu de ceux qui pourraient apporter 
le même témoignage : Charles Blanc, Ed. Charton, Paul de Saint- 
Victor, Edmond About, Schœlcher, Castagnary, Emile Perrin, 
Liouville, Viollet-le~Duc, E. Véron, Ambroise Thomas, Cham- 
fleury, Vaucorbeil, Paul Alantz! D'autres encore qlii ne sont plus, 
desquels je crains d'omettre le nom. 

tt Entre tous, j'évoquerai celui d'un homme qui fut toujours 
acquis et ardemment dévoué à vos associations. Bardoux avait 
souvent présidé vos séances. Comment ne pas rappeler que la 
passion du beau le possédait tout entier! Député, sénateur, 
ministre, il ne s'est jamais démenti dans ses livres, dans ses dis- 
cours et dans ses actes. S'il était parmi nous, il vous inviterait à ne 
point ménager votre initiative, à ne point craindre qu'on la blâme, 
et à lui laisser libre carrière. Aux heures de lutte où tous les con- 
cours sont requis, personne n'a le droit de se soustraire à sa tâche, 
serait-ce par une modestie excessive. 

« Le progrès est incessant, répète-t-on. La formule est vraie, mais 
trop vague. Des peuples rivaux nous enserrent. 11 en est, jadis à 
notre suite, à présent impatients à nous dépasser. Quels que soient 
notre rôle et notre position sociale, ne supportons pas que 
d'autres nations s'emparent du rang de la France. Au milieu du 
tumulte des concurrences internationales, ne perdons pas la plus 
petite quantité de nos forces. Pour étendre votre influence et 
resserrer les liens qui doivent unir entre eux les correspondants et 
les membres non résidants du comité, on avait songé à vous 
recevoir à Paris, une seconde fois, en dehors de la session d'avril. 

« Puisque ce projet paraît se heurter à des difficultés d'ordres 
divers, j'incline à croire que les Sociétés des Beaux-Arts des dépar- 
tements ne pourraient que gagner à organiser en province des 
réunions régionales au moment des grandes vacances. 

« En ces journées bientôt consacrées par l'usage, les questions à 
discuter ne feraient pas défaut, surtout si quelques-unes avaient 



ALLOCUTIOM DE M. EDOUARD MILLAUD. 9 

déjà figuré au Bulletin mensuel. De Tindication des travaux entre- 
pris, de la révélation des découvertes, de la communication des 
sujets à traiter sortirait nécessairement une méthode profitable à 
tous. Le plaisir de se retrouver, l'échange familier des idées, une 
cordialité facile ne tarderaient pas à faire de ces rencontres de 
véritables fêtes où l'esthétique et les lettres dédiées aux arts occu- 
peraient la première place. 

'< La musique et la poésie y étant aussi les bienvenues, j'imagine 
que le public, trop écarté de vos assemblées, ne se plaindrait point 
si vous l'admettiez à entendre quelque mélodie d'un archaïsme 
savoureux ou des fragments symphoniques exhumés d'un parche- 
min jauni. II ne serait même pas impossible de reconstituer modes- 
tement, sans frais, avec les instruments de l'époque, des parties 
de vieux opéras dans la simplicité d'un décor shakespearien. 

« Sans attendre la réalisation peut-être lointaine de ces souhaits, 
il me semble qu'une occasion solennelle va se présenter pour vous 
de vous entretenir de telles propositions et de toutes autres que 
vous jugerez propres à stimuler les volontés hésitantes, à fortifier 
votre activité commune, à affirmer votre existence. 

« Je veux parler de l'Exposition de 1900. 

« Cet appel des peuples aux rives de la Seine ne doit pas aboutir 
uniquement à une exhibition de curiosités, en un rendez-vous de 
plaisirs. 

« La Chine elle-même, où les signes de la politesse et la façon 
de peindre le visage datent de milliers d'années, est capable de 
produire des merveilles, encore que figée dans des usages sécu- 
laires. 

a II importe de viser plus haut. 

K Lorsqu'elle recevra chez elle ses visiteurs, la France doit appa- 
raître, aux yeux du monde, robuste de toutes ses forces, parée de 
toutes ses gloires. 

« Sur ce concours prodigieux des nations, à l'aube du vingtième 
siècle, doivent planer des idées; il faut que des lipres et de la 
parole, de la science et des arts, du foyer allumé sur le sol de 
Paris, se dégagent des pensées, beaucoup de lumière, une fierté 
morale, une orientation nouvelle. 

' Tous prendrez certainement une part capitale à l'organisation 
de l'exposition rétrospective destinée au plus vif éclat. L'obtention 



10 SEANCE DU 12 AVRIL. 

des prêts, le choix si délicat des pièces à exposer, l'élimination 
parfois plus difficile de celles imparfaites, la manière de produire 
les objets retenus, l'établissement de leur état civil, le souci de 
veiller à leur conservation, imposeront une lourde tâche : vous 
devez la revendiquer et l'accomplir. 

« Votre place est marquée aussi dans le palais où s'ouvriront 
pendant l'année 1900 de nombreux et intéressants congrès. 

a Si je suis utilement renseigné, vous n'avez qu'à vouloir. Aucun 
encouragement et aucun appui ne vous feront défaut : vous êtes 
attendus. 

« Je n'ai pas qualité pour énumérer ici les questions qui pour- 
raient être abordées par les congressistes ; il vous appartiendra de 
les désigner et de les discuter avec toute l'ampleur qu'elles com- 
porteront. 

« Si j'étais autorisé à en indiquer une, j'élèverais la voix pour que 
le congrès de vos Sociétés consacràt-une ou plusieurs de ses séances 
à la question d'un catalogue synthétique de toutes les publications 
traitant des beaux-arts : histoire, philosophie, biographies, mono- 
graphies, critiques, etc. 

« Après l'inventaire des richesses artistiques de notre pays, l'in- 
ventaire, la bibliographie cataloguée de tous les livres ou manu- 
scrits se rapportant aux Beaux-Arts dans toutes les bibliothèques de 
France. 

« Les cas n'ont pas été rares, en province, où l'on a vu se dis- 
perser les plus riches collections de livres, ainsi qu'il advint à 
Paris, au début de la Révolution, pour les manuscrits de l'Abbaye 
de Saint-Victor, qui furent partagés en trois lots, dont l'un fut 
porté à la Bibliothèque nationale, l'autre à l'Arsenal, et le troisième 
à la Mazarine. 

« Le répertoire que je sollicite permettrait d'abord de connaître 
un livre se rapportant à l'esthétique, quel que fût le dépôt dans 
lequel il existerait. 11 aiderait ensuite aux échanges des ouvrages 
et favoriserait le complément des éditions disséminées en divers 
endroits. 

« Tous ceux qui s'intéressent aux lettres attendent la continua- 
tion du catalogue de notre Bibliothèque nationale, dont le premier 
volume a paru l'année dernière, précédé d'une si remarquable 
introduction. La discussion ouverte sur le sujet qui me préoccupe 



ALLOCUTIOX DE M. EDOUARD MILLALD H 

par des hommes d'une compétence indiscutée conduirait pour wne 
branche du jjénie humain, celle des IJeaux-Arts, à un résultat dont 
vous saisissez toute la portée. Ainsi commencerait à se réaliser le 
vœu exprimé par M. Léopold Delisle : « La fusion des catalogues, 
dont la nécessité s'imposera un jour, préviendra des doubles 
emplois et des déperditions de force, -y 

a. Je m'excnse de m'en tenir à ces quelques mots sur un tel sujet ; 
mais je ne m'accorde pas le droit aux développements. Malgré les 
circonstances trop rares où il m'est loisible de m'adresser à vous, 
je ne puis m'abandonner à un entretien qui éloignerait l'instant oii 
nous allons applaudir les lectures annoncées. 

tt D'ailleurs, n'aurai-je pas achevé ce discours quand j'aurai 
répété une fois de plus que, l'art intéressant l'ordre public, l'Etat 
doit sa protection aux artistes et à tous ceux qui répandent le sen- 
timent du beau? Les peuples qui ont été les plus grands parla jus- 
tice de leurs lois, les plus riches par leur supériorité industrielle, 
furent ceux-là aussi qui comptèrent le plus de poètes, ces attiseurs 
d'âmes, et le plus d'artistes, ces charmeurs de la matière. 

<( Le barbare qui égorge les vaincus est le même qui brise les 
statues des divinités de l'Hellade. 

ic Pour qu'une industrie soit sans rivales, ce n'est pas assez qu'elle 
ait une prééminence technique, elle doit encore s'épanouir dans 
un milieu de goût, de luxe, de tradition élégante, au cœur d'une 
société où le sens de la beauté pénètre dans les esprits avec l'air 
dans les poumons.. 

« L'art seul ne fait-il pas de nous de véritables voyants au sens le 
plus exact du mot? Inconscients des émotions qu'il procure, nous 
ressemblerions à l'aveugle privé de l'azur du jour et du scintille- 
ment des étoiles, ignorant des sillons argentés sur les vagues de 
l'Océan, des teintes roses des glaciers, des arbres et des fleurs, du 
sourire sur les lèvres d'un enfant. 

« Les Sociétés des Beaux-xArts, propagatrices de vérité, direc- 
trices des intelligences vers l'idéal, remplissent à côté des artistes, 
dans la république des lettres, une mission civilisatrice. Elles mé- 
ritent toute la sympathie d'un gouvernement éclairé. 

" Au nom du ministre, je vous souhaite. Messieurs, la bien- 
venue, et je déclare ouverte la 22° session des Sociétés des Beaux- 
Arts. V 



12 SEANCE DU 12 AVRIL. 

La lecture de M. Massillon-Rouvet, correspondant du Comité, 
à Nevers, sur les faïences d'art à Nevers, est d'une importance 
sérieuse. L'auteur établit avec un ensemble de preuves probantes 
que les Conrade de Savone ont été les véritables importateurs de 
la faïence dans le Xivernais. Jusqu'ici le rôle de ces céramistes 
n'avait pas été bien défini. M. Massillon-Rouvet les met en lumière 
et cite à l'appui de son argumentation des documents de toute 
valeur. 

A la suite de la lecture de M. Massillon-Rouvet, M. Le Breton, 
correspondant du Comité, à Rouen, revendique pour Masseot Aba- 
quesne, de Rouen, l'honneur d'avoir devancé les faïenciers de 
Nevers. Abaquesne a signé des carrelages de sa composition en 
1547, en 1549, en 1557. Les observations très précises de M. Le 
Breton n'infirment pas les affirmations de M. Massillon-Rouvet, 
qui s'est surtout appliqué à établir qu'à ses yeux les Conrade ont 
devancé Gambin, leur ouvrier, et méritent d'être appréciés comme 
des initiateurs, alors que Gambin n'a pas droit au même éloge. 

La parole est donnée à M. Jacquot (Albert), correspondant du 
Comité, à Nancy, sur le graveur Charles Eisen. Ce n'est pas une 
étude approfondie de l'œuvre du graveur qui a tenté M. Jacquot; 
mais un document très inattendu s'étant offert à lui sur la mort 
d'Eisen elles agissements de son logeur après le décès de l'artiste, 
M. Jacquot a voulu mettre en luaiière cette pièce inédite. Elle 
complète ce qui jusqu'ici avait été dit sur Eisen. 

M. Benêt (Armand), membre non résidant du Comité, à Caen, 
donne commmunication de ses mémoires : 1° Peintres des dix- 
septième et dix-huitième siècles. Documents extraits des archives 
du Calvados, efH" Artistes d'Avranches, Bayeux, Cherbourg, etc., 
dix-huitième siècle. Ces mémoires sont une contribution curieuse 
à l'histoire des artistes normands durant les deux derniers siècles. 
Ce sont autant de mentions inédites et précieuses tirées de divers 
fonds d'archives. 

M. Le Breton (Gaston), correspondant du Comité, à Rouen, 
donne lecture de son Etude critique sur deux tapisseries du 
musée de Rouen. Les deux œuvres diff'èrent, mais l'une et l'autre 
sont précieuses. La tapisserie d'Anet, notamment, qui complète 
une suite bien connue, est une pièce de la plus grande valeur. 
M. Le Breton l'a décrite avec toute compétence. Le Musée de 



SEA\CE DU 1-2 AVRIl, 13 

Rouen, qui possède cette œuvre rare, n'a rien à envier aux plus 
riches galeries. 

M. Demis (Joseph), correspondant du Comité, à Angers, a la 
parole sur le Maître-autel de Denis Gervais, à Saint-Maurice 
d'Angers. Cet autel date de 1755. Il est remarquable et n'a pas 
souffert depuis sa mise en place. La i)rève monographie de M. Denais 
est justifiée par l'intérêt que présente ce spécimen de l'art déco- 
ratif sous Louis XV. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Cavrois, secré- 
taire général de l'xAcadéraie d'Arras, sur YEmaïl de Vaulx en 
Artois (1581). Cette courte note a son importance. Elle peut 
servir de guide à plus d'une Société provinciale dans le sauvetage 
des œuvres d'art d'une région. M. Cavrois a rappelé des faits qui 
sont tout à l'honneur de la commission des monuments historiques 
du Pas-de-Calais. 

M. Leroy (G.), correspondant honoraire du ministère de l'In- 
struction publique à Alelun, donne lecture de son mémoire : la 
Céramique à Boissettes [Seine-et-Marne), 1732-1781. Dans ce 
travail, l'auteur établit que les historiens de la céramique, sur la 
foi d'un monogramme, ont souvent attribué à un fabricant Orléa- 
nais des pièces provenant de Boissettes. La révélation de M. Leroy 
est de nature à mettre en éveilla sagacité des amateurs. 

M. l'abbé Douillet, correspondant du Comité, à Caen, est invité 
à lire son étude sur les Boiseries sculptées de l'église de Laval-Dieu 
(dix-septième siècle). Une description très précise de ces boiseries 
bien conservées et de bon style fait du travail de M. Bouillet une 
source à consulter par les historiens futurs de l'art décoratif sous 
Louis XIV. 

C'estune histoire anecdolique très prestement écrite que M. Char- 
VET (Léon), membre non résidant du Comité, à Lyon, nous a donnée 
de V Hôtel de ville d'Arles et de ses huit architectes (dix-septième 
siècle). Nous ne pouvons rappeler ici, après M. Charvet, les com- 
pétitions, les rivalités de toute nature qui entravèrent pendant de 
longues années la construction de l'hùtel de ville d'Arles. Bornons- 
nous à dire queMansart est l'auteur delà partie la plus importante 
de l'édifice. 

M. LoRiiv, secrétaire de la Société archéologique, à Rambouillet, 
donne lecture de ses mémoires sur 1" Pierre Dupuis, peintre de 



14, SÉANCE DU 12 AVRIL. 

Montfort, et 2" les Quatre saisons, de Sauvage. De Pierre Dupuis, 
M. Lorin ne cite pas d'œuvres importantes. En revanche, il fait 
plus nombreuses les sources d'informations sur l'artiste. En ce qui 
touche Sauvage, peintre fort en vogue à la fin du dernier siècle, 
M. Lorin décrit des panneaux d'une importance appréciable. 
L'étude rétrospective que M. Lorin consacre à ce peintre qui eut 
sa spécialité, reporte les esprits vers un art oublié, très en honneur 
chez nos grands-pères, 

La Section entend M. Mazerolle (Fernand), correspondant du 
Comité, à Dijon, sur les Dessins de médailles et de jetons attri- 
bués à Bouchardon. M. MazeroUe, dans ce travail, établit la part 
qui revient à Bouchardon, à Duvivier et à Roëttiers dans les des- 
sinsconservés à l'Hôtel des monnaies, et qu'on était enclin à ranger 
en totalité parmi les dessins de Bouchardon. Les preuves apportées 
par M. Mazerolle à l'appui de sa discussion sont décisives. 

La brève étude de M. Ponsoivailhe (Charles), correspondant du 
Comité, à Béziers, relative à un Dessin sur Thermidor, par Hubert 
Robert, permet à l'auteur de rectifier plus d'une inexactitude 
échappée à la plume des biographes du peintre. Le dessin décrit 
par M. Ponsonailheest conservé à la Faculté de médecine de Mont- 
pellier, et personne encore ne s'était avisé de signaler cette œuvre 
exécutée par l'artiste sous les verrous de Saint-Lazare. 

La parole est donnée à JVL Maillard (Jules), membre de la 
Société archéologique de Rambouillet, à Versailles, pour sa com- 
munication sur les Appartements et le mobilier du château royal 
de Saint-Hubert. Ce château, lendez-vous de chasse sous Louis XV 
etLouisXVI, a complètement disparu. Il était situé non loin de Ver- 
sailles. Gabriel en avait été l'architecte. L'étude de M. Maillard, iné- 
dite dans toutes ses parties, est un travail très apprécié par la Section. 

La Section entend M. Deligmières (Emile), membre non résidant 
du Comité, à Abbeville, sur des Peintures anciennes de T Ecole 
flamande. Ces peintures extrêmement curieuses, découvertes chez 
un amateur par M. Delignières, sont des fragments d'un retable 
«xécuté mi-partie au quinzième et mi-partie au seizième siècle. 
M. Delignières les étudie en historien et en critique, avec compé- 
tence et avec goût. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à six heures. 

Demain mercredi, à une heure et demie, suite des communica- 



ALLOCL'TION DE M. LUCIE X M ARC HE IX. 15 

lions, SOUS la présidence de M. Lucien Marcheix, sous-bibliothé- 
caire à l'Ecole des Beaux-Arts, membre du Comité des Sociétés 
des Beaux-Arts. 



Séance du mercredi 13 avi'il. 

PRÉSIDE\CE DE M. LUCIEN MARCHEIX. 

La séance est ouverte sous la présidence de M.Lucien Marcheix, 
sous-bibliothécaire à l'Ecole nationale et spéciale des Beaux-Arts, 
membre du Comité, assisté de M. L. Crost, chef du bureau de 
l'Enseignement et des Manufactures nationales, et de M. Henry 
JouiN, secrétaire rapporteur. 

Outre les délégués, assistaient à la séance : 

M. L. Crost, chef du bureau de l'Enseignement et des Manufac- 
tures nationales; 

M. Servois, directeur des archives, membre du Comité ; 

M. Marcou, inspecteur général adjoint des monuments histo- 
riques, membre du Comité. 

M. le président invite M. Quarré-Reybourbon, correspondant du 
Comité, à prendre place au fauteuil de la vice-présidence, et pro- 
nonce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 

« Vous avez vu à cette place jusqu'à ce jour, et vous y verrez 
encore, dès demain, des hommes connus de vous, connus de tous 
pour leur talent ou pour leur érudition : ni l'autorité ne manquait 
aux avis que vous attendiez d'eux, ni le prix aux éloges qu'il vous 
fallait bien subir, ni la compétence à ces objections qui sont le sel 
de la louange. Cette autorité, cette compétence me manquent. Je 
n'aurai pas la présomption de donner des conseils à des hommes 
qui tous auraient quelque chose à m'apprendre, et dont plusieurs, 
s'ils ouvraient école, me verraient accourir sur leurs bancs. 

« Mais M. le ministre a sans doute pensé — je l'en remercie et 
je m'en félicite — que si des artistes ou des historiens d'un mérite 
reconnu ont seuls qualité pour critiquer vos travaux, vous avez 
droit aussi à la bienvenue de tous, et que, pour vous souhaiter 



16 SÉARICE DU 13 AVRIL. 

cette bienvenue, à défaut de notoriété, de science et d'éloquence, 
il suffît d'aimer l'histoire, d'aimer l'art, d'aimer la France... et de 
vous avoir lus. 

" C'est ce que j'ai fait, Messieurs; je vous ai lus, avec quel pro- 
fit! avec quelle sympathie surtout! c'est ce que je voudrais vous 
dire : si parfois je semblais prendre le rôle de panégyriste, dont je 
me défends, ou celui de pédagogue, qui ne me convient pas, la 
faute en sera à vous, non à moi, car votre œuvre est de celles qui 
se louent elles-mêmes, et elle est pleine des conseils les plus effi- 
caces, je veux dire de bons exemples et d'excellents modèles. 

tt Cette œuvre commence à être considérable : depuis vingt- 
deux ans elle va grandissant, s'étendant d'année en année. Je 
vois sur les rayons de la bibliothèque de cette Ecole s'aligner 
les uns à côté des autres, toujours plus gros, toujours plus com- 
pacts, les volumes où vivront vos travaux : aux in-octavo de 1877, 
1878, 1879, de taille déjà raisonnable, mais svelte encore, comme il 
convient à des conscrits, ont succédé des tomes de plus en plus 
et sans doute aussi de mieux en mieux nourris, moins élégants 
peut-être dans leurs proportions, mais imposants par leur ampleur : 
on croirait, dans cette revue livresque, après les alertes régi- 
ments de l'armée active, voir défiler la territoriale solide ; seule- 
ment ici ce sont les plus jeunes qui demandent les habits les plus 
larges : la classe 1897 en particulier se recommande par son 
embonpoint, et c'est avec une véritable admiration que nous 
l'avons immatriculée à la suite de ses aînées : ses douze cents pages, 
gros bataillon où il y a plus d'une compagnie d'élite, se sont tout 
de suite tenues correctement sur la tablette — j'allais dire sur le 
champ de bataille, — et le reste de l'armée, 12,000 vétérans un 
peu fatigués de la lutte, se repose sur elle sans la faire fléchir : 
mole sua stat. 

« Si vos vingt et un volumes, rien qu'à les voir, inspirent le res- 
pect, combien cette impression se renforce lorsqu'on les consulte 
et qu'on les feuillette, lorsque, après avoir trouvé le renseigne- 
ment qu'on cherchait, on en rencontre un autre et un autre encore, 
et avec ces renseignements des vues nouvelles, des hypothèses ingé- 
nieuses et si prudentes, que plus d'une, émise dans le volume pré- 
cédent, se voit confirmée dans le volume suivant! 

« Pour glaner ces faits, dont l'histoire un jour fera sa gerbe, 



ALLOCUTIO.\ DE M. LUCIEN MARCHEIX. n 

VOUS ne ménagez ni votre temps, ni vos pas, ni vos peines; vous 
fouillez votre ville, votre canton; à quelques-uns leur arrondisse- 
ment, leur département même ne suffit pas, et vous en pourriez 
nommer dont l'activité ne s'arrête pas aux bornes de leur province. 
Vous explorez des régions que les ignorants, voire les savants 
croyaient connues; vous visitez des monuments où vos devanciers 
n'avaient pas tout vu, des bibliothèques où ils n'avaient pas tout 
lu; vous exhumez de nouvelles ruines et presque de nouveaux 
grands hommes : pour vous, le greffe secoue sa poussière, l'admi- 
nistration ouvre ses archives, certains notaires entr'ouvrent leurs 
cartons; et vous allez ainsi déchiffrant, regardant, mesurant et 
photographiant, ne laissant nulle place où la main ne passe et 
repasse dans ce vaste champ où chaque coup de bêche, à qui sait le 
donner, livre une parcelle du trésor national. 

tt De ce trésor vous avez déjà retrouvé bien des pièces, celles-ci 
brillantes encore, celles-là à demi effacées, rongées par l'injure 
des hommes plus que par celle du temps; vous en avez signalé 
plus d'une à l'insouciance de son propriétaire, et vous avez épargné 
quelques remords à notre âge qui se prétend artiste et qui a dé- 
truit tant d'œuvres d'art, N'est-ce pas un de vous, M. Léon Giron, 
qui a tiré des églises et des châteaux delà Haute-Loire lesfresques 
naïves qui racontent maintenant aux visiteurs du Musée du Puy, 
avec nos vieilles légendes sacrées, une partie de l'histoire de la 
peinture au moyen âge? un autra^ J\I. Delignières, qui nous 
donnait le catalogue de 500 peintures et dessins du château de 
Moreuil, dont quelques-uns portent la signature et même la griffe 
de David ou d'Ingres? C'est par la plume d'un des vôtres, 
M. Marionneau, que l'Aquitaine nous rappelait l'antiquité de sa 
civilisation et que Bordeaux nous envoyait la longue liste de ses 
peintres, ouverte par le Gallo-Romain Amabilis, un nom de bon 
augure et qui lui a porté bonheur. C'est M. Jacquot qui, il y a 
* quelques années, retrouvait, encastré dans un mur de village, un 
bas-relief de l'un des Richier- c'est M. Thiollier qui vous signalait 
dans le Forez trois statues de notre Renaissance, trois bellesdepuis 
trois cents ans au bois dormant. 

« Et ce n'est pas seulement du sommeil, mais de la mort même 
que votre amour parfois cherche à tirer la beauté disparue : M. Na- 
lalis Rondot a reconstitué pour vous le tombeau du cardinal de 

2 



18 SÉANCE DU 13 AVRIL. 

Saluées; M. Denais vous a presque remis devant les yeux celui 
du roi René et d'Isabelle de Lorraine. Vous essayez même de 
réparer dans la mesure du possii)le les méfaits de nos pères, et 
M. liabeau vous a raconté l'histoire tragi-comique et fait le portrait 
de trois saints sculptés par Girardon, badigeonnés en 1793 et trans- 
formés à la mode du temps par un spirituel abbé, mais, hélas ! re- 
connus sous leur déguisement par l'œil sévère du Comité de 
l'endroit et immolés sans pitié sur l'autel de la patrie française par 
des Champenois qui croyaient être des Lacédémoniens. 

« Pleins de regrets pour les belles œuvres disparues, d'inquié- 
tudes pour celles que ne menacent pas seulement les intempéries, 
vous n'oui)liez pas celles qui reposent maintenant en sûreté, ou à 
peu près, dans nos collections : vous ne voulez pas que ce repos 
soit celui de la mort et qu'un musée soit un cimetière, y compris 
la fosse commune, je veux dire l'anonymat. Vous les visitez, ces 
œuvres qui sont, avec les livres, nos amis d'avant nous, vous vous 
informez de leur santé, vous les interrogez sur leur origine, vous 
dressez leur état civil, vous savez leur parenté, leurs voyages, leurs 
vicissitudes. Que ne doivent pas les Musées de Rouen, de Besan- 
çon, de Tours, de Versailles, d'Avignon, de Cambrai, de Poitiers 
— pour ne nommer que ceux-là — à MM. Le Breton, Castan, de 
Grandmaison, Dutilleux, Duhamel, Durieux et Brouillet, et à tant 
d'autres auxiliaires ardents et bien informés de la Commission de 
l'inventaire de nos richesses d'art, que souvent ils devancent, que 
parfois ils complètent? 

« En étudiant les œuvres, Messieurs, vous ne pouviez négliger 
les hommes : dans les biographies de nos grands artistes vous 
rétablissez les dates, vous rectifiez les erreurs, vous comblez les 
lacunes; aux l)elles légendes vous substituez la vérité, que vous 
estimez plus belle encore. Sur Nicolas Froment, sur Simon Mar- 
mion et Bellegambe, sur Jacques Morel et son neveu le Moiturier, 
sur ce Regnault qui reprenait l'année dernière sa place, toute sa 
place auprès de Michel Colombe, sur les Anguier, Le Poussin et 
Puget, sur Philippe de Champagne et sur Claude Lefèvre, sur 
Watteau, sur Ingres et sur Delacroix, nous vous devons mille ren- 
seignements, et quelques-uns d'entre eux vous doivent un regain 
d'immortalité. 

« Votre dévotion, qui revient sans cesse aux grands dieux, 



ALLOCUTIOM DE M. LUCIEX MARCHEIX. 19 

comme il est juste, aux dieux de tout le pays, ne néglige pas les 
divinités locales, toute cette estimable troupe de talents secon- 
daires qui mettent, en le rapetissant, en le vulgarisant un peu — 
comment s'en étonner? — l'art des plus grands à la portée des 
plus petits; satellites modestes qui préparent les yeux à soutenir 
une lumière plus éclatante et qui renvoient partout les reflets, 
vivifiants encore, d'un soleil trop lointain. 

a Enfin, Messieurs, — et c'est la partie peut-être la plus utile de 
votre œuvre, — vous avez largement contribué à l'histoire de ces 
arts qui veulent bien s'appeler mineurs; vous savez, vous, qu'il ne 
faut pas les prendre au mot; que peu importent les dimensions, le 
sujet apparent, la matière et l'outil, là où l'âme a guidé la main; 
et qu'elle peut infuser au bois, à l'or ou au fer sa fierté ou sa ten- 
dresse dans l'enroulement d'une volute ou l'élan d'un rameau, 
comme dans le geste d'un héros ou l'agenouillement d'un saint. 
Aussi vos livres sont-ils pleins de pages qui décrivent et de photo- 
graphies qui reproduisent mille objets dont s'est embellie la vie 
française aux siècles passés : figurines d'ivoire, naïfs et précis sou- 
venirs d'époques qui souvent n'ont plus guère d'autres témoins; 
meubles hardiment sculptés en plein bois par la rude et loyale 
main de nos vieux huchiers ou curieusement fouillés par le délicat 
et savant ciseau des ébénistes de la Renaissance; feuillages frémis- 
sants oij nos bons menuisiers ont fait sourire les anges et chanter 
les oiseaux; majestueuses tapisseries qui mettaient le printemps 
ou l'automne, les fêtes du ciel et de la terre, autour des devis 
courtois des preux chevaliers et des nobles dames; cofi*rets d'une 
païenne élégance d'où s'exhale encore le parfum des belles qui 
furent aimées; dur fer qui s'est tordu en souples branches ou 
épanoui en fleurons printaniers sous le marteau du forgeron; 
faïences où l'humble argile sous mille formes charmantes s'est 
émaillée de couleurs qui ne vieilliront pas; vieux vitraux dont le 
soleil, divin complice du verrier, fait des tapis d'émeraude, de 
rubis et d'améthyste ; ostensoirs d'où a rayonné le soleil des âmes, 
reliquaires qui ont fait des miracles, ciboires où le Dieu qui aime 
les pauvres, mais qui ne hait pas les artistes, se plaisait à s'enfer- 
mer dans l'or : tout ce qui nous raconte les coutumes et les amours, 
la vie et l'idéal de nos pères, vous l'aimez, vous le recherchez, vous 
le décrivez avec un soin pieux ; et à voir passer sous les yeux, quand 



20 SEANCE DL' 13 AVRIL. 

on VOUS feuillette, les spécimens des styles que notre pays n'a cessé 
de créer jusqu'au commencement de ce siècle, on croit suivre dans 
sa lente évolution Tàme française, rude et fière, mais non sans 
grâce déjà au douzième siècle, et enseignant aux autres nations, 
au temps de saint Louis, l'art des temps nouveaux; mettant au 
quinzième siècle sa mesure dans la richesse flamande; au seizième, 
sa netteté un peu sèche dans l'exubérance italienne, puis remplis- 
sant le monde d'un faste majestueux qui sut rester sobre, jusqu'au 
jour où, ayant fait siens tous les éléments empruntés à l'antiquité 
et aux pays voisins, affinée par l'usage du monde, désabusée du 
faste pour l'avoir trop payé, de la majesté pour l'avoir trop vue, 
et de l'austérité pour l'avoir trop entendue, elle se fit un art bien 
à elle, qui ne fut ni italien, ni flamand, ni espagnol, mais uni- 
quement français, où elle apparaît encore à nos yeux charmés 
avec le clair bon sens, la noblesse aisée et la fine tendresse de la 
société la plus polie qui fut jamais. 

u. Ah! Messieurs, le joli costume, les jolis meubles! le moyen 
d'être sotte ou même laide sous ces galants déshabillés de formes 
si coquettes et de couleurs si gaies? Comment eût-on osé être un 
pleutre avec cette épée au côté? Qui serait resté lourdaud sous ce 
frac léger et ces fines dentelles? Qui n'aurait eu de l'esprit dans 
ces fauteuils faits pour la conversation et non pour s^endormir en 
fumant après dîner? 

« Comparez, ces costumes et ces meubles avec le costume que 
nous ne pouvons plus renvoyer en Angleterre, et avec les* meubles 
que nos Crésus devraient bien y laisser. Oue ne vous ont-ils lus! 
Que n'assistent-ils à vos réunions, ces favoris de la fortune plus 
que de la nature, ces victimes peu intéressantes du snobisme et 
d'habiles commis voyageurs! Ils sauraient que la France a créé 
en tous temps d'assez beaux modèles en tous genres et assez variés, 
pour n'avoir pas besoin d'aller chercher hors de chez elle quoi? 
de lourdes imitations de ce qu'elle a fait autrefois et de ce qu'elle 
dédaigne sottement, Xous avons encore assez d'habiles ouvriers 
pour qu'on puisse faire ici, et à moins de frais, du Louis XVI non 
dégénéré. Oui, Messieurs, s'ils vous avaient lus, ils sauraient tout 
cela, ils commanderaient des meubles français à des ouvriers fran- 
çais, et, s'ils fussent restés après... ce qu'ils étaient avant, du 
moins ne le saurait-on pas, dans leur salon, avant qu'ils aient parlé 1 



ALLOCUTIOIV DE M. LUCIE M MARCHEIX. 21 

« Si ce n'était là, Messieurs, qu'un fait isolé, si ce n'était qu'une 
mode destinée à passer comme les grands canons ou les vertuga- 
dins, on en prendrait son parti, et il serait ridicule de jeter pour 
si peu le cri d'alarme. Mais il n'en est pas ainsi : parcourez nos 
expositions, feuilletez ces revues paradoxales où une jeunesse vieil- 
lote proclame la gloire de la décadence; tenez les yeux ouverts, si 
vous le pouvez, devant tous les bariolages dont des Botticelli de 
carrefour prétendent décorer nos murs; regardez ces estampes où 
des couleurs exaspérées hurlent en prétentieuses dissonances sur 
des formes indistinctes — et pour cause — dans les compositions 
où le préraphaélisme anglais, le réalisme japonais, la bizarrerie 
chinoise et le dernier chic de Montmartre se combinent et se com- 
battent, se repoussent et s'enlacent, se contournent et s'enchevê- 
trent, à la grande admiration d'amateurs trop peu intelligents et de 
dames trop intellectuelles. Voyez partout ce débordement d'exo- 
tisme et de mauvais goût, l'un suivant l'autre, et dites si ce ne sont 
pas là les symptômes d'un mal profond, contre lequel il faut réagir. 

« Ce mal, on pourrait être tenté de l'attribuer, à première 
vue, à l'affluence et à l'influence excessive des étrangers. Mais 
est-ce que la France a jamais cessé d'attirer chez elle des étran- 
gers et d'en refaire sa chair et son sang en leur communiquant 
son âme? Est-ce qu'elle n'a pas, à plusieurs reprises, emprunté 
à l'Italie, à la Flandre, à l'Espagne, à l'Allemagne et à l'Angle- 
terre des formes d'art et des idées qu'elle a su s'approprier? Et 
si aujourd'hui elle se sent menacée d'être absorbée au lieu d'ab- 
sorber et de devenir allemande, anglaise ou américaine, n'est-ce 
pas tout simplement faute d'être assez française? 

«Voilà le mal. Messieurs, et vous le connaissez bien; vous 
connaissez aussi le remède, c'est de ranimer le goût français. 
C'est ce goût dont on a éloquemment, mais follement médit quel- 
quefois, formé à l'école des logiciens et des humanistes, nourris 
des traditions et des exemples de la Grèce et de Rome, éclairé au 
seizième siècle d'un sourire de l'Italie, ce goût, fait de tact, de 
mesure, de clarté et de fermeté, c'est lui qui en accueillant, en 
appelant de partout ce qui convenait à notre nature, en écartant ce 
qui lui répugnait, a créé et défendu cette France intellectuelle qui 
va encore maintenant, quoi qu'on en dise, au delà des Vosges, au 
delà du Rhin, au delà des Alpes et de l'Océan. 



22 SEAMCE DU 13 AVRIL. 

u. D'où venait-il? De la Grèce et de Rome autant que de Gaule. 
Où avait-il puisé ses qualités? Dans le vieux fonds gaulois sans 
doute, mais aussi dans les lettres et les arts de l'antiquité. Com- 
ment s'est-il entretenu? En remontant à plusieurs reprises à ses 
origines et en se rattachant à son propre passé. 

Cl C'est de la même façon qu'il peut reprendre une nouvelle 
vigueur : en attendant une renaissance des humanités, qui se fera 
le jour où on le voudra vraiment, c'est à vous, Messieurs, à tous 
ceux qui connaissent et aiment l'histoire de l'art, de travailler à 
la résurrection du goût français — disons mieux en disant plus 
court — du goût. En tirant de l'ombre, en mettant sous tous les 
yeux dans des musées, dans des livres, dans des conférences, les 
œuvres où éclate ce goût et les hommes qui l'ont porté le plus 
haut, vous amènerez la France à se retrouver elle-même, à se 
reprendre : elle n'est point si fardée ni si défigurée qu'elle ne se 
reconnaisse dans ces portraits qu'ont tracés d'elle, aux temps de sa 
jeunesse et de sa gloire, ses poètes et ses peintres, ses architectes 
et ses sculpteurs; elle rejettera avec dégoût les oripeaux qui l'en- 
laidissent; elle verra les rides qu'elle croit avoir s'effacer avec ses 
tristesses d'emprunt, et elle s'apercevra avec un joyeux étonne- 
ment qu'elle est encore belle, qu'elle est encore jeune et qu'elle 
n'a pas cessé d'être elle-même; car un peuple ne meurt que lors- 
qu'il le veut bien et n'est vieux que lorsqu'il se l'imagine. Et sa 
faiblesse. Messieurs, disparaîtra avec son erreur, et l'espérance lui 
reviendra avec la force, et elle se remettra par la bouche de ses 
orateurs, par la plume de ses poètes, par le ciseau de ses sculp- 
teurs et par le pinceau de ses peintres, par tous les outils de tous 
ses ouvriers, à parler net et clair, à parler français au lieu de 
radoter dans le volapuck de tous les pays. 

u Vous avez déjà travaillé, vous travaillerez encore. Messieurs, 
à cette restauration du goût français, qui sera la restauration 
même de la patrie. Vous y pouvez beaucoup; vous ne pouvez pas 
tout; il y a dans l'àme des peuples une force mystérieuse dont le 
principal ressort ne dépend pas de la volonté consciente, une force 
qui s'engourdit ou s'éveille, s'alanguit ou s'exaspère par des lois 
qui nous échappent : lorsque les efforts de ceux qui sont le cerveau 
d'une nation coïncident avec les réveils de l'énergie populaire, alors 
les obstacles s'abaissent, les fautes se réparent, les nuages se 



SEA\'CE DU 113 AVRIL. 23 

dissipent, et, sous un ciel rasséréné, l'art peut s'épanouir et 
chanter. 

V. Kn venant ici de toutes les parties de la France, en traversant 
nos campagnes, vous avez vu sous la tiédeur d'avril disparaître les 
dernières traces de l'hiver : les bourgeons éclataient aux branches 
de la forêt, la prairie s'émaillait de fleurs, le blé montait dans le 
sillon, l'alouette prenait l'essor et lançait dans un rayon de soleil 
son salut joyeux au printemps. « Vous assisterez l)ientôt, Mes- 
sieurs, j'en ai la ferme espérance, à une fête plus belle, au renou- 
veau de la patrie et de l'art français. « Le sol a été labouré, en 
dépit du mauvais temps; la moisson germe; l'alouette, la vail- 
lante alouette gauloise est là sur le bord du sillon ; à peine échappée 
de l'orage, elle frémit encore ; mais elle regarde le blé qui pousse, 
le soleil qui lui sourit : tout à l'heure elle va s'élancer et remplir 
le ciel de sa chanson. » 

Lecture est ensuite donnée du procès-verbal de la séance pré- 
cédente, qui est adopté. 

La parole est donnée à M. Quarré-Reybourboiv (L.), corres- 
pondant du Comité à Lille, pour la lecture de son mémoire sur les 
Peintres Van Oost à Lille (dix-septième siècle). C'est aux archives 
de sa région que l'auteur a puisé les documents inédits qu'il 
apporte sur les Van Oost. Le tableau qui est le motif de ce mémoire 
est placé par M. Dehaiives dans son ouvrage le Nord monumental, 
parmi les ex-voto dont il reste peu de spécimens dans les Flandres 
françaises. M. Quarré-Reybourbon donne de nombreux rensei- 
gnements sur les peintres dont il s'occupe et termine par la publi- 
cation de pièces justificatives et d'une généalogie des Van Oost. 

M. Gauthier (Jules), membre non résidant du Comité à Besançon, 
lit sa notice sur le Musée Jean Gigoux à Besançon. Ce n'est qu'une 
préface à l'étude que voudra faire l'auteur après l'installation des 
toiles et des dessins légués par le peintre Gigoux à sa ville natale. 
Mais si brève qu'elle soit, cette note permet d'apprécier l'impor- 
tance du Musée Gigoux et l'intérêt que revêt cette riche collection. 

M. l'abbé Brune, correspondant du ministère à Beaume-les- 
Messieurs (Jura), lit son étude Peintures et sculptures de l'église 
Saint-Antoine en Viennois. C'est une dissertation critique et histo- 
rique très fouillée sur la façade de l'église de Saint-Antoine et les 



24 SÉANCE DU 13 AVRIL. 

peintures murales de cel édifice. M. Brune incline à voir, non sans 
raison, la main de Le Moiturier dans les sculptures de la façade. 
Les raisons qu'il apporte à l'appui de son opinion sont de premier 
ordre. 

M. Victor Advielle demande la parole sur la communication de 
M. l'abbé Brune et fait connaître le résultat de ses propres recherches 
sur les travaux exécutés à Saint-Antoine en Viennois; mais ses 
recherches ont été sur beaucoup de points infructueuses. 

M. l'abbé Brune réplique que les archives notariales et les 
archives diocésaines d'Avignon permettent encore d'espérer que 
l'histoire des artistes qui ont travaillé à Saint-Antoine s'enrichira 
de documents nouveaux. 

La parole est donnée à M. de Granges de Surgères, correspondant 
de la Société des antiquaires de France, à Nantes, ?,\xy la cathédrale 
de Nantes. Documetits inédits (1631). II s'agit de parties impor- 
tantes de l'édifice que l'on savait avoir été construites au dix- 
septième siècle, mais dont les auteurs n'étaient pas connus. Des 
pièces découvertes dans des minutiers de notaires ont permis à 
M. de Granges de Surgères de nommer les architectes nantais qui 
ont exécuté ces travaux. 

L'ordre du jour appelle la lecture de M. Biais (Emile), corres- 
pondant du Comité à Angoulème, sur les grands amateurs angou- 
moisins du quinzième au dix-huitième siècle. Ce. sont autant de 
portraits de bibliophiles, de curieux, de collectionneurs de la 
Saintonge et de l'Angoumois que M. Biais a su grouper en une 
galerie restreinte, non sans avoir eu le soin d'indiquer ses sources, 
ce qui ajoute à la valeur de son travail. 

L'ordre du jour appelle la lecture de M. Bouillon-Landais, 
correspondant du Comité à Marseille, sur le Musée de Marseille. 
Son transfert au palais de Longchaînp. L'auteur est conser- 
vateur honoraire du Musée dont il écrit l'histoire. Il est donc bien 
informé, et les renseignements les plus circonstanciés abondent 
sous sa plume à l'occasion de l'installation brillante des collec- 
tions d'art de Marseille dans le riche monument élevé par Espé- 
randieu. 

La section entend M. Lafond (Paul), correspondant du Comité à 
Pau, sur François et Jacques Bu7iel, peintres de Henri IV. L'étude 
de M. Lafond, très documentée, ne laisse rien dans l'ombre de ce 



SE A MCE DU 13 AVRIL. 25 

qui concerne les Bunel. Les œuvres de ces maîtres ayant disparu, il 
est doublement intéressant de les bien connaître dans leurs 
personnes, dans leurs travaux. Des indications précises et nom- 
breuses sont les plus sûrs jalons pour retrouver les peintures qui 
existeraient encore à l'insu de tous. 

M. Maxe Werly (Léon), membre non résidant du Comité à Rar- 
le-Duc, donne lecture d'un travail intitulé l'Art et les artistes dans 
le Barrois. C'est une nomenclature précieuse d'artistes oubliés ou 
de monuments disparus qui s'ajoute aux précédentes communi- 
cations du même auteur et les complète. Les futurs historiens de 
l'ancien duché de Bar trouveront d'utiles indications dans ces réco- 
lements dressés par un érudit à qui rien n'échappe du passé de sa 
province. 

M. l'abbé Porée, membre non résidant du Comité à Bournain- 
ville (Eure), est invité à lire son. travail sur le Monogramme de 
Masséot Ahaquesne. Deux vases de pharmacie dont le décor paraît 
devoir être attribué à Abaquesne portent un monogramme que 
M. Porée estime devoir être celui du céramiste rouennais. Le jalon 
posé par .^L Porée servira sans doute de point de départ de recherches 
décisives sur la question. Il est vraisemblable que l'écrivain a 
raison. 

M. l'abbé Requim, membre non résidant du Comité à Avignon, 
est invité à lire son mémoire sur le sculpteur Imhert Boachon. 
C'est un maître du seizième siècle, originaire de Màcon, dont il 
reste deux œuvres très remarquables à Avignon. \\. Requin a 
découvert un certain nombre de pièces inédites sur Boachon, qui 
lui permettent de reconstituer la monographie de cet artiste de 
haut mérite. 

L'ordre du jour appelle la lecture de M. Vixcent, membre de la 
Société archéologique de Touraine, à Tours, sur une association 
de maîtres joueurs d'instruments au dix-septième siècle. L'étude 
de M. Vincent n'a que quelques lignes, mais elle ne laisse pas 
d'être instructive et attachante. Les douze citoyens qui, par contrat, 
se mettent en société pour jouer dans les fêtes publiques et privées 
de leur région, semblent avoir tout prévu relativement à la disci- 
pline de leur troupe. Il est regrettable qu'ils aient omis de joindre 
à leur acte de Société le répertoire des morceaux de musique qu'ils 
avaient le dessein d'exécuter. 



26 SEANCE DL' 14 AVRIL. 

Le mémoire de AI. Momméja (Jules), membre non résidant du 
Comité à Montauban, sur la salle des actes de la faculté de'ihéo- 
logie protestante de Montauban, est une étude critique très docu- 
mentée et inédite dans toutes ses parties. La décoration dont 
s'occupe M. Momméjà est de plusieurs époques. C'est donc à tort 
qu'une tradition populaire attribue à Ingres père un travail auquel 
cet artiste n'a d'ailleurs pris aucune part. M. Momméja nomme les 
décorateurs du dix-septième et du dix-buitième siècle qui ont 
exécuté les sculptures de Montauban. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures 
et demie. 

Demain jeudi, à une heure et demie, suite des communications 
sous la présidence de M. Gustave Servois, directeur des Archives, 
membre du Comité. 



Séance du jeudi 14 avril. 

PRÉSIDENCE DE M. GUSTAVE SERVOIS. 

La séance est ouverte à deux heures, sous la présidence de 
M. Gustave Servois, directeur des Archives, membre du Comité, 
assisté de MM. Crost, chef du bureau de l'Enseignement et des 
Alanufactures nationales, et Henry Jouin, secrétaire rapporteur. 

Outre les délégués, assistaient à la séance : MM. Tourneux, 
homme de lettres, membre du Comité; Cfatel, ancien archiviste du 
Calvados; Couard, archiviste de Seine-et-Oise. 

M. le président invite M. Jules Gauthier, membre non résidant 
du Comité, à prendre place au fauteuil de la vice-présidence et 
prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 

« Appelé à l'honneur de présider la troisième séance de votre 
congrès, et invité, suivant l'usage, à l'ouvrir par une brève allocu- 
tion, je céderai à une inclination toute naturelle, commune du 
moins à bien des gens, si je vous parle de choses de mon métier. 
C'est d'ailleurs vers des choses d'archives que me conduit tout 



ALLOCATION DE M. GUSTAVE SERVOIS. 27 

d'abord un souvenir éveillé en moi par vos intéressantes lectures, 
et qu'il ne me paraît pas sans à-propos de rappeler ici. 

a Au temps éloigné où me reporte ce souvenir, vers 1865, le 
Comité des travaux historiques ne recevait encore, parmi les com- 
munications de ses correspondants, qu'un très petit nombre de 
documents relatifs à Tart et aux artistes. Il le regrettait, mais il ne 
s'en montrait pas surpris. « Les documents de ce genre, écrivait 
l'un de ses membres, sont extrêmement rares dans les dépots d'ar- 
chives. y> A ce jugement quelque peu téméraire, on pourrait 
opposer, j'allais dire triomphalement, les très nombreux et 1res 
méritoires travaux que vous avez su tirer de documents originaux, 
conservés dans les archives. Ne craignez pas que j'en tente Ténu- 
mération. La liste de leurs titres ressemblerait de trop près à cette 
table des matières, contenues dans vos mémoires, dont M. le 
sénateur Millaud vous annonçait la prochaine publication, ou 
encore, ce qui reviendrait au même, à celle des rapports généraux, 
toujours si exacts et si complets, sans parler de leurs autres mérites, 
que vous applaudissez très justement chaque année. Il faudrait, 
de plus, qu'elle reproduisît presque entièrement les tables des 
revues dont vous êtes les collaborateurs et la bibliographie des 
ouvrages dont vous êtes les auteurs. 

« Du moins de vos mémoires, de vos revues, de toutes vos 
œuvres, et aussi de renseignements recueillis çà et là, et le plus 
souvent auprès de vous, aurais-je voulu, par goût professionnel, 
extraire le sujet d'une dissertation sur ceux de nos fonds d'archives 
qui vous ont offert jusqu'ici, et qui vous offriront longtemps 
encore, de précieuses ressources pour écrire l'histoire de l'art 
français. Une conférence de ce genre eût été, j'en conviens, d'une 
utilité contestable devant des explorateurs d'archives aussi habiles 
que vous l'êtes, beaucoup plus expérimentés assurément que je 
ne le puis être moi-même, n'étant guère qu'un témoin des travaux 
d'autrui. Le projet néanmoins était séduisant, la matière pouvant 
d'ailleurs se traiter à peu de frais. Mais le programme que je 
m'étais tracé complaisamment s'est évanoui dès que j'ai commencé 
à feuilleter les volumes des procès-verbaux de vos sessions, ainsi 
que l'ont fait successivement tous vos présidents, j'imagine, avant 
d'écrire leur premier discours, ainsi que le fit au moins mon 
regretté maître et ami M. de Rozière, lorsqu'il dut présider une 



28 SEANCE DU 14 AVRIL. 

séance du congrès de 1890. " J'ai voulu, disait-il en vous contant 
« l'embarras où l'avait jeté l'obligation de cboisir un sujet de 
« harangue, j'ai voulu m'inspirer des modèles offerts par mes 
« éminenls prédécesseurs, .l'ai relu leurs discours et me suis 
" pénétré de leurs conseils. C'est ce qui m'a sauvé. " Pour moi, 
Messieurs, la même curiosité, la même recherche de modèles à 
suivre m'a perdu, je veux dire m'a fait perdre la conférence quelque 
peu doctrinale que je méditais de vous faire ex cathedra. Après 
avoir lu de nouveau les excellents et très éloquents discours où 
M. de Rozière lui-même, MM. de Montaiglon, Guiffrey, Havard, 
Nuitter, d'autres encore, s'étaient faits vos guides à travers nos 
collections, j'ai dû renoncer, en effet, à l'allocution projetée. Je 
la remplacerai, avec votre permission, par une modeste causerie, 
non pas sur un sujet qui puisse vous paraître neuf, mais tout au 
contraire sur une question très souvent traitée, et qui l'a été ici 
même dans plusieurs discours que vous n'avez pas oubliés. En 
raison du temps écoulé et des changements survenus, je voudrais 
ajouter à ces discours un simple post-scriptum. 

«S'il est une question peu nouvelle, c'est bien, n'est-ce pas? 
celle des archives du notariat, qui, réapparaissait avant-hier au 
congrès de la Sorbonne, sous les auspices du Comité des travaux 
historiques. Et cependant j'y reviens encore, au risque de vous 
fatiguer de redites. Il y a des causes qu'il ne faut pas s'exposer à 
perdre par prescription et qu'il convient de recommander avec 
persévérance à l'attention de qui de droit. Maintenons donc celle- 
ci, toute vieille qu'elle soit, à l'ordre du jour de nos réunions, et 
à celui de votre congrès aussi bien que de tout autre. Elle vous 
touche particulièrement, car les actes notariés constituent une 
mine inépuisable de renseignements sur la vie et les œuvres de 
vos artistes : les témoignages en abondent également dans vos écrits 
et dans les procès-verbaux de vos réunions. « Les archives du 
«notariat renferment, au point de vue historique, des trésors 
«inappréciables; c'est un monde à explorer » , disait, en 1884, 
mon confrère et collègue M. Guiffrey, qui, en souvenir de fouilles 
heureuses, avait le premier introduit auprès de vous cette ques- 
tion des archives notariales, devenue aujourd'hui presque fameuse 
à force d'être débattue. C'est sur l'invitation du ministre de l'in- 
struction publique et des Beaux-Arts que, deux ans plus tard, 



ALLOCUTIOM DE M. GUSTAVE SERVOIS. 09 

M. Havard la ramenait devant vous, sans nulle pensée de polé- 
mique, avec le désir de signaler une fois de plus à votre curiosité 
des collections trop peu connues d'actes précieux. 

tt Enfin, après un silence de quatre ans, M. de Rozière reprenait 
la même question, et, dans un discours plein de raison, il la traitait 
en érudit, en jurisconsulte, avec l'autorité qui s'attachait à son titre 
de président ou de futur président de la commission spéciale qui 
devait présenter au garde des sceaux un projet de loi ou de régle- 
mentation sur la conservation, et peut-être la concentration, des 
minutes notariales. Cette commission, objet d'espérances dont 
M. de Rozière vous faisait les confidents, n'a jamais siégé, ayant 
cessé de vivre le lendemain ou le surlendemain de sa naissance. 
Bien qu'il n'y ait plus lieu de compter à bref délai sur une loi, ni 
même sur une réglementation devant laquelle s'élèvent des diffi- 
cultés plus ou moins insurmontables, j'estime que la question des 
minutes et des protocoles notariaux n'est pas de celles qui sont 
demeurées et demeurent dans un immobile statu quo. Afous 
sommes encore loin, si elle doit jamais intervenir, d'une solution 
pleinement satisfaisante pour tous ; mais, à mon sentiment, les 
temps sont bien changés depuis le jour où un jeune avocat de la ville 
de Thiers, qui devait, quelques années plus tard, devenir l'archi- 
viste de la Seine, dénonçait les dangers que couraient beaucoup 
d'anciens fonds de notaires, antérieurs à la Révolution : nous ne 
parlons, bien entendu, que de ceux-là. 

« C'est en 1861 que doivent se placer, je crois, les origines 
d'une querelle toujours courtoise, mais sans cesse renaissante, 
origines qui ne sont guère connues, que des plus vieux membres 
du Comité des travaux historiques, dont je suis. Tout ravi de 
la rencontre qu'il avait faite, dans un minutier de son pays, 
de documents intéressants sur un artiste ignoré, M. Saint-Joanny 
saisissait successivement de la cause dont il s'était fait l'apôtre, 
qu'il soutenait avec un zèle mêlé d'un peu de candeur, le Comité 
des travaux historiques, les Sociétés savantes, les conseils généraux 
et les ministres. Dans le premier de ses mémoires, imprimé à 
Thiers, il suppliait le Comité des travaux historiques de demander 
et d'obtenir le versement de toutes les archives des notaires dans 
ses propres archives, à Paris, au ministère même. Les archives du 
Comité eussent été transformées en un dépôt spécial, aussi vaste 



30 SEANCE DU 14 AVRIL. 

que celui de l'hùtel Soubise, beaucoup plus vaste même, si j'en 
crois l'un des honorables orateurs qui ont pris part à la discussion 
de la Sorbonne : neuf cents salles, disait-il, suffiraient à peine 
pour contenir les archives notariales de France. X'en fallût-il que 
le quart, la concentration proposée par M. Saint-Joanny n'en eût 
pas moins été une imagination bien singulière. Il ne tarda pas à 
le comprendre lui-même, et, se résignant aux concessions, il 
annonça qu'il se contenterait de voir centralisée à Paris la portion 
«historique » des archives notariales : il voulait bien laisser le reste 
à la province. C'eût été ressusciter très malencontreusement les 
bureaux de triage institués ou décrétés pendant la Révolution; mais 
le respect des fonds était alors le moindre des soucis de M. Saint- 
Joanny. Heureusement il n'avait pas encore charge d'archives, 

« Tel n'était pas, il est superflu de le faire remarquer, le pro- 
gramme de M. de Rozière. Pour lui, la meilleure et la plus sûre 
des concentrations était celle dont bénéficieraient les archives 
départementales dans les conditions, prudemment déterminées, où 
elle s'était déjà opérée sur divers points, et où elle s'opère encore 
peu à peu : je pourrais citer des villes importantes dont les études 
n'ont rien conservé de leurs archives d'ancien régime. 

S'il pouvait jamais arriver que la solution préconisée par M. de 
Rozière obtînt l'assentiment universel, les emplacements, il faut 
en convenir, deviendraient bientôt insuffisants çà et là; mais n'ou- 
blions pas que les conseils généraux ont souvent réclamé les 
mesures de protection que, de leur côté, souhaitent les érudits, et 
ne mettons pas en doute qu'ils cesseraient de s'en tenir à des vœux 
purement platoniques, le jour où ils en seraient sollicités. Aussi, 
me laissant aller à des espérances que l'on jugera sans doute bien 
optimistes, je prévois, à une date plus ou moins prochaine, l'instal- 
lation, en divers départements, soit d'un dépôt unique d'anciennes 
archives notariales, soit de plusieurs petits dépôts, tels qu'on 
souhaitait en 1789 qu'il s'en établît dans les sénéchauss'ées du 
Périgord : ce dépôt unique ou ces moindres dépôts se consti- 
tueraient avec le concours des assemblées départementales et des 
chambres de notaires, sous la garde et sous l'inspection de per- 
sonnes choisies ou agréées par des collèges notariaux. 

« Qui pourrait affirmer qu'à une grande œuvre de préservation 
ne viendraient point s'associer, par des contributions volontaires, 



ALLOCUTION DE M. GUSTAVE SERVOIS. 31 

ceux qui pensent que l'histoire intime de nos grands artistes, de 
tous nos grands hommes on même de nos propres familles, si 
modestes qu'elles aient pu être, mérite bien quelques sacrifices? 
N'ai-je pas appris, ces jours derniers, qu'un ami des études histo- 
riques offrira sous peu aux notaires desacontrée, en faveur de leurs 
vieilles minutes et de leurs vieux registres, un bâtiment construit 
ou aménagé à ses frais, dont ils pourront jouir avec l'indépen- 
dance et les garanties désirables, comme jadis les notaires et 
tabellions de l'ancien régime usaient, en quelques pays, dos 
ce chambres du gros « , des " chambres des contrats n, des « bu- 
reaux de tabellionage » ? Jusqu'au succès de ce libéral projet, 
je devrai taire le nom de celui qui l'a formé. Si plus tard vous êtes 
appelés à le connaître, vous ne serez pas surpris de le voir attaciié 
à une tentative que le goût de l'histoire et le patriotisme ont 
inspirée. 

« En attendant de meilleures destinées pour tous les fonds no- 
tariaux sans exception, il semble permis de croire, en dépit de 
certaines révélations apportées mardi à la Sorbonne, que les 
lamentables descriptions dont nous nous étions émus jadis ont 
presque partout cessé d'être exactes, et que le plus souvent la 
vigilance des intéressés a conjuré tout péril, dès qu'elle a été 
mise en éveil. Je veux tenir pour certain que désormais on ne 
laissera plus échapper des études le moindre des actes relatifs à 
l'un des artistes ou des artisans dont vous vous êtes constitués les 
biographes, non plus qu'aucun testament de reine de France, non 
plus même qu'aucune donation faite par le plus humble des 
gagne-deniers. 

« Ce n'est pas assez que nous prenions confiance en la durée 
illimitée des minutiers qui subsistent en totalité ou partiellement; 
ce n'est pas assez que la courtoisie de leurs possesseurs les rende 
plus accessibles de jour en jour aux érudits qui sont dignes de con- 
fiance. Nos vœux sont encore que ces minutiers soient tous classés 
et répertoriés, comme le sont ou le seront tous les fonds qui con- 
tiennent une partie, ne fût-ce que des parcelles de notre histoire. 

oSur ce dernier point, j'aimerais à vous citer un certain nombre 
de faits heureux, qui m'apparaissent comme des signes de temps 
nouveaux. Mais il faut se hâter. Pour Paris, je me borne à vous 
rappeler l'impression partielle, due à M. Coyecque et consentie, 



32 SEA\CE DU 14 AVRIL. 

TOUS le pensez bien, par le notaire intéressé, d'analyses tirées d'un 
minutier, nouvellement classé, du seizième siècle. Ces analyses, 
que plusieurs d'entre vous ont déjà utilisées, se continuent, et 
peut-être seront-elles intégralement publiées dans l'une des collec- 
tions historiques du conseil municipal. 

« Je passe aux indices favorables qui se produisent en province. 
Un ancien administrateur, plein de zèle pour l'érudition, complé- 
tait récemment l'un de ces états sommaires qu'ont dressés pour 
elles-mêmes diverses chambres de notaires, et qui donnent la liste 
des titulaires successifs de chaque office, avec les dates extrêmes 
des actes; puis il l'insérait dans le Bulletin de la Société savante de 
l'arrondissement, qui est celui de Semur en Auxois. Je ne veux pas 
surfaire l'importance, assurément fort modeste, de cette réimpres- 
sion de quelques pages. En reproduisant au profit de tous une liste 
précédemment destinée à quelques-uns et dont l'édition est d'ail- 
leurs épuisée, M. de Saint-Genis a simplement montré la voie où 
d'autres pourront s'engager, dans les pays dont les archives nota- 
riales n'ont pas encore été l'objet d'un récolement. La réimpression 
que je signale, du reste, n'est que le prologue de travaux de 
dépouillement et d'analyses que M. de Saint-Genis aurait l'ambi- 
tion de diriger à travers les minutes de son arrondissement, si ses 
collègues de la Société savante dont il fait partie avaient le loisir 
de lui prêter assistance. Réussira-t-Il à les entraîner à sa suite dans 
sa laborieuse et délicate exploration ? Nous le saurons plus tard. 

'< C'est un métier que de faire un livre » , a dit La Bruyère. 
C'en est un autre de rédiger l'inventaire d'actes de cette sorte, et 
un métier qui exige beaucoup de discernement, et de plus l'expé- 
rience, les yeux, la patience d'un paléographe. La tâche devrait 
cependant, en province comme il arrive chaque jour à Paris,' tenter 
des travailleurs d'esprit éclairé. C'est ainsi qu'on aimerait à savoir 
qu'il est quelque part un canton favorisé, où quelque notaire de 
bon vouloir et de bon exemple consacre ses heures de liberté 
à explorer les minutes de sa contrée et à préparer un choix d'ana- 
Jyses et de citations qui puisse venir en aide aux études histo- 
riques, sociales ou économiques, ainsi qu'à vos études biogra- 
phiques sur les artistes qui vous sont chers. 

« Mais une seconde fois se présente à moi la tentation de me 
montrer peu discret, et une seconde fois je n'y résiste qu'à moitié. 



SEANCE DU 14 AVRIL. 33 

a Ce notaire que j'appelle de mes vœux, que je souhaite de 
rencontrer pour le proposer comme modèle, il serait déjà trouvé, 
si je m'en rapportais à l'un de nos correspondants, que je regrette 
de ne pas voir parmi vous : présent, il nous eût donné les éclair- 
cissements qui me manquent encore sur le projet qu'il me fait 
connaître. Je vous désignerais par son nom le notaire érudit dont 
il s'agit, archiviste volontaire du notariat, s'il ne restait encore 
quelque chose d'un peu vague dans la correspondance échangée au 
sujet de sou offre de concours, et s'il n'était prématuré, d'autre 
part, de citer, même entre nous, le canton où les vieilles archives 
du notariat semblent devoir s'ouvrir avec une très louable libéra- 
lité. Puisse le catalogue que l'on nous annonce ne pas se faire 
attendre longtemps! Il pourrait devenir, dans notre vaste collec- 
tion d'inventaires départementaux, le premier volume d'une série 
nouvelle, formée des fonds conservés dans les études, et prenant 
place, avec l'assentiment des conseils généraux et des notaires, à 
côté de la série où sont fictivement réunies les archives rurales. 

« Mais n'est-ce pas, Messieurs, vous arrêter trop longtemps 
sur une question d'archives? Il est temps de revenir aux questions 
d'art dont vous entretenait si éloquemment votre président d'hier. 
Vous avez la parole, Messieurs, et nul de vos auditeurs, au cours de 
cette séance, ne sera plus attentif à vos dissertations et à vos ensei- 
gnements que votre président d'aujourd'hui. « 

La parole est donnée à M. Gauthier (.Iules), membre non rési- 
dant du Comité, à Besançon, sur Com^ad Âleyt et les sculpteurs 
de Brou en Franche-Comté.- Vexoile des maîtres de Brou en 
Franche-Comté, les vicissitudes qu'ils endurèrent dans cette ré- 
gion, sont tracés avec une grande sûreté par AI. Gauthier. A cette 
partie historique se joint une partie critique dans laquelle M. Gau- 
thier décrit les sculptures du temps qu'il attribue à Conrad Meyt, 
à ses compagnons ou à ses successeurs immédiats. Le mémoire de 
M. Gauthier est un excellent chapitre de l'histoire de la sculpture 
dans l'est de la France. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Braquehaye 
(Charles), membre non résidant du Comité, à Bordeaux, sur les 
Peintres de l'hôtel de ville de Bordeaux, i^rofesseurs de l'Ecole 
académique. Ce litre général embrasse un ensemble de faits que 

3 



34 SÉANCE DU 14 AVRIL, 

l'auteur ne pouvait aborder en un seul mémoire; aussi M. Bra- 
quehaye n'a-t-il présenté dans son étude, lue en 1898, que le 
peintre Le Blond de Latour, portraitiste, décorateur et professeur. 
La monographie de cet artiste provincial a été composée avec un 
très grand soin par son auteur. 

La section entend M. Thoison (Eugène), membre de la Société 
historique du Gàtinais, à Larchant. Son mémoire, intitulé : Céi'a- 
mique et verrerie (seizième siècle), a pour objet une découverte 
d'instruments de musique en verre et en terre cuite. La commune 
de Larchant, où a eu lieu cette découverte, paraît avoir été, à la 
fin du seizième siècle, un centre de fabrication d'instruments en 
terre. Les preuves fournies par M. Thoison semblent péremp- 
toires. 

Au cours de sa lecture, M. Thoison fait circuler des trompettes 
de terre du seizième siècle entre les mains des assistants, et plus 
d'un des membres présents tire de ces instruments primitifs des 
sons d'une harmonie sévère qui laissent regretter qu'une répétition 
préalable n'ait pas permis de préparer un concert qui eût apporté 
sa note joyeuse à la session de 1898. 

M. Delignières demande la parole sur la communication de 
M. Thoison, qu'il remercie d'avoir cité M. l iguier, amateur 
abbevillois. Il ajoute qu'en Picardie on use encore, dans les 
champs, de cornets qui se rapprochent des instruments décrits par 
M, Thoison. 

M. DE GaAiVDMAisORi (Charles), membre non résidant du Comité, 
à Tours, dans son étude sur les Tapisseries de Montpezat, résout 
un problème qui avait embarrassé plus d'un historien. Il éclaircit 
le miracle dit des " Bonels » de saint Martin. « Bonets » signifie 
bas de manche. Une pièce de la tenture de Montpezat reproduit ce 
miracle. M. de Grandmaison a donc fait une incursion dans l'his- 
toire proprement dite à propos d'une tapisserie. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. de Longuemare 
(Paul), président de la Société des antiquaires de Normandie à 
Caen, sur les Sphinx de Pavilly. Ces sphinx sont des sculptures 
du dix-septième siècle que, dans la région normande, on attribue 
volontiers à Puget. L'étude de M. de Longuemare orientera sans 
doute les chercheurs vers le document décisif qui viendrait con- 
firmer cette attribution. 



SEANCE DU 14 AVRIL. 35 

La Section entend ensuite M. de GraivdmaisoiM ([iOuis), corres- 
pondant du Comité, à Tours, sur la Tombe de Lancelot du Fau, 
évéque deLuçon (1523). C'est un joaillier qui obtient la commande 
de ce tombeau, mais le marcbé porte qu'il sera exécuté en cuivre 
et richement orné. Un orfèvre connu dans l'Ecole tourangelle du 
seizième siècle se porte garant du joaillier. La présence de ce maître 
chez le notaire qui rédige le contrat porte M. de Grandmaison à 
croire que le tombeau de Lancelot du Fau dut être l'œuvre de 
l'orfèvre. Le raisonnement doit être juste. 

M Tabbé Bosseboeuf(L.), correspondant du Comité, à Tours, est 
invité à lire sa brève notice sur Un maître de l'œuvre du Mont 
Saint-Michel au dix-septième siècle. Le point de départ de cette 
étude est une pierre tumulaire conservée dans l'ancienne abbaye 
du mont. L'inscription funéraire porte le nom d'un architecte. A 
cette inscription révélatrice M. Bossebœuf ajoute des indications 
fournies par des pièces d'archives, et ainsi se trouve ébauché le 
profil d'un maître hier encore inconnu. 

La Section entend la lecture de AI. Gabeau (Alfred), membre de 
la Société archéologique de Touraine, à Tours, sur le Mobilier du 
château de Chanteloup. La partie intéressante de cette étude est 
celle qui a trait aux peintures du château, entrées en majeure 
partie à l'époque de la Révolution dans le Musée de Tours. Les 
historiens de ce musée puiseront dans le travail de M. Gabeau plus 
d'un renseignement utile sur l'état civil de certains tableaux. 

La parole est donnée à M. Guerlin (Robert), membre de la 
Société des antiquaires de Picardie, à Amiens, sur des Tableaux 
offerts à la confrérie de Notre-Dame du Puy, à Amiens. Deux 
peintures occupent M. Guerlin. Elles sont également curieuses. 
Leur caractère est avant tout iconique. Ce sont les portraits qu'elles 
renferment qui constituent leur intérêt. Exécutées à Amiens, ces 
peintures sont l'indice d'un foyer d'art en Picardie au seizième 
siècle. 

M. Lex (Léonce), correspondant du Comité, à Màcon, lit sa notice 
sur G. -F. Moreau, évéque de Mdcon {1163-1190), protecteur de 
Greuze et de Prud'hon. C'est surtout Prud'hon qui est redevable à 
l'évèque de Alàcon d'avoir été envoyé à l'École de Dijon alors qu'il 
n'était encore qu'adolescent. Le haut talent de Prud'hon rend atta- 
chante la mémoire de son premier protecteur, qui fut en même 



36 SEAIVCEDIJ15AVRIL. 

temps un amateur éclairé et l'initiateur de l'Ecole de dessin de 
Màcon. 

M, Veuclin (V.-E.), correspondant du Comité, à Mesnil-sur- 
l'Estrées (Eure), est invité à lire ses trois mémoires : 

1° Les origines du Musée de Bernay ; 

2° L'Art campanaire et l'ornementation des cloches au dix- 
septième siècle; 

3° L'Art dramatique à Lisieux pendant la Révolution. 

Le cadre de ces études est circonscrit dans la région normande. 
Les difficultés éprouvées par les fondateurs du Musée de Bernay 
seront un enseignement pour les hommes d'initiative que tentera 
la création d'une collection municipale. Dans ses recherches sur 
Tornementation des cloches, M. Veuclin donne d'intéressants dé- 
tails sur des fondeurs normands. Le théâtre à Lisieux pendant la 
Révolution renferme des indications précieuses sur les mœurs et 
les goûts de la province à l'époque de commotion sociale dans 
laquelle l'auteur a circonscrit son travail. 

L'ordre du jour appelle la lecture de AL Labamde, correspon- 
dant du Comité, à Avignon, sur Un miniaturiste avignonnais . 

Cet enlumineur de réel mérite, dont M. Labande fait passer de 
nombreuses compositions sous les yeux des délégués, est l'occa- 
sion pour l'écrivain de mettre zw lumière une suite de maitres du 
Comtat qui n'étaient qu'imparfaitement connus. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à cinq heures. 
Demain vendredi, séance à deux heures, sous la présidence de 
M. Maurice Tourmeux, homme de lettres, membre du Comité; 

Suite et fin des communications et lectures. 

A la même séance, lecture du rapport général sur les travaux de 
la Section par M. Henry JouiN, secrétaire rapporteur du Comité. 



Séance du vendredi 1 5 avril. 
Préside\ce de m. Maurice Tourmux. 

La séance est ouverte à deux heures, sous la présidence de 
M. Maurice Tourneux, homme de lettres, membre du Comité, 
assisté de M. L. Crost, chef du bureau de l'Enseignement et des 



ALLOCUTION DE M. MAURICE TOURNE UX. 37 

Manufactures nationales, secrétaire du Comité, et de M. Henry 
Jouix, secrétaire rapporteur. 

Outre les délégués, assistaient à la séance : 

M. \Iaximilien UouRGEOis, statuaire, et divers représentants des 
Sociétés savantes se rattachant aux autres sections. 

M. le président invite M. Herluison, correspondant du Comité, 
à prendre place au fauteuil de la vice-présidence et prononce Tallo- 
cution suivante : 

tt Messieurs, 

« C'est à un bibliographe qu'est échu l'honneur, assurément 
très inattendu, de présider la quatrième séance de votre congrès; 
et, bien qu'en prenant possession du siège ma surprise soit compa- 
rable à celle qu'éprouva, dit-on, le doge de Gênes dans la grande 
galerie de Versailles, je me crois néanmoins fondé à me dire votre 
confrère, puisque je sers de mon mieux, dans mes moments de 
loisir, une cause qui nous est chère à tous : celle de l'histoire de 
notre art national. Toutefois comme, suivant un vieil adage, il 
souvient toujours à Robin de ses flûtes, c'est encore le bibliographe 
qui voudrait vous soumettre une idée dont il ne saurait assumer la 
paternité, mais dont il serait très fier de pouvoir se dire un jour le 
parrain. 

'■■ Le temps n'est plus. Messieurs, et ne reviendra probablement 
jamais où un secrétaire perpétuel de l'Académie française pouvait, 
au début d'une notice sur La Bruyère, écrire avec désinvolture : 
« On ne sait rien de sa famille, et cela est fort indifférent. » Si 
M, Suard revenait au monde, il serait fort surpris de voir que nous 
avons changé tout cela, et que la généalogie d'un grand écrivain ou 
d'un grand artiste ne nous semble nullement négligeable. Que de 
fois une date ou une alliance a expliqué un fait jusqu'alors obscur! 

« Il vous faut donc des documents, il vous en faut beaucoup, il 
vous en faut d'authentiques, et vous n'épargnez aucune peine pour 
nous apporter chaque année une gerbe plus épaisse et mieux triée 
de monographies, où vous vous efforcez de ne rien omettre de ce 
qui peut lesrendre plus précises. Ces documents, vous les demandez 
à vos archives locales ou départementales, aux minutiers des 
notaires, à vos papiers de famille, à des livres peu consultés, par- 



38 SEANCE DU 15 AVRIL. 

fois à (les traditions orales; mais il est un vaste, un immense 
répertoire dont vous vous servez fort peu, je crois, parce que, dans 
son état actuel, il est à peu près impossible de s'en servir. 

« Vous connaissez tous, Messieurs, la formidable série des inven- 
taires des arcbives départementales dont l'impression, commencée 
en 1860 par ordre du ministre de l'Intérieur, n'est pas encore 
acbevée. Je sais tous les reproches que les spécialistes ont adressés 
à cette volumineuse et encombrante collection; je sais qu'au début, 
du moins, la préoccupation bizarre de donner à chaque fascicule 
des proportions à peu près égales y avait fait introduire des énu- 
mérations oiseuses, et que par contre, pour obéir aussi aux circu- 
laires ministérielles, rédigées, comme le disent MM. Langlois et 
Stein, par des bureaucrates incompétents, on s'était borné à ne 
donner que les dates extrêmes de chaque article, laissant ainsi le 
chercheur indécis sur ce qu'il avait chance d'y rencontrer; mais 
je sais aussi que lorsqu'on a le courage de dépouiller, la plume 
à la main, quelques-uns de ces fascicules, on a grande chance de 
n'avoir point perdu son temps; c'est ainsi que l'un des érudits 
dont je viens de vous citer le nom, M. Henri Stein, a pu, il y a 
dix ans, présenter à l'un de vos congrès le résultat de ses recherches 
dans les archives de l'Isère et apporter un notable complément aux 
patientes investigations de M. Edmond Maignien sur les artistes 
grenoblois. Mais M. Maignien, comme M. Stein, n'avait en vue 
qu'une seule province, sinon même qu'une seule ville, et le but 
de la publication que nous sommes quelques-uns à rêver serait de 
mettre à la disposition de tous ce qui, jusqu'à présent, n'a pu favo- 
riser que des travaux entrepris sur place. 

« Vous n'ignorez pas. Messieurs, combien nos vieux maîtres, 
peintres, sculpteurs, architectes, ont été nomades. Lorsqu'on par- 
vient à reconstituer la série des pérégrinations de l'un d'entre eux, 
on reste stupéfait des distances qu'ils ont parcourues si l'on songe 
aux difficultés multiples que présentaient alors de pareils voyages, 
et, sans vouloir pousser l'affirmation jusqu'au paradoxe, on peut 
alléguer que ceux qui ont travaillé sur place sont assurément en 
très petit nombre. Le nom de Martin Claustre, originaire de l'Isère, 
s'est retrouvé à plusieurs reprises sur les bords de la Loire. Le 
véritable lieu de naissance du mystérieux Jacques d'Angoulêmeest 
encore un problème dont ni la Champagne, qui serait, disait-on, en 



Al.l.OCL'TIOX DE M. MAURICE TOURNEUX. 39 

droit de le réclamer comme un de ses fils, ni la Saintonge n'ont 
trouvé la solution. D'où venait et où alla mourir ce " maître Jean ' , 
qu'Alhert Durer, dans le journal de son voyage aux Pays-Bas (1521), 
qualifie de « sculpteur français ■» , tout en le disant originaire de 
Metz, et qu'il paraît avoir tenu en haute estime, puisqu'il dessina 
son portrait et qu'il lui offrit son œuvre gravé? Au fond de quelle 
province d'Italie se fixa ce Nicolas Pinson, de Valence (Drôme), 
qu'il ne faut pas confondre avec le peintre brugeois Finson ou Fin- 
sonius, dont M. de Chennevières a jadis retrouvé la trace et les 
tableaux dans les vieilles églises d'Aix en Provence? 

« Si je cite ces exemples auxquels ou pourrait assurément en 
ajouter beaucoup d'autres, c'est parce que l'obscurité qui plane 
encore sur tant de noms célèbres ou dignes de le devenir serait 
peut-être dissipée en recourant aux ressources que nous offrent les 
inventaires imprimés des archives départementales. 

« Comment donc en tirer parti? 

« Sans doute un érudit qui constate à Aix — je formule, j'ai à 
peine besoin de le dire, une supposition tout à fait gratuite — la 
présence d'un peintre ou d'un sculpteur né à Dunkerque, ou vice 
versttj est toujours en mesure d'écrire à l'archiviste du départe- 
ment pour lui demander copie d'un acte dont il a constaté la pré- 
sence dans son dépôt; mais, quelle que soit la proverbiale obli- 
geance de MAI. les archivistes, il en est bien dans le nombre qui 
peuvent ne pas être tentés de donner satisfaction à l'impétrant, et 
l'érudit qui ne peut traverser la France pour aller vérifier une date 
ou un nom propre, court grand risque de ne recevoir qu'une 
vague réponse et parfois même, si l'on en croyait de méchantes 
langues, pas de réponse du tout. 

« Eh bien, Messieurs, s'il existait un répertoire méthodique de 
ces actes tantôt soigneusement analysés, tantôt reproduits, lorsqu'il 
y aiWea, in extenso j ne croyez-vous pas qu'il s'ensuivrait des décou- 
vertes piquantes et une réelle économie de temps? Et pour atteindre 
ce résultat, que faudrait-il? D'abord procéder à un relevé sur 
fiches dans chaque dépôt de toutes les pièces intéressant, à un titre 
quelconque, l'histoire de l'art. Une commission, autant que pos- 
sible peu nombreuse, réunie par les soins de la direction des 
Beaux-Arts, examinerait, sur le vu du résumé fourni par les archi- 
vistes, celles de ces pièces qu'il y aurait lieu de transcrire et de 



40 SEANCE DU 15 AVRIL. 

publier intégralement. Dans raffirmative, une indemnité pécu- 
niaire serait allouée à l'arcliiviste qui transcrirait de sa main ou 
ferait copier, sous sa direction et sa responsabilité, les pièces ainsi 
admises, et lorsque tout un fonds aurait été inventorié et qu'il aurait 
donné un résultat plus ou moins copieux, on imprimerait en un 
ou plusieurs fascicules l'ensemble des documents fournis par 
chaque dépôt. 

«Entreprise simultanément et poursuivie avec patience, cette 
enquête apporterait certainement à vos études une contribution 
dont il est impossible de prévoir l'importance, mais qui ne laisse- 
rait pas que d'être considérable. Il ne faudrait pas attendre d'ail- 
leurs qu'elle fût terminée sur tous les points du territoire pour 
mettre le public auquel elle s'adresse en mesure d'en goûter les 
fruits, et si, par exemple, le fascicule de TV onne était prêt avant 
celui de l'Ain, il n'y aurait pas lieu de tenir compte de l'ordre 
alphabétique, et il faudrait imprimer sans retard. 

« Rien n'est si facile, écrivait Diderot dans un fragment destiné 
«à passer sous les yeux de Catherine II, rien n'est si facile que d'or- 
« donner un grand empire, la tête sur son oreiller. » Rien ne va non 
plus si vite que notre pensée lorsqu'elle n'a à compter ni avec les 
obstacles, ni avec les critiques. C«^pendant notre rêve — comme tous 
les rêves — est exposé à se heurter à de dures réalités. Sans 
attendre les objections qui surgissent déjà peut-être dans votre 
esprit, je vais vous indiquer moi-même celles auxquelles j'ai 
songé. J'en entrevois d'ores et déjà de trois sortes. Le résultat 
compensera-t-il l'eli'ort? Ne serait-il pas cruel de priver du béné- 
fice et de la joie de la trouvaille — bénéfice tout intellectuel et joie 
bien innocente — de savants archivistes et de laborieux cher- 
cheurs? Où et comment, enfin, trouver l'argent nécessaire pour 
l'impression de ces fascicules? 

« Sur le premier point, je crois. Messieurs, qu'il faudrait apporter 
une grande circonspection dans le choix des pièces à mettre en 
lumière et refuser les honneurs de la lettre moulée à une foule 
d'artisans et de praticiens qui ne peuvent légitimement se voir 
qualifier d'artistes. Cependant le départ, comme on dit aujourd'hui, 
est fort délicat à établir, et l'humble maçon inscrit sur un compte 
obscur est peut-être « un maître des œuvres » dont le nom ne doit 
pas périr. En semblable occurrence, le rôle de la commission serait, 



ALLOCUTIOX DE M. MAURICE TOURXEUX. 41 

ce me semble, de se montrer très libérale et, pour quelques 
mentions insignifiantes, de ne pas s'exposer à en sacrifier de 
capitales. 

« Passons à la question de l'inédit, considéré comme un droit 
d'aubaine. Est-il juste de frustrer un archiviste du plaisir de mettre 
au jour sous son propre nom un document conservé dans son 
dépôt, retrouvé par lui et apportant sur un point de l'histoire de 
l'art une lumière inattendue? Assurément non ; mais veuillez bien 
remarquer, Messieurs, que, loin de déposséder l'archiviste du pri- 
vilège que lui confèrent ses fonctions, notre projet l'obligerait, au 
contraire, à dépouiller telle ou telle liasse sur laquelle il n'avait pu 
jeter les yeux, ou dont l'intitulé n'avait pas jusqu'alors excité sa 
curiosité. L'honneur de la découverte lui appartiendrait donc tout 
entier, et d'ailleurs le Comité compte parmi ses correspondants 
nombre d'archivistes qui savent fort bien, le cas échéant, faire 
œuvre d'historiens. A vous-mêmes, Messieurs, quelle serait votre 
part? C'est à vous qu'il incomberait le plus souvent de mettre en 
œuvre et en valeur le document parfois découvert à l'autre bout 
de la France et qui viendrait se juxtaposer parmi ceux que vous 
auriez déjà rassemblés. Dès lors aussi, point ne serait besoin de 
flanquer vos Mémoires de tout un appareil de preuves qui, si pré- 
cieuses qu'elles soient, ne laissent pas que d'alourdir notablement 
chaque volume de vos congrès. Un simple renvoi suffirait là où 
vous êtes aujourd'hui obligés d'accumuler des textes. 

" Reste la question d'argent, sur laquelle, et pour cause, je serai 
très bref, car la direction des Beaux-Arts a seule qualité pour la 
trancher de sa propre initiative, ou pour la soumettre aux délibéra- 
tions de la Commission du budget. Trouverait-elle sur ses pro- 
pres fonds les crédits nécessaires ? Ferait-elle appel à la sollicitude 
des conseils généraux ? Notre rôle se borne à lui indiquer discrè- 
tement l'un de nos desiderata, et toute notre ambition doit être que 
notre motion ne passe pas inaperçue. 

«Telle est, Messieurs, dans ses grandes lignes, mais aussi, si 
j'ose dire, dans toute sa naïveté, l'idée, la velléité plutôt, que je 
me proposais de vous soumettre, et sur laquelle j'appelle votre 
attention. C'est à vous qu'il appartient de voir ce qu'elle peut pré- 
senter de pratique et de fécond, c'est à vous de dire si elle est viable 
ou caduque. Aussi bien vous ai-je assez et peut-être trop longtemps 



42 SEANCE DU 15 AVRIL. 

entretenus de ce qui n'est pas, de ce qui ne sera peut-être jamais, 
et je me reprocherais d'empiéter sur le plaisir que nous nous pro- 
mettons des savants mémoires et du spirituel rapport général qui 
nous restent à entendre. L'ordre du jour donne sans doute au pré- 
sident de la séance le droit de parler le premier, mais je serais 
désolé qu'on pût m'accuser d'avoir abusé de la permission. « 

Lecture est ensuite donnée du procès-verbal de la séance précé- 
dente, qui est adopté. 

L'ordre du jour appelle la lecture de MM. Herluisori (Henri), 
correspondant du Comité, et Leroy (Paul)^ membre de la Société 
des amis des Arts, à Orléans, sur Sergent-Marceau, peintre et 
graveur. Cet artiste est connu. Il a eu ses historiens, et lui-même a 
souvent écrit. Mais une partie de sa vie s'est écoulée en exil, et 
c'est sur cette période de l'existence de Sergent que MM. Herluison 
et Leroy ont réuni un nombre important de pièces habilement 
présentées. 

M. Jadart (Henri), membre non résidant du Comité, à Reims, 
a la parole sur un portrait de Louis XIII; il s'agit d'une peinture 
oubliée quj, vers 1630^ décora l'ancien hôtel de ville de Reims. 
M. Jadart, qui a découvert cetle peinture, la décrit avec soin. Elle 
comporte de nombreuses scènes sur son pourtour, et, à ce point de 
vue, elle revêt une importance documentaire qu'il n'était que juste 
de faire ressortir. M. Jadart y est parvenu. 

L'ordre du jour, appelle la communication de M. Hénault 
(Maurice), correspondant du Comité, à Valenciennes, sur Antoine 
Gilis, sculpteur et peintre (1702-1781). Ce maître, qui vécut tour 
à tour à Valenciennes et à Tournai, eut une assez grande notoriété 
à son époque. C'est dans son atelier que se forma Jacques Saly, le 
sculpteur du roi de Danemark. A ce titre, il méritait d'être connu 
de la génération présente. M. Hénault a mis au jour de nombreuses 
pièces inédites sur Gilis. 

M. Parrocel (Pierre), correspondant du Comité, à Marseille, 
donne lecture de sa monographie de Y Arc de triomphe de la 
porte d'Aix, à Marseille. C'est une étude puisée aux archives 
municipales, et l'auteur n'a rien omis des délibérations successives 
auxquelles donna lieu le monument de Marseille, décrété sous 
Louis XVI et terminé seulement sous Louis-Philippe. M. Parrocel 



SEANCE DU 15 AVRIL. 43 

a soigneusement décrit en artiste l'œuvre collective de Penchaud, 
de David d'Angers et de Ramey. 

La section entend M. Coste (i\uma), correspondant du Comité, 
à Aix, sur Pierre Puget à Aix. Cette fois, ce n'est pas le sculpteur 
qui est en cause, c'est le peintre. Ine importante commande de 
peintures religieuses faite à Puget par les jésuites d'Aix est le 
point de départ de l'étnde de M. Coste. Les documents qu'il a mis 
en œuvre sont inédits. Bougerel, Lagrange^ ne les avaient pas 
connus. Ils éclairent d'un nouveau jour l'existence traversée du 
maître marseillais. 

M. Gmoux (Charles), membre non résidant du Comité, à 
Toulon, dans sa notice sur Jacques Rùjaud, dessinateur et gra- 
veur marseillais^ s'est appliqué à séparer la personnalité de Jac- 
ques Rigaud de celle de son neveu Jean-Baptiste. M. Ginoux, en 
possession d'une note autobiographique de Rigaud, rectifie des 
erreurs commises sur cet artiste par la plupart des historiens qui 
s'étaient occupés de lui. 

Rien de plus curieux que le mémoire de M. Girom (Léon), 
membre non résidant du Comité, au Puy, sur une Assomption, de 
François Le Moyne. C'est à l'aide des archives, à demi détruites 
par le feu, de l'abbaye de Saint-Julien-Chapteuil que M. Giron a 
reconstitué l'histoire du tableau peint par Le Moyne en 1718, à la 
demande de M. de La Roche-Aymon, évêque du Puy. 

M. DE Beaumont (Charles), correspondant du Comité, à Tours, 
a la parole sur Pierre Vigne de Vigny, architecte. Le même auteur 
s'était occupé à une session précédente de Pierre de Vigne, membre 
de l'Académie d'architecture au dernier siècle. Des documents 
nouveaux, découverts par M., de Beaumont, lui permettent de pré- 
ciser aujourd'hui certains points de l'existence de l'artiste qui res- 
taient à élucider. 

Le mémoire de M, de Beaumont étant le dernier des travaux 
inscrits à l'ordre du jour, M. le président donne la parole à 
M. Henry Joum, secrétaire à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, pour 
la lecture de son rapport général sur la 22* session. 

C'est une étude complète sur les travaux qui ont été soumis 
au Comité et lus avec son assentiment. M. Jouin examine chaque 
mémoire et rattache par des liaisons heureuses les différentes 
études dont il rend compte. II caractérise l'ensemble des travaux 



44 SÉANCE DU 15 AVRIL, 

de 1898, et, après avoir trouvé, pour chacun des auteurs qui ont 
été admis aux honneurs de la lecture, un mot d'éloge, il reporte 
ses félicitations sur les Sociétés des Beaux-Arts et sur l'institution 
des Congrès annuels. 

La lecture du rapport général étant achevée, M. le président 
remercie les délégués et déclare close la session de 1898. 

La séance est levée à cinq heures et demie. 



RAPPORT GENERAL 

SUR LES TRAVAUX DE LA SESSIOX DES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS, LU DA\S 
LA SÉANCE DU 1 5 AVRIL, PAR M. HENRY JOUIN, SECRÉTAIRE RAPPOR- 
TEUR DU COMITÉ. 



« Monsieur le Président ' , 
« Mesdames, 
« Messieurs, 

« Un historien de l'ancienne Rome raconte qu'un ami deCicéron 
voulut le détourner d'écrire ses plaidoyers contre Verres. Vous 
vous souvenez des incidents de cette cause fameuse. V ous n'avez 
pas oublié le proconsul infidèle courbant la tète sous les charges 
accablantes des Siciliens et prenant de lui-même, avant toute sen- 
tence, le chemin de l'exil. 

tt Les célèbres Ve?'rines, à l'exception de la première, furent donc 
composées après coup, lorsque l'homme, sans cesse oi)jurgué dans 
ces pages véhémentes, était déjà loin de Rome. Xoiis comprenons 
alors que les familiers de Cicéron aient songé à lui épargner la 
peine que lui donnerait la rédaction de ses inutiles plaidoyers. 
Mais Cicéron de leur répondre : 

« Vous ne soupçonnez pas les joies que me réserve Ténuméra- 
" tion des œuvres rares enlevées par Verres aux Siciliens. « 

« Ce mot me revient à l'esprit à l'heure où j'entreprends moi- 
même un inutile plaidoyer. Certes, entre vous, Messieurs, et le 
gouverneu r de Sicile, nul rapprochement possible. Toutefois, quand 
votre groupe compact, jeune, ardent, enthousiaste se dirige vers 
Paris, une grande cause est en jeu. C'est la cause de l'art clans nos 

' M. Maurice Tourneux, membre du Comité. 



46 RAPPORT GENERAL. 

provinces. Mais ce ne sont pas des témoins à charge qui vous ont 
précédés dans cette enceinte. Des amis, des conseillers, des aînés 
vous attendent, et leur approbation vous est assurée. Vous le savez, 
Messieurs, votre cause est gagnée d'avance. Lors donc que le mi- 
nistre, le directeur des Beaux-Arts, les membres de votre Comité 
se disposent chaque année à élever la voix pour applaudir à votre 
initiative généreuse, ceux qui vivent auprès d'eux, les témoins du 
labeur quotidien qui enlève tout loisir aux hommes en fonction 
seraient tentés de les dissuader d'un travail superflu. Xe craignez 
rien; ceux-ci ne se laisseront point détourner de leur tâche. 

tt Vous ne soupçonnez pas, diraient-ils aux fâcheux qui leur 
conseilleraient le silence, vous ne soupçonnez pas la joie que nous 
réserve un applaudissement renouvelé de ces bonnes volontés, de 
l'effort général, de l'heureuse fortune de plusieurs qui chaque 
année attestent en ce lieu la richesse de la province et sa vitalité. 

« Soyez donc salués. Messieurs, vous tous qui venez de la Pro- 
vence ou des Flandres, de la Picardie ou du Languedoc, en mes- 
sagers de la bonne nouvelle. 

« Mais le poète nous l'a dit : 

A ce chœur joyeux de la route 
Qui commençait à tant de voix, 
Cliaquc fois que l'oreille écoute 
Une voix manque chaque fois. 

« Cette année. Messieurs, votre Comité a perdu cinq de ses 
membres. 

« M. Paul Casimir-Périer, sénateur de la Seine-Inférieure, est 
décédé, âgé de quatre-vingt-cinq ans^ le 7 juin 1897. Il apparte- 
nait au Comité depuis dix-huit années, et aucune des questions 
traitées par vous ne le laissait indifférent. 

" Plus jeune, entré dans le Comité depuis quelques mois à peine, 
Henri Lavoix a succombé le 27 décembre. Je n'ai pas à vous 
apprendre la valeur de ses livres appréciés sur la musique française 
et l'instrumentation. 



RAPPORT GEXERAL. 4T 

« Paul (îasnault, ramateiir passionné, rapôlre convaincu de la 
céramique, — c'est un mot de AI. Georges Berger, prononcé sur 
la tombe du conservateur du Musée des Arts décoratifs, — est 
mort le 6 janvier. Son renom de connaisseur, sa distinction, son 
désintéressement l'avaient désigné pour faire partie du Comité en 
1890. 

« Mais le vide le plus profond qui se soit produit dans nos rangs 
depuis une année est dû à la mort de M. Bardoux^ sénateur, 
ancien ministre, membre de l'Académie des sciences morales, 
membre de votre Comité depuis 1879. Je n'ai pas à rappeler ici la 
place qu'occupa M. Bardoux dans le Parlement. Sa haute intelli- 
gence, son aménité, sa bonté faisaient de lui le champion spontané 
des causes les plus obscures, le défenseur tenace des clients les plus 
humbles. Avec quelle régularité n'assistait-il pas aux séances du 
Comité des Sociétés des Beaux-Arts ! Il vous lisait. Messieurs, ce 
n'est pas assez dire, il vous aimait. Ses analyses de vos travaux 
étaient empreintes de bienveillance et de sagacité. Il était heureux 
du succès grandissant de vos sessions, et c'est avec une joie visible 
qu'il présidait vos séances. Ecrivain châtié, soucieux des sources, 
sachant extraire d'un document toutes les déductions qu'il ren- 
ferme en puissance, M. Bardoux a laissé des monographies qui 
sont des modèles de sincérité, d'atticisme et d'élévation. Notre 
devoir. Messieurs, est de nous proclamer ses obligés. 

« A ce nom respecté s'arrêtait le cruel nécrologe de l'année, 
lorsque la mort a de nouveau frappé l'un des nôtres, Charles 
Vriarte, inspecteur général des Beaux-Arts. Il a succombé le 7 avril 
1898. Sa tombe est à peine fermée. Vriarte était entré dans le Comité 
le 30 janvier 1897, et dès le 20 avril, il y a moins d'une année, il 
présidait, au nom du ministre, la séance d'ouverture de votre ses- 
sion. Son discours fut bref; mais avec quel empressement n'a-t-il 
pas rendu hommage à votre noble patience! «C'est par vous, disait- 
" il d'une voix émue, que nous connaissons les oubliés et lesdédai- 
11 gnés ; vous les vengez de l'abandon, vous restituez de glorieux 
« inconnus dont le nom s'est effacé et n'a pu franchir les limites de 
« la province. » Ce compatriote de Goya, Français de cœur. Italien 
par une certaine afûnité intellectuelle, se séparait sans effort des 



48 RAPPORT G E MER AL. 

Médicis, des Borgia, de Françoise de Rimini, dont l'histoire pres- 
tigieuse et traversée l'avait séduit de longue date, pour s'approcher 
de vous et applaudir à vos études. En la personne de Charles 
Vriarle vous perdez un ami. 

« Après avoir évoqué trop rapidement le souvenir douloureux 
des disparus, je passe aux vivants. 

'< On a dit que la distance est un obstacle à l'autorité d'un pouvoir 
central. Il n'est pas douteux en effet qu'un ordre donné soit moins 
ponctuellement exécuté dans des régions éloignées qu'il ne l'est 
dans le voisinage immédiat du chef. Cela est vrai toutes les fois qu'il 
s'agit de commandement. Mais, il faut le croire, votre Comité ne 
donne pas d'ordres. Il fait plus, il vous invite au labeur désinté- 
ressé, et de toutes les régions françaises, des points extrêmes du 
territoire, répond à son appel l'adhésion chaleureuse des travail- 
leurs. A la vérité, le mot d'ordre se transmet d'une province à 
l'autre, la contagion de l'exemple se manifeste de proche en proche, 
si bien que les érudits ou les amateurs des cités les plus lointaines 
ne savent plus, en se mettant à l'œuvre, s'ils obéissent aux appels 
d'un Comité central où s'ils sont conviés à l'étude par l'inilialive 
entraînante du voisin. 

« Ces réflexions se présentent d'elles-mêmes en face des mémoires 
nombreux et de toute provenance apportés à celte tribune pendant 
la session qui s'achève. 

« De la zone la plus rapprochée de Paris sont venus quatre délé- 
gués : MM. Thoison, Maillard, Lorin et Leroy. 

« M. Thoison, membre de la Société historique du Gàtinais, à 
Larchant, apporte à l'histoire de la musique en France une contri- 
bution bien inattendue. Des ouvriers, creusant un puisard à Lar- 
chant, ont mis à jour environ trente-quatre instruments en verre et 
en terre. Je passe sur les instruments en verre. Ceux-ci ne sont pas 
extrêmement rares dans les collections publiques. Mais il en est 
autrement des trompes et olifants, des cors, des trompettes ou 
pseudo-trompettes en terre cuite. Ces objets, au nombre de vingt- 



U.iPPORT GEMI:RAL. 49 

quatre, sont des plus curieux. Concevez-vous des cors a deux et 
trois tours dont le tube présente un développement dépassant 
2 mètres? Concevez-vous des instruments innomés dans la langue 
de nos jours, qui participent à la fois de la trompelle, du cornet et 
du clairon? M. Tboison est d'avis que la découverte dont il vous a 
-parlé n'a rien de fortuit. Larchant n'est pas dépourvu d'arjjile; on 
peut donc supposer que l'art céramique fut en honneur dans cette 
localité, et peut-être les céramistes de Larchant, au seizième siècle, 
avaient-ils la spécialité des instruments de musique. Fabricants ou 
vendeurs se sont en tout cas groupés à Larchant. La Satire Ménippée 
nous montre un avocat bouffon muni d'un cornet de verre pro- 
venant de Larchant. Si le verre a été travaillé vers 1590 dans la 
région dont s'occupe M. Tboison, ce dut être par des Italiens; mais 
l'argile a, sans doute, été pétrie par des mains françaises. Ainsi se 
trouve ébauché en cette session le premier chapitre d'une Histoire 
des luthiers en terre de la Brie française. 

a Nous entrons chez Louis XV. C'est à M. Maillard, membre de la 
Société archéologique de Rambouillet, que nous devons d'être 
présentés. La rencontre a lieu dans le château royal de Saint- 
Hubert, non loin de Versailles. Le cadre est charmant. L'architecte 
Gabriel l'a tracé. Slodtz, Falconet, Pigalle, Coustou, Verbreckt, 
Bachelier, Carie Van Loo l'ont rempli de leurs ouvrages. La pièce 
d'honneur est « le salon » . Quoi de plus intime que ces simples 
mots : u. le salon ! » Cette pièce n'a donc pas ses similaires dans le 
château? Louis XV et, plus tard, Louis XVI n'amèneront à Saint- 
Hubert que de rares invités, le plus souvent des compagnons de 
chasse. M. Maillard a retrouvé l'inventaire descriptif de cette rési- 
dence aujourd'hui détruite, et nous éprouvons à le suivre à travers 
les appartements disparus quelque chose du charme pénétrant qui 
s'échappe des ruines les plus célèbres. Remercions notre guide. 
M. Maillard est un nouveau venu dans cette enceinte. Salve! Il y 
a plus. M. Maillard est au premier chef un homme heureux. Les 
pièces d'archives s'étaient offertes d'elles-mêmes à ce chercheur 
avisé. Et voilà que sa tâche étant remplie, deux documents curieux 
et précis émanant d'un tabletier du roi nommé Compigné s'ajoutent 
aux écrits du temps. Ce sont des plaques d'or et d'étain, mi-partie 
peintes, mi-partie en relief, remontant à l'année 1770 qui nous 

4 



50 RAPPORT GÉNÉRAL. 

donnent l'aspect du château construit par Gabriel. Un amateur ver- 
saillais, M. Arnauld, détient ces précieux objets dans sa collection. 

« Ce qui a survécu de Pierre Dupuis, peintre de fleurs et de 
fruits, membre de l'Académie royale, en 1663, c'est son portrait 
par Nicolas Mignard. M. Lorin, secrétaire de la Société archéolo- 
gique à Rambouillet, a, si j'ose dire, replacé cette toile dans son 
cadre. Je me trompe, ce n'est pas l'œuvre de Mignard qui a été 
l'objet de l'étude de M. Lorin, c'est Dupuis en personne. L'hon- 
nête peintre était originaire de Montfort, et cette commune possé- 
dait, au dix-septième siècle, un tabellion dont le minutier n'a pas 
été dispersé. M. Lorin s'y est plongé, et les renseignements de 
divers caractères qu'il a puisés à cette source éclairent la physio- 
nomie de l'artiste. Ses proches gravitent autour de lui. Nous les 
coudoyons, nous leur serrons la main. Ce sont tous de braves gens. 
Dupuis, désormais connu dans son intérieur, n'attend plus de vous, 
Messieurs, qu'un récolement bien fait de ses peintures. La tâche 
est délicate; elle exige qu'on s'y applique, mais elle ne dépasse 
pas les forces humaines. 

« Les camaïeux de Piat-Joseph Sauvage sont moins rares que les 
tableaux de Dupuis. Dans un second mémoire, M. Lorin vous a 
décrit les Qualité Saisons exécutées par Sauvage, en 1787, pour la 
laiterie de Rambouillet. Sauvage eut son heure d'éclat. Il fut le 
premier peintre du prince de Condé. L'Académie lui ouvrit ses 
rangs. Les Mémoires secrets exaltent sa valeur. La Correspondance 
de Grimm lui est hostile. Entre ces deux extrêmes, je vous propose 
de rester indifférents. Entendons-nous. Les recherches de M. Lorin 
méritent attention. Il a bien fait de décrire des pages connues de 
lui et dues à un artiste jadis apprécié. Mais l'intérêt qui s'attache 
à l'étude de votre confrère ne ramènera pas la popularité sur le 
nom de Sauvage. Ses bas-reliefs simulés, ses grisailles adroites, 
curieuses, ses trompe-l'œil, que l'on est tenté de vérifier à l'aide 
du toucher, relèvent du procédé. IViertz, le compatriote de Sau- 
vage, s'est livré à ces jeux de coloris il y a moins d'un demi-siècle. 
On ne dit pas qu'il y ait acquis une grande notoriété. L'étude rétro- 
spective de M. Lorin est donc opportune. Elle a sa place dans l'his- 
toire des variations du goût. 



RAPPORT GÉXÉR AL. 51 

«Les initiales prêtent à bien des méprises. M. Leroy, correspon- 
dant honoraire du ministère à Melun, vous l'a dit. C'est la pre- 
mière fois que M. Leroy prend la parole dans cette assemblée, et 
son début est une plaidoirie en restitution. Boissettes est une 
humble commune de Seine-et-Marne. Elle vil s'ouvrir sur son ter- 
ritoire, en 1732, une faïencerie et en 1776 une fabrique de por- 
celaine. Les braves artisans qui ont dirigé ces manufactures y ont 
mis trop d'abnégation. Ils marquaient leurs produits de la lettre B. 
Et voyez l'erreur ! Les historiens de la céramique française en ce 
siècle reportent à la manufacture d'un certain Bourdon-Sauzay, 
d'Orléans, l'honneur d'avoir fabriqué toutes les pièces marquées 
à l'initiale fatidique. AL Leroy nous met en garde. Où des esprits 
trop prompts avaient prononcé le nom de Bourdon-Sauzay, nous 
estimerons équitable de prononcer parfois celui de Boissettes. 

u Le mouvement s'accentue. Après les érudits de l'Ile-de-France 
ou de la Brie, ceux de la seconde zone se mettent en marche. Ils 
viennent de Mesnil-sur-l'Estrée, de Bournainville,de Rouen, d'Ab- 
beville, d'Amiens, de Reims, d'Orléans. 

o Soyons attentifs à leurs discours. 

« Quand nous étions jeunes, je me trompe, quand j'étais jeune, 
— car aucun de vous, Messieurs, n'a vieilli, — je fredonnais avee 
les enfants de ma génération la romance d'un poète oublié ; 

J'aime à revoir ma Normandie. , 

ic M. Veuclin, correspondant du Comité à Mesnil-sur-l'Estrée. 
fait mieux que de fredonner les couplets de Frédéric Bérat, il 
les met en pratique. Trois notices ont été lues par M. Veuclin a 
cette session : Les Origines du Musée de Bernay, V Ornementa- 
tion des cloches au dix-septième siècle ^ VArt dramatique à Lisieux 
pendant la Révolution. Le cadre de ces trois études est circonscrit 
dans la province normande. Elles ne constituent pas des chapitres 
étendus de l'histoire de l'art dans celte région. Ce sont plutôt de 
vives échappées sur le théâtre à une époque de notre histoire peu 
propice au développement de l'art, sur la fonte d'une cloche par 
Burel, le célèbre praticien de Rouen, sur la création pénible d'une 



è2 RAPPORT GENERAL. 

collection municipale dans une ville de six mille âmes. Ces aper- 
çus, j'oserais dire ces ouverlures prenant jour sur la scène, un 
musée et quelques églises normandes, ont le charme d'une aqua- 
relle sans prétention assez comparable aux aimables stances de 
Bérat. 

tt Masséot Abaquesne, le céramiste rouennais, n'a pas d'histoire. 
M. l'abbé Porée, membre non résidant du Comité à Bournainville, 
essaye de poser un jalon dont l'utilité serait grande. Il s'agit de 
déterminer le monogramme de ce maître. Abaquesne vivait en 1542. 
Il est l'auteur d'un carrelage primitivement placé au château 
d'Écouen dans lequel les verts vifs, les violets légers, les jaunes 
citrin, les rinceaux filiformes bleu lapis composent une gamme 
exquise. Or, M. Porée a découvert à Mantes et à Pont-Audemer 
deux vases île pharmacie dont le décor est d'un caractère iden- 
tique à celui du carrelage d'Ecouen. Et l'un et l'autre de ces vases 
portent en monogramme les initiales M. A. B. La déduction devait 
tenter la plume d'un savant. Déjà M. Le Breton, un Rouennais, 
s'était plu à reconnaître dans les lettres L. A. B. également grou- 
pées le monogramme de Lauient Abaquesne, fils de Masséot et 
céramiste comme son père. La preuve reste à faire, mais l'indice 
a sa portée. M. l'abbé Porée ne s'arrêtera pas à mi-chemin. II sait 
voir et trouver. Nous lui devrons un jour la justification de sa 
conjecture parfaitement admissible. 

« Je n'imagine pas de gens plus heureux que les romanciers. 
Toutes digressions leur sont permises. Je gage que M. Le Breton, 
correspondant du Comité à Rouen, ne s'est pas souvenu que « l'in- 
génieux hidalgo de la Manche :>, Don Quichotte, a parlé en fort 
bons termes de l'envers et de l'endroit des tapisseries. " Il me 
u semble, dit-il, que quand on lit un ouvrage traduit d'une langue 
tt dans une autre, c'est comme quaiid on regarde des tapisseries 
« de Flandre à l'envers : on voit bien les figures, mais elles sont 
« pleines de fils qui les rendent confuses, et elles ne paraissent 
tt point avec le poli et la couleur de l'endroit. » M. Le Breton s'est 
précisément occupé d'une tapisserie qu'il serait tenté d'attribuer 
avec certitude à Jean Grenier, à moins que ce ne soit à Jean de 
Bacre, l'un et l'autre tapissiers à Tournai, au début du seizième 



RAPPORT GÉMÉRAL. ^% 

siècle. Hâtons-nous de dire que votre confrère étudie cette tenture 
à l'endroit. Elle représente un paysage entouré de palissades au 
milieu duquel sont des cerfs ailés. D'où qu'elle vienne, cette ten- 
ture superbe doit être admirée. L'allure, le dessin des cerfs qui 
constituent le motif principal du décor, leurs bannières revêtues 
d'inscriptions françaises bien rythmées, l'écu de France suspendu 
à leur cou par une couronne royale ornée de pierreries, captivent 
le regard. Qu'ai-je dit? 

« Une tenture du château d'Anet est voisine. Je me laisse dis- 
traire. Cette page est hors de pair. Quatre panneaux étaient connus. 
M. Moreau, propriétaire d'Anet en 1878, les avait acquis. Alais la 
série n'était pas complète. Il y manquait une pièce. Elle est à 
Rouen, et M. Le Breton vous l'a décrite. Pourquoi Anatole de Mon- 
taiglon et M. Roussel, les commentateurs enthousiastes, il y a 
vingt ans, des tapisseries d'Anet, n'étaient-ils pas hier dans cet 
hémicycle? Ils eussent applaudi l'usufruitier de cette œuvre rare. 
Diane, à genoux aux pieds de Jupiter, implore le maître des 
dieux. Junon, Mercure, Minerve et Mars font cortège au roi de 
l'Olympe. Mais je ne puis reprendre, après M. Le Breton, la des- 
cription minutieuse du paysage, des scènes accessoires, de l'archi- 
tecture, des emblèmes, des chiffres, des trophées, tissés avec un 
art achevé par un maître du plus haut mérite, sans doute aux 
ordres de Diane de Poitiers et de Henri IL Nous irons tous à 
Rouen, si vous le voulez, applaudir à l'heureuse fortune, de la 
ville qui a fait entrer cette tenture dans son Musée. 

« Il ne faut pas confondre la gloire avec le mérite. Ce sont choses 
différentes. La gloire est toujours nominale. Le mérite est trop 
souvent anonyme. Vous vous souvenez de l'étude de M. Emile 
Delignières sur des Peintures anciennes de V école flamande . En 
dépit de leur mérite, elles sont sans gloire, mais M. Delignières, 
qui les a découvertes chez un amateur ahbevillois, les a mises en 
belle lumière. Trois de ces peintures, d'un art admirable et d'une 
parfaite conservation, appartiennent au quinzième siècle. Quatre 
autres sont de date plus récente et moins bien conservées. Non 
content de les faire connaître en artiste, notre correspondant a 
voulu restituer leur histoire en homme bien informé. Un manu- 



54 RAPPORT GENERAL. 

scrit de la bibliothèque d'Abbeville lui a révélé qu'avant la Révolu- 
tion ces peintures avaient fait partie d'un grand retable à la char- 
treuse de Thnison. Mais ce retable n'avait pas été formé d'un seul 
coup. Il était composé, la chose est établie par documents, de trois 
éléments distincts : une Passion sculptée, probablement du sei- 
zième siècle, et qui a disparu; quatre peintures du temps de Phi- 
lippe le Bon, duc de Bourgogne, et qui paraissent avoir été données 
par ce prince au monastère, et quatre peintures nouvelles exécu- 
tées sur le revers des panneaux primitifs, sciés depuis en épaisseur. 
M. Delignières plaide si bien pour faire reconnaître, dans les trois 
compositions du quinzième siècle, la Cène, V Ascension et \a. Pen- 
tecôte, les ouvrages offerts aux Chartreux par le duc de Bourgogne, 
qu'on est tenté de lui donner raison. A coup sûr ces peintures 
sont magnifiques et constituent un ensemble de premier ordre. 
M. Delignières les estime flamandes, de la main d'un très grand 
maître. Toutefois notre correspondant, qui montre dans son 
mémoire une véritable érudition, se borne modestement « à pré- 
luder-) , comme il le dit, « aux recherches à faire touchant l'auteur 
de ces peintures » . Ces recherches nous conduiront sans doute à 
une attribution certaine, et c'est à M. Delignières qu'appartiendra 
l'honneur de l'avoir provoquée. On aura Tœil à l'avenir sur ces 
pages, hier encore ignorées. Malheureusement, le quatrième épi- 
sode, la Résurrection, a été séparé des trois autres, et l'on prétend 
qu'il ne serait pas impossible de le retrouver dans quelque collec- 
tion toulousaine. Avis aux chercheurs du Languedoc. Les quatre 
figures décorant l'extérieur des volets semblent être de quelque 
artiste du nord de la France et de l'école archaïsante. Elles n'en 
ont pas moins de charme et de valeur. Elles représentent la Vierge 
mère, saint Jean-Baptiste et deux saints évêques. Tels sont ces 
chefs-d'œuvre dont M. Delignières s'est fait le chroniqueur patient, 
le critique plein de goût. Et voilà qu'il faut désormais ajouter quel- 
ques pages à l'histoire des retables fameux de Saint-Denis, de 
Reims, de Troyes, de Noyon, de Brou. Ces pages sont signées 
Delignières. On vous les a lues. \ous les intitulerons : « Le retable 
de la chartreuse de Thuison. » 

« M. Guerlin, membre de la Société des antiquaires de Picardie 
à Amiens, vous a parlé de plusieurs peintures offertes à l'église 



RAPPORT GENERAL. 55 

cathédrale par la confrérie de Notre-Dame du Puy. Tout d'abord, 
votre confrère s'applique à revendiquer pour sa région les auteurs 
de ces peintures. L'Ecole picarde se dessine. Lebel, Jehan de 
Paris, Maressal, habitent Amiens à la fin du seizième siècle et y 
reçoivent des commandes. Mathieu Prieur se mêle à leur groupe. 
Il travaille en 1600. Il a représenté les membres de la famille de 
Villers réunis sur un même panneau, en compagnie de person- 
nages illustres, parmi lesquels figure Henri IV. Tous sont vus de 
face au-dessous d'une Vierge tenant l'Enfant Jésus et assise sur 
un trône devant la porte de la cité mystique décrite dans l'Apoca- 
lypse. L'œuvre est éminemment curieuse. Prieur ne brille pas par 
la composition, mais en revanche il donne à ses têtes le caractère 
et le relief. 

« Plus agréable d'aspect est le panneau d'un peintre inconnu, 
conservé au village de Coullemont, représentant un donateur age- 
nouillé, entouré de ses proches. Dans la partie supérieure, la 
Vierge, assise sur un char d'or traîné par des licornes, est entourée 
de petits anges qui célèbrent sa victoire sur l'hérésie. L'hydre à 
sept têtes a été la pierre d'achoppement du peintre ; mais un 
paysage apaisé, d'une profondeur sagement comprise, rachète les 
tâtonnements du pinceau dans l'exécution de l'hydre. M. Guerlin 
nous doit la suite de l'histoire de l'Ecole picarde. 

"Le point de départ, l'occasion du discours sont le plus souvent 
fournis par le hasard. Interrogez M. Henri Jadart, membre non 
résidant du Comité à Reims. Sous le titre : Un portrait de 
Louis XIII avec allégories, M. Jadart vous a raconté sa trouvaille 
fortuite d'un dessus de cheminée de l'ancien hôtel de ville de 
Reims. L'œuvre parait dater de 1630. Un grenier lui servit d'asile 
pendant plus d'un siècle. La peinture est médiocre, mais elle con- 
stitue un document historique d'une valeur réelle. Des emblèmes, 
des scènes multiples, des devises entourent la figure royale placée 
au centre d'un panneau « aplani au rabot d et mesurant dans tous 
les sens plus d'un mètre. M. Jadart, en homme qui sait tout, ou 
peu s'en faut, sur la ville de Reims, étudie cette effigie de circon- 
stance dont il serait superflu de rechercher l'auteur. Puis, rap- 
prochant cette image des statues de Nicolas Jacques et de Milhomme, 



56 RAPPORT GENERAL. 

ainsi que d'une peinture et d'un dessin conservés au Musée de 
Reims, M. Jadart a trouvé l'occasion d'écrire d'excellentes pages 
sur l'iconographie de Louis XIII, que l'on ne consultera pas sans 
profit. 

« M. Herluison, correspondant du Comité, et M. P. Leroy, de la 
Société des Amis des Arts d'Orléans, ont rappelé devant vous l'exis- 
tence tourmentée de Sergent-Marceau. Ce fut un artiste de second 
plan et un acteur improvisé du drame révolutionnaire. Ces deux 
mots laissent pressentir les lacunes et les défaillances. Mais Sergent 
avait débuté par être un curieux. Durant toute sa vie il a fait preuve 
d'initiative et de fertilité d'esprit. Aux jours sombres, il sauva la 
tête de Gossec et de Larive. Il sut être l'avocat heureux de 
Marceau, son beau-frère. Il y a plus : le foyer de Sergent ressemble 
à la chaumière sans orages de Philémon et de Baucis. Que parlé-je 
de foyer? Les proscrits n'ont qu'une tente. Ils la dressent le matin 
en un lieu propice et la replient au premier soleil! Les plus belles 
années de Sergent-Marceau se sont écoulées hors de la patrie. Les 
pièces inédites qui ont motivé l'étude de MM. Herluison et Leroy 
et qui en constituent la sève sont datées de l'exil. Vous penserez 
comme moi : La souffrance et les larmes effacent bien des fautes. 
Nous demanderons à Sergent-Marceau la note personnelle qu'il est 
en mesure de nous fournir sur une époque tumultueuse. Nous ne 
lui tiendrons pas rigueur sur ses heures d'oubli. Ainsi raisonnait 
le héros de Chateaubriand. «Les rois de vos pères, lui dit une per- 
K sonne aimée, ont été des ingrats. — Qu'importe, réplique Aben- 
ct Hamet, ils ont été malheureux! i; 

«Admirez avec moi, Messieurs, la contagion de l'exemple. Voici 
que des collaborateurs du Comité se lèvent en foule. Ils viennent 
vers nous de Tours, de Dijon, de Nevers, d'Angoulême, de Màcon, 
de Lyon, du Puy. Ouvrons les portes toutes grandes. 

« M. Charles de Grandmaison, membre non résidant du Comité 
à Tours, en examinant avec soin l'un des quinze sujets que com- 
porte la Tapisserie de Monlpezat, a fait une découverte hagiogra- 
phique non moins importante que fortuite. Il s'agit d'une relique 
désignée sous le titre de « Bonets de Saint-Martin » enlevée de la 



RAPPORT GEMERAL. 51 

cathédrale de Saint-Gatien de Tours lors du pillage de cette église 
par les protestants en 1562. Qu'est devenue la relique? Quelle 
était sa nature? Saint Martin s'étant dépouillé de sa tunique en 
faveur d'un pauvre se trouva incomplètement vêtu le lendemain 
de cet acte charitable pour célébrer la messe. Ses avant-bras, 
notamment, demeuraient nus, et c'est alors que, selon la légende, 
deux anges lui apportèrent des bas de manches ou « bonets « 
ornés de pierreries. 

Angez ont ses bras revestu 

De bonets riches et moult gents. 

« M. de Grandmaison a voulu retrouver l'origine de la légende. 
Il a découvert qu'elle était connue dès le douzième siècle, sinon 
plus tôt, et un vitrail du siècle suivant, conservé au Mans, repro- 
duit la scène du miracle. Quant à la commande des tapisseries, 
elle est due à Jean Desprez de Montpezat, évêque de Montauban 
de 1519 à 1539, qui voulut doter l'église de sa ville natale d'une 
tenture dont l'exécution fut confiée à une fabrique tourangelle. 
L'étude de M. de Grandmaison éclaire la vie de saint Martin et 
complète ce qu'avait écrit M. Devais sur le même sujet dans le 
tome III des Annales archéologiques. 

« Un joaillier et un orfèvre se présentent à nous sous les auspices 
de M. Louis de Grandmaison, correspondant du Comité à Tours. 
Le premier s'appelle Jean Rembert: le second, Claude Content. Il 
s'agit du tombeau de Lancelot du Fan, évêque de Luçon, à élever 
dans la cathédrale de cette ville en 1523. Un aigle de lutrin est 
compris dans la même commande. Ces deux œuvres seront en 
cuivre et de la plus grande richesse. Rembert se tient au premier 
plan. Mais Rembert n'est qu'un joaillier. Claude Content est un 
orfèvre, et son nom, son habileté, ?a fortune nous sont connus. 
M. de Grandmaison constate en outre que, dans le marché conclu 
avec Rembert, Claude Content se porte garant du joaillier. Au cours 
du même acte, Rembert s'engage à " faire faire - et le tombeau et 
le lutrin. Or, le cuivre ouvré, ciselé, rehaussé de matières pré- 
cieuses, se réclame de l'orfèvre et non du joaillier. M. de Grand- 
maison conclut donc, et nous pensons comme lui que les œuvres 
somptueuses dont s'enrichit la cathédrale de Luçon au début du 



58 RAPPORT GENERAL. 

seizième siècle sortirent de l'atelier célèbre de Claude Content. 
Quant à Remhert, le voilà réduit au rôle d'homme de paille. 

De nos cailloux froUés, il sort des étincelles. 

«C'est un alexandrin de Voltaire, que M. Charles de Beaumont, 
correspondant du Comité à Tours, rappelle avec à-propos au sujet 
d'un architecte du dernier siècle, Pierre Vigne de Vigny, d'humeur 
irascible. N'oublions pas, je vous prie, que cet architecte est du 
lemps passé. AI. de Beaumont nous l'avait fait connaître il y a 
quatre ans. Il nous le présente à nouveau en apportant des preuves 
à l'appui de ses hypothèses anciennes. Il est désormais certain que 
de Vigny est élève de Robert De Cotte. Il est également indéniable 
qu'il eut un caractère difficile. Le malheureux ! IVe va-t-il pas jus- 
qu'à faire saisir un paysan, son voisin, pour « avoir cueilli de 
«l'herbe, éboiirgeonné de la vigne et pris une serpe dans sa pro- 
" priélé ;) ! Belles peccadilles! De Vigny n'avait donc pas lu les 
Animaux malades de /«joeA/e.^Maishàtoïis-nous de dire que pour 
le compte d'autrui de \ igny avait plus de clairvoyance et de 
dignité. Je n'en veux comme preuve que son expertise en faveur 
des religieux de Saint-Martin de Paris contre un sieur Le Tellier 
qui avait abusé de leur bonne foi ! Là du moins, de Vigny est 
dans la mesure. Mais Le Tellier avait un appui dans Mansart au 
sein de l'Académie d'architecture. Vous devinez le reste. Ce fut 
un duel à mort entre les deux collègues, de Vigny et Mansart. 
Je le répète, Messieurs, ces choses se passaient il y a cent cin- 
quante ans. 

« Vincent Rogerie, dont vous a parlé M. l'abbé Bossebœuf, cor- 
respondant du Comité à Tours, a sa pierre tumulaire dans l'église 
abbatiale du Mont Saint-Michel. Il est mort en 1620. Là se bornait 
l'histoire de Vincent Rogerie. M. Bossebœuf s'est attaché à sa 
mémoire, et des pièces inédites lui ont révélé que Rogerie porta le 
titre de « maître maçon de l'œuvre de ce lieu ii . Saluons cet archi- 
tecte. A la vérité, nous ne savons pas encore dans quelle mesure il 
exerça le rôle de maître d'œuvre, pendant combien d'années, et 
quelles parties de l'édifice pourraient être signées de son nom. 
Mais lorsqu'il s'agit d'un joyau, tout porte à croire que les mains qui 
l'ont façonné ou serti n'avaient rien de médiocre. Nous voilà bien 



RAPPORT GÉNÉRAL. 59 

près de tenir Rogerie pour un homme supérieur. Aucune preuve 
encore, mais de fortes présomptions. 

" M. Gabeau, membre de la Société archéologique de la Tou- 
raine, un nouveau venu dans vos rangs et qu'il convient de saluer, 
nous a dit les splendeurs du mobilier du château de Chanteloup. 
Nous avons passé d'heureux instants dans la compagnie de ce guide 
instruit, plein de naturel, épris de son sujet. Le duc de Choiseul, 
aprèslui le ducde Penthièvre.ont possédé Chanteloup. Les tahleaux 
y étaient nombreux, les meubles riches, les lambris ornés de 
glaces. On dirait un Versailles en miniature. Au surplus, M. Gabeau 
n'a-t-il pas usé d'une locution presque royale lorsqu'il vous a 
parlé de la « petite cour de Chanteloup » ? Le souverain de ce lieu 
privilégié paraît avoir le Goût. Mais n'oublions pas que nous 
sommes en 1785. C'en est fait du style Louis XIV, et même du style 
Louis XV. Nous sommes en pleine vogue du style Louis XVI, essen- 
tiellement gracieux. Les sièges, les glaces, les plafonds, les corni- 
ches ont reçu le visa de François Boucher et des Van Loo. Parmi 
les tableaux que garde avec amour M. de Choiseul, je ne compte 
pas moins de six bas-reliefs simulés de Sauvage, l'homme aux 
trompe-l'œil. Mais j'allais omettre de vous dire que M. Gabeau ne 
s'est pas attardé chez le duc de Penthièvre. II a lu, il a étudié 
l'inventaire de Chanteloup en 1794, et c'est en investigateur adroit 
qu'il s'est appliqué à suivre l'exode des peintures qui l'avaient 
séduit tout à l'heure par leur réunion dans le château. 

" M. Vincent, membre de la Société archéologique de Touraine, 
débute au milieu de vous par une communication d'un caractère 
imprévu. Il s'est entretenu avec vous d'une association de joueurs 
d'instruments formée à Tours en 1657. Les sociétaires sont au 
nombre de douze. Leur contrat doit durer quatre années. Ces 
hommes, épris de musique, se feront entendre aux ballets, bals, 
aubades, sérénades et visites, noces et festins, tant à la ville qu'à la 
campagne. Ah ! les gais compères, les gens avisés ! C'est à regret- 
ter de ne les avoir pas rencontrés et applaudis. Ne les prenons pas 
pour des bohémiens ; je gagerais qu'ils étaient rangés, de bonne 
compagnie, distingués, ayant du savoir-vivre. Et leur répertoire 
était varié. Les parts de sociétaires durent être bonnes. L'acte est 



60 RAPPORT GENERAL 

bien fait. Ces braves gens, sans y être tenus, se sont imposé de par- 
tager le fonds des amendes entre a les malades de T Hôtel-Dieu, la 
« boîte des prisonniers et les pauvres de la' Charité «. Ce détail 
nous touche. Des artistes de ce caractère n'ont pu jouer que de 
bonne musique. 

«Règle générale, deux collaborateurs se font plus de tort que de 
bien. M. Fernand Mazerolle, correspondant du Comité à Dijon, a 
intitulé le mémoire qu'il a lu devant vous Dessins de médailles et 
de jetons attribués à Boucha?'don. Je sens déjà la pointe du fleu- 
ret. Cet « attribués » ne me dit rien qui vaille. Il sent le prêt 
bénévole d'une lieue, la donation précaire et toujours révocable. 
Bouchardon me paraît être dans un mauvais pas. Vous vous souve- 
nez du différend. M. Henri Bouchot et M. Alphonse Roserot avaient 
pensé que les dessins de jetons conservés à la Monnaie et se ratta- 
chant au règne de Louis XV»^ étaient l'oeuvre de Bouchardon. M. Ma- 
zerolle reconnaît plusieurs mains dans celte suite de projets. J. Du- 
vivier et J.-C. Roëttiers ont évidemment exécuté plusieurs des 
dessins visés. Ce qui le prouve, c'est l'abbé Gougenot, biographe 
de Duvivier, qui nous raconte la brouille du graveur avec le 
sculpteur à l'occasion d'un profil du roi que Duvivier refusa 
d'exécuter. Ce qui le prouve encore, c'est la présence à la Mon- 
naie de compositions similaires pour un même sujet, l'une à 
peine esquissée, l'autre très arrêtée. Je crois que tout le monde 
est d'accord. Bouchardon est l'auteur du croquis initial, et Roët- 
tiers ou Duvivier ont précisé le trait avant de graver leur coin. 
Mais Victor Hugo, s'adressant à un statuaire de son temps, n'a-t-il 
pas dit : 

La forme, ô grand sculpteur, c'est tout et ce n'est rien : 
C'est tout avec l'esprit, ce n'est rien sans l'idée. 

ciBouchardon peut se réclamer de ces vers. A lui l'idée rapide- 
ment écrite ; à Roëttiers, à Duvivier la forme impeccable, la com- 
position dernière, de proportions voulues, d'aspect séduisant. 
M. Mazerolle a raison au nom de l'érudition; mais tenons pour 
véniel le tort de ses devanciers. Ils n'avaient pas bluté, estimant 
peut-être que la farine tout aussi bien que le son pouvaient être 
comptés à Bouchardon. 



RAPPORT GENERAL. 



61 



i<. Les faïences d'art à Nevers. — Ce litre trop modeste ne laisse 
pas soupçonner l'importance du mémoire de AI. Massillon-Rouvet, 
■correspondant du Comité à Nevers. Nous assistons avec lui à un 
procès en réhabilitation, et, avocat muni de preuves, votre confrère 
a gagné sa cause. Exposer le juste et le vrai est un acte de l'intel- 
ligence. Mais détruire une erreur accréditée, venger une mémoire 
digne d'illustration, replacer Tauréole sur un front découronné, 
xoW'SL qui satisfait le besoin de combativité d'une nature généreuse 
et met en vibration tout l'être moral. Améric Vespuce détrôné 
par Christophe Colomb, Fulton par Jouflfroy, Daguerre par 
Niepce de Saint-Victor, voient leur groupe s'augmenter de Scipion 
Gambin, qualifié trop longtemps du litre enviable de « premier 
« importateur de la faïence à Nevers n . Sus à l'usurpateur! De 
Thon nous avait prévenus. « On raconte, écrit cet historien, qu'un 
«Italien qui avaitaccompagnéen France unduc de Nivernais aperçut, 
«en se promenant aux environs de Nevers, la terre de l'espèce dont 
use faisait la faïence en Italie. Il la prépara et fit construire un petit 
« four où fut fabriquée la première faïence en France, w Cet Italien, 
Messieurs, client de M. Massillon-Rouvet, est Dominique Conrade 
de Savone, compagnon d'armes de Louis de Gonzague. Fixé à 
Nevers, il appela près de lui ses deux frères, Baptiste et Augustin. 
Tous trois furent naturalisés Français en 1578, et ce sont les Con- 
rade qui importèrent en France l'art de fabriquer la faïence à la 
façon de Savone. Mais Scipion Gambin ? Ce n'était qu'un de leurs 
ouvriers. Les Conrade, « sculpteurs en terre, maistres pothiers en 
« œuvres blanche et aultres coulleurs « , les protégés, les amis de 
Louis de Gonzague, recouvrent l'héritage de gloire trop gratuite- 
ment attribué à Scipion Gambin, leur valet. Il y avait captation, et 
le Code l'interdit. 

« Ce n'est pas une galerie, c'est un cabinet que M. Emile Biais, 
correspondant du Comité à Angoulême, a entr'ouvert devant nous. 
Les grands amateurs angoumoisins dont il vous a entretenus for- 
ment une réunion d'effigies très variée. Pas un portrait en pied, 
mais, en revanche, quelques bustes, des médaillons, des médailles, 
plusieurs pastels, le tout de bon style et d'aspect agréable. Vous 
nommerai-je les personnages"? C'est d'abord l'aïeul de François I", 
Jean d'Orléans, dit le Bon, c'est le roi-chevalier, c'est Marguerite 



62 RAPPORT GENERAL. 

d'Angoiilême, puis Jean-Louis de Nogaret, Guez de Balzac, Charles 
de Sainte-Maine, duc de Montauzier, (Jourville et Charles-Rosalie 
de Rohan-Chabot, comte de Jarnac. Je ne nomme que les princi- 
paux. M. Riais connaît sa province ; aussi a-t-il multiplié les profils 
célèbres, ou simplement aimables, dans l'étude qu'il projetait 
d'écrire. Mais voyez l'embarras de tant d'opulence ! Votre collè;jue 
savait que le temps lui serait compté et l'espace ménagé ; aussi 
n'a-t-il pas échappé à une gêne visible. C'est en homme hàtif qu'il 
énumère les belles œuvres, les pièces rares. Son cadre était trop 
vaste. M. Biais ne nous a donné qu'un " coup d'œil w sur des 
richesses dont il sait la valeur, et il voudra s'y reprendre en faisant 
halte devant un seul de ces amateurs dont il a souhaité d'être l'his- 
torien et le juge autorisé. 

tt Gabriel-François Moreau, évêque de Mâcon en 1763, nous est 
présenté par M. Lex, correspondant du Comité dans cette ville, 
sous le patronage de Prud'hon. C'est, en effet, ce prélat qui recom- 
manda Prud'hon, adolescent, aux Etats du Maçonnais, le 17 mai 
1774, et obtint qu'on l'envoyât étudier à l'Ecole de dessin de 
Dijon. Une aussi heureuse initiative méritait d'être connue. Mais 
M. l'évèque de Mâcon eut encore l'honneur de fonder dans sa ville 
épiscopala une École d'art qu'il inaugura en personne. Greuze fut 
chargé de peindre son portrait que désiraient lui offrir les Etats. 
Il commanda lui-même à Greuze le portrait de M. de Valras, son 
prédécesseur. Et par surcroît, son palais était un Musée. Plus de 
cinquante tableaux, des sculptures, des tapisseries, des gemmes 
remplissaient les salles de cette demeure d'artiste. M. Lex a été bien 
inspiré en replaçant dans son jour cette figure effacée d'un évêque 
amateur, au sens le plus élevé de l'expression. Il a aimé l'art en 
homme de goût, en homme de cœur, en citoyen d'une intelligence 
supérieure. Ce fut quelqu'un. 

« L'Hôtel de ville d'Arles et ses huit architectes , tel est le titre 
du curieux mémoire que M. Charvet, membre non résidant du 
Comité à Lyon, a lu à celte session. Nous sommes en 1665, Louis- 
François de Royers de la Valfenière est choisi pour construire 
l'édifice. iMais il n'est souveraineté qui soit à l'abri d'une usurpa- 
tion. Puget faisait grand bruit dans la région. Les consuls ont 



RAPPORT GEXERAL. 63 

l'idée de l'appeler à Arles. Il s'y rend par deux fois en 1672 et 
soumet ses plans. On les discute. Pendant ce temps, un certain 
frère Clément, religieux aujjustin, entre en lice. Il est assisté d'un 
architecte de Tarascon, Nicolas Lieutaud. Puis vient le tour d'un 
peintre arlésien, Jacques Peitret. Et les plans de pleuvoir! Mais 
Dominique Pilleporte se présente, et Jean Kocliair le suit de près. 
Les consuls délibèrent et ne s'entendent pas. C'était à prévoir. 
Pour achever de les rendre perplexes, Jules Hardouin-Mansart, 
âgé de vingt-sept ans, vient augmenter le nombre des concurrents. 
M. Charvet vous a dit les réclamations de La \ alfenière. Ses con- 
frères firent évidemment comme lui. Peine perdue! Le vestibule 
voûté en pierre est l'œuvre de Mansart, et c'est à lui, le huitième 
larron, que revient l'honneur de la construction dans ce qu'elle a 
de remarquable. Incidemment, M. Charvet fait passer sous la voûte 
hardie, œuvre du jeune iVIansart, la belle Mme de Grignan. Celte 
apparition toute gracieuse ajoute à l'intérêt de son étude. 

K Est-ce une page d'histoire que vous a lue M. Léon Giron, 
membre non résidant du Comité au Puy, à propos de V Assonqjtion 
de François Le Moyne, conservée dans l'église de Saint-Julien- 
Chapteuil? Oui, certes; mais l'histoire, dans la circonstance, ne 
laisse pas d'être romanesque. La mère de Le Moyne, veuve en 
1693, alors que son fils était âgé de cinq ans, avait épousé, cette 
même année, le peintre Vrac de Tournière. Union de courte durée. 
En 1702, Tournière et sa femme se séparaient. Quelque dix 
ans plus tard, Le Moyne avait grandi. L'Académie royale le comp- 
tait parmi ses membres. L'honnête peintre recueillit sa mère à 
son foyer. X'en soyons pas surpris : il habitait rue des Bons-Enfants. 
L'évêquedu Puy, M. de La Roche-Aymon, ayant souhaité, en 1718, 
de pouvoir offrir une peinture aux moines de Saint-Julien, s'ou- 
vrit de son désir au duc d'Antin, qui chargea Le Moyne de satisfaire 
le prélat. Le Moyne avait deux palettes : c'est un détail que relève 
M. Giron. La première comportait comme couleurs fondamentales 
le jaune et le rouge, dont le mélange permettait au peintre d'obte- 
nir des tons roux. Il en usait pour ses scènes mythologiques. Le 
rouge et le blanc dominaient sur la seconde palette. Celle-ci servait 
à peindre les sujets religieux. Le Moyne, on le voit, était un homme 
méthodique. Il fut aussi, pour son époque, un consciencieux. Il 



64 RAPPORT- GÉNÉRAL. 

avait le respect de la nature. Se voyant chargé de peindre une 
Assomption pour M. de La Roche-Aymon, il s'avisa de nous laisser 
le portrait de sa mère dans la figure de la Vierge qui, les mains 
jointes, assise sur des nuages, s'élève dans les airs escortée par des 
groupes d'anges dont François Boucher, disciple de Le Moyne, 
se souviendra plus tard et, sans grand effort, fera des Amours 
potelés et souriants. Je m'attarde. Mais cette histoire a son épi- 
logue. Le Moyne perdit sa mère, puis sa femme, puis son protec- 
teur le duc d'Antin, et enfin... la raison. La main tremblante du 
peintre devint inhabile à tenir le pinceau. La plume n'aurait pu 
traduire ses pensées confuses. C^est alors qu'un de ses élèves, 
Nonotte, le suppléait comme secrétaire, et M. Giron a retrouvé 
dans les papiers respectés par l'incendie de l'abbaye de Saint- 
Julien cette curieuse mention : « M. Nonotte nous mande de la 
« part de M. Le Moyne pour que soit lacérée ou brûlée la Vierge 
(i Marie dont M. l'évèque de La Roche-Aymon a fait don au prieuré 
« en 1718. AL Le Moyne, en démence, prétend qu'il fut sacrilège 
Il de pourtraire sa mère, et que pour ce, sa mère souffre dans les 
« flammes du Purgatoire. Nous prions pour lui. " Ces lignes ne 
rendent-elles pas deux fois précieuse V Assomption de Saint- 
Julien-Chapteuil? 

« Pendant que je suis dans l'Auvergne, tout occupé de Le Moyne, 
les provinces frontières se sont levées. On accourt vers Paris de 
toutes parts. J'entends des voix connues : MM. Bouillet, Benêt, de 
Longuemare, Denais, de Granges de Surgères réclament leur tour 
de parole. 

« L'étude de M. l'abbé Bouillet, correspondant du Comité à 
Caen, sur les Boiseries de la Val-Dieu^ renferme un enseignement. 
Ces boiseries sont l'œuvre d' un huchier dont le nom ne nous est pas 
connu. Leur importance n'a rien de considérable. Elles datent de 
la fin du dix-septième siècle. Des guirlandes, des pilastres, quelques 
cariatides s'échappant d'une gaine ornée constituent le décor de- 
vant lequel s'est arrêté M. Bouillet dans l'église de la Val-Dieu. 
Mais votre confrère vous l'a dit : « Cette œuvre est belle autant par 
« la perfection du travail que par l'heureux agencement des parties 
« qui la composent. Les sculptures, ornements, draperies, chapi- 



RAPPORT GENERAL. 65 

«teaux, figiiros, feuilla*jps et fleurs ont été fouillés en plein bois 
u par un cisoau d'une énergie sans préciosité, avec une vigueur 
u sûre d'elle-même et maîtresse de ses effets. C'est de l'art, mais 
« de l'art puissant et robuste. » M. Bouillet tiendrait-il un autre 
langage s'il avait à jnger des pages décoratives d'un Coyzevox ou 
d'un Buyster? Conclusion, Messieurs : l'École française au dix- 
septième siècle a sa doctrine et son style perceptibles sous le 
ciseau de l'artisan tout aussi bien que dans le travail des maîtres 
en renom. Cette unité, cette foi est à son honneur, et j'ignore si 
les ouvrages que l'on exécute aujourd'hui présentent un caractère 
analogue ; j'ignore si la discipline de nos décorateurs permettra 
dans deux cents ans de préciser l'époque à laquelle ils auront 
tenu l'outil. L'art sous Louis XIV porte une date qui n'est pas sans 
gloire. 

« m. Armand Benêt, membre non résidant du Comité à Caen, 
est l'auteur de deux mémoires puisés à des sources dififérentes, 
mais présentant certaines analogies. Ils ont pour titre, le premier : 
Peintres des seizième au dix-huitième siècles, notes et documents 
extraits des fonds paroissiaux des archives du Calvados; le 
second : Artistes d'Avranches, Bayeux, Cherbourg, Coutances, 
Saint-LOj Valognes et Vire au dix-huitième siècle^ d'après les 
rôles de la capitation. Ce sont deux répertoires inédits que vous 
ofifre M. Benêt. J'entends l'observation des metteurs en œuvre. Hé ! 
Messieurs, soyons de bonne foi! Les ouvrages les plus consultés, 
les guides les plus sûrs, les plus familiers de quiconque touche 
aux études historiques, ce sont précisément les dictionnaires, les 
nomenclatures bien établies, les tables méthodiques, les réper- 
toires faits de clarté et de précision. En ce temps de vie fiévreuse, 
qui donc a le loisir de tout lire et de compulser les chartes origi- 
nales? Sachons gré, croyez-moi, au lecteur préalable, au chercheur 
modeste, patient, obstiné, qui consent à disposer pour nous « à pied 
d'œuvre n les éléments de nos livres de demain. Ne faisons pas fi 
des répertoires. Saint-Simon nous révèle qu'à son époque les gens 
de goût disaient volontiers d'une personne qui se souvenait de 
beaucoup de choses et se montrait toujours prête à instruire les 
autres : « C'est un répertoire! >' Conservons à ce mot le sens élo- 
gieux que lui donnait Saint-Simon. 

5 



66 RAPPORT GÉNÉRAL, 

« Les Sphinx de Pavilly dont s'est occupé M. P. de Longuemare, 
membre de la Société des antiquaires de Normandie, sont deux 
sculptures énergiques, de grand aspect, datant, selon toute vraisem- 
blance, du dix-septième siècle. Elles décorent le parc de M. le 
comte d'Auray. Les têtes ont un peu souffert, mais la poitrine se 
dessine bien, et les corps de lion sont presque intacts. Un écusson 
sculpté sur la housse qui recouvre le corps des sphinx paraît ren- 
fermer les armoiries des Le Marchand de Bardouville ou des Cara- 
das. Est-ce dans les archives de ces maisons qu'il conviendrait de 
chercher le prix fait des sculptures de Pavilly? On serait tenté d'y 
voir des œuvres de Puget. Le maître a travaillé au Vaudreuil en 
Normandie. Mais nulle preuve de cette attribution trop flatteuse, 
pour qu'on l'accueille sur le simple examen des sphinx en question. 
Ce sont de belles œuvres. Sachons gré à M. de Longuemare de nous 
en avoir révélé le mérite, mais tenons réservée la question d'attri- 
bution. 

« Ce n'est pas une plume, c'est un crayon très fin qu'il faudrait 
tenir à la main pour reproduire dans ses détails le maître-autel de 
la cathédrale d'Angers dont vous a parlé M. Joseph Denais, corres- 
pondant du Comité. L'auteur de ce décor fastueux s'est appelé 
Denis Gervais. 11 s'est qualifié lui-même sculpteur et pensionnaire 
du roi. La justification de ce double titre nous échappe, mais assu- 
rément l'Académie royale dut compter dans ses rangs au dernier 
siècle des hommes moins habiles que ce Denis Gervais. Il excellait 
à façonner le marbre ou l'albâtre, à disposer des colonnes, à simu- 
ler les nuages, à cadencer les figures d'anges, les cassolettes, les 
diadèmes. Bref, ce fut un homme expert en l'an de grâce 1755. 
M. Denais vous a communiqué le contrat passé entre Gervais et le 
Chapitre de la cathédrale. Tout le monde fut d'accord. On était en 
veine de conspiration contre les lignes sévères, le style simple et 
grand. On aimait le bruit, la recherche, la pompe et l'or prodigué. 
Gervais tenait réserve de ces articles en abondance. Il servit les 
chanoines à souhait. Son œuvre n'est pas sans aspect. Elle porte 
une date, qui le conteste? Mais si notre sens critique trouve à re- 
prendre dans le baldaquin surchargé de l'autel de Denis Gervais, 
par contre, cette œuvre reste un spécimen très complet du style 
retentissant en honneur sous Louis XV. 



RAPPORT Gi:\ERAL. 6T 

" AI. de Granges de Surgôres, correspondant de la Société des 
antiquaires de Krance à Nantes, un érudit, un chercheur que rien 
ne lasse, se mêle à votre groupe pour la première fois. Prêtons 
l'oreille. Votre nouveau confrère a frappé au bon endroit. Il a dé- 
pouillé les minutiers de sa ville. Et grâce à ces découvertes, nous 
savons maintenant que les grandes voûtes de la cathédrale de Nantes, 
commencées en 1626, furent achevées en 1630. Nous savons (|ue le 
transept méridional fut adjugé, le 27 mars 1631, pour 32,000 livres 
à René Lemeunier, Michel Poirier, Jacques Corbineau, Marin 
Gadenier et Guillaume Belliard, tous maîtres architectes de la 
ville de Nantes. Cette révélation nous satisfait, car il est bien peu 
d'artistes ou d'historiens de l'art qui ne se soient rendus au moins 
une fois dans ce transept où rayonne le superbe tombeau du der- 
nier duc de Bretagne par Michel Colomb. Les perles fines sont 
hors de prix, mais il n'est pas indifférent que l'écrin qui leur sert 
de cadre et les protège soit de bonne fabrique. M. de Granges de 
Surgères vous a fait l'histoire de l'écrin. 

« Je suis trop long. Vos confrères de la région de l'Est s'impa- 
tientent. Faisons silence. MM. Gauthier, Brune, Maxe-Werly, 
Jacquot ont la parole. 

u Conrad Meyt et les sculpteurs de Brou en Franche- Comté, 
> tel est le sujet traité par M. Jules Gauthier, membre non résidant 
du Comité à Besançon. Conrad iMeyt vous est connu. M. Finot, 
M. Charvet ont parlé de lui. M. Gauthier s'attache à ses pas, je 
veux dire à ses œuvres maîtresses. C'est un sculpteur allemand que 
son rare mérite désigna comme directeur des chantiers de Brou, 
avec la haute mission de sculpter les têtes et les mains des gisants 
princiers de ce Saint-Denis de la Bresse. Un Florentin, Mariolto, est 
son lieutenant. Van Boghem, esprit ombrageux, lasse la patience 
de Conrad. Celui-ci émigré à Lons-le-Saunier. Mariotto l'accom- 
pagne. Philiberte de Luxembourg leur confie l'exécution de 
superbes tombeaux. Ils se mettent à l'œuvre. Mais Henri de Nassau 
vient à la traverse. Philiberte dépossédée de ses biens ne peut 
achever sa noble entreprise. Conrad et .Mariotto se trouvent sans 
appuis, sans salaire sur terre franc-comtoise. C'est alors que 
M. Gauthier, tant avec le secours des sculptures de l'époque encore 



68 RAPPORT GÉNÉRAL. 

visibles qu'à l'aide de j)ii'ces d'archives, ressaisit les deux maîtres 
ainsi que leur imitateur Claude Lulier et reconstitue leur œuvre 
dans ses pages essentielles. Quelques affirmations de M. Gauthier 
inquiètent l'historien que la méthode rigoureuse en honneur 
aujounl'hui rend circonspect, mais les rapprochements, les aperçus 
dont le travail de votre confrère est tissé, à l'exemple d'une trame 
solide et serrée, ne permettent pas de le contredire. Des statues de 
haut style, anonymes jusqu'à ce jour, sont restituées par M. Gau- 
thier aux hommes dont il s'occupe. Si quelque hésitation subsiste 
dans l'esprit de son lecteur, M. Gauthier ne sera pas combattu. Il a 
pour lui beaucoup de preuves irréfutables et des vraisemblances 
évidemment très proches de la vérité. Les Bisontins voudront tenir 
compte de la réclamation formulée par leur compatriote au sujet 
de la Pieta de la cathédrale de Besançon. 

«Une porte s'entre-bàille, et M. Gauthier, qui tout à l'heure a fait 
œuvre de critique et d'historien, nous apprend en quelques mots 
rapides ce que renferme la salle voisine. Elle contient le Musée 
Gigoux, c'est-à-dire 4^50 toiles et 3,000 dessins légués par le 
peintre à sa ville natale. L'exemple est salutaire. Il a été donné par 
Ingres à Montauban, par le statuaire David à Angers, par Wicar à 
Lille. Le Musée Gigoux aura son intérêt, car le vieil artiste que 
nous avons personnellement connu était un délicat et un collec- 
tionneur. Nous nous souvenons d'une vente de dessins à l'hôtel 
Drouot, en mars 1882, qui rapporta, dit-on, 100,000 francs. Ces 
dessins provenaient de chez Gigoux. M. Thiers, amateur à ses 
heures, ne voulait rien conclure avec les marchands d'œuvres d'art 
sans avoir pris conseil de Gigoux. Mous avons raconté dans des 
pages dictées en partie par le peintre ses relations sans nombre 
avec ses contemporains; aussi sommes-nous assurés que les histo- 
riens futurs de l'Ecole française au dix-neuvième siècle seront 
tenus de visiter le Musée Gigoux sous peine d'être incomplète- 
ment pénétrés du mérite des peintres ou des dessinateurs dont ils 
voudront parler. Les Johannot, Delacroix, Cabat, Couder, Fran- 
çais, Laviron, Marquiset et cent autres ont été les amis de Gigoux 
et lui ont offert quelque ouvrage. M. Gauthier rappelle également 
certaines peintures anciennes de la collection, mais il n'a pas le 
loisir d'en retracer la genèse, d'en établir l'authenticité. Ce sera 



RAPPORT GÉNÉRAL. 



69 



sa tâche prochaine. Votre confrère semble désirer qu'un buste eu 
marbre du donateur soil un jour placé au milieu de sa collection. 
Rien de plus louable, et le buste superbe, modelé ad vivum par 
m. Loiiis-Xoël à la veille du Salon de 1882, sera l'effigie sculptée 
la plus vraie, la plus vivante qu'il conviendra de placer en pendant 
du portrait du maître, par M. Bonnat, au Alusée Gigoux. 

« Vous avez présente à la mémoire la communication de .\I. l'abbé 
Brune, correspondant du ministère, à Baume-Ies-Messieurs. Il vous 
a parlé de sculptures et de peintures conservées depuis plusieurs 
siècles dans l'église de Saint-Antoine en Viennois. En l'écoutant, 
je me rappelais cette boutade d'un pamphlétaire : « Rien n'est plus 
Cl difficile à retenir que de la gloire volée : elle revient tôt ou tard à 
u son premier maître. » Antoine Le Moiturier a été longtemps 
dépouillé, mais ici même M. l'abbé Requin a plaidé en faveur de 
ce grand artiste que .Michel Colomb proclamait « souverain tailleur 
d'images» ! Et spontanément, Messieurs, vousavez ordonné la resti- 
tution loyale à Le Moiturier de ses belles œuvres sculptées à Dijon 
et à Avignon. M. Brune poursuit le procès. La façade de l'église de 
Saint-Antoine comprend une centaine de statues. Celles qui déco- 
rent Tarchivolte, dans sa partie la plus voisine de la porte, sont au 
nombre de douze. Elles représentent des prophètes. Leurs propor- 
tions sont plus grandes que celles des groupes disposés dans la 
seconde et la troisième zone de l'ensemble décoratif. Le caractère 
de ces prophètes est donc nettement écrit. Or, M. Brune n'hésite 
pas à réclamer, au nom de Le .Moiturier, toute la sculpture de la 
façade. Le sens critique approuve cette réclamation. Ce que l'on 
sait de la vie du maître autorise à penser qu'il vécut de longues 
années à Saint-Antoine. Mais ce n'est pas seulement Le Moiturier, 
c'est le peintre Robin Favier que M. Brilne a le noble désir de 
remettre en possession de son patrimoine, et je ne serais pas sur- 
pris que des pièces écrites vinssent Justifier un jour ses conclu- 
sions plausibles. 

-- Très faciunt capitulum. Le chapitre sera complet avec ce 
troisième mémoire de .M. Maxe-Uerly, membre non résidant du 
Comité à Bar-le-Duc, sur l'Art et les artistes dans le Barrois. 
Cette fois, l'auteur a voulu traiter des imagiers, des maîtres 



70 RAPPORT GÉNÉRAL. 

d'œuvres, des verrriers et des hommes de théâtre. Le cadre est 
vaste. M. Maxe-Uerly ne l'a pas restreint par lassitude ou par 
oubli. Statues, retables, objets mobiliers, effigies gravées ou 
peintes, tout l'intéresse et l'attire. Sépultures, mausolées de 
princes, de donateurs éminents, de personnages illustres, sont 
poursuivis dans les caves, les greniers, les pièces de débarras où 
personne ne songe à s'aventurer. Quel patient chercheur M. Maxe- 
Werly! Est-il moins heureux dans le domaine de l'art dramatique 
ou lorsqu'il s'occupe de verrières? ÎVe le craignez pas. Sa moisson 
est de toute richesse, de toute variété. Les glaneurs perdront leur 
temps après lui. Et à l'appui de son texte, M. Maxe-lVerly a mul- 
tiplié l'image, si bien que son mémoire a l'attrait d'un Musée. 
Suivez, Messieurs, suivez l'exemple de votre confrère du Barrois, 
et que toutes nos provinces donnent lieu à des répertoires concis, 
lumineux, dans le caractère de celui que M. Maxe-Werly a con- 
sacré à sa première patrie. 

u Certaines époques se révèlent à nous sous un aspect aimable. 
Les maîtres de ces temps faciles sont de taille moyenne, mais ils 
nous apparaissent avec un sourire éternel. Tel est le dix-huitième 
siècle avant le coup de tonnerre de 1789; tel est Charles Eisen, le 
graveur valenciennois, dont M. Albert Jacquot, correspondant du 
Comité à Nancy, vous a dit la mort humiliée. Il en faut rabattre 
de l'aisance dorée que laissent supposer les estampes d'Eisen dans 
les Contes de la Fontaine, édités en 1762 pour les Fermiers géné- 
raux. Eisen a connu le res angusta domi. C'est hors de France 
qu'il succombe, le -4 janvier 1778. Il s'éteint à Bruxelles, soli- 
taire, insolvable, chez un logeur nommé Clause , qui n'est rien 
moins qu'un fripon. Ledit Clause s'approprie clandestinement 
nombre de dessins laissés par son locataire, entre autres une com- 
position qui paraît être importante et que l'accusateur de Clause 
intitule : la Séduction. Qu'est devenue cette page? Quel châti- 
ment fut infligé au voleur? La pièce apportée ici par M. Jacquot 
est muette sur ces deux points. Qu'importe? Nous faisons un pas 
de plus vers la lumière au sujet d'un petit maître du dernier 
siècle. 

a De l'Est au Nord, il n'y a qu'un pas. Ne faisons pas attendre 



RAPPORT GEXERAL. m 

MM. Quarré-Reybourbon , Cavrois, HénauU, vos confrères du 
Nord. 



tt Je soupçonne M. Quarré-Reybourbon, correspondant du Comité 
à Lille, d'avoir éprouvé un malin plaisir à retracer ici la vie de 
Jacques \an Oost. Songez donc! \ous sommes à Paris, et Van Oost, 
né à Bruges, vers 1640, prit un jour la résolution de venir se 
perfectionner dans l'art de peindre auprès des maîtres de l'Académie 
royale. Quel projet plus louable que celui-là! Mais l'artiste fit une 
halte à Lille, et Lille le retint pendant quaranteannées. C'est à Lille 
qu'il prit femme, eut des enfants et multiplia ses tableaux. Capoue 
avait eu raison de l'énergie d'Annibal. Lille centupla les forces de 
Van Oost. Et c'est à cette tribune, en plein Paris, qu'un écrivain 
lillois raconte ces événements, Paris en est presque confus, à 
moins que Paris n'en soit heureux. Somme toute, personne n'a 
perdu à ce stage des Van Oost, le père et le fils, dans les Flandres 
françaises. Leurs œuvres y ont été en honneur. Ces deux peintres, 
descendants assagis de Rubens, habiles imitateurs de Van Dyck, 
ont bien fait de vivre dans un cadre à leur taille. Ils y ont gagné de 
la renommée, de la fortune et, ce qui est plus rare, un biographe 
attentif. 

« Les voyages sont instructifs, mais parfois ils peuvent être mor- 
tels. Que vous a raconté M. le baron Cavrois, secrétaire général de 
l'académie d'Arras? Ne vous a-t-il pas dit le péril de mort que 
courut l'émail de Vaulx-Vraucourt à la suite d'un voyage qui 
semblait devoir être inoffensil! Cet émail est vénérable. Il date de 
1581, et, depuis sa naissance, cette pièce de choix était l'ornement 
du trésor de Vaulx. Voilà qu'en 1896 la ville d'Arras ouvre une 
exposition rétrospective. On porte l'émail de Vaulx à Arras, Là, 
on l'admire, on l'étudié, on le flatte. L'exposition prend fin. Notre 
émail est transporté chez un amateur. Dans quel but? Dans la 
pensée de le rapprocher momentanément d'un certain nombre de 
pièces datant également du seizième siècle et provenant de Limoges 
comme l'émail de Vaulx. Aventure toute simple. Mais l'amateur 
décède subitement. On pose les scellés sur sa porte. On met aux 
enchères sa collection! terreur! Ce passant, ce visiteur d'uu 
jour, ce commensal accidentel est compris dans les biens de l'ama- 



72 RAPPORT GENERAL. 

leur, et c'en est fait de sa liberté! Mais le Pas-de-Calais possède 
une commission des monuments historiques à l'œil vifjilant. Elle 
eut recours au préfet, qui ne permit pas qu'un jour d'école buis- 
sonnière entraînât la mort du llàneur. L'émail de Vaulx est de 
retour au village. Félicitons M. Cavrois de nous avoir conté cette 
odyssée. L'émail de 1581 renferme de si charmants portraits de 
donateurs que sa disparition serait une perte regrettable. Il a, paraît- 
il, ses semblables au Musée de Cluny. Tous nos compliments à ce 
Musée. 

«Antoine Gilis, sculpteur et peintre, est un heureux. M. Hénault, 
correspondant du Comité à Valenciennes, vient de lui consacrer 
une élude approfondie. M. Eugène Soil avait eu le même souci à 
l'endroit de Gilis. Il est vrai que ce sculpteur a eu deux patries : 
Tournai et \ alenciennes. Il est juste qu'il ait rencontré deux 
biographes. Gilis, à Valenciennes, fut le maître de Jacques Saly, et 
il ne quitta cette ville qu'à l'âge de cinquante-cinq ans. M. Hénault 
avait donc la pins belle période de la vie de son modèle à raconter 
à l'aide de pièces inédites. Il en a fait ample moisson, et l'honnête 
sculpteur valenciennois , quelque peu redondant et tourmenté à en 
juger par un Hercule terrassant l'hydre, personnage trapu dont 
nous avons vu une reproduction entre les mains de M. Hénault, est 
désormais ressaisi dans les événements les plus circonstanciés de 
son existence. Xous n'exigerons pas qu'on lui élève un bronze dans 
la galerie des maîtres de \ alenciennes, mais sa médaille y est à sa 
place, et nous l'estimons bien frappée. 

« Le Midi réclame ! Le Midi ! Locution vague dont nous avons fait 
la dénomination d'un groupe de provinces riches, studieuses, 
promptes à l'effort, c'est-à-dire le Béarn, le Quercy, le Languedoc, 
la Provence et le Comtat. Laissons pénétrer les envoyés de ces 
belles régions. Un délégué de l'Aquitaine a pressé le pas et les 
précède. 

« Les tilres honorifiques n'ont qu'une valeur viagère. Lorsque 
l'homme qui les porte vient à disparaître, c'en est fait de l'éclat 
qu'ils ajoutaient au nom. Vous avez entendu M. Charles Braque- 
haye, membre non résidant du Comité à Bordeaux, retracer la vie 



RAPPORT GEMER AL. . 73 

d'Antoine Le Blond de Lafour, peintre de l'hôtel de ville de celte 
grande cité. Le Blond s'est qualifié académicien et peintre du roi. 
Or, les documents que nous a laissés l'ancienne Académie de pein- 
ture, s'ils ont été bien lus, ne permettent pas d'établir l'authen- 
ticité de ce double titre. Mais Le Blond est mort en 170G, et ses 
œuvres nous dispensent de nous attarder aux qualificatifs de sa 
personne. Les quatre-vingt-seize portraits de jurats qu'il peignit 
pour le compte de la ville, de 1668 à 1690, justifient le projet 
caressé par M. Marionneau et réalisé par M. Braquehaye. Le Blond 
méritait une notice. Elle est faite. Votre confrère l'a rédigée à l'aide 
de pièces d'archives à demi consumées par la flamme des incendies. 
Sachons-lui gré d'avoir fait parler les cendres. Le Blond peignit 
aussi des portraits de princes et de souverains. Il fut l'artisan des 
entrées somptueuses dans sa ville d'adoption. Il ouvrit école et 
voulut être éducateur. Son crayon ne lui suffit point. Il prit la 
plume. J'avoue que sa Lettre sur la peinture atteste plus de bonne 
volonté que de réel talent. Le Blond n'est pas écrivain. Mais s'il fut 
bon peintre, il a droit au respect. M. Braquehaye n'a malheureu- 
sement retrouvé que les portraits d'un « clerc de ville » et de sa 
femme. 11 se peut que des descendants des jurats ajoutent tôt ou 
tard à ces deux toiles quelques portraits d'ancêtres dont ils ne 
soupçonnent pas l'origine et qui soient l'œuvre de Le Blond. 

« Agrippa d'Aubigné, c'est M. Paul Lafond, correspondant du 
Comité à Pau, qui nous le rappelle, se plaignit un jour en un 
quatrain mordant que le roi de Navarre lui eût ofifert son portrait. 
Le satirique laisse deviner que la peinture offerte tenait lieu d'argent 
gagné. Si la peinture était bonne, d'Aubigné pouvait-il se plaindre? 
M. Lafond a voulu savoir quel était l'auleur du portrait. Et dès la 
première heure de son enquête, il s'est trouvé en face des Bunel. 
Ces peintres sont au nombre de trois : Jean, François et Jacob. Jean 
exerce son art à Blois en 1518. François, son fils, doit naître entre 
1515 et 1530, à Blois, sans doute. Jacob, son petit-fils, verra le 
jour à Blois en 1558. François est de bonne heure valet de chambre 
et peintre du roi de Xavarre à la petite cour de Pau. Les livres de 
comptes compulsés par M. Lafond nous montrent François Bunel 
très employé et peu payé ! L'or était rare. Plus rare encore aujour- 
d'hui est une peinture authentique de François. Toutes ses œuvres 



7* RAPPORT GENERAL. 

ont disparu ou nous échappent. Jacob, le petit-fils, est plus à portée 
de l'historien. Il a voyagé en Espagne; il s'est épris de Titien et a 
travaillé pour Philippe II. De retour en France, il collabore avec 
Dubreuil à la décoration de Fontainebleau. Il peint k lui seul une 
galerie de portraits que le feu détruira. Peintre en titre de Henri IV, 
conservateur du cabinet du roi, il a son logement au Louvre, et 
c'est lui qui donnera les premières leçons de dessin à Louis XIII 
enfant. Ses peintures ont subi le sort des ouvrages de son père, mais 
Thomas de Leu a tout au moins sauvé par son burin le portrait 
de Henri IV. Bunel a i)ien vu. Le roi de France sous son pinceau a 
le type consacré par Pourbus et Dupré. Remercions M. Lafond de 
son excellente monographie des Bunel, si riche en révélations de 
tout ordre. 

« On reproche souvent aux vieux historiens de faire graviter les 
hommes d'une époque dans l'orbite d'un seul personnage. M. Mom- 
méja, membre non résidant du Comité à Montauban, vous a prouvé 
que le reproche s'appliquerait encore avec raison aux historiens de 
notre époque. Il s'agit de la décoration de la salle des actes de la 
Faculté de théologie protestante à Montauban. Ce travail, commandé 
en 1685 par les Minorités ou religieuses de Sainte -Claire, fut 
parachevé en 1771. Or, la tradition orale veut que cette décoration 
soit l'œuvre d'Ingres père. Nous savons d'ailleurs par les études de 
M. Edouard Forestié qu'aux environs de 1771, Ingres père était 
non pas à Montauban, mais à Nice. De plus, il n'avait alors que 
dix-sept ans. Voilà pour l'achèvement du travail. Quant à la partie 
commandée en 1685, le bon sens nous dit qu'elle ne peut être 
attribuée à un contemporain de Louis XV. Au surplus, M. Mom- 
méja nomme les décorateurs de 1771. Us se sont appelés Burcq et 
Granjac. D'autre part, un écrivain local a nommé l'artiste de 1685. 
Il s'appela Dussaut. M. Momméja souhaiterait de l'identifier avec 
un Jacques du Soit de 1652, peintre et doreur; mais ce du Soit 
n'est inscrit nulle part dans les comptes des bâtiments postérieurs 
à 1664. L'artiste se dérobe. En revanche, son œuvre, d'une abon- 
dance robuste, ses panoplies, ses trophées, ses rubans, ses médaillons 
modelés et peints indiquent que nous sommes en présence d'un 
suivant de Le Brun, qui avait emporté dans un pli de sa mémoire 
des ressouvenirs de Versailles. 



RAPPORT GEXERAL. 



« Ici, Messieurs, je me récuse. M. Charles Ponsonailhe, corres- 
pondant du Comité à Béziers, vous a signalé un curieux dessin 
d'Hubert Robert, sur Thermidor. Je voudrais rendre justice à votre 
confrère, mais ma plume hésite. Je ne puis oublier que notre pré- 
sident a seul autorité pour bien parler de l'époque dans laquelle 
s'est confiné cette fois M. Ponsonailhe. Vous connaissez comme moi 
la Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution fran- 
çaise, œuvre monumentale que publie en ce moment M. Maurice 
Tourneux. Il n'est pas un sujet, pas un trait isolé, se rattachant à 
la période révolutionnaire, qui ne soit en puissance dans cette 
Somme d'un nouvel ordre. Je n'ose donc franchir le guichet de 
Saint-Lazare avec M. Ponsonailhe, tant je crains de trébucher sous 
le ferme regard de l'historien assis à ma droite. Terreur inoppor- 
tune, sans doute, car le vrai savoir est indulgent. Admirons donc 
ensemble ce singulier dessin la Délivrance des prisonniers, com- 
posé par Hubert Robert entre le 9 et le 17 thermidor an II, jour 
de sa mise en liberté. C'est une allégorie. J'aperçois une jeune 
femme qui tient une cage ouverte d'où s'échappent de petits oiseaux. 
La Faculté de médecine de Montpellier détient ce dessin. Je ne sais 
où Vigée a puisé ses renseignements. Ne parle-t-il pas d'innom- 
brables croquis dessinés par Hubert Robert dans sa prison? Vigée 
exagère, ou alors un destin mauvais s'est acharné sur les sanguines 
de l'artiste, car M. Ponsonailhe n'en a pu découvrir que quatre ou 
peut-être cinq. Le dessin de Montpellier était inédit, oublié, ignoré. 
Il a pour nous l'intérêt d'un document psychologique. Il donne la 
mesure chez son auteur d'une possession de soi toujours rare aux 
heures de crise. Mais les prisons de la Terreur comptèrent plus 
d'un artiste à l'âme assez virile pour échapper au découragement. 
C'est aux Madelonnettes, je crois, que Quatremère de Quincy 
modelait les statues de la Liberté et de l'Egalité à l'aide d'un ébau- 
choir taillé dans une planche du cachot; Loir dessinait le piédestal, 
Rebourg et Guilbert l'exécutaient en carton avec le tranchet d'un 
cordonnier, et LaChabeaussière, pour tracer les inscriptions du socle, 
usait d'un cure-dent. Au surplus, M. Tourneux vous eût dit cela 
mieux que moi, car c'est à lui que j'emprunte l'anecdote. 

« M. Pierre Parrocel, correspondant du Comité à Marseille, a 
eu l'heureuse pensée de retracer ici l'histoire de la Porte d'Aix. 



16 RAPPORT GÉNÉRAL. 

C'est le nom populaire de l'arc de triomphe de Marseille. On vous 
l'a dit. Ce monument (|ue Puget avait rêvé fut décrété en 1784, et 
les sculptures qui le décorent portent la date de 1839. En écou- 
tant M, Parrocel, nous ne pouvions nous défendre de songer aux 
vicissitudes qui ont marqué l'exécution laborieuse, sans cesse tra- 
versée, de l'arc de l'Étoile et de l'arc du Carrousel à Paris. Mêmes 
obstacles, mêmes exigences. Penchaud fut l'architecte de la Porte 
d'Aix; Ramey fils et David d'Angers en ont été les décorateurs. Le 
gros œuvre est d'un praticien consciencieux, habile, Pierre Blu, 
dont votre rapporteur est particulièrement heureux de rappeler le 
nom. Les édiles de USA espéraient édifier un monument à la gloire 
de Louis XVI. Ceux de 1823 eurent la pensée d'honorer le duc 
d'Angoulême. La révolution de Juillet fit rejeter les esquisses de 
David et de Ramey, qui reçurent l'ordre de composer de nouveaux 
emblèmes à l'honneur de l'armée française. Rendons hommage 
aux deux statuaires, car leur tâche importante fut vraiment désin- 
téressée. Je n'ose inscrire ici los sommes dérisoires qui leur furent 
allouées. Et cependant, Messieurs, n'est-ce pas le statuaire qui pré- 
cise la pensée maîtresse d'un monument triomphal? Supprimez les 
reliefs éloquents de l'arc de Constantin, il ne restera plus qu'une 
maçonnerie. Si donc nous sommes jamais appelés à donner notre 
avis sur un monument similaire de la Porte d'Aix, prenons tous 
l'engagement de songer tout d'abord à sa parure, à l'éclat, à l'opu- 
lence du manteau de marbre que des maîtres bien doués seront 
chargés de jeter sur l'ossature de pierre. 

« L'histoire ensoleillée du Musée de Marseille, tracée par 
M. Bouillon-Landais, correspondant du Comité, est une page qui re- 
pose l'esprit. Sans doute le nuage traverse çà et là le ciel du tableau. 
Où donc l'azur est-il éternel? Mais votre confrère nous fait assister 
aux débuts modestes d'une collection provinciale, à ses développe- 
ments et enfin à son installation princière dans le palais de Long- 
champ. Cette progression est attachante, et il semble que la grande 
cité ait pour un jour fait silence autour des belles œuvres, peintures 
de valeur, marbres ou bronzes de Lequesne, deBarye et de Cavelier 
qu'elle portait joyeuse dans l'édifice construit par l'architecte de haut 
mérite Espérandieu. Ce sont là. Messieurs, des souvenirs d'hon- 
neur, et M. Bouillon-Landais, qui aurait eu le droit de dire, en par- 



RAPPORT G Ë\'ER AL. 77 

lant (le ces événemenls oubliés : quorum pars magna fui, laisse à 
peine soupçonner le rôle dont il s'acquitta en conservateur vigi- 
lant et actif. Soyons plus équitables; les conservateurs de Musée 
sont des trésoriers, et quiconque fait fructiGer un trésor au profit de 
tous a quelque droit à la reconnaissance publique. 

« Puget à Aix, tel est le titre d'une brève étude de M. Numa 
Coste, correspondant du Comité à Aix. C'est le peintre qui, cbez 
Puget, a tenté la plume de vofre confrère. Il vous a dit la genèse 
de deux toiles que l'historien de Haitze, en 1679, semble con- 
fondre dans un même éloge, alors que M. Coste, avec plus de 
critique, nous avertit de l'inégale valeur des deux peintures. 
V Annonciation est connue. Lagrange l'a décrite, mais il n'a pas 
dit que ce tableau renfermât les armoiries de la famille Meyronnet 
de Saint-Marc, ce que constate M. Coste. Lagrange a également 
regretté de n'avoir pu découvrir une pièce quelconque établissant 
la date d'exécution de cette peinture; or, l'écrivain qui m'occupe 
vous a lu le prix fait de treize tableaux confiés à Puget par les 
Jésuites d'Aix, et V Annonciation fut la première, peut-être la 
seule, des peintures exécutées par le maître à la suite de l'accord 
conclu, le 2 janvier 1658, entre lui et les Jésuites. La découverte 
de M. Coste a son mérite. Elle fixe une date. Elle nous révèle en 
outre que l'homme qui, de son propre aveu, se plaisait aux grands 
ouvrages, ne se sentait pas troublé par la commande de treize 
peintures! Il est vrai que la commande resta lettre morte. V An- 
nonciation paraît être de la main de Puget. La Visitationj^\Q\x\e 
de ressouvenirs de Véronèse, ne doit pas être l'œuvre personnelle 
du peintre auquel on doit le Salvator mundi. M. Coste vous a dit 
les difficultés survenues entre les Jésuites et Puget. C'est une page 
inédite, curieuse, qui s'ajoute aux pages douloureuses de la vie du 
grand homme. Théophile Gautier a dit un jour : ci Les contem- 
« porains pardonnent volontiers au talent stérile; par contre, la 
« fécondité du génie ne séduit l'humanité qu'avec le recul des 
tt siècles. '^ Je propose aux futurs historiens de Puget d'adopter cette 
sentence pour épigraphe. 

« Un autographe sur la marge d'un dessin! M. Ginoux, membre 
non résidant du Comité à Toulon, s'est attaché à la personne de 



78 RAPPOHT GENERAL. 

Jacques Rigaud, dessinateur et graveur marseillais. On le disait 
Parisien. On le faisait naître en 1700. On le prénommait Jean- 
Baptiste. Autant d'erreurs. Jean-Baptiste est le neveu de Jacques, 
et à diverses reprises l'un et l'autre ont collaboré aux Vues de 
châteaux et de maisons royales^ éditées par Jacques Rigaud. Les 
archives de Marseille n'ont pas encore livré l'acte de naissance de 
Jacques Rigaud, mais qu'avons-nous besoin de ce document? Vous 
vous souvenez de l'attaque infructueuse du prince Eugène et du 
comte de Savoie contre la ville de Toulon en 1707. Jacques 
Rigaud était là. Il fut témoin du bombardement. Vite des crayons 
et de l'encre de Chine. Voici la scène reproduite en un dessin 
superbe mesurant plus d'un mètre de largeur. Rigaud fera présent 
de son dessin à Lamoignon de Bàville, intendant du roi en Lan- 
guedoc. C'est un personnage puissant. L'occasion paraît bonne 
pour solliciter sa protection. Aussi, dans sa dédicace, notre artiste 
exprime-t-il le désir d'entrer dans le bureau des fortifications de 
la cour. Et comme corollaire de sa requête, il se dit de Marseille, 
âgé de vingt-six ans. Quelles pièces d'archives vaudraient ce témoi- 
gnage relevé par M. Ginoux sur le magnifique dessin de Jacques 
Rigaud que conserve le Musée de Toulon? 

«M. Labande, correspondant du Comité à Avignon, entre ici 
pour la première fois. Ouvrons-lui nos rangs. Mais c'est à tort 
que, sur la foi d'une annonce, nous avions pensé qu'il se présen- 
terait accompagné d'un simple enlumineur. Il n'en est rien. A la 
vérité, Guyot Baletet, miniaturiste avignonnais du quinzième siècle, 
est à la droite de M. Labande. Il tient sous le bras le Livre d'heures 
qu'il acheva d'orner de ses exquises compositions sur vélin le 
28 avril 1488, mais j'aperçois derrière lui tout un groupe d'ar- 
tistes enlumineurs, ses contemporains. Ce sont Nicolas Prevot, 
Colin de Toysie, Guillaume Gastel, Georges Trubert, Antoine et 
Etienne Bolety, Olivier Bon-Ami, que sais-je encore? Ces vieux 
maîtres, dont M. Requin vous avait en 1889 signalé l'existence, 
n'ont pas voulu que vous puissiez douter du mérite de leur con- 
frère Guyot Baletet. Ils le couvrent de leur propre renom. Et tous 
ces artisans de petits chefs-d'œuvre vous demandent de contre- 
signer pour les siècles futurs les lettres patentes de l'École de 
miniature avignonnaise. Nous chargerons M. Labande d'un décret 



RAPPORT GÉNÉRAL. 79 

bien en rt^glc, lil)ellc par votre Comité, donnant satisfaction aux 
maîtres du Comiat. 



«M. ra])I)é Requin, membre non résidant du Comité à Avignon, 
a reconstitué la biographie d'un sculpteur maçonnais du seizième 
siècle, Imbert Boaclion. C'est un maître de fière allure. Deux 
œuvres de cet artiste subsistent encore à Avignon. M. Requin en a 
dit la valeur et aussi les mutilations. Le retable de la chapelle des 
Parpaille à l'église Saint-Pierre est un morceau à la fois puissant 
et délicat. Le ciseau de Boachon est d'une souplesse remarquable. 
Pourquoi ce retable est-il déshonoré par trois figures de fabrique 
industrielle récemment placées entre des pilastres dont le décor, 
d'un style excellent, rappelle les fines arabesques de Jean d'Udine? 
Des verrues de cette importance sur un visage où tout est lumière 
sont une profanation. L'autel et le retable de la chapelle des Doni 
à l'église de Saint-Agricol ont également souffert, mais combien 
précieux sont les restes inaltérés de ces pages maîtresses! Et ce 
qui ajoute au prix de pareils ouvrages, ce sont les détails doulou- 
reux que nous donne M. Requin sur les contestations, les procès 
dont souffrit Boachon avant d'obtenir payement. Vous vous rap- 
pelez le mot de M. Poirier, dans la comédie d'Augier : « Comment, 
« s'écrie Gaston de Presles, trouveriez-vous mauvais qu'on protège 
tt les arts? 5) Et M. Poirier lui répond : « Qu'on protège les arts, bien! 
« mais les artistes, non... « IlL Poirier doit être de vieille souche. 
Les Doni d'Avignon, au seizième siècle, pensaient comme lui. 

'i J'ai fini, Messieurs. Mon interminable discours a lassé votre 
patience. Je m'en excuse, mais vous êtes responsables dans une 
large mesure de l'étendue de ce rapport. Deux fois seulement 
depuis vingt-deux ans votre Comité avait inscrit, comme il l'a fait 
cette année, cinquante mémoires à l'ordre du jour d'une même 
session. Sans doute votre nombre qui va grandissant nous donne 
le secret de cette fertilité qui est votre honneur. Mais je soupçonne 
une autre cause à cette éclosion soudaine d'excellentes études en 
la présente année 1898. Vous êtes des érudits, Messieurs, mais 
vous êtes avant tout des patriotes. A ce double titre, vous avez eu 
présentes à la pensée les grandes journées de Thermidor an VI, 
dont un siècle révolu nous invile à fêter le centenaire. N'est-ce 



80 RAPPORT GENERAL. 

pas le iheimidor de l'année magique dont j'évoque le souvenir 
que Ton vit se déployer depuis le Muséum d'histoire naturelle 
jusqu'au Champ de Mars un cortège de dieux? Raphaël, Zampieri, 
Titien, Véronèse, Corrêge avaient déserté leur patrie natale, et 
Paris acclamait au nom de la France ces maîtres de toute majesté 
et de toute séduction. Le Laocoon, le Gladiateur, V Antinous, 
Mclponiène et cent autres chefs-d'œuvre dominaient les vingt-sept 
chars pliant sous le faix des dépouilles opimes dont notre pays se 
sentait redevable aux vainqueurs d'Arcole et de Rivoli. In million 
d'hommes étaient debout. Les acclamations de la France, repré- 
sentée par l'élite de ses penseurs, se mêlaient aux salves des 
canons. Et lorsque les chars furent disposés en hémicycle sur le 
Champ de Mars, dans l'enceinte radieuse circonscrite par ces 
trésors, les dépositaires du pouvoir reçurent la charte des con- 
quêtes. L'état volumineux des peintures, des marbres, des ivoires, 
des vélins, des médailles, des camées apportés d'Italie fit trembler 
d'émotion les mains qui le recevaient. Un hymne patriotique écrit 
par Lesueur sur des vers de Lebrun-Pindare releva la pompe de 
cette solennité. Puis le chant des siècles, le Carmen sœculare 
d'Horace, dont Philidor avait jadis noté les stances, fut entonné 
par un peuple ivre de joie. 

« Événements prestigieux, heures magnifiques dans la vie d'une 
nation! 

Il Mais, on l'a dit, l'histoire est un perpétuel recommencement. 
C'est pourquoi, Messieurs, depuis vingt-deux ans vous donnez à la 
France le spectacle d'une marche triomphale de peintures anciennes, 
de marbres oubliés, de tapisseries et de tentures habilement tissées, 
de miniatures, de plans d'églises ou de châteaux, de documents 
véridiques et précieux sur les maîtres de l'École française. Depuis 
vingt-deux ans, vous ne vous lassez pas de reprendre le chemin 
de la capitale, contribuables volontaires de la Provence, duComtat, 
du Languedoc, de l'Aquitaine, de la Bretagne, de l'Artois, des 
Flandres, de la Normandie, de la Franche-Comté, de la Picardie, 
de l'Ile-de-France, de l'Orléanais et de la Touraine! Avais-je tort. 
Messieurs, de parler à l'instant de la force de persuasion de votre 
Comité, sensible aux points les plus extrêmes du territoire? La 



1 



SEAMCK GEIVERALE. 81 

France laborieuse n'cst-elle pas magnifiquement représentée par 
TOUS tous, qui que vous soyez, archivistes, amateurs, hommes d'en- 
seignement, artistes ou magistrats? L'ancienne France ne lut 
témoin qu'une fois, en Thermidor an \I, d'une marche triomphale 
de chefs-d'œuvre. La France de nos jours assiste depuis vingt- 
deux ans au tribut incessant des provinces. Et si nous constatons le 
succès particulier de la session présente, c'est, n'en doutons pas, 
qu'il vous a plu de célébrer avec éclat le centenaire des trophées 
de l'an IL Je l'accorde, les vingt-sept chars de Thermidor auraient 
été superflus pour transporter le fruit de vos conquêtes; sans doute 
vous n'avez pas vu sur votre passage, aux approches de cette salle, 
un million d'hommes debout et attentifs. Mais un ministre d'hier, 
des érudits, des critiques, des maîtres vous attendaient ici , et ils ont 
applaudi à vos découvertes. Les trésors d'art dont vos mains sont 
remplies, pour être moins célèbres peut-être que les pages d'un 
Raphaël ou d'un Corrège, sont, en revanche, des œuvres françaises 
qui n'ont pas à craindre un 1815. N'est-ce rien, Messieurs, je le 
demande, que de bien connaître ses ancêtres? Les Conrade, Aba- 
quesne, Boachon, Baletet, les Bunel, Claude Lulier, I^e Moiturier, 
Claude Content, Nicolas Jacques, Eisen, Mansart, Bouchardon, 
Puget, Le Moyne, sont pour nous des ancêtres, et nous ne nous 
lasserons pas d'apprendre sur leur compte. Voilà pourquoi vos 
études, les pièces d'archives, les critiques apportées par vous à 
cette tribune ont tant de prix à nos yeux. Aussi quand je rap- 
pelais tout à l'heure les cinquante mémoires que vous avez lus 
depuis quatre jours en ce glorieux centenaire de l'an VI, cet 
ensemble de bons travaux m'apparaissait comme une sorte de 
Carmen sœculare^ plus durable, plus utile, mieux approprié aux 
intérêts élevés de notre grande nation et non moins harmonieux 
que ne le fut, il y a cent ans, l'hymne oublié de Philidor. n 



Séance générale du samedi 16 avril. 

PRÉSIDENCE DE M. A. RAMBAUD. 

Le samedi 16 avril a eu lieu, dans le grand amphithéâtre de la 
nouvelle Sorbonne, sous la présidence de M. Alfred Rambaud, 

6 



82 SEAMCE GENERALE. 

ministre de rinstruction |)ul)Iiqiie et des lîeaux-Arts, l'assemblée 
générale qui clùl chaque année le Congrès des Sociétés savantes de 
Paris et des départements, et des Sociétés des Beaux-Arts des 
départements. 

Le ministre est arrivé à deux heures, accompagné de M. L. Liard, 
membre de l'Institut, directeur de l'Enseignement supérieur, con- 
seiller d'Ktat ; de M. A. Sacquix', chef du cabinet, et de M. Leydier, 
chef du secrétariat particulier. 

Il a été reçu par iUM. les doyens de la Faculté des lettres et delà 
Faculté des sciences, M. de Saimt-Arroman, chef du bureau des 
travaux historiques et des Sociétés savantes ; par les hauts fonc- 
tionnaires de l'Université, M. le secrétaire de l'académie de Paris 
et par MM. les membres du Comité des travaux historiques et scien- 
tifiques. 

M. Alfred Rambaud a pris place sur l'estrade, ayant à sa droite 
MM. Alexandre Bertramd, de l'Institut, président de la section 
d'archéologie du Comité, président du Congrès ; Ch. Tranchant, 
vice-président de la section des sciences économiques et sociales ; 
Xavier Charmes, de l'Institut, directeur honoraire au ministère de 
l'Instruction publique ; Léon Vaillant, secrétaire de la section des 
sciences ; G. Servois, directeur des Archives nationales, membre 
du Comité; — à sa gauche : MiM. L. LlARD, de l'Institut, directeur 
de l'Enseignement supérieur, conseiller d'Etat; Levasseur, de l'In- 
stitut, présidentde la section des sciences économiques et sociales; 
Bouquet de la Grye, de l'Institut, président de la section de géo- 
graphie historique et descriptive ; Milne-Edwards, de l'Institut, 
vice-président de la section des sciences ; Darboux, de l'Institut^ 
membre du Comité; Janssen, de l'Institut, directeur de l'observa- 
toire de iMeudon, membre honoraire du Comité. 

MM. Sacquin et Leydier, chef du cabinet et chef du secrétariat 
particulier; de Saint-Arroman, chef du bureau des travaux histori- 
ques ; le docteur Hamy, Himly, Glasson, Grandidier, E. Babelon, 
JuGLAR, de l'Institut; F. Buisson, Bienaymé, Octave Noël, Maunoir, 
Henri Cordier, Gabriel Marcel, prince Roland Bonaparte, DavannEj 
Henri Omont, Jules Guiffrey, Houdas, E. Lefèvre-Pontalis, mem- 
bres du Comité; Barbier de Meynard, de l'Institut, administrateur 
de l'École spéciale des langues orientales vivantes ; Bergeron, se- 
crétaire perpétuel de l'Académie de médecine ; E.-A. Martel, 



_n 



DISCOURS DE M. LE M IXIST RE 83 

Louis RoussELET, Deligmières, Georges Harmaxd, E. Trutat, Lêou 
Salefra\que, le docteur V. Ledé, Fraxche, sous-chef du bureau 
(les travaux historiques et des Sociétés savantes, etc., etc., ont éga- 
lement pris place sur l'estrade. 

Aux premiers rangs de riiémicycle on remarquait MM. Fri.v- 
G\ET,NiE\VE\'GLO\vsKi, Adrien Dupuy, Hémox', Jules Gautier, Lavié- 
viLLE, Pestelard, inspecteurs d'académie ; Bertagne, Fourteau, 
Staub, Cuvillier, Voism, Jalette, Morlet, proviseurs et censeurs 
des lycées de Paris ; Braquehaye, l'abbé David, Le Sergent de 
Moxnecove, R. de La Grasserie, Léon Maxe-Werly, comte de 
Marsy, de Malarce, Justin Dupoxt, le docteur Barthès, Ludovic 
Drapeyron, Jules Gauthier, Alexandre Boutroue, Toussaint Loua, 
Léon de Vesly, docteur Rouire, M. et M-"' Erivest Chantre, 
Aug. Chauvigné, Duraxd-Lapie, Gauthigt, Gaston Le Breton, 
Quarré-Reybcurbox, Gabriel Ventenat, Georges Blondel, Camoix 
de Venge, Emile Belloc, Henri Escoffier, Charlier-Tablr, 
Guesnon, Eugène Chatel, de Beaumont, Albert Jacquot, Maurice 
HÉNAULT, etc., etc. 

La musique du 24' régiment d'infanterie prêtait son concours 
à cette cérémonie. 

M. le ministre a ouvert la séance et donné la parole à M. Darlu, 
membre du Comité des travaux historiques et scientifiques, qui a lu 
le discours d'usage. 

M. le ministre a pris ensuite la parole en ces termes : 

tt Messieurs, 

« Depuis le jour où M. Guizot organisait l'union des Sociétés 
savantes, en lui donnant pour charte la liberté, l'institution n'a 
cessé de prendre de nouveaux développements et, tout le monde 
en convient, de se perfectionner. 

it A travers ces modifications, ont persisté deux organismes, 
dont chaque jour met en lumière plus vive l'utilité et la nécessité. 

Il D'une part, le Comité des travaux historiques, devenu le 
Comité des travaux historiques et scientifiques, et dont le rôle con- 
siste, comme l'a voulu M. Guizot, à transmettre aux Sociétés 
savantes, a d'un centre commun, les moyens de travail et de succès 
u qui ne sauraient leur venir d'ailleurs et recueillir à ce même' 



84 DISCOURS DE M. LE MINISTRE. 

« centre les fruits de leur activité pour les répandre dans une 
« sphère plus élevée » . 

« D'autre part, le Congrès des Sociétés savantes, qui se réunit 
annuellement à Paris et où vous venez, avec la pleine liberté qu'a 
voulu vous assurer votre fondateur, mettre en commun et livrer à 
la plus large publicité les résultats de vos recherches et de vos tra- 
vaux . 

« Votre congrès a subi d'importantes modifications, car toutes 
les sciences sont venues tour à tour y revendiquer et y occuper leur 
place légitime. Aux deux sections qu'avait seules prévues M. Guizot, 
celle d'histoire et philologie et celle d'archéologie, se sont ajoutées 
celle des sciences, puis celle des sciences économiques et sociales, 
puis celle de géographie historique et descriptive. La section des 
sciences a dû elle-même se subdiviser en sous-sections qui tendent 
à devenir plus nombreuses. 

« N'oublions pas que, parallèlement à vos travaux, se poursui- 
vent ceux des Sociétés de^ Beaux-Arts, réunies dans la splendide 
salle de l'Hémicycle, où le pinceau de Delaroche a convié les artistes 
du passé à entourer les trônes réservés aux trois grands génies 
artistiques de l'ancienne Hellade. 

(t Nous nous croyons en mesure. Messieurs, quelque ampleur 
que doivent prendre dans l'avenir, par le progrès même des sciences, 
vos futures assises, de les suivre dans tous les développements que 
vous jugerez à propos de leur donner. Il n'est pas à craindre que 
Paris puisse jamais faillir à ses devoirs d'hospitalité envers les 
représentants provinciaux de la science et de l'art français. 

« Ce n'est donc aucune inquiétude de ce genre qui m'a porté à 
étudier le projet tendant à faire alterner entre Paris et quelques 
villes des départements l'honneur de recevoir le Congrès des Sociétés 
savantes. 

« Ce projet, soumis d'abord à l'examen du Comité, y a ren- 
contré une approbation unanime. 

tt II est donc entendu que votre prochain Congrès se tiendra dans 
une ville de province; le suivant, celui de 1900, viendra néces- 
sairement contribuer à l'éclat dont rayonnera la métropole de la 
France ; et ainsi se poursuivra l'alternance. 

« Les avantages de la réforme sont évidents. Celles de vos ses- 
sions qui auront pour théâtre une de nos villes de province, — et 



DISC ou us DE M L K \I1\ISTKE. 85 

non pas seulement une très grande ville, non pas seulement uiip 
ville (l'Université, mais toute ville qui, parmi les compétitions (|u'il 
est bien permis de prévoir, aura fixé votre choix, — tron\oiont 
dans l'originalité même du milieu provincial un renouveau de vita- 
lité et de fécondité. 

tt Tel centre vous offrira l'attrait d'incomparables merveilles 
arcbéologi(|ues et préhistori(|ues; tel autre, celui d'une région infi- 
niment intéressante au point de vue géologique, comme le sont, par 
exemple, la Bretagne avec ses granits battus de l'Océan, l'Auvergne 
avec ses volcans éteints, le Languedoc avec ses causses pleines de 
surprises; ici vous serez sollicités par des institutions degrand inté- 
rêt économique ou social; là, dans un de nos grands ports, vous 
serez comme baignés d'effluves marins, vous sentirez tout proche 
les mondes que vous croyiez lointains, et tout prés de votre cœur 
les Frances d'outre-mer. Quelque jour, peut-être, vous serez 
tentés de passer la Méditerranée et d'aller installer vos assises dans 
cette Algérie où les Roumis ont retrouvé la trace des Romains, ou 
bien au pied de la colline où se dressa Carthage. Partout vous 
rencontrerez un accueil empressé, les mêmes souhaits de bienvenue 
dans les accents dont la variété même fait le charme de notre lan- 
gue; partout votre présence suffira à faire sortir de l'ombre des 
trésors d'art et de science, suscitera des collaborations inattendues, 
affranchira des bonnes volontés qu'enchaînait peut-être trop de 
modestie; et le réveil de vie que vous aurez provoqué sur votre 
passage profitera peut-être à l'éclat de vos futures sessions pari- 
siennes. 

«Et ne serait-ce pas déjà un grand avantage que d'avoir mieux 
fait connaîtie la province aux savants de Paris, et aux provinciaux 
mêmes les provinces que, sans une telle occasion, ils n'auraient 
jamais visitées? Peut-être avons-nous le tort de vivre un peu trop 
chacun chez soi ; si le provincial affectionne son coin de pays, pour 
beaucoup de Parisiens, Paris n'est qu'un coin dont ils ne sortent 
pas volontiers. Le Congrès les en fera sortir, les promènera au 
\ord et au Sud, à l'Ouest et à l'Est, leur révélera la variété infinie 
et l'originalité de ces provinces françaises qui se souvieiment d'avoir 
été autrefois des nations, avec leurs lois, leurs parlements, leur 
église, leur dialecte, leurs costumes, leur art, leur littérature, tout 
au moins learfolk-lore. C'est de la forte originalité de ces petites 



86 DISCOUUSDEM.LEMIIVISTRE. 

patries que sont faits le charme et la puissance de la grande patrie. 
Miclielet a déjà montré comment de tous ces esprits locaux s'est 
formé l'esprit national. La France, si diverse de races, est avant 
tout une harmonie. 

« Revenons aux travaux que vous avez accomplis cette semaine. 
Toutes vos sections ont rivalisé de féconde activité. 

« La réunion des Sociétés des Beaux-Arts vous a vus, suivant 
l'heureuse expression de M. Alillaud, sénateur, un de vos présidents, 
« diriger vos investigations vers toute œuvre qui s'éclaire d'un 
« rayon d'art et de génie n . 

« La section d'histoire a mis au jour de précieux documents, 
précisé d'importants points de détail, sur lesquels pourront se 
fonder en toute sécurité les travaux d'ensemble, les hardies et 
larges généralisations comme celles dont i\L Darlu nous a offert, 
au début de son discours, un éloquent exemple. 

« J'ai vu avec grand plaisir que votre section d'histoire n'a pas 
négligé la période révolutionnaire : beaucoup de lectures ont eu 
pour objet de nous faire comprendre comment fonctionnèrent dans 
tel département les assemblées locales créées par la Révolution; 
comment, au plus fort de la tourmente, nombre de localités trou- 
vèrent moyen de vivre en plein repos; elle président de la séance, 
un historien d'une compétence incomparable, M. Aulard, a eu soin 
de faire ressortir combien " l'histoire de ces communes, dont la vie 
« fut normale, a un intérêt considérable pour l'histoire générale de 
« la Révolution « . 

tt La section d'archéologie, par delà les monuments des âges 
historiques, nous a fait remonter aux origines de l'industrie du 
fer, au développement déjà si riche de la primitive céramique, à 
la première lueur d'une pensée artistique chez des hommes qui se 
terraient dans les cavernes. 

tt La section des sciences économiques et sociales a rendu de 
sérieux services à la politique et à l'humanité en étudiant les 
moyens d'enrayer la dépopulation des campagnes, les divers 
aspects du fermage et du métayage, la question des habitations à 
bon marché, la statistique et les causes de la criminalité, les 
œuvres de mutualité et de prévoyance, la procédure criminelle et 
correctionnelle, le régime fiscal des valeurs mobilières, la condi- 
tion de l'étranger en France, la réforme successorale en Allemagne, 



DISCOURS DE M. LE MI MSTRE. 87 

et mon attention a été particulièrement attirée par la nouveauté et 
la précision îles procédés de critique appliqués à l'œuvre de Jean- 
Jacques Rousseau. 

- La section de géographie a soulevé d'intéressants problèmes, 
comme ceux qui concernent les courants de l'Océan, les îles 
Cliaussey, les antiques forêts disparues, les pêcheries lointaines, 
les colonies françaises. 

(i Les sous-sections scientifiques ont apporté de précieuses con- 
tributions à l'élude des maladies épidémiques, des maladies para- 
sitaires, comme à toutes les branches des s.ciences naturelles. 

» Peut-être, parmi ces sous-sections, le principal honneur des 
dernières journées revient-il à celle de photographie. Ceux d'entre 
vous qui ont assisté à ses travaux sont encore sous la vive impres- 
sion des révélations de AL le lieutenant-colonel Aloëssard sur les 
services que rend la photographie aux sciences astronomiques, et 
de MAL Lumière sur les procédés qui leur ont permis de réaliser 
la photographie en couleurs et d'annoncer une révolution totale 
dans la librairie illustrée. 

« Je m'arrête, car je vois que je me laisse entraîner à citer des 
noms, et je m'étais imposé de n'en citer aucun, pas même les 
noms de ceux dont les travaux ont le plus contribué à l'éclat de 
cette session. Pourtant, j'en citerai encore quatre, mais parce que 
c'est vous-mêmes. Messieurs, qui, par les présentations arrêtées 
dans les sections du Comité, les avez désignés à l'attention du Gou- 
vernement. 

tt Comme l'année dernière, et pour les mêmes raisons, c'est-à- 
dire parce que le contingent attribué à mon département pour les 
nominations dans la Légion d'honneur est épuisé depuis le mois de 
janvier, je ne puis aujourd'hui que proclamer ces noms, mais j'ai 
l'assurance que le ministre de Tlnstruction publique, quel que soit 
l'homme qui, en juillet prochain, détiendra ce portefeuille, rati- 
fiera ma promesse. 

« Vous applaudirez, Alessieurs, dès aujourd'hui, j'en suis certain, 
à la présentation qui sera faite alors à AL le Président de la Répu- 
blique, pour le grade de chevalier de la Légion d'Iionneur, de : 

« M. Edouard-Alfred Alartel, membre de la Société de géogra- 
phie de Paris, de la Société de spéléologie, de nombreuses Sociétés 
savantes en France et à l'étranger, le hardi explorateur des cavernes 



88 DISCOURS DE M. LE MINISTRE. 

qui, de colles «les îles Britanniques, de la Dalmatie, du Monté- 
négro, de la Grèce, a transporté son activité et son audace à celles 
de rAveyron, do la Lozère, des Alpes; qui de ce monde souter- 
rain a rapporté tant de notions précieuses sur le régime et la com- 
position des eaux, la faune des abîmes, l'humanité préhistorique, 
et qui hier encore vous tenait sous le charme de sa parole si 
éloquente et si précise; 

« M. Louis Rousselet, membre de la Société de géographie et de 
plusieurs autres Sociétés savantes, le voyageur qui voulut revivre 
sur place Tiiisloire des Dupleix et des Bussy, et qui nous a donné 
Vlnde des rajahs, le continuateur de Vivien de Saint-Martin dans 
la publication du Dictionnaire de géographie universelle, l'auteur 
enfin de tant de publications agréables ou utiles à la jeunesse 
française ; 

« AL Ernest Petit, président de la Société des sciences histo- 
riques et naturelles de l'Yonne, membre non résidant de votre 
Comité, lauréat de l'Institut, et à qui nous devons tant de travaux 
éminents sur l'histoire de la Bourgogne; 

« Enfin, M, Emile Delignières, président delà Société d'émula- 
tion d'Abbeville, proposé au ministre par le Comité des Sociétés des 
Beaux-Arts, pour ses savantes publications sur les artistes et les 
monuments artistiques de la région du Nord. 

Messieurs, de cette enceinte où vous êtes aujourd'hui rassem- 
blés, qu'il me soit permis de reporter ma pensée vers d'autres 
laborieux, d'autres vaillants, d'autres savants, qui s'honorent 
d'être vos collaborateurs dans la recherche ardente de la vérité 
scientifique et dans le dévouement passionné à la grandeur fran- 
çaise. Ils travaillent loin, parfois très loin de vous, et plusieurs, en 
ce moment peut-être, endurent la fatigue, les privations, et courent 
péril de la vie. 

« Je voudrais vous rappeler, en quelques mots, les missions 
accomplies dans le courant de cette année ou que sont en train 
d'accomplir ces courageux Français. Ce sera pour leurs efforts une 
première récompense que la proclamation de leurs noms devant 
les représentants des Sociétés savantes de la France entière. 

V. Parmi les nombreuses missions qui ont sillonné l'Afrique 
inconnue, je parlerai seulement de celles qui ont fonctionné sous 
les auspices du ministère de l'Instruction publique. Celle de M. le 



DISCOURS DE M. LE M I. VIST RE. 80 

capitaine Cazemajoii opère en ce moment dans le Sokoto et ses 
environs, et je n'en ai pas encore de nouvelles certaines. En 
revanche, j'ai sous les yeux les documents relatifs au voyage 
accompli, avec une bravoure, une endurance, une précision dans 
la recherche scientifique tout à fait remarquable, par M. Edouard 
Foa. Coupant sur plusieurs points les itinéraires de Livingstone et 
de plusieurs autres de ses devanciers, il a abordé l'Afrique par 
l'embouchure du Zambèze, remonté le Chiré, exploré à fond les lacs 
IVyassa et Tanganyika, ainsi que leurs abords, et regagné l'Atlan- 
lanlique en suivant le cours du Congo, ayant parcouru 10,000 kilo- 
mètres dont 6,000 entièrement à pied, rapportant des observations 
astronomiques, hygrométriques et météorologiques qui rendent 
définitifs pour la science les résultats de son exploration, et enfin 
enrichissant nos Musées de collections infiniment précieuses. 

"Dans l'Afrique du Nord, il convient de signaler la continua- 
tion des fouilles du P. Delattre sur le sol de Carthage, et l'établis- 
sement d'une carte très développée de la vieille métropole punique. 
Je dois ici remercier MM. les ministres de la Guerre et de la Marine, 
qui n'ont rien négligé pour aider les savants patronnés par le 
ministre de l'Instruction publique et par l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres. 

« A Madagascar, M. Guillaume Grandidier, marchant sur les 
traces et désireux d'accroître l'héritage scientifique de son illustre 
père, reprend l'exploration de la grande île et compte préciser ses 
recherches par des fouilles dans les gisements de fossiles. 

" En Egypte, près d'Abydos, M. Amelineau, s'attaquant à de 
véritables collines formées par les débris de poteries antiques, y a 
relevé des fragments de dessins ou d'inscriptions qui permettent 
de déterminer ce qu'était la civilisaiion égyptienne sept ou huit 
mille ans avant notre ère. 

a Je viens de recevoir des dépêches m'annonçant que M. Loret 
a, dans les ruines de Thèbes, retrouvé les tombeaux de deux des 
plus illustres pharaons : Aniénophis II et Thoutmès III. C'est sur 
les traces glorieuses de Mariette, de Maspéro et de Jacques de 
Morgan que marche le nouveau « directeur des antiquités égyp- 
tiennes » . 

a En effet, M. Loret a succédé en cette qualité à M. de Morgan 
qui, ainsi que vous le savez, va entreprendre de nouvelles fouilles 



90 niSCOL'HS DE M. LE MIMISTRE. 

en Perse, grâce au crédit de plus de 500,000 francs que j'ai obtenu 
du Parlement, et grâce à un traité fort avantageux conclu avec le 
shah et qui laisse à la France la propriété, par moitié, des objets à 
découvrir. 

« Les dernières lettres que j'aie de M. de Morgan m'annoncent 
seulement la marche de 900 kilomètres qu'il vient d'accomplir de 
Téhéran à Suze, constamment harcelé par des tribus pillardes, 
rebelles au roi de Perse, et contre lesquelles notre archéologue a 
dû se retrancher toutes les nuits, en faisant le guet, son fusil à la 
main. Nullement découragé par les fatigues, les privations et les 
dangers, il m'informe que je puis compter — et croyez bien que 
je n'en ai jamais douté — « sur sa prudence et son énergie » . 

« Un autre de nos missionnaires, M. Sylvain Lévi, professeur au 
Collège de France, explore en ce moment l'Inde et les confins de 
l'Inde. A Bénarès, la ville sainte des Hindous, il a conversé en sans- 
crit avec les brahmanes qui, abdiquant tout fanatisme, l'ont traité 
comme un des leurs, comme n\\j)andit. Le Népaul, qui se ferme 
si jalousement aux Européens, s'est ouvert à lui ; sa dernière lettre 
m'est arrivée de Katmandou; le maharadja lui a livré sa biblio- 
thèque de manuscrits rares. Aous pouvons espérer de ce voyage 
un précieux accroissement de nos connaissances comme de nos 
collections. 

tt La mission présidée par M. Bonin entreprend un itinéraire 
qui doit la mener de la Birmanie au Mékong, et de Sining-fou à 
Irkoutsk en Sibérie. 

« D'autre part, M. Ciiaffanjon, déjà connu pour sa mission sur 
rOrénoque, à peine reposé de son voyagea travers l'Asie centrale, 
est reparti avec le dessein d'explorer la Sibérie, la Mandchourie et 
la Corée, de dresser la carte de ces pays et d'y faire des recherches 
d'ethnographie et d'histoire naturelle. 

!' Je dois rappeler que récemment une femme, Mme Isabelle 
Massieu, sous les auspices du ministère de l'Instruction publique, 
mais sans aucune subvention, a parcouru la Birmanie, les Etats 
Shang, la Mongolie, la Sibérie et le Turkestan. 

« Ainsi les itinéraires français se croisent sur l'immensité de 
l'Asie, et nos voyageurs rivalisent de zèle avec les Anglais et les 
Russes, mais ne sont mus que par l'amour désintéressé de la 
science, tandis que nos rivaux ou alliés se préoccupent, très légiti- 



DISCOUUS DE M. LE MIMISTKE. 91 

mement d'ailleurs, de leurs intérêts nationaux dans des régions si 
voisines de leurs possessions. 

<■<■ L'Amérique n'est point délaissée par nos explorateurs, et pro- 
chainement s'ouvrira au Muséum l'exposition des collections que 
M. le comte Henri de la V'aulx a rapportées de son voyage à travers 
la Patagonie. 

«Nous n'abandonnons pas non plus le sol de la Grèce, où tant 
de découvertes, et tout récemment les fouilles de Delphes, ont 
honoré le nom français. Grâce à un nouveau crédit annuel de 
20,000 francs que vient de voter le Parlement, le service des 
fouilles est assuré et notre Ecole d'Athènes, dont les regards sont 
déjà 6xés sur l'île sainte de Délos, n'aura rien à envier aux mis- 
sions allemandes, anglaises ou américaines. 

« Les espérances que nous font concevoir les travaux de vos 
Sociétés, Messieurs, et les hardies entreprises de vos émules en 
pays lointains ne peuvent nous empêcher de faire un retour sur ce 
que l'année écoulée, féconde et glorieuse à tant d'égards, nous a 
apporté de deuils et de regrets. 

« Le Comité des travaux historiques et scientifiques a perdu quatre 
de ses membres : dans la section d'archéologie, M. le Blant; dans 
la section des sciences économiques et sociales, M. Bufnoir; dans 
la section de géographie, .\I. Schefer; dans la section des sciences, 
M. Aimé Girard. 

« Edmond le Blant, membre de l'Institut, ancien directeur de 
notre Ecole de Rome, avait consacré sa vie à l'étude de nos ori- 
gines religieuses. Son Recueil des inscriptions chrétiennes de la 
Gaule, qui lui valut la première médaille au concours des anti- 
quités nationales de 1852; sa collection, commencée eu J878, des 
Sarcophages chrétiens delà Gaule ; son étude sur les Persécuteurs 
et les Martyrs au premier siècle de notre ère, resteront ses princi- 
paux titres de gloire et l'honneur impérissable de sa mémoire. 

tt II y a bien peu de semaines que nous disions le dernier adieu 
à M. Bufnoir, l'un des maîtres les plus éminents qui aient honoré 
notre Ecole de droit, un des collaborateurs les plus assidus de votre 
Comité, où sa droiture de caractère et l'élévation de ses idées ont 
laissé un souvenir inoubliable. 

« Presque dans le même temps notre Ecole des langues orien- 
tales perdait son directeur, Charles Schefer, qui, avant d'être 



92 piSCOURSDEM.LEMI\'ISTRE. 

appelé à la tète (le la maison où il fut d'abord élève, exerça les 
fonctions du drogmanat à Beyrouth, à Srnyrne, à Alexandrie, 
enfin à Conslantinople. Il fut mêlé à d'importantes négociations : 
celles qui aboutirent au traité de 1856, celles qui nous valurent 
la colonie d'Obock ; dans l'intervalle, il avait accompagné la petite 
armée française qui pacifia le Liban. Il était depuis 1857 professeur 
de persan à rÉcole des langues. Il possédait, dans la même 
perfection, l'arabe et le turc. Xommé directeur de l'ilcole, il lui 
assura un nouveau local et une autonomie plus complète, y fit 
créer de nouvelles chaires et conférences, — dont il m'a été donné 
d'augmenter encore le nombre, — enrichit la bibliothèque, qui 
passa de 325 volumes à plus de 40,000, commença la série des 
Puhlicotions de Vécole qui compte plus de 60 volumes, ainsi que 
le Recueil des voyages et documents ^ enfin rédigea de sa main 
pour ces deux collections des ouvrages de premier ordre. 

K Le jour même où s'ouvrait votre Congrès, nous apprenions la 
mort d'Aimé Girard, l'éminent professeur de chimie à l'Institut 
agronomique et au Conservatoire des arts et métiers. 

«Parmi les membres honoraires du Comité, nous avonsà regretter 
la perte de Georges Ville, qui a rendu tant de services aux sciences 
agronomiques ; de Léon Gauthier, l'historien amoureux de nos 
Institutions et de notre littératuredu moyen âge, l'érudit dont les 
Epopées françaises furent une révélation même pour le monde 
savant, et dont le livre sur la Chevalerie et l'édition définitive de 
la Chanson de Roland ont rendu le nom populaire jusque sur les 
bancs de nos écoles ; — et enfin de A. Bardoux, le plus aimable 
et le meilleur des hommes, qui fut, comme ministre ou comme 
membre du Parlement, un serviteur passionné du progrès de 
l'instruction publique à tous ses degrés, et qui, présidant en 1878 
votre Congrès, définissait avec tant de justesse votre rôle. Parlant 
du grand effort que venait d'accomplir la France pour son relè- 
vement intellectuel , il vous disait : « Les Sociétés savantes en 
a représentent un des côtés les plus rares : l'investigation sagace et 
« patiente, l'amour profond des origines, la recherche minutieuse 
« des faits, tout cet ensemble d'études provinciales qui apporte les 
« matériaux de l'édifice... ■>■> 

« Messieurs, qu'il s'agisse d'apprécier les travaux qui vous ont 
été lus dans ce palais de la Sorbonne, ou d'envoyer une parole 



DISCOURS I)K \r. LE MINISTRE. 93 

(rencouragemeiit à ceux qui travaillent et combattent loin de vous 
pour la même cause que vous, ou d'évoquer le souvenir de ceux 
que la mort a enlevés dans nos rangs, nos cœurs battent à 
l'unisson, émus des mêmes joies, des mêmes espérances ou des 
mêmes tristesses. 

Il Je voudrais que les étrangers qui, sur les rumeurs ou les 
tumultes de la rue, jugent sévèrement et jugent mal la nation 
française, et qui s'imaginent peut-être, pour avoir lu des articles 
de polémique, que ce peuple est voué à la division et à l'impuis- 
sance, je voudrais qu'ils se donnassent un moment le spectacle 
que j'ai aujourd'liui sous les yeux. Ils commenceraient à savoir ce 
qu'est vraiment la nation française, car vous, les laborieux de la 
science et de l'art, vous êtes ici comme la représentation et comme 
l'élite des laborieux de la terre et de l'atelier. 

« Ceux-ci, tandis que vous accroissez le patrimoine intellectuel 
de la France, travaillent sans relâche à l'accroissement de sa 
fortune matérielle. Dédaigneux des vaines clameurs, ils fécondent 
ces champs sous les renûements desquels vous retrouvez parfois 
les ossements de leurs aïeux héroïques ; ils tissent, ils taillent et 
ils forgent; ils créent, sans se reposer, la richesse de la patrie ; 
ils accumulent l'épargne qui aux jours critiques la rendra maîtresse 
de l'heure ; ils recrutent de robustes soldats ses légions; ils sont 
l'armée immense des bons citoyens, respectueux des lois et soucieux 
de l'avenir de la nation. Entre eux et vous, il y a l'air de famille 
et le sentiment de la solidarité dans le bien. En eux comme en 
vous, je salue de tout cœur la province française. Et comme c'est 
dans la province française que se retrouvera le Congrès qui clôt 
aujourd'hui sa session parisienne, en vous disant merci au nom du 
Gouvernement, qu'il me soit permis, en tant que membre de 
plusieurs de vos Sociétés, d'ajouter ce mot: Au revoir! » 

M. DE Sai\t-Arromaiv donne ensuite lecture d'arrêtés ministériels 
décernant des palmes d'officier de l'Instruction publique et d'offi- 
cier d'Académie. 



94 XOMINATIOAS. 



Chevalier de la Légion d'honneur et officiers d'Académie 
nommés sur laprésentation du Comité des Sociétés des Beaux-Arts. 

J " Chevalier de la Légion d'honneur. 

M. Emile Delig\'IÈres, président de la Société d'émulation d'Abbe- 
ville, membre non résidant du Comité à Abbeville. 

2° Officiers d'Académie. 

(Arrêté du 23 avril.) 

MM. Beaumoot (Charles-Joseph-Marie de la Bomivinière de) , membre 
de la Société archéologique de Touraine, correspondant 
du Comité des Sociétés des Beaux-Arts des départements. 

L'abbé Bosseboeuf, président de la Société archéologique de 
Touraine, correspondant du Comité des Sociétés des Beaux- 
Arts des départements. 

HÉXAULT (Maurice), bibliothécaire adjoint de la ville de Valen- 
ciennes, correspondant du Comité des Sociétés des Beaux- 
Arts des départements'. 



' On trouvera à la fm du volume la liste complète des distinctions honori- 
fiques accordées sur la présentation du Comité depuis sa fondation. 



I 



LECTURES 



ET 



COMMUNICATIONS 



I 



NOTICE 

SUR 

DELX ANCIEIVNES TAPISSERIES DL MUSÉE 
DES ANTIQUITÉS DE ROUEN 

La tapisserie est la plus haute expression de l'art décoratif eè 
l'une des formes les plus élevées de la peinture. Implantée en 
France, depuis plus de cinq siècles, elle y est devenue un art véri- 
tablement national, qui a contribué plus qu'aucun autre à répandre 
à l'étranger la renommée du goût français. Aussi, le Musée dépar- 
tementat des antiquités de la Seine-Inférieure étant très pauvre en 
tapisseries, nous sommes-nous fait un devoir de chercher à com- 
bler cette lacune, en augmentant ses collections, par deux pièces 
de cette nature. 

Les deux photographies qui accompagnent la présente notice 
permettront de se rendre compte de leur importance artistique et 
de leur rareté. 

La plus ancienne de ces deux tapisseries offre dans son ensemble 
un aspect très décoratif '. 

Sur un parterre semé de fleurs, se détachent trois cerfs ailés, 
d'une grande allure, et portant les andouillers d'un cerf dix cors. 

L'un de ces cerfs occupe le centre de la tapisserie ; il est accosté 
de deux autres cerfs debout et affrontés. 

Le cerf du milieu est assis dans un champ clos, fermé par une 
palissade de branches d'arbres enlacées. Il soutient avec ses pieds 

' Voir, ci-après, plaache I. 



98 DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 

la hampe d'une bannière, fond rouge, ornée de soleils d'or, au centre 
de laquelle on voit l'archange saint Michel terrassant le dragon. 
L'iTTchange lient un glaive de la main droite, et de l'autre un 
bouclier. 

Il porte l'armure complète de la seconde moitié du quinzième 
siècle, c'est-à-dire formée de deux plaques, recouvertes par deux 
plastrons également en fer, l'un pour garantir la poitrine, et 
l'autre les épaules. La cuirasse, descendant jusqu'à la taille, est 
rejointe par une jupe de mailles, qu'enveloppent des lames ajustées 
à recouvrement appelées fauldes. Les coudières et les genouillères 
sont munies de gardes, et les pieds chaussés de poulaines sont 
protégés par des solerets. 

La lame du glaive est large et à deux tranchants, les quillons 
droits et le pommeau rond et aplati en forme de disque. Le bou- 
clier à bords recourbés porte une croix. 

Une banderole ou phylactère enroulée autour de la hampe de la 
bannière est chargée de cette légende explicative en vers de huit 
et neuf pieds : 

Cest estandart est une enseigne 

Qui a loial francois enseigne 

De jamais ne la bandonner 

S'il ne veult son honneur donner. 

A droite et à gauche de la tapisserie, les deux cerfs affrontés 
debout portent une couronne fleuronnée de lis, ouverte, enrichie 
de pierreries, à laquelle est suspendue un écu aux armes de 
France. 

Une banderole se déroule du cou du cerf de droite sur laquelle 
on lit : 

Armes porte très glorieuses 
Et sur toutes victorieuses. 

Sur la banderole du cerf de gauche se voit également cette 
légende, qui complète la pensée émise sur la précédente : 

Si nobles na dessoulz les cieulx. 
Je ne pourroye porter mieulz. 

Dans le bas de la tapisserie et au centre, se trouve le blason de 
France, sur un écu de forme recourbée, beaucoup plus grand que 
les deux autres, qui sont suspendus au cou des deixx cerfs. Cet écu 
esl accosté de deux lions affrontés, couchés sur le parterre semé de 



DEUX ANCIENAiES TAPISSERIES DU iMUSEE DE ROUEN. 99 

fleurettes et d'iris bleus et blancs, qui, peut-être ici, tiennent lieu 
de lis ', 

Sur le côté gauche de la tapisserie, des buissons de roses* et 
d'arbustes, qui paraissent être de jeunes sorbiers ^ 

Lne partie des bords de la tapisserie a disparu du côté droit, 
mais ce qui existe sur l'autre indique suffisamment que les deux 
côtés présentaient une disposition analogue. 

Cette tapisserie, telle qu'elle est actuellement, mesure 3°", 47 
de hauteur sur 8"°, 80 de largeur. 

Au sommet, se trouvent deux châteaux forts à tours crénelées, 
surmontant des rochers escarpés, d'où l'on distingue un vaisseau, 
aux voiles déployées, suivi par une barque. L'architecture nous 
semble indiquer la seconde moitié du quinzième siècle. 

Quoique postérieure d'un siècle, cette tapisserie pourrait être 
classée dans la catégorie de celles qui figurent dans l'inventaire de 
Charles V, sous la désignation de tapisserie d'armoirie. On trouve 
également mentionné dans cet inventaire * : « Ung grand tappiz 
et ungbancquier vermeil, semez de fleurs de lys azurées, lesquelles 
fleurs de lys sont semées d'autres petites fleurs de lys jaunes, et au 
milieu un lion, et aux quatre coins, bestes qui tiennent banières. » 

Pour ce qui concerne les légendes explicatives en vers français, 
les poètes les plus réputés de ce temps-là ne dédaignaient pas d'y 
travailler. Les œuvres de maître Henri Baude, que Jules Quicherat 
a publiées, sont un exemple, entre plusieurs, de ces dictz moraux 
pour mettre en tapisserie ^ ainsi que les désigne lui-même le poète. 

11 nous resterait à déterminer l'époque et l'origine de cette 
tapisserie du Musée de Rouen, sur laquelle nous n'avons pu 
malheureusement jusqu'à ce jour recueillir aucun renseignement 
sous le rapport de la provenance. 



' En effet, certains auteurs pensent qu'il faut voir l'origine des lis qui figurent 
sur les armes de France dans l'iris, et notamment dans l'iris des marais. D'autres, 
au contraire, penchent pour des fers de lance, etc., etc. 

* A considérer la forme de ces buissons de roses, il serait possible de les pren- 
dre pour des camélias, si l'on ne savait d'ailleurs que ces arbustes ue furent intro- 
duits en Europe, par le Père Gamelli, qu'en 1739. 

* Ces arbres passaient alors pour servir de préservatif contre les sortilèges et 
les maléfices. 

* Labarte, Inventaire du mobilier de Charles V, roi de France, Paris, 1879, 
p. 378 et suiv. 



100 DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 

De l'examen de rensemble même de cette tapisserie et de cer- 
tains détails, tels que les légendes explicatives écrites dans notre 
langue, il nous paraît résulter qu'une origine française peut lui 
être attribuée. Les légendes qui figurent sur les tapisseries fla- 
mandes proprement dites sont le plus souvent en latin, ou en alle- 
mand pour les tapisseries de celte origine ou de provenance suisse. 
Quant à songer à trouver une date, on sait combien elles sont rares 
sur les tapisseries du quinzième siècle ; à plus forte raison ne faut-il 
pas compter y rencontrer une signature '. 

Cependant par le caractère décoratif assez spécial de cette 
tapisserie, la forme paléographique des lettres qui composent ses 
légendes, celle de la couronne, de l'écu et des fleurs de lis, de la 
cuirasse, et d'autres détails, tels que les fauldes, gardes et pou- 
laines à solerets, ainsi que l'architecture des édifices, le genre de 
flore employé pour décorer les fonds de cette tapisserie, etc., tout 
cela semble devoir nous permettre de faire remonter son origine 
à la fin du quinzième siècle, c'est-à-dire aux règnes de Charles l III 
ou de Louis XIL 

Sa couronne ouverte, ses fleurs de lis, ainsi que ses deux lions, 
sont d'ailleurs à peu près analogues à ceux qui se trouvent sur le 
sceau de Louis XII, en 1498 ■. 



» Consulter, Achille Jubixal, Les anciennes tapisseries historiées; l'Histoire 
de la tapisserie, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, par M. Jules Gliffrev. 
Tours.M.DGCC.LXXXVI. — La tapisserie, par M. Eugène Mlntz. Paris, Quan- 
tin. — L'Histoire générale de la tapisserie : Tapisseries flamandes, par 
M. Alexandre Pinchart. Paris, Dalloz; Les tapisseries françaises, par AI. Jules 
GuiFFREV; Les tapisseries bruxelloises et historiées, par M. Wauters ; Les tapis- 
series de hante lisse de fabrication lilloise du quatorzième au dix-huitième 
siècle, par Jules Houdov. Paris, Aubry, 1871, etc., etc. 

* Au sujet de la couronne fermée, nous lisons dans Menestrier ce qui suit : 
» Quelques uns prétendent que Charles VIII est le premier qui ait pris la cou- 
ronne fermée, lorsqu'en 1495 il prit la qualité d'Empereur d'Orient. Cependant 
l'on voit des écus d'or et autres monnoyes de Louis XII, successeur de Charles VIII, 
où la couronne n'est point fermée. Il paroit donc qu'on doit rapporter cette usage 
à François I", qui ne vouloit céder en rien à Charles-Quint et à Henri VIII, roi 
d'Angleterre, qui avoient pris la couronne fermée, t Nouvelle Méthode raisonnée 
du blason, du P. Mexestier, p. 230. Lyon, M.DCC.LXX. 

Pour ne citer qu'un exemple à l'appui de cette opinion, une très belle reliure, 
de la collection de M. Dutuit de Rouen, faite pour François P"", porte les armes 
de France, timbrées d'une couronne fermée, avec l'F et la salamandre. L'ouvrage 
ainsi relié a pour titre : lamblichus de mysteriis JEgyptorum, Chaldaeorum, 
etc. l/enetiis, inœdibus Aldi et Andreœ soceri, 1516. In-fol. veau fauve à cora- 



DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEM. 101 

Pour ce qui est de l'emploi des banderoles (ou phylactères) 
chargées de légendes descriptives que l'on voit sur la tapisserie du 
Musée de Rouen, d'autres exemples semblables existent également 
sur des tapisseries françaises de la même époque et antérieures. 
Elles sont assez fréquentes comme parti pris décoratif, surtout en 
ce qui concerne les tapisseries allemandes et suisses. Il serait aisé 
d'en fournir de nombreuses preuves : à savoir, la tapisserie du 
Musée germanique de Nuremberg, qui représente des promenades 
et des jeux sur les remparts, ainsi que celle des douze apôtres 
dans l'église Saint-Laurent de la même ville, etc. ; d'autres tapisse- 
ries à Bàle, de même origine, ou suisses, dont une représente une 
partie de la légende des neuf preux et une autre un sujet symbolique 
sur l'amour, etc., etc. 

Enfin, pour revenir à la France, nous citerons également une 
frise, du commencement du quinzième siècle, sur laquelle on voit 
des anges, d'nn charme exquis, portant les attributs de la Passion. 
Cette tapisserie appartient à l'église Notre-Dame de Nantilly à Sau- 
mur. Elle offre un exemple entre plusieurs de l'emploi des légendes 
explicatives sur les tapisseries françaises de cette époque '. 

Maintenant, en ce qui concerne le caractère décoratif, assez parti- 
culier d'ailleurs, de la tapisserie du Musée de Rouen, nous dirons 
que la tenture si remarquable du Musée de Cluny, l'histoire de la 
Dame à la licorne (qui est cependant du commencement du 
seizième siècle), nous semble s'en rapprocher sous certains côtés, 
notamment par les animaux héraldiques, les bannières, etc. La 
tapisserie du Musée de Rouen n'a pas, il est vrai, de personnages 
comme les tapisseries provenant de Boussac, mais elle nous paraît 
néanmoins appartenir à la même famille et dénoter aussi une même 
origine bien française, quoique pouvant être plus ancienne de 
quelques années. 

A quel atelier devons-nous alors rattacher cette tapisserie du 
Musée de Rouen? On sait qu'à l'époque où elle fut tissée, l'Artois et 
la Flandre appartenaient à la France. Il y avait bien aussi des 



part, et fleurs de lis, tr. dor. Nous avons cité cet ouvrage de préférence à cause de 
sa date de 1516. D'autres reliures de ce roi portent également les mêmes armes que 
surmonte une couronne fermée. 11 en est de même pour des monnaies de ce roi, etc. 
' Ces tapisseries ont été publiées par MM. Jules Guiffrey et Eug. Muntz dans 
les ouvrages cités précédemment. 



102 DEUX AMCIEMNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEM. 

ateliers à Paris ', à Reims, à Troyes, à Bourges, à Rennes, etc.; 
mais ils ne constituaient pas en réalité un centre de fabrication. 

Les recherches auxquelles les savants les plus compétents se sont 
livrés de nos jours, sur l'histoire de la tapisserie, ont donné certai- 
nement déjà des résultats très précieux. Ces recherches toutefois 
ne sont pas encore assez avancées pour permettre d'établir une 
distinction spéciale parmi les œuvres sorties de ces ateliers de tapis- 
siers. Il en est de même pour ceux de Bruxelles, Tournai, Lille, 
Gand, Audenarde, etc., etc. -. 

Si nous passons très rapidement en revue les diverses phases de 
l'histoire de la tapisserie en Europe, Paris et Arras occupèrent tout 
d'abord le premier rang, au quatorzième siècle, puis dans la 
seconde moitié du quinzième siècle, ces villes furent dépassées par 
Tournai, Bruxelles et Bruges, Au seizième siècle, la suprématie 
revient à Bruxelles, à l'Italie et même à la France, pour appar- 
tenir définitivement à cette dernière, pendant les siècles suivants. 
Dans la seconde moitié du quinzième siècle, Tournai et Bruges se 
disputent la vogue dans l'art de la tapisserie et reçoivent les com- 
mandes des ducs de Bourgogne, notamment de Philippe le Bon. 
Bruges semble même l'emporter pour la finesse de l'exécution et 
par la distinction de l'art qu'elle doit surtout à son Ecole de pein- 
ture, ce qui lui vaut la clientèle des Médicis. Il nous sera cependant 
permis de faire remarquer ici que, dans cette seconde moitié du 
quinzième siècle, la ville de Tournai était celle entre toutes qui 
paraissait jouir de la plus grande vogue pour ses tapisseries. Déjà 
ses ateliers de fabrication avaient pris un très grand essor de 1449 
à 1453, mais l'occupation d'Arras par Louis XI en 1477 porta un 
coup mortel à l'art de la tapisserie dans cette ville. Tournai semble 

' On peut même attribuer à uu atelier parisien l'admirale tapisserie le Couron- 
nement de la Vierge, conservée dans le trésor de la cathédrale de Sens, que nous 
considérons comme le chef-d'œuvre de cet art, au commencement du seizième 
siècle. La commande en aurait été faife par l'archevêque Tristan de Salazar au 
maître tapissier Allardin de Souyn, qui travaillait à Paris dans l'hôtel même de 
cet archevêque de Sens. Il n'existe d'ailleurs que très peu de documents sur la 
fabrication de la tapisserie à Paris à cette époque. Cette tapisserie du trésor de 
Sens dénote encore une influence flamande, notamment celle de l'école de 
Bruges. 

^ Nous n'avons pas à nous occuper ici des ateliers d'Allemagne, de Suisse et 
d'Italie, la tapisserie du Musée de Rouen ne nous paraissant pas devoir leur être 
attribuée. 



DEUX AXCIEXXES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 103 

devenir alors le grand centre où s'approvisionnent les princes et 
les grands seigneurs pour les tapisseries. C'est ainsi que le cardinal 
Georges d'Amboise, le iMécène d'alors, s'adresse pour l'ornemen- 
tation de son palais à Antoine Grenier, un des membres d'une 
famille qui a occupé une situation prépondérante parmi les tapis- 
siers tournaisiensde la seconde moitié du quinzième siècle'. 

Déjà l'un d'eux, en 1459, Pasquier Grenier, avait vendu, pour la 
somme de 5,000 écus d'or, au duc de Bourgogne, une riche ten- 
ture (le l'histoire d'Alexandre. Philippe le Beau avait acheté au 
même en 1461, pour 4,000 écus d'or, six tapisseries delà passion 
de Notre-Seigneur ; puis, en 1462, une tenture de l'histoire d'As- 
suérus, et une autre histoire du chevalier du Cygne, en trois 
tableaux. 

En 1472, le magistrat franc de Bruges s'adressait au même tapis- 
sier pour une tenture de la destruction de Troie, offerte en présent 
à Charles le Téméraire. Ce qui semblerait indiquer pour cette 
époque la supériorité des ateliers de Tournai sur ceux de Bruges*. 

Plus tard, Jean Grenier fournit diverses tentures à Philippe le 
Beau, parmi lesquelles on voit mentionnés une histoire du ban- 
quet et d'autres personnages de vignerons ou bûcherons. Il reçoit 
pour un seul payement, 2,472 livres. 

Enfin, à cette triste date de 1513, où Tournai est ravie à la 
France, c'est encore à Jean Grenier que s'adresse le magistrat de 
cette ville, pour la fourniture de six pièces qui sont offertes à Mar- 
guerite d'Autriche, à l'occasion de sa nomination au gouvernement 
des Pays-Bas. 

11 nous serait facile de fournir d'autres exemples, en citant éga- 
lement Jean de Bacre, auquel les magistrats de Tournai s'adressent 
pour une tapisserie, sortant de son alelicr, qu'ils offrent au grand 
historien Philippe de Commines \ 



' Le cardinal était pourtant à même de recourir à des Italiens, comme il le 
faisait pour d'autres arts. Ce qui prouve encore davantage la réputation des ate- 
liers de Tournai à cette époque. 

* Consulter l'ouvrage de \l. Eugène Soil, Les tapisseries de Tournai. 

^ Les mêmes magistrats qui se montraient si généreux envers Piiilippe de 
Commines pouvaient paraître encore plus empressés auprès de Charles VIII ou 
de Louis XII et leur faire hommage également, d'une tapisserie comme celle du 
Musée de Rouen, dont les légendes étaient si flatteuses pour eux et pour la 
France. 



104 DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 

En 1501, Nicolas Blayart, de la même ville, vendait pour 
442 livres quatre pièces de tapisseries à Philippe le Beau, etc. 
Comme on vient de le voir, Tournai avait acquis une réputation 
universelle, et aucune antre ville, même Bruges, n'était mieux en 
mesure de pouvoir fournir une tapisserie au roi de France. D'ail- 
leurs, son blason, trois fois répété sur la tapisserie du iVIusée de 
Rouen et les légendes si chevaleresques qui s'y trouvent permettent 
plutôt de croire à un don fait au Roi qu'à une commande faite par 
lui. 

Mous n'avons fait jusqu'ici qu'émettre certaines probabilités sur 
l'origine de la tapisserie du Alusée de Rouen ; nous souhaitons vive- 
ment que d'autres plus habiles puissent mieux que nous préciser 
l'atelier d'où elle est sortie. 

TAPISSERIE DE L'ATELIER DE FONTAINEBLEAU. 

La seconde tapisserie, que nous venons d'acquérir également 
pour le Musée départemental des antiquités de la Seine-Inférieure, 
provient de la fabrique de Fontainebleau, fondée par François I", 
que Henri II plaça sous l'habile direction du célèbre architecte Phi- 
libert Delorme. 

Elle nous paraît avoir été faite pour le château d'Anet, qui venait 
d'être reconstruit, vers 1555, par ce grand artiste, pour Diane de 
Poitiers. Cette tapisserie porte d'ailleurs les attributs de l'illustre 
châtelaine, tels que les trois croissants enlacés et l'H de Henri II 
qui se marie au D de Diane, etc. ' ; de même que le delta grec, avec 
les arcs, les carquois, les flèches et les têtes de cerf, rappellent la 
divinité antique, à laquelle cette tapisserie est consacrée. Sur les 
extrémités de l'écharpe qui flotte autour de la taille de la déesse 
on voit également l'H de Henri II enlacé avec le D de Diane. 

La déesse antique est représentée, croyons-nous, sous les traits 
de Diane de Poitiers, implorant Jupiter (sous les traits de Henri II) 
pour obtenir de lui le don de chasteté. Junon, Minerve, Mars et 
Mercure entourent le maître des dieux, dont les attributs, l'aigle 
et la foudre, sont au bas du trône. 

Dans le lointain on voit un temple élevé en l'honneur de la 

' Voir, ci-contre, planche II. 



DEUX AATCIEMMES TAPISSERIES DU MUSf:E DE ROUIÎ^', 105 

déesse et le serpent Python qu'Apollon et elle viennent de frapper 
morlellenient de leurs flèches. 

Dans le haut de la tapisserie, placée sur sa bordure et tissée à 
même, se trouve cette légende explicative en vers, inscrite sur une 
tablette encadrée dans un cartouche qu'accompagnent deux têtes 
de chèvre : 

Depuis pour mieux aux chasses s'adonner 

A Jupiler ses prières adresse, 

Le suppliant chasteté luy donner, 

Côme à Pallas, des guerres la maistresse. 

En même temps, Phœbus ses armes dresse 

Contre Python et par sa grand vertu 

De mille traitz il la mort abbatu. 

Le peuple Icrs qui s'estone et contêpie 

Voyant des dieux l'ennemy comhattu 

Pour son honneur luy a dresse un temple. 

On lit ensuite dans la bordure sur des phylactères : 
D'un côté... sic immota manet, et de l'autre... non frustra 
Jupiter amhas. (Ces deux hémistiches des légendes forment un 
hexamètre complet.) 

Les deux têtes de chèvre qui accompagnent la tablette, sur 
laquelle se trouve la légende en vers, ont ici leur raison d'être, en 
ce sens que les deux chèvres servaient de supports aux armes du 
connétable Louis de Brezé, grand sénéchal et gouverneur de Nor- 
mandie, dont la devise était : 

Tant gratte chièvre que mal giste. 

Ce document concorde bien, d'ailleurs, avec le passage de la 
Relation des cérémonies observées aux obsèques de Louis de 
Brezé f où il est dit : 

« Le premier gentilhomme portoit ung estendard de taphetas 
aux coulevrs dudit feu sieur, qui sont jaune noir et rouge. Où estoit 
figurée une sainte Barbe et une chièvre avec des eee qui signifie 
Brezé (on sait, en effet, que Brezœus au vocatif fait Brezœe; de là 
les trois eee), et avoit escript «Tant gratte chièvre que mal giste.» 

On peut voir également, dans la cathédrale de Rouen, sur le tom- 
beau de Louis de Brezé, les deux chèvres supportant un cartouche 
qui renferme deux E gothiques, l'un minuscule et l'autre oncial '. 

' Un devant de coffre en bois de chêne sculpté qui nous appartient montre 
également les trois croissants de Diane, ainsi que les deux tètes de chèvre 



106 DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 

La bordure de la tapisserie, d'un goût et d'une élégance remar- 
quables, porte cette devise : 

Tu mihi sola places. 
(Seule tu me plais.) 

Cette devise, si spéciale, donne lieu de rappeler ici le sujet 
principal de notre tapisserie, c'est-à-dire la déesse antique invo- 
quant Jupiter pour obtenir de lui le don de chasteté. 

On sait que Diane de Poitiers eut parfois une étrange façon de 
concilier ses devoirs d'épouse avec les faveurs qu'elle accordait 
à son royal amant. 

Conservant toujours le costume de veuve, elle inscrivait l'expres- 
sion de ses regrets pour son mari défunt sur les murs du château 
d'Anet, que lui faisait bâtir Henri II. Demeure princière pour 
laquelle, disions-nous en commençant, cette tapisserie avait dû 
être exécutée '. 

Brezœo hœc statuit pergrata Diana marito 
Ut diuturna sui sint monumento viri. 

(Diane reconnaissante a élevé ce monument à Brezé, son époux, 
afin qu'il restât un souvenir durable de lui.) 

De même que sur le tombeau de Louis de Brezé dans la cathé- 
drale de Rouen, on peut lire les quatre vers qui suivent : 

Hoc Lodoice tibi posiiit Brezœe scpulclirum 
Pictonis amisso mœsta Diana viro 
Indivulca tibi quondam et fidissima conjux 
Ut fuit in thalamo sic erit in tumulo. 

(0 Louis de Brezé, Diane de Poitiers, désolée de la mort de son 
mari, t'a élevé ce sépulcre. Jadis inséparable et fidèle épouse dans 
le lit conjugal, elle le sera encore dans le tombeau.) 

Quoi qu'il en soit, et laissant de côté cette particularité tout à fait 
étrangère à l'art, la tapisserie qui vient d'entrer au Musée de Rouen 
est une œuvre réellement hors ligne, non seulement en raison de 
sa provenance célèbre, mais surtoutpar la finesse de son exécution, 
l'harmonie et la conservation des couleurs, le caractère des figures 

' Consulter sur le château d'Anet les travaux de MM. Roussel et .Anatole de 
Montaiglon. 



DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE nOUEV. 107 

et des ornements et la beauté décorative de sa composition. 

Les bordures notamment sont d'une élégance et d'une sobriété 
qui justifient à elles seules l'influence du célèbre architecte, sous 
la direction duquel elles ont été exécutées. On sent, en effet, dans 
leur ensemble un caractère architectural et décoratif de premier 
ordre, qui dénote surtout la main d'un architecte dont les créations 
sont si pondérées et si françaises. 

Ainsi que l'a si justement fait ressortir M. Jules GuifFrey, 
réminent administrateur de la Manufacture nationale desGobelins", 
tt on ne saurait rien imaginer de plus riche et de plus ingénieux 
« à la fois que ces admirables bordures, bien françaises d'inspiration 
u et de goût. Il est visible que, lors de leur exécution, Philibert 
« Delorme a remplacé les Italiens comme suprême ordonnateur 
« des constructions et des Manufactures royales. C'est lui, sans nul 
u doute, qui donne à l'atelier de Fontainebleau l'excellente direction 
« que nous lui voyons suivre dans les Arabesques et dans la tenture 
« de Diane . Voilà, certes, des œuvres faisant le plus grand honneur 
c. à nos artistes et capables de soutenir la comparaison avec les 
« chefs-d'œuvre les plus vantés des fabriques étrangères. « 

Cette tapisserie du Musée de Rouen fut sans doute donnée à la 
famille Grillo de Gênes, ou acquise par elle, au dix-septième siècle ; 
toujours est-il qu'elle a substitué ses armes* par places au delta 
grec, ainsi que les lettres initiales de son nom, les deux G, au 
chiffre enlacé de Henri II et de Diane de Poitiers ^ 

Nous avons déjà dit que cette tapisserie avait dû être faite pour 
le château d'Anet. En effet, dans la partie de cet édifice si remar- 
quable qui renferme le grand escalier d'honneur, se trouvent cinq 
grands trumeaux remplis autrefois par cinq tapisseries. Quatre 
seulement de ces tapisseries achetées cent mille francs ont pu être 
réintégrées à leur place primitive, il y a une vingtaine d'années 
environ, par M. Moreau, ancien syndic des agents de Paris (décédé 
depuis), qui avait fait restaurer le château (M°" Morèau en est 

' Histoire de la tapisserie, p. 218. 

* Le grillon qui figure sur ces armes indique déjà suffisamment les armoiries 
parlantes de cette famille. Quant à la forme de l'écu, il nous paraît bien appartenir 
au dix-septième siècle. 

^ Il est facile de se rendre compte de cette substitution sur l'épreuve photo- 
graphique de cette tapisserie qui accompagne cette notice ; on voit encore l'H 
qui apparaît derrière les deux G enlacés. 



108 DEUX ANCIENNES TAPISSERIES DU MUSEE DE ROUEN. 

encore acUiellement propriétaire). Ces quatre tapisseries sont 
semblables comme époque à celle du Musée de Rouen, et montrent 
le même parti pris décoratif et les mêmes attribuls de Diane de 
Poitiers. La disposition de cette grande pièce indique bien encore 
aujourd'hui, par ses proportion* monumentales et sa hauteur, 
qu'elle avait été faite pour recevoir les cinq tapisseries en question. 
D'ailleurs, la place que devait occuper .autrefois la tapisserie du 
Musée de Rouen est encore restée vide actuellement au château 
d'Anet (ainsi que nous l'avons constaté nous-méme à une récente 
visite). 

Nous aurions mauvaise grâce à ajouter (il est cependant facile 
de s'en rendre compte) que cette dernière tapisserie du Musée de 
Rouen est la plus remarquable des cinq, d'abord en raison des 
portraits de Diane et de Henri II, ainsi que par sa composition et 
par la conservation de ses couleurs. Il y a notamment des rouges 
rubis sur la robe et sur les manches de Junon en rappel de ton sur 
le vêtement très court qui recouvre la cuirasse de Mars, qui sont 
d'une coloration admirable. 

La tapisserie du Musée de Rouen mesure 4°, 84 de hauteur sur 
4", 07 de largeur. 

Les tapisseries actuellement au château d'Anet sont dans les mêmes 
dimensions. Elles représentent Latone changeant les paysans en 
grenouilles^ (c'est la naissance de Diane), Diane délivrant Iphi- 
génie, Diane tuant le chasseur Orion et la Mort de Méléagre. 

Nous connaissions déjà deux suites de tapisseries exécutées pour 
Diane de Poitiers, celles du château d'Anet dont la tapisserie du 
Musée de Rouen fait partie, une pièce de la collection Maurice 
Kann, et d'autres qui appartenaient à M. Emile Peyre. 

Une troisième suite, qui se trouve depuis plus de quatre-vingts 
ans dans la famille de M. le général Bezard, a fait l'objet d'une 
communication de M. Eugène Muntz, membre de l'Institut, à l'Aca- 
démie des inscriptions, dans la séance du 21 mai 1897. Ces tapis- 
reries lui avaient été signalées par M. Collignon. 

Cette suite, exécutée en 1610, est une reproduction des tentures 
du seizième siècle que nous venons de mentionner. 



' Cette tapisserie a été reproduite dans l'Histoire de la tapisserie, par 
M. Jules GuiFFREV, p. 217, et dans La tapisserie, par M. Eugène Muntz, p. 240. 



DEUX AIVCIENNES TAPISSERIES DU MUSÉE DE ROUE.M. 109 

Les tapisseries du château d'.Anet et du Musée de Rouen ont 
certainement été composées sur les indications de Diane de Poi- 
tiers, ainsi que le prouve les attributs et les emblèmes choisis 
par elle. 

D'ailleurs, elle n'avait qu'à consulter son exemplaire des Méta- 
morphoses d'Ovide, dont un manuscrit existait dans la biblio- 
thèque d'Anet, pour guider ensuite les artistes sur les divers épi- 
sodes qui s'y trouvaient retracés. Ces données devaient servir à 
exalter la déesse antique qu'elle avait choisie pour se gloritier 
elle-même. Ce qui explique les trois croissants pris par elle comme 
emblèmes, qui sont une sorte d'allusion à cette espèce de patro- 
nage olympien sous lequel la duchesse de V^alentinois s'était placée, 
et à la fameuse devise, Donec totum impleat orhem. D'ailleurs, la 
tapisserie du Musée de Rouen nous montre son propre portrait 
ainsi que celui de Henri II. Nous serions également tenté de supposer 
que les autres divinités antiques qui s'y trouvent peuvent être aussi 
des portraits de personnages de la cour de Henri II. 

Nous sommes heureux de soumettre à nos collègues des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements la primeur de cette notice et des 
deux photographies des tapisseries récemment acquises par nous 
pour le Musée départemental des antiquités de la Seine-Inférieure, 
où désormais notre art national sera dignement représenté par 
deux œuvres remarquables. 

Gaston Le Breton, 

Correspondant de rinstitut, directeur du Musée 
départemental des antiquités de la Seine- 
Inlérieure et du Jlusée céramique de Rouen, 
correspondant du Comité des Sociétés des 
Beaux-Arts des départements. 



110 PEIMTRES DES XVT, XVII' ET XVIIT SIECLES- 



II 



PEINTRES DES XVI% XVII» ET XVIIP SIÈCLES 
NOTES ET DOCUMENTS 

EXTRAITS DES FONDS PAROISSIAUX DES ARCHIVES DU CALVADOS 

Une des principales sources de l'histoire des anciens artistes est 
la collection des titres des églises qui, aux leraies de la loi du 
5 brumaire an V, devraient se trouver réunis aux archives dépar- 
tementales (série G) : malheureusement la <■<■ centralisation » , 
exécutée d'une manière bien imparfaite, a été ultérieurement 
détruite par des " versements » , par des « restitutions » , à tous 
points de vue déplorables '. 

D'une part, les municipalités n'envoyèrent à l'administration 
qu'une partie des pièces et registres déclarés propriétés nationales 
(loi du 5 novembre 1790), surtout ceux qui pouvaient fournir 
des titres « utiles » au point de vue de la vente des biens nationaux 
et du recouvrement des créances : de là, bien des documents restés 
dans les dépôts communaux; puis ce furent les envois aux hôpi- 
taux*, sous prétexte de cessions de rentes nationales; enfin, lors 
des " restitutions « aux églises % des abandons, aussi maladroits 
qu'intempestifs, furent faits à diverses reprises, sous Napoléon 1" et 
la Restauration : en comparant les documents alors livrés à l'église 
Saint-Pierre de Caen avec ceux, du même fonds, qui sont encore 
conservés aux Archives du Calvados — absolument de même 

> Les délibérations conservées aux archives communales complètent les fonds 
paroissiaux. Cf. plusieurs mentions d'artistes dans mes inventaires de la série E 
supplément. 

* Cf. mon Inventaire des Archives hospitalières de Honjleur, B. 25 (H. Sup- 
plément 1598), comptes de la confrérie du Rosaire de l'église Sainte-Catherine 
de Honflcur, David Meveux, al. Meveu, sculpteur, organistes, etc. 

' Où bien des pièces avaient été oubliées dans les sacristies, les clochers, les 
presbytères. 



FEUTRES DES XIT, XVII'' ET XVIIT SIÈCLES. 111 

nature — on peut juger de la « méthode », de la ^<. conscience » 
apportées à cette opération, dont le plus clair résultat fut le dé- 
membrement des collections. 

Il n'en reste pas moins, aux Archives du Calvados, une impor- 
tante et volumineuse série de titres paroissiaux : en constituant ses 
fonds, notamment pour l'enlèvement des pièces étrangères, j'ai 
rassemblé, au hasard des classements, des notes et documents sur 
plus de cent peintres des seizième, dix-septième et dix-huitième 
siècles : sans vouloir, bien entendu, chercher à présenter un 
dépouillement complet — principalement pour les registres dont 
j'ai dû laisser de côté un certain nombre — et à devancer en toutes 
les mentions utiles l'inventaire ultérieur — et lointain. 

Les notes qui suivent seront fructueusement consultées à divers 
points de vue : dabord pour l'inventaire des richesses d'art, en 
raison de l'origine, de 1' « état civil » de tableaux encore exposés 
dans les églises ; puis pour la « restitution d de ceux qui ont disparu 

— par exemple celui de Restout à Rots, dont le maire de cette 
commune, M. Gaston Le Hardy, n'a pas oublié la destruction; 

— puis encore pour l'histoire des anciens peintres, déjà connus ou 
inédits' : et l'on pourrait peut-être me reprocher d'avoir recueilli, 
malgré leur intérêt spécial, bien des notes de peinture purement 
« industrielle «, si on ne savait — on en trouvera de nouveaux 
exemples dans ces notes — qu'alors les artistes s'en chargeaient 
au même titre que des « travaux d'art « . 

Il est regrettable sans doute que les documents soient relati- 
vement modernes, qu'ils appartiennent surtout à une époque où 
Caen avait cessé d'être un centre artistique : il suffit d'un coup 
d'œil sur le matrologe de la charité de Saint-Nicolas de Caen- qui 
servit du quinzième au dix-huitième siècle; il suffit de comparer 
les miniatures — malheureusement endommagées — et les 
ornements du début, avec le Saint-Xicolas aux empâtements ridi- 
cules qu'au commencement du dix-huitième siècle présente la fin 



'Cf. par exemple les pièces sur Elouis, qui, rapprochées de la liasse (série F) 
donnée par M. Fernand Engerand, prouvent qu'on a eu tort, tout récemment 
encore, de le confondre avec le conservateur du Musée de Caen; ce sont deux 
artistes différents du même nom. Une mention spéciale est due aux documents 
concernant i Champagne La Faye i . 

* Archives départementales, série G, fonds de Saint-Nicolas. 



112 PEINTRES DES XVV, XVIT ET XI IIl' SIECLES. 

du registre, pour saisir rirrémédiable et profonde déchéance où 
l'art caennais était alors tombé '. On ne s'étonnera pas, dans ces 
conditions, de voir les trésoriers de Saint-Sauveur s'adresser à des 
artistes parisiens*, comme le fit l'ingénieur en chef Lefebvre pour 
les statues de l'hôtel de l'Intendance au sculpteur Mouchy ', comme 
bien d'autres le firent, en s'adressant à Paris, à Rouen, en d'autres 
lieux, pour les « commandes » les plus diverses *. Et pourtant, loin 
de me repentir d'une trop grande hospitalité envers des artisans — 
des « barbouilleurs » , comme portent plusieurs pièces — dont la 
mémoire, à première vue, ne semble pas mériter d'être sauvée 
de l'oubli, je suis plutôt tenté de regretter de n'avoir pas accueilli 
plus largement, plus complètement, d'avoir laissé de côté bien 
d'autres noms, bien d'autres notes, qui auraient sans nul doute 
pu fournir aux chercheurs des matériaux utiles, dans un sujet si 
neuf encore pour le Calvados. 

Armand Bénet, 

Membre non résidant du Comité, à Caen, 
Archiviste du département du Calvados. 



AiGNEMOXT (Guillaume d'). 

Quittances au curé du Tourneur : de 91 livres, pour avoir peint, doré 
et argenté les deux petites contretables de l'église, outre sa nourriture 
pendant deux mois et demi qu'il a passés à faire led. ouvrage; de 
12 livres, outre sa nourriture, pendant 15 jours qu'il a employés à 
peindre les fonds baptismaux, les portes, les corniches de la nef, les 
deux statues de la Vierge et de S' Jean, et le confessionnal à M. Le Houx 
(1763). 

* J'en donnerai ultérieurement d'autres preuves dans un mémoire sur les Ecoles 
artistiques à Caen avant et pendant la Révolution. 

' Cf. plus loin Delaplanche, Lélu, et diverses autres pièces du fonds de Saint- 
Sauveur, pour la construction de l'autel. 

' Cf. les pièces publiées dans mon Inventaire de la série C, t. IV, dont les 
bonnes feuilles ont été utilisées au dernier Congrès par M. de Longuemare. 

* Pour les orgues, ornements d'église, cf., entre autres, H. 63, 68, abbaye 
d'Ardennes. Etc. 



PEINTRES DES XVT, XVIT ET XVIIT SIÈCLES. 113 

AUBRY. 

u Aujourd'huy dimanche premier jour de décembre mil sept cent 
soixante seize, à l'issue des vespres de la parroisse de Carpiquet, en 
conséquence de semonce faitte ce jourd'huy au prône de la messe par- 
roissiale par M* Charles Bazin, prêtre, curé de cette parroisse, au son de 
la cloche et autres formalités prescritles par les règlements duement 
observées, se sont assemblés les parroissiens possédant font en général, 
les présents faisant fort pour les absents, pour délibérer sur quelques 
avantages proposés à la fabrique; premièrement, il a été représenté par 
le s' curé que Monsieur Aubry, peintre à Caen et tréfoncier de lad. par- 
roisse, avoit été chargé de faire deux tableaux, l'un de S* Martin, l'autre 
de S" Anne, pour le grand autel qui vient d'être construit, et ce aux frais 
de la fabrique. Led. s' Aubry les a faits de très bon goût et de prix, mais 
il n'a voulu y en mettre aucun ; il en fait présent à la fabrique. Sur quoi 
lesd. délibérans, pour marquer leur reconnoissance aud. s' Aubry, en 
acceptant le don par luy fait, l'ont déchargé et le déchargent pour toujours 
par la présente de trois livres de rente qu'il étoit tenu faire à lad. fabrique, 
pour la place de banq qu'il occupe dans l'église, ainsy que des arrérages 
qu'il peut maintenant devoir, et consentent qu'il jouisse de lad. place de 
banc, sans en payer aucune redevance. » — Registre pour servir aux déli- 
bérations de la paroisse de Carpiquet, de 1774 à 1780, f°' 12 v° et 13. 

A VICE. 

« A M" Noël Avice, paintre, pour avoir paint l'image S' Jean et envi- 
rons d'icelle, XXII 1. X s. » — Caen, S' Nicolas. Compte de 1603-1605. 

Bagot. 

A Bagot, peintre, « pour travail d'avoir faict les deuxescriptz des deux 
boutz du grand autel », 4 1. — Coulonces. Compte de 1692-1693. 

Basly (de). 

« A Michel de Bâlly, painctre, pour avoir fait le protraict de la croix, 
XXX s. >. 1546. — Caen, S' Nicolas. Compte de 1545-1546. 

BÉNARD. 

Quittances au curé de Gueron : de 40 livres « pour un tableau de la 

8 



114 PEINTRES DES XVT. XVlV ET XVIU' SIECLES. 

Transfiguration, que je liiy promest fournir et livrer pour le retable de 
son église » (Caen, 19 novembre 1714); — de 30 livres « pour deux 
moyens tableaux dont l'un est du S' Bernard et l'autre d'une Vierge en 
douleurs ayant son fils mort près d'elle » (5 octobre 1722), A la suite de 
cette dernière quittance : Payé à Pierre Pellevey 8 1. pour les deux cadres 
desd. tableaux placés dans le chœur le 5 décembre 1722 >. 

BoiTO. 

A François Boilo, peintre, 4 1., pour avoir nettoyé le tableau du grand 
autel et celui de S' Sébastien. 1774. Caen, S' Ouen. — Quittance dud. 
Boito de 3 livres, pour avoir nettoyé le tableau de S' Michel (1774). Vire. 
Église Notre-Dame. Confrérie de S' Michel. 

Blondel. 

A Blondel, pour un tableau de S' Sébastien et pour 2 petits morceaux 
de tapisserie, 13 I. 5 s. A Blondel, pour avoir fourni la peinture de la 
chapelle, 26 1. 14 s. A Blondel, pour avoir peint et doré les 4 chandeliers, 
3 1. 15 s. Caen. S' Sauveur, Compte « de la Charité de 1739 à 1751. 

Quittances diverses par Blondel, à la Charité de S' Sauveur de Caen^ 
des années 1751, 1758, 1759, 1760, 1761, 1762 et 1763: travaux de 
dorure, peinture. Les quittances de 1761 et 1763 signées Jacques Blondel. 

a Mémoire des pinture fait en la chappelle de la charité de S' Sauveur 
de Caen, fourny : 

liv. s. d. 

Dix livres de ceruze, pour ce 4 

Trois pot d'huil de lin, pour ce 3 18 

Quatre livres d'huil de noix, pour ce 3 4 

Pour bleux de Prusse 3 

Pour de l'huil d'aspic 10 

Pour façon, quatre livres 4 

TOTALLE. 18 12 



' Dépense figurant au compte de 1720-1723, qui contient en outre : 47 livres 
pour le tableau de Saint Germain. Parmi les pièces justificatives, quittances de 
6 livres, pour un grand cadre, pour un tableau dans le chœur (4 janvier 1715); 
de 7 livres, pour le cadre et le châssis du tableau de Saint Germain donné par le 
curé (26 mai 1718) ; de 6 1. 12 s. 6 d., pour fourniture de drogues pour peindre 
les portes de l'église et les trois grands tableaux du grand autel par derrière 
(3 novembre 1718), etc. 

^ Ibid. * Au peintre pourravoir raquemodé le tableau de Saint Sébastien i , 12 s. 



PE IX TRES DES XVT, XVII' ET XVIir SIÈCLES. II5 

Reçue le contenue au présent mémoire par les mains de Monsieur Bidet 
échevin en sarge de la charité de Saint-Sauveur de Caen, donc je tiens 
quitte. f\ Caen ce trente octobre mil sept cens cinquante six. Jacque 
Blondel. » 

« Mémoire des débourcé que j'ay fait et fourny pour 
la chapelle de frères de la Charité de S' Sauveur de Caen, 
premièrement, avoir graté et colé six flambeau, fourny le 

papier, pour ce liv. 12 s. 

De plus avoir pin six teste de mors et raquemodé six 

autres, pour ce 2 

De plus pour du gros papier et épingle 6 

Pour carton une livres dix sols 1 10 

Pour noir et colle 12 

Pour chasy, une livres 1 

Pour papier blanc 3 

Pour doux 4 

Pour façon de tons 1 4 

Pour un chandellier raquemodé 5 



7 16 



Reçue le contenue au présent par les mains de Monsieur Bidet, échevin 
en sarge de la Charité de S' Sauveur de Caen, donc je tins quitte. A Caen, 
ce dix mars mil sept cens cinquante huit. J* Blondel. » 

Travaux à S' Martin de Caen (dépense non spécifiée). Compte de .1775 
et 1776. 

Blouet. 

« Mémoire de l'ouvrage fait en peinture à la chapelle de la Charité de 
S' Etienne de Caen. 

liv. s. 
Premièrement, pour avoir peint en fond bleu du haut en bas 

la chapelle et les cordons 20 » 

Plus, avoir peint en jaulne le cadre du tableau, la croix, 

les deux vases, le devant de l'autel et ses côtés 6 » 

Plus pour avoir peint, marbré et rechampi les deux co- 
lonnes 10 n 

De plus, pour les étoilles 12 n 

De plus, pour la vigne et l'ornement 30 » 



1 

116 PEINTRES DES XVT, XVII' ET XVIIl' SIÈCLES. 

liv. S. 

De plus, pour l'écrileau et le fond 6 » 

De plus, pour avoir écrit le nom de S' Marcoul et 

l'avoir peint 1 5 s. 

Déplus, pour avoir peint la petite barrière 1 15 s. 

De plus, pour avoir renfraichi le tableau de l'autel de la 

chapelle 2 » 

De plus, pour avoir raccommodé la banière, fourni un 

gland et remfraicbi les deux tableaux 3 » 

Total 92 » 



Je reconnois avoir reçu de M' Desobaux le montant du présent. A 
Caen ce vingt un d'octobre mil sept cent quatre vingt onze. J, Blouet. » 
Charité de S' Nicolas de Caen, réunie à S' Etienne. 



Bo\NEMER. 



Compte rendu par « maistre Jacques Bonnemer, painstre, eschevin de 
la charitté des glorieux Sainct Jacques et Sainct Crestosphles, fondée en 
l'église Sainct-Gervais de Fallaise » , pour l'année de sa charge commen- 
çant le 26 juillet 1669 et finissant à pareil jour 1670. Parmi les noms : 
Alexis Bonnemer, de la Trinité. Falaise. S' Gervais. — Jacques Bonne- 
mer, peintre, figure parmi les . redevables à lad. église S' Gervais. Cf. 
compte de 1685. 

Bordeaux (Louis). 



Travaux à S' Désir de Lisieux. 

« Débours faits pour l'autel de S' Désir, commencé le cinq aoust mil 
sept cents soixante et traize. 



•V 



75 pains de craye fine 

6 liv. de. colle de Flandre 

26 pains de craye 

2 liv. de colle de Flandre 

Employ de drogues pour nétoyer le tableau 
Peintures pour le marbre des plaintes. . . 

4 onces de vermillon 

23 livrets d'or à 2 liv. 5 s 



liv. 
1 

4 



s. 
17 
16 
13 
12 
12 
10 
12 
15 



6 



PEINTRES DES X\V, XVII" ET XIMIT SIECLES. 117 

liv. s. d. 

1 liv. 1/4 d'orpin pour les côté du lambry 2 12 » 

Peinture de deux cierges et le papier marbré 1 6 » 

Mordant 4 » n 

Payé à Fouché, menuisier, par quitance 9 2 » 

Suite de réparations. Le 14 de mars 1778, sur les cotez 
de l'autel et aux anges et posé du blanc aux endroits gâtez, 

8 onces de colle, 12 pains de craye » 14 » 

Orpin pour le devant d'autel » 6 » 

Mordant 1 1 » 

Employé 5 livrets 1/2 d'or à 2 \iv. 5 s 12 7 6 

DÉBOURS. ... 96 16 6 

Décoration du service de feu Louis XV 15 » » 

Trente jours et un quart à travailler à raison de 2 liv. 

par jour (et 12 heures par jour) 60 10 » 

Total du tout. ... 172 66 



J'ay reçu de Monsieur Desgenetez, thrésorier ancien de la par- 
roisse de S' Désir, du consentement de Messieurs les curés, trésorier, 
députez actuels, le montant du présent mémoire. Fait ce quatorze avril 
mil sept cents soixante et dix-huit. Louis Bordeaux. » 

Mémoire des dépenses faites pour le service de Louis XV, célébré en 
l'église S' Germain de Lisieux, le 1" juin 1774. Pour les armoiries 
fournies par Bordeaux Lafontaine, au nombre de 200, à 4 s., 40 liv. — 
Quittance par Louis Bordeaux et François Samson, a armoiristes » à 
Lisieux, au trésorier de la fabrique de S' Germain, de 18 liv. pour avoir 
décoré et fourni les armoiries tètes de mort, les 9 et 10 octobre 1783, 
pour le service de feu l'évêque de Lisieux. 19 dud. mois. — Quittances 
diverses pour travaux à S' Germain de Lisieux, 1767, 1775, 1784. 

A Bordeaux, pour décoration et armoiries au service du Dauphin, 
12 liv. — Honfleur S'" Catherine. Compte de 1766. 

Boucher. 

A Gilles Boucher, peintre et doreur, 48 liv. pour avoir peint et doré 
l'image de S' Paul et son autel, suivant le pouvoir que lui en ont donné 
les paroissiens, devant le notaire de l'Hôtellerie. Courtonnel. Compte 
de 1776. 



118 PEIMTRES DES XVV, XVIV ET XVIIl' SIÈCLES. 



Briouze. 

Quittance diidit à Bidet, trésorier de S' Sauveur de Caen, de 59 liv. 4 s,, 
pour le plan et dessin du grand autel de lad. église, frais et dépenses de 
voyage de Paris à S»-Denis. Caen, 26 novembre 1770. 

Caennie. 

« Pour le tableau d'une bennière baillés par Michel Caennie, m" pein- 
tre », 11 livres (acquit du 4 novembre 1684). Viessoix. Compte des tré- 
soriers. 

Caignard. 

A Caignard, peintre, pour avoir peint les faux flambeaux de la charité, 
1 liv. 10 s. 1743. Caen. S' Martin. Compte de la charité. 

Travaux à S'-Sauveur de Caen. Quittance à Le Fèvre, échevin de la 
charité, de 101 liv., pour le tableau de la bannière et avoir doré le damas, 
ferrure, etc. 1737. (Signé .'Cagniard.) — A « Cagnard «, peintre, 12 liv., 
pour avoir redoré le coq du clocher. 1746. — A Caignard, peintre, 3 liv., 
« pour avoir repeint la figure du S' Esprit de la Chaire et celle du 
Sauveur ». Compte de 1749-1751. 

Autre quittance (signée Caignard), à Guillaume Michel, échevin de la 
charité, de 70 livres, pour un tableau de S'-Sébastien, qu'il a fourni pour 
la chapelle de la confrérie (30 juin 1750'). 

A Caignard, peintre, et à Yautier, 48 liv. pour avoir fait plusieurs 
dorures et peintures au banc du trésor (1754, 1755). 

A Caignard, peintre, pour décoration de la chapelle des confrères de 
S' Sébastien, suivant quittances de 1760, 42 liv. (compte de la charité). 

Autres quittances de 1756 et 1760, l'une de celles de 1760 signée Cai- 
gnard de La Haye. 

Travaux au grand autel de Notre-Dame de Caen. Compte de 1737-1738. 

Carabie. 

Travaux à l'église de Vaucelles de Caen. Cf. comptes de 1758-1760 et 
1765. 

' Cf. Compte de la charité de 1739 à 1751. A Cagniard, pour le tableau de 
r t hôtel 1 , 70 1. ; à Méry, pour avoir fait et fourni l'autel, 120 1. 12 s. 



PEINTRES DES XVr, X VII' E T XV II T SIE C LE S. U9 

Chrétien. 
Quittance pour travail à l'église S* Jean de Bayeux. 1787. 

COXARD. 

Marchés et quittances de Jean Conard, peintre, bourgeois de S' Malo de 
Bayeux, pour travaux de peinture, dorure, à l'église de S' Sulpice prè» 
Bayeux, de 173G à 1743. Entre autres : quittances du 27 septembre 1737, 
de 9 liv. 10 s. u pour avoir paint ;Y l'huille le deux etvêques Sulpisce et 
Saint Vigord et avoir mis de la dorrure » ; de 5 liv, 10 s. « pour avoir paint 
en fleurs et ornement le deux porte du cœur de le dise de Saint-Sulpisce ». 

« 11 a été arresté entre M'" Jean Conard, paintre en la parroisse de 
S' Malo de Bayeux, et M"* Simon Pitard, trézorier en charge de la 
parroisse de S' Sulpice, en la présence et du consentement du sieur curé, de 
M' Le Roy de Fontaine, escuier, et de plusieurs autres parroissiens de lad. 
parroisse sousignés, sçavoir que led. sieur Conard s'oblige paindre à 
huille les deux petites contretables des autels de la même manière qu'ils 
étoient auparavant, rajuster les deux tableaux, remettre une toille derrière 
celuy de S'' Anne, comme aussy paindre à huille un devant d'autel des 
deux costés, dont l'un servira aux grandes festes, qui sera paint de la 
même manière que celuy de la parroisse de Longue, et l'autre, où il y aura 
du violet et du ver qui domineront dans les fleurs, qui servira pour 
l'Avent et le Caresme et les dynianches de l'année, et le tout à la volonté 
du sieur curé et trézorier, de plus, s'oblige paindre à huille les quatre 
pilastres qui supportent la contretable du cœur en marbre de couleur 
noire, à l'exception des chapiteaux qu'il paindra de la couleur qu'on luy 
désignera, au moyen et parce qu'il luy sera payé par Joseph Nicolle, 
ancien trézorier, en déduction de ce qu'il peut devoir au trézor, la somme 
de quatre-vingt livres. Fait aujourdy dymanche vingt neufvième d'octobre 
mil sept cents trente sept. Signé : de Foktainxe le Roy. Jacques Dufort. 
Jean Lefebvre, M. Hérolt. F. Galien. F. Héroult. G. Slard. Guillonme 
Conard. J'ay receut de Joseph Nicolle, trésorrier de Saint-Sulpisce, la 
somme de soitsainte livres. Fait ce vingt six avril mil sept cents terente 
huit. Jean Conard. De pelus receut la somme de vingt livres. Fait ce trois 
d'aust mil sept terente huit. Conard. » 

Concorde. 
A Nicolas Concorde, peintre, « pour avoir lavé et rafraichis le tablean 



120 PEINTRES DES \\V, XI'IT ET Xl'llT SIECLES. 

du maître-autel avec le cadre » , 12 liv. Honfleur. S" ^Catherine. Compte 
de 1747. 



COUTANCES. 

A Poisson, imprimeur, et Coulances, peintre, pour avoir imprimé les 
noms des frères servants et échevins, avoir peint et écrit en lettres dorées 
les tableaux qui servent à montrer lesd. noms, 17 liv. 15 s. 1789. — 
Caen. S' Martin. Compte de la charité. 

Daléchamps. 

u Au s' Delonchamps », pour avoir peint et doré un faux livre pour 
servir à la S' Sacrement, 2 liv. 1772. (La quittance porte la signature : 
JJ. Daléchamps. Caen. Notre-Dame.) 

Dehors. 

Quittance de 24 liv. pour avoir nettoyé six tableaux de l'église S' Ger- 
main de Lisieux, repeint leurs cadres et redoré ce qui était effacé de 
l'ancienne dorure des cadres. 1768. — Travaux au presbytère. Compte 
de Saint-Germain de Lisieux pour 1787. 

Delaplanche. 

Mémoire et toisé détaillé des ouvrages de peintures et dorures faits à 
l'église de S' Sauveur de Cean, lesd. ouvrages faits dans le commencement 
de l'année 1771, par Delaplanche le jeune, m* peintre et doreur de l'aca- 
démie de S' Luc, à Paris, y demeurant rue Neuve S* Mery, dans une 
porte cochère en face du bureau des jurés-crieurs. 

A une crédence, le tournant de la ceinture cont. 84" 
(correct. 83 1/2) sur 8» 1/2 (correct. 8» 4 1.) com- 
pensée, vallent 411 60 

Les deux consoUes de chacune 36° (correct. 35" 1/2) 
sur 12» (correct. 11") de développement sur chacque sens 
vallent les deux 6 

La noix de 15" sur 11" dévelopée sur chacque sens, 
V 1 7 60 

L'autre consoUe cont. idem v « . . 12 7 10 

(Correct.) 22 1/2 



PEIXTRES DES XVT, XVU' ET Xl'lII" SIECLES. 121 

A l'exposition, la calotte du dessus de 26" sur 24» 
double la plus valleue des oves évaluée à 6° réduit, 
vallent 9 2 

Trois consolles, dont une conl. 42° de développe- 
ment sur la hauteur et 15 pouces de profil, compensée, 
vallent 4 4 60 

Trois vazes au-dessous desdites, de chacun 9 pouces sur 
5° 12, vallent ensemble » 11 3 6 

Trois guirlandes de chacune 22° sur 7°, vallent 
ensemble 2 10 6 

Les trois pommes du dessus de chacune 9 1/2 
(correct. 9°) sur 6" compensée, vallent 12 30 

Le plateau du bas de 22» sur 19°, vaut 2 10 10 

Deux gloires au-dessus des archivolte de chacune trois 
tetles de chérubins avec leurs ailles et nuages de chacune 
2 pieds 9», sur 2 pieds, toisée comme unie et demandée 
double pour la sailly et développement, vallent 22 

(Correct.). Ensemble réduites à 16 8 

Quatre gerbes de bled et raisins de chacune sçavoir, 
la branche jusqu'au feuilles de raisin de 12» sur 2» 
9 lignes, les feuilles et raisins de ensemble 18» (cor- 
rect. 16° 9 1.) sur 15» de développement sur chacque 
sens, les épis de 12° (correct. 11) sur 9°, vallent ensemble 
les quatre 11 5 60 

La bordure du tablau de 37 p' 1/2 (corr. 36, 2) de 
tour, sur 1 p' (corr. 11» 6) de profil, vallent 37 6 

(Correct.) 34 7 11 

La plus valleue du ruban tournant sur le devant de lad. 
et le fesseau de baguette du derrière évallués ensemble à. 3 

(Correct.) 2 4 00 

Les deux tour creuse contiène chacune sçavoir la 
coquille du haut du panau de 11° sur 9» (corr. 12), y 
compris les feuilles attenante en forme de volutte , 
vallent 8 30 

Le neud de ruban et le bout pendant de ensemble 45° 
sur 3» vallent 11 3 

Les guirlandes de ensemble 8 pieds de développement 
sur 7° compensée, vallent 4 8 

Au carteil tiu millieu, les guirlandes de ensemble 56» 
(corr. 60) de développement sur 6» compensée, vallent. . 2 6 

La rozette de 24» de diamètre sur un sens, et 20» sur 



122 PEINTRES DES XVI'. XVir ET XVIIF SIECLES. 

l'autre, y compris les bandes unies reignant autour, val- 
lent (addition : duire pour les angles 20, non réduits). . 3 4 
Les guirlandes et rosasses de 80» de développement 

sur 2° 1/2 compensée, vallent 1 5110 

Au bds de lad. tour creuse, la guirlande de 58» de dé- 
veloppement sur 3° compensée, vaut 1 2 60 

Les partie d'ornement de ensemble 60" de développe- 
ment sur 4» de profil compensée, vaut 14 00 

(Correct.) 8 

L'agrafe du bas de 12» sur 6» de développement sur 

chacque sens , v 6 

La moulure renfermant led. panau de 26 pieds 8» de 

tour sur 3» 1/4 compris listel, vallent 7 2 80 

L'autre tour creuse idem, qui avoit été obmises. ... 24 2 7 
Les deu\ partie de bandeau au-dessus de ensemble 

5 pieds sur 3», vallent 1 3 00 

Au paneau derrière le tabernacle la moulure de 
18 pieds 1/4 (corr. 16-2) sur 4° (corr. 3» 9) de profil 

compris listel, vaut 6 1 00 

(Corr.) 5 2 3 

Au deux panaux d'appuis des moulures contienent 
ensemble 14 pieds 4» sur 3» de profil, compris listel, 

vallent 3 7 00 

Les trois partie comme simaizes, stragalles et soc 
contiene ensemble 56» sur ensemble 1 pied 1° 1/2, 

vallent 5 80 

A un pilastre, le chapitau cent. 27» sur 37» compensée 

en trois partie, vallent 611 30 

(Correct.) 2 

Au millieu dud. pilastre, les partie d'ornement sortant 
des canaux de 30° (correct. 32» 6) de développement sur 
ensemble 12» (corr. 9° 6), les canaux de 42» sur ensemble 

11» (corr. 10» 6) de profil, vallent 5 8 60 

Ensemble 13 4 10 

Les bazes de 22» 1/2 sur 11», vallent 2 8 76 

(Lesd. trois lignes de chiffres et la suivante rayées et 
remplacées par 80. 5.) 

Cinq autres pilastres idem, vallent 71 9 8 

Plus pour les canaux d'un desdits, qui avoit été doré et 

bruni et qui a été redoré matte, vallent 3 2 60 

Addition 11/2 



PEINTRES DES \\'l\ XVII' ET XIIIT SIÈ CLES. 123 

A la gloire, le corp de lad. consistant en nuages, 
13 tettes de chérubins avec leurs ailles, cent. 8 pieds sur 
9 pieds toisée comme unie et demandée double, évalua- 
tion faittes des saillis tant des 13 tettes avec leurs ailles 

que des nuages, vallent 144 

(Correct.) 104 

Plus pour avoir doré en or vert 37 lettres, à raison de 

15 s. chacune, font 27 15 

Les rayons sçavoir : 

N" 1. — De 4 pieds de développement sur la longueur, 

sur 14° de profil compensée vallent. . . 4 8 

2. — De 1 pied 3<> sur 11» 1/2, vallent 12 4 6 

3. — De 2 pieds 3'' sur 11% vallent 2 9 

4. — De 1 pied 7» sur 9», vallent 12 30 

5. _ De 5pieds3''(corr. 2»), sur 14''(corr. 1306). 6 160 

6. — De 2 pieds 3° sur 11» (corr. 10» 3) 2 90 

7. — De 3 pieds 2 sur 13» 3 5 20 

8. — De 1 pied 3 sur 9» 1/2 I 6 

9. — De 3 pieds 6 sur 11» 2 7 90 

10. — De 1 pied 10» sur 12 1 10 

11. — De 1 pied 6 sur 8 1 

12. — De 2 pieds 6 sur 10» 2 1 00 

13. — De 2 pieds 6 sur 11» 2 3 60 

14. — De 1 pied 6 sur 8» 1/2 10 90 

15. — De 1 pied 9 sur 11 1 7 4 6 

16. — De 3 pieds 6 sur 12» 1/2 3 7 91 

17. — De 1 pied 5 sur 10» 1/2 1 2 10 6 

18. — De 3 pieds sur 11» 1/2 2 7 60 

19. — De 2 pieds 5 sur 9 111 3 

20. — De 5 pieds 4 sur 14 6 2 8 

21. — De 1 pied 4 sur 10 1/2 1 1 4 

22. — De 2 pieds 1 sur 10 1 8 10 

23. — De 1 pied 3 sur 12 1 3 

24. — De 4 pieds sur 13 1/2 4 2 00 

B. — De 1 pied sur 7» 7 

C. — De 1 pied 4» sur 8 1/2 11 

D. — De 1 pied 3° 1/2 sur 8 .... 10 4 

Total des pieds d'or 426 9 7 

Les 426 pieds 9» 7 lignes, à raison de 6 liv. le pied, 

prix convenu, fait 2,560 10 



124 PEINTRES DES XVT, Xl'lT ET XVIIT SIECLES. 

Marbres . 

Le panau sous le cadre du tablaii derrière le tabernacle 
de 8 pieds (corr. 7) sur 2 pieds 1/2 compris les partie en 
plâtre, le dessus du cadre de 8 pieds (corr. 7) sur 10° com- 
pensée les deux tour creuse de 21 pieds ^e haut (corr. 37) 
sur ensemble i pieds 9° la plainte autour du lambry de 
40 pieds sur 1 pied, un gradin de 21 pieds 1/2 sur i pied 
vallent ensemble 5 (corr. 6) toisses 13 pieds 1/4 à 24 liv. 
la toise, compris le verni gras, font 128 « 

(Corr.) 132 r, 

Bois verni. 

La corniche de 50 pieds de tour sur 2 pieds toisée double 
à cause de la longueur des modillons et danticulles, les em- 
brazem'" ou wousures des archivoltes de 26 pieds de tour sur 
ensemble 10 pieds, le restant des lambris de 54 pieds de tour 
sur 19 pieds, à prendre du dessous de la corniche; à déduire 
pour les wuides des archivoltes de chacune 9 pieds 1/2 sur 

7 pieds le surplus vaut 28 1/4 

(Correct.) • . 25 1/4 

A raison de 6 liv. font . . . , • 170 " 

Total. 2,886 15 



Payé pour l'embalage et caise du cadre 

Pour la peinture et rechampisage de la grille 

Pour le racomodage de la gloire et du cadre estimez 
ensemble à 

Les 37 lettres rechampie en bleu à 2 s. chacune 

Avoir apprêté, blanchy et àdoucy, ensuitte couché de tainte et 
verny 10 fiches en couleur de cire, à raison de 2 liv. chacune. 

Avoir argenté 6 chandeliers, à raison de 5 liv. chacun. . 

Marbre, 6 1. . . ..'...... 

Verni, 25 1/4. 

Lettres '...... 

Chandeliers . . '. 

Table et fiches. . . . '. 

415 pieds 1/2 2,495 » 



liv. 


s. 


16 


» 


30 


n 


6 


)) 


3 


14 


20 


» 


30 


n 


132 


r 


151 


10 


24 


n 


24 


n 


18 


» 



Total. .. ,. .. . 2,844 10 



4 

M 



PEINTRES DES XVl% XVII" ET XVTIT SIÈCLES. 125 

J'ai soussigné reconnois avoir reçu de Monsieur Bidet, Irézorier, la 
somme de deux mille huit cents quarante quatre livres, tant en argent 
qu'en deu\ billets payable dans les termes convenus, pour les ouvrages 
de peintures et dorures par moy faits en l'église du Saint-Sauveur de 
Caen, dont je le tients quitte. A Caen ce douze octobre mil sept cent 
soixante unze. 

Signé : Delaplanche. 

A M. de La Planche, 90 liv. pour les ouvrages de peinture et dorure 
qu'il a faits à la chapelle de la confrérie. 1771. Compte de la charité 
de Saint-Sauveur de Caen. 

Desdouits. 

A Jean Desdouys ou autres à son droict, pour la peinture du m' autel 
et encoigneures, sacraire, et tableau de parmy paint sur bois, 21 écus. 
Caen. S' Gilles. Compte de juillet 1584 à juin 1585'. 

' Extraits dud. compte. 

A Jean Angot, serrurier, qui a fait quatre » escrieus » et quatre « vys i pour 
afficher le tableau dud. m*' autel, et pour une verge de fer et deux i pintelz i , 
45 s. 

A Thonnas Le Petit, grossier, pour 5 aunes de camelot de « Lisie i , pour faire 
un rideau à mettre devant led. tableau, 1 écu 2 t. 

Pour trois quarterons 1/2 de sargette pour faire la frange aud. rideau, 37 s. 
6d. 

A la veuve Jean de Basiy pour la façon de lad. frenge et 10 aunes de ruban à 
appliquer led. rideau à lad. verge, 12 s. 

2 douzaines d'anneaux de cuivre pour accommoder led. rideau, 10 s. 

A Madeleine, femme de Cyprien Regnaud, pour son salaire d'avoir cousu lad. 
frange et le ruban à l'entour du rideau, et avoir cherché et quis le fil pour le 
coudre, 10 s. 

Pour avoir approprié et assis led. tableau, 12 d. 

Pour une aune 1/2 de camelot pour élargir le rideau, 20 s. 

Pour 28 aunes de grand passement large pour border et renforcer la tapisserie 
de l'église, 25 s. 

Pour un quartier 1/2 de grande frenge de sargette pour mettre à la laise du 
rideau, 8 s. 6 d. 

A Madeleine, femme de Cyprien Regnauld, qui a élargi le rideau et cousu les 
28 aunes du passement à l'entour de lad. tapisserie, tant pour sa peine que pour 
le fil, 10 s. 

A Jean Angot, serrurier, qui a élargi lad. verge et a fait deux « pitez » neufs 
pour afficher icelle, 10 s. 

Même compte, achat à la foire de Guibray de chappes, tapis, façon de Flan- 
dre, etc. 

A un marchand de Flandre, pour « ung petit ymage avec l'estuie pour servir 
le jour de l'Ascencion en lad. église d , 40 s. 



126 PEINTRES DES W'V, Xl'IT ET XVIIT SIECLES. 



Desté. 

A Nicolas Desté, 4 liv., pour avoir rafraîchi les tableaux et les gradins 
de l'église, suivant quittance du 21 septembre 1742, le curé ayant payé 
le surplus. Cheux. 

Drouais. 

« Au s' Droais « pour des peintures au tableau du grand autel, 1 liv. 5 s . 
Lisieux. S' Désir. Compte de 1703. — A Drouais, pour le tableau, 3 liv. 
Ibid.f 1741, — A Drouais, doreur, 15 liv., pour» l'écarrie du dais pour 
porter le S' Sacrement ». Auvillars. Compte de 1733-1735. 

Dlbois (J.-B.). 

Quittance de 4 liv. pour peinture par lui faite à la niche du S' Sacrement 
de la paroisse S' Germain de Lisieux. 1742, 3 juin. 

DUBREIIL (P.). 

Quittance au curé de Gueron de 36 s., pour avoir peint 6 souches 
(Bayeux, 4 mai 1773). 

Dlgastel (Jean). 

Quittances de 1767, 1768 et 1769, pour travaux de peinture à S' Ger- 
main de Lisieux. 

Dlpré-Jlmel (B.). 

Quittance au curé d'Hermanville de 24 livres pour avoir fait le tableau 
de la bannière dud. lieu (Caen, 7 juillet 1686). 

DUVAL. 

A Duval, peintre, pour le tableau de la S'« Vierge et pour deux boites 
de torches, 41 liv. Compte de la confrérie du Rosaire de Burcy, pour les 
années 1757-1767 ». 



' Même compte : A Duval, faïencier à Vire, pour le platde quête, 10 s. Parmi 
les pièces justificatives, quittance de Louis Duval, « dinnandier » , bourgeois de 
Vire, de 6 s., pour avoir raccommodé un des chandeliers de la confrérie. 



PEINTRES DES XVl'. XVII" ET XIIIT SIECLES. 127 



Eléazar. 

A « Elêazard », peintre, du Tourneur, 40 liv., pour le tableau du 
maître-autel. Bény-Bocage. Compte de 1754-1763. 

Elouis. 

A « Pelouis », peintre, pour le vernis du banc du trésor, 30 liv. Caen. 
S* Etienne. Compte de 1752-1753. — Ibid., 1755. A Elouis, pour avoir 
doré l'exposition du S' Sacrement, 18 liv. 

Quittance de 200 liv. pour aider à payer la dorure de la contretable de 
l'église d'Auvillars. 17 septembre 1756. 

A Elouis, peintre, pour avoir parfait l'autel de la chapelle de la cha- 
rité, 43 liv. Caen. S» Etienne. Compte de la charité de 1759 à 1765. 

A » Louis », peintre, pour avoir peint et « accomodé » le chandelier 
pascal de l'église, 6 liv. Caen. S' Nicolas. Compte de la S' Jean 1760-1761. 

A Elouis, peintre, 15 liv. 4 s., pour avoir repeint les gradins du grand 
autel, rafraichi les tableaux et fourni le bâton de la croix neuve. Cheux. 
Avances du curé de Cheux remboursées en 1761, 

Quittance d'Elouis au trésorier de S' Nicolas de Caen de 6 liv., pour 
avoir peint en blanc à l'huile le chandelier pascal de lad. paroisse et avoir 
fait des filets en or couleur sur led. chandelier. 5 mars 1762. 

« A W Elouis, pour avoir mis en blanc poly les faux cierges de la 
paroisse », 3 liv. Caen. S' Nicolas. Compte de 1769, et quittance. 

« Aujourd'hui' vingt trois mars 1774, il a été convenu entre Messieurs 
les députés de la paroisse de Bernière et le sieur Elouis, peintre et dote ur 
de la ville de Caen, sçavoir que ledit sieur Elouis s'oblige de dorer et 
peindre la contretable de l'église de laditte paroisse de Bernière, sçavoir : 
la croix du haut de laditte contretable sera dorée en face la couronne qui 
est autour de même ainsi que tout le reste de la contretable, les orne- 
ments du cadre de la niche seront dorés, et les fonds en un beau blanc 
(en correction de marbre), les grandes guirlandes seront dorées, les 
modillons, les denticulles et les rosettes qui sont dans la corniche dorés, 
les chapiteaux, les embase des collonnes dorées, et les ornements qui 
sont autour. Les pilastres derrière les colonnes, qui ne sont presque pas 
vue, seront seullement en coulleur d'or. Le cadre du tableau sera doré et 
les fonts dudit cadre en marbre {blanc, ajouté). Les figures seront peinte 
d'un beau blanc avec un gallon d'or aux extrémitées qui ce découvre à 
leurs habillement, c'est à dire à ce qui est visible. Les ornements qui 
sont autour des portes qui sont au bas de la contretable, seront dorés, le 



128 PEIXTRES DES WV. XVII' ET XVIir SIECLES. 

tombeau sera redoré, et générallemetit toutes la sculpture de laditte 
contretable, exeplé les figures qui seront habillées comme il est men- 
tionné ci-dessus. Tout ce qui est par dessus les ornements, et tout ce que 
la vue ne découvre pas à une distance raisonnable ', sera seuUement mis 
en couUeur d'or, et générallement tous les fonts seront peint en très beau 
(en correct, de dijérents) marbre {blanc et, ajouté) convenable à l'ou- 
vrage. Le tableau sera netoyé, les deux portes seront peinte d'une couUeur 
convenable. Tout l'ouvrage mentionné cidessus sera peint et doré à l'huille 
d'un bel or et le tout bien conditionné suivant ce devis. En conséquence 
de quoy nous sus dit députés avons accordé audit sieur Eloûis la somme 
de quinze cens livres, payable, un tier au commencement de l'ouvrage, 
un tier au millieu de l'ouvrage, et le dernier tier à la fin de l'ouvrage. 

Messieurs les députés chargeront le trésorier de faire faire une établie 
bonne et solide, convenable à l'ouvrage, et de fournir les échelles néces- 
saires, parce qu'en outre les ouvrages cy-dessus détaillés le s' Elouis 
s'oblige de dorer six pots à fleurs servants à la décoration de l'autel. 
Entendu par le présent marché que led. s' Elouis se logera et nourira 
lui et ses ouvriers à ses frais. Et a été accordé pour le vin des ouvriers 
une somme de douze livres. Fait et aresté double, à Bernières, le vingt 
trois mars mil sept cens soixante quatorze. » 

Signé : Elolis. Holsset. L'abbé de Touchet. Aubert, 
curé de Bernières sur la Mer. 

« Et depuis le marché cy-dessus, Messieurs les députés se sont portés à 
faire mètre en or les ornements des pilastres qui sont derrière les colon- 
nes, lesquels par le 1" marché ne devoint être peint qu'en couleur 
d'or, de plus ils ont fait peindre aud, s"^ Elouis le lambri du sanctuaire, 
sur lequel ont été appliquées trois couches de couleur, pour quoi, en 
considération des augmentations cy-dessus, Messieurs les députés ont 
accordé aud. s' Elouis une somme de cent quarante quatre livres, et 
attendu qu'il ne s'est pas trouvé nécessaire de redorer le tombeau, ainsi 
qu'il avoit été convenu et aresté par le susdit marché, le s' Elouis a con- 
senti diminuer sur la somme à lui accordée, celle de quarante huit livres; 
partant, la somme totalle, tant en principal que vin du susdit marché, est 
fixée à celle de seize cens huit livres, qui sera payé aud, s' Elouis, si fait 
n'a été, suivant les conventions et aux termes portés aux susdit marché. 
A Bernières, le premier aoust mil sept cens soixante quatorze, n 

Signé : Holsset. Elouis. Aubert, 
curé de Bernières sur la Mer. 

' Gomme les côtés des pieds d'esteaux, collones et autre chose pareille, rayé. 



PEIXTRES DES XVI', Xl'II' ET XVIII' SIÈCLES. 129 

« Le septic'iiie jour de juin mil sept cent soixante seize, en conséquence 
d'une délihéralion du général des parroissiens possédant fonds de la 
parroisse de Carpiquet sousseing, en datte du 19 may dernier, qui 
autorize M" Bazin, curé de lad. parroisse, Aubry, Piedplu et Michel 
Larcher, fils Archange, conjointement avec iM" Laurent Lamy, trésorier 
en charge, de faire décorer le grand autel de l'église parroissiale dud. 
lieu en dorure, peinture, marbre feint et tableaux, aux dépens de 
la fabrique et de bon goût; lesd. s" curé, trésorier et députés se sont 
assemblés avec plusieurs personnes de l'art, pour examiner les ouvrages 
à faire and. autel, et convenir avec quelqu'un du prix de la confection 
d'iceux, et après avoir entendu le raport desd. artistes, peintres et 
doreurs, qui ne portoient pas la décoration à moins de douze cent livres, 
avoir pareillement examiné les forces de la fabrique, ses revenus annuels 
et ses charges, ils ont senti l'impossibilité de faire actuellement cette 
dépense en entier, sans faire un emprunt sur le compte de la fabrique, 
ils se seroient déterminés à ne faire actuellement que les décorations les 
plus urgentes et les plus provisoires, relativement aux forces actuelles 
de la fabrique, vu qu'il est nécessaire qu'il reste toujours des fonds à 
la fabrique pour les dépenses ordinaires et accidentelles. Sur ce s'est 
présenté le sieur Elouis, peintre doreur à Caen, lequel a représenté aux 
s" curé, trésorier et députés, que cette décoration faille en deux fois seroit 
estropiée et manquée; que led. autel étoil de bon goût et finy et devoit 
être duement décoré au désir de la délibération du général des parrois- 
siens, que pour faciliter l'exécution actuelle desd. décorations, il offroit 
de faire partie des avances et de prendre des termes pour ce qui resteroit, 
si les s" députés vouloient s'arenger avec luy. Sur quoi lesd. s" curé, 
trésorier et députés ayant entreux délibéré ont été d'avis que la propo- 
sition du sieur Elouis est avantageuse à la fabrique, vu que ce dernier 
s'est relâché à une somme d'onze cent livies pour la confection desd. 
ouvrages, parce que le s"^ curé, pour en failiter l'exécution et faire 
l'avantage de la fabrique, a volontairement offert au s"^ Elouis sa table 
pendant la confection d'iceux. En conséquence, et en vertu des pouvoirs 
à eux donnés par la délibération vantée, ils sont convenus avec led. 
s' Elouis de ce qui suit : 

1° Led. s"^ Elouis se charge de décorer led. autel et la contretable dans 
toutes ses parties en dorure, peinture et marbre feint partout où il sera 
nécessaire ainsy qu'il est cy-après expliqué, à l'exception des tableaux 
qui ne sont point à sa charge; 

2" La porte du tabernacle, la niche ou exposition du S' Sacrement e^ 
le scabellum seront dorés en plein. Les ornemens du corps du tabernacle 
et ceux des gradins seront pareillement dorés avec un fond sablé de bon 



130 PEINTRES DES XV!". XVlT ET XVIir SIECLES. 

goût, le tombeau diid. autel sera feint en marbre clair conforme à l'échan- 
tillon présenté par le s' Elouis auv s" députés; mais la cartouche étant 
au milieu sera dorée en plein avec un fond en argent. La baguette ou 
cordon qui environne led. tombeau sera pareillement dorée ainsy que les 
ornemens dt's pieds corniers, la table descrédenses sera feinte en marbre, 
mais les ornemens d'icelles ainsy que les consoles qui les soutiennent 
seront dorées en tant que des parties vues en devant ; 

3" Le fond de la contretable restera en blanc, ainsi que le fond des 
ornemens, mais toutte la sculpture et ornemens d'icelle sera dorée, comme 
bazes et chapitaux des pilastres, graines et cordons d'iceux, les guir- 
landes, les consoles qui soutiennent les petits tableaux, modillons et den- 
ticules. La gloire avec ses rayons sera dorée en plein, le Jehova pourra 
avoir un fond en argent, l'agneau ainsy que les ornemens sur lequel il 
est appuyé sera doré; ainsy que les palmes et autres ornemens du cou- 
ronnement dud. autel et ceux des petits vases et de la croix qui forment 
l'amortissement, le fond de lad. croix pourra être sablé, les flammes 
des deux grands vases latéraux ainsy que les ornemens d'iceux et ceux 
des urnes, en tant que des parties vues, seront dorés, les fumées seront 
feintes en couleur naturelle et la plus analogue à la place. Le gable de 
l'église, qui forme au-dessus de l'entablement le fond dud. autel, sera 
peint de deux couches de peinture à l'huile petit grix, les cadres des trois 
tableaux seront feinls eu marbre noir luisant veiné en or, la baguette des 
cadres des trois trumeaux, qui sont sous les tableaux, sera dorée, le 
rétable ou socle de lad. contretable sera feint en marbre de la couleur et 
à la hauteur que le s' Elouis jugera le plus convenable et généralement 
toutte la sculpture et ornement desd. autel et contretable seront dorés en 
bel or, tout l'ouvrage mentionné cy-dessus sera peint et doré à l'huile 
avec les couches de peinture nécessaires pour la beauté et solidité de 
l'ouvrage; le tout bien conditionné conformément aux règles de l'art et à 
ce devis et rendus prêts pour la fin du mois prochain. Est encore entendu 
que tout ce qui est par dessus les ornemens et touttes les parties que la 
vue ne découvre pas à une distance raisonnable sera seulement mis en 
couleur d'or, se chargeant lesd. s" trésorier et députés de faire faire des 
échafaudages solides aux frais de la fabrique, pour la confection desd. 
ouvrages, et sera tenu led. s'' Elouis de se fournir de toutes les matières 
nécessaires pour lad. décoration, pour la confection et fourniture des- 
quels lesd. s" curé, trésorier et députés en leurs dittes qualités ont accordé 
aud. s' Elouis une somme d'onze cent livres, de laquelle il luy sera payé 
sous quinze jours par M*" Laurent Lamy, trésorier en charge, la somme 
de six cent livres, et le surplus, montant à cinq cent livres, sera payé par 
le trésorier pour lors en charge aud. s"" Elouis, sçavoir, celle de trois cent 



PEINTRES DES XVT, XVlT ET XVIlT SIÈCLES 131 

livres à la fête de tous les saints mil sept cent soixante dix sept, et le res- 
tant montant à deux cent livres luy sera payé à pareil jour, un an après, 
c'esl-à-ilire en mil sept cent soixante dix huit, dont du tout ce que dessus 
lesd. parties sont demeurées d'acord et contentes, et ont signé double, à 
Carpiquet, le jour et an que dessus. 

Signé : Bazi.v, curé. L. Lamy. J. Piedplu, 
Michel Larcher. Elouis. 

Reçu à cont sur le pr[é]sant la somme de six cents livres, le présant et 
le double ne valant qun seul et même. Ce traize jun mil sep cent soixante 
saize. 

Signé : Eloïis. « 

A Elouis, peintre, 133 liv. pour avoir fait le tableau de la bannière, 
avoir fourni le bâton et la ferrure. 1779. Caen. Saint-Ouen. 

EXAULT. ESXAULT. 

A Esnault, bourgeois de Vire, « pour avoir peint et mis en fleur le 
rideau de la chaize paschalle de l'église », 30 s., suivant sa quittance du 
10 mai 1691. Bény-Bocage. Compte de 1693-1696 K 

A Gilles Enault pour peindre la contretable, 36 liv. Coulonces. Compte 
des confréries de S' Gilles et S' Marcoul, de 1724 à 1735. 

Etiexxe. 

Quittance par Etienne, « pintre «, de la paroisse de S' Gervais de 
Falaise, au trésorier de S' Germain de Fourches, de 200 liv. pour avoir 
fait et fourni « le tablot, ferrures, baston, garniture et pente » d'une 
bannière qu'il a faite pour lad. paroisse. 1789, 30 septembre. Fourches. 

Feugeray (Pierre). 

Quittances de Pierre Feugeray, « paintre « à Caen, au prieur de S' Ger- 
main-la-Blanche-Herbe : de 70 s. pour avoir peint une paire de gradins 
fournis pour Tautel par Pierre Duval, menuisier à Caen (1629); de 
10 sols t., tant pour avoir peint les quatre bâtons qui s'entretiennent et 
servent à porter le dais ou tente que le bâton ou verge et pommes de la 
bannière de l'église (1630). — << A Pierre Feugerey, painctre », 12 liv. 

' Aud. compte, » au peintre qui a placé le tableau du grand autel s, 1 liv. 18 s. 



132 



PEINTRES DES WV, XVIT ET XVIIT SIECLES. 



« pour avoir p.iinct la toille à servir en Caresme devant le crucifix où 
est painct une Xostre-Damede Piété tenant Nostre Seigneur sur son giron, 
avec autres figures de la Passion » . 1647. Caen. Vaucellcs. 

Gaugaix. 

Quittance pour le tableau de la chapelle. 1787. Caen. S' Sauveur. 
Charité. 

GoD (Charles). 

Quittance de Charles God, peintre, l)ourgeois de Caen, à Jacques 
Feuillet, trésorier de S' Michel de Vaucelles, de 15 liv. t. « pour mes 
paines, sallaires et vacations d'avoir faict et t'abricqué le tableau qui sert 
de font au days possé sur le grand autel de lad. églize >i . 15 octobre 
1646. (Signature avec Le devant son nom.) 



Gosse. 



A Gosse, peintre, pour avoir reverni et racommodé les cassures qui 
étaient au tableau de la bannière, 6 liv. Caen. S' Etienne. Compte de la 
charité de 1719-1722. 



GoT ou Le Got (Crespin). 

« A M' Crespin, paintre, pour les douze enseignes qu'il a faictes pour 
mettre aus chaperons [des frères servans à la charitlé], 6 liv. 

a A M* Isac Baillehache, m« mason, suivant l'alou qui a esté faict 
avecques luy pour fere l'autel de S' Raphaël et S'" Barbe, 36 liv. 

<( A M^ Crespin Got, paintre, pour avoyr painct les deux images qui 
sont sur led. autel, qui est l'image de S' Raphaël et l'image de S'* Barbe, 
15 liv. 

« Aud. M* Crespin, pour avoyr faict le tableau qui est dans led. autel, 
qui est l'istoire de Tobye, et pour avoyr paint et doré led. autel, 54 liv. 

« A M" Crespin God, M" paintre, pour avoyr painct toult à l'entour de 
la vitre de S' Raphaël, et faict deux tabeaulx es deulx costés de celuy du 
contraulel et pour avoyr painct ce qu'il y a d'aultre painture, 30 liv. « 

Comptes de la charité de V'aucelles de Caen pour 1613-1614. 

« A M* Chrespin Le Guot, paintre, pour avoir dorey le sacrere et dix 
figures pour garnir icelluy, paint et dorey les marches qui sont sur l'autel 



PEIMTRES DES XVr, XVW ET XVIir SIECLES. 133 

et repaint les grandz images de dessus le hault dud. autel et paindre un 
ciel façon de Damas pour couvrir led. autel, cent livres, suivant son 
marché et alleu du 3° jour de mars 1619. » Caen. Vaucelles. 1619 '. 

u A M" Crespin Le Got, paintre, pour avoir repaint et mis en couUeurs 
la grande bennyère, remis de l'or et argent aux endrois nessesaires tant 
du tableau que sur le damas, repaint le baston d'icelle, doré et repaint le 
baston de la croix d'argent », 18 liv., suivant le marché fait avec lui et 
son acquit du 8 avril 1623. Caen. Vaucelles. Charité. 1623. 

a A Crespin Le Got, M' paintre en cette ville de Caen, pour avoir faict, 
quis et fourny douze tableaux en huille sur fer blanc pour servir d'orne- 
mens aux torches et sierges d'icelle charité » , 25 livres, suivant le marché 
fait avec lui et son acquit du 20 septembre 1624. Ibid. 

Aud. Le Got « pour avoir paint deux grans traistres pour servir 
à mettre les torches despendantes d'icelle charité, et pour avoir j)ainct dix 
basions servans à icelles, paint les douze escussons de boys sur quy sont 
cloués les douze petits tableaux de fer blanc » , 10 liv. 8 s., suivant son 
acquit du 10 mars 1625. Ibid. 

« A AP Crespin Got, paintre, pour avoir faict unne figure de S' Michel 
à mètre dans le roulleau de l'un des chaperons des frères servantz de 
lad. charité .), 15 s. Ibid. Compte de 1628-1629. 

« A M* Crespin Got, paintre, pour avoir fourny trois histoires ou figures 
S' Michel pour mettre sur troys des chaperrons servantz aux frères de 
lad. charité », 40 s. Ibid. Compte de 1632-1633. 

il A M* Crespin Got, paintre, pour avoir paint, quis et fourny cinq 
roudeaulx sur lesquels sont paints la figure S' Michel pour servir aulx 
chaperons desd. frères », 4 liv. Ibid. Compte de 1633-1634. 

« A M* Crespin Got, peintre, pour avoir fourny, peint et estofey 
plusieurs figures, peintures et estofes aux images, austel et closture de 
la chapelle S* Sébastien, suivant l'alleu et endorse faict sur iceliuy du 
20" de febvrier 1636 » , 52 liv. Ibid. Compte de 1635-1636. 

Quittance à Crespin God, de 100 s. pour une année de rente au trésor 
de Vaucelles, à lui donnée en paiement de tableau, 1647^. 



' Ibid., pour avoir fait rapporter le i sacrere » de chez le peintre, 5 s. 

^ Extraits des comptes de la Charité de Vaucelles : 

De 1598-1599. a Payé à Jacques Hébert, thrésorier d'icelle églize, pour avoir 
faict apporter et quis ung image de saint Sébastien, suivant l'acquit dud. Hébert, 
du 15" de may 1599, 2 écus 15 s. Plus payé au peintre qui a peint led. ymage 
saint Sébastien, 2 écus 12 d. 

De 1643-1644. « A un paintre, pour avoir quis et fourny un ymague de saint 
Michel paint sur carte pour naettre à l'un des chaperons des frères servants, eu 
lieu de cclluy qui y estoit rompu « , 12 s. 



134 PEINTRES DES XVI', XVir ET WIIT SIÈCLES. 



GoUBIN. 

Divers travaux de peinture à S' Sauveur, 1770, 1773, 1774, etc. Sa 
note de 1776, sur la chemise, porte : Au « barbouilleur ». — 1776. 
A Goubin, pour avoir peint quatre porte-cierges, 1 liv. Caen. S' Etienne. 
— A Goubin, pour peinture des stalles du chœur et de la porte du 
cimetière, 58 liv. 10 s. Compte de S' Martin de Caen de 1777 et 1778 *. 

GOYER. 

A Goyer, peintre, pour avoir peint V « exposition », 12 liv. 1782, 
3U octobre. Caen, S" Paix^. 

Grevost. 

Quittance de « Josph Grevost » , peintre à Caen, rue de l'Odon, à Queu- 
deville, trésorier de Carpiquet, de 5 liv. pour deux tableaux à lui vendus 
(1762) 3. 

GuÉRARD. 

Quittance à Léger, syndic des confrères de la charité de S' Sauveur de 
Caen, de 6 liv., pour réparation à la bannière de la confrérie, 1788. 

Halley (Louis). 

A Louis Halle, suivant le marché fait avec lui le 1" septembre 1706, 
pour fournir à l'église un tableau avec le cadre, les gradins et le devant 
d'autel, 127 liv. 10 s., suivant ses quittances des 27 juin et 27 sep- 
tembre, et 16 janvier 1708. 

A Louis Halley, 137 liv. 10 s. pour un « quesson « enrichi de sculptures 
et une exposition dessus avec deux gradins, deux petits cadres, quittances 
des 26 septembre 1708 et 2 octobre 1709. — Même compte, pour la 

' Même compte : A Cabourg, pour avoir raccommodé la statue de saint Pierre, 
4 1. 

* Ibid. A Germain, 5 novembre 1782, 6 1., pour avoir fait la couronne de 
l'exposition et autres ouvrages. 

^ Ibid. Quittance de Boullée de 3 1. 10 s., pour un tableau vendu à l'église de 
Carpiquet (1762). — Quittance de Cahagnet, de 20 s., pour avoir fait deux 
cadres pour servir à deux tableaux de l'égUse de Carpiquet. 



PEINT II ES DES XVI', X V 1 1' E T X V 1 1 T S 1 E C l,E S. 135 

nourriture du peintre qui est venu placer dans réglise le tabernacle, 30 s. 
dieux. 



Hkbert (Pasquel). 

Novembre 1591. « A Pasquet Hébert, m' du ineslier de painclre et 
vitrier " , pour avoir assis à la lanterne de dessus le chœur de l'église les 
quatre vitres neuves auxquelles il y a 108 pieds de verre au prix de 5 s. 
chaque pied, 9 écus. 

10 juillet 1592. A Pasquet Hébert, vitrier, pour avoir u racoutrey » 
plusieurs panneaux et mis en ploml) neuf avec plusieurs losanges aux 
autres vitres, 1 écu 30 s. Caen. S' Nicolas. Compte de 1591-1592. 

Jahouf.l. 

1769. A Jahouel, pour avoir doré l'exposition du grand autel, avec les 
panneaux de côté, suivant son marché, 212 liv. Au même, pour avoir 
fourni la glace de l'exposition, 42 liv. 10 s. Caen. S' Nicolas. 

1771, 23 juin. Marché entre Lair, trésorier de la paroisse S' Nicolas de 
Caen, et Jahouel, maître doreur à Caen, qui s'oblige dorer le grand 
« hostel )' de lad. paroisse, le cadre seulement, c'est-à-dire le gros 
« cardron » dud. cadre, en or, ainsi que la chevelure et les ailes du 
chérubin, et les deux morceaux d'ornement au-dessus du cadre; les 
moulures des deux côtés seront peintes en marbre blanc, ainsi que le 
cadre du devant de 1' « hôtel » , l'appui de communion sera peint de trois 
couches de peinture à l'huile en noir, pour empêcher au fer de rouiller, 
les boutons et grenette seront dorés en or du meilleur et du plus beau, le 
tout sujet à visite, moyennant 107 liv. Quittance. Cf. les comptes. — 
Autre quittance du même de 18 liv. pour avoir peint de trois couches en 
noir et avoir doré le lutrin de S' Nicolas, et avoir aussi peint le pied, qui 
est en pierre, en couleur de marbre, avoir fourni la peinture, l'or et la 
main d'oeuvre (1771, 23 juin). Cf. les comptes. 

Quittance du même à Bidet, trésorier en charge de la paroisse 
S' Sauveur de Caen, de 9 liv., pour avoir fait et vérifié le toisé de la 
dorure de l'autel de lad. église (1771, 14 octobre) . 

1788, 11 février. lAIarché par lequelJahouel, peintre doreur, bourgeois 
de Caen, s'oblige envers Louvel La Maindelle, pour l'église de Bourguébus, 
dorer à la colle, c'est-à-dire à l'or bruni, six chandeliers et une croix 
d'autel, dans le même genre, de la même manière et du même or que 
celle des chandeliers du grand autel de S' Pierre de Caen, plus faire et 
fournir six souches de 5 ou 6 pieds de haut, etc., avec une septième boite 



136 PEI\'TRES DES \VV, XVlT ET XVIir SIECLES. 

ou fut pour le cirier, pour lui servir de modèle, moyennant 18 liv. par 
pièce, soit 12(> liv,, pour la dorure et arrangement des chandeliers, et 
pour les souches 40 sols du pied, prêtes à placer. Diminution de 6 liv. 
par jour de retard au terme fixé, à moins qu'il ne tombât malade. Plus 
1 liv. 4 s. pour le vin du garçon. 

.luMEL ET Le Jumel. 

Robert < .lumel, paintre ». 1677. 21 liv. pour avoir peint le devant 
d'autel de la chapelle S' Sébastien et autre travail. Caen. Vaucelles. Charité. 

Robert .liimel. 55 liv. pour avoir fait le tableau de la bannière et avoir 
racommodé, repeint et repassé le tableau de la grande bannière. Ibid. 
Compte de 1677-1678. 

A Robert Le Jumel, peintre à Caen, 30 liv. pour avoir fait et fourni le 
tableau de la bannière '. Quittance du 16 octobre 1690. — A Pierre 
Le Jumel, peintre, 14 liv. pour avoir peint le devant d'autel de S' Sébas- 
tien *, quittance du 27 septembre 1691. Caen. S' Gilles. Compte de la 
charité, pour les années 1690-1692. 

A Pierre Le Jumel, peintre, 28 liv. pour avoir peint le plafond de 
derrière l'autel de l'église. Caen. S' Gilles. Compte de 1694-1696. 

A Suzanne Jumel, 4 liv. pour avoir raccommodé une bannière, doré 
les pommes et un bâton de croix peints. Compte de la charité S' Gilles de 
Caen. 1715-1717. 

La Barbrie (A.). 

Aud. peintre, 100 s. pour avoir peint les crédences du chœur. 1686. 
Falaise. S' Gervais. 

La Drouaise. 

Travaux de peinture à l'église de S' Désir de Lisieux. Comptes de 1656 
et 1658. 

La Haye (de). 
.A M« Gabriel de La Haye, 6 liv. pour avoir « painct et escript en 

' A Philippe Busnel, marchanda Caen, 41 1. pour avoir fait et fourni la ban- 
nière de damas rouge cramoisi. — .Autres paiements pour la ferrure et monture 
de la bannière. 

'^ A Le François, père et fils, menuisiers, 11 1. 5 s., pour avoir fait le devant 
d'autel de la chapelle de saint Sébastien et fourni le bois. 



PEIMTRES DES XVT', XVII'' ET XVIir SIÈCLES. 137 

letrcs (l'or la chasse du grand autel ». 1617. Falaise. S' Gervais. 
Reconnaissance laite en 1G7I pour Toussaint de La Haye, peintre, 
bourjijeois de Falaise, par les trésoriers de Guibray, de la fieffé à lui faite 
en 1641 , d'une loge construite en appentis contre l'église et dans le 
cimetière, led. de La Haye ayant remontré que dès il y a long temps il 
avait fourni en lad. église plusieurs tableaux, en conséquence de quoi il 
avait joui de lad. loge sans contredit, et qu'aujourd'hui il désire fieffer 
à perpétuité lad. loge, et pour ce faire fournir en lad. église quelques 
tableaux à ce nécessaires, et outre payer annuellement quelques sommes 
dedeniers au trésor : assemblée des paroissiens portant que led. de La Haye 
demeurera quitte de la jouissance qu'il a eue de lad. loge, au moyen 
qu'il a promis bailler et fournir à lad. église de Guibray un tableau de 
S'" Anne en huile, et pour l'avenir elle lui sera fieffée pour construire et 
faire couvrir de tuile ainsi qu'il avisera bon, moyennant 60 sols de rente 
foncière. Falaise. Guibray. 

La Haye. 

Aud. peintre, pour travaux au grand autel de Notre-Dame de Caen. 
Compte de 1737-1738. 

Lanisien. 

« A M"" Lanisien, pour avoir fait une inscription en lettre d'or au côté 
du maître autel », 18 liv. Falaise. S' Laurent de Vaston. Compte de 
1769-1772. 

La Pierrk. 

A La Pierre, peintre, suivant quittance du 30 août, 5 liv. 15 s. 1756. 
Caen. S' Nicolas. 

A Marie dit La Pierre, peintre, 91 liv, pour avoir doré gradins, taber- 
nacle, suppôt des reliques, cadre derrière l'autel. 1773. Caen, Notre-Dame. 

A Marie ditLapierre, croquetier, son mémoire de peintures dans l'église 
et au clocher. 1773, Caen. Notre-Dame. — Ihid. à Lapierre, peintre, 
26 liv. 10 s, pour travaux de peinture, 1774 ; autres travaux de peinture 
et dorure en 1776, par Marie dit La Pierre, peintre. 

Laroche. 

Quittance de F.Laroche, de 5 liv. pour deux tableaux qu'il a « racom- 
modés » dans deux chapelles de l'église S' Sauveur de Caen, 1769. 



138 PEINTRES DES XVT, \V IV ET XVIIT SIECLES. 



Le Bâtard. 

A Jean Le Bâtard, peintre, pour avoir peint les vieux bancs autour du 
chœur de l'église pour la décoration uniforme, 30 liv. Caen. S' Etienne. 
Compte de 1752-1753. 

Le Feuvre. 

A M* Jacques Le Febrre ', 4 écus h déduire sur ce qu'on lui doit pour 
faire le tableau du banc de la Charité. — Compte de la Charité de 
S' Gilles de Caen^ pour l'année 1596-1597. 

Le Feye. 

« A M' Nicoll. Paye, sieur de La Champagne, paintre et sculleur aud. 
Caen, pour avoir paint la chasse du m^ autel de lad. églize de S' Nicoll. 
et doré l'ornement de feuilles d'ollives de lad. chasse et autre besongne 
contenue en son alleu du 22« febvrier 1654, 55 livres. » Caen. S' Nicolas. 
Compte de 1653-1654. 

Marché avec la Charité de Vaucelles. 

K Au jourd'huy vingt huicl" jour de janvier mil six cent cinquante 
cinq, marché et alleu a esté ce jourd'huy faict entre M° NicoUas Le Feye, 
M* peintre et bourgeois de Caen, et honneste homme Jean Gauquelin, 
eschevin de la charité de l'esglise parroissialle de S' Michel de Vaucelles 
de Caen, par lequel led. Le Feye s'est submis et obligé faire une banière 
au tableau de laquelle il y peindra d'un costé l'image de la S'^ Trinité eu 
trois figures et de l'autre costé d'icelle l'image et représentation de 
S' Michel, en forme d'ange habillé par le dessus d'un corselet qui sera 
faict pareil et semblable à un tableau de S' Michel qui est de présent au 
couvent des religieuses de la Visitation de ceste ditte ville, et lequel a esté 
veu par Monsieur le curé de lad. esglize, comme aussy la planche sur 
laquelle sera faict le tableau de la Saincte Trinité. Par ce que led. Le 
Faye fournira le couetil neuf de chanvre sur lequel seront peint par luy 
lesd. tableaux, comme aussy le hois et ferreures nécessaires, lequel bois 
et pommes au nombre de trois seront dorées, et mesmes le baston ser- 

' Cf. compte de 1597-1598. A M* Jacques Le Febvre, menuisier, qui a fait le 
tableau du banc de la Charité, 4 écus 1/3 restant du paiement. 

- Ibid. 1599-1600. A Hector, pour refaire le tableau et même pour avoir de 
cuir et de clou, 14 s. 6 d. 



PE IX THE s DES XVT, Xl'Il"^ ET XV 11^ SIECLES. 139 

vant à porter lad. hanière jiisques à rexlresmitté du bord de la frange de 
lad. hanière. Et en tant que le damas, frange, houppes et soye néces- 
saires et montures dud, tableau, ilz seront faictes faire et fournies par 
led. eschevin. Et sur les deux costez et fanons dud. damas sera faict des 
trophées d'or de S' Michel jusqiies au nombre de traize de chacun costé 
d'icelle au\ frais et despens dud. Le Feye. Et sera le tableau d'icelle 
hanière de la mesme grandeur que celuy qui a esté depuis peu faict par 
led. Le Feye pour la chappelle du S' Sacrement en l'esglise de S' Jean. 
Le présent alleu et marché faict en la présence et du consentement de 
noble et discrette personne M° Jean-Jacques Le Boucher, p*»", curé 
d'icelle esglize, honneste homme \oel Auber, s' de Mendre, M" Nicollas 
Danois et François Guillot, thrésoriers de lad. esglize, par le prix et 
somme de quatre vingtz dix livres, qui luy seront paiez par led. sieur 
Gauquelin, eschevin, sçavoir est une moictyé présentement comptant et 
l'autre moictyé lors que lad. hanière sera faicte, qu'il a promis rendre 
preste dans le jour de Pasques prochaines. Faict l'an et jour dessusd. n 
Parmi les signatures : M. Le Feye. Annexée, quittance dud. Nicolas Le 
Feye, à l'echevin, de 10 liv. t. pour reste de 90 liv. à lui promis pour 
led. tableau. 7 septembre 1655. Cf. Comptes de la charité de 1654-1655 : 
« .A M* Nicollas Le Fayes, m* paintre en cesle ville de Caen », 90 liv. 
pour avoir fait un tableau à la bannière que l'on prétend faire, suivant 
l'alleu et certificat des paroissiens du 31 janvier 1655. « Au sieur Faye, 
peintre, pour avoir doré la lampe de lad. églize », 6 liv. 1657. Caen. 
Vaucelles. 

Extrait des registres de la charité de S' Sauveur de Caen, par Jacques 
Le Canu. " Jacques Le Canu, pour la 3° fois eschevin, en 1658 a fait 
paindre dens le fronton ou amortissement du banc ' le martir de S' Sébas- 
tien par le s'' de La Champaigne Feye, et a cousté 12 liv. et pour 
replacer icelluy il y a eu procez contre les trésoriers quy le voulleurent 
empescher, et particullièrement M« Charles Le Lubois, un d'iceiix, dontil 
y eut sentence en bailliage pour le replacer. En 1659 a fait argenter les 
trois figures quy sont sur le pied de la croix et furent portée à Paris pour 
cet efet, et a cousté 6 liv. A fait faire deux petits tableaux pour mettre 
aux sieurges, un représentant la Nativité de Nostre Seigneur et l'autre du 
S' Sacrement, etcoustent 3 liv. 10 s... Pour avoir fait faire l'amortissement 
du haut du banc quy est un tableau en fasson du Mont de Tabort, 12 liv. - » . 

' Delà Charité. Cf. Saint-Igny, sculpteur. Un autre texte dit « dens le chaspi- 
tiau ou amortissement du banc » . 

* Cf. r « Etat général de la valleur du papier de la charitay de S' Sauveur » , 
d'après les anciens comptes, depuis 1568. En 1607. n A été le tableau qui est 



140 PEINTRES DES XV1'\ XVIP ET XVIIT SIECLES. 

« A Monsieur de La Champagne Faye, paintre, pour le tableau de la 
banière », 90 liv. Ihid. Damas et frange, etc., pour la bannière. Caen, 
S' Nicolas. Compte de 1661-1662. 

Cl A Mons' de La Cliampaigne Faix », pour la dorure et peinture de 
neuf tableaux des indulgences, 6 liv. Caen. Noire-Dame. Compte du 
V' mars 1669-1670. 

Quittances de Nicolas Le Feye, peintre de Caen (signées N. Le Feye), 
au curé d'Hermanville : de 20 liv. pour avoir peint et doré les montres 
de l'horloge de l'église (30 mai 1697) ; de 25 liv. pour un tableau repré- 
sentant S' Nicolas, placé à une des chapelles de l'église (30 mars, 1700). 

Le François. 

A Le François, peintre, pour le grand autel, 70 liv. Pour l'autel 

S' Paul, la balustrade et avoir blanchi l'église, 54 liv. Pour l'autel 

S' Lubin et le vernis de la chaire, pour le chœur et les bancs, néant. 
Courtonnel. Compte de 1758. 

Le Grand. 

A Le Grand (Nicolas), peintre, 5 liv. pour avoir raccommodé le tableau 
de S' Joseph. Villers-sur-Mer. Charité. Compte de 1712-1713. 

A Le Grand, pour avoir dégraissé et « vernisé » les 3 tableaux du 
chœur, 24 liv. Audit, pour avoir peint et marbré la contretable, 45 liv. 
Honfleur. S'<^ Catherine. Compte de 1749. — Ihid. compte de 1750. A Le 
Grand, peintre, pour avoir nettoyé le tableau de l'Annonciation, 8 liv. 

Quittance par Le Grand, doreur à Caen, de 45 liv., pour travaux à la 
croix d'autel, chandeliers, etc. 1769. Caen. Notre-Dame. 

Le Gras. 

A Le Gras, pour avoir peint le coq qui est sur la tour, 20 s. 1696. 
Caen. S' Nicolas. 

Le Héricy. 

u A ung painctre et à ung meneurier pour avoir visitey le sacraire, 

enluminez fait aux frais de lad. cliaritey. i> 1658. » Le martir S' Sébastien a esté 
paint dens le fronton du desus du Lanc. » 1659. « Fait faire deux petis tableaux 
pour mettre aux sieurges » , etc. — Cf. ibid. Dons de petits tableaux pour atta- 
cher aux cierges, 1642. 



PEIXTRES DES XVV, XVIT ET XVIIl' SIECLES. Ul 

V S. t. » « A Massiot Le Hérichy pour unc[ portrait qu'il avoit pour led. 
sacraire, V s. t. » Caen. S' Xicolas, compte' de 1534. 

Au compte commençant le 4 octobre 1535 : « Massiot Le Hérichye, 
pour avoir faicl deulx fenestres et pour le clou à pendre lesd. fenestres, 
IX s. II d. ') — Au compte de deux ans commençant le 5 octobre 154-4 : 
à Massiot Le Héricy pour avoir fait quatre « lieutrins », XII d. Au même 
pour 2 bâtons de torche pour la fête de X'oel, 2 s. 

Le Lys. 

.'\ Robert Le Lys, peintre, 40 liv., pour avoir peint la chapelle des 
filles et rafraîchi et doré l'image Notre-Dame. Caen. Vaucelles. Compte 
de 1637-1638. 

Le Maître. 

12 février 1595. A Jacques Le Poissonnier, pour la façon du bois du 
tableau alloué à faire à M" Louys Le Maître, 20 s. 

Pour 3 grands ais achetés de bois sec pour faire led. tableau, 45 s. 

Paie à un homme qui l'a porté chez led. Le M®, paintre, XVIII deniers. 

Pour une douve à faire une barre aud. tableau. II s. V\à. 

Le samedi de Pâques, à un homme qui a apporté led. tableau de chez 
le peintre à l'église, 2 s. 

Led. jour, aud. Le M% paintre, pour avoir fait led. tableau, suivant 
l'alleu qui lui en avait été fait, 15 écus sol. 

Pour 6 vis qui retiennent led. tableau et 2 autres qui portent une verge 
de fer pour pendre un rideau et pour lad. verge de fer, 55 s. Caen. 
S' Nicolas. Compte de 1594-1595. 

« Le sieur Jacque Lemaître, peintre, demeurant à Bayeux, parroisse 
S' Malo, s'oblige de peindre, marbrer et dorer le grand autel de l'église 
de Rubercy, de la manierre qui suit : de marbrer tous les paneaux, 
colonnes, corniches, frise, architraves, vases, pieds destaux, socles, gra- 

^ Ibid. Pour avoir apporté led. sacraire, baillé à un porteur, 15 d. A un serru- 
rieur pour 2 couplets et 2 serrures à mettre aud. sacraire, 3 s. 6 d. A 2 maçons 
pour avoir fait la place à mettre led. sacraire, 8 s. a Aux meneuriers pour avoir 
taict led. sacraire, XLv" t. » « En despense quand on eut assis led. sacraire, aul.^ 
meneuriers, mâchons, vitriers et ymaginiers, xxxv s. » « Pour le verre, et pour 
avoir painct les ymages dud. sacraire, xii" x s, t. " 

" A Alartin Vincent, pour avoir remuey les yma;i[es du maistre autel, ni s. 

VI d. D 4 A Pierres Le Révérend et à sou varlet pour avoir refaict le portemain 
du maistre autel, pour leurs journées, v s. t. i> 



U2 PEIXTRES DES \\V, XVlT ET XVIII' SIECLES. 

dins, cadres, chimibranles, pleintes, le lout de différents marbres assortis 
au fjoùt dudit sieur Le Maître, lequel marbre sera vernis, et de peindre 
en blanc tous les montant ou bâtis dudit autel, de dorer une moulure 
autour du devant d'autel, celle qui règne tout autour, la moulure des 
paneauv qui sont aux deux bouts du devant d'autel, les baguettes ou 
simaises des pieds deslau\, les moulures des six paneaux desdits pieds 
destaux, les troix moulures des gradins, les moulures des troix paneaux 
au-dessus desdits gradins, ainsy que la baguette qui règne au-dessus des- 
dits pan'eaux, les bases des colonnes, les chapiteaux, la baguette du 
cadre, les deux grandes moulures de l'architrave, les moulures des cinq 
paneaux qui sont» sous la corniche, les denticuUes, les modillons et la 
moulure qui les enchaîne, la baguette qui règne sous les modillons, une 
baguette aux pieds destaux des vases, les baguettes des vases et les 
pommes de pin qui sont dessus, la croix du haut de l'autel, les moulures 
des troix paneaux des portes, les moulures qui fonts le tour des quatre 
paneaux qui sont sur les deux portes, et enfin la moulure au-dessus desdits 
paneaux, de peindre deux saints dans les deux grand paneaux qui sonts 
sur lesportes, de peindre en beau jeaune les moulures des paneaux qui sonts 
derrière les colonnes, de décrasser la dorure du tabernacle et le repeindre 
et marbrer, de peindre en gris le pignon ou mur au-dessus dudit autel, 
de repeindre les deux statues de la Vierge et S' Laurens et dorer le bord 
de la robe de dessus de la S''' Vierge, ainsy que le bord du chasuble de 
S' Laurent partout où il est doré, c'est-à-dire le devant, et dorer les cro- 
chets du livre de S' Laurent et repeindre le Christ en couleur de chair et 
en décrasser la draperie, parce que Monsieur le curé de ladite parroisse, 
et Monsieur des Lagues, écuyer, ont promis comme députés du général 
de la parroisse de payer audit sieur Le Maître la somme de quatre cents 
cinquante livres et six livres de vin à la fin dudit ouvrage, et que Monsieur 
le curé dudit lieu a bien voulu se charger de la nouriture et logement 
dudit sieur Le Maître et de ses ouvriers. Le présent fait et signé double 
après lecture, ce deux may mil sept cents quatre vingt cinq. » Signé de 
Le .Mailre et de Des .Marais, curé de Rubercy. a De plus, convenu avec 
Monsieur des Lagues et Monsieur Cohué de trente deux livres pour dorer 
deux moulures à la corniche verte qui est sous les colonnes et une mou- 
lure autour du tableau- et nefoyer et vernir ledit tableau. 

J'ai reçu de maître Phillipe Tostain, trésorier en charge de la parroisse 
de Rubercy, la somme de quatre-vingt huit livres, avec celle de quatre 
cents livres que le sieur Ravenelle m'a payée, cela aquitle entierrement 
le présent marché. A Rubercy, ce 12 février 1787. 

Signé : Le Maître, pintre. » 



PEI\TRES DES XVT, XVIT ET XVIIT SIÈCLES. 143 



Le Pailmier. 

Quittances au trésorier de S' Exupère de Bayeux : de 22 liv. pour 
peinture et dorure de l'appui de communion, etc. (1782); de 40 liv. pour 
avoir doré le support du Christ de lad. église (1784). 

« Aujourd'hui' trente juillet mil sept cent quatre vingt huit, marché et 
attachement a été fait par Messieurs les députés soussignés de la paroisse 
S' Jean de Bayeux, pour la réparation et décoration de l'hôtel de la dite 
paroisse, suivant la délibération passée le dimanche vingt trois juillet mil 
sept cent quatre vingt six, à M' Le Paulmier, peintre doreur, demeurant 
en cette ville, paroisse S' André, lequel s'est chargé de ladite réparation 
et décoration, suivant le devis qui suit, savoir : de peindre le fond de la 
contretable du maître hôtel en ])ianc à quatre couche, peindre le Père 
éternel, et les deux anges qui l'accompagne, de couleur naturelle, dorer 
la draprie du Père éternel, ainsy que la croix et la draprie des anges 
et l'ornement du médaillon qui est autour, dorer les fiâmes des deux 
vases qui sont sur la corniche et les drapries qui sont autour, dorer 
les moulures de la corniche et tous les modillons, dorer les ornemens 
qui sont à l'architraves, dorer l'ornement du cadre du tableau, dorer 
les chapiteaux, dorer la vigne qui est autour des colonnes, dorer les 
embasses des colonnes, dorer les consolles qui sont des deux côtés 
des colonnes, dorer les moulures des pieds d'estaux et lambris, mar- 
brer le lambris et les pieds d'estaux jusqu'à la hauteur des colonnes 
en blanc, dorer la draprie qui est autour des pieds d'estaux, dorer 
l'ornement des culs de lampes et paniers de fleur qui sont au-dessus, 
ainsy que toutes les moulures des panneaux et baguetes des corniches 
et des pieds d'estaux, redorer le tabernacle, l'exposition et les gra- 
dins quant à l'ornement pour ces derniers, et le reste devant être en 
marbre blanc, dorer la moulure qui est au cadre du devant d'hôtel, 
marbrer le surplus, netoyer le tableau, le racomoder et reloucher par 
tout où besoin sera ; peindre le gable en bleu céleste avec des étoiles, 
peindre les deux figures en couleur naturelle, dorer l'ornement de 
S' Siphorien, et la croix de S' Jean, auquel on ajoutera un Agnus Dei, le 
mouton sera argenté; peindre un baldaquin à la voûte au-dessus du Père 
étemel, avec un rideau des deux cotés en blanc et rouge, avec des her- 
mines dans le fond; réparer tout ce qui concerne la menuiserie et la 
sculpture dudit hôtel, y compris deux tabletes à mètre en neuf sur le cul 
de lampe, qui seront propres et marbrées avec un cordon qui sera doré. 
S'est aussy obligé ledit sieur Lepaulmier mètre un très beau vernis sur 



144 PEINTRES DES XVI', XVII E T X V III' S lE C LE S. 

lesdits ouvrages. Ledit aleii et attachement cy-dessus fait par le prix et 
somme de quatre cent livres, dont un lier sera payé en commençant 
l'ouvrage, le second à la moitié, et le troisième et dernier après le parfait 
jugé, parce que mondit sieur Le Paulmier s'oblige commencer l'ouvrage 
sur le champ, et le continuer sans interruption. Fait et arrêté double ce 
dit jour et an. 

Signé : Lemarchand. Hébert Dorval. 

LePAULMIER. ') 
Quittances de Lepaulmier (1788-1789). 

K Au Paulmier », peintre, 5 livres pour visite de la contretable. 
Compte de Jean Gouet, trésorier de Villiers-le-Sec, pour 1791. 

Le Romain. 

A Denis Le Romain, peintre, 14 livres pour avoir peint le tabernacle 
et les gradins de l'église, suivant son acquit du 24 décembre 1673. Compte 
de l'église de S' Sulpice près Bayeux pour 1674-1676. 

Lélu. 

« Je soussigné m'oblige par le présent à faire et à livrer dans le mois 
d'avril mil sept soixante dix à la fabrique de la paroisse S' Sauveur de 
Caen, Basse-Mormandie, un tableau original de ma composition repré- 
sentant le mislère de la Transfiguration de Jésus-Christ sur le Tabor, et 
ce dans les formes prescrites pour la hauteur et pour la largeur par le 
plan, sur une toile de choix et sans aucun deffaut qui puisse préjudicier 
soit à la duré soit à la bauté général du tablau, pour la somme de sept 
cent livres, prix convenu et arrêté avec moy par le sieur Briouse, chargé 
de cette affaire par les marguilliers de la ditte paroisse, qui s'obligent de 
me le payer content sur le vu de l'aprobation des principaux membres de 
l'Accadémie Royal de peinture et de scupture, à qui je le soumetlray pour 
preuve du talent que j'ay acquis à Rome dans l'art que je professe. Fait 
à Paris ce 27 may 1769. 

Signé: Pierre Léli'. » 

« J'ay reçu de monsieur Bidet, trésorier en charge de la paroisse 
S' Sauveur de Caen, la somme de sept cent livres pour le prix convenu 
du tablau du maitre autel que j'ay fait et mis en place ce jour d'huy 
pour la ditte paroisse. A Caen ce 31 octobre mil sept cent soixante et dix. 

Signé : P. Lélu. » 



PEIXTKES DES XV1^ XVIT ET XVIIT SIECLES. 145 



Lknallt. 

1705, 16 avril, paiement par le curé de La Lande-Vaumont à « .Mon- 
sieur Lesnaut, peintre », de 60 sols pour avoir raccomodé et repeint le 
tableau du grand aulel de l'église. Si(/nature : Lenault. Mémoire des 
affaires de l'église de La Lande-Vaumont, 1704-1705. 

Lesseline. 

Quittance par « Cristofles Lesselinne », bourgeois de Caen, à Giffard, 
échevin de la charité fondée en l'église S' Sauveur de Caen, de 43 sous 
pour deu.v petits tableaux pour le service de la charité (1668). 

u A Esselinne, paintre, pour avoir argenté les trois images de la Croxes 
et repains les deux grands chandeliers de bois et y avoir mis six pommes 
soubs les pies », 39 s. 6 d. Compte de la charité de S' Sauveur de Caen. 
1691-1692. 

Le Touzey. 

Aud. peintre, pour avoir raccomodé les trois tableaux et avoir peint le 
haut de l'autel en bleu, 52 liv. — Compte de Guillaume Vimard, trésorier 
de S' Aubin d'Arquenay, pour un an de la S' Michel 1766 à la même 
date 1767. 

Le Vallor et Le Hou ou de Hou. 

A Louis Le Vaulor, peintre, 30 liv. pour avoir peint le grand autel et 
fourni les couleurs K 

Aud. (sic) Le Hou, peintre, 20 liv. pour avoir peint la chapelle 
S' François et fourni de drogue nécessaire. Condé-sur-IVoireau. S' Sauveur. 
Compte examiné le 1" août 1712. 

Ibid. Compte de 1686-1687. Au s' de Hou, peintre, 12 liv. pour des 
peintures faites à S' Sauveur. 

LOIZOT, LOUIZOT, LOISEAU. 

Quittances par Louizot (signature) : au curé de Gueron, pour un devant 

' Ibid. .\ Pierre Picard, cabaretier, 70 s. pour avoir fourni de cidre au peintre 
qui a peint l'église. 

A Jean Regnault, 50 s. pour avoir fourni de, pain et viande et au peintre. 
A Jean Chauvin, 18 s. pour avoir servi le sculpteur. 

10 



I 



146 PEIMTRES DES XV1% XVII' ET XVIIl' SIECLES. 

d'autei qu'il lui a peint pour la paroisse (Bayeux, 18 juillet 1743) ; au 
trésorier de Fresné-sur-la-Mer (S' Côme de Fresné), de 34 liv., « pour 
avoir peint une l)anièreet vasse et bâton n pour lad. paroisse (28 mai 1746). 

Paiements à Loisot (en correction de Loison), peintre, en 1752 et 1753. 
Comptes de S' Georges-d'Aunay . 

Quittances par Loizol (signature), au curé de Port-en-Bessin, de 9 liv. 
12 s., pour avoir peint un bâton de croix et avoir raccomodé le tableau 
du grand autel et celui de l'autel de la Vierge (1759). Le compte de la 
même année porte : Loison. 

1770, 6 mai. Alleu par Nicolas Peullier, trésorier de S' Georges d'Au- 
nay, à Loiseau, peintre, demeurant à Bayeux, stipulé par Jean Fossey, 
un de ses ouvriers, « de peindre et dorer le tabernacle et gradins dud. 
lieu de S' Georges, de décrasser la contrelable et peindre en marbre les 
embasses des pilliers d'icelle, donner une couleur en bleu, au-dessous du 
tableau de la contretable, tant à ce qui est vieux que neuf, donner une 
couche à tous les fonds bleu de lad. contretable. Et pour ce qui regarde 
le tabernacle, toute la sculture et moulure sera dorée d'or malle et tous 
les fonds seront en peinture la plus propre ; lequel ouvrage sera fait 
sujet à visitte pour la feste de Dieu prochaine. Parce que led. Peullier en 
sad. qualité s'oblige de nourrir led. s' Fossey pendant led. ouvrage, et 
luy payer en outre la somme de cent vingt trois livres, tant pour l'ou- 
vrage que pour les drogues convenables, et ce après la perfection du 
susd. ouvrage. Fait et arresté double ced. jour et an. Bien entendu que 
la doreure sera appliquée au mordant. Et sera envoyé un cheval aud. sieur 
Fossey pour venir de Bayeux faire le susd. ouvrage, le samedy d'après 
l'Ascension prochaine. (Signé :) .1. Fossey. » Quittance par Jean Fossey 
le 18 août 1770. 

Malherbe. 

A Malherbe, peintre, pour avoir peint et doré la bannière, 100 liv., 
3 août 1780. Comptes de la charité de 3' Nicolas de Caen. Ibid. A Boi- 
sard, tapissier, pour fournitures et façon de la bannière, 195 liv. 

Paiement de travaux pour la bannière, 301 liv. à une chasublière, à 
un serrurier, à un bourrelier et à Malherbe, peintre, 1790. Caen. 
S' Martin. Comptes de la charité. 

Maltot. 

A Maltot, doreur, 39 liv. pour avoir blanchi, raccommodé et » lustré « 
le christ, chandeliers et lampe. 1773. Caen. Notre-Dame. 



PEINTRES DES XV1% XVI T' ET XVII 1' SIÈCLES. 147 



Marxet ou Martet, 

1771. A Marnet, peintre, sans désignation, 22 liv. 10 s. Autres paie- 
ments à Martet, pour avoir peint dans la tribune, 4 liv. 10 s. ; à M. Os- 
mont, pour noir, céruse et citerge, 61 liv. 19 s. Honfleur. S'® Catherine. 

Martin. 

A Gilles Martin, peintre, pour avoir peint la crédence faite par Le 
Roux, menuisier, lad. année. 1689. Caen. S' Nicolas. 

Marquv. 

Quittance de « François Marquy, italien, figuriste de plâtre «, de 40 s. 
« pour avoir pain deux christ couleur de chair et les avoir doré », 1776. 
Caeo. Notre-Dame. Le compte écrit : « .Maquery. » 

MOXGAUDLV. 

A Mongaudin, doreur à Bayeux, pour le « fornissement » et dorure 
des deux contretables pour orner les deux autels de la nef, 118 liv. 
Compte de Jean Léger, curé de S' Vigor-le-Grand, ci-devant curé de 
S' Sulpice, de la gestion qu'il a eue du trésor dud. lieu en 1693-1696. 

IMOUSSARD. 

Quittance au curé de Gueron de 15 s. pour avoir doré un petit amor- 
tissement pour le tabernacle. 1709. 

XoiRV. 

A Jacques Noury, peintre, pour une bannière représentant d'un côté 
la S'* Trinité, de l'autre S' Michel^ 150 liv. Caen. Vaucelles. Compte de 
1770-1771. 

OxVFROv (Jean) . 

Requête des curé, prêtres et paroissiens de Gueron au vicomte de 
Bayeux, remoatrant que Jean Onfroy, doreur en cette ville, s'est obligé 
dès le commencement de juin précédent dorer et placer pour la fin de 
juillet le grand cadre, les gradins et « quesson » avec l'exposition d'une 



\. 



148 PEINTRES DES XVr, \V IV ET Xl'IIT SIÈCLES. 

contretable de leur église, suivant le marché par eux fait le lOdud. mois, 
lequel il refuse d'exécuter : demande de permission d'assignation (26 sep- 
tembre 1707); signification aud. Onfroy; obligation de satisfaire (30 sep- 
tembre); quittance dud. Onfroy de 48 liv. pour led. travail de dorure 
(25 octobre 1707). Quittance du même au curé de Gueron de 65 sols, 
pour avoir doré et fourni 6 vases, une « archivole », une croix, et doré 
à plusieurs endroits au tabernacle de lad. église (25 mars 1712). 

Parey (Michel) . 

A Michel Parey, peintre, 6 liv. pour avoir la table et 1' « encastileure » , 
du grand autel, suivant son acquit du 23 mars 1638. Compte de S' Ger- 
main de Lisieux, pour 1637. Ibid. « A M' Nicollas de La Court, étoffeur 
d'or », 103 livres pour la dorure du tableau S' Germain (1637). — Au 
même 100 livres à déduire sur l'accord avec lui fait au compte de 1638. 
Paiement du reste des 600 liv. promises aud. de La Cour, esloffeur, pour 
faire 1' « encastilieure » du grand " hostel " , suivant l'ordonnance des 
curé et députés du 22 juin 1638. — A Michel Parey, peintre, 4 liv. 10 s. 
pour six armoiries du Roi, qu'il aurait faites pour être mises en l'église 
pendant le service célébré pour le Roi, suivant l'ordonnance des députés 
[du trésor] du 27 mai 1643. Mandat de paiement du même jour. Lisieux. 
S' Germain. Ibid. A Michel Poltier, pour sa peine d'avoir attaché contre 
l'église les armoiries du Roi, 6 s. 

PlGNY, 

Au s' Pigny, peintre, 5 liv. Caen. S" Paix. Compte de 1774. A 
M' Pigny, pour avoir peint le bâton de croix, 1 liv. Caen. S" Paix. 
Compte de 1777-1778. — A Pigny, peintre, pour le racommodage des 
tableaux, 66 liv. Caen. Vaucelles. Compte de 1777-1778. Aux comptes 
antérieurs, divers travaux par le même. 

PiLLET (Pierre). 

Quittance dudit au curé de Port-en-Bessin de 24 liv., pour avoir peint 
la bannière. 1745. 

Poisson. 
« A Roch Poisson ' pour avoir repaint les deux ymages d'anges de 

' Dans le compte de 1613-1614, paiement à Roch Poisson, menuisier, de 6 1. 
pour avoir fait des « trillages i à l'église. — 1624. Parmi les ornements et 



PEI\TRES DES X V T. XVII' ET XVIll' SIECLES. 149 

dessus les coulombes, x s. » Cacn. Sainl-Nicolas. Compte do 1603- 
1G05. 

QUEXTIN. 

A Guillaume Quentin, 35 s. pour avoir peint l'escalier et refait la lan- 
terne des reliques. 1G30. Lisieux. S' Germain. 

Restout. 

Gl liv. à Marc « Retoult », peintre, bourgeois de Caen, pour avoir 
peint en huile le tableau (de l'autel) et icelui aidé à placer. Rois. Compte 
de IG44 à 1653. 

" .'\u sieur Retout, paintre, la somme de 30 solz, pour avoier racom- 
modé un tableau sur bois et avoier escript dans icelluy en lettres d'or 
(indulgences plénières) et reazuré icelluy tableau, i 1664. Caen. Vau- 
celles. 

« A M* Marc Restout, peintre, pour un tableau par luy fourny à l'autel 
de la Vierge, 50 liv. « Hermanville. Compte de 1669-1670. Sa quittance 
du 16 novembre 1671. 

ROUYER. 

Payé à Gilles Rouyer, peintre et doreur de Vire, 14 liv., pour avoir 
repeint et racommodé 3 tableaux et fourni la toile. Compte de S' Germain- 
de Tallevende, pour 1755-1758. 

RUPALLEY. 

" « ARupaley, pour le tableau de la S'" Vierge », 30 1. Quittance du 4 avril 
1743. Audit., 30 liv. pour le tableau de l'autel S' .Michel. Quittance du 
13 juillet 1743. Gueron, compte de 1737-1742. Y joint les deux quit- 
tances portant, celle du 4 avril, pour un tableau de V Annonciation placé 
dans une des chapelles ; celle du 13 juillet, pour le tableau de la chapelle 
de l'Ange gardien. 

S'-Germaix. 
A Saint-Germain, 3 liv. pour la peinture des bâtons du grand dais. 

diverses choses achetées à la foire franche, seize tableaux, 4 1. 16 s. Ibid. — 
Compte de S' Nicolas de 1623-1624. i\ Jean Poisson, menuisier, pour avoir fait 
et quis le bois d'une « escarrye » à mettre au grand tableau, 50 s. 



150 PEINTRES DES \VV, XVll' ET XVIIl' SIÈCLES. 

Caen. Vaucelles. 1763-1764. — Travaux non dénommés. Ibid. 1765- 
1766. 

A S' Germain, pour avoir peint les souches qui servent à l'autel, 9 liv. 
Compte de 1769-1770. 

Compte de 1770-1771. A Saint-Germain, peintre doreur, pour la ban- 
nière [faite par Noury. Voir p. 147], 78 liv. 

Quittances de J.-D. S'-Germain, peintre ; au trésorier de Vaucelles (1770) ; à celui 
d'Hermanrille, de 24 1. pour avoir peint en marbre les fonts baptismaux et le bénitier du 
bas de l'église en 1770 (1772). 

Saint-Igny (de). 

Jacques Le Canu, échevin. " Plus, en ladite année 1653, a fait faire 
un fronton et amortissement sur le haut du banc [de la charité], pour 
rornement d'icelluy, et pour avoir fait paindre 'deux grans chandeliers de 
bois quy avoient estez donnez par Mons' Puel, cy-devant eschevin, a esté 
payé par ledit Canu au s' de S' Ygny, m" sculteur, pour le fronton et pain- 
ture des chandeliers, 8 liv. » Caen. S' Sauveur. Extrait des registres de la 
charité, par Jacques f^e Canu (XVII° siècle). 

Quittance par Jean de S' Igny (signature), au curé d'Hermanville, de 
11 liv., pour avoir doré la niche pour exposer le Saint-Sacrement (1695). 

Il Je soubs signé Marie Le Peltier, veufve de Jean de S' Igny, de la pro- 
fession de doreur, m'oblige de faire à l'église de Hermanville l'ouvrage 
qui ensuit. 

Nétoyer et blanchir à deux couches de blanc de séruse à huile de noix 
toute la contretable de la chapelle de la Vierge de lad. église avec les por- 
tiques étant à côté. 

Item, blanchir comme dessus le devant d'autel de pierre et le côté dud. 
autel avec le cadre de la contretable dud. autel de pierre qui est dans la 
nef. 

Item dorer le cardron dud. devant d'autel. 

Item, dorer les deux cardrons dud. quadre, avec huict feuilles d'or aud. 
quadre. 

Ilem, blanchir le gradin dud. autel et dorer le quardron et la moulure 
dud. gradin, led. blanc à huile comme dessus. 

Item, peindre en bleuf les deux gradins du grand autel de lad. église, 
dorer les quardrons desd. gradins et y graver des figures en or. 

Lequel ouvrage m'oblige de faire bien et deument pour la somme de 
cinquante livres qui seront payées par led. sieur curé des deniers du tré- 

' Et asurer, ajoute un autre texte dud, extrait. 



PEIMRES DES X V T", XVll' ET Xl'IIl' SIECLES. 3CI 

sort, le tout faict sous le bon plaisir de monsieur le marquis d'Hcrman- 
ville, en présence et du consentement du sieur curé, prêtres et trésorier 
et parroissiens de lad. parroisse qui ont été d'advis que led. ouvrage soit 
faict à lad. église pour le prix cy-dessus. Faict aud. lieu le dimanche 
14 septembre 1698. » 

« Mémoire des augmentations faictes à la contretable de l'église d'Her- 
manville par moy Marie Le Peltier, veufve de Jean de S' Vgny. 

Je repeint les deux anges, les deux figures de S' Pierre et S' Paul et les 
figures du tabernacle. 

Item argenté la clef de S' Pierre et l'épée de S' Paul, et repeint la dra- 
perie. 

Item, j'ay faict des filets d'or aux pieds d'estaux desd. figures. 

Item j'ay doré les moulures qui sont au-dessous du ronpoint des portes 
de la sacristie. 

Item, j'ay mis en bleu et faict un petit ornement en or au pied du 
tabernacle. 

Item, j'ay relavé et reverny le tableau de la chapelle de la Vierge. 

Item, j'ay relavé et reverny les deux ovales, ay mis du vermeil à l'or 
des dites ovales et reblanchy les coins. 

Item, j'ay repeint et redoré de neuf la Résurrection qui est au-dessus 
du tabernacle. 

J'ay soubsignée Marie Le Pelletier, vefvede Jean de Saintigny, ay reçeu 
de M' le curé d'Hermanville la somme de vingt livres pour le mémoire 
cy-dessus. Fait audit lieu ce 23 sept. 1698, en présence d'Etienne Royer 
et Xoël Le Marinier. « Marque » de lad. Le Pelletier. » 

Quittances diverses de Marie Le Peltier [al. Le Pelletier), veuve de Jean 
de S' Igny [al. Saintigny), doreur, et de son fils (signature : de Saintigny), 
1698. 

A la veuve du feu s"" de S' Igny, peintre, 26 liv. 10 s. pour les quatre 
chandeliers dorés avec la 'croix. Caen. S' Gilles. Comptes de la charité, 
1700-1702'. 

Au s' de S' Igny, doreur, 106 liv. pour ouvrages au grand autel. Caen. 
Xotre-Darae. Compte de 1737-1738. Ibid. au même, pour avoir doré le 
coq du clocher, 12 liv. Notre-Dame. Compte de 17-40-1741. — Au s' de 
S' Igny, doreur, pour avoir blanchi 4 faux cierges, 2 1. 8 s. Caen. 



' Ibid. A F"'' Le François dit l'Italien, 5 I. pour 4 chandeliers de bois noirci. 
A Pierre Onfroy, tant pour avoir transcrit les indulgences de la charité que pour 
avoir fourni les peintures et le velin, 4 1. 4 s. 



152 PEINTRES DES XVl', XVIT ET XVIIl' SIECLES. 



S' Etienne. Compte de 1740-1741, — Au même pour dorure faite 
au grand autel, 10 liv. Ibid. Compte de 1749-1750. — Quittances 
signées de S! Igny à la charité de S' Sauveur de Caen, pour travaux de 
dorure (1742-1744). Cf. compte de la charité de S' Sauveur de Caen du 
27 oct. 1730 à 1751. Paiement à « M' S' Igni d pour travaux de sculp- 
ture et dorure. 

A S' Igny, pour avoir blanchi huit faux cierges, 5 liv. 5 s. 1742. 
Caen. S' Martin. 

1748. Au s' de S' Igny, pour avoir doré les pots à fleur de l'église, 
22 liv. — 1750. Au même, pour avoir blanchi six faux cierges, 3 liv. 
12 s. Ibid. 

S' Jean (de) . 

« Au paintre de S' Jean, auquel fut faict alleu de paindre l'image 
M" Dame, Iny fut paie XI liv. X s. — Pour le vin dud. marché XXX s. » 
Caen. S« \icolas. Compte' de 1601-1602. 

Samson. 

Quittance de F. Samson, peintre doreur, au trésorier de La Pommeraye, 
de 3 livres, pour avoir peint un chapiteau et une Vierge pour l'église. 
(Lisieux, 20janvier 1786.) 

« Mémoire pour Monsieur Marabour, trésorier en charge de la paroisse 
de S' Germain de Lisieux, pour l'ouvrage fait et fourni par moi F. Sam- 
son, peintre, doreur, armoiriste,, à l'égard de saize éçussons representans 
les armes de la dite paroisse, pour mètre aux flambeaux de Messieurs les 
trésoriers pour la procession du S' Sacrement. Lesdits éçussons faicts par 
ordre de Monsieur Le Coge, m'' épicier, à neuf sols pièce, font sept livres 
quatre sols, et livrés le quatorze juin dernier. Reçu le contenu du pré- 
sent, à Lisieux, ce vingt et un novembre mil sept cents quatre-vingt-sept. 
Ce que j'ai signé. F. Samson, peintre. » — Cf. p. 117. 



' Ibid. ï Paie pour l'image de S' Nicollas estant au portail contre la porte de 
l'église, achapté à Rouen, 4 1. 10 s. 

i Pour le port du navire auquel on avoit mis led. ymage et dessendu sur les 
quays, xv s. 

« Pour le paintre qui avoit paint en huille led. ymage, lx s. 

f Pour deux porteurs qui avoient apporté icelluy à l'eglize et aydé à le mettre 
en place, xv s. 

i Pour le mareschal ayant faict une cheville de fer avec deux crappons et quis 
le piastre, xx s. » 



1 
i 



PEINTRES DES XVF, WIl" ET XVIlT SIÈCLES. 153 



Scelles. 

A Jean Scelles, pour avoir peint le tableau, G liv. Compte de la charité 
de S' Gilles de Caen, pour 1728-1730. 

Spindler. 

A Spindler, peintre, pour avoir décrassé et verni un tableau, 6 liv. 
Lisieux. S' Germain. Compte de 1785. 

TOURXELLE. 

Quittance de Tournelle, peintre, de 6 liv., pour avoir nettoyé les trois 
tableaux des autels de l'église de Livarot (25 février 1775). — Quittance 
an curé de la 1'" portion de « Bernays » (Bernesq), de 3 liv. pour avoir 
nettoyé et « renouvelé » tous les tableaux de l'église, tant grands que 
petits, 15 janvier 1782. Y joint, billet de Le Moigne, curé de Bernesq, à 
La Fontaine Le Tuai, trésorier, concernant led. travail : le porteur est 
venu le trouver et a offert de nettoyer les tableaux de l'église et faire 
revivre les couleurs; il a montré au curé plusieurs attestations de diffé- 
rents endroits où il a passé et a raccommodé les tableaux ; le curé con- 
naît même la signature de quelques-uns, comme de La Cambe et Trévières ; 
il demande 3 livres, etc. 

Vassault. 

A Vassault, peintre, pour peinture employée à l'essente de la couver- 
ture du clocher, 61 liv. Honfleur. S'° Catherine. Compte de 1748. 
Au compte de 1752, il est qualifié vitrier. 

Vente (de La). 

« A M' de La Vante, paintre » , pour le restant de l'accord fait par feu 
l'abbé de La Paluelle, curé de la paroisse, et les paroissiens, pour la 
peinture de la contretable et du chœur, 40 liv. Clinchamps (Vire), 
Compte de 1712. 

Quittances de F. de La Vente : à Le Chartier, diacre de la paroisse de 
Campagnolles, de 9 liv. restant de 92 liv. 18 s., pour avoir peint l'autel 
du Rosaire dans l'église dud, lieu et pour avoir doré la petite figure de la 
Vierge, pour lad. confrérie (18 octobre 1765); à Robert Auvray, <t ma- 
jeur » de la confrérie du Rosaire en l'église de Burcy, 4 liv. 16 s. pour 



15-i PEIMTRES DES W 1', Wir ET XVIIT SIÈCLES. 

avoir peint en couleur de layence 4 pots ù fleur pour lad. confrérie. 
(Vire, 31 mai I7G9.) 

Quittance de V.-.I.-F. de La Vente, peintre, à Bonne-Sœiir, « majeur » 
de la confrérie de S' Michel en l'église Notre-Dame de Vire, de 10 écus, 
complément des 50 écus ci-devant reçus, formant les 180 liv., dont on 
était convenu pour le prix du tableau par lui fourni à lad. communauté. 
(Vire, 19 octobre 1782.) 

Verpray. 

Obligation de Verpray (signature), envers les paroissiens de Guibray, 
de leur noircir et dorer la balustrade de fer étant au devant du chœur de 
lad. paroisse. 1732. Cf. le compte : à " Verperay «, 39 liv. pour avoir 
doré et noirci la balustrade. 1732. Falaise. Guibray. 

A Verpray, pour avoir doré le coq du clocher, 11 liv. 1741. Falaise. 
Guibray. Compte de 1740-1743. 

Pour avoir doré l'autel S' Sébastien, 140 liv. Ibid. 

\ Verpré, pour avoir peint les barrières du cimetière, 3 liv. 10 s. 
S' Laurent-de-Vaston. Compte de 1756-1759. 

VlQUESNEL. 

Ce jourd'buy dix"" de juillet mil sept cents vingt neuf, nous p*""', curez, 
trésorier et députtez de la parroisse de S' Désir de Lisieux, sommes 
convenus avec le s' Jean Viquesnel, bourgeois dud. lieu, doreur, pour 
dorer la contretable du grand autel de lad. église de la somme de sept 
cents livres dont la moitié lui sera payée en commençant led. ouvrage, et 
le reste à la fin dud. ouvrage, sujet à visite aux frais du tort, parce que 
led. sieur Viquesnel s'oblige dorer toute la sculpture, les moulures qui 
bordent les panneaux, les quatre colomnes, chapiteaux et ambases et 
quarrez dorez, et les gorges des colomnes seront blanches, la croix dorée, 
le quart de rond doré et la gorge en sera blanche, et un (|uarré au-des- 
sous de la gorge doré, et la plinte blanche, les deux palmes du haut de 
la gloire toute dorées, les nuages et les ailes des chérubims dorées et le 
fond d'un bleu céleste, les gaudrons des deux vases dorées et les flames 
rouges et les gorges blanches. Le 1"" talon de la grande corniche doré, 
les denticules dorées, un quart de rond au-dessous des denticules doré, 
dont les fonds seront blancs, la 1" moulure de l'architrave et une autre 
petite moulure dorée et les fonds blancs, le talon du grand quadre doré 
et le quarré de dehors dud. quadre doré et la gorge blanche, et tous les 
autres quadres du même profil dorées et les gorges blanches, le fond des 
niches bleu, tous les chérubims carnationnez et les ailes dorées, le pied 



PEINTRES DES XVr, XVIT ET XVIII" SIECLES. 155 

d'estail des colomnes dont la 1" moulure sera dorée, la baguette do 
dessous et une gor<][e dorée et les quadres d'alentour. Les petits pan- 
neaux où il y a de la sculpture seront pareillement dorées et les fonds 
en seront blancs, deux baguettes du bas du pied d'estail dorées, le 
boudin sera rouge et la baguette de dessous dorée, et les quadres des 
panneaux du bas du pied d'estail dorées, tous les fonds blancs, 
tous les filest de dedans les panneaux de la gloire dorées et deux qui 
sont sur les figures, le bord du gradin et une gorge au-dessous du 
gradin dorées et les fonds blancs. Tout le piramide du tabernacle 
jusqu'à la balustre sera doré et les vases tous dorées, et les colomnes 
pareillement, la face de la corniche du corps du tabernacle et architrave 
dorée et tous les boutons dorées et les fonds blancs, les moulures dorées 
et le tour des niches des figures de S" dorées et tous les fonds blancs, la 
corniche du pied d'estail doré et l'ambase dud. pied d'estail doré, tous 
les fonds dud. tabernacle (addition : marbrées) blancs, le cadre du devant 
d'autel (en addition : marbré ou) blanc et le quart de rond rouge (en 
addition : tout blanc ou tout rouge). Les pieds d'estail des figures blancs 
(en addition : marbrées) avec des filest d'or au tour les moulures et le 
tout du meilleur or. Un petit filet d'or au-dessus de la plinte, et la plinte 
et le talon blanc (en addition : en huille) au bas de la contretable. Tou- 
tes lesquelles pièces led. s"^ Viquenel s'oblige rendre bien et parfaittes et 
sujettes à visite et s'oblige commencé led. ouvrage dans la moitié du mois 
d'aoust prochain et le continuer jusqu'à sa perfection, sans entreprendre 
d'autres ouvrages. Fait et arrêté ced. jour et an que dessus. Fait double. 

Signé : Viqiesnel. Le Lièvre. Le Grand. 
L. Mathieu, etc. 

Au dos : « Je soussigné Jean Viquesnel, doreur, bourgeois de Lisieux, 
reconnois avoir receu la somme de trois cents cinquante livres sur le 
marché contenu en l'autre part, à compte. Fait ce cinq' d'aoust mil sept 
cents vingt-neuf. » Signé : « Viquesnel. » « Je soussigné Jean Viquesnel, 
doreur, bourgeois de Lisieux, recongnois avoir receu la somme de cent 
cinquante livres, sur le marché contenu en l'autre part, à compte. Ce 
trois' juillet mil sept cens trente. » Signé : « Viquesnel. » « Cejourd'huy 
31* S""" 1730, j'ay ssigné Jean Viquenel, M» doreur, à Lisieux, receu la 
somme de deux cens livres pour le restant du marché contenu en l'autre 
part, de la contretable de S' Désir dud. Lisieux, partant je descharge le 
thrésor dud. lieu, ced. jour et an que dessus. » Signé : « Viquesnel. » 

<i Ce trentième jour de septembre de l'année mil sept cents quarante, se 
sont assemblez les s" curez, thrésoriers, députez de la parroisse S' Désir 



156 ARTISTES DAVRANCHES, BAVEUX, CHERBOURG, ETC. 

de Lisieux, lesquels ayant délibéré au sujet do tout l'ouvrage qui est en 
bois sans dorure, tant aux cotez que dedans la conlrelable du maistre 
autel dudit lieu, et voulants le faire dorer, ont fait venir le s"" Viquesnel, 
doreur, demeurant sur la parroisse S' Jaques de celte ville, avec lequel 
ils sont convenus de la manière qui suit. Le s' Viquesnel s'oblige à dorer 
à plein les deux pots à fleur avec leur corbeille, la sculpture des six 
paneaux, dont qualres sont dans la gloire et deux sur les têtes de S' Désir 
et S' Eutrope, la frize au-dessus du grand quadre, les chutes des deux 
cotez du tableau. De plus à dorpr les ornements des deux grandes 
consônes régnantes le long de l'autel, la corniche du haut des paneaux, 
conforme à celle des piliers, toute la sculpture dedans les paneaux, les 
quadres et lés ornements extérieurs desdils paneaux, les deux petites 
consonesjoignantes les paneaux, les quadres au-dessous desdits paneaux, 
l'appuy des petites consônes et les quadres, le tout d'or bruni, et à mettre 
et placer à ses fraits tout l'ouvrage qui a été défait pour être doré; et 
les dits s" curez, thrésoriers et députez luy payront pour le dit ouvrage 
en son entier la somme de cent quatre vingt quinze livres payable à la fin 
de l'ouvrage, qui sera sujet à visite, et le dit s' Viquesnel s'oblige à rendre 
l'ouvrage parfait pour le jour de S' Eutrope prochain. Fait double ledit 
jour et an que dessus. » 

Signé : Viquesnel. P. Cordier. J. Bouffard. Motaillé. 
A. Desgenetez. N. Le Lièvre. 

Cf. les comptes de S' Désir de Lisieux. 1740 et 1741. 



III 



ARTISTES 

D'AVRANCHES, BAVEUX, CHERBOURG, COUTANCES, SAINT-LO, 
VALOGNES ET VIRE AU XVIII' SIÈCLE, 

d'après LKS ROLES DE LA CAPITATION CONSERVÉS AUX ARCHIVES 
DÉPARTEMENTALES DU CALVADOS. 

Malgré leurs imperfections, leurs lacunes, leurs insuffisances, 
les anciens registres d'impositions sont une source précieuse de 



ARTISTES DAVRAXCHES, BAVEUX, CHERBOLRG, ETC. 157 

reconstitution : en inventoriant les rôles de la capifalion des bour- 
geois que conserve le fonds de l'intendance de Caen, j'ai recueilli 
de nombreuses notes sur les artistes des deux villes qui, avec le 
chef-lieu, dépendent aujourd'hui du Calvados, Bayeux et Vire', et 
de cinq principales de la Manche, Avranches, Cherbourg, Cou- 
tances, Saint-Lô et Valognes- : en les complétant à l'aide des 
cahiers de même nature qui, pour la fin de l'ancien régime — à 
la suite des institutions nouvelles qui, avec l'amoindrissement des 
attributions des intendants, commencent déjà la Révolution — 
existent dans le fonds de la commission intermédiaire de Basse- 
Normandie, j'ai réuni des matériaux dont la réunion ne saurait 
manquer d'intérêt. 

Sans doute, les lacunes sont grandes : c'est ainsi que le fonds de 
l'intendance ne conserve, pour Avranches, à l'article C. ^SSô, que 
les rôles de 1740 (arrêté le 15 décembre 1739), 1751, 1773, 
1780, 1781, 1787, plus le contrôle en 1756 des bourgeois et habi- 
tants de la ville et bourgeoisie d'Avranches, relevé des rôles de 
capitation, divisé en quatre classes suivant les impositions, com- 
plétés, dans le fonds de la commission intermédiaire (C. 8122), 
par le rôle de 1789; de même, pour Bayeux (C. 4538-4547), les 
registres ne remontent (|u'à 1768; viennent ensuite ceux de 1775, 
1777, 1779, 1781, 1782, 1783, 1784, 1785 et 1787 : on n'en 
trouvera pas moins, dans les simples notes qui suivent, les pre- 
miers éléments, en grande partie inconnus, d'une statistique des 
artistes de la Basse-Xormandie ' dans la seconde moitié du dix- 
huitième siècle. 

Armand Béxet, 

Membre non résident du Comité, à Caen, 
Archiviste du département du Calvados. 

' Ces notes seront ultérieurement complétées par des extraits des rôles des 
dixièmes et vingtièmes de Bayeux et de Vire, également conservés dans le fonds 
de l'intendance de Caen. 

- Les rôles de Carentan et Mortain manquent. — Pontorson. C. 4.537, rôles de 
1772, 1773, 1780, 1781, 1787 : Fontaine, organiste, rue S' Alichel, 1780; la 
veuve Gilles Pitel, organiste, rue du Château, 1772; la même, en 1773, sans 
désignation d'organiste. — Thorigny. C. 4558 et 4559, Pinel frères, architectes, 
aux écarts de Thorigny, 1767 (18 livres), 1768; ils flgurent sans le titre d'archi- 
tectes au rôle de 1773. C. 8126, Trousset, peintre, demeurant i Baille de haultt , 
imposé à 1 livre, 1789. 
. ' Les notes recueillies sur Caen feront l'objet d'un travail ultérieur. 



158 ARTISTES D'A V R A IV C II E S. BAVEUX, CHERBOURG, ETC. 

AvRAXCBES. 
(C. 4536, 8122.) 

Lapierre dit Barbera, peintre, imposé à 21iv. sur un revenu de 20 liv., 
rue S' Pierre. 1787. 

Sety ou Se^y (lean-FraaBœois), reiieor et doreur, 3 liv., rue du Puis 
de Livet. 1731. En 1756,^ 5 liy. — En 1773, 1780, etc., il est seulement 
qualifié relieur. 

Vaudatin (Joseph), doreur (porte de Ponls et Grand Tertre), 1780- 
1781 ; en 1787, rue Pendante. 

Roger (Jean), vendeur d'images, 1740, 1751, etc. 

Artamène (Georges), sculpteur, rue Pendante, imposé à 4 liv. sur un 
revenu de 40 liv. 1787. — Au rôle de 1789, le s' Artamène, sans indica- 
tion de profession, même rue, 6 liv. 

Cahet, sculpteur, 3 liv., rue Saugnière. 1789. 

Gogeard (Jean), sculpteur, 4 liv. 5 s. rue des Champs. 1740. — Au 
rôle de 1751, Boulevard, le fils de Jean Gogeard, sculpteur, 3 liv. (rayé). 
— En 1751, Jean Gogeard, sculpteur, rue des Champs, 4 liv. (rayé, et, 
en addition, le fils de feu Jean Gogeard, 2 liv.). — En 1773, la veuve 
Jacques Gogeard, sculpteur, 1 liv. 10 s., etc. — En 1781, la veuve 
Jacques Gogeard et fils, rue des Champs. 

James (Pierre), sculpteur, rue des Trois-Rois, 4 liv. 5 s. 1740. 

Houel (Laurent), u architecque », rue Saugnières, 1773. — En 1780, 
Houel, architecte, même rue. En 1781, rue des Champs. 

Martin, ingénieur. 1787, 1789. 

Morel (Nicolas), géomètre, rue S' Pierre. 1773, 1780. En 1781, 1787, 
1789, pas de prénom. 

Orfèvres : les enfants d'AUain-Moël Gérard, orfèvre, 1740 ; — Littrey 
on Littré {y vançoii) , 1740, 1751, 1756 ; — Littré (Jean-François), 1773, 
1780, 1781; — Littré, sans prénom, 1787, 1789, place Baudange; — les 
enfants Bellin (en correction de AUain), 1751 ; — Gérard (Noël), 1751 ; 
Gérard, 1780, 1781, 1787; Gérard, ci-devant orfèvre, 1789; —Barbey, 
1789 ' 

Jublin (Joseph), maître de danse, rue Pomme d'Or. 1773. 

' Menuisiers, en 1740 : La Fontaine, Charles Reulot, La Fosse, Jean Davignon, 
Poittevin, Pierre Gauchet, René Dubois, François Coupé, Thomas Tesson, la veuve 
de Gilles Gatrel, Pierre Beaumont, Duperré, Jacques Rauline, Touqueran, Jean- 
Baptiste Dyon, Julien Le Loup, Longraye, Jean Baudet. 

Tourneurs : Michel Samson et son fils, etc. 



ARTISTES DAVRANCHES, BAYEUX, CHEIIBOURG, ETZ. 159 

Voisin, niaitre tle danse. Le Tour du Marché et butte aux Vaches, en 
1780 ; rue Boudrie, en 1781 ; rue du Pot-d'Étain, en 1787 ; rue Neuve, 
en 1789. 

Gilbert, marchand et musicien, rue Pomme-d'Or. 1789. 



Bayeux. 

(C. 4538-4547.) 

Peintres. 

Allard ou Alard (Jean-Joseph), paroisse S' Loup. 1779 à 1787, (De 

1 liv. 16 s. à 3 liv.) Xommé Joseph seulement en 1785 et 1787. 

Chrétien (André), paroisse S' Jean. 1775 à 1787. (De 1 liv. 4 s. à 3 liv. 
4 s. 3 d.) 

Cuminal (Pierre), paroisse de la Madeleine. 1782 à 1787. (D'abord 

2 liv. 8 s., puis 1 liv. 4 s.) 

Douard, paroisse S' Patrice. 1781 à 1785. En 1787, Douard, peintre, 
ou héritiers. 

Fossey (Jean), paroisses : S' Jean, 1775-1777; S' Malo, 1779; S' Sauveur, 
1781-1785. (De 1 liv. 4 s. à 3 liv.) Sa veuve, 1787, paroisse S' Sau- 
veur. 

Hébert, paroisse S' Patrice, 1782-1787. (4 liv., puis 3 liv. Ils. 
6d.) 

La Houssaye (de), paroisse S' Patrice. 1775, 1 liv. 4 s. La Houssaye, 
et Pierre de La Houssaye, paroisse S' Sauveur, 1777, 1779. Pierre 
La Houssaye, paroisse de la Madeleine, 1781-1787. 

La Pierre, paroisse S' Malo, 1 liv. 4 s,, 1777. 

Le Boiteux (Michel), paroisse S' Patrice, 1787. 

Le Champenois (Claude), paroisse S' Malo, 1777 ; Claude Champenois, 
paroisse S' Martin, 1779. 

Le Maître (Jacques), paroisse S» Malo, 1775-1787. (De 3 à 12 liv.) 

Le Tellier (Thomas), paroisse S' Jean, 1777, 1 liv. 10 s. 

Le Tellier (Jean), paroisse S' Sauveur, 1782-1785, 2 liv. 8 s., puis 

2 liv. 2 s. 9 d. 

Loisot (Michel), paroisse S' Malo, 1768, 4 liv. 

Mahier (Pierre), paroisse S' Sauveur, 1782-1787, (2 liv. 8 s., puis 

3 liv. Ils. 6d.) 

Palos (Jean-Baptiste), paroisse S' Vigor le Petit, 1785, 1787, 2 liv. 
2 s. 9 d., puis 1 liv. 4 s. 

Rupalley ou Ruppalley (Joachim), paroisse S' Jean, 1768-1779. Au 
rôle de 1768, figure avec les héritiers de la veuve du Saul, sa belle-mère. 



160 ARTISTES D'AVRAXCHES, BAYEUX, CHERBOURG, ETC. 

3 liv. En 1775, 1777, 1 liv. 4 s.; en 1779, 1 liv. 10 s. En 1781, 1782, 
même paroisse, la veuve - Rupaley » , peintre. 

Sculpteurs. 

Auguste (\a veuve), sculpteur, paroisse S' Sauveur, 1775, 1777. 

Auguste (Alexandre), paroisse S' Sauveur, 1779-1782, la Madeleine, 
1783-1785. 

Durand (Jacques), paroisse de la Madeleine, 1777. Durand^ sculpteur^ 
sans prénom, paroisse S' Patrice, 1787. 

Mangin (Jean-Louis), paroisse S' Loup, 1768^ 1775. 

Mangin (Salomon), paroisse de la Madeleine, 1775-1787 (en 1775 
Mengin; en 1787, sans prénom). 

Paulet (François)^ paroisse S' Martin, 1775. 

Pichard (Jacques), paroisse de la Madeleine, 1768-1787. Au rôle de 
1768. il figure comme ayant épousé la veuve Hasiey. 

Rupalley, Ruppalley ou Rupaley (Jean), paroisse S' Jean, 1775-1787; 
il figure au rôle de 1777 avecles prénoms Jean-Baptiste. 

Orfèvres. 

Desmares (veuve Gabriel), paroisse S' Malo, 1768-1787. Successivement 
25 liv., 32 liv., 36 liv., 40 liv., 79 liv. 10 s., 80 liv., 71 liv. 10 s. En 
1768 ; veuve et héritiers. 

Desmares (héritiers d'Olivier, orfèvre, et de sa femme), paroisse 
S« Martin, 1768. 

Guérin (Sébastien), paroisse S' Malo, 1775, 1777. Sa veuve, 1779 ; 
veuve Guérin, orfèvre, 1781-1784 ; Madeleine, veuve Guérin, ancien 
orfèvre, 1785, 1787. 

Le Provost (Henri-Charles), argentier ou orfèvre^ paroisse S' Jean^ 
1775-1783. Henri-Charles Provôt, orfèvre, paroisse S' Martin, 1784, 
1785. Provôt, sans prénom, orfèvre, paroisse S'-Martin, 1787. 

Marquet (Jean), doreur, paroisse S' Sauveur. 1768. Id., argentier, 
puis orfèvre, paroisse S' André, 1775-1787. 

Architectes. 

Blancagnel (Pierre), paroisse S' .Malo, 1768. Aux rôles de 1768, 1775, 
llllj Jacques Blancagnel, entrepreneur de bâtiments, paroisse S' Jean. 

Fouquet (Philippe), paroisse S' Patrice, 1779-1787. En 1782 et 1784, 
marqué architecte pour la ville. 

Gouesmel, paroisse S' Martin, 1779-1783; paroisse S' Malo, 1785- 
1787. 



ARTISTES D'AVRAXCHES, BAVEUX, CHERBOURG, ETC. 161 

Laloë (Pierre), paroisse S' Jean, 1785-1787. 
.I/m^c/ (héritiers Michel), paroisse S' Malo, 1781. 

Musiciens, etc. '. 

C//aw/?eflua; (Jean-Baptiste), organiste, paroisse S'Patrice, 1777-1783. 
Veuve et héritiers, 17Si_, 1785. 

Chapuy ou Chappxiy (Claude), musicien, paroisse S' Loup^ 1768. En 
1775, 1777, 1779, 1781, Claude Chapuy, maître à danser, paroisse 
S' Martin. 

Deschamps (Jacques), organiste, paroisse S' Sauveur, 1768. 

DiibuissoJi oa Dubisson, maître à danser, paroisse S' Malo, 1777-1784. 

Huberlet ou Hebcrley (André), musicien, paroisse S' Laurent, 1775- 
1779. 

Jouet (Louis-Philippe), lulhier, paroisse S' Sauveur, 1775-1782, 
1784. Sans prénoms, 1783, 1785, 1787. 

Le Jeune, maître de musique, paroisse S' Sauveur, 1785 ; paroisse 
S' Martin, 1787. 

Morel (Joseph), maître de danse, paroisse S' Vigor-le-Petit, 1782, 
1783, 1785, 1787; paroisse S' Martin, 1784. 

Parmi les Potiers ^. 

Auvraij. S' Sauveur, 1784. 

Catherin (Jean-Baptiste). S' Patrice, 1768. 

Cauville (Thomas). S' .Malo, 1775-1779. 

Chandavoine (Marie), potière. S' Martin, 1768. 

C/a/re/ (François). S' Martin, 1768. 

CouetiiMen). La Madeleine, 1775. S' Jean, 1781, 1782. 

Dastenast (veuve Joseph). S' Jean, 1768. 

Drurie (Germain). La Madeleine, 1768. 

Dupont (Michel). S' Laurent, 1779-1787. 

£'naM/r/ ou i^nfli//^ (Jean-Baptiste). S' André, 1782-1787. 

Féron (La femme Jacques). 1787. 

Fossard (Jean). La .Madeleine, 1775. 

Fow^rwei (Jean). S' .Malo, 1775-1779. 

Frémanger (Jean-Michel). La Madeleine, 1779-1785. 

Gardin (Jean). S' E.xupère, 1775-1787. 

Giffard (Antoine). S' Loup, 1768. 

' A l'état des non-valeurs de la capitalion de 1771 (C. 4705) : Lendormy, 
musicien. 

* Les potiers d'étain ont été laissés de côté. 

Il 



162 ARTISTES D'A V R A M C H E S, BAYEL'X, CHERBOURG, ETC. 

Gontier {Lou\s) . S' Jean, 1779-1787. 

Gosselin (Jean-François). S' Malo, 1775-1777. 

Grandin (Charles). S' Jean, 1779-1782. 

Guillehert (Jean). S' Malo, 1775. Jean Guilbert, S' Sauveur, 1777- 
1779. 

Hébert (veuve Pierre). S' Jean, 1768. 

Héricy oaHérissy (Michel). S' Malo, 1768-1779. 

Jemble (Jacques). S' Malo, 1768. 

Laisné ou Laine (Pierre). La Madeleine, 1775-1779. 

Laine (Jacques). La Madeleine, 1779. 

Le Comte (Louis). S' Patrice, 1768. 

Le Fetteij (Louis). S' Patrice, 1768-1775. Sa veuve. S' Patrice, 1777- 
1784. 

Le François (Michel). S' Loup, 1777-1783. Sa veuve. S' Loup, 1784- 
1787. 

Le Grand (Georges). S' Malo, 1768-1779. 

Le Grand (Jean), potier de terre. S' Sauveur, 1768-1777, 

Lehot (Jean). S' Malo, 1768. 

Marie (Julien). La Poterie, 1782-1787. 

Marlrayny (veuve Gabriel). S' Jean, 1768. 

Morel (Simon). S' Exupère, 1775-1783. Sa veuve, 1784-1787. 

Moyon (Jacques-Henri), dit La Rivière. S' Malo, 1768-1775. Sa veuve, 
1777-1779. 

Néel (Robert). S' Sauveur, 1768. 

Robert (Jean). S» Martin, 1777. 

Salen (Louis). La Poterie, 1768. 

Saussaye (Jacques), La Madeleine, 1768-1775. Veuve et héritiers, 
S' Patrice, 1782. 

Simon (Jacques). S' Martin, 1782-1783. 

Tilla7'd {\ieu\e et héritiers). S' Jean, 1768. 

Vaittier (Jean), S' Jean, 1768. 

Vver (Michel), S' Patrice, 1775. Sa veuve, 1777-1785, etc. '■ 

Cherbourg. ? 

(C. 4561, 8128.) I 

Filière (François de), peintre, 1740, 3 liv, 

Freret (Pierre), sculpteur, ancien quai, 1780, 2 liv. 10 s. ; 1781, 4 liv. 
16 s, 4 enfants. En 1787 et 1789, la veuve et fils dud. sculpteur. | 

Le Tetrel (Pierre), orfèvre, 1740 (article rayé). î 

Rouland (Jacques-René), orfèvre, 1789. 



ARTISTES DA\ RAXCHES, BAVEUX, CHERBOURG. ETC. 3G3 

Dufour (Charles), organiste, rue des Corderies (1780, 2 liv. 10 s. ; 1781 
et 1787, 4 liv. 1(3 s.). 4 enfants. En 1789, pas d'indication de rue, 5 liv. 

Langlois (Jean), maître de danse. 1789. 

Fondeurs : Simonnet (Jacques), 1740, 1751. Viel (Pierre), 1780, 
1781, 1787, 1789. 

COUTANCES. 

(C. 4555, 8123.) 

Asselin (François), peintre, rue de la Mission, 1773, 3 liv. — Asselin 
(sans prénom), peintre, rue des Cohues, 1780, 10 liv.; 1781, 19 liv.; 
1787, 1788, 1789, 13 liv. 6 sols. 

Bichue (Jacques), peintre, et sa mère, imposés à 1 liv. « .Marché à 
bled. » 1740. Idem en 1741, avec la note : Pauvre. Idem en 1751. — 
Bichue (sans prénom), peintre, rue du Pilori, imposé à 10 liv.; son 
domestique, 1 liv. 16 s., 1773. En 1780, Basse rue, Robert Bichue, 
peintre, 13 liv. 10 s.; en 1781, 25 liv, 13 s.; en 1787, 25 liv. 13 s.; 
plus son domestique, imposé à lad. somme; en 1788, le même, Basse 
rue; en 1789, la veuve de Bichue, peintre, même rue. 

Blanchet (Jacques), peintre, rue des Cohues, en 1780, 4 liv. ; en 1781, 
7 liv. 12 s. En 1787, 1788 et 1789, rue du Siège, 11 liv. 8 s. 

Police (André), peintre (la veuve de), rue d'Egypte, 1740. Idem 
en 1741, avec note : Sans profession ni commerce. 

Robin (Louis), peintre, rue S' Pierre. En 1773, 1 liv. 10 s.; 1780, 
2 liv.; 1781, 1787, 1788, 1789, 3 liv. 16 s. 

LeMière (Jean), « m"* d'image ». 1773. 

La Lande (Pierre de), sculpteur, rue du Pilori, 1788. 

Guyon, marbrier, rue des Cohues, 1787, 1788, 1789. 

Doshonne, architecte, rue des Capucins et de la Mission, 1781, 1787, 
7 liv. 12 s. En 1788, même rue, « Dobonne » ; en 1789, « Dosbonne », 
7 liv. 12 s. 

Charette (Jacques-Philippe), orfèvre. Grande rue, 1773, 1780, 1781, 

1787, 1788, 1789. 

La veuve Dominique Le Moine, orfèvre, 1773, 1780, 1781, 1787, 

1788, 1789. 

/>u/?ra^eau, orfèvre, marché àblé, 1780. Dupratot, orfèvre, rue S' Nicolas, 
1781. Michel-Pierre Dupratot, orfèvre, Grande rue, 1787, 1788, 1789. 

Gérard (François), orfèvre. Grande rue. 1740. En 1741, marché au 
blé. En 1773, Grande rue. La veuve François Gérard, orfèvre. Grande 
rue, 1780, 1781; idem, sans prénom 1787, 1789. 

Goudelet (Gaspard), orfèvre. Grande rue, 1740, 1741, 1751. La veuve 



164 ARTISTES D'AVRANCHES, RAYEUX, CHERROCRG, ETC. 

Gilles Goudclet, orfèvre, et ses enfants. Grande rue, 1773; la veuve 
Gilles Goudelet, orfèvre, (Jranderuc, 1780, 1781; idem et ses deux 
filles, 1787, 1788, 1780. Bernard-François Goudelet, orfèvre, Grande 
rue, 1773, 1780, 1781; sa veuve, Grande rue, 1787, 1788, 1789; le 
fils héritier de Bernard-François Goudelet, orfèvre, 1788, 1789. Louis 
Goudelet, orfèvre, Grande rue, 1780, 1781. 

Le Rond, orfèvre. Grande rue, 1787, 1788, 1789. 

Maille (Jean), perruquier, et son fils, orfèvre, solidairement, Grande 
rue, 1740. Idem 1741, 1751, avec note en 1741 : Pauvre et sans aucun 
exercice de sa profession. 

Clément {y\eri-e), organiste, Grande rue, 1773, 1 liv. 6 s.; 1780, 
lliv. 4 s.; 1781, 3 liv. 16 s.; 1787, 5 liv. 14 s.; 1788, 1789. 

Laporte, maître de danse, rue des Cohues, en 1787, 1788; rue du 
Pilori, en 1789. 

Le l'avasseur, maîlre de danse, 1751. 

Voisin (Louis), mailre de danse. Tournées S' Nicolas, 1773. En 1780, 
rue de la Mission. En 1781, Tournées S'Xicolas et marché à chaux (sans 
prénom). 

Poirier (Jean), musicien, rue S' Pierre, 1787, 1789'. 

Sai\'t-Lo. 
(G. 4557, 8125.) 

Martin (Jacques), peintre, rue des Ruelles. En 1773, 1 liv. 7 s. En 
1780, 1 liv. 

Durand (lem-Baptiste), architecte. En 1787, 3 liv. 11 s. 7 d.; une 
domestique, 30 s. 1789, 3 liv. 12 s. 9 d.; sa domestique, idem. 

^eri'/eu (Julien), architecte. 1773,5 liv. 15 s.; en 1780, 2 liv.; en 1781, 
3 liv. 15 s. 9 d. ; plus, sa servante. 

1 Lesdits rôles à compléler par les états de non-valeurs (G. 4524, 4525, 
4708) : 

1736. î " s' de La Duerie, sculpteur. 
1762. Le VavasseuryVaaXire de danse. 

1768. Le IJé, maître de danse (demeure en pension et n'a point de domicile 
fixe). — Rebiily, maître de danse, avec cette annotation significative : On ne lui 
connaît aucun meuble à saisir (il était imposé à i livre!). 

1769. Le Dez et llebuty, maîtres de danse. 

1770. Le Dé, maître de danse : n'a point de domicile fixe, et on ne lui connaît 
pas de meubles saisissables. 

1771. Jacques Hubert, orfèvre; Le Dé, maître de danse; Jean Guérin, potier. 

1772. Le Dé, rafaître-de danse, bourgeois de Coutances, 1 1. 11 s. 9 d.; Jac- 
ques Hébert, orfèvre^ 1 1. 1 s. 3 d. 



ARTISTES DAVRAÎVCHES, BAYEDX, CHERBOURG, ETC. 165 

Orfèvres : 1740, la veuve de Jacques Chemin, orfèvre; la veuve et 
héritiers de Daniel Saint, orfèvre. 1740, 1751, la veuve de Jacques Du 
Bosq et son fils, orfèvre. 1740, Pierre Saint, orfèvre. — 1740, Jean 
Fauchon, orfèvre. — 1740, les dames Du Fresne, orfèvres; 1751, la 
dame Du Fresne, orfèvre. — 1751, Thomas Saint, orfèvre. —1751, 
Daniel Saint, orfèvre. — 1751, Jean de La Landes Hopkins, orfèvre. — 
1773, 1780, 1781, Alexandre Granelly, orfèvre. — 1773, Thomas 
Rousso, orfèvre. — 1773, 1780, Jean-Baptiste Du Bosq ou Dubosq, 
orfèvre. — 1773, la veuve Daniel Saint, orfèvre. 1780, la veuve Saint, 
orfèvre, 1781, les héritiers de la veuve Saint, orfèvre. — 1773, 1780, 
1781, 1787, 1789, Michel Saint, orfèvre. — 1780, Guillaume Piédois, 
orfèvre. 1787, Guillaume Piédoist, orfèvre (sans désignation de profession 
sur le rôle de 1781). 1789, Guillaume Piédois, orfèvre. — 1787, 1789, 
Pierre Gillet, compagnon orfèvre. — 1789. Ambroise Cousinet, com- 
pagnon orfèvre. 

Germain Ze Pre^/e, fondeur, 1773. 

Julien Bécheton Bêché, fondeur, 1780, 1781, 1787, 1789. 

Alexandre (Pierre), organiste, 1773, 1 liv. 7 s.; 1780, 1 1.; 1781, 
1 liv. 17 8. 10 d. ; 1787, 1 1. 15 s. 10 d. ; 1789, lliv. 16 s. , Michel-Pierre. 

Darthenay (Jean-Baptiste), organiste, 1773, 1 liv. 7 s. 

La Porte, maître de danse, 1780, 1781. 

Valognes. 
(C. 4560, 8127.) 

Desnoyers (Jean-Marin), peintre, rue des Religieuses, 1 liv., 1787, 

Hamel (François), peintre, rue de Potterie, 3 liv., 1780, 1789. 

Le Berrier (François), peintre, rue de Potterie. 1780, 5 liv.; 1781, 
9 liv. 15 s.; 1787 (sans prénom), 9 liv. 10 s.; 1789 (Berrier), 12 liv. 5 s. 

L'Ehrequier (Pierre), peintre, rue de Venise, 1 liv. 1780. En 1781 
(L'Ebréqué), même rue, 1 1. 19 s. 

Le Cocquerre, peintre, rue de la Trinité. 1780, 3 liv.; 1781, 5 liv. 
17 s. Un Le Cocquierre, sans profession, indiqué rue des Religieuses, 
figure au rôle de 1787, 3 liv.; rue de la Trinité, L? Cocquierre, libraire. 

Le François (Louis), peintre, rue des Portes TEvêque, 1787. En 1789, 
3 liv. 5 s. 

• Le Roy, peintre et fermier, rue au Magnen, 6 liv. 18 s. 3 d., 1773. 
Indiqué, même rue, comme peintre, 4 liv., 1780; 7 liv, 16 s., 1781. 

Ferey (Louis), dit Le Danois, doreur, rue du «Boucachard n, 2 liv., 1740. 

Alexandre (Thomas), sculpteur, rue de l'Auditoire, 2 liv. 15 s. 3 d., 
et un compagnon, 2 liv. 1 s, 6 d., 1773. En 1780, 6 liv. 6 s., pas de 



166 ARTISTES DAVRANCHES, BAYEIJX, CHERBOURG, ETC. 

compagnon, rue du Gisors. Même rue, 12 1. 13 s. 6 d., 1781. En 1787, 
même rue, les héritiers Thomas Alexandre. 

Mengin (Jacques), sculpteur, rue de la Trinité (addition : la veuve et 
héritiers de), 7 liv. 10 s., 1740. 1751, même rue, les filles héritières de 
la veuve de Jacques Mengin, sculpteur, 10 liv. 1773, la fille de Jacques 
Mengin, sculpteur. — Dans l'état des décharges et modérations de la 
capitation de 1736 (C. 4711) : Bourgeois de Valognes, Jacques « Mengy », 
sculpteur, modéré par ordonnance du 20 mars 1737 de 2 liv. 4 s. 

Orfèvres. 1740, la veuve de Jean Bréard, orfèvre. — 1740, Nicolas 
Gérard, orfèvre. — 1740, 1751, Jean Jobard, graveur orfèvre et son 
fils. 1773, la demoiselle Jobart et Jean-Antoine Lefrançois, représentant 
Jobart, orfèvre. — 1751, Jacques Le Forestier^ orfèvre. 1773, Hugues 
Le Forestier, orfèvre. 1780, 1781, 1787, Le Forestier, orfèvre, sans 
prénom. — 1780, Jean-Antoine Le François, orfèvre. 1781, 1787, 
1789, Le François, orfèvre, sans prénoms. 

Michel (Louis), fondeur, 1740. 

1740, François Philippes, dit La Cadence, « m' à dancer », bouton- 
nier (addition : la veuve et héritiers de). Au rôle de 1751, Jean Philip- 
pes, dit La Cadence, sans désignation de profession. — 1740, la veuve de 
Charles Dufour, maître de musique (article rayé). — 1740, 1751, Jean 
Gantier, maître à danser. — 1751, Jacques-André Clément, maître à 
danser. 1773, 1780, 1781, Clément (sans prénoms), maître à danser. 
En 1787, rue S' Lin, Clément, sans profession. — 1780, 1781, Guin- 
gret, maître à danser. 1780, Phitippe, maître à danser. 

Vire. 
(G. i5562, 8129.) 

La Vente (François de), peintre, rue de La Douve, 1768. Les veuve et 
enfants, rue aux Fèvres, 1775. La veuve et les deux fils du s' de La 
Vente, peintres, même rue, 1782, etc. En 1789, lesd. veuve et fils, rue 
S» Thomas. 

Parquet, peintre, rue aux Fèvres, 1787. 

Cahel, sculpteur, rue aux Brebis, 1783. 

Roger (Xicolas), sculpteur, rue du Haut Chemin, 1787, 1789. 

Le Breton (Pierre-Armand) et son fils, orfèvre, rue de La Saunerie, 
1768. La veuve Pierre-Armand Le Breton et son fils, orfèvre, rue Sau- 
nerie, 1775. 

Michault, argentier, rue de la Saunerie, 1787, 1789. 

Vautier (Jean-Baptiste), fondeur, « rue Dupont etBourgneuf », 1768, 

Basché, architecte, rue de la Douve, 1775, 1781, 1782. 



L'EMAIL DE V AULX EM ARTOIS. 167- 

Beaumont (Jean-Baptiste), architecte, rue Poissonnerie, ]7<S2, 1783. 

Hanse, organiste, rue aux Fèvres, 1775. 

Deschamps, organiste, rue de la Chaussée, 1783, 1787, 1789. Cf. 
C. 4712, décharges et modérations de la capitation de 1761, Deschamps, 
organiste. 



IV 

L'ÉMAIL DE VAULX EM ARTOIS 

Le Trésor de Vaulx-Vraucourl ou Vaulx en Artois renferme une 
pièce du plus grand intérêt : c'est un émail de Pierre Reymond, 
qui a été signalé d'abord dans le catalogue de notre Exposition 
rétrospective de 1896 qui en donne cette description sommaire : 
« Ex-voto de M. G[rimb]ert (?) et sa femme offert (1581) à la con- 
frérie du Saint-Sacrement érigée par Paul III en l'église de cette 
commune (Vaulx-Vraucourt) , émail peint de Limoges, ovale, 
158 X 190 mm. n Ensuite, nous le retrouvons d'une façon très 
inattendue et que nous expliquerons plus loin, dans la vente des 
collections de M. Deusy, en juin 1897, sous cette rubrique : 
" AI" 65. — Reymond (Pierre). — Plaque ovale représentant V ex- 
voto de M. G[rimbert] ? et sa femme. — Saint Paul, saint Grégoire, 
saint Dominique, saint Jérôme; au bas les donataires (fractures)'.» 

Ces descriptions étant incomplètes, erronées ou inexactes, il 
nous paraît nécessaire de commencer par dire très précisément ce 
que représente cet émail. 

Sur un fond de verdure avec un ciel bleu, se dresse d'abord au 
centre la personne du Christ, tenant dans sa main gauche un calice 
surmonté d'une hostie, et levant la main droite en prononçant les 
paroles de la consécration rappelées dans le phylactère qui envi- 
ronne sa tête : hoc est corpvs mevm. A sa droite est incontestable- 
ment saint Paul, bien reconnaissable à l'épée qu'il soutient de la 

' Voir, ci-après, planche III. 



168 L'EMAIL DE VAULX E iV ARTOIS 

main droite, et aux j)aroles extraites de sa première épîlre aux 
Corinthiens qu'il indique de la main gauche : ACCEPI A DOMIX'O QVOD 

TRADIDI VOBIS. 

A la gauche du Christ se trouve, non pas saint Dominique, mais 
saint Thomas d'Aqiiin qui porte le costume de son ordre. Le chantre 
de l'Eucharistie tient dans sa main gauche un calice et dans la droite 
un phylactère avec ce verset de sa célèbre prose Lavdasion : 

DOGMA DATVR XRIAMS 

QVOD m CARNEM TRANSIT PAIVIS 

ET VIVVM (sic) m SANGVINEM. 

Nous nous demandons maintenant comment on a pu voir saint 
Grégoire et saint Jérôme dans les deux personnages non nimbés 
qui sont sur les côtés de l'émail, alors que leur costume, aussi bien 
que les paroles qu'on leur met dans la bouche, dénotent des pon- 
tifes de l'Ancien Testament : ils sont les figures de la loi mosaïque 
représentant la loi nouvelle. Que dit en effet celui qui est à côté de 
saint Paul? — offerro panem et vinvm deo. C'est le grand prêtre 
Melchisédech qui offre le pain et le vin du sacrifice antique : il 
porte, en effet, une coupe recouverte des pains de proposition. 

A l'autre extrémité de l'émail est représenté le sacerdoce de 
l'ancienne loi sous les traits du grand prêtre Aaron, car il tient un 
agneau sur le bras gauche, et dit celte parole qui annonce les 
temps nouveaux : fine accipivnt sacrificia mea. Son nom est écrit 
sous ses pieds : haro. 

Devant le Sauveur est placé l'agneau symbolique, tenant la 
hampe d'une croix où flotte un gonfanon, avec cet exergue : ecce 
AGNVS DEi. Au-dessous jaillissent des fontaines sous lesquelles on 
lit : OMNES siTiENTES, vEiviTE AD AQVAS, texte surmonté du millé- 
sime de 1581. 

Dans le plan inférieur se trouvent cinq personnages d'une stature 
beaucoup plus petite. C'est d'abord un évèque debout, tenant une 
crosse et un livre ouvert, probablement celui de Cambrai, Robert 
de Croy, dans le diocèse duquel était situé Vaulx-Vraucourt, et qui 
avait transmis à cette église la Bulle apostolique de Paul III, dont 
nous parlerons plus loin. Il ne peut être le patron du donateur, 
puisqu'il n'est pas nimbé. 

Arrive enfin la famille des donateurs eux-mêmes (et nou des 




Planche III 



LiniAIL IIK VALI.X i:\AI5 TOI S 

ir.xi 



M 



LEMAIL DE VAILX EX ARTOIS. 169 

donataires, comme le dit le catalogue delà vente Deusy). A gauche, 
un homme vénérable est à genoux, les mains jointes : on a bien 
fait de mettre un point d'interrogation après son nom proposé de 
Grimbert, caria fracture de l'émail n'a respecté que trois ou quatre 
lettres, à l'aide desquelles il est bien difficile de reconstituer un 
mot. On lit d'abord une.\iavec un point, qui peut signifier Messire. 
La première lettre du nom qui suit, à moitié ébréchée, ne peut être 
qu'un c, un G, un o ou un Q; ne pouvant y retrouver ni Jean, ni 
Maximilien de Longueval, seigneurs de Vaulx-Vraucourt à cette 
époque, on en est réduit] à des conjectures. Les trois dernières 
lettres du nom sont : ert; mais l'intervalle compris entre la pre- 
mière et les dernières lettres est trop large pour n'y placer que le 
seul nom de Grimbert. Il faut donc chercher une autre solution, 
que nous proposerons tout à l'heure. 

Derrière ce vieillard à barbe blanche sont deux jeunes gens à 
genoux, et en face de lui, également à genoux et les mains jointes, 
tenant un chapelet, sa femme en costume de l'époque, coiffée d'un 
bonnet noir à haute forme, portant au cou une guimpe blanche, 
ornée d'une ruche, et aux poignets des manchettes tuyautées. Près 
d'elle est un livre posé par terre. 

Au moment où nous cherchions à identifier ces deux person- 
nages, nous avons découvert, au Musée de Cluny à Paris, deux 
émaux ovales, du même Pierre Reymond, inscrits sous les n°'4637 
et 4638, mesurant 0'°,09 sur 0'°,12. Ils représentent l'un et l'autre 
la scène bien connue de Suzanne au bain avec les deux vieillards : 
or, sur le premier, on aperçoit derrière ces vieillards la personne 
du donateur qui est identiquement celui de notre émail de laulx, 
comme ressemblance, comme pose et comme costume ! Et sur le 
second, à la même place, se trouve sa femme également copiée 
sur le modèle de la nôtre. Mais ce qui donne à ce rapprochement 
un intérêt capital, c'est que le nom du marfijy est écrit en toutes 
lettres avec la date de Y ex-voto : « M. lEHAX GVEX'IX. 1581. v 
Son patron, S' Jean-Baptiste, montrant l'agneau figuratif, est debout 
à ses côtés. Le nom patronymique de la femme ne nous est pas 
révélé; mais elle est accompagnée de sa patronne, aussi debout, 
S'' Marie-Madeleine, portant le vase de parfums, toujours avec le 
même millésime 1581. 

Cette identité absolue de personnages et de dates pourrait nous 



no L'ÉMAIL DE VAULX E IV ARTOIS. 

autoriser à attribuer l'éniail de Vaulx à la libéralité du même 
M. GvEivm : son nom était probablement suivi de celui d'un fief 
finissant par ERT. L'Armoriai de Picardie, dressé par d'Hozier, un 
siècle plus tard, nous apprend que Nicolas Guénin, conseiller du 
Roi, président des Traites de Péronne, n porte de sable à trois 
croissants d'argent, deux et un » . 

Tel est l'enseniblie de cette pièce magnifique. J'avais donc raison 
de dire qu'elle était digne de faire partie du Trésor de Vaulx en 
Artois. C'est bien là qu'elle était encore en 1896, avant l'Exposi- 
tion rétrospective d'Arras, où elle fut apportée par un délégué du 
conseil de Fabrique de cette paroisse. Mais quand on l'en retira, 
au lieu de la reporter dans l'église à laquelle elle appartient, on la 
laissa à M. Deusy, qui possédait déjà d'autres émaux du même 
artiste de Limoges. Elle fut alors comprise dans l'inventaire des 
objets d'art qui fut dressé après le décès de ce collectionneur infa- 
tigable, et elle allait être mise en vente par adjudication publique, 
lorsque survint la haute intervention de la Commission des monu- 
ments historiques du Pas-de-Calais, qui arrêta l'affaire et fit surseoir 
à la vente. Ce sursis fut le salut de l'émail. M. le préfet renvoya la 
question à l'examen du Comité exécutif qui m'a fait l'honneur de 
me la confier. Après avoir recherché et établi la propriété incon- 
testable de la Fabrique de Vaulx-Vraucourt, nous avons demandé, 
par l'entremise et l'autorité de l'évêché, la réintégration de V Ex- 
voto dans l'église de cette paroisse. C'est aujourd'hui chose faite, 
puisque les 300 francs représentant le prix de l'émail ont été 
remboursés à la succession de M. Deusy, et l'objet d'art rendu à 
son légitime propriétaire. 

Mais devions-nous en rester là? Ce qui s'est fait une fois ne 
pourrait-il pas se renouveler? C'est ce que notre Commission avait 
le devoir d'empêcher. Il existe heureusement une loi récente, en 
date du 30 mars 1887, pour la conservation des monuments et 
objets d'art ayant un intérêt historique et artistique; elle porte, en 
effet, dans son article 8, que le classement est fait par les soins du 
ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Aris. Les articles 
suivants stipulent que les objets classés appartenant aux Fabriques 
ne pourront être restaurés, ni aliénés, qu'avec l'autorisation du 
Ministre, et que l'aliénation faite en violation de cette loi sera nulle. 
Par conséquent l'arrêté de classement ne dépouille pas la Fabrique 



LEMAIL DE VAULX EM ARTOIS. m 

de la propriété des objets qui lui appartiennent, mais il les rend 
inaliénables sans l'autorisation ministérielle. 

L'exposé qui précède nous dictait notre conduite : aussi ai-je eu 
l'honneur de proposera la Commission des monuments historiques 
de demander à l'autorité compétente le classement de l'émail de 
Vaulx-Vraucourt, ce qui a été voté à l'unanimité. 

Cette demande de classement comprend également une autre 
pièce rarissime, appartenant au Trésor de la même paroisse : c'est 
la Bulle en parchemin qui a érigé, le" 27 août 1549, une confrérie 
du Saint-Sacrement dans cette église, confrérie à laquelle le susdit 
émail a été offert'. 

La Bulle mesure 0",75 de hauteur sur O^.SO de largeur : elle a 
perdu les sceaux dont elle était munie, mais le bord inférieur 
replié sur lui-même en porte encore la trace. C'est une formule 
imprimée qu'en termes de chancellerie on appelait instrumentum : 
elle comprend quatre-vingt-quatorze lignes de texte in-folio et 
contient aussi des blancs qu'on a remplis à la main pour indiquer 
notamment le nom de la paroisse affiliée et la date de l'agrégation. 
Nous y lisons donc ce passage manuscrit que nous transcrivons : 
« Ad instantiam cojmnunitatis et hominum oppidi de Vaulx, 
Cameracensis diocesis, pro confraternitate Sancti Martini prœdic- 
torum oppidi et diocesis erecta. » 

Encadrée d'une bordure de O^.IO ornée de feuillages poly- 
chromes, elle est rehaussée de cinq médaillons. Les trois médail- 
lons placés dans la bande supérieure représentent : au centre un 
calice avec hostie porté par deux anges et abrité sous un pavillon ; 
— à gauche et à droite, saint Pierre et saint Paul. 

Les deux médaillons inférieurs sont plus finement peints que 
les précédents et ne paraissent pas émaner du même artiste : ils 
ont sans doute été ajoutés au moment de la délivrance de la Bulle 
à la confrérie de Vaulx. L'un rappelle ce trait de saint Martin, 
patron de la paroisse , partageant son manteau avec un pauvre 
mendiant; l'autre donne les armoiries de .lean de Longueval qui 
était seigneur de Vaulx en Artois, et qui fonda la nouvelle église 
de ce lieu, achevée seulement en 1564, avec le concours de sa 
femme Jeanne de Rosimboz. Leur fils Maximilien porta, le premier, 

' Voir, ci-après, planche IV . 



172 LA CATHEDRALE DE NAIVTES. 

le titre de baron de Vaulx, devint gouverneur d'Arras, et fut tué 
en 1581 au siège de Tournay; il avait épousé Marguerite de Lille. 
L'écusson des Longueval est bandé de vair et de gueules de sise 
pièces. — Supports : deux griffons. — Heaume surmonté d'un 
griffon pour cimier. 

On donne une curieuse explication sur l'origine de ces armoiries. 
Un Longueval faisant partie de l'expédition des croisades, pour 
rallier ses troupes qui avaient perdu leur étendard, tailla dans son 
manteau des bandes d'étoffe qu'il mit au bout d'une pique; et 
comme son manteau était rouge d'un côté, et bleu avec paillettes 
d'argent de l'autre, on y vit les gueules et le vair qui devinrent ses 
couleurs héraldiques. Les Sarrazins l'avaient surnommé le Dragon. 

Il nous semble donc que la Bulle de 1549 et l'émail de 1581 
méritaient bien d'être sortis de l'oubli dans lequel ils ont été trop 
longtemps ensevelis. 

Baron Cavrois, 

Chancelier de l'Académie d'Arras, Délé- 
gué par la Commission des Monuments 
historiques du Pas-de-Calais. 



V 



LA CATHEDRALE DE NANTES 

DOCUMENTS INÉDITS 
1631 

L'histoire des anciens monuments religieux si importants et si 
nombreux qui peuplent le sol de la France, a, de tout temps, attiré 
l'attention des amis des arts et de nos antiquités nationales. 

C'est que, bien plus que les architectures civile et militaire, l'ar- 
chitecture religieuse est le reflet des aspirations artistiques d'un 
peuple. Alors que les châteaux forts et les édifices civils sont, le 
plus souvent, l'œuvre d'un seul ou de quelques-uns, on peut dire 



I 



i 




i 



LA CATHEDRALE DE IVIAIVTES. n3 

que nos cathédrales, qui demeuraient inachevées et comme en 
chantier pendant des siècles, s'élevant peu à peu par le concours 
pécunier et sous les influences de tous, prêtres, nobles et bourgeois, 
sont véritablement le produit des communs efforts de plusieurs 
générations, et par conséquent l'expression sincère et complète de 
notre génie national aux siècles passés. 

Dans ces monuments séculaires, on peut suivre, comme en un 
livre, les évolutions, les émancipations, les triomphes et jusqu'aux 
défaillances du goût de nos ancêtres. Les pierres dont ces édiflces 
sont faits, les sculptures et les verrières qui les ornent, disent et 
redisent cet amour de l'esthétique et ce souci du beau et du grand, 
qui furent, de tout temps, le partage de notre race. 

Aussi, quelle satisfaction pour l'artiste de s'attacher à l'histoire 
de quelqu'une de ces basiliques, de la suivre, contrats et marchés 
en main, depuis la pose de sa première pierre, si c'est possible, 
jusqu'à son complet épanouissement, la voyant, à travers les âges, 
se développer, s'embellir, ou se modifier dans ses plans primitifs 
sous le souffle des écoles nouvelles! 

Rien d'ailleurs, comme la connaissance des plans et des devis 
des travaux exécutés successivement, n'aide à comprendre l'ar- 
chitecture d'un édifice dans ses grandes lignes, ne permet de 
saisir ces mille détails qui passeraient inaperçus autrement. 

De même qu'un voyageur ne peut comprendre la constitution 
des peuples qu'il visite, leurs mœurs, leurs coutumes et leurs 
usages, s'il ne sait leur histoire ancienne, de même il ne sera 
donné qu'à celui qui connaîtra bien l'historique d'un monument 
de pénétrer les secrets de son architecture et d'en saisir les beautés, 

Ajoutons enfin que ce n'est qu'à l'aide des marchés ou des procès- 
verbaux de visite des travaux qu'on peut reconstituer, ou tout au 
moins connaître les parties d'un édifice détruites ou détériorées 
par les injures du temps, par la maladresse des uns ou par les 
passions révolutionnaires des autres. 

Telles sont, très sommairement déduites, quelques-unes des 
considérations qui nous avaient porté à penser que le Comité des 
Beaux-Arts accueillerait avec faveur la communication de quelques 
pièces relatives à la construction de la cathédrale de Nantes, 
monument parachevé depuis peu d'années et classé à juste titre 
parmi les Monuments historiques . 



174 LA CATHEDRALE DE NANTES. 

La Revue des provinces de l'Ouest publiait, il y a bientôt qua- 
rante ans ', sous la signature de Mi A. de la lîorderie, tout un 
ensemble de documents éclairant d'un jour nouveau l'histoire 
assez obscure jusqu'alors de l'antique cathédrale de Nantes. Les 
archives de Tévèché, ainsi que celles du chapitre de Saint-Pierre, 
mises à la disposition de l'auteur, avaient révélé leurs secrets : de 
leur poussière était sortie une florissante gerbe de marchés et de 
contrats d'adjudication. 

Il s'en fallait cependant de beaucoup, — l'auteur ne l'ignorait 
point, — que toutes les pièces intéressant l'œuvre de la cathédrale 
aient été retrouvées et mises au jour. 

Sans parler de la partie ancienne de l'édifice, au sujet de laquelle 
on n'apportait que quelques dates, qu'un rapide jalonnement, si 
nous pouvons ainsi dire, du labeur entrepris et accompli avant le 
quinzième siècle, il faut bien reconnaître que les différentes étapes 
delà construction moderne n'avaient pu le plus souvent qu'être 
sommairement indiquées. 

Au quinzième siècle, on le savait, revenait l'honneur d'avoir 
achevé le portail, la façade et les deux tours; au seizième, appar- 
tenaient la nef et ses bas côtés ; enfin, au dix-septième, les grandes 
voûtes de la nef, la voûte des orgues, la façade du chœur -, le 
transept sud et les deux chapelles collatérales au delà de ce 
transept. 

Cependant, même pour ce dix-septième siècle, si près de nous 
relativement, pour ce siècle qui avait vu se produire un si bel élan 
en faveur de l'achèvemenÉ du grand œuvre, les plus grosses lacunes 
ne cessaient de subsister. 

Ces lacunes devaient évidemment exister dans les archives capi- 
tulaires, car il est certain que l'auteur n'était pas homme à passer 
à côté d'un document important sans le saisir pour rincorporer 
dans son mémoire. 

Depuis lors, il semblait donc, avec raison, qu'au hasard seul il 



1 Tome III, année 1855, p. 27 et 321. 

* C'est ainsi que, dans ces dernières années, on a prétendu que devait unique- 
ment être désigné l'ancien jubé, démoli depuis peu. On a même avancé que 
l'expression ^«ôe était une expression toute moderne. On pourra se convaincre, en 
jetant un coup d'oeil sur notre pièce justiûcative n" II, qu'elle était déjà parfai- 
tement en usage au commencement du dix-septième siècle. 



LA C ATIIKDIIALE UE KAX'TES. ITâ 

pût êlre réservé, sinon d'acliever cet historique, au moins de le 
compléter dans quelque partie essentielle. 

C'est à lui que nous devons aujourd'hui d'avoir retrouvé, en 
poursuivant des recherches dans les archives de la chamhre des 
notaires de Nantes, un certain nombre d'actes relatifs aux travaux 
exécutés à la cathédrale au commencement du dix-septième siècle. 

Quelques lignes rapides sont indispensables pour montrer l'in- 
térêt de ces actes. 

La première et importante donnée qui s'en dégage est relative à 
la construction des grandes voûtes. 

On a écrit qu'elles furent commencées en 1628 '. Cette date ne 
saurait être exacte. Le marché de ce travail très important, adjugé 
à Michel Poirier, René Le Meunier, Guillaume Belliard et Alarin 
Godenier*, étant du 3 novembre 1626 % il n'est pas douteux qu'il 
dut être immédiatement commencé et rapidement exécuté. Dès le 
10 mars 1631, en effet, on mettait à l'adjudication la plomberie 
de la couverture de ces voûtes^ ; mieux que cela même, dans le 
procès-verbal de la visite de ces voûtes, faite par divers archi- 
tectes, le 22 août 1631 % il est formellement dit qu'elles étaient 
achevées depuis plus d'un an ou deux. 

Il faut donc conclure que ce travail fut commencé vers la fin de 
l'année 1626 ou vers le début de Tannée 1627, et qu'il fut terminé 
au plus tard dans les premiers mois de l'année 1630. 

Faisons remarquer en passant que le procès-verbal du 22 août 
1631, que nous venons de citer, vient fort heureusement à point, 
par les détails techniques qu'il contient, pour suppléer, au moins 
en partie, au marché du 3 novembre 1626, que, malgré toutes nos 
recherches, nous n'avons pu retrouver dans les archives de la 
chambre des notaires. 



' Cf. Travers, Histoire de Nantes, t. III, p. 272; l'article déjà cité, dans la 
Revue des provinces de l'Ouest, t. III, p. 29 et 40, et toutes les notices publiées 
depuis sur la question. 

' Xotre livre, actuellement sous presse, Les artistes nantais, contiendra sur 
ces architectes des notices au.xquelles nous renvoyons le lecteur. 

* Voir la pièce justiûcafive n° II. 

* Aux termes de ce marché, passé devant M« Garnier, notaire, cette plomberie 
est adjugée à Pierre Giiyot, W" plombier. Par ce même acte, des charpentes à 
refaire sont adjugées à Michel Poirier, M" charpentier. 

* Voir la pièce justificative n" II. 



176 LA CATHEDRALE DE NANTES. 

On remarque notamment que les clefs de ces voûtes étaient 
ornées des armes royales et de celles des alliances de la Couronne. 
Ces armoiries n'existent plus depuis longtemps. 

La seconde donnée importante apportée par nos actes concerne 
la construction du transept méridional de la cathédrale, de ce bras 
de croix dans lequel est aujourd'hui placé le chef-d'œuvre de la 
Renaissance dû au prestigieux ciseau de Michel Colombe, le 
tombeau du dernier duc de Bretagne, vulgairement appelé le 
tombeau des Carmes. 

L'auteur du travail que nous avons cité au début de ce mémoire 
écrit ce qui suit au sujet de ce transept : 

« L'évèque Cospeau paraît avoir imprimé aux travaux de la 
cathédrale une grande activité. En 1628 ', je l'ai déjà dit, il fit 
commencer les voûtes de la nef, qui furent, semble-t-il, assez 
rapidement exécutées; et tout de suite après l'on entreprit un plus 
grand travail, l'érection du bras de croix méridional... » 

Seule, une requête des architectes, datée de 1637 *, requête de 
laquelle on pouvait conclure que ce transept était achevé, per- 
mettait à l'auteur de parler de la construction de ce bras de croix. 
Les déductions qu'il en tirait étaient exactes, nous ne faisons 
aucune difficulté de le reconnaître; mais il est manifeste qu'il avait 
inutilement cherché dans les archives capitulaires l'acte d'adjudi- 
cation (le ce travail. 

Cet important marché, nous le reproduisons in extenso^, nous 
bornant à l'alléger des formules inutiles du protocole final. Ainsi 
sera fixé d'une façon complète et définitive l'historique de cette 
partie de l'édifice. 

C'est le 27 mars 1631 que fut adjugé cet important travail, pour 
la somme de 32,000livres *, à Léonard Malherbe, René Le Meunier, 
Michel Poirier, .Jacques Corbineau, Marin Godenier et Guillaume 
Belliard, tous maîtres architectes de la ville de Nantes, qui s'en- 
gageaient à l'avoir terminé et à rendre leur renable trois ans après. 



' Nous avons déjà fait remarquer que ce marché était de 1626. 

* Cf. Revue des prouinces de l'Ouest, t. III, p. 321. 

* Voir la pièce justificative n'^ I. 

* C'est à tort que, dans l'article susvisé de la Revue historique de l'Ouest, et 
dans ceux qui ont été publiés depuis, on a écrit que le prix d'adjudication avait 
été de 33,000 livres. 



LA CATHEDRALE DE \AXTES. 177 

On sail qu'un arrêt de la Cour des comptes, rendu le 1 2 décembre 
1637, fit ajouter 8,000 livres au montant de l'adjudication. De h 
sorte, le prix de ce travail fut, au total, de la somme de 
40,000 livres. 

Le marquis de Graxges de Surgères, 

Correspondant de la Société nationale des anti- 
quaires de France , membre du Comité con- 
stitué pour l'acbèiement de la cathédrale de 
Xantes, 



PIECES JUSTIFICATIVES 



DOCUMENT ifi° 1. 

1631, 27 mars. — Marché de la construction du bras 
de croix méridional de la cathédrale de Xantes. 

Par deuant Messieurs les trésoriers de France et généraux des finances 
en Bretagne, commissaires deppulés par le Roy, presanls nobles, véné- 
rables et discrets missires Jean Fourché, grand arcbidiacre de Xantes, 
Jean Giraud, abbé de Melleray et chanoine de l'église cathédrale dudit 
Xantes, Michel Dubreil, pénitencier et chanoine en ladite église, Julien 
Pageot, aussy chanoine de ladite église, monsieur M'" Jean Fourché, 
escuier, sieur du Bizou, conseiller du Roy, maître de ses comptes en Bre- 
taigne, et Michel Loriot, escuier, sieur de la Xoe, sénéchal des Regaires dudit 
Xantes, et cy-deuant maire audict Xantes, tous assemblés en l'église 
calhédralle dudit Xantes; présents aussy, Guillaume Blanchard, escuier, 
sieur de la Chapelle, conseiller du Roy et son procureur au siège présidial 
dudit Xantes, a été remonstré que, pour continuer l'œuvre de l'embellis- 
sement et augmentation de ladicle église, il auroit esté cy deuant faict 
diuerses propositions au chapitre de ladicte église entre lesquels n'en 
ayant esté Irouué aucunes plus à propos, utile et remarcable, que de 
coramancer à bastir la croisée du grand corps de l'église à peu près de 
l'ancien modelle d'icelle, affin d'accompagner les voûtes de la nef qui ont 
depuis peu esté, par la grâce de Dieu, paracheuées, il auroit esté aduisé 
de faire assigner et publier le marché de l'une des ailles de ladicte 
croisée, au vingt quatriesme du presant mois de mars, pour essayer de 
paruenir à prendre si bien les mesures dudict bastiment que le tout peust 
réussir à l'honneur et à la gloire de Dieu. Et pour cest effect auroit esté 
expédié ordonnance par mesdicts sieurs généraux, portant commandement 

12 



178 LA CATHEDRALE DE AIAMTES. 

au premier sergent royal de faire la publication dudict marché, ce que 
ayant faict en plusieurs et diuers lieux, tant de ceste ville que circon- 
uoisins et à diuers jours de marchés, lesdicts sieurs cy-dessus nommez se 
seroient tous trouués à cedict jour, vingt quatriesme de mars mil six cens 
trante ung, sur les troys heures de l'après midy, en ladicte grande église 
ou pareillement se seroient rencontrés grand nombre de AI" architectes, 
sculpteurs, cherpantiers, couureurs et autre expers, pour le subiect de 
ladicte assignation, suiuant laquelle il auroit esté requis de la part desdicts 
sieurs du chapitre qu'il soit procédé à la réception des offres de ceux qui 
voudroient entreprendre ledict œuure; sur quoy, Michel Loyson, sergent 
royal, et Bougiart, trompette ordinaire, ayant déclaré auoir bien et deue- 
ment banny et publié ladicte assignation, les quinze et vingt deuxiesme 
dudict mois, ledict marché en plusieurs endroits, suiuant l'ordonnance à 
eulx delliurée à cedict jour, dont ils auroient raporté procès-uerbal, lequel 
ils auroient, par serment d'eux pris, certiffié véritable, auroit esté faict 
lecture à haulte voix, tant de la bannye, que du deuis dudict bastiment de 
l'une des ailles de ladicte croisée du costé du Chapitre, après laquelle 
lecture ouye par tous lesdicts entrepreneurs et expers presans, lesquels 
auroient requis en auoir communication et qu'il leur feust permis et don- 
ner temps pour voirs le lieu dudict bastiment, prendre les mesures et 
proportions de l'emplacement et advuiser ensemble à faire valloir les 
choses honnestemeni, ce que lesdicts sieurs commissaires auroient accordé 
et pour ce ordonné leur estre delliuré coppie dudict deuis, l'assignation 
dudict marché auroit esté remise au vendredy vingt septième dudict pré- 
sant mois, auquel jour estans tous lesdicts sieurs rassemblés en la nef de 
ladicte grande église, sur les deux heures d'après midy, pour l'effect 
dndict marché, où se seroient semblablement trouués grand nombre de 
peuple expers, W' architectes, entrepreneurs et autres artisans, en la 
présance desquels ledict Bougiard, trompette, ayant certiffié auoir banny 
de rechef ladicte remise, auroit esté faict lecture à haulte voix de tout le 
deuis de la construction et des bastiments de ladicte aille de la croisée 
vers le chapitre, dont la teneur ensuilt : 

PREMIÈREMENT. 

Est requis considérer l'ordre, haulteur et grosseur d'un arc doubleau 
antien basti et esleué contre la tour du cœur, joignant la chapelle Sainct- 
Clair, lequel arc il faudra conduire et mettre à perfection ainsy qu'il est 
commencé, et au bout de la chapelle de la Madelaine, proche du Chapitre, 
et faire ung pareil audict antien commancé, lequel pillier sera de pierre 
de grain esligy à la haulteur du paué par le dedans et par le dehors, 



LA CATHÉDRALE DE NANTES. 179 

montant ledict grain de pareille haulteur et fasson que sont les autres 
pilliers de la nef, et sera appuyé d'un autre pillier qui aura aultant de 
buttée et saillye vers le Chapitre comme ont ceux qui sont faictz en la nef. 
Sera ledict pillier fondé sur un bon roc bien ferme et stable pour porter 
le fais et pesanteur qui sera posé par dessus, et en icelluy seront faictes 
les mesmes architectures et arachementz de voûte et impostes, comme 
elles sont à celluy qui est planté sur ledict premier pillier, comme a esté 
dict cy-deuant, et seront conduistz les deux pilliers à mesme hauteur de la 
nef. Et la muraille qui est entre lesditz pilliers, où est la petite gallerie 
qui sera acheuée d'être conduicte à la mesme hauteur desdictz pilliers et 
de la nef et entablée comme ladicte nef. 

Oultre, sera faict sur ledict entablement des ballustres et galleryes, 
comme il y a à ladicte nef et des gargouilles au dehors, pour jeter l'eau 
et aussy des piramides pour amortir lesdiclz pilliers, de la [même] sculp- 
ture que celles cy-deuant faictes du mesme costé. 

Et, à l'autre costé quijoinctla sacristie, il sera faict un mesme pillier, 
qui sera de mesme grosseur que celuy joinct ladicte chapelle de la Made- 
laine, comme a esté parlé cy-deuant, auecq la mesme sallye et pillier en 
arbouttant, qui sera reuesty de pierre de grain par dedans et par dehors, 
et de mesme architecture que l'autre pillier et pareil à ceux de la nef et 
fondé sur un bon roc ou fonds sollide pour porter ladicte œuure. Et sera 
planté ledict pillier au lieu où est la muraille qui clos ladicte sacristie et, 
d'aultant qu'elle ne porte pas l'espesseur requise, sera esligy dedans la 
petite caue que tient à présent missire Isac Raguideau, sacrisie, et pour Ja 
sûreté de ladicte sacristie, auant que de l'ouurir sera faict un parpain de 
tuffeau, qui conduira jusque sous les arcades des deux voûtes. 

Aussy, entre ledict pillier et le pillier de la Maddelaine, sera faict le 
pignon de ladicte croisée vers le chapitre, lequel sera fondé sur un bon 
roc ou fond sollide et dans icelluy pignon y aura ung petit portique au 
millieu pour descendre audict chapitre et aller vers l'église Sainct-Laurens, 
et y sera mis aultant de marches qu'il en faudra, au-dessus duquel por- 
tique et au milieu dudict pignon sera esligy ung grand vitrail qui aura 
pour le moings de largeur vingt trois pieds plus ou moings, selon que la 
place le pourra permettre, lequel vitrail montera aussy hault que la cir- 
conférence de la voûte de ladicte croisée. Et sera bien deuement ambrasé 
à la proportion de la muraille, qui aura pour le moings six pieds d'espes- 
seur et, par le fonds, dix pieds jusques à l'esligement dudict vitrai et sera 
remply de bonnes pierres de tuffeau blanc comme celui qui est employé 
aux voûtes et arboutans. Sera aussy ledict vitrai rempli de montans de 



180 LA CATHEDRALE DE A.A\TES. 

pierre de Taillebourg, aiiltant qu'il en sera requis auecq des roses entre 
lesdictz montans, selon leur proportion, et pour tenir les dictz niontans 
sera nécessaire de mettre en faisant la massonnerie, des barres de fer, 
tant en la largeur dudict vitrail qui entre chacun desditz nionlans, 
pour tenir et attacher les vitres dudict vitrai et les maintenir contre la 
force des veniz, lequel fer et vitraiges les entrepreneurs ne seront tenuz 
de fournir. Ledict pignon sera esleué de son carré aussy hault que 
lesdictz pilliers de la nef, et, au-dessus de ladicte haulteur, sera faict une 
pointe en pignon qui sera conduict selon la charpente et entable d'un 
cheuron brizé en rampant. Kt pour l'amortir, sera faict une croix auecq 
son pied d'estail, qui sera bien et duement lyé de bons liens de fer et os 
de bœuf, pour maintenir ladicte croix contre la force des ventz et en 
icelle pointe de pignon y aura ung o, pour esclairer sur les voultes, qui 
sera faict en rond, dans lequel il sera mis et posé une croix de fer pour 
maintenir le vitraige que lesdictz entrepreneurs ne seront tenuz de fournir. 

Entre le pillier qui joindra la sacristie et à la quadrature du pillier de 
la Madelaine et un vieil pillier encommancé, sera basty ung autre pillier 
qui regardera de ses eslignements ledict pillier antien et celluy du coing 
de la sacristie et sera aussy près de la vieille tour de son architecture 
comme est celluy qui est planté sur ledict antien pillier, et en cas qu'il se 
Irouue ung aussy bon fondement de pierres de grain, corne audict antien 
pillier, les entrepreneurs pourront planter l'architecture à la haulteur 
qu'est celle dudict antien pillier et conduire la mesme architecture aux 
impostes et arachemenlz pour suporler le grand doubleau qui portera l'un 
des carrez de la grande voulte du cœur et sur lequel doubleau on laissera 
des reltrailes et arachemenlz de voûte pour vouller le cœur quand l'on 
voudra. Et sera ledict doubleau razé et à la haulteur de ladicte nef et pil- 
lier pour porter la cherpente. 

Et, en cas que le fondement ne se trouuast propre et bon pour venir à 
la quadrature desdictz pilliers, les preneurs seront tenuz de chercher ung 
bon fondement. 

Entre ledict pillier et celluy qui joindra la petite rue qui conduict à Saint- 
Laurens, au coing de ladicte sacristie, il sera faict une longère de pareille 
haulteur et largeur que celle d'entre les pilliers du costê de la Madelaine et 
pareil entablement etbalustre. En laquelle longère, il se fera une arcade, 
à l'entrée du cœur, sur un pillier vers la sacristie, au derrière duquel pil- 
lier sera faict des attentes pour continuer les baslimentz, tant du cœur et 
sacristie que des voultes d'iceux, quand l'on voudra. Et sera ladicte arcade 
de largeur de saize pieds, plus ou moings, selon que la place le pourra 
porter, pour passer les processions qui iront allentour dudit cœur. 

Et, au hault d'icelle longère, il sera faict deux vitraux pareilz à ceux 



LA CATIIKOUALK DE MANTES. 181 

<|iii sonl (losia plantés en la lunijèiode la Madelaine, lesquels seront aussy 
paracheuez par lesdictzs preneurs à la mesme haulteur de l'arasement, et 
esligeront ung vitrai dans la cosliere de ladicle sacristie, du coslé vers le 
niidy, pour donner jour en icelle de la grandeur requise. 

Tous les paremens de ladicle croisée seront esleuez en bonne pierre du 
grain aussy hault qu'ilz sont dans la nef, et le surplus qui ira soubz la 
voulle sera esleué de bon luffeau blanc par dehors et par dedans, sans 
qu'il en puisse auoir de noir ni de tresue. 

Seront tenuz lesdicts entrepreneurs de faire bien et duement les voultes, 
doubleaux, ogiues, comme portent les pilliers et arrachements qui sont 
desia plantez, de bon tuffeau, comme sont les voultes de la nef, et seront 
taillés au hault desdictes voultes les armoiries qui leur seront commandées. 

Et pour aider et seruir à faire tout l'ouuraige sera baillé au\ entre- 
preneurs par niesdictz sieurs du chapitre le jardin et cloître antien dont 
jouist à présant vénérable et discret missire Pierre Vivien, pour mettre 
leurs matériaux et ouuriers et tailleurs de pierres. 

Seront lesdictz entrepreneurs tenuz d'oster les terriers et vidanges qui 
sortiront des fondementz et aultres délivres provenant de leurs ouvrages 
et les faire conduire sur la Motte ou hors la ville. 

Feront aussy lesdictz entrepreneurs les desmolitions qu'il conuiendra 
faire, pour faire et bastir ladicte œuvre, parce que aussy ils se pourront se- 
ruir de toutes les vieilles matières qui se trouueront ausdictes desmollitions. 

Sera le plan pied de la dicte croisée esleué de trois marches plus que 
la nef en laquelle lesdictes marches seront posées, et pour le surplus des 
aultres marches nécessaires pour monter au cœur et à la sacristie, elles 
seront posées en l'espesseur du pillier et de la longueur que portera 
ladicte arcade. Et soubz ladicte montée sera esligé, au costé vers Sainct- 
Laurens, une |)etite porte pour aller à la chapelle de Sainct-Gohard. 

Pour le regard de la cherpente qu'il conuiendra faire sur ladicte 
croisée, lesdictz entrepreneurs seront tenuz faire et fournir ladicte cher- 
pente de bon bois de cliesne, conformément à celle de la nef, et l'accom- 
paigner des noues qui seront nécessaires et se trouueront à la rencontre 
de l'ancienne cherpente, pour tirer les eaux, lesquelles couleront le long 
de la gallerie par des canaux qui seront faictzà la forme de ceux qui sont 
à présans. Laquelle cherpente sera de bon bois de chesne, comme dict 
est, loyal et marchand, de pareille grosseur et longueur et espace que 
celle qui est sur ladicte nef. 

Et pour la couverture, seront tenuz lesdicts entrepreneurs de faire 
couvrir ladicte croisée du costé dudict chapitre de bonne ardoise de poil 
de liepure, de pierre d'Angers et aussy de toutes sortes de clous et lattes 
et chanlatte, jusques à la perfection de ladicle œuvre, selon et au désir 



182 LA CATHEDRALE DE NANTES. 

du presant deiiys, sans toutefois que lesdictz entrepreneurs soient subietz 
de fournir de plomb aux lieux et endroictz où il en sera requis et où l'on 
voudra en mettre. 

Seront encor les entrepreneurs tenuz de faire et fournir le paué requis 
à ladicte croisée de pierre de Rayrie. 

Sera monstre ausdictz entrepreneurs une place pour faire uneperriere 
à tirer aullant de pierre de raassonne qu'il leur sera requis, pour le 
bastiinenl de ladicte œuvre, laquelle pierre ils seront tenuz de tirer et, 
passé de ce, faire remplir ladicte perriere à leurs frais et despens, sans 
neanmoyns que lesdicts sieurs desputez soient subiecls eu aucun garan- 
taige ny obligation en façon quelconque. 

Sera pareillement baillé place ausdictz entrepreneurs, au port de 
Richebourg, près de la riuiere, pour mettre et placer leurs matériaux, 
chau, sable, pierre de tuffeau et autres matériaux qui seront requis à 
faire ladicte œuvre. 

Et, d'aultant qu'il a esté cy-deuant commandé de faire faire plusieurs 
desseings pour le bastiment de ladicte église et mesme ung modèle en tuf- 
feau de tout ce qui semble estre requis de faire, tant pour ladicte croisée 
du grand corps de l'église qu'en ceste du cœur, pour estre dorenauant 
suiuy aux occasions qui ont trauaillé ausdictz desseings et faict ledict 
modelle et delliurer lesdicts dessings, parce qu'ils mettront et poseront 
à leurs frais ledict modelle au lieu qu'il sera aduisé par ledict chapitre 
pour y estre conserué. 

Et, après la lecture duquel deuis cy-dessus a esté par ordonnance de 
mesdicts sieurs publyé à baulte voix par Bougiard, trompette, si aucuns 
voudroient entreprendre de faire ledict œuvre, selon les articles cy-dessus. 
Sur quoy, a esté par Jacques Corbineau, maistre architecte, offert faire 
faire ladicte œuvre, suiuant ledit deuis, p(yir quarante huit mil liures, 
sans voûter; par Pierre Parisi, pour quatre mil liures moings, aussy sans 
y comprendre les voûtes; par ledit Corbineau, a esté mis mil liures 
moins; par ledict Parisy, aussi mil liures moings; par ledict Corbineau, 
a esté le marché mis à quarante mil liures; par ledict Parisi, deux mil 
liures moings; par Guillaume Belliard, à mil liures moings; par ledict 
Parisi, mil liures moings; par Sébastien Guesdon, M' masson, à trante 
cinq mil liures; par Guillaume Babinot, M' masson, à trante quatre mil 
liures; Michel Poirier, mil liures moings; Guillaume Belliard, mil 
liures moings; ledict Corbineau, à trante mil liures; ledict Parisi, 
à vingt neuf mil cinq cens liures; Hélye Brosset, aussy sans com- 
prendre les dictes voûtes, a minué à vingt neuf mil liures; ledict Ba- 
binot, à vingt huict mille cinq cens livres et par ledict Belliard à vingt 
huict mil liures. Sur quoy, tous lesdictz sieurs s'estant assemblez et 



l 



LA CATHKnilALE DE NANTES. 183 

resolleii qu'il ne seroit faict qu'un seul marché, tant pour ledict œuvre 
que pour les voûtes, pour meilleur mesnagement et déclare à uiig chacun 
qu'ils eussent ;i faire leurs offres ausdictes conditions de faire les voûtes 
de ladicte croisée et que autrement elles ne seroient receues. Ayant faict 
allumer la chandelle, qui se seroit diuerses fois estainle sans qu'aucun 
voullust parler, et enfin après auoir longuement attendu et estre par ledict 
Belliard offert faire ladicte œuure, auec lesdicles voûtes, pour trante et 
trois mil liures, et sur ce, ayant esté la chandelle réallumée, puis eslainte 
et encores rêallumée, puis estainte et encore réallumée, ledict Poirier 
auroit offert prendre tout ledict marché, compris lesdictes voulles, à 
trante deux mil liures et ung denier à Dieu de cent escus,sur lequel offre 
la chandelle estant estainte et encor réallumée diuerses fois, sans que 
aucun se présentas!, voiant que la plus grande part des assislans se reti- 
roient à estre d'un commun aduis, par mesdictz sieurs les commissaires, 
le marché dudict œuure adjugé à ladicte somme de trante deux mil 
liures audict Poirier, qui a déclaré estre tant pour luy que pour lesdicts 
Corbineau, iielliard, Marin Godenier et René Le Meusnier, presanlz, qui 
ont ensemblement accepté ladicte déclaration dudict Poirier, tant pour 
eux que pour Léonard Malherbe, auquel ils ont promis de faire ratifier. 
Et ont promis de faire bien et deuement et accomplir ladicte œuvre, 
auecq lesdites voûtes, fournir de tous matériaux et autres choses néces- 
saires, ainsi qu'il est porté par ledict deuis cy-dessus et en rendre leur 
renable dans d'huy en trois ans prochains venans, moyennant ladicte 

somme de trante deux mil liures Le vingt septiesme jour de mars 

mil sept cent trente et un. 

Signé : Fourché; Michel du Brkil; Pageost; Michel Loriot; 
J, Blanchard; M. Povrier; Corblveau; Guillaume 
Belll^rd; René Le MeUxMER ; Marin Gouexier; 
Garxier et Dems, notaires royaux. 

Pour copie certifiée conforme par 
t archiviste soussigné, 

Poirier. 

DOCUMENT N" 2. 

1631, 22 aoiU. — Procès-verbal de la visite des voûtes de la cathédrale 
et renable rendu par les adjudicataires. 

Deuant MM. les trésoriers de France et généraux des finances en Bre- 
taigne, commissaires députez par le Roy et en la présence de nobles et 



184 LA CATHEDRALE DE MAM TE S. 

discrets niissires Pierre Coupperie, coadjuteur de l'archidiaconé de la 
Mée, Jan Giraud et Estienne Bouet, chanoine de l'église de Nantes, des- 
putez du chappitre d'icelle, monsieur maître Jan Fourché, conseiller du 
Roy et maître ordinaire de ses comptes en Bretaigne et de nohle homme 
Guillaume Blanchard, sieur de la Chappelle, aussi conseiller de Sa 
Majesté et son procureur au siège présidial dudit Nantes et maire audict 
Nantes, tous assemblez en l'église cathédralle dudict Nantes, a esté 
remontré par ■Michel Poirier, René Le Meunier, Guillaume Belliard et 
Marin Godonier, tant en leurs noms que pour Jacques Corbineau et 
autres associez, tous M*' architectes, leur ayant esté fait marché dès le 
troisiesme de nouembre mil six cens vingt six, pour la construction des 
voûtes de la nef de ladicle église et arboutans nécessaires, accordèrent 
mesmes de réparer toutes les chouses qui pouroient estre endommagées 
durant ladicle construction, ainsi qu'il est contenu au marché, ils l'au- 
roient entièrement acomply au mieux qu'il leur a esté possible, y aiant 
plus d'un an ou deux que les chouses sont parfaites, ainsy que chacun 
sait. Et d'autant qu'ils sont obligés de rendre ung renable de tout ledict 
œuure, duquel il leur reste à paier encores quelques sommes, dont ils ne 
peuvent rien loucher, faire raporter le procès-verbal dudict renable, ce 
qui les incommode fort, ils auroient supplié mesdicts sieurs de vouloir 
recevoir icelluy renable, qu'ils entendent présentement rendre et faire 
visiter toute la besogne par eux faite, auecq offre de satisfaire entièrement 
à ce qu'ils sont obligez; ce que mesdits sieurs commissaires et desputez 
leur aiant acordés et pour y procéder faict apeller nombre d'expers 
trouuez en ceste ville, entre autres Helye Brosset, François Richard, Lau- 
rent Renaudin et Jacques Peandeau, M«« architectes, Pierre Guiot, M* plom- 
beur et Estienne Legrand, M" couvreur, ausquels aians faict mettre et 
déliurer le marché faict audict Corbineau et faict faire le sermant de se 
porter fidellemenl à la visite desdictes voûtes, arboutans et autres chouses 
contenues audict marché, aians dépuiez aucuns de mesdicts sieurs pour 
se transporter et descendre aux cndroitz plus imporlans, assistez du 
notaire soubsigné et de ses expers, lesdits Brosset, Richard, Renaudin, 
Peandeau, Guiot et Legrand, aians ouy la lecture du contenu audict 
marché, qu'ils auroient dit bien entendre, auroient commencé au-dessus 
desdiles voûtes qu'ils auroient trouuées en bon estât et bien faict. El aians 
veu et considéré le dessous d'icelles, qui sont dans la nef de ladite église, 
les arcs doubleaux et diagonaux et arachemens d'icelles voûtes, auecq 
leurs molures d'architecture, conduits unaniment comme les ordres 
antiens, ensembles les clefs desdites voûtes pendantes enrichies des 
armes du Roy, ensembles des alliances de France auecq leurs colliers 
d'ordre, rinceaux et feillages, pour simetrier et enrichir lesdites armes. 



LES MAITRES JOUEURS D'I M STRUME IVS. 185 

le tout consistant en l'arc et ordre des voulcs et architectures, lesdits 
expers ont trouvé le tout estre bien et deuement faict. 

Plus, aiant veu les rampans et ornemens qui auroient esté faict au jubé 
dépendant de l'architecture, comme arquitraves, frises, corniche, auroient 
reco,q[nu tout ce qui est des ornemens dépendans dudit jubé estre bien et 
dûment racommodés et mis en estât par pièses detuffeau, et en telle sorte 
qu'il ne reste rien à réparer. 

Faict le vingt deuxiesme jour d'aoust mil six cent trante ung. 

Signé : J. GmaRn; P. Coupperie; E. Bouvet; Jan Folrché; 
H. Brosset; G. Hiillier; M. Poyrier; E. Bou- 
chald; René Le Meunier; F. Poydras; Marin 
GoDE\iER ; Guillaume Belliard ; Garxier et Dems, 
notaires royaux. 

Pour copie certifiée conforme par 

l'archiviste soussigné, 

Poirier. 



VI 



LES iMAITRES JOUEURS D'IMSTRUMENS 

AU XVII* SIÈCLE 

tSOCIÉTÉi 

« Le vingt-qnatr' jour de décemb mil six cent cinq" sept, en la 
Cour du Roy noire sire à Tours, pardevant nous notaire en icelle 
ont été prêsans de leur personne et duement soubmis les sieurs 
Estienne Brunet l'aisné, Charles Deshayes, Jean Pottier, Joseph 
Potlier, Jean et Philippe Hamelot, Jean Petit, Giraud Moutlon, 
Estienne Brunet, Jean Pottier, René Moreau et Jean Simon. 

' Acte du 2V décembre 1057, devant M' Charles Duduy, notaire ù Tours. — 
Étude de lU» G. Viacent fils. 



186 LES MAITRES .lOLEURS Dl N ST RU M E M S. 

« Tous m" joueurs d'instrumens demeurant en cette dicte ville de 
Tours, entre lesquels ont esté faictes les accords, conventions, pro- 
messes et obligations quy en suivent. C'est à savoir qu'ils ont promis 
et s'obligent pendant et durant le temps de quatre années à com- 
mencer lors etaussy tost que les partyes n'auront plus d'engagement 
avecques autres personnes leurs associés avecque lesquels lesd. 
Pottier et consorts doibvent jouer durant quatorze mois et lesdils 
Deshayes, Hamelot et consorts le temps quy reste à expirer de leur 
sociellé reçue par nous; et lorsqu'ils seront ainsy d'accord, en 
sera faict acte à la suite des présentes, pour les quatre années de 
la présente societté avoir cours du jour dud. acte, déjouer conjoinc- 
tement de leurs instrumens, s'advertir les ungs les autres lorsque 
l'un d'eux aura esté mandé, pour les proffilz quy en proviendront 
estre entre eux partagés également tant des ballets que bals, 
aubades, serainades, estrennes, visites que autrement, mesme les 
vins et marchés quy seront donnés. 

ti Et quand aux estraines que les mariés donneront le jour de 
leurs espousailles ou le lendemain appartiendront à ceux quy 
aurons servy à lad. nopce. 

« Et ne délaisseront les susdits de participer aux profStz encore 
qu'ils fussent mallades ou indisposez. 

« Si par ung des susdits est reçu quelque proffit pour le service 
qui aura esté rendu, sera rapporté. 

« Et sy quelqu'uns estaient mandés et fissent service hors celle 
dite ville et lauxbourgs, les proffilz qu'ils en auront leur appar- 
tiendront seuls sans estre tenus à aucun rapport. 

K Les susdits ou partie d'eux allans à la campagne faire service, 
les frais et dépenses qu'ils feront mesme des instrumens que l'on 
fera porter seront commungs entre eux, lorsque ceux quy mèneront 
chevaux pour leurs montures seront tenus de paier la dépense de 
leursd. chevaux. 

tt Ceux quy iront à la campagne à leurs affaires particulières ou 
pour servir n'auront rien aux proffitz quy se feront pendant le 
temps de leur absence; et estant de retour, le feront savoir; s'ils 
reviennent le matin, ils participeront au proffit quy se fera le long 
du jour; et ne revenans qu'après midy, ils ne participerons qu'au 
proffit de l'après diner et du soir. 

tt Sy quelqu'uns sont menés à la campagne, et que ceux quy les 



LES MAITRES JOUEURS DI\STRLME\S. 187 

aurons menés les ramenassent en cette ville et fust par eux fait 
bail, donné aubades ou serainades le mesme jour de leur retour, 
ils ne seront tenus de raporter aucune chose de leur proffit à la 
communauté. 

« Et sy l'on est mandé pour aller jouer sur l'eau ou dedans de 
cette dicte ville et bancslieux, ceux quy servirons raporteronsàceux 
qui resterons en ville; et ceux quy resterons en ville raporterons 
leproffit de leur service à ceux quy aurons esté sur l'eau. 

K Sy l'ung joue seul ne sera tenu à aulcun raport ; et sy deux 
ensemblent jouent et servent et que le mesme jour et le soir les 
autres ou aulcuns d'eux ne facent aulcun service, le proffit que 
lesd. deux joueurs aurons fait leur appartiendra, et sy quelques 
autres jouent le mesme jour ou le soir, le tout sera raporté en 
commung. 

« Si l'on est mandé pour aller faire visite, ou que l'on y aille de 
son propre mouvement, le proftlt sera commung à tous les susd., 
et sy iceluy ou ceux quy aurons esté mandé et chez lesquels le 
messager se seroyt directement adressé ne se trouvaient lors du 
service, ils n'aurons aulcune chose au profBt. 

« Sy quelqu'un des susd. est requis par la compagnie de jouer 
et qu'il refuse, il ne sera tenu pour peine que de perdre sa part du 
proffit. 

« Et si lesd. Hamelotz ou l'un d'eux et autres de la susdite 
compagnie allaient en foire, comme il leur est permis, lors de leur 
absence, ils ne participerons à aulcunes choses, et estant de retour 
en advertissant, ils participerons à ce quy se gagnera en après. 

« Lesd. Estienne Brunet père, Charles Deshayes, Jean Pottier 
père, Joseph Pottier, Jean Hamelot, René Rigault et Jean Petit 
tiendront les dessus. 

« Et les basses seront tenus par René Moreau et Jean Simon. 

« Et quand aux tailles, elles seront tenues par Philippe Hamelot 
et Estienne Brunet. 

« Et les véritables haultes contre, par Jean et Jacques Pottier; 
lesquelles véritables haultes contre, ils porterons et non d'autres. 

" Et quy que ce soyt ne pourra entrer en lad. troupe sans le 
mutuel consentement de tous, et nul ne pourra y estre admis que 
pour tenir la basse. 

« Estant de présentement accordé que led. Jacques Pottier ne 



188 LES MAITRES JOUEURS I) IN STRUME M S. 

participera aux proffitz que pour les deux tiers d'un autre pour 
quel(]ue considération. 

« Et ne pourrons aulcuns des susdits jouer ny s'associer avecque 
d'autres joueurs d'instrumans, sans l'exprès voulloir et consen- 
tement des autres à peine de XXIIII livres d'amende, au paiement 
de laquelle le contrevenant sera contraint par la saisie de ses biens 
meubles et immeubles lors et à l'instant qu'il se trouvera duement 
convaincu, l.id. amende applicable pour ung tiers à l'Hôtel-Dieu, 
l'autre tiers à la boueste des prisonniers, et l'autre tiers aux pauvres 
de la cbarité de cette ville. 

«Seront les susdits tenus de s'assembler tous les dimanches en 
la maison de l'un d'eux à l'heure de six heures du matin en esté, 
et en yvert à huit heures pour faire le concert, à peine contre 
chacun quy manquera de douze deniers pour chacune fois, exigible 
et applicable comme cidessus. 

« Et s'il est recognu que quelqu'un des susdits recelle tout ou 
partyes de ce qu'il aura reçu, ils seront tenus de perdre leur part 
et de donner en présence des autres aux pauvres pareille somme 
qu'il aurons recellée. 

« Car ainsy le tout a esté accordé entre les partyes par ces pré- 
sentes, H l'entretien desquelles ils s'obligent promettant et renon- 
çant dont est jugez. 

« Faict et passé en l'étude dud. notaire, après midy. 

" Présents : M. Antoine Boutault, praticien et Pierre Charpentier, 
sieur de la Chouinière, demeurant paroisse de S" Croix. 

« Donné avis du scel royal i' . 

Suivent les signatures de : 

a Deshayes, Pottier, J. Pottier, J. Hamelot, p. Hamelot, 
Petit, J. Simon, Etienne Brunet, Jean Pottier, Brunet, Mouton, 
René Moreau, Charpentier, Boutault et Du Puy, n" royal. ^ 

9 janvier 1658. 

Et le neuvième jour de janvier mil six cent cinq*° huit, pardevant 
led. notaire, les associés ont déclaré et fait constater qu'ils avaient 
rompu leurs précédentes autres sociéttés et commençaient la société 
ci-dessus du 24- décembre 1657, en présence d'Estienne Hadou et 
de Francoys Granier, praticiens. 

Et ont signé avec le notaire. 



LES MAITRES J L E U R S a I IV ST R L M E X S . 180 

2 décembre 1658. 

Enfin, par acte devant Du Puy, notaire, du deux décembre mil 
six cent cinq" huit, Jean Hamelot, Jean et Joseph Potlier, Jean 
Petit, Philippe Hamelot, Jean Simon, Estienne lUunet, tous joueurs 
d'instrumens, déclarent accepter Alartin et Pierre Berlault, aussi 
joueurs d'instrumens en cette ville, pour jouer de leurs instrumens 
et jouer du basson pendant le temps qui reste à expirer de lad. 
société, en présence du sieur Ruer et de Julien Leconte, prati- 
ciens en cette ville. 

Suivent les signatures : Pottier, J. Pottier, J. Petit, M. Ber- 
TAULT, J. A.MELOT, P. Bertault, J. SiMox, P. Hamelot, Esticune 
Brunet, Ruer et Lecoxte, Du Puy, n". 

Tours, 10 janvier 1898. 

La lecture de ces actes de société montre que ces maîtres joueurs 
d'instrumens savaient parfaitement discuter et préciser tous les 
cas possibles de leur association assistés de conseils, et ne point 
oublier les intérêts pécuniaires. Ils pensaient aussi aux pauvres et 
aux prisonniers. 

Ils se rendaient à tous les désirs des aimables sociétés de l'époque; 
ils allaient en ville et à la campagne et sur l'eau, comme à Venise, 
et prêtaient volontiers les accords de leurs instruments variés aux 
ballets, bals, aubades, sérénades, étrennes et visites, aux noces et 
festins. De sorte que nobles, bourgeois et vilains s'amusaient alors 
comme aujourd'hui en notre temps moderne, fin de siècle, et aux 
sons harmonieux des maîtres compositeurs de l'époque, sans doute 
de Michel Lambert, musicien, né en Touraine, très connu à l'époque, 
ou peut-être du célèbre Lulli devenu le gendre de Michel Lambert, 
quoique bien jeune alors, et qui fit la musique des ballets et inter- 
mèdes qu'on jouait à la cour du grand Roy Soleil Louis XIV. 

Ad. VlNCEXT, 

Notaire honoraire, membre de la Société 
archéologique de Touraine, à Tours. 



190 LES « OLATRE SAISONS » DE SAUVAGE 



VII 

LES 
«QUATRE SAISONS» DE SAUVAGE 

La laiterie de la Reine à Rambouillet possédait en 1786 la 
Nynqjhe à la chèvre de Julien; elle possède encore la Suzanne de 
Beauvallet. La Nymphe à la chèvre et la chaste Suzanne ont fait 
l'objet des deux études que nous avons lues en 1897 à la réunion 
du Congrès des Beaux-Arts. Mais en même temps qu'en 1786 
M. d'Angiviler commandait à Julien sa Nymphe à la chèvi'e, il enga- 
geait le peintre Sauvage pour l'exécution de grisailles dans un petit 
pavillon dépendant de la Laiterie. 

Le peintre Sauvage (Piat-Joseph), né à Tournai en 1747 et par 
conséquent alors âgé de trente-neul ans, quand il vint à Rambouillet, 
avait d'abord été ouvrier vitrier, comme son père, puis il avait suivi 
des cours à l'Ecole de dessin de Tournai ' ; il termina son éducation 
artistique à Anvers, dans l'atelier de Martin-Joseph Geerants. 

Sauvage se rendit ensuite à Paris; en 1781, il exposait pour 
la première fois à l'Exposition de peinture, et, en 1783,11 était 
admis à l'Académie royale. 

Dans une lettre sur le Salon de 1781, du 25 août, Bachaumont 
rend justice à Sauvage, nouvel agréé, sur l'illusion que causaient 
ses bas-reliels exposés à ce Salon. 

En 1783, le même critique s'exprimait ainsi à deux reprises sur 
le talent de l'auteur belge : 

«Je vous ai entretenu plusieurs fois deM. Sauvage, cet enchanteur 
animant la matière morte et donnant un relief trompeur aux 
surfaces les plus planes. » 

Le 23 septembre, il ajoutait: «M. Sauvage a trompé par des 
camées à gouache représentant des fêtes à Gérés et à Bacchus, 

'Bellier de la Chavigxerie, Dictionnaire des artistes. 



LES » QUATRE SAISOXS » DE SAUVAGE. 191 

imilant tellement le relief que le spectateur était obligé d'y porter 
la main '. ^ 

L'œuvre de Sauvage au Salon de 1783 qui excitait ainsi l'admi- 
ration de Bachaumonl était : 

Lne table garnie d'un tapis de Turquie sur lequel est placé 
V Enfant à laçage i\e Pigalle, un casque, le vase de Médicis en 
bronze, au bas un bouclier et d'autres objets. 

Grimm, de son côté, critique ce morceau. « Ce tableau, dit-il, est 
composé d'une manière large, et il a beaucoup de vérité. On lui 
a reproché cependant une lumière trop égale sur tous les objets. 
Cet artiste ne varie point assez ses sujets. Tous ses autres ouvrages 
sont des bas-reliefs d'enfants imitant le bronze ou le marbre... On 
observe encore que ses bas-reliefs imitent plutôt le plâtre bronzé 
que le bronze même, et Ton pense que le contraire serait 
mieux. " 

En 1785, Sauvage expose : deux bas-reliefs imitant le bronze: 
des enfants jouant avec un lion ; des bas-reliefs imitant le vieux 
marbre : sept enfants préparant un sacrifice. 

En même temps le peintre de Tournai exécutait dix dessus de 
porte au château de Compiègne. 

Grimm, en 1785, accentue sa note de reproche de 1783 : 

« Les bas-reliefs imitant le bronze, dit-il, ou la terre cuite, exposés 
cette année par M. Sauvage, soutiennent la réputation qu'il s'est 
acquise dans ce genre, mais ne l'augmentent point. Il est un mérite 
d'imitation auquel on n'est pas plus accoutumé qu'on y attache 
assez peu de prix. » 

Sauvage était devenu le premier peintre de S. A. Monseigneur 
le prince de Condé. 

Sa réputation était alors à son apogée ; c'est sans doute à ce 
titre que M. d'Angiviler jeta les yeux sur lui et lui confia le soin 
d'exécuter les Quatre Saisons pour la Laiterie de Rambouillet. 

Cl Aux côtés de la grille d'entrée de la Laiterie, dit l'auteur de 
l'Almanach de 1791 du département de Seine-et-Oise, il y a deux 
tourelles; dans celle qui est à gauche, se voit un salon d'assemblée 
dans lequel on a peint des bas-reliefs qui sont d'une illusion si 



' Bachalmont, t. XXIV, p. 35, lettre du 23 septembre 1783, lettre du 25 août 
1781. 



192 LES « QUATRE SAISONS " DE SAUVAGE. 

complèle que le toucher seul peut rectifier le sens de Ja vue el 
donner la conviction que ces objets sont peints', v 

A gauche en entrant, le peintre a représenté l'Hiver : des enfants 
se chauffent à un brasier, tendant les mains vers la flamme; d'autres 
enfants nus apportent du bois pour alimenter le feu ; d'autres sont 
montés sur un arbre pour couper des branches. 

Au fond, toujours à gauche, c'est le Printemps ; ce sont toujours 
des enfants, avec des couronnes, des vases de fleurs; un Amour 
plane au-dessus de la scène avec des couronnes; deux enfants 
exécutent une danse, deux autres s'entourent la taille. 

A droite en entrant, vous avez l'Automne ; c'est la saison des 
vendanges; un enfant est assis sur un bouc qui semble émerger du 
tableau et est merveilleusement mis en relief; un autre enfant boit 
dans une urne : une amphore est à côté de lui*. 

Le dernier tableau donne l'illusion de l'Elé ; c'est le tableau qui 
est dessiné au fond, à droite ; des enfants emportent des gerbes de 
blé dans leurs bras, d'autres coupent le blé avec la faucille; un 
enfant dort; deux autres le préservent des rayons du soleil. 

Ces compositions sont Ibrt gracieuses et bien conservées. 

Elles furent exécutées en 1786 ou 1787. An Salon de 1787, 
Sauvage exposait des camées, mais il trouvait de moins en moins 
grâce devant Grimni, qui écrivait en novembre : 

ttll y a dans la plupart des petits camées de M. Sauvage de la 
grâce et de la facilité, mais on y remarque plus de pratique que de 
vrai talent. Ses bas-reliefs imitant le bronze, la terre cuite, le stuc, 
ont fait, en général, cette année, assez peu de sensation; c'est une 
sorte de magie dont l'illusion n'est pas longue. " 

En 1786, les bas-reliefs de Sauvage avaient donc tout au moins 
l'attrait de la nouveauté, à défaut de qualités (|ue les uns trouvaient 
très grandes et où les autres découvraient surtout du procédé. 

Sauvage ne persista pas moins à exposer jusqu'en 1810, toujours 
dans le même genre. 

En 1795, il expose deux tableaux imitant des bas-reliefs en 
bronze^. 

* Almanach de Seine-et-Oise de 1791. 
^ Voir, ci-contre, planche V, 

^ Salon du dix-huitième siècle, rcimpressioa de Guiffrey, t. XIII, p. 439; 
t. XIV, p. 273; t. XV, p. 162. 




i2 s- J 

^ -a i 

O J =: 



P.EUUK DUPUIS. l.)3 

Sos grisailles sont très nombreuses; les AJusées de Aloulpellier, 
dOrléaiis, »lt Lille, de Aloiilauhan en possèdent. 
Ses œuvres les plus remarquables sont : 
La Mort de Gcrmanicus; 
Les Sept Sacrements^ d'après Poussin; 
Le Sommeil tV Emhjmion; 
Son portrait j)ar lui-même, à Tournai. 
Sauvage mourut dans sa ville natale, le 10 juin 1818. 

LORl.V, 

Secrétaire général de la Société arctiéo- 
logique à Rambouillet. 



VIII 

PIERRE DUPLIS 

PEINTRE DE MOMTFORT 

Les documents n'abondent pas sur Pierre Dupuis; mais si aucune 
œuvre n'a survécu de ce peintre qui ne fut pas sans valeur, au moins 
ses traits ont été transmis à la postérité grâce à Mignard d'Avi- 
gnon et à un autre peintre, qui l'un et l'autre firent son portrait. 

Xous connaissons le portrait de Mignard par la gravure d'Antoine 
Masson, et nous avons une pliolograpbie d'un autre portrait qui se 
trouve aujourd'hui à Londres : ce portrait serait attribué à Jacob 
Van Loo de Sluys. 

Le portrait de Dupuis gravé par Antoine Masson porte la date de 
16G3 ; il est e.ilouré de cette inscription : « Petrus Dupuis Montfor- 
tensis pictor regius Academicus ^ ^ et au bas du portrait est tracée 
cette autre inscription : 

Je peins et je suis peint par mes meilleurs amis. 
Xous avons en cecy tous trois même avantage, 
Car si pour m'obliger, ils n'y ont rien obmis, 
L'honneur (jui est sans prix est lé prix de l'ouvragG. 

13 



194 PIERRE DL'PLIS. 

Cette derniôre inscription indique donc bien que le portrait de 
Pierre Dupuis a été exécuté par deux de ses amis. 

Enfin, une troisième inscription placée sur la gravure nous 
donne le nom de son auteur et le nom du peintre d'après lequel 
elle est faite : 

N . Migna7-d Avenionensis pinxit . Ant. Masson sculpebat.l66S. 

Nicolas Mignard s'appelait Mignard d'Avignon, parce que, après 
avoir étudié la peinture à Rome, il viut s'installer à Avignon, où 
Louis XIV le rencontra, quand il alla épouser l'infante d'Espagne 
et lui commanda son portrait; en 1660, Mignard venait à Paris; 
en 1663, il était nommé membre de l'Académie de peinture et 
professeur en 1664. 

Le portrait de Dupuis fait par lui est cité comme un de ses meil- 
leurs avec les portraits du duc d'Harcourt, de Brisacier et de la 
Tour d'Auvergne. 

Tous ces portraits furent gravés par Antoine Masson, graveur 
beaucoup plus jeune que Mignard et Dupuis, et ils sont regardés 
comme des chefs-d'œuvre. 

Pierre Dupuis naquit à Montfort-l'Amaury, le 3 mars 1610 : son 
acte de naissance est ainsi conçu : 

a Du il' mars audit an fut baptizé Pierre filz de Michel Dupuys 
et de Vzabel sa ï\ Le parain Charles filz de honorable ho" Estienne 
Ysabel eslu pour le Roy; la mareinne Denize Toutain, veuve de 
feu Pierre Dupuys'. n 

Le père de Pierre était marchand à Montfort; sa mère, âgée de 
vingt-trois ans, quand elle le mit au monde, appartenait aussi à une 
famille montfortoise, ainsi quecela résulte de son extrait baptistaire : 

aDu lundy seizième février audit an (1587) fut baptisée Simonne 
Ysabel, Bile de Grégoire Ysabel apothicaire et de Madeleine Canée, 
sa femme « 

Les époux Dupuis-Ysabel eurent de leur mariage quatre autres 
enfants : 

Mathieu, qui embrassa la profession de chirurgien; deux filles, 
Marie et Elisabeth, et ungarçon, nommé Michel, qui naquit le 2 mai 
1620 \ 



' État civil de Monlfort-l'Amaury. 
s Ibid. 



PIERRE DU PLI s. 195 

En 1635 et 1636, Michel Dupuis est le quatrième marguillier 
de l'église de .Monllort. 

iXousne savons rien de l'enfance de Pierre Dupuis, qui se destina 
à la peinture; on peut supposer qu'il se rendit à Rome pour se 
perfectionner dans son art entre 1630 et 1640, et qu'il connut là 
Pierre Mignard, qui était de deux années plus jeune que lui. 

Quoi qu'il en soit, l'année même où son portrait est gravé par 
Antoine Wasson et où Pierre Mignard est lui-même reçu, nous le 
voyons nommé académicien. 

En effet, nous lisons sur les procès-verbaux de l'Académie royale 
de peinture et sculpture, séance du 2 juin 1663 : 

" Le sieur Pierre Dupuy, peintre, ayant présenté des tableaux de 
fruits de son ouvrage, a été resçue dans l'Académie dont il a preste 
le sertnen en la manière accoutumée'. » 

Le nom de Pierre Dupuis figure aux séances de l'Académie des 
7 juillet, 7 août, 11 août 1663, puis n'y est plus mentionné les 
années suivantes. 

Dupuis était surtout un peintre de fleurs et de fruits. Nous le 
retrouvons sur le livret de l'Exposition de peinture, faite en 1673, 
dans la cour du Palais-Royal; ce livret porte : 

Il De M. Dupuy, un grand tableau qui représente un tapis et un 
singe. « 

M. deWontaiglon, quia fait réimprimer ce livret, ajoute au texte : 

«P Le dessin sur parchemin (du portrait gravé par Antoine 

Masson de Pierre Dupuis) existe en notre Musée de dessins. Ce 
même portrait a été gravé en manière noire par Pierre-François 
Dupuis, fils de Pierre, qui sur la planche prend le titre de Minonta. « 

Xous perdons de vue Pierre Dupuis à Paris, mais nous le retrou- 
vons à Montfort, dans les années qui suivent. 

Son père est mort vers 1676, et sa succession est partagée entre 
ses héritiers; Pierre Dupuis se rend à Montfort. 

«L'an 1676, le30octol)re, furent présens Pierre du Puys, peintre 
du Roi en son Académie royale,' demeurant à Paris, rue des Petits- 
Champs, paroisse Saint-Honoré, étant de ce jour à Montfort, 
Mathieu du Puys, chirurgien ordinaire du roi, demeurant audit 
Montfort; Marie et Elisabeth Dupuys filles majeures, tous héritiers, 

' Tome pf des Procès-verbaux, par Anatole de Montaiglon. 



196 PIERRE DU PLI S. 

chacun pour un quntrième do défunts \Iicliel Dupuys et Simonne 
Vsabel, leurs père et mère, lesquels pour parvenir au parta^je de 
ladite succession ont fait état des biens et chargé Claude Lanquest, 
Nicolas Quesnay et Guyon Barat, bourgeois de cette ville, pour en 
faire l'eslimation. ■» 

Il résulte de cet acte reçu par le notaire de Montfort, qu'en 
1676 tous les enfants de Michel Dupuis moins un existaient encore. 

Le notaire partage les biens entre Pierre Dupuis et ses frère et 
sœurs. 

Mathieu Dupuis', qui était devenu chirurgien de la personne 
du roi et héraut d'armes de France, se relira à Alontfort. 

Pierre Dupuis le peintre mourut à Paris, le 18 février 1682-. 

Ses deux sœurs, Marthe et Elisabeth, lui survécurent. Dans son 
testament du 9 juin 1703, Elisabeth, qui ne s'était pas mariée, fait 
un certain nombre de legs, parmi lesquels figurent des tableaux. 

Xous ne savons rien du mariage de Pierre Dupuis, mais il- 
résulte de la combinaison de diverses pièces, notamment du testa- 
ment de Alarie-Marthe Dupuis, qu'il avait eu au moins deux 
enfants : Marthe Dupuis et un fils qui entra chez les Cordeliers. 

En effet, dans le testament de jMarie-Marthe Dupuis du 25 dé- 
cembre 1709 déposé le 8 juillet 1721, il est fait mention d'un 
frère qu'elle avait chez les Cordeliers. 

Marthe-Marie légua le portrait de son père par Mignard à l'Aca- 
démie royale de peinture^. 

Ces notes sur Pierre Dupuis sont bien sommaires et un peu 
rudes, mais nous avons pensé qu'il y avait intérêt à fournir quelques 
renseignements sur ce peintre, qui se rattache par sa naissance à 
notre région. 

LORIN, 

Secrétaire général de la Société archéo- 
logique à Rambouillet. 

' Le père du célèbre économiste. 

- Bellier de la Chavignerie, Dictionnaire des artistes. 

•* Tabellionnë de Montfort. Renseignements de M. le comte de Dion. 



LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 197 



IX 

LA CÉRAMIQUE A BOISSETTES 

(SEINE-ET-MARNE) 

1732-1781 

Sur le bord de la Seine, à moins de 4 kilomètres au-dessous de 
Melun, se trouve Boissettes, un tout petit village, peuplé d'environ 
cent habitants. Sa situation est charmante, sur la pente d'un coteau 
insensible, protégée des vents du nord par les bois de Boissise, 
bordée vers le midi par des prairies arrosées par la Seine. Au delà 
du fleuve, les coteaux de Farcy, des Vives-Eaux et de Vosves, 
couverts de cultures et de beaux parcs, forment un décor qu'on ne 
se lasse d'admirer. 

De longue date, des bourgeois de Melun et de Paris, séduits par 
le site, y ont possédé des maisons de campagne, modestes dans 
l'origine, de petits châteaux maintenant. 

En 1721, un sieur Thomas Desrues de Boudreville, qualifié 
bourgeois de Paris, mourait en sa maison de Boissettes. Il laissait 
trois enfants. L'aîné était dans les ordres, diacre, licencié de Sor- 
bonne; un autre, Jacques-Thomas, âgé de vingt-quatre ans, n'était 
pas fixé dans sa vocation; une jeune fille était encore mineure. 

Jacques-Thomas, qui eut dans son lot la maison de Boissettes, 
resta dans le pays, et se mit en tète, lui oisif, de briguer des 
honneurs. A son instigation, le Roi, par édit du mois d'août 1722, 
crée l'office de syndic de la paroisse de Boissettes, qu'il achète à 
beaux deniers comptants, au prix de 255 livres'. Ce n'était pas 
payer trop cher les honneurs et prérogatives attachés à ce titre. Un 
syndic de village marchait immédiatement après le seigneur dans 
les processions; peut-être, aussi, partageait-il avec lui l'encens 

' Archives de la préfecUire, Re;]istre des Causes du Roy. C. 87, f^ 42. 



198 LA CERAMIQUE A JJOISSETTES. 

prodigué par le curé. Il avait son banc au chœur de l'église, et 
jouissait d'autres droits réputés superbes à l'époque '. 

Mais ces fonctions étaient peu absorbantes pour l'activité d'un 
jeune homme de vingt-quatre -ans; on ne peut pas toujours pro- 
cessionner ni trôner au chœur. Jacques-Thomas Desrues, époux 
(le Charlolte-Éléonore Rognon, qui était fille du directeur de la 
manufacture de AIontereau-faut-Yonne, rêva d'industrie. 

A \Ielun, dans la rue de la Pescherie, aujourd'hui des Potiers, 
existaient deux ou trois fabriques de poterie commune, grossière 
d'exécution, dont les produits, vendus à bas prix, trouvaient leur 
écoulement dans la ville et dans les villages limitrophes. L'expor- 
tation de celte fabrication, donnant du travail à un petit nombre 
d'ouvriers, ne dépassait pas ces limites. Esprit observateur et entre- 
prenant, Desrues y trouva l'inspiration d'une fabrication analogue, 
perfectionnée, à créer dans sa maison de Boissettes. Des gisements 
argilo-calcaires et des couches de sable de formation marine, 
existant dans le pays, lui parurent des matériaux utilisables pour 
^les poteries de bonne qualité. 

Modeste bourgeois, cadet d'une famille peu fortunée, les fonds 
de premier établissement lui manquaient. 11 recourut à l'association 
des époux Joly, domiciliés à Paris. D'après un traité passé devant 
Hargenvilliers, notaire en cette ville, le 14 janvier 1732, Desrues, 
en compensation de l'apport de ses procédés, recevait de ses asso- 
ciés 10,000 livres, pour les bâtiments, moulins, outils et ustensiles 
qui lui étaient nécessaires, plus 3,000 livres destinées à l'achat de 
matières premières. Le traité était conclu pour neuf ou douze ans. 
De nos jours, rien ne s'opposerait à une exploitation immédiate. 
Sous l'ancien régime, en vertu des lois et règlements sur les arts 
et manufactures, édictés sous le ministère de Colbert, la sanction 
royale était indispensable. Il s'agissait de créer un monopole, et 
d'interdire à des concurrents semblable fabrication dans un rayon 
déterminé autour de Boissettes. Nous n'avons pas à rechercher si ce 
monopole, entrave de la liberté commerciale, tournait à l'avan- 
tage de l'intérêt public. 

'Le 17 juin 1736, en vertu d'un contrat devant Besnard, notaire à Alelun, 
Desrues, » maître de la niamifaclure de fayence » , obtient du curé et des lial)i- 
tants de Boissettes la concession de la jouissance de la chapelle Saint-François, 
dans Tégiise, moyennant 116 sols. 



LA CERAMIQUE A BOISSETTES. ]90 

Dans lin placot présenté au Roi en son conseil, Desrijes exposait : 

.. Qu'ayant trouvé aux environs du village de lîoissettes, près de 
:<■ la ville de Melun, des terres très propres pour la fabrication de 
>' fayence, dont il a fait différents essays qui en ont produit d'aussi 
u belle que celle qui se fait à Rouen et à Lille, il aurait formé le des- 
« sein d'en établir une manufacture dans le village de Boissettes. » 

Il insistait sur l'avantage (jui résulterait pour Paris, où en toute 
saison, au moyen de la navigation de là Seine, la faïence de Bois- 
settes pourrait être transportée. Il réclamait un privilège exclusif 
du droit de fabrication dans la localité ; l'exemption des tailles pour 
ses ouvriers et pour lui ; la faculté d'obtenir, île la gabelle de Paris, 
du sel de morue pour la composition des émaux; enfin le titre de 
manufacture royale '. 

Desrues ne s'illusionnait-il pas en affirmant que ses produits, 
non encore jugés par la durée de l'expérience, valaient ceux de 
Rouen et de Lille? Plus juste eût été de dire qu'il en essayerait 
l'imitation et s'inspirerait de leur mode de fabrication. Alais il était 
de règle, à l'époque, que les requêtes pour l'obtention de faveurs, 
de concessions, de grâces, ou remises de dettes et d'impôts, exagé- 
rassent en bien ou en mal les faits qui s'y trouvaient énoncés. 

A la date du l*""" décemlire 1733, le Conseil d'Etat du Roy, où 
siégeaient d'Aguesseau , Ciiauvelin , de Harlay, statuait sur la 
demande du futur manufacturier de Boissettes, et lui accordait 
tous les privilèges qu'il avait réclamés, en y ajoutant l'obligation 
de mettre la manufacture en état de travailler dans un délai d'un 
an, sous peine de nullité de l'arrêt. 

Dès février 1732, Desrues avait acbelé du curé et des habitants 
de Boissettes un pré de 30 perches, au-dessous du jardin de sa 
maison, proche le puits commun de la paroisse, en la rue condui- 
sant à la rivière-. C'est là qu'il établit sa manufacture, dont la con- 
struction était en cours au mois de septembre de la même année \ 

Devançant l'arrêt du conseil, rendu le l" décembre 1733, Des- 
rues, dans les actes qu'il signe en 1732, prend le titre de « maître 
« de la faïencerie royale établie à Boissettes ». Parfois, la qualifi- 

' Archives nationales. F" 1100, n" 10. 

* Contrat devant Godin, notaire à Melun, du 2 février 1732. 
' Procès-verbal d'arpentage du 9 septembre 1732. — Registre conservé à la 
mairie de Boissettes. 



»()() 



LA C l'; R A M I Q U E A B 1 S S K T T E S . 



cation modeste de fayencerie se transforme en rappellation plus 
pompeuse de manufacture. Tantôt Desrues est un bourgeois de 
Paris résidant en sa maison de campagne, tant(M il est directeur de 
la manufacture royale. 

C'est avec ce dernier litre qu'il assiste à l'inhumation du sei- 
gneur du village, le 17 novembre 1733, ou qu'il signe les actes de 
baptême des enfants, assez nombreux, qui naquirent de son union 
avec Charlotte-Eléonore Rognon '. 

Le 13 août 1733, avant l'octroi du privilège royal, le four de la 
faïencerie est chauffé pour la première fois. C'est au curé du vil- 
lage que Desrues accorde l'honneur d'allumer le feu, cérémonie 
accompagnée d'une bénédiction solennelle, avec les chants et orai- 
sons d'usage, et de la consécration de la manufacture à saint 
Antome de Padoue. Le curé consigne sur les registres paroissiaux 
le récit détaillé de la journée -. 

La fabrique fonctionne, mais elle est peu importante, peu 
d'ouvriers y sont occupés, son essor est restreint, ses affaires lan- 
guissantes. L'association contractée avec les époux Joly est dis- 
soute en 1736, cinq ans avant la date fixée par le traité. Desrues 
est constitué débiteur envers eux d'une somme de 14,000 livres ^ 
Des bruits défavorables circulent sur sa solvabilité. En juillet 1737, 
il cite devant la Prévôté seigneuriale un habitant qui l'a diffamé, 
en prétendant qu'il ne payait personne, qu'il faisait du tort à tous 
ses domestiques et à ses ouvriers *. 

Desrues supporte difficilement cette crise. Il abandonne sa fabri- 
cation. Quand sa femme meurt, en 1751, l'inventaire fait par un 
notaire de Melun constate que le matériel est sans importance : 

— a Vn moulin à broyer les compositions pour la fayence; quatre 
« tours à faire et façonner la fayence. » Les magasins sont vides. 

— « Dans les lieux et endroits de l'ancienne fayencerie de Bois- 
« settes, dit encore l'inventaire, il ne s'est rien trouvée » 



' Registres paroissiaux de la commune deBoissettes. Mairie, Greffe du tribunal 
civil de première instance de Melun. 

- Vide infi-à, Annexes, II. 

' Inventaire après le décès de la dame Desrues, dressé par Delacourtie, notaire 
à Melun, le 21 août 1751. 

* .Archives de la préfecture de Seine-et-Marne. Titres et pièces de la prévôté 
de Boissettes. 

' Inventaire, par Delacourtie, notaire, 21 août 1751. 



LA CKRAMIQUE A BOISSETTES, 201 

I.es produits obtenus par Dosrues étaient supérieurs à ceux des 
potiers de Mclun. Ils étaient de matière tendre, opaque, à base 
d'argile calcarifère, prenant de la consistance sous une épaisse 
couverture d'émail stanifére, blanc, décoré de dessins au grand 
feu, rappelant les bleus de Xevers, représentant des fleurs, des 
animaux, quelquefois des personnages, grossièrement exécutés ' . 

Moins coûteuse que la vaisselle d'étain, la faïence de Boissettes 
fut adoptée dans les ménages de paysans et d'artisans. Elle n'eut 
jamais de cacbet artisti(jue qui pût la rendre digne de la recberche 
des amateurs. Des débris trouvés en assez grande quantité sur les 
lieux où elle fut fabriquée, et dont l'aulbenticité n'est pas dou- 
teuse, en disent la nature, le faire, le genre, avec plus de certitude 
qu'on ne l'obtiendrait de pièces complètes, qui, à défaut de marque 
spéciale, ne fourniraient qu'une attribution contestable ou dou- 
teuse. 

Avec des ustensiles d'usage journalier, en faïence blanche, com- 
muns de forme et d'ornementation, Boissettes fabriquait aussi des 
pots et vases en terre vernissée, des épis pour les toitures des bâti- 
ments, de couleur bleue, verte, brune, obtenue par des oxydes 
métalliques. 

Des gisements d'argile et de sable du pays fournissaient la 
matière première, matériaux médiocres, trop vantés par Desrues 
dans son placet au Roi en 1732. 

Malgré leur infériorité de matière, de forme et de décoration, 
les produits de Boissettes, rehaussés de bleus foncés, étaient 
agréables à l'œil, comme, en général, les faïences monochromes. 
Il ne serait pas étonnant que Tliabileté de brocanteurs contempo- 
rains eût fait accepter les meilleures pièces pour des œuvres de 
fabrique en renom du siècle dernier. Le goût et la connaissance 
des collectionneurs ne sont point infaillibles*. 

Avoc un marché plus étendu, Boissettes aurait pu prospérer. 
Malbeureusement, les transports, rendus coûteux et difficiles par 
le mauvais é!at des chemins, ne permettaient pas la vente de ses 

' Fragments trouvés sur l'emplacement de la fabrique. 

- Il y a quarante, cinquante ans, on trouvait, chez les marchands revendeurs de 
Melun, d'anciens plats, lourds, massifs, en faïence hlanciie, avec filets, bouquets, 
dessins bleus, qu'ils disaient être du vieux Xevers ou du Rouen, et qui, plus vrai- 
semblablement, provenaient de Boissettes. 



k 



202 LA CERA.MIQUE A BOISSETTES. 

produits an delà d'un rayon de quelques lieues. Le coche d'Auxerre 
et de Montereau, qui passait devant Boissetles, prenait les envois à 
destination de Paris. Mais, dans la capitale, où affluait la fabrica- 
tion des principales manufactures du royaume, la concurrence 
était écrasante et insoutenable. Desrues avait encore trop présumé 
en avançant que son industrie procurerait l'abondance dans la ville 
de F^aris. 

C'est à Melun et dans les villages environnants que la faïence de 
Boissettes trouva son principal débouché, assez restreint, il faut le 
dire, car, là aussi, elle avait à lutter entre les fabriques du pays. 
Son prix réduit, son entretien facile, la firent préférer à la vaisselle 
d'élain qu'il fallait polir et nettoyer sans cesse pour lui conserver 
son brillant. Elle fut le cadeau à la mode, fait aux mariées de vil- 
lage pour garnir et orner le dressoir qui était, au dix-huitième 
siècle, le principal meuble d'un jeune ménage, après la couche à 
pilieis, avec ciel et courtine en éloffe à ramages. 

Alais tout passe, la vogue est éphémère. Recherchée un instant 
par les haliitanls de la campagne, la lourde faïence de Boissettes, 
peinturlurée de bleus nivernais, fut délaissée. D'autres produits 
céramiques, plus légers ou plus décoratifs, mis en faveur par la mode 
capricieuse, la remplacèrent, sans que le goût y gagnât au change. 

Xon renouvelée, subissant la destruction de l'usage et du temps, 
elle finit par disparaître. Qui sait s'il en existe, au fond de nos vil- 
lages, quelques épaves intactes, provenant de l'héritage des vieux 
parents? Et ces spécimens, rarissimes, introuvables, dépourvus de 
marijues, sont d'une attribution très douteuse. C'est, comme je l'ai 
dit, par les débris recueillis sur l'emplacement de la fabrique, 
qu'on est exactement renseigné sur les œuvres des maîtres faïen- 
ciers de la très modeste manufacture royale de Boissettes. 

Fermé à la suite des embarras financiers de son fondateur, 
latelier de Boissettes est rétabli par un gendre de Desrues, qui, 
après l'avoir exploité quelque temps et n'y réussissant pas mieux 
que son beau-père, le donne en location, le 26 mars 1757, à 
Jacques Leclerc, potier de profession, pour le prix annuel de 
1,250 livres, une assez grosse somme à l'époque '. 



' Archives de la préfecture. — Titres et pièces de la prévôté seigneuriale de 
Boissettes. 



LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 203 

Après une courte exploitation, Boissettes, où les éléments de 
succès font défaut, est aux prises avec de nouvelles difficultés. Des 
créanciers sévissent contre Leclerc, en 1759, deux ans à peine 
après sa prise de possession. Bientôt, tout est saisi; il donne son 
consentement à la vente du matériel, des machines, des marchan- 
dises, qui sont devenus le gage des créanciers'. 

Boissettes ne sombra pas dans celte mésaventure. Desrues de 
Boiidreville, qui existait encore et ne mourut que le 17 mai 1775, 
toujours propriétaire de l'immeuble, concourut à son maintien, 
aidé de ses enfants*. 

En 1766, apparaît Louis Quiclet, « directeur de la manufacture 
" de Boissettes ii , remplacé plus tard par Etienne -Dominique 
Pellevé^ auquel deux actes de Tétatcivil, des 20 et 21 mars 1776, 
donnent le même titre*. Celui-ci est un céramiste de profession; 
il tente de rehausser la valeur de ses produits. Son père, Pierre 
Pellevé, avait organisé la faïencerie de Sinceny, vers 1737. Des 
pièces marquées: " Etiolles, 1770, Pellevé i peuvent s'appliquer 
au père, aussi bien qu'à son fils, Etienne-Dominique, qu'on 
rencontre à Boissettes quelques années plus tard. 

Sous sa gestion, cette fabrique fonctionne activement, les ouvriers 
y sont plus nombreux qu'autrefois. Les registres paroissiaux en 
citent quelques-uns : Charles Eautré, qui assiste au baptême et 
à l'inhumation d'un enfant de son patron en 1776 ; Joseph Albert, 
père d'un enfant mort le 15 février 1777. Précédemment, en 1759, 
un trouve Paul Homont, mouleur. Tous ces ouvriers sont étrangers 
au pays, qui ne paraît avoir fourni, comme employés à l'usine, que 
des terrassiers et des hommes de peine. 

L'exploitation de la faïencerie de Boissettes s'acheminait vers 
sa fin. Au cours de 1776, Pellevé vendit son matériel, liquida ses 
marchandises, céda son entreprise. La modeste manufacture, dont 
les destinées n'avaient jamais été très brillantes, fut définitivement 
fermée comme faïencerie. Avec des fortunes diverses, une prospé- 

' Archives de la préfeclure. — Titres et pièces de la prévôté seigneuriale de 
Boissetles. 

» Ibid. 

^ Dominique Pellevé avait précédemment travaillé i la faïencerie de Saint-Denis- 
sur-Sarthon (Orne), dont son père, Denis-Pierre, fut directeur de 1T50 à 1755. 

' Registres paroissiaux de Boissettes. Greffe du tribunal civil de première 
instance de Melun. 



•204 LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 

rilé (le courle durée, des revers fréquents, quarante-cinq années 
s'étaient écoulées depuis sa fondation par Desrues de IJoudreville, 
en 1732. 

Grâce à la découverte des kaolins de Saint-Vrieix, vers 1768, la 
porcelaine de luxe, dont la France, jusqu'alors, avait été tributaire 
de la Saxe, de la Chine et du Japon, accessible seulement aux 
grands seigneurs et aux traitants, se vulgarisa et s'introduisit dans 
les intérieurs bourgeois et aisés. Sèvres donna l'essor à la fabri- 
cation des nouveaux produits. On rechercha les moindres objets 
en porcelaine dure, d'origine française, d'abord à titre de curiosité, 
ensuite pour leur utilité. Les étagères s'en ornèrent, les collec- 
tionneurs, les curieux, comme on disait alors, la mirent à la mode. 
La vaisselle d'argent, déjà rare par suite de son transport à la 
Monnaie, dans les temps de pénurie du numéraire, ne se rencontra 
plus que dans les vieilles familles ne sacrifiant pas au goût nouveau. 
On lit cas des pièces décorées par des artistes qui excellaient à 
peindre des sujets dans le style de l'époque, dont Boucher, Watteau, 
Natoire, étaient les maîtres incontestés. On s'engoua pour les 
frivolités, les statuettes, les bonbonnières, les boîtes à poudre, 
mille riens délicats, aimables, charmants, que les céramistes 
façonnaient avec la nouvelle matière, et que des spécialistes 
décoraient. 

Les grands seigneurs se prirent àencourager l'industrie naissante. 
D'aucuns voulurent avoir leur manufacture de porcelaine, établie 
à grands frais dans le voisinage de leurs châteaux, s'y livrant à des 
essais coûteux, et obtenant, avec des pièces de prix qu'ils se réser- 
vaient, des objets d'usage courant répandus dans le commerce. On 
n'a pas besoin de citer les fabriques ouvertes ou encouragées par 
le duc d'Orléans, le comte d'Artois, Alonsieur comte de Provence, 
le prince de Condé, le duc de Villeroy, la reine Marie-Antoinette 
elle-même. 

L'émulation ne resta pas le privilège de la noblesse. Des praticiens 
céramistes s'engagèrent dans la même voie. Dès le commencement 
du règne de Louis XVI, Paris et ses environs virent s'ouvrir des 
manufactures de porcelaine dont les produits légers, délicats, 
finement décorés, acquirent promptement une légitime réputation. 

En octobre 1776, Jacques Vermonet père et Jacques Vermonet 



LA CERAMIQlîK A BOISSETTES. 205 

fils traitèrent avec Pellevé de raccjuisition de sa faïencerie, dans 
l'intention d'y substituer une porcelainerie où ils introduiraient 
les procédés des principales manufactures du royaume. Ils se 
disaient inventeurs d'une pàtc supérieure en blancheur et qualité 
aux autres pâtes connues, à l'épreuve de la plus forte chaleur, et 
pouvant être livrée à des prix modiques. 

Sans plus tarder, ils présentent un placet au Roi pour la réali- 
sation de leur projet. Ils demandent le titre de manufacture royale, 
l'exemption de toute milice, logement de guerre et autres charges 
publiques, un privilège exclusif pendant trente ans, l'interdiction, 
pour autrui, d'établir semblable usine à deux lieues à la ronde ; 
la faculté de créer un entrepôt à Paris pour le débit de leurs 
marchandises. Toutes ces faveurs leur furent accordées par arrêt 
du Conseil signé le 2 janvier 1778'. La fabrication commença 
immédiatement. Le 14 février suivant figure, sur les registres de 
Boissettes, « Jacques Jubin, tourneur en porcelaine de la manu- 
K facture établie en cette paroisse « . 

Pendant combien de temps se poursuivit-elle? Mes recherches 
ne m'ont fourni aucun renseignement pour l'établir. Les registres 
paroissiaux contiennent, au contraire, une indication qui, loin 
d'éclaircirle fait, jette une conjecture sur le sort delà porcelainerie 
de Boissettes. 

Le 28 février 1781, on baptise dans l'église du lieu une fille, 
née le même jour, « du sieur Bernard-Mathieu Aubry, directeur 
« de la manufacture de porcelairte de M''"' le duc d'Orléans, et de 
« demoiselle Jeanne Audibert « . 

Le duc d'Orléans, qui résidait, en compagnie de Mme de 
Montesson, à Sainte-Assise, distant d'une lieue de Boissettes, et où 
il mourut en 1785, s'était-il substitué dans la fabrique des Vermonet, 
qui n'ont laissé nulle trace dans le pays, ni sur les registres de 
l'état civil, ni dans les contrats des notaires? On sait qu'en ce 
temps, Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans, avait pris sous son 
patronage la porcelainerie du Pont-aux-Choux, à Paris. Ses produits 
portent le chiffre du prince L. P. Boissettes est simplement marqué 
d'un B en cursive majuscule. 

Quoiqu'il en soit, il est singulier de trouver fixé à Boissettes, en 

' Archives natiouales. F. '2, 1496. 



206 LA CERAMIQUE A BOISSKTTES 

1781, à répo(|ue où il est permis de penser que la manufacture 
créée quatre ans plus tôt était en pleine activité, i. un directeur de 
f la manufacture de porcelaine de M»' le duc d'Orléans v . 

Je dois à l'obligeance de M. Edouard Garnier, l'érudit conser- 
vateur du Musée et des collections de Sèvres, des renseignements 
sur les produits de Boissettes, dont l'établissement, confié à ses 
soins, possède des spécimens, La pâte manque peut-être un p.eu de 
blanclieur, mais la fabrication et la dorure en sont très soignées. 
Les peintures, paysages et fleurs, assez bien exécutées, ne sont pas 
très glacées. Les pièces portent la marque B en cursive majuscule, 
bleue, rouge ou or '. 

A Genève, au Musée Ariana, j'ai vu, en 1892, quelques beaux 
produits de Boissettes, deux soupières rondes, dont le couvercle est 
surmonté d'un fruit arlistement moulé, une théière, quatre lasses, 
marquées comme les pièces conservées à Sèvres". AL Godefroy 
Sidler, le directeur, tient cette porcelaine pour assez rare. Elle est 
peu fréquente dans les ventes de curiosités; toutefois, son prix 
n'est pas plus élevé que celui des produits similaires de Clignancourt. 

Des marchands et des experts m'ont confirmé la rareté des por- 
celaines de Boissettes, que d'aucuns n'ont jamais vue. La fabri- 
cation, qui, selon les apparences, dura quatre ans à peine, dut être 
peu importante. 

Elle n'était pas représentée à l'Exposition rétrospective de la 
céramique, organisée l'année dernière, clans le Palais des Beaux- 
Arts, au Champ de Mars. 

Le Musée de South Kensington, à Londres, que je visitais en 
1896, l'a mise au nombre de ses desiderata. Riche en produits 
céramiques de toutes les parties du monde, il n'a pu trouver 
encore aucune pièce de Boissettes. Un sommaire des anciennes 
porcelaines françaises, affiché dans les galeries, et sur lequel figure 
notre modeste manufacture, m'avait donné l'espoir que j'y rencon- 
trerais ses produits. Une lettre du directeur du célèbre Musée m'a 
désillusionné ". 

Cluny est également dénué de faïences et de porcelaines de 
Boissettes. Le savant et regretté M. Darcel, que j'interrogeais à ce 

^ Vide infrà. Annexes, III. 
- IbiiL, Annexes, IV 
' Ibid., Aniieics, V. 



1 



I. A CERAMIQUE A B0IS8ETTES. 207 

sujet, m'avoua, en toule sincérilé, qu'il en entendait parler pour la 
prtMniére lois '. 

Les auteurs qui ont écrit sur la céramique, I\IM. Jacquemart, 
Ris-Pac(|uot, Denimin, Gerspacii, M. Miuillier, dans une commu- 
nication au Congrès des Sociétés savantes, en 1883, ont mentionné 
Boissettcs, sa faïence et sa porcelaine. 

ilIM. Jacquemart et Lchlanc, plus explicites et plus documentés 
dans leur Histoire artistique, industrielle et commerciale de la 
porcelaine -, analysent le privilège accordé aux Vermonet en 1778, 
et avancent, ce qui est exact, qu'il reçut sa complète exécution. 
D'apiès une note conservée dans les x^rcliives de Sèvres, ils attri- 
buent à des perles considérables la cessation de la fabrication et la 
fermeture de l'établissement. 

Ce fait possible n'est confirmé par aucun document authentique. 
Certainement, à Boissettes, l'exploitation était coûteuse. Les 
matières premières étaient tirées de loin : le kaolin de Saint-Yrieix, 
l'argile plastique de Montereau-faut-Vonne, le sable siliceux de la 
forêt de Fontainebleau. Répartis sur une production restreinte, les 
prix de revient étaient élevés, laissant peu de marge aux bénéfices 
du commerce courant. Pour soutenir l'entreprise, il aurait fallu la 
fantaisie d'un grand seigneur riche et prodigue. La trouva-t-elle 
dans le duc d'Orlrans, qu'on entrevoit à Boissettes en 1781? .Mais 
avec la fin du concours du duc, en admettant qu'il lui ait été acquis, 
Boissettes dut éteindre son four et fermer ses ateliers. Ce dénoue- 
ment peut justifier la note des .Archives de Sèvres, qui attribue sa 
disparition à des pertes considérables. 

MM. Jacquemart et Leblanc élèvent un doute sur l'attribution 
certaine en faveur de Boissettes des pièces « assez répandues, 
" disent-ils, en porcelaine dure, fort blanche, décorée de fleurs et 
" de bouquets, qui portent pour marque un B majuscule en bleu « . 
Ils ne voient guère aucune autre usine à laquelle la marque et les 
caractères de cette poterie conviennent mieux. Pourtant, ils livrent 
ceci aux amateurs comme une simple conjecture. 

Il est vrai qu'une objection s'est élevée sur l'identité des porce- 
laines à la marque B. On a paru vouloir en déposséder Boissettes, 



' Lettre particulière de M. Darcel à l'auteur, 22 mars 1892. 
' Uu volume in-fol. Paris, ïecliner, 1862, p. 590. 



I|^ 



208 



LA CKUAMIQIIE A BOISSETTES- 



au profil d'une usine qui aurait fonctionné vers le même temps à 
Orléans, et dont l'initiale du nom de son directeur est un H, Avant 
d'accueillir cette opinion, il faut tenir compte que les fabriques de 
céramique du dix-liuilièuie siècle adoptaient généralement pour 
marque le nom «lu lieu où elles s'exploitaient, ou un signe parti- 
culier sur lequel on ne pouvait se méprendre, tel le cor de 
Chantilly. 

Indépendamment de son B initial, Boissettes a un autre carac- 
tère, qu'il partage avec les produits similaires de Paris et de la 
banlieue. Ces produits sortent des mains d'artistes formés à une 
même école, s'inspirant des peintres délicats, charmants, maniérés, 
aussi, de la seconde moitié du dix-huitième siècle. Leur pâte peut 
différer de blancheur et d'éclat, mais les peintures qui en sont 
rornement, les fleurs, les fruits, les bouquets, les guirlandes, les 
personnages, les scènes champêtres ou galantes qui s'y trouvent 
représentés, ont un cachet particulier qui constitue ce qu'on peut 
appeler l'École parisienne de la céramique, et que les porcelaines 
françaises de province n'avaient j)u encore égaler. Il en est de la 
céramique comme des médailles à légendes incertaines que les 
numismatistes, par des apparences spéciales, déterminent sûrement 
et facilement. Ce cachet particulier, possédé par Boisseltes, est 
comme une seconde marque de fabrique qu'il est difficile de 
mèconnaitre et de lui contester, pour l'attribuer à une fabrique 
orléanaise. 

Jusqu'à ce que des preuves plus convaincantes qu'un simple 
doute aient été fournies, il faut conserver à Boissettes toutes les 
porcelaines du dix-huitième siècle, marquées d'un B en cursive 
majuscule, bleu, rouge ou or. 

Par une singulière ironie, l'immeuble où s'était exercée une 
industrie qui s'inspirait d'art décoratif vit s'ouvrir, sous le 
premier Empire, une prosaïque manufacture de lacets, qui dura 
jiendant plusieurs années. Avec sa disparition, c'en fut fait de 
toute fabrication, de toute industrie, dans le minuscule village de 
Boissettes. 

Aujourd'hui, l'ancienne faïencerie de Desrues de Boudreville, 
l'éphémère porcelainerie des Yermonet, est transformée en une 
agréable habitation de campagne, au milieu de riants jardins qui 
s'étendent jusqu'au bord de la Seine. 



LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 209 

Les souvenirs locaux de l'industrie céramique d'autrefois se 
sont éteints avec les vieillards qui, naguère, il y a une cinquantaine 
d'années, en avaient des notions vagues. Ils parlaient, au milieu 
des faits restés dans leur mémoire débile, de visites des seigneurs 
du voisinage, des châtelains de Sainte-Assise — le duc d'Orléans 
peut-être — aux fours de la porcelainerie, quand on sortait des 
moufles les pièces soumises à la cuisson. Ces traditions ont disparu 
avec les derniers survivants de ceux qui les conservaient, 

A titre de dernière trace ou de dernier souvenir de la manufac- 
ture de Boissettes, de temps à autre, sur l'emplacement où elle a 
existé, des ouvriers ramènent à la surface du sol des débris de 
faïence ou de porcelaine, brisés, abandonnés à l'époque de leur 
exécution. Ils s'en montrent étonnés au même degré que le 
nomade qui, dans les sables du désert, exhume des vestiges de 
civilisations d'autrefois, à peine mentionnées par les historiens, et 
dont la mémoire, fugitive comme le souffle de l'air, est peu 
connue des sociétés modernes. 

G. Leroy, 

Bibliothécaire de la ville de Mclun, 
Correspondant honoraire du minis- 
tère de l'Instruction publique pour 
les travaux historiques. 
Alclun, 18 janvier 1898. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



I 

Arrêt du Conseil d'Etat du Roy en faveur du sieur Desrues de Boudrevillc, 
portant concession du droit d'étahlir une manufacture de faijence 
à Boissettes. — 1 Décembre 1733. 

Sur ce qui a été représenté au Roy en son Conseil par le sieur Jacques 
Thomas Desrues de Boudreville, qu'ayant trouvé aux environs du village 
de Boissettes, près de la ville de Melun, des terres très propres pour la 
fabrication de fayence, dont il a fait différens essays qui en ont produit 
d'aussy belle que celle qui se fait à Rouen et à Lille, il auroit formé le 
dessein d'en établir une manufacture dans le village de Boissettes ; 

Que cet établissement seroit d'autant plus avanlaneux que la fayence 

U 



210 LA CKRAMIQIIE A BOISSETTES. 

qui seroit fabriquée dans la dite manufacture pouvant estre conduite 
;\ Paris, par la rivii-re, dans toutes les saisons et en un jour, cette facilité 
en procurerait l'abondance dans la dite ville, dans les tems mêmes où la 
sécheresse et les basses eaux empêchent qu'il n'y en soit apporté des 
manufactures du Royaume, d'où elle vient ordinairement par la rivière ; 

Pourquoy requeroit le suppliant (|u'il plust à Sa Majesté, pour le mettre 
en étal de se dédommager des dépenses considérables qu'il sera obligé 
de faire pour former son établissement, de luy accorder, et à ses hoirs et 
ayant cause : 

1° Un privilège à perpétuité pour faire fabriquer de la fayence dans le 
village de Boissetles, avec deffenses à toutes personnes de faire aucun 
pareil établissement dans la distance de six lieues à la ronde. 

2" L'exemption de la taille pour luy et les ouvriers qui seront employez 
à l'exploitation de la dite manufacture. 

3» La liberté de lever la quantité de quatre minots de sel de morue 
tous les mois des gabelles de Paris, suivant la taxe, pour être employez 
à la composition des émaux des ouvrages de fayence de sa manufacture ; 

Enfin, le litre de manufacture royale en faveur de sa fabrique. 

Et Sa Majesté désirant traiter le suppliant, vu l'avis du sieur de Harlay, 
conseiller d'Etat ordinaire, intendant et commissaire déparly dans la 
généralité de Paris, ensemble les observations des Fermiers généraux et 
l'avis des Députez du commerce -, oiiy le rapport du sieur Orry, conseiller 
d'Etat et ordinaire au Conseil royal, controlleur général des Finances ; 

Le Roy en son Conseil a permis et permet au dit sieur Jacques Thomas 
Desrues, ses hoirs et ayant cause, d'établir dans le village de Boissetles, 
une manufacture, et d'y faire fabriquer toutes sortes d'ouvrages de fayence 
pendant le tems et espace de vingt années à compter du jour et date du 
présent arrêt ; fait Sa Majesté deffenses à toutes personnes, de quelque 
qualité et condition qu'elles soient, de faire pendant le dit tems de 
vingt années aucun pareil établissement dans l'étendue de quatre lieues 
i la ronde du dit village de Boissetles, à peine de confiscation des ouvrages 
qui y auroient esté fabriquez, des mattereaux, outils et ustenciles qui 
auroient servi à leur fabrication, et de trois mille livres d'amende appli- 
cables moitié au profût de Sa Majesté, et l'autre moitié au profit du dit 
sieur Desrues ou de ses hoirs et ayant cause ; 

Veut Sa Majesté que ledit Desrues, ses hoirs et ayant cause, successeurs 
en la dite entreprise, et les ouvriers qui seront employez dans la dite 
manufacture soient et demeurent personnellement exempts de la taille 
pendant le dit temps de vingt années, pourveu qu'ils n'y ayent pas esté 
déjà imposez ; qu'ils n'ayent pas d'autres biens, el ne fassent autre 
commerce que leur travail dans la dite manufacture, même que ceux des 



L\ CKRAMIQUE A BOISSETTES. 211 

dits ouvriers qui se trouveraient actuellement compris dans quelque roUe 
d'impositions ne puissent estre imposez à une plus forte cotte, sous 
prétexte de leur travail dans la dite manufacture ; à l'effet de quoy le dit 
Desrues, ses hoirs ou ayant cause, seront tenus de remettre chaque année, 
avant le premier jour du mois d'octobre, aux scindics et collecteurs de la 
paroisse de Boissetles, un état d'eux certiffié de tous les ouvriers qui seront 
employez dans la ditle manufacture, le tout à la charge par le dit Desrues 
de n'employer pour la fabrication de ses ouvrages que du bois blanc 
seulement, et à la condition qu'il établira ladilte manufacture et la mettra 
en état de travailler dans l'espace d'une année, à compter du jour et datte 
du présent arrêt, à peine de nullité d'iceluy et d'estre descheu du privi- 
lège de la ditte manufacture, et seront sur le présent arrêt toutes lettres 
nécessaires expédiées. 

Signé : d'Aguesseau, Chauvelin, Orry. 

A Versailles, le 1"' du mois, de décembre l'3Z. 
(Archives nationales E. 1100, n» 10.) — Dû à l'obligeance de M. Henri Stein, archiviste. 

II 

Bénédiction et inauguration de la manufacture de Boissetles. — 
13 aoiU 1733. 

Cejourd'huy jeudi treize du mois d'Août de la présente année 
mil sept cent trente trois, nous Etienne Baron, curé de Boissettes, sous- 
signé, ayant été requis par .M. Jacques Thomas Desrues, maître de la 
manufacture royale de fayence établie en cette paroisse par privilège du 
Roy, de bénir le four à fayence et autres lieux dépendans de la susdite 
manufacture, comme il se pratique en pareil cas, et suivant l'usage des 
autres manufactures établies dans le Royaume, avons procédé à la susdite 
bénédiction, assisté de AI. le curé de Boissise-la-Bertrand, accompagné de 
notre clergé ordinaire, du dit sieur Desrues, de tous les ouvriers de la 
susdite manufacture, des habittans de notre susdite paroisse et de beaucoup 
d'étrangers, qui sont venus exprès de la ville de Melun et du voisinage ; 

Nous, accompagné comme dit est, sommes transporté processionnel- 
lement de nostre église, avec la croix, deux chandeliers à côté, la 
bannière, le bénitier et l'encensoir, étant tous entrés en cérémonie 
dans la susdite manufacture, sommes descendu dans l'endroit où est le 
four à fayence, et, nous y estans arrêté, avons commencé la susdite 
cérémonie par l'intonnation de l'hymne Veni Creator que nous avons 
tous chanté à genoux. Et après avoir dit l'oraison Deus qui corda, avons 



212 LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 

mis le feu nous môme au bois préparé pour chauffer le dit four pour la 
première fois qu'il a été chauffé ; ensuite de quoy nous avons chanté avec 
notre clergé les Litanies et Oraisons des Saints, pendant lesquelles nous 
avons fait tant dans le dit four que dans les lieux de la manufacture, en 
dehors et en dedans, l'aspersion de l'eau bénite et les encensements, et, 
à cet effet, sorti par la grande cour de la dite manufacture, avons passé 
derrière la tournerie et le dit four sur les prés, affm de bénir aussi en 
dehors les susdits lieux, et sommes revenus à la susdite manufacture, par 
la rue proche l'église, dans la petite cour d'entrée, et sommes descendu 
au bas du dit four, oii nous avons achevé de chanter les susdites litanies 
et oraisons qui les suivent, et après avons dit l'oraison Te Deuni 
omnipotentem, comme dans le Rituel, et celle de saint-Antoine de Padoue, 
patron de la ditte manufacture, laquelle étant finie, avons chanté solen- 
nellement l'hymne Te Deum en actions de grâces, laquelle étant finie, en 
nous en retournant à l'église, nous avons chanté le Salve Regina et l'oraison. 
Ce que nous curé susdit certifions véritable, et en foy de quoy nous 
avons signé le présent procès-verbal, les jour et an que dessus, pour 
servir et valoir ce que de raison et en tems et lieu. 

Signé : Baron, curé de Boissettes. 

(Archives du greffe du tribunal civil de Melun. — Registres paroissiaux de Boissettes. 
Année 1733.) 

III 

Liste des porcelaines de Boissettes appartenant au musée de Sèvres. 

N<» ^SIS. — Saucière à deux versants, à anses latérales géminées ; 
filets d'or dentelés, — Marque B. 

N» 'i3!26. — Assiette à dessert, bord lobé treillissé dans la pâte, décor 
de fleurs détachées. — Marque B. 

N"6422. — Cafetière ornée de filets d'or dentelés. — Marque B. 

N" 8176. — Cafetière mince à anse ornemanisée. Décor de paysage 
avec personnages en costume du XVIII^ siècle. — Marque B. 

(Communication de AI. Ed. Garnier, directeur du Musée de la Alanufacture nationale 
de Sèvres.) 

IV 

Porcelaines de Boissettes appartenant au musée Ariana à Genève. 

Deux soupières rondes, ornées de bouquets de fleurs variées. Charmante 
décoration. Couvercles surmontés d*un fruit. — Marque B, bleu sous couverte. 



LA CERAMIQUE A BOISSETTES. 213 

Petite théière, même décor et même marque. 

Quatre tnsses avec guirlandes et ruban rouge, ornées de bouquets 
variés. — Marque B. on or. 

(Communication de M. Godefroy Sidior, directeur du Musée Ariana.) 



V 

South-Kensington Muséum. — Porcelain o/Boissettes. 

« I am directed to express regret that this Muséum does not possess 
any spécimen of the porcelain made in Ihe last century at Boissettes. 
Your impression ihat it did, arose, no doubt, from your having seen the 
naoïe on the lisls of factories de pottery hung in the ceramic gallery of 
the Muséum. » 

The Secretary, Department of Science and art, London, S. IV. 

Signé : {Illisible.) 



VI 

Collections particulières. 

In amateur, M. de Richebourg, capitaine au 2« chasseurs, qui tint 
garnison à Melun il y a une dizaine d'années, possédait quelques spécimens 
de la porcelaine de Boissettes : une cafetière, plusieurs tasses avec leurs 
soucoupes, décorées de bouquets et de fleurettes, et marquées d'un B en 
cursive majuscule bleu. 

L'année dernière, au château de Voisenon, dans le voisinage de 
Boissettes, à la vente qui suivit le décès de la marquise des Ligneris, il 
parut un lot de plusieurs assiettes de même porcelaine, provenant de 
services différents, toutes marquées d'un B en cursive majuscule bleu 
sous couverte, ornées, avec plus ou moins de profusion, de bouquets 
imitant le Saxe, et aux bords lobés et dorés. 

Le lot, qui comprenait quatre assiettes, fut acheté par M. Rapin^ de 
Melun, qui en céda deuxà des amateurs de Paris, entre autres au proprié- 
taire actuel de l'immeuble où exista la manufacture de Boissettes ; — 
m'offrit la troisième, et se réserva la dernière, la plus élégamment décorée. 

Il est bon de remarquer que le mobilier du château, sauf quelques 
modifications introduites par le goût et la mode variant avec le temps, 
s était transmis, à peu près sans changement, de propriétaire à autre, 
depuis la vente du domaine de Voisenon, comme bien national, après 



2Ï4 LA CERAMIQUE A llOISSETTES. 

rêmigration de son propriélaire, Champion de Cicé, hèr lier des Fusée de 
Voisenon, auxquels se rattachait Tahbé de ce nom. 

Or, sans être taxé de témérité, ne peut-on admettre que les assiettes 
vendues en 1897 sont des débris de services ayant existé autrefois au 
château, où peut-être ils avaient été introduits quand florissait'la porce- 
lainerie de Boisscttes, c'est-à-dire peu d'années avant la Révolution? 
L'idée n'a rien d'invraisemblable. 

Déplus, elleason importance comme réponse à la contestation de l'attri- 
bution à Boissettes des porcelaines rriarquées du B en cursive majuscule. 
Voisins de la porcelainerie, dont ils étaient distants d'une lieue à peine, on 
s'explique que les propriétaires de Voisenon aient voulu posséder, à une 
époque où la porcelaine française était rare encore, des services de table, 
élégants, agréablement décorés, provenant d'une manufacture locale, et 
qui rappelaient, avec des prix moindres, les produits similaires de Saxe. 
Les spécimens vendus l'année dernière seraient des témoins, épargnés par 
le temps, échappés aux risques d'un usage séculaire, des services de 
Boissettes qu'auraient possédés les anciens châtelains de Voisenon. On 
peut contester cette appréciation ; mais, en la repoussant, il sera difficile 
d'expliquer comment ces incontestables produits de Boissettes sont venus 
échouer dans les armoires d'un château briard. 

J'ajouterai que de mêmes pi'oduits se trouvent peut-être aussi dans 
les châteaux des environs de Melun, dont les mobiliers, transmis de père 
en fils, sont antérieurs à la Révolution, etse sont accrus, quand Boissettes 
fonctionnait, de quelques-unes de ses œuvres. La vogue de la nouvelle 
porcelaine française, la protection que les grands seigneurs accordaient 
aux fabriques qui existaient dans lés environs de Paris et même dans la 
capitale, qu'ils subventionnaient et soutenaient au prix de sacrifices 
onéreux; le caprice, l'esprit d'imitation, tout fait croire que ces fabriques, 
Boissettes entre alitres pour spécialiser, durent avoir pour clientèle la 
noblesse du voisinage. 11 ne serait donc pas étonnant que les quelques 
châteaux de la vallée de la Seine autour de .Melun, dont les mobiliers sont 
restés intacts depuis une centaine d'années, possédassent, en plusou moins 
grand nombre, des produits ignorés de Boissettes, comme on en 
a l'exemple à Voisenon. 






CFIARLESEISEIV. 215 

X 

CHARLES EISEM 

Jal, dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 
a démontré que Charles-Joseph-Donîini(|iieEisen, le graveur, était 
né Français, puisqu'il naquit à Valenciennes et y fut baptisé le 
17 août 1720. 

Fils de François Eisen et de Marie-Marguerite Gainse, il habitait 
et travaillait à Paris à la fin de 1 742 ; il y épousa, l'année suivante, 
croit-on, Anne Aubert, de treize ans plus âgée que lui. Ils eurent 
cinq enfants, dont deux filles. 

Deux fils seulement survécurent à leur père : Christophe-Charles 
et Jacques-Philippe. 

Le premier, maître peintre à Paris, et le second, peintre et doreur 
à Caen. Tous deux assistèrent, dit Jal, à l'apposition du scellé qui 
eut lieu aux domiciles de leur père, après le 4 janvier 1778, 
jour du décès de Charles Eisen (à IJruxellesj. C'est des domiciles 
de Paris, bien entendu, que Jal veut parler. 

L'époque et le lieu de ce décès sont connus des biographes, 
qui se sont contentés de dire qu'Eisen mourut dans un état voisin 
de l'indigence. 

Jal fait connaître ensuite le procès-verbal de l'apposition du 
scellé et une lettre jointe à celte pièce, qui sont déposésaux archives 
de l'Empire. 

Il établit qu'en 1777, Eisen se rendit à Bruxelles, non pour ses 
affaires, ainsi que le déclare sa pauvre femme, Anne Aubert, « qui 
se montra fort réservée « mais pour quitter cette digne compagne 
qu'il avait abandonnée depuis longtemps déjà, pour vivre à Paris 
avec Marie-Charlotte Martin, demeurant rue Saint-Hyacinthe, et 
veuve d'un sieur René du Coudray. 

Eisen habitait doncBruxelles, de 1777 à 1778, où il s'était établi 
chez un quincaillier nommé Jean-Jacques Clause, rue au Beurre, où 
il meubla une chambre. 



216 CHAULES EISEN. 

Lalettre (le Clause, adressée à madame «Saint-Martin « (c'est ainsi 
que Eisen faisait nommer celte femme), expose bien qu'il lui doit 
une somme de 376 florins, 752 livres en argent de France. Nous 
n'analyserons pas cette lettre que tout le monde peut lire dans 
l'intéressant ouvrage de Jal, lettre dans laquelle il ose réclamer 
l'envoi de l'argent sur ce que la vente du mobilier de Paris peut 
produire, car il estime que celui qui garnit la chambre d'Eisen à 
IJruxelles, ainsi que sa bibliothèque, ne lui payeront pas la moitié 
de ce qui lui est dû. 

Or, ce que Jal, et ce que tout le monde ignore jusqu'ici, c'est 
que cette bibliothèque, comme l'appelle le propriétaire quincaillier 
Clause, renfermait une collection des œuvres du maître, collection 
dont ce Clause connaissait la valeur et que, par une ruse déloyale, 
ce Clause s'était fait adjuger. 

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver, dans les archives 
de Belgique, un document qui jette un jour nouveau sur cette 
question. Nous nous empressons de le transcrire; son importance 
et sa netteté nous dispensent d'y ajouter aucun commentaire. 

C'est d'abord la déposition de Jansens, peintre et doreur de 
Bruxelles, puis la décision prise par les magistrats contre ledit 
Clause', 

" J.-J. Jansens, peintre et doreur, demeurant en cette ville, 
" exposequ'il est parvenu à sa connoissance: Charles Eisen, dessi- 
« nateur célèbre, est mort à Bruxelles le 4 janvier 1778. L'on croit 
« qu'il avoit femme et enfans à Paris. Il étoil logé ici chez le 
« nommé Clause, marchand quincailler, près de St-\icolas, de qui 
« l'on tient les circonstances suivantes relativement à la vente qui 
« s'est faite le 10 dudit mois l'après dîner dans la maison du 
« St-Esprit, de tous les effets, habits, linges, objets et surtout de 
K plusieurs dessins de prix délaissés par ledit Eisen. 

" Ledit Clause, entrant dans un endroit public, le samedi 
« 10 janvier, vers les six heures du soir, y débita pour nouvelle en 
« présence de nombre personnes, qu'il venoit d'avoir fait un bon 
« coup, qu'il avoit gagné de quoi faire une nouvelle façade à sa 
« maison, qu'il étoit devenu propriétaire de tous les dessins et 

' » Bruxelles. Sccrétairerie d'Etat et de Guerre, s — Registre 573'', fol. 154. 



CHARI.KS KÎSEN. 217 

M oiivrajjes que le célèbre Eisen avoit délaissés ; (|u'il étoit parvenu 
'- à se procurer ces desseins au nioien d'une permission qu'il avoit 
Il oblenue du Mag' de Hruxelles, par le canal del'Echevin Dux pour 
« faire vendre tous ces effets à son profit ; que celte vente s'étoit 
« effectuée la mesme après dîner dans la maison du St-Esprit, et 
« qu'il s'y êtoit trouvé peu de monde, que pour avoir les desseins 
K à bon compte, il avoit eu soin de les arranger à sa façon chez lui 
« dans les diCferens portefeuilles qui les contenoient, qu'il avoit 
« commencé par faire mettre en vente le plus beau de ces desseins, 
« représentant la Séduction, sur lequel ainsy que sur les autres 
« il avoit été le seul encliérisseur, parceque aucun de ceux qui 
ti étoient présent à la vente, la plupart fripiers, ne connoissoient 
Il pas ces sortes de choses ; qu'il avoit ce beau dessein de la 
Il SéductioUj pour dix-sept florins et qu'il ne le donneroit pas 
(■ pour six cent, (ju'il avoit également tous les autres ouvrages 
tt d'Eisen pour lesquels il feroit bien son compte, qu'il étoit 
« d'intention de faire annoncer dans les feuilles publiques que ceux 
« qui voudroient acheter de ces ouviages pourroient s'adresser chez 
«lui, qu'afin de pouvoir plus facilement parvenir à obtenir seul 
« à la vente tous ces desseins il n'avoit prévenu personne que cette 
Il vente devoit se faire, que cependant quelques jours avant, le 
Il valet de chambre de ill^' le duc d'Lrzel étoit venu de la part de 
Il son maître lui demander quand cette vente se feroit parcequ'il 
« désiroit beaucoup d'y faire quelqu'emplette, que lui, Clause 
Il avoit répondu qu'elle ne se feroit pas de sitôt, qu'il devoit aupa- 
II ravant écrire à Paris, que M. le Comte de Cuypers désireroit 
« d'avoir la Tahatièî'e d' Eisen, sur laquelle il y avoit un dessein, 
Il avoit aussi fait demander chez lui quand celte vente se feroit, en 
« le priant de vouloir acheter pour luy, Comte de Cuypers cette 
« tabatière à tel prix qu'elle pourroit se vendre. Quelques personnes 
" de la Compagnie indignées d'un tel procédé, observèrent à Clause 
« qu'il n'éloit pas permis d'agir ainsi, vu que tous les amateurs de 
« desseins altendoient avec impatience celte vente et que lui-même 
'• d'ailleurs devoit être intéressé à la faire valoir le plus que possible 
« afin d'être payé des prétentions qu'il avoit à la charge d'Eisen, 
« et en même tems tenue pour acquitter les prétentions des autres 
tt créanciers qu'Eisen avoit; surquoy Clause dit qu'il ne s'inquiétoit 
« pas des autres, que tout l'argent que l'on avoit fait de vente ne 



218 CHARLES EISEN. 

« siiffiroit pas encore pour sa seule prétention et qu'il croioit 
« d'autant plus cette vente faite en règle qu'elle avoitété annoncée 
u par le Delleman dans la paroisse de St-Nicolas le matin même du 
et jour de la vente. » 

Suivent les conclusions et les décisions des magistrats : les voici : 
« Parler du préjudice pour les autres créanciers d'Eisen. Tromper 
a l'attente des amateurs de dessein, flétrissure pour la mémoire 
« d'Eisen. On a surpris la religion duMag'ou d'un de ses membres 
« pour obtenir la promesse de faire cette vente précipitée etobrep- 
« tive et clandestine en cellant sans doute qu'entre les bardes, 
« linges, etc., il y avoit les desseins de prix. 

« Conclure à ce que la permission du Mag' soit déclarée nulle 
it comme urb. et obreptivement abvenue, et par conséquent ulté- 
it rieure la vente qui s'en est suivie également nulle et comme non 
Il avenue. Ordre à Clause sans dire expurgation de remettre au 
« Curateur que le Conseil trouvera bon de dénommer pour la 
« créance d'Eisen, généralement tous les desseins, ouvrages et 
(i d'autres effets qu'il a obtenus à cette vente ou qui se sont trouvés 
't dans sa maison, lorsde la mortd'Eisen, pourle tout être revendu 
« de nouveau après préallables afficbés, et avis dans les feuilles 
« publiques comme il est de règle et convenable dans un cas parti- 
tt culier tel que celui où il s'agit de l'ouvrage d'un artiste célèbre 
« qui ont un prix indéfini. 

« Pour sûreté des créanciers demander provisionnellement 
« permission d'arrêt sur les desseins de la vente entre les mains 
et du vendeur public. Et à ce que Clause soit condamné à tous 
<i frais, dommages et intérêts résultés et à résulter de cette pour- 
« suite. 

<: Demander provisionnellement que Clause ait à consigner au 
« devans les vingt quatre beures, tout ce qu'il a obtenu à cette 
« vente. » 

On consultera avec intérêt la notice que M. Jules Guifftey 
consacre à Cbarles Eisen dans le tome VI, 12* volume des 
Nouvelles Archives de l'art français '. 



' 2' série, t. VI, 12" vol. de la collection, publiée par Jules Guiffrey, 1771- 
1790. Paris, Charavay. 



LE MAITRE-AUTEL DE DEMS GERVAIS. 219 

Cette notice ajoute un intérêt de plus et se lie au fait que nous 
relevons ; elle reproduit le certificat d'inliiimalion de Charles Eisen 
au cimetière de Sainte-Gudule, à Bruxelles, donnant ainsi la date 
exacte du décès du graveur, le 4 janvier 1778, " chez le S' J.-J. 
"Clause, marchand quincailler, demeurant rue au Beurre et inhumé 
« le 6 du même mois » . 

Cette notice contient également le curieux procès-verbal d'appo- 
sition de scellé à Paris, en date du 13 janvier 1778, dans lequel 
M. Guiffrey fait remarquer le nom du graveur Patasse', que Jal 
avait lu Patusse et qui demeurait rue du Plàtre-Saint-.Iacques, celui 
du S. Jean-Baptiste Roger, professeur de musique à Paris, rue 
Beaubourg, tuteur de d"* Aimée-Justine Roger, sa fille, et de 
demoiselle Catherine-Justine Eisen, son épouse. 

M. Jules Guiffrey a publié aussi une série de pièces sur Charles 
Eisen, émanant des archives des Commissaires au Chàtelet'. 

Albert Jacquot, 

Correspondant du Comité des Sociétés 
des Ceaux-Arts des départements, à 
Xancy. 



XI 



LE MAITRE-ALTEL DE DENIS GERVAIS 

A SAINT-MAURICE d'A\'GERS 
(1758) 

Bien que le maître-autel de Saint-Maurice d'Angers soit d'une 
ordonnance qui ne s'accorde pas avec le style général de l'édifice 
(douzième-treizième siècle), il mérite cependant une mention par- 



C'est du graveur Patas qu'il s'agit. 
Courrier de l'Art, 1884. 



220 LE MAITUE-ALTKI. DE DEMIS GERVAIS. 

liculière, comme un des spécimens les plus importants qui nous 
soient restés, de la décoration religieuse, au milieu du dix-huitième 
siècle. 

C'est une justice à rendre à l'Église de France — et on la lui a 
rendue déjà' — que de constater qu'elle fut la dernière à aban- 
donner les pures traditions de simplicité, de logique et de goût, 
dans la construction et l'ornementation de ses autels. L'Italie, 
l'Espagne, plus tôt, et l'Allemagne, dès le quatorzième siècle, cou- 
vraient leurs autels de ces clochetons et de ces corps d'architecture 
encombrants que ral)bé Thiers, les voyant apparaître en notre 
pays, au prix d'irréparables sacrifices, ne craignit pas d'appeler, 
en 1688, de « monstrueuses décorations » . 

Mais aj)rès les retables monumentaux, plaqués au fond du chœur, 
sous Louis XIII et encore sous Louis XIV, la mode s'imposa, par- 
tout où on put la suivre, d'ériger de grands autels avec des espèces 
de cihorium, ou de baldaquin^ comme à Rome, à Saint-Pierre et 
presque partout. A Paris, même, Dulaurecite en ce genre, comme 
étant « d'un bel effet «, l'autel de Saint-Jean en Grève, dessiné 
par Illondel, et achevé en 1724; il assure encore que l'autel de 
Saint-Barthélémy, œuvre des frères flamands Slodz (l'un mort en 
1754, l'autre en 1758), « mérite les regards des curieux^ d , et 
signale aussi le baldaquin du \ al-de-Gràce. 

Les chanoines d'Angers n'échappèrent pas plus longtemps à 
l'influence de la mode. 

En 1754, le Chapitre se préoccupe de remplacer l'autel, recon- 
struit en 1699, par un autel à baldaquin^, et des plans sont deman- 
dés à un artiste dont nous voyons le nom pour la première fois, 
Denis-Antoine Gervais , qui, dans le marché conclu, s'intitule 
« sculpteur de l'Académie, à Paris, et pensionnaire du Roy » , et 
qui est nommé « sculpteur ordinaire des bâtiments du Roy « , dans 
l'acte de mariage de son fils, « sculpteur architecte de l'Académie 
de Paris, pensionnaire de Sa Majesté » , dans son acte de décès. Il était 



' Viollet-le-1)lc, Dictioimaire cV architecture, t. I, p. 49. 

- Nouvelle Description des curiosités de Paris, 2° édit., 1787, t. I, p. 66; 
t. II, p. 130. 

^ Archives municipales d'Angers, GG. 33, 105. — Arcliivesde Maine-et-Loire, 
E. 2610. — Cr. Cet. Port, Les artistes angevins, 1881, p. 125-126, et Dic- 
tionnaire de Maine-et-Loire, t. II, p. 257. 



LE MAITRE-AL'TEL DE DE.\IS GEIIVAIS. 221 

alors âgé de cinqiiaiite-six ans el ne vécut pas au delà de soixante ' . 

A'ous aurons dit sur Denis Gervais tout ce que nous savons, si 
nous ajoutons qu'il mourut avant d'avoir terminé le grand autel 
d'Angers, le 28 septembre 1758, dans une pauvre chambre garnie 
de la cité de cette ville, où il redevait trois mois de loyer à l'hô- 
tesse, soit 10 livres par mois, et que ses deux filles, dont l'une 
mariée à un épicier de Paris, renoncèrent à sa succession, comme 
son fils, Jean-Jacques, qui devait continuer et terminer l'œuvre. 
Xotons, toutefois, que Jean-Jacques était né vers 1733 à Angers 
même, où il devait se marier à vingt-six ans et où il demeurait 
encore en 1766, rue du Cornet : ce n'est peut-être pas se hasarder 
beaucoup, après cela, que de supposer que Denis Gervais était 
Angevin, tout au moins par ses alliances. 

Après avoir examiné les plans que l'artiste leur avait commu- 
niqués le 17 janvier 1755, les chanoines déléguèrent plusieurs 
d'entre eux pour conclure un marché. MAI. de Montéclerc, Pocquet 
de Livonnière, Bruneau, Rousseau de Pontigny et Houdbine 
signèrent l'acte, au nom du Chapitre, le 28 mars suivant. 

Denis Gervais s'engagea, moyennant un prix de 22,000 livres 
(qu'il fallut presque doubler ), à exécuter, dans le délai de dix-huit 
mois, la reconstruction du maître-autel de la cathédrale, d'après 
les plans présentés. 

Mais c'est seulement à l'heure même où il eût dû livrer son 
œuvre que Gervais la put commencer. L'évêque Jeau de Vaugirault 
bénit la première pierre le ISjuillet 1757", et, quatorze mois après, 
le 27 septembre 1758, l'artiste mourait, laissant l'autel inachevé. 
On raconte que, moribond, il se fit transporter sur un matelas, à la 
cathédrale, pour expliquer ses projets de baldaquin ^, et, comme nous 
l'avons dit, c'est son fils Jean-Jacques Gervais qui termina la tâche. 
Un nouvel évèque, Jacques de Gi'asse, consacra le grand autel le 
23juilletl759, après plus de cinq ans de pourparlers et de travaux*. 

Au total, le monument ne coûta pas moins de 40,000 livres ' . Les 

' L'ami du secrétaire, par Brossier. Ms. 656 de la Bibliothèque d'Angers. 

^ Ms. 656 de la Bibliothèque d'Angers, t. I (Autel). — Archives de Maine-et- 
Loire, G. 385. 

^ Jean de Vaugirauld, par M. Bailli (dis-huitième siècle). Ms. 633 de la 
Bibliothèque d'Angers. 

*AIs. 656. 



222 LE MAITRE-AUTEL DE DENIS GERVAIS- 

chanoines, qui, dès 175G, avaient obtenu, à cet effet, du grand maître 
des eaux et forêts de la Généralité, la permission d'aliéner cent 
soixante-treize, grands chênes anciens sur leurs domaines de 
Saint-Denis d'Anjou et de Chemiré, — furent aidés, dans cette 
dépense, par l'évèquc Jean de Vaugirault, qui donna 11,000 livres 
de ses deniers, et aussi par les habitants, qui firent une loterie. 

Au surplus, nous renvoyons au texte même du marché, joint à 
cette notice *. 

Tel qu'il existe encore aujourd'hui, le maître-autel de Saint- 
Maurice d'Angers n'est pas sans quelque analogie avec les balda- 
quins dont nous avons parlé de Saint-Jean en Grève et de Saint- 
Barlhélemy, dont le souvenir, — tout ce qu'il en reste à cette heure, 
— est conservé au cabinet des estampes de la Bibliothèque na- 
tionale^ : avec son immense gloire, l'autel de Saint-Barthélémy est 
plus étriqué, moins harmonieux dans son ensemble*. 

Quant aux détails de l'ornementation, ce sont à peu près ceux 
qu'on a coutume de voir à cette époque, où la ligne droite et la 
symétrie démodées étaient remplacées par les contre-parties non 
symétriques et les courbes les plus capricieuses. Des dessins de la 
collection l'olerlet, dus à l'artiste allemand François Habermann^ 
et à Babel" ont des rocailles gracieuses et légères qui rappellent 
singulièrement celles du baldaquin d'Angers; les dessins de Charles 
Eisen" sont plus lourds. Enfin, je ne serais pas étonné que les 
trophées d'Amours etde chasse, composés par J. Dumont le Romain 
et gravés par Blondel*, ainsi que les cartouches de Nicolas Pineau, 
gravés par Hérisset, chez Jean Mariette, aient pu fournir à l'orne- 
maniste Denis Gervais, ou à son fils Jean-Jacques, des modèles 
qu'ils auraient copiés ou plutôt interprétés, d'ailleurs avec une 
véritable habileté. 

' L'autel à baldaquin du Val-de-Grâce coûta 60,000 livres, au témoignage de 
Dulaurc. 

* Voir ci-dessous, p. 227. 

* Carton Autels. 

* Gravé par Aloreau. 

^ François-Xavier Habermann (1721 f 1796). \joir Les maîtres ornemanistes, 
pi. 157. 

^ F.-E. Babel, ornemaniste français, milieu du dix-huitième siècle. {Ibid., 
pi. 59.) 

' Ibid., pi. 54. 

^ Ibid., pi. 45. 



LE MAITRE-AUTEL DE DEXIS GEIU'AIS. 223 

Ce qui (lislingiie le maîlre-autel d'Angers, c'est, à la fois, la soli- 
dité imposante, on pourrait dire, majestueuse, du corps principal 
d'architecture, et la proportion rationnelle du couronnement, orné 
avec cette légèreté maniérée qui distingue les dessinateurs français 
desornemanistesallemands, [iresque toujours bizarresetcommuns'. 

L'idée d'un autel monumental, énorme, — idée, je tiens à le 
répéter, tout à f.iit discutable, — étant admise ici, l'artiste, on peut 
l'affirmer, a résolu un problème que, trop souvent, n'ont même 
pas compris des ornemanistes ou des architectes de ce temps. Denis 
Gervais a su donner, à l'autel et aux colonnes qui le surmontent, la 
solidité qui rassure et, en même temps à son couronnement, la 
grâce qui plaît à la vue. 

Là, du moins, les yeux ne donnent pas cette préoccupation ins- 
tinctive, cette inquiétude plus ou moins consciente, qu'on éprouve à 
l'aspect de ces constructions défiant le sens commun, où des colonnes 
trop grêles, des arceaux trop légers, des cariatides trop faibles, sup- 
portent comme en un château de caries un ciboriiim trop lourd, 
un groupe trop considérable, voire même des niches tout à fait 
écrasantes. V a-t-il rien de plus pénible pour un auditeur que de 
voir une vaste tribune de chaire <à prêcher, juchée, comme en équi- 
libre, sur un pédoncule trop mince, de sorte que l'on redoute, 
comme un vrai péril pour l'orateur, le moindre de ses gestes et le 
plus simple de ses mouvements? 

Les Gervais ont évité ce travers. Les pompes religieuses peuvent 
se déployer ici en toute sécurité ; il ne peut venir à la pensée de 
personne qu'un écroulement du baldaquin soit seulement possible. 
Les règles de la proportion et de la logique sont ici respectées. 

Il me reste peu à dire pour compléter l'historique de ce monu- 
ment. 

Denis Gervais, en son contrat, s'était réservé de faire au plan 
primitif les changements qui pourraient paraître utiles. C'est ainsi 
que furent ajoutées, en forme d'acrolères, les deux cassolettes qui 
surmontent les côtés de la corniche et dont le marché ne parle 
pas. C'est pour une autre raison, par économie sans doute, que ne 
furent point exécutées les deux crédences de bois doré, qui devaient 

' Voir, ci-après, pi. 6. 



224 LE MAITIIE-AUTEL DE DEi\lS GERVAIS. 

êlre posées (l;it)s rentre-colonneinent, pas plus que les diversesdé- 
coralions de bronze doré au tombeau de l'autel. 

Mais je ne saurais dire si l'écusson de 18 pieds aux armes du 
Chapitre [de (jueules à Vescarhoucle à huit rais d'or), qui devait 
être incrusté dans le marbre du marchepied de Tautel, fut exécuté 
ou non : il n'existe pas aujourd'hui. Peut-être a-t-il été détruit à 
la fin du dernier siècle. 

L'œuvre de Denis Gervais subit heureusement peu d'altérations 
à l'époque où Saint-Maurice d'Angers fut transformée en Temple 
Décadaire (1797)' pour lequel David, père du célèbre statuaire, 
sculpta un autel de la Patrie, qu'on peut voir au Musée de la ville*. 
On se contenta de couvrir la croix d'un bonnet phrygien et de faire 
disparaître les tabernacles'. Mais, pour la construction d'estrades 
ofâcielles, on avait enlevé le marchepied de l'auteP, et, lorsqu'on 
put le rétablir, en 1805, on ne devait pas songer à reconstituer des 
armoiries, en admettant qu'elles eussent existé avant la Révo- 
lution. 

L'ange du couronnement, au lieu d'une custode ou pixide, tient 
en ses mains une couronne royale de bois, or et vermillon, com- 
mandée à David père, en 1805 ^ 

Depuis que les études archéologiques sont plus répandues, par 
une réaction assez explicable, mais excessive, contre l'éclectisme 
irraisonné des derniers siècles, il y aurait quelques tendances à de 
nouvelles destructions, en vue de rendre strictement uniforme, en 
son style, tout monument ancien. Si l'autel de Saint-Maurice 
d'Angers n'a pas encore couru le risque d'être détruit, il faillit être 
déplacé, transporté à Paris, au Panthéon de Soufflot, contemporain 
de Denis Gervais. 

Mais la Commission archéologique de Maine-et-Loire fît entendre 



' Deux fois l'autel a été repeint et doré, en 1831 notamment; la corniche fut 
d'abord peinte en marbre rouge; elle est maintenant en marbré blanc leiné de 

- Voir Henry JouiM, Histoire et description des musées d'Angers (1885), 
p. 211. 

^ Le tabernacle actuel, en bois, peint en malachite, avec ornements dorés, est 
de François-Edme Dessus-Lamarre. [Registres de fabrique, 1809.) 

'^Registre des délibérations du conseil de fabrique. (Archives de la cathé- 
drale.) 

'" Archives départementales. (Travaux de la cathédrale, an XL) 




MAITRE -AUTEL 

P1R DKNIS GKRVfltS 17Ô8 

{Cathédrale d'Angers.) 



Piige 



i 



m: \1 a 11' HE- al tel de de m s G E U V A 1 S . 225 

(les protestations fort vives contre ce projet, que la désalleclation de 
Sainte-Geneviève ne permet pas de craindre aujourd'liui '. 

Quelle que soit l'importance de l'autel construit à grands fiais 
par Denis Gervais, il est impossible de ne pas éprouver de regrets, 
quand on sait qu'il a remplacé un autel déjà reconstruit depuis 
cinquante-cinq ans, sans doute (à l'époque où la manie du change- 
ment privait la France de tant d'objets d'art a jamais sacrifiés), 
mais qui, sur sa simple maçonnerie de pierre, n'en montrait pas 
moins des ornements très précieux du moyen âge -. 

Du côté du chœur, l'ancien autel était orné d'un parement de 
vermeil donné par Févêque Normand de Doué, mort en 1153. Ce 
parement, qui représentait, sous quinze arcades cintrées, Jésus, 
les Douze ajyôtres, et deux évcques (probablement S. MaiiriUe et 
S. Renéj ou encore le portrait du donateur), fournit une réponses 
la question que se posait l iollet-le-Duc lorsqu'il se demandait s'il 
y eut en France, hormis Marseille, des devants d'autel ornés de 
ligures de saints ou de personnages divins antérieurement au quin- 
zième siècle". 

L'autre face de l'ancien autel répond également à cette interro- 
gation. Elle présentait un autre parement d'autel, en vermeil et 
filigranes d'or, dont les bas-reliefs représentaient la Nativitéj 
V Adoration des Bergers, la Visitation de la l'ierge, V Annoncia- 
tion, les Mages devant Hérode, V Adoration des Mages, le Mas- 
sacre des Innocents, le Trépassement et le couronnement de la 
Vierge, enfin, agenouillé, le donateur, l'évèque Guillaume de Beau- 
mont, mort en 1240. 

Depuis qu'on avait abandonné les traditions primitives, où deu\ 
chandeliers, (|ualre au plus, étaient placés, à plat, sur l'autel, 
depuis qu'on avait construit des gradins sur la table de l'autel, on 
ne se faisait pas faute d'y placer aussi des châsses, des armoires ou 
niches avec représentations de saints. Aux deux côtés du grand 
autel d'Angers, s'élevaient deux de ces niches, à volets, en bois 

' Voir dans le Répertoire archéologique de l'Anjou, 18(vl. Bruits fâcheux, 
par V. Godard-Faultrier, et Communications, par E. Lachksk. 

- Voir L. DE I''ar(;v, Xotices archéologiques sur les autels de la cathédrale 
d'Angers. Angers, J878, .in-8" de 30 pages. 

' Dictionnaire raisonné d architecture française , t. I, p. .")3. 

15 



-220 1-E AI AIT 11 K- A UT EL DE DEMS GEHVAIS. 

sculpté et doré, exécutées en J504 par Michel Heuzé ou Huzé, 
pour abriter deux grandes statues d'argent doré de plus de -4 pieds, 
celle de la Vierge, qui avait coûté 400 écus d'or au doyen du Cha- 
pitre Jean de la Vignole, en 1462, et celle de S. Maurice^ qui n'avait 
pas coûté moins de 569 livres de main-d'œuvre, chez l'orfèvre de 
Tours Hans iMangolt, au commencement du seizième siècle \ 

Au lendemain de la consécration du grand autel de Denis Ger- 
vais, ces précieux objets d'art disparurent, pour acquitter les dé- 
penses de construction. Vendues au poids, les statues d'argent doré 
de la Vierge et de S. Maurice ; vendus, les parements d'autel du 
douzième et du treizième siècle, vendus au poids et anéantis ! 

C'était à cette époque véritablement barbare (1755) oii la cathé- 
<lrale d'Amiens, sacrifiant aussi son magnifique autel de J483, était 
(t bouleversée pour faire place à des images de plâtre et à des 
rayons de bois doré, avec grosses cassolettes, draperies chiffonnées, 
gros anges effarouchés, également en plâtre " " ; — où Chartres 
démolissait son autel et son jubé du treizième siècle; — où Saint- 
Denis se « modernisait î) ! — où Xotre-Dame de Paris procédait à 
la destruction de son ancien autel, de ses reliquaires, de ses tombes 
épiscopales; — oii tant d'églises brisaient leurs vitraux! 

Angers n'eut rien à envier aux pires Vandales, pendant le dix- 
huitième siècle tout entier. 

La nomenclature de ses destructions serait, hélas! trop longue. 
Il n'est pas sans utilité ni sans enseignement d'y faire allusion. 

Le vandalisme n'a point encore partout abdiqué. Mais c'est une 
justice à rendre à notre époque, que de le reconnaître : les actes de 
destruction deviennent de moins en moins fréquents. Il faut 
espérer qu'ils disparaîtront tout à fait. Nos Sociétés des Beaux- 
Arts, des réunions comme celles-ci contribueront beaucoup à 
atteindre un résultat aussi désirable. 

Joseph Deivais, 

Correspondant du Comité des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements à 
Angers. 

' Sur Hans ou Jean Mangolt, voir E. Giraudet, Les artistes tourangeaux, 
1885, p. 281, (Mémoires de la Société arcliéologique de Touraine.) 
* V'iOLLET-LE-Dix, Dictionnaire raisonné d'architecture, t. I, p. 53. 



I.E MAITUE-AITEL D K DEMS GERVAIS. 227 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Arc/lires départementales de Maine-et-Loire, série G.,n"26(^. 

"IS mars 1755. — Devis et marché des ouvrages de sculpture en bois, 
menuiserie, chai'pente, dorures, marbres et maçonnerie et poses qu'il 
convient faire pour le grand Autel de l'Eglise de la Cathédrale de Saint- 
Maurice d'Angers, par les ordres de Monseigneur l'Evêque et Messieurs les 
Chanoines du Chapitre sur les dessins, plans, profils, élévations et 
conduites du sieur Gervais, sculpteur de l'Académie à Paris, et pension- 
naire du I>oy, en mars mil sept cent cinquante-cinq. 

Savoir : 

Sera démoli le grand autel tel qu'il se comporte aujourd'hui pour 
être reconstruit plus avant, dans le chœur, ce qui sera arrêté avec 
Messieurs les Commissaires, et en enlever tous les matériaux délivrés qui 
ne pourront point me servir, le tout à mon profit, savoir : les matériaux 
tant en bois doré qu'en pierre de marches d'autel, coffre, parquet, 
gradins et tabernacles et guéridons portant les figures de la Vierge et de 
S. Maurice, même pierre de maçonnerie. Le surplus de ce qui compose 
ledit autel restera audit Chapitre. 

Sera construit la masse d'un nouvel autel au lieu et à la place dessinée 
et marquée sur le plan agréé, qui aui-a environ 24 pieds de long, et 
9 à 10 pieds de large, y compris le massif des six colonnes, maçonnée 
en pierre des Rairies ' pour les piédestaux et en pierre d'ardoise pour les 
tombeaux et marches, à chaux et sable, fondé sur le solide ou bon fond 
et que si les fondements passaient six pieds, il n'en serait tenu compte, 
à. l'estimation. 

Seront faites et fournies six colonnes de marbre rouge de Laval ou de 
Sablé de la hauteur de 14 pieds de fûts, grosses à proportion, suivant 
l'ordre corinthien, avec leurs piédestaux, corniches, et bases joignant les 
deux tombeaux d'autels; lesquels deux tombeaux seront avec leurs tables 
de marbre en plein de trois morceaux, chaque table de marbre de devant 
et derrière bombée sur son plan d'élévation avec moulures, cadres, listels, 
revêtements et incrusteaients des quatre côtés, le tout suivant les plans 
et dessins qui sont donnés, et de ceux qui seront tracés en grand et 
agréés, comme aussi les couleurs et qualités des marbres, des panneaux 

' Calcaire jurassique des Rairies, près Durtal (Maiue-et-Loire). — J. D. 



228 l,K Al AIT RE -AUTEL DE DEXIS GEHIAIS. 

de devant et de dei riore des tombeaux, tant des piédeslaiiv que des devants 
d'autels, savoir : les deux devants d'autels en marbre incrustés de bri'che 
violette, les panneaux des piédestaux des colonnes seront soit en marbre 
aussi inscruté, en ceracolin verte ' ou marbre d'autin (?), le tout bien ajusté 
et mastiqué, atlacbés avec agrafes et travaillé avec tout l'art possible. 

Sera fait quatre gradins, deux derrière et deux devant, de la baiiteur de 
G pouces et de la longueur des autels environ, étant interrompu et par 
les tabernacles et les joignans ornés d'une gauderone et gorge qui sera 
revêtue d'une frise en marbre inscrutée de brècbe violette de toutes les 
longueurs, derrière et devant, ayant 14 pouces au plus large ; chaque 
gradin sera chantourné sur son plan. 

Sera fait les deux tables des marchepieds des autels en plein, formant 
les pleins murs et qui aura par le devant 4 pieds de large, et sera incrusté 
dans le milieu de l'écusson de saint Maurice, en marbres différents; il 
aura de long IS pieds ou environ, 6 pouces de haut godronnés, et les 
marches de 16 pouces par le devant et de 13 à 14 parle derrière en largeur, 
toutes sur six pouces de hauteur; le tout suivant le plan qui en sera arrêté 
par devant Messieurs les Commissaires nommés, et pareillement la table 
du marchepied de l'aulel de derrière, îï l'exception qu'elle sera plus petite 
que celles du devant et les marches aussi, le tout en marbre noir bien poli. 

Sera fait G bases en bronze pour les six colonnes de marbre tournées 
et fondues suivant les grosseur cl hauteur, avec leurs moulures tores et 
carrées conforme à l'ordre ci-dessus. 

Sera fait et fourni deux boîtes de tabernacle en plomb, revêtu en bois 
par dedans, devant et derrière, ouvrant à clefs avec serrures et accom- 
pagnées de deux amortissements riches ornés de rocailles, raisins et 
feuilles de pampres, et dans le milieu des deux tabernacles, il sera 
pratiqué une plate-lorme ornée d'un tailloir en marbre de couleur, pour 
y poser soit une grande Croix ou une Exposition du Saint-Sacrement, telle 
qu'elle est dans le Trésor. 

Sera fait 6 cha|»ileauxen bois de l'ordre corinthien, enrichi de ses volutes, 
tailloirs, feuilles d'olivier et callicoles (sic), le tout dans ses proportions. 

Sera fait la corniche au-dessus desdils chapiteaux et du même ordre, 
enrichie de tous ses marbres d'architecture, roses, modillons et autres 
ornements tant dans la frise, avec plusieurs attributs de saint Maurice 
et d'église, et autres ornements, sur les marbres d'architectures dans 
toutes les quatre faces devant, derrière et côtés, suivant plans et profils, 
le tout en bois collé, chevillé, mortaizé à clefs que assemblé avec tout 
l'art et la force convenable à un pareil ouvrage. 

' Sarrancoiiii d'Iihct (Hautes-Pyrénées). — J. l). 



I,E MAITRE-AUTEL DE DEMIS GERVAIS. 229 

Sera fail sur le devant de la corniclie, enlre les clia|)iteaux, une Gloire 
où il y aura un Ange tenant une suspension, l'ange aura une draperie, 
et soutenu par des ailes et, derrière, avec des tètes de chérubins qui 
l'accompagneront, comme aussi des rayons sortant de derrière. 

Le derrière sera orné d'une gloire enrichie de cinq tètes de chérubins 
accompagnés de nues et rayons, le tout en bois doré et peint. 

Au-dessus de la corniche, sera posé un socle qui recevra les colonnes 
du baldaquin ; il sera de la hauteur d'un pied seulement, le chapiteau 
à socle sera peint en marbre vert Campan. 

Sera fait au-dessus desdits socles 4 consoles et 2 enfants ' formant 
le baldaquin, mariées toutes les unes avec les autres et s'accordant par le 
haut avec un groupe de nuées et de 4 têtes de chérubins tant derrière que 
devant et accompagneront une boule ou globe du monde entortillé d'un 
serpent et surmonté d'une croix, qui terminera le tout. 

Chaque console du baldaquin pourra avoir 12 à 13 pieds, enrichie de 
palmes, festons de (leurs, blés, vignes, raisins et autres ornements, 
feuilles rocaillées, volutes percées à jour. Le tout en bois bien assemblé 
et de tout ce qui pourra être nécessaire à la solidité de l'ouvrage. 

Sera fail toutes les dorures, tant en mal que bruni, du plus bel or jaune 
que l'on pourra trouver, savoir, tout le baldaquin, les têtes des chérubins, 
palmes, rayons, fleurs, guirlandes, pampres de vignes, raisins, chapiteaux, 
partie de marbre de la corniche, attributs, ornements des deux tabernacles, 
la custode, l'ange la tenant et généralement ce qui est expliqué au 
modèle, d'or, à l'exception de toutes les nues qui seront peintes en bleu 
de ciel ; le reste de la corniche sera peint en marbre dedifférents couleurs 
et qui seront choisis par écrit, comme aussi le socle. 

Seront faits tous les bronzes des ornements du tombeau des autels 
devant et derrière, savoir par devant les deux consoles et sur les angles 
et un grand cartel d'où sortira des guirlandes de raisins et bleds, et 
joindront lesdiles consoles des deux côtés. Le derrière sera orné d'un 
pareil cartel comme devant, avec seulement deux consoles sur les côtés. 
Tous les bronzes seront mis en couleur d'or à. fosse. 

Sera fourni par moi les deux glaces pour les deux cartels en bronze 
des deux devants d'autels où doit être posées les reliques. 

Sera posé et renfermé, comme dans une boîte ou rigole, le cordon de 
soie qui suspendra la custode et descendra le long d'une des colonnes 
sans être aperçu et fermera à clef, ainsi qu'il est actuellement. 

Seront par moi fournis tous les échaffauds nécessaires, soit pour monter 
les colonnes, la corniche, le baldaquin, et dorer, peindre le tout, jusqu'à 

' Anjjelots. — J. D. 



230 LE MAITRK-AUTEL DE DENIS GEUVAIS. 

l'enlière perfection dudit ouvrage, même le transport des 6 colonnes et 
du reste de l'ouvrage à saint-Maurice ; le tout à mes frais. 

Plus sera fait et fourni àeax crédences en bois doré dont Ips dessus 
seront en marbro et allacliés entre les colonnes du baldaquin. 

Tous lesquels susdits ouvrages ci-dessus et de l'autre part mentionnés, 
seront par moi, (îervais, soussigné, bien et dûment faits et fournis, bien 
polis, travaillés, sculptés, dorés, peints, mis en couleurs et en beau bois, 
posé avec toute la solidité et précision possible et convenai)le, même avec 
ferrements et gros fer , boulons dans les 6 colonnes baut et bas, bien 
coulés et scellés. Tous les plombs et bronzes seront bien ciselés, dorés 
ou en couleur d'or. 

Le tout ci -dessus expliqué pour le prix et somme de vingt -deux 
mille livres , réservant qu'il me sera permis de faire tous les petits 
changements que je trouverai bien à faire, soit dans les ornements ou 
positions des figures ou têtes de chérubins, sans cependant rien diminuer 
de l'ouvrage préposé et ne rien prétendre au surplus du marché ci- 
dessus, et que s'il se fait des changements ou augmentations, de concert 
avec Messieurs les commissaires, ils me seront payés en plus-value à 
l'estimation et à l'amiable. Lesquelles vingt-deux mille livres me seront 
payées au fur et à mesure que mes ouvrages avanceront par messieurs du 
Chapitre. 

Lesquels ouvrages moi, Gervais, promets faire et fournir pour ladite 
somme de vingt-deux mille livres, avant la fête de Saint Maurice pro- 
chaine, en un an. 

Et nous, commissaires du Chapitre de l'Eglise d'Angers, soussignés, 
promettons aux dits noms, faire payer audit sieur Gervais ladite somme 
de vingt-deux mille livres pour les ouvrages compris dans le présent 
marché que nous promettons lui payer à fur et à mesure que l'ouvrage 
avancera, de façon qu'il reste à lui payer la somme de 6,000 livres lors 
de la réception de l'ouvrage. 

Fait à Angers, double, sous nos seings, le 28 mars 1755. 

Signé : de Montéglers, Pocquet de Livonnière, 
Bruneau, V. R. RoussEAL' DE Pantigny, 
Hovdbine, D. Gervais. 

(Contrôlé à Angers le 29 mars 1756 par Delaage, qui a reçu soixante-quinze 
livres douze sols.) 

Suivent; 1° L'ordonnance de Philippe Barthélémy Levesque, chevalier, 
seigneur de Gravalle et autres lieux, conseiller du Roi en ses conseils, 
grand maître des eaux et forêts de France au département des provinces 



LES PEINTRES VAN 00 ST. -231 

de Toiiraine, Anjou, le Maine, haut et bas Vendôiiiois, comniellanl le sieur 
de \iileneufve, maître particulier de la maîtrise d'Angers, pour reconnaître 
et visiter 173 pieds de chêne, épars sur les domaines du Chapitre, paroisse 
S. Denis d'Anjou et Chemiré, « aux offres de les employer en nature ou 
le prix en provenant à la construction du maître autel » de S. Maurice 
d'Angers. (Paris, 5 février 175G.) 

2" Procès-verbaux de visites par Joseph Lehay de Villeneufve, pour la 
reconnaissance desdils chênes. (25 mars 1756 — 28 mars 1756.) 



XII 

LES PEIXTRES VAN OOST 

A LILLE 
A PROPOS D'IîX TABLEAU LILLOIS DE NOTRE COLLECTION 

En 1891, nous achetions à la vente après décès d'un descendant 
d'une ancienne famille lilloise un curieux tableau attribué par 
divers amateurs à Van Oost le Vieux ; cela nous donna l'idée de 
rechercher la trace du séjour à Lille des artistes de ce nom. C'est 
le résultat de nos recherches que nous publions et que nous divise- 
rons en trois chapitres : 

1" Le séjour à Lille des Van Oost; 

2" Leurs œuvres à Lille; 

3° Tableau lillois de notre collection. 

Le travail est complété par des notes justificatives. 

I 

LE SÉJOUR A LILLE DES VAN OOST 

Descamps ' nous apprend que Jacques Van Oost, surnommé le 
Vieux, naquit vers 1600 à Bruges et mourut dans cette ville en 

' Descamps, La vie des peintres flamands ^ allemands et hollandais, t. H, p. 51. 



232 LES PEINTRES V AN OOST. 

1671 ; que ce peintre, iipiv's avoir visité l'Italie, par amour de 
sa patrie, revint h Hrnges, où il se fixa. 

Dans sa jeunesse, \ an Oost avait copié Rubens et Van Dyck avec 
tant d'art que ses copies trompent tous les jours. Voilà où il a 
commencé à prendre la couleur, sa fonte et sa belle touche. 

Le Guide des étrangers à Lille ' et Descamps - nous apprennent 
qu'à Lille, à ré<}lise Saint-Maurice, dans la chapelle de Notre- 
Dame de Liesse, au-dessous des croisées se trouvait le tableau de 
l'épitaphe d'Antoine Legillon et d'Anne sa sœur, représentant 
l'Enfant Jésus, la Vierge et saint Joseph ; le frère et la sœur y sont 
à genoux, en prières; c'est un beau tableau peint avec fermeté 
par J. Van Oost le père. 

Cette composition a de l'analogie avec celle dont nous nous 
occupons. 

Alfred Michiels, dans son Histoire delà jyeint are flamande^ , 
parle de Jacques Van Oost dit le Vieux en ces termes : - C'était un 
imitateur de Rubens. Il était né à Bruges, en février 1(301, dans 
une fanîille ancienne, qui possédait des i)iens de ce monde. Elle 
lui fit donner une éducation brillante, dont il se félicita toute sa 
vie. Comme on le destinait à la glorieuse et difficile carrière de la 
peinture, où le précédait son frère aîné, il négligea insensiblement 
ses autres études. » 

Selon le même auteur, Jacques Van Oost était bon musicien et 
fréquentait les meilleures sociétés : il avait, d'ailleurs, une figure 
avenante, les manières d'un homme du monde et la conversation 
d'un homme instruit. Ayant, dès ses débuts, fait preuve d'un 
talent peu commun, il était surchargé de travaux; on lui deman- 
dait surtout des images d'église et des portraits. Ce dernier genre, 
à lui seul, l'occupait beaucoup. 

Pour donner de la vie aux portraits, Van Oost représentait souvent 
les personnages occupés d'une manière conforme à leur profession, 
à leurs habitudes ou à leur caractère. Il avait peint, par exemple, 
un médecin tàtant le pouls de sa femme avec une attention 

' Guide des étrangers à Lille, in-12, p. 89. Lille, Jacquez, MDGGLXXII. 

- Descami'S, Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, in-8", p. 6. 
Rouen, MDCGLXIX. 

* Histoire de la peinture flamande , depuis ses débuts jusqu'en 1864, t. VIII, 
p. 42J et suiv. 



I.KS PEI.VTRES VAM 00 ST. ^V.i 

extrême, et cherchant hi cause de son mal. La patiente, (|ni était 
enceinte, épiait en quelqne sorte le visage de son mari, et atten- 
dait, pleine d'inquiétude, le jugement (ju'il allait porter sur son 
état. 

M. U'auters, dans sa Peinlurcjlania?icle punie récemment, con- 
firme ces assertions ', ainsi que tous les auteurs qui ont écrit sur 
les peintres flamands. 

Il existe à Lille des tableaux de Van Oost le Vieux, qui dut y 
séjourner; mais nous n'avons trouvé trace de ce séjour ni aux 
archives départementales, ni aux archives municipales. 

Examinons maintenant ce qu'était Jacques Van Oost le Jeune. 

Cet artiste, né à Bruges en 1620, y mourut en 17L3. 

Descamps * nous donne des détails sur la vie de ce peintre, qui, 
après être allé en Italie et avoir travaillé sérieusement à Bruges 
sous la direction paternelle, désira aller à Paris. 

Van Oost en passant par Lille s'arrêta pour y voir quelques amis 
artistes, mais ils lui donnèrent l'occasion de peindre plusieurs por- 
traits qui eurent tant de succès que les premiers de la ville l'en- 
gagèrent à abandonner le projet d'aller à Paris. Il se détermina 
donc à rester à Lille, et il y épousa Mlle Alarie Bourgeois"; il 
demeura quarante et un ans dans cette ville, qu'il n'aurait pas 
quittée sans la mort de sa femme. Van Oost, devenu veuf, retourna 
à Bruges. 

Descamps ajoute : « La manière de Van Oost le Jeune approche 
de celle de son père; il est cependant pbis pâteux, et sa touche plus 
franche; il drapait de plus grande manière; ses compositions ne 
sont pas abondantes, mais réfléchies ; ses figures sont correctes et 
expressives... Comme son père, il peignait très bien le portrait; 
quelques partisans zélés ont osé comparer quelques-uns de ses 
tableaux à ceux de Van Dyck. La comparaison est outrée, mais il 
était le meilleur de son temps. .) 

Alfred Alichiels ^ dit: «Jacques Van Oost fils, si peu connu, si peu 
flatté par les historiens qui ne l'oublient pas, est un homme encore 

' W.AUTERS (i.-J.), La peinture flamande , in-8", p. 1V8. Paris, Quanfin, s. cl. 
- Desca.mps, loc, cit., t. III, p. 57. 

' Voir aux Pièces justificatives le contrat de mariage de Jacques Van Oost et 
(le Marie Bourgeois. 

* Histoire de la peinture flamande , t. IX, p. 85 et suiv. 



234 I,ES PEIX'TRES VA\' OOST 

supérieur. Les tableaux de sa main que possède Lille sont faits 
pour enthousiasmer les connaisseurs. Il fut baptisé à Bruges, le 
11 février 1637. Il n'eut d'autre professeur que son père. Tout 
jeune encore, il étudia la peinture avec passion ; il était l'exemple 
de ses camarades, évitait les moindres causes de dérangement 
et, absorbé dans son travail, réjouissait le cœur du vieux Van 
Oost. 1) 

Alfred Michiels donne ensuite des renseignements sur les tra- 
vaux et la vie du peintre, et termine sa notice : 

« Après une longue union, Van Oost, ayant perdu sa femme, 
retourna définitivement à Bruges, où il termina ses jours le 29 sep- 
tembre 1713. II fut enseveli dans le bas côté méridional de 
l'église des Dominicains, et l'on encastra sur la tombe un losange 
de marbre blanc où était gravée cette inscription funèbre : «Cy gist 
« le corps du sieur Jacques Van Oost, peintre fameux, fils de 
« Jacques et de demoiselle Marie Tollenacre, époux de demoiselle 
« Marie Bourgeois, qui, après quarante et un ans de résidence à 
« Lille, mourut à Bruges, son domicile et son lieu natal, le 
et 29 septembre 1713, âgé de soixante-treize ans, et plusieurs de 
« ses sœurs. Priez Dieu pour leurs âmes. « 

Bien que Van Oost le Jeune soit né à Bruges, il est plutôt Lillois 
par ses attaches. C'est à Lille qu'il se marie en 1670 ' ; il se fait 
recevoir dans la même année bourgeois de celte ville et devient 
marguillier de la Madeleine "-. C'est à Lille que naissent ses enfants 
Dominique-Joseph et Marie-Marguerite, et les descendants de 
Dominique perpétuent son nom dans cette ville. Ses œuvres y sont 
nombreuses; quelques-unes, très remarquables, ont mérité d'être 
attribuées à Rubens. (Voir Eglise des Capucins, p. 237.) 

Dominique-Joseph Van Oost, fils de Jacques, est né à Lille 
(paroisse Saint-Etienne) le 8 août 1677, a épousé Marie-Monique 

' Nous publions en appendice les documents d'Archives que nous avons trouvés. 
Nous devons à AI. Rigaux la découverte de l'acte de bourgeoisie de Van Oost, 
inscrit à la table des registres aux bourgeois sous le nom de Van Coot. 

- Nous trouvons dans l'Histoire du décaiiat de la Madeleine, par M. Desmar- 
CHELiER (in-8", fig., p. 39. Lille, 1892), la phrase suivante : 

tt Parmi les autres marguilliers qui ont particulièrement droit à notre recon- 
naissance, nous devons mentionner M. Jacques Van Oost, peintre célèbre, qui 
donna, lors de la consécration de l'église, un superbe tableau ovale, la Résurrec- 
tion de Lazare, très estimé des connaisseurs, j 



LES PEI\ TRES VAN OOST 235 

Dourdaiu le -25 mai J()99, paroisse ^aiiit-Etieune, bourgeois de 
Lille le 30 décembre 1099, a épousé en deuxièmes noces Barbe 
Delaporte, paroisse Saint-Maurice; décédé à Lille le 30 septembre 
1738, paroisse Saint-Maurice. 

Ce peintre a laissé quelques tableaux à Lille qui ne manquent 
pas de valeur. 

Ce peintre étant né à Lille, Descamps et Michiels ne l'ont pas 
classé parmi les peintres flamands. 

Les enfants de Dominique ne continuèrent pas la profession de 
peintre. 



II 

OEUVRES DES TROIS VAN OOST QLI EXISTAIENT A LILLE 
AU SIÈCLE DERMER ET CELLES CONNUES QUI S'Y TROUVENT ENCORE. 

Tableaux de Van Oost le Vieux. 

Eglise Saint-Maurice. — Dans la chapelle de Xotre-Dame de 
Liesse, au-dessous des croisées, le tableau de l'épitaphe d'Antoine 
Legillon et d'Anne, sa sœur, représente l'Enfant Jésus, la Vierge 
et saint Joseph. Le frère et la sœur y sont à genoux, en prières. 
C'est un joli tableau bien composé, et peint avec fermeté par 
Jacques Van Oost le père. 

Descsmps, Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, 1"62, p. 6. 
Guide des étrangers à Lille. 1772, p. 80. 

Eglise Saint-André. — Le tableau du maître-autel représente 
la Transfiguration : le Christ et les apôtres sont mal drapés ; ce 
n'est pas un beau tableau : il est peint par Van Oost le père. 

Descamps, Voyage, déjà cité, p. 7. 

Eglise Saint-Etienne. — Le tableau d'autel de la seconde cha- 
pelle représente la Transfiguration ; belle composition par Van 
Oost le père. 

, Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 77. 

Eglise des Jacobins. — L'autel d'une chapelle a pour tableau le 
Martyre de saint Pierre, de l'Ordre de Saint-Dominique. C'est un 



236 I,ES1'E1\TRESVAM00ST 

assez bon tal)leaii qui a pousse au noir : il est peint par \'an Oost 
le père. 

Dbscamps, Voyage, déjà cité, p. 10. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 03. 

Le catalogue du Musée de Lille, publié en 1872 par Ed. Rey- 
nart, porte : 

Van Oost le \ ieux, n" 270. Saint Jean de la Croix pansant la 
jambe d'un frère de son ordre. 

N" 271. Fondation de l'ordre des Carmélites. 

X° 212. Un Augustin et la Vierge. 

N" 273. Sainte Famille. 

Dans le catalojjue publié en 1893 par AI. Lenglart, ces tableaux 
n'y figurent plus sous le nom de \an Oost le Vieux. Les n"' 270, 
271 , 272 et 273 sont attribués à Van Oost le Jeune. 

Ce dernier catalogue attribue à Van Oost le Vieux : Un portrait 
dliommej sous le n° 576. 

Tableaux de Van Oost le Jeune. 

Collégiale de Saint-Pierre. — Dans la chapelle paroissiale, le 
tableau du maître-autel, peint par Jacques Van Oost le fils, repré- 
sente la Sainte Famille. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 69. 

Eglise Saint-Etienne. — On voit en entrant, à la droite, le 
tableau d'autel de la première chapelle qui représente l'Enfant 
Jésus sur les genoux de sa mère, montrant à des anges les instru- 
ments de la passion; derrière lui est placé saint Joseph : peint en 
1680 par Jacques Van Oost le fils. Les têtes sont d'un beau carac- 
tère et d'une belle façon de faire. Le soleil a un peu mangé la cou- 
leur. — A la droite du chœur, dans la chapelle de Sainte-Barbe, le 
tableau de l'autel représente le martyre de cette sainte, peint par 
J. Van Oost le fils. 

— Dans la même chapelle, on voit dans la boiserie Vlm- 
ntaculée ConceptioUj beau tableau, peint par J. Van Oost le 
fils. 

Descamps, Voyage . déjà citi', p. 3. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. "3 et "5. 



LES l'KlM'RES VAX OOST. 237 

Ces trois lahleaiix ont été détruits lors de l'incendie de l'église, 
en 1 792. 

Efjlise Saint-Sauveur. — Au maître-autel est représentée : la 
Transfiguration, par J. Van Oost fils. La composition n'est pas 
heureuse : les figures couchées en bas sont cependant belles. 

Dkscimps, Voyage, déjà cilo, p. 4. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité. p. 83. 

Eglise Saint-Maurice. — Le tableau d'autel de la chapelle de 
Sainte-Anne représente une Sainte Famille, sujet composé et peint 
avec fermeté par J. Van Oost le fils. 

— Dans la chapelle Saint-Nicolas, de chaque côté de l'autel, sont 
Saint Pierre et Saint Jérôme peints par Van Oost le fils. 

Descamps, loijage. déjà cité. p. 6. 

Guide des étrangers ii Lille, déjà cité, p. "8 et 81. 

Eglise des Capucins. — Sur les deux volets qui ferment le 
chœur sont peints par Van Oost le fils, d'un coté, à la droite, saint Bo- 
naventiire, cardinal, et à la gauche saint François. La l)onne cou- 
leur et la belle façon de faire soutiennent assez bien ces <\eux 
tableaux à côté de celui du milieu. (Descente de Croix de Rubens 
du Musée de Lille.) 

Desc.imps, Voyage, déjà cité, p. 15. 

Le mérite de ces deux tableaux les a fait attribuer à Rubens, 
sous le nom de qui ils figurent dans le catalogue du Musée de 
Lille, n- 673, 674. 

Eglise des Capucines. — On voit quatre tableaux de J. Van Oost 
le fils; ils représentent le Mariage de la Vierge^ V Adoration des 
bergers J la Fuite en Egypte et la Présentation au temple. 

Au maître-autel, le tableau représente l'Enfant Jésus sur un 
globe; il semble désirer les instruments de sa passion que les 
Anges lui présentent : Dieu le Père et le Saint-Esprit sont dans le 
ciel ; cette composition, qui est de Van Oost le fils, est intéressante, 
et la couleur approche celle de Van Dyck. 

Diiscuips. Voyage, déjà cité. p. 15. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 110 et 111. 

Eglise des Carmes déchaussés. — On voit à droite trois tableaux 
par \an Oost le fils. La Sainte Thérèse est faible de couleur, les 
autres sont dune belle façon île faire. 



238 LKS PE1\TRES lAIV OOST 

La chapelle de droite a pour tableau sainte Thérèse, (jui reçoit 
un chapelet de la Vier;je ; auprès d'elle sont saint Joseph et des 
anges. C'est un beau tableau, peint avec fermeté par l'an Oost le fils. 

La chapelle de la V'ierge est ornée d'un tableau de \an Oost le 
fils, représentant saint Albert qui reçoit le Scapulaire de la sainte 
Vierge : ce tableau est bien composé. 

On Yoit au maître-autel la Vierge et saint Joseph qui présentent 
l'Enfant Jésus à la vue du peuple; dans le ciel est assis Dieu le 
Père et plus bas le Saint-Esprit. Au bas de ce tableau est placé 
saint Jean enfant avec son agneau ; à ses côtés sont un saint et une 
sainte de l'Ordre : c'est un des beaux tableaux de Van Oost le fils. 

Au-dessus des confessionnaux, à gauche, les meilleurs tableaux 
sont Saint Jean de la Croix qui panse la jambe d'un frère de 
l'Ordre, peint par Van Oost le fils, et l'autre, la Délivrance de 
saint Jean de la Croix de la prison, peint par Dominique Van 
Oost le petit-fils. 

Descamps, l'oijage, déjà cité, p. 15 et 16. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 101-103. 

Église de l hôpital de la Conception. — Le tableau d'autel 
représente V Adoration des bergers ; il est peint par Jacques Van 
Oost le fils. La composition est grande et d'un bon effet; il y a un 
peu (le la manière de Carie Maratti. 

Descamps, Voyage, déjà cité, p. 18. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 118. 

Eglise de l'hôjntal de la Charité. — A l'autel est un beau 
tableau de J. Van Oost le fils, représentant la Visitation ; le cos- 
tume y est ridicule, excepté la figure de la Vierge ; mais il est 
piquant pour l'effet, correct de dessin, d'un bon pinceau, et les 
têtes toutes belles et bien expressives. 

Dans la salle des malades, Notre- Seigneur attaché sur la croix. 
Tableau de J. Van Oost le fils. Beau comme s'il était peint par Van 
Dyck. 

Descamps, Voyage, déjà cité, p. 19. 

Guide des étrangers à Lille, déjà cité, p. 117, 

Les catalogues des tableaux du Musée de Lille de 1832 et 1837 
mentionnent de Van Oost le Jeune quatre tableaux : 
W 28. Une Vierge. 



LKS l'EIXTRKS VA.V 00 S T. 239 

X" 29. Un Carme pansant la jambe d'un frère de son ordre. 

\ 30. Un Auijustin et la Vierge. 

X' 31. La Vierge et saint Joseph 2)résentant V Enfant Jésus. 

Ces quatre tableaux sont indiqués dans le catalogue de 1872 
comme étant de Van Oost le Vieux. Le catalogue de 1893 reslilue 
ces quatre œuvres à son auteur, sous les n" 571 , 572, 573, 57-4, en 
lui donnant sous le n" 5(39 un portrait et le n° 570 un portrait dun 
guerrier en costume du temps de Louis XI\ , et encore, sous le 
n" 575, le portrait de Gombert père, architecte. 

Le personnage de ce tableau, coiffé de longs cheveux bouclés et 
vêtu d'une robe de chambre de couleur chamois, regarde en face 
en montrant les plans de l'église Saint-André de Lille. 

Tableaux de Van Oost le Vieux et Dominique le Jeune 

qui sont encore conservés dans les églises de la ville de Lille et chez 

des particuliers. 

Eglise Saint-Maurice. — Saint Charles Borromée ; Saint 
François devant le Crucifix ; l'Ange gardien et la Visitation de 
sainte Thérèse. 

Eglise Saint-André. — L'Enfant Jésus recevant de son Père la 
mission de sauver le monde, et saint Simon Stock recevant le Sca- 
pulaire des mains de la sainte Vierge. 

Eglise de la Madeleine. — La Résurrection de Lazare. 

M. Lenglartj propriétaire, rue Xégrier, à Lille, auteur du der- 
nier catalogue du Musée de Lille, possède dans sa galerie une 
Sainte Famille : la Vierge, l'Enfant Jésus, sainte Anne et saint 
Jean-Baptiste, peinte par Van Oost le Jeune. Ce tableau est bien 
conservé. 

.1/. le comte dHespel, rue de la Barre, à Lille, conserve deux 
portraits du même peintre, exécutés dans le genre de ceux de 
Largillière. 

M. Dehau, membre du conseil général, maire de Bouvines, 
possède la Visitation de J. Van Oost le Jeune, dans le vestibule 
de son château. C'est une peinture fort belle. 

Le Musée de la ville de Bailleul\)ossè(\eVA2)Othéose de sainte 
Thérèse^ provenant de l'église des Carmélites de Lille. Ce tableau 
a souffert. 



2iO LES l'ElXTRES VAX 00 ST. 

Ces deux ileinières œuvres étaient autrefois la propriété de 
M. Langlart. 

M. le comte Von de?' Cruisse de Waziers possède dans son 
château de Sors, à Fiers, près Lille un hcau portrait du chanoine 
Hugues de Lobel, de la collégiale de Saint-Pierre de Lille. Signé : 
J. VanOost, 1G90'. 

Tableaux de Dominique-Joseph Van Oost. 

La ville de Lille possède quelques tableaux de Dominique 
Joseph Van Oost, second fils de Jacques Van Oost le Jeune. 

Descamps et le Guide de //^7/(^ nous apprennent qu'un tableau de 
ce maître, représentant la délivrance de saint Jean de la Croix delà 
prison, se trouvait autrefois dans l'église des Carmes déchausés. 

Le Musée de Lille possède sous le n° 568 le portrait de 
Patou, jurisconsulte, peint par Dominique Van Oost; derrière la 
toile il est écrit : " Peint par D. J. Van Oost. » 

.1/. Henri Frcmaux, propriétaire et généalogiste, rue Négrier, 
à Lille, possède dans ses salons deux portraits attribués à Domi- 
nique Van Oost, représentant : 

Henri-Ignace Herreng, licencié en droit, procureur et syndic de 
la ville de Lille (1707-1739), né en 1675, mort le 18 juin 1739, 
et Marie -Thérèse d'Halfrengues d'Hellemmes, sa femme, née 
en 1694-, morte en 1773. 

M. Lamp^ restaurateur et marchand de tableaux, façade de l'Es- 
planade, à Lille, possédait un portrait de Dominique \an Oost; 
derrière la toile se trouve la signature D. J. \aii Oost, 17*21. Ce 
tableau a été vendu à un amateur de Paris. 



III 

Tableau lillois de notre collection. 

Comme nous le disons au commencement de ce travail, c'est eu 
mai 1891 que nous fîmes l'acquisition d'un tableau genre Ex- 

' \ oir, ci-conlre, plaiiclie VII. 




Planche VII. 



I.K CHiMOI.ME HUGUES I) !•; I.OJîKK 

put J. V.1\ OOST — I6<»(» 
(Collcclioii de M. I,. comte Van <(er Cnnssi' tie VVii2i.-rs i 



J 



LES PEINTRES VAX OOST 241 

voto. En qualité de collectionneurs, nous recevions le catalogue 
d'une vente d'antiquités à Douai'; le n" 39 indiquait : « U71 
tableau représentant un Christ sur croix. Au pied du Christ se 
trouvent les portraits de M. et de Mme Le Clercq. Derrière, on 
aperçoit les principaux monuments de la ville de Lille. Au bas 
est écrit : ' Anthoine Leclercq fut nommé eschevin de la ville 
de Lille le premier de novembre 1642 « [Hauteur : 1 mètre 50 cent.; 
largeur : 0,80 centimètres.) ' » Il nous fut adjugé. 

Le savant Mgr Dehaisnes préparait depuis de longues années 
un ouvrage : Le Xord monumental et artistique ', qui parut en 
février 1897, quelques jours avant la mort de son vénéré et regretté 
auteur. 

Dans la description des peintures, l'auteur du Nord monu- 
mental a consacré un article sur les Ex-voto de la manière sui- 
vante : « Il est une catégorie de tableaux que nous devons faire 
connaître aussi à nos lecteurs : ce sont ceux qui sont désignés sous 
le nom à'ex-voto et sur lesquels figurent les commettants, c'est- 
à-dire les personnes qui les ont fait exécuter. Il y avait des tableaux 
de ce genre à Lille dans les églises Saint-Etienne et Saint-Mau- 
rice, à Dunkerque dans les chapelles de Saint-Eloi, ^des Carmes 
déchaussés et de la confrérie Saint-Sébastien, et en un grand 
nombre d'autres villes et de villages. Plusieurs existent encore ^ " 
Malheureusement, ceux qui n'ont pas disparu sont pour la plupart 
en mauvais état ou restaurés plus ou moins convenablement. La 
bonne conservation de celui que nous possédons lui donne une 
grande valeur. 

Ce tableau est peint sur toile; sa conservation est parfaite, et, 
selon l'avis de peintres et amateurs, il n'a subi aucune retouche, le 
coloris est bon. 

Comme description, nous ne pouvons mieux faire que de trans- 
crire celle faite de main de maître par le savant auteur du Nord 
monumental, qui voyait le tableau tous les jours. 

' Ville de Douai, 7, rue de la Croix d'Or. — Vente d'antiquités, faïences et 
porcelaines, meubles, tableaux et livres anciens, etc., le tout ayant appartenu à 
feu AI. Le Clercq des Charnpagnes, dont la vente aura lieu à I)ouai, le 21 mai 
1891. (48 n'" et divers.) Voir ci-après, pi. VIII. 

- Le Nord monumenlal et artistique, par .MgrDEHAis.VES, avec cent phototypies. 
In-V", Lille, Danel, 189V. Publié sous les auspices de lu .Société des sciences. 

^ Dkh.ii.nes, toc. cit., p. 222. 

16 



242 LES PEII\JTUES VAN OOST. 

« Un collectionneur lillois, M. Quarré-Reybourbon, possède un 
tableau qui offre de l'analogie avec les précédents. Ce tableau 
représente le Clirist en croix. Deux personnages y sont age- 
nouillés les mains jointes : le mari porte aussi le grand collet 
rabattu du dix-septième siècle; et la dame, une large garniture de 
dentelles sur les épaules. On lit au bas : ci Anthoine Leclerq fut 
« nommé eschevin de la ville de Lille, le premier jour de no- 
« vembre 1642 '. » C'est une œuvre de valeur qui est restée jus- 
qu'en 1891 dans la famille Le Clerq. 

A cette mention nous devons ajouter que le Christ est très beau ; 
il rappelle ceux de Van Dyck. IVous en possédons un authentique, 
provenant de l'abbaye de Marquette; il nous est facile de faire 
chaque jour la comparaison. Les deux portraits sont peints et exé- 
cutés avec soin ; il est hors de doute qu'ils étaient d^une grande 
ressemblance. 

Ce souvenir de famille devint la propriété de la septième branche 
de la famille Le Clercq en la personne de Pierre-Auguste-Mathieu 
Deschampagne, dont le fils se fixa à Douai où il mourut en 1891, 
et à la vente duquel nous en fîmes l'acquisition. 

Nous sommes porté à croire que le tableau de notre collection 
est l'œuvre de Van Oost le Vieux ; il présente, d'ailleurs, une cer- 
taine analogie avec le tableau de Legillon peint par le même 
maître et qui existait à Saint-Maurice. Cependant, nous laissons à 
de meilleurs connaisseurs le soin de trancher la question. 

Comme complément, nous croyons devoir dire quelques mots 
sur le personnage pour qui a été exécuté ce tableau. 

Antoine Le Clercq appartenait à une honorable famille bour- 
geoise de Lille, et dont les descendants occupent encore une haute 
situation dans le barreau. 

La famille Le Clercq remonte au commencement du seizième 
siècle. Elle a eu pour auteur Antoine, mort avant 1575. 

Malgré une généalogie de la famille Théry-Le Clercq * faite 
avec soin, les documents sur Antoine Le Clercq ne sont pas nom- 
breux. Nous n'avons pas trouvé son extrait de naissance. 

Le premier acte se rapportant à Antoine Le Clercq que nous 

' Dehais.ves, loc. cit., p. 223. 

* Généalogie de la famille Théry-Le Clercq, 83 pages 111-4». Lille, 
MDGGGLXXXVIII 



I 




■■'^KÊS^ë^ 



CHIUST K\ CROIX 

i:x-V()T() iMii l' 1 M iii;s vi\ oosr 
i(;olleclii)ii Ouairi-llijbiiuibijn.) 



I'.,j. -iVl 



LES f'EIXTRES \A1V OOST. 243 

rencontrons est celui de son mariage avec iVIarguerite Lefebvre le 
5 février 1612, à l'église Saint-Etienne à Lille. 

Le registre aux bourgeois nous apprend que : Anthoine Le 
Clercq, fils de feu Anthoine et de Simonne du Hamel, ayant 
épousé Marguerite Lefebvre, marchand grossier, acquit la bour- 
geoisie par relief le 11 d'octobre 1612'. 

La famille Le Clercq jouissait d'une grande considération. Plu- 
sieurs de ses membres firent partie du Magistrat de la ville. 

Antoine Le Clercq exerça les fonctions échevinales durant les 
années 1627 à 1657. 

Nous n'avons pas trouvé la date de sa mort. Les registres aux 
décès commencent trop tard, en 1604 pour Saint-Étienne. C'est 
sans doute ce qui fait qu'on ne le trouve pas. 

Une branche de cette famille s'est perpétuée à Lille, et un de ses 
membres par sa femme, AI. Théry-Le Clercq, sénateur, ancien 
membre de l'xlssemblée nationale, ancien bâtonnier de l'ordre des 
avocats, est mort le 28 décembre 1896 dans sa quatre-vingt-dixième 
année. 

L. Quarré-Reybourbom, 

Officier de l'Instruction publique. Membre de la 
Commission historique du département du 
Nord, de la Société des Sciences, Lettres et 
Arts, Correspondant du Comité des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements, à Lille. 



PIECES JUSTIFICATIVES 

Archives commixales de Lille. 
Registres aux Bourgeois. 

VIII* fol. 104 V. « .lacques Van Oost, fils de Jacques et de .Marie de 
Tollenaer, natif de Bruges, marchand et maître peintre, ayant espousé 
Marie Bourgeois, fille de Jean et de Catherine Regnault, sans enffans, 
par achat, le VII» de mars 1670. Payé XV livres. « 

IX' foi. 32 V". « Dominique-Joseph Van Oost, fils de Jacques et de feue 
Marie Bourgeois, aiant espousé Monique Dourdin fille de feuz Bartho- 
lomé et de Marie-Christine Duprez. Par relief le XXX de décembre 1699. » 

• Registre 6, fol. 8 v°. 



244 



LES PEl.VTRES VA\' OOST. 



\[^ fol. 73. « Jacques-Joseph Van Oost, fils de Dominique-Joseph et 
de Marie-Monique Douidin, ayant épousé Marie-Anne-Thérèse Jombart, 
fille d'Antoine et de Jeanne-Thérèse Dassonneville. Par relief, 3 jan- 
vier 1735. » 

GÉXÉALOGIE DK JACQUES VA!V OOST ET MARIE DE TOLLENDER 



Jacqaes Van Ooet, le peiotret né à Bruges. 

Epouse à Lille le 9 janiier 1670 (paroisse Saint-Etienne) 

Marie Bourgeois, décedée le 19 janvier 1697 à Lille (paroiise de la Madeleine), 

est reca bourgeois de Lille le 7 mars 1670. 



Dominique-Joseph Van OosI, 
né à Lille (paroisse Saint-Etienne), le 
8 août 1677, a épousé Marie-Mouiqoe 
Donrdain le 26 mai 1699, paroisse Saint- 
Etienne. Itourgeois de Lille le 30 décem- 
bre 1699. a épousé en 2''' noces Barbe De- 
leporte, paroisse Saint-Maurice, le 9 août 
I7I1, décédé à Lille le 30 septembre 
Î738, paroisse Saint-Maurice. 

l"' mariage. 



Marie-Marguerite Van Oosl. 
née à la Madeleine le 3 octobre 1678, 
cédée le 3 décembre 1678. 



Jean-Baptiste Jacques-Joseph 

Joseph, Van Oost. 

né paroisse Saint- né à Lille, paroisse 
Etienne, le 29 Juillet Saint-Klienne . le 
1700. 2.5 mai 1702. a 

épousé Alarie-Anne 
Thérèse Jombart, le 
7 janvier 1734, pa- 
roisse Saint-André. 
Bourgeois le 3 jan- 
vier 173.5, décédé le 
22 janvier 1746. 



Dominique- Joseph, Marie-Catherine Jacques-Dominique 

né paroisse Saint- Joseph, Joseph, 

Etienne, le 8 mars né paroisse Saint- né paroisse Saint- 

1704, a pour ma'- Etienne, le 12 sep- Elienue, le 7 mai 

raine Marie -Cathe- tembre 1705, a pour 1712, a pour par- 

rine Van Oost. marraine Jeanne-Ca- rain Jeao-Baptiste- 

therine Van Oost , Joseph Van Ooit. 

décédée le 3 janvier 

1756. 



Catherine-Joseph, 
née le 2 novembre 
1733, paroisseSainl- 
André. Légitimée 
par le mariage. 



Marie-Augnstine Jean-Baptiste Isabelle-Thérèse 

Joseph, Joseph, Joseph, 

née le M juillet né le2oclobre 1740, née le 14 mars 17-43, 



1737 



paroisse 



Sainte-Catherine , 
décedée le 24 dé- 



paroiEse 
Saint-André. 



paroisse Saiut-Man' 
rice, décédée le 



Marie-Loniie 

Joieph, 

né le 2 octobre 1745, 

paroiste Saint-San- 

veur, décedée le 



20 novembre 1744. 10 février 1746. 



Registres paroissiaux. 

Paroisse de Saint-Etienne, le 9 janvier 1670. 

Mariage Van Oost Bourgeois. 

« Ex dispensatione R.R.D.D. vicariorum Tornacensium et Brugensiura 
Jacohus Van Oost et Maria Bourgeois presentihus Joane Bourgeois et 
D. Andréa Caillet Sacerdote. >> 



LKS PEIXTRES V A\ OOST 245 

Paroisse Saint-Ktienne. Naissance le 8 août 1()77. 

;: Dominus Joseph Van Oost filius Jacobi et D. Marie Bourgeois con- 
jugum susceptoribus D. Arnulphe Joseph Théry coniissario à D.O. Slatiis 
Tornacensis et D. Leonora Van Oost. » 

Paroisse de la Madeleine, le 3 octobre 1678. 

u Maria Margarita Van Oost filia Jacobi et Marie de Bourgeois con- 
juguai Susceptores Dominus Jacobus Vanwesbus et Margarita Capon. » 

Paroisse de la Madeleine. Décès le 23 décembre 1678. 
CI Vanos Marie-Marguerite fille de Jacques. ; 

Paroisse de la Madeleine, décès, le 19 août 1697, 
i: Maria Bourgeois uxor D. Jacobi Van Oost, exequie solemnes, inhu-r 
mata in choro. >■> 

Paroisse Saint-Etienne, mariage, 26 mai 1699. 

« Die 26 maii 1699 obtenla dispensatione super duabus denuncianibus 
ab illustrissimo D. Episcopo Tornacensi Dominus Joseph Van Oost et 
Maria .Monica Dourdin matrimonio juncti sunt presentibus Jacobo Van 
Oost et Joanne Baptista Dourdin per me inlra scriptum pastorem. 
S. Mariœ Magdaleinae Insulensis de Spécial! licentia pastoris S. Stephani 
et decani chrislianitatis etiam prœsentis et subsignati. 

Dominique-Joseph Van Oost. — Jacob Van Oost. — Marie M. Dour- 
din. — J.-B. Dourdin. — B. Bourgeois pastor sancta M. Magdalenae. — 
Fr. Desqueux p. S. Steph. decan. chrislianitatis Insulensis. » 

Paroisse Saint-Etieune, naissance, le 25 mai 1702. 

■: Die 25 maii 1702 Jacobus Joseph filius Domini Dominici Joseph 
Van Oost raensee pauperum hujus parochiae administratoris et domicellae 
Mariœ Monicae Dourdin conjugum ad baptismi gratiam pervenit suscipien- 
libus Domino Jacobo Van Oost et domicella Maria Joanna Dourdin. 

D. J. Van Oost. J. Van Oost, Marie-Jeanne Dourdin. Fr. Desqueux 
p. Steph. decan. christis Insulensis. » 

Paroisse Saint-Maurice. Mariage, le 9 août 1711. 

K Dominique-Joseph Vanhot épousa Barbe Deleporte en présence de 
François-Léopold Deleporte frère, et de Damien Bourgeois oncle de 
l'époux. » 

Paroisse Saint-Etienne, naissance, le 7 mai 1712. 

K Die 7 maii 1712 Jacobus Dominicus Joseph filius Domini Dominici 
Joseph Van Oost et Domicellae Barbarae Deleporte conjugum ad baptismi 
gratiam pervenit suscipientibus Joanne Baptista Joseph. Van Oost et 
domicella Anna Henry. 



2 46 LKS l'ElîVTRES VA M 00 ST. 

D. J. Van Oost. Jean-Baptiste-Joseph Van Oost Anne Henry la veuve 
du s' du chanibge. 

F. Desqiieux p. S. Siepli. Decan. Christi Insulensis. m 

Paroisse Saint-André, mariage, 7 janvier 1734. 

« Praemissis tribus solitis proclamationibus quarum prima die I, secunda 
die 3, terlia die sexta hujus, inter missa parochialis solemnia habita est 
nulioque légitime impedimento detecto ego infrascriptus hujus parochiae 
pastor malrimonio conjunxi Jacobum Josephum Van Oost filium dominici 
Josephi et Mariœ Monicœ Dourdain etMariam annam Theresiam Jombart 
filiam antonii et Joannse Theresiae Dassonneville ex hse parochia embos, 
prœsentibus testibus Michaele Martino Dupont et Jacobo Jombart. P. De- 
leplanque, pastor. « 

Paroisse Saint-Pierre, décès, 10 juin 1735. 
« 10. Obiit anna Maria Vannot inhumata propre. 
Sacellum B. M. V. » 

Paroisse Saint-Maurice, décès, 30 septembre 1738 est enterré .: Domi- 
nique Vannoost, pinlre époux de Deleporte, décédé le 29 ». 

Paroisse Saint-Maurice le 24 décembre 1743 est enterré « Marie-Angé- 
lique-Joseph Vannoost, fille de Jacques-Joseph, procureur, et de Marie- 
Anne-Thérèse Jombart, décédée hier « . 

Le père présent a signé. 

Paroisse Saint-Maurice. Le 21 octobre 1744 a été enterrée « Isabelle- 
Joseph Vannoost, fille de Jacques- Joseph, praticien, et de Marie-Anne- 
Thérèse Jombart, décédé hier ». 

Paroisse Saint-Maurice, le 24 janvier 1746 est enterré « Jacques- 
Joseph Vannoost, procureur, époux de Marie-Anne Jombart, décédé 
le 22 « . 

Paroisse Saint-Maurice. Le 11 février 1746 est enterrée " Marie- 
Louise-Joseph Vannoost, fille de feu Jacques procureur, et de Marie- 
Anne Jombart, décédé hier » . 

Paroisse de la Madeleine. Le 6 mars 1747, décès de Vanoost Jeanne- 
Catherine, âgée de soixante et onze ans, veuve de Ch. Al. Lecamps. 

Paroisse Sainte-Catherine. Le 3 janvier 1756 est enterré « Marie- 
Catherine-Joseph Vanoste, veuf de Jean-Baptiste Hochart, marchand, 
décédé hier, ... âgée de cinquante ans ». 

Présents Joseph-Henri-Casimir Deberkem son cousin issu germain et 
Pierre Reynart son cousin. 



L E s P E 1 \' T K E s V A N s T . 247 

Paroisse Saiiit-Klienne, le 10 avril 1777, est enterrée « Angélique- 
Tllér^se-Josepll Vanoost, épouse du sieur Philippe-Joseph Goudeman, 
licentié es loix et ancien gendarme du Roy, décédée hier, âgée de cin- 
quante-six ans » . 

Piéscnls son ûls Philippe-Romain-Joseph Goudeman et Anloine-Henry 
Deleporle son cousin germain et Pierre Reynart, son cousin. 

Paroisse Saint-Etienne. Décès. 

« Le 26 août 1789, Marie-Monique-Joseph Vanoost, épouse de Louis- 
Joseph Martel, maître serrurier, décédée le 24, âgée de cinquante-quatre 
ans, a été inhumée Présens Charles .Martel son fils et Théophile- 
Joseph Lachapelle, son ami. » 

Archives départementales du xord. 
Tabellion. 

1670. ^janvier. — Contrat de mariage entre Jacques Van Oost, fils 
de Jacques " Marchand peintre demeurant présentement en ceste ville de 
Lille )i et damoiselle Marie-Bourgeois, fille de Jean et de Catherine 
Regnault, hourgeois et marchand à Lille. 

(Simon DeflanJres, notaire à Lille, année 1670. Acte n" 230.) 

Comparurent en leurs personnesle sieur Jacques Van Oost, fils de Jacques, 
marchand peintre demeurant présentement en ceste ville de Lille, assisté 
et accompaigné du sieur Pierre Destrez et de Monsieur André Caillet 
presbstre ses amis acquis d'une part. Damoiselle Marie Bourgeois, mar- 
chand en ceste ville, assistée et accompagnée de ses père et mère, du 
sieur Jean Regnauld son père grand, d'André Regnault son oncle du 
costé maternelle et de Xicolas Discan son grand oncle d'aultre," 

Lesquels comparans recognurent et déclarèrent que traicté de mai'iage 
s'esloit meu et pourparlé entre lesdits sieur Jacques Van Oost et ladite 
damoiselle Marie Bourgeois futur marians, lequel au plaisir de Dieu se 
fera et solemnisera en face de nostre mère la Sainte Esglise s'y avant 
qu'elle y contente, mais avant aulcun lien dudit mariage turent dicts, 
devisez, conditionnez et accordez les portemens, retours et aultres 
clauses d'iceluy, en la forme et manière que s'ensuit. Premiers quant au 
portement dudit mariant ladite future espouze, assistée comme dessus, at 
déclaré de s'en tenir pour contente et bien appaysée et au regard du port 
et chevance icelle ses dits père et mère, icelle deuement auclorisée de son 
mary, ce qu'elle obt en elle avoir pour agréable ont donnés à leur dite 
fille et luy ont promis paier sitost cedit mariage parfaict et consommé, la 



248 LES PEIXTUES VAX' OOST 

somme de quatre cens livres de gros et arrivant la dissolution dudil 
mariage par le prêdccès dudit futur mariant soit que d'icelluy y eut 
enffant vivant né ou apparant à naistre ou non, en chacun desdits cas 
ladite future mariante aura et remportera tous et chacuns les habits, 
bagues et joyaux servans à ses chef et corps, la somme de qualtre cens 
florins une fois pour sa chambre estoffée, son droict de vesve coustumier 
tel que dist la constitution de la ville et eschevinage de Lille, ousque la 
maison mortuere n'y adviendront, ensemble ladite somme de quattre cens 
livres de gros, par elle cy dessus portée en mariage avec tous dons, suc- 
cessions et hoiries que constant ce mariage luy adviendront et eschoiront 
ou la valeur de ce que vendu, chergé ou alliéné serat et pour son droict, 
préfix et amendement conventionnel le tiers avant de son dit portemen' 
de mariage, le tout librement, franchement et à prendre (sans charge 
d'aulcunesdebtes, obsèques ny funérailles de sondit futur mary) sur tous 
les plus clers et apparans biens qu'il délaissera au jour de son trespas à la 
réserve seulle' debtes et obligations dont lesdits dons, successions et 
hoiries pourroient avoir venu, chargez ou si mieux semble à ladite future 
mariante, elle se poudra tenir au droict coustumier de ceste ville de Lille, 
que lors elle aura aussy avant part tous ses habits, bagues et joyaux ser- 
vans à ses chefs et corps avec son droict de vesve coustumier tel qu'est 
prescript par ladite coustume de Lille, ores que la maison mortuaire n'y 
adviendroit et pour par icelle mariante délibérer auquel des deulx droits 
elle se voudra tenir, elle aura le terme et espace de quarante jours, à 
compter du jour du trespas de son dit futur mary iceluy venu de sa 
cognoissance, pendant letjuel terme elle poudra demeurer en la maison 
mortuere dudit deffunt et vivre avec sa famille des biens y estant sans 
pour ce pouvoir estre réputée pour vesve demeurée aux biens et debtes 
d'icelluy, non plus allendroist de ses créditeurs qu'héritiers et le cas con- 
traire arrivant que ladite mariante viendroit à préterminer ledit mariant 
sans dudit mariage délaisser enffant vivant, en ce cas icelluy sera tenu et 
subject de rendre et restituer aux plus prochains héritiers d'icelle ou à 
ceux au proufficl desquels elle y aura disposé, de quoy faire il l'authorise 
dès maintenant et pour lors, ladite somme de quatre cens livres de gros 
avec tous dons, successions et hoiries quy durant ce mariage seroienl 
advenus à la préterminée ou la valeur de ce que vendu chargé ou alliéné 
serat et par-dessus ce tous les habits bagues et joyaux ayant servy à ses 
chefs et corps, saulf que sur lesdits biens subjects à restitution, lequel 
mariant pourra retenir la somme de deulx cens livres de gros une fois, 
et moiennant quoy tous les aultres biens dont lesdits futurs conjoints 
seroient lors jouissans, appartiendront en pleine propriété audit ma- 
riant à charge de par luy de payer touttes debtes, obsèques et funé- 



LES l'KlM'RES VAN OOST. 240 

railles, à la réserve de celles dont lesdits dons, successions et hoiries 
seroient advenus, chargez. En considération et contemplation duquel 
mariage lesdits sieur Jean Bourgeois et ladite damoiselle Catherine 
Ilegnauld, icelle auctorisée que dessus et ledit sieur Pierre Destrez en 
qualité de procureur spécial dudit Jacques Van Oost et damoiselle Marie 
de Tolenare, père et mère dudit futur mariant, fondé de procuration 
donnée de Louis Bachuus, notaire roial de la résidence de Bruge, 
le IIII- de ce présent mois, laquelle sert joincte à ce présent contrat pour 
en avoir recouvrier lors hesoing aurat, lequel en vertu de clause spécialle 
inserrée en ladite, procure ont accordés représentation aux enffans quy 
naistront du présent mariage en leur hoirie et succession pour par iceux 
enffans et ultérieurs descendans y avoir et prendre toutte telle part et 
portion qu'euissent fait lesdits futurs marians en cas qu'ils les euissent 
survescu, mesmement ont promis d'instituer, lesdits marians, leurs héri- 
tiers aussy a vaut que leurs aultres enffans. Tout ce que dessus lesdites parties 
comparantes, chacun en leur regard et qualité ont réciproquement promis 
tenir, entretenir, fournir et accomplir, soubs l'obligation scavoir ledit 
sieur Destrez des biens desdits sieur Jacques Van Oost et damoiselle 
Marie de Tollenaere, ses conslituans et lesdits futurs marians avec lesdits 
Jean Bourgeois et sa compaigne, de leurs propres, vers tous seigneurs et 
justices, renoncheans au radverlissement de sang, eulx entiers par lettre, 
ensemble à touttes loix, coustumes, usaiges et choses à ce contraires, 
spéciallement à la cousturae de Flandres, auxquelles en tant que besoing 
se soit, atesté dérogué, mesmes ladite femme de l'auctorité prédicte à la 
loy du senatus consultus velleam et à l'autentique si qua mulier à elle 
donné à entendre. Ce fut ainsy fet et passé audit Lille, le IX^ de janvier 
XVI* septante pardevant moy Simon Deflandres, notaire publicq y résidant 
soubsigné es présences de tous les parens assistans audit mariage pris 
pour témoins et du sieur Jean-Batiste Van Oute, licentié es loix, advocat 
postulant audit Lille, tesmoin ad ce requis et appelez. 

Signé : Jacobus Vax Oost, AIarie Bourgeois, Jeax Bourgeois, Catherine 
Regnault, Jehax Regxault, Pierre Destrez, S. Deflaxdres. 

1G70. 

(Simon Deflandres, notaire à Lille, année 1870. .Acte n° 280.) 



•250 CONRAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 



XllI 

CONRAD MEVT ET LES SCULPTEURS DE BROU 

EN FRANCHE-COMTÉ. 

LEUR OEUVRE. — LEURS IMITATEURS. 
(1524-1563) 

Au moment où Marguerite d'Autriche commençait à bâtir sur la 
terre de Bresse le merveilleux édifice consacré à la mémoire de 
son époux, la petite-fille de Charles le Téméraire devenait à la 
fois gouvernante des Pays-Bas, du Charolais et du comté de Bour- 
gogne, et rentrait ainsi dans une part de l'héritage de son aïeul. Sa 
prédilection pour la Franche-Comté s'était affirmée déjà en y choi- 
sissant des officiers et des serviteurs qu'elle savait fidèles et en y 
rattachant par des emplois ou des terres les plus intimes de ses 
conseillers; elle s'affirma et s'accentua davantage encore de 1507 
à 1530 par des relations et des bienfaits continuels qui ont rendu 
son nom longtemps populaire chez nos aïeux '. Si l'œuvre de 
l'église de Brou avait emprunté aux Flandres, où la vie artistique 
était intense, son architecte, ses sculpteurs, ses verriers, sans 
négliger toutefois d'utiliser les conseils ou les services de maint 
artiste français ou italien, la direction et la surveillance des travaux 
se trouvèrent en grande partie concentrées, du début à l'achèvement, 
entre les mains de personnages francs-comtois. 

J'ai cité naguère, ici même-, Laurent de Gorrevod, baron de 
Marnay, gouverneur de Bresse, et Antoine de Montent, abbé de 
Saint-Vincent de Besançon et confesseur de Marguerite, qui eurent 
seuls le privilège d'obtenir à Brou une chapelle et une sépulture à 

1 Voir Ed. Clerc, Histoire des Etats généraux en Franche-Comté, t. I, 
p. 247. 

5 Les initiateurs de l'Art en Franche-Comté, au seizième siècle. — ÏT^ Réu- 
nion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1893, p. 609-625, 



CONRAD \IEYT ET LES SCULPTELRS DE BKOU. 251 

cùté de leur maîtresse. J'aurais à citer encore Louis IJarangier, 
secrétaire et maître des requêtes de l'archiduchesse, greffier en 
chef de son parlement de Dole ', Claude de Boisseè, doyen de 
I*oligny avant d'être archidiacre d'Arras *, un exécuteur testamen- 
taire de Marguerite, le trésorier .lean de Marnix, seigneur de Tou- 
louse, Hugues Marmier, président du parlement de Dole quand 
Gatinara se fut démis de cette charge', et bien d'autres qui ont 
partagé avec leur protectrice Fhonneur d'introduire le goût des 
arts dans leur pays d'origine ou d'adoption. Ce pays, fertile alors 
en gens avisés et intelligents, possédait dans la région du vignoble 
jurassien de précieuses carrières de marbre noir et d'albâtre^ où 
avaient déjà puisé au quinzième siècle les ducs de Bourgogne pour 
leurs tombeaux et leurs chapelles. Ces carrières furent rouvertes 
par les soins de Jean Le Maire, qui s'en fit l'apologiste *; Baran- 
gier, aidé de Simon de Chantrans, capitaine de Montmorot, et du 
receveur de Poligny, Tachonnier Glouvet, organisa pour la durée 
des travaux, de 1510 à 1530, une exploitation active des albâtres 
de Saint-Lothain \ Après avoir pris dans les flancs du Jura ces 
matériaux de choix que de modestes imagiers locaux utilisaient 
dès longtemps, le contrôleur Barangier avait cru y rencontrer aussi 
un sculpteur d'assez large envergure pour tailler, sur des modèles 
ou patrons empruntés à de vrais artistes, les figures et les statues 
des tombeaux de Brou. Appelé de Salins, ce sculpteur, nommé 
Thiébaud, fut de suite agréé par Jean Perréal, mis à l'essai, et 
commença le tombeau de Philibert de Savoie; la tâche était trop 
haute pour son talent médiocre, il ne justifia point la confiance 



> Louis Barangier, greffier du parlement de Dole de 1508 à 1519, enterré dans 
sa chapelle de X.-D. de Dole. 

- Mort en Flandre en 1547; on voyait au siècle dernier dans l'église de X.-D. 
de Dole une inscription à sa louange. Chevalier, Mémoires sur Poligny, t. I, 
p. 126. 

^ Hugues Marmier fut président du parlement de Dole de 1518 à 1545 et mou- 
rut en 1553. 

* tt \y en Espagne, ny en Italie, ny en l'Angleterre, n'en y a point qui l'aproche 
en bonté, beauté et polissement. d Lettre de Lemaire à l'archiduchesse, 22 no- 
vembre 1511, Leglav, Analectes, p. 11. 

' Mandement de Marguerite, prescrivant à ces personnages « de faire traire, 
tailler, lever et charger une bonne quantité d'albaslre de la carrière de Saint-IiOtain- 
lez-Poligny, pour faire mener... en Bresse. 1510. » J. FmoT, Louis Van fiog/tem. 
— 12' Session des Sociétés des Beaux- Arts, 1888, p. 190. 



252 CONRAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

qu'avaient mise en lui ses protecteurs. Disgracié dès 1511, relégué 
tout au moins àlarrière-plan, sinon congédié, il dut céder la place 
à de plus habiles '. On sait la suite, à partir de 1512, l'architecte 
Van Bogliem, substitué à Jean Perréal par la volonté de Marguerite 
d'Autriche, assume la responsabilité des constructions de Brou et 
dirige les moindres détails de la construction et du décor. Dès 
1522", ouvrages anonymes de maîtres ciseleurs, les retables des 
sept Joies, dans la chapelle de Marguerite, de la Passion, dans 
celle de Laurent de Gorrevod, des sept Douleurs, dans celle de 
l'abbé de Saint-\ incent, et de nombreuses statues destinées au 
portail, au maître autel, à diverses parties de l'édifice, même aux 
trois tombeaux de Marguerite, de Philibert et de Madame de Bour- 
bon, sont prêts à être posés. Exécutés sur des dessins de Jean de 
Bruxelles, peut-être de Van Boghem lui-même en partie, ces 
retables et ces figures, œuvres d'artistes souvent inégaux, ont 
emprunté, semble-t-il, en majeure part des ciseaux flamands, à en 
juger par le style qui y prédomine, et par le détail de l'architec- 
ture et par celui des costumes. A partir de 1526, c'est un maître 
allemand, tout flamand d'allures du reste, qui va. venir donnera 
cet ensemble le couronnement qui lui manque encore, en sculptant 
les pièces capitales, les statues gisantes du prince et des deux prin- 
cesses, et les « transis", c'est-à-dire les cadavres dépouillés de tout 
ornement autre qu'un suaire, qu'on aperçoit à l'étage inférieur des 
sépultures de Philibert et de Marguerite. Ce maître, c'est Conrad 
Meyt, né à Worms % attaché depuis 1514 au service immédiat de 
l'archiduchesse pour laquelle il a créé mainte effigie de bronze, 
de marbre ou de bois*. Autour de lui, toute une pléiade d'auxi- 
liaires italiens, florentins, picards et flamands, Thomas Meyt son 
frère, Aimé Quarré, Onofrio Campitoglio, le Florentin Jean-Baptiste 
Mariotto, Benoît de Serins, Jean de Louhans, Jean Rollin, fouille 
l'albâtre et le marbre, taille de délicates dentelles semées d'ar- 

' <t Je veoye bien que maistre Thiébaut ne sçavoit rien. » Perréal à Barangier, 
30 mars 1511. Leglay, Analectes, 1850, p. 330. 

^ Reconnaissance des travaux de Brou, 20 juillet 1522, J. Baux, Histoire de 
l'église de Brou, 2'' édition, p. 407. 

^ Ed. Marchal, La sculpture et l'orfèvrerie belges. Bruxelles, 1895, p. 236, 
237, 259, 297-301, 303, 429. 

* Ibid. et Charvet, Les édifices de Brou, 21'' Session des Sociétés des Beaux- 
Arts, 1897, p. 252-389. 



COXRAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROL 253 

nioiries et devises, modèle, puis achève avec une rare perfection le 
détail des armures ou des parures et les contours charmants de 
délicieuses allégories. Aux termes de son marché, Conrad Meyt 
doit s'appliquer de préférence aux visages, aux mains, aux statues 
vivantes étendues sur les lits de parade; mais il a le droit de se 
faire aider par son frère et par d'autres « bons et experts ouvriers « ; 
Van Boghem est chargé des figures secondaires qui doivent 
entourer les tombeaux. On sait le reste, grâce aux recherches 
érudites de nombre de nos confrères ' : pendant cinq ans Conrad 
Meyt, aux prises avec nombre de difficultés, dont le mauvais carac- 
tère de Van Boghem lui prodiguait l'amertume, travailla assidû- 
ment aux tombeaux de Brou- dont la réception officielle fut faite 
le 12 mars 1532 par deux sculpteurs, l'un Espagnol, l'autre 
Anversois^. Au moment où l'on réglait ces comptes et où l'on pré- 
parait à Malines le transfert du cercueil de Marguerite d'Autriche 
(morte le 1" décembre 1530) dans les caveaux de Brou, nombre 
d'aitistes avaient abandonné déjà les chantiers de cette église, 
pour chercher ailleurs fortune ou tout au moins salaire. Depuis le 
23 janvier 1531, Conrad Meyt, Jean-Baptiste Mariotto, Aimé 
Quarré avaient accepté non loin de Bourg une sérieuse commande. 
A Lons-le-Saunier où l'on venait de transporter le corps de Phili- 
bert de Chalon, prince d'Orange, mort glorieusement aux portes 
de Florence à la tète d'une armée impériale, Philiberte de Luxem- 
bourg, sa mère, voulait à grands frais élever une tombe digne de 
la race illustre qui s'éteignait en lui. Après avoir fait dessiner 
entre Milan et Naples les plus belles sépultures % après s'être 
entourée des renseignements les plus compétents, la princesse 
d'Orange se décida à faire venir de Bourg les maîtres qu'on lui 
signalait comme les plus capables de réaliser son désir. Le 23 jan- 
vier 1531, dans le château de Lons-le-Saunier, en présence de ses 
principaux officiers et conseils, tous les détails du magnifique 
mausolée de Philibert de Chalon furent mis par écrit et acceptés 



' Voir les divers travaux consacrés aux artistes de Brou, par Charavay, Chai- 
vet, Finot, Pinchart. Leglay, J. Baux, etc. (on en trouvera la bibliograpliie dans 
Charvkt, Edifices de Brou). 

2 Voir J. Baix et Fixor, loc. cit. 

^ J. FixoT, Description des travaux de Brou. Archives du Xord, B, i'-iôS. 

* Pièces justificatives, a° III. 



254 CONRAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

par Conrad Meyt prenant en charge toute Timagerie, portraiture et 
[)ersonnages (lu tombeau, par Jean-Baptiste Mariotto s'obligeant à 
faire et parfaire toute la maçonnerie, c'est-à-dire toute l'architec- 
ture, les piliers d'alhàtre avec leurs moulures finement profilées, 
les antiquailles, billets, feuillages, armoiries et inscriptions 
rehaussées d'or '. Voici les grandes lignes de cette architecture qui 
devait couvrir toute la paroi droite du chœur des Cordeliers de 
Lons-le-Saunier et égaler comme richesse les splendides décors 
destomheaux de IJrou. Qu'on sereprésentesur une largeur de neuf 
mètres environ, sur une hauteur constante de quatre à cinq mètres 
atteignant dans la partie centrale sept à huit mètres, avec une saillie 
moyenne de trois pieds, une vaste composition architeclonique, 
conçue dans le style du lit funéraire de Marguerite d'Autriche. Au 
centre, une chapelle à double étage, disposée sous un arc triomphal ; 
dans l'étage supérieur apparaît la statue agenouillée et priante de 
Piiilibert de Chalon, la Toison d'or sur les épaules, recouvrant le 
manteau ducal; devant lui s'élève, sur des nuées, portée par deux 
anges, la Vierge de Lorelte, objet de ses regards suppliants. Der- 
rière le prince, une figure de la Bonne Renommée, escortée de 
deux génies, tient de la gauche une palme et de la droite semble 
présenter Philibert à la Vierge qu'il implore. 

Au-dessous de cette chapelle, sous une voûte soutenue de courts 
piliers et embellie d'antiquailles, une seconde figure du prince 
d'Orange est étendue, rigide comme celle d'un « transy mort 
depuis huit jours " .Au-dessus du grand arc triomphal qui ouvre la 
chapelle de Philibert de Chalon et que Mariotto doit entourer de 
fines moulures, surmonter de frises élégantes, semer d'antiques, 
de médaillons, de feuillages, la déesse Pallas est étendue, vêtue en 
amazone, tenant un bouclier et une lance, sur un lit décoré de 
trophées belliqueux, casques, éperons, armes de toute sorte, ser- 
vant de support à une chouette; deux génies lui font face, portant 
des écus et des emblèmes. Derrière elle s'échafaude un couronne- 
ment monumental, dont les multiples membrures sont chargées 
de médailles, d'anges, d'ornements à l'antique, et abritent dans 
une enfonçure la statuette du neuvième Preux, les huit autres 
couronnant quatre par quatre les deux piliers ajourés qui accostent 

' Voir le marché aux pièces justificatives, n» IV, 



CO.VRAD MEYT ET LES SC U LP T E (J R S DE li R l . -i:,-, 

la chapelle funéraire. Tout en haut, entouré du collier de la 
Toison d'or, coiffé d'un timbre avec la couronne ducale de Gra- 
vina, soutenu par deux petits anges, apparaît un grand écu aux 
pleines armes de Chalon : une bande d'or sur champ de gueules. 

I>es deux piliers d'albâtre qui épaulent l'arc triomphal com- 
portent chacun, outre un soubassement, décoré des armoiries de 
Chalon et de Luxembourg, avec supports, une grande ouverture 
au cintre légèrement surbaissé, avec cavité profonde en forme de 
niche. A gauche, Jean de Chalon, père de Philibert, est agenouillé, 
en costume de prince, l'ordre de France au col, avec » dictiers et 
épitaphes ■> . Dans le pilier de droite, la figure symétriquement 
agenouillée de Philiberte de Luxembourg est sculptée « au plus 
près du vif» . Le liant des piliers, d'une belle et svelte architecture, 
se divise en deux étages : au premier étage, une statue de dimen- 
sion moyenne personnifie une des quatre Vertus; au second, 
quatre statuettes représentent autant de Preux, soit huit Preux sur 
les deux piliers, le neuvième ayant trouvé place dans le couronne- 
ment du motif central. Sur les flancs de chacun des piliers s'ap- 
puient comme des contreforts deux autres piliers dits " à la Reine s , 
chacun mesurant deux mètres de largeur avec moulures, frises el 
supports analogues à ceux des autres parties du monument. Sous 
l'arc de gauche, voisin du maître autel et de la première fenêtre 
de l'abside, est une enfonçure en cul-de-four, destinée à recevoir 
les sièges du célébrant et des diacres; adroite, une porte eu pierres 
de taille, à contours très ornés, conduisant à la sacristie des Corde- 
liers. Au-dessus de ces piliers latéraux les statues de deux V ertus 
placées à la même hauteur et dans un cadre analogue à celui des 
deux autres Vertus des piliers adjacents. De plus, au-dessus de la 
porte de la sacristie, un second étage est disposé avec cul-de- 
lampe destiné à recevoir une dernière statuette. Outre le mau- 
solée proprement dit et ses annexes, les deux maîtres imageurs 
s'étaient obligés à créer encore, pour un prix total de 10,000 francs, 
un bénitier surmonté d'un ange et la niche du lavabo du maître 
autel, et à livrer le tout dans le délai de deux ans. 

Dans cette décoration, Jean-Baptiste Mariotto devait exécuter 
toute l'architecture et maçonnerie, depuis les degrés en pierres de 
taille et les soubassements armoriés jusqu'aux fines dentelles de 
l'arc triomphal et des niches en piliers adjacents, y compris les 



256 COMRAD M K V T ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

anges, les bestioles et les triomphes mêlés aux feuillages et aux 
rinceaux des tlais et du couronnement, y compris encore les 
médailles et les rénovations de l'antique, les inscriptions, épitaphes 
et devises qui devaient courir, avec profusion, d'un bout à l'autre 
des frises, sans y laisser aucun vide et aucune partie lisse. 

Au robuste talent de Conrad Meyt revenaient les trois statues 
agenouillées et vivantes de Philibert de Chalon, de Jean son père 
et de Philiberte de Luxembourg, l'effigie couchée et morte de 
Philibert, les quatre Vertus, les neuf Preux, la \otre-Dame de 
Lorette portée par les anges. Bonne Renommée et Pallas avec les 
quatre génies groupés à leur suite. 

Dès 1532, Meyt, Alariotto et leurs aides, parmi lesquel Aimé 
Quarré (ou le petit Picard)', sont en chantier, et quand, au retour 
des funérailles de Marguerite d'Autriche et du transport de son 
corps à Brou, célébrés les 10, 12 juin de cette année, le maréchal 
de Bourgogne, Antoine de Laîaing et Claude de Boisset vinrent 
saluer à Lons-le-Saunier Philiberte de Luxembourg, Meyt put 
leur montrer avec orgueil plusieurs belles pièces d'imagerie des- 
tinées à la sépulture dont l'éclat devait le disputer au tombeau 
même de Marguerite, et reçut des visiteurs enchantés une gratifi- 
cation qu'il ne dédaigna point d'accepter'. A l'heure même, un 
de ceux qui avaient encouragé davantage Meyt et ses collabora- 
teurs, l'abbé Antoine de Montcut, mourait à Brou et était inhumé 
dans la chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs; une de ses 
dernières recommandations, consignées dans un codicille du 20 juin 
1532, avait été l'ordre formel de transporter dans son église abba- 
tiale de Saint-Vincent de Besançon la Pieta de marbre blanc exé- 
cutée pour lui par Conrad ^ Son exécuteur testamentaire, le tré- 
sorier bien connu Louis Vyonnet, exécuta ce dernier vœu de 
l'aumônier de Marguerite. La Pieta fut transportée à Besançon, 
la chapelle Saint-Antoine fut décorée de vitraux et d'argenterie, 
l'abbaye Saint-Vincent vit terminer son clocher haut de 200 pieds 
dû à la libéralité de l'abbé de Montcut, et jusqu'au dix-huitième 

' Voir les pièces juslificatii es VI-X. 

^ Gratification de 27 s. donnée à Conrad Meyt, par Antoine de Lalang, 1532. 
(Publié par Pinchart, d'après le re<jistre 1833 de la Chambre des comptes de 
Bruxelles.) 

■' Pièces justificatives, u" II. 



CO.VUAO MEVT li T LES S C f L I' T E U 11 S DE BROU. 257 

siècle on montra et on admira au maître-autel de l'abbatiale un 
retable en bois sculpté portant la statue de saint Vincent et quatre 
bas-reliefs représentant son martyre, avec une longue inscription, 
datée de 1524, rappelant les bienfaits de l'aumùnier '. Cette date, 
le fait que Conrad Meyt et Antoine de Montent vivaient à l'époque 
précise dans la domesticité de la gouvernante des Pays-Bas, ren- 
dent singulièrement plausible l'attribution à Meyt de ce retable 
que Besançon a laissé périr, tandis que sa calbédrale a recueilli et 
possède, sans s'en être doutée jusqu'à ce jour, la Vierge de Pitié 
sculptée en 1532, sur laquelle nous aurons à revenir. 

Si dans la commande du tombeau de Philibert de Chalon Jean- 
Baptiste Mariotto n'avait été chargé que de l'architecture et du 
décor, ce n'était point qu'il ne fût capable de faire jaillir du marbre 
ou de l'albâtre de Saint-Lothain autre chose que des ornements, 
des bestioles ou des médaillons à la florentine, mais uniquement pour 
délimiter d'une façon très nette son champ d'action avec celui où 
devait se mouvoir Conrad Meyt, exclusivement chargé de toutes les 
figures; un document suggestif va le prouver jusqu'à l'évidence. 

Tout en travaillant côte à côte avec le sculpteur de Worms au 
tombeau du prince d'Orange, Mariotto, dont l'habilelé semble avoir 
séduit Philiberte de Luxembourg, avait accepté de la princesse 
une seconde commande, dont l'ensemble, comme le détail, était 
abandonné à son exclusive direction. Pour le prix total de 
2,800 francs, le 8 mai 1531,1e Florentin avait pris charge d'élever 
au milieu du chœur des Cordeliers de Lons-Ie-Saunier; sur le 
caveau où dormaient déjà leur dernier sommeil Jean de Chalon *, 
Jeanne de Bourbon, sa première femme % Claude, seigneur d'Ar- 
guel, leur unique enfanl% et Philibert de Chalon, né d'un second 
mariage % une sépulture à trois gisants*. Longue de dix pieds, 
large de sept avec soubassements, piliers aux quatre coins servant 
de gîte aux statuettes des quatre frères d'Hercule, ' anticailles » , 

' Pièces justificatives, n" I, 

- Jean de Chalon, prince d'Orange, mort à Lons-le-Saunier, le 25 avril 1502 

(Inscription du caieau funéraire de Lons-le-Sannier.) 

" Jeanne de Bourbon, princesse d'Orange, morte te 10 juillet 1493. [Id.) 

* Claude de (]baion, seigneur d'.Arguel, mort en novembre 1500. (Id.) 

^ Philibert de Chalon, prince d'Orange, lieutenant général de l'Empereur en 

Italie, tué à Pisloie le o août 1530. (Id.) 
'' Pièces justificatives, u" V. 

n 



258 COXRAD MKYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

feuillages, armoiries et inscriptions tout à l'entour, cette sépul- 
ture devait porter étendue l'image du prince Jean de Chalon, 
ayant à sa droite Jeanne do lîourbon, à sa gauche Philiberte de 
Luxembourg, tous en riches costumes de cour. A la tète, deux 
anges debout portant les armes des Chalon-Orange ; aux pieds du 
prince et agenouillée, la figure d'un petit enfant de deux ans, Claude 
d'Arguel,né de Jeanne de Bourbon. Pour ceux qui sont familiarisés 
avec l'histoire de l'église de Brou, cette description (à la matière 
près, puisque les gisants y étaient de bronze) n'est-elle pas la repro- 
duction de celle que donne le P. Rousselet, à propos du tombeau 
que Claudine de Revoire éleva, avant 1533, dans la chapt^lle des 
Gorrevod, à la mémoire de Laurent V' de Gorrevod et de ses deux 
femmes ' ? Comparons plutôt : « L'on y voit la figure de Laurent de 
Gorrevod en bronze, plus grande que nature, étendue sur une 
table en marbre noir, ayant à sa droite sa première femme, avec 
une petite fille qu'il en avait eue, et à sa gauche, sa seconde femme. 
On voit aux quatre angles du mausolée quatre génies debout* . 5) 
Quoi d'étonnant d'ailleurs, puisque les maîtres qui sculptaient à 
Lons-le-Saunier avaient fourni un ample contingent aux richesses 
d'art accumulées à Brou, qu'ils en aient rapporté dessins et patrons 
pour les utiliser au profit de Philiberte de Luxembourg? 

Quoi qu'il en soit, le délai accordé à Mariotto pour la sépulture 
d'albâtre dont nous avons résumé le devis, n'était que d'un an ; 
l'artiste stimulé par la présence continuelle de Philiberte à Lons- 
le-Saunier, et par les payements exacts dont nous avons recueilli 
de nombreuses traces, dut mettre à cette œuvre assez d'activité 
pour livrer en 1533, faite et parfaite, la sépulture et ses gisants, 
outre le tabernacle et les deux statues de la Vierge et de saint 
François destinés au maître-autel des Cordeliers. Ce qui nous le 
fait croire, ajuste titre, c'est le témoignage du P. Fodéré, dans sa 
description des monastères franciscains de la province de Saint- 
Bonaventure, publiée en 1619, malgré les erreurs de détail de cet 
annaliste \ Mais le tombeau de Philibert de Chalon, que Alariotto et 



' P. PaciGque Rousselet, Histoire et description de l'église royale de Brou. 
Bourg [1767], p. 74. 

» Ibid. 

' Narration historique et topographique des couvents de l'ordre de S. Fratl- 
çois, par Jacques Fodéré. Lyon, 1619, in-4". 



COMIAI) AIK YT ET LES SCL'Ll'TELKS DE BROL. 259 

illcyl poiusuivai(;iit après l'achèvement de la sépulture ilu milieu 
(lu chœur, n'était point achevé clans le délai fixé par Philiherle ; 
Aleyt y Iravaillait encore le 23 janvier 1534^'. Des événements 
imprévus allaient tout arrêter et disperser les artistes avant que 
leur œuvre soit accomplie et que le rêve de Philiherte de Luxem- 
bourg soit en son entier réalisé. Philibert de Chalon avait une 
sœur, mariée à Henri de \assau ; celui-ci, héritier de son beau- 
frère, employa contre Philiherte des procédés violents et discour- 
tois, fit saisir ses mobiliers, ses bijoux, sa vaisselle d'argent au 
mépris de toutes convenances. Découragée, la princesse, abandon- 
nant tout, même la tombe de son fils et le projet de la rendre non- 
pareille, se réfugia, pour y mourir, dans un château qu'elle possé- 
dait à Mont-Saint-Jean, au duché de Bourgogne'-. Et il ne resta 
dans celte église des Cordcliers, qui fût devenue autrement le pen- 
dant des Augustins de Brou, qu'un caveau funéraire avec quatre 
cercueils déposés sur des tables de pierre et des inscriptions armo- 
riées rappelant le nom de ces morts, et' auprès de la sépulture 
taillée par Mariotto, nombre de superbes statues d'albâtre ou de 
marbre sculptées par Meyt pour un ensemble qui ne devait jamais 
exister. En 1595, l'archiduc Albert, traversant Lons-le-Saunier, les 
vit, les admira et proposa de les acquérir pour les emporter aux 
Pays-Bas. En 1619, en 1637, divers témoins signalent « un grand 
nombre de belles et grandes statues de marbre blanc de diverses 
figures, très bien polies, taillées et gravées d'après le naturel... 
dont quelques-unes à l'entour du grand autel, sans y observer 
aucun ordre qui peust représenter quelque chose... '. « En 1737, 
il en subsistait encore plusieurs, au témoignage de Dunod*. On cher- 
cherait vainement aujourd'hui le moindre vestige de l'œuvre 
accomplie à Lons-le-Saunier par Meyt et le Mariotto, de 1531 à 
1534. Privés brusquement d'un travail qui devait nécessiter encore 
de longs efforts, retenus quelque temps au moins au comté de 
Bourgogne par l'espoir du retour de Philiherte, ou d'une décision 
de M. de Nassau, favorable à leurs intérêts et à la continuation 



' Pièces justificatives, n" X. 

^ Ed. Clkrc, Philibert de Chaloriy 1873. {Bulletin de l'Académie de Besan- 
çon, p. 80.) 

^ FoDÉRÉ, Narration historique. 

* DuNOD, Histoire du comté de Bourgogne, t. II, p. 321. 



260 COMIAI) MEVT ET LES SCULPTEURS DE 15R0U. 

des tombeaux, les deux sculpteurs durent chercher autour d'eux 
des commandes pour utiliser soit les matériaux amassés à grands 
frais, soit leur ciseau brusquement paralysé. Cette nécessité de 
trouver, à bref délai et sans déplacer leur chantier, des commandes 
et un gagne-pain, valut à la Franche-Comté quelques œuvres d'art, 
dont deux au moins survivent, d'une délicieuse facture et d'un très 
grand intérêt. 

La première est un retable, de petites dimensions, conservé 
dans l'église delUoutier-Villars, à Poligny, à deux ou trois lieues à 
peine des carrières d'albâtre de Saint-Lolhain ; la seconde est une 
exquise statue de la Vierge à l'Enfant, vendue par l'église Saint- 
Just d'Artois, il y a quarante ans environ, au musée de Cluny, où 
elle est placée dans la salle des tapisseries du seizième siècle. 

Le retable de Moutier-Villars (ou de Poligny), rectangle d'albâtre 
haut d'un mètre vingt, large de trois mètres, comporte un soubas- 
sement, trois bas-reliefs encadrés par des pilastres cannelés, avec 
chapiteaux ornés de bucrànes, un entablement avec corniche 
légèrement saillante. Entre les multiples moulures de. cette cor- 
niche et de l'architrave, une inscription court sur la frise, en belles 
capitales romaines: [xoble. messire.] ieham. dagay, [escvier] 
A. FAICT. FAIRE. CE. TABLEAVL. EM. LAN. 1 534. Cette date : 1534, 
est répétée une seconde fois au-dessus de l'arc surbaissé du bas- 
relief central, aux côtés d'un écu brisé : un lion surmonté d'un 
chef, armoiries de Jean Dagay, qui lui servait de clef de voûte'. 

Les trois bas-reliefs représentent en parlant de la gauche : 
l'Annonciation, TAdoration des bergers, l'Adoration des Mages, 
soit trois des sept mystères joyeux ligures à Brou dans le retable 
des Sept Joies. Tous trois sont exécutés avec une finesse extrême 
et un art de composition qui révèle des artistes exercés. Le 
marteau imbécile des terroristes a malheureusement passé par 
là; on leur eût pardonné d'effacer les mots nohle et écuyer de 
l'inscription de la frise ; leur bêtise et leur brutalité ont malheu- 
reusement abattu les tètes ou brisé les membres de nombre des 
personnages délicats, émergeant en vigoureux relief des massifs 
d'albàlre. 



' Voir ci-contre, planche IX. M. de Lairière mentionne dans le Bulletin 
monumental, année 1881, ce retable que nous connaissons dès 1867. 




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COXUAI) MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 261 

DansVAnnonciatwn toute la scène se passe dans un oratoire, dont 
le plafond à caissons, les murs avec frises ajourées, arcades, porte 
surmontée d'un fronton triangulaire, sont des réminiscences de 
rauti<|ue; la Vierge agenouillée à droite, regardant le spectateur, 
tout en s'appuyant sur un pupitre très orné, écoute, dans une 
pose charmante, la parole de l'ange Gabriel, qui se tient, res- 
pectueux, à l'angle gauche du tableau. 

Dans YAdoration des bergers, la scène est en plein air, 
devant le porche d'un édicule ancien, dont le fronton triangu- 
laire percé d'un oculus va se retrouver, réduit, dans YAdoration 
des Mages. La Vierge agenouillée et l'enfant nu sur un pan de 
'langes, escortés de saint Joseph dont la figure monacale se penche 
en avant, écoutent les accords d'une cornemuse dont joue l'un des 
adorateurs : un berger est couché à plat ventre; un autre, debout, 
accompagné d'une bergère, s'avance suivi d'un chien; derrière 
eux, tout un lointain de personnages, de rochers et de paysage, 
où de joyeuses farandoles s'ébauchent sur l'obscurité des fonds. 

Dans YAdoration des Mages, la Vierge est assise tenant l'En- 
fant debout, de son bras gauche; derrière elle, deux personnages, 
dont saint Joseph; devant, agenouillé dans une attitude pleine de 
recueillement, un des mages; deux autres debout derrière lui, 
armés à l'antique et casqués. Sur les bordures du vêtement de l'un 
d'eux, cette inscription intraduisible : Xichitigos-armovs, deux fois 
répétée; par derrière, tout un fouillis de tètes de serviteurs, nègres 
ou autres, des casques, des panaches, des chevaux chargés de pré- 
sents et de coffres, et par delà, au-dessus de la silhouette d'un 
grand château, l'étoile des mages plane au-dessus des nuées. 

La date de 1534, qui coincide avec l'abandon des travaux de 
Lons-le-Saunier, le voisinage immédiat de Saint-Lothain, mais 
par-dessus tout l'allure, le style, la maestria des bas-reliefs du 
retable de Jean Dagay ne laissent aucun doute, dans notre pensée, 
à cette opinion formulée pour la première fois dans cette étude : 
l'exécution du retable de Aloutier-Villars ne peut être attribuée 
qu'aux sculpteurs de Brou, employés à Lons-le-Saunier. 

Des considérations semblables d'art et de style imposent une 
conclusion analogue pour la statue de la Vierge à l'Enfant, dite 
d'Arbois, conservée au Musée de Cluny. Ce magnifique morceau 
d'albâtre, de grandeur presque nature, représente JVotre-Dame 



262 COXUAD MEVT ET LES SCULPTEURS DE RROL. 

debout, le poids du corps |)ortant sur la jambe droite pour faire 
équilibre au mouvement de l'enfant divin presque complètement 
nu, se précipilant à gauche par un gracieux élan. La tête de la 
Vierge, dont l'opulente chevelure tombe par longues boucles sur 
les épaules et les bras, deux boucles accrochées formant collier, 
est empreinte d'un mélancolique recueillement; celle de l'Enfant, 
qui tient dans ses petites mains une pomme, est, au contraire, 
animée par un sourire. Le riche costume de la Vierge, son manioau 
drapé avec habileté, partie sur l'épaule gauche, partie sur le flanc 
droit, est d'une facture très primesautière. Des rehauts d'or avi- 
vent et font valoir cà et ià les délicatesses des bordures de la robe 
et du manteau. Dans cette Vierge d'Arhois se retrouvent toutes' 
les élégances des sculpteurs de Brou. Pas d'hésitation sur la date 
à lui assigner : 1530 à 1534; mais nous n'avons plus la ressource 
d'une inscription et d'un millésime, comme dans le retable de 
Poliguy; essayons d'y suppléer pour retrouver, à défaut d'un nom 
d'artiste, le nom du donataire '. 

Une enquête faite à Arbois nous a permis de retrouver dans la 
chapelle à gauche du chœur, à l'extrémité du collatéral, l'empla- 
cement qu'a occupé trois cents ans la madone que nous venons de 
décrire. Or cette chapelle, dédiée à Notre-Dame et à saint Jean- 
Baptiste, est la chapelle funéraire des deux cardinaux Pierre de la 
Baume (1 542-1 5M) et Claude de la Baume (15M-1584), tous 
deux prieurs de Saint-Just d'Arbois et archevêques de Besançon. 
Le premier de ces prélats, chassé en 1528 de son êvêché de Genève, 
vint se réfugier à Arbois, où il séjourna sans discontinuer jusqu'en 
1533, et où il mourut le 4 mai 1544. Arbois étant sa résidence 
favorite, c'est donc à lui que, sans hésitation aucune, on doit attri- 
buer le décor do la chapelle Xotre-Dame, et tout porte à croire 
que la statue superbe qu'il y avait laissée comme souvenir fut 
sculptée de 1530 à 1533, c'est-à-dire avant le retour éphémère du 
prélat dans son évèché de Genève, par un des artistes excellents 
employés aux tombeaux des princes d'Orange. L'œuvre, bien 
homogène, n'a pas nécessité l'association de plusieurs ciseaux. 

Son allure plutôt florentine que flamande semble indiquer 
comme auteur l'Italien Mariotto de préférence au Flamand Meyt. 

^ Richard, Histoire du diocèse de Besatiçon^ t. II, p. 212. 



COXRAI) MEYT KT I.RS S C l 1. 1' T K K K S I) K lUlOL. 2G3 

A côlé (le la Vierge cVAj'hois et du Retable de Poligny, Besançon 
a conservé, lui aussi, une épave des sculpteurs de Brou, la Pieta, 
léguée en 1532 par Tabbé Antoine de Montent à son ahhaye de 
Saint-Vincent'. 

Haut de l^.SO, large de l^.SO, ce groupe de marbre, mutilé 
par les déplacements qu'il a dû subir, est, depuis 1792, date de la 
fermeture de la plupart des églises paroissiales ou conventuelles, 
devenu la propriété de l'église catbédrale, enrichie par son curé 
constitutionnel, l'abbé Roy, des dépouilles dautres édifices. Assise 
sur un rociier, la Vierge des douleurs retient à grand'pcine le 
corps de son fils (|ui, la télé appuyée sur la poitrine de sa mère, 
glisse sensiblement au bas du rocher. C'est en vain qu'un ange 
agenouillé dont le vêtement plissé, hardiment taillé dans le mar- 
bre, fait valoir l'anatomie très étudiée, s'eflTorce d'aider la Vierge 
à soulenir le Sauveur. La tête du Christ, celle de l'ange, celle de 
la Vierge, autant qu'on en peut juger malgré sa mutilation, sont 
de fort beaux morceaux; les jambes du Christ, ses mains mutilées, 
le pied nu de l'Ange sont traités avec le naturalisme sincère des 
gisants de Brou. L'a restauration d'un pareil morceau, son trans- 
fert en place honorable, car, mis à contre-jour contre l'unique 
fenêtre de la chapelle des fonts, il échappe à tous les regards, s'im- 
posent aujourd'hui que, grâce à des documents inédits, l'origine 
de l'œuvre est devenue manifeste -. 

Les travaux de sculpture semés par Conrad Meyt et ses 
auxiliaires, de Lons-le-Saunier à Besançon, tandis que des maçons, 
des ouvriers de moindre importance, sortis également de Brou, 
apportaient à l'œuvre de Notre-Dame de Dôle, à celle de Notre- 
Dame de Gray % à celle du clocher de Saint-Vincent de Besançon 
et à celle du château des Gorrevod à Marnay * un concours dont 
l'empreinte, très caractérisée, reste, pour qui sait lire, encore très 
visible, devaient servir de modèle aux sculpteurs qu'à son tour la 
terre franc-comtoise devait enfanter. Après ce Thiébaud, de Salins, 

' Voir, ci-après, planclie X. 

^ Pièces justificatives, n" II. 

^ Le portail de IV. -D. de Gray offre «ne analogie frappante avec le portail de 
l'église de Bourg et certains détails de celle de Brou. 

* L'auteur a recueilli à Marnay (Haute-Saône), dans le cliâteau bâti par Laurent 
de Gorrevod, vers 1525, des chapiteaut avec les initiales L et C, identiques à 
ceux publi(''s par M. Charvet, en 1897. 



264 



COIVRAD MEVT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 



que son inexpérience fit renvoyer de Brou, après ce Landry, peut- 
être son élève, qui taillait dans l'albâtre de Saint-Lotliain les 
médaillons des douze Césars pour le chancelier Granvelle et le 
portrait de son fils le cardinal', nous avons rencontré déjà et 
étudié à diverses reprises ce Claude Arnoux, dit Lulier, qui, 
originaire de Gray, comme Tarchitecte Sambin, créa tour à tour 
la chapelle funéraire de Guillaume de Visemal, à Rahon % le jnbé 
de la cathédrale Saint-Jean à Besançon \ la chapelle des d'Andelot 
à Pesmes*. La biographie de celui que l'historien Gollut, et après 
lui Jean-Jacques Chifflet, avaient célébré comme un émule de 
Polyclète,va s'enrichir d'une œuvre nouvelle, retrouvée grâce au 
hasard, au(|uel nous autres chercheurs nous devons tant de bienfaits ; 
et, chose curieuse, cette œuvre, qui par certains et très importants 
détails va se rattacher à l'œuvre des sculpteurs de Brou, fera 
revivre, grâce à des dessins jusqu'ici ignorés, le tombeau des 
Gorrevod à Brou, le tombeau des Chalon à Lons-le-Saunier qui lui 
ont servi de modèles. De même que pour le tombeau de Guillaume 
de Visemal, écuyer et compagnon fidèle de Philibert de Chalon, 
Claude Lulier s'était inspiré des statues agenouillées de Jean de 
Chalon et de Philiberte de Luxembourg, modelées et ciselées par 
Conrad Meyt, de même pour un tombeau qui lui fut commandé à 
Gray, en 1553, il alla chercher des patrons soit à Lons, soit à 
Brou, et s'inspira visiblement du tombeau de bronze de Laurent 
de Gorrevod et de ses deux femmes, de celui de Jean de Chalon- 
Orange et de ses deux épouses, gisant sur un sépulcre d'albâtre. 
Quand le président Hugues Marmier prit à sa charge la dépense 
d'une des chapelles qui dans l'église Notre-Dame de Gray devait 
faire vis-à-vis, sur le flanc gauche de l'abside, à celle des Vandenesse 
bâtie sur le flanc droit, son désir n'allait pas plus loin que de 
manifester ses pieux sentiments dans sa ville natale et que de 
préparer, dans cette chapelle dédiée à la Vierge des douleurs, un 
charnier pour lui et les siens. Quand il fut mort, en 1553, après 

' Voir Session des Beaux-Arts de 1893. Les initiateurs de l'Art en Franche- 
Comté, par J. Gauthier, p. 620. 

2 Ibid., année 1896, La chapelle de Guillaume de Visemal, par J. Gavthier, 
p. 395. 

2 Claude Lulier, par J. Gaithier, Bulletin de V Académie de Besançon, 1890. 

* La chapelle des d'Andelot et l'cylise de Pesmes, par J. Gauthier et G. db 
Beauséjour, Conjurés de la Société frauçaise d'archéologie, 1892. 




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COXRAD MEVT ET LES SCLLPTELKS DE BROU- 265 

avoii' passé par la plus haute loitiine, connu la disgrâce et trouvé 
dans l'estime publique, mais surtout dans le bonheur du foyer, un 
remède aux amertumes de la vie, sa seconde femme, Anne de 
Poligny, voulut élever à sa mémoire, dans cette chapelle où Ton 
venait de l'inhumer, un monument digne de ses mérites. La 
Franche-Comté n'avait qu'un sculpteur, Lulier; ce sculpteur était 
de Gray, double motif pour rattacher à ses plans et le charger de 
leur réussite. Elever comme à Brou, dans la chapelle des Gorrevod, 
dont la chapelle des Alarmier à Gray reproduisait exactement la 
disposition : fenêtre ouvrant an midi, autel tourné vers l'ouest 
avec porte latérale conduisant derrière le chevet et jour pratiqué 
sur le sanctuaire, un retable monumental derrière l'autel; placer 
du côté opposé à l'autel un tombeau dont le massif serait, sur deux 
faces visibles, décoré de niches et de pleureuses, et dont la table de 
marbre porterait les statues gisantes d'Hugues Marmier et de ses 
deux femmes, sculptées en albâtre, telle fut la donnée primitive. 
Claude Lulier la réalisa, en donnant au président son costume de 
palais, la robe doublée d'hermine, aux deux femmes le costume 
des grandes dames de la cour, et en ajoutant, curieux rapproche- 
ment avec ses modèles, entre le président et sa première femme 
Louise Gauthiot, un enfant de deux ans, agenouillé, seul fruit de 
ce premier mariage, tandis que du second, contracté à soixante- 
>dix ans, le robuste vieillard avait eu sept enfants, tous en vie quand 
il mourut. Par le dessin inédit décrit pour la première fois dans 
cette étude, on peut juger de la façon dont le sculpteur graylois 
s'acquitta de sa tâche, soit en modelant les principales figures, 
soit en taillant les douze statuettes qui décorent les niches du 
soubassement. A la tète du tombeau, un bas-relief encastré dans 
le mur montrait deux petits génies, de belle allure, soutenant 
d'un bras à gauche l'écu des Alarmier : une marmotte, et le geai 
couronné des Gauthiot, à droite l'ècu des Alarmier et celui des 
Poligny : un chevron, coupé d'un échiqueté (Frontenay), tandis 
que leur autre bras élevait bien haut la toque du président du 
parlement de Dùle, du représentant le plus élevé de l'Empereur 
en son comté de Bourgogne. La tête des trois gisants, comme à 
Bourg, repose sur des oreillers; aux pieds des deux femmes, un 
chien et un lévrier étendus rappellent leur fidélité; aucune 
légende. En regard du tombeau, l'autel; derrière l'autel, le retable; 



2(>6 COX'UAl) MEYT KT LES SCULPTEURS DE 15 U U • 

un socle, un panneau central compris entre deux colonnes moitié 
cannelées, moitié en forme de balustre à panses arrondies, déco- 
rées de tètes de chimères; au chapiteau composite, une architrave 
soutenue de cinq consoles, une IVise et une corniche. Le milieu 
du tableau est occupé par une niclie avec pilastres et cintre dont 
le cul-de-four est orné d'une coquille. Une Vierge de douleur, 
grandeur nature, s'y tient debout, contemplant les yeux baissés, 
les mains jointes et tombantes, drapée dans les longs plis d'un 
voile, son divin fils étendu mort à ses pieds. Celui-ci, rigide, est 
couché sur nu suaire; à sa tête, à ses pieds, assis sur le roc, deux 
petits génies ou anges sans ailes sont assis, tenant Fun la boule du 
monde, l'autre une tête de mort, tandis que leur second bras sou- 
tient l'ovale de leur visage'. Aux côtés de l'autel, deux niches 
égales à celle du retable, cantonnées chacune de deux pilastres 
cannelés, avec entablement et soubassement très développé. Dans 
la niche de gauche, un personnage en robe de magistrat, carac- 
térisé par un écu aux armes de Marmier, blasonné au bas de l'édi- 
cule. Dans la niche de droite, une femme, avec couvre-chef en 
forme de voile, robe à longues manches, un rosaire dans les 
mains. Une longue inscription placée dans un cartouche au-dessus 
d'une porte voisine nous révèle le nom des deux personnages : 
Jean Marmier, président du Luxembourg, et Simonne de Falle- 
tans, sa femme, morte à Gray le U juillet 1505. Ses armoiries : 
une aigle éployée, sont d'ailleurs sculptées aux pieds de cette der- 
nière. Une claire-voie ajqurée de sculptures sur bois, permettant 
de suivre la messe célébrée au maître-autel de l'église, une grille 
en fer forgé donnant accès à la chapelle du côté du transept, enfin 
une verrière ^ux armes de Alarmier écartelées de celles d'Empire, 
ainsi qu'en usaient tous les hauts fonctionnaires de Charles-Quint, 
complétaient le décor de la chapelle, auquel vinrent s'ajouter, au 
fur et à mesure de nouveaux décès, de nouvelles tombes des 
descendants d'Hugues Marmier, de nouvelles statues, des bas- 
reliefs, des inscriptions, des armoiries et des supports. Mais 
du tombeau, le morceau principal de notre premier sculpteur de 
la Renaissance, les moindres vestiges ont disparu, bas-reliefs, 
figures de Jean Marmier et de Simonne de Falletans, Vierge des 

• Voir, ci-contre, planctie XI. 




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COXUAD MEVT ET LES SCLM'TELRS DE ISHUL. ÙC,- 

doiileiiis ; lout s'est effondré dans un iri'éniédi;il>le désastre '. Seul 
le Christ au tombeau, resté intact avec ses deux anges, suivit, 
transporté dans la première chapelle du collatéral gauche, tandis 
que l'ancienne chapelle des Alarmier, devenue la chapelle de 
Notre-Dame de Montaigu, n'a pas conservé le moindre souvenir de 
ses fondateurs. Le laire de ce Christ, l'expression de ses traits, 
le modelé de ses membres, la physionomie «les deux anges, iden- 
tique à celle des deux anges qui portent à l'Hôtel de ville de 
Dôle la devise de Charles-Quint : plvs ovltre , à celle des deux 
anges qui portaient dans l'abbatiale de AIonl-Sainte-Marie les 
instruments de la Passion, ne laissent aucun doute sur rattribulion 
de l'œuvre totale à Claude Lulier, le prince des sculpteurs comtois. 
Une dernière preuve, tirée cette fois d'un document encore inédit, 
est la suivante. Le 22 avril 1588, Paule de Pontaillier, veuve de 
Jean Marmier, gentilhomme de la bouche du Roi, qui venait de 
niourirdans les fonctions de gouverneur deGiay, voulut lui élever, 
dans la chapelle de sa famille, un tombeau décoré de deux statues 
agenouillées, d'albâtre, la sienne et celle de son mari. Claude Lulier 
était mort depuis une dizaine d'années, ce fut son fils Guillaume 
Lulier, héritier de son talent, alors bourgeois de Dôle, qu'elle fit 
venir et qu'elle chargea de cette commande % fidèle à la mémoire 
du vieux sculpteur qui avait cru rendre immortels en les impjcimant 
dans le marbre de nos montagnes les traits de ses devanciers. 

Malgré des destructions déplorables, documents d'archives et 
matériaux d'art qui s'éclairent mutuellement, subsistent assez 
nombreux, nous croyons l'avoir prouvé dans cette thèse, pour 
démontrer d'une façon palpable que c'est aux sculpteurs de lirou 
et à leurs créations exquises, soit sur les confins, soit dans le cœur 
de la province, que la Franche-Comté a dû, au seizième siècle, 
l'initiative de ses premiers sculpteurs. 

Jules Gauthier, 

Archivistedu Doubs.commissairede laSociélé 
franc-comtoise des Beaux-Arts, membre 
non résidant du Comité des Sociétés des 
Beaux-Arts des départements, à Besançon. 

' Xous avons découvert ces dessins, absolument inconnus, dans les arcbivesd'un 
vieil ami, M. le duc de Marmier. 
^ Arch. (le M. le duc de Marmier. 



268 CONRAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 

'S. 

I. — Description d'un retable en bois sculpté offert par Antoine de 
Montent, abbé de Saint-Vincent de Besançon, amônier de Marguerite 
d'Autriche, pour décorer le maître autel de son abbaye. — 1524. 

Dominus Antonius de Montecuto, primus commendatarius, fieri curavit 
antiquam tabulam inajoris altaris, in cujus medio posita est statua devota 
licet lignea Sancti Vincfintii. Hinc et inde quatuor status ejus martyrii in 
sculptura représentât! et supra basini quae sequuntur scripta sunt : 

AD LAVDEM DEl PRESEXTEM TABVLAM FIERI FECIT R"' IN 

CHRISTO PATER ET DOMIXVS AXTOXIVS DE MOXTECUTO COM- 

MEXDATARIVS PERPETVVS HVIVS MOXASTERII S. VIXCEXTII 

ELEEMOSIN'ARIVS ET CONFESSOR ILLVSTRISSIM.î: PRIXCI- 

PISS^ DOMIX.Ï MARGARIT.ï COMITISS/E BVRGVNDlyE AAXO 

Dxi. 1524. 

Ipse aedificavit excelsam turrim campanilem lapidibus quadris haben- 
lem centum pedes altitudinis et super eain erexit sagittam seu acuin ferro 
albo tectum. ejusdem altitudinis centum pedum, et in turri majus tympa- 
num fieri fecit in pondère quinque millium librarum. Praefuit ab 
anno 1520 et obiit 1532. 

(Fonds Saint-Vincent. (Titres généraux.) Archiresdu Doubs.) 

II. — Codicille de l'abbé Antoine de Montent réglant diverses fondations 
et cérémonies qui se devront faire après sa mort en son abbaye de 
Saint- Vincent et ordonnant entre autres choses de transporter sur 
l'autel de la chapelle bâtie par lui, dans l'église abbatiale, la Pieta de 
marbre commandée par lui à Conrad Meyt et de remplacer les vitraux 
déjà posés par d' autres verrières représentant /'Annonciation et la Visite 
à sainte Elisabeth, avec son portrait agenouillé. — Brou, 20 juin 1532. 

Noverint universi et singuli présentes inspecturi quod ego Aymo Mar- 
tinet, de Sancto Maximino, Tharentasiensis diocesis, auctoritatibus aposto- 
lica, imperiali et illustiissimi principis et domini nostri domini Sabau- 
die, etc., notarius publicus, recepi de anno Domini millesimo quingente- 
simo trigesimo secundo, indiclionequinta et die vigesima mensis junii, hora 
secunda post meridiem seu circa, quemdam codicillum testamenli conditi 
per reverendum dominum Antonium de Montecuto, abbatem seu com- 



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CO\RAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 269 

mendatarium perpetuuni abbalie Sancti Vincentii, in quo quidem codicillo 
inter cetera contirientur clausule subscripte. Primo quod prefatus reve- 
rendus dominas abbas, addendo dicto testamento et alteri codicillo 
jani antea diem predictani facto, intra lamen illorum derogationem itenim 
codicillando presentibus vult et ordinal quod post ipsius reverendi domini 
codicillanlis ab humanis decessum, videlicet quamprimum ad notitiam 
venerabilium dominorum religiosoruni dicte abbatie sive ecelesie Sancti 
Vincentii Bisuntini devenerit, celebrentur per ipsos dominos religiosos très 
magne misse primo de officio Sancti Spirilus, alia de officio Béate Marie 
Virginis et reliqua de otûcio defunctorum, necnon centum alie misse 
voce submissa, tara ipso die quo dicte magne misse celebrabuntur quam 
aliis proxime sequentibus, usque ad dictum numerum centum missarum, 
cum etiaui decantatione vigiliarum mortuorum ad novem lectiones alta 
voce, eo die quo dicte magne misse celebrabuntur. Et ipsis dominis reli- 
giosis dari et solvi per ejus testament! exequutores pro qualibet magna 
missa duodecim solidos turonenses et pro qualibet parra seu que submissa 
voce celebrabitur duos solidos turonenses, et pro dictis vigiiiis cuilibet 
astanti in eisdem quatuor albos turonenses. 

Item vult et ordinal quod dicta die, qua dicte magne misse celebrabun- 
tur, convocentur in dicta ecclesia Sancti Vincentii omnes processiones civi- 
tatis Bisuntine convocari solite et dari et solvi capitulis sanctorum Johannis 
et Stephaiii centum solidos turonenses, el reliquis communitatibus sive 
capitulis aut collegiis cuilibet viginti solidos turonenses capitulo Béate Marie 
Magdalenes quinquaginta solidos turonenses. Item luminare suum,die qua 
dicte magne misse celebrabuntur in dicta ecclesia Sancti Vincentii esse vult 
et ordinal idem dominus codicillans de duodecim facibus cereis ponderis 
duarum librarum pro qualibet necnon de sex cereis pure quolibet pondé- 
rante unamlibram. Ilemdal et légat ac jure legatirelinquit duodecim Christi 
pauperibus, dictas duodecim faces deferenlibus, dicta die qua dicte magne 
misse celebrabuntur, cuilibet eorumdem unam vestem panni nigri, valoris 
quatuor franchorum pro qualibet. Item vult et ordinal ipse dominus codi- 
cillans quod, solutis primo et adimplelis omnibus hiis legatis suprà el antea 
indiebus ullimo suo testamento el codicillo factis el ordinatis, perfecloque 
cimballatorio dicte ecelesie Sancti Vincentii, quod, de pecuniis et rébus suis 
supramentionalis non legatis et reslantibus seu que supererunt, capella 
per eum reverendum dominum codicillanlem constructa et fundala in 
dicta ecclesia Sancti Vincentii seu construi incboata perficiatur, videlicet 
quod vitrine que sunt apposile in eadem toUantur et amoveantur a loco in 
quo sunt posile et reponantur in fenestris superioribus dicti cimballalorii 
locis magis opportunis et decentibus ; el loco earumdem vilrinarum amo- 
vendarum vult el ordinal idem reverendus dominus codicillans quod liant 



2:0 CO\RAD MEVT V.T LES SCULPTEURS DE BROU- 

alie vitrine ditiores et piilchriores seu magis décore que apponantur in 
dicto loco a quo predicle amole fuerunt. Et quod in altéra cariimdem 
dcpingatur imago Annunciationis Béate Marie Virginis et in alla imago 
Visitationis sancle Helisabelh, cum suis tabernaculis congruis et û°cen- 
libiis, quodqiie in carumdem vitrinarum altéra cum predictis imaginihus 
et tabernaculis depingatur ipse domiiius codicillans, flexis genil)us. Item 
vult et ordinat idem reverendus dominas codicillans quod dicte vitrine 
claudantur ab exteriori parte pro illarum conservalione, uno trillerio 
composito fiiio cupri quod vulgari idiomale dicitur Jille darchau. Item 
vult et ordinat idem dominus codicillans quod de dictis pecuniis restan- 
ibus prout supra, imago lieate Marie Virginis de Pietale per eum fieri 
ordinata magislro Conrardo Meits de lapide marmoreo conducatur ad 
dictam capoUam et reponatur supra altare ipsius. Item vult et ordinat 
quod in dicta capella de premissis rébus et pecuniis restantibus fiant in 
circuilu partis interioris scanna que vulgo appellantur archehanc . Item 
vult et ordinal ipse dominus codicillans quod de dictis pecuniis et 
rébus ut supia restantibus dicti exequutores seu ipsorum alter fieri 
et construi faciant sive faciat in parte anteriori dicte cappellanie suum 
trillerium ferri ad claudendam ipsam capellaniam affingendum super 
uno abbassamenlo lapidem tallie altitudinis trium pedum hominis con- 
dendo, scilicet ad instar trillerii capelle in dicta eclesia fundale, ut asse- 
ritur, per quemdam reverendum dominum Hugonem de Agicuria, abbatem 
dicte abbatie Sancti Vincenlii. Item vult et ordinat idem dominus codi- 
cillans quod dicti exequutores eandem capellaniam consecrare faciant et 
quod archa seu coffrum in eadem capellania cum calice argenteo, liidriis 
et aliis ornamentis dicte capellanie, que ipse reverendus dominus codi- 
cillans jam in eadem reponi fecit, remaneant perpeluo in eadem capel- 
lania ad illius usum. De quibus premissis et aliis in dicto codicillo con- 
tenlis prefatus reverendus dominus codicillans petiit a me supra nominalo 
et subsignato notario publicum instrumentum et lot quot erunt necessaria 
ad opus quorum intererit quod et que eidem concessi ex uno incumbenti 
labellionatus seu notariatus officio. Datum et actum Burgi in domo vene- 
randi domini Nicolai de Ponte, canonici ecclesie catbedralis Béate Marie 
Burgensis, ibidem presentibus nobili Johanne Vyonet et Claudio ejus filio, 
Monelo Charbonerii, Lavalionerio, civibus Burgi, testibus aslantibus et 
rogatis. 

Et me jamdicto et subsignato notario, qui clausulas supra scriptas a 
predicto codicillo per me die vigesima mensis junii recepto licet manu 
alterius notarii vice mea scriptas ad opus venerabilium dominorum reli- 
giosorum abbatie Sancti Vincentii Bisuntini, poscente reverendo domino 
Johanne de La Jonchière, priore Bonevallis, pro predictis religionis ipsius 



CO\RAD MKVT ET LES S C L LPT E L US DE BROU. 2: 1 

abbatie Sancli VinceiUii levari et expedii'i siib signato meo manuali 
sequcnti. 

Signalum : Maktixet, avec parafe. 

(Fonds Saiut-Vinceiit. (Lay. 4, cole 15. copie du dix-liiiilièmc siècle.) Archives du 
Doubs ) 



III. — Instructions données par Phi liberté de Luxembourg à ses servi- 
teurs Anatole Camelin et Odot Roij, se rendant à Xaples [en traver- 
sant toute l'Italie) pour remplir diverses missiotis et se procurer « en 
dessin léger :> le portrait des plus belles sépultures de la Péninsule, 
pour faciliter l'érection du tombeau de Philibert de Chalon, son fils. 
— Lons~le-Saimier, 31 décembre 1530. 

;( Mémoire à Anathoile Camelin et Odot Roy de ce que Madame leur a 
ordonné tant siiyvant le contenu ou aultres instructions des affaires de 
Xaples où elle les envoyé que en aultre et adjoustant à icelles, fait le der- 
nier de décembre à Lons le Saulnier. 

Premiers, que, après avoir ouy les sei<]neurs cardinal-secrétaire, gens 
de la Régye court et aultres à cuy ilz sont adressez, sur le fait de leur 
charge et depescher des affaires de mad. dame, ils pourront congnoistre 
s'il sera besoing pour leur meilleur et plus briefi'e depesche et mesmes 
pour avoir argent content de faire présent au.\ dessusdicls ou a aulcuns 
d'eu\, auquel cas qu'il semble estre nécessaire ils le feront selon leur dis- 
crétion et les qualitez et services des personnaiges et par especial afin 
d'avoir plus d'argent content. 

Signé : Luxembourg, n 

(A cette pièce sur même papier et comme annexe, de l'écriture pro- 
bable de Philiberte de Luxembourg et non plus de son secrétaire, est joint 
le billet suivant :) 

i! Mémoire de recouvrer et appourter à Madame par Anathoile Camelin et 
Odot Roy, ses serviteurs qui sont à Xaples ce que s'ensuyt. 

Premièrement n'oublieront de recouvrer de la finne matière et en prie- 
ront le secrétaire Martirano. 

Item à Milan, à Rome ou ailleurs que mieulx faire se pourra recouvre- 
ront des pierreries de basse valeur et de diverses couleurs et des plus 
apparentes pour revestir reliquiaires commungs. 

Item verront les sépultures plus belles qu'ilz pourront entendre et de ce 
qu'ilz trouveront exquis appourteront en pourlraict légier. n 

(Original, papier, Fonds Chalon, E 1301 (cote M 10). Archives du Doubs.) 



COXRAD MEVT ET LES SCULPTE LRS DE BROU. 



IV. — Marché passé enlre Philiberte de Luxembourg , Conrad Meyt, 
sculpteur flamand, et Jean-Baptiste Mariotto, sculpteur florentin, pour 
l'exécution du tombeau de Philibert de Chalon, prince d'Orange^ 
dans l'église des cordeliers de Lons-le-Saunier. — Lons-le-Saunier, 
^3 janvier 1531. 

A tous presens et avenir apparisse évidemment et soit chose notoire et 
manifeste, que en la présence et par devant Jean Pariset, de Lons-le- 
Saunier, clerc, notaire, juré et coadjuteur des cours et tabellionnés du 
Bailliage d'Aval ou comté de Bourgoingne et de la cour de l'Officialité de 
Besançon et des témoins aval nommés, personnellement elablye haulte 
très noble et puissante dame madame Philiberte de Luxembourg, prin- 
cesse d'Oranges, comtesse de Charny dame dudit Lons-le-Saunier, etc., 
d'une part, et maistres Gonra Mail, flamand, et Jean Baptiste dit Mariaut, 
florentin tailleurs etimageurs d'autre part, lesquelles parties bien advisées 
en leurs faits, de leurs bonnes volontés et pour ce que ainsi leurs a pieu 
et plait, pour elles leurs hoirs et successeurs, ont faiz, convenu et accordé 
et par cettes font, conviennent et accordent les marchofs cy après déclarés 
ainsi que s'ensuit, mêmes iceux maistres Gonra et Jean-Baptiste de faire 
et parfaire et rendre fais et parfais : asçavoir led. M* Jean Baptiste toute 
la massonnerie et led. maislre Gonra toute l'imagerie portraiture person- 
nages [ ] et autres quels qu'ils soient des ouvrages de la 
sépulture que mad. Dame veut et entends estre faite au chœur de l'église 
du couvent des frères mineurs dud. Lons, le tout cy après divisé et 
déclarés. 

Premièrement de commencer et faire ladite sépulture de pierres d'alle- 
baslre contre et ou déans de la muraille d'entre led. chœur de lad. église 
et la sacristie d'icelle, pourquoy faire sera enfoncé déans lad. muraille 
d'environ deux pieds ou plus selon qu'il sera nécessaire et avisé pour le 
bien de la chose; et sera de la largeur et grandeur dès le bout des formes 
et sièges étans oudit chœur de ladite église, jusqu'à la feneslre et verrière 
étant emprès le bout du grand autel du costé de lad. sacristie, et de la haul- 
teur souffisante et qu'il sera nécessaire pour pourtionner et consonnant à 
lad. largeur pour la beauté et perfection desd. ouvraiges et sépulture. 

Sera tenu et promet led. Jean Baptiste de faire un gros et grand pilier 
de ladite pierre d'allebastre au long et du côté desdits sièges et formes 
que sera bien fait de bonne apparence, enrichy et revestu d'ouvrages fais 
d'anticailles, feuillage et de bonne massonnerie et le plus beau que faire 
se pourra, lequel pilier sera de la hauteur de lad. sépulture et fera rive et 
pied droit devers lesd. sièges. El au pied d'iceluy sera faite une porte de 



CO\'UAD MEVT ET LES SC L Ll'T E L' U S DE lillOU. 2-3 

la c[raiuleur et largeur nécessaire, au lieu de celle y étant de présent 
entrant aud. couvent, que sera bien faite, revestue et garnie, ensemble 
led. pillier, le tout d'ouvrages fais d'anticailles, molures petites et grosses 
molures, billets et feuillages et autres, et le plus riche que faire se 
pourra. Et dessus ladite porte, en montant contre mon;, seront faites deux 
places et sièges esquelles deux places et sièges ledit maistre Gonra fera 
mettre et asserra : a scavoir au bas l'image de l'une des quatre Vertus, et 
en la place dessus une autre ymage et portraiture telle qu'elle luy sera 
ordonné de par mad. dame; icelles images et portraitures faites de bonnes 
et souffisantes grandeurs et proportionnées selon l'ouvrage et le mieux 
faites et auprès du vif que faire se pourra. 

Item. dud. côté fera led. maistre Jean Baptiste un autre beau et grand 
pillier que sera bien fait et enrichydesd. ouvraiges faits d'anticailles, etc., 
comme dessus, déans lequel, ou bas d'iceluy pillier, sera laissée une 
place dedans laquelle sera faite et mise par led. maistre Gonra la portrai- 
ture de mad. dame à genoux et les mains jointes, que sera de sa gran- 
deur et bien faite au plus près du vif que faire se pourra; et au pied 
d'icelle sera fait le blason de ses armes avec telles épitaphes et dictiers 
grands et gravés qu'il luy plaira ordonner y estre mis. 

Uem dessus lad. portraitture, en cinq autres places qui y seront laissées 
propres par led. maistre Jean Baptistes, led. maistre Gonra sera tenu et 
promet faire mettre et asseoir les portraitures, a scavoir de l'une des 
quatre \ertus ou millieu dud. pillier, que sera plus apparente et élevée 
que les autres personnages iceux quatre autres représentations quatre des 
neuf Preux que seront mis en dessus et seront fais de telle grandeur et 
grosseur qu'il appartient et emprés le vif, et enrichis et revestus d'ou- 
vrages comm'il appartient. 

Toutes lesquelles portraitures auront et tiendront les épitaphes, escus 
et blasons tels qu'il seront ordonnés et avisés; et seront lesd. épitaphes 
aussi gravés et dorés de fin or. 

Item fera et promet led. maître Jean Baptiste de faire un arc en volte 
triomphant, joignant aud. pillier, en forme et façon de chappelle, la plus 
belle et enrichie que faire se pourra, tant d'ouvraiges d'anticailles, 
médailles, feuillages, frises, que autres, déans laquelle led. maistre Gonra 
fera mettre et assera la portraiture de feu monseigneur (que Dieu absoille) 
à genoux, bien fait et emprès du vif et habillé en habit ducal, le couronnel 
sur sa teste, le colier de la Toison au col, de telle haulseur et grandeur 
que faire se pourra et devra; devant lequel et déans lad. chappelle il fera 
aussi l'image de Xôtre Dame de Lorette, droitement à l'aspect et regard 
dud. feu seigneur; lad. image de Xôtre Dame faite, élevée et soutenue par 
anges et sur nues ainsi qu'il appartient. 

18 



l'"4 CONRAD MEVT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

Ilcmoudéansdiid. arc etchaj)pelle,derrier lad. port rai ttiirodud. Seigneur, 
ledit maistre Goma fera une portraiture représentant Bonne Renommée 
que sera bien faite cl taillée de bonne hauteur et grande, bien enrichie, et 
au plus prés du vif que faire se pourra; et tiendra en l'une de ses mains 
une palme et de l'autre main présentera led. feu seigneur, lequel person- 
naige représentant Bonne Renommée sera revestu de deux anges bien fais, 
comm' il est es portraits, et emprès les genoux dudit feu seigneur sera 
fait et mis le chappeau ducal sur un oreillier fait à damas; et sous les 
genoux d'iceluy feu seigneur aura un autre tel oreiller, le tout fait le plus 
richement que faire se pourra; et encore emprès lad. portraitture dudit 
feu seigneur sera fait un lévrier en son repos, bien fait et proportionné. 

Item sous led. arc et chappelle sera faite par led. maistre Jean Baptiste 
une volte et concavité revestue par devant de beaux pilliers, le tout bien 
faits et enrichis d'anticaille et d'ouvrages semblables comme dessus, déans 
laquelle sera faite par led. maistre Gonra la portraiture d'un transsy et 
mort d'envii'on huit jours, le tout de grandeur souffisante, même led. 
transsy comme étoit led. feu seigneur et le mieux que faire se pourra. 

Item fera led. maistre Jean Basptiste sous led. transsy les marches et 
degrés tous le long et de a lentour de lad. sépulture de telle hauteur, gran- 
deur, largeur et ouvrages qu'il appartient, pour correspondre et con- 
sonner au surplus desd. ouvrages. 

Item dessus led. arc triomphant et chappelle ou sera ladite portraiture 
dud. feu seigneur aura et sera faite une belle place, de la largeur d'icelle 
chappelle, déans laquelle place sera faite et mise par ledit maistre Gonra 
une portraitture représentant Palas déesse des guerres, que sera couchée 
et armée par le corps, tenant un escu et une lance revestue et imbellye de 
deux anges et desd. ouvrages fais d'anticailles. Et seront fais et mis 
emprès d'elle le armet, les espérons, une chouette et les autres choses 
nécessaires selon qu'il sera avisé, avec aussi les épitaphes et dictiers que 
seront divisées, que y seront gravées et dorées de fin or. 

Item dessus lad. portraiture de lad. déesse aura une autre place bien 
faite, en laquelle le dit M'^ Gonra fera mettre et asseoir le neuvième Preux, 
que sera bien fait et le tout garny et revêtu de bon ouvraiges d'anticailles, 
frises, médailles, anges et autres choses, menus ouvrages nécessaires, et 
sera led. Preux et aussi les autres Preux armés, vestus, fais, parfais 
selon leur nature et emprès les vifs, garnis et revestus de leurs escus et 
épitaphes que seront avisés et ordonnés. 

Item de l'autre costé devers lad. fenestre et verrière, led. M' Jean 
Baptiste fera un autre grand pillier à deux étages, joignant a lad. volte et 
chappelle, devers le premier étage duquel pillier et au bas d'iceluy, entre 
led. pillier et l'autre prochain sera faite et laissée une belle et somptueuse 



COXRAD MEVT ET LES SCL'LPTEIUS DE CHOU. 275 

place; et devers icelle sera mis et élevé la représentation et portraiture de 
feu de très recommandée mémoire monsieur messire Jehan de Chalon, à 
son vivant prince d'Oranges, mary de madile dame, que sera fait par led. 
maître Gonra et habillée en prince, l'ordre de France au col, avec ses 
dictiersetépitaphes que seront gravés tels qu'ils seront ordonnés et divisés; 
et sera faite une image devant luy telle que mad. dame ordonnera. 

Item au-dessus du second étage du pillier seront faites et laissées par 
led. Baptiste cin([ places bien faites, semblables a celle du second pillier. 
de l'autre des côtés premièrement cy devant mentionnées, lesquelles places 
seront remplies et garnies de quatre Preux et de l'une des quatre \'ertus, 
que seront fait par led. M' Gonra comme les autres cy devant. 

Item sera fait par led. maistre Baptiste un autre grand pillier à la reine 
au long du lavabo et de la fenestre de ladite verrière, emprès le grand 
autel, bien fais d'ouvrages d'anticailles, feuillages et frises et rovestus 
comme les autres cy devant mentionnés de diverses sortes, au bas duquel 
pillier sera faite en lad. muraille une engraveure en forme de cul de 
lampe et arvolz, pour y mettre et asseoir les sièges des prestres, diacre et 
sous diacre et le dessus selon la forme et de la façon du premier pillier 
cy devant mentionné. Et le dedans sera revestu d'ouvrages d'anticailles, 
images et autres le mieux que possible sera. 

Item au dessus de tous lesdits ouvrages sera fait un grand blason des 
plaines armes de mond. feu seigneur le Prince, de bonne grandeur, pour 
estre bien veu, timbré, couronné, la Toison d'or à l'entour et autre, 
accoustré ainsi qu'il appartient. Et encore esd. pilliers et au dessus ded. 
ouvrages seront fais des triomphes et diversités d'ouvrages d'anticailles, 
médailles, anges, enfans, images, bestions et personnages en grand 
nombre, bien faits, pour remplir et pour l'embellissement desd. ouvrages 
et sépultures et les plus beaux et riches que faire se pourra, et' encore 
mieux que ne monstrent lesd. portraits sur ce faits. 

Item faire une porte de pierre de pays pour entrer dès le dedans de 
l'autre porte devant mentionnée en lad. sacristie, que sera bien faite et 
revestûe de taille. 

Item feront de pierres d'allebastre le lavabo estant emprès et servant au 
grand autel, que sera bien fait taillé d'anticailles et menusées pour corres-*- 
pondre ausd. ouvrages; et y seront fais les bestions et images nécessaires. 

Item sera fait un eau benestye que sera bien fait et revestu, taillé de 
bons et riches ouvrages comme dessus ; et y aura un ange dessus et le tout 
fait le mieux que faire se pourra selon lesdites portraits qui sera mis ou il 
sera avisé pour le mieux; et feront et engraveront lesd. ouvriers tous les 
dictiers et épitaphes que leurs seront baillés et ordonnés, et iceux dore* 
ront de fin or à leurs frais. 



27G CO\RAD MEVT KT LES S C C LPTE L' R S DE BROU. 

Item doreront iceux ouvriers de fin or à leursd. frais, chacun en son 
endroit, tous led. ouvrages pour les lieux et circonstances nécessaires : 
. ascavoir led. niaitre Gonra tous lesd. personnages pourlraitures, images, 
anges et aultres qu'il est tenu faire comme dit est; et led. maistre Jean 
IJapliste toute lad. massonnerie qu'il a charge et est tenu de faire, comme 
de\ant est dit. 

Item après led maistre Jean Baptiste a son péril, charge et fortune de 
enfoncer dedans lad . muraille et faire poser et bien lier lesd. ouvrages à 
la seureté, tellement que les voltes de lad. église ny lad. sacristie n'en 
soient empirées ni endommagées. 

Item seront tenus lesd. ouvriers de faire et parfaire outre les ouvrages 
cy devant déclarés les autres ouvrages que n'y sont écrits pour la perfection 
et embellissement de lad. sépulture selon les deux pourtraits dud. maître 
Jean Baptiste, laissés es mains de mad. Dame et au mieux que leur sera 
possible, et en outre de faire et parfaire ce que leur peut estre dit, divisés et 
ordonné par et de part mad. Dame estre fait en lad. sépulture pour la beauté 
et perfection d'icelle, tant d'imageries que massonnerie que pourroit avoir 
été obmis de déclarer cy dessus et esd. pourtraits. Mad. dame Princesse for- 
niera ausdits ouvriers la place etperrière à Saint-Louthain pour tirer led. 
allebastre pour faire lesdites sépulture et ouvrages, avec aussi les pierres de 
marbre noire qu'elle entend estre mises en icelle sépultures qu'elle fera 
en place, crues, à ses frais, et lesd. ouvriers feront aussi à leurs frais la 
traite et charroy de lad. pierre d'allebaslre et toutes autres choses néces- 
saires pour la perfection desd. ouvrages; et tireront led. allebastre sans 
faire dommage et interrest à M. l'abbé de Baume, auquel appartient 
ladite perrière, ny endommager certain conduit y étant ; et porteront la terre 
de la découverte ou l'on a accoutumé de la mettre et estre portée. Lesquels 
sépulture et ouvrages lesd. maistres Gonra Mail et Jean Baptiste, et chacun 
d'eux en son endroit, ont promis et promettent à mad. Dame la Princesse 
présente, stipulant et acceptant faire parfaire et rendre fait et parfait, 
comme ditest, à dits d'ouvriers connoissans à ce, et au mieux que leur sera 
possible, dedans deux ans prochainement venans, que commencent le 
premier jour du prochain mois d'avril et seront finis à tel jour, et ce 
moyennant et parmy la somme de dix mil frans monnoye courante en 
Bourgoingne, que pour ce mad. Dame la Princesse a promis et promet payer 
ou faire payer et délivrer ausd. Gonra et Baptiste par moitié, que pour 
chacun d'eux cinq mil frans, que leurs seront délivrés à scavoir à la fin 
d'un chacun mois déz qu'ils commenceront à besongner a chacun desd. 
ouvriers deux cens frans ou plus ou moins selon qu'ils besongneront, 
auront et entretiendront des ouvriers. 

Promettans lesdites parties et chacune d'elles endroit soy, etc., pour 



CO\'UAD MCVT ET L K S S CI L P T E U R S DE I! Il l . J.'! 

leurs sermens, pour ce par chacune d'elles corporellement touchés sur 
sains érangiles de Dieu, etc., a scavoir led. maîtres Gonra et Jean 
Baptiste lesdits ouvrages et clioses devant déclarées faire, parfaire et 
accomplir, comme il est cy devant dit et déclarés, etc., et lad. Dame 
Princesse leurs payer lesd. dix mil frans ainsi que dit est, etc., oblij^eans 
tous et singuliers leurs hiens, etc., et iceux Gonra et Baptiste leurs 
propres corps, pour eslre contraints par l'emprisonnement et iucercéra- 
lion d'iceux à faute de faire et accomplir ce que dessus de leur part, 
renonceants, etc., submettans, etc. Fait et donné aud. Lons-le-Saunier au 
vergier dudit couvent, sous les seels de Monlmorot et Besançon le vingt 
troisième jour du mois de janvier l'an mil cinq cens et trente, presens 
nobles seigneurs messire Claude de Salins, chevalier, seigneur de \in- 
celles, Claude, bailly du CharroUois, Claude do Bussy, écuyer, s"" de Chan- 
tepaulme, nobles hommes et saiges messieurs Etienne Berhizcy, Philibert 
Vieux, docteur es drois, maître Jean Ratte, etc., Louis Marchand, témoins 
à ce requis. 

Ainsi signé : Pariset, avec parafe. 

(Copie du dix-huitième siècle, tirée des archives de la maison de Chaloii. — ■ Nouvelle 
acquisition, série E. — Archives du Doubs.) 

V. — Marché passé etitre Philibert e de Luxembourg et Jean-Baptiste 
Mariotto [ou Mario), sculpteur florentin, pour l'exécution, au prix de 
2,800 francs, d'un tombeau à trois gisants, pour Jean de Chalon 
prince d'Orange, son défunt époux, Jeanne de Bourbon sa première 
femme et elle-même, dans l'église des Cordeliers de Lons-le-Saunier. 
— Lons-le-Saunier, 8 mai 1531. 

Haute, très noble et puissante Dame, madame Philiberte de Luxem- 
bourg, princesse d'Oranges, comtesse de Charny, dame de' Lons-le- 
Saunier, etc., d'une part, et maistre Jean Baptiste dit Mariaut, florentin, 
tailleur d'images, d'autre part; celles parties de leurs bonnes volontés, et 
pour ce que ainsi que leur plait, etc., ont fait et font entr'elles les mar- 
chiefs des ouvrages et choses cy après déclarées ainsi que s'ensuit : 

Premièrement a prins en luy la charge et promet par cettes led. maistre 
Jean Baptiste de faire et parfaire au milieu du chœur de l'église du cou- 
vent des frères mineurs dud. Lons une belle et riche sépulture de pierres 
d'albastre, la mieux faite et revestue à l'entour d'ouvrages d'anticailles et 
feuillage et autres y nécessaires pour l'embellissement de lad. sépulture; 
laquelle sépulture sera de la longueur de dix pieds et de sept pieds de 
largeur outre les soubasses, et sera posée aud. chœur ou il luy a été 
montré, à commencer de la rive de la pierre qui se liève pour entrer es 



218 CONRAD \I E \ T ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

degrés du charnier en devers et tirant contre le grand autel. Et sur icelle 
sépulture seront fais, mis et enlevés trois personnages gisans représentans 
l'une la personne de feu de bonne mémoire monsieur messire Jean de 
Chalon, à son vivant prince d'Oranges (que Dieu ait), habillé en habits 
de prince, l'ordre de France au col, l'autre représentant feue madame 
Jeanne de Bourbon, feiie femme première dud. feu seigneur, et l'autre 
gisant représentant mad. dame la princesse à présent vivant, tous lesd. 
personnages faits et le mieux habillés et plus richement en prince et prin- 
cesse que faire se pourra. 

Item ledit gisant représentant led. feu seigneur prince sera rais au 
milieu desd. autres deux gisans, ayant un oreiller sous sa teste, damassée, 
et au chiefs deux anges bien fais et bien taillés de bonne grandeur et pro- 
portionnés tenans le blason des armes d'iceluy feu seigneur et à la dextre 
dud. seigneur sera mis et enlevé led. gisant représentant mad. dame la 
princesse à présent vivant, et l'autre costé à senestre celle de lad. feue 
dame de Bourbon sa première femme, le tout garny et bien revestûe 
d'anges au chief d'un chacun desdits gisans, avec blasons et oreillers tels 
que dessus. 

Item aux pieds dud. gisant représentant led. feu seigneur sera fait le 
gisant d'un petit enfant, le mieux fait que faire se pourra, représentant 
feu monsieur d'Arguel son fils, que sera habillé comme un enfant de 
prince, ayant deux ans, mis à genoux ou ainsi qu'il sera avisé pour le 
mieux. 

Item es quatre coings de ladite sépulture seront fais quatre beaux riches 
pilliers, bien fais et revestus d'ouvrages d'anticailles, feuillages et médailles 
de telle grosseur et proportionnés comm' il appartient, sur lesquels pilliers 
seront faites et mises les quatre frères d'Hercules, richement enlevés, 
selon qu'elles luy seront baillées par écrit par madite dame. 

Item à l'entour de lad, sépulture seront gravés tels dictiers et épitaphes 
qu'il plaira à ma dite dame ordonner y estre mis. 

Item plus sera revestûe lad. sépulture au bas d'icelle de toutes anti- 
quailles, médailles, personnages et autres choses nécessaires pour l'embel- 
lissement d'icelle. 

Item a la soubasse de lad. sépulture belle et riche, du respet et regard 
du dessus d'icelle, bien garnie et revestûe de toutes anticailles, médailles 
€t blasons le tout audit de gens à ce connoissans et entendus et selon le 
portrait sur ce fait par led. maître Baptiste et mieux comme iceluy maître 
Baptiste la pourra faire. 

Item plus est tenu et a promis faire le dit maître Jean Baptiste les 
images de Nôtre Dame, de Saint François, avec un beau ciboire, les plus 
riches que faire se pourra, lesdites images de hauteur et grandeur néces- 



C0\RA1) MEVT ET LES SCULPTEURS DE BUOL- 27',i 

saire et auprès les vils, mùmement de cinq à six pieds do liauteur, avec 
et outre les soubasses et led. ciboire de hauteur plus grande que lesdites 
images, comme il a été dit. 

Ilem seront fais quatre anges pour mettre sur les quatre pilliers à 
l'entour dud. grand autel, de trois pieds de grandeur et haulteur et les 
mieux fais et plus riches que faire se pourra. 

Item fera led. maître Baptiste de la vieille sépulture de lad. feiie 
Jeanne de Bourbon, ascavoir du gisant d'icelle sépulture une image de 
Sainte Barbe bien faite et taillée pour mettre où il plaira à ipad. dame. 

Item fera led. maître Jean Baptiste des pans et images qu'estoient à 
l'entour dud. sépulcre trois ou quatre tableaux d'autels pour mettre et 
asseoir où aussi il plaira à mad. dame et le surplus et reste de ladite vieille 
sépulture, led. maître Jean-Baptiste le mettre en œuvre ainsi que plaira à 
mad. dame aviser de l'ordonner. 

•Item a promis led. Baptiste fournir le doucier toute lad. sépulture 
neuve qu'il fera d'images et autres choses, qu'il fera comme dit est et où 
il sera nécessaire de fin or et à ses frais. 

Seront fais tous lesd. ouvrages de bonnes et belles pierres d'allebastre 
que led. Baptiste fournira tant la traitte que le charroy et le tout à ses frais 
et mad. Dame la perrière seulement. Et aussi fournira mad. Dame en 
place à ses frais le marbre qu'il luy plaira estre mis à lad. sépulture. 

Item sera tenu led. maître Jean-Baptiste quatre soubasses belles et 
riches faites à grosses et petites molures, filets et autres beaux ouvrages, 
de telles pierres qu'il plaira à mad. Dame ordonner, pour mettre et 
asseoir dessous les quatre pilliers étans au long et devant le ^ ^..a autel. 

Tous lesquels ouvrages devant déclarés led. Maître Jean Baptiste a 
promis et promet faire et rendre fais et parfais à ses frais, comme dessus 
est dit, des plus beaux et riches ouvrages que faire se pourra et à dits 
d'ouvriers connoissans à ce, déans d'huy en un an prochainement venant, 
et mad. Dame luy a pour ce promis et promet payer, ou faire payer et 
délivrer la somme de deux mil huit cens frans monnoye courant en Bour- 
goingne, que luy seront payés en faisant led. ouvrage, et selon qu'iceluy 
maître Jean-Baptiste y ouvrera, fera ouvrer et y aura et entretiendra 
d'ouvriers. 

Promettans lesdites parties et une chacune d'elles, endroit soy, par 
leurs sermens pour ce par chacunes d'elles corporellement touchés sur 
saints évangiles de Dieu, ascavoir ledit maître Jean Baptiste faire, parfaire 
lesd. ouvrages et sépulture, ainsi que dit est, et déans led. terme, etc., 
et mad. Dame la Princesse payer lad. somme de deux mil huit cens frans 
ainsi et en la manière devant déclarée, etc., obligeant quant à ce tous et 
singuliers leurs biens, même iceluy maître .Jean-Baptiste son corps pour. 



280 COMIAD MEYT ET LES SCULPTEURS DE BROU. 

à faute de ce que dessus, estre conlraint par remprisonnenient el incarcé- 
ration d'iceluy, etc., submettant, etc. 

Fait et donné aud. Lons-le-Saunier en lad. église dud. couvent, sous les 
scels de Bourgoingne et Besançon, le huitième jour du mois de may l'an 
mil cin([ cens trente et un, presens honorables hommes maîtres Jean 
Balte, secrétaire de l'Empereur et de mad. Dame la Princesse, Antoine 
Lombarde, de Noseroy, et plusieurs autres témoins. 

Ainsi signé : Pauiset, avec parafe. 

CoUationnc aux oiiginaux par écuyer conseiller-secrétaire du Boy, mai- 
son, couronne de France. 

Signé : Tahox u'Augerans, 

(Copie (In (li\-huitièmr siècle, tirée des archires de la maison de Chalon. — Nouvelle 
acquisition, sitIc E. — Archires du Doubs,) 

VI-X. — Ci?if/ quittances données à Philiberte du Luxembourg pour 
travaux exécutés au tombeau de Philibert de Chalon j^ar les scupl- 
teurs Jean-Baptiste Mariotto {ou Mario), Florentin, Conrad Meyt, Fla- 
mand, et Aimé Quarrel, dit le Petit Picard, serviteur de Meyt, dans 
l'église des (ùordeliers de Lons-le-Saunier {total des quittances : 
548 /r. 10 gros 1/2). — Lons-le-Saunier, 5 octobre 1531-23ya«Dier 
1534. 

VI. — 5 octobre 1531. 

Honnorable homme Jehan-Baptiste, dit Mariot, florentin, confesse avoir 
heu et receu de haulte, très noble et puissante dame dame Philiberte de 
Luxembourg, princesse d'Orainges, par les mains de honnorable homme 
et saige messire Philibert Vieux, docteur es drois, bailli de madicte dame 
présent, etc.. la somme de deux cens frans monnoie contens, réaiment 
et de fait, en testons solz de Roy et aultre monnoie bien contée et nombrée, 
et ce pour et en déduction de ce que madicte Dame peult et pourra debvoir 
audict Jean-Baptiste, a cause de l'ouvrage qu'il fait de la sépulture de feu 
Monseigneur, de laquelle somme desdicts deux cens frans il est content 
et en quite madicte Dame et tous aultres, promectant, etc., obligeant, etc. 

Donné à Lons le Saulnier soubz Bourgongne et Besançon, le cinquième 
jour d'octobre l'an mil cinq cens trante et ung. Présens honnorable 
homme Guillaume Maignin le jeune et Jehan Prost, dit de Baulme, dudicl 
Lons le Saulnier, tesmoings. 

Signé : X. Devillers. 

(Original : Archires du Doubs. E. 1300. A. 211.) 



COXHAD MEVT ET LES SGLLI'TEURS DE I! H L . 2HI 

VII. — 24 octobre 1531. 

Honnorable homme Jeiian-Baptisle dit Mariot, florentin, confesse avoir 
lieu et reçu de haulte très noble et puissant dame dame Philiberle de 
Luxembourg, princesse d'Oranges, par les mains de honnorable homme et 
sage messire Philibert Vieux, de Lons-Ie-Saunier, docteur es droits, bailly 
de madicte Dame présent, etc., la somme de cinquante frans monnoie, 
bien comptée et nombrée et ce pour et en déduction de ce que madicte 
dame peult et pourra debvoir audict Jehan-Baptiste à cause dé l'ouvrage 
qu'il fait de la sépulture de feu Monseigneur, desquels cinquante frans 
ledict Baptiste est content et en quicte madicte Dame, promectant, etc., 
obligeant, etc., renonceant, etc. 

Donné audict Lons soubz Montmorot et Besançon, le vingt-quatriesme 
jour d'octobre l'an mil cinq cens trente ung. Présens, honnorables 
hommes et sage maistre Jehan Courvoisier, licencié es drois, et Katherin 
Mareschal dudict Lons, tesmoings ad ce requis. 

Si(jné : Deprelz. 

(Original .- .archives du Doubs. E. 1.309. A. 219-.) 

VIIL — 25 octobre 1533. 

Quictance de maistre Conrault de VIII" frans. 

Je maistre Conrault Meyt, imageur, confesse avoir receu de Madame» 
madame la princesse d'Oranges la somme de huil-vingtz frans monnoie, 
sur en tant moins déduction et rabat de ce qui me pourroit et pourra estre 
deu des ouvraiges pour la sépulture de feu Monseigneur le Prince, que 
Dieu absoille; laquelle somme est venue du recepveur de Chaslillon, et 
icelle prometz rabattre et deffarquer a madicte dame sur ce que dict est. 
Tesmoing mon seing manuel, cy mis avec celluy du notaire soubscript à 
requeste, le XXV^ d'octobre XV*^ trente trois, presens honnorables 
hommes et saiges maistre Philibert Vieux et Antoine Cact, docteur es 
drois, et Claude Noël, tesmoins. 

Signé : Boillardz. 

(Original : Archires du Doubs. E. 1309. A. 21tj.) 

IX. — 5 décembre 4533. 

Je Amey Quarrel, dit le petit Picart, serviteur de maistre Conrrault 
Meyt, tailleur d'ymages, certiffie avoir receu de madame madame la prin- 
cesse d'Oranges, etc., présente, etc., la somme de quatre vings cin([ frans 
quatre groz et demy monnoie, sur et en tant moings de ce que sera deu 



28-2 LE MUSEE JEAN GIGOUX. 

audict Coiir.iiild à raison des yniages de la sépulture qu'il faict pour 
madicle Dame : lesquels IIII"V frans IIII gros et demy je promectz luy 
desduire et faire desduire sur ce que dessus, soubz mon nom et le seing 
du notaire soul)script cy mis, à Xozeroy, le V'' de décembre X\ "^ XXXIIl, 
présens, monsieur Philibert Vieux, Jacques Terrier et autres. 

Signé : Amé Quarel, dit le petit Picart, 
Signé : Rate. 

(Copie : Archives du Doubs. E. 1309. A. 218.) 

X. — 2'^ janvier 1534. 

Je Conrauld Meyt, tailleur [d'ymaiges], cognois et confesse avoir eu et 
receu de haulle, très noble et puissante dame, dame Philiberte de Luxam- 
bourg, princesse d'Oranges, etc., absente, le notaire soubsigné stipu- 
lant, etc., la somme de sept vingt treze frans et demy monnoie, sur et 
en tant moings de ce que m'est et pourra estre [deu] pour la façon des 
ymaiges de la sépulture de feu monseigneur monseigneur le Prince, etc., 
à Lons le Saulnier. Desquelz sept vingt treze frans demi je suis contante, 
la quicte et promectz les lui desduire sur ce que dessus, promectant, etc., 
obligeant, etc., renunceant, etc. 

Donné à Lons le Saulnier, le XXIIP jour de janvier mil V' trente trois, 
présens, maistre Odot Roy, chanoine de Nozeroy, [Amey Quarrel] dict le 
Picart et Claude Le loyer, escuier, tesmoings, etc. 

Signé : R.ate. 

(Copie : Archires du Doubs. E. 1309 A. 218.) 



XIV 



LE MUSEE JEAN GIGOUX 

& BESANCON 



Dans la pléiade romantique des peintres de 1830, le nom de 
Jean Gigoux n'est pas l'un des moindres, et s'il n'a pas brillé 
tout à fait au premier rang^ ses toiles historiques, ses tableaux 



LE MUSEE JEA\ GIGOLX, 283 

(l'éjjlise OU de genre, ses portraits enfin ont occupé longtemps lu 
critique et mérité la vogue '. S'il atteignit dès 1835 l'apogée de 
son talent en peignant la Mort de Léonard de Vinci, restée juste- 
ment célèbre, son pinceau fécond a produit de 1828 à 1892 une 
œuvre considérable, et son crayon habile et consciencieux laisse 
nombre de lithographies charmantes ou d'illustrations composées 
pour des livres de gravures "-. 

Le succès et la fortune n'avaient point gâté ce laborieux fils 
d'artisan, dont l'amour filial, loin de rougir de l'atelier de maré- 
chal ferrant où il était né, entourait ses vieux parents de soins 
délicats, après les avoir immortalisés par des portraits superbes; 
son cœur, passionnément attaché à sa ville natale, en a fait l'héritière 
presque universelle de collections d'art patiemment amassées. Ce 
legs princier de quatre cent quarante-cinq tableaux et de trois mille 
dessins de toute date et toute école, venant accroître le patrimoine 
artistique d'une province justement fière de ses sculpteurs et de ses 
peintres, assurera à jamais à Jean Gigoux la reconnaissance de ses 
concitoyens. Besançon a installé d'une façon digne d'elle les collec- 
tions léguées par le peintre franc-comtois ; on en prépare le cata- 
logue ^ mais en attendant qu'il paraisse je voudrais, dans un rapide 
aperçu, faire connaître quelques-uns de leurs trésors, et rendre 
ainsi au vieux maître, qui m'honora d'une bienveillante amitié, 
un hommage auquel il eût été sensible. 

Quand la mort le frappa le 11 décembre 1894, à Paris, dans ce 
petit hôtel de la rue de Chateaubriand, fréquenté par une élite 
d'artistes, d'écrivains, de compatriotes et d'amis, ses dispositions 
généreuses étaient prises; dès 1879, il s'était dessaisi au profit de 
Besançon de cinq cents dessins de maîtres et de quatre cents litho- 
graphies, premier acompte de ce qu'il lui destinait; un testa- 
ment du 16 juin 1883 lui assura le surplus de ses collections. 

Empruntées à plus de deux cents peintres différents, formées 
pièce à pièce et au hasard, quelquefois très heureux, des encans 

' \é à Besançon, le 6 septembre 1806, sur la place des Maréchaux. Jean Gigoux 
est mort à Paris le il décembre 1894, rue de Chateaubriand, 17, 

- Voir la substantielle Notice sur Jean Gigoux, ses œuvres et ses collections, 
par M. A. Estigxard. Besançon, 1895, in-S» de 143 pages, avec 22 pliotoly- 
pies. 

^ M Paul Lapret, peintre, exécuteur testamentaire et légataire universel de 
Jean Gigoux, avec la collaboration de l'auteur de cette notice. 



■■284 LE MLSKE JE A IV GIGOLX- 

et des ventes publiques, elles possèdent des morceaux de yrand 
mérite, qui ne seraient déplacés dansaucune des galeries célèbres. La 
majeure part des tableaux est de valeur réelle et d'orifjine indiscu- 
table ; le surplus, copies anciennes et de bonne main, originaux 
qui ont perdu leur nom, esquisses étudiées, tableaux inachevés, 
pochades d'inconnus, offre un intérêt de curiosité, un objet d'étude 
d'où se dégageront à la longue nombre d'enseignements ou de 
renseignements. 

Dans ces quatre cent quarante-cinq tableaux, toutes les écoles 
sont représentées, anciennes, modernes ou contemporaines ; et 
d'abord l'École française. 

Un seul tableau du seizième siècle, une copie de François Clouet, 
le portrait de Cbrétienne de Danemark, duchesse de Lorraine, 
a surtout une importance historique, mais il supplée du moins à 
l'absence d'un original, aujourd'hui perdu ' ; les toiles du dix- 
septième siècle deviennent heureusement nombreuses. De Simon 
Vouët une exquise composition : Sainte Madeleiîie mourante, soute- 
nue jjai' deux ant/es ; la pâleur des chairs, l'expression intense d'un 
regard qui s'éteint sont d'une exécution parfaite ; l'œuvre est connue 
d'ailleurs, grâce au i)urin de Claude Mellan, dont le Musée Gigoux 
possède du reste un tableau de piété '-. Une Visitation, une Sainte 
Famille de Vouët % deux grandes allégories de Lesueur, une Minerve 
et une Fortune décorant jadis l'hôtel Lambert *, nombre d'esquisses, 
copies ou œuvres possibles de Claude Lorrain et du Poussin % une 
Sainte Famille de Sébastien Bourdon *, coudoient quatre portraits 
de Largillière : un abbé, un magistrat, deux dames de la cour. De 
ces dernières, une qui dépasse la quarantaine à cette grâce suprême 
qu'outre la naissance, l'intelligence et la bonté donnent, à défaut 
de la beauté où de la jeunesse. Grande distinction du reste, merveil- 

' Sur le panneau même, au-dessus de la tête de la duchesse, ces mots devenus 
presque illisibles : la mère dv kev dvc et de celvv qvi est a présent, en lettres 
jadis dorées. Au dos, cette cote d'un inventaire du début du dix-septième siècle : 
Chrestienne de Daun'emark] fille de Christierne roi de Da}i>i[e>nark] et d'Eli- 
sabeth d'Austriche setiiir de l'empereur Charles-Quint, veiifve de François duc 
de Lorraine et de Bar. numéro 40. — W 338 provisoire. 

- Un saint Jean, n° 322. 

3 Vouët, n^s 471-474. 

* Lesueur, n"' 295-300. 

5 Lorrain, n"' 307-309; Poussin, n"' 361-373. 

fi Bourdon, n" 41, 



l.E M USEE JEA.V G 1 G U X • og-, 

leiix ilolails tic coiffure, de draperies et de denlelJes, ne nuisant 
en rien à l'expression du visage, dans cette œuvre exceptionnelle '. 

Trois portraits^ d'inégale facture, appartenant à Rigaud : un 
cardinal de Polignac, un peu terne, qui fut gravé par Brevet; un 
président au parlement de Paris, de figure légèrement poupine; 
un Regnard dont le visage et les mains,le costume, les dentelles et le 
manteau bleu sont traités avec une maestria surprenante -. Un 
Père de l'Église de Sul)leyras% une jolie tète de jeune fille de 
Greuze *, deux groupes d'Amours (de Boucher) % un Louis XV de 
Nattier'', quelques pastels de Chardin, dont l'un, daté de 1776, est 
la copie du portrait fameux de la mère de Rembrandt ' ; un 
Christ avec la Madeleine, de Drouais^ une Vieille femme de 
Lépicié °, une autre de Lenain '", des natures mortes d'Oudry et 
de Jeaurat, voilà ()our le dix-huitième siècle. 

L'art contemporain est de beaucoup le mieux partagé. J'indi- 
querai seulement vingt tableaux de Jean Gigoux lui-même, quoique 
deux ou trois : le portrait de sa mère, celui de son père, ce vieux 
maréchal ferrant dont l'artiste avait été l'apprenti et s'en glorifiait, 
soient de petits chefs-d'œuvre ", car devant des hôtes le maître de la 
maison doit toujours s'effacer. Place à ses contemporains, à ses 
maîtres, à ses amis. David est représenté dans la galerie par trois tètes 
d'étude destinées au Serment du Jeu de paume '- ; Roilly, par Un 
Incroyable ' ^ ; Prudhon, par une Innocence poursuivie par le Vice ' * ; 
Géricault, par nombre d'études, soldats ou marins de la Méduse^^; 
Redouté, par des Fleurs '"•, Gérard, par un solide portrait du bon 

' Largillière, n»* 284-287. 
- Rigaiid. n°» 391-:393. 
' Subleyras, n° 427. 

* Greuze, n" 214. 

* Boucher, n"* 39-40. 
•■' \^attier, n" 341. 

" Chardin, n°* .59-63. 

** Drouais, n° 107. 

9 Lépicié, n° 292. 

'" Lenain, n»» 290-291. 

" Gigoux, n'^ 171-188. 

'■^ David, u»» 93-95. 

" Boilly, n" 26. 

'* Prudhon, n»' .377-.378. 

'5 Géricault, n" 1.59-169. 

"■" Redouté, n» 282. 



286 LE MISEE JEA.\ GIGOUX. 

Diicis ' ; Ingres, par un portrait de Dcsdehans"; Delaroche, par une 
figure nue dans une vasque '. Voici à pleines mains tous les paysa- 
gistes: Decamps, Alarilhat, Corot, Noyon, Cabat, Courbet, Théodore 
Rousseau, Baron, Français, les gloires de notre incomparable école. 
Le genre coudoie le portrait: les deux Joliannot, Ferdinand Perron, 
Granet, Léopold Robert, Aleissonier, Dubufe et bien d'autres, et 
au milieu de toutes ces toiles si variées, d'aucuns diraient presque 
disparates, un magistral portrait de Gigoux, signé Donnât, mais qui 
se passerait presque de signature, immortalisant les traits énergi- 
ques du généreux donateur ^. 

A C(Mé des primitifs des treizième, quatorzième, quinzième siècles 
suffisamment nombreux, l'École italienne abonde en intéressants 
documents et en précieuses épaves. Jugez-en par ce Masaccio, un 
jeune gentilhomme avec cette devise que le temps a presque effacée 
d'ailleurs: el texpo coxsvma % par cette copie ancienne de Boni- 
fazio (une Vierge aux saints)", ce Borgognone, cette Sainte 
Famille de Lorenzo di Credi, cette Vierge à V enfant de Crivelli ", 
ces trois toiles du Guerchin%ce Christ au tombeau de Sodoma', 
un Saint Jean-Bajjtiste du Corrège '", des portraits de Giorgione ' ' . 
Du Titien, voici le portrait, qui semble bien authentique d'un 
duc de Ferrare, dont la tête est énergique et expressive, malgré son 
teint maladif et le sombre aspect d'un décor poussé au noir '* ; du 
Tintoret cinq portraits en quatre toiles. La première montre toute 
une famille patricienne, père, mère, fils et fille, traités avec cette 
robustesse et cette suprême élégance que l'illustre maître savait 
donner à toutes ses figures ; la seconde, un jeune gentilhomme dont 
les traits fins, le regard vif, se détachent vigoureusement sur un cos- 
tume de soie doublé de fourrures ; les deux autres, deux sénateurs 

* Gérard, n- 158. 
s Ingres, n" 255. 

3 Delaroche, n" 100. 

* Donnât, n"' 30-31. 
5 Masaccio, n" 319. 

* Borgognone, n" 37. 

' Crivelli, n" 88. / 

8 Guerchin, n" 218-220. 

9 Sodoma, n'' 423. 

•" Corrège, n°* 75-76. 
u Giorgione, n»' 189-193. 
'-' Titien, n"' 451-457. 



I.K MISEE JEA\ GIGOLX. 281 

vénitiens, en huste, aux yeux plus ardents que leurs robes rouges 
en velours frappé'. Ajoutons à cette liste déjà longue des tableautins 
ou des tableaux d'Annibal Carracbe, de Tiopolo, du Baroccio, de 
Guardi, et une esquisse très vivante de Samson et Dalila du Véro- 
nèse, et l'on conviendra que, pour un romantique, Gigoux avait su 
faire à Tltalie une large part dans ses justes admirations. 

Cbez nous, tableaux allemands et tableaux anglais surtout ont 
toujours été rares; notre collectionneur semble avoir voulu réagir 
contre cette manière de voir. Parmi les Allemands de bonne et vieille 
date, son maître préféré, après Holbein,dont il n'avait pu se procu- 
rer que deux fragments de médiocre importance', était Cranach, 
dont voici cinq panneaux. Cranach, à côté d'un dessin naïf, possède 
une grande finesse d'expression et un coloris des plus remarquables, 
témoin cette Naïade couchée, couverte d'une ceinture en gaze trans- 
parente, dont le sommeil et les charmes sont protégés par cette 
inscription : 

FONTIS NYMPHA[e] SACRI SOMi\f[l]VM NE RVMPE QVIESCO ^ 

Témoin cette Lucrèce qui se perce le sein devant une draperie 
de velours * ; cet Adam et cette Eve que Lucas Cranach a si 
souvent répétés ' et, par-dessus tout, cette œuvre très originale et très 
vivante, dégagée de la formule un peu surannée des autres compo- 
sitions, où l'on voit un vieux Mardochée présentant requête amou- 
reuse à une courtisane pleine de séductions, aussi dorées que son 
costume ". Aldegraver avec son portrait de Philippe, évêque de 
Spire et prévôt de Wissemburg, mâle, rude et consciencieuse pein- 
ture'', mais surtout Schorel, avec une figure de jeune femme, 
tiennent la place d'honneur parmi les meilleurs morceaux de 
l'École allemande, Schorel a peint une Allemande du Nord au type 
fruste, mais intelligent, dont l'àrae se révèle, vibrante, sous son 
bonnet de lingerie empesée tel qu'en portent encore à présent les 
Dalécarliennes; le coloris est sobre, mais d'une justesse étonnante, 

* Tintoret. 

-Holbein, n- 240-241. 
^ Cranach, n" 85. 

* N" 84. 

* N" 83. 

^ Granacli, n" 82. 
'' Aldegraver, n" 1. 



288 LK MIJSKE ,1 E A X GIGOUX. 

les chairs iruiic tonalilr parlaile, le lointain de paysage délicieux 
de fraîcheur, le coslunie sévère du seizième siècle hien en valeur; 
l'œuvre, si elle était au Louvre, mérilerait une place dans un 
second Salon carré '. 

Gigoux a eu la main heureuse dans le choix des maîtres anglais. 
Regardez plutôt ce Moulin de Constable, où tout est moussu, ver- 
dàtre et lumineux. Bâtisses, arbres, vieux murs tapissés de lichens, 
eau stagnante et profonde, tout est rendu avec une vérité étonnante 
et séduit quiconque peut vivre en communion d'idées avec le 
peintre, dans une gamme mélancolique. Voyez encore ce second 
tableau à l'horizon nuageux où les plans se succèdent et où la poésie 
s'étend, diffuse, sur un décor de paysages qu'aucune figure ne 
vient compléter'; de Gainsborough, de Turner, qui reste pour ses 
compatriotes le véritable géant des tempêtes, voici de calmes 
paysages, des lacs bleus, des horizons recueillis \ D'Hogarth, le 
peintre de caractères et de genre, chez qui l'idée, plus vigoureuse et 
plus souple que le pinceau, apparaît et conduit au delà, trois beaux 
tableaux dont deux portraits *. Une grande toile, qui, dans une 
ville horlogère comme Besançon, aura grande chance de plaire, 
nous montre un rajah avec sa suite visitant à Londres la boutique 
d'un horloger; la peinture est médiocre, mais la composition 
charmante et pleine de spirituelles figures et d'élégants contours. 
Un des portraits aux traits irréguliers rappelle, quoique ce, soit un 
portrait d'homme, la délicieuse Sh7'iînp Girl delà Xational Gallery, 
au charme si étrange et si pénétrant ^ D'un Intérieur de Wilkie**, 
passons aux deux perles anglaises de la collection Gigoux, deux 
portraits de Thomas Lawrence \ L'un est celui du duc de Riche- 
lieu, d'allure vraiment magistrale, supérieur à une réplique que 
l'Angleterre possède; l'autre est celui de la très gracieuse duchesse 
de Sussex, qui, malgré ses cheveux rouges, sa toilette disgracieuse 
de la Restauration, la présence d'un kings-Charles qui lui sert de 

' Schorel, n" 418. 
- Constable, n"' 70-71. 
' Turner, n" 463; Gaiiisl)oroiigb, u" 155. 
'^Hogartli, n- 237-239. 

î' La fille aux crecettes, d'Hogarlli {Shrimp Girl), porte le n° 1162 de la 
National Gallenj . 
« Wilkie, n» 479. 
' Lawrence, n«' 288-289. 




i'ianchp \II. 



l'a-je 28S. 



I.A \IKKE DES C.iROMDEI.ET 

l'flR i:v PF. ixTiii: iiiî M Al. IX lis, vi;rs ir)2r> 

(Mok/'P Jpan (îijjonx, à lîc'sancon. 



LE MLSKK JEAM GIGOUX. 289 

contenance, lutte avec tout l'avantage d'un teint charmant et de 
superbes épaules pour Thonneuret la primauté d'Old England. 

L'esp rit éclectique de Gigoux avait des tendresses pour l'Ecoie espa- 
gnole et pour sa merveilleuse couleur. Murillo, Zurbaran, Ribéra, 
Herreraet Goya la représentent très honorablement dans son Alusée. 

Zurbaran, par une Fuite en Egypte^; Murillo, par un Saint 
Ignace en extase, d'une expression surhumaine et d'un coloris 
étonnant*. Un hidalgo d'Herrera à rouge et dégoûtante face est d'un 
naturalisme prodigieux; quatre Goya, dont deux scènes de canniba- 
lisme : la Mort de V archevêque de Québec^ sont d'une verve et 
d'un inouïsme surprenants ^ Mais la palme reste au Ribéra, dont 
le Saint Sébastien mourant d'un sentiment indicible, le Saint 
Jérôme, le Saint Pierre {vans^oviewi Tàme dans des régions qu^un 
art infiniment supérieur peut seul atteindre ^ ; ces toiles de premier 
ordre, le portrait d'architecte qui les accompagne suffiraient à 
enorgueillir une collection. 

Les Flamands et les Hollandais affluent nombreux dans une 
incroyable variété de portraits incomparables des seizième et dix- 
septième siècles, de scènes de genre, de patientes miniatures de 
fleurs, d'intérieurs de cabaret, de natures mortes des dix-septième 
et dix-huitième siècles. De Bruxelles à Anvers, de Delft à Dor- 
drecht, tableaux de toute dimension s'amalgament par douzaines. 

De l'Ecole de Van der Weyden, quelques tètes superbes ^; de 
Quentin Aletzis, une Vierge délicieuse ' ; d'un peintre inconnu de 
Malines, un portrait de dame dont le blason m'a fait reconnaître la 
mère des Carondelet ^; de Ferdinand Bol, un portrait de vieillard 
digne du Turenne de Philippe de Champaigne qu'on va saluer à 
Munich*. De Rubens, nombre d'esquisses ou de copies anciennes' ; 
de Jordaens.son portrait et celui de sa femme, puis Mars et Vénus, 
un soudard secouant tendrement une plantureuse commère dont la 

' Zurbaran, n" 483. 
- Murillo, n» 339-3 VO. 
^ Goya, n"' 197-200. 

* Ribéra, n ' 387-390. 

* Van der Weyden, n ' 476-478. 
« Metzis. n" 324-325. 

" Anonyme de Malines, n° 244. Voir, ci-dessus, planche XII. 

« Bol, n» 27. 

" Rubens, u"' 484-512. Voir, ci-après, planche XIII. 

19 



290 LE MUSEE JEAN GIGOUX. 

teint « pétri de fromage et de confitures de groseille « (comme 
disait Taiue il y a trente ans dans cet hémicycle où je l'écoiitais 
recueilli) excite ses amoureux désirs'. Après un portrait exquis dû 
aupinceaiide VanCculen '.voici des fleurs, desfruits de Van Bayeren, 
des vaches de Klomp, des cavaliers de Van der Mculen et deWou- 
vermans, un portrait de Terhurg, un Intérieur de Van Oslade, 
d'autres portraits de Franz Hais, de Van Schupen (une tète de 
chanoine digne du Luti'in), de Govaert Flinck, une Hôtellerie de 
Cuyp, un coucher de soleil de J. Both où l'on ne sait qu'admirer 
davantage, du paysage, des figures à cheval ou de la lumière douce- 
ment et harmonieusement filtrée. Qu'on me laisse citer encore des 
tabagies et des paysans de Brauwer, des natures mortes de Snyders, 
des paysages de Van Asch, un Intérieur de Witt, et mettre presque 
au premier rang, quoique ce soient de simples natures mortes, 
les tableaux exquis de Van Héda : orfèvreries chatoyantes avec 
leurs reflets d'or et d'argent, vins des Canaries ou de Xérès scintil- 
lant dans des coupes â panse ventrue, citrons en pelure, pâtés 
éventrés, traités avec l'art consommé d'un dessinateur et d'un 
coloriste impeccable, et j'aurai fini des Flamands et Hollandais. 

Dans cette rapide esquisse, je me suis borné aux peintures, et je 
n'entr'ouvrirai pas aujourd'hui, même pour y révéler des Durer, 
Jes Holbein, des Léonard ou des Rubens, les portefeuilles où 
dorment trois mille dessins de toute école. 

J'en ai dit assez, toutefois, pour démontrer ce que j'exprimais au 
début, c'est que les collections léguées à Besançon par Jean Gigoux 
sontd'une haute valeur artistique. Au milieu de ses propres œuvres, 
au milieu des trésors d'art recueillis par sa persévérance et son 
labeur, distribués par sa générosité, un buste du Maître, que son 
héritier va pieusement consacrer à sa mémoire, pourra regarder 
fièrement l'avenir et attendre, de la postérité, l'hommage perma- 
nent d'un reconnaissant souvenir. 

Jules Gauthier, 

f Arclliviste duDoubs, commissairedelaSociëté 
franc-comtoise des Beaux-Arls, membre 
non résident du Comité des Sociétés des 
Beaux-Arts des départements, à Besançon. 

> Jordaens, n«* 263-269. 
- V^an Ceulen, n" 89. 




Page 2'.I0. 



MARS ET VEMUS 

Ai.MiGoitii; i: r vuii n'axvHRS, pak f. -r. niniEvs 
(Musée Gi^ous. à ttesancoii.) 



LES COXKADE 2t>I 



XV 



INTRODUCTION DES FAIEXCES D'ART A XEVERS 
LES CONRADE 

Le nom des Conrade domine, incontestablement, l'histoire 
artistique de la ville de Nevers de la fin du seizième siècle au com- 
mencement du dix-septième siècle. 

Par contre, son éclat rejaillit sur une grande ville de Normandie : 
sur Rouen. Ces faits sont connus par les publications de M. du Broc 
(le Segange à Xevers et de M. Poltier à Rouen. 

Aussi nous dispenserons-nous de nous étendre sur ce sujet. 

Ce qui va faire l'objet de notre étude, c'est de reculer la date 
connue de l'introduction des faïences. M. du Broc de Segange n'a 
pas tiré tout le parti utile de ses documents; nous le ferons, en 
y ajoutant de nouveaux documents encore inédits. 

L'historien nivernais avait plus d'une bonne raison pour traiter 
le sujet des faïences; il possédait, nous dit-il, un dossier relatif à la 
famille Conrade. 

Le 22 février 1640, son arrière-grand-oncle avait été parrain 
d'une fille Conrade. Puis le 14 juillet 1733, dit-il, une pétite-fille 
d'un Conrade, Marie-Catherine Bianki, épouse François du Broc. 

Voilà évidemment un auteur qui tient à faire une excellente 
biographie de la famille des Conrade. Ajoutons même qu'il l'a faite 
avec la plus grande impartialité; combien d'autres auteurs, sur ce 
sujet, se sont départis de cette impartialité, malgré des preuves 
irréfragables contre leurs thèses! 

C'est en 1602 que, pour la première fois, M. du Broc trouve sur 
les registres de paroisse le nom des trois artistes : Augustin, 
Baptiste et Dominique. 

Dès lors il s'attache à leurs pas au travers des états civils et ne 
les quitte plus. Il cherche leurs titres qui sont : sculpteurs en terre, 
tnaistrepothie?'j maistre en vaisselle, noble Seigneur!.., Ce dernier 



292 LES COiXRADE. 

titre rctonne,sans doute, et, sachant qu'ils sont d'origine italienne, 
il écrit au chevalier Promis, bibliothécaire du Roi à Turin. 

Par ce dernier, il sait que celte famille appartient à la noblesse 
de Savone sous le nom de Coi-adengus. 

Le voilà en veine, il cherche et trouve les lettres de naturali- 
sation données par Henri III, en janvier 1 578, lesquelles portent les 
armoiries des Conrade; il en donne copie. Il sait qu'ils sont natifs 
d'Albissola, village sur la mer, tout près de la ville de Savone sur 
la rivière de Gènes; mais n'ose parler de leur parenté. 

Il trouve et transcrit un brevet de faïencier du 20 août 16M, 
puis une lettre de provision de par le Roy ; enfin un certificat 
attestant que Tun de ses membres est gentilhomme de la maison 
du roi de France. Passeport et contrats, toutes les pièces défilent 
en entier sous sa plume. C'est avec satisfaction qu'on sent le 
bonheur de l'auteur cataloguant chaque document. 

* 

Mais l'état civil lui a donné d'autres révélations. Gabrielle Pan- 
seron, la femme de Baptiste, lui donne sept enfants : 

Son aîné, Augustin, devient premier médecin de la reine de 
Pologne; il est seigneur du Marest; le troisième, Charles, a pour 
parrain et marraine le duc et la duchesse de Ncvers;la cin(|uième, 
.leanne, épouse Hyacinte de Bianki, grand trésorier de Pologne; 
la sixième épouse Henri de Bolacre. 

Si Augustin n'a aucune postérité, M. du Broc n'a pas pu, non 
plus, trouver le nom de sa femme, qu'à tort il appelle Françoise 
Conrade '. 

Mieux renseigné avec Dominique dénommé gentilhomme , il 
indique trois enfants nés de sa femme Henriette Samadet : le 
second de ses enfants est qualifié de noble faïencier ordinaire et 
gendarme de la Reyne ; de faïencier de la maison du Roi et bri- 
gadier de chevau-légers de la Reyne. 

Tels sont les trois chefs de famille que nous présente M. du 
Broc avec une bien légitime satisfaction. Aussi indique-t-il les 



' Corad, Corade, Conrad, Conrade, Corrado, etc., sont cités indistinctement dans 
les mêmes actes quelquefois. 



LES CONRAD E. 293 

dates où ces noms se renconlrent depuis 1602, la première pour 
lui : 

Pour Baptiste, les 11 août 1602, 8 octobre 1604, 17 octobre 
1606, 8 septembre 1608 et 24 janvier 1613. 

Pour Dominique, les 12 juillet 1602, 8 avril et 3 novembre 
1604. 

Pour Augustin, il ne trouve qu'une seule date, le 11 août 1602. 

Voilà certes une biographie qui semble complète, et pourtant 
rien ne décide l'auteur à donner le degré de parenté de ces ar- 
tistes. 

Peut-être eût-il pu, du moins, faire ressortir le nom d'Augustin 
à l'aîné des fils de Baptiste, faisant présumer un parrainage et les 
bonnes relations entre eux. Il s'en abstient. 

Lorsque M. du Broc aborde l'importation de la faïence à Nevers, 
il devient contrarié et perplexe. On sent qu'il voudrait attribuer 
cet honneur aux Conrade, et, avec regret, il le donne à un autre : 
à Scipion Gambin!... 

Et puisque son honnêteté l'y oblige, il donne l'état civil suivant : 
« 1592, le 28 du môme mois (avril) fut baptisé Scipion fils de 
Jehan Malicieux et Perrette Galopin, ont été parrains Scipion 
Gambin (Pothier) et Henri Vanon; sa marraine : Marie Micot. 

« Signé : Journaux. « 

Et l'auteur ajoute — (ah ! que l'on sent bien qu'il est navré !) : 
— « Pendant dix ans on ne trouve plus le nom de Gambin, ni 
d'aucun potier. » 

Mélancoliquement il écrit : ^<- Scipion Gambin, en tout état de 
cause, doit être considéré comme le premier importateur de la 
faïence à Nevers ' !... » 

Mais aussitôt M. du Broc se rattrape de cet aveu : « Nous ne 
pensons pas, dit-il, qu'on puisse lui attribuer l'initiative de cette 
grande fabrication célèbre à la fin du règne de Henri IV '. u 
Eh bien, que son àme tressaille d'aise, il vient de pressentir la 
vérité, ainsi que la réhabilitation de ses parents les Conrade. 

Et cette réhabilitation pourra vous paraître aussi complète 
qu'à moi. 

' Voir DU Broc, t. I, p. 58. 



294 LES COIVRADE. 



Il aurait été bien étrange, en effet, que Gambin, important la 
faïence à Nevors, eût une si grande obscurité, et que les Conrade 
en eussent eu tant d'honneur à son détriment. Quoique encore de 
nos jours ces choses-là se voient trop souvent, il est inadmissible 
de les garder sans preuves, ainsi que Ta fait M. du Broc de Ségange, 
Gambin n'était qu^un ouvrier de Conrade. Voilà l'opinion que 
j'espère vous faire partager. Dès à présent retenons un fait brutal : 
en 1592 il se faisait de la faïence à IVevers. 

De Thou, historien contemporain des Conrade ', écrit : « On 
raconte qu'un Italien qui avait accompagné en France un duc du 
Nivernais aperçut, en se promenant aux environs de Nevers, la 
terre de l'espèce dont se faisait la faïence en Italie. Il la prépara 
et fit construire un petit four où fut fabriquée la première faieivce 
EN France... " 

Cette assertion n'est pas mise en doute par un célèbre auteur 

anglais, Marryat, et jamais on n'a mis en doute de Thou sur les 

faits qu'il avance, lorsque ces faits n'ont pas un caractère religieux. 

Mais n'est-il pas, en notre pays, dans les habitudes de rechercher 

la vérité chez les nations rivales? 

Nous allons en trouver, ici, une nouvelle preuve. Marryat est 
affîrmatif, il fait mieux, il exhume la dédicace d'un auteur niver- 
nais, inconnu dans son pays, qui en 1590 fit une brochure en 
latin dédiée à : 

« L'Illustre prince Lodovico de Gonzague, duc du Nivernais et 
de Rethel. « 

Cet auteur s'appelle Gaston Claves; voici la traduction de sa 
dédicace : 

tt Parmi les hommes qui procurent la célébrité aux villes, il 
faut compter les ingénieux artistes en toute sorte d'art. C'est ainsi 
que les artistes habiles dans le travail de la verrerie, de la poterie 
et de Yémaillure, appelés par vos ordres et attirés par l'immunité 
des impôts, ont su produire d'excellents ouvrages non moins utiles 
à nos concitoyens (\n admirables aux yeux des étrangers. » 

' Né en 1553, mort en 1617, a fait l'histoire de son temps, de 1546 à 1607. 



LES CO IV RADE. 295 

Je me demande comment cette dédicace, donnée par M. du 
Broc, n'a pas éveillé son esprit affiné. 

a Des artistes d'art , ingénieux et habiles en poteries... d'ex- 
cellents ouvrages admirables pour les étrangers!... « 

Mais c'est l'industrie dévoilée en plein succès, en pleine prospé- 
rité, par un auteur qui décrit ce qu'il voit, qui vit dans ce 
milieu.... La concordance entre de Tliou, historien à Paris, et 
Gaston de Claves, à Nevers, est absolue. C'est la vérité confirmée 
par l'Anglais Marryat. 

Mais retenons ce fait, deux ans avant que Gambin signât comme 
témoin, en 1590, Nevers avait des faïences et des faïenciers. C'est 
le fait indiscuté et indiscutable. Et de Gambin importateur, nous 
pouvons facilement nous affranchir. 

* 
* * 

Depuis peu de temps je possède des notes au crayon qui, dès 
l'abord, n'avaient pas attiré mon attention'. 

Ces notes, fort incomplètes et quelquefois énigmatiques, m'ont 
engagé à vérifier ce qu'elles renferment et à faire d'autres recher- 
ches; c'est par ces dernières que je pense jeter un jour particulier 
sur le problème que je viens de poser. 

Augustin, Baptiste et Dominique sont trois frères, nous le ver- 
rons. Ils sont originaires d'Albissola où était encore leur mère, 
en 1608. 

En effet, pour Dominique, les lettres de naturalisation de 
Henri 111 nous disent qu'il est d'Albissola. 

Mais Baptiste est aussi d'Albissola, en voici la preuve : avec son 
frère Dominique, dit un acte, ils iront voir leur mère : « Le 24 dé- 
« cembre 1608, par devant Pelle, notaire, comparaissent hono- 
« râbles hommes Baptiste et Dominique Corade frères, maistres 
« pothieis en œuvre blanche et aultres coulleurs. 

« Baptiste demeurant à Nevers et Dominique à S*-Esloy sciem- 
" ment l'nng l'aultre iront à Gènnes en Italye leurs pays, voir leur 
Il mère et parents. 



' Ces notes n'ont aucun nom d'auteur; je crois pourtant qu'elles ont clé faites 
par feu Bouveault. 



296 LES CONRADE. 

« Ils accompliront certains vœux ensemblement. Ils ont promis 
« et seront tenus ensemblement partir de cette ville dans Pasques 
~« charnels prochainement venant et ont y ceulx Corade de ne se 
tt point laisser, quitter, ni abandotmer l'ung Taultre. En cas de 
'i refus de l'une des parties ou huit jours après pour tout délays, 
't celui qui refusera sera tenu de payer et bailler à l'aullre, celuy 
« qui fera le voyaige la somme de trente livres tournois 

« S'est le dit défaillant engagé corps et bien. 

« Ont signé deux témoins, Corade et le juré : notaire Pelle. 5» 

Cette pièce nous apprend formellement que Dominique et Bap- 
tiste sont frères, qu'ils ont encore leur mère près de Gênes et des 
parents; qu'ils avaient leur habitat distinct, et que, quoique faïen- 
ciers à Nevers, Dominique habite Saint-Eloi : à six kilomètres de 
Nevers et près des ducs de Nevers qui avaient résidence au même 
endroit. 

D'où découle naturellement qu'ils travaillaient ensemble. Recon- 
stituer cette association est élémentaire. Par les lettres de naturali- 
sation on sait que Dominique, depuis sa prime jeunesse, est au 
service de l'armée française; qu'il est resté le compagnon d'armes 
du duc de Gonzague. Il est donc surtout soldat, homme d'armes, et 
non faïencier. 

Ce dernier titre appartient à ses frères. Quant à lui, avec la suite 
du duc de Nevers dont il fait toujours partie en 1608, il vient dans 
cette ville. Voilà bien les faits historiques selon de Thou expliqués. 
Et maintenant commentons : Ses frères, faïenciers à Savone, vien- 
nent voir Dominique, qui leur attire les bonnes grâces du prince. 

Cette bonne grâce n'est-elle pas naturelle? Le duc est Italien, il 
accueille ses concitoyens et connaît la faïence artistique d'Italie. Il 
sait que cette industrie lui apportera de la gloire et de la fortune 
dans son duché. 

C'est le fait que nous allons voir se compléter par une renais- 
sance architecturale dans l'église des Minimes, que la ville de Nevers, 
avec nos prétentions de connaisseurs, vient de détruire il y a 
encore peu de jours, et par une pièce très importante encore iné- 
dite des Archives communales — A. A. 26 — 1611-1670, archives 
Brisson — : une donation du 16 mai 1611, par Augustin Corrade. 

K Honorable homme Augustin Corradè, maistre pothier en 
(i œuvre blanche et dame Francisque de Bouaigue, sa femme, 



LES C ON RADE. 297 

« déclarent qu'ils ont été naturalisés par le Roi depuis qu'ils sont 
« en France. 

a Mais qu'ils sont natifs d'Italye et demeurent dans la ville de 
u Nevers depuis plls de vingt-sept ans. 

Il Ont signé les témoins : Honorable homme Loys Maraudât — 
'< Guy Chaslenier, potliiers. « 

D'autre part, nous avons trouvé joint à cette importante pièce 
auv archives communales l'inventaire du 28 septembre 1612 
fait après décès de Conrade, c'est la mise à exécution de la do- 
nation. 

Elle est de l'étude Pellé, notaire de Conrade, elle appelle le 
défunt le seigneur Augustin Conrade niaistre pothier, demeurant 
rue de la Tarlre, paroisse S' Laurent. 

Les appréciateurs (experts) se nomment Jules Gamhin, maistre 
pothier, et Estienne IVaqueau, maistre menuisier. 

Les témoins sont tous potiers; ils s'appellent Guy Chastigner, 
François Chappus, Estienne Gay, et demeurent à Nevers. 

« Comme la veuve Bouaigue (v* Conrade), Chappin a dit ne savoir 
signer. « 

L'estimation suit en trente-quatre articles se montant à 840 livres 
3 sous. 

Nous venons de redresser l'erreur de M. du Broc. La femme 
d'Augustin s'appelait Francisque de Bouaigue, et non Françoise 
Conrade. Les Conrade sont trois frères venus à Nevers depuis plus 
de vingt-sept ans, disent-ils; mais ils précisent : depuis leur natu- 
ralisation ^ soit 1578 ou vingt-quatre ans avant la date de 1602 
donnée par M. du Broc. 

Xous avons démontré aussi que Dominique a précédé ses frères; 
qu'il les a installés et s'est associé avec eux \ que sa haute situa- 
tion auprès du duc, près de qui il est encore (à Saint-Eloi) en 1608, 
a facilité et fait prospérer riiidustrie. Cette prospérité nous apparaît 
non seulement par la dédicace de Gaston Clave, mais d'une 
façon tengible par l'hôtel fastueux qu'habitait Augustin rue de la 
Tartre. 

Cet hôtel en ruine existe encore au n" 28 de cette rue; et il y a 

' \ous n'en voulons pour preuve que deux signatures que nous donnons, prises 
sur le même acte en 1608, par-devant Simonin, pour un marché. Voir appen- 
dice II, les signatures 1 et 2, page 301. 



298 LES COXRADE. 

environ vingt ans, nous avons vu opérer la démolition de trois de 
ses fours. M. de Lespinasse, président de la Société Nivernaise, 
nous l'a rappelé à notre lecture, en séance de cette Société. 

Au devant de cet hôtel, situé près des remparts, était une grande 
cour au fond de laquelle se voit encore, en ruine, son élégant 
perron. 

Mais ce ne sont pas les seules conclusions découlant de ces 
pièces. Vojjjjréciatciw Gamhin n'esl-il pas le parent de Sci- 
pion? 

Son origine, par la consonance (Gambino), n'est-elle pas d'Italie? 

Dans ce cas, tout s'explique, et Scipion Gambin était potier chez 
les Conrade. 

Jusqu'en lôSi, on ne connaît pas d'autre fabrique que celle des 
Conrade; la première connue est celle de Bourcier et puis celle de 
Custode. 

Mais l'un et l'autre, on connaît ce détail, avaient été potiers chez 
les Conrade. 

Au surplus, voici encore d'autres extraits des archives commu- 
nales : « C. C. 246-1599. Au seigneur Augustino Corado, maistre 
de la poterie de cette ville, 44 écus pour garniture de 4 buffets de 
vaisselles de terre blanche peinte envoyée à Paris. » 

On dit, notons-le bien, la poterie de cette ville. Il n'y en a pas 
deux. 

C. C. 254-1603 : "Au seigneur Auguste Conrade QQ^ pour douze 
douzaines de vaisselle faïence. » 

Eu 1611 on signale encore son nom. 

Baptiste est aussi qualifié de seigneur en 1606, 1612 et 1614. 
Et Dominique en 1604. 

Voici q n'en 1 590, seizeans avant la date de l'inventaire et douze ans 
avant la date première donnée par M. du Broc, Dominique fabri- 
quait de la faïence avec ses frères. Ces vaisselles sont envoyées au 
trésorier de Moulins, à Paris, à la Ville de Paris, etc., etc. C'est- 
à-dire que leur commerce est prospère et bien connu. 

Il existe pourtant une mention qui mérite une place à part, elle 
est de 1606. « On a payé à Baptiste Conra-àe, potier sciiljjteur, 26'^ 
pour avoir fait une figure de terre et un lion de plâtre. » 

Potier-sculpteur, voilà la dénomination précise de l'œuvre de 
Baptiste. 



LES COX'RADE. 299 



\ous venons, je l'espère, de réhabiliter comme elle le méritait 
la mémoire des Conrade. 

Xous avons donné à ces artistes étrangers la gloire et le mérite 
d'avoir pu créer et fait prospérer en plein \ivernais une industrie 
d'art bien connu, « la première e\ frange r. , nous dit de Thou. Elle 
a eu et a encore une haute renommée. 

Cette Ecole provinciale du dix-septième siècle a eu son reflet 
quelques années après à Rouen. 

Mais, en réhabilitant les Conrade, il faut aussi donner à Lodovico 
de Gonzague, et non à son fils Charles, l'honneur d'avoir facilité 
les créations de ces gentilshommes ouvriers d'art. 

Jusqu'ici on ne l'avait pas fait. Je suis heureux de rétablir celte 
vérité historique. Vous ne serez pas indifférents, Messieurs, à cette 
conclusion; car combien, parmi les bons collectionneurs, ont 
apprécié, depuis longtemps, les pièces de faïence authentiques des 
Conrade de la première génération ? 

Massillon Rouvet, 

Architecte, correspondant du Ministère 
des Beaux-Arts et membre de la Société 
Nivernaise. 



300 



LES CO\RADE. 



APPENDICE 

I, GKXI^ALOr. IK DKS COMIADK, C T R R A I) E , COKADE (de). 



Dominiqac, gonlilLomme italien, natif d'Arbissoles. 

Après avoir sprvi en France dès le commencement de sa jennesse. reçoit en 1578 
des lettres de naturalisation de Henri III. Maistre potier demeurant à \evers ^12 juil- 
let 1602). Maître pothier en vaisselle de faïence (3 novembre 1604), qualifié de sei- 
gneur Do7)iinique de C.onrnde (S avril 1604i. Vivait encore en 1638. — Avait épousé 
Henriette Samadet. 
\ ^ 

Antboine .Antoine, 3 novembre 1604. Après avoir servi pendant qua- Jacqaes 

12 joillet 1602. torze ans, est qualifié en 1634, 5 février, de maitre potier Potier en faîen- 

en vaisselle de faïence, 27 mai 1613. de noble Anthoine de ce. + 7 août 16.52, 

Conrade, roarcband faïencier, 30 aoïjt 164i, gentilhomme avait en un 61s do 

servant, fiïencier ordinaire et gendarme de la Reine. 9 mars nom de René né 

1645, gentilbomme et faïencier de In maison du Roi, bri- le 18 juillet 1650. 
*jadier de la compagnie des chevau-légers de la Reyne, -J" 
1 1 juin 1648, avait épousé Catherine Rousseau. 



i 



Dominique Jehan 

2 juillet 1630-1650. 3octobre 1632. 
Noble Dominique de 
Conrade , Maistre 
faïencier ordinaire 
de Sa Majesté, gen- 
darme de la compa- 
gnie de la Reine, 
1651 , gentilhomme 
servant Sa Majesté 
et gendarme de la 
Reine, Avait éponsé 
Madeleine Noret. 
I 



Marie Anne-Françoise Charles-Louis 
5 février 1634. Son 28 février 1640, a 27 mai 16 1 1 . Par- 
parrain noble homme été sa marraine Anne rair. Charles de 
Charles de Pirville de uonzague et de Langeron. 
contrt'ileordela prin- (glaives, princesse de 
cesse Marie de Gon- Mentoue et deMont- 
zagup; en 1655 elle ferrai, et son parrain 
fut marraine avec noblebommeAchille 
Gnillanme Gascoing, du Broc, escaier sei- 
procnreur du Roi de gnear des Mœurs, 
l'élection du Niver- 
nais, 



Marie 
6 octobre 1647. 



Louis 


Edme 


Nicolas 


Charlotte 


Louise-Marie 


29 septembre 


1666. 


2 avril 1668. 


7 janvier 1671. 


Hyacinthe, 


1663 








12 septembre 
167 -2. 



Augustin, pollier, demeurant au logis de Saint-Privas 1 1 août 1602j, avait épousé Francisque Bouaigne. 
X'eul pas de postérité. 

Baptiste, pottier, demeorant en la maison de Saint-Jacques (11 août 161)2 . Sculplear en terre defaïence (8 octobre 
1604). Maitre potlier en poterie blanche, j)otier-sea/;)(e«r (17 octobre 1606). Maître en vaisselle de faïence i8 sep- 
tembre 16U8). Noble seigneur (24 janvier 1613\ avait épousé Gabrielle Panseron. Etait déjà mort eu 1618. 

! 



Augustin 
(11 août 1602), 
docteur en mé- 
decine ; premier 
médecin de la 
reine de Polo- 
gne 1629-1646- 
1664 et pins tard 
da roi Louis XHI, 
a signé le procès- 
verbal de sa mort. 
Seigneur du ]Ma- 
rest, 1647 ; de- 
meurait à Mou- 
lins (Bourbon- 
nais 1685-1689. 

Avait épousé 
Pierrette Ma - 
gnieo, dont il eut 
une fille, .Marie. 



Antboioe 

8 octobre 

1604. 



Charles 
17 octobre 1606; 
eut pour parrain 
M9I" Charles de 
Gonzague et de 
Claives, duc du 
Nivernais et du 
Retelois, prince 
de Mentoue ; sa 
marraine, prin- 
cesse Reynée de 
Lorraine, prin- 
cesse du Maine. 



Jean 

10 janvier 

lëtJS. 



Jehanne 
17 août 1610, 
épouse Erard - 
Philippe, noble 
homme, un des 
chevau-légers de 
la compagnie de 
la Reine , en 
1646. De ce ma- 
riage naquit, le 
4 mars 1636, 
Marie, emmenée 
en Pologne par 
Marie de Gonza- 
gue ; elle épousa 
Hiacinte Bianki, 
grand trésorier 
de Pologne. 



Gabrielle 
24 janvier 1613, 
épousa en 1655 
noble Henri de 
Bolacre, lieute- 
nant général aux 
bailliage et pairie 
du Nivernais, es- 
cuyer, seigneur 
du Marest. — 
Fut marraine en 

1655 avec Phi- 
lippe Andrault, 
comte de Lange- 
rau, et le 15 avril 

1656 avec Eus- 
tache de Chéry, 
éïéque de Ne- 
vers. 



Marie 
28 decembr» 
1614. Prononce 
ses vœoi le 9 fé- 
vrier 1653, au 
couvent de l'ab- 
baye de Notre- 
Dame de Ne- 
vers. 



1()08 



1608 



1611 



1630 



1631 



LES COAiRADE, 



APPENDICE 



II. SlG\ATL'RES, 



301 







«^t^^^-î-^^o-^^^^^^r^/^-^^ èî*Ç, 




ïrou^^ait 



C) 



' Dominique Courrade (marché du 2'f décembre 1608). — Archives. il« Simo- 
uin, notaire. 

* Baptiste Courrade, ibid, 

^ Courrade-Gascoiug, 20 juin 1611. 

* Jehanne Courade. Baptême, 9 juin 1630, à Saint-Gcnès. 

* J. Courrade. Baptême, 28 mars 1631, à Saint-Geiiès, 



302 



LES COMRADE. 



1631 




(') 



1634 




(^<^t^V^ 



1637 




<Mjiy 



Cun^^c^z^^' 



'y (■■■) 




164, 



3 l^o-M^'^cj Vit }cf O nkiL()< 



' Coiirade. Baptêmes des 28 mars 1631, 12 septembre 1633, 4 février 1634, 
25 septembre 1634, à Saint-Genès. 

- Gabrielle Courrade, 24 avril 1634. Baptême h Saiut-Genès. 

^ Marie Courrade. Baptême, 1637, à Saint-Genès. 

* Anihoine Conrade, 28 juin et 12 septembre 1641. Saint-Genès. 

= Au;{ustin Courrade, médecin de Louis XIII (il signera le procès-verbal de 
sa mort), 22 novembre 1642. Baptême à Saint-Genès. 

^Dominique de Conrade. Baptême, 16 mars 1643, à Saiut-Genès. 



LES C \ U A 1) E , 



303 



16 Vf 



16i5 



16 15 



1648 



1648 



16 '«.8 



1655 




C) 



c^C 



ffiYTâ^e 






^(yiny^nm 



ôt'uX/ 



I 






^t^am d^ y^crn/7^^9^ 



cnoXiÙ^ dCoul^ d( 






C) 



1655 



(^) 



e) 



C) 




(^) 



' Noble Anthoine ConraJe, /'«iewcîV/- ordinaire de la maison du Roy, 15 fù- 
vrier 1644. Baptême à Saint-Gcnès. 

* Dominique de Conrade, 21 septembre 1645 et 28 avril 1648. Baptême à 
Saint-Genès. 

^ Fils de Dominique de Conrade. Baptême, 23 octobre 1645, à S.iint-Gcnès. 

* Conrade, 13 janvier 1648. Baptême à Siint-Geuès. 

^ Fils de Dominique de Conrade, 6 avril 1648. Baptême à Sainl-Gcnès. 

* Jehan de Conrade, 28 décembre 1648. Baptême à Saint-Genès. 

' Charles-Louis de Conrade, étudiant, 12 janvier 1655. Baptême à Saint- 
Gcnest. 

* Conrade, 26 juin 1655. Baptême à Saint-Genès. 



304 



1659 



LES CONRADE. 



^eJa^^ Opr^^^^^^ 



(•) 




e) 



' Jehan de Conrade, 23 octobre 1659. Baptême à Saint-Genès. 
* Marque d'une des faïences de Conrade. 



PEIXTURES INCONNUES DE L'ECOLE FLAMAIVDE. 30; 



XVI 

NOTICE 

SUR 

PLUSIEURS ANCIENIVES PEINTURES IIVCOIVIVUES 
DE L'ÉCOLE FLAMANDE 

PROLÉGOMÈNES 

Nous avons eu l'occasion, il y a déjà un certain temps, de voir 
à Abbeville des panneaux peints qui, à un premier examen, nous 
avaient paru, par les sujets, par leur mode de composition, par le 
fini de leur exécution et enfin par certains détails caractéristiques, 
devoir remonter à la grande Ecole flamande du quinzième siècle. 

L'étude plus approfondie qu'il nous a été donné d'en faire 
ensuite, et au cours de laquelle nous avons pu, à l'aide de docu- 
ments, découvrir leur provenance et préluder aux recherches sur 
leur origine, est venue confirmer notre première impression. 
Nous avons enfin été amené, par les dates et par des examens 
comparatifs, à hasarder quelques conjectures sur l'auteur possible 
de ces peintures. 

C'est le résultat de ces observations et de ces recherches, faites 
exclusivement au point de vue de l'art et de l'esthétique, que 
nous venons présenter au Comité des Sociétés des Beaux-Arts des 
départements, pour lequel nous les avons faites tout spécialement. 

Les tableaux dont nous présentons des reproductions photo- 
graphiques sont, à n'en pas douter, les restes d'un grand retable 
polyptique ; ils étaient, il y a trente à trente-cinq ans environ, au 
nombre de quatre, peints de chaque côté des volets, ceux-ci 
d'une épaisseur de 10 à 15 millimètres; ils ont alors été sciés 
dans l'épaisseur du bois, puis rendus bien rigides au moyen 
d'un parquetage appliqué derrière, de manière à présenter ainsi, 

20 



306 PEI\TURES IMCONNLES DE L'ECOLE FLAMAADE. 

étant dt'tlouhlés, huit panneaux pouvant èlre vus en même temps 
et suspendus contre des parois d'un appartement à la suite les uns 
des autres. L'un de ces panneaux a été donné il y a plusieurs 
années, et l'on en a malheureusement perdu la trace ; il n'en 
reste donc aujourd'hui que sept que nous avons pu étudier. 

Trois de ces peintures représentent la Cène^ V Ascension et la 
Pentecôte; celui disparu représentait la Résurrection. Sur les 
quatre autres jianneaux sont de grandes figures isolées, en pied, 
encadrées en (pielque sorte dans des niches surmontées d'un dais; 
deux de ces dais sont de forme ogivale, et deux autres d'une 
architecture un peu différente. Ces derniers représentent la Vierge, 
Saint Hugues j évèque de Lincoln, Saint Jea7i-Baptiste, et Saint 
Honoré, évêque d'Amiens. 

Ce sont, à n'en pas douter, des peintures originales, toutes 
bien intactes et en bon état de conservation ; toutefois quelques 
traces de retouches y apparaissent, surtout dans les quatre pan- 
neaux représentant des figures isolées; mais elles n'ont pas altéré 
sensiblement l'œuvre primitive. Tousces panneaux portent comme 
dimensions, en dedans des cadres qui sont très simples, unis, et 
tout modernes, 1",60 de hauteur sur 0'",49 de largeur. La 
peinture a été appliquée sur un ou plusieurs enduits formant une 
épaisseur d'un millimètre et demi environ, ce qui dénoie tout le 
soin qu'apportaient les peintres de cette époque à l'exécution 
matérielle et à la conservation de leurs œuvres. Les couleurs sont 
restées relativement d'une grande fraîcheur, les ors également, 
après plus de quatre siècles! 

Ces panneaux, disons-le de suite, sauf à y revenir plus loin avec 
documents à l'appui, proviennent d'une ancienne abbaye de 
Chartreux, détruite à la Révolution, et qui existait très florissante 
et très riche, dès le quatorzième siècle, au faubourg de Thuison 
près d^Abbeville, sous le vocable de Saint-Honoré. Ces bois 
peints formaient les volets du retable du grand autel dans l'église 
du couvent ; cette destination, qui n'était sans doute pas la primi- 
tive, leur était donnée, en tout cas, au dix-huitième siècle, d'après 
un manuscrit de 1774;. 

On peut se rendre compte, par la difl'érence bien tranchée qui 
existe entre quatre de ces panneaux et les autres, de la manière 
dont ils devaient, au moins à cette époque, se trouver présentés sur 



PKIXTUIIES I.VCOW LES DK L'ECOLE FLAMANDE. 307 

l'autel; nous en verrons plus loin, du reste, l'indication précise et 
même la reproduction naïve dans le manuscrit précité. Les 
grandes figures en pied de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, 
de saint Honoré et de saint Hugues, de dimensions en hauteur 
variant entre 0"',87 et 0"',90, se trouvaient à l'extérieur quand 
le retable était fermé, et les sujets peints à l'intérieur des pan- 
neaux, la Cène, la Résurrection (disparue), V Ascension et la 
PentecôtCy étaient visibles seulement quand les volets étaient 
déployés, deux à deux de chaque côté, pour laisser apparaître 
alors, au milieu, un retable sculpté en chêne qui représentait la 
Passion. Ce retable ne devait pas exister au moment où les sujets, 
d'une époque antérieure, pensons-nous, aux figures en pied, ont 
été placés originairement sur l'autel. 
Occupons-nous d'abord de ceux-ci : 

LES DESCRIPTIONS 

C'est d'abord la Cène ' . Elle est représentée dans un appartement 
au fond duquel est appliquée une tenture en basane ou cuir gaufré, 
rehaussée d'arabesques dorées, et surmontée d'un baldaquin peint 
en grisaille, à trois compartiments ornés de filets qui forment des 
triangles et des losanges. Ces compartiments sont séparés chacun 
par une sorte de contrefort; au-dessus est tendue, en forme de sou- 
pente, une étoffe rouge avec petite frange de même couleur dont 
les quelques plis sont rendus avec une étonnante vérité. Chaque 
angle supérieur du tableau est orné de filets dorés, entre-croisés et 
formant encoignures; ces ors ont conservé une grande vigueur; 
tout en haut, enfin, court une mince bordure verte. 

Le Christ est debout, au fond, devant une table autour de 
laquelle sont groupés les douze apôtres. L'attention se concentre 
sur cette belle figure du Sauveur que nous retrouverons semblable 
dans YAscension. La tête, admirablement belle, se détache du 
nimbe crucifère doré qui l'entoure; elle est d'une grande régu- 
larité sous ses cheveux longs tombant droit sur les épaules en 
laissant le cou bien dégagé ; la barbe, rougeàtre, est en pointe ; 
les yeux, assez fendus, sont d'une grande douceur d'expression. 

' Voi, ci-après, planche XIV . 



308 PEINTURES I\'CONIVUES DE L'ECOLE FLAMANDE. 

Le Christ est velu d'une robe d'un bleu foncé avec bordure dorée, 
à pointes au cou et aux manches ; la main gauche est posée sur le 
bord de la table, et il rtend l'autre vers un plat où est l'agneau 
pascal en partie découpé; les mains sont belles, les doigts seule- 
ment trop longs. A-côté de lui, à droite, se trouve saint Pierre, 
debout, la tête entourée d'un simple cercle doré, reconnaissable à 
sa barbe blanche et à sa couronne de cheveux sous le haut du 
crâne chauve ; sa robe bleu pâle est recouverte d'un manteau 
vert foncé avec une sorte de rabat rouge et à bordure dorée 
tombant devant la poitrine. Il regarde le Christ et paraît lui indi- 
quer du doigt Judas, assis à l'autre côté de la table au premier plan, 
à droite, reconnaissable à son escarcelle rouge à glands dorés 
suspendue à son côté en bandoulière, et ayant un autre petit sac 
également suspendu. Ce personnage, au type juif bien caractérisé, 
et dont la figure, au front déprimé, au nez arqué, se détache 
nettement de profil, comme celle de son voisin de gauche, sur la 
nappe blanche, semble protester en se levant à demi de son siège, 
et en écartant les bras avec les mains levées; il est vêtu d'une robe 
d'un rouge pâle sous un manteau rouge très foncé, à orfrois dorés 
en losanges dans le bas, et qui laisse les bras dégagés. A gauche 
du Christ se trouve saint Jean, aux cheveux rouges, la robe rouge 
foncé recouverte d'un manteau bleu pâle ; il est assis , les bras 
posés sur la table, les yeux baissés; il paraît endormi, appuyant 
sa figure imberbe, douce, contre le corps du Sauveur. A côté de 
lui, plus à gauche, un autre apôtre, à la longue barbe et aux 
cheveux blancs, nimbé d'un cercle doré, revêtu, sur une robe 
dorée serrée à la ceinture, d'un manteau à large capuchon bai.ssé, 
pose la main sur l'épaule de saint Jean comme pour le réveiller. 
Le personnage qui se trouve à côtéde Judas, au premier plan, et 
qui fait face directement au Christ, est vu de dos, la figure tournée 
à gauche, de profil, les cheveux assez longs, ainsi que la barbe ; 
il est assis sur une chaise triangulaire dont le pied du milieu, pro- 
longé, est surmonté d'un dossier cintré. Cet apôtre est vêtu d'un 
manteau rouge à capuchon violet foncé avec petite bordure 
dorée, recouvrant une robe d'un rouge cramoisi sur l'orfroi de la- 
quelle, au bas, sont tracées des lettres qu'on distingue un peu 
difficilement; à gauche : xoqeaesorpv; à droite : o : ixii, puis en 
continuant, et dans les plis : OT, et, als. Celui 'qui est à côté, à 




r(.j[<' -ws. 



L A c !■: \ !•: 



Hi;iAni,i-; i»i: i. vvciiiwk cinm iii:i si-: m-: su\t-iio\ori:, i Ai:i)niLi.i 

(Paroi iiili'iruK' ilu |irriijiir tiilil 



PEIXTLRES I\CO\\'UES DE LE C OLE FLAMAMDE. 309 

gauche, à l'opposé de Judas, a une robe bleue recouverte d'un 
vêtement en drap d'or uni mat. 

Les autres disciples sont assis autour de la table, les uns 
joignant les maii>s, tous généralement dans l'attitude du respect 
et de l'adoration; les figures sont moins soignées que celle du 
Christ, plus rudes, les cheveux et la barbe rendus avec une grande 
finesse, les costumes généralement brodés d'or, les draperies bien 
étudiées, l'extrémité des plis des manteaux formant pour la plu- 
part des pointes anguleuses ; toutes les couleurs sont bien fondues 
et harmonieuses de ton. Xous signalons comme bien caractéristique 
l'intensité de vie qui se dégage des yeux de tous ces personnages 
et qui se remarque, au surplus, dans les deux autres sujets de 
ces volets intérieurs ; nous aurons plus loin à y revenir en hasardant 
quelques conjectures lors de la recherche du nom du peintre 
auquel ces sujets pourraient être attribués, selon nous, non sans 
quelque vraisemblance. 

Entre saint Pierre et Judas, à droite, sont trois personnages, 
dont l'un, debout, à côté de saint Pierre, est le même que celui 
qui, comme nous Je verrons dans VAscension, a la tête complète- 
ment renversée en arrière; son voisin, à la figure imberbe, la tête 
couverte d'une sorte de capulet, se retrouve aussi nettement 
semblable dans la Pentecôte, les cheveux coupés droit sur le 
front, rewêtu d'un justaucorps verdàtreavec large col uni, entière- 
ment doré; il paraît être un portrait. 

Les accessoires sont traités avec un soin et un réalisme, pour- 
rait-on dire, dignes de remarque; notamment au premier plan, à 
droite, une corbeille à pain et un pot ou cruche en grès couverte 
par un bouchon de linge. Xotons encore la garniture de la table ; 
celle-ci est recouverte d'une nappe d'une blancheur éblouissante sur 
laquelle se détachent nettement des petits pains ronds presque 
en boules, des salières, des verres à boire, de petites assiettes ; 
puis encore, devant chaque convive, une petite tablette de forme 
carrée oblongue, avec un couteau à côté. 

Xous devons parler maintenant de deux autres parties du 
tableau qui ne sont pas moins intéressantes et qui montrent bien 
le caractère tout flamand de cette œuvre. 

A droite, par l'embrasure d'une porte, se trouve représentée 
dans le fond la scène du Lavement des jneds, vue à une certaine 



310 PEINTURES IX'COKNUES DE LECOLE FLAMANDE. 

distance. Le Sauveur est à genoux, les manches relevées, ayant un 
tablier devant lui ; il lave dans un bassin doré les pieds de saint 
Pierre. Celui-ci est facilement reconnaissable à sa couronne de 
cheveux blancs et à son crâne nu comme dans le sujet principal ; 
la ressemblance est étonnante. Les autres apôtres, là au nombre 
de dix, tous nimbés en plein comme le Christ, sont groupés, 
debout, autour de lui. 

A gauche, et par l'embrasure d'une croisée ouverte dont l'im- 
poste fixe est garnie de petits carreaux plombés en losange et dont 
les volets sont repliés en dedans, on aperçoit un carrefour de ville 
flamande au moyen âge; ce sont bien là ces anciennes maisons à 
étages, avec larges fenêtres à plusieurs montants comme celles de 
la maison des bateliers à Gand, ces pignons élancés à rebords dé- 
coupés en escalier ou pas de moineaux, ces lucarnes de grenier, etc.; 
dans le fond, vers la droite, un clocher en pointe élevée; plus à 
droite, une haute tour ronde qui se dresse au-dessus du comble 
de l'église, environnée d'une couronne de pignons assez fantai- 
sistes. Cette tour peut rappeler jusqu'à un certain point celle de 
Bruges, mais elle ne rappelle pas moins celle de Saint-Pierre de 
Louvain et d'ailleurs beaucoup d'autres ; c'était une sorte de motif 
courant. On remarque cinq personnages de dimensions minus- 
cules (0'",018 à 0"',020), mais on les distingue très nettement. A 
gauche, deux hommes paraissent sortir d'une maison, l'un, par de- 
vant, le maître, coiffé d'un bonnet à pointes, peu élevé et à bords 
relevés, vêtu d'un ample manteau ousouquenille à larges manches 
qui lui descend jusqu'aux pieds ; il est suivi d'un valet ou soudard 
coiffé d'un chapeau rond, couvert d'un vêtement rouge tombant 
au-dessous des genoux et à manches un peu larges, les jambes 
prises dans une sorte de haut-de-chausses, ayant des souliers à la 
poulaine qui, comme le costume, sont encore l'indication d'une 
époque ; il tient à la main une longue hallebarde. La porte par 
laquelle viennent de sortir ces deux personnages est assez élevée 
et surmontée d'un porche ogival à pointe élancée. Du même côté 
on aperçoit, penchée à la fenêtre d'une maison plus loin, au-delà 
de la place, une femme dont ne voit que le haut du corps, la tête 
couverte d'un voile blanc qui retombe sur les côtés; elle est vêtue 
d'une robe rouge. Au milieu, la place, à laquelle aboutissent plu- 
sieurs rues ; à droite, et à l'entrée d'une de ces rues, sont arrêtés 



PEINTURES IMCONNUES DE L'ECOLE FLAMA.VDE. 3Ï1 

un liomme et une femme paraissant causer ensemble, la femme 
vêtue d'une longue robe bleuâtre avec voile blanc sur la tête et sur 
les épaules; Tbomme, qu'on ne voit qu'en partie, est coiffé d'un 
bonnet rouge, et couvert d'un long vêtement blancbâtre à gros plis, 
d'un liaut-de-cbausses rouge, et il porte également des souliers à la 
poulaine. Celte écliappée sur la ville, prise en quelque sorte sur le 
vif avec ses passants, a été étudiée comme une véritable enlu- 
minure ; elle est bien éclairée, avec des détails exquis de naïveté, 
de vérité, et elle a été peinte avec une finesse qui affronte l'épreuve 
de la loupe. N'oublions pas enfin près de la fenêtre, dans l'appar- 
tement de la Cène, une cage suspendue renfermant un oiseau qui 
paraît être un perroquet '. 

V Ascension est traitée de la même manière, et on y reconnaît 
presque toutes les figures dont plusieurs se retrouvent avec une 
ressemblance frappante, de même que les costumes-. 

Au-dessus du globe de la terre qui est à mi-hauteur de la 
composition et qui en occupe presque toute la largeur, le Christ 
s'élève dans les airs, les pieds nus, venant à peine de quitter le 

' Suivant une indication dont nous remercions l'auteur de haute compétence, 
M. Louis de l'^ourcaud, professeur d'histoire d'art et d'esthétique à l'École natio- 
nale des Beaux-Arts, » la composition de la Cène pourrait être rapprochée du même 
sujet traité par Thierri Bouts (cathédrale de Louvain) . La période d'activité de Bouts 
s'étend de 1448, époque oii on le trouve marié à Louvain, jusqu'àl475, datede sa 
mort. Toutefois, il n'est guère possible de suivre sa carrière que depuis 1466, et 
nous ignorons quels tableaux il a pu exécuter avant cette époque. Sa Cène offre des 
draperies fort différentes de celles ordinaires à l'artiste dans la plupart de ses 
œuvres, et point de ces ensembles de luxueux costumes et de détails somptuaires 
qui lui sont si familiers; les fenêtres laissent apercevoir la ville, etc. Certaines 
attitudes et même certains types font penser à certaines attitudes et à certains 
types de la Cène de Thuison. Resterait à comparer les factures. S'il était prouvé 
que les panneaux de Thuison sont de maître Rogier, le fait serait d'une grande 
importance pour la biographie de Bouts, qui passe déjà, quoique sans preuve, 
pour être l'élève de Van der VVeyden. S'il pouvait être admis, par contre, que ces 
panneaux sont de Bouts, lui-même, en sa jeunesse, comme les trois peintures 
d'Abbeville sont de la même main, nous aurions un admirable témoignage de son 
point de départ... Il y a lieu de faire remarquer le goût de réalisme tout hollan- 
dais qui se produit, par exemple, aux écussons du premier plan, et Bouts est 
d'origine hollandaise; cependant on né voit rien d'analogue ni dans la Cène do 
Louvain, ni dans la Pdque juive de Berlin; mais les accessoires de la Justice de 
l empereur Othon (Musée de Bruxelles) sont traités, au moins, dans un sentiment 
de relief et d'impeccable réalité. » 

^ \oir, ci-après, planche XV. 



312 PEINTURES INCONMUES DE L'ECOLE FLAMANDE. 

sol, tenant, la main droite levée et bénissant. Le corps (0'",39) 
est droit, raide, assez long, revêtu d'une robe d'un violet foncé, 
très longue, serrée au cou, aux larges plis qu'il tient de la main 
gaucbe en la relevant sur le côté, ce qui laisse voir une partie de 
la jambe. La figure, vue de face, est d'une belle expression, d'une 
sérénité grave et imposante, les yeux grands ouverts ; la têle est 
entourée d'un nimbe crucifère doré, les cbeveux et la barbe rouges ; 
le corps est au milieu de rayons d'or partant du haut du ciel et un 
peu caché par des nuages à droite et à gauche, au-dessus de deux 
paysages dont nous allons parler plus loin. Sur la bordure dorée 
du bas de la robe du Christ on lit suivant les plis, de gauche à droite, 
les parties suivantes de versets en l'honneur de la Vierge : Salve 
sancta Deigenitrix... opéra manuum... tu. ..bon. 

Devant le globe terrestre qu'ils cachent en partie, et de chaque 
côté, sont groupés les apôtres, à genoux, dans des attitudes 
diverses, quelques-unes assez forcées, exprimant toutes l'étonne- 
ment et l'adoration, la figure et les mains levées vers le Christ; 
ils sont tous drapés dans des costume^ très amples el fort longs 
avec bordures dorées et à ornements, plus ou moins larges. 

On remarque tout particulièrement vers la gauche la Vierge à 
genoux, les mains (dont les doigts sont très longs) jointes à plat, 
la tête levée, les yeux d'une expression ineffable d'adoration, de 
regret et de résignation. Cette figure de la mère du Sauveur est 
d'un modelé achevé, d'une extrême douceur, aux yeux vivants, 
pourrait-on dire ; nous la retrouverons, absolument du même 
type, non moins belle, mais peut-être sans la même intensité du 
regard, dans la Pentecôte. Ici malheureusement (et c'est peut-être 
la seule détérioration qui existe dans ces peintures, d'ailleurs si 
bien conservées) la figure a reçu un choc, qui a fait une éraflure 
et l'a ainsi un peu altérée vers le milieu à l'endroit du nez et du 
haut de la joue, mais qui cependant ne lui a pas fait perdre son 
admirable caractère. La Vierge a la tête couverte d'un voile blanc 
qui lui tombe jusque sur les yeux et qui lui couvre de ses plis les 
épaules et le haut de la poitrine ; sous sa robe qui est noire et 
dont la doublure d'hermine se voit au bord des manches et dans 
le bas, est posé un grand manteau largement drapé qui, retenu 
sur le haut de la tête, un peu relevé sous le coude, tombe en plis 
gracieux jusque par terre en formant une sorte de rotonde 




l'ayi- M -2. 



L ASCK.VSKIY 



ni:riiii.i: m; l'axciiam; cii.iiirrii;! sk im siivr-ii()\niii:, i \iiui;vii.i i 

ll'jiiii iulcripurr du lr:.i>iinie \(iiil.) 



PEINT lui: s lIVGOiMXUES DE L'ECOLE FLAMAMDE. 313 

derrière la Vierge; ce manteau est garni d'un assez large orfroi 
sur lequel on distingue les mots suivants d'une antienne : Regina: 
misericordie : vita : dulcedo : e spes nostra : salve. 

Derrière la Vierge, plus à gauche, on reconnaît saint Jean, avec 
un court manteau d'un bleu très pâle, presque blanc, formant une 
sorte d'écharpe souteuue par les bras, et qui tranche sous sa robe 
d'un ronge un peu effacé, les mains jointes, les cheveux rougeàtres 
abondants, un peu crépus, sans barbe, aux traits doux, réguliers, 
aux beaux yeux expressifs, la tête rejetée en arrière comme les 
autres, la bouche légèrement entr'ouverte ; l'attitude générale, 
enfin, rendant bien le sentiment d'admiration et d'extase. 

Toujours au premier plan, mais à droite et en face delà Vierge, 
saint Pierre, bien reconnaissable aussi, est prosterné presque à 
genoux dans la même attitude, les mains un peu écartées, vu de 
côté; ses traits sont assez rudes, mais non moins expressifs; il est 
couvert au-dessus de sa robe d'un bleu pâle d'un large manteau 
rouge à bordure dorée qui s'étend sur le sol. 

Parmi les autres personnages au second et au troisième plan, tous 
habilement groupés, dans des poses et sous des costumes un peu 
différents, on en remarque deux au milieu, vis-à-vis l'un de l'autre, 
le premier représenté complètement de dos, portant une robe 
d'étoffe cramoisie, d'une grande richesse avec ses ornements 
brodés d'or, et, par-dessus, son manteau à orfrois, serré à la taille, 
d'un rouge très foncé; il tient sur ses bras une sorte d'écharpe d'un 
bleu pâle; le second est revêtu d'une robe et d'un manteau verts; 
tous deux ont la tête complètement renversée en arrière en regar- 
dant le Christ qui s'élève immédiatement au-dessus d'eux; leurs 
têtes se présentent ainsi en complet raccourci, et on n'aperçoit, du 
premier surtout, que le haut du front et le nez. Nous ne pourrions 
détailler tous ces personnages, mais on y reconnaît la plupart 
des mêmes types qui sont représentés dans la Cène, l'un notam- 
ment dans le fond vêtu d'une robe d'un tissu uni, entièrement 
dorée; les plis des manteaux forment également des pointes angu- 
leuses. 

Tout au premier plan, le sol se compose d'un gazon que le peintre 
a émaillé de fleurs de toute espèce : des pensées, des héliotropes, 
des chardons, des pâquerettes, des ancoles et autres, rendus avec un 
fini, une ténuité et une délicatesse merveilleuses. Cette partie du 



31i PEIMTURES 1 X C \ M E S DE L'ECOLE FLAMANDE. 

tableau indique encore manifestement une époque et une origine". 

Nous devons enOn, comme dans le premier volet, appeler l'atten- 
tion sur les côtés du tableau qui présentent un non moindre intérêt; 
cette partie accessoire est bien caractéristique aussi au point de 
vue de la recherche de l'auteur de ces peintures. Ce sont deux 
paysages qui se déroulent au loin, derrière la boule du monde, de 
chaque côté du Christ. A gauche, un amas de rochers d'une grande 
hauteur, abrupts, où croissent des arbustes en boules, et devant 
lesquels, à un premier plan, s'élèvent deux grands arbres à la tige 
frêle et élancée au haut de laquelle les branches et les feuilles déli- 
catement fouillées se détachent légèrement; au bas s'étend un cours 
d'eau ou lac qui ftiit à perte de vue dans une belle perspective. 
Enfin au loin, sur le côté et derrière un gros bouquet d'arbres 
touffus, on aperçoit une église avec clocher surmonté d'une flèche 
élancée; plus loin encore d'autres édifices. 

L'échappée de droite est encore plus jolie et surtout plus intéres- 
sante. C'est d'abord une verte prairie assez étendue devant laquelle, 
au premier plan, se dressent trois grands arbres semblables à ceux 
de gauche; la prairie est parsemée plus loin d'arbustes en boule 
entre lesquels serpentent des chemins et un cours d'eau qui va se 
déverser dans le lac. Au delà est représentée, dans une attrayante 
perspective et presque à vol d'oiseau, toute une ville flamande du 
moyen âge avec ses murailles, ses tours diversement étagées, ses 
maisons et éditîceç, notamment ses églises monumentales, l'une à 
gauche, vue de côté, avec ses contreforts de la nef, son clocher 
carré avec flèche en pointe accotée aux angles d'éperons surmontés 
d'élégants pinacles; une autre église se voit plus à droite, avec 
clocher garni de colonnettes aux angles et se terminant par une 
flèche ronde. Ces monuments et autres constructions , éclairés 
d'une manière tout intense, se détachent bien nettement, avec leurs 
innombrables détails d'architecture rendus avec une netteté et une 
finesse merveilleuses, sur le vert d'une colline qui se voit au delà, 
parsemée de nombreux bouquets d'arbres d'un vert sombre; cette 
ville paraît rappeler celle de Bruges. Plus loin enfin et au dernier 

' (i Ces fleurissements, qui viennent des miniaturistes, comme nous le faisait 
remarquer AI. Louis de Fourcaud, sont chcrs à l'Ecole flamande primitive; on 
peut les voir au premier plan du tableau de V Agtieau de Van Eyck et dans bien 
des œuvres du quinzième siècle. » 



PEIXTLRES IXCO.WUES DE LECOLE FLAMANDE. 315 

plan, s'élève une montagne assez escarpée où l'on distingue d'une 
manière un peu confuse, dans une sorte de bruine, des construc- 
tions de toute nature, des fours, des clochers paraissant çà et là 
entre des arbres et des arbustes '. 

Le troisième sujet représente la Pentecôte-, 

Dans un vaste local en longueur avec carrelage de marbre blanc 
et noir, éclairé sur les côtés et dans le fond par des croisées à petites 
vitres maillées en losanges, apparaît le Saint-Esprit sous la forme 
traditionnelle d'une colombe aux ailes étendues, entourée d'un 
nimbe d'or; elle se présente avec un relief étonnant. Du tour du 
nimbe partent des rayons dorés parsemés de langues de feu et 
qui tombent en rayonnant sur les apôtres groupés autour de la 
\ ierge. La pièce est traversée dans le haut par un dais entièrement 
doré, composé d'un large bandeau où sont figurées au trait les sta- 
tuettes en pied de huit prophètes placées dans autant de petites 
niches; celles-ci se terminent en pointe ornée de choux et se déta- 
chent sur un fond rouge en tapisserie qui fait ressortir les détails 
d'architecture; ces niches sont séparées l'une de l'autre par un 
pilastre à moulure surmonté d'un pinacle, le tout encadré en haut 
et en bas dans le sens transversal par une moulure à doucine orne- 
mentée. Au-dessous du dais et le complétant, règne une arcature 
très évasée ornée de choux ; elle occupe toute la largeur de la pièce, 
et la pointe, terminée par un large renflement formé également 
de feuilles, s'élève au-dessus du dais proprement dit qu'elle partage 
par le milieu pour se raccorder avec un petit bandeau à perles 
parallèle au dais et dont il est séparé par le fond rouge; chaque 
encoignure est ornée de filets contournés. Dans le triangle formé 
par le rapprochement des arcatures est représenté l'épisode du 
serpent d'airain. Enfin, à chaque extrémité du grand arc et le sou- 
tenant ainsi que le dais, se trouve un pendentif qui supporte une 

' « Le paysaye de notre Ascension peut aussi, du reste, nous dit encore 
M, L. de Fourcaud, être rapproché, commet inspiration, du paysage de V Agneau; 
raais tous les peintres flamands primitifs ont exécuté des fleurs de ce yenre, nous 
en avons des exemples dans Van dcr Weyden, Bouts, Memliug, Gérard David. 
Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne pourra arguer de ces façons paysa- 
gistes en faveur de tel autre maître que si l'on peut établir la formelle ressem- 
blance d'un fond donné avec un fond connu du même maître. • 

- Voir, ci-après, planche XVI. 



316 PEINTURES INCOIVMUES DE LECOLE FLAMANDE 

staluelte un peu plus grande que celle des huit prophètes; celle de 
gauche représ/ente Salomon, celle de droite David, celui-ci recon- 
naissahle par sa harpe qui est à demi sortie d'une gaîne. Ces sta- 
tuettes, surmontées chacune d'un petit dais à pointe élancée ornée 
de feuilles, reposent sur un socle porté, à gauche, par un ange 
accroupi, et à droite par un personnage grotesque, également 
accroupi et les mains posées sur ses genoux; le tout est supporté 
de chaque côté par deux colonnes dont le fût esta moitié caché par 
le cadre; ces colonnes sont en marbre vert; le chapiteau et la base 
sont dorés. Ces détails d'architecture et de sculpture sont d'une 
grande délicatesse, d'un fini achevé, et l'étude en est des plus inté- 
ressantes. 

Le sujet lui-même est d'une composition du même genre que 
celle des précédents; on y retrouve les mêmes personnages dans 
des costumes à peu près identiques, et groupés d'une manière non 
moins heureuse. 

Au milieu des apôtres, au premier plan et bien en évidence, la 
Vierge est assise, ayant à gauche saint Jean et à droite saint Pierre, 
tous deux agenouillés; elle lève la tête et les yeux vers le Saint- 
Esprit, la main droite posée sur son cœur, et elle tient sur ses 
genoux de l'autre main un missel tout grand ouvert, aux caractères 
noirs et rouges, à tranche dorée avec ornements en losanges; le 
livre repose sur une gaine en étotfe brodée sur les bords avec glands 
dorés aux angles. Cette figure de la Vierge est admirable de modelé, 
de pureté et de fini, exprimant l'adoration et l'extase, les yeux sur- 
tout d'une intensité de vie étonnante; le type, au surplus, est le 
même que dansV Ascension. Vnvo'ûehlanc couvre sa tète jusqu'aux 
yeux, descendant autour du cou; elle est vêtue d'une robe noire 
avec bordure de fourrure aux poignets et dans le bas, et, par-dessus, 
d'un manteau bleu foncé avec orfrois dorés à losanges et à pointes; 
celui-ci, posé sur le haut de la tête, retombe en large plis bien dra- 
pés jusque sur le sol, où il est un peu relevé par devant. Sur la bor- 
dure du bas on lit ces mots d'une antienne (en caractères romains) : 
Salve : regina : vita : didcedo : et spes nostra : salve : acte : 
foi; le reste se perd dans les plis. 

Les apôtres sont groupés autour de la Vierge dans des poses et 
sous des attitudes différentes. Au premier plan à gauche, et le corps 
en partie caché parle cadre, le doux saint Jean prosterné à genoux, 




'■"•'^■''^ ^^'- Pa-ie ;ti(;. 

i-A l'K.VTKCOTK 

KHTiRLi: Di: i.\r\cii;\.\i: tiiARTiua si: m; saim-hoxoiu:, a flmiiiiiM.i: 
(I'an)i iLtirimre du (lualric'mc voici.) 



PEIMTLRKS IXCOWTES DK I/ECOI-E FLAMAXDE. 317 

facilemeiit reconnaissable comme dans les deux autres sujets par 
sa figure imberbe, fine, d'un modelé parfait, aux traits bien régu- 
liers, vue de profil, les cheveux presque rouges. Il est à genoux, les 
mains jointes à plat, tenant sous son bras un manteau noir recou- 
vrant sa robe d'un bleu pâle aux contours à orfrois bordés de pointes, 
serrée à la ceinture par une cordelière noire; il a les pieds nus, la 
tête et les yeux levés vers la colombe et dans l'attitude de la prière. 
A droite, faisant face à la Vierge, saint Pierre, à la figure d'une 
certaine rudesse, aux pommettes saillantes, mais toutefois d'une 
belle expression comme dans les autres sujets, un genou en terre, 
la tête renversée en arrière, les mains écartées et tendues. Il est 
couvert d'un ample manteau rouge doublé de gris, bordé de riches 
orfrois dorés à ornements de forme triangulaire, et qui retombe en 
larges plis s'étalant par terre; ce manteau recouvre une robe noire 
à doublure jaune relevée aux manches et laissant les pieds nus à 
découvert, de même que le cou qui est vigoureusement musclé. 
Plus loin, également adroite, mais plus vers le milieu, on remarque 
lin autre apôtre assis, la figure de face, imberbe, tenant d'une 
main un livre ouvert sur ses genoux, les cheveux longs, blancs et 
crépus, les traits du visage non moins accentués, ainsi que les 
attaches du cou; il est vêtu d'une robe rouge foncé, avec bordure 
à orfrois trèfles, recouverte d'un manteau bleu pâle attaché au 
cou et qui tombe sur les épaules et par devant sur les genoux. Son 
voisin, à l'extrême droite, est debout, la têle levée, velu, sous son 
manteau qui retombe, à plis droits, d'une robe d'étofife dorée mate, 
à ceinture, aux larges manches blanchâtres à nombreux plis se 
raccordant à une bande en fourrure vers l'épaule. Plusieurs des 
personnages du fond se tiennent debout, la tête renversée en 
arrière, regardant la colombe immédiatement au-dessus d'eux; 
l'un notamment, tout à droite, sans barl)e, les cheveux assez 
longs, tenant les deux bras élevés., porte une robe ou tunique de 
riche étoffe de brocart entièrement brodée d'arabesques dorées et 
retenue au milieu du corps par une ceinture de dentelle blanche 
roulée. Un autre au milieu, tout au dernier plan, vu entièrement 
de dos, tient la tête complètement renversée et ne laissant voir, en 
raccourci, que le haut du front; il porte une robe d'un bleu foncé. 
Enfin, à gauche, Tapùtre qui se tient derrière la Vierge a la main 
gauche élevée à la hauteur de la figure en regardant la colombe; 



318 PEINTURES IN C i\ IV L E S DE L'ECOLE FLAMANDE. 

sarobecst entièrement dorée, et il porte, retenu à l'épaule, un man- 
teau bleu paie qui lui enveloppe le bas du corps. La plupart de ces 
costumes, comme on le voit, sont très riches. On croit aussi recon- 
naître plus à «jauclie, derrière deux autres apôtres, le type de Judas 
qui rappelle celui de la Cène. Nous ne saurions détailler tous ces 
personnages, qui sont, non compris la Vierge, au nombre de qua- 
torze ; mais il faut en excepter deux qui se tiennent comme à l'écart 
à l'extrême gauche, au fond, dans l'embrasure d'une porte, et dont 
on ne toit guère que la tête, le reste du corps en partie caché. Dans 
celui en avant, on reconnaît facilement l'homme que nous avons 
remarqué dans la Cène, la tête enveloppée d'une sorte de capulet 
blanc entourant le cou et descendant sur la poitrine; c'est absolu- 
ment la même figure (un portrait peut-être), d'un caractère ascé- 
tique, sans barbe, les cheveux coupés droit, en brosse, sur le front. 

En résumé, ces trois tableaux de la Cène, de V Ascension et de 
la Pentecôte sont remarquables par la richesse et l'harmonie des 
couleurs, par l'intérêt que présentent certaines parties accessoires, 
par la conscience avec laquelle les moindres détails ont été repro- 
duits; ils le sont surtout par la manière habile et étudiée avec 
laquelle les personnages ont été groupés, par la variété de leurs 
attitudes toutes bien comprises et qui concourent à l'effet général, 
par l'expression très caractérisée des visages, par la vivacité particu- 
lière des yeux, par une certaine rudesse des traits, à l'exception de 
ceux du Christ, de la V^ierge et de saint Jean, dont les figures sont 
tout particulièrement belles, et enfin par le développement parfois 
exagéré des draperies. 

Nous arrivons aux quatre peintures de l'extérieur des volets qui 
représentent, isolés et en pied, la Vierge, Saint Jean-Baj) liste, 
Saint Honoré et Saint Hugues. 

En supposant, ce qui ne nous paraît pas même admissible, qu'elles 
soient de la même époque que celles de l'intérieur, elles ne parais- 
sent pas de la main du même peintre'. On peut notamment remar- 
quer, à un premier aperçu, que le type de la Vierge y est tout 



' Elles ne sont pas non plus de la même facture; les dispositions architectoni- 
ques sont certainement d'une époque postérieure. Ces nouvelles peintures éma- 



PEIXTUUES l\CO\Mi:s DK I, ÉCOLE FLAM.A\DE. 319 

difTérent de celui qu'on trouve dans V Ascension et dans la Pente- 
côte ; et puis les traits de ces personnages isolés sont infiniment 
plus doux, plus'fondus, plus idéalisés, pourrait-on dire, mais moins 
vivants peut-être et d'une expression moins caractérisée que ceux 
des apôtres dans les sujets étudiés plus haut. Ils sont d'une inspira- 
lion plus élevée, comme expression, que dans les premiers sujets, 
e( d'une gravité sereine qui leur donne un plus grand caractère. 
Les personnages représentés sur ces quatre panneaux sont 
debout, les pieds reposant sur un dallage de carreaux bleus et noirs; 
ils sont comme encadrés chacun dans une niche en hémicycle 
surmontée d'un dais formant saillie et dont le dessous présente 
une sorte de coupole. Cette partie architecturale est représentée 
en grisaille. La forme et les détails de ce dais sont différents selon 
les personnages: à trois pans coupés et de forme ogivale, avec arc 
tudor à chaque pan, pour la sainte Vierge et saint Hugues, et, 
pour saint Jean-Baptiste et saint Honoré, se présentant en ban- 
deau droit formant saillie en courbe par devant et comprenant 
plusieurs cartouches presque carrés qui renferment des sujets en 
bas-reliefs'. Cette différence dans l'architecture du dais nous 
parait se rapporter à une certaine différence aussi dans l'exécution 
des personnages ; nous aurons à y revenir plus loin. 

Parlons d'abord des deux premiers panneaux, ceux représentant 
la sainte Vierge et saint Hugues. 

Chacun des trois pans coupés qui compose le dais sous lequel 
est placé le personnage comprend un arc ogival; au-dessus 
règne une partie pleine ornée de petites arcatures appliquées, 
et le dessous est relevé de filets entre-croisés à jour; les accolades 
sont garnies de choux, et le sommet se termine par une pomme 
de pin. L'angle de chaque pan coupé comprend un pendentif 
à doucine en haut et en bas contre lequel s'appuie le pied 
des accolades, ce pendentif supporte une statuette de prophète 
surmontée d'un petit dais avec ornements; le fond circulaire de la 

lient d'un artiste admirateur des vieux peintres de sa race, mais dont les pratiques 
étaient déjà renouvelées et admcUaient d'autres éléments décoratifs. Ces artistes 
ne furent pas rares au seizième siècle, à Amiens, Arras, Maubeuge, etc. (Xotc 
de M. L. de Fourcaud.) 

' Comme on nous le faisait justement remarquer, ces formes architectoniques, 
telles que les baldaquins incurvés, se rencontrent à Douai, dans le triptyque 
fameux de Bcllegambe. 



320 PEINTURES I\CONNlIES DE L'ECOLE FLAMANDE 

niche, d'un rouge pâle ainsi que la coupole, est divisé en deux 
parties dans le sens de la hauteur et par le milieu, celle du bas 
ornée de losanges remplis par de petits ornements de forme ronde, 
celle au-dessus portant des baguettes appliijuées, parallèles, qui 
s'entre-croisent dans le haut et qui sont séparées de la coupole par 
deux petits bandeaux dont l'intervalle est ornementé; enfin la 
coupole elle-même est coupée de losanges pareils à ceux du bas de 
la niche. Ces parties architecturales qui encadrent en quelque sorte 
chaque personnage sont toutes bien en relief et ont été étudiées 
et représentées avec un soin minutieux et une grande perfection. 
La Vierge, nous l'avons dit, est d'un type bien différent de celui 
des sujets ; le galbe de la figure est d'une grande pureté, le front 
est élevé, le nez droit, un peu long, la bouche petite, les lèvres, 
surtout celle inférieure, un peu fortes, la figure plutôt longue ; les 
traits sont très réguliers, d'unegrande sérénité, mais sansexpression 
particulière'. La Vierge tient les yeux un peu baissés; ceux-ci 
sont assez fendus, les sourcils bien arqués, très fins ; la tête, se 
détachant du nimbe doré qui l'entoure, est légèrement penchée 
à gauche du côté de l'Enfant Jésus que la Vierge tient sur son bras. 
Le costume, très riche, se compose d'une robe verte qui n'est 
apparente qu'à l'extrémité des bras et aussi dans le bas, et sous 
laquelle on n'aperçoitque l'extrémité d'un des pieds, avec chaussure 
noire, en pointe ; cette robe est recouverte d'un manteau rouge, 
de brocart brodé d'or sur l'étoffe, à bandes, et avec arabesques et 
fleurs de chardon ; il est doublé d'hermine et garni d'un large 
parement à orfrois orné de perles et d'émeraudes se détachant en 
relief bien accusé et reproduites avec une délicatesse merveilleuse. 
Ce manteau, très long comme la robe, tombe jusqu'à terre en s'y 
évasant un peu sur les côtés ; iliest recouvert lui-même d'un très 
grand voile bleu foncé qui, posé sur la tête dont il cache les cheveux 
en encadrant la figure, tombe sur Jes épaules, est un peu retenu 
au bras, et se déroule ensuite en larges plis jusqu'à terre comme 
le manteau ; le voile est également bordé d'une bande dorée, ici 
avec ornements à pointes. Enfin une petite draperie blanche se 
trouve sur le voile à gauche de la figure et passe, plissée, sur le 
devant de la poitrine en laissant le cou bien à découvert. Ces 

* Voir, ci-conlre, planche XVII. 




l'Uiiche XVll. 



I'.ii[c MO. 

f..\ VIKKGK KT l,'E\l'.i\T J É S |j S 

«KTAUi-K ui: lvncikvm: riiSKTitucsK i>r: siiVT-iioxoRii, a .iubivu.ik 
Paroi eili'rieutr du pii^niier volfl.) 



PElMTLUliS IXGOWLES l)K Li:COI>l'; Fl.AMA.VDE, 321 

draperies sont superbes dans leur ampleur, leur richesse, et la 
(lisposilion savante de leurs plis larges et gracieux. 

La Vierge porte, on l'a vu- ci-dessus, l'Enfant Jésus assis sur son 
bras droit et le soutient de la main; la tète de l'enfant est entourée 
d'un nimbe crucifère. De sa main gauche élevée à la hauteur de la 
poitrine, la Vierge lui présente une figue que celui-ci paraît 
regarder avec convoitise. Il est revêtu d'une petite robe blanche, 
à plis, un peu relevée et qui laisse à découvert ses jambes nues; 
il tient sur son poing gauche un oiseau qui va pour lui becqueter 
le doigt de l'autre main. Le type de la figure de l'Enfant Jésus est 
bien différent de celui de la Vierge; si les yeux sont expressifs, le 
visage est celui d'un petit Flamand joufflu, aux cheveux frisés, aux 
traits relativement vulgaires avec son nez épaté,. ses grosseslèvres ; 
le type n'a rien de divin, et il rappelle plutôt celui de quelques 
apôtres et notamment celui de saint Pierre dans les autres sujets ; il 
ne semble pas l'œuvre du peintre de la céleste figure de la Vierge. 

Le panneau que nous plaçons après comme étant décoré d'un 
dais, dont la disposition et les détails architectoniques sont abso- 
lument semblables au premier, représente, nous l'avons dit, Saint 
Hugues, évèque de Lincoln. 

L'autre évèque, qui figure sur l'un des deux volets suivants dont 
les motifs d'architecture présentent n\\ caractère un peu différent, 
tii Saint Honoré. Ces deux saints devaient être particulièrement 
en vénération à la Chartreuse de Thuison, car elle avait été fondée 
sous le vocable de ce dernier, et elle possédait les reliques de 
l'évêque de Lincoln. 

Saint Hugues, d'une noble maison de Bourgogne, après avoir 
fait profession à la Grande Chartreuse prés de Grenoble, avait été 
prieur de la Chartreuse de Witlham en Angleterre, d'où il avait été 
placé sur le siège épiscopal de Lincoln, en 1185, et il y mourut le 
17 novembre 1200 (voy. la Chartreuse de Saint- Honoré, par 
M. l'abbé Lefebvre) ; ses restes avaient été donnés au monastère de 
Thuison par les religieux de IVittham. 

Ce saint, comme les autres personnages des quatre derniers 
panneaux, est del)out sur un carrelage, vu de face, la tète légè- 
rement penchée à droite; il est revêtu, sous son costume de 
Chartreux, de ses ornements épiscopaux qui sont d'une grande 

21 



322 PEIXTURES I.\C0.\XIIES DE LE C OLE FLAMANDE. 

richesse. Sa lète, couverte île la mitre, est entourée d'un nimbe doré; 
il tient sa crosse de la main droite et de l'autre un calice d'or d'où 
sort l'Enfant Jésus ; les mains sont n«es, à la différence de celles 
de saint Honoré; enfin, à côté de lui, à droite, se dresse un cygne. 
La figure de saint HUç'|ues est admirablement modelée, d'une 
grande régularité des traits, imberbe, d'une infinie douceur, pleine 
d'onction et d'une suavité d'expression presque comparable, bien 
<|ue d'effet différent, à celle de la Vierge du panneau précédent'. 
Les yeux, tournés vers le cygne, paraissent exprimer un sentiment 
de trouble et d'hésitation qui sera expliqué plus loin. Sa grande 
chape épiscopale est posée sur son costume de religieux ; celui-ci, 
de lin blanc, recouvert du grand scapulaire, tombe jusqu'aux pieds 
qui portent des chaussures en pointe et dont on n'aperçoit que le 
bout. La chape d'un bleu foncé, avec doublure verte, est superbe 
comme décoration, avec ses arabesques brodées d'or et surtout ses 
larges parements ou orfrois rehaussés de perles et de pierres 
précieuses qui sont reproduits avec une transparence, une netteté 
et un relie! étonnants ; elle est retenue à la poitrine par une 
grande agrafe ou plaque d'or, ovale, sur laquelle est représenté au 
trait, dans un encadrement à lobes, le Sauveur tenant d'une main 
la boule du monde et de l'autre bénissant. La mitre est ornée de 
perles et de cabochons avec petit médaillon crucifère sur chaque 
côté de la bande verticale du milieu; ces ornements sont dans le 
genre de la décoration luxueuse de la chape. La crosse, qui ici se 
termine dans le haut en volute comme d'ordinaire, à la différence 
de celle de saint Honoré qui est en pointe droite comme nous le 
verrons, est aussi d'un beau et riche travail comme structure et 
ornementation. Le bâton est blanc, coupé dans sa hauteur par des 
filets supportant, dans le haut, sous la partie courbée qui est dorée, 
une sorte d'édicule hexagone également doré avec soubassement à 
console ; sur chaque pan coupé sont représentées des statuettes de 
saints en pied, dans de petites niches, couverts d'un long manteau 
retenu à la poitrine par une agrafe. On ne saurait pousser la 
description plus loin, car les détails, là, sont un peu effacés, à peine 
visibles; on distingue toutefois, dans la niche du milieu, la Vierge 
représentée entre deux anges, 

' Voir, ci-contre, planche WIII 




'"rilXT HLGUKS. KVÈQtC DE LIXCOLX 

(l'arui «ilericure du tecoud voici.) 



l'EI\TTlUF, s 1\C0\\'UES DE LE C OLE FLAMANDE. :V23 

Saint Hugues, avons-nous dit, tient de la main gauclie le pied 
d'un calice d'or au-dessus duquel apparaît à demi - corps l'Enlanl 
Jésus, la tète auréolée, tout nu, étendant les bras. Du même côté, 
à droite du panneau, un grand cygne, aux larges pattes rouges, 
dresse son long cou orné au bas d'un collier d'or uni, et il lient 
par son bec la manche de l'évêque qui dirige ses regards de ce 
côté. \ oici l'explication de cette particularité assez curieuse ; elle 
résulte d'une tradition que le peintre a dû être chargé de consacrer 
sur le panneau : Saint Hugues, paraît-il, avait conçu des doutes sur 
la présence réelle du Sauveur dans le sacrement de l'Eucharistie, 
et le cygne représenterait le démon qui, le tirant de son bec par 
la manche, l'entraînait dans cette hérésie; mais un jour le Christ 
enfant était apparu au saint évèque sortant du calice, et ce prodige 
avait dissipé ses doutes. Une chose à remarquer, c'est que l'Enfant 
Jésus et aussi la main qui tient le calice, main qui est trop grande, 
et le calice lui-même, sont peints d'une manière fort peu soignée, 
toute différente du reste du panneau, ce qui laisserait à supposer 
que ces deux parties auraient été faites après coup ou retouchées, 
tandis que le cygne, sous son blanc plumage 1res finement détaillé, 
est admirablement peint, avec sa tête aux yeux vifs; là main qui 
soutient le calice a tlù être changée, et peut-être originairement 
caressait-elle le cygne. 

Il nous reste à parler des deux derniers panneaux qui repré- 
sentent, nous l'avons dit. Saint Jean-Baptiste et Saint Honoré; ils 
se trouvent placés de la même façon que la Vierge et saint Hygues, 
c'est-à-dire debout dans des niches en hémicycle surmontées d'un 
dais circulaire. Pour ces derniers, la forme architecturale du dais 
est différente et paraît se rattacher à une époque un peu posté- 
rieure; il se présente en un large bandeau demi-circulaire ' et dans 
lequel se trouvent des compartiments ou caissons presque carrés 
où sont représentés en bas-reliefs, figurés en grisaille, certains faits 
de la vie du saint qui se trouve dans la niche correspondante. Dans 
l'intervalle qui sépare les caissons est appliqué un contrefort repo- 
sant sur une console à gorge; ce contrefort est garni de baguettes 



' On trouve, avons-nous dit plus haut, ces formes courbes dans le retable de 
Bellegambe, à Douai. 



;524 l'EINTL'RES IXCONM'ES DE l/ECOLE FLAMANDE. 

d'angle qui se rejoignent en toiture dans le haut et se terminent 
par une pointe ornée de choux. La partie supérieure du dais, 
au-dessus des caissons, comprend deux moulures séparées par une 
gorge ornée de petits ornements de forme ronde; le bas, égale- 
ment mouluré, est bordé de petits pendentifs trèfles. Le fond de 
la niche est garni de baguettes verticales parallèles traversées dans 
le bas, à mi-hauteur et dans le haut, par une moulure transversale; 
l'intervalle des baguettes comprend au milieu et en haut une petite 
inflexion de forme ovoïde. 

Le Saint Jean-Baptiste (qu'on appelle aussi saint Jean le Pré- 
curseur), la tète entourée du nimbe d'or plein, uni, a les traits 
moins fins que les précédents; la figure, un peu maigre, a toute- 
fois une certaine douceur d'expression, les yeux assez ouverts, un 
peu fixes; les cheveux, châtains, tombent longs et épais sur les 
côtés du cou; la barhe, presque rousse, assez garnie, est partagée 
en deux pointes; le cou est très dégagé, maigre, avec les muscles 
d'attache très accusés '. Le saint porte une tunique d'un rouge 
brun dont on ne voit que le haut sur la poitrine; elle est recou- 
verte d'un long manteau rouge brique garni d'une petite bordure 
dorée, dentelée; ce manteau tombe à plis très anguleux jusqu'à 
terre, il est retenu sur l'épaule gauche, puis un peu relevé au bas 
en laissant l'autre bras nu, ainsi que les jambes ; celles-ci sont 
raides, maigres, sans anatomie, dans le même genre que celles du 
Christ dans V Ascension, les doigts un peu longs. 

Le saint porte de la main gauche un grand livre fermé sur 
lequel est posé, les pattes repliées, l'agneau divin, la tête entourée 
du nimbe crucifère; il le montre en étendant vers lui son bras droit 
nu et sa main, au doigt indicateur d'une longueur démesurée. 

Les sujets représentés en bas-relief dans les caissons du bandeau 
du dais, et qui sont comme celui-ci de couleur grise imitant la 
pierre, se rapportent à la vie de saint Jean-Baptiste : sa naissance, 
sa prédication dans le désert, le baptême de Jésus-Christ, la scène 
devant Hérode et enfin la décollation; ces sujets d'une compo- 
sition assez naïve sont finement traités et dans un relief bien accusé. 

Le dernier panneau représente Saint Honoré; c'est sous le 
patronage de cet évêque, nous l'avons dit, que la Chartreuse de 

' Voir, ci-contre, plauclic \1\. 




I'.igc Mi. 



SAlAiT JKAi\-BAl>TISTE 



iiKTiBLi-; i)i: L AvciKxxK ciiARTiiia'SK DU s.ii.vT-iiOMorti:, < AiinmiLi.n 

l'.iroi etlericuie du Iroitiiine uilcl ) 



PKIX'TUHCS 1\ COMMUE S DE LE C OLE FLAMANDE. 325 

TIluison avait été fondée au quatorzième siècle. Il était né près de 
là, au village de Poit-Ie-Grand, à huit kilomètres d'Abbeville, sur 
les bords do l'ancien estuaire de la Somme, et la mer venait encore 
y battre il n'y a pas plus de cinquante ans. 

Saint Honoré vécut au sixième siècle, il fut l'un des pi'emiers 
évèques d'Amiens, le huitième, dil-on; son corps, après être resté 
à Port-le-Grand jusqu'au neuvième siècle, fut transporté à la cathé- 
drale de son siège épiscopal où il est encore, à l'exception des 
fragments d'un bras qui furent restitués à son village natal. Saint 
Honoré est le patron des boulangers; sa mort est fixée en l'an 600. 
On lui attribue divers miracles qui sont représentés au portail laté- 
ral droit, dit de la Vierge dorée, à la cathédrale d'Amiens, et dont 
deux sont rappelés dans un des retables en bois qui proviennent 
également de la Chartreuse de Thuison et qui se trouvent au Crotoy 
et à Abbeville ' ; nous les verrons également figurer sur deux des 
caissons du dais dans le panneau qui nous occupe. Ils ne laissent 
aucun doute, en dehors des documents qui donnent l'indication de 
ce saint, sur le nom' à attribuer au personnage peint sur ce pan- 
neau; il ne pouvait manquer d'ailleurs de trouver place dans 
l'église d'un monastère qui portait son nom. 

Le saint évéque est, comme les autres personnages des quatre 
derniers panneaux, représenté debout dans une niche surmontée 
d'un dais de structure pareille à celui où se trouve saint Jean- 
Baptiste. Il est vu de face, le corps et la tête tin peu tournés à 
droite; sa figure, d'un beau galbe, d'une grande régularité, les 
yeux bien ouverts, respire la douceur et la bonté; mais l'expres- 
sion générale, de même que pour saint Jean-liaptiste , ne nous 
paraît pas présenter ce caractère particulièrement élevé que nous 
avons admiré dans la Vierge, ni ce degré de profondeur que nous 
avons trouvé dans saint Hugues. 

Saint Honoré est revêtu, comme le précédent évèque, de son 
costume de grande pompe ". Sa mitre, se détachant, avec la tète, 



' Voir Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblet, cinq vol. 
in-8o. Amiens, 1870. Tome III, p, 38-77. — Les retables de l'église Saint-Paul 
d' Abbeville et de l'église dn Crotoy, par Emile Deligmères. Abbeville, 1873. 
Brochure in-8o. — La Chartreuse de Saint-Honoré , à Thuison, près d'Abbeville, 
par l'abbé F. -A. Lefebvre. .abbeville, 1885. 

- \ oir, ci-après, planche VX. 



320 l'Kl-VTUHES IXCONXUES DK L'KCOLE FLAMANDE. 

(l'un nimbe d'or mat, est, ainsi que les autres parties ornementales 
du costume, d'une extrême richesse, lissue de petites perles blan- 
ches, rehaussée d'autres plus grosses et de cabochons dans les bor- 
dures avec de petits médaillons avec pierre précieuse dont un, cru- 
cifère, de chaque côté, séparé enfin au milieu par une bande en 
hauteur ornée comme les bordures. Ces détails d'ornementation 
qu'on retrouve dans les antres parties du costume sont peints, 
comme pour le saint Hugues, avec une délicatesse infinie, et aussi 
avec une netteté et un relief merveilleux ; ils sont plus nombreux, 
distiibués à profusion, et nous retiendront plus longtemps. 

Le costume se compose d'abord d'une aube bhanche, très longue, 
tombant sur le sol qui est carrelé comme dans les autres panneaux ; 
on ne voit de cette aube que la partie inférieure sur laquelle, par 
devant, est appliqué un carré d'étoffe différente où est brodée une 
fleur de chardon. L'aube recouvre en partie les pieds qui sont 
chaussés de souliers de salin, en pointe et à bandes brodées. Par- 
dessus est posé un pallium d'étoffe vert foncé, avec ornements 
doiés en arabesques peu apparents, et garni au cou et dans le bas 
de parements tissus d'or et enrichis de perles et de pierres pré- 
cieuses; cette partie du vêtement qui est garni d'un col, tombe 
droit, sans plis, depuis le haut de la poitrine jusqu'à mi-jambes, 
ne laissant voir que le bas de l'aube. Enlin le saint porte sur le 
tout, et le couvrant en partie, une grande chape rouge qu'il sou- 
tient de ses deux bras en la relevant un peu sur les côtés; l'étoffe 
de celte chape est décorée, comme celle de saint Hugues, de 
feuilles et de têtes de chardons brodées en or. Mais ce qui surtout 
la rehausse, et dune manière très ornementale et très riche, c'est 
son large parement divisé en plusieurs compartiments dans lesquels 
sont représentés les apôtres, peints avec une finesse et des détails 
d'encadrement qui les font ressembler à de véritables enluminures. 
On ne voit que neuf personnages, les autres étant cachés par les 
plis du manteau ; ils sont tous eu pied, la tête entourée d'un nimbe, 
sous des costumes et avec des attributs différents. La description de 
chacun d'eux nous entraînerait trop loin, mais on distingue parti- 
culièrement en haut, à gauche, saint Pierre, reconnaissable à sa 
barbe et à ses cheveux blancs, avec le dessus de la tête dénudé, 
tenant une clef de la main droite et de l'autre un livre ouvert ; sur le 
côté opposé saint Paul, avec son épée à longue garde. Ces person- 




SAIXÏ I10\0UÉ 

niTAi!!.!: i)i: lanciiam: (;iiai!TI(i;i:sb nu saixt-iioxoiu:, i Aiiui-viu-t; 
(l'arii cilciiiMiie ilii iju^.lriiiiif vclit ) 



I' E 1 .\ T L' U H S 1 .\ C .\ \ LES l) E 1/ E C () 1, E F 1, A M A .\ U E . 'ii' 

nages, (jiii n'ont que 0"',063 de liauleur, sont placés chacun dans 
une niche encadrée de colonnes et surmontée d'un dais en pointe 
sous une arcature ouvragée, le tout figuré pour chacun dans Tencas- 
trement d'une croisée avec appareil de pierres aii-dessus; le fond 
de cha(jue niche est tapissé d'ornements en feuilles de chardon. 

Poui' revenir à la chape, elle est retenue à la hauteur de la poitrine 
par une agrafe ou plaque d'or, de forme particulière, en losange 
équarri sur les cotés par des demi-cercles rehaussés chacun d'un ca- 
bochon . Sur lo milieu de l'iigrafe est représenté le Christ en busle, la 
tète nimhée, les yeux, baissés, les ciieveux longs, la barbe en deux 
pointes, couvert du ii;anteau royal retenu par une agrafe ovale; il 
tient de la main gauche la boule du monde et lève l'autre pour 
bénir. 

Saint Honoré, à la différence de saint Hugues, porte des gants 
de peau blanche, assez longs, et avec un gland au poignet; le 
médium de la main gauche est orné d'un anneau, et à la main 
droite il y en a deux, l'un, l'anneau pastoral avec une pierre pré- 
cieuse placé au pouce, et l'autre à l'index. Il lient de la main 
droite une patène en or avec bordure garnie d'anges; au centre, 
qui paraît légèrement concave, est figuré le Christ, debout, traité 
en enluminure comme les orfrois de la chape; il a la tète nimbée, 
avec la couronne d'épines, les pieds nus leposant sur la boule du 
monde, recouvert à mi-corps d'un large manteau avec agrafe ronde, 
le reste du corps nu; il étend les bras en bénissant. 

La crosse mérite aussi une mention particulière. Saint Honoré 
la soutient de la main gauche, à la différence de saint Hugues; 
cette pièce est aussi d'un beau travail et d'une grande richesse. Le 
bâton, coupé comme l'autre dans sa longueur par des filets sail- 
lants, dorés, se termine ici par une lige droite en pointe, rehaussée 
de pierres fines et contre laquelle est appliquée, en appendice for- 
mant une sorte d'encorbellement, une statuette de la Vierge à 
genoux, au-dessus d'un petit bandeau transversal garni de perles 
et soutenu par un ange ailé formant cariatide; à cùté d'elle, au- 
dessus, se trouve un autre ange; on a voulu sans doute représenter 
l'Annonciation. Enfin, sous cette partie supérieure de la crosse, 
existe une sorte d'édicule h peu près semblable à celui du bâton 
de saint Hugues, à six pans également, renfermant dans des niches 
surmontées de clochetons aigus autant de personnages dont on ne 



328 PEI\Tl'RES 1\C()\.\UKS DE LECOLE FLAMAXDE. 

peut voir que trois : le Christ dans le pan de face, la Vierge à 
gauche, et dans celui de droite un saint qu'on ne saurait déter- 
miner; ces figures, qui ne paraissent qu'au trait, sont un peu 
effacées. Toute cette partie supérieure de la crosse est dorée. 

Quant aux sujets on grisaille qui figurent dans les cinq compar- 
timents du dais (H. 0"',102; L. 0",063), ils représentent les prin- 
cipaux épisodes de la vie de saint Honoré, figures en bas-reliefs 
assez accusés et délicatement rendus; il nous suffira de les énon- 
cer sommairement : 1° saint Honoré, à genoux, sacré évêque; 
2° le saint guérissant un paralytique; 3° l'apparition d'une main 
divine au-dessus de l'autel pendant qu'il célébrait la messe; 4° le 
saint en prières dans sa cellule; 5° l'invention par lui des corps de 
saint Fuscien, de saint V'ictoric et de saint Gentien. 

Telles sont ces peintures. Il pouvait y avoir intérêt à les faire 
bien connaître, tout d'abord, dans leur ensemble et plus particu- 
lièrement encore dans les détails; il est en effet de ces parties 
accessoires que la photographie, malgré les soins apportés, ne 
peut reproduire dans leur infinie délicatesse, et la loupe seule 
a permis de bien les voir et de les décrire. Elles nous ont paru 
avoir leur importance au point de vue du costume et de l'ornemen- 
tation, et aussi comme pouvant contribuer peut-être à mettre sur 
la voie d'une attribution à donner à ces curieuses et belles pein- 
tures d'une Ecole encore trop peu connue. 

l'histoire 

Passons maintenant à l'histoire des panneaux; elle aura aussi 
son intérêt, croyons-nous, relativement aux conjectures à en tirer 
sur les noms de leurs auteurs. 

La Chartreuse de Thuison, aux portes d'Abbeville, était très 
riche ; elle possédait, outre une étendue considérable de terres dans 
les environs, un mobilier religieux des plus remarquables. M. l'abbé 
liCfebvre, aujourd'hui décédé, lui avait consacré, il y a plusieurs 
années, un ouvrage très complet et très approfondi. Dans le cha- 
pitre VII consacré à la description du monastère au commencement 
du seizième siècle, nous relevons le passage suivant, page 167 : 

tt Le maître-autel de la chapelle était surmonté d'un retable en 



IM;I.\TLHES I\ comme s de L école FLAMA\I)E. 3-29 

chêne richement sculpté et entièrement doré, représentant la Pas- 
sion de Notre-Sciyneur. Ce magnifique ouvrage n'était visible que 
les jours de fête; ordinairement il était fermé par des volets ornés 
de peintures. Quatre sujets y étaient représentés : la sainte Vierge 
et saint Jean-Baptiste ^ patrons de toute Chartreuse ; saint Honoré ^ 
patron particulier du monastère, et saint Hugues, évoque de Lin- 
coln, un des plus illustres enfants de saint Bruno. » (M" Siffait.) 

Ces indications étaient déjà précieuses, carnous retrouvons bien 
l'image de ces^ saints sur quatre des panneaux; on ne les voyait 
que quand les volets étaient fermés; mais quand ceux-ci étaient 
développés pour laisser apparaître le retable, la paroi intérieure 
des volets devait présenter également des peintures. 

Il nous restait a en avoir la preuve; or, nous avons été assez 
heureux pour la trouver d'une manière absolument certaine dans 
les manuscrits même cités par M. l'abbé Lefebvre, mais qu'il 
n'avait pas relevés eu entier sur ce point. Il est vrai de dire que 
l'auteur de l'histoire de la Chartreuse de Saint-Honoré ne savait 
pas que ces volets avaient pu être conservés ; il pouvait croire qu'ils 
avaient été détruits à la Révolution, et, ne connaissant pas leur 
existence, il n'avait pas cru devoir s'en occuper davantage. 

Ces manuscrits, appelés actuellement du nom de la famille Sif- 
fait qui possède les originaux, ont été écrits successivement, de 
1657 jusque vers la fin du siècle dernier, par plusieurs habitants 
d'Abbeville, de noms différents. Ils sont fort intéressants, bien que 
sous une forme littéraire parfois fort imparfaite; mais ils ont été 
tenus sans prétention, ils respirent dans leur naïveté la vérité et la 
conscience chez leurs auteurs, et on peut y ajouter foi entière '. 

Au tome V (1774-1780), l'auteur, après avoir énuméré et par- 
couru les différentes parties du monastère, parle de l'église, de 
ses chapelles, et arrivé au grand autel, il le décrit en ces termes 
(page 32) : « On y monte par trois pas; au-dessus du tabernacle 

' l oiei le titre relevé au premier volume de ces mauusciits : a Kvénements 
les plus remarquables arrivés à Abbeville, depuis l'an 1657 jusqu'à présent, 
pour servir de suite à l'histoire ecclésiastique et à celle des mayeurs à Abbeville, 
imprimé à Paris, au mois de may 1657. » Ce volume va jusqu'en 1716. Il est 
ajouté : » Tiré des mémoires qu'ont laissés les défunts M. Pierre Amourette, 
marchand fripier, M. Xicolas Amourette, son fils, M. Dannei, marclianl iiiiger, 
ancien bâtonnier du patronage de S' Georges, M. Jean Quehen, maître tellier, 
et Xicoias-Abraham Blancart, écuier contrôleur de guerre. " 



330 PE I.MTLKES 1 \ C .\ i\ L E S DE l/ECOLE FLAMA.VDE. 

et des gradins est une boette où dedans est représenté {sic) en sculp- 
ture dorée la Passion du Sauveur, et quand elle est fermée, on y 
voit en peinture sur les couverts, la sainte Vierge, S* Jean-Baptiste, 
saint Honoré et saint Hugues dont la représentation est à la page 
précédente. Cet autel est éloigné de la muraille de quatre pieds, etc. ^ 

L'auteur du manuscrit ne parle pas, il est vrai, des sujets peints 
sur la paroi intérieure des volets, mais il a fait plus et mieux. Il a 
exécuté en effet à la page précédente, comme il l'indique, deux 
dessins à la plume ilu grand autel : l'un le représentant avec 
le retable fermé par les volets plies par-dessus, l'autre avec le 
retable apparent avec les volets déployés présentant leur paroi 
intérieure; ces dessins sont absolument naïfs et enfantins, mais, 
malgré leur imperfection, on retrouve facilement sur les volets 
fermés la sainte Vierge et les saints indiqués ci-dessus, notamment 
le saint Hugues, bien reconnaissable par le cygne figuré à côté de 
lui. Sur le dessin du même autel, mais avec les volets déployés, 
et de dimensions semblahlcs, on retrouve également les sujets 
de nos panneaux, notamment V Ascension avec les rayons qui 
environnent le Clirist et aussi la Pentecôte avec l'arcature qui la 
surmonte; c'est bien le même autel qu'il a ainsi représenté sous 
ces deux aspects. Enfin nous ferons remarquer que nos panneaux 
étaient réellement peints de chaque côté à l'origine, puisque ce 
n'est qu'il y a trente-cinq à quarante ans qu'ils ont été dédoublés 
par un trait de scie dans l'épaisseur du bois, ainsi que nous l'avons 
expliqué ci-dessus, pour pouvoir présenter ainsi toutes les pein- 
tures à la suite les unes des autres. 

Il ne peut donc y avoir de doute ; l'identité est certaine, et ce 
sont bien nos panneaux que l'auteur du manuscrit a vus, sur 
place, en 1774. 

," A la Révolution, nous dit AI. l'abbé Lefebvre, page 343 de son 
ouvrage, en vertu des ordres donnés par l'autorité départementale, 
le conseil général de la commune d'Abbeville fit procéder par une 
commission à l'invenlaire de tous les objets mobiliers qui se trou- 
vaient dans le couvent, à l'église el ailleurs. » Cet inventaire, 
malheureusement, a disparu, de même que le procès-verbal de la 
vente qui eut lieu en 1791 ; ces documents qui ont été brûlés, 
comme tous les papiers du district, dans la nuit du -4 au 5 jan- 
vier 1795 (Prarond, Topographie d'Abbeville, t. 1", p. -427), nous 



l'KI\TL'RES I.VCO.WLES DE L ECOLE F I, A M A \ D E . .i'.l 

auraient révêlé sans cloute bien d'autres œuvres tl ait et des objets 
curieux. 

" A celte époque, ajoute M. l'abbé Lefebvre, page 3oG, après le 
départ des religieux, les objets mobiliers furent mis à l'encan. 
Les nombreux ouvrages d'art dont on avait embelli l'église : 
sculptures, autels, retables, statues, tableaux, furent vendus k vil 
prix et tellement dispersés de tous côtés qu'à peine retrouve-t-on 
quelques débris de ce triste naufrage. ■■ 

L'auteur de l'ouvrage sur la Chartreuse de Thuison n'a pas 
connu, nous l'avons dit, nos panneaux ; il n'avait retrouvé, de 
toutes ces richesses artistiques, que les deux retables en bois 
relatifs à la Vierge et à saint Honoré, et qui sont dans l'église Saint- 
Paul d'Abbeville et à l'église du Crotoy. «Ce sont peut-èlre, dit-il, 
les seuls objets qui restent comme souvenirs de la Chartreuse de 
Thuison. « Les volets retrouvés depuis sont venus, heureusement, 
augmenter ces souvenirs. 

Ces tableaux avaient été achetés à la Révolution, soit directement 
du district, soit de seconde main, par M. labbé Cauchy, alors curé 
de l'église du Saint-Sépulcre à Abbeville ; ils les avait donnés, à sa 
mort, à une autre personne, et c'est ainsi qu'ils ont été conservés, 
presque inconnus jusqu'ici à Abbeville. 

Il reste à rechercher comment la Chartreuse s'était trouvée 
originairement en possession de ces précieuses peintures; cette 
recherche nous permettra peut-être de présenter quelques con- 
jectures sur leur auteur ou sur leurs auteurs, car nous sommes 
porté à supposer, ainsi que nous l'avons déjà fait pressentir au 
cours des descriptions, qu'elles ne sont pas l'œuvre d'un seul. 

Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1387-1467), après s'être 
allié à Henri V, roi d'Angleterre, avait depuis 1422, date de la 
bataille de Alons en \imeu aux environs d'Abbeville, guerroyé 
pendant plusieurs années dans le Pontliieu ; l'histoire nous rapporte 
ses nombreux combats et ceux des Anglais pendant le règne de 
Charles VII ; c'est l'époque de Jeanne d'Arc (1428-1431), qui 
resta prisonnière aux environs d'Abbeville, au château de Drugy 
près Saint-Riquier, et au Crotoy. 

En 1435, Philippe le Bon se détacha des Anglais et conclut 
avec Charles VII la paix d'Arras par laquelle le roi de France lui 
cédait les villes qui se trouvaient sur les deux rives de la Somme : 



332 PEIMTLKES lAiCOWUES DE L'ECOLE FLAMAi\DE. 

Amiens, Ahheville^ Doiillens, Péronne, Montdidier, avec leurs 
revenus, le roi s'étaiit réservé la souveraineté et la faculté de 
rachat qui plus tard fut exercée, en 1463, par Louis XI '. Lors de 
la paix d'Arras il y eut pour le Ponthicu une période de tran- 
quillité pondant laquelle Philippe le Bon et Jean d'Auxy, l'un de 
ses familiers, amenèrent de la Flandre dans la Picardie de 
nombreux artistes venus surtout de la cour du duc de Bourgogne 
qui se tenait à Bruges, nous dit l'ahbé Lefebvre, p. 110 ■. 

Philippe le Bon visita plusieurs fois le couvent de Saint-Honoré, 
à Thuison ; c'était sous le priorat de Dom Firmin Le Ver qui occupa 
ces fonctions jusqu'en 14-40 \ Le noble duc, venant souvent à 
Abbeville, aimait à se recueillir dans le calme de la solitude de 
Thuison. En souvenir de son séjour dans le monastère, voyons-nous 
encore dans l'ouvrage de I\L l'abbé Lefebvre, page 112, il donna à 
Dom Firmin Le Ver « soixante livres parisisen aumônes, une cha- 
suble de velours violet semée de fleurs de lys d'or et barrée d'or et 
quatre tableaux de bois doré que l'on met sur le grand autel et 
évangeliers des jours solennels » . Et en note, au bas : Kaleiida- 
riuni. Mss. de la Grande Chartreuse. 

Là se borne la citation du savant auteur ; il n'indique pas, il est 
vrai, où il a trouvé ce précieux manuscrit dans lequel il a puisé la 



' Histoire des ducs de Bourgogne, par M. de Bauantk, 6*" édit., t. III. — His- 
loire d' Abbeville, par M. Louaxdre. 

- Alcius Lediei, .X'olice sur Ernoul Delf, entaillenr d'images au quinzième 
siècle. — Bulletins de la Société d'émulation d' Abbeville, 1897, n'' 3. 

^ Firmin Le Ver, d'une riche famille d'Abbeville, avait fait profession dans la 
Cliartreuse de Saint-Honoré; nommé prieur avant 1420, il voulut faire plusieurs 
réformes dans le couvent, et, dans leur mécontentement, certains religieux, nous 
apprend M. l'abbé Lefebvre, le dénoncèrent en 1421, et il fut envoyé provisoi- 
rement dans un autre monastère; il ne rentra dans sa maison de profession qu'en 
1423 et n'y fut réélu prieur qu'en 1437; il remplit ces fonctions jusqu'en 1440. 
C'était un savant et uu lettré, et on lui doit un Dictionnaire latin-français, fait 
par lui de 1421 à 1440; ce travail est surtout précieux pour l'étude de la langue 
française de cette épo(|ue. L'auteur consacra, dit-on, vingt ans de ses loisirs à cet 
ouvrage, composé de mille pages d'une belle écriture gothique, avec explication 
des trente mille mots qui s'y trouvent contenus. (Rapport de AI. le chanoine 
Gagny en 1884, sur l'ouvrage de La Chartreuse de Saint-Honoré à Thuison, par 
M. l'abbé Lefebvre.) Ce manuscrit fut acheté en 1866 par M. Firmin Didot à la 
vente du marquis Le Ver, (|ui, nous dit M. Ernest Praro.vd da.ns Les hommes utiles 
de r arrondissement d'Abbeville, le tenait lui-même de M. Traullé, d'Abbeville; 
il fut enfin acquis vers 1885, par l'Ltat, pour la Bibliothèque nationale, au prix de 
9,000 francs. 



PEI.VTURKS INCOMMUES D F, LKCOLi: FLAM.WDE. H33 

mention, d'ailleurs bien précise et bien formelle. Mous n'avons 
pas pu, iiial<jré nos recbcrclies, retrouver ce document; il n'a pas 
dû être publié, mais l'auteur nous a écrit qu'il l'avait eu en main; 
il est malheureusement décédé peu après, il y a quelques années. 
La citation doit être exacte, elle n'a pas été imaginée, car le soin 
avec lequel l'auteur de l'Histoire de la Chartreuse de Saint- 
Honoré^ l'a relevée, en la mettant entre guillemets, prouve suffi- 
samment qu'elle a été copiée textuellement par lui sur le 
manuscrit. Cette mention présente donc tous les caractères de 
véracité et d'exactitude. 

Or, les indications ci-dessus sont absolument intéressantes pour 
l'étude qui nous occupe ; en effet, et en les reprenant une par une : 

Quatre tableaux... C'est précisément le nombre de nos pan- 
neaux dans leur état originaire; c'est seulement il y a quelques 
années, nous l'avons dit, qu'ils ont été sciés dans le sens de leur 
épaisseur. 

De bois doré... Les panneaux sont en bois; les peintures sont 
dorées autant qu'elles peuvent l'être. 

Que Von met sur le (jrand autel... Or, nous avons vu, d'après 
un document indiscutable, les manuscrits Siffait, que nos pan- 
neaux, précisément, étaient placés sur le grand autel. La repré- 
sentation même, en deux fois, de cet autel, ne laisse aucun doute; 
il n'y avait pas d'autres tableaux que ceux dont nous nous 
occupons. Et puis enfin, dirons-nous encore, ceux-ci étaient assez 
beaux et assez importants pour figurer à cette place d'honneur'. 



1 Cet ouvrage a élé couronné en 1884, par la Société des antiquaires de Picar- 
die, à Amiens, sur le rapport de M. l'abbé Gagny, de vénérable mémoire, un 
savant et un érudit. 

- Il est à remarquer que le passage du Kalendarium (et il faut le prendre dans 
ses termes et à la lettre) ne parle pas de la Passion en bois sculpté; ce retable 
n'est signalé que dans les manuscrits Silfait. Sans doute, ainsi que M. L. de Four- 
caud a bien voulu nous le faire observer, les sculptures encadrées et couvertes 
de volets peints furent à la mode de bonne heure (autel porlatil de Dijon de Jac- 
ques de le Baerze, avec peinture de Broederlam), et cette mode dura longtemps". 
Il n'y a donc rien d'impossible k ce que le retable de Thuison ait été ainsi fait des 
sou origine, mais le Kalendarium ne dit rien de pareil; il parle simplement de 
quatre tableaux de bois doré mis sur l'autel, et il vaut mieux prendre ce texte à 
la lettre sans l'interpréter. Philippe le Bon avait donné quatre panneaux; rien 

1 II y a à Baume-les-Messieurs un retable du milieu du seizième siècle, dont la partie 
centrale représente une Passion sculptée et tout enveloppée de panneaux peints. 



334 PEIMTURES IXCOXXUES DE LE C OLE FLAMAXDE. 

Il y a là, certainement, des coïncidences multiples qui semblent 
s'imposer. On peut donc dire en toute vraisemblance, et même, 
peut-on ajouter, en toute certitude, que les tableaux que nous 
présentons sont bien les tableaux de bois doré si formellement 
mentionnés dans le Kalendarium et dans les manuscrits de la 
Grande-Cliartreuse, 

On a vu, d'autre part, que le don en fut fait par Philippe le 
Bon au prieur Dom Firmin Le Ver; or celui-ci cessa son prieurat 
en IMO. Cette date est précieuse à retenir. 

Philippe le IJon, on le sait, était un grand amateur d'art ; tous 
les historiens ont parlé de son faste, et les dons qu'il faisait aux 
monastères étaient tous réellement princiers et de haute valeur. 
« Son règne, nous dit AI. de ISarante dans VHistoù'e des ducs de 
Bourgogne (tome \, pa^je 387, 6" édition), resta dansli mémoire 
comme une époque d'éclat, de /)uissance, de richesse et même de 
bonheur, car jamais la Flandre ne retrouva un temps si piospère. » 
Et ailleurs : '- Aucun roi n'avait eu autant de puissance et de 
richesse... son règne de cinquante ans fut noble et glorieux... le 
duc avait été le plus grand souverain de son temps. » 

Philippe le Bon était en relations suivies avec les artistes 
flamands, et nous savons qu'il prit à son service, en qualité de 
peintre et de valet de chambre, Jean Van Eyck, en qui il avait 
placé toute sa confiance ; il fut, en 1434-, le parrain de son enfant. 
Jean Van Eyck mourut en 1440, la même année précisément que 
le prieur de la Chartreuse de Thuison à qui le duc de Bourgogne 
avait donné quatre tableaux de bois doré. 

IVous nous bornons ici à indiquer des faits, à donner des dates, 
à présenter des documents, mais nous n'allons pas plus loin et 
nous ne prétendons pas le moins du monde attribuer ces peintures 



ne s'oppose à cette indication que pins fard, au seizième siècle, on ait composé 
un retable avec une Passion qui aurait été plus récemment achetée à Gand, par 
exemple (où avait été fabriquée celle de Baume-les-AIessieurs), et les anciennes 
peintures complétées, pour leur nouvel emploi, par de nouvelles peintures au 
revers. Comme M. de Fourcaud ajoutait très judicieusement, tant qu'on n'aura 
pas retrouvé un document formel ou les débris qui peuvent subsister du retable 
(si tant est qu'il en existe), il sera impossible de se faire une idée certaine de 
l'âge de cette partie centrale et de la constitution primitive du retable. Cette 
supposition a au moins l'avantage de ne pas forcer le sens du texte du Kalenda- 
rium. 



l'KIM'lRES IXCOWTES DE L'ECOLE FLAMAXDE. 335 

à Jean Van Eyok, car elles ne sont cerlaiiiement pas de lui. \'oiJs 
(lirons seulement, dès maintenant, (juo ces [)anneaux, au moins 
ceux représentant des sujets, sont vraisemblablement d'un de ses 
successeurs immédiats ou à peu près. 

Parmi les peintres flamands en renom de la première moitié du 
quinzième siècle, il eu est un dont les œuvres nous ont paru 
présenter quelque points de comparaison avec les sujets des pa- 
rois intérieures de nos volels, c'est Roger de la Pasture ou, selon 
la traduction en flamand, Rogier Van der IVeyden ou encore 
Rogier de Bruges., né vers 1400, mort en 1464. D'après plusieurs 
des ouvrages qui ont été écrits sur les peintres de l'Ecole flamande 
primitive, il aurait été élève des Van Eyck à Bruges, où Phi- 
lippe le Bon tint sa cour. IVaagen, dans son Manuel de l'his- 
toire de la iieinture ', tome I", page 129, tout en paraissant ne 
pas mettre en doute que Rogier Van der U eyden fut l'élève, et 
même le plus célèbre, dit-il, page 127, de Jean Van Eyck-, le 
plus jeune des deux l'rères qui vécut jusqu'en 1440, dit que ses 
œuvres révèlent en outre l'influence très décidée d'Hubert et 
(\\\il traita comme lui les sujets inspirés par le mysticisme du 
moyen âge. Par Xk pureté de style des draperies ^ il se rapproche 
encore plus d'Hubert que de Jean, mais, dit encore Waagen, 
« il ressemble à ce dernier par sa façon magistrale de vendre 

' D'après des indications d'un grand intérêt qui nous sont données au cours de 
ce travail, il ne paraît pas étubli que Rogier ait été l'élève de Van Eyck. Pour 
prouver que Rogier a subi particulièrement l'influence d'Hubert', il faudrait 
savoir au juste sa part de collaboration au tableau de ÏAgneau, et sur ce 
point il n'y a, parait-il, que des hypotiièses. Rogier est inscrit en 1427'sur les 
livres de la Gliilde de Tournai; ou le voit reçu maître en 14-32, et il est fixé à 
Bruxelles en 1435. Son seul maître authentiqueraent connu est Robert Gampin de 
Tournai. S'il est allé à Bruges, ce ne peut guère être qu'après 1432, son éduca- 
tion terminée, car il ne fût pas entré chez Campin en sortant de chez Van Eyck. 
Il n'a donc subi, très probablement, l'influence de Bruges que par voie d'am- 
biance et comme tous ses contemporains. 

- Manuel de l'histoire de la peinture. Ecoles allemande , Jlamande et hollan- 
daise., par G. -F. W.4.4GE.\", directeur de la Galerie royale de tableaux, à Berlin; 
traduction par AI. Hymans, conservateur de la Bibliothèque royale de Bruxelles, 
correspondant de l'Institut de France, et M. J. Cadot, 3 vol. in-S". Paris, 4863. 

' M. Henri Hymans, l'érudit conserrateur bien connu de la Bibliothèque royale de 
Bruxelles, nous a fait voir, au Congrès de Gand, en 1806, la pierre tombale d'Hubert Van 
Eyck (jui se froure posée debout à l'une des extrémités de l'immense réfectoire de l'an- 
cienne abbaye célèbre de Saint-Baron. Cette grande salle en longueur, bien restaurée, 
renferme d antres pierres sculptées retrouvées dans les ruines du monastère. 



;{;?6 PEINTURES TNCO.WUES DE LE C OLE FLAMAXDE. 

rendre les objets, et par le i^ea de souci de la beauté qui parfois 
distingue SOS œuvres. La préoccupation trop absolue du réel le 
conduisit même quelquefois à représenter des sujets répugnants et 
sans goût. Ainsi les nus sont maigres, les doigts trop longs, les 
pieds, surtout dans ses premiers ouvrages, mal conformés. Sa 
couleur, en revancbe, sans égaler en profondeur et en éclat celle 
du maître, [possède une étoîwante vigueur ; ses carnations, dans la 
première période ' ont une teinte dorée (|ui se rafraîchit par la 
suite (page 130). " 

Nous devons remarquer toutefois ici que les caractères indiqués 
par Waagen, y compris la couleur d'un brun doré, sont, il faut le 
dire, ceux de presque tous, sinon de tous les successeurs immédiats 
de Van Eyck. , 

D'autre part, M. Alfred Michiels, dans son grand ouvrage en 
cinq volumes : Histoire de la peinture Jlamande, publié à Paris 
en 1866, rappelle aussi que Rogier Van der Weyden fut l'élève le 
plus important des Van Eyck ; " tout au moins, ajoute-t-il, il peut 
avoir perfectionné son talent sous la direction du plusjeune, quand 
il avait obtenu lui-même le droit d'enseigner, étant devenu franc- 
maître de la corporation de Saint-Luc à Tournai en 1432, en 
même temps que Jacques Daret; l'École de Bruges à laquelle il se 
rattache était éminement poétique et s'adonnait au paysage, or les 
tableaux de Van der Weyden à Berlin ont pour fonds d'admirables 
paysages * )i . 

Enfin M. A.-J. Wauters, qui, dans son oawàge : La peinture 
flamande, piihWé aVurh en 1883', a résumé non seulement le 
résultat de ses premières recherches remontant à 1846, mais aussi 



' Il eût élé intéressant de pouvoir comparer nos panneaux aux premiers ouvrages 
(le Rogier Van der Weyden; mais, nous dit encore M. de l'^ourcaud, les plus 
anciennes peintures citées par des textes ont, paraît-il, disparu comme ceux de 
l'hôtel de ville de Bruxelles dont on ne peut juger que par quelques transcriptions 
en tapisserie (au Munster de Berne) ; la chronologie des rares ouvrages du 
maître qui peuvent passer pour authentiques est bien difficile à établir. 

Rappelons que nos panneaux, d'après les documents, se placent avant 1440, et 
que ce n'est qu'en 1447 ou 1449 que Rogier Van der Weyden alla en Italie et s'y 
perfectionna. 

-Il faut dire que les tableaux de presque tous les Flamands primitifs renfer- 
ment des paysages. 

^ Bibliothèque de l'enseig7iement des Beaux-Arts ; La j^einture Jlamande, par 
A.-J. Wauters. Paris, Quantin, 1883. 



PEIMTl'RKS I\"CO\"\LES 1) K I.KCOLK K L A M A \ I) i; . 337 

celles (le Michicls et de Waagen, s'exprime ainsi, page 62, au sujet 
(le ce peintre : " Rogier Van der IVeyden, dit-il, hérita de Van 
Eyck l'art de bien peindre. Sa couleur, sans égaler celle du maître 
sous le rapport de l'harmonie et de la finesse, en possède l'éton- 
nante puissance. Ses tahieaux, d'un aspect si niergique et d'une 
si grande allure, sont habilement agencés, et leurs personnages 
expriment un sentiment dramatique très pénétrant. Son dessin 
est correct ; seulement dans le corps humain comme dans les 
vêtements, dont les contours sont parfois raides et anguleux, il a 
toujours exagéré la longueur. ^ 

Si l'on réunit ces divers éléments d'appréciation et si, revenant 
aux reproductions des trois premiers panneaux décrits, la Cène, 
V Ascension et la Pentecôte, ou cherche à les y appliquer, on peut 
remarquer quelques points qui paraissent les rattacher au genre 
de talent particulier de Van der Ueyden, à ses qualités comme 
aussi à ses imperfections '. 

Mous avons fait observer en effet, dans les descriptions, l'habile 
agencement des groupes, la longueur des vêtements, le sentiment 
pénétrant qu'expriment toutes les figures, leur aspect très caracté- 
risé, mais en même temps (à l'exception des belles figures du Christ 
et de la Vierge exceptionnellement douces et d'un modelé parfait) 
le peu de souci de la beauté pour celles des apcjtres, dont les traits 
sont très accentués, énergiques, presque rudes ; on constate que 
les nus sont maigres, les doigts trop longs, les pieds, les jambes 
mal conformés, comme le dit Waagen ; d'autre part, on a vu avec 
quelle étonnante vigueur, dans le sujet de la Cène, les profils de 
trois des apôtres se détachent sur la blancheur de la nappe ; il est 
vrai que sur ce point on trouve une réelle analogie avec le même 
sujet traité par Thierri Bouts. A'ous rappellerons aussi, au sujet des 
paysages dont parle M. Alichiels, celui qui a été si bien traité dans 
V Ascension ; mdÀs on trouve aussi ces paysages dans d'autres pein- 
tures de cette époque ; de même aussi cette échappée, si curieuse 
et si finement détaillée par l'embrasure d'une croisée, dans la Cène, 

' Notons, d'ailleurs, au nom de l'impartialité, que deux des membres du 
Comité des Sociétés des Beaux-Arts, après avoir vu ces belles peintures et en 
avoir reconnu le haut intérêt, ont déclaré n'y reconnaître ni la main de maître 
Rogier, ni celle de Thierri Boats, ou d'aucun des maîtres connus de l'École 
flamande. L'opinion que nous émettons ici nous est donc personnelle, et nous ne 
la donnons d'ailleurs que sous de grandes réserves. 

22 



338 rEl\'Tll{ES INCOIVX'UKS D K l.KCOLK FLAMANDE. 

du carrefour d'une ville flamande au moyen àye. M. IJigarme, de 
Beaune, depuis décédé, membre de la Commission des Antiquités 
de la Cùte-d'Or, qui a vu ces peintures vers J880, a cru trouver 
dans les monuments, et particulièrement dans ceux de VAsceti- 
sion, une ressemhlance avec ceux de la ville de Bru<jes ; nous 
avons dit plus haut qu'on ne saurait peut-être les rattacher plutôt 
à cette ville qu'à une autre. 

D'autre part, la comparaison avec plusieurs des œuvres assez 
généralement attribuées à Van iler Ueyden peut fournir aussi des 
éléments au point de vue d'une attribution. 

C'est ainsi que dans le remarquable tableau des Sejyt Sacrements 
qui est au ^lusée d'Aavers, plusieurs particularités significatives 
nous ont iVappé conime\e remarquant également dans les trois 
sujets de nos premiers panneaux : la longueur des vêtements, qui 
est caractéristique dans l'œuvre de Van der Weyden, les détails 
d'architecture reproduits avec grande fidélité et d'un fini achevé, 
le groupement habile des personnages, la longueur des doigts; 
nous signalerons aussi le type de la Vierge dans le compartiment 
du milieu des Sacrements , type qui paraît se rapprocher de celui 
de nos panneaux ; puis encore les chaussures à la poulaine se rap- 
portant au quinzième siècle, surtout dans la première partie. Enfin, 
et nous insistons tout particulièrement sur ce point comme l'ayant 
bien observé sur place, c'est l'intensité de vie qui se dégage des 
yeux des personnages comme dans nos peintures ; nous citerons 
notamment, du tableau d'Anvers, et bien que cela paraisse peu 
vraisemblable, la vivacité extraordinaire des yeux du moribond 
semblant avoir une dernière lueur de vie pendant que le prêtre lui 
administre le sacrement de l'Extrême-Onction. 

Si nous nous arrêtons à un autre tableau qui est également 
attribué, comme hors de doute, à Van der Ueyden le Vieux, le 
Jugement dernier , si célèbre, de l'hôpital de Beaune, nous 
remarquons encore le type de la Vierge prosternée, les mains 
jointes, et dans la même attitude que dans Y Ascension, les traits 
d'une certaine vulgarité et presque rudes de plusieurs des person- 
nages, .la longueur des vêtements, les défauts d'anatomie des 
membres, notamment la déformation des pieds; puis aussi la 
figure du Christ que Ton retrouve avec quelque analogie dans la 
Cène et dans V Ascension de nos panneaux. 11 en est de même 



PE IX TU RE s IMCO.WIES DE 1, ECOLE ri.AMWDE. 330 

<!ans le Christ au tombeau (|ui csl au Aliisée du Louvre, avec son 
corps tiop long, ses nieml)i es maigres et le développcmenl exagéré 
du manteau; la figure de la Vierge, etc. IVous remarquons égale- 
ment la délicatesse inlinie i\c^ fleurettes dont le sol est éniaillé 
au premier plan et (|ui rappelle celles àeVAscensioriy puis enfin le 
merveilleux paysage qui se déroule dans le fond avec la représen- 
tation d'une ville au loin, les arbres à la tige élevée et grêle, les 
autres en boule au delà, aussi comme dans le même panneau. Ce ne 
sont pas là, sans doute, nous le reconnaissons, des points suffi- 
samment caractéristiques pour permettre d'asseoir un jugement 
certain, mais ils peuvent être relevés. On ne saurait en tout cas, 
croyons-nous, établir de comparaison avec les Meniling et les 
Quentin Matsys ; on se rapproclierait plutôt du peintre maubeugeois 
Jean de Mabuse, sauf la question de date ; il ne faut pas s'attacber 
non plus à Van der Neire de Gand, car il n'apparaît que plus tard: 
le genre d'ailleurs est complètement ditlereut. 

Les tableaux du Musée de Berlin, également attribués à \an der 
Weyden, nous présentent moins de traits de ressemblance, mais 
il faut dire qu'ils sont de la seconde manière du maître, après 
qu'il était allé, en 1447 ou en 1449, se perfectionner en Italie; les 
traits des personnages sont plus soignés, plus fondus, d'une grande 
suavité; toutefois nous croyons y retrouver encore certains points 
permettant la comparaison, tels que les dimensions des vêtements, 
l'éclat des yeux, etc. Le type des figures du Christ et de la Viej'ge 
dans le triptyque de la Naissance du Christ de Berlin pourrait 
également se rapporter à ceux des tableaux de Thuison, celui plus 
particulièrement du Christ dans la Descente de croix à la Haye, 
dans la Mise au tombeau aux Offices à Florence, dans le Christ 
en croix à Dresde, où l'on retrouve ce corps long, émacié, ce 
visage allongé avec la barbe en pointe, de même encore dans le 
Christ en croix du Musée de Berlin ; nous ne parlons ici de ces 
comparaisons que d'après des photographies examinées chez 
Braunn, à l'aris. 

11 existe à l'église d'Ambierle en Roannais un retable de la 

Passion i\\xidi fait l'objet, dans la Gazette archéologique, d'une 

étude très approfondie de M. E. Jeannez ; nous en devons l'indi- 

• calionànotre savant confrère, M. le comte de Marsy, et nous sommes 

heureux de l'en remercier ici. Or, M. Jeannez a été amené, par 



340 PEIMTURES Ii\CO\i\UES HE I/ECOLE FLAMANDE. 

les renseignements d'hisloire et de chronologie, à regarder Van 
der U eyden comme Pautenr probable, sinon certain, des volets du 
retable d'Ambierle; il y a trouvé, comme caractère particulier et 
(|ue nous retrouvons dans nos peintures, « la simplicité et la dignité 
des attitudes, le grand caractère des têtes s'alliant à une imitation 
scrupuleuse de la nature, le dessin parfois défectueux dans les 
pieds ou les mains toujours maigres, les plis carrés et anguleux 
des draperies " .11 ajoute plus loin, comme observations confirmant 
les premières : ' Le réalisme le plus intentionnel, les duretés de 
détail dans les extrémités, les fonds de paysage, les premiers plans 
semés d'iris, de viole^es, de myosotis minutieusement étudiés, 
les masses de rochers, les chemins qui serpentent en fuyant vers 
l'horizon, etc. -^ \e dirait-on pas, véritablement, qu'il s'agit des 
volets intérieurs de la Chartreuse de Thuison? Il est vrai que 
l'attribution à Rogier du retable d'Ambierle n'est qu'hypothétique 
et ne repose sur aucun document certain, et on ne saurait en étayer 
la base d'une attribution pour nos panneaux; mais il y a là des 
points d'analogie qui nous ont frappé et que nous avons cru devoir 
signaler. 

Nous ne prétendons pas tirer de cette étude comparative la 
preuve que Rogier Van der U eyden serait l'auteur des peintures 
de Thuison; il nous aura suffi, en simple amateur qui s'est pas- 
sionné pour ces œuvres d'art, mais qui craindrait de se laisser 
entraîner, de poser quelques jalons, d'élucider le point historique, 
d'exprimer enfin des impressions d'après une étude descriptive 
détaillée. Nous laissons à de plus savants et à de plus experts que 
nous le soin de se prononcer d'une manière plus affirmative sur 
l'auteur possible, selon nous, de ces belles et curieuses peintures 
du quinzième siècle. 

Restent les quatre grandes figures isolées qui figuraient sur les 
parois extérieures quand les volets étaient fermés. 

Ici nous ne pouvons plus appliquer la mention du Kalendarium 
qui parle de tableaux de bois doré, car les dorures des orfrois 
ne sont, en quelque sorte, qu'accessoires, tandis que sur les sujets 
précédents l'or domine partout, dans les rayons de Y Ascension et 
de la Pentecôte, sur le dais qui surmonte cette dernière scène, 
dans les draperies du fond et ailleurs. Sur les quatre panneaux 



l'EIKTURES IXCOWLES l»i: I.ECOI.i: FLAM.WDi;. 'iil 

extérieurs, au conlraire, les niches et les dais, ainsi que les sujets 
en bas-reliofs (|ui s'y trouvent, sont tous peints en grisaille. 

D'autre part, les détails d'arcliitecture, arcs, bandeaux, etc., ne 
paraissent pas se rapporter à une épo(|ue antérieure à 1-440; ceux 
même de Saint Jean-Baptiste e.t de Saint Honoré^ j)ar leur foime 
arcliitectonique, paraissent se raltaclier plutôt au seizième siècle; 
aussi avons-nous déjà indiqué, lors des descriptions, que ces deux 
panneaux, non seulement par l'architecture, mais aussi par In 
manière dont les personnages et particulièrement les figures ont 
été traités, nous paraissent d'une époque postérieure aux deux 
premiers, représentant la Vierge et Saint Hugues; et cependant 
la manière dont ils sont disposés, ainsi (|ue les costumes, présentent 
une certaine similitude qui, au premier aspect, semble les ratta- 
cher directement les uns aux autres. 

Si nous osions hasarder une hypothèse, car nous sommes ici 
dans le champ des simples conjectures, ne trouvant plus les élé- 
ments caractéristiques qui nous avaient guidé dans nos premières 
observations, nous dirions ceci : Philippe le Bon aurait bien 
donné, de 1437 à 1440, ce qui paraît établi, les quatre tableaux 
de bois doré représentant des sujets, mais sans peinture derrière 
les tableaux. Ceux-ci garnissaient bien l'autel dès l'origine, nous 
le savons d'après la mention formelle du Kalendarium (v. plus 
haut, n. 37); mais ce document ne parle pas du bas-relief de la 
Passion; si ce retable avait existé à cette époque, l'auteur du 
manuscrit l'aurait sans doute indiqué. D'ailleurs, dans ces condi- 
tions, le retable eût été constitue d'une façon normale, et l'on 
n'aurait assurément pas omis de peindre les volets sur les deux 
faces à la fois, et on a dû peindre plus tard la paroi extérieure. On 
peut ajouter que les sujets mêmes des panneaux n'indiquent pas 
qu'ils dussent accompagner une Passion ; il n'y aurait guère que 
la Cène. On peut se référer, à l'égard de la recherche d'unité, au 
retable de liaurae-les-Messieurs '. 

' La Passion sculptée au retable de Baume-les-Messieurs (Jura, près Lons-le- 
Suunier), qui nous a été très obligeamment signalée au cours de ce travail par 
M. liOuis de Fourcaud, est encastrée et couverte de peintures; elle avait été 
exécutée à Gand, au plus tard en 1.Ô25, époque où, nous dit-on, elle fut offerte 
par la commune de (îaud à l'abbé de la (Irande Abbaye, Guillaume de Poupet, 
en reconnaissance de quelque service inconnu. (Documents produits par M. l'abbé 
Brune au Congrès des Sociétés savantes, section d'archéologie, à la Sorbonne 



342 l'EIMTlRES I \ C \ \ U E S DE LEGOI.E FLAMAXDE. 

Ce n'est que dans les manuscrils Siffait, celui du dix-huitième 
siècle, que le retable en bois sculpté est mentionné. De 14-37 à 
liiO, époque où ont été donnés les quatre premiers sujets par 
Philippe le Bon, ces peintures originaires ne pouvaient se trouver 
appli(juces que sur un des côtés; c'était, d'après le Kalendarium, 
les quatre tahleaux de bois doré que l'on mettait sur le grand 
autel; les ligures en pied, au revers, n'existaient pas alors, nous 
en avons la preuve par l'examen des peintures elles-mêmes qui 
manifestent, à coup sûr, une époque postérieure, ne serait-ce que 
par les détails archi tectoniques. 

Le retable de la PaHion, qui n'est pas, d'ailleurs, mentionné 
dans le Kalendarium, n'a dû être fait que postérieurement (nous 
l'avons dit plus haut en note), et quant! il aura été mis en place, 
on se sera servi des quatre panneaux comme de volets pour le 
recouvrir et le garantir ainsi de la poussière ou des indiscrétions ; 
c'est ainsi, du reste, que l'auteur des manuscrits Siffait en a donné 
la représentation. Hais à l'époque où a été placé le retable, 
époque qui doit se rapporter au seizième siècle, ces tableaux, ser- 
vant alors de volets, ne présentaient plus au dos que le bois nu et 
n'avaient ainsi à l'extérieur, quand le retable était fermé, aucun 
caractère décoratif. Il est, dès lors, vraisemblable de penser (et les 
dessins comme les indications du manuscrit de 1774 nous en don- 
nent, pour ainsi dire, la certitude) que les religieux ont dû, 
après coup et successivement, faire orner cette paroi extérieure 
de figures se rattachant directement à leur monasière : la Sainte 
Vierge d'une part, et Saint Jean-Baptiste^ patrons de toute Char- 
treuse, comme nous le dit AI. l'abbé Lefebvre; et aussi Saint 
Hugues, Chartreux, évèque de Lincoln, dont le couvent possédait 
les reliques, puis en^n Saint Honoré, évèque d'Amieus, sous le 
vocable duquel la Chartreuse de Thuison avait été fondée. 

Il n'y a là, bien entendu, qu'une hypothèse, mais on conviendra 
qu'elle ne paraît pas dénuée de vraisem[)lance. 

A (|uelle époqne et par qui les Chartreux auraient-ils fait exé- 
cuter ces grandes figures? 

Ici, nous n'avons aucun document qui puisse mettre sur la voie; 

eu 1894.) Ce retable venait certainement d'être achevé vers J525, mais des 
morceaux du même ordre ont été nombreux, nous ajoute-t'on, et les artistes, 
poui' les exécuter, ne devaient manquer nulle part, tant en Flandre qu'en France. 



PEI\TrRES IXCOWUES DE L'ECOLE K L A M A iV I) E . 3 43 

l'examen des œuvres en elles-mêmes peut seul pormetlre de 
baser quelques conjectures. 

Les religieux, désireux sans doute de compléler la décoration 
extérieure de leur autel principal, oui dû faire exécuter dos pein- 
tures (|ui fussent en rapport avec les premières, en s'adressanl à 
des artistes de talent (jui étaient peut-être du pays ou des environs; 
la manière dont les parois extérieures des volets ont été traitées 
le prouve suffisamment. Les élèves ou plutôt les continuateurs des 
Van Eyck, des Van der U eyden, Thierri Bouts et autres étaient 
alors nombreux en Flandre et même dans le nord de la France; 
tout en ayant cbacun leur genre propre, ils s'inspiraient de leurs 
maîtres ou de leurs devanciers. Quant à attribuer à tel ou tel l'exé- 
cution de ces peintures, nons n'oserions le faire, à défaut du 
moindre document; les études comparatives, pour celte époque du 
seizième siècle, deviennent beaucoup plus difficiles à raison du 
grand nombre de peintres qui existaient alors, et les conjectures 
sur des noms seraient peut-être bien hasardées. 

Dans tous les cas, ce ne sont point là des œuvres ordinaires, les 
figures de la Vierge et de saint Hugues, notamment, sont admi- 
rables; tous les détails des costumes, ceux des dais avec leur archi- 
tecture si bien rendue, sont d'un fini et d'une délicatesse extrêmes; 
la conservation de ces panneaux est parfaite, sauf, avons-nous dit, 
celle des quatre derniers. 

En résumé, l'ensemble de ces peintures constitue une série 
d'œuvres d'art d'un haut intérêt; elles étaient restées presque 
ignorées jusqu'ici, et nous avons cru devoir les signaler, en- ajou- 
tant celle simple étude aux ouvrages si complets et aux travaux 
si savants qui ont déjà paru sur l'art flamand primitif. 

Ém. Delignières, 

Membre non résidant du Comité des So- 
ciétés des Beaux-Arts des départe- 
ments, à Abbeville. 



344 V\ MAlTlîE DE I.OEUVliE PU M \ T-S A I \ T-M 1 C H E !.. 



XVII 

UN MAITRE DE L'OEUVRE DU MONT-SAIIVT-MICHEL 

AU XVII* SIÈCLE 

On a beaucoup étudié le Mont-Saint-Micliel et l'on a beaucoup 
écrit sur cette merveille de l'Occident. Pourtant tout n'a pas été 
approfondi, et il reste encore plus d'un document à mettre au jour. 
Un séjoui- d'un mois dans l'intimité de la gigantesque abbaye, au 
cours de l'année 1897, nous a permis de reprendre à nouveau plus 
d'un problème imparfaitement résolu ou de découvrir des indica- 
tions qui avaient échappé à des visiteurs trop pressés ou insuffi- 
samment renseignés. Pour le moment, notre but est de parler 
d'un maître de l'œuvre, dont on ne trouve la trace dans aucune 
publication. 



I 



Durant le moyen âge, les orages causèrent des ravages fréquents 
au couvent du Mont-Saint-Michel, et l'église, en particulier, eut 
beaucoup à souffrir. L'abbatiale avait repris sa robuste et élégante 
physionomie ogivale lorsque, en 1594,1a foudre étant tombée «sur 
le clocher dont la pyramide estoit une des plus hautes du royaume, 
elle fut totalement bruslée avec le rond-point du chœur et la cou- 
verture ' » . L'abbé commendataire François de Joyeuse, tout 
cardinal qu'il fût, se souciait assez peu de relever les ruines. Sur 
l'instance des religieux, le parlement de Rouen rendit une sentence 
portant que, « veu les grandes ruines... il seroit nommé un 
commissaire pour faire travailler sur les lieux aux frais de l'abbé, 
et qu'il seroit pris en outre sur sa mense 1,200 écus « . 

' D. Huynes, Histoire générale du Mont-Saint-Michel. 



U\' MAITItE I>i: I.OEUVKE DI M \ T-S A I V T-M [C H E L. :î',.-) 

Les travaux présentèrent une réelle importance. On refit trois 
piliers avec arcades à l'entrée de l'église, sans omettre d'y apposer 
les armes du cardinal « en grand volume» . Les débris de la jolie 
flèche gothique furent abattus, et Ton reprit la tour. Ses bases 
furent consolidées, et l'on éleva dessus une tour massive. En même 
temps quatre cloches furent fondues et placées dans le nouveau 
clocher. Le caractère pacifique de la (in du règne de Henri IV était 
favorable à l'exécution des ouvrages de restauration et de réfection. 
La date de 1G09, gravée sur un des piliers, nous aide à préciser 
l'époque où cette partie fut reconstruite. Sous Louis XIII, l'abbé 
commendataire qui succéda à François de Joyeuse attacha son 
nom à l'œuvre de consolidation du Mont-Saint-Michel. Il est vrai 
que le titulaire, Henri de Lorraine (1015-1642), n'avait alors que 
cinq ans et n'était guère en mesure de prendre part personnelle- 
ment à ce qui se faisait; mais son père, le duc de Guise, s'intéressa 
vivement à l'abbaye. 

La direction spirituelle du monastère fui confiée à Pierre de 
Bérulle, le pieux fondateur de l'Oratoire. En même temps on 
s'attacha à réparer les ruines faites par le temps et par les événe- 
ments. Sur l'initiative de l'envoyé de Pierre de lîérulle, le prêtre 
Gastaud, on dressa « le procès-verbal des réparations, lequel 
monta à 30,000 escuz ' » . 

Charles de Lorraine, duc de Guise, résolut d'exécuter tout au 
moins les ouvrages réclamés par la solidité et la conservation de 
l'abbaye. En 1616, on lépara diverses parties du couvent, en 
particulier au nord de l'église, du côté de la chapelle située sur le 
transept septentrional et dans le passage qui longe le réfectoire où 
se voit, en plusieurs endroits, la croix de Lorraine. 

En outre, les superbes bâtiments élevés dans la deuxième moitié 
du douzième siècle par Robert de Torigny, le grand bâtisseur du 
Mont-Saint-Michei, dont il fit « la cité des livres et des arts », 
présentaient des lézardes de nature à inquiéter. En vue de conso- 
lider cette partie de l'ouest, qui forme actuellement une terrasse 
devant l'église, mais qui était alors occupée par des constructions, 
le duc de Guise fit faire, en 1618, le contrefort occidental. Au 
sommet, il plaça ses armes et n'eut pas tort, car il s'agit, ici, d'un 

' D. Huynes, Histoire générale du Mont-Saint-Michel. 



346 TJJV MAITUE DE LOELVIiE DU M \ T-S A I\ T-M I C HE L. 

travail considérable (jiii coûta 14,000 livres, somme fort impor- 
tante pour répo(jne. 

A son tour, l'année suivante, D. Gastaud, vicaire général du 
Père de IJéruUe, embellit l'intérieur de l'abbatiale et termina le 
lambris de la nel, sur lequel il mit également les armes de l'abbé, 
selon l'usage du temps, qui a tout au moins l'avantage de venir en 
aide auxbistorienset aux archéologues, parfois embarrassés quand 
il s'agit de dater un monument d'une façon précise. 



Il 



Une bonne partie des travaux, exécutés au commencement du dix- 
septième siècle, continue de fixer l'attention des visiteurs du Mont- 
Saint-Micliel, mais il est une autre portion qui vient de disparaître 
définitivement: je veux parler de la tour élevée au centre de l'inter- 
transept et qui doit nous arrêter quelques inslants. 

On se souvient de la silhouette du clocher, qui vient d'être rem- 
placé par la nouvelle flèche : les lignes aussi bien que les détails 
accusaient netlemenlle premier quart du dix-septième siècle. L'heure 
n'était plus alors aux sveltes et délicates pyramides, plus ou moins 
ajourées; l'abaissement des toits s'harmonisait avec l'épaississe- 
ment des voûtes etdes corniches. Latourquadrangulairedu transept, 
une fois consolidée, fut terminée par un ouvrage aux lignes massives. 
La partie supérieure fut ornée d'une série de moulures et de 
consoles de grande dimension, qui d'ailleurs ne manquaient pas de 
caractère. Mais, sans doute par défaut d'argent et par suite de 
l'inquiétude morale qui agitait le couvent, on se borna à recouvrir 
la tour d'un toit ordinaire (jui lui donna l'allure d'un pavillon très 
élevé, dont la voix publique, aussi bien que le chœur des artistes, ne 
cessait, surtout depuis un demi-siècle, de demander la démolition. 

Ce remplacement, nous l'avons dit, est chose faite, et dès lors, 
comme il arrive d'ordinaire en présence de la disparition d'un 
monument ou d'une portion de monument, la curiosité se porte 
vers ce qui n'est plus '. On se demandequi a présidé aux origines et 

' Nous avons la satisfaction de posséder une photograpliie des détails de la 
tour, prise au moment de la démolition; nous l'avons déposée sur le bureau du 
Con'rrès. 



UX MAITltE l)K LOEL'VItK D I M 0\' T-S A I \ T-M I f! II E L. Ml 

l'on désire savoir le nom deranteiir.Xous aussi, nous nous sommes, 
entre autres questions, posé celle de savoir quel architecte a dirifjé 
les ouvrages divers faits à l'abbaye, au commencement du dix- 
septième siècle. Nous croyons avoir découvert le nom du « maître de 
l'œuvre ^ en étudiant les pierres tombales de l'église et les docu- 
ments écrits dans les archives de la mairie du Mont. 



III 



Au sujet du célèbre monastère, pour celte période du moins, les 
chroniqueurs sont trop souvent muets à l'égard des artistes auxquels 
nous sommes redevables des édifices. Dom Huynes, d'ordinaire si 
bien renseigné, nous apprend bien que la surveillance des restau- 
rations fut confiée " au sieur de lîrévent, gouverneur du Mont, qui 
en remit le soin à son lieutenant Jean de Surtaiuville.fermierdela 
baronnie d'Ardevon i ; mais nous nous garderons de la méprise 
arrivée à certains historiens en pareille occurrence, et qui consiste à 
transformer les capitaines et gouverneurs en architectes. Il s'agit 
manifestement ici d'un intendant qui surveilla au nom de l'abbé, 
et nullement d'une direction artistique. Quel serait donc le maître 
de l'œuvre ? 

Un jour que nous interrogions attentivement les tombes renfer- 
mées dans l'église paroissiale de Saint-Pierre, en vue d'un livre 
que nous préparons sur l'abbaye, nos regards se portèrent sur 
l'une des pierres tombales que l'on a groupées devant le sanctuaire, 
lors de la réfection du dallage. La dalle de granit, au centre d'une 
inscription qui se développe tout autour, porte, en relief, une 
équerre et un fil à plomb. La supposition que nous étions en 
présence de la tombe d'unarchitecte, d'un maître de l'œuvre, trouva 
de suite une confirmation dans la teneur même de l'inscription, 
gravée en capitales romaines, grasses et en relief, à la manière de 
celles que l'on trouve partout en IJretagne à cette époque. Cer- 
tains mots ont été usés par le frottement des chaussures, mais ou 
lit bien : 

Cy gist Vin | cent Rogeryc bourgeoys de | 
ce liue (sic) \l. ilasson l'aict maître par | 
Francoyse | Vger son épouse. 1620. 



348 UIV MAITUE DK L OK L V R E DU M !V T-8 A I \' T-M IC H E L. 

Un « maître niasson v, bourgeois de céans, doiit la dalle funé- 
raire portait l'équorre et le fil à plomh ne pouvait être un ouvrier 
ni même un maître maçon quelconque. Si certains critiques d'art, 
de nos jours, ont trop facilement érigé des maîtres ouvriers en 
architectes, nous n'avions garde de tomber dans un errement 
contraire en passant devant cette tombe comme devant celle d'un 
vulgaire maître maçon. Notre lâche était toute tracée, et nous 
allâmes demander aux registres d'état civil, déposés à la mairie — 
un bâtiment pittoresque comme presque tous ceux du Mont — de- 
mander, dis-je, la réponse à la question qui nous agitait, l^oici le 
résultat de nos recherches. 

Les actes ne remontent qu'à l'année 1596, et encore offrent-ils 
quelques lacunes. iVos regrets sont d'autant plus vifs que nous 
eussions sans doute trouvé dans les registres qui font défaut des 
renseignements sur les origines et les ancêtres de maître Vincent 
Rogerye ou Rogerie. 

Le nom de Rogerye apparaît pour la première fois en 1611, et 
pour la dernière fois en 1618. Il épousa en premières noces Guille- 
mine Motlet, et en secondes noces Françoise Yger. De l'un et 
l'autre mariage il eut des enfants dont les actes de baptême ou de 
naissance — ce qui était tout un à cette époque — nous éclai- 
rent sur le rôle de l'ouvrier. Vincent Rogerie y reçoit en effet le 
titre de « mestre masson de l'euvre de ce lieu ^^ (1612) et de 
" M'' d'euvre » (1618). Les documents nous le montrent en 
relation avec tous les notables du Mont-Saint-Michel ; mais nous 
n'avons garde de nous appesantir sur ces détails. Nous avons voulu 
seulement faire connaître un maître de l'œuvre du Mont-Saint- 
Michel sur lequel les renseignements faisaient défaut. 

L. BOSSEBOEUF, 

Correspondant du Comité des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements, 
à Tours. 



DESSIXS DE MEDAILLES ET DE JETU\S, 349 



XVIII 



LES DESSINS DE MEDAILLES ET DE JETONS 

ATTRIBUÉS AU SCULPTEUR EDME BOUCHARDOM 

Dans un intéressant travail paru en 1883 ', M, H. Bouchot 
signalait l'existence au Cabinet îles Estampes de la Bibliothèque 
nationale d'un recueil de deux cent soixante-deux dessins à la 
sanguine, modèles de médailles et de jetons du règne de Louis XV, 
de 1717 à 1762*. Ces dessins sont tous, sauf deux, des contre- 
épreuves tirées par le graveur sur un autre dessin et souvent cor- 
rigées par lui. AI. H. Bouchot attribuait les originaux de ces dessins 
au célèbre Bouchardon, qui, on le sait, succéda à Chaufourier en 
1736, comme dessinateur de l'Académie des Belles-Lettres, pour 
les médailles et les jetons, fonction qu'il conserva jusqu'à sa mort, 
en 1762. Le dernier dessin de ce recueil es* celui du jeton frappé 
pour l'Extraordinaire des guerres en 1762. 

M. H. Bouchot accompagnait son travail de la gravure de deux 
dessins sur lesquels ont dû être tirées deux contre-épreuves du 
recueil de la Bibliothèque nationale, l'un pour les jetons des 
bâtiments du Roi de 1742 et l'autre pour les jetons de 1743 de 
celte administration royale. Ces dessins avaient passé en vente 
publique, à l'hôtel Drouot, en 1883. 

M. H. Bouchot attribuait à Bouchardon tous les dessins de ce 
recueil, en se basant sur un passage de la vie de Jean Duvivier, 
rédigée par l'abbé Gougenot, en 1763% où il est question de la 

1 Bouchardon, dessinateur en médailles. (L'Art, t. XXXII, p. 214-217.) 
-Recueil, Pb. 31, provient de AI. Moulière. — Les originaux des contre- 
épreuves de 1733-1736 doicfent être de Jean Gbaurourier, qui succéda dans les 
fonctions de dessinateur au peintre Boullongne. 

* L. DussiEux, E. SoiLiÉ, etc., Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages 
des membres de l' Académie royale de peinture et de sculpture, t. II (Paris, 1854) , 
p. 317-320. 



350 DESS1\S DE MÉDAILLES ET DE JETOXS. 

brouille survenue entre .1. Duvivier et Bouchardon. Ce dernier 
fournissait au graveur les dessins de ses médailles. M. Uouchot 
inl'èrait de ce passage que tous les dessins de sou recueil étaient 
dus à Bouchardon. 

Ces dessins ne semblent pas être les originaux de Bouciiardon. 
Nous croyons pouvoir le prouver par l'inscription qui se trouve sur 
un dessin du recueil qui fait le sujet de cet article. Nous avons 
d'abord à faire remarquer que les dessins du Cabinet des Estampes 
ne sont que des contre-épreuves, tirées sur d'autres dessins. 

L'érudit biographe de Bouchardon, notre collègue M. A. Roserot, 
a parlé ici même, il y a trois ans, du célèbre sculpteur comme 
dessinateur. L n passage de sa très intéressante communication est 
consacré à la part que prit le célèbre artiste dans la composition 
des sujets des médailles et des jetons officiels sous Louis XV. 
Comme M. H. Bouchot, il attribue tous les dessins qui nous sont 
parvenus à Bouciiardon lui-même. 

Nous allons pouvoir établir d'une façon précise, pensons-nous, 
quelle est la part artistique qui revient à Bouchardon dans tous 
les dessins que nous avons pu examiner. 

Il existe au Musée de la Monnaie un recueil peu connu ' de 
cent vingt-quatre dessins à la sanguine, ayant en moyenne 210 mil- 
limètres de diamètre (i\Is. f" 71). Ces dessins, très finis, repro- 
duisent, presque tous, les revers des médailles de la série histo- 
rique de Louis XV, de 1715 à 1764. Pour une des médailles de 
cette série, la médaille commémoralive de la paix d'Aix-la-Cha- 
pelle (17-48), il se trouve dans le recueil deux dessins: l'un est un 
croquis rapidement dessiné, indiquant le sujet; l'autre est une repro- 
duction soignée, finie et assez différente de l'esquissci En tête du 
croquis on lit cette \nscription : Le cinq janvier 1719, remis le 
dessein à M. Roilier, qui est celuy quil fault exécuter (n" 112 
du recueil). 

Ce croquis est donc le modèle remis à J.-C. Roëttiers pour 
exécuter le revers de cette médaille. Il semble logique de 
supposer que le second dessin est celui que fit J.-C. Roëttiers 

' Nous avons reproduit le dessin de la médaille historique relative au voyage 
du tsar Pierre le Grand en France (1T17), dans un article sur les Visites de 
Pierre le Grand et de Nicolas II à ta Monnaie des médailles. {Gazette des 
Beaux-Arts., numéro de novembre 1896.) 



DESSIXS DE MEDAILLES ET DE JETOXS. 351 

(l'apri's le croquis qui lui avait élé remis par Bouchardon lui- 
même. D'ailleurs, ce second dessin, comme tous ceux qui com- 
posent le recueil du Alusée de la Monnaie, a une précision dans 
les détails, un fini dans l'exécution, qui indiquent j)lutùt le crayon 
«l'un graveur que celui d'un dessinateur. 

On pourrait donc inférer que ce recueil comprend les dessins 
faits par les graveurs des médailles d'après les croquis qui leur 
étaient fournis, et dont un seul nous a été conservé. Les deux 
dessins reproduits dans l'article de M. H. Bouchot présentent le 
même caractère, et le recueil de contre-épreuves du Cabinet des 
Estampes donne, en sens inverse, des dessins de graveurs. Les 
dessins de médailles du recueil de la .Monnaie (sauf un) et ceux 
du Cabinet des Estampes, compris entre les deux dates 1736 
et 1762, sont donc la traduction, plus ou moins libre, des 
esquisses de Bouchardon. Ce qui est d'ailleurs confirmé par le 
passage de la biographie du graveur Jean Duvivier par l'abbé 
Gougenot, cité par M. H. Bouchot et rapporté par HL Roserot dans 
sa communication. Jean Duvivier, très capable de composer lui- 
même le sujet des médailles dont il gravait les poinçons, apportait 
souvent des modifications aux esquisses que lui fournissait Bou- 
chardon, ce dont ce dernier ne s'offensait pas. Alais le graveur 
refusa un beau jour de graver le profil royal d'après le modèle du 
sculpteur, ce qui amena la brouille entre les deux artistes, en 
1738 ou en 1739, «l'après M. Roserot. 

Ajoutons, pour terminer, que les médailles comprises dans le 
recueil de la Monnaie entre les numéros 71 et 121 sont les seules 
qui puissent avoir été exécutées d'après des esquisses de Bou- 
chardon. Les graveurs qui en ont fait les coins sont des artistes 
dont les noms sont à juste titre célèbres, Jean Leblanc, Jean et 
Benjamin Duvivier, Joseph-Charles et Charles-Norbert Roëttiers, 
F. Marteau ; toutes les médailles n'ont pas été faites à la date 
qu'elles portent. Nous renvoyons, pour plus de détails, au travail 
de M. J. Guiffrey sur la Monnaie des médailles ', et nous nous 
contentons de signaler, dans la liste suivante, à la suite du titre de 
la médaille, les coins conservés au Musée de la Monnaie, en ren- 
voyant au catalogue de 1892. Nous avons souvent ajouté la date 

' Revue numismatique . 1884 et les années suivantes. 



352 DESSIÎVS DE MEDAILLES ET DE JETONS- 

(rexéciilion, lorsqu'elle se trouve indiquée par le graveur sur une 
(les parties du coin. 

F. Mazerolle, 

Correspondant du Coraiité des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements, 
à Dijon. 



PIECE JUSTIFICATIVE 

LISTE DES DESSINS A LA SAXGl'IXE DES MÉDAILLES DU RÈGNE DE LOUIS XV 
CONTEMS DANS LE RECUEIL CONSERVÉ AU MUSÉE DE LA MONNAIE. 

1. — Déclaration de la Régence (1715). — Coin gravé par Jean 
Le Blanc, 41 millim. [Catalogue des Médailles françaises dont les coins 
sont conservés au Musée Monétaire. Paris, 1892, règne de Louis XV, 
n» 2.) 

2. — La Régence (1715). — Coin gravé par J. Dollin, 41 millini. 
{Catal., n» 4.) 

3. — Application du Régent aux affaires (1716). — Coin gravé par 
Jean Le Blanc, 41 milliai. [Catal., n" 5.) 

4. — Espérances données par le Roi (1716). — Deux coins gravés par 
Jean Le Blanc et Jean Duvivier, 41 millim. [Catal., n" 6.) 

5. — La Chambre de justice (1716). — Coin gravé par Jean Duvivier, 
41 millim. [Catal., n" 7.) 

6. — Buste du Régent. — Coin gravé par Jean Le Blanc, 41 millim. 
[Catal, w' 181.) 

7. — Le bonheur de la France (1716). — Coin gravé par Baer, 
41 millim. [Catal., n" 8.) 

8. — Education du Roi (1717). • — Deux coins gravés par J. Dollin et 
Jean Duvivier, 41 millim. [Catal., n" 9.) 

9. — Entrevue de Pierre le Grand et de Louis XV (1717). — Coin 
gravé par Benjamin Duvivier en 1760. [Catal., n" 10.) 

10. — Suppression de la Chambre de justice (1717). — Coin gravé 
par F. Marteau, 41 millim. [Catal., n» 11.) 

11. — Progrès du Roi (1718). Vis animi cum corpore crescit. — Coin 
gravé par Jean Duvivier, 41 millim. [Catal., n" 14.) 

12. — Progrès du Roi (1718). Respondet curis. — Coin, 41 millim. 
[Catal., n" 15.) 

13. — Progrès du Roi (1719). Tali se Dea jactat alumno. — Coin gravé 
par Jean Le Blanc, 41 millim. [Catal., n» 16.) 



DESSIMS I)K MEDAILLES ET DE JETO\'S. 353 

L4. — Prise de Fonlarabic (1719). — Coin "rave par Jean Duvivier, 
41 milliiii. (Calai., n" 17.) 

15. — L'inslruclion gratuite (1719). — Coin gravé par C.-X. Roottiers 
en 175't, W inillini. [Calai., n" 18.) 

IG. — Visite du Roi à la Monnaie des médailles (1719). — Coin, 
il Miillim. [Calai., n" 19.) 

17. — Visite du Roi aux académies (1719). — Coin gravé par 
C.-X. Roctliersen 1755, 41 niillim. [Calai., n» 20.) 

18. — Instruction du Roi (1720). — Coin gravé par .Jean Duyivier, 
'A millim. [Calai, n" 23.) 

19. — Paix avec l'Espagne (1720). — Coin gravé par .Jean Le Blanc, 
il millim. [Calai., n" 25.) 

20. — Audience de l'ambassadeur de Turquie (1721). — Coin gravé 
par Jean Le Diane, 41 millim. [Calai., n" 2G.) 

21. — Rétablissement delà sanlé du Roi (1721). Vola puhlica. — Coin, 
41 millim. (Cofa/., n» 29.) 

22. — Rétablissement de la santé du Roi (1721). Laelilia popuU pro 
sainte principis. — Coin gravé par J. DoUin, 41 millim. (Calai., n»30.) 

23 et 24. — Projet de mariage entre Louis XV et l'infante Marje-Anne- 
Victoire d'Espagne (la face et le rêver?), 1721. — Coins gravés par Jean 
Le Blanc et Jean Duvivicr, il millim. [Calai., n" 31.) 

25. — Congrès de Cambrai (1721). — Coin gravé par Jean Duviuier, 
41 millim. [Calai., iv 32.) 

2G. ^Entrée de l'Infante d'Espagne à Paris (1722). — Coin gravé 
par Jean Le Blanc, 41 millim. [Calai., «"33.) 

27. — Mariage de Louise-Elisabeth d'Orléans avec Louis, prince des 
Asturies (1722). — Coin gravé par C.-X. Roëttiers en 1754, 41 millim. 
[Calai., n» 34.) 

28 et 29. — Sacre du Roi (la face et le revers), 1722. — Coins gravés 
par Jean Duvivier, Rog, Jean Le Blanc et J.-C. Roëttiers, 72, 41, 36 et 
32 millim. [Catal., n" 35 a à d.) 

30. — Sacre de Louis XV (Louis XV debout), 1722. — Coin gravé par 
Jean Duvivier, il millim. [Calai., n" 37.) 

31. — Rétablissement de l'église du Saint-Sépulcre (1722). — Coin 
gravé par C.-X. Roëttiers en 175i, 41 millim. [Calai., n''39.) 

32. — Majorité du Roi (1723). Imperium susccpluin. — Deux coins 
gravés par Jean Le Blanc, il et 32 millim. [Calai., n" iO a et b.) 

33. — Majorité du Roi (1723). Imperium slahilc. — Deux coin.s, dont 
l'un gravé par J.-C. Roëttiers, 41 millim. [Calai., n" il.) 

34. — Peste de Marseille (1723). — Coin gravé par J.-C. Roëtliers 
en 1755, 41 millim. [Calai., n" i3.) 

23 



354 DESSIIVS DV. MEDAILLES ET DE JETOMS. 

35. — La ville de Rennes rebâtie (1723). — Coin gravé parJ.-C, Roët- 
tiers en 1755, il millim. [Cntal., n" 44.) 

3(>. — Promotion de chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit (1724). — 
Coin gravé par Jean Duvivier, 41 millim. [datai., n" 45.) 

37. — Médiation de la France entre la Turquie, la Russie et la Perse 
(1724). — Coin gravé par.J.-C.Roëttiersenl752, 41 millim. (Ca^a/.^n° 46.) 

38. — Médiation de la France entre la Turquie et la Russie (1724). — 
Coin gravé parC.-N. Roëttiers, 41 millim. (CataL, n" 47.) 

39. — Pont de Rlois (1720 sic, pour 1724). — Coin gravé par Jean 
Duvivier, 41 millijJi. {CataL, n" 48.) 

40. — Mariage de Louis XV avec ALiriaLeczinska (1125) . Spes matiirœ 
felicitatis. — Coin gravé par Jean Le Blanc, 41 milUim. (CataL, n» 49.) 

41. — Célébration du mariage de Louis XV^ ù Fontainebleau (1725). 
Sedandae populomm anxietali. — Trois coins gravés par Jean Le Blanc 
en 1744, 72 millim.; par J. DoUin, par Jean Le Blanc en 1749, 
41 millim. [CataL, n» 50 a et k.) 

42. — Mariage de Louis XV avec Maria Leczinska (1725). Buste de 
Maria Leczinska. — Coin gravé par Jean Duvivier, 41 millim. [CataL y 
n» 51 A.) 

43. — Chasses du Roi (1725). — Deuxcoins, 41 et 32 millim. [CataL, 
n° 52 A et b.) 

4i. — Gouvernement de Louis XV suivant les maximes de Louis XIV^ 
(172G). — Coin gravé par Jean Duvivier, 41 millim. [CataL, n" 53.) 

45. — Levée de soixante mille hommes de troupe dans les provinces 
(1726). — CoingravéparJ.-C.Roëttiersenl752, 41 millim. [CataL, n''54.) 

46. — Préliminaires de paix (1727). — Coin gravé par Jean Duvivier, 
41 millim. [CataL, n» 55.) 

47 et 48. — Naissance de Mesdames de France, 1727 (la face et le 
revers). — Deux coins gravés par Jean Duvivier, 41 imW'xm. [CataL, n" 56.) 

49. — Rétablissement des compagnies de cadets (1727). — Coin gravé 
par Rog, 41 millim. [CataL, n» 57.) 

50. — Guérison de Louis XV (1728). — Coin gravé par Jean Duvi- 
vier, 41 millim. [CataL, n" 58.) 

51. — Bombardement de Tripoli (1728). — Coin gravé par J.-C. Roët- 
tiers en 1751, 41 millim. [CataL, n° 59.) 

52. — Congrès de Soissons (1728). — Coin gravé par J.-C. Roëttiers, 
en 1752, 41 millim. [CataL, n- 60.) 

53. ■ — Louis XV protecteur des sciences et des arts (1728). — Coin 
gravé par Jean Le Blanc, 41 millim. [CataL, n» 61.) 

54. — Bonheur de la France (1729). — Coin gravé par Jean Le Blanc, 
41 millim. [CataL, n« 62.) 



DESSI.VS HE MEDAILLES ET DE .1 E T X S . 355 

55. — Naissance du Daiipliin (1729). Vota orbis. — Coin gravé par 
Rôg, 72 millim.; deux autres coins, il et32millim. {Catal., n» (Ha àc.) 

56. — Naissance du Dauphin (1729). Salus domus aurjmtae propago 
imperii pnpu/orum félicitas. — Coin, 41 millim. [Calai., n" 65.) 

57. — Hommage du duc François-Élicnne de Lorraine, duc de Bar 
(1730). — Coin gravé par Jean Le Blanc, 41 millim. [Catal., n" 66.) 

58. — Naissance du duc d'Anjou (1730). — Coin gravé par Jean 
Le Blanc, 41 millim. [Catal., n" ()7.) 

59. — Pont de Compiègne (1730). — Deux: coins, 54 et 41 millim. 
[Catal., n" 68 a et b.) 

60. — Nouvelles fortifications de Metz (1732). — Coin gravé par Jean 
Le Blanc, 41 millim. [Catal., n" 70.) 

61. — La bibliothèque du Roi augmentée de dix mille manuscrits 
(1732). — Coin, 41 millim. [Catal., n« 71.) 

62. — L'armée partagée en plusieurs camps (1732). — Coin gravé 
par Jean Le Blanc, 41 millim. [Catal., n° 72.) 

63. — Travaux sur les routes royales (1733). — Coin gravé par Jean 
Le Blanc, et autre coin sans nom de graveur, 41 millim. [Catal., n" 73.) 

64. — Prise du fort de Kehl (1733). — Coin, il millim. [Catal, no74.) 

65. — Conquête du Milanais (1733). — Coin gravé par Rog, 
41 millim. [Catal., n» 75.) 

66. — Bataille de Parme (1734). — Coin gravé par Jean Le Blanc, 
41 millim. [Catal., n» 76.) 

67. — Prise de Philipsbourg (1734). — Coin, 41 millim. [Catal., 
n" 77.) 

68. — Bataille de Guastalla (1734). — Coin gravé par Jean Le Blanc, 
41 millim. [Catal., n" 78.) 

69. — Les Allemands repoussés au delà de l'Adige (1735). — Coin, 
41 millim. [Catal., n» 79.) 

70. — Préliminaires de paix signés à Vienne (1735). — Coin gravé 
par C.-N. Roëltiers en 1752, 41 millim. [Catal., n" 80.) 

71. — Education du Dauphin (1736). — Coin gravé par Jean Le Blanc, 
41 millim. [Calai., n" 81.) 

72. — Réunion à la France de la Lorraine et du duché de Bar (1737).'' 
— Coin gravé par Jean Duvivier, 41 millim. [Catal., n" 82.) 

73. — Paix avec l'Allemagne (1738). — Coin gravé par JeanDuvivier, 
41 millim. [Catal., n° 83.) 

74. — Pacification de la République de Gènes (1738). — Coin gravé 
par Jean Duvivier, 41 millim. [Catal., n° 84.) 

75. — Renouvellement du vœu de Louis XIll (^1738). — Coin gravé 
par J.-C. Roëltiers en 175i, 41 millim. [Catal., n" 85.) 



356 DliSSlAS DE MEDAILLES ET DE .1 E T \ S . 

7(j. — Alliuncoavoc la Suôde (1738). — Coin gravé par J.-C. RoëUicis 
en 1755, -il niillim. {Calai., n" S(>.) 

77, — Avôncnient de Don Carlos, lils de Philippe V, roi d'Espagne, au 
trône des Deux-Siciles (I73H). — Coin gravé par C.-N. Roëttiers en 
1760, 41 iiiilliin. (Calai., n" 87.) 

78. — Médialion de la France entre l'Allemagne, la Russie et la Tur- 
quie (1739). — Coin gravé par F. Alatreau, 41 millim. (Calai., n" 88.) 

1\), — Maiiage de Louise-Elisabeth de France avec Philippe, infant 
d'Espagne (1739). — Coin gravé par C.-N. Roëttiers en 17U0, 41 millim. 
[Calai., n" 89.) 

80. — Pacification de la Corse (1740). — Coin gravé par J.-C. Roët- 
tiers en 1752, 41 millim. {Calai., n" 90.) 

81. — Secours envoyés ;i l'Électeur de Bavière (1741). — Coin gravé 
par C.-\. Roëttieis en 1752, 41 millim. (Calai., n" 92. j 

82. — Nouvelle audience de l'ambassadeur de Turquie Saïd-EJfendi 
(1742). — Coin gravé par Benjamin Duvivier, il millim. (Ca/a/., n"93.) 

83. — Départ de Louis XV pour la Flandre (1744). — Coin gravé par 
F. Marteau, 41 millim. {Calai., n-'94.) 

84v -;— Bataille de Menin (1744). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 millim. (Calai, n" 95.) 

85. — Prise d'Ypres (1744). — Coin gravé par F. Marteau, 41 millim. 
{Calai., n" 915.) 

86. — Prise de !''urnes (1744). — Coin gravé par J.-C. Roëttiers, 
41 millim. (Calai., n" 97.) _ . 

87. — Passage du Rhin (1744). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 mWWm. (Calai., n" 98.) 

88. — Maladie de Louis XI à Metz (1744). — Coin gravé par Benjamin 
DuvivieE_en 1757, 41 millim. (Calai., n" 99.) 

89. — Convalescence de Louis XV (1744). — Coin gravé par F. Mar- 
teau, 41 millim. (Calai., n» 100.) 

90. — Guérison de Louis XV (1744), — Coin gravé par C.-N. Roëttiers, 
en 1751, 41 millim. (Calai., n" 101.) 

91. — Campagne d'Italie (1744). — Coin gravé par C.-N. Roëttiers, 
en 1753, 41 m'\\\\m. {Catal., n« 103.) 

92. — Prise de Fribourgen Brisgau (1744). — Coin gravé par F. Mar- 
teau, 41 niillijii;.((7afa/., n" 104.) 

93. — Voyage des astronomes français à l'Equateur et au pôle nord 
(1744). — Cojn gravé par C.-N. Roëttiers en 1762, 41 millim. {Calai., 
n" 105.) 

D4. — Mariage de Louis, Dauphin de France, avec Marie-Thérèse 
d'Espagne (1745). iVoi^um domus auguslae vinculum. — Plusieurs coins 



PKSSixs m; \i i: d \ ii.les kt de .jktoxs 357 

gravés par .I.-(l. Roëtlicis, 72, 41 cl M tnilliin. {Calai., n" lOG a ;i <;.) 
95. — Mariage de liOuis, Daupliiri die France (busles affronlôs). — 

Deux coins par F. Marleau, -41 et Îi2 inillim. {Catal., n» 107 a el r.) 
90. — Campagne d'Italie (1745). — Coin gravé par C.-X. Koi'Uiers en 

1758, 41 niillim. {Calai., n° 108.) 

97. — Bataille de Fontenoy (1745). — (loin gravé par F. Marteau, 
U miUim. (Catal., n" 1()9.) 

98. — Prise de 'l'ournai (1745). — Coin gravé par F. Mar-leau, 
41 milliin. {Calai., n" 110.) 

99. — Complète.^ de Louis XV' (1745). — Coin gravé par J.-C. Roët- 
tiers,4l niillini. {Calai, n" 111.) 

100. — Prise de Hru\el!es (174()). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 millim. (Calai., n" 112.) 

101. — Prise de Cliarleroi, de Namur, de Mons en Hainaut, de Jem- 
mapes, de Bruxelles et d'Anvers (1746). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 millim. {Catal., n" 113.) 

102. — Bataille de Rocoux. (1746). — Coin gravé par J.-C. Roéttiers, 
41 millim. {Catal., n" 114.) 

103. — Revision des lois (1747). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 millim. (Catal., n" 115.) 

104. — Gènes secourue (1747). — Coin gravé par J.-C. Roëtliers en 
1763, 41 millim. {Calai., w 116.) 

105. — Second mariage de Louis, Dauphin de France, avec Marie- 
Josèplie de Saxe (1747). Commune perennitatis votum. — Quatre coins, 
dont l'un portant la signature de F. Marteau, 41, 36, 32 et 29 millim. 
{Catal., n" 117 a à c.) 

106. — Second mariage de Louis, Dauphin de France (husles affrontes). 
— Coin, 41 millim. {Calai., n" 118.) 

107. — Bataille de Lawfeld (1747). — Coin gravé par F. Marteau, 
41 millim. (Catal., n» 119.) 

108 et 109. — Prise de Berg-op-Zoom (1747), face et revers. — Deux 
coins, celui du droit portant la signature de F. Marteau, 41 millim. 
{Catal., n» 120.) 

110 et 111. — Préliminaires de la paix d'Aix-la-Chapelle (1748), face 
et revers. — Deux coins, 41 millim. {Calai., n" 121.) 

112. — Paix d'Aix-la-Chapelle (1748). — Esquisse de Bouchardon 
pour le dessin suivant '. 

113. — Paix d'Aix-la-Chapelle (1748). — Dessin de J.-C. Roëtliers. 
— Deux coins gravés par J.-C. Roëltiers en 1749, 72 millim. (avec la 

" Voir, ci-après, planche XXL 



358 MOBILIER DU CIIATK.AU ROYAL DE S A I\'T-K U BE RT, 

date à l'exergtie, 28 oct, 1748), et en 1751, il millim., avec la date 
exacte : XVIII OCTOBIUS MDCCXU III. iCalal., n" 122 a et b.) 

Ili. — Protection des iirts et manufactures (1741)). — Coin gravé par 
C.-X. Roëltiers en 17()2, 41 millim. [Calai., \r 123.) 

115. — Stabilité des monnaies (1750), — Coin gravé par J.-C. Roët- 
tiers en 1755. (Calai., w 124.) 

11 G. — iVaissance du duc d'Aquitaine (1753). — Coin gravé par 
C.-X. Hoëttiers en 1757. [Calai, n» 128.) 

117. — Maissance du duc de Berry (1754). — Coin, -41 millim. 
[Calai., n" 131.) 

118. — Naissance du comte de Provence [Louis XVIII] (1755). — Coin, 
41 millim. {Calai., n' 133.) 

119. — Prise de Porl-Mahon (1756). — Deux coins gr.ivés par 
C-N. Roéttiers et L. Léonard, 41 millim. [Calai., n" 134.) 

120. — Alliance avec Marie-Thérèse (1756). — Coin gravé par Ben- 
jamin Duvivier, 41 millim. [Calai., n" 135.) 

121. — Naissance du comte d'Artois [Charles X] (1757), — Coin 
gravé par Benjamin Duvivier, 41 millim. [Calai., n» 137.) 

122. — Paix avec l'Angleterre (1763). — Coin gravé par J.-C. Roël- 
tiers, 41 millim. [Calai., n« 141.) 

123. — Statue équestre du Roi sur la place Louis XV. Gallia plaudenle 
(1763). — Deux coins gravés par B, Duvivier en 1763 et 1768, 41 millim, 
[Calai., n» 142 b.) 

124. — Pose de la première pierre de l'église Sainte-Geneviève (1764). 
— Coin gravé par C.-N. Roëttiers, 41 millim. [Calai., n" 143.) 



XIX 

APPARTEMEXTS ET MOBILIER 

DU CHATEAU ROYAL DE SAIMT-HUBERT 

(Paroisse dos Essarts-le-Roi). 

Louis XV avait, dès sa jeunesse, pris Phabitude de chasser 
fréquemment dans la forêt de Rambouillet. Cette forêt lui plaisait, 



11 



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MOBlLir. H DU CIIATEAl KOVAI, DE S A I \ T-II l I! E HT. 359 

et longtemps l'hospitalité qu'il avait reçue chez la comtesse de 
Toulouse, au château de Ramhouillet, lui avait été agréahle. Il la 
paya mal : après la mort du comte de Toulouse (1737), il multiplia 
les importuiiités dans le hut de décider la comtesse de Toulouse 
et son fils, le jeune duc de I*eiithièvre, à lui vendre Rambouillet. 
Il n'y parvint pas. Ainsi il dut se résoudre à recevoir l'hospitalité 
du duc de Penthièvre. 

Quelques années plus tard, la situation se compliquait des fai- 
blesses du Roi pour Aime de Pompadour: l'atmosphère de vertu dans 
laquelle Louis XV se trouvait à ses voyages à Rambouillet devenait 
gênante. Cependant, loin de songer à renoncer aux chasses de cet 
endroit, le Roi les affectiDunait davantage. 

Ce fut pour en jouir plus à son aise et sans qu'il en coûtât aucun 
sacrifice à sa vie privée, qu'il ordonna, en 1755, la construction d'un 
rendez-vous de chasse sur les confins de la forêt de Rambouillet. 

L'architecte Gabriel choisit pour emplacement à cette nouvelle 
maison royale le bord d'un des étangs créés sons Louis XIV pour 
alimenter d'eau Versailles, l'étang de Pouras. De là le nom de 
pavillon de Pouras qu'on lui donna d'abord, et auquel succéda 
bientôt celui de château de Saint-Hubert. 

Saint-Hubert était distant de quatre lieues et demie de Versailles, 
et situé à cinq cents pas, à droite, de la route de Versailles à 
Chartres. Il fut terminé en 1758. 

Alors, il ne comprenait qu'un gros bâtiment de vingt-trois toises 
de longueur sur dix toises d'épaisseur (46 m. X 20 m.), avec un 
avant-corps, duccMé de l'étang. Cet avant-corps renfermait le salon. 
Devantle château, une cour était précédée de deux petits pavillons, 
réunis par une grille. Le pavillon de droite était la conciergerie ; 
celui de gauche contenait la chapelle. Enfin deux ailes, en retour, 
servaient de communs. 

De 1761 à 1772, on augmenta le château de Saint-Hubert : de 
deux petits pavillons à l'italienne, accolés au château ; — de 
quatre pavillons d'angle, dessinant une avant-cour; — puis de 
deux ailes de trente-trois toises (66 m.) chacune, unissant ces 
pavillons deux à deux. Une deuxième grille ferma l'avant-cour. 

Tous les bâtiments avaient un rez-de-chaussée, un entresol, un 
premier étage et un deuxième étage mansardé, sauf les communs 
qui n'avaient qu'un seul étage. 



3G0 MOBILIKII \)l CHATEAU UOYAI, DE S A I N T-H L B E RT. 

Cinqavenuesaboiitissaieiil à rcnlréedu cliàleau. Celle du centre 
était plantée de quatre rangées d'arbres. 

Pour servir d'annexés au château de Saint-Hubert, on acquit le 
petit château de TArtoire, situé dans le voisinage, de l'autre côté 
de la route de Chartres, et l'on construisit une maison de la poste, 
des bâtiments pour la maréchaussée et les menus plaisirs, et une 
petite église paroissiale. Un village fut fondé auprès du château et 
nommé Saint-Hubert. Il ne se développa pas, par suite de l'absence 
du commerce. Mais le château, on le voit par cette courte descrip- 
tion, était considérable. Il ne contenait pas moins de cent cin- 
quante logements. 

Cependant, si vaste que fût ce château de Saint-Hubert, il ne nous 
ofifrirait qu'un bien minime intérêt si les voyages de la cour n'y 
avaient été nombreux, et si la décoration des appartements n'avait 
montré que le Roi attacha, pendant un temps, beaucoup de prix 
à cette demeure. 

Depuis sa fondation jusqu'en 1786, Saint-Hubert reçut tous les 
personnages marquants de France : Louis XV, le duc d'Orléans, 
le prince de Condé, tous les seigneurs et les dames qui accom- 
pagnaient le Roi dans ses chasses; la marquise de Pompadour, 
la comtesse du Barry; Louis X\ I, son beau-frère l'empereur d'Au- 
triche, le roi de Suède, Marie-Antoinette qui y soupa et y chassa 
maintes fois; le comte d'Artois, pour qui l'on y installa un jeu de 
paume, etc. Et que de faits, dignes d'être relatés dans la vie de 
ces bûtes célèbres, constituent les fastes de Saint-Hubert! que de 
curieuses aventures de chasse! Ils trouveront leur place dans une 
autre étude que nous préparons, à laquelle a bien voulu s'intéres- 
ser la Société des Sciences morales, de Versailles. 

Ici, nous voulons entrer dans un détail particulier de la déco- 
ration, du mobilier et de l'ameublement du château de Saint- 
Hubert. — A sa décoration sont attachés les nomsdeSlodlz, Pigalle, 
Falconet, Coustou, Werbreck, Bachelier, Carie Vanloo. Elle 
mérite donc bien l'attention. Quant à son mobilier, les inventaires 
que possèdent les Archives nationales nous le décrivent avec 
précision, et nous en sentons toute la beauté et tout le luxe. En 
sorte qu'en dehors de la curiosité qu'on apporte toujours à connaître 
la demeure des grands, il est intéressant pour l'histoire de l'art au 



MOBILIER DU CHATEAU KOVAE DE S A I \ T-H U I! E RT. SGI 

(lix-lulilièmo siècle de s'allarder un peu à ces descriptions; de 
rapprocher les divers élénients <lu mohilier, afin de reconstituer 
lameublenient des appartenienls tel qu'il était sous les yeux des 
hôtes du château. I/intérèt niènie s'accroît lors(|u'on songe que 
c'est Mme de Pompadour qui présula à cet ameuhleineut. Un des 
historiens dé la marquise, Capeligue, dit de Saint-Hubert: a Les 
rendez-vous de chasse étaient devenus des palais, et, dans le dernier 
temps de la marquise, le Hoi paraissait spécialement affectionner 
le pavillon de Saint-Hubert... Le mobilier en était fort riche cl 
avait coûté 800,000 livres, i 

D'après les dépenses faites pour les appartements, nous pouvons 
juger qu'ils formaient un cadre convenable aux merveilles du 
mobilier. Les comptes des bâtiments établissent que le sieur 
Rousseau reçut 16,237 livres pour des sculptures décoratives ; le 
stucateur Clérici, 28,703 livres pour les dix-huit mois qu'il avait 
passés à Saint-Hubert à faire des imitations de marbres antiques 
dans le salon du château et dans un cabinet de l'appartement du 
Roi ; ce qui n'empêcha les marbriers Trouard etDropsy de fournir 
pour plus de 30,000 livres d'ouvrages de marbre. Les fournisseurs 
d'ouvrages de ciselure et bronze doré, de glaces et dorures tou- 
chèrent dans la même proportion. Remarquons combien il y a loin 
de ces riches appartements de Saint-Hubert au rendez-vous de 
chasse que les auteurs s'étaient imaginé capable tout au plus de 
fournir le nécessaire à un débotté. 

Saint-Hubert n'était pas moins luxueux que Bellevue, Meudon 
et Choisy. Il avait le même rang parmi les résidences royales, et 
il n'importe pas moins pour les arts au dix-huitième siècle. 

La merveille du château de Saint-Hubert était le salon : un 
chef-d'œuvre de Gabriel. Il était situé au rez-de-chaussée, dans un 
avant-corps du pavillon principal, du côté de l'étang de Pouras. 
C'est-à-dire qu'il était sur le derrière du château. 

Quatre arcades ouvraient ce salon circulaire et s'appuyaient 
contre huit pilastres corinthiens, sur lesquels régnait un entablement 
composite, surmonté d'une calotte, avec un percé au centre. L'une 
des arcades était occupée par la porte d'entrée ; une autre par une 
cheminée, ornée de glaces. 

Au-dessus de la porte, un buste de Diane et deux enfants avaient 



3Gi> MOBILIER DU C K .\ T R A U IlOVAL DE S Al AIT-H IJ B E RT. 

été sculptés par Slodtz. Une frise, tout autour du salon, était ornée 
de quatre têtes fde cerf, quatre de sanglier, et de vingt-quatre 
chiens, avec des guirlandes et des consoles. Les chiens étaient de 
Uerbreck. Quatre bas-reliefs avaient été distribués à Slodiz, 
Pigalle, Falconet et Cousiou. Chacun de ces trois derniers avait 
travaillé également à la frise. Alais les huit trophées de chasse qui 
décoraient la calotte avaient été réservés à Slodtz, et celui-ci se 
trouvait de la sorte le principal ouvrier de ces chefs-d'œuvre. 

On peut noter, en passant, que ces artistes reçurent pour leurs 
travaux: Soldtz, 4,000 livres; Werbreck, 1,584 livres 10 sous; 
Pigalle, Falconet, Coustou, 1,200 livres chacun. (Compt. des Bât.) 

Quant à reffct de ce salon, on peut s'en imaginer la grâce et la 
fraîcheur par le contraste du stuc blanc des sculptures avec les 
marbres jaunâtres peints par Clérici ; par les jeux de lumière que 
créaient les percés de la voûte et des arcades, qui donnaient un 
air de légèreté à cette architecture, égayée de tant d'attributs de 
chasse, pour en caractériser la destination. 

Malheureusement pour les artistes qui avaient dépensé leur talent 
à Saint-Hubert, ce salon ne devait pas contribuer de longues 
années à leur fournir sa part de gloire. Il rencontra, au lendemain 
même de son achèvement, un ennemi terrible : l'humidité extraor- 
dinaire de cette région, qui a valu à la forêt de Rambouillet le 
nom à^iveline. Gabriel n'avait rien prévu contre cet ennemi qu'il 
ignorait. A partir de l'hiver 1759-60, on entretint tous les ans, 
pendant la saison rigoureuse, un feu suffisant pour empêcher le 
salpêtre de se former dans le salon jusqu'à cinq pieds de haut, 
mais modéré assez pour qu'il ne fît pas éclater le stuc. 

Clérici revint fréquemment faire des réparations, sous Louis XV. 
Sous Louis XVI, le salon de Saint-Hubert fut encore bien entre- 
tenu; mais de 1788 à 1797, il resta entièrement abandonné. De 
sorte qu'au moment où le château fut vendu, comme bien national 
(loi de ventôse an I\ ), il était passablement « endommagé ' » . 

Ses propriétaires l'entretinrent jusque vers 1867, où il fut 
démoli et ses sculptures acquises par des amateurs. 

Deux peintres seulement travaillèrent pour Saint-Hubert. 
' Proccs-veital d'estimation, du 21 tliermidor an IV, 



MOBII.IEK m; CHATEAi; liOYAL DE S A I M T-H [' lî E RT. 363 

Bachelier peignit le plafond du salon et fit un dessus de |)orto pour 
la clianibrc à couclierdu Roi. Ou lui paya .'î, 800 livres, (larle V'auloo 
donna un Sfiint Hubert iv la clia|)elle du château. M. de Alariguy, 
directeur des bâtiments, lui avait écrit, le 7 janvier 175S, j)our 
lui commander un lahleau d'autel. « Je veux que ce taldeau soit 
d'un grand maître, et j'ay jeté les yeux sur vous. Je laisse le sujet 
à votre choix ; vous ne serez gêné que par les dimensions... i 
V'anloo peignit une Cowz;^;'5io«^/(?.s«îV2^^«èer^.-;le Christ lui apparaît 
entre les cornes du cerf (|u'il poursuit. L'œuvre était digne du 
maître. Ce Saint Hubert n toujours été cité avec éloge. Mais il ne 
fut pas épargné par l'humidité. Malgré dessoins spéciaux, il n'était 
pas en bon état, en 1785, lorsque Louis XVî le fit transporter à 
l'église paroissiale de RamhouilleL. Il fut réparé et gâlé. C'est dans 
cet état qu'on le voit aujourd'hui. 

Pour montrer à quel point l'humidité a ruiné le château de 
Saint-Hubert, nous relèverons ce détail, qu'une copie du tableau de 
Vanloo avait été faite pour la petite église paroissiale du village de 
Saint-Hubert. En 1785, c'est-à-dire au bout de vingt ans, elle était 
pourrie et réduite en poussière. — Le Saint Hubert de Vanloo lui 
avait été payé 2,000 livres \ 

Les appartements de Saint-Hubert eurent aussi un véritable 
ennemi dans les solliciteurs de logements. Ceux-ci ne dégradèrent 
rien ; mais ils gênèrent à la splendeur d'appartements si richement 
aménagés et meublés, dont le nombre, bien que considérable, ne 
suffisait jamais aux puissantes demandes qu'avait à examiner le 
Roi. Il en résultait qu'on réduisait chacun au minimum d'espace 
possible pour contenter plus de monde. Les quelques lignes sui- 
vantes, extraites d'une note présentée au Travail du Roi, en 1765, 
donnent une idée de l'embarras que devaient causer les réclama- 
tions de personnages de première marque : « Il est absolument 
nécessaire que Votre Majesté ait la bonté de penser ii l'anangement 
des logements de Saint-Hubert... Il n'y a que trois logements de 
dames, et Votre Majesté en mène (|uelquefois cinq ou six. M. le 
prince de Coudé, comme grand maître, y a un logement très 
médiocre. M. le duc d'Orléans et M. le duc des Deux-I'onts iront 

' Comptes des bâtiments, 0'2258. 



3C4 ^iOliILlER DU CHATEAU ROYAL DE S A I IVT-H U B E RT. 

sûrement tous les ans, et les jambes ilu premier |)rince du sang ne 
paraissent pas assez bonnes pour le second étage. M. le marquis 
de Marigny demande qu'on augmente son logement au cliàfeau, 
n" 19... «Ainsi, liormi les appartements d'assemblée et ceux du Roi 
et de sa maîtresse, les autres étaient disputés, et, par suite, étroits. 

Louis XV habitait le premier étage du pavillon principal. Il n'y 
disposait, du reste, que d'une chambre et d'un cabinet. Sa garde- 
robe était reléguée à l'entresol. 

En 17G2, Mme de Pompadonr avait également une chambre et 
un cabinet, et un second cabinet ou garde-robe à l'entresol. 

L'appartement du Roi était meublé de damas cramoisi, garni de 
deux galons d'or'. L'ameublement du lit, « en baldaquin à calotte 
à la royale « , était de gros de Tours cramoisi « bordé d'un 
petit galon d'or avec deux tresses d'or et leurs glands n . l ne 
garniture comprenait « cent douze plumes blanches montées de 
cramoisi et de cinq aigrettes « . 

La couchette était à deux chevets, « bombée, sculptée et dorée « . 

Le damas reparaissait, bordé d'un petitgalon d'or, aux portières 
et aux doublés rideaux, d'une hauteur de quatre aunes. Pour 
rideaux de fenêtres, du gros de Tours blanc. Un lapis de la Savon- 
nerie couvrait le sol sur cinq aunes et demie de long et quatre aunes 
et demie de large. Le commis du garde-meuble l'a décrit avec la 
même simplicité de termes que nous retrouveronspartout dans son 
inventaire : — « Fond brun, chargé d'un grand compartiment fond 
jaune, au milieu duquel est une rose moresque entourée de fleurs 
de lys et fleurons ; aux coins et milieu sont six grandes fleurs de 
lyscouleur de bronze entourées de guirlandes de fleurs. La bordure 
aussi couleur de bronze. » 

On ne saurait vraiment reprocher à cette chambre de sentir son 
rendez-vous de chasse, dont le titre évoque la pensée d'une instal- 
lation sommaire. 

Deux fauteuils, deux carreaux, un écran, un paravent de quatre 
feuilles étaient recouverts « de même damas... chamarrés et garnys 
de galons d'or... Les bois sculptez et dorez... » 

* Inventaires de Saint-Hubert. Arcliiies nationales, 0'3V39. 



MOBII.IKK IM; r, HATKAU liOVAI, DK SAl.\T-IiL"BERT. 365 

Isii plus, un maicliopied couvert de damas ; un fauteuil de 
toilette (Ml niaiO(|uin rouge. Le bois sculpté et doré. 

Deux meubles : 

« l ne commode de bois de rose à fleurs de bois violet et dessus 
de marbre brèche violet, ayant par devant deux grands tiroirs 
fermant à clef, enrichie de divers ornemens de bronze doré d'or 
moulu; longue de quatre pieds huit pouces... ^ Et une table de 
nuit >< de bois violet et rose « . 

Et pour compléter cet ameublement : une grille, de bronze 
devant la cheminée ; deux paires de bras, à doubles branches, de 
bronze doré ; une pendule « faite par Aloysy, le cadran d'émail 
dans des cartes de bronze doré « ; ^ un chandelier de cristal de 
liohème à consoles et six branches, les fontes dorées, avec son 
cordon de soye cramoisy " . 

Le cabinet du Roi n'avait point d'ameublement ; seulementdeux 
rideaux de gros de Tours blanc, à la fenêtre. 

Pour mobilier, ^'- un secrétaire, en armoire, de bois de rose à 
fleurs de bois violet, orné de bronze dorez d'or moulu, ayant en 
bas deux batlans fermant à clef. L'abattant, couvert de velours 
cramoisy, renferme cinq tiroirs à boutons dont un à droite est 
garny d'encrier, poudrier et i)oëte à éponge d'argent. » 

Dans la garde-robe du Roi, le mobilier était de palissandre (chaise 
d'affaire, bidet), sauf deux jolies encoignures de bois d'amarante 
et de rose, garnies de trois tablettes de marbre vert de Campan, 
et ornées de pieds de bronze doré. 

Mme de Pompadour avait choisi pour son appartement une étoffe 
de damas rayée vert et blanc, garnie de crête de soie. C'était très 
modeste par rapport au damas cramoisi chamarré d'or qui meublait 
la chambre du Roi ; mais, en cela mêmei le choix était de bon goût ; 
il l'était plus encore par l'expression délicate que la douceur du 
contraste de ces deux teintes, vert et blanc, donne au mobilier 
et à l'ameublement uniformes d'une pièce. 

Le lit à quatre colonnes se drapait de vingt lés d'étoffe, qui se 
liaient, de même ([ue les portières, de cordelières de soie garnies 
de glands de soie. 



366 MOBILIER DU C HATE AL' ROYAL DE S A I M T-H L'BE RT. 

Deux fauteuils et six chaises à dos couverts « de même damas, 
«i garnis de ladite crête », et un fauteuil en confessionnal étaient 
répandus dans la chambre de la marquise. « Les bois sculptez et 
« à moulures rechampis vert et blanc « , dit l'inventaire. 

« Un écran à coulisse couvert des deux cotez de même damas 
« avec sa tresse de soye terminée d'un «jland. » Un fauteuil de 
toilette, de hêtre et canne, garni de damas. 

Il y avait aussi « une niche pour deux chiens, couverte dudit 
tt damas » . 

Les meubles de cette chambre étaient ; deux commodes de bois 
de rose et de satiné, avec mosaïque de placages, dessus de marbre 
brèche violet; deux tiroirs, avec entrées de serrure, mains fixes, 
chutes, fleurons et chaussons de bronze doré; 

Une table de nuit de bois violet et rose ; 

Un écran de bois violet massif; le châssis couvert de papier des 
Indes à fleurs, avec sa tresse de soie. 

Dans le cabinet attenant à la chambre de la marquise, l'ameu- 
blement était tout semblable. 

Le mobilier se composait d'un secrétaire de bois violet et rose 
à placages, orné de chutes, fleurons et chaussons de cuivre doré, 
avec trois tiroirs, et d'une table à écrire de bois de rose et fleurs 
de bois violet, recouverte de maroquin noir. 

Il est peut-être indiscret de suivre le commis du garde-meuble 
inventoriant la garde-robe de Mme de Pompadour. On n'a point 
d'embarras à en décrire les quatre pièces de tapisserie «de papier 
a peintdefigureschinoises.colléessur toile etattachéessurchassis" . 
La plupart des autres meubles échappent, indignes probablement, 
par leur banalité, de la mention « Madame de Pompadour » . 

Mais, au contraire, le bidet a l'honneur d'une ample description, 
que nous nous couvrons de l'autorité du document pour reproduire : 
a Un bidet à seringue, de bois de noyer, avec couvercle et dossier 
de maroquin rouge, cloué de clouds dorez, ayant dans le dossier 
deux flacons de cristal... » 

Le salon de stuc, comme on appelait le salon de Saint-Hubert, 



MOBILIER DU C II \ T E A l KOYAL DE S A Ii\ T-H U 11 E Rï. 367 

était meublé de la même tapisserie que la chambre du Roi : damas 
cramoisi à galon d'or. 

On y voyait : six demi-bergères, douze cliaises courantes, une 
chaise pour le Roi, un paravent, un écran, garnis tous de damas 
cramoisi et de galon d'or cloué. 

Vingt et une tables de jeux divers étaient destinées au salon, 
toutes d'une riche et jolie ébénisterie. 

Sur la cheminée, une pendule de Hîoysy, « terminée en haut 
« d'un enfant assis sur un nuage tenant un paon, le tout en bronze 
a doré d'or moulu ; haute de vingt pouces >< . 

Devant la cheminée, une grande grille de bronze était ornée 
d'une tète de lion et d'une tête de loup. 

Le centre du salon était occupé par un grand tapis rond, de la 
Savonnerie. L'inventaire de 17621e détaille ainsi : "... fond noir, 
ayant au milieu un grand compartiment fond cannelle, au milieu 
duquel est une coquille moresque entourée d'une vingtaine de 
fleurs et accompagnée de quatre compartiments. Le reste du tapis 
est orné de mosaïque, de quatre fleurs de lys et de quatre coquilles. 
Le tout entouré de guirlandes de fleurs ; des oves couleur de 
bronze formant la bordure. Le tapis de six aunes trois quarts de 
diamètre. » 

Saint-Hubert possédait encore un autre tapis de la Savonnerie, 
dans son vestibule, et deux remarquables paravents, sortis de la 
même manufacture : Tun de six feuilles, placé dans la salle à 
manger; l'autre de quatre feuilles, déposé dans le vestibule. 

La tapisserie de ces paravents était de fond jaune; au milieu, 
sur un cartouche de fond bleu, était représenté uri oiseau : autour 
du cartouche, divers ornements, et, au bas, un vase de fleurs. 
Chaque feuille du paravent portait un oiseau différent. 

Ces tapisseries méritaient une mention spéciale. Il n'en faudrait 
pas conclure qu'après les objets des trois principaux appartements 
que nous venons de décrire, elles closent la liste des richesses 
d'ameublement de Saint-Hubert. Certainement, le salon, l'appar- 
tement du Roi et celui de Mme de Pompadour surpassaient de 
beaucoup en luxe les autres appartements. Cependant, on trouve- 
rait sans peine, dans la salle à manger, dans la chapelle, dans les 



368 MOBlLlIiU DU CHATEAU UOYAL DE S AI iV T-H U BE RT. 

apparlements île darnes cl des principaux seigneurs, des tapisseries, 
des Itronzes, des nienhlcs d'élx'iiisterie qui mériteraient un éloge 
et un moment d'atlcnlion. Tels les secrétaires qui servaient au 
comte de Xoailloset à (iabriel, elle bureau orné de bronzes ciselés 
et dorés du duc de Cboiscul ; telles lajolie commode de bois violet 
et rose et la table à écrire de même bois de M. de Duras, etc. 

Saint-Hubert n'était que comparable àBellevue et à Cboisy pour 
la beauté et la licbesse de son mobilier; il les surpassait pour la 
profusion des meubles. 

Des mutations se produisirent, dans le mobilier de Saint-Hubert, 
durant les règnes de Louis XV et de Louis XVL En mai 1765, par 
exemple, l'ameublement de l'appartement de Aime de Pompadour 
fut renvoyé au garde-meuble de Paris. Cependant, Tensemble des 
meubles resta à peu près le même jusqu'en 1784. A cette date, 
tout partit pour Rambouillet, (|ue Louis \VI venait d'acquérir. Il 
ne resta à Saint-Hubert que ce qui était " indispensable pour un 
déjeuner et en cas d'accident ^ . 

Pour éviter d'avoir à entretenir des bâtiments devenus inutiles, 
Louis XVHit démolir les deux ailes de l'avant-cour de Saint-Hubert. 
Déménagement et destruction s'accomplirent en même temps : le 
caprice royal l'ordonnait ainsi. 

Cependant le cliàteau de Kambouillet ne pouvant contenir tout 
le mobilier de Saint-Hubert, on dut en diriger plusieurs cliarge- 
ments de voitures sur le garde-meuble de Paris, sur Saint-Cloud, 
sur Trianon. 

Rambouillet n'eut que quelques meubles particuliers, exigés 
par la proportion des pièces. A l'exception de deux tapisseries 
demandées par la Reine, il reçut tout de Saint-Hubert. 

Or, le 14 octobre 1793, les commissaires de la Convention 
chargés de la vente des meubles du 't ci-devant Roi » rendirent 
compte que le produit du mobilier de Rambouillet et de Saint- 
Hubert (ce qui était tout un) s'était élevé à 590,000 livres', 
distraction faite de tous les galons d'or et d'argent ; des matelas, 
couvertures et linge propre aux liùpitaux ; des deux lustres ou 

' Réimpression du Monileur universel, t. XVIII, p. 126. 



MOBILIER DL CHATEAU ROYAL DE S A I M T-H L B E HT. 369 

lanternes qui avaient décoré le vestibule et la salle à manger de 
Saint-Hubert, et de (|iiel(|ues tapis de la Savonnerie : ces objets 
ayant été «jardés pour le Muséum. 

Kn citant plus liant CapeGgue, lorsqu'il jetait comme un cri 
d'admiration devant un mobilier qu'il estimait à 800,000 livres, 
si nous avions discuté la modicité du cbiffre, nous aurions pu être 
accusé de parti pris. Il n'en saurait être de même après le rapport 
des commissaires de la Convention, après une vente qui donna 
590,000 livres, pendant la Révolution, et qui ne comprit pas les 
retraits faits en 1785, ni ceux qu'ordonnèrent les commissaires 
chargés de la vente. Mous ne retiendrons de ces chiffres que la 
confirmation que le mobilier du château de Saint-Hubert a été 
l'un des plus riches et des plus artistiques des maisons royales, au 
dix-huitième siècle. 

J. Maillard, 

ilembre de la Société arcliéologicjue de 
Rambouillet, à Versailles. 



PIECE JUSTIFICATIVE 

Le court espace de temps pendant le(|iiel le château de Saint-Hubert a 
connu la prospérité est lu seule raison par laquelle on puisse expliquer 
que sa réputation ne se soit pas établie. A moins que celle demeure n'ait 
été plus fermée que d'autres. 

En échappant aux commérages qui entretenaient la vie à Versailles, 
elle se préparait l'oubli. lAIais ce qui étonne, ce n'est pas que les mémo- 
rialistes aient peu conlé sur Saint-Hubert, c'est que la peinture et la 
gravure ont méconnu cette maison, hospitalière aux arts. 

On trouve au Musée de Versailles, dans la salle des Résidences royales, 
un tableau au bas duquel est inscrit : " Le château de Saint-Huhert, 
vers 1722. 

\oi\ii une peinture nationale dont l'inexactitude est pleine d'excuses. 
Car on ne saurait faire un château de« Saint-Hubert de quelque vraisem- 
blance 11 vers 1722 », puisque les fondations du château ont été jetées 
en avril 1755, et les bâtiments n'ont jamais ressend)lé à la peinture de 
Versailles. 

La correction sera facile à faire : décrocher le tableau. 

Nous connaissons deux jolis petits tableaux du château de Saint- 

24 



3-0 IN DE S SIM SUR » THERMIDOR ». 

Hubert : deux petits chefs-d'œuvre de Compigné, u tableltier du Roy n. 
Ils ont été faits sous Louis XVI, avant la destruction des bâtiments de 
l'avant-cour, par conséquent avant 1785. 

L'un des tableaux montre la façade du château, le développement des 
bâtiments autour des cours, les grilles. L'autre fait voir la terrasse du 
château sur les étangs, ie derrière des bâtiments avec le Salon, et enfin 
l'avenue, située au delà des étangs, que les Dames de Port-Royal avaient 
ouverte dans leur bois, pour faire plaisir au Roi et pour éviter l'expro- 
priation. 

Tous les détails figurés par Compigné sont d'une exactitude parfaite. 

Les lignes d'architecture et les détails sont repousses sur une surface 
d'étain qui a été dorée ensuite. Mais tandis que dans les étains repoussés 
de Compigné cette surface dorée est le plus souvent uniforme, dans les 
deux tableaux de Saint-Hubert, des ombres peintes de couleurs adéquates 
ajoutent à la perspective du dessin et enlèvent à la dorure son ton criard. 
L'étain apparaît dans l'un des petits tableaux pour former le ciel; dans 
l'autre tableau, pour imiter l'eau des étangs. Quelques personnages, des 
animaux, des arbres, de la verdure, sont peints en divers plans. 

Nous avons dû à M. Couard, archiviste du département de Seine-et- 
Oise, de connaître l'existence de ces deux chefs-d'œuvre (appartenant à 
M. Arnauld, prop" à Versailles) dans lesquels nous avons eu le plaisir de 
trouver deux doctmients, rigoureusement d'accord avec les pièces des 
Archives nationales. 



XX 



UN DESSIN SUR « THERMIDOR « 

PAR HUBERT-ROBERT 

A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE MOXTPELLIER 

Nous sommes au siècle deV Histoire par l'Image, désireux d'avoir 
constamment sous nos yeux la chose vue, la sensation éprouvée, 
préférant à la page d'un écrivain le croquis du peintre, ou exigeant 
que l'un et l'autre se commentent. Cette tendance, ce souci de 



U.V DESSIM SUR " TIIEKMIDOR ï. 371 

vérité artistique, ce goût des apports de Part dans le domaine de 
riiistoire vous rendra indulgents, je l'espère, pour cette modeste 
communication. 

11 s'agit d'un dessin au crayon rouge, d'une allégorie du peintre 
Hubert-Rohert sur la Délivrance des prisonniers après la journée 
de Thermidor. Ce (jui donne à cette œuvre un intérêt particulier, 
c'est une inscription, un autographe mentionnant que l'artiste 
crayonna ce sujet sous les verrous de Saint-Lazare, tandis qu'après 
dix mois de détention, il comptait les heures lentes le séparant 
encore de sa famille, de ses proches, de la liberté. 

.Mais, me dira-t-on, comment se fait-il qu'il y ait des tableaux 
autres que ceux retraçant la courbe d'une maladie dans une Faculté 
de médecine?En second lieu, croyez-vous votre dessin rare et inédit? 

Je répondrai d'abord que dansla ville universitaire, académique et 
certainement intelligente et éprise de travail de Montpellier, son an- 
tique et vieille Faculté de médecine fut durantplusieurs siècles et de 
nos jours jusqu'à la création du iMusée Fabre, le cœur et le cerveau 
de la cité. A elle venaient toutes les donations, aussi bien celle de 
l'érudit et de l'artiste que celle du savant ou du docteur. Parmi les 
donateurs figurent Chaptal avec tous les manuscrits de la « reine 
Christine de Suède ». Parmi les donations exclusivement d'art on 
rencontre des portraits de Puget, des dessins de Raphaël, des Sébas- 
tien Rourdon, tout l'œuvre gravé de Aatoire. J'en passe, et des 
meilleurs. Il existe là, en somme, un précieux cabinet d'amateur, 
conservant son intérêt à côté des richesses léguées au Mosée de 
la ville parle baron Fabre, MM. laledeau, Bruyas, Cabanel, etc. 

Celte collection sera un jour prochain mise en valeur par un fort 
aimable et très savant érudit, M. Paul-Jules Itier; pour le moment 
je me contente en vous décrivant le dessin d'Hubert-Robert de 
rappeler le vieil adage : Ab iino disce ontnes. 

Quant à la seconde objection, sur l'inédit d'une œuvre, propriété 
d'une ville ou de l'Etat — les termes des donations rendent liti- 
gieux ce point, vis-à-vis des objets d'art de la Faculté de Montpel- 
lier — quant ^à cette question d'inédit, je ne vous cacherai pas 
qu'elle m'a d'abord préoccupé. J'ai feuilleté tous les auteurs ré- 
cents ou anciens, j'ai questionné les maîtres de l'érudition sur la 
périod(î' révolutionnaire, et, comme tous sont restés muets, j'ai pris 
l'audace de parler. 



372 IIN I)ESS1\ SUH « T H lî « M I D R t. 

Mon inleiTogatoire u-l-il été complet, ai-je appelé tous les 
témoins? piohableincnt non. Cependant, en fait, les anciens hio- 
graplies (riinbeit-Hobert : \ igée, \ illot, Millin, Cliarles Blanc; de 
nos jours, M. (lal)illot, dans une ma<]istiale et complète étude, 
parue récemment, ne soufflent mot de cette «Allégorie » .Remarque 
inattendue, M. Jules Renouvier dans sou important travail sur 
Y Art sous la Révolution., M. Renouvier, né à Montpellier, résidant 
à Montpellier et sans contredit le plus éminent des membres de 
l'Académie des sciences et lettres de cette ville, en matière artis- 
tique, semble ignorer ce croquis. Il cite Hubert-Robert cinq ou 
six fois, il traite spécialement des Allégories, des Fêtes et des 
Journées; il parle du 9 thermidor de Lethière, et rien de Hubert- 
Robert sous sa main. 

Enfin, le petil-llls du poète Roucher, M. Antoine Guillois, l'his- 
torien consciencieux de ''• JVapoléon « et de la '■ Terreur « , après 
un voyage de recherches historiques fait à Montpellier, est revenu 
sans soupçonner l'existence de cette œuvre d'art. 

Et tous ces silences ne proviennent pas de la vulgarité, de la 
fréquence des sanguines d'Hubert Robert, comme on pourrait le 
croire, après la citation suivante. 

Racontant la vie, d'une héroïque tranquillité d'àme, gaieté, santé 
d^esprit et de corps, d'Hubert-Robert en prison, son ami Vigée 
nous dit, en effet: « Se consolant par le travail, il peignit durant son 
internement cinquante-trois tal)leaux et d'innombrables dessins. « 

Que sont devenues ces innombrables pages? Je pose la question 
et serai très heureux que celte assemblée de chercheurs voulût 
bien m'aider à la résoudre, explorer avec moi ce filon de notre 
histoire artistique. Pour le moment, en sus du Thermidor de 
Montpellier, les ouvrages qui font autorité et mes investigations 
personnelles ne m'ont révélé qu'une toute petite poignée d'œuvres. 

En voici la brève énumération. 

Dans le legs des collections de M. Parent de Rosan à la mairie 
d'Auteuil, on rencontre deux croquis révolutionnaires d'Hubert. 

1» Le corridor de Germinal à Sainl-Lazare; on y voit le mar- 
quis et la marquise Giambone en tenue de miséreux d'hôpital, et 
devant la porte d'une cellule deux hommes cuisinant près d'un 
poêle mobile; certains auteurs veulent reconnaître en eux Roucher 
et Robert. Il existe une reproduction lithographique à la Nationale. 



II \' DESSI\ SUR » TU E KM l DO II -. 3-3 

2" lu groupe derrière mie fenêtre grillée : une l'eMinie jeune et 
jolie sous ses accoutrements de citoyenne (et en dépit de la simpli- 
cité de sa coiffure et de son costume) soutient sur ses genoux un 
enfant de cinq à six ans; une seconde leninie debout regarde. La 
jeune femme assise est mademoiselle de Coiqny, la « Captive » de 
l'immortel Cbénier; le gamin, \e petit Emile Roucher, <i le moins 
malheureux des prisonniers de Saint-Lazare», écrit dans sa dédi- 
cace Huhert-Kobert. 

3" \\. Haro, fils de l'expert, possède une fort agréable aquarelle 
de tonalité bleue et légère, qui nous montre le peintre couché sur 
sa large table de travail, et, devant une baie à gros barreaux, 
lisant quelques feuillets. 

4 AL Koucher, un des descendants du poète célèbre, a conservé 
comme des reliques de famille une étude de femme et d'enfant 
ayant servi à un « dessin consacré à la mémoire de liarra " . 

5° L'allumeur de réverbères de Saint-Lazare ^ avec son pitto- 
resque attirail. 

()' Une lettre dont l'en-léte signalé dans les Consolations de ma 
cajitivité porte deux profils de femmes, V Espérance et la Patience. 

Le Louvre n'a rien. L'Ecole des Beaux-Arts pas plus. Le Musée 
Carnavalet, ce trésor des pièces révolutionnaires, n'était pas plus 
riche avant la présente année. Il vient d'acquérir : 

Une très intéressante contre-épreuve d'une sanguine représen- 
tant une façade de prison, analogue, sauf le perron en moins, au 
dessin de Montpellier; le sujet dilférant d'ailleurs par ses autres 
détails. Un groupe de mères et d'enfants s'est avancé pour échanger 
quelques mots, au moins un regard avec des prisonniers juchés 
sur une terrasse dominant l'édifice. Hélas! un sans-culotte les 
repousse. El comme dérision un grand peuplier, un arbre de la 
liberté érige son mât près de la porte close! 

La seconde acquisition, sanguine originale, représente une statue 
de la République traînée à bras par des ouvriers patriotes vers le 
socle carré qui l'attend. Sur l'un des côtés de ce piédestal, nous 
lisons : Hubert-Robert in Sancti Lazari .Edibus nocturnos suos 
labores, Minervœ dicat. Cette inscription, où le peintre assimile la 
République avec tous ses accessoires symboliques à la sage Pallas 
d'Athènes, nous intéresse deux fois. Elle dit le retour à la raison 
qu'espère le prisonnier et suitout nous fait comprendre à quelles 



374 UN DESSIN SUR « THERMIDOR ». 

heures son infatigable goût du travail lui permettait d'esquisser les 
innombrables dessins qu'il distribuait à ses amis. 

Excusez cette énumération, elle vous est preuve convaincante de 
la nécessité de remettre au jour cette part de l'œuvre d'Hubert- 
Robert, si fort éparpillée, si égarée après une durée d'un seul 
siècle. Elle m'excuse aussi d'avoir songé à tirer de l'oubli le des- 
sin thermidorien du vaillant maître. 

h'Allégorie conservée à Montpellier célèbre l'heure la plus 
douce d'une période delà vie d'Hubert-Robert, infiniment malheu- 
reuse et où les iieures douces furent peu fréquentes. En revanche, 
ce temps d'adversité met en haute place les qualités d'àme de 
l'artiste et nous prouve que, chez lui, le cœur égalait le talent. 
Tous ses biograplics sont unanimes à constater que du 8 brumaire 
an II, date de son mandat d'arrestation, au 17 thermidor an III, 
Hubert-Robert fut le plus gai, le plus courageux, le plus constant 
d'humeur des prisonniers de Sainte-Pélagie d'abord, puis deSaint- 
Lazare. Il se levait à six heures du matin, peignait jusqu'à midi, 
descendait dans la cour guider la partie de ballon à vent, y pre- 
nant part avec une adresse et une vigueur extraordinaires, puis, le 
soir, après les conversations dans ces cellules où se pressait, hélas! 
une élite, il reprenait ses crayons fort avant dans la nuit. Aubin 
Millin l'admira surtout, lors du transfert d'une prison à l'autre. 
Tandis que chacun redoutait pour fin de cet épisode les scènes d'égor- 
gement des journées de Septembre, Hubert-Robert, campé dans sa 
chariette, n'ayant pris avec lui que sa boîte à crayons, dessinait avec 
un sang-froid absolu le décor pittoresque du cortège, les gens et les 
choses, les effets de lumière des flambeaux et du jour naissant. 

Mais ce sont là des faits bien connus et que les intéressés peuvent 
lire longuement dans les œuvres de MM. Gabillot, Guillois, de 
Lescure, Daubnn; arrivons au lliermidor, à l'expiration de cette 
captivité qui fut, hélas! pour les poètes Roucher et Chénier, ces 
amis d'Hubert-Robert, le stage de l'échafaud! 

Les prisonniers furent mis immédiatement au courant des évé- 
nements politiques, puisque leur tyran, l'administrateur Rergot, 
paya sa cruauté de sa tète et fut un des cent treize exécutés avec 
Robespierre. 

La Terreur avait pris fin. La joie, une joie mouillée de larmes, 
de regrets chez beaucoup, vu les dernières fournées, l'espérance 



L M l> E S S I X SLR •■• T II E IIM 1 1) K - . 375 

se reprit à fleurir dans le préau de Saint-Lazare. Mille rêves de 
liberté, de voyages, de campagne s'envolèrent par-dessus les 
frondaisons du parc, vers cet hoi-izon où le Alont-Valérien dessinait 
sacourhe. Los salons se rouvriiout, on revit de délicieuses jeunes 
femmes tenir cercle et bureau d'esprit fout le soir comme au temps 
où régnait le bon concierge Xautlet, aux premiers mois de déten- 
tion. 

Enfin, liuit jours après, le 17 thermidor, Hubert-Robert assis- 
tait à la levée de son écrou. Il embrassait sa femme bien-aimée, 
Catherine Soos, revoyait ses amis; puis le bouillant sexagénaire, 
pour se refaire de ses dix mois de captivité, allait excursionner bien 
plus loin qu'au delà du llont-Valérien.Il regagnait une fois encore 
l'Italie; il retrouvait Home et ses chères ruines. 

C'est au cours de la dernière huitaine de son incarcération qu'en 
historien et poète, Hubert-Robert allégorisa par un dessin sa mise 
en liberté. 

L'allégorie est fort transparente ; cependant l'artiste, et nous n'y 
perdons point, l'a complétée par de nombreux et précieux auto- 
graphes'. Voici la façade d'un édifice grave et renfrogné. Un per- 
ron grossier, laissant apercevoir sous une arcade l'entrée de cachots 
obscurs, conduit à une massive porte. Cette porte, aujourd'hui 
ouverte, nous témoigne par son solide verrou,son judas, sa serrure 
et la qualité de ses pentures qu'elle est porte de prison et non de 
logis hospitalier, \ainement le peintre l'agrémente, la couronne 
d'un lourd fronton triangulaire, vainement par habitude et par 
goût d'élégance fait-il courir une frise et termine-t-il par un balcon 
cette façade : porte et maison restent d'abord peu engageant. 

Mais sur le palier du perron une jeune femme se silhouette; elle 
est vêtue fort simplement, coiffée d'un foulard ; son costume mi- 
antique et rni-populaire rappelle les petites Sabines de M. David. 
Mais la jeune femme ne sépare point des combattants, elle aurait 
encore trop à faire. Elle se contente de donner charitablement la 
volée à des oiseaux qu'enclosaient trois cages. Les oiselets s'enfuient 
à tire-d'aile, vers un horizon de bois et de collines. 

Au premier plan, une dalle funéraire porte cette inscription : 

a H. ROBERT IX SPEM LIBERTATIS DELIXEAVIT IX S" LAZA... CARCEREM 
* Voir, ci-après, planche X\M. 



376 UIV DESSIM S II II ' T H E RM I D R i . 

1794. » Enfin un chien, allusion aux nombreux chiens de garde 
(les prisons de Paris, est couciié, bien tranquille, et n'a cure du vol 
d'oiseaux qui bat dos ailes et gagne les champs derrière lui. 

'i H. Robert frcit ParisnSjlldi^^ , lit-on surla marge de ce dessin 
qu'encadrent deux filets, et à côté le litre que lui veut donner son 
auteur : " La délivrance des j)^'isonnier s. » Toutes ces inscriptions 
sont manuscrites, et de sa main. N'oublions pas la plus importante. 
Dans un cartouche au-dessus de la porte et en caractères lapidaires j 

se lisent en trois lignes ces mots : « carceres tandem aperti. » 

Telle est la page d'l)isloire que possède la I^iculté de médecine 
de Montpellier, et sur laquelle j'ai cru devoir appeler votre indul- 
gente attention. 

Si je n'étais pointdans un milieu d'érudits, j'achèverais mon récit. 
Je montrerais en 1801 Hubert-Robert revenant au Louvre, repre- 
nant par un décret du Directoire ses fonctions de conservateur. Je 
conterais son acquisition d'une délicieuse retraite d'été, la maison 
de Boileau à Auteuil, et je décrirais cette maison plus spacieuse que 
celle de Socrate, mais toute pleine cependant de vrais et illustres 
amis: Ducis, Andrieux, Delille, Bilaubé, Collin d'Harleville. 

Tout cela, vous le savez comme moi; je me contenterai donc de 
dire que la fin de la journée compensa pour Hubert-Robert les 
tristesses du chemin de sa soixantième année, et que le soir de la 
vie fut lumineux et doux pour cet honnête homme, ce vaillant 
artiste, ce vrai Français. 

Charles Ponsonailhe, 

Membre de la vSociété Archéologi(]iie et Litté^ 
raire de Béziers, correspondant du Comité 
des Sociétés des Beaux-Arts des départe- 
ments, à Béziers. 




l'Iancl.i' XXII. 



l.\ OKLIVUA.YCK I) K S P K I S .\ \ I K H S 

Il i: s s I V I' .4 I! Il ij li !•: it T - H li i; it r 

(Mu).i-f tic la Kaculli' ilv iin-diciiic de \l»iil|ielli<'j I 






! 



CliRAMIQUE ET VERRERIE MUSICALES. STT 

XXI 

CÉRAMIQUl'] ET VERRERIE MUSICALES 

Les objets que je vais décrire, eu accompagnant celte descrip- 
tion de quelques remarques, ont été mis au jour il y a plusieurs 
années déjà, mais sont encore inconnus du public, puisqu'ils 
n'ont été exposés nulle part. Ils appartiennent presque tous à 
deux catégories artistiques voisines l'une de l'autre : la Céra- 
nii((ue et la \errerie musicales, si l'on peut donner le nom de 
" musique » aux sons rauques qu'on en tirait avant qu'ils fussent 
brisés. 

Car ces instruments n'ont pas été découverts dans l'état d'inté- 
grité où on les voit. Le sol les a restitués très fragmentés, et il a 
fallu, pour les reconstituer, une patience, une sagacité et une 
adresse auxquellesje crois devoir rendre, en commençant, un hom- 
mage mérité. 

Au nord-ouest de l'arrondissement de Fontainebleau et dans le 
voisinage de Xemours, une très ancienne bourgade qui fut long- 
temps Saixt-Mathlrin de Larcha\t, aujourd'hui déchue, appau- 
vrie, désertée, se survit à elle-même sous le nom de Larchant. 

A la fin du troisième siècle, y naquit, et au commencement du 
quatrième, y fut inhumé Maihurin dont la sainteté se révéla par de 
noml)reux miracles posthumes. Il ne saurait certes y avoir de 
miracles plus ou moins merveilleux; ils le sont tous à un égal 
degré; pourlant les guérisons opérées par saint Mathurin nous 
doivent donner, par leur difficulté même, une haute idée de son 
pouvoir : il améliorait les méchantes femmes! Il avait encore une 
autre « spécialité « : il chassait le malin esprit du corps des pos- 
sédés, et ramenait les fous à la raison '. 



' Eug. Thoisox, Saint Mathurin, étude liistorique et iconographique. l'aris, 
1888, in-8". 



378 CKRAMIQUR KT VElîUERIK MUSICALES. 

Une église s'éleva toutàcùtéde son tombeau, et la foule des pèle- 
rins se précipita vers ce sanctuaire (roii l'on rapportait le soulage- 
ment aux maux les plus grands qui puissent afiliger riiumanité. 

.Ius(]u'au milieu du seizième siècle, Larcbant se vit, à certains 
jours, envalii p;ir des milliers de fidèles, et son pèlerinage fut 
parmi les plus fréquentés. Puis le vent des guerres civiles passa 
sur lui; les huguenots le dévastèrent à plusieurs reprises, et, le 
25 octobre 1567, ruinèrent irrémédiablement l'église ', après 
avoir dispersé les reliques de saint Mathurin. Ce fut la mort du 
pèlerinage et la fin de la prospérité du pays : Larcbant descendit 
peu à peu au rang de simple village. 

C'est dans ce village modeste, mais si plein, pour le chercheur 
et l'archéologue, de surprises et d'intérêt, que, vers le milieu de 
juillet 1890, des travaux entrepris pour la construction d'un pui* 
sard dans la cour de la maison où pendait autrefois pour enseigne 
V Homme sauvage- , firent constater l'existence d'une sorte de puits 
carré solidement maronné et descendant jusqu'à la roche qui règne 
sous une grande partie du sol lyricantois. Le mol de puits est donc 
certainement impropre, et je serais porté à voir ici une ancienne 
fosse d'aisances*. Puits ou fosse, ce trou pouvait remplacer le pui- 
sard projeté, et, comme il était plein, on se mit à le vider. 

On ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait été remblayé avec une 
quantité de morceaux de verre et de poterie mêlés à de la terre; 
on ne prit pourtant pas garde tout de suite à cette singularité, et 
l'on commença à transporter dans les champs le déblai ainsi 
composé. Par bonheur, un voisin, ancien mouleur attaché au 
Musée de sculpture du Trocadéro, M. Ernest Barbey, fut informé 
de ce qui se passait : intelligent et artiste, il reconnut bien vite 
l'intérêt de ces débris, en fit arrêter le transport, et obtint que 
l'extraction de ce qui restait dans le trou carré fût faite avec 
soin. De plus, il rapporta chez lui, par panerées, tout ce qu'il put 
retrouver de morceaux là où l'on avait constitué le dépôt de ces 

' Eug. Thoiso\, L'église de Larchant. Mnmours, 1896, in-S". 

^ Eug. Thoisox, Les anciennes enseignes de Larchant. Fontainebleau, 1898, 
-in-S». 

^ Benj. Fii.LOX, L'art de terre chez les Poitevins, cite plusieurs découvertes 
faites dans de vieilles latrines, et notamment (p. 209) à la Créliiiière, commune 
de Alouliers-sous-Cliantemerle (Deux-Sèvres), où l'on recueillit de nombreux 
débris de verre. 



CKRAMIQIE ET VERRERIE MUSICALES. 



370 



extraordinaires gravats, les examina, classa, rapprocha tout à son 
aise, et eut l'industrie d'en faire sortir trente-quatre instruments 
de musique complets ou à peu près, dont 10 on verre et 24 en 
terre. Je ne parle que pour mémoire d'autres objets comme coupes, 
flacons, verres à boire, rêcliaud, cruche en terre, etc. 

Avant d'insister sur l'importance relative de la découverte, je 
dois indiquer l'époque probable de l'enfouissement : une monnaie 
de Henri III, de 157D, et une caractéristique petite cuiller, trou- 
vées parmi les terres extraites du trou et au milieu des tessons, 




Fl(3. 1. — TRO^!PK EV VKRRE ROLGIi 
(Collection de VaateDr.) 



permettent de la fixer à la fin du seizième siècle ou aux pre- 
mières années du dix-septième. 

Examinons maintenant les instruments en verre : ils affectent 
deux formes seulement, celle de la trompe de chasse (9 exem- 
plaires) et celle du cor à un seul tour (1 exemplaire); mais le 
coloris et la décoration en sont assez variés. Xous avons du verre 
bleu, du verre rouge, du verre opalin bleuté, et du verre d'un 
blanc mat à l'oxyde d'étain. 

Nous avons des instruments à la surface unie et sans ornements 
sauf un filet au pavillon, d'autres autour desquels s'enroule une 
baguette de verre qui se termine en un ruban froncé formant 
anneau pour attacher le cordon de suspension. Voici un échantillon 
de ce type, le seul qui, dans la trouvaille, ait son similaire (fig. 1); 
il mesure 25 centimètres de longueur. 



380 CKKAMIQDR HT VEUUEUIE Ml SIC A LE S. 

La pâte des uns est inonaclirome et lioniogène; celle des autres 
contient des catmcs blanches s'allongeant en filets dans le sens de 
l'instrument, ou des cannes vertes ou brunes ondulant sur le tra- 
vers et donnant un aspect jaspé. Dans une trompe, ces jaspures 
font une légère saillie (fig. 2). La trompe blanc opaque est tachée 
de mouchetures bleues ; celle en verre opalin a la surface rugueuse 
comme si l'on avait voulu imiter la corne ; une autre enfin est 
ornée de feuilles noires au pavillon et à l'embouchure. 
j^ En résumé, nos dix instruments foiment neuf variétés. 





Fii;. 2. — TiiiPMi'K i;\' u.iiRi; iilku. avec jaspures brlxes. 

(Cullectiou (le M. E. liaibey ) 

Quoique assez peu communs, les spécimens de celte verrerie 
ne sont pas absolument rares; on en voit au Musée du Louvre : 
c'est un cornet de chasse en verre bleu décoré d'une baguette de 
latticinio en relief et en spirale, absolument comme le cor à un 
iour de notre trouvaille (6g. 3). Le >< cornet " du Louvre vient 
de la collection Sauvageot, et figure dans le catalogue de Sauzay 
(1867) sous la cote F. 135. 

AuMuséedeCluny, sous le n° 4827, est un cornet en verre décoré 
de filets blancs, et M. Gerspach a gravé dans son Art de la verrerie, 
p. 297, fig. 144, une trompe de verre appartenant au même Musée, 
objet de luxe, mais d'un aspect général rappelant nos trompes. 

Le Musée du Conservatoire de musique possède trois instru- 
ments du même genre; nous ne les connaissons que par les indi- 
cations plus que sommaires de l'ancien catalogue : n"' 413 el^l^, 



C K II A M I Q l K E r \ !•: R U K lU E M U S I C A L E S 



381 



tt petits cors de verre de Venise « ; n°439, « trompette en verre » . 
L ne trompe en verre assez richement décorée Bgurait dans la 
collection \ ictor Gay, et est dessinée dans le Glossaire archéolo- 
gique ^ v° Cor; l'auteur la donne au quatorzième siècle, et à 
l'école mosane, sans nous indiquer les motifs de cette attribution. 
11 est hors de doute que d'autres collectionneurs peuvent pos- 
séder des objets de cette famille; nous n'avons pas eu le loisir de 
les rechercher. Il faut mentionner pourtant des trompes ou des 
cors de chasse en verre détournés par le fabricant de leur destina- 




FiG. 3. — Cor en verre bleu. 
(Collection de M. E. Barbey.) 

tion primitive et devenus des verres à boire : ainsi la trompe du 
musée céramique de Sèvres (n" 5207), et le cor de la collection 
Berthet donné par AI. Ed. Garnier, Histoire de la verrerie et de 
Vémaillerie, p. 2G5, fig. 49. 

Peut-être arriverait-on assez facilement à cataloguer une 
douzaine de ces fragiles instruments; la découverte de Larchant 
viendra pres(|ue -doubler ce nombre, mais ce seront encore des 
curiosités recherchées. iVéanmoins leur abondance ou leur rareté 
n'est pas en cause; ils sont bien connus par les textes du moyen 
âge et par ceux des temps postérieurs, textes que le marquis de 
Laborde, Glossaire français du moyen dge^ v" Voirre, et Victor 
Gay, Glossaire archéologique du moyen âge et de la Renais- 
sance, aux mots Cor et Corxet, ont patiemment rassemblés. 



382 CEUAMlQlIi ET V E U H E Kl E MUSICALES. 

Je ne reproduirai \)iis ici celte énumération où nous voyons les 
cornets de verre considérés comme objets précieux et protégés par 
dos custodes ou éluis. Rien d'étonnant, d'autre part, à ce qu'ils 
semblent le privilège des rois et des «jraiuls seigneurs; leur prix 
devait être relativement élevé, et leur usage, coûteux par leur 
fragilité même; en outre, les inventaires que nous possédons pour 
les quatorzième, quinzième et seizième siècles sont, en très 
grande majorité, ceux de mobiliers princiers. Nous verrons 
cependant tout à l'heure que ce privilège n'a rien d'absolu, et que 
des cornets de verre pouvaient se rencontrer chez des gens de la 
classe moyenne, sinon de la classe pauvre. 

I*eut-êlre se demandera-t-on si nous avons affaire à de véri- 
tables instruments, à autre chose (|ue des pièces de dressoir. A 
l'origine, oui : « Geuffroy a donc, dit un texte de 1387, s'arma et 
puys prinst un corde verre, et le pendit à sou col. » Un peu après, 
il en sonne, et est entendu de ses gens '. Il est possible et même 
probable que plus tard les cors de verre prirent place au milieu 
des objets de pur ornement sans cesser de rendre, à l'occasion, 
les services d'autrefois; c'est un point qui semble établi. 

Nous expliquerons sans beaucoup plus de difficulté l'existence 
du dépôt là où il fut trouvé : la maison de V Homme sauvaye 
abritait très certainement un marchand de « quincaillerie » reli- 
gieuse et de quincaillerie profane. 

Lue ordonnance de Charles VI, du 15 février 1394, souvent 
citée, va justifier cette expression; elle débute ainsi : 

— Nous avoir oye la supplication des povres gens demeurant 
au Mont Saint-Michel, faisans et vendans enseignes de monsei- 
gneur saint Michel, coquilles et cornez qui sont nommés et appelés 
quincaillerie '. 

On trouve dans l'inventaire, dressé en 1558, des armes, bi- 
joux, etc., de Philippe II, roi d'I'lspagne, «deux cornets de voirre 
venant de Saint-Hubert, comme on dit... « \ 



' V. Gav, Glossaire, v" Cor. 

- De Laurière, Ordonnances des rois capctiens, t. VII, p. 590. — Xoiis 
venous d'apprendre (|ue di-s ti-ompcs et des cornets avaient été découverts, il y a 
une dizaine d'années, en fouillant les fondations d'une maison au Mont St-AIicliel ; 
mais on ignore ce que ces objets sont devenus. 

^ V. Gav, Glossaire, v" Cornet. 



CEHAMIQL'I'; ET VKRHEIUK MUSICALKS. 383 

Ces cornets appartenaient donc bien à la quincaillerie ou biin- 
beloteric îles pèlerinages célèbres, et d'autres pièces de verre ou 
de terre complélaienl l'assortiment du magasin. Or j'ai rappelé que 
Larcliant était un de ces pèlerinages; de plus, en 1471, le prévôt 
de Larcliant renouvelle la défense aux femmes d'aller au-devant 
des pèlerins avec chandelles de cire, enseignes, etc.; en 1-498, un 
bibelolier est établi chez nous; en 1543, un autre; celui-ci se 
nommait Mathurin Canto, et voilà peut-être le nom du marchand 
dont la pacotille nous arrête aujourd'hui. Enfin \à Satire Ménippee 
nous apporte la confirmation la plus certaine et la moins attendue 
de ce que nous avançons. Au nombre des pièces qui composent 
cette Satire fameuse, figure, on le sait, VHistoire des singeries de 
la Ligue par Jean de La Taille, et voici comment l'auteur y décrit 
un persorniage défilant sous ses yeux : 

— Un advocat fol, armé de mesme... à scavoir d'un vieil corps 
de cuirasse de fer blanc, une bourguignotte d'Auvergne en teste, 
panachée et enharnachée d'un superbe trophée de plumes de 
paon, une fourchefière sur son espaule gauche, le bec tirant 
contre bas..,, tin cornet de verre j)€ndii en sa ceinture qui disait 
avoir ap'porté de Saint-Mathurin de VArchant en la faveur 
duquel il taisoit accourir une infinité de badaux... \ 

Par conséquent, en 1590 ou environ, on achetait encore à Larchant 
des cornets de verre. Ceux qui viennent d'être retrouvés sont-ils 
des invendus, et par suite de quel événement, de quelle catastrophe 
ont-ils été brisés et jetés pêle-mêle avec d'autres débris de verrerie 
et de poterie dans ce trou sans destination certaine, rien ne nous 
l'apprend. Xous savons seulement que la fin du seizième siècle, 
marquée par la ruine de l'église et du pèlerinage, vit aussi la ruine 
du commerce local, et que l'accumulation de tous ces fragments 
date précisément de celte fin de siècle. Mais sont-ce des invendus ? 

Car, après l'avoir éludée le plus possible, nous voici maintenant 
en présence de la difficulté la plus sérieuse et forcé au moins de 
poser le problème. D'où venaient ces objets d'un aspect si artis- 
tique? Élaient-ils les produits d'une fabrique locale, ou d'une 
fabrique voisine, ou d'une fabrique étrangère? 



' OEuvres de Jean de La Taille^ édit. llcné dk .Maulde, t. I, Histoire des sin- 
geries de la Ligue, p. viu. 



384 CERAMIQUE ET V E U K E lU E MUSICALES. 

J'avoue èlro hors d'état de répondre d'antre façon qu'en pré- 
sonlanl les arguments pour et les raisons contre une fahricalion 
lyricanloise, avec l'espoir que l'examen attentif auquel je convie, 
permettra de trancher la question. 

Tout d'abord, il faut redire que les objets reconstitués, olifants 
et coupes, sont loin de représenter toute la verrerie de la trouvaille : 
ils étaientacconipagnésde fragments extrêmement nombreux d'au- 
tres coupos, d'autres olifants, de verres à boire, de flacons, etc., 
fragments dont les plus intéressants ont été réunis par le posses- 
seur en deux tableaux, mais dont il serait facile de former plu- 
sieurs collections. 

Malheureusement, d'après M. Gerspach ', u on ne saurait con- 
clure à coup sûr à la présence de fabri(]ues d'une accumulation 

plus ou moins considérable de pièces de verre » D'après le 

même auteur, la découverte de scories au lieu de l'accumulation 
serait un peu plus probante ; mais il n'est pas certain que l'on en 
ail trouvé à Larchant, à peine un très petit agglomérai de verre, 
vraisemblablement fondu dans un incendie. 

On avait cru, au moment de la fouille, voir comme un cintre 
indiqué dans une des parois du faux pui.-ard et y reconnaître l'ou- 
verture d'un four, postérieurement bouchée. \L Ed. Garnier, le 
savant conservateur du musée céramique de Sèvres, a visité l'em- 
placement (le la trouvaille, et, quoique partisan, je le crois, d'une 
fabrique lyricantoise, soutient que rien n'y ressemble à un four à 
verrier. 

Enfin, on s'étonne qu'une industrie qui paraît avoir été impor- 
tante n'ait laissé nulle trace dans les documents, et il en est cer- 
tainement ainsi : je suis forcé de déclarer que ni les registres 
paroissaux, ni les autres pièces d'archives ne font menlion d'un ou 
de plusieurs verriers; mais je m'empresse d'ajouter que les regis- 
tres,, qui commencent, il est viai, en 1577, sont très incomplets 
jusque vers 16( 0, époque à laquelle la verrerie aurait, dans tous les 
cas, disparu avec le pèlerinage, et que les documentssur Larchant, 
assez abondants pour les quatorzième et quinzième siècles, sont 
rares pour la seconde moitié du seizième. 

Arguments pour et, objections ne semblent, jusqu'à présent, ni 

' Gersimch, L'ai-t de lu verrerie, p. 18. 



f 



CÉRAMIQUE ET VERRERIE MUSICALES. 385 

les uns ni les autres, très décisifs ; lienjamin Fillon va me fournir 
une dernière observation qui a son prix : 

tt Pour que cette opinion [l'existence de fours] pût, dit-il, être 
acceptée, il faudrait, d'abord, qu'on trouvât sur les mêmes lieux, 
comme dans les fabriques romano-gauloises, des débris de vases 
contemporains mal réussis..,'. » Or, c'est justement ce qui se passe 
ici : tous ou presque tous les échantillons retrouvés ont une tare ; 
dans une trompe, c'est l'embouchure qui est gauche; dans une 
autre, c'est le pavillon; une coupe pèche par les bords, une autre, 
par les pieds, etc. Remarquez que la supposition admise d'une 
fabrique locale ne ruine pas mon hypothèse d'un marchand : le 
fabricant pouvait vendre lui-même ses produits. 

Alais toute cette verrerie de fantaisie a un cachet vénitien très 
prononcé ; elle est certainement due à des ouvriers formés à la 
grande école ; il faut donc en chercher l'origine hors et bien loin 
de Larchant, — Le caractère italien du travail est absolument incon- 
testable et incontesté ; il est non moins incontestable que Venise 
exportait ses artistiques et élégantes productions. Personne ne peut 
être tenté de le nier en présence de cet article d'un compte de 
1394 : « ... Pour des verres que les galées de Venise ont avan 
apportez en nostre pays de Flandre... quatre francs'. » II est donc 
à la rigueur possible que notre marchand lyricantois se soit appro- 
visionné dans quelque dépôt ou à quelque marchand vénitien. Rien 
n'est moins certain pourtant, car on constate tous les jours la pré- 
sence, en France, de verriers de Murano attirés par les largesses de 
François I", de ses successeurs ou des grands seigneurs, et bravant 
les peines sévères édictées par la République : en 1552, c'est 
Henri II qui fonde la verrerie de Saint-Germain, et en accorde le 
privilège à un vénitien ; en 1572, c'est le gouverneur du Poitou, 
le comte du Lude, qui prend sous sa protection Fabiano Salviati, 
gentilhomme de Murano, sa famille et son atelier, deux exemples 
entre cent. 

Et, si Ton trouve que Larchant ne mérite pas l'honneur que je 
voudrais avec grand plaisir lui voir attribuer, on songera que Fon- 
tainebleau n'en est pas à plus de quatre lieues, et l'on se souviendra 



' Benj. Fillon, L'art de terre chez les Poitevins, p. 11. 
* L, DE Laborde, Glossaire français, v" Voirre. 

25 



386 



CEKAMIQI'E ET VERREIUE MLSICALES. 



de la pléiade d'artistes italiens dont le génie se surpassa dans cette 
royale résidence. 

Faut-il ajouter enfin que les carrières du plus beau sable à ver- 
reries sont à Bon/tcvauft, hameau de Larchant, et ne rien conclure, 
car adhuc sub judice lis est. 

Après les productions d'un art délicat, je voudrais montrer 
celles d'un art plus grossier. Je parle des instruments en terre 
commune trouvés confondus avec ceux en verre. 

Si les trompes et les cornets de verre sont presque rares, les 
trompes, les cors et les trompettes de terre que Je vais décrire 
rapidement sont uniques. Un bon juge en pareille matière, 
M. Ed. Garnier, m'écrivait : « Je ne connais rien qui ressemble 




FiG. 4. — Trompette j'iiRLViE.wn e\ terre clite. 

(Musée ceraœiqae de Sèvres.) 

aux trompes de Larchant... » Et, de fait, je pense que peu de col- 
lectionneurs le démentiront. 

Une seule pièce, dans toutes les collections interrogées, se rap- 
proche de nos trompettes, encore en ditfère-t-elle par la couleur de 
la terre; c'est celle qui porte au musée céramique de Sèvres le nu- 
méro 2801 , et que l'extrême obligeance du conservateur me permet 
de reproduire (fig. 4). Cette trompette, donnée par l'amiral Dupetit- 
Thouars, provient de la fabrique de Truxillo (Pérou) et appartient à 
l'ancien art péruvien. L'histoire de la poterie offre des bizarreries du 
même genre et des similitudes aussi singulières: sans parler des vases 
du Sénégal ressemblant «étonnamment» à ceux du bas Poitou, un 
vase des Deux-Sèvres a des formes et une décoration identiques à 
celles que présentent les poteries des vieilles peuplades de l'Amé- 
rique du Xord'. Ce ne serait pas ici le lieu de philosopher à ce sujet. 



' Benj. FiLLOX, Op. cit.. Introduction. 



CEKAMIQLE ET VERKERIE MUSICALES. 387 

En avançant (jiie nos iiislrumenls sont unicjues, je ne prétends 
pas que l'on n'ait jamais fait nulle part des trompes, ni des cors de 
terre, témoin le cornet à bouquin dont on abuse, trois ou quatre 
jours l'an, au grand déplaisir des oreilles sensibles ; mais il est en 
grès, c'est-à-dire en argile très cuite, additionnée d'une forte pro- 
portion de sable; à moins qu'il ne soit en bois recouvert de peau, 
auquel cas il faisait, jusque sous Louis XIII, sa partie dans les orches- 
tres royaux. Témoin encore l'espèce de trompette entrée récem- 
ment au musée de Sèvres et provenant de la fabrique d'Aubagne 
en Provence ; mais elle est en terre vernissée comme la trompette 
véritable qui figure dans la collection de M, Wignier, d'Abbeville, 
et fabriquée à Sorrus '. 

Les quelques échantillons connus de cette céramique instrumen- 
tale offrent donc avec les n(Mres des différences assez sensibles pour 
que celles-ci constituent une classe à part. D'ailleurs, contraire- 
ment à ce qui se passe pour les instruments de verre, aucun texte 
n'a encore été cité mentionnant ceux de terre, si l'on en juge par 
cette phrase de \. Gay : 

— On faisait au moyen âge, pour la chasse et pour la guerre, 
des cors de laiton, d'ivoire, de corne, de verre, de cristal et même 
de bois. 

Des cors déterre... point. Peut-être faudrait-il les reconnaître 
dans les cors et les cornets « noirs « que l'on relève dans certains 
inventaires; simple hypothèse d'ailleurs, et, jusqu'à preuve du con- 
traire, nous pouvons nous dire et nous croire en présence d'objets 
inédits. .Mais viendrait-on à en découvrir dans quelque collection 
à présent ignorée un rare spécimen, il demeurerait certain que l'on 
ne s'est jamais trouvé en face d'une réunion aussi riche; personne 
par suite ne s'est occupé sérieusement de cette branche toute spé- 
ciale de la céramique. Je dis : sérieusement, pour ne pas omettre 
les quelques lignes sans intérêt que lui aconsacrées M. Ris-Paquot^ 
Je m'en félicite et le regrette : je le regrette, parce qu'ayant eu des 
devanciers, j'aurais pu, comme cela se fait tous les jours, leur 
emprunter beaucoup de choses et présenter une notice mieux 

' Près de Montreuil-sur-.Mrr (Pas-de-Calais). Wigxier a dessiné celte trom- 
pette, ùg. 35 de son oiivTa;je sur les Poteries vernissées du Pontliieu. 

- Ris-Paquot, La céramique musicale et instrumentale. Paris, 1889, in-f, 
p. 181. 



388 



CERAMIQUE ET VERRERIE MUSICALES. 



documentée; je m'en félicite, parce que j'espère qu'on voudra 
bien me pardonner mon inexpérience trop évidente, en faveur de 
la nouveauté du sujet. 

Nos vingt-quatre instruments peuvent se classer en quatre caté- 
gories : lestrompos ou olifants (sept), les cors à un tour (six), les cors 
à deux tours (quatre), les cors à trois tours (trois) et les trompettes 
(quatre), en employant cette expression faute d'une meilleure. 

La trompe de la plus petite dimension mesure 0°',25 à0°',28; 
mais nous en avons une de 0°',40 et une de O^jGO de longueur. 




FiG. 5. — Cor ev teiire ciite. 

(Collection de raateor.) 



Voici un cor à un tour (fig. 5) ; les cinq autres sont semblables 
ou à peu près. 

L'échantillon des cors à deux tours, dont ci-dessous un croquis 
(fig. 6), est la seule pièce trouvée entière, à l'exception pour- 
tant de son pavillon qui a été refait. Ce cor donne les notes 
ordinaires du cor sonore sans pistons : do grave, sol, do, mi, sol 
aigu, ces trois dernières presque justes ; peut-être les donnait-il 
justes toutes les cinq dans son état d'intégrité primitive. Il déve- 
loppe environ l'°,12 de tuyau ; les autres ont ou quelques centi- 
mètres de plus, ou quelques-uns de moins. Il est clair qu'il ne faut 
demander à ces instruments ni grande régularité de forme, ni par- 
faite similitude dans les dimensions. 

Les trois cors à trois tours rappellent à s'y méprendre, à n'en 



CKRAMTQUE ET VERRERIE MUSICALES. 



389 



voir que des dessins, le cor hébreu — et puisque j'ai l'occasion de 
parler d'un peuple de ranliquitè, j'en profiterai pour faire remar- 
quer que l'on ne trouve d'instruments de terre ni chez les Grecs, 
ni chez les Romains. — Le plus fjrand de nos trois cors mesure 
environ 2"', 20 supposé déroulé. 

Quant à la quatrième catégorie, son type ne ressemble absolu- 
ment ni à la trompette, ni au clairon, ni au bugle, tout en ayant 
des rapports avec ces trois instruments modernes, et c'est peut-être. 




FiG. 6. — Cor a dhix toirs e\ terre cuite. 
(Appartient à M. A. Cornet.) 

par là, la plus intéressante de la collection. La gravité du son y a 
été obtenue comme ailleurs par l'allongemeut du tube, mais on 
est arrivé à cet allongement à l'aide d'un procédé qui suppose un 
certain tour de main, et produit un efTet peu banal : celui d'une 
corde nouée lâche (fig. 7). On s'en rendra compte, d'ailleurs, en 
jetant un coup d'ceil sur la figure ci-dessous; l'original existe à 
deux exemplaires presque identiques. Les deux autres pièces de 
la quatrième catégorie sont conçues à peu près de la même façon 
que celle-ci, sauf que le tube y fait un mouvement de moins. La 
plus grande des deux développe environ 1",75. 

Autant, tout à l'heure, je me suis montré hésitant et réservé sur 
l'origine des cornets de verre, autant je crois pouvoir être affir- 



390 



CKRAMIQUK ET VERREFilE ML SIC A LE S. 



matif sur celle des trompettes de terre : le potier qui les fabriqua, 
.j'en ai la conviction, habitait Larcbant. 

Pourquoi, s'il en était autrement, n'aurait-on encore signalé 
nulle part des spécimens entiers ou fragmentés de cette industrie 
particulière? Faudrait-il supposer un potier travaillant exclusive- 
ment pour les marchands lyricantois ? Avouez (jue ce serait bien 
extraordinaire ; avouez qu'il léserait non moins que ce potier spé- 
cial n'eût laissé dans sa paroisse, en produits manques ou autre- 
ment, aucune trace de sa fabrication. A Larcbant, au contraire, 
détail à noter, tandis que, depuis 1890, on n'a ramassé dans les 
champs, quoique l'on y cherche attentivement, qu'un seul morceau 
de trompe en verre, les morceaux d'instruments en terre ne sont 




FiG. 7. — Trompette ex terre cuite. 
(Collection de M. E. Barbey.) 



pas rares à la surface du sol, et combien n'en a-t-on pas détruit par 
ignorance et inattention"? J'en ai réuni toute une série recueillis un 
peu partout dans noire vallée. 

Le plus important de ces fragments a été trouvé à douze ou 
quinze cents mètres du village et semblerait devoir fournir une 
forme inédite. 

Il est bon d'ajouter que l'argile plastique ne manque pas chez 
nous ; elle se rencontre à une faible profondeur au lieu dit le 
Moulhi à vent ; et Ton a constaté, vers le milieu de ce siècle, au- 
près de la ferme du Chapitre, l'existence d'anciens fours à potier. 
Nous croyons même qu'une meule, dont un quartier fut déterré, il y 
a quelque temps, et dont la pierre beaucoup trop lisse et polie n'a 
jamais dû écraser de grain, a pu servira broyer la terre d'un potier. 

Dans tous les objets que nous avons examinés, le travail paraît 
primitif: les embouchures sont peu soignées, les tubes assez irré- 



CERAMIQUE ET VERRERIE MUSICALES. 391 

gulièrement fabriqués à la main, ont été retouchés à l'aide d'un 
outil qui a laissé des traces évidentes à la surface ; ces remarques 
sont générales, mais la matière n'est pas pour tous identique. 

Un morceau de cor à un tour légèrement déformé à la cour- 
bure, est en terre très fine et uniformément noire; un autre est 
en terre presque blanche, recouverte d'une sorte de barbotine 
noire; enfin une embouchure — d'ailleurs unique — est en terre 
blanche et sans couverte. Comme rien ne prouve que ces frag- 
ments ne soient pas contemporains, et qu'il faille voir dans ces 
variétés des dififérences chronologiques, ni les effets d'un perfec- 
tionnement ou d'une déchéance, j'y retrouve tout simplement la 
main de plusieurs ouvriers s'approvisionnant en divers lieux. 

Car il n'est probablement pas indispensable de chercher à Lar- 
chant des potiers de profession. Ecoutez Charles W ignier ' : 

— Xous n'avons point connaissance qu'il y ait eu à Sorrus un 

établissement ou une fabrique proprement dite : les habitants 

se réunissaient en famille pour occuper les loisirs que pouvait 
leur laisser la culture, et se livraient à la confection des poteries et 
ustensiles pour l'usage domestique... Ils produisaient encore des 
sifflets, cornets, trompettes, etc. 

J'imagine que ce qui se passait encore à Sorrus au dix-huitième 
siècle peut très bien s'être passé aussi à Larchant, au seizième 
siècle, et sans doute plus tôt. 

Quoi qu'il en soit, professionnels ou potiers par occasion, nos 
ancêtres lyricantois avaient su se créer une spécialité que le hasard 
nous a tardivement révélée. J'aurais voulu que quelqu'un de plus 
compétent que moi en entretînt le monde savant; à défaut de ce 
« quelqu'un ^ , je me suis aventuré sur un terrain qui m'était peu 
familier; heureux si j'ai pu néanmoins faire, tant bien que mal, 
connaître et apprécier une découverte certainement intéressante. 

Eugène Thoison, • 

Correspondant du ministère pour les travaux 
liistoriques, à Larchant (Seine-et-Marne). 

'Cil. WIiGMEB, Les poteries vernissées de l'ancien Ponthieu, 1887, in-S". 



392 LE MONOGRAMME DE MASSEOT ABAQUESNE. 

XXII 

LE MONOGRAMME DE MASSÉOT ABAQUESNE 

11 y aurait un bien curieux chapitre à faire sur le potier émailleur 
Masséot Abaquesne. Mais ces pages, les écrira-t-on jamais ? Qui nous 
retracera l'histoire de ses premières années, sa vocation artistique, 
ses voyages, ses essais peut-être longs et pénibles, en tout cas cou- 
ronnés d'éclatants succès? A son sujet, la pensée se reporte vers 
un autre émailleur du seizième siècle, et l'on se demande s'il n'y 
aurait pas plus d'un rapprochement à faire, plus d'une analogie à 
établir entre la vie du célèbre potier saintongeais et celle de notre 
Bernard Palissy normand. Malheureusement, les documents relatifs 
à ]\Iasséot Abaquesne sont extrêmement rares. Son nom même 
passa longtemps inaperçu; on attribuait à Palissy ce qui était bien 
son œuvre. C'était du moins déjà en reconnaître la valeur. 

Les premiers indices furent fournis par l'inscription : A kquem 
1542, qu'on lisait sur un carrelage provenant du château d'Ecouen', 
et par le nom : Macutus Abaquesne Jigulus y 1549, compris dans 
une liste intitulée Chronologia inclytae urbis Rothomagensis, 
publiée en 1G58 à la fin de l'ouvrage de Gabriel Du Moulin, curé 
de Menneval: Les Conquestes et trophées des Norman-François. 
Le rapprochement de ces deux données paraît avoir été fait pour 
la première fois par André Pottier ; mais ce n'était encore qu'une 
présomption que rien ne venait confirmer. Qu'était cet Abaquesne, 
un nom bien normand, assurément? On n'en rencontrait aucune 
trace dans les auteurs contemporains. Le mérite d'avoir résolu la 

' Les deux grands fragments du carrelage d'Ecouen (Mucius Scevola et Mar- 
cus Curlius), conservés par Alexandre Lenoir dans son Alusée des monuments fran- 
çais et attribués par lui à Bernard Palissy [Musée des monuments français, t. III, 
planche CXVIII et GXIX, p. 123), font aujourd'hui partie des collections de 
Chantilly. Dans la scène de Curlius, on lit sur un drapeau que porte un soldat : 
A ROVEX 1542. Des portions plus ou moins importantes du même carrelage 
sont conservées dans les Musées du Louvre, de Cluny, de Sèvres, de Rouen, de 
Bernay, etc. 



LE MONOGRAMME DE MASSE OT ABAQLESME. 393 

question, dès 1869, l'evient à M. E. Gosselin. Ses fructueuses 
recherches dans les archives de l'ancien tahellionajje de Rouen 
lui ont permis d'altrihuer, avec une certitude absolue, à Masséot 
Ahaquesne, « esmailleur en terre demeurant à Rouen ^^ , le splen- 
dide carrelage du château d'Ecouen exécuté pour le connétable de 
Montmorency, et dont plusieurs pièces portaient le lieu et la date 
A ROUEiV 1542', 

D'autres carrelages dans les châteaux de la Bastie d'Urfé et de 
Polisy, la frise du colombier de Iîoos,sont l'œuvre du même artiste 
et de son fils Laurent, qui travailla d'abord avec son père, puis 
s'établit à son compte sur la paroisse Saint-Pierre l'Honoré à Rouen ' . 

M. Gosselin a reproduit un acte notarié du 24 mai 1545, par 
lequel « Masséot Abaquesne, esmailleur en terre, demeurant en 
la paroisse Saint-Vincent de Rouen « , vend et s'engage à livrer «à 
Pierre Diibosc, apothicaire, demeurant en la paroisse Saint-Martin 
du Pont à Rouen w , un assortiment complet de vases de pharmacie 

' Il résulte des documents produits par M. Gosselin qu'à la date du 22 décem- 
bre IdW, Masséot Abaquesne, » bourgeois et marchant demourant en la paroisse 
de Saint-Vincent de Rouen », prend chez lui un ouvrier potier, nommé Pierre 
Roullart, pour y travailler tde son estât ». Le 24 mai 1545, commande de l'apo- 
thicaire Pierre Diibosc, dont il est parlé plus loin. Le 7 mars 1548, Masséot Aba- 
quesne, dont l'alelier était situé ■^ sur la paroisse de Sotteville lez Rouen » , donne 
quittance » à maistre André Rageau, notaire et secrétaire du Roy, recepveur de 
ses aydes et tailles en ceste ville de Rouen », delà somme de cent écus d'or soleil 
£ pour certain nombre de carreau de terre esmaillée que ledit Abaquesne s'estoit 
submis et obligé faire audict sieur connestable... ; présens à ce, Marion Durand, 
femme dudict Abaquesne, et Laurens Abaquesne, fils dudict Masséot et de ladicte 
Marion, affirmant estre âgé de vingt et un an et plus j . Les cent écus d'or soleil 
dont il donne quittance, sont un solde de compte. Le 24 mai 1553, devant les 
notaires de Rouen, .Masséot .abaquesne reconnaît que le sieur Bijault, greffier des 
appeaux, vient de lui prêter 40 livres qui lui sont nécessaires i pour les 
carreaux qu'il est tenu bailler et fournir pour parer les seuls et autres édifices de 
messire le connestable de France » . Le 22 septembre 1557, il donne quittance à 
André Rageau, secrétaire des finances du Roi, d'une somme de 557 livres tournois, 
c pour la façon et fourniture d'un certain nombre de carreau de (erre esmaillée, 
qu'il avait cy devant entreprise de faire et parfaire pour le sieur Durfé, comme 
gouverneur de monseigneur le dauphin, selon les pourtraicts et devises que ledit 
Durfé lui avoit baillés à cette fin » . Au 14 décembre 1564, Masséot était mort, 
car à cette date on voit « Marion Durand, veufve dedéfunct Masséot .Abaquesne » , 
s'engager à faire et fournir à Barnabe Barat, stipulant comme procureur de mes- 
sire Martin de Beaulieu, abbé du Valasse et de Colombs, a le nombre et quantité 
de quatre milliers de carreau esmaillé d'azur, blanc, Janine et vert ». E. GosSE- 
Lix, (lianes historiques iiormandes. Rouen, 1869. 

2 E. GossELi.v, loc. cit., p. 41 et 45. 



394 LE MOXOGRAMME DE MASSEOT ABAQUESNE. 

de l'orme et de ronten;ince diverses, « bons, loyaulx et marchands, 
et bien esniaillez comme il appartient' 55 . 

La commande était fort importante» puisqu'elle comprenait trois 
cent quarante-six douzaines de vases émaillés*. Il semblerait que 
les épaves d'une aussi formidable livraison dussent se retrouver en 
grand nombre aujourd'hui. Il n'en est rien, et les spécimens des 
vases de Masséot sont, au contraire, fort rares ; je ne sais même s'il 
en existe dans les collections publiques. 

Lors du Congrès archéologique tenu à Caen, en 1883, M. Gaston 
Le Breton remarqua dans la pharmacie de l'hospice de Bayeux un 
petit vase, de style italien, qui était l'œuvre de Laurent Abaquesne, 
dont il porte le monogramme. Ce vase a la forme d'un biberon ; 
il est orné sur la panse d'une tête d'homme coiffée du chapeau 
Louis XI, entourée d'une couronne de laurier de laquelle partent 
des rinceaux analogues à ceux que l'on voit sur le carrelage 
d'Ecouen. Sur la face opposée se trouve le monogramme composé 
des lettres l a B ^ 

Au cours de mes excursions archéologiques de 1893, j'ai ren- 
contré deux échantillons de la faïence de Masséot Abaquesne, et 
qui, vraisemblablement, proviennent de la commande faite par 
l'apothicaire Dubosc, en 1545. Je ne crois pas qu'on les ait jamais 
signalés à l'attention des curieux \ 

L'un de ces vases, ayant autrefois figuré dans les vitrines de la 
très ancienne pharmacie Baston, à Pont-Audemer, appartient à 
M. Charles Verger, conservateur de la Bibliothèque Canel. Il a la 
forme d'un biberon ou chevrette, et mesure O^'.^'i de hauteur sur 
0™,18 de diamètre à la panse. Sur la face antérieure, un chapeau 
de tiiomphe, ou couronne de laurier vert clair, avec fleurettes vio- 

' E GossELix, Glanes historiques normandes, p. 37. 

- Ce chiffre, à première vue, paraît invraisemblable; mais le délai! et le prix 
de ces innombrables douzaines, ou mieux séries de douzaines, sont clairement 
indiqués dans l'acte notarié cité par Gosseliu. 

' Congrès archéologique de France, Sessions générales tenues à Caen en 1883. 
Paris, 1884, p. 21i-6; et Gaston Le Breto.v, Le Musée céramique de Rouen, p. 8. 
M. le comte Charles Lair possède, dans sa très remarquable collection céramique, 
une assiette, des carreaux de revêlement et une demi-douzaine de pots de phar- 
macie qui proviennent à coup sur des ateliers d'.Abaquesne et de ses successeurs; 
l'un de ces vases porte la marque de Laurent, L A B; les autres n'ont point le 
monogramme. 

* Voir, ci-contre, planche XXIII. 




— < ça 



LE MOXOGHAMME DE MASSKOT AltAQLES.\E. 305 

k't mauve aux élamines jaune citrin, onloure le buste, vu de profil, 
d'un guerrier casqué ; la bombe du casque est bleue, la crête et la 
visière jaunes. Deux gros fleurons jaunes en forme de tulipe 
laissent échapper de longs rinceaux filiformes bleu lapis, avec 
feuillages de même nuance, analogues à ces ■• rinceaux formés de 
tiges extrêmement ténues qui s'enroulent avec une impeccable 
sûreté de main et se terminent en feuilles courtes, ramassées, à 
baut-relief », que Ton rencontre fréquemment sur les meubles 
de la Renaissance. De larges filets jaune d'ocre courent autour du 
pied, de l'anse et du col. L'anse, qui était courte et plate, est 
cassée ; au-dessous se trouve le monogramme de Masséot Aba- 
quesne, mab, encadré d'un large trait jaune entre deux filets bleus. 
L'émail est d'un blanc légèrement rosé. 

Le décor est très largement dessiné. Les arabesques, ainsi que 
la couronne de laurier, décèlent une grande sûreté de main ; la 
tète du guerrier est moins correcte. On sent qu'il s'agit beaucoup 
moins d'une œuvre d'art proprement dite que d'un objet de fabri- 
cation courante; c'est une décoration improvisée par un artiste 
capable de beaucoup mieux faire-. 

Le second vase que nous avons reconnu fait partie de la riclie 
collection de M. Grave, ancien pharmacien à Mantes. Il a les 
mêmes formes et dimensions que le précédent. Le décor des rin- 
ceaux bleu lapis est identique, ainsi que l'encadrement courant 
formé d'un large trait jaune d'ocre entre deux filets bleus. La cou- 
ronne de laurier encadre, cette fois, le buste vu de profil d'un per- 
sonnage peint en camaïeu jjjeu avec glacis jaune clair et quelques 
rehauts orangés. La tête est couverte d'un capuchon qui rappelle 
absolument le costume traditionnel de Pétrarque. Du reste, l'imi- 
tation du style italien est flagrante dans ces deux faïences'', les 

' Boxx.AFFÉ, Le meuble en France au seizième siècle, p. 46. 

- Xoiis ne voudrious pas prétendre que ces vases de pharmacie soient uui- 
ijuement l'œuvre personnelle de Alasséot Abaquesne; il avait des aides qui 
exécutaient la besogne commune de l'atelier ; mais il devait les retoucher, 
après en avoir donné le patron ou dessin. C'est le monooramme cpii donne nu 
intérêt particulier à ces humbles faïences, et c'est ce monogramme que nous 
avons voulu surtout signaler aux amateurs de la céramique normande. 

■' Darcel disait à propos du carrelage d'Ecouen : i On reconnaît dans ces pavés 
une imitation manifeste des procédés italiens, mais un goût tout français dans les 
tètes de chimères qu'on y rencontre, et tous les caractères d'une excellente fabri- 
cation : des couleurs vives et harmonieusement fondues dans un émail pur sous 



396 LHOTEL DE VILLE DARLES. 

arabesques semblent copiées sarcelles que représente la figure 100 
de la plancbe XXXII de Touvrage de Cipriano Picolpasso, / tre libri 
delV arte delvasajo, traduit parClaudius Popelin. 

On m'avait présenté ces deux rares pièces comme appartenant 
à quelque fabrique du nord de l'Italie ; la méprise était fort expli- 
cable. Mais le monogramme mab ne laisse aucun doute sur rori- 
gine rouennaise de ces deux pièces, car c'est bien celui de Masséot 
Abaquesne', On retrouve d'ailleurs dans les deux vases de Pont- 
Audemer et de Mantes ces verts vifs, ces violets légers, ces jaunes 
citrins, aussi bien que les rinceaux filiformes bleu lapis qui carac- 
térisent la gamme si fine et si lumineuse du carrelage d'Ecouen. 

Je suis persuadé qu'il existe dans d'autres collections privées 
des vases de pbarmacie analogues aux deux que nous venons de 
décrire. Leur monogramme si caractéristique permettra de les 
restituer à leur auteur, Masséot Abaquesne. 

L'abbé PoRÉE, 

Membre non résidant du Comité des 
Sociétés des Beaux-Arts des départe- 
ments, à Bournainville (Eure). 



XXIII 



L'HOTEL DE VILLE D'ARLES 

ET SES HUIT ARCHITECTES 

C'est une histoire fort intéressante que celle de la construction 
laborieuse de cet édifice qui se range, ajuste titre, parmi les meil- 
leurs de ce genre. 

une glaçure brillante. » Notice des faïences peintes, italiennes, hispano-mores- 
ques et françaises, 1864, p. 373. 

' Le mono{jramme peint sur les deux vases mesure : l'un O^.Oô, et l'autre 
0™,08 de hauteur. 



L'HOTEL DE VILLE D'ARLES. 397 

On sait que, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, les 
municipalités rivalisaient pour les grands travaux; Lyon venait 
d'achever son magnifique Hùtel de ville, et nous avons précisément 
détaillé ici les ouvrages considéral)les de décoration qu'y avait 
exécutés le peintre-architecte Thomas Blanchet '. 

Aussi nous trouvons le conseil d'Arles très préoccupé le 16 août 
1665; il délibère « de bâtir une maison de ville et de faire une 
« salle assez grande pour contenir le grand nombre de conseillers 
«qui assistent aux élections, ne pouvant demeurer dans celle 
" actuelle sans confusion. Les consuls seront assistés de quatre 
« nobles et de quatre bourgeois pour travailler au plan et dessin 
K et donner les prix faits -. » 

Consuls, nobles et bourgeois se hâtèrent si bien que, nous rap- 
portant à ce qui est expliqué au conseil du 8 novembre, les prix 
faits étaient donnés à cette date, aux enchères publiques, aux 
maçons et même aux menuisiers et aux plâtriers; un plan et dessin 
avait été commandé à des maîtres jurés et entendus architectes, on 
ne les nommait pas, et nous le regrettons fort, car cela eût allongé 
encore la liste qui va se dérouler devant nous. 

Le 6 décembre, l'on achetait une maison du prix de 9,000 livres 
pour obtenir, avec la maison de ville ancienne qu'on avait abattue, 
un édifice convenable; enfin, le dernier janvier 1666, l'intendance 
du bâtiment était donnée à un AI. Chalamon, auquel on allouait 
pour cela une gratification de 300 livres qu'il accepta, mais qu'il 
se réserva de donner par tiers à des établissements de charité. 

L'alTaire semblait donc n'avoir plus qu'à suivre son cours naturel ; 
mais il n'en fut rien. Car, quantité de personnes s'étant mêlées de 
dresser des plans et de donner des dessins, cela n'eut pour résultat 
que de faire tomber dans la plus grande perplexité. 

Si nous nous en référons aux habitudes de notre temps, nous 
estimerions que les consuls auraient dû couper court en ouvrant 
un concours ou en choisissant et en chargeant purement et sim- 
plement un seul architecte capable de toute la direction. Cela ne 
pouvait pas même venir à leur esprit, parce que, à cette époque, 
l'organisation des travaux n'était pas du tout la même que celle d'à 

' XVII° vol. des Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 
p. 85 à 169. 

* Conseils de la ville d'Arles (1664-1670, I BB Z\). 



398 



L" HOTEL UE VILLE D'ARLES. 



présent. Réellement il ne fallait à ces consuls (jiie des plans à leur 
convenance: ils entendaient rester maîtres en tout et se chargeaient 
de diriger l'exécution, aidés des maîtres d'œuvre des divers métiers. 
C'est pourquoi la noblesse du pays et quelques personnes com- 
pétentes leur conseillèrent d'avoir recours aux lumières d'un gen- 
tilhomme d'Avignon, AI. de la Valfenière ; « homme très expert et 
« très intelligent en ces matières » , et de le faire venir à Arles 
pour qu'il pût examiner les plans et dessins qui avaient été pro- 
posés par les uns et par les autres, choisir le meilleur, ou en faire 
un nouveau '. 

Ce gentilhomme d'Avignon n'était autre que le fils aîné du véné- 
rable architecte de l'Evèché de Carpentras, de l'abbaye des dames 
de Saint-Pierre à Lyon et de nombre d'autres édifices, François de 
Royers de la Valfenière^ alors âgé de quatre-vingt-onze ans et qui 

mourut l'année suivante, le 22 
mars. 

Xé à une époque que nous 
ignorons, mais qui doit se rap' 
procher de 1611, Louis-Fran- 
çois de Royers de la Valfenière 
est mort avant 1688, puisque 
Marie de Rigole t, qu'il avait 
épousée, était veuve à cette date. 
Il fit son testament le 11 octobre 
1678 au couvent des Capucins 
d'Avignon, légua 2,000 livres à 
chacun de ses enfants, Pierre- 
François, Claude ou Claudius et 
Elisabeth, et fit un legs à sa sœur 
Anne, veuve de Xicolas Des- 
landes. Il voulait être enterré aux Célestins d'Avignon, dans le 
tombeau de son père dont on conserve, au Musée de cette ville, la 
pierre où ses armoiries sont gravées (fig. 1). 11 a dû prêter un 
concours actif aux travaux de son père, surtout dans sa vieillesse. 
On lui doit l'agrandissement du chœur de la métropole d'Avignon, 
ville où il a fait construire une maison rue Saint-Marc, pour les 




Fig. 1. 



' Conseil du 20 février 1666. 



LHOTEL HK VILLE DARLES. 300 

Jésuites. Il fit des travaux au monastère de la Miséricorde d'Avi- 
gnon, en 1677, et à l'église de Bédarrides (Vauclusc), en 1684 '. 

Il se rendit, le 19 mai, une première fois à Arles, afin de voir le 
bâtiment et de donner les mesures et dessins que les prifacteurs 
devaient suivre; le 7 juillet, il reçut 29 livres pour avoir apporté 
l'élévation du bâtiment. 

Xotons, en passant, (|u'en août, les conseils étaient logés dans 
la maison de Mme de Goult, attendu la démolition de l'ancienne 
maison de ville, et, en décembre, dans partie de la maison de Bel- 
larin. Le 14 septembre, il recevait 161 livres ; « A noble François 
" de Royers de Valfenière pour ses frais de voyage le premier de 
!■<. ce mois pour donner aux maçons les mesures et la ligne qu'ils 
«doivent tenir à l'élévation, l'élévation des portes et des fenêtres 




ÙWtti^( 




FiG. 2. 

'< et encore le dessin et les mesures pour la grande montée qui sera 
« faite en voûte suspendue ((ig. 2). » 

Le 2 novembre, on lui paya 24 livres pour avoir apporté encore 
des dessins; enfin, le 18 du même mois, 52 livres pour sa direc- 
tion pendant vingt-six journées de séjour. L'ensemble des sommes 
qu'il a touchées monte, en conséquence, à 295 livres. 

L'édifice fut élevé ainsi jusqu'à la hauteur de deux cannes 
(3™, 952). Toutefois, tout ce travail ayant fini par ne plus recueillir 
les suffrages de l'administration municipale, il apparaît qu'on ne 
tarda pas à le raser. \ous pourrons apprendre plus loin sinon les 
détails, du moins les avantages de ce plan. 

L'affaire, nous ne savons pourquoi, sommeilla jusqu'en 1672, 
époque où tout fut remis en question. La municipalité continuait 
à siéger dans la maison où elle était installée lorsque, le 7 août, 
les consuls invitèrent le conseil à prendre une décision définitive. 

' Les de Royers de la Valfenière. Lyon, Vinglrinier. 1870; Mémoires de l'Aca- 
démie de Vaucluse. Avignon, 189 V, et Lyon artistique. Architectes, article F. de 
Royers de la Valfenière. Lyou, Bernoux et Cumin, 1898. Ces trois ouvrages, par 
L. Charvet. 



-400 L'HOTEL DE VILLE D'ARLES. 

Les uns, dans cette circonstance, opinèrent qu'il ne fallait pas 
bâtir, et les autres que c'était indispensable. On se rallia à cette 
dernière motion, et l'on nomma huit conseillers nobles et bourgeois 
pour s'occuper sérieusement de la construction. Ceux-ci s'adressè- 
rent alors à Pierre Pugetj qui, revenu de Toulon et travaillant en 
ce moment à Alarseille, où il finit par se fixer, se rendit à Arles par 
deux fois, ainsi (|u'on le constate par les délibérations suivantes : 

« Davantage a esté représenté par Messieurs les consuls qu'en 
" suitte de la déllibéralion qua este prinse au conseil tenu le sep- 
« tiesme août dernier de faire baslir incessamment l'Hôtel de ville 
« sur tel projé et dessain qu'il seroit treuvé à propos. Ils ont envoyé 
« quérir le sieur Pujet architecte de la ville de Marseille, à cette fin 
« de faire le projé et dessain de la d. bâtisse auquel pour les paines 
<i et soingt qu'il a prins de venir en ceste ville de voir la place où 
tt le dit hostel doibt estre basti et de prendre ses dimensions, ils 
ti luy ont donné soixante livres desquelles ils en demandent l'appro- 
" bation. Le conseil a unanimement dellibéré d'accorder les d, 
« soixante livres et qu'elles seront admises au compte d u trésorier ' . » 

(t Messieurs les consuls ont demandé l'approbation, etc., etc. 

«En cent cinquante livres payées au sieur Pujet, architecte à 
ti Marseille, pour les fraiz d'un second voyage qu'il a fait en cette 
'i ville au sujet de la batice de l'hostel de ville que pour le séjour 
tt qu'il y a lait pendant seize jours pour travailler et fere son projé 
(i du plan et eslevalion dudit hostel que du travail qu'il avoit faict 
« au dit Marseille en conséquence de son premier voyage *. » 

Les fonds des 210 livres furent avancés par les consuls, chargés 
de la direction des travaux, et portés à Marseille; la quittance est 




Fui. 3. 



signée le 21 octobre 1672 par GaspardPuget [^^. 3), maître maçon, 
frère de Pierre, lequel il aidait dans ses travaux. 



' Conseils du 9 septembre 1672. Fol. 267-269 (I BB 35. 1670-1675). 
^Ibid., 21 novembre 1672. Fol. 285-286. 



L"HOTEL DE VILLE DARLES. 401 

Pas plus que celui de la Valfenièie, le projet de ce deuxième 
architecte ne convint aux Arlcsiens, bien que le grand artiste, 
âgé alors de cinquante ans, fût à l'apogée de son talent, et mes- 
sieurs du conseil lui mirent en balance — qui pourrait le croire? 
— le 12 février 1673, un troisième projet qui leur était pré- 
senté parles conseillers qui s'occupaient de la bâtisse, celui d'un 
frère Clément, religieux augustin d'Arles', assisté d'un Nicolas 
Leotaud ou Lieiitard, architecte de la ville de Tarascon. i\ous 
voilà déjà à quatre architectes! On serait disposé à penser que 
c'était fini? non; il ne tarda pas à en apparaître un cinquième, 
et c'était Jacques Peitret, qualifié maître peintre d'Arles, lequel 
pourrait bien avoir été au fond l'instigateur occulte de toutes 
ces hésitations. Quoique non spécialiste, il avait rédigé un qua- 
trième plan. 

Dans le conseil du 20 avril 1673, on apporta les quatre projets 
sur la table, cette fois avec l'intention ferme de prendre une décision 
définitive. Mais — cela ne pouvait manquer — un conseiller, après 
avoir fait remarquer que l'on avait déjà accepté le plan Clément, 
conclut que, puisqu'on n'avait encore rien commencé, il fallait 
s'en remettre à ce que les consuls décideraient, et tous opinèrent 
de même. Ce n'était qu'ajourner la solution; car nous ne voyons 
pas pour cela de projet choisi. Malgré cela, le 2 juin, on donna le 
prix fait pour exécuter la délibération du 7 avril : « pourtant que 
" l'hostel de ville qui a esté demoly sera incessamment rebaty 
«jusqu'à son entière perfection. » 

Enfin, en présence de l'urgence extrême à procéder à un choix 
parmi tous les plans présentés, voici ce que l'on décida. On s'arrêta 
sur l'un de ceux qui avaient été proposés (sans dire lequel dans la 
délibération), «y adjoustant et y repparant » ce qu'on croyait rai- 
sonnable, et on chargea de mettre au net cette « réparation », un 
Dominique Pilleporte, architecte d'Arles, espérant obtenir ainsi 
toutes les commodités désirables. Vaine illusion! car, malgré ce 
sixième architecte, il se produisit quelques appréhensions sur la 
solidité possible de l'ouvrage à cause du grand nombre de personnes 
qui pourrait remplir les salles du premier étage dans certaines 
occasions. Alors, pour se rassurer, on en fit venir un septième, 

■ II reçut pour ce travail, le 6 mars 1673, la somme de 60 livres. 

2 e 



402 1/HOTEl. DE VILLE D'AHLES. 

Jean Rochair ou Rochas\ maître maçon d'Avignon, qualiBé 
quelquefois architecte. Quelle dérision 1 c'était ce maître qui avait 
agrandi, en 1G70, le chœur de la métropole d'Avignon ^sous la 
direction de Louis-François de Royers de la Valfenière! 

Rochair approuva le plan proposé. 

Entre temps, il paraît que de la Valfenière avait conservé un 
chaud défenseur dans la personne du sieur de Someyre, lequel, 
pour la forme, fit insérer le 7 juin dans le registre une série 
d'observations curieuses qui nous fournissent des détails sur l'édi- 
fice, primitivement commencé eii 1666, puis démoli. 

a Advis du d. Sieur de Someyre. 

« Du septième jour du dict mois de juin, le dit sieur de Someyre 
« a dit qu'il est d'advis de bastir sur les fondemens qui ont esté 
K construits suivant le dessin du d. sieur de la Valfenière et qui 
tt avoit esté apreuvê par délibération du conseil et ensuite eslever 
u. d'environ deux cannes sur les vieux fondemens et il est en estât 
« de faire voir que ce dessin estoit bon et bien imaginé et qu'il est 
i< à tous cas facille de réparer le trop grand nombre de fenestres 
« condamnées par ceux qui ne voudroient pas suivre le d. dessin 
ti et quelques avez (?) et quelques degrés qui estoient au porche du 
« plan de la cour (l'arrière-façade) au marché soutenant le dit sieur 
ti de Someyre que par dessus l'aprobaon du d. conseil il n'est point 
tt de personnes entendues qui ne cognoisse que la plate forme dont 
tt s'agit estoit bien mesnagée et qu'il se treuvoitau d. dessin toutes 
elles commodités nécessaires aux usages pour lesquels la d. maison 
« commune est bastie. 

» Que quand il seroit ainsy et que non que le dessin du d. sieur 
« de la Valfenière heust des deflaults qui dussent obliger M" les 
" consuls de ne le suivre pas, les deffauts pourtant n'estant pas aux 
CI fondements ou s'il y en a du côté du marché (la place de la Répu- 
tt blique) pour n'estre pas tout à fait à lescaire (équerre) cela pou- 
« vant estre facillement reparé comme il l'avoit offert par l'archi- 
o tecte et leslevaon (élévation) qui avoit esté faite et qu'il paroit 
a encore et il rapelle mesmes par un rapport faict par Bricharpaa- 
II teur commis par ordonnance de monsieur le lieutenant le septième 
« septembre 1667 (passage illisible) il peut avoir faict de nouveaux 

' Un Jean Rochas est mort à Avignon en 1752. (L'abbé Requin.) 



L'HOTEL DE VILLE D ARLES. 403 

« dessins ou les beautés et les comodités d'une maison telle que 
" celle en question se peuvent rencontrer. Il insiste pour que cest 
a préféral)le que le d. bastiment par on espargnera bien du temps 
tt et bien d'argent. 

tt Et en ce qui concerne le dessein qui vient d'être esposé (celui 
tt de Pilleporte approuvé par J. Rochair) il y a lieu destonnemant 
" que celluy du d. Sieur de la Valfenière soit rejeclé pour suyvre 
" celluy la, n'y ayant personne tant soit peu entendue en architec- 
« ture qu'il n'y remarque une infinité des deffauts et des plus 
« considérables heu esgard a la plateforme et aux usages pour 
y. lesquels la d. maison doibt estre bastie. 

« Et ces deffauts consistent le premier a ce que la plateforme du 
tt d. bastiment n'estant que denviron liuictante a nonante cannes il 
te paroist estrange qu'on employé soixante quatre à un porche 
" (vestibule) et que par la il soict retranché des comodités des 
K membres (salles) bas qui sont nécessaires comme il est sensible 
« et cogneu sans les parlicularitez outre que ce grand porche est 
« non tant seulement superflu puisque la dite maison aboutit a 
« deux grandes places mais que ne sera indubitablement qu'une 
« halle pour la retraite des paysans dont il sera impossible de les 
tt tirer. 

tt Le second que le degré est mal plassé de la mectre du costé 
" de la place du marché (de la République) qui est un aspect qu'il 
« falloit conserver pour faire des logements visants au dict marché 
tt du costé du midi qui cest un simple degré d'une maison parti- 
« culière et qui na non seulement rien de beau (il a été agrandi 
« dans les plans postérieurs) mais qui est irrégulier vysant a trois 
tt rampes qui ne peuvent estre imposantes qu'a un degré a lanterne 
tt qui a par la diverses beautés. 

tt Le troisième deflaut et qu'il est la suitte du second, est que du 
tt d. degré on n'entre pas dans la grande salle mais seulement dans 
u une moindre ce qui est une grande irrégularité (ce défaut a été 
« corrigé dans les plans postérieurs). 

«Le quatriesme consiste en ce que le d. degré fait perdre la 
« comodité de plasser les archives au lieu ou elles estoient desli- 
tt nées suyvant le dessein du S' de la Valfeuière et de tous les 
•< aultres qui ont esté proposés quy est la chambre de la tour de 
tt l'horloge a costé de laquelle et sur la rue de sa maison du prieur 



404 LIIOTEL DE VILLE D'ARLES. 

« du Moliiis il y avoit une chambre qui auroyt este des dépen- 
t; dances des dictes .archives et celle du d. horloge peult estre 
« rendue plus claire en luy faisant une croysée convenable est 
« marquée au dessein qu'il est proposé ou la d. chambre est destinée 
« pour une chapelle qui est la chose la plus inutille pour la d. 
« maison. 

« Il s'ensuit de la présente un cinquiesme défiant que les d. 
« archives sont mal plassées suivant le dessein contre la muraille 
« mitoyenne avec la maison du roy ny ayant pas par la une égalle 
a asseurance (sûreté) et on peut dire que cest un manquement 
a insupportable de plasser le plus précieux d'une communauté 
» contre une muraille mitoyenne puisqu'elle pourroit estre percée 
« et ouverte et d'ailleurs que les archives ne seront pas à défendre 
« du feu dans cet endroit comme dans la d. tour où les murailles 
« sont du moins de six pans despesseur sans voisinage et que avec 
« une porte de fer peuvent estre a l'abri et a couvert de toutes 
a sortes d'accidens et cest mal profiter de cette rencontre et de cette 
« situation que de les transporter ailleurs. 

te Le sixiesme délfault est au petit escallier touchant la situation 
« dicelluy puis que outre qu'ils gâteront lordre et la simetrie des 
Cl fenestres du costé du marché il faut pour y aborder par le bas 
« passer dans la chambre du concierge et au second estage par le 
« cabinet de M" les consuls ce qui est une grande suiection et par 
tt la cest escallier est irrégulier et mal mesnagé. 

« Dans le plan cy dessus dont sagist ou il est pris une partie du 
« marché et plus du costé de la maison du roy que de la rue de 
« l'horologe la fassade du costé du d. marché présantera mal pour 
" estre plus avancé dans la dite place d'un costé que de l'autre. 

« Il n'y a nulle nécessité de faire les lignes du dit bastiment 
« esgalles celle estant impossible du bout de la ligne a lautre prin- 
« cipallement estant basties et interrompues par diverses murailles 
« de séparation et il voudroyt bien mieux conserver la régularité 
a des angles que légalité parallèle des lignes. 

et Et par ces moyens le d. S' de Someire soustient que le dessein 
« déposé n'est pas recevable et perciste a tout cas qu'on ne doibt 
a pas se despartir de bastir sur les fondemens déjàfaicts. « 

Signé : « Someire. » 






L'HOTEL DE VILLE D'ARLES. 405 

Quel était ce plan de la Valfenière? Il n'a pas été conservé. 
Toutefois il est regrettable que l'avis qu'on vient de lire n'ait pas 
été entendu, puisque partie des défauts signalés apparaissent clai- 
rement dans la distribution du bâtiment actuel. IVous n'aurions pas, 
il est vrai, ce chef-d'œuvre de coupe de pierres qui constitue la 
voûte du vestibule, lequel a coûté pas mal de tracas à la munici- 
palité d'Arles, ainsi qu'on le verra plus loin. 

Il est exact, d'autre part, que nous avons vu nous-même, un 
jour de marché, avec la pluie, ce vestibule bondé de paysans. Où 
est le mal? M. de Someire n'était qu'un aristocrate... 

Par contre, le grand escalier n'est ouvert que dans les occasions 
importantes ; c'est, en effet, en passant par la loge du concierge, ce 
à quoi on ne s'attend guère, que l'on parvient, à l'aide d'un tout 
petit escalier, aux bureaux de la mairie, soit deux pièces qu'il faut 
encore traverser pour arriver jusque dans la salle magnifique où 
reçoit M. le maire. 

Vraisemblablement les distributions intérieures furent le résultat 
de la « réparation » opérée par Pilleporte sur les plans de Puget_, 
du frère Clément de concert avec Leotaud et de Peitret, pour la 
partie décorative, sur ceux de ce dernier et de Puget. 

Quoi qu'il en soit, les consuls engagèrent les travaux sur ces 
données qui avaient été du reste approuvées, ainsi que nous l'avons 
expliqué plus haut, par Rochair. On éprouvait bien encore quel- 
ques doutes sur la solidité possible de la voûte à construire sur le 
grand vestibule; mais Rochair soutint que le plan était bien fait. 

Les consuls se décidèrent alors à donner, le 7 juin, le prix fait 
à Chai'les Trotis et à Claude Roux, entrepreneurs d'Arles, et l'on 
posa, le 10, la première pierre dans les fondements contre la tour 
de l'horloge du côté de la rue au levant. 

Mais, le 12, de grauds personnages arrivèrent à Arles : le coad- 

juteur, l'archevêque et Mansart et il se produisit un nouveau 

coup de théâtre au sujet duquel nous nous permettrons une petite 
digression. 

Pendant que les travaux étaient suspendus, le 29 janvier 1669, 
Françoise-Marie de Sévigné è^owsdM François-Adhéinar de Mon- 
teil, conitede Grignan, lieutenant général au gouvernementde Pro- 
vence en l'absence du duc de Vendôme qui ne s'y rendit presque 
jamais; madame de Grignan, qui avait alors vingt et un ans, « la 



406 LHOTEL DE VILLE D'ARLES. 

plus jolie fille de France' », en prenant « non pas le plus joli 
garçon, mais un des plus honnestes hommes du royaume* », 
espérait qu'il ne s'éloignerait pas de Paris et de la cour où l'on 
parlait beaucoup de son mérite et de ses qualités. Même M"" de 
Sévigné avait refusé MM. de Caderousse et de Mérinville, 
précisément parce que leurs terres étaient situées en Provence. 
Les événements changèrent tous ces calculs d'amour et de ten- 
dance maternelle; le comte de Grignan, au contraire, séjourna 
presque constamment en Provence, et la France doit se féliciter 
de cette circonstance; car, si la fille fût restée auprès de la 
mère, peut-être n'aurions nous pas cette correspondance devenue 
célèbre. 

En effet, l'heure de la séparation ne se fit pas attendre; le comte 
partit de Paris le 19 août 1670, et, en février 1671, Mme de Gri- 
gnan dut quitter sa mère pour se rendre à Avignon, Arles, Aix, 
Marseille, où elle fut reçue « comme une reine, et haranguée par 
tt une foule de notables, qu'elle écouta sans rire, chose éton- 
« nante' -^ . En même temps pleuvaient les cadeaux. On lit dans 
les registres des conseils d'Arles que, le 16 juillet 1673, le comte 
de Grignan, sa femme et madame de Sévigné étant arrivés à Aix, 
les consuls d'Arles n'ont pas manqué d'aller les saluer et de leur 
offrir vingt-quatre boîtes de confitures. 

Toutefois, n'anticipons pas; il fallut pourtant se reposer quelque 
part, et le comte conduisit son épouse au château de Grignan, ancien 
édifice placé sur un rocher isolé, construit dans la première moitié 
du seizième siècle et qui, s'il avait Tort bon air, ceci dit sans plai- 
santerie, ne se trouva pas présenter tout le confortable qu'exi- 
geaient les fêtes que les Grignan y donnaient. En janvier 1672. 
Mme de Sévigné s'y rendait à son tour et ne le quitta que le 5 oc- 
tobre 1673. 

Or, qui est-ce qui allait restaurer ce château? C'était Jules- 
Hardouin Mansart, âgé de vingt-sept ans alors*, dont la répu- 
tation grandissante lui avait procuré les Grignan pour clients. 

' Lettre de madame de Sévigné du 18 août 1668. 
- Ihid., 4 décembre 1668. 
' Ibid., du 4 mars 1671. 

* V oir la notice que nous lui avons consacrée dans Lyon artistique. Architectes . 
Lyon, Bernoux et Cumin, 1898 ^ 



1 



L'HOTEL DE VILLE D'ARLES. 407 

Et qui est-ce qui allait ouvrir sa bourse, pour ces travaux, au 
comte de Grignan qui s'endettait? C'était Jean-Baptiste Âdhémar 
de Monteil, son oncle, coadjuteur de rarehevêché d'Arles de- 
puis 1667'. 

Ainsi s'explique la présence de ces personnages en Provence. 

Maintenant nous allons passer la plume aux 

Mémoires de Jean de Sabatier, gentilhomme d'Arles *. 

" Jetois à Tarascon pour des affaires particulières et j'y rencon- 
<■<■ trai M. le coadjuteur qui venoit de la cour et qui partait de là 
a pour aller à Aix. Il me demanda ce qu'il y avoit de nouveau et 
n comme je lui eus appris la peine où nous avions été pour choisir 
« un dessin pour notre Hôtel de ville, il me dit que Mansart, 
" fameux architecte, étoit descendu avec lui jusqu'à Avignon, qu'il 
« étoit allé voir le pont du Gard et les arènes de Xinies, et qu'il 
u lui écriroit pour nous conseiller sur notre bâtiment; je le priai 
« de nous accorder cette grâce. 

« Quelques jours après, Mansart vint à Arles, je le fis savoir au 
u sieur de Grille, alors consul, et à ses collègues, et nous fûmes 
u tous le trouver à l'archevêché où il logeoit. Il vit le plan et l'élé- 
« vation de Peitret ; il fut, avec nous, sur le lieu du bâtiment et, 
« après avoir loué le dessin de notre architecte, il dit qu'il y avoit 
« quelque chose de mieux à faire si on souhaitait qu'il fit un projet 
" de sa façon. Les consuls le prièrent d'y travailler pourvu qu'il 
" jie changeât pas les fondemens et qu'il ne fallut pas abattre la 
" tour de l'horloge; il dit que cela le gênoit; mais qu'il emploie- 
« roit tout son art pour nous faire un dessin qui lui fît honneur 
^ et qui fût propre à tout ce qui est nécessaire pour une maison 
« commune. Il fit donc celui que l'on voit, que Peitret fit exécuter 
" fidèlement et qu'il a même enrichi de quelque chose de son 
'i imagination. 



' C'est lui qui a fait conslruire l'archevèclié d'Arles attenant à l'église Saiut- 
Tropliime, où il fut enseveli ilans la chapelle de Saint-Genez avec son oncle Fran- 
çois, archevêque d'Arles, mort le 9 mars 1689, à l'âge de quatre-vingt-six ans, 
dont il fut le coadjuteur pendant vingt-deux ans. Il est mort le 2 novembre 1697. 

- Bibliothèque d'Aix en Provence, publiés dans Le Musée. Revue arlesienne, 
3* série, p. 193-19'i.. 



408 L'HOTEL DE VILLE DARLES. 

« Maîisart ne fit pas l'escalier comme il le voulut à cause des 
'i fondemcns. « 

On voit ainsi comment la municipalité ne manqua pas d'aller 1 

consulter un huitième architecte, et il est fort heureux que cela f 

ne paraisse pas avoir encore motivé un nouveau retard. 

Nous allons nous arrêter à présent assez longuement sur cette 
période de Taffaire, qui est la plus importante pour l'histoire de 
Fart, puisque les uns disent que l'édifice est tout de Mansart, 
tandis que d'autres croient que tout l'honneur revient kPeitret. 
. Nous, nous n'essayerons pas de trancher la question entre les 
deux parce que nous savons d'avance que cette recherche, qu'on 
persiste à faire, envers et contre tout dans des circonstances ana- 
logues, ne saurait donner aucun résultat certain. 

Car c'est une erreur que l'on commet constamment de nos jours 
que d'étudier les œuvres anciennes et de juger les artistes qui y 
ont travaillé selon ce qui se pratique à notre époque dans les tra- 
vaux de bâtiment. Il n'y a aucune analogie possihle, parce que 
encore au dix-septième siècle les administrations et les particuliers 
se préoccupaient bien plus de s'entourer des meilleurs avis de tous 
ceux qu'ils consultaient, que de leur tresser des couronnes pour 
leur gloire future dans les biographies en n'admettant aucun par- 
tage. 

En réalité, les œuvres d'architecture d'avant le dix-huitième 
siècle, en France, ne sont, pour le plus grand nombre, que 
le résultat d'efforts collectifs, ainsi qu'on le constate par l'Hôtel de 
ville d'Arles, et il s'en trouve fort peu d'individuelles. 

Pourquoi donc s'entêter à ne vouloir y inscrire qu'un seul nom, 
lorsque la plupart de ceux qui y ont coopéré étaient des praticiens 
complets, par la raison bien simple que dans ces temps on avait 
le bon sens de ne pas séparer l'art du métier? 

Mansart prit quelques jours pour examiner les divers projets, 
après lesquels il remit un plan où il supprimait les piliers des 
voûtes du vestibule, son opinion étant qu'il pouvait être voûté sur 
toute sa surface sans ces piliers; il indiqua aussi que le grand 
escalier ne devait aller que jusqu'au premier étage et détermina 
d'autres détails. 

Enfin, il fit exécuter un dessin de la façade sur la place du 
Marché par la main de Peitret, et, en partant, il pria les consuls 







l'JantheXXIV. I'-'!!'' ''OS 

UKSSI.V l'OI It \.\ FACADi: I) K I.IIOTH I, P K \ll.l.r, I) Alil.K S 

SI it LA l'LAcu OU l'i. iv iii: 1.1 <:in,u 

(Kig. ''.) 



I 



L'HOTEL OE VILLE D'ARLES. 409 

de l'autoriser à l'emmener avec lui jusqu'à Béziers, où il allait 
pour le bàliraenl de l'évêque, aHn de pouvoir lui faire dessiner, 
sous sa direction, la façade du côté de la place du plan de la cour 
(l'arrière-façade) et de lui donner toutes instructions, modèles et 
panneaux pour les voûtes du bâtiment. 

Peilret partit à Béziers avec Mansart, le 7 juillet; il y était 
encore le 16. 

DeMansnrtjW n'est resté à l'Hôtel de ville qu'un dessin (àO'",35. 
— L. 0'°,24) de la façade postérieure; en haut, on lit de son 
écriture : 

OrtlLOgi'aphie du costé du plan de la cour ou autrement la 
façade que iay faict pour icelmj pour l'Iiostel de ville d'Arle. 

Signé :_ Hardouim Mansart ' . 

Derrière, cette note : Ce croquis, vendu à la ville par Michel 
Dugres, n est pas du vrai Mansart Jules-Hardouin, mais de son 
frère Michel Hardouin Mansart, comme lui ingénieur et archi- 
tecte du roi. La preuve se trouve au registre I. CC. 691, titre 125 
à 255. 13° armoire. 2' rayon. Archives communales. 

Réellement, ce dessin est, ainsi qu'on vient de le voir, de la 
main de Peitret sous la direction de Jules -Hardouin Mansart; 
mais c'est son frère Michel qui l'a signé en même temps qu'il 
touchait pour lui les 500 livres. 

Dans ce dessin, les fenêtres du premier étage sont différentes de 
celles exécutées; elles offrent une arcade dans le genre de celles du 
rez-de-chaussée dans laquelle s'inscrit le quadrilatère de la fenêtre; 
cette disposition a été maintenue à peu près pour la fenêtre cen- 
trale sur la place de la République (6g. 9). 

Il fut alloué cinq cents livres à Mansart pour son travail, les- 
quelles furent comptées à son frère Michel (fig. 6) au vu de la pro- 
curation suivante : 

" Procuration donnée par Messire Julle-Ardoin Manssat, con- 
tt seiller du Roy, ingénieur etarchitectedes bàtimens de Sa Majesté, 
« à Messire Michel-Ardoin Alausat, conseiller du Roy, ingénieur 
tt et architecte des bastimens de Sa Mijesté, son frère, par devant 

' Voir ci-dessus, planche XXIV. 



410 



LHOTEL DE VILLE DARLES, 



" le notaire royal Louis, dans le palais épiscopal de Sainl-Pons de 
« Thomières pour recevoir en son nom des consuls d'Arles la 
K somme de cinq cens livres, pour un dessin qu'il faict, etc., etc. 
it (5 août 1673), n 

Signe : 



^^^azW^ouin ^k^jM/jtJdyL 




FiG. 5. 



Registre I CC 691, n' liià. 

Voici la signature de Michel: Arles, 7 août 1673 '. 




FiG. 6. 



La Valfenière n'avait touché que 295 livres, et Puget 210; 
mais ils n'étaient pas présentés par un si grand et si haut person- 
nage que le coadjuteur. 

Jules-Hardouin Mansart simplifia depuis sa signature et ne 
signa plus que Mansart tout court, ainsi qu'il résulte de celle 

' Jacques V Gabriel acheta de sa veuve, le 11 juillet 1687, sa charge de con- 
trôleur général alternatif des Bâtiments du Roi. (Unie G. Uespierres, t. XIX des 
Comptes rendus des Sociétés des Beaux-Arts des départements, p. 493.) . * 



i 



L'HOTEL DE VILLE DAHLES. 



411 



apposée sur une convention du 21 février 1702, faite pour des prix 
de bois de charpente à fournir à V ersailles '. 




FiG. 7. 



Pendant ce temps, Pillejjorte conduisait les travaux avec le con- 
trôle de Chambarran, bourgeois, qui avait été délégué par le con- 
seil dans ce but, et qui fut chargé de le régler le 5 juillet 1673. 



Ù^l/Uy2Ûp^ 



FiG. 8. 



Nous venons de voir comment fut désintéressé Mansart; Rochait 
d'Avignon n'avait reçu le 18 juin que 72 livres. 

tt La somme de 72 livres au sieur Jean Rochaet 11' architecte 
^ d'Avignon pour le voyage et séjour par luy fait pour décider cer- 
« laines difficultés proposées contre le plan fait par Dominique 
" Pilleporle, M' architecte de cette ville, pour le bastiment de 
« THùtel de Ville, lesquelles difficultés il nous a résolues et décla- 
« lées par le certificat du 3 de ce mois, le dit plan est bien et 
« deuement faict. » 

Peiiî'et, outre les sommes qu'il avait reçues auparavant, fut payé 
comme il suit, le 15 novembre 1673 -. 

« Mandat de 224 livres à Jacques Peitret, peintre et architecte de 
« cette ville, pour les soins et vacations par lui employés à la con- 
tt duite des dessins dressés par M. de Mansart pour la bâtisse de 



' Archives nationales, Correspondance , carton i0201. 
== Registre I (X (i91, n» 225. 



LHOTEL DE VILLE D AULES- 413 

a l'Hôtel de Ville, voyage par lui faict à Béziers où éloit le â\lMan- 
« sort pour prendre de luy les instructions et divers avis pour ledit 
u dessin d'élévation par luy faites de la façade du côté du marché 
" et icelhiy du plan de la cour et autrement pour tout ce qu'il a 
« fait pour la d. bâtisse depuis le mois de may dernier, jusqu'à 
ft présent, » 



•2Wk^ 



Fkj. 10. 



Le dernier décembre on accorda 60 livres à Antoine dit La 
Rivière, M° maçon d'Aix, pour uh modèle des voûtes du porche ou 
vestibule ; car il est de toute évidence que si Peitret, artiste peintre 
de son métier, pouvait être compétent pour la décoration, il ne 
l'était pas pour la coupe des pierres. 

On rapportait, au conseil du 18 mars 1674?, que les travaux 
avaient marché; on avait élevé jusqu'à la corniche du premier ordre 
il rustique >: ; toutefois, certains travaux n'avaient pas été réglés 
aux entrepreneurs, on leur donna un acompte et on nomma des 
experts pour estimer le travail exécuté. * 

Cependant, la voûte du vestibule ne cessait de donner de l'em- 
barras; on appela à Arles Jean Valliê, dit Bonaventure, maçon et 
architecte à Marseille, à ce qu'il paraît désigné par Mansart pour 
les modèles et panneaux, et on lui paya 42 livres pour ce travail 
ainsi que pour une loge en bois qu'il avait faite sur la place du 
Marché afin que les ouvriers de l'Hôtel de ville puissent s'y réfu- 
gier en cas de mauvais temps. 

Le même jour, on donna le prix fait des ferrements, etle 18 juillet 
celui de la charpente d'après les dessins de Peitret, qui de peintre 
était passé définitivement l'architecte. 

Un discussion s'éleva le 12 août entre lui et les entrepreneurs 
maçons, au sujet du mur de refend, séparant la salle du salon qu'il 
voulait qu'on bâtît et qu'ils ne voulaient pas élever encore ; le con- 
seil donna gain de cause aux entrepreneurs. Mais ceux-ci, livrés 
ainsi à des directeurs de travaux sinon incompétents, du moins 
tiraillés par toutes sortes d'avis, se trouvaient en présence d'un 



il4 LHOTEL DE VILLE DARLES. 

autre ennui; c'était le moment de construire la voûte du vestibule. 
Ils avaient bien les modèles d'Antoine dit La Rivière et de Jean 
l/allié, dit Bonaventure ; Mansart en avait, paraît-il, commandé 
un autre à Paris ; mais il ne venait pas ! 

Les travaux allaient être arrêtés ; on écrivit en conséquence à 
l'éditeur de Mansart, le coadjuteur, lequel répondit de Paris, le 
dernier août : 

ti Messieurs, je ne puis qu'approuver la résolution que vous avez 
" prise de faire travailler à la voûte de vostre Hostel de ville sans 
« attendre le modelle que M. Mansard avoyt promis de vous en- 
nvoyer; les ouvriers qu'il y a fait travailler sy sont appliqués 
« avec tant de négligence que leur longueur est capable de lasser 
'lia plus grande passience; je vous avoue que jestoys desja au 
« bout de la mienne et que jay este fort aize que vous ayez pris 
a parti de n'attendre plus. Jay vu le dessein que S' Peytré vous 
« avoye dressé à Arles etcelluy qu'on avoit commencé icy et il me 
« semble qu'il y a beaucoup de conformité et que vous pourriez 
« en sûreté faire exécuter le premier. Jay bien du regret, Mes- 
a sieurs, de n'avoir pas pu vousprocurerer la satisfaction que vous 
« avez désirée de mes soins dans cette affaire, etc. » Ceci était 
expliqué le 16 septembre. 

Il fallait donc s'e résigner à se passer de ce modèle ! On ouvrit les 
avis, et, comme toujours, le conseil s'en remit à la prudence des 
consuls. Cependant, le 3 novembre, on annonça enfin qu'on avait 
reçu de Paris le fameux modèle; toutefois sur l'insistance de Pei- 
tret on avait commencé la voûte qui porte le mur de refend de la 
grande salle. Voici ce qui fut alors résolu : 

« Considérant que le premier dessain de voultes queMonsMan- 
« sard avoyt remis au S' Peytret, estoyt le plus beau et le meilleur, 
« d'aultant qu'il déchargoyt davantage la muraille, du costé du 
« plan de la cour outre qu'ils sont tous demeurés daccord que pour 
tt exécuter ce nouveau dessein il falloit surbaisser l'arc qui doiybt 
a porter la d. muraille de reffend et ce faisant desmolir les tas de 
« charge qui sont faits et qui vont sous les voûtes ce qui nuyroit 
tt extrêmement à l'ouvrage, de sorte que tous ces messieurs... ont, 
« d'une commune voyx conclu et attesté qu'il falloyt continuer le 
a premier dessein de M. Mansard, » 

La seule dififérence, paraît-il, entre celui-ci et le dernier modèle 



LHOTEL DE VILLE DARLES. 



i\- 



envoyé était que la voûte du côté de la place de la République 
eût été un peu plus basse que la grande du côté de la façade pos- 
térieure. 




Fir.. 11. 

A. Porte du colé de la place de U Républiqne. — B. Porte do coté de la place da plan de la cour. — 
C. Entrée du grand escalier. — U. Tour de l'Horloge. — E. Concierge et entrée de l'escalier des boreaui 
de la mairie. 



On paya 225 livres au coadjuteur qui avait avancé l'argent 
pour payer ce modèle. 

Lorsqu'on examine ce vestibule, on se demande pourquoi il y 
a un avancement des deux côtés au midi et que la voûte y est 
moins large. Cela a été exigé pour porter les murs de refend sépa- 



416 



LHOTEL DE VILLE DARLES. 



rant les salles au-dessus et renforcer ainsi la grande voûte. Toutes 
ces tergivcrsatious nous ont valu un chef-d'œuvre de coupe de 
pierres que, par tradition, visitent, en même temps que la vis de 
Saint-Gilles, tous les compagnons tailleurs de pierre faisant leur 
tour de France. 

La sculpture des chapiteaux et modillons des façades fut exécutée 
par Jean Lapierre, Jean-Baptiste Mamaille et Jean Aîidrieu, 
sculpteurs. Celle des armoiries du Roi et des trophées par Jean de 
Dieu. 



p^Qc. 




FiG. 12. 



(16 septembre 1673.) 



Ce sculpteur exécuta également une statue équestre de Louis XIV, 
placée en 1675 dans la niche du vestibule en face du grand escalier 
(laquelle fut brisée pendant la Révolution), ainsi queles deux lions 
qui se trouvent à l'entrée de cet escalier. Il paraît qu'il accompagna 
à Paris la statue antique de la Vénus, qu'on crut longtemps être 
une Diane, trouvée le 5 juin 1651 par le bénéficier Naufari Brun 
au pied des deux colonnes du théâtre romain, qui lui fut payée 
61 livres par la municipalité et qui fut offerte à Louis XIV, par 
délibération du conseil du 17 novembre 1683. Ce fut M. de Grille, 
premier consul, qui fut député au Roi pour la lui offrir, et il rendit 
compte de sa mission le 23 janvier 1684. Il avait été naturellement 
fort bien reçu, et on lui avait donné une chaîne d'or avec une 
médaille de la valeur de plus de 2,000 livres. Le Roi le remercia 
en ces termes : 

« Monsieur, vous pouvez assurer MM. d'Arles que j'ay esté bien 
«touché de la joye et de l'empressement qu'ils ont témoigné pour 
« me faire plaisir en me donnant leur statue. Vous pouvez leur 
Il dire de ma part que je leur en sais un bon gré et que je leur 
ti feray tous ceux que je pourray dans toutes les occasions qui se 
« présenteront. » 



I. HOTEL DE VILLE DARLES. An 

C'est au coadjiiteiir que la ville d'Arles doit de s'être dépouillée 
de cette statue, car c'est lui (|ui eu avait parlé au Koi et (jui avait 
provoqué la délibération du 17 novembre 1()83. De cette manière, 
le coadjuteur put faire sa cour; de Grille reçut un cadeau 
vraiment royal, et la ville d'Arles... rion du tout. 

On sait (|u'en creusant le sol pour établir une citerne, on ren- 
contra d'abord la tète; puis, les consuls ayant fait travailler tout 
autour, on découvrit bientôt le corps et les pieds. Il n'y eut que 
les bras qu'on ne put retrouver ; ils furent restaurés par Girardon ; 
toutefois il existe une estampe signée : Jean-Michel Ogier. Lugd. 
sculp., où elle est représentée sans eux'. Un moulage, en fort 
mauvais état, est placé sur le premier palier du grand escalier de 
l'Hôtel de ville. 

Deux inscriptions furent placées dans l'intérieur du vestibule, 
rappelant le commencement et la lin des travaux, l'une de 1G73, 
avec les noms de Jacques de Grille-, Jean Autranj Gaspard 
Brunet et Jean-Baptiste Jehan, consuls, et l'autre de 1684, avec 
ceux de Jean-Baptiste de Forhin, André Pazin, Elzéar Vachier 
q\ André -Bar ihékmij Laneau ; celte dernière n'existe plus. 

Le 22 mais 1670, on accorda à Peitret une indemnité " pour 
« avoir conduit la bâtisse de l'Hôtel de ville avec beaucoup de soin 
Cl et d'industrie, et pour s'être appli(|ué aussi à enlever l'obélisque 
tt du jardin où il était, et le faire transporter, etc., etc. y> 

En effet, Peitret s'employa à l'opération de l'érigement, sur la 
place principale devant l'Hôtel de ville, d'un obélisque, provenant 
probablement de la spina du cirque romain, et dont il dessina le 
piédestal (fig. 9). Il fut élevé en une demi-beure, le 20 mars 
1676, par Claude Pagnon, marcband de la ville de Martigues, 
aidé A' Antoine Barthélemg, maître d'aches ou d'argués (c'est-à- 
dire de cabestans) de Marseille, par suite d'un marcbé, ratifié le 
15 janvier, d'une somme de 3,700 livres à forfait. 



' Bibliollièque nationale. Estampes. Topograpliie de la France. Arles (Douches- 
(lu-Rliône). 

* Jacques l" de Grille, seigneur de Robins et d'Estoubleau, déjà nommé par 
Jean de Sabatier, fut londateur, en 1622, de la Société, dite du Bel Ivsprit, qui 
devint IWcadémie des Bouts-rimés et prit le litre d'.Académie royale par ordon- 
nance royale de 1666, mais qui dura peu {Académie d'Arles au xiu^ siècle, par 
l'aljbé A.-i. Baxce). 



418 LK SCIJM'TEUK IM[ii: HT BOACIIOM 

11 existe six ou sept estampes ' de cet obélisque, dont une 
grande, en perspective, de 1676 : De Poilhj- Sculp. Cura Jac. 
Peitret arelat. arch. Il repose sur quatre petits lions, poses sur 
un piédestal très simple, entouré d'une barrière formée de bornes 
reliées entre elles par des barres de fer. 

Les inscriptions des quatre faces, qui ne sont pas lisibles sur le 
monument, se trouvent au-dessous en légende. 

Une des estampes plus petites a été gravée par Jean Alivon. l ne 
somme de 700 livres fut payée à un sieur Rouhin, le 2 janvier 
1678, pour celles présentées au Roi. 

E.-L.-G. Charvet, 

Membre non résidant du Comité des Socié- 
tés des Beaux-Arts des départemenls, 
à Lyon. 



XXIV 

LE SCLLPTELK IMBERT BOACHON 



Il ne reste presque plus rien des monuments que la Renais- 
sance avait édiflés dans notre région avignonnaise. L'église de 
l'Observance, à peu près complètement décorée à cette époque, a 
été détruite de fond en comble, si bien que peu de nos compa- 
triotes pourraient en indiquer l'emplacement ; les châteaux de la 
Tour-d'Aigues et duBarroux, qui auraient pu soutenir la compa- 
raison avec les châteaux des bords de la Loire, sont aujourd'hui en 
ruine. Aussi, pour apprécier dans notre pays d'Avignon cet art, 
qui a produit en France des merveilles, en sommes-nous réduits 
à étudier quelques œuvres, modestes au moins par leurs propor- 

1 Bibliotlièque nationale. Estampes. Topographie de la France (Bouclies-du- 
Rhône). 

^ Probablement François, car ils étaient trois frères. 



i 



I.E SCri.PTKlU IMBERT BOACHOX". il? 

tioiis. C'est oc (jiii nous amène à vous parler d'un sculpteur, 
Inihert Hoaclion, dont le nom n"a jamais été cité, et qui a 
cependant laissé dans notre ville quelques travaux remarquables, 
dont deux subsistent encore actuellement. 

Imbert Boacbon — (juelquefois appelé Boclion ou Bluncbon — 
était originaire du diocèse de Màcon ; divers actes en font foi. 
D'où venait-il, quand il airiva dans Avignon? Nous ne saurions le 
dire; mais il est certain qu'il avait liabité quelque temps Alais, 
puisqu'il s'y maria avec Jeanne Fabrègue. De ce mariage naquit 
un fils nommé Dominique qui devint sculpteur comme son père et 
travailla avec lui ; d'après une quittance de l'année 1527, nous 
voyons (jue Dominique était, à cette époque, âgé de seize ans, ce 
qui nous permet d'affirmer que le mariage de Boachon n'eut pas 
lieu plus tard que 1510. Boachon possédait même une maison k 
Alais, soit qu'il l'eût achetée pendant son séjour dans cette ville, 
soit qu'elle fît partie delà dot de sa femme. Le 11 septembre 1527 ', 
il donne à maître Barthélémy Berton, son serviteur, une pro- 
curation qui permet à celui-ci de vendre cette maison " à qui 
bon lui semblera et au prix qu'il voudra, pourvu toutefois qu'il 
s'entende au préalable avec Jacques Fabrègue, prêtre, prieur de 
Saint-Lazare et beau-frère du sculpteur. On pourrait peut-être 
aussi prétendre qu'il avait séjourné au Pont-Saint-Esprit ; en effet, 
dans une autre procuration, il charge le même Berton de recouvrer 
la somme de trois écus d'or sol, moins cinq sous, due par André 
Lombard, prêtre du Pont-Saint-Esprit'. Xous avons vainement 
cherché à quelles œuvres Boachon avait pu occuper son ciseau, 
soit à Alais, soit au Pont-Saint-Esprit. Xotons encore en passant 
que Berton était chargé également dans la dernière procuration de 
recouvrer une croix de pierre à sept personnages, laquelle devait 
être en souffrance au péage de Grignan *, ou bien d'en réclamer le 
prix, si la croix avait été vendue. 

Nous donnons toutes ces indications pour faciliter les recherches 



' Archives départementales. Fonds Pons, n' 1067, f^ 58. 

^ Cette maison était sise devant le cimetière de l'église paroissiale de Saint- 
Jean. 

^ Notes brèves de Georges Savourey, 1525, f" 108. — Étude deM^de Beaiilicu. 
notaire à .Avignon. 

■* Chef-lieu de canton de la Drôme, dans l'arrondissement de Moatélimar, 



420 I.K SCUI.I'TEIU lAinKIlT lî A C K O \' . 

futures sur notre arlislo, et nous passons aux travaux qu'il exécuta 
dans Aii;|non. 

Il était étal)li dans la ville des papes nous ne savons depuis 
quelle époque ; mais, le 29 octobre 1524, il promit au manijic et 
^pectable mesire Pcrinet Parpalha, docteur en chacun droyt et 
chevalier, de lui édifier et sculpter le retable de le autier et en 
entrée de sa sacristie de sa chapelle située en l'église de Saint- 
Pierrc-de-Arignon '. Le contrat nous renvoie, comme toujours eu 
pareil cas, à un portrait — plan et dessin — signé des parties, 
alors annexé à l'acte, mais aujourd'hui perdu, qui éclaircirait 
d'une façon singulière les clauses un peu confuses du prix fait. 
Cependant ou peut conclure avec certitude qu'il s'agit ici, non d'un 
simple lahcrnacle, mais d'un autel et de son retable. L'acte notarié 
ne spécifie rien sur l'autel proprement dit, sinon qu'il ne sera pas 
construit eu pierre de l'ernes ou de V'elleron comme le reste du 
monument. Le contrat exige que l'artiste représente au-dessus de 
l'autel la Cèîie de Notre-Seigneur, et plus haut trois statues : la 
sainte Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras, saint Sébastien et 
saint Roch, avec les ornements qui les accompagnent, c'est-à-dire 
les niches, les pilastres, etc. ^ En outre, Boachon devait sculpter 
l'entrée de la sacristie particulière de cette chapelle et faire une 
armoire aussi grande que possible dans l'autel, armoire qui devait 
s'ouvrir du côté de la sacristie. Tout ce travail devait être terminé 
et posé à la fête de Xoël de l'année suivante, moyennant la somme 
de 40 écus d'or sol, de deux tonneaux de vin à la mesure d'Avi- 
gnon et de deux petites charges de blé à la mesure du Conitat. 

L'autel était à peu près à la même place qu'il occupe aujour- 
d'hui, c'est-à-dire contre la paroi orientale de la chapelle, dans 
le même sens que le maître-autel et la sacristie, assez exiguë, 
devait se trouver dans le passage qui donne actuellement accès à 
la petite porte du nord, du côté de l'ancien cloître. Plusieurs fois 
changé de place, le relal)le a perdu sa destination première, parce 
qu'on le prenait pour un tombeau — nous dirons plus bas pour 
quel motif; - — l'autel et la porte de la sacristie ont disparu ; à la 
place de l'autel, on a mis une base carrée, lourde et disgracieuse, 



• Archives déparlemeulales de Vauchise. I<'ouds Pons, n" 557, f" 141. 
- Voir, ci-contre, plauclic X\V. 




I. K It i: r \ I! i. K I) K I' K U I \ H l- I' \ H IM I I, l, K 

PU! I WD EUT l)(J»i:il<l\ 
(.hi!ji.<in.) 



LE SCULPTEl It niBEUT ItO A f: 11 \. 421 

en moellons blancs, sur laquelle repose directement la CènCy qui 
servait de «jradin à l'autel. 

Sculptée en demi-relief, la Cène mesure 2", 22 de lar<[0 sur 
O^.Si de haut. Au centre, Xotre-Seigneur ; autour de lui, assis 
auprès de la table, rangés par «jronpes de deux ou trois, les 
apôtres s'interrogent du regard et semblent se dire : « Quel est le 
traître? >• Saint Jean, à C(Mé du Sauveur, a la tète appuyée sur la 
table, et, tout à fait au bord à droite, Judas tient sa bourse dans 
sa main dissimulée sous la table, et d'un air sceptique pose au 
Maître la même question. Plus haut, trois niches, séparées par 
des pilastres Renaissance ornés de fines arabesques, se terminent 
en coquilles; elles sont surmontées par une architrave couverte 
d'arabesques au milieu desquelles on voit le lion armé de Par- 
paille '. Au-dessus, dans de riches frontons à arc surbaissé, on 
voit, au centre, Dieu le Père (à mi-corps) bénissant, et, de chaque 
côté, un ange tenant des phylactères. A la place des statues de la 
sainte Vierge, de saint Sébastien et de saint Roch, disparues au 
moins depuis la Révolution, on a mis, de nos jours, les statues 
du Sacré-Cœur, de saint Pierre et de saint Paul, de la même 
valeur artistique que celles que l'on voit à chaque pas, dans 
Paris, à la devanture des magasins des environs de l'église Saint- 
Sulpice. 

Le retable a longtemps passé pour le tombeau de Périnet 
Parpaille ', 61s du précédent, qui portait le même prénom que 
son père et comme lui avait été primicier de l'Université. Il aban- 
donna la religion catholique pour un froissement d'amour-propre, 
souleva la ville d'Orange dont il présidait le tribunal, s'empara 
des vases sacrés et fut pris à Bourg-Saint-Andéol au moment où il 
accompagnait ceux qui allaient les vendre à Lyon. Il fut ensuite 
jugé, condamné et mis à mort dans l'une des cours du Palais des 
Papes. Comme il avait, avant sa mort, donné des signes de 
repentir et qu'il était revenu à la foi de ses pères, il fut enseveli 
dans le tombeau de sa famille, situé dans la chapelle oîi se 
trouvait le retable, d'où l'on avait conclu, dans la suite, que ce 
retable était le tombeau même des Parpaille. Il s'ensuivit toute 

' Le blason des Parpaillo porte d'argent an lion de gueules armé. 
- C'est de sou nom qu'est venue l'épithèfe de l'arpaillots, donnée aux protes- 
tants en signe de mépris. 



422 LE SCULPTEUR IMBEUT BOACHOX. 

une légende : on raconlait que les héritiers de Pèrinet, demeurés 
fervenls catholiques, avaient fait sculpter la Cène sur ce tombeau 
aGu de protester tontre la négation du dogme de la présence 
réelle, négation qui constitue l'un des articles principaux de la 
croyance des réformés. 

L'histoire est en contradiction formelle avec la légende. Il est 
certain d'abord que la Cène n'a pas été sculptée dans ce but, 
puisqu'elle fut commandée avec le retable en 1524 et que Pèri- 
net Parpaille 61s eut la tête tranchée le' 9 septembre 1562. En 
outre, le retable était distinct du tombeau. Pour établir ce point, 
nous n'avons qu'à citer la description de ce monument par le cha- 
noine de Véras, qui dépeint ce qu'il a vu de ses propres yeux '. 
Après nous avoir raconté la On de la vie de Périnet Parpaille, il 
ajoute : Il fut inhumé dans la sépulture de ses ancêtres qui est 
dans l'église collégiale et paroissiale de Saint-Pierre, joignant la 
sacristie où sa famille lui a fait élever un mausolée composé de 
trois statues de pierre blanche de trois pieds de hauteur repré- 
sentant saint Pierre avec ses clefs, saint Paul avec son épée, saint 
André avec sa croix d'une main et de l'autre tenant un rouleau 
sur lequel on lit ces mots : Siiscipe discipulum . Au pied de ces 
saints sont deux chanoines à genoux en surplis et aumusse priant 
Dieu pour ledit Parpaille, dont on voit le squelette parfaitement 
travaillé au bas duquel on voit ces vers en lettjes gothiques : 

Qiiisquis ades.'tu morte cades, sta, respice, plora, 

Sam quod cris, modicum cineris, pro me, precor, ora. » 

Il ne me parait pas qu'il soit utile d'insister : c'est bien le 
retable d'Imbert lioachon qui est resté debout, quoique mutilé, et 
non le tombeau commandé par les héritiers de Périnet Parpaille 
fils. 

Avant que ce retable fût complètement payé, Boachon avait 
entrepris un ouvrage du même genre qui lui lut commandé par 
Paul Doni l'aîné '\ Celui-ci voulait décorer une chapelle qu'il avait 
demandée au chapitre de Saint-Agricol, et il passe le contrat de prix 
fait avantmèmed'avoir obtenu des chanoines l'autorisation définitive. 

' Alanuscrit de Véras, f" 09. 

- Arcliives déparlemeDlalcs. I''onds Pons, n" 1792, f" 118. 



LE SCL'LPTELK niBERT 150 AC HO. AI. 423 

Ce retable, en pierre de l'ernes, devait être orné de vingt statues, 
de médaillons et d'autres ornements conformément au dessin fait 
et signé par l'artiste et contresigné par Paul Doni et le notaire. 
Pour le prix de 800 écus d'or dont il reçut 300 immédiatement, 
IJoaclion s'engageait non seulement à sculpter le retable, mais 
encore à le mettre en place à ses frais. Il se mit à l'œuvre sans 
relard, si bien qu'il avait complètement terminé son ouvrage au 
mois d'octobre : le prix fait avait été passé le 20 avril 1525. liais 
les cbanoines allaient moins vite, et, par une lenteur tout ecclé- 
siastique, laissaient désirer longuement l'autorisation. Aussi Paul 
Doni fut-il obligé de leur adresser, le 5 octobre 1525, la supplique 
suivante: k Messieurs le doyen, capisco (capiscol) et cbanoine [sic] 
propose à vous le noble Paul Dony leyne (l'aîné) que autres fois 
il vous a parlé de fère fere le retable à l'oter (l'autel) de Saint- 
Christofle au fons de la lée (allée, nef latérale), vers les claustres, 
Itujuel retable est ja faict jusques à poser corne scames ; et partant 
que vous lui aves promis les quatre pilliers, c'est du bénécbier 
jusques a l'autier du mein entrant par la petite porte, et lui pré- 
tend de y funder une confrérie de la Anuntialion, de que non 
puyssent estre sevelis (ensevelis) dedans ladite chapelle fors que 
ceulx que y ont leurs tombeaux et de présent, ou ceux qui seront 
de ladite confrérie. Partant vous plera de moy concéder ladite 
chapelle et donner licence au maistre de poser ledyt retable ansi 
que bon luy semblera et de ce m'en fere acte par votre secretayre 
que je y puisse fere ce que me playra juxte ma dévotyon '. » 

Les chanoines, cette fois, ne se firent plus prier ; ils consentirent 
à la demande de Paul Doni, en sauvegardant toutefois les droits 
de l'archevêque pour ce qui concernait l'érection de la confrérie. 
i\'ous ignorons si le prélat fit des difficultés sur ce point; ce qu'il 
importe de savoir, c'est que le retable fut mis en place à l'endroit 
désigné, où il se trouve encore aujourd'hui. Seulement, il y eut 
alors des difficultés pour le payement, d'abord entre Boachon et 
Paul Doni l'aîné, ensuite, à la mort de celui-ci, avec son frère, 
Paul Doni le jeune, qui continua le procès devant le légat. Lonis 
Alhe, abbé de Saint-André de Villeneuve, fut même nommé par 
le légat pour juger l'affaire ; mais après plusieurs années de 

' Notes Ijrèves de François Moriiii, 1525, f" 1T3. — Étude de M' de Beaulicu. 



424 LE SCTLPTELMl IMBERT BOACHON. 

querelles, les parlics linireiit par se mettre d'accord. Les deux 
adversaires en furent pour leurs frais de procédure, et Paul Dony 
s'engagea à donncM- à JJoachon les 15 écus qu'il réclamait '. Ces 
procédés n'étonnent guère de la part de nos ancêtres, qui se plai- 
saient dans la chicane; ils surprennent encore moins venant des 
Doni, qui, s'ils aimaient les arts, n'étaient pas toujours généreux 
envers les artistes, et avaient de la peine à payer même Michel-Ange. 

Ce retable des Doni occupe encore sa place primitive et sert de 
fond à la nef latérale de droite, dans l'église paroissiale de Saint- 
Agricol, entre la petite porte du sud et l'entrée du chœur. Il forme 
pour ainsi dire trois parties distinctes. 

D'abord, une base, sévère — surtout si on la compare au reste 
du monument — sans aucune sculpture, avec quatre pilastres en 
saillie, au milieu, un petit autel soutenu par deux colonnes 
carrées - ; au-dessus, au gradin de l'autel, une vulgaire plaque de 
marbre sur laquelle on lit : Ave Maria, et qui tient aujourd'hui 
la place d'un bas-relief; de chaque côté, sur les pilastres, des 
médaillons d'une belle facture '. 

Plus haut, dans ce que j'appellerai la seconde partie du monu- 
ment, au-dessus de l'autel, sous une arcature surbaissée soutenue 
par des pilastres couverts de délicates arabesques, le mystère 
de l'Annonciation en ronde bosse; au sommet, Dieu le Père; à 
gauche, la sainte Vierge debout, et à droite, l'ange Gabriel s'age- 
nouillant. A la même hauteur, entre les grands pilastres, dans 
une niche gracieuse un ange tenant un enfant par la main. On 
Toit au-dessus et au-dessous de cette niche l'écu des Doni : d'azur 
au lion d'or à la bande de gueules chargée de trois croissants 
d'argent brochants sur le tout. 

Enfin, au-dessus de l'entablement, couvert comme presque tout 
le retable d'ornements d'une finesse exquise, dans un rectangle 
allongé encadré par des pilastres, un groupe de cinq anges, en 
haut relief, qui font de la musique, et tout au sommet un fronton 
triangulaire, surmonté en pointe et sur les côtés de trois anges 
portant chacun un écusson. Au milieu du fi'onton s'étale la lleur 

de lis florentine. 

♦ 

> Notes brèves de François Morini, 1532, f" 32. — Etude de M'' de Beaulieu. 
* Cet autel a été construit récemment. 
' Voir, ci-contre, pi. XXVI. 




Planche XWf. 



R K T A II L K 1) K S D \ 1 

r \ n I H i; n it r b o A <; h o \ 
(Avignon.) 



f^gd^^asB 




liAS-KEl.lKl' l)i;C()l VKKT K .\ ISdS 



LE SCUI.PTRUIÎ I M MF, UT liOACHOM. 425 

Tout ce travail,